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Référence Department. 



THIS BOOK MUST NOT BE. TAKEN OUT OF THE ROOM. 



lÂV 2 2 1922 






I 



POLYBIBLION 



REVUE 
BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



Janvier i 91 9. T. CXLV. 1, 



LUÇON 
Imprimerie S. Pacteau 




POLYBIBLION 



REVUE 

BIBLIOGRAPinOUE UNIVERSELLE 

PARAISSANT TOUS LES MOIS 



PARTIE LITTERAIRE 



DEUXIÈME SÉRIE. - TOME OUATKE-VI\GT-IIL ITIÈME 

(cent quarante-cinquième de la collect:on) 



f^f-)4-^ 





<^ 



G^' 



PARIS (T*^) 



AUX BUREAUX DU POLYBIBLION 

5, RUE DE SAINT-SIMON, 5 



d919 



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f007 



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AS^^\ 







MAY 2 2 1922 



POLYBIBLION 

n i: VUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

PUBLICATIONS 
HELATIVES A L\ r.LKRRE EUKOPÉENNE 

I^a l-"raiice héroïque et ses alliés, par Gustave Geffkov, Léo^-olu- 
l>ACOUR, Louis Ll'mkt. t. i. Paris, Larousse, s. d., gr. ir)-4 de viii-316 p., 
avec u>S7 grav. photographiques, 26 hors texte en noir et en couleurs et 
J2 caries en noir et en couleurs. — ' Prix : Broche, 26 fr. ; relie demi 
chagrin, 36 fr. 

C'est dans les premières semaines de la guerre, dès la fin du mois 
d'août 11H4, que MM. Gefrrov. Léopold-Lacour et Lumet conçurent 
« l'idée, bientôt admise parles directeurs de la maison Larousse, do 
consigner, par l'écrit et par l'image, la signification des mouvements 
redoutables et grandioses qui commençaient leur immense dévelop- 
pement historique. On trouvera donc. 'dans la France héroïque el ses 
alliés, l'histoire de la guerre depuis les préliminaires diplomatiques de 
juillet 1914, l'histoire de la guerre telle qu'elle peut s'écrire actuelle- 
ment, par le résumé fidèle, critique, contrôlé des faits visibles, désor- 
mais acquis. » L'histoire, telle qu'elle peut s'écrire « dans ratmQs|ihère 
même des événements et sous leur poussée impérieuse, » n'est sans 
doute pas l'histoire définitive, telle que permettra de l'établir dans 
ses détails la connaissance des documents d'archives. Mais les auteurs 
ont raison ; il y a suffisamment de faits acquis pour qu'on puisse 
donner au lecteur une image de la guerre, vraie dans son ensemble, et 
faire passer sous ses yeux des tableaux exacts et vivants du granddrame 
que nous avons vécu. Sans se laisser dominer el troubler par la fièvre 
patriotique, les auteurs ont voulu — et ils y ont réussi, — composer 
un récit aussi impartial que possible. Vingt-huit chapitres qui forment 
■CQ premier volume nous racontent l'invasion de la Belgique, la marche 
sur Paris, la victoire de la Marne, la poursuite des troupes allemandes, 
la guerre de tranchées, l'Yser, les combats dans l'Argonne et les 
Vosges, les offensives de Champagne et d'Artois en 1915. puis les 
événements qui se sont déroulés sur le théâtre oriental de la guerre, 
J'entrée en guerre de l'Italie et, sans parler de l'offensive allemande 
contre Verdun au début de 191 G, réservée pour im prochain volume, 
le récit s'arrête à la décision des Alliés des 27-28 mars 19 16 qui >isait à 
établir l'unité d'action et de Front. Deux chapitres sont consacrés à la 
guerre sur mer et à la guerre de l'air. Une « chronologie des princi- 
paux événements relatés dans ce volume <> en rendra plus aisée l'uti- 
lisation. 

Est-il besoin de dire que, composé par trois écrivains d'un incon- 
testable talent, louvrage ne se présente pas comme un simple et .sec 
•exposé de faits, mais offre une lecture des plus attachantes ? Une 



— (1 — 

quinzaine de caries, 1res nettes et bien détaillées, permettent de suivre- 
les opérations. Une illustration abondante : portraits, croquis, faits- 
(le guerre, ruines — hélas ! ruines multiples — d'une exécution 
f>xcellente, ajoutent à la fois au cliarme de ce beau livre et à son inté- 
rêt documentaire. Un index des gravures et des portraits permet 
de se retrouver aisément dans ce musée. 

En attendant la suite de ce monument élevé à la France héroïque 
et à ses alliés, félicitons les auteurs de l'avoir conçu et la maison 
Larousse de leur avoir prêté pour l'exécution son puissant concours. 

E.-G. Ledos. 



Les Monuments français détruits par TAIleinayne, par Auskne 
Ai.F.XANDUE. l\iris. Bcrger-Levraulf. 191S. in-4 do 2KS p., avoc47 planclies 
tiors texte contenant 242 photographies. — l^rix : 24 fr. 

Chargé, dès les premiers mois de la guerre, par le ministre de 
l'instruction publique, de conduire une enquête sur les dévastations 
organisées dans notre pays par les armées ennemies, M. Arsène 
Alexandre, l'éminent critique d'art, inspecteur général des Musées, a 
fait de son rapport une publication qui est le plus dramatique réqui- 
sitoire contre la barbarie allemande. 11 nous est apporté à l'heure où 
cette barbarie va recevoir son châtiment, à l'heure des réparations et 
des sanctions. Ce n'est pas seulement le douloureux pèlerinage d'un 
artiste, ce sont les conclusions implacal^les d'un justicier. La rigueur 
de sa documentation met délînitivement à néant les plaidoyers men- 
teurs des « avocats de la destruction ». Ville par ville et monument 
par monument, le témoin véridique a dressé son inventaire, dont les 
déclarations sont confirmées par les photographies les plus précises 
et les plus nombreuses : il y en a près de deux cent cinquante. Rien 
de plus poignant (|ne cette illustration du livre ; c'est le cri même et 
la protestation des pierres. .\uprès d'.\rras, de Péronne, deBapaume, 
de Soissons, de Reims, de Verdun, des centaines de villages ont ago- 
nisé sous les bombardements féroces, des merveilles de notre archi- 
tecture et de notre sculpluie ont péri. Ou'est-ce qui peut payer, ou 
plutôt compenser, les ravages de la furevir bestiale ? Quels sont le» 
trésors d'art, aux mains de nos ermemis. dont il sera juste que la 
jouissance vienne réparer nos deuils ? Qu'on lise donc et que Ion 
répande le plus loin possible, et chez les alliés, et chez les neutres, 
ces pages de Hamme et d'amerttimc ; qu'elles pénètrent au fond des 
consciences ! Encore faut-il dire que le réquisitoire est forcément 
iiHom|)let ; il est publié aujourd'hui, mais il a été arrêté aux piemiers 
mois de IIMH. Que de ruines depuis, et dans l'avance un moment 
victorieuse des Vandales, et dans leur retraite farourli(> et précipitée ! 
M. Alexandre nous doit un supplément, avant que soient terminées- 



— 7 — 

l.sT.é^ocialionsde paix, cl fixée la.nende que paieront les criminels 
D toulc façon, ce g' and liv.e. avec ses accents -f'«"-; ^^^'^ ^^ 
cœur, tén.oi^-nera pour nous dans l'avenir, Axdrb Perati.. 



/«o i..in ^<il'Z\ Éludes sur leaorigiiieg de 

''^\^",';'t:'ir"C" '1" ?:'B^-a"'<o-- in..» .. m i /v. 

1 carie. - l'i ix : 2 fr. 40. ... 

Dans ce pe.il livre. M. Jules Chopin, anleur d'ouvrages apprécies 
sur les quLions autrichiennes, tchèques et jougo-slaves, s efforce 
de d n,„nlrer la fausseté des accusations portées par le gouvernement 
a ,tHc",ien contre la Serbie au sujet de l'attentat de Sarajevo : ques- 
tion dune énorme nnportance, puiscp.e lassassmat de 1 arch.dnc 
Fe dinan,l fut la cause déterminante qui ht éclater la Jerr.ble guerr 
préparée par lA.lemagne. dont la menace pesai, sur 1 Europe et sur 
le inonde depuis si longtemps. , , , r 

D- illeurs d ne partage pas l'opinion de M. 11. N\ . S.eed. le fameux 
directeur delà politique étrangère au Times, ennem, passionne de 
1 idie-Hongrie. d'après lequel le meurtre de F.ançois-lerdinand 
erait du à des inlrignes de Cour, 11 lui donne pour cause réelle 
-, ambition même du prince, décidé à faire la guerre contre a Seri^^o 
pour assurer le triomphe de ses visées personnel es Le pl"" «""> ^ 
lié arrêté dins l'entrevue du Konopisoht, ou d rencontra, e 
r> juin 1914, l'empereur d'.Ulemagne et le roi de Suéde : pourque la 
kiVie paru la provocatrice, il sumsait de simuler nn attentat con re 
larchiJuc lors du voyage qu'il allait faire en Bo--»»"?»-'" ;_ 
Les documents présentés tendent à prouver que Princ.p 1 assassin, 
a aci indépendamment de Cabrinovitch, qui avait lance les bombes 
11 est certain qu'il y a là bien des obscurités, et c'est justement que 
M Chopin nelrit les procédés abominables delà justice autrichienne 
Taux témoignages et falsifications de documents. On peut donc 
d ettre que l'affaire des bombes résulte d'un comp ot. qui ut peut- 
être monté par la police autrichienne. Mais, cela même établi, .1 ne 
XI suit pas'que Princip, que l'auteur lui-même nous niontre comme 
un natioiialiste exailé, n'ait pas agi sous l'innuence directe ou indi- 
recte de la « Narodna Odbrana. » . . , , 

Tous conclurons que ce livre apporte une contribution intéressante 
. .à l'élude d'un fait historique très important, mais la pleine^li.miere 
n'est pas encore faite. 

et 14 cartes. — Prix : 13 fr. 

Ainsi qu'il arrive souvent aux œuvres puissantes, il s'est formé sur 



— 8 — 

le livre de M. Engcrand iiuc légende, et incine plusieurs légendes : qu'il 
aurait été inspiré par un général mécontent, que ce serait une arme 
(le guerre, etc. Nous laisserons de côté, bien entendu, ces \agues 
racontars, pour ne prendre que l'ouvrage en lui-même, replacé à sa 
date ; il en \aul la peine : outre un travail prodigieux comme éten- 
due et comnu^ profondeur, il apporte, ou veut apporter, des réponses 
à un certain nombre de questions tpie la France s'est posées a\ec 
angoisse. 11 y a, sur le début de la guerre, des problèmes qui atten- 
dent encore leur solution : un officier, fort bien documenté, a dil, 
dans une revue, le iO octobre 1918 : « l'énigme de Charleroi est loin 
d'être résolue. L'histoire parvieudra-t-elle à l'élucider ? 11 est permis 
d'en douter. » M. Engerand. sans attendre le recul du temps et les 
publications des grands états-majors, a voulu trouver dès maintenant 
le mot de l'énigme, et nous le révéler. Jusqu'à l'armistice, on 
pouvait se demander si l'heure était bien venue d'aborder une aussi 
redoutable question, s'il était possible de s'élever au dessus des polé- 
micpies journalières, de traiter le problème en historien. Sans doute 
l'auteur a tracé, avec beaucoup de ])rudence, la limite de son ambi- 
tion : il nous dit qu'il veut donner a non l'histoire (l'heure n'est pas 
encore vernie, et il faut se garder des jugements précipités comme 
des apothéoses brustjuées), mais une explication du drame de Char- 
leroi. » Cette explication a tout d'abord paru sévère. Bien entendu 
M. Engerand se défend de prononcer un réquisitoire. C'est générale- 
ment ce qu'on dil quand, justement, on-vient de requérir. Du reste 
il suffit d'étudier la table des matières : elle est d'une clarté émou- 
vante, comme le plan d'un réquisitoire fort bien fait. Il y a notam- 
ment un portrait du maréchal Jolt're. qui n'est pas caressé par l'ar- 
tiste. Il est peut-être très ressemblât)!, nous disions-nous, toujours 
av/mt le 11 novembre, mais est ce bien le moment de substituer une 
eau-forte à une image d'Épinal 'î> — On était encore inquiet de voir 
mettre en cause l'état-major. c'est-à-dire l'intelligence collective, la 
tète de ce grand corps qu'est l'armée, l'état-major qui, avant la 
guerre, aurait réclamé le démantèlement de la fi'onlière du nord, ou 
nième rÉcole de guerre, alors que justement la fin victorieuse de la 
lutte allait ikius révéler (|ue c'était bien l'Ecole de guerre qui avait 
raison, et (jue sa doctrine triomphait avec Foch. 

Et vr)ici au contraire (|ue. à partir du redressement des armées d»' 
l'Enlfiile, un phénoiuèiic concomitant se produit pour l'œuvre de 
M. P^ngerand : ce li\ ic, jiiscpie-là sombre, et op|>rrssaut le cœur, se 
révèle tout à coup comme une œuvre île lumière et de salut. (Juand 
on \r r»'lil à la clarté de la victoire, on le comprend enfin, surtout si le 
li'ctrur pi'ul l'étudier sans rougir, n'ayant été. avant la guerre, ni un 
pacifiste, ni un arriviste, ni un naïf croyant à la vertueuse Allemagjie. 



— 9 — 

Dans la riiiiéliule (|n(' (l(»niio. le succès, cl n'étant plus nblij^'é do s'en 
tenir à l'opliniisme à loiit piix. nécessaire pendaiil la lutte, on doniu', 
raison à l'anteiir, quand il signale les grosses fautes qui iml fiiilli 
causer notre défaite, c'est-à-dire la mort de la France. Oui, depuis la 
sinistre adaire Dreyfus, notre espionnage, notre contrc-espionnagef 
étaient absolument désorganisés. Oui, Je cominandeinent au débtil a 
commis deux fautes capitales : il n'a pas pourvu à la défense du nord, 
<il Ion sait ce qu'il en est résulté : souffrances indicibles de tout ce 
peuple, ruines difficiles à réparer, accroissement des ressources de 
l'Allemagne, l.e coinmandement n'a pas non plus défendu le bassin 
<le Briey dont les minerais de fer. seuls, ont permis à lennemi de 
prolonger la guerre de deux ans. L'Etat-Major a méconnu l'impor- 
lance de Hriey ; son excuse, c'est qu'il n'était pas le seul à l'ignorer. 
<}m donc la connaissait, ou l'a fait connaître, avant la guerre ? C'est 
M. Engerand lui-même qui nous en a révélé l'importance, dans des 
<'tudes qui, au cours de la lutte, ont fait sensation. Ce livre-ci fera 
mieux ; il fera époque. 11 ne contient pas seulement des critiques du 
passé, très serrées, très rigoureuses, il renferme surtout des ensei- 
gnements pour les temps à venir. 11 est vital, pour l'existence même 
^lu pays, que l'on sache pourquoi Lille n'a pas été défendu ; ((ue l'on 
*>ncbe au.'^si combien, avant la guerre, on a découragé, disgracié, les 
hommes de valeur dans l'armée, mesurant chichement ou refusant 
l'avancement aux plus dignes : lisez l'histoire du colonel Grouard, du 
général Herment. On a le cœur douloureusement serré en entendant 
■<les soldats éminents pousser de véritables cris d'alarme, et ces cris 
:sonf couverts par les piaillements des politiciens ! Le livre de M. En- 
gerand. parmi ses autres mérites, en a un fort considérable : il 
montre nettement le tort immense que l'on a fait au pays avant 
août 1914, en décourageant tant d'excellents Français, tant d'espr'its 
.supérieurs, parce qu'ils ne montraient point patte rouge. On a ainsi 
diminué le rendement intellectuel ,du pays, compromis même son 
existence, sans profit pour per-sonne, mais à la plus grande joie des 
jalousies mesquines et féroces. 

Ce livre est d'une lecture amère, et salubre. comme la vérité. Je 
fais le vœiî, tout d'abord, que, dans le traité de paix, nos plénipoteir- 
liaires. et nos alliés, s'en inspirent pour le tracé de notre frontière. 
Je souhaite aussi que, à l'avenir, dans les discussions du Parlement 
sur l'armée, nul n'ose prendre la parole sans avoir lu, et compr-isL. 
l'œuvre de M. En?erarrd. M.vlrige Solriac. 



IKAlMuce à la Cerna, noies el impressions d'an officier de l'armée d'Orienl 
(oclobre l9(Jrj-aoùl 1916), par .Ikax Saisos. Paris. Plon-Nourrit. iu-l6 de 
li2o p. avec 2 cartes. — Prix : i fr. oO. 

Les éloges les plus courts sont, dit-on, les meilleurs et les plus sin- 



— iO — 

cèies, aussi, scrons-iious très bref. D'ailleurs, louvrage si remar- 
<îuable. par lequel le brillant oiricier qui se cache sous le pseudonyme 
de Jean Saison fait connaîtra au public ses notes et impressions à 
l'arniée d'Orient, d'cfclobrc 1915 à août 1916, ne peut pas se résumer : 
il se litet se relit. Naiv sans angoisse et sans que le cœur nesaig.ne, car 
il n'y a rien de doulouieux comme cette retraite de Serbie, pendant 
l'hiver iyi;)-l'J16. L'auteur était bien renseigné, il se trouvait sur 
place, savait voir et raconter ; les fautes ne lui échappaient pas, il les- 
signale donc et Dieu sait s'il en a été commis de ^lourdes, de cri- 
minelles, sur les bords du Vardar ! Que de tristesses dans tout 
cela, mais aussi, (pie de fierté, en lisan-t. à chaque page, combien nos 
troupes ont été braves, héroïques, endurantes ! Les soldats montrent 
vraiment au cours des retraites ce qu'ils valent, et, en Serbie, ils ont 
prouvé une fuis de plus qu'ils savaient être toujours les premiers com- 
battants du monde. 

Le souci de raconter les opéiations militaires, les marches et contre- 
marches, les combats et les manœuvres, n'empêche pas l'auteur de 
ces pages captivantes de voir et de regarder autour de lui, de noter 
les mœurs des populations, de s'enthousi-asmer devant un beau 
paysage, surtout si, par les herbes des champs et les oiseaux du ciel, 
il lui fait souvenir du sol de France, , de s'intéresser à tout ce qui 
l'environne, aux coutumes religieusjes, aux costuines, de décrire mi- 
nutieusement un détail qui l'a frappé la robed'un cheval par exemple. 
11 résulte de cet ensemble un volume -singulièremenl vivant et var^é 
qui fait du livre de Jean Saison un des meilleurs et des plus intéres- 
sants ouvragres de la guerre. J. C. T. 



Pour eu liiiir avec les sous-marins, [)0r l'amiral Dugouv. l*aris, 
l^iyol. 1918, in-15 de 302 p., avec 4 cartes. — Prix : 4 fr. 50. 

Grâce à Dieu, à nos marins et à nos soldats, nous en avons lini 
avec les sous-niarins ! Ce ne fut peut-être pas selon les n)éthodes 
préconisées ou prévues par l'amiral Degouy, mais le résultat n'en 
est pas moins accpiis. Nous les avons vus, ces pirates de la mer, 
entrer dans nos ports et dans ceux de l'Angleterre, le pavillon trico- 
colore ou celui de la marine britanni(iue flottant fièrement et gaie- 
ment au-dessus du pavillon allemand. C'est ainsi qu'autrefois, nos 
^aillants corsaires ramenaient leurs prises, mais, alors, les vaincus 
étaient souvent près de couler bas, ils portaient au moins de nobles 
blessures, tandis que, de nos jours, renucmi défait, à bout de souille,, 
se rend sans combattre ! Non, vraiment, cela n'est pas français et oik 
aurait attendu mieux de la nation dont l'avenir était sur mer, pré- 
tendait s(»n empereur. Mais, cette vision réconfortante et en même^ 
temps d(juloureuse, en un certain sens, pour un cœur de marin, nous 



— Il — 

a fait ppidrc Ho vue la fiernièrc œuvre de l'amiral Degouy qui vaut 
bien, cependant, qu'on s'y arrête et qu'on la lise. On y trouvera une 
étude approfondie, traitée un peu comme le bilan d'une société in- 
dustrielle, sur les moyens employés et leur prix de revient, puis sur 
les moyens à employer pour détruire les sous-marins et le yirix (fo 
revient de la mélhodc raliormelle ((ue propose l'auteur. La descrip- 
tion des moyens employés aura toujours un intérêt historique. Quant 
à lexposé des moyens à employer, il est séduisant, mais il y man- 
quera — espérons-le — la sanction de l'épreuve. Ces chapitres sont 
traités, il est inutile de le rappeler, avec la haute compétence que 
possède, à tant de titres, l'amiral Degouy. 

Le volume est heureusement complété par des études, dont quel- 
ques-unes ont déjà été lues, sur la phase finale de la guerre sous- 
marine, le transport submersible, l'organisation des convois, le siège 
liypothélique d'IIelgoland par les Anglais, le rôle de la njarine ita- 
lienne et de la marine alliée dans la Méditerranée, enfin, sur la côte 
mourmane. J. C. T. 



Le Premier « As » I*é<|Oud, par I^aul Bon.vefo.v. Pnrts, Berger- 
Levranit. 1918, in-12 dexui-li3 p.. avec 16 photographies hors texte. — 
l^rix : 3 fr. 50. 

L'aviateur Pégoud n'est comparable à aucun de ses émules de la 
guerre. 11 n'est pas au-dessus d'eux, mais il est avant eux. II est l'ini- 
tiateur, le maître, l'inventeur. Sans lui, les Guynemer, les Fonck et 
tant d'autres n'auraient pas été ce qu'ils furent. Pégoud est célèbre, 
dans le monde entier, pour avoir, le premier, tenté et réussi le loo- 
ping, et, ainsi qu'il a été dit, l'aviateur qui, le premier, osa faire le 
looping, a sa part posthume dans toutes nos victoires aériennes. Or, 
si Pégoud a voulu tracer dans les airs un cercle vertical complet, ce 
n'est pas par gloriole, par amour de la difficulté vaincue, mais bien 
pour montrer tout ce qu'on pouvait attendre des aéroplanes, tout ce 
qu'il était possible de leur demander, bref, pour donner confiance. 
C'est Pégoud qui a ainsi prouvé expérimentalement la nécessité de 
l'acrobatie aérienne et. sans cette acrobatie, la guerre dans les airg 
aurait été aytre et l'aviation n'aurait pas eu une part aussi grande 
dans la victoire. 

Il était donc juste que Pégoud trouvât un biographe. Celui-ci s'est 
acquitté excellemment de sa tâche, suivant successivement le célèbre 
aviateur dans sa carrière sportive, puis dans sa carrière militaire, à 
laquelle une balle allemande mit fin brusquement le 31 août 1915. 
L'auteur montre dans Pégoud, l'homme simple, droit, robuste, cou- 
rageux et tenace, persévérant et intrépide, bon garçon, aimé et estimé 
<iê tous. H déduit ensuite des pages qui précèdent l'exemple et les 



— 12 - 

leçons se dégageant d une existence qui fui courte mais bien remplie. 
Au cours de ces pages intéressantes et si vivantes, on ne peut regret- 
ter qu'une lacune : on aimerait connaître quelles fuient les croyances 
religieuses de Pégoud, que son biographe compare à Bayard sans peur 
et sans reproche. Les sentiments religieux pénètrent en général si 
profondément la mentalité de chacun de nous, ont une iiilluencc si 
dominante sur nos pensées et nos actions, que l'on ne saurait pré- 
tendre cotmaître un homme si l'on ignore dans quelles mesures les 
problèmes de l'au-delà lont préoccupé et quelles sont les solutions 
qui! leur a données. Or, Pégoud est une personnalité assez en vedette 
pour ({ue nous puissions désirer être renseignés sur ce point. 

.1. C. T. 



I/Kscadrîlle des Eperviers, imprei^nioiis t'éciies de (jnern' aérienne, par 
Chaklks Dei-acommum;. Paiis, IMoii iSourrii, 1918, iii-16 de ii-.ilO p. — 
Prix : 4 fr. 50. ' 

.Ainsi que l'exprime si bien Maurice Barrés dans une courte Préface, 
nous devons remercier le sergent aviateur Charles Delacommune de 
nous raconter clairement, gaiement, avec un charmant génie de lu- 
mière et de rapidité, la vie (hélas ! et la mort) des oiseaux de guerre. 
On ne saurait mieux dire et ces quelques lignes résument fort bien et 
complètement cet intéressant volume, au cours duquel l'auteur nous 
promène à Nancy, sur la Som/ne, en Champagne et à \ erdun. C'est 
une aimée fie guérie, de juillet l'JIti à août UH7, qui défile sous nos 
yeux. Pendant ces douze mois, l'auteur nous initie à l'existence des 
aviateurs dans les camps. 11 nous fait connaître la gaieté, parfois un 
peu bruyante, toujours spirituelle, qui y règne, gaieté qui semble for- 
cée et (|ui ICst parfois, en effet, car il faut non seulement se distraire, 
mais alls^i selforcer d'oublier les heures douloureuses où, le soir, on 
s'apeiroil qu'une place, à table, reste vide... Avec lui, l'auteur con- 
duit également le lecteur dans les airs, le faisant assister à des vols 
impressionnants, à des combats, à des victoires, à des chutes mor- 
telles. Tous ces épisodes sont écrits d'une plume alerte, facile, bien 
française et ce nouveau volume consacré à la gloire de l'aviation sou- 
tient facih'ment la comparaison avec les meilleures impressions 
\écues de gueire aéiiorine déjà publiées. J. C. T. 



'l'Iiomiis Itiirtiott en France. L'Anfilais l<»l «|u'il est, par Casion 
Hai.iot. l'aris, Hcrger-Levraull, 1918, in-t()do 03 p. — Prix : fr. HO. 

« Tliomas Barlletl, quand je l'ai rencontré, ne connaissait pas l'Ku- 
rope. à peine l'Angleterre, pas du tout la France, et ne soupçonnait 
rien de rAlIrmagne. » Quand il meurt, on défendant le sol fie Picar- 



— i:^ — 

(lie contre la ruée allernando do mars 1018. trois années de combats 
(•(Me à côte avec nous lui ont fait comprendre la nécessité, pour l'An- 
j^leterre, d aider à sauver la France. Le livre de M. Gaston Rageot 
nous montre précisément comment l'évolution s'est faite dans cet es- 
prit britannique. Livre comme il en faut de nos jours pour dévelop- 
per entre alliés la sympathie qui naît d'une meilleure connaissance 
rnuluelio. A. T. 

I)}«1 Carso al Piave, la ritirata délia 3' arinala nelle noie d'un combatlenle. 
da Makio Plccim. (/ l.ibri d'uijgi.) Firen/.e. R. Bemporad e figlio, 1918. 
in-i de 133 p., (ig. et pi. — Prix : i fr. 90. 

M. Mario Puccini a pris paît, en qualité d'ofllcier, k la retraite des 
troupes italiennes, lors de l'otrensive autrichienne qui. à l'automne 
de l^tT. a mis nos alliés d'au-delà les -\lpes dans nne si pénible et 
si périlleuse situation. Uetraile particulièrement douloureuse pour 
des corps d'armée qui, comme celui dont faisait partie M. Puccini, 
n'avaient pas été battus par l'ennemi et se voyaient obligés, par la 
défaillance inattendue d'autres troupes, de céder presque sans com- 
battre lin terrain conquis par eux au prix de tant d'efforts. 

Il se dégage une impression de poignante tristesse des pages dans 
lesquelles M. Puccini nous fait le récit de cette retraite ; il y a une 
émotion profonde dans le tableau de ces soldats, naguère si fiers, 
aujourd'hui harassés, abattus, découragés, prêts à se débander, de 
ces populations fuyant éperdues devant l'envahisseur, de ces paysans 
regardant avec une sorte de mépris ironique ces guerriers dont la 
retraite leur paraît une fuite, l'abandon sans combat des terres qu'ils 
délaissent une lâcheté. 

Mais aussi de ci de là rayonnent quelques traits d'espérance : la 
figure énergique et paternelle tout ensemble du général se détache 
dans une belle lumière, gage d'un prochain retour de fortune ; et le 
livre en effet ne se termine pas avant que la nomination de Diaz comme 
chef d'état-major général ait rendu aux troupes l'espérance, pas avant 
que la défense du Piave ait averti l'ennemi que la reculade était ter- 
minée, que l'armée italienne s'était ressaisie, que l'offensive allait 
reprendre pour ne plus cesser avant la débâcle définitive de l'Autriche. 

La censure a fait quelques coupures dans le livre de M. Puccini ; 
nous le regrettons ; mais ces mutilations n'empêchent pas son récit de 
nous faire vivre avec intensité la fièvre de ces journées tragiques. 

E,-G. Ledos. 

La Dalaiatie, l'Italie et l'L'nité yougoslave, par le comte Louis 
VoisoviTCH. Genève, Bàle et Lyon, Georg, 19t7. in-16 de cix-3S0 p. 

La Qaestion yougoslave, par Auguste Gauvain. Paris, Bossard, 1918, 
in-16 de 107 p., avec une carte. — Prix : 2 fr. 40. 



— 14 — 

Les Problèmes iialioiiaux «le rAutriclie-IIoii«jrie. Les Yougo- 
slaves, par FiiANo CviF.TiSA. Paris, IJossard. 191S. iii-lG de 148 p.. avec 
deux cartes. — Prix : 3 fr. 60. 

Yougoslavie et Autriche, par le comte Voi.Novir.rn. Paris. Bloud et 
(lay, iti-lC de 48 p. (Collection Payes actuelles). — Prix : fr. 00; 

l..e Monténégro, son passé et son avenir, par \\DnnA P»adovitch. 
I^aiis, Blond et (!ay. i!H8, in-lG de 48 p. (Collection Pages achicUes): — 
Prix : fr. 60. 

La Dalniiilie, par Ciusei'i-e Piu:zzoi.im ; traduit de l'italien par LjLbO 
Rauic. Paris, .\lcan, 1017, in-8 de ni-60 p. -^ Prix : 1 fr. 

La question yougoslave, demeurée trop longtemps dans le brouil- 
lard des à peu près, tend à se préciser à mesure que la marche des 
événements nous achemine vers la fin de la crise. L'union de tous les 
Slaves du sud, Serbes, Croa-tes et Slovènes paraît consommée depuis 
que l'écroulement de la monarchie habsbourgeoise a fait évanouir les 
obstacles qui longtemps avaient paru rendre le problème insoluble. 
Les trois peuples frères sont à la veille de n'en plus former qu'un. 

— En un temps qui paraît déjà lointain, puisqu'il s'agit de l'an 
dernier, M. le comte Voinovitch a consacré un gros volume à l'expoâé 
théorique de la question yougoslave. Dans la première partie, il en 
retrace les origines historiennes ; puis, dans quatre chapitres bourrés 
de faits et de chiffres, il développe longuement les revendications de 
ses compatriotes en s'appuyant non plus seulement sur l'histoire, 
mais sur des considérations d'ordre divers, géographiques, statis- 
tiques, économiques et linguistiques. Il examine les prétentions ita- 
liennes sur une partie du littoral daliiîale et s'efforce de prouver 
combien peu elles Sont fondées. 

— L'année 1918 a vu paraître deux études qui, pour être moins 
volumineuses, n'en apportent pas moins quelques précisions nouvelles 
dans l'exposé des faits et' des principes. Un journaliste français, 
M. Auguste Gauvain, met au service de la cause yougoslave son indiè- 
cutable compétence en matière de politique étrangère et un Slave du 
sud, M. Frano Gvietisa, reprend le même sujet en y ajoutant là 
flamme (le ses convictions patriotiques. Les'deux avocats savent être 
persuasifs, mais, depuis qu'ils ont écrit, un coin du voile qui cachait 
l'avenir s'est déchiré et une aurore s'est levée sur les Balkans, plus 

-radieuse encore que les [)lus optimistes ne l'avaient rèvéc. 

— Deux points noirs subsistent toutefois : l'un du côté du Monté- 
négro, l'autre dii côté de rilalie. M. Andriya Radovitch, ancien mi- 
nisti,c des affaires étrangères du Monténégro et actuellement président 
du comité de « l'Union nationale », démontre l'impossibilité pour 
l'Ktat njonlénégrin de vivre dans des conditions économitpics nor- 
males ; la pauvreté de. son sol cl. l'absence de . toute industrie le ren- 
daient tiibutairc des pays étrangers et, pour payer ses importations. 



— 15 — 

il avait dû établir des impôts écrasants; seuls, les subsides de la 
Russie lui avaieut permis de soutenir sou crédit. Or. le reuduvelle- 
ïuènt de ces subsides après la paix ne paraît à M. liadovitch ni pro- 
bable ni désirable. 11 conclut donc à la nécessité d'une réunion des 
Serbes du Monténégro à ceux de la' Grande Yougoslavie et l'altitude 
quelque peu suspecte de certains nicuibres de la famille princière a* 
contribué à désafîectionuer les Monténégrins de la dynastie des Nié- 
gosch. 

— Dans l'accord conclu, en 1915, entre l'Italie et les Alliés, il avait 
été stipulé qu'une partie de la Dalmatie et l'istrie seraient attribuées, 
après la victoire, au royaume d'Italie. G était un cadeau fait d'autant 
plus facilement qu'il était offert aux dépens du voisin. Les Yougo- 
slaves, qui, dans ces régions, forment presque partout l'énorme majo- 
rité de la population," se sont pourvus contre cette cession en se 
réclamant des principes énoncés par le président Wilson en faveuf 
du droit des peuples à disposer eux-mêmes de leur sort. M. Prez/o- 
lini est un journaliste florentin qui, dès 1915, alors que la fortune 
souriait à l'Italie, a eu le courage de signalera ses compatriotes le 
danger auquel ils s'exposaient en revendiciuant comme italiennes les 
côtes slaves de l'Adriatique. Les arguments qu'il présente n'ont rien 
de bien neuf, mais, faite par un Italien qui n'est pas le premier venu, 
la démonstration n'en est que plus concluante et la liardiesse avec 
laquelle M. Prezzolini se lance dans un plaidoyer qui n'est pas pro 
domo sua lui donne une vigueur et un coloris qui le rendent plus 
intéressant. Écrite en italien, cette brochure devait être aussitôt tra- 
duite eu français, mais des considérations d'ordre diplomatique eu 
ont retarde la mise en vente. 

— M. le comte Voinovitch a fait, en janvier 1918, au collège des 
.sciences sociales une excellente conférence qui paraît dans la collec- 
tion des Pages actuelles et qui, en résumant les parties les plus im- 
portantes de son savant ouvrage, mentionné plus haut, fera, par sa 
précision, une impression plus efficace sur les incompétents qui 
demandent à être instruits par un homme bien placé pour le faire 
avec autorité. P. Pisani. 



La Nouvelle Serbie, par Georges-Y. Devas. Paris. Berger-Levrault^ 
1918, in-8 de xiv-470 p., avec 6 cartes, dont 2 hors texte en couleurs. — 
Prix : 15 fr. 

Ce gros ouvrage est un monument élevé en l'honneur des peuples 
serbes et yougo-slaves,et, en même temps, l'exposé des raisons qui 
militent à leurs yeuxén faveur de leur réunion en un seul État. Dars 
son Introduction, l'auteur montre d'abord la distribution géogra* 
phique de ces- peuples et leur unité réelle, malgré la division qu'ils 



— 16 — 

subirent au moyen âge. Puis, une série de cliapilies nous font passer 
on revue l'histoire du peuple serbe et son émancipation progr^essivc 
jusqu'aux événements contemporains. La conclusion expose les ques- 
tions nationales qui étaient à l'ordre du jour quand le livre fut écrit, 
c'est-à-dire au commencement de 11)18. L'union en un seul État do 
tous les peuples yougo-slaves, accomplie grâce aux victoires de l'En- 
tente, donne satisfaction aux aspirations de la Serbie : la voilà payée 
de ses souffrances séculaires. 

Ce livre est intéressant par son abondante documentation. Mais 
nous reprocherons à cette documentation d'être unilatérale, si biert 
que. ])arfois, on croit lire un livre de propagande plutôt qu'un ouvrage 
historique. La question macédonienne notamment est bien plus 
complexe que ne 1 indique-M. Georges-Y. Devas. Les caractères ethno- 
grapliiques et linguistiques invoqués pour rattacher à la Serbie cer- 
taines parties de la « Macédoine vardarienne » sont assez indécis pour 
que les Bulgares puissent en faire valoir à leur profit d'équivalents, 
(^uant aux aspirations de la population elle-même, les armées alliées 
ont constaté, au cours de leur occupation de la Macédoine, que les 
habitants se disaient Turcs, Grecs ou Bulgares, surtout Macédoniens, 
mais jamais Serbes. D'ailleurs les nombreuses exécutions auxquelles 
les Serbes ont procédé contre eux indiquent bien qu'ils ne les 
regardaient pas comme des nationaux fidèles. 

La bibliographie est incomplète, parce qu'elle élimine les ouvrages 
à tendance bulgare. 

Signalons enfin la Lettre-dédicace, par laquelle l'auteur dédie son 
œuvre « à la France immortelle et généreuse » sous les auspices de 
M. Aristide Briand. L'énumération qu'il y fait de nos grands hommes 
est déconcertante : n'y met-il pas entre autres Renaudel, Cachin et 
Moutet, à côté de Denys Cochin ! Heureusement qu'il connaît mieux 
son pays que le nôtre. Sachons-lui gré néanmoins de l'affection et de 
l'admiration qu'il exprime pour la France. A. T. 



I.M Pairie serbe, par Madeleine de Benoit-Sigotbr. Paris, .Touve, s. d.. 
in-12 de io!) p. — Prix : 3 fr. 50. 

Ce livre, doht les chapitres ne sont pas numérotés, et qui n'a pas 
de table des matières, peut être divisé en trois parties, sans compter 
la préface (14 pages). De la page 15 à la page 5(5, revision sommaire 
de l'histoire de la Serbie jusqu'en 1912. De la page 56 à "la page i:^6. 
notes sur la géographie, les mœurs, les traditions serbes. De la page 
130 à la fin, récit de la participation de la Serbie aux guerres balka- 
niques de r.)l2 et 1'.H.3 et à la guerre européenne. Les deux parties 
«xlrênif's ne sont (jue des compilations ; le résumé des guerres bal- 
kaniques est fait d'après les livres de Barby et divers articles de /'//- 



— 47 — 

iuslralion et Hes Lectures pour tous. Le dernier chapitre : La Cruelle 
Albanie, donne un récit de la retraite de décembre 1915, dont l'hor- 
reiir atteignit tout ce que la guerre a vu de plus atroce dans le cours 
<les siècles. On lira avec plus d'intérêt tout ce qui concerne la vie 
intime du peuple serbe, ses légendes, ses tendances artistiques et 
littéraires. Lauteur parle avec complaisance des sentiments idéa-# 
listes et religieux des Serbes, de leur jeunesse de cœur, de leur mys- 
ticisme ; il trouve à l'âme serbe de grandes ressemblances avec l'âme 
provençale, « qui na pas encore accepté le scepticisme moderne. )> 
Dans cet ordre d'idées, son livre peut faire du bien à la cause serbe, 
-en attirant l'attention du public français sur certaines qualités de ce 
peuple, qui sont capables d'augmenter notre sympathie pour lui. 

A. T. 

Histoire des relations entre la France et les Itoumains, par N. 

JoRGA. Paris, Pavot. 1918, in-t6. xvi-282 p. — Prix : 4 fr. 
Le Mystère roumain et la Défection russe, par Charles Stiénon. 

Paris, Plon-Nourrit. 1918, in-lC de vii-340 p., avec 9 cartes. — Prix: 

4 fr. 50. 

— En rendant compte des Relations entre la France et les Houmains, 
-ce m'est un plaisir d'évoquer tout d'abord le temps déjà lointain — 
trente ans — où j'avais Jorga pour camarade à notre école des Hautes- 
Études sous les vieux lambris de l'antique Sorbonne. Depuis, Jorga 
est devenu un maître ; professeur à l'Université de Bucarest, membre 
de l'Académie roumaine et député de Jassy, son influence en^Kouma- 
nie est grande. Jamais, il n'a oublié ce qu'il devait à la France. 

11 avait commencé sa vie scientifique par l'histoire d'un chevalier 
picard familier avec l'Orient, Philippe de Mézières, qui écrivait sa 
Chevalerie de la Passion et préconisait une nouvelle croisade au len- 
demain de la catastrophe subie par les chrétiens à Nicopolis. Cin- 
quante ans après, en 1445, les troupes bourguignonnes de Valerand 
de Wavrin retournaient sur les bords du Danube pour combattre 
l'Islam aux côtés des fils de Valachie. 

Je ne passerai point en revue tous les Français qui nous ont appris 
^ connaître les descendants des colons latins établis en Dacie, ni les 
Roumains qui chez nous ont fait souche. Mais quelques-uns d'entre 
eux méritent une mention particulière. Une des meilleures descrip- 
tions des principautés roumaines est d'un attaclié de l'ambassade de 
France à Constantinople en 1780, l'abbé d'Haulerive : singulier abbé 
que ce jeune homme habillé à la turque, un chàle à la ceinture et une 
pelisse sur les épaules, qui se fixa en qualité de secrétaire du prince 
de Moldavie dans la ville de Jassy. En 1844, une autre publication, 
la Roumanie, popularisait à Paris la cause roumaine : elle était d'un 
littérateur nommé Vaillant, dont la femme avait dirigé en Valachie 
Janviek 1919. T. CXLV. 2. 



— 18 — 

un clablisssemenl d'cducalion pour jeunes filles. Puis vinrent Charles 
Doussaull, u celui qui connut le mieux la terre et la société de ccs^ 
pays, qui l'apprécia avpc le plus de sens artistique, qui l'aima avec 
le plus de sincérité », et Ubicini, l'ami de Quicherat, l'auteur dune- 
belle étude sur les ballades et les chants populaires de la Houmanie. 

Cependant qu'à l'école supérieure grecque, fondée par les princes 
phanariotes, les boïars apprenaient le français et que Delille trouvait 
un imitateur dans le boïar Constantin Conachi, Florian dans Geor<(es 
Asachi, Bernardin de Saint-Pierre dans Jean liii/nea... En 1834 à 
Berlin, paraissait en français une Histoire des Roaiiiains par Michel 
Kogalniceanu. Vingt ans plus tard, les Golesco, les Roselli deman- 
daient à combattre à nos côtés dans la guerre de Crimée. Leurs offres 
furent repoussées. Alais un. vif sentiment de sympathie se dessinait 
de plus en plus en Uoumanie pour la France qui était considérée 
comme une sœur. Les étudiants roumains se succédaient par milliers 
sur les bancs de nos Universités. A l'École des langues orientales, le 
regretté M. Emile Picot donnait un nouvel essor aux études rou- 
maines. — Mais il était un autre terrain où les descendants des Gaulois 
et des Daces allaient se retrouver côte à côte. La Grande Guerre, où 
les Roumains eurent des instructeurs français, allait faire des deux 
peuples des frères d'armes. En 1910, au moment de l'offensive fou- 
droyante des Russes en Galicic, la Roumanie sortait de la neutralité 
pour prendre rang aux côtés de l'Entente. 

— Si la Russie avait prêté d emblée son concours, au lieu de n'agir 
que dans dos conditions de volontaire inciricacité, les consécpiences 
en auraient été incalculables. Au lieu de perdre riniliati\c straté- 
gicpie fju'ils ne retrouveront plus jamais ici, les Alliés auraient enga- 
gé, dès septembre rJllj, des opérations décisives contre la Bulgarie. 
Cette initiative, Mackensen la leur enleva dans la Dobroudja aNCC 
l'appui (les Bulgares et des Turcs, et Falkenhayn en Transylvanie 
avec l'ajjpui des Autrichiens. Forcés de faire face sur ui\ front im- 
mense, n'ayant guère que de l'artillerie légère, 800 canoiis, 400 mi- 
trailleuses et point d'avions, les lioumains combattirent ilans l'ordre 
dispersé, en désespérés. 

H faut lire, dans l'ouvrage de M. Charles Stiénon, les admirables 
.exploits de ces braves, aidés à Silistrie et Constandza par une divi- 
sion serbe et un corps tchéco-slovaque qu'enfin rallièrent deux di- 
visions russes. \ llermannstadt, Falkenhayn, cherchant une revanche 
à son cuisant échec tievant Verdun, encercle le premier corps rou- 
main qui, tourné et enveloppé, se fraie héro'ïquement un passage 
pour rentrer en \alachie... avec des prisonniers. A l'ouest, le succès 
.semble se dessiner. Des troupes ennemies qui débouchent en Valachic 
du côté du \ ulkan, sont piises de liane et subissent la défaite de 



— 10 — 

Jiul. Les Houmains avaiicont au milieu tlurK' véritable nécropole. 
€'est une forêt de croix bavaroises poussées en lespace d'une semaine 
à la fin d'octobre 1916 (p. 13'7). Les cosaques du comte Keller arrivent : 
des aéroplanes anglo-français paraissent. Mais qu'est-ce devant les 
flots de l'invasion germano-austro-bulgaro-turque qi]i déferle du 
Danube et de la montagne vers Bucarest, u La supériorité nuniéri(iuP, 
matérielle et morale de Falkenhayn et de Mackensen sur l'armée 
roumaine est telle que. semble-t-il, nos alliés ne peuvent échapper » 
(p. 183). Un général français, le général Bertlielot et son état-major, 
— (( ceux que nous n oublierons jamais », écrit l'historien Jorga, — 
mettent leur expérience au service de nos alliés. Déjà, Presan a pris 
3.000 hommes, 30 canons ; il force Rosch à reculer, quand une masse 
de cavalerie prussienne fonce sur le train des équipages du général 
Socesc et jette la panique dans ses deux divisions qui se précipitent 
-vers la capitale : la bataille pour Bucarest est perdue (p. 2U0). Deu.x 
corps d'armée russes, à proximité immédiate du champ de bataille, 
ne sont point intervenus ! 

Et ici,, M. Stiénon, étudiant les causes et les modalités de la défec- 
tion russe, projette des clartés saisissantes sur le mystère roumain. 
Un document divulgué par l'étrange ministre des affaires étrangères 
qui sévit à Saint-Pétersbourg, par ïrotsky, et daté du 7/20 novembre 
1916. confirme bien les déductions de l'auteur que la Russie n'agis- 
sait point en franc allié. « Nous avons ordre, disaient les otficiers 
russes à leurs camarades roumains, de protéger votre retraite derrière 
le Sereth. mais non pol?it de nous battre contre les Allemands » 
(p. 232). Deux des meilleurs généraux russes, Lechitsky et Sakharof, 
vont cette fois coopérer à défendre ce qui reste de la Roumanie, la 
frontière moldave. Mais quand, en juillet 1917, les Roumains entre 
prennent l'offensive et commencent à enfoncer vers Focsani les trou- 
pes de Mackensen, une dépêche parvient au roi Ferdinand et au 
quartier général, u Les IV^ et Vl" armées russes ont reçu du gou- 
vernement provisoire l'ordre d'arrêter immédiatement toutes les 
opérations... Pour la seconde fois, la Roumanie était trahie » (p. :i!>Oj- 
Elle avait mis hors de combat 150.000 adversaires. Le froid, la faim 
et le typhus aidant, elle avait perdu deux fois plus de soldats et 
300.000 civils. Peu de pays avaient autant souffert pour la cause 
commune. Ch. de la Ro:yGiÈRE. 



La Paix de Bucarest (7 mai 1918), par D. Ia>c.ovici. Paris, Pavot, 

1918, in-i6 de 218 p. — Prix : 4 fr. 30. 

Si l'on avait jamais douté que la guerre voulue par les Allemands 
en 1914 était due à des motifs d'impérialisme économique, les traités 
qu'ils ont conclus avec la République russe des soviets, l'Ukraine, la 



— 20 — 

Finlande el la Roumanie, au printemps de 1918, sont là pour mettre 
<;e fait en pleine évidence. Rien de plus instructif à cet égard que la 
paix de Bucarest (7 mai 1918) : elle ne visait rien moins qu'à l'eutici' 
assujettissement économique de la Roumanie. 

Un mot d'abord des cessions territoriales. Non seulement, la Rou- 
manie restituait à la Bulgarie la partie de la Dobroudja qu'elle lui 
avait prise en 1913, mais elle cédait aux empires centraux le reste de 
la province, telle qu'elle avait été délimitée en 1878. L'intérêt de l'Al- 
lemagne dans cette cession était de s'approprier le grand port de 
Consianza, dont l'avenir est si important pour concurrencer Odessa 
comme point de transit entre l'Europe et l'Asie. 

L'Allemagne et l'Autriche-Hougrie s'obtenaient le contrôle de la 
navigation du Danube, en éliminantde la commission européenne le^ 
puissances non riveraines, ce qui assurait leur prédominance. Elles 
obtenaient en outre, pour la navigation, les mêmes droits que ceux 
<lont jouissaient les Roumains. D'ailleurs, pour tout ce qui concernait 
les transports, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie obtenaient le traite- 
ment de la nation la plus favorisée. Un Allemand et un Autrichien 
étaient délégués auprès de la direction générale des chemins de fer 
roumains, pour en assurer l'exploitation dans le sens le plus conforme 
aux intérêts de l'Allemagne et de r.\ulriche-Hongrie. Les empires 
centraux acquéraient même des droits sur le territoire roumain, par 
la concession à bail des chantiers de constructions navales de Turnu- 
Séverin et de Giurgevo. Une convention spéciale mettait entre leurs 
mains, non seulement la production du sol roumain, mais encore 
le sol lui-même, par la facilité qu'obtenaient les sociétés commer- 
ciales, industrielles ou financières allemandes de prendre à bail des 
biens immobiliers et d'exercer tout commerce ou entreprise de trans- 
port. — L'Allemagne prenait aussi en main l'exploitation du pétrole. 
En un mot, elle se substituait en Roumanie à toutes les entreprises 
nationales. Tout en maintenant à sa \ictime les apparences d'un 
État indépendant, elle lui supprimait toutes les possibilités de vie, si 
bien que M. .Take Jonesco a pu dire que la Roumanie se trouvait ainsi 
« africanisée. » Ne parlons pas des indemnités indirectes que ce mal- 
heureux pays devait payera ses vainqueurs sous des formes diverses. 

L'armistice du 11 novembre a abrogé le traité de Bucarest. Mais au 
moment où vont se discuter les conditions do la paix, nous ne sau- 
rions lro[) étudier colles (|ue les Allemands avaient aitjsi im|K)séos à 
la Roiiinaiiie, pour nous en inspirer nous-mêmes dans les clauses 
écononii(pios que nous leur dicterons. C'est pour(juoi le livre do 
M. I). lancovici vient à son heure. Nous y trouvons, présenté sous 
une loruic claire et vivante, tout ce cju'il faut savoir sur la manière 
dont l'ennemi enteiulait ce qu'il osait appeler une « paix do concilia- 



— 21 - 

lion. » Molfoiis la leçon ;"i [>rr)IU pour les n'paratioii!» ol los ^'aranlics 
que nous dovons exiger de lui. Le Traité de Uucarcsl est un des meil- 
leurs et des plus opportuns parmi les ouvrages de la BihiioLhcque poll- 
Uque et économique, qui en a déjà donné de si utiles, apportant ainsi 
une contribiilioij essentielle à l'œuvre de notre reconstitution écono- 
mitpie. A. T. 

Tiitta la {luevra,, anlologia (lel popolo ilaliano sul fronie e nel paese, da 
. (iitJSEPPE PHEzzoL(Nt. Fircnzc, R. Bcmporad e figlio, 1918, in-lQ de xv- 
3S7 p. — Prix : 4 fr. 50. 

Nous ne chicanerons pas M. Prezzolini sur le titre un peu ambi- 
tieux et trop compréhensif qn il a donné à ce volume, nous le félici- 
Icrons au contraire de la pensée qu'il a heureusement réalisée de nous 
présenter un recueil de quelques-unes des pages les plus belles et les 
]j1us suggestives écrites sur la guerre italienne ; que le recueil eût 
pu être augmenté, que le choix eût pu porter sur tel ou tel morceau 
que l'on ne retrouve pas ici, qui s'en étonnerait ? En Italie, comme 
on France, la guerre a suscité toute une littérature, qu'il n est pas 
toujours aisé de se procurer et dans laquelle non plus un choix qui 
s'impose n'est pas toujours facile à faire. Celui de M. Prezzolini est 
bon et offre bien la représentation de l'âme et de l'esprit du soldat et 
du peuple d'Italie pendant la guerre. Bulletins et communiqués de 
l'état-major. lettres, journaux de guerre, testaments de soldats, poé- 
sies et chansons militaires, observations faites sur les blessés et dans 
les hôpitaux, inscriptions funéraires, actes diplomatiques, discours 
<l' hommes politiques, écrits de correspondants de guerre, d'histo- 
riens, de savants, ont fourni à M. Prezzolini une abondante moisson 
<ic pages gaies ou tristes, souvent émouvantes, toujours instructives. 
Toutes les classes sociales et tous les états intellectuels délîlent ici 
devant nous, mêlés comme ils l'ont été dans la tranchée et sur la 
ligne de feu. Il y a des âmes simples et naïves, il y a des écrivains de 
métier, quelques-uns célèbres comme d'Annunzio, il y a des jeunes 
qui visent à la littérature et qui, jusque dans leur testament, font les 
pompeux et les grandiloquents. 

Sur chacun des auteurs qui entrent dans ce recueil, M. Prezzolini 
nous fournit, soit de sa main soit d'ailleurs, quelques lignes de pré- 
.sentation et d'appréciation, qui elles aussi ajoutent à l'intérêt et à la 
valeur de son livre. 

Nous voudrions indiquer quelques-unes des pages qui nous ont le 
plus frappé, mais comment faire un choix dans ce choix ? Signalons 
du moins de Piero Jahier le curieux portrait du soldat alpin Luigi 
.Somacal « crétin de naissance et manœuvre jusqu'au jour de la 
levée » et qui trouve moyen de devenir un bon soldat ; — les pages 



•)0 



de (jiielfo Civitiiiii sur les faolassins, si caiacléiisliquesde l'admirable 
état, d'esprit de certaines recrues illettrées : — les observations de 
M"" Evelina Ririaldi, institutrice, sur les lectures des soldats dans un 
hôpital de la Croix-Rouge. E.-G. Licnos. 



Vers rF-yypte peiulant la yuerro, par h'..\y IIeumanovits. Paris, So- 
cit'-lé frariçiùso diinpriinorie ot de librairie. 11)18, in-18 de 212 p. — Prix : 
•S fr. .oO. 

Traverser les mers, pendant la guerre, q\iand on n'est ni marin ni 
soldat, mais sim[)le civil, est une affaire trimportance. 11 faut tout 
d'abord se livrer à des démarches longues et désagiéables, faire 
signer de multiples papiers, puis, une fois à bord, se soumettre à 
mille exigences, à de minutieuses nécessités : ne pas allumer la 
moindre cigarette sur le pont ; vivre, malgré la chaleur, les Iniblots 
hermétiquement clos, après le coucher du soleil ; ne pas se séparer 
de sa ceinture de sauvetage ; répondre jour et nuit à des appels, à 
des exercices d'évacuation ; à chaque relâche, se prêter à des interro- 
gatoires, à des inquisitions, à des fouilles parfois indiscrètes. Enfin, 
la vie à bord est dominée par la crainte constante de voir un sous-ma- 
rin surgir brusquement, parcelle, plus grande encore, d'être frappé par 
une torpille que nul n'a aperçue, ou, ce qui est plus terrible, car l'avarie 
est alors plus grave, par la peur de heurter une mine qui se balance 
«ntre deux eaux. Tout cela crée à bord une atmosphère spéciale, an- 
goissée, se traduisant par des regards anxieux, des gestes brusques, 
des conversations décousues, soudain interrompues, dans lesquelles 
on sent, au fond, que la même pensée domine, bien que souvent 
inexprimée : celle du sous-marin. 

C'est tout cela que l'auteur de « Vers l'Egypte pendant la guerre » 
a lente de faire connaître au lecteur. A-t-il réussi "? On n'ose l'affir- 
mer. A côté de détails intéressants, mais clairsemés, on trouve en 
effet dans ces pages de longues tirades insipides, des réflexions dépla- 
cées et déplaisantes, des traits d'esprit qui portent à faux, bref, de mul- 
tiples hors d'oeuvre, des remplissages inutiles ipii n'ont d'autre but, 
en apparence, que de permettre d'imprimer un volume, là où un 
xahier serait suîTisant. Espérons qu'un autre voyageur sera plus 
habile, car le sujet mérite d'être bien traité. Il serait regrettable que 
celte page anccdotique de la Grande (ùierre ne fut pas écrite et bien 
■fkrite. j. C. T. 

.I,..a LiilV*ratiir4> <l<* ()iiori-«*. rrcneil inrlhoiiiqiie cl criliqne des publica- 
lioits (If Intii/ue française (aaiU titl/4-aoùl l'.UG), par Jean Vie. T. H. Paris, 
Pa.Yol. PJbS. in-iti, paginé 373-810 et 1 feuillet d'errata. — Prix : 8 fr. 

La s.'.iHide partie du travail de M. .lean Vie confirme pleinement 



— 23 — 

"la bonne iniprossioii que iioiis avait laissée la première : c'csl bien h\ 
non point une simple liste d'ouvrages, plus ou moins indigeste et 
dont raulcur n'a d autre souci que de paraître aussi complet (jue pos- 
sible, de ne rien oublier, si insignifiant fùt-il, mais un répertoire cri- 
tique, un véritable guide, dont l'auteur s'est efforcé de signaler tout 
ce (jui, à sa connaissance, a quelque valeur, omettant et négligeant 
très volontairement des livres ou brochures qui ne font qu'encom- 
brer la littérature de guerre. Peut-être en épluchant son travail pour- 
rait-on signaler quelque lacune, regretter l'absence de quelque 
ouvrage intéressant ; l'important c'est que son recueil offre un 
ensemble remarquable, et que le lecteur peut se fier à son choix 
dressé d'une façon objective et critique et, d'une manière générale, 
à ses jugements. Nous disons : « d'une manière générale », parce 
que nous devons formuler quelques réserves, notamment en ce qui 
concerne Benoît XV : M. Vie semble partager les sentiments de ceux 
qui ont jugé son altitude, en la déformant, d'une manière peu con- 
forme à la stricte justice. 

Dans ce second volume on trouvera les chapitres V à X de la 
seconde partie (V. La Guerre en Russie ; VI. La Guerre en Italie ; VII. 
La Guerre dans les Balkans et en Orient ; VIII. Les Campagnes colo- 
niales ; la guerre sur nier ; la guerre aérienne ; IX. L'Angleterre et la 
guerre ; X. L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie en guerre, avec un 
supplément : L'Alsace-Lorraine pendant la guerre) ; un appendice à 
la 2" partie : Les États neutres et la guerre (Suisse, Hollande, Pays 
Scandinaves, Espagne, Amérique latine, États-Unis de l'Amériq-ue du 
nord, Saint-Siège) ; la troisième partie : Les Conséquences de la 
guerre (I. Conséquences présentes ; II. Conditions de la paix ; III. 
L'Avenir), à laquelle M. Vie a joint un appendice qui semblait plutôt 
devoir être traité isolément : Ouvrages d'imagination. 

Une table méthodique des matières et deux index alphabétiques 
(l'un des auteurs, l'autre des matières) ajoutent, malgré quelques 
lacunes peu importantes, à l'utilité pratique de cet excellent réper- 
toire, que, nous l'espérons bien. M. Vie et la librairie Pavot auront à 
cœur de compléter par un guide analogue pour la littérature parue 
depuis 1016 jusqu'à la paix prochaine. Répétons aussi que nous sou- 
haiterions un travail semblable pour la littérature de langue étian- 
^ère. E.-G. Ledos. 

ï^'Arbitrato pontificio. da Marixo Canclim, con prefazione del marchese 
FiLippo Chispolti. Como, scuola tipograficaCasa Divina Provvidenza, 1917, 
gr. in-8 de 399 p — Prix : 4 fr. oO." 

j Nous avons parlé en son temps (t. CXL, p. 84-83) d'un ouvrage du 
>même auteur sur le Pape dans la guerre et pour la paix. L'étude con- 



— 24 — 

sidcrable qti'il uous offre aujourd'hui sur l'arbitrage pontifical a pour 
objet de nous montrer l'utilité, la nécessité plutôt de cet arbitrage 
comnne le moyen le plus etricace de maintenir la paix, de faire valoir 
l'avantage singulier, au point de vue de cette institution, que pré- 
sente la Papauté d'être le seul pouvoir désintéressé, planant au-dessus, 
des ambitions et des appétits nationaux, aspirant par ses origines et 
par principe à instituer la paix dans le monde, de réfuter les objec- 
tions, de dissiper les méfiances, d'éclaircir les malentendus qui 
peuvent s'opposer à cette solution. Toute autre espèce d'arbitrage, 
déclare M. Crispolti dans sa Préface, est une institution impossible 
ou superflue. 

M. Canclini expose donc les raisons qui ont fait échouer jusqu'ici 
toutes les tentatives, si généreuses fussent-elles, d'empêcher laguerre ; 
montre dans l'arbitrage la meilleure solution et dans le Pape le plus 
qualifié des arbitres. 11 rappelle le rôle de la Papauté au moyen âge. 
les causes qui ont battu en brèche l'autorité des Pontifes et détruit- 
l'unité de la chrétienté, les raisons d'espérer un retour vers cette unité. 
11 groupe les témoignages concordants d'auteurs catholiques et hété- 
rodoxes en faveur de l'arbitrage pontifical. Une grosse partie de son 
livre est consacrée à étudier, à discuter, à réfuter les objections qui se 
dressent contre ce rôle pacificateur de la sain te Église romaine. 11 montre 
notamment combien sont mal fondées et injustes les méfiances des- 
gouvernements ; met en garde contre l'hostilité des sectes et surtojil de- 
la raaçoimorie ; insiste sur la nt-cessité du désarmement, qu'il estime 
difficile peut-être, mais non impossible et nécessaire ; rappelle aux 
catlioliques le devoir qui leur incombe de préparer un avenir de paix 
et n'oublie pas de leur insinuer les motifs qu'ils ont d'espérer dans, 
la réussite. E.-G. Ledos. 



Les Kuf s de guerre de la Providence, par Antonin Eïmieu. Paris,. 
Penin. 1918, iu-10 de vi-236 p. — Prix : 3 fr. 50. 

« Dieu lient école en Europe, disait Joseph de Maistre pendant la 
Hévolution. 11 tient en ce moment école dans le monde. » Tel est le 
point de vue élevé d'où se place le 11. P. Antonin Eymieu, l'auteur 
déjà de deux beaux ouvrages qui ont obtenu un large succès : Le 
(iouvernenient de soi-même et la Providence et la Guerre. L'auteur 
s'attache, dans son nouveau volume, à démontrer que les terribles 
réalités de la guerre ont rendu manifeste le néant ou la fausseté de 
(juelques-unes des superstitions les plus révérées de la civilisation 
( onlemporaine. Qu'il s'agisse du scientisme, de l'argent, du progrès, 
(lu tliiettantisnift, de l'égalitarisme. du laïcisine : une expérience tra- 
gique atteste la fragilité de l'idole, la faillite de ses promesses men- 
teuses, la nécessité iriéme de la fouler aux pieds pour répondre aux. 



\ — 25 - 

exigences du péril public comme aux enseignements de la nature de 
l'homme et de la nature des choses. Que celui qui a des yeux pour 
voir, des oreilles pour entendre, une intelligence pour rélléchir sache 
réprouver les faux dogmes et- revenir loyalement à la vérité qui 
délivre. Ainsi nous aurons discerné, pour notre salut, « les buts de 
guerre de la Providence. » Que la leçon ne demeure pas désormais' 
inféconde, conclut l'éminent religieux, observateur si pénétrant des 
tares de la société moderne. « Profitons-en [de la leçon] .issez pour 
que cette éducation soit finie et que nous ne soyons pas condamnés à 
retomber sous leur férule [celle de nos idoles elles-mêmes], dont les 
coups risqueraient de se faire encore plus durs. » Noble enseigne- 
ment d'un viai moraliste ciuétien. Yvts dm. la Bkièbe. 



Pour ceux qui pleureut. Imprécisions et pensées de yuerre, par 

PiEURE .\guét\nt. Paris, Ploii->ourril. i!MS, i(i-I6 de 13ti p. — Prix : 
4 fr. 50. 

Dans ce joli polit volume, d'impression soignée, sont recueillis des 
réflexions qui s'adressent plus particulièrement aux mères, aux 
fiancées, aux veuves héroïques et dolentes, des traits qui notent une 
journée de mobilisation, une heure de guerre, un épisode émouvant, 
et des prières telles qu'en disent les enfants apeurés, les pères com- 
battants, les mères inquiètes. « La valeur des peuples est en fonction 
de la qualité de leurs morts ». y lisons^nous entre autres, et cette 
I)ensée révèle la qualité de l'iUne qui s'exprime ici. Les autres sont 
apparentées à celle-là. et elles plairont de uiême à ceux qui estiment, 
comme M"" de Sévigné. que « lien n'est bon,que d'avoir une belle et 
bonne âme. » Ch. Landry. 



— M. F. Lebeit contimie la série de ses intéressantes monographies 
sur l'Invasion dans le nord de Seine-et-Marne 191'i (Meaux, Lepillef. 
1918, in-8 de 53 et 28 p., avec fig. et planches). H nous donne aujour- 
d'hui : Trilport, Montceaux, Gerniigny et Elrépilly. A Trilport. les 
populations belges arriverjt le 30 août. « De village en village, elles 
allaient dans l'inconnu, vers le sud. Leurs chariots, chargés de débris 
de leurs ménages, grinçaient lugubrement sur les routes... » Puis 
c'est l'arrivée des uhlans, à Trilport. dans 1;\ matinée du 4 sep- 
tembre, le dévouement du maire de la commune. M. .\ugue. qui, à 
force d'énergie, réussit à préserver en grande partie les biens de ses 
administrés, malgré le pillage éhonté des Allemands et à sauver la 
vie de quatre Français prisonniers, parmi lesquels M. Dhuicque. 
adjoint d'Etrépilly. Grâce à M. ?iugue. le désastre fut moins grand 
à Trilport qu'à Montceaux, Gerniigny et Elrépilly. Germigny, encore 



— 2() — 

lonl lompli tic rilliistn; souvenir de Bossnet, a été particulièrement 
éprouvé. A Elrépilly, qui lait le sujet de la seconde brochure de 
M. Lebert. nous vivons, grâce à lui, l'héroïque et inutile charge des 
zouaves snr\ivaiits du 2« régiment de marche, et la mort superbe du 
colonel Dnbiijadoux, qui les commandait, criblé de blessures et résis- 
tant jusqu'à son dernier soupir. 

— Le succès de la Cloche Roland, dont les éditions se sont succédé 
rapidement en Danemark portant partout la flétrissure infligée par 
Johannes Jorgensen aux crimes des Allemands en Belgique, a irrité 
contre l'illustre écrivain danois ses compatriotes germanophiles : un 
collaborateur du Politiken, M. Anker Kirkeby. l'a pris notamment à 
partie en termes aigres et injurieux, dans un feuilleton intitulé : L^ne 
bonne cause et son maucais sercUeiir. Sans s'airèter aux simples 
insultes, M. .btrgensen n'a pas cru devoir laisser passer les accusations 
de mauvaise foi et de falsification, cl il a publié la Réponse du mau- 
vais serrilenr (Traduction du danois par Jactpies de Coussange. Paris, 
Blond et (iay, 1918, in-16 de 83 p.). cpii est péremptoire et qui laisse 
mal en point le pauvre M. Rirkeby. Pourquoi M. de Coussange s'obs- 
tine-l-il à écrire : convalncl (p. 57, 05) ? 

— C'est un travail très intéressant et bien au courant des faits sur 
lesquels il s'appuie que l'opuscule de M. Charles Dapremont sur 
les Déceptions de l' Allemagne, qui forme le n° 15 de la « Petite Biblio- 
thèque de la guerre » et où l'auteur étudie en premier lieu : /. Les 
Déceptions militaires et politiques (Paris, Attinger, s. d., in-12 de 
4'8 p. Prix : i fr. 50) en réservant pour un opuscule ultérieur les 
« décej)tions économiques et morales. » Si l'heureuse issue de la 
Crande Guerre donne uiî aspect un peu arriéré à quelques-unes des in- 
ilicalions de l'auteur, elle justifie pleinement son opinion générale. Le 
Ir.-ivail. dans son ensemble, n'en est point démodé cl demeure fort 
utile. 

— La (picslion de la Syrie et de la Palestine est une de celles ({ui 
préoccupent le plus justement tous les patriotes soucieux de l'ave- 
nir (le la France : il y a là une véritable question dintérèl national ; 
la connaissance dos accords conclus en 101 G avec la Crande-Bretagne 
<'t (jui, méconuiiissant nos droits histi)riques, ne faisaient à nos légi- 

' limes revendications (prune j>ait amoindrie, avait justement ému 
les personnels éclairées sur ces matières. La nouvelle que ces accords 
n'étaient pas délinitifs, qu'ils sont sujets à revision et tpie la ques- 
tion sera reprise diuis toute son ampleur aux négociations de paix, 
;i été [)()ur elles un \éri table soulagement. Mais il est urgent de don- 
ner ré\eil à l'opinion publi(pie en Kjance et de créer dans cette opi- 
nion un ctiui.inl assez loit pour appuyer cl pousîjer au Ijcsoin nos 
liomiiHs (l'i;i,ii. \ ce liiic iKius recommandons bien sp('?cialemcnt 



<<lciix pnlits Iracls publiés par le hmcaii callicjUcpie tle presse et qui 
•s'adressent à tous ceux qui, par la plume, soiil en mesure d agir sur 
île public : Une grave Oueslion d'inlércl nalioiud. France et Syrie 
:(Paris, impr. de F. Dumoulin, in-4 de '.\ p., avec une carie), qui 
montre précisément le danger pour la France des accords de lOUj ; 
— et ine grave Oueslion d'intérêt religieux : le statut religieux de la 
Palestine (Ibid., in-4 de 4 p.), dans lequel est attirée l'atlenlion sur le 
danger sioniste. 

- Dans Comment faire la Société des nations '} de la race à la natio- 
.tionalité (Édition de la Bévue contemporaine. Paris, 53, boulevard du 
Montparnasse, 1018, in-8 de 27 p ), un Polonais. M. Mioczyslaw (Jen- 
;yusz. s'efîorce de préciser le sens du mot nation : « LKtat natio- 
nal implique l'expansion de l'individualité et son sacrifice volontaire 
■et désintéressé au profit du bien général. » Inconnu à l'antiquité, il 
n'a été rendu possible que par le cbristianisme. La guerre présente 
est un (( conflit entre races et nations »> ; et dans la Société des nations 
<5ui ne pourra s'établir qu'après qu'on aura défini les devoirs comme 
les droits des nations, l'on ne saurait faire place actuellement à des 
« individualités collectives » telles que l'Allemagne, tant quelles ne 
«e seront pas transformées en nations, pas plus qu'on n'accorde « les 

«droits de l'homme et du citoyen... k des mineurs à des criminels 

■et à des individus atteints d'insanité morale et intellectuelle. » 

Livres ROSES fouR la. jeunesse. — Les 2i petits volumes formant la 
\0^ série des Livres roses pour la jeunesse (Guerre de I9l't-I9l8, 
publiés par la librairie Larousse dans le format in-12, viennent de 
noiis être remis. Réunis dans un joli étui en carton, ces fascicules 
•représentent, en apparence, un gros volume (Prix : 6 fr. ; fr-, 20 
l'unité). Chaque fascicule, de 32 p., abondamment illustré, renferme 
«n récit dramatique, héroïque, où toujours des enfanjs jouent leur 
rôle : c'est assez dire que l'ensemble plaira beaucoup aux petits. 
Voici les titres de ces 24 nouveaux venus dans la collection qui compte 
aujourd'hui 240 n"" : une petite bibliothèque : N" 217. Hors des serres 
de l'Aigle (l'Alsace et la Lorraine), par le capitaine L. (14 grav.). . — 
iS" 2r^. Guynemer, par l'aspirant Georges Thomas (\2 grav.). — N" 
-210. Le Serment des trois Hindous, par M. Henri Pellier (I I grav.). — 
N" 220. Les Exploits d'une petite Roumaine, réc'tt de la guerre des Ccr- 
pal/ies, par M. Charles Guyon (12 grav.). — N'^ 221. Perdu dans Neir 
York, par M. II. -Pierre Linel (12 grav.). — N'^ 222. Aventures dedeux 
petits Français en Hongrie, par M. Charles Guyon (1 1 grav.). N° 223. 
La Jeune Infirmière, par M. Henri Pellier (12 grav.). - N' 224.. Le Ca- 
pitaine du a Lanvéoc », par le capitaine de vaisseau Poidlou€ (12 grav.). 
— >'° 223. Le Petit Écolier de Reims, d'après te journal de l'édfileDiibail, 
par M"" Jeanne Benita Aza'is (11 grav.). — N" 22(i. La Tirelire mer- 



— 28 — 

veilleuse, \nii M. M. -Pierre Linel (12 grav.). — \" 2i'i. Le. Vaillant 
petit Napolitain, scènes de la guerre sur les Alpes, par M. Cliaric* 
Gnyon (11 grav.). — N" 228. Le Petit Prisonnier, par M. Louis Dorey 
rl2grav.). — N" 221). L'Ami du grand blessé, par M. Henri l*ellier 
il2g-rav.). — N" 230. Les Petits Émigrés belges en France, par M. 
(îérard Ilarry (10 grav.). — N" 231. L'Invention du docteur Bonibilius,^ 
par M. If. -Pierre Linel (12 grav.). - N° 232. Les Héros de la forets 
il' ArUenne, par M. Charles Guyon (12 grav.). — N° 233. Les Petits: 
Uohinsons, par M. Georges Desroches (12 grav.). — N" 234. L'Attaquer 
de Xeebruggc, par M. Henri Pellier (10 grav.). — N" 23?i. Vers les: 
rires du Congo, épisode colonial, par M. Charles Guyon (il grav.). — 
\" 236. Le Vaillant petit Américain, par M. Louis Dorey (12 grav.). 
— .N" 237. Les Deux Alertes. Dans une cave de Paris, par M. H. -Pierre: 
Linel (10 grav.). — N' 238. Deux Petits Alliés chez les Turcs, par 
M. (Charles Guyon (12 grav.). — ?J'^ 239. Les Malheurs de Potiron,. 
j)iècc en un acte, par M. Henri Pellier (14 grav.). — N" 240. Nol'l (/<: 
•juerre, par M. Pierre Hellin (12 grav.). Viscnot. 



ROi\lA^S, COMES ET NOUVELLES 

ÎIcMvNS SCR i.A f.LEKRE. — I. Ilisloirc dc Golloit Coiinixloo. suivie Je l'Ottblirc, par 
(^.vMii.i.B Maïu\?;. Paris, Plon-Nourrit, lUlS, in-16 de 282 p., 4 fr. — 2. I.'.iin- de-, 
lu iHctoirc, par Jkas Nesmï. Pari», GrasKek, 1918, in-18 de 2-57 [)., 3 fr. 30 — :{. 
l'.hnntul Duuiioy, par Isabki.le Sasdï. Paris, Pion Nourrit, 1017, in l(i d(^ vi-27:5 p., 
:( fr. 50. — 4. Alteniund d'Amérique, par \. dk Vii.i.îole. Pari», Perriii. I!J18, iiilfi^ 
lie ;tO(> p.. -5 t'r. ,■)(). — 5. I.e Mariage de Llson. par A.moise Rediek. l'aris;, PayoU. 
11)18, in-i(i de 24:< p., 4 Ir. — 6. Sa Veuw. par Jean Voliî. l'aris, l'crriii, I'.)I8. 
in-Ki, de 28:i p., 3 t'r. 50. — 7. La Mort du .soldat, par Emile-Fhasçois Jui.ia. Paris.. 
l'iTriii, I'.)18, in 16 de 2.")8 p.. 'i fr. 50. — 8. (Jasurs t'rançaL's. conscieitrcs anglutses, 
pur J. IlKNot.AKi). Paris, l'erriii, 1918, in-IG de 277 |i., ;t fr. 50. — ft. La Forêt Ira- 
<ji<iue., par .Ai.iiiiur (jaukm.\e. Paris, Plon-Nourril, 11J18. iii-16 de 374 [>., 4 fr. — 10^ 
Itluel d'Alsace, par Ja.n'b diî Cakuikuiis. Paris, Jouve, 1918, iii-16 de 355 p., 3 fr. 50. 

- - II. Le houblc lîxil d'au solitaire, par Guiki-ki'; u'Evol. l'aris, Jouve, lOIS, in-12,- 
de 270 p., 4 fr. — 12. L'liiip'rien:£ Amour, par .1. Uei.oume-Jli.ks Si.vion. Paris, 
l'errin, 1918. iii-Hi de 243 p., 3 fr. 50. — 13. Ficricndra t il '.'. par Jkan.Ms 15koi^*- 
s vN-CjAUHEiir. Paris, (Irès, l'JI7, iu-Ki de 302 p., 4 fr. — 14. La Tndesquite, p;ir 
1'. Rdouahi» ix: MtMEuv. l'arit*. Jouve. 1017, iii 10 de 317 p., 3 fr. 50. 

HoMANs nivKns. — 15. iS'tUm'gUi, par I'aci. Boi;Kr.Kr. l'aris. Ploii-Mourrit, HMS. in-ltW 
de 3'(3 p., 4 fr. 50. — 1(5. Le Lac noir, par Hem<y Iîori>i:aux. Paris, K. de Boeoaiil, 
iii-l(j de 311 p., 3 fr. 50. — 17. Fauqueboi^, par Pu:uhk ÏSo'iuomb. Paris. Plou 
Nourrit. 19IS, iii-KJ de :iO0 p.. 4 fr. 50. — 18. Entre dewr. rive.i. par PAur. .Xckeu 
Paris, Plon-Nourril, 1017. iii l() de 200 p., 3 fr. 50. - 1U. Le Hêve ri lu Vie. par 
Jkan Mour.AN. Paris, Plon-Nourrit. 1017, in-lO de 298 p., 4 fr. -- 20. in Caruclèn- 
dr Française, par Juan nii i.a IJni^TE. Paris, Plon-Nourrit, 1017, in 115 de 3i:{ p^ 
3 fr. ïti). —21 Plein Été, par Hi>irii Waiitho.'s. l'aris, Plou-.\oiirrit, 1018. iii-KW 
do 32ti p., 4 fr. - 22. L' F.chiqnier, par la couile.>se nii Chaubiu n. Paris, C.rès, 
l'.)I.S, iii-lt) de 3U0 p., 3 Ir. 50. — 23. Les Fantaisies du destin, par Ko(;aiii> Hi.osni'. 
l'arift, Jouve, 1018, iu-lii de 202 p., 3 fr. 50. — 24. Glèbe gasconne. [)ar Ktiknmc 
iiAWiiv. Paris, Joiire, 1017. in-10 de 107 p., 3 fr. 50. ~ 25. La liellf t'nfant. oif 
I' intunr à M an.t, par KuuhiiE MoMrrouT. Paris, Hayard, iiilO de 28! p., 3 fr. 50. 

— 2'i... FI C', par Jh*M Hiciiaho lii.ocu. Paris, u Nouvelle Revue fr(iu(,;ais<' », 



— 21> — 

I'.)l7, in 10 <lo 36:5 p.. 3 fr. 50. _ 27. Les Enfant.'i du (jhetto, par Ishaki, Za>«;hii.i. ; 
traduction Irançaise fie Piehuk Mille. Paris, Grès, lîJl", iii-10 de 36:3 p.. 3 fr. ")0. 
— 28. Rcni'c. par A>uitÉ Baruch. Paris,' .lonvc. lUIS, in 12 de 3ir) p., 4 fr. — 2'.(. 
1,'Hntnmi' fort, par Paul Ilc; ; traduit par Jcles Hr<j<:heh. Paris, Payol, 1917. 
in-l(i de 310 p., 3 fr. 30. 

Contes i:t nouvei-lfs sun la gukriie. — 30. Les Ixtiip.", par lJii\.i\MiN Valloton. 
Paris, Payot, 1918, in-IG de 223 p.. 4 fr. 50. — 31. C'est lu guerre ! par le lient' 
m" S.-J.-L. HE Kaiiusi Paris, Jouve, 1918, in-lC de 217 p., 3 fr. 50. — 32. Les 
Silcnees diieolonel lirumble, par André Maurois. Paris, Grasset, l!)1S. in-i6 de 2o() p., 
3 fr. ")(!. — 33. KLn Contes et lUnuc rêves, par Lonsu Kaijre-Fa vieil Paris. Fif^niére, 
1918. iuHi de 215 p.. 3 fr. 50. — 34. Trois Histoires nincédnnieniies. par Je\n il. 
Prat. Paris. Figuière, 1918, in-12 de 83 p., 2 fr. — 35. L'Indiscret de Parante, par 
le D' IIauuy Marceau. Paris. Jouve, 1918. in-12 de 109 p., 2 fr. 5U. 

Contes et nouvelles divehs. — 30. Enfantine, par Valéry Lariîai;i>. Paris, « Nouvelle 
Hevuc française », 1918, polit in 8 de 225 p , 3 fr. 50. — 37. La lionne Madeleine 
et la pauvre Marie. Quatre Histoires de pauvre amour, par Charles-Louis Philippe. 
Paris, « Nouvelle Revue française ». 1917, in-16 de 222 p.. 3 fr 50. — 38. Monstres 
'•moisis, par .André Salmon. Paris, (( Nouvelle Revue française », 1918. in-l(> de 
246 p., 3 fr. 50. 

Romans slk la gueuue. — 1. — Le mérite de Gollon Co/iiiixloo cl <le 
l'Oitbliée, par M. Camille Mayran, coiisi.sle dans la force de l'expres- 
sion, émanant d'un profond talent d'analyse. Qu'il y ait certaines 
réserves à formuler, cela n'empêche point qu'un tel livre n'évoque 
avec puissance et haut relief deux histoires douloureuses, poignantes, 
où la vie abonde : çlmte, soumission, désolation, voilà l'histoire de 
Cotton, en ce décor triste de guerre, dans la Belgique meurtrie. 
Hapalriement d'une fiancée exemplairement fidèle, qui ne retrouve 
au pays que l'oubli de celui qu'elle attendait toujours, au point (pi'ello 
se dévouera maternellement à quelque pauvre enfant (|ui l'aime, pour 
tromper lamerlume de son àme et faire quand même œuvre de 
vie : c'est l'Ouhitée. Si l'on se souvient que le pseudonyme de l'auteur 
s'apparente doublement à Taine, on appréciera la valeur d'une telle 
parenté, l'on ne manquera pas de reconnaître sous une plume, dit-on, 
féminine, les dons robustes, le talent d'aquafortiste littéraire du 
maître dont l'art est ici évoqué. 

2. — C'est déjà presque un maître que M. Jean Nesmy. La couleur 
et la limpidité rivalisent dans son style vif et imagé : l'intention 
morale y est toujours manifeste, avec une discrétion (\m n exclut 
pas la vigueur. L'Ame de la victoire c'est l'essor d'une àme ; d'abord 
modeste, imprégné d'humble vie quotidienne, il se hausse peu à peu. 
il s'élance et les sacrifices, requis par la guerre, entraînent le vol 
assuré de l'àme courageuse veis les horizons de la plus haute morale, 
dont la luniièie pure doit baigner toute vie. Hélas î comme beaucoup, 
le héros du livre succombe à la blessure de guerre, mais son âme et 
son exemple vivent à jamais. 

3. — 11 y a pourtant des survivants de la mêlée qui voudraient ne 
plus vivre, ou, du moins, qui n'espèrent plus rien delà vie. Elle leur 
avait été souriante, cependant, comme à ce Jean Verlet que Chantai 



— 30 — 

Daiinoy avait su conqnéiir. Ils sont liancés ; fiançailles de guerre^ 
trislQS et vaillaiitos. d'une joie grave dans la plénitude de l'espoir. 
Mais Jean X'erlet finit par être gravement blessé ; sa vue est compro- 
mise. Qu'espérer du bonheur attendu ? Mieux vaut désabuser la 
fiancée, toujours fidèle jusqu'à l'héioïsme, jusqu'à la fin. Où 
l'amour seul de la fiancée échouera, la collaboration dune visite au 
paysage histoiique delà « Marne » aura finalement raison de l'obscur 
désenchantement du glorieux pessimiste, et il acceptera la vie, 
l'amour, l'espoir mesuré, la réalisation d^iii noble rêve. On conçoit 
que M. Le GolTic ait goûté la valeur de ce roman. 11 témoigne, eii 
effet, d'un sentiment très fort. L'auteur s'y révèle une cérébrale. 
D'une intelligence aigui'. elle fouille les replis de ce sentiment, qu'elle 
excelle à sit'KM- en (h\s i^aysages variés et vivants : l'Ariège, Toulouse, 
Paris, la Marne, Oserail-on signaler à ce conteur expert quelques- 
longueurs dans le récit et, parfois, un art ([(^ la composition qui peut 
sembler un peu hésitant ? La lecture de ce roman confiiniera tout 
lecteur, justement conquis j)ar l'intérêt d'une belle trame, dans la 
pensée qu'a\ec j)Ius d'assouplissement dans l'art, une note quelque- 
fois liioins tendue et d'une intimité plus pure dans le sentiment, 
M""" Isabelle Sandy, iie tardera pas sans doute à nous df)nner une 
œuvre pleinement réalisatrice des rares piomesses que celle-ci con- 
tient et tient jircsque déjà. 

4. — \jn homnie auquel il n'en coûtait pas de s'adapter aux circons- 
tances, fût-ce lourdement et délibérément, c'est l' Allemand d'Ainè- 
ri(]ue, Marshall, lichement établi au Nouveau Monde, marié à une 
Française que les nécessités de l'existence exilèrent de son l)ays. La 
guerre survient. Ils ne se comprennent pas, et Marshall, à l'ordinaire 
généreux mais absolu, maïupie pleinement de délicatesse, voire do 
justice, nuiis avec tant d'assurance, à roccasion des épreuves de la 
France aux premiers temps des hoslililcs. iVllemand avant tout, il en 
arrive à Iruipier tles lettres d'un frère de sa femme, ollicier français, 
pour leur faire témoigner, dans la presse boche, de l'extième lassitude 
(le la résistance française. A ce coup, la femme veut fuir, mais Mai- 
>\\;\\\ a toujours été excellent pour elle et ce procédé n'est, aux yeux 
du mari, (|ue métier de bon Allemand. Ils ne se comprennent plus. 
Klle luirait. M;iis il veut sauver l'existence de celle qu'il jilaint ; (piant 
à ell(\ voici (pie l'entrée en guerre des Étals-Unis lui trace un devoir 
singulier auprès de cet Allemand d'Améri(pie, enfin démasqué, mais, 
à présent, malheureux et malade. En lui rendant ses bons procédés 
d'autrefois, elle aura conscience de ne j)oint s'avilir mais de s'accpiit- 
ler humblement, le cœur brisé mais fidèle, du plus poignant devoir. 
Ce livre est donc le sujet d'une très complexe analyse ; elle est traitéfr 
avec aisance et connaissance de la situation, cadre et fond. M. de Vil- 



— 31 — 

lèle n'a poiiil (''cril là une œuvre banale, et c'est beaucoup, parce Iciiips 
de littérulurc de guerre, où n'abonde pas la variété de l'inspiration. 

5. — 11 faut cependant faire exception pour une autre œuvre 
encore, et c'est /<• Mariage de Lison, — « à l'usage des comballanls et 
des jeunes filles sans dot. » Le titre est d'une grâce un peu cavalière 
et le sous-litre, d'une combinaison inattendue. M. Antoine Hedier a^ 
tout de même fait, là, quelque cbose comme une bonne action. Je 
crois qu'il ne s'en défend point et même qu'il l'espère. Mais peut- 
èlre a t-il mieux réussi qu'il ne l'espérait. Je veuv bien que son livre 
ne soit pas pour les fillettes. 11 est salubre, en tout cas. de voir, • 
d'observer, d'admirer un courageux devant la vie, dont l'entrain réllé- 
chi va finir par émouvoir les embourgeoisés dont les yeux s'ouvrent. 
Kéclamer de courir le risque de quelque gène en se mariant selon son 
cœur, son co3ur raisonnable du reste, est un peu plus élégant et beau- 
coup plus vrai (jue de courir, les veux bandés, tous les autres risques, 
sauf celui d'un peu de gène possible, parce qu'on aura songé à l'ar- 
gent avant tout. Dire cela nettement, mais avec humour, d'cm ton 
qui n'a pas l'air de se prendre au sérieux, mais qui n'ignore pas le 
sérieux de la \ie et où est sa racine, c'est le fait de M. Hedier, et de ce 
fait nous le complimentons. L'actualité veut que paysage et milieu 
soient le plus souvent militaires ; le récit n'y gagne qu'en relief. 

6. — De ce relief une femme n'a cure, .S'a Veuve, la veuve d'une 
victime de la guerre, qui a failli épouser quelque fade u embusqué. » 
Une amie l'en sauve. Dans cette œuvre de M. Jean Yole, il y a de la 
verve, un peu de charge, une alerte ironie. 

7. — F'ius prenant que tous les autres, dans la littérature de guerre, 
sera l'accent de vérité. C'est lui que nous percevons, énergiipie. mais, 
avec cela, exceptionnellement mesuré, dans la Mort du soldat, de 
M, E.-F. Julia. Voici, bien, du vécu ; on le sent, et les combattants 
qui ont lu ce livre témoignent qu'il dit vrai. C'est un éloge simple, 
qui a son poids. 

8. — Plus complexe est le cas évoqué par M. J. Hénouard dans 
Cœurs français, consciences anglaises. Un Anglais, mari d'une 
Française, éprouve d'abord un sentiment quelque peu platonique à 
l'égard de larmée française ; mais il en vient, afin de correspondre au 
souhait de sa femme, à s'engager dans l'armée anglaise pour défendre 
la cause des .Alliés. Plus de banalité que de profondeur en cet ouvrage 
aux louables intentions. 

9. — La guerre est vue de loin, dans la Foret tragique, de M. Al- 
bert Garenne, chef de bataillon d'infanterie coloniale, du moins la 
guerre d'Europe, mais c'est la guerre encore, et tragique, elle aussi, 
et pour la France, dans ces régions du Pacifique dont ce « récit authen- 
tique » nous conte les péripéties. 



— 32 — 

\0_ — Avec Btuel ft Alsace, par M'"* Jane de Carrières, nous retrou- 
vons un nom de province cher à nos cœurs et des paysages plus 
proches. C'est ici toute une correspondance échangée de 1880 à 1917, 
où s'évoque le récit des grandes émotions, variées, du problème l'ranco- 
alsacien. heureusement résolu aujourd'hui dans l'honneur de la 
victoire. 

11. — Nous revenons aux pays lointains avec le Double Exil d'an 
solitaire, par M. GuifFre d'Evol. Un officier colonial qu'une l)lessurc 
retient au centre de l'Afrique et prive du périlleux honneur du Front, 
s'en console bien singulièrement dans l'existence voluptueuse, inutile 
cl désenchantée d'un prince exotique. 

12. — C'est d'une autre manière que M. J. Delorme-.Iules Simon 
comprend l'Impérieux Amour de la patrie. Une jeune fille se 
livre à des hésitations sentimentales entre un fiancé que le devoir 
retient à l'arrière et un soupirant que le devoir maintient au Front. 
Le style est quelconque ; les intentions valent mieux. 

13. — M"" Jeanne Broussan-Gaubert pose, par son litre, la question 
importante pour chacun et pour tous : Reviendra-t-il ? C'est bien un 
rescaj^é du péril qui apparaît heureusement vers la fin du livre, mais 
ce sont d'abord des scènes d'une crudité relevant de 1 école de Médan. 
On se demande ce que l'art peut éprouver d'intérêt à se commettre 
en pareil milieu et si même c'est un art, d'exprimer des visions d'une 
atroce laideur morale, sans parler des autres ? 

14. — La Tudesquile y va plus rondement, mais M. P. Edouard de 
Ménieux ne se pique pas de solennité. Sa plume cavalière /chevauche 
en divers sens ; c'est sa manière à lui de ridiculiser la manie funeste 
qui poussait trop, avant la guerre, à prendre au sérieux le prestige 
allemand. 

UoMANs DivKRs. — lo. — La liautc jouissaiice intcllcctuelle <j u'ou 
éprouve toujours à lire un nouveau roman de M. Paul Bourgel se 
trouve, en un sens, infirmée dès que vous incombe le redoutable 
office d'expliquer la portée de l'œuvre à un public justement difficile, 
[..'hésitation du commentateur s'avère plus embarrassante (juand il 
s'agit de Nétncsis. C'est, en effet, un roman ([ui ne ressemble pas à 
ceux auxquels nous accoutumait la manière du maître psychologue, 
<lont l'art s'incline de préférence vers les drames intérieurs. ÎVon 
point ((u'il dédaigne l(> cadre, dans la ciselure duquel il excelle, mais 
il préfère le labli'au. Or, ici, le cadre atteint d'immenses proportions 
et le tableau, lui-même, accuse un relief et un coloris d'une viva- 
cité inaccoutumée sous son pinceau. Tout l'art déployé en cette 
• iMJvre, art de profondeur et art d'effet, n'ôtc pas de l'esprit la «pies- 
tion un [)eu libre si elle était sérieuse : est-ce luie gageure ? Je me 
hàl<' (le iir(\|)li(|uer. Ouc le maître des études les plus fouillées 



- 33 - 

fiur lame et sur le cœur de l'homme el de la femme ait voulu 
écrire une histoire dont les traits, les détails, la mise eu scène, les 
caricatures autant que les portraits font songer à Dumas père, 
relèvent, pour les procédés sinon pour le style et l'art qui sauvent 
tout, du grand roman-feuilleton, voilà qui déconcerte. Et, pourtant, 
on n a pas le loisir d'être sans (in déconcerté, parce que l'action est si, 
prenante et les peintures si poussées qu'on reconnaît encore et tou- 
jours le maître, consciencieux et puissant, là où on craignait qu'il se 
fut mué. pour sa distraction et la nôtie. eu fantaisiste, jouant avec 
son art. Mais ne diiait-on pas vraiment, tout de même, que M. Bour- 
get a voulu montrer (pi'il lui était aisé d'aijoider un genre qui n'était 
pas le sien, sans renoncer à être lui-même et que la souplesse de son 
talent })eut dominer n'importe quel sujet, du moment qu'il en em- 
brasse les perspectives complexes dans le champ de sa vision aiguë ? 
— Autre gageure, si Ion ose encore s'exprimer ainsi : l'érudition 
abonde en ces pages ; elle y abonde presque démesurément ; mais 
elle y est traitée par un spécialiste et, comme l'artiste n'abdiqua ja- 
mais, il se trouve que le lecteur n'éprouve aucune lassitude ni aucune 
gêne à la rencontrer dans une liction. \ ce propos, la haute probité 
de M. Bourget n'a pas manqué de rendre à M. Pératé l'hommage du 
à son concours, et cette précision est intéressante à retenir sous la 
j)lume du romancier dont la célébrité n'a jamais pu obscurcir la plus 
noble loyauté professionnelle. On est heureux aussi de lire la dédi- 
cace du volume, offerte à M. Louis Bertrand, et l'on veut comprendre 
toute l'actuelle portée d'un geste, aussi énergique et aussi délicat. 
Après cela, faut-il raconter l'aventure? De tels romans sont supposés 
lus ou à lire. Relevons néanmoins la beauté du rôle complexe de l'of- 
ficier français, autour duquel évoluent les fantasmagories de l'art 
italien, de l'aristocratie européenne, et du nihilisme moscovite. La 
î;cène, vers la fin, où il recule, animé d'un sentiment de fierté et mû 
par le réveil de sa plus haute conscience chrétienne, devant la femme 
vis-à-vis de laquelle so!i attitude a été si différente autrefois, est une 
scène qui n'atteint pas seulement au sublime de l'art mais à la splen- 
<leur de la pensée qui gouverne l'acte humain frémissant de vie. Une 
troisième difficulté, abordée par M. Bourget en cette œuvre singu- 
lière, fut celle de travailler au service laborieux de la plus haute 
morale sans se priver des ressources inattendues et périlleuses de la 
peinture la plus accentuée. Que l'art y ait toujours gagné, c'est pos- 
sible, mais parfois peut être un peu discutable ; que cette morale 
elle-même, qu'il s'agissait de servie, ne l'ait pas été par des moyens 
dont l'harmonie avec le but est quelquefois loin d'être manifeste, 
c'est ce qui, trop souvent, dans cette œuvie fort différente des autres 
à ce point de vue là aussi, ressort trop clairement de certains passa- 
Janvier 1919. T. CXLV. 3. 



— 34 — 

ges et de certaines descriptions. On juge bien que nous ne prétendons 
nidlcment reslroindro, par l'expression de celte réserve, la lijjerlé 
nécessaire du grand lomancier, d'ailleurs supérieurement conscien- 
cieux. Mais, si libre que soit le champ de son action évocatrico, ne 
se doit-elle pas de reconnaître qu'elle peut avoir, au moins pour limi- 
te, et en fin de compte, ce que nous appellerons d'un. mot cjui ne 
sera incompris de personne et surtout, le croyons-nous, du maître 
lui-même, sa fonction éducatrice ? C'est parce qu'à l'ordinaire et 
parfois ici même, M. Bourget s'est appliqué à résoudre le difficile 
problème d'être un moraliste et un romancier et aussi parfaitement 
l'un que l'autre, qu'en terminant ces quelques lignes d'hommage 
à son nouveau roman, nous avons eu l'audace de nous permettre, 
en l'admirant, d'y signalcr'quelques hésitations dans l'action mora- 
lisatrice, dont nous ne méconnaissons pas, au reste, les diiricullés et 
les mérites, la valeur surtout et la portée. 

16. — C'est un autre maître du loman que nous letrouvotis avec 
M. Henry Bordeaux que ses importantes fonctions militaires n'ont 
pu empêcher de rester et de continuer à être, par de nouvelles œuvres, 
le grand écrivain, goûlé de l'élite française, orientée par son goût 
aussi charmant qu'élevé, vers les sommets de l'art bienfaisant à 
l'àme, à la race, au pays. Il ne s'agit, cette fois, que d'une réédition 
(( définitive » du Lac noir, ce petit chef-d'œuvre,' et on regielle le 
qualificatif dès qu'on l'a écrit, ce petit chef-d'œuvre d'esprit et de 
narration entraînante, qui prouve à quel point l'on peut, avec un art 
vrai, intéresser le public à autre chose qu'aux banales aventures, 
constituant le fond de la plupart des romans. 

17. — La banalité n'est point le fait du roman de M. Pierre No- 
Ihomb : Faiiquebois. Ce nom de lieu est.glorieusement douloureux et 
.sacré, depuis la guerre II n'est auparavant que la rustique appella- 
tion d'une charmante résidence de la paisible et prospère Belgique. 
Là se déroule élégamment une histoire bien contée où les replis du 
cœur trouvent leur i n te rprè te. FatK/Ufèo /s est une œu\re qu'on lit 
avec charme, im charme souriant, un peu grave et distingué. Son au- 
teur est poète, on le sent vite ; homme du monde, et du meilleur, ou 
réprouve jusqu'au bout.' Peut-être un jieu plus de force <lans le senli- 

• ment et dans sa noblesse eut-il élevé davantage encore re\])iession 
morale dont ce livre témoigne et accru la douce influence (pii émane 
de lui. 

\t*>. — (l'est une (euvre où il y a aussi des notations cuiieuses et dé- 
licales. dont nous sommes redevables au talent, hélas! posthume, de 
Paul ,\cker." Glorieuse victime- de la Grande Guerre,' il nous a laissé 
iin ronlan qui s'achève en esquisse. Sa mort nous a ravi si tôt celui 
qui aurait pu être un maître de demain. Entre deux rives, pénible 



— :}5 — 

lîisloiro. et pourlniit si allôgremenl narrée, d'une siliialion rlcllcalo, 
émouvarile et laiissse, illiislranl. fùl-ce avec des tableaux un pou sca- 
breux, la nécessilc de l'ordre et de la soumission consentie à sa loi. 
Un savant, qui méritait mieux, voit sa femme sombrer dans la folie 
-et n'en p.» mourir. Il a le tort de s'éprendre d'une autre femme, d'en 
faire comme la sienne. Un enfani leur naît. Il n'en avait pas eu do 
l'autre. Mais celte autre guérit (>t la remplaçante se sacrifie, laissant 
à son f)én' l'enfant qu'elle lui a donné... On voit combien émou- 
vante ot la trame de ce récit, la morale qui s'en dégage, mais sans 
que les d/lails du livre soient toujours d'une moralité exemplaire, il 
s'en finit de beaucoup. 

lu. - Ainsi vont le Hère et la Vie : joli titre du roman peu banal 
de M. Jean Morgan. Une jeune provinciale, n'écoutant que son cœur, 
s'éprend d'un peintre médiocre et, en somme, d'un caractère peu 
«levé. Elfe est malheureuse, à fond, et reste digne. 11 le faut d'autant 
plus quelle a résisté autrefois à son entourage, fort terre à terre, pour 
épouser le peintre aimé dont elle a fini par devenir veuve. Heureuse- 
ment un second mariage sera pour elle une bienfaisante revanche ; 
«lie y trouvera fortune et bonheur. Est-ce à dire que l'idéal est le pot 
au feu .5 Si le livre voulait, raôjne indirectement, prouver cela, il 
prouverait trop. Bien choisir, oui, mais cingler au large. Et la dignité 
dans répreuve vaudrait mieux, enfin, que le tout repos dans la pla- 
titude. 

20. — Cet engourdissement ne conviendrait pas du tout à iin'Ca- 
racU'i'c de Française. Dans le roman que M. Jean de la Brète intitule 
ainsi nous retrouvons l'esprit, le sourire, la séduisante élévation qu'un 
public, toujours plus nombreux, goûte aux ouvrages du célèbre au- 
teur. M"' de Kerdivo, nature aussi noble que généreuse, met tout en 
oeuvre pour retrouver un frère disparu dans des circonstances roma- 
nesques. Elle y parvient à travers les plus variés épisodes, mais la 
trame fort mouvementée du récit ne lui ôte rien de sou aisance toute 
française et de son intérêt entraînant. 

21. — 11 faut changer d'allure avec Plein Eté, par M"" Edith Whar- 
ton, autant vaudrait dire de climat. Ce volume compact, et qui nous 
déconcerte un peu en nous transportant en plein milieu américain, 
narre l'aventure d'une pauvre jeune femme à laquelle ne réussit point 
l'indépendance qu'elle a cru devoir prendre vis-à-vis d'un Lon protec- 
teur et tuteur vers lequel elle est tout heureuse de revenir et chez qui 
elle trouve enfin le refuge et l'apaisement. 

--■ — C'est, au contraire, l'Amérique en France; ou du moins 
quelques amateurs américains du Paris où l'on s'amuse, que nous 
rencontrons dans l'Échiquier de M"" la comtesse de Chambrun. Dia- 
logues de cafés-concert et autres lieux moins relevés. Voilà ce que 



— 36 — 

nous trouvons sous une plume délibérément boulevardière. Il serait 
au moins fâcheux que nos amis d'Amérique ne trouvassent pas autro 
chose en France, en fait de modèle et d'exemple, que ceux dont la sil- 
houette se profile ici. 

23. — 'Falote est la silhouette du singulier désemparé que nous pré- 
sente M. Edgard Blosde dans les Fantaisies du destin. D'ennuyeuses 
expériences finissent par enrichir celle de son personnage et lui donner 
même de l'esprit, sans lui départir jusqu'au bout en partage la jus- 
tesse d'appréciation. 

24. — On voudrait ne pas manquer de cette justesse pour apprécier 
exactement Glèbe gasconne de M. Etienne Garry. Il a dû lire, l'admi- 
rable Pouvillon et s'en souvenir, mais l'imitation est difficile et le 
risque de glisser dans quelque vulgarité n'est peut-être pas chimé- 
rique en la description familière et un peu crue du paysgaronnais. 

25. — En fait de crudité, M. Eugène Montfort se met à l'aise,, 
et n'y mettrait guère un lecteur sérieux, avec la Belle Enfant, our 
L'Amour à UO ans. 

26. — Une aisance du même genre règne aussi bien dans le ro- 
man :... Et C'^, de M. Jean-Richard Bloch. Mais, ici, la matière du^ 
récit est plus ample ; elle est même compacte ; l'affabulation est 
abondante et le style travaillé. 

27. — Non moins copieux est le volume de M. Israël Zangwill : 
_Les Enfants du ghetto. 11 nous initie, à sa manière, aux mœur.s par- 
ticulières et compliquées d'un judaïsme teinté de germanisme. La 
traduction de M. Pierre Mille paraît fort bonne et ne doit pas nuire à 
l'intérêt du récit. 

28. — Du féminisme, du sentiment, de l'amour libre et tout ce qui 
se peut broder autour, c'est ce que nous apercevons en de multiples- 
pages, peu éclairées par la typographie, dans Renée, de M. André 
Baruch. 

29. — Terminons par le titre plus imposant de l' Homme fort, dcr 
M. Paul 11g. Gela doit se passer en Suisse, où un officier pro-allemand 
se déclasse, sans succès comme sans bonheur. La manière forte pour 
aboutir et s'imposer ne réussit pas longtemps. 

Co>i'rt:s ET NOLVELLES suu LA GUEKKE. — 30. — M. Bonjauiiu Vallot- 
ton a un style énergique et il en est maître. Du réalisme, mais, eit 
somme, du bon. Un épisode émouvant de l'occupation allemande, un 
aïitre, émouvant par lui-même, où elle n'est pas étrangère, un troi- 
sième relatant le congrès des animaux sauvages (on comprend l'allé- 
gorie), tels sont peut-être les fragments les plus impressionnants de^ 
ce recueil assez tragique et qui a nom : Les Loups. 

31. — M. le lieutenant marquis de Farusi nous conle: C'est la 
guerre, et ce lui est une occasion de peindre sans apprêts, autant 



.< 



— 37 — 

<lire sans façon, de multiples aspects de la vie niililaiic dont tous ne 
«ont pas d'un goût achevé. 

32. — Nuance de milieu avec les Silences du colonel Brarnhle, de 
M. André Maurois ; on passe chez les Britanniques. Ce colonel fleg- 
matique écoute, non sans humour et avec indulgence, raisonner ou 

-déraisonner autour de lui, officiers anglais et gens des villag<fs 
traversés. 

33. — 11 nous arrive de ne pas quitter les pays éprouvés en feuille- 
tant les Six Contes et deux rêves, de M""' Louise Faure-Favier. On y 
trouve même un épisode qui a de la noblesse, mais le recueil est 
malheureusement hospitalier à des libertés sans mesure dans les 
moins honnêtes descriptions 

34. — Ce genre de liberté ne serait peut-être pas pour effrayer tout 
à fait l'auteur de Trois Histoires macédoniennes, M. Jean-H. Pral. 
Mais il faut, en plus et surtout, reconnaître chez lui de la vigueur et 
le sens du récit. On ne lit pas sans intérêt plusieurs de ces pages 
<^vocatrices d'une région lointaine où notre guerre s'est aussi déroulée. 

35. — C'est sur une jolie plage française que l'Indiscret de Paramé, 
dont M. le D' Harry Marceau tient la plume, observe les manigances, 
h l'ordinaire peu édifiantes, des oisifs et surtout des oisives, parasites 
du paysage recherché. On y parle de la guerre. On y va. On en 
revient, l.e flirt ou le mariage provoquent des commentaires plutôt 
iestes ou désabusés, avec des grains de parfait bon sens, quelquefois, 
-à travers tout. Et puis cela est écrit. M^is pour quoi dire ? 

Contes et nouvelles divers. — 36. — M. Valéry Larbaud, en des 
Enfantines assez observées, — mais de quel point de vue ! — nous 
fait, à sa façon, la psychologie de petits milieux montés en graine, qui 
auraient plutôt besoin de quelques bons conseils. 

37. — Quant à M. Charles- Louis Philippe, — avec la Bonne Madeleine 
et la pauvre Marie. Quatre Histoires de pauvre amour, — 11 nous fait 
assister sans gêne aux moins élégants déshabillés et il promène son 
lecteur dans le monde que l'on devine, avec une complaisance qui 
révèle l'oubli du plus élémentaire sens moral. 

38. — Autant et plus faut-il écrire au sujet des Monstres choisis de 
M. André Salomon. Le titre est suffisamment expressif. Le texte 
ne manque pas de tenir, et bien au-delà, s'il se peut, la promesse 
du titre. 

Les éditions de ces trois derniers volumes sont fort soignées et pré- 
sentées avec recherche. Malheureusement ces trois livres sont carac- 
térisés, non seulement par l'absence du souci moral, mais par l'ob- 
session du souci contraire. On le regrette d'autant plus, à l'heure des 
reconstructions françaises. Louis ïhébon de Montaugé. 



— 38 — 

THÉOLOGIE 

Le Sons du chi-isliaiiisme d'après l'exégèse allemande, par le- 

I'. M.-.I. LAfjRANGE. Paris. Lecofl'rc, Gabalda, IWIS, in-12 de xx-337 p. — 
l'rix : 4 fr. 

Les dix leçons (|ui composent ce volume ont été données à l'Inslitut 
calholique de Paris à la fin de 1917 et au commencement de 1918. 
Elles ont pour objet, non pas l'essence du christianisme, c'est-à-dire 
nnc sorte de résidu de doctrines à garder, mais le sens du christia- 
nisme, c'est-à-dire l'origine, les conceptions primitives de la leligion 
chrétienne et l'idée qu'en ont eue ses premiers adhérents, le tout 
d'après l'exégèse allemande non catholique depuis Luther. La pre- 
mière expose les bonnes conditions dans lescjuelles l'Eglise catliolique 
d'aujourd'hui se trouve pour bien comprendre le sens du christia- 
nisme primitif. Assistée du Saint-Esprit pour cela, elle estdans l'état 
d'esprit qui convient, puisqu'elle est profondément imbue du surna- 
turel dans lequel tout le Nouveau Testament est conçu ; sa méthode 
sappuie sur la tradition qu'elle conserve et continue et sur l'ensemble 
des éléments doctrinaux du Nouveau Testament tout entier ; elle pra- 
tique l'exégèse du bon sens et de la clarté, qui est aussi l'exégèse du 
sens commun ; enfin elle représente une sagesse collective et accu- 
mulée au cours des siècles. Les huit leçons suivantes exposent le 
pseudo-mysticisme de Luther, qui est le véritable point de départ de 
toute l'exégèse allemande; l'accusation d'imposture que les déistes 
allemands, dépassant leurs précurseurs anglais et français, ont portée, 
contre les évangélislcs avec Rcimarus et Lessing ; les explications 
naturalistes des miracles par le rationalisme éclairé, r/4a//i7a/'M/ïf7 du 
xviir siècle, dont le principal représentant, au siècle suivant, fut 
l'aulus ; l'interprétation mythique de Strauss ; la critique des origines 
chrétiennes par l'école de Tubingue, dont Baur fut le chef : le com- 
promis des libéraux luthériens, qui chercha à concilier l'ancienne 
orthodoxie pi^otestante avec le radicalisme de Strauss et de BauT, et 
«jui, tout en écartant le surnaturel, retraçait l'image historicpie de 
Jésus selon l'Evangile île saint Marc ; la découverte par Jean Weiss. 
eti 1892. du messianisme eschatologique, d'après lequel Jésus, con- 
centrant en sa personne les espérances de ses contemporains, se serait 
fnéscnté comme le juge des bons et des méchants et comme le fon- 
dateur, à brève échéance, du règne glorieux de Dieu ; l'école du syn- 
crétisme judéo-païen, qui expEupie la fondation du christianisme 
par une fusion déléments chrétiens avec des éléments païens, em- 
pruntés aux religions à mystères. Toutes ces phases diverses et suc- 
<-,cssives de l'exégèse allemande étaient connues du public français ; 
elles avaient été exposées par M. Fillion dans ses Étapes du raliona- 
hsme, à laide de l'ouvrage d'Albert Schweitzer : De Luther à licirnarus. 



Ji>. 



— 31» _ 

Le P. Lagitriige. sans connaître le livre du siilpicien, a rc[Jris, en sui- 
vant le même guide, la maiclie de i'c.xégèse allemande. Il a nionlrô 
en plus quelles consliiiclions religieuses les lliéologiens allemands 
ont tenté d'élever sur. les ruines du surnaturel; il a aussi joint à 
l'impression de répulsion (inc provoipie leur dévergoridage, des rai- 
sons positives (|ui réfulcnt Ifs systèmes élaborés par ces novateurs. 
C'est le cas surtout pour la critique des origines chrétiennes, le mes- 
siaiiisnie csclialologiqdc et \v syncrétisme, (jui garilent encoie (pielque- 
attrait. On trouvera dans ces trois leçons des pages très fortes, qui- 
sont une réfutation solide des principales erreurs allemandes. La 
dixième leçon contient, après l'exposé du no:;veau mythisme, qui nie 
l'existence même de .lésus et qui a soulevé l'opposition de tous le» 
exégètes allemands, les conclusions de l'enquête; Elles sont que les- 
théologiens de l'Allemagne n'ont abouti à aucune explication satisfai- 
sante des origines du christianisme et qu'ils se sont réfutés l'un 
l'autre ; que leurs explications sont toutes partielles, bornées, super- 
ficielles, systéniafiques. Chaque école cependant a mis en lumière 
quel(}ues points de doctrine, que les catholiques admettent en les 
perfectionnant et en les conciliant tous. La lecture de ces conférences 
ne peut que détourner les Français et les Anglais de tout engouement 
irréfléchi pour les constructions systématiques de l'exégèse allemande. 

E. Mange.not. 



Le Mystère «le rKçjlîse, par le l\. P. Ht mise ht Cléuissac. Paris, dès,, 
1018. iii-U! dç« xxu-3t)S p., avec portrait. — Prix : .3 fr. 50. 

La Préface placée eu tête de ce volume par M. Jacques Maritaiu 
nous dit combien sainte et féconde fut la carrière religieuse du 
U. P. Humbert Clérissac. Elle nous dit surtout, et dans un langage 
émouvant de piété filiale, combien ardent était le loyalisme de l'élo- 
quent Frère Prêcheur envers la sainte Église romaine et avec quelle 
profondeur il scrutait le Mystère de l'Église. Ce (( mystère » était pré^ 
cisément l'objet d'un ouvrage que la mort a interrompu et dans 
le(piel le II. P. Clérissac voulait nous communiquer le fruit de se-v 
longues méditations sur la grandeur surnaturelle et les bienfaits 
divins de l'imujortelle Épouse de Jésus-Christ. M. Maritain a eu rai- 
son de croire que l'ouvrage inachevé méritait, tel quel, de voir le jour, 
car le développement était déjà poussé assez loin pour que l'on y 
trouvât en plein relief les idées maîtresses de l'auteur, qui fourniront 
matière à des réflexions vraiment fécondes. 

Le texte des deux derniers chapitres n'a pourtant que la valeur 
d'une esquisse ou d'un premier brouillon. Il réclamerait d'amples^ 
•compléments et parfois une meilleure mise au poinL D'autre part. 
Mi Maritain a voulu compléter l'ouvrage du E. P. Clérissac par le 



— 40 — 

lexlo inléginl ilii projet de conslitulioi) De Ecclcsia (iiravaicnt rlahoié 
les IhcoJoijiens du concile du Vatican : soit une vingtaine de pagf«» 
on latin avec traduction française. Le document est de grande valeur, 
mais ne nous paraît pas avoir ufi rapport assez direct avec la personne 
du R. P. Clérissac ni avec l'objet spécial du volume : Le « Myslcre » 
de l'Église. 

En revanche, que d'aperçus pleins de richesse et de beauté dans 
chacun des premiers chapitres du volume! Peu de docteurs catho- 
liques auront parlé d'une manière plus pénétrante, plus surnalurelle, 
et, en même temps, plus rigoureusement théologique, que le pieux 
auteur des pages avant pour titre : L'Église dans la })ensée de Dieu, le 
Christ dans l'Église et l'Église dans le Christ, la persannaliié de l'Église, 
la vie hiératique de l'Eglise: 

C'est là une lecture profondément édifianle, el où l'édificalion jail- 
lit des sources les plus anlhentiques et les plus pures de la doctrine. 

\ VES. L)K I.A BrIÈIU;:. 



SCIENCES ET ARTS 

L.ti Merveilleux spirîte, par Lur.icK Houue. Paris. Ht-aiichesne. 1917, 
in-16 de vui-398 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Aux heures d'angoisse et de deuil, beaucoup d'âmes ne sont que 
trop accessibles à des crédulités ou à des curiosités, malsaines autant 
qu'illusoires, à propos du monde invisible. 

D'où la recrudescencf^ du spiritisme, de loccullisme, de la magie^ 
de la théosophie, bref de toutes les croyances ou pratiques supersti- 
tieuses et troublantes qui flattent notre besoin]maladif du mystérieux 
et du merveilleux. 

L'existence indéniable de cette contagion donne une véritable 
acliialité, tlisons mieux, ime précieuse utilité,, à un volume de docu- 
mentation sérieuse, de critique perspicace, tel que celui dont nous 
sommes aujourd'hui redevables à un philosophe de renom, le 
H. V. I.,ucien Roure, depuis de longues années rédacteur à la revue 
les Ulules. Son volume, intitulé : Ia' Merveilleux spirile, est le fruit 
d'une patiente enquête, conduite avec le souci constant de discerner 
4mparlialenu;nt le vrai du faux. Là où fleuri! généralement le racon- 
tar, voici des faits. Là où régnent luescpie toujours les généralisations 
somfuaires. les enthousiasmes intempérants, voici une discussion 
réfléchie dont aucun esprit équitable ne saurait récuser la valeur. 

Allan kardec, Agénor de (iasparin. William Crookes, le photo- 
graphe Hugucl. Kus;q)i;i Paladiuo. Haraduc, Mlle Coue.sdon. LécMj 
Denis et autres initiateurs ou opérateurs spirites sont l'objet d'études 
curieuses el attachantes. De même, les philosophes qui ont tenté une 



— 41 — 

svslt'inalisalion scieiitiU(}ii«; (\rs |tlit''iiiiiiii'-nos du spiritisme : Max- 
•\v('ll, lioitac, Grasset. Le I'. Home discute chacune des maiiifeslaliotis 
^piiiles (|ui ont retenu ralteiiliou du public, puis dc'-crit la relijijjifru 
vl la morale du spiritisme. Après quoi, il expose et inolive avec force 
la réprobation de l'ÉjLîlise catholique à l'éjrard des cioyances spirite^. 
^•ontraircs au dogme chrétien, et des pratiques spiiiles. où Ton peut 
<;iaiiiilre parfois quelque influence diabolique et où Ion doit toujours 
îsignaler un grave péiil pour la morale et le sens commun. 

(Jrave péril aussi [)our le sens historique : car l'immense majorité 
xles « faits merveilleux » agrées comme tels par les croyants du spi- 
ritisme reposent sur la plus complaisante des crédulités supersti- 
tieuses. Le P. Roure n'a pas tort de citer l'anecdote de Fontenellc à 
})iopos d'une dent d'or qui serait poussée (en 159.3) à un jeune enfant 
*le Silésie et qui donna lieu à de savantes controverses entre docteurs 
des Universités germaniques. La dent d'or passa pour avoir été 
envoyée de Dieu afin de consoler les chrétiens afïligés pai- les Turcs 
v(.<tc). « Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages sinon 
<iu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un orfèvre l'eût examinée, 
il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avec beau- 
<.-oup d'adresse. Mais on commença par faire des livres, et puis on 
•«consulta l'orfèvre... » Lauleur du Merveilleux spirite paraît être ce 
judicieux orfèvre. C'est avec profit que chacuii le consultera. 

YVKS DE LA BhIBUE. 



Cîours de yéométi'ie analvtique à l'usage de la classe, de saathé- 
matiques spéciales et des candidats aux écoles du gouverne- 
ment, par Georges Milhalid et Éuolard Pouget. T. l. Géoinélrie à deux 
dimensions. Paris. Alcan, 1914, gr. in-S de ui-478 p., avec 13i fife'. et 
■238 exercices et problèmes proposés. — Prix : 12 fr. 

c( Les programmes par lesquels l'enseignement des mathématiques 
spéciales a été rendu plus moderne, ont déjà duré assez longteni[)s 
pour que l'adaptation de l'enseignement aux modifications qu'ils ont 
-apportées puisse être réalisée dans les meilleures conditions. » 

Cette remarque de M. Borel nous explique la floraison naissante^ 
««l'une foule d'ouvrages sur les mathématiques spéciales. Le but pour- 
suivi par tous les auteurs est double : fournir une base sérieuse aux 
lectures et aux études ultérieures, et surtout mettre en lumière les 
4^léments nécessaires à la résolution des problèmes. 

Le problème, en effet, joue un rrjle capital dans l'enseignement des 
sciences exactes. Par lui, l'intelligence s'assouplit, car il faut appli- 
4]uer les théories générales à des cas particuliers : l'esprit de synthèse^ 
se iléveloppe, puisqu'on doit, pour traiter une même question, coor- 
donner des notions très éparses dans le cours. Et cependant, lorigi- 



— 42 — 

nalitc des tempcramenfcs^e conservé; car, en géométrie surtout, nom- 
breuses sont les méthodes qui peuvent conduire au résultat. 

Le cours de MM. Milhaud et Pouget répond parfaileinent à ce^ 
double objet. Des exercices nombreux etvariés terminent les cha- 
pitres dont voici la distribution générale : Systèmes de coordonnées. 

— Ligne droite, éléments imaginaires et à^l'infini. — Ra[)porl aniiar- 
monique, homograpliie et iuvolution. — Cercle. — - Construction de 
courbes (4 chapitres), les auteurs s'étendent avec complaisance sur 
les points de rebroussemeiit, les' droites et les courbes asymptotes. 

— Courbes délinies par des conditions géométri(iues, enveloppes. — 
Propriétés intrinsèques des courbes planes, arc et courbure. — Étude 
des courbes du second degré (^G chapitres dont le dernier a trait à 
l'houjographie et l'involufion sur une conique). 

L'exposition est précise et concise. Les élèves ne seront pas noyés 
dans le détail ; ils trouveront, mises en relief, les notions fondamen- 
tales et certaiives esquisses. pi<pianl la curiosité des meilleurs d'entre 
eux, leur feront pressentir d'importantes généralisations, liiutilo 
d'ajouter que les auteurs ont eu tous les scrupules du professeur de 
mathématiques, pour qui la rigueur absolue est un dogme intangible. 
Conformément au programme, ils ont signalé loyalement les théo- 
rèmes qu'ils supposent établis et dont la démonstration, parfois 
subtile, rebuterait de jeunes esprits, préoccupés avant tout d'action 
ra[)i(ie et de marche en avant. 

Soigneusement et clairement édité, cet ouvrage rendra de grands- 
services aux. élèves et sera consulté avec ffuit par les professeurs. 
. , - -: . , . . . •;, . , - . . . G. Bertra^id. 



Conférences de eliiinie minérale fnîles à la Sorboiiiie. Métaux, 

par Maiickl r.uiciiAKD. l*aris, (jaiiUiier-Villius. 1910, gr. in-8 de ix-i21 p. 
— Prix : iï> fr. 

Il y a peu d'ouvrages français sur les métaux destinés aux étudiants 
de l'Université ; M-'Guicliard a pris l'initiative de combler cette la- 
cune en publiant sos conférences de chimie à la Sorbonne. L'auteur 
expo.so tout d'abord les généralilés indispensables sur les sels, les 
oxydes, les hydrates, l'élcctroiyse des solutions île. sels, l'hypothèse 
des ions... etc. ; il aborde ensuite la monographie des principaux ■ 
métaux. Laissant de côté les détails qui font déjà partie du pro- 
gramme de l'enseignement secondaire, il insiste uniquement sur les 
combinaisons caiactéristiques de chacjue élément ou qui ont servi à 
a[)puyer quokpie loi de la chimie. Dans l'histoire il'im élément, M. • 
(juichnrd s'atUK'he à recherclior une liaison entre tous les corps qui 
contiennent un inf'îme métal e.t à mettre en évidence les réactions- 
<le Iranslurmatiou. L'ordre adopté est le suivaat : les métaux. 



— 4-3 — 

alcalins, alcaliiio-tcrreiiv, magnésiens et ceux du groupe du for 
foiineiit utic suite iniporl.uite où l'on voit se modifier piogiessive- 
iiient les caractères ; vienneut ensuite les métaux plus dilïiciles à 
classer : le groupe du cuivre, le plomb, les métaux du platine, l'or ; 
enfin les mélaux métalloïdes tels (pie le bismuth, le vanadium, l'étain 
dont l'étude ne se trouve pas toujours développée dans les ouvrages 
sur les métalloïdes. La classification de MendeleelT, de l'avis de M. 
Guichard, ne peut être suivie dans l'enseignement, son pi incipe étant 
trop incertain. II. Coi.in. 

I.a (*éolo(|ie bîoloijique, par Stanislas MELNir.n. Paris, Alcan. 1914, 
in-8 de vii-328 p.. avec :20 grav. — Prix : 5 fr. oU. 

Dans ce remarquable ouvrage, le professeur du Muséum, s'ap- 
puyant exclusivement sur les méthodes géologiques, examine le 
caractère de l'activité biologique, qui est en général un procédé de 
synthèse fort différent des procédés de la chimie inorganique. L'être 
vivant agit et par sa substance et par l'énergie dont il est le foyer. 
De telles actions multipliées donnent aux produits de la chimie bio- 
logique un volume prodigieux et modifient considérablement les 
roches les plus communes de l'écorce terrestre : calcaire, silice, alu- 
mine, fer, manganèse, soufre, carbonne, phosphore, azote, etc. 
Actuellement, ces modifications se produisent dans trois milieux : 
l'atmosphère, l'hydrosphère et la zoosphère et M. Meunier les recon- 
naît dans les temps passés. De même, après avoir analysé la fonction 
biologique dans l'époque actuelle, il reconstitue cette fonction au 
cours des temps sédimentaires antérieurs. Après avoir insisté sur la 
continuité du phénomène biologique depuis son apparition, il se 
demande comment les flores et les faunes se sont succédé et finale- 
ment comment la vie est apparue. D'après l'auteur, qui compare la 
vie à la cristallisation « subitement, les entités dynamiques, homo- 
logues de la force cristallogénique. mais relative aux agencements 
physiologiques, sont sorties de leur inertie et elles ont produit des 
êtres vivants comme les centres d'activité cristalline ont produit les 
minéraux. » (p. 311). En somme la vie a déterminé la production de 
masses rocheuses sans analogues antérieurs ; elle s'est développée au 
milieu de conditions généralement constantes, sans changements 
successifs de l'ambiance, conformément à une harmonie souveraine 
qui domine toute l'histoire de l'Univers physique et qui est bien faite 
« poiu- nous rassurer sur la finalité des choses et des êtres. » Ces 
conclusions sont en grande partie nouvelles et l'auteur avertit qu'elles 
sont plus ou moins opposées aux vues généralement admises par les 
naturalistes ; elles n'en sont que plus intéressantes pour cela, car 
elles détermineront un examen plus serré et une interprétation plus 



_ 44 — 

précise (les fjiils (\(' I;i géologie biologique et par suite un nouveau 
])rogrés vers la connaissance de la vérité. 

Il est regrettable (pie de nombreuses fautes d'impression déparent 
cetcuvrage; en voici(]uel(pies-unes:corboniquepourcarbonique,p.5 ; 
accariens pour acariens, p. 53 ; mycliorhizes, pour mycorhizes ; notre 
pour nature, p. 70 ; préposition à manque, p. 85 ; gaslornis pour gas- 
trornis. p. 95 ; tliales pour thalles, p. 90; cupule pour cupules, p. 147 ; 
d'abrès pour d'après, p. 149 ; atuels pour actuels, p. 157 ; sembable 
pour semblable, p. 158 ; accu-Dulation pour accu-mulation, p. 106 ; 
épaisses pour épais, p. 167 ; Schlnba:achia pour Schloenbachia, p. 
168 ; et pour est, p. 181 ; licllovocensis pour Bellovacensis, p. 183 ; 
intimes pour intime, p. 187 ; tortorien pour lortonien, p, 203 ; em- 
brogénie pour embryogénie, p. 210 ; dinanlion pour dinantien, 
p. 221 ; races pour traces, p. 220 ; 'lœnipoleris pour Teniopteris, 
p. 230 ; Stigmiara pour Sligmaira. p. 239 ; déterminant pour déter- 
mine, p. 204 ; Ignanodo pour Iguanodon, p. 274 ; es pour est, 
p. 281 ; chyastolitho pour cliiastolile, Dalamanites pour Dalmanites, 
p. 292 ; 1980 pour 1906. p. 300. J.-B. Martin. 



I^es Kaux-fortes de Kcmbrandt. I,' Ensemble de l'icnvre. La Technique 
des « Ce.nl Jlorins >>. Les Caivres (ji-arés, par Andué-Charles Goi'I'IER. 
Taris, Berger-Levrault, 1917, in-4 de vnt-138 p., avec 127 grav. — Prix : 
40 fr. 

Lorsque l'cTeuvie d'un artiste est jugée par un homme du métier, 
on peut être assuré d'avoir grand profil à en lire la critique ; si l'ar- 
tiste est Rembrandt, et si le graveur (jui l'étudié se trouve être, par 
surcroît, un érudil et un écrixain, il \ a toutes les chances du monde 
pour (pie le travail soit non senleuient profitable mais durable, et 
sur certains points définitif. Tel est le cas du beau livre de M. André- 
Charles Coppier sur Les Eaux-fuiies de RembraïuU. Bien des volumes 
ont été publiés sur Rembrandt ; toutes ses œuvres connues, peintes 
ou gravées, ont fait l'objet de nombreuses reproductions ; et cepen- 
dant que de mystères encore dans l'histoire du plus surprenant des 
maîtres ! Que de catalogues contradictoires, où, par ordre alphabé- 
tique, les 373 pièces que lui attribue Charles Blan^ sont jetées pélc- 
méle, sans le moindre souci de l'ordre chronologique, à moins 
qu'elles ne soient classées, comme on faisait jadis, par séries de 
sujets ! Au milieu des œuvres les plus sûres des faux se sont glissés, 
introduits [tar la comf)laisance des marchands et des amateurs ; et 
comment les expulser, sinon par une étude minutieuse de la tech- 
iTnpie du iii,iîlre aux diverses périodes de sa vie ? Dcyà le graveur 
anglais Seyiuuui-lladen s'y était essayé, mais avec un zèle si impru- 
tlenl (ju'il léduisait presciue des quatre cin(piièmes le total générale- 



— 4r, — 

ment admis, et cela sur des considérations fort arbitraires de senti- 
ment tout personnel. M. Coppier, tout au contraire, a inauguré tme 
uiélliode que nous {)ourrions appeler d'expérimentation scienli(i(pje ; 
car il procède, non seulement par un examen de la tecliriiqiie, du 
maniement de l'outil, où son œil infiniment sensible lui découvre les 
liabitndes prises et le retour des mêmes procédés, mais encore par 
une analyse des matériaux eux-mêmes dont Uembrandl s'est servi ; il 
a eu l'heureuse fortune de tenir en mains une partie des cuivres origi- 
naux, qui, après les plus singulières aventures, ont survécu jusqu'à 
nos jours. .Avec ces cuivres il a fait des essais de tirages aussi |)artaits 
(jiio ceux d'autrefois, et il nous donne de précieux agrandissements 
(jui sont pour l'étude du génie de Rembrandt des documents vraiment 
révélateurs. Son analyse, ainsi conduite, de la célèbre pièce « aux 
Cent llorins » est un chef-d'œuvre de méthode, et servira désormais 
de hase aux éludes à venir. La superbe présentation du livre, où les 
eaux-fortes les plus fameuses sont fidèlement reproduites dans leurs 
dimensions d'origine, fait le plus grand honneur à la maison Berger- 
Levrault ; et je ne saurais trop louer le goût et la passion sincère qui 
soutiennent et réchauffent d'un bout à l'autre ce minutieux travail 
d'investigation. M. Coppier fait mieux que de connaître tout l'œuvre 
de Komhrandt ; son amour le vivifie et le ressuscite à nos yeux. 

André Pér.\té. 

LITTÉRATURE 

Pierre Corneille, par \uguste Dorchain. Paris, Garnier, 1918, in-16 de 
i,-;i!»4 p. — I^rix : 3 fr. 50. 

On a certes beaucoup écrit sur Corneille. La matière pourtant 
n'était pas épuisée, car M. Auguste Dorchaiu y a trouvé le sujet d'un 
très bon livre. Douze chapitres le composent, intitulés : I. L'Enfance 
et la Jeunesse, — Les Premiers Vers. — II. Premier Amour et pre- 
mière pièce. — (( Mélite ». — III. Le Théâtre en 162Î). — « Cli- 
laiiiire ». — « La Veuve ■-. — « La Galerie du Palais ». — IV. u La 
Suivante ». — « La Place Royale ». — Une Collaboration avec Riche- 
lieu. - V. (( Médée ». — « Llllusioii comique ». — Le Triomphe du 
« Cid. » — VI. La Querelle du « Cid ». — « Horace. » — VU. « Cinna ». 
— Le Mariage de Corneille. — « Polyeucte «. — VllI. « Pompée ». 
' — « Le Menteur ». — « La Suite du Mentenr ». — IX. Corneille et 
le nouveau règne. — De a Rodogune » à c Iléraclius ». — X. Cor- 
iieille et la Fronde. — D* « Andromède » h « Perthsarite ». — Années 
de retraite, — Le Poète de « L'Imitation ». — XL Vie intime. — 
Molière à Rouen. — Retour au théâtre. — « Œdipe ». — <( La Toi- 
son d'or ». — « Sertorius ». — XII. Corneille à Paris. — La Rivalité 
avec Racine. — Une Collaboration avec Molière. — Dernières Année* 



cl deniicies œuvres. — Conclusion. — L'un des caractères et des 
mciitcs particuliers de l'ouvrage est l'abondance des détails histo- 
riques, biograpiiiques et topograpliiqucs que l'on y trouve. Les cir- 
constances et les milieux où a vécu Corneille et où son œuvre s'est 
produite y sont étudiés de près et présentés avec une exactitude tou- 
jours instructive, souvent pittoresque. L'auteur a perçu, quelquefois 
pcut-éiro imaginé des rapprochements neufs et ingénieux. L'étude 
morale et littéraire de l'œuvre du grand tragique n'a pas d'ailleurs 
été sacrifiée à l'allure narrative et anecdotiquc du livre. Elle a été, au 
-contraire, autant (jiie possible, poussée à fond. Le style se ressent du 
voisinage de Corneille, mais aussi, moins heureusement, d'habitudes 
romantiques. L'ouvrage mérite de durer. M. S. 

Frédéric Mistral, poète, moraliste, citoyen, par Pieure Lassekhe. 
Paris. Payot, IDl.S, in-16 de 286 p. — Prix : 4 Ir. ;JU. 

Frédéric Mistral est un grand poète. 11 serait, croyons-nous, diffi- 
cile de mieux comprendre la nature et le caractère de son talent et de 
ses idées dirigeantes que ne l'a fait M. l'ierre Lasserre. Il a étudié de 
façon précise et avec une vue pénétrante ses œuvres d'une part et de 
l'autre ses doctrines, mais en mêlant et en fondant l'une dans l'autre 
ces deux études en douze chapitres, savoir : 1. Mistral, poète de lu 
patrie. — IL La Vocation du poète. — III. Les Influences : I Le 
Mouvement des nationalités. — IV'. Les Influences MI. Le Jacobi- 
nisme centralisateur. — V. Fondation du félibrige. — VI. Mireille. — 
VIL Calendal ; I. L'Idée générale. — ^'1II. Calendal : IL Les Épisodes. 
— IX. Nerte. — X. Le Poème du Rhône. — XL L'Œuvre lyrique. — 
Xll. Vue d'ensemble. Dans l'examen des œuvres M. Lasserre a déve- 
loppé de justes et perspicaces considérations d'esthétique et de goût, 
de style et de versification. Telles sont, par exemple, ses réflexions 
^ur la littérature prétendue primitive (p.- 22) et sur le fens du par- 
fait dans les lettres (p. 26o et suiv ) ; telles ses observations sur les 
mètres et les rythmes employés par Mistral. Ses analyses sont senties, 
vivantes, passionnées, qiieUpicfois' un peu obscures ; ses cilalions 
bien choisies. Sa traduction rythmique de la Chanson deSiiffrcn (p. \)i} 
est particulièrement remarquable. Dans l'examen des iloctrines du 
poète, M. Lasserre a introduit l'exposé des siennes propres, très inté- 
ressantes. Il a touché aux points suivants, indiqués, encadrés sur la 
couverture même do son livre et la page du litre : La Nationalité, les 
Provinces, la Décentralisation, ridéelatine, la Civilisation catholicpie, 
rilunanisme moderne. C'est donc un ouvrage de politique et de 
[)liilosophie en mèiuo leujps- que de littérature. L'histoire aussi y 
• lient \\\\Q place. Nous signalerons à cet égard la distinction exacte et 
■^ fine établie cnlrc la cenlralisation monaichiquc des derniers temps de 



— 47 — 

l'aiiciciine France et la centralisation actuelle, issue rie la Révolution 
<^t(io l'Enipire (p. 59 et suivj. Nous citerons encore les observations 
judicieuses et perspicaces sur la guerre des Albigeois (p. liO et suiv.). 
Nous relèverons à ce propos un léger la/)S(is. Ce n'est pas le clief do 
<3etle terrible croisade, Simon de Montfort, mais bien son lils. de même 
nom. qui fut comte de Leicesler (p. 147). Une autre erreur est d'attri- 
buer à notre Bretagne l'origine du cycle des romansde la Table ronde 
(p. 41). C'est de Grande-Bretagne qu'il vient. M. Lasserre est i^ vi- 
goureux penseur et son style est digne de sa pensée,, dru, ^|ré, 
un p('u tendu, avec un éclat pour aitisi dire métallique. L'élé^ffice 
ne lui est pourtant pas toujours étrangère et nous avons cru remar- 
(luer comme un heureux écho de Racine dans son chapitre sur A'cr/g. 
Quoi qu'il en soit c'est un écrivain qui laisse dans l'esprit du lecteur 
une forte trace. La gloire de Mistral se trouvera bien de son livre. 

Mahius Sepet. 



Payes choisies de Rubén Daiuo. Choix et préface de Ventuka Garcia. 
CAr.DKuÔN. Traductions de Marils Anuré, G. Jean Albky, Alfred de 
BenuoeghIîa, Jean Cas.soii, Max Daireaux, Georges Hérei.u;. M""" 13. M. 
MouENO, Georges Pu-lemext, (jabriel Soulages et André Wurmser. 
Paris. Alcan, 1918, iu-8 de xl-149 p.,,aveç poitiait. — Prix : 3 fr. 50. 

Né à Chocoyos en Nicaragua le 8 janvier 18G7, mort le 6 fé- 
vrier li)iO, Félix Rubén Garcia Sarmiento, qui s'est illustré comme 
écrivain sous le nom de Rubén Dario, emprunté à l'un de ses aïeux, 
est une des gloires de la littérature espagnole contemporaine. Il a 
exercé sur toute la jeune école de l'Amérique du sud et même de 
l'Espagne une influence considérable. Lui-même s'est formé en partie 
à l'école d'un de nos compatriotes, Paul Groussac, qui a joué dans 
l'Argentine un rôle littéraire assez important : « Il m'apprit à penser 
en français », a-t-il dit lui-même. Et, en effet, Dario a toujours eu 
pour la France et pour sa littérature un véritable culte ; si l'Espagne 
est demeurée pour lui « la mère patrie », il a salué dans la France 
« la Patrie universelle. » Et quelques jours avant le déchaînement de 
la guerre actuelle, il écrivait en français pour le 5'' anniversaire du 
Comité France-Amérique, le 25 juin 1914. cette belle Ode à- la 'France, 
qu'il faut remercier M. Garcia Calderon d'avoir insérée dans le choix 
qu'il nous offre des œuvres du grand poète : les pages que l'on trou- 
vera ici, dans des traductions , dues « à qiïelques écrivains d'élite, 
choisis parmi ceux qui connaissent le mieux. les littératures d'Espagne 
et d'Amérique », écrites les unes en prose, les autres en vers, donne 
ront une idée du" beau et souple talent de l'illustre écrivain dont la 
mort prématurée est due, en partie au moins, à l'horreur de laguerre. 
Peut-être eussions-nous- préféré ^'au' lieu de nous présenter de 



— 48 — 

<|iiflques morceaux deux traductions dilTérenles. l'une en prose et 
l'autre eu vers, on augmentai le nombre des pièces traduites, que 
Ton nous donnât par exemple dans son intégrité l'Hymne a l' Argen- 
tine. Mais, tel qu'il a été fait, le choix nous semble excellent; il y a 
là des pages vraiment belles et éloquentes, dignes de figurer dans la. 
« Bibliollièque France-Amérique » et de se fixer dans la mémoiie de 
tout homme de goût. 

Il est fâcheux seulement que trop de fautes déparent ce petit 
vohAe. si propre à faire comprendre cl goûter la littérature sud- 
américaif.c. E.-G. Ledos. 



Mon Journal lîll». Paris, Ilaclietle. gr. in-S do 832 p., illustré de 
nombreuses gravures on- noir et ou coulem-.s. Abonnement annuel : 
Franco, 1(J fr. ; Union postale, i2 fr. Prix du volume reliure toile,. 
Il-, rouges : 1 i tV. 

<|ui *.* I*otirqiioi '.* (Comment '.* L'Encyclopédie de la jeunesse, 
ToMio [V l'jiiis, Larousse, s. d. (1918), gr. in-8 carré paginé 129 — 
200 + 21G1 — 2880 -f iv, avec 700 grav., 9 hors loxie en couleur et ut» 
Supplômont illustré : Les IiiKu/es de la guerre. — Aboiuienient à 9 n" 
couslituant un tome : Fianoo, 10 fr. ; Étranger, 12. Prix du volume 
reliure toile, tèfe dorée : 12 fr. 

Histoire d'un casse-noisette, par Af.exandiie Dcmas. Paris. Hachette, 
19IS. in-ltl de xi-227 p.. illustré do 1231 vigneltcs pnr Bortall {LiibUolhcqae 
rose illustrée). — Prix : Broché, 3 fr. ; cartonné, tr. dorées, 4 fr. 50. 

— L'année de dure épreuve 1918, qui devait être celle de la vic- 
toire, a. comme les précédentes, trouvé Mon Journal sur la brèche. 
Avec quelle allure militaire et patriotique ! Avant même d'ouvrir 
le volume, on en a l'impression en regardant le premier plaides cou- 
vertures où l'on voit trois adolescents anglais, américain et français 
— ce dernier au bout de la légendaire pipe du « Poilu » — se serrer 
cordialement la main. 11 convient donc, en premier lieu, de men- 
tionner des récits de guerre ; non pas tous — ils sont trop — mais 
<eux qui ont le plus i)arliculièrement retenu notre attention. Voici 
lEcadé : M. Marc Saunier a écrit sous ce titre une nouvelle que nul 
ne pourra lire les veux secs. Le même écrivain nous donne aussi : 
Ix Mar(]uis de la Boarse plate : noie gaie. M. Norbert Seveslrc, à son 
tour, laconte comment l'un des six Petits l'Jiasxears d'œiij's ronges. 
qu'il nous j)réseute, fait arrêter urt Hoche, cpii fut naguère le bour- 
r<'au (\v son père caj)lif eu Allemagne. Citons eu courant : Fcrnand 
de liohden, par M. Auguste Hailly ; Deux Cœurs d'or, par .M. Marc 
'Saunier ; L'Auberge des « Trois Obus >» et la Maison mystérieuse, par 
le même ; Le Moulin, par M'"" Andrée Dalny, etc. Dans un genre plus 
.sérieux, enregistrons : (Uiez tes aveugles de la guerre (article signé 
M. G.) et le Canon gui tire sur l'aris, par M. Maxime Vuillaun)e, — 



— 49 — 

rarini les sujets qui ne se rapportent pas à la Grande Guerre, nons 
-iwons remarqué : Le Voltigeur hollandais, inléressanle légende mari- 
time. ])ar M. Maurice Couallier ; Extraordinaire Vocation, où M. René 
Miguel, avec beaucoup d'entrain, montre par quelle circonstance l'il- 
lustre peintre Murillo s'aperçut, un beau matin, qu'il avait un élève 
inconnu, bientôt découvert, auquel il prédit lo succès et la gloire. 
On trouve aussi ilans Mon Journal, sans compter ce que nous passons 
15OUS silence, trois romans d'assez longue lialeine : La Coupe des 
Minimes, par M. Norbert Sevestre : Mallie Briggs et liosc Crillon, i)ar 
M. M. du Genesloux et enfin les Sous-Mari/tsJ'a/ilônies, par M. Georges- 
<î. Tondouze, récit qui plaira à tous les âges, car, par ses aventures 
•extraordinaires, il reflète la manière de Jules Verne. 

— Pour la j)remière fois, nous avons à parler du gracieux pério- 
-dique mensuel que pul)lie la liljrairie Larousse sous le titre : Qui ? 
Pounfuoi ? Comment ? L'Encyclopédie de la jeunesse. Le tome 1\ de 
la collection, dont la matière a paru en 1918, est un énorme volume 
de près de 800 pages, illustré à profusion et habillé d'un cartonnage 
î;imple, mais solide. Ce qui frappe tout de suite, c'est la grande 
variété des sujets, catalogués à la table en douze sections dont la 
seule indication évoque des idées et excite la curiosité, savoir : i. La 
Terre et son histoire ; 2. Le Livre de la nature ; 3. Tons les pays ; 4. 
Les Grands Voyages ; 0. Histoires, contes et récits ; 6. Oui? Pourquoi? 
Comment ? 7. Choses qu'il faut connaître ; 8. Hommes et femmes 
célèbres ; 9. Pages à lire et à retenir : 10. La Vie et la Santé ; 1 1. Jeux, 
travaux et occupations ; \2. La Guerre libératrice. Ajoutez à cet en- 
semble un Supplément illustré : Les Images de la guerre dont les 
72 jiages sont placées en tète du volume. Ces « images >>, au nombre 
de 150 environ, représentent des scènes maritimes, terrestres ou 
aériennes : c'est un kaléidoscope des plus intéressants. Impossible de 
citer, même en choisissant, tout ce qui mériterait de l'être. Notons 
cependant, dans la .o^ section, un conte amusant : Alice au pays des 
merveilles et dans la 8'^ : Sainte Geneviève et les Huns. Enfants et 
parents prendront plaisir à ces lectures où la science en ses diverses 
manifestations, la littérature et l'histoire sont largement représentées, 
sans prétention, d'une manière aimable. 

— Qui aurait supposé qu'.\Iexandre Dumas, conteur si français 
dallure, aurait marché, certain jour, sur les traces — j'allais dire les 
j)lale-bandes — d'Hoffmann '? Son Histoire d'un casse-tioisette, que 
nous donne la « Bibliothèque rose », est renversante. Sachez d'abord 
que ce casse-noisette, à figure grotesque, n'est autre que le neveu 
d'un vieux savant de Nuremberg, rapetissé et figé en quelque sorte 
{)ar ensorcellement. D'apparence, il est en bois. Le savant offre l'ob- 
jet à l'une de ses petites nièces qui se sent prise aussitôt d'une 

Janvieiv19I9. T. CXLV. 4. 



— 30 — 

extraordinaire sympalhic pour la monstrueuse figure. Dans ce conte- 
fantastique l'on voit s'agiter — il faut voir comment ! — un roi, une- 
reine, des princes, des princesses, de malfaisantes souris, des enfants, 
leurs parents, et j'en passe ! liref, d'aventure en aventure, de protlige 
en prodige, le casse-noisette finit par reprendre sa forme humaine et 
par épouser sa charmante cousine qui l'a toujours soigné et protégé 
quand il était en bois. Illustration abondante et amusante. 

E.-A. Chapcis. 



Les Contes de fées de la guerre. La Petite Reine \oble de Bei- 

<|iqiie, par M"'' A. Galandy. Paris, Delagrave, liJlS. album petit in-4 de 

'.\2 p.. iliuslialions de A. Raynolt. — Piix. cartonné : 2 fr. 25. 
La Première Chasse de l'oum, toxte et dessins de Mad Hijumet. Paris, 

Haclietle. s. d. (1018). albiun in-4 de 25 p. — Prix, cartonné : 2 fr. 
Les Campajjaes de M. Trouvé-Tout sur terre, par H. Lanos. Paris, 

Hachette, s", d. (1918), album in-4 de 12 p. — Prix, cartonné : 2 fr. 
Les Campayiies de M. Trouvé-Tout sur mer, par le même. Paris, 

Ilaciiette, s. d. (liJhS), al-I)uin in-4 de 12 p. — Prix, cartonné : 2 fr. 
Les Oiseaux chantent, par R. de la INézikkf,. Paris, Hachette, s. d. 

(IIMS), album in-4 de 12 p. — Prix, cartoiuié : 2 fr. 
Nos Animaux, par le même. r\Tris. Haclielte, s. d. (1918). album in-4 

de '12 p. — Prix, cartoiuié : 2 fr. 

— Dans sa dernière livraison, le Polyhiblton (novembre-dé- 
cembre 1918, t. CXLllI, p. 3(11) a présenté à ses lecteurs les deux 
albums de M"" A. Galandy. ilbislré par A. Uaynolt : La Petite Serbie 
q\ la Princesse llalia. En voici un troisième : La Pclile Reine Noble de 
HcUjiqite. C'est, cela se devine (lisément, l'histoire, à l'usage de l'en- 
fance, de l'odieuse agression allemande dont la Belgi(pic a tant souf- 
fert pendant plus de quatre années. Là, nous retrouvons, agissant 
comme les personnages de contes de fées, l'Ogre Boche, le Hull-dog 
anglais le Coq gaulois, plus le Génie de l'Honneur (le roi Albert) et 
la Fée de la Bonté (la reine Elisabeth) et si l'on n'assiste pas encore 
à la punition de l'Ogre Boche et au triomphe de ses adversaires, on 
pressent ce triomphe et cette juste punition. Cet album de la librai- 
rie Delagrave est le digne pendant des deux précédents. 

— La Première (lliasse de Poum est le seul des cinq albums de la 
librairie Ihichette (pii soit accouipagné d'un texte formant récit. Mad 
llerniet nous apprend là comment le jeune Poum et son chat Mimi 
nouent des relations hostiles d'abord, puis très cordiales, avec la 
girah? Arabella. l'éléphant Boby. l'ours Joë et la tortue Milady, pen- 
sionnaires d'un circpie en libre promenade, et ce (pii s'ensuivit. 

— Les Campagnes de }L Trouve-Toul xa/'/c/vc débutent bien : grâce 
à sf)n dirigeable, notre inventeur captuie deux généraux allemands. 
Mais certain soir, il est assailli par une allreusc hèle : c'était le pre- 



— 51 — 

?uier tank ! — Sur mer, M. Tiouve-Toul (;.4 le Jjéioà d'aveuluresi^pp 
pareilles. Entre autres exploits, d'un jet de son liquide glace-mer, il 
transforme presque aussitôt un sous-marin en bloc de glace. Si vous 
voulez en savoir davantage, voyez ces deux albums dûs à la haute 
fantaisie de M. H. Lanos. 

— Avec M. il. de la Nézière, les enfants, en ouvrant raibum inti- 
tule : Les Oiseaux chanlenl, s'amuseront beaucoup en regardant les 
douze grandes scènes de « chant » où figurent autant d'espèces d'oi- 
seaux, depuis le perroquet jusqu'au dindon, en passant par la pie. le 
rossignol, le coq et plusieurs autres. — Du même M. de la >«ézière, 
voici l'album qu'il consacre à Ao.s Animaux, rangés par ordre alpiia- 
bétique, en commençant par l'Aigle et finissant par la Zibeline. Cet 
album servira utilement aux mamans qui, de façon agréable pourles 
tout petits, voudront initier ceux-ci aux premiers mystères de la lec- 
ture. 

Les images en couleurs des cinq albums de la librairie Ilacliclte 
sont très attrayantes. E.-A. C. 



HISTOIRE 



Dans l'Orient byzantin, par Ciiarlks Dieih,. Paris, de Boccard, l'.JIT, 
in-lG de vn-3.31 p. — Prix : 3 fr. 30. 

Gomme dans tout ce qu'il écrit, .M. Diehl a su joindre l'agrément 
d'une forme piquante à la solide érudition du fond. Toutes ces 
matières byzantines lui sont si familières qu'il semble s'y jouer, et 
son art consiste précisément en ceci que. disposant d'une masse de 
matériaux dont un esprit moins avisé et moins soucieux de plaire 
j)Ourrait sans peine nous accabler, il sait, tout en instruisant, ne 
nous en donner que la fleur. Recueil d'articles et de conférences, quel- 
ques-unes de ces pages prennent un caractère d'actualité sur lequel 
n'avait pas compté leur auteur. A part une étude sur la si curieuse 
église de Sainte-Marie- Antique, retrouvée il y a quelque vingt ans au 
pied du Palatin, et un rapide et lumineux essai sur Rome, reliquaire 
d'histoire, c'est à travers les monuments, l'histoire, et les honjnies 
de l'Orient byzantin que nous promène l'auteur : sanctuaires chré- 
tiens d'Egypte, aimables souvenirs de la belle excursion que fut Le 
deuxième congrès archéologique ; Bethléem et le sanctuaire de la 
Nativité, à propos du beau livre des P. dominicains Vincent et Abel ; 
Salonique, sortie soudain de sa |)énombre, nom qu'indépendammet» L 
des grands intérêts qui y sont en jeu, la présence de tant d'êtres chers 
retient sans cesse dans la pensée d'un grand nombre d'entre nous, 
Salonique dont, hélas ! l'auteur de ces pages aura l'un des derniers 
parmi les savants, contemplé les nobles basiliques et les splenoides 



•;o 



mosaïques ; Conslanlinople, devenue hostile, et Saiiilo-Sf>pliie. et les 
souvenirs byzantins dabord, puis la métropole islaMiicpio avec soa 
pittoresque somptueux, depuis longtenjps atténué, presrpie effacé ; 
Chypre, où nous ramène le beau drame lyrique de. J. d'Vnnunzio, 
la Pisanelle. De belles pages d'histoire : l'œuvre de Byzance dans 
l'Italie méridionale ; l'empire latin de Conslanlinople : l'érudition 
soutenue par une fine critique d'art: iillnsLraUon du Psautier dans 
l'art byzantin. Enfin, car les hommes retiennent le subtil écrivain 
aon moins que les faits et les monuments, deux portraits : l'un du 
^;age et praticjue seigneur Caucomenos, l'autre de la pitoyable et 
douloureuse princesse de Trébizonde, l'héroïne aux destinées roma- 
nesques. Pyschologie, paysages enlevés avec un art exquis, discus- 
sions serrées, larges tableaux d'histoire, on trouvera tout cela dans 
cet aimable et savant volume, qui, comme chacun de ses prédéces- 
seurs, fera vivement désirer le suivant. André BAUimiLi,.4UT. 



Les Collections canoniques romaines de Tépoqne «le <ilré- 
goire VII, par Paul Foukmkr. Paris, C. Klincksieck, l'JttS, in-i, de 131 p. 
— Prix : 5 fr. 50. 

Cet important mémoire éclaire un des aspects les plus intéressants 
de la réforme grégorienne. Celle-ci prétendait, à tort ou à raison, 
restaurer la discipline des premiers siècles. Elle sentait le besoin de 
s'appuyer sur des textes. Les collections antérieures ne pouvaient 
sullire. Elles étaient encombrées de textes douteux, oiseux, en con- 
tradiction avec des principes essentiels, empruntés à des sources 
anglo-saxonnes, franques, germaniques, qui avaient toujours éveillé 
les défiances de Home. 11 fallait revenir à la tradition purement 
romaine, et remettre en honneur les titres de ce Siège apostolique, 
seul capable de faire la réforme. A ime époque où l'art de manier 
les idées générales était dans l'enfance, on aimait procéder par des 
recueils de textes choisis, groupés, au besoin interpolés, de manière 
à faire masse et à servir d'instruments de propagande. C'est ainsi que 
Grégoire VII a été l'inspirateur d'un véritable mouvement d'érudi- 
dilion et de recherche de documents. L'œu\re (pi'il avait vainement 
, demandée à saint Pierre Damien, d'autres l'accomplirent, de son 
temps, et notamment les auteurs des (piatre recueils (pi'étudie 
M. Kournier : la collection des 74 titres, Xcdapitulare du lardinal Altnn. 
les collections d'.Vnselme de Lucques et de Deusdedit. M. Fournicr 
rend plus (pic vraisemblable que ces compilateurs ont utilisé une ou 
[)lusi(urs sources communes, des collections antérieures, classées 
par ordre chionologique. intei'médiaiies entre leurs lecueils méllio- 
(li<p)i's et les oi igiiiaux. Il énicl.cn Ici iiiiiiaiil . une 11 ypolhrscî très 
séduis.iiil»' : ec seraient les d chasseurs de textes» de (irégoiie \ll 



<jui amaioiit remis an jour, ikhi soulomcr)! \'.\ul/tciilit/i(('. ro (\m est 
■c.crlHin, mais los Pandecles. « Lu reiiaissiuiti; du droit rouiaiii... se 
lallaclie par ce lien étroit à la transformation du droit canonique qui 
i'nl la cons('(]ucnce de la réforme de Grégoire VII. » 

K. JOKDAN. 



I^cçoiiH (l*hi»4toire franciscaine, par le i{. ['. l'iH\\.\> ij'Ai.i::nço>. Coris, 
Librairie Salnt-Krançois, 11)18, it)-16 de vi-31)6 p. — Prix : 4 fr. 

Ce n'est pas rigoureusement l'ordre chronologique que suit l'auteur 
dans ce résumé de sept siècles d'histoire franciscaine. Après avoir 
«squissé la pliysionomie du Poverello — les deux âmes les plus francis- 
caines, depuis le maître, lui paraissant sainte Claire et sainte Colette, 
il étudie successivenient, la spiritualité des disciples de saint Kran- 
<^is. leur philosophie et leur théologie, leur prédication, la lutte 
<prih ont menée, contre le protestantisme et contre le jansénisme, 
leurs missions, leur rôle aux armées, le rayonnement franciscain sur 
l'art. 11 fallait èlre^aussi érudit que le l\. V. Lhald pour traiter un 
aussi vaste programme sans demeurer ilans les vagues généralités, 
ou bien sans se perdre dans les détails et s'exposer à de nombreuses 
inexactitudes. Je n'en ai relevé qu'une seule, une sorte de faute d'im- 
pression : Jean de Bernitres. l'ami du 1*. Eudes, est qualifié (p. 60) 
iV intendant de Caen, alors qu'il y fut seulement trésorier des 
financées. (Uiaque chapitre est suivi d'une bibliographie sommaire, 
mais très judicieuse. L'auteur n'a pu faire autrement que de renvoyer 
f)lus fl'une fois à ses propres ouvrages. Et, même sans ces, renvois, 
on sentirait souvent que des matières qu'il résume il a une connais- 
sance approfondie. On sent aussi qu'il a bien vu et goûté le paysage 
assisien. Ces léchons méritent de trouver auprès des lecteurs le môme 
succès qu'elles ont obtenu auprès des nombreux auditeurs qui les 
ont écoulées à l'inslilut catholiqtie de Paris. 

Baron A?it;oT ues HoroLns. 



f*es Survivances françaises dans IWlIeaiagne napoléonienne 
depui.s IHIo, par Jui.m;^ I'iovf.ue. Paris, Aican, 1918, in-iS de vuf-iJ5 |). 
— Prix : 7 fr. 

Considérable depuis Louis \IV". l'inlluence française en Allemagne 
<Ievint prépondérante avec les victoires et les conquêtes de Napoléon . 
Elle lui survécut. « Nous avons, dit M. Julien Hovère dans l'Avant- 
Propos de son bel ouvrage, trop bénévolement adopté en France celle 
thèse prussienne, devenue plus tard allemande, selon laquelle notre 
<lominalion avait élé funeste à l'.AJlemagne et n'y avait laissé que des 
haines... Or c'est à peu piès le contraire qui est la vérité. » Cette 
■N'érilé, M. Hovère s'est attaché à la mellre en lumière par une abon- 



— u — 

tlaufp (\f faits précis, irciieillis à des sources sûres, pourj la plupart 
allemandes, et qu'il a gt-oiipés aiusi qu'il suit : Première partie. De 
/^/f) à 1S50. Chapitre I. L'EITorl des gouvernements sur la rive 
gauche du Rhin. Cet efFort avait pour objet d'y effacer la trace pro- 
fonde et chère du régime français. II. L'Hostilité des populations rhé- 
nanes (contre le régime prussien). 111. La Lutte de Napoléon. L'auteur 
éftablit par des preuves multiples l'existence vivace et prolongée 
d'un (( bonapartisme allemand. » — « Pendant de longues années, 
fVit-il, rKmprreur déchu resta un personnage populaire, et la France 
participa de son prestige, n — IV. Les libéraux et la France C'est 
vers la France qne, du moins en très grand nombre, les libéraux alle- 
man<is. courbés à contre-cœur sous des gouvernements .autoritaires 
et même arbitraires, toiirncrent leurs regiirds et leurs espérances, 
notamment dans la vallée du Rhin et dans les États du sud. La révo- 
lution de 18:^0 dé\c.loppa"ces dispositions francophiles, très vives à la 
veille de la révolution de 1848. A ce moment, dit M. Rovère, « c'est 
nous qui sommes l'espoir des libéraux allemands, abstraction faite 
de quelques teiitomanes irréductibles dans leur germanisme. Les popu- 
lations du sut\ sont i)rèles à se ranger sous notre alliance et à nous 
abandonner la rive gauche du Rliin fpourvu que nous les délivrions 
delà réaction austro-prussienne. La rive gauche du Rhin elle-même 
désire ardemment secouer le joug qui pèse depuis si longtemps siir 
elle, n V. La Révolution de 1848. Tableau très remarquable du contre- 
coup de celte révolution en Allemagne, dans lequel l'auteur a fait 
particulièrement ressoitir « tout ce qui manifeste l'intensité de l'in- 
fluence française dans les pays que noiis avons désignés sous le nom 
d'Allemagne napoléonienne. )> — Deuxième partie. De i6'âO à 1870. 
Chapitre VI. La Rive gauche du Rhin. L'auteur expose ici les progrès 
de l'assimilation prtissienne, dûs notamment à l'essor industriel et 
commercial, favorisé, pi'ovoqué même par le gouvernement de Ber- 
lin, et constate néanmoins la persistance de l'anliprussianisme rhé- 
Tian. V'II. Napoléon 111 et l'Allemagne française. L'Apogée. Chapitre 
trèsnenf,,. trè:? imnortant à la fois pou i; l'histoire contemporaine de 
l'AMeimagne et ])our celle du second Empire. « Napoléon III, dit 
M. Rovère, a exercé sur la plupart des Allemands une fascination 
• dont l'histoire offre peu d'exemples. Avant d'être le vaincu, il a 
presque été un maître ardemment souhaité, et, s'il est vrai que les 
fautes de sa politique aient entraîné la France dans im désastre, du 
moins esl-il exact de dire (pi'il .s'est acheminé à la catastrophe par 
une route triomphale. Nous allons montrer que lAllenuigne française, 
éblouie par la ))ersonne du second enipereur^ s'c>lTiait à lui avec 
.<*nth<Misiasme. et (pi'il occupait au-delà du Rhin une situation- morale 
.*;ans piécédcnl ditnJjj <•<.{ h jamais regrettable (pi'il n'ait pas su pro- 



— .);) — 

Titer. )) — Vni. L'Ofleiisivc pnissicniio (186i-l8(iG). Exposé de la 
politique inau^'uiée par Ijisrnarck en Allemagne, des résislauces 
qu'elle y i-encontra, de lasceudant qu'elle y conquit et des funestes 
égarements de la politique française, dirigée à contre-sens par les illu- 
sions et les chimères de Napoléon 111. — 1\. D'une guerre à l'autre 
(!8tl(.>-lH7(>). Invasion croissante de l'Allemagne par rinducnce prus- 
sienne et alfaiblissemcnt correspondant du prestige français. M. Ro- 
"vère consacre surtout ce chapitre à exposer en détail ce qui subsiste 
néanmoins de contraire à cette fâcheuse évoliation. « Nous allons, 
dit-il, exposer, contrée par contrée, quels éléments de résistance 
forment encore rempart contre la monarchie des Hohenzollern, et 
nous distinguerons, eu tenant compte à la fois de l'indépendance qui 
leur reste et du degré de francisation qui est le leur, plusieurs groupes : 
d'abord les territoires annexés en 1866 ou soumis à la politique ber- 
linoise, ensuite ceux qui sont restés totalement ou partiellement en 
dehors de la Confédération du nord, enfin nos quatre départements 
de la rive gauche du Hhin. » — Troisième partie. De iSlO à 191^. 
Chapitre X. La Guerre de 1870-1871. Triomphe, mais non pas sans 
difficultés, de la politique prussienne. Sympathies qu'eût encore trou- 
vée une victoire française. XI. Le Kulturkampf, Chapitre remar- 
quable, plein de détails curieux. Selon M. Rovère, la pensée de Bis- 
marck, consistant à identifier les intérêts de la France avec ceux de 
l'Église romaine, reposait sur une vue juste. D'où l'absurdité du 
Kulturkampf français. XII. L'Acceptation et les dernières survivances. 
L'Empire prussien est devenu maître de l'Allemagne et même de 
l'opinion allemande, non sans laisser quelques vestiges de l'état d'es- 
prit antérieur. Celte domination reconnue et acceptée est surtout le 
résultat du « prodigieux développement économique du pays tout 
entier. » Mais, selon M. Rovère, elle n'est pas sûre del'avenir. u Tous 
les États, dit-il pour conclure, qui composent l'Allemagne actuelle, 
pris un à un, sont solides, y compris et surtout la Vieille-Prusse, 
c'est à-dire celle qui s'étend à l'est de l'Elbe. C'est l'Empire au con- 
traire qui ne lest pas. Il est né de succès militaires ; il a subsisté en 
tant que coalition d'intérêts ; il ne doit pas smvivre à la défaite, 
pourvu que celle-ci soit totale et que nous pénétrions chez nos enne- 
mis. Alors, après l'écrasement du bloc germanique, quand nous 
aurons retrouvé aux bords du Rhin la place que nous assignent l'his- 
toire et la nature, le champ restera ouvert, à l'ouest et au sud de 
l'Allemagne, pour une grande politique française. » Quoi que l'on 
pense de cette vue, elle est la conclusion d'un ouvrage de forte et 
solide valeur. M.iRïus Sepet. 



— 56 — 

HiMtoirc de trois générations 1815-101», par Jacques Bainvili.k^ 
Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1918, in-16 de 287 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Kn lisanl le volume j'ai noté sur les marges les passages qui me- 
semblaient à retenir par leur forme lieureuse, claiie, pénétrante ; 
et en le fermant j'avais donné plus de cent coups de crayon. C'est- 
dire mon opinion et déclarer l'agrément de l'étude. Exprimer aussi 
i'impossibililé de reproduire ces phrases parfois lapidaires. La forme- 
est originale sur laquelle le fond se développe : les titres des douze- 
chapitres présentant leur saveur inattendue dont on ne saurait non. 
plus résumer le to«ir humoristique. M. Jacques Bainville reprend 
d'une plume large et acérée toute la politique extérieure delà France 
au xix" siècle, il en souligne l'inanilé u romantique », dont les révo- 
lutions de 1830 et de 1848. les rêveries humanitaires du second 
Empire et les abaissements- pacifistes de la troisième République ont 
été les instruments inconscients, ou coupables et maladroits, vis-à-vis- 
du militarisme prussien. Le courage guerrier du vieux sang français- 
iious a sauvés de la catastrophe. En cours de route on voilcecjue valeriL 
pratiquement le principe des nationalités, la Société des nations,, 
et autres grandes formules un peu chimériques. 

Ces chimères le bon sens français de Jacques Bainville les saisit et 
les combat, les déplore et les réduit à rien. Son raccourci de la Hes- 
tauration, son tableau d'une famille de la petite bourgeoisie s'impré- 
gnant alors de « l'Évangile de Sainte-Hélène », son récit de la mort 
de Baudin sur les barricades en lSf>\, ses vues sur la guerre de Cri- 
mée (p. 130 à 141), les débuts du rôle de Bismarck (p. 152). sa poli- 
tique en Allemagne (p. 180), les désillusions des rêveries révolution- 
naires internationales après la Commune faisant suite aux désillusion.s. 
sociales après les journées de juin (p. 101), les extraordinaires motifs- 
de l'alliance franco-russe en 1897 ([>. 253), les misères du parlementa- 
risme au début du xx« siècle (p. 259), tous ces points d'histoire sont 
touchés avec une verve qui fait de ce livre une œuvre personnelle et 
particulièrement attachante. G. G. 



Les Précurseurs. Histoire de la Kévolution, de 184}J, par Gas- 
ton Boi;.Nioi,s. Paris, Delagrave, 1918, in-18 de 448 p. — Prix : i fr. 

On possède deux bonnes histoires générales de la Révolution dfr 
1848, tout "S deux en deux volumes : celle de N'ictor Pierre et celle de 
M. de la Gorce. Voici un travail d'ensenthle plus circonscrit et ((ui 
s'attache davantage aux idées qu'aux événements. Il en tire le- 
suc plus qu'il n'en conte les épisodes. Travail très bien fait, inté- 
ressant, instructif, utile à tous, dont le style sobre, correct, facile, 
clair, possède les qualités rares et essentielles d'un ouvrage de vulga- 
risation. L'auleur a bien compris la portée et l'iujporlance capitalct 



— o7 — 

(If's (jneslions sociales. Dans ses Noies il souligne des analogies ins- 
Iriiclives, il luit des rapproclicnierils avec les évciiemenls corïlempo- 
lairis et postérieins ; quelques anecdotes bien choisies, parfois iné- 
dites, et curieusement recherchées, soutiennent lés récits. Ces récits 
sont divisés en chapitres qui f^roupent les faits et dont les titres 
résument les conséquences historiques : « La Veille d'une Kévolu- 
lion. » « ha Naissance d'(m nouveau régime, o « L'Œuvre du suffrage 
universel. >• « L'Insurrection de Juin. » « La République bourgeoise. » 
« La Conslilulion du 4 novembre. » « L'Entrée en scène de Louis Bo- 
naparte » — M. Gaston Bouniols conclut que la » Révolution de Février 
a échoué » et que cependant « elle n'a pas été stérile » ; il y a plaisir 
h le suivre dans cette démonsiralion. Ou'il me permette de rectifier 
une expression inexacte : le 22 juillet 1836. .\rmand Carrel n'a pas 
été tué par « l'épée » d'Emile de Girardin, mais par une balle : le 
duel eut liou à Vincennes, au pistolet. 

Geoki-koï u\: Gi»axum.\iso.>. 



I. a Politique extérieure de IWutriehe-Honyrie ( 11575- IÎM4), 

p;u- Jf.a.n L\K4n:i!OLX. Tonio II. La Polititjiie d'asservissement. 190S-l'Jli~ 
l'ariï,. Ploii-Nonnit. 1018, iii-!S de 476 p. — Prix : lu fr. 

Le secoiul Milume de l'ouvrage de M. Larmeroux nous ofl're les 
mêmes qualités, les mêmes mérites que le premier (Cf. Polybiblion 
d'aoïit-septembre 1918, t. CXLIII, p. 139). Le titre en est un peu obs- 
cur, mais la matière en est clairr. L'auteur l'a développée en cinq cha- 
pitres, subdivisés en paragraphes, savoir : l. Annexion de la Bosnie- 
Herzégovine 1908. (l. Administration de la Bosnie-Herzégovine depuis 
1883. 2. La Révolution eu Turquie. 3. L'Annexion delà Bosnie-Herzé- 
govine. — ""Le Régime établi). Il Les Conséquences de l'annexion 
de la Bosnie-Herzégovine. (1. L'Indépendance delà Bulgarie. 2. La 
Guerre italo-turque. 3. L'Obstacle serbe ; A. Les Serbo-Croates. B. 
L'.\utriche-Hongrie et le Serbisme. 4. Le Royaume de Monténégro. 
;'). La Politique russe). III. Les Guerres balkaniqi:es 1912-1913. (1. 
L'Alliance balkanique. 2. Les Grandes Puissances et la Ligue des 
petits États. 3. La Diplomatie de l'Autriclie-Hongrie. 4. La Crise du 
Slavisme. 5. La Roumanie et les Puissances. 0. La Deuxième Guerre 
balkanique. 7. Traité de Bucarest). IV. La Diplomatie autrichienne 
et l'Albanie, (i. L'Autriche-Hongrie et l'Albanie. 2. La Révolte alba- 
naise. 3. Le Souverain-jde l'Albaniei. V. Avant l'orage, (i. Nouvelles 
ditricuUés austio-serbes. 2. La Diphjmatie autrichiennne et l'Italie. 
3. L'Entrevue de Konopischt, 12 juin 1914. 4. Le Drame de Sarajevo. 
28 juin 1914). VI. Conclusion. — 11 résulte de celte érmméralion et 
de ces titres que l'ouvrage de M. Larmeroux déborde de beaucoup le 
sujet principal et constitue en réalité une hi>toire de l'Europe orien- 



— ;i.S — 

t;iIo dans la période (|n'il embrasse. Celle liisloiic s'appuie sur une 
iiiformaliou solide, une coiiiiaissauce bien établie des bouimes et des 
choses, une pratique familière des documents diplomatiques. On y 
remarque dts portraits \ivement esquissés : le baron, puis comte 
d'.EreiiUial (p. 57 et suiv.), l'arcbiduc Franif;ois-Ferditjand (p. 61 et 
suiv., 433. 434), le roi Ferdinand de Bulgarie (p. 108 et suiv.), M. Veni- 
zelos (p. 227 et suiv.), le comte Berchtold (p. 235 ). Parmi les exposés ou 
développements d'un intérêt ou d'une valeur particulière nous avons 
noté ceux qui se rapportent aux Slaves aulrichiensfp. 72 et suiv.). aux 
origines yougo-slaves (p. 120 et suiv.), aux différends des Serbo-Croa- 
tes et des Magyars (p. 136 et suiv.), aux négociations relatives à une 
entente serbo-bulgare (p. 202 et suiv.), à la situation politique de 
la lloumanie (p. 336 et suiv.), à l'Albanie et à la question albanaise 
{p. 281 et suiv.), à la rivalité de l'Autriche et de l'Italie dans celte 
région et à leur politique respective (p. 382 et suiv., 386 et suiv.). Un 
bon résume se trouve à la fin de l'ouvrage dans le chapitre intitulé : 
Conclusion. Dans ce volume comme dans le précédent on est un peu 
surpris de quelques brusques élans poétiques, même lyriques, qui 
contrastent avec le style général du livre, lequel est plutôt celui d'un 
bon mémoire politique ou judiciaire et n'est pas exempt de quelque 
négligence, voire çà et là de quelque incorrection. Dans son ensemble 
l'ouvrage de M. Larmeroux est très méritoire. C'est une très utile 
contribution à l'histoire contemporaine. M. S. 



Huui'ille. Moles puucaul servir à l'hisloire de relie coniniiiiie, par l'abbé 
Paul Eudkline. Évreux. inip. de l'Eure ; Rouen, Leslringant, 1918, in-4 
de XV 395 p., avec 1 carte, 18 planclies et 23 fi g., dans le texte. — Prix : 
20 fr. 

L'histoire des provinces françaises serait écrite si chaque paroisse 
savait faire l'inventaire de ses vieux papiers et recueillir les traditions 
locales. Ces enquêtes ont été souvent recommandées dans nos dio- 
cèses à nos curés : ceux qui s'en sont sentis le goût et le talent ont 
bie:i mérité de l'Kglise de France. Désormais il faudia ranger M. le 
chanoine Eudeline au premier rang dans ce bataillon de bons tra- 
vailleurs. De la paroisse normande où il a exercé pendant dix ans son 
ministèTC (I89j-1'.I06) il donne une monographie vaste, abondante, 
fouillée, minutieuse ; les archives de la commune, du presbytère, du 
département lui ont fourni les renseignements qu'il a su mettre eu 
œuvre avec bcauciuip de persévérance. Uaiirilli\ bourg d'un millier 
<rhabitants, sur 150J hectares, du canton de Routot. de l'arrondisse- 
ment de Pont Audemer, dans le départenlent de l'Eure, était jadis 
paroisse du diocèse de Ui^u<mi cl a[)parlient aujourd'hui ;^ lévêché 
«l'ftvreux. L'hisloiie de ce petit coin de terre de Normandie se con- 



— 59 —■ 

■fond, pour les ^Mandos liji^iies, avec collf do rilloslrc piovinro cl, ello 
jîtôsonle un rcsiimé 1res simple de la vie champêtre de nos uienx. Kn 
irentiontanl aux origines, or> apporte aux lect<.Mirs des rensei^nonients 
^iir les noms, les (iefs, les seigneurs, les familles, les habitants de la 
localité.; sa constitution administrative, sa géographie, sa culture ; 
les professions, le caractère, le langage, le costume de ses habitants. 
J^a paroisse, avec son église de Saint-Paterne, ses coutumes, ses fêtes, 
son cirnelièi'c, ses dévotions, sa piété, ses confréries, ses prêtres, ses 
■établissements charitables tiennent naturellement la première place. 
Après viennent les écoles, les œuvres. Enfin ses « Annales » : parti- 
cularités locales, événements pendant la lié\olution et au cours du 
xix"- siècle, la généalogie des familles, des notices sur les « person- 
nages » du pays. Pour donner à cette vaste enquête sa sécurité, une 
■copieuse bibliographie : et des tables précises (noms de personnes, 
noms de lienx) pour faciliter les recherches ; et enfin 18 planches et 
'^S figures dans le texte pour lui apporter de l'agrément. Gel ensemble 
est très louable, c'est une contribution tout à fait méritoire, et digne 
<l'ètrc remarquée, à l'histoire du déparlement de l'Eure. On ne saurait 
trop proposer en exemple un semblable travail ; ce très beau volume 
par le fond l'est aussi par la forme. 11 a été « achevé d'imprimer le 
20 août 1018 » à l'imprimerie de l'Eure avec un luxe qui en double 
le mérite en ces temps de difficultés matérielles de lédilion. Par sa 
méthode (à laquelle l'on n'aurait jieut-être à reprocher qu'une trop 
grande richesse de détails), il peut servir de modèle à des érudits et 
«era particulièrement apprécié des amateurs normands. Ils lui donne- 
ront une place de choix dans leur bibliothèque. 

Geoffmov de Gh\>dmaison. 



Tàckes idéales, religieuses, éducatrices, patriotiques, par 

Mgr TissiKR. Paris, Téqui. 19JS. iii-12.de vi-383 p. — Prix : 3 fr. 30. 

D'une ardeur inlassable, l'évcque de Chàlons est lun des chefs de 
qui nous recevons le plus volontiers consignes et mots d'ordre. Son 
_zèle, toujours entraînant, ne perd pas de vue la réalité : il connaît les 
besoins de l'heure, et lire parti descirco-nstances. Les lâches à l'accom- 
plissement desquelles il 'convie cette fois les fidèles sont, les unes 
religieuses, les autres éducatrices. les dernières patriotiques. On ai- 
mera à lire les avertissements, les enseignements, les encouragements 
■qu'il prodigue avec autant de clairvoyance que de sollicitude, et on 
admirera comment sa parole, toujours empreinte de la plus sûre au- 
torité, sait s'assouplir et varier de ton selon qu'elle critique les travers 
féminins, qu'elle expose, commerjt la charité devrait être construc- 
tive et pas seulement médicinale, qu'elle rappelle. (c que l'heure du Te 



— GO — 

Dcutn pourrail bien être relardée, dnns les secrets divins, jiisqu'nprès. 
le chant du Credo dos aïeux ». qu'elle enseigne auxcnfanis à s'épa- 
nouir comme des fleurs, qu'elle entraîne les fidèles à unopricre plus 
intense, ou qu'elle exalte les héros devenus des victimes. Dans tous les- 
tas, ou aura grand profit à l'entendre et h la méditer. Çh. Lanory^ 



Par les chemins japonais. Essais sur le vieux et le jeune Japou,- 

par I'haxçois i)K Tkssan. l'firis, Plon-INourrit. 1918, in-lt) (le vni-297 p. — 
Prix : 4 fr. 50. 

Si vous n'avez plusieurs heures de loisir devant vous, n'ouvrez pas- 
<'e volume, car, l'ayant ouvert, vous ne pourrez le iernier qu'après, 
eii avoir lu la dernière ligne. Ceci dit, je pourrais poser la plume,, 
mais ce serait me priver- du plaisir d'errer de nouveau « par les che- 
mins japonais. » Je ferai donc un court résume de ce livre si capti- 
vant, résultat d'une enquête menée par l'auteur au Japon, à la veille 
de la guerre et dont la partie politique et économique a été soigneu- 
sement [mise à jour. Un chapitre sur l'intervention japonaise y ar 
également été ajouté et ainsi, le volume dontie une idée d'ensemble 
tiès complète sur la vie matérielle et morale du Japon contempo- 
rain. 

L'auteur promène le lecteur dans tout le Japon, du sud au nord et 
de lest à l'ouest, à Tokio, à Osaka, à Kyoto et jusque dans le loin- 
tain Yeso. Chemin faisant, au hasard des promenades, il s'arrête dan»- 
iine foire, devant un temple, un palais ou un pittoresque paysage^ 
prétextes à de charmantes descriptions, pleines de vie et de couleur. 
Il pénètre dans tous les milieux, toutes les sociétés, auprès de l'Km- 
penjur et des soldats, des femmes nouvelles et des femmes anciennes,. 
<liez les délicieuses geishas, comme chez les moines, les journalistes,. 
les poissonniers ou le marchand de poupées. Les sports, la politesse,, 
l'âme paysagiste, forment le sujet de curieux chapitres. Le théâtre, dont 
l'importance est considérable au Japon, n'est pas oublié : les « No ». 
cette manifestation si spéciale de l'art japonais, les « yo.«e ». sortes d» 
•conférences populaires, si goûtées des Japonais, les amusantes ma- 
rionnettes, sont passées en revue. Enfin, la religion elle-même est 
-t'-.tudiée, tout au moins dans ses manifestations bouddhifiues et shin- 
lo'ïsles, car l'auteur paraît ne pas avoir remarqué l'inlliience tléjÀ 
appréciable et bientôt très importante, que piend le catholicisme ait 
Japf)n, grâce aux missionnaires français. Il y aurait un chapitre bieu 
<;iirieux à écrire sur l'établissement du catholicisme au Japon, sa dis- 
|)aiition presque totale, sa survivance occulte et enfin sa résurtec- 
lion et son dévelopj)ement actuel. Nous regrettons que M. Fran(,-oi* 
de Tessan n'ait pas ajouté ces pagrs à ce volume par ailleurs si com- 
plot et d'un inlérôt si soutenu. J. C. T. 



— 01 _ 

l^e \ouveau .lapon, |)ar Amusk Hkm.kssoht. l'aiis, IVniii, l'JIS, in-id de 
312 p. — Prix : H f i . 'M). 

Le Chili. Je Pérou, la Roumanie, la Suède, ont vu successivemetit 
M. André Bellessort, mais le Japon a eu. pour ce globe-lrotler infali- 
gable, un attrait particulier. (^)uinze ans après son j)reinier séjour dans 
i'empirc du Soleil levant, il y est revenu ; c'était à la \ieillc de la 
guerre. D'autres préoccupalions l'absorbant, il a mis de côté les notes 
prises au cours de ce dernier séjour, et aujourd'hui seulement, après 
J)ien des hésitations. -il se décide à les livrer au public. Il serait regret- 
tables (]u'il ne l'eût pas fait. Les circonstances donnent en eflel un 
attrait d'actualité à tout ce qui nous aide à mieux connaître notre 
ollié oriental et il n'était pas inutile de fixer la ])hysiorii)rnie du peu[)ie 
japonais au moment où, pf)ur la première fois, il prenait part aux 
«■ontlits européens, cessant ainsi d'être exclusivement une puissance 
asiatique. Os notes présentent donc un intérêt tout particulier, et 
prennent une place nécessaire dans la littérature de guerre, bien 
qu'elles aient été écrites à un moment où bien peu d'esprits pré- 
voyaient le conflit actuel. L'auteur, avec logique, nous conduit tout 
il'abord parmi les héros et les dieux du Japon et nous expose l'éclosion 
et le développement de la nouvelle religion, le Bushido qui suscite 
des prodiges d'héroïsme, s'auréole de la gloire des champsde bataille 
eX s'identifie avec l'orgueil national. Les pages suivantes, peut-êlre les 
})lus curieuses du volume, promènent le lecteur à travers le théâtre 
et le roman, montrant à côté des œuvres littéraires proprement japo- 
naises, la transformation bizarre que doivent subir les écrits de nos 
auteurs pour être mis au goût du public nippon. Quelques lignes, 
que l'on trouvera trop courtes, sont consacrées aux .Vo. L'aventure 
de Lafcadio Ilearn. cet Anglais naturalisé Japonais et qui cesse d'être 
Anglais sans pouvoir être adopté par ses nouveaux concitoyens, nous 
fait pénétrer dans la société japonaise. Une étude tro[) succincte, 
mais substantielle sur la Corée, suivie de très curieuses <( pages japo- 
naises ») termine cet intéressant volume, rempli d'enseignements, 
d'aperçus nouveaux, de remarques originales. J. C. T. 



IJbrary of Coiicjress. Guide to the laAv and légal lîterature of 
.\i*<jeniina, lirazil and t:hile. by Edwin M. Borciiaiu). Wasliington, 
Govornnii'nt prinling office. 4917, gr. iii-8 de 523 p. — l'rix ; '6 fr. 

Professeur de droit à l'Université Yale, M. E. .M. Borchard a été 
pendant quelques années attaché à la section juridique de la Biblio- 
thèque du Congrès : c'est dire qu'à la connaissance du droit il joint la 
pratique de la bibliographie et qu'il réunit dans sa personne la triple 
compétence d'un bibliographe, d'ua juriste et d'un professeur. Aussi 



— 02 — 

le guide qu'il nous od're ici est-il l'un des plus clairs, des plus com- 
plels et des mieux informés que l'on puisse imaj^iner. Et ce n'est pas 
une tâche aisée qua entreprise là M. Borcliard. La littérature juridi- 
que des trois républiques est assez abondante, mais elle n'est pas 
toujours d'un accès facile : aux ressources qu'offre la Bibliothèque du 
Congrès, M. Borchard a du suppléer par des recherches personnelles 
en Argentine, au Brésil et au Chili. 

Le but que se propose la Bibliothèque du Congrès par la publica=' 
tion de la collection de guides, dont celui-ci fait partie, c'est de ser- 
vir tout à la fois les intérêts des juristes, des hommes d'affaires et 
des historiens. Nous n'avons pas ici de simples listes bibliographiques 
plus ou moins complètes, mais, avec l'indication des ouvrages - au 
moins de ceux qui offre'nt quelque importance, — publiés sur des 
matières juridiques, des notions succinctes mais précises surlacons-- 
titution et la législation des différents États. 

M. Borchard fait remarquer que les trois pays dont il s'occupe ici 
ont ces traits communs que leur droit constitutionnel a été plus ou 
moins fortement influencé par la constitution des États-Unis, tartdis. 
que pour leur législation et leurs institutions, c'est plutôt à l'Europe, 
— à la France et à l'Espagne surtout — qu'ils ont fait des emprunts, 
et que. d'autre part, tous trois ont eu la chance de rencontrer des légis- 
tes éminenls qui les ont dotés de codes remarquables : c'est ainsi 
que le code civil du Brésil, promulgué seulement eu l'JlG. est 
regardé comme une œuvre d'une haute portée scientiti(iue. 

Pour cha({ue Etat, le cadre adopté par l'auteur est le même : Biblio- 
graphie ; — Législation ; — Becueils d'arrêts des tribunaux ; — 
Travaux généraux ; — Enseignement du droit ; — Jurisprudence et 
philoso|)hie du droit ; — Histoire du droit ; — Code civil ; — Code 
commercial ; — Organisation judiciaire et procédure civile ; — Code 
criminel ; — Procétlure criminelle ; — Droit constitutionel ; Droit 
administratif ; — Droit militaire ; — Droit ecclésiastique ; — Droit 
international. 

Nous devons signaler que dans la section : Bibliographie, M. Bor- 
chard ne se borne pas à donner rindicalion des bibliographies spé- 
cialement juridiciues, mais (ju'il nous fournit des irulications pré- 
cieuses sur la bibliographie générale des trois grandes républiques 
de l'Amérifine (lu sud. 

Comme nous ilevons souhaiter et pouvons espérer que les rela- 
tions de la France avec rAméri((ue du sud prendront l'extension 
qu'elles auraient dû prendre depuis longtemps, l'ouvrage de M. Bor- 
chard est de c(;u\ (jui s'imposent à l'attention de nos concitoyens. 

E.-Vt. Leuos. 



! - 03 - 
BULLETFiN 

La FeiniiK' palriol*' tra|>ré!!i la Itiith', ()arG. Bontolx. Avignon, Aultauel 
s. d. (lOIS^, in 11» lie vui-KJri p. — Prix : 1 fr. 2.;. 

Dans ce pclit volume, M. le clianoine Bontoux préscnlo à ses lecteurs la 
;:aleiie des rctiinies patriotes de la lîible comme types on modèles du 
patriotisme. Il les raiijïe en deux catégories ; celles qui parlent, chantent et 
pleurent, celles (jui agissent, comballent et meurent. I)aus la première, 
nous voyous successivemenl. parmi les femmes qui parlent, la patiiolc 
avocate- : la veuve de Thécna qui plaide devant David la cause d'Ab^a- 
lon, la patriote parlementaire ; la lemme d'.\béla-I3eth-.\laaclia, (pii 
délivre sa ville eu livrant le traître Séba, la patriote suppliante . Estlier. 
I>c celles qui chantent, luneest lyrique : Marie, sœur de Moïse et dWaron, 
l'autre inspir.'e : la propliétesse Débora. Celles qui pleurent sont une 
pauvre émigrée : EUith, une épouse captive : Achinoam de .lezraël, et une 
mère endeuillée : Uespha. Dans le second groupe, nous trouvons d'abord 
celles qui agissent en sauveurs : Abigaïl, qui écarte de sa maison de ter- 
ribles représailles de guerre ; la femme de Bahurim. qui sauve de la mort 
deux messagers de David ; .Tosabeth. qui soustrait à la fureur d'Alhalio le 
jeune roi Joas. Les trois femmes soldats sont .lahel. qui perce Sisara d'un 
pieu, la femme de Thébès. qui brise le crâne d'Abimélech, en* jetant une 
meule de moulin. .ludith, qui coupe la tète d'Ilolopherne. Les femmes qui 
meurent'sont la fille de Jephté, victime qui accepte la mort comme rançon 
de victoire, la mère des sept Machabées, martyre de la fidélité aux lois de 
son pays, et la reine des martyrs, la Vierge Marie, qui contemple son divin 
Fils sur la croix et s'immole avec lui pour le salut de tous les hommes. 
Sur chacune de ces héroïnes, dont plusieurs ne sont guère connues du 
grand public, ^L Bontoux cite textuellement, sauf pour la Sainte Vierge. 
les passages bibliques, qui racontent leurs belles actions. En les proposant 
comme modèles, dans l'épilogue, il aurait dû insister davantage sur la 
moralité des actes de quelques-unes d'entre elles, et montrer que certains 
moyens d'action, justifiables en ces temps reculés, ne sont pas imitables 
pour des chrétiens, disciples du prince de la paix. E. Ma.ngknot. 



ï 



Facts about France, par E. S.vir.r.Ess. Pari>, llacliflte, 1918, petit in-IG car- 
tonné (le xn-:5U8 p.. avec tiO illustrations, plans et cartes. — Prix : 3 fr. .^U. 

Dans un petit livre anglais bien connu, les Things .lapnnese de Chamber- 
lain, l'Européen qui visite le Japon trouve habilement et agréablement ré- 
sumé à peu près tout ce qu'il peut avoir le besoin ou le désir de savoir sur 
cette contrée, son aspect, ses productions, ses habitants, son histoire, ses 
mœurs. Rédigés probablement sur ce modèle, les Facls ahonl France de 
M. Saillens présentent à nos alliés de langue anglaise à qui ils sont spécia- 
lement destinés une petite encyclopédie des choses françaises qui condense 
efi quelque trois cetits pages les principales notions nécessaires à un 
étranger, particulièrement à un étranger britannique ou américain, pour 
connaître et comprendre notre pays. I/auteur. présentement et depuis 
plusieurs années déjà interprète auprès des armées britanniques, a entendu 
lui-même les mille questions de tout ordre que se posent et que posent 
sans cosse à notre sujet les soldats amis qui foulent notre sol ; une expé- 
rience antérieure et étendue du monde anglo-saxon lui avait d'ailleurs ap- 
pris dès longtemps ce qui peut surprendre et ce qui parfois prévient contre 



- Hi - ' 

nous Améi-icains et Anglais. 11 a donc pu. en peignant la France, choisir 
les traits de son tableau et le placer dans la perspectiye qui convient à son 
public. Une niasse presque incroyable d'informations est condensée dans 
un mince volume qui reste pourtant facile à consulter et à parcourir. On 
y découvrira sans doute çà et là, comme il était inévitable, des inexacti- 
tudes et des erreurs, mais elles sont vraiment très peu nombreuses ; l'ar- 
ticle des races et des nationalités en France pourrait être allégé de détails 
dont quelques-uns sont de pure curiosité (n'est-il pas permis à des .an- 
glais, et même à la plupart des Français d'ignorer l'origine ou niênie la 
simple existence des Bigoudens de Bretagne), et dont les autres sont encore 
plus douteux que supertlus (par exemple ce qui concerne la prétendue des- 
ccr)dancc asiaticiue, lévélée par son type physique, d'un de nos présents 
ministres:* Sur les matières sujettes à débat, M. Saillens s'est appliqué à don- 
ner des opinions modérées et moyennes : dans larticle de la ReAigion, di- 
verses considérations historifjues ou autres ne seront pourtant ))as admises 
par les catholiques. Notons à l'éloge de l'auteur français que son anglais 
correct et élégant ne décèle nulle part une plume étrangère. 

A. Baiîbeal". 

Le Statut cl«' la terre et le Parlement,* par Bouilloux-Lakont. Paris, 
Grasset, 11)18. iti-KJ de 59 p. (Collection le Fait de In semaine, 11 mai 1918). — Prix : 
fr. 75. 

L'auteur aurait i)u intituler son opuscule : « Comment faciliter le re- 
membrement de la propriété rurale ? » Voilà bien, en etTet. le sujet qu'il 
liaite. N^n seulement dans les légions dévastées qu'il faut se hâter de re- 
mettre en valeur, mais dans toutes celles où l'éparpillement des parcelles 
entrave la culture rationnelle et notamment l'emploi des moteurs méca- 
niques, les opérations de cette nature s'imposent. Un grand nombre de 
projets législatifs qui tendent à les favoriser sont soigneusement analysés 
par M. liouilloux-Lafont, qui a lui-même déposé le sien. Très judicieuse- 
ment, il se préoccupe, le remembrement fait, de prévenir une nouvelle 
multiplication et un nouvel éparpillement des parcelles : il réclame que 
l'on abroge, dans le code civil, la seconde partie de l'article 832, prescri- 
vant de faire entrer dans chaque lot successoral la même quantité de 
meubles, d'immeubles, de droits ou de créances de même nature et va- 
leur. Bauoîs .\ngot des Rotouhs. 



Veri|eniies el IM ndepiMidaiiee ainérieaiiie. Ver<|eiinej« el VVil^4on, 

|i.Tr II,' baron IIknsei' di: (ioLiiit.. Paris, lùlilioiis ilc la << Nouvelle Uevuc nalio- 
uale », 1918. in-8 de 'i i (i., avee portrait de N'erf^eiines. — Prix : I l'r. 2']. 

Vergennes et Wilson. le ra[)prochement des deux noms ne parait pas 
injustifié apiès lecture de cette élude. Le langage que tient aujourd'hui le 
Président américain rappelle souvent celui que tenait le ministre qui, avec 
Louis \\ I. décida, en I77S, rinteivention armée de la Fiance en faveur 
des insitnjc-nls d' \inéri(jue. Le grand honnête homme qui, de 1774 à I7S7. 
dirigea notre |)oiili(pie <!xléiieure, n'avait jias de peine à persuader son roi 
loiscpi'il lui conseillait « d'asseoir la gloiic de son règne sur la justice et 
sur la |)aix ». de contenir ce (pie nous appellerions aujourd'hui l'impi ria- 
lisine et de réprimer les abus de la foi"tie. mais de ne vouloir que ce cpii 
esl juste. « Si Votre Majesté, disail-il (12 avril 1777) dirige sa politique à 
établir l'opinion (pTeile ne veut que l'ordre et la justice, ses arrêts seront 
respe» lés, son e\ein|)le fera plus(|ue ses armes. La justice et la paix régne- 



— 05 — 

ronl partout. » Louis XVt et Vcrgennes furent compris par les Étals-Unis 
H lorsque leur Congrès ratifia l'alliance, leur comité des afTaircs étrangères 
écrivit : « La P'rance, par sa candeur et sa franchise, nous a plus gagnés 
cl attachés à elle que les traités secrets n'auraient pu faire, et a jeté entre 
nous les semences d'une alliance éternelle. » Cet intéressant opuscule est 
précédé d'une reproduction du beau portrait de Yergennes par Callel. 

Bakox A.ngot ues Rotours. 



Un I>v«4 bris»*, par le chanoine Max Caros. Paris, Ilalon, 1918, in-12 de 300 p. 
— Piix : 4 fr. 50. 

Qu'on ne s'effraie pas du litre ! Il ne sert pas de couverture, comme 
tant d'autres similaires, à d'insignifiantes mièvreries sentimentales teintées 
d'une vague piété. Ce qu il annonce, c'est la brève biographie et les lettres 
d'un séminariste de Versailles, qui portait un nom cher aux artistes chré- 
tiens. Bernard Lavergne, et qui fut tué à l'assaut le 26 septembre 19 Hi. Les 
<jualil<s exquises qui s'y révèlent, l'esprit vif et primesautier, le sens du 
pitlllI•(•^que, le cœur aimant et délicat, le talent littéraire et surtout la vail- 
Janlr et simple générosité devant les tâches pénibles comme devant la mort 
prochaine, provoquent l'émotion, l'admiration, et aussi, jusque parmi les 
lariiu^. la joie de voir combien Dieu est aimé des cœurs purs. Quel bien- 
fait ^i ces pages suscitaient des imitateurs de cette belle ardeur juvénile ! 

Gh. Lakdry. 



Paul S(apfer (1840-1917), par Henry Dartigue. Paris, Fischbacher, 1913, 

in -■■-; de 72 p., avec un portrait 

P.iiii Stapfer, écrivain et critique très distingué, ancien doyen de la 
Faculté des lettres de Bordeaux, n'a pas eu. au moment de son décès, sur- 
\enu pendant la Grande Guerre, le tribut de regrets que mérilait sa 
mémoire. G est dans le dessein de réparer cette injustice, née des circons- 
tances que M Henry Dartigue lui a cot)sacré une notice étendue dans la 
Revue chrétienne (année 1917) et publie aujourd'hui cette étude à paît. La 
vie et l'œuvre de Paul Stapfer y sont exposées et appréciées en trois cha- 
pitres : l. Sa famille et sa carrière. — 11. Le Critique. — 111 Le Philosophe 
et l'Ecrivain Deux appendices complètent l'étude. Le premier consiste 
dans une Bibliographie des écrits de Stapfer ; le second est consacré à la 
publication de quelques pages inédites, sorte d'examen de conscience (|ui 
honore son auteur. Bien informée et bien écrite, la notice de M. Dartigue 
!)on seulemeiit remplit son objet, mais est une contribution utile à noire 
liistoire littéraire. >ous devons ajouter que, protestant comme l'était Sta|>- 
fer lui-même, l'auteur, dans ce qui touche à la religion et à la philosophie, 
s'écarte tout naturellement de la saine doctrine. M. S. 



CHHONIQUE 

Nécrologie. — M. Edmond Rosta.nd vient de mourir ; c'est une perle 
considérable pour les lettres françaises. Fils de l'i-conomiste Eugène iSos- 
land, membre de lAcadémie des sciences morales et politiques, il naquit 
le 1" avril 1868, fit de brillantes études au lycée de Marseille, puis à P.. ris 
au collège Stanislas. Les leçons de M. René Doumic développèrent en lui 
l'amour des lettres et l'aisance de sa situation lui permit de se consacrer 

Janvier 1919. T. CXLV. 5. 



— m — 

loul entier à l'art dramatique : il débuta à vingt ans avec le (ianl rouge 
(Paris, i888, in-8), vaudeville écrit en collaboration avec M. Lee et joué au 
théâtre de Cluny. La réussite lui vint avec les Romanesques, comédie en trois 
flcles, représentée au Théâtre P'rançais et pour laquelle lAcadémie française 
lui décerna le prix Toirac. Désormais le chemin delà gloire souvrit devant 
lui. Le succès extraordinaire de Cyrano de Bergerac, joué à la Porte Saint- 
Martin, fut son apothéose ; l'Acadéniie française lui ouvrit ses portes ; il 
n'avait que trente-trois ans. Voici la liste de ses principaux ouvrages : Les 
Mnsanlises, poésies (Paris, 1890. in-8) ; — Les Romanesques, drame (Paris, 
d89i, in-S) ; — La Princesse lointaine, drame (Paris. 1895, in-S) ; — La 
Samaritaine, drame (Paris. 1897, in-8) ; — Pour la Grèce, poésie (Paris, 1897, 
in-8) ; — Cyrano de Bergerac, drame (Paris, 1«98, in-8; ; — //.-Ity/o/t (Paris, 
l!>00, in-8) ; — Discours de réception à l' Académie J'rançaise (Paris, 1903. in-8) ; 

— Les Conséquences économiques des mesures légales contre les congrégations 
{Paris, 1908, iii-8) ; — Chantecler (Paris, 1910, "in-8). 

— Un romancif^r d'un certain talent et dont les œuvres sont assez ])opu- 
laires. M. (laslon Basclk de Lagkèze, connu sous le pseudonyme de 
CuAMpOL, est mort le 14 décembieà Billière, près de Pau. Fils d'un magistrat 
auquel on doit des écrits juridiques et historiques estimés, il suivit quekjue 
temps la carrière administrative et devint sous-préfet, mais il ne larda pas 
à se livrer exclusivement à son goût pour les lettres. 11 collabora au Cor- 
respondant, à l'Ouvrier, aux Veillées des chaumières, à r Illustration européenne. 
Wous citerons de lui : Un Coup de patte (Paris, 1891, in-l8) ; — Noëlle 
(Paris, 1891, in-18) ; — Madame Melchior (Paris, 1891, in-18) ; — L'Argenl 
des autres (Paris, 1893, in-18) ; — En deux mois. Par devant n^aitre... La 
Bataille d'Eylau (Paris, 18'.)3, in-lG) ; — Anaïs Evrard. Réconciliation. Belzé- 
huth. Le Savant Baudegrain... (Paris, 1895, in-18) ; — Le Roman d'un égoïste 
(Paris, 1895, in-18) ; — Le Duc Jean (Tours. 189tj, iii-8) ; — Le Mari de 
Simone (Paris, 1896, in-18) ; — Le V(eu d'André (Paris, 189tj, in-lO) ; — Le 
plus Forl (Tours, 1S97, in-8) ; — L'Héritier du duc Jean (Tours, 1897, in-8) ; 

— La Conquête du bonheur (Paris, 1897, in-18) ; — Amour d'anlan (Tours. 
1898, in-18) ; — L'Homme blanc (Paris, 1898, in-18) : — Le Droit d'aînesse 
(Paris, 1899. in-18) ; — Les Justes (Paris. 1899, in-16) ; — Cadette de Gas- 
cogne (Tours, 1900. in-18) ; — Les Fleurs d'or (Paris, 1901, in-16) ; — Cas 
de conscience (Paris, 1902, in-16) ; — L'Heureux Dominique (Paris, 190:2, 
in-18) ; — La Lune rousse (Tours, 1903, in-18) ; — La Rivale (Paris, 1903, 
in-10) ; — Sœur Alexandrine (Paris, 1904, in-16) ; — Les Revenantes (Paris, 
1905. in-16) ; — L'Idéal de l'oncle Caillou (Paris. 1905. in-18) ; — Autre 
Temps (Paris, 1906. in-8) ; - Les Deux Marquises (Paris, 1908, in-18). 

— M"" la comtesse d'\rmaii.i.é s'est éteinte le 7 décembre dans sa 89" an- 
née. Née Marie-Célestine-Amélie de Ségur, elle tenait de son père le général 
comte Philippe de Ségur, membre de r.\cadémie française, le génie des 
travaux historiques et un vrai talent d'écrivain. Les principaux ouvrages 
sortis de sa plume sont les suivants : La Reine Marie Leczin.'tka. étude his- 
ior'ique (Paris. 1864, in-18); — Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV 
( I'k)9-16(>'4), étude historique (Paris. 1865, in-18) ; — Marie-Thérèse et .Marie- 
Atdoinettf (l'aris, 1870. in-18) ; — M'"' Elisabeth sœur de Louis A 17 (Paris, 
1886, in-16) ; — La Comtesse d'Egmont, fille du maréchal de Richelieu [il'iO- 
llT.i) d'après des lettres inédites à Gustave RI (Paris, 1890. in-16) ; — Unt: 
Fiancée de Napoléon : Désirée Clary, reine de Suède {1777-lSGO) (Paris. 1897. 
in-16). 

— L'Église catholique d Angleterre vient d'éprouver une grande perle eu 



— f)7 - 

la personne de Mgr William Coi.or.AN. niorl à la (în de lîMS. Ni; à (iorrou le 
8 déccinhic IS40, il se destina d'abord à la vie politique el consulaire ; tnai> il 
éprouva bientôt un si vif désir du sacerdoce, qu'il ne j)ul résislei ;i i'apijcl 
de sa vocation el il fut envoyé à 1' « English Collège » fondé à Bru;:<'s [wr 
Sir John Sullon, où il reçut la prêtrise des niair)» de rarrlicvêquc (plus 
tard cardinal) Manning. Il fut d'abord envoyé dans un hn|)ilal roniino 
•chapelain ; puis, en octobre 1S7T. à Stocli. 'comme clief de la mission, d'est ' 
là qu'il fonda la C. T. S. {CallioUc Trtilk Sociely}. Comme orateur, il n'avait 
rien de remarquable ; il excellait surtout dans les instructions familières. 
IJ se distingua par un goût tout si)rcial pour la botanique auquel il lui était 
facile de s'adonner, les campagnes qui environnaient la mission lui four- 
nissant des spécimens. En l'JUi), il fut élevé à la dignité de prélat romain. 
Ce fut un saint prêtre plein de zèle pour le salut des âmes et tout dévoué à 
tson œuvre. Voici les titres de (juclques-uns de ses écrits : The CalkoUc tem- 
pérance reader, en collaboration avec Sir Francis Cruisc ; — Teiiijierancc 
calechism, composé pour la C. T. S. ; — Total abstinence, a cnlholic jmnl 0/ 
vlew ; — iVolly's prayer ; — .1 scriptural life of the Blessed Virrjin : — The 
Ufe and writin(js of SI. Peler : — The Affections in mental prayer ; — The 
Lasl sacranu'ids ; — Simple prayer book. 

— En (Jiuseppe FiiACCAnoLi. mort récemment, l'Ilalie perd un de ses hellé- 
nistes les plus distingués el de ses meilleurs critiques. Né à Vérone le 
5 mai 18i9, il songea d'abord à faire du droit sa carrière et se fit recevoir 
docteur en l'Université de Padoue. Mais ses goùls littéraires, l'esprit criticpae 
qui se manifesta en lui, les travaux qu'il publia sur la littérature antique 
l'entraînèrent vers une tout autre destinée. Il fut appelé à professer la lit- 
térature grecque à l'Université de Messine, dont il devint le recteur (1S03). 
Puis il prit la chaire de littérature grecque à l'Université de Turin (1897- 
1906). Les questions d'enseignement ne cessèrent de le préoccuper, et l'on 
a de lui sur la matière plusieurs travaux, parmi lesquels l'un des plus con- 
sidérables est le dernier livre sorti de sa plume. Le culte de la petite patrie, 
-sans jamais nuire au culte de la grande, était très vif chez lui : il se plai- 
sait au dialecte de son pays et il s'est amusé à s'en servir pour une traduc- 
tion d'Aristophane. Voici la liste des principaux ouvrages de ce laborieux 
érudit et de ce maître distingué : \crsL (Verona, 1874, in-8) ; — / Persiani, 
traduction d'Eschyle (Torino, 1870, in-8) ; — Le due Odi di Saffo (Verona, 
1878, in-16) ; — Saggio sopra la genesi délia melrica classica (Verona, 1881. 
in-8) ; — Lo Sciillore Innocenzo Fraccaroti (Verona, 1883, in-8) : — De Eari- 
pldis scribe ndi artificio (Augustae Taurinorum, 1884, in-8) ; — L'Ode pitia 
XI di Pindaro (Verona, 1880, in-10) ; — Fer gli umoristi deli antichilà (Ve- 
rona, 1880, in-10) ; ^ Teoria raziunate di melrica italiana (Torino, 1887, 
in-8) ; — Del realismo nella poesia greca (Verona, 1887. in-8) ; — Odi (Bolo- 
gna, 1887, in-lO) ; — Parole pronunziate neli inaugurazione delV anno acca- 
demico t893-189U (Messina, 1893, in-8) ; — Le Odi di Pindaro (Verona, 1894, 
in-8, nouvelle édition Milano, 1914, in-8) ; — Parole pronunziate neW inau- 
(jurazione delV anno accademica 189U-IS9Ô (Messina, 1894, in-8} : — Thucyd. 
VI, 61, 6 ; ///, 8^, 1 (Firenze, 1890, in-8) ; — Calalogo dei manoscrilti greci 
délia biblioteca universitaria di Messina (Firenze, 1897, in-8) ; — Dei codici 
greci dei monaslero dei ss. Saluatore di Messina (Kiren.4e, 1897, in-8) ; — Il 
metodo criiico dei professore Vitelli (Torino, -1900, in-8) ; — VIrrazionale 
nellaletterntura[Toi\noA^O?>M-'i) ; — /Z TmieocZz'P/a^one (Torino, 1903, in-8 > ; 
— / Lirici greci (Torino, 1910-1913, in-8) ; — L'Uomo polilico di Platone (To- 
rino, 1911, in-8) ; — // Sofista di Platone (Torino, 1911, in-8) ; — LEdaca- 
zione nazionale (Bologaa, 1918, in-16}. 



— 68 — 

— Des avis de Hollande confirment définitivement la nouvelle de I» 
mort dcTabbé Hugo Vehiuesï, membre de l'Académie flamande et l'undes- 
cliefs de l'école flamingante catholique. Pupille de l'illustre Guido Gczellc^ 
dont le nevcn, un autre flamingant distingué, Stijn Streuvels, était son 
ami intime, il entra comme son maître dans les rangs du clergé, cl^ 
comme lui se distingua par son talent poétique. ComiTie lui aussi, il fut- 
envoyé. — relégué, disent les langues malignes, — dans une humble pa- 
roisse des Flandres, Ingoyghem. Un de ses premiers ouvrages : Leven en 
dood (1877, in-8) a pris place plus tard dans un recueil de Voordrachlen. I^e 
curé d'Ingoyghem n'était pas seulement un poète, mais un orateur, l'ora- 
teur le plus populaire de la Flandre ; et il n'était guère de fête dans laquelle 
ne retentit sa parole. Au recueil de conférences que nous venons de citer.. 
il faut ajouter les trois discours spirituels sur la lumière, la force et la^^ 
piété qu'il a réunis sous le litre : Drij (jeeslelijlce voordrachlen (19D5, in-S). 
Nous citerons encore du maître Op woiidel (1903, in-8) et Regenbuog uiL an- 
dere klearen (1904, in-8) et un olivrage en deux volumes sur vingt écrivains^ 
flamands {Twinlig vlaainsche Koppen), dans lesquels il a fait place notani- 
ment à son maître Guido Gezelle et à son ami Stijn Streuvels. L'abbé Ver- 
riest était né à Deerlijk en 1840. 

— M. Domenico Orano, mort récemment âgé de 45 ans, était né à 
Rome, le 14 février 1873. Il fit ses études dans sa ville natale et son esprit 
largement ouvert lui permit de se faire recevoir docteur en droit et doc- 
teur es lettres. 11 se fit attacher à la Bibliothèque Casanatense, enseigna 
dans divers établissements et donna une active collaboration à plusieurs- 
publications périodiques. Tout en regrettant ses attaches maçonniques, 
dans un pays où, comme en France, la maçonnerie est si sectaire, on doit 
rendre justice à ses belles qualités intellectuelles. N'ous citerons de lui : 
Marcello Alberini e il sacco di Roma del l.'/27 (Koma, 1895 in-8) ; — 7/ diario 
di Marcello Alberini (lo2l-lo25J (Roma 1896, in-8) ; — Il sacco di Roma del 
1527 (Roma, 1901) ; — Lellere di Pier Cnndido [)ecend>rio, fraie Simone da 
Canierino e Lodrisio CriveUi a Fraiicesco Sf()r:(t (Roma, 1901, in-8) ; — Lellera 
di Guiniforle Barzizza alla ducliessa liianca Marin SJ'orza, 12 ngoslo lUb7 (Roma, 
1900. in-8) ; — I suggeri/tienli di haon vivere déliait da Francesco SJbrza pel 
jigliuolo Galeazzo Maria (Roma, 1!)01, in-8) ; — Due atdografi inedili di 
Francesco FilelJ'o (Roma, 19'.)1, in-8) ; — Un'adananza inassonica in Roma 
nel 1810 (Roma, 1902, in-8) ; — Lllalianilà e la modernilà di Leone XllI 
(Roma, 191)3, in-8) ; — L'Instnllazione di nna loggia massonica in Francia 
soUo Luigi XVI (Roma, 1903, in-8) ; — Liberi pcnsalori braciali in Roma 
dal XVI al XVIII secolo (Roma. 1904, in-8) ; — Il Teslaccio : il monte e il 
quarliere (Pescara, 1910. in-8) ; — L'Inchiesla sidle abilazioni operaie : il 
Teslaccio (Pescara, 1911, in-8) ; — Pttgine criiiche (Pescara, 1912, in-8) ; — 
Corne vive il popolo a Roma (Roma, 1912, in-8) ; — L'Anima poelica di 
Giuseppe (iioacchino Belli (Roma, 1913, in-8). 

' — On annonce encore^ la mort de MM. : Louis Andhk, président de 
chambre à la cour d'apjjel de Paris, mort le 14 novembre, auteur de plu- 
sieur.s ouvrages notamment : Deux mémoires historiques de Claude Lepelle- 
(ier (Paris, 1900) ; Michel Le Tellier, l'organisation de l'armée monarchique 
(Paris, 1906, in-8) ; Les Accidents du travail, régime du risque professionnel 
(Paris, 1907, in-8) ; — llisloire économique depuis l'antiqinté jusqu'à nos Jours 
(Paris, 1908, in-18) ; Louis Rkssk, collaborateur de /'//(/rri^Lf/j/fa/i/, qui avait 
collaboré autrefois à la Ridrie et à la Presse et a publié divers romans de 
mœurs, romans sociaux, contes et nouvelles, mort le 2:i novembre ; — 



I 



— 60 — 

M. Joseph BoucAiin, rédacteur en chef des Tablettes des Deux Charentes, qui a 
collaboré à laGazellede France, cl laisse les ouvrages suivantes : SceurCalhe- 
j'ine Labouré et la médaille miraculeuse (Paris, 1007, i n-12) ; Vie et mi- 
racles de sainl Benoit, moine et fondateur de l'ordre des bénédiclins (Paris, 
-1909, in-12) ; Sainl Antoine de Padoue, sa vie et ses miracles (Paris, 1917. in-12), 
mort à 41 ans, le 16 décembre, à Rochcforl-sur-Mcr ; — Lucien BouncERET, 
K;ollaboratcur de l'Agence Havas, mort le 30 novembre ; — le D' Edouard 
Bureau, membre de l'Académie de médecine, ancien professeur au Muséum 
<l'hisloire naturelle, botaniste distingué, auquel on doit entre autres 
ouvrages, une importante A/o/io^rap/i/e des Bignoniacées (Paris, 1864, 2 vol., 
in-4) ; un aperçu sur les Collections de botanique fossile du Muséum (Paris. 
1893, in-fol.). mort en décembre, à 88 ans ; — Claude Coutuiuer. auteur 
■de nombreux romans et de recueils de vers, parmi lesquels nous citerons : 
Chanson pour toi (Paris, 1889, in-12) ; L'Inespéré (Paris. 1892, in-18) ; — 
Le LU de celte personne (Paris, 1895, in-16) ; Trop Biche (Paris, 1901, 
in-i6) ; mort en décembre ; — Georges Daumet, archiviste paléographe, 
-ancien membre de l'École française de Rome, ancien archiviste aux 
Archives nationales, à qui l'on doit ; Étude sur l'alliance de la France et de 
la Caslille au XIV et an XV^ siècles (Paris, 1898, in-8; ; Innocent Vf et 
Blanche de Bourbon (Paris, 1899, in -8) ; Lettres closes, patentes el curiales 
■de Benoit Xll se rapportant à la France (Paris, 1899, in-4) ; Calais sous la 
■domination anglaise {Xrr as, 1902, in-8) : — Notice sur les établissements reli- 
gieux anglais, écossais et irlandais fondés à Paris avant la Révolution (Paris, 
1912, in-8) ; Mémoire sur les relations de la France el de la Caslille de 
1255 à 1320 (Paris, 1913, in-8), mort subitement à 48 ans, à Paris, 
le 10 décembre ; — Joseph-Marie-Edmond Drouet, professeur d'histoire, 
docteur es lettres, auteur d'une étude sur l'Abbé de Saint-Pierre, l'homme 
■el l'œuvre (Paris, 1912, in-8), mort dans sa 34' année, le 2 décembre, à 
l'hôpital militaire de Rennes ; — A. -Michel Duchesxe, rédacteur militaire 
•du Journal, mort à 47 ans, en décembre ; — Ernest Dupont, conseiller à 
la cour de cassation, auteur d'un Manuel élémentaire de droit criminel, en 
-«ollaboration avec M. René Foignet (Paris, 1907, in-18). mort en décembre ; 
— François É.\ault, artiste peintre, rédacteur en chef de la France illustrée, 
mort le 1" décembi-e ; ^ — le chanoine Joseph Gindre, curé-doyen des 
Cordeliers, à Lons-le-Saunier, qui a publié un Panégyrique de saint Claude 
(Lons-lc-Saunier, 1903, in-12), mort en cette ville le 19 septembre 1918' 
■dans sa 63' année ; — Albert Golllé, ancien collahorateur du Cri da 
peuple, de la Petite République, de l'Autorité et du Rappel, mort le 4 décem- 
rbre, à 74 ans ; — Georges Guilaine, rédacteur au Daily Mail et à l'Agence 
Radio, qui avait collaboré à de tiombreux journaux parisiens cù il avait 
su faire apprécier sa valeur professionnelle, mort le l^"^ décembre ; — 
D"^ Gaston Humbert, qui a traduit les Éléments de l'esthétique musicale par 
G. Riemann (Paris. 1907, in-8), mort à Paris, le lo novembre; — Georges 
Jeannel, collaborateur parlementaire de l'Agence télégraphique républicaine, 
«tjui avait aussi fait partie de la rédaction parisienne de la Petite Gironde, 
iTiort à 58 ans, le 14 décembre : — Pierre Jollivet. ancien frère bernar- 
•ëin, professeur à Ifîendic, diocèse de Rennes, mort le 2 décembre ; — 
■Charles Lalou, ancien directeur du Journal de la France, mort à Paris, 
le 29 novembre : — Auguste Lepj:re, peintre et graveur, l'un des maîtres 
qui ont le plus contribué à la renaissance du livre par le caractère et la 
largeur de ses compositions et à la résurrection de la gravure sur bois, 
i«ort le 20 novembre, à Domme (Dordogne) ; — Charles Lefèvre-Clérem- ' 



— 70 - 

BRAY, qui a t'cril do nombreuses noticos sur la région et sur le pays de- 
lîray et public un travail considérable : La Terreur à Rouen {1703-1796), 
ainsi qu'une curieuse élude : Bovarisme el Jlauberlisme, mort le 3 décem- 
bre' ; — Henri Leouand, professeur d'agriculture à l'école primaire supé- 
rieure de Bapanme. emmené à Valenciennes et fusillé par les Allemands 
en février dernier ; — Mgr Hector Léveillé, prélat de S S., directeur de 
l'œuvre dominicaine du Mans et de l'Académie internationale de botanique, 
collaborateur du Cosmos, mort le 29 novembre, à qui l'on doit, entre 
autres ouvrages ; Esi^ai sur la géographie botanique du nord-ouesl de la 
France {Le Mans. 1906, in-8) ; Glanes sino-Japonaises (Le Mans, i%6, 
in-8) ; Tableau analytique de la flore française (Le Mans, 1906, in-16 v 
Les Vignes de la Chine (Le Mans, 1906, in-8) : — Josepb Periun. de la mai- 
son Perrin cl C'% qui avait succédé à M. Didier dans la direction de la 
Librairie académique, mort à 53 ans, le 3 décembre ; — M. r«aston Pinet, 
chef d'escadron d'artillerie en retraite, ancien bibliothécaire de l'École- 
pol> lechnic[ue, écrivain d'une grande érudition, qui, outre une ///.s/o/re 
1res complète de l'École polytechnique (Paris, 1887, gr. in-8), qui fait auto- 
rité et des travaux documentés sur le siège de Iluningue, le Siège de Bilche, 
les Lignes de Wissembourg, Landau, Belfort, etc., laisse un grand nombre 
d'études fines et gaies ; L'Argot de l'X polytechnique (Paris, 1894, in-8); 
f.es Roslots, les Pouyades, liousca, Un Chic à Merca, etc., mort à la fin 
de novembre ; — Joël Raynaud, correspondant du Temps à Privas, mort 
en octobre ; — Emmanuel Rivikhe, ingénieur des arts .et manufactures, 
directeur de l'Écho du Centre et de la Croix du Centre, mort âgé de 63 ans, 
le p' décembre, à Blois ; — le chanoine Rousseau, curé de Bourdeilles,. 
diocèse de Périgueux, collaborateur des Contemporains, mort le 10 décem- 
bre ; — le R. P. SicAUD, des Frères Prêcheurs, aumônier des Dominicaines 
de Saint-Maximin, auteur notamment d'un ouvrage sur Sainte Marie-Made- 
leine, mort à Marseille, le 1" novembre ; — l'abbé Antoine-Ernest Terrasse, 
auteur d'une Histoire de l'Église, d'un Cours complet d'enseignement reli- 
gieux (1!)0I, 5 vol., in-12) et d'une étude sur l'Ignorance religieuse au XX'' siè- 
cle (1912. in-12). moit à 70 ans, à Paris, le 8 octobre ; — l'abbé Armand 
Vam:s. professeur à IS.-D. de Mende, mort on décembre ; — Bernard Van- 
DKMiKOAQUE, liommc dc lettres, mort à Bourg-la-Reine, lc6 décembre : — 
le 1)"^ A loouROux. médecin en chef des asiles de la Seiiue, auteur d'ui» 
traité de médecine à l'usage des familles, mort le 13 décembre, à Paris ;. 

— Louis Woi.F, collaborateur du Rappel et du Pays, directeur de la Tri- 
bune parlementaire, mort à la fin de novembre, à Paris ; — le baron 
o'YvoiRE, collaborateur du Français et du Journal de Rome, qui fut le prc- 
niier directeur de la Défense, le grand journal callioliqne fondé par 
Mgr Dupanloup, mort à 85 ans, en Haute-Savoie, le 20 novembre. 

— A l'étranger, on annonce la mort de MM : Auguslo Acahiti. secrétaire- 
delà bibliothèque de la Chambre des députés d'Italie, collaborateur de la 
Rnssegna nazion/de, à qui l'on doit entre autres ouvrages : La Sovranità 
délia società : Il Proldema delta virisezione. La Religione e la leosojia degli 
Arabi : La Sainte detl' Europa e iiideruento iialinno. n)ort à Rome, le 5 oc- 
tobre, dans sa trente-neuvième année, d'une maladie contractée au Front; 

— Francisco Ai.e.many, écrivain espagnol, mort à Alicanle, en novembre ; 

— Julio CAl.CA^o. un des représentants les plus notables de la littérature- 
hispano-américaine, secrétaire perpétuel de l'Académie vénézuélienne» 
correspondante de celle dc Madrid, auteur de poésies, de coules, de ro- 
jnniis exotiques et historiques (tel que Letly Somers qui contient une pein- 



— 71 — 

tiive ciiiieuso des révolutions auxqtiplle.s il sc.inèla comme acteur), et dont, 
iious citerons pins s|)écialenjent ont* liesena hislorica de la lilerniura vene- 
:()liina (ISSU, in-S) et \in livre intéressant sur la langue espaj^nole an Ver)e- 
znela ( El aixlellano en Vcnezuelu, l.S'JT. in-8), mort à flaracas dans le cou- 
rant de novembre ; — Hobcrt .1. C^ollikh, directeur de la grande firme dp 
ce nom et <klileur du Colliers Weekly. mort le S novembre ; — Angel Dkl- 
■OADO. membre correspondant de l.Vcadémie dhisloire de Madrid, mort 
au début de novembre à Helaluazar, en Andalousie ; — le D'' KiiHNAi,, édi- 
teur du .S7an(/ani f/(C<(o/i/trv. auteur de nombreux ouvrages, dont le plus 
récent a pour titre Expressive Eiiçflish, mort le 10 novembre à New York ; 
— Laurence Jkukolu, directeur parisien du Daily lelefjrnph, auteur de : 
Tlte Real France (1911. iu-8) ; The Erench and ihe Eiujlisli (1913, in-8) ; 
France h ikiy (I91t), in-18), mort le 1" noveuibrc à 45 ans ; — \lbert Keï- 
/EI5, critique dramatique du Daily Mail, moit le 10 décembre à Paris ; — 
Francis Ellington Lkui'p, ancien correspondant de VEvening post. qui fut 
un moment commissioner of Indian atTairs pendant la présidence de 
Roosevelt. auteur, entre autres ouvrages, de The Indian and liis probleni 
<1910). liiography of William II. TaJÏ (1914). Wallis aboul Washinglon (l915). 
mori à Tvringham (Massachusetts), le 19 novembre, âgé de 69 ans ; — Pie- 
tro MoscATELLO, uotairc. fondateur de la revue // Xotarialo ilatiano, aute^ir 
<rouvrages juridiques estimés, mort en décembre, à Palerme ; — Federico 
PiMF>TKL. écrivain vénézuélien, inort en novembre à Caracas ; — Willard 
Dicke.rman Straight. attaché à la mission de paix américaine, corres- 
pondant de lagence Reuter. puis de VAssocialed Press, à Séoul. Tokio. 
puis en Mandchourie. mort à 38 ans, le 2 décembre ; — Charles Richard 
A AN HisE. de 1 Université de ^^ isconsin. à qui l'on doit notamment un 
important Trealise on melan}C)rp/iism (1904; ; Conservation o/ ntdnral resotir- 
ces in Ihe Uniled States (1910) ; Concentration of indnstry in the United 
Slales of America (1914). mort à Mihvaiikee, le 19 novembre, dans sa 
61' année. 

Lectures faites a l'Académie des inscriptions et belles-lettres. — Le 

6 décembre 1918, M. Héron de Villefosse communique à l'Académie lo 
texte d'une inscription votive de l'époque romaine, découverte aux envi- 
rons de la Rochefoucauld (Charente). Cette inscription mentionne la déesse 
gauloise Damona. compagne d'ApoUo Borvo, le dieu des eaux salutaires 
à Bourbonne-les-Bains et à Bourbon-Lancy — Le 13, M. Diehl commu- 
nique un télégramme adressé à la légation de Grèce par la Société des 
études byzantines d'Athènes, qui fait connaître les vols et la destruction 
de nombreux objets d'art byzantin commis par les troupes bulgares dans 
plusieurs monastères de la Macédoine orientale. — Le 20, M. Babelon 
donne lecture d'un mémoire sur la devise a Fert ». qui figure, comme cha- 
cun sait, sur la tranche des monnaies d'argent d'Italie et remonte au 
XIV' siècle, sans être toutefois antérieure à Amédée VI, comte de Savoie 
(1343-1383). Il s'agit très vraisemblablement du verbe latin, Fert, « II 
porte. » 

Lectures faites a l'Académie des sciesces morales et politiques. — Le 

7 décembre 1918, M. de Guichen donne lecture d'une communication inli- 
lée : Les Relations commerciales russo-allemandes da xiv au xx' siècle ei le 
Problème agricole allemand. — Le 13, M. Albert Vaunois. avocat à la cour 
dappel de Paris, lit une étude relative à l'Abrogation récente de la loi du 
16 mai 1866 sur les instruments de musique mi/canique et la propriété liltéraire^ 
et arlislique. 



Pnix. — L'Académie de médecine vient d'allribuer le prix Saintoilr. 
<le 4.400 fr. au docteur Cabanes pour son important ouvrage : CJiintniiens 
■el blessés à travers l'hisloire, des origines à la Croix-Rouge, dont le Polybi- 
blion a rendu compte dans sa précédente livraison (novembre-décem- 
bre 191X, t. CXLIII. p. 2S!>-292). — Des mentions très honorables ont été 
accordées à : M. le D' L. Camus : Elude de la vaccine généralisée ; M. le D' l'aul 
Codin : La Croissance pendant l'âge scolaire ; applications éducatives. I.a For- 
mule individuelle de croissance ; M. le D^ Charles Perri«r : Le Crâne el ses 
rapports avec la taille, la grande envergure, le buste, le pied chez les crimi- 
nels ; M. le D"^ Mauclaire : Chirurgie de guerre, cliirurgie d'urgence, chinit - 
gie réparatrice et orthopèd'ique . 

— Dans sa séance du 17 décembre dernier, la Société îles gens de Icllrcs 
a décerné le prix Charles Richet, destiné au médecin honuiie de lettres 
dont l'œuvre est reconnue la plus mérilanle, au D' Cabanes, rédacteur en 
chef de la Chronique médicale dont la parlic technique du Polyhiblion public 
régulièrement les sommaires. 

Index. — Un décret du Saint Office, en date du 27 novembre, 7net h l'in- 
dex deux ouvrages de M. Ernesto Benaiuti : La Genesi délia dottnna agosli- 
niana inlorno al peccalo originale (Roma. Tipogr. del Senalo, 1916) ; — 
Sant'Agoslino (Homa, A. Formiggiani, 1917). 

L'Inquisitio.n. — Tandis que, deptiis un demi siècle, les travaux se sont 
multipliés sur linquisition dans le midi de la France au point d'en éclai- 
rer les origines, il règne encore; sur l'établissement de cetle institution 
dans nos régions du nord une certaine obscurité. L'étude que M. Emile 
Chénon, le savant ])rofesseur de la Faculté de droit de Paris, publie sur 
l'Hérésie à la Charité-sur- La ire et les débuts de l'inquisition monustiquf 
dans la France au xui^^ siècle (extrait de la Nouvelle liecue historique 
de droit français et étranç/er. Paris, librairie de la Société du recueil 
Sirey, 1917, in-8 de 33 p.) nous apporte sur ce point des lumières nou- 
velles ; il montre les progrès et l'extension de l'hérésie à la (]harilé-sur- 
Loirc; expose les cITorts tentés en vain pour l'enrayer par Hugues des 
Noyers, cvéquc d'Auxerre, et ses successeurs ; précise le rôle des domini- 
cains cl du fameux Robert le Bougre, donl il nous dévoile un aulre sur- 
nom : le Petit. 

Analect.\ MoiVTSEHRATEUsiA. — Lcs moincs bénédictins de l'antique et 
célèbre abbaye de N.-D. de Montserral, en Catalogne, entreprennent 
sous ce titre la publication d'un recueil qui promet d'être intéressaiit à 
en juger par le premier volume, qui s'applique à l'année 1917 (Monastère 
de Montserrat ; Rarcclone, impr. Nerdaguer, 1918, in-4 de 400 p.). La des- 
truction, au début du xix' siècle, des riches archives de l'abbaye obligera à 
de longues et pénibles recherches le futur historien du monastère. C'est 
pour lui préparer sa tâche (pic les Analecta ont été fondés. O premier 
volume contient : 1. Le (Catalogue, par Dom .\nselm M. .\lbareda. des 
72 manuscrits de la Bibliothèque ; II. Une étude de Dom Cregori M. Sunol 
sur les chants des jjèlcrlns au xiV siècle : 3. Une note de M. .laume (Po- 
llen qui met hors de doute (pie des moines du .Mont-Cassin sont ven<is au 
XV' siècle réformer le couvent ; i. La reproduction, par l'archiviste do 
l'abbaye, des textes catalans contenus dans le « Livre vermeil », l'un des 
plus précieux manu.scrils de la Bibliothèque; 3. Quelques documents par- 
mi lesquels nous noierons une liste de manuscrits jadis conservés à l'ab- 
hayc el un catalogue des reliques et joyaux ; 0. Enfin la chronique du 
^anctuaire en 1917. Nous ne pouvons que souhaiter longue vie au nou- 
veau recueil. 



AiMANATH*;. — l'oiir so conrofirior aux prescriptions du décret du 
X mars tOlS. VMinanadi Jlachelle (in-16 de 252 + Oi p.. avec un grand 
nombre de plans, cartes et pians. Prix : broché, 2 fr. ; cartonné, 2 fr. !)0) 
^1 dû, pour l'année 11(19, comme d'ailleurs toutes les publications simi- 
laires, dimiiHjer très sensiblement son importance matérielle. Mais la 
réduction porte surtout sur la partie dite « Agenda » qui a été condensée 
4out en conservant les renseignements essentiels. Ce qui forme, comme les 
4innées précédentes, la partie la plus attachante de VAlinanach Jlarhr.llc, 
r'est indiscutablement VHisloirc de la guerre, que nous raconte M. Pierre 
Dau/et pour la période allant du mois d'octobre 1917 au 11 novembre 1918. 
Dans ce texte, mais bien distincts et séparés, on trouvera intercalés des 
renseignements intéressants, appuyés de figures qui les éclairent, sur 
l'artillerie lourde française et allemande, l'évaluation des forces ennemies 
^"i quatre époques différentes, la répartition des forces allemandes sur le 
Front occidental au lo mai 1918. — \ noter aussi : Pelile Encyclopédie de 
/a tjuerre, où il est question des chars d'assaut allemands, des gros canons 
•ïiyant bombardé Paris, de l'aviation, de l'armée japonaise, des merveilles 
cle la chirurgie pendant la guerre ; — l'Histoire illuslrée de l'année, aux 
•divers points de vue politique, diplomatique, religieux, économique, agri- 
<:ole, maritime, géographique et colonial, industriel, médical. Quantité 
-d'autres sujets sont également traités, avec plus ou moins de détails. Eu 
«omme, VMmanach Hacheile, quoique amaigri « par ordre ». justifie tou- 
jours pleinement son sous-titre : Petite Encyclopédie populaire de la vie pra- 
lique. 

— Rien de banal dans V Almanaclt-Guide des « Erèrfs d'armes » pour 1919, 
pas même le calendrier, qui offre beaucoup de détails intéressants, ins- 
tructifs, édifiants (Paris, VP, 14. rue d'Assas, édition de Frères d'armes, 
in-18 de 141 p., illustré. Prix : 1 fr. 2-5). Outre d'excellents conseils à la 
jeunesse, donnés sous les formes les plus variées, cet almanach renferme 
<les articles parmi lesquels nous avons particulièrement remarqué : i\'otre 
I^ays : la France ; — Nés bonnes vieilles Provinces (texte illustré des armoi- 
ries de tous les chefs-lieux de département) ; — En Guerre. Comment et 
pourquoi nous sommes en guerre ; — La Guerre et la Chanson. La Chanson 
militaire ; — Chansons de route ; — Pour l'Après-Guerre : — Parlons un peu 
die la famille ; — La Terre nourricière ; — Notre grand ennemi : V Alcool. 

.Pauls. — Dans une communication faite le 26 mai 1917 à l'Académie des 
sciences morales et politiques, M. Paul Meuriot a recherché Pourquoi et 
comment furent dénommées nos circonscriptions départementales (Extrait de-s 
.séances ci travaux de l'Académie des sciences morales et politiques. Paris, 
Auguste Picard, 1917, in-§ de 37 p.). 11 montre que ce n'est pas du premier 
<;oup que la Constituante en est venue à substituer aux noms des anciennes 
provinces ceux des départements actuels. Il fournit des renseignements 
•curieux sur les projets de redistribution territoriale éclos sous la Conven- 
tion. M. Meuriot a voulu donner à son travail un intérêt pratique et il en 
tire argument contre les projets de reconstitution des anciennes provinces ; 
jjous nous contentons de signaler ce point de vue, dont la discussion nous 
•entraînerait trop loin. Il n'est pas tout à fait exact de dire que « le terme 
•de département dans le sens de subdivision territoriale semble avoir été 
•employé pour la première fois dans la seconde moitié du xviu' siècle, d'abord 
par Expilly (1762) » (p. 5). Le Dictionnaire de Richelet donne du mot cette 
définition, entre autres : « C'est une étendue de pais sur laquelle on a 
quelque pouvoir conformément à la charge. » 



— /4 — 

— M. Paul Mcuriot, en même temps que le liavail précédent, nous er»> 
offre un autre sur le liecensement de l'an II (Paris, Berger-Levrault, 191'8^ 
gr. iii-8 de 48 p.). Il s'agit du recensement ordonné par le Comité de divi- 
sion pour servir de base à la répartition des sièges électoraux entre les- 
dépai teinents d'après le nombre des volants. Les décrets cpii ont ordonné 
le rerensenjent. la manière dont il a été exécuté, les résultats qu'il présente 
aux points de vue démographique, politique, adminislralif etjudiciairesonl 
tour à tour passés en revue [)ar M. Meuriot, qui a fait d'intéressantes com- 
paraisons avec les recensements de 1790 et de 1795. Naturellement les 
données de ces recensements, dont l'exécution ne laisse pas que d'avoir 
été défectueuse, ne sont point d'une certitude indiscutable : mais à condi- 
tion de manier ces chiffres avec une certaine prudence, — et c'est ce qu'a 
fait M. Meuriot. — on obtient des résultats intéressants. 

— Dans les fêtes dont fut l'occasion le mariage de jNapoléon I" avec 
Marie-Louise, l'ambassade .d'Autriche se devait naturellement de se distin- 
guer de façon particulière et le prince Schwartzenberg, qui représentait alors 
son pays auprès de la cour de France, prit toutes les dispositions pour 
donner de l'éclat au bal qu'il offrit le 1" juillet 18,10. Malheureusement là 
fête s'acheva en catastrophe ; un incendie que l'on ne put maîtriser assez 
tôt et qui rappelle l'incendie du lîazar de la Charité vint assombrir la joie 
des fêtes. La curiosité érudite de M. Léonce Grasilier nous en fait la rela- 
tion détaillée d'après des documents en partie inédits : L'Incendie de 
l'hôtel de l'ambassade d' Autriche, rue du }tont-lilanc (chaussée d'Antin), 
l^"^ juillet 1810 (Alençon. Imp. alençonnaise. 1918, in-8 de 37 p.). Il nous 
raconte le sinistre, les mesures prises pour l'enrayer, les sauvetages opérés ; 
il recherche le nombre des victin)es, les responsabilités, les sanctions ; un 
chapitre spécial est consacré à « un réciiappé « : le prince Konrakin, ambas- 
sadeur de Russie. Deux portraits de Kourakin, un de la princesse de- 
Scliwartzenberg et un du {préfet de police Dubois ornent cette curieuse- 
brochure. 

— .\ux beaux Discours prononcés aux obsèques de M. Emile Picot le 27 sep- 
teinbre l9IS,\}nr M. Henri Omont, qui a mis en lumière son activité scien- 
tifique, et par M. le comte Alexandre de Lîborde. qui l'a montré dans son 
rôle à la Société des bibliophiles français, M. Georges Vicaire a joint 
quelques lignes précises sur la collaboration (ju'il donnait depuis près de- 
trente ans au linUelin du bihliopliile (Extrait du Bulletin de septembre- 
octobre 1918. Paris, Henri Leclerc, 1918. in-4 de 10 p.). 

— Dans le même Bulletin du bibliophile, un collaborateur plus ancien 
encore, jjuistpie ses premiers articles y remontent à 1872, M. Maurice 
Tourneux s'est vu consacrer une notice par notre .savant ami .M. Paul 
Lacombc : \î((urice Tourneux {12 juillel I8VJ- 13 janvier 1917) (Tirage à part. 
Paris. Henri Loderc, 1918. in-i de 30 p., avec portrait). 11 n'est guère 
besoin de dire que, due à une telle plume, la notice fait connaître avec 
luie impeccable précision l'ccuvre scientifique de cet éminent bibliographe. 

— On trouvera la bibliographie des œuvres de M. Ernest .lovy. l'auteur 
bien connu de Pascal inédit et de Fénelon inédit, dans une élégante 
plaquette intitulée :yote sur les travaua- d'Krnest Jor;/ (Chartres, imp. 
Duratul, 1918, in-8 de 10 p.). Cette bibliographie méthodique est répartie 
4'n on/.e sections : \. Sur l'histoire d'Orléans et de LOrléanais ; — H. Sur 
J'histoire de Louduii et du Loudunais ; — HI. Sur l'histoire de Vitry-lc- 
François et de la (Champagne ; — IV. Sur l'Iiisloire des éludes grecques ; 
— V. Sur l'histoire poiilirpie et littéraiie des xvn', xviu' et mx' siècles ;. 



— i:\ — 

— V[. Sui: le jaiisi'-iusmc ; — \ II. Sur Piisc;il ol autour do Pascal ; — 
VllI. Sur Bossuot : — l\. Sur rénclon ; — X. Discours ; — XI. Confé- 
lenccs. — l,a broclmro poitc (■elle ('pijfrapiie : « In recof/nitiofiem pffecLi 
fahoris. In s})Pih /ler/icie/itii. » Nous souhaitons au laborieux érudit que la 
\ie lui porincltc d'accroître longuement la liste de .ses travaux. 

— M. (Jeorges Héuinn, bibliothécaire à la Bibliothèque Korney, est un 
des meilleurs et des plus actifs collaborateurs de M. Ernest Coyccque dans 
l'œuvre qu'il a entreprise du catalogagc des bibliothèques municipales de 
la ville de l'aris. \ oici un nouveau travail dû à ses soins : Ville de Paris. 
Dihliol/iè(/ue municipale du x' a?'rondissement .. Fo7ids de lecture sur 
place ou section no 2. Catalogue (l'aris, imp. de Hemmcrlé, 1918, in-32 
de xxiv-243 p.). La section n" 2 dans les bibliothèques municipales com- 
prenait les livres dont le prêt à domicile n'était pas autorisé et que l'on ne 
pouvait consulter que sur place. Une mesure du 20 janvier 1910 a décidé 
l'extension du prêt à domicile aux volumes de cette section, sous réserve 
d€s ouvrages de référence (dictionnaires, annuaires, etc.), qui continueront 
assez naturellement à ne pouvoir être consultés que sur place. Et c'est la 
lu'emièrc fois depuis 37 ans. nous dit M. Coyecquc dans son .\vant-l'ropos, 
qu'on piiblie le catalogue de la section dite de lecture sur place d'une 
bibliothèque d'arrondissement. M. Georges Rémon, dans ce travail, a suivi 
le classement adopté dans les bibliothèques municipales parisiennes. Quant 
à la composition de ce fonds, M. Rémon, dans son Introduction, dit juste- 
ment que « très composite ». il nous « renseigne sur le genre d ouvrages 
qu'un amateur de livres aimait à réunir entre 1840 et 1870. » L'histoire et 
la littérature y tiennent les premières places (675 et 433 volumes sur un 
total de 2295). Il sy trouve de bons [ouvrages d'étude ; mais la collection 
se sent de son origine et il y manque bien des livres que l'on devrait 
trouver dans des bibliothèques de ce genre. 

— C'est à litre purement bibliographifjue que nous signalons la bro- 
chure de M. Urbain Gohier : Réponse auœ socialistes du Kaiser. Comment 
Je n'ai pas tw! le traître Jaurès (Paris, Vfl% 3, rue du Prc-aux-Clercs. in-8^ 

de 49 p. et 1 fig.). 

— Avec la livraison d'octobre 1918. portant le no 68 de la collection, se 
termine la l""^ année du Bidleliii iriineslriel de la Société historique elarchco- 
l(>(li<iue du IV' arrondisseiueiU de Paris, la Cité (Paris, mairie de l'hôtel de 
ville, et Champion, in-S paginé 249-328, avec 7 grav., 2 portraits et un 
l^lan). M. A. Callet poursuit son étude sur Un Habitant de l'ile Saint-Louis, 
le peintre Fr. Monchel, commencée dans la livraison précédente du Bulletin 
(p. 249-264, avec 3 grav.). — L'histoire des Hospitalières de la place Uoyale 
est retracée avec de très utiles précisions par M. Marcel Fosseyeux (p. 26S- 
279), qui a illustré son texte par un beau portrait de M"" de Bullion, bien- 
faitrice des hospitalières (xviie siècle), une petite vue du couvent et de 
l'église des Minimes et 2 reproductions de gravures (1741) rappelant la 
guérison miraculeuse de Marie-Anne Follet. — MM. Louis Bonnier et L. 
Tesson fournissent des détails intéressants sur « le casier archéologique et 
artistique » du Hl^ Arrondissement. Commission du Vieux-Paris. M. L. Tes- 
son donnant spécialement une assez longue m Note historique au sujet des 
llaudriettes » (p. 280-300, avec un plan du quartier de la Grève et une gra- 
"\ure). — Pour finir, M. A. L'Esprit fait revivre la figure bien connue, mais 
im peu oubliée, de Champion, l'homme au petit manteau bleu (p. 301-311^ 
«avec portrait). 

Alsace et Lorraine. — Sous le titre : 10^8-19 IS. L'Alsace et la Lorrcdne 



— 76 — 

DeaUnt el doivent rester françaises (Paris, Fischbachcr, i918, gr. în-4 de 
-106 p., avec planches et cartes. Prix : 12 fr.), a tout dernièrement paru un 
recueil des plus suggestifs concernant nos deux chères provinces enfin 
rentrées dans l'unité nationale. Mais quand ce vokime se préparait, les 
faits n'étaient pas encore accomplis. Ce recueil s'ouvre par un Avant-Pro- 
pos. Pour iAisnce et pour la Lorraine. L'Œuvre du comité « VEJforl de la 
France et de ses alliés ». par M. Paul Labbé (p. 7-9). Suivent quatre étudy 
historiques de véritable valeur : la première, intitulée simplement : Intro- 
duction (p. 11-20) est une analyse de tout ce qui touche à nos provinces 
perdues en 1871 aussi bien an point de vue historique que sous le rapport 
psychologique ; son auteur, M. Jacques Flach, de l'Institut, a fait œuvre, 
a la fois, de savant et de bon^Français. — Les trois autres éludes, sont, à 
tous égards, fort remarquables, savoir : Les Prétentions des Allemands sur 
VAlsace el la Lorraine, par M. V.-H. Friedel (p. 21-28); — Le Retour de 
l'Alsace à la France sou^ Louis XIV, par M. Jacques Flach (p. 29-39) ; — 
16^18-1789- I8à8, par M. Rodolphe Heuss (p. 41-47). — De la page 49 à la fin 
du recueil, ont pris place, dans l'ordre chronologique, les divers docu- 
ments alsaciens-lorrains ou français qui, pour ainsi dire sans arrêt, en 
1871. 1874, 1897 et depuis 1914 à ces derniers temps, ont affirmé les reven- 
dications de nos frères courbés sous le joug allemand et celles des autres 
Français. Depuis la Déclaration de Bordeaux (17 février 1871) jusqu'au 
discours de M. Laurent Hartman (Nancy, l'"'' mars 1918), nous comptons 
28 documents (déclarations, prolestalions, conférences, discours) émanant 
de personnalités qualifiées à litres divers et qui, tous, visent au but unique 
de revendiquer les pays arrachés à la France par la Prusse aux j»urs 
néfastes de 1871. De ci, de là, il y aurait bien quelques réservés à faire ; 
mais l'heure n'est pas aux chicanes d'opinions quand le patriotisme seul 
a la parole. 

Maisiî. — Nous recevons le 4' fascicule des années réunies 1917 et 1918 
du Bulletin de la Société d'agricidture, sciences et arts de la Sarlhe, qui clôt le 
tome XXXVIII" de la 2' série, correspondant au tome XLVI' de la collection 
(Le Mans, imp. Monnoyer, 1918, in-8 paginé 273-356, avec un portrait hors 
texte, 3 planches et des figures dans le texte). Ce fascicule renferme la fin 
de l'intéressante Monographie du facteur des postes, par M. Rozé, qui, ayant 
«lé receveur principal des postes, parle avec une compétence que nul ne 
contestera (p. 273-304). — - M, (icrbault fait ensuite connaître le résultat de 
ses Uecherckes sur la constitution du phénotype linnéen « Ranunculns repens » 
4lans la province du Maine et ta Basse-Normandie (p. 305-347. avec 3 plan- 
ches et des figures dans le texte). Les dernières pages du fascicule (p. 340- 
350) sont remplies par trois poésies : Vieux Châteaux, par M. Simon, Les 
Soirs, par M. (îralfin et Bonjour, les vieux !, par M. Renard, pièce qui met 
en scène, de façon très originale, un « Poilu », revenu au pays, et ses 
vieux parents : ces trois pages valent mieux, certes, que plus d'un long 
poème de notre connaissance. 

MoRMANDiK. — Le fascicule de juillel-octobre 1918, qui forme le 3'^ et le 
4' Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne dot le tome 
XXXVIl de cette publication (Alençon, Impr. alençonnaiso. in-8 paginé 
<;cLxxxni-cc.t;xx et 177-237). Les pages numérotées en chiffres romains sont 
remplies par l'Analyse de la correspondance générale (additions et corrections) 
<lu (joniité ecclésiastique (documents relatifs au département de l'Orne). A. la 
suite l'on trouve trois mémoires intitulés : Le Diamant d' Alençon, par 
M. l'abbé Letacij (p. 197-214) ; — Deux Anciens Documents de guerre. /. Une 



— 77 — 

f.etlrc de passe d'tm prisonnier de (juern; de 1707. Messire Lonis-Claade-Pierre 
de lu Boussardièrc, par M. l'abbi» L. Tabourier (p. 21îj-244) ; — La Confrérie 
de Noire-Dame en l'église de Moidperroux (1772), par M. Jean P(jr(;licr 
(p. 245-2554). 

— Il est rendu compte dans la présente livraison (p. 5S-5'.)) du 
beau livre de M. chanoine Eudelirie sur la paroisse d'IIauville. Disons ici 
que cet ouvrage, tiré à 300 exemplaires, a été presque épuisé par les sous- 
cripteurs (Évrenx, impr. de l'Eure ; et Rouen, Lestringant,i n-4 de xv-595 p., 
jivec 42 gravures sur papier de luxe. Prix : 20 fr.). C est une excellente 
monographie d'une intéressante paroisse du diocèse d'Evreux. 

Poitou. — Rome a évocjué. devant le tribunal du Saint-Olïice, la cause 
(le ce qu'on a appelé « le fait de Loublande. » Remettons-nous donc en toute 
confiance et toute sécurité à la décision du Saint-Siège. En attendant, signa- 
lons, sur le sujet, ou s y rapportant, une brochure de M. Emile Marsac : 
Al? Pai/s de Claire Ferrhaud (Fontenay-le- Comte, bureaux de la Vendée, 
1018, petit-in-8 de 23 p.). où l'auteur, en pleine soumission aux décisions 
ecclésiastiques, rappelle en excellents termes, les faits historiques qui 
peuvent expliquer les préférences du Sacré-Cœur pour la Vendée, terre de 
souffrance et de sacrifice s'il en fût. dont les fils arboraient, en 1793, linsigne 
du Cœur divin. 

Angleterre. - Sir Bazil Zaharov. un philanthrope connu, vient de fon- 
der à l'Université d'Oxford une chaire de littérature française qui prendra 
le nom du maréchal Eoch. Il a donné à l'Université 625.000 francs pour 
assurer cette fondation. Nous sommes heureux d'enregistrer cet acte géné- 
reux qui, en même temps qu'il est un hommage au grand homme de 
guerre, aidera à la connaissance et au développement de la langue et de 
l'influence française chez nos alliés d'Outre-Manche. 

FiNLAiNDE. — Nous avous BU l'occasiou de signaler ici le beau travail dans 
le(|uel M. Arthur Langfors nous faisait connaître le manuscrit français 
12483êie la Bibliothèque nationale, contenant un recueil en l'honneur de 
la Sainte Vierge, œuvre d'un dominicain du Soissonnais qui écrivait dans 
le premier tiers du xiV siècle. Le même érudit tire de cette composition 
quelques renseignements sur la Soci-Hé française vers 1330 vue par un 
Frère prêcheur du Soissonnais (extrait des Finska velenskaps-Mociflftens 
forhandfingar, t. LX, 1917 1918. section B, n^ 1, kelsingfors. Centraltry- 
ckeri. 1918, in-8 de 23 p.) Naturellement lui recueil de ce genre ne sau- 
rait fournir les éléments d'un tabh-au complet de la vie sociale ; et par 
ailleurs il ne faut pas oublier qu'un écrivain qui poursuit une œuvre 
d'éditication et de moralisation est porté à charger les traits de sa pein- 
ture et à faire voir surtout les vilains côtés d'une société, ceux que précisé- 
ment il entend réformer. \ côte de généralités un peu vagues, quelques^ 
traits plus particuliers aideront à préciser notre connaissance du coslume 
et des coutumes au début du règne de Philippe de Valois. 

Suisse. — Nous sommes en retard avec le BuUelin de la Société fribour- 
(feoise des sciences naturelles. Le volume XXI (Kribourg. impr. Fragnière, 
1913, in-8 de 112 p., avec 3 graphiques et I portrait Prix : 2 fr. 50), con- 
tient, avec des résumés inti-ressant l'activité de la société, des articles origi- 
naux tels que la Neuje et Ifs (jlaciers en Savoie en t9t-J. de M. le proL P. 
Girardin et la Néplirile dti Val l'aller, par M. le prof. M. Musy. — Le 
volume XXII (Fribourg. impr. Fragnière. 1914. in-8 de 96 p.. avec 2 gra- 
phiques et 2 portraits. Prix : 2 fr.;. renferme, entre autres articles, un 
excellent résumé où M. le prof. Plancherel fait connaître les diverses hypo- 
Ihèseacosmogoniques, et queltjues pages substantielles où M. Rothey nous^ 



— 78 - 

cnlrelieiil de la géographie humaine dans le Jura bernois. — La Société 
fribourgeoise des sciences naturelles no se contente pas de publier sou 
Bulletin annuel : elle édile encore des mémoires originaux. Dans le 
volume IV de la série consacrée à la géologie et à la géographie, le fasci- 
cule 4 reproduit une conférence du professeur D' D. Schruler sur le Désert 
el sa véyélaiion (Fribourg. impr. Fragnière, 11)14, gr. in-8 de 22 p.. avec 
4 planches. Prix : 2 fr.). I/auleur expose; avec clarté les caractéristiques 
du désert : sécheresse, précipitations irrégulières, températures excessives à 
grandes oscillations journalières, vents violents, évaporalion dépassant de 
beaucoup la précipitation ; ])uis il décrit les diflerenls types de la végéta- 
lion qui comprend surtout des plantes annuelles, des plantes grasses, des 
halophytes, des buissons épineux à feuilles petites, nulles ou poilues, des 
graminées à feuilles enroulées. Il y a très peu d'arbres, de plantes griHi- 
pantes, d'épiphytes et de cryptogames. Olte flore, pauvre en espèces, 
riche en formes localisées se défend par des adaptations fort ditîércntes 
contre ses ennemis, la sécheresse et le broutage. Cette conférence est une 
«!uvre de haute vulgarisation qui intéressera tous ceux qui s'occupent 
de géographie botanique. — Le troisième volume de la série « Mathéma- 
tiques et physique » contient une Conlribalioii à l'étude des terres rares et à 
quelques-unes de leurs propriétés optupies, par le D" Charles Garnier (Fri- 
bourg, impr. Fragnière. 1!H5, gr. in-8 de 136 p. Prix : 2 fr. 50). Tout en 
faisant l'historique de la découverte des terres rares, le D"^ Garnier 
indique les propriétés les plus importantes des terres cériques et yttriques 
ainsi que le point où en sont restées les recherches des chimistes s'occupant 
de ces terres précieuses. Il insiste sur la méthode de séparation du néo- 
dyme, du praséodyme, du samarium et de l'erbium : l'électrolyse et la 
capillarité fractionnent le didyme, mais l'auteur préfère à ces procédés 
physiques la méthode chimique d'ilolmberg qui permet un travail plue 
économique, plus rapide, plus sûr. La seconde partie de l'ouvrage est con- 
sacrée à la phosphorescence des terres rares. Tout d'abord il faut '•bavoir 
préparer les sulfures luminescents cl connaître les procédés généraux de 
fabrication. C'est alors qu'interviennent des études nouvelles sur les sul- 
fures alcalino-terrcux de Ca, Sr, Ba, contenant des terres rares et plus 
particulièrement du samarium. Ces recherches, conduites avec méthode et 
ingéniosité, confirment les théories de M. de Kowalski sur la phosphores- 
cence. 

Etats-Unis. — Le Déparlement du travail aux États-Unis nous donne 
une bibliographie du travail des enfants, (pii est la refonte d'un réper- 
toire analogue dressé par M. A. P. C. Grilhn et publié en 1000. Cette oou- 
velle édition, mise au point sous la direction de M. II. II. B. Meyer avec 
l'active collaboration de .Miss Lama A. Thompson, bibliothécaire du bti- 
reau des enfants: List of références o/i child /ahonr {W'Ashmglon, Govorn- 
ment printing press, 1916, in 8 de 161 p. — Prix : 1 fr.), ne renferme pas 
moins de 1828 numéros (livres ou articles de revues) répartis entre les 
rubricpies suivantes : Bibliographies ; — États-Unis ; — Pays étrangers ; 
— Ifidustries ; - Éducation ; — Occupations juvéniles ; — Santé des en- 
fants employés au travail. Des index, par noms d'auteurs et par ordre 
alphabétique des matières, lacilitent la consultation de ce répertoire, riche 
.surtout, naturellement, en ce qui concerne les publications américaines. 

— Les ouvrages publiés sur les Foraminifères qui ont été trouvés sur 
les côtes européennes de l'Océan Atlantique sont vraiment considérables, 
mais il n'en est pas de même de ceux concernant ces inÎMnes animaux 



— 79 — 

\'iv,'inl sur les côtes des Ktits-Lnis. MoHanl à pi ofil les inipoi taiils inatériiitix 
rappoilt's par les diiréreiits bateaux du Bureau des pêcheries des F'Uals- 
iJnis et surtout ceux recueillis dans ses dragages et ses snudag»-» tiydro- 
graphicpies par le steamer Albatros, (^^l même Bureau, M. Joseph. \u^ 
guste (]ushman. dotjt nous avons à plusieurs reprises analysé dans celle 
Revue les importants travaux sur les Foraminifères de l'Océan Pacifiqtie. 
•entreprend l'étude de ces mêmes animaux appartenant à la famille des 
Aslrorhizidae et habitant principalement les côtes des États-Uriis. du golfe, 
■du Mexique et des localités adjacentes, dans : The Foraminifei a of the 
Atlanlic Océan. Part 1. Astrorhicidap {Smithsonian Iit.siitnti»n . United 
States National Muséum. Bulleti?i 104. Washington, (jovernmenl piin- 
ting office, 1918. in-8 de 111 p.. 39 pi.). 9o espèces et 5 variétés ré[)aities en 
33 génies sont décrites dans ce volume et, parmi ces dilTérentes formes, 
i espèces et 2 variétés sont nouvelles. Les 39 pi. qui accompagnent cet 
important mémoire représentent la presque totalité des espèces mention- 
nées avec une exactitude et une netteté vraiment remarquables. 

Publications nouvelles. — Le Fait divin du Christ e.c/jliqu' nuœ ijens 
du ?}ionde. par Mgr Tissier (in-12, Téquii. — Leçons sur la messe, par 
Mgr P. BatifloI (in-12. LecotTre, Gabalda). — Cours sup 'rieur de l'eligion, 
par L. Prunel. III. Les Mi/.^téres. IV. La Grâce (2 vol. in-I8. Beauchesne). 

— La Grâce, essai de psycholoyie religieuse, par G. Truc (in-16. Aicaii). 

— Lettres sur la souff'rance, par É. Leseur (in-ltî, J. de Gigord). — 
Retraite sur les grandes vérités, par J. Millot (in-i2, Téquî). — Kpis de 
éon grain, paroles de lumière et de paix, par .\. Bernard (petit in-8, 
Beauchesne). — Dieu, V invisible Roi, par H. -G. Wells (in-16. Pavot). — 
Introduction à l'étude du code canonique, par Mgr A. Pillet (in-16. Vitte). 

— Education. Un Essai d'organisation démocratique, par L. Zoretti 
(in-16, Plon-Nourrit). — Les Confidences d'un tréponème pâle, par M. Boi- 
gey (in-16. Payot). — L'Ether, moteur unique des forces matérielles, par 
J. Le Ilardonier (in-16. Plon-Nourrit). — La Parole. Comment on parle. 
Comvient on téléphone, par L. Fournier (in-8, Bonne Presse). — L Indus- 
trie du fer, par L. Férasson (in-16, Payot). — Sa Majesté le Fer, par .T. et 
H. Roussel (in-8. Bonne Pressei. — L' Aviation de demain, son avenir 
industriel et comm'-rcial, par J. Dargon (in-8, Berger-Levrault). — Tra- 
vaux de dames, par .M. de Saint-Genès (in-12. Bonne Presse). — Un Demi- 
siècle de ?nusique française. Entre les deux guerres (1870-1917), par J. 
Tiersot (petit in-8, Wcan). — Ainsi chantait Thijl (1914-1918). par M. Gau- 
chez (in-16. Grès). — La Médecine dans notre théâtre comique, par le D"^ 
M. Bontarel (in-8, Champion ; Fauteur, 89. rue de Rennes, Paris. VI«). — 
Paul Claudel, essai critique, par L. Richard-Mounet (in-18, Figuière). — 
Les Pierres du foger, essai sur l'histoire littéraire de la famille fran- 
çaise, par H. Bordeaux^(in-16, Plon-Nourrit). — Xotre-Dam" du Faubourg, 
par J. Morgan (in-16, Plon-Nourrit). — L'Immaculée, par É. Schneider 
(in-16, Albin Michel). — Simon le pathétique, par J. Giraudoux (in-18, 
Grasset). — Scènes de la vie littéraire à Paris, par .\. Billy (in-18, La 
Renaissance du livre). — Moll Flanders, par D. de Foc ; trad. française de 
M. Schwob (in-i8, Grès). — L'Intrus, par R. Dombre (in-16. Bonne Presse). 

— Olivette et Miguelito. par M. Colomban (in-S, Bonne Presse). — Ré- 
demptrice, par J.-P. Bonnet (in-12. Bonne Presse). — Des Fleurs sur la 
route, par J. Vézère lin-8. Bonne Presse). — Les Collections canoniques 
romaines de l'époque de Grégoire VII, par P. Fournier (in-4, G. Klinc- 
sieck). — Correspondances du dernier siècle (1836-1864), par L. de Lan- 



— 80 — 

zac de Laboric (in-lC, Beauchesnc). — Les Prpcur.teurs. Histoire de la 
/{évolution de i848, par G. liouniols (in-18, Delagrave). — Histoire de^ 
trois générations, 1815-1918, par J. Bainville (in-iO. Nowvelle Librairie 
nationale). — Les Intellectuels dans la société française, de iancicn 
régime à la démocratie, par R. Lote {in-16, Alcan). — La Politique exté- 
rieure de i Autriche-Hongrie, 1875-1914, par J. Larmeroux. II. La Poli- 
tique d' assenai ssement , 1908-1914 (in-8, Plon-Nourrit). — Notre Clemen- 
ceau jugé par un catholique, par J. Raymond (in-12, Jouyc). — La Pénin- 
suie hdllcanique, géographie humaine, par J. Cvijic (gr. in-8, Colin). — 
La Patrie serbe, par M. de Benoît-Sigoyer (iti-I2, Jouve). — Les Pêche.< 
maritimes. Un Tour sur le iJogger-liank, par II. Malo (in-t6, Bossard). — 
Au Ma -oc. Marrakech et les /torts du sud. par le comte M. de Périgny 
(petil in-8. Pierre Roger). — La France au Maroc, par \. Liclitenberger 
(in-iO, Berger-Levraull). — L État et la Natalité, p.ir le marqui.s de Roux 
Tm-IG, Nouvelle Librairie nationale). — La Politique internatioiiale dic 
)nar.jcism>'. Karl Marx ''t la France, p.ir J. Longuet (in-8. Alcan). — 
L'Euro'ie au jour le jour, pnr A. Gauvain. T. II à IV (4 vol. in-8, Bossard). 

— Art /{épouse du mauvais serviteur, par J. Jorgensen ; trad. du danoi* 
par .L de (Joussange (in 16, Bloud et Gay). — Près des combattants, par 
A. Cheviillon (in-10, Hachette). - Verdun (mars-avril-mai 1916), par 
R. Jubert (in-16. Fayot). — La Grande Guerre. I^e Martyre de Soissons^ 
août 1 91 1-juillet 1918. par Mgr P.-L. Péchenard (in-8, Beauchesne). — 
If A t <(i'-e à la Cerna, notes et impressions d Un officier de l'année d'Orient 
{octobre 1915-aoiU 1916), par J. Saison (in-16, Pion-Nourrit). — Sous la 
rafale. Au service de V infanterie. Souvenirs d'un dragon pendant la 
Gramle Guerre, par A. Sclimitz (in-16, Bloud et Gay). — Le Travail invin- 
cibli', par P. Ilamp (petit in 8. Éditions de la « Nouvelle Revue française »). 

— Le Mavtgre de Lens Trois Années de captivité, par É. Basly (in-16,. 
Plon-Nourril). — En représailles, par E.-L. Blanchet (in-16, Payot) — 
Noti^.< d'une internée française en .Allemagne, par G. Fallet (in 8, Berger- 
Levratilt). — Le Poing allemand en Lorraine et en. Alsace, 187 1 19 14- 
191S, par .\. Fribourg (gr. in 8, Floury) — Essai sur le sentiment fran- 
çais en Alsace, par P. Pilant (in-16, Bossard). — Traditions française.'^ au 
Liban, par R. Ristelhueber (in-8, Alcan). — La Guerre vue par les rom- 
batiants allemands, par \. Pingaud (in-16. Pcrrin). — l^es Intrigues 
germaniques en Grèce, par D Vaka (in-16. Plon-Nourril). — Les Vii (oires^ 
Serbf's de 1916, par E. (îascain (in-8. Bossard). — La Révolution )-iisse ^ 
j)ar (-. .\net. Il (in-16, Payoti. Magyars et pangermanistes, par S> 
Osusky et J. Chopin (in-16. Bossard). — La Paix de Bucarest '7 mai 
19lX\. par n. lancovici (in-16. Payot). — Les Deux Fléaux du mondr. Lp.f 
Bolclievicks et l'impérialisme Kllemand. par V. Bourtzefl" (in-16. Payot). 

— Ln Guerre allemande et la Conscience universelle, par Albert, prince 
*le MiMiaco (in-16, Payot). 

ViSKNOT 



Le GéraiU : CII.M'UI.S 



iiupriiiK-ric S. l'aclcau. I.iiçon. 



POLYBIBLION 

Î^EVUE BIBLIOGKAIMIIOUE UNIVERSELLE 

PUBLICATIONS 
RELATIVES A LA GUERRE EUROPÉENNE 

I.a Guerre vue par les combatlaiits allemands, par Albert Pin- 
GAUD. Paris, Perrin, 1918, in-i6 de vi-:33U p. — Prix : 3 fr. 50. 

Une première étude sur le sujet ayant été donnée par M. Albert Piri- 
gaud à la Revue des Deux Mondes, l'idée lui est venue de « la reprendre 
sur des bases plus larges et de la faire porter sur une période plus 
longue. » L'enquête est conduite « jusqu'à la troisième année de 
guerre. » — <( La méthode documentaire, dit justement M. A. Pin- 
gaud dans son bref Avant-Propos, étant la seule qui convînt à un tra- 
vail de ce genre, je n'ai eu garde de m'en écarter. J'ai donc laissé le 
plus souvent possible la parole aux auteurs de lettres et de souvenirs 
du Front allemand, et je n'ai pas craint, pour dépeindre leur état 
d'esprit, de multiplier les citations que je me suis borné à commenter 
et à classer. » 

Ce travail, nouveau en l'espèce, est divisé en trois « Livres n : 
I. Les Ouvrages et les auteurs ; II. Les Prétentions et les illusions ; 
111, Les Réalités et les aveux. Dans le Livre I", M. Albert Pingaud, 
examinant certains volumes parus en Allemagne depuis le début des 
hostilités, esquisse les impressions d'officiers de carrière, de réser- 
vistes et de publicistes, ainsi que la mentalité des masses, et plus 
spécialement des étudiants. Il ne dédaigne pas de faire une excursion 
rapide parmi les « livres d'aventures ■», et cela nest pas sans utilité 
pour mieux comprendre l'esprit public d'outre-Rhin. — Le Livre II 
est un tableau remarquablement brossé de l'Allemagne depuis son 
entrée en campagne. L'état moral de la nation et l'organisation de 
l'armée aux points de vue les plus divers sont exposés par nos adver- 
saires eux-mêmes, toujours très infatués de leurs mérites. Il va de 
soi qu'ils témoignent le plus parfait mépris aux Belges et aux Pvusses, 
trop rapidement écrasés par eux, et c'est à peine s'ils accordent un 
peu plus d'estime aux Français qui, cependant, les ont si bien étril- 
lés sur la Marne. Quant à leur rage antianglaise, elle les aveugle d'une 
façon ridicule. 

Mais, le temps aidant, le fol optimisme germanique ne tarde pas 
à subir des éclipses, et les écrivains de toutes sortes mis à contribu- 
tion par M. Albert Pingaud rendent plus volontiers justice à leurs 
ennemis : la résistance belge et russe, la ténacité anglaise et les 
(( vertus françaises » ont fait réfléchir l'envahisseur qui. passant en 
ouragan sur la petite Belgique, s'imaginait atteindre Paris d'un seul 
bond et faire capituler la France. Ces gens du « peuple élu » conti- 
Février1919. t. CXLV. 6. 



— 82 — 

nuent à haïr certes, mais ils admirent le courage et l'endurance de 
troupes qu'ils croyaient d'abord, parce qu'on le leur avait affirmé en 
haut lieu, ne pas pouvoir tenir devant leur force et leur organisation. 
Et si les responsabilités du cataclysme devaient être établies unique- 
ment par certaines publications ne cessant de parler de conquêtes et 
d'envisager la domination universelle, la preuve serait faite que l'Al- 
lemagne, son empereur, son parti militaire, l'immense majorité de 
son peuple même ont prémédité et voulu la guerre. Mais cette preuve 
existe autrement, et solide ! 

A l'heure où enquêtait M. A, Pingaud, il semble que la formidable 
machine agressive montée par In Prusse annonçait déjà des craque- 
ments : l'usure morale et matérielle n'échappait pas aux écrivains 
clairvoyants ; de là. toutefois, à désespérer, la marge était grande 
encore. 

En ce qui concerne les dévastations inutiles et les atrocités si sou- 
vent reprochées aux Allemands, M. A. Pingaud invoque les témoi- 
gnages de certains acteurs ou témoins ; on en trouvera d'autres 
quand le calme qui suit les grandes perturbations sera revenu. Les 
dernières pages de ce livre particulièrement suggestif sont consa- 
crées à l'attitude des Alsaciens-Lorrains pendant la guerre ; les dé- 
tails, empruntés à des publicistes allemands, amènent l'auteur à 
conclure que nous avons « dès maintenant des raisons d'espérer. » 
Cette espérance est aujourd'hui pleinement réalisée : nos deux pro- 
vinces volées en 1871 et contaminées sans arrêt, depuis près d'un 
demi-siècle, par la Germanie, nous sont revenues. Nous les garde- 
rons — et mieux sans doute que notre ennemie héréditaire n'a 
gardé son fameux Rhin allemand. E.-A. Chapuis. 



Avec les alpins, par F. -A. Vuillermet. Paris, Lethielleux, s. d. (ISiS),. 
in-16 de 217 p. — Prix : 3 fr. 

Aumônier militaire à la belle division surnommée» l'Alsacienne », 
l'auteur s'est fait l'annaliste de ses exploits. Après s'être illustrés dans 
les Vosges, les alpins, sous les ordres du général Brissaud-Dc^maillets, 
ont combattu sur l'Aisne, dans le bois de Beaumarais. à Graonne, sur 
le plateau de Galifornie, à la Malmaison. Le 25 octobre 1917, leur 
attaque est foudroyante. Ils emportent le village de Pargny-Filain, et 
leur ardeur d'avancer est telle qu'à l'heure même on devait commen- 
cer l'attaque, ils ont déjà dépassé leurs objectifs et poussé les lignes 
jusqu'au bassin d'alinientatiotr du canal de l'Ailetto. Origijiaires ])Our 
la plupart de la Franche-Gomté et du territoire de Belfort, les alpins 
ont en général des sentiments religieux, et leur foi s'ajoute à leur 
esprit de corps pour aviver leur courage et susciter chez nombre 



— 83 — 

d'entre eux des actes vraiment héroïques que le P. Vuillorrnet a rap- 
portés avec une coinmunicative émotion. Mais combien d'onicicrs et 
de chasseurs ont payé de leur sang le succès de nos armes ! On peut 
leur appliquer les vers de Victor Hugo gravés sur le monument de 
Montmirail : 

La gloire, aube toujours nouvelle. 

Fait luire leur mémoire et redore leur nom. 

Parmi les épisodes les plus touchants de ce livre, il faut noter les 
derniers moments du commandant Hubert de Castex qui incarnait 
noblement lame du 24" alpins et dont la pensée, s'élevant au-dessus 
des souffrances de ses blessures, (t s'en allait de Dieu, qu'il invoquait, 
à ceux qu'il laissait, sa femme, ses enfants, son bataillon. » En un 
dernier chapitre, le P. Vuillermet a transcrit les citations à l'ordre de 
l'armée recueillies, durant la bataille de l'Aisne, par les bataillons de 
la division et dont lecture avait été donnée au cours d'une émouvante 
revue passée par le général Pélain. P»oger Lambelin. 



From Bapaume to Passchendaele, 1917, by Pnti.ip G<bbs. Loiidon, 
William Heinemann, 1918. in-8 de vii-384 p., avec cartes. — Prix : 7 fr. 50. 

M. Philip Gibbs est, à tous égards, l'un des meilleurs correspon- 
dants de guerre : non sans risques pour sa personne, il voit de près 
les engagements dont il parle ; il observe les faits, il écoute les récits 
des soldats, il interroge les prisonniers de guerre et il compose avec 
tout cela des tableaux clairs, vivants, colorés des batailles que les 
troupes anglaises ont menées avec une indomptable énergie, avec 
une inlassable ténacité, avec un courage et un esprit de sacrifice 
admirables contre les troupes allemandes retranchées dans de solides 
positions. Dans ses relations qu'éclairent d'excellentes rartes, il fixe 
les points essentiels de Pavance anglaise, précise le sens des opéra- 
tions, en même temps que des épisodes bien choisis fixent la physio- 
nomie des combats et mettent dans le meilleur jour l'état d'esprit 
des combattants de l'une et de l'autre partie et, à Poccasion, celui des 
populations qui vivent près de la ligne de feu et qui ont subi la domi- 
nation germanique. Sans doute, ce n'est point là le récit définitif des 
campagnes de 1917, c'en est une esquisse qui semble fort exacte et 
l'on se rend bien compte en lisant ces pages animées que déjà les 
Allemands étaient sur leur déclin, que, malgré l'énergie qu'ils 
déployaient, malgré leur ingéniosité à multiplier leurs moyens de 
défense, leurs ressources en hommes et en matériel diminuaient, 
leur confiance s'ébranlait, leur mcfral s'amoindrissait, au lieu que les 
combattants anglais, à quelque partie de Pempire britannique qu'ils 
appartinssent, croissaient chaque jour en audace, en vigueur, en 
volonté de vaincre. 



— 84 — 

Les soixanlc-qnatrc chapitres de ce beau livre, d'une lecture si 
instructive et si réconfortante, se répartissent entre cinq parties : I. 
La Retraite de la Somme (janvier-mars 1917) ; IL A la poursuite de 
l'ennemi (mars-avril 1917) ; 111. La Bataille d'Arras (avril-mai 1917) ; 
IV. La Bataille de Messines (juin-juillet 1917) ; V. La Bataille des 
Flandres (juin-novembre 1917). E.-G. Ledos. 



La Gesta de la Légion, par E. Gômkz Carrlllo. Madrid, sucosores de 
Hernando. 19i8, in-16 de 261 p., avec une lettre autographe du lieutc- 
nanl-colonel Cot. — Prix : 3 fr. 50. 

Ce nouveau volume du grand écrivain ne le cède en rien en intérêt 
aux. volumes que nous avons eu la joie précédemment de signaler à 
nos lecteurs. Après les pages consacrées aux Français, aux Anglais, 
aux Belges, c'est la geste héroïque de la Légion étrangère qu'il nous 
retrace ici. Et son affection pour la France, son dévouement généreux 
pour la cause de la liberté et du droit que nous défendons se doublent 
ici d'un sentiment plus intime encore, d une sorte de tendresse pa- 
triotique qu'explique assez la grande, la belle part prise par les volon- 
taires de l'Espagne et de l'Amérique espagnole aux exploits qui ont 
rendu fameuse la Légion étrangère et qui doivent en rendre le nom 
cher et sacré à tous les fils de la France* à tous les amis de la civili- 
sation latine, à tous ceux qui ont senti que, dans celte longue guerre, 
se jouaient les destins de l'humanité. 

Dans les campements de la Légion étrangère, M. Gômez Carrillo 
n'a pas seulement approché ses compatriotes d'Amérique et d'Europe, 
il a vu de près aussi les Polonais, les Russes, les Américains ; est-il 
besoin de répéter à nos lecteurs que son sens psychologique si fin et 
son merveilleux talent d'écrivain ont su fixer en quelques traits ineffa- 
vables la physionomie physique et morale, le caractère particulier qui 
les distinguent les uns des autres. Ce ne sont là d'ailleurs que quelques 
parties du grand tout que forme la Légion étrangère ; car, observe 
fort justement l'auteur, il serait plus facile et plus prompt d'énumé- 
rer les nations qui n'y sont pas représentées que celles qui y ont 
envoyé quelques-uns de leurs enfants. Et ce qui fond dans une unité 
harmonieuse tous ces hommes si divers de races, de tempéraments, 
de conditions sociales, ce n'est pas assurément le goût des aventures, 
à lui seul ; car, observe encore notre auteur, pourquoi, dans ce cas, 
la France serait-elle seule à posséder une légion étrangère:* Non, il y 
a parmi eux une nanirne d'idéal, ils sont tous animés d'un amour 
un peu mystique j)our la l-'rance : la plupart de ces volontaires, les 
plus nombreux, les plus sinij)les, n'ont vu (pie le danger qui menaçait 
la l'rance et ils sont acco\irus la défendre, vl le merveilleux, c'est que 
la l'^uncc ne représente pas pour chacun le même idéal : pour l'un, 



— 85 — 

c'est la France de saint Louis, la France chrétienne et calliolique ; 
pour un autre, c'est la France de la Révolution ; pour d'autres, c'est 
la France des gloiies militaires et des exploits guerriers ; pour d'autres 
encore la France intellectuelle, la France des grands poètes, la France 
des grâces latines qui remplit leur âme d'enthousiasme et leur fait 
verser pour elle leur sang avec nue sorte d'ivresse généreuse. 

Et l'hymne à la Légion étrangère que nous chante M. Gômez Car- 
rillo se fond en un hymne à la France immortelle. Et l'on peut, l'on 
doit se dire avec le lieutenant-colonel Cot, que le concours du maître 
espagnol « sera aussi précieux pour la cause que nous défendons que 
celui des braves qui généreusement versent leur sang sur le champ 
de bataille. » 

A la geste de la Légion. M. Gômez Carrillo a joint quelques pages, 
non moins exquises, sur l'âme des prêtres-soldats. Et là encore, en 
pénétrant cette âme et en la faisant pénétrer à ses lecteurs, il rend à 
la cause française un nouveau service. 

Et à la joie intellectuelle que procurera à tout homme de goût la 
lecture de ces pages prestigieuses, s'ajoute pour nous, Français, la 
joie morale, l'orgueil légitime de voir notre pays s'assurer de telles 
sympathies. E.-G. Ledos. 



L'Europe dévastée, par Wilhelm Mlehlos, noies prises pendant les pre- 
miers mois de la guerre : traduit par J de la Harpe. Lausanne et Paris, 
Pavot. 1918. in-l.S de 261 p. — Prix : 4 fr. oO. 

Nous avons parlé assez longuement {Polybiblion d'octobre 1918. 
t. CXLIII, p. 172-174) de l'édition allemaiide de cet ouvrage pour 
qu'il soit inutile de nous attarder sur la traduction que nous en 
donne M. de la Harpe. Mais l'on peut rappeler que la personnalité de 
l'auteur, son indiscutable sincérité, l'importance de son témoignage 
sur les responsabilités de la guerre et sur l'état de l'opinion alle- 
mande dans les premières semaines qui en ont suivi l'éclosion font 
de ce mémoire un document de premier ordre. Des publications l'ont 
déjà fait connaître plus ou moins complètement au lecteur français. 
Mais là bonne traduction que nous en présente ici M. de la Harpe et 
que la maison Pavot édite dans un volume de format commode, bien 
et élégamment imprimé, n'est pas superflue. C'est elle que consulte- 
ront avec le plus de profit ceux qui ne peuvent recourir au texte 
même ; et dans ces jours où chez les Alliés quelques esprits faibles 
qu'on peut regarder comme des minus habentes, n'hésitent pas à faire 
passer au second plan la question des responsabilités, il est utile, il 
est nécessaire de répandre des livres qui, comme celui-ci, aident à 
la mettre en pleine clarté. E.-G. Ledos. 



— 86 — 

La Belgique nouvelle. A travers quatre ans de guerre (1914- 
1918), par Fernand NEtJRAY. Paris, Van Oest, 1918. 2 vol. in-i6 de 342 
cl 352 p. — Prix : 8 fr. 

M. F. Neuray, qui a été pendant la guerre le brillant écrivain du 
XY* siècle et dirige maintenant la IVation belge, a très bien fait de 
réunir les articles épars dans des feuilles volantes vouées fatalement 
à la dispersion matérielle. 

Les campagnes qu'il a menées pour la défense de son pays et 
l'honneur des grandes causes patriotiques, catholiques et sociales 
qu'il soutient méritaient de ne pas être oubliées. Les dates extrêmes 
de ces deux volumes vont de novembre 1914 à mars 1918. C'est la 
vie fourmillante et diverse des Belges dans les épisodes de ces années 
tragiques où ils figurent- comme soldats, exilés, citoyens, envahis, 
persécutés, etc. 

La question militaire est traitée amplement et toujours ramenée à 
l'éloge de la prévoyance du roi Léopold II qui prononçait à Bruges, 
dès 1887, ces paroles : u Les peuples qui ne savent pas ou ne veulent 
pas défendre leur indépendance ne sont pas dignes d'être libres. » 
C'est lui qui inspirait en même temps les articles prophétiques de 
Banning sur la nécessité du service militai-re (1., p. 95). — Touchant la 
question sociale maints passages de ce livre ont leur importance : en 
particulier ceux qui ont trait à Vandervelde et à ses dangereuses con- 
cessions, à l'esprit anarchique de son parti. — Questions politiques 
avec la neutralité belge qui doit disparaître et la liberté de l'Escaut 
qui doit être acquise. — Question allemande où l'on montre trois 
genres spéciaux de danger qui en dérivent ; le socialisme allemand 
avec rinlernationale ; le faux catholicisme d'Outre-Rhin tout impré- 
gné d'esprit protestant ; la main mise sur les justes revendications 
flamandes transformées en divisions séparatistes." — Je remarque cette 
phrase : « L'Allemagne a moins étonné l'univers par les crimes 
de ses soldats que par l'apologie que ses penseurs en ont faite. » 
— Question religieuse, avec le rôle du Saint-Siège à propos de 
l'invasion de la Belgique. Le patriotisme de M. Neuray dit verte- 
ment des choses justes qui le conduisent à une critique très vive de 
l'Osservatore romano ; il proclame la grandeur du cardinal Mer- 
cier, commente son voyage à Rome en janvier 1916 et, en face de 
certaines influences germaniques aujourd'hui évincées, il résume sa 
pensée en déclarant ne pas vouloir « confondre l'anlichanibic du 
Vatican avec le siège de Saint-Pierre. » — Mot de journaliste. 

A souligner un joli chapitre sur le règne des irresponsables : (< L'État 
moderne, l'fitat démocrali(nie a organisé la hiérarchie des parapluies, 
tout le monde dans les administrations est couvert par tout le monde. » 
A retenir également l'impartial éloge des travaux du Congrès de 



— 87 — 

Vifinne et la justice rendue à Louis XVIII comme à Talleyrand, tout 
à riionneur de la iwlilique française. A retenir enfin des « portraits » 
crayonnés d'une main ferme ; celui de M. de Broqueville et surtout 
de fines remarques sur Godefroid Kurth (II., p. 41 à 42 ; p. 302) que 
M. Neuray a bien raison de s'honorer d'avoir eu pour maître. En 
parcourant ces pages alertes, l'ensemble des choses de Belgique pen- 
dant ces quatre années s'éclaire aux yeux du lecteur. Voilà sans doute 
un agréable et judicieux résumé au jour le jour d'une époque qui fut 
pour nos alliés, délicate, difficile, épineuse, glorieuse et tragique. Le 
sens de l'histoire, l'amour de l'ordre, le culte de la patrie, la sagesse 
de l'esprit, le respect de l'Église ont inspiré tour à tour celui qui 
a tenu la plume. G. de G. 



.Les Intrigues germaniques en Grèce, par Dkmetra. Vaka (Mrs. Ken- 
NKTH Brown). Paris, Plon-Nourrit, 1918, in-16 de 279 p. — Prix : 4 fr. .oO. 

Ce très intéressant ouvrage, traduit de l'anglais, pourrait porter en 
sous-titre : « Les Étapes d'une conversion politique. » Mrs. Kenneth 
Brown, devenue Américaine par son mariage, était, en effet. Grecque 
de naissance. Patriote et royaliste, elle a souffert cruellement des 
nouvelles qu'elle recevait de Grèce et qu'elle qualifiait de calomnies, 
ne pouvant croire à la félonie du roi Constantin. Poussée par l'amour 
de son pays, par son désir de dissiper ce qu'elle croyait être des malen- 
tendus, elle n'a pas hésité à venir des États-Unis en Grèce, avec son mari, 
pour tenter d'éclaircir la situation et d'opérer un rapprochement entre 
Vénizelos et le Roi, afin de faire la Grèce plus grande et plus forte, sous 
l'autorité de son souverain. Dans ce but, elle a interrogé, à .Vthènes, le 
Koi et les princes royaux, les ministres et les généraux, enfin tous les 
soutiens et les partisans du trône et de la politique de Constantin. 
Ame juste et droite, enthousiaste pour son roi, mais, par-dessus 
tout, passionnée pour la vérité, Mrs. Brown, à. Athènes même, a 
senti son royalisme chanceler. A Salonique. elle s'est entretenue avec 
Vénizelos et avec ceux qui l'entourent, et là, la lumière s'est faite 
complètement dans son esprit désabusé. Bref, arrivée en Grèce roya- 
liste convaincue, elle en est partie venizeliste ardente, et rien n'est 
plus passionnant que de la suivre dans les étapes de cette transfor- 
mation, dont l'aboutissement est le plus bel éloge que l'on puisse 
faire de la justice de la cause si brillamment défendue et représentée 
par le grand patriote grec qu'est Vénizelos. C'est le récit, presque 
sténographié, des nombreuses interviews qui ont amené Mrs. Brown 
à la connaissance de la vérité, qui formé ce volume, d'une lecture 
singulièrement captivante et instructive. Bien des voiles sont soulevés 
sur la politique germanique de Constantin, bien des explications 



— 88 — 

sont données à des incidents souvent dramatiques restés jusqu'à ce 
jour mystérieux. Nous avons ainsi une précieuse contribution à l'his- 
toire politique de la guerre.^ J. C. T. 



L'Irlande ennemie '.*, par R.-C. Escoufi.aire. Paris, Payot, 1918, in-lG 
de 272 p. — Prix : 4 fr. 30. 

La question irlandaise a pris à nouveau un caractère aigu. Aux_ 
élections générales du mois de décembre dernier, les candidats du Sinn 
Fein ont emporté des succès écrasants qui ont dépassé les espérances 
de ce parti. Or, comme le Sinn Fein a, dès avant la guerre, conclu 
avec l'Allemagne une étroite alliance, comme ses chefs ont été les 
auxiliaires et les agents de la Wilhemstrasse, comme la rébel- 
lion de Pâques 1916 à Dublin, fut accompagnée d'une démonstra- 
tion navale et d'un bombardement aérien des côtes anglaises, il est 
difficile de contester qu'à l'heure actuelle l'Irlande peut être considé- 
rée comme une ennemie non seulement de l'Angleterre mais aussi des- 
États de l'Entente. 

M. Escouflaire a posé avec une grande netteté les termes de la 
question irlandaise telle qu'elle se présente aujourd'hui, et, pour que 
ces termes fussent bien compréhensibles, il a fait appel à l'histoire 
ancienne et à l'histoire moderne. 11 a retracé les phases multiples des 
réformes religieuses, agraires, scolaires, judiciaires successivement 
réalisées dans l'intérêt des Irlandais depuis le commencement du dix- 
neuvième siècle. Il a rendu hommage aux grands patriotes, que 
furent Grattan, O'Connell, mais a apprécié avec une juste sévérité 
l'œuvre de Parnell, de Dillon et les combinaisons parlementaires dont 
furentles initiateurs des hommes d'État britanniques tels que Glads- 
tone et Âsquith. 

Il est utile de connaître les agissements de Sir Roger Casement. de 
Kuno Meyer. agissements sur lesquels la publication des correspon- 
dances du comte BernstorfF a projeté une vive lumière. Il faut aussi 
lire les procès verbaux de la « Société germano-irlandaise » fondée à 
Berlin depuis la guerre sous les auspices du chancelier von Bethmann 
Holweg et avec le concours des chefs du Sinn Fein. 

Au maréchal Hindenburg, la Société adressait en mars 1018 un té- 
légramme ainsi conçu : « Convaincus qu'une Irlande libre, indépen- 
dante de l'Angleterre, garantira la liberté des mers et par là libérera 
le monde de la tyrannie maritime anglaise, nous espérons nnc paix 
allemande... » Les Irlandais acceptaient donc gaîment la perspective, 
pour se séparer de l'Anglolerre, de s'inféoder à l'Allemagne, comme 
si le sort de l'Alsace-Lorraine, de la Pologne prussienne était si digne 
d'envie T 



— 89 — 

L'ouvrage de M. Escouflaire redresse certaines idées erronées et 
éclaire des coins restés longtemps obscurs de l'histoire contempo- 
raine de l'Irlande. Rogek Lambeun. 



La Ciuerra, leltere tli un socialiste ai suoi Bgli, da Pieho Domkm- 
CHELLi. Fiienze, H. Reniporad e figlio. 1918. iii-lG de 318 p. — Prix : 3 (r. 

Avant la guerre, M. Piero Domenichelti était socialiste et anliniili- 
tariste ; et sou antimilitarisme l'obligea même de dormer sa démis- 
sion d'ofBcier. Mais il était aussi poète et par là même idéaliste ; la 
guerre a réveillé ou exalté son patriotisme et, à l'encontre de plus d'un 
parmi ses coreligionnaires politiques, il a refusé de faire cause com- 
mune avec les neutralistes, il a rejeté ses illusions sur la fraternité 
des socialistes allemands, il a reconnu la justice de l'intervention ita- 
lienne, la nécessité de lutter jusqu'au bout contre l'hégémonie des 
empires centraux et il a tenu à prendre sa part dans cette lutte d'abord 
comme simple soldat puis comme officier. Aussi la défaillance de 
troupes italiennes à Caporetto a-t-elle été pour lui un coup doulou- 
reux, d'autant plus douloureux qu'elle était due en partie au moins 
à un manque de patriotisme ; il cite avec une légitime indignation le 
cri de soldats répondant : « X bas l'Italie ! » aux acclamations des 
camarades français et anglais qui accouraient au secours des Italiens 
en criant : « Vive l'Italie ! » — Dans ces pages qu'il a écrites au jour le 
jour pour ses enfants, il raconte ses impressions, il exprime ses sen- 
timents avec la franchise et la vivacité d'une causerie intime. Sans 
doute son idéalisme le laisse tomber parfois dans l'idéologie ; et ses 
vieux préjugés socialistes ne l'ont pas abandonné : il témoigne notam- 
ment vis-à-vis du Souverain Pontife d'une aveugle et regrettable par- 
tialité ; et sa méfiance — pour ne pas dire plus — vis-à-vis des 
classes dites supérieures obscurcit parfois son jugement. Mais com- 
ment nous en étonnerions-nous? Le surprenant serait qu'il se fût 
totalement transformé d'un seul coup : il est déjà bien beau qu'il ait 
pu se dégager des liens qui retiennent captifs tant de ses coreligion- 
naires politiques et qu'il n'hésite pas à rendre un hommage ému à 
des adversaires de la veille. 

11 ne faut pas s'attendre à trouver ici d'amples et pittoresques 
détails sur les faits de la guerre ; les fonctions qu'a remplies M. Dome- 
nichelli ne l'ont guère mis à même d'observer le Front de très près ; 
mais on y rencontrera, à côté des impressions très personnelles de 
l'auteur, quelques faits de la vie des troupes et du pays, des rensei- 
gnements sur létat des esprits, des considérations philosophiques et 
politiques. Et dans tout cela il y aura certainement à puiser pour 
l'histoire et la psychologie de la guerre. E -G. Ledos. 



— 90 — 

Nous, soldats ! par Jean Tourmassus. Paris et Lyon, Vitte, 1918, in-16 de 
vii-182 p. — Prix : 3 fr. 25. 

Parti en août 1914, arrivé en janvier 1915 sur le Front de Lorraine, 
blessé devant Verdun en juin 1916, transporté à Orléans puis au 
Mont-des-Oiseaux, le jeune officier qui a écrit ces pages a connu assez 
d'heures tragiques, héroïques, angoissées ou fiévreuses pour que son 
récit nous intéresse et nous émeuve. D'une sensibilité que l'on devine 
aiguë et délicate, sachant voir et habile à rendre ce qu'il a vu. il 
donne l'impression qu'on l'accompagne, qu'on marche à son côté, 
qu'on partage ses périls, qu'on répond à ses propos, qu'on s'égaie 
comme lui d'un rayon de soleil avant de s'enfoncer dans la boue des 
tranchées, qu'on interroge avec lui le regard de ses compagnons ou 
la silhouette d'un factionnaire, qu'on avance près de lui dans le 
brouillard de feu... 

Dans la Préface par laquelle s'ouvre le livre. M. Maurice Barres se 
félicite qu'il y ait un si grand nombre de soldats écrivains qui 
racontent « pour l'univers et pour les siècles les grandes choses dont 
ils furent une part », et il ajoute que des livres comme celui-ci h nous 
rendent intelligibles les forces qui viennent de nous donner la vic- 
toire ». « A chaque page, dit-il à l'auteur, on vous remercie, et l'on 
remercie, l'on aime en vous tous vos frères d'armes ». 

Tenons-nous-en à ce jugement d'un maître. Ch. Landry. 



Essai sur le sentiment français en Alsace. Comment il s'est 
formé, comment il s'est maintenu, par Pall Pilant. Paris, Bos- 
sard, 1918, in-16 de 136 p. — Prix : 3 fr. 

Excellent petit volume oii sont exposées très clairement, très sim- 
plement, mais avec une entière sincérité, les raisons qui ont amené 
les Alsaciens à aimer la France après la réunion de la province au 
royaume, puis à lui garder cette affection quand l'Alsace en fut de 
nouveau séparée pour être soumise à l'empire allemand. L'auteur 
connaît parfaitement, et l'histoire de l'Alsace et surtout le cœur de 
cette province. Son ouvrage mérite d'être lu et répandu car il est bien 
documenté et contient, en peu de pages, un bon résumé de la question, 
si intéressante à l'heure présente où l'Alsace est revenue à la France 
avec un entliousiasme magnifique. 11 sera bon surtout que ceux qui 
seront appelés à se rendre en Alsace, à y détenir (juelque part d'auto- 
rité, puisent dans ces quelques pages faciles à lire, de bonnes direc- 
tions pour la conduite à tenir envers les Alsaciens. Il faut se souvenir 
que ce peuple, ayant beaucoup soulTert, a l'àme très sensible ; il faut 
se garder de la froisser. M. Pilant a divisé son travail on trois parties : 
r.Msace dans la famille française, l'Alsace allemande et IWlsace pen- 
dant la (Jrande (juerre. 11 est précédé d'un Avant-Propos où il est fait 



— 91 — 

justice, en quelques lignes, des arguments historiques employés par 
les Allemands pour revendiquer la possession de l'Alsace. Quelques 
fragments en note rapportent, à la fin, diverses opinions sur la ques- 
tion ; quelques documents sur Tesprit des Alsaciens-Lorrains sous le 
joug, forment des annexes, avec une table des noms cités. 

A. Gasser. 



I^e Poing allemand en Lorraine et en Alsace, lïtTI, 1014, 
lOlit, par André Fribourg. Paris, éditions d'Alsace et de Lorraine, 
Floury, 1918, in-8 de 223 p. — Prix : 4 fr. 

L'auteur, déjà avantageusement connu par ses publications histo- 
riques, nous avait donné en 1916 un petit volume intitulé : Les Mar- 
tyrs (f Alsace et de Lorraine. Reprenant le même sujet, le complétant 
et l'étendant, M. Fribourg, nous offre dans le présent ouvrage un 
corps de documents sur les véritables sentiments de l'Alsace. Ce sont 
en quelque sorte, et pour la période du joug allemand, les pièces jus- 
tificatives du volume précédent de M. Paul 'Pilant. Composé unique- 
ment de documents allemands, les faits y parlent seuls. Le livre se 
compose de deux parties d'inégale étendue. La première, sous le titre 
de : La Préparation au martyre, comprend la période de 1870 à 1914, 
^ien qu'elle soit la plus courte, les deux protestations de 1871, la 
ligue d'Alsace, les conseils de guerre et l'exode au début de l'an- 
nexion, puis les deux protestations au Reichstag et enfin les persécu- 
tions allemandes à la veille de la guerre. Je signalerai à lauteur une 
lacune à combler dans une prochaine édition : ce sont les nombreuses 
condamnations prononcées par les tribunaux ordinaires, pour mani- 
festations antiallemandes, les expulsions, les tracasseries sur l'em- 
ploi de la langue française, qui ont sévi pendant toute la période de 
l'annexion avec des phases plus violentes à certains moments. 

La seconde partie, intitulée : Les Martyrs, se rapporte à la période 
de guerre de 1914 à 1918. Nous y voyons défiler successivement toutes 
les catégories d'individus, de classes sociales, de professions et de 
métiers, toutes les victimes de la haine allemande et de l'amour pour 
la France. Quelques vignettes illustrent fort agréablement le volume. 

A. Gasser. 



En représailles, par Eugène-Louis Blanchet. Paris. Payot. 1918. in-16 
de 201 p., illustré par l'auteur et Pierre Laurens. — Prix : 4 fr. 50. 

Sans violence inutile dans l'expression, laissant surtout parler les 
faits, M. Blanchet, captif en Allemagne depuis octobre 1914 jusqu'au 
25 décembre 1916, date à laquelle il fut, pour cause de maladie et 
d'épuisement, expédié en Suisse, nous raconte ses souffrances de 
toutes sortes et celles de ses compagnons de bagne. Car. c'est trop 



— 92 — 

souvent à un véritable bagne que nos ennemis ont condamné leurs 
piisotmiers français, anglais, belges, russes, italiens, roumains, etc. 

Tous ceux de nos martyrs revenus de l'enfer teuton sont d'accord 
dans leurs dépositions en ce sens que si les Français ont été victimes 
de cruautés variées, le sort des prisonniers des autres nationalités a 
été généralement pire. Plus tard, les témoignages de ces derniers 
viendront s'ajouter à ceux de nos compatriotes, et l'on apprendra 
alors d'odieuses choses. Dès à présent, nous sommes fixés sur la 
façon dont se sont comportés les gradés de tous ordres de l'armée du 
Kaiser : c'était à qui, sauf d'infimes exceptions, s'ingéniait à tortu- 
rer les pauvres gens que les circonstances leur avaient livrés. Aussi 
l'auteur a-t-il été chargé par les malheureux restés entre les mains 
de l'ennemi d'être l'écho de leurs plaintes : « Tu sais ce que nous 
souffrons, lui ont-ils dit. Il faut qu'on les connaisse tels qu'ils sont. 
Raconte ce que tu as enduré, ce qu'on nous a fait, comment beau- 
coup sont morts. Parle !... Et ce sera pour les nôtres une raison de 
plus de tenir jusqu'à la victoire. » 

M. Blanchet s'y est engagé et il a bien rempli sa promesse. Non 
seulement il a parlé — et parlé éloquemment — mais il a recueilli 
les témoignages de plusieurs de ses camarades, entre autres du poète 
jurassien Alphonse Gaillard dont le PolybibUon a parlé autrefois. Ces 
témoignages sont accablants pour les suppôts de la « Kultur. )> 

Pour finir, je crois bon de citer quelques lignes de ce livre ter- 
rible : (( Le sort, dont nous avons souvent maudit la cruauté, a voulu 
que nous souffrions dans un grand nombre de camps. 11 a fait de 
nous un témoin dont l'élémentaire devoir est de dénoncer l'affreux 
traitement infligé, sous prétexte de représailles, à des milliers de 
prisonniers français, à trente mille à la fois, à un moment donné, 
sur le seul Front russe, à d'autres milliers sur le Front français, au 
bord de la Balti(jue, ailleurs encore (p. 40)... Des milliers de cama- 
rades, morts d'épuisement, de tuberculose, ont été descendus dans 
les fosses allemandes. Avant de fermer les yeux pour toujours, ils 
ont connu la mort lente, tous les tourments physiques, toutes les 
détresses morales. Pour les « représailles », ces tourments furent 
moins le fait de la guerre que d'un système soigneusement élaboré, 
mis en œuvre jusque dans les moindres détails... Enfants, vous 
seriez de mauvais fils si vous oubliiez un jour les souffrances de vos 
pères. » (p. 204). 

M. Vallotton a écrit une Préface vigoureuse pour ce volume, qui 
renferme quelques portraits ou croquis très originaux. 11 y a là, 
notamment (et aussi sur la couverture) un prisonnier debout derrière 
une clôture de fil de fer barbelé, physionomie douloureusement pen- 
sive, qui pourrait bien être l'auteur lui-même. E.-A. Chapuis. 



— 93 — 

Eiiglishman, Kamerail î ri<jkl of Ihe Brilisk Une, by cnplnin Gilbert 
NoiiHs. Loiulori. \Nilli;nii Heiiioinann, 1918. in-16 do xii-2H p.. avec 
portrait do l'autour. — Prix : 4 fr. 33. 

Le capitaine Nobbs servait dans les troupes canadiennes avant la 
guerre. Il vint sur le Front de France en IIMO avec des troupes de 
renfort et fut attaché à un régiment de Londres. C'est dans les com- 
bats de la Somme, pendant lautomne 1910, qu'il reçut la blessure 
qui lui fit perdre l'usage de la vue et que, demeuré sans connaissance 
dans un trou d'obus, il fut fait prisonnier par les Allemands, resta 
assez de temps sans pouvoir donner de nouvelles en Angleterre, et 
fut ainsi oflîciellement porté au nombre des morts. 

Ce sont ses souvenirs du Front et de captivité qu'il nous offre dans 
ce volume très intéressant et qui témoigne d'une sérénité d'âme que 
n'a pu abattre le malheur qui l'a frappé. Il s'y trouve plus d'un 
détail pittoresque sur la vie des troupes britanniques ; il s'y trouve 
des détails précis, qui s'ajoutent à ceux que nous possédons par 
ailleurs, sur le traitement des prisonniers en Allemagne, détails que 
l'auteur emprunte tant à son expérience personnelle! qu'aux récits 
que lui ont faits d'autres prisonniers ; et, bien que sa loyauté se fasse 
un devoir de ne dissimuler pas ce qui peut être à l'avantage des 
Allemands, il ne reste que trop de traits qui viennent grossir le réqui- 
sitoire contre leur barbarie. 

Il y a des pages éloquentes et émues sur la belle conduite, sur le 
moral admirable de ces soldats de Londres qu'il a conduits au feu, 
de ces humbles civils que rien n'avait préparés à la guerre, de ces 
modestes territoriaux que l'on était un peu habitué à traiter avec 
quelque dédain, et qui ont fait si magnifiquement leur devoir, qui 
se sont sacrifiés sans une plainte, sans une hésitation et dont l'in- 
domptable volonté a fini par triompher des troupes entraînées du 
Kaiser. D'ailleurs, même chez les Allemands, M. le capitaine Nobbs 
croit pouvoir noter une modification dans la mentalité des combat- 
tants, à mesure que les vides multipliés par la mort dans les rangs 
germaniques a substitué aux soldats de carrière de simples civils. 

L'auteur, qui ne recule jamais devant les considérations morales, 
ne se fait pas faute de flétrir ceux qui. parmi les gens de l'arrière, 
perdant de vue les hommes qui versent généreusement leur sang 
pour la patrie, n'ont d'autre souci que de vivre bien et de rechercher 
les plaisirs. Il ne s'indigne pas moins contre les ouvriers des usines 
qui n'ont point honte, en se mettant en grève, de compromettre le 
succès de la guerre et de rendre plus difficile el plus meurtrière la 
tâche des combattants ; il estime que si l'on considère comme un 
traître le soldat qui lâche pied devant l'ennemi, l'on devrait traiter 
avec la même sévérité l'ouvrier qui abandonne le travail de l'usine 
où se forgent les armes du soldat. 



— 94 — 

Les noms des personnages, dont nous parle M. le capitaine Nobbs 
au cours de son récit, sont imaginaires, il nous en prévient ; mais 
les faits sont réels, sauf dans un cas où il a laissé la bride à son imagi- 
nation. Il est un des personnages cependant dont le nom, nous dit- 
il, est réel, et c'est un Français ; et ce n'est pas l'un des épisodes les 
moins intéressants de son livre que celui de ce Saniez, qui se fait 
l'infirmier de ses camarades d'infortune, qui s'empresse autour d'eux 
avec une sollicitude touchante pour adoucir leurs chagrins et dont le 
bel optimisme n'est pas abattu par de longs mois de captivité. 

Un trait encore que je relève dans le livre du capitaine Nobbs ; 
c'est la haine que les prisonniers anglais en Allemagne emportent 
chez eux contre leurs persécuteurs : plus d'un se déclare décidé à se 
venger sur les Boches qu'il pourrait rencontrer en Angleterre sur 
sa route. Ce trait seul 'suffit à souligner l'indignité du traitement 
que nos ennemis n'ont que trop souvent infligé à leurs captifs. 

E.-G. Ledos. 



La Bessarabie et le Droit des peuples, par D. Duaghicesco. Paris .^ 
Alcan, 1918, in-16 de 52 p., avec une carte coloriée hors texte. — Prix : 
i fr. 

Il est important, dit la préface de M. Fournol, que les Français 
cultivés soient instruits de la question de la Bessarabie. La présente 
brochure répond à cette pensée. 

Rien n'est plus vrai. Nous devrions être au courant de la question 
de la Bessarabie, comme de bien d'autres, hélas ! que nous ignorons. 
Notre méconnaissance des pays étrangers est pour la France une réelle 
cause d'infériorité et nous devons être reconnaissants aux auteurs qui 
s'efforcent de combler les lacunes de notre instruction. 

Dans cette brochure, le sénateur Draghicesco montre le droit que 
l'histoire et la statistique donnent à la Roumanie de posséder la Bes- 
sarabie, terre peuplée de Moldaves et qui, pendant plus de cinq siècles, 
fit partie de la principauté moldave. D'ailleurs, un événement récent 
prouve l'exactitude des conclusions de cet ouvrage, modeste dans son 
aspect, mais en réalité important et fort intéressant : la Bessarabie. 
le 9 avril 1918, a voté librement son union à la Roumanie. 

J. C. T. 



Le Droit au-dessus de la race, par Otto H. Kaun ; traduit de l'an- 
glais par le lieutenant Louis Thomas. Paris, Pcrrin, 1919, in-16 de xxi- 
167 p. — Prix : 3 fr. 

L'auteur de ces pages est un .\llemand d'origine. Fils d'un ban- 
quier de Mannheim, il s'intéressa à la musique, aux beaux-arts, sans 
négliger les affaires financières pour lesquelles il semble avoir été 



— 95 — 

parliculièrement doué. S'étant rendu aux États-Unis comme ropré- 
seutaiit d'une maison anglaise, il y épousa la fille d'un des fondateurs 
de la banque Kuhn et Lœb et, en 1897, devint citoyen américain. Son 
rôle dans la haute banque ne fut pas négligeable. 11 réorganisa et 
amalgama diverses compagnies de chemin de fer ; il dirigea les négo- 
ciations qui firent admettre à la Bourse de Paris 50 millions de dol- 
lars d'obligations de la Pennsylvania. 

Le président Roosevelt avait apprécié le concours donné par cet an- 
cien Allemand à la cause interventionniste lorsqu'il fit campagne pour 
démontrer que tout bon Américain, « en fidèle ami de la liberté et de 
la civilisation », devait être « de cœur et d'âme contre l'Allemagne » 
et c'est pourquoi il honora d'une Préface, peu de temps avant sa 
mort, la publication des lettres et discours de M. Otto H. Kahn. 

Dès le mois de juin 1915, ce banquier originaire de Mannheim 
expliquait à un Allemand de ses amis les causes et les vraies respon- 
sabilités de la guerre ; il incriminait la politique maritime du Kaiser. 
Dans une allocution prononcée devant l'Association des négociants de 
New York, à l'occasion de l'emprunt « de la Liberté » il reprochait à 
la Prusse de s'être écartée de ce qui fut « l'idéal de Luther (!) de 
Goethe, de Schiller, de Kant » et affirmait que plus les ^Américains 
d'origine allemande participeraient à la guerre avec les Alliés, « mieux 
ils protégeraient et serviraient l'antique renommée de la vieille xAlle- 
magne et les vrais intérêts du peuple allemand. » (p. 61). Et dans 
une conférence faite plus tard à Milwaukee, le financier développait 
cette pensée : « Nous ne permettrons pas au sang qui coule dans nos 
veines d'étouffer la voix de la conscience dans nos cœurs. Nous enten- 
drons l'appel de l'honneur avant d'écouter l'appel de la race. » (p. 91). 
Cette pensée est assurément d'ordre très élevé, mais M. Otto Kahn 
me semble appartenir à une race bien plus ancienne que la race alle- 
mande et ceci expliquerait le patriotisme germano-américain, un 
peu spécial, dont il est animé. Roger Lambelin. 



L'Arme économique des Alliés, par le commandant M. Paris, Gras- 
set, iii-lt> de 62 p. {Le Fait de la semaine, n° 14, 19 mars 1918). — Prix : 
fr. 73. 

Bien que cet opuscule date du commencement de 1918, il est encore 
utile à lire. 11 montre que les Alliés, doivent, la guerre finie, se con- 
certer et se soutenir encore les uns les autres sur le terrain écono- 
mique, contrôlant la répartition des matières premières, s'entendant 
pour refuser, dans leurs traités douaniers, aux anciens empires cen- 
traux le régime de la nation la plus favorisée, prenant des mesures 
énergiques pour obtenir réparation des dommages causés par nos 
agresseurs. Les troubles présents de la Germanie tendent à faire ou- 



— 96 — 

blier la prodigieuse puissance d'expansion industrielle et commer- 
ciale qu'elle a déployée jusqu'à ces derniers temps. Mais est-il cer- 
tain que cette puissance soit complètement abolie ? Ce qui la carac- 
térisait, avec la concentration des entreprises et l'esprit de labeur 
discipliné, c'était, assure notre auteur, une admirable et féconde asso- 
ciation de l'État avec les individus isolés ou groupés ; c'est parce que 
tout était combiné pour mettre les forces de l'État, au service des ef- 
forts individuels que l'Allemagne était en train de devenir avant la 
guerre la première puissance industrielle et commerciale du monde. 

Baron Angot des Rotours. 



Dia por dia de mî calendario, mémorandum de la vida espa- 
iiola en 1918, por Manuel Machado. Madrid, inipr. deJ. Pucyo, 1918, 
in-d6 de 180 p. — Prix :' 3 fr. 

M. Manuel Macbado, qui a un nom en Espagne comme poète et 
comme critique artistique et littéraire, nous donne ici les pages de 
son carnet où il a relevé jour par jour les faits de la vie espagnole 
pendant les six premiers mois de 1918. 

Nous trouvons à la date du 4 mai ces quelques lignes qui caracté- 
risent fort bien ce qu'il a voulu faire : « chroniqueur rapide et sen- 
timental de toutes les dates de cette année, préoccupé de trouver à 
chaque journée sa physionomie spéciale et à l'esquisser en une 
ligne ». 

La politique tient une place dans l'œuvre de M. Machado ; nous y 
notons quelques passages où, d'un trait léger mais acéré, il frappe 
les germanophiles. Nous y sentons, non sans fierté, son cœur palpi- 
ter à l'unisson du nôtre, dans le dernier grand effort tenté par les 
Allemands contre notre Front. Mais la politique n'y tient pas toute la 
place : l'art, la littérature, et toute la vie de l'Espagne pendant ces 
quelques mois s'y reflètent d'une manière vive et agréable. Et en 
notant ces faits d'un jour, ces faits qui passent et qui s oublient, 
M. Machado les assaisonne de réflexions sages ou piquantes, d'idées 
qui appellent la médilation, de pensées qui demeurent et se fixent 
dans l'esprit. E.-G. Ledos. 

Ma douleur s^endorl..., par Lkon Guy. Paris cl Lvon, Vitte, 1918. in-i6 

de 77 p. — Prix : 1 fr. 50. 

Lm blessé est apporté à l'hôpital ; il s'abandonne à ses réflexions, 
se rajipelant les derniers épisodes du combat, éprouvant tour à tour 
un bien-être inconnu et de nouvelles craintes, essayant de lectures 
qui le déçoivent, songeant à ses proches, se posant à lui-même des 
questions relatives à la souffrance, au pourquoi de la vie, interrogeant 
l'aumônier.... Ce sont ces réflexions d'une journée d'hôpilnl cpii sont 



— 97 — 

-exprimées dans cet opuscule, et qui amènent comme conclusion 
logique et bien inspirée des extraits des psaumes, de rfivangile, des 
épîlres apostoliques judicieusement choisis. Cu. La>duy. 



L'Argot des Poilus. Dictionnaire humoristique et philologique du langage 
des soldats de la (îranile Guerre de l'JtU, par Fhançois Déchklette. Paris, 
Jouve. 1918, in-12 de xi-258 p. — Prix : 3 fr. 

Nous avons déjà signalé à nos lecteurs plusieurs ouvrages du genre. 
Celui-ci. pour lequel M. G. Lenotre a écrit une Préface spirituelle et 
amusante, contient plus de mille mots. L'auteur, « poihi de 2' classe », 
qui joint à ce titre, assurément très honorable, celui, qui mérite bien 
aussi quelque considération, de licencié ès-leltres, déclare avoir 
« voulu faire un travail philologique et un tableau pittoresque de la 
vie du Front. Il a non seulement étudié les mots, mais aussi, dans 
beaucoup d'articles, sous forme de commentaires humoristiques, la 
vie intime du poilu. Commencé en 1914 dans la tranchée, ce diction- 
naire parut en partie dans le Journal de Roanne. 11 fut composé au 
hasard des loisirs du Front et enfin complété pendant une convales- 
cence. C'est dire que les éléments en sont puisés directement dans 
l'usage. L'auteur n'a pas étudié l'argot des poilus comme une langue 
morte ; il l'a parlé ; il a vécu dans le pays où on le parle et il a pu 
contrôler lui-même les significations qu'il indique ». 

Ces quelques lignes expliquent bien l'intéressant et très vivant 
livre de M. François Déchelette, terminé par un fort utile Tableau des 
abréviations militaires, dont un petit nombre seulement sont connues. 
Il n'a pas fallu moins de 19 pages pour recueillir toutes ces lettres, 
cabalistiques si j'ose dire. Parcourez l'ensemble et, par exemple, 
arrêtez-vous devant 1. P. S. A. R. E. Ces mystérieuses initiales vous 
auraient vraisemblablement paru intraduisibles sans le secours de 
M. Déchelette : elles signifient : « Inspection permanente des services 
automobiles de la région de l'est. » Sachez en outre que les poilus, 
qui savent ce qu'ils veulent dire, prononcent : Ipsaré. 

Tout de même, grâce à la guerre, nous aurons tous appris des 
choses moult extraordinaires. E.-A. Ghaplis. 



Collection Henri Leblanc donnée à l'État. La Grande Guerre, 

iconographie, bibliographie, documents divers. T. V. Catalogue raisonné des 
estampes, originaux, affiches illustrées, imageries, vignettes... etc. 2' volume 
de l'Iconographie. Paris, Émile-Paul, 1918, gr. in-8 de lxu-39Û p. 

M. et M"" Henri Leblanc poursuivent l'impression du luxueux ca- 
talogue de la riche collection qu'ils ont réunie sur la Grande 
Guerre et dont ils se sont dessaisis en faveur de l'État. Ce cinquième 
Février 1919. T. CXLV. 7. 



— 1)8 — 

volume est le second de l'iconographie et l'on nous en annonce un 
troisième, actuellement sous presse, pour les documents français et 
alliés et un quatrième où l'on trouvera les pièces d'origine germa- 
nique. Et cela seul suffit à montrer l'importance de cette collection^ 
dont la constitution a exigé chez ceux qui l'ont établie non pas seule- 
ment de larges ressources pécuniaires, mais une intellis^'ence toujotirs 
eu éveil et la contiimité d'un effort persévérant. 

De légères modifications, d'ailleurs heureuses, ont été apportées 
par M. Callet dans ce nouveau volume à la disposition des chapitres. 
11 y a des sections qui se sont considérablement développées : nous 
signalerons,fpar exemple, les documents sur les camps de prisonniers 
en Allemagne, les albums et autres pièces pour la propagande. Dans 
l'imagerie une place spéciale a été faite à l'imagerie russe. Pour les 
affiches illustrées, seules l'Angletere et l'Italie étaient représentées, 
avec la France, dans le premier volume ; ici nous trouvons en plus, 
le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Grèce, la Russie, la Ser- 
bie, la Suisse. Une section entièrement nouvelle est celle des mé- 
dailles. Dans la série des bons de monnaie .nous signalerons les bons 
pour prisonniers internés en France, les camps de concentration, les 
cartes d'alimentation. Enfin notons ce qui a trait à l'industrie pen- 
dant la guerre : modes, bijoux, étoffes, objets fabriqués par es sol- 
dats, etc. et les armes et engins de guerre. 

On le voit, en parcourant ce volume qu'ornent douze belles illus- 
trations hors texte, et plus encore eu parcourant les salles mêmes du 
Musée, il y a de quoi s'instruire... et s'amuser. E.-G. Lkdos. 



— M. Jean-Bernard continue la publication de son Histoire géné- 
rale et anecdotique de la guerre de 191U remplie de détails de toutes 
sortes. Les 23" et 2i« livraisons que nous recevons font partie du 
tome III et renferment presque en entier les chapitres IX à Xll de 
ce tome (Paris. Berger-Levrault, in-8. paginé 193-288, avec de nom- 
breuses illustrations. Prix de la livraison : fr. 7o). Les sommaires 
de ces deux fascicules résument très brièvement les' indications des 
chapitres. Nous les relevons ci après, en notant (pie les faits auxquels 
ils se rapportent s'échelonnent entre le début d'octobre et la fin de 
novembre 1ijl4 : Fascicule 23 : De la Bassée à Lassigny. Les Vuto-mi- 
Iraillcuses. La Guerre souterraine. La Lettre d'une femme allemande 
(qui demandait à son mari de n'épargner ni les femmes, ni les en- 
fants). Balles explosives et balles dum-dum. Arras sous les obus. La 
Prise du premier 420 (avec une équipe d'ingénieurs de la maison 
Krupp). Un Poilu de seize ans. Le Rôle glorieux de la cavalerie fran- 
çaise. Le Procureur et braconnier (anecdote très amusante). — Fas- 



— 99 — 

cicule 24 : Un Escroc, officier allemand. Drtioiisseur de cadavres. 
Madame Mâcherez, « maire » de Soissons. Le prince de Monaco, 
(( imposé » par les Allemands. Les Allemands flétris par un neutre. 
L'Odyssée d'un soldat allemand. Au Camp des Romains. La Guerre 
à l'allomande. Il convient de remarquer que l'auteur fait ici, fréquem- 
ment, réloge du clergé catholique. 

— L'Action de Benoît XV pendant la guerre a fait dans la revue 
Civiltà caltoUca l'objet d'une étude du P. Giuseppe Quirico, S. J., 
auquel la secrétairerie d'État a largement ouvert ses archives. Il 
était bon que les résultats de ce travail fussent connus en France, 
où subsistent contre le S;ii[it-Père tant de préventions injustes, même 
parmi les calholiciues. C'est le travail dont s'est chargé le H. P. Paul 
Dudon dans une brochure à laquelle nous souhaitons la plus grande 
diffusion, et où « les faits » sont présentés '( dans un autre ordre que 
celui du texte italien, et avec quelques suppressions ou additions » 
(Paris, Beauchesne, 1918, in-8 de 64 p. Prix : 1 fr.). Les « faits » 
sont classés sous cinq rubriques : 1. Initiatives religieuses ; 2. Initia- 
tives charitables ; 3. Initiatives pour la protection du droit ; 4. Pro- 
clamation des principes de justice : o. Caractère de la paix voulue 
par le Pape. L'auteur a fait précéder son travail d'une magistrale 
Introduction dans laquelle il met impitoyablement à nu la pauvreté, 
la vanité, le néant du réquisitoire inséré contre le Pape dans la Revue 
de Paris par un prétendu catholique qui signe honteusement son 
factum de XXX. 

— A son tour, avec l'autorité qui s'attache à sa parole, M. l'abbé 
Thellier de Poncheville expose l'Action du Pape pendant la guerre 
(Paris, « Frères d'armes », 14, rue d'Assas, 1919, in-16 de 52 p. 
Prix : 1 fr.), faisant ressortir l'injustice et l'inanité des accusations 
portées contre Benoît XV' par des publicistes malveillants ou par des 
patriotes inquiets et soupçonneux. Après avoir montré pourquoi 
« Benoît XY ne pouvait pas être notre juge », il expose « son œuvre 
de justice et de charité », puis « son action en faveur de la paix » ; 
il rappelle « ce que nous aurions dû faire » et il termine par l'espoir 
que la France, quand elle aura compris la pensée de Benoît XV et 
rendu justice à son dévouement, sera heureuse de s'associer à lui 
pour réaliser l'oeuvre de paix qui sera un jour Thonneur de son pon- 
tificat et de notre patrie ». 

— La librairie Grasset vient d'éditer une brochure particulièrement 
édifiante : L'Allemagne peut payer. Tableau de la richesse allemande 
présenté par la « Dresdner Bank », Berlin le i" janvier 1913. Com- 
menté par M. Lucien Hubert, sénateur, rapporteur du budget des 
Affaires étrangères (in-16 de 64 p. Prix : 1 fr. 50). Le document de 
la (( Dresdner Bank », cliché dans la présente brochure sur l'original. 



— 100 — 

a été rédigé en langue française, sans doute pour impressionner sur- 
tout la France et la dissuader de toute lutte économique ou autre. 
(( Les cliinVes de sa puissance qu'elle étalait orgueilleusement pour 
l'effroi du monde, observe M. L. Hubert, le monde aujourd'hui les 
retiendra pour fixer le tribut du vaincu. » Rien n'est plus juste. En 
14 pages de commentaire, l'auteur établit que « l'Allemagne est sol- 
vable, mais habile dans l'art de dissimuler et de feindre ». Son avis 
final est ainsi formulé : « Craignons les airs d'humilité et le ton lar- 
moyant quelle s'entend si bien à prendre et dont Napoléon, lui- 
même, fut dupe jadis. 11 est certain, et chaque Français pourra s'en 
convaincre à 1 examen de cet opuscule, que, quelles que soient les 
charges écrasantes de la guerre, la créance est bonne ». Oui, l'Alle- 
magne peut payer ; elle criera, se lamentera, menacera peut-être. 
Finalement elle se soumettra, et elle paiera. Elle y mettra sans doute 
de nombreuses années : cela n'empêchera pas le compte, dont a si 
bien parlé M. Clemenceau un peu avant le fléchissement germanique, 
d'être réglé. 

— La prolongation de la guerre a suggéré à M. Paul Bornet l'idée 
que l'armée, qui a absorbé toutes les forces vives du pays, a un autre 
rôle à remplir que celui do vaincre l'ennemi : elle doit avoir une mis- 
sion complémentaire, celle de rééduquer les masses et de cons- 
truire un édifice social approprié aux besoins du pays. Les considéra- 
tions à l'appui de cette idée forment l'objet d'une plaquette dédiée 
par M. Paul Bornet à son fils, caporal d'infanterie, « son meilleur 
âmi et compagnon d'armes », laquelle est intitulée : Le Rôle cons- 
inictear de l'année (Paris, Figuière. 1918. petit in-12 de 44 p. Prix : 
1 fr. 25). 

— Sous ce titre : A ceux qui disent : « S'il y avait un bon Dieu, on 
ne verrait pas des horreurs pareilles ! » (Paris, 14, rue d'Assas. s. d. 
(1918), l'excellente revue Frères d'Armes édite deux publications 
diirérentes : l'une est un tract de 4 pages (0 fr. 10 l'exemplaire, 
fr. 75 la douzaine, 5 francs le cent) qui réplique en termes pitto- 
resques, intelligibles pour tous, à la vieille objection tiiée des maux 
humains ; l'autre est une brochure de 34 pages (0 fr. 30 l'exemplaire. 
20 francs le cent) qui traite la question plus à fond en présentant des 
considérations extraites des meilleurs auteurs. L'une et l'autre ont 
d('jà fait <'t fercjut beaucoup de bien. F>lles méritent qu'on les propage 
le plus possible. 

— Les (jmsKjnes du soldat chrétien (Paris, édité par la revue Frbres 
d'armes, 14. rue d'Assas. VI" arr., l'.HiK in-18 de 10.S p. Prix : 2 fr.), 
écrilesau soir des batailles par ceux qui assumaient la charge d'affer- 
mir le moral du soldat, sont toutes pénétrées de la grandeur et de la 
responsabilité de cette tâche diilicilo. Cela ea explique sullisamment 



— 101 — 

la iioltelr. la vi;:iipiir. et. pour tout dire, le « nioidant. » C'est un 
pelil manuel coriiplel de la vie chrétienne : prière, messe, sacrements, 
dévotions, vertus, tout s'y trouve et d'une application non moins 
évidente en temps de paix qu'en temps de f,Mierre. Une Préface de 
Mgr Ruch, coadjuleur de l'évêque de Nancy, conclut : d Prends et 
lis : tu deviendras meilleur Français, meilleur soldat, meilleur 
chrétien. » 

M. Lucien Uescaves nous offre dans la Collection France dewx 

tableaux terribles : mais si le premier est d'aspect uniformément 
noir, le second, après s'être montré assez sombre, a fini par s'éclairer, 
presque brusquement, et de quelle lumière ! Dans Paris bombardé 
{iSH-l9iU-i9i8) (Paris. Berger-Lcvrault, 1918. in-1(j de 64 p. Prix : 
a fr. 90), l'auteur nous rappelle d'abord les principales péripéties du 
siège de Paris par les Prussiens de Guillaume 1", puis il résume les 
trop fréquentes épreuves de la grande ville pendant les quatre longues 
années de la guerre européenne. Le tragique n'exclut pas ici le 
comique ; et dans ce dernier ordre de choses, l'auteur eAt pu faire 
une place à cette bouffonnerie bien parisienne, qui se chantait, sur- 
tout dans les quartiers populaires, sur l'air des Vitriers : 

Encore un carreau de cassé 
V'ià les gothas qui passent ; 
Encore un carreau de cassé 
V"là les gothas passés. 
V'Ià les gogos (bis) 
V'ià les gothas passés. 

— Le très suggestif petit livre que M. Daniel Mornet a composé 
pour la Collecllon France sous le titre de : Tranchées de Verdun, juil- 
let 191G-niai 1917 (Paris. T3erger-Levrault, 1918, in-!6 de 61 p. Prix : 
fr. 90) u ne décrit pas les élans héroïques des assauts. » Ce qu'il 
nous raconte est le fruit dune longue pratique et d'une observation 
patiente. « 11 m'a semblé, dit il justement, qu'on n'avait pas assez 
fait connaître les longues misères et les courts plaisirs de ces semaines, 
de ces mois, de ces années où presque toutes les troupes ont dû se 
contenter de « tenir o obscurément. Nos pères écrivaient des livres 
pour décrire le « ménage » des champs, la conduite de la vie rus- 
tique. Je ne raconte dans cette brochure que l'humble et tragique 
ménage de nos tranchées ». Et cela en un style simple, clair, imagé, 
sans nulle grossièreté, avec une bonne humeur qui ne se dément 
jamais. 

— Dans l'Amérique en guerre, par M. Emmanuel Bourcier (Paris. 
Berger-Levrault, 1918, in-16 de 63 p. Prix : fr. 90), tel est le titre des 
souvenirs rapportés d'Amérique par un Français faisant partie de la 
mission militaire. Si le lecteur pense y trouver des observations 
curieuses et originales sur les Américains, il sera déçu. 



— 102 — 

— Les Six Petits Contes de M. Antonin Lavergne (Paris. Berger- 
Levrault, 1918, in-16 de 64 p. Prix : fr. 90) sont des récits du temps 
de guerre. Très courts et écrits sans prétention, ils ne sont pas 
dénués d'intérêt. 

— Un de nos marins. Le Récit de Jean Le Gwen, par M. Eugène Le 
Moucl (Paris. Berger-Levrault. 1918, in-16 de 60 p. Prix : fr. 90) 
nous présente le quartier-maître Jean Le Gwen dans un comparti- 
ment de chemin de fer, en route pour l'île de Bréhat, où il va passer 
sa permission de quarante-cinq jours et retrouver son père, sa mère 
et sa fiancée. C'est plaisir d'entendre le brave marin raconter ses 
aventures de guerre de Dixmude aux Dardanelles. 

— Deux ans avec les Sénégalais (Paris, Berger-Levrault, 1918, in-16 
de 64 p. Prix : fr. 90). M. Léon Gaillet, sous-lieutenant d'infan- 
terie coloniale, relate ses impressions parmi les tirailleurs séné- 
galais, tant au camp de Saint-Raphaël que sur le Front et dans les 
tranchées. Elles intéresseront le lecteur en luipeignant d'après nature 
ces simples et vaillants soldats qui ont combattu si héroïquement 
pour la France. 

— Fleurs de guerre (Paris, Haton, s. d. (1918), in 12 de x-3!2 p. 
Prix : 4 fr.) est un ouvrage de compilation. M. Joseph Baeteman, mis- 
sionnaire apostolique en Abyssinie, a réuni les traits édifiants ou hé- 
roïques, fournis par la guerre actuelle, qu'il a pu recueillir de diverses 
parts, et les a classés par chapitres, sans omettre d'en indiquer les 
sources. Ce volume n'est pas de ceux qui se lisent d'un bout à l'autre 
sans interruption ; on ne doit l'absorber qu'à petites doses ; mais il 
constitue un manuel utile à consulter si l'on veut se rendre compte 
de la mentalité morale et religieuse de nos soldats. 

— Entre 1914 et 1918 (la dernière pièce : Strasbourg remonte tou- 
tefois à 1913), M. Ernest de Ganay a corrrposé dix poésies qu'il ras- 
semble aujourd'hui en une élégante plaquette : Le Vol de la Victoire 
(Se trouve à la Belle Édition, 71, rue des Saints Pères, h. Paris, in-8 de 
16.p.). M. de Ganay chante tour à tour Paris, Reims, Arras, Verdun, la 
Française, les oeuvres d'art mutilées par l'ennemi, les Captives (nos 
provinces volées en 1871), Versailles. A propos de la Croix de fer 
(1813) et la Croix de guerre (1914), nous citerons ces quelques vers : 

11 mont, votre symbole, cl ces « rameaux de chêne » 
Ne sauraient plus penser à forger notre chaîne — 
Nos <' glaives » suiruont à vous rendre à nos lois. 

C'est (iiMiid l'Aigle français entrait eu agonie 
Que votre croix est née. — A ton tour, Germanie ! 
La nôtre est le réveil de notre Coq gaulois ! 

Le poète s'exprime avec une vigueur (pii n'a d'égale que sa foi 
patriotique. 



— 103 — 

— Le court poème que M. Redon de la Molhe consacre à Gainemer 
< Paris, Haton, s. d., in-12 de 8 p. Prix : fr. 75) mérite une mention 
honorable. Il débute ainsi : 

Pour chanter ce héros, avons-nous une lyre ? 
Mais prononcer son nom, maintenant c est assez. 
Ce nom de Guynemer, il suffît de le dire. 
Pour que jaillisse à flots débordants et pressés. 
Un immense Océan d'incomparable gloire. 
Oui. ce nom, désormais, tout couronné d'azur. 
Brillera radieux, dans le ciel de l'histoire. 
Ainsi que le soleil dans un firmament pur. 

— Simples feuilles volantes \ .3 pages). les poésies de Mgr Félix 
Périé arriveront ainsi plus aisément à destination, c'est-à-dire aux 
masses qu'elles semblent, viser spécialement. Elles sont intitulées : 
\ . La Marne française : — 2. Honneur aux marsouins ; — 3. Donnez- 
nous des prêtres ! ; — 4. Le Curés au Front CParis, Haton, petit in 8. 
Prix de chaque feuille : fr. 50). De cette pièce, qui serait comme 
les trois autres, du reste, utilement distribuée dans les patronages, 
nous reproduisons ici la dernière strophe, qui forme conclusion : 

IN'oublions pas que sous le feu. 
L'homme noir fut le soldat bleu. 
Qu'il fut le compagnon, le frère 
Du bourgeois et du prolétaire ; 
Qu'il affronta le corps-à-corps. 
Qu'il a sa part parmi les morts ; 
Et disons : Gloire à la Prètraille. 
Qu'admira le champ de bataille ! 

Albi M. — Sans compter les deux images figurant sur les couver- 
tures, l'album intitulé : Prisonniers de guerre, dû à M. Jean-Pierre 
Laurens (Paris, Berger-Levrault. gr. in-4 oblong, mesurant 32 centi- 
mètres sur 44. Prix : 10 fr.), se compose de 16 planches retraçant 
diverses scènes de la vie des prisonniers en Allemagne. La plupart sont 
d'un odieux achevé ; l'une d'elles est un chef-d'œuvre de grotesque : 
Les Curieux, dimanche après midi, à Wittenherg . 1915 : spécimens de 
vilains Boches, de leurs femmes plus laides encore, si possible, ridi- 
culement accoutrées et accompagnés de leur progéniture. Arrêtés 
devant une clôture en fils de fer barbelés, ils regardent les prisonniers. 
Une page, placée en tête de l'album, divisée en quatre colonnes com- 
pactes, et datée du 16 juillet 1918, fournit, sans aucune explosion de 
colère, des détails précis sur la cruauté germanique. L'auteur a ré- 
parti ses « Notes ») eu six titres : Péronne. Les Civils. La Schlague. Le 
Typhus. L'Alerte. Le Feldwebel. Ce document — car c'en est un — 
qui mérite une large diffusion dans les familles françaises, s ouvre 
par ces mots : - A la mémoire des compagnons morts entre les mains 



^ 104 — 

ennemies, sont dédiées ces images, tracées avec le seul souci d'un té- 
moigTiage fidèle. >) Visenot. 



PUBLICATIONS AYANT TRAIT A LA RUSSIE 

1. Histoire de la fitissie depuis les origines jusqu'à nos jours, par Alfred Rambaud. 
7« édition renforroiitit un Supplément jusqu'en mars l'JU , par Emile IIal'maht. Paris,. 
Hachette, 1918, in-16 de lOli p.. 7 fr. — 2. Les Bases conventionnelles des relations^ 
modernes entre la Chine et la Russie, par Hoo Ghi T.saï. Paris, Jouve, 1918, iii-4 de 
VIII-5Û9 p., avec une carte de la frontière sino-russe. 17 fr. 50. — 'i. Joscpli-?iicolas 
Deltsle, sa biographie et sa collection de cartes à la Bibliothèque nationale, par Albert 
IsNARD. Paris, Imprimerie nationale. 1915, in-4 de 135 p.. 3 fr. — 4. Les Éléments 
de la population orientale en France. Les Busses en France du xi= au xvin' siècle, par 
J. Mathore/.. Paris, Picard, 1918, in-4 de 26 p. ,2 fr. — 5. Un Témoin de la campagne 
de /lussie. L'Abbé Adrien Sarugue {1753-1812), curé de Saint-Louis-des-Français de 
Moscou, par LÉos Mirot. Paris. Champion, 1914, in-4 de 43 p.. 3 fr. — 6. Les 
Études de la guerre, puhliées sous la direction de Re!<é' Puaux. Cahiers 2, 3, 6 et 
7. Paris, Fayot, septemhre-octobre 1917, février 1918, in-8, paginés 4U3-640. 
1 fr. 50 le cahier. (Les cahiers 6 et 7 sont rénnis en un seul fascicule 3 fr.). — 
7. La Bussie en 191ft-î9l7 , par Ossip-Lourié. Paris, Alcan, 1918, in-16 de 271 p.; 
3 fr. 50. — 8. Baspoutine. La Fin d'un régime, par J. W. Bienstock. Nouvelle édi- 
tion. Paris, Albin Michel, s. d. (1918), in-lG de 351 p., 4 fr. 50. — 9. La Béuolu- 
tion russe, par Claude Anet. Deuxième série. Juin-novembre 1917. Paris, Payot, 
1918, in-16 de 281 p., 4 fr. 50. — 10. Les Deux Fléaux du monde. Les Bolcheviks et 
l'impérialisme allemand, par Vladimir Ijouktzeff. Paris, Payot, 1918, in-16 de 02 p., 
avec un portrait de l'auteur, 1 fr. 50! 

1. — Voici la septième édition de l'Histoire de la Russie, d'Alfred 
Rambaud. Il n'y a sans doute plus à faire ni l'éloge ni la critique de 
ce consciencieux ouvrage, dont l'utilité est démontrée. Il serait seule- 
ment à souhaiter que la prochaine édition en fût une revision et non 
une réimposition. La main pieuse de M. Haumant, qui a continué 
cette ///^/oiVc jusqu'en mars 1917, en ferait aisément disparaître cer- 
taines petites erreurs qui s'invétèrent. Ainsi, page 448, Cyrille Razou- 
movski, président de l'Académie des sciences, est dit « fils d'un ancien 
favori d'Elisabeth », alors qu'il en était le frère; Lamartine sur ce 
point là était mieux renseigné (Histoire de la Hassie, t. I., p. 218. 
18551)11 serait bon aussi, ennotre t(Mnps de scientifisme, si j'ose dire, 
et conformément aux Observations de la page 97*.l. d'ai)pclcr. à la façon 
russe, l'impératrice Anne, Anna loannovna au lieu d'Anna Ivanovna, 
page 243 et passirp. L'usage est de désigner le père des impératrices et 
empereurs par une forme solennelle de leur prénom au lieu de la 
forme courante. On pourrait au reste adresser de luenues crili(iuesdu 
même genre à M. Ilaumant dans ses deux derniers chapitres : La Rus- 
sie de 1000 à 19 lU et la Guerre et la Révolution. 11 est superflu d'y 
avoir deux orthographes pour un même mot ; il faudrait opter entre 
Dalny ou Dalni. Cioremykine ou Gorémouikine, Hukharcst ou Moukha- 
resl, les Kurdes ou les Kourdes. etc., pages 862, 88 i, 880 ; 890, 931 ; 
926, 932 ; 882, 849. 

2. — Alors que dans la première période de leurs relations, du mi- 



— 105 — 

lieu du xvii« siècle à celui du iix«, la Chine et la Russie ne signèrent 
que les trois traités do Nertchinsk. de Khiakta et de kouldja (celui-ci 
en ISnn, les deux pays ont au contraire signé une dizaine de conven- 
tions jusqu'au début du xi« siècle. Ce sont les premiers traités con- 
clus au début de cette seconde période, de 1858 à 1881. qui servent 
de base aux relations sino-russes modernes. Ce sont les traités dWï- 
goun. de Tientsin et de Peking, d'une part, et ceux de Livadia et de 
Saint-Pétersbourg, de l'autre, qu'étudie successivement M. Hoo Clii- 
Tsaï (Les Bases conventionnelles des rclalions modernes entre la Chine 
et la Russie). L'auteur remarque que, malgré l'étendue de leur fron- 
tière commune, les deux pays sont toujours demeurés en paix et que 
les avantages obtenus par la Russie en Chine ou sur la Chine le furent 
à la faveur des expéditions franco-anglaises et de l'insurrection doun- 
gane. D'autre part, tandis qu'au début de leurs relations, la Chine et 
la Russie contractaient seules et. pour ainsi dire, en toute tranquil- 
lité, elles eurent à compter ensuite avec les puissances européennes, 
américaine et nippone : l'objet de leurs concessions, cessant d'être 
étroitement bilatéral, devint mondial. Fils de l'ambassadeur actuel 
de Chine à Paris, M. Hoo Chi-Tsaï, diplômé de l'École libre de» 
sciences politiques, était d'autant mieux préparé à traiter le sujet 
qu'il a choisi pour sa thèse de doctorat en droit, qu'il connaît aussi 
parfaitement le russe que le français et l'anglais. M. Henri Cordier lui 
a accordé une préface. 

i. - Entré en relations avec Pierre le Grand à Paris, et appelé 
ensuite par lui en Russie en 1725. l'astronome Joseph-Nicolas Delisle, 
demeura à Pétersbourgjusquen 1747. En ce long espace de temps, il 
multiplia non seulement les observations astronomiques, dans l'Ob- 
servatoire qu'il installa, mais mit sur pied l'étude scientifique de la 
géographie de la Russie. S'il ne put terminer la carte générale de 
Russie, ce ne fut qu'en raison de l'hostilité déclarée de l'élément alle- 
mand de l'Académie des sciences. II avait du moins dressé ou trans- 
crit 190 cartes particulières, dont une copie fut vendue au Roi à son 
retour en France. Remises à la Bibliothèque royale et oubliées au 
Cabinet des estampes, elles n'ont été cédées à la section géographique 
de la Nationale qu'en 1915. C'est à cette occasion que M. Albert 
Isnard, bibliothécaire principal, en a établi le Catalogue en y ajoutant 
un État des cartes, presque aussi nombreuses, remises par Delisle axi 
Dépôt de la marine en 1754. 11 a fait précéder son travail d'une bio- 
graphie de Delisle (J.-N. Delisle, sa biographie et sa collection de cartes 
géographiques à la Bibliothèque nationale). Occupé de Delisle à un 
autre point de vue que M. Isnard et ayant eu le plaisir de travailler à 
côté de lui en tel dépôt d'archives, nous pouvons dire autrement que 
par la lecture, avec quelle attention son travail fut fait. 



— 106 — 

4. — Dans le grand ouvrage que prépare M. Mathorez sur la popu- 
lation étrangère en France, et dont maintes revues ont déjà publié des 
chapitres, une place devait naturellement être donnée aux Russes 
(Les Russes en France du xi' au xviii" siècle). Ce n'est pas à dire que 
l'élément russe soit un de ceux qui aient le plus influé sur cette popu- 
lation ; tout au contraire, c'est peut-être le moins important de tous. 
Dans les « actes de naturalité » qu'il a compulsés aux Archives natio- 
nales, M. Mathorez a remarqué avec surprise qu'aucun ne concerne 
un Russe, et donc qu'aucun Russe n'a été naturalisé en France sous 
l'ancien régime. De même, empêchés par la religion, la culture et la 
politique, qui fut rarement une politique de « correspondance » entre 
les deux Cours, les mariages furent très rares. Toutefois un peu de 
sang russe fut anciennement mêlé au sang royal de France par le 
mariage d'Henri I" avec Anne de laroslavl. On a aussi relevé l'exis- 
tence de quelques esclaves russes en Roussillon au xiii' siècle parmi 
des esclaves grecs, tatares ou circassiens. Un peu moins épisodiques 
furent les relations entre Français et Russes après le règne de Pierre 
le Grand. Si diligent qu'ait été l'auteur à recueillir tout ce qui con- 
cerne son sujet, il est contraint de déduire l'apport de sang russe dans 
la population française plus qu'à le constater ; il le déduit des ren- 
contres galantes des Russes en France ; mais ces rencontres-là ne sont 
pas des plus fécondes. Il ne faut pas que M. Mathorez oublie, tant la 
matière est peu riche, les quelques agents français qui prirent femme 
en Russie et rentrèrent ensuite dans l£ur pays ; tel fut le cas de Dupré. 
secrétaire du marquis de la Chétardie. 

5. — M. Léon Mirot apporte plusieurs documents intéressants à la 
biographie de l'abbé Adrien Surugue, curé de Saint-Louis des Fran- 
çais, à Moscou en *812 (Un Témoin de la campagne de Russie). L'au- 
teur a retrouvé aux archives de Clamecy, le baptistaire de l'abbé et 
plusieurs actes concernant sa famille et aussi la transcription d'une 
lettre de l'abbé Nicole en 1820, témoignant de la belle conduite de 
son confrère. Sur un ordre administratif, cette lettre fut alors consi- 
gnée dans les registres de la sous-préfecture. M. Mirot a également 
suivi la carrière de l'abbé Surugue avant son émigration, à Sainte- 
Rarbe et au collège royal de Toulouseoù il fut respectivement préfet des 
études et principal. Longtemps précepteur dans la famille Moussine- 
Pouchkine, labbé ne la quitta que par devoir, pour assumer la res- 
ponsabilité de la cure de Moscou. Il fut à la hauteur de sa tache aux 
heures difficiles de l'occupation et de Pincendie de la ville. Les con- 
versions qu'il a opérées, presque malgré lui. furent nombreuses. 
Dans la brochure dont nous rendons compte, il est fâcheux seulement 
f't très cuiieux (pie plusieurs noms, fort connus, des meuil)res des 



— 107 — 
/ 

colonies françaises de Russie que rappelle l'auteur d'après le livre 
de Tasteviu, soient défigurés par des fautes d'impression. 

6. — C'est surtout des critiques de forme qui peuvent être faites 
aux Études de la guerre publiées sous la direction de M. René Puaux. 
Il faut, même à des publications de temps de guerre, des titres coju- 
r.ints, des sommaires indiquant à quelle' page commencent les articles, 
et des articles correspondant au titre que leur donne le sommaire. 
Ainsi seulement une publication devient maniable, évite des pertes 
de temps au lecteur, reste utile, en dehors de l'actualité immédiate, 
•el ne s'approche en rien du désordre, nullement enviable, de certaines 
publications étrangères, les publications russes, par exemple. Le pre- 
mier cahier analysé contient une étude sur le procès Soukhomlinov 
<'t la mobilisation russe. Le troisième cahier reproduit des télé- 
grammes inconnus de Guillaume II et de Nicolas II, éclairant le 
Secret de la soirée du 29 Juillet 19 lU. Les cahiers 6 et 7 renferment 
Ja Correspondance secrète de Guillaume II et de Nicolas II, de I90i à 
1907. 11 s'agit des quatorze télégrammes publiés le 2 et le .3 septem 
bre 1917 par le New York Herald, de Paris, et que suit une traduction 
française. Ces télégrammes, échangés en anglais par les deux souve- 
rains, qui signent Willy et Nicky, sont la preuve la plus tangible que 
nous connaissions de l'insolence, de la duplicité de Guillaume II et 
des embûches perpétuelles qu'il tendait à l'empereur de Russie. 

7. — Le nouveau livre de M. Ossip-Lourié : La Russie en 19 1^4- 19 17 
€st un recueil de chroniques trimestrielles publiées, de juillet 1914 à 
janvier 1918, dans la Bibliothèque universelle de Lausanne. Les « chro- 
niques » sont^ par définition, des causeries à bâtons rompus sur les 
<' faits du moment », décès, anniversaires d'écrivains, gros événe- 
ments politiques, etc. Celles de M. Ossip-Lourié. écrites de France 
par un Russe qui y habite, répondent entièrement à cette formule. 
Toutefois la causerie est assez languissante ; on dirait de très vagues 
articles de dictionnaire encyclopédique péniblement mis bout à bout. 
Il est remarquable — mais pas étonnant — combien tous ces écri- 
vains russes de langue française, n'usant que de « clichés », sont 
merveilleusement impersonnels 1 Clichés de pensée (ici du genre dit 
« libérale »>. clichés de plaisanteries, alourdies jusqu'à sembler alle- 
mandes, clichés verbaux ! Un seul point semble personnel à M. Lôurié. 
c'est la conviction juste ou erronée, que la question juive est pour la 
Russie, comme pour le reste du monde, la question centrale. Il nest 
aucune chronique où il ne parle abondamment des mauvais traite- 
ments faits aux juifs en Russie, des services qu'ils rendent à la patrie 
russe et de l'ingratitude des Russes à leur égard. L'état présent de la 
révolution peut faire douter de ces aperçus. 

8. — Les 91 premières pages de Raspoutine. La Fin d'un régime. 



— 108 — 

par M. J. W. Bienstock, retracent, en une fa<:on d'Avant-Propos, le 
règne de Nicolas II, d'après un de ces livres, publiés à Berlin, qui at- 
tendaient les voyageurs russes dans toutes les gares par lesquelles ils 
entraient en Allemagne. Intitulé : Le Dernier Autocrate, ce livre connu 
est l'œuvre, dit-on, d'un député de la première Douma, Obninski. Au 
centre du volume, la figure de Raspoutine est dessinée, d'après le 
journal du moine Héliodorc et le témoignage de l'évêque Hermogènc,^ 
ses anciens amis, qui rapportent un grand nombre de ses conversa- 
tions. C'est donc, en quelque manière, un portrait parlé. Propos de 
très « haulte gresse » au cours desquels le surnom du Débauché 
(Raspoutine) trouve sa plus ample justification ! Il faut remarquer 
malgré tout qu'en ces discours si accablants pour « marna » et 
(( papa », (l'Impératrice et l'Empereur), il est actuellement impossible 
de séparer la vérité des racontars singulièrement abondants d'un 
homme qui avait conscience d'augmenter son crédit par leur énormité 
même. Et de quelles vantardises, de quelles exhibitions en tout genre 
n'était pas capable, après boire, après le bain, ou après ses transes 
mystiques. l'efFronté personnage ! En 1789, Catherine II, à qui Léon 
Narychkine parlait de deux livres nouvellement parus à Paris : La 
Vie privée d Antoinette de France et l'Histoire de ta Bastille, ne fit que 
cette réponse : « Ce sont des libelles, et je ne les souffre pas. » Nous 
n'en sommes, que nous le voulions ou non, qu'à l'époque des libelles. 
M. Bienstock, de qui on n'attendait apparemment qu'une lecture facile 
et croustillante, paraît avoir eu pourtant une ambition plus haute. Il 
hésite souvent entre ses deux sujets: l'épisode Raspoutine et la carac- 
térisation du régime. A la fin, il est en somme discret et court sur 
l'exécution du sectaire, sur la recherche de son cadavre, sur sa toi- 
lette funèbre, son inhumation, etc. Faute des références et de préci- 
sion, l'auteur donne parfois des allures de rapports à de simples 
reportages ; on ne saurait de quoi il s'agit si l'on n'avait lu par hasard 
les journaux dans lesquels ces pages parurent en Russie, aux tout 
premiers jours de la révolution. 

9. — Le second volume de la Révolution russe, de M. Claude .\net. 
est aussi intéressant que le premier, dont nous avons rendu 
compte. 11 embrasse la période juin-novembre 1917 ; ses trois sous- 
titres en indiquent clairement la matière: Grandeur et décadence 
d'Alexandre Féodorovilch Kérenski (grandeur est pris apparemment ici 
dans le sens de fortune), l Affaire Kornilov et enfin le (irand Jour et le 
Coup d'Etat maximaliste. Discours, discours et discours, promesses de 
« mesures énergicjues », dont aucune ne fut jamais prise, c'est toute 
l'histoire des six mois du proconsulat de Kérenski ; M. Cl. Anet, notant 
impartialement la légèreté, la griserie du premier ministre, lui rend 
néanmoins la justice d'être resté un allié fidèle et d'avoir voulu la con- 



— 109 — 

tinualion de la guerre. Ayant auprès de lui des collaborateurs détermi- 
nés comme BorisSavinkov et le général Kornilov, Kérenski eut la fai- 
blesse de prendre ombrage de l'un et de l'autre et de n'oser appliquer 
jamais le rétablissement de la peine de mort que le premier lui avait 
arraché. M. .\net reproduit in extenso le célèbre document que Kor- 
nilov tint à lui remettre pour sa justification et qui fut télégraphié 
de Stockholm à un journal de Paris. Après tout le mal créé en Russie 
par le verbiage et l'inaction, l'auteur, par joie ironique et par con- 
traste, vit arriver avec une certaine satisfaction les bolcheviks. Il raille 
avec justesse l'illusion de nos gouvernants envoyant en Russie des 
socialistes français pour mettre à la raison les socialistes russes, 
pleins d'un « orgueil incommensurable » et de mépris « pour leurs 
timides frères d'Occident » (p. 277). 

10. — Courageux dans sa poursuite des policiers provocateurs de 
l'ancien régime, M. Vladimir Bourtsév le demeure dans sa condam- 
nation documentée des bolcheviks. Sa brochure : Les Deux Fléaux du 
monde, dans laquelle sont réunis cinq articles parus sans doute dans 
le journal qu'il édite à Paris, la Cause commune, porte ce net sous- 
titre explicatif : Les Bolcheviks et l'impérialisme allemand. « Ce que 
les bolcheviks accomplissaient en Russie en 1917 avant leur coup 
d'État, et ce que Rerensky laissait faire n'a qu'un seul nom dans 
toutes les langues, celui de trahison. » La Russie, et avec elle la 
cause des Alliés, ont été vendues, trahies par le bolchevisme russe 
et par tous les socialistes qui se sont solidarisés avec lui, les zimerwal- 
diens en particulier » (p. 16). Aux tables de Biest-Lilovsk étaient 
assis des hommes qui ne visaient qu'à se surpasser en ruse et en ma- 
chiavélisme : lofTe, Kamenév et consorts, que Léopold de Bavière 
« méprisait au fond de son âme et ne traitait jamais autrement que de 
sales youpins » (p. 41), et eux qui méprisaient les impérialistes. 
« Des deux côtés, on se rendait bien compte que c'était surtout de la 
vente de la Russie qu'il s'agissait et que c'étaient des acheteurs et 
des vendeurs qui se faisaient face. >> Emprisonné par les bolcheviks 
comme il le fut par les agents du tsarisme. Bourtsév a écrit à ses 
derniers geôliers sa célèbre lettre ouverte : Soyez maudits, bolcheviks ! 
Il leur donne rendez-vous au seul endroit où l'on puisse se rencon- 
trer avec eux .* le tribunal. On comprend que Bourtsév fut de ceux 
que surprit le plus la marque de faiblesse de la Conférence de 
Paris songeant à réunir à Prinkipo les représentants des différents 
(( partis «russes. ■ lustrumentspour disloquer les armées des Alliés ». 
les Alliés disait-il aux bolcheviks. « ne pourront jamais vous consi- 
dérer autrement que comme un fléau, un mal universel... » (p. 46). 

Dexis Roche. 



• — HO — 
THÉOLOGIE 

Questions théologiques du temps présent. I. Quesdons de guerre 
d'après sainL Thuinas d'Aquin, par A. Michel. Paris, Beauchesne, 1918, 
in-16 de xiv-289 p. — Prix : 4 fr. 20. 

Neuf questions dogmatiques et morales, soulevées par la guerre, 
sont ici traitées : 1° Le Droit chrétien et la Guerre ; 2° La Vengeance 
et les Représailles ; 3° Le Culte de la patrie ; 4° L'Unité de l'Église et 
la Guerre ; 5° La Guerre et le Martyre ; 6° Le Clergé et la Guerre ; 
7° Le Culte divin et la Guerre ; 8° Prophéties de guerre ; 9° La Notion 
théologique de la paix. Elles sont résolues d'après les principes for- 
mulés par saint Thomas dans Isi Somme ihéologigue. M. Michel a sui\i 
une méthode, « un peu archaïque peut-être », avoue-t-il, qui s'attache 
aux procédés dialectiques et aux termes mêmes du théologien du 
xm" siècle. 11 justifie sa méthode, qui lui a permis d'expliquer le 
texte plus littéralement et d'analyser plus exactement la pensée de 
l'Ange de l'Lcole. Dans ce commentaire on verra que les représailles 
peuvent s'exercer comme châtiment sur les coupables, mais non sur 
les innocents, les civils par exemple ; que le culte de la patrie rentre 
dans l'objet de la vertu de piété ; que la charité ne permet pas d'ai- 
mer la culpabilité de ses ennemis ; que le soldat, mourant pour son 
pays, n'est pas un martyr, mais que la mort, acceptée surnaturelle- 
ment, lui mérite des grâces divines qui l'amènent, s'il est nécessaire, 
à la justification. Je ferais quelques réserves sur le rôle que M. Michel 
assigne aux prêtres dans la guerre. 11 n"a eu en vue que la Ihèse, et il 
n'a pas suffisamment tenu compte de l'hypothèse de toute une nation 
armée. En décrivant la position des prêtres-soldats, il a trop assombri 
le tableau. 11 n'a vu non plus que les inconvénients, résultant de 
l'appel des prêtres aux armées, relativement au culte public, et ici 
encore il n'a pas envisagé les sociétés modernes dans leur état actuel ; 
il suppose toujours une société parfaitement chrétienne et un gou- 
vernement semblable à celui de saint Louis. Aussi quelques-unes de 
ses solutions pratiques me paraissent trop sévères. On remarquera 
sans doute l'application que M. Michel fait de la notion thomiste de la 
prophétie à la célèbre promesse concernant le drapeau du Sacré-Cœur. 
Sa longue note s'inspire visiblement de la lettre du cardinal Billot au 
P. Lemius ; elle en reproduit les termes ; l'auteur a dû en posséder 
le texte authentique. Il y répète avec raison que l'adoption de ce dra- 
peau ne j)eut être qu'un aboutissement, quand la société française sera 
redevcrme clirétieiine. Dans ce cas, il se met en face de la situation 
présente de la France. L'ouvrage est foncièrement doctrinal, digue 
d'un professeur à la Faculté de théologie de Lille. Nous lui souhai- 
tons un plein succès. E. Mangenot 



— m — 

La Spiritualité chrétienne. Des Origines de l'Kglise au moyen 
âge, par P. PoinnAT. Paris, LoconVe, Gabalda, 1918, iii-i2 de vni-rjU2 p. 
— Prix : 6 fr. 

Nous avons à faire le plus grand éloge de ce volume où M. Pourrai, 
supérieur sulpicicn du grand séminaire de Lyon, résume l'histoire 
de la Spiritualité chrétienne durant les sept premiers siècles de l'Église. 
L'œuvre est conduite avec compétence et avec clarté. Mérite d'autant 
plus sérieux que le sujet, très complexe, n'avait jamais été, jusqu'à 
ce jour, Tobjet d'une enquête distincte ni d'une synthèse méthodique. 
On peut donc dire, sans forcer la note, que M. Pourrat, dans son 
nouvel ouvrage, aura trouvé moyen de dire du neuf sur une matière 
très ancienne et dont tous les éléments étaient déjà connus, mais 
connus d'une manière éparse et fragmentaire. 

Après une étude de la doctrine ascétique des quatre Évangiles et 
des Épîtres apostoliques, puis un exposé des théories de l'ascèse 
orthodoxe ou hétérodoxe des trois premiers siècles, vient un ample 
tableau du mcnachisme en Orient et en Occident. L'auteur décrit 
ensuite l'influence de l'augustinianisme (opposé à toutes les formes de 
pélagianisme) sur la piété chrétienne, l'ascèse, la mystique. Un fort 
bon chapitre est consacré à la contemplation mystique d'après saint 
Augustin et d'après le pseudo-Denys l'Aréopagite. L'histoire du déve- 
loppement monastique durant la période qui succède à l'effondre- 
ment de l'empire romain d'Occident amène l'auteur à détailler le 
rôle dévolu dans la spiritualité chrétienne à la personne même du 
Christ, à l'Eucharistie, à la Vierge Marie Mère de Dieu. 

Ce sont des pages qui instruisent, qui édifient et qui charment. 

Yves de la Brière. 

• 

SCIENCES ET ARTS 

L'Education religieuse. Entretiens à des mères chrétiennes^ 

par l'abbé Claude Bouvier. Paris, Lecofîre, Gabalda, 1916, in-12 de xxiv- 
331 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Les ouvrages pédagogiques ne manquent pas. Mais y en a-t-il beau- 
coup qui se préoccupent exclusivement de la formation chrétienne de 
l'enfant, qui songent, par exemple, à développer en lui le sens du 
mystère, qui marquent leurs chapitres de titres comme ceux-ci : édu- 
cation de la prière, éducation de la foi, éducation du repentir, éduca- 
tion du travail, éducation de la science, éducation du sacrifice, édu- 
cation du zèle, péchés de mères ? Si élevés que soient ces sujets, ils 
sont traités ici avec une simplicité et une justesse qui en rendent 
l'intelligence facile ; des traits, empruntés au courant de la vie quo- 
tidienne, illustrent d'exemples familiers et caractérisques les ensei- 
gnements les plus graves. Que de réflexions s'imposeront aux mères 



— H2 — 

qui liront ces pages ! Gomme elles apprendront à observer leurs fils 
et leurs filles, à calculer les conséquences de leurs actes, de leurs pro- 
j)os et de leurs attitudes, à comprendre la noblesse de leur tâche édu- 
catrice et à s'orienter dans la complexité des devoirs qu'elle impose ! 
Le prêtre qui leur adresse des conseils d'une si haute portéejoignait 
à nn esprit d'observation aiguisé un zèle d'apôtre et une expérience 
peu commune. Il voua sa vie à l'éducation. On voit quelle confiance 
mérite un tel maître, et on est reconnaissant à M. Audolleut, vicaire 
général de Paris, d'avoir retracé en traits émus, dans la Préface, sa 
fine et noble physionomie. Le connaître est une joie et presque une 
fierté : l'entendre sera un profit pour tous ceux à qui parviendront 
ses enseignements. Ch. Landry. 



L'Autorité «hïiis la famille et à l'école, par F. Kikkfe». Paris, Beau- 
chesnc, 1917, in-iS de n-489 p. — Prix : 5 fr. 

<( Herbert Spencer exprime son éloniipment de ce qu'on n'hésite 
pas à faire faire des études de comptabilité au jeune homme dont on 
veut faire un commerçant, alors qu'on se préoccupe si peu de faire 
connaître l'art de l'éducation à ceux qui, par la force des choses, se- 
ront des éducateurs. » l'artageant cet étonnement, muni d'ailleuis 
d'observations multiples par une longue expérience personnelle. 
M. Kieffer a cru qu'il ferait œuvre utile en apportant sa contribulifui 
au problème si complexe del'éducation. Il ne s'est pas trompé, lise dé- 
fend d'écrire un traité savant ou même complet. Le terrain spécial sur 
lequel il se tient, u c'est celui de l'exercice de l'autorité. » Mais quand 
il a étudié la nature de l'autorité, expliqué à quelles conditions elle 
se fait accepter et bénir, comment elle grandit ou se dissout, de quels 
moyens elle dispose, de quels excès elle doit se garder, à (jucl but 
«lie doit tendre, il a vraiment embrassé l'ensemble des questions qui 
préoccupent le plus l'éducateur. Et comme il a surtout <( visé à être 
pratique », il ne se cantonne pas dans la région des théories : il mul- 
tiplie les exemples (certains même sont cités deux et trois fois, sans 
doute pour qu'on ne les oublie pas) ; il sait comment on remédie à 
certains défauts ennemis de l'autorité ; il formule des « règles d'une 
application facile et immédiate » ; il développe les dispositions d'ànie 
qui font les éducateurs. Quedirede plus pour témoignerdes services 
que peut rendre son livre ? Ce. La-sdry 



I..e SooialiNme contre Ti-^tat, par Emile VANUEUvr.LDK. Paris. Bergcr- 

Levrnult. l'JlS, in-lli de i.vi 174 p. — Prix: 3 fr. 
L'Individu a\ec TiCtat, par C. Léouzon Le Duc. Paris. Pion Nourrit. 

i'Jl.S, in-lG de vin-318 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Les titres mêmes de ces deux ouvrages, qui ont pour sous-titres, le 



— 113 — 

premier : Problèmes d après-guerre, le second : Les Leçons de la guerre, 
témoignent qu'un livre d'Herbert Spencer paru il y a quelque trente 
ans, l'un de ses meilleurs et des moins longs : L'Individu contre l'État, 
n'est pas oublié et traite une question plus actuelle que jamais. 

— Demeurant convaincu que, pour qui ne donne pas aux mots un 
sens arbitraire et pour qui ne veut pas s'aveugler d'illusoires chi- 
mères, le socialisme est foncièrement à base d'étatisme. comme il est 
à base de haine, de guerre de classes, je paraîtrai à M. Emile Vander- 
velde avoir un esprit incurablement bourgeois. Je ne méconnais 
pourtant pas l'intérêt des efforts qu'il tente pour distinguer et sépa- 
rer socialisme d'étatisme. Sans doute, il ne défend pas, comme font 
certains doctrinaires intransigeants, de se servir opportunément de 
l'action de l'État ; il ne juge pas que les socialistes doivent dédai- 
gner la conquête du pouvoir politique ; il est d'ailleurs extrêmement 
loin d'admirer le jeu actuel du suffrage universel, du gouvernement 
de parti et du parlementarisme. Mais, dans la socialisation progres- 
sive des moyens de production qu'il préconise, il veut que l'on se 
préoccupe beaucoup de préparer à se gouverner elles-mêmes les 
petites républiques ouvrières entre lesquelles se partagera la régie 
des divers départements du travail social. C'est donc une sorte de 
socialisme décentralisé qu'il professe, et il croit ainsi éviter l'étatisme, 
qui d'ailleurs ne lui paraît plus à craindre, si l'État n'est plus qu'un 
organe de gestion, au lieu d'être un organe d'autorité. C'est peu clair. 
Ce qui malheureusement l'est davantage, ce sont les antagonismes de 
classes et les convulsions sociales inouïes que l'on nous annonce pour 
l'après-guerre. Bien lourde est la responsabilité de ceux qui pré- 
parent ou propagent cette guerre-là. 

— Pour .M. Léouzon Le Duc, notre excès d'individualisme est res- 
ponsable, dans une large mesure, de notre impréparation à soutenir 
la guerre que les Allemands, eux, avaient si bien préparée et prémé- 
ditée. Ce sont donc des questions d'importance vitale sur lesquelles 
a travaillé sa pensée, en s'aidant des écrits d'Herbert Spencer, de 
Taine. de Gustave Le Bon, d'André Lalande, d'Espinas. La complexité 
de la nature humaine, le besoin de sécurité et le besoin d'expansion, 
le rapprochement croissant et la différence croissante des nations, la 
représentation des besoins, la doctrine individualiste et la doctrine 
nationale, voilà les principales étapes de sa vaste exploration. Au 
fond, il n'y a antagonisme entre l'individu et l'État que si l'un ou 
l'outre s'abuse et s'égare. A chaque époque, pour chaque nation, un 
point d'équilibre stable doit se trouver entre la force centripète de 
l'instinct de conservation collpclivc. qui pousse les hommes à se con- 
centrer, et la force centrifuge de leur instinct individualiste qui les 
pousse à se séparer. Souhaitons avec l'auteur que notre organisation 

FÉviuEK 1019. T. CXLV. 8. 



— \\i — 

se réalise, non par iin asservissement déprimant, mais par un esprit 
de discipline acceptée, qui fera reconnaître l'utilité de la subordina- 
tion et la puissance de l'action commune. 

Babon Angot des Rotours. 



Œuvres de G. -H. Halphen, publiées par les soins de C. Jordan, H. Poin- 

CARÉ et E. Picard. T. I. Paris, (îauthier-\ illars, 1910, in-8 do xlih-uTO p. 

— Prix : 20 fr. 

Les mathématiciens accueilleront avec faveur cet ouvrage où se 
trouvent réunis des notes, des communications, des articles épars 
dans les publications les plus diverses et qui s'échelonnent depuis 1864 
jusqu'en 1876. — Ainsi, l'on peut suivre pas à pas le développement 
logique des idées d'Halphen et constater, non sans surprise, que des 
travaux en apparence extrêmement dissemblables sont dans la réalité 
en relations étroites et intimes les uns avec les autres. 

Voici en particulier le titre des mémoires de plus longue haleine. 
— I. Sur l'intégration des équations linéaires. — II. Sur la détermi- 
nation des coniques et des surfaces du second ordre. — III. Recher- 
ches de géométrie à n dimensions. — IV. Sur les points singuliers 
des courbes algébriques planes. — V. Sur les contacts des surfaces. 
— - VI. Sur une question d'élimination ou sur l'intersection de deux 
courbes en un point singulier. — VII. Sur le genre des courbes algé- 
briques. — VIII. Sur le contact des courbes planes avec les coniques 
et les courbes du troisième degré. — IX. Sur une série de courbes 
analogues aux développées. — X. Sur la recherche des points d'une 
courbe algébrique plane, qui satisfont à une condition exprimée par 
une équation différentielle algébrique, et sur les questions analogues 
dans l'espace. 

Dans une remarquable notice de cinquante pages rédigée à l'occa- 
sion de sa candidature à l'Académie des sciences, Halphen a pris soin 
de nous initier au secret de ses profondes recherches, et de mettre en 
lumière les résultats auxquels il attachait le plus de prix. Le lecteur 
saitdonc à l'avance où il va, et d'autant mieux ({ue M. H. Poincaréde sa 
plume nerveuse et précise nous fait connaître en détail la carrière 
d'Halphen et que M. Emile Picard, en quelques pages élégantes et 
pleines d'intéressants aperçus, étudie la manière et la psychologie de- 
l'auteur. G. Bertrand. 



L'Aviation de demain, par Jean Dargon. Paris, Bergcr-Levrault. 1919, j 
iii-8 de XX-1H3 p., avec 46 grav. ou photographies dans le texte et hors 
texte. — Prix : 8 fr. 

Est-ce un rêve ou une réalité? Probablement un rêve d'aujourd'hui 
et une réalité de demain : c'est ce qu'exprime, dans une Préface ma- 



I 



— ii5 — 

gistrale. le regretté Élicnne Lamy. Dans ce volume, consacré à l'étude 
de lulilisalion après guerre de ^aviation, dont les progrès, au cours 
de la lulle, out eu une part si prépondérante dans la victoire, M.Jean 
Dargon, avec une compétence rare, s'efforce de mettre au point, dans 
ses moindres détails, les projets de navigation aérienne en temps de 
paix. 11 voit tous les obstacles qui se dressent sur sa route, mais sa 
confiance est telle, ses arguments si persuasifs, qu'il sait faire paraître 
non comme réalisables, mais comme accomplis, les voyages aériens 
les plus longs, les plus difficiles. Il en trace avec précision les itiné- 
néraires. les points de relâche, établit le prix de revient de chaque 
voyageur, de chaque tonne transportée. On croirait vraiment, à le 
lire, qu'il n'y a plus que son billet à prendre pour se rendre, par la 
voie des aiis, à Tombouctou ou à Bombay, mais, hélas ! il y a encore 
loin de la coupe aux lèvres. Bien des difficultés se soulèvent, prove- 
nant principalement des moteurs et ensuite de l'appareil lui-même, 
puis, des conditions atmospliériques, mais M. Jean Dargon a réponse à 
tout, et, pour tout, il présente une solution satisfaisante. C'est ainsi 
qu'après avoir fait connaître l'état actuel de l'aviation et ses derniers 
progrès, il expose les méthodes de faire le point, de se rendre compte 
des courants aériens, puis, successivement, il montre ce que pourrait 
être le tourisme aérien et ce que doit devenir l'aviation coloniale et 
l'aéronautique maritime. Il lance ses itinéraires sur tout le globe 
comme les fils d'une gigantesque toile daraignée et, sur chacun de 
ces itinéraires, il fait voir au lecteur émerveillé les avions transpor- 
tant dépêches, marchandises et passagers. Il faut souhaiter que ce 
rêve soit bientôt réalité et que l'étalisme rongeur et paralysant ne 
vienne pas couper les ailes à l'essor de l'aviation de demain. 

J. C. T. 



Les Grands Graveurs. Andréa Mantegna et les graveurs pré- 
raphaélites italiens. Paris, Hacliette, 1014, in-8 de 15 p. de texte, 
avec 75 ptiotogravures. — Prix, cartonné : 4 fr. 

Les Grands Graveurs. Marcantonîo et les graveurs de l'école 
italienne du xvi* siècle. Paris, Hachette, 191i, in-S de io p. de texte» 
avec 66 photogravures. — Prix, cartonné : 4 fr. 

Les Grands Graveurs. Fragonard, Moreau le Jeune et les gra- 
veurs frauçais de la fin du xviu' siècle. Paris. Hachette. 1914, 
in-8 de 15 p. de texte, avec 65 photogravures. — Prix, cartonné : 4 fr. 

Les Grands Graveurs. Bartolozzi et les graveurs au pointillé 
en Angleterre à la fin da xviu* siècle. Paris, Hachette, 1914. in-8 
de 15 p. de texte, avec 65 photogravures. — Prix, cartonné : 4 fr. 

C'est une précieuse ressource pour les éditeurs de livres d'art que 
la possibilité de s'associer, d'un pays à l'autre, pour publier des 
recueils d'images, dont les frais se trouvent ainsi diminués. La mai- 



— H6 — 

son Hachette, avant la guerre, nous a montré, par son admirable 
petite collection Ars una, quels résultats on pouvait atteindre par 
cette division du travail, et nous avons, ici même, loué comme il 
convenait les débuts d'une charmante collection des Grands Graveurs. 
Voici, de cette même série si ingénieusement et pratiquement com- 
prise, quatre volumes nouveaux tout à fait dignes de leurs aînés. 
Chacun se compose d'environ 70 photogravures qui reproduisent, en 
format la plupart du temps réduit, les chefs-d'œuvre d'un graveur 
ou plutôt d'une école de graveurs. Une très bonne Préface, avec 
toutes les indications bibliograpliiques désirables, accompagne cet 
album, très élégamment présenté sous un joli cartonnage, et du prix 
lé plus modique, certes, si l'on songe à ce qui nous est généralement 
donné aujourd'hui pour quelques francs. 

— Le premier de ces volumes est consacré aux plus anciens essais 
de la gravure sur cuivre en Italie ; on y trouvera rassemblées et clas- 
sées des œuvres délicieuses et rares entre toutes, dont il fallait jus- 
qu'ici chercher les reproductions dans des recueils de format et de 
prix peu accessibles : estampes où revit la grâce des primitifs floren- 
tins, d'un Botticelli, d'un Baldovinetti, d'un Vinci, auprès du mer- 
veilleux sentiment de l'antique d'un Mantegna et de la chaude enve- 
loppe vénitienne d'un Bellini ou d'un Giorgione. 

— Dans le volume suivant, c'est Marc-Antoine qui triomphe, c'est- 
à-dire la noblesse et l'harmonie incomparables de Raphaël, qui a 
rencontré dans le graveur bolonais le plus parfait des interprètes. 
Tout l'essentiel de son œuvre est là, dcpuiF les essais naïfs et frustes 
du début jusqu'à la plénitude de la maturité. Y a-t-il rien de plus 
noble au inonde que le Jugement de Paris ou le Parnasse, si ce n'est 
la Sainte Cécile ou l'Apparition de Dieu à Noé ? 

— D'un bond rapide, nous passons au wiii^ siècle français, à l'es- 
prit voluptueux de Fragonard, de Greuze, de Baudouin, de Lavreince. 
11 y a dans ce petit volume un choix des plus célèbres de ces estampes, 
dont les originaux sont aujourd'hui si recherchés. Le Monument du 
Costume, de Moreau le Jeune, apparaît, très réduit mais fort net en- 
encore, dans ses plus fameuses planches, et l'on finit avec Debucourt, 
dont les gravures en couleurs sont comparables aux chefs-d'œuvre 
anglais que nous fait connaître le quatrième volume. 

Là,c'estla suite étonnante de ccsgravures au pointillé dont Bartolozzi 
a donné les plus beaux modèles dans ses interprétations de Ueynolds. 
On sait quels prix fantastiques atteignent les bonnes épreuves, 
d'ailleurs infiniment rares, de ces portraits d'une séduction intense, 
<|ui ont immortalisé raristocralic. anglaise du xviii" siècle. Les jeux 
(le 1 ombre et de la lumière, dans les noirs veloutés dont s'envc- 
lo])pciil ces idéales images, égalent presque les effets de couleurs les 



— \n — 

plus surprenants d'un Reynolds, d'un Raeburn. d'un Ronniey, d'un 
(Jainsborough. Heureux les amateurs débutants qui auront dans ces 
aimables albums le plus instructif des répertoires ! 

A^DHÉ PÉRATÉ. 



LITTÉRATURE 



Anthologie des écrivains belges, poètes et prosateurs, recueillie 
et publiée par L. Dlmont-Wildk.n. Paris, Crès, 1918, 2 vol. in-lG de xxix- 
292 et 323 p., avec 5 portraits. — Prix : 7 fr. 

Les pays dont la réunion forme le royaume de Belgique ont de 
tout temps donné des écrivains à la littérature française. Il en a été 
de même, à plus forte raison, depuis que ce royaume constitue un 
État autonome et indépendant. Mais depuis une quarantaine d'années 
(vers 1880) la littérature belge de langue française a tendu de jour en 
jour davantage à prendre sa part de cette autonomie, sinon de cette 
indépendance. Elle s'est efforcée de se donner des caFactères spéciaux, 
des qualités nationales. C'est ce mouvement qu'a cherché à mettre en 
relief M. L. Dumont-Wilden par une anthologie composée à ce point 
de vue. La Préface, notice étendue, écrite avec une élégante précision, 
analyse et détermine cette évolution intéressante et nous offre un bon 
tableau de la littérature belge contemporaine. Le recueil renferme 
des morceaux choisis dans les auteurs suivants : 

Tome 1. Charles Decpster. « Né à Munich (de parents belges) 
en 1827, mort à Bruxelles en 1879..., est considéré comme le véri- 
table précurseur de la littérature belge contemporaine. » — Octave 
Pirmez. « Né à Châtelet (Hainaut) en 1834, mort à Acoz (province de 
Namur) en 1883.... fut considéré parles écr'naUis delà Jeune Belgique 
comme un précurseur. » — Edmond Picard. « Né à Bruxelles 
en 1836... Il a été dans son pays le principal théoricien et le premier 
propagandiste du nationalisme littéraire. » — Camille Lemonnier. 
« Né à Bruxelles en 1845, mort à Bruxelles en 1913... Romancier, 
conteur, critique d'art, est peut-être la figure la plus caractéristique 
de la littérature belge contemporaine. » — Georges Eekhoud. « Né à 
Anvers en 1854... Romancier et conteur..., il a décrit avec un filial 
enthousiasme les mœurs et les paysages de son pays natal. » — 
Georges Rodenbach. « Né à Tournay en 1835, mort à Paris en 1898... 
C'est le poète de « Bruges la Morte » ; une sensualité mystique et 
raffinée imprègne ses meilleurs vers. » — Emile Verhaeren. « Né à 
Saint-Araand-sur-Escaut (province d'Anvers) en 1853. Mort acciden- 
tellement en 1916... Il a transporté dans la littérature française des 
façons (le sentir propres à son pays natal, et c'est là un des éléments 
les plus importants de sa puissante originalité. » — hvan Gilkin. 



— H8 — 

(( \é à Bruxelles en 1858..., a été fortement impressionné par Bau- 
delaire. Poète pessimiste, il a chanté dans ses premiers recueils le 
cliarme morbide de la décadence et des sentiments anormaux, de 
l'art artificiel et des curiosités interdites... 11 devait plus tard évoluer 
vers une poésie plus large et plus humaine. » — Max Waller. « Pseu- 
donyme de Maurice Warlomont. Né à Bruxelles en 1860, mort 
en 1889... Il fut le véritable chef du mouvement littéraire dont sa 
revue (la .Jeune Belgique) fut le centre et le lieu de ralliement. Ses 
vers, d'une juvénile impertinence, ont quelque chose de tendre, 
d'ironique et de voluptueux. « — Albert Giraud. « Pseudonyme de 
M. Albert Keyenberg, né à Louvain en 1860..., parfait artiste du vers, 
pur poète parnassien. » — Léopold Cou rouble. « Né à Bruxelles 
en 1861. » Auteur de (t toute une série de nouvelles et d'impressions 
de voyage dont l'ensemble constitue un tableau très pittoresque de la 
colonisation belge en Afrique. Mais, ce qui fil sa réputation, c'est la 
série de romans où il met en scène la petite bourgeoisie de Bruxelles. » 
— • Eugène Demolder. « Né à Bruxelles en 1862. Conteur et roman- 
cier. » — Max Elskamp. c Né à Anvers en 1862..., a exprimé dans 
ses vers d'une naïveté recherchée et d'un art très subtil en sa bizarre- 
rie, certaines nuances particulières du mysticisme flamand. >> — 
Hubert Krains. ^ Né à Waleffe (province de Liège) en 1862... Roman- 
cier et conteur. C'est un réaliste » qui s'est surtout consacré « à dé- 
crire les mœurs des paysans et des petits bourgeois. » — Maurice 
^^aele^linck. <( Né à Gand en 1862... C'est un écrivain européen, et le 
prix Nobel qui lui fut décerné en [{)[?> a consacré sa gloire. » — 
Henry Maubel. « Pseudonyme de M. Maurice Belval, né à Bruxelles 
on 1862... C'est un psychologue qui se plaît à décrire en une prose 
très travaillée et qui n'exclut pas toujours la manière, ces mouve- 
ments d'Ame que d'ordinaire on juge presque imperceptibles. » — 
Charles van Lerbcrghc. u Né à Gand en 186:2, mort à Bruxelles 
en 1907..., est une personnalité exceptionnelle dans la littérature 
belge..., il échappe au classement. » On a dit de lui qu'il est « le poète 
de rinefFablc. » — Grégoire Le Roy. « Né à Gand en 1862. » Poète 
symboliste. — Hector Chainaye. (( Né à Liège en 1863, mort à 
Bruxelles en 1912. » Poète en prose. « Une des personnalités les plus 
importantes du mouvement wallon. » — Jules Destrée. « Né à Mai- 
cinellc (llainaul) en 1863..., chef incontesté du mouvement wallon... 
Ses ouvrages de littérature sont consacrés à des sensations d'art ou à 
l'exaltation du pays wallon. » — Dom Bruno Destrée. « Né à Marci- 
ncUc (Hainaul en 1865. » Frère du précédent. Bénédictin. Auteur de 
(' délicates éludes d'art et de poèmes en prose. » — Yalèro (ulle. « Né 
à Bruxelles en 1867. » Poète parnassien. 

Tome 11. Albert Mockel. o Né à Liège en 1866. » Poêle syniboli>t('. 



— 110 — 

« 11 a a[)porU' dans la poôsic française certaines nuances particulières 
<le l'àrae wallonne. » — Firmin van den Bosch. « Né à Pecr (Lim- 
l)Ourg) en 18G6..., représente en Belgique la critique catholique. ». 
-- Auguste \'ierset. « Né à Nanuir on 1866. » Poète parnassien. — 
l'ernand Séverin. « Né à Grand-Manil (province de Nainur) en 1867... 
î>a poésie a presque toujours quelque chose de lamartinien. » — 
George Garnir, u Né à Mons en 1868. » Romancier et conteur. S'est 
surtout attaché à la <( contrée rncusienne » et aux « milieux bruxel- 
lois. )) — Maurice des Ombiaux. « Né à Beauraing en 1868..., conteur 
et romancier... Son œuvre est un tableau vivant et coloré de la Wal- 
lonie. » — Henry Carton de Wiart. (( Né à Bruxelles en 1869..., avocat, 
député, ministre, a su mener de pair une carrière littéraire et sa car- 
rière politique. » Auteur de « romans historiques et nationaux. » — 
Georges Virrès. « Pseudonyme de M. Henri Briers, né à Tongres 
<?n 1869. » Romancier. Son oeuvre est surtout consacrée à décrire lés 
mœurs des paysans de « l'âpre et poétique bruyère campinoise. » — 
Louis Delattre. « Né à Fontaine-lÉvêque (Hainaut)en 1870. » Conteur 
« dont le talent fait vivre avec autant d'exactitude que d'intensité tout 
le pays wallon, personnages et paysages. .) — Paul Gérardy. a Né à 
Malrhédy en 1870. » Poète symboliste. « Ses vers expriment certaines 
nuances particulières de l'âme wallonne. » — Gustave van Zype. « Né 
à Bruxelles en 1870, journaliste, auteur dramatique, romancier, cri- 
tique d'art. )) — Charles Delchevalerie. « Né à Charleroi en 1872. vit 
à Liège où il a ses origines... La plus grande partie de son œuvre est 
faite de croquis » liégeois. — Georges Marlow. « Né à Malines 
en 1872. » Médecin et poète, u Rien dans ses œuvres poétiques n'est 
négligeable. » — Victor Rinon. « Né à Tirlemonten 187.3. » Poète 
catholique. « Sa poésie a sa source principale dans le mysticisme 
populaire. » — Paul André, c Né à Nivelles en 1873. » Polygraphe. 
« Il a abordé tous les genres avec une égale facilité. » — Abel Torcy. 
(( Pseudonyriie de M. Max Blieck. Né à Wervicq (Flandre occidentale) 
en 1873. » Romancier. — Edmond Glesener. « Né à Liège en 1874. » 
Romancier. — Roland de Mares. « Né à Hasselt en 1874. » Journa- 
liste très distingué. Poète symboliste. — Jean Dominique, o Pseudo- 
nyme de M"' Marie Closset, née à Bruxelles en 1875. » Poète symbo- 
liste. — Edmond de Bruyn. « Né à Anvers en 1875. » Fondateur et 
directeur de la revue le Spectateur catholique. « Ses rares écrits sont 
d'une originalité de forme et de pensée qui lui font une place impor- 
tante dans le mouvement littéraire belge. » — Louis Dumont-Wilden. 
« Né à Gand en 1875. » C'est l'auteur même de V Anthologie. 11 y est 
représenté par quelques pages, très fines et très jolies, sur « le Prince 
de Ligne. » — Blanche Rousseau. « Pseudonyme de M"" Maurice Bel- 
"val, née à Bruxelles en 1875..., une des personnalités les plus origi- 



— 120 — 

nales de la jeune littérature belge. » — Georges Raemackers. « Né à 
Bruxelles en 1875..., une des figures marquantes de la littérature 
catholique belge. La plupart de ses poèmes ont une tendance apolo- 
gétique et mystique. » — Georges Rency. « Pseudonyme de -M. Albert 
Stassart, né à Bruxelles en 1875. » Conteur, romancier, critique 
littéraire. — Cliarles Bernard, u Né à Anvers en 187(j. » Romancier 
et critique d'art. — Emile Cammaerts. « Né à Bruxelles en 1877. »>• 
Poète patriote. — Isi Collin. « Né à Liège en 1878. » Poète symbo- 
liste. — Horace van OfTel. (( Né à Anvers en 1878..., a fait, en qualité 
de sous-lieutenant, la campagne de 1914-1915. » Conteur et auteur 
dramatique. A composé récemment des u Récits de guerre », dont 
quelques pages inédites ont été confiées à l'Anthologie. — Henri 
Davignon. « Né à Bruxelles en 1879. » Romancier et conteur. On lui 
doit aussi un ouvrage de critique : Molière et la Vie. - Pierre Nothomb. 
« Né à Bruxelles en 1880..., une des personnalités les plus intéres- 
santes de la jeune littérature catholique belge. » Poète et publiciste. 
Auteur d'un u vivant récit de la bataille de l'Yser. » — Franz Hellens. 
(( Pseudonyme de M. Franz van Ermengen, né à Gand en 1881. » 
Auteur de « contes d'allure symbolique, imprégnés d'une sorte de 
fantastique flamand. » — Jules Delacre. « Né à Vilvorde en 1882. )> 
Poète symboliste. — Maurice Gauchez. « Pseudonyme de M. Maurice 
Gilles, né à Chimay en 1883. » Poète et critique. Auteur de « Récits 
de guerre. » — Lucien Christophe. « Né à Bruxelles en 1886..., un 
des plus jeunes poètes du mouvement littéraire belge. » — Louis 
Piérard. « Né à Frameries (Hainaut) en 1886.... a célébré dans son 
œuvre poétique le charme particulier de la Wallonie industrielle. » — 
Marcel Wyseur. « Né à Comines (Flandre occidentale) en 1886..., un 
jeune poète que la guerre a révélé. » 

Pour chacun de ces auteurs M. Dumont-Wilden nous donne, en 
tête des pages qu'il leur emprunte, une notice brève et pleine, dont 
nous avons profité. Elle consiste en une bibliographie et eh une appré- 
ciation, plutôt indulgente, mais précise et significative. L'ouvrage e.-t 
orné de cinq portraits hors texte, ceux de MM. Emile Verhaeren. 
Camille Lemonnier, Eugène Demolder, Maurice Maeterlinck. Charles 
van Lerberghe. L'Anthologie est un vrai service rendu aux lettres. 

M. S. 

Le Joueur de Nambuque, par Jkan Nostos. Paris, Leroux, 1018, in-16 
de 134 p. 

L'auteur qui se dissimule sous ce pseudonyme mélancolique, fils 
d'un des savants qui font le plus d'honneur à l'érudition française, 
et cjui lui-même, avant la guerre, s'était fait connaître par des tra- 
vaux érudils pleins de promesses, a subi au pays des Barbares de 



— 121 — 

lon"s mois de captivité. Il e>l de ceux qui ont su trouver dans les 
travaux de l'esprit un adoucissement à l'amertume de l'exil, un sou- 
tien dans leurs peines et une diversion à leurs ennuis. Comme le 
joueur antique, il a accordé sa sambuque et il en a lire des sons 
liarmonieux, qui font vibrer dans l'âme du lecteur plus d'une corde 
sympathique. 11 y a de fort beaux vers et souvent de hautes et fortes 
pensées dans celle cinquantaine de poésies, d'une facture générale- 
ment classique, bien que l'auteur ne dédaigne pas parfois de recourir 
aux procédés les plus modernes. Et l'on ne peut que souhaiter que le 
talent qui s'affirme dans ces « rythmes » dédiés « à tous ceux qui, 
captifs, tiennent d'une main ferme la coupe des peines sans gloire », 
soit cultivé par son auteur et que, sans négliger les travaux plus aus- 
tères de l'érudition, il prenne de temps à autre sa sambuque et en 
tire de nouveaux accords pour sa satisfaction et pour la nôtre. 

E.-G. L. 



Ugo Foscolo in Inghilterra. Sajjr/j da Fra>cesco Viglione. Catania, 
Vincenzo Muglia, s. d., in-8 de vi-333 p. 

La matière de ce livre est tirée, en très grande partie, des papiers de 
Foscolo conservés à la bibliothèque Labronica, de Livourne, papiers 
dont il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que M. Viglione a 
donné un catalogue détaillé, en 1909, dans le Dolletuio délia Socieià 
pavese di storia patria. 

L'ouvrage se divise en trois parties : Contributions à la biographie 
de Foscolo pendant son séjour en Angleterre, — Histoire de ses écrits 
littéraires. — Histoire de ses écrits politiques. 

La première partie est toute pleine des tribulations qui attendaient 
sur la terre anglaise l'illustre exilé volontaire, tribulations dues, pour 
une bonne part, à ses imprudences, et aussi à certains traits de son 
caractère. Innombrables furent ses démêlés avec ses traducteurs et 
ses éditeurs, particulièrement avec Pickering, dont la conduite à son 
égard fut totalement dénuée de scrupules. Les folles dépenses dans 
lesquelles s'engagea Foscolo pour orner sa villa de Digamma Cottage^ 
firent bientôt du malheureux écrivain, harcelé par ses créanciers, la 
proie des hommes de loi. C'est là l'un des épisodes les plus lamen- 
tables de cette histoire. 

Foscolo mena en Angleterre une vie extrêmement laborieuse. Il 
commença beaucoup de travaux, dont bien peu furent conduits à 
bonne fin. De la séduisante entreprise d'une grande collection des prin- 
cipaux classiques italiens, il ne sortit, comme on sait, qu'une édition 
de la Divine Comédie, publiée d'ailleurs longtemps après la mort de 
Focsolo, par les soins de Mazzini ; seul, le célèbre Discorso sui Testo 
délia Divina Commedia, sorte d'Introduction à cette édition, parut du 



^22 

vivant de l'auteur. Les correspondances conservées dans les porte- 
feuilles de la Labronica renferment une foule de détails curieux sur 
ces projets de travaux, sur la collaboration de Foscolo à diverses 
revues anglaises, sur ses rapports avec les directeurs de ces revues. 

La grande réputation de l'auteur des Ultime lettere de Jacopo Ortis 
et des Sepolcri lui avait, dès son arrivée en Angleterre, ouvert bien 
des portes. La haute société lui avait fait le meilleur accueil. Particu- 
lièrement intéressantes, à ce point de vue, sont les pages consacrées 
aux relations de l'exilé italien avec John Gam Hobhouse, plus tard 
Lord Broughton, et avec Henry Russell et sa famille. C'est son amour. 
non partagé, pour Carolina Russell qui lui a inspiré ses Saggi sul 
Petrarca. « indubitablement l'un des plus beaux fragments de la 
production critique de Foscolo » pendant cette période de sa vie. 

La troisième et dernière partie du livre a pour objet quelques écrits 
politiques de Foscolo, qui parurent sous forme d'articles dans la 
Revue d Edimbourg . Les matériaux du premier de ces articles, sur 
Pie VI, avaient été fournis à Fauteur par un certain Nicolo Pornice. 
dont la personnalité était restée assez mystérieuse. M. Viglione a eu 
le mérite de découvrir que, sous ce pseudonyme, se cachait un 
homme assez au courant des choses de Rome, F. Mami. Mais ce qui 
est dit de Pie VI dans ce chapitre appellerait plus d'une réserve. 

On trouvera, à la fin du volume, une utile table des articles de 
Foscolo insérés dans des revues anglaises ; sept périodiques d'Outre- 
Manche ont pu s'honorer de sa collaboration. 

Ce livre, un peu touffu, où sont reproduits de très nombreux frag- 
ments de la correspondance de Foscolo, en italien, en français ou en 
anglais, abonde en renseignements nouveaux ou peu connus, non 
seulement sur Foscolo lui-même, mais sur le milieu dans lequel il a 
vécu pendant onze années ; et les historiens de la société anglaise au 
commencement du xix* siècle pourront en tirer grand profit. 

L. ÂUVKAY. 



I..a PôniuKule balkanique. Géographie humaine, par Jovan Cvi.tu':. 
Paris, Colin, l!)18, gr. in-8 de vni-530 p., avec 31 caries et croquis dans 
le texte et 9 cartes hors texte. — Prix : 17 fr. 

Après tant de livres de propagande sur les questions balkaniques, 
on est heureux de pouvoir saluer enfin un ouvrage sérieux où les faits 
sont présentés sans la préoccupation d'une thèse à établir et où le 
laisonnement s'appuie sur des arguments purement scientifiques, 
<lr)nnanl loule satisfaction à l'esprit. M. Cvijic, tout en ne sedissimu- 
lanl pas qu'il est difficile en ce moment de parler de toutes questions 
;»vec impartialité, annonce dans sa Préface qu'il s'est efforcé de rester 
toujours dans hi vérité scionUfique. Il y a réussi, et celle objectivité. 



— 123 — . 

jointe à la valeur propre de son travail, en fait une œuvre des plus 
intéressantes. II s'est proposé l'étude de la géographie humaine de la 
péninsule balkanique, en y faisant une part très large aux questions 
relevant de la sociologie. S'il est une région à la connais.sance de 
ia([uelle une pareille étude soit indispensable, c'est bien celle qui 
.s'étend de la Save et du Danube à l'Adriatique et à la mer Egée, et 
qui s'appela péninsule hellénique, byzantine, illvrienne, jusqu'au 
jour où un géographe allemand, s'inspirant de la conception fausse 
d'une chaîne centrale qui en formait en quelque sorte l'ossature, lui 
donna, en 1808, le nom de péninsule des Balkans, sous lequel elle 
est aujourd'hui désignée. 

Le Livre premier est consacré au milieu géographique et à l'homme. 
Il passe en revue les principaux caractères géographiques du pays, sa 
division en régions naturelles, les influences géographiques et les 
événements historiques qui ont déterminé la formation sociale des 
populations. Il s'étend longuement sur les migrations. L'auteur intro- 
duit à ce propos un terme spécial et les désigne sous le nom de mou- 
vements me/a/msas/Zr/ae^ ('du grec 'j.E'.ava'T'.a':'.: qui signifie changement 
d'habitat). Question des plus importantes en effet. Elle a été étudiée 
en détail par M. Cvijic, qui. avec l'aide de nombreux collaborateurs, 
a poursuivi non seulement en Serbie et en Macédoine, mais dans les 
pays yougo-slaves de l'Autriche-Hongrie une grande enquête sur les 
migrations, si bien qu'il a pu dresser une carte de 200.000° montrant 
l'origine de chaque famille, dans presque tous les villages de Serbie. 

Un des chapitres les plus intéressants est celui où sont exposées les 
conséquences des migrations, l'adaptation sociale des nouveaux arri- 
vants, la formation de groupes, de variétés et de types psychiques 
nouveaux. Il n'est pas consacré moins de six chapitres à l'examen 
des principaux faits sociologiques : propriété rurale, occupations 
et genre de vie, emplacement et types des installations humaines, 
urbaines et rurales, types des maisons qui varient avec les régions. 
Dans toute cette partie. le texte est illustré par des croquis donnant 
l'aspect spécial de chaque genre d'habitations. 

Le Livre second étudie les caractères psychiques des Yougoslaves, 
montre leur unité ethnique, puis passe en' revue les différents types. 
L'auteur les classe en quatre groupes : type dinarique, type central, 
type balkanique oriental, type pannonique. Cette classification est 
fondée surtout sur les caractères psycho-physiologiques, reconnus par 
l'observation directe et indirecte. 

Il a raison de dire à ce propos que la valeur de cette méthode dé- 
pend des qualités de l'observateur et surtout de sa justesse d'esprit. 
Les résultats obtenus nous donnent tout lieu d'admettre qu'il était 
parfaitement qualifié pour se tirer heureusement de cette tâche extrè- 



— 124 — 

memeut délicate. Il a utilisé aussi dans les meilleures conditions le 
folklore, la méthode historique, les études linguistiques et anthropo- 
logiques. Tous ceux des lecteurs de M. Cvijic qui connaissent les 
questions balkaniques pour les avoir étudiées sur place rendront 
hommage à la conscience et à la sincérité de son travail, comme à 
l'exactitude des conclusions qu'il en tire. 

Signalons particulièrement dans cette partie les chapitres con- a- 
crés aux types central et oriental, à leurs caractères psychiques, aux 
courants spéciaux de pensées et de sentiments qui s'y produisent. 
Nous y trouverons les indications les plus précieuses pour mieux 
comprendre la question macédonienne, qu'il faudra pourtant bien se 
décider à aborder en face au congrès de la paix, pour la régler dans 
un sens conforme aux réalités. Gomme nous l'avons dit, M. Cvijic a 
su se garder du parti pris. Dans le portrait qu'il trace du Bulgare, 
il insiste surtout, très justement, croyons-nous, sur son caractère 
positif et réaliste, qui le distingue du Serbe idéaliste et même mys- 
tique. 11 n'hésite pas d'ailleurs à rattacher les Bulgares à la grande 
famille yougoslave, malgré leurs mélanges avec divers peuples d'ori- 
gine toiiranienne. 

Ajoutons enfin que ce livre n'est pas seulement un utile et solide 
instrument de travail ; il plaira encore aux lecteurs curieux d'une 
documentation sérieuse, mais agréablement présentée. 

Les cartes sont parfaitement claires. Il manque une table des noms 
propres pour faciliter les recherches. A. T. 



Histoire anoieiiiie de l'Afrique du nord, par Stéphane Gsell. T. II. 
L'Étal curlliagiiiuLs. T. III. Ulsloire militaire de Carthage. Paris, Hachette, 
1918, 2 vol., gr. in-8 de 475 et 424 p. — Prix du volume : 10 fr. 

Après la description géographique de l'Africjue du nord dans l'an- 
tiquité, un essai sur les temps primitifs dans cette contrée, l'histoire 
critique de la colonisation phénicienne en Afrique et de la fondation 
de Carthage, qui formaient la matière du tome premier, l'auteur 
consacre les deux volumes récemment parus à la Carthage punique. 
Le tome deuxième traite de la ville de Carthage, de ses possessions 
en Afrique, du gouvernement carthaginois et de l'histoire intérieure 
de Carthage, de l'armée et de la marine de guerre. Le troisième de 
l'histoire militaire jusqu'à, et y compris, la destruction de Carthage. 
S'il nous est permis de risquer une critique au sujet du plan d'un 
ouvrage composé avec autant de soin que de science, il nous semble 
que. au lieu d'être intercalée entre la description des institutions 
politi(jues et celle de l'armée, l'histoire intérieure eût été mieux à sa 
place après un exposé complet des institutions, Évidemment, le plan 
ne muiupic pas de logicjue, l'histoire intérieure étant plus parliculiè- 



— 125 — 

rement liée aux institutions politiques, l'iiisloire militaire aux insti- 
tutions militaires, et c'est là sans doute le motif qui a détermine 
M. Gseli. Néanmoins cette partie historique, outre qu'elle coupe 
l'exposé des institutions, ne paraît pas assez mise en valeur. En tout 
cas, par sa nature et par son importance, elle eût mérité de constituer 
un livre à part. Critique légère, au demeurant, puisque le parti adopté 
peut se soutenir. Nous regrettons aussi que l'auteur n'ait pas cru 
devoir terminer chacun de ses chapitres sur la topographie et les ins- 
titutions par un court résumé des conclusions. L'ouvrage, toufTu, y 
eût certainement gagné en clarté. Et puis c'est charité aux savants 
que d'épargner aux professeurs pressés, pour qui un travail de cette 
importance est destiné à devenir un guide, la recherche minutieuse 
de conclusions éparses — et même charité bien ordonnée, selon le 
proverbe, de ne pas trop négliger le lecteur un peu nonchalant. Tant 
d'hypothèses ont été produites, qui sont ici discutées, tant d'obscu- 
rités, de lacunes subsistent, dont le critique rigoureux et prudent 
qu'est M. Gsell. ne fait pas mystère ! 

La topographie de la ville est mal connue. On s'accorde à placer la 
citadelle sur la colline de Saint-Louis et c'est à peu près tout ce qu'on 
peut affirmer. Une triple ligne de défense protégeait toute la largeur 
de l'isthme. Une simple ligne partout ailleurs. Il y avait deux ports, 
l'un marchand, l'autre militaire, et le nom de Colhoii s'applique à 
l'ensemble. M. Gsell en détermine l'emplacement. Il est vraisemblable 
qu'il en existait d'autres. L'alimentation de la ville en eau paraît avoir 
été insuffisante. Le nombre des habitants, 700.000 selon Polybe, au 
début de la troisième guerre punique, est invéïifiable. On ignore les 
limites du territoire que s'était constitué Carthage au v' siècle. Des 
habitants de l'empire, les uns étaient appelés Lybiens, c'étaient les 
sujets vivant en territoire annexé, les autres, Numides, non sujets, 
plus ou moins soumis ou alliés. Carthage eut des colonies sur les 
côtes mêmes de l'Atlantique. En eut-elle à l'intérieur .^ 

On n'a sur le gouvernement de Carthage que de maigres rensei- 
gnements. Les Anciens s'accordaient à le louer. Il se rapprochait de 
ceux de la Grèce, de celui de Sparte notamment, et de Rome. C'était 
un gouvernement mixte. Cependant l'aristocratie y était prépondé- 
rante, la richesse, fondée sur le commerce, l'industrie, la propriété 
foncière, puissante. Les Carthaginois semblent avoir été en somme 
satisfaits de leur sort. Mais l'aristocralie était jalouse, redoutait sur- 
tout les ambitions personnelles, ce qui causa souvent du malaise. La 
cupidité des nobles, maîtres de l'administration, nuisait aux finances. 
La crainte de compromettre la richesse privée imprima une certaine 
timidité à la politique carthaginoise. 

Il y avait deux rois annuels. Ce sont les sufèles, terme qui s'ap- 



— 126 — 

plique aussi à d'autres magistrats. On peut les comparer aux consuls. 
Ils étaient élus sans doute par l'Assemblée du peuple. Les autres 
magistrats sont mal connus. Les juges constituaient un ordre très 
puissant. Il y avait un Sénat, et puis dans le Sénat, un Conseil. Sa 
compétence paraît avoir été illimitée. Beaucoup d'incertitudes sub- 
sistent pour le détail. L'Assemblée du peuple tranchait en dernier 
ressort et délibérait, mais seulement des questions qui lui étaient 
soumises par les Sufètes et le Sénat. 

(( Comme Rome avant les Césars. Carthage avec un empire garda 
les institutions d'une Cité. » Elle fit peu de frais pour Ladministra- 
tion de l'empire, la restreignit aux mesures nécessaires pour mainte- 
nir sa domination, assurer la rentrée des impôts, la levée des con- 
tingents. Égoïste et dure, elle se fit détester. Les colonies phéniciennes 
elles-mêmes ne lui furent fidèles que lorsqu'elles croyaient à son 
succès. Les Numides la haïssaient. 

M. Gsell justifie le système des mercenaires par le petit nombre 
des citoyens et la nécessité d'assurer les sources de la richesse et le 
fonctionnement de la domination. 

Avec le tome troisième, nous sommes en plein dans l'histoire pro- 
prement dite. Mais l'auteur n'oublie pas qu'il est l'historien de 
l'Afrique du nord. C'est pourquoi, des guerres puniques, par exemple, 
il insiste surtout sur la partie de la seconde qui a pour théâtre 
l'Afrique, et sur la troisième. 

Nous ne pouvons que signaler la valeur et le très vif intérêt des 
chapitres consacrés à Agathocle, à la guerre des mercenaires, à Sci- 
pion et Annibal, à Carthage, Rome et Masinissa. Dans ces pages dra- 
matiques, la manière de lérudit s'élève au style de la grande histoire 
et l'écrivain s'affirme. 

Nous attirerons, pour terminer, l'attention du lecteur sur la sûreté 
que doit l'historien à l'archéologue, familier autant que qui que ce 
soit avec les lieux dont il parle et les vestiges antiques. 

André Baudrillart. 



La Uéforme à Moiitpellier,i par M"" L. Guihaud. Montpellier. Inipr. 
gcm'Talc du Midi. 1918. 2 vo!. in-8 de SIC cl Go8 p., avec planches et 
cartes. (T. M et VII des Mémoires de la Société archéologique de Montpel- 
lier. 2' série). 

M"* L. Guiraud, qui était déjà connue par des travaux historiciues 
estimés, a pu. avant de mourir, terminer le grand ouvrage qui avait 
occupé une partie de sa vie : l'histoire de la Ré/orme à Montpellier. 
C'est une publication très considérable, faite avec une grande sûreté 
de méthode, une connaissance approfondie des sources imprimées et 
inédites et qui s'appuie sur un volume entier de pièces justificatives. 



— 127 — 

de chroniques, dont la principale est l'Histoire des troubles du Lan- 
^ae'ïoc de Jean Philippi, imparfaitement connue, et sur l'auteur de 
laquelle M"- Guiraud a donné une très complète notice. L ac table 
([('taillée des documents publiés se trouve à la fin du second volume. 
(^)uant au premier, le plus important, c'est l'iiistoire du pays mont- 
pellicrain pendant près de deux siècles, tout remplis de luttes intes- 
tines, d'excès et de crimes, d'autant plus multipliés que les deux 
partis sont successivement vaincus ou triomphants. Toute cette ré- 
gion du Bas-Languedoc a été, eu efîet, envahie de bonne heure par 
les doctrines protestantes, qui trouvaient un appui très solide à 
Nîmes, à Uzès, à .\lais, dans les Cévennes, et dont les adeptes ne ces- 
sèrent d'être en rapport avec Genève et Calvin. 

L'origine en a été tout intellectuelle ; c'est la fameuse école de mé- 
decine de Montpellier où l'hérésie prit en quelque sorte naissance ; 
ce sont les étudiants de toutes sortes qui l'ont développée ; c'est le 
clergé même qui l'a un moment favorisée, non pour changer le 
dogme, mais dans la pensée de détruire les abus considérables intro- 
duits particulièrement dans les couvents d'hommes et de femmes, 
qui semblent avoir été peu populaires. Il y eut chez les protestants 
des chefs habiles, comme ce Claude Baduel. Il se trouva un évêque, 
très intellectuel et assez débauché, qui sembla d'abord favoriser la 
Réforme, pour redevenir bientôt un habile soutien du catholicisme, 
comme il avait été un remarquable ambassadeur de France à Venise, 
Guillaume Pellicier, dont M"° Guiraud avait déjà écrit la singulière 
histoire. 11 y eut des gouverneurs maladroits et violents, comme le 
marquis de Yillars ; il y en eut d'avisés et de modérés comme Guil- 
laume de Joyeuse, grâce auquel la Saint-Barlhélemy ne fit aucune 
victime à Montpellier. Il est impossible de rappeler toutes les vicis- 
situdes des guerres de religion dans ces pays de fanatisme et de vio- 
lences, où la religion n'était de part et d'autre qu'un prétexte pour se 
venger de ses ennemis. Ce sont du reste les protestants qui commirent 
les plus grands excès ; et les catholiques eurent le rare mérite de se 
reconstituer avec persévérance et courage, en opérant sur eux-mêmes 
une vraie réforme, dont le tableau détaillé est une des parties les plus 
intéressantes de l'ouvrage. 

Ajoutons que ces deux gros volumes se terminent par deux ipdex 
qui n'occupent pas moins de cent cinquante pages et qui donnent sur 
les personnes et les lieux toutes les identifications désirables. Comme 
l'histoire générale est constamment mêlée aux événements locaux et 
que les grands personnages du xvi^ siècle sont fréquemment cités 
dans ces pages, on peut comprendre l'intérêt qu'il y a à consulter un 
semblable répertoire, tout provincial qu'il soit. 

G. BAGUENA.ULT DE PlGHESSE. 



— 128 — 

Tie et œuvres de la bienheureuse Marcjuerîte-Marîe Alacoque. 

Publication du monastère de la Visitation de Paray-le-Monial. 3° édition 
totalement refondue et notablement augmentée, par les soins de Mgr 
Gauthi:\, archevêque de Besançon. Paris, J. de Gigord,' 1915, 3 vol. 
in-8 de 640. 861 et 7:20 p. — Prix ; 22 fr. 50. 

Cet ouvrage porte un titre qui, au premier abord, peut induire en 
erreur, en laissant croire qu'il contient une biographie de Marguerite- 
Marie Alacoque écrite par Mgr Gauthey. En réalité par « Vie » il 
faut entendre : 1° une « Vie de notre vénérable sœur Marguerite-Ma- 
rie Alacoque composée par deux religieuses ses contemporaines » ; 
2" une « Vie de la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque écrite par 
elle-même » ; 3° une longue série de documents les plus divers renfer- 
mant tous les éléments d'une histoire très complète et très détaillée 
•de la bienheureuse. Du reste Mgr Gauthey n'est l'auteur que de cette 
troisième édition. Les deux précédentes avaient été publiées, en 1867 
et en 1876, par les religieuses de la Visitation de Paray. C'est pour 
remplacer celles-ci, qui sont complètement épuisées et qui d'ailleurs 
sont loin de répondre aux exigences de la critique moderne, que 
l'éminent prélat a entrepris une refonte de ce recueil et en a fait, par 
les très nombreuses additions dont il Ta enrichi, une véritable somme 
de tous les documents à l'aide desquels on peut se faire une idée 
exacte de ce que fut Marguerite-Marie Alacoque et du rôle considéra- 
ble qu'elle a joué dans la diffusion de la dévotion au cœur de Jésus. 
On ne devra donc pas chercher dans cet ouvrage l'opinion de Mgr 
Gauthey sur des questions si discutées actuellement, telles que la 
grande Promesse et le drapeau du Sacré-Cœur, mais on y trouvera, 
sous une forme absolument authentique, tous les textes qui ont été le 
point de départ de ces discussions. C'est vers 1904 que Mgr Gauthey, 
alors vicaire général d'Autun, a commencé ce travail considérable, 
que ses écrasantes occupations, lorsqu'il fut devenu évèque de Nevers, 
puis archevêque de Besançon, ne lui ont permis de terminer qu'en 
1915. Combien de fois le P. llamon, de la Compagnie de Jésus, qui 
nous a donné en 1907 une excellente Vie de la bienheureuse Margue- 
rile-Marie, n'a-l-il pas regretté que l'ouvrage de Mgr Gauthey ne fût 
pas achevé plus tôt! Sil l'avait eu entre les mains, combien de 
pages de son livre il aurait pu écrire autrement ! A l'avenir personne 
ne pourra rédiger quoi que ce soit de sérieux sur Marguerite-Marie Ala- 
coque ni sur la dévotion au Sacré-Cœur, sans avoir recours à l'œuvre 
que le savant archevêque de Besançon a pu enfin, nous devons en 
remercier la Prf)vi(loiice, faire paraître peu de temps avant sa mort. 
L'indication sui\aiilc du contenu de ces trois gros volumes en dé- 
montrera l'extrême importance. Le premier renferme tous les écrits 
sur la bienheureuse ayant pour auteurs des religieuses ses contem- 
jjuraines, ainsi (jue toutes les informations faites eu 1715 pour servir 



- i;i9 - 

'de base à la cause de sa béatification. Dans le deuxième sont réunies 
toutes les œuvres de Marguerite- Marie, c'est-à-dire son autobiogra- 
phie, un mémoire composé par ordre d'une de ses supérieures, toutes 
ses lettres, des avis aux novices placées sous sa direction, des prières, 
des cantiques, des fragments divers, etc. Enfin on trouve dans le 
troisième toutes les pièces concernant la cause de béatification et de 
canonisation de la servante de Dieu, de nombreuses notices sur le 
monastère de Paray où elle a vécu, ainsi que sur ses supérieures, ses 
•compagnes et ses correspondantes, et, pour clore, une longue série 
-de précieux renseignements sur sa famille et sur son pays. 

Léon Clugnet. 



Mémoires authentiques du maréclial de Richelieu (1725- 

1757), publiés d'après le manuscrit original pour la Sociétf de l'his- 
toire de France, par A. deBoislisle. Paris, Société de l'histoire de France, 
1918, in-8 de xcv-260 p. — Prix : 12 fr. 

« On ne connaissait », jusqu'à présent, de ces « fragments » de 
mémoires, que des passages défigurés par les maquillages déloyaux 
de Soulavie et d'autres écrivains de sa sorte ». M. Arthur de Boislisle 
avait, dès 4868, pris copie, dans les archives des héritiers du maré- 
chal de Richelieu, du document authentique publié aujourd'hui par 
MM. Jean de Boislisle et Léon Lecestre avec les soins qu'on peut tou- 
jours attendre, d'eux. Le savant éditeur, quoique détourné depuis 
lors, par les grands travaux connus de tout le monde érudit, d'un 
sujet qui l'avait particulièrement intéressé tout d'abord, ne l'avait 
jamais perdu de vue, et il s'en était occupé de nouveau dans ses der- 
nières années. 11 avait revisé l'Introduction, écrite en 1873. qui com- 
prend quatre importants chapitres bibliographiques : I. Soulavie et 
ses publications historiques ; II. Soulavie et les Mémoires du maré- 
-chal de Richelieu ; III. La Vie privée du maréchal de Richelieu [par 
Jean-Benjamin de Laborde] ; IV. Les Papiers du maréchal de Riche- 
lieu et le manuscrit des Mémoires authentiques. 

Les fragments de ces Mémoires authentiques ont pour titres : Le 
duc de Richelieu ambassadeur à Vienne (1725) ; Commandement en 
Languedoc (1738) ; Mesdames de Mailly, de Vintimille et de Château- 
roux (1740-1744) ; Négociation secrète avec la Prusse (1744) ; Le Roi 
■à Metz : sa maladie (1744) ; Bataille de Fontenoy (1745) ; Mission à 
Dresde (1746-1747) ; Commandement à Gènes (1748) ; Expédition de 
Minorque (lloQ) ; Ditgrâce du comte d'Argenson (I757j ; L'Abbé de 
Bernis (1757) ; Closter-Seven (1757) ; Note autographe biographique 
du maréchal. 

Suivent ces Appendices : Le Duc de Richelieu et l'Alchimie. Deux 
lettres du duc de Richelieu. Le Duc de Richelieu à Gênes. Letires du 
Février 1919. T. CXLV. 9. 



-- 130 -- 

maréchal de Belle-lsle au duc de Richelieu. Inslruclion relative auj^ 
protestants. Lettre de Soulavie à Necker. 

On jugera peut-être comme nous que ce quia trait aux rapports 
intimes de l'auteur avec le cardinal de Fleury, puis avec le roi 
Louis XV et ses favorites, est ce qui offre le plus d'intérêt dans ces 
Mémoires, avec les précieuses annotations dont le savant éditeur les 
a accompagnés. H. i>e L. 

La Jeunesse de Joseph Joubert, par André Beaunieu. Paris, Perrin, 
1918, in-16 de xi-349 p. — Prix : 3 fr. 50. 

• Joubert a laissé peu de chose en somme, ses écrits sont courts et 
c'est derrière lui qu'on a recueilli ses « Pensées. » Sa juste réputation 
est acquise par quelques traits remplis de finesse, d'élévation morale, 
de sensibilité et de délicate rêverie. C'est du dilettantisme et de la 
quintessence. Il reste un moraliste sobre et raffmé. On penserait donc 
volontiers que sa vie littéraire et c spirituelle » serait facilement résu- 
mée en quelques pages- En l'étudiant, M. Beaunier, par ses recherches 
personnelles et ses broderies, nous donne au contraire et nous don- 
nera — il le promet — d'abondantes digressions. On peut dire dès 
maintenant que nous en éprouvons une certaine surprise, qu'il y a 
là un manque de proportions, par suite desapparences de longueurs, 
des inutilités sans doute. Dès la Préface, l'auteur nous prévient qu'il 
marchera à u petits pas », qu'il rédige une « biographie attentive » 
où il peindra « non Joubert tout seul, mais son temps et ses amis. » 
Il tient sa promesse avec abondance, au prix de lectures multipliées 
et à la suite de recherches patientes, contrôlées sans épargner ses 
soins. C'est un fourmillement de personnages évoqués, identifiés, 
une nomenclature sortie de l'oubli où s'il se rencontre çà et là quelques 
dates faussées, quelques noms estropiés, c'est par de simples erreurs 
d'impression. Le premier chapitre sur « l'Enfance et l'adolescence » 
dans ce pays du Sarladais qui est devenu le département de la Dor- 
dogne offre une charmante peinture de la vie provinciale de la petite^ 
bourgeoisie à la fin du règne de Louis XV. Les autres chapitres sont 
moins agréables à lire, et dès quele jeune Joubert arrive à Paris })()iir 
chercher fortune littéraire, il entre dans un monde assez interlope 
où M. Beaunier nous promène avec une complaisance pitlorescpie 
d'abord, bientôt monotone, car tous ces gens sont quelque peu cra-' 
puleux et plusieurs beaucoup. Restif de la Bretonne est le guide, le 
centre, le trait d'union de cette société polissonne et bohème. L'im- 
pression en demeure pénible, on ne se figurait pas Joubert parla. De 
Diderot qui lui fait accueil, on nous donne une image très flattée, 
par contre Fontanes, son intime ami, nous apparaît comme un 
« jouvenceau » fort différent du personnage représentatif et décoratif 



— 131 — 

qu'il sera aux temps de TEmpiie ou de la Restauration. Le sage Jou- 
bert lui aussi poursuit en leur compagnies d'étranges amours. Eu 
somme toutes ces révélations d'infinis détails sont curieuses, mai5 
on ne peut se demander ce qu'elles prouvent et où elles conduisent, 
sinon à nous enlever des illusions. Geoffroy de Ghandmaisov. 



The Dntch Repablic and the American ReTolntion, by Friedkicu 
Edleh. Baltimore, the Johns Hopkins Press, s. d., in-8 de 252 p. 

Faire l'histoire des rapports qui ont existé entre la république des 
Frovinces-Unies des Pays-Bas et les États-Unis à l'époque de la guerre 
do la Révolution d'.\mérique, c'est en réalité envisager sous un aspect 
tout particulier l'histoire de cette même guerre, et d'un point de 
vue auquel on ne s'est guère placé d'habitude. Seuls quelques histo- 
riens néerlandais, Colenbrander et Blok entre autres, l'ont fait eo 
quelque manière ; mais personne en Amérique n'avait même effleuré 
la question avant M. Friedrich Edler. Celui-ci. sans négliger les côtés 
militaires et économiques du sujet, a d'ailleurs porté surtout son 
attention sur les côtés diplomatiques ; à l'aide des documents tirés 
des différentes archives d'Europe dont les copies se trouvent aux 
États-Unis, il a composé un travail très intéressant et qui permet de 
bien comprendre la réelle valeur de l'aide donnée par les Provinces- 
Unies aux Américains, encore que cette aide ait été surtoulclandestine 
ouindirecte, encorequelle ait été souvent basée sur des principesabsa- 
lument égoïstes. — Dans son livre (qui forme le fascicule 2 du 
tome XXIX des Johns Hopkins l'niversily sludies in historical ana 
politicat science), M. Edler suit minutieusement l'évolution des rap- 
ports entre les deux pays ; il montre comment, par suite surtout des 
agissements de l'.Angleterre, les Provinces-Unies, après avoir gardé 
la neutralité, priis manifesté une légitime défiance à l'égard de l'An- 
gleterre, furent amenées à devenir ses adversaires déclarés. Il insiste, 
comme il est naturel, sur la Déclaration des neutres du 26 février 1780 
et sur ses conséquences pour les Provinces-Unies, mais il fait plus et 
mieux en expliquant comment ce fut en quelque sorte la dernière 
goutte qui fit déborder le vase. Les Anglais étaient furieux de voir 
que leur politique d'agression à l'égard des Néerlandais ne les avait 
pas intimidés, et qu'au lieu d'amener la cessation des rapports entre 
la république des Provinces-Unies et la France, elle leur avait donné 
plus de force ; on sait comment ils s'en vengèrent et ce qui en résulta. 
— Faut-il. avec M. Edler (p. 246), considérer les Néerlandais comme 
« les bienfaiteurs des États-Unis et de la France », comme « les véri- 
tables et les seules victimes de la Révolution américaine » ? Ce sont 
là des conclusions exagérées l'une et l'autre ; nul ne pourra jamais 
dire, en particulier, combien fut néfaste, au point de vue de révolu- 



— 132 - 

tion intérieure de la France, sa coopération de 1778 avec les Améri'- 
cains du nord. Constatons la chose, sans perdre notre temps à le déplo- 
rer et félicitons M. Edler de son travail. Son livre est plein de faits, 
de renseignements nouveaux, d'indications précises (sur les pamphlets 
néerlandais de 1780-1782, sur l'auteur du célèbre pamphlet Aan het 
volk van Nederland, par exemple). La manière dont l'auteur a traité 
son sujet fait de son livre un ouvrage qui, même en dehors des États- 
Unis, sera consulté et utilisé avec fruit par les historiens de la guerre 
de l'Indépendance américaiûe. Hbnri FROiDEvi.ux. 



Nos Ancien» à Corfou. SouTenlrs de l'alde-major Lamare Pic- 
QuoT (1 707-1814), publiés et annotés par Hubebt Pernot. Paris, 
Alcan, 1918. in-18 de x.256 p. — Prix : 4 fr. 55. 

M. Hubert Pernot a été très heureusement inspiré en publiant les 
Mémoires manuscrits d'un chirurgien aide-major du premier Empire, 
se référant à l'occupation française des îles Ioniennes. On n'avait 
guère, sur cette occupation, en dehors des traités historiques que les 
souvenirs, tirés d'ailleurs à très petit nombre, du sous-lieutenant 
Remy d'IIauteroche. Lamare Picquot avait dix-neuf ans quand, étu- 
diant en médecine de deuxième année, il prit le chemin d'Italie, avec 
sa commission de sous-aide-major ; mais il ne tarda pas à entrer 
dans l'armée des îles Ioniennes, avec Corfou comme destination. Il 
devait y rester jusqu'au moment de la reddition dé l'île aux Anglais, 
après le retour des Bourbons sur le trône de France. Il a laissé de son 
s<\jour dans Corfou et de son passage relativement court à l'armée 
d'Italie des Souvenirs dont M. Pernot nous donne les parties essen- 
tielles et en même temps les plus anciennes ; car ces Mémoires ne 
paraissent pas avoir été rédigés au jour le jour mais seulement à une 
époque postérieure à l'occupation de Corfou et à titre de mémoran- 
dum. Les événements présents augmentent l'intérêt déjà très vif 
qu'ils offrent par eux-mêmes à divers égards ; ils seront plus spécia- 
lement encore appréciés par ceux que les hasards de la mobilisation 
ont fait séjourner dans l'île enchanteresse qu'est Corfou. 

J.-L. DE Sainte-Marie. 



Correspondances du siècle dernier. Un Projet de mariage du duc 
d'Orléans (I83G). Lettres de Léopold /er de Belgique à Adolphe Thiers (1S30- 
180^4). Documents inédits publiés avec des Avertissements et des notes 
par I^. UE Lanzac de Laboiue. Paris, Bcauchesne. 1918, in-16 de 345 p. — 
Prix : 4 fr. 

Les papiers de Thiers, légués par M"' Dosne à la Bibliothèque 
nationale et mis depuis quelque temps à la disposition dos travail- 
leurs; sorit une précieuse mine pour l'histoire çontemporainç,, M,, .de 



\ 



— 133 — 

Lanzac de Lal^orio en a extrait pour le Correspondant deux séries de 
lettres qu'il reproduit aujourd'hui en un \olurnc. L'une se rapporte 
au projet de niaria^^o du duc dOrléans, fils de Louis-Philippe, avec 
une archiduchesse d'Autriche et comprend la correspondance échangée 
sur ce sujet en 1836 entre Thiers, alors président du Conseil et ministre 
des affaires étrangères, et le comte de Sainte-Aulaire, ambassadeur 
de France à Vienne. Elle a été complétée par une collection de lettres 
de la reine Marie-Amélie et du duc d'Orléans, communiquée par 
M. le vicomte d'Harcourt. L'autre série consiste dans les lettres 
adressées à Thiers de 1836 à 1864 par Léopold I", roi des Belges. 
L'une et l'autre sont j)récédées à' Avertissements destinés à éclairer le 
lecteur de ces documents et à en replacer les auteurs dans leur cadre 
historique et biographique. On remarquera dans la seconde série les 
vues et jugements sur la question de la Succession d'Espagne (p. 242 
et suiv.), sur la question d'Orient (p. 253 et suiv.), sur les affaires 
d'Italie (p. 284 et suiv.l. sur les affaires d'Allemagne (p. 295 et suiv.) 
Un « Index alphabétique des noms de personnes d augmente l'utilité 
de cette publication, nouveau titre de M. de Lanzac de Laborie à la 
gratitude du public lettré. ^ M. S. 



R. W. Emerson. Autobiographie d'après son « Journal intime. « Traduc- 
tion, Introduction et notes, par Régis Michald. T. II. 18âl-lS76. Paris, 
Colin. 1918, in-16 de vin-320 p. —-Prix : 3 fr. 50. 

Ce deuxième volume complète l'autobiographie extraite et traduite 
par M. Michaud du long Journal intime d'Emerson. Comme le pre- 
mier, il se compose principalement de pensées et réflexions notées 
au jour le jour, la plupart assez courtes et portant sur des sujets très 
divers, mais généralement liées de façon plus ou moins lâche ou 
étroite avec cette philosophie à la fois naturaliste et mystique qu'on 
trouve exprimée de façon plus suivie dans les séries successives des 
Essais, dans les Hommes représentatifs, dans la Conduite de la vie, 
tous ouvrages publiés entre 1841 et 1860. Comme dans le premier 
volume, on peut suivre ici le développement graduel des idées bien 
connues sur lesquelles Emerson a fondé sa métaphysique et sa mo- 
rale ; en matière religieuse, les plus hétérodoxes de ces idées s'ex- 
priment plus franchement que dans les écrits et les discours où le 
philosophe avait à ménager jusqu'à un certain point les sentiments 
chrétiens de ses lecteurs ou de son auditoire. Quelques traits assez 
curieux se rencontrent dans les brèves notes de voyage en Angleterre 
et en France. La traduction de M. Michaud, faite avec soin, est exacte 
et bien écrite. A. Barbeau. 



— 134 — 

Une Famille au dix-neuvième siècle. 1870-1 900. Notes pour 
servir à l'élude de la bourgeoisie, par A.-J.-.\. Lobrt. Paris, Berger-Lo- 
vrault, 1918. in-i6 de x-182 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Ce livre est dédié, comme à un maître, à Maupassant. Et c'est bica 
un disciple, personnel au reste, du maître romancier, du maître 
novelliste, si délié, qui a écrit les pages que nous tenons là. L'ironie 
du maître est, me semble-t-il, doucement atténuée et la pensée me 
semble autrement droite qu'elle ne l'est assez souvent chez Maupas- 
sant. 

Que le sous-titre soit un peu important, cela est possible ; mais, si 
la couverture eût pu gagner en simplicité à ne pas le formuler, nous 
conviendrons, à la lecture de l'ouvrage, que cette histoire d'un mi- 
lieu moyen, où, avec plus de vivacité, se retrouve le charme d'un 
René Bazin autant et plus que d'un Maupassant, est bien la chronique 
d'une famille française, de la famille française, observée finement à 
une époque assez intermédiaire, un peu terne, mais caractéristique 
cependant dxi génie, prudent et avisé, d'un compartiment, et non des 
moins actifs, de notre société française discrète et variée, courageuse 
jusque dans la résignation. 

Il y a peut-être des traits ou appréciations demandant quelques 
réserves, mais combien l'ensemble est aisé à lire et a d'esprit! 

Louis Théron de Montaugé. 



/ 



L'État et la Xatalité, par le marquis de Roux. Paris, Nouvelle Librai- 
rie nationale, 1918, in-16 de 288 p. — Prix: 3 fr. 50. 

Que peut l'État, pour relever la natalité? Beaucoup de choses; et 
M. de Roux passe en revue les réformes proposées et les discute avec 
beaucoup de mesure et de bon sens. Nous sommes obligés de nous 
borner à signaler les plus importants des points où nous avons le 
plaisir de nous trouver d'accord avec lui, ou bien au contraire où 
nous ferions des réserves. A propos de la correctionnalisalion de l'avor- 
lement, M. de Roux veut bien faire allusion à notre brochure Contre 
la dépopulation, mais rend un peu inexactement notre pensée. La 
correctionnalisalion nous paraît fâcheuse, non pas parce que la peine 
en serait abaissée, mais parce qu'à notre avis la peine légèi'e ne serait 
pas plus appliquée en fait qu'aujourd'hui la peine rigoureuse. 11 y 
aurait un peu de naïveté à compter sur la sévérité des juges et le zèle 
des parquets. Eux aussi subissent l'influence de l'ambiance. — Pour 
le secret professionnel du médecin, nous y aurions moins égard que 
M. de Roux. — En fait d'encouragement aux familles nombreuses. 
M. de Roux rejette avec raison le système de la pure et simple {)rime ; 
la jjrime ne lui [)araît acceptable que sous forme d'assurance. — 11 
est bien bref sur le chapitre des fonctionnaires. Étant donné leur 



— 135 - 

îioinbre, la valeur d'exemple de leur conduite, la valeur d'exemple 
aussi de la conduite de l'État à leur égard, tout ce que l'État ferait 
pour eux serait fort important. — Des pages judicieuses sont consa- 
crées au féminisme, inévitable" et si dangereux : aux inconvénients 
(]cs lois sur le travail des enfants et sur l'instruction. — Le chapitre 
le plus développé du livre et qui abonde en remarques pénétrantes 
est consacré aux lois successorales. M. de Roux est partisan d'tine 
large extension de la liberté de tester. Et nous accordons volontiers 
qu'il a raison en théorie, tout en nous demandant si en fait on use- 
rait beaucoup de cette liberté. Lui-même fait une remarque décisive : 
au fond de l'esprit d'égalité, il y a l'idée qu'un père doit l'aisance à 
ses enfants. Cette idée empêchera toujours, les uns de déshériter les 
cadets, les autres d'en mettre au monde. Il n'y a d'ailleurs sur ce 
point aucune chance d'obtenir une réforme profonde. Mais la juris- 
prudence en matière d'assurances sur la vie fournit déjà une pré- 
■cieuse ressource aux pères qui ont des raisons d'avantager un de leurs 
«nfants. Nous n'avons pas été surpris de voir M. de Roux repousser 
nettement les divers projets qui tendent à confisquer les héritages 
•qui ne seraient pas dévolus à un nombre suffisant d'enfants. Ces me- 
sures se retourneraient contre les familles nombreuses et par consé- 
quent contre la natalité. — Sur le vote familial, M. de Roux réserve en 
somme son jugement. — Nous nous félicitons de le voir s'élever à bien 
des reprises contre la fausse et dangereuse tendance à favoriser la 
famille dite normale, en négligeant la famille nombreuse. Il est bien 
éloigné de croire ni que l'État puisse tout (la prospérité générale et la 
confiance dans la vie qui en résulte encouragent la natalité, bien plus 
que ne pourraient le faire les mesures spécialement calculées à cet 
effet) ; ni que tout ce que l'État pourrait faire soit bon (que de 
mesures maladroites parmi toutes celles qu'on propose !) Hélas ! si 
au lieu d'un simple exposé il avait voulu faire des pronostics, il aurait 
dû conclure que ce sont justement les plus contestables qui ont le 
plus de chances de passer. Les autres, le Parlement les écartera tou- 
jours, parce qu'elles avantageraient la minorité indépendamment ou 
même au détriment de la masse des électeurs. Comment demander 
■cela à un politicien de droite ou de gauche ? 

Il serait fort intéressant de donner à ce livre une contre-partie sur 
-ce que peut faire l'initiative privée. E. Jordan. 



l-'Evolution régionaliste. Du Félibrige au fédéralime, par F.- 
Jean Desthieux. Paris. Bossard, 191S, in-16 de xv-239 p.. avec 4 cartes. 

— Prix : 3 fr. 60. 

tLe Régionalisme et la France de demain, par le marquis de l'Es- 
TOURBEiLLO.H. Parls. Édition de la « Revue contemporaine », 1918, in-12 
de 49 p. — Prix : 1 fr. 50. 

— Le mouvement de renaissance de nos provinces ne dérive pas uni- 



— ne — 

quement du félibrige. Celui-ci a eu pourtant sa part réelle d'influence- 
dans la formation et le succès du régionalisme. On ne s'étonnera 
point qu'elle n'ait pas été minimisée — au contraire — par M. F^ 
Jean-Desthieux, qui est poète. Mais l'objet propre de son livre, 
me semble t-il, et ce qui lui donne sa principale valeur, c'est d'expo- 
ser quel chemin ces idées ont fait au cours de la guerre. Le lecteur 
retiendra qu'elles ont obtenu des pouvoirs publics trois essais de- 
réalisation. En octobre 1915, les régions militaires ont été pourvues 
de comités consultatifs économiques. Le ministre du commerce, M. 
Clémentel, a, en juin 1917, annoncé son intention de grouper les 
Chambres de commerce en régions économiques dont plusieurs sont 
déjà constituées. Enfin des comités régionaux des arts appliqués 
viennent d'être instituéspar le ministre de l'instruction publique et 
des beaux-arts. Voilà de petites victoires. M. Jean Desthieux ne se 
borne pas à les relever. Il nous renseigne, avec une curiosité très ou- 
verte, sur les multiples problèmes que soulèvent la délimination et 
l'organisation de nos régions, abordant même des problèmes simi- 
laires qui se posent hors de nos frontières, régionalisme catalan, ré- 
gionalisme wallon, et jusqu'à cette Société des nations, dont les pro- 
messes millénarestes ne lui inspirent pas une foi aveugle. 

— Le marquis de l'Estourbeillon, député du Morbihan, est hardi- 
ment et ardemment décentralisateur. Il réclame la pleine libération 
de nos provinces ; il montre qu'elle eit nécessaire à la réorganisation 
de la France d'après-guerre. Si l'on se souvient qu'il est l'auteur 
d'une étude sur le Régionalisme dans l'école primaire (Rennes, 1912), 
et qu'il a récemment rédigé un projet de loi sur une réforme régio- 
nalistc de l'enseignement des beaux-arts, on ne sera pas surpris qu'il 
insiste parliculièremeut sur la nécessité d'une éducation régionaliste. 

Baron Angot des Rotou&s. 



Lettres d'un vieil Américain à un Français, traduites de l'an- 
glais par J.-L. DcPLAN. Paris^ Payot, 1917. in-l6 de 271 p. — Prix : 4 fr. 

Voilà un ouvrage qu'il ne faut pas prendre pour un livre composé^ 
par un artifice littéraire très usité, sous forme épislolaire ; ce sont de 
vraies lettres, qui ont pour auteur un grand industriel américain, 
très ami de la P'rance, où, depuis vingt-cinq ans, il passe une bonne 
partie de son temps, et qui ont été réunies en volume sur les ins- 
tances d'un éditeur intelligent, ainsi que nous l'apprend la Préface 
de Lysis. Vous devinez, au seul nom du préfacier, quelle morale y 
est faite aux Français, qui compromettraient gravement l'avenir de 
leur patrie, s'ils continuaient à se laisser distancer sur le terrain de 
la production. Pour se guérir de leur routine paresseuse et de leur 
excès d'individualisme, qu'ils aillent aux Étals-Unis ! Ils verront ce 



— f37 — 

que l'on obtient par le machinisme, la spécialisation, la production 
intense et en grand. 11 y a beaucoup à retenir dans les conseils qui 
nous sont ainsi donnés, sans pourtant accepter comme des vérités- 
assurées toutes les saillies de cette vive causerie. Nos notaires méri- 
tent-ils toutes les boutades dont ils sont 1 objet ? Serait-ce un moyen 
très bien trouvé de gagner du temps que de faire conduire nos 
morts, de l'Église au cimetière, en auto-corbillard, à l'allure des 
autres véhicules ? La petite propriété est-elle sûrement une erreur 
économique ? Faut-il en faire son deuil partout, ainsi que du 
petit commerce, de la petite industrie et des petites nations ? On 
pourrait allonger la liste de ces points d'interrogation. Mais, avec 
son franc-parler, le vieil Américain nous aime bien. S'il reproche 
au vicomte de Vogué et à M. Paul Bourget de nous avoir fait 
méconnaître plutôt que connaître ses compatriotes, c'est parce 
qu'il désire un rapprochement plus intense entre les deux peuples. 
Après avoir critiqué, un peu comme s'il n'avait lu que le titre, le 
livre d'Edmond Demolins : A quoi tient la supériorité des Anglo- 
Saxons, il ajoute : « La seule infériorité du Français, si elle existait, 
serait l'ignorance de sa propre valeur, sa résistance à l'association et 
son indifférence à exploiter les pays qu'il a découverts ou les inven- 
tions qu'il a réalisées. » Baro?< Angot des Rotours. 



The Standard of livlng in Japan, by Kokichi Morimoto. Baltimore, 
the Johns Hopkins Press, 1918, in-8 de vii-15Û p. 

L'auteur de ces pages, où les faits, les statistiques, les chiffres 
abondent, est docteur en philosophie, professeur d'économie politique 
à l'Université impériale de Tohoku. 11 s'est proposé d'étudier le coût 
moyen de la vie au Japon et, laissant de côté les dépenses somp- 
luaires, qui échappent à toute règle, il a passé en revue la manière 
de vivre de ses compatriotes, dans les classes les moins fortunées et 
moyennes de la population, en ce qui concerne la nourriture, le vête- 
ment et le logement. Une dernière partie est consacrée au prix de la 
vie au Japon, considérée dans son ensemble et au prix mininum de 
l'existence. Un glossaire termine le volume. Nous avons ainsi une 
contribution fort importante, tout à fait nouvelle, remarquablemeut 
établie, à l'étude d'une des familles orientales de l'humanité les 
moins connues en Occident. C'est dire tout l'intérêt que présente le 
volume sur lequel il n'y aurait aucune critique à formuler, si le lec- 
teur français n'avait l'occasion de constater avec tristesse à quel point 
l'auteur, comme la majorité de ses compatriotes, est pénétré de l'es- 
prit allemand, des méthodes allemandes. On le reconnaît à l'abon- 
dance des détails souvent inutiles, à la répétition des mêmes idées 



— 138 — 

sous des formes difTérentes, à l'cuoncialiori complaisante de conclu- 
sions évidentes, enfin et surtout, au fait que, parmi les auteurs cités 
en référence, on ne trouve aucun nom français, pas même celui de 
Lg Play, mais seulement des noms anglais et allemands. Bien plus, 
l'auteur, s'imaginant donner par là plus de précision à sa pensée, se 
j)lait à donner, entre parenthèses, la traduction allemande de termes 
anglais dont la signification est cependant évidente : à côté de closed 
economy, par exemple, il écrit : {geschlossenwirischa/t) ! Par contre, 
jamais un terme français n'est mentionné... On peut également 
regretter que les unités de mesure soient empruntées tantôt aux sys- 
tèmes japonais ou anglais et tantôt au système métrique, ce qui rend 
les comparaisons peu aisées. Tel qu'il est, cet ouvrage, qui repré- 
sente une somme de travail considérable, n'en est pas moins précieux 
et d'une utilité incontestable pour la connaissance des conditions de 
>ie au Japon. J, C. T. 

L.*Alleniagne et l'Amérique latine. Souvenirs d'an voyageur naluralitte, 
par Émile-R. Wagnek. Paris, Alcan, 4917. in-8 de xxi-323 p., avec une 
carte. — Prix : 3 fr. 50. 

Pendant près de quarante années, M. Émile-R. Wagner a vécu dans 
l'Amérique du sud, et, pendant la majeure partie de ce long espace de 
temps, il a fait à travers ce vaste continent de grands voyages et de 
minutieuses explorations. Poussé par l'amour des choses de la nature, 
il a réuni par les monts et par les plaines, à travers la Pampa et sous 
les hautes cîmes des arbres de la forêt vierge, de superbes collections 
dont il a fait bénéficier notre Muséum d'histoire naturelle ; mais il a 
aussi étudié les hommes et la politique, et avec autant de soin que 
les insectes et les plantes. Comment s'en étormer ? « Bon sang ne 
peut mentir », et M. Wagner appartient à une famille où on n'a ja- 
mais négligé de suivre avec le plus grand soin les progrès de l'action 
du civilisé dans les pays neufs. Il a donc fait comme on faisait autour 
de lui. Le volume qu'il vient de publier dans la a Bibliothèque France- 
Amérique », en est un témoignage, et, en même temps, un livre 
dont on ne saurait trop montrer l'intérêt politique actuel. On 
sait quel en est le titre : l'Allemagne et l'Amérique latine. C'est en 
effet, avant tout, une étude très pénétrante de la manière dont les 
gens d'outre-Khin s'imposent aujourd'hui aux simples et naïves po- 
pulations do certains pays de l'Amérique méridionale, à celles du 
sud du Brésil en particulier. Là, les Allemands ont fondé des a colo- 
nies sans drapeau » dans lesquelles ils voient les pierres angulaires 
de l'immense édifice colonial que les pangermanistes rêvent de 
fonder dans les pays latins du Nouveau Monde, au Brésil, en Uru- 
guay, en Argentine, au Paraguay. Cette étude, M. Émile-R. Wagner 



— 139 — 

la faite sur place, au début du xx* siècle, au cours d'un voyage qui 
l'a mené en plein cœur des pays où s'exerce l'emprise allemande, 
au milieu de ces établissements dont il serait intéressant (et très ins- 
tructif) de montrer l'emplacement sur une carte de l'Amérique du 
sud. Rien ne prouverait mieux comment, à l'heure actuelle, l'Allemand 
i\ su s'insinuer partout, depuis les pentes des plateaux qui. à peu do 
distance de l'Atlantique, couvrent les contrées du sud du Brésil jus- 
qu'aux rives du Parana et du Paraguay, puis, à travers les plaines fer- 
tiles de la République Argentine, jusqu'aux lointaines vallées du Chili. 
Si le livre de M. Wagner ne contient pas cette carte, il fournit par 
contre, tous les renseignements désirables sur l'aspect extérieur et la 
vie intérieure de ces colonies, sur la persistance des costumes, de la 
langue et des usages delà mère patrie, et surtout sur les agissements 
des Allemands, sur la manière dont ils se comportent à l'égard des 
habitants de la contrée — autres colons venus d'Europe ou caboclos 
brésiliens — sur la façon dont ils les exploitent, les font travailler 
pour eux, puis les dépouillent sans pitié et les chassent plus loin, 
sur la façon aussi dont procèdent les agents des compagnies commer- 
ciales et coloniales allemandes qui prétendent mettre en valeur ces 
pays. Rien de plus curieux, de plus intructif etde plus triste à la fois 
que d'entendre parler ce Rathbaum qui accompagne une partie du 
temps M. Wagner et qui est, sous un nom d'emprunt, un homme 
bien vivant ; on ne saurait imaginer pareil mélange de fatuité, d'im- 
moralité, de bassesse et de lâcheté... — Quelque passionnante, et 
attristante aussi, qu'ait pu être pour M. Wagner cette étude de l'em- 
prise germanique dans le sud du Brésil, elle n'a pas absorbé toute 
son attention ; elle ne l'a pas empêché de voir — et de bien voir — 
les contrées qu'il visitait, ces paysages de la zone sud-tropicale du 
Nouveau-Monde où, dit-il, la nature a prodigué ses enchantements 
et multiplié ses rares merveilles. Il les décrit dans son livre en artiste 
épris des beautés qui défilent sous ses yeux et en savant attentif et 
averti tout à la fois, insistant sur les spectacles de la nature, sur les 
particularités les plus frappantes de la faune et de la flore de ces ré- 
gions aux mille tableaux splendides. Ainsi se légitime parfaitement 
le second titre donné par M. Wagner à son livre ; les « Souvenirs d'un 
naturaliste » s'y mêlent aux études du politique, et. parfois, des ré- 
miniscences du folk-lore indigène viennent y ajouter une note nou- 
velle, pittoresque, elle aussi, et souligner d'un trait imprévu les leçons 
qui se dégagent d'un minutieux exposé des faits. — Tout cela cons- 
titue un ensemble très agréable, très facile à lire et très instructif à 
la fois, où M. Wagner a prouvé qu'il demeurait, malgré ses préoccu- 
pations actuelles, toujours fidèle aux leçons des auteurs classiques et 
qu'il savait, comme eux, miscere utile dulci. 

He>ri Froidevaux. 



— 140 — 

Les Anciens Symboles héraldiques des villes de France. Ver- 
dun, par Jacques Meurget, avec des armoiries dessinées et gravées par 
Henry André. Paris, Champion, 1918, in-8 de 51 p. — Prix : 4 fr. 

L.es Armoiries du pays basque. Étude historique, critique et anecdo- 
tique sur les différents écus qui ont formé le blason du pays basque, lex 
particularités et les analogies qu'ils présentent, les légendes et les traditions 
quils évoquent, par le môme. Paris, Champion, 1918, in-8 de 78 p., avec 
1 planche. — Prix : 4 fr. 

— Depuis le xvn« siècle, la ville de Verdun avait un blason d'azur 
à la fleur de lis d'or, surmontée d'une couronne royale du même. 
En 1898, le conseil municipal, sur la proposition du maire, M. Maury, 
a répudié ces armoiries, jugées sans doute compromettantes, et leur 
a substitué un nouvel emblème, emprunté au décor d'un sceau du 
XIII* siècle : l'image siipplifiée de la ville, avec la cathédrale et une 
tour que l'on a prise pour un beffroi. Comme le remarque M. Meur- 
gey, le nouveau blason est d'une composition décorative très mé- 
diocre. 

Après avoir parlé des armoiries de Verdun, l'auteur fait connaître 
les distinctions honorifiques qui ont été conférées à cette ville, en 
mémoire des glorieux événements de 1916. Ce sont, avec l'insigne de 
la légion d'honneur et la croix de guerre, des croix et médailles,, 
décernées par la Russie, l'Angleterre, l'Italie, la Belgique, le Portu- 
gal, le Monténégro et la Serbie, plus un sabre d'honneur, envoyé par 
l'empereur du Japon. 

En appendice, M. Meurgey décrit les armoiries des communautés 
religieuses et laïques de Verdun, telles qu'elles se trouvent dans 
l'Armoriai officiel, rédigé en vertu de l'éditde 1696. Ces blasons sont 
presque tous de fantaisie ; quarante et un sur quarante-sept ont été 
imposés arbitrairement aux communautés par les commis chargés 
de la rédaction de l'Armoriai, les dites communautés ayant négligé 
de faire la déclaration, prescrite par l'édit, de leurs armoiries, ou 
ayant fait cette déclaration en des termes insuffisamment clairs. Il 
aurait été bon d'en avertir le lecteur. 

— Quant aux armoiries du pays basque, elles ont été créées, il y 
a quelques années, par M. de Jaurgain. Cet érudit les a composées 
en réunissant, dans un seul écu, les blasons de Navarre, de Guipuz- 
coa, de Biscaya, d'.\lava, de Labourd et de Soûle, c'est-à-dire les 
emblèmes de tous les pays basques de France et d'Espagne. Ces 
armoiries collectives renferment six quartiers dont l'un est divisé en 
deux et un autre en trois compartiments ; elles ont le grave défaut 
de n'être lisibles que si elles sont représentées à grande échelle et si 
on les regarde de près. 

De chacun des éléments que l'on a fait entrer dans ce blason, 
M. Meurgey a tente de reconnaître la signification symbolique. Pour 



— 141 — 

cela, il a consulté les auteurs anciens et modernes ; il a recueilli les 
opinions diverses de nombreux écrivains dont bien peu étaient doués 
d'esprit critique. Il a ainsi rassemblé, avec quelques légendes cu- 
rieuses, une foule d'hypothèses, ingénieuses parfois, qui restent à 
■vérifier. Mai Trinet. 

BULLETIN 

P«5Ut-on se passer de Dieu ? Critique scientifique populaire, par J. Ledw. 
Pari». Tcqui, 1918, in-i2 de viii-55 p. — Prix : fr. 50. 

Habitué aux méthodes scientifiques, convaincu de rimporlatice primor- 
diale de la question qu'il aborde, l'auteur de cette brochure n'a pas la 
prétention d'épuiser en quelques pages le sujet le plus vaste. Il se borne à 
présenter des observations et des arguments que tout esprit peut saisir. 
Son langage est net, précis, direct. Sans faire étalage d érudition, il laisse 
assez voir qu'il n'ignore rien des découvertes les plus récentes. On peut 
donc se fier à lui comme à un guide sûr et serviable. Beaucoup lui devront 
d'aborder et de s'avancer sans péril dans des régions de la pensée qu'ils 
ne fréquentaient guère. Ce sera certainement pour leur plus grand bien. 

C. L. 

L.a Lilturgie dans le roman. Pages de littérature catholique, par .\lphonse 
MoRTiBR. Paris, Beauchesne, 1918, in-8 de 37 p. — Prix : 2 fr. 

L'essayiste catholique dont la plume, entre deux étapes, s'est appliquée 
à écrire ces pages nourries de hauts sentiments exprimés avec un art soi- 
gné, dédie, en disciple, cette publication à la mémoire de Georges Dumes- 
nil. l'initiateur, au bien, déjeunes intelligences, épiises du vrai par le beau. 
La dédicace est de bon augure et donne, à tous égards, la note du mor- 
ceau. 

Après des critiques adressées et des hommages rendus aux maîtres 
d'hier et d'aujourd'hui, l'auteur évoque^ l'homme vêtu de lin, celui qui 
viendra répandre les braises ardentes, autrement dit l'arliste assez puis- 
sant pour servir efficacement par l'art la religion. Belles fresques évoca- 
trices. Mais la mesure et même la réalité s'accommodent-elles d'un juge- 
ment comme celui-ci : « Depuis les Confessions de saint Augustin, la litté- 
rature proprement catholique ne peut guère témoigner d'une réelle 
activité » et comme celui-ci encore : « Le xvii' siècle, qu'illustrèrent tant 
de mystiques, ne sut pas instaurer la littérature vraiment ca//io/iqfue, c'est- 
à-dire la seule humaine. » (?) 

Quelle sera l'apologétique de l'art? Une lettre de l'auteur à M. le direc- 
teur de la Revue du clergé français, et, publiée ici. nous assure excellem- 
ment qu'elle ne saurait agir à la façon d'un traité de théologie, mais par 
les multiples ressources de l'esthétique, en nous imprégnant de divin. 

Louis Théron de Monta cgé. 



li'Ëducation physique obligation nationale, par le docteur Bellin du 
GoTEAC. Paris, Bersrer-Levrauit, 1918, petit iii-8 de xx-41 p., avec 10 photogra- 
phies. — Prix : 2 fr. 

L.a Course à pied. Les Courses de liaies, par le docteur .Bbllin du 
Coteau. Paris, Berger-Leyrault, 1918, petit in-8 de xi-39 p., avec 24 photographies. 
— Prix : 1 fr. 50. 

. L'éducation physique a pour objet d'augmenter le coefficient de Fobusti- 



-_ 142 — 

cité de l'individu. Le docteur Bellin du Coteau, laissant de côté les formule* 
mathématiqwes de la robuslicilé, cheichc à en donner une formule physio- 
logique. Il critiqvie, non sans raison, les procédés Pignet (fondé sur le 
principe que le périmètre thoracique et le poids s'élèvent proportionnelle- 
ment à la taille) et Broca (reposant sur l'axiome que le poids d'un homme 
en kilogrammes doit égaler les décimales de la taille au-dessus du mètre) 
et estime que la robusticilé complète est fonction de la robusticilé pulmo- 
naire, dont la spiromélrie peut graduer la force, et de la robnsticité car- 
diaque, que la radioscopie et certains procédés permettent d'évaluer. Ces 
bases établies, il faut, dans l'intérêt de la race, rechercher les moyens sus- 
ceptibles de généraliser et d'étendre la culture physique. 

— La course à pied mérite d'être placée au premier rang des exercices 
athlétiques. L'auteur évoque le souvenir des courses olympiques qui 
tenaient une si large, place dans la vie de l'ancienne Grèce. 11 étudie la 
technique de la course à pied ; ses démonstrations sont illustrées par des^ 
photogravures. On voit nettement par exemple dans la reproduction 
dune « foulée ». combien l'allure de la course diffère de celle toute con- 
ventionnelle du pas gymnasti(jue. Le docteur Bellin du Coteau termine son 
étude par la description dune modalité des épreuves pédestres : la course 
des haies, d'une longueur de 110 mètres, avec 10 obstacles d'une hauteur 
de 1 m. 06. Pour cette course classique, où triompha l'américain Simpson, 
la vitesse moyenne est de 7 m. 50 à la seconde. R. L. 



'l'ravaux de damei», par Mauglerite de Sai>t-Genès. Paris, Maison de la Benne 
Presse, s. d. (1918), in-\'2 allongé de 240 p., avec 147 figures. — Prix : 1 lï. 30. 

Voici le no 5 des Petils Guides pratiques du foyer. Il comprend trois par- 
ties. La première est relative à la Couture, où l'auteur s'occupe des choses 
les plus variées, depuis les points de différentes sortes et le raccommodage 
jusqu'aux vêtements sacerdotaux et linges d'autel que les personnes pieuses 
peuvent avoir le désir de confectionner une fois satisfaites les obligations 
du ménage. La deuxième partie a trait à la Broderie et la deuxième con- 
cerne la Décoration de la maison : peinture, photographies, fleurs artifi- 
cielles, ameublement de campagne, décoration de table, etc. On trouve 
dans ces pages simplement et clairement écrites beaucoup de détails pra- 
tiques que de nombreuses figures rendent plus compréhensifs encore. 

E. A. C. 



Le« IVoms juifs^, par Georges Massoltié. Mâcon, Protat, 1917. in-lG de 17 p. 
— Prix : Ir. (>U. 

Travail sommaire, mais intéressant et utile, sur l'onomastique juive. .\ 
signaler, en particulier, le dernier paragraphe sur les noms formés par la 
réunion de consonnes initiales de plusieurs mots hébreux réliées, bien 
entendu, par des voyelles. Ex : Kalz qui représente Kohen Tzédek (Zadok 
Kahn, prêtre juste). 

Pourquoi, au sujet des transcriptions allemandes (Chajjim pour Hayyim, 
par exemple), n'avoir pas fait remarquer que la prononciation gutturale 
du c/i était, Outre-Rhin, la cause de déformations écrites bien regrettables ? 

H. GuÉum. 

MonHÏPiir « Sidi ». Mi'inoîres d'un eliat, par Côte-Dault. Paris, Édition 
du livre men.suel, ."59, boulevard des Balignolles, 1918, in-12 de 212 p. — Prix : 
5 fr. 

On a beaucoup écrit sur les chats, en prose et en vers ; des artistes — 



— U3 — 

nombreux — se sont plu à saisir leurs attitudes et à fixer leurs physiono- 
mies si ondoyantes, si diverses. On aime ou on n'aime pas les cliats. Ceux 
qui ont découvert chez eux autre chose que de l'égoïsme liront avec un 
vif plaisir le petit volume de M. Côte-Darly. Ils y verront comment Sidi, 
fils de Minouche, chat de Paris, adulé par ses maîtres, qu'il appelle <i son 
père » et « sa mère », a passé ses piemièrrs années et en quoi consistaient 
ses jeux. Sidi nous raconte ses villégiatures, d'abord dans une localité 
éloignée de la capitale, puis dans la banlieue, ainsi que ses relations avec 
toutes sortes d'individus de son espèce, bien ou mal élevés, dont les con- 
seils, suivis parfois, tournent généralement à son désavantage. Sidi, du 
reste, n'a pas à se plaindre du sort : il le dit et même l'écrit. Et c'est ainsi 
qu'il arrive à cette conclusion : « Que les petits des hommes — il y en a 
tant de barbares ! — lisent cette histoire d'un bon chat pour qui la desti- 
née fut maternelle, et qui leur tend à tous, aux bienveillants et à ceux qui 
le deviendront, une affectueuse patte de velours. » 

Aimable petit livre qui fera la joie des « chatophiles », parmi lesquels je 
compte. E.-A. Chapuis. 



CHRONIQUE 



Nécrologie. — Les lettres chrétiennes et françaises sont bien doulou- 
reusement éprouvées par la mort de M. Etienne Lamt, secrétaire perpétuel 
de l'Académie française, mort à Paris, le 9 janvier 1919. >'é à Cize, dans le 
Jura, le 2 juin 1843, M. Etienne-Marie-Victor Lamy fit à l'École de Sorèze 
d'excellentes études classiques qu'il termina au Collège Stanislas. A Sorèze, 
il connut le P. Lacordaire et ce maître éducateur contribua à lui donner 
cette dignité et cette fermeté de caractère qui ne sont pas communes à 
notre époque. Entré dans le barreau parisien, M. Lamy se fît recevoir doc- 
teur en dioit en 1869 ; il avait d'abord choisi comme sujet de thèse les 
rapports ds l'Église et de l'État ; la Faculté de Paris ne voulut pas accepter 
ce thème trop brûlant et le jeune avocat se rejeta sur l'étude des Opérations 
de bourse chez les anciens, au moyen âge et ctiez les modernes. Après la chute 
de l'Empire, il se présenta aux élections et fut envoyé à l'Assemblée natio- 
nale, le 2 février 1871. par le département du Jura. Il était du nombre, 
alors assez petit, des catholiques franchement républicains ; et c'est à ce 
titre, qu'après le vote de la Constitution de 1873, il fut élu député à la 
Chambre par l'arrondissement de Saint-Claude. Mais sa foi catholique, non 
moins ferme et ardente que sa foi politique, ne lui permettait pas de s'ac- 
commoder des lois sectaires. La vigueur avec laquelle il combattit le fameux 
article 7. notamment, brisa sa carrière politique. C'est par le journal, par 
le livre, par la parole qu'il exerça désormais une influence sur l'esprit 
public. Quelques-uns de ses ouvrages, comme la Femme de demain ou la 
France du Levant ont une haute portée politique ou morale. .\ppeléen 1905 
à occuper à l'Académie française le fauteuil laissé vacant par la mort de 
Guillaume, il ne tarda pas à conquérir auprès de ses confrères une telle 
autorité qu'il fut tout naturellement désigné pour recueillir la succession 
de M. Thureau-Dangin, secrétaire perpétuel, en 1913. Il n'aura pas long- 
temps rempli, hélas ! ces hautes et délicates fonctions, dans lesquelles il 
apporta, avec sa courtoisie parfaite, cette élévation morale et cette délica- 
tesse de conscience qui le distinguaient. Nous citerons de lui les œuvres 
suivantes : Le Juif de Vérone, ou les Sociétés secrètes en Italie, traduit cl 



— 144 — 

abrégé (Paris. 4867, in-12) ; — Mathilde de Canossa. traduit de l'italien 
(Paris, 1867, in-12) ; — Le Tiers Parti (Paris. 1868. in-8) ; — L'Assemblée 
nationale et la Dissolution (Paris, 1872. in-46) ; — La République en 1883 
(Paris, 1883, in-8) ; — Études sur le second Empire (Paris, 1895, in-8) ; ^- 
L Œuvre sociale. Les Seltlements anglais et américains (Paris, 1897, in-8) ; — 
La Femme de demain (Paris. 1901, in-12) ; — La France du Levant (Paris. 
1902, in-8) ; — Témoins de jours passés (Paris, 1907, in-12) ; — Au service 
des idées et des lettres (Paris, 1909, in-12) ; — Catholiques el socialistes 
{Paris. 1909, in-12) ; — La Langue française (Paris, 1912, in-12) ; — 
Quelques Œuvres et quelques ouvriers (Paris, 1912, in-16). 

— Le célèbre romancier Paul Margueritte est mort le 31 décembre 1918 ; 
c'est une grande perte pour les lettres françaises. Né à Laghouat (Algérie) 
le 20 février 1860, fils du général Margueritte. qui tomba glorieusement 
pour la France, à la tête de ses escadrons, en 1870, il commença ses études 
au lycée d'Alger, puis les poursuivit au Prytanée de la Flèche. Il fut atta- 
ché au ministère de l'instruction publique jusqu'en 1887, mais depuis 
longtemps (h^jà il s'adonnait aux lettres avec passion. Il commença sa car- 
rière par un hommage ému à la mémoire de son père dans le livre inti- 
tulé : Mon Père, qu'il fit paraître en 1884. Ses premiers maîtres littéraires 
furent Emile Zola et Edmond de Concourt, puis le poète Stéphane Mal- 
l.irmé dont il goûtait l'art raffiné. Il fit partie, dès l'origine, de l'Académie 
des Concourt. Bientôt Paul Margueritte quitta le naturalisme pour mar- 
cher sur les traces de Guy de Maupassant. Cet écrivain fut l'un des fonda- 
teurs du roman psychologique ; il collabora à la plupart des revues litté- 
raires de cette époque et particulièrement à la Revue contemporaine. Le 
théâtre le tenta aussi et il y parut même comme auteur et acteur dans 
une remarquable scène mimée : Pierrot assassin. En 1885, il publiait son 
premier roman : Tous quatre, qui obtint un grand succès ; l'année sui- 
vante, il donna Confessions posthumes, puis toute une suite de romans 
toujours très goûtés du public. Paul Margueritte a publié : Mon Père (Pa- 
ris. 1884, in-18) ; — Tous quatre (Paris, 1885, in-18) ; — Pierrot assas.^in de 
sa femme (Paris. 1886, in-18) ; — La Confession posthume (Paris. 1886. in-18) ; 

— Maison ouverte (Paris, 1889, in-18) ; —Pascal Gêfosse (Paris. 1888, in-8) ; 

— Jours d'épreuves (Paris, 1889. in-18) ; — A/na/Us (Paris, 1890, in-18) ; — 
Alger d'hiver (Paris, 1891, in-18) ; — La Force des choses (Paris. 1891. in-18) ; 

— Sur le Retour (Paris, 1892, in-18) ; — Mo Grande (Paris, 1892. in-8) ; — 
Le Cuirassier blanc, Farfaria, la Dame aux yeux violets, l'Insecte (Paris, 

1892. in-18); — La Tourmente (Paris, 1893. in-18); - La Mouche (Paris. 

1893, in-18) ; — L'Avril (Paris, 1893, in-18) ; — Ame d'enfant (Paris, 1894, 
in-8) ; — Fors l'honneur (Paris, 1895, in-18) ; — Le Jardin du passé (Paris, 
189;), in-8) ; — Simple Histoire (Paris, 1895, in-18) ; — L'Eau qui dort (Paris, 
1896. in-18) ; — L'Essor (Paris, 1896, in-18). Depuis 1896, Paul Margueritte 
travailla on collaboration avec son jeune frère Victor, qui s'était déjà fait 
connaître comme poète ; tous deux se signalèrent dans les domaines de la 
littérature, de la morale, delà politique, de l'histoire. De leur œuvre com- 
mune, nous rappellerons : Le Pariétaire (Paris. 1896, in-18i; — Poum. 
Aventures d'un petit garçon (Paris, 1897, in-18) ; — Le Carnaval de yice 
(Paris, 1897, in-18);— Une Époque : Le Désastre (Met: 1870) (Paris, 1898, 
in-18) ; — Femmes nouvelles (Paris, 1899, in-18) ; — Le Poste des neiges (Paris, 
1899. in-18) ; — Mariage el divorce (Paris. 1900. in-18) ; — Une Épopée. Les 
Braves Gens (Paris, 1900, in-18); — Une Épopée. Les Tronçons du glaive 
(Paris, 19U1, in-18); — Les Deux Vies (Paris. 1902, in-18); — L'Élargisse- 



— Mlj - 

'menl du divorce (Paris, 1902, in-8) ; — Le Jardin du Roi CParis, 1002, in-18) ; 
— Vers In lumière (Paris, 1902. in-18) ; — Hixloire de la (jnerre de 1870 
(Paris. 1902. in-18); — Helie (Paris. 1903. in-18) ; — Une Époque : Ln Com- 
mune (Paris, l'tOi, in-18); — Le Cœur el la loi (Paris, 1903, in-18) ; — Le 
l'rixme (Paris. 1905, in-18) ; — Quelques idées ( Paris, 1905, in-18) ; — .Sur le 
(•//(Paris, 190G. in-18) ; — Vanité (Paris, 1907, in-lSj ; — L'Autre, pièce en 
'.i actes rParis. 1907. in-8). Puis les frères reprirent leur indépendance. 
Paul publia depuis lors : Souvenirs de jeunesse (Paris, 190S. in-18) : — La 
Lanterne magique (Paris. 1909, in-18) ; — La FailAesse humaine (Paris, 1910, 
in-18) ; — Les Fahrecé (Paris, 1912. in-18) ; — La Maison brûle (Paris, 1913. 
in-18); — Nous les mères (Paris, 1914, in-18). Il y a de fortes réserves à 
faire sur les œuvres de cet écrivain au point de vue de la morale chré- 
tienne. 

— Mgr Antolin Lopez Pf.lâez, archevêque de Tarragone, inort le 22 dé- 
cembre, était un des prélats les plus actifs et les plus éminents de la pénin- 
sule hispanique. Né à Manzonal dcl Puerto (prov. de Léon), le 31 aoiît 1866, 
■ de parents assez modestes, il fut élevé au séminaire d'Astorga, et les qua- 
lités qu'il Y manifesta de bonne heure décidèrent son évèqne à lui confier, 
simple étudiant, la rédaction de El Crilerio tridenlino. Admis â la prêtrise 
avant l'âge canonique, il fut nommé à 23 ans clianoine de Lngo, et il 
coinmença aussitôt sa féconde carrière littéraire ; l'idée qu'il se faisait de 
l'importance de la presse à notre époque lui lit donner sa collaboration à 
de nombreux journaux, et l'on verra, dans la liste de ses œuvres que nous 
donnons plus loin, quelle place la presse ne cessa do tenir dans ses préoc- 
cupations. Sur la proposition de S. E. le cardinal Aguirre, qui l'estimait 
liarticulièremcnt. il fut appelé en 1904 au siège épiscopal de .Taca. Il y 
déploya une grande activité ; nous indiquerons seulement ici la réforme 
de l'enseignement des séminaires : la volonté de rendre son clergé mieux 
apdaté au rôle qu'il doit jouer dans la vie moderne le conduisit à créer au 
séminaire des chaires d'agriculture, de droit naturel, d'économie sociale ; 
deux autres créations à noter ici sont celles d'une chaire d'archéologie et 
d'une chaire de langue française. 11 voulut aussi que la bibliothèque du 
séminaire, qu'il s'efforça de pourvoir de bons livres, fût ouverte au public. 
Appelé en 1907 à siéger au Sénat, il y prit souvent la parole avec talent et 
avec éclat, notamment dans les questions de presse, d'enseignement et des 
relations entre l'Église et l'Etat. Transféré en 1913 sur le siège archiépis- 
copal de Tarragone, et désireux de se mettre à l'unisson de son nouveau 
troupeau, il apprit le catalan et sut prêcher correciement dans cette lan- 
gue ; et il prit soin de créer au séminaire des ch.iires de langue et de lit- 
térature catalanes et d'histoire de la Catalogne, en même temps qu'il orga- 
nisait renseignement de l'économie sociale. C'est par son initiative que 
fut réuni à Montserrat le premier Congrès liturgique. Il avait aussi orga- 
nisé une Agence catholique d'informations. Nous ne saurions oublier que, - 
pendant la guerre, à un moment où tant de membres du clergé espagnol 
manifestaient contre l'Entente des sentiments de méfiance sinon d'hosti- 
lité. Mgr Lopez Pelâez n'hésita pas au contraire à témoigner pour nous de 
ses vives et précieuses sympathies. L'Académie espagnole, l'Académie d'his- 
toire et celle des sciences morales le comptaient au nombre de leurs cor- 
respondants. Parmi les compagnies savantes de l'étranger qui lui avaient 
décerné le même titre, nous noierons l'Institut de Coimbre, l'Académie 
des Arcades de Rome et la Société historique et archéologique du Limousin. 
Voici la liste des principales publications de l'éminent prélat : La Expo- 

FtcvujKH 1919, T. CXLV. 10. 



— ne — 

xicion continua del Sanlisimo (Lngo, 189:2, ii)-8) ; — Las Aras de In 
caledral de Liujo (Lugo, 1892, in-8) ; — El Ponlificado (La Coruna^ 
1893, in-8) ; — El Darvinismo y la ciencia (Lngo, 1893, in-8) ; — flisto- 
ria del cuUo eucarislice en Lwjo (Madrid, 1894, in-8) ; — El Gran Gn- 
Ueijo (La Coruna, 1894, in-8) ; — El Monaslerio de Samos (Lugo. 1894, in-8) ; 

— Ilisloria de la ensenanza en fjKjo (Lngo. 1894, in-8) ; — Los Benedictinos 
de Monforle (Lngo, 1895, in-8) ; — De la Région gallega (Lugo, 1897. in-8) ; 

— El Senorio iemporal de los obispos de Lngo (Lugo, 1897, in-8) ; — La 
Accion del sacerdole en la prensa (Lugo, 1898, in-8) ; — Im Mnjcr y la prensa 
(Lugo, 1899, in-8) ; — Los Poeslas del P. Feyjoo (Madrid, 1899, in-8) ; 

— Sacerdoles al periodico (1900, in-8) ; — Una limosna para la prensa 
(1902, in-8) ; — Los Escritos de Sannienlo (M;idrid, 1904, in-8) ; — - 
Argos divina (1902, in-8); — l'H Derccho espanol en sus relaciones cou 
la Iglesia (Madrid, 1902, in-8 ; 3e cd. en 19M) ; — El Obispo san Cnpilan 
(Bnrgos, 1903, in-12) ; — La Censura eclesiaslica (Madrid, 1904, in-8) ; — 
Las Asambleas de la prensa (Madrid, 1904, in-8) ; — Los Danos del libro (Jaca, 
1903, in-8) ; — Estudios cànonicos (Madrid, 1906, in-8) ; — La Importancia 
de la prensa (Madrid, 1906, in-8) ; — De la Diocesis del Sacramento (Jaca, 
1907, in-8) ; — Ser/no/ies (Madrid, 1908, in-8) ; — Gralilud a los periodistas 
(Jaca, 1908, in-8) ; — La Pairona del periodismo (Jaca, 1909, in-8) ; — La 
Cruzada de la Duena prensa (Jaca, 1909, in-8) ; — Injuslicias del Eslado espa- 
nol (Jaca, 1909, in-8) ; — El Clero en la polilica (Jaca, 1909. in-8) ; — El 
i'ri'supaeslo del clero (Jaca, 1!)10, in-8) ; — San Froilan de Lugo (Lugo, 1910. 
in-8) ; — La Prensa coma arma de combale (Jaca, 1910, in-8) ; — La Pluma 
del periodisla (Jaca, 1911, in-8) ; — Vida posUuna de un Sfuilo (Madrid, 191 1, 
in-8) ; — Discursos pronunciados en Lugo (Lugo, 19H, in-8) ; — Los Si e le 
pecados capildles (Jaca, 1911. in-8) ; — Sadaba y su Crislo (Jaca, 1912. in-8) ; 

— La Agenda cniolica de informacion (Jaca, 1912, in-8) ; — Onien sepa 
escribir escriba (Jaca, 1912, in-8) ; — El Gran rolaliuo calolico (Jaca, 1912, 
in-8) ; — El Alcoliolismo (Jaca, 1913, in-8) ; — Por la Iglesia espanola (Tar- 
ragona, 1913, in-8) ; — Los Trabajadores en el periodico calolico (Tarragona, 
1914, in-8) ; — La Nolaria (Barcelona. 1914. in-8) ; — La VUalidad de la 
prensa no diaria (Tarragona, 1915, in-8) ; — La Mislica doclora sanla Teresn 
de Jésus (Reus, 1915, in-8) ; — Mnseos diocesanos (Tarragona, 1915, in-8) ; 

— Los Fieslas de la Virgen (Tarragona, 1915, in-8). 

— .\vcc M. Thcodore Roosevelt, mort le 6 janvier, dans sa maison. 
d'Oyster Bay (New York), disparaît une figure originale et puissante. >é 
à New York, le 27 octobre 1852, d'une famille de souche hollandaise, 
établie depuis longtemps aux États-Unis, il fit nne partie de ses études en 
Allemagne, mais c'est à l'Université Harvard, l'une des plus célèbres 
d'.\mérique, puis à celle de Philadelphie, qu'il les acheva. Il se lança de 
bonne heure dans la politique, se fil élire er. 1882 au Congrès de .Ni \v 
York, dans lequel il se fit remarcjucr par son attitude énergique contre la 
corruption administrative. Chef de la police de New York {lN9ii-l897), 
appelé par Mac Kinley au ministère de la marine (1897), qu'il quitta pour 
prendre une part active à la guerre hispano-américaine, puis gouverneur 
de rÉtat de New York, il fut appelé en 1900 à la vice-présidence des Eials- 
Unis. L'assassinat de Mac Kinley en 1901 lui fit assumer la présidence, et 
il fui confirmé en 1904 dans ce poste par le verdict populaire. M. Roo- 
sevelt n'était pas seulement un homme d'action, il sest aussi fait con- 
naître comme journaliste et comme écrivain. Nous citerons de lui les ou- 
vrages suivants : Naval war of 1S12 (New York, 1881, in-8) ; — Ilunling 



- 147 — 

fri/jx nf n rnnchmnn (London, 1880. in-8) ; — Life of Tlionirts If. Benlon 
(Bostot). 1887. iii-H)) ; — Life o/ Gonvernenr Morris (Hoslon. 1888. in-S) : — 
/';vj(/((V(/ /Kj/i7/c.<r (New York, 1888. iti-J2) : — fianch. Life nnd llif Imnlinr/ 
Irnil (I.oiidon. 1888, in-4) ; — WinniiKj of Ihe Wesl (?i(t\\ York. 18.Stl-|Sl)(i, 
t vol. iii-8) ; — Neiv York (Londoii. l89l, in-8) ; — American idcah (\c\\- 
Yorlv, I8!»7. iii-12) ; — Wilderness hunier, big gnme, liorse, honnd and rifle 
(New Yoïk. 1893, in-S) ; — Ilero taies froni American hislory (J^cw \ovk 
1898. in-8), en collaboration avec H. G. Lodgc ; -- The Rough riders 
(London, 1899, in-8) ; — Olirer Cromwell (London, 1900, in-8) ; - Tlie 
Sirennons bife (New York, 1900, in-12) ; — The Deer faniily (.New York, 
1902, in-8) ; — Addresses and presidential messages, lOOQ-lOO'i (New York, 
l'.)04, iti-8) : — Ontdoor paslimes of an American hunier (New York, 190r), 
in-8) ; — fiood hunling in [)nr.';uU of big gam in Ihe Wesl (New York. 1907, 
in-8) ; — African and Européen nddres.^és 'New York, 1910, in-8) ; — Afri- 
i-'Ui gaine Irnils (London, 1910, in-8) ; — Bioloyical analogies in hishry 
lOxfoid, 1910, in-8) : — The IKaval opérations of tlie war belween Grf^nt 
Bntnin and Ihe United S/nlp. lRl2-lSlb (London, 1910, \n-9,) ; — Stories 
of Ihe Repnblic (New York, 1911, in-8). en collaboration ; — An Autobio- 
5/ra/>/(y (New York, 1913, in-8) ; — Progressive principles (New York, 1913, 
in-8) ; — Throagli the Brazilian u)ilderness (London. 19l4, in-8) ; — llistory 
in lileralu're and other essays (London, 1914, in 8) ; — America and tlie 
world war (London, 1915. in-S) ; — Why America should join the allies (New 
York. 1915, in-8) ; — Life historiés of American gam a/u/Ha/s (London. 1h15, 
"1 vol. in-8) : — Booklover's holidays in the open (London, 1916, in-8) ; - 
Fear God and take your own part (New York, 1916, in-16). Parmi les tra- 
ductions françaises qui ont été données des ouvrages du célèbre écrivain, 
nous citerons : Chasses et parties de chasse, traduction d'Albert Savine, 
(Paris. 1903, in-18) ; — Lldéal américain {Parh, l^Oi, in-16), Iraduit par 
A. et E. de Ronsiers : — L'Idéal d'Amérique, la vie intense, traduit par la 
princesse Ferdinand de Fancignv-Lucinge et M. Jean Groulet ; — L'E.ci)ro- 
priation des races incompétentes (Paris, 1904, in-12) ; — La Conquête île 
/'ouest, des AUé(jhanys au Mississipi (1769-1776) (Paris, 1904, in-18; ; — Le 
Citoyen d'une république (Paris, 1910. in-16) ; — Mes Chasses en Afrique, 
traduction de Norbert Sevestre (Paris, 1910. in-8) ; — La Vie a/i rancho, 
traduction d'Albert Savine (Paris, 1903. in-18). 

— Le baron, puis comte Georg vo^^ Hertling est mort le 5 janvier. Né à 
Darmstadt. le 31 août 1843. il fit ses études aux Universités de Munster, de 
Munich et de Berlin. D'abord privatdozenl à Bonn, il fut nommé en 18S0 
professeur extraordinaire à cette Université, d'où il passa deux ans plus 
tard comme professeur ordinaire de philosophie à l'Université de Munich. 
La spéculation philosophique ne l'absorbait pas tout entier, et, dès S873, 
il avait été envoyé comme député au Reichstag, et avait pris dans le Centre 
une influence prépondérante. Sauf pendant la période 1890-1896, il ne 
cessa de siéger au Reichstag. 11 joua également un rôle important dans la 
politique de la Bavière ; il était président du Conseil quand éclata la guerre 
et l'on na pas oublié que Guillaume II fit un moment appel à lui pour 
les fonctions de chancelier de l'Empire. Mais ce n'est pas par son action poli- 
tique, mais par son action intellectuelle qu'il appartient à cette chronique. 
Il fut en 1876 l'un des fondateurs de la Gorresgesellschaft, la grande société 
catholique allemande, dont il demeura jusqu'à la fin le président. II contri- 
bua également à la fondation de la Société germanique d'art chrétien, 
dont il fut le président de 1892 à 1909. Il était depuis 1899 membre de 



— 148 - 

l'Académie des sciences de Bavière. Il dirigeait avec M. Clemens Baumker 
l'importante collection des lieitrage ziir Geschicide der Philosophie der Miltel- 
alhii's, fondée en 18i^»2. Nous citerons de lui les ouvrages suivants : De 
Arislolelix nolione aniiis coininentalio (F'riburgi Br., 1864, in-8) ; — ■ Malerie 
und Forr.i and die Defifulion der Seele bel A ristoieles (Roan, 1871, in-8) : — Zur 
Erinnerung an Friedrich Overbeck (Koln, 187o, in-S) ; — IJeber die Grcnzen 
der mechafuschen Nnlurerhinrnng (Bonn, 1875, in-8) ; — Die Hypothèse 
Darwins (Wûrzburg, 1870 in-8) ; — Darwin^ Haeckel und Virchoio (Kôln, 1878, 
in-8) ; — Der Darwiinsmus eine geislige Epidémie (Frankfurt. 1871», in-8) ; — 
Alberlus Mdgniis (Koln. 1880, in-8) ; — Aufsalze und Reden so:i(dpolilischen 
Inhalls (Frciburg, 1884, in-8) ; — Zur Beanlwortung der (j'ollinger Jubl- 
Jaumsrede, ojjener Briefan Herrn Albert Ritschl (Paderborn, 1887, in-8) ; — 
John Locke und die Schute von Cambridge (Freiburg, 1892, in-8) ; — Natur- 
recht and Socialpolitik (Ivoln, 1893, in-8)'; — Kleine Schriflen zur zeitge 
.<chichle und Polilik (Frciburg, 1897, in-8) ; — Dus Princip des Kalholicismus 
und der Wissenschafl (Freiburg, 1899, in-8j ; — Augustin, der Untergang 
der anliken Kullur (Mainz, 1902, gr. iti-8) ; — Wissenschaflliche Hichlungen 
und pliilosopfdsche Problème im 13. Jahrhunderl {Mûnchen. 1910, gr. in-18) ; 

— Augustinus-Citate bei Thomas von Aquin (Mûnchen, 1904, in-8) ; — Recld, 
Skud und GesellschaJÏ (Rempten, 1906 in-16). 

— lin romancier italien très populaire et dont l'œuvre délicate^ d'une 
observation fort juste, a rencontré un accueil sympathique non seulement 
en Italie, mais à l'étranger et notamment en France, M. Salvatore Farina 
est mort récemment. Né à Sorio, en Sardaigne, le 10 janvier 1846^ reçu 
docteur en 1868 à Turin où il acheva des études commencées à Casai et 
poursuivies à Paris, il s'établit à Milan et se livra entièrement à son goût 
littéraire. Ses récits, nouvelles, romans obtinrent vite la faveur du public. 
La ])lupint ont eu les honneurs de plusieurs éditions ; un certain nombre 
ont été traduits. Les tournées de conférences que M. Farina entreprit à l'étran- 
ger contribuèrent aussi à assurer son succès. Nous citerons de lui : Tre 
amori (Milano, 1869, 2 vol. in-32) ; — {//i segre^o (Milano, 1869, 2 vol.in-:i>4) ; 

— Il Romanzo d'un vedouo (Milano, 1871, 3 vol. in-24) ; — Frulti proibiti. 
Jia/nma vagabonda (Milano, 1872, 2 vol. in-24) ; — Faute di picche (Alilano, 

1874. in-16) ; — // Tesoro di Donnino (Milano, 1874. in-16) ; — Cappelli 
biondi (Milano, 1876, in-16) ; — Dalla spuma del mare (Milano, 1876, in-16) : 

— Un liranno ai bagni di mare (Milano, 1877, in-16) ; — Amore bendato 
(Torino, 1877, in-16) ; — Oro nascosto (Roma, 1878. in-8) ; — Il.Merlo bianco 
(Koma, 1879, in-8) ; — Le Tre nnlrici (Torino, 1879, in-16) ; — Prima che nas- 
cesse (Torino, 1879, in-16) ; — Miojlglio studia (Torino, 1879, in-16) ; t— Mio 
Jiglio s'innamora (Torino, 1880. in-16) ; — Coraggio e avanti (Torino, 1880, 
in-Ki) ; — IS'onno ! (Torino, 1881, in-16) ; — // Manlo di Laurina (Torino, 
1881, in-16) ; — L' Intermezzo e la pagina nera (Torino, 1881, in-16) ; — 
Mio figlio (Torino, 1882, in-16) ; — // signor lo (Torino, 1882, in-16) ; — 
Amore a ceid'ocçhi (Milano, 1883, in-16) ; — Fra le corde di un contrabbasso 
(Milano, 188-4. in-16) ; — Uim separazione di lelto e di mensa. La Fauuglia del 
signor Onondo. Un uomo felice (Milano, 1885, in-16) ; — Pp'belli occlii delta 
gloria (.Milano, 1887, in-16) ; — L'Ullima battaglin di prête Agoslino (Milano, 
1888. in-16) ; — Caporal Silveslro (Milano, 1888, in-16) ; — Don Chisciottino 
(Milaim, 1890, in-16) ; — / Due desideri (Milano, 1889, in-16) : — Amené 
lellure (Beilino, 1891, in-17) ; — Vivere per amore (Milano, 1891, in-16) ; 

— Piu forte dell'amore (Milano, 1891, in-16) ; — Per la vita e per la morte 
(Milano, 1891, in-16) ; — Perché ho risposlo no? (Milano, 1892, in-16) ; — 



— 149 — 

\more fnujhirdo (.Mil.'irio, lSfl3. iii-lf)) ; — C/tf dira il inondo? fMilano, IS93, 
i,,.l»;) ; — Carlo boUnin (Milano, IHOi, in-lfi) ; — // numéro 13 (Milano, 
1S93. in-l6) ; — Madonninn Brianca {]'niiilns) (Milat»o. 18117. iti-16); — Fino 
alla morle (Milano. 1!)02, iri-lOj ; —Le Ire cominedie délia vila (Milano. 1903, 
il, .16) ; — H y,egrelo del nevaio (Toiino. 1900. iii-lS) ; — La Mia fjiornala 
(Torino, 1910, iii-16) ; — Il Libro degli amori (Torino, 1911, in-IG) ; — Il 
secondo Libro degli amori (Torino, 1912. in-16) ; — La Più bella fauciulla 
dell'iiniversa (Torino, 1912. in-16) La Soclelà tipografica éditrice nazionale 
do Turin a entrepris une édition de ses œuvres complètes. Nous citerons 
encore les traductions françaises de quelques-unes de «tes œuvres ; Bou- 
rasqiie conjugales. Un Homme heureux. Valel de pique, traduit de l'italien 
par S. lilandy (Paris. 1880. in-16) ; — Les Cenl Yeux de l'amour, traduit 
par L. Dieu (Paris 1883. in-18) ; — Le Trésor de Donnino, traduit par S. 
Blandy (Paris. 1883, in-16) ; — L'Écume de la mer, traduit par S. Riandy 
(Paris! 1»88, in-16) ; — Pour la gloire, traduit par F. Heynard (Paris. i8S9, 
in-16). 

— M. Claudc-Édouard-Denys-Marie Cochin. député du Nord, né à Évry- 
Petit-Bourg iSeine-et-Oise). est mort h Paris, le 31 décembre 1918, à So ans. 
Il était fils de M. Henry Cocliin et neveu de M. Denys Cochin. Il entra de 
bonne heure dans la voie politique et continua les traditions de libéra- 
lisme et de dévouement aux all'aires publiques, qui étaient les vertus de sa 
race. Après de sérieuses études à l'École des chartes et à l'École française 
de Rome, il fit paraître des Essais qu'il a publiés dans la Revue hebdoma- 
daire, dans la Bibliolhèque de l'École des Charles, dans le Bullelin de la Sociélé 
d'histoire de France, dans la Revue des questions historiques et le Journal des 
débats. Le jansénisme l'occupa et particulièrement Henry Arnaud, évéque 
d'Angers, sur lequel il fît une thèse très remarqu'ée. Il avait découvert une 
intéressante série de lettres du cardinal de Retz, provenant en partie des 
archives de la famille de Gondi. 

— Le D"^ Lucien Butte, mort à la fin de décembre 1918. était né à Con- 
flans (Moselle), le 8 janvier 1856. Docteur eu médecine de la Faculté de 
"Paris en 1883 il devint chef de laboratoire de l'hôpital Saint-Louis. Membre 
de diverses sociétés savantes, président de la Société de médecine de Paris 
et de l'Association centrale des médecins de France, il a publié de nom- 
breux et importants travaux, insérés notamment dans les .l/i/i«/^s (rh>Y/(è«t? 
et dans les Mémoires de la Sociélé de biologie. Nous citerons particulière- 
ment : Élude de physiologie expérimentale. Rechercfies sur les varialions de 
iexhalalion pulmonaire de l'acide carbonique, influence de quelques médica- 
ments et de certains étals déterminés expérimentalement (Paris, 1883, in-8) ; 

— Du Sublimé comme antiseptique, étude critique et clinique sur l'intoxication 
par le bichtorure de mercure employé comme agent d'antisepsie (Paris, 1886, 
iu-8) ; — Recherches expérimentales sur la vitalité du fœtus, action de cer- 
taines modifications du milieu intérieur de la mère (Paris. 1888. in-8) ; — L'As- 
sistance, bullelin officiel de la policlinique de Paris (Paris, 1891-1896, in-8) ; 

— L'Urée du sang à l'état pathologique et en particulier dans les affections 
cutanées (Paris, 1892, in-8) ; — Du nerf pneumogastrique {physiologie normale 
et pathologique. Diabète, albuminuries névropathiques (asthme, névropalhie, 
cérébro-cardiaque) etc.. avec le D' G. Arthaud (Paris, 1892, in-8) ; — Les 
Teignes (favus, tondantes, pelade (Paris, 1893, in-18) ; — Recherches sur la 

fonction glycogénique du foie (Paris, 1894, in-8) ; — .\nnales de thérapeutique 
dermatologique et syphiligraphique (Paris. 1901-1903, in-8) ; — L' Aliinenla- 
iion lactée chez le nouveau-né (Paris, 1903. in-18). 



- 150 - 

— On annonce encore la mort de MM. : Charles Ballle, ancien magis- 
trat, qui a donné à la Revue hebdomadaire divers travaux, entre autres : 
Six mois d'invaxion prussienne fjanvier-aoàl 1871), et qui, indépendamment 
de nombreux articles et études insérés dans la revue Annales franc-com- 
toises, dans les Mémoires de l'Académie de Besançon et les Mémoires de In 
Société d'émulation du Douhs, a publié : Le Comté de Bourgogne de 1595 
à 167-^1 (in-8, Besançon, 1881), deux intéressantes biographies du Poète 
Edouard Grenier (?i\vis, 1002, petit in-8) et du Comte de Laubespin (ISIO-ISOG) 
(Paris, 1902, petit in-8) ainsi qu'un imi^ortant ouvrage intitulé : f'/i Prélat 
d'ancien régime au xixe siècle, sa famille et son groupe. Le Cardinal de Rotian, 
arclievêque de Besançon {1788-1833) (Paris, l'JUG, petit in-8), mort à Pari^, 
le 22 janvier, à l'âge de 87 ans ; — André Beaussieh, collaborateur de 
VÉcho de Paris, mort le 29 décembre 1918 ; — Félix Bonnet, avocat au 
Conseil d'État et à la Cour de cassation, qui a collaboré activement au 
Bnlleliii de la Société d'éducation et d'enseignement, mort dernièrement à 
Paris ; — Léon Bouger, avocat, collaborateur de V Intermédiaire des cher- 
cheurs et curieux, où il signait du pseudonyme Champvolant, qui laisse un 
volume de poésies : Les Cyclades (Paris, 1904, in-18)et a terminé dernière- 
ment une importante étude historique que publie actuellement la Nouvelle 
Revue sous le titre : Une Intrigante et son mari au xvni' siècle. La Marquise 
et le marquis de Monconseil, mort récemment à Saintes, à Tàge de 53 ans ; 
— Emile BuEiTLiNG, proviseur du lycée BufTon, mort à Paris, le 30 décem- 
bre ; — le D' Buffet-Delmas, professeur d'anatomie à l'École de médecine, 
mort le 4 janvier, là Poitiers ; — Raphaël Chaigneau, ancien collaborateur 
du Petit .lournal, mort à 52 ans, le 23 décembre ; — André Chanot, connu 
sous le pseudonyme Max Rivera, rédacteur au journal le Temps, mort à 
29 ans. le 27 décembre ; — Jean-Édouard CnAPEYiiOux, en littérature Clé- 
ment ftochel, auteur de travaux sur les manuscrits inédits de Proudhon 
relatifs à ,Tésuset aux origines du christianisme, à Napoléon 1". qui a écrit 
aussi des ouvrages sur les Mémoires de Fouché et sur ceux de la comtesse 
D ash, des Contes à Suzon, quelques pièces de théâtre, etc.. mort le 
7 janvier, à 54 ans ; — M. Cugfa, astronome, qui appartint pendant 50 ans 
à l'Observatoire de Marseille, dont deux découvertes particulièrement 
remarquables de petites planètes provoquèrent un vif intérêt parmi les 
astronomes, mort le 17 janvier : — le D'' E. Destot, qui s'est spécialisé 
depuis plusieurs années dans les recherches sur l'électricité médicale et les 
rayons X et qui a publié de nombreux travaux, notamment sur les troubles 
l)hysiologi([ues et les cas d'atrophie dus à ces rayons, et un Essai de stéréos- 
copie rationnelle (Paris, 1903, in-8), mort à 54 ans, le 4 janvier, à Chàtillon- 
sur-Seine ; — François Dlmahdin-Beaijmetz, administrateur du Petit Joui^ 
nal, moit à Paris, le 6 janvier ; — Ambroise Dumont, rédacteur en chef 
de l'Avenir du Puy-de-Dôme, auteur de ; La Monde basée sur la démogra- 
phie (Paris, 1901, in-12) el ,Ja Xntalilé à Snint-Pierre-de-Clairac {Lot- 
fl-Garonne (Paris, 1902, in-8), mort à Clermont-Fcrrand, le 22 janvier ; -- 
Max Eggeh, ancien professeur de l'Université qui a publié : Denys d'IIali- 
carnasse (Paris, 1902, in-8), n)ort à Arcachon, à 57 ans, le 14 janvier; — 
le Dr Paul Fap.iie, auteur de nombreux travaux scientifiques, entre autres : 
Sur les mélanodermles phliriasiques (Paris, 1902, in-8) et Une Epidémie 
d'oreillons à Commenlry (1002) (Paris, 1903, in-8), mort à Commentiy, le 
10 janvier, à 76 ans; — Jules François, diiecteur du Juui-nal du notariat, 
mort le 30 décembre ; - Alphonse GnvAUn, professeur au Ijcée de Bor- 
deaux, auteur d'une lîisloire de la guerre de 1870-7 1 qui compte parmi les 



— :iM — 

incilliMirs ouvrages classiques de nos écoles, mort à 'ôl ans, en (lécembre ; 
— Alain df. (iouK, collabora lenr de la Revue du Bas-Poiloa, lui- à l'ennemi, 
io S octobre 191S ; — l'abbé IIkumkmm:. professeur à l'Institut catho- 
lique de Paris, diierteur de l'Kcole dioci'-saine Sainte-Croix ; — Fritz Moli.. 
correspondant du Temps a Strasbourg depuis de nombreuses années, mort 
à Strasbourg, le 7 janvier ; — le l)'" ,1eannel. doyen de la Faculté de méde- 
cine de Toulouse, mort à Paris, à l'âge de 68 ans, le 13 janvier ; — Jean 
Laffite, collaborateur de l'Éc/io de Pans, de la Petite (Jiroiide ci de Y Afjence 
républicaine, qui a publié : Le Lilas blanc, ou la Jeune Débutante (Paris, 1902, 
in-16), moi t en janvier ; — le chanoine Lemoine. supérieur de l'École 
Sainte-Croix à Orléans, mort à 58 ans, le 19 janvier; — le Df Lesiel», 
professeur à la Faculté de médecine, qui a donné entre autres, en collabo- 
ration avec le D'^Courmont, la partie relative à l'atmosphère et aux climats 
dans le Traité d'hygiène de Chantemesse et Mosny (1903, gr. in-8), mort le 
l'6 janvier ; — .Toseph Linyeu de la Ciievallerée, qui a publié des Essais 
poétiques dans la Revue du Bas-Poitou, tué à l'ennemi, en août 1918, à l'âge 
<Jc 20 ans : — le chanoine Poey, aumônier des dominicains de Pau, auteur 
d'un catéchisme fort apprécié et d'Études sur les origines du christianisme et 
i histoire de V Église durant les trois premiers siècles (Paris, 1903, in-16), mort 
le 9 janvier ; — M°" G.-C Robert, auteur de nombreuses publications 
pour la jeunesse, notamment : .lean et Françoise (Toulouse, 1901, in-12) ; 
Le Meilleur Tour de cabriole (Paris. 1902. in-18) ; Les Trois Cousins (Paris, 
1902. in-Ki) ; Perdu dans les ténèbres (Toulouse. 1903, in-12), morte à Tor- 
uac (Gard), le 29 décembre, à l'âge de 85 ans ; — Albert Sola>et. directeur 
du Bulletin de l'enseignement chrétien du diocèse de Mende, professeur au 
grand séminaire de ce diocèse, qui laisse, outre un Traité de chimie agri- 
cole très apprécié, une Monographie de JSotre-Dame de Quézac et diverses 
biograpliies dans la collection des Contemporains, mort à Mende, le 28 sep- 
tembre 1918, à l'âge de 56 ans ; — le D"^ Tanton, ancien professeur agrégé 
du Val-de-Giâce. mort à l'ambulance du Mont-Frenet, le 26 décembre ; — 
— François-Edmond Thiéry, ancien professeur à l'Ecole nationale des 
eaux et forêts, qui a consacré à cette école près de 33 années de sa vie et 
laisse de nombreux ouvrages parmi lesquels nous devons rappeler : Traité 
de mathématiques appliquées aux scieries et aux constructions ; Xolices sur les 
instruments stadimétriques et les barrages curvilignes ; Restauration des mon- 
tagnes, correction des torrents et reboisement et Élude sur les petits chemins de 
fer forestiers, mort à Dijon, le 16 novembre 1918, à l'âge de 78 ans ; — le D' 
Albert Weil, chef des laboratoires d'électro-radiologie de Ihôpital Trousseau 
et de l'hôpilal auxiliaire n" 1, auteur de nombreux ouvrages de tliérapeu- 
tique, notamment ù' Éléments de radiologie et de : Guide pratique d'électro- 
thérapie gynécologique (Paris, 1900, in-18) ; Le Sang et les réactions défensives 
de l'hématopoièse dans l'infection variolique (Paris, H 901, in-8); Manuel 
d'électrolhérapie et d' électro-diagnostic (Paris, 1902, in-16), mort le 21 jan- 
vier, à Paris. 

— A l'étranger, on annonce la mort de MM. Randolph Bourne, collabo- 
rateur de The Xew Republic, auteur de : Youth and life (1913, in-8) ; Educa- 
tion and living (1917, in-8). mort âgé de 32 ans. à New York, le 22 dé- 
cembre ; — Angiolo Celum. imprimeur florentin et secrétaire de l'admi- 
nistration de la Rassegna nazionale, mort en décembre 1918 : — Emile 
FÉRON. fondateur du journal la Réforme, député de Bruxelles, qui fut 
pendant de longues années, avec M. Janson, le leader du parti libéral 
belge, qui jou I, il y a une vingtaine d'années, un rôle important dans 



— 152 — 

l'évolution du parti libéral belgo, mort en décembre, à Brnxolies ; — 
George Burman Fostkh, théologien baptiste. né le 2 avril dS'iS. à Aider- 
son, professeur de philosophie de la religion à l'Université de Chicago, 
depuis 1905, auleur. entre autres ouvrages, de : FiimlUy of Ihe Christian 
(1906, in-8) ; The Fanclion of religion in man's strugyle for existence {i90'^, 
in-8) ; — Nathaniel Clark Fowlek, qui, dès ses jiremières années, se consacra 
au journalisme, auteur de : lUiildinij Business (1893) \ Dollars and Sensé 
(1S95) ; l'ractical Pnblicily (1896) ; « Fowler's Pablicity » a Cyclopedia oj" 
Advertising and Printiny (1897) ; The Boy, hoiu to help hiin siicceede. en col- 
laboration (1902) ; Slarling in Life (1900) ; IIow lo gel andkeepajob (1907) ; 
Practical Salesmanship (1911) ; lIow to save money (1912) ; How lo gel your 
pay ra/sed (1912) ; Art of le lier wriling (1913) ; Art oJ slory icriling {idl3) ; 
Handbook of journalism (1913) ; How to oblain citizenship (1913) ; Knockers 
Club (1913) ; One thonsand thing ivorlh knoiving (1913) ; Art of speech ma- 
king (1915) ; How to sell (1915) ; Beginning right (1916) ; Principles of sCtf- 
Jrage (1916) ; Grasping èpportunity (1917) ; Principles of selling (1918), 
mort récemment à Boston, âgé de 60 ans ; — William EUerby Green, 
l'un des chefs de la maison londonienne d'édition Longmans, Green and 
Co., mort à 86 ans, le 25 novembre ; — Ivar H^ggstrôm. imprimeur et 
libraire suédois, mort à 81 ans, à Stockholm, en décembre 1918 : — Jacob 
Hegel, l'un des directeurs de la grande maison d'édition Gyidendal, à 
laquelle il donna une vigoureuse impulsion, collectionneur d'objets dart, 
mort à 67 ans, le 20 décembre, à Copenhague ; — Ejnar Jespeusen, qui 
dirigea pendant plusieurs années le « Nordisk Musikforlag » de Coijen- 
hague et qui fut un des membres actifs de l'Alliance française en Dane- 
mark, mort à Paris, le 16 novembre, dans sa 56" année ; — Axel Lausen, 
libraire notable de Copenhague, mort à 32 ans, le 19 novembre ; — Cari 
Liebknecht, fils du célèbre socialiste Wilhelm Liebknecht, qui, sans jouer 
dans l'histoire du parti socialiste allemand un rôle aussi considérable 
que son père, exerça cependar^ une certaine influence, collaborateur des 
journaux du parti, auteur entre autres ouvrages^ de : Militarisnius iind Anti- 
miliarisnius unter besonderer lieriicksichtigiing der internationalen Jiigendbe- 
wegiing (Leipzig, 1907, in-8), tué à Berlin, le ISjanvier ; — Gustav Alexander 
LuNDSTROEM, directeur du Finsk bokhandelstidning , mort à 59 ans, le 2!> 
novembre ; — Rosa Luxemburg, la célèbre agitatrice socialiste, collabo- 
ratrice assidue de la A'eue Zeit et de la Leipziger Volkszeitnng à qui l'on doit 
notamment : Die industrielle Entwicktnng Polens (Leipzig. 1898, in-8) ; 
Sozialreforni oder Révolution? (Leipzig, 1898, in-8 ; 2' édil. en 1!»08). tuée a 
Berlin, le 15 janvier ; — Ole Henrik Mirkelsen, membre de la maison 
d'édition C. A. Reilzel, mort à 64 ans, à Copenhague, le 2;{ décembre ; — 
Solone MoNTi, journaliste, écrivain, l'un des dirigeants de la nouvelle 
croisade catholique italienne, dont nous pouvons citer : // Vincitore delta 
morte (Milano, 1902, in-I6), [poème sur la vie et la passion de >'.-S. J.-C, 
mort le 17 décembre, à moins de 40 ans ; — Walter Hines P.\ge, l'un des 
membres de la grande maison d'édition Doubleday, Page and Co., ce qui 
ne l'empêcha pas d'aller représenter les Etats-Unis à Londres, comme am- 
bassadeur en 1913, directeur du Forum (1890-1895), de l'/U/rt/i//c (18901900),. 
auteur, entre autree ouvrages, de : Rebuilding Ihe old commonweallhs (1902. 
in-8) ; The Southerner, roman (1909, in-8). né à Cary, dans la Caroline du 
Nord, le 15 août 1855, mort à Pinehurst, N. C, le 21 décembre : — Wil- 
liam Agnhw Paton, collaborateur du \ew York World de 1877 à 1881 et 
fondu t«ur du Scribner's Magazine (1885-1887), à qui l'on doit : Down ther 



— 153 — ^ 

Jshnds, a Voyage in the Cnrihbees (1887) : Pictnresqiie Sicily (I.S97) ; The 
First LandfiiUofColomlms {{901) : Home Unie Ballads (1907), n)ort à New 
"Nork. le 11 décembre, âgé de 70 ans ; — William G. Pukston, avocat à 
lUilTalo, puis altaclié successivcnioiil an Bookman et à la A'olion de .New 
York, mort le 18 décembre, à 52 atis ; — Emile Staïco, professeur rou- 
main, qui laisse des éludes très appréciées sur le monde balkanique, 
divers mémoires communiqués aux Académies de Paris et de Bucarest, 
un essai sur une nouvelle étude de thermométrie en collaboration avec 
M. Ch. Guillaume, mort à 39 ans, le 2 janvier ; — le Dr Tanneh, célèbre 
par le jeûne de 40 jours auc|uel il se soumit en 1880, sous la surveillance 
de plusieurs médecins, mort en janvier, à San-Diégo (Californie), à l'âge 
de 91 ans ; — Sir Donald Mackenzie Wallace, né le 11 novembre 1841, à 
Boghead, Dumbartonshiro, qui, après do solides études aux Universités de 
Glasgow, d'Edimbourg, de Berlin, d'Heidelberg et à l'Ecole de droit de 
Paris et après d'assez longs séjours et voyages en Franco, en Allemagne, 
en Russie, en Turquie (1863-1 884 1, devint secrétaire du marquis de Dulîe- 
rin et du marquis de Lansdowne, vice-roi des Indes (1884-1889), fut atta- 
ché au tsarévitch pendant son voyage dans les Indes et à Ceyian (1890- 
1891), se vit chargé de la politique extérieure du Times (1891-1899), devint 
chambellan d'Edouard VU. puis de Georges V. et auquel on doit, outre 
la 10" édition de ÏEncyclopaedin brilannica, des ouvrages importants : 
Bassin (1877. 2 vol. in-8) ; Egyptand the Egyptian question {[SS3. in-8) ; IVeb 
of Empire ; Dinry of the Impérial tour of their Royal Highnesses the Duke and 
Duchess of Corniuall and York in 1901 (1902, gr. in-8) ; Oar Bussian ally 
(1914, in-8), mort le 13 janvier, à Londres. 

Leijtlres faites a l'Académie des insciuptions et belles-lettres. — Le 
10 janvier 1919. M. Dioulafoy donne lecture d'une communication sur 
certaines données mathématiques de l'architecture orientale, communica- 
tion intitulée : Quarante. — Le 17, M. Salomon Roinach commence la lec- 
ture d'un mémoire sur un groupe de peintures relatif à Diane de Poitiers. 
— M. Svoronos, archéologue grec, lit une communication sur certaines 
découvertes archéologiques et numismaliques faites récemment en Grèce, 
notamment le grand atelier monétaire créé avec l'autorisation de Louis IX 
par Guillaume de A illehardouin, dans le Péloponèse et l'atelier monétaire 
do l'ancienne Athènes. — MM. Babelon, Homolle, Salomon Reinach et le 
comte Durrieu présentent quelques observations. — Le 24, M. S. Reinach 
appelle l'attention sur un grand tableau du musée de Varsovie, qui, selon 
lui. représente Catherine de Médicis, quatre de ses enfants et Marie Stuart. 
rendant visite à Diane de Poitiers au printemps de 1556. Ce tableau, que 
Vitet et Léon de Laborde virent à Paris en 1863. fut attribué par eux à 
Clouet. M. Reinach essaye d'établir que les connaisseurs de 1833 avaient 
raison et insiste sur l'intérêt que présente le tableau de Varsovie, notam- 
ment pour l'iconographie de Marie Stuart. — M. Durrieu présente quel- 
ques observations. 

Lectures faites a l'Académie des sciences moh.^les et politiques. — Le 
4 janvier 1919, M. Lyon-Caen lit une communication de M. Bonet-Maui y 
intitulée : Les Projets de Bismarck sur l'hégémonie de la Prusse en Allemagne 
avoués en IS6U. 

Prix. — L'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans sa séance du 
31 janvier, a partagé le prix Chénier, destiné à récompenser la meilleure 
méthode pour l'enseignement de la langue grecque, entre >IM. Mason, 
professeur à la Faculté des lettres de Paris (1300 fr.) et Pernot, pour l'en- 
semble de ses travaux sur la philologie grecque (500 fr.). 



— 154 — 

Paris. — Lp nouveau volume, qui vient de paraître, du Cnlalogne général 
(Ifs inanuscrils des bihliolhèqiies publiques de France se rapporte à rr///?'er- 
.s;7é de Paria et aux Uiiiversilés des déparlements (Paris, Plon-Nourrit. 1918. 
iii-8 de X-S03 p.). M. Charles Bcaulieux, à qui l'on doit drjà notaninient un 
bon répertoire des impressions anciennes de la Bibliothèque de l'Univer- 
î^ité de Paris, nous fait connaître les 1590 juanuscrifs qu'elle possède, en 
nième temj)s que les 106 registres et 27 cartons de pièces qui foiinenl les 
Archives de l'Université. C'est à lui aussi qu'est due la table géni-rale du 
volume. La Bibliothèque de l'Université ayant hérité des anciens « collèges » 
-(Je Pai'is : Cholets, M. Gervais Chrétien, etc., on comprendra qu'elle offre 
des ressources particulières pour l'histoire de l'ancienne Université. On y 
trouve aussi nombre de documents sur l'histoiie religieuse et notamment 
sur celle du jansénisme. Les manuscrits d'intérêt historique général n y 
font pas défaut : nous signalerons seulement les papiers de Duplessis- 
Mornay (n" 359 et suiv.), la correspondance de Dinteville de 1580 à 1580 
in" 377), celle du marqilis de Crenolle au wni» siècle (n"' 977-980, 985-989). 
k la Bibliothèque de l'Université de Paris se rattache, bien qu'indépen- 
dante, la Bibliothèque de Victor Cousin dont le catalogue a été dressé par 
M. Paul Deschamps et qui. avec les papiers du célèbre philosophe, contient 
ceux de MM. Barthélémy Saint Hilaire et Paul .Tanet. II s'y trouve notam- 
ment des lettres intéressantes d'hommes plus ou moins célèbres. La Biblio- 
thèque de la Faculté de droit possède aussi quelques manuscrits et des 
archives dont l'inventaire a été dressé par le regretté Paul VioUct. Quel- 
ques Universités de province ne possèdent aucim manuscrit : celles qui 
sont représentées ici sont : Aix-Marseille (catalogue par MM. G. Fleury et 
M. Godefroy) ; Besançon (D^^ F. Prieur) ; Bordeaux (M. E. Bouvy) ; Caen 
(M. D. Bonnet) ; Dijon (M. L. Balland) ; Grenoble (M. V. Nicaud) : Lyon 
(MM. M. Dreyfus et E. Gaillard) ; Montpellier (MM. IL Bel et L. Girard) ; 
Poitiers (M. G. Vacher de la Pouge) ; Hennés (M. IN. Teulié) : Toulouse 
(AIM. G. Ducos et L. Vie). De ces bibliothèques départementales, la plus 
importante est celle de Montpellier, et les manuscrits en avaient été réper- 
toriés dans le t. 1 de la série in-4 du catalogue ; ici l'on ne nous donne 
qu'un supplément. La Bibliothèque de Rennes offre un intérêt tout parti- 
culier par son fonds celte et breton. 

— La bibliothèque du X' arrondissement, dont M"'° Alice Darrican a 
remis au point et publié le catalogue (Ville de Paris. Bibliolhèque munici- 
pale de prêt (/raluit à domicile. Mairie du X' arroudissemeid... Calidoijue. Pa- 
ris, impr. de C. Pailhé, septembre 1918, in-12 agenda d(> xxxvni-41G p.). 
tient le premier rang parmi les bibliothèques municipales pour la sociolo- 
gie et la géographie et le dernier pour les romans. Elle se distingue aussi 
de ses congénères parce qu'elle contient, à ce qu'il nous a semblé, un plus 
grand nombre de livres en langues étrangères. A la partie de l'Introduc- 
tion de .M. (]oyecque qui est spéciale à la Bibliothèque du X", nous emprvm- 
lerous (pielques considérations intéressantes. S'atlristant delà « condition 
vraiment trop itisnirisanle et arriérée de la bibliothèque publique en 
France», il insiste sur la nécessité pour un bibliothécaire de tenir le dépôt 
dont il est chargé au courant des publications capables de renseigner « la 
cin-iosité intelligente du public » sur les questions intéressantes « L'heure 
est venue, ajoule-t-il, d'organiser le service public d? la lecture. » 

— Dans une luxueuse brochure, tirée sur papier de choix, admirable- 
ment imprimée par Devamhez et intitulée : La « Salle de ijarde ». hishire 
■'niecdoliipu' des salles de (jardf des bopilaa.r de I^aris (Paris, cliez Montagn. 



— 155 — 

l'.». boulevard du Porl-Royal, lOlS, in-8 carré de 131 p., avec 4 pi. en cou- 
leurs. r> pi. en noir et de nombreuses gravures documentaires dans le 
Icxle), le D' Cabanes fait un tableau curieux de ces salles « où, dit-il gnie- 
miMit. l'on mange, l'on cause, l'on chante, l'on fume... » .\près avoir rap- 
pelé ce que furent les « ancêtres de 1 interriat » dans les hôpitaux depuis 
l.duis XllI. l'auteur donne quelques indications sur la manière de vivre 
dos internes, puis il passe en revue certaines œuvres littéraire^ conçues 
|),M- les hôtes les plus célèbres de la salle de garde. Là nous apparaissent 
les Goncourt. Alphonse Daudet. Paul Bourget. Michelel, Gamhetta, le mu- 
sicien Hervé (de son vrai nom Florimond Ronger), d'autres encore, sans 
compter l'aventurier peu banal qui sest appelé Cornélius Herz. Avec le 
D"" Cabanes, l'on visite lîicèlre. la Charité, la Salpèlrière. Necker. Laen- 
riec. etc.. dont les salles de garde sont décrites sous divers rapports, mais 
principalement au point de vue artistique. Dans les deux derniers chapi- 
tres de ce petit livre, il est question des internes, acteurs et aiiteurs d'un 
« opéra polymorphe » à l'hôpital Saint-Louis et de Ihumour à la salle de 
garde, avec les_ bals de l'internat et les drôleries et mystifications de nos 
futurs médecins graves et austères. Il faut dire que nous sommes ici en 
I)résence d'un « recueil de souvenirs d'autrefois, réuni pour les médecins 
d'aujourd'hui, auxquels il rappellera les heures de jeunesse des salles de 
garde ». Ces pages ne s'adressent donc pas au grand public, que certains 
•détails ou diverses anecdotes et aussi plusieurs images pourraient quelque 
peu déconcerter ; mais les écrivains et les artistes, tout comme les méde- 
cins, y trouveront leur compte. 

Anjou. — M l'abbé Uzureau continue — et avec quelle ardeur au tra- 
vail ! — la série, très variée, de ses publications. Dans Quelques Lettres de 
soldats républicains en Vendée, en I793-I79i {Revue historique de la Rérolu- 
lioa française, de juillet septembre 1918, et tirage à part. Largentière, 
impr. Mazel et Plancher, 1918, in-8 de 111 p.), il apporte une nouvelle 
contribution de détails utiles à divers événements connus de la guerre de 
"V ondée ; déroutes des troupes républicaines à Fontenay-le-Comte (25 mai 
1793), à Chantonnay (3 sepembre) ; défense d'Angers (3-4 décembre) ; le 
régime de la Terreur qui fut aussitôt apiès instauré dans cette ville; exac- 
tions des colonnes infernales (1794) ; etc. 

— Si M. l'abbé Uzureau donne bien les noms des Quatre Connuissaires 
■du conseil exécutif à Anijers (179^) (Mémoires de la Société nationale d'agri- 
culture, sciences et arls d'Angers et tirage à part. Angers. Grassin. 1918, 
in-8 de 10 p.). il nous entretient presque exclusivement de l'un d'eux. 
Philippe Baudin, célèbre surtout par son énergie à défendie les éléments 
modérés des administrations et des sociétés populaires angevines contre 
les terroristes du crû, marchant à la remorque des abominables assassins 
Francastel et Hentz. commissaires de la Convention. Baudin paya de sa 
liberté sa courageuse intervention ; même il faillit porter sa tète sur l'écha- 
faud. M. Uzureau a été heureusement inspiré en rééditant ici le discours 
de Baudin. dont il a retrouvé un exemplaire rarissime à la Bibliothèque 
de la ville d'Angers. Mais la mission des commissaires du conseil exécutif 
était. olTiciellement. d ordre purement économique. Il s'agissait de dresser 
l'évaluation des pertes causées aux habitants du département de .Maine-et- 
Loire par la guerre des Vendéens et les documents de ce genre reproduits 
dans la brochure qui nous occupe sont particulièrement intéressants. 

— La Fondation de là Société d'agriculture, sciences et arls d'Angers, telle 
qu'elle fonctionne encore aujouid'hui, date du 18 janvier 1828, nous dit 



- 156 — 

M. l'abbé L'zuroau (Angers, Grassiii, 1918^ in-8 de 25 p.). Autorisée par 
dépèclie niinisférielle du 25 juin 1831, elle a été reconnue comme établis- 
sement d'utilité publique par ordonnance royale du 5 mai 1833 et n'a pas 
cessé depuis de contribuer utilement au développement des travaux agri- 
coles, liorticoles, industriels et historiques en Anjou. La brochure qui 
nous occupe donne d'intéressants renseignements sur cette importante 
société savante. Regrettons seulement que l'auteur n'ait pas songé à rappe- 
ler que, sous ce nom relativement nouveau, elle n'est que la reconstitution, 
par voie de fusion, de l'antique Académie des belles-lettres d'Angers, créée 
le 31 mai 1G84 et du Bureau d'agriculture datant du 24 fructidor, an VI 
(10 septembre 1798). 

Bretagne. — . La l^e série des Cahiers bretons dont nous sont parvenus 
les n"^ 2 et 3, avec pour directeur littéraire M. Yves Le Febvre et pour rédac- 
teurs, l'un Louise Bodin (En Bretagne: des livres, des voyages, des impressions 
des opinions (Lannion. 1918, petit in-8 de 72 p.) et l'autre. André Suarès- 
{André Suarès et la Bretagne (Lannion, 1918, in-8 de 64 p.) s'applique à dé- 
crire une province et un peuple qui, pour le pittoresque et les coutumes, 
attirent toujours la curiosité du lecteur. 11 ne s'agit, bien entendu, que de 
la Bretagne bretonnante, la vraie, l'autre étant depuis longtemps francisée. 
M. Le Febvre a réuni pour la rédaction des cahiers de cette série, dite « de 
guerre », un groupe de jeunes écrivains pleins de bonne volonté qui tien- 
dront à sortir de la banalité de ce genre de descriptions, en nous donnant 
quelque chose de nouveau, sans sortir de l'exactitude et de la sincérité, 
double condition qui s'impose tout d'abord. Il faut attendre les autres- 
cahiers avant de se prononcer sur la valeur réelle de la série. 

Languedoc. — L'Acadéinie des Jeux-Floraux, qui avait perdu cinq de se* 
membres pendant la guerre, vient de procéder à des élections. Elle a 
nommé « mainteneurs » : le général de Castelnau, que des liens étroits 
rattachent à Toulouse et aux Jeux-Floraux, et qui a accepté par une longue 
et aimable lettre adressée au marquis de Suffren, secrétaire perpétuel ; le 
comte Henri Bégoueu ; MM. Robert d Welles, Roger de Vivie de Régie et 
Auguste Puis. L'Académie toulousaine, ayant perdu MM. Etienne Lainy et 
Edmond Rostand, maîtres ès-Jeux-Floraux, a élu à ce titre S. E. le cardi- 
nal Mercier, les maréchaux Jolfre et Foch. 

Saintonge. — Nous recevons la 6° livraison du tome XIX du Recneil de 
la Commission des arts et monuments historiques de ia Charente- Inférieure et 
Société d'archéologie de Saintes {avril l'JUi-octobre 1918) (Saintes, au siège de 
la Commission, 1918, in-8 paginé 273-340, avec 3 figures). On trouve dans 
ce fascicule : Note sur un cadran solaire en étain et plomb, par Jean Pom- 
mier, 16 7, découvert à Ghallaux en 1883, par le D' Ch. Vigen (p. 282-283) ; 
— Vers 1868. Critique de la guerre de la ligue d'Augsbourg contre Louis XIV et 
de l'altitude des puissances européennes figurées comme jouant à l'homhre, do- 
cument trouvé à Ghallaux en 1870. Texte, commentaires, annexe et essai 
d'explication, par le D' Ch. Vigen (p. 283-288) ; — Jussac et Corignac. 
2/y confessions pascales en {770, fixation des jours par le curé. Le dernier 
jour réservé aux seuls nieuniers. Notes et observations par le D'oeil. Vigen 
(p. 288-290) ; — Les Arnuuis, Allemands, en Roch et Saint-Pidais. Origine du 
nom, par le même (p. 291-292); — L'Ile d'Oléron, par M. Paul Énard 
(p. 302-305, avec 3 fig.) ; — Brouage pendant la Rérolulion (lirouage prison), 
par le D' Mncenl (p. 300-324) ; — Le Lieu d'origine du miniaturiste Philippe 
dit de Mn:erolles, par M. Ch. Dangibeaud (p. 292-301). M. Dangibeaud dis- 
cute non seulement sur l'origine tourangelle ou saintongeaise de cet 



— io7 — .■*- 

>. 
îiitistf, ni;ii^ aussi sur son vt-ritablc nom, cl cela sans arriver à une ron- 
<-liision. Étant donn»'* que ce Philippe, d'il de Mazerolles. avait travaillé 
pour Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, que les États de ce prince 
■conipreiraicnlla Franche-Comté ou Comté de Bourgogne, que lesoriginaires 
■de cette province étaient particulièrement appréciés à la Cour de Bonr- 
gcne et qn il existe un village du nom de Mazerolles non loin de Besan- 
■con, peut-être les recherches pourraient-elles être dirigées de ce côté. 
Simple suggestion, d'ailleurs. 

Angleterre. — Le 1" février, a paru à Londres, le premier tmméro 
d"une nouvelle revue artistique et littéraiie. J\ie Arl (jazelle (Londres, G. 
Duke Street ; hebdomadaire, lo fr. 60 par an) s'occupera des»ouvrages 
dramatiques de musique, d'art et de littérature, sous la direction de M. .1. 
T. Green et L. Danton Green. 

Belgique. — M. l'abbé Paul Ilalflants. à qui l'on doit notan)ment \ine 
•excellente histoire de la LiUéraUire française au xix« siècle, nous dotuie 
«DUS le titre : Livres de chevel, une liste pratique dédiée aux honnêtes gens 
de bon vouloir qui désirent entretenir la culture générale d^ leur esprit 
(Bruxelles, I. de Lannoy. 1919, in-16 de 4i p. Prix : 1 fr. 50). Dix-sept cha- 
pitres nous font connaître tour à tour, non point simplemenl par leur 
titre, mais par une appréciation raisonnée, les « Livres de chevet » (sur 
<;haque sujet l'auteur s'est appliqué à ne signaler qu'un livre, le meilleur 
selon lui) que l'on doit avoir, lire et relire sur les matières suivantes : 1. 
L'Écriture sainte ; IL Théologie dogmatique et morale ; ïll. Liturgie : IV. 
Apologétique : V. Vie intérieure ; VI. Histoire de l'Église ; VIL Histoire 
profane : VlII. Philosophie ; IX. Économie politique ; X. Littérature fran- 
■çaise : XL Littérature néerlandaise ; XII. Littérature étrangère ; XHI. For- 
mation personnelle, éducalion : XIV. Histoire de l'art ; XV. Géographie ; 
X^ L Sciences naturelles : XVIL Ouvrages à consulter pour les lectures. Kcrit 
à l'usage des Belges, ce petit volume sera consulté avec profit par d'autres 
que des Belges et mutadis inutantis sera un guide excellent pour tous les 
lecteurs de langue française. 

Macédoine. — Le 12 décembre 1917, M. V. Djcric, professeur à l'Univer- 
sité de Belgrade, a fait au Collège libre des sciences sociales à Paris, une 
■conférence où il a parlé de l'Elhnograpfiie des Slaves de Macédoine, laquelle, 
insérée d'abord dans la Patrie serbe, a été ensuite tirée à part (Paris, édi- 
tion de la « Yougoslavie », 1918. in-8 de iS p.). L'auteur discute les asser- 
tions de certains linguistes bulgares, Tsonev notamment, et allemands 
{Oblatij. prétendant que les Slaves de Macédoine, au sud de la ligne Kra- 
iovo. Skoplié, Tctovo, parlent bulgare. Il prouve que le diîflecte macédo- 
nien tient autant du serbe que du bulgare et cite des textes du xiv^ au 
xix"' siècle, qui donnent aux habitants de la Macédoine le nom de Serbes. 
Savante contribution à l'étude d'une question très complexe. Mais nous 
opposerons aux témoignages apportés par M. Djeric, celui de nos consuls 
à Salonique, au xvui'' et au commencement du xix' siècle. Cousinery spé- 
cifie que « les archevêques qui se succèdent à Vodena, quoique Grecs de 
nation, sont dans l'obligation d'apprendre la langue bulgare : leur dio- 
<;èse se compose de plus de cent villages, dont les habitants ne parlent que 
cette langue. » De son côté, Pouqueville a noté que le pays entre Kastoria et 
Monastir est exclusivement peuplé de Bulgares et qu'on ne parle que leur 
langue. Or l'un et l'autre ont une autorité incontestable en la matière. 
Faudrait-il en conclure que les populations slaves de la Macédoine étaient 
jadis appelées indifféremment serbes ou bulgares .'' Aujourd'hui elles se 
<lisent surtout « macédoniennes. » 



— lo8 — 

États-Unis. — Nous avons donné piécédcni nient l'analyse des mémoires 
de MM. Paul Baitsch, William Ilealey Dali. Olivier P. Ilay. Wendell C. 
Mansfield, Victor Sterki et Henry Shaier Williams, mémoires extraits du 
vol. 51 des Proceedings of llie United Slales National Muséum (Wasliinglon 
Government prinling olTice, 1917, in-.S. 676 p. 121 pi.). Ce volume, (pii 
vient de nous parvenir, contient encore les travaux suivants : — Report on 
Aniclmida collectcd by Messrs Curie Caudell and Dyar in Britiali Columfiin, 
par Nathan Bonks (6 p.) ; — New and Uttle-known heferopteronx hemiptera 
in the United States National Muséum, par E. Bergroth (:25 p. 4 genres nini- 
veaux et 16 pièces nouvelles) ; — A generic synopsis oj the CoccinelUd larme 
in the United States National 3/useum, with a description of ihe larva oj 
llypersaspis binotata Say, par Adam Bôving (30 p. 4 pi.); — Paraphernalia 
of a Korean sorceress in llie United States N'dional Muséum, par 1. AI. Casa- 
iiorviez (7 p. 5 pi.) ; — Some American fossil insects, par T. D. A. Cockerell 
(IS p. 1 pi. ; 4 genres nouveaux et 20 espèces nouvelles); — Neiv species 
and vnricties of foraminifera from the Philippines and adjacent walers, par 
Joseph A. Cushman (12 ; 53 espèces ou variétés nouvelles) ; — Descriptions 
of new lepidoptera from Mexico, par Harrison G. Dyar (37 p. ; 7 genres 
nouveaux J14 espèces ou sous-espèces nouvelles); — Report on the Japa- 
iiese Macrouroid Jlshes collected by ihe United States Fisheries steamer « Alba- 
tross » in I0(l<>. luilli a synopsis of the (jenera, par Cliailes-llenry Gilbert and 
Char. L. Ilnbbs (80 p. 4 pi. ; 1 genre nouveau et 8 espèces nouvelles) ; — 
Descriptions of niiscellaneous North American Chalcidoid hymenoplera of tlie 
J'amily Eulophidœ, par A. -A. Girault (14 p. : 3 genres nouveaux. 20 espèces 
nouvelles) ; — New Javaiiese Chalcidoid hymenoplera, par .\.-.\. Girault 
(7 p. ; 2 genres nouveaux, 11 espèces ou vaiiétés nouvelles).; — Ne.v Norlh 
.America hymenoplera of the family Ealophidce, par A. -A. Girault (9 p. ; 
2 genres nouveaux et 11 espèces nouvelles) ; — A revision of the rolatorian 
(jenera Lepadella and Lophocharis irith descriptions of five new species, par 
Harry. K. Ilarring (12 p. 9 pi.) ; — .1 neir genus and three neic species of 
parasilic isopod cruslaceans, par W. P. Hay (6 p. 3 pi.) ; — A Loirer Jurassic 
Jlora from llie Upper Matanuska Valley, Alaska, par F. H. Knowllon (10 p. 
4 pi.) ; — A review of Ihe fossil plants in the United States National Mufcum 
from tfie Florissant Lake beds ai Florissant, Colorado, with descriptims 
of new species (uid lisl of type-specimens, par V. H. Knowlton (57 p. 16 pi. ; 
2 genres nouveaux et 20 espèces nouvelles) ; — Descriptions of seven neic 
species of red spiders, par E. A. Me. Gregor (10 p. 7 pi. ; 7 espèces nou- 
velles) ; — On the geoyraphical forms of the Philippine élégant titmouse, Par- 
daliparus elegans {Lessonjwith descriptions of three neio suhspecies,piiv Edgard 
Alexander Mearns (9 p.) ; — A newly found meteoric slone from Lake Oke- 
chobee, Florida, par George P. Merrill (2 p.) ; — A récent ty found iron météo- 
rite from Cookeville, Ptdmun Counly, Tennessee, par George P. Merrill (2 p.. 
I pi.) ; — Notes ou the Whitfield Counly, Gjorgia, meleoric irons, irilh nein 
analyses, par George Merril (3 pi. 1 pi.) ; — Sludies of iveevils (Rhyncho- 
phora, ivith descriptions of new gênera and species, par W. Dvvighl Picrce 
(13 p. ; 15 superfa milles, familles ou subfamilles nouvelles, 1 nouveau 
genre et 2 es|)èces nouvelles) ; — A contribution to our knowledge <»/' 
the ivliite flies of Ihe subfamity Aleyrodinae (Aleyrodidie), par .\. L. Quaiu- 
lance et A.-C. Baker (11 p. 40 pi. ; 10 sous-genres nouveaux, et 36 espèces 
nouvelles) ; — Neiv gênera and species of Muscoid Jlies, par Charles H. T. 
Towensend (25 p. ; 28 geiues nouveaux et 27 esj)èces nouvelles) ; — Notes on 
Alunite, PsilomeUudte, and Titanite, par Edgar T. Wlierry (S p.); — Tiro 



— l.'ill — 

lu'ir fossil pldnls ffoin Ihc Trinssic of Penitsylraiiid, p.ir Edgar T. Wherry 
(3 p. 2 pi. ; 1 yenrc nouveau, 2 espèces nouvelles). 

l'uiti-iCATiONs NOUVELLES. — // Piiitialo (il S. Pielro e de' suoi sticcessori 
tu Sun (j'iovanni Crisoslonio, da Mccolô caïd. Marini (gr. in-.S, Koina, li- 
pogi . ponlificia iiell Islitulo. Pio IX). — Eludes de liltmjie el d'nrcltcolo<jie 
cliri-lienne. par I'. liullillol (in-12, (îahaldn : Auguste Picard). — Exposilioii 
lie lu morale cathuluiue. Morale spéciale. VIH. La JusUce el le Droil. (Jaréine 
l'JI>^ (par le K. P M.-.\. Janvier (in-8, Lelhielleux). — Cours populaire de 
cfdéchisme, par l'abbé E. Barbier (3 vol. in-12, Lethielleux). — Religion, 
Famille, Pairie. Pairie, par Mgr Gibier (Tn-li, Téqui;. — Théorie yénétique 
de inréalilé. Le Pancalisme, par J. .M. Baldwin ; trad. par E. Pliilippi (in-8, 
\lcan). — Penser pour agir, par G. Deliernie (in-l8, Grasset;. — La Psy- 
thologie de Slendhal, pav U Ueiacroi.x (in-8, Alcan). — Manuel d'économie 
commerciale (La Technique de l'exporlalion), par W Clerget (in-18, Colin). — 
La Pliilosophie sociale de Ernesl Solvay, par A. Detillicux (in- 16, Bruxelles, 
Lebègue). — Chez les propiièles socialisles, par C. Beuglé (in-16, Alcan). — 
Inlrodnclion à la chimie générale, par K. Gopaux (in-12, Gautliior-Villars). 

— Commenl devenir ingénieur, par l'école ou par l'usine? par É. Elagey (in- 
J6, Payot). — La France agricole el la Guerre, par le D"^ G. Ghauveau. 
T. Il (in-10^ Baillière). — Œuvre de G.-H. Halphen, publiées par G. Jordan, 
II. Poincaré, K. Picard. T. Il (gr. in-'^. Gauthier-Villars). — L'Origine des 
formes de la lerre el des planèles, par E. Belot (gr. in-8, Gauthier-Villars). 
^ La Face de la lerre {Dus Anllilz der Erde), par E. Suess ; trad. de E. de 
Margerie. T. III. 4^ partie (fin) et Tables générales (2 vol. gr. in-8, Golin). 

— De la Criplographie. élude sur les écrilares secrèles, par A. Langie (in-16. 
Payot). — Œuvres de Virgile, texte latin, publiées avec une Introduction et 
des notes, par F. Plessis et P. Lejay (in-16 cartonné, Hachette). — Gloires et 
deuils de France, in-16, Hachette). — Les Rimes sanglaides, suivies de Terre 
d'Alsace, par E. H. Verdier (in-16. Figuière). — La Meuse, vers el sonnels^ 
par H. Dacremont (in-16, Figuière). — L'Impossible Rêve, par E. Pellerin 
et J. Bollery (in-lG, Figuière). — Musiques éparses, par G. Duboscq (in-.S, 
Figuière). — Poèmes. Sous les yeux de la morl. La Source el le ciel, par G. 
Audibert (in-t6 carré. Grès). — Las cien mejores poesias (liricas) de la len- 
gua porlugaesa : trad. directamente en verso por F. Maristany (in-16, Edi- 
torial Gervantes). — Conférences de l'Odéon, par G. Gavault. 3" série (in-16. 
Hachette). — Le Tragique quotidien. Pensées, drames, nouvelle, par le P. Le 
Perroy ( in-12. Lethielleux). — La Fin de Claude, par M. Roynès-Monlaur 
(in-16, Plon-Nourritj. — La Faiblesse des for Is, par G. Rageot (in-16, Pion- 
Nourrit). — Sous le masque, par Delly (in-16, Plon-Nourrit). — César-Xa- 
poléon Gaillard à la conquéle de l'Amérique, par J. Farmer f in-16. Payot !. — - 
César Capéran, ou la Tradition, par L. Godet (petit in-16. Gallimard). — 
Jacqueline Lavernel, par É. Garry (in-16, Jouve). — Les Pelils .\eulres, par 
G. Manccy (in-8, Lethielleux). — Le Mexique moderne, par R. Bigot (in-8, 
P. Roger). — Les Pèches maritimes. Un Tour sur le Dogger Bank, par H. 
Malo (in-16, Bossard). — Manuel des études grecques et latines, par L. Lau- 
rand (fasc. I et VI), (2 fasc. in-8, Auguste Picard). — Y'ie de sainte Zile. pa- 
tronne et modèle des personnes de service, par Mgr A. Saint-Glair (in-12. Té- 
quij. — Sous le masque de « William 'Shakespeare. <> William Slanley. VP 
comte de Derby (2 vol. in-16, Payot;. — French Prolestantism, lo59 1')G-J. by 
C. G. Kelly (in-8, Baltimore, Johns Hopkins Press). — Le Message du Sacré- 
Cceur à Louis XIV, à la France, par .\.. Hamon (in-16, Beauchesne) — 
Soufflol, sa vie, son œuvre, son esthétique f 17 13-1780), par J. Monval (gr. in-8 



— 160 — 

Lemerre). — Correspondance de SonJJlot avec les direcleurs des hdliments 
concernant la mannj'aciure des Gobelins (l/ôG-irSO), publiés par .1. Moiidain- 
Monval (gv. in-8. Lemerre). — Le Cardinal Collier, par J. Munier-Jolain 
(in-16, Payot). — Éludes robespierrisles. La Conspiralion de l'élrantjer, par 
A.- Mathiez (in-t8, Colin).— Le Morbihan et la Chouannerie morbUiannaise 
sous le Consulid, par É. Sagerct (i vol. in-8, A. Picard et llis). — Les Ori- 
gines du pangermanisme (1800 à /888) ; textes traduits do Tallemand par 
divers, avec une Préface de G. Andier {in-8, Conard). — La Mission du 
comte dé Saint-Vallier (décembre 1877-décembre 1881, par E. Daudet (in-16, 
Plon-Nourrit). — L'Affaire de Saverne, par J. Révère (in-16, Bossard). — 
Treinla anos de mi vida, por E. Gômez Carrillo. Libro I (in-16, Madrid, So- 
ciedad gênerai espanola de libreria). — La Ensenanza de la historia en la 
Universidad espanola y su reforma posible, por J. Deleito y Pinuela (gr. 
in-8, Valcncia, Miguel Gimeno). — La Conversion de Magdeleine. par G. 
Issandon (in-16, Boauchesne). — La Française dans ses quatre âges, par G. 
Guillou (iii-16. Société d'éditions Levé). — L'Université /io(n'e//t;. par « les 
Compagnons » (in-12, Fisciibacher;. — Le Problème de la compétence dans 
la démocralie, par Joseph-Barthéleniy (in-8, Alcan). — Demain, par Lysis 
(iM-16, Pavot). — Mémoires de l'ambassadeur Gérard. IL Face à face avec le 
Kaiserisme (in-H, Payot). — Aspects politiques de la guerre mondiale, par Paul 
Louis (in-16, Alcan). — L'Europe an jour le jour, par A. Gauvain. T. 11 à 
^ [ (0 vol. in-8). — L'Europe dévastée, par W. Muehion (in-16, Payot). — La 
l'iuerra suprema, por el capitan Araiîa (Zaragoza, Heialdo de Aragon). — 
Le Dilemme de la guerre, par G. Calderon (in-18, Grasset). — Clemenceau. 
par C. Ducray (in-16, Payot). — David Lloyd George, étude biographique, 
par H. Spénder ; trad. de R. L. Cru (in-18, Colin). — Quelques Guides de 
l'opinion en France pendant la Grande Guerre 191^-1918, par A. de Cliam- 
bui:e(in-l(), Celin, Mary, Elen). — Au Vieil-Armand. Lettres de Henri Vola- 
tier, chasseur au 5" bataillon alpin, à sa fiancée, publiées par G. Moulerdc. 
S. .1. (in-16, Beauchesne). — Vingt Jours de guerre aux temps Jiéroïques, par 
le coni' A. Grasset (in-16, Berger-Levrault). — Les Gars de la flotte, par A. 
Galopin (in-16, Albin .Michel). — Vue générale d'Alsace-Lorraine, par J. 
Duheni (in-16, Bossard). — L'Alsace sous la domiiKdion allemande, par F. 
Eccard (in-18, Colin). — L'Alsace telle qu'elle est, par Mgr Herscher (in-l:2. 
LelliiclUeux). — Au Pays de la Sarre. III. Sarrelouis el Harrebriick. par E. 
Babelon (gr. in-8, Leroux). — La Bélgica que yo vi, por J. Subira (in-16, 
Valencia, Edilorial Cervantes). — L'Aïujleterre avant et après la guerre, par 
P. Ueynaud iin-18, Grassetj. — L'Irlande ennemie, par R.-C. EscouHaire 
(in-16, Payot). — Allemands d'hier et d'aujourd'hui, par A. Chuquet (in-16. 
de Boccard). — L'Allemand, souvenirs el réflexions d'un prisonnier de t/uerre, 
j)ar J. Hivière (in-16, « Nouvelle Revue française »). — En captivité... 
1 1 juillet 1916-1" novembre 1917, par A. Limagne (in-12. Lethielleux. — 
Les Captifs, par le capitaine R. Ghrislian-Frogé (in-16, Berger-Levrault). — 
Lettres à un converti de la guerre, par G. Letourneau. 2' série (petit in-lG, 
Locoll're. Gabalda). — Une Ame de séminarisie sold(d. Le Sergent Pierre IJa- 
bouard. du P2.'r' d'infanterie, par P. Vigué (in-16, Beauchesne). — \ous. sui- 
dais ! par J. Tournassus (in-16. Ville). — liresl-Litinvsk, jiar S. (iiunibacli 
(in-Ki. Payot). — La liussie bolcliévisttï, par E: .\ntonelii (in-lti, Grasset). — 
La Pologne inconruie, par K. Waliszewski (in-18. Colin). — Le Rapport secret 
du I)' .lohannès Lepsius sur les nïassacrfs d'.\rménie. publié par IL Pinon 
(in-16, Payot). — Le Maroc de 1918. par H. Dugard (in-16, Payot). 



/.<• C'ranl : CII.M'UI.S. 



Imprimerie S. Pacteau. Luçon. 



POLYBIBLTON 

T{EVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

PÏJBLICAÏIONS 
RELATIVES A LA GUERRE EUROPÉENNE 

'Les OriyiiM's ilu païKjerinanisine ( I JÎOO à IltJMt). textes traduits 
de l'allemand par P. -II. Michel, A. (jivelet, J. Momek, K. Falquenot, 
R. Lambert, M. Chrétien. H. Cattanks, M"" Leseuk, G. Mendel. M.-J. 

JeaNNIN. J. DtTlLLELL, l\. SeUREAU, M. (ÎALLAND, S. Ma.NZAGOL. C. BoUDET, 

A. Chevallier, L. Lévy-Dispeker, Tu. Brûlé, M. Dems, S. Charlot, M. 
Faure, avec une Préface par Chaules Andler. Paris, Couard, 1915, iii-8 
de 33o p. — Prix : 5 fr. 

Parmi les nombreuses publications auxquelles a donné lieu le 
besoin que nous avons ressenti depuis la guerre de nous expliquer à 
nous-mêmes cet état d'esprit du peuple allemand dont nous éprr)u- 
vions les terribles effets, peu ont une portée aussi grande que la Col- 
leclion des documents sur le pangermanisme traduits de l'allemand et 
publiés sous la direction de M. Charles Andler. La méthode con- 
sistant à mettre sous les yeux du lecteur les textes mêmes est excel- 
lente. Elle nous permet de constater comment les idées, dont le gou- 
vernement allemand a poursuivi la réalisation en déchaînant sur le 
inonde la plus atroce des guerres, sont le fruit d'une prédication 
vieille d'un siècle, qui les a profondément inculquées à tout le peuple 
allemand. 11 n'en faut pas davantage pour expliquer avec quel entrain 
il s'est jeté, à la suite de ses maîtres, dans cette entreprise. 

Dans sa Préface, M. Charles Wndler nous fait suivre révolution du 
pangermanisme depuis les contemporains de Goethe, jusqu'à Bis- 
marck. Il nous montre à son origine quatre mirages de grandeur 
passée : deux de tradition prussienne, le souvenir de l'Ordre tcuto- 
nique et celui de la grandeur militaire prussienne ; deux de tradition 
allemande, le prestige du Saint-Empire et l'œuvre de la Ligue han- 
séalique. Puis, en exposant successivement les idées de Dietrich von 
Biilow, Arndt, Jahn, List, Moltke, Bismarck. ïreitschke, Lagarde, 
Frantz, il fait ressortir les nuanres qui les distinguent les uns des 
antres et met en évidence l'unité de leur doctrine sous la diversité 
des apparences. Si brutales que nous paraissent les conceptions bis- 
marckienues,. elles furent jugées trop timides par Paul de Lagarde et 
Constantin Frantz, qui rêvent d'un empire d'Allemagne étendu jus- 
qu'à l'Orient d'un côté, jusqu'à l'Argonne de l'autre. Grande œuvre 
qui vaut bien une guerre, disent-ils, mais, cette guerre serait la der- 
nière. Cette œuvre serait aussi l'anéantissement de la Prusse, car, 
dans l'esprit de Constantin Frantz, l'Allemagne doit se soustraire à la 
domination de la Prusse ; il condamne le principe prussien de la force 
pure. , ; , 

M.\Rs-AvRiL 19 J 9. T. CXLV. II, 



— ii>-2 — 

Impossible d'indiquer un choix parmi les morceaux tiadiiils. plus; 
intéressants les uns que les autres, et parfaitement choisis pour cioti- 
ner une vue d'ensemble de la doctrine pangermaniste. On pourrait 
s'étonner de ne pas trouver dans ce livre les figures si icmanniables 
de Fichte et de Hegel qui en furent les premiers théoriciens et préten- 
dirent étayer ses ambitions par des raisons idéologiques. M. Chailes' 
ÂTjdler les a mis en tête du volume qu'il a consacré, dans la n)èin«v 
collection, au Pangerma/iisme philosophique et qui ne peut guère ►e 
séparer de celui dont nous venons de parler. Pour que le pangerma- 
nisme fût possible, il fallait que le peuple allemand fût convaincu de 
sa prédestination et de la nécessité, qui ne le laissait |);is libre de 
renoncer à ses grandes destinées. 

La puissance militaire de l'Allemagne s'est effondrée sous les rudes- 
coups que lui a portés le maréchal Foch ; le désordre issu de la révo- 
lution retardera son relèvement économique. Mais le peuple allemand, 
du haut en bas de l'échelle sociale, n'en reste pas moins pénétré des- 
idées dont il a été saturé sous toutes les formes. Voilà pourquoi les 
livres de M. Charles A ndler doivent être l'objet de notre étude la plus 
attentive : tous les Français doivent savoir comment a été formé l'es- 
prit allemand. A ce propos on ne saurait trop regretter qu'à part 
M. Andler, dont on se rappelle les polémiques retentissantes, les 
maîtres officiels de la jeunesse française aient attendu l'agression alle- 
mande pour montrer l'Allemagne sous ses traits véritables. Eux qui 
la connaissaient si bien se devaient d'éclairer leurs élèves, le pu- 
blic..., et même le gouvernement. A. T. 



Mémoires de rambas.sadeur Gerahu. II. Face à face avec le Icuitêrisnic. 
(Colleclion des Mémoires pour servir à l'hisloire de la guerre mondiale.) l^aris, 
Payot, 1919, iii-8 de 334 p., avec 8 planches hors Icxle. — Prix : 10 fr. 

Ce nouveau volume des Mémoire.'; de M.James W. Gérard n'est 
pas moins intéressant ni moins important que le précédent: Mi s 
quatre années en Allemagne que nous avons signalé à nos lecteuis 
il y a quelques mois (Polybihliun, t. CXLIl, p. 5) et qui a si fort indi- 
gné les Allemands ; M. de Betlimann-Ilolhveg est allé juscpi'à taxer 
d'immoralité l'ambassadeur américain ; celui-ci se moque agréablr- 
mcnt de cette prétention d'un Alhnuand à parler de moralité et il n'a 
pas de peine à montrer la légitimité de sa publication. 

Face à face avec le kaisérisme comporte vingt sept chapitres : i. 
La Personnalité du Kaiser ; II. Qui inspire le Kaiser et qui décida la 
rupture avec l'Amérique ? 111. Qui coula le « Lusitania » ? IV. Le 
Kaiser et le Crime de lèse-majesté ; V. Quand le Kaiser croyait rpjc 
nous faisions du blull' ; VI. Les Coulisses de la diplomatie al!<^- 
mande ; VIL Le Plan d'attaque de l'.Mlemagne contre l'Américjue ;. 



— 103 — 

VIII. Les Premiers Complots de l'Allemagne au Mexique ; IX. La 
(( Kultnr )) du kaisérisrne. L'.Vriie allemande ; X. Les Petits Kaisers ; 
XI. Récréation de princes ; XII. L'fiternel Féminin ; XIII. La Vie 
domestique et la brutalité du peuple ; XIV. Les Buts de l'autocratie ; 
\V, L'Autriche-Ilongrie, État vassal du Kaiser ; XVI. L'Influence 
allemande sur les neutres du Nord ; XVIL La Suisse, autre puissance 
neutre ; XVIII. La France entrevue ; XIX. Mon entrevue avec le roi 
d'Espagne ; XX. Les Empires allemands et leur méthode ; XXI. Le 
Retour au pays ; le kaisérisme en Amérique ; XXII. L'Entrevue avec 
le Kaiser ; XXIII. Le Futur Kaiser; le Kronpriuz et ses frères ; XXIV. 
Quand l'.Mlemagne s'eUbndrera ; XXV. Les Erreurs de l'Allemagne ; 
XXVI. Le Président Wilson et la Paix ; XXVII. Après la guerre ? 

M. Gérard n'est pas systématiquement hostile à l'.Ulemagne. ni 
même au Kaiser et à son entourage ; il reconnaît à Guillaume II et h 
ses enfants de grandes qualités; il juge le Kronprinz plus favorable- 
ment qu'on ne le fait d'habitude et il semble même sceptique vis- 
à-vis des accusations dirigées contre lui sur sa conduite pendant la 
guerre (sur ce point les témoignages que l'on a par ailleurs ne per- 
mettent pas d'être aussi indulgent) ; il manifeste à l'égard de 
M. de Bethmann-Hohveg des sentiments d'estime et presque de sym- 
pathie. Ce qu'il accuse, ce contre quoi il a voulu dresser ses compa- 
triotes, c'est le régime politique de l'Allemagne, c'est ce qu'il appelle 
le kaisérisme, cette autocratie militariste qui dominait tout et qui 
a jeté r.Mlemagne contre l'humanité entière, .\ussi son indignation 
s'oxalte-t-elle contre les propagandistes de l'.Ulemagne aux États- 
Unis, qui ne reculent devant aucun moyen pour amener la grande 
république américaine dans l'orbite du germanisme ; même à ce 
point de vue spécial son livre contient des révélations aussi surpre- 
nantes qu'aflligeantes ; des livres d'enseignement, acceptés, soutenus 
par les autorités scolaires imprègnent l'esprit des écoliers d'idées 
mensongères et leur inculquent de la constitution allemande une 
conception fausse, contraire aux faits, made in Gennany. 

Aux faits observés directement par M. Gérard s'ajoutent les infoi- 
mations et les renseignements qui lui sont parvenus par diverses voies 
et aussi ses opinions personnelles, les conclusions qu'il croit pouvoir 
tirer de ce quil a vu ou entendu ; tout n'offre pas par conséquent le 
même degré de certitude ; mais comme l'ambassadeur se montre un 
homme avisé et prudent et qui ne se paie pas de mots, son livre est 
pour nous plein d'enseignements précieux. Sur la personne du Kai- 
ser, sur sa duplicité, sur sa responsabilité, sur le caractère de ses^ 
enfants et des hommes d'État de r.\llemagne, sur les conditions^ 
matérielles et morales du peuple allemand, sur la mentalité germa- 
nique, sur la situation économique et sur la difficulté — pour ne pas 



— 104 — 

dire l'impossibilité — de réduire l'Allemagne par la famine ; sur la 
possibilité d'une révolution ou d'une évolution politique, sur les sen- 
timents et les vues de la politique impériale vis-à-vis de l'Autriche- 
Hongrie, sur les relations des empires centraux avec la Scandinavie 
■et la Suisse, il y a dans ce volume nombre d'indications précises et 
précieuses à retenir. Le passage en France de M. Gérard lui inspire 
pour notre pays quelques paroles sympa tbiques dont nous lui savons 
gré et une opposition, tout à notre avantage, entre ce qu'il a vu chez 
nous et ce qu'il a observé en Allemagne. De son entrevue avec le roi 
d'Espagne, nous ne noterons ici qu'un point qui a son importance : 
Alphonse Xlll, qui cependant s'est montré personnellement sympa- 
lliique à la France, a rappelé à l'ambassadeur qu'en même temps que 
roi d'Espagne, il était ((,arcliiihic aulricbien. » 

Nous attirerons aussi l'attention particulière du lecteur sur les 
deux chapitres intitulés : Oiia/id l'Alleniagne s'ejfondrera et Après 
la guerre. En n'oubliant pas que la Préface de M. Gérard est datée 
de mars 1918, il y a là des pensées à méditer, et qui ne doivent 
pas être perdues de vue par ceux qui sont appelés à rédiger les con- 
<lilions de la paix. E.-G. Ledos. 

L'Opinion alleinainîo pendant lu guerre 1914- lî)lî{, par Andbé 
Hallavs. Paris, Perrin. 1919, iii-16 de n-268 p. — l^rix : 3 fr. 50. 

Connaître l'état de l'opinion allemande pendant la guerre n'est pas 
assurément chose facile. L'Allemagne ne laissait guère transpirer au 
dehors ce qui se passait à l'intérieur de ses frontières, les rares neutres 
admis à voir l'Allemagne n'étaient guère que des germanophiles, dont 
on était sûr, que l'on cuisinait et qui, de retour dans leur pays, étaient 
surveillés de près par les agents de l'Allemagne ; ici même nous 
avons eu à parler de deux bons Espagnols, partis pour faire en Ger- 
manie leur petite enquête, sans guère savoir un mot d'allemand. 
(Juant à la presse, la façon dont elle était muselée par une censure 
.sévère, ne permet de s'en servir qu'avec beaucoup de précaution. 

Le livre excellent de M. André Ilallays nous apporte la preuve 
<|u'un esprit crilitpie qui sait utiliser les doruments, les rapprochci- 
et les comparer, (îst en mesure de reconstituer, du moins ilaus ses 
grandes lignes, les nuctualions de l'opinion. C'est ainsi (pie les jour- 
naux publiaient des articles iiisjiirés par le gouvernement et destinés 
à remonter le moial du public ou à lui insuflhM" tels ou tels senli- 
juents, et de ces elTorts du gouvernement il est légitime d'induire 
<]ue ce moral était alTecté de telle ou telle façon, et (pie les sentiments 
cojilraires à ceux (pu; l'on désiiait iis(]uaienl de pénétrer dans la 
j)opuIation gennani(pie. 

M. André Ilallays dislingue quatre périodes : I. Les Premiers 



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Enthousiasmes et les premières espérances (aoûH 01 4-décembre 1915): 
1. Avant la finerre : 2. f,a déclaration de guerre ; "i. La forinatiori des 
dogmes ; 4. Les haines de rAlleinagne ; 5. Les grands entlioiisiasrnp<> 
de 1U15 ; 0. Le parti de la guerre et le parti de la paix ; — II. Les 
Déceptions, la nostalgie de la paix et le désarroi (janvier lOlo-juil- 
let 1917) : 1. La déception de Verdun ; 2. La guerre sous-marine, les 
notes du président Wilson, la poliquo intérieure ; 3. La crise écono- 
mique, la lassitude et le mécontentement ; 4. La foien Ilindenbourg; 
5. Les victoires eu Roumanie, la proposition de paix ; 6. La guerre 
sous-ui.irine à outrance et la rupture avec les États-Unis ; 7. Le repli 
(( stratégique » de llitidenburg ; 8. Désarroi de l'opinion (avril- 
juillet 1917) ; — III. Le Réveil des espérances et des convoitises ; 
1. Les premiers mois de la dictature militaire ; 2. Caporetto ; 3. Le 
maximalisnie en Russie : 4. Brest-Litowsk ; o. Les projets d'offensive 
sur le Front occidental : (i. Les grèves de janvier 1918 ; 7. .Nervosité 
de l'opinion à la veille de la grande odensive ; 8. \ ictoire et enthou- 
siasme; 9. Nouvelles inquiétudes : — IV. La Suprême Désillusion, le 
désespoir (15 juillet-11 novembre 1918) : 1. L'offensive française ; 2. Le 
sentiment de la défaite ; 3. La défection de la Bulgarie ; 4. L'effon- 
drement. 

Sans doute l'on ne peut considérer ce travail comme définitif; 
lorsque nous aurons entre les mains des renseignements et des sources 
qui ont manqué à M. Hallays, il y aura des retouches à faire au 
tableau. Je crois cependant que dans l'ensemble il est exact. 

La conclusion de M. Hallays est sévère — ce qui ne veut pas dye 
qu elle ne soit pas juste. Comme M. Maurice Muret, il nous répète : 
« Pas d'illusion sur l'Allemagne... C'est afin de se préparer à la pro- 
chaine guerre que l'Allemagne recourt au stratagème de la « démo- 
cratisation », pousse son Empereur hors de l'Empire et accepte, les 
yeux fermés, les conditions les plus avilissantes. La paix qu'on lui 
imposera ne sera jamais ni trop dure ni trop lourde. Toutes les 
rigueurs sont justes, tous les scrupules absurdes devant tant de mau- 
vaise foi unie à tant de lâcheté. » E.-G. Ledos. 



La Guerre allemande et la Couseience universelle, par Albert, 
PRINCE DE Monaco. Paris, i'ayot, 1919, in-i6 de 170 p. — Prix : 3 fr. 

Malgré ses 170 pages, le livre du prince de Monaco est un peu 
court, si l'on regarde au titre : « la Guerre allemande et la Conscience 
universelle. » Pourtant il est trop long d'une bonne moitié, car nous 
y lisons, sans grand intérêt, des extraits de publications connues, 
voire les réflexions personnelles de l'auteur sur la philosophie sociale, 
la religion et le rôle de la Papauté dans cette guerre. Allégé de tout 
cela, le livre prend une bien autre valeur, car c'est la déposition 



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solennelle que le prince a voulu faire, racontant, en témoin impar- 
tial, ce qu'il a entendu avant août 1914, ce qu'il a vu pendant la 
guerre. 

Ami personnel de l'empereur Giiillaume, il fréquente assez souvent 
l'Allemagne et la famille impériale pour pouvoir nous donner, sur 
les mœurs des Prussiens notoires, des détails discrètement indiqués, 
mais édifiants, ou encore sur l'état d'esprit du Kronprinz, blâmant 
an d908 son père d'accepter le tribunal de La Haye pour un litige 
avec nous : « Quoique, dil-il, les Français aient raison dans cette 
affaire, un État puissant ne doit point, sous peine de perdre son 
prestige, reculer, même s'il a tort, devant les probabilités d'une 
guerre. » 

Non moins documentaires sont les confidences que fait au prince 
Albert le Kaiser, plein d'indulgence pour les Turcs qui massacrent 
les Arméniens, jouant au bon apôtre'et prétendant que son armée 
est surtout une école sportive destinée à dégrossir l'Allemand engoncé 
et fruste. Notons surtout les paroles écbappées à l'Empereur, à bord 
du Meteor ou du HohenzoUern, à Kiel, en juin 1914 : le 28, apprenant 
l'assassinat de l'archiduc Ferdinand. Guillaume s'exclame : « Main- 
tenan