(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Open Source Books | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Polybiblion; revue bibliographique universelle"

iiii 



'■'ilîii'l'l'l', 
t>itHHHIitlli}i}ilnlili}hillittiflti(!fUUii4tiiilllll:<; 



litilitlUiiHrliilMililtitililiiHi' 



SLl'f X':movo,^Â"^^^ 




Toronto^ -pu èlic Library. 



Référence Department. 



THIS BOOK MUST NOT BE TAKEN OUT OF THE BOOM. 



m 



MAY '^'i mi 



POLYBIBLION 

REVUE 
BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



Janvii:r 1000. ^ , wv 



IMPRIMEKIE FR. SIMON, SUCC DE A. LE ROY 



IMPRlMEin BREVETE 



POLYBIBLION 

") 



REVUE 

BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



PARTIE LITTÉRAIRE 



BEUXIÈME SÉRIE. — lOME CHVQUAX'TE-lIIVIÈniE 

(quatre-vingt-huitième de 1 A collection) 



><^ - y^ 




PARIS 



AUX BUREAUX DU POLYBIBLION 

5, RUB SAINT-SIMON, 

1900 






^fet*^^^ 




M/V 



POLTBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

DERNIÈRES PUBLICATIONS ILLUSTRÉES 

1. Les Perles de la Côte d'Azur. La Rivière {du Cap Roux au torrent Saint-Louis). 
Monaco, Monte-Carlo, les Routes du littoral et de la Corniche, Menton et leurs 
environs, par le général Bourelly. Paris, Laurens, 1900, in-4 de n-411 p., illustré 
de 20 aquarelles dans le texte et hors texte et de 100 gravures par E. Lessieux. 
Broché, 40 fr. ; relié, 45 fr. — 2. Pompe'i. La Ville. Les Mœurs. Les Arts, par 
Pierre GusMAî». Paris, Société française d'éditions d'art, L.-Henry May, 1900, gr. in-4 
de 476 p., illustré de 600 dessins dans le texte et de 32 aquarelles de l'auteur. 
Broché, 30 fr. ; relié, 40 fr. — 3. L'Art décoratif et le mobilier sous la République 
et l'Empire, par Paul Lafond. Paris, Laurens, 1900, in-4 de iv-223 p., avec 10 eaux- 
fortes et 89 dessins, 40 fr. — 4. Paris pittoresque, 1800-1900. La Vie. Les Mœurs. 
Les Plaisirs, par LouLs Barron. Paris, Société française d'éditious d'art, L.-Henry 
May, 1900, gr. in-4 de 415 p., illustré de 500 reproductions d'estampes et de 20 grav. 
hors texte tirées en couleurs. Cartonné, fers spéciaux, 25 fr. ; relié, 40 fr. — 
5. L'Hôtel de ville de Paris à travers les siècles, par Louis d'Haucour. Paris, Giard 
«t Brière, 1900, in-4 de 802 p., avec de nombreuses gravures dans le texte et hors 
texte. Broché, 25 fr. ; relié, 35 fr. — 6. Le Sport en France et à l'étranger. Sil- 
houettes sportives, par le baron de Vaux. Paris, Rothschild, 1900, gr. in-8 de 335 p., 
avec 84 portraits et 200 illustrations. Broché, 25 fr. — 7. Les Styles enseignés par 
l'exemple. Europe : Art byzantin. Arts modernes, par L. Libonis. Paris, Laurens, 
1900, in-4 illustré de 200 grav. accompagnées de notices. Broché, 20 fr. ; relié, 22 fr. 
— 8. Les Trois Couleurs. France, son histoire, par G. Montorgueil. Imagé par Job. 
Paris, Charavay et Martin, s. d. (1900), in-fol. de 80 p., avec des gravures en cou- 
leurs. Relié, fers spéciaux, or et couleurs, tr. rouges, 12 fr. — 9. L'Oie du Capitole, 
par Léo Claretie. Paris, Société française d'éditions d'art, L.-Henry May, 1900, gr. 
in-4 de 43 p., illustrations de A. Vimar. Cartonné toile, fers spéciaux, or et couleurs, 
tr. dorées, 8 fr. — 10. Reconnaissance, par d'Agon de la Conterie. Paris, Société 
française d'éditions d'art, L.-Henry May, 1900, ia-4 de 302 p., illustrations de Zier. 
Cartonné toile, fers spéciaux, or et couleurs, tr. dorées, 8 fr. — 11. Le Pavillon d'or^ 
par Louis Gastl"(e. Paris, Société française d'éditions d'art, L.-Henry .May, 1900, in-4 
de 300 p., illustrations de Zier. Cartonne toile, fers spéciaux, or et couleurs, Ir. dorées, 
8 fr. — 12, A la conquête d'un trône, par A. Mahlinger. Paris, Société française 
d'éditions d'art, L.-Henry May, 1900, in-4 de 303 p., illustrations de Zier. Cartonné 
toile, fers spéciaux, or et couleurs, tr. dorées, 8 fr. — 13. Par vanité, par Amélie 
Perronnet. Paris, Société française d'éditions d'art, L.-Henry May, 1900, in-4 de 
300 p., illustrations de M. Balery. Cartonné toile, fers spéciaux, or et couleurs, tr. 
dorées, 8 fr. 

1. — Pour la publication du magnifique ouvrage qu'il vient de con- 
sacrer aux Perles de la Côte d'Azur, l'éditeur II. Laurens ne mérite que 
des éloges. Papier superbe, splendide impression due à M. Charles Hé- 
rissey, l'excellent imprimeur d'Évreux, belle gravure des planches en 
noir et en couleurs exécutée par MM. Ducourtioux et Huillard, tout 
ce qui rentre dans le domaine môme de l'éditeur de publications artis- 
tiques, M. Laurens l'a surveillé avec le plus grand soin, jusque dans 
les plus petits détails, et il est arrivé à produire de la sorte un ouvrage 
qui lui fait le plus grand honneur. — Cet ouvrage est illustré d'une 
manière absolument remarquable ; M. K. Lessieux a exécuté, pour 



— G — 

accompagner le lexle du géuéral Bourelly, une série de dessins en noir 
et d'aquarelles qui donneront ccrlaiuemenl à ceux qui ne l'ont pas 
encore vue le désir de visiter la partie de la Côte d'Azur décrite dans 
ce volume ; ils inspireront aux autres le désir d'y retourner, et leur 
rappelloronl on m<^me temps, de la manière la plus fidèle, les sites et les 
monuments qu'ils ont eu occasion, au cours de leur séjour sur le lit- 
toral méditerranéen, de voir et d'admirer. Bon nombre de ces illus- 
trations sont de véritables tableaux, d'une exactitude scrupuleuse: 
citons eu particulier les aquarelles représentant le rocher de Monaco, 
le port de Menton, la montagne Sainte-Agnès, Eze et la presqu'île 
Saint-Jean, le trophée d'Auguste et le mont de la Bataille. Signalons 
aussi les dessins représentant la rade et le port de Monaco, Eze, la 
vieille ville de Menton, enfin le ravin et le pont Saint-Louis à la fron- 
tière italienne. — Quant au texte du général Bourelly, très documenté, 
très bien informé en général, nous ne laisserons pas de lui adresser 
(jnelqucs reproches. Pourquoi, d'abord, n'avoir pas défini, sinon dans 
le titre même du volume et sur la carte, ce que sont les Perles de la 
Côte d'Asur? C'est Monaco, Monte-Carlo et Menton, ainsi que leurs en- 
virons, c'est la <' Rivière», du Cap Roux au torrent Saint-Louis, dit le 
géuéral Bourelly; mais ce pourrait être aussi bien San Rémo et Bor- 
dighera. Pourquoi n'avoir pas débuté, avant de faire l'histoire de Mo- 
naco, d'après les travaux érudits de M. Saige, par un court chapitre 
d'introduction géographique générale? Pourquoi n'avoir pas dressé 
une bibliographie à la fin de volume dont, systématiquement, a été 
éliminée toute référence? Ajoutons que le style laisse parfois à dési- 
rer ; on trouve ici (p. 4) des phrases sans verbe, là, des phrases mal 
construites (p. 123), ailleurs des amphibologies, parfois aussi des ren- 
seignements contradictoires (Cf. p. 159-160). Puis, on rencontre çà et là 
des indications incomplètes ; à la page 34, par exemple, où le général 
Bourelly omet de mentionner, parmi les expéditions océanographiques 
antérieures à celles du prince de Monaco, celles du Porcupine et 
surtout la grande exploration du Challenger; - ou aux pages 150-151, 
où les chiffres cités par lui sont beaucoup moins probants que les 
chifl'res de la température moyenne de chaque mois pour une période 
déterminée d'années. Mais ces critiques n'empêchent pas le général 
Bourelly d'être un bon et agréable guide, que les visiteurs de la Côte 
d'Azur feront bien de consulter souvent, et dont les indications histo- 
riques et topographiques sont sûres ; c'est en même temps un admi- 
rateur passionné de la partie de la « Rivière » comprise entre le cap 
Houx et le torrent Saint-Louis. 

2. — M. Pierre Gusman est un jeune peintre qui, récompensé au Salon 
de 1894 d'une bourse de voyage, s'est mis à découvrir le monde. La Bel- 
gique et la Hollande l'intéressèrent, Rome l'enchanta, Pompéi le retint. 



D'abord simple touriste, il se laissa vivre doucement dans les ruinas 
ensoleillées; autour de lui les ouvriers travaillaient, des coins nouveaux 
de la ville ensevelie surgissaient peu à peu devant ses yeux ravis. Il 
dessinait, il peignait, il se pénétrait de cette résurrection de la vie 
antique, irrésistible pour une âme d'artiste. Il partit pour revenir deux 
uns plus lard, avec une mission ministérielle, muni, cette fois, d'un 
sérieux bagage d'archéologue, et copiant, pour notre École des beaux- 
arts, les peintures les moins connues. Une troisième fois, en 1898, il 
retourna pour un dernier séjour au pied du Vésuve, et il en rapporta 
un livre. Ne craignons pas de le dire, le livre de M. Gusman est le plus 
beau, le plus complet, le plus agréable de tous ceux, et ils sont légion, 
qui ont été écrits sur Pompéi. M. Henry Roujon, l'érudit et actif direc- 
teur des Beaux-Arts, dont le nom figure sur la dédicace, peut être fier 
d'avoir aidé à une aussi excellente publication. Elle ne nous accable 
point sous l'appareil scientifique des ouvrages allemands; c'est une pro- 
menade alerte et joyeuse, en des chemins fleuris; mais partout on peut 
s'arrêter et se reposer sur un terrain solide; la science est là; nulle 
part elle ne fait défaut; croyons-en M. Gollignon, dont l'Introduction si 
charmante et fine est la plus sûre des garanties; d'ailleurs la biblio- 
graphie qui termine le volume n'a rien négligé des ouvrages utiles à 
consulter. Rien qu'à feuilleter le vélin sonore de ces pages couvertes 
de dessins, vous aurez la vive sensation de la vie antique. L'auteur a 
divisé son grand sujet en chapitres méthodiquement classés, où nous 
apprenons à connaître l'histoire de Pompéi, de sa destruction et des 
fouilles, la vie religieuse et les tombeaux, les monuments publics, les 
jeux et les théâtres, la rue, les inscriptions et les industries, la maison 
gréco-romaine, les arts enfin, peinture, sculpture, orfèvrerie. L'illustra- 
tion est parfaite, d'un artiste homme de goût, uniquement attentif à 
fixer le caractère véritable des objets qu'il nous présente. Ses dessins 
(il n'y en a pas moins de six cents) rendent avec la même précision les 
fresques à demi détruites^ les statues, la vaisselle et les meubles, ou 
les aspects délicieux du paysage campanien. Enfin nous ne saurions 
trop louer les aquarelles, dont la reproduction sobre et harmonieuse 
est un des grands attraits de ce texte séduisant. Il est inutile d'ajouter 
que Pompéi, la ville, les mœurs, les arts, n'est point un livre pour 
enfants, ni pour jeunes filles. On sait que le latin dans les mots — et 
dans les peintures — brave l'honnêteté; mais M. Gusman, qui connaît 
.-^on Roilcau, respecte le lecteur français, et, sans rien nous cacher de 
cette vie antique où beaucoup de laides choses ne craignaient point le 
grand jour, il parle de tout avec discrétion et délicatesse; c'est un 
mérite de plus dont les pères de famille lui seront reconnaissants. 

3. — Les modes changent et se succèdent rapidement. Le somptueux 
volume que M. Paul Lafond vient de publier à la librairie Laurens sur 



l'Art décoratif et le Mobilier sous la République et l'Empire n'aurait 
gu^re trouvé de lecteurs il y a trente ans ; aujourd'hui c'est un livre 
nécessaire. M. Ilcnr3' Houssaye, dans son excellente Préface, le cons- 
tate justement : « Ce que d'autres ont fait depuis douze ans pour 
l'histoire, M. Paul Lafond l'a fait pour l'art décoratif de l'Empire. Son 
livre est une nouveauté et une réparation. Pour la première fois, nous 
avons un tableau complet et une étude suivie du mobilier sous la 
Révolution et l'Empire ; pour la première fois, il est rendu pleine 
justice à cet art décoratif si longtemps dédaigné et cependant si remar- 
quable par la finesse, la sûreté, le soin scrupuleux de l'exécution, 
comme par la grandeur, la noblesse, le caractère de puissance et de 
pérennité de la conception. » L'étude des origines de ce style néo- 
antique sera pour bien des lecteurs une révélation. Gomment imaginer, 
avant la Convention, avant l'expédition d'Egypte, avant le sacre de 
Napoléon, les faisceaux et les trophées d'armes, les sphinx et les 
aigles, les Victoires aux ailes éployées et les palmes s'enlevant en 
relief doré sur les boiseries blanches des appartements, s'incrustanl 
en bronze sur l'acajou des meubles ? Et pourtant tous les éléments 
essentiels du nouveau décor existent déjà dans le style Louis XVI, et 
Marie-Antoinette, à Trianon, à Versailles, à Fontainebleau, a fait 
travailler ces mêmes ciseleurs et ces ébénistes auxquels la République 
et l'Empire devront leurs meilleurs chefs-d'œuvre. Il ne faut pas 
oublier que la découverte récente de Pompéi et d'Herculanum avait 
plus que jamais tourné les esprits vers l'antiquité, et fourni aux ou- 
vriers d'art d'incomparables modèles ; c'est là qu'il faut chercher l'expli- 
cation toute naturelle du changement de mode qui, en quelques années, 
transforma les lignes tourmentées et les courbes capricieuses de l'orne- 
mentation Louis XV en un décor plus sobre, plus rectiligne, presque 
rigide. Les stucs, les boiseries sculptées et peintes et jusqu'aux tapis- 
series de Beauvais (on en pouvait admirer tout récemment à la galerie 
Georges Petit de ravissants panneaux) ont reproduit à profusion les 
célèbres danseuses de Pompéi, la gloire du musée de Naples. On 
suivra avec un vif plaisir, au travers du texte de M. Paul Lafond, cette 
évolution si intéressante du style français ; de charmants et nombreux 
dessins en sont le commentaire. Parmi ces dessins, on remarquera de 
grandes eaux-fortes qui rendent avec une parfaite fidélité le ton et la 
matière des objets qu'elles interprètent; ces eaux-fortes sont signées 
de l'auteur même du livre, qui manie tour à tour, avec une égale 
aisance, la plume de l'érudit et la pointe du graveur. 

4. — M. Louis Barron, auteur des Fleuves de France, des Environs de 
Paris, et de Autour de Paris, nous donne aujourd'hui un nouvel 
ouvrage, sous ce titre : Parts pittoresque. C'est le tableau de la capitale 
durant le siècle qui va finir : 1800-1900. La Vie, les mœurs, les 



plaisirs, ce sous-titre indique ce qu'on trouve dans ces pages, où revit, 
de la façon la plus saisissante, le Paris du premier Empire, de la Res- 
tauration, du gouvernement de Juillet, de la seconde République, du 
second Empire, enfin de la troisième République. Ce qui constitue 
l'originalité du livre, c'est que les innombrables gravures qui accom- 
pagnent le texte sont toutes empruntées à des estampes contempo- 
raines : on a ainsi, prise sur le fait, la vie parisienne aux diflférontes 
époques. Rien n'est plus curieux que ces reproductions qui placent 
sous nos yeux beaucoup de ces monuments du vieux Paris qui ont 
disparu dans les transformations opérées durant le cours du siècle, 
une foule de scènes de mœurs, les costumes, les types, les fêtes, les 
journées : pages d'histoire, souvenirs d'un passé plus triste que glo- 
rieux, mais qui contient des leçons dont la génération actuelle devrait 
profiler. Quelque favorable que soit l'auteur aux idées libérales, il ne 
peut s'empêcher de pousser un cri d'alarme. Dans sa conclusion, 
M. Barron, faisant allusion aux explosions qui ont signalé les années 
1893 et 1894, à l'incendie du Bazar de la Charité en 1896, écrit ces 
lignes : « Ah ! qu'un tel holocauste devrait suffire pour rapprocher 
les classes, et, dans la ville, amener la paix sociale ! Mais s'il ne suffit 
pas, la violence y réussira-t-elle davantage ? Il faut bien autre chose 
pour retenir l'attention de Paris que des actes de haine farouche, il 
faut émouvoir ses invincibles sentiments d'amour pour la patrie tou- 
jours prêts à vibrer. Dans ce seul amour s'unissent ses citoyens. Dès 
qu'on l'invoque, les luttes de partis et de classes font trêve, aristo- 
crates et bourgeois, ouvriers et patrons, riches et pauvres se com- 
prennent, s'accordent et se disposent ensemble à tous les sacrifices. 
Le patriotisme, c'est leur religion ; à certaines heures, c'est toute leur 
âme. » Étrange illusion! le patriotisme, sans la religion, n'est qu'un 
sentiment éphémère. M. Barron, qui, à certaines pages, s'est permis 
de qualifier Notre-Seigneur Jésus-Christ d' « anarchiste d'il y a dix- 
neuf cents ans, » ne semble pas le comprendre. Il nous montre le 
Paris frivole, sensuel, livré à tous les entraînements, plus d'une fois 
emporté par l'esprit de révolte et allant de révolutions en révolutions : 
il devrait nous donner maintenant la contre partie, qu'il fait entrevoir 
à la fin du livre, quand il dit : « Paris, malgré son allure dévorante, 
trouve le tt-mps de penser à être bon. Paris recueille, soigne, soulage, 
console, encourage les blessés, leur rend parfois la force pour lutter 
encore. Paris est plein d' « œuvres » de miséricorde et d'humanité' 
fondées pour calmer, guérir, s'il se peut, les continuelles meurtris- 
sures de l'égoïsme. Nombre de braves gens s'ingénient à secourir les 
pauvres, se consacrent môme à leur service et savent y intéresser la 
frivolité mondaine. « Nous souhaitons qu'après avoir raconte la vie, les 
mœurs, tes jlaisirs, l'auteur nous donne le vivant tableau de ces 



— 10 — 

œuvres qui sont rhonncur du xix» siècle. Avant de fiuir nous devon 
ft'liciUr les éditeurs sur la sph-ndide exécution de ce livre. 

5. — M. Louis d'IIaucour, sous-chef de bureau en retraite au minis- 
tère de la marine, nous doune un volume in-4, richement illustré, 
sous ce litre : L'Hôtel de ville de Paris à travers les siècles. Dans une pre- 
mière partie, il retrace l'histoire de la prévôté des marchands et de l'hôtel 
de ville, depuis 1263, date de l'entrée en fonctions d'Evreux de Valen- 
cieunes, le premier prévôt des marchands, jusqu'au 14 juillet 1789, jour 
où fut assassiné Jacques de Flesselles, le dernier prévôt. Dans une seconde 
partie, qui forme à elle seule près de la moitié du volume, nous trouvons 
l'histoire de l'hôtel de ville depuis 1789 jusqu'à nos jours. Il y a là des 
listes de prévôts et d'échevius jusqu'à la Révolution, de membres de 
la Commune, du conseil général et de la municipalité depuis 1789 jus- 
qu'à 1899 qui ont leur intérêt ; mais, en ce qui touche aux appréciations 
historiques, il y aurait bien des réserves à faire et l'on pourrait même 
signaler des inexactitudes. Ainsi M. d'Haucour (p. U6) nous cite une 
ordonnance que les habitants de Paris auraient obtenue «de Charles VII» 
lo 18 février 1424, pour être autorisés à faire, chaque nuit, le guet dans 
la ville. Or, à cette époque, la ville de Paris était encore sous la domi- 
nation anglaise. — Nous nous arrêterons plus volontiers à la partie 
artistique, qui est intéressante, parce qu'elle offre la reproduction d'an- 
ciennes gravures et de tableaux de maîtres. Toute cette illustration est 
fort bien exécutée. 

6. — En écrivant le Sport en France et à V étranger .^ M. le baron de 
Vaux a eu surtout l'intention de tracer quelques silhouettes qui seraient 
finement appréciées des amateurs de la lame et de l'épée. Tout d'abord 
il a mis en vedette les souverains, depuis M. Félix Faure jusqu'à 
M. Loubet. On comprend, dans ces conditions, qu'il ail inséré le prince 
de Monaco et négligé le duc d'Orléans (le premier tireur du monde 
pourtant). Il lui est aussi arrivé une mésaventure bizarre : en tête du 
croquis littéraire consacré au comte de Turin (p. Mo], il a mis la pho- 
tographie du duc d'Aoste. La deuxième partie est consacrée aux figures 
les plus connues qui se consacrent à l'escrime, au duel et au sport. 
C'est le comte Clary et la princesse de Metlernich qui débutent. Nous y 
retrouvons l'excellent marquis de Chambonas et un bel hommage rendu 
à Louis de Caters. Mais avec regret, nous constatons que M. de Saint-Ché- 
ron est oublié. Pourquoi ? Tous ceux qui ont assisté, au cercle d'escrime, à 
l'assaut merveilleux qui eut lieu entre Mi'« Poppa Invernizzi et Mathilde 
de Salle, représentant le chevalier de Saint-Georges et la chevalière 
d'Eon, verront avec plaisir que cette belle soirée a été rapportée au 
compte de M. Breittmayer. Le baron de Vaux nous révèle Hergsell, et 
Breck, deux tyi)es extrêmement intéressants, M"« Abberua, qui n'est 
mallieureusement connue que d'un cercle intime, et M'"" Schroer, une 



— 11 — 

agréable Berlinoise. A signaler le costume des escrimeuses danoises 
(p. 377 et suivantes). Somme toute, ce livre mérite d'être sur toutes les 
tables mondaines et d'être offert aux jeunes sportmen ou women, qui 
abondent maintenant, Dieu merci, mais qui connaissent malheureuse- 
ment trop peu les grands maîtres de l'art. 

7. — M. Libouis vient de publier le troisième et dernier volume de 
la série instructive qu'il intitule : Les Styles enseignés par l'exemple. Ce 
volume traite des arts en Europe, de l'époque byzantine jusqu'aux 
temps modernes. Il comprend deux cents dessins à la plume, accom- 
pagnés de notices générales sommaires, mais dont la construction 
heureusement proportionnée s'appuie sur une érudition sérieuse. Ce 
que l'on peut surtout regretter, c'est que l'auteur n'ait i)as cru devoir 
compléter chacune de ces notices sur l'art byzantin, l'art allemand, 
l'art anglais, l'i-rl italien, l'art flamand, l'art espagnol, l'art russe, de 
l'indication des ouvrages les plus utiles à consulter, tant manuels que 
1 ecueils savants. Prenons donc le livre de M. Libouis pour ce qu'il est : 
un album commode à feuilleter, où l'on trouvera des spécimens assez 

. bien choisis des styles anciens et modernes. Voici des exemples d'ar- 
chitecture, voici des bois sculptés, des métaux, des marbres et des 
ivoires, des émaux et des verres (les vitraux ont été oubliés), des mi- 
niatures et des cartons de dessins, le tout interprété d'une manière 
habile, mais uniforme. Par son format et son prix, cet ouvrage prend 
place parmi les publications de luxe ; nous l'eussions préféré plus 
maniable, et d'allure plus scolaire, car il ne s'adresse en somme qu'aux 
lecteurs encore inexpérimentés. 

8. — A contempler le superbe album, œuvre pour l'image du presti- 
Kieux dessinateur Job, et, pour le texte, de M. G. Montorgueil qui 
nous apparaît comme un barde vigoureux, fils delà vieille Gaule à. la 
fois et de la jeune France, on reste un moment saisi, rêveur. Mais, 
revenu d'un premier éblouissement, on examine et on réfléchit. Les 
Trois Couleurs. France., son histoire (titre singulier) envisage l'époque 
qui va de 1815 à 1880. Tour à tour, l'écrivain, dans une prose parfois 
sublime, de temps à autre familière, d'une familiarité glissant jus- 
qu'aux confins d'une trivialité qui n'a au fond rien de blessant, et 
l'artiste, en une série de tableaux admirables d'exécution, mais pas 
toujours d'une courtoisie parfaite quand il s'agit de la vieille monar- 
chie française, rappellent les faits principaux de notre histoire pen- 
dant la plus grande partie de ce dix-neuvième siècle près de s'évanouir 
et qui a été si stérilement, si désastreusement agité. Chacun à sa ma- 
nière, MM. G. Montorgueil et Job se montrent patriotes ; mais ni l'un 
ni l'autre ne s'est aperçu de ce qui manque à notre chère France, 
c'est-à-dire un Chef puissant et respecté, prêta reprendre les vraies tra- 
ditions nationales. Ils nous paraissent voir en espérance, eu rôve, 



40 

hélas ! une France grande, forte, prospère, sans se douter, il nous 
semble, que le sol sur lequel ils aperçoivent les choses établies est 
daugereusemonl mouvant. Nous rendons volontiers justice à leur 
talent à tous deux et spécialement au ton modéré de M. G. Montorgueil ; 
mais nous devons nous en tenir là : car l'œuvre, dans son ensemble, 
esi très critiquable et nous regrettons de ne pouvoir lui accorder nos 
suffrages. 

9. — M. Léo Claretie a eu la rare fortune de découvrir, dans le 
bûcher d'un couvent du Mont Athos, un manuscrit de L. Galpurnius, 
qui lui a fourni des notions ignorées sur le fameux épisode du Capitole 
sauvé par les oies. Telle est l'origine du « succulent » album qu'il nous 
offre, avec les merveilleuses illustrations de Vimar. C'est tout à fait 
désopilant. Tout ce qu'on pourrait reprocher à TOte du Capitole, c'est ^ 
d'être parfois un peu trop grasse. Il y a, dans le récit des exploits de 
Cornélie et de son fils Gaius, certains passages qui ne conviennent 
guère à la jeunesse. C'est dommage, car l'album est vraiment bien joli ! 

10. — M. d'Agon de la Conterie, en écrivant Reconnaissance, a voulu 
mettre sous la terrible période du Consulat l'histoire la plus touchante. 
Un ignoble personnage vole son neveu pour dérober sa fortune. La 
mère de l'enfant, aidée de braves cœurs, arrive à le retrouver, et le 
traître reçoit sa punition juste et méritée. Peut-être l'auteur est-il un 
peu trop indulgent pour la police, mais il a des sentiments élevés et 
chrétiens. Il blâme peut-être avec trop d'ardeur les convictions et les 
actes des chouans, mais il sait néanmoins leur rendre parfois un juste 
hommage. Il y a dans ce roman une atmosphère d'honnêteté qu'on 
rencontre rarement et qui séduit d'autant plus. Livre dont la 
mère peut permettre la lecture à sa fille : c'est le plus bel éloge que 
nous en puissions faire et que nous compléterons néanmoins en disant 
que les pères le liront aussi avec plaisir, car le style en est limpide et 
l'intérêt toujours palpitant. Bonnes gravures de Zier, jolie couverture. 

11. — M. Jules Verne a inauguré une « école » de voyages extraordi- 
naires qui compte déjà un certain nombre d'élèves de talent que les 
lecteurs du Polybiblion connaissent. Un nouveau se révèle : M. Louis 
Gastine. Avec le Pavillon d'or on est lancé dans le prestigieux, le pro- 
digieux, le mystérieux le plus inextricable. Un grand yacht de natio- 
nalité américaine, mais dont l'équipage est français, sauf un seul offi- 
cier, Sir Naddi, fait la rencontre, en pleine mer et en pleine nuit, d'un 
croiseur formidable, abandonné sans pavillon, sans dénomination, sans 
fanaux. Le commandant Baraduc l'aborde, y monte, l'inspecte dans 
toutes ses parties et, le considérant comme de bonne prise de par le 
droit international, s'en empare avec l'intention de le diriger sur Brest, 
afin de le remettre aux autorités militaires maritimes, qui l'accueillent 
à coups de canon et môme, sur ordre ministériel, lui font donner la 



— lâ- 
chasse. Mais ce navire, dont Tarmeaieut est fantastique et dont la puis- 
sance comme vitesse est incomparable, se borne à prendre le large, à 
régler sa marche sur les bâtiments qui le poursuivent inutilement, 
puis prend tout à coup sa « volée » faisant de soixante à quatre-vingts 
nœuds à l'heure ! Effrayant ! Après mûres réflexions, Baraduc renvoie 
l'équipage entier, ne gardant que le chef mécanicien. A eux deux, 
tranquillement, ils pénètrent à Toulon, de nuit, sans être aperçus de 
toute la marine du port, si bien qu'à l'aurore le colosse stupéfie tout 
le monde. Quoique portant les couleurs françaises, la France ne le 
reconnaît pas pour l'un des siens ; l'Europe, le monde s'émeut de l'aven- 
ture, nomme une commission internationale pour découvrir l'origine de 
ce navire hors depair. Et tout cela pour arriver à ce qui est générale- 
ment l'œuvre des commissions s'entendanl mal : à zéro. L'auteur ra- 
conte alors des choses abracadabrantes qu'il serait trop long de résumer 
et qu'on fera bien de lire. Finalement, le « Pavillon d'or » disparaît — du 
fait de son mystérieux créateur qui ne se révèle qu'à la dernière page, 
SirNaddi, — par cinq kilomètres à fond, avec ledit créateur, un original, 
qui, au préalable, a a semé » son équipage afin de ne pas lui faire subir 
un sort fatal. N'oublions pas de dire que M. Gastine, avant cette con- 
clusion inattendue, nous fait assister à deux mariages particulièrement 
intéressants. Les belles gravures et la jolie reliure de ce volume ne 
sont pas de nature à rabaisser le mérite de cet étonnant récit. 

12. — Dans la Conquête d'un trône, M. Mahlinger a raconté l'enlève- 
ment de l'héritière du trône de Dalmatie. Il s'agit de la conspiration 
et de la révolte de ces vaillants patriotes qui voulurent arracher leur 
patrie au joug autrichien. L'intérêt est poignant, les péripéties nom- 
breuses, les plus nobles sentiments se font jour tour à tour. On ne 
peut que vibrer à l'unisson, et garçonnets et fillettes s'enthousiasmeront 
ajuste titre pour ce roman qui ne contient rien que d'irréprochable. 
On y parle sans doute beaucoup de prison, de mort; mais n'est-ce pas 
là un bon exemple à donner aux enfants et ne serions-nous pas plus 
capables de défendre nos libertés les plus sacrées, si nous habituions 
nos enfants à regarder dès leur jeune âge toutes les peines comme 
insignifiantes quand il s'agit de se faire les champions d'une grande 
idée et par conséquent de souffrir pour elle ? 

13. — Par vanité nous rappelle les menus faits de la vie des trois 
familles Dècle, F'eriel et de Presmes, gens de condition modeste, mais 
chez qui, sous des formes diverses, une vanité puérile se manifeste à 
chaque instant. Il serait long et du reste peu intéressant d'entrer dans 
tous les incidents qui remplissent le livre. Les familles que nous venons 
d'énumérer, vivent dans une intimité quotidienne, sans cesser pour 
cela de se jalouser cl de se disputer à l'occasion, toujours a par vanité. » 
Les aventures d'une soi-disant grande dame ilalioune, la princesse 



— 14 - 

Moscalelli, jouenl uu rôle important dans la seconde partie du récit. 
Jalousée par les uns, flattée par les autres, la folle princesse devient 
pour les gens vaniteux qui l'observent un centre autour duquel s'agitent 
leurs mesquines passions. L'auteur a eu pour but de montrer les in- 
convénients de la vanité, défaut dont sontaffligés tous ces personnages. 
Ce but est louable, mais l'absence de toute note religieuse se fait péni- 
blement sentir: les personnages, même les meilleurs, sont d'honnêtes 
païens et l'atmosphère où ils vivent est d'un terrc-à-terre désolant. 

ViSBNOT. 

ÉCONOMIE POLITIQUE ET SOCIALE 

1. Les Fondemenl.i économiques de la protection, par Simon-N. Patten. Paris, Giard 
et BritTC, 1899, in- 12 de xiii-216 p., 2 fr. 50. — 2. Les Associations ouvrières et pa- 
tronales' p^ir Roger Merlin. Paris, Rousseau, 1899, in-8 de 516 p., 8 fr. — .3. Es- 
sai sur quelques théories économiques dans le « Corpus juris civilis », par Paui. 
Thomas. Paris, Larosc, 1899, gr. in-8 de 121 p., 6 fr. — 4. L'Ouvrier en soie, mo- 
nographie du tisseur lij07inais, i" partie. 1466-1791, par Justin Godard, Lyon, 
Bcrnoiix et Cumin ; Paris, Rousseau, 1899, in-8 de 542 p. — 5. La Propriété 
paysanne., étude d'économie rurale, par Souchon. Paris, Larose, 1899, in-8 de 
viii-258 p., 6 fr. — 6. Die sociale Frage : Liberalismus, Socialismus wid christ- 
liche Gesellschaftsordnung, von R. P. He.nri Pesch, S. J. Fribourg en Brisgaa, Herder, 
1896, 1898 et 1899, 3 vol, in-12 de 192, 340 et 396 p,— 7. Conférences sur les œuvres so- 
ciales, parle R. P. Emile Piché. Paris et Poitiers, Oudin, 1899, in-12 de 106 p,, 2 fr. 50. 
— 8. Socialisme et problèmes sociaux, par Eugène d'Eichtal. Paris, Alcan, 1899, in-12 
de 272 p., 2 fr. 50. —9, Action socialiste, par Jean Jaurès. Paris, Bellais, 1899, in-12 
de 558 p., 3 fr, 50. — 10. Les Lois sociales devant le droit naturel, par Dugast. 
Paris, Giard et Brière, 1900, in-12 de 62 p., fr, 75. — 11. De la Production 
industrielle, association du capital, du travail et du talent., par Paul Boilley. 
Paris, Alcan, 1899, in-12 de 220 p., 2 fr. 50. — 12. Die agrarischen Fragen im 
Verhxltniss zum Socialismus, von Fr. 0. Herk, Vienne, Rosner, 1899, in-8 de 
142 p., 2 fr. 50, — 13. Charité, justice, propriété, par Charles de Ponthière. Paris, 
Rondelet, 1899, gr. in-8 de 54 p. — 14. Annales de l'Institut international de 
sociologie, par RenéWorms. T. V. Paris, Giard et Brière, 1899, in-8 de 512 p., 
10 fr. — 15. Morale sociale, par Belot. Bernes, Brunswick, Buisson. Paris, Al- 
can, 1899, in-8 de 320 p., 6 fr. — 16. Les Transformations du pouvoir, par G, 
Tarde, Paris, Alcan, 1899, in-8 de 266 p., 6 fr. — 17. Interprétation sociale et 
morale des principes du développement mental, étude de psycho-sociologie, par 
James Mark Baldwin. Paris, Giard et Brière, 1899, in-8 de 580 p., 10 fr. — 18. 
Évolutionde l'dmeet de la société, par Felipe Senillosa. Paris, Chamuel, 1899, in-12 
de 272 p., 3 fr. 50, — 19. Vues contemporaines de sociologieet de morale socide, 
par Henri Lagrésille. Paris, Giard et Brière, 1899, in-8 de 268 p., 5 fr. — 20. 
Science sociale et démocratie, essai de philosophie sociale, par Duprat. Paris, 
Giard et Brière, 1900, in-8 de 320 p., 6 fr. — 21. Discorsi sulla natura e sui 
governo dei popoli, da F. -S. -G. Siragusa. Palerme, Virzi, 1899, in-12 de 412 p., 
5 fr. — 22. L'Amour libre, par Charles Albert. Paris, Stock, 1899, in-12 de 306 p., 
3 fr. 50. 

1. — M. Palten, professeur à l'Université de Philadelphie, avait publié, 
en 1890, un très curieux livre sur les Fondements économiques de la 
protection. M. Lepelletier, de l'Université catholique de Paris, vient de 
le traduire sur la seconde édition, parue en 1895, Ha thèse est origi- 
nale. M. Patten y reproduit bien l'idée maîtresse de Raymond et de 



- lo — 

List, à savoir, qu'Adam Smith et les classiques avaient fait de l'écono- 
mie privée plutôt que de l'économie politique (p. 20) et que la nation ne 
leur était pas suffisamment apparue comme distincte des individus ; 
mais pour le surplus il s'engage dans une théorie nouvelle de toutes 
pièces. C'est la distinction des « sociétés à l'état statique » et des < so- 
ciétés à l'état dynamique » ; les premières, comme les vieilles nations 
européennes, parvenues à un équilibre stationnaire ; les autres, comme 
l'Amérique, en plein essor de progrès dans la conquête graduelle de 
toutes leurs ressources. Ces dernières ont besoin d'une protection, qui, 
en excitant le travail national, excitera du même coup le commerce exté- 
rieur. Toutefois, quand on veut examiner dans le détail les propositions 
qu'émet M. Patten, on est souvent frappé de leur aspect paradoxal. 
Ainsi M. Pallen, à la différence de son compatriote Carey, est un par- 
tisan convaincu des lois de la rente selon Ricardo, ce qui ne l'empêche 
pas de soutenir avec Carey que la mise en culture a commencé parles 
terres maigres et mauvaises et fini par les terres riches et profondes 
(p. 47 et s.). Selon lui aussi, c'est une erreur de s'imaginer que l'An- 
gleterre ait une supériorité pour le fer, et les États-Unis pour les 
céréales : c'est le contraire qui est vrai (p. 48). Toutefois M. Patten est 
beaucoup mieux inspiré quand il réfute la théorie ricardieane de la 
productivité indestructible du sol (ce que la chimie avait suffisam- 
ment démenti) et quaud il préconise la variété économique des 
cultures : celle-ci, d'ailleurs, se concilie plus facilement avec des for- 
mules de protection qu'avec des formules de libre-échange basées sur 
la division du travail ainsi que le voulaient Smith et Bastiat (p. 38et s.j. 
Mais au résumé, nous craignons que le vague des théories sur l'état 
statique et l'état dynamique, l'aspect trop ouvertement paradoxal de 
certaines affirmations et le caractère essentiellement américain d'une 
théorie que l'auteur présente comme générale, nous craignons, disons- 
nous, que tout cela ne nuise au crédit du système de M. Patten. Les 
libre-échangistes ne le croiront pas, et les protectionnistes s'obsti- 
neront à lui préférer List. 

2. — M. Roger Merlin, que connaissent bien les amis du « Musée 
social >, a donné un fort beau livre sur les Associations ouvrières et 
patronales, simple exposé de la situation actuelle, soit en France, soit 
en Europe, au triple point de vue des sj-ndicats industriels et auricoles, 
des sociétés coopératives de consommation, de production et de crédit, 
et des institutions de mutualité. Bien entendu la France a la première 
place dans ce tableau : puis viennent les autres pays do l'Europe, avec 
quelques lignes seulement sur les États-Unis, en ce qui concerne chez 
eux les coopératives et les mutualités. D'ailleurs les Etats-Unis, pour 
être traités un peu à fond, auraient exigé des volumes, et assez d'autres 
auteurs y ont donné déjà leur attention. — En fait de syndicats, les 



— 16 — 

préférences de M. Merlin sont pour les syndicats mixtes, s'ils sont pos- 
sibles : et il en voit à bon droit une réalisation dans les syndicats 
agricoles, devenus le résultat le plus solide et le plus complètement 
bonde la loi de I88't. Ici cependant, je veux dire pour les syndicats 
agricoles, nous aurions voulu une étude juridique bien documentée et 
bien sérieuse sur le parallèle à faire entre le cadre qui paraît tracé aux 
syndicats par la loi de 1884, et le champ d'activité beaucoup plus vaste 
dans lequel ils se sont étendus. — Les conclusions générales du livre 
sont bonnes. M. Merlin reconnaît et démontre que o le syndicat 
ouvrier de notre époque est dominé par une tendance socialiste et 
révolutionnaire » (p. 151); et à la fin du volume il fait un plaidoyer 
sincère en faveur de la liberté et de l'initiative individuelle (p. 508- 
5i2). Le socialisme d'État ne lui fait pas moins peur. Il l'accueille 
cependant comme un pis-aller, pour le cas où « les intéressés man- 
queraient d'aborder cette voie de liberté qui s'ouvre devant eux » et ne 
pourraient pas « se servir des instruments mis à leur portée par la 
République. > Qu'il me soit donc permis de dire ici qu'en ce qui con- 
cerne la liberté, M. Merlin me semble un peu optimiste sur le compte 
de la République ; tracassière et statolàtrique comme elle est en matière 
de liberté religieuse, ne pourrait-on pas lui objecter le vieil adage 
« donner et retenir ne vaut », qui, en matière de donation, vicie l'acte 
dans son entier ? Et cependant M. Merlin a proclamé fort justement 
que « ce n'est pas le système adopté qui fait le bonheur... S'il est des 
partisans des syndicats et de la coopérative qui attachent à celte forme 
une puissance mystique, ils ne tarderont pas à être désabusés... Si la 
nouvelle école croit à une transformation lente sans doute, mais pro- 
gressive, le changement n'aura pas été produit par la forme extérieure, 
mais par les principes de vie morale dont cette dernière aura facilité 
réclusion. » 

3. — L'histoire de l'économie politique s'enrichit chaque année de 
travaux spéciaux d'une haute valeur : au nombre de ceux-ci il faut 
mettre, sans conteste possible, VEssai sur quelques théories économiques 
dans le a Corpus juHs civilis », par M. Paul Thomas. Ces théories, ce 
sont : l'idée de la richesse et des biens ; la valeur ; la circulation des 
richesses; le crédit et son organisation; les titres de crédit. L'auleur, 
qui a le mérite de rester un romaniste en un temps où l'étude du droit 
romain est trop dédaignée en France, a des vues extrêmement curieuses 
sur une foule de questions. Ainsi les juiisconsultes romains ont-ils eu 
la notion d'une valeur d'usage distincte delà valeur d'échange ? Ont-ils 
connu les variations de valeur de la monnaie, et n'ont-ils pas à cet 
égard maladroitement distingué le mutuura d'argent d'avec le mutuuîyi 
de denrées (p. 56 ot suiv.) ? Ont-ils imaginé quelque succédané de la 
lettre de change? Ont-ils suppléé à notre formule à ordre (p. 93 et 



— 17 — 

suiv.)? Voilà quelques-uns de ces problèmes et ils sont fort bien 
traités : pour moi, qui ai professé dix ans le droit romain, j'ai eu un 
plaisir tout particulier à les découvrir. L'ouvrage de M. Thomas va 
fournir pour l'avenir la matière indispensable d'un chapitre d'une 
histoire de l'économie politique. 

4. — Je ne saurais dire si l'amour du pays natal et le parfum de ses 
souvenirs m'ont prévenu, mais j'aurais peine à exprimer jusqu'à quel 
point j'ai été charmé par la lecture de fOuvrier en soie, monographie 
du tisseur lyonnais. M. Justin Godard ne nous en donne, pour le moment, 
que la première partie, c'est-à-dire la période de la réglementation du 
travail, qui va de l'établissement de la manufacture à Lyon, en 1466, 
jusqu'au décret de mars 1791 ; mais combien intéressante toute cette 
partie là ! L'auteur a dépouillé une masse incalculable de documents 
locaux; il en a extrait tous les petits faits qui redonnaient de la vie à 
l'histoire ; et à travers tous ces souvenirs il circule avec aisance et 
bonhomie, sans pédanterie et sans idées préconçues, sans souci de 
thèses à exposer et à faire accepter. Il est bien et loyalement un histo- 
rien. Tout est passé en revue au cours de ce gros et compact volume : 
on suit l'histoire de la « fabrique » lyonnaise depuis son origine ; on 
voit le régime social du temps, dans la condition des appreutis, des 
compagnons et des maîtres-ouvriers (qui n'avaient rien de commun 
avec les maîtres-marchands). Causes de chômage, questions de tarifs, 
revendications, grèves, émeutes, vie intellectuelle et vie matérielle, tout 
est examiné au milieu des références les plus variées et les plus dignes 
de foi. Pour l'économie politique proprement dite, nous signalons tout 
particulièrement le chapitre « Règlements ; maîtres-marchands et 
maîtres-ouvriers » (ch. iv, p. 77), qui donne sur la liberté du travail 
dont la ville de Lyon passe pour avoir joui sous l'ancien régime, une 
idée sensiblement différente de celle qui a cours. Lyon avait en droit 
la liberté du travail; mais cette liberté instituée originairement pour 
les individus, avait été accaparée par les communautés et par la ville. 
Au fond, M. Godard établit très justement que, même à Lyon, les 
maîtres-ouvriers n'étaient point libres et que, auxvin*-* siècle, ce régime 
ne repondait plus aux conditions sociales. 

5. — Sous le titre: La Propriété paysanne, M. Souchon afaitune bonne 
étude d'économie rurale. La « propriété paysanne » est une moyenne 
propriété, nourrissant son propriétaire et ne recevant d'autres travaux 
que ceux de ce propriétaire et des membres de sa famille. Dans quelle 
proportion cette propriété existe-t-elle en France ? et quels en sont 
les effets économiques ? Pour cette première partie de son travail, 
M. Souchon a dépouillé avec beaucoup de discernement et d'ingénio- 
sité les documents officiels et surtout la statistique agricole décennale 
de 1892 : toutefois la force des choses l'a contraint à faire une large 
JA.NViEft 1900. T. L.XXXVllI. i>. 



— 18 — 

part aux hypothèses et aux approximations conjecturales. Même on 
pourrait regretter que le regard de l'auteur, toujours fixé sur des 
chitîres ministériels, ne se laisse jamais distraire vers robpcrvation 
directe et que, dans ce travail, il n'y ait rien de psychologique et de 
vécu. Les statistiques qui, dans la môme colonne, juxtaposent immé- 
diatement et sans intermédiaire l'Aisne et le Cantal, les Côtes-du- 
Nord et le Gard (p. 44 et 45), sont des œuvres de bureaucrates qui 
ne connaissent de la nature que ce qu'ils en ont vu dans les tableaux 
et les livres. Les derniers chapitres de la Propriété paysanne nous ont 
paru plus intéressants et plus instructifs. Là, c'est l'examen des 
charges fiscales ou autres qui grèvent l'agriculture ; c'est l'élude des 
lois étrangères destinées à reconstituer la propriété ou la petite cul- 
ture, comme les lois anglaises de 1887 sur les allolmenls (p. 151 et s.) 
et de 1892 sur les smoll holdings (pp. 158 et s.), ou comme les lois 
prussiennes de 1890 et 1891 sur les Rentengater et les Rentcnhanken ; 
c'est l'étude judicieuse des tentatives en vue de maintenir la propriété 
paysanne ; c'est l'analyse de la loi prussienne de 1874 sur les Hoferœlle 
et VAncrbenreclit (p. 196 et s.) ; c'est enfin une bonne et sage critique 
des projets français sortis de l'initiative de MM. Siegfried, Lemire et 
Léveillé. Les conclusions de M. Souchon sont sages : nous les approu- 
vons particulièrement en ce qui concerne la question récemment 
soulevée de la suppression du principal de l'impôt foncier sur la pro- 
priété non bâtie. 

6. — Le R. P. Pesch a réuni en trois volumes divers articles qu'il 
avait fait paraître dans les Stimmen aus Maria Laach et qu'il considé- 
rait comme une réfutation en règle du libéralisme économique et du 
socialisme : pour lui, c'était le fondement inébranlable du « catholi- 
cisme social. » L'ouvrage, Die sociale Frage, a trois parties, qui 
traitent successivement de « l'idée chrétienne de l'État» [der christliche 
Staatsbegriff), de a quelques fondements de la doctrine chrétienne sur 
la société » [einige Grundwahreiten der christlichen Gesellschaftslehre] , 
et enfin des « principes philosophiques du libéralisme économique » 
{die philosophischen Grundlagen des œkonomischen Liberalismus) . Nous 
nous garderons bien de contester l'érudition bibliographique du 
R. P. Pesch : à cet égard, ses volumes peuvent fournir quelques 
aperçus pour une histoire de l'économie politique et surtout pour une 
histoire du christianisme social. Nous ne contesterons pas davantage 
- ce qui n'est pas un éloge banal — la parfaite courtoisie de ses pro- 
cédés de discussion : ainsi, sur la question des divergences qui existent 
entre catholiques et qu'on est convenu de marquer par l'opposition 
de « l'école d'Angers » et de « l'école de Liège », le P. Pesch expose 
avec une entière loyauté les opinions de M?"" Freppel, qu'il transcrit 
d'un article du P. Gornut, paru dans les Études religieuses des PP. Je- 



— 10 — 

suites. Nous ferons encore au P. Pesch un compliment, que les Alle- 
mands n'ont pas coutume de mériter : c'est celui de la clarté et par 
conséquent de la facilité de la lecture. Cela dit, nous faisons toutes 
nos réserves pour le fond des opinions et mOme pour les procédés de 
la dialectique, qui nous paraissent sujets à engendrer des erreurs. 
Ainsi nous ne nous entendons pas le moins du monde sur ce qu'est 
réconomie politique. Le P. Pesch nous affirme que les variations des 
valeurs et des prix pour cause de rareté n'ont rien à voir avec les 
« prétendues lois naturelles de l'économie politique » (t. III, p. 173- 
174) ; il soutient que l'objet de l'économie n'ett pas de connaître les 
conséquences économiques de nos actes autant que de déterminer ces 
actes dans leur principe et leur point de départ et que d'établir les 
justes relations de la volonté avec le mobile de l'intérêt privé [ib., 
p. 172). C'est nier que l'économie politique puisse exister ; c'est nier 
tout au moins qu'une place quelconque existe pour elle en dehors et 
à côté de la morale. Partir aussi, comme le fait le P. Pesch, du libre 
arbitre des individus pour affirmer l'impossibilité de prévoir la volonté 
moyenne ou générale des collectivités, c'est nier toute possibilité 
d'une science sociale quelconque. Y a-t-il là autre eh^Dse que des 
sophismes ? J'en dis autant de cette subtile distinction que le travail 
est ou n'est pas une fonction sociale selon qu'on le regarde du côté des 
corps de métier ou bien du côté des individus (t. II, p. 490 et s.). 
Les erreurs des premiers économistes, d'Adam Smith en particulier, 
sur les fondements de la morale ne prouvent pas davantage pour ou 
contre l'exactitude de leurs observations économiques. Pourquoi le 
P. Pesch ne s'est-il pas attaqué à celles-ci ? Pense-t-il combler cette 
lacune par des attaques répétées contre Bacon, coupable selon lui 
d'avoir fait aiguiller sur une mauvaise voie l'économie politique, qui 
ne devait naître que deux siècles plus tard? Avant tout, j'aurais aimé 
une définition du libéralisme économique, dont le P. Pesch fait à tort 
le frère jumeau du libéralisme religieux. Je n'y vois pas clair non plus 
quand je lis le chapitre consacré à établir que « le socialisme est le 
libéralisme du quatrième état. » Ce n'est pas tout, et le P. Pesch, dia- 
lecticien très habile et même trop habile, ignore trop les faits écono- 
miques contemporains, qu'il n'a guère vus qu'à travers les déclamations 
de Karl Marx et des Socialdemokraten. Dans l'ordre des faits histo- 
riques, ce n'est pas moins se tromper que de faire des xvi» et xvii» 
siècles la période des grandes altérations monétaires (t. III, p. 68) : on 
voit trop que l'auteur veut ignorer que la ?;colasti([ue régnait encore eu 
maîtresse au plus beau temps de nos princes faux-monnayeurs et que 
s'il met ces abus deux siècles plus tard, ce n'est qu'afin de pouvoir eu 
accuser Bacon et la philosophie de la Renaissance. Bref, Dio sociale 
Frage est un livre (lui ne peut Otre lu qu'avec beaucoup de disceruc- 



— 20 — 

menl el il nous semble que la part de la critique doive dépasser pour 
lui celle de l'éloge. 

7. — Le h. P. Picbé, de la congrégation des Frères de Saint- Vincent 
de Paul, a moins de pages et moins de théories, mais des idées meil- 
leures et plus pratiques. C'est un chef-d'œuvre en miniature, que son 
opuscule : Conférences sur les œuvres sociales, données au grand sémi- 
naire de Poitiers. Cependant, que de choses téméraires ont été dites 
sur les œuvres sociales et sur la manière d'aller au peuple ! Combien 
de fois u'a-l-on pas vu des catholiques miser aux enchères pour voir 
si c'était aux socialistes ou à eux que la faveur populaire allait être 
adjugée ! Mais ici rien de semblable. Ce sont seulement de bons con- 
seils et partant d'un vrai cœur d'apôtre. Pas de théories, pas de défini- 
tions ni de formules : rien autre que le sens profond des besoins, des 
dilTiCullésel des possibilités, possibilités surnaturelles surtout. Car, ce 
qui m'enchante le plus, c'est que le R. P. Piché est beaucoup prêtre, 
comme dirait Monseigneur l'évêque d'Annecy, et qu'il demande aux 
séminaristes de se préparera l'être aussi beaucoup. « Toutes les œuvres 
catholiques, dit le P. Piché, vivront par le surnaturel, qui est de tous 
les pays parce qu'il est de Dieu. .. Ceux qui prônent des œuvres pure- 
ment sociales pour arriver à la conversion des adultes, feraient bien de 
méditer la parole du Maître : Sine me nihil potestis facere... Pour les 
œuvres de zèle, il faut commencer par le surnaturel, continuer par le 
surnaturel et vivre de surnaturel, sans cependant rien tuer de ce que 
le Créateur a mis de bon dans le naturel » (p. 28, 73, 77). Je ne dirai 
pas à qui le P. Piché ne ressemble pas : j'aime mieux dire que je vou- 
drais bien voir tout le monde lui ressembler et parler comme lui. Par 
malheur, le P. Piché n'a fait encore que huit conférences, sur les 
œuvres en général, et nous avons un an et deux ans à attendre avant 
de pouvoir lire celles de deuxième et de troisième année, qui porteront 
sur les œuvres à la campagne et sur les œuvres dans les grands 
centres. 

8. — Le volume Socialisme et problèmes sociaux, de M. d'Eichtal, est 
un recueil assez artificiel d'études quelconques sur le socialisme, sur 
certains ouvrages comme l'Idée de l'Élat, de M. Henry Michel, et Israël 
chez les natio}is, de M. Anatole Leroy-Beaulieu, et enfin sur certaines 
théories dans le genre de la Religion de la beauté, de Ruskin. Ce n'est 
pas toujours très neuf : par exemple les événements qui se sont 
accomplis dans ces deux dernières années et qui continuent à s'accom- 
plir, ont fait vieillir avec une étonnante rapidité les vues que M. Ana- 
tole Loroy-Beaulieu exposait en 1893 sur l'antisémitisme et qu'ana- 
lysait à ce moment M. d'Eichtal. Mais c'est fort bien écrit, et ces arti- 
cles ont pu faire bonne figure dans les revues où M. d'Eichtal les a 
donnés. Seulement les lecteurs d'un livre sont un peu plus difTiciles 



— 21 — 

cette fois ils pourront bien trouver que le volume n'a guère d'unité et 
qu'il est bien nuageux et bien flottant dans tout ce qui devrait en cons- 
tituer la partie positive. M. d'Eichtal est avant tout un dilettante ; c'est 
un sentimental qui se donne un vernis de philosophe ; vous l'avez 
tout entier si à côté de ce sens « d'esthétique sociale, » vous notez en 
lui le souci de passer entre le christianisme d'une part, qui « a péché 
par l'exagération qu'il a donnée à la personnalité individuelle > 
(p. 188), étle socialisme d'autre part, recommandé à notre indulgence 
par € ce qu'il semble, au premier aspect, avoir de bon au point de vue 
du développement, dans les cœurs, des sentiments de collectivité et de 
sympathie» (p. 209). Au fond, ce que l'auteur voudrait démontrer, c'est 
qu'il y a « dans la socialité ou l'esprit de dévouement social analysé 
et justifié par la sociologie, en dehors de toute vue mystique et en 
dehors du socialisme proprement dit, une source de devoir et de satis- 
faction, d'apaisement et de vie, indispensable à l'humanité de demain » 
(p. 16). C'est à la science, selon lui, à modifier, dansce sens là, le cœur 
et les sentiments de l'espèce humaine. 

9. — Voulez-vous que nous nous jetions en plein dans le socialisme ? 
Eh bien, commençons par M. Jaurès, un de ses grands chefs ! On fait des 
livres pour se lire quand même on n'a pas l'espoir d'être lu par les 
autres ; on réimprime ses vieux discours à la Chambre, lorsque, 
écarté du Palais-Bourbon par les vissicitudes du scrutin, on ne peut 
plus en prononcer de nouveaux : voilà en deux mots pourquoi M. Jau- 
rès a publié VAction socialiste. C'est tout simplement le recueil de ses 
discours parlementaires et de ses articles au jour le jour dans la 
Dépêche de Toulouse, la Revue bleue et la Petite République. Le tout est 
groupé en deux séries : le socialisme et l'enseignement, le socialisme 
et les peuples. Ce qu'il y a dans ces pages, on le sait : ce sont des mots 
et des phrases, des sophismes et des blasphèmes, des menaces contra 
la société et des outrages contre Dieu. 

10. — « Pourquoi donc tous les autres êtres de la création obéissent- 
ils à leurs lois naturelles, tandis que l'homme est seul à ne pas savoir 
reconnaître la sienne et y rester fidèle? » Telle est la question que 
M. Dugast, ancien professeur de philosophie, se pose à la première 
ligne des lois sociales devant le droit naturel. Vous répondriez avec moi 
que la cause en est dans la liberté morale du bien et du mal et dans le 
péché originel. Non, dit M. Dugast, qui a enseigné la philosophie : c'est 
parce que « l'humanité a vécu sous le régime de la nature animale et 
n'est entrée que peu à peu, par le progrès de son évolution, dans le 
domaine des êtres régis par les principes de la raison (p. 2). » De là le 
conflit. Par conséquent, il faut que les « lois sociales a rétablissent 
l'harmonie, et elles le feront en amenant l'humanité au socialisme. Ce 
dernier mot, il est vrai, l'opuscule de M. Dugast ne le prononce point, 



22 

inaiB il exprime bien la chose, avec ses déclamations contre la bour- 
geoisie, qui a fait dévier, puis étranglé la Révolution française (p. 12 
et s., p. 30 cl s.,) et avec ses doléances contre le maintien de la a pos- 
session du sol et des sources naturelles de production » (p. 50 et s.)- 

11. —M. Paul Uoilley, beaucoup moins absolu, est tourmenté par 
l'antagonisme qui règne entre le capital et le travail. Il faut y mettre 
un terme : pour cela, il faut « assurer aux trois agents de production — 
capital, travail, talent — la possession complète de la part à laquelle il 
a droit » (p. 1). (Pourquoi t7 au singulier puisqu'ils sont trois?) Et 
M. Paul Boilley, en un français douteux, entreprend de résoudre ce 
problème de a garanlisme » dans le volume De la production indus- 
trielle^ association du capital, du travail et du talent. M. Boilley part 
d'un « droit fondamental intangible et à l'abri de toute critique : le droit 
des producteurs à la propriété du produit » (p. 207); cela dit, il s'ima- 
gine que « de par nos institutions économiques tout le profites! attri- 
bué au capital > (p. 208), ce qui lui fait méconnaître deux grandes 
vérités économiques, la première, que le profit va au travail de direction 
et non pas au capital; la seconde, que salaire et profit, loin d'être anta- 
goniques, ne sont que les subdivisions, l'une forfaitaire, et l'autre aléa- 
toire, d'un môme agent qui est le travail. Parti de données qui sont 
fausses, M- Boilley s'égare dans des discussions qui sont enfantines. Il 
se demande si l'on trouvera une mesure arithmétique des concours que 
se donnent mutuellement le travail, le capital et le talent. Hélas non, 
répond-il, et d'autant moins que pour cela il faudrait faire au travail une 
part aussi dans les pertes. Il passe ensuite aux procédés empiriques 
de mise en commun des résultats favorables, soit par la participation 
aux bénéfices, soit par la coopération. Il a beaucoup de sympathie pour 
l'une et pour l'autre, et il admire avec enthousiasme M. Godin et son 
familistère de Guise : cependant il reconnaît de bonne foi que ces pro- 
cédés ont à vaincre d'énormes obstacles de pratique et que, « si l'asso- 
ciation doit devenir plus tard le fait normal du mouvement productif, 
celte évolution, quoique persistante et continue, aura, selon toutes 
probabilités, une marche malheureusement trop lente» (p. 212-213). Ce 
n'est pas, au demeurant, que M. Boilley soit socialiste ; du moins il ne 
croit pas l'être, et ses doutes sur le succès de ses idées lui viennent 
précisément de sa conviction que la loi aurait tort de proscrire le 
salariat et d'imposer la participation aux bénéfices. Mais au fond 
M. Boilley croit trop aux abstractions et aux mots dans ce qu'ils ont de 
spécieux et de subtil : et péchant en philosophie par un manque de 
logique, il ne pèche pas moins, au sens pratique des choses, par l'igno- 
rance des faits et dos relations concrètes du monde économique. 

12. — Les Agrarischen Fragen i?n Verhxltniss zum Socialismus sont 
une œuvre fort suggestive de M. Fr. 0. Herk, qui vaut bien la préface 



— 23 — 

que Bernslein y a mise. Comment socialiser la cullure? Gomment intro- 
duire le socialisme dans les campagnes et rendre socialistes les paysans ? 
Voilà la question. Or, le célèbre Kautsky, tout en reconnaissant que la 
grande culture n'a pas, sur la petite culture, une supériorité égale à 
celle de la grande industrie sur la petite, croyait que la petite culture 
s'achemine à une impasse de difficultés (Sackgasse) ^ d'où la grande indus- 
trie, progressivement concentrée, la tirera en se socialisant la première 
et en la socialisant à son tour, selon le processus de la grande évolution 
décrite par Marx (p. 2). Mais ce n'est point aussi simple, dit M. Herk. 
Là-dessus il fait une longue et intéressante étude sur la concentration 
ou la dissémination de la propriété et de la culture, non seulement en 
Autriche, mais aussi dans les autres contrées. Les vues sur l'influence 
des traditions du sol et du climat révèlent en lui tout autre chose qu'un 
théoricien. Il s'attaque avec autant de raison qu'3 de succès à bien des 
idées préconçues de Marx, de Liebknecht, de Kautsky et même de pas 
mal d'économistes en chambre (entre autres p. 46, 60, 80, etc.). Le 
plus curieux, c'est sa conclusion. Le socialisme, dit en substance 
M. Herk, va échouer dans les campagnes s'il se borne à prendre la 
défense des seuls travailleurs salariés [Nur-Arbelter-Schutz). Mais, 
puisque le but seul importe, il faut remplacer l'idée d'une expropria- 
tion instantanée par l'idée d'une « extension progressive de la pro- 
priété collective sur la ligne de la moindre résistance » (p. 105). Tout 
cela est entremêlé de considérations très spécieuses sur les éléments 
du droit de propriété foncière et sur les modifications qu'ils ont subies 
dans le passage du régime féodal au régime bourgeois capitaliste de 
maintenant, ainsi que sur celles qu'ils peuvent subir encore (p. 100 
et s.). Précisément l'association agricole paysanne prépare les voies à 
une production sociale et collective de la petite propriété ; cette pro- 
duction sociale et collective fera du socialisme pratique, et ainsi « le 
mouvement coopératif agricole se rapprochera peu à peu de l'idéal de 
production du socialisme, selon la ligne de la moindre résistance » 
(p. 116 et s. ; p. 124). On comprend donc bien que Bernstein, tout en fai- 
sant (p. vn) ses réserves sur les critiques adressées à Kautsky, ait félicité 
M. Herk d'avoir « trouvé dans une combinaison d'éléments collecti- 
vistes et individualistes le meilleur moyen d'accorder avec les intérêts 
et les besoins d'une société socialisée, une forme de richesse où l'éco- 
nomie du régime foncier corresponde aux qualités variées du terrain et 
(les caractères des populations » (p. vi). Au, demeurant, c'est un livre 
dont nous recommandons, non seulement la lecture, mais l'étude à 
ceux qui s'occupent d'économie rurale et de mouvement coopératif 
agricole. 

13. — Après le socialisme démocratique, passons au socialisme 
chrétien. Charité, justice, propriété, par M. de Poulhière, est le simple 



tiré à part d'un long article de revue. L'auteur est convaincu que « la 
démocratie chrétienne est appelée à s'emparer de tous les esprits ou- 
verts à la vérité et qu'elle seule peut les débarrasser à la fois des ombres 
du libéralisme et du faux éclat socialiste » (p. 46). Alors, à travers un 
français qui sent son Belge d'une lieue, à travers une phraséologie très 
vague, qui évite avec soin les exemples susceptibles d'éclairer la pensée 
et qui se dérobe à dessein devant l'obligation de « tirer des conclu- 
sions pratiques » (p. 43), M. de Ponthière aboutit à des formules de pur 
socialisme. En voici une qu'Henri George reconnaîtrait pour sienne : 
c'est qu'il peut y avoir un o intérêt général à prélever au profit de la 
collectivité tout ou partie de ces accroissements (les plus-values so- 
ciales, autrement dit Vunearned incrément) » (p. 52). Ailleurs, c'est 
plutôt l'inspiration de Karl Marx. « La liberté, dit par exemple M. de 
Ponthière, de tirer parti de ce que l'on possède, aussi longtemps qu'elle 
ne sera pas balancée par la puissance ouvrière, doit compter avec l'in- 
tervention sociale, en vue — car c'est là l'idéal — de mettre dans les 
mains de chacun des instruments de travail » (p. 36). Une des idées 
maîtresses de M. de Ponthière, c'est encore celle-ci : « Nous nous faisons 
volontiers à cette pensée qu'il faut, pour être obligé, avoir un créancier 
porteur d'un titre ; nous oublions trop volontiers que ce titre, s'il n'est 
pas aux mains d'autrui, est remis à la société ou bien retenu par 
Dieu... Or, la justice naturelle, après avoir formulé comme un devoir 
la compensation du superflu des uns avec le nécessaire des autres, n'y 
fait pas, au cours normal des choses, correspondre un droit; de plus, 
elle ne constitue personne en titre, ni pour apprécier, ni pour exiger 
la compensation. . . Et si personne n'est constitué en titre pour appré- 
cier et exiger la compensation, c'est que tous les intéressés ont cette 
autorité et ce pouvoir » (p. 28-29). Sans doute M. de Ponthière dé- 
clare bien que, « dans le conflit entre l'intérêt et le droit, ce dernier 
doit être respecté j ; mais « à cette règle, se hâte-t-il de dire, il peut 
être fait exception chaque fois que le droit lui-même est en défaut, et 
c'est ce qui nous a fait — même en dehors des cas de violation de la 
justice rigoureuse — conclure à la substitution de l'État aux particu- 
liers dans l'exercice de la charité. Le principe de la propriété, qui est 
d'ordre naturel, n'en reste pas moins sauf; mais ses conclusions dis- 
paraissent dans la mesure oii elles s'enlèvent à elles-mêmes la justifi- 
cation dont elles ont besoin » (p. 45). — Je n'ai pas analysé ni résumé; 
j'ai transcrit, pour n'être pas accusé d'altérer. J'ose espérer que les 
socialistes, grâce à cette trahison assez peu équivoque de la propriété 
concrète et efTective, ne chicaneront pas M. de Ponthière sur son plai- 
doyer en faveur de la propriété abstraite : ce serait de leur part, envers 
un tel auxiliaire, un acte de monstrueuse ingratitude. 
14. — Passons à la sociologie ; la moisson y est abondante. Le tome 



— 25 — 

V des ÂJinales de l'Institut international de sociologie di paru . Il coatient: 
le «plan de la sociologie», par M. Gumersindo de Azcarate ; « l'induclion 
en sociologie et les lois sociologiques», par M. René Worms ; la a théorie 
organique : défense de rorganicisme»,'parM.Novicow; la « personnalité 
libre et l'individualisme de notre temps », par M. Starcke ; « du droit 
pénal répressif au droit pénal préventif;), par M, Pedro Dorado ; « de 
la vengeance privée au point de vue sociologique », par M. Raoul de 
la Grasserie ; « sur le droit de coalition î, par M. Albert Jaffé ; « de 
la formation et de l'évolution du langage au point de vue sociologique », 
par M. Ch. M. Limousin ; enfin « l'adaptation est-elle la loi dernière de 
l'évolution humaine ? i, par M. Puglia. De tous ces travaux le pins 
important en longueur, je crois aussi le plus intéressant, est celui de 
M. Novicow, qui ferait à lui seul un volume assez convenable. Les 
profanes trouveront que cette polémique entre M. Novicow et M. Tarde, 
entre l'école organique et l'école ethnographique, rappelle un peu en 
subtilité la vieille querelle du moyen âge entre les réalistes et les nomi- 
nalistes ; mais ces débats, comme du reste l'ensemble du volume, ne 
manquent pas d'intérêt pour les philosophes qui veulent suivre le mou- 
vement de la prétendue sociologie contemporaine. Le travail de M. René 
Worms, sur l'induction en sociologie, est aussi de ceux qui se laissent 
lire facilement, quoique parfois en le lisant on se souvienne, avec 
une malice involontaire, des anciens augures qui avaient tant de peine 
à se regarder sans rire. 

15. — Le « Collège libre des sciences sociales », tribune où les 
opinions les plus hétérogènes s'embrassent dans une cacophonie 
attendrissante, avait imaginé l'hiver dernier d'appliquer ce système 
là à la morale. Ces conférences viennent de paraître en volume. On 
avait entendu tour à tour le député radical-socialiste Delbet, qui 
parlait de morale « positive » ; le R. P. Maumus, le dominicain bien 
connu; M. de Roberty, sociologue de l'école organique; le fameux 
M. Buisson, ennemi juré de toutes les livrées, à commencer par la 
soutane du prêtre et à finir par l'uniforme de l'officier ; M. Charles 
Gide, dont le solidarisme a progressivement évolué vers le socialisme,elc. 
Disons que c'est une mosaïque, pour parler respectueusement et pour 
ne pas dire une macédoine ou un capharnaum. Le christianisme y est 
fort maltraité. « La doctrine sociale du Christ, dit M. Kowalewski, 
adaptée aux mœurs simples, à la vie pastorale et agricole de la Galilée, 
ne peut plus servir de règle de conduite aux civiUsations modernes » 
(p. 191). tt La charité, dit M. Gide, du moins sous la forme sous 
laquelle les hommes se la représentaient jusqu'à présent, n'a plus bien 
longtemps à vivre » (p. 197). « L'idéalisme de la transcendance morale, 
dit M. de Roberiy, qui consiste à placer ce que pompeusement on 
nomme la foi au devoir, au-dessus de la région où la science se meut 



— 26 — 

et où se meut la nature même..., est la posture môme de l'impossible 
et de l'absurde... Il n'y a rien de sublime dans de telles tendances (foiau 
devoir et croyance en Dieu); au contraire, elles manifestent une assez 
basse imagination du mystère universel » (p. 266). — M. Emile Bou- 
troux a fait une préface pour exalter l'idée générale des organisateurs 
de ces conférences. Ce qui le frappe, c'est que tous ces orateurs ont 
« le môme culte de la franchise, de la droiture..., la même horreur des 
paradoxes et des sophismes i ! ! ! ). » Il veut démontrer, quant à lui, que 
« l'idée de la morale ne peut pas demeurer à l'état de conception 
vague et générale, indépendante des temps et des lieux... Ce n'est, 
dit-il, qu'en travaillant à la réalisation du bien que nous arrivons à le 
définir » (p. i, ui). En un mot la morale est essentiellement évolutive 
et contingente ; elle se fait et se modifie, siècle par siècle, avec la 
science et l'observation, sans que nul ait « le droit d'inculquer aux 
enfants ses convictions, même les plus chères » (p. iv). M. Boutroux 
affirme que « sur tous ces points et sur bien d'autres encore il existe 
un accord remarquable entre tous les conférenciers » (p. ni). Eh bien, 
je suis convaincu, quant à moi, qu'on fait là une injure au P. Maumus. 
Seulement je me demande ce que le R. P. Maumus est venu faire 
parmi tous ces incohérents de la libre pensée, et je me demande si sa 
présence parmi eux n'est pas de nature à faire illusion sur la malfai- 
sance de leurs doctrines. Je m'en inquiète d'autant plus que le R. P. 
Maumus, bien loin de se poser en apôtre d'une morale qui a l'intran- 
sigeance de l'absolu et du vrai, s'est bien gardé d'avancer quelque 
proposition qui fût inconciliable avec ce système de l'équivalence 
universelle de toutes les morales. — Au fond, quel effet ce kaléidoscope 
d'opinions peut-il faire sur l'esprit de la jeunesse des écoles ? Une 
morale qui n'aura ni principes fixes, ni sanction, une morale au per- 
pétuel enfantement, qui sera autre demain qu'elle n'est aujourd'hui, 
n'est pas assez claire, assez forte, assez impérative pour refréner 
l'instinct et la passion. Il n'y aura que le scepticisme qui puisse s'en 
dégager d'une part, et de l'autre que l'inconduite. 

16. — Je ne dis point qu'il n'y ait pas quelques bonnes choses dans 
le volume de M. Tarde sur les Transformations du pouvoir. On sait que 
M. Tarde est un observateur attentif et un analyste minutieux. Aussi 
je lui concède que ses remarques sur l'influence politique des noblesses 
(ch. \) et des capitales (ch. vi) ou bien sur les différences qui existent 
entre un discours et un journal (p. 233 et s.) ont des traits assez 
judicieux, voire même assez évidents de soi. Mais tout cela, ce ne 
sont que des détails d'exécution, tandis que l'ensemble est pénible- 
ment gâté par un obscur esprit de système. M. Tarde quintessencie à 
propos de tout et à propos de rien, et on le sent toujours travaillé par 
l'idée fixe qui lui hante le cerveau, celle des « lois de l'imitation » cor- 



figées ou complétées par les « lois de l'adaptation et de l'iavention. » 
II en devient vraiment un monomane, à tel point qu'après avoir affirmé 
« l'utilité de substituer aux divisions de l'économie politique un autre 
classement des matières qui lui appartiennent » (p. 1), et après avoir 
accusé cette science de ne conserver ses divisions que a par routine » 
au milieu des « doubles emplois et des superfluités », il lui demande 
d'étudier les phénomènes de richesses « sous le rapport, tour à 
tour, de leur répétition, de leur opposition et de leur adaptation » 
{p. 115). Et dire que c'est avec un cadre de ce genre qu'il prétend faire 
éviter les doubles emplois 1 Hélas ! ce n'est pas en imitant M. Tarde que 
l'économie politique pourrait gagner en clarté, ni en simplicité ! Pour 
comble, ce lourd volume n'est qu'une ébauche, puisque l'auteur n'a 
pas eu « la prétention d'épuiser son sujet », et que tout au contraire il 
lui « suffit de donner une idée de ce que peut être la science politique 
après son baptême sociologique » (p. i) ? Si j'ai bien compris, c'est 
ceci, à savoir que : « la vie sociale consiste en courants multiples 
d'exemples qui se croisent, s'interfèrent, s'anastomosent, et que la vie 
politique consiste à diriger ces courants, soit en les contenant, soit en 
les activant, dans le sens de leur plus grande convergence et de leur 
moindre divergence » (p. 8). Les faits de l'histoire sont lus à travers la 
couleur de ces lunettes sociologiques. On apprend, par exemple.qu'au 
Japon le Mikado et le Shogun représentaient, l'un le pouvoir spirituel, 
et l'autre le pouvoir temporel (I) (p. 166); ou bien l'on apprend que<r à 
chaque poussée d'une grande hérésie correspond une nouvelle con- 
ception du pouvoir et qu'il en est de même à chaque poussée d'un 
grand ordre religieux, exutoire fréquent de l'esprit hérétique larvé, 
éruption du dogme au dessus de lui-même pour éviter une émigration 
hors du dogme » (p. 48). D'où je devrais conclure, a contrario^ que, 
aucune hérésie générale n'ayant agité l'Occident depuis l'arianisme 
jusqu'à la Réforme, la conception du pouvoir n'y a pas varié de Théo- 
dose à Clovis, de Clovis à Charlemagne, de Gharlemagne à Godefroy de 
Bouillon, et de Godefroy de Bouillon à Charles VIII. Une telle conclu- 
sion ne sera peut-être pas très vraie en fait,mais c'est un détail,pourvu 
que la formule de M. Tarde soit respectée. 

n. — W Interprétation sociale et morale des principes du développement 
mental, par M. James Mark Baldwin, émule de M. Tarde et professeur 
à l'Université de Princeton, est une œuvre épaisse et nébuleuse de 
« psycho-sociologie » darwiniste et spencérienne. Il s'est trouvé un 
professeur de philosophie qui s'est iuQigé le supplice de traduire le 
livre rje n'ai subi, quant à moi, que le supplice de le lire en français. 
Parviendrai-je, après cela, à en donner une idée qui soit claire? J'en 
désespère, et vraiment si mon analyse était claire, elle serait infidèle, 
puisqu'elle prêterait au volume une qualité qu'il n'a pas. Essayons 



— 28 — 

pourtant. Le point de départ, c'est que a rimitation est le mode de pro- 
pagation auquel tous les autres peuvent se réduire > (p. v] : le but, 
c'est de « rechercher dans quelle mesure les principes du développe- 
ment mental chez l'individu sont aussi ceux de l'évolution sociale » 
(p. 1); le procédé, c'est la méthode « génétique >, plus exactement la 
méthode o p-^ychogénélique », par opposition aux deux autres méthodes, 
dont l'une est < anthropologique ou historique », et l'autre « sociolo- 
gique ou de statistique > (p. 1-3). Et nous voici enfoncés dans la psy- 
chogénèse ou étude de la formation de la mentalité et de la notion du 
moi chez l'enfant. Entre le premier et le second mois de la vie, c'est le 
, stade projectif », où l'enfant « connaît les autres avant de les distin- 
guer de lui-môme. » Puis il se dessine un « plan de clivage qui est 
indiqué par la naissance de la volition et qui délimite les premières 
séries subjectives » : c'est le « stade subjectif », où « l'enfant a un sens 
distinct de lui-même. » Enfin vient le « stade éjectif », où il conçoit les 
autres d'après lui-même (p. 7-10; p. 285). Ainsi l'idée du moi et du 
non-moi, de l'e^-o et de Valler^ se conjuguent parallèlement et se déve- 
loppent par réciprocité, à tel point que « le moi réel est le moi bipolaire 
le moi social, le socius » (p. 25). M. Baldwin prétend confirmer tout 
cela par certains petits traits de gentillesse que lui-même, en bon père 
de famille, a observés chez ses deux fillettes à leur sortie de nourrice. 
Toutes les idées les plus relevées, idées morales et idées religieuses, se 
forment de cette manière. Par exemple, « la moralité est une chose 
sociale » (p. 83) : et M. Baldwin, en condamnant la morale du a moi de 
l'habitude », qui est, dans le fond, celle de Huxley, en condamnant 
aussi la morale du « moi de l'accommodation », qui est celle d'Adam 
Smilh dans sa Théorie des sentiments moraux, y substitue la morale 
d'un nouveau et troisième moi, qui est le « moi social ou moi d'imita- 
tion (p. 39 et s.). Le sentiment religieux s'est formé aussi par ce pro- 
cédé : déjà « l'enfant qui cherche à tâtons son père, est religieux » 
(p. 348), jusqu'à ce que l'homme, dans le développement de son stade 
éjectif, ait constitué de toutes pièces» l'anthropomorphisme foncier de 
la conscience religieuse » (p. 339). Je ne vois pas où tout cela mène au 
point de vue de la sociologie, quelque peine que l'auteur prenne à me 
répéter que « la matière de l'organisation sociale est constituée par des 
pensées qui naissent dans les esprits individuels, qui sont repensées 
imitativement par d'autres et qui entrent ainsi dans la carrière sociale » 
(p. 482-489) ; mais je vois bien qu'une telle philosophie, si tant est 
que c'en soit une, est un infaillible dissolvant de toute morale comme 
de toute certitude objective. Ajoutons que le matérialisme de l'auteur 
s'accuse presque à chaque page par la comparaison de l'homme et de la 
bête et par les inductions tirées des lois de l'évolution darwinienne des 
espèces et des genres. 



— 29 — 

18. — Avec un titre assez semblable à celui de James Baldwin, 
nous avons quelque chose de tout différent dans VÉvolution de l'âme 
et de la société, ouvrage écrit en espagnol, à Buenos-Ayres, par 
M. Senillosa et traduit en français. M. Senillosa trouve que le socia- 
lisme anarchique monte et que le matérialisme nous envahit : j'en 
suis d'accord. Mais où trouver un rempart contre eux ? Sera-ce le 
christianisme qui nous conservera la croyance à l'existence de Dieu, 
à la spiritualité et à l'immortalité de l'âme ? Non, dit M. Senillosa : il 
est usé et décrépit, et il fourmille de monstrueuses erreurs depuis que 
les prêtres l'ont fait dévier de l'Évangile (notons que le livre de 
M. Senillosa prouve en mille endroits son ignorance de l'enseignement 
chrétien). Alors, poursuit-il, il faut emprunter au positivisme scienti- 
fique, non pas ses conclusions, mais ses procédés, et, par eux, les 
phénomènes de l'anesthésie, de l'extériorisation des sentiments, de la 
bilocation et de l'envoûtement fourniront des preuvesde l'existence d'un 
a potentiel intellectuel et fonctionnel », qui est l'âme. Cette âme émigré 
d'un corps en un autre : voilà la métempsycose, qui a pour soi l'auto- 
rité de Platon, de saint Augustin (p. 208), de Mazzini, du P. Lacordaire 
(p. 198) et qui repose sur la révélation même de Jésus à Nicodème 
racontée par l'Évangile de Jean (!!!) (p. 216-224). Le développement 
progressif de cette doctrine amènera la paix entre les hommes ; il en 
résultera une modification profonde de toutes les l'elations interna- 
tionales et de tous les sentiments, non moins que des « lois sur la 
propriété, sur les impôts, l'éducation, elc, » (p. 259 et s.). Ici M. Senil- 
losa, qui débutait en s'effrayant du socialisme, termine dans un dithy- 
rambe équivoque auquel applaudiraient les socialistes d'État les plus 
sectaires et dont les vrais socialistes, après tout, pourraient fort bien 
s'accommoder. 

19. — Je renonce à faire comprendre tout ce qu'il y a dans les Vues 
contemporaines de sociologie et de morale sociale, de M. Henri Lagré- 
sille. L'auteur a voulu faire de l'idéalisme platonicien à propos de 
sociologie socialiste, en partant de celte formule (imprimée chez lui en 
italiques), que a la société est un concert plu.s ou moins harmonique 
d'idées vivantes, lesquelles, après avoir moulé les cerveaux en chaque 
individu, moulent toutes les choses humaines pour ainsi dire par 
leurs vibrations » (p. 22). El tout cela dans quelle langue ! Je lis plus 
aisément le grec de Platon que le français de M. Lagrésillc. Il est vrai, 
pour son excuse, que lorsqu'on monte aussi haut parmi les cimes de 
l'abstraction on n'a guère de milieu entre le sublime et le bafouillage. 
Les théories politiques de M. Lagrésille sont celles de Rousseau 
(p. 161 et s.)- Ses théories morales sont équivoques, avec l'air d'être 
honnètcrf : cependant, entraîné par son platonisme vers la croyance 
à la migration successive des âmes, il trouve dans la métempsycose 



— 30 — 

une excuse au suicide (p. 91). Le louL ee termine par un dithyrambe 
sur la paix universelle et sur le bonheur de la société humanitaire 
de l'avenir, dont les a aéromobiles » sillonneront l'atmosphère dans 
tous les sens (p. 258 et s.)- Ainsi soit-il ! 

20. — L'ouvrage de M. Duprat : Science sociale et démocratie. Essai 
de philosophie sociale, est de beaucoup supérieur, et j'ajoute aussi 
beaucoup plus dangereux, ne fût-ce que parce qu'il est bien écrit, 
clair et d'une lecture facile, voire même agréable. Le but de M. Duprat, 
c étant donnée sa foi dans l'avenir de la démocratie », est « d'apporter 
sa contribution à la recherche philosophique des moyens scientifiques 
d'organiser rationnellement l'État de demain » (p. 1). L'ouvrage est 
divisé en quatre parties : sociologie, art politique, organisation démo- 
cratique et éducation politique. L'esprit de l'auteur est suffisamment 
révélé par une dédicace à M. Buisson, « le premier et le plus généreux 
parmi les éducateurs de la démocratie française », et à, M. Durkheim, 
« un initiateur, un maître parmi les sociologues français. >^ Donc, en 
sociologie, M. Duprat va se prononcer pour la sociologie bio-organique 
et les théories évolutionnistes. Ainsi d'après lui « la vie est univer- 
selle. ... et l'existence biologique est la finalité inhérente à la nature 
devenue intérieure à l'objet » (p. 40). Il croit à l'âme de la société et à 
la conscience sociale (p. 64 et s.) ; par contre, il ne croit guère à 
l'âme de chaque homme, puisque, selon lui, « l'être psychologique, 
l'individu, est, lui aussi, constitué par des centres nerveux distincts, 
qui sont autant de subconsciences séparables les unes des autres, . . . 
et dont la distance n'est pas déjà si grande avec les personna- 
lités » (p. 63). En politique, M. Duprat est socialiste d'État, pour ne 
rien dire de plus (p. 117 et s.). En morale, il tient pour l'omnipotence 
infaillible de la loi civile et proclame que « l'individu ne peut jamais 
sortir de la légalité sous prétexte de moralité supérieure »(p . 159) ; pré- 
cisément, puisqu'il nomme ici Socrate, j'aurais voulu qu'il l'honorât 
quelque peu pour avoir osé dire qu'il « vaut mieux obéir à Dieu qu'aux 
hommes. » Très partisan de la famille et de sa forte unité, M. Duprat 
n'en regrette pas moins que les lois ne sanctionnent pas une « union 
libre » qui tiendrait le milieu entre le concubinage et le mariage 
et qui a constituerait par elle-même un palliatif d'un des maux dont 
soufîre la famille » (p. 269). Il reconnaît bien que a l'instruc- 
tion obligatoire a créé un véritable danger social » (par suite, il 
l'avoue, de l'insuffisance fatale de l'enseignement moral qui y est 
donné) ; mais le mal ne vient que du développement encore trop 
faible des œuvres postscolaires (p. 274-275). — M. Duprat ne s'affirme 
pas comme directement hostile au christianisme, « dans lequel on 
peut trouver, dit-il, en dehors des tendances théocraliques qu'a sou- 
vent montrées l'Église, une tendance constante à assurer la paix 



— 31 — 

sociale par l'éducation religieuse » (p. 28o). Cependant il ne faut voir 
dans ces éloges qu'une concession de forme pour mieux faire accep- 
ter le fond. Ainsi M. Duprat se garde bien de protester contre l'idée 
de Comte, que « l'esprit religieux est l'éternel antagoniste de l'esprit 
scientifique » (p. 26) ; il déclare que les « superstitions » (on sait ce 
que ce mot veut dire sur les lèvres des francs-maçons) sont au nombre 
des a faits socio-pathologiques que le devenir social doit tendre k éli- 
miner » (p. 155) ; et il ajoute ailleurs : « Quand on a connu Dieu 
comme l'idéal moral, alors les dangers de la foi religieuse, le fana- 
tisme et la superstition notamment, ont disparu.... On demande seu- 
lement à ses semblables de travailler avec soi-même au triomphe 

du bien, que le bien soit conçu comme la perfection divine ou comme 
l'autonomie de l'ôtre moral » (p. 280). — Tel qu'il est, ce livre est bon 
à consulter, non pas qu'il renferme quelque idée neuve qui vaille la 
peine d'être recueillie, mais parce qu'il est une bonne synthèse de la 
philosophie sociale de nos hautes sphères universitaires comme les 
théories maçonniques l'ont formée. 

21. — L'unité et le plan philosophique manquent un peu dans les 
Discorsi sulla nalura esui governo dei popoli, de M. Fr.-S.-C. Siragusa. 
Quinze dissertations groupées cinq par cinq, sur le physique de 
l'homme, sur certains points spéciaux de l'administration publique et 
politique, enfin sur l'éducation, la morale, et la religion : voilà le som- 
maire de cette œuvre très superficielle. En ce qui concerne le physique 
de l'homme, l'auteur, imitant les positivistes et tous les intellecluels 
de la sociologie, étudie l'humanité dans les sauvages : comparative- 
ment à eux, il se demande ce qu'elle a perdu ou gagné dans les cen- 
taines ou les milliers de siècles qui l'ont élaborée ; il se demande enfin 
ce qu'elle peut reconquérir par une éducation hygiénique. Cette pre- 
mière partie, ou plutôt ce premier groupe de discours, est très cru 
d'expressions et passablement bestial de sentiments. Pour donner une 
idée du sérieux de la deuxième partie (consacrée à l'administration), 
je me borne à citer cette opinion, que, la fortune nationale delà France 
étant de 200 milliards, et les revenus ou impôts de l'État, de 3.300 mil- 
lions, il ne serait pas impossible de remplacer tous ces impôts par un 
impôt unique sur le capital, qui serait fixé par exemple à 2'7o. M. Sira- 
gusa n'y voit pas plus de difficultés ni d'inj ustices, et il ne risque aucune 
discussion. Dans la dernière partie, je note que l'auteur tient la reli- 
gion pour un « instrument nécessaire de sociabilité », quoique toute 
religion soit « de création humaine » (p. 360). Il prédit, du reste, la 
chute du christianisme, condamné à mort par les erreurs et les excès 
de pouvoir de la Papauté. En fait, dit-il, ([uel scandale plus grand pour 
lo chef d'une religion, que de se plier à la volonté du puissant Napo- 
léon pr et de lui permettre le divorce pour une cause pour laquelle on 



— 32 - 

le refuse à tout autre chrétien? » (p. 364). Au bas des pages, il n'y a 
ni une noie, ni un renvoi, ni une référence quelconque, de sorte que 
ce livre, qui n'a pas de valeur par des idées propres et originales, n'en 
a pas non plus comme instrument de recherches et comme indication 
de sources et d'auteurs. 

22. — J'estime trop l'économie politique pour la confondre avec la 
débauche, et je la tiens écartée de tout impur contact. Je déclare donc 
que VAmour libre, de M. Charles Albert, n'a rien à voir avec notre 
science. Ce livre est un ramassis d'idées dévergondées, au milieu 
desquelles l'auteur prétend établir que l'amour est antagonique avec 
la monogamie et que celle-ci, conséquence et non point cause ou motif 
de l'institution de la propriété héréditaire, est e souvent, surtout en ce 
qui concerne la femme, fort inférieure à d'autres régimes conjugaux 
théoriquement moins élevés » (p. 55). En fin de compte, le vrai fémi- 
nisme, celui qui mènera la femme à la réhabilitation par la liberté de 
son amour et de l'amour de l'homme, aboutira fatalement à un « idéal 
de société communiste et libre » (p. 299). Pourquoi pas une société 
« phanérogame », comme on disait il y a cinquante ans? — J'avais 
réservé ce volume pour la fin, mais ce n'était point avec la pensée de 
laisser mes lecteurs sur la bonne bouche. Je les prie, au contraire, de 
se la rincer avec soin quand ils auront mâché les saletés de ce livre. 

J. Rameau D. 

THÉOLOGIE 

Siuopsis Tractatus seltolastici De Deo uuo, auctore P. F.-A. 
Stentrup, s. j. Munich, Rauch, in-8 de iv-368 p. — Prix : 3 fr. 75. 

Cette synopsis est un beau traité de haute métaphysique et de haute 
théologie qui ne peut manquer de plaire et d'être utile à ceux qui 
s'intéressent à ces matières. La clarté dans l'exposition, la subtilité 
dans la discussion, la justesse et l'à-propos des distinctions, telles sont 
les qualités maîtresses de l'auteur de cet ouvrage, et elles nous ont 
charmé. La division des matières est indiquée par chapitres et par 
thèses. En dix chapitres l'auteur traite successivement de la démons- 
tration de l'existence de Dieu, de la connaissance que nous pouvpns 
avoir et que nous avons de Dieu, de son essence et de ses attributs, 
spécialement de sa science, de sa volonté, de sa puissance, de sa 
beauté, puis de la création, de la conservation des êtres et du 
concours nécessairement donné par Dieu à l'activité des créatu- 
res. Les matières ainsi divisées sont développées en cent thèses 
dont l'enchaînement est parfait. On pourrait s'étonner que le 
p. Stentrup ait parlé ici de la création, mais comme il vise surtout 
l'acte créateur et ne considère le terme extérieur de cet acte que 



-- 33 — 

d'une manière générale et abstraite, il a eu raison de donner place à 
ces questions dans un trailé qui réunit les sommets. Nous signalons 
les belles distinctions de la thèse XL sur la manière dont Dieu connaît 
les futurs conditionnels : autre le médium quo, autre le médium in quo, 
autre ce qui détermine la connaissance, autre ce qui la termine. Nous 
signalons comme très remarquable son explication du concours divin 
et la manière dont il réfute un adversaire redoutable, le P. Dummer- 
muth. Cette discussion est très bien conduite et nous paraît victorieuse. 

Lamoureux. 

Theologia moralis jux^ta doctrinam S. Alphonû Iflariae 
de liigorio Uoctoris l^cclesiae, auct. Jos. ^rtnys. Edit. qiiinta, 
recognita. Paderborn, Schoningh, 1898, 2 vol. in-8 de 496 et 488 p. — 
Prix : 10 fr. 

Supplenieutuin ad Tracta tum de VII Decalogi praece- 
pto secunduni jus civile Gallicum, auct. Jos. ^Brtnts. 
Tournai, Gasterman, 1898, in-8 de 32 p. 

L'éloge de ce travail n'est plus à faire. On sait avec quel zèle les fils de 
saint Alphonse défendent les principes de leur illustre fondateur, et 
quel a été jusqu'ici le succès de cet ouvrage. Dans la préface l'auteur 
nous rappelle les approbations et les louanges décetnées par le Saint- 
Siège, le litre de Docteur de l'Église, la lumière céleste dont le saint 
fut favorisé et la mission dont il fut investi, son amour de la vérité, sa 
modération, titres de toutes sortes bien propres à lui gagner la 
confiance. 

L'ouvrage est clair et méthodique; il vise avant tout à être un ma- 
nuel classique, mis à la portée moyenne de nos séminaires. Tout en 
s'attachanl principalement à l'exposition des antiques doctrines de ca- 
suistique, l'auteur ne néglige pas un certain nombre de questions 
actuelles. Sa doctrine n'incline point aux compromis. Voir, par exem- 
ple, l'appendice De Occasionibus particularibus, cap. vi. De pravis 
scholis, où l'auteur se demande si les enfants peuvent fréquenter les 
écoles normales (scolae dictae normales, in quibus juvenes ad munus 
magistri in scolis publicis aliquando obeundum informantur). 

— A l'ouvrage primitif est venu s'ajouter un fascicule précieux. Les 
doctrines de la théologie sont mises en regard du droit civil français, 
relativement à la propriété, à quelques autres droits de possession et 
aux contrats. B. G. 

Manuale theologiae luoraliM in u«um praesertim exa- 
miuandorum, auciore Jac. Bknbdictg Mblata. Edii. altéra accura- 
tur el aucla. Kalisborme, Pusle^, 1899, in-12 de 331 p. — Prix : 3 fr. 

Ce manuel est un résumé très clair de la théologie morale. Il 
réunit les principales qualités d'un ouvrage de ce genre : concision, 
Janvier l'JUU. T. LXXXVIU. 3. 



— 54 — 

sûreté de doctrine, disposition matérielle excellente. De semblables 
ouvrages piochent parfois au point de vue des principes philosophiques. 
Ceux-ci ne sont guère mis en évidence, et sont comme sacrifiés aux 
exigences de la mnémotechnie. Ici, au contraire, l'auteur s'est appliqué 
à les faire ressortir. 

La bibliographie d'un certain nombre de questions est assez soignée. 
Voir par exemple page 161 : liste des traités de théologie nioraleoù sont 
indiqués les principes des diverses législations nationales : Italie, 
France, Hollande, Belgique, Angleterre et Irlande, Amérique du Nord, 
Autriche-Hongrie, Espagne, 

Les questions actuelles ou récentes sont généralement traitées : 
ainsi, (p, 76) indications très sages relativement à l'hypnotisme et au 
magnétisme (p. 223) la confession par téléphone, etc. 

A la fin du volume, deux appendices : le premier est relatif aux 
censures ; le second contient deux décrets récents Super oraloriis semi- 
publicis et Super absolutione a reservatis. B. C. 



lie Clirijit, 1« cliristiauisiue et la religiou de l'avenir, 

par Henri Constant. Paris, Société d'éditions littéraires, 1899, in-12 
411 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Violente diatribe contre la religion catholique. L'ouvrage est très 
documenté en ce sens que l'auteur a beaucoup lu, mais très superfi- 
ciellement. Il ramasse de tous côtés des objections cent fois réfutées, 
des difficultés cent fois expliquées, des thèses dont même la critique 
libre penseuse ne voudrait plus. Il y joint les accusations les plus 
injustes et une ignorance complète des enseignements du christianisme 
qu'il ne juge que sur des faits accidentels calomnieusement interprétés. 

Voyant déjà l'Église catholique démolie par cette critique fantaisiste, 
il propose la religion de l'avenir : un Dieu immanent au monde, et 
une âme immortelle condamnée à des réincarnations sans fin. On le 
voit, il s'agit d'une sorte de bouddhisme modernisé. 

L'auteur n'appuie pas ces croyances, comme ont fait d'autres écri- 
vains de la même inspiration, sur les révélations des esprits, mais sur 
des textes tirés d'une foule de penseurs de tous les pays où il croit voir 
l'affirmation de la métempsycose. 

Mauvais livre, sans portée sérieuse, mais qui, lu par des personnes 
peu instruites, peut faire beaucoup de mal. Malheureusement les livres 
de ce genre commencent à se multiplier. D. V. 



—'35 — 

SCIENCES ET ARTS 

Essai «ur les finances eomniunales, par Paul Dubois. Paris, 
Perrin, 1898, in-16 de 366 p. — Prix : 3 fr. 50. 

L'Académie des sciences morales et politiques avait donné comme 
sujet de concours du prix Léa Faucher en 1896 : Les Finances 
communales. Ce prix a été décerné à M. Paul Dubois, auditeur à la 
cour des comptes. C'est son mémoire, que publie aujourd'hui la 
librairie Perrin ; il a une véritable valeur et mérite l'attention de tous 
ceux qui se préoccupent des questions de cette nature. 

Avant d'analyser les dépenses, les ressources et les dettes commu- 
nales, l'auteur, dans un premier chapitre, a voulu jeter un coup d'œil 
d'ensemble sur l'évolution de la commune et sa nature actuelle dans 
les grands pays de l'Europe, la Prusse, la France, la Belgique, l'An- 
gleterre et l'Italie. On peut, dans l'histoire du régime local de ces pays, 
dit-il, di-itinguer trois grandes périodes. La commune rurale a d'abord 
été une communauté agricole, elle s'est ensuite transformée en asso- 
ciation privée ; elle tend en ce siècle à devenir un organisme démocra- 
tique. La ville a débuté par être une autorité souveraine et autonome; 
bientôt elle est tombée sous la sujétion de l'État, dont elle n'a plus formé 
qu'une agence ; en ce siècle elle représente un centre d'administration 
locale plus ou moins libre et- démocratiquement constituée. Aujour- 
d'hui, villes et communes rurales se trouvent coulées dans un moule 
à peu près uniforme ; elles remplissent des fonctions d'ordre public et 
collectif, avec des attributions d'ordre économique et privé, que les 
premières tendent malheureusement de plus eu plus à annihiler. 

Dépenses communales. Il y a certains services primordiaux qui 
résultent de la proximité matérielle de la propriété, du voisinage forcé 
de l'habitation, c'est-à-dire de ce qui constitue l'association de la vie 
locale. Aujourd'hui, il n'y a plus entre les services communaux des 
différents pays de l'Europe, grande diversité de nature, mais c'est 
dans le caractère et la conslilulion de ces services, dans l'étendue de 
leurs charges fiscales que des distinctions profondes existent d'Etat à 
État. Les communes modernes ne sont pas autorités souveraines ; 
chacune d'elles vit dans un État, lequel exerce seul et possède les 
droits supérieurs de la souveraineté et se croit investi, à l'égard des 
sociétés locales comme des associations privées ou des individus, d'un 
droit de contrôle illimité et irresponsable. Depuis un demi-siècle, le 
pouvoir central semble vouloir dépouiller la commune à son [irofit 
d'uni: partie de ses attribulious. Centrifuge chez les Auglo-Sa\ous, 
l'autorité administrative paraît être centripète dans les pays germa- 
niques et latins. La répartition pratique des services temble devoir 
favoriser l'Etal sur le continent, les autorités locales en Grande- 



— 36 — 

Bretagne. Partout dans ce siècle, les fonctions communales se sont 
accrues sans réserve et avec elles les dépenses payées et les ressources 
perçues par les communes, soit spontanément, soit sous la pression de 
l'autorité supérieure. 

En France, de 1836 à 1891, les dépenses ordinaires des communes 
(Paris excepté) se sont élevées de 83 raillions et demi à 376, soit 
d'environ quatre fois et demie. Les services de la voirie, de la police, 
de l'assistance et surtout celui des enfants, ont été les principaux fac- 
teurs de cet accroissement. En Angleterre, les dépenses locales, payées 
sur les ressources ordinaires, se sont accrues d'un cinquième de 1885 
Si 1891. L'Italie a vu, en vingt ans, de 1871 à 1891, les dépenses ordi- 
naires, extraordinaires et facultatives de ses communes, passer du 
chiflre de 325 millions au total de 529, soit un accroissement des deux 
tiers. Eu Prusse, de 1876 à 1883, le produit des impôts communaux 
monta de 139 millions de marks à 171 millions et demi, soit d'environ 
22 o/o. 

Dans tous les pays, en présence du développement précipité des 
besoins collectifs, on s'est habitué à demander proportionnellement 
plus à l'autorité publique, de moins en moins à l'initiative privée, que, 
par une politique de méfiance et d'obstvuclion, par une méthode de 
réglementation décourageante, par une tendance constante au mono- 
pole, l'autorité publique n'a cessé d'opprimer. L'avènement effectif ou 
progressif de la démocratie dans l'État d'abord, puis dans la société 
locale, aboutit à la dépréciation des finances communales ; la majorité 
pauvre et demi-pauvre, qui a la prépondérance dans le vote, impose 
impunément la surcharge au petit nombre qui paye. 

Les Recettes commimales se composaient à l'origine des revenus do- 
maniaux, la communauté agraire étant propriétaire du sol. Aujour- 
d'hui, les revenus domaniaux, qui ont conservé en Autriche et en 
Russie une importance considérable, ne font plus que 11 °/o du budget 
communal de la France, que 14 °/o de celui de la Prusse, que 10 °jo de 
celui de l'Italie, que 9 »/o de celui de Belgique. Les autres ressources 
ordinaires sont fournies soit par des recettes fiscales, soit par des sub- 
ventions et subsides. En Prusse, où le régime des taxes communales a 
été profondément remanié par la loi du 14 juillet 1893, le chiffre de la 
taxe moyenne locale n'était à cette date que de 8 fr. 50 par tète d'habi- 
tant ; elle descendait en Belgique à 4 fr. 60. Au contraire, les communes 
italiennes ont des dépenses assez élevées, et la taxe moyenne locale 
représente dans leur budget 82 «/o des recettes ordinaires, soit une taxe 
de 11 fr. 63, en 1889, par tète. Mais c'est en France que la taxe moyenne 
locale est la plus lourde ; elle constituait en 1891 un chiffre de 15 fr. 06 
par habitant et arrivait, comme en Italie, à 82 o/o du total des 
budgets. Si on ajoute à ces 15 fr. la capitation départementale, on 



— 37 — 

arrive à un total de 19 fr. 57 pour l'ensemble des charges locales qui 
frappent le contribuable français. 

Le Montant des dettes communales s'est singulièrement accru dans le 
courant du siècle. M. Dubois, dans un instructif tableau de ce montant, 
a rapproché leur chiffre de la population de chaque pays : Angleterre : 
4.966.782.100 fr. : 180 fr.oO par tête; Belgique: 581.784.152 fr. : 165fr. 19 
par tête ; France : 3.222.038.832 fr. : 84 fr. 36 par tête; États-Unis : 
3.487.294.305 fr. : 69 fr. 50 par tète ; Italie : 1.037.449.000 fr. : 36 fr. 48 
par tête. Le capital de la dette communale de la Prusse est peu élevé. 
En France,le nombre des communes endettées, qui n'était que de 12 °lo 
du total en 1862, s'élevait à 73 % en 1890. En Italie, de même, le 
nombre des communes endettées représentait 64 o/o de l'ensemble en 
1889. 

Le tableau suivant indique le montant total de la dette par tète 
d'habitant pour les grandes villes : Paris, 798 fr. ; Rouen, 389 fr. ; Mar- 
seille, 285 fr. ; Rome, 398 fr. ; Birmingham, 543 fr. ; Anvers, 777 ; 
Boston, 650 fr. ; Manchester, 504 ; Berlin, 176 ; Francfort, 330; Rotter- 
dam, 294 fr. ; Maèslrich, 288 fr. ; Nouvelle-Orléans, 320 fr. 

De son intéressante étude l'auteur tire la conclusion que les inté- 
rêts privés, qui ont été tout à l'origine dans les institutions locales, ne 
comptent plus pour rien, absorbés et anéantis qu'ils sont par la démo- 
cratie communale organisée sur les bases mêmes de l 'intérêt public. De 
là sont venus l'accroissement des dépenses favorisé par tous ceux qui 
en bénéficient sans eu payer leur part, la prodigalité et la gratuité dans 
les services, l'inégalité delà répartition des charges communes et par- 
ticulières, la tyrannie de la collectivité à l'égard des individus. 

A cette situation il faudrait, dit-il, un remède, un contrepoids opposé 
au suffrage universel, et il estime que le régime de la centralisation 
autoritaire pourrait et devrait le donner. Les États-Unis l'ont cherché 
dans un système de prescriptions et de limitations préalables; la 
Suisse dans le référendum. « Ce qu'il faut avant tout, ce qu'il faut 
malgré tout, c'est réformer la constitution communale, en rendant une 
place aux intérêts privés dans le mécanisme de la société locale, en pro- 
tégeant les droits des individus opprimés par ceux de la collectivité. » 

Ainsi que je l'ai dit au commencement, le livre de M. Paul Dubois 
est une œuvre de valeur ; il offre au lecteur désireux d'étudier la 
question des finances communales de très précieux et utiles éléments 
d'appréciation. Comte de Luçat. 



— 38 — 

IliHtoirr de la iiiuiiique. Kliipague. lies liLVIl» et X.VIII» 
•iècleH, par Albkut Soumus. Paris, Flammarion, ISyj, in-16cie84 p. — 
Prix : 2 fr. 

Hintoire de la luiuiique. Suinuse, par Albert Soubibs. Paris, 

Fiaiumarion, rs'J'J, iu-10 «le 132 \). — Prix : 2 fr. 

Ces deux volumes, parus à 1res peu d'intervalle, sont la continuation 
des monographies musicales que publie M. A. Soubies. La manière 
adoptée par l'auteur est suffisamment connue ; c'est une revue rapide 
des faits et des hommes qui marquent le développement de la musique 
dans les divers pays. 

Grâce à son style sobre,bref et toujours alerte, M. Soubies fait entrer 
dans ses résumés des quantités considérables de choses. C'est ainsi 
que le court volume sur l'Espagne que nous annonçons ne conlient 
guère moins de deux cents noms de musiciens : compositeurs, artistes, 
théoriciens, etc. Et c'est loin d'être une sèche nomenclature. Bien que le 
système de l'auteur ne souffre pas les développements, les figures et les 
œuvres les plus remarquables y sont nettement caractérisées, l'anec- 
dote même y trouve agréablement sa place, A travers ces nombreux 
détails, le tableau d'ensemble se dessine. Dans la patrie du Gid nous 
assistons aux péripéties que traverse l'art national pendant ces deux 
siècles (XVII® et xviii°), aux luttes qu'il soutient contre l'envahissement 
de l'italianisme alors en pleine vogue à la Cour de Madrid, contre 
l'inûuence française, aussi spécialement sur le terrain du théâtre, et 
finalement au triomphe des traditions nationales. 

— Quant à la Suisse, les proportions du tableau sont plus modestes. 
Un seul volume suffît à M. Suobies pour tracer son histoire musicale 
depuis l'origine de l'art jusqu'à nos jours. Mais en revanche combien est 
tranché, accusé, physionomique le caractère de cette musique 1 L'art 
religieux y occupe une place considérable avec ses deux sections de 
la musique catholique et de la protestante; l'auteur ne s'occupe pas 
ici d'en faire ressortir les contrastes. Mais la musique vraiment suisse, 
nationale, c'est la musique populaire. Deux grand§ courants, déter- 
minés l'un par l'heureuse situation géographique du pays, l'autre par 
les luttes pour l'indépendance qui ont illustré son histoire, se la par- 
tagent. D'un côté la musique du Ram des vaches, issue de l'inspiration 
naïve des bergers des Alpes, remarquable par la fraîcheur, la saveur 
toute montagnarde de ses lieder; de l'autre la musique de Guillaume 
Tell, avec le caractère plus mâle de ses chansons, reflet des luttes et 
des aspirations d'un peuple épris de liberté. Une école florissante s'est 
formée de nos jours, dont les efforts tendent à conserver et à développer 
dans des œuvres écrites avec toutes les ressources de l'art moderne, 
ces caractères bien nationaux. 
Dans son souci scrupuleux de ne rien omettre de ce qui touche à 



— 39 — 

son sujet, l'auteur ne rattache-t-il pas un peu violemment à l'histoire 
de la musique suisse des noms qui ne devraient pas lui appartenir ? 
Il ne suffit pas à un artiste d'avoir vu le jour, quelquefois par hasard, 
dans un pays pour appartenir à. l'histoire de ce pays. Signalons aussi, 
puisque nous sommes en veine de critique, dans les dernières pages, 
certaines listes d'artistes, chanteurs et chanteuses, qui nous paraissent 
un peu trop a actualités » pour figurer dans un ouvrage d'un caractère 
si général. B. M. 



Rapport «m* une miMiion scientifique en Turquie d'Asie, 

par Dom J. Parisot. Paris, Leroux, 1899, in-8 de 250 p. — Prix : 7 fr. 50. 

Cette mission, confiée à Dom Parisot, bénédictin de Ligugé, avait 
pour but de poursuivre des recherches sur la langue syriaque et sur la 
musique asiatique avec l'obligation de recueillir et de noter des airs 
maronites, syriens et chaldéens. D. Parisot s'est acquitté de cette 
mission avec succès, surtout en ce qui concerne la musique. A Beyrout, 
à Damas, à Mossoul, etc., le voyageur note sous la dictée des meilleurs 
chanteurs, 358 mélodies d'inégale valeur sans doute, mais dont la publi- 
cation intéressera à la fois et les amateurs curieux de connaître les ma- 
nifestations variées de l'art oriental, et les musicologues, qui espèrent 
trouver dans les documents de cette sorte la solution des problèmes 
relatifs à l'origine de l'art musical. D. Parisot ne se borne pas à trans- 
crire les mélodies, il nous renseigne sur les gammes, les modes, le 
rythme de chaque dialecte musical et recherche l'origine de ces can- 
tiques. Très loyal il nous montre les difficultés de ce travail et ajoute : 
« De ces considérations, il est aisé de déduire pourquoi l'œuvre d'un 
collectionneur, quelque consciencieuse quelle puisse être, n'a nul 
droit à se présenter comme un recueil authentique destiné à l'usage 
liturgique. » Il va sans dire, et c'est encore un avertissement de l'au- 
teur, que pour se rendre compte de la valeur mélodique de ces diverses 
compositions, il importe d'exclure l'emploi de nos instruments à sons 
fixes, piano ou orgue, auxquels les séries tonales des Arabes ne s'a- 
daptent pas. Voici l'énumération des mélodies contenues dans ce 
volume : 

I. 214 chants maronites liturgiques. — II. 42 chants d'église en 
arabe. Mélodies maronites et cantiques en langue vulgaire. Chants 
melkites. — III. 32 airs profanes. Chansons arabes. — IV. 13 chants 
syriens. — V. 53 chants chaldéens. — En appendice quatre mélodies 
des Juifs de Jérusalem. B. M. 



— 40 — 

LITTÉRATURE 

IVouTrau Dictionnaire claMiique illustré, par A. Gazibr. 

U» l'dilion. Paris, Colin et G'*, 1899, in-32 de iv-788 p. — Prix : 2 fr. 60. 

J'avoue que l'examen de la 24* édition du Dictionnaire de M. Gazier 
ne m'a pas laissé une aussi bonne impression qu'avait faite la première 
édition au rapporteur de 1888 [Polybiblion, t. LU, p. 226). Ce n'est pas 
que l'ouvrage soit mauvais ; mais il ne s'élève guère au-dessus de la 
médiocrité qui est commune à ces sortes de publications. Je ne fais 
point difficulté de reconnaître que l'idée de « donner des figures d'en- 
semble, les seules qui. dans certains cas, puissent vraiment instruire, » 
était un procédé d'illustration assez neuf et tout à fait louable. Je féli- 
cite aussi l'auteur du principe qui lui a fait compléter les articles du 
vocabulaire par des indications encyclopédiques « qui portent de pré- 
férence sur les choses de la vie pratique. » Mais vraiment quand 
il déclare avec fierté avoir < représenté seulement les objets qui 
ne se rencontrent pas tous les jours », je trouve que c'est avoir le 
triomphe facile pour quelqu'un qui dessine une coupe, une espagno- 
lette, une œillère. Quant aux articles encyclopédiques, quelques-uns 
sont un peu... singuliers (V. par ex. absinthe). 

Quant à la partie lexicographique du travail, l'on n'y trouve que trop 
souvent ces définitions qui n'expliquent rien, auxquelles s'abandonnent 
trop volontiers les auteurs d'ouvrages similaires : c'est ainsi que mettre 
est défini : « placer dans un endroit déterminé » et que placer est défini 
à son tour o mettre dans un endroit » ; de même jeter « lancer loin de 
soi > et lancer < jeter avec force; ancêtres « aïeux dont on descend » et 
dieux a ancêtres. » On pourrait multiplier ces exemples qui dénotent 
trop peu de souci de la précision. Et que signifient par ailleurs des 
définitions comme celle-ci : e absinthe, plante dont on fait la liqueur 
nommée absinthe? » 

Enfin notons que, bien que M. Gazier ait apporté quelques modifi- 
cations à son Dictionnaire depuis 1887 — c'est ainsi qu'on n'y retrouve 
plus la phrase étonnante sur saint Louis de Gonzague « jésuite mis- 
sionnaire », — il ne l'a peut-être pas revu avec assez de soin. L'article 
encyclopédique sur Université, par exemple, est devenu suranné, et 
l'on est étonné qu'un travail qui se vante de suivre « les progrès de la 
science » n'ait pas fait place à des mots comme sérothérapie. 

Ces critiques ne vont pas jusqu'à me faire déclarer foncièrement 
mauvais le Nouveau Dictionnaire classique illustré ; mais je ne vois vrai- 
ment pas de motif de le distinguer de la foule d'ouvrages similaires 
qui ne valent guère moins ni guère plus, ni de le recommander spé- 
cialement à nos lecteurs. E.-G. Ledos. 



— 41 — 

Dictionnaire de la prononciation française, par Louis 
Favrk. Paris, librairie de Paris, Firmin-Didot, s. d., in-16, de a 100-341 
B 5 p. — Prix : 6 fr. 

Observations préliminaires sur la réforme de l'ortho- 
graphe française, par Louis Favrk. Ibid., s. d., in-16 paginé 
A39-A 71. - Prix: 1 fr. 

C'est une idée assez heureuse et à laquelle nous ne pouvons guère 
qu'applaudir qu'a eue M. Favre en publiant un Dictionnaire de la 'pro- 
nonciation française. Il observe avec raison que dans les dictionnaires 
ordinaires, — qui sont surtout des dictionnaires de l'orthographe 
française, — la prononciation, quand elle est indiquée, ne l'est que 
d'une façon secondaire et sans un souci particulier de l'exactitude 
absolue. Il est d'ailleurs plus difficile de constater l'usage en matière 
de prononciation, qu'en matière d'écriture ; car la prononciation, par 
cela même qu'elle appartient davantage à la vie quotidienne, est beau- 
coup plus sujette à se modifier. Aussi M. Favre a-t-il soin de nous 
dire que la prononciation qu'il a fixée est celle des personnes parlant 
bien dans l'année 1897. Il indique les raisons qui ont déterminé pour 
lui le choix des personnes rentrant dans cette catégorie, et ses raisons 
paraissent judicieuses. Il a dû naturellement recourir à quelques 
procédés de notation spéciaux afin d'éviter toute équivoque ; cela 
n'a rien ôté à la clarté de son livre, qui nous paraît être un fort bon 
guide, bien que sur un petit nombre de points la prononciation indi- 
quée par lui ne nous semble pas complètement exacte. 

M. Favre a cru devoir joindre à l'introduction de son Dictionnaire 
quelques observations sur la réforme de l'orthographe. Malgré tout, je 
persiste à croire qu'une réforme phonétique de l'orthographe ofïre de 
grosses difficultés ; et je suis surpris qu'une personne qui reconnaît que 
la prononciation va se modifiant, qui déclare qu'il n'est guère d'individus 
dont la prononciation soit exacte sur tous les points, prétende astrein- 
dre l'écriture à se conformer au langage parlé. M. Favre rappelle que 
l'Académie a modifié l'orthographe de nombreux mots dans la der- 
nière édition du Dictionnaire ; mais en ce faisant l'Académie n'a guère 
fait que suivre l'usage, qui est en cette matière le véritable maître. 

E.-G. L. 



Histoire de la littérature grecque, par Alfred et Mauricb 
Gkoisbt. Tome V et dernier. Paris, Fonlemoing, 1899, in-8 de 1096 p. — 
Prix : 12 fr. 

Avec plus de droit encore qu'Horace, après quinze ans de labeur les 
deux auteurs de ce remarquable ouvrage peuvent s'écrier : Exegimus 
monumentum. Leur Histoire de La litlcraturc grecque désormais achevée 
se place hors de pair par son étendue d'abord (près de 3800 pages), et 



— 42 — 

ensuite par la largeur de vues qui a présidé à sa composition : on 
n'exagérerait pas en l'intitulant : Histoire de la pensée grecque. 

Le quatrième volume laissait le lecteur à la fin du siècle d'Alexandre : 
celui dont nous avons à rendre compte ne renferme donc que le tableau 
d'une décadence, malgré les grands noms qui brillent encore çà et là 
au milieu d'écrivains plus obscurs. Dès les premières pages, la période 
alexandrine est jugée sans parti pris, mais sans faiblesse : « Si la litté- 
rature est en baisse, c'est que l'homme lui-môme vaut moins : il y 
a là un grand fait et une grande leçon. » On n'est alors ni moins savant 
ni moins laborieux qu'autrefois : mais l'insouciance et la frivolité domi- 
nantes ont fait passer au second plan les intérêts vitaux de la cité et de 
la patrie. « Ces érudits, sans le savoir, ont réduit en eux-mêmes jusqu'à 
rien la volonté, la sensibilité, l'imagination, toutes les forces actives de 
l'âme, qui sont aussiles sources de la littérature... Tandis que l'art de la 
composition faiblit, le style devient l'objet d'une étude raffinée »(p.l58). 
Est-ce de la Grèce des Ptolémées ou de la France contemporaine qu'il 
est question? On pourrait s'y méprendre. 

Dans aucune des histoires antérieures de l'hellénisme la philosophie 
n'avait été à pareille fête : ici elle n'est pas traitée moins généreuse- 
ment que la poésie et l'éloquence, et il y aurait presque ingratitude de 
la part de ses amis à examiner à la loupe les pages qui la concernent. 
Bien des jugements sont d'ailleurs excellents. Il est exact que « l'Aca- 
démie reste une palestre intellectuelle, alors que d'autres écoles nou- 
velles sont surtout des disciplines de la volonté. > Très juste apprécia- 
tion de Théophraste : c Un de ces travailleurs habiles et actifs qui, 
s'engageant à la suite d'un maître dans la roule frayée par son génie, 
l'achèvent, l'élargissent, explorent les alentours. » Il me plaît moins de 
voir qualifier les stoïciens de « dialecticiens sublimes », même avec le 
correctif immédiat : « et un peu bizarres. » Parmi les motifs qui avaient 
déterminé Épicure à s'attacher à Démocrite, M. Groiset allègue le fait 
que la doctrine de ce dernier « était seule entièrement conforme à la 
première règle du canon épicurien, à savoir de n'admettre aucune idée 
qui ne dérivât d'une sensation. » Or aux yeux du philosophe d'Abdère, 
la perception sensible, confuse et obscure, cache plus qu'elle ne révèle 
la vérité : seule la raison saisit d'une façon adéquate les principes supé- 
rieurs des choses. De même, lorsque l'Académie platonicienne est 
représentée se pénétrant toute entière de l'esprit dePyrrhon, je protes- 
terais si je ne lisais trois pages plus loin : c Ce fut au profit du sens 
commun plutôt que du scepticisme proprement dit. » Dans la seconde 
partie de l'ouvrage, M. Maurice Groiset rencontrant le néoplatonisme 
sur sa route y démêle très judicieusement ce qui en fait la grandeur et 
ce qui en fut le vice secret : en parlant de Plotin, il accorde que « si sa 
place est grande dans l'histoire des idées » elle est en somme petite 



— 43 — 

dans celle des lettres », et s'il traite avec peu d'indulgeace ces rêveurs 
qui s'appelleat Porphyre et Proclus, ce n'est certes pas moi qui lui en 
ferai un grief. 

Pour en revenir à la littérature, il convient de noter de remarquables 
études sur Théocrile et ses Idylles, — sur Polybe, écrivain fort médiocre 
en même temps qu'historien des mieux informés — sur Lucien, dont 
la verve plaisante avait, dès 1882, fourni à M. M. Groisel le sujet d'une 
belle thèse de doctorat — et sur Plutarque, digne d'éloges à bien des 
égards, et cependant loué ici un peu au delà de sa véritable valeur. 
A propos de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie (dont la description 
(p. 12) est vraiment bien sommaire), il eût été, semble-t-il, opportun 
de relever l'impulsion donnée par les libéralités peu éclairées des Pto- 
lémées à la fâcheuse industrie des faussaires; c'est en effet de cette 
époque que datent bon nombre d'apocryphes dans l'histoire des lettres 
comme dans celle de la philosophie. 

Louons ici, comme elle le mérite, la part faite à la littérature chré- 
tienne, qu'aussi bien il était impossible d'oublier. M. M. Groiset la pré- 
sente et la juge avec une impartialité qui l'honore, parfois mémo 
avec des égards auxquels la critique indépendante ne nous avait pas 
toujours habitués. Citons quelques lignes, entre beaucoup d'autres non 
moins intéressantes : « Dès qu'il eut vaincu les premières difficultés, le 
christianisme grandit rapidement à côté de l'hellénisme : et il le dessé- 
cha dans ses racines en attirant à lui, pour ainsi parler, toute la sève 
de la terre. Les premiers apologistes au second siècle sont en général 
de faibles écrivains et de médiocres penseurs. Mais ils manifestent une 
force qui n'a besoin ni de style ni de dialectique, celle de la croyance 
et de l'amour » (p. 323). L'auteur est tenté de blâmer les Pères disciples 
d'Himérius et de Libanius d'avoir voulu * réduire l'enseignement pro- 
fane au très modeste rôle de préparation première. » La Renaissance a 
eu la prétention de lui restituer une place plus haute : il est aisé 
de constater tout ce que, depuis quatre siècles, la sève religieuse y a 
perdu. 

Il semble qu'en terminant l'analyse de cette magistrale Histoire de la 
lillérature grecque, deux lignes suffiront pour en marquer le caractère 
et en souligner le mérite. C'est l'œuvre d'un goût phis délicat et plus 
attique que celui de Sainte-Beuve, mais aussi moins sévèrement clas- 
sique et doctrinaire que celui de Nisard. Ce dernier, dans l'ouvrage qui 
a fondé sa renommée, s'est défendu de la pensée «. d'avoir dressé un 
registre obituaire de tout ce qui a tenu une plume eu France. » MM. A. 
et M. Groisel ont été manifestement plus généreux à l'égard des écri- 
vains grecs : on pourra môme trouver qu'ils ont accueilli dans leurs 
cinq volumes, et spécialement dans le dernier, bien des noms obscurs 
et inconnus qui ne pouvaient pas compter sur un pareil honneur. Du 



— 44 — 

moins, grâce à celle conscience minulieuse, leur Iravail, vrai régal 
pour les lellrés, ne sera point moins goùlé des érudils de profession. 

G. Huit. 

Deum nouveUes lettres de Bourdaloue publiées et annotées 
par le P. Henri Chkhot, de la Compagnie de Jésus. Paris, Relaux, 1898, 
in-8 de 30 p.— Prix: 1 fr. 

liettre inédite de Bourdaloue au cardiual de Bouillon, 
«ui^e lie quatre lettres extraites des Pensées, avec un 
fac-similé d'autographe, publiée par le même. Paris, Kelaux, 1899, in-8 de 
108p.— Prix :2 fr. 

Ces deux brochures sont la suite du recueil de lettres de Bourda- 
loue publié sous le titre : Bourdaloue, sa correspondance et ses corres- 
pondants, que j'ai eu déjà le plaisir de signaler à nos lecteurs. La pre- 
mière contient deux lettres : l'une au P. Bouhours, déjà inscrite dans 
le précédent recueil sous le u" xxv, mais dont il n'avait été publié 
qu'un très court fragment; depuis lors, le P. Ghérot a retrouvé la 
lellre autographe dans la bibliothèque de la ville de Nantes, et il nous 
en donne aujourd'hui, en l'entourant, bien entendu, des éclaircisse- 
ments nécessaires, le texte complet. La seconde lettre, trouvée à la 
Bibliothèque impériale de Berlin, est adressée à un Père de Trêves; 
elle est en latin, comme les lettres du même genre que contenait le 
premier recueil. 

La lettre au cardinal de Bouillon est aussi inédite ; le P. Ghérot en a 
trouvé l'autographe, malheureusement mutilé, aux Archives natio- 
nales, dans la correspondance du cardinal de Bouillon. Le texte de 
cette lettre est encadré dans une intéressante monographie du cardinal 
de Bouillon et de sa famille, où nous retrouvons celte abondance et 
cette sûreté d'informations dont le savant auteur a déjà donné tant de 
preuves. En marge d'une lettre de Bourdaloue, j'ose dire qu'il a écrit 
un excellent chapitre d'histoire. 

Les quatre lettres à une pécheresse convertie, à un homme du m,onde, 
à un homme de la Cour, enfin à une supérieure de communauté nouvelle- 
ment élue, qui suivent la lettre au cardinal de Bouillon, n'étaient pas 
inédites, puisque le P. Brelonneau les avait fait entrer dans le recueil 
des Pensées de Bourdaloue, en leur donnant une forme impersonnelle. 
Mais la sagacité du P. Ghérot ne s'y est pas trompée, et à certains 
signes respectés par le démarquage du premier éditeur, il a bien vite 
reconnu que c'étaient de véritables lettres, et il s'est empressé d'en 
grossir son recueil. Enfin il nous donne le texte latin de la lettre à un 
Père de Trêves, précédemment mentionnée sous le n» xxvii du pre- 
mier recueil. — Puissent de nouvelles bonnes fortunes de ce genre 
échoir au P. Ghérot, car nous savons bien qu'il ne les gardera pas 
pour lui et qu'il en fera profiler l'histoire et les lettres françaises. 

ÉD. PONTAL. 



— 45 — 

The Stage-Quarrel between Ben «lonson aud the so- 
called PoetasterB, by Hoscoe Addison-Suall, Pb. D. {Forschun- 
gen sur englischen Sprache und Litteratur, Heft 1). Breslau, Marcus, 1B99, 
ia-8 de viii-204 p. — Prix : 7 fr. SO. 

Ce fascicule est le premier d'une série nouvelle de travaux consacrés 
à la langue et à la littérature anglaise, série qui se publiera à Breslau 
sous la direction de M. Kôlbing et dont la valeur scientifique est 
garantie d'avance par ce seul nom. Il est dû à un jeune philologue 
américain, mort prématurément à vingt-sept ans, et éclaircit un 
épisode curieux et mal connu de l'histoire du théâtre anglais, la 
querelle qui éclata dans les dernières années du xvi^ siècle entre Ben 
Jonson et certains de ses rivaux dramatiques. Quelles ont été l'origine, 
l'étendue, la portée de ce conflit, c'est ce que recherche M. Small, 
enquête malaisée, où les renseignements sont rares, les documents 
susceptibles d'interprétations diverses et où, parmi les questions les 
plus délicates de dates et d'attributions, il faut élucider sans cesse des 
allusions obscures ou établir des identifications discutables. Dans cette 
tâche difTicile, M. Small a fait preuve de la connaissance la plds 
*ntime de la littérature élisabéthaine ainsi que du sens critique le plus 
exercé ; il a passé au crible chacune des hypothèses accueillies jusqu'ici, 
examiné avec la dernière minutie chacun des éléments d'un problème 
ou plutôt d'une série de problèmes fort complexes ; il a déterminé 
exactement où finissent les certitudes, où commencent les probabilités. 
Ses conclusions, appuyées sur la plus laborieuse investigation, parais- 
sent définitives ; la querelle n'a point eu l'importance qu'on lui prête 
d'ordinaire: elle n'a point enrôlé en deux camps ennemis presque tous 
les poètes du temps, ni laissé de trace profonde dans l'histoire du 
drame anglais ; ce n'a été qu'une passe d'armes, violente mais courte, 
et où ne s'engagèrent que peu de champions. Shakespeare fut-il un 
de ceux-ci V M. Small le pense et voit dans l'Ajax de TroVe et Cressida 
une caricature de Ben Jonson ; la conjecture est ingénieuse ; il con- 
vient toutefois de ne la tenir que pour une conjecture. 

A. Barbeau. 

HISTOIRE 

Ha iu te Geneviève, par l'abbé H, Lesêtrb. Paris, Lecollre, 1900, iu-12 
de viu-liitt p. — Prix ; 2 fr. 

M. l'abbe Lesêtre est curé de Saint-Étienne-du-Mont et gardien du 
tombeau glorieux de sainte Geneviève. Pour exciter le culte envers la 
patronne de Paris et de la France, envers t la Mère de la Pairie >, il a 
composé une vie de la sainte gallo-romaine, de telle sorte qu'elle fût 
historique et attachante, scieuLiUque et populaire, eu mettant exacte- 
ment daas son cadre national la pure et forte héroïne. Il y a certaine- 



— 46 — 

ment réussi. Les documents sont rares, mais il en a su tirer un beau 
parti. Il s'est surtout servi de la vie anonyme de sainte Geneviève, 
écrite en latin par un clerc de l'Église de Paris, selon « toute appa- 
rence » (p. 1), et dix-huit ans seulement après la luort de la vierge de 
Nanlerre. Les plus anciens mss. de celte vie remontent au xii« siècle, 
peut-être m<^me au xv Au xviii" siècle, le protestant suédois Wallin ne 
voulut voir dans le biographe qu'un faussaire, plus récent de deux 
cents ans. De notre temps, B. Krusch, s'appuyant sur quelques pas- 
sages interpolés au ix® siècle, a décidé que tout l'écrit ne datait que de 
cette époque et non de l'an 620, comme le prétend l'auteur anonyme; 
ensuite le critique allemand, suivi par un autre écrivain allemand, 
"Wattenbach, regarde la vie de sainte Geneviève comme un pur 
roman. M. l'abbé Duchesne a réfuté avec sa décisive compétence ces 
affirmations plus que téméraires et a établi que l'écrit du biographe 
anonyme a doit être maintenu au nombre des documents historiques 
relatifs et au pays et au temps qu'il concerne, qu'aucun des faits con- 
signés dans cet écrit n'offre soit en lui-même, soit par la façon dont il 
est raconté, la moindre objection contre la date que s'attribue Tauteur, 
c'est-à-dire les environs de l'année 520. » {Bibl. de l'École des chartes, 
t. LIV, p. 209-24 ; Bulletin critique, 5 sept. 1897, p. 473-6). M. Kohler a 
également réfuté la thèse allemande et réduit à néant les assertions 
de l'écrivain « fantaisiste. » [Revue historique, 1898,- p. 282-320), Cette 
vie est donc une base scientifique sérieuse. 

M. l'abbé Lesêtre a suivi « son texte aussi fidèlement que possible, 
avec un souverain respect » tout en présentant les faits soit logique- 
ment, soit chronologiquement, selon leur nature. Entre autres docu- 
ments, il a mis à profit ïHistoire de sainte Geneviève et de son Église 
royale et apostolique par Du Moulinet (en ms., Bibl. S. Geneviève 
H fr. 21, in-fol.). — Le livre se divise en huit parties : — L'Enfant de 
Nanterre. — La Vierge du Christ. — L'Invasion d'Attila. — L'Activité 
religieuse de sainte Geneviève. — Les Miracles de sainte Geneviève. 
— Le Siège de Paris. — La Mère de la Patrie, — La Basilique et 
l'Abbaye de Sainte-Geneviève, — Le Culte de sainte Geneviève. 

Au chapitre I, page 19, l'auteur dit : Geneviève, selon la coutume des 
anciens temps, garda leur petit troupeau (de ses parents) dans le voi- 
sinage de la maison paternelle. C'est de cette manière qu'elle put être ber- 
gère durant ses jeunes années. On a conservé à Nanterre le souvenir 
d'un endroit où elle menait paître ses moutons et qu'on a appelé 
depuis a le Parc de sainte Geneviève. » A proprement parler, elle ne 
fut pas bergère, puisqu'elle appartenait à une famille plutôt riche. 
« Le biographe (du vie siècle), M. Lesêtre en convient, ne nous dit 
absolument rien des occupations de la sainte pendant son enfance » 
(p. 19). C'était pourtant un rapprochement bien tentant pour le bio- 



— 47 - 

graphe de montrer une jeune bergère, devenue l'héroïne qui sauve 
Paris, comme on l'a fait pour la « Pastourelle de Domremy », boutant 
les Anglais hors de France. 

Les bénédictins de la « Gallia Ghristiana » connaissaient certainement 
la tradition locale et cependant ils se sont prononcés nettement contre 
l'opinion qui prétend faire de Geneviève la bergère de Nanlerre. Selon 
eux, l'origine de cette légende ne remonterait qu'au commencement du 
xvi« siècle, à la poésie d'un aveugle de Bruges, nommé Pierre du Pont 
ou de Ponte, intitulée : Poema de laudibus sanctae Genovefae. Paris, 
1512, in-4 {Gallia christ., t. VII, col. 766 B. Paris, 1744, éd. Welter, 
1899). Entre la tradition locale, le texte bénédictin et le silence du bio- 
graphe anonyme M. Lesêtre est plutôt favorable à l'opinion des auteurs 
de la Gallia en croyant qu'elle « put » être bergère, en ce sens qu'elle 
gardait les troupeaux de ses parents, riches propriétaires terriens. Et 
nous convenons sans difTicullé que c'est là glisser habilement entre 
deux récifs. 

Tout en faisant une large place aux pieuses occupations de la vierge, 
à l'étude de ses mortifications, de ses visions, de ses grâces extraordi- 
naires, de ses rares vertus et de ses miracles éclatants, le distingué 
écrivain consacre des pages nombreuses à la mission providentielle de 
sainte Geneviève et à son action sociale. Il rappelle l'invasion des Bar- 
bares, au commencement du v» siècle, et l'héroïque Geneviève qui leur 
barre le passage et sauve Paris affolé de peur. Mère de la Patrie, Gene- 
viève le fut aussi en encourageant les Parisiens à résister aux entre- 
prises du roi païen Glovis; pendant le siège de Lutèce, elle ravitaille 
ses habitants affamés. Glovis, chrétien et maître de Paris et la pieuse 
Clotilde devinrent les amis de l'humble vierge de Nanterre. a Elle est 
placée là par Dieu en mandataire chargée de transmettre à la nation 
naissante la foi catholique de la nation qui disparait. » « Là est sa mis- 
sion particulière Elle est la première sainte française. » Geneviève 

a été l'âme de la patrie à son berceau. Elle a été suscitée de Dieu pour 
veiller sur celte âme, la conserver vaillante et fidèle et la transmettre 
au jeune royaume franc. » Là est la raison d'être de ce titre de 
a patronne de Paris et de la France > que nos aïeux lui ont justement 
décerné. — Cette vie de sainte Geneviève est non seulement un livre 
rempli de documents d'une grande solidité critique, mais encore un 
livre historique et pieux, d'un style ému, d'une chaleur communicative, 
d'un patriotisme ardent. Aussi comment expliquer « le souvenir d'un 
endroit où elle (sainte Geneviève) menait paître ses moutons et qu'on 
a appelé depuis le o Parc de sainte Geneviève » (p. 20) V Ce souvenir 
remonte-l-il à un âge si lointain? Il faudrait le prouver autrement que 
par l'autorité de M. l'abbé Delaumosne, dont les vertus sacerdotales 
8ont prolond6m§nl etilimées. Louis Robert. 



— 48 — 

Un KvtHfU^ de l'aurien régime. liOuia- Joseph de Crignau 
(lGAO-l'ïS!9), par l'abbé Léon Charpentier. Paris, Sueur-Charruey, 
18'J'J, in-12 de 111-340 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Voilà un livre excellent qui intéresse l'histoire ecclésiastique, l'his- 
toire des lettres et celle du Dauphiné. Depuis les éludes sincères de 
Taine et de l'abbé Sicard sur le clergé de France avant la Révolution, 
l'opinion des penseurs s'est justement et avantageusement modifiée 
à l'endroit de l'épiscopat de l'ancien régime. Après revision du procès, 
on a convenu que les prélats gentilshommes ne méritent pas, pour la 
plupart, la réprobation universelle dans laquelle on les enveloppait. 
Combien d'entre eux, après avoir brillé dans la politique, dans la so- 
ciété aristocratique d'alors, « s'ensevelirent dans leurs diocèses, entiè- 
rement occupés des intérêts matériels et spirituels de leurs peuples. . ., 
créant des séminaires, bâtissant des hôpitaux, adoucissant les charges 
fiscales pesant sur les propriétaires ruraux? » 

Tel fut Louis-Joseph de Grignan, de l'illustre famille dauphinoise 
des Adhémar de Monteil qui se vantaient d'avoir donné leur nom à la 
ville de Montélimar (Monteil d'Adhémar, Montilium Adhemari). Louis- 
Joseph était le propre frère du gendre de M™"^ de Sévigné et fut lui- 
même en correspondance avec la célèbre « épistolière. » Il naquit 
à Grignan (Drôme), le 3 ou le 4 juin 1650, et il mourut dans sa soixante- 
douzième année et non à soixante-dix-huit ans, comme le prétend 
Moréri, que tous les historiens ont suivi dans cette erreur. Après avoir 
suivi les cours de la Sorbonne et pris ses grades théologiques, il fut 
pourvu de bonne heure du prieuré de Portes, diocèse de Saint-Paul- 
Trois-Châteaux (Drôme). Il reçut le sous-diaconat des mains de son 
propre frèie Jean-Baptiste, archevêque de Glaudiopolis in partibus et 
coadjuteur de son oncle, l'archevêque d'Arles, François de Grignan, 
qui fut évoque de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux à vingt-huit ans. Le nôtre 
fut nommé agent général du clergé de la province d'Arles en 1675, 
quinze jours après avoir reçu la prêtrise (le 29 mai) de Luc d'Aquin, 
évêque de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux. Il se fit remarquer dans ces 
hautes fonctions qui conduisaient tout droit à l'épiscopat. Dans la 
ameuse affaire de la Régale, il signa la lettre écrite par le clergé au Roi 
pour prolester à Sa Majesté du c déplaisir que la Compagnie a de la 
conduite que la cour de Rome tient dans cette affaire. » Toutefois il ne 
sera pas de l'Assemblée qui, quelque temps plus tard, vota les Quatre 
articles gallicans de la Déclaration dite de 1682. 

Le « bel abbé, le plus beau des abbés», comme l'appelle M"» de Sévigné, 
a trente ans, il est bien en cour et n'est point du tout entaché de jan- 
sénisme. Le 21 février 1680, il est nommé évêque d'Évreux. Il n'occupa 
pas ce siège. En mai de la môme année, parut sa nomination à l'évêché 
de Carcassonne. Le 21 décembre 1681, dans la chapelle du château de 



— 49 — 

Grignan, Louis-Joseph de Grignan fut sacré par Louis-Alphonse de 
Suarez, évêquede Vaison. Dans son diocèse, il fît le bonheur du peuple ; 
il travailla à alléger les charges exorbitantes qui pesaient sur les habi- 
tants. Ce fut son don de joyeux avènement. Durant les quarante ans 
de son épiscopat, il ne se montra point un prélat de cour ; il était 
préoccupé avant tout du bonheur temporel et éternel de son troupeau. 
Il fut vraiment évéque, appliqué constamment à remplir ses devoirs 
sacrés : œuvres de bienfaisance et de charité, rapports avec son clergé 
et son chapitre. Vigilant pour le bien de son diocèse, il fit paraître des 
ordonnances synodales remplies de fermeté et de tact. Parmi plusieurs, 
en voici une fort curieuse ayant trait à la perruque qu'il défend à tous 
ecclésiastiques ou bénéficiers, sans nécessité. Dans ce cas, elle devra 
être a d'une couleur conforme à la couleur naturelle des cheveux. » 
Il prescrit « qu'elle ne passe pas les oreilles, qu'elle ne soit ni poudrée, 
ni enflée, ni frisée et annelée. » 

Mais ce qui immortalisera le nom de Louis-Joseph de Grignan, plus 
que son aristocratique descendance, que sa distinction personnelle, 
que ses vertus épiscopales, ce sont ses rapports avec la spirituelle 
marquise et la comtesse de Grignan, sa belle-sœur. A cet unique point 
de vue le chapitre : a Choses de famille » est absolument charmant : 
une vraie aquarelle des mœurs d'une grande famille de l'ancien régime. 
M'"* de Sévigné, avec une mordante ténacité, chercha, dans ses lettres 
à M. de Carcassonne, à le déterminer à verser régulièrement 2,000 fr. 
de rente promis au jeune marquis de Grignan, élégant capitaine. 
Hélas ! Mgr de Grignan, avec ses 40,000 livres de rentes, trouva le moyen 
de s'endetter abominablement et en arriva même à négocier des em- 
prunts avec des Garcassonnais peu qualifiés. Un appendice donne la 
correspondance, en partie, du noble prélat. 

Ce volume, écrit dans le style de la bonne école historique, est 
composé avec une parfaite critique, d'amples et minutieuses recherches 
non seulement parmi les archives générales, mais encore dans les col- 
lections particulières. C'est une œuvre de labeur et de sincérité. Aussi 
nous associons-nous aux éloges mérités que Mgr Billard, évéque de 
Carcassonne, adresse à son distingué secrétaire : « Je vous félicite, 
lui écrit-il, d'avoir dépouillé avec un soin scrupuleux toutes les archives 
(lui vous éclairaient sur la vie de ce prélat et, loin de vous reprocher 
d'avoir jeté trop de lumière sur les points qui auraient pu rester dans 
l'ombre, je suis heureux de trouver eu vous un historien, témoin 
incorruptible de la vérité. » Louis Uobert. 



lia .tlucétloiiie, parle professeur GleantuèsNicolaïdhs. lierliu, Stuhr. 
16'J9, iu-« de 268 p., avec une carte. — Prix : 6 fr. 60. 

Le temps est loin où saint Paul écrivait aux chrétiens de Salouiquc 
Janvik» l'JUO. T. LXXXVllI. i. 



— liO — 

(I. Thess. lY, 9, 10) a Deo didicistis ut diligatis invicem : illud facitis in 
omnes fratres in universa Macedonia. La charité fraternelle que l'apôtre 
louait chez les Macédoniens est bien compromise depuis le jour où les 
compétitions politiques ont fait de la Macédoine une pomme de dis- 
corde entre les Grecs et les Slaves. Serbes, Bulgares, Albanais, Kout- 
zovalaques ont présenté tour à tour leurs raisons à prévaloir dans une 
province ou ils prétendent à peu près tous constituer la majorité de la 
population; le D"" Cl. Nicolaïdès plaide à son tour la cause de l'hellé- 
nisme, et sa plaidoirie vaut ce que valent en général les discours où 
l'orateur a voulu trop prouver. Il met l'histoire, la numismatique, la 
linguistique à contribution pour soutenir sa thèse ; mais de ce que le 
sol de la vallée du Vardar ait livré des monnaies d'Alexandre, de 
Philippe et même de Perdikkas, je ne vois pas très bien ce qu'il est 
permis d'en conclure. 

Un argument plus topique serait tiré de la répartition des idiomes, 
et encore pour pouvoir s'en servir faudrait-il avoir des statistiques 
sincères ; mais M. Nicolaïdès conteste la valeur de cette preuve: ses 
compatriotes, dit-il, ont une aptitude prodigieuse pour les langues; ils 
apprennent avec une grande facilité le turc ou le bulgare, au point 
d'oublier même leur langue maternelle; on aurait donc tort de porter 
à l'actif des Bulgares, des Grecs qui ne parlent pas d'autre langue que 
le bulgare, mais sont restés Grecs de race et de cœur (p. 128). Inutile 
d'ajouter que les Bulgares ne se font pas tort de retourner l'argument 
contre les Grecs, mais ils le font avec moins d'adresse ; leur rhétorique 
est plus brutale, mais moins persuasive, leur ton est moins discret, 
tandis que M. Nicolaïdès sait conserver à ses polémiques un ton géné- 
ralement modéré. 

Il n'y a que dans les cas où l'Église romaine se trouve en cause qu'il 
perd quelque peu son sang- froid; il met d'ailleurs au service de ses 
rancunes une imagination très fertile, et je me réserve d'étudier à part 
les étranges libertés qu'il se permet avec l'histoire ecclésiastique. 

En somme, ce livre, curieux comme document, n'est que le plai- 
doyer d'un avocat très convaincu ; mais ce sont les juges qu'il s'agit de 
convaincre. P. Pisani. 



He la vraie représentation politique, par Sèverin de la 
Chapelle. Paris, Pichon, 1898, in-8 de xii-358 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Ce volume est la réunion d'une série d'études publiées par l'auteur 
dans divers journaux et revues sur la grave question de la représen- 
tation proportionnelle. M. de la Chapelle déclare dans sa Préface qu'il 
a été guidé dans ses études par cette pensée fondamentale que 
« l'Évangile doit recevoir son application non seulement dans la vie 



— 51 — 

privée et dans les institutions particulières d'ordre social, mais encore 
et surtout dans les institutions d'ordres public intérieur, indivisible 
et polilique, comme dans le droit public extérieur et international 
des nations régulièrement et définitivement constituées, d 

Après avoir constaté dans un premier chapitre l'injustice et l'incohé- 
rence du système électoral adopté en France depuis 1789, M. de la 
Chapelle expose dans le chapitre II (le plus important de l'ouvrage) 
les divers systèmes de représentations proportionnelles destinés à 
assurer aux minorités l'exercice légitime de leurs droits : vote limité, 
vote cumulatif, scrutin de liste fractionnaire, système des listes con- 
currentes. Le chapitre III est consacré au vote plural. Le chapitre IV 
est relatif au système appelé par son auteur, M. Charles Benoist : la 
représentation réelle par grandes catégories de groupes d'intérêts 
professionnels. Le dernier chapitre est une conclusion philosophique. 

L'auteur se prononce en faveur du scrutin de liste fractionnaire 
qui « vise à la représentation proportionnelle des majorités et des 
minorités solidaires entre elles, dans le cadre indivisible des circons- 
criptions électorales intérieures, politiquement organisées. » 

Deux lettres d'introduction, de MM. Jules Simon et Ernest Naville, 
sont au début du volume. 

L'idée de la représentation des minorités et de la représentation 
proportionnelle est sans aucun doute juste et féconde. On dit qu'elle 
n'a jamais eu de succès en France à cause du défaut de simplicité des 
systèmes proposés. Si tel est le motif de son insuccès, nous n'osons 
espérer que l'ouvrage de M. de la Chapelle lui fasse faire beaucoup de 
progrès. Mais nous pensons que cet insuccès est dû actuellement à une 
cause plus grave : M. de la Chapelle glisse beaucoup trop rapidement 
<^ la page 10 sur l'objection qu'il formule ainsi : « pour gouverner il 
faut des majorités parlementaires nombreuses et fortes, d C'est que 
cette objection est irréfutable. Si le système de la représentation pro- 
portionnelle était appliqué en France sous notre constitution républi- 
caine, la majorité serait tellement instable que tout gouvernement 
serait impossible. Voilà pourquoi il n'y faut pas songer. Cette raison 
capitale disparaîtrait sous le régime monarchique parce que la cohé- 
sion de la majorité parlementaire perdrait de son importance et cesse- 
rait d'être indispensable. Aussi faut-il, croyons-nous, considérer 
comme incompatibles, n'en déplaise à M. de la Chapelle, la république 
et la représentation proportionnelle, surtout dans un pays comme la 
France qui a une vie politique intense et de grands iutéréls nationaux 
qui exigent une vigilance de tous les instants. Eugène Godefroy. 



— 52 — 

I> Drame deis poictouM, études sur la Soeiété du 
XVII' Mièrle et pluM purtieulièrement sur la Cour de 
liOuis XIV, d'après les archives de la liasiille, par Frantz FunCK- 
Brbntano. Paris. Hachette, 189a, ia-12 de 311 p. avec 8 planches hors 
lexte. — Prix : 3 fr. liO. 

Le règne de Louis XIV offre d'étranges contrastes, non pas seule- 
ment dans l'ordre politique où les plus terribles revers succèdent aux 
plus éclatants triomphes, mais plus encore dans l'ordre moral où les 
crimes les plus odieux, les vices les plus infâmes se mêlent aux vies 
les plus austères et aux vertus les plus saintes. Parfois c'est la môme 
existence que présente ces étonnantes oppositions. Dans ce sombre 
drame des poisons qui se joue précisément pendant la période la plus 
brillante du règne, et que M. Funck-Brentano nous raconte aujourd'hui 
d'après les archives de la Bastille, avec des détails atroces d'une authen- 
ticité incontestable et d'un réalisme effrayant, il 3^ en a de surpre- 
nants exemples. Quel vilain monde et quel monde mêlé : des courtisanes 
de bas étage, des sorcières, des empoisonneuses, et des personnages du 
plus haut rang, des financiers, des prêtres, des femmes de conseillers 
au Parlement, des dames de la Cour et des plus huppées, jusqu'à des 
maîtresses de Roi : la Voisin, la Filastre, et à côté d'elles, M«»e de 
Dreux, M"'= de Poulaillon, la marquise de Brinvilliers, M"^^ de 
Montespan! La vie humaine ne pèse rien devant la passion, l'envie, la 
haine, le libertinage. Les femmes suppriment leur mari pour pouvoir 
épouser leur amant ; les maris empoisonnent leur f:;mme pour épouser 
leur maîtresse. Le mal est si universel que pour l'extirper Louis XIV 
doit établir une chambre spéciale, la chambre ardente, et les recherches 
de cette chambre révèlent des scandales si grands que, pour les étouffer, 
il est ensuite obligé de supprimer les pièces de la procédure. Le paga- 
nisme n'a pas vu de pires infamies, et cependant ces femmes, au milieu 
de leurs débordements, conservent une foi si profonde que celle foi en 
se réveillant au dernier moment, leur fait faire des morts touchantes, 
on serait tenté de dire édifiantes 1 La marquise de Brinvilliers a empoi- 
sonné son père, ses frères, ses amants ; elle a mené la vie la plus dis- 
solue ; quand elle est enfin prise et condamnée, la chrétienne reparaît 
i't arrache des larmes au jésuite qui l'assiste, le P. Pirot. Mni° de Montes- 
pan à deux reprises, avec l'aide de la Voisin, attente à la vie de Louis XIV 
et il ne tient pas à elle que sa rivale, M"" de Fontange, ne soit empoi- 
sonnée. Un ordre royal seul la sauve de l'expiation suprême ; mais alors, 
touchée de la grâce, elle s'enferme dans la retraite et expie par la meil- 
leure des expiations, par une vie de pénitence et de bonnes œuvres. 
Au milieu de toutes ces ignominies et de toutes ces horreurs, une belle 
ligure apparaît, une figure d'honnête homme, de magistrat intègre, 
de chrétien austère et éclairé, le lieutenant de police de la Reynie. 
C'est lui qui débrouille l'écheveau compliqué de ce sombre imbroglio; 



— o3 — 

c'est lui qui poursuit avec une rigueur indignée la punition des crimes; 
c'est lui qui s'efforce d'en prévenir le retour par des règlements sévères 
sur les sortilèges et le commerce des poisons. Et comme en France tout 
finit par des chansons ou des pièces de théâtre, c'est lui encore, dit-on, 
qui inspire la comédie de Visé et de Thomas Corneille, la Devineresse: 
le vaudeville après le drame. Une étude et une discussion très serrée 
sur la mort et le prétendu empoisonnement de la duchesse d'Orléans, 
Henriette d'Angleterre, des reproductions de gravures du temps peu 
connues complètent ce curieux et intéressant volume qui attache, mais 
qui fait frémir. Max. de la Rocheterie. 



Ka Bretagne et le due d'Aiguillon , 1 953-19 90, par Marcel 
Marion. Paris, Fontemoing, 1898, in-8 de vi-624 p. — Prix : 10 fr. 

Il est des problèmes historiques qui ne peuvent être résolus qu'à 
longue échéance. Les contemporains les ont embrouillés à plaisir et 
obscurcis à dessein; la passion s'en est mêlée, et la passion est aveugle. 
II faut l'éloignement et le temps pour y voir clair et y voir juste. 
Parmi ces problèmes, un des plus délicats est assurément celui des 
troubles de Bretagne pendant la seconde moitié du siècle dernier, le 
procès de la Ghalolais et le gouvernement du duc d'Aiguillon. A com- 
bien de récriminations ardentes et de légendes historiques n'a-t-il pas 
donné lieu? Aujourd'hui le calme se fait; les archives publiques et 
privées livrent leurs secrets et il est possible d'établir, pièces en main, 
la vérité qui n'est pas toujours conforme à la légende. Il y a quelques 
années, un écrivain distingué, M. Carré, démontrait, à l'aide de corres- 
pondances authentiques, que les mauvais traitements dont avait été 
victime le célèbre procureur général avaient été singulièrement exagérés: 
ses gardiens avaient été pour lui, non pas des geôliers féroces, comme 
on se plaît à le dire, mais des surveillants courtois, d'une douceur et 
d'une longanimité poussées parfoisjusqu'à la faiblesse. Aujourd'hui un 
professeur distingué de la Faculté des lettres de l'Université de Bor- 
deaux, M. Marcel Marion, entreprend de prouver que le duc d'Aiguillon 
a été, pendant son gouvernement de Bretagne, non pas le tyran soupçon- 
neux et fanatique qu'ont peint certains historiens, mais un adminis- 
trateur éclairé, soucieux des intérêts de sa province et ménager de ses 
deniers. A Saint- Wast, lors du débarquement des Anglais, on avait 
déjà établi — M. Vatel entre autres — qu'il était couvert, non pas de farine, 
comme l'insinuaient les pamphlets, mais d'honneur et de gloire et avait 
brillamment et intrépidement jeté à la mer les envahisseurs. U semble 
bien — les correspondances citées par M. Marion en font foi — qu'à 
plusieurs reprises il s'est interposé entre les Bretons et le gouvernement , 
et notamment pour l'impôt du vingtième, s'est efforcé de modérer et 



— 5-i — 

parfois a réussi à modérer les exigences du contrôleur général. En 
niainles autres circonstances encore et notamment dans le procès même 
de la C haletais, il a été partisan des mesures de clémence plutôt que 
des mesures de rigueur. Mais l'obstination des États l'a poussé à bout; 
plus lard les arguties du Parlement et les chicanes des accusés l'ont 
irrité et entraîné à certaines mesures intempestives et maladroites, 
comme cet arrêt de disjonction qui, isolant la Chalotais de sesco-accusés, 
a paru un acte de haine personnelle et de persécution inique et n'a pas 
peu contribué à donner naissance à la légende, si longtemps accréditée. 
Ce qui est certain, c'est que si la Bretagne était peut-être plus spéciale- 
ment difficile à gouverner, l'esprit d'insubordination et de révolte péné- 
trait partout à cette fm du règne de Louis XV. Et, par un entraînement 
étrange, c'étaient ceux qui devaient être les premières victimes de la 
Révolution qui y poussaient avec le plus d'ardeur. Cela éclate à chaque 
page de l'œuvre si considérable, si documentée et si impartiale de 
M. Marion. Max. de la Rogheterie. 



Mémoires «l'uu iniuitstrc du Trésor puMie, 19SO-fl^l5, 

par le comle Mollien. Paris, Guillaumin, 18y8, 3 vol. in-8 de xix-562, 
616 et 490 p. — Prix : 22 fr. KO. 

En ces temps de dilapidations et de désordres budgétaires, il est 
réconfortant de pouvoir porter ses regards en arrière et de les arrêter 
sur une époque où, malgré les lourdes charges d'un état de guerre 
permanent contre l'Europe toute entière coalisée, les finances de la 
France furent administrées avec tant d'économie et de prévoyance, 
dans un tel esprit d'ordre que le Trésor se trouva toujours en mesure 
de faire face à ses engagements et que la dette publique ne s'accrut, 
pendant toute la durée de l'Empire, que de 17 millions de rente au 
capital de 340 millions, dont moitié pour solder des dépenses afférentes 
aux périodes antérieures. 

C'est cette satisfaction, que procurent aux lecteurs les Mémoires du 
comte Mollien. Rédigés par lui en 1837, ces Mémoires ont été définiti- 
vement mis au point en 1845, et imprimés, mais alors à un si petit 
nombre d'exemplaires qu'ils sont devenus rapidement introuvables. 
La librairie Guillaumin a donc fait œuvre utile et intéressante en les 
publiant à nouveau. 

Né en 1758, à Rouen, d'une famille de commerçants, François- 
Nicolas Mollien débuta jeune dans les bureaux de l'administration 
des finances, et l'Almanach royal de 1789 l'indique comme l'un 
des premiers commis de l'intendant de la Boullaye placé à la tête 
de la Ferme générale. Envoyé à Évreux après la chute de l'ancien 
régime, "en qualité de directeur de l'enregistrement, il fut destitué 
pour avoir provoqué dans cette ville une adresse au Roi à l'oc- 



J'O — 

casion de raltentat du 20 juin, et deux fois arrêté, la seconde en 
février 1794 comme complice des fermiers généraux, qui venaient d'être 
traduits eu justice, sur la dénonciation d'un de leurs anciens employés, 
le concussionnaire Gaudet. Transféré à Paris, il partagea la captivité 
de ces malheureuses victimes de la Terreur, dont il fait en passant 
l'éloge : v. Les fermiers généraux de 178Û, dit-il, ne ressemblaient plus à 
ces financiers, dont on avait dit qu'ils étaient chargés de recouvrer tous 
les revenus de l'État à la condition d'en rendre quelque chose. En 
général, la très grande majorité d'entre eux, par la culture de l'esprit et 
l'aménité des manières, tenaient honorablement leur place dans les pre- 
miers rangs de la société française. » Le 19 floréal an IL trente-deux fer- 
miers généraux portèrent leur tête sur l'échafaud révolutionnaire. Le 
9 thermidor rendit MoUien à la liberté ; il partit alors voyagera l'étranger 
et ne rentra en France que vers le 18 brumaire. Je voudrais pouvoir 
reproduire le tableau de main de maître qu'il trace de la détresse, à 
cette époque, du Trésor public qui ne touchait que 300 millions de 
recettes pour couvrir plus de 600 millions de dépenses indispensables, 
et que n'avait pu dégager la banqueroute solennelle de 2 milliards faite 
au détriment des rentiers, je ne peux qu'y renvoyer le lecteur {t. I, 
p. 212-214). Ce fut au ministre des finances Gaudin que la France dut 
d'être tirée de cet état critique. 

Gaudin avait connu Mollien dans les bureaux du Contrôle général 
des finances ; il lui proposa et lui fit accepter la direction de la Caisse 
d'amortissement. Cette Caisse venait d'être réorganisée; elle avait trois 
attributions distinctes : celle de caisse de garantie pour les délégations 
des receveurs généraux ; celle de caisse des dépôts pour les caution- 
nements des comptables, ainsi que pour les fonds en litige; celle enfin 
de caisse d'amortissement pour les rachats successifs de la dette 
perpétuelle. Ses nouvelles fonctions mirent Mollien en fréquentes com- 
munications avec le Premier Consul, qui aimait à le consulter et prit 
notamment son avis sur l'organisation et le fonctionnement de la 
Banque. En 1804, il fut décoré du titre de conseiller d'Élat et, lorsqu'on 
janvier 1806 une crise financière inattendue entraîna la disgrâce de Bar- 
bé Marbois, il reçut le portefeuille du Trésor. Le ministère des finances 
se trouvait alors subdivisé en deux départements: celui des receltes et 
celui des dépenses. Le premier avait la prévoyance sans l'action, l'autre 
l'action sans la prévoyance. C'était un système vicieux, reconnaît 
Mollien, mais qui plaisait à l'Empereur par l'espèce de contrôle qu'il 
attribuait au ministre du Trésor sur les autres ministres. 

Le nouveau ministre débuta par faire drosser un inventaire contra- 
dictoini et exact de la situation du Trésor; il s'appliqua ensuite à 
introduire dans sou administration des principes et des méthodes, 
dont beaucoup servent encore aujourd'hui de base à la comptabilité 



— nf) — 

publique : création de la Caisse de service ; application de la compta- 
bilité en partie double à toutes les écritures du Trésor; contrôle 
quotidien de la caisse générale ; établissement d'un bilan trimestriel 
complet de la situation de tous les budgets encore ouverts, a Avant 
1814, le Trésor était si constamment fidèle k ce devoir que, quelque 
grand que fut alors l'Empire français, son bilan, aussi exact que celui 
du capitaliste le plus consciencieux, pouvait être rendu public sans 
crainte d'aucune critique» ; enfin institution de la Cour des comptes, à 
l'instar des chambres de même nom de l'ancien régime. Cette magis- 
trature supérieure , séparée de l'action administrative, ayant l'indépen- 
dance de l'inamovibilité, devait, dans l'esprit de son créateur, se trou- 
ver placée en quelque sorte entre le gouvernement et le pays pour 
juger, dans la limite de ses fonctions, si ceux qui avaient pris quelque 
part au maniement et à l'emploi des deniers publics, soit comme 
agents de receltes et de dépenses, soit même comme ordonnateurs, 
n'étaient pas reprocbables soit pour des faits graves, ou soit même 
pour quelques irrégularités. La nouvelle Cour semble avoir répondu 
alors et répond encore aujourd'hui à l'attente de Mollien ; dès l'origine 
elle assura le rapide apurement d'une masse considérable de comptes 
arriérés, dont un grand nombre attendaient leur jugement vingt 
années avant la Révolution. 

Les Mémoires consacrent un chapitre distinct à chacune des années 
de la gestion du ministre du Trésor du 27 janvier 1806 aux Cent jours. 
Mollieny expose les principaux événements financiers de l'année, donne 
le total des dépenses acquittées par exercice, le détail des opérations 
de trésorerie eflectuées pour pourvoir chaque caisse des fonds néces- 
saires, ainsi que des mesures prises pour obvier aux crises com- 
merciales que provoqua le blocus continental, inscrit en recettes 
le montant des contributions imposées aux peuples vaincus. La 
rançon de la Prusse avait été fixée à 312 millions, sacrifice fort 
inférieur, fait observer l'auteur, à ceux qu'elle avait exigés de la France 
à une autre époque. Qu'aurait-il dit, s'il avait écrit après 1870 ? Sur les 
312 millions, le Trésor n'en toucha que 171 ; le reste avait été acquitté 
en obligations à long terme, non encore échues en 1814. Le budget 
de 1812 s'éleva à 1 milliard 168 millions, dont les deux tiers seulement 
à la charge de la France ancienne. Il n'était en 1810 que de 860 millions, 
sur lesquels les crédits attribués à la guerre et à la marine furent de 509. 
En 18H, ces crédits atteignirent 700 millions, 

Mollien quitta le ministère à la rentrée des Bourbons ; il reprit son 

portefeuille pendant les Cent jours. Louis XVIII l'appela en 1819 à 

siéger à la Chambre des pairs, où il joua dans les discussions financières 

un rôle important. Il est mort à Paris en 1850. 

M. Charles Gomel, dont la compétence en histoire financière est bien 



— 57 — 

connue, a accepté de présider à. la réinapression des Mémoires. Il les 
a fait précéder d'une savante notice où il apprécie leur valeur en ces 
termes : « Ces Mémoires sont des plus intéressants, non seulement au 
point de vue financier et m<^me anecdolique.mais sont encore de précieux 
documents, en ce qui concerne les rapports journaliers de Napoléon et 
de son ministre du Trésor. Ils mettent en relief d'une manière saisis- 
sante la puissance de travail de l'Empereur, la connaissance appro- 
fondie de tous les détails dans lesquels il entrait, en même temps que 
les jugements judicieux du ministre, qui lui resta fidèle jusqu'à la fin. » 

Comte de Luçay. 

liCB Finances de la France sous la troîeiiéme République, 

par LÉON Say. t. II, 1876- 188^. Paris, Calmann Lévy, 1899, in-8de xi-777 p. 
— Prix : 7 fr. bO. 

Ce volume est le second de la collection des Œuvres de Léon Say, 
publiée par les soins de M. André Liesse, professeur d'économie indus- 
trielle et de statistique au Conservatoire national des arts et métiers. 
Conçu d'après la môme méthode que le précédent, il contient l'histoire 
d'une période dans laquelle la question budgétaire lient le premier rang 
et M. Léon Say joue, comme ministre des finances, un rôle prépondérant. 
Question monétaire et frappe de l'argent, rachat des chemins de fer, 
équilibre sérieux des recettes et des dépenses, grands travaux publics, 
tels furent les principaux sujets abordés tant à la tribune que dans la 
presse par l'éminent économiste qui, par la création d'un nouveau type 
de rente, le 3 "/o amortissable, assura l'exécution de ces travaux, qui 
entendait en même temps renfermer dans de sages limites ce programme 
Freycinet, qu'ultérieurement devaient développer outre mesure les pro- 
digalités parlementaires. Rien de plus instructif à cet égard que ses dis- 
cours dans la discussion du budget de 1883. — Cette dicussion marque la 
fin de l'action gouvernementale de Léon Say. Désormais il ne reviendra 
plus au ministère. Une méthode et des mœurs nouvelles qu'il juge 
dangereuses, dont il n'accepterait à aucun prix la solidarité, se sont 
peu à peu introduites dans le Parlement. Il rentre dans le rang ei va 
défendre énergiquement ses idées, en attaquant celles qu'il considère 
comme funestes à son pays. Ce sera l'objet du troisième et dernier 
volume. Comte de Luçay. 

monographie de l'église et de l'abbaye de Saint-Ceorges 
de BoHcherville, par A. Bbsnard. Paris, Le Chevalier, 1899, iu-4 de 
V + lt;8 + cxiv -I- 57 p. — Prix : 20 fr. 

C'est un véritable monument d'histoire locale que nous avons 
sous les yeux. Des eaux- fortes sont consacrées à la façade principale, 
à Jean-Louis-Charles d'Orléans-Longueville, à la façade de la salle 
capitulaire, au puits de la cour du cloître. Les peintures de la vous- 



— »8 — 

sure et de la crédeuce font l'objet de planches en couleurs. Deux pages 
d'héliogravures reproduisent dix sceaux. En outre il y a dans le texte 
d'innombrables bois dont quelques-uns occupent une page entière. 
Ce qui manque, c'est une table onomastique. 

Le texte a été soigneusement divisé en trois grandes parties : la 
première consacrée à l'histoire, la seconde à l'église, la troisième à 
l'abbaye. 

Saint- Georges- de-Boscherville est une abbaye située sur le territoire 
de Saint-Martin de Boscherville, dans la Seine-Inférieure. D'après une 
charte « de forme assez insolite », elle fut fondée par Raoul de Tancar- 
ville, entre 1059 et 1066. L'église remonterait à 1043 environ. 
Les moines qni la desservaient étaient des chanoines réguliers de 
Saint- Augustin. Ils furent remplacés en 1114 par dix religieux de 
l'abbaye de Saint-Évroult d'Ouche. Le petit-fils du fondateur vint 
alors déposer son épée sur l'autel du saint protecteur de l'abbaye et 
la racheter par de nouvelles et nombreuses libéralités. A celles-ci, 
s'ajoutèrent des aumônes de moindre importance, mais la vie maté- 
rielle s'améliora dans de telles conditions que les prieurs eux-mêmes 
songeaient à toute autre chose qu'au salut de leur âme (p. 16). On dut 
instituer des messes réparatrices de scandales qui rappellent les aven- 
tures de Léaudre et d'Héro. L'histoire de cette abbaye est un peu celle 
de toutes ses congénères avec quelques variantes en plus. La réforme 
de Saint-Maur y fut introduite en 1659 ; et la Révolution la ferma le 
23 avril 1790. Son existence avait été « calme, presque banale. » (p. 31). 

L'Eglise fut sauvegardée après la Révolution et une monographie très 
intéressante de 111 pages lui fut consacrée en 1827 par Achille Deville. 
Sur le même sujet, M. Besnard écrit maintenant un important volume.Tout 
d'abord un chapitre capital, sur l'ensemble, la rapidité et la date de la 
construction. Puis une description générale qui est une vraie merveille 
tant au point de vue intrinsèque qu'au point de vue comparatif. L'ex- 
térieur, l'intérieur, le profil, les ornements, la sculpture, l'iconogra- 
phie, les œuvres d'art, tout a été fouillé, noté, dessiné et exposé avec 
un soin, un amour, une science que l'on trouve rarement dans les 
ouvrages similaires. Signalons particulièrement la partie relative aux 
chapiteaux et qui est de toute beauté. 

Dans l'abbaye môme, c'est la salle capitulaire, une merveille dont une 
gravure nous fait admirer l'entrée. Dans le cloître, il y a peut- 
être moins à glaner, excepté sur les chapiteaux. Mais rien ne semble 
plus gracieux que cette cour, où un vieux puits dresse son antique 
margelle à l'ombre d'un orme séculaire. 

Ce n'est pas tout; en appendice, M. Besnard a publié in extenso un 
grand nombre de chartes, il a môme fait la traduction de quelques- 
unes, il a fait photograver une quinzaine de sceaux. Puis il a relevé 



— 59 — 

des copies de Barlhélemy, un extrait du pouillé sur Tordre de saint 
Benoît, un état du temporel de l'abbaye de Saint -Georges, des lettres 
et des notes de Gaignières, une note de Dom Fr. Quesuet sur un écho 
situé au Genelay, à quelques centaines de mètres de Saint-Georges, 
entin un document sur Saint- Romain du Golbosc, et une courte notice 
de M. H. de Neville sur Raoul de Tancarviile. 

Rien que l'énoncé succinct qui précède prouve tout l'intérêt de 
ce volume. Il est, à mon avis, impossible d'être plus complet, et 
nous souhaiterions vivement que toutes nos abbayes noruiAudes, qui ne 
raient le plus souvent que par Tarchitecture, eussent des historiens et 
des archéologues aussi consciencieux. Nous aurions ainsi une série de 
monuments historiques, qui pei mettrait d'établir définitivement l'état 
archéologique de ce beau pays de Normandie, si fécond en merveilles. 

G. A. B. 

lia Rét'olutîoii dans l'aurien diocèse de Iflàcou, par Mgr B. 

Rameau, camérier de S. S. Léon XIII. Mâcon, imp. Protat, 1900, in-8 de 
302 p. 

La voie ouverte, il y a trente-cinq ans, par le regretté J. Sauzay et 
sa belle Histoire de la 'persécution révolutionnaire dans le déparlement 
du Doubs continue à être suivie par une élite de courageux écrivains, 
que n'intimident pas les menaces des héritiers des tyrans. Un des 
membres de l'Académie de Mâcon, Mgr Rameau, vient de s'y engager 
à son tour, sous les auspices de cette compagnie, et de nous donner uu 
intéressant aperçu sur la Révolxdion dans l'ancien diocèse de Mâcon. 

Le diocèse de Mâcon, créé, comme celui de Ghalon, au v siècle, 
a disparu à l'époque du Concordat, absorbé aussi par le nouveau diocèse 
d'Autun. Il comprenait des paroisses qui font actuellement partie de 
l'archidiocèse de Lyon. Mgr Rameau a cru devoir limiter son sujet à 
celles qui sont allées à Autun. Il est seulement regrettable que, pour 
plus de précision, l'auteur n'ait pas adopté l'ancienne division ecclé- 
siastique du Maçonnais. Le lecteur est obligé d'aller en quérir les 
éléments, dans le détail des notices qu'il consacre aux ditlérentes 
paroisses, et ne les y trouve pas généralement. La confusion est encore 
aggravée par l'emploi, dans l'énumération de ces dernières, d'une divi- 
sion calquée sur une division civile éphémère, qui n'a même pas atteint 
le terme du règne de la Convention. Il résulte de ces fâcheuses circons- 
tances une difficulté extrême dans la lecture raisonnée de l'ouvrage, 
et, comme si elles n'avaient pas sufTi, l'auteur y a ajouté l'absence d'une 
table des matières, à laquelle la table générale, qui n'est qu'une table 
onomastique, ne saurait suppléer. 

En définitive, l'auteur n'a pas rempli complètement les promesses 
du titre de sou travail. Ce titre, pour être justifié dans une certaine 



— 60 — 

mesure, aurait dû être : Histoire des paroisses de l'ancien diocèse de 
Mâcon, comprises actuellement dans le diocèse d'Autun, pendant la 
Révolution ; ou : La Bévolution dans les paroisses de l'ancien diocèse de 
Mâcon comprises actuellemetit dans le diocèse (/'.-i uiwn; ou encore : 
La Révolution dans les anciennes paroisses du Maçonnais, etc. 

C'est dommage, car chacune des notices qui composent le travail 
de Mgr Rameau est intéressante et très élégamment écrite. Elles 
sentent le terroir, le pays où BufTon écrivait avec des manchettes. 
Ajoutons que tout ce qui se rapporte au passé d'alors a été puisé aux 
bonnes sources ; el que l'inédit, pris aux archives de Saône-et-Loire, 
a été discrètement employé, ce qui n'est pas un petit mérite. 

J. Meynier. 

Mémoire sur la grande inseriptîon dédieatoire et sur 
plusieurs autres iniieriptions uéo-puniques du temple 
d'Hathor-Miskar à 7Iak.tar, par Philippe Berger (extrait des 

Mémoires de l'Académie des inscriptions el belles-lettres, tome XXXVI. 2« partie. 
Paris, Klincksieck, 1899, in-4 de A8 p. — Prix : 4 fr. 

Le savant professeur du collège de France donne d'abord l'historique 
de la découverte des inscriptions qui font l'objet de son travail. II en 
reproduit ensuite le texte en caractères néo-puniques avec transcrip- 
tion en caractères hébraïques. La traduction est suivie d'un abondant 
commentaire où l'auteur déploie toutes les ressources de sa vaste éru- 
dition et surtout celles de son talent d'épigraphiste. Cinq planches en 
héliogravure, représentant, les trois premières, les ruines du temple de 
Maktar et les autres le fac-similé de la grande inscription dédicatoire et 
de l'inscription votive terminent ce fascicule, lequel, comme tout ce qui 
sort des presses de l'Imprimerie nationale, ne laisse rien à désirer au 
point de vue typographique; cet avantage sert à faire mieux apprécier 
encore sa valeur intrinsèque. A. R. 



lies liois de la eÎTilisation et de la décadence. Essai his- 
torique, par Brooks ADa.ms; traduit de l'anglais par Auguste Die- 
TRICH. Paris, Alcan, 1899, in-8 de x-435 p. — Prix : 7 fr. 50. 

Il est intéressant et instructif d'entendre un lettré de la jeune Amé- 
rique disserter des choses et des hommes du vieux monde et formuler, 
à son point de vue, avec ses préjugés de milieu et de race, les lois de 
la civilisation et de la décadence. M. Brooks Adams déclare qu'il entend 
rester passif; qu'il expose les faits sans les juger. La loi qui les régit 
s'en dégage d'elle-même, nous dit-il; l'approuver ou la désapprouver 
serait aussi puéril que de discuter les bases morales de la gravitation. 
Nous voilà renseignés. D'après M. Brooks Adams, les événements de 
l'histoire sont rigoureusement déterminés et s'enchaînent fatalement 
comme les phénomènes physiques. Sa théorie s'énonce ainsi : Dans les 



— 61 — 

sociétés les plus simples, l'énergie humaine se manifeste sous deux 
formes, la crainte et l'avidité. La crainte, en stimulant l'imagination, 
engendre la croyance à. un monde invisible et, en dernière analyse, 
produit un sacerdoce. La religion a pour principe la crainte de l'in- 
connu. Elle calme les terreurs humaines au moyen de formules d'in- 
cantation. Le prêtre et le sorcier ne font qu'un dans l'esprit de l'auteur 
qui résume ainsi ses croyances en matière de religion. L'avidité dissipe 
l'énergie par le débouché de la guerre et du commerce. Elle tend à 
réaliser le type le plus puissamment centralisé de la civilisation, repré- 
senté par les sociétés capitalistes où l'homme artiste, guerrier, reli- 
i;ieux, enthousiaste des premiers âges, ce que l'auteur appelle le type 
émotionnel, disparaît devant l'homme pratique, positif, qui constitue le 
type économique. Sous ce régime, l'inspiration artistique se trouve 
tarie; le soldat est réduit à l'état de simple garde de police; la 
religion est enchaînée aux intérêts fonciers, l'homme économique veut 
un culte à bon marché. Le catholicisme est trop coûteux. Il lui subs- 
titue le protestantisme et préfère à toutes les croyances l'athéisme qui 
réduit au minimum les frais du culte. Arrivée à cette phase d'évo- 
lution, la civilisation ne laisse prospérer que deux types extrêmes : 
l'usurier, sous son plus formidable aspect, et le paysan, au système ner- 
veux si résistant qu'il vit en dépit des plus grandes privations. Et après ? 
Après cela, tous les idéals ayant disparu, les usuriers ayant ruiné le 
paysan, la force militaire s'étant dissipée, l'énergie de la race s'étant 
épuisée, les sociétés centralisées se désagrègent et la décadence sur- 
vient jusqu'au jour ou une infusion de sang barbare rend une nouvelle 
jeunesse aux races vieillies. 

En résumé, la prospérité ou la décadence des nations ne dépend pas 
de causes morales, mais de l'intensité plus ou moins grande de l'éner- 
gie vitale et de sa dissipation sous différentes formes. La concentration 
de l'or en certaines mains et sur certains points du globe, but final de 
toute énergie humaine, exprime l'état de santé ou de maladies des 
peuples. La question monétaire et la question commerciale, exercent 
incontestablement sur le développement de l'humanité une influence 
(■•norme que M. Brooks Adams a su mettre en lumière avec autant d'art 
<iue d'érudition, dans une suite de tableaux très vivants, consacrés aux 
luttes dramatiques de l'homme émotionnel et de l'homme d'argent, aux 
difToreuts âges de l'histoire. 

La Home républicaine et la Rome des Césars, Byzance, le moyen 
:\ge, les croisades, la prise de Gonstanlinople par les croisés, l'abolition 
des Templiers, la Réforme et la suppression des couvents en Angleterre, la 
ruine des petits fermiers anglais par l'aristocratie capitaliste, les luttes 
économiques de l'Angleterre et de l'Espagne, ;out fourni à M. Brooks 
Adams, les éléments de sa thèse. Négligeant ou passant sous silence 



— 62 — 

tout ce qui ne s'y rattache pas directement, il triomphe facilement et 
conclut que la passion de la richesse est la seule force qui mène le 
monde. Cette conception est vraie pour les époques de décadence. Mais 
elle est trop exclusive. Il ne faut pas confondre ceux qui abusent de la 
richesse avec ceux qui la créent. Créer la richesse est surtout l'œuvre 
des sociétés simples, laborieuses, sobres, morales et religieuses, qui 
n'ont rien de commun avec la ploulocralie. Les inQuences de races et 
de milieux, les perfectionnements de l'industrie, les progrès de la science 
exercent aussi une action profonde sur révolution sociale. M. Brooks 
Adaras nous a fait connaître surtout les lois de la décadence. Mais ni la 
crainte ni l'avidité ne suffisent à rendre compte des phénomènes si mul- 
tiples de la civilisation et du progrès, qui dépendent au contraire des 
plus nobles passions et des plus saines énergies de l'âme humaine. 
D'ailleurs, cette conclusion est implicitement contenue dans le livre 
du publiciste américain, qui, s'il a mal compris l'homme émotionnel, 
a su du moins lui rendre justice et reconnaître ses qualités. Il le consi- 
dère surtout comme incapable de tenir tète, dans la lutte pour l'exis- 
tence, à l'homme économique plus résistant, plus habile et dont il fut 
toujours la victime et la proie. On en trouvera des exemples saisissants 
dans les chapitres consacrés à, l'abolition des Templiers, à l'histoire de 
la Réforme et de la suppression des couvents en Angleterre, très bien 
documentés et pleins d'intérêt pour les lecteurs français. Le même 
enseignement ressort de l'histoire des croisades. Entreprises dans la 
fièvre de l'enthousiasme religieux, elles dévièrent trop souvent de leur 
direction primitive, sous l'influence des trafiquants, pour aboutir à des 
attentats criminels, comme la prise de Zara ou le sac de Constanti- 
nople. M. Brooks Adams les juge mal quand il prétend n'y voir que de 
simples expéditions commerciales. Mais il est dans le vrai lorsqu'il 
montre que le grand art du moyen âge est étroitement lié aux systèmes 
ecclésiastiques et militaires et ne prospéra jamais dans l'atmosphère 
mercantile des républiques italiennes. Le nom de Byzance est insépa- 
rable des hontes de la ploutocratie. A Rome, la destruction progressive 
par la classe capitaliste du soldat-laboureur qui avait fait la force et 
la grandeur de la république, engendra la société matérialiste de 
l'époque impériale, qui finit par succomber sous le poids de ses richesses, 
la corruption des mœurs, la ruine de l'esprit militaire et se désagrégea 
lorsque Byzance devint le centre du monde économique. 

On jugera par cette rapide analyse, de l'intérêt que présente le livre 
de M. Brooks Adams pour l'étude de ce qui se passe en France à 
l'heure présente. Ne sommes-nous pas arrivés à cette période de l'his- 
toire où. l'homme économique parvenu â la toute-puissance, cherche à 
étouffer les derniers survivants de la race émotionnelle qui fit la gran- 
deur de notre pays ? Adrien Arcelin. 



— 63 — 

I>îderot et CatheriHe II, par Maurice Tourneux. Paris, Calmann 
Lévy, 1899, iD-8 de 111-6OI p. avec un portrait. — Prix : 7 fr. 50. 

Lorsqu'en 1875 M. Assézat commençait la publication des « Œuvres 
complètes » de Diderot, il affirmait donner pour la première fois tout 
ce qui était encore inconnu dans les manuscrits de cet écrivain trans- 
portés en Russie. « Là, au moins, disait-il expressément, sauf les notes 
marginales de ses livres, il ne restera rien d'inédit de notre auteur. » 
Un de ses jeunes auxiliaires d'alors, M. Maurice Tourneux, devait 
rendre inexact aujourd'hui pour nous le témoignage hâtif que M. Assé- 
zat rendait à son recueil. L'illusion de cet éditeur se comprend ; 
ayant reçu copie des trente-deux volumes de la main de Diderot appar- 
tenant à la bibliothèque de l'Ermitage, il s'imaginait trouver réuni là 
toutcequiétaittombéde laplume du philosopheetavaitéchappéaux édi- 
teurs antérieurs. Or, il ignorait l'existence d'un cahier conservé dans la 
bibliothèque privée de l'Empereur, où Diderot avait résumé ses entre- 
tiens, sur les sujets les plus variés, avec Catherine IL C'est ce cahier 
que M. Tourneux fait paraître aujourd'hui. 

La manie des beaux-esprits au xviii^ siècle, on le sait, était de parler 
de tout à propos de tout, et, en vérité, Diderot, dans le mémento de ses 
conversations, a tracé les lignes confuses d'une Encyclopédie. Légis- 
lation — Économie politique — Politique intérieure et extérieure — 
Morale et religion — Pédagogie — Éducation par le théâtre — Ensei- 
gnement des beaux-arts — Eittérature, tels sont les titres généraux 
de ses chapitres, et, sous ces rubriques, que de questions secondaires 
sont encore posées et effleurées d'un trait de plume 1 A. noter particu- 
lièrement, comme curieux à connaître en cette fin de siècle, le morceau 
politique : Ma rêverie à moi Denis le philosophe (p. 248-258). 

Un lecteur de notre temps supporterait avec quelque peine cette 
série de généralités plus ambitieuses qu'instructives. L'éditeur rend 
supportables ces « feuillets » en les encadrant dans des éclaircissements 
empruntés aux documents de l'époque, où il énumère les divers inci- 
dents du séjour de Diderot en Russie. Son travail, suivi encore d'une 
série d'appendices, est intéressant et paraît complet. L'Académie fran- 
çaise vient de décerner à ce volume une de ses récompenses annuelles 
et le secrétaire perpétuel, par la part abondante qu'il lui a faite dans 
son rapport, lui a fourni auprès du public la meilleure des recomman- 
dations. L. P. 

CléHînger, sa -wîe et »e» œuvreei, par A. Estignard. Pari?., Floury, 
1900, iu-8 d* 170 p., illustré de 22 photolypies hors texte. — Prix : 8 fr. 

Avoir douté de soi, certes co ne fut point le cas de Clésinger. A 
Besançon, son pays d'origine, où les esprits sont en grande majorité 
froids et pondérés, où la population ne s'enthousiasme pas sans de 



— G4 -- 

sérieuses raisons, où ceux qui sortent du rang et s'élèvent ne s'impo- 
sent pas facilement, Glésinger, dont les manières rappelaient un peu 
celles d*ua lansquenet et le langage celui d'un Gascon, passait en 
général pour une sorte d'illuminé, de déséquillibré. D'aucuns, après 
1870, allaient même jusqu'à l'appeler en riant : o le fou Glésinger. » 
Mais qui donc n'a pas les qualités de ses défauts ? Notre éminent 
sculpteur posséda les premières et pâtit des seconds à un degré peu 
ordinaire. D'inspiration fougueuse, désordonnée, ce grandiose brouillon 
n'a jamais cessé, à travers les hauts et les bas de son existence, de 
poursuivre un rêve qu'il ne put jamais bien réaliser : atteindre le 
sublime dans l'art. Nombre de ses œuvres prouvent ses irrésistibles 
tendances au colossal ; mais l'à-propos et le bon goût ne marchaient 
pas toujours de compagnie dans ce cerveau en perpétuelle ébullition. 

Sans avoir eu, au début, d'autre maître que sou père, artiste cons- 
ciencieux mais végétant dans son coin de province, Glésinger, à peine 
Agé de dix-huit ans, s'envole en Italie. Insuffisamment préparé, il y 
travaille par saccades, revient en France, passe en Suisse, y mange, 
comme l'on dit, « de la vache enragée », puis se décide à aborder 
Paris. Là, par les bons offices de son compatriote Jean Gigoux, David 
l'accepte au nombre de ses élèves. Il ne fait que traverser les ateliers 
du maître dont il s'imagine avoir excité la jalousie ! Et aussitôt, il se 
lance tout seul dans la bataille artistique. Sa « Femme piquée par un 
serpent » exposée au Salon de 1847, est un succès de premier ordre : 
le public admire, la critique s'exerce vivement pour ou contre, la célé- 
brité commence. 

C'est alors que Glésinger est, à son tour, < piqué » par le a serpent » 
matrimonial. Qu'on me pardonne cette irrévérencieuse image : ne 
s'agissait-il pas, vraiment, de l'union d'une sorte d'extravagant avec 
la fille de la baronne Dudevant, autrement dit George Sand ? Je 
n'irai pas jusqu'à justifier mal et méchamment ma plaisanterie en 
me retranchant derrière le fatidique, classique et mensonger souvent: 
Talis malei\ talis fîlia ; cdiT notre Franc-Gomlois, tel que je l'ai ren- 
contré une fois ou deux, tel qu'un avocat distingué, chargé de ses 
intérêts, me l'a dépeint certain jour, ne m'a jamais paru susceptible 
d'être appelé à la vie familiale. Ge bohème sans un sou vaillant, sau- 
tant brusquement à pleins pieds dans l'opulence, de par la grâce de son 
iacroyable mariage, se montra tout de suite fastueux et prodigue, si 
son prodigue même que la brouille se mit finalement dans le ménage, 
pour aboutir à une séparation judiciaire, prévue dès l'origine d'ail- 
leurs. . . par ses amis. 

Moins bref, M. Estignard ne se montre pas aussi sévère, au moins 
par l'expression ; son tempérament bienveillant, ses goûts supérieure- 
ment artistiques, sans le porter à excuser son personnage, le lui font 



— 65 — 

envisager sous le jour suivant, très exact en somme : « Clésinger est 
une individualité puissante, touchant au génie. Les brutalités de sa 
vie privée et publique s'oublieront et il laissera une mémoire digne 
du respect artistique. » 

A noter aussi le jugement ci-après, que l'auteur a formulé avec pré- 
cision et qui me paraît remarquablement juste : 

« Dans sa jeunesse, il eut la passion des sculptures monumentales 
et songea à exécuter des œuvres de dimension colossale. Ses ressources 
ne lui permettaient pas de réaliser ses conceptions grandioses, mais 
les tentatives de l'émineut artiste prouvent qu'il avait conscience de 
sa force. Ce n'est pas chose commode que de construire une figure 
dépassant de beaucoup la nature. Le grandissement mathématique ne 
suffit pas, et la plus légère erreur dans le modèle de dimension 
humaine produirait, grossie à cette échelle, une déviation incroyable. 
Il faut que l'esprit, l'œil et la main s'accoutument à ces travaux gigan- 
tesques. Clésinger a le plus souvent surmonté ces difficultés avec un 
rare bonheur. » 

Né à Besançon en 1814, Clésinger est mort à Paris, le 6 janvier 1883, 
assez à temps, étant fatigué et désillusionné, pour ne pas se survivre 
à lui-même- 

Comme dans ses études précédentes sur les peintres comtois Jean 
Gigoux, Guslave Courbet et Henri Baron, et auxquelles la présente ne 
le cède en rien comme mérite et comme intérêt, M. Estignard nous 
donne le catalogue des œuvres de l'artiste (16 pages). Les phototypies 
qui rappellent les principales de ces œuvres ont été fort bien exécutées 
par la maison bisontine Delagrange-Louys et les deux portraits de 
Clésinger (18o0 et 1882; sont irréprochables et très ressemblants. 

E.-C. Gaudot. 

BULLETIN 

A propos <ie rinraiiiibliité <iu i»ape, par A. JUSTICE. Paris, Juveu, 
1899, in-18 de vui-235 p. — Prix : 3 fr. 50. 

M. A. Justice (?) appartient à la catégorie des libéraux impénitents qui 
professent la plus sainte horreur pour le Syllabus. II proteste d'une grande 
soumission envers le Pape, mais il essaye par tous les moyens de se soustraire 
à l'obligation de s'inspirer de ses enseignements, à moins qu'ils ne soient 
positivement et indubitablement infaillibles. Son livre s'attaque avec une 
acrimonie parfois bien excessive pour demeurer si anonyme, à cette école 
qui veut tout dominer dans l'Église et qui ne comprend la foi que si son 
champ est sans limites, aussi bien dans l'ordre des idées que dans celui des 
faits... » Suit à propos des actes « ex cathedra », soit à Toccasion de la 
fameuse question du« pouvoir des Rois » ou(lu« Concile de Constance», l'au- 
teur qui, du reste, ne manque pas d'érudition et dont les réllexions sont 
loin d'être toujours à dédaigner, émet une foule d'idées fausses qui deman- 
deraient, pour être utilement réfutées, une critique développée que nous 
ne pouvons entreprendre ici. G. P. 

J.v.NViER 1900. T. LXXXVIII. 5. 



— 06 - 

Gii inni «Ici Breviarlo ALinbroainno, volgarizzati ed illnsirati dal sac. 
LuiGi Primo Colombo, corredati delle mélodie liturgicbe dal can. Emilio 
Garbagnati. Milano, GiuseppePalma, 1B97, in-8 de xxiii-211 et xvi-208 p. 

— Prix : 10 fr. 

Cet ouvrage comprend deux parties distinctes dues à la collaboration de 
savants ecclésiastiques qui ont traité la question des hymnes liturgiques 
du rit ambrosien chacun dans sa spécialité. M. Luigi Primo Colombo com- 
mente d'abord avec une réelle compétence et un sentiment religieux très 
communicatif les quatre-vingt-deux hymnes contenues dans le bréviaire 
ambrosien. Il est au courant des meilleures productions liturgiques an- 
ciennes et récentes, et c'est avec autant de profit que d'intérêt qu'on lit 
sa traduction parallèle toujours élégante et ses annotations pleines de sens 
critique et de précieux renseignements. Le chanoine Emilio Garbagnati 
vient ensuite apporter le complément naturel de cette étude littéraire en 
nous donnant un recueil complet desquarantes mélodies auxquelles s'adap- 
tent les divers mètres. 11 a cherché, nous dit-il, à donner un texte aussi 
conforme que possible aux plus anciennes modulations et avec un zèle 
digne de la reconnaissance de tous les amateurs de la grande musique 
sacrée, il a débarrassé les vénérables cantilènes en usage dans l'Église de 
Milan des ornements superflus dont le temps les avait peu à peu abusive- 
ment surchargés. Nous signalons en outre les excellentes introductions qui 
précèdent les deux parties de ce livre et aussi la parfaite exécution typo- 
graphique des textes de plain-chant qui fait véritablement honneur à l'édi- 
teur Joseph Palma. G. P. 

Les Feux et les eaux, par MAURICE Griveau. Paris, Schleicher, 1899, 
in-16 de 176 p. avec 16 figures dans le texte et 4 planches hors texte. 

— Prix : 1 fr. 

Nous ne donnons ici que le titre principal de cet opuscule. Il fait partie de 
la Bibliothèque littéraire de vulgarisation scientifique, section des scie7ices géné- 
rales. La couverture porte, en outre, en exergue : Les Livres d'or de la science, 
et en manière de sous-titre : Petite Encyclopédie populaire illustrée. Comme 
indications initiales, c'est un peu touffu. 

L'auteur, qui prépare un volume similaire sur l'Air et la Terre, prend pour 
base, comme on le voit, Tancienne classification des éléments. Mais il le 
fait en les adaptant à la science contemporaine. Il cherche à faire saisir 
dans leur ensemble les données générales des sciences physiqifes et à en déga- 
ger la philosophie et l'esthétique. Son livre comprend naturellement deux 
parties :Le Feu et l'Eau. Mais le feu peut être envisagé à bien des points de 
vue. Le Soleil et les Étoiles sont des feux, des feux directs; la Lune et les 
Planètes, des feux reflétés. Il y a le feu central qui couve sous la fragile 
écorce terrestre et se manifeste par les volcans, résultat du conflit entre 
le feu intérieur et l'eau vaporisée des mers. Il y a aussi ce que l'auteur 
appelle /cMa-/an<dmes ; les Arc-en-ciel, les Aurores polaires, l'Éclair; puis 
les .( feux subtils et vitaux « : feux follets, phosphorescences, combustion 
vitale. 

Suivent les Usages du feu : historique de la conquête du feu, cuisine, 
chimie, thermochimie, industrie et arts du feu, tels que la métallurgie, 
la fabrication du verre et la céramique ; enfin l'éclairage sous toutes ses 
formes, et les engins de guerre. 

Une marche analogue s'applique à l'eau considérée successivement dans 
les énergies de l'Océan ; dans la formation, les mouvements des nuages, 



- C7 - 

leur résolution en précipitations diverpes, pluies, neiges, grêles ; formation 
et entretien des glaciers et des cours d'eau. 

Les Usages de l'eau nous montrent d'abord son rôle immense dans l'ali- 
mentation et dans la composition de tous les corps organiques et même 
dans les minéraux. Son emploi comme force motrice, soit à l'état ordi- 
naire, soit portée à l'état de vapeur et alimentant d'innombrables machines, 
complète la substance du petit volume. 

Nous n'en donnons, dans les lignes qui précèdent, que le squelette. Ace 
squelette, l'auteur a donné de la vie en signalant partout des analogies 
d'où ressort l'unité de principe et de cause dans la variété des effets. Con- 
sidérant avec raison le beau comme étant la splendeur du vrai, il exalte par- 
tout la magnificence que les découvertes de la science révèlent dans le plan 
de la nature. Il le fait dans un style élégant quoiqu'un peu tourmenté et 
parfois prétentieux ; certaines analogies semblent forcées, comme par exem- 
ple celle d'un ensemble de nuages assimilé à un concert musical; qaelques- 
unes de ses assertions sont pour le moins hasardées, comme celle-ci, 
que le rayonnement solaire arrête la végétation (p. 28 à 30) ! et cette autre 
que « le blanc n'est pas une couleur, mais l'absence de toute couleur >• 
(p. 137), N'est-ce pas prendre le blanc pour le noir ? 

La note chrétienne n'est pas absente de ce livre ; mais le sujet eût prêté 
à l'accentuer davantage. Au résumé, opuscule intéressant, instructif et 
contenant des aperçus ingénieux, parfois originaux. Jean d'Estienne. 



Douze légendes merveilleuses «lu pays iI'Ardenncs, par Jules MAZÉ. 

Charleville, F. Jolly, 1899, in-18 de 120 p., illustré. 

Voici un charmant petit volume, édité à Charleville de la manière la plus 
coquette, illustré d'excellentes gravures qui accompagnent un texte assez 
attachant puisque dès la première page on ne le quitte qu'après avoir lu 
la dernière. Au premier coup d'oeil on pourrait s'imaginer que l'on a là une 
contribution précieuse au folklore ardenuais. Je suis loin de m'imaginer 
que M. J. Mazé ne s'est pas inspiré de légendes qui ont cours en Ardennes, 
mais il les a poétisées, il les a mises en œuvre dans un style délicat qui relève 
surtout de la littérature. Les curieux qui recueillent les légendes et les 
traditions populaires ont grand soin d'indiquer les sources auxquelles ils 
ont puisé : M. Mazé s'est affranchi de cette information. B. 



Aima contcmporânea : eetudio de estética, por J. M. LlaNAS AGUI- 

LANiEDO. Iluesca, tip. de Leandro Pérez, 1S99, in-12 de x-344 p. — Prix : 3 fr. 

Le jeune et savant auteur de cet ouvrage s'est inspiré et parle surtout de 
travaux publiés en France et en Allemagne. « Son livre, a dit le critique 
madrilène Clarin, n'est ni une nouvelle, ni un drame, ni un poème, ni un 
livre classique; c'est une étude littéraire purement critique, purement 
esthétique, comme on en voit rarement paraître en Espagne... M. Llanas 
traite de l'esprit contemporain, principalement au point de vue de l'art, 
avec cette anxiété, cette inquiétude de beaucoup de gens qui croient voir, 
à notre époque, quelque chose d'extraordinaire, de critique, de solennel 
dans la vie humaine : ce qui ne l'empêche nullement de rester calme, 
serein et impartial... » La presse espagnole est unanime à reconnaître le 
talent et le véritable esprit philosophique qui a présidé à la conception et 
à la compo-'^ition de VAme conteutporaivr^ àonl nous allons essayer de donner 
une rapide aualy.so. L'évolution s'appliquant à la littérature a produit l'aiiar- 



— G8 — 

chio des idées, du fond comme de la forme et a multiplié à l'infini l'idéal 
des écrivains. I^videmment il ^^ a lieu de tenir compte du progrès; mais il 
ne faudrait pas pour cela se laisser aller à toutes les sensations, à toutes les 
émotions, abdiquer la foi aux choses qui ne peuvent changer, et obéir ;iux 
moindres Uuctuations du subjectivisme. Il faut donc réagir contre la ten- 
dance individualiste, qui fait que chacun ne croit plus qu'à sou inspiration 
du moment, quitte à changer bientôt d'idéal et à brûler ce qu'il adorait 
tout à l'heure. 

Telle est, ce nous semble, la pensée vraie de M. Llanas. Nous recomman- 
dons surtout la lecture de son chapitre spécial sur VÉvoliuion littéraire en 
Espagne. G. BERNARD. 

Le Protestantisme contemporain, par le R. P. Dom URBAIN BaLTIES. 

Bruxelles, Société belge de librairie, 1899, in-8 de 79 p. 

Cette brochure reproduit une conférence faite à Namur à propos d'un 
essai de propagande protestante dans cette partie de la Belgique. L'auteur 
explique en bons termes et d'après les témoignages des protestants eux- 
mêmes la contradiction intrinsèque que renferme le protestantisme, 
contradiction qui consiste à prétendre être une religion, avec une liberté 
absolue d'examen. Il montre cette contradiction dans la constitution de 
l'Église protestante, dans ses dogmes et dans son culte. 11 félicite la Bel- 
gique d'avoir gardé la foi catholique et d'être aujourd'hui le seul peuple 
de l'Europe qui ait un gouvernement catholique. D. V. 



La Femme aux colonies, pur GRACE GORNEAU. Paris, Per Lamm, 1900, 
in-12 de 109 p. — Prix : 2 fr. 

Voici un volume très coquet, très joliment imprimé, orné de gravures 
d'après les photographies de l'auteur, que nous recommandons à nos 
lectrices ; W^^ Grâce Corueau y donne de précieux renseignements sur les 
ressources que la femme peut trouver dans l'Indo-Ghiue française, en 
Tunisie et à Madagascar ; elle y explique comment une femme peut y 
conquérir l'indépendance, l'aisance et peut-être même la fortune. Est-il 
vrai, seulement, que la profession d'actrice soit une de celles « en vue des- 
quelles les femmes qui doivent gagner leur pain quotidien sont le plus 
particulièrement élevées ■», comme il semble ressortir de ce que dit 
M"» Corneau (p. 13) ? C'est-là une théorie discutable ; discutables aussi sont 
certaines tournures de phrases (« si à la vérité », p. 13) et certains énoncés 
de faits assez bizarres (« la pauvre reine que nous avons envoyée en exil 
à Madagascar », p. 104). Néanmoins le petit opuscule de M— Corneau 
mérite, à tous les points de vue, d'être lu et même médité. 

Henri Froidevaux. 

Il Popolo minuto. Xote de storia llorentina (1 34^-1379), da 

NicoLo RODOLico. Bologne, Zanichelli, 1899, in-12 de 184 p. — Prix : 3 fr. 

Le « tumulte des Ciompi, » seul épisode de l'histoire florentine où le bas 
peuple et les « sottoposli », — tous les gens de métier suppôts des corpo- 
rations ou Arii, — jouent un rôle apparent, n'est pas un fait isolé, une 
éruption inattendue. Le travail des démocraties au moyen âge est obscur 
et difficile à saisir, encore plus à voir évoluer, car il se poursuit sous la 
croûte solide et calme des institutions régulières, mais il est constant 
et ne procède pas par de brusques sursauts. C'est ce travail antérieur et 



- 69 — 

préparateur au tumulte que M. Rodolico a voulu étudier, en remon- 
tant aussi haut que le lui permettaient les documents : en l'espèce, à Tan- 
née 1343, où se manifestent les premiers mouvements où le peuple 
s'agite pour ses propres besoins et sa propre cause. C'est donc une courte 
et obscure période de trente-cinq ans qu'a voulu éclaircir notre jeune auteur, 
et sa dissertation est fort bonne, autant qu'intéressante. En une série de 
courtes notes claires, bien ordonnées et richement documentées, il étudie 
d'abord les arts majeurs et moyens avant 1343 et leur politique pendant 
leur hégémonie, leurs relations avec les soitoposti et le rôle du duc 
d'Athènes entre eux ; puis, l'avènement des arii dei Mviuti pendant le gou- 
vernement du duc; la réaction des Maggiori après la cacciaia del duca, 
bientôt suivie des tumultes dus à la famine; le mouvement des sottoposti 
désireux d'arriver à l'autonomie; enfin l'arrivée au pouvoir des Ani medi et 
7ninori. L'auteur insiste alors, avec raison, sur le caractère de révolution 
économique qu'eut ce fait : sur le prix des denrées, la valeur du tra- 
vail, les principes de liberté (très réglementée) du trafic et du commerce, 
les lois sur les étrangers, il donne des détails précis, .intéressants et nou- 
veaux. Il montre ensuite l'action des lavoratoH di terra (ouvriers agricoles) 
voulant eux aussi devenir autonomes, et l'action de Varte dei Tintoi-i, dans 
la constitution des Arti. Il montre en terminant comment le tumulte des 
Ciompi fut la conséquence inévitable des conditions sociales, économiques, 
et pour ainsi dire physiologiques dans lesquelles se trouvait Florence. 
Cette étude, suivie de nombreux ot intéressants documents, élaborée sur 
des sources d'archives et de chroniques encore inédites, notamment le 
Priorisia fioreniina de la Marucelliana, est donc une excellente préface aux 
ouvrages spéciaux sur les Ciompi, comme celui de Folletti-Fossati (Sienne, 
1880), et un bon correctif au silence d'un Capponi ou d'un Perrens. 

LÉON-G. PÈUSSIER. 
■1 Reggimento l'cale Dalinata (1800-1S14). Zara, S. Artale, 1899, 

in-8 de 57 p. 

Cette publication anonyme, précède d'une préface — «manifeste au lecteur 
dalmate», paraît avoir une tendance « nationaliste » fort marquée. Il s'agit 
de prouver que le Dalmate a toujours été un bon soldat. On tire un 
argument à l'appui de cette opinion d'une histoire de la formation du régi- 
ment royal dalmate, comprenant son organisation, ses amalgames, ses 
mouvements, ses campagnes, écrite par un ofticior de ce régiment avec une 
entière naïveté. Le manuscrit de cette histoire a été authentiqué par son 
chef, le colonel Loret. Possédé par le lieutenant-colonel Simeon Addobbate 
il a été donné par lui à la blibliothèque Paravia, et conservé à Zara, contre 
des prétentions rivales, grâce à M. Gelcich. 

L'éditeur actuel s'est borné à reproduire fidèlement ce manuscrit qui est, en 
somme, un sec historique de ce régiment, d'une grande précision dans le 
journal de route et l'indication des étapes, et qui pourra par là être utile 
aux historiens des guerres napoléoniennes, car il a pris part à plusieurs 
des grandes batailles de ce temps, dont l'éditeur a joint des plans et des 
croquis (assez peu maniables) au texte de cette chronique. L.-G. P. 



El Mon»Mtcrio de San nablo «l« Vallndolld, por JULIAN PaZ. Valla- 

doiid, imp. de « La Crônica mercanlil, » 1.S97, in-8 de 64 p. — Prix : i fr. 50. 

On ne se douterait guère, en voyant les murs nus de San Pablo, que 
cette egli.se fut autrefois une des plus opulentes de l'Espagne. Seule sa 



— 70 — 

façade chargée d'ornements mérite encore, malgré les défauts de sou style, 
l'attention des voyageurs. L'intérieur est presque laissé à l'abandon. Leduc 
de Lerme se plut pourtant à y accuuiuler mille trésors : statues de bronze 
et de bois peint, vases précieux, peintures, tapis magniliques. Ce sont ces 
jours de faste qu'a fait revivre M. Paz. On trouvera dans son excellente 
monographie l'inventaire de ces richesses depuis si longtemps dispersées. 
L'auteur, archiviste à Simancas, a pu consulter un grand nombre de docu- 
ments inédits et a su faire profiter de ses trouvailles quiconque s'intéresse â 
l'art et à l'histoire de la Castille. Il s'est montré digne élève de son père, 
M. Paz y Melia, si avantageusement connu parmi les lettrés espagnols, et 
qui, tout récemment encore, publiait avec M. Morel-Falio une Histoire très 
remarquée de Charles III, d'après les manuscrits du comte de Kernan-Nunez. 

LÉO ROUANBT. 

Le Portugal et le Salnt-Slc($c, par le M'* MaG SwINEY DE MaSHANA- 

GLASS. Paris, A. Picard et lils, 1898-1899, 2 broch. gr. iu-8 de 76 et 195 p. 
— Prix .-3 fr.et4fr. 

L'auteur entreprend une œuvre considérable : « l'histoire des relations 
diplomatiques entre le Saint-Siège et le Portugal dès le début du xvi» 
siècle; » il en détache deux fragments : 1" La première étude est relative à 
« l'épée d'honneur et au chapeau ducal que les Pontifes bénissent le jour 
de Noël. » A côté de la Rose d'or, ces insignes «tiennent le premier rang 
parmi les présents que les Papes réservent aux membres des familles sou- 
veraines ou aux plus illustres défenseurs du Siège apostolique. » La coutume 
remonte très haut. M. Miintz et d'autres en ont donné des listes. La plus 
ancienne mention remonte à 1202. 

Quel est le symbolisme de ces dons? Léon X va nous l'apprendre : « Ce 
don est précieux non pas tant par la matière que par le mystère : le glaive 
signifie la victoire du fils unique de Dieu sur l'inventeur de la mort, ennemi 
du genre humain, et la puissance infinie de Dieu subsistant en son fils, 
vraiment Dieu et homme, également avec le Père. Ce glaive pontifical 
figure aussi la suprême puissance temporelle conférée par le Christ au 
Souverain Pontife, son vicaire sur la terre. Le chapeau est joint à l'épée 
afin que, l'ayant pris comme un casque de salut, tu sois un constant et 
intrépide champion contre les ennemis de la Foi, que tu protèges la Sainte 
Église romaine et que ta tête soit armée par la grâce du Saint-Esprit, 
lequel est signifié par la colombe ornée de perles (p. 68). » 

2» « Parmi les présents que, dès le moyen âge, les Pontifes romains ont 
réservés d'une façon à peu près exclusive aux souverains et aux princes de 
sang royal, les « langes bénits » méritent assurément de prendre la toute 
première place après la Rose d'or et, avec elle, l'épée et le chapeau ducal. » 

A la page 68, nous trouvons la liste des langes bénits envoyés par les 
Papes aux héritiers des couronnes. Cette liste commence en 1601 avec la 
princesse Anna-Mauricia, fille de Philippe III, roi d'Espagne, pour s'arrêter 
(p. 81) à la fille née du second mariage d'Alphonse XII avec Marie-Christine 
d'Autriche. A. d'Avril. 

HIstory ol tlie Kuow IVotliing ï^arty in .^laryland, by LAWRENCE 

Frederick Schmecbekier {Johns Hopkins University Sludies in Hislorical 
and PoHiical Science, 17^ série, n»* 4-D). Baltimore, Johns Hopkins Press, 
avril-mai 1899, in-8 de 123 p.— Prix : 3 fr. 75. 

Le « Know Nothing Party » (le parti ne sachant rien) a débuté par être 
une société secrète qui poursuivait ce double but : lutter contre les pro- 



grès de l'Église catholique romaine aux États-Unis, et imposer aux étran- 
gers, pour obtenir leur naturalisation , une plus longue période de rési- 
dence dans le pays. Tout en proclamant leur parfaite tolérance, les mem- 
bres de ce parti, qui a joué un grand rôle entre 1830 et 1860, persécutaient 
les catholiques, parce que (disaient-ils) un catholique ne peut pas 
être un bon citoyen américain. C'est parce qu'ils répondaient tou- 
jours : « Je ne sais pas » aux questions relatives au but de leur parti, 
que cette association politique a reçu le sobriquet populaire de « Kaow 
Nothing Party », laquelle a prévalu sur son nom officiel du « Parti américain » 
adopté quand cette association fut obligée de renoncer à son caractère 
mystérieux originaire. 

Le plan de ce parti fut formulé dès l'année 1849 dans l'État de New 
York, et c'est en 1852 que le Know Nothing Party commença à y faire 
sentir son influence. Vers la fin de cette même année, il s'implanta dans 
le Maryland et il ne tarda pas à y conquérir une prépondérance indéniable, 
grâce à la crainte que ses habitants manifestaient pour les immigrants 
étrangers, allemands surtout ; — grâce à l'intervention des catholiques 
dans les questions scolaires, et à la jalousie et à l'antipathie (héréditaires 
en quelque sorte) des protestants à leur égard ; grâce aussi à leur prudente 
réserve sur la question de l'esclavage. Triomphant dès l'année 1856, le 
Know Nothing Party cessa dès l'année suivante d'être un parti national ; 
bientôt ses différentes sections perdirent de vue les principes primitifs et 
se laissèrent guider, dans chaque État, par les chefs locaux et par d'am- 
bitieux politiciens. Aussi le parti ne tarda-t-il pas à se désagréger. Dans le 
Maryland, il atteignit son apogée en 1857-1858, et s'effondra en 1859-1860, 
après s'être livré à de déplorables excès. 

M. L. F. Schmecbekier, qui a entrepris, sur le conseil du D"" B. C. Steine, 
de raconter l'histoire du Know Nothing Party dans le Maryland, a 
rédigé sur le sujet un travail très consciencieux et très documenté, 
pour lequel il a eu recours et aux sources écrites et aux souvenirs de 
nombreux survivants de la période. Il a pu composer ainsi une monogra- 
graphie d'une réelle valeur, où nous voyous quelles ambitions nouvelles 
ont presque subitement surgi aux États-Unis. Quel candidat oserait aujour- 
d'hui formuler comme une des bases de son programme électoral, la non- 
intervention de l'opinion américaine dans les affaires intérieures des 
nations étrangères? C'était cependant, en 1835, un des principaux articles 
de la plate-forme électorale au .Maryland ! Henri Froidevaux. 



Kepublica <los Iî:»«tados Untclos do Brnzil ; Mlnietcrlo de Indus- 
tr-Iu, VinoSo c ObruH publieas ; Oii-eetoi'Ia Ge< al de Estotlstloa. 
Sexo, Kava e I^stado civil, .'^acl. oalidadc, Filiaoâo, Culto ts 
A.nal|ihabeti8iiio da I^opulaçâo i>eccus<-nda eiii 31 de Itczcuibro 

de iswo. Rio de Janeiro, officina da Estatisiica, 1898, in-4 de 11-416 p. 

Ce gros volume contient une partie des intéressants renseignements que 
le Bureau général de statistique organisé au sein du ministère de l'industrie 
des tran.sports brésiliens et dos travaux publics a réunis en 1890, c'est-à- 
dire au lendemain même de la révolution de 1889. Ces tableaux sont groupés 
sous les rubriques suivantes : I) Sexe, race et État civil ; 2) Nationalité ; 
3)Fili.'ilion; 4) Culte; 5) Analphabétisme. En tète de chaque partie se trouve un 
tableau général, résumant les totaux aux(iuels arrivent les chiffres fournis 
dans chaque tableau particulier. Notre seul regret est de ne pas avoir 
trouvé l'indication des différentes nationalités étrangères qui contribuent 



au peuplement du Brésil, et de ne pas avoir rencontré dans le volume un 
seul élément d'information antérieur à 1890; quelque incomplets et impar- 
faits qu'eussent été ces chiffres, ils n'en auraient pas moins constitué 
de très utiles matériaux de comparaison. Henri Froidbvaux. 



CORRESPONDANCE 

M. Paul Marin nous somme, par exploit d'huissier, d'avoir à insérer la 
lettre suivante, en réponse à la réplique de notre collaborateur M. Raoul 
Loky (Roger Lambelin) : 

Paris, le 11 décembre i899. 
Monsieur le Gérant, 

Je ne saurais admettre que le redressement des inexactitudes provoqué 
par l'auteur de Rochefort ? justifie la prétention de M. Loky, ou plus sim- 
plement son vœu : « Peut-être la direction de la Revue jugera-t-elle à propos...» 
— J'ai de mou côté la prétention d'avoir contribué au « sérieux » du Poly- 
biblion en y ayant rétabli l'exactitude sur un ouvrage qui, lui-même, se 
recommande, avant tout, de sa conformité avec les documents qu'il a repro- 
duits et discutés. — En quoi consiste, en effet, le sérieux d'un recueil 
bibliographique ? Monsieur de La Palice, lui-même, répondrait que c'est 
surtout dans son exactitude. — Monsieur Loky a-t-il confondu le sérieux 
d'un recueil bibliographique avec la « prise au sérieux » de l'un de ses 
rédacteurs ? — C'est possible ; mais la confusion est regrettable, car elle 
peut conduire à de graves erreurs : il est, en effet, des circonstances où les 
deux termes confondus sont contradictoires : c'est le cas dans l'espèce qui 
a amené ma lettre de rectification. 

Je n'aurai pas l'impertinence de rétorquer à l'adresse de son émetteur le 
souhait de Monsieur Loky formulant l'ostracisme des œuvres « si remar- 
quables soient-elles » de « l'auteur de Rochefort ?. » — Cependant, entre le 
souhait original et le souhait rétorqué, l'avantage appartiendrait indubita- 
blemeut au dernier, au point de vue du « sérieux » du Polybiblion. — Gom- 
ment douter, en effet, que si l'exactitude est la qualité la plus sérieuse de 
ce recueil, une autre qualité sérieuse consiste à ne rien omettre d'impor- 
tant parmi les publications historiques, particulièrement parmi celles que 
leur essence documentaire et leur ampleur placent au premier rang des 
sources à consulter, tant pour la pureté que pour l'abondance ? — Je suis 
au regret de me trouver en désaccord avec Monsieur Loky sur ces points. 

Je ne doute pas d'ailleurs le moins du monde, que si ce désaccord est 
porté devant un tribunal, quel qu'il soit, sa décision sera conforme à ma 
très modeste et très nette prétention ; car elle est fondée sur la raison 
d'être de tout recueil bibliographique sérieux. 

Je vous salue, Paul Marin. 

M. le colonel Humbert nous adresse, sans déranger le moindre officier 
ministériel, en faisant appel à notre simple courtoisie, lalettre ci-après : 

Paris, le ii décembre 1899. 

Monsieur le Gérant du Polybiblion, 
Dans un article de votre journal du mois d'octobre, M. Raoul Loky me 
traite de mécontent. 
Ceci est totalement inexact. 
J'ai pris volontairement ma retraite et j'ai quitté inomentanément l'armée 



pour obtenir justice d'actes contraires à l'honneur et à la probité militaires 
dont j'ai été victime. 

Absolument certain que la réparation qui m'est due me sera accordée, 
je n'ai aucun motif d'être mécontent. 

Au contraire, considérant que je serais aujourd'hui général si j'avais 
voulu m'abaisser à mentir, à flatter et à trahir mes chefs, je suis heureux 
de n'être actuellement qu'un colonel en retraite sans reproche. 

Quant à l'appréciation de ma brochure : Le Colonel Ilumbert, ex-comman- 
dant supérieur du Soudan français au commandant Marchand, son ancien 
compagnon d'armes au Soudan en 1892, je laisse à ceux de vos lecteurs qui 
l'ont lue ou qui la liront le soin de juger le degré de confiance à accorder 
aux allégations de M. Loky. 

Ma réponse est tardive parce que je viens seulement d'avoir connaissance 
de l'article de M. Loky. 

Je ne doute pas qu'il me suffise de faire appel simplement à la loyauté 
du Polybiblion pour obtenir l'insertion de cette courte réponse et je vous 
prie d'agréer l'assurance de ma considération distinguée. 

Colonel G. IIumbert, 

40, Avenue de Saint-Mandé, Paris, 



CHRONIQUE 



NÉCROLOGIE. —Avec M. Charles-Joseph de Ricault d'Hèricault, mort le 
2 novembre au château de Tingry près Samers (Pas-de-Calais), disparaît 
un brillant représentant de la littérature chrétienne. Né le 18 décembre 1823 
à Boulogne-sur-Mer, il débuta tout jeune encore dans les lettres par des 
articles parus dans la Revue des deux mondes, peu après il écrivait aussi dans 
la Revue de France, le Correspondant, la Revue générale et la Revue européenne. 
11 aborda avec un égal succès à peu près tous les genres, c'est ainsi qu'il 
laisse des textes de notre vieille littérature qui font autorité, des nouvelles 
pleines de charme comme les Mémoires de mon oncle des ouvrages histo- 
riques sur la Révolution qu'il connaissait dans ses moindres détails, 
enfin des chefs-d'œuvre tels que les Mères des Saints, les Amis des Saints et 
l^s Grands Saints de France. Il fut le critique littéraire de la Presse, de la 
Liberté, du Moniteur diplomatique, il collabora au Moniteur, ix ÏUnivers, à la 
Patrie, au Constitutionnel, au Figaro et à la Vérité. En 1883 il fonda la Revue 
de la Révolution qu'il continua à diriger jusqu'en 1890. Plusieurs de ses 
ouvrages ont été traduits en allemand et en anglais. Catholique ardent, 
patriote sincère, d'un caractère véritablement chevaleresque, il était tou- 
jours prêt quand il s'agissait de défendre l'Église et la Patrie. Il a donné 
au public : Œuvres de Roger de Collerye, nouv. éd. avec une préface et des notes 
(Paris, 1835, in-16); — Le Livre de l'internelle coiisolacion. Première version 
française de l'Imitation de Jésus-Chriat. Aouv. éd. avec une introduction et des 
notes (en coUab. avec M. Louis Molaud. Paris, 1856, in-16); — Nouvelles fran- 
çaises en prose, du Xlll* siècle, publiées d'afn-ès les mss. avec une introduction 
et des notes (publiées en coUab. avec M. Louis Moland. Paris, 18j6, in-16); 
— Œuvres de Coquillart, nouv. éd., revue et annotée (Paris, 1857, 2 vol. in-16); — 
Nouvelles françaises du XIV* siècle (publiées en coUab. avec M. L. Moland. 
Paris, 1858, in-10); — Œuvres complètes de Gringore réunies pour la première fois 
(en coUab. avec A. de Montaiglon. Paris, 1858-77, 2 vol. in-lG); — Essai sur 
l'origine de l'épopée française et sur son histoire au mogen âge (Paris, 185'J, in-S^; 



— Les Vies de VIll vénérables veuves, religieuses de fordre de la Visitation Sainte- 
Marie, parla K. Mère Franc.-Mad. de CUaugy. Nouv. éd., revue avec préfaces et 
notes (Paris, 1860, in-18); — La Fille aux bluets. Un Paijsan de rancien régime 
(l*aris, 1860, in-18; nouv. éd. 1878); — Les Patriciens de Paris (Paris, 1861, in-12); 

— Un Gentilhomme catholique, roman de mœurs contemporaines (Paris, 1863, 
ia-iS); — Les Extravagances du hasard, nouvelle pansienne et fantasque (Paris, 
1864, in-18); — Les Paysans d^Azelonde (Paris, 1864, r. iu-8); — Avejitures 
d'amour d'un diplomate (Paris, 1865, in-18); — Les Mémoires de mon oncle. Un 
Bachelier de Sorbonne. Un Paysan de l'ancien régime (Paris, 1867, in-18; 3» éd., 
1878); — Œuvres de Clément Marol, revues sur les éditions originales et précédées 
de la vie de Clément Marol (Paris, 1867, in-8); — La France guerrière, récits histo- 
riques d'après les chroniques et les mémoi7'es de chaque siècle (eu collab. avec M. 
Louis Molaud) (Paris, 1868, gr. in-8; nouv. éd., 1877-78, 4 vol. in-12); — 
Maximilien et le Mexique, histoire des derniers mois de Vempire mexicain (Paris, 
1869, in-lS); — La /îeinesauua^c (Paris, 1869, gr. in-8); — Histoire nationale des 
naufrages et aventures de mer. Période contemporaine (1800-1830) (Paris, 1870, in-12; 
4» éd., 1882); le même (1830-1830) (Paris, 1879, in-12); — Thermidor. Paris en i79i 
(Paris, 1872, in-18); — Thermidor^ Marie-Thérèse et Dame Rose (Paris, 1873, in- 
12); — Les Cousiiis de Normandie, romati pastoral du temps de la Terreur (Paris, 
1874, iu-18; nouv. éd„ 1893, in-8); — Poésies complètes de Charles d'Orléans, revue 
sur les mss., avec préface, notes et glossaire (Paris, 1874, 2 vol. in-16); — La 
Révolution de thermidor. Robespierre et le Comité de salut public en Van II, d''après 
les sources originales et les documents inédits (Paris, 1876, in-8); — Le Secret des 
Valrège (Paris, 1877, in-18); —En 4792. Le Premier Amour de lord Saint-Albans 
(Paris, 1879, in-18) ; — En 179S. Le Dernier Amour de lord Saint-Albans (Paris, 
1879,in-12); — Aventure de deux Parisiennes pendant la Terreur (Paris, 1881, in-18); 

— Les Bourgeois de 93. La Fille de Notre-Dame (Paris, 1882, in-12); ~ La Révolu- 
tion, 4789-188^; appendices par Emm. de Saint-Albin, Victor, Pierre et Arthur 
Loth (Paris, 1883, gr. in-8); — Rose-de-Noèl (Paris, 1883, in-18); — Histoire de la 
Révolution, racontée aux petits enfants (Paris, 1884, in-18) ; — Documents pour 
servir à l'histoire de la Révolution française, publiés avec de nombreuses gravures, 
sous la direction de Ch. d'Héricault et Gustave Bord (Paris, 1884, in-8) ; 2* série 
\188o); — Les Noces d'un jacobin. Journal d'Alcibiade Ceyrat (Paris, 1885, in-16); 

— Almanach de la Révolution (Paris, 1887-95, 9 vol. in-16); — Histoire anecdo- 
tique de la France (Paris, 1887-96, 7 vol. in-8) ; — La Fiancée de La Fontenelle 
(Paris, 1888, in-16) ; — Fou d'amour (Paris, 1889, in-18) ; — La France révolu- 
tionnaire, 4789-4889 (Paris, 1889, gr. in-8); — La Fille du cacique, par A. 
Aylicson [M"* Ed. Petit] Préface (Paris, 1890, in-18); — Le Roman d'un pro- 
priétaire (Paris, 1890, in-16) ; — Une Reine de théâtre, souvenirs de jeunesse, de 
théâtre et de cour (Paris, 1891, in-16; autobiographie de M"« Stella de Basoa); 

— Mademoiselle Sous-Pliocène (Paris, 1892, in-18); — La Comédie des Champs 
(Paris, 1893, in-18); — Les Mères des saints (Paris, 1894, in-18); — Une Veuve 
millionnaire (Paris, 1894, in-16); — La Chevalerie, de Notre-Dame (Paris, 1895, 
in-lG) ; — Murger et son coin, souvenirs très vagabonds et très personnels (Paris, 
1896, in-16); — Rudemare. Journal d'un prêtre parisien (4788-4792), avec préface 
et notes (Paris, 1896, in-8); — Les Ainis des saints (Paris, 1897, in-16); — Les 
Grands Saints de France et leurs amis (Paris, 1899, in-6 et in-18). 

— L'érudition française et surtout les études médiévales font une grande 
perte en la personne de M. Jean-Marie-Joseph-Arthur Giry, mort le 
13 novembre à Paris. Il était né à Trévoux le 20 février 1848, avait suivi les 
cours de l'École dedroit, de l'École des chartes et de l'École des hautes études, 
avait été capitaine des mobiles de l'Yonne pendant la guerre de 1870, puis 



— Ij — 

avait été attaché au département des manuscrits de la Bibliothèque 
nationale et en 1873 archiviste aux Archives nationales. Il était 
devenu bientôt maître de conférences à l'École des hautes tudes et en 
1881 à la Faculté des lettres de Paris, puis en 1885 professeur de diplo- 
matique à l'École des chartes. 11 a collaboré à divers journaux quotidiens, 
entre autre à la République française^ de 1872 à 1880, et donné de nombreux 
articles à des recueils savants tels que la Bibliothèque de l'École des chartes, 
la Revue Historique, la Revue critique, la Grande Encyclopédie, dont il était un 
des directeurs. Il avait entrepris, avec Taide de ses élèves, la publication 
d''Annales de Vhistoire de France à Vépoque carolingienne et de Régestes des sou- 
vei-ains carolingiens. 11 s'est surtout occupé de l'histoire des institutions 
municipales et de critique diplomatique, science dans laquelle il jouissait 
d'une autorité incontestée. Son enseignement, fort goûté de ses élèves, 
malgré l'aridité de son objet, et ses ouvrages remarquables tant par leur 
documentation précieuse que par la haute érudition dont ils témoignent, 
lui avaient valu, le 4 décembre 1896, de voir l'Académie des inscriptions 
lui ouvrir ses portes en remplacement de M. de Rozière. Nous ne pouvons 
que regretter qu'il n'ait pas cru devoir jusqu'à la fin se borner à clés travaux 
dans lesquels il avait acquis une si grande compétence et qu'il soit sorti de 
la réserve pour jouer le rôle politique malheureux que l'on sait et sur lequel 
il serait trop pénible d'insister. lia donné au public les volumes suivants : 
Les Châtelains de Saint-Omer [1042-1386) (Nogent-le-Rotrou, 187o, in-8); — 
Analyses et extraits d'un registre des archives municipales de Sai?it-Omer U6H- 
i778 (Saint-Omer, 1875, in-8); — Notes sur l'influence artistique du roi René 
(Nogent-le-Rotrou, 1875, in-8) ; — Grégoire VII et les évéques de Tcrouane (Nogent- 
'e-Rotrou, 1876, iu-8) ; — Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institu- 
tions jusqu'au XI V^ siècle (Paris, 1877, in-8); — Notice sicr un traité du moyen âge 
intitulé : De coloribus et arlibus Romanorum (Paris, 1878, in-8); — Cartulaires 
de l'église de Térouane publiés en collaboration avec Th. Duchet (Saint-Omer, 
1881, in-4) ; — Chartes de Sainl-Marlin de Tours, collationnées par Baluze sur les 
originaux (Nogent-le-Rotrou, 1881, in-8); — Jules Quicherat ist4-l88i (Nogent- 
le-Rotrou, 1882, in-8 ; — Les Établisseiyients de Rouen. Élude sur l'histoire des 
institutions municipales de Rouçn, Falaise, Pont-Audemer, Verneuil, La Rochelle, 
Saintes, etc. (Paris, 1883-85, 2 vol. in-8); — Documents sur les relations de la 
royauté avec les villes en France de H80 à 1314, précédés d'une préface par 
Ernest Lavisse (Paris, 1885, in-8; — Jules Quicherat. Mélanges d'archéologie et 
d'histoire éûiiés en collaboration avec A. Castan (Paris, 1883, in-8); — Élude 
sur les origines de la commune de Saint-Quentin (Saint-Quentin, 1887, in-fol. ; — 
Etude sur les droits de navigation de la Seine de Paris à La Roclie-Ouyon, du 
XlB au XVI II" siècle, par Gustave Guilmoto (Paris, 1889, in-8); — Études de cri- 
tique historique. Histoire de la diplomatique (Nogenl-le-Rotrou, 1892, in-8); — 
Manuel de diplomatique. Diplômes et chartes, chronologie technique, éléments 
critiques et parties constitutives de la teneur des chartes, les chancelleries, les actes 
privés (Paris, 1894, in-8) ; — Anatole de Monlaiglon, I8i4-1893 (Nogenl-le-Ro- 
Irou, 1895, in-8; discours de MM. P. Meyer, A. Giry, U. Robert; — La Do- 
nation de Rueil à l'abbaye de Saint-Denis. Examen critique de trois diplômes de 
Charles-le-Chauve [Varis, 1895, in-8; extrait des Mélanges Julien Havet, p. G83- 
717); — Piti're Bonnassieux, 1850-1895 (Nogent-le-Rotrou, 1895, in-8; discours 
de MM. Servois, Giry etChatel) ; — Dates de deux diplômes de Charles-le-Chauve 
pour Valibaye des Fossés (Nogeut-le-Rotrou, 1806, in-8); — Études carolin- 
giennes (Paris, 189G, in-8) ; — La Vie de saint Maur du Pseudo-Fauslus (Nogent- 
le-Rotrou, 1896, in-8). 



— 70 — 

— Le pnbliciste et historien allemand célèbre, \f. Julius-IIermann-Moritz 
Buscu est mort le 15 novembre à Leipzig. Né à Neustadt, près Dresde, le 
13 février 1821, il étudia la théologie et la philosophie à TUniversité de sa 
ville natale, s'adonua ensuite au journalisme, rédigea la I^'oveltenzeitung, flt 
des traductions allemandes de plusieurs ouvrages de Dickens et de 
Thackeray, et collabora à diverses revues. C'est en 1848 quMl entra comme 
radical dans la vie politique, mais il y renonça bientôt en présence de l'in- 
succès de son parti et résolut de s'expatrier. Il s'embarqua pour les États- 
Unis dans le but de s'y établir fermier. Ayant subi dans ce pays de nouvelles 
déceptions, il revint dans sa patrie, non toutefois sans rapporter des impres- 
sions de voyage qu'il exposa dans ses Wanderungen zioischen Iludson imd Mis- 
sissipi (Stuttgart, 1853,2 vol. in-8).Une société patriotique lui ayant demandé 
en 18.'33 de parcourir les duchés danois et d'en traiter la question, il accepta et 
en écrivit ses Schlcsivig-IJolsteinische Bj'ie/e (Leipzig, 18b4, 2 vol.).Les voyages 
qu'il accomplit ensuite en Orient pour le compte du Lloyd autrichien lui 
fournirent la matière de nouvelles publications, telles que JEgypten (1858) ; 
Griechenland (1859); Die. Turkei (1860), qui sont de véritables guides pour les 
voyageurs. En 1856, devenu rédacteur des Grenzboten, il fut quelque temps 
après envoyé en Hanovre comme directeur de la presse officielle et publia 
à ce propos : Das Uebergangsjahr in Hannover (Leipzig, 1867, |in-8). En 1870 il 
vint à Berlin comme attaché au bureau de la presse du ministère de la 
guerre, et accompagna Bismarck en France où il resta jusqu'en 1873 ; la 
même année il fut chargé de la direction du Hannoversciien /fuî'ier,direction 
qu'il garda deux ans. C'est aussi à cette époque qu'il donna des traductions 
allemandes de romans d'auteurs américains comme Mark Twain et Bret 
Ilarte. Parmi ses nombreux ouvrages, les plus connus sont ceux relatifs à 
Bismarck ; le premier surtout qu'il lui consacra flt sensation et fut traduit 
en plusieurs langues. Ajoutons qu'il s'y montra plus que sévère, souvent 
injuste, à l'égard des Français. La place nous manquant, nous nous 
bornerons à citer de lui : Bilder aus dem Orient (Triest, 1865, in-4) ; 
publié en français sous le titre de : Orient pittoresque (Triest, 1865, in-fol.) ; 
— Bilder aus Griechenland (Triest, 1863, in-fol.); — Deiitscher Volksglaube 
(Leipzig, 1877, in-S); — Deutscher Volkshumor (Leipzig, 1877, in-16) ; — Die 
gute allé Zeit {Leipzig, \818, 2 \ol. in-8); — Graf Bismarck und seine Leute 
wàlirend des Krieges mit Frankreich. NachTagebuchsbldttern (Leipzig, 1878,2vol. 
in-8 ; 7 éd., 1890) ; — Le Comte de Bismarck et sa suite pendant la guerre de 
France, iSIO-iSH, traduit de l'allemand (Paris, 1879, in-16) ; — Neue 
Tagebuchsbldlter (Leipzig, 1879, in-8) ; — Unser Reichskander (Leipzig, 1884, 
2 vol. in-8); — Bismarck und sein Werk. Beitràge sur inneren Geschickte der 
lelzten Jahre bis 1806 nach Tagebuchsbldllern (Leipzig, 1898, in-8) ; — Les Mé- 
moires de Bismarck (Paris, 1898, 2 vol. in-8); —Tachebuchsblatler (Leipzig, 1899, 
2 vol. in-8). 

— Un journaliste distingué, un historien et un géographe de grand 
mérite, M. Charles- Victor Crosnier de VARiGNY,est mort à Montmorency le 
9 novembre. Né à Versailles eu 1829, il avait fait de brillantes études au 
lycée Bourbon, puis avait entrepris un grand voyage en Amérique où il 
visita tour à tour le Chili, le Mexique, l'Amérique centrale, la Californie 
et les États-Unis, d'où il gagna l'Océanie pour s'arrêter dans la capitale des 
îles Ilawaï. Il fut nommé en 18o6 chancelier du consulat de France à 
Honolulu, et peu après chargé de la gestion du même consulat. Après en 
avoir obtenu l'autorisation de Napoléon III, il devint ministre des finances 
de ce pays, à l'avènement du roi Kaméhaméha V, en 1863. Après avoir été 



successivement ministre des affaires étrangères, de la guerre et de la 
marine, président de l'instruction publique et du conseil d'État, il revint 
en France en 186û afin de négocier des traités de commerce. Mais il se 
démit de ses fonctions quelques temps après la guerre franco-allemande 
et retourna définitivement dans sa patrie pour s'y consacrer à des travaux 
littéraires et historiques. Lorsque M. Boutmy entn-.prit de créer l'École des 
sciences politiques, il fut, ainsi que son ancien camarade, Taine, un de ses 
premiers collaborateurs. Pendant quelques années il eut la direction litté- 
raire du journal le Parlement. Il fut un des principaux rédacteurs de la 
Revue des deux mondes et y donna des articles appréciés sur les sujets les 
plus divers et principalement sur les mœurs des États-Unis qu'il connais- 
sait admirablement. Il fut aussi un des collaborateurs assidus du Temps, et 
quelques-uns des articles qu'il y inséra, sous le titre de Vie d'outre-mer, ont 
ensuite paru sous forme de volumes. Dans les dernières années de sa vie, 
obligé par l'état de sa santé de passerlamauvaisesaisonenAlgérie,il écrivit 
au Temps sur ce pays des lettres fort goûtées du public. Voici la liste de ses 
ouvrages, tous remarquables, tant par l'élégance du style que par la sûreté 
des informations : Dépenses de deux guerres. Angleterre, 1193-1813. États-Unis, 
1861-1860 '^Paris, 1872, in-8) ; — Quatorze Ans aux îles Sandwich (Paris, 187i, 
in-12) ; — Ella Wilson, Parley Pralt, Kiana (Paris, 1878, in-lS) ; — L'Océan 
Paci/îgue (Paris, 1888, in-1 6) ; — Les Grandes Fortunes aux Etats-Unis et en 
Angleterre (Paris, 1889, in-16) ; — Nouvelle Géographie moderne des cinq parties 
du monde (Paris, 1890-92, 5 vol. in-4) ; — Voyage du matelot Jean-Paul eîi AuS' 
tralie, suivi de Cornélius Vanderbilt, le Roi des bateaux à vapeur, In Journée de 
Victor, le Petit homme, Mon parapluie (Paris, 1890, in-12) ; — Les États-Unis, 
esquisses historiques (Paris, 1891, in-18^ ; — Les Ruiiies d'Uxmal (Paris, 1891, 
in-18) ; — La Femme aux États-Unis (Paris, 1893, in-12). 

— Une grande perte pour i'épigraphie est la mort de M. Louis- A.uguste- 
Allmer, survenue le 27 novembre. Il naquit à Paris le 14 juillet 181 '<, et fut 
d'abord percepteur dans l'Isère. Ses aptitudes particulières pour l'archéo- 
logie et ses recherches savantes sur I'épigraphie du sud-est de la France lui 
valurent ensuite la place de conservateur du musée de Lyon, de même que 
l'honneur de faire partie de la commission de l'inventaire des richesses 
d'art du département du Rhôije.Déjà correspondant du ministère de l'ius- 
truclion publique, il devint en outre membre de l'Académie des sciences de 
Lyon et fut aussi élu membre correspondant de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres;, le 22 décembre 1876. Il fonda en 18781a Revue 
épigraphique du midi de la France, qu'il continua à diriger jusqu'à sa mort. 
En dehors de son ouvrage principal sur les Inscriptions antiques de Lyon, pour 
lequel il obiint le grand prix Gobert, il a publié : Sur deux Colonnes 
milliaires romaines aux noms de l'empereur Maximin et de son fils, Vujie 
à Usson, dans la Loire, l'autre apportée d''Angers au musée de Lyon (31 dé- 
cembre 1858) (Lyon, s. d,, in-8) ; — Sur deux Inscriptions votives en l'honneur 
de lu déesse Dormo et sur l'élymologie du mot Bourbon (Lyon, 18o9, in-8) ; — 
Découverte de colonnes et de tombeaux antiques rfa?is Véglise de Saint-Pierre, à 
Vienne (Lyon, 18G1, in-S) ; — Mosaïque romaine découverte à Sainte-Colombe- 
li's-Vienne, représentant Venlèvement de Ganymède (Lyon, 1862, in-S) ; — Notice 
sur plusieurs inscriptioyis de Lyon et sur quelques 7ioms de céramistes (Vienne, 
180 1, in-yj ; — Notice sur une inscription antique trouvée à Genay, dans le dépar- 
tement de l'Ain (Paris, IS'J'i, in-8) ; — Rapport à Son Excellence M. le ininistre 
de Viristruction publique sur de nouvelles fouilles exécutées pendant les mois 
d'octobre, novembre et décembre 186i, dans l'église de Saint-I^ierre, à Vienne, 



(Vienne, 1865, in-8); — Décoitverte à Vienne de quatre bdlcs slaluettes antiques 
d^ Hercule et de ^(ercure et de divers autres objets (Vienne, 1866, ia-8) ; — Sur 
plusieurs Inscriptions antiques découvertes à Lyon pendant l'année 1865 (S. 1., 
1866, in-8) ; — Inscriptions antiques et du moyen âge de Vienne en Dauphiné (en 
collab. avec Alfred Terreba?se) (Vienne 187;J-76, 6 vol. in-8 et atlas in-4) ; 
— Découverte de monuments funéraires et d'objets antiques ou quartier de Trion 
(Lyon, 188o, gr. in-8);— Trion. Antiquités découvertes en 1885, 1886 et anté- 
i-ieurement au quartier de Lyon dit de Trion (en collab. avec P. Dissard), 
(Lyon, 1887-1888, 2 vol. gr. in-8) ; — A/usce de Lyon. Inscriptions antiques (en 
collab. avec P. Dissard Lyon, 1888-1893, 5 vol. gr. in-8) ; — Les Gestes du 
dieu Auguste d'après Vinscription du temple d''Ancyre avec restitutions et com- 
mentaires, extraits du « Monumentum Ancyramcm », 1863-1883, de M. Mo7nm- 
se?i (Vienne, 1889, gr. in-8) ; — hiscriptions antiques de Nîmes (publiées en 
coll. avec MM. Eugène et F. Germer Durand. Toulouse, 1893, in-16). 

— M. le D"" Jean-François-Eugène Robinet, publiciste et historien, est 
mort le 4 novembre. Né à Vic-sur-Seille (Meurthe), le 24 avril 1S24, il avait 
fait ses éludes classiques d'abord au collège de Vie, puis au lycée de 
Nancy, et ses études médicales à Strasbourg et à Paris, où il avait été reçu 
docteur en 1854. Pendant le siège de Paris il fut maire du vi<= arrondisse- 
ment. Eu même temps que la médecine il cultivait aussi la philosophie et 
I a consacré à son maître Auguste Comte un volume qui eut du succès : 
Notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste Comte (Paris, 1860, in-8). Il publia en 
outre quelques ouvrages de politique et d'économie; mais ce sont surtout 
ses travaux historiques et particulièrement ceux relatifs à Danton qui lui 
valurent sa notoriété. Conservateur adjoint du musée Carnavalet, il était aussi 
membre do la Commission municipale des recherches sur l'histoire de 
Paris pendant la Révolution. Il a donné de nombreux articles dans des 
revues et des journaux ; ses ouvrages les plus dignes d'être mentionnés 
sont : Danton, mémoire sur sa vie privée (Paris, 1865, in-8 ; 3« éd., 1S84) ; — 
Nouvelle Politique de la France, relations extérieures (Paris, 1875, in-8) ; — 
Finissons Paris, étude sur l'édilité de la capitale (Paris, 1879, ia-8) ; — Le 
Procès des dantonistes (Paris, 1879, iu-8) ; — La Révolution française, 1789-1815, 
par P. Laftitte (Paris, 1880, ia-18) ; — Danton émigré, recherches sur la diplo- 
matie de la République {an I, 1795], (Paris, 1886, in-18) ; — Danton homme 
d'État (Paris, 1889, in-8). 

— Un historien consciencieux a disparu le 25 novembre, en la personne 
de M. Auguste-Maurice Poinsignon. Né à Metz, en 1814, il était entré en 
1837, à l'École normale supérieure, puis avait successivement enseigné la 
grammaire à Rodez et l'histoire aux collèges de Grenoble en 1840 et de 
Douai en 1841. Il avait ensuite rempli les fonctions de censeur des études 
à Angers, à Saint-Élienne et au Mans, jusqu'à ce qu'il devint inspecteur 
d'Académie à Montauban, à Douai et à Châlons-sur-Marne. Il a laissé 
comme principaux ouvrages : Quid praecipue apud Romanes ad usque Dio- 
cletiani tempora Illyricum fuerit (Parisiis, 1846, in-8) ; — Essai sur le nombre et 
l'origine des provincesromaines créées depuis Auguste jusqu'à Dioctétien {de l'an 51 
avant J.-C. à Van 284 de l'ère moderne (thèse) (Paris, 1846, in-8) ; — Étude sur 
VÉglise franke au temps des Mérovingiens {fragment) lu le 27 juillet I83i datis la 
séance annuelle de l'Académie impériale de Reims (Reims, 1854, in-8) ;— Richeri 
historiarum quatuor libri. Histoire de Richer, en quatre livres, publiée par 
l'Académie impériale de Reitns, avec traduction, notes, cartes géographiques et 
fac-similé du 77is. de Richer (Reims, 1855, in-8) ; — Les Origines de la société 
7noderne, ou Histoire des quatre premiers siècles du moyen âge (Reims, 1856, 



— 70 — 

in-8) ; — Géographie de la Marne, suivie dUm pi'écis de géographie de la France 
(Châloris, 1869, in-16) ; — Géographie du département de la Marne. Question- 
naire (ChâlonP, 1876, in-16) ; — Hisloii^e de la Champagne et de la Brie, depuis 
les temps les plus reculés jusqu''à la division de la province en départements 
(Châlons-sur-Marne, I880-I886, 3 vol. in-S) ; — Ni Lorraine, m Champenoise, 
ou Nouvel Aperçu sur Domremy, pays de Jeanne d'Arc (Châlons, 1895, in-8). 

— Miss Florence Marryat est morte à Londres le 27 octobre. Née à Brighton 
en 1837, à onze ans elle avait déjà écrit une nouvelle, mais ce n'est qu'en 
1867 que fut publie son premier roman : Love's conflict. Depuis lors elle ne 
cessa de produire et son succès alla toujours croissant. La place nous fait 
défaut pour dresser ici la liste des ï,\ nouvelles sorties de sa plume, aux- 
quelles se sont ajoutés quelques ouvrages d'un genre plus sérieux; nous 
nous contenterons de citer : Too good for him (I860); — For ever and ever 
(1866); — Her lord and master (1871); — Life and letters of captain Marryat 
(1872); — Mey oivn child (1876); — A harvest of wild oats (1877);— Facing the 
footlights (1883); — Thereis nodeath (1891); — T/icspirit ioorW(1894). Rappelons 
que beaucoup de ses œuvres ont été traduites en français, en allemand, en 
russe, en suédois et en flamand. Miss Marryat a été aussi, de 1872 à 1876, 
l'éditrice de la London Society. 

— Au moment d'envoyer à l'impression, nous apprenons la mort de notre 
éminent collaborateur M. le D' A. Ferrand, de l'Académie de médecine; 
nous lui consacrerons une notice spéciale dans notre prochain numéro. 

— Ou annonce encore la mort de M.M : Vincent Audren de KERDREL,né à 
Lorient le 25 septembre 1815, ancien élève de l'École des chartes, sénateur 
du Morbihan, qui débuta dans la politique en prenant la direction du Jou»-- 
nal de Rennes, et qui laisse, outre quelques éludes historiques comme l'Expé- 
dition de Louis le Débonnaire contre les Bretons en 8i8 (Saint-Brieuc, 1882, in-8); 
Gabriel Calloet de Kerbrat, agronome breton du xvil" siècle (Saint-Brieuc 
1885, in-8), des pièces de vers telles que La Moricière, stances (Nantes, 1867, 
in-8), mort à Paris, le 23 décembre ; — Bricka, inspecteur général des tra- 
vaux publics des colonies, professeur à l'École nationale des ponts et chaus- 
sées, auteur de plusieurs ouvrages techniques, mort le 29 novembre ; — Jean 
Briguet, directeur de la célèbre librairie catholique de Lyon, mort le 
27 novembre; — Alphonse BuÉ, publiciste, mort à Paris le 19 décembre, à 
70 ans; — le chanoine Adolphe Castera, ancien directeur du petit sémi- 
naire de Sainte-Croix d'Orléans, mort le 8 décembre, âgé de 61 ans; — 
Georges Clavel, archéologue, mort à Mozé (Maine-et-Loire), âgé de 65 ans, 
le 13 décembre; — Charles-Joseph-Edmond Comnellt, chanoine honoraire 
de Paris, conseiller honoraire à la Cour de cassation et titulaire de la chaire 
de droit coutumier à l'Institut catholique de Paris, mort à Boulogne-sur-Mer, 
le 23 novembre, âgé de 75 ans; — Paul Crépy, président de la Société de 
géographie de Lille, mort dans cette ville, le lî décembre, àl'dge de 6ians; 

— Dast Le Vacher de Boisville, auteur, entre autres publications, de : 
Archives municipales de Bordeaux. Tome VI. Inventaire sommaire des registres 
de lajurade, 1320 à 1783 publié et annoté. Vol. I<" (Bordeaux, 1896, iu-4); Docu- 
ments relatifs à Varrestalion des Girondins à Saint-Emilion et à la saisie des papiers 
de Cuadet (Bordeaux, 1896, in-4); Simon Millanges, imprimeur à Bordeaux 
{I57i-f6iti) (Paris, 1897, in-8) , mort à Bordeaux, le 25 novembre, âgé de 31 aus ; 

— le P. D1DIBR.1EAN, né à Azerailles, ancien professeur au collège Saint- 
Clément de Metz, qui laisse, entre autres publications, des Souvenirs de 
Metz. L'Ecole Saint-Clément, ses élèves, ses derniers jours (Paris, 187'i, 2 vol. in-12), 
mon le 2 décembre; — Charles Dubois, compositeur, mort à Nogcnt-sur- 



— 80 — 

Marne le 23 décembre; — le D' Louis- Augustin Galopin, auteur de nom- 
breux ouvrages de médecine parmi lesquels nous citerons : Le Tabac, l'ab- 
sinthe et la folie (Paris, 1S87, in-12) et Médecine et thérapeutique dosimélriques 
appliquées à la r.linique (l'aris, 1897, 2 vol. in-8), mort le Vô décembre à La 
Varenne-Saint-Hilaire, âgé de G3 ans; — D.-A. Garnibr, l'un des directeurs 
de rimporiante librairie de ce nom, mort à Paris au commencement de 
décembre ; — le baron d'IlAMONviLLE, auteur de la Vie des oiseaux, 
scènes d'après nature (Paris, 1890, iu-16); Allas de poche des oiseaux de France, 
Belgique et Suisse^ utiles ou nuisibles, {séries Y et 2) (Paris, 1898, 2 vol. in-16) 
mort le 7 décembre ; — IIenneguy, publiciste, mort à Paris le ^ décembre; 
— Ilippolyte Matabon, poète populaire marseillais, mort le 13 décembre; — 
Paul Maunourv, jurisconsulte éminent, qui fut, en 1868, chargé par Nubar- 
pacha de la réforme des tribunaux et des codes égyptiens, mort à Luisant, 
près de Chartres, le 4 décembre, dgé de 75 ans; — Emile Petit va Forest, 
auteur de Congrès vilicole de Lyon, 41 août 1894. Le Vin, décuvaison, enfutage, 
garde des vins. Rapport (Bordeaux, 189S, in-8), mort au château de Suidirant, 
le 12 décembre; — M">* Gina Saxebey, qui laisse Par amour, roman (Paris, 
1892, in-18); Cœurs passionnés (Paris, 1893, in-12); Autour d'une dot (Paris, 
1895, in-12), morte à Paris, le 26 novembre; — Auguste Scalbert, un des 
principaux représentants du parti catholique royaliste à Lille, ancien prési- 
dent du comité de direction du journal la Vraie France, fondateur de la 
Gazette de Flandre et d'Artois et de VÈmancipateur de Cambrai, mort à Lille, 
le 22 décembre ; — Émile-Joachim Yvernès, né à Paris en 1830, ancien chef 
du bureau de la statistique au ministère de la justice, secrétaire de la 
Société de statistique de Paris, qui laisse, entre autres publications : De la 
Récidioe et du régime pénitentiaire en Europe (Paris, 1874, gr. in-S) ; Statis- 
tique internationale. L' Administratioii de la justice civile et commerciale en Europe, 
législation et statistique (Paris, 1876, in-4) ; Le Crime et le criminel devant le 
jury. Exposé fait à l'Association française pour l'avancement des sciences (Con- 
grès de Caen 1894) (Paris, 1894, in-8), mort à Paris, le 18 décembre, 

— A l'étranger, on annonce la mort de : MM. Amerigo Andreocci, pro- 
fesseur de chimie pharmaceutique à l'Université de Catane, mort dans cette 
ville le 7 septembre; — le D"" Félix- Victor Birgh-IIirsghfeld, professeur 
d'analomie pathologique à la Faculté de médecine de Leipzig, mort dans 
cette ville le 20 novembre, âgé de 57 ans; — le D"' Alexandre Brouyev, 
ancien professeur de dermatologie et de syphiligraphie à la Faculté de 
médecine de Kharkov, mort au commencement de novembre; — Christian 
Brugger, professeur d'histoire naturelle à l'École cantonale de Colre et 
conservateur du Muséum de cette ville, mort à la fin d'octobre, à 66 ans ; — 
le Rév. Fred. -Thomas Colby, qui a publié, entre autres ouvrages, pour 
1' « Harleiau Society » : The Visitation of the county of Devon, in the year 
YC20 (London, 1869, iu-8) et r/je Visitation of the county of Somerset, in the 
year 4623 (Londres, 1869, in-8), mort en novembre ; — l'abbé Guido Gkzelle, 
poète flamand estimé, ancien professeur au petit séminaire de Roulers, 
ancien vice-recteur du séminaire anglais à Bruges, collaborateur de plu- 
sieurs périodiques comme la Dictsche Warande, né le \^^ mai 1830, mort le 
2s novembre; — Wilfred Auslin Gill, professeur à l'Université de Cam- 
bri'lge, mort le 11 décembre; — Charles Graves, évêque de Limerick, 
ancien professeur de mathématiques à Trinity Collège, à Durham, mort à 
l'âge de 87 ans; — N.-E. Green, astronome distingué, connu surtout par 
ses observations sur les planètes et particulièrement par celles qu'il fit sur 
Mars à Madère eu 1877, mort le 10 novembre, âgé de 76 ans; — Wilhelm 



— 81 — 

IIarder, poêle, mon à Baden-Baden, âgé de 45 ans; — John H. IIaswell 
inventeur du chiffre dont se sert depuis 1876 le gouvernement américain 
pour correspondre avec ses représentants, né â Albany (N. Y.) en 1841, 
mort le 13 novembre ; — George A. Hendricks, professeur d'anatomie à 
l'Université de Minnesota, mort le 24 septembre à Minneapolis; — John 
Wale HiCKS, évêque de Bloemfoutein, docteur en médecine, ancien prépa- 
rateur de chimie â l'Université de Cambridge, éditeur d'un manuel sur cette 
science, mort en octobre; — le colonel Henry Inman, né à New York, le 
30 juillet 1837, associé du colonel W. F. Codey (Buffalo Bill), qui prit part 
aux campagnes contre les Indiens dans le Far West, servit pendant la 
guerre civile dans l'armée du Potomac et raconta sa vie et ses aventures 
dans divers ouvrages, tels que Great Sait Lake trail. Taies of the trail, 
A pioneer from Kentucky et Buffalo Jones, mort à Topeka (Kansas) le 13 no- 
vembre ; — Mikhaïl Nikolaevitch Kapoustin, un des auteurs les plus auto- 
risés en droit international, mort à Saint-Pétersbourg, à l'âge de 71 ans, 
au commencement de décembre; — D' Georg Krukenbhrg, privatdocent de 
gynécologie à l'Université de Bonn, mort dans cette ville, le i«' décembre, 
à 43 ans ; — le Rév. Robert Lowry, né à Philadelphie, le 12 mars 1826, connu 
comme auteur d'hymnes sacrées, parmi lesquelles nous citerons / needthee 
every hour, Weeping will not sav2 me, mort à Plainfield (N. J.) le 23 novembre ; 
— Hans LuGGiN, professeur au Polytechnicum de Carlsruhe, mort à 
Klagenfurt le 5 décembre ; — August von Miaskowski, économiste et his- 
torien, né à Pernau, eu Livonie, professeur d'économie politique à l'Uni- 
versilé de Leipzig et auteur de nombreux ouvrages sur cette matière, 
parmi lesquels nous citerons Das Problem der Grundbesitzverlheilung et Die 
Anfange der National-Oekonomie, qui ont été traduits en français, mort à 
Leipzig le 23 novembre, âgé de 62 ans ; — Géza Mihàlkovigs, le distingué 
professeur d'anatomie et d'embryologie à l'Université de Budapest, mort à 
55 ans ; — Rudolf Nasse, géologue, mort le 2 décembre, à Berlin, âgé de 
63 ans; — Theodor OppEinhoff, auteur d'ouvrages juridiques, mort à Aix- 
la-Chapelle, dans sa 70« année, au mois de décembre ; — le D' Gamara Pes- 
tana, professeur d'anatomie pathologique à l'École de médecine et de chi- 
rurgie de Lisbonne et directeur de l'Institut royal de bactériologie, mort à 
Lisbonne le 15 novembre ; — le D' V. Popov, ancien privatdocent de mé- 
decine opératoire à l'Académie militaire de médecine de Saint-Pétersbourg, 
mort au milieu de novembre; — l'abbé Georg Ratzingbr, député au 
Reichslag allemand, écrivain de talent dont nous citerons Geschichie der 
kircfilichen Armenpflege (Freiburg im Breisgau, 1868, in-8, 2« éd., 1884) et 
Forschungen zur bayrischen Geschichte (Kempten, 1898, in-8), mort le 3 dé- 
cembre, âgé de iJo ans ; — Walther Ribbegk, historien, mort à Breslau, le 
27 novembre, â l'âge de 41 ans ; — James Anderson Sgott, directeur depuis 
vingt ans de l'/ris Tïmcs, mort à Dublin le 29 novembre; — le général 
Stolypin, aussi réputé comme artiste critique que comme historien, mort 
à Moscou au commencement de décembre, à l'âge de 58 ana; — Ambrose 
1'. S. Stuart, ancien professeur de chimie au Collège d'État de Pensylvanie 
et à l'Université d'Ulinois, mort le 18 septembre, à Lincoln (Neb.), âgé de 
78 ans ; — Volz, historien et géographe, mort à Breslau, le 1»' décembre, i 
l'âge de 60 ans. 

Tamizby de Larroqub, — Voici tantôt vingt mois que notre bon et 
savant ami est mort, et sur son cercueil se répandent, comme des pleurs, 
les poésies provençales : A nosle ami Felip Tamizey de Larroque, felibre majorau 
(Gap,L. JeanetPeyrot, l«9a, in-8, de 7 p.). Mistral, Gaguaud, Guillibert, Lieu- 

Janvieii 1900. T. LXVIII. (î. 



— 82 — 

tenaud, Vidal, Dumas, ont composé des quatrains, des triolets, des sonnets, 
une épitaphe, des tercets, d'une verve intarissable, d'une affection profonde. 
C'est la Société d'études des Hautes-Alpes qui a publié ce recueil dans 
son Bulletin. C'est à la Société archéologique, scientifique et littéraire de 
Béziers que M. F. Donnadieu a adressé un discours d'ouverture sur la Vie 
et les œuvres de Philippe Tumizey de Larroque et notamment son mémoire sur le 
sac de Béziers en iS09 et un Languedocien (biterrois) oublié, l'abbé de Croisilles 
(Béziers, J. Sapte, in-8 de -'tO p.). Rien que le simple énoncé de ce titre 
indique tout ce que contient la brochure, et. cependant le titre n'est pas 
complet et la brochure, depuis la page 22, comprend en appendice de nom- 
breuses et copieuses lettres de Tamizey de Larroque à M. Donnadieu. Que 
de choses vues, vécues, étudiées, et comme l'on comprend les éloquentes 
paroles de M. Donnadieu, et non seulement éloquentes, mais aussi éru- 
dites, aussi patriotiques, aussi chrétiennes! Notre vieil ami a dû tressaillir 
là-haut en entendant si bien parler de lui, si bien continuer ses œuvres ! 

MONUMBNTA PALAEOGRAPHiGA SACRA. — Sous cc titre la malson Bocca 
frères, de Turin, a mis en vente dans les premiers jours de novembre un 
bel ouvrage gr. in-4 de viii-72 p. et 120 pi. en héliotypie. L'on y a réuni les 
fac similé de 114 manuscrits envoyés de tous les points de l'Italie à l'expo- 
sition d'art sacré qui s'est tenue l'an dernier à Turin et tous intéressants 
pour l'histoire de la liturgie ou du culte. Les 114 manuscrits reproduits se 
répartissent ainsi chronologiquement : vi» siècle, 5 ; vi-vir, 2 ; vii', 1 ; vii- 
VIII», 2 ; viir, 4, dont un palimpseste avec écriture du iii-ive siècle ; ix% 4 ; 
x«, 9 ; XI», 7 ; xi-xii'', 1 ; xn«, 7 ; xiii», 4 ; xiv% 10 ; xiv-xv", 1 ; xv», 37 ; xvi», 
16. Les notices explicatives ont été rédigées par les soins de la Députation 
royale d'histoire de Lombardie, à qui seront également reconnaissants 
ceux qui s'intéressent aux antiquités religieuses et ceux qui s'occupent de 
de paléographie. 

Concours. — L'Académie des géorgophiles a mis au concours, pour le 
prix Alberti (1500 fr.), le sujet suivant : Étude expérimentale sur les meil- 
leures races européennes et asiatiques du bombyx du mûrier et sur leur 
croisement au point de vue du rendement et de la qualité de la soie. 

— La Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du 
département de l'Eure décernera en 1901, le prix Lucien Fouché, de 600 fr., 
au meilleur mémoire sur un sujet d'archéologie intéressant le département. 
Les mémoires devront être adressés, franco de port, au secrétaire perpé- 
tuel de la Société, à Évreux, avant le l^' avril 1901. Ils porteront une épi- 
graphe ou devise répétée sur une enveloppe cachetée qui contiendra l'indi- 
cation des noms de l'auteur. 

Paris. — Le courant de sympathie qui s'est établi entre la France et la 
Russie depuis quelques années, a naturellement éveillé chez nous la curio- 
sité et le goût des choses russes. L'enseignement officiel s'en est immédia- 
tement ressenti et l'on n'a pas hésité à mettre l'étude de la langue russe au 
programme des lycées. Ces dispositions favorables sont une garantie de 
succès pour la Société des études russes fondée à Paris à la fin de 1898. 
Pour mener à bonne fin son objet, qui est de propager en France l'ensei- 
gnement de la langue russe et d'y encourager les études de toute nature, 
tant historiques ou littéraires qu'artistiques, scientifiques ou économiques 
sur la Russie, la Société, dont la caisse s'alimente par les souscriptions des 
membres perpétuels (150 fr.) et par les cotisations annuelles ^ 6 fr. ; 10 fr. à 
l'étranger) des membres titulaires, se propose d'organiser des conférences 
et de faire des publications. Elle a dès à présent pour organe la Revue 



— 83 — 

des études russes, dont nous avons eu occasion déjà de parler. Présidée par 
M. Maurice Tourneux, le publiciste bien connu, ayant pour secrétaire gé- 
néral M. Paulin Teste, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, et pour 
secrétaire-archiviste M. Léo Monton, sous-bibliothécaire an même établisse- 
ment, la Société des études russes a déjà recueilli de précieuses adhésions : 
celles de M. le comte Vandal, de M. le marquis de Vogiié, etc. Elle ne 
s'adresse pas seulement aux slavisatits, mais à tous ceux qui sentent l'inté- 
rêt qu'il y a pour notre pays à mieux connaître et à mieux comprendre la 
Russie. Le siège social est à l'hôtel des Sociét'is savantes, rue Serpente, à 
Paris. 

— Nous avons récemment signalé un remarquable discours du R. P. 
Gérard de Vaucouleurs, gardien des franciscains de Paris, sur le tiers - 
ordre de Saint-François; le même religieux, plein de zèle pour l'œuvre dont 
Léon XIII a proclamé avec tant d'insistance l'importance capitale pour la 
régénération de l'humanité, nous donne aujourd'hui une Notice sur le liers- 
ordre de Saint- François d'Assise (Paris, 61, rue des Fourneaux ; in-16de 62 p.), 
courte, mais pleine de faits et de considérations bonnes à méditer. 
Huit chapitres exposent tour à tour l'origine et la nature du tiers-ordre: 
— la raison de son institution ; — son caractère de remède social ; — son 
utilité pour la sanctilication des paroisses; — les avantages spirituels qu'il 
procure; — les obligations de la règle; — l'organisation des]fraternités : — 
le retour à l'esprit chrétien que marque le tiers-ordre. Excellente brochure 
de propagande, qui servira, nous l'espérons, à entraîner des âmes dans la 
voie où ne se lasse pas de les appeler le Souverain Pontife. 

— C'est au tertiaire surtout que s'adresse un autre ouvrage, beaucoup 
plus considérable, du même religieux. Les Documents pour expliquer la règle 
du tiers-ordre de Saint- François d'Assise au point de vue spirituel, social et écono- 
mique (Paris, 61, rue des Fourneaux, 3 vol. in-IG de xxxvi-488, 477 et 272 p.) 
forment un véritable trésor, que tout tertiaire tiendra à honneur d'avoir 
sous la main. Le R. P. Gérard y a recueilli et coordonné des explications 
empruntées aux meilleurs auteurs et la moelle des communications faites 
aux congrès du tiers-ordre tenus dans ces dernières années. Devoirs et 
droits du tertiaire;— esprit du tiers-ordre; — nécessité et moyen de le 
propager ; — considérations sur la manière de vivre des tertiaires et sur 
les liens qui doivent les rattacher aux œuvres ; — organisations, besoins et 
aspirations des fraternités, sur tout l'on rencontrera de précieux documents, 
qu'une table alphabétique des matières permet de retrouver aisément. 

— Il est des jours où M. Edmond Demolins semble prendre plaisir à sou- 
tenir des paradoxes et à stupéfier ses lecteurs. C'est ce qu'il a fait, tout 
récemment encore, en recherchant de quel côté, dans la guerre transvaalienne 
actuelle, se trouvait le droit : Boërs et Anglais. Où est le droit ? (Paris, Firmin- 
Didot, in-8 de 2'» p. Extrait de la Science sociale) et en déclarant que le droit 
est du côté des Anglais, parce que « le monde appartient aux peuples qui 
possèdent la supériorité sociale. » Cette conclusion singulière est otayée 
sur une série de passages d'Elisée Reclus remontant à dix an^^; mais les 
Boërs n'ont-ils pas réalisé des progrés depuis ce moment? Et est-il juste, 
d'autre part, de dire que « l'Allemagne n'a pas d'empire colonial » à l'heure 
actuelle? — Notons toutefois que M. E. Demolins reconnaît que les moyens 
employés par l'Angleterre pour étendre sa domination ne sont pas irrépro- 
chables; « il s'en faut même de beaucoup, dit-il. Et le major Jameson a bien 
réellement commis un acte de brigandage. » Nous sommes heureux de voir 
M. E. Demolins faire du moins cette concession au vulgaire bon sens. 



— 84 — 

— Les RR. PP. jésuites, daus les Études, avaient d'abord donné l'hos- 
pitalilé au Panc(/ijriquede saint Fi'auçois de Sales pai- Uosiuet, d'après le manus- 
crit autographe publié par Doin Benoit Mackey (Paris, Retaux, tiré à part; 
iii-8de 30 p.). Cet autographe, récemment découvert dans les archives de l'État 
à Turin, forme un cahier gr. in-8 de 14 pages serrées comprenant en moyenne 
chacune 22 lignes. L'écriture seule sufïlt pour établir l'authenticité de la 
pièce. On y remarque les nombreuses ratures de l'orateur qui écrit quelque- 
fois deux nouvelles lignes daus l'entre-ligne. On peut suivre ainsi la genèse 
de la pensée écrite du grand orateur. Suivant ce texte, on est heureux de 
constater que Deforis et l'abbé Lebarq ontfldèlement reproduit le ms., sauf 
deux ou trois fautes. A la différence de Deforis, Dom Mackey reproduit toutes 
les variantes non raturées. Il lixe ensuite la date de ce sermon à 1660. A 
cette plaquette le savant bénédictin joint un fac-similé de la dernière page 
du discours de Bossuet, réduite aux neuf dixièmes de la grandeur naturelle, 
d'après la photographie. C'est donc une trouvaille pour l'édition critique 
des œuvres de l'évêque de Meaux. 

— Léon OUé-Laprune a laissé dans la philosophie chrétienne un profond 
sillage. M. Maurice Blondel étudie celui qui illustra l'École normale, comme 
homme et comme philosophe. Il le fait avec justesse, indépendance et 
finesse; son style d'une chaleur discrète, d'une élégance sobre, captive. 
Lorsqu'on aura parcouru ce travail, dont les parties essentielles ont été 
lues à l'Assemblée générale annuelle de l'Association amicale des anciens 
élèves de l'École normale supérieure (8 janvier 1899), on se sentira pénétré 
d'une vive admiration pour Ollé-Laprune qui fut un philosophe normalien 
se montrant chrétien sans en faire étalage. Cette brochure intitulée : Léon 
Ollé-Laprune, par M. Maurice Blondel (Paris, imp. Dumoulin, in-8 carré de 
38 p.), s'ouvre par un beau portrait en héliogravure d'OUé-Lapruneet se clôt 
par la riche bibliographie de ses œuvres. 

— Continuation de la collection les Églises paroissiales de Paris : Saint-Ger- 
main l'Auxerrois, par MM. A. Bouillet et Ch. G. Petit. (Paris, X. Rondelet, 
in-8 de 16 p.), illustré de photogravures qui sont une œuvre d'art. Ce hui- 
tième fascicule contient vingt dessins qui sont un vrai plaisir pour les 
yeux des délicats. Nous estimons que le texte gagnerait à une division plus 
logique : ainsi on pourrait facilement adopter ce partage : Description, his- 
torique, au lieu que ces deux éléments, par eux-mêmes si distincts, soient 
mêlés. Ensuite, pourquoi ne pas suivre un ordre méthodique, soit en 
groupant les monuments de même famille architectonique, soit simplement 
l'ordre chronologique de leur construction, ou bien au moins celui d'un itiné- 
raire déterminé? Voici l'ordre jusqu'ici adopté: Notre-Dame de Paris; 
Saint-Étienne du Mont; la Sainte-Chapelle; Notre-Dame d'Auteuil, tout à fait 
récente; Saint-Sulpice; Saint-Germain l'Auxerrois; puis viendront : Sainte- 
Clotilde; Saint-Germain de Charonne; Notre-Dame de la Croix de Ménilmon- 
tant... 

— Revenant sur le Missel spécial annoncé par M. Rosenthal en 1898 
comme une production inconnue de Gutenberg et sur lequel nous avons 
déjà signalé l'opinion conforme de notre collaborateur M. Stein, M. l'abbé 
Misset dans le Bibliographe moderne (n» de juillet-octobre) essaie d'appuyer 
cette conviction fondée sur des raisons typographiques par des raisons 
d'ordre liturgique. Par une argumentation spécieuse, comme il en a l'habi- 
tude, le docte auteur travaille à établir que le Missel a été fait pour le dio- 
cèse de Constance d'abord ; en second lieu qu'il est antérieur à 1450. Ces 
conclusions ne seront sans doute pas acceptées par tout le monde, et de 
hautes autorités se disposent à les combattre. 



— 85 — 

— Le succès obtenu par le Monde moderne, la jolie revue lancée il y a 
quelques années par l'éditeur A. Quantin. le décide à faire une nouvelle 
tentative et à nous offrir une revue illustrée à bon marché. Ldi Revue pour 
tous, qui, depuis le 3 décembre, paraît par fascicules hebdomadaires de 
40 pages, contiendra une assez grande variété d'articles, largement illustrés 
(7 fr. par an ; 9 fr. hors de France). 

Bourgogne. — Il est rare que les sociétés savantes, nombreuses d'ail- 
leurs, qui nous adressent leurs Bulletins, Mémoires ou Annales se prévalent 
une fois l'an, d'un volume aussi considérable matériellement, aussi bien 
imprimé et illustré avec un bon goût aussi réel que le tome III de la 
troisième série des Annales de V Académie rfe .V/tîcoji (Mâcon, imp. Prolat frères, 
in-8 de xliv-619 p., avec 9 planches hors texte). Certes, le volume est d'un 
bel aspect ; mais ce qu'il renferme est bien autrement avantageux. La 
quantité est médiocre, la qualité ne Test pas. Lamartine, cela n'étonnera 
personne, occupe dans les travaux que la docte compagnie a réunis ici une 
place importante. Sous ce rapport, notons d'abord VHisloire de Saint-Point, 
par M. L. Lex, qui ne compte pas moins de 225 p. avec planches hors texte 
et qui ne peut manquer de faire l'objet d'un tirage à part. Nous signalerons 
ensuite le travail de M. Paul Maritain sur la Maison oiï est né Lamartine, 
travail de moindre envergure quoique très intéressant et qui, à certains 
égards, complète le précédent. Il convient également de mentionner les 
Visites pastorales des archiprctrés de Charlieu et de Rousset par Mgr de Lort de 
Sérignan de Valras, évêque de Mâcon {1743-1746), document publié par M. 
J. Déchelette et qui remplit les pages 444 à 590 du présent recueil. Ce 
document ne vise encore que le seul Charlieu la suite paraîtra sans doute 
dans le prochain volume. Citons enfin : Notes sur trois tombeaux de l'an- 
cienne cathédrale de Mâcon, par Mgr Hameau ; — Deux tableaux : « Les Ven- 
danges en Maçonnais », par Léon Couturier ; « le Soir en Charollais », par Jean 
Laronze, de M. A. Duréault ; — Le Cardinal de Bouillon (l""» partie), par 
M. F. Reyssié (p. 15 à 154) ; — Le Passage de saint Vincent de Paul à Mâcon, 
par Mgr Rameau ; — Quatre pièces de poésies, par M. G. Droux; — L'An- 
cien Hôtel-Dieu de Mâcon, par Mgr Rameau ; — Quelques renseignements sur 
les ouvrages et la vie de Lavivotle, médecin bourguignon, ddcteur régent à la 
Faculté de Paris, par M. Ch. Aubertin. 

Bretagne. — M. Ernest Rivière, dans son opuscule intitulé : Un oublié, 
Geoffroy de Pontblanc (Rennes, Fr. Simon ; Lannion, Anger, in-8 de 91 p. et 
pi.), a voulu faire connaître un des héros de la guerre de Cent ans, tué en 
134G en défendant Lannion contre les Anglais. Ce travail ne contient 
malheureusement que des indications trop générales pour que l'historien 
le mette à profit. Des recherches dans les principaux dépôts d'archives do 
Bretagne auraient sans doute permis d'apporter plus de précision dans cette 
étude. Inspiré surtout par le patriotique sentiment de faire connaître à la 
Bretagne un de ses héroïques enfants, M. Rivière a pris où il lésa trouvés 
des renseignements sur son personnage et sur le milieu dans lequel il vé- 
cut. Si d'un côté la critique pouvait peut-être formuler des réserves, 
d'un autre côté, elle ne saurait que s'incliner devant la très louable pensée 
qui a guidé l'auteur. 

Franche-Comté. — Sans doute, l'étude que nous avons signalée ici 
(t. LXIX, p. 282), de M. Louis Peyen, sur le Poète Armund Barthet est plus 
importante que celle que M. Charles Baille vient de lui consacrer dans 
la Revue hebdomadaire (numéro du 2 décembre 1899, p. 03à 92) sous lo 
litre de : Armand Barthet et le Moineau de Lesbie. Mais ce dernier travail est 



— Sc- 
si pétillant d'esprit, il est écrit avec une telle verve qu'il ne peut 
manquer d'éveiller l'attention. Dans un premier chapitre, l'auteur nous 
donne sur la jeunesse de Barlhet quelques détails dont le moins connu 
a trait au premier amour du poète, amour trahi, et qui a frap|ié le cœur du 
malheureux d'une blessure dont il ne s'est peut-(^lre jnmais entii-rement 
guéri ; le deuxième chapitre est relatif à l'histoire et à l'examen habile- 
ment fait de la jolie pièce : Le Moineau de Lesbie, qui rendit son auteur cé- 
lèbre le temps à peu près que vivent les roses. Quant au troisième chapitre, 
composé d'après des souvenirs intimes, il offre le plus vif intérêt : c'est 
comme la biographie anecdolique, amusante, fine, spirituelle, du pauvre 
Armand Barthet. M. Baille, qui égratigne en passant certaines personna- 
lités, sait bien défendre ses amis. 

— L'Ancien Collège d'Arbois a fait l'objet d'une courte mais substantielle 
étude de M. Julien Feuvrier (Dole, Krugell, iu-8 de 36 p. Extrait des 
Mémoires de la Société d'émulation du Jwa). L'auteur expose les diverses 
transformations de ce collège tant au point de vue de l'installation que 
sous le rapport de l'enseignement et des maîtres, alternativement laïques 
et religieux, à qui le « magistrat » ou municipalité jugea à propos de le 
confier. La période sur laquelle M. Feuvrier a fait porter ses investigations 
est longue : elle va du treizième siècle jusqu'à la Révolution. La morale 
« à tirer de cette histoire », c'est que, pas plus dans la petite ville d'Arbois 
qu'ailleurs Ton n'a attendu les ordres de la Convention pour organiser 
l'instruction publique et en répandre les bienfaits. 

— Un discours, une relation de campagne militaire et trois mémoires 
composent presque entièrement le fort volume que la Société d'émulation 
du Doubs vient de publier. Ce volume, qui porte la date de 1898, est le 
troisième de la septième série de la collection (Besançon, imp. Dodivers, 
in-8 de xLiv-495 p.)- C'est M. le docteur Albert Girardot qui a prononcé le 
discours ; le sujet était : La Société d'émulalion du Doubs en 4898. Viennent 
ensuite de très attachants Souvenirs d^une campagne au Soudan {4892-1893), 
par M. Marcel de Laforest, lieutenant d'infanterie de marine, qui a fait 
partie de la colonne Archinard. Quant aux mémoires proprement dits, en 
voici les titres : Les Noms de lieu romans en France et à l'étranger (suite), par 
notre collaborateur M. le docteur J. Meynier ; — L'' Industrie du sel en Franche- 
Comté avaru la conquête française (suite et fin), par M. Max Prinet ; — Maté- 
riaux pour la Paléontostatique de la Franche-Comié septentrionale. Les Mol- 
lusques du système oolithique, par M. le docteur Albert Girardot. Nous devons 
noter aussi loute une série de procès-verbaux fort intéressants où sont 
traitées brièvement de nombreuses et intéressantes questions d'histoire, 
d'archéologie, de sciences diverses et de littérature relatives à la Franche- 
Comté. 

— Nous avons encore à regretter dans ce toujours curieux et original 
Diairi, almanach montbéliardais pour 4900 (Montbéliard, imp. Pétermann, 
in-4 de 96 p., illustré) le fâcheux mauvais goût qui incite ses rédacteurs ,à 
ridiculiser non point directement la religiou catholique, mais plutôt ses mi- 
nistres. Comme nous sommes en pays prolestant, il va de soi que les pas- 
teurs sont respectés en ce sens qu'il n'en est pas question. Ceci dit, nous 
devons bien reconnaître que nous ne sommes point là en présence des bana- 
lités ordinaires dont le genre almauachs est trop coutumier. D'abord des 
notices historiques locales, des notes sur Madagascar par uu ancien fonc- 
tionnaire de notre jeune colonie, et enfin des contes et des poésies en patois. 
C'est dans ces dernières productions que s'exerce la verve maligne du crû. 



— 87 — 

L'illustration est soignée; signalons surtout quatre jolies planches hors texte 
dues au peintre Ilacquard et qui représentent les quatre saisons. 

— L^ Messager franc-comtois de 1900 (Dole, Bernia, petit in-4 de 87 p., avec 
grav.) n'a pas des allures aussi caractéristiques que le Diairi. C'est un 
mélange de choses locales et générales dont le mérite est variable. On 
trouve cependant dans cet almanach des notices historiques ou biogra- 
phiques intéressantes et une nouvelle sur le capitaine Lacuzon qui plaira 
fort aux Jurassiens, bien que le sujet soit un peu rebattu. 

Languedoc — Un certain nombre de prêtres ont entrepris l'histoire de 
leur paroisse au point de vue civil et au point de vue religieux. Ce mouve- 
ment digne de tous éloges se propage, les évoques de France encouragent. 
Quelques-uns de nos prélats ont même adressé des cadres pour recueillir, 
annoter, inventorier les archives paroissiales ; ainsi Mgr Sueur, archevêque 
d'Avignon, Mgr l'évoque de Quimper avaient donné un programme de 
conférences sur l'histoire religieuse de la Révolution dans leurs diocèses ; 
nommons encore Mgr l'archevêque de Cambrai qui a publié à l'adresse de 
son clergé un canevas pour que chaque prêtre reconstitue le passé de sa 
paroisse. M. l'abbé J. Rédier suit cette impulsion et nous retrace avec 
talent l'histoire de Vézénobres, dont il est le curé doyen, sous le rapport 
géologique, climatérique, météorologique, pittoresque, civil et religieux. 
Titre du livre : Vézénobres, par M. l'abbé J. Rédier (Nîmes, Gervais-Bedot, 
in-12 de viii-1-21 p.). 

Maine. — M. Robert Triger vient de publier dans la Revue historique et 
archéologique du Maine un article merveilleusement documenté. Il est inti- 
tulé : Un Épisode de la chouannerie, la prise du Mans par les chouans, le 
15 octobre 1799 (Mamers, G. Fleury et A. Dangin, in-8 de 88 p.). M. Triger 
commence par rapporter très exactement toutes les polémiques que sou- 
leva cet épisode. Il examine les faits et réduit à néant toutes les 
calomnies. «En ne tenant pas même compte d'aflirmations beaucoup 
plus nettes, cette discipline, avouée dès le lendemain de leur déli- 
vrance par les autorites républicaines elles-mêmes, suffit pour témoigner 
devant l'histoire que l'armée des mécontents n'était ni une bande de 
brigands ni une bande de barbares. Par comparaison avec les horreurs 
commises au Mans en 1793, on ne peut lui reprocher que des pecca- 
dilles » (p. 74). L'auteur ne sait pas seulement rendre justice aux royalistes, 
il sait réhabiliter les républicains, que leurs coreligionnaires ont accusés, 
comme toujours, de trahison. Soucieux d'impartialité, il dégage de ce fait 
local une haute moralité. Tous ceux qui ont le culte de l'histoire voudront 
remercier M. Triger, car nul ne sait mieux fouiller les archives, mettre en 
œuvre les documents, et en tirer la conclusion exacte et légitime. 

— M. l'abbe Uzureau nous présente Un awnânnier des chouans, 
Jean Baudouin, vicaire à Avrillé (Laval, imprimerie moderne, in-8 de S p.). 
Rien n'est plus poignant que les vicissitudes de ce vaillant confesseur de 
la foi, rien de plus instructif que sou interrogatoire. « Quel est, lui 
demande-t-on, le projet des brigands ?— D'avoir une religion et un roi, 
c'est-à-dire la religion catholique. > 

NiviiKNAis. — A l'aide des registres de la Chambre criminelle du Parle- 
ment, M. René de Lespinasse étudie un certain nombre de Poursuites et 
condamnations judiciaires pour faits dViérésie en A'^ivernais au xvi* siècle. 
(Ncvers, G. Vallières, in-8 de 29 p.). Extrait du Bulletin de la Société 
nivernaise des lettres, sciences et arts. C'est la période judiciaire, exclusive- 
ment, i)recédaut celle de la guerre civile, des pillages et des destructions. 



— 88 — 

On trouve flans cet opuscule des éléments fort intéressants pour l'histoire 
de certaines familles nivernaises protestantes ou suspectes de protestan- 
tisme. Ce qui résulte de ces détails locaux, c'est que l'idée religieuse n'était 
souvent pour rien dans ces poursuites criminelles où la justice s'exerçait 
dans sa plus atroce rigueur, recevant les impulsions des ordonnances 
édictées en haut lieu. Ensuite, le Parlement attirait à lui toutes les causes 
et évitait de les transmettre aux tribunaux ecclésiastiques d'ofQcialités, de 
peur qu'ils ne fussent pas assez sévères. La date des poursuites en Niver- 
nais coïncide à peu près avec les mesures décrétées contre les Vaudois et 
cessent entièrement en 1562. 

Normandie. — M. l'abbé Desvaux a donné le titre bien solennel de 
Chronique de messire Pierre- François Guerrier ciax de Dancé (Mortagne, 
G. Meaux. in-8 de 16 p.) à quelques notes écrites par ce dernier sur les 
registres paroissiaux, de 1769 à 1783. Et encore n'a-t-on rieu trouvé sur les 
années 1771, 1772, 1773. Ces notes ne nous apprennent « rien de nouveau. » 
Néanmoins elles apportent quelques petits détails sur l'histoire locale et 
notamment sur celle des curés jnreurs. M. Desvaux a joint de nombreuses 
notes qui forment presque tout l'intérêt du volume. On ne saurait assez l'en 
féliciter. 

— Ce sont des bribes pour l'histoire que M. de Tesson a recueillies sur 
le Maréchal de camp de Petit-Cœur, marquis de Saint-Vast, commandeur de 
Saint-Louis, commandant pour le Roi à Bayeux [4696-1181) (Avranches, 
F. Durand, in-8 de 32 et 4 p.). On voit que ce guerrier fut brave et qu'il 
fut bon. La lettre que lui adressèrent les grenadiers de son régiment de la 
Couronne n'est peut-être pas un modèle de style « académique » ; son 
tableau, par Noury, au Musée de Bayeux, n'est peut-être pas une merveille; 
mais à rapprocher l'un de l'autre, on sent qu'on est en face d'un vrai Nor- 
mand et d'un vaillant Français. 

— Quelle touchante histoire que celle des Deux frères Le Vavasseur, par 
M. l'abbé Gourdel, curé de Saint-Hilaire-de-Briouze (La Chapelle-Mont- 
ligeon, in-8 de iv-340 p.) ! C'est une monographie très vivante d'une famille 
de la haute bourgeoisie normande. « La mère, si remarquable jusque dans 
son extrême et belle vieillesse, par la fermeté de son caractère, la clarté de 
son intelligence, l'étonnante fidélité de ses souvenirs. » Des deux fils nous 
avons souvent parlé de l'un, le poète, l'homme du monde, le politique au- 
quel tous ont rendu hommage, et nous aussi, dans cette revue, à deux 
reprises différentes. L'autre, le religieux, nous était inconnu. M. Gourdel nous 
à révélé une âme d'élite, toute vibrante de piété r.eligieuse et filiale. Non 
seulement ce livre est beau, mais il est bon, il fait du bien, et il est certain 
que ce sera pour le châtelain de la Londe de Longé le meilleur monu- 
ment de gloire impérissable, s'il sait, au ciel, qu'il donne encore sur terre, 
par sa vie, ses vertus, ses talents, un exemple impérissable. 

— M. Meynaerts a fait une Conférence sur quelques chansons normandes (La 
Ferté-Macé, A. Bouquerel, in-12 de 12 p.) au casino de Bagnoles, le diman- 
che 27 août 1899. Quelques-unes sont sinon normandes, du moins d'auteurs 
normands, notamment la première romance d'Auber. Une interprétation 
était donnée par M"» Samary et M. Vassal d'Orlange. 

— Qui que no dit cheux nous, ai-je brai à ceu fils Brunet qu'est à cet 
heure do me erprins ? — No cause qu'el « Bulletin des parlers normands i 
n'est rin acabinoté ; i russit à miracle, i n'est point nicheteux. » C'estvrai, 
dans ses n»» 4 et 5 qui viennent de paraître; il y a une liste d'expressions du 
patois de Vire, par M. Butet-Hamel, des pronostics en patois de Fontenay- 



-T 80 — 

le-Marmion, par M, E. Longevin, un récit en putois de S. Martin de Bien- 
faite, par M. Crespin, les cloches de la procession, en patois de Bernières- 
sur-Mer, par M. L. Quesneville, des noms de saints en patois de Montchamp, 
par M. Madeleine, un complément à la chanson de Margot, la flore populaire 
de Bissières, par M. Boulin, un dialogue en patois de Versou, par M. Balle, 
des refrains d'enfants, etc. Ne voilà-t-il pas là une belle moisson ? 

— M. l'abbé G. Heulaut vient d'écrire l3i Monographie de la paroisse de Saint- 
Georges-du-Theil (diocèse d'Évreux) qu'il a même éditée à son adresse au 
Gros-Theil (in-8 de xn-250 p.). Trois très jolies photogravures ornent ce 
volume. Dans cette description très complète d'une petite commune 
normande, il y a des détails intéressants sur les confréries et les pèlerina- 
ges, les registres de famille, les aventures de M^e d'Ernemont, la justice 
distributive du curé Godivier, etc., etc. M. Ileulanl termine par des re- 
marques fort justes sur la criminalité dans sa paroisse en un bon petit 
sermon tout à fait de saison. Nous avons déjà feuilleté bien des monogra- 
phies paroissiales, aucune ne nous a semblé mieux assemblée, mieux 
composée et mieux écrite. Quel dommage que l'auteur n'ait pas, eu toute 
occasion, indiqué ses sources ! 

— M. Edouard Michel, ancien secrétaire de la mairie, avait écrit une 
Notice sur Reviers {canton de Creully, Calvados) qui vient d'être publiée 
(Caen, A. Domin, in-16 de 16 p.). Cet opuscule renferme un certain nombre 
de détails qui demanderaient à être vérifiés de très près pour la partie 
ancienne. 

— Nous ne saurions assez adresser de compliments à ^^. Contant pour 
le beau Rapport qu'il a présenté au Conseil général du Calvados au nom de 
la commission chargée d'examiner le questionnaire relatif à la réforme de 
l'enseignement secondaire (Caen, Ch. Valin, in-8 de 22 p.). Nous ne 
partageons pas entièrement toutes ses idées, mais nous ne pouvons que 
nous associer à ses conclusions solidement étayées tendant à une complète 
égalité de sanction entre l'enseignement secondaire moderne et l'ensei- 
gnement secondaire classique. 

Orléanais. — L'Académie de Sainte-Croix d'Orléans nous fait parvenir le 
1" fascicule du tome viiideses Lectures et Mémoires (Orléans, lIeriuisou,iu-8 
de 284 p.). Nous relevons dans ce fascicule les travaux ou études ci-après : 
L'Abbé Arnault, vicaire épiscopal à Orléans, par M. Pierre de Croze ; — Eta- 
blissement dit monastère du Calvaire d'Orléans {1658-'<640), par M. Emile Bou- 
chet; — Les Poésies patriotiques de Paul Déroulède, par M. A. Caillé ; — La 
Prise de Jérusalem par les Perses en 6U, par M. le comte Couret ; — Un 
Fragment des anciens registres de la prévoté d'Orléans relatif au règlement des 
frais du siège de 1i^S-f4i9, publié par le même ; — Manassès de Seignelay, 
évêque d'Orléans {1207-I22i), par M. l'abbé Bernois. 

Poitou. — A lire dans la Revue de l'Ouest (3» livraison, août 1899, p. 390-422), 
les Preuves de noblesse de demoiselles du Poitou, reçues dans la Maison royale 
de Saint-Louis à Saint-Cyr, de 1686 à 1793, extraites des mss. conservés à 
Paris à la Bibliothèque nationale et publiées avec des notes par M. Paul de 
Chabot. Elles sont relatives aux f imilles de Bouille, de Bourdeille, Boynet 
de la Frémandière, de Brach de Montussan, de Brettes, de Bridieu. 

Provbnck. — La bibliographie liturgique s'enrichit d'un vrai trésor. 
M. Léon Clugnet entreprend une Bibliographie du culte local de Marie. Il 
commence par la France et suit l'ordre alphabétique des provinces ecclé- 
siastiques. Nous avons sous les yeux son t" fascicule : Province ecclésias- 
tiqw d\Ux (Paris, A. Picard, in-8 de T'i p.) comprenant les diocèses d'Aix, 



— ItO — 

d'Ajaccio, de nigne, de Fréjus,de Gap, de Marseille et de Nice. Sous chaque 
diocèse il ranye les ouvrages généraux, les ouvrages spéciaux. Ce fascicule 
conlieul OoO numéros : ce sont presque tous des livres appartenant à 
notre siècle. Aussi pour le diocèse d'Aix à peine compte-t-on sur 102 numé- 
ros, trois ou (juatre travaux remontant au delà. Certainement à l'aide du 
ftcperioire des sources historiques du moyeii âge, on ferait une plus ample col- 
lection de livres anciens sur le culte local de la Vierge Marie. Mais, telle 
quelle, la bibliographie de M. L. Clugnet rendra de précieux services 
aux travailleurs, qui y rencontreront pour la facilité de leurs recherches 
une Table des auteurs (p. 69-72) et une Table des sanctuaires (p. 73-74). 

— La Société de statistique de Marseille vient de publier le tome XLIV du 
Bcperloire de ses travaux (années 1S97-1899). Indépendamment du compte- 
rendu des séances de la société, ce volume renferme deux mémoires inté- 
ressants. Le premier, VAbrégé de l'histoire des patrons pêcheurs et de la pru- 
dliomie de Cdssts, par M. Tabbé Paul Mouton, est un résumé d'une étude com- 
plète et étendue sur une institution des plus curieuses dans la jolie petite 
ville de Cassis. L'auteur de ce travail ne tardera pas à livrer à l'impression 
l'intégralité de son œuvre sur laquelle nous reviendrons plus en détail. Le 
second mémoire à signaler est celui de M. de Gérin-Ricard: Statistique pré- 
historique et protohistorique des Bouches-du-Rhône, du Var et des Basses-Alpes. 
Cette étude sera utile à tous ceux qui s'intéressent à la connaissance des 
populations primitives des régions provençales. L'auteur a classé avec 
méthode et surtout exactement éuuméré tous les lieux où des traces 
d'habitation aux temps primitifs ont été relevées ; la lecture des pages 
qu'il a écrites donnera sans doute le désir de poursuivre des recherches, 
des explorations analogues à celles dont il rappelle les résultats. 

— A l'occasion du 25e centenaire de la fondation de Marseille, une série 
de petites publications locales a vu le jour ; en voici la bibliographie : 
Brandenburg, Le Salut de Gyptis, poésie (plaquette in-4). — Jean Copain, 
Massilia, ou la Fondation de Marseille, poésie (plaquette in-12). — Francis Liber, 
Marseille à travers les âges {visions d'histoire), poésies (br. in-8). — Antoine 
FiJbre, Marseille à travers les siècles, recueil d'articles parus dans le Soleil du 
Midi (2-15 octobre) qui doivent être réunis en volume sous le titre de 
Petite Histoire de Marseille. — Ch. Vincent, Le Mouvement intellectuel à Mar- 
seille depuis les Phocéens jusqu'à nos jours (plaquette in-12). — 0. Teissier et 
J.-B. Samat, Marseille à travers les siècles (in-8 de 250 p.). 

QuERGY. — M. l'abbé Taillefer, curé de Cazillac, a fait paraître dernière- 
ment un opuscule consacré à remettre en lumière la belle figure de : Messire 
Etienne- Henri, marquis d'Escayrac, baron de Lauture, chevalier de Saint-Louis, 
colonel des grenadiers royaux de Guyenne, i747-l791 (Montauban, imp. Pruuet, 
in-8 de xv-82 p.). Cette notice biographique donne des détails curieux 
sur ce personnage et sur l'insurrection du Quercy en 1790. Les essais pré- 
cédents, ditl'auteur, ne peuvent suffire à dépeindre celui que le roi Louis XVI 
avait chargé d'une mission secrète, a la pacification des campagnes dans le 
midi », et qui fut tué « de deux coups de feu » au château du Buzet, chez 
son parent, le comte de Clarac, brigadier des armées du Roi. 

— On consultera avec intérêt la Généalogie de la maison de Mezamat en 
Languedoc issue des anciens comtes d'Astarac, précédée d'un Résumé de l'histoire 
de Gascogne et d'une histoire généalogique des comtes dAstarac (Montauban, 
Ed. Forestié; Castelsarrazin, Sabatié, in-8 de 143 p.). L'auteur, M. Ch. de 
Mezamat de Lisle, possède parfaitement son sujet, et cette brochure éclaire 
la question toujours si controversée des premiers temps de l'histoire de 



— 91 — 

Gascogne. L'argumentation est renforcée par de nombreuses pièces justifi- 
catives. 

ALLEMAGNE. — Mgr J. P. Kifscli et M. A. Ehrhard entreprennent à la 
librairie Kirchheim, de Mayence, la pnblicatiou d'un recueil à périodicité 
irrégulière sur l'histoire du dogme et de la littérature chrétienne. Chaque 
fascicule, qui formera un tout indépendant, se vendra isolément ; les 
souscripteurs au volume complet, composé de 4 fascicules, paieront 20 fr. 
Pour donner une idée de ces Forschungen zur christlichen Litteratw-und 
Dogmengeschichte , nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'indiquer 
les travaux que renfermeront les premiers fascicules : Kirsch, La Doctrine 
de la communion des saints dans Vanliquilé chrétienne ; Koch, Le Pseudo-Denis 
VAréopagite et ses relations avec le néoplatonisme ; von Funk, Le Testamenlum 
Domini nostri Jesu Christi ; Kiinslle, Bibliothèque des symboles découverte dans 
un manuscrit incdit du VI 11' siècle ; Wernigk, La Doctrine de Dieu et du Logos 
dans Origène ; P . Stiglmayr, La Doctrine des anges du Pseudo-Denis et son in- 
fluence sur la théologie médicale ; A.. Ehrhard, Les Théologiens de l'Église grec- 
que, du 1X<^ siècle à la chute de Constanlinople ; P. H. Wehofer, 0. P., Les 
Études théologiques en Autriche sous Marie-Thérèse et Joseph II ; Fr. Metl'ert, 
S. Alphonse de Liguori ; Scherwiler, Les Éléments de l'Eucharistie et leur signifi- 
cation da7is les trois prewiiers siècles; Beck, La Doctrine de la Trinité dans saint 
Hilaire de Poitiers ; Ph. Kneil, Le Monarchianisme et CÉglise romaine au, 
VI* siècli'. ; M. Faulhaber, Les Catenac exégéliques de l'époque byzantine. 

— Nous saluons avec plaisir la nouvelle entreprise de la Leo-Gesellschaft, 
la société scientifique catholique qui, en quelques années d'existence, a su 
manifester une si remarquable activité. L'on a pensé qu'il y avait place 
dans les pays de langue allemande pour une revue générale qui fût pour 
le public catholique ce que sont la Deutsche Revue, le Nord und Sud 
et la Deutsche Rundschau pour le public protestant. Die Kullur, Zeitschrift 
fiir Wissenschafl, Littcratur und Kunst (Wien und Stuttgart, Roth.— lOfr. 65 
par an) paraîtra sis fois par an. L'indication des articles contenus au pre- 
mier fascicule donnera une idée de la façon dont est conçue cette publica- 
tion à laquelle ne peut manquer d'être réservé un excellent accueil : Les 
Courants intellectuels de Vheure présente, par M. Schanz ; Le Mont Cassin, par 
M. Ehrard; Histoires de brigands italiens, par M. von Helfert ; La Person7iifi- 
cation dans l'art antique et dans l'art chrétien, par M. K. V. Kralik ; L'Avenir 
de la chanson, par M. Eichert, etc. 

— En janvier 1899, il s'est établi en Allemagne, sous la présidence du 
D' Eduard Heyck, une société de bibliophile?, dont le siège est à Stuttgart 
(Ilasenbergslrasse, 19). La Société, quia pour organe \a Zeischrift fiir Ducher- 
freunde (30 fr. par an), a pour objet de publier des travaux qui rentrent dans 
le domaine de la bibliophilie : manuels, bibliographies, réimpressions 
de curiosités bibliographiques, etc.; elle fournit en outre à ses membres les 
renseignements bibliographiques dont ils ont besoin; elle leur facilite l'acqui- 
sition des publications des sociétés analogues et l'entrée dans ces sociétés. 
La Société, qui comptait à la fin de novembre 325 membres payant une 
cotisation annuelle de 10 fr., a déjà publié une reproduction en fac siniilé du 
marmscrit de la comédie de Goethe : Les Complices {Leipzig, 1. J.Weber, in-» 
de 109 p. en fasc. et 19 p. imprimées). M. Georg Witkowski a écrit l'éclair- 
cissement qui accompagne cette luxueuse publication. Au printemps pro- 
chain paraîtra une autre œuvre de la société, un Manuel du bibliophile {Hand- 
buch des Bûcher freunds), rédigé par M. Victor Ottmann, secrétaire de la 
Société. L'ouvrage ne sera pas mis dans le commerce. 



— 92 — 

Belgique. — Une lettre « perdue » de Descartes à propos de la nouvelle 
cditiondeses œuvres, par M. G. Monchamp (Extrait des <i Bulletins de l'Académie 
royale de Belgique. Bruxelles, imp. Ilayez, in-8 de 13 p.)- Elle n'est pas 
publiée, d'après l'autographe, mais elle est conforme à celle éditée par l'abbé 
Émery qui a utilise, quinze ans avant Victor Cousin, l'exemplaire des lettres 
de Descartes, enrichi de notes manuscrites, à la bibliothèque de l'Institut. 
La présente pièce est « d'une importance considérable pour l'histoire de la 
découverte du baromètre. Elle révèle bien l'état d'âme du célèbre Touran- 
geau à l'égard de Pascal et son caractère infmiment prudent dans l'ordre 
des recherches scientifiques. M. Monchamp ajoute au texte cartésien quel- 
ques notes succinctes qui aident à en saisir toute la portée. 

Espagne. — C'est une bien curieuse étude que celle qu'a publiée récem- 
ment M. Gabriel Marcel, le savant conservateur des cartes et plans de la 
Bibliothèque nationale, sur les Origines de la carte d'Espagne (Paris, in-8 de 
35 p. Extrait de la Bévue hispanique). Sur le dictionnaire de l'Espagne pro- 
jeté par Fernan Colon, sur l'enquête de 1575, sur les travaux astronomiques 
et les levers de P. de Esquinel et de Diego de Guerara, M. Gabriel Marcel 
apporte , dans son travail , des ^informations absolument nouvelles ; 
il y publie d'autre part le tableau d'assemblage d'une carte qu'il date 
avec raison des années Wk2 à [1658. Grâce à tous ces faits, la plaquette de 
M. Marcel est fort instructive et pour les géographes français, et pour leurs 
confrères de l'autre côté des Pyrénées. 

— Au cours de ses explorations géologiques à travers la province 
de Barcelone, M. le D'' Aimera a recueilli une série d'échantillons de 
roches éruptives dont il a confié l'examen microscopique à Don Ramon 
Adam de Yarza. Ce dernier a exposé le résultat de ses éludes au milieu de 
l'année 1898, à la Real Academia de ciencias y artes de Barcelona, dans un 
mémoire qui intéressera non seulement les géologues, mais aussi les 
minéralogistes [Rocas eruptivas de la provincia de Barcelona. Barcelone, 
impr. de A. Lôpez Robert, in-4 de 11 p. et de 5 planches. Extrait du Bule- 
tin de la Real Academia de ciencias y arles de Barcelona. Cinq belles planches 
en couleur accompagnent ce travail très sérieusement fait, et utile. 

Grëce. — La maison Phexis, d'Athènes, poursuit avec la plus louable 
activité la publication de sa « Bibliothèque populaire »; en moins d'un an, 
plusieurs gros volumes ont vu le jour. Il est vrai que l'originalité leur 
manque tout à fait ; la plupart ne sont que des emprunts, comme on peut 
s'en convaincre par les quelques titres qui suivent : A. d'Ennery : A! 5ûo 
pçavaîo, trad. Ch. Georgiadès (2 vol. in-8 de 1968 p. et 403 illustrations). — 
A. Dumas : '0 ap-^wv tou x()ff[j.ou (in-8 de 970 p. avec illustrations). Le traduc- 
teur ne s'est pointfait connaître. — A. Dumas : 'II o-y^ûyo; ToùKXauStou, trad. L. 
P. Camellopoulos (in-8 de 96 p.)- — La maison Casdonis, une rivale de la maison 
Phexis, multiplie elle aussi les traductions. Elle vient de livrer au public: 
K. Oppel : Tô êtSXt'ov Twv yovÉwv, trad, Ch. Poulios (in-8 r\ — 480 p.). Les deux 
établissements publient d'ailleurs — au moins de temps en temps — des 
ouvrages originaux. Ainsi, les presses de Casdonis ont mis au jour, der- 
nièrement, un charmant volume de J. K. Combouroglou : Aià xk TvatSta. 
*E).)>y,vty.à Tioi-nixata (in-8 de 130 p.) et celles de Phexis, un épais in-8 de 912 pages, 
intitulé : '^z^â.lr^ O'txoysvetay.Ti [ixYEtpixT) xal ÇaxapOTrXacTTixri, par B. Alexiades. 
L'ouvrage est daté de 1900 : que serait-ce si le calendrier grec n'avait pas sur 
le nôtre treize jours de retard? — Un certain Charalampos Anninos, —ce 
doit être un avocat— s'est imposé la tâche fort méritoire de mettre en grec 
l'ouvrage d'H. Malin : 'Ymç Tf,ç TrarpiSoç, (Athènes, Papadopoulos, 1899, in-8 de 



— 93 — 

286 p. et 25 gravures), et un M. N. Philon, fort habile en affaires, à en 
juger par son style, a eu la patience de rédiger à l'usage de ses compa- 
triotes 204 pages de correspondance commerciale : 'Ey/î'.p''5'.ov è(i.7:opty.fj; 
à>,>,r,).oYpa?ia;, Athènes, Sakellarios, 1899. Finissons cette rapide revue par 
la mention de deux ouvrages d'une portée plus haute. L'un a pour auteur 
J. Scaltsounis, le directeur bien connu de 1' 'Aviii).a(jt;, et pour titre : 

0pr|(TX£ia y.al Ir-'-i-riU.-/]. ArjixoiSr); roC -/pKTT'.av'.T[iO-j à7ro).OY''iTty.r| (Athènes, CODS- 

tantinidis, 1899, in-8 de 403 p.). L'autre est une monographie d'une intéressante 
ville de Cappadoce : 'II Stvao-6;, par J. S. Archélaos (Athènes, Nicolaïdés, 
1899, in-8 de 287 p.)- Ce volume pourrait être mieux imprimé, plus méthodique 
et souvent moins banal. Toutefois, à le lire, on apprend quelque chose. 

Italie. — Un aimable envoi nous permet d'indiquer aux folkloristes une 
très intéressante brochure de M. Pio Rajna : Per le origini délia novella proe- 
miale délie mille e una nolle (Extrait du Giornale délia socielà asiatica italiana 
vol. XII. Firenze, Societa tip. Fiorentina, in-8 de 26 p.). Dans cette disserta- 
tion, l'illustre professeur prouve que les Mille et une Nuits passèrent de 
l'Inde à la Perse et établit de la manière la plus curieuse toute la généa- 
logie d'un célèbre conte de l'Arioste, Joconde. Nous voyons dans cette bro- 
chure l'annonce d'une nouvelle édition d'un excellent ouvrage de M. Pio 
Rajna depuis longtemps devenu bien rare : Le Fonti deW Orlando furioso. 

Norvège. — M. A. Pettersen, bibliothécaire de l'Université de Christiania, 
vient de livrer au public le premier fascicule d'un ouvrage bibliographique 
considérable auquel les hommes d'étude ne sauraient manquer d'accorder 
leurs suffrages. Le tome \" de la Biblioiheca norvégien, qui porte pour titre 
particulier Noi-sk Doglexikon, 1643-1813, est un catalogue descriptif des livres 
imprimés en Norvège depuis l'introduction de l'imprimerie dans cette 
contrée (Christiania, Gammermeyer, in-4 de 288 p.). 

Pologne. — A propos de la conférence de La Haye, Jean d'Outremer (?) 
demande le rétablissement d'une Pologne dans l'intérêt de l'Europe {La 
Pologne et la paix générale. Paris, in-8 de 8 p. Extr. de VHumaiiité nouvelle). 
Il invoque le témoignage de Xavier de Maistre, de Herzen, de Bakounine, 
de Herveg, d'A. Sorel, etc. — D'un autre côté Filarmonios (?) propose (fietjue 
politique et parlementaire) de donner à la Russie les Ruthènes de l'Aulriche- 
Hongrie et de constituer une Pologne avec l'ancien royaume et la Posnanie. 
Le Bulletin polonais, de Paris, repousse cette combinaison. 

Russie. — L'Exposition universelle, qui doit s'ouvrir à Paris dans quelques 
mois, a fourni au ministère du commerce de Russie l'occasion de publier 
un ouvrage considérable, sur la vie économique de cet empire. La direction 
générale de VObzor ekonomitcheskol jisni Rossii a été prise par M. V. I. Kova- 
levskii, qui s'est assuré le concours de collaborateurs nombreux. 

— Vient de paraître à baint-Pétersbourg : Vllistoirc des Chevaliers gardes, 
régiment de S. M. l'impératrice Maria Fédorovna. Splendide volume illustré 
avec un goût exquis. Parmi les rédacteurs de cet ouvrage nous trouvons 
notre collaborateur P. Pierling. 

Palestine. — Dans cette plaquette : Pèlerinages d'autrefois, notre dis- 
tingue collaborateur M. l'abbé P. Pisani (Extrait de la Quinzaine. Imp. de 
N.-I). de Monlligeon, in-8 de 165 p.) étudie les conditions des pèlerinages 
en Terre-Sainte autrefois, en commençant parcelui de Louis de Rochechouart, 
évoque de Sanites, entrepris en 1461, et il les compare avec celles des pèleri- 
nages des temps présents où, en six jours, de Paris on arrive i Jérusalem. 
<i Quelques-uns d'entre eux (les pèlerins), dit-il, nous ont laissé le récit de leurs 
pérégrinations et j'ai pensé qu'un rapprochement entre deux périodes de l'his- 



— 94 — 

toire des pèlerinages ne manquerait pas d'un certain intérêt ; ceux qui ont vi- 
sité les Lieux Saints dans ces dernières années verront au prix de quelles 

fatigues ieursdevancicrs ont ouvert les chemins qu'ils ont parcourus Cis 

lignes feront assister aux surprenantes évolutions d'un pays qui passe entre 

tous pour ("tre fermé au progrès et à la civilisation De tous les peuples 

occidentaux, ce sont les Français qui ont le plus contribué à ce renouvelle- 
ment bienfaisant. » D'après des documents bien choisis et probants, on 
apprendra donc beaucoup sur les pèlerinages en Palestine : ce sera encore 
un voyage dans son fauteuil qui ne laissera pas que de charmer même les 
indolents et les sceptiques. 

Afrique du sud. — La guerre que les deux républiques boërs sou- 
tiennent contre l'Angleterre a provoqué la publication de diverses cartes du 
théâtre des opérations militaires. Dans le genre, nous avons à signaler ici 
la Carte du Transvaal, de l'État libre d'Orange, des colonies du Cap et du Natal, 
d'après la carte d'Afrique au ' du service géographique de l'armée 
(Paris, Pion ; 44 centimètres sur 43. — Prix : fr. 60). — Nous donnerons 
aussi une mention à la Carte du Transvaal et des régions limitrophes de 
l'Afrique australe (Paris, Hachette ; 55 centimètres sur 37. — Prix : fr. 60). 
Cette dernière carte, dressée au ^ ^ *„„(, par M. Marins Chesneau, est repliée 
au format petit in-8 (illustré de 10 gravures); le versoest occupé par une notice 
sur l'histoire des Boërs, leurs rapports avec les Anglais, la géographie et 
les ressources du Transvaal et le caractère de ses habitants. 

États-Unis. —Il y a quelques années, lorsqu'on dressa des plans pour la 
reconstruction des bâtiments de la bibliothèque de Boston, l'on eut l'idée 
de faire un catalogue des plans et des représentations de bibliothèques 
qui se trouvaient dans les collections de cet établissement. Ce travail parut 
dans le Quarlerly bulletin of the Public library of the city of Boston en 1886 et 
1888 et dans le Library Bulletin des mêmes années. M. James Lyman Whit- 
ney a pensé qu'il y avait intérêt à reprendre et à compléter son premier 
travail et il nous donne une seconde édition, fort augmentée, de An index to 
the pictures and plans of library buildings to be found in the Boston Public Library 
(Extrait du Monthly bulletin de la bibliothèque, août 1899. Boston, the trus- 
tées, in-8 de vi-3i p.). Ce travail consciencieux, dans lequel les pièces sont 
classées par ordre alphabétique des noms géographiques, a l'avantage de 
nous faire connaître non seulement les pièces publiées isolément, mais 
celles mêmes qui ont été insérées dans des recueils périodiques et dans 
des ouvrages divers. Il est inutile de faire observer que ce travail, qui 
n'est pas une bibliographie, mais le simple catalogue d'une collection, offre 
des lacunes. 

Publications nouvelles. — Jésus, par le R. P. Sertillanges (in-12, Lecoffre). 
— La Vierge Marie présentée à Vamour du xx.^ siècle, par l'abbé J. Lémann. 
T. I" (in-12, Lecoffre). — Les Pères de VÉglise, leur vie et leurs œuvres, par O. 
Bardenhewer. Édition française par P. Godet et G. Verschaffel (3 vol. in-8, 
Bloud et Barrai). — La Commimion hebdomadaire, par le R. P. Coubé (in-12, 
Retaux). — Conférences et discours, par l'abbé G. Bourassa (in-e, Montréal, 
Beauchemin). — Propriété et contrat. Théorie des modes d'acquisition des droits 
réels et des sources des obligations, par C. Bufnoir (in-8, Rousseau). — Méthode 
d'interprétation et sources en droit privé positif. Essai critique, par F. Geny 
gr. in-8, Chevalier-Marescq). — Droit politique contemporain, par le Vt* Combes 
de Lestrades (in-8, Guillaumin). — Pour devenir avocat, par R. Lafon (in-i2, 
Schleicher). — La Doctrine de Spino^^a exposée et commentée à la lumière des 
faits scientifiques, par E. Ferrière (in-12, Alcan). — Introduction aux Essais de 



— 9o — 

Montaigne, par É. Champion (in-12, Colin et C'*). — Essai de synthèse cvolutio- 
niste ou monaliste. Science, philosophie, métaphysique, religion, par C. Horion 
(in -8, Alcan). — Lettres philosophiques. Positivisme et spiritualisme, par L. Va- 
vasseur in-8, Téqui).— Les Philosophies négatives, i>a.r E.Naville (in-8, Alcan). 

— L'Éducation rationnelle de la volontc,'-pav le D' S.-E.Lévy {in-12 cart., Alcan). 

— Nouvelles Recherches sur l'esthétique et la morale, par J.-P. Durand (in-8, 
Alcan). — Aux Jeunes Gens. Quelques conseils de morale pratique, par P. Mala- 
pert (in-t2, Colin et O').— La Liberté de l'enseignement, par H. de Lacombe (in- 
16, Perrin). — Du Lycée au couvent, par le P. J. Burnichon (ia-12, Retaux). — Le 
Mécanisme de la vie moderne, par le V'« G.d'Avenel,3« série (in-12. Colin et C''>^'). 

— Les Idées égalitaires. Étude sociologique, par C. Bouglé (in-8, Alcan). — 
Socialisme théorique et socialdémocralic pratique, par E. Bernstein (in-12, 
Stock). — Les Enquêtes. Pratique et théorie, par P. du Maroussem (in-8 cart., 
Alcan). — L'Anthropologie et la science sociale, par P. Topinard (in-8, Masson). 

— L'Instinct sexuel, évolution et dissolution, par le D' Ch. Féré (in-12 cart., 
Alcan). — Histoire des mathématiques, par J. Boyer (in-S cart., Alcan). — Les 
Maîtres de la guerre. Frédéric II , Napoléon, Moltke, pB.V le lieut.-col. Rousset (in- 
-12,Montgrédien).— La Défense ?iaya?e,par E.Lockroyf in-8, Berger- Le vrault). — 
L'Archéologie au moyen âge et ses méthodes, par J.- A. Brutails (in-8, Picard et fils). 

— L^ Art et les Artistes; nos peintres du siècle, 1)Q.t J.Breton (in-12, Société d'édition 
artistique). — Discours et allocutions, par E. Guillaume (in-12, L.-H. May). — 
Autre guitare, par V. Mandelstamm (in-12, OUendorf). — La plus riche, par 
M. Floran (in-12, Calmann Lévy). — Pages catholiques, par J.-K. Iluysmans 
(in-12, Stock). — Lettres à ma cousine. L'Allée des demoiselles, par G. Auvraj' 
(in-12, Pion et Nourrit). — Maître Lardent, notaire, par Leroux-Cesbron 
(in-12, Pion et Nourrit). — Philibert. Pages de la trentième anriée, par L. Ribal- 
lier (in-12, Pion et Nourrit). — L'Heure décisive, par H. Ardel (in-12, Pion et 
Nourrit). — La Revanche du passé, par E. Pradez (in-12, Perrin). — Supplice 
de Tantale, par F. Pauty (iu-i2, Perrin). — Notre Père qui clés aux deux..., 
pari. Kaiser (in-12, Perrin). — Résurrection, par le C^' Tolstoï; trad. du 
russe par C. de Wyzewa {in-12, Perrin). — Le Baiser, par Nonce Casanova 
in-12, OUendorf). — Tuons le mandarin, par J. Sigaux (in-12, Colin et C'*-'). 

— Les Doers, par E. Morel (in-12, « Mercure de France »). — Hellé, par M. Tinyare 
(in-12, « Mercure de France »). — L'Agonie de l'amour, par E. Jaloux (in-12, 
« Mercure de France »). — L'Amour tout simple, par C. Allanno (in-12, « Mer- 
cure de France »). — La Route d'émeraude, par E. Demolder (in-12, « Mercure 
de France »). — Le Second Livre de la Jungle, par R. Kipling (in-12, <; Mercure 
de France »). — Monsieur le Professeur, par G. Maldague (in-12, Chamuel). 

— Le Droit d'aînesse, par Champol (in-12, Henri Gautier). — Les Épreuves de 
liosy, par la C"»»* Sérurier (iu-12, Henri Gautier'. — Les Trois Fiancées de 
Louis XV, par C. de Vitis (in-12, Téqui). — Suédois et Norvégiens che^ euo:, 
par M. Quillariet (in-12, Colin et G!").— Les Merveilles d'Espagne, par A. Bon- 
not (gr. in-8, Abbeville Paillart). — Trois mois de chasse sur les côtes d'Albanie, 
par E. Lafont (in-12, Pion et Nourrit). — LeTour d'Asie, \)aT M. Mounier.T. II. 
L'Empire du mxlieu (in-8,Plon etNourrit). — En Escale. Une Promenade à Cey- 
lan, Singapour, Saïgon Hong-Kong, Macao, Canton, une semaine aux Philippines, 
par .\. Biillesort in-12, Perrin). — Les Colonies françaises, par P. GalTarel 
(in-8, .\lcan). — Etude sur les peuples anciens de l'Italie et sur les cinq premiers 
siècles de Home par C. Lamarre (in-8, Delagrave). — Sainte FrançoiseRomaine, 
par M"» la C»-" de Rambuteau (in-12, Lecoffre). — Saint Alphonse de Li- 
guori 4696-4181, par le R. P. Berthe (2 vol. in-8, Retaux). — Sainte 
Chantai. Pensées extraites de sa correspondance (in-12, Téqui). — La 



— lU) — 

l'osicritc de xaiut Benoit, par J.-T. de Belloc (in-8, Lamulle et Poisson). — 
Les (Irands Saints de France et leurs amis, par Ch. d'IIéricault (in-12, Bloud 
et Barrai). — l'î* de Mgr Dupont des Loges, cvâque de Metz, ^804-4886, par 
l'abbé F. Klein (in-8, Poussielgue^. — Monseigneur Saivet, évcgue de Mende 
{187S-1876) et de Perpignan {1816-4811), par le chanoine E. Rous (2 vol. in-8, 
Desclée et de Brouwer). — Lettres inédites du R. P. de lîavignan à Mgr Du- 
panloup, 1840-1857, publiées par l'abbé P. Hébert (in-8, Tours, Marne). — 
La Patrie en danger, par E. Pierrot (in-12, Perrin). — La Guerre avec r Angle- 
terre, par le lient. X... (in-12, Berger-Levranlt). — La Conquête prolestante, 
par E. Reuauld (in-1~, Retaux). — Histoire illustrée de la France. La France 
avant l'hiitoire et la Gaule indépendante, par le V" de Caix de Saint-Aymour 
et Albert Lacroix. T. I (in-8, Ollendorf). — Charles le Simple, par A. Eckel 
(in-8. Bouillon). — Études sur la civilisation française, par A. Marignan (2 vol. 
in-8. Bouillon). — Les Grands Traités du régne de Louis XIV, par II. Vast. T. 
m (in-8, Picard). — Histoire de la responsabilité cri7nineUe des ministres en France 
depuis 1189 jusqu'à nos jours, par L. Ferstel (in-12, L. H. May). — La France 
sous le Consulat,peiT F. Gorréard (in-8, L.-II. May). — Campagnes de 1809 en 
Allemagne et en Autriche, par le Ct Saski. T. I (in-8, Berger-Levrault). — Les 
Campagnes de la Restauration (Espagne, Morée, Madagascar, Alger), par R. Bit- 
tard des Porte.s (in-8, Tours, Cattier). — 1830. Chouans et réfractaires [Bretagne 
et Bas-Maine), pdLT A. de Courson (in-8, Paris, Sauvaitre; Nantes, Cier). — 
Souvenirs et campagnes, par le général de la Motte-Rouge. S» série. Campagne 
d'Italie 1859, expédition du Mexique 1861, guerre de 1810 (in-8, Lethielleux). — 
La Faculté' de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres, par l'abbé P. 
Féret. T. I"' (gr. -in-8, Picard). — Essai de restitution des plus anciens mémoriaux 
de la Chambre des comptes de Paris, par J. Petit Gavrilovitch Maury 
et Teodoru (in-8, Alcan). — Histoire de la maison de Madaillan, 1016 à 
1900, par M. Campagne (in-4, Bergerac, imp. Castanet). — UAllemagne 
nouvelle et ses historiens, par A. Guilland (in-8, Alcan). — Pascal. VHomme, 
l'œuvre, V influence, par V. Giraud (in-12, Fontemoing). — Bossuet, par A. 
Rébilleau (in-12, Hachette). — Fénelon, par le P. L. Boutié (in-8. Retaux). 
— Pierre Leroux et ses œuvres. L'Homme, le philosophe, le socialiste, par 
C. Raillard (in-8, Châteauroux, Langlois). — Fragments et souvenirs par le 
C'a de Montalivet.T. II (1836-1848) (in-8, GalmannLévy). — Le Général Bour- 
baki, 1816-1891, par le Gne G. de Corlay (in-8, Abbeville, Paillart). — Léon 
Say. Sa vie, ses œuvres, par G. Michel (in-8, Calmann Lévy). — Le Rappel 
des ombres, par le Vie E.-M. de Vogiié (iu-12, Colin et C'«). — Études sur 
quelques tnanuscrits de Rome et de Paris, par A. Luchaire (in-8, Alcau). 

ViSENOT. 

QUESTIONS ET RÉPONSES 

QUESTIONS 

Une Bibliothèque de ministre. thèque de ministre (la Bibliothèque de 
— Quelle est la Revue qui a donné Claude Le Blanc, vendue le 7 mars 
un intéressant article sur Une Biblio- 1729 et jours suivants)? 

Le Gérant : CHAPUIS. 



Imp. Fr. Simon, Rennes. 



POLTBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 

OUVRAGES D'INSTRUCTION CHRÉTIENNE ET DE PIÉTÉ 

1. Institutions pastorales données en synode an clergé de son diocèse par Mgr Louis- 
Henri-Joseph Ll'çon, évêque de Belley. Lyon, Vitte, 1898, in-8 «Je xvi-534 p., 3 fr. W. — 
2. Cours complet d'enseignement religieux destiné aux élèves des maisons d'édu- 
cation et des catéchismes de persévérance, par l'abbé Terrasse. Paris, Delhorame 
et Briguet, s. d., 4 vol. in-12 de 68, 84. 112 et xvi-340 p., 4 fr. 50. — 3. Le Catho- 
licisme en quatre chapitres, par l'abbé Laiierrère. Paris, Delhomme et Biii;iiet, 
1899, in-l8 de 60 p., fr. 30. — 4. Le Dogme des grandes consolations et la 
réunion dans le bonheur éternel, par Mgr Turi.naz, évêque de Nancy et de Toul. 
Nancy, Drioton, 1899, in-12 carré de •^4 p. — 5. Les Fins dernières, par saint 
Grégoire le Grand. Paris, Téqui, 1899, in-12 carré de 144 p., 1 fr. — 6. Le 
Péché d'incroyance, par le R. P. Badet. Paris, Briguet, 1899, in-12 de 350 p., 3 fr. 50. 
— 7. Retraites et sermons d'œuvres, par le P. Go.ndrand. Pari?, Briguet, 1899, 2 vol. 
in-12 de xvi-480 et 442 p., 7 fr. — 8. Conférences et discours, par l'abbé G. Bou- 
rassa. Montréal, Beauchemin, 1899, in-8 de iv-322 p. — 9. Jésus, par le H. P. 
Sertillanoes. Paris, Lecoffre, 1900, in-12 de x-2ii p., 2 fr. 50. — 10. Le Sacrifice 
de l'Homme- Dieu, considérations historiques, doctrinales, ascétiques sur le Sacri- 
fice de N.-S. J.-C. figuré et accompli, par l'abbé Charre. Paris, Amat, 1898, in-S 
de xvi-450 p., 3 fr. — 11. La Communion hebdomadaire, par le R. P. Coubé. 
Paris, Relaux, 1899, in-12 de 218 p., 2 fr. 50. — 12. De Dnitatlone Christi libri 
quatuor Thomaea Kempis. Quartum edidit, considerationes adjecit Her.man.nus Ger- 
LACH. Editio altéra. Friourgi Brisgoviae, Herder, 1900, in-12 de xvi-464 p., 3 fr. — 
13. Élévations au Sacré-Cœur de Jésus, par Mgr Béquinot, évêque de Nimes, 4" édi- 
tion. Paris, Lethielleux, 1900, in-12 de 36'i p., 3 fr. 50. — 14. La Vierge Marie 
présentée à l'amour du XX" siècle, par l'abbé J. Lé.man.\. Paris, Lecoffre, 1900, 
in-12 de viii-602 p., 3 fr. 50. — 15. La Famille selon les Livres Saints. Le Mariage, 
les devoirs des époux, l'éducation, par le R. P. Paul Gi-air. Paris, Maison 
de lu Bonne Presse, s. d., in-18 de xii-228 p., fr. 50. — 16. La Vie au pensionnat, 
apprentissage de la vie dans le monde, par l'auteur des Paillettes d'or. Avignon, 
Aubanel, 1899, in-12 carré de xx-356 p., 2 fr. — 17. Au sortir du séminaire. Cau- 
series d'un vieux curé avec un jeune prêtre, par l'abbé Perdrau. Paris, Lecofi're, 
1899, in-12 de xii-266 p., 2 fr. — iH. De l'autnône, par saint Cypril.v. Paris, 
Téqui, 1899, in-12 carré de 136 p., 1 fr. — 19. Chez les pauvres. Souvenirs des 
visites charitables de Clément Myionnet, des Frères de Saint Vincent de Paul, 
par Damkl Fontaine. Paris-Auteuii, Orphelins-apprentis, 1898, in-12 carré de 90 p., 
fr. 60. — 2U. Le Petit Trésor spirituel, ou Notions sur les scapulaires, chapelets 
et divers objets de piété, parle l'i. P. Jules Jacques. 17* édit. avec les formules de 
bénédictions. Paris, Casterman, s. d., in-18 de 112 p., fr. 20. — 21. Le même sans 
les formules de bénédictions, fr. 15. 

1-G. — Enseignement. — Les Instiluiions pastorales de Mgr l'évoque 
de Belley sont, avant toul, destinées au clergé de son diocèse; 
toutefois, elles ont, en maiiita endroits, une portée plus étendue et, 
en dehors du diocèse de Belley, elles peuvcut être utiles à beaucoup 
de prêtres. C'est une édition nouvelle des statuts diocésains, remaniés 
et adaptés aux besoins actuels, préparée, sur le plan arrêté avec 
Mgr l'évoque, par le directeur des conféreuces; ce travail a été soumis 
FÉVRIER lyOU. T. LXXXVllI. 7. 



EL. 



— 98 — 

à l'élude d'une commission intime des directeurs du séminaire et du 
chapitre, celui-ci, consulté capitulairement ; il fut enfin communiqué au 
synode où toutes ces « institutions » furent lues en congrégation géné- 
rale et discutées en détail par les commissions particulières. Tel est 
l'ouvrage que Mgr l'évoque de Belley a offert au clergé de son diocèse 
« comme un gage de sou attachement et du grand désir qu'il a de lui 
être utile »; il ne peut que contribuer à conserver parmi ses prêtres 
c les saintes traditions de science ecclésiastique, de régularité, d'es- 
prit sacerdotal qui ont fait la gloire de son passé et qui seules peuvent 
assurer dans tous les temps l'honneur et la force du ministère pas- 
toral. » Ces institutions ne sont autre chose que « le résumé des 
enseignements de l'Église, un abrégé des saints canons, le fruit de 
l'expérience des saints; elles se rattachent à trois objets principaux 
qui renferment tous les devoirs du Pasteur des âmes : la sanctilication 
personnelle du prêtre, l'administration spirituelle et l'administration 
temporelle des paroisses, avec ce précieux avantage que toutes ces 
règles sont mises en harmonie avec les décisions nouvelles du Saint- 
Siège et les dispositions civiles en matière de culte. 

— Le Cours complet d'enseignement religieux de M. l'abbé Terrasse 
est destiné à une classe moins spéciale et plus nombreuse de lecteurs; 
ce sont de jeunes gens, de jeunes filles que se propose d'instruire le 
professeur à l'École Saint-François de Sales de Dijon, et, pénétré de 
l'importance de sa mission, il remplit ce devoir avec tout le zèle et 
toute l'application d'un prêtre dévoué à ces chères âmes. Son but est 
de fournir aux élèves des établissements religieux des plaus détaillés 
qui leur offrent une exposition raisonnée de la doctrine chrétienne, 
des notions générales sur l'histoire de l'Église, enfin une étude élé- 
mentaire de l'apologétique ; il prend les élèves après leur première 
communion, c'est-à-dire à partir delà cinquième et les conduit jusqu'à 
la fin de leurs classes, tenant compte de leur âge, de la portée de leur 
esprit, de leurs mœurs, de leur condition. Son programme, ou sa 
méthode, consiste à exposer d'abord brièvement la vérité catholique, 
puis à la raisonner, en fournissant à ses jeunes auditeurs des preuves 
qui les mettent en état de se rendre compte de leurs croyances et qui 
répondent aux besoins de l'époque actuelle; il s'est inspiré pour cette 
tâche de l'excellent Directoire de l'enseignement religieux, par M. l'abbé 
Dementhon. La première partie, pour la classe de cinquième, est 
consacrée au Symbole ; la deuxième partie, pour la classe de quatrième, 
renferme la morale ; la troisième ^partie, pour la classe de troisième, 
traite des moyens de sanctification et de la liturgie ; la quatrième 
partie, pour la classe de seconde, contient l'histoire de l'Église. Cette 
dernière partie nous parait supérieure aux autres. Les trois premières, 
à force d'être réduites, sont, à notre avis, trop écourtées. Il est vrai 



- 99 — 

que le catéchiste est là pour développer et compléter, mais cependant 
nous aurions désiré, au moins pour le dogme et la morale, un peu 
plus d'ampleur. En revanche, l'histoire de l'Église nous plaît à mer- 
veille; elle est d'une précision, d'une clarté, d'un enchaînement qui en 
font un des meilleurs ouvrages de ce genre. Ce livre nous rappelle la 
méthode et le plan de Vllistoire de l'Eglise, par M. l'abbé Rivière, 
directeur au grand séminaire de Nîmes;, avec ce mérite incontestable 
que M. l'abbé Terrasse résume en 310 pages les dix-neuf siècles de la 
vie de l'Église qui remplissent quatre gros volumes in-8 de M. l'abbé 
Rivière; ce mérite fait de son livre un excellent manuel classique qui 
suffit à instruire sans charger la mémoire de faits moins importants. 
Dans sa lettre d'approbation, Mgr l'évéque d'Angoulême apprécie en 
ces quelques mots l'œuvre de M. l'abbé Terrasse : « Vous avez su, lui 
dit-il, dans un volume de moins de 400 pages, avec une précision re- 
marquable et d'une façon suffisamment complète, résumer cette splen- 
dide histoire, grâce à une méthode ingénieuse et à un plan fécond. 
Votre livre comble une lacune et d'une façon très pratique. » 

— M. l'abbé Laherrère simplifie de telle manière son enseignement 
qu'il le renferme dans un opuscule. Le Catholicisme en quatre chapitres 
n'a pas et ne peut avoir évidemment la prétention d'être un cours de 
théologie; il a pour but, en démontrant l'existence de Dieu, la divinité 
de Jésus-Christ et la divinilé de l'Église, d'asseoir définitivement la 
foi des jeunes gens et même des hommes de tout âge « sur une base 
de granit, sur celte vérité primordiale : l'Église catholique romaine 
est la seule et vraie Église de Jésus-Christ et, à ce litre, elle est infail- 
lible comme son auteur. » Il est évident (jue celte vérité une fois bien 
établie, pour tout esprit sincère et logique il n'y a plus que cette 
conclusion pratique : Sainte Église parlez, votre serviteur vous écoute. » 
Et c'est là tout le catholique. 

— C'est un point spécial de l'enseignement religieux que Mgr l'évèque 
de Nancy se plaît à exposer et à établir dans sa brochure : « Le Dogme 
des grandes consolations et la réunion dans le bonheur éternel. » Le titre 
indique assez clairement la pensée de l'éminent auteur. Mgr Turinaz 
nous offre des pages où il nous rappelle tout ce qui peut ôlre un 
baume pour nos pauvres cœurs blessés ; au-delà et au-dessus de cette 
terre d'exil, pleine d'angoisses et d'épreuves, il nous montre cette vie 
éternelle, toute faite de gloire et de bonheur, comme courounement et 
récompense de la vie chrétienne ; à nos âmes si attristées des sépara- 
tions douloureuses que leur impose la mort, il parle de celte réunion 
définitive qui doit s'accomplir au sein du bonheur. Nous ne sommes 
point surpris que « ce petit traité » ait éclairé et consolé bien des âmes 
et nous remercions Mgr Turinaz d'avoir édit à part co cbapitri- de son 
grand ouvrage sur la Vie chrétienne; ainsi, plus facile à répandre, celle 



— 100 — 

brochure produira uq plus grand bien ; elle apprendra à un nombre 
plus considérable d'âuies à transformer, à sanctifier la douleur et à en 
faire le moyen sans égal d'obtenir les joies célestes. » 

— La maison Tcqui nous oflVe la môme méditation dans l'opuscule 
qu'elle vient d'éditer et dont le contenu est emprunté aux œuvres de 
saint Grégoire le Grand : Les Fins dernières. Ce petit livre joint à l'ortho- 
doxie de la doctrine et à l'élévation des pensées le précieux avantage de 
nombreux exemples que le saint docteur se plaît à nous mettre sous 
les yeux comme pour rendre plus frappantes et pour confirmer davan- 
tage les considérations qu'il développe. Le lecteur prend un grand inté- 
rêt à ce qui est vivant ; il aime à voir eu actes la vertu qu'on lui 
recommande ; la pratique vient ainsi en aide à la théorie et chacun 
se dit comme saint Augustin : Ce que ceux-ci ou celles-là ont fait, 
pourquoi ne pourrais-je pas le faire? Prenez donc et lisez : vous 
apprendrez à mieux supporter les maux de celte vie qui vous 
serviront à vous assurer les récompenses éternelles; vous aurez plus 
de force pour résister aux séduclions et pour surmonter les difïicultés 
de l'accomplissement du devoir. Ce petit livre vous dit : t Faites ceci 
et vous vivrez éternellement. » 

— La méditation des fins dernières serait un remède efficace contre 
le Péché clHncroyance dont va nous parler avec tant d'autorité et de 
logique le R. P. Badet, de l'Oratoire : c'est même la conclusion de son 
livre : « La mort, dit-il, éclaire et sauve par l'humilité et le repentir 
ceux que la vie aveugle et pervertit par l'orgueil et le vice. » Ce tra- 
vail sur le péché d'incroyance est aussi bien destiné à le prévenir 
qu'à le détruire ; il s'adresse donc aux croyants comme aux intelli- 
gences tourmentées par le besoin d'examiner, au jeune homme, à la 
femme même chrétienne, troublés par le spectacle qu'ils ont sous les 
yeux ou par les discours qu'ils entendent ; il répond, on le voit, à un 
besoin et à une préoccupation ; son but est de montrer qu'il est 
impossible que le chrétien convaincu d'aujourd'hui devienne légiti- 
mement et sans péché l'incroyant convaincu de demain. Voici, d'ail- 
leurs d'après quel plan et quelle méthode l'auteur conduit son œuvre. 
Il considère d'abord le péché d'incroyance dans un homme qui fut 
chrétien et il en décrit la nature ; il prouve, ensuite, que ce péché ne 
se justifie objectivement par aucune certitude ni rationnelle ni scien- 
tifique ; qu'il ne se justifie pas davantage pratiquement par les résul- 
tats de l'expérience ; qu'il n'a jamais pu s'autoriser ni par la suppres- 
sion, ni par la récusation du témoin vivant de la foi ; il continue à 
étudier le péché d'incroyance en consultant soit la conscience des 
incrédules de génie, soit la conscience des incrédules ordinaires ; il 
dénonce les prétextes de ce péché, qui aime à se couvrir (^s certitudes 
factices contraires à la foi ; il démontre péremptoirement que le péché 



^^P 



J 



— ibî - 

d'incroyance n'a pas sa racine première dans l'esprit, mais qu'il pro- 
cède d'une volonté hostile aux vérités de la foi : il a plutôt sa source 
dans le cœur que dans la raison. Et alors le remède est tout indiqué : 
il suffit de faire disparaître la cause du mal. L'auteur termine en 
déclarant que le péché d'incroyance cesse d'exister quand n'existent 
plus les dispositions volontaires qui l'avaient produit et qui le main- 
tenaient, ft La volonté, dit-il, prise dans une passion ou un intérêt, 
constitue réellement la seule barrière qui se dresse entre l'esprit do 
l'homme et la vérité chrétienne, la seule cause sérieuse qui engendre 
l'incrédulité. L'obstacle écarté ou brisé, la lumière passe, la certitude 
se produit, la foi triomphe. » 

7 et 8. — Prédication. — Le R. P. Bernard, des Oblats de Marie 
Immaculée, poursuit sa lâche d'éditeur intelligent et dévoué des 
œuvres de son ami, le P. Gondrand ; après avoir publié les Sermons et 
•panégyriques de cet éloquent missionnaire, il iious donne aujourd'hui 
les Relrailes et sermons d'œuvres, deux volumes nouveaux où nous 
retrouvons le même esprit, la même doctrine, la même méthode. Ici 
l'apôtre s'adresse à un auditoire restreint, spécial, et il le traite pour 
ainsi dire avec plus de sollicitude et de tendresse. Ce sont des sermons 
de retraite qui s'adressent au clergé, aux religieux, aux membres des 
conférences de Saint- Vincent de Paul, aux congrégations d'enfants 
de Marie, aux élèves des écoles catholiques, aux premiers commu- 
niants, et chacune de ces catégories d'auditeurs entend le langage 
qui lui convient, reçoit l'enseignement on harmonie avec sa situation 
et ses devoirs. Ajoutez-y un certain nombre de discours de circons- 
tance adressés à des gens d'œuvres, ou d'allocutions pour quelques 
solennités et vous vous ferez une idée « de l'étendue et de l'élévation 
du génie du P. Gondrand. » Ces dernières paroles sont empruntées au 
rapport présenté sur ces deux volumes à Me"" l'archevêque d'Aix par 
M. le chanoine Mille ; le judicieux rapporteur se plaît à admirer « cet 
accouplement des profondeurs du mysticisme cl des envolées de la 
poésie » ; il ajoute ensuite : « Il esl tel ou tel de ces sermons de retraite, 
comme celui qui est consacré au Silence, que ne désavoueraient pas 
les maîtres les plus autorisés de la vie spirituelle, tandis que Bridaine 
aurait signé des deux mains le discours sur le Vrai Socialisme. » 
Mgr l'archevêque d'Aix, heureux de ce jugement, de cette appré- 
ciation qu'il considère comme très importante, s'empresse d'ap- 
prouver la publication de ces deux volumes, dont il a lu, dit-il, une 
bonne partie, et qu'il apprécie à son tour en ces termes : « J'en suis 
touché et édifié. Celte lecture fait du bien à l'Anio. C'est un apôlre des 
âmes qu'on entend. Il est rempli de l'amour de Dieu el du [)rochain. 
Il veut conduire les âmes au Ciel. Il esl rempli de vie, de grâce, de 
vérité. » Cet éloge suffit pour justifier la publication posthume entre- 
prise par le P. Nicolas el pour présager sou succès. 



Ikk' 



— 1«2 — 

— Dans les Conférences et discours de M. l'abbé Bourassa nous trouvons 
aussi ce mélange d'oeuvres oratoires. Les unes traitent des questions 
actuelles des corporations ouvrières et d'éducation, de patriotisme et de 
littérature, les autres consacrées à des instituts religieux, à des pané- 
gyriques, comme ceux de sainte Cécile et de sainte Anne; citons encore 
les discours pour le vingt-cinquième anniversaire de la prise de Rome, 
pour les noces d'argent des zouaves pontificaux, sur les patrons et sur 
l'idée nationale. L'auteur déclare, dès la première ligne de sa préface, 
qu'il n'a pas « l'ambition d'ollrir au lecteur une !œuvre de haut intérêt 
ni de grande valeur littéraire. » C'est trop de modestie. Un véritable 
intérêt s'attache naturellement à ces graves questions de palpitante 
actualité qui font le sujet de la plupart de ces discours et la manière 
de les traiter, sans emphase comme sans banalité, avec la plus loyale 
francliise et le plus sincère amour des hommes de son temps, accroît 
encore leur importance et leur intérêt. Quant à la valeur littéraire, 
l'auteur manquant trop d'impartialité pour en juger, le lecteur pensera, 
non sans raison, que la langue de cet orateur appartient sans contredit 
à la bonne et saine littérature. Aussi bien M. l'abbé Bourassa corrige- 
t-il un peu lui-même, peut-être sans s'en douter, la sévérité de son 
jugement quand il reconnaît que ces discours de circonstance, ces 
conférences, ces allocutions « lui ont valu des appréciations flatteuses 
qui lui permettent d'espérer qu'ils pourront être relus avec quelque 
plaisir par ceux qui les connaissent déjà et rencontrer même un accueil 
favorable auprès de nouveaux lecteurs. » En tout cas, quel que soit le 
sentiment du lecteur sur le mérite de l'œuvre, nous pouvons affirmer 
à l'auteur que personne ne lui refusera ce qu'il est en droit de de- 
mander en toute justice, c'est-à-dire « de reconnaître la parfaite 
droiture de cœur avec laquelle ces pages ont été pensées et écrites, 
dans un véritable amour du vrai, du bien et du beau. » 

9-14. — Spiritualité. — C'est au iretour d'un voyage en Palestine 
que le R. P. Sertillanges a écrit son livre sur Jésus : ce nom seul suffit 
pour le litre et indique exactement tout l'objet de ce travail. Jésus 
avait, pendant ses courses à Jérusalem et dans tous les saints lieux, 
rempli le cœur et l'esprit du pieux pèlerin ; en Jésus le P. Sertillanges 
avait concentré toutes ses pensées, toute sa préoccupation : il est 
bien juste qu'il ramène à Jésus et qu'il résume en lui tous ses souve- 
nirs. Ce n'est pas un livre scientifique, non plus un livre de topogra- 
phie et d'histoire ; la piété en fait tous les frais ; l'auteur a visité les 
saints lieux en vrai pèlerin, en méditant les leçons que Jésus nous a 
données à tel endroit de la Judée ou de la Galilée, dans telle ou telle 
circonstance : c'est là ce qu'il y avait de mieux à nous dire pour le 
bien des âmes, et quiconque voudra lire avec fruit le livre du P. Ser- 
tillanges devra l'ouvrir non dans une disposition de vaine curiosité 



à 



— 103 — 

et d'attrait naturel, mais avec l'intention de bien comprendre et de 
bien mettre à profit les enseignements de Jésus. Huit chapitres 
embrassent celte vaste matière, résumée dans un style concis, clair, 
agréable, sans digression ; les considérations élevées y abondent, tou- 
jours à la portée de tous, sans longueurs, très pratiques aussi : la per- 
sonne de Jésus ; le berceau, la vie solitaire, la prédication, la prière de 
Jésus; Jésus et l'autorité juive; Jésus et ses disciples, Jésus et la 
nature. Cette division de l'histoire de la vie de Jésus, pour être tout 
originale, entre bien dans le cadre de l'Évangile et comprend tout 
à fait ce que Jésus a dit et accompli. Le livre du P. Sertillanges 
conçu et écrit « avec une parfaite droiture d'âme » et un sentiment 
profond de joie et d'amour, est destiné à faire mieux connaître ce Jésus 
€ dont on parle beaucoup aujourd'hui, même parmi ceux qui l'igno- 
rent ou secrètement le haïssent » ; il servira surtout à le faire aimer 
davantage. 

— M. l'abbé Charre s'attache à considérer le Christ plus spécialement 
dans son œuvre capitale qui était la Rédemption du monde par sa 
mort : LeSaonfice de l'Homme-Dieu. Le sujet vaut la peine d'être traité 
à part et ce n'est certes pas trop que de le considérer au triple point de 
vue de l'histoire, de la doctrine et de l'ascétisme, soit en ses figures, 
dans l'Ancien Testament, soit en sa réalisation, dans la nouvelle 
Alliance. Œuvre complexe et difficile que l'auteur a su cependant 
mener à heureuse fin. Mgr l'évèque de Viviers se plaît à constater que 
la doctrine en est irréprochable et rend hommage en même temps à 
son but pratique : deux mérites qui témoignent suffisamment de la 
valeur du livre. C'est même le but pratique qui se fait voir principale- 
ment et qui trahit l'intention de l'auteur ; toutefois les réflexions 
ascétique, les réflexions morales qui jaillissent naturellement du sujet 
n'entravent jamais la pensée historique et dogmatique. M. l'abbé 
Charre écrit surtout pour les fidèles ; il se propose de les éclairer sur 
le prix des souffrances et des épreuves de la vie en leur rappelant la 
véritable cause des tourments de Notre-Seigneur ; lui-même, souffrant 
et infirme, il s'est efforcé d'oublier ses douleurs et de les sanctifier 
par la méditation des souffrances de Jésus ; c'est sur le Calvaire qu'il 
a composé et écrit son livre ; il semble, en s'adressant à ses lecteurs, 
leur dire avec amour: Ayant appris à souffrir à l'école de Jésus immolé 
pour nous, je veux vous apprendre celte science si haute et si utile 
au salul. Mgr l'évoque de Viviers signale surtout la part que l'auteur 
fait à Marie dans le sacrifice de son divin Fils ; d'autres critiques louent 
rheureux choix des textes de l'Écriture i:!aintc, leur ingénieux com- 
meutaire, leur saisissante application ; .certains ont remarqué de pré- 
férence le chapitre sur les Figures de Jésus-Christ, ceux qui sont consa- 
crés à la Passion et à V Ascension du divin Hédemptcur.Tous émettent une 



— 104 — 

réserve au sujet du style qui. en effet, aurait pu avoir plus de vie, de 
chaleur et d'éclat, mais ce n'est point là ce qui importe le plus- «Doc- 
trine et piélé se donnant dans ce livre un si fraternel rendez-vous, 
faut-il apporter tant d'attention au plus ou moins d'élégance de leur 
mise? > N'omettons pas de dire que les prêtres, eux aussi, peuvent 
tirer grand profit de cet ouvrage soit pour leur propre édification soit 
pour leur ministère de la parole. 

— Le sacrifice du Calvaire a son mémorial et sa prolongation dans le 
Sacrement de l'Eucharistie qui eu est la reproduction non sanglante, 
et l'un des privilèges de cet adorable sacrement est de permettre aux 
fidèles de s'unir personnellement au corps et au sang de Notre-Seigneur 
par la communion. C'est par là que le Rédempteur réalise son désir 
de donner à chacun de nous sa chair à manger et son sang à boire, de 
communiquer à notre âme sa vie divine, d'être avec nous tous les jours 
jusqu'à la consommation des siècles. Comment ne pas répondre à cet 
ardent désir de Jésus? Ea Sainte Église voudrait que ses enfants com- 
munient à chaque messe qu'ils entendent. Du moins serait-ce exagéré 
que de recommander la Communion hebdomadairel Le R. P. Coubé 
ne le pense pas ; il est profondément convaincu que cette pratique 
serait facile à établir, même parmi les hommes, et il a, sur ce sujet, 
prêché, au congrès eucharistique de Lourdes, trois discours pour jus- 
tifier cette excellente pratique et pour faire partager à ses auditeurs sa 
conviction. Ces discours viennent d'être mis en un volume, accompagnés 
de dix-huit appendices où sont groupés des documents historiques, des 
témoignages de Pères, de saints et autres auteurs ecclésiastiques émi- 
nents, de notes explicatives, etc. La thèse en faveur de la communion 
hebdomadaire est soutenue par le P. Coubé avec une clarté d'exposition 
et une force de logique qui en assurent le succès ; les objections elles- 
mêmes, franchement abordées mais victorieusement combattues, vien- 
nent encore à l'appui de la démonstration. Nous regrettons de ne pou- 
voir même résumer les trois discours de l'éloquent apôtre de l'Eucha- 
ristie ; nous devons cependant en indiquer, au moins, le sujet et en 
montrer l'enchaînement : « Il faut communier ; il faut communier 
chaque semaine; les hommes eux-mêmes doivent communier chaque 
semaine. » Il y a progression d'une thèse à l'autre, il y a aussi unité, 
et les trois thèses aboutissent à cette conclusion : « Donc il convient, 
pour de très graves raisons, que tous les fidèles communient au moins 
tous les huit jours. » La pratique de la communion hebdomadaire 
pourrait paraître plus difficile à être acceptée par les hommes : qu'on 
lise attentivement tout ce qu'en a dit le P. Coubé et nous sommes 
convaincu que tous nos confrères voudront essayer : presque partout 
l'essai sera heureux. Léon XIII lui-même a félicité l'auteur. 
— La fréquentation de l'Eucharistie renouvellera dans les âmes 



I 



— 105 — 

celle vie surnalurelle el divine que Jésus esl venu nous apporter en 
abondance, el les âmes goûteront mieux, comprendront davantage les 
règles de conduite, les conseils spirituels qui doivent les porter à une 
ressemblance plus parfaite d'espril el de cœur avec notre divin 
Rédempteur. Avec quelle avidité les fidèles ouvriraient ce beau livre 
de Vlmitalion de Jésus-Chrisl, dont on dit avec raison qu'il est le plus 
beau livre écrit de la main de l'homme I Gomme ils se plairaient à 
méditer ces considérations si élevées et si pratiques qui s'adressent à 
notre cœur pour en sanctifier tous les sentiments, à notre esprit pour 
en purifier toutes les pensées, à tout notre être pour élever et surna- 
turaliser tous nos actes ! Les éditions françaises de cette œuvre sont 
nombreuses et les fidèles n'ont que l'embarras du choix. Pour les 
prêtres et les laïques instruits, nous leur offrons l'édition latine du 
chanoine Hermann Gerlach, œuvre posthume qui vient de paraître à 
Fribourg avec l'approbation de Mgr l'archevêque. Le texte a été soi- 
gneusement expurgé el rétabli d'après les meilleurs ouvrages anciens; 
mais ce qui recommande spécialement cette nouvelle édition, c'est le 
commentaire — aussi en latin — qui suit chaque chapitre; il est court, 
d'un style très pur el d'une bonne latinité, exprimant les considéra- 
tions les mieux adaptées au sujet qui est traité et presque toujours 
appuyé de quelque texte de l'Écriture ou de la patrologie. 

— La première édition des Élévations au Sacré-Cœur de Jésus parut en 
1877 ; elle fut vite épuisée, et deux autres, qui suivirent à peu d'intervalle, 
eurent le même succès; on en réclama une nouvelle, que Mgr Béguinol a 
relardée jusqu'à ce jour. Devons-nous trop nous plaindre de ce délai, 
puisqu'il nous vaut une œuvre « entièrement refondue et surtout mise 
en rapport avec les nouvelles litanies du Sacré-Cœur de Jésus? » Nous 
avons évidemment gagné beaucoup à attendre et le livre, tel qu'il paraît 
enfin, donne pleine satisfaction à l'esprit et au cœur. Il s'ouvre par 
l'Avant-propos de la première édition, qui explique, sous une forme 
très gracieuse, l'origine et le but de l'ouvrage; vient ensuite l'Avant- 
propos de l'édition actuelle, où l'auteur marque les progrès accomplis 
par la dévotion au Sacré-Cœur et énumôre toutes les modifications 
qui s'imposaient à son travail, entre autres la publication des nouveaux 
documents pontificaux relatifs à cette dévotion. Le corps même de 
l'ouvrage comprend trente-trois élévations, en rapport avec les trente- 
trois invocations des nouvelles litanies et avec les trente-trois jours 
du mois du Sacré-Cœur ; chaque élévation est formée d'un acte d'ado- 
ration, d'une méditation méthodiquement divisée eu trois points et 
d'une réllexion pratique. Suivent trois élévations supplémentaires, el 
enfin sont groupées, eu forme d'appendice, plusieurs formules de 
prières, en particulier une messe eu union au Sacré-Cœur. Nous 
tenons surtout à faire remarquer le ton élevé et onctueux des médita- 



- u$ — 

lions ; ici, rien de cette piété superficielle, de cette mièvrerie qui est le 
caractère de la fausse dévotion ; tout est naturel, inspiré par une foi 
éclairée, par un amour raisonné ; les textes de l'Écrilme et des Pères 
y abondent heureusement enchâssés et fournissent à l'âme un aliment 
substantiel ; il n'est pas une seule méditation qui n' « élève » réelle- 
ment l'esprit et le cœur dans la contemplation de ce Cœur divin, si 
riche en trésors de science et de sainteté. Mgr l'évèque de Nîmes a 
bien raison de dire que son livre est • l'hommage d'un cœur vieilli 
au service de Dieu, mais qui retrouve toutes les ardeurs de la jeunesse 
pour louer et faire aimer le Cœur adorable de Jésus. » Ces ardeurs, il 
les a reçues au contact de ce Cœur sacré, contre lequel il a placé son 
propre cœur, et c'est ainsi que sa jeunesse a été renouvelée. 

— L'imitation de Jésus nous sera surtout facilitée par l'imitation des 
vertus de son auguste Mère, et par les grâces que nous obtiendra, 
dans ce but, la Vierge toute-puissante. Voici ce modèle que nous fait 
contempler M. l'abbé Joseph Lémann dans son livre : La Vierge Marie 
'présentée à l'amour du XX^ siècle. M. l'abbé J. Lémann a son style à 
lui, très imagé ; il a aussi une façon qui n'est pas ordinaire d'envisager 
et de traiter son sujet : ces qualités ne font qu'ajouter des mérites à la 
valeur de ses œuvres ; sa doctrine est loin d'en souffrir, puisque par 
ces attraits extrinsèques elle se fait mieux accepter et pénètre plus 
sûrement, a J'ai constaté, dit un des rapporteurs chargés d'examiner 
ce livre, que la doctrine de cet ouvrage ne s'écarte en rien de la vérité 
dogmatique et morale, mais qu'elle est un écho fidèle de la tradition 
des Pères et des auteurs mystiques les plus autorisés dans leurs expo- 
sitions ou commentaires de la Sainte Écriture. » C'est une nouvelle 
histoire de la vie de la Sainte Vierge, sur un plan nouveau, d'après 
une méthode et dans un langage personnels à l'auteur. L'ouvrage est 
divisé en trois parties : La Vierge sans tache, et cette partie embrasse 
la vie de la Vierge depuis sa conception jusqu'à ses fiançailles avec 
Joseph ; la Mère de Jésus et la Mère des douleurs, double titre qui dit 
assez clairement ce que contiennent ces deux parties. L'auteur écrit 
son livre pour tous les fidèles, mais aussi pour les non-catholiques et 
môme pour les israélites ; il voudrait que le xx^ siècle, « servi par le 
feu et l'éclair et qui dispose des moyens de transport et de propagande 
devenus les pionniers de l'unité » eût la gloire et le bonheur de 
rassembler tous les cœurs dans le même amour. « Il y a, dit-il, l'amour 
des enfants fidèles, et il y a l'amour des enfants prodigues. Il y a 
l'amour en chemin de la vérité, et il y a l'amour en retard. De grâce, 
ô divine Mère, que le xx^ siècle vous donne l'union de tous ces 
amours : n'êtes-vous pas, sur le cœur de Jésus, l'agrafe d'or qui unit ? » 
Dans celte prière toute de feu se révèle le secret de l'inspiration de ce 
livre ; M. l'abbé Lémann aime tendrement et fortement sa divine Mère; 



— 107 — 

est-il étonnant qu'il s'efforce avec tant d'émotion et d'éloquence à 
communiquer à tous cet amour? 

15-17. — Famille. Jeunesse. — Le petit livre du R. P. Clair : La 
Fa'iiVle selon les Livres saints est d'une incontestable opportunité. 
Noire époque contemporaine est témoin de la déchéance de la famille, 
provoquée surtout par la loi du divorce ; il y a bien aussi dans cette 
œuvre fâcheuse la coopération des parents eux-mêmes qui négligent 
beaucoup trop les soins à donner à leurs enfants ou qui les exagèrent. 
Pour remédier à ce mal qui serait la ruine de la société, il faut rétablir 
la famille sur ses véritables bases et y faire rentrer les principes de 
moralisation qui en constituent la force et la protection : il faut refaire 
la famille comme Dieu la veut, comme il nous l'indique dans les livres 
saints, suivant le modèle de la Sainte Famille de Nazareth. Le P. Clair 
a voulu y travailler pour une bonne part, en rappelant ce qu'est le 
mariage, en quoi consistent les devoirs des époux, ce que doit être 
l'éducation ; s'il parvient à se faire écouter, c'est le salut de la famille. 
El pourquoi ne l'écouterait-on pas, quand il met au service de sa 
cause tant de zèle, des exhortations si judicieuses et si pressantes; 
quand il dévoile si justement le mal qui nous ronge et qu'il en indique 
avec tant de charité l'cfScace remède? Ce vslume, d'un prix si modeste, 
à la portée des plus pauvres, devrait être dans toutes les familles, 
d'autant mieux qu'il est enrichi de nombreuses prières en rapport avec 
le sujet qu'il traite, qui conviennent soit aux parents soit aux enfants. 
Il se termine par ce qu'il nomme : « les archives de famille » feuilles 
destinées à rappeler les dates des principales actions de la vie des 
enfants. 

— La pension est la suite et le complément du foyer. L'auteur si 
estimé des Paillettes d'or a eu une excellente pensée de s'occuper de la 
Vie au pensionnat pour la jeune fille ; c'est, à vrai dire, là même que 
se fait l'apprentissage de la vie dans le monde et il importe que cet 
apprentissage soit bien accompli. Ce livre nous paraît devoir obtenir 
cet heureux résultat. Il se divise en quatre grands chapitres. Le pre- 
mier, qui sert de préliminaire, expose la nature et le but du pen- 
sionnat religieux, indique les sentiments dont doit être animée une 
jeune fille dans ce pensionnat. Les trois autres chapitres sont consa- 
crés à décrire ou les qualités que doit avoir la jeune fille pour remplir 
sa mission, ou les obstacles que l'accomplissement de celte mission 
doit rencontrer el vaincre, ou enfin les moyens qui préparent au pen- 
sionnat la mission de la jeune fille. Avec l'expérience qu'il a sérieuse- 
ment ac(iuise, l'auteur rentre dans tous les détails de la vie d'une 
jeune fille au pensionnat, précise toutes les qualités de cœur, de 
volonté, d'intelligence qu'elle doit chercher à y acquérir, tous les 
défauts produits par ses inclinations mauvaises qu'elle doit corriger, 



— 108 — 

les vertus qu'elle doit pratiquer, l'esprit de piété el de foi qui doit 
inspirer toutes ses actious, comment la vie du cœur doit se mani- 
fester par le dévoùment, c'esl-à-dire par l'aumône, parla boulé, l'apos- 
tolat et le sacrifice ; comment la jeune fille formera en elle la vie de la 
volonté par l'obéissance et par la force, la vie de l'intelligence par le 
travail, la vie de famille par l'amabilité, la vie pratique par l'acquisi- 
tion des connaissances usuelles du ménage, de l'hygiène et des rela- 
tions. Le code est complet et il est aisé de comprendre que si la jeune 
fille se conforme à ces règles, l'avenir s'ouvrira devant elle plein d'es- 
pérance et de bonheur. 

— La formation des jeunes clercs est encore plus essentielle, car le 
recrutement des bons prêtres en dépend, ainsi que l'efficacité du 
ministère sacerdotal auprès des fidèles. M. l'abbé Perdrau prend le 
jeune prêtre Au sortir du séminaire el, à l'aide de ses intéressantes 
Causeries, il se donne la tâche de former celte âme de pasteur ou 
d'apôtre, ou, du moins, d'achever l'initiation pratique de celle âme à 
ces devoirs si multiples et si délicats : au grand séminaire, cette 
œuvre n'a pu être qu'ébauchée ; l'heure est maintenant venue de la 
compléter au milieu des incidents de chaque jour; Il introduit le 
jeune prêtre dans le ministère, dont il lui rappelle la grandeur, et lui 
indique les dispositions avec lesquelles il doit en remplir les fonc- 
tions saintes ; il le met en présence de ses supérieurs ecclésiastiques, 
du Souverain Pontife, de son évêque, de son curé, lui recommandant 
les vertus qu'il doit pratiquer ; il l'assiste de ses conseils pour ses 
relations avec ses jeunes confrères; il le suit dans son intérieur, 
tête à tête avec lui seul ; à l'église, pour la célébration de la sainte 
Messe, la récilalion du bréviaire, radministration des sacrements, la 
prédication, le catéchisme ; il l'accompagne dans ses visites aux pau- 
vres el aux malades, dans ses relations de société, dans ses œuvres de 
persévérance, surtout dans ses œuvres ouvrières : les Causeries du 
vieux curé avec le jeune prêtre se terminent par Quelques mots qui sont 
comme le résumé de tout le livre et qui sont d'une utilité capitale; le 
jeune prêtre les retiendra volontiers et s'en souviendra certainement 
à l'occasion pour profiter des conseils de ce sage ami qui a fait pour 
lui « une œuvre excellente », car « au mérite du fond vient se joindre 
la convenance de la forme, le ton de l'exhortation familière, d'une 
causerie, d'un épanchement intime et cordial » : c'est le digne cou- 
ronnement d'une longue el féconde vie pastorale. 

18-21. — Piété. — Gomme lecture de piété, il n'en est pas de plus 
utile que celle sur l'Aumône, formée d'extraits divers des œuvres de 
saint Cyprien . L'éditeur nous la donne à faire pour le mois de décembre, 
mais elle est autant opportune dans toutes les autres époques de 
l'année. Il y a pour chaque jour du mois deux lectures pour ainsi dire 



— 109 — 

parallèles : Tune sur l'aumône, l'autre sur le Noire-Père, et ici et là 
nous avons à méditer sur le précepte de l'aumône et la prière de Notre- 
Seigneur, sur les enfants d'Abraham et les conditions de la prière, sur 
les richesses véritables, le denier de la veuve et le royaume de Dieu, 
sur les conseils de Tobie à son fils cl sur le pardon des offenses, etc. ; 
c'est la double aumône corporelle et spirituelle, également nécessaires 
l'une et l'autre, également utiles et salutaires. 

— Maintenant vient la pratique de l'aumône. M. l'abbé Fontaine 
nous montre l'homme charitable pénétrant Chez les pauvres, leur appor- 
tant le double bienfait de la nourriture du corps et de la nourriture de 
l'àme. Il fait bon assister à ces visites de Clément Myionnet, ce pre- 
mier frère de Saint Vincent de Paul dont la vie fut si édifiante et toute 
consacrée à des actes de charité. Ce qui inspirait ce grand cœur, c'était 
la conviction que les pauvres cachaient Jésus-Christ et qu'il convenait 
de les traiter avec le même respect qu'on eût témoigné au Maître du 
monde s'il se fût manifesté en personne. Là est le secret de la charité, 
parce que ià est son principe et sa source. 

— Un seul mot sur le Petit Trésor spirituel que vient de publier le 
P. Jules Jacques, et qui contient des notions très précises sur les sca- 
pulaires, les chapelets et divers autres objets de piété. C'est ua manuel 
d'autant plus utile qu'il renferme les indulgences et les autres faveurs 
qui y sont attachées : il doit être aux mains de toute personne pieuse. 
Pour les prêtres, il est une édition spéciale où se trouvent en appen- 
dice les principales formules de bénédictions. F. Chapot. 



POESIE 



1. fM Bretagne enchantée, par Paul Sébillot. Paris, Maisonneuve, 1899, in-18 
de 284 p., 4 fr. — 2. Le Gai Village, par Albert Duvaut. Paris, Leraerre, 1899, 
in-J2 de 233 p., 3 fr. — 3. Fleurs d<; corail, par Maurice Ouvalvt. Paris, Lemerre, 
1899, iQ-12, de 184 p., 3 fr. — 4. Tyrol, histoire et légende, par C. Clair, S. J. 
Paris, Savaèle, 1898, iii-8 de 116 p., ô U\ — 5. Poèmes {i893-lS99), p:\T Albert 
Fleury. Paris, » Mercure de France », 1899, in -12 de 319 p., 3 fr. 50. — 6. Le 
Vrai Déluge mosaïque, ou la» Science moderne devant la foi du charbonnier, 
par l'abbé G.-V. Rolland. Rennes, Simon, 1899, in-12 de 173 p. — 7. La 
Trilogie de l'amour, par Marin I'ol: et. F{enne.s, Simon, 1899, in-18 de iv-160 p. 
— 8. Les Sonnets intimes, de Joseph Serre. Paris, Amat, 1899, in-12 de 144 p., 
2 fr. — 9. Odila, tragédie en cinq actes, par Arthur Savaète. Paris, Savaète, in-8 
de 124 p., 3 fr. — 10. Sur Nature. Symphonies pastorales et maritimes en prose et 
en vers, par B. Sari-Fléoii:r. Paris, Vaiiier, 1899, io-8 de 17)2 p., 3 fr. 50. — 11. La 
Dame d la f'aulx, tragédie par Saint-Pol-Poux. Paris, « Mercure de France »>, 
1899, in-12 de 432 p., 3 fr. 50. — 12. Herméros, par Pobert Scheki-er. Paris, 
« Mercure dt- France », 1899, in-12 de 125 p., 2 fr. — 13. Les Pourj)res tnystiijues, 
par Pou LovE-NOAni). Paris, « Mercure de l'rance », 1899, in-P^ de liC' p., 2 fr. 5(1. — 
li. L'Aventure sentimentale, par Jean r.'lluc. Paris, « Mercure de l'rance », 1899, 
in-i2 de Z\û p., 3 fr. 50. — 15. Le Pacte, dialogue, par Marcel Boulestin, préface 
de Willy. Paris, Société libre d'édition des gens de lettres, 1899, iu-12 de 05 p. 



— 110 — 

2 l'r. — 1(). Hbnaille. par Germain Cuouillière, préface ea vers de Raymond Bou- 
cliurd. Paris, « Semainier de la Presse «, 1899, in-12 de 52 p. — 17. Simples Fe/s, 
par UoQKH MoD. Paris, Vauitr, 1899, in-12 de 32 p., 1 fr. — 18. Parties du cœur, 
par fiAUHiEi, LiMAHE. Paris, Imp. des beaux-;irls, 1900, in-18 de 50 p. — 
19. L'Enjeu, pièce en trois actes, en vers, par Joseph Piehson. Paris, Société 
d'éditions littéraires, 1899, in-12 de 134 p., 2 fr. — 20. Gaélane, par Louis 
Maioue. Paris, « Revue des poètes », 1899, in-12 de 79 p., 1 fr. — 21. Urbain 
Grandier, ou le Précurseur de la Libre-pensée, par Thomas Bensa. Paris, 
Société d'éditions littéraires, 1899, in-8 de 101 p., 2 fr. — 22, Les Cuirs de 
bœuf, un miracle en XII vitraux outre un prologue invectif, par Georges Polti. 
Paris, « Mercure de France », 1899, in-8 de 209 p., 3 fr. 50. — 2^. Près de 
toi, par Gustave P'réjaville. Paris, «, Mercure de France », 1899, in-12 de 80 p., 
2 fr. — 24. liimes familières, poésies, avec préface de François Hoffmann, par Jeaîc 
Plémeur. Paris, Chamuel, 1899, iu-12 de 100 p., 2 fr. — 25. Magor, avec une pré- 
face de Hyacinthe Loyson, par Jean Rémy (Paul-H. Loyson). Paris, Stock, 1899, 
in-12 de xvi-115 p., 1 fr. 50. — 26. Carmina, par Maurice Le Dault. Rennes, Cail- 
lière, 1899, in-12 de 45 p. — 27. Œdipe roi, de Soi-hocle ; traduit en vers par 
Philippe Martinon. Paris, Fonti-moing, 1899, in-12 de 76 p., 2 fr. — 28. Les Se- 
crets de M. Ginisty, dircteur de l'Odéon, et de « La Fill<; de V Emigré», par 
liAPHAËL "^ARAULT. Paris, Vanier, 1898, in-8 de 129 p., 1 fr. 50. — 29. Les Dires 
de celui qui passe, par Robert Ra.ndau. Alger, Jourdan, 1899, in-18 de 54 p. — 
30. Le Chemin des ombres heureuses, par Edouard Ducoté. Paris, « Mercure de 
France », 1899, in-8 de 97 p., 3 fr. 50. 

1. — Voici donc un livre de poésie populaire, avec toute la saveur 
spéciale qui se dégage du bon réalisme d'où jaillit toute son inspira- 
tion, avec aussi le charme d'une forme simple, d'un art naturel, évi- 
tant les recherches de quelque ordre qu'elles soient, celles de la pensée 
comme celle de l'expression, fuyant toutes conventions, y compris 
celle de la rime milliardaire trop souvent destinée à voiler la pau- 
vreté désolante du fonds. J'ai dit « poésie populaire », et elle l'est 
véritablement, mais historiquement surtout, puisqu'elle emprunte 
tous ses sujets aux légendes anciennes. Sans doute, ces légendes sur- 
vivent encore au passé, sans doute aussi, elles sont redites en une 
langue qui, pour être pleine d'harmonie et de charme, n'en est pas 
moins toute naturelle et à la portée de tous, et comme enrichie de 
cette verve toujours colorée, spirituelle, pleine de bon sens réaliste et 
par suite parfois quelque peu irrévérencieuse et sceptique, qui sort du 
peuple; mais ce n'est pas encore cette totale poésie populaire dont j'ai 
si souvent rêvé. Gelle-la serait moins savante historiquement, beaucoup 
plus moderne par les sujets, et elle s'inspirerait des sentiments actuels 
de la foule, je ne veux pas dire de la foule mauvaise, bien entendu, 
mais de celle seulement qui souffre injustement, et qu'un état de 
choses néfaste et tout païen torture et déchire. Ce serait la grande voix 
des heures douloureuses que nous traversons. Mais trêve de considé- 
rations et revenons à M. Sébillot dont l'œuvre sort de l'ornière des 
clairs de lune insipides, tout autant que de celle plus profonde encore, 
bien que toute moderne, des obscurités odieuses et des lamentables pré- 
tentions de l'obscurantisme décadent. Ah ! l'on parle d'obscurantisme! 



— m — 

Mais où donc esl-il l'obscurantisme vrai, celui qui n'accumule que 
brouillards sur les intelligences, sinon chez ces vaniteux qui s'ima- 
ginent s'élever au-dessus du vulgaire en trahissant tous les dons de 
clarté, de bon sens, de verve et d'esprit du peuple français ! 

El c'est pourquoi je me plais à rendre hommage à la sincérité 
d'artiste et de penseur du poète de la Bvetarjne enchantée. Elle sera 
goûtée des esprits droits et simples, ce qui ne veut dire ni ignorants 
ni frustes. Ils aimeront ces légendes chrétiennes, songeant que ce 
qu'elles ont parfois de légèrement irrévérencieux vient de l'esprit gau- 
lois naturellement moqueur, et ils liront avec non moins de charme 
et les Ames enchantées et le Monde en peine, parce qu'ils ont la même 
origine populaire et sont d'un art aussi vivant, aussi simple, aussi 
vrai. L'auteur me pardonnera, faute de place, après ces considérations, 
de ne point le citer, d'autant que j'ai l'espoir que nombreux seront ses 
lecteurs, aussi nombreux du moins que peuvent l'être ceux qui lisent 
encore les poètes. 

2. — C'est bien le village qui fait l'objet du volume de M. Albert 
Duvaut, mais ce n'est pas toujours, et tant s'en faut, le Gai Village, 
comme il intitule son livre. C'est même parfois le triste village, par sa 
prosaïque et grossière trivialité. Voici, d'une part, d'excellents sonnets 
— et c'est la majorité — sonnets aux vers expressifs, à la forme solide, 
où le poète chante l'amour de la terre natale, où se trouvent cependant 
quelques expressions légèrement usées ; puis, tout à coup, ce sont des 
vers d'un réalisme pénible et attristant. Et j'ai quelque idée que le 
poète doit préférer ces derniers, comme plus forts, ainsi qu'on dit. Je 
citerai de l'un et l'autre genre, pour que le lecteur puisse juger par 
lui-même : 

Le ruisseau bleu baise en chantant les rochers gris, 
Et la forêt de blancs muguets est émaillée. 
La ville est triste et des sanglots coupent sa voix ; 
Loin des sentiers, fuyons tous deux au sein des bois ; 
Un chant d"amour sous les grands chênes y résonne. 
Tous nos chagrins et nos douleurs vont s'apaiser. 
Avec la joie et la sanié Dieu nous y donne, 
Dans le zépbir qui nous caresse, un long baiser, 

El voici maintenant un sonnet où « le vieux jeu » est uni k la grâce 
et à l'imagination créatrice : 

Terre natale, côte blonde 
Exposée aux feux du levant, 
J'aime tes moissons que l« vent 
Agite et berce comme l'onde. 

J'aime la rivière qui gronde, 
Tes vignes, l'horizon charmant, 
Où la colline mollement 
Repose son épaule rondo. 



— 112 — 

Amis, c'est là que je mourrai, 

De ma tombe j'écouterai 

Tous les bruits aimés du village, 

Enivré par le gazouillis 

Des pinsons qui, sous le feuillage, 

ClianliTont en chœur mon pays 1 

Enfin, l'auteur nous décrit les tableaux qui ornent la chambre de 
Margot : 

Voilà le vieux François, au crâne chauve et rond, 

Avec des poils au nez et des rides au front. 

Le grand-père Michaud, noir comme un pain de seigle. 

Montre' un osseux profd pourvu d'un grand nez d'aigle, 

Et la grosse Fanchon, la tante de Paris, 

Sous des lunettes d'or fait briller ses yeux gris. 

Ursule Racouchot, en blanc bonnet de fête, 

Se carre en un fauteuil ; elle dresse la tête 

Et laisse voir ce qui lui reste de ses dents 

3. — L'auteur de Fleurs de corail, dont nous avons déjà parlé à 
propos de son précédent ouvrage : Fleurs du Mékong a beaucoup voyagé 
et beaucoup retenu, comme le souhaitait La Fontaine à ceux qui ont 
beaucoup vu. Il a surtout bien vu, bien senti et bien rendu. Voici donc 
de la bonne poésie descriptive, de celle qui ne s'attarde pas aux mille 
détails insignifiants, et que critiquait Boileau, lorsqu'il disait...., mais 
c'est assez de citations; de celle qui se contente d'évoquer et de faire 
revivre en beaux vers les choses vues. Et les choses vues sont ici : 
Tahiti, la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, et, sous tous les climats, 
la mer éternellement belle et indéfiniment variée. Le paysage ne sert 
que de cadre, ainsi qu'il devrait toujours se faire, et de cadre neuf, au 
fond duquel la pensée toujours philosophique et le sentiment plein de 
mélancolie, avec le regret du passé et des belles choses, se meuvent à 
l'aise. Il s y mêle malheureusement parfois une note erotique et sen- 
suelle, mais qui ne va pas jusqu'au réalisme grossier, et il ne faut pas 
oublier que nous sortons des pays chauds. Comment la légende de 
saint François d'Assise se trouve-t-elle ici, sous les cieux de la Nou- 
velle-Calédonie, je n'ai pas à l'expliquer : le poète prend son bien où il 
le trouve. Il me suffit de constater qu'il a bien su le prendre, à preuve 

ces vers ; 

Or, le grand saint François prêchait l'amour divin. 

Sachant que, hors le cœur, au monde tout est vain 

La croix t'a révélé qu'ici-bas la souffrance 
Est le roc d'où jaillit la source d'espérance; 
C'est pour nous l'enseigner que Jésus vint s'offrir : 
L'unique et vrai bonheur est de savoir souffrir. 

Ailleurs, le poète chante la charité et, dans de beaux vers, il déclare 
qu'il renoncera à l'amour, tant qu'il verra des malheureux autour de 
lui. Serment de poète! 



— 113 — 

4. — Le Tyrol est un délicieux recueil de légendes, recueillies sur 
place par un artiste.... jésuite, n'en déplaise à nos faux intellectuels, 
esprits indépendants.... de toute croyance, mais non certes de préjugés. 
Ces légendes proviennent des conquêtes barbares, puis du triomphe 
de l'Évangile dans le pays dont l'ouvrage porte le titre. « Les légendes 
du Tyrol, que nous avons étudiées à. loisir durant un long séjour en ce 
charmant pays, dit le savant poète, découlent presque toutes de ces 
deux sources d'inspiration. Quelques-unes remontentjusqu'aux fables 
païennes plus ou moins transformées par l'esprit nouveau et gardent 
l'empreinte des superstitions primitives ; toutes les autres, héroïques, 
chevaleresques, populaires, sont très franchement chrétiennes. » Ce 
sont ces légendes, terribles ou gracieuses, que l'auteur a eu l'excellente 
inspiration de traduire, de rajeunir, d'évoquer en belle et bonne 
poésie. Nombre de ces pièces sont suivies de notes expliquant 
les faits historiques d'où le conte est sorti, et toutes sont pré- 
cédées d'illustrations des plus curieuses. C'est vraiment un beau livre 
et tout à fait intéressant que celui du P. Clair. Je voudrais citer; 
mais ce sont des légendes qui ne peuvent se résumer et dont tout le 
charme réside dans l'ensemble du récit. Il faut donc les lire en entier, 
et les lecteurs seront nombreux, je crois, d'autant que le livre, d'une 
édition fort artistique, sera certainement recherché. Du moins, vou- 
drais-je donner, à simple titre d'exemple, ces vers de la légende de 
Nothburga : 

D'un maître fort brutal, elle était la servante. 
Mais soumise toujours, gaie autant que fervente. 
Elle gardait les bœufs et moissonnait les champs 



Un matin de dimanche, il dit : « Vilaine fille, 

Il faut couper mon herbe... Allons, prends ta faucille. 

— Nenni, maître, nenni ! Car c'est le saint repos; 
Dieu même à pareil jour suspendit ses travaux. 

— Çà ! je veux qu'on travaille, et même le dimanche. 
Vas-tu pas discuter? Vite, dépêche-toi. 

— Eh bien, que Dieu décide entre vous, maître, et moi. 
Elle lance très haut sa faucille au long manche; 

U miracle! le fer reste en l'air suspendu 1... 

— Je vous avais bien dit que Dieu l'a défendu. 

5. — Avec les Poèmes de M. Albert Fleury, le « Mercure de France » 
nous ramène h la poésie « nouvelle », si tant est qu'on puisse dénom- 
mer poésie ces nouveautés dépourvues de toutes les règles anciennes 
ou futures, de mesure, de césure et de rimes. Du moins, si ces révo- 
liitionuaires de la poésie, qui veulent sortir de l'ornière banale, étaient 
toujours des initiateurs de la pensée, de l'expression et de l'harmonie! 
Mais que de termes convenus, de choses déjà vues et redites cent fois, 
au milieu de cette prétention et de celte recherche ! 

FÉVRIER 1900. T. L.XXXVIIl. 8. 



— 114 — 

Les Poèmes de M. Fleury s'ouvrent par ces vers : 

Voici : ce sont des chants pour celle-là qui vint 

Sourire à ma tristesse 

Et faire éclore un cœur en fleur. 

Oh ! celle éclosion d'un cœur en fleur I Puis ce sont « l'ennui morne 
des heures » et le « comme un murmure d'eau sur les cailloux..., » etc. 
Est-ce du nouveau? Il est vrai que le modernisme se rattrape en ces 
vers qui suivent : 

Une indulgence royale et sororale 
Avec point d'inceste dans le geste 
Seulement bénisseur et doux. 

Quel modernisme ! Et combien « sororale » et « geste bénisseur » 
sont déjà usés! Mais alors, quel est donc le malentendu qui nous sé- 
pare, pour que j'en arrive, à mon tour, à trouver o vieux jeu » ceux-là 
mômes qui nous accusent d'être des rétrogrades ? Oh ! il serait facile, 
mais trop long, de l'expliquer. Heureusement, tout n'est pas de ce 
genre en ces vers libres, où se révèle souvent une imagination vrai- 
ment poétique, forte ou gracieuse. Mais que de pièces erotiques! 
Encore une caractéristique du modernisme ! 

6. — L'auteur du Vrai Déluge mosaïque s'excuse, je ne sais pourquoi, 
de n'être pas savant, et si j'en juge par la solidité de son argumenta- 
tion et par tous les textes de la genèse auxquels il se réfère, il est trop 
modeste. Il établit péremptoirement que le charbonnier auquel il en a : 
i" pèche contre la tradition; 2° pèche contre l'int'elligence divine ; 
3° et qu'il n'est pas possible d'expliquer sans miracle le déluge mo- 
saïque. C'est démontré dans toutes les règles : l'universalité du déluge 
devient palpable. L'auteur s'applique à 

Demander à l'histoire, à tous les saints docteurs. 
Ce qu'ils ont affirmé sur le fait du déluge. 

Mais il a tort de faire dire à son charbonnier : 

Quand même l'on ferait quelque faute de style. 
Quand, avec mon métier, l'on défend l'Évangile, 
Sans doute l'on pourrait espérer son pardon. 

Il a tort, parce que la défense d'une bonne cause ne peut que gagner 
à être présentée en bon style, et il le sait bien d'ailleurs. Ajoutons, 
pour les fervents de saint Antoine de Padoue, dont je suis, que ce 
livre « est vendu au profit de la chapelle, de la fondation et du soutien 
de l'École libre qui portent le nom de ce saint, entre les bords du Meu 
et le clocher de Saint-Maugan. » 

7. — M. Marin Follet est mort à vingt-quatre ans, au moment où il 
venait d'être reçu à l'agrégation et se disposait à se consacrer à l'œuvre 
rêvée. Il n'a donné que cette Trilogie de l'amour, poème mystique et 



— 115 — 

symbolique. « L'auteur, dit la Préface, a voulu représenter Tamour sous 
trois faces. D'abord, l'amour de l'impossible idéal, du bonbeur céleste. 
Un poète, lassé de la Terre, devient amoureux des Étoiles, et, son 
désir satisfait, retombe dans sa lassitude première : Rêve et désillusion. 
Ensuite, un débauché, las de vivre inutile, veut mourir et cherche le 
moyen de suicide le plus doux; il trouve que c'est de se précipiter 
sous les vagues. 11 en arrive à les aimer, à ne plus concevoir un autre 
genre de mort; mais la réalité le désenchante, en lui apparaissant sous 
la forme des noyés : Rêve et désillusion. Un homme enfin, un artiste de 
génie, bien équilibré, aime trois fois dans sa vie, sans trouver celle 
qu'il espérait; la quatrième fois, il rencontre son idéal ; mais la femme 
qu'il aime et qui l'aime, meurt : Rêve el désillusion. Et c'est la conclu- 
sion de la Trilogie : quelque effort que l'homme fasse pour s'élever au- 
dessus de sa nature, il retombe toujours et ne trouve sur le chemin du 
rêve que le spectre de la désillusion. L'auteur n'a rien voulu prouver : 
H a simplement exprimé sa manière d'envisager Texistence d'une caté- 
gorie de cérébraux. » — Il a prouvé cependant une fois de plus, en fait, 
la désespérante tristesse de ceux que la foi chrétienne ne soutient pas 
el l'inutilité mauvaise de l'intellectualisme sans but d'une époque de 
décadence. Si telle est la philosophie de M. Follet, son vers est du moins 
sans recherche ni d'expressions ni de rimes, el de forme plutôt clas- 
sique. Un exemple pour terminer : 

Etoiles, sauvez-moi du lugubre néant! 

Je sais que je pourrai, dans l'Infini béant 

N'être plus rien, ne rien sentir I Mais je veux vivre I 

Point ici bas, sur le sol froid, couvert de givre, 

Mais avec vous, dans votre sein, dans la splendeur 

A jamais pénétré de céleste torpeur 1 

8. — Quelle différence entre ce désespoir el la mélancolie toute 

naturelle, sage et modérée, qui se dégage des choses de ce pauvre 

monde, tristesse n'aspirant d'ailleurs qu'à l'idéal et à la résurrection 

chrétienne. Il suffirait de lire l'excellent recueil de Sonnets intimes, 

de M. Joseph Serre, pour s'en convaincre. Je prends un sonnet au 

hasard : 

Travailler pour la gloire est un illustre jeu. 
Cette cible est trop haute à mon humble visée ; 
Trop basse aussi. La gloire est fumée et fusée. 
Cendre dans la poussière, astre dans le ciel bleu. 

Mais travaillons pour l'art, pour les ûmes, pour Dieu. 

Quelques imes : cela suffit à ma pensée ; 

Ame jeune, ûme fraîche ou souffrante et lassée 

Qui vient boire à ma coupe et reprend cœur un peu. 

Mon élixir n'est point l'égal des ambroisies, 
Mais il est simple et pur et fait de lleurs choisies 
Sur la douce montagae où l'idée a son miel, 



— 116 — 

A. la fois gracieux Hymelle, Horeb subliniR, 

Où l'oiseau niche, où l'auge apparaît sur la cime ; 

Car sa base est sur terre et sa cime est au ciel. 

J'ai vingt sonnets an bout de ma plume, «jae je suis obligé d'aban- 
donner. Qu'il me suffise de signaler pririiculièrement l'ouvrage à l'at- 
tention de nos lecteurs. Ils y trouverom., avec une élévation rare 
d'idées et de sentiments, une profonde philo.sophie traduite en vers 
toujours artistiques, émus cl vivants. 

9. — Passons à la tragédie, en ciu(i actes, ou, pour parler plus exac- 
tement, quel que soit le sou>-titre de l'ouvrage, au drame envers. 
Odila n'est pas un mauvais drame : C' n'est pas non plus un chef- 
d'œuvre. L'action se passe aune l'poque uidéterminée, qu'ileùt été bon 
de préciser, pour la vérité hisiorique. Si c'est un drame ? ah 1 certes 
oui ! Et il n'y a pour s'en assurer qu'à suivre le rôle d'Odila, qui trahit 
abominablement, d'un bout à l'autre de la pièce, avec une persévé- 
rance extraordinaire et des calculs d'un machiavélisme rare, s'écriant : 
« A nous l'or... et la honte 1 > 

Je n'aime pas beaucoup les traîtres qui parlent à tout propos de leur 
honte, parce que cela n'est ni d;ins la nature ni dans la psychologie. 
Le criminel le plus endurci, le plus vulgaire, essaie de se démontrer, 
ne serait-ce que pour se donner de l'aplomb, qu'il a raison. A titre 
d'exemple, je citerai du moins ce dialogue. Odila, père indigne, con- 
seille à sa fille Zuléma de céder à Mahomet qui veut en faire sa favo- 
rite. Voici la conversation : 

Odila. Je vieus de rechtf... 

Zuléma. Assez. 

Odila. Tu dois sabir... 

Zuléma. Point tout ce qui leur plaîl ! 

Odila. Que voudrais-tu ? 

Zuléma. Mourir. 

Odila, désespéré. Encor ! 

Zuléma. On me verrait toute réduite en poudre 

Avant qu'à cet hymen on puisse e résoudre. 

Tout se révolte eu moi, tout me remplit d'horreur 

Pour ce Maure brutal, sans âme et sans pudeur. 
Odila. Cependant... 
Zuléma. Je le sais. 

Odila. Que sais-tu ? 

Zuléma. Qu'il s'apprête 

A venir avec pompe enlever sa co)iquête. 

Je le sais. 
Odila. Tu gérais ; au comble de ses vœux 

De ton cruel malheur il bénit les deux. 

Je ne dirai rien de ce dialogue. Mais où donc est le douzième pied de 
ce dernier vers ? Est-ce la passion extraordiuaire du récit qui l'a fait 
oublier à l'auteur ? Si du moins, le poète avait respecté la forme mo- 
derne ! Mais, chez lui, deslin rime avec main, tombeaux avec repos, 
guerre avec solitaire, destinée avec éplorée, guerriers d.y et pieds ! 



— 117 — 

10. — Sur nature, de M""® Blanche Sari-Flégier, est un joli recueil de 
sonnets, dont chacun est précédé, sans qu'on s'explique trop pour- 
quoi, de réflexions en prose poétique. Comme le litre le dit à lui seul, 
comme le confirment les sous- litres : les Aurores, les Paysages, les Ma- 
rines, les Sous-bois, les Croquis, les Esquisses, les Crépuscules, les Noc- 
turnes, l'auteur apuisé tous ses sujf ts daus la ualure dont il a le goût 
et le sens. Quelles que soient ces divi-ions de l'ouvrage, c'est tou- 
jours le même genre, et nous pourrions, par suite, citer aussi bien, la 
première pièce que la dernière. Voici le début : « La nuit, couronnée 
de sombres pavots, plaue sur la terre et sur la mer endormies. . . leur 
verse la paix et le réparateur sommeil. Ses coursiers retiennent leur 
ardente haleine... », etc. A la pièce suivante, voici venir « les doux 
rossignols. .. dont le chant s'élève du sein des frênes touffus. . . et des 
haies verdoyantes où l'églanime soa/ ire l'amour. » El ces coursiers de 
la nuit revieunent euc<>re ici et là ! Je n'essaierai pas d'expliquer 
comment l'églantine s'y prend pour soupirer l'amour, ne l'ayant 
jamais vue se livrer à ce genre d'exercice. Je passe à une critique 
d'ordre plus général. Sans vouloir bannir totalement les vieilles expres- 
Bioiis qui ont traîné dans tant de livres, comme ces atroces coursiers de 
la nuit, dont la naissance remonte à quelques milliers d'années, je vou- 
drais qu'on en fît un usage beaucoup plus discret, ou qui fût tout au 
moins rajeuni par le contexte. Pourquoi l'auteur, qui prouve, d'autre 
part, que sa propre vision des choses et sa seule inspiration lui suf- 
fisent amplement, n'a-l-il pas été plus sévère à ce point de vue ? Son 
œuvre distinguée, et dont il y aurait maints vers excellents à citer, y 
aurait certainement beaucoup gagné. 

H. — Pour ce qui est d'employer des expressions vieillies ou de 
tomber dans la banalité, on peut assurer que ce n'est pas le fait de 
M. Sainl-Pol-Roux. Que de nouveautés! que d'étrangetés ! quelle litté- 
rature 1 Et dire que l'auteur a la prétention de parler à la foule, à ce 
pauvre vulgaire si méprisé de nos intellectuels et qui se distingue 
d'eux surtout par le bon sens. La Dame à la faulx est une tragédie en cinq 
actes et dix tableaux. Mieux que nous ne saurions le faire nous-même, 
le poète nous dit, en sa préface, ce qu'ila cherché : « La Dame à la faulx, 
spectacle de l'Humanité parmi le multiple conflit de laVieetdelaMort, 
est une tragédie intérieure dont — pour la rendre saisissable à la 
foule — j'ai extériorisé les éléments en des cristallisations simples, 
familières, oserai-je dire populaires, et c'est parfois de larges fresques 
d'Épinal. Ce thème concave, il fallait le traduire convexe, car le 
théâtre est domaine du relief : domaine où l'Idée ne vaut (dramatique- 
ment, s'entend) que par aa. spiritualité réalisée, et n'eu impose que si 
«lie a troqué ses membres occultes contre des membres sensibles. Il y 
a de la sculpture vive, en quelque sorte une série d'accouchements. 



— 118 — 

dans la manifeslalion d'un drame. C'est ce que nous nommons idéoréa- 
liser. . . » 

Molière u'a pas cru indispensable de recourir à tant de cristalli- 
sations, de convexités et de concavités pour se faire comprendre de la 
foule, et l'on peut juger, par ces quelques lignes du modernisme 
dernier genre de la Dame à la faulx. 

12. — Il y a bien des variétés dans le genre moderne. C'est ainsi que 
M. Robert Scheffer, tout en faisant fi des règles antiques, se garde 
généralement des obscurités de fond qui d'ordinaire ne font qu'un 
avec l'étrangeté de la forme. Il a le sens de la poésie et de l'harmonie, 
Du reste j'aime mieux citer que juger : 

Si tu vois cette perle qui mourut sur son sein, 

Prends-la et rae l'apporte, 
Si tu vois cette opale qui mourut sur sa main, 

Prends-la et me l'apporte, 
Et la turquoise aussi qui mourut sur son front; 

Prends-la et me l'apporte, 
L'opale et la turquoise et la perle seront 
Les précieux emblèmes de toute ma joie morte. 

Mais si tu vois l'étrange fleur 

Qui sur sa tombe pousse de son cœur, 

Point n'est besoin de la cueillir : 

Penche-toi sur elle, et la respire, 

Et lors tu connaîtras l'amour, 

Lors Rimeras jusqu'à mourir. 

Une lamentable désespérance préside à l'œuvre tout entière. Je le 
répète : on est rarement gai dans l'école moderne. 

13. — Pourquoi ce titre : Les Pourpres mystiques^ A l'auteur de l'ex- 
pliquer. Je n'y trouve guère qu'une raison : C'est que M. Pol Leven- 
gard aime assez la recherche des mots, comme des idées, et qu'il a 
d'ailleurs un goût très prononcé pour le rouge. Toutes les lèvres qu'il 
chante — et c'est pendant des pages et des pages qu'il se livre à cet 
exercice — sont rouges, couleur de sang et saignent même à plaisir. 
Quoiqu'il en soit, sa philosophie est faite d'orgueil, de mépris de toute 
autorité et de volupté sensuelle et violente. Elle se traduit en vers 
affranchis de toute règle. L'auteur dit de son œuvre : 

Une âme triste, une âme ardente et parfois lasse, 
Se cherche, s'interroge, ici fébrilement, 
Le jour, la nuit, sans cesse elle tient une glace : 
Le rêve s'y contemple avec des yeux d'amant. 

14. — L Aventure sentimentale est dédiée « A Mademoiselle Sapho W..., 
danseuse et courtisane. » Nous sommes de la sorte et tout de suite 
fixés sur les sujets que traitera le poète et qui tous ont pris source 
dans une passion facile à deviner et suivie de la traditionnelle rup* 
ture. Les Extases, les Sonnets sentimentaux, le Dizain passionné, les Sonnet^ 



— 119 — 

liturgiques (rien de religieux, bien entendu), enfin la Mort des Extases, 
tout se rattache à cette passion, décrite en vers trop souvent licencieux. 
Quant à la forme, la citation suivante suffira pour en donner une 
juste idée : 

Pour t'adorer conformément à la romance, 

Noos irons, veux-tu bien? vers les forêts immenses I... 

Juillet siffle de tous ses merles chamailleurs, 

Et picore en sifflant des sorbes et des fleurs; 

L'ivresse pour mourir des derniers chèvrefeuilles, 

Neurasthénise les mésanges dans les feuilles; 

Et voici les regards puérils des bleuets, 

Et les mauves digitales aux doigts fluets 

15. — Dans une spirituelle préface, M. Willy loue l'auteur du Pacte 
de sa « philosophie désabusée, à l'âge heureux où l'on pare son œil 
d'un monocle (virtuellement teint de rose), afin de mieux juger 
l'univers. » J'ai hâte de dire que cette saynète en prose, fort bien 
enlevée d'ailleurs, ne saurait, tant s'en faut, entrer dans le répertoire 
du théâtre des familles. Le sujet n'est pas seulement d'une philosophie 
désabusée, mais d'une philosophie immorale. Un ami vient, pendant 
deux ans, de trahir son ami. L'amour coupable a disparu peu à peu 
et l'amant rend la femme à son mari. La séparation se fait à l'amiable, 
avec un scepticisme et, si j'ose dire, un cynisme étranges. 

16. — Les poésies de M. Germain Guguillière sont, au contraire, 
toutes morales, en môme temps que simples et familières. Pro patriâ ! 
Bonheur conjugal, les Fiancés^ Mémoire chérie, Prise de voile, le Repentir, 
etc. Ces titres donnent à eux seuls la note de Rimaille. J'aurais voulu, 
étant donné surtout ces qualités, un peu plus d'art et de personnalité, 
un peu plus de sévérité de l'auteur pour lui-même, quelque chose de 
plus frappant et de plus rare dans tout l'ouvrage. 

C'est pourtant par la forme seule que les œuvres d'art s'imposent et 
durent. Il ne suffit pas de dire au lecteur : 

Lis ces vers — dont Boileau rirait — jusqu'au dernier, 
Et peu m'importe après qu'ils aillent au panier. 

Pourquoi voulez-vous que le lecteur attache plus d'importance à vos 
poésies que vous-même? 

17. — Simples Vers forme une petite plaquette de poésies légères, 
parfois môme très légères, et de fond et de forme, avec un frontispice 
dans la note. Je cite du moins léger : 

Car l'amour est une lumière 
Qui nous montre le vrai plaisir ; 
C'est ik lui qu'on fait sa prière ; 
Avec lui l'on ne peut souffrir 

Cette lumière qui vous montre le vrai plaisir ne me paraît pas une 



m. 



— 120 — 

trouvaille bien recherchée et la philosophie du dernier vers me semble 
plus que douteuse. Je ne goûte guère plus les suivants : 

Car l'amour est le bien suprême : 
11 faut s'aimer à l'unisson. 

Je me demande comment deux êtres pourraient s'aimer autrement. 
Tout cela n'est pas très profond, pas plus que cette fin d'un sonnet 
intitulé pourtant : La Nuit aux malheureux : 

Qu'iraporle ! si la vie est brèvf, 
Du moins l'on peut rire la nuit. 

La vie n'est pas rose, mais qu'elle serait odieuse si elle était cela ! 
Triste philosophie au fond, et pleine d'amertume, en dépit de son 
apparence de joyeuse légèreté. 

18. — Tout frais de sincérité et de sentiment, tout plein d'expérience 
de la vie cependant, tout romantique parfois, tout réaliste dans le bon 
sens du mot, tout élevé par la doctrine, tout populaire par le sujet et 
l'expression simple, voici un petit livre de poésies, en grande partie 
sociales, j'entends de celles qui disent aux riches égoïstes leur crime, 
soit directement, soit indirectement, par la peinture des misères qu'ils 
ignorent. Je veux parler de Parties du cœur de M. Gabriel Limare. 
Plutôt que de définir, mieux vaudrait citer largement et je voudrais 
donner en entier la première pièce. Je suis obligé de m'en tenir à la 
première strophe des Vieilles Filles : 

C'est à peine si l'aube pointe. 
Si les oiseaux sortent des nids, 
Si le premier angélus tinte 
Au sommet des clochers jaunis ; 
Frissonnantes sous leur mantille, 
Échangeant un muet bonjour, 
Trottent menu les vieilles filles, 
Les vieilles filles sans amour. 

Et je ne cite point les passages les plus émus des pièces où l'auteur 
dépeint les misères cruelles des humbles, en ^ce siècle si réellement 
païen avec son vernis chrétien. Mais les amateurs de vraie poésie iront 
les chercher dans le volume lui-même. 

19. — Pour changer un peu de théâtre. L'Enjeu, ainsi dénommé sans 
doute de ce qu'un des personnages se fait fort de se venger d'un 
autre, pour une futilité, se termine en drame, par l'empoisonnement 
de la jeune fille aimée qui, trompée par un exploiteur qui se dit son 
père, n'a pas la patience d'attendre celui qu'elle aime, au moment où 
il arrive. C'est très romantique et pas toujours assez clair. Les scènes 
ne s'amènent pas les unes les autres et les situations ne s'expliquent 
pas toujours. On se demande comment une jeune fille ayant une sui- 
vante se trouve tout à coup dans le jardin d'une auberge à étudiants et 



— 121 — 

jeunes artistes. On cherche à savoir comment elle n'est pas plus habile 
ensuite, avec sa soubrette toute dévouée, pour se tenir au courant de 
ce que devient celui qu'elle veut épouser. Les vers sont souvent coupés 
d'étrange façon. 11 y a cependant, dans toute la pièce, de l'idée et un 
sentiment de répulsion pour l'injustice, l'égoïsme et la soif de l'or qui, 
avec de jolies scènes, rachètent bien des négligences. 

20. — Gaétane est une pièce sans rôles d'hommes, en trois actes et 
en vers, où se multiplient les bons vers et les bonnes scènes. La pièce 
fait ressortir une opposition de caractères très nette, entre une jeune 
fille attirée par le bien, la charité, le devoir et une autre, futile, 
façonnée selon les préjugés et les conventions, qui croirait s'abaisser, 
si elle se livrait un instant à des ouvrages grossiers, c'est-à-dire futiles, 
et s'inclinait vers les petits. Aune froide analyse de la pièce, je préfère 
une bonne citation. Le lecteur n'en appréciera que mieux les qualités 
du poète. C'est Gaétane, devinant le sérieux de la vie et pratiquant 
l'Évangile, qui parle, songeant au manque de charité de son entourage 
au moment où lise rend à la chapelle : 

. ..Elles s'en vont prier... Dis, est-ce avec une âme 

De semblable façon disposée à ta loi 

Que tu veux, ô mon Dieu I qu'on s'approche de toi? 

. . . Elles s'en vont prier. . . et leurs mains vont se joindre : 

Mais dans leur cœur nul émoi saint ne viendra poindre. 

L'une, s'absorbant toute en des frivolités, 

Ne songe qu'aux joyaux de là-bas rapportés ; 

L'autre, fière, drapée en sa froide noblesse, 

N'a jamais pratiqué ni compris la tendresse 

Des rapports familiers qu'en dépit de tout rang 

Avec le plus petit peut avoir le plus grand, 

Le serf avec le noble, et l'âme avec Dieu même, 

Pourvu qu'on ait un cœur pitoyable et qu'on aime I, . . 

La pièce est pleine d'émotion communicative et de délicates et 
grandes idées vraiment chrétiennes, exprimées en beaux vers, Mais 
on y voudrait une conclusion un peu plus nette. 

21. — Voici, par exemple, qui est d'un genre tout difîérent, et qui 
n'est pas à l'avantage de celui-ci : Urbain Grandier, ou le Précurseur de 
la libre-pensée, poème en cinq chants, est l'apothéose du prêtre révolté, 
toujours objet de prédilections et d'admirations plus ou moins loyales 
de la part de l'incrédulité, apothéose de sa doctrine, naturellement 
très supérieure à celle « contre nature » du catholicisme, apothéose de 
sa conduite déréglée. N'en déplaise à l'auteur, la vérité reste la vérité 
et un saint Vincent de Paul vaut mieux qu'un Urbain Grandier. Le 
livre, en plus du pome, contient une nouvelle. Ni l'un ni l'autre, 
bien qu'ils soient basés « sur les sublimes principes de la Déclaration 
des droits de l'homme et du citoyen », pas plus dans la forme que 
dans le fond, ne nous paraissent des chefs-d'œuvre. 



— 122 — 

22. — Les Cuirs de bœuf, « miracle en xii vitraux, outre un prologue 
inveclif » constituent un gros volume en prose d'un style tout moderne. 
Les personnages, dont la sainte Hostie, une image de No Ire- Dame, deux 
dyabîcs (avec un y), «n moine noir, cinq théologiens, cinq aventuriers, le 
mufti, des Clunisiens, des Cisterciens, des Camaldules, etc., etc., sont 
très nombreux. L'ouvrage est dédié : « A très haute, gracieuse et vail- 
lante Jeanne-Marie de Lignac, unique confidente, unique inspiratrice, 
unique auxiliatrice, âme jaillie du siècle xiii, en nos temps : 

Qui croira à la constante parce que pure, 

infinie parce que vassale de la piété, 

toujours meilleure, toujours plus fière 

affection qu'est cette nôtre 

bénéficiera — j'en ai foi — de son merveilleux caractère ; 

et c'est pourquoi 

j'ai voulu, dans la mesure de ce que j'ai pu, 

le révéler à d'autres cœurs, 

en cet hommage 

dû. 

J'avoue que ces grandes idées de piété me sembleraient devoir gagner 
à être traduites en une langue plus simple. 

23. — Voici qui n'est plus de la prose, mais qui, en grande partie 
d'autre part, n'est pas non plus de la poésie, du moins telle qu'on 
l'entend d'habitude, puisqu'il s'agit la plupart du temps de vers sans 
rimes, ni mesure; je ne dis pas sans harmonie ni mérite. Toutes les 
pièces de Près de toi sont consacrées à la femme aimée et disent les 
joies et les tristesses de l'amour : 

Je veux te chanter des chansons très simples 
Comme j'en savais quand j'étais petit. 
Des chansons d'avrils et de fleurs nouvelles, 
Des chansons d'aurore et de paradis. 

La pensée est souvent fraîche et délicate, la forme vraiment artis- 
tique. Et si l'auteur est de la dernière école pour le mépris des règles 
jusqu'ici reçues, il n'en est ni par l'obscurité, ni par l'ennui. 

24. — Rien de décadent, par contre, dans les Rimes familières de 
M. Jean Plémeur, mais, au contraire, une bonne poésie, simple, vivante, 
tirée de la réalité, comme en ferait foi le seul sonnet intitulé Pêcheuse : 

Les jambes, les bras nus, le teint hâlé, vêtue 
D'un simple jupon rouge et d'un caracot noir. 
Elle va, parcourant du malin jusqu'au soir, 
La grève, que la mer tout à l'heure a battue. 

Marchant courbée en deux pour mieux apercevoir 
Crevette, bigorneau, crabe ; elle s'évertue 
Sous le soleil qui brûle ou dans le froid qui tue. 
Pour un modeste gain qu'elle en doit recevoir. 



— 123 — 

Car femme de pêcheur et fille de marin 
Elle y songe parfois, son lot est le chagrin, 
Mais pour le supporter, Dieu l'a faite très forte. 

Elle est robuste et saine, elle est belle, il n'importe' 
Que le vent ait terni l'éclat de son beau teint, 
Si l'on s'aime autrement qu'en habit de satin. 

Je ne saurais mieux définir l'ouvrage que l'auteur de la préface, 
M. François Hoffmann, qui écrit : « Une fraîcheur toute moderne s'allie 
dans ce recueil à la fraîche saveur gauloise. L'hahitude d'étudier la 
nature, de savoir les effets, d'apprécier les rapports des couleurs, lui 
a donné, sans qu'il la recherchât, une précieuse originalité d'écrivain. 
La rime, le rythme, la coupe de vers et des strophes dénote chez lui 
ce souci constant de la forme, sans lequel il n'y a pas d'oeuvre durable. » 

25. — Un pamphlet dramatique inspiré par 1' oASaire»! L'Affaire! 
Si je n'en dis rien, je serai honni! Et si j'en dis quelque chose, je ne 
le serai pas moins! Il faut pourtant bien que je dise quelque chose de 
Magor, ne serait-ce que pour ne pas voir mon silence interprété en 
mauvaise part. Voyons! je vais y mettre toute l'impartialité voulue et 
je ne regarderai le drame — bien qu'il s'intitule lui-même « pamphlet 
dramatique » — qu'au point de vue philosophique et littéraire. Le père 
de l'auteur, M. Hyacinthe Loyson, couvre de compliments son fils, 
pour son esprit de justice et de modération. Qu'il me soit permis, au 
simple point de vue de l'exactitude, et toute opinion mise à part, de 
constater que c'est précisément l'esprit de justice et de modération qui 
fait le plus complètement défaut à toute l'œuvre. J'ai beau vouloir 
entrer dans les éloges du père, je ne puis arriver, philosophiquement 
parlant, à comprendre qu'il ait suffi à n'importe qui de croire un 
instant à la culpabilité d'un homme deux fois condamné, pour être 
aussitôt assimilable à la fille publique, grossier, lâche, dénué de raison, 
ivrogne, alcoolique, débauché, etc. Quant à l'entente entre le soudard, 
l'homme noir et la courtisane, pour faire condamner un innocent, que 
voulez- vous? je suis si sceptique que je n'y crois pasl Mais j'arrive à 
la forme; je ne sais rien de moins naturel, ni de moins vrai. L'auteur 
écrit en un style boursoufflé, apocalyptique, extraordinaire, que la 
condamnation môme d'un innocent ne justifierait pas. Parce qu'un 
homme est poursuivi, est-il vraisemblable que tout ceci se produise : 

« Regardez; le soleil semble arrêté d'ennui ; le ciel sur la ville menace 
de s'abattre comme un linceul de soufre tissé par les mauvais jours de 
longue date. Et la mer, celte mer vitreuse et lourde, se dispose â 
remplir avec insouciance, contre ceux qui l'ont fait se taire de mépris, 
quelque décret tragique, imminent », etc. 

Voyons de bonne foi, s'il se fût agi d'un pauvre diable de la foule 
ordinaire, est-ce que le ciel et la mer auraient fait tant de façons? 



— 124 — 

26. — Étrange volume que celui de M. Maurice Le Dault : le mysti- 
cisme y coudoie le réalisme. Je lis, dans une première pièce : 

A vos pieds, Jésus mon aimé, 
Je mets tout : prenez, prenez tout, et même, 
Et même, 6 Jésus, prenez ceux que j'aime... 
Que sur votre autel tout soit consumé 1 

Pousser le renoncement jusqu'à vouloir celui d'autrui me paraît un 
peu beaucoup, lorsqu'on dit ensuite à Manette : 

Vite, détournez vos pas. 
Si vous voulez rester sage 
Fuyez, ne m'écoutez pas I 

Il faudrait un peu plus de force de volonté dans ce dernier cas, ou 
un peu moins d'abnégation altruiste dans l'autre. Je n'aime guère plus 
la pièce où l'auteur regrette de n'avoir pas aimé, quand il était jeune : 

C'est ainsi qu'à l'âge où l'on aime 
Je crois bien n'avoir pas aimé. 
Naïvement j'ai renfermé 
Captifs au-dedans de moi-même, 
Des trésors de vie et d'amour 
Que j'espérais donner un jour 
A qui m'eût aimé sans partage. 
Et voici, pour trop de raison, 
Que dans un décevant mirage 
S'évanouit mon horizon. 

C'est naïf et même pas très moral. A ces aveux inutiles, je préfère 
de beaucoup les peintures bretonnes du même auteur. 

27. — Nous avons eu déjà l'occasion de parler des traductions en 
vers de M. Martinon, qui doit être, si nous en jugeons par ses tra- 
vaux, un des plus distingués professeurs du lycée d'Alger et de bien 
d'autres lycées et même Facultés. Je ne connais M. Martinon en 
aucune façon, mais je suis très heureux de renouveler à l'adresse de 
son Œdipe roi tous les éloges que j'ai eu déjà à faire de ses précédentes 
traductions. Et je ne ferai que me répéter, si je dis que cette dernière 
œuvre est à la fois œuvre de traducteur consciencieux, d'érudit et 
d'artiste. 

28. — M. Raphaël Parault s'est vu refuser, àl'Odéon, une pièce inti- 
tulée : La Fille de VÉmigré, avec cette mention : « Drame médiocre, 
vers plats en général, sauf en plusieurs endroits où l'on trouve des 
imitations d'Hugo. » Tel fut le résultat de la lutte du pygmée, lejeune 
auteur inconnu, et du géant, le directeur de théâtre, pour emprunter 
à M. Parault lui-même ses expressions. C'est l'histoire de cette lutte 
que l'auteur raconte dans une préface de quarante pages, et c'est le i 
drame refusé qu'il présente lui-même au public. Les vers suivants, 
sans justifier la sévérité extrême de l'Odéon, ne me paraissent pas de 



I 



— 125 — 

premier ordre. Gonlran répond à son frère qui le menaçait de se sui- 
cider s'il n'avait pas trouvé l'argent qui lui était nécessaire : 

C'est pour vous éviter cette fin si tragique 

Que je vpnds aujourd'hui mes terre> de Belgique 

Laissez donc reposer le passé qu'on oublie : 
Cest toujours en plongeant qu'on arrive à la lie. 

Et Philippe de lui répondre : 

Excepté quand l'amphore, ainsi que votre cœur. 
Renferme cette pure et subtile liqueur : 
La générosité. 

29. — Parlant d'une femme, qui ne me semble guère idéale, M. Randau 
nous donne ces vers : 

Son rêve devenait d'un gueux survenu de cottes, 
Et la crotte toujours va rejoindre la crolte. 

Voici, d'autre part, les premiers vers de la pièce intitulée: DeV Arti- 
ficiel vers l'artificiel, à travers l'alcool : 

Nous étions soûls, fallait voir comme, 
Nous divaguions, laissant clignoter nos paupières ; 
Nous bourlinguions, dos las, pauvres bêtes de somme, 
Les traîneurs de chimères. 
Rouge au ciel, rigolait la lune ; 
A l'horizon sombre serpentaient, noirs, les monts; 

Des nuages grouillaient, où dansaient des démons, 
Sous qui des doigts de feu traçaient d'immenses runes. 
iNous vaguions ivres et sinistres, 
Sans regarder, 
Chassant le son des pots tintant comme des sistres. 

Les citations diront mieux qu'une longue analyse de l'ouvrage, ce 
qu'on peut trouver dans les Dires de celui qui passe. 

30. — Les Ombres heureuses, de M. Ducoté — heureuses, je me 
demande pourquoi, car, et encore une fois, tout ce qui vient de la nou- 
velle école est triste, — sont au nombre de cinquante. Elles ont pour 
nom: Erasippe, Evolpide, Téléphron, etc., et chacune d'elles y va de 
sa petite tirade. Voulez-vous le discours de Chélidone ? Peut-être pre- 
fèreriez-vous le chant do Bianor ? Alors je vais vous donner celui de 
Mégistoclès, pour contenter tout le monde. D'ailleurs, tout est dans la 
même note. Voici Mégistoclès : 

Sous les bosquets de laurier rose 
Les poètes de mon époque 
Promenaient une Muse 
Que son visa:;e enduit de fard et de céruse 
hendait la sœur des vieilles courtisanes... 
Je suis venu 
Avec ma Musi; toute nue ; 
Elle ne portait pas d'inutile ornement, 
Son sein se refusait aux bandelettes. 



— 126 — 

Elle avait la peau fraîche et les cheveux au vent. 
La foule s'est moquée de ce nouveau poète, 

Mais j'ai refusé de lui plaire, 
Je n'ai pas teint les joues de ma Muse 

A la couleur d'un artifice, 
Et j'ai offert sa beauté sans parure. 
Sans lourd joyau, sans tissus rares. 
Passant, si j'eus raiso , pends à ce cippe 
Une guirlande de feuillage. 

Que voulez- VOUS ? Je suis si moderne que tout cela m'est indiffé- 
rent I P. Saint-Marcel. 



HISTOIRE, SCIENCES ET ART MILITAIRES 

1 . Toulon et les Anglais en 4793, d'après des documents inédits, par Paul Cottin, 
2» éd. J^aris, Ollendorff, 1898, in-8 de xvi-458 p., 7 fr. 50. — 2. L'Expédition 
d'Egypte, 1798-1801, par le capitaine C. de la Jonquière. Tome !'>''. Paris, Charles- 
Lavauzelle, 1899, in-8 de 676 p. avec 4 grav., 10 fr. — 3. Journal et Souvenirs sur 
l'expédition d'Egypte (4798-1801), par E. de Villiers du Terrage, membre de la 
Commission des sciences et arts, mis en ordre et publiés par le baron Marc de 
Villiers du Terrage. Paris, Pion et Nourrit, 1899, in-8 de 375 p., avec portraits, 
cartes et grav., 5 fr. — 4. Campagne de 4809 en Allemagne et en Autriche, par 
le commandant Saski. Tome l»f. Paris, Berger-Levrauit, 1899, in-S de vin-586 p., 
avec une carte et 4 croquis, 10 fr. — 5. La Campagne de 4848 en Russie, par 
Clausewitz ; trad. de l'allemand par le capitaine Beoouën. Paris, Chapelot, 1900, 
in-12 de x-210 p., avec carte, 4 fr. — 6. La Campagne de 4815 en France, par 
Clausewitz; trad. de l'allemand par le capitaine Niessel. Paris, Chapelot, 1900, 
in-8 de viii-224 p., 4 fr. — 7. Les Campagnes de la Restauration. Espagne, Morée, 
Madagascar, Alger, d'après les archives historiques des dépôts de la guerre et de 
la marine, les Mémoires et les Souvenirs contemporains, par René Bittard des 
Portes. Tours, Cattier, s. d. (1900), gr. in-8 de vin-756 p. — 8. La Guerre du 
Mexique selon les Mexicains, par Albert Hans. Paris, Berger-Levrauit, 1899, in-12 
de 66 p., 1 fr. 50. — 9. La Bataille de Muret, par Marcel Dieulafoy. Paris, imp. 
nationale; Klincksieck, 1899, iû-4 de 44 p., 2 fr. — 10. Correspondance de Claude 
Simon, lieutenant de grenadiers au régiment de W/alsh (w» 92), aux armées du 
Nord, des Ardennes et de Sambre-et-Meuse, 4792-4793, publiée par Emmanuel 
Delorme. Grenoble, imp. Allier, et chez l'auteur, 12, rue de l'Écharpe, à Toulouse, 
1899, in-8 de 86 p., 1 fr. 50. — 11. Ssldats de Lorraine (Chevert, Oudinot, 
Exelmans, Lataye, Margueritte), par Paul Despiques. Paris, Berger-Levrauit, 1900 
in-8 de 306 p., 5 fr. — 12. Souvenirs et campagnes du général de la Motte-Rouge. 
5* série. Campagne d'Italie (4859). Expédition du Mexique (4864). Guerre de 
4870. Paris, Lethielleux, 1899, in-8 de 548 p., 6 fr. — 13. Le Général Bourbaki, 
4846-4897, par le capitaine G. de Corlay. Abbeville, Paillart, 1900, in-8 de 236 p., 
1 fr. — 14. Le Duc d'Aumale. Prince. Soldat. Un grand seigneur au xix» siècle. 
Tours, Mame, 1899, gr. in-8 de 142 p., illustré, 2 fr. — 15. Les Maîtres de la guerre. 
Frédéric II, Napoléon, Moltke. Essais critiques d'après les travaux inédits de M. le 
général Bonnal, par le heutenant-colonel Rousset. Paris, Montgredien, s. d., in-12 
de 236 p., 3 fr. 50. — 16. Causes des succès et des revers dans la guerre de 
1870. Essai de critique de la guerre franco-allemande jusqu'à la bataille de 
Sedan, par de Woyde, lieutenant-général de l'état-major général russe. Traduit par 
le capitaine Thiry. Paris, Chapelot, 1900, 2 vol. in-8 de xxiv-410 et vi-506 p., et 
1 vol. de cartes, 16 fr. — 17. Nos Écrivains militaires. Études de littérature et 
d'histoire militaires, par E. Guillon. 2' série. Depuis la Révolution jusqu''à nos 
jours. Paris, Pion et Nourrit, 1899, in-12 de iv-410 p., 3 fr. 50. — 18. La Leçon de 
Fashodi, par J. Legrand. Paris, Berger-Levrauit, 1899, in-12 de vi-362p., 3 fr. 50. 



— 127 — 

— 19. La Guerre avec l'Angleterre. Politique navale de la France, par le lieute- 
nant X. Paris, Berger-Levrault, 1900, in-12 de xiv-180 p., 3 fr. — 20. Dictionnaire 
militaire. Encyclopédie des Sciences militaires rédigée par un Comité d'officiers de 
toutes armes. 14* livr. (Intendance-Magasins). Paris, Berger-Levrault, 1899, gr. 
in-8, p. 1665-1792, 3 fr. — 21. Manuel de l'élève-caporal et du candidat au grade 
de sous-officier, 13« édition, entièrement refondue et mise à jour. Paris, Chapelot, 
1900, in-12 cart. de 908 p., 2 fr. — 22. Agenda aide-mémoire de l'officier, 4900, 
contenant les principaux renseignements sur tous les services, Paris, Chapelot, 1900, 
in-32de 300 p., reliure souple, 2 fr. 50. 

1. — L'occupation de Toulon par les Anglais en 1793 et le siège mémo- 
rable qui suivit sont deux événements marquants de la Révolution 
française. Il ne faut donc pas s'étonner du nombre considérable de 
relations que nous a valu cette page plus triste que glorieuse de 
notre histoire nationale. Toutefois, il est à peu près certain que le siège 
de Toulon aurait eu moins d'historiens si le nom du futur vainqueur 
d'Austerlitz ne lui était intimement lié, si Bonaparte n'avait jeté, 
devant les murs de Toulon, les bases d'une grandeur qui devait être si 
préjudiciable à notre patrie. Après bien d'autres, M. Paul Gottin, vient 
nous parler de la révolte et de la reprise de Toulon sous la Terreur ; 
mais son travail a ceci de particulier qu'il n'est pas simplement l'his- 
toire d'un siège, et l'écrivain l'a intitulé judicieusement : Toulon et les 
Anglais en /793. C'est effectivement plus et moins qu'une simple rela- 
tion militaire. Prenant les événements politiques dont notre grande 
place maritime fut le théâtre dès le début de la Révolution, M. Paul 
Gottin nous raconte avec détails, les intrigues de nature multiple aux- 
quelles se livrèrent les partisans des divers régimes qui se dispu- 
taient alors le pouvoir. C'est surtout comme tableau d'ensemble que le 
nouveau travail sur le siège de Toulon nous paraît digne d'être recom- 
mandé. Quant à la partie inédite elle se réduit en réalité à peu de chose, 
sinon comme quantité tout au moins comme qualité. M. Gottin nous 
donne dans sa préface l'énumération des nombreux récits imprimés 
auxquels il a pu se référer; elle est considérable et dénote chez l'auteur 
un souci d'exactitude, un amour de la véracité historique qui lui font 
honneur. L'ouvrage débute aux massacres de Nîmes en juin 1790, à ce 
que l'on a appelé le camp de Jalès et à l'insurrection du Midi. Nous 
assistons ensuite aux troubles dans Toulon même, aux émeutes qui 
visaient surtout l'état-major de la marine, aux efforts des royalistes 
pour s'emparer de la flotte et de la ville, enfin à l'arrivée de l'amiral 
llood dans les eaux de Toulon et à son admission dans la rade. Ces 
chapitres (I à V) forment la première partie de l'œuvre, une sorte d'in- 
troduction détaillée dont la lecture — à part quelques hors-d'œuvre 
— ne manque pas d'intérêt. L'occupation de Toulon par les Anglais, 
l'organisation de la défense par le parti royaliste constituent le fond 
des chapitres qui suivent {VI à XI) ; vient enfin le siège proprement 
dit avec l'arrivée de Bonaparte et le légendaire Carteaux. — Divers 



— 128 -. 

détails oubliés sur les Toulonnais sous la Restauration, sur les pen- 
sions servies par l'Angleterre aux défenseurs de Toulon terminent cet 
ouvrage que complètent d'une façon artistique quelques gravures 
intéressantes. 

2. — Il serait banal d'insister sur la faveur dont jouissent aujour- 
d'hui auprès du public qui lit, les ouvrages relatifs au premier 
Empire. Est-ce la pensée d'obtenir sa part de cet engouement qui a 
poussé l'état-major de l'armée à faire imprimer une partie des docu- 
ments dont fourmillent les archives historiques du ministère de la 
guerre sur les campagnes napoléoniennes ? Il faudrait nous en réjouir. 
Trop longtemps la section historique de l'ancien Dépôt de la guerre 
s'est retranchée derrière un mutisme désespérant, el nous ne pouvons 
que nous féliciter de voir un chef comme le colonel Krebs rompre avec 
des traditions aussi regrettables. Les archives de la guerre sont effec- 
tivement une mine richissime, une source inépuisable de documents 
d'un haut intérêt, et il était étonnant que tout le monde y puisât, 
sauf les gens qui étaient le mieux en mesure d'en discerner et d'en 
consulter les richesses. Ainsi que nous venons de le dire, cette situa- 
tion anormale va prendre fin, et comme preuve de cette nouvelle 
phase de vulgarisation, nous pouvons signaler aux érudits le premier 
volume du capitaine de la Jonquière, de la section historique de TÉtat- 
majorde l'armée, sur C Expédition d'Egypte (1798-1801). — M. de la 
Jonquière n'est pas un inconnu pour les lecteurs du Polybib'don. Nous 
avons eu naguère à leur présenter cet écrivain à propos d'un livre sur 
les Italiens en Erythrée, qui méritait leurs suffrages. Le nouveau volume 
du laborieux capitaine diffère totalement du précédent, non pas seule- 
ment par le sujet mais par la composition et la facture. Nous nous 
trouvons ici non plus en face d'un résumé historique où la substance 
des événements a été extraite des documents, mais devant les docu- 
ments eux-mêmes, imprimés la plupart du temps in-extenso et reliés 
entre eux par une glose juste suffisante pour les faire comprendre. 
Cette méthode, inaugurée jadis par le capitaine Foucart, a ses avan- 
tages et ses inconvénients. Nul doute que la lecture n'en soit infini- 
ment moins attrayante que celle d'une relation bien écrite d'où l'his- 
torien a su habilement élaguer les hors-d'œuvre, les détails oiseux, 
inutiles, qui distraient l'esprit du but principal. D'autre part, au 
point de vue technique et pour l'éducation spéciale du public militaire 
auquel il s'adresse particulièrement, nul doute aussi qu'un travail 
comme celui de M. de la Jonquière n'ait une valeur très caractérisée. 
L'expédition d'Egypte a été mille fois racontée par ceux qui y 
ont pris part, exposée par des historiens qui ont écrit sur des docu- 
ments. — Ici, ce sont les pièces officielles des principaux exécutants 
que nous avons sous les yeux. — L'Expédition d'Egypte est cependant 



— 129 — 

supérieure, dans le genre purement documentaire, à la plupart des 
travaux que nous avons vu récemment publier d'après cette méthode; 
et dans la glose dont nous parlions tout à l'heure, l'écrivain a su mettre 
en lumière les qualités qui l'avaient fait remarquer dans son précédent 
ouvrage. Le volume que nous avons sous les yeux contient trois cha- 
pitres : les préliminaires de l'expédition, les préparatifs de l'expédi- 
tion, la prise de Malte, — deux cents pages d'annexés, la plupart inédites 
et quatre cartes. Tel qu'il est, c'est une publication d'un intérêt supé- 
rieur sans l'étude de laquelle il ne sera plus permis de parler de l'ex- 
pédition d'Egypte : nous attendrons avec impatience les volumes 
suivants. 

3. — Dun genre tout autre que le précédent, bien que traitant du 
môme sujet, est le volume publié par le baron de Villiers du Terrage 
sous le titre : Journal et Souvenirs de V expédition d'Egypte. — Villiers 
du Terrage, le grand père de l'éditeur actuel, était à l'École polytechni- 
que quand fut organisée l'expédition et avec elle cette commission 
célèbre dont les travaux allaient imprimer à la campagne de 1798 le 
cachet spécial d'érudition, peut-être unique dans l'histoire, qui la 
caractérise. Du Terrage obtint d'être adjoint à Monge, à Berthollet, à 
Fourier, etc., et ce fut en leur compagnie qu'il aborda sur la terre des 
Pharaons. D'un tel écrivain on pouvait attendre plutôt des remarques 
scientifiques ou archéologiques que des appréciations militaires, et 
l'espérance du lecteur à cet égard ne sera pas trompée. Il s'en faut 
cependant que l'intérêt du livre en souffre. Nous l'avons lu d'un bout 
à l'autre avec infiniment de profit, cela va sans dire, et aussi avec une 
attention souvent éveillée par mille anecdotes piquantes, par une 
érudition éclairée, toujours sûre d'elle-même. Du Terrage, qui devait à 
son tour occuper un rang honorable dans la science où Champollion 
est demeuré un maître, est le premier à avoir signalé certaines anti- 
quités égyptiennes, totalement inconnues ou plutôt oubliées à son 
époque, notamment le Zodiaque de Denderah et le tombeau d'Améno- 
phis III. Son livre, écrit dans la forme d'un journal, a un caractère de 
simplicité et de sincérité qui séduit dès qu'on l'ouvre; il possède une 
valeur à la fois scientifique et historique très appréciable. 

4. — Avec la Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche, du 
commandant Saski, nous faisons un retour vers l'histoire documentaire 
dont nous parlions un peu plus haut à propos du capitaine de la Jon- 
quière. Nous ne reviendrons pas sur le jugement porté par nous sur la 
valeur générale des ouvrages de ce genre. Disons seulement que dans 
la Campagne de 1809 l'écrivain militaire s'est presque abstenu 
de commentaires et qu'il laisse parler à peu près uniquement les 
documents officiels. Le tome premier de celte publication, le seul 
paru jusqu'il aujourd'hui, est consacré en entier aux préparatifs 

Fkvjuer 1900. T. LXXXVIII. 9. 



— r.^o — 

de la campagne. Il nous donne successivement l'organisation du 
corps Oudinot, la réunion de la division Saint-IIilaire à Magdebourg, 
la formation du corps d'observation de l'armée du Rhin sous les ordres 
de Masséna, la constitution du corps de réserve, les organisations de 
l'armée du Rhin, d'abord du 8 au 13 mars, puis du 14 au 20, ensuite 
du 21 au 2o mars, enfin du 26 au 30 mars. Le volume prend fin au 
départ du major-général pour Strasbourg ; deux cents pages d'annexés, 
quatre croquis et une carte complètent l'ouvrage. La campagne de 
1809 est la dernière où la fortune des armes ait souri à l'Empereur ; 
c'est celle après laquelle la Providence lasse de voir cet homme extra- 
ordinaire gaspiller les qualités géniales dont elle l'avait si généreuse- 
ment doué, lui donne les salutaires avertissements des échecs en 
Espagne, avant de lui infliger le châtiment de 1812, ceux des années 
1813, 1814 et enfin l'irrémédiable chute de Waterloo. En ce sens, 
1809 appartient encore à la période de Marengo et d'Auslerlitz , mais 
cependant il s'en faut que l'armée de Wagram soit semblable, au 
point de vue organique, au point de vue de la valeur morale, à celles 
qui avaient établi la fortune du grand capitaine sous le Consulat 
et au début de l'Empire. Bien qu'on se trompe généralement, et de 
beaucoup, sur la valeur de ces armées, bien qu'on attribue notam- 
ment au séjour au camp de Boulogne une influence supérieure, à celle 
qu'il eut en réalité (voyez à ce sujet ce que disent Fezensac, Boulard, 
etc.), il n'en est pas moins certain que la présence dans les régiments 
de cette époque de soldats formés à la rude école des guerres de la 
Révolution, donnait à cet instrument de guerre une trempe incompa- 
rable. Il n'en va plus de même en 1809. A frapper, l'outil s'est usé peu 
à peu : de larges brèches se sont produites dans le tranchant de l'arme, 
des brèches irréparSibles. Pour combler les vides, il a fallu faire appel 
à des contingents inexpérimentés ; l'Espagne est d'ailleurs là, comme 
un creuset sans fond, comme un abîme ou s'engloutit misérablement 
ce qu'il nous reste d'anciens soldats. Les régiments s'emplissent donc 
de jeunes gens qui n'ont plus le temps de devenir des professionnels; 
la valeur générale de la masse s'en ressent ; elle s'affaiblit et cet afl'ai- 
blissement fait prévoir la chute déjà prochaine du système. Ce sont 
ces considérations, qui donnent à la campagne de 1809 sa caractéris- 
tique spéciale ; ce sont ces vérités que met bien en lumière le volume 
du commandant Saski. Quoique l'on eût pu pratiquer certaines cou- 
pures dans cet amas énorme de documents, leur ensemble, leur exubé- 
rence même constitue une mine précieuse non seulement pour le 
militaire mais aussi pour le moraliste et pour le penseur. C'est à ce 
titre que le nouveau travail émané de l'état-major de l'armée est sur- 
tout à lire. 
5 et 6. — Les deux volumes de Glausewitz consacrés l'un à la Cam- 



— 131 — 

pagne de 18^2, l'autre à la Campagne de 1815, sont très loin de pos- 
séder, au point de vue documentaire, rimporlance, l'auiorilé, la 
variété des ouvrages de MM. de la Jonquière et Saski. Écrits presque 
au lendemain des événements, rédigés d'après des notes tronquées, 
incomplètes, souvent erronées, ils doivent être lus avec la plus grande 
réserve au point de vue de la vérité historique et de l'exactitude 
des faits, envisagés surtout dans les détails. Mais môme quand il 
commet des erreurs, un écrivain comme Glausewitz vaut encore 
la peine qu'on le lise, qu'on le médite. En histoire, d'ailleurs, les 
détails n'ont souvent que la valeur d'une anecdote et c'est rare- 
ment dans ces minuties qu'on peut aller recueillir les leçons du passé. 
Dans la préface extrêmement intéiessante et bien pensée que 
M. le capitaine Begouôn a insérée en tèle de sa traduction de 812, 
l'officier français nous apprend que Glausewitz ne destinait pas à 
l'impression ce récit de la campagne de Russie. On sait que le grand 
écrivain prussien avait, après léna, pris du service auprès de l'empe- 
reur Alexandre et qu'il se battit contre nous de Smolensk à la Béré- 
sina. Il a donc pu dire de visu un grand nombre d'événements de 
cette année, pour nous désastreuse; toutefois il faut convenir qu'en bien 
des points il se trompe et se laisse emporter par sa prévention contre 
Bonaparte. Mais nous convenons avec M. Begouôn qu'il est bon d'étu- 
dier <i quand même les œuvres d'un homme énergique et d'un cerveau 
puissant, qu'en les étudiant, même avec la conviction que cette intel- 
ligence s'est fourvoyée, notre esprit s'éclaire et notre pensée se pré- 
cise par la contradiction même. » La Campagne de iSio lue dans la 
traduction qu'en a donnée le capitaine Niessel a une valeur histo- 
rique sans doute supérieure à la Campagne de 1812, mais un intérêt 
moral très inférieur. Nous avons eu à parler ici, récemment, du 1815 
de M. Henri Houssaye ; on peut rappeler à ce propos, que l'écrivain 
français s'est fortement aidé de la relation de Glausewitz pour étayer 
nombre de ses assertions, tout en attaquant, souvent sans preuves, les 
dires de l'auteur allemand quand ceux-ci mettaient en lumière l'affais- 
sement physique et moral de Napoléon en 1815. Nous ne sommes pas 
d'accord avec Glausewitz lorsqu'il prétend que Grouchy eût en vain 
tenté de s'interposer entre Napoléon et Bliicher après Ligny ; mais 
nous dirons aussi qu'avec le système cher à l'Empereur d'interdire 
toute initiative à ses subordonnés, il était presque impossible que ces 
lieutenants, livrés tout d'un coup à eux-mêmes, trouvassent les 
éclairs nun pas de génie mais de simple perspicacité qu'il eût été 
nécessaire de rencontrer chez Grouchy le 16 au soir et le 17. Gomme 
dit très justement M. Niessel, le grand intérêt de la Campagne de 1815, 
de Glausewitz, est d'être un exposé d'une rare clarté de la marche stra- 
tégique des opérations de 1815 ; sous ce rapport cette publication 
demeure encore aujourd'hui d'un intérêt de premier ordre. 



— 132 — 

7. — Des campagnes du premier Empire aux Campagnes de la Res- 
lauralion^ dont M. Billard des Portes nous donne un résumé suffi- 
samment développé, le saut est brusque. A vrai dire, ce sont les 
mi''mes hommes, les mômes soldats, mais combien autres les ensei- 
gnements, l'esprit ! La Restauration, comme son nom Tindique, n'est 
pas une période de menaces ou de conquêtes ; le nouveau régime n'a 
qu'un but : rendre pacifitjuement à la France meurtrie par vingt années 
de luttes, le calme, la prospérité intérieure, la tranquillité dont elle a 
tant besoin. Il ne s'en suit pas que, quand il faut, ce régime ne sache 
tirer l'épée. Il le fait alors avec l'assurance que donne une juste cause, 
et c'est ainsi qu'il déploie notre drapeau en Espagne (1823), en Morée 
(1827), à Madagascar (1829), enfin à Alger (1830), toujours au profit du 
bien général de l'humanité et de la civilisation. C'est une heureuse 
idée qu'a eue M. Bittard des Portes de réunir en un volume les quatre 
épisodes qui constituent le bagage militaire de la Restauration. A vrai 
dire, il serait difficile de trouver là, au point de vue technique, sous le 
rapport tactique ou stratégique, de grandes leçons; mais, au lendemain 
de Fashoda, il est bon de rappeler aux générations actuelles que ces 
mêmes princes, dont le génie bienfaisant sut panser nos plaies après 
les blessures de la Révolution et de l'Empire, savaient également, au 
jour du danger, montrer l'énergie et le courage qui font les peuples 
grands et respectés. Les Campagnes de la Restauration sont un livre à 
vulgariser, à mettre aux mains de la jeunesse qui y trouvera de forti- 
fiants exemples. 

8. — Je n'aime pas beaucoup le titre de l'opuscule de M. Albert Hans : 
La Guerre du Mexique selon les Mexicains, ce qui ne veut pas dire, il s'en 
faut, que je n'apprécie pas l'ouvrage. M. Hans, qui, selon toute appa- 
rence, a vécu quelques années au Mexique, a trouvé avec raison que 
les ouvrages français sur la guerre de 1862 n'envisageaient la question 
qu'au point de vue français, tout au moins au point de vue européen. 
Pour observer le tableau en le considérant par les deux bouts de la 
lorgnette, il a recherché ce qui avait été écrit au Mexique sur la ma- 
tière. Naturellement M. Hans a rencontré une différence sensible non 
pas tant dans le récit des événements que dans la façon de les juger, 
et c'est pour nous faire profiter de l'expérience et des enseignements 
recueillis par lui à cet égard qu'il a écrit la brochure à laquelle 
nous faisons allusion. Le travail de M. Hans est en réalité une 
revue bibliographique très précieuse de tout ce qui a été écrit au 
Mexique sur la guerre de l'indépendance ; de telle sorte qu'il nous 
est donné aujourd'hui de ne point nous en tenir, si la question nous 
intéresse, aux inévitables volumes de MM. Niox et Gaulot. Nous 
n'avons pas compté tous les ouvrages dont M. Hans nous parle dans 
cette bibliographie ; mais en fixant leur chiffre à quinze, nous appro- 



— 133 — 

chons de la vérité. On voit donc que nous sommes loin de savoir 
acluellemfut la vérité sur les événements de la guerre du Mexique, 
élanl donné que la seule élude militaire française de valeur, celle de 
Niox, a été écrite peu après la guerre de 1870, c'est-à-dire à une époque 
où la plupart des travaux signalés par M. Hans n'avaient point paru 
encore. 

9. — La Bataille de Muret, de M. Marcel Dieulafoy, pourrait avoir 
comme sous-titre : Contribution à l'étude de la tactique française au 
moyen âge. Précédemment, le savant écrivain avait démontré, dans 
une monographie consacrée à Château-Gaillard, que les ingénieurs 
chrétiens avaient provoqué en Orient une rénovation générale de la 
poliorcétique. Il s'est demandé quelle influence avaient exercée les 
croisades sur la tactique et la stratégie proprement dite, spécialement 
sur la guerre de campagne. M. Dieulafoy reconnaît que les croisés 
avancèrent dans la science de la guerre au contact des troupes musul- 
manes; mais ce progrès fut essentiellement passager, éphémère, et 
l'écrivain démontre la vérité de son assertion en prenant comme exemple 
la bataille de Muret, livrée le 12 septembre 1213 sous les murs de cette 
ville. Les adversaires en présence étaient, d'un côté, les croisés, sous les 
ordres de Simon de Montfort, de l'autre le roi d'Aragon, Pierre II, 
ayant comme alliés les comtes de Toulouse, de Gomminges et de Foix. 
Cette journée sanglante, qui se termina par la déroute et le massacre 
en masse des Aragonais, a tenté plus d'un historien, et csrtains ont 
voulu démontrer que Simon de Montfort s'était conduit à Muret en 
tacticien consommé. Si l'on entend par tactique la science des mouve- 
ments compliqués qui ne sont guère utiles que sur le champ de ma- 
nœuvres, il serait inexact de dire que Montfort fil de la lactique à Muret. 
L'essence même des milices du moyen âge, dans lesquelles chacun 
combattait pour son compte, sous un chef la plupart du temps choisi 
au moment du combat, interdisait non seulement toute évolution 
compliquée, mais même les mouvements d'ensemble les plus simples. 
Mais ce qui est de tous les temps et ce que sut faire judicieusement 
Simon de Montfort, ce fut de masquer son attaque, de l'exécuter à 
propos et par surprise, de saisir le moment précis, le moment psycho- 
logique où l'adversaire est descendu au minimum de son effort 
moral et par conséquent de sa résistance matérielle. A propos des 
controverses intéressantes qui se sont élevées au sujet de Muret, 
M. Dieulafoy établit et démontre : 1" que Simon de Montfort entra dans 
la ville et en sortit par une porte orientée vers l'est et non à l'ouest. Il 
forma ses troupes et prit ses dispositions de combat à l'abri des remparts 
et non à l'extérieur de la ville ; — 2° Les trois escadrons passèrent la 
Louge à l'est Ue la citadelle et non â l'ouest de Muret; — 3° Le choc 
des deux cavaleries eut lieu au delà du marais de Pcsquiès et non en 



— 134 — 

deçà; — i" Enfia, les alliés, Aragonais, Toulousains, etc., furent mis 
en déroute par trois charges directes, distinctes comme direction, se 
succédant à des intervalles très courts et arrivant presque simultané- 
ment sur les lignes ennemies. Il ne fut point question de mouvement 
tournant. Le travail de M. Marcel Dieulafoy est net, précis, métho- 
dique, et il ne peut manquer d'cHre apprécié par la critique comme il 
le mérite. La bataille de Muret demeure la grande journée de la guerre 
des Albigeois et son résultat, qui fut de déjouer les desseins ambitieux 
de r Aragon sur nos provinces méridionales, eu fait une page toujours 
importante de la constitution de l'unité française. 

10. — La Correspondance de Claude Simoji en 1792-1793 est celle d'un 
engagé volontaire, d'abord grenadier au 3» bataillon de Paris, puis 
lieutenant au régiment de Walsh infanterie, n» 92, puis capitaine, chef 
d'escadrons en 1800 et colonel en 1809 année où il meurt à Paris âgé à 
peine de trente-sept ans. Les lettres que nous avons sous les yeux 
n'ont trait qu'aux événements de l'année 1792-93, c'est-à-dire à l'année 
pendant laquelle Simon faisait ses débuts dans la carrière. Nous avons 
eu déjà l'occasion de dire à bien des reprises, notamment à propos de 
Faré, de Socrate Blanc, etc., etc., combien, au point de vue de la véra- 
cité, de l'authenticité des faits, les lettres l'emportent sur les Mémoires 
libellés après coup. La « lettre «écrite sur le moment, à un père, aune 
mère, à un ami, rédigée sans prétention littéraire, sans ambition, sans 
aucune pensée qu'elle dépasse à jamais le petit cercle de la famille ou 
de quelques intimes, la « lettres» est toujours sincère et vraie; c'est 
presque sans exception, un document historique parfait. Et la Corres- 
pondance de Claude Simon, que nous venons de parcourir est très faite 
pour corroborer encore dans notre esprit , cette façon d'apprécier 
la valeur historique des lettres en général. Ou ne s'attendra pas 
à trouver dans cette correspondance des appréciations d'une valeur mi- 
litaire transcendante ni des combinaisons stratégiques de haute enver- 
gure ; mais il n'y a point que les conceptions tactiques qui soient 
intéressantes, même à la guerre, et les multiples détails que nous 
donne Simon sur l'organisation de son régiment, sur l'esprit des 
troupes, sur leur façon de vivre, sur la manière dont on appréciait aux 
armées les événements politiques qui se déroulaient à Paris, ont bien 
leur mérite, leur saveur. 

11. — Sous le titre : Soldats de Lorraine, M. Paul Despiques, profes- 
seur d'histoire au lycée de Reims, a réuni un certain nombre de con- 
férences faites un peu partout, et deux monographies inédites consa- 
crées à deux de ces grognards inconnus dont fourmillèrent les armées 
du premier Empire. La trame qui joint l'iin à l'autre ces récits divers 
est assez mince, et, par exemple, le chapitre consacré à M. André 
Theuriet n'a qu'un vague rapport avec les portraits de Gbeveit, 



— 135 — 

d'Exelmans ou d'Oudinot. Mais, prise à part, chacune de ces éludes 
peut être lue avec profit. La Lorraine, comme tous les paj's fron- 
tières, a toujours été une terre où le patriotisme et les vertus guerrières 
ont été eu honneur; les noms de Ghevert, d'Oudinot, d'Exelmans, de 
Margueritle sonnent haut et clair quand on fait l'appel de nos gloires 
nationales. De ces hommes, aucun sans doute n'eut le génie d'un 
Bonaparte, même les capacités d'un Masséna ou d'un Soult, mais quelle 
autre valeur morale et quelle autre honnêteté ! Pour ne parler que 
d'Oudinot, le « Bayard moderne », comme l'appela, dit-on, un jour 
Napoléon, il est certain qu'au point de vue militaire il fut toujours 
d'une faiblesse fâcheuse, qui confinait à la nullité. Notamment en 
Russie, en 1812, et plus particulièrement en 1814, quand il fut chargé 
avec Victor de défendre les passages de la Seine entre Nogent, Bray et 
Montereau, Oudinot se montra d'une incapacité militaire désespérante. 
Mais quelle bravoure sur le champ de bataille, quel mépris de la mort 
et du danger, quel entrain, quel allant ! Évidemment de tels hommes 
exercent sur leur entourage une influence morale puissante et 
obtiennent, notamment sur le champ de bataille, des résultats aux- 
quels un tacticien très supérieur à eux n'arriverait souvent pas. C'est 
qu'en réalité à la guerre le cœur l'emporte toujours sur l'esprit, le 
moral sur la matière, le caractère sur la science ou sur l'art. Les cha- 
pitres de l'ouvrage de M. Despiques consacrés à Chevert, à Exelmans 
et aux autres personnages que nous avons indiqués sont empreints 
d'un souffle patriotique qui en fait un bon livre à vulgariser et à mettre 
aux mains de nos jeunes gens. C'est dans ce sens qu'il est permis de 
le recommander. 

12. — Nous sommes enfin en possession du tome troisième des Sou- 
venirs et campagnes du général de la Motte-Rouge, dont nous avons 
analysé, il y a longtemps, les deux premiers volumes. Nous avions 
laissé le général en Grimée, au moment où s'achevait la campagne 
d'Orient ; nous le reprenons ici à l'instant où il débarque à Marseille, 
couvert des lauriers de Malakoff. Présenté quelque temps après 
à l'Empereur, La Motte-Rouge, qui tacitement avait accepté le nouveau 
régime, est invité quelques jours après au baptême du prince impérial. 
A Cette cérémonie son souvenir se reporte, sans qu'il y songe, à celle 
à laquelle il avait assisté trente-six ans auparavant lors du baptême 
du duc de Bordeaux, et «il ne retrouve pas en 1856 l'enthousiaste 
des foules sur le passage du Souverain, le courant magnétique d'alToc- 
tion, d'espérance » qui l'avait frai)pé en 1821. La Motte- Rouge repart 
alors pour Nantes, où l'appelait le commandemaut de la 15° division 
militaire, et c'est de là qu'il va en Italie prendre part à l'expédition de 
1859. Gomniandant de la 1""" division du 2° corps d'armée, le général 
assiste à toutes les actions de guerre de la campagne, revient prendre 



— 136 — 

son siège de Nantes à la fin de 4859 et il y était encore quand il passa, 
en 1869, dans la deuxième section du cadre de réserve. Au moment 
de la guerre de 1870, La Motte-Rouge, qui était entré l'année précédente 
à la Chambre des députés, reçut le commandement des gardes natio- 
nales de la Seine ; il donna sa démission au 4 septembre, accepta le 
commandement du 15" corps à l'armée de la Loire, fut révoqué par 
Gambetta après les combats d'Orléans, occupa à la paix diverses 
situations militaires, notamment celle de membre du Conseil de 
guerre appelé àjuger Bazaine, et mourut, le 29 janvier 1883, à l'âge de 
79 ans. Le dernier volume des Souvenirs de la Motte-Rouge contient 
donc à peu près toute l'histoire du second Empire, en particulier celle 
de la campagne de 1859 et une partie considérable de la campagne 
de la Loire ; mais, en réalité, l'intérêt du livre est moins dans les 
récits de faits militaires que dans les mille détails donnés par l'écri- 
vain non seulement sur ce qu'il a vu, mais sur ce qu'il a appris, et 
qu'il a recueilli de sources diverses. La physionomie de la vie mili- 
taire dans l'armée française de 1855 à 1870 est ce qui se dégage le plus 
nettement de ces pages ; mais dans la haute situation qu'occupait 
La Motte-Rouge à Nantes et qu'il y conserva quinze années durant, sur 
cette terre de Bretagne où sa qualité d'enfant du pays lui créait une 
position spéciale, il était à même de beaucoup voir et de beaucoup 
entendre. Et comme c'était un homme d'observation, un esprit fin, 
qui savait entendre et voir, les remarques que lui suggéraient les 
événements dont il était témoin, sont pleines d'à- propos, d'esprit et 
de bon sens. C'est ainsi qu'on lira avec infiniment de plaisir tout ce 
que raconte le général à propos de la préparation de la campagne de 
Chine, de celle du Mexique, de l'Exposition de 1867, des progrès de 
l'opposition à la Chambre des députés et dans le pays de 1864 à 1870, 
des élections de 1869, des causes immédiates qui ont amené la chute 
de l'Empire en dehors des défaites du commencement d'août 1870. La 
partie du volume consacrée à la campagne de la Loire et à l'histoire 
du 15« corps, présente naturellement une valeur et un intérêt particu- 
liers, puisque le général joua là un rôle qui eût pu être prépondérant 
dans les destinées de notre pays. De même que les généraux de la Révo- 
lution, il crut devoir se soumettre et accepta, sans protestation, une 
disgrâce imméritée ; tout en regrettant sa décision, on ne saurait l'en 
blâmer. Au surplus, après la prise d'Orléans, La Motte-Rouge pouvait 
répéter le mot de François P"" après Pavie, et c'est toujours là la con- 
sidération qui prime toutes les autres pour un soldat. Il faut recon- 
naître, d'ailleurs que, dans la situation exceptionnelle de désarroi, de 
démoralisation où se trouvait alors le pays, il eût fallu un génie trans- 
cendant pour maîtriser les événements. La Motte-Rouge entra donc 
dans la retraite et n'en sortit plus guère d'une façon réelle que dans 



— 137 — 

les trois ou quatre circonstances dont nous avons cité la principale. 
Ce chrétien avait assez fait pour les autres ; il voulait penser à lui, à 
la façon dont il terminerait une vie dont il sentait le terme approcher, et 
quand la mort vint le chercher près de la quatre-vingtième année, 
elle trouva un homme qui l'attendait sans crainte et sans faiblesse. 
Les Souvenirs du général de la Molle-Rouge présentent un intérêt vif 
et soutenu comme ceux d'un témoin qui, au cours d'une existence 
longue et mouvementée, a vu infiniment de choses, a assisté à quan- 
tité d'événements : ils ont le mérite supérieur d'être l'œuvre d'un 
homme de bon sens, d'un juste et d'un homme de cœur. 

13. — Gomme La Motte-Rouge le Général Bourbaki, dont le capitaine 
G. de Corlay nous donue aujourd'hui une nouvelle biographie, fut une 
personnalité en vue des guerres d'Afrique sous la monarchie de Juillet, 
et, plus près de nous, de l'armée du second Empire. Nous avons eu à 
analyser récemment ici même une monographie consacrée au légen- 
daire commandant de la garde impériale ; l'élude de M. de Corlay, 
œuvre surtout de vulgarisation, est plus modeste que la précédente 
dans ses allures, mais elle n'en présente pas moins d'intérêt. On sait 
que Charles Bourbaki était petit-fils d'un Grec de Géphalonie et fils 
d'un colonel de l'armée du premier Empire, élève de la Flèche au 
commencement du siècle. Toute sa vie, à la fois agitée et brillante, 
est exposée clairement et parfois éloquemment par un écrivain 
passionné pour son héros. L'ouvrage, très digne d'être choisi pour 
être mis aux mains de notre jeunesse, ne peut manquer de plaire à 
nos maréchaux en herbe. Nous terminerons cependant par une 
légère critique : des quatre citations eu langue étrangère que nous 
avons relevées au cours de l'ouvrage, pas une n'est exacte. Page 152 
nous voyons un Ilalien qui parle espagnol (signor cabullero {?)); 
page 153 on appelle spia d'el Ilalia la spia d'ilalia de Solferino ; page 177 
nous voyons imputer à l'Écriture sainte un barbarisme caractérisé : 
sicut parcellum equestrem, au lieu de sicut /))'oce/^am; enfin, page 235, 
ce n'est plus l'Écriture sainte, c'est Tacite lui-même qui ne sait plus 
parler sa langue, qui commet d'invraisemblables lapsus et qui écrit à 
propos des Germains : reges ex uobilitale, duces ex viitute sumniunt, 
au lieu de sumunt avec un seul m. — Go sont là de petites taches qu'il 
sera facile de supprimer à la deuxième édition. 

14. — Après La Motle-Rougc, nous venons do voir Bourbaki ; après 
Bourbaki, c'est maintenant le duc d'Aumale qui rentre en scène à la 
librairie Marne, présenté par un écrivain anonyme. Quoique le duc 
d'Aumale soit bien loin d'avoir joué le rôle qu'il eût pu remplir, bien 
que sa conduite vis-à-vis de M. le comte de Ghambord ait souvent été 
fâchcuso, regrcllablo, nous sommes d'accord pour dire qu'il avait 
de grandes qualités, une intelligence supérieure, qu'il fut, à notre 



— 138 — 

époque abâlardie par les instincts les plus vulgaires et les plus maté- 
riels, un prince éclairé donnant l'exemple de la dignité dans la vie et 
des nobles aspirations. Il n'y a pour ainsi dire qu'à louer dans toute la 
première partie de la vie du duc d'Aumale et dans la dernière. Goût 
pour les travaux militaires, brillante conduite au feu, intelligence de 
toutes les questions ayant trait au commandement des armées, incli- 
nation marquée vers l'étude, penchant réfléchi et éclairé pour les 
belles-lettres, les sciences, les arts, il sut toujours mettre en pratique 
et souvent en lumière les admirables qualités dont l'avait généreuse- 
ment doté la Providence. Il est regrettable — nous y insistons — que 
sa conduite au moment de la fusion n'ait pas répondu à ce que l'on 
pouvait attendre d'un prince aussi éminent. Quoi qu'il en soit de ces 
faits, oubliés déjà de bien des hommes qui en furent les témoins et 
inconnus à la génération actuelle, cette nouvelle biographie du Duc 
d'Aumale édité par la maison Marne est un livre qu'il convient de re- 
commander. 

15. — Les Maîtres de la guerre, que nous offre M. le lieutenant-colonel 
Rousset, c'est Frédéric II, c'est Napoléon, c'est de Moltke. L'écrivain 
nous les présente tels qu'il les a trouvés dépeints dans le cours du 
général Bonnal à l'École supérieure de guerre, c'est-à-dire sur un 
piédestal qui est peut-être un peu élevé, démesurément échafaudé, au 
moins en ce qui concerne l'un d'eux, le général de MolLke. Des trois 
personnalités mises en lumière par MM. Rousset et Bonnal, un 
seul en réalité fut un maître ayant fait une œuvre à lui, ayant créé 
quelque chose d'inédit, d'original, de magistral. Frédéric II fut surtout 
remarquable par sa puissance de volonté et sa persévérance : sa force 
principale fut la faiblesse de ses ennemis. Quant à de Moltke, il eut, à 
un degré moindre, toutes les qualités du « Vieux Fritz » ; mais, si l'on 
veut l'appeler « maître », on ne saurait l'égaler dans ce sens, ni à Fré- 
déric, ni — et encore bien moins — à Napoléon. Le plan de campagne 
de 1866, faisant converger vers un centre unique des armées réparties 
sur une circonférence d'immense étendue, était une conception des 
plus hasardées que seule l'impéritie d'un Benedeck pouvait laisser 
réussir. Quant au plan d'enveloppement de Metz, en 1870, calqué 
évidemment sur la conception de 1805, elle n'est qu'une copie rudimen- 
taire d'une combinaison géniale. A. part l'exagération de l'admiration 
chez l'écrivain français, les Maîtres de la guerre de M. le colonel 
Rousset constituent un travail rem!)li d'aperçus ingénieux sinon 
très nouveaux. Écrite couramment et sans prétention, cette élude 
est d'une lecture facile et agréable. 

16. — Le lieutenant-général de Woyde, de l'armée russe, est bien 
connu des lecteurs français, grâce à son étude sur Vlnitiative des 
chefs en sous-ordre à la guerre, ^ publiée en Russie il y a un petit 



rv— 130 — 

nombre d'années et analysée par nous-même, ici, tout récemment. 
En réalité, ce travail sur l'Inilialive à la guerre avait été suggéré au 
général de Woyde par une étude de longue baleiue sur la guerre de 
1870-71, écrite par lui il y a une dizaine d'années, et qu'il était dési- 
rable de voir mise à la portée du public français. Cette lacune vient 
d'être comblée par le capitaine Tbiry, du 79'' régiment d'infanterie, qui 
imprime aujourd'hui le remarquable travail auquel le général russe a 
donné pour litre : Causes des succès et des revers dmis la guerre de 1870. 
Généralement, après une catastrophe semblable à celle dont soufîril la 
France il y a trente ans, les donneurs d'excellents conseils affluent et 
le nombre est grand de gens habiles à vous dire la raison de votre 
chute. Il n'est cependant pas aussi aisé qu'on le pense, de déterminer 
la cause réelle d'un désastre de ce genre, la cause véritable, primor- 
diale, celle d'où découlent toutes les raisons accidentelles ou dépen- 
danles que le public, le vulgum pecus, prend pour la source originelle. 
Cette source, le général de Woyde la fixe en un point où personne avant 
lui n'était allé la chercher : il la signale avec une sûrelé de vue très re- 
marquable; il nous fait voir que la mauvaise éducation mililaire, la fausse 
direction imprimée dans noire armée à nos officiers, avait atrophié chez 
eux certaines qualités dont l'existence et le plein développement sont 
indispensables pour assurer la victoire; il nous montre que cette 
mauvaise éducation avait notamment détruit chez nos officiers le sen- 
timent de l'initiative, de cette initiative sans laquelle tout chef, au 
lieu d'être une entité pensante, capable de donner le mouvement, est 
seulement une machine passive attendant qu'une main étrangère la 
mette en fonction. En face de cette armée française où les chefs, à 
tous les degrés de la hiérarchie, attendaient toujours « des ordres > 
l'écrivain russe nous montre l'armée allemande jeune, active, indé- 
pendante, malgré sa discipline de fer, cette armée dans laquelle 
une éducation de longue main a habitué chacun à voler de ses propres 
ailes, à agir, à provoquer les ordres quand les ordres n'arrivent pas. 
Chez nous, l'excès de discipline a fini par tuer toute initiative, toute 
expression de la pensée, de la volonté individuelle. A force de vouloir 
être disciplinés, ou plutôt à force de vouloir ne pas paraître indisci- 
plinés, nous sommes devenus veules, sans force, sans vigueur, sans 
énergie. Mais ce que ne dit pas le général de Woj'de, ce qu'il eût pu 
dire, c'est que cette situation remonte à de longues années, qu'elle est 
bien antérieure à la guerre de 1870, même au second Empire, et qu'il 
faut placer au commencement du siècle, au règne de Napoléon pr, son 
origine, sa source réelle. Avec son esprit de domination, l'Empereur 
n'admettait chez ses subordonnés, ne pouvait admettre aucun témoi- 
gnage d'indéi)en(iance. L'exécution ponctuelle, matérielle, irréil^'cliie 
de ses ordres était imposée par lui à tous ses agents, qu'ils fussent 



— l/iO — 

généraux ou maréchaux, et le plus inlelligenl d'entre eux eût été mal 
venu à vouloir non pas discuter, mais seulement simplifier la moindre 
injonction du maître. Tant que dura la période des succès, tant que le 
génie de Bonaparte conserva sa puissance et son plein développement, 
les choses allèrent bien et l'on n'aperçut point les vices du système. 
Mais du jour où la force des choses obligea l'Empereur à laisser ses 
maréchaux agir à leur guise, du moment où il dut abandonner unSoult, 
un Jourdan, un Masséna, seuls en Espagne, tandis que lui-même était 
retenu sur le Rhin, le Danube ou le Niémen, le danger de cette centra- 
lisation excessive apparut. Livrés à eux-mêmes, habitués à n'agir, même 
dans les plus petites choses, que d'après les ordres et sur les données 
du Souverain, les maréchaux se trouvèrent, loin de lui, pris au dé- 
pourvu ; ils furent battus partout. C'est que l'initiative est une chose qui 
ne s'apprend point instantanément. C'est une qualité qui a, au contraire, 
besoin d'être développée dans le cœur de l'homme, de très longue 
main, si l'on veut lui voir porter ses fruits au moment où l'on en aura 
besoin. Ce n'est pas le jour d'une bataille qu'un chef peut dire à ses 
subordonnés : ayez de l'initiative. Ce jour-là, il est trop tard et la dé- 
faite attend irrémédiablement une armée où ces principes désastreux 
ont été en honneur. Le général de Woyde met très nettement en lu- 
mière toutes ces vérités, et son livre est un de ceux dont la lecture 
peut faire un bien immense dans notre armée, si l'on veut, pendant 
qu'il en est temps encore, écouler cette voix autorisée. Malheureuse- 
ment, — il faut le constater, — bien qu'on parle aujourd'hui beaucoup 
d'initiative parmi nos officiers, les principes qui étaient en honneur à 
cet égard en 1870, fleurissent encore parmi nous d'une façon regret- 
table. Puissions-nous écouter ce que nous dit à cet égard un ami à 
côté duquel nous combattrons peut-être demain. 

17. — Nos Écrivains militaires, de M. E. Guillon, forment la deuxième 
partie d'une publication dont nous avons signalé naguère à la fois les 
mérites et les lacunes : le nouveau volume nous paraît avoir les 
qualités et les défauts de son aîné. Il est certainement malaisé, dans 
un exposé comme celui qu'a tenté M. Guillon, de n'oublier personne ; ^ 
mais, ce qui est possible, c'est d'effectuer un classement plus régu- M 
lier des catégories d'écrivains, et, dans chaque catégorie, de les dis- 
poser dans un ordre méthodique. Parmis les écrivains militaires du 
premier Empire, on peut sans inconvénient passer sous silence des 
généraux comme Paulin, Dellard, Boulard et beaucoup d'autres ; mais 
pourquoi ne pas citer des Souvenirs comme ceux de Pion des Loches, 
de Sainl-Chamans, les lettres si remarquables du capitaine Faré, les 
Mémoires de Macdonald, les Souveniy^s deParquin, Noêl,de Gonneville, 
qui, en même temps que des hommes de guerre dans toute l'acception 
du mot, sont des écrivains de race. Également nous eussions voulu 



— 141 — 

voir M. Guillon consacrer plus qu'une mention à des hommes comme 
M. Arthur Ghuquet ; mais M. Chuquet se consolera d'avoir obtenu une 
ligne quand Alfred de Vigny, l'admirable auteur de Servitudes et gran- 
deurs militaires, n'a même pas son nom cité. Toutes ces critiques 
n'empêchent pas les deux volumes de M. Guillon d'être une publica- 
tion intéressante, ils ont le seul tort d'être incomplets et d'être com- 
posés sans méthode. 

18. — M. Legrand, ancien élève de l'École polytechnique et ofBcier 
de marine démissionnaire, vient de publier sous le titre : La Leçon de 
Fashoda un volume sur l'actualité duquel nous n'avons pas à insister. 
Après le cruel échec que l'impéritie d'un gouvernement désastreux a 
imposé à notre patrie, tout ce qui peut nous faire entrevoir un adou- 
cissement à l'amertume des humiliations souffertes produit sur nous 
l'effet d'un baume calmant. Et M. Legrand, venant nous affirmer avec 
sa compétence autorisée que a nous avons les moyens de nous faire 
respecter, rue nous aurons ceux de triompher ; voulant faire partager 
à tous la ferme conviction qu'il a à cet égard », prononce des paroles 
qui sont douces à entendre. Tout d'abord, l'honorable écrivain pose en 
principe que la lutte avec l'Angleterre est certaine, inévitable; que 
« nous y préparer est un devoir » ; puis, après avoir examiné par suite 
de quelles considérations aussi timorées qu'erronées nous n'avons pas 
fait honneur à la lettre de change qu'avait tirée sur nous le com- 
mendanl Marchand, il étudie la façon dont nous devons nous y prendre 
pour qu'une aussi honteuse alternative ne nous soit pas imposée une 
seconde fois. Les divers chapitres consacrés aux plans de campagnes 
improvisés, aux défenses terrestres, aux flottilles d'aujourd'hui, aux 
sous-marins et aux bateaux-canons, etc., etc., présentent un attrait 
particulier et fourmillent d'aperçus aussi ingénieux qu'originaux. 
Citons encore les pages relatives à la guerre de course, au charbon, 
à « la recherche de l'ennemi », enfin le chapitre intitulé la « Garle à 
payer », dans lequel M. Legrand fait le compte de ce que coûterait 
rétablissement naval qu'il est indispensable de constituer en France. 
Celte étude, très sérieusement pensée, écrite d'un style facile et 
chaleureux, vaut la peine d'être lue, d'être méditée et surtout d'être 
entendue. 

i9. — Très différent du précédent volume est le travail publié par 
un ofOcier qui signe le « lieutenant X », et dont les peu consolantes 
conclusions sont celles-ci : « La France n'est pas de taille à vaincre 
aujourd'hui l'Angleterre sur mer. Elle ne l'est m<'>me pas à la com- 
battre. » Comme on le voit, l'unanimité n'est pas près de réunir 
entre eux les officiers de notre marine et il s'en faut que tous voient 
la situation de la même façon. M. le lieutenant X nous explique bien 
ce qu'il faudrait faire, au cas où nous serions contraints à la guerre 



— 142 - 

avec l'Angleterre; mais, après ce qu'il a dit sur notre faiblesse, 
noire moral est trop alleinl pour que nous puissions lire avec 
conviction son plan de campagne. M. X est parti de ce principe 
que l'audition de la vérité seule peut nous tirer de l'apathie où nous 
sommes plongés relativement à noire marine. C'est justement pensé 
peut-être; mais peut-être aussi est-il des vérités qui ne sont pas 
bonnes à dire, encore moins à imprimer. 

20. — Le Dictionnaire militaire de la maison Berger-Levrault suit 
peu à peu son cours. On se souvient que le premier volume, entière- 
ment publié, est depuis quelques mois en vente. Voici apparaître la 
14» livraison (Intendance-Magasins) qui forme la deuxième livraison du 
tome second. Citons parmi les sujets traités avec une certaine ampleur 
dans ce fascicule, les mots Justice militaire, Légion d'honneur, Lignes, 
et le commencement du mot Magasins qui exigera certainement de 
nombreuses colonnes. Le Dictionnaire militaire, au fur et à mesure 
de sa publication, conserve les qualités que nous avons reconnues et 
signalées en lui à l'origine. Il est rédigé avec compétence ; l'élection 
des matières est faite avec discernement et généralement l'étendue 
consacrée à chacun des termes est bien proportionnée à leur impor- 
tance (avec une légère tendance cependant à amplifier les expressions 
purement techniques ou scientifiques). Encore une légère critique. 
Il nous semble que depuis quelque temps on néglige de nous donner 
l'équivalent du terme français dans les cinq langues essentielles dans 
lesquelles on nous les avait promis. Il y a des expressions, notam- 
ment les termes techniques, pour lesquelles cette traduction était pré- 
cieuse; elle était fort appréciée des officiers et nous demandons qu'on 
y revienne. En somme, la 14* livraison vaut ses aînées; elle présente 
le même intérêt, la même valeur scientifique et professionnelle; elle 
nous fait désirer de plus en plus voir l'ouvrage arriver à son terme. 

21. — Le Manuel de l'élève caporal est, lui aussi, une encyclopédie 
où les matières ne sont pas groupées par ordre alphabétique, mais 
une encyclopédie quand même, car ce volume contient, en embryon, -\ 
toute la science militaire : tactique, tir, fortification, notions d'artil- 
lerie, etc., etc. Le Manuel s'adresse, comme son titre l'indique, à 
un public spécial ; nous le signalerons néanmoins non seulement 
à ce public, mais à nombre de jeunes gens qui, avant leur entrée au 
régiment, pourraient y puiser un enseignement destiné à les aider dans 
leurs débuts sous les drapeaux. Dans les corps de troupe même, il est 
depuis longtemps apprécié, et continuera sans doute à rendre de très 
grands services, étant donné qu'il a été refondu et mis au courant des 
dernières modifications. 

22. — Il en est de même de V Agenda aide-mémoire de Vofficier 
pour 1900. Ce petit livre gagne chaque année en faveur auprès de nos 



— Ii3 — 

officiers et mérite bien cet accueil, grâce aux soins apportés par la 
maison Ghapelot à faire de cette publication une oeuvre à la fois pra- 
tique et commode. Il est certain que VAgenda aide-mémoire, élégant 
carnet qu'on peut avoir toujours dans sa poche, permet de se passer 
de presque tous les encombrants règlements qui constituent la biblio- 
thèque jusqu'ici obligatoire de l'officier. Avec l'Agenda, on a toujours 
sur soi les chiffres exacts d'une formation de marche, d'avant-postes, 
de bivac, les profils de fortification, d'ouvrages quelconques de 
campagne, les chiffres relatifs aux indemnités, solde, perceptions des 
temps de paix et de campagne, etc., etc. Il est incroyable que sous 
un aussi petit format, l'auteur anonyme de ce livret ait trouvé moyen 
de faire entrer autant de renseignements. A la rigueur, l'Agenda per- 
mettrait de se passer de nos diverses théories; ce serait peut-être un 
grand bien qu'on le substituât officiellement à toutes. 

Arthur de Ganniers. 



THÉOLOGIE 



Psallite sapienter. a Psallîret ^«'eise! » Erkiaruug der 
P^almen im Qeiste des betraclitenden Gebets uiid der 
liiturgie, vou Dom Maurus Wolter. 2« éd. T. V. Fribourg eu Brisgau, 
Herder, in-8 de 528 p. — Prix : 6 fr. 25. 

La deuxième édition de ce beau commentaire, revue par Dom Rad- 
ziwil, se trouve complète par ce volume qui va du Ps. 121 au Ps. IbO. 
Plusieurs fois nous avons parlé de cet ouvrage et nous ne pouvons que 
confirmer les éloges que nous en avons faits. L'exposé critique du sens 
littéral ne laisse rien à désirer. Mais ce qui met cet ouvrage hors de 
pair, ce qui en fait le caractère spécial, c'est l'explication morale, mys- 
tique et liturgique. L'auteur a eu l'heureuse pensée de considérer les 
psaumes dans l'usage qu'en fait la sainte Église et de montrer comment 
ils s'adaptent aux souvenirs qu'elle rappelle, aux exemples qu'elle 
propose, au secours qu'elle invoque, aux fêtes qu'elle célèbre. Pour 
réaliser un tel dessein il fallait, au-dessus de la science, le sens exquis 
que donne la piété et l'expérience des choses de Dieu, A tous ceux 
qui chantent l'office ou récitent le bréviaire, à tous ceux qui assistent 
à la psalmodie, Dom Maurus Wolter a ouvert un riche trésor. 

Lamoureux. 

lia Réalité deti apparitions démouiaqueti, par le R. P. Mare- 

CHAUX. Paris, Tenui, lay'J, iu-l2de 30-81 p. — l'nx : l fr. 

Pendant que les spirites causent avec le diable, beaucoup de savants 
fc'obptinenl à nier son existence, ou au moins son action physique sur 



— 144 — 

le monde terrestre. C'est l'opinion de beaucoup de membres de la 
Société des sciences psychiques, ou plutôt do Tune des deux sociétés, 
Car aujourd'hui il y en a deux. 

C'est pour ces esprits réfractaires que le R. P. Maréchaux, bénédictin 
de la congrégation olivélaine, a publié ce petit volume. Il montre, pa 
des faits qui offrent les meilleures garanties d'authenticité^ que l'esprit 
du mal a exercé do tout temps son action sur notre pauvre humanité, 
et que depuis la tentation de N. S. J.-C. dans le désert, il n'y a presque 
pas de siècle où des saints n'aient eu à subir les violences matérielles 
de l'enfer. 

La plupart des faits racontés dans cet opuscule étaient déjà connus, 
mais ils sont groupés d'une manière intéressante, et propre à entraîner 
la persuasion. Peut-'^tre quelques-uns moins évidemment matériels 
auraient pu être mis de côté. Il ne faut pas donner aux convictions 
rebelles le prétexte déjuger qu'on s'abuse sur leur signification. 

D. V. 

lia Conquête protestante, par Ernest Renauld. Paris, Retaux, 
1900, in-12 de bl6 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Ce livre est la suite de celui dont nous avons rendu compte 
(Polybiblion, t. LXXXVI, p. b*0). L'auteur continue la revue des méfaits 
du protestantisme en France. Il relate les actes antipatriotiques, de 
certains protestants d'Alsace et de Franche-Comté pendant la guerre 
de 1870; puis les agissements des pasteurs anglais dans nos provinces 
de l'Ouest et à Madagascar ; enfin il expose la situation de plus en 
plus dominante des protestants dans la banque, dans l'Université, 
dans toutes les fonctions publiques. 

Cette prédominance n'a pas lieu d'étonner; du moment que le gou- 
vernement du jour écarte systématiquement des hautes fonctions les 
catholiques intelligents, il faut bien qu'il s'adresse aux protestants et 
aux juifs. Nous ne croyons pas beaucoup à la protestanlisalion de la 
France ; le culte prolestant convient peu à notre caractère national. 
Mais nous croyons beaucoup à l'incrédulité qui monte de toutes parts, 
et certainement la propagande protestante ne peut qu'y aider. C'est à 
ceux de nos frères séparés qui conservent encore des sentiments vrai- 
ment chrétiens à y réfléchir. Quant à la propagande anglaise, elle est 
de plus un danger politique. Il est bien certain qu'un gouvernement 
prudent devrait, comme le demande M. Renauld, maintenir soigneu- 
sement la règle que tout ministre du culte, en France et dans nos 
colonies, soit Français. D. V. 



— 145 — 

JURISPRUDENCE 

Animad\'er«ione8 de actione naoavo|ib)v, commentatio acadt- 
mica. Scripsit L.-E. Logdbbrg. Upsal, Almqvisl et Wiksell, 1898, in-8 de 
79 p. 

D'après le droit public athénien, quiconque avait pris l'initiative 
d'une proposition de loi ou d'un décret était responsable de son initia- 
tive, en droit comme en fait. Ainsi si quelque motion paraissait con- 
traire à la loi, il était loisible au premier venu de porter plainte devant 
les thesmothètes, en leur signalant en même temps, les lois qui étaient 
en contradiction avec la proposition et la peine encourue. Les thes- 
mothètes instruisaient l'affaire qui était plaidée à fond sous leur 
présidence devant le tribunal des héliastes. Si les juges donnaient 
raison au plaignant, la proposition en question était abrogée ou annu- 
lée, son auteur était passible d'une peine. Sinon c'est le demandeur 
qui était frappé d'une amende de mille drachmes, et perdait une partie 
de ses droits civiques. Ce moyen de recours, cette action judiciaire 
s'appelait Ypaï^Tj 7:apivo[X(i)v, 

Dans quel cas précis pouvait-on s'en servir? Ici les opinions diffé- 
raient : Schœmann était d'avis qu'elle s'appliquait à l'auteur de toute 
proposition de loi, ou de simple décret dans le cas où il aurait négligé 
une formalité essentielle, ou bien si son projet était contraire aux lois 
existantes, ou encore à l'intérêt public seulement. Thumser, Grote, 
Madvig, soutenaient que l'action Ttapâvofiwv ne pouvait viser le fond des 
motions, et Madvig allait jusqu'à dire qu'elle n'avait de valeur que 
contre un vice de forme. MM. Schœll et Busolt admettaient eux, une 
distinction entre les lois (vôfioi) et les décrets ('V/^cpioruaTa). Pour les 
lois seules, l'action aurait eu le droit de discuter le fond, et en 
tous cas elle n'avait pas d'effet suspensif. Avant de se prononcer sur 
la solution de ce problème, M. Logdberg reprend l'exposé de tout le 
système législatif athénien, tel qu'il fonctionnait au iV siècle d'après 
les textes cités par Démosthène (contre Timocrate 18 etc; et contre 
Le[)line 90 etc). Cet examen l'amène à dégager la Yf*cpi^ Trapxvofxwv, 
d'opérations législatives connexes, mais bien plus récentes, telle que 
l'ETri/EipoTovia, ou revision annuelle des lois par l'assemblée du peuple 
(Timocrate 16) ou la otopOwaiç, examen spécial réservé aux thesmothètes 
fEschine c. Gtesiphou 38). De cette discussion trop longue, à notre avis, 
et trop confuse, il ressort cependant celte conclusion fort juste que la 
YpatpT, 7rapavc5|xa>v était un moyen de recours absolu contre toute dispo- 
sition de loi ou tout décret injuste ou inutile ou contraire à l'intérêt 
de l'État (p. 29). 

Pendant combien de temps l'auteur d'une proposition législative 
reatait-ii sous le coup de ce genre de poursuites ? Un an de prescrip- 
FÉVRiER 1900. T. LXXXVIII. 10. 



— 1^0 — 

tion mettait, il est vrai, l'auteur à l'abri de toute condamnation, sinon 
d'un recours contre sa motion ; mais de quel jour partait ce délai d'un 
an V M. Logdberg explique très clairement que le temps était compté 
du jour du vole du peuple et non pas du jour du dépôt de la proi)0- 
sition. Autrement, Gtésiphon, par exemple, n'aurait encouru malgré 
les efforts d'Eschine, aucune responsabilité, le dépôt de sa proposition 
étant antérieur de plus d'un an aux poursuites (p. 34, 35, 36). 

Enfin à quel moment un citoyen devait-il intervenir dans la discus- 
sion d'une loi ou d'un décret pour intenter la yp^'f^i TraYxvptjLcov? Était- 
ce avant le vote de l'assemblée du peuple ? ou après ce vote? — Il n'y 
avait aucune peine à établir que les Athéniens n'avait ici que l'embar- 
ras du choix, mais il aurait fallu montrer aussi combien dans la pra- 
tique l'exercice du droit de YpacpTi Trapavofxwv était rendu illusoire par 
les violences du peuple, les menaces, etc. L'auteur y fait allusion, à 
l'occasion de la Ypaoîi d'Euryptolemos et de ses amis dans le procès 
des stratèges des Arginuses. Ce fameux procès nous édifie, en effet, sur 
la valeur pratique de la ypaaTi dans les grandes discussions politiques 
et judiciaires (p. 43) d'Athènes. 

Restait à établir l'origine de cette institution. M. Lodbejg y est 
arrivé d'autant plus clairement qu'il a nettement détaché la ypaç'?!, 
de toutes les opérations auxquelles les Athéniens soumirent la confec- 
tion ou la révision des lois à partir de la fin du v siècle (pages 47 à 
52). Il est alors amené à croire que ce recours rigoureux date de 
Solon ou de son époque et qu'il a dû être exercé à l'origine devant 
l'Aréopage jusqu'au jour où- ce sénat fut dépouillé du rôle de gardien 
des lois, Cette solution cadre trop bien avec l'histoire des institutions 
athéniennes pour que nous ne l'acceptions pas. La thèse de M. Logd- 
berg se termine par un court exposé des discours des orateurs athé- 
niens prononcés à l'occasion de l'application de ypoccpTi : discours de 
Démoslhpiies contre Leptine, contre Timocrates, contre Androlion, 
contre Aristocrates, auteurs de propositions frappées de poursuites. Cet 
exposé, placé à la fin de l'ouvrage après les conclusions, nous paraît un 
hors-d'œuvre ; mais l'efl'et général du livre subsiste, effet d'une discus- 
sion solide et en fin de compte décisive. J. Bernard. 



SCIENCES ET ARTS 

Paysans et oui^riers depuis sept cents ans, parle vicomte 
G. d'Avenel. Paris, Colin et G'«, 1899, in-18 de xvi-391 p. — Prix : 4 fr. 

Depuis le xiii« siècle jusqu'au xviiie, c'est véritablement l'histoire 
des classes laborieuses, paysans et artisans, qu'a tracée l'auteur, en 
reconstituant leurs modestes budgets et nous introduisant ainsi dans 



— 1 Î7 — 

l'inl imité de leurs humbles foyers. Pour pressentir quelles patientes 
recherches ce livre a dû lui coûter (on eu trouvera le détail dans les 
tomes III et IV de sa grande Histoire économique de la propriété, des 
salaires, des denrées et de tous les prix en Qénéral, depuis Van 1200 
jusqu'à l'an 4800, grands in-8, publiés par l'Imprimerie nationale), il 
suffit presque de connaître l'objet et la successionde ses chapitres. Les 
trois premiers sont consacrés aux salaires des paysans et domestiques. 
Assez élevés avant la guerre de Cent ans, et même après, la main- 
d'œuvre étant demeurée chère par suite de sa rareté, ils dimiuuent.au 
xvi» siècle, qui marque le triomphe des propriélaires fonciers et la 
déroute des travailleurs. C^est que le prix de la vie monte de 200 °/o 
et le prix du travail de 33 % seulement. Le paysan français, la popu- 
lation augmentant, est dépossédé du bien-être matériel dont il avait 
joui au moyen âge et qu'il ne doit plus retrouver qu'en notre siècle. 
Pour les ouvriers de métiers, la période la plus heureuse paraît avoir 
été la tin du xv» siècle. Dès lors et jusqu'à la fin de l'ancien régime, 
malgré les corporations, le salaire réel baisse constamment, à part un 
léger relèvement sous la Régence et le ministère Fleury. Après les 
recettes, les dépenses : pain, viande et denrées alimentaires ; habille- 
ment, loyer, éclairage et chauffage, voilà ce qu'analyse M. d'Avenel en 
détails significatifs et précis. Enfin il termine par deux chapitres sur 
l'impuissance de l'État à modifier les lois économiques qui régissent 
les salaires, et sur l'influence déprimante qu'exerce sur ceux-ci le 
dévelnppemeut de la population, quand la science ne permet pas de 
développer en même temps la productivité du travail. A présenter, 
ainsi que le fait l'auteur, la question sociale comme une question 
uniquement scientifique, je veux dire une question de technique in- 
dustrielle, à ne tenir guère compte des améliorations qu'apporte à la 
condition des travailleurs tout ce qui rend l'association humaine plus 
harmonieuse et plus juste, il y a, selon moi, quelque exagération. 
Mais cette exagération-là n'est pas banale aujourd'hui, et d'ailleurs 
c'est surtout comme un manuel d'histoire sociale que vaut ce livre, 
un manuel écrit de main de maître. 

Baron J. Angot des Rotours. 



Annuaire pour l'au 1»00, publié par le Bureau des longitudes, 
avec Notices scieulillques. Paris, Gauthier-Villars, iu-18 de v-628 — 89 
— B. iâ — c-8 — D. 2 — E. ly — F. 37 (en tout 803 p.). — Prix : 1 fr. 50. 

L'innovation la plua saillante que présente, cette aunée, VAnnualre^ 
c'est de compter les heures du jour non plus de minuit à midi et de 
midi à minuit, suivant la routine habituelle, mais bien de U à 24 heures. 
De telle sorte que midi devient 12 heures, 1 heure après-midi devient 



— ViS — 

13 heures, et ainsi de suite jusqu'à onze heures du soir remplacé par 
23 heures, et enfin minuit qui représente le point de départ et corres- 
pond au zéro de cette numération diurne, en même temps qu'il clôt 
la 24° heure du jour précédent. Un tableau sur papier de couleur, en 
regard du titre, donne la concordance entre la manière ancienne de 
compter les heures et la nouvelle. 

En tôle de la partie du volume consacrée au calendrier, les auteurs 
de l'Annuaire ont inséré ces deux propositions qui sembleraient des 
vérités Ma La Palice, si elles n'avaient donné lieu, ces derniers temp.s, 
à d'inexplicables discussions : « Le XIX» siècle finira le 31 décembre 
1900. Le XX« siècle commencera le 1" janvier 1901. » C'est l'évidence 
môme. 

Ce qu'on peut appeler la partie technique de l'Annuaire, pour la 
distinguer de celle qui est consacrée aux Notices, comprend en outre 
quelques modifications ou additions à noter, dans tout ce qui touche 
à l'astronomie. Ainsi, l'on a ajouté, en regard des jours, au calendrier, 
les ascensions droites du Soleil et de la Lune, plus la déclinaison et la 
parallaxe de ce dernier astre, ce qui a obligé à rapporter, en sept 
petits tableaux à la suite, les données astronomiques concernant les 
grosses planètes. A l'article concernant les éclipses en 1900, on a figuré 
celle du Soleil au 28 mai, telle qu'elle sera visible à Paris, et les diff"é- 
rentes occultations de planètes par la Lune en mars, juin et septembre. 

Le chapitre du système solaire contient d'intéressantes additions : 
Un exposé des variations de l'obliquité de l'écliptique par suite de la 
précession les équinoxes (période de 26,000 ans) et de la nutation de l'axe 
terrestre (période de 18 ans). Une description de la surface de la Lune 
avec ses montagnes, ses plaines improprement appelées mers, ses 
cratères, sillons, rainures, etc. Une table permettant de calculer la 
distance de cet astre à la Terre à chacun des jours de l'année. Une 
application des abaques du célèbre ingénieur d'Ocagne à la réduction 
du baromètre à zéro. Enfin une addition de vingt unités à la liste 
sans cesse croissante des planètes dites « télescopiques » et comprises 
entre Mars et Jupiter. 

Mentionnons pour mémoire quelques résolutions ou corrections 
apportées aux données concernant le système de Jupiter et les satel- 
lites de Saturne. 

Les tableaux relatifs à la Termochimie ont été remplacés, pour cette 
année, par une étude de M. Cornu sur l'électrolyse et les équivalents 
électro -chimiques. 

Les autres articles de la partie technique n'offrent guère d'autres 
modifications que celles qui résultent du roulement normal à chaque 
changement d'années. 

Notices. La première, la notice A, due à M. Cornu, a pour objet l'his- 



— 149 — 

torique et la description des Machines génératrices des courants élec- 
triques; c'est la plus étendue. Le lecteur peu familier avec cette 
branche de la science n'aurait qu'à se reporter à une note égale- 
ment très importante du même savant (p. 577 à 605) sur les Ufiilés 
électriques; ai)rès une étude suffisante de cette dernière, il sera dûment 
préparé à aborder efficacement la lecture de la notice A. — La Notice 
B, par M. Lippmann, concerne les Nouveaux Gaz de l'atmosphèi-e. C'est 
d'abord le récit de la découverte de l'argon, ce gaz, mêlé dans la pro- 
portion de 1.18 p. 100, à l'azote de l'atmosphère, corps déjà entrevu à 
la fin du siècle dernier par Cavendish, puis oublié, puis retrouvé vers 
1882 par lord Raleigh et Ramsay en cherchant tout autre chose. 
Plusieurs des propriétés spéciales de l'argon sont aujourd'hui connues; 
si bien qu'en étudiant ce nouveau corps simple, on a constaté qu'il est, 
dans l'air atmosphérique, mélangé avec trois autres corps impar- 
faitement connus jusqu'ici et provisoirement dénommés : crylon, 
néon et métargon.— M. Jaussen, l'éminent directeur de l'observatoire 
astronomique de Meudon, est l'auteur des Notices G et D, si l'on peut 
attribuer le nom de notices à une note d'une simple page sur VAppli- 
cation de l'aéronautique à Vobservatlon de certains phénomènes astrono- 
miques (Notice D). Plus développée, la Notice G, sur les Travaux au 
Mont Blanc en i899, relate, en premier lieu, les expériences sur fils 
électriques d'où il résulte qu'une ligne télégraphique de grande lon- 
gueur peut être établie avec succès à fil nu sur les glaciers ; en second 
lieu, les observations de forme variée tendant à prouver que les raies 
de l'oxygène constatées dans le spectre solaire appartiennent à notre 
atmosphère et non à celle du Soleil qui semble dépourvue de ce gaz. 
Enfin, sous l'étiquette E, sont reproduites les paroles lues ou pronon- 
cées à l'inauguration du buste de l'illustre astronome Félix Tisserand, 
à Nuits, sa ville natale. M. Faye, par l'organe du général Bassol, le géné- 
ral Bassot lui-même, au nom de l'Académie des sciences, M. Poincarré 
au nom du Bureau des longitudes, enfin M. Lœwy au nom du ministre 
et de l'observatoire de Paris, ont fait l'éloge, retracé la vie scientifique 
et rappelé les principaux travaux de ce savant éminent. Né en 1845 
et subitement enlevé en 1896, âgé à peine de cinquante et un ans, à la 
science, à sa famille, à ses amis, Félix Tisserand avait été reçu dès 
1863 à l'École normale supérieure; à sa sortie de celle école il entrait 
à l'Observatoire, et, à l'âge de 33 ans, il était élu membre de l'Aca- 
démie des sciences, membre du Bureau des longitudes et nommé 
suppléant à la Faculté drs sciences de Paris. Son œuvre maîtresse, 
achevée peu de temps avant sa mort, est son Traité de la mécanique 
céleste, complétant et mettant à jour, si l'on peut ainsi dire, celui 
de Laplace. L'ouvrage de Ti.^^seraud, a dit M. Poincarré, est le livre 
que Laplace lui-môme aurait écrit S'û eût vécu de nos jours. Sans 



— loO — 

parler des importantes missions astronomiques qu'il eut à remplir 
eu Chine, au Japon et à la Martinique, deux exemples suffisent pour 
l'aire apprécier la sagacité et la puissance d'analyse de ce savant : la 
forme exacte de la planète Neptune n'étant pas perceptible au téles- 
cope, Tisserand, aidé de la connaissance du mouvement de son satellite, 
détermina sa forme par le calcul. Mieux encore, il a pu déterminer, 
en quelques lignes de calcul, le degré d'aplatissement d'une étoile 
fixe, Algol, dont le satellite est à peine visible. 

Que n'eùl-on pas pu attendre, pour les progrès de la science, d'un 
savant de celle envergure s'il n'eût été frappé, comme l'a dit M. Lœwy, 
à l'apogée de ses forces, par les insondables décrets de la Providence. 

Jean d'Estienne. 

Aiinual Report of tlie board ol régents of the Sinithso- 
Biiau iii^titutioii; report of tlie U. S$. national lHuseum, 

1S96. Washington, Government Prinling oiTice, 1898, in-8 cart. de 
xxiv-1107 p. 
Proceedîngs of tlie United IStates national Muséum, vol. 

XVIII, 1895. Washinglon, Government Prinling oUJce, 1896, in-8 cart. de 
xiv-819 p. 
Proceedings of the United States national Muséum, vol. 
XX, published under the direction of the Smithsonian institution. Washing- 
ton, Govern : ent Priniing office, 1898, in-8 cart. de xii-932 p. 

Le Rapport annuel des régents de l'Institut smithsonien, concer- 
nant le Musée national des États-Unis pour l'année 1896, débute, comme 
de coutume, par des renseignements historiques et statistiques sur 
l'origine et l'organisation du Musée, ses acquisitions récentes et le 
fonctionnement des divers services. Viennent ensuite quatre mémoires 
ou monographies, intéressant l'ethnographie générale : L'Art préhisto- 
rique, par M. Thomas Wilson; le Jeu des échecs et les cartes à jouer, 
par M. Stewart Culin; les Antiquités bibliques exposées à Atlanta, en 
1895, par MM. Cyrus Adler et J.-M. Gasanowicz ; la lampe des Esqui- 
maux, par M. Walter Hough. Ces travaux, dont les éléments sont 
empruntés aux riches collections du Musée national, abondent en docu- 
ments rares et curieux, que reproduisent 198 planches et 551 figures 
dans le texte. 

— Le volume XVIII des Proceedings contient 71 notes sur des sujets 
d'histoire naturelle vivante et fossile, illustrées de 35 planches. On y 
trouve la description d'un grand nombre de genres et d'espèces inédits. 
A signaler un mémoire de M. Rathbun sur des crabes du genre Golli- 
necles (17 planches). 

— Le volume XX renferme 21 mémoires enrichis de 149 figures dans 
le texte et de 97 planches, parmi lesquels il faut citer : Révision des 
orthoptères du groupe des Melanopli (26 planches) par M. Scudder; les 
Mollusques des grandes profondeurs, recueillis sur la côte atlantique 



— loi — 

de l'Amérique du nord (27 planches) par MM. Verrill et Bush ; les 
Trémalodes parasites des poissons (15 planches) par M. Linlon ; les Asta- 
cides (écrevibses) de l'Amérique du nord, (9 planches), par M. Faxon. 
Ces travaux donnent une haute idée des matériaux amassés dans les 
galeries du Musée national et de la valeur scientifique du personnel 
chargé de les décrire, de les classer et de les publier. 

Adrien Arcelin. 

Die griechiHche, grîechisch r**nii8che und altcbrietlich- 
lateinîsclic JTIuHik, von Dr. A. Môhler. Rome, Herder, 1898, in-8 de 
xxin-88 p. 

Sous le titre : « Sources et ouvrages auxiliaires >, cette brochure 
commence par l'indication alphabétique de plus de trois cents ouvrages, 
mémoires, articles, etc., etc., traitant de près ou de loin le sujet du 
présent travail. LaPatrologiede Migne (221 volumes) n'est pas oubliée. 
Cette liste va de la page vu à la page xviii. Dans de nombreuses et 
ngues notes l'auteur fait de fréquents emprunts à cette abondante 
littérature. Suit une Inlroduotion où l'auteur expose l'objet et le but de 
son livre : prouver que l'ancien chant de l'Église latine est un rameau 
de la musique grecque et gréco-romaine. M. Mohler se propose de 
mettre ce fait en évidence par l'élude : 1° du système des sons, échelles 
musicales; 2^ de l'harmonie ou des modes; 3° de la mélopée. C'est là 
toute la division du livre. Cette division est classique, mais il y manque 
la rythmique, sans doute parce que l'auteur n'a rien trouvé dans l'an- 
cienne musique gréco-latine qui se rapprochâtdu rythme libre du chant 
grégorien. Chacun de ces trois sujets est traité avec érudition et com- 
pétence. M. Mohler a lu les auteurs anciens et modernes et les résume 
exactement. Rien de bien neuf dans ce livre, mais il peut être utile à 
ceux qui veulent se mettre au courant des questions musicales gréco- 
romaines. Le maître favori de M. Môhler est M. Gevaeit ; il le suit de 
près et lui emprunte beaucoup, peut-être un peu à l'aveuglette. Ses 
conclusions sont aussi sur presque tous les points celles de M. Gevaert. 
Les chants syllabiques liturgiques seraient les plus anciens et on ne 
peut douter a qu'ils remontent au delà du iy° siècle. » On peut donc 
admettre qu'ils se rattachent comme tonalité et mélodie au système 
gréco-romain. Puis sont venus plus tard les chants neumcs. On sait 
que des auteurs modernes soutiennent une thèse tout opposée. Sur la 
transmission de ces chants et l'interprétation des manuscrits neumés 
l'auteur, toujours à la suite do M. Gevaert, blâme les bénédictins de 
Solesmes « d'aller en demander l'interprétation à un homme qui vivait 
trois cents ans après ces manuscrits et qui ne comprenait que la langue 
de son temps. » a Un homme! d Qui donc '? Guy d'Arrezzo sans doute; 
mais c'est lui faire trop d'honneur que de lui attribuer à l'exclusion do 



— 1H2 — 

tous autres, la tradiiclion sur lignes des manuscrits in campo aperto. 
En réalité les transcripteurs sont légion. Dès le x* siècle, ils ont com- 
mencé leur lâche dans tous les pays à la fois, et si au xi° et au xii° siècles 
ils sont tous d'accord, sauf les variantes de détail, il faut bien convenir 
que le monde catholique avait conservé fidèlement la tradition romaine 
des premiers manuscrits. Il est d'autres questions sur lesquelles 
M, Mohler s'attache de trop près à M. Gevaert. Malgré ces réserves, ce 
livre est intéressant et témoigne que son auteur a travaillé sérieusement 
son sujet. B. M. 

lies Orgues de Fribourg, par Ga.rlb L. Dauriag. Paris, Vanier, 
1898, in-12 de 101 p. — Prix : 2 fr. 50. 

a Ceci peut être, si l'on veut, considéré comme les écrits d'un peintre 
criant ce qu'il voit, à travers la griserie produite par la musique, 
comme d'autres ont narré ce qu'ils ont vu ou conçu par l'artifice de 
l'opium, des liqueurs ou des parfums. » Ainsi débute ce petit livre, 
recueil de morceaux impressionnistes tellement personnels que j'avoue 
humblement, n'étant pas dans le même état d'âme que l'auteur, n'y 
avoir à peu près rien compris. Que le lecteur sache donc que ces 
variations extraordinaires ont pour sujet ou pour occasion les Orgues 
de Fribourg^ VOuverture de Carmen dans les arènes de Nîmes, la 
Marche funèbre de Chopin, le Biniou (symphonie en gris majeur), le 
Beuglant, l'ouverture de La Grotte de Fingal, un Nocturne^ enfin une 
Fantasia finale à la Berlioz, pour conclure. Que s'il me fallait dire le 
sens de toutes ces choses, j'avoue que je serais très embarrassé ; peut- 
être tout ce cliquetis de mots ne veut-il rien dire du tout. C'est du 
tapage, à moins que ce ne soit du symbolisme, un mot commode pour 
indiquer la littérature à laquelle personne ne comprend rien. S'il en 
est qui l'aiment parmi nos lecteurs, ils peuvent prendre ce petit livre 
de confiance ; ils ne seront pas trompés. Ed. Pontal. 



LITTERATURE 



Etudes irédiques et post-védiques, par Paul Rbgnaud. Paris, 
Leroux, 1898, in-8 de viii-217 p. — Prix : 7 fr. 50. 

Trois parties composent ce volume dû à la plume aussi infatigable que 
savante de M. Regnaud. Dans la première, il étudie « l'énigme védique » 
et tout spécialement « les énigmes de l'hymne I, 164 du Rig-Véda » dont 
il donne le texte et la traduction . Chaque strophe de cet hymne, célèbre 
par ses obscurités, est suivie d'un commentaire du traducteur qui préala- 
blement en indique ce qu'il appelle « l'idée générale. » Si M. Regnaud 
n'est point parvenu à arracher à ce sphinx védique tous ses secrets, du 



I 



M 



— 153 — 

moins n'épargne-t-il rien pour cela, et ceux qui seront tentés de l'inter- 
roger après lui feront bien de consulter son travail. La deuxième partie 
est consacrée à la Kalha-Upanishad dont M. Regnaud, comme il l'a fait 
pour l'hymne védique précité, donne le texte et la traduction qu'il 
accompagne de remarques et de commentaires toujours intéressants. 
Suivant lui, l'étude attentive de celte Upanishad démontre péremptoi- 
rement l'origine védique du Védânta. Il trouvera peut-être des contra- 
dicteurs, mais qui n'en a pas? La brochure se termine par un appen- 
dice consacré à la traduction des chœurs de VAgametnnon d'Eschyle. 
Reprenant une thèse qui lui est chère, l'auteur se dit «persuadé » que 
a non seulement les traits les plus caractéristiques du style des chœurs 
d'Eschyle sont la suite d'une tradition qui remonte à l'époque de 
l'unité indo-européenne et qui a son point de départ dans des hymnes 
liturgiques du genre de ceux que les recueils védiques nous ont con- 
servés ; » mais il estime, de plus, que le « plus sur moyen » de com- 
prendre le sens si fréquemment obscur de ces chœurs, c'est ^ d'avoir 
sans cesse en vue les habitudes d'expression et de pensée de la vieille 
école ritualiste dont les lyriques grecs ont été les légataires les plus 
directs. » La cause que plaide M. Regnaud ne pouvait certes rencontrer 
de défenseur plus éloquent; je crains bien cependant [qu'elle ne soit 
perdue auprès de la plupart de ceux qui s'aviseront de rapprocher sans 
parti pris la poésie d'Eschyle et les misérables rapsodies du Rig-Véda, 
s'il est toujours exact, comme le professait Bergaigne, que l'unique 
figure de rhétoriques observée dans celles-ci, c'est le charabia. 

A.R. 

lies liibertînti eo FraMceaiiX-VII" siècle, par F.-T. Perrens. 
Nouvelle édilioii. Paris, Gaimmiu Lévy, I8'jy, iu-I2de326 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Rien n'est rajeuni dans cette seconde édition d'un livre déjà médiocre 
en 1896. Chaque fois que l'auteur rencontre sur son chemin une pé- 
cheresse convertie ou un libre penseur revenant à la foi, il ne manque 
pas de citer le proverbe un peu banal du diable qui se fait vieux; 
mais on ne peut vraiment point l'appliquer à ses cheveux blancs. 
M. Perrens ne devient pas ermite en vieillissant; il oublie même plus 
de choses qu'il n'en apprend. On ne saurait croire ce qu'il y a d'erreurs, 
de fausses appréciations, d'assertions sans preuve, accumulées dans ce 
petit volume. Son seul but semble avoir été de démontrer qu'au temps 
classique du christianisme en France, personne ne croyait en Dieu; 
et la preuve qu'il a donnée dès sa première ligne est que, si « au temps 
de la Réforme, nos pères avaient eu plus de foi chrétienne, ils se seraient 
faits huguenots. » 

Remontant plus haut, M. Perrens déclare (p. 28) que ni Tertullion, 
ni saint Ambroise ne croyaient à l'immortalité de l'Ame, et que, dans 



— 154 — 

les premiers siècles, l'Église était si peu sûre de ses dogmes, qu'il lui 
arriva de les établir à la pluralité d'une voix. Puis, énumérant tous les 
libres esprits de la Renaissance, il ne voit en eux que des athées, qu'ils 
soient poètes, philologues, religieux ou évoques, n'ayant pas l'air de 
se douter qu'il eut un concile de Trente et que c'est justement à 
son influence qu'il y faut faire remonter le mouvement catholique si 
éclatant du siècle suivant. 

Que parmi les gens les plus religieux on rencontre des amis du 
plaisir et de la bonne chère, prisant fort le « bœuf à la mode », et 
a buvant comme des Templiers » ; que beaucoup de femmes aient 
négligé la vertu, tant qu'elles pouvaient faire autrement : cela prouve 
simplement, comme l'avoue quelque part l'auteur (^. 504), que « si 
l'effort de la religion n'a pu supprimer le mal, il en avait du moins 
amoindri la contagion. » Mais pourquoi ajouter aussitôt que c la pré- 
occupation personnelle du salut étant le fondement de la morale 
divine », elle est par cela même inférieure à la morale humaine, puisque 
« les sociétés ne seraient pas viables sans un certain sentiment de 
justice, peut-être aussi de bonté ?» Or c'est précisément ce sentiment 
de « justice » et de « bonté » que le christianisme a introduit dans le 
monde. Et le retour à la nature, qui a été « la gloire de Montaigne, de 
Shakespeare, de Goethe et de Rousseau », ayant remplacé l'amour de 
Dieu par « l'amour de l'humanité, devenant presque une religion », 
nous serions curieux de savoir sur quelles bases M. Perrens établira ce 
nouveau culte et quelle sanction il proposera contre ceux qui hésite- 
raient à le pratiquer spontanément ? N'est-ce pas lui qui établit dans 
sa conclusion » que le déisme n'est pas une croyance, et que les 
philosophes qui la professaient d'abord, au bout de quatre ans n'avaient 
plus que « des objections contre l'existence de Dieu. » S'il en était 
ainsi au xviii^ siècle, que dire de nos écoles positivistes qui ne consen- 
tent même pas à examiner l'idée d'un Être suprême à titre d'hypothèse? 

C'en est assez pour montrer dans quel tissu de contradictions s'em- 
brouille le vieux professeur, qui voudrait nous faire croire que tous 
nos grands écrivains étaient < des esprit forts. » Il apprécie pourtant 
leurs mérites; il a lu leurs ouvrages, et il replace à propos quelques 
anecdotes classiques. Il aurait dû s'en tenir à la littérature, qu'il con- 
naît mieux que la philosophie. G. B. de P. 



lies £iiueiiuji de Chapelain, par Mgr Fâbkb. 2* édition. Paris, 
Fonlemoing, 1897, 2 vol. in-18 de xi-329 et 396 p. — Prix : 5 fr. les deux 
volumes. 

Abrégé de la vie de Jé«us-Wiriat, par Blaise Pascal. Texte cri- 
tique par G. MiCHAUT. Fribourg, librairie de l'Université, 1897, in-8 de 
viii-59 p. — Prix : 2 fr. 50. 



— 155 — 

Dix-septième siècle. Étude* littéraires, par Émilb Faoubt. 
lu» édition. Paris, Lecèue et Oudiu, ly96, ia-18 de 480 p. — Prix : 3 fr. '60. 

Un volume avait sufB à M. Lenienl pour écrire les Ennemis de 
Racine ; il semble que ceux de Chapelain auraient pu se contenter de 
la même mesure. Il est vrai que, si Chapelain a encore quelque noto- 
riété, il le doit plus aux misères qu'il eut à subir de la part de ses 
contradicteurs, qu'à son talent. Et cependant, cet honnête homme 
mérite mieux que l'oubli. Son immense correspondance, publiée par le 
regretté M. Tamizey de Larroque, le révèle esprit original, d'une acti- 
vité prodigieuse, au courant de toutes les publications et de toutes les 
controverses de son temps, d'une science « livresque » incomparable, une 
sorte de Peiresc ou de président Bouhier. Malheureusement il eut le 
tort de se croire poète. Il est resté pour tous l'auteur de la PuceUe et 
c'est as.sez pour qu'on ne le lise pas. 

Mgr Fabre, ayant rencontré Chapelain au cours de ses études sur 
Fléchier, s'est intéressé à SfS mésaventures et nous en a tracé un 
fidèle tableau. Gomme toujours, il est admirablement renseigné sur 
son sujet. Dans ce dédale d'intrigues, qui se croisent en tous sens 
autour du personnage principal, il se meut avec aisance et, en le pre- 
nant pour guide, on ne risque pas de se perdre à la poursuite de tant 
d'ennemis. Mais l'intérêt compense-t-il la fatigue d'une pareille entre- 
prise? Nous n'oserions en répondre. Il faut être spécialiste en ces 
matières et avoir vécu dans ce monde lointain et oublié pour pouvoir 
trouver beaucoup de charmes à entendre le récit un peu long, quoique 
bien conduit, de disputes littéraires, qui ont perdu toute leur impor- 
tance. 

L'auguste auteur nous permettra aussi de lui faire un léger reproche, 
c'est de se laisser aller parfois à des digressions, qui ont l'inconvénient 
de couper le til de sa narration, et qu'il lui eût été facile de rejeter en 
note, par exemple à propos d'erreurs de M. Livet (t. I, p. 167), de MM. 
Ludovic Lalanne et Tamizey de Larroque (t. I, p. 250). Notons aussi 
quelques distractions : « Vorbite qui leur était tracé. » (t. L, p. 205) et 
« préférant l'avoir pour ami que pour adversaire » (t. I, p. 239). — 
Une table alphabétique de tous les noms propres contenus dans l'ou- 
vrage facilitera beaucoup les recherches aux étudiants qui s'occupent 
spécialement de cette époque de notre histoire littéraire. 

— Le manuscrit autographe de l'Abrégé de la vie de Jésus, de Pascal, 
est perdu. Mais eu 1846 une copie authentique en fut retrouvée par un 
Hollandais dans la bibliothèque janséniste de l'abbé d'Etemare, con- 
servée à Klarenbourg. C'est sur cette copie que Fuugôre publia pour 
la première fois l'opuscule de Pascal et que M. Molinier put en donner 
une seconde édition dans le tome II des Pensées publié chez Lemerre 
(1889). M. Michaut a juge bon de donner à part le texte critique de 



- 156 — 

cette œuvre, peu connue, du grana écrivain. Sans doute, comme il le 
remarque très bien, ou ne reconnaîtra pas toujours là le style des 
Pensées. VAbrcgé était à peine ébauché et, le plus souvent, se rédui- 
sait à une traduction très simple de l'Évangile. Il n'en est pas moins 
curieux de voir Pascal s'essayer à faire pour son usage personnel 
une concordance de la vie de Notre- Seigneur d'après les synoptiques 
et saint Jean, tentative qui a été reprise avec succès de nos jours par 
des exégètes et des historiens connus de tous. 

— C'est encore du Dix-septième siècle que nous parle M. Emile Fa- 
guet dans le volume que nous avons sous les yeux et qui porte : 
Qui7izième édition. Est-ce bien édition qu'il fallait dire ? Il n'y a rien 
là, semble-t-il, qui diffère de la première. C'est toujours joli, intéres- 
sant, bien pensé. Mais ces Etudes littéraires sont restées stéréotypées. 
M. Faguet ne change rien à ses premiers jugements au fur et à me- 
sure des publications nouvelles. C'est son droit; mais il est à craindre 
que ses livres ne finissent par dater et, partant, par vieillir. 

LÉON Charpentier. 

Cli Aniori estravaganti et molteplici di Francesco Pe- 
trarca e l'Ainore uuico per Ifladoniia liaura de Sade, 

da Enrico SiCARDi. Milauo, Ulrico Hoepli, i90u, ia-12 de '280 p. — Prix : 4 fr. 

Le titre donné à ce volume semble avoir été choisi pour exciter la 
curiosité. On sait que si la fin de Pétrarque fut très pieuse, très re- 
pentante, il avait eu une vie peu exemplaire. Mais on ne sait pas quelles 
femmes exercèrent sur lui une fâcheuse influence. Il n'en nomme au- 
cune ni dans ses lettres, ni dans ses vers. M. Enrico Sicardi n'a donc 
pu raconter les molteplici e estravaganti amori dont on pouvait attendre 
le récit. Mais irrité par les assertions de divers critiques éminents qui 
veulent attribuer à d'autres qu'à Madonna Laura l'inspiration d'un 
certain nombre de sonnets, il a examiné, pièce par pièce, les vers que 
l'on avait voulu détourner de leur véritable sens. Il l'a fait avec soin, 
érudition et ingéniosité. L'œuvre de M. Sicardi rappelle celle de 
M. Henri Cochin dont nous avons rendu compte l'année dernière : 
La Chronologie du canzionere de Pétrarque. L'auteur italien déclare, du 
reste, n'avoir connu ce dernier livre que lorsque son siège était fait. 
M. Cochin disait que de tout le canzionere six pièces seulement pou- 
vaient être douteuses et que les autres concernaient incontestable- 
ment Madonna Laura. On se trouve amené à conclure qu'elle fut véri- 
tablement l'unique inspiratrice de tout le recueil et l'objet d'un unico 
amore. Le gracieux livre de M. Sicardi prendra place à côté des 
innombrables ouvrages qui, depuis les trois gros volumes in-quarlo 
que l'abbé de Sade écrivit en 1774, ont été consacrés au poète de Vau- 
cluse. Th. de P. 



— 157 — 
HISTOIRE 

Ij'Kuseigueiiient supérieur «le l' histoire. Notes et impressions 
de voyage. AH'-mcigne, France, Ecosse, Angleterre, Hollande, Belgique, par PauL 
Frbdericq. Gand, Vuylsteke; Paris, Àlcan, 1899, in-8de xi-304p.— Prix : 
7fr. 

Lors de la manifestalion Kurlh, dont nous avons eu occasion de 
parler, M. Paul Fredericq a été chargé de rédiger pour le volume offert 
solennellement à notre illustre ami une élude sur VOriginc et les déve- 
lopjiemenls des cours pratiques d'histoire dans Venseignemenl supérieur 
en Belgique: et, dans le discours qu'il a prononcé, il a développé d'ex- 
cellentes considérations sur les Cours pratiques d'histoire et leurs consé- 
quences en Belgique. Il a pensé qu'il y aurait intén't à donner une édi- 
tion particulière de ce mémoire et de ce discours; et il y a ajouté une 
série d'études faites par lui autrefois sur l'enseignement supérieur de 
l'histoire dans différents pays. 

M. Fredericq, qui a été l'un des premiers en Belgique à suivre 
l'exemple fécond donné par M. Kurlh, et qui avait organisé dès 1880, 
à Liège, un cours pratique, avait voulu se rendre compte par lui- 
même de ce qui se faisait à l'étranger et puiser dans ces exemples une 
expérience qui lui permît d'éviter les écueils et de trouver les moyens 
de rendre le plus parfaits possible les cours qu'il organisait. Il put 
ainsi visiter les Universités de Berlin, de Halle, de Leipzig, de Goet- 
lingue en Allemagne ; le Collège de France, l'École des chartes, l'École 
normale, l'École pratique des hautes études, la Faculté des lettres de 
Paris, en France ; les Universités d'Ecosse et celles de Cambridge et 
d'Oxford, en Angleterre; les Universités de Leide, d'Amsterdam et de 
Groningue, aux Pays-Bas. Les notes prises par lui au cours de cette 
exploration, qui a été faite de 1881 à 1888, ont été publiées dans divers 
recueils; M. Fredericq les reproduit ici sans y rien changer ; il recon- 
naît que ces « photographies instantanées » fixaient des situations qui 
se a sont déjà en grande partie modifiées. » Mais il lui a semblé 
qu'elles demeuraient des « documents utiles à consulter. » M. Fredericq 
a bien vu et il a bien exposé ce qu'il a vu; le point de vue spécial 
auquel il se plaçait pour son enquête, a donné plus d'acuité à son obser- 
vation. Mais sans refondre entièrement son travail, ce qui aurait pré- 
senté sans doute quelques difflcultés et ce qui lui aurait pris beaucoup 
de temps, n'aurait-il pas pu, au moins dans les notes, indiquer (c'est 
à peine s'il le fait en deux ou trois morceaux), les modifications impor- 
tantes qui se sont produites sur divers points? Il aurait augmenté 
i'iutérôl de sa publication et l'aurait rendue plus pratiquement utile. 

E.-G. Ledos. 



— 158 — 4 

mirhel de l'Hospital avant 8on élévation au poste «le 
clianrelier «le France. Deuxième partie, {4555-1560), parE. Dupré- 
Lasai.k. l'aris, Fonteiuoing, 1899, iii-8 de 278 p. — Prix : G fr. 

Quand, il y a vingl-qualre ans, le Polybiblion rendait compte des 
premières études de M. Dupré-Lasale sur la vie de l'Hospital, il émettait 
le vœu que la seconde partie de cet intéressant travail ne lardât pas 
trop à paraître (Voir t. XVI, p. 431). L'auteurnous explique brièvement 
la cause de ce long intervalle, et nous n'avons rien à perdre pour 
avoir attendu, puisque le dislingué magistral a pu terminer sa lâche, 
aussi vaillamment et plus librement que lorsqu'il siégeait encore à la 
Cour de cassation. 

Ce n'est pas qu'il ait utilisé ce quart de siècle à trouver sur le grand 
chancelier des documents nouveaux; l'originaliLé de son ouvrage con- 
siste à juger Michel de l'Hospital d'après sa poésie et en quelque sorte 
sur sa vie privée. Les Carmina nous le représentent comme un bon- 
homme très pot-au-feu, ayant ses théories sur l'éducation des enfants, 
sur la nécessité pour les mères de les allaiter elles-mêmes, sur les ver- 
tus domestiques, la culture intellectuelle, le goût des classiques, la 
gravité indispensable au magistrat. Pour le reste, c'est une nature 
honnête mais hésitante, ne sachant quel parti prendre au milieu des 
passions déchaînées et des caractères fortement trempés de son temps, 
inclinant à la tolérance avec la naïveté de quelqu'un qui ne croit ni 
aux insurrections ni à la guerre civile et qui juge les autres dans les 
bonnes intentions qu'il a lui-même. 

Nous sommes loin de la légende qui représente le fondateur de la 
liberté religieuse comme en avance sur son époque, une sorte de pré- 
curseur de Voltaire et de Montesquieu. M. Dupré-Lasale prétend même 
qu'il commit la faute très grande, en donnant aux protestants toutes 
les facilités pour pratiquer librement leur religion, de leur accorder en 
même temps une liberté politique qui leur permit de constituer un 
État dans l'État, d'avoir des assemblées politiques, de préparer la guerre 
civile, de telle sorte qu'il fut indirectement responsable des efiforts que 
moins d'un siècle plus tard Richelieu fut obligé de faire pour détruire 
cette indépendance fâcheuse qui compromettait l'unité nationale. 

La thèse est intéressante et neuve par certains côtés : l'auteur la 
présente toujours avec une parfaite mesure; et son ouvrage mérite de 
compter parmi les meilleurs et donnant le plus à penser. 

G. Baquenault de Pughesse. 



Voltaire avant et pendant la guerre de Sept ans, 

par le duc db Broglih. Paris, Galmann Levj, 1898, in-12 de 270 p. 
— Prix : 3 fr. 50. 

Ce n'est qu'un simple épisode des grandes et belles études de M. le 



— 159 — 

duc de Broglie sur la politique extérieure du règne de Louis XV; mais 
c'est un épisode important et par la renommée des personnages qui y 
figurent et par le charme attachant du récit. On se rappelle quelles 
avaient été les relations d'intimité entre Voltaire et Frédéric, entre 
l'académicien philosophe et le roi philosophe, le maître et l'élève, 
comme ils se plaisaient à s'intituler. Les ministres français s'étaient 
servis de ces relations: Voltaire avait été heureux d'être un agent de 
la diplomatie secrète. Mais son crédit avait baissé à Versailles; la fa- 
veur avait succédé à une demi-disgrâce, et lorsque Frédéric, pour 
attirer près delui le poète lui offrit une pension et une clef de cham- 
bellan, Vol taire accepta avec empressemimt, — un empressement toute- 
fois qui ne lui fit pas négliger ses intérêts pécuniaires — et le roi 
de France n'y fit pas opposition. L'accueil fut des plus gracieux, 
mais les deux amis étaient de ceux qui s'entendent mieux de loin 
que de près. Le frottement continuel amena des froissements. Une 
querelle avec Maupertuis, président de l'Académie de Berlin et jaloux 
du crédit du nouveau venu, la diatribe anonyme du docteur Akakia 
où, sous les attaques contre Maupertuis, Frédéric était quelque peu 
égratigné, déchaîna la tempête : la grande faveur dégénéra en grande 
colère, et après des tentatives peu sincères de raccommodement, 
Voltaire partit ou plutôt s'enfuit de Berlin. On sait comment dans 
cette fuite il fat arrêté, interné à Francfort par le résident prussien, 
Freytag, traité par cet officier brutal avec la dernière des rigueurs 
et des ignominies, sesbagages fouillés, ses papiers saisis, sa nièce arrêtée. 
On sait aussi comment, échappé à grand'peine des griffes de ses geôliers, 
persécuté en Allemagne, mal vu en France, il n'osa rentrer à Versailles, 
et après un séjour en Alsace, alla se fixer en Suisse, aux Délices d'abord, 
puis ensuite et définitivement à Ferney. Mais sa rancune dura peu. 
Pendant la guerre de Sept ans qui ne tarda pas à éclater, le démon do 
la diplomatie vint le posséder de nouveau avec celui de la poésie qui 
ne l'avait jamais quitté. Et c'est en faveur de son persécuteur de la 
veille que ses talents de négociateur tentèrent de s'exercer. Frédéric 
vaincu à Kolin, traqué par les armées d'Autriche, de Russie et de 
France, avait songé à se suicider ; mais il crut devoir célébrer son 
suicide en vers et fit parvenir ces vers à son ex-chambellan. Voltaire, 
non content de répondre par une ode, s'efforça de sauver le roi de Prusse 
en lui ménageant la paix, soit par l'intermédiaire du maréchal de 
Richelieu, soit par celui du cardinal de Tencin. La négociation 
échoua; la guerre reprit, et Frédéric, vainqueur à Rosbach, ne songea 
plus à traiter. Par quelle aberration d'esprit Voltaire put-il lui adresser 
alors ces vers trop connus : 

Héros du Nord, je savais bien 
Que vous avez vu les derrière» 
Des soldais du roi très chrétien. 



II 



— 160 — 

II avait ce jour-là l'oubli parfait des injures, mais il avait plus encore 
une inconscience absolue du plus simple sentiment de pudeur patrio- 
tique. Au fond il avait toujours avec son ancien persécuteur et malgré 
do fréquentes divergences, un sentiment commun: la haine du catho- 
licisme. Comme le dit justement M. le duc de Broglie : « L'orgueil, 
la vanité, l'ambition les avaient constamment séparés ; l'irréligion les 
réconcilia. » M. de la Rocheterie. 



lies alertions et leM ralliera du clergé lorrain aux Ktats 
généraux, tle 1980, par l'abbé L. Jérôme. Paris et Nancy, Berger- 
Levrault, 1899, in-8 de 172 p. — Prix : 3 fr. m. 

Lors de la réunion des États généraux en 1789, la Lorraine, divisée 
en trente-quatre bailliages, formula en autant de séries de cahiers ses 
doléances, mais, à la différence des autres provinces, elle dut se faire 
représenter par des députés élus dans quatre assemblées dites de ré- 
duction, chacune de celles-ci composée des délégués de plusieurs 
bailliages. M. l'abbé Jérôme a exposé la double suite des opérations de 
ces assemblées en ce qui concerne le clergé, dans les bailliages de 
Nancy, Lunéville, Blamont, Rosières, Vézelise et Nomeny, formant la 
ciiconscription électorale de Nancy. Il a ainsi fourni le développement 
raisonné des pages rapides consacrées au mouvement de 1789 par 
l'auteur de f Ancien régime en Lorraine, l'abbé Mathieu, aujourd'hui 
cardinal. 

Les sources de ce travail sont cinq cahiers manuscrits conservés en 
originaux, avec d'autres documents de la même époque et du même 
caractère, au grand séminaire de Nancy. Elles ont fourni à M. l'abbé 
Jérôme les éléments d'une enquête substantielle et scrupuleuse, dis- 
tribuée en trois chapitres (I. Le Clergé lorrain à la veille des élections 
— II. Les Assemblées bailiiagères et la rédaction des cahiers — 
III. L'Assemblée de réduction du 6 avril 1789) et augmentée d'un 
copieux appendice comprenant quinze notes et éclaircissements. Nous 
voyons ici en présence, avec leur émulation pour le bien public et 
aussi avec leurs jalousies réciproques, le clergé séculier et le clergé 
régulier, le corps des curés et l'épiscopat. Au milieu de cette mêlée 
pacifique, quelques figures originales se détachent, entre autres celle, 
jusqu'ici ignorée, du curé Guilbert ; ce personnage fut au premier 
moment le principal meneur de son ordre, qu'il ne devait pourtant pas 
représenter aux États. Le clergé de l'assemblée de Nancy choisit pour 
ses députés l'évêque, M. de la Fare,etle curé d'Embermesnil Grégoire. 
On peut se demander aujourd'hui lequel des deux a été le moins infi- 
dèle à son mandat, ou le prélat qui devait promptement émigrer et 
être pendant vingt ans l'agent des princes à l'étranger, ou le prêtre 
régicide qui fut le véritable fondateur et l'oracle de l'Église constitu- 



— 161 — 

tiocnelle. Fidèle à sa stricte méthode d'analyse, M. l'abbé Jérôme 
s'est interdit à cet égard des considérations qu'il a seulement indiquées 
et que le lecteur tirera de lui-même, comme la conclusion morale de 
ce consciencieux et intéressant travail. L. P. 



Mémoire de Pons de l'Hérault aux puiHsauces alliées, 

publié pour la Société d'histoire contemporaine, par Léon-G. Pélissiek. 
Paris, A. Picard et fils, 1899, in-8 de Lvi-374 p. et un portrait. — Prix : 8 fr. 

De tous ceux qui furent les témoins du séjour et du règne de 
Napoléon à Tîle d'Elbe, de son retour en France et du commencement 
des Cent jours, Pons de Cette ou de l'Hérault est certainement 
l'historien le plus fidèle et le plus original de ce qu'il a vu et entendu. 
Montagnard zélé, jacobin de 1793, Marat Lepellelier Pons, ainsi qu'il 
s'était baptisé, fut mêlé activement aux troubles du Midi, et à la vie 
de la société populaire de sa ville natale. La réaction thermidorienne 
l'éloigua de la politique. Il ne voulut pas non plus servir le Directoire, 
mais il reçut le commandement d'un des vaisseaux armés à Cette pour 
grossir la flotte de Toulon et fut bientôt attaché, comme chef d'état- 
major, à la division navale de l'armée d'Italie. Là il rendit de si grands 
services à Masséna pendant le siège de Gènes, qu'il fut nommé capi- 
tiine de frégate. Le 18 brumaire semblait l'avoir à jamais brouillé avec 
Bonaparte, lorsque son ami Lacépède le fit choisir comme administra- 
teur-directeur des mines de Rio, ou de l'île d'Elbe (1809). Pons y était 
encore lorsque l'Empereur y arriva en 1814. Napoléon le maintint dans 
sa charge, lui parla et le conquit. Dès lors, Marut Lepelletier Pons 
devint le s-erviteur le plus dévoué de Napoléon, son admirateur le plus 
enthousiaste. L'Empereur ne l'oublia point à l'île d'Elbe en 18lo. Il fut 
du voyage des Cent jours sur le brick l'Inconstant. A peine débarqué 
il fut envoj'é, au péril de sa vie, porter les ordres ou plutôt les conseils 
de l'Empereur au maréchal Masséna qui commandait, à Marseille, la 
8" division militaire. Masséna le fit arrêter et conduire au château d'If. 
Il attendait, pour prendre une décision ferme, que la marche de Napo- 
léon fùl bien assurée du succès. Aussitôt qu'il en fut certain, il aban- 
donna le duc d'Angoulème, fit remettre Pons en liberté, et le chargea 
de négocier sa réconciliation avec l'Empereur. Pons rentra en effet à 
Paris, mais pour repartir sur-le-champ pour Lyon. « Allez, mon cher 
Pons, lui dit l'Empereur, allez faire le bonheur de mes bons Lyonnais. » 
Il le fil autant que possible, comme préfet du Rhône. Son dernier acte 
à Lyon fut la proclamation de Napoléon II comme empereur des Fran- 
çais. Pen<l<int la Restauration, exilé volontaire, il écrivit les Souvenirs et 
anecdotes de l'île d'Elbe, et le Mémoire aux puissances alliées, que la Société 
d'histoire contemporaine nous donne sous la forme la plus achevée, non 
pas sous sa (itrnièrc forme, car à force de revoir et df ntonrhcr ses 
FÉvniF.a 1900. T. LXXXVIll. 11. 



I 



— 102 — 

manuscrits Pons a fini par les laisser inachevés. Ce Mémoire aux puis- 
sances mériterait plutôt le litre d' « Histoire du séjour de l'Empereur à 
l'île d'Elbe, de son retour et du la mission de Pons de l'Hérault à Mar- 
seille. » Méritait-il l'honneur que lui fait la Société d'histoire contempo- 
raine? Évidemment oui, car il contient une foule de notes précises, 
de n-nseignements absolument inédits, sur les préparatifs de départ de 
Napoléon (p. 107) et sur le rôle confidentiel qui fut donné à Pons dans 
ces préparatifs ; sur le voyage de V Inconstant et sur la rédaction des 
proclamations impériales que l'on croyait jusqu'ici imprimées à l'île 
d'Elbe (p. 137) ; sur le point précis où débarqua l'Empereur, où il établit 
son bivouac, entre les magasins qui sont au bord de la mer, appelés 
Cabanes de Valauris, et la grande route qui conduit d'Antibes à Cannes 
(p. 147) ; sur l'esprit public en Provence, et en particulier sur les Mar- 
seillais qu'il détestait et qui le lui rendaient bien (p. 1B3, 188, 229, 
231 et 231), enfin sur son entrevue et ses rapports avec le maréchal 
Masséna depuis le jour de son arrivée à Marseille, jusqu'au jour où il 
quitta triomphalement la prison du château d'If (p. 191, etc.). 

J. Bernard. 

Rerueil d'actes înteruationau:!. de l'Empire ottoman, 

recueillis et publiés par Gabriel effendi Noradounghïan, conseiller 
légiste de l'Empire ottoman. Tome I". 4300-1789. Paris, Cotillon; Leipzig, 
Breilkoff et Haertel ; NeucMtel, Altiuger, 1897, in-8 de xxviii-412 p. — 
Prix : 20 fr. 

Les actes internationaux sont les assises de la diplomatie et de l'his- 
toire. A côté des grandes collections embrassant tous les États, l'usage 
s'est introduit de publier séparément les actes relatifs à chaque pays, 
ce qui facilite les recherches et le travail. Telle est l'œurvre de M. de 
Clerq pour la France, de M. Herstlet pour la Grande-Bretagne, de 
M. F. de Martens pour la Russie, etc., etc. Tel est le travail entrepris 
par M. Noradounghïan pour la Turquie. Après avoir réuni et contrôlé 
les matériaux, l'auteur s'est demandé s'il les grouperait par États con- 
tractants, par ordre de matières ou par ordre chronologique; s'il a pris 
ce dernier parti, c'est qu'il lui paraît le plus naturel et le plus rationnel. 
Il a puisé plus abondamment dans les sources ottomanes que n'ont pu 
le faire les collectionneurs qui l'ont précédé. A cet effet, il énumère 
ces sources généralement peu connues : ce sont les archives d'État, la 
chancellerie du divan impérial, les archives du ministère des affaires 
étrangères, du bureau des traductions, du grand-vizirat, un recueil 
des lois et décrets de l'Empire ottoman, un recueil des traités (ces deux 
derniers ouvrages imprimés en langue turque), enfin les historiogra- 
phes officiels de l'empire, dont il donne la liste (p. xxiv). Suit un 
tableau des règnes des Sultans (de 1300 à nos jours) avec la concor- 
dance synchronique des Souverains, qui ont régné dans l'empire 



— Ifi3 — 

byzantin, dans le Saint-Empire, en France, en Angleterre et en 
Espagne. Ces diverses énumérations ont un intérêt pratique. 

Les plus anciens actes, dont le texte est inséré dans ce premier volume 
sont les célèbres capitulations conclues avec la France en loSoet 1569 
en 1604. c'est-à-dire les bases mêmes de noire protectorat religieux, 
une question à l'ordre du jour. On aura souvent occasion de con- 
sulter aussi les textes relatifs à la paix de Belgrade conclue en 1739 
sous la médiation de la France et surtout ce qui concerne le traité de 
Kutchuk Kaïnardgi (1774), dont l'interprétation a donné lieu à la 
guerre d'Orient et qui n'a peut-èlre pas encore dit son dernier mot. 

_ A. d'Avril. 

Figures contemporaines, par Jules Delafosse. Paris, Calmann 
Lévy, 1900, in-18 de 383 p. — Prix : 3 fr. oO. 

Six études d'étendue et de valeur inégales partagent ce volume ; 
elles n'étaient pas toutes ignorées du public, mais l'auteur a fort bien 
fait de les sauver de la poussière des journaux et des revues ; elles 
méritaient à tous égards, par leur saveur littéraire et leur élévation 
d'idées, d'être conservées en un tome placé dans les livres aimés de la 
bibliothèque familière. N'avoir pas un lien bien étroit entre elles, est 
le seul reproche qui les pourrait atteindre; le lecteur qui les feuille- 
tera en dilettante, ne s'apercevra pas de ce léger défaut. 

De M. le comte de Chambord aux parlementaires du Palais-Bourbon 
il y a un abîme, et c'est mesurer la distance qui les sépare que de 
jeter entre ces deux antipodes de la politique les noms de Napoléon III, 
de Gambetta, de Bismarck et de Léon XIIL 

Cette notice d'ensemble sur le dernier descendant de nos Rois légi- 
times est d'une allure parfaite et d'un ton excellent. M. Jules Delafosse 
prouve le respect qu'inspire cette haute personnalité, si haute qu'elle 
s'évanouit un jour sur les cîmes par delà l'horizon, sans avoir jamais 
pu poser le pied sur le sol de la patrie. Henri V représentait l'hérédité, 
la tradition, il incarnait la loyauté et l'honneur, il était l'exemplaire 
vivant du principe le plus auguste et le plus fécond qu'ait consacré 
l'histoire. M. Delafosse sait tout cela, le voit, le proclame et conclut 
avec une impitoyable rigueur que l'esprit révolutionnaire de la nation 
et le mysticisme du prince n'ont pas permis la rencontre heureuse 
qui eût sauvé nos destinées. 

C'est en philosophe attristé et assez vite consolé que l'auteur parlait 
du chef de la maison de Bourbon ; — le politique avisé et le bonapar- 
tiste fidèle s'expriment avec une tendresse plus chaude sur le compte 
du dernier empereur des Français. Rarement analyse plus sincère nous 
a été donnée de Napoléon III, et si l'attrait est ^isible, c'est que le 
•personnage a su conquérir son historien. 



— 10 i — 

Indalgeni vis-à-vis du coup d'Étal pour des motifs qui ne sont pas sans 
valeur réelle, M. Delafosse sait démêler à merveille le fort et le faible 
de cet incompréhensible personnage qui aurait pu, s'il l'avait su vou- 
loir, demeurer le plus grand souverain de ce siècle. Ses deux lourdes 
fautes, la formation de l'Italie et de l'Allemague, sont impitoyablement 
mises à nu; que l'auteur s'arrange avec M. Emile Ollivierpour le prin- 
cipe des nationalités, il en condamne la chimère et nous ne pouvons 
qu'y applaudir. 

Sa conclusion est grave, mais qui ne peut renverser l'évidence ? 
« Un seul monument subsiste de l'œuvre accomplie par Napoléon III; 
c'est l'Europe nouvelle, et l'Europe nouvelle se résume en deux teimes : 
suprématie allemande et déchéance française! » Il n'hésite pas à dé- 
clarer la guerre d'Italie. « Le principe des aberrations qui firent dévier 
la politique de l'Empire en le poussant aux abîmes. » C'est trop juste. 
Il laisse la responsabilité qui convient peser sur les épaules du prince 
Napoléon « qui avait le génie du contre-sens >, et s'il voit dans l'Em- 
pereur un visionnaire plus qu'un rêveur, il veut aussi expliquer son 
idée ni romanesque ni politique de fonder (c'est l'expédition du 
Mexique) un centre d'inlluence latine en Amérique. — La page la plus 
neuve et la plus vibrante, écrite avec une chaleur courageuse, trace 
de Sedan et de la capitulation un tableau capable de dégager la mé- 
moire du Souverain sans force et sans pouvoir. Serait-il vrai qu'il eût 
poussé ce jour-là l'humanité jusqu'à l'héroïsme? Pour l'honneur de la 
France, dont il était alors le chef, nous le voudrions, et si nous n'étions 
en présence que d'une illusion généreuse, nous l'accepterions volon- 
tiers encore. J'ajoute que M. Delafosse, loyalement, établit le départ 
juste et équitable qu'il convient de faire entre la corruption des mœurs 
de l'époque et l'influence du régime qui en profita jusqu'au jour où il 
en mourut. 

Gambetta, Bismarck sont étudiés avec moins d'ampleur ; ces carac- 
tères attirent, parfois ils répugnent ; au fond, la force était leur seul 
idéal et le bas sensualisme du premier rend sa figure plus vulgaire 
encore. M. Delafosse, député, a vécu sous sa tyrannie, et ses souve- 
nirs gardent l'empreinte du dégoût en face de cette tonitruante faconde 
au service d'une ignorance géniale qui lui permettait de parler de 
tout sans connaître les embarras de l'objection. Gambetta a été le chef 
de vulgaires ambitieux dont il représentait les ardeurs et les convoi- 
tises, il a donne une tête à la politique matérialiste ; ce ne fut jamais 
un homme d'État, tout au plus un homme de parti et certainement 
un homme d'appétit. 

Où il serait permis de chercher quelque chicane à l'auteur, c'est 
dans son esquisse de Léon XIII. Mais le portrait est trop légèrement 
tracé pour qu'il soit facile ni môme courtois de juger un écrivain sur 



— 16-) — 

une si courte ébauche. La politique du ralliement fait les frais de celte 
rapide et inconaplèle étude et des préventions politiques se mêlent 
logiquement aux conclusions qui nous sont offertes. Quelques bonnes 
vérités s'y glissent encore, elles ne gagnent rien à s'abriter derrière 
le sceptique et mal estimable auteur de VOrmc du Mail ; M. Delafosse 
vaut mieux et plus. 

Si elles ne sont pas les plus puissantes, les dernières pages du 
livre sont peut-être les plus fines et les plus étudiées. Une douzaine 
de petits portraits de ses collègues de la Chambre ofîrent des médail- 
lons charmants de ces personnages de valeur morale fort inégale. 
Depuis la noble figure de M. de Mun auquel la justice (méritée est 
rendue jusqu'au profil broussailleux d'un Camille Pelletan et au crayon 
morose d'un Brisson, les parlementaires de marque défilent devant 
nous. Ils appartiennent à des groupes différents, mais leur manière, 
leur inutilité ou leur désinvolture les rendent propres à accepter tous 
les rôles, à revêtir tous les costumes comme aussi leur ambition les y 
a conduit maintes et maintes fois déjà. 

M. Delafosse n'est pas tendre pour ces virtuoses de nos tréteaux poli- 
tiques, parce qu'il les connaît trop. Tout l'éloigné de ces vulgarités et 
de ces vulgaires, et plus que tout un sens délicat de lettré qui lui a 
fait écrire un livre charmant, où les aperçus ingénieux abondent, 
frappé de maximes heureuses et d'élans sincères. Il cause du Parlement 
et des parlementaires comme l'homme qui les abandonne sur la rive. 
Sans entrer dans ses raisons, je souhaite, que remontant le cours de la 
Seine comme il vient de remonter le cours de ses souvenirs, il quitte 
le marécage du Palais Bourbon pour aller atterrir un peu plus haut, 
sur le terre-plein du Palais Mazarin. C'est sa place. 

Geoffroy de Grandmaison. 



BULLETIN 

Les Don» du Saint-Ksprit, par SAINT BON AVENTURE. Paris, Téqui, lï*99, 
iij-12 de 143 p. — Prix : l fr. 

Cet opuscule fait partie d'une collection : Petite Bibliothèque pieuse à un 
franc, dans laquelle ont déjà paru de petits traités empruntés aux œuvres 
des plus illustres docteurs et maîtres de la vie spirituelle. Ici, nous avons 
des extraits de l'ouvrage de saint Bonaventure : Les Dons du Saint-Esprit. 
Les ûrais chrétiennes y trouveront le véritable et substantiel aliment de 
leur |)i6ie. Ct;tte école de haute théologie et d'ardent amour est certes bien 
préférable aux incertaines et hâtives productions, trop fréquentes de nos 
jours et trop facilement recommandées. B. G. 



— IGG — 

Il FIkHo <lell* eitnttorc, ovvcro nilllonl c nianlcomlo, raCCOntO dl 
GiusBi'i'B BKnNi. Uoma, lip. F. Failli, 1899, in-IG de vii-lUO p. 

L'auteur de ce petit volume, déjà connu par des ouvrages techniques 
^(Nuovo Codice dell'esatlore, Nuovo Codice del messo, etc.), s'est proposé, dans 
le récit qu'il nous otTre, un but moral : il a voulu » enseigner à qui l'ignore 
et rappeler à qui le sait que l'ofûce du fonctionnaire chargé de recouvrer 
les impôts publics... peut tourner à l'avantage de qui l'exerce mais aussi le 
conduire à la ruine. » 

Il otlre un exemple de l'un et de l'autre cas dans la conduite de Amio 
Forinas, qui se ruina et devint fou et de son ami Giulio Diris, qui, au con- 
traire, amassa une grosse fortune. Le récit est vraiment trop peu étoCfé, les 
discours des personnages — dissertations à perle de vue — y tiennent lieu 
de faits et d'épisodes; et la médiocrité du style ne relève guère la pénurie 
du fond. E.-G. L. 

Le monde soua-marin, par A. ACLOQUE. AbbcviUc, Paillart, 1899, in-8 de 
318 p. avec 236 grav. — Prix : 1 fr. Tô. 

Voici uu nouveau volume ajouté à la collection généralement excellente: 
La Science pittoresque, de l'éditeur Paillart, à Abbeville. L'auteur, natura- 
liste de profession, a déjà donné à cette collection : Fleurs et plantes et 
Scènes de la vie des insectes. Son nouvel ouvrage ne déparera point les pré- 
cédents. — Il comprend treize chapitres. Le premier est consacré à la très 
pauvre Flore marine qui ne se compose que d'algues, de varechs, de fucus, 
tous végétaux unicellulaires, de la structure la plus simple. — Les Proto- 
zoaires, ces inihues organismes animaux, le plus souvent microscopiques, 
font le sujet du second chapitre : si humbles soient-ils, ils représentent 
dans la classification tout un embranchement du règne animal. — Les 
Éponges, les Méduses, les Coraux, les Polypiers constituant l'embranche- 
ment des Cœlentérés (Olim : Zoophytes], occupent les chapitres III et IV. C'est 
parmi les Echinodermes que se rengei'.t les Oursins, les Étoiles de mer, les 
Iloloturies, les Astrophytes, les Balanoglosses, objets du chapitre V. — Ce 
que l'on appelait naguère les Ariiculés s'appelle aujourd'hui les Arthro- 
podes, et cela comprend, rien qu'en animaux marins, des Insectes, quelques 
Arachides et surtout de nombreux Crustacés ; Crevettes, Crabes, Lan- 
goustes, Squilles, Étrilles, Dromies, Pagure (vulgo : Bernard l'ermite). Ho- 
mard, sans parler d'une foule d'autres de petite dimension. — Au chapitre 
des Arthropodes succède celui des Vers ; ces derniers sont, eux aussi, élevés 
à la dignité d'embranchement. Le fait est que les caractères communs qui 
rapprochent leurs diverses formes ne se rapportent à aucun autre groupe. 
A en juger par les nombreuses gravures dans le texte qui les représentent, 
les vers marins ne doivent pas être plus ragoûtants à la vue que le vul- 
gaire lombric ou ver de terre que chacun connaît, ou que la sangsue, ce 
hideux ver d'eau douce, qui n'est guère moins connu. — Passons à un 
autre embranchement, aux Mollusques, parmi lesquels sans parler des 
espèces comestibles comme l'Huître et la Moule, nous trouvons une extrême 
variété de coquillages de tous aspects : Peigne, Couteau, Jambonneau 
(Pinna pectinata), Turbo, Phasianelle, Cyprée, Pied-de-pélican, Volute, 
Buccin, Ravelle, Pourpre. Parmi les Mollusques, il faut aussi mentionner 
le terrible Poulpe aux huit bras tortueux, couverts de ventouses; le Calmar 
et la Seiche, qui en ont chacun dix. — Des Mollusques nous passons aux 
Poissons par l'intermédiaire des 2'uniciers, en qui l'on trouve comme une 
ébauche de vertèbre; ils sont du reste peu nombreux dans les eaux marines 



— 167 — 

Les Poissons forment la classe inférieure de l'Embranchement des Ver- 
tébrés. Ou n'attend pas que nous mentionnions les soixante ou cent espèces 
de cette classe décrites par l'auteur; la seule énumération n'en saurait 
trouver place ici. Ils ne sont pas, du reste, les seuls Vertébrés qui vivent 
dans la mer. Certaines Tortues sont également marines, et les Mammifères 
sont représentés, en mer, par les Pinnipèdes (Phoque, Otarie, Morse), les 
Sirènes (Dugong, Lamentin), et les Cétacés (Narvals, Dauphins, Cachalots, 
Baleines). 

Avec les Oiseaux, nous sortons du Monde sous-inarin, car si familiers que 
soient des rivages maritimes l'Eider, le Pélican, le Cormoran, le Pingouin 
ou le Manchot, si habiles qu'ils puissent être à plonger dans l'onde amère, 
ce n'est cependant pas sous l'eau qu'ils vivent habituellement. Mais ce n'est 
là, de notre part, qu'une mauvaise querelle; c'est la seule d'ailleurs dont 
nous a} ions trouvé le prétexte dans tout le cours du volume. 

Je.\n d'Estienne. 

L'analogie dans la déclinaison des substantifs latins en CSanle. 

par Anton LiNDSTRÔM. Seconde partie. Upsala, Almquist etWiksells, 1898, 
in-8 de v-110 p. 

Dans cette étude très consciencieuse, l'auteur examine les cas d'analogie 
qui se rencontrent dans la déclinaison des substantifs latins en Gaule. 
D'après lui, « parmi les différents types morphologiques qui caractérisaient 
les substantifs à l'époque servant de point de départ pour ce travail, il n'y a 
que ceux qui exprimaient le genre neutre qui ont disparu. » Il ajoute que 
« s'il y a eu confusion entre les nombres ou entre les cas, cette confusion 
ne comprend en général que le thème», non la terminaison. Au sujet de 
l'analogie qui résulte de ce double principe, il observe que toutes les fois 
que l'attraction comprend la terminaison, Il s'agit d'une analogie simple- 
ment « productive », et que lorsqu'elle concerne le thème, l'analogie 
est « reproductive. » Après avoir étudié minutieusement les cas d'ana- 
logie relatifs à la première, à la seconde et à la troisième déclinaison, 
l'auteur en donne un abrégé synthétique qui permet de reconnaître d'un 
coup d'oeil les lois qui semblent y présider. 

Ce travail sur les anciens dialectes français est d'autant plus méritoire 
qu'il a pour auteur un étranger à qui, sans nul doute, il a dû coûter une 
somme d'efforts relativement considérable. A. R. 



■ Trattatl medievati di ritnilca latlna, da GlOVANNI MaRI. MilanO, 

Hœpli, 1899, in-4 de t24 p. 

A peine étudiée jusqu'ici môme par les médiévistes les plus zélés, la 
rythmique latine au xn^ et au xiii» siècle n'en est pas moins intéressante. 
M. Mari a établi que les traités ou Artes qui en tracent les règles, traités 
répandus dans tout l'Occident, dérivaient d'une source commune, et pou- 
vaient être ramenés à deux types principaux. Il publie ici non seulement 
la rédaction qu'il considère comme la plus importante et la plus authen- 
tique (celle qui est intitulée : De rythmico diciamine), mais encore les variantes 
les plus notables, en commençant parles deux manuscrits 763 de l'Arsenal, 
136 de la Bibliothèque capitulaire de Novare. 

De la lecture soit des 270 textes ou fragments poétiques (la plupart reli- 
gieux, quelques-uns profanes), soit des notices bibliographiques que contient 
cette publication savante, une double impression su dégage. Nos ancêtres 



— 108 — 

d'il y a sept et huit cents ans, qui aux diverses strophes en honneur dans 
ranliquilé en ont ajoute tant d'autres (rimées et non rimées) de leur inven- 
tion, n'avaient pas ce dédain des choses de l'esprit dont trop souvent on 
les accuse : et le livre de M. Mari est une preuve de plus à l'appui d'une 
vérité dont nous avons lieu d'être fiers : c'est que la France a été à tous 
égards le véritable foyer de la culture pocticjue et artistique européenne 
jusciu'à la lin du xni« siècle. G. Huit. 



I-n Fronce et I*EKpnf|;no poiKlunt le pi-emlcr Eiriplre (Anclilven 

espa^noieii), par Ch. GEOFFROY db Grandmaison. Besanoon, iinp. Paul 
Jacquin, 181)9, in-8 de 71 p. (Extr. du Bibliographe moderne)'. 

Nul n'était mieux préparé que M. Geoflroy de Grandraaison à l'étude qu'il 
est allé faire dans les Archives d'Espagne sur les relations de ce pays avec 
la France pendant le premier Empire. Son beau livre sur l'Ambassade 
frauçnise en Espagne pendant la névohition en était comme la naturelle 
préface. Mais il n'avait consulté que les documents français, aux Archives 
nationales, au ministère des affaires étrangères, à la Bibliothèque nationale. 
Pour les compléter et les contrôler il convenait d'explorer les archives 
espagnoles. Un premier voyage, en 1895, lui avait fait constater dans les 
dépôts publics comme dans les bibliothèques particulières, de véritables 
richesses ; en t8'Jt5 il a pu aller jouir de ces richesses à coup sûr et sans 
avoir besoin de tûtonner. Il a minutieusement visité les archives de Sara- 
gosse, de Madrid, de Gordoue, de Grenade, de Séville, de Cadix, si indis- 
pensables pour le règne de la junte, de Burgos et surtout les grands défjôts, 
si universellement connus et si précieux d'Alcala, et de Simaucas. Il y a 
remarqué, à côté des pièces officielles, de très curieux journaux nédigés 
heure par heure, pour ainsi dire, par des annalistes humbles mais conscien- 
cieux et bien informés, comme Casa Mayor à Saragosse et Gonzalez de 
Léon à Séville. Il a pu même pénétrer dans les collections particulières du 
général de Arteche, l'historien de la guerre de l'Indépendance et de Don 
Alfonso de Castro. Naturellement la brocliure dont nous parlons aujour- 
d'hui, parue d'abord dans une revue spéciale, le Bibliographe moderne, ne peut 
que dresser un catalogue sommaire des documents relevés par M. Geoffroy 
de Grandmaison ; mais ce catalogue même montre l'étendue du travail et 
l'importance des résultats. Il appartient maintenant à l'auteur, qui est si 
familiarisé avec les événements d'Espagne pendant celte période si trou- 
blée et si glorieuse, de mettre ces documents en œuvre et de nous donner 
l'histoire de cette lutte acharnée entre le peuple espagnol et le vainqueur 
de l'Europe ; espérons qu'il ne nous la fera pas trop longtemps attendre. 

M^X. DE LA ROGHETBRIE. 



Eesni sur le règne du princc-évêqne de L.iége, MaxImIlîcn-IIeni»! 

de Davièi'e, par MiCHEL HuiSMAN. Bruxelles, Lamertin, 1899, in-8 de 
196 p. — Prix : 4 fr. 

Je donnerai, je crois, une juste idée de l'intérêt et de l'importance du 
travail de M. Michel Huisman, si je dis qu'il contient surtout un résumé 
de l'histoire de la politique de Louis XIV aux Pays-Bas et en Allemagne, 
pendant la seconde moitié du xvn' siècle. Ce résumé, où l'hostilité contre 
le grand Roi est trop visible, n'est cependant point sans mérite, l'auteur 
ayant rais en œuvre avec beaucoup d'habileté, voire même avec un réel 
talent, non point seulement les Mémoires et documents imprimés, mais 



— 160 — 

encore bon nombre de documents inédits relatifs aux événements qui ont 
affligé la principauté de Liège entre les années 1650 et 1688. On sait l'intérêt 
qu'a toujours offert l'histoire extérieure de cette principauté, placée comme 
à l'intersection des Provinces-Unies, de l'Allemagne, des Pays-Bas espa- 
gnols et de la France, à qui elle touchait par le duché de Bouillon. Sans 
avoir la môme importance, l'histoire intérieure du pays de Liège ne laisse 
pas d'être souvent très instructive, et je crois qu'en aucun temps elle ne 
l'a été plus que sous le prince-évêque Maximilien-IIenri de Bavière. Ce 
prélat, qui est en même temps l'archevèque-électeur de Cologne, ne réside 
jamais à Liège, et en sou absence les Liégeois se gouvernent eux-mêmes 
à la mode républicaine. Alors ce ne sont que dissensions intestines, dé- 
sordres de tout genre, vilenies et trahisons ; et Liège nous fournit, 
malheureusement pour elle, un nouvel exemple qu'une république ne peut 
être qu'une anarchie ou une tyrannie. Armand d'IIbrbomez. 



Xhe Labadist Colony in Maryland, by BaRTLETT B. JaMES {Johns 
Hopkins University Studies in Historical Political Science, 17* série, n» 6). 
Baltimore, Johns Hopkins Press, juin 1899, in-8 de 45 p. — Prix : 2 fr. 5'J. 

Il faut remercier M. Barllett B. James de son intéressante étude sur la 
colonie labadiste du Maryland ; c'est en quelque sorte un paragraphe encore 
ignoré de l'histoire ancienne de ce pays qu'il a écrit dans cette courte 
monographie. On sait ce qu'était le« labadisme », une doctrine protestante, 
appartenant à l'école de Calvin, mais affectant certaines tendances millé- 
naires tout a fait particulières ; M. James en a, daas son premier chapitre, 
parf litement indiqué les doctrines conformément aux idées et aux écrits 
du Français Jean de Labadie, son fondateur. C'était un véritable mystique, 
ayant des visions, entendant des voix, guidé dans sa conduite par dts 
révélations, qui fonda sa petite communion aux Pays-Bas, après avoir, 
en 16o0, abjuré le catholicisme. Quelle organisation Jean de Labadie donna 
à son église, et quelle fut le rôle de cette église en Europe, M. James le 
raconte dans les chapitres II et III de son travail; puis il résume les pro- 
jets d'établissement des labadistes au Nouveau Monde et insiste sur leur 
établissement en Maryland. C'est en 1679 que deux émissaires des laba- 
distes arrivèrent dans ce pays et reconnurent que les terres de l'aventurier 
bohémien Augustin Ilerrmann étaient propices a leur dessein; en 1684, ils 
revinrent avec leurs religionnaires, et s'installèrent sur le terrain que fut 
contraint de leur concéder, conformément à un acte de vente, le proprié- 
taire du « Manoir bohémien. » Le rameau labadiste transplanté sur le sol 
américain s'attacha à reproduire fidèlement l'organisation de la société 
mère; il y mena une vie individuelle jusqu'aux environs de l'année 17-27, 
époque où disparut la communauté labadiste du Maryland. 

Une bibliographie développée, mais dont certaines indications sont 
malheureusement trop peu précises, termine le travail curieux et vraiment 
neuf de M. Bartlelt B. James. Henri Froidevaux. 



CORRESPONDANCE 

Roubaix, le 2 février 1900. 
Monsieur le gérant du Polybiblion, 
En octobre 1899, le Polybiblion a publié sur moi des appréciations de 
M. Raoul Loky. 



— 170 — 

M. Raoul Loky veut bien reconnaître que, dans mes démêlés avec cer- 
tains chefs « tous les torts n'étaient pas de mon côté. » Toutefois, il ajoute 
« que je n'en ai pas moins quitté l'armée, en mauvais serviteur, en claquant 
« les portes. » 

J'ai l'honneur de faire observer à M. Raoul Loky que je crois avoir été un 
bon serviteur en défendant la cause de la sincérité administrative. 

J'ai également l'honneur de lui faire observer que je n'ai pas claqué les 
portes en quittant l'armée. Malgré mes instances réitérées, je n'ai pu me 
faire ouvrir la porto de M. le général Mercier, alors ministre de la guerre 
et faire surseoir à ma retraite. 

Je désirais que ma réclamation ne sortît pas de l'armée. Pendant deux 
ans j'ai attendu. C'est seulement devant un refus absolu de m'entendre, 
que je me suis décidé à présenter aux Chambres un mémoire imprimé qui, 
du reste, n'a pas été en librairie. 

Et ce mémoire n'a pas été sans utilité pour l'armée en signalant les 
mesures à prendre pour éviter les abus dont j'ai été victime. 

Une partie de mes propositions a même été adoptée par M. le Ministre 
de la guerre : Circulaires ministérielles du 4 décembre 189u prohibant les 
masses noires; dii 11 mai 189G visant les objets non réglementaires et les 
écarts du règlement; du 1<=' juillet 1896 créant les fonds éventuels. 

N'ayant pas connu à temps l'article visé ci-dessus, ma réponse est tardive. 
Mais je compte sur la haute impartialité et la loyauté du Polybiblion, ainsi 
que sur votre courtoisie, et j'ai l'honneur de vous demander de vouloir bien 
insérer cette lettre dans la Revue. 

Agréez, je vous prie, Monsieur le gérant du Polybiblion, l'expression de 
ma considération très distinguée. 

Colonel E. Allaire, 

89, rue de Lille, à Roubalz. 



CHRONIQUE 



NÉCROLOGIE. — Ce n'est pas sans une bien vive émotion et un profond 
regret, que nous annonçons la mort de l'homme de bien et du savant émé- 
riie que fut notre distingué collaborateur M. le D' Ernest-Ange-Amédée 
Ferrand, enlevé presque subitement à l'affection des siens le 24 décembre. 
Ou sait avec quelle compétence il faisait depuis longtemps dans notre 
Revue le compte-rendu des publications médicales récentes et l'on se sou- 
vient des intéressants Rapports qu'il donna en 1888 et en 1898 au Congrès 
bibliographique international sur le mouvement bibliographique des 
sciences médicales en France. 11 était né à Montfort-l'Amaury en 1835 ; 
après avoir été successivement externe, puis interne des hôpitaux, il se 
fil recevoir docteur en 1862 et agrégé en 1869, devint médecin des hôpi- 
taux en 1872, médecin de l'hospice des Incurables en 1876, médecin de l'hô- 
pital Laëunec eu 1878, et ne quitta cette dernière fonction qu'en 1892 i)our 
prendre le service de l'IIôtel-Dieu. Il était membre d'un très grand 
nombre de sociétés savantes, telles que la Société anatomique, la Société 
de thérapeutique, la Société de médecine légale, etc., et, en 1896, il eut 
l'honneur d'être élu membre de l'Académie de médecine, juste récom- 
pense de sa science et de son taleut. 11 joua un rôle brillant dans l'ensei- 
gnement; et nous en citerons comme preuves son cours de pathologie in- 
terne fait à l'École pratique, ses conférences publiques sur la phtisie, faites 



— 171 — 

à Laënnec, et ses conférences à l'Hôtel-Dieu. Chrétien convaincu, il avait 
déployé le plus grand talent à essayer d'associer les dernières décou- 
rertes sur les fonctions du cerveau avec les doctrines spiritualistes les plus 
absolues. Nous sommes obligés de renoncer à énumérer les périodiques 
auxquels il a collaboré, tant ils sont nombreux, et nous ne pouvons donner, 
faute de place, qu'une liste incomplète de ses publications : Eutrie clinique 
et thérapeutique sur l'éclampsie, à propos de deux faits observés à l'hôpital Cochin 
(Gaz. des hôpitaux, 1861); — Étude de tératologie et de physiologie comparée 
{Mon. des hôpitaux, 1861); — Un cas dViydatides du corps thyroïde du foie et de 
rutérus (Bull, de la Soc. anatom., 1861) ; — Un cas d'ulcère simple de l'estomac, 
probablement d'origine alcoolique [Bull, de la Soc. anat., 1861); — Un cas de 
cardite suppurée (abcès delà paroi postérieure du cœur) (Bull, de la Soc. anatom., 
1861); — Élude pour servir à l'histoire de la pneumonie catarrhale {.\rch. de 
médecine, 186-2) ; — Étude sur les corps étrangers du larynx, physiologie patho- 
logique de leurs symptômes (Bull, de la Soc. anatom., 1862) ; — Les Exanthèmes 
du rhumatisme (thèse) (Paris, 1862, in-4); — Un cas d'anomalie du rein et de 
l'uretère droite, chez un enfant mort du croup dans le service de M. le D' Roger 
(Bull, de la Soc. anatom., 1862); — Étude sur Vhémacclinose spontanée (Mém. de 
la Soc. de méd. de Marseille, 1863) ; — Note sur une langue de porc ladre (Bull, 
de la Soc. anat., 1863); — Coyitribution à l'élude du traitement des maladies du 
cœur (Ibid., 1865; tirage à part); — Étudier comment la mort survient dans les 
maladies; la thérapeutique peut-elle tirer parti de cette élude? (thèse d'agiega- 
tion) (Paris, !S66, in-4) ; — Élude sur l'affection rhumatismale du cœur (Mé- 
moires de la Société médicale d'émulatio^i, et Union médicale, 1866); — Élude sur 
la fluxion de poitrine et la pneumonie catarrhale (Mém. de la Soc. médicale d'ému- 
lation, et Union médicale, 1866); — Introduction à l'élude du traitement des ma- 
ladies du cœur (Bull, de thérapeutique, 1866); — Étude de physiologie patholo- 
gique sur l'urémie et sa pathogénie (Union lyiédicale, déc. 1867); — Éludes sur la 
puerpéralilé (Union médicale, nov. 1867) ; — Observation d'un cas d'idiotisme 
prouvant l'absorption par la peau de Viodure de potassium à l'état sec (Bull, de 
thérapeutique, 1867); — Variole maligne et varioloïde bénigne (Union médicale, 
uov. 1867); — Le Bromure de potassium, son action favorable sur les spasmes 
réflexes localisés (Bull, de thérapeutique, 1868) ; — De l'Embarras gastrique 
(Union médicale, jaii. 1868); — Hémoptysie survenant au début d'une pyrexie 
(Union médicale, déc. 1868) ; — De l'Hydrargisme aigu (Union médicale, mars 
1868) ; — De l'iclère calarrhal (Mémoire de la Soc. de médecine d'émulation, 1868) ; 
— La .Mig7-aine, son siège anatomique, efficacité du bromure de potassium 
(Union médicale, févr. 1868) ; — Un Médecin chrétien (J.-B. Massou de Kerloy) 
(Paris, 1868, in-8; extrait du journal le Français, du 17 sept. 1868 ; — Phy- 
siologie pathologique du tremblement (Union médicale, mai 1868) ; — Des Rap- 
ports de l'ictère avec la fièvre typhoïde (Union médicale, oct. 1863); — Re- 
cherches sur la nosographie et le lraile7nent du choléra (Mém. de la Soc. méd. 
d'cmulalion, 1868) ; — La Diai-rhée et le sulfate de quinine (Bull, de ihéra- 
peuliquc, 1869) ; — De la Médication antipyrétique (thèse d'agrugnlion^ (Paris, 
186U, in-8); —Nos Réformateurs (Paris, 1«09, in-16; extrait do l'Union mc- 
diccile, sept. 1869) ; — L'Aphasie et la psychologie de la parole [Union médi- 
cale, 1870) ; — Force et matière (Union médicale, 1870) ; — L'ilydropysie liée 
aux troubles de sécrétion urinaire (Union médicale, 1870); — Note physio- 
logique sur la décapiliilion (Union médicale, 1870); — Cinq lettres des ambu- 
lancrs (Union médicale, 1871); — Le Parasitisme (Union médicale, 1871); — 
L'Éthique et la jihilosophie médicale (Union médicale, 187!2) ; — Note sur 
l'intoxication arsenicale de cause externe, c'est-à-dire après absorption pro- 
fessionnelle par la peau (f/jiton médicale, 1872);— Note sur le Iraitcmrnl dr la 



fièvre typhoïde par les lotions tièdes et les lavements frais chez les enfants {Bull. 
de thérap'-Hlique, 1872; — Carreau. Péritonite chronique dev.nant aiguë par per- 
foration {Union médicale et Société médicale des Hôpitaux, 1873) ; — Élude 
bibliogrup/tique sur l'histoire de la médecine, à propos du livre de M. Bouchut 
tur ce sujet (Union médicale, 1873) ; — Les Harmonies de Vhomœnpath'ie (Paris, 
ISXî, iii-iS ; extrait de VUnion médicale, 1873; — Sote relative à un fait de spasme 
musculaire périphérique à marche extensive (Union médicale 1873) ; — La Pleu- 
résie et l'expectoration séro-albumineuse {Union médicale, 1873); — Science, morale 
et foi (l^aris, 1873, ia-16;) — Note relative aux résultats delà statistique appliquée 
au traitement des fièvres typhoïdes {Union médicale, 1874); — Le Plaisir et la 
douleur {Union médicale, 187'i;) — Traité de thérapeutique médicale, ou Guide pour 
rapplic<itio7i des priiicipaux modes de médication à l'indication thérapeutique 
(Paris, i87'i, in-12, 2* éd. 1886); — Hygiène morale {Union médicale, 1875); — 
De l'Empoisonnement par les phénols (Paris, 1876, in-8); — La Physiologie de l'in- 
conscient {Union médicale, 1875); — Enseignement supérieur et collation des grades 
(Paris 1876, in-8); — Elude médico-psycologique sur la conscience et le moi {Union 
médicale, 1876); — Facultés de médecine et Universités libres (Paris, 1876, in-8); — 
Physiologie des virus {Union médicale, 1876) ; — Sur la théorie générale de la sen- 
sibilité {Union médicale, 1876); — Des Altérants en général et des pho'-nhates en 
particulier {Union médicale, 1877); — Étude sur l'opportunité de la saignée {France 
médicale, et Mémoire de la Société clinique, 1877); — U Hyper thermie et les bains 
froids (Paris, 1877, gr. in-8; extrait de VUnion médicale); — La Dernière Leçon 
d'un maître {Union médicale, 1878); — Études sur l'opium et la morphine avec 
app'écialions des théories du sommeil {Union médicale, 1878) ; — La Nouvelle Édi- 
tion du Dictionnaire de l'Académie {Union médicale, 1878); — Claude Bernard et 
la Science contemporaine (Paris, 1879, in-8); — L'Homme et la Thèse de Véoolutio- 
nisme {Union médicale, 1879); — Discours prononcé sur la tombe du D^ A. Delpech 
au nom de la Société médicale des hôpitaux de Paris le iO septembre 4880 (Paris, 
1880, in-8; extrait de l'Union m,édicale, sept. 1880); — Leçons cliniques sur les 
formes et le traitement de la phtisie pulmonaire (Paris. 1880, in-8) ; — Des Rapports 
de la maladie scrofuleuse avec le tubercule {Pditis, 1881, in-8; extrait de l'Union 
médicale, 1881); — La Théologie morale et les Sciences médicales par le P. Debreyne^ 
6' édition entièrement refondue {Paris, 188'i, in-18); — Traitement et prophylaxie 
de la phtisie pulmonaire. Le Sanatorium d'Argelès. Note lue à VAcad. de méd- 
dans sa séance du 15 novembre 1 885 (Pari^, \8SIJ, in-IS); — Station de Gazost- 
Argelès {Hautes- Pyrénées . Eaux sulfureuses iodo-bromurées. Observations médi- 
cales sur la cure des malades envoyés par les hôpitaux de Paris. Sanatorium d'Ar- 
gelès. Mémoire lu à l'Académie ([S. 1.] 1886, in-16); — Leçons cliniques sur les 
formes et le traitement des bronchites {PdiVis, 18S7, in-8); — Le Surmenage scolaire, 
rapport présenté à ^Assemblée des catholiques le U mai 1887 (Paris, 1887, in-12); 

— La Parole et le langage, élude de physiologie psychologique. Mémoire présenté 
au Congrès scientifique international des catholiques, tenu à Paris en 1888 (Paris, 
1888, in-8); — Discours prononcé sur la tombe de M. le professeur Damaschino 
(Paris, 1889, in-8); — Formulaire de thérapeutique appliquée, ou les Médicaments 
et leurs formules classes d'après les indications thérapeutiques (Paris, 1890, in-18) ; 

— Le Traitement de la tuberculose, action générale du remède de Koch (Paris, 
1891, in-12); — Le Langage, la parole et les aphasies. Physiologie, pathologie et 
psychologie (Paris, 1894, in-12); — Traitement de la lithiase biliaire, conférences 
faites à l'Hôtel-Dieu (Paris, 1894, in-8); — Traitement de la lithiase biliaire, 
conférences faites à l'Hôtel Dieu, recueillies par M. A. Banglarel (Paris, 1894, 
in-8); — Happort général à M. le ministre de Vinlérieur sur les épidémies qui ont 
régné en France pendant l'année 1896, fait au nom de la Commission permanente 
des épidémies de l'Académie de médecine (Melun, 1897, in-4). Nous rappellerons 



I 



— 173 — 

enfin sa collaboration au Monde, où sous le pseudonyme de « Spectactor >-, 
il donnait des chroniques scientifiques fort appréciées. 

— M. Cari-Friedrich Rammelsberg, doyen des chimistes allemands, est mort 
le 27 décembre, à Gross-Lichterfeld, près Berlin. Il était né dans cette der- 
nière ville le I" avril 1813. Après s'être occupé de pharmacie, il suivit, de 
1833 à 1S37, les cours de l'Université de Berlin où il s'adonna aux sciences 
naturelles et spécialement à la chimie et à la minéralogie. Reçu docteur 
en 1840, il fut nommé, en 1845, professeur à l'Université, et quelques 
années plus tard, en ISol, il fut appelé à la chaire de chimie et de miné- 
ralogie de l'Institut industriel royal. Il faisait en même temps des cours à 
l'Académie des mines et dirigeait un laboratoire de chimie analytique. Elu 
membre de l'Académie des sciences de Berlin en 1855, c'est en 1874 qu'il 
fut nommé professeur ordinaire de chimie à l'Université de cette ville et 
directeur du second Institut chimique attaché à cet établissement. Il était 
une des autorités les plus considérables dans le domaine de la chimie miné- 
ralogique et ses travaux d'analyse sont fort estimés. Un grand nombre de 
ses dissertations ont été publiées dans les Annales de Poggendorf ainsi 
que dans les Abhandlungen der kôniglichen Akademie der Wissenschaften zu 
Berlin et les Sitzungsberichte der kôniglich preussischen Akademie der Wissen- 
schafLen zu Berlin. Parmi ses principaux ouvrages nous citerons : Hand- 
wôrterbuch des chemischen Teils der Minéralogie (Berlin, 1841, in-8, 5 supplé- 
ments publiés de 1843 à 1853; réédité sous le titre de Handbuch der Mine- 
ralchemie (Leipzig, 1860, in-8; 2" éd., 1875, avec des suppléments en 1886 et 
1895) ; — Lehrbuch der Stôchiomelrie und der aUgemeinen theoretischen Chemie 
(Berlin, 1842, in-8) ; — Anfangsgriinde der quantitaliven mineralogischen und 
metallurgisclt-analytischen C/ie?me (Berlin, 1845, in-8) ; — Lehrbuch der chemischen 
Métallurgie (Berlin, 1850, in-8; 2^ éd. 1865); — Lehrbuch der Kristalkunde 
(Berlin, 1852, in-8) ; — Handbuch der kristallographischen Chemie (Leipzig, 
1855, in-8 ; suppl. 1857) ; — Handbuch der kristallographisch-physikalischen Chemie 
(Leipzig, 1881-1882, 2 vol. in-8) ; — Grundriss der Chemie (o^ éd. 1881, in-8); — 
Elemenle der Krislallographie (Berlin, 1883, in-8) ; — Chemische Abhandlungen 
1838-1888 (Berlin, 1888, in-8). 

— M. William Forsyth, jurisconsulte et auteur anglais bien connu, est 
mort dans le courant de décembre. Né en 1812, à Greenoch, il lit de très 
brillantes études au Trinity Collège de Cambridge, où il prit ses grades en 
1834, et entra dans le barreau, à Inner Temple, en 1839. Il y obtint bientôt 
un très vif succès comme avocat. En 1857, il devint conseiller de la Reine, 
et, de 1874 à 1880, il lit partie de la Chambre des communes. Il fut aussi 
commissaire de l'Université de Cambridj^e, qui lui conféra le grade de doc- 
teur en droit. Bien que la plupart de ses nombreuses publications soient 
relatives à la science juridique, il en est cependant qui témoignent de son 
goût pour le drame et l'histoire. 11 a donné de nombreux articles dans des 
périodiques tels que : The QuarteHy Beview, The lidinburgh Magazine, The lilack- 
wood's Magazine, et l'on peut mentionner parmi ses principaux ouvrages les 
suivants : A Treatise on the law relating to composilioJi wilh creditors (London, 
1841, in-12) ; — The Law relating to Simony considered, with a view to ils revision 
(London, 1844, in-8) ; — Hortcnsius, an historical essay on the dulies of an 
advocate (London, 1849, in-12) ; — A Treatise on the law relating to the custody 
of infants, in cases of différence belween parents or guardians (London, 1850, 
in-8); — History of trial 6y jury (London, 1852, in-8); — Histury of the caplivily of 
Napoléon al St-Uclena, from thr letters and journaU of the laie lieut.-gen. Sir 
//. Lowe (Londun, 1853, 3 vol. in-8; traduit en français sous le titre de ^i^• 
Hudson Lowe. Histoire de la captivité de Napoléon à SairUe-Hclènc (Paris, 1853, 



— 174 — 

•i vol. in-s; ; — I-ife of M. T. Cicero (London, 1864, 2 vol. in-8) ; — Rome and Us 
rui'is (I.oniloii, ISO.I, iii-t2); — Cases and opinions on constitutional laxv and 
varions points of English jurisprudence (London, IHHO, in-S); — Tfte Novels and 
novelist of the eighteenth cenlwy, in illustration of Ihe mnnners and morals of 
the âge (London, 1871, iu-8); — Letters from Lord Brougham to William Forsyth, 
edited (London, 1872, in-8); — Hannihal in Itahj, an historical drama (London, 
1872, in-8) ; — History of ancien manuscripts, a lecture (London, 1872, in-8) ; — 
Idyls and lyrics (London, 1S72, in-J2) ; — Essnys cridcal and narrative (London, 
1874, in-8); — The Slavonic Provinces south of the Danube, a sketch of their his- 
tory and présent state in relation to the Ottoman Porte (London, 1876, in-lG). 

— M. Chiirles-Edinond Choiegici, plus connu sous son pseudonyme de 
«Charles-Edmond,» publiciste et littérateur français d'origine polonaise, est 
mort le 1" décembre. Né ù. Varsovie en novembre 1822, il abandonna 
sa patrie en 18'i5 pour se réfugier en France et se mêla à tous les mouve- 
ments qui secouèrent une partie du monde slave avant rinsurrcction de 
18i8. Bientôt après il passa de l'action à l'étude et se donna tout entier à 
la littérature. D'abord bibliothécaire du ministère de l'Algérie, il parvint, 
en 1869, au poste d'administrateur de la bibliothèque du Sénat. En 1867, il 
fut nommé commissaire du gouvernement égyptien à l'Exposition univer- 
selle. Plusieurs de ses publications ont été couronnées par l'Académie fran- 
çaise. Bien qu'ayant abordé les genres les plus divers, ce sont surtout ses 
romans et pièces de théâtre qui lui valurent sa notoriété. Les plus dignes 
d'être mentionnés sont : Souvenirs d'un dépaysé (Paris, 18'>2, in-12) ; — La 
Pologne et ses trois poètes Mickieioicz, Krasinski et Slowaçki (Leipzig, 1864, 
in-8, anonyme) ; — VÉgypte à VExposition de 4861 (Paris, 1867, gr. in-8); — 
Le Fantôme rose, comédie en un acte (Paris, 1873, in-12) ; — Herald (Paris, 
1881, in-12;; — La Bûcheronne (Paris, 1883, in-12) ; — Paul Rochebert (Paris, 
1890, in-i2). 

— M. Numa Droz, mort le 20 décembre, était né à la Chaux-de-Fonds le 
7 janvier 1844. Pendant quelque temps professeur au gymnase de Neuchâtel, 
ilfutélu eu 1869 au Grand Conseil, puis devint successivement directeur du 
département de l'instruction publique en 1871, de l'intérieur en 187S, de 
l'agriculture et du commerce en 1879, des affaires extérieures en 1881. Il 
obtint plusieurs fois la présidence du Conseil fédéral. C'est lui qui fit 
adopter la loi si précieuse relative à la propriété littéraire et artistique. 
Quelques-unes de ses publications méritent d'être mentionnées : Instruction 
civique. Manuel à l'usage des écoles primaires supérieures, des écoles secondaires, 
des écoles complémentaires et des jeunes citoyens. Suivi d'un exposé des institu- 
tions du canton de Genève par Alex. Gavard (Genève, 1885, in-8) ; — État de la 
question des accidents du travail en France et à l'étranger (Paris, 1889, in-8); — 
L'Assurance obligatoire et les caisses libres (Paris, 1895, in-8) ; — L'Union 
internationale des chemins de fer (Paris, 1895, in-8). 

— M. Yveling Rambaud, de son vrai nom Frédéric Gilbert, est mort le 19 
décembre à Paris. Né à Versailles eu 1843, il fut assez longtemps attaché 
au Crédit foncier de France, où il remplissait les fonctions de chef de cabi- 
net du gouverneur. Mais depuis plusieurs années il avait complètement 
abandonné ce service pour ne s'occuper plus que de littérature. Les arti- 
cles de critique littéraire et artistique qu'il a fournis àla presse quotidienne, 
notamment au Journal, et les quelques romans qu'il a publiés lui ont valu 
un certain nom dans la littérature ; l'on n'a pas oublié le scandale provoqué 
par l'apparition du Faiseur d'hommes. Nous citerons de lui : Les Théâtres en 
robe de chambre. Les Comédiens (en coUab. avec E. Coulon. Paris, 1866, in-18); 

— Une Parvenue (Paris, 1866, in-18); — Charles VII [don Carlos) roi d'Espagne 



— 175 — 

(Paris, 1868, in-8); — Little walks in London. Drawings by John Leech (London, 
1875, in-4, en anglais et en français) ; — Achille Robineau et C'», banquiers 
(Paris, 1877, in-18) ; — Toutes deux (Paris, 1879, in-18);— En voiture, 
Messieurs (Paris, 1881, in-18); — Le Faiseur d'hommes (en collab. avec Dubut 
de Laforesl (Paris, 188i, in-8) ; — Force psychique (Paris, 1890, in-4) ; — Les 
quatre filles Aymond (Paris, 1890, in-12). 

— M. le DrEUiot CouES, naturaliste éminent, est mort le 2o décembre. Il 
était né à Porlsmouth (N-H.) en 1842 et avait achevé ses études à l'Uni- 
versité colombienne de Washington en 1861. Après avoir servi dans l'armée 
fédérale comme médecin pendant plusieurs années, il fut nommé profes- 
seur d'anatomie au Collège médical de "Washington. Il enseigna également 
à l'Institution smithsonienne. Ses publications scientifiques parmi 
lesquelles les principales sont : Neio England bird life (1881), Dictionary and 
check list of North American birds (1882) et une nouvelle édition de la Key to 
North American birds, le firent élire membre de plusieurs sociétés savantes 
des États-Unis et de l'Europe et notamment de l'Académie nationale des 
sciences de Washington. Il a collaboré au Century Dictionary et à diverses 
publications périodiques telles que The Bulletin of the United States geological 
survey, The American naturalist et The American Journal of otology. 11 a publié 
diverses relations de voyage et a donné Biogen, a spéculation on the origin 
and nature of life, preuve de l'intérêt qu'il prenait aux questions spirites et 
théosophiques. 

— On annonce encore la mort de MM. : le D' Eugène Azam, professeur de 
pathologie externe à la Faculté de médecine de Bordeaux, auteur entre 
autres nombreuses publications de : Le Caractère dans la santé et dans la 
maladie, avec une préface de M. Th. Ribot (Paris, 1887, in-8) ; — Hypnotisme, 
double conscience et altération de la personnalité. Préface par le professeur 
J.-M. Charcot (Paris, 1887, in-8), mort le 17 décembre, à l'âge de 77 ans ; — 
Delphin Balleyguier, compositeur et critique musical, célèbre surtout par 
ses Chansons de troubadour, mort à Paris, en décembre, âgé de 70 ans ; — 
Jules Bapst, qui dirigea de 1871 à 1883 le Journal des Débats, mort le 29 dé- 
cembre à Paris, âgé 69 ans ; — Francis Bazduge, ancien collaborateur du 
Salut (de Saint-Malo), rédacteur en chef de VUnion malouine et dinajinaise, 
et dont on peut citer Biographie de Ernest Renan (en collab. avec Ad. de Car- 
fort) (Paris 1864, in-8), mort à Dinan, le 31 décembre, âgé de 57 ans ; — la 
comtesse Marie de Beausacq, connue dans le monde des lettres et de la 
mode sous les pseudonymes de« Comtesse Diane »et«d'Emmeline Raymond » 
qui fut longtemps directrice de la Mode illustrée, et qui laisse entre autres 
nombreuses publications : Maximes de la vie (Paris, 1883, in-12), morte à 
Paris, le 20 décembre, âgée de 71 ans; — Léon Bbière, directeur du Joumai 
de Rouen, mort le 2 janvier; — Paul Calmann LÉvy, le grand éditeur pari- 
sien, mort à Paris, le 3 février, à l'âge de 46 ans ; — le D'' Ernest Chambard, 
auteur entre autres ouvrages de :Du Sommanbulisme en général, nuture, analo- 
gies, signification modologique et étiologie (Paris, 1881, in-8), mort le lii janvier, 
âgé de 48 ans ; — l'abbc Desboulletz, professeur à l'abbaye de Monlebourg 
(Manche), mort le 12 janvier;— Léon Desghamps, directeur de la revue litté- 
raire et artistique la P/ume, auteur de 6'o7i(es de Silvie (Paris, 1887, in-12) et le 
Village. Mœurs paysannes (Paris, 1888, in-12), mort le 28 décembre, âgé de 36 ans; 
— le frère Edouardis, directeur de l'École libre de Saint-Michel de Lille, mort 
le 20 janvier, âgé de 57 ans ; — Gaston Foix, rédacteur a la l^oix du Peuple, mort 
le 28 décembre ; — Pierre-Clément Gourju, ancien professeur de philosophie 
aux Facultés catholiques de Lyon, auteur entre autres nombreuses publica- 
tions de : Précis de philosophie élémentaire (Lyon, 1842, in-8 ; 4» édiliou souà le titre 



— 17G — 

de Cours de philosophie élémenlaire, (1865), et la Clarté dans l'enseignement clas- 
sique de la philosophie (Lyoïi, 18'J"J, in-8), mort à Lyon le 8 janvier, è^é de 
86 ans; — E<lni- Orimard, critique musical des Annales politiques et litté- 
riiites, mort le 23 tjanvier; — l'abbé Hébert, ancien professeur au petit 
séminaire de Valognes, mort à Étretat le 21 janvier, âgé de 68 ans; — 
M. Edouard LaCuvk, imprimeur-éditeur à Melie (Deux-Sèvres), directeur du 
journal le Mcllois, fondateur de la Revue poitevine et suintongeaise, auteur de 
diverses publications littéraires et historiques, notamment des Fables en 
patois poitevin, la plupart imitées de La Fontaine, publiées sous le pseudonyme 
de * Jacquett » (Melle, in-4, 1893), mort le 18 décembre 1899, âgé de 78 ans; — 
Antonin Launay, professeur honoraire du lycée Janson-de-Sailly, mort le 
24 décembre; — le D' Marchal, auteur de plusieurs publications médi- 
cales, mort à Nancy le 22 janvier, âgé de 86 ans; — Philippe Matheron, 
géologue éminent, auteur, entre autres ouvrages, de Recherches paléonlolo- 
giques dans le tnidi de la France, ou Élude sur les animaux fossiles découverts 
dans cette région (Marseille, 1878, gr. in-4; livr. 1-7), mort à Marseille, le 
2 janvier, âgé de 93 ans ; — Pavy, président de l'Institut de Garlhage, rédac- 
teur en chef de la Dépêche tunisienne, mort à Tunis le 17 janvier; — LeR. P. 
Pharou, professeur à Vannes, mort le 16 janvier; —Félix Rabbe, connu 
par ses travaux sur la littérature anglaise, et qui, outre des traductions d'A- 
ristophane, de MarloM'e, de G. Moore, d'E. Poe et de Schelley, laisse : Les 
Maîtresses de lord Rijron (Paris, 1890, in-lS) ; Jeanne d'Arc en Angleterre (Paris, 
1891, in-18), mort à Paris, le 22 janvier; — Edme Rameau de Saint-Père, 
publiciste, justement célèbre par ses travaux sur le Canada et dont nous 
citerons Une Colonie féodale en Amérique. DAcadie (1605-1881) .Paris, 1889, 2 vol. 
iu-lS), mort à Adon (Loiret) le 15 décembre, âgé de 79 ans; — Ribes-Méry, 
rédacteur en chef de VExpress du Midi, mort le 9 janvier; — Le R. P. 
RouSEiLLE, directeur du séminaire des Missions étrangères et supérieur du 
séminaire de l'Immaculée-Conception, mort à Bièvres le 23 janvier; — 
Charles de Sivry, compositeur, mort le 17 janvier; — Emile Weyl, journa- 
liste, collaborateur du Journal des Débats où il s'occupait des questions de 
marine, mort à Paris, le 25 décembre, à l'âge de 61 ans. 

— A l'étranger, on annonce la mort de MM. : Kristian Arentzen, non 
moins connu comme poète que par ses ouvrages d'histoire littéraire, mort 
à Copenhague vers le milieu de janvier ; — Friedrich August, professeur 
de mathématiques à l'Ecole d'artillerie et du génie à Berlin, mort le 8 jan- 
vier, âgé de 50 ans; — Garabed Bilezikdji, qui a donné de nombreux ar- 
ticles fort remarquables dans plusieurs journaux et revues françaises, 
mort le 15 décembre à Gonstantinople, âgé de 29 ans; — Maufredo Cam- 
PARio, géographe et explorateur, mort à Naples le 30 décembre, âgé de 
74 ans ; — Narciso Campillo, poète, mort en janvier, à Madrid, à l'âge de 
62 ans; — le P. Marcolino Cicognani, secrétaire de l'Index, qui professa 
-successivement dans les couvents de Faënza, de Vérone et de Venise, mort 
à Rome vers le milieu de décembre, âgé de 64 ans ; — Cramer Frey, éco- 
nomiste, mort à Zurich, le 7 janvier; — R. de Blocic, chargé de cours à 
l'Université de Liège, mort le 10 janvier; — Mgr Jean-Jacques-Conrad de 
Groutars, professeur ordinaire de langue, littérature et paléographie 
grecques â l'Université catholique de Louvain, collaborateur de la Revue 
catholique (de Louvain) et de la Gazette de Liège, auteur entre autres publi- 
cations de : Romans grecs, contes et 7iouvelles, par Alexandre Rangavis, tra- 
duits du grec moderne (sous le pseudonyme de J.-S. de Tourgar) (Tournai, 
1862, 2 vol. in-18), mort à Louvain le 4 janvier, âgé de 71 ans; — l'abbé de 
Vries, professeur du cours supérieur de philosophie au petit séminaire de 



Malines, mort dans cette ville le 12 décembre; — le D^ August Dyes, au- 
teur de nombreuses publications médicales, mort à Hanovre, vers le milieu 
de décembre, à l'âge de 86 ans ; — Dorman Beidgman Eaton, dont nous 
citerons : The independent movement in New York (1880); Civil service in Great 
Britain (1880) et Gover-nment of municipalilies (1899), mort le 23 décembre à 
New York, à 66 ans ; — Heinrich Ehrlich, critique musical, romancier, 
auteur de nombreux ouvrages et collaborateur de plusieurs revues telles 
que le Berliner Tageblatt, mort à Bastia le 2 janvier ; — le Rév. Withwell 
Elwin, recteur de Boston en Norfolk, directeur, de 1854 à 1867, de la Quar- 
terhj Revieiv, célèbre par ses articles de critique, mort vers la fin de dé- 
cembre ; — Johannes Fret, philologue, professeur au gymnase de Zurich, 
mort dans cette ville le le"" décembre, à l'âge de 79 ans; — J.-W. Glovbr, 
compositeur, connu surtout pour avoir harmonisé les Irish Mélodies de 
Thomas Moore, mort à Dublin, le 19 décembre, âgé de 89 ans; — le D^ M. 
G. Goldberct, auteur d'ouvrages de médecine, mort à Cincinnati au milieu 
de décembre, à l'âge de 76 ans; — le D' Ivan Greizinger, qui s'est fait 
connaître comme compositeur, mort à Budapest, au mois de novembre, 
âgé de 39 ans ; — G. J. Gûnning, professeur de chimie à l'Université 
d'Amsterdam, mort à Groot Zande, âgé de 72 ans ; — le D"" Dominik Joseph, 
chevalier von Hausghka, jadis professeur à l'ancienne Académie Joséphine 
médico-chirurgicale, mort vers le milieu de décembre, à Vienne, âgé de 
84 ans; — le D' John F. Hodges, professeur de médecine légale au Queen's 
Collège de Belfast, mort en décembre; — Edmund William Hollond, écri- 
vain et économiste anglais, mort au commencement de janvier; — Elien 
Clémentine Howarth, poétesse, qui laisse entre autres ouvrages The Wind 
harp, morte à Trento (N. J.) le 23 décembre ; — Paul Julius Immergrûn, 
pédagogue et poète allemand célèbre, mort le 29 décembre à Springfield 
(N. J.); — Piotr A.. Lachkarev, professeur à rxlcadémie ecclésiastique de 
Kiev, archéologue, mort le 29 août à Kiev, âgé de 66 ans; — le D^ Paul 
Moritz Merbach, mort à Dresde le 10 décembre, âgé de 80 ans; — le R. P. 
Victor Lhermite, qui fut pendant six ans professeur et prédicateur à Ver- 
viers, mort le 24 novembre, à Ikargram (Bengale occidental), à l'âge de 
61 ans; — le D^ Johann Mitvalsky, privatdocent d'ophtalmologie à la 
Faculté tchèque de médecine de Prague, mort eu décembre; — Dwi"-ht 
Lyman Moody, pasteur évangéliste, auteur de plusieurs publications reli- 
gieuses, mort à NorthQeld le 22 décembre, âgé de 62 ans; — le D>- William 
Lewis MORGAx, ancien lecteur de chirurgie à l'Université d'Oxford, mort 
vers le commencement de décembre ; — le D^ Henry Hodgen Mudd, pro- 
fesseur de chirurgie au S. Louis Médical Collège, mort au commencement 
(le décembre ; — Edmund Murray, rédacteur à VIrish Times de Dublin, 
mort le 10 janvier ; — Theodor Paksghe, savant professeur allemaad- 
améiicain à l'Université de Washington, mort dans cette ville le 27 dé- 
cembre ; — le Df Johann Paetsch, professeur d'odontologie à l'Université 
de Berlin, mort le 27 décembre dans cette ville, âgé de 63 ans ; — Sir James 
Paget, l'un des [jIus eminents chirurgiens d'Angleterre, chirurgien du 
prince de Galles depuis 1863, et de la Reine depuis 1877, vice-chancelier de 
l'Université de Londres, qui laisse comme priuci|)aux ouvrages : lieport on 
Ihe resulls uf Ihe me of tlkC microscope (1842); Lectures on swgtcal pathology 
deliuered at Ihe Royal collège of surgeons of England (London, 18i)3, 2 vol. iu-8) 
et surtout CUnical lectures and essays edited by Howard Marsh (London, 187o 
ia-8, 2* éd. 1879), trad. en français sous le titre de : Leçons de clinique chi- 
rurgicale, traduits de l'anglais par le D' L.-II. l'élit et précède d'une introduction 
du D' Virneuil (Paris, 1877, in-8), mort à Londres, a la lin de décembre, à 
FÉvaitu lyOO. T. LXXXVIII. M. 



— 178 — 

l'Age de 85 ans; — Philipp Paulitschke, privatdocent de géographie à 
runiversilo de Vienne, auteur d'un grand nombre de publications géogra- 
phiiiuos et ethnographiques relatives à l'Afrique, et notamment d'une 
bibliographie de ce pays : Die Afrika Litteratur von 1500 bis 1750 (Wien, 1882, 
in-8), mort à Vienne le 12 décembre, à l'Age de 45 ans; — Karl von der 
Planitz, humoriste saxon connu sous le pseudonyme de « Mikado », mort 
A Dresde le 10 décembre, à l'âge de oo ans ; — Nestor Ponce de Léon, au- 
teur de plusieurs ouvrages parmi lesquels le plus important est un Diccio- 
nario tecnolûgico, inglcs-espanol y espanol-inglés^ mort à la Havane le 19 dé- 
cembre, âgé de 63 ans; — Léopold Pope, directeur de la Cote européenne, 
mort le 24 décembre; — Ferdinand Probst, professeur de théologie proto- 
raie catholique à l'Université de Breslau, mort dans cette ville au com- 
mencement de janvier, à l'âge de 79 ans; — Franciszek Réhor, ethnographe, 
mort en octobre, à Prague, âgé de 42 ans; — le D' Hugh Rhodes, lecteur 
de médecine légale et de toxicologie à l'Universily Collège de Sheflield, mort 
au commencement de décembre ; — Edward Rittner, aucien professeur de 
runiversiié de Léopol, et homme politique qui lit partie du cabinet Badeni, 
mort le 27 septembre, à Vienne, à l'âge de 56 ans ; — Georg Rose, profes- 
seur et directeur du gymnase de Berlin, mort dans cette ville le 14 décembre, 
âgé de 60 ans; — Heinrich Runge, pédagogue, directeur du gymnase 
d'Osnabruck, mort dans cette ville le 21 décembre, à 73 ans; —Karl 
Salkowski, professeur ordinaire de droit romain à l'Université de Kônigs- 
berg, mort dans cette ville le 16 décembre, à 61 ans ; — Paul Schmidt, pro- 
fesseur de construction des routes et chemins de fer â l'École technique 
supérieure de Dresde, mort dans cette ville, à 48 ans, le 21 décembre; — 
Eugène V. Smalley, correspondant de plusieurs journaux pendant la 
guerre civile, collaborateur de la Tribune de New York et de plusieurs autres 
périodiques, et auteur entre autres ouvrages de : The history of the Northern 
Pacific Railroad. The history of the republican party et The Political History 
of Minnesota; — Maciej Zagloba Smolénski, théologien et auteur de quelques 
ouvrages sur l'histoire ecclésiastique de Pologne, mort âgé de 67 ans, le 
8 octobre, à Cracovie ; — le D^ "Wilhelm Sommer, connu par ses travaux de 
psychiatrie et d'ethnologie, directeur de l'établissement d'aliénés d'Allenberg^ 
mort dans cette ville le 10 janvier, à 48 ans ; — Ludomir Szczerbowicz- 
"Wieczôr, professeur du gymnase de Plock, lettré distingué, qui a légué sa 
bibliothèque à l'Université de Cracovie, mort âgé de 57 ans, le 27 octobre, 
à Varsovie ; — le baron Otto von Volderndorff und Waradein, auteur 
d'ouvrages de droit, mort le 10 décembre, à Muuich, âgé de 74 ans ; — le 
D"" Giovanni Zoja, professeur d'anatomie à l'Université de Pavie, mort vers 
le milieu de décembre. 

Bibliographie géographique de l'année 1898. — Pendant un certain 
nombre d'années, la France a été totalement dépourvue, au point de vue 
géographique, de répertoire bibliographique annuel. Tandis que la Société de 
géographie de Berlin publiait, avec les soins successifs des D" Koner, Franm, 
Wolfstieg et Ernsl Wagner une bibliographie méthodique des travaux géo- 
graphiques parus dans l'année, bibliographie que continue depuis 1891, 
l'excellente Bibliotheca geographica, rédigée d'abord par MM. E. Wagner et 
Otto Baschin, puis par M. Otto Baschin seul,— tandis que les Petermanns, 
Mitieilungen donnaient depuis 1886 une bonne bibliographie analytique de 
choix {Geographische Litteratur-Bericht), — tandis enOn que des indications 
bibliographiques multiples et précises contribuaient à faire du Geographisches 
Jahrbuch de H. Wagner un instrument de travail extrêmement précieux, la 
France, depuis 1878, date à laquelle se rapporte le dernier volume de l'Année 



— 170 — 

géographique, était privée de tout répertoire de ce genre. — Dès la fonda- 
tion des Annales de géographie, MM. Vidal de la Blache et Marcel Dubois ont 
entrepris de combler cette lacune et ont commencé la publication annuelle 
d'une bibliographie analytique des principaux travaux parus Tannée précé- 
dente. Cette bibliographie, divisée dès le début en deux parties (I. Partie 
générale; IL Partie régionale) a été s'améliorant et se complétant d'année 
en année. Inséré d'abord dans le corps même de la revue (Voir les n°^ des 
15 juillet 1892 et 15 juillet 1893), elle a formé dès le lo juillet 1894 un fascicule 
spécial de 207 pages, pourvu de sa table des matières. Au cours des années 
suivantes on sait que la direction des Annales de géographie a été en partie 
modifiée ; mais la bibliographie n'en a pas souffert. Au contraire, elle s'est 
encore perfectionnée sous la vigilante direction de M. Louis Raveueau; les 
cadres restent toujours les mêmes, mais les détails se complètent peu à 
peu: chaque ouvrage a son numéro d'ordre, et un précieux « Index des 
auteurs ou voyageurs analysés et cités » en facilite beaucoup, depuis 1896, 
le maniement. Aussi la Bibliographie géographique annuelle des Annales de 
géographie (Paris, Colin et C'*) prend- t-elle de plus en plus d'importance; 
le dernier fascicule paru, qui fait l'analyse critique des principaux ouvrages 
publiés en 1898, compte 304 pages et 934 numéros. C'est une excellente 
bibliographie de choix, qui rend les plus grands services aux travailleurs, 
et où les simples curieux eux-mêmes trouveront beaucoup à lire et à 
retenir. 

Annuaire pontifical catholique pour l'année 1900. — La troisième 
année de l'Annuaire pontifical de Mgr A. Battandier (Paris, librairie de la 
Bonne Presse, in-12 de ii-G'j8 p., avec portraits et vignettes dans le texte) 
vient de paraître, et le lecteur constatera avec plaisir que des progrès ont 
été accomplis, en particulier pour les illustrations qui sont bien supérieures 
à celles des années précédentes ; les vues du palais pontifical d'Avignon et 
des jardins du Vatican ont été choisies avec un sens artistique auquel cha- 
cun rendra un légitime hommage. L'Annuaire est composé de trois parties 
qui ne sont pas typographiquement distinctes, mais qui se mêlent au 
contraire dans un savant enchevêtrement : 1» Les renseignements 
pratiques, noms des cardinaux, évêques, prélats, etc. listes des sièges 
épiscopaux... personnel des congrégations. Tout cela est disposé clai- 
rement et tenu soigneusement à jour pour la plus grande commodité 
de ceux qui ont une recherche à faire; — 2» Les indications tech- 
niques sur les formalités à remplir dans les administrations ecclésiastiques 
de Rome ; nous signalerons page 487 et suivantes le chapitre Frais d'un 
procès à la congrégation du Concile qui contient des détails fort instructifs, 
mais aussi (3« alinéa) des appréciations qui seraient inexactes si elles n'é- 
taient restreintes aux agissements de tel ou tel personnage avec lequel il 
convient de répudier toute solidarité; — 3» La partie historique et archéolo- 
gique, qui est composée de monographies relatives à des questions diverses : 
la prière Ave Maria, le Bréviaire, le Jubilé, les Basiliques romaines, les Papes 
du xiv* siècle, l'administration papale à Avignon, les monnaies pontifi- 
cales, l'historique de la Crosse et de la Mitre, faisant suite à l'étude parue 
l'an dernier sur la Tiare. Nous trouvons résumées les controverses auxquelles 
ont donné lieu la publication du soi-disant testament de N.-S. et la décou- 
verte d'une médaille juive du xvi* siècle que certains apologistes ont crue 
contemporaine des Apôtres. En général, la doctrine adoptée par l'auteur est 
la plus prudente; M. le chanoine Albanès est considéré comme ayant venge 
définitivement toutes les légendes provençales des soujjçons de l'école hyper- 
critique et la date de la mort de saint Jacques est fixée au 10 avril 020. Nous 



— 180 — 

n'y voyons aucun inconvénient, et cette prôcisioa est une qualité fort utile 
Huaml eilt? ni)us fournit sur l'époque présente des indicatioas soigneusement 
coulrAlécs. 

L'ALM.\.NAGH-ILvcHiiTTB ET LE Paris-Hachktte. — Qui n'a pas SUT sa 
t;ible de travail, ménagère ou grande dame, ouvrier ou savant, ces deux 
vastes encyclopédies, ces deux grandes « Sommes » annuelles des temps 
modernes? Cette année, nous n'avons que des compliments à faire à VAlma- 
nach, dont nous ne connaissons malheureusement que l'édition ordinaire. 
Nous y relevons (pour bien montrer que nous l'avons épluchée avec soin) 
une seule faute typographique. Page 179, il faut lire : Chartres, et non 
Chartes. L'un est le duc, l'autre est l'école. Histoire, géographie, littérature, 
beaux-arts, mariage, famille, argent, sciences, droit, agriculture, jeux, 
sports, vie pratique, etc. tout y est. Que de bonnes choses, que de sages 
conseils, que de renseignements pratiques, sont ofTerts sous un format pra- 
tique et à si bon uidicchél — Paris-Hachette est d'aspect plus volumineux et 
de prix très supérieur. Mais ici encore, l'homme du monde, le négociant, le 
politique, trouvent tout ce qui est nécessaire dans la grande vie de Paris. 
Regardez le plan de la Chambre, vous verrez tout de suite où siège votre 
député. Cherchez-vous l'adresse de votre fabricant de papiers peints? Elle 
y est. Le brillant gentleman à qui vous venez d'être présenté est-il de tel 
ou tel cercle? Vous le saurez par les signes cabalistiques qui suivent son 
nom. Avez-vous le temps d'aller à pied ou faut-il prendre une voiture 
pour faire une course? Par suite d'un tableau ingénieux, placé au plat 
inférieur du volume, vous l'apprendrez immédiatement. Une seule erreur à 
corriger : Page 447, la « Presse monarchique " n'est plus 263, rue Saint- 
Honoré, mais 1 bis, rue Baillif. Sauf cela, tout est parfait, si parfait que cet 
annuaire est indispensable. 

Une jolie coquille. — Dans le Catalogue de livres anciens et modernes 
de la librairie Eudes (E. Douât, successeur), n» 14, p. 12 (n» 290), on lit : 
« LONGiN (abbé). Éloge de Jeanne d'Arc prononcé dans la cathédrale d'Or- 
léans le 8 mai 1825, en présence de Charles VII. » 

Concours. — L'Académie des sciences de Turin décernera en 1907 un prix 
de 30,000 francs au meilleur ouvrage critique sur la littérature latine publié 
du 1" janvier 1903 au 31 décembre 1906. 

Paris. — Le R. P. Henri Chérot, S. J., remet dans le droit chemin de la 
vérité, AI. Fr. Rabbe qui, dans la Revue historique (nov.-déc. 1899), prétendait 
avoir découvert les « Annales de lu Compagnie du Saint-Sacrement * 
par lui qualiflée de « Société secrète catholique au xva« siècle », 
désignée « dans les Mémoires contemporains sous le nom de Cabale des 
dévots, ou des Invisibles, dont l'ingérence occulte dans les affaires de l'Église 
i;t de l'État aurait Qui par alarmer le pouvoir et que Louis XIV, non 
content de l'abolir, aurait abandonnée au fouet vengeur de l'auteur de 
Tartuffe. » D'abord le P. Chérot démontre que le manuscrit de ces « Annales » 
avait été utilisé par le P. Gh. Clair en 1888-89. Ce n'est donc plus une 
découverte; les catholiques n'ont donc pas gardé un silence intéressé sur 
ce document. Il convainc, pièces en mains, que M. Rabbe massacre les 
noms historiques de Vincent de Paul, du P. de Rodes, jésuite, dont il fait 
le P. Rodiu (ô mânes d'E. Sue!) l'idendité des personnages, l'exactitude du 
texte manuscrit,enfln il établit que l'ensemble de l'arLicle de M. Rabbe est un 
procès veuiiueux de tendance. Ce dernier se sentira sans doute cinglé par 
cette belle Lettre à M. Fr. Rahbe à propos d'une soi-disant découverte (Extrait 
des Éludes, 2) uov. 1899. Paris, Dumoulin, in-8» de 19 p.). 
— On sait l'intimité qui se noua entre Mgr Dupauloup etleR. P. de Ravi- 



— 181 — 

gnan, dès leur rencontre au séminaire d'Issy. Plus tard une active corres- 
pondance s'échangea entre ces deux grands esprits. M. l'abbé Hébert a eu 
l'excellente pensée de publier les Lettres inédites du R. P. de Ravignan à 
Mgr Dupanloup {iSâO-iSS'J) (Tours, Marne, in-8 de 110 p.). L'original de ces 
lettres est conservé au séminaire de Saini-Sulpice à Paris. Elles sont 
intéressantes à un double point de vue : d'abord parce que la belle âme, si 
religieuse, du P. de Ravignan s'y découvre toute entière dans les épanche- 
ments de l'amitié; ensuite à cause des événements dont cette époque 
fut remplie et auxquels il prit une large part, aidant du conseil et de 
l'action les héroïques défenseurs des libertés de l'Église, surtout de la 
liberté d'enseignement. Il est à regretter que les lettres de l'abbé Dupan- 
loup au P. de Ravignan soient jusqu'ici restées introuvables. Remarquons 
que la meilleure partie des notes historiques dont M. l'abbé Hébert a éclairé 
certains faits, auxquels le P. de Ravignan fait allusion dans ses lettres, a 
été puisée dans l'excellent ouvrage du P. Lecanuet : Montalembert, t. II. La 
Liberté d'enseignement . 

— M. P. Delalain, à qui l'histoire de l'imprimerie doit déjà d'utiles tra- 
vaux, en prépare un qui est appelé à rendre des services; il y donnera une 
liste alphabétique, avec indication des domiciles, des imprimeurs, libraires, 
fondeurs en caractères, etc., ayant exercé à Paris de 1789 à 1813. Il n'exis- 
tait aucun répertoire pour cette période, le Catalogue de Lottin s'arrêtant 
à 1788 et VAnmiaire de l'imprimerie et de la librairie n'ayant pas eu d'édition 
antérieure à 1813. Les bibliographes ne manqueront pas d'apprécier cette 
liste qui leur permettra de trouver la solution de quelques difficultés. 

— Le Portefeuille de Mahul est une mine précieuse où M. Léon-G. Pélis- 
sier a déjà puisé la matière de maint article curieux. Les Quelques lettres 
inédites de Charles de Pougens qu'il lui emprunte aujourd'hui et dont les 
lecteurs du Bulletin du bibliophile ont eu la primeur (tirage à part à 
30 exemplaires. Paris, H. Leclerc et H. Cornuau, in-8 de 18 p.) ne sont pas 
à dédaigner. On y trouvera quelques indications sur les ouvrages ôm poly- 
graphe aveugle et sur ses opinions philosophiques. 

— M. Léon-G. Péiissier a tiré du même Portefeuille, au profit des lec- 
teurs de la Nouvelle Revue rétrospective {n° du 10 octobre 1899), quelques 
Lettres du cardiiial de Ronald, de Guizot, de Rémusat à Mahul (tiré k pUTt. Paris, 
bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, in-12 de 48 p.). La première cor- 
respondance débute en 1836 par une lettre de l'évêque du Puy pour s'ex- 
cuser d'avoir laissé célébrer dans sa cathédrale un service pour le repos de 
l'âme de Charles X, et se clôt en 1848 par une réponse de l'archevêque de 
Lyon à une proposition de réunir un concile provincial. Inutile de dire 
que, sans avoir une importance de premier ordre, des lettres de Guizot et 
de Rémusat ne sauraient manquer d'intérêt. 

— M. Lorédan Larchey, en reproduisant les Costumes vrais, fac-similé de 
50 mannequins de cavaliers en grande tenue héraldique d'après le manus- 
crit d'un officier d'armes de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, de 1429 à 
1469 (Paris, Pion et Nourrit, in-16 de xii-102 p.), a entendu restituer 
la forme héraldique dans toute sa précision et toute sa splendeur. Cet 
opuscule ne sera pas seulement nécessaire atix artistes qu'il documentera 
sulTisammeiit (ils le sont d'ordinaire fort peu) il permettra aussi aux 
héraldistes et aux érudiis de se repaître les yeux d'un très curieux manus- 
crit que M. Larchey a soigneusement étudié et décrit. 

— C'est un très curieux chapitre d'histoire littéraire qu'écrit M. Delisle 
en nous donnant une Notice sur la Rhétorique de (y'icéron, traduite pur Maître 
Jean d'Antioche, ms. 5'JO du Musée Condé (tiré des Notices et extraits des ma- 



— 182 — 

ntiscrits de la nibliotlièque nationale et autres bibliothèques, (t. XXXVI. Pans, 
C. Kliiicksieck, in-/i de 63 p., 2 planches en héliogravure). Ce « Johan 
d'Anlhioche que Ton appelle Ilaren » nous a donné une autre traduction 
frani.aise d'un ouvrage latin : celle des Otia imperialia de Gervais de Tilbury. 
Mais il est bien évident que la traduction du De Inventione et de la Rhé- 
torique à Ilérennius durent présenter pour lui des difficultés plus considé- 
rables. Sa traduction, faite peut-être sur un texte déjà fautif, présente 
des contre-sens. La traduction a été soumise à une révision sérieuse dont 
les résultats sont consignés dans le manuscrit. Il est intéressant de noter 
que le traducteur nous expose ses principes en matière de traduction: tout 
ce morceau qui forme la page 50 du tirage à part est curieux à lire. 

— Un don généreux de M. le duc de la Trémouille a fait entrer à la 
Bibliothèque nationale un manuscrit fort précieux pour l'histoire de l'Uni- 
versité de Paris au XVI» siècle et des débuts de la Réforme. C'est un 
registre des procès-verbaux de la Faculté de théologie qui embrasse les 
années 1503 à 1533. L'analyse et les extraits que M. Loopold Deiisle en 
donne au t. XXXVI des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque 
nationale et autres bibliothèques (tirage à part : Notice sur tm registre des procès- 
verbaux de In Faculté de théologie de Paris pendant les années 4S05-io33. Paris, 
C. Kiincksieck, in-4 de % p.) permet de se faire une idée de la somme 
considérable de renseignements contenus dans ce registre. On y verra les 
efforts tentés par la Faculté pour poursuivre et frapper les curés suspects 
de i^ropogor les nouvelles doctrines, efforts parfois rendus vains et illu- 
soires par l'influence de l'entourage du Roi, ou par la volonté même du 
monarque. C'est ainsi que François I«' voyait d'un mauvais œil lesattaques 
dirigées contre le fameux humaniste Érasme, qu'il aurait tenu à honneur 
d'attirer à sa cour; c'est ainsi qu'il infligea un châtiment au syndic de la 
Faculté, Noël Béda, qui s'était montré l'un des arlversaires les plus acharnés 
d'Érasme et de Lefèvre. M. DelisIe emprunte également aux registres les 
renseignements malheureusement — et .systématiquement — incomplets 
qu'il fournit sur les débats soulevés à la Faculté parla question du divorce 
de Henri VIII. Il nous fait enfin assister aux attaques directes et indirectes 
que la Faculté dirigea contre la reine de Navarre, sœur de François lef. 
M. L. DelisIe a mis, comme appendice à cette considérable Notice une note 
sur un autre manuscrit cédé par le même donateur à la Bibliothèque natio- 
nale, et qui contient les pronostiques de Julien de Tolède et dix homélies 
de saint Augustin, dans une écriture du xviio siècle. 

— M. Pierre Clément a publié jadis d'assez jolies lettres de Gabrielle de 
Rochechouarl, abbesse de Fontevrault, de 1610 à I70i. Sa nièce, qui lui 
succéda dès cette époque et garda cette charge jusqu'en 1742, pouvait aussi 
se piquer de littérature et d'esprit. M. Pélissier a retrouvé dans les papiers 
delluet, l'illustre évêque d'Avranches, quelques lettres et pièces de vers 
qu'elle lui adressa de 1695 à ITO'j, à une époque où elle remplissait, sous 
l'abbatiat de sa tante, les fonctions de grande prieure. Sans avoir rien de 
bien remarquable, ces vers alignés « d'une plume plus alerte que lyrique », 
ne manquent ni de facilité ni de verve [Lettres et vers inédits de Françoise de 
liochechouart, grande prieure, puis abbesse de Fontevrault. Extrait du Bulletin 
du bibliophile. Paris, H. Leclerc et H. Cornuau, in-8 de 20 p.). 

^ — Vient de paraître chez Le Soudier (Paris, in-s de 33'j p.), au prix de 3 fr., 
1 Annuaire des\ournaux, revues et publications périodiques , parus à Paris jusqu'en 
novembre i89>f, contenant les titres complets par ordre alphabétique ; le nom 
des rédacteurs ; le format, la tomaison, la date d'origine, le mode de publi- 
cation; le nombre de pages, planches ou feuilles de chaque numéro, son 



— 183 — 

poids; le prix des numéros vendus séparément; la durée des abonnements, 
leurs échéances; leurs prix pour Paris, les départements, l'uniou postale et 
les autres pays ; l'adresse des bureaux d'abonnements ainsi que d'autres 
renseignements pratiques. Celte publication, faite avec soin, en est à sa 
vingtième annét.'; elle répond à des besoins multiples. Elle est aussi utile 
au public qui lit qu'aux libraires du monde entier. 

Anjou. — Les monographies sur la persécution religieuse pendant la 
Révolution se multiplient. A celles déjà ici signalées, ajoutons celle de 
M. E. Quéruau-Lamerie : Le Clergé du département de M.iine-et-Loire pendant 
la Révolution (Angers, Germain et Grassin, in-8 de 220 p.). Le clergé du 
diocèse d'Angers comptait alors de 1400 à loOO prêtres séculiers ou réguliers- 
Il est vrai de dire que les divisions territoriales et administratives de cette 
époque différaient sensiblement de celles d'aujourd'hui; après les nouvelles 
délimitations de 1790, le département de Mayenne-et-Loire avait environ 
1400 prêtres réguliers ou séculiers. M. Quéruau-Lamerie, s'est servi pour son 
ouvrage non seulement des sources imprimées, mais encore des notes 
manuscrites particulières, des archives épiscopales d'Angers, des archives 
municipales, de celles de la cour d'Appel. C'est donc un travail fortement 
documenté. L'auteur a compris dans sa liste, outre les prêtres réfractaires 
à la prestation du serment à la constitution civile du clergé, les prêtres 
constitutionnels, autant que possible, les curés ou desservants nommés 
après le Concordat par Mgr Montault. Pour le classement, il a suivi Tordre 
alphabétique des paroisses et il confesse que son ouvrage est loin d'être 
complet. Tel quel, néanmoins, il sera une source précieuse et assez sûre de 
renseignements pour ceux qui s'occupent de l'histoire religieuse du diocèse 
d'Angers. 

— L'Abbé Chatizel de la ISéronière, curé de Soulaines, en Anjou (Laval, 
E. Lelièvre, in-8 de 54 p.) est une notice où le même auteur «'applique 
surtout à donner quelques intéressants renseignements particuliers au 
point de vue de la biographie de ce prêtre originaire de Laval, qui fut député 
du clergé d'Anjou aux États généraux de 1789. Il tâche d'être plus indul- 
gent pour lui que certains écrivains contemporains. C'est avec raison. Car 
Mgr Mathieu, aujourd'hui cardinal, est de cet avis en aftirmanl que 
« Chatizel fut jeté par la fenêtre hors de son presbytère de Soulaines pour 
avoir refusé de prêter le serment schismatique. » (p. 54). 

Bretagne. — M. Trévédy débrouille une question assez complexe : celle 
de la Liquidation des successions d^Anne de Bretagne et de Louis XII. (Extrait 
la Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou. Vannes, Lafolye, in-8 de 50 p.). 
Avec quantité de preuves à l'appui, quelques-unes de premier ordre, il 
recherche ce qu'obtinrent les héritiers de Louis XII et d'Anne de Bretagne, 
Renée de France, duchesse de Ferrare, et sa 011e duchesse de Nemours, 
après de longues et laborieuses revendications. Les immeubles et la fortune 
mobilière sont évalués en monnaie de l'époque et en numéraire 
moderne, soit six millions six cent quatre-vingt quatre mille francs. D'où 
M. Trévedy conclut que cette liquidation très incomplète qu'il a essayée 
« démontre une vraie spoliation. » Renée et sa flUe ne reçurent que le 
•i trentième et une fraction. » Point historique intéressant bien établi. 

Franciie-Comtè. — Voici un chapitre peu counu et à coup sûr fort 
original de l'histoire <le Besançon. Depuis l'aube du siècle qui flnit, 
la pseudo « vieille ville espagnole » de V. Hugo est justement considérée 
comme la métropole de l'horlogerie française. Ce n'est pas à dire 
qu'antérieure/ntMit Besaaçon fût privé d'industrie; mais qui donc au- 
jourd'hui, sauf quelques érudits du crû, sait (lu'aulrofois notre impor- 



— 18'i — 

tante cité liorlogère (qui possède aussi à l'heure actuelle une très grande 
fabrique de soierie) se piquait d'être une « ville de vignerons? » Nous 
renvoyons les curieux à la brochure que M. Alfred Vaissier a composée 
sur le sujet et qui a pour litre : La Vigne et les vigjierons à Besançon, histoire 
rétrospective, suivie d'une Elude sur l'expérience vilicole en Franche-Comté 
(Hesanron, imp. Paul Jacquiu, in-8 de 59 p.). La première partie de ce 
travail, de beaucoup la plus importante, n'est ; autre que le discours de 
réception à l'Académie bisontine que l'auteur a prononcé le 26 janvier 1899. 
Douze pièces justillcatives complètent cet excellent et suggestif discours. 

— Nous avons signalé ici (t. LXXX, p. 473) la Franclie-Comtc et la Gazette 
de France, de 1635 à ^644, de M. Emile Longin. Le même écrivain publie 
aujourd'hui la suite naturelle de celte étude : La Franche-Comté et la Gazette 
de France, de 1668 à 4614 (Besançon, imp. Paul Jacquin, in-8 de 17 p.). La 
revue dans laquelle ces pages ont d'abord été insérées (les Annales franc- 
comtoises) ne pouvait guère se prêter à la publication des documents mômes 
examinés par M. Longin, et cela est certainement regrettable, car la con- 
science et la sagacité de l'auteur, malgré les notes dont il a fortifié son 
travail, ne sauraient remplacer ces documents. Il est vrai que la Franche- 
Comté compte un certain nombre de sociétés savantes qui publient des 
recueils où les textes de la Gazette figureraient avantageusement. Espérons 
donc que l'une d'elles nous servira un jour ces textes si utiles à l'histoire 
des luttes qui devaient aboutir au retour définitif du comté de Bourgogne 
à la couronne de France. En attendant, par les deux études eu question, 
M. Longin a bien mérité des fervents de l'histoire locale et des amis de 
l'histoire de la France au xvn" siècle. 

— Encore un opuscule de M. Emile Longin. 11 a trait aux Guérisons 
opérées à Gray par des linges teints du sang de saint Pierre Fourier (Remi- 
remont, imp. Kopf-Roussel, in-8 de 12 p.). « Le premier biographe du Père 
de Mattaincourt, [le P. Bedel] dit M. Longin, a rapporté quatre faits de ce 
genre, mais aucun n'a eu la Franche-Comté pour théâtre. J'ai retrouvé der- 
nièrement les procès-verbaux de la première enquête faite dans le diocèse 
de Besançon sur la réputation de sainteté, les vertus et les miracles de 
l'apôtre de la Lorraine, et il me semble que c'est acquitter une dette de 
reconnaissanee que de rappeler les grâces attestées par nos aïeux sous la 
foi du serment. )i Utile contribution à l'histoire de saint Pierre Fourier, 
que ses biographes futurs ne pourront se dispenser de consulter. 

— M. du Rizou réédite un agréable petit volume que nous avons déjà 
mentionné (t. LVI, p. 85). Nous y retrouvons les fines esquisses de poètes, 
d'artistes, d'écrivains et de jurisconsultes qui nous ont si grandement 
intéressé il y a dix ans. Mais ces Souvenirs franc-comtois (Besançon, imp. 
Millot frères, in-16 de 93 p.) nous arrivent augmentés du portrait très 
joliment buriné d'un personnage que l'auteur assure avoir été « le plus 
remarquable des avocats franc-comtois au cours de ce siècle. » Nous avons 
entendu formuler ce jugement plus d'une fois, même par les adversaires 
politiques de celui qui en bénéficiait. Originaire du Jura, M» Oudet, avocat 
à Besançon, fut longtemps maire de cette ville et mourut sénateur il y a 
quelques années. Quoique républicain, nul ne fut moins sectaire ni plus 
vraiment libéral que lui. Pendant son « règne municipal » l'exercice exté- 
rieur du culte catholique (les processions notamment) ne fut jamais con- 
trarié. Il s'était toujours très bien entendu soit avec le cardinal Mathieu 
soit avec le duc d'Aumale. Après lui, les choses ont changé à Besançon... 
M. du Rizou, n'a pas jugé à propos de rappeler ces détails; ce qui n'em- 
pêche pas sa nouvelle notice de valoir la meilleure des précédentes. Pourquoi 



— 18-i — 

mainlenant ne nous gratiflerait-il pas d'une « deuxième série» de figurines? 
Il les dessine avec tant d'art ! 

— Si la mémoire de Pline le Jeune était impliquée dans quelque accu- 
sation, M. Allain, substitut à Besançon, demanderait sur l'heure à être 
commis d'office pour la défendre : il connaît si bien son héros ! Cette année, 
pour sa mercuriale {Pline le Jeune avocat, Besançon, Millot frères, in-8 de 
09 p.), il nous dépeint l'éducation oratoire des maîtres du barreau romain 
sous Nerva et Trajan ; il y a là des sujets de composition qui feront sou- 
rire les stagiaires d'aujourd'hui. Puis il passe en revue les causes les plus 
célèbres où Pline intervint : les incidents de la discussion donnent à 
penser que « le maquis de la procédure " remonte à une époque assez 
reculée. Le troisième et dernier chapitre esquisse le portrait d'une élo- 
quence dont l'élégance n'était pas sans mérite, mais où le raffinement 
e.'îagéré du style et une connaissance insuffisante de la science juridique 
devaient affaiblir considérablemeut la vigueur de la pensée. Pline n'est pas 
un Démosthène, ce n'est même pas un Cicéron. 

Languedoc. — Mgr Pierre Batiffol avait pris pour sujet de discours à la 
séance de rentrée de l'Institut catholique de Toulouse : Rôle de renseigne- 
ment supérieur ecclésiastique. Il a publié ce discours dans la Quinzaine et en 
tirage à part (La Chapelle-Montligeon, imp. de Notre-Dame-de-Moutligeon, 
in-8 de 10 p.), et nous sommes heureux de le signaler à nos lecteurs. Il y 
fait ressortir excellemment le rôle que joue l'Institut qu'il dirige dans la 
formation intellectuelle du clergé, le concours mutuel que se prêtent cet 
Institut et les grands séminaires. Il y a là toute une organisation féconde 
qu'ont contribué à créer Mgr Bourret et S. E. le cardinal Mathieu. On ne 
saurait trop souhaiter le succès de cette œuvre, ni lui accorder trop d'en- 
couragemeuts. 

— L'on ne connaît guère Piqué actuellement, en dehors des quelques éru- 
dits dont c'est le métier de ne rien ignorer de l'histoire de la Révolution. 
Et ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il est tombé dans l'oubli. Il vivait encore 
que Michaud, dans sa Biographie des hommes vivants, négligeait de lui faire 
la moindre place ; au demeurant, ce fugitif de la médecine, cet ancien 
secrétaire de la duchesse de Valentinois,a eu beau passer de la Convention 
aux Cinq-Cents, il n'a joué dans la politique qu'un rôle très effacé, à peine 
suffisant pour l'obliger à l'exil comme régicide sous la Restauration. Cepen- 
dant ce n'était pas un esprit méprisable et ses souvenirs, cachés sous le titre 
énigmatique d'Hertnitc des Pgrcnces, renferment maints détails qui ne sont 
pas à dédaigner. Pour s'en convaincre il suffit de lire le curieux article 
que M. L.-G. Pélissier a donné aux Annales du Midi sous ce titre : Un Con- 
ventionnel oublié ; J.-P. Piqué et l' « Hermilc des Pyrénées » (Toulouse, Edouard 
Privât, in-8 de 47 p.). 

— Le vingt-huitième volume de la collection du Bulletin de la Société 
archéologique, scientifique et littéraire de Bcziers (Béziers, imp. J. Sapte, in-8 
de 319 p., avec fac-similé de litre d'un livre ancien et une grav. hors 
texte) vient de nous parvenir. Les Poésies biterroises du P. Jean Martin ^né 
en 1674 et mort en 1752) occupent la moitié du volume. Elles sont précé- 
dées d'une notice sur « la vie et les œuvres du P. Jean-Martin » avec 
d'amples notes et une table dues à M. Frédéric Donnadieu, qui a mérité, 
par cotte publication, la reconnaissance de ses compatriotes. Le même 
M. Donnadieu a ensuite prononcé un discours où il a parlé de notre regretté 
et si actif collaborateur M.Tamizey de Larroque et de MM. Gabriel Fayet, 
Jean-Joseph-Ferdinand Rivez et Sabiu Laurès. Nous signalerons enfin: 
,Rapport sur les mémoires historiques, archéologiques et bioyraphiiincs, par 



— 186 — 

M. Antonin Soucaille ; —Rapport sur le concours de poésie /Vançaise, parM. le 
D' Jean Cavalié ; — Chronique archéolof/ique, par M. Louis Noguier; — Rap- 
port (en patois languedocien) sur le concours de poésie néo-romane. Lian de 
Garhelos courdurados, per Jan Crouzals ; — Lettres de Tamizey de Larroque 
à Frédéric Donnadieu ; — Documents relatifs à la seigneurerie de Doussagues, 
avec introduction par M. Félix Pasquier. Très intéressant recueil. 

— C'est à Nîmes, en 1897, qu'a eu lieu l'avant-dernier Congrès archéolo- 
gique de France. A cette occasion, la Société française d'archéologie pour la 
conservation et la description des monuments a publié un beau volume 
(Paris, A. Picard ; Caen, Delesques, in-8 de LX-3-29p., orné de 'il planches et 
Qgures). Ainsi qu'il est d'usage, les procès-verbaux des séances résument 
les visites, excursions régionales et conférences rentrant dans le programme 
du congrès. Nous passons ensuite aux mémoires. Il y en a quinze, tous fort 
intéressants quoique d'importance inégale, savoir : L'Archéologie médiévale 
dans le Gard, depuis cinquante ans, par M. Edouard Bondurand ; — Anciens 
vases à bec ; étude de géographie céramique, par M. J. de Saint- Venant ; — 
Rapport sur l'état des études d''archéologie romaine dans le Gard, par M. Georges 
Maurin ; — Les Bases de la cathédrale de Nîmes sont-elles romaines ? par 
M. l'abbé François Durand ; — La Numismatique au Camp de César de Lau- 
dun, par M. Victor Luueau ; — Notes et réponses à différentes questions du 
programme du Congrès de Nîmes, par M. L. Bruguier-Roure ; — La Tour de 
Ribas et les monuments historiques de Saint-Laurent-des-Arbres {Gard), par 
M. l'abbé Albert Durand; — Le Château de Saint-Privat, par M. Edouard 
Bondurand; — L'Abbaye cl le fort Saint-André de Villeneuve- lès- Avignon, par 
M. l'abbé M. Méritan ; — Documents notariés inédits relatifs aux travaux du 
château de Tarascon {U29-U35), découverts par M. Charles Mourret ; — 
Quelques églises romanes du Gard, par le Frère Sallustien-Joseph ; — Z-çs 
Grottes de la vallée du Gardon, par le même ; — L'Acqueduc romain depuis la 
prise d'eau jusqu'au Pont du Gard , par le même ; — Renseignements 
divers sur la foire de Beaucaire, par M. l'abbé J.-L. Baudin ; — Les Temps 
préhistoriques dans les Cévennes, résumé d'une conférence de M. G. Carrière. 

Normandie. — Que de remerciements nous devons au conseil muni- 
cipal et à la Chambre de commerce du Havre qui ont permis, par leur utile 
concours, à M. Alphonse Martin de publier son belouvage sut la Marine mili- 
taire au Havre, xvi" et xvii* siècle (Fécamp, M. L. Durand, in-12 de 231 p., 
avec de nombreuses gravures). L'auteur prend le port au commencement, 
en 1515 : il étudie les constructions et les armements depuis cette époque ; 
il cite les hauts faits des capitaines corsaires, Beaulieu et ses compagnons, 
les malheurs des marins pris par les Turcs. On doit au cardinal de Riche- 
lieu d'importants projets sur le port du Havre. Colbert « contribua fortement 
à la création d'un véritable port militaire. » Il y eut alors de nombreuses 
constructions navales, le projet d'un nouveau bassin ; plusieurs combats en 
rade, des croisières nombreuses eurent lieu, voire même des expéditions à 
Alger; entin il faut mentionner le bombardement de 1694; enfin la nomina- 
tion d'un chef d'escadre, Patinetié, en qualité de commandant supérieur au 
Havre. De nombreuses illustrations, reproduisant des tableaux, des sculp- 
tures, des gravures, etc., etc., rendent encore le volume plus attrayant. 

Provence. — M. Michel Clerc annonce pour paraître en 1900, chez Barlatier, 
un ouvrage d'une importance considérable, illustré d'environ 300 gravures et 
20 planches hors texte, d'après les monuments originaux : Massalia, Histoire 
de Marseille dayis l'antiquité, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la chute de 
l'empire romain. L'auteur aurait désiré que l'apparition de ce livre coïncidât 
avec la célébration des fêtes du 25° centenaire de la fondation de Marseille î 



— 187 — 

malheureusement, la date de ces têtes, d'abord fixée au printemps de 1900, a 
dû, pour diverses raisons, être avancée de six mois ; plutôt que de faire 
imprimer à la hâte son ouvrage, M. Clerc a préféré se borner à l'annoncer 
par une «.< lettre » au maire de Marseille, imprimée dans le format et le 
caractère du livre môme. Cette Lettre est accompagnée d'une fort belle 
reproduction de la fresque de Puvis de Ghavannes, Marseille colonie grecque, 
peinte au palais de Longchamp. Il y a lieu de souhaiter l'impression 
rapide du livre de M. Clerc qui retracera la période antique de l'histoire 
marseillaise, « c'est-à-dire le temps où, alors que Paris, Lyon, Bordeaux 
n'étaient que d'obscures bourgades, habitées par des populations barbares, 
Massalia couvrait de ses colonies les côtes de Franco et d'Espagne, et 
répandait dans tout le bassin occidental de la Méditerranée, avec les pro- 
duits de l'industrie hellénique, la civilisation de la mère patrie. » 

— Sous ce titre : Lou Reire-Soulén {le Soleil (T outre-tombe), M. Ludovic Legré 
vient de recueillir dans un volume (Marseille, Aubertin et RoUe, in-8 carré 
de 279 p.) qui a tout le luxe et toute la grâce d'im reliquaire, les poésies inédites 
du grand poète provençal Théodore Aubanel. Nul mieux que M. Legré, quia 
déjà consacré à l'auteur de la Miougrano enireduberto un livre d'une péné- 
trante émotion et d'un enthousiasme presque religieux, n'était préparé à 
rassembler les petits chefs-d'œuvre, dispersés jusqu'ici, du chantre exquis 
et harmonieux de la Provence. Ce livre, qui sera lu par tous les admirateurs 
du regretté Aubanel, contient un très beau portrait du poète, et est 
accompagné, en manière de préface, d'une lettre de M. Legré à Frédéric 
Mistral; c'est un chef-d'œuvre d'art typographique sortant des presses des 
fils d'Aubanel lui-même, imprimeurs à Avignon, qui ont mis une piété toute 
filiale à l'exécution de cet ouvrage. 

— Nous devons signaler ici une étude des plus curieuses sur l'ancien droit 
provençal: Essai sur les origines du métayage en Provence, par M. G. Chavcrnac 
(Marseille, Aubertin et RoUe, in-8 de 156 p.). Le sujet n'est point banal et 
l'histoire de l'ancien droit et des coutumes de Provence peut encore fournir 
la matière de plusieurs études intéressantes. M. Chavernac fait l'historique 
des fermages de propriétés depuis les Romains jusqu'à nos jours, et 
démontre, d'après les archives des notaires provençaux et les livres de 
raison conservés à la bibliothèque Méjanes, à Aix, que les fermages à mi- 
fruits, généralement en vigueur, ont été moins avantageux pour le pro- 
priétaire, à l'époque du moyen âge, que le contrat dit de la facheria. Ce 
livre sera consulté avec fruit, non seulement par les historiens et les 
juristes, mais encore par les propriétaires et les fermiers. 

— La célébration récente du 25» centenaire de la fondation de Marseille 
a fait éclore de nombreux travaux d'érudition. Celui que nous signalons 
ici, sous le litre de : L'Homme des cavernes en Provence, par M. Emile Camau 
(Marseille, P. Ruât, in-8 de 36 p.), bien que n'étant pas né do ces cir- 
constances, arrive pourtant à son heure. L'auteur, poursuivant ses conscien- 
cieuses études, après ses travaux sur la géographie ancienne de la Pro- 
vence, entreprend l'histoire des premiers peuples de nos régions méridio- 
nales. Les découvertes anciennes et récentes ont servi à M. Camau; son étude 
sera appréciée de tous ceux qui s'intéressent à l'origine des peuplades qui 
ont occupé le sol provençal. 

— Il rt ste encore bleu des mémoires, des documents inédits sur le ter- 
rible fléau qui ravagea Marseille et la Provence en 1720. M. J. de Voulx 
publie sous le titre de : La Mission d'un magistrat. Iipisode de la jteste de 
Marseille de 1720 (Marseille, imp. Colbert, in-8 de 24 p.), des extraits du livre 
de raison de J.-J. de Gérin, lieutenant-général de l'amirauté de Marseille 



— 188 — 

(luranlle temps delà calamité. Ces extraits fournissent de précieux détails 
bistoriiines ; ils font également connaître un homme de cœur, ûdèlement 
attaché à ses devoirs en une époque de défaillance où beaucoup d'hommes 
I)ublics désertèrent leur poste. Ce travail est complété par un bref appen- 
dice de M. II. de Gerin-Ricard, descendant du lieutenant-général, sur les 
archives de l'amirauté de Marseille pendant la peste. Suivent également 
(juclques pièces justificatives. 

— Le P. Apollinaire de Valence, récemment décédé, avait donné des 
Éludes franciscaines sur la Révolution dans les départements des Bouches- 
du-Rhône, de la Drôme, de Vaucluse, etc.; en dernier lieu, il avait préparé 
des Études franciscaines sur la Révolution dans le département des Dasses-Alpes 
que vient de publier la Société scientifique et littéraire de Digne (Digne, 
Chaspoul et V'» Barbaroux, in-8 de 47 p.). Ce travail constitue une contribu- 
tion honorable à l'histoire religieuse sous la période révolutionnaire; mais, 
même au seul point de vue franciscain, ces études ne sauraient être consi- 
dérées comme complètes. L'auteur déclare lui-même n'avoir mis en œuvre 
que les documents communiqués par des chercheurs obligeants ; son état 
<le sauté ne lui permit aucune investigation personnelle. Une histoire du 
clergé bas-alpin pendant Ja Révolution, que nous savons à la veille d'être 
achevée, complétera sans doute l'œuvre que le P. Apollinaire n'a pu 
qu'ébaucher. 

QuERGY. — Le programme du Congrès des Sociétés savantes demande 
chaque année aux érudits de province de venir retracer devant la section 
de Géographie historique et descriptive la biographie des voyageurs et 
géographes français de leur pays. M. Paul Duraud-Lapiea répondu à cette 
invitation en rédigeant, à l'occasion du congrès tenu à Toulouse au mois 
d'avril dernier, la biographie d'un voyageur d'origine quercinoise dont les 
travaux sont loin d'être sans mérite, le comte d'Escayrac de Lauture. 
On lira avec intérêt ce travail {Le Comte d'Escayrac de Lauture. Paris, Honoré 
Champion, in-8 de 180 p.), encore qu'il eût gagné à être fait par un auteur 
dont les connaissances relatives à lu géographie et à l'histoire de la géogra- 
phie africaines fussent plus approfondies. En appendice se trouve (p. 171-174) 
une bibliographie qui rendra des services, bien qu'elle ne soit pas dressée 
avec toute la précision requise en pareille matière. 

ToURAiNE. — Les Nouvelles Recherches sur forigine et le lieu de naissance de 
Descaries, auxquelles s'est livré M. Lbuis de Grandmaison et qu'il a poussées 
avec beaucoup de sagacité, paraissent de nature à mettre définitivement un 
terme à la querelle entre Poitevins et Tourangeaux. Sans contester les 
attaches châtelleraudaises de la famille de l'illustre philosophe, M. de 
Grandmaison croit pouvoir conclure que Descartes appartient .non seule- 
ment par sa naissance,mais probablement aussi par l'origine de sa famille, 
à la Touraine (Extrait, de la Bibliothèque de VÉcole des chartes. Paris, in-8 
de 34 p.). 

Allemagne. — M. Karl Volimôller, à qui les études romanes sont déjà si 
redevables, nous donne une nouvelle preuve de son activité sur ce domaine. 
Il vient eu effet de fonder à Dresde une Société de littérature romane, dont 
l'objet sera de favoriser la publication de textes inédits ou peu connus. 
Nous nous eu félicitons et souhaitons plein succès à la nouvelle société. 

— L'on trouvera dans la Revue d'archéologie poitevine un curieu.X article de 
Mgr Barbier de Montault sur le Corporal sanglant de Waldiirn (tiré à part. 
S. 1. n. d., in-8 de 6 p.). Ceux mêmes qui connaissent l'histoire du miracle 
arrivé en 1330 à "Waldiirn ovi le vin du calice, répandu par mégarde sur le 
corporal, y dessina le Christ crucifié, accompagné de onze têtes couronnées 



— 189 — 

d'épir.es, liront avec intérêt cette notice qui nous montre, par une image 
du siècle dernier recueillie à Poitiers, que l'iconographie a sinon popularisé, 
du moins fait connaître au loin le fait miraculeux. 

Angleterre. — Un anglican converti au catholicisme a eu l'idée de for- 
mer un recueil des poésies anglaises consacrées à la louange de Notre-Dame. 
La publication de ces Carmina Mariana, qui a produit une sensation pro- 
fonde au-delà de la Manche, non seulement chez les catholiques, mais chez 
les protestants eux-mêmes, a fourni la matière d'une étude fort intéressante 
à un religieux mariste, dont nos lecteurs savent déjà et l'érudition et la 
dévotion envers la Très Sainte Vierge et la connaissance de tout ce qui 
touche à l'Angleterre. C'est dans la Science catholique que le R. P. Ragey a 
publié d'abord cet article sur la Lyre anglaise au service de la Vierge Marie 
(tirage à part. Arras et Paris, Sueur-Gharruey, in-8 de 46 p.). L'auteur nous 
montre toute la richesse de cette poésie consacrée par les plus grands poètes 
de l'Angleterre, depuis Chaucer jusqu'à Tennyson, à la gloire de la Vierge 
Marie. Il nous fait admirer cette merveille de l'attrait exercé par la Reine 
des anges sur les protestants et les incroyants mêmes qui ne savent dans 
la pratique de la vie ni croire en elle, ni la prier; il fait briller à nos yeux 
les perles que M. Orby Shipley a su tirer de la fange des blasphèmes de 
Byron, par exemple. Tout en exprimant l'avis que la poésie française ne 
fournirait pas un recueil équivalent ni par le nombre ni par le mérite des 
pièces, le pieux religieux formule le vœu que ce recueil soit cependant 
entrepris. Si nous ne nous trompons, l'on s'occupe en effet de satisfaire à 
ce désir. 

Espagne. — Don Joaquim Miret y Sans, dont à diverses reprises nous 
avons signalé ici les intéressantes publications, nous donne une Noticia 
hislorica del monestir d' Alguayre de la orde sagrada y mililar del Hospital de 
sant Joan de Jérusalem (Barcelona, tip. l'Avenç, in-8 de 64 p.). Ce monas- 
tère de religieuses fut fondé au milieu du xiii« siècle par Doua Marquesa, 
veuve de Guardia Alada, chevalier du comté d'Urgell. Dou Miret ne se 
contente pas de retracer l'histoire du couvent et de ses prieures; il y 
a ajouté les listes des commandeurs d'Alguayre, des châtelains d'Am- 
posla et des grands prieurs de Catalogne dont dépendit tour à tour le 
monastère. Il termine son étude par une courte notice sur l'autre couvent 
de religieuses de l'Hôpital en Catalogne, celui de Cortose. Bien que l'on 
puisse regretter que l'auteur n'appuie pas toujours sou récit sur des 
références précises, on lui saura gré néanmoins de cette notice où nous 
signalerons entre autres documents quelques inventaires ou testaments 
et une convention entre le monastère et la cité de Lleyda à la fin du 
xiv siècle. On trouvera également (p. 19) une liste des commanderies 
qui dépendaient respectivement de la châtellenie d'Amposta et du grand 
prieuré de Catalogne. 

— M. Léo Rouanet, qui a déjà fait profiter la littérature espagnole de ses 
studieux loisirs, comme le savent nos lecteurs, aborde aujourd'hui un autre 
genre. C'est un coin curieux de l'art espagnol qu'il nous fait voir dans les 
Sculpteurs sur bois au musée de Valladolid (E.Ktrait de la Bévue des revues du 
t" janvier 1000. Paris, imp. A. Davy, in-8 de 15 p., illustré de 7 grav.). 
D'assez bonnes reproductions font mieux comprendre les jugements qu'il 
porte sur l'œuvre des Brevugneta, des Juni, des Ileruaudez, ces maîtres de 
la sculpture sur bois. Il nous offre aussi deux spécimens des statues en 
bronze tioré de Sompeio Leoni. 

Italie. — Dans la \ote sur les relations de Louis XII ft de Lucques qui forme 
le fasc. 24 de ses Notes italiennes d'histoire de France (Extrait de la Correspon- 



— 100 — 

danct historique «/ arc/jéoJopiiîue. Saint-Denis, imp. II. Bouillant, in-8 de 6 p.), 
M. Léou-G. Pélissier précise en quelques lignes les relations de la répu- 
blique italienne fort déchue avec h; roi de France et nous fait connaître les 
instructions données par les Lucquois à l'agent chargé d'aller saluer en 
leur nom le nouveau roi François !«'. 

— La précieuse collection de pièces diplomatiques et historiques formée 
par Livio Podocataro et conservée aujourd'hui à la Bibliothèque marcienne 
de Venise, a fourni à M. Léon-G. Pélissier quatre documents qui jettent 
quelque lumière sur les dissensions intérieures de Sienne, sur les relations 
entre cette ville et la Papauté et sur ses querelles avec Florence : Notes et 
dccumenls d'histoire d'Italie. VI . Documents siennois de la collection Podocataro 
(Extrait du Bulleltino senese di storia pairia. Sieua, tip. di L. Lazzeri, in-8 
de 10 p.). 

Suéde. — M. J. M. Ilullh a dressé une bibliographie de la littérature orni- 
thologique concernant les pays nordiques : Ôfversikt af faunistikt och 
biologiskl vigtigare litte^'aliir rurende Nordens fâglar (Sartryck ur « Nordens 
fâgliir. Stockholm, Central-tryckeri, gr. in-4 ;die 16 p.). Dans ce relevé qui 
comprend de 600 à 700 titres, l'auteur n'a pas seulement noté les ouvrages 
indépendants, mais les parties d'ouvrages et les articles de revues. L'ordre 
adopté est l'ordre alphabétique des noms d'auteurs. Il nous semble que pour 
un répertoire de ce genre il eût été préférable d'adopter l'ordre méthodique, 
et, en tout cas, de joindre à la liste alphabétique des auteurs, une liste 
alphabétique des sujets. 

Turquie. — La plus importante nouveauté bibliographique de toute la 
Turquie est assurément une brochure anonyme, qui est comme un cri 
désespéré de l'orthodoxie grecque contre l'orthodoxie russe au sujet des 
Lieux Saints. L'occasion du conflit est la spoliation des monastères grecs 
de Bessarabie par le gouvernement russe ; l'auteur anonyme, élargissant le 
débat, dresse un véritable réquisitoire contre la « Société russe de Palestine » 
Tous ceux qui s'intéressent à cette vitale question des Lieux Saints 
devront prendre connaissance de l'opuscule dont nous parlons. En voici le 

titre : 'Aitâvi:T)(Tti; el; to ûtiÔ tï^ç £;py)(A£piSo; « E'.o-/^ctç ttj; IleTpoUTrdXEw; » ûtto 
r,|iepoiATjvtav 22. 'Iou).fou 1898 SïjjAocTteuSèv Ttepl xàiv sv B£a'<Tapa6ca XTrifiâxto/ twv 
àftwv TÔTTwv (1899, in-8deS4 p.). Le lieu d'impression n'estpas indiqué, mais un 
oeil familiarisé avec les publications grecques de Turquie n'a pas de peine 
à reconnaître que r'ATcâvr/jai; est sortie des presses du Saint-Sépulcre, à 
Jérusalem. — Un autre opuscule, d'un caractère tout différent, mais d'un 
grand intérêt, est celui que M. An. M. Lebidès a consacré aux monastères 
de la Gappadoce et de la Lycaonie : AI èv [j.ovo)iOot!; [xoval Tîiç KaitTTaôoxtaç 
■/.ai Auxaovtaç ;Constantinople,Nomismatidès, 1899, in-8 de Tj-igi p.). L'auteur 
de cet ouvrage, sans s'attacher à l'histoire même des monastères et à la des- 
cription de leurs archives, en donne une statistique complète, avec quelques 
indications topographiques dont les géographes pourront tirer parti. Les 
autres opuscules constantinopolitains sont trop insignifiants pour mériter 
le moindre examen; il nous suffira de les signaler dans une notice som- 
maire : J. Basmatsidès, naiîaYwy.y.ri Staxpiê-/! (Gonstantinoplo, Zibidès, 1899, 
in-8 de ■iS p.). Gette élucubration du directeur du Joakimion se vend 4 piastres 
pour le commun des lecteurs et 2 piastres 1/2 pour le clergé inférieur et les 
maîtres d'école, c'est-à-dire pour tous ceux qui savent lire. — Ph. Georgiadès, 
il-roxEiwS-ifiç àxxXY)aic<(TTtxT|îa"ropca(Constantinople, Seitanidès,1899, in-8de240p.). 
Tout élémentaire qu'elle prétende être, cette histoire embrasse le dogme, 
la morale, la discipline, la liturgie, à peu près tout, excepté l'histoire. — 
M. N. Chadzopoulos met ses loisirs à profit en publiant, sous le nom de 



— 191 — 

OxoY£ve!toc/.T) Bi6),toeT,xTi, une sorte d'encyclopédie à l'usage des familles, dont 
l'auteur dit beaucoup de bien dans ses multiples préfaces. La première 
partie, en cours de publication, porte le sous-titre suivant : M£Yi).oi à'vôpeî 
(Constaniinople, Képhalidés, 1899, in-8). Un autre écrivain, aux trop longs 
loisirs, M. Nie. K.Sargologos, s'est amusé à traduire de l'italien et a impri- 
mer en gros caractères un dialogue où les cinq parties du monde, à tour 

de rôle, devisent de la paix : *H àSsXcptxTi à-câTtr) àôcXç OTioioûaa xà; TtâvTe r^rMpo-jç 
(Constantinople, Zellitch, 1899, in-S de 41 p.). Si les « cinq continents > 
n'avaient d'autre voix pour troubler leur tranquille sommeil que celle que 
leur prête M. Sargologos, non seulement le lecteur, mais la diplomatie 
elle-même pourraient fermer l'œil... 

Publications nouvelles. — Nazareth et la Familte de Dieu dans r humanité, 
par le R. P. Dechevrens (2 vol. in-12, Letbielleux). — Physiologie du Christ, 
par le R. P. Philpiu de Rivière (in-8, Oudin). — L Apôtre saint Paul, par 
l'abbé S.-E. Fretlé (in-8, Letbielleux). — L'Esthétique du dogme chrétien, par 
le R. P. J. Souben (iu-12, Letbielleux). — La Constitution de l'univers et le 
dogme de l'Eucharistie, par le R. P. Leray (in-8, Poussielgue). — Le Récit de 
la création, par le R. P. F. de Hummelauer (in-12, Letbielleux). — La Science 
de Dieu, ou la Création de l'homme, par J.-P. Brisset (in-12, Cbamuel). — La 
Foi et L'acte de foi, par le R. P. Bainvel (in-12, Letbielleux). — Introduction à 
la vie mystique, par l'abbé P. Lejeuue (in-12, Letbielleux). — L'Ange et le 
prêtre, par Mgr Cbardon (in-12, Letbielleux.). — Le Prêtre éducateur, par le 
R. P. Lécuyer (in-12, Letbielleux). — Si vous connaissie:^ le don de Dieu!! Les 
Laïcs, les fidèles, le clergé, la revanche, par Mgr Isoard (in-12, Letbielleux). — 
Entretiens et avis spirituels, par le R. P. Lécuyer (in-12, Letbielleux). — Béati- 
tudes. Les Cœurs détachés. Les Doux et humbles, par l'abbé H. Bolo (in-12, 
Haton). — Commentaire théorique et pratique du code civil, par T. Hue. T. XIII 
(in-8, Picbon). — Guide pratique du contribuable, par V. Cayasse (in-12, Giard 
et Brière). — Essai sur les institutions et le droit malgaches, par A. Cabuzac. 
T. I" (in-8, Cbevalier-Marescq). — Histoire de la philosophie médiévale, précédée 
d'un aperçu sur la philosophie ancienne, par M. de Wulf (in-8, Alcan). — 
Etude historique et critique sur la sociologie chez Auguste Comte, par F. Alengry 
(in-8, Alcan). — La Réforme de l'enseignement secondaire, par A. Ribot (in-12. 
Colin et G'^). — La Femme d'après saint Ambroise, par H. Dacier (in-12, Amat; 
Bruxelles, Schepens). — La Vie de jeune homme, par le D'' Surbled (in-12, 
Maloine). — Temps futurs. Socialisme. Anarchie, par A. Naquet (in-12, Stock). 
— La Morale d'un égoïste. Essai de morale sociale, par H. Laplaigne (in-8, Giard 
et Brière). — L'Organisation de la charité privée en France. Histoire d'une 
œuvre, par L. Lefebvre (iii-8, Firmin-Didot). — D'où vient la décadence écono- 
mique de la France. Les Causes présentes expliquées par les causes loiiitaines, par 
le baron G. Mourre (in-12. Pion et Nourrit). — Codicille à mon testament pour 
les malades et les gens bien portants, par Mgr S. Kneipp (in-12, Letbielleux).— 
A travers l'él''Ctricité, par G. Dary (in-4, Nony). — La Cuisine à travers l'his- 
toire, par II. Hacbz (in-8. Société belge de librairie). — La Guerre sur mer et 
ses leçons, par A. -T. Maban (in-8, Berger-Levrault). — Pages choisies des savants 
modernes, par A. Rebière, (in-8, Nony). — Etude sur Us couleurs en vieux 
français, par A. Ott (in-8, Bouillon). — Virgilo Limouzi. Poème inédit de 174S 
en vers limousins burlesques, par II. Texier (in-12, Bouillon). — Mensonge blanc, 
par L. de Tinseau (in-12, Calmann Lévy). — Plus fort que l'amour, par A. do 
Saint-Aulaire (in-12, Calmann Lévy). — Malentendus par Tb. Bentzon (in-12, 
Calmann Lévy). — Jacquou le Croquant, par E. Le Roy (in-12, Calmann 
Lévy). — Résurrection, par le C'c L. Tolstoï; trad. du russepjirT. de Wyzewa 
(in-18, l'errin). — La Mort de Corinlhe, par A. Licbtcnberger (in-12, Pion et 



— 192 — 

Nourrit). — Draco, par P. Gaulol (iii-12, Pion el Nourrit). — Bêve de prin- 
temps, par A. Canibry (in-18, Pion et Nourrit).— Swnlia, par J. Blaize (in-12. 
A. Colin et G ). — Les iH jours de Bidouille, par J. Draull (in-12, Henri Gau- 
tier). — Filleule de princes, par M. d'Ilauterive (in-12, Henri Gautier). — La 
Fin d'un conte, par K. Frank (in-12. Henri Gautier). — Pag^^s catholiques, pa.T 
J.-K. Huysmans (in-12, Oudiu). — Le Gros Lot, par M»» de Stolz (in-12, Ilatou). 

— Le Vieil Ami, par M'"» de Stolz (in-12, Haton). — La Fortune des Valbert, 
par M'"" Cbiron de la Bruyère (in-12, Haton). — • La Famille de Chandoré, par 
M. Levray (in-12, Haton).— Bancroche, par la V'csse de Pitray (in-12, Haton). 

— Petite Fleur, par L. des Ages (in-12, Haton), — Aventures et embus- 
cades. Histoire d''une colonisation au Brésil, par G. de la Landelle (in-8, 
Haton). — Souvenirs d'un Curé de campagne, par S. Lefranc (in-8, Haton). — 
La bincérilé religieuse de Chateaubriand, par l'abbé G. Bertin (in-12, Lecoffre). 

— Victor Hugo; le ])hilosophe, pfir G. Renouvier (in-12, A. Colin et C'«).— En 
Marge de quelques pages. Itnpressions de lecture, par E. Gilbert (in-1 2, Pion et 
Nourrit). — La France du Nord-Est, par 0. Barré (in-8, Berger-Lcvrault). — 
Au seuil de l'Europe. Finlande e< Caucase, par P. Morane (in-18, Pion et Nourrit). 

— Vingt-deux mois de campagne autour du monde, journal d'un aspiratit 
de marine, par la C H. de Menthon (in-18, Pion et Nourrit). — Album histo- 
rique, par A. Parmentier. T. HI. Le xvi* et le xvii» siècles (gr. in-8, Colin 
et G'"). — Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, par l'abbé L. Duchesne. T. II. 
L'Aquitaine et les Lyonnaises (gr. in-8, Fontemoing). — La Salle des martyi^s 
du séminaire des Missions-étrangères, par A. Launay (in-12, Téqui). — Dom 
Couturier, abbé de Solesmes, par A. Houtin (in-18, Angers, Germain et 
Grassin). — L'Unique et sa propriété, par M. Stirner (in-12, Stock). — Corres- 
pondance de Thomas Lindet pendant la Constituante el la Législative (^789-i792), 
publiée par A. Montier (gr. in-8, Société de l'histoire de la Révolution fran- 
çaise). — Bonaparte en Italie, 1016, par F. Bouvier (gr. in-8, Cerf). — Sou- 
venirs du baron de Barante, de l'Académie française, 4182-1866, publiés par 
G. de Barante. T. VII (in-8, Calmann Lévy). — La Mère du duc d''Enghein 
1150-1822, par le comte Ducos (in-8, Pion el Nourrit). — Le Maréchal Brune 
et la Maréchale Brune, par P. Marmoiton (in-8, Lethielienx). — Mémoires de 
M. de Bourienne sur Napoléon, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restau- 
ration. T. IV (in-12, Garnier). — La Lutte des classes en France {1848-1850). 
Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, par K. Mar.x (in-12, Schleicher). — Mes 
Souvenirs d'ambulance, par l'abbé Randanne (in-12, Lelhielleux). — Le Siège 
de la ville et de la citadelle de Lille en 1108, par M. Sautois (in-8, Lille, Quarré). 
— Histoire de la Révolution dans le Louhannais {17S9-21 septembre 1192), par 
L. Guillemaut (in-8, Louhans, Romand). — Les Paroisses du diocèse de 
Lyon. Archives el antiquités, par l'abbé Vachet (gr. in-8, Abbaye de 
Lérins, imp. M. Bernard). — Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens, publiées 
d'après les estampes d'Edmond Michel par P. Quesvers et H. Stein. T. II Oîl-'4> 
Picard et fils). — Magyars et Roumains devant l'histoire, par A. de Bertha 
(in-8. Pion et Nourrit). — Femmes d'Amérique, par T. Bentzon (in-12. Colin 
et Ci^). — Figures du temps passé, xvili' siècle, par L. Perey, (in-12, Calmann 
Lévy). — Silhouettes contemporaines. Les Hommes démon temps, par P. Vibert 
(gr. in-8, Berger-Levrault). Vishnot. 

Le Gérant : GHAPUIS. 



lœp. Fi'. SiMO.N, Rennes. 



POLTBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE 



PUBLICATIONS RECENTES SUR L^ECRITURE SAINTE 
ET LA LITTÉRATURE ORIENTALE 

l. Critique d'une nouvelle exégèse critique^ par le chanoine Magnier. Paris, Lethiel- 
leux, 1899, in-12 de 90 p., 1 fr. — 2. Synapses omnium librorum sacrorum 
utriusque Testmnend qnd.s ex sua « Introductione spec. in \'et. et Nov. Testamentum » 
excerpsit, retractavit, complevit R. Corxely. Parisiis, Lethieileux, 1899, in-8 de viii- 
463 p., 6 fr. — 3. Psalmorum synapses, auctore R, Cornely. Parisiis, Lethieileux, 
1899, in-12 de 96 p., fr. 80. — 4. Le Livre de la « Genèse « dans la pae'sie latine 
au v siècle, par l'abbé St. Gamber. Paris, Fontemoing, 1899, in-8 de xiii-263 p., 
9 fr. — 5. Commentarius m iV^/neros, auctore F. de Hummelauer {Cursus scrip- 
turae sacrae). Parisiis. Lethieileux, 1899, in-8 de 386 p. ,7 fr. — 6. Re'cit historique 
de la vie de N.-S. Jésus-Christ, texte unifié des Évangiles, par l'abbé Azibert. 
Albi, imp. des Apprentis-Orphelins, 1899, in-12 de xi-419 et 29 p. — 7. Leçons 
d'Écriture sainte préchées au Gesii de Paris. Jésus-Christ, sa vie, son temps, par 
le P. U. Leroy. Paris, Briguet, 1899, in-12 de vi-302 p., 3 fr. — 8. Les Amitiés de 
Jésus. Simple étude, par le R. P. Ollivier. Édition populaire. Paris, Lethiei- 
leux, 1899, in-12 de xxii-477 p., 4 fr. — 9. Le Credo du P. Didon, par H. de Vil- 
leneuve. Nouvelle édition. Paris, Société d'éditions scientifiques, 1899, in-12 de 47- 
136 p., 1 fi'- 50. — 10. Quelques traits du Jésus de l'histoire. Deux Études, par 
J. DE ViSME. Montauban, Granié ; Paris, Fischbacher, 1899, in-8 de 135 p., 1 fr. 25. 
— 11. Commentarius in Actus Apostolorum, auctore J. Knabe\bauer {Cursus 
scripturae sacrae). Parisiis, Lethieileux, 1899, in-8 de 457 p., 9 fr. — 12. L'Apôtre 
saint Paul, par l'abbé Fretté. Paris, Lethieileux, 1898, in-8 de xv-d18 p., 6 fr. — 
13, Paulus und die Gemeinde van Korinth auf Grund der beidcn Korintherbriefe, 
von J. RoHR (Diblische Sludien, t. IV, 4o fasc). Freiburg im Breisgau, îlerder, 1899, 
in-8 de xii-158 p., 4 fr. 50. — 14. Testamentum Damini Nastri Jesu Christi nunc 
primum edidit, latine reddidit et illustravit Igxatius Ephrae.m II Rahha.m. Moguntia?, 
Kirchheim, 1899, in-4 de Lii-23i p., 31 fr. 50 pour les souscripteurs. — 15. Le Ms. 
n" lôSO du fonds hébreu à la Bibliothèque nationale. Supplément au Vocabu- 
laire de l'angélologie, par Moïse Schwab (Tiré des Notices et extraits des manuscrits 
de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. XXXVI). Paris, Klincksieck 
1899, in-4 de 50 p., 1 fr. 25. 

1. — On signale de différents côtés la pénétration, dans les écrits de 
quelques exégètes catholiques, des principes et des procédés de la cri- 
tique rationaliste. Léon XIII, écrivant au ministre général des Frères 
mineurs, a regretté qu' « uu certain genre d'interprélalion téméraire 
et par trop libre » commençât à prendre faveur çà et là parmi nous, 
et plus récemment encore, Sa Sainteté a daigné mettre le clergé fran- 
çais « en garde contre des tendances inquiétantes qui cherchent à 
s'introduire dans l'explication de la Bible et qui, si elles venaient à 
prévaloir, ne tarderaient pas à en ruiner l'inspiration et le caractère 
surnaturels > (Lettre encyclique du 8 septembre 1899). M. le chanoine 
Magnier, Critique d'une nouvelle exéyèse critifjue, a voulu, lui aussi, 
pousser un cri d'alarme et signaler quelques-unes de ces nouveautés 
M.\RS 1900. T. LXXXVlll. 13. 



— 194 — 

dangereuses. A propos d'une Iransposilion de versets dans le cha- 
pitre XVIII de l'Évangile selon saint Jean, proposée dans la Revue 
biblique, juillet 1898, et fondée sur le témoignage de saint Cyrille 
d'Alexandrie et de la version syriaque, récemment découverte au 
couvent du Sinai, M. Magnier s'élève avec plus de vivacité que de 
justesse contre la supposition de remaniements des textes sacrés. Cette 
hypothèse n'est pas à rejeter à priori; c'est à la critique verbale à dé- 
terminer à quels cas elle peut être appliquée avec vraisemblance. 
Parmi les indices d'intrusion de la critique rationaliste dans l'exégèse 
catholique, l'auteur ne fait qu'indiquer l'opinion qui considère les 
premiers récits de la Genèse comme des mythes, des symboles ou des 
légendes; il aurait pu, et à bon droit, insister davantage. Mais il a 
préféré discuter d'autres concessions faites aux adversaires de la Bible 
et relatives à la ,non-autbenticité du Pentateuque et des Évangiles. 
Dans TEncyclique déjà citée du 8 septembre dernier, le Souverain 
Pontife a blâmé « cette étrange et périlleuse tactique », en vertu de 
laquelle des écrivains catholiques « ont travaillé, de leurs propres 
mains, à faire des brèches dans les murailles de la cité qu'ils avaient 
mission de défendre. » M. Magnier a donc raison de maintenir l'origine 
mosaïque du Pentateuque et l'attribution des Évangiles aux auteurs 
dont ils portent les noms. Malheureusement, il invoque à tort le décret 
du concile de Trente De canonicis Scripturis en faveur de l'authenticité 
historique des Livres saints, puisque le saint concile n'a voulu définir 
que leur canonicilé. Il soutient encore justement l'interprétation tra- 
ditionnelle au sujet de la croyance des Juifs à l'immortalité de l'âme ; 
mais son argument d'autorité ne va pas directement ad rem, puisque 
le passage cité de l'Encyclique Providenlissimus Deus concerne les 
ressources de fond et de forme que la Bible en son entier offre aux 
prédicateurs. Le mot dit en passant sur l'évolutionnisme dogmatique 
est insuffisant. En résumé, la brochure de M. Magnier suppose chez 
son auteur de bonnes intentions ; mais pour que ce cri d'alarme trouve 
de l'écho et produise de l'effet, il faudrait qu'il n'émît pas une seule 
fausse note. Or M. Magnier a présenté trop d'idées contestables et prêté 
trop souvent le flanc à la critique pour que sa discussion soit inatta- 
quable et atteigne ceux qu'elle vise. 

2. — Pour faciliter aux prêtres la lecture et l'étude des saintes 
Lettres qui leur sont si instamment recommandées par les Pères et, 
tout récemment encore, par le Pape Léon XIII, le P. Cornely publie 
dans un volume à part, Synapses omniwm librorum sacrorum utriusque 
Testamenti, après les avoir revues et complétées, les analyses détaillées 
de tous les livres saints qui faisaient partie de son Introduction historique 
et critique à l'Écriture sainte. Ilafait précéder l'analyse de chaque livre 
de quelques notions générales sur l'auteur, l'argument et le but de 



— 195 — 

cet écrit. Ces notions aident à comprendre les divisions de l'ouvrage, 
qui ont été déterminées d'après le sujet, la fin et la marche de l'expo- 
sition. Nous nous sommes déjà utilement servi, pour notre compte, 
de ces analyses qui font si bien ressortir la structure des Livres saints. 
Le P. Gornely y a joint des notes pour expliquer certaines inversions 
des textes, le choix de quelques leçons et la signification de dates ou 
de noms propres qui créent des difficultés. Remarquons qu'au cha- 
pitre xviii du quatrième évangile il adopte la transposition si forte- 
ment incriminée par M. Magnier; il n'y voit qu'une question de cri- 
tique, et personne ne soupçonnera son orthodoxie. Comme le Cantique 
est interprété de manières très différentes, le R. P. donne succes:;ive- 
ment l'analyse de saint Thomas, de Corneille de la Pierre et du 
P. Gietmann. Dans le livre de Jérémie, il préfère l'ordre du texte grec 
à celui des textes hébreu et latin. On trouvera enfin dans sou ouvrage 
un résumé chronologique de la vie de Jésus-Christ et la concorde des 
quatre récits évangéliques, aussi bien qu'un index chronologique des 
Actes des Apôtres. 

3. — Les Psalmorum synapses, du même auteur, ne sont qu'un 
extrait du livre précédent à l'usage des séminaristes qui désirent étu- 
dier le Psautier, afin de comprendre les prières du saint office. Le sujet 
de chaque psaume est brièvement indiqué. Quant à la division, le 
P. Cornely n'adopte la division strophique que lorsqu'elle est certaine 
et évidente. En raison du but pratique qu'il se propose d'atteindre, il 
suit toujours le texte de la Vulgale et laisse de côté les divergences 
de l'hébreu. Toutefois, il se guide sur l'original pour déterminer le sens 
de la Vulgate et le lien des propositions. C'est ainsi qu'il rend la valeur 
des verbes, non d'après l'usage de la langue latine, mais d'après l'ana- 
logie de l'hébreu. Les psaumes messianiques ont été traités avec un 
soin particulier, et leur sens prophétique, qu'il soit littéral ou typique, 
est fixé avec exactitude. 

4. — Le Livre de la « Genèse » dans la poésie au v^ siècle est une thèse 
présentée et soutenue pour l'obtention du doctorat ès-lettres. Le can- 
didat y a étudié six poèmes chrétiens du v» siècle, inspirés de la 
Genèse : la Genesis de Gyprieu, VAlelhia de Marius Victor, le Melrum i n 
Genesim d'IIilaire, probablement l'ami de saint Prosper d'Aquitaine, 
le Carmen de Deo de Dracontius, le De spirilalis historiae gestis de saint 
Avit et le petit poème anonyme DeSodoma, dont le titre indique suffi- 
samment le sujet restreint. Voici le plan de la thèse. Le chapitre premier 
est consacré à la biographie des poètes et à la bibliographie de leurs 
œuvres. Le chapitre deuxième expose les motifs et le but de ces poèmes : 
leurs auteurs voulaient prendre rang dans les écoles i\ côté des poètes 
païens et aussi répondre aux détracteurs du chriotianisme qui repro- 
chaient à la religion nouvelle de n'inspirer aucune œuvre poétique. 



— 106 — 

SouR leur j)lume, la poésie devient donc un moyen d'apologétique et 
d 'en^eij?nemenl. Les chapitres m et iv indiquent comment ce but a été 
atteint, comment les poêles africains et gaulois du v siècle ont rempli 
leur rôle d'apologistes, quelle place ils ont donnée dans leurs écrits à 
l'enseignement doctrinal et à la polémique religieuse, quel intérêt enfin 
leurs poèmes présentent au point de vue exégétique. Fidèles à l'inter- 
prétation commune des Pères, ces poètes interprètent généralement le 
texte de la Genèse dans le sens historique et grammatical, et si Marius 
Victor s'est rapproché de l'École d'Alexandrie, en admettant la théorie 
de la création simultanée, il s'en est nettement séparé, en voyant dans 
les œuvres des six jours, non des figures allégoriques, mais de réelles 
productions. Toutefois ils n'ont pas laissé de montrer un goût très vif 
et très prononcé pour Tinlerprétation symbolique et spirituelle qui se 
grefle sur le sens littéral, même dans l'explication des phénomènes de 
la nature. Au point de vue scientifique, ils ont accepté plusieurs opi- 
nions populaires sur les propriétés des plantes et les habitudes des 
animaux. Ils n'ont pas tous suivi le même texte biblique. Gyprien suit 
fidèlement Vltala; les autres s'inspirent surtout de la version de saint 
Jérôme, et ne font que de rares emprunts à l'Italique. Chrétiens con- 
vaincus de l'exactitude de l'histoire inspirée, ils tendent à reproduire 
fidèlement les récils bibliques, ils les suivent de près, les abrègent 
quelquefois ou les allongent en y insérant des considérations théolo- 
giques ou polémiques. Le chapitre v est consacré au style, à la langue 
et à la versification de ces poèmes, pastiches sans originalité, écrits 
dans la latinité décadente du V siècle et avec de nombreuses infractions 
aux règles de la poétique classique. Certains morceaux cependant ne 
sont pas sans mérite littéraire. Le chapitre vi est une sorte d'appendice 
dans lequel l'abbé Gamber compare les poèmes latins du v° siècle, qui 
étaient l'objet de sa thèse, aux ouvrages postérieurs en prose ou en 
vers qui se sont inspirés de la Genèse : poèmes latins ou grecs, ver- 
sions françaises ou provençales, rimées ou en prose, poèmes français 
de la Renaissance à nos jours, poèmes étrangers. M. l'aumônier du 
lycée de Marseille n'a pas connu la version française de la Genèse con- 
tenue dans le manuscrit français 6447 de la Bibliothèque nationale et 
publiée par M. P. Meyer, elle dépend de deux poèmes d'allure diffé- 
rente et présente une choquante disparate (Voir Polybiblion, t. LXXX, 
p. 195-19G). 

5. — Dans la courte introduction qui précède son Commentarius in 
Numeios, le P. de Hummelauer caractérise son travail sur le Penta- 
teuque. Il a écarté à dessein la question si importante et si agitée des 
sources littéraires des livres attribués à Moïse. Il a voulu faire une 
œuvre exégétique plutôt qu'une discussion critique, non seulement 
pour suivre la méthode adoptée dans les autres volumes du Cursus 



— 107 — 

Scripturae sacrae, mais surtout afin d'interpréter avec toutes les res- 
sources de la science contemporaine le livre canonique, sans tenir 
compte des documents à l'aide desquels il a pu être composé. Le Com- 
mentaire des Nombres ressemble donc à ceux de la Genèse, de 
l'Exode et du Lévitique qui ont paru précédemment ; il en a les qua- 
lités et les défauts, car on sait que l'auteur sort souvent des chemins 
battus et recourt parfois aux hypothèses les plus ingénieuses. Il y 
aurait nombre de particularités à signaler. Arrêtons-nous aux deux 
principales. Au dire du R. P., le point capital de l'histoire des 
Nombres, le péché de Moïse à Cadès et l'apostasie du peuple qui le 
suivit, est passé sous silence dans le texte actuel. Au chapitre XX, il 
existe une lacune de trente-sept années du séjour des Israélites dans 
le désert. On peut la combler en partie à l'aide de renseignements 
contenus dans le Deutéronome et les livres d'Amos et de Josué. L'eau 
manquant à Cadès, Moïse frappa le rocher, mais, en punition d'une 
faute inconnue, Dieu ne fit point de miracle, La masse de la nation 
abandonna alors le culte du vrai Dieu ; on n'offrit plus de sacrifice ; 
on n'observa plus la loi de la circoncision; seuls, quelques lévites 
restèrent fidèles à Jéhovah. Après trente-sept années d'apostasie, 
Israël se repentit et fit pénitence. Moïse frappa de nouveau le rocher, 
qui fournit de l'eau en abondance. Le texte primitif des Nombres con- 
tenait le récit de ces événements. Un rédacteur, postérieur à la capti- 
vité et probablement non inspiré, le supprima. Il craignait que ces 
faits ne fissent une fâcheuse impression et ne diminuassent le respect 
dû à Moïse. Pour faire disparaître toute trace de la suppression, il 
retoucha le texte, Num., XX, 11, et réunit dans un seul acte les deux 
coups de baguette, frappés en réalité à trente-sept ans d'intervalle. 
Le texte actuel a une lacune, mais ne contient pas d'erreur. Celte 
hypothèse, qui n'est pas nécessaire, paraîtra à beaucoup, sinon hasar- 
dée, à tout le moins singulière. Une autre du môme commentateur a 
plus de chance d'être acceptée ; elle concerne le nombre des Israélites 
à la sortie d'Egypte et dans le séjour de quarante années au désert. 
Les chiffres du texte actuel sont trop élevés pour être conciliables avec 
les circonstances historiques, en comparaison avec la population 
ancienne et actuelle de l'Egypte et en rapport avec la condition de vie 
dans la péninsule du Sinaï. D'ailleurs, le récit biblique exclut lui- 
même des nombres si exagérés. Ils ont été grossis à plaisir par un 
scribe inepte pius, qui voulait glorifier le passé de sa nation. Il a mul- 
tiplié tous les chiffres par cent. Ainsi les Rubénites, qui n'étaient que 
465, ont été comptés 46o00. Le séjour d'Israël dans le désert n'en 
reste pas moins miraculeux, tout en rentrant mieux dans le cadre de 
l'histoire. Quelques chiffres, il est vrai, restent rebelles ù cette réduc- 
tion, qui aboutirait cl des fractions d'hommes. Cette ditïicullé n'ébranlo 
pas le fondement de l'hypothèse, qui mérite considération. 



— l'J8 — 

13. — M. l'abbé Aziberl, qui est l'auteur d'une synopse estimée des 
Évangiles en latin, vient de publier en français une harmonie des 
quatre narrations : Récit Idslorique de la vie de A. -S. Jéaus-Christ, 
texte unifié des Évangiles. L'ouvrage est divisé en vingt sections, dont 
chacune est subdivisée en un nombre plus ou moins considérable de 
paragraphes comprenant en sous-titres les faits cvangéliques successifs. 
Dans tous les passages provenant d'un seul évangéliste, le texte latin 
a été exactement traduit. Quand les faits ont été rapportés par deux 
ou trois, leurs récits ont été fondus ensemble avec toutes les nuances, 
tous les détails et dans les termes mêmes de chaque narration. Des 
notes au bas des pages donnent au fur et à mesure les explications 
nécessaires. Elles justifient l'ordre adopté dans le récit, contiennent 
des éclaircissements historiques ou précisent le sens de certains 
passages. La traduction paraît soignée et s'écarte parfois des interpré- 
tations habituelles. Ainsi le texte : Discite a me quia mitis sunx et liunii- 
lis corde est bien rendu : « Recevez mes leçons, parce que je suis doux 
et humble de cœur. » Je regrette que quelques détails légendaires 
aient trouvé place dans les notes. Des signes marquent le commen- 
cement et la fin des Évangiles lus à la messe des dimanches et des 
fêtes, et une table spéciale renvoie le lecteur aux pages du récit. Un 
supplément reproduit l'unique texte des Évangiles qui dans le corps 
de l'ouvrage étaient entremêlés avec les narrations parallèles. Ainsi 
exécuté, ce récit sera utilement mis entre les mains des laïques ; il 
leur fera connaître la trame historique de la vie de Notre-Seigneur. 

7. — Nous avons déjà annoncé ici (Polybiblion, t, LXXXVI, p. 198- 
l99)les Leçons d'Écriture sainte prêchées au Gésii de Paris sur Jésus-Christ, 
sa vie, son temps. Nous n'avons rien à retrancher aux éloges que nous 
leur avons donnés ; nous n'avons rien non plus à y ajouter. Nous 
espérons avoir bientôt le plaisir de présenter le premier volume de la 
série qui, nous le savons, n'est pas inférieur au précédent. 

8. — En s'incarnant, le Verbe de Dieu a pris la nature humaine 
tout entière, sans le péché et ses tristes conséquences. Jésus-Christ a 
donc eu des affections semblables aux nôtres ; il a aimé comme nous. 
LeR.P. Ollivier a étudié le cœur aimant de Notre-Seigneur et les Ami- 
tiés de Jésus : d'abord celles du sang, sa mère, son père nourricier, ses 
cousins Zacharie et Élizabeth, Jean-Baptiste, la patrie juive, puis celle 
du choix, Lazare, Marthe, Marie-Madeleine, enfin celles de mission, 
les Apôtres, saint Pierre, Jacques le Majeur et Jean l'Évangéliste, les 
disciples et les saintes femmes, les convertis de Jésus-Christ. L'élo- 
quent dominicain a approfondi cet intéressant sujet et l'a traité avec 
les mérites réunis du théologien, de l'exégète et du littérateur. Il a 
bien saisi le caractère de ses héros, il a finement analysé leurs senti- 
ments et il les a replacés eux-mêmes dans leur milieu historique et 



,ê; 



— 199 — 

géographique. Ses descriptions sont agréablement teintes des couleurs 
orientales. Mais pourquoi donc a-t-il joint la légende à l'histoire? 
Nous ne parlons pas des légendes provençales et autres analogues 
que nous n'avons pas étudiées, bien que, par tendance et en raison de 
la méthode suivie, nous préférions les conclusions de l'école critique 
aux données dites traditionnelles. Nous connaissons mieux, pour les 
avoir fréquentés, les apocryphes du Nouveau Testament. Le R. P. 
Ollivier leur a emprunté trop de détails injustifiés, sur la parenté delà 
Sainte Vierge par exemple. Pour les tenir comme historiques, il ne 
suffit pas qu'ils soient vraisemblables; il ne suffit même pas qu'ils 
soient attestés par quelques Pères, s'il n'est en même temps démon- 
tré que le témoignage de ces Pères est indépendant des apocryphes. 
Ajoutons quelques erreurs d'inadvertance. Salomon n'était pas l'ainé 
des fils que David avait eus de Bethsabée (p. 104). Les défilés d'Ephraïm 
ne sont pas au-delà du Jourdain (p. 191) ; ils se trouvent sur la rive 
occidentale du fleuve. On nous dit (p. 313) que, seul des Apôtres, 
Pierre était marié ; on affirme cependant quelques pages plus loin 
(p. 324), que Philippe avait pris une épouse à Bethsaïde. La critique 
moderne n'attribue pas à saint Matthieu la traduction grecque du pre- 
mier Évangile dans le sens indiqué (p. 328 et 437). Le jugement si 
catégorique, porté sur Gléophas (p. 80-81 et 92), repose sur une base 
bien faible. Ces critiques de détail n'enlèvent rien au mérite général 
de l'ouvrage ; elles ne nuiront pas à son succès, puisque l'édition popu- 
laire que nous annonçons, est arrivée à son septième mille. Cette édi- 
tion ne contient ni les gravures ni les appendices de l'édition origi- 
nale (Voir Polybiblion, t. LXXVI, p. 113). 

9. — Le Jésus-Christ du R. P. Didon ayant été annoncé comme 
devant réconcilier la science et la foi, M. de Villeneuve espérait y 
trouver des concessions à l'esprit public de notre siècle. Déçu dans 
son attente, il en a conclu que le christianisme romain n'a plus rien 
de nouveau à offrir à l'humanité et qu'il fallait le remplacer par « un 
christianisme ouvert à toutes les bonnes volontés », fusionné avec la 
religion naturelle, par « le christianisme rationaliste que fonda Jésus 
de Nazareth. » Dans une brochure qu'il réédite, ce réformateur exa- 
mine le Credo du P. Didon, qu'il trouve incapable de répondre aux 
doutes de la raison humaine. Il attendait une démonstration de la 
divinité de Jésus, et on lui demande un acte de foi. Afin de l'éviter, il 
ressasse contre la véracité des Évangélistes et contre les preuves de la 
divinité de la religion chrétienne les objections que tous les adversai- 
res du christianisme ne cessent de répéter et qui ont été maintes fois 
réfutées. Les néo-chrétiens rationalistes de notre siècle finissant ont 
déjà, semble-t-il, une édition spéciale des Évangiles, car M. do Ville- 
neuve, parlant de Lazare au tombeau, cite la variante : Jani pitlet, Joan. 



— 2(JU — 

XI 39, qu'on ne lit que dans deux manuscrits latins. Mais avant de 
chercher à remplacer le catholicisme romain, ils feront bien d'en étu- 
dier les bases critiques plus sérieusement que ne Ta fait, dans sa bro- 
chure d'annonce, leur porte-parole plus ou moins autorisé. 

10. — M. de Visme a réuni Deux Éludes sous le titre commun: Quelques 
traits du Jésus de l'histoire. La seconde, première en date et 
selon l'ordre logique, est une Etude critique sur Une Nouvelle o Vie de 
Jésus .» Elle a paru, de 1896 à 1898, en articles détachés dans le Chris- 
Hanisme au xix® siècle, journal prolestant de Paris. L'auteur y a cri- 
tiqué, au fur et à mesure de leur publication, les trois volumes de 
M. Stapfer: Jésus-Christ, sa personne, son autorité, son œuvre. Gomme 
l'ouvrage discuté, la critique a trois parties : 1° Jésus-Christ avant so7i 
ministère ; 2° Jésus-Christ pendant son ministère; 3'^ La Mort et la résur- 
rection de Jésus. Elle est saine et judicieuse, ferme autant que rai- 
sonnée, et si nous avions à prendre parti, nous serions le plus souvent 
du côté du contradicteur. Nous ne pourrions approuver aussi pleine- 
ment l'autre étude, qui est à la fois historique et exégétique et qui est 
intitulée : Ce que Jésus a pensé de sa mort. C'est un rapport présenté 
le 18 avril 1899 aux Conférences pastorales générales de Paris. Le rap- 
porteur a repris l'examen d'une question déjà débattue dans l'étude 
critique de la Nouvelle Vie de Jésus. M. Stapfer prétend que Jésus n'a 
pas donné à sa mort la signification et l'importance qu'elle a eues aux 
yeux des premiers chrétiens. Sur ce point comme sur plusieurs autres, 
il y a antithèse entre la foi de Jésus et la foi en Jésus. Loin d'avoir 
prévu et voulu sa mort pour le salut des hommes, Jésus s'est bercé 
d'abord de l'espoir illusoire de la conversion du peuple juif et de l'éta- 
blissement du ro3^aume de Dieu en Israël. Ce ne fut qu'au printemps 
de l'an 29, lorsqu'il eut perdu sa popularité en Galilée après avoir 
refusé d'être roi, qu'il comprit l'issue fatale de son ministère. Même 
alors et jusqu'au dernier moment, il ne renonça pas à tout espoir de 
succès temporel; il crut pouvoir entrer par la mort dans son règne 
messianique. M. de Visme estime avec raison que cette interprétation 
est en contradiction formelle avec les textes des Évangiles et il prouve 
que,dès le début, Jésus a été en butte à l'hostilité des Pharisiens et 
que la mort a été de sa part prévue, acceptée et voulue par obéissance 
à la volonté de son Père. Sa réfutation est solide et à certains endroits 
éloquente. Malheureusement, l'explication de quelques textes est dis- 
cutable. De plus, l'auteur joint à d'anciennes docirines protestantes, 
sur la foi justifiante, par exemple, et sur la Gène qui n'est, selon lui, 
qu'un repas symbolique et commémoratif, des vues très modernes sur 
la divinité de Jésus. Jésus n'est pas Dieu, il est seulement Maître et 
Rédempteur, et s'il a pu se dire à juste titre Fils de Dieu, c'est à cause 
de sa sainteté parfaite qui lui donnait conscience de son union intime 



i 



— 201 — 

et filiale avec Dieu. Cette brochure est intéressante, surtout en ce 
qu'elle manifeste nettement la diversité de vues qui existe aujourd'hui 
sur les points les plus importants du christianisme en tre les théologiens 
protestants français. 

11. — Depuis quelques années, les critiques se sont beaucoup 
occupés du livre des Actes. On est curieux de constater quelle position 
le P. Knabenbauer dans son Commentarius in Actus Apostolorum éprise 
au milieu des opinions contradictoires qui ont vu le jour. Il s'appro- 
prie le jugement que M. Blass a porté récemment sur l'authenticité de 
ce livre, son exactitude historique et la couleur locale de ses récits, et 
il remarque, non sans malice, qu'un philologue a rappelé les théolo- 
giens protestants au sentiment de la vérité historique. Quant à la date 
de la rédaction, il trouve probantes les raisons que Belser a fait valoir 
et il la place peu après l'an 62. Il mentionne simplement, sans l'appré- 
cier, l'opinion qui, pour expliquer la brusque terminaison du livre, 
suppose que saint Luc voulait aujouter aux Actes un troisième ouvrage. 
Dans la question des sources, il s'écarte des critiques dont il rapporte 
les hypothèses. Selon lui, saint Luc, témoin oculaire d'une bonne 
partie des faits et ayant vécu avec les témoins oculaires des autre?, 
n'a eu qu'à rappeler ses propres souvenirs. Il n'est pas toutefois impro- 
bable que les discours de saint Pierre et de saint Etienne avaient déjà 
été mis par écrit avec les faits qui les accompagnent. M. Blass a, d'ail- 
leurs, remarqué qu'ils ne sont nullement un artifice de rhétorique. Les 
Wirstûcke, ou passages dans lesquels l'auteur emploie la première per- 
sonne du pluriel, ne constituent pas un document à part que le der- 
nier rédacteur aurait inséré dans sa compilation, car le rédacteur 
passe à la première personne de façon à se présenter lui-même comme 
témoin, et il n'y a pas lieu de suspecter son témoignage. Après 
quelques pages sur la chronologie des événements, le P. Knabenbauer 
examine l'état du texte et reconnaît l'existence de deux recensions 
des Actes, l'une plus étendue et moins soignée, l'autre abrégée et plus 
correcte. Il signale à ce sujet, mais sans l'adopter, l'opinion de 
M. Blass suivant laquelle les deux recensions seraient l'œuvre de saiut 
Luc à des états différents, l'une le brouillon, l'autre l'édition définitive. 
(Voir Pohjbiblion, t. LXXXII, p. 203). Il regarde cependant comme 
primitives plusieurs leçons du codex D qui est le représentant prin- 
cipal de la première recension. Le commentaire lui-même échappe à 
l'analyse. On y trouvera une foule de renseignements utiles, et nous 
ne saurions trop en recommander la lecture à quiconque veut étudier 
les Actes des Apôtres. 

12. — Pour faire suite à Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa vie et ses ensei- 
gnements, M. l'abbé Fretlé a voulu écrire dans l'Apôtre saint Paul un 
livre d'histoire. Nous ne lui reprocherons donc pas l'absence de piété 



— 2U2 — 

el d'édification, ni môme l'insuffisance de l'élémenl doctrinal dans la 
vie du gniiui i>rédicaleur et du profond théologien que fut Paul. On nous 
préseule une biographie, examinons l'œuvre du biographe. Nous avons 
le regret de dire qu'elle pèche contre les règles les plus élémentaires 
de la critique historique. Elle n'est pas éclairée et dirigée par l'œil de 
la chronologie. Les dates de la vie de saint Paul ne sont pas rattachées 
dans un système suivi. De là, d'énormes anachronismes. Ainsi, la 
discussion sur les observances légales du judaïsme est attribuée à l'iu- 
Iluence de Cérinlhe, qui ne parut que plus tard ; répilreauxÉphésiens 
est séparée' de sa sœur jumelle, la lettre aux Golossiens, et reportée à 
la dernière période de l'activité apostolique de saint Paul. De plus, le 
biographe ne discute pas la valeur des sources ; il puise à pleines 
mains partout où il trouve des renseignements sur son héros. Les 
légendes les moins fondées lui plaisent; cela suffit, il les affirmera avec 
la môme certitude que les faits rapportes dans les Actes ou les 
Épîlres. Nous ne relèverons pas les erreurs de détail; elles se multi- 
plient sous la plume de M. l'abbé Fretlé. Il faudrait signaler encore des 
singularités, par exemple les pages consacrées à l'art de tuer les bes- 
tiaux dans les boucheries juives à propos des interdictions de l'assem- 
blée de Jérusalem. Il restera donc aux lecteurs à faire un sage discer- 
nement de ce qu'il y aura à retenir et de ce qu'il y aura à rejeter de 
l'ouvrage de M. Fretté. 

13. — Les deux épîtres de saint Paul aux Corinthiens contiennent 
d'importants renseignements sur les faits et les circonstances qui ont 
provoque leur rédaction et leur envoi. Ces faits bien compris projettent 
une vive lumière sur l'histoire intérieure de la communauté chrétienne 
de Corinthe. Malheureusement, à cause de la distance des temps, 
quelques-uns restent obscurs et ont donné lieu à des explications bien 
différentes. Dans sa récente étude : Faulus und die Gemeinde von Korinth, 
M. Rohr a soumis ces faits et leurs interprétations à un examen très 
attentif et à une discussion serrée, quoique un peu touffue. Il a succes- 
sivement exposé l'introduction du christianisme à Corinthe, la consti- 
tution et l'organisation de cette église, les dons spirituels ou charismes 
qui s'y manifestaient, les dispositions morales des fidèles et les divisions 
intestines qui s'y produisirent. Bien des problèmes intéressants sont 
posés el résolus dans ces pages; bien des hypothèses sont disculées. 
Signalons en particulier l'exposition et la discussion sur les événements 
survenus dans l'intervalle des deux lettres, le baptême pour les morts, 
la glossolalie et les partis qui prétendaient se rattacher directement à 
Jésus-Christ. En lisant cette étude, on se rendra exactement compte 
de la diversité des vues émises à ce sujet. 

14. — Mgr Rahmani, patriarche syrien d'Antioche, vient de publier 
un document liturgique et canonique d'une haute antiquité : Testa- 



— 203 — 

mentum Domini nostri Jesu CItristi, dans une version syriaque, faite 
en 687 sur l'original grec par Jacques d'Édesse. Le savant prélat en 
avait d'abord trouvé un seul manuscrit récent à la bibliothèque métro- 
politaine des Syriens catholiques, à Mossoul. Le document y forme les 
deux premiers livres de YOctateicque cléme7itln, recueil de canons apos- 
toliques en huit livres. Une partie en avait été publiée en 1836 par de 
Lagarde d'après un manuscrit syriaque de la Bibliothèque nationale 
de Paris, le Sangermanensis 38, du viii» siècle. Venu en Europe pour 
publier sa découverte, Mgr Rahmani en a trouvé au Musée Borgia, 
à Rome, un autre manuscrit syriaque et une traduction arabe, faite 
sur un manuscrit copte. On connaît aussi l'existence d'une version 
éthiopienne en plusieurs copies à Paris et à Londres. Enfin, un fra- 
gment d'une ancienne traduction latine avait été publié par M. James. 
C'est à l'aide de ces ressources critiques que le savant prélat a édité le 
Testament de !S'otre-Seigneur. Il a reproduit le texte du manuscrit de 
Mossoul, en indiquant en notes les variantes des autres manuscrits et 
de la version arabe, l'a traduit en latin et a fait précéder son 
édition de prolégomènes, qui font honneur à son érudition. Le 
vénérable éditeur, après avoir décrit son manuscrit et indiqué 
les autres documents dont il s'est servi, a présenté au public l'ouvrage 
qu'il rend à la lumière, a cherché à déterminer ses rapports avec des 
documents analogues, son âge et sa pairie, et enfin a traité en sept dis- 
sertations les points les plus importants du contenu du Testament. 
Les spécialistes ont déjà discuté et contesté quelques-unes des conclu- 
sions de Mgr Rahmani. Nous nous bornerons à les résumer. Il est bien 
évident d'abord que nous avons affaire à un apocrj^phe, que le Testa- 
ment ne contient pas les instructions authentiques que Notre-Seigneur 
aurait données après sa résurrection à ses Apôtres et qui auraient été 
mises par écrit par Jean, Pierre et Matthieu. Suivant un procédé fré- 
quemment employé dans l'antiquité, l'auteur, en attribuant à son livre 
cette origine, a voulu seulement former un cadre pour son tableau de 
droit ecclésiastique, ou tout au plus revendiquer pour ce droit une 
autorité apostolique. Mgr Rahmani le croit antérieur aux Canons 
apostoliques qu'il rapporte au iii^ siècle et qui en sont un résumé, au 
huitième livre des Constitutions apostoliques qui dérive des deux écrits 
précédents, et aux Canons de saint Hippolyte qui sont, à ses yeux, 
une compilation postérieure et mal agencée. Ces conclusions préparent 
la fixation de l'âge. Mais, par une série d'observations particulières, 
l'éditeur détermine par approximations successives la date du Testa- 
ment. Sa composition est antérieure à la paix de l'Église, puisqu'on 
prie pour l'empire païen et qu'il est question des persécutions. Ce qui 
est dit de l'élection et de la consécration desévéques place la rédaction 
avant le commencement du iv« siècle. Certains points, tels que le 



— 204 — 

silence sur les pénitents, la prééminence donnée aux veuves sur les 
diaconesses, la préséance des lecteurs sur les sous-diacres, la durée du 
jeûne pascal réduite aux deux jours du Vendredi saint et du Samedi 
saint, nous ramènent avant le milieu du iii« siècle. Enfin de nombreux 
détails qu'il serait trop long de mentionner ici nous reportent au 
ii« siècle. Quant à la patrie du document, il faut la chercher en Syrie 
l)lutôt qu'en Egypte. Les conclusions de Mgr Rahmani sur la haute 
antiquité du document ont déjà été fortement ébranlées. Plusieurs 
critiques sont tombés séparément d'accord pour rabaisser l'ensemble 
de l'ouvrage dans son état actuel jusqu'au milieu du iv« siècle, et pour 
reconnaître aussi l'emploi de sources plus anciennes. Des études plus 
approfondies diseerneront les documents auxquels le rédacteur de 
l'apocryphe a puisé et fixeront l'antiquité relative des détails qu'il a 
fait entrer dans sa compilation. Quoi qu'il en soit, le Testament deNotre- 
Seigneur, s'il n'est pas dans son ensemble aussi ancien qu'on l'avait 
annoncé, n'en reste pas moins, en raison de son contenu, un monument 
de la plus haute importance. lie premier livre débute par un morceau 
eschatologique dans lequel Jésus expose longuement les signes et les 
prodiges précurseurs de la fin du monde et fait le portrait de l'Antéchrist. 
Il traite ensuite des lieux de culte, de la forme des églises et de l'habita- 
tion du clergé. Tous ces détails semblent bien postérieurs à l'ère des 
persécutions. Dans la partie liturgique, on trouve d'abondants détails 
sur l'ordination de l'évêque et ses fonctions, sur le sacrifice eucharis- 
tique qu'il offre les samedis, les dimanches et les jours de jeûne seulement 
et durant lequel il donne aux fidèles une instruction mystagogique pour 
leur faire mieux connaître l'Eucharistie. Les cérémonies de cette messe 
sont anciennes avec ses prières diaconales et l'ordre de la communion. 
Les seules fêles mentionnées sont, avec le Jeudi saint, celles de l'Epi- 
phanie, de Pâques et de la Pentecôte. La célébration du sacrifice était 
précédée d'un office présidé par l'évêque et appelé la « louange de l'au- 
rore » ; on y récitait des prières et on y chantait des psaumes et des can- 
tiques. Il est question ensuite des prêtres, des diacres, des confesseurs, 
des veuves, des lecteurs, des sous-diacres, des vierges de l'un et de 
l'autre sexe, enfin des fidèles qui ont reçu les dons de guérison, de 
science ou des langues. Le second livre contient les prescriptions rela- 
tives à l'admission dans l'Église, à l'instruction des catéchumènes, au 
baptême de Pâques qui se fait par une triple immersion dans les eaux 
courantes. On y a ajouté des règles concernant les heures des offices, la 
visite des malades et la sépulture. Ce résumé incomplet laisse deviner 
la richesse de renseignements que les théologiens, les historiens et les 
critiques pourront puiser dans ce document, spécialement pour la 
liturgie et le droit ecclésiastique. Sa publication sera certainement le 
point de départ de nouvelles recherches et découvertes. Il faut donc 
remercier Mgr Rahmani de l'avoir entreprise et menée à si bonne fin. 



— 205 — 

15. — Gomme Supplément au Vocabulaire de Vangélologie ("Voir 
Polybiblion, t. LXXX, p. 196-197), M. Moïse Schwab vient de décrire et 
d'analyser le Ms. no 1580 du fonds hébreu à la Bibliothèque nationale. 
Ce manuscrit reproduit un ouvrage cabalistique de Moïse Zacuto, juif 
d'Amsterdam^, né au commencement du xvii* siècle. Ce n'est pas l'ori- 
ginal, mais une copie fidèle transcrite au xvm® siècle par un érudit 
cabaliste, disciple plus ou moins immédiat de Zacuto, peut-être 
Abraham ben Joseph Alneqar. Le disciple a ajouté à l'œuvre du maî- 
tre de notables additions, soit des explications, soit de nouveaux numé- 
ros. Divers indices révèlent qu'il était mi-partie Allemand, mi-partie 
Arabe, au moins par l'éducation. L'ouvrage est rédigé par ordre alpha- 
bétique. Sous chaque lettre de l'alphabet, l'auteur a rangé à peu près 
régulièrement divers termes cabalistiques dont il donne l'explication, 
des noms d'anges uu de démons avec des formules d'invocation pour 
obtenir certains effets déterminés. M. Schwab a publié ce qui lui a 
paru le plus intéressant et le plus saillant dans ce recueil. Citons 
quelques exemples. Pour bien prêcher, on dira les initiales du Ps. 
XXXIII, 6. Pour dormir, récitez quarante-deux fois le verset 49 du cha- 
pitre XXIV de la Genèse, en vous couchant sur le côté gauche. Pour 
conjurer une morsure de chien enragé, on pilera des noix avec de 
l'ail et l'on mettra l'amalgame bien comprimé sur la plaie jusqu'à gué- 
rison. Il y a plusieurs recettes pour réussir dans le commerce et de 
nombreux remèdes contre les maux de dents. Enfin, ce qui donne à ce 
manuscrit une supériorité sur ses semblables, c'est qu'il reproduit les 
caractères mystiques avec leur désignation alphabétique, eu particu- 
lier les caractères « à lunettes » figurés sur certaines amulettes. 

E. Mangenot. 



GÉOGRAPHIE ET VOYAGES 

1. Atlas universel de géographie, commencé par Vivien de Saint-Martin et continué 
par Fa. Schrader. Carte n» 22 : Italie septentrionale. Paris, Hachette, 1900, in- 
t'olio, 2 fr. — 2. Carte des communications télégraphiques, par Henri Mager 
I liibliotheque de l'Expansion coloniale française), supplément à la Revue co- 
loniale française, n» du 15 janvier 1900, Ofr. 30. — 3. Les Colonies françaises, 
par Paul Gaffarel. Paris, Alcan, 1899, in-8 de h-564 p., 5 fr. — -i. L'Expansion 
coloniale. Deuxième partie. Possessions des puissances européennes en Asie et en 
Océanie {Encyclopédie populaire illustrée du XX» siècle). Paris, Société fran- 
çaise d'édition d'art, L.-Iienry May, 1899, in-12 de 1G9 p., 1 fr. — 5. Vingt- 
deux mois de campagne autour du monde. Journal d'un aspirant de manne, 
par Ift comte He.nrv de Mentiion. Paris, Pion et Nourrit, 1900, in-i2de iii-3l3 p., 
3 fr. 50. — (3. Au seuil de l'Europe. Finlande et Caucase, par Pierre Morane. 
Paris, Pion et Nourrit, 1900, in-12 de vii-287 p., 3 fr. 50. — 7, Trois mois de 
chasse sur les cotes d'AWanie, par Emile Lafont. Paris, Pion et Nourrit, 1899, 
in-12 de 292 p., ■'» fr. — 8. Les Pyrénées françaises, par Gksa Darsi-zv. 
Paris, Schleiclier, 1899, in-18 de 192 p., 1 fr. — 9. Les Merveilles de l'Espagw, 
par Artuur Uonnot. Abbeviile, Paillart, s. d., in-8 de 320 p., 3 fr. 25 — 10. 



— 206 — 

Impressions d'Ibérie, par André Petitcoli.n. Paris, Pion et Nourrit, 1899, in-12 
de 270 p., 3 fr. 50. — 11. Vers l'Occident. Nord du Maroc, Andalousie, Lis- 
bonne, par A. Dhy. Paris, Pion et Nourrit, 1899, in-12 de 304 p., 3 fr. 50. — 12, 
L'État indépendant du Congo. Notice descriptive par Jos.-M.-G. Lotens, Alost, de 
Seyn Verhoiigslraote, 1899, in-8 de 104 p. — 13. Die Kiliniandsc/iaro-Bevol- 
kerung. Anlhropologisches iind Ellinogruphisches ans dem Dsckaggalande ^ 
von A. Wii.E.NMANN. Gotha, Perthe-s 1899, in-4 de ix-104 p., 8 fr. 75. — 14. 
En Escale, par André Bellessort. Paris, Perrin, 1900, in-12 de viii-311 p., 3 fr. 50. 
— 15. Le Tour rf M sic, par Marcel Mon.mer.ï. ][. L'Empiredu Milieu. Paris, Pion 
et Nourrit, 1899, in-8 de .373 p., 5 fr. — 16. L'Année' carlographigue. Supplément 
annuel à toutes les publications de géographie et de cartographie, dressé et rédigé 
sous la direction de F, Schrader. 9" supplément. Paris, Hachette, 1900, in-folio, 
3 fr. 

Pour être un peu plus abondante que celle de l'année dernière, la 
production récente, en fait d'ouvrages de géographie ou de voyages, est 
loin d'être considérable, étant donné surtout qu'aucun livre vraiment 
important n'a paru en celte matière au moment des étrennes. Y aurait- 
il, par hasard, un moindre intérêt, dans le grand public, pour les faits et 
gestes de nos explorateurs ou de nos soldats ? Demanderait-on aux 
écrivains plus de connaissances scientifiques et moins de littérature, 
ou plutôt moins de bavardage ? Je crois bien que ni l'une ni l'autre de 
ces causes n'explique cette stagnation, à laquelle nous applaudirions 
si nos éditeurs se décidaient à publier moins de fatras, et à exiger des 
auteurs des livres plus sérieux, et moins délayés. Avant les étrennes, 
on ne s'occui)e que d'elles ; après, on attend le moment, où vers le prin- 
temps, chacun commence à songer à l'été et à se préocuper de ce qu'il 
emportera, en fait de livres, au bord de la mer ou dans les montagnes, 
en villégiature dans tous les cas. Aussi le printemps est-il le moment 
de l'année où se publie, en France, le plus d'ouvrages de géographie 
et de voyages, alors qu'il en paraît fort peu aux autres époques de 
l'année. Quoi qu'il eu soit, que vaut ce peu ? et aussi, que valent les 
trop rares publications étrangères adressées au Polybibllon dans les six 
derniers mois ? 

1.— Depuis un semestre, la maison Hachette n'a publié qu'une feuille 
nouvelle du bel Allas universel de géographie commencé naguère par 
Vivien de Saint-Martin et continué par M.Fr.Schrader. Cette feuille, le 
no XXII, est relative à l'Italie septentrionale et vient compléter la carte 
d'Italie dont la feuille de l'Italie méridionale avait déjà paru antérieu- 
rement. Pour la rédaction de cette belle œuvre, dont la topographie a 
été dessinée par M. le colonel F. Prudent, on ^ eu recours aux diffé- 
rentes cartes de l'État-major italien, et surtout aux cartes topogra- 
phiques aux échelles de I/IOOOOO, 1/50 000 et 1/23 000. Voilà donc 
encore un pays d'Europe dont la carte est terminée; prochainement ce 
sera le tour de l'Europe centrale, dont la feuille Sud-Ouest ne doit 
pas larder à paraître. 

2. — La question des câbles est à l'ordre du jour depuis que de 



— 207 — 

récents événements ont montré l'usage que les Anglais en savent 
faire pour leur plus grand profit, et au réel dommage de leurs adver- 
saires. Voilà pourquoi M. Henri Mager a publié un intéressant planis- 
phère sur lequel il a eu soin de figurer les principales lignes de 
Communications télégraphiques lrsinsocéa.mques et continentales. Rien 
de plus instructif à étudier que cette carie ; rien qui montre mieux 
l'esprit pratique et prévoyant de l'Angleterre, l'isolement où les colonies 
françaises seraient de la mère-patrie en temps de guerre maritime ; 
rien qui fasse aussi bien comprendre l'urgence de l'exécution des pro- 
jets récemment étudiés par notre gouvernement. Mais pourquoi 
M. Mager ne marque-t-il pas Kerguélen comme possession française ; 
et, par cootre, pourquoi prolonge- t-il la Guyane française jusqu'à 
l'Amazone ? 

3. — Bien qu'elle ne constitue pas un livre nouveau, la sixième 
édition de l'ouvrage de M. Paul Gaffarel sur les Colonies françaises 
mérite d'être signalée ici. On y trouve en effet sur les territoires de 
rOubangui un chapitre entier qui complète les études de l'auteur sur 
nos possessions dans l'Afrique équatoriale ; on y trouve également 
une géographie résumée de l'Annam et du Tonkin qui n'existait pas 
dans les éditions précédentes. Ajoutons que M. Gaffarel a eu soin de 
poursuivre jusque vers le milieu de l'année 1899 l'histoire de chacune 
de nos colonies, et qu'il a ajouté différentes indications nouvelles à 
presque toutes les bibliographies placées en tète de ses divers chapitre.'^. 
Voilà en quoi la sixième édition des Colonies françaises diffère de la 
cinquième, publiée en 1893. Mais M. Gaffarel devrait bien ne pas se 
borner à tenir chaque tirage nouveau de son livre au courant des 
événements contemporains ; nous souhaiterions le voir en entre- 
prendre un jour une révision complète, donner à sa bibliographie une 
allure plus rigoureusement scientifique et eu écarter de courts articles 
de peu de valeur (par exemple l'article d'H. Bionne sur la Guyane) 
pour les remplacer par de meilleures références (citer le travail de 
M. Daubigny sur les origines de la question de Terre-Neuve, publié 
à la fin de son Choiseul et la 'France cCoutre-mer, etc.), combler ses 
lacunes historiques (il n'est pas soufflé mot du commerce français sur 
les côtes du Gabon au xviii» siècle), rectifier les indications erronées 
(Coligny n'a pas été le premier inspirateurde l'entreprise deVillegaignon 
auBrériil; ce n'est pas en 1720 qu'a eu lieu l'expédition envoyée à la 
recherche de l'Eldorado dont il est question p. 241). Cette révision est 
d'autant plus nécessaire que le livre de M. Paul Gaffarel est le meil- 
leur ouvrage publié jusqu'à présent sur l'histoire de nos possessions 
d'outre-mcr. 

4. — Les reproches que j'ai naguère adressés au premier volume 
de l'Expansion coloniale publiée dans ÏEncyclopcdie populaire illustrée 



— 208 - 

(/u xx" siècle, il me faut, à mon vif regret, les répéter encore aujour- 
d'hui au sujet de la seconde partie de l'ouvrage, relative aux possessions 
des puissances européennes en Asie et en Océanie. On y trouve des 
erreurs historiques, comme celle-ci : a c'est en 1604 que les Français 
parurent dans l'Inde » (p. 80), — de géographie historique comme 
cette autre (p. 23) que les Hollandais ont exploré « le vaste pourtour » 
de l'Australie, — ou encore de fâcheuses impropriétés d'expression. 
Voici par exemple ce qu'on lit page 22 : t à l'intérieur [de l'Australie], 
pays de sécheresse, le sol ne porte plus que de maigres buissons ; 
c'est le pays des pâturages. L'Australie occidentale n'est qu'un vaste 
désert. » Telle qu'elle est, la bibliographie qui suit certains articles, 
— on ne sait pas pourquoi certains autres n'en ont point, Aden par 
exemple — est bien défectueuse ; pourquoi, au sujet de la Nouvelle- 
Calédonie (p. 40), ne pas citer le travail bibliographique de Léon Vallée, 
et, au sujet des Nouvelles-Hébrides (p. 69), celui du D"" Douvillé? Pour 
Java, l'aduiirable atlas de Verbeck et Fennama n'est pas cité (p. 87). 
Enfin l'orthographe des noms propres aurait besoin d'être soigneuse- 
ment révisée, et dans les bibliographies, et sur les cartes, où j'ai lu, 
ici (p. 81) baie de Kouang-Tchao, alors que le texte parle (p. 90) de la 
baie de Koua7ig-Tchéoii, ailleurs (p. 112), Djiboulil, là (p. 147) Moréa 
au lieu de Mooj'e'a. Il est vraiment malheureux que „ce petit ouvrage 
bien conçu, soit fait trop vite; autrement, que de services il eût pu 
rendre ! 

5. — C'est un véritable journal, écrit chaque soir par un aspirant de 
marine et notant fidèlement ses impressions quotidiennes, que le 
volume du comte Henry de Menlhon iutitulé: Vingt-deux mois de cam- 
pagne autour du monde. A deux points de vue, ce livre est intéressant: 
parce qu'il est écrit avec charme, avec sincérité, avec jeunesse, et 
aussi parce qu'il décrit certains pays de l'Océanie tels qu'ils étaient il 
y a douze ans, à la fin de 18S7 et en 1888. Nouméa, les Nouvelles- 
Hébrides, Taïti, les Iles sous le Vent, voilà les points dont il est surtout 
question dans le journal du comte Henry de Menlhon, et avec des 
détails vraiment précis, — trop précis peut-être sur l'absence de mora- 
lité des Taïtiennes, — avec une réelle connaissance de ces pays : le 
FoZfa n'a-t-il pas séjourné deux fois à Nouméa, à Taïti ? n'a-t-il pas fait 
pendant six mois un blocus aux lles-sous-Ie-Vent ? A certains égards, 
il 3' a déjà bien des modifications apportées à ce que raconte avoir vu 
M. le comte Henry de Menlhon ; raison de plus pour lire avec soin cet 
aimable ouvrage, plein de patriotisme (Cf. p. 50-51), mais écrit parfois 
d'une plume inexpérimentée, d'où il résulte qu'on peut mal en inter- 
préter ceriains passages (v. p. 79 ce qui est dit de Dumont d'Urville); 
raison de plus aussi pour noter ce que son auteur rapporte sur les 
colonies françaises de l'Océanie, et sur les Nouvelles-Hébrides, qui 



— 209 — 

devraient aussi nous appartenir intégralement. En vérité, voilà un 
livre de géographie qui présente déjà un très sérieux intérêt historique. 

6. — C'est du Seuil de l'Europe que nous partirons aujourd'hui 
pour faire notre promenade autour de l'Ancien Monde, — le seul sur 
lequel nous ayons reçu des ouvrages spéciaux, — c'est-à-dire de 
pays qui dépendent actuellement de l'Empire russe, mais que les 
géographes du xviii® siècle, pour qui l'Europe s'arrêtait au Dniester, 
eussent franchement placés en Asie. M. Pierre Morane a visité la Fin- 
lande et le Caucase, non pas en voyageur scientifique, mais en tou- 
riste et en observateur ; il y a ressenti des impressions très vives en 
présence de magnifiques paysages, et y a observé, ici des manifesta- 
tions d'une vie nationale intense, là des traits de mœurs très caracté- 
ristiques. Il ne sait pas seulement bien voir, il sait encore bien écrire 
et traduire de manière pittoresque ce qu'il a éprouvé ; il sait également 
compléter par l'étude ce qu'il a lui-même observé au cours de ses 
voyages, et fondre artistement le tout. De là l'intérêt de ses articles du 
Correspondant ; de là aussi l'intérêt de Finlande et Caucase. Il faut y 
lire son étude sur « le grand-duché de Finlande » qui met rapidement 
le lecteur français mal renseigné au courant de la question finlan- 
daise ; il faut y lire surtout ses curieux chapitres sur les Arméniens 
du Caucase et les sectaires russes dans la même contrée. Est-ce à dire 
qu'on doive négliger le travail relatif aux Géorgiens du Caucase, ou 
même la description de différents aspects du pays ? Nullement ; 
nous engageons même tout lecteur du livre de M. Jean Carol sur 
les Deux Routes du Caucase à voir ce que dit M. Pierre Morane du mo- 
nastère du Nouvel Athos (p. 93-100). La note n'est pas tout à fait la 
même, et je ne serais pas surpris que le dernier de ces deux voya- 
geurs fût le plus exactement renseigné. 

7. — Il est beaucoup question de chasses aux bécassines et aux 
sangliers dans le volume de M. Emile Lafont intitulé : Trois mois de 
chasse sur les côtes d'Albanie ; mais il y est fort peu question de géo- 
graphie. Ne cherchez, dans ce carnet d'un chasseur convaincu, ni une 
description générale de Corfou, ni des traits ethnographiques curieux 
et vraiment caractéristiques, ni une idée d'ensemble des côtes de 
l'Albanie ; il n'est guère question de rien en dehors du terrain parcouru 
par les chasseurs,— ce terrain est d'ailleurs minutieusement décrit, — 
des exploits cynégétiques de M. Lafont et de ses compagnons, de leurs 
déceptions et des menues aventures qui leur sont arrivées en mer 
ou sur les côtes albanaises. Ni Corfou (que M. Lafont écrit Corfiï, je ne 
sais pourquoi), ni Santi-Quaranta, ni Moumousbey, ni Livilazza, ni 
Prévezza, ne lui fournit matière à une de ces descriptions pittoresques 
comme on aime à en trouver parfois dans les récils de touristes sans 
prétention ; à peine si nous pouvons y noter (p. 2'i9) une rectification 

Mahs 1900. T. LXXXVIII. li. 



— 1!1U — 

intéressante aux données courantes sur la ville de Buthrotc ; partout 
•ailleurs, les r.ircs digressions de M. Lafont manquent de per- 
sonnalité et semblent empruntées à des guides assez peu précis. 
Il est vrai qu'en revanche nous savons exactement le nombre de san- 
crliers tués ou manques dans telle ou telle chasse par M. Lafont et par 
ses compagnons ; mais est-ce bien là une compensation ? 

8. — Le livre de M. Gésa Darsuzy sur les Pyrénées françaises fait 
partie d'une collection d'ouvrages de vulgarisation que nous aime- 
rions t voir plus soigneusement rédigés. Pour être vraiment instruc- 
tifs, ces jolis petits volumes devraient être impeccables ; ce n'est guère 
leur cas, malheureusement, et ce n'est certainement pas celui des Pyré- 
nées françaises . On y trouve beaucoup de bavardages (1' « Avant-pro- 
pos», en particulier, qui résume très rapidement « toute la trame delà 
vie préhistorique » p. 6.-14 est fort inutile) et, par contre, beau- 
coup de lacunes ; c'est ainsi que nous n'avons trouve nulle part ce 
qui était l'introduction obligée du volume : des indications précises 
sur la place des Pyrénées dans le relief général de l'Europe, et sur 
leur caractère extérieur et semi-africain. Aucune mention non plus 
du curieux contraste que présentent les deux versants des Pyrénées, 
le versant espagnol et le versant français ; sur le problème, encore 
sans solution définitive, des sources de la Garonne, sur la question 
du progrès ou du recul des glaciers pyrénéens, mutisme complet; 
sur les intéressants lacs du pays, si bien étudiés par M. E. Belloc, 
presque rien. Il serait facile de prolonger l'énumération de ces 
fâcheuses lacunes, comme aussi de critiquer l'ordre alphabétique 
adopté par l'auteur dans son chapitre sur les villes d'eaux (cha- 
pitre X), sa singulière chronologie préhistorique (p. 13} et histo- 
rique (p. 104), etc. N'insistons pas trop toutefois sur les imper- 
fections de ce petit livre, et reconnaissons qu'il contient de bons 
et intéressants passages ; si, d'autre part, il y manque une carte des 
Pyrénées, l'illustration en est très soignée et vraiment instructive. 
On aura un réel plaisir à regarder les gravures de ce volume, qui 
appelle comme suite, un livre aussi bien illustré et un peu plus appro- 
fondi sur les Pyrénées espagnoles. 

9. — Ne cherchez pas, dans les Merveilles de l'Espagne,de M. Arthur 
Bonnot, la moindre description de celte partie des Pyrénées; ce sont les 
villes, et surtout les sanctuaires renommés qui intéressent l'auteur de ce 
volume. Les intentions en sont excellentes ; mais pourquoi faut-il 
que nous n'ayons à louer que des intentions? Ni l'introduction, ni 
l'aperçu géographique, ni les descriptions, ni l'esprit même de ce livre 
ne nous ont plu ; M. Bonnot n'y semble-t-il pas, à plus d'une reprise, 
exaller la superstition espagnole aux dépens de la religion éclairée, et 
ne qualifie-t-il pas (p. 213) de « goùl un peu janséniste » notre respect 



— 211 — 

scrupuleux des coavenaaces dans les fêtes religieuses ? On y trouve 
avec regret, des plaisanteries d'un goût douteux, celle-ci par exemple: 
« Appelons donc, si vous voulez, Cadix la ville blanche, et disons que 
Zola, ennemi de la blancheur, n'ira pas y habiter t (p. 221), — et des 
expressions triviales comme la suivante : « Manifestement, les rois 
arabes visaient à imiter le paradis et à. se fourrer dedans .9 (p. 2oo) ; — 
on y relève encore des digressions interminables et des conversations 
factices qui tiennent beaucoup trop de place. L'introduction n'est déjà 
qu'une longue digression, où il est question des voyageurs égolistes, 
des voyageurs pédants, de l'érudition sujette à caution des cicérones 
et même (j'en demande pardon à mes lecteurs) de pieds de cochon, 
mais à peine de l'Espagne ; nous n'en avons retenu qu'une seule 
phrase, et la voici : « Nous avons assez de livres qui eussent été meil- 
leurs en pages blanches .» Excellente pensée, dont M. Bonnot ne s'est 
pas suffisamment inspiré I Autrement l'ouvrage délayé en 320 pages 
eût été réduit à 80, et il y eût singulièrement gagné! Alors il eût pu 
rendre service aux personnes avides de s'instruire, dont parle quelque 
part l'auteur. 

iO. — M. André Petitcolin a-t-il bien fait d'intituler son livre : 
Impressions d'Ibérie? Nous ne le pensons pas. Un pareil litre semble 
promettre des impressions de voyage sur toute la péninsule, ou du 
moins sur sa majeure partie ; M. Petitcolin ne nous parle que d'une 
petite partie du littoral ibérique, des rivages du golfe de Gascogne, et 
des côtes les plus septentrionales baignées par l'Océan Atlantique 
même. Vigo, Orense, Porto, Coimbre, la Gorogue, Lugo, Gijon, Oviedo, 
Santona, voilà les étapes de notre touriste, qui, sur son yacht Béniguet 
est revenu visiter un littoral où l'attirait « le souvenir lumineux du 
pays et de l'accueil » M. Petitcolin aime les provinces septentrionales 
de l'Espagne ; on le sent à la façon dont il parle de leurs beautés pitto- 
resques et leurs habitants; il a moins apprécié les Portugais de Porto 
(p. 72-79). A-t-il tout à fait tort ? Je n'userais pas l'affirmer, 
l'auteur me semble, par contre, ne pas comprendre comme il convient 
la grandeur du sacrifice de la vie cloîtrée (p. 223-224); mais il faut le 
lui pardonner, pour avoir dépeint comme il l'a fait la figure de la supé- 
rieure bretonne du couvent de Santoiïa (p. 236-242). Gomme elle, que 
de religieuses françaises font aimer et respecter leur pays «en répan- 
dant la lumière du bienfait ! » On ne saurait trop se lasser de le 
montrer, et M. Petitcolin a bien fait d'en fournir une preuve nouvelle 
dans ce livre aimable et sincère, sorte de journal de bord, auquel 
manque malheureusement une carte des côtes visitées par le Bcnigucl. 
11.— Tandis que M. Petitcolin dépeint les rivages septentrionaux 
de la péninsule ibérique, c'en est au contraire la partie méridionale 
que décrit M. A. Dry dans son volume Vers l'Occident. Nous avons lu 



avec un réel plaisir, et sa description de Lisbonne, et son appréciation 
des souverains du Portugal ; nous avons aussi lu avec profit ce que 
dit de l'Andalousie cet écrivain, qui a beaucoup voyagé, beaucoup vu 
el beaucoup retenu. On trouve en effet, dans les impressions de voyage 
deM. Dry des comparaisons intéressantes et le plus souvent fort justes; 
on y trouve aussi parfois des jugements politiques ou autres aux- 
quels, par contre, il nous est difiicile de souscrire. Est-il bien vrai, 
par exemple,que depuis cinquante ans le Portugal se développe, et qu'il 
n'ait presque pas d'histoire (p. 301) ? El M. Dry n'est-il pas bien sévère 
d'autre part, pour le clergé espagnol (p. 232-234) dont il me semble 
vouloir, dans le sud, restreindre singulièrement le rôle (p. 136-137). 
N'exagère-t-il pas en faisant de M. Frédéric Masson un type d'histo- 
rien, et en comparant le travail des historiens de Christophe Colomb à 
celui de cet écrivain [p. 235). Pourquoi faire une critique à M. Brune- 
tière d'avoir parlé de la faillite de la science, faillite indéniable pour 
qui ne considère qu'un certain côlé, celui-là même visé par l'écrivain 
(p. 300] ? Il me serait facile d'allonger cette liste d'observations; j'aime 
mieux reconnaître que tout ce qu'a écrit M. Dry à propos du Maroc 
septentrional, de Tanger, de Tétouan, de Ceuta est indiscutable et 
absolument exact; il faut lire avec grand soin cette partie de son 
volume, en particulier les considérations qu'il a, au chapitre IV, énon- 
cées sur le Maroc. 

12. — A quelle catégorie d'ouvrages appartient exactement le livre 
deM. Jos.-M.-G.Lotenssur l'JÉfaf indéfendant du Conyo? Nous sommes 
assez embarrassé pour le dire. Ce n'est pas seulement une notice 
descriptive, puisqu'on y trouve, pour débuter, des notes sur la traversée 
d'Anvers à Matadi, sur le mal de mer et les îles Canaries, sur les 
premières villes du Congo belge et sur la route des caravanes entre 
la Loufou et Léopoldville; ce n'est pas non plus un simple récit de 
voyage, puisqu'à partir du chapitre IV le livre prend un aspect didac- 
tique qu'il conserve jusqu'à la dernière page. Il y a là un défaut 
évident de composition, que rachètent l'abondance et la préci- 
sion des informations sur l'État indépendant du Congo. Sans aucun 
doute, M. Lotens aurait dû donner à sa notice même une meilleure 
disposition, parler de la géographie générale par exemple (ch. VI) 
avant de parler du climat (ch. IV) et de la richesse du pays (ch. V) ; 
mais il a vraisemblablement tenu à prouver dans tout son ouvrage un 
égal dédain de la composition, pensant qu'il lui suffisait de fournir 
sur le Congo belge des détails nombreux et exacts, d'insérer aussi un 
certain nombre de bonnes illustrations dans son texte. Ce sont là, sans 
aucun doute, de réelles qualités, auxquelles il convient de rendre 
justice ; mais il ne faut cependant pas mépriser le reste et négliger 
de composer un ouvrage. 11 ne faut pas non plus pousser la 



— 213 — 

fantaisie jusqu'à dire, comme M. LoLens, à propos des habitants 
des Canaries, que a l'Espagnol est toujours quelque peu traître et bri- 
gand » (p. 13), ou négliger par trop le style, comme notre auteur 
le fait parfois (p. 41, par exemple) ; un ouvrage de valeur y perd tou- 
jours, et c'est le cas pour le livre de M. Lolens, dont nous recomman- 
dons néanmoins la lecture. 

13. — Le travail de beaucoup le plus sérieux et le plus intéressant 
dont nous avons à parler aujourd'hui est celui que le D^ A.Widenmann 
vient de publier dans les célèbres cahiers supplémentaires (Ergnnzun- 
gen] des Petermanns MiUeilunqen sur les populations du Kilimandjaro 
(die Kilimandscharo Bevôlkerung). C'est au cours de son séjour comme 
médecin de la station allemande de Moschi que le D"" Widenmann 
a réuni les matériaux qui lui ont permis de rédiger son importante 
monographie anthropologique et ethnographique, dont une foule de 
dessins très précis et de croquis d'après nature, ainsi que de fort belles 
photographies, fournissent, — si l'on peut ainsi parler, — la documen- 
tation figurée. C'est aux Djaggas qu'est consacré le travail du D"" Wi- 
denmann ; d'abord cet auteur en étudie minutieusement l'anthropo- 
logie physique et (pour employer son expression) psychique, puis il en 
fait avec la même scrupuleuse fidélité et le même souci du détail la 
description ethnographique. Deux appendices, l'un consacré aux ha- 
bitants du mont Mérou (Wamerous, Waarouschas), l'autre donnant 
l'inventaire des collections zoologiques et botaniques rapportées par le 
D^ "Widenmann terminent ce remarquable travail, qui est la première 
monographie spéciale consacrée à une race particulière de l'Afrique 
orientale. J'aurais souhaité, pour ma part, qu'un croquis vînt préciser 
avec toute la rigueur désirable la situation géographique des Djaggas, 
et complétât les indications sommaires fournies à cet égard par l'auteur 
au début même de son ouvrage ; j'aurais souhaité encore savoir si les 
Djaggas des environs de Moschi sont les descendants de ces « Jagas 
anthropophages » placés pard'anciens cartographes (tels que Guillaume 
de l'Isle) en plein centre de l'Afrique équatoriale, à l'est du royaume 
de Makoko. Mais j'aurais mauvaise grâce à chicanerie D"" Widenmann 
sur ces deux points ; mieux vaut proclamer hautement le mérite de 
son étude. «Il n'est rien de plus difficile et de plus rare qu'une obser- 
vation bien faite », a écrit naguère Fuslel de Coulaugcs à propos du 
problème des origines de la propriété foncière, en parlant des relations 
des voyageurs ; si le grand historien avait lu la monographie du D' 
"Windenmann, il s'en fût certainement déclaré de tout point satisfait. 

14. — C'est avec plaisir que nous avons relu en volume les articles 
que M. André Bellessorl avait publiés naguère dans la Revue des Deux 
Mondes sur les différentes étapes de son voyage de Marseille au Japon. 
Port-Saïd, l'île de Ceylan, Singapour, Saigon, Hong-Kong, Macao, 



— 214 — 

Ginton, Manille, voilà les dilTéreuls points qu'il décrit dans son 
livre intitulé ; En Escale, avec un grand charme. Gomme im- 
pressions de voyage, il est impossible de demander mieux ; tout ce 
qui sort de la plume de M. Bellessort est si bien écrit et a une note si 
personnelle ! Les traits caractéristiques des civilisations disparues, et 
aussi les traits les plus saillants des peuples contemporains sont 
toujours mis par lui en vigoureux relief, mais jamais peut-être M. 
Bellessort n'a été plus heureux que dans son appréciation du caractère 
tagal. On lira avec l'intérêt le plus vif la troisième partie du volume : 
Une semaine aux Philippines, et on approuvera certainement le « Post- 
scriptum >, tout en s'élonnant un peu de la naïveté que montre 
M, Bellessort à l'égard des Américains des États-Unis (p. 307). Qu'il 
aille donc les voir, en revenant du Japon, et qu'il apprenne à con- 
naître tous les contrastes que présente ce peuple, ses admirables qua- 
lités comme ses immenses défauts. 

15. — Les mêmes qualités d'observation et de style, de finesse et 
d'exactitude, que nous avons signalées naguère dans le premier volume 
du Tour d'Asie de M. Marcel Monuier, nous les avons retrouvées avec 
plaisir dans le second volume, relatif à VEinpire du Milieu. Plusencore 
que le livre consacré à la Cochinchine, à l'Annam et au Tonkin, il faut 
lire celui-là,dont l'intérêt actuel est peut-être plus considérable encore 
et qui, depuis ses premières pages relativesau Japon «inconnu,» c'est- 
à-dire au Japon non visité par les touristes, abonde en renseignements 
précieux, en remarques à la fois instructives et caractéristiques. Et 
tout cela est dit avec tant de bonne grâce, de naturel et de charme, 
sans prétention, sans apprêt, sans effort! M. Marcel Monnier a le grand 
talent de faire croire à ses lecteurs qu'ils savent déjà ce qu'en réalité 
ils apprennent de lui pour la première fois. Puis il entremêle ses des- 
criptions, toujours vivantes et exactes, de charmantes histoires comme 
celle de la fiancée perdue, ou de légendes comme celles de Yen-Lo- 
Wang et de la belle Kouan-Yin, et il arrive ainsi à faire de la relation 
de son voj'age en Asie un récit à la fois très instructif et très amu- 
sant. Commenctz par regarder avec soin les gravures qui illustrent ce 
beau volume, puis lisez-le lentement, ou plutôt savourez-le ; il en vaut 
vraiment la peine. 

De cette revue des livres récemment publiés, se dégage-t-il une 
conclusion ? Oui, sans doute, et qui a déjà été formulée plus d'une 
fois: c'est que le Français aime à décrire les paj's qu'il a visités, à ra- 
conter ce qu'il a vu, mais n'observe guère que le côté pittoresque des 
choses. Quant au côté scientifique, documentaire, ne vous avisez pas 
de le lui demander ; le plus souvent, il ne comprendra pas. Pour un 
Marcel Monuier qui sait faire des observations et des levés en cours de 
route, que de simples globe-trotters ! C'est chez les Allemands qu'il 



— 215 — 

faut aller chercher les ouvrages vraiment scientifiques ; leur i 
rite est indéniable à cet égard. Si nos auteurs écrivent des oj 
qui se lisent, les leurs en font qui restent. / 

16. — Nous venons de recevoir, — et nous tenons à signaler dès sa 
publication, — le dernier fascicule de V Année cartographique. On sait 
quel est le but de cet excellent recueil : tenir au courant des princi- 
pales explorations contemporaines les atlas ou les géographies que 
chacun possède dans sa bibliothèque. Le neuvième fascicule, conte- 
nant les modifications géographiques et politiques de l'année 1898, a, 
dans sa planche consacrée à l'Afrique, une carte particulièrement in- 
téressante, donnant l'itinéraire de la mission E. Gentil, entre l'Ouban- 
gui et le Tchad ; signalons aussi, dans la planche relative à l'Asie, 
de curieuses cartes de Formose, d'Haï-nan et du Tibet ; et pour l'Amé- 
rique, de remarquables tracés de la Patagonie-Argentine (région 
andine) et d'une partie de l'Amérique centrale. Mais ne pourrait-on 
mettre d'accord l'orthographe du texte et celle des planches ? La baie 
de Kouan-Tcheou est appelée, à l'allemande, baie de Kouang-Tchao 
sur la carte ; — pourquoi ? Henri Froidevaux. 



THEOLOGIE 

Œuvres iny<«tique8 du bienheureux Suso, de l'ordre des 
Frères Prèelieurs. Traduction nouvelle par le P. G. Thiriot. Paris, 
LecoUre, 1«99, 2 vol. in-12 de 303 et 443 p. — Prix : 6 fr. 

Le bienheureux Henri Suso, né à Constance {1300-1365), est avec 
Tauler l'élève le plus illustre de Maître Eckart et peut-être le repré- 
sentant le plus orthodoxe de l'école mystique allemande du xiv° siècle. 
On sait l'importance de celle école, que le.s protestants et les rationa- 
listes s'eflorcent d'opposer à la grande École traditionnelle, pour la 
rattacher au panthéisme platonicien. En effet , Maître Eckart, le fondateur 
de cette école, a laissé dans ses écrits les germes d'erreurs dangereuses, 
surtout du panthéisme et du quiétisme. Peut-être, toutefois, faut-il ne 
voir que de simples exagérations oratoires dans certaines expressions 
destinées à marquer l'union intime de l'àme avec Dieu ; et l'on peut 
dire avec le P. Denifle qu'Eckart n'a été ni panthéiste ni quiétiste, 
bien que le pape Jean XXII ait condamné vingt-huit propositions 
extraites de ses œuvres. Lui-même, d'ailleurs, a reconnu ses erreurs. 

Quoi qu'il en soit, on ne saui-ait acquiescer aux insoutenables pré- 
tentions des premiers réformateurs — Luther, Mélanchlon, Flaccus 
lUyricus — qui, affectant d'opposer la mystique à la scolaslique, se 
réclament des mystiques allemands comme de leurs ancêtres. 

La présente traduction des œuvres du bienheureux Suso (béatifié 



— 216 — 

par Grégoire XVI) est faite d'après la savante édition allemande publiée 
par le P. Deuifle, bibliothécaire du Vatican. Elle contient quatre traités. 
D'abord la Fie, qui se divise en deux parties : la première est une 
simple autobiographie ; la seconde un traité de spiritualité. On y voit 
les effrayantes mortifications auxquelles il se livra de dix -huit à 
quarante ans. Les prolestants n'ont vu là que l'exaltation d'une imagi- 
nation maladive. Suso leur a répondu d'avance : « Il est écrit qu'au- 
trefois parmi les Pères du désert quelques-uns menèrent une vie d'une 
sévérité inhumaine et incroyable, tellement que, de notre temps, 
quelques hommes efféminés ne peuvent en entendre parler sans en 
éprouver de l'horreur. Ils ne savent pas ce qu'une piété ardente, aidée 
de la force divine, peut faire et souffrir pour Dieu » [Vie chap. 37). 

Puis vient le Livre de la Sagesse éternelle, le plus lu en Allemagne 
au XIV* et au xv« siècle. Là, Suso laisse voir tout son cœur débordant 
d'amour. Le but de toute sa vie, c'est aimer la Sagesse éternelle, la 
faire aimer des autres, et rallumer l'amour divin dans le cœur de 
ceux qui l'avaient laissé s'éteindre. Et c'est à l'école du Calvaire, dans 
des peintures d'un réalisme effrayant, que l'on trouve les grandes et 
sublimes leçons de la Sagesse. 

Le Livre de la Vérité, troisième partie, est, au jugement du P. Denifle, 
le plus difficile à comprendre des traités de mystique du moyen âge. 
Toutefois il ne s'agit de mystique qu'au sens très large, par où l'on 
désigne parfois certaines doctrines, plutôt scolastiques, relatives à la 
Trinité, à la nature divine, à l'union de l'âme avec Dieu. Ce livre a dû 
être écrit peu après la mort d'Eckart (1327), et l'influence de son ensei- 
gnement s'y fait encore trop sentir. 

Le quatrième traité s'appelle le Petit Livre des Lettres : c'est surtout 
une sorte de traité de direction, car chaque lettre a trait à un état 
d'âme particulier. 

A la fin de sa Préface, le traducteur exprime le vœu que « délaissant 
enfin la mystique sentimentale de l'époque actuelle, on en revienne 
aux vieilles écoles mystiques du moyen âge, qui ont produit le Livre 
de la Sagesse et Vlmitatiofi dont la doctrine est sûre et solide, et en 
particulier à l'école mystique allemande, si peu connue et, par le fait, 
si peu appréciée » (Préface-fin). B. G. 



SCIENCES ET ARTS 

lia Femme d'après saiut Ambroise, par Henriette Dagier. 
Paris, Amat; Bruxelles, Société belge de librairie, 1900, in-12 de iv-339 p. 
- Prix : 3 fr. 50. 

Le docte et pieux évêque de Milan a été l'objet de bien des études. 
Nous signalons volontiers aux lecteurs et aux lectrices du Polybiblion 



— 217 — 

ce nouveau livre, écrit sans prétention littéraire aucune, et destiné à 
nous montrer saint Ambroise sous un jour sinon nouveau du moins 
spécial. « Il y a à glaner pour tous dans ses enseignements ^, nous dit 
Mm« H. Dacier, qui, après avoir esquissé à grands traits la vie du saint, 
nous décrit d'une façon charmante ses rapports avec les femmes de 
son époque, sainte Solheris, Marcelline, Ambrosie et l'impératrice 
Justine, ce qui lui donne l'occasion de faire l'histoire des menées 
ariennes. Le but principal de cet ouvrage se trouve dans les deux 
dernières parties, où l'auteur, s'inspirant des écrits de l'illustre doc- 
teur, nous montre l'idéal de la femme chrétienne, soit jeune fille, soit 
vierge consacrée à Dieu, soit épouse, soit mère, soit veuve. Que de 
grandes et belles leçons, trop oubliées à noire époque, et pourtant tou- 
jours actuelles, on retirerait de la lecture attentive des œuvres de 
révoque de Milan ! Pour terminer, M™e Dacier nous présente quelques 
femmes de l'Écriture, dont le caractère a été interprété par saint 
Ambroise dans ses Commentaires sur la Bible ou dans ses Homélies 
au peuple milanais. Nous croyons que ce livre peut faire beaucoup de 
bien, et nous le souhaitons de tout cœur avec M^^ H. Dacier, qui n'a 
pas eu d'autre ambition en le composant. G. Bernard. 



li'Edueation des jeunes filles. Instructious, aTÎs, con- 
seils, d'après M"» de Maintenon, par le R. P. Hibercier. Paris, Téqui, 
1899, in-12 de xx-348 p. — Prix : 3 fr. 

Depuis deux ou trois ans, on a beaucoup disserté de l'éducation des 
jeunes filles, et nos lecteurs ont sans doute souvenir de deux ou trois 
livres passablement aventureux où l'américanisme avait imprimé for- 
tement sa marque. Sans aller si loin, nous avons eu en France des 
institutrices de haut mérite, que les éducatrices d'aujourd'hui auraient 
intérêt à consulter davantage. M'"^ de Maintenon est l'une des plus 
éminentes, et c'est pourquoi le P. Libercier, lui-même très au courant 
de ces questions de par une longue expérience, a pensé qu'en formant 
un recueil des pages où la fondatrice de Saint-Cyr a traité de l'éduca- 
tion des filles, il ferait un livre à la fois très intéressant et très utile; 
il ne s'est pas trompé. Son livre nous paraît appeler à rendre de très 
grands services aux congrégations enseignantes et aux instilutricts 
chrétiennes. Tout n'est pas de la main de M'"® de Maintenon dans 
ce livre, car beaucoup d'extraits sont empruntés aux Méitioires et 
Entreliens rédigés par des religieuses de Saint-Cyr, mais ces rédac- 
tions ont été soumises à M""' de Maintenon et approuvées par elle, 
en sorte qu'on est bien sûr d'y voir un reflet exact de ses pensées. 
A nous donc de savoir profiter des leçons de cette haute intelligence 
servie par une longue expérience qui leur donne un très grand pri.K, 



— 218 — 

A coup sûr, personne ne s'est entendu mieux qu'elle dans l'art diffi- 
cile de former une jeune fille « sérieuse, résignée, sensée, droite, pure, 
courageuse, capable d'èlre épouse, digne d'être mère. » Et c'est à quoi 
le livre du P. Libercicr aidera les mères et les institutrices chré- 
tiennes. 

Le P. Libercier dit, dans son intéressante préface, que la Corres- 
pondance générale publiée par Lavallée comprend dix volumes. Ne 
fait-il pas erreur? Je n'en connais que quatre volumes, et je crois bien 
que les six autres n'ont jamais été publiés... malheureusement. 

Ed. Pontal. 

Du IJycée au couvent, par le P. Joseph Burnighon, S, J. Paris, 
Retaux, 1900, iu-12 de vi-345 p. — Prix : 3 fr. 50. 

J'avais déjà lu avec un grand intérêt dans les Etudes où ils avaient 
d'abord paru, les articles qui composent ce recueil : je viens de les 
relire, et j'y ai trouvé un très grand plaisir. Le P. Burnichon écrit bien, 
d'une « écriture » fine, aisée, coulante, vraiment agréable à lire : de 
plus il connaît fort bien les questions dont il parle, et sa polémique 
est empreinte d'une modération qui est la force même de la raison. 
Peut-être le titre choisi cette fois n'est-il pas très heureux, car il n'est 
pas suffisamment compréhensif, et n'annonce pas tout ce que contient 
le livre. Sans doute on y parle du Lycée dans une étude sur la Question 
de Renseignement secondaire en 1898, c'est la première du livre, et du 
Couvent dans l'étude, c'est la dernière, sur l'Enseignement secondaire 
des jeunet; filles. Le titre dit donc, ou à peu près, le point de départ et 
d'arrivée, mais rien des étapes delà route, la plupart fort instructives 
et même parfois tout à fait charmantes. J'irais même plus loin, car ces 
deux études mômes ne répondent pas exactement au titre qui les 
annonce, étant l'une et l'autre d'une portée plus générale que la 
question du l^'cée et du couvent, puisque c'est toute la question de 
l'enseignement secondaire des jeunes gens et des jeunes filles qui y 
est traitée. Mais laissons cette petite querelle sans importance. Entre 
ces deux études vraiment intéressantes, qui ouvrent et ferment le 
livre, je trouve les Souvenirs et impressions d'un missionnaire, esquisse 
fort piquante de l'enseignement primaire à la campagne en pays 
laïcisé ; deux études pleines de bons sens sur les deux livres tapageurs 
de M. Demolins ayant pour titres : La Supériorité des Anglo-Saxons et 
VEducation nouvelle. Le P. Burnichon a tout à fait raison, mais je 
crois bien qu'il donne trop d'imporlance à ces deux livres, dont l'un 
des principaux mérites est d'avoir été très bien lancés. L'étude sur VÉcole 
du Valenlin est la contre-partie des deux précédentes ; elle montre que, 
sans marcher sur les brisées des Anglo-Saxons, nos éducateurs savent 
;aussi former des hommes. Une vieille question de collège.^ c'est la 



— 219 — 

question du chant religieux au collège, question très pratique à la 
fois et très haute qui sollicite l'altenlion des maîtres chrétiens. Enfin, 
dans une étude sur les Collèges chrétiens, l'auteur répond à une critique 
de Montalembert, qui, dans une lettre mise au jour par la belle étude 
du P. Lecanuet, reprochait aux collèges catholiques de ne savoir pas 
former des hommes. Et c'est tout; mais il me semble que c'est assez 
pour m'auloriser à dire que voilà un bon, un excellent livre, qui 
mérite dans toutes les bibliothèques sérieuses une place de choix. 

Ed. Pontal. 

Traité de la f abricatîou des liqueurs et de la distillation 
des alcools, par P. Duplais aîné. 7' édition entièrement refondue 
par Marcel Arpin et Ernest Portier. Paris, Gauthier- Villars, 1900, 
2 vol. in-8 de viii-613 et de 606 p., avec 1 pi. et 137 fig. dans le texte. — 
Prix : IS fr. 

Le traité de Duplais est connu et apprécié depuis longtemps, comme 
en témoignent six éditions qui ont précédé celle-ci. Mais, ainsi que 
le rappelle l'avertissement de la 7e, si la technique de l'art du fabri- 
cant de liqueurs n'a pas subi de changements importants depuis 
la l^''^ édition de cet ouvrage, il n'en a pas été de même de la fabrication 
des alcools. Une véritable révolution a été accomplie dans nos idées 
sur la fermentation alcoolique et, grâce à l'introduction de la science 
dans l'atelier et dans l'usine, une transformation presque aussi pro- 
fonde s'est produite dans l'industrie de la distillerie. 

Des additions et corrections de détail devenaient donc insuffisantes 
et il a paru nécessaire de refondre entièrement ce qui concerne la 
fabrication de l'alcool. Les nouveaux éditeurs ont pensé, en outre, 
non sans raison, que l'étude de ces procédés devait précéder celle de 
la fabrication des liqueurs; c'est pourquoi ils ont transposé les deux 
parties de l'ouvrage et, contrairement à l'ordre primitif, encore rappelé 
dans le titre, le tome premier est consacré aux alcools, le second aux 
liqueurs. 

Nous dirons peu de choses de ce dernier. Non seulement il donne 
une infinité de recettes pour les liqueurs les plus diverses, ainsi que 
pour les fruits à l'eau-de-vie, les conserves, les vins de liqueur, les 
eaux et boissons de gazeuses, mais il fait connaître au préalable 
les matières premières qui y entrent ainsi que les procèdes et appareils 
de fabrication, ces derniers représentés par d'excellentes figures. On y 
trouve aussi les détails nécessaires sur l'installation du laboratoire, 
sur les machines les plus modernes employées pour la filtration, 
l'embouteillage, etc. Un dictionnaire des principales piaules et drogues 
et un recueil des lois et règlements sur la matière, rendront do grands 
services. 

Le premier volume offre un caractère à la fois plus scientifique et 



— 220 — 

d'un ordre technique plus élevé. Il présente les développementslesplus 
complets d'abord sur les alcools et leurs dérivés et sur l'alcoométrie, puis 
sur les matières sucrées et amylacées, qui sont la matière première de 
la préparation des alcools. Vient ensuite la question des fermentations 
dont l'exposé n'occupe pas moins de 120 pages. C'est la partie la plus 
originale de cette nouvelle édition. Elle est traitée d'après les travaux 
les plus récents. A signaler notamment un article sur les races de 
levures qui intéressera les viticulteurs, les fabricants de cidre et de 
bière, tous ceux, en un mot, qui s'occupent de la fermentation alcoo- 
lique. — Un chapitre spécial est consacré aux fermentât ions secondaires, 
c'est-à-dire aux fermentations acétique, lactique, butyrique et autres, 
ainsi qu'à la production des moisissures, phénomènes dont quel- 
ques-uns, le premier notamment, sont quelquefois provoqués et 
utilisés, mais qu'en tout cas il faut connaître pour savoir les éviter 
quand ils sont nuisibles. — La distillation en général, la fabrication 
des eaux-de-vie, des alcools de betteraves, de topinambours, de mé- 
lasses, de grains, de pommes de terre, l'épuration et la rectification 
des flegmes, occupent les neuf derniers chapitres. 

On sait l'importance que ces industries ont prise depuis quelques 
années ; on sait les efforts que fait l'agriculture pour se créer de nou- 
veaux débouchés en utilisant ses produits à l'état d'alcool pour le 
chauffage, l'éclairage, la production de force motrice. En joignant à 
cela ce que nous avons dit à propos des fermentations, on comprend 
sans peine l'immense portée des questions abordées dans ce volume. 
Elles n'y sont pas épuisées, assurément ; les questions de prix de 
revient notamment ne sont pas traitées. L'exposé technique très bien 
fait n'en sera pas moins fort utile à beaucoup de lecteurs. 

La question de l'alcoolisme ne pouvait être passée sous silence. Après 
avoir comparé sous le rapport de la nocuité les alcools de diverses 
provenances, les auteurs concluent que les différences [qu'ils présen- 
tent sous ce rapport, pour réelles qu'elles soient, ne sont cependant 
que des nuances, et que la véritable cause de l'alcoolisme, c'est l'alcool 
lui-même; ils terminent par cette phrase de M. Duclaux qui résume 
on ne peut mieux la question : « les seules boissons hygiéniques 
sont celles dont on n'abuse pas. » 

Terminons sur celte sage maxime, en signalant seulement aux 
auteurs l'erreur de date d'une note de la page 264 (1867 au lieu de 1897) 
qui déconcerte le lecteur. E. Daram. 



Encyclopédie théorique et pratique des connaissances 
civiles et militaires. Paris, Fanchon, s. d., en livraisons in-4. 

L'Encyclopédie théorique et pratique des connaissances civiles et mili- 
taires poursuit régulièrement la publication, bientôt achevée, de son 



i 



— 221 — 

Cours de construction ; cette œuvre, sous une forme simple, élémen- 
taire, exempte de fatras faussement scientifique, renferme, à propos des 
industries les plus communes, des aperçus élevés que les savants et 
les théoriciens liront avec le plus grand fruit ; et je crois que, pour 
quelqu'un qui n'est pas un industriel de profession, l'Enryclopédie de 
M. Fanchon est la meilleure préparation à une étude un peu sérieuse 
de l'Exposition de 1900 : nous ne saurions trop la recommander à cet 
égard ; il est inutile de répéter quel profit y trouvent journellement 
les chefs d'industrie, les ingénieurs, les conducteurs des ponts et 
chaussées, les chefs d'ateliers, les ouvriers qui n'ont reçu qu'une 
bonne instruction primaire, et pour lesquels elle a spécialement été 
écrite ; de nombreuses figures, des tableaux schématiques, des 
exemples développés, des croquis, et, ce qui est plus rare, une com- 
paraison impartiale, minutieuse et toujours au courant des décou- 
vertes entre les industries françaises et les industries étrangères, en 
font pour ce dernier public une œuvre unique et de premier ordre. 

Le Traité de l'exploitation des mines, par MM. H. Kuss, ingénieur 
en chef au corps des Mines, directeur de l'École des maîtres mineurs 
de Douai, et L. Fèvre, ingénieur au corps des Mines, comprend déjà 
une vingtaine de livraisons (environ 300 pages) ; il débute par un 
aperçu de géologie minière, qui remplacerait de gros traités ; donne 
quelques renseignements sur l'exploration et la recherche des mines 
et se continue par un long chapitre sur les sondages ; de nombreuses 
figures montrent les derniers types d'appareils, et des tableaux numé- 
riques les prix de revient. 

Du Traité de peinture en bâtiment et de décoration par MM. E. Bou- 
dry, architecte, et L. Chauvet, artiste peintre décorateur, anciens 
élèves de l'École nationale des beaux-arts, le premier chapitre (Des 
Matériaux) du livre 1*^'' (De la Peinture) est seul achevé ; un historique 
le précède, prenant la peinture depuis les temps les plus reculés : à 
l'appui, de nombreuses figures et des planches en couleur (une par 
livraison) d'après le procédé aux trois couleurs si heureusement per- 
fectionné par l'Encyclopédie, forment un superbe musée portatif à un 
prix plus que minime. 

En même temps se publie le Métré de ce traité, par M. A. Gendrou 
aîné, métreur spécialiste en peinture, vitrerie, tenture, décoration, etc. ; 
cette seconde partie du traité est plus avancée que la première ; le 
métré de la peinture en bâtiment et de Ja décoration est achevé ; et 
M. Gendron a abordé le métré de la vitrerie : des planches en couleur 
illustrent aussi chaque livraison. 

La Décoration à Iravei-s les âges, par M. G. Tubeuf, est une merveille 
artistique ; le texte contient de très précieux rensci^jnemeuts sur la 
décoration ancienne et la décoration des pays étrangers ; mais ce qui 



— 222 — 

rehausse la beauté de cet ouvrage, ce sont les planches en couleur 
(toujours par le môme procédé) qui l'accompagnent : ce sont des des- 
sins originaux de M. Tubeuf, représentant des intérieurs hindous, 
japonais, arabes, chinois, français, des règnes de Louis XIV ou de 
Louis XVI, flamands, italiens de la Renaissance, etc. Et, au milieu du 
texte, d'autres figures complètent l'impression d'ensemble donnée par 
la vue de ces magnifiques planches. 

Le traité de : Métré et attachements de terrasse, maçonneries, carre- 
lage et ciments, par M. E. Mourel-Maillard, métreur spécialiste, atta- 
cheur, comprendra deux parties : terrasse, puis maçonneries, carrelage 
et ciments. Le Métré de terrasse n'est pas encore achevé : il indique 
la classificatiou des fouilles, donne des exemples de métrés de fouilles 
accessibles ou inaccessibles au tombereau, de fouilles en rigoles ou de 
fouilles de puits, et se terminera par des épuisements d'eau, blin- 
dages, étais, nivellement du sol et tranchées. J. W. 



LITTERATURE 

Cirammaire allemaude, par P. Joseph Valès, S. j. Lyon, 10, rue 
Sainte-Hélène, 1900, in-8 de ii-134 p., cartonné. 

Cours d'exercices allemauds gradués pour les conimeu- 
çauts, 1" partie, par le même. Lyou, ibid, 1900, in-8 de xvi-271 p., car- 
tonné. 

Je viens de parcourir attentivement la grammaire allemande et les 
exercices gradués correspondants que le P. Joseph Valès, de la Com- 
pagnie de Jésus, a édités à Lyon. Elle a un grand mérite, cette gram- 
maire : elle est claire et relativement courte. Il semble que l'auteur a 
appliqué pratiquement son enseignement avant de l'exposer théorique- 
ment. S'il m'est permis de faire une réserve, je demanderais volontiers 
à quoi sert, dans nos écoles, cette division de la grammaire allemande 
en lexicologie et en syntaxe, quand on ne veut approfondir ni l'une ni 
l'autre? Toute la partie intéressante de la syntaxe pouvait être donnée 
à la suite de la lexicologie de chaque partie du discours; d'autant plus 
que celte soi-disant syntaxe n'est souvent qu'un complément des 
formes lexicologiques. Je regrette d'autre part que les règles de la 
construction soient rejetées à la fin de la lexicologie. La première 
chose, en allemand, c'est de savoir placer les mots dans l'ordre voulu 
par la langue : impossible autrement de construire la moindre propo- 
sition. Je sais bien que beaucoup de grammairiens français suivent 
ce même ordre ; il n'en est pas moins irrationnel de parler en dernier 
lieu d'une chose qu'il faut connaître dès l'abord. Ajouterai-je que j'ai 
trouvé une certaine confusion dans le tableau synoptique des déclinai- 
sous ? Après avoir défini ce qu'il faut entendre par déclinaison forte, 



— 223 — 

faible ou mixte, ne vaut -il pas mieux exposer les déclinaisons d'après 
le genre des noms? La clarté y gagnerait assurément. Je félicite l'au- 
teur d'avoir eu le courage de nous donner une grammaire qui ne soit 
pas trop curieuse, comme disait Fénelon : c'est le grand écueil des 
grammaires allemandes, et je n'en connais que deux ou trois qui aient 
su l'éviter : celle-ci est du nombre. 

Les exercices gradués qui correspondent à la grammaire forment un 
volume séparé ; ils sont pratiques et suivent le cours grammatical pas 
à pas. Gomme d'ailleurs il se trouve un vocabulaire en lOie de chaque 
exercice, l'élève apprendra avec chaque règle de grammaire un certain 
nombre de mots nouveaux. Ces exercices sont d'ailleurs d'une très 
grande facilité et peuvent être mis entre les mains des débutants : 
nous attendons, pour les classes supérieures, une seconde partie 
d'exercices que l'auteur nous promet. L. Mensch. 



Folk-Iiore catalan. liégendes du Rousisillon, par Hobacb 
Chauvbt. Paris, Maisonneuve, 1879, in-12 de 110 p. — Prix : 2 fr. 50. 

Il y a quelques années, M. Maspons y Llabros publia à Barcelone : 
£Z/Î07i£/a/Zaire recueil de contes récollés en Catalogne. C'est un petit 
pendant à ce volume que nous donne M. Horace Chauvet, rédacteur de 
V Indépendant des Pyrénées-Orientales ; cette contribution au folk-lore 
catalan lui a été fournie, non par l'Espagne, mais par le Roussillon. 
M. Chauvet y a trouvé une trentaine de légendes, dix-huit fantastiques, 
treize religieuses et six de genres divers. On rencontre là un conte de 
Peau d'Ajie qui ne ressemble en rien à celui de Perrault, mais qui rap- 
pelle un récit du Rondallaire. Une légende sur les feux de la Saint-Jean 
en usage partout et qui ont tant occupé le savant Liebrecht; une 
légende de saint Martin que le grand poèteVerdaguer a redite dans son 
Canigo, une jolie légende de Jésus mendiant que l'on retrouve dans 
une romance portugaise, une chanson provençale et de bien d'autres 
côtés. Sous le nom de ia5eiieSa?nmon(/e, nous reconnaissons la tragique 
histoire du troubadour Gabestaing, qui semble une copie du sire de 
Goucy, histoire d'un cœur mangé parcelle qui le faisait battre d'amour. 
On aurait à ce sujet une interminable liste de références : elle remon- 
terait jusqu'à Hérodote qni donne le menu d'un ail'rcux repas de ce 
genre (livre XIX). Sur Roland, M. Chauvet a recueilli quelques légendes 
dont j'aurais été charmé de profiler quand je m'occupais de ce person- 
nage considéré dans la tradition populaire [Revue des questions histo- 
riques^ octobre 1895). 

M. Chauvet regrette de n'avoir pu laisser ces récils dans leur langue 
imagée et sonore, mais c'eût été trop restreindre le nombre de ses lec- 



leurs. Ceux d'entre eux qui comprennent le catalan en trouveront, du 
reste, d'assez nombreux passages dans ce petit volume. 

POGaïAUlDO. 

liaCridtiada. Vida de Jésus nuestro Senor,poT elP.FR\.Y DIEGO DE HojEDA, 
Dominico. Ediciou monumental dedicada à Léon XIII. Barcelona, L. Gon- 
zalez y G», 1900, in-fol. de 510 p. toutes richement et artistiquement 
encadrées avec 32 chromolithographies à pleine page, grandes lettres 
ornées, etc. — Prix : Broché, IGOfr. ; reliure artistique, mais sans dorures, 
200 fr. ; idem avec dorures, 210 fr. 

Les principales nations de l'Europe sont fieras à bon droit de posséder 
dans leur trésor littéraire un ou plusieurs poèmes épiques relatifs soit 
aux actions d'éclat d'un béros national, soit aux mystères de la religion. 
L'Espagne catholique et cbevaleresque par toute son histoire ne pou- 
vait manquer de revendiquer cette gloire pour elle. Aussi a-t-elle pro- 
duit un certain nombre de poèmes épiques, entre lesquels deux brillent 
d'un éclat particulier, celui du Cid, comme poème national, et celui de 
la Cristiada, comme poème religieux. Ce dernier vient d'être l'objet 
d'une édition artistique et monumentale, sur laquelle je désire appeler 
un moment l'attention. 

La Cristiada forme un poème assez analogue au Paradis perdu de 
Milton et à la Messiade de Klopstock; mais le poète espagnol ne doit 
rien k ces deux auteurs, puisqu'ils lui sont postérieurs d'un ou deux 
siècles. On ne peut nier cependant qu'il n'ait eu des devanciers et des 
modèles, tel l'auteur du Christus PaLiens, qu'on a à tort attribué à saint 
Grégoire de Nazianze, tels divers auteurs du moyen âge, tel surtout 
Jérôme Vida, qui lui a fourni au moins son litre. Rien ne prouve tou- 
tefois que l'auteur de la Cristiada ait beaucoup emprunté à aucun de 
ces devanciers, sinon au dernier, et encore l'a-t-il fait ici dans une 
mesure restreinte. Dans tous les cas le sujet est bien mieux délimité 
et circonscrit sous sa plume qu'il ne l'était chez Vida et les autres et 
qu'il ne l'est chez Millon et Klopstock. L'auteur espagnol n'embrasse 
en effet dans ses douze livres que la Passion du Sauveur depuis le 
lavement des pieds, qui fait son début, jusqu'à la Sépulture, qui clôt 
son poème. S'il ne laisse pas, comme ses devanciers et ses successeurs, 
de rappeler la naissance et les principaux événements de la Vie du 
Sauveur, ainsi que sa Résurrection et son Ascension, il ne le fait toutefois 
qu'occasionnellement, et aucun de ces faits n'entre directement dans 
la trame de son poème. 

Nous n'avons qu'un petit nombre de renseignements biographiques 
sur ce poète. Il s'appelait Diego de Hojeda ou Ojeda, et était né à 
Séville. Entré tout jeune dans l'ordre de saint Dominique, il y fit 
d'excellentes éludes, mais ses supérieurs ne tardèrent guère à l'envoyer, 
avec quelques autres religieux, au Nouveau Monde pour y fonder le 



— 225 — 

couvent du Sàint-Rosaire de Lima. C'est là que s'écoula tout le reste 
de sa vie. Il y professa successivement la philosophie et la théologie et 
y remplit aussi les fondions de prieur. A sa mort arrivée en 16l5, il 
laissait plusieurs ouvrages manuscrits, qui n'ont jamais vu le jour, si 
je suis bien renseigné. Quant à la Cristiada, elle avait été éditée à 
Séville en 1611 et formait un in-4 espagnol, ce qui répond à notre in-8 
français. Le poème du P. Hojeda ne parait pas avoir fait beaucoup de 
bruit lors de son apparition. Il n'eut qu'une édition, et Aubert Le Myre. 
qui rédigeait vers 1630 son Auctarium scriptorum Ecclesiaslicorum et y 
englobait les premières années du xvii" siècle, n'y fait aucune mention 
du P. Hojeda et de son poème. Mais on aurait tort d'en conclure que 
la Criiliada était sans mérite. Cet insuccès doit plutôt être attribué aux 
circonstances du temps. La Cristiada paraissait vingt années trop tard, 
je veux dire qu'elle se publiait à une époque où l'étoile de l'Espagne 
avait pâli. Si elle eût vu le jour du vivant de Philippe II, il est pro- 
bable qu'elle eût eu un meilleur sort. Telle est du moins ma conviction. 
On ne saurait donc arguer de cet insuccès relatif pour en révoquer en 
doute le mérite exceptionnel. Bien au contraire, les juges les plus com- 
pétents en pareille matière, Nicolas Antonio, {Biblioteca nuova Ilispahi, 
Madrid, 1883, t. I, p. 289), ïicknor [Histoire de la littérature espagnole, 
traduite par Magnabal (Paris, 1872, t. 3, p. 17 et 18), etc., se plaisent à 
regarder ce poème comme un des joyaux de toute la littérature espa- 
gnole. Telle est aussi l'opinion de M. Rosell qui l'a récemment réédité 
pour la Bibliothèque des auteurs espagnols de Ribadeneyra (Biblioteca 
de autores espanola^ t. XVII. Madrid, 1831. La Cristiada occupe les 
pages 402-501). 

Le grand mérite littéraire de la Cristiada, venant se joindre à l'intérêt 
hors ligne qu'offrait ce sujet pris en lui-même, nous explique pourquoi 
les éditeurs Gonzalez, fidèles à leur noble devise si chrétienne et si 
espagnole : Pro Deo et Patriâ, ont déployé tant de zèle et exposé tant 
d'argent pour donner au public \me édition de la Cristiada, qui ne 
laissât rien à désirer sous tous les rapports, et tournât magnifiquement 
à l'honneur de l'Espagne. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer à cet égard 
dans beaucoup d'autres développements. J'en ai assez dit pour mettre 
suffisamment en lumière le mérite littéraire de la Cristiada. Quelques 
mots avant de conclure sur l'illustration. Celle-ci comprend deux par- 
ties absolument distinctes : l'une est consacrée à l'ornementation pro- 
prement dite du volume, encadrement des pages, têtes et terminaison 
des livres, grandes lettres ornées. Il a été coutié aux artistes catalans 
les plus renommés de l'heure présente, MM. Pellicer, Labarla,Sarra,etc. 
L'autre partie a pour but de résumer en trente-deux tableaux les princi- 
paux épisodes do la vie du Sauveur et d'i-n me lire sous 1rs yeux du lecteur 
une peinture aussi vive et aussi parfaite que possible. C'est pourquoi 
Mars 1900. T. LXXXVIII. 15. 



— 226 — 

les éditeurs ont jugé avec raison qu'il fallait faire appel pour cela 
aux maîtres les plus renommés sans distinction de nationalité, et 
reproduire des copies prises directement sur les originaux. Aussi sur 
viugt-qualreartisles de la Renaissance et de l'époque moderne, auxquels 
ils ont recouru, deux seulement, Murillo et Ribera, sont Espagnols, 
(Velasquez ne figurant avec sa Passion du Sauveur que sur le plat de la 
reliure), tandis qu'on y compte treize Italiens, huit Français, trois 
Belges. Le soin de tirer les copies avait cependant été dévolu à un 
peintre barcelonnais bien connu, M. Claude Castalucho. 

Nos félicitations les plus vives à MM. Gonzalez ; ils ont bien mérité de 
l'Espagne et de la religion pour leur édition monumentale de la Crisliada, 
et Léon XIII, qui vient à cette occasion de leur conférer le titre d'édi- 
teurs pontificaux pour l'Espagne n'a fait que leur rendre justice, en 
leur accordant cette distinction si recherchée. François Plaine. 



Pascal. li'Hoinnie. li'Œuvre. li'Iufluence, par Victor Giraud, 
2* édition revue et corrigée. Paris, Funlemoing, 1900, in-18 de 232 p. — 
Prix ; 3 fr. 

PaHcal, par Maurice Souriau (Classiques populaires). Paris, Société fran- 
çaise d'imprimerie et de librairie, 1897, in-8 de 240 p. — Prix : 2 fr. 

Voici en vérité un livre extraordinaire. Imaginez que M. V. Giraud, 
normalien français qui professe à l'Université de Fribourg, ayant, pen- 
dant le semestre d'été de 1898, fait un cours sur Pascal, et n'osant pas 
sans doute imprimer ce cours d'été, jeune, rapide, et peu original, en 
imprime... les notes! Entendez par notes : le plan, le sommaire des 
questions à traiter, les références, les renvois bibliographiques, tout 
cela présenté, comme il convient dans un « canevas > de leçon, en 
style télégraphique; c'est le français, c'est la critique littéraire du 
xx* siècle... On a donc un livre ainsi composé et écrit : (il est indis- 
pensable de citer une page au hasard) : 

« Deuxième leçon : La Jeunesse de Pascal. — Pascal a-t-il inventé la 
géométrie à douze ans! — Version deM'n^Périer; — version de Tallemant 
des Réaux [Historiettes, 188-189) ; — diverses opinions émises (Cf. en 
particulier J. Bertrand, p. 14-16); — adoption d'une solution moyenne. 

<» Ardeur de Pascal à la géométrie ; — ses relations avec les savants 
de l'époque (Cf. Brunschwig, p. 7), etc...,etc 

a Pourquoi il convient de couper, en 1646, la biographie de Pascal. » 

Troisième leçon. . . et ainsi de suite. 

Or, apparemment, si j'en sais autant que M. Giraud sur Pascal, si je 
connais et Tallemant, et J. Bertrand, et Brunschwig, je peux me passer 
de son mémento. Si je suis moius érudit, peut-être serait-il charitable 
de me rappeler la version de Tallemant, de ménager ma peine en me 
disant tout de suite ce qu'en pensent M. Bertrand ou M. Brunschwig 



— 227 — 

sans me renvoyer à leurs livres. .. El puis enfin « diverses opinions 
émises », cela est vague; et vague aussi celte solution « moj'enne » 
qu'on me conseille d'adopter! Je vous assure que je suis très embar- 
rassé... 

« Pascal eut de l'ardeur à la géométrie » : cela je le comprends encore. 
Mais les relations avec les savants de l'époque, il faut que je les devine 
ou que je fasse moi-même le travail de les rechercher. Je n'en finirai 
jamais. 

Et pourquoi convient-il de couper, en 1646, la biographie de Pascal? 
Oui, pourquoi ?... Voilà ce que j'ignorerai toujours,... à moins que je 
le trouve par moi-même. Car M. Giraud, lui, gai de son secret. 

Je deviens ainsi curieux et rêveur à chaque ligne de ce « livre de 
l'élève », qui me pose des problèmes à résoudre, et des sujets de dis- 
sertation. . . qu'il serait si intéressant de voir traités dans le < livre du 
maître .> « Que Pascal dans son œuvre scientifique n'est plus Pascal... (?) 
— Pascal précurseur du bienheureux Benoît Labre. — S'il est vrai, 
comme on l'a prétendu, que sur sa croyance à la misère foncière de 
l'homme, notre temps et l'avenir finiront par donner raison à Pascal?... » 
Voilà ce qui peut s'appeler tailler la besogne aux ouvriers. 

J'entends bien que ce questionnaire-catalogue peut être utile à qui 
veut (( travailler > Pascal. Il peut au moins servir à se constituer une 
forte bibliothèque. Bien des pages sont faites uniquement de la liste 
des ouvrages à consulter. Par exemple, à propos de la Valeur apologé- 
tique actuelle des Pensées, ou me renvoie à Tolstoï, M. Balfour, Charles 
Secrétan, MM. deVogiié, Paul Desjardins, Bruuelière, Éd. Rod, OUé- 
Laprune, Fonsegrive, Goyau, Blondel, Newman, Mgr d'Hulst, l'abbé 
de Broglie, le R. P. Weiss, les PP. Brémond et Banvel, les abbés 
Denis et Mano, et aux revues la Quinzaine, la Revue thomiste, les 
Annales de philosophie, elc..., etc.. M. Giraud a, rendons-lui cette 
justice, une érudition bibliographique formidable. El c'est très sérieu- 
sement que je reconnais l'utilité de cet index reriim et nominum. Mais 
je lui en veux de l'ironie de sa préface, cù il prétend que s'il a suivi 
celle méthode, c'est pour nous instruire en ménageant noire tem[)s ! 

Je lui fais d'ailleurs une objection. Si c'est dédain du convenu, de 
la rhétorique des phrases vaines, pourquoi fit-il un cours ? Ce que sa 
parole mettait de vêlement à ce squelette était donc inutile ? Le 
succès qu'elle eut prouve le contraire et que sou exposé était plein 
détalent, ses développements riches d'idées... Mais alors, pourquoi 
nous en priver ? 

M. Giraud allègue l'exemple de M. Brunetière et de sou Manuel de 
liltëratnre. L'argument ne vaut pas. Tout le monde sait, à Paris, que 
M. Brunetière, qui a d'autres beso^-nes que des manuels a rédiger, ne 
trouva d'aulre moyeu, pour s'acquitter envers la maison Delagrave, 



— 228 — 

que de vider sa boîte de fiches : ce qui est d'ailleurs d'une belle et 
imprudente générosité. Encore est-il que c'est au bas des pages qu'il 
mit ses notes, tandis qu'il faisait discourir au haut (discurrere) ses 
considérations sur la grandeur et l'évolution de la littérature française. 
M. Giraud fait précisément le contraire : tandis que son texte se 
compose de titres, de chapitres, les noies, trop rares, sont seules rédigées 
en phrases françaises. A cette innovation je ne vois point d'avantages. . . 
pour les lecteurs, et il importe que tout de suite la critique lui soit 
sévère pour arrêter la contagion d'un exemple trop facile à suivre. 

— Je dirai en môme temps quelques mots du très intéressant Pascal 
de M. Maurice Souriau. Biographie claire et bien informée de Pascal, 
appréciation un peu sommaire, mais équitable des Provinciales, il est 
surtout une étude et une discussion approfondie des Pensées. 

Or, voyez encore l'ironie des choses. M. Giraud faisant un cours 
d'enseignement supérieur, au lieu de passer surtout en revue les 
a opinions diverses », avait le droit de soutenir une athèse » personndle ; 
catholique parlant dans une Université catholique, il eût été assez 
naturel qu'au lieu des « solutions moyennes » qui sont d'ordinaire les 
siennes, et de la conclusion très « havettiste » qu'il indique : que 
« Pascal est presque un saint », « presque l'idéal du type humain », 
il eût adopté et soutenu l'opinion qu'on peut presque appeler, en dépit 
de quelques divergences, l'opinion catholique sur Pascal. Et bien ! 
c'est M. Souriau, qui, dans une collection des Classiques populaires, 
au lieu de vulgarisation fait de la discussion ; c'est lui, profane, très 
indifférent, comme il laisse entendre, aux controverses théologiques 
et peut-être même aux idées religieuses, qui, voulant s'éclairer sur 
Pascal auprès des critiques les plus compétents, qui sont les théologiens 
protestants, jansénistes ou jésuites, s'est laissé convaincre par le cha- 
noine Rocher, le chanoine Didiot, le P. Longhaye ; c'est lui qui sou- 
tient la thèse que les Pensées devaient être avant tout une « apologie 
du jansénisme, une polémique ardente contre tous ses adversaires 
compris le Pape, et conclut en somme, comme Mgr d'Hulst, que c'est un 
livre sublime mais faux, dangereux à la pensée catholique, « presque 
un mauvais livre. » 

Cette thèse, il l'appuie sur une argumentation très solide, sur des 
textes bien choisis et habilement confrontés, sur des faits historiques 
comme l'opiniâtreté de Pascal dans la haine, et l'intransigeance qui le 
fit presque se brouiller avec Port-Royal trop pacifique, trop soumis. 
Il la pousse même très loin, et montre tout ce qu'il y a d'individualisme 
dans l'e.sprit de Pascal, de tendances à la rébellion et au schisme, tout 
ce qu'il y a de triste, d'excessif, de malsain dans le jansénisme. En 
mettant en relief l'esprit de coterie des gens de Port-Royal, leurs 
c névroses » et le caractère effrayant de leur doctrine, il ne plaira certes 



— 229 — 

pas à tout le monde. Tavoue, pour ma part, que j'applaudis de bon 
cœur, impatient que je suis de voir cesser cette haute bouffonnerie des 
universitaires, des libres penseurs, depuis un siècle, se mettant du 
côté de Pascal contre les jésuites, sans s'apercevoir que c'est se mettre 
contre le catholicisme évangélique, humain, uniquement coupable, 
s'il l'est, d'indulgence au pauvre monde, pour soutenir le fanatisme 
âpre, intolérant et sombre, que M. Souriau appelle d'un mot pittoresque : 
« la terreur noire. » 

Mettant en face de ce jansénisme impitoyable à la raison, au senti- 
ment, à la faiblesse humaine, la vraie doctrine catholique, qu'il a puisée 
aux meilleures sources, dans l'Exposé de M. l'abbé Girodon et dans le 
Syllabus, M. Souriau, arbitre impartial, mais intelligent, voit bien que 
c'est, en fin de compte, au libertinage que profite l'hérésie janséniste : 
Vous les voulez trop purs, les heureux que vous faite» ! 

et que « c'est l'Église catholique, non la chapelle janséniste, qui offre 
à l'humanité les doctrines les plus rassurantes et fait à l'espérance la 
part plus large qu'au désespoir. » 

Je n'aime pas du tout qu'il prenne pour symbole de la théologie de 
Pascal le condor du poète : 

Qui, loin du globe noir, loin de l'astre vivant. 
S'endort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes !... 

Mais mon suffrage est acquis dès longtemps à l'idée qu'il incarne en 
ce symbole, et je lui sais gré de lui avoir apporté une force nouvelle 
par une démonstration vigoureuse, par un livre indépendant, loyal, et 
qui mérite d'être lu. Gabriel Audiat. 

Introduction aun c Esnais d de IVIontaigne, par Eomb Cham- 
pion. Paris, Colin et C'e, 19u0, in-12 de 313 p.— Prix : 3 fr. 50. 

Tout ce qu'il faut savoir de Montaigne, quand on ne veut pas le péné- 
trer à fond, est contenu dans le livre que M. Edme Champion vient de 
lui consacrer. Ce n'est pas un ouvrage plein d'agréables souvenirs his- 
toriques ou littéraires, comme celui que M. P. Bonnefon consacrait 
récemment à l'auteur des Essais et à « ses amis » ; mais c'est une étude 
philosophique très pénétrante où l'admiration pour l'écrivain est tem- 
pérée par de très justes observations. Après avoir indiqué en quelques 
pages la bibliographie de Montaigne et les dates principales de sa vie, 
l'auteur cherche à analyser la pensée de ce grand sceptique, qui faisait 
de la philosophie sur toutes choses, au moment où tant de ses contem- 
porains s'égorgeaient pour leurs croyances. Il a un chapitre sur a la 
difficulté d'entendre Montaigne >, où il rappelle que l'auteur n'écrivait 
pas pour les esprits communs et vulgaires, qui n'avaient besoin d'y 
rien comprendre ; mais « qui l'estimeront d'autant plus et qu'ils sauront 



— 230 — 

moins ce qu'il dit, el qui concluront de la profondeur de son sens par 
6on obscurité. » Au reste, chez Montaigne, cette obscurité est souvent 
voulue, et, en comparant ses diverses éditions on trouve qu'au lieu 
d'éclaircir et de simplifier ses idées, il cherche souvent à les compliquer 
par des contradictions singulières et à les étendre par des digressions 
inutiles. Et pourtant, bien plus que Rabelais, Montaigne fut un chef 
d'école, et personne n'a eu plus que lui d'imitateurs : Descartes dans 
son Discours de la Méthode lui emprunta des passages entiers; La Ro- 
chefoucauld n'a fait que « maximer » beaucoup des observations des 
Essais ; La Fontaine et Molière découlent de lui directement ; La Bruyère 
l'imite, en le perfectionnant, en le ciselant, en le rendant, comme style 
et comme composition, irréprochable ; il n'est pas jusqu'au xviir siècle 
qui ne subisse directement son influence : Butfon et Rousseau auraient 
pu prendre cette ligne des Essais comme épigraphe de leurs écrits : 
« Présenter la grande image de notre mère nature en son entière 
majesté. » 

Quant à la sincérité religieuse de Montaigne, ce serait matière à 
longue discussion. M. Champion a accumulé dans un chapitre spécial 
de curieuses citations ; mais est-il absolument logique de dire que « la 
manière dont il soutient que sa foi n'a jamais chancelé est elle-même 
plus propre à éveiller les soupçons qu'à les dissiper? » Il est plus juste 
d'observer que l'homme est souvent un peu « double », même quand 
il est un grand esprit, comme Pascal et tant d'autres. 

G. Baguenault de Puchesse. 



Maupertuis et ses correspondants, par l'abbé A. Le Sueur. — 
Paris, A. Picard et fils, 1897, in-8 de 83-448 p. — Prix : 6 fr. 

Une heureuse circonstance a mis entre les mains de M. l'abbé Le 
Sueur une partie de la correspondance de Maupertuis avec les grands 
personnages et les savants de son temps ou plutôt les réponses de 
ceux-ci. Car Maupertuis avait obligé La Gondamine, qu'il avait institué 
légataire de tous ses papiers, à brûler ses propres lettres. Celles de 
ses correspondants passèrent des mains de La Condamine à la famille 
de sa femme, qui était en même temps sa nièce, M"« d'EstouilIy, ce 
qui explique comment elles ont été conservées depuis un siècle et 
comment elles se trouvent encore dans la bibliothèque du château 
d'EstouilIy en Picardie. Elles furent connues de La Beaumelle, qui 
avait médité de s'en servir pour sa Vie de Maupertuis et avait déjà 
commencé d'en faire prendre copie. C'est d'après cette copie que 
furent publiées, en partie du moins et d'une manière fautive, en 1856, 
chez Le Doyen, par M. Maurice Angliviel, petit-neveu de La Beaumelle, 
les lettres du roi Frédéric à Maupertuis. Toutes les autres sont entière- 
ment inédites. 



— 231 — 

Les correspondants du président de l'Académie de Berlin sont des 
plus qualifiés par leur naissance ou des plus illustres par leur talent 
et leur génie. Ce sont, outre le grand Friperie déjà nommé, le prince 
Henri de Prusse, son frère, le Président Ilénault, le maréchal d'Ecosse, 
le comte de Tressan, La Beaumelle, Euler, Kaestner, Kœnig, Haller, 
Condillac, l'abbé d'Oiivet, etc. Quelques lettres de Maupertuis 
échappées à l'autodafé de La Condamine, accompagnent celles de ses 
correspondants et font regretter ce qui a été détruit. Toutes sont 
intéressantes et reflètent bien les sentiments de tous ces philosophes 
du XVIII* siècle, leur besoin de savoir, le vide de leurs croyances, 
leurs susceptibilités aussi et leurs mesquines jalousies. Si ce ne sont 
pas de grands caractères, ils se montrent des esprits curieux et avides de 
vérité. Tous n'ont pas la frivolité de Tressau. La Beaumelle amuse. 
Le prince Henri de Prusse est touchant. Quant au destinataire de ces 
lettres, sa réputation ne sera pas sensiblement modifiée par leur publi- 
cation. C'est toujours le savant orgueilleux qui eut maille à partir avec 
Voltaire. 

M. l'abbé Le Sueur a fait précéder ce recueil d'une longue intro- 
duction, ou il passe en revue chacun des correspondants de Mauper- 
tuis et explique le genre de relations qu'ils eurent avec lui, relations 
fondées tantôt sur les circonstances, tantôt sur l'amitié, ou simple- 
ment sur la haine commune de Voltaire, ce qui est le cas de La Beau- 
melle. Pourquoi faut-il qu'on ne puisse pas louer le style, par trop 
négligé, de cette préface ? Les notes généralement sont savantes. Il en 
faudrait une pour dire ce que c'est que le maréchal de Thomond 
et Dosset (p. 230), qui ne se trouve pas à la table alphabétique. Une table 
onomastique, improprement appelée table des matières, termine le 
volume. ^ LÉON Charpentier. 

Papier* d'autrefois, par PAULetVicxOK Glachant. Paris, Hachette, 
18'J0, iu-16 de xvii-312 p. — Prix : 3 fr. '60. 

D'anciens papiers déposés et conservés à la Bibliothèque nationale, 
ont fourni à deux frères, MM. Paul et Victor Glachant, le sujet d'un 
livre dont nos lecteurs devineront tout l'intérêt quand nous leur dirons 
que ces papiers viennent de Victor Hugo et de Lamartine. C'est le pre- 
mier dont nos deux explorateurs ont d'abord examiné le d<issier, et la 
lâche était considérable : tnnte-qualre manuscrits à lire,;\ commencer 
par les Orientales, à terminer par la Fin de Salan, presque toute l'œu- 
vre du poète. On sait que Pétrai((ue, sur le déclin de sa vie, se plaisait 
à revoir, à remanier, à refaire les sonnets composés en l'honneur de 
Madonna Laura. Victor Hugo n'a pas été ramené vers son passé par le 
souvenir d'un long amour, mais par le désir de perfectionner ce qu'il 
avait écrit. Le chef des romantiques a suivi le conseil donné jadis par 



— 2:^2 — 

le chef des classiques : vingt fois sur le métier il remettait son ouvrage. 
De là tous les changements qu'ofTrent ses manuscrits, ces strophes 
remplacées par d'autres strophes, ces épithètes cédant la place k d'au- 
tres épithètes, ces rimes effacées pour d'autres qui lui semblaient 
meilleures, ces vers refaits ou supprimés. C'est vraiment un spectacle 
bien curieux d'assister ainsi à tout le travail intime d'une prodigieuse 
imagination. Il y a là pour le simple lecteur un singulier plaisir, et 
pour ceux qui sont un peu du métier (pardon de ces thermes techni- 
ques à proposde tant de poésie) ce sont d'excellents exemples rendus 
bien profitables par les observations fort justes dont MM. Paul et 
Victor Glachant font suivre tous ces remaniements. Dans une préface 
placée en tête du livre, M. Emile Faguet dit fort justement des deux 
frères : c Ils savent lire, interpréter, comprendre, goûter et faire goû- 
ter, ce sont des gens qui savent lire et apprendre à lire aux autres. » 
Ce n'est pas seulement le poêle que nous voyons apparaître dans ces 
vieux papiers, c'est aussi l'homme et l'homme s'entendant admirable- 
ment aux affaires, comme le prouvent ses traités avec ses éditeurs. Au 
point de vue biographique, ce livre nous donne beaucoup de détails se 
rattachant à la vie littéraire, d'intéressantes lettres d'Ernest Fouinet 
concernant les débuts du poète. 

Changement complet dans la seconde partie du livre consacrée à 
Lamartine. Il avait le dédain du travail, de la lime, de la retouche, il 
aimait la pensée de premier jet, nettement exprimée. Avec sa grande 
distinction aristocratique, il ne tenait pas du tout à être considéré 
comme un auteur et, ainsi qu'il l'avait dit, il ne voyait en lui qu'un 
amateur très distingué. On comprend qu'il ne se soit pas inquiété de 
ses anciennes poésies et que ses manuscrits ne ressemblent pas à ceux 
de Victor Hugo. La Bibliothèque nationale ne possède de Lamartine 
qu'un très volumineux manuscrit contenant une partie notable de 
l'histoire des Girondins ; qu'une copie très soignée de la tragédie de 
Saûl, dont il s'était tantoccupé à son arrivée à Paris et où il espérait 
que Talma aurait un rôle ; que des agenda, des albums, des feuilles 
volantes n'offrant que quelques modifications insignifiantes de ses 
poésies ; que des analyses rapides de quelques pièces en projet. Des 
notes nombreuses révèlent l'inquiétude que causait au poète l'effon- 
drement de sa fortune; il cherchait à s'illusionner par de longues 
colonnes de chiffres dont les additions offrent souvent de singuliers 
résultats. Il ne se décourageait pas toutefois. Dans ses lettres il a 
montré la plus grande foi dans la Providence et cette foi ne l'aban- 
donnait pas. « La Providence n'est pas couchée, aimait-il à répéter, et 
il comptait sur son aide pour parvenir à combler le gouffre d'énormes 
dettes et il travaillait avec une énergie admirable. Dans une lettre 
datée de cette douloureuse époque et qui aurait bien trouvé sa place 



— 233 — 

parmi d'autres documents analogues donnés par nos deux auteurs, il 
me disait que la souscription ouverte en sa faveur n'avait pas rendu net 
200,000 francs pour l'aider à payer deux millions et demi. Il ajoutait : 
a heureusement mon travail m'a permis seul d'en payer, en un an, 
plus d'un million; je suffirai à tout, en deux ans de travail. » Toutes 
les pages de MM. Glachaut sur Lamartine sont excellentes et on les 
lira avec un vif inlérèl ; leur livre si curieux est un indispensable 
appendice qu'on aimera à placer à côté des œuvres de nos deux grands 
poètes. Th. de P, 

Storia délie predieazioiie nei secoli deOa litteratura 
italiana, da Mgr F. Zanetto. Modeiia, lipografla arcivescovile, in-16 de 
vii-566 p. — Prix : 4 fr. 25. 

L'auteur, qui est professeur de littérature italienne à l'Institut 
Léon XIII de Rome, est déjà connu par un traité d'éloquence sacrée 
et une histoire de la prédication au temps des Pères; il reprend le 
même sujet à l'époque où la langue vulgaire se substitue au latin dans 
la chaire chrétienne et en poursuit le développement jusqu'à nos 
jours. 

Pendant une première période, la prédication populaire travaille à 
se dégager des méthodes scolastiques ; de saint François d'Assise à 
Savonarole l'esprit apostolique s'efforce de prévaloir sur les artifices 
du raisonnement. L'influence des humanistes vient combattre les ten- 
dances surnaturelles, l'érudition pédantesque et le naturalisme païen 
s'introduisent dans la prédication au moment même où le protestan- 
tisme attaque furieusement l'unité de l'Église. Après le concile de 
Trente, sous l'action d'hommes comme saint Charles Borromée, la 
parole de Dieu est annoncée suivant des méthodes plus évangéliques; 
le P. Segneri donne à ses contemporains des modèles voisins de la 
perfection ; puis, par l'imitation des grands orateurs français et espa- 
gnols, l'Italie adopte un genre compassé, prétentieux, faux, que les 
controverses du xviiie siècle font dégénérer en exercices de pure rhé- 
torique. Enfin, nos contemporains ont senti le besoin de parler une 
langue plus accessible à l'auditoire, mais l'auteur fait remarquer très 
judicieusement que le genre tout moderne des conférences apologé- 
tiques devrait être réservé à des publics choisis et que la véritable 
prédication populaire doit s'écarter le moins possible de l'enseigne- 
ment de la morale évangélique. 

Sur ces grandes lignes qui forment une charpente d'idées à son 
œuvre, Mgr Zanetto a disposé un nombre prodigieux de notices fort 
instructives consacrées aux prédicateurs dont il donne une biographie 
suivie d'anal^'ses et même de morceaux choisis avec goût. En appen- 
dice, après chaque chapitre, nous trouvons quelques aperçus concis et 



— 284 — 

clairs sur le mouvement de l'éloquence sacrée hors d'Italie, mais il 
est regrettable que les noms français soient trop souvent défigurés. 
Plaintier pour Plantier, Guyol pour Puyol, Duchamps pour Deschamps, 
J . Zanam pour Oznnam ; il n'est pas exact que le P. Didon ail succédé 
à Mgr d'IIulst dans la chaire de Notre-Dame. 

En résumé, ces leçons réunissent les qualités d'une analyse péné- 
trante avec celles d'une large synthèse et ont dû fournir des opinions 
fort saines et fort élevées aux élèves devant lesquels elles ont été pro- 
fessées avant d'être réunies en volume. P. Pisani. 



HISTOIRE 



lia Politique pontificale et le retour du Saint-Siège à 
Rome eu 1896, par Léon Mirot. Paris, Bouillon, 189y, in-8 de xi- 
200 p. —Prix : 1 fr. 

L'ouvrage de M. Mirot comprend deux parties. D'abord une étude 
sur les causes du retour de Grégoire XI à Rome. Surles raisons d'ordre 
général, attrait des grands souvenirs religieux de Rome, anomalie de 
voir le chef de l'Église résider loin de son siège, inconvénient de pa- 
raître asservir la Papauté à l'influence française, réclamations pas- 
sionnées de l'Italie éloquemment interprétées par un Pétrarque et par 
bien d'autres,sur tout cela M. Mirot n'insiste pas ; il se contente de l'in- 
diquer de quelques traits sobres et justes. Il s'élend surtout sur ce qui 
fut la cause occasionnelle et immédiatement déterminante de la grave 
résolution de Grégoire XI ; la nécessité de conserver à l'Église ses 
États menacés par l'ambition de Florence. L'idée fondamentale de son 
livre, dévfclop[)ée avec beaucoup de force et de clarté, est que ce fut la 
politique ûorentine qui « hâta, chez Grégoire XI, l'accomplissement 
du projet de retour depuis longtemps formé, et fit disparaître les der- 
nières hésitations qui pouvaient le retenir encore en Avignon.» Alliée 
traditionnelle de la Papauté, tant que celle-ci avait été faible en Italie, 
Florence se crut menacée dès que l'État pontifical eut été reconstitué 
parAlbornoz. Ou la voit, durant la guerre entre Grégoire XI et les 
Visconti, amie de nom, en réalité adversaire occulte du Saint-Siège ; 
et quand en 1375 la paix est rétablie, elle s'en inquiète, comme si elle 
regrettait de voir le Pape recouvrer sa liberté d'action Susceptible,dé- 
fiante, cherchant à Grégoire XI des querelles d'Allemand, exploitant 
avec passion le mécontentement causé dans l'Italie centrale par le gou- 
vernement des légats et des recteurs français, elle se met enfin à la 
tète d'une ligne contre l'Eglise à tendances nettement anticléricales, 
et provoque un soulèvement presque général des terres de l'Église. 
Deux choses seulement sauvèrent l'État temporel, la fidélité de Rome 
et la résolution du Pape de hâter son retour . Depuis le commencement 



— 235 — 

de son pontificat, il y songeait, mais la situation générale de la chré- 
tienté et surtout le désir de ne pas quitter la France avant d'avoir as- 
suré la paix entre Charles V et Edouard III, l'avaient arrêté. Les évé- 
nements d'Italie le décidèrent. Le rôle de sainte Catherine de Sienne, 
qu'on a parfois exagéré, a consisté seulement à fortifier le Pape dans 
son dessein déjà conçu, et à l'aider à vaincre les sollicitations dont il 
fut l'objet. 

Dans la seconde partie de son travail, M.Mirot étudie le voyage même 
de Grégoire XI. Là il se rencontre avec une partie du livre de Mgr 
Kirsch : die Riickkehr der Pœpsle Urban V und Gregor XI von Avignon 
nach Rome. Il republie les comptes déjà donnés par Mgr Kirsch. Mais 
le plan des deux auteurs est différent. Mgr Kirsch a suivi rigoureu-' 
sèment l'ordre des registres, sans aucune division. Au contraire M. 
Mirot « rapproche toutes les mentions relatives à un même service, tout 
en respectant pour chacune d'elles l'ordre chronologique.» En sorte qu'il 
n'y a pas à proprement parler double emploi. A certains égards même 
l'ordre suivi par M. Mirot permet de se rendre plus facilement compte 
de la vaste opération que fut le transfert, d'Avignon à Rome, de la 
cour pontificale. 

Quelques lapsus se sont glissés dans la transcription ou l'interpréta- 
tion des noms de lieux italiens : Page 34, Caslellione Fiarenlino pour 
Castiglione Fiorentino ; page 44, Monsflasconis (Monlefiascone), traduit 
par Montefakone ; page 46, Cervaia pour Cervia. E. Jord.\n. 



li'Eglise catholique à la fin du ILIIK.» siècle. I^e Chef 
Buprènie, l'organisation et l'administration générale 
de l'Eglise. Paris, Pion et Nourrit, 1899, 30 fascicules iu-4, eoulenaat 
chacun 24 pages de texte avec de riches illustrations et 2 ])iauches hors 
texte. — Prix de l'ouvrage complet : 40 fr. 

La belle publication entreprise par la maison Pion et Nourrit s'est 
terminée par l'apparition des tables. Je ne puis que répéter ce que je 
disais ily a quelques mois [Polybiblion, t. LXXXV, p. 329-331) : c'est un 
ouvrage de grand intérêt pour le fond et d'une réelle valeur artistique 
pour la forme. Les difficultés inséparables d'une tâche aussi considé- 
rable ont été tournées habilement et les auteurs ont su être complets 
sans être prolixes, exacts sans être médisants, savants sans ôlre en- 
nuyeux; ils méritent donc tous nos éloges. Uue feuille complémentaire 
indique les modifications qui se sont produites au cours de l'impres- 
sion ; longue nécrologie de cardinaux et de prélats, pleins de vie et 
d'activité il y a un an et maintenant couchés dans la tombe ! Encore 
cette liste est-elle incomplète ; le cardinal Jacobini, nommé cardinal- 
vicaire, a disparu, et Mgr Kahyyath, le patriarche chaldéen, et bien 
d'autres. Grande leçon à méditer et qui nous rappelle l'instabilité des 
choses humaines. Sic Iramit . . . 



— 236 — 

Malgré le soin apporté à la correction, il y a encore quelques oublis. 
Mgr Batlandicr, l'un des auteurs, né en 1850, aurait été ordonné prêtre 
en 1857 (p. 689). Quel que soit son mérite, je ne pense pas qu'il ait 
oblenu cette dispense. P. Pisani. 

Cartulalre général de l'ordre de« hospitaliers de 2§aiiit- 
Jean de «lérusalem, publié par J. Dblaville Le Roulx. T. III. 
Paris, Leroux, 1899, iu-fol. de 820 p. — Prix : 100 fr. 

Il est, je crois, permis de penser qu'un éditeur de chartes n'a pas le 
devoir de mettre lui-même en valeur les chartes qu'il publie. L'auteur 
du Carlulaire général des hospitaliers nous a exposé son plan et dit, en 
t(He de son premier volume, d'où il avait tiré les milliers de chartes 
qu'il se proposait d'oiïrirau public érudit. Il nous donnera, sans aucun 
doute, à la fin de son quatrième volume une table générale de tous 
les noms de personnes et de lieux qui figureront dans les quatre tomes 
de son immense recueil. C'est en somme tout ce qu'il nous doit. Et s'il 
lui plaît quelque jour d'uliliser les documents contenus dans son Car- 
lulaire, soit pour en extraire des listes des hauts dignitaires de l'ordre 
de l'Hôpital, soit môme pour refaire l'histoire des deux cents premières 
années de cet ordre célèbre, certes nous n'aurons qu'à nous féliciter de 
ce luxe. En attendant, si M. Delaville Le Roulx ne s'est proposé que de 
fournir des documents aux historiens, il ne serait pas équitable de lui 
demander plus que de publier ces documents avec tout le soin possible. 

Sous ce rapport, le tome III du Carlulaire général des hospitaliers 
m'a paru tout aussi soigné que les deux premiers, sans atteindre, bien 
entendu, la perfection qui, comme on sait, n'est pas de ce monde. 
Ce troisième volume ne contient pas moins de 1 553 pièces, ce qui porte 
à 4 525 le nombre total des chartes imprimées jusqu'ici dans le Carlu- 
laire. La dernière de ces chartes est du 28 décembre 1300. Comme 
l'auteur arrête sa publication à 1310, c'est-à-dire au moment où les 
hospitaliers abandonnent l'île de Chypre pour se transportera Rhodes, 
on voit que nous sommes près du but. Je fais des vœux pour qu'il soit rapi- 
dement atteint, et surtout pour que M. Delaville Le Roulx ne nous fasse 
pas trop attendre les tables qui nous permettront de tirer tout le parti 
possible de son magnifique recueil. Armand d'Herbomez. 



Etudes sur la politique religieuse du règne de Philippe 
le Bel, par Ernest Renan. Paris, Calmann Lévy, 1899, in-8 de iv-483p. 
— Prix : 7 fr. 50. 

Les trois études que contient ce volume se rapportent à Guillaume 
de Nogarel, à Pierre Dubois, à Bertrand de Got (Clément V). Publiées 
en 1873 et 1877 dans les tomes XXVI et XXVII de VHistoire littéraire 
de la France, et réimprimées sans modifications, elles sont loin d'être 



— 237 — 

aujourd'hui tout à fait au couranl de l'état de la science. L'ouverture 
des archives du Vatican et la publication partielle ou totale des 
registres de Boniface VIII, Benoît XI, Clément V, ont naturellement 
mis au jour beaucoup de documents nouveaux. Le récent livre 
de HoUzmann, Wilheltn von Nogaret Rat und Grossiegelbewahrer 
Philipps des Schônen, a retouché ou complété sur bien des points 
la biographie de ce personnage (critiquant le travail de son pré- 
décesseur, M. Holtzmann a pu lui reprocher une connaissance 
insuffisante de la littérature allemande du sujet). La liste des écrits 
de Pierre Dubois, dressée par M. Renan, est incomplète, depuis que 
M. Langlois a fait connaître dans la Revue historique d'importants 
extraits d'un pamphlet jusqu'alors inédit, le De tomeamentis et juatis. 
Sur la vie et le pontificat de Clément V, les beaux travaux de P. Ehrle 
dans YArchiv fiir Literatur-und Kivchengesohichte des Mittelallers ont 
jeté beaucoup de lumière. Mais, quoique vieillis, les trois mémoires 
de M. Renan n'en restent pas moins très dignes d'attention, et on est 
heureux de voir réunis, sous une forme maniable et dans un volume 
facilement accessible, ces travaux qui se complètent si bien l'un 
l'autre. 11 faut mettre hors de pair l'étude sur Nogaret, où sont carac- 
térisés merveilleusement les procédés de ce personnage qui, unissant 
les contraires, eut l'art de pousser l'hypocrisie jusqu'à l'impudence, 
li'élude sur Clément V me paraît au contraire bien plus faible et 
superficielle. Si les jugements de M. Renan ont parfois quelque chose 
d'indécis, si des préoccupations trop modernes, qui se manifestent 
dans certaines expressions, certains rapprochements, semblent quel- 
quefois l'empêcher d'arriver à l'intelligence profonde du moyen âge, 
si certaines vues enfin sont contestables, dans « l'ensemble, il a su 
tracer un tableau clair et attachant, sinon toujours très fouillé, de la 
politique religieuse de Philippe le Bel. Littérairement il va de soi que 
ces mémoires sont des modèles du genre de la notice sobre et précise, 
qui est celui de V Histoire littéraire. E. Jordan. 



Cliarleti II, roi de ]Vavarre, comte d'Evreux, et la ]Vor- 
mandie au XIV" Miècle, par Edmond Wkyhr. Paris, E. Duinont, 

1898, iu-8 de VUI-30O p. — Prix : 7 fr. 50. 

Se dresser en face des historiens, et leur demander compte do l'his- 
toire qu'ils ont fabriquée ; puis la refaire à sou tour, preuves en mains ; 
et réhabiliter ainsi une figure de roi, injustement mutilée par la fureur 
politique : tout cela constitue la tâche la plus honorable et ce n'est pas 
réminent directeur de cette Revue qui nous démentira, lui qui a arraché 
Charles VII aux mains des détracteurs pour tracer une nouvelle et 
véridique expression de son règne. 

M. Meyer, lui, a voulu « démontrer la perfidie du roi de France que 



— 238 — 

les écrivains royalistes ont coniplaisamment appelé Charles le Sage » 
(p. 8) et rt'jeter pour son héros le surnom infamant de Charles le 
Mauvais. Avec un soin et une érudition profonde, il a patiemment relevé 
tous les faits et gestes du roi de Navarre et essa^^é de démontrer qu'il 
ne fut ni plus ni moins cruel que ses contemporains, ses parents et ses 
amis. Il y a tout un chapitre (p. 216 et suivantes) où il s'attaque avec 
une vraie « furia » à tout ce qui ravale son personnage. 11 s'en prend 
tout particulièrement à Siméon Luce « que ses études spéciales, sa 
grande instruction, sa haute intelligence > auraient dû empêcher de 
composer t le réquisitoire le plus violent », qui ait jamais été écrit 
contre Charles le Mauvais (p. 268). M. de Beaucourt n'est pas épargné 
(p. 275). « Tout est calomnie, du M. Meyer, nous l'avons démontré. » 
(p. 272). 

La démonstration ne nous semble pas si évidente que cela. Ainsi 
prenons le début du livre. Pour l'auteur l'avènement de Philippe le 
Long au trône fut « une véritable usurpation » (p. 6) consommée au 
nom de la prétendue loi salique. Aussi Godefroy d'Harcourt « ce fut 
un révolté contre le roi de France personnellement, non contre la France. 
Il fut parmi tant d'autres le plus ardent défenseur des libertés provin- 
ciales et communales, peut-être un ambitieux qui rêva de la couronne 
ducale de Normandie, mais il ne fut pas un traître dans l'acception 
que l'on donne aujourd'hui à ce mot (p. 17). » Et cependant, quelques 
pages plus loin, Godefroy rend hommage au roi d'Angleterre, « consi- 
dérant que le royaume de France lui est dévolu de droit » (p. 20). Que 
dis-je? il prend le commandement d'un des trois corps d'invasion 
(p. 21). 

Voyons en Navarre les débuts de Charles II. A la suite d'une colère 
qui fut cruelle, il manque d'être assassiné (p. 26). — Quand il eut 
obtenu la main de Jeanne de France, fille de Philippe le Long, il fit 
tuer le connétable, Charles d'Espagne. Tout d'abord, il « s'emporta » con tre 
les meurtriers, puis il « accepta ensuite résolument la responsabilité » 
du meurtre (p. 39). Pardonné par le Roi, il en profita pour aller com- 
ploter contre lui à Avignon, et de là, ayant formé une armée en 
Navarre, il vint débarquer à Cherbourg pour appuyer les Anglais 
(p. 43-47), etc., etc. 

Nous pourrions continuer notre examen, mais nous croyons en avoir 
assez dit à nos lecteurs pour leur avoir démontré que, malgré sa 
bonne volonté, malgré ses recherches, malgré son érudition, M. Meyer 
n'a pas justifié toutes ses critiques contre les historiens qui l'ont pré- 
cédé et qu'au contraire il a le plus souvent apporté des documents 
et des preuves pour confirmer leurs jugements. C. A. B. 



. — 239 — 

Iie« CirandB TraitéM du régne de IiOui« XIT, publiés par H. 
VaST. III. La Succession d'Espagne. Traités d'Utrecht, de fiastadt et de 
Bâle {1713-1714). Paris, Picard et fils, 1899, in-8 de 220 p. — Prix : 3 fr. 25. 

Nous avons déjà signalé ici l'importance pratique de la publication 
intitulée: Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de 
l'histoire et nous avons analysé les deux premiers fascicules consacrés 
par M. Vast aux Grands Traités du régne de Louis XIV . Le troi- 
sième et dernier fascicule vient de paraître avec la table générale des 
personnages cités et l'index géographique. Le lecteur recourra avec 
fruit à ces index qui facilitent singulièrement les recherche? sur les 
laborieuses négociations du grand règne. 

Ces sortes de publications sont une introduction normale à l'étude, à 
la méditation des grands Mémoires du temps. En suivant pas à pas, 
sous la direction éclairée de M. Vast, les négociations issues de la suc- 
cession d'Espagne, les Mémoires du marquis de Torcy nous revenaient 
naturellement à l'esprit. Il n'y a pas de lecture plus attrayante et 
plus poignaute. Le vieux Roi et son grand ministrey apparaissent en 
traits inoubliables. A chaque concession qui leur est imposée, il 
semble qu'on arrache une fibre de leurs cœurs. Ne venez pas nous 
dire que l'amour de la patrie française soit né en 1789. 

A. d'Avril. 



lies Origines et les responsabilités de l'insurrection 
vendéenne, par le R. P. Dom François Ghamard. Paris, Savaèie, 
1899, gr. in-6 de 452 p. — Prix : 8 fr. 

L'insurrection vendéenne a-t-elle été, comme le prétend M. Géleslin 
Port, provoquée par les conspirations et les menées des nobles et des 
émigrés ? A-t-elle été, au contraire, l'explosion spontanée de la colère 
des paysans contre la persécution religieuse et l'application tyrannique 
de la constitution civile du clergé? Telle est la question que s'est 
posée le savant prieur des bénédictins de Ligugé, Dora Chamard, et 
qu'il examine à la lumière des documents authentiques pour en faire 
en quelque s(»rte la préface d'une nouvelle édition de VHiatoire de la 
Vendée, de l'abbé Deniau. Et il semble bien qu'il démolisse par des 
arguments irréfutables la thèse chère à M. Célestin Port. 

Que les émigrés aient fomenté le soulèvement de la Vendée, cela 
n'est certainement pas. Ils l'avaient si peu fomenté, que lorsqu'il a 
éclaté, ils n'en connaissaient ni la portée ni les auteurs. Pendant fort 
longtemps on crut à Goblentz et à Trêves que le chef des bandes ven- 
déennes était un certain perruquier du nom de Gaston : M""» de la 
Rochepquelein le raconte dans sqs, Mémoires et nous en avons retrouvé 
nous-mi^me la preuve dans la Correspondance de la marquise deRaige- 
court. Des vrais chefs, de la Rochejaquelein, de Calheliueau, de Lescure 



— 240 — 

de d'Elbée, rien; les émigrés paraissent ignorerjusqu'à leur existence. 
Ouaut aux nobles du pays, la plupart avaient franchi la frontière, sur- 
tout après le misérable échec de la tentative de Varennes. M. de 
Lescure lui-même avait failli partir et il avait fallu l'intervention per- 
sonnelle de la Reine pour l'empf^cher d'cmigrer. Ceux qui étaient 
restés dans leurs châteaux, vivaient retirés et tranquilles, s'efibrçaut 
avant tout de se faire oublier. 11 fallut que les paysans allassent les 
chercher chez eux pour les supplier de se mettre à leur tête. 

Ce qui provoqua le mécontentement des Vendéens et détermina 
ensuite leur prise d'armes, ce fut la persécution religieuse. Les Ven- 
déens étaient p.ofondément catholiques et attachés à leurs € bons 
curés. » Ils furent indignés quand ou les chassa de leurs presbytères 
et qu'on vendit leurs biens. Et le rôle des prêtres se réduisit eu somme 
à entretenir leurs paroissiens dans la vraie foi, à les empêcher d'adhérer 
à une constitution que les évèques et le Pape avaient déclarée schisma- 
tique. On les a accusés d'avoir prêché le refus de l'impôt, c'est une 
erreur ; quelque lourdes que fussent les contributions, elles étaient 
régulièrement payées dans la Vendée ; tous les documents officiels 
l'attestent. Mais ce que voulaient les paysans, c'étaient le maintien de 
leurs curés, la restitution de leurs églises ; le rapport de Gensonné est 
instructif sur ces deux points. Au. début même, ils se contentèrent de 
faire des processions, d'organiser des pèlerinages pour demander à 
Dieu cette double grâce. Mais on interdit les processions, on arrêta les 
pèlerins, on interna les prêtres insermentés au chef-lieu du déparle- 
ment, puis bientôt on les emprisonna et on les déporta. La colère des 
populations grandit, et lorsque l'appel de trois cent mille hommes 
vint ajouter un grief de plus à tant d'autres, la coupe déborda et 
l'insurrection éclata : insurrection de paysans qui ne voit que plus 
lard des gentilshommes à sa tête, insurrection religieuse et non poli- 
tique. C'est ce qu'établit clairement le très complet et très conscien- 
cieux travail de l'érudit prieur de Ligugé. 

Max. de la Rochetkrie. 



lia France sou« le Consulat, par F. Corréard. Paris, Société fran- 
çaise d'édition d'art, L.-IL May, s. d., in-8 de 300 p.— Pri.K : broché, 4 fr.; 
cartonné, 3 fr. 

Ce volume appartient à la collection « Bibliothèque d'histoire illus- 
trée » publiée sous la direction de M. Zeller, de l'Institut, et de M. Vast, 
docteur ès-lettres. Il y figurera en bon rang, car il est bien fait et offre 
l'attrait d'une période qui fait couler actuellement des flots d'encre. 
Il se ressent aussi de l'esprit « universitaire » dans cette étroitesse de 
mots et cette mesquinerie d'idées que ses adversaires lui reprochent et 
dont ses partisans souffrent. On y sent, pour toutes les choses de 



— 241 — 

l'Église, lin parti pris frondeur, une défiance sincère, une ignorance 
orgueilleuse et ce je ne sais quoi d'hostile qui bouche les yeux de gens 
par ailleurs clairvoyants. Sentiment latent, impression vague, antago- 
nisme obscur et voilé, mais qui se dégage de tout le livre et en dépare 
les meilleures pages. 

Après cette restriction nécessaire venons aux éloges mérités. Le 
style est froid mais correct, non pas a professoral » mais clair et simple. 
L'ordonnance du plan est bonne : cinq parties : le Gouvernement, les 
Institutions, la Société, le Mouvement économique, le Mouvement 
intellectuel. L'auteur résume ses devanciers, mais les résume bien; il 
s'appuie le plus souvent sur la Correspondance de Napoléon (où naturel- 
lement domine la note favorable], quelques Mémoires douteux paraissent 
bien choisis (Pasquier.Mme de Rémusat), dont toutefois il eût pu allonger 
la liste, avec certains historiens de mérite comme Taine et Albert Sorel. 
Les illustrations ne visent pas au grand art, leur nombre et le genre 
du volume ne le demandaient, ne le permettaient pas ; mais elles sont 
choisies avec discernement, bien appropriées au texte et ont un carac- 
tère documentaire tout à fait intelligent; les planches célèbres comme 
les gravures populaires, et aussi les caricatures, ont été mises heureu- 
sement à contribution. 

Les préjugés de l'auteur se font jour, avec discrétion toujours, à 
maint endroit; ils apparaissent particulièrement lorsqu'il parle de la 
chouannerie (p. 27), de Georges Cadoudal dont il veut absolument faire 
l'instigateur de la machine infernale (p. 48). En revanche, son récit de 
la mort du duc d'Enghien est juste, impartial et bien conduit (p. 88). 
Sans doute, la « promulgation de la loi sur les cultes » est du mois 
d'avril 1802, mais il n'est pas tout à fait exact de dire que l'année 1802 
est celle du Concordat (p. 74), et la vérité historique veut que l'on 
donne la date de 1801 à ce grand acte. L'auteur est-il bien sûr, — il le dit 
dans une note de la page 141, — que les titres de commandeur et de 
chevalier, dans l'ordre de la Légion d'honneur datent seulement de la 
Keslauraliou? Déjà dans les dernières années de l'Empire l'habitude 
en était prise. Il se trompe quand il croit (p. 150) qu'au conclave de 

I Venise, Gonsalvi a fait campagne pour le cardinal qui allait devenir 
Pie Vil. J'ajouterai qu'une faute d'impression, lui fait nommer la 
divine Juliette « Madame de Récamier » ; la particule, est-il besoin de 
le dire, défigure ce nom célèbre. G. G. 



nrouveauK FrugmentM de droit et d'Iiicitoire, pur HiiNui 
Bbaunk. Paris, Larose, Ib'J'J, in-8 de vm-Vi'J p. — i'rix : 10 l"r. 

On no sauiait prétendre, en un sommaire compte rendu, résumer 
ces dix-sept essais, savants et consciencieux, duut le premier a pour 
objet les Indo-Europécns avant l'histoire, et le dernier, Montalemberl. 
Maus 1900. T. LX.WVIII. IG. 



— 242 — 

Plusieurs abordent des questions d'érudition et de droit, avec une 
maîtrise qui n'étonne pas chez le doyen de la Faculté libre de Lyon ; 
il nous renseigne, par exemple, sur l'ancien droit allique, sur les Fara- 
manni burgondes dans la loi Gombette, sur l'attitude de la Papauté à 
l'égard du droit romain, sur le droit civil féodal, sur le sens du mot 
« quitte » dans les actes féodaux de la Bresse et du Buge3^ D'autres 
touchent à l'histoire générale, qu'il s'agisse du temps de la Fronde, 
avec les Mémoires de Gourville, ou bien de la fin du moyen âge, telle 
que l'a décrite, en Provence, le regretté Charles de Hibbe. Enfin diverses 
éludes ont trait à la politique religieuse, spécialement à celle de la 
Révolution et du gouvernement de Juillet. Elles présentent un intérêt 
très actuel. On verra notamment quelles luttes eurent à soutenir, en 
1844, les défenseurs de la liberté de l'éducation chrétienne, et de quels 
efforts laborieux la loi de 1850 fut le couronnement. Puis on retrouvera 
chez les faux libéraux d'alors le fond de haine et de calomnies qu'ex- 
ploitent aujourd'hui les sectaires contre les associations religieuses, et 
particulièrement contre les jésuites. C'est un curieux épisode de ces 
tristes lattes que l'envoi en mission de RossL auprès du pape Grégoire 
XVI, afin d'obtenir la dissolution de la Compagnie en France (1843). La 
Congrégation romaine, saisie de celte audacieuse requête, la repoussa à 
l'unauimilé, par un avis fortement motivé. Les cardinaux observaient 
que les lois, d'autorité douteuse, invoquées contre les congrégations, 
sont en contradiction avec les principes du droit public français et du 
concordat reconnaissant la liberté du culte. La profession religieuse 
n'est que la pratique volontaire et libre des conseils donnés par Jésus- 
Christ pour mener une vie plus parfaite. Ces liens purement spirituels 
ne sauraient dépendre de l'autorisation gouvernementale. Et ceux qui 
les acceptent ne sont pas déchus, pour cela, de leurs droits communs 
de Français. Baron J. Angot des Rotours. 



Iiiberté d'enseignenieut. lies Débats de la commission 

de 1844. Discussion parlementaire et loi de 18o0, par H. DE Lagombe. 
Nouvelle édition. Paris, Téqui, 189y, in-12 de xv-344 p. — Prix : 2 fr. 

La première édition de ce livre date juste de vingt ans : on était à 
la veille de la bataille projetée par Jules Ferry contre la liberté d'en- 
seignement : M. de Lacombe, interprète d'une des dernières pensées 
de Mgr Dupanloup, qui venait de mourir, estima que le temps était 
opportun pour faire la lumière sur l'origine de la loi de 1850 et exposer 
les raisons qui avaient amené les plus illustres représentants du 
monopole universitaire, les Thiers, les Cousin, les Dubois, à aban- 
donner leur ancien drapeau pour se ranger au parti de la liberté. 
Pour raconter cette histoire, l'auteur avait à sa disposition un docu- 
ment de premier ordre, les procès-verbaux de la commission de 1849 



— 243 — 

qui avait préparé la loi de 18o0. Aujourd'hui, ce qui nous reste de cette 
loi de liberté, car les assauts de Jules Ferry y ont pratiqué de larges 
brèches, est encore menacé par les projets du ministère actuel. 
Contre des adversaires qui ressemblent beaucoup à ceux d'autrefois, 
les mêmes armes peuvent servir, et c'est pourquoi M. de Lacombe 
nous donne une nouvelle édition de son livre depuis longtemps épuisé. 
Cette publication est éminemment opportune si nous sommes assuré 
que les défenseurs de la liberté d'enseignement sauront en tirer profit. 
Le livre se divise en deux parties, consacrées l'une à l'enseignement 
primaire, l'autre à l'enseignement secondaire. Je doute qu'un seul des 
sophismes réédités aujourd'hui par la mauvaise foi et par l'ignorance 
ne trouve pas là sa réfutation. Cette œuvre, que j'aurais voulu voir 
compléter par le texte même de la loi de 1850, fait honneur à .M. de 
Lacombe. Il renouvelle, en la rééditant, le service qu'il a rendu il y a 
vingt ans à la cause de la liberté. Ed. Pontal. 



Histoire du Hainant fraudais et du Cambrésis, par F. Ray- 
mond. Paris, Lechevalier ; Lille, Dugardin, 1899, in-8 de 818-xix p., avec 
flg. — Prix : 8 fr. 

Il faut dire que l'auteur de ce livre s'intitule « ancien élève de 
l'École pratique des hautes-études, professeur au collège de Mau- 
beuge. » Il faut le dire parce que le lecteur, en voyant ce double litre', 
pourrait être en droit de s'attendre à ce que V Histoire du Ilainaut fran- 
çais et du Cambrésis soit un livre bien fait et de caractère scientifique 
et qu'il n'en est malheureusement rien. Nous sommes ici en face 
d'une indigeste compilation d'ouvrages dont la plupart n'ont plus de 
valeur, si tant est qu'ils en aient jamais eu. J'accomplis un devoir 
pénible en faisant cette déclaration, mais je la dois aux lecteurs du 
Folybiblion. Le volume de M. Raymond est donc un livre mal composé, 
où les histoires si dissemblables du Hainaut français et du Cambrésis 
s'enchevêtrent, toujours au détriment du Cambrésis, où les contradic- 
tions et les répétitions abondent, où des chapitres entiers sont consacrés 
au Hainaut belge, etc. Ces défauts, joints au manque de critique 
de l'auteur, qui est d'ailleurs aussi mal au courant qu'on peut l'èLre des 
publications récentes concernant le sujet qu'il a voulu traiter, ces 
défauts, dis-je, sont loin d'être rachetés par les considérations, finan- 
cières ou autres, relatives à certaines sociétés industrielles, par les 
vues de la ville de Gharleroi, des hauts-fourneaux de la Providence ou 
de la « locomotive à grande vitesse à mouvement équilibré » imaginée 
par M. A. Robert, toutes choses qu'on s'étonne de trouver dans cette 
Histoire du Hainaut français et du Cambrésis. Nonobstant ces critiques, 
qu'il me serait facile, hélas ! de multiplier, le livre de M. Raymond 
(qui a eu plusieurs centaines de souscripteurs !) pourra intéresser les 



— 24^1 — 

bonnes gens des arroudissements deValenciennes, d'Avesnes, de Mons 
ou de Gharleroi. Mais je me permets de leur conseiller de ne pas 
accepter sans les contrôler les racontars que M. Raymond a eu le très 
grand tort de leur servir sans les avoir lui-même passés au crible. 

Armand d'Herbomez. 



JUouoîirapliic «le la cntlii'drale d'Angers ; luonument, 
«épùlture, trésor, tapisseries, vitraux, etc., par Joseph 
Dknais. Paris, II. Laurens, Ib'J'J, in-8 de xxiv-AW p. — Prix: 12 fr. 

« C'est ma patrie. Je l'aime, et je l'aime d'amour, — la mère patrie », 
écrit M. Denais dans sa i)réface (p. xxiv). Et le plus beau témoignage 
qu'il a pu donner de cette forte amour, c'est le livre qu'il vient 
d'écrire et qui est le premier d'une série que nous aurons probabl- 
ement le plaisir d'examiner. Ce début a une importance telle qu'il ne 
peut que présager un véritable monument dédié aux églises d'Anjou. 
Dans la description de la cathédrale d'Angers, M. Denais commence 
par l'historique général de la basilique. Elle date du ix^ siècle, d'après 
Grégoire de Tours. Cette première église n'a laissé aucune trace; on a 
retrouvé au xui" siècle les traces de la seconde église attribuée à Dago- 
bert, à Pépin ou à Charlemagne. Elle fut reconstruite au xi« siècle par 
l'évéque Hubert de Vendôme. Brûlée deux ans après sa dédicace, 
elle fut immédiatement réédifiée, mais elle ne fut achevée qu'à la fin 
du siècle suivant. Les travaux se prolongèrent même jusqu'au milieu 
duxviii^ siècle. Les vitraux datent de celte époque et du siècle suivant. 
Au xve, ainsi qu'aux siècles suivants, quelques fêtes et quelques 
embellissements. Ce n'est qu'eu 1699, qu'on exécuta des remanie- 
ments qui constituèrent d'inéparables dettructions. M. Denais les 
énumère avec une tristesse que nous comprenons et à laquelle nous 
nous associons. Le vieux jubé, les tombeaux, l'abri de l'urne de Cana, 
l'autel de marbre noir, l'autel de saint Thibault, le pilier du grand 
portail, l'auge de vermeil, on saccage, on détruit, on vend tout. Pour 
comble, en 1783, on se met à badigeonner! La rampe en pierre qui 
régnait à l'intérieur de l'église est rem{)lacée par une balustrade en 
l'er forgé. En 1789, le Chapitre envoie, pour les besoins de l'État, un 
grand nombre de pièces d'orfèvrerie à la Monnaie. Bientôt les contribu- 
tions ne furent plus volontaires, mais elles furent plus radicales, et on 
brûla les boiseries que l'on ne [)Ouvait emporter et les cartulaires 
auxquels on n'attachait aucun prix. Devenu temple de la Raison, 
temple décadaire, temple de l'Être suprême, la cathédrale ne fut réaffec- 
tée au culte qu'en 1802. Eu 1800, on détruisit le porche extérieur qui 
menaçait ruines, et en 1831, les deux flèches furent frappées de la 
foudre et le dôme central s'écroula. En 1848, on forma le proiet de 
dégager la façade jusqu'à la Maine. En 1861, on sauvegarda l'autel 



— 2.i!j — 

Saint-Maurice, l'autel Notre-Dame et le grand autel à baldaquins, 
qu'on voulait détruire ou enlever comme n'étant pas en harmonie avec 
l'édifice. De 1860 à nos jours, on exécuta seulement des travaux de 
grattage. 

M. Uenais continue par une bibliographie des sources, très considé- 
rable, où nous apercevons cette mention : a Archives de l'évêché d'Angers 
(non colés) » (p. 26). Suit la description, extérieure d'abord. Elle dé- 
bute par des détails sur le sommet des flèches el le pourtour, puis une soi- 
gneuse révision de la façade, du clocher, de l'ancien porche extérieur, 
de la tour de gauche el de la tour de droite, des cloche?, de la tour cen- 
trale, de l'horloge. Sur le côté gauche de la nef, on remarque un cal- 
vaire, avec crucifix, la Vierge et saint Jean. Sur ce côté, comme sur 
le côté droit, r^onl des chapelles que l'auteur a remarquées. Il a aussi 
soigneusement noté les tombes du cloître, la chapelle de Job ; sur 
le transept gauche, l'ancienne horloge de ville, et, sur le droit, le 
petit clocher. Rien à noter sur le chœur, la sacristie et l'abside. 

L'étude sur l'intérieur débute par une magistrale description des 
voûtes et de la nef. Celle-ci contient les orgues, le baptistère du roi 
Marcille, la chapelle Sainte-Anne, le fameux calvaire de David d'Angers, 
des tombeaux. Tous ceux-ci sont extrêmement curieux, même les 
modernes, et à examiner soigneusement et de près, notamment celle 
de François de Chateaubriand (xvi^ siècle). La chaire moderne a une 
histoire. A regarder aussi toutes les chapelles et tous les autels : 
Sainl-Anloine, de la Circoncision, Saiut-Séréné, Saint-Sébastien, le 
Crucifix, Saint-Louis, Notre-Dame de Pilié, le Rosaire, Saint-Yves, 
Saint-André, de Job, Saint-Jean, etc., etc. 

A l'intertransepl, on remarque le fameux crucifix des Stations {xv^ s.) 
et le petit orgue. Dans l'ancien chœur, nombreuses particularités, telles 
que le porte-cierges de l'aigle, les tapisseries, les stalles, le trône épis- 
copal, et encore ce tombeau, si réputé, de l'évêque Jean Olivier. 

Les transepts droit et gauche ne sont pas moins intéressants par les 
richesses qu'on y rencontre à chaque pas et que M. Denais nous énu- 
mère soigneusement. 

Dans le chœur, il y a le fameux autel à baldaquin du xviii» siècle, la 
chaire de saint Maurille et les boiseries qui datent du père de David 
d'Angers. Deux notes aussi judicieuses que possible sont consacrées à 
l'ancien grand autel de marbre, à la chaire Saint-René. A ce sujet, un 
tableau eu parchemin du xv ou xvi" siècle (xvi" plutôt), contient l'his- 
toire rimée du personnage. Il faut noter au pijintde vue philologi(iue : 
« amen » (p. 287), rimant avec « examen. » 

Un chapitre tout spécial est consacré à, la sacristie et au trésor, et 
surtout aux admirables tapisseries que tout le monde connaît, mais 
qui méritent les quatre-vingts pages qu'elles occupent dans ce beau 
et substantiel volume. 



— 246 — 

Mais ce que je ne saurais assez louer, c'est l'attealion prêtée aux 
vitraux par le consciencieux historien delà cathédrale d'Angers. Voilà 
une partie que négligent trop souvent ceux qui traitent une monogra- 
phie d'église. Ici, une soixantaine de pages épuisent le sujet, et on 
doit les recommander autant aux artistes qu'aux archéologues. 

Avec un soin jaloux, M. Denais a dressé une table des représenta- 
tions graphiques qui complètent son volume. Il n'y en a pas moins 
d'une centaine, toutes très correctes, très fines, très soignées. Une 
d'elles, le frontispice, est une merveille. Il représente la porte d'entrée. 
Une autre (p. 34-3S) a dû être extrêmement difûcile à prendre. 

Une table alphabétique des noms propres et des matières rend les 
recherches aussi aisées que possible. C'est donc une œuvre d'érudition 
qu'a réussie M. Denais, et, grâce à la netteté et à la simplicité du 
style, elle se lit avec un agrément inûni. Voilà un modèle... à imiter 1 

C. A. B. 



Ii'A.llemagxic nouvelle et se» liistorîens {Nicbuh7\ Ranke, 
Mommsen, Sybet, Treilschke), par Ant. Guillaud. Paris, Alcan, 1900, iu-8 
de 356 p. — Prix : ii fr. 

M. Antoine Guillaud, professeur d'histoire à l'École polytechnique 
suisse, vient de publier une étude très remarquable sur les histo- 
riens modernes de l'Allemagne. Qu'il est donc agréable de suivre 
le développement harmonieux d'une pensée sobre et calme, exprimée 
en un style clair et ferme ! Il y a dans la courte introduction de 
ce livre (trente pages) des vues générales sur le mouvement histo- 
rique en Allemagne depuis les guerres de l'indépendance en 1813 
jusqu'à nos jours, vues aussi justes qu'ingénieuses et qui répandent 
une belle clarté sur tout le tableau. — Le critique montre que le pre- 
mier élément de la formation des historiens nationaux a été le sen- 
timent patriotique allemand, sentiment exalté par les désastres mêmes 
de la patrie après léna. « Dans l'éclair fulgurant du champ de bataille 
d'Iéna, les Allemands, qui jusque-là avaient compté sur ce pays (la 
Prusse), virent sombrer leurs espérances, et, dans un magnifique 
élan de patriotisme, ils se 'précipitèrent... » C'est le baron de Stein 
qui se met à la tête du mouvement : ce ministre possédait déjà, 
et à un haut degré, tous les caractères qui distingueront plus tard les 
historiens politiques de tendance prussienne ; c'est lui, le créateur de 
cette école historique dans laquelle entrèrent toutes les forces intellec- 
tuelles du moment, les Niebuhr, les Grimm, les Heeren, les GÔrres, 
école qui se dislingue à la fois par son exclusivisme national et par sa 
haine de la Révolution française. 

M. Guillaud trouve qu'on a parfois trop vanté les historiens allemands; 
iU ont la science, ils ont la patience, c'est vrai, mais ils manquent 



— 247 — 

souvent de finesse et de pénétration, sans compter qu'ils se laissent 
parfois passionner par les préjugés des Teutons contre la France. Il 
y a des teutomanes qui remontent au traité de Verdun, et qui n'ont 
pas encore pardonné aux Français la mort du jeune Gonradinà Naples. 
•— Après avoir montré les caractères généraux de l'histoire moderne 
chez les Allemands, l'auteur étudie en particulier Niebuhr, Rauke, 
Mommsen, Sybel et enfin Treitschke. Nous regrettons de ne pouvoir 
entrer dans le détail de ses fines et judicieuses analyses, mais tous les 
lecteurs seront avec M. Guillaud, lorsqu'après avoir montré que les 
historiens comme Mommsen, comme Treitschke, n'ont fait dans leurs 
histoires que l'apologie de la force, et glorifié le succès quand même, 
il conclut en disant : « Et si l'on songe que cette politique n'a pas eu 
de plus chauds défenseurs que les récents historiens prussiens, on est 
en droit d'affirmer qu'ils sont les premiers auteurs de cette dégéné- 
rescence des mœurs, A tant vanter les coups de force et la ruse, 
malgré le vernis moral dont ils couvraient leurs théories, ils ont con- 
ribué à pervertir l'esprit public. » L. M. 



Historia de Espafia y de la civilizacion espanola, par 

Rafaël Altamira y Crevea. Tome 1^'. Barcelona, Juan Gili, 1900, in-12 
de 630 p. avec 128 photogravures. — Prix : 6 fr. 

Le très distingué professeur de l'Université d'Oviedo, qui est l'auteur 
de cet ouvrage, s'est proposé de réunir dans deux volumes, écrits pour 
le public et surtout pour les étudiants, l'histoire complète de son pays 
et de la civilisation espagnole. C'est une tâche ardue ; car dans l'étude 
des premiers âges historiques jusqu'au xv^ siècle, on se heurte sans 
cesse à des lacunes, à des difficultés d'interprétation, que pourraient 
seules combler ou aplanir des découvertes plus amples sur la matière. 
L'histoire de la civilisation espagnole est particulièrement laborieuse ; 
peu d'auteurs l'ont tentée avec des succès partiels : Tapia et Moron, 
au milieu du xix« siècle ; plus lard, Oiiveira Martins, Picatoste, San- 
chez Gasado et Moreno Espinosa. Leurs travaux ont frayé la route à 
M. Altamira, qui met à profit tous les documents rassemblés avant lui 
et les renseignements plus précis que les archéologues ont récemment 
dégagés des ténèbres où ils étaient ensevelis. L'érudition espagnole a 
encore beaucoup à faire pour éclaicir bien des points, et l'auteur de 
cette Ilisloria ne se cache pas pour dire que son livre demeure impar- 
fait. Toutefois on ne peut nier qu'il ait fait faire un grand pas aux 
études historiques de son pays, car c'est vraiment « un résumé fidèle 
et méthodique de l'état actuel des connaissances» qu'il nous présente. 
Il a pris soin, comme il le déclare avec candeur, de faire réviser cer- 
taines i)artics de son travail par des hommes spéciaux : ainsi tout ce 
qui touche aux arts, à l'histoire arabe, aux institutions juridiques, etc., 



— 248 — 

a él6 soumis à des professeurs de premier ordre. Et enfin, grâce aux 
nombreuses illustrations eu photogravure, le lecteur touche du doigt 
et de l'œil la plupart des choses importantes dont il est question dans 
l'histoire. 

M. R. Allamira, du moins dans ce premier volume, s'étend considé- 
rablement (trop, peut-être), sur des dissertations géologiques et ethno- 
logiques ; puisqu'il s'adresse à des écoliers, on ne voit pas trop pour- 
quoi il ne fait pas plus large la part des faits. D'un autre côté, les spéci- 
mens qu'il offre des écritures anciennes gagneraient en intérêt, s'il 
en donnait la traduction courante. Enfin, reproche plus grave à nos 
yeux, et qui pourrait suffire à accuser chez l'auteur des tendances 
positivistes, les événements relatifs à l'introduction du cliristianisme 
en Espagne sont présentés de façon à mécontenter les catholiques 
espagnols : rien des traditions vénérables qui font venir saint Jacques 
prêcher la foi à Saragosse et à Gompostelle ; pas un mot de l'apparition 
de la Sainte Vierge (N.-D. del Pilar) ; trop peu de chose sur les persé- 
cutions et sur les martyrs. Pourquoi ? Le lecteur se le demande. Et 
quant à nous autres, Français, qui avons le Pont du Gard, nous ne 
pouvons admettre que l'Aqueduc de Ségovie, si notable soit-il, soit le 
monument du genre le plus important du monde que les Romains 
aient construit. 

Ces légers reproches ne sont pas pour ôter au beau travail de M. 
Altamira quoi que ce soit de sa valeur intrinsèque. Nous pensons, au 
contraire, qu'il a rendu un service signalé à la science historique 
et que son livre, dont nous attendons avec impatience la dernière 
partie, fait honneur au professeur et rehausse considérablement les 
lettres espagnoles. G. Bernard. 

Investigacion historica sobre el -vizcondado de CasteObé, 

por D. JoAQUiN MiRET Y SANS. Barcclona, Puigventos, 1899, in-8 de 
384 p. — Prix : 3 fr. 

Il n'existait jusqu'ici d'autre étude sur le vice-comté de Castellbo, 
en Catalogne, que celle qu'a insérée M. Baudon de Mony, dans trois 
chapitres de ses Relations des comtes de Foix avec la Catalogne. La mo- 
nographie complète de cette antique maison féodale était encore à 
faire. C'est ce qu'a entrepris le docteur Miret,qui n'a épargné pour cela 
aucune recherche, si ingrate fût-elle, dans les archives poudreuses de 
son pays. Ce travail a d'autant plus de mérite, que l'auteur, loin de 
trouver des points de repère dans les quelques détails publiés acciden- 
tellement au cours d'ouvrages similaires, a dû relever et réfuter pres- 
que partout des erreurs géographiques et historiques, même chez les 
écrivains de première marque. C'est en fouillant les parchemins un à 
un, que M. Miret a rétabli la vérité et coordonné la chronique complète 



— 249 — 

du vice-comlé de Castellbô. Son livre est celui d'un érudit patient et 
consciencieux. Nous ne prétendons pas qu'il soit infaillible ; notre 
appréciation n'a d'autre valeur que celle d'un lecteur attentif et im- 
partial, mais trop peu versé en la matière pour formuler un jugement 
critique. Signalons, à la page 21, un document fort curieux de l'an 891, 
qui prouve que Riculf, évèque d'Elme de Rosselbô, était frère de Wifred 
(ou Guifre, surnommé pilosus), comte de Barcelone : ceci confirmerait 
l'opinion qui donne à la maison comtale de Barcelone une origine 
française et non indigène. Au cours du chapitre II, M. Miret y Sans 
nous fait connaître un héros de la guerre contre les Maures, Arnau 
Mir de Tost, capitaine du comte d'Urgell, qui devint seigneur d'Ager. 
Dans le chapitre suivant, relevons une notice intéressante sur le 
vicomte Arnau de Castellbô, condamné comme hérétique par l'Inqui- 
sition, quarante ans après sa mort ; ce personnage avait été, durant 
ses dernières années, le conseiller et le courtisan du roi don Jaime 
le Conquérant : fait assez rare et qui démontrerait suffisamment qu'il 
ne fut pas un albigeois violent ou un sectaire peu enthousiaste. 

G. Bernard. 

Da Bonifazio VIII ad Arrîgo TII. Pagine de storia (iorentina per 
la vita di Dante, da L. DKL LUNGO. Milano, Hoepli, 1899, in-12 de VIlI-471 p. 

Sous ce titre nouveau, M. del Lungo ne fait que reproduire partiel- 
lement son célèbre et volumineux ouvrage sur Diiio Compagni e la sua 
Cronaca. Dans une courte et modeste préface, il explique que le rôve de 
sa jeunesse avait été de pouvoir, après ses études sur les œuvres de 
l'Altissimo Poeta et sur son temps, écrire une biographie de Dante. A 
défaut de cette biographie, qu'il n'a plus aujourd'hui le temps ou le 
courage d'écrire, il donne au public, sous une 'forme plus portative et 
plus cohérente, une dizaine de fragments de celte vie : ce sont 
autant de chapitres où il expose t l'histoire de la démocratie floren- 
tine, des dernières années du xiii« siècle aux premières du xiv«, dans 
ses relations avec les deux grands pouvoirs, l'Église et l'Empire, au- 
tour desquels se développent la pensée et la poésie de Dante. > Il suf- 
fit d'indiquer le contenu de ces chapitres, qui se suivent insoucieux de 
l'ordre chronologique : I. Les Conditions de l'Italie à la fin de 1310. Flo- 
rence guelfe. La Descente d'Henri VII. II. La Période républicaine, la 
réforme de 1282 ; la vie civile florentine au xiii° et au xiv" siècle ; les 
guerres guelfes de 1289 à 1293. III. La Réforme de 1293, les Ordinamcnti 
di Giuslizii. Giano délia Bello, son rôle, si's ennemis, sa chute. IV. La 
Corruption démagogique, « le Ire faville ch 'hanno i cori accesi »; les évé- 
nements de 1300, Cerchi et Donati, l'iniervention de Boniface VIII. 
V. Boniface VII et Charles do Valois; l'ambassado de Dante à la cour 
de Rome. VI. La Signoria Bianoa en 1301, Charles de Valois à Florence. 



— 250 — 

La Chute des Blanchi. VII- VIII. Les Guerres civiles entre Blanchi et 
Neri. IX. La Confusione délie persone, les dernières guerres de Pisloia 
et de Mugello, la dernière légation pontificale, la guerre et la mort de 
messer Corso Donali. El enfin, X. La Florence des Guelfes noirs. On 
voit, à cette simple énuniération,que c'est une véritable histoire de Flo- 
rence que nous donne ici M. del Luugo. Il a d'ailleurs pris soin d'in- 
diquer entre crochets le renvoi de ses chapitres aux chapitres de son 
grand ouvrage, et d'alléger la documentation qui jadis écrasait quel- 
que peu le texte. Sous cette forme plus alerte et plus vivante, son 
livre, longuement médité et repris cent fois sur le métier, mérite de 
trouver un sérieux regain de succès. L.-G. P. 



Gloarliino Jflurat in Italia, da Frangbsco Guardione. Palermo, 
Reber, 1899, in-i2 de 203 p. — Prix : 3 fr. 

Les Français semblent vraiment plus autorisés que d'autres à parler de 
Murât; ils en peuvent mieux connaître les faits et gestes, en apprécier le 
caractère, exposer sa valeur morale et son intrépidité guerrière. Quoique 
grand-duc de Berg et roi des Deux-Siciles, ce Gascon nous appartient. 
Néanmoins, sou passage à Naples donne aux Italiens voix au chapitre : 
plusieurs d'entre eux se sont déjà mis au travail et M. François Guar- 
dione vient aujourd'hui nous offrir une vue d'ensemble sur le célèbre 
personnage, délimitant strictement son sujet : a Joachim Murât en 
Italie. > 

C'est une vulgarisation des faits connus appuyée sur certains docu- 
ments inédits empruntés aux archives d'État de Palerme et de Naples, 
sur des pièces du temps et des rapports diplomatiques. M, Guardione 
soutient une thèse un peu excessive, mais naturellement chère aux 
Italiens du glorieux royaume du glorieux roi Humbert ; il prétend faire 
de Murât un précurseur de « l'Italie une. » Pauvre roi Joachim, qu^ 
lui eût jamais dit, quand il vivait, qu'il avait des vues politiques si 
profondes, des conceptions si lointaines ? Il voulait régner à Naples, 
comme il avait espéré régner à Madrid, régner quelque part, voilà tout, 
et soutenu par l'ambition plus grande encore et plus éclairée de sa 
femme Caroline. Qu'il ait appuyé naturellement ce désir sur le dévoue- 
ment de ses sujets et son zèle à leurs intérêts, rien de plus simple; 
mais « l'Italie » lui importait peu, et quant aux Italiens, on sait son 
opinion sur eux par sa boutade soldatesque : « Habillez-les en rouge, 
en bleu ou en vert, habillez-les comme vous voulez, ils f . . . toujours 
le camp ! » 

M. Guardione remonte à la première venue de Murât en Italie, 
lorsqu'en 1801, le général républicain songeait peu à devenir roi. Les 
autres chapitres nous conduisent à Naples, en Sicile, en Corse, à Mar- 



— 251 — 

seille, au Pizzo. Sur la fin tragique de ce courageux soldat, quelques 
détails utiles nous sont fournis; les légendes sont rectifiées. Des ap- 
pendices nombreux (31) forment la partie historique importante de ce 
petit volume. G. 

JTIagyaniet Roumains devant l'histoire, par A. db Bbrtha. 

Paris, Pion et Nourrit, 1899, gr. in-a de 400 p. — Prix : 8 fr. 

La question magyaro- roumaine n'est ni moins embrouillée ni moins 
irritante que la question macédonienne, et les aspirations contradic- 
toires de peuples rivaux provoquent de part et d'autre la publication 
d'ouvrages où sont exposées les prétentions des compétiteurs. Dans 
cette littérature a pris une place importante r//i5^oi>e des Roumains, de 
M. Xénopol, dont une édition française abrégée en deux volumes 
in-4 a paru à la librairie Leroux, il y a quelques années [Polybiblion, 
tXXXVI p. 517 -?ji8). Les Hongrois opposent aux travaux de M. Xénopol 
ceux du docteur Jancsô, encore plus considérables par la masse et par la 
profondeur des recherches; mais comme un pareil ouvrage est peu 
accessible à la moyenne des lecteurs, comme son intelligence, dit 
M. de Bertha, o suppose une foule de notions aussi familières aux 
Hongrois que peu compréhensibles en dehors de leurs pays », M. de 
Bertha en donne aujourd'hui non pas une traduction, mais une sorte 
d'abrégé synthétique, adapté aux connaissances bornées du public 
européen. 

Malgré les efforts que font les savants pour compliquer le débat, il 
paraît ceiiendant assez clair. Tout l'ouest de la Hongrie est habité paç 
une population roumaine, identique sous les rapports ethnographique, 
linguistique et religieux à celle du royaume de Roumanie. Ces Rou- 
mains, traités en parias par les Hongrois, aspirent à se réunir politi- 
quement à leurs frères émancipés et les Hongrois trouvent fort dépla* 
céesces velléités d'indépendance. 

Au fond, nous voyons là se reproduire sous une forme nouvelle la 
vieille question des nationalités : les Hongrois ont été longtemps 
opprimés par le gouvernement centraliste de Vienne, et après nous 
avoir apitoyés sur leur sort, il ont conquis leur autonomie ; ils en 
usent, en abusent même en mettant sens dessus dessous la malheu- 
reuse machine constitutionnelle austro-hongroise. Les Roumains et les 
Slaves du Sud ont été placés par le Compromis de 1868 dans la même 
situation vis-à-vis des Hongrois que celle où les Hongrois étaient il y a 
un demi-siècle vis-à-vis des Allemands; les Hongrois se montrent aussi 
intolérants, aussi tyranniques, aussi exclusifs que jadis les Allemands ; 
on prétend m'^me qu'ils le sont beaucoup plus, et eiLX (lui procla- 
maient alors que l'insurrection est le plus saint des devoirs pour un 
peuple opprimé, n'ont pas assez d'indignation pour flétrir les revendi- 



— 252 - 

calions, bien modestes pour le momenl,des malheureux peuples dont 
le sort a <^lt^ uni au leur par un caprice de la politiqne. 

Telle est la thèse que M. de Berlha cherche à soutenir ; sous les ap- 
parences extérieures d'un ouvrage de pure science, on n'y trouvera en 
réalité que des chicanes perfides et des insinuations blessantes qui 
n'ont rien à voir avec le travail impartial de l'histoire. L'appareil 
scientifique est tout en superficie ; au fond, ce n'est qu'un pamplilet. 

P. PiSANI. 

Iie« Trésors des monnaies romaines et les invasions 
germaniques en Gaule, par Adrien Blanghet. Paris, Leroux, 
1900, in-8 de 352 p. — Prix : 10 fr. 

Ce volume est divisé en deux livres : le premier contient un résumé 
chronologique des invasions qui ravagèrent les Gaules du i^"" au v« siècle. 
L'auteur expose le parti que l'on peut tirer de la composition des trésors 
monétaires et de l'exploration des ruines où on les trouve; il étudie 
ensuite l'emplacement des fortifications romaines élevées en Gaule et 
en Germanie pour protéger les frontières et note quelques réflexions 
sur les invasion s. Le deuxième livre est consacré à l'inventaire som- 
maire, classé géographiquement, des cachettes monétaires auquel 
grâce à la table, il est facile de recourir. 

D'après son plan, M. Blanchet n'a pas à décrire les pièces elles- 
mêmes ; il se contente d'énumérer les noms d'empereurs qui y sont 
représentés. En eflet, il ne fait pas œuvre de numismatiste ; il suffit 
qu'il indique des règnes et de fouz-nir ainsi le moyen de fixer des 
dates. Gomme il l'expose lui-même, il veut essayer de donner aux 
historiens un moyen de suivre les diverses invasions qui, pendant 
quatre siècles, sillonnèrent notre pays. Cette idée est très judicieuse 
puisque les cachettes monétaires, presque toujours, sont dues ou 
à l'espoir de soustraire son pécule à un envahisseur que l'on espère 
devoir s'éloigner promptement, ou au pillage et à l'incendie d'une 
habitation que l'on n'a pu quitter à temps. 

J'ai entendu faire une critique ; quelques personnes auraient 
souhaité que l'auteur complétât son livre par une carte sur laquelle il 
aurait indiqué l'emplacement des cachettes ; il est certain que pour ce 
genre de travail les cartes sont aussi utiles qu'éloquentes. Mais 
M. Blanchet n'a fait qu'un Essai, ce qui nous iî>.U espérer une édition 
ultérieure. Il pourra alors réaliser ce vœu, et je lui propose d'indiquer 
exactement les régions occupées par des tribus d'Outre-Rhin, quelques- 
unes installées dès le Haut Empire. On pourrait voir si ces étrangers 
pourvus ont défendu leurs colonies contre les nouveaux envahisseurs 
et si, là, les cachettes ne sont pas plus rares. 

En résumé, avec ou sans carte, VEssai de M. Blanchet n'en est pas 
moins un travail louable et bon à consulter. J. de M. 



— 253 — 

lia mère du duc d'Engliieii(1950-l§99), par le comte Ducos- 
Paris, Pion et Nourrit, 1900, iiiS de ii-442 p. — Prix : 7 fr. 30. 

La femme qui est ici l'objet d'une longue et complète étude ne peut 
retenir l'attention, l'estime et la sympathie de la postérité que par ce 
litre de a mère du duc d'Enghien »; sans le respect qui s'attache à la 
victime infortunée du drame de Viucennes, elle n'aurait point fixé un 
historien; et^ en vérité, elle est bien peu digne de l'histoire cette 
princesse évaporée, oublieuse, ingrate et quasi folle. S'il lui faut des 
excuses, c'est d'avoir été mal élevée, mal mariée, mal dirigée, mal 
conseillée et mal entourée. 

Cette future duchesse de Bourbon était petite-fille du Régent; 
dans un temps d'aberrations et de folies, elle fut digne de ses origines. 
Son mari était sans valeur comme sans esprit. Elle se pervertit l'intel- 
ligence par le contact de tous les bateleurs philosophiques de l'époque : 
les Mesmer et les Saint-Martin, et dom Gerle, et Suzette Labrousse et 
Catherine Théot. Après une vie dissipée, inutile et légère, à 
l'heure de la Révolution elle fut lâche et frivole; devenue la citoyenne 
a Vérité » comme son frère était le citoyen « Égalité », elle espéra 
racheter son existence par des platitudes sans excuses. Dépouillée 
malgré tout, exilée à Barcelone, elle dut attendre 1814 pour revenir 
à Paris. Là, elle vécut encore quelques années une vie plus conforme 
à sa naissance, à son rang, mêlant une piété mystique à d'anciennes 
rêveries théosophiques, distribuant du moins de larges aumônes, ce 
qui doit faire pardonner beaucoup à une femme illuminée qui, se sou- 
venant enfin de son glorieux titre de mère, avait donné le nom 
« d'Enghien » à l'hospice créé par sa générosité. 

A. propos d'elle, M. le comte Ducos a écrit un livre rempli de détails 
sur le temps et la cour. Dans un style un peu cherché et parfois tour- 
menté, il vise à parler d'un ton badin des choses légères, avec grâce 
et élégance des mœurs mondaines du siècle dissipé par excellence. Il 
a recueilli les anecdotes, les petits faits, les menus propos; beaucoup 
sont grivois, et s'il les présente galamment il n'a pu en atténuer 
sensiblement pas le sens peu convenable. Le cadre est reconstitué 
avec une certaine afféterie ; c'est un monde trop connu pour que le récit 
nouveau de ses exploits apprenne grand'chose à l'histoire; toutefois 
il faut rendre cet hommage à l'auteur: il a été chercher les documents 
originaux, il a parcouru des papiers de famille inédits, des correspon- 
dances nouvelles et voulu orner son récit des garanties du travail labo- 
rieux. Son ouvrage est accompagnéd'un portrait en héliogravure, d'un 
fac-similé d'autographe, d'un index des noms cités ; il faut toujours 
savoir gré à un auteur des soins qu'il prend pour donner à sa pu- 
blication un attrait de plus et à ses lecteurs une fatigue de moins. 

G. G. 



Robert Ijindet, tlépiiié ù l' Assemblée législative et à la 
Convention, membre du Comité de salut public, minis- 
tre des linanees, notice biographique par Amand Montier. Paris, 
Alcan, 1S'J9, in-8 de xiv-4/»4 p. — Prix : lu fr. 

Correspoiidanee de TiiOMAS Lindgt pendant la Constituante 
et la lj6<|islative, 19S9-1999, publiée par Amand MOiNtier. 
Paris, Société de l'histoire de la Révolution, 1899, ia-8 de xvi-392 p. 

Quoi qu'en dise M. Etienne Charavay, signataire de la préface de cet 
ouvrage, on n'a pas attendu à l'an de grâce 1899, pour appliquer les 
règles de la critique historique à l'élude des faits et des hommes de la 
Révolution. S'il fut un temps où quiconque s'occupant de son époque 
se croyait obligé d'en être un détracteur ou un apologiste systéma- 
tique, ce temps est bien passé pour ceux qui envisagent l'histoire sans 
d'autre souci que celui de la vérité, et l'on n'a pas attendu M. Aulard 
et les membres de la Société de l'histoire de la Révolution, pour 
asseoir définitivement les jugements que l'on doit porter sur elle. 

M. Amand Montier s'est donné la lâche d'écrire la biographie de 
Robert Lindet qui a siégé à l'Assemblée législative, à la Convention et 
au Comité de salut public pendant la période sanglante de la Révolu- 
tion. Frère puiné de Thomas Lindet, évêque constitutionnel de l'Eure, 
Robert Lindet était procureur du Roi près l'élection de Bernay, en 
1789, et maire de celte ville, en 1791, quand les électeurs du déparle- 
ment l'envoyèrent à l'Assemblée. Le choix du héros de M. A. Montier 
est assez heureux, car Robert Lindet est peut-être une des figures les 
les moins rébarbatives du personnel révolutionnaire. 

Royaliste constitutionnel au début, comme la majorité de ses collè- 
gues, l'inconscience ou la peur le convertit comme eux à l'idée répu- 
blicaine. Sous l'influence des événements, le Normand, plus prudent 
qu'honnête, céda aux caprices de la populace révolutionnaire et à la 
violence de ses passions, mais seulement dans la mesure voulue pour 
ne point trop se compromettre et pour se ménager un retour. Mais 
elle le conduisit, comme bien d'autres, beaucoup plus loin qu'il ne 
voulait aller. 

Il le vit bien plus tard ! Vainement le 9 thermidor, il se prononça 
contre Robespierre, Gouthon et Saint-Just, les thermidoriens ne vou- 
lurent voir en lui que l'ancien membre du Comité de salut public. 
Ils réussirent à l'impliquer dans tous les procès politiques et jusque 
dan^ celui de Babœuf. S'il échappa au sort de ses collègues, il ne fut, 
du moins, plus rappelé aux affaires, si ce n'est pour un instant, après 
le coup d'État du 30 priarial an VI. 

Rendu à la vie privée le 18 brumaire de la même année, Robert Lin- 
det reprit sa profession d'avocat et vécut obscurément sous l'Empire. 
Sa prudence le fit échapper aux rigueurs de la loi de 1816 contre les 
régicides : il n'avait pris aucune pari aux Gent-Jours. Il se réfugia à 



— 25ri — 

Paris avec sa femme et sa fille, parvint à y vivre ignoré, et y mourut 
en 1825, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. 

— S'il est permis de dire que Robert Lindet est peut-être une des 
figures les moins repoussantes de la Convention, on ne peut, en la 
moindre mesure, user de la même indulgence à l'égard de son frère 
Thomas. Son portrait par Barbier, qui fait partie de la collection 
Dejabin, ne trompe pas; c'est bien celui d'un cuistre, d'un homme froi- 
dement méchant, qui accueillera, par calcul et par ambition, toutes les 
mesures qui pourront, personnellement, le servir. M. A. Montier, qui 
a fait presque accepter son frère, ne réussira pas aussi bien avec lui. 

Fils de Thomas Lindet, marchand de bois à Bernay, le futur évèque 
constitutionnel de l'Eure, se montre, dès le principe, plein de toutes 
les colères d'un parvenu contre une société qui n'a pas ouvert à ses 
prétentions une porte assez large, et de toutes ses rancunes contre des 
contemporains plus favorisés par elle. Ce triste personnage, qui allait 
avoir cinquante ans au moment de Ik convocation des électeurs de 
1789, était alors curé de la paroisse de Sainte-Croix à Bernay. Il fut élu 
par le clergé du bailiage d'Évreux. Avant de quitter sa ville natale et 
son presbytère, Thomas Lindet avait promis à ses compatriotes et à 
ses électeurs de les tenir au courant des événements politiques et de 
leur rendre compte de ses actes et de ses prévisions. C'est une partie 
de la correspondance née de cette promesse que M. Montier publie dans 
ce volume. 

L'éditeur a grand tort d'écrire que « tout lecteur de bonne foi qui 
lira ces lettres appréciera la sincérité de l'évolution politique et reli- 
gieuse qui se produisit dans l'âme de ce digne prêtre (!) aussi remar- 
quable par la pureté de ses mœurs (?) que par la fermeté de son atti- 
tude (!!!). » On y voit, au contraire, continuellement percer l'orgueil 
non assouvi, la plus basse jalousie, une écœurante lâcheté, jusqu'à 
ce que des passions, moins avouables encore, viennent s'y joindre, 
dans un cœur corrompu jusqu'aux moelles. Son mariage sacrilège et 
son apostasie n'ont rien à voir, ce semble, avec le rêve politique que 
M. Montier lui prête. On n'avait pas attendu Thomas Lindet pour trou- 
ver, dans l'Evangile, leprincipe même de cette liberté, de cette égalité, 
de cette fraternité que, seuls, les révolutionnaires ont refusées et re- 
fusent encore à la France. 

Avec une prudence qui sent le terroir, Thomas annonça de Paris sou 
mariage aux gens de Bernay. Encore ne le fit-il que trois mois plus 
tard. Il s'était marié le 18 novembre 1792 devant le vicaire intrus de 
Sainte-Marguerite ; mais ce ne fut que le H février i7".i3 qu'il osa faire 
part de son bonheur aux officiers municipaux de son pays. Il avait, 
d'ailleurs, préi)aré les citoyens de l'Eure à cette heureuse nouvelle pur 
un mandement sur le mariage des prêtres. 



— 256 — 

On n'est pas étonné que le Premier Consul se soit volontiers privé 
des c talents » de Robert ; mais il eût été stupéfiant qu'il prît au 
sérieux la « vertu éprouvée » de Thomas. J, Meynier. 



lie Rappel des ombres, par le vicomte E.-M. de Vogué, de l'Acadé- 
mie française. Paris, Colin et Ci», Î'JOO, in-12 de 279 p. — Prix : 3 fr. 50. 

Ce titre, un peu énigmatique pour qui ouvre le volume, est très compré- 
hensible pour qui le ferme. En eliel, c'est bien un retour vers les disparus 
et l'auteur évoque des gens morts quoique plusieurs d'entre eux demeu- 
rent immortels. Voilà le trait commun du livre, aucune autre analogie ne 
reliant entre elles l'ombre du Tasse, de M"'° Roland, de Lamarline.de 
Jules Ferry; de Chateaubriand ou de Bismarck, de Puvis deChavannes, 
de Cornélius llerz, du roi René ou de Nubar Pacha... Si, cependant: 
ces courts chapitres successifs ont une ressemblance et une similitude : 
la plume élégante et délice qui les a composés et qui a bien fait de les 
grouper comme les grains d'ambre de forme et de poids divers, reliés 
par un fil de soie, composent un chapelet oriental. 

C'est un excellent petit livre de voyage et s'il est agréable à lire sans 
doute au coin du feu, il doit être plus savoureux encore dans un coin 
de wagon. L'horizon qui fuit forme le cadre le plus propice à 
suivre la pensée mobile de l'auteur, pour s'adapter à la variété 
incessante du sujet. L'esprit libre et \agabond tourne les pages, saute 
les siècles, court, bondit, et, en courant, il saisit une phrase heu- 
reuse, un mot fin, une remarque profonde, un accent ému, une note 
où vibre le patriotisme et qui fait penser. Charmant petit compagnon 
à qui on pourrait appliquer le dicton de Virgile : « Chantons en chemi- 
nant, la route est plus facile », si des sentiments graves et parfois 
tristes, n'en accompagnaient les conclusions. 

M. de Vogiié a une façon toute personnelle, c'est cette façon-là qui 
fait le talent de parler des choses. Sa narration est simple, son style 
recherché et sa phrase riche en tours imprévus. Il peint les paysages 
avec un soin et un attrait qui caractérisent le voyageur; il en goûte 
toute la poésie et aime à reposer là ses souvenirs. Aussi est-il rare que 
ses portraits ne toient placés sur un fonds très joliment préparé. Les 
premières pages de sou premier chapitre : « Leçons florentines », sont 
j>articulièrement charmantes en ce sens, et la « Maison du Docleur » 
dans son site de Savoie, est pittoresque, parlante, presque reposante et 
calme bien que ce soit celle de... Cornélius Herz ! Avec le même art et 
le même amour de la nature, il nous montrera le berceau normand de 
la race aventureuse et guerrière des Tancrèdes: Hauteville la Guichard, 
ou les rades que battent les eaux britanniques et où évoluent les flottes 
formidables de nos voisins d'Oulre-Manche. Les choses sans doute 
l'aident à mieux comprendre les hommes. 



— 257 — 

Peut-être même le portent-elles, dans leur calme serein, à voir ces 
hommes trop en beau : ainsi M™'' Roland et Jules Ferry, ainsi les 
Anglais et leur puissance et leurs méthodes et leur orgueil. Ainsi 
surtout cette tendresse mal justifiée, peu explicable, cette commémo- 
ration posthume pleine d'une rliélori(iue larmoyante sur Port-Hoyal 
et sur ses tristes habitants. Louis XIV n'eut point si grand tort de 
poser le pied sur ce nid de vipères ; un roi est aussi un médecin : quand 
on empoisonne son peuple, il a le droit de briser la fiole et de chasser 
l'apothicaire. — Sur le voyage à Paris, en 1801, du roi et de la reine 
d'Étrurie, il y aurait d'autres restrictions à présenter, d'autres détails à 
fournir. Pour n'avoir pas abordé le premier cette question, le livre de 
M. Marmottan, que M. de Vogiié cite seul, n'en a point été plus complet. — 
Il est assez délicat de rectifier un homme aussi bien documenté de faits 
historiques qu'un membre illustre de l'Académie française. Toutefois, 
je demanderai à M. de Vogiié de ne pas continuer à croire que 
Charles IV d'Espagne, Marie-Louise et leur fille la reine d'Étrurie, 
aient été les hôtes de Talle^-rand à Valençay, en aucun temps. Le rap- 
prochement était ingénieux entre les deux réceptions que le prince de 
Bénévent aurait fait àcelte dernière princesse en 1801 et en 1808, ingé- 
nieux, mais inexact. C'est Ferdinand VII, son frère don Carlos, son 
oncle Antonio qui vécurent à Valeuçay de mai 1808 à mars 1814, mais 
jamais son père, ni sa mère, ni sa sœur. 

Geoffroy de Grandmaison. 



Silhouettes contemporaines ; les liommes de mon temps, 

par Paul Vibert (Théodore Vibert, fils). Paris et Nancy, Borger- 
Levrault, l'JOij, in-8 de 588 p. — Prix : 20 fr. 

Si la longueur des comptes-rendus se mesurait à la grosseur dos 
livres, je plaindrais mes lecteurs ; car le livre de M. Paul Vibert est 
grand et gros et il me faudrait bien des pages pour faire le tour com- 
plet de ses diverses dimensions : c'est, dans toute la vérité de l'expres- 
sion, un livre de poids. Voilà d'ailleurs sou principal mérite. L'auteur 
a pour but de nous « raconter simplement une tranche de la vie con- 
teuii)oraine dans ce qu'elle a de plus saisistiant », je reproduis sou 
style, et. pour ce faire, il est allé chercher dans Paris qui passe et dans 
V Action républicaine du xvii* arrondissement, où il aurait pu les lais- 
ser dormir sans grand dommage, une foule d'articulfts, j'fu comj)le 
iusqu'à cent-neuf consacrés a.\ix Éci-ivains, aux Peintres et scul}iteurs, 
aux Hommes politiques, aux Artistes lyriques et dramatiques, aux Eco- 
nomistes et financiers, aux Compositeurs, enfin aux Explorateurs et phi- 
lanthropes de noire temps. (Juul vaste progranunc, d'ailleurs fort mal 
rempli, car on ne trouve guère dans cette longue st'^rie que des 
personnalités de troisième ou quatrième ordre, auxquelles nul ne 
Mars 1900. T. LXXXVlll. 17. 



— 238 — 

s'intéresse en dehors du xvii» arrondissement. Ainsi, le grand 

homme de la série politique, c'est Trarieux : le lecteur peut juger du 
reste. 

L'auteur affecte un profond mépris pour l'État-major, appelle 
Drumont le « mouchard Drumont, représentant des jésuites », accuse 
Alphonse Ilumbert de « se jeter dans les bras des traîneurs de sabres 
et de faire amende honorable au confessionnal des bons Pères », ce qui 
est très spirituel. Après nombre de traits du même goût, M. Vibert fils 
nous sert la longue liste des ouvrages de M. son père et de ses 
propres ouvrages. Car, la couverture nous le rappelle pour que nous 
ne l'oubliions pas : son père fut un « célèbre historien >, et lui-même 
est un « éminent économiste. » Allons tant mieux, et je leur fais bien 
volontiers à tous deux celte petite réclame. En télé de son livre, 
l'auleur imprime en lettres majuscules : « Reproduction interdite aux 
journaux qui n'ont pas un traité avec la Société des gens de lettres. » 
Je puis l'assurer qu'il a pris là une précaution tout à fait inutile. 

Ed. Pontal. 



Biographie du baron Jules- Joisepii d'Auethan, ministre 
d'Etat, ancien ministre de la Justice, ancien chef du cabinet de 1870, ancien 
président du Sénat, grand cordon de l'ordre de Léopold, 1803-1888, par LÉOPOLD 
Plettingk. Bruxelles, Société belge de librairie, 1899, in-8 de x-420 p. 

C'est une grande et belle figure que celle du baron Jules-Joseph 
d'Anethan, dont M. Léopold Plellinck nous raconte aujourd'hui l'his- 
toire. Issu d'une vieille famille de l'électoral de Trêves, fixée en Bel- 
gique, Jules d'Anethan avait débuté dans la carrière judiciaire. Il était 
avocat général à Bruxelles lorsque le roi Léopold lui donna le porte- 
feuille de la justice dans le cabinet présidé par J. B. Nothomb. C'était 
l'époque où la guerre entre les catholiques et les libéraux ayant déjà 
commencé mais n'étant point encore arrivée à l'état aigu, les chefs du 
gouvernement, fidèles aux traditions du congrès, cherchaient encore 
à faire de la politique de conciliation et d'union. Esprit large, caractère 
élevé, profondément catholique, mais aussi essentiellement tolérant, 
vraiment libéral dans le bon sens du mot, M. d'Anethan avait sa place 
dans un ministère comme celui-là. Il la tint brillamment et signala 
son passage par des réformes heureuses et des lois utiles et sages. Mais 
les passions étaient trop vives : le cabinet tomba en 1845 et l'année 
suivante M. d'Anethan échoua aux élections de Louvain dont il était 
représentant. Sa retraite ne fut pas longue. Dès 1849, l'arrondissement 
de Thielt offrit un siège de sénateur au vaincu de 1848. L'arrondisse- 
ment de Thielt semble avoir le privilège de donner aux Chambres 
belges leurs membres les plus illustres. C'est lui qui depuis plus d'un 
quart de siècle est le collège électoral de l'homme d'État le plus émi- 



— 259 — 

nent de Belgique, M. Beernaert. Il a été durant plus de quarante ans fidèle 
au baron d'Anethan. Mais pendant de longues années, ce dernier dut 
se résigner à. n'être qu'un des chefs de l'opposition catholique. Le 
nainistère Frère-Bara, issu d'une émeute, maintenu par une équivoque, 
dura treize longues années. Quand il tomba en 1870, M. d'Anethan fut 
appelé à présider le cabinet qui le remplaça. La situation était diffi- 
cile, la guerre de la France et de la Prusse venant inopinément créer 
un danger menaçant pour la neutralité belge. Le baron d'Anethan et 
ses collègues parèrent au danger et résolurent les difficultés avec une 
décision, une fermeté et une prudence que la diplomatie européenne 
reconnut hautement et auxquelles les adversaires même rendirent 
hommage. A l'intérieur, leurs réformes utiles comme l'abaissement du 
cens pour les élections provinciales et communales, leur vif désir de 
résoudre pacifiquement les questions irritantes, leur loyalisme consti- 
tutionnel semblaient devoir leur assurer une longue existence minis- 
térielle. Désespérant de les renverser légalement, les libéraux eurent 
recours à leur procédé habituel : l'émeute, et en 1872 comme en 1857 le 
procédé réussit; la Couronne céda. Les ministres refusèrent de donner 
leur démission; le Roi la leur demanda et ils ne purent la refuser. Ce 
fut la fin, non pas de la carrière politique, mais de la carrière ministé- 
rielle du baron d'Anethan. Vice-président, puis président du Sénat, il 
prit part encore à toutes les luttes qui suivirent, prodiguant à toutes 
les saintes causes l'appui de sa parole et le concours de ses conseils. 
En 1888 sa santé le força à la retraite et il mourut peu après, laissant 
l'exemple d'une vie d'une grande unité morale et d'une constante 
élévation. C'est cette vie que M. Plettinck vient de raconter dans un 
beau livre qui est comme une histoire parlementaire de la Belgique. 
Nul mieux que lui n'était désigné pour cette mission ; car c'est son père 
qui avait eu l'honneur d'être à Thielt le parrain politique du baron 
d'Anethan. Maxime de la Rocheterie. 



Origines et iléhufH «le l'iinprinierie à Poitiem* ; Bililio- 
«jrapliie deM premiers livreH iiiiprii»é« daiiM cette «ille 

(14'îtt-15t5),avec corainenlaires,eclaircisseiuent3 et docuiueiits iné- 
dits, par A. CLAUDiN. Paris, Glauilin ; Niort, Clouzol, I8'J7, ia-8 de iv-t'J2 
iv-LXXvi p. — Prix: 15 fr. 
HIonuineutH de l'imprimerie à Poitiers ; recueil de fuc- 
MimiléM(149»-151&), par A.GLAUDiN.Paris, Claudia; Niorl.Clouzol, 
18'J7, iu-s do IV- XIX p. et 2;i8 Ilg. — Prix : 2o fr. 

En attendant la publication du grand ouvrage que M. A. Claudia 
prépare sur l'Imprimerie en France aux XV^ et X\'l° siècles, nous 
voyons apparaître une série d'érudites monographies qui sont 
autant d'étapes nécessaires vers le but final et ardemment convoité. 
Après Albi, Salins, Auch, Saint-LÔ, La Réolc, Agen, Limoges, Sisteron, 



— 260 — 

Bordeaux, voici Poitiers, l'une des villes de France qui ont connu le 
plus tôt la typographie. La première presse y a été établie dans la 
maison d'un dignitaire du Chapitre de Saiut-Hilaire-le-Grand. Quel 
était ce dignitaire sagace ? La question est controversée. M. Glaudin 
penche pour Bertrand de Brossa. En tout cas, le premier volume fut 
achevé d'imprimer le 14 août 1479 ; c'est un Breviarium hisloriale. Dès 
lors la production typographique se suit à peu près sans interruption 
dans la capitale du Poitou, avec des imprimeurs tels que P. Bouyer, 
Jean de Marnef, A. Charron et J. Mesnage. M. Glaudin décrit avec soin 
tous les exemplaires retrouvés, la plupart à l'état unique, des plus 
anciennes presses, et emploie sa critique à leur enlever un certain 
nombre de livres qui leur avaient été faussement attribués jusqu'ici. 
Quelques illustrations dans le texte permettent de suivre pas à pas les 
dissertations et discussions très serrées de l'auteur si parfaitement 
compétent en cette matière. 

Que dire du recueil de fac-similés? C'est la première fois, en France, 
que l'on édite un travail de ce genre pour une seule localité et pour 
quarante années d'exercice. Une telle abondance de documents pré- 
cieux, un tel luxe de variétés de caractères, aideront singulièrement 
aux études ultérieures et permettront très vraisemblablement de re- 
trouver beaucoup de livres sans nom d'imprimeur et sans indication 
de lieu d'impression, qui ont pu jusqu'à présent être attribués à telle 
ou telle localité sans raison suffisaute,ou dont l'attribution reste encore 
vague . On ne saurait donc assez remercier M. Glaudin qui n'a pas reculé 
devant les frais d'une semblable publication dans l'intérêt de la science 
bibliographique. Son livre, tiré à petit nombre comme les précédents 
ouvrages du même auteur, ne tardera pas à s'épuiser et à se faire rare. 

H. Stein. 

BULLETIN 

Qu'est-co que la poi-fection chréticnue ? Petit Xfitîté théorique 

avec ae» i-éflcxions pratiques, par l'abbé E. Braun. Paris, Retaux, 

1900, in-i6 dexiv-na p. — Prix : 1 fr. 75. 

Certes les traités sur la « perfection chrétienne.) ne manquent pas. Nom- 
mons seulement celui de Rodriguez, dans lequel tant d'auteurs ont puisé. En 
général deux défauts déparent ces sortes d'ouvrages : les uns sont trop 
étendus, trop savants, pour ne point dire trop vagues et trop théoriques ; 
d'autres, sous prétexte de brièveté, ne sont que superficiels. Beaucoup 
même ne circonscrivent pas avec la précision nécessaire ce concept si 
répandu de perfection chrétienne. 

Le substantiel et limpide petit livre de M. l'abbé Braun répond à ces 
divers desiderata. Il définit la perfection chrétienne : « L'union de l'âme à 
Dieu par la ctiarité. » On ne peut être plus philosophe chrétien et plus 
exact, tout en s'inspirant de l'Écriture, de la Tradition, des saints Pères, 
des Docteurs : saint Thomas, saint Augustin; des plus célèbres mystiques, 



— 261 — 

Suarez, saint François de Sales, saint Alphonse de Liguori, sainte Thérèse, 
sans compter les auteurs contemporains d'une compétence reconnue en 
matière de spiritualité. 

C'est la moelle du livre où les références sont nombreuses et conscien- 
cieusement indiquées. Après avoir établi en un lumineux relief l'idée de 
la perfection chrétienne, l'auteur nous fait passer en revue les Vertus, les 
Dons, les Fruits du Saint-Esprit, les Béatitudes, l(-s Missions divines, si 
peu connus même des chrétiens se livrant au travail quotidien de la per- 
fection. En un mot, dans ce livre, on parcourt rapidement tout le champ 
où s'exerce la vie surnaturelle. — Aux parties théoriques ont été ajoutées 
des réflexions pieuses pour ne pas négliger le côlé pratique. 

Cet opuscule doit être dans la cellule du religieux, sur la table de travail 
de l'homme du monde pratiquant. Tous y trouveront lumière, amour et 
courage, pour gravir les rudes sentiers de la perfection chrétienne. 

Louis Bobert. 

L'Inquisition, par Louis-Germain Lévr. Paris, Durlacher, 1899, in-8 de 
51 p. — Prix : 1 fr. 

Il y a assurément fort à dire sur l'inquisition, et ce n'est certes pas moi 
qui entreprendrai de la défendre sur tous les points. De même, l'antisémi- 
tisme ayant produit, dans le domaine historique, toute une littérature 
haineuse et superficielle, il serait puéril de s'étonner qu'il ait provoqué 
des représailles. Ce n'est tout de même pas une raison pour donner au 
public des brochures comme celle de M. Lévy : une étude sur l'inquisition 
où rien n'est allégué de ce qui peut en éclairer la genèse en expli- 
quant l'état d'esprit des hommes du moyen âge ; où (à côté d'ailleurs 
des meilleurs travaux modernes sur la matière) sont citées pêle-mêle des 
sources des plus suspectes ; où les références précises font presque partout 
défaut; où la doctrine de l'Église sur la tolérance n'est exposée qu'au moyen 
de quelques citations soigneusement isolées de leur contexte. — La note 
de la page 14 prouve que M. Lévy ignore les doctrines des théologiens du 
moyen âge sur le prêt à intérêt, et ne sait même pas bien ce que c'est 
qu'une action ou une obligation. E. Jordan. 



Giovanni Pi«r I^nlgi da PalcMtrint» o l'emcndaziono del Gradunle 

romano, da Mgr. Carlo Respighi. Roma, Desclée et Lefebvre, s. d., 
in-8 de 15 p. 

Ces pages substantielles attaquent de front et réduisent à néant la légende 
propagée et défendue par M. le D' Ilabert de Rastibonne, sur la part con- 
sidérable que le célèbre l'alestrina (| ISQ'!) aur.iit prise à la correction du 
Graduel romain. — Mgr Respighi cite deux documents, l'un du L'5 no- 
vembre 1577, l'autre du 13 décembre 1579. Il en ressort que la correction 
des livres de chant était uniquement, pour les musiciens do cette époque. 
une bonne opération tlnancière. — Son étude le conduit à la conclusion 
suivante ; « Nous pouvons retenir de tout ceci que Palestrina est complète- 
ment irresponsable du déplorable travail qui a donné comme résultat l'édi- 
lion médicéenne du Graduel romain. » Elle est plus coimue aujourd'hui 
sous le nom d'« édition de Ralisbonne. » M. D. 



— 262 — 

Zur ((■^<^<^'*'*<^'*^^ I^autfçecclilchte. Akadcmlactao A.bhandlung'sur 
ErlaiiKun^ç tlei* I>octoi>\vùr(le der pliilosopliischcn I<''akultat zn 
Upeala, vorgelegl und am 23 April f898, um 10 Ulir Vormiltags im Ilôrsaal 
N. 0. IV, ôffentlich zu verteidigen von Otto Lagercranlz. Upsala, Academische 
Buchdruckerei. Edv. Berling, 1898, ia-8 de 156 p. 

Il s'agit, comme on le voit, d'uue thèse de doctorat. Le titre ue nous laisse 
ignorer ni le jour de sa soutenance, ni l'heure, ni même la salle universi- 
taire où le candidat prouva qu'il était digne d'entrer « in docto corpore. » 
C'est de la précision à l'allemande et, sans doute ici, à la suédoise, puisque 
nous sommes à Upsal. L'auteur de ce travail essentiellement didactique 
reprend en sous-œuvre les théories des Gurlius et des Ascoli, pour les rec- 
tifier ou les développer. Il étudie, en essayant de retrouver leur genèse, les 
différences dialectales du grec, principalement celles de l'ionien et de l'at- 
tique, mais sans se renfermer dans un cadre trop étroit. 

L'abondance de ses informations pourrait étonner, si la patience et la 
ténacité des érudits de sa race permettait encore l'étonnemen t. D'ingénieux 
rapprochements, le plus souvent fondés, viennent éclairer et justifier les 
assertions de l'auteur. Sans doute ce système a ses dangers, mais il est 
évident que l'on ne saurait s'en passer et que l'étude comparative des textes 
s'impose dans tout travail de ce genre, puisque même elle en est l'essence. 

Nous croyons que cette thèse sera justement appréciée de tous ceux qui 
s'occupent de linguistique; si elle est l'œuvre d'un jeune homme, elle n'est 
certainement pas celle d'un novice. A. R. 



Résumé de l'histoire 'ancienne des peuples de l'Orient, en vingt 
et une leçons, par A. Saulnier. Paris, Briguet, 1899, in-12 de vi-69 p. — 
Prix: fr. 85. 

Ce petit traité est conçu d'après la meilleure méthode pédagogique, la 
seule qui convienne aux jeunes élèves de sixième auxquels il s'adresse. 
Sa division en leçons est courte et claire. Il eût été préférable, pour la 
rendre plus frappante encore, de faire précéder chaque leçon d'un sommaire 
très court, annonçant en quelques mots, le but de la leçon. On ne peut 
donc relever dans ce livre que quelques erreurs de détail, ou quelques 
défauts de plan. C'est une erreur de croire que les crues périodiques du 
Nil ont pour cause « les pluies d'Abyssinie » et le « débordement des 
grands lacs de ce pays » (p. 4). Les inondations du Nil sont la suite natu- 
relle des grandes pluies tropicales qui arrosent le plateau des Grands- 
Lacs, et le Haut Soudan, région du Bahr-el-Ghazal ou des Rivières. Il n'est 
pas utile de refaire, môme à titre de résumé, toute la suite de l'histoire 
sainte, dans l'histoire des anciens peuples d'Orient (p. 32 et suivantes). — 
Il s'agit Ici de prendre le peuple juif arrivé à un état politique connu et de 
le suivre jusqu'à la conquête syrienne, ou même jusqu'à la conquête 
romaine. Enfin l'histoire des rois de Juda est encore trop détaillée, trop 
suivie pour intéresser les élèves de sixième. Il valait mieux indiquer l'état 
politique et moral des Juifs pendant cette période en insistant sur le rôle 
des prophètes, d'Isaïe, et de Jérémie en particulier. Inutile de dire que ces 
fautes de détail ne détruisent pas le bon eftet produit par l'ensemble de 
l'ouvrage. J. Bernard. 



— 263 — 

La Franc-mnçonnerle ea France, par G. GOYAU. Paris, Perrin, 1899, 
in-16 de vii-119 p. — Prix : fr. 50. 

Jusqu'ici la Franc-maçonnerie ne s'était attaquée qu'au clergé, qui est 
bâillonné, ou à l'armée, cette grande muette vouée à l'obéissance passive. 
Elle vient de faire un pas de plus ; elle commence une campagne contre 
l'Université. Mais l'Université ne manque pas de gens qui savent et osent 
parler. M. G. Goyau, avec le beau talent qu'on lui connaît, a relevé la pro- 
vocation. Dans cette brochure, que tout le monde voudra lire, il stigmatise 
spirituellement les momeries des enfants de la Veuve et cet argot ridicule, 
grâce auquel « le sot et l'homme d'esprit, dans la maçonnerie, disent à peu 
près les mêmes choses dans les mêmes termes. » 

Mais le grand intérêt de ce petit volume est surtout dans l'exposé du rôle 
politique de la Franc-maçonnerie. Nous recommandons spécialement la 
lecture des pages 57 et suivantes. On y verra avec quelle habileté la Ma- 
çonnerie a essayé de s'approprier la personne du président Félix Faure, 
qui, un jour de jeunesse, avait paru dans une loge au Havre ; comment elle 
a tout fait pour faire croire que le Président appartenait corps et âme à la 
Franc-maçonnerie, et aussi comment, après la formation du ministère 
Méline, elle s'est éloignée de lui et a fini par ne parler qu'avec colère et 
dédain du premier magistral de la République. Il y a là une page d'histoire 
contemporaine qui explique beaucoup de choses, que le Président actuel 
connaît très bien et qui l'empêchera sans doute d'abandonner la politique 
radico-socialiste qui lui est imposée. 

Tout cela est dit dans une langue élégante et avec beaucoup de modé- 
ration. M. Goyau s'abstient de toute invective et de toute légende plus ou 
moins diabolique. Il se contente des faits tels qu'il les a constatés dans 
les documents officiels du Grand Orient. Aussi mérite-t-il pleine créance 
et sa brochure donne une idée très juste de cette association mystérieuse, 
sorte de club en permanence, ayant une politique intérieure et extérieure 
qu'elle impose au gouvernement, et particulièrement destinée à faire la 
courte échelle aux médiocrités qu'elle abrite pour les porter aux places 
lucratives. D. V. 

Quand j'étaU Romain, par le vicomte OsCAR DE PoLi. Paris et Lyon, 

Briguet, 1899, in-8 de 309 p. — Prix : li fr. 

Sous ce titre, le vicomte de Poli nous raconte très agréablement ses sou- 
venirs de l'époque où il était au service du Pape, en attendant de se 
mettre, au jour du péril, au service de la France. Ce volume est très 
varié. Souvenirs anecdotiques du régiment des zouaves ponliflcaux et du 
petit bataillon des « croises » de Cathelineau, qui eut une existence éphé- 
mère; dissertations archéologiques et historiques sur le Golis(?e, la Rome 
païenne et les bibliothèques de Rome; enfin deux histoires dramatiques : 
la Dame noire et le Lendemain de Mentana, voilà le livre, qui respire un 
grand amour de l'Église et de la France, et se recommande à ce double 
point de vue à l;i jeunesse chrétienne. Un joli livre d'clrennes et aussi un 
charmant livre de prix. Ed. Pûntal. 



■ nvcntnlrc do» nouveaux inaituacKlt* concernant l'lil«tolro d« la 
IteiKi'Iuo acciult* par la Itllillothèque royalo d« llorlln, par 

Michel Huisman. Bruxelles, liayez, 1899, in-S de lis p. 

Depuis quelques années la Commission royale d'histoire de Belgique 



— 264 — 

s'efforce de faire connaître aux érudits les sources de l'histoire de la Bel- 
gique. Sous sou iiispirallon ont été publiés successivement plusieurs in- 
ventaires : en 1895, celui des « Cartulaires conservés dans les dépôts des 
Archives de l'Etat eu Belgique » ; en 1897, celui des « Cartulaires conservés 
en Belgique, ailleurs que dans les dépôts des Archives de l'État » ; en 1899, 
celui des « Cartul.iires belges conservés à l'étranger. » Le travail que nous 
annonçons continue la série. Les manuscrits de la Bibliothèque royale de 
Berlin que décrit M. M. Iluisman sont au nombre de plus de cent; beau- 
coup d'entre eux sont relativement modernes, c'est-à-dire qu'ils ne remon- 
tent pas au-delà du xvii» siècle, et paraissent d'un intérêt médiocre. Il 
n'en est pas moins précieux d'en avoir la liste et une description qui suffit 
à nous les faire apprécier. Les plus importants n'intéressent pas seulement 
la Belgique. A noter parmi eux une « Lex romana Visigothorum » du vu» 
ou du vni* siècle, et une i. Lex Salica » du x* ; ces deux manuscrits ont 
appartenu à sir Thomas Philipps, de même qu'un manuscrit des Grandes 
chroniques de France, aux armes de Boulainvilliers et enrichi de minia- 
tures, et un Voyage de Jean de Mandeville, tous deux du xv« siècle. En 
revanche, ce n'est plus de la bibliothèque de Gheltenham, mais de celle de 
lord Hamilton que sont sortis, pour arriver à la Bibliothèque royale de 
Berlin, un Évangéliaire de Stavelot datant du vm* ou du ix» siècle, un 
troisième livre des Cronicques de Froissart et des Heures de Notre-Dame 
qui peuvent avoir appartenu à Marie de Bourgogne. 

Armand d'Herbomez. 

SacbBische GeBchteiite, von Prof. D' OxTO Kaemmel. Leipzig, Gôschen, 
1899, in-16 de 160 p. 

M. Kaemmel, le recteur du gymnase Saint-Nicolas de Leipzig, nous 
donne dans la collection Gôschen un abrégé de l'histoire de la Saxe. G'est 
un véritable tour de force de présenter dans un si mince volume un aperçu 
général d'un royaume qui fut mêlé à toutes les révolutions de l'Europe. 
Malgré les très étroites limites dans lesquelles le récit est obligé de se 
renfermer, ce récit demeure vivant et intéressant. Ce n'est pas une sèche 
chronique, comme on serait tenté de le croire, mais bien un tableau animé de 
la vie politique, sociale et économique de la Saxe, depuis l'époque germa- 
nique et slave jusqu'à nos jours. Rien n'y est oublié ; on y trouve même 
une esquisse du mouvement littéraire et artistique, aux grandes époques. 
Il est vrai que M. Kaemmel était admirablement préparé à ce travail par 
ses travaux antérieurs, et particulièrement par ses Promenades à travers 
l'histoire de la Saxe et de ses princes. L. M. 



Un matrlmonio reale nel secolo XVII, da GEMMA. ZamBLBR. Firenze, 
« Rassegna nazionale, » 1896, in-8 de 11 p. 

Une jeune et gracieuse érudite italienne a tiré des archives de Florence, 
et plus précisément des dépèches de l'ambassadeur Sacchetti (archivio Me- 
diceo, G, 4385) une amusante relation du mariage de Ferdinand d'Autriche, 
fils de l'empereur Ferdinand II, et de Maria-Anna, fille de Philippe III 
d'Espagne, en février-mars 1631. Cet ambassadeur avait prévu le moderne 
reportage mondain, et il narre à son grand-duc des détails que lui envie- 
raient nos gazettes du high-life. Il y a peut-être eu quelque naïveté à ra- 
masser dans ses papotages diplomatiques des détails qui n'ont réellement 
qu'un médiocre intérêt, mais il y a eu aussi du mérite à s'astreindre à la 



— 265 — 

lecture de ces dépêches. El en somme tel détail, même oiseux, peut avoir 
son utilité pour l'histoire des mœurs : Sacchetti est inépuisable sur les bals 
de la Cour et sur l'opéra allégorique de Dou Cesare de Guastalla. Le plus 
joli détail de ce mariage est la première rencontre de l'archiduc avec sa fu- 
ture femme : il voulut la voir incognito et, mêlé aux gentilshommes de 
son majordome, M. de Ton, envuyes pour faire à l'épousée de nouvelles 
révérences, il défila à son tour devant elle l'avant-dernier, pour lui baiser 
la main. Il s'inclina avec respect, mais quand il tint dans sa main celle de 
sa future épouse, il ne put réprimer un mouvement de sympathie et la lui 
serra assez fort. La princesse regarda ce cavalier audacieux et rougit :mais 
lui lui montrai sou doigl une bague de perles et de cheveux qu'elle avait 
d'Espagne envoyée à l'archiduc ; alors elle comprit tout et sourit dou- 
cement. M"" Zambler a raconté ce galant épisode avec une heureuse com- 
plaisance, et toute la chronique de ces fêtes avec une précision et une 
abondance remarquables. Mais il faut souhaiter qu'elle aborde des sujets 
d'un intérêt plus général. Léon-G. Pélissibr. 

Die KntBtehun;; der Voi'lierr-scliuM Veiicdigs an dci* i%ndrla mit 

beitragen zui- Vei-rassunffsgesciiiciite, von Walter Lenel. Stras- 
bourg, Karl. J. Trubner, 1897, in-8 de v-145 p. 

Ce livre comprend trois études d'importance inégale, mais d'un haut 
intérêt pour l'histoire médiévale de la Sérénissime. La première est con- 
sacrée au développement de la puissance politique et commerciale de 
Venise dans l'Adriatique, et aux luttes qu'elle eut à soutenir en Dalmatie, 
contre Ferrare et contre d'autres ennemis; l'auteur indique aussi avec une 
large documentation l'oscillation constante de la politique vénitienne entre 
l'expansion maritime et commerciale et le système de la territorial politik. 
Un appendice critique sur la chronique d'Andréa Dandolo termine ce pre- 
mier chapitre : l'auteur y montre beaucoup de sagacité. Les deux autres 
études sont relatives à la réforme du doganat au xii* siècle, et aux origines 
du Consilium Magnum, dont l'auteur prolonge l'histoire jusqu'en 1207. La 
dernière surtout devra retenir l'attention des futurs historiens des institu- 
tions vénitiennes. L.-G. P. 

nef Podestà, dcl luogo tonontc, dcgil nudltorl o dci ^ovor<ia- 
toi*l del antico ducato délia IMiruudoIa. Cataloglii ci*onoIof$i<»I 

corredati di notizie, da Fbligk Cerretti. Tomo unico. Mirandola, 
tip. di Grilli Candido, 1898, in-8 de xxiii-205 p. 

La municipalité de Mirandola se montre soucieuse de réunir et de 
recueillir les souvenirs historiques du duché dont elle fut jadis la capitale. 
Elle a institué une commission municipale pour les études historiques et 
les beaux-arts, et publie des Memorie storiche delta ciltà e deW antico ducato 
délia Mirandola. Cette commission a déjà publié douze volumes, dont le 
douzième seulement nous a été adressé : leurs sujets sont d'ailleurs indé- 
pendants. Celui-ci est consacré à un catalogue des divers magistrats de 
l'antique duché de la Mirandole : podestats, lieutenants, auditeurs et gou- 
verneurs. Ce catalogue a coûté six ans de recherches à son auteur, cl 
paraît fort complot. Mais je ne puis, loin dos archives de la Mirandola, du 
patient dépouilleiuent desquelles il est sorti, en contrôler l'exactitude. 
Une courte introduction, bourrée de faits jusqu'à en être confuse et 
embrouillée, mais bien documentée, précèile cette table chronologique. 

L.-G. P. 



— 2«6 — 



CHRONIQUE 



NÉCROLOGIE. — Après MM. Pierre Janet et Fréd. Bouillier, voici un troi- 
sième philosophe éminent qui vient de disparaître : M. Charles Lévêqub, 
en effet, est mort le 5 janvier. Né le 9 août 1818 à Bordeaux, il avait fait ses 
études au collège de cette ville, puis était entré en 1838 à l'École normale. 
Agrégé de philosophie en 1842, il occupa celte chaire de 1841 à 1847, d'abord 
à Angoulème puis à Besançon, fut nommé membre de l'École d'Athènes, qu'on 
venait de créer, en 1847-1848, et à son retour il professa au lycée de Tou- 
louse. En 1852, il subit avec éclat les épreuves du doctorat, ce qui lui valut, 
après un an de suppléance à la Faculté de Besançon, le titre de professeur 
titulaire à la Faculté de Nancy et, peu de temps après, d'être appelé à Paris 
oîi il fut attaché comme délégué à la Sorbonne. Deux ans plus tard, il était 
chargé du cours de philosophie grecque et latine au Collège de France et 
quand, en 1861, Barthélémy Saint-Hilaire, titulaire de cette chaire, démis- 
sionna, il lui succéda. L'Académie des sciences morales lui ouvrit ses 
portes en 1865 en remplacement d'Em. Saisset. Philosophe de l'école éclec- 
tique, il sut par son originalité se créer une place toute particulière, et 
s'est surtout occupé d'esthétique. Tout le monde connaît l'ouvrage qu'il 
publia en 1860 sous le titre de Science du beau étudiée dans ses pi'incipes et ses 
applications et que récompensèrent à la fois l'Académie française par le 
prix Monthyon, l'Académie des sciences morales par le prix Bordin et l'Aca- 
démie des beaux-arts. Ajoutons qu'il a collaboré à la iîevuc des Deux Mondes, 
à la Revue des cours publics, au Journal général de l'instruction publique, au 
Journal des savants depuis 1873, à la Revue philosophique depuis sa fondation, et 
qu'il donna dans cette dernière, en 1888 et 1889, toute une suite de 
travaux tant sur l'esthétique que sur la psychologie musicales, articles 
qui furent reproduits ou traduits dans de nombreuses revues étran- 
gères. Il laisse en outre les volumes suivants : Du Principe d'action, ou 
Démonstration scientifique et philosophique de la cause de ce qui est (Paris, 1847, 
in-8) ; — Le Premier Moteur et la nature dans le système d'Aristote (thèse) Paris, 
1852, in-8); •— (Juid Phidiae Plato debuerit (thèse latine) (Parisiis, 1852, in-8); 
— De la Puissance de la volonté, ou De la Cause du mouvement des tables (Paris, 
1854, in-8); — Notice sur la vie et les œuvres de Ch. Simart, membre de l'Institut 
(Paris, 1857, in-8) ; — Platon considéré comme fondateur de V esthétique. Leçon 
d''ouverlure du cours de philosophie grtcque et latine faite le 1i février 1857 
(Paris, 1857, in-8) ; — La Science du beau étudiée dans ses principes, daiis ses 
applications et dans son histoire (Paris, 1861, 2 vol, in-8, 2^ éd. 1871); — La 
Physique d'Aristote et la Science contemporaine (Paris, 1862, in-8) ; — Éludes de 
philosophie grecque ei latine (Paris, 1864, in-8 et in-12); — Le Spiritualisme dans 
l'art (Paris, 1864, in-18) ; — La Science de l'invisible. Études de psychologie et de 
théodicée (Paris, 1865, in-18) ; — Les Harmonies providentielles (Paris, 1872, 
in-16, 4» éd. 1884) ; — Le Principe de la vie. En quoi il consiste dans la nature 
(Péronne, 1872, iii-18); — Histoire de la philosophie moderne dans ses rapports 
avec le développement des sciences de la nature. Ouvrage posthume de Fernand 
Papillon (Paris, 1876, 2 vol. in-8) ; — Institut de France. Académie des sciences 
morales et politiques. Psychologie de la musique (Paris, 1888, in-4). 

— Un écrivain renommé, M. Richard Doddridge Blagkmore, est décédé 
le 21 janvier. Il était né le 8 juin 1825 à Longwort (Berkshire), avait 
commencé ses études à l'école de Tiverton et les avait achevées à l'Exeter 
Collège dOxford où il prit ses grades en 1847, U entra en 1852 dans le bar- 



— 267 — 

reau au Middle Temple, mais fut obligé, quelques années plus tard, de re- 
noncer à cette carrière, par suite de sa mauvaise santé; il se consacra dès 
lors à la littérature, et donna une suite de romans dont quelques-uns, 
comme Erema, furent traduits en français. Il s'occupa aussi d'horticulture 
et les lettres qu'il adressa au Times en ISO'i sur la culture des arbres frui- 
tiers furent à bon droit fort remarquées. Voici la liste de ses publications 
les plus importantes : Poems, 6;/ Melanier (London, 1854, in-12); — t'pullia, 
and other poems (anonyme) (London, 185?, in-8); — The Bugle ofthe Black Sea 
(anonj'me) (London, 1855, in-12); — The Fate of Franklin : a poem (London, 
1860, in-8) ; — The Farm and fruit of old : a iranslalionin verse ofthe first and 
second Georgicsof Virgil, by a Market Gardener (London, 1862, in-8) ; — Clara 
Vaughati : a novel (anonyme) (London, 1864, 3 vol. in-8; nouv. éd., 1872); — 
Cradock ^'owell : a taie of the New Forest (London, 1866,3 vol. in-8) ;— Lorma 
Doone : a roniance of Exmoor (London, 1869, 3 vol. in-8; IZ" éd., 1879); — 
The Georgies of Virgil, translated (London, 1871, in-8); — The Maid of Sker 
(Edinburgh, 1872, 3 vol. in-8) ; — Alice Lorraine : a taie of the South Downs 
(London, 1875, 3 vol. in-8 ; 6* éd., 1876); — Cripps the Carrier: a woodland taie 
(London, 1876, 3 vol. in-8); — Erema; or My father's sin (London, 1877, 
3 vol. in-8); — Mary Anerley : a Yorkshire taie (London, 1880, 3 vol. in-8); — 
Christowell : a D air moor taie (London, 1882, 3 vol. ln-8) ; — The Remarkable 
History of Sir Thomas Upmore, Dart., M. P., formerly known as <x Tommy 
Upmore » (London, 1884, 2 vol. in-8) ; — Springhaven : a taie for the great war 
(London, 1887, 3 vol. in-8) ; — Kit and Kitly : a story of West Middlesex (Lon- 
don, 1889, 3 vol. in-8) \—Perlycross : a taie of the Western Hills (London, 1894, 
3 vol. in-8); — Fringilla, taies in verse, pictured by L. F. Muckley (London, 
1895, in-8) ; — Taies from the Telling-House (London. 1896, in-8) ; — Dariel, 
romance of Surrey (London, 1897, in-8). 

— M. Jules PizzBTTA, né à Londres do père italien et de mère française, 
le 20 juillet 1820, est mort à Paris le 4 février. Il fit ses premières 
études au petit lycée de Cboisy-le-Roi et les termina au lycée Gondorcet. 
Il se destinait à la médecine et avait déjà pris trois inscriptions quand sa 
mère perdit sa fortune. Renonçant aussitôt à obtenir le doctorat, il se 
livra à l'étude de l'histoire naturelle. Par décret de janvier 1871, il fut 
naturalisé français. M. Pizzetta commença sa carrière littéraire en colla- 
borant avec M. Parent-Desbarres dans l'Encyclopédie catholique. On a de lui : 
Encyclopédie nationale, 4 vol. gr. in-8 à 2 col.; couronnée par la Société des 
arts, sciences et belles-lettres de Paris, en 1855 (publiée sous le pseudo- 
nyme de P. Houzé) ; — Édition annotée de Buffon^ (Paris, 1861, 5 vol. gr. in-8 
à 2 col.) ; — Quinze jours au bord de la mer (in-12) ; — La Botanique des 
écoles (Paris, 1862, in-18) ; — Les Veillées de Jean Rustique. Entretiens sur les 
animaux utiles et les animaux nuisibles (Paris, 1863, in-12); — Les Secrets de la 
plage (Paris, 1867, in-12);— Histoire d'une feuille de papier (Paris, 1867, in-1-2) ; 
— Le Monde avant le déluge (Paris, 1869, iu-12) ; — Les Voyages d'une goutte 
d'eau (Paris, 1870, in-12); — L'Aquarium (Paris, 1872, in-12); — Le Musée ento- 
mologique illustré (Paris,1877-78, 3 vol. in-4); — Le Trésor de Ui famille. Ency- 
clopédie de la vie pratique (Paris, 1877, in-18), publié sous le pseudonyme J.- 
P. llouzé; — Le Monde tropical ;Paris, 1878, in-ri); — Le Monde polaire (Paris, 

1879, in-12) ; — La Pisciculture (Paris, 1879 iu-12) ; — Plantes et bétes (Paris, 

1880, in-8), couronné par l'Académie française ; — Le Feu et VEau (Paris. 
1884, in-12) ; — Flore pittoresque de la France (Paris, 1884, in-4);— Les Loisirs 
d'un campagnard (Paris, 1889, in-8); — Dictionnaire j)0f)ulaire ilhutré d'histoire 
naturelle (Paris, 2» ud. 1890, gr. in-8 à 2 col.) ; ,— Petit Manuel de photogra- 



— 268 — 

phie pratique à Vusagc des gens du monde (Paris, 1891, in-12); — Galerie des 
naturalistes. Histoire des sciences natwelles depuis leur origine jusquà nos jours 
(Paris, iSO-i, in-8). 

— M. Henri-Anatole Coudrbau, mort au milieu de décembre, au cours 
d'un voyage sur un affluent de l'Amazone, était un explorateur éminent 
et un géographe distingué. Il naquit à Sonnac (Charente-Inférieure), 
le 6 mai 1859, fit ses études au collège de Saintes et entra comme 
clerc chez un notaire. Mais bientôt son peu de goût pour cette carrière la 
lui fit abandonner et il se fit recevoir, en 1817, à l'École normale de Cluny. 
Il fut ensuite nommé professeur d'histoire et de géographie à l'École pro- 
fessionnelle de Reims, qu'il quitta bientôt pour le lycée de Glermonl-Fer- 
rand. Mais un an après, il obtenait une chaire au lycée de Cayenne. Il 
profita de son séjour dans la Guyane pour entreprendre une série d'explo- 
rations dans les parties encore peu connues de cette contrée et pour en 
exposer le résultat dans de nombreux ouvrages très remarquables. A la 
suite des deux voyages qu'il avait faits en 1881 et 1882, le gouverneur 
le chargea d'une mission pendant laquelle il devait explorer le Counani 
et la route de l'Araguary à l'Amazone. En 188i, il partit de nouveau pour 
traverser toute la Guyane et bien que la désertion d'une partie des Indiens 
de son escorte l'ait empêché de poursuivre jusqu'au bout son entreprise, il 
put néanmoins dresser deux cartes fort précises de ces régions. De même 
qu'en 1887, il avait relevé le cours du Maroni, de même, en 1888, il put rec- 
tifier le cours de l'Oyapock qu'avait dressé déjà auparavant le D' Crevaux. 
Voici la liste de ses principales publications : Le Pays de Wargla, et les 
peuples de r Afrique et Hartmann. Annexe : Les français dans le Sahara (Paris, 
1881, in-10); — Les Richesses de la Guyane française (Gayenne, 1883, in-8) ; — 
Le Territoire contesté entre la France et le Brésil (Lille, 1885, in-8) ; — La France 
équinoxiale. Études sur les Guy ânes et V Amazonie (Paris, 1886-87, 2 vol. in-8); — 
Voyage au Rio-Branco, aux Montagnes de la Lune, au Haut Trombetla (Rouen, 
1886, in-4) ; — Les Français en Amazonie (Paris, 1887, in-8) ; — Vocabulaires 
méthodiques des langues ouayana, aparaï, oyampi, emérillon, pi'écédcs d'une 
introduction par Lucien Adam (Paris, 1892, in-8) ; — Chez nos Indiens, quatre 
années datis la Guyane française (1887-1891) (Paris, 1893, in-8); — Voyage au 
Tapujoz-, 28 juilleU 895-7 janv. 1896 (Paris, 1897, in-4) ; — Voyage au Tocatitins- 
Araguaya, 31 déc. 1896-23 mai 1891 (Paris, 1897, in-4); — Voyage au Xingu 
30 mai 1896-26 octobre 1896 (Paris, 1897, in-4). 

— Nous apprenons la mort d'un savant héraldiste, M. le comte Éloi- 
Amédée-Jacques-François de Foras, décédé en son château du Thuyset 
près Thonon, le 3 janvier. Il était né à Gênes le 5 août 1830, mais il passa 
la plus grande partie de sa vie en France, particulièrement à Ghambéry, et 
c'est à la Savoie qu'il a consacré la plupart de ses importants travaux, 
œuvre de patience autant que d'érudition, et qui sont devenus classiques 
pour l'histoire de cette province. Il était membre agrégé de l'Académie de 
Savoie, de la Société d'histoire de la Suisse romande, et fut président de 
l'Académie chablaisienne. Outre de nombreux articles et mémoires dissé- 
minés dans les revues locales, il a donné au public : Franchises municipales 
de Cusy en Genevois. Annexes contenant la chronique du fief de Cusy depuis le 
Xil» siècle, et des détails sur les familles qui Vont possédé, notamment sur les 
Montmayeur (Ghambéry, 1871, in-8); — Armoriai et nobiliaire de Tancien duché 
de Savoie (Grenoble, 1872-1878, 2 vol. in-fol); — Académie des sciences, belles- 
lettres et arts de Savoie. Discours de réception lu dans la séance du 22 févr. 1877 
(Ghambéry, 1877, in-8); — Chevaliers de l'ordi'e du Collier de Savoie dit de 



— 269 — 

rAnnonciade, appartenant au duclié de Savoie, de 1632 à 1860 (Grenoble, 1878, 
ia-fol.) ; — Liste et blasons de chevaliers du Collier de l'Annonciade et du duché 
de Savoie (Grenoble. 1878, in-fol.); — Le Blason, dictionnaire et remarques 
(Grenoble, 1883, in-fol.) ; — Le Comte llumbert I" [aux Blanches-Mains), recherches 
et documents, par M. le baron Carutti de Cantogno (traduit par le comte 
A. de Foras) (Chambéry, 1885, in-8); — Le Droit du seigjieur au moyen âge^ 
étude critique et historique (Chambéry, 188o, in-8); — Notice historique et généa- 
logique sur les priiices Basseraba de Brancovan, antiques descendants des anciens 
vayvodes souverains de la Falachie, princes de la Valachie transalpine (Genève, 

1889, in-fol.); — Amédée III {de Savoie?), évêque de Maurienne (Chambéry, 

1890, in-8). 

— Nous avons reçu, non sans une bien vive émotion, la nouvelle de la 
mort du comte Jean-Clément-Léoiice Dubo.sc de Pksquidoux, décédé au 
château de Pesquidoux le 29 janvier. Il était né au Houga en 1829 et, après 
de brillantes études, devint de bonne heure un écrivain de talent ainsi 
qu'un artiste éméritc. Érudit autant (jue modeste, travailleur infatigable 
et sans ambition, il s'absorba dans sa tâche de publiciste et l'on a pu appré- 
cier dans les articles de critique d'arl qu'il donna dans le journal l'Union ces 
rares qualités qu'il possédait à un si haut point. Il fut un défenseur dévoué 
et convaincu de la cause royaliste et catholique, et consacra au comte de 
Chambord, après la mort de ce dernier, un livre fort touchant. A la suite de 
la disparition de V Un ion, il se consacra à l'agriculture, sans toutefois renoncer 
à la vie littéraire comme en témoignent plusieurs ouvrages remarquables 
sortis de sa plume et dont le dernier, sur l' Immaculée-Conception, fit, ajuste 
titre, sensation dans le monde catholique. Ajoutons qu'il était membre de 
la Société bibliographique et nous terminerons cette trop courte notice en 
citant ses principales publications : Voyage artistique en France. Études sur les 
musées d'Angers, de Nantes, de Bordeaux, de Rouen, de Dijon, de Lyon, de Mont- 
pellier, de Toulouse, de Lille, etc. (Paris, 1857, in-18); — L'École (inglaise, 1612- 
1851. Études biographiques et critique (Paris, 1898, in-t8); — Flavien, étude (Paris, 
I8b0, in- 18); — Le Christ roi temporel (Paris, 1862, in-8) ; — La Comédie philoso- 
phique (Paris, 1862, iu-8) ; — Sémites et Ariens. M. Benan (Paris, 18G2, in-8); 
— La Statue du curé d'Ars, inaugurée à Ars le 5 août y8<»7(Paris, 1867, in-18) ; — 
Les Quatre Alesiu (Paris, 1868, in-S); — L'^ri du XlX'siècle) !'• et 2' séries). L'Art 
da7is les deux mondes, peinture et sculpture (1818) (Paris, 1881, 2 vol. iu-18) ; — 
La République et l'avenir (Paris, 1886, in-18); — Le Comte de Chambord d'après lui- 
même, étude politique et historique (Paris, 1887, in-8); — La Réaction religieuse 
et le jubilé pontifical de Léon XIII (Paris, 1888, in-8) ; — Vierges et repenties 
(l'aris, 1888, in-18) ; — L'hnmaculcc Conception, histoire d'un dogme (Tours, 
1898, 2 vol. in-8) ; — L'Immaculée Conception et la renaissance catholique, t. !•' 
(Tours et Paris, 1899, in-8). 

— Né à Gray, le 17 octobre 1823, M. André-Jules Sauzay est mort à 
Cirey-les-Bellevaux (Haute-Saône) le 26 novembre dernier. Licencié en droit 
en I8'ib, il remplissait, en I8'i9, à Lons-le-Sauuier, après avoir passé par 
Châteauroux et Chaumont, les fonctions de sous-inspecteur de l'instruc- 
tion primaire. Devenu inspecteur (1850), il fut nomme à Gray, sa ville na- 
tale, et resta â ce poste jusqu'en 185/1. C'est alors qu'il donna sa démission 
afin de consacrer tout son temps à l'étude, spécialement i l'histoire do la 
Révolution en Franche-Comté, ce qui ne l'empôcha point de faire ciuelques 
incursions sur le domaine du roman ni — cela sera sans doute une révé- 
lation i)0ur plusieurs — de laiiuiuer la muse avec succès. M. Sauzay, qui 
était membre de l'Académie de Besançon depuis 1867, est connu surtout 



— 270 — 

pour son Histoire de la persécution révolutionnaire dans le département du 
Doubs, de 1789 à 1801, d'après des documents originaux inédits (Besançon, 1867- 
1873, 10 vol. in-12). Cet ensemble, de 7579 pages, représentant peut-être le 
plus volumineux travail réf,Monal publié dans le genre jusqu'à ce jour, a été 
mis utileineut à contribution par les meilleurs historiens contemporains 
de la période révolutionnaire. — N'ayant pas l'intention de faire la biblio- 
graphie complète des publications de M. Jules Sauzay, nous nous bornerons 

— indépendamment de son Histoire de la persécution révolutionnaire dans le 
département du Doubs, plus haut citée — à mentionner les suivantes, 
presque toutes parues dans les Annales franc-comioises, la seule revue du 
pays ayant fait preuve de solide vitalité, car elle existe toujours : Le 
Baron Alexandre Martin de Gray {Annales franc-comtoises, juillet 1864); — 
U. le marquis de Tallenay, ministre plénipotentiaire (An. fr.-c, octobre 1864) 
(en passant, nous ferons remarquer que M. Sauzay a pris un nom pour 
un titre : il n'y avait pas de marquis dans la famille de Tallenay, qui 
s'appelait exactement : « Marquis de Tallenay »); — M. A7itoine Four, 
curé de Gray {An. fr.-c, décembre 1864); — Expulsion des hospitalières de 
Besançon en 1795 (An. fr.-c, février 1865); — Histoire des principales fonda- 
tions religieuses de la Montagne en Bourgogne, d'après M. Mignard (Aîi. fr.-c, 
mars, 1865); — L'Expiation, nouvelle (An. fr.-c, juillet, août, septembre et 
octobre 1865); — La Réclame, essai sur la littérature industrielle (An. fr.-c, 
décembre 1865) ; — Tentative des républicains du Doubs en faveur des Giron- 
dins (An. fr.-c, janvier 1866); — Un Dominicain franc-comtois contemporain, 
Ch.-J. Besson, peintre et missionnaire (An. fr.-c, septembre 1865); — Un Ma- 
riage de prêtre en 1793 (le mariage de Lacombe, curé de Quingey) (An. fr.-c, 
juin 1866); — Les Instructions de l'Assemblée électorale de Vesoul en 1789 (An. 
fr.-c, novembre 1867); — Le Journal de Ramboz, esquisse de la vie bourgeoise à 
Besançon en 1789 et 1790 (An. fr.-c, décembre 1867); — La Bible sans la Bible, 
d'après une Histoire de l'Ancien et du Nouveau-Testament, de Vabbé Gainet 
(An. fr.-c, janvier 1868); — Sir Arthur Young en Franche-Comté (An. fr.-c, 
août 1868); — Une Famille franc- comtoise (An. fr.-c, juillet 1869); —Proscrip- 
tion du culte protestant et du culte israélite dans le département du Doubs en 
1794 (An. fr.-c, août 1869); — M. T. d'Arènes, conte de vacances (An. fr.-c, 
septembre et octobre 1869); — Discours de réception à l'Académie de Besançon 
(coup d'oeil sur l'instruction générale en Franche-Comté avant la Révolu- 
tion et sur ce qu'étaient les Comtois du vieux temps); — Le Peuple comtois 
au siècle dernier (An. fr.-c, février 1870); — Le Père Lacordairc (An. fr.-c, 
mai 1870); — Mademoiselle de Clerval, nouvelle, suivie du Jeu de cartes de la 
sœur Mélanie et du Supplice des Carmélites de Compiègne (Tours, 1871, in-8) 

— Quelques mots à propos cTtm vieux livre (An. fr.-c, janvier-février 1897). 
Rappelons enfin que M. Sauzay, qui a collaboré à divers journaux et revues 
de Paris et de Lyon, a donné aussi au recueil de l'Académie des sciences, 
belles-lettres et arts de Besançon, entre les années 1876 et 1897, un certain 
nombre de pièces de poésie fort humoristiques. 

-- Un économiste distingué, M. Georges Michel, est mort le 15 janvier. No 
en 1844, il fit d'abord du journalisme, puis occupa quelques fonctions ad- 
ministratives, auxquelles il renonça bientôt pour se consacrer exclusi- 
vement à la profession d'écrivain. Il s'était de bonne heure adonné 
aux études économiques et il ne tarda pas à acquérir une grande 
compétence en cette matière, sans toutefois négliger les recherches 
historiques. Après avoir été quelque temps rédacteur au Parlement^ 
il passa ensuite au Journal des Débals où ses lecteurs purent apprécier les 



I 



— 271 — 

diverses formes de son talent. Il donnait en môme temps, chaque semaine, un 
article kVÉconomiste français. Ses articles, toujours solidement documentés, 
témoignent à la fois de sa profonde érudition, du piquant de son esprit 
et de sa verve de polémiste. Mais il laisse aussi dos ouvrages de 
longue haleine, et plusieurs, comme son Mémoire sur Léon Faucher, ont été 
couronnés par l'Institut. Ami de Léon Say, il collabora au Dictionnaire 
d'économie politique^ ainsi qu'à bon nombre de revues importantes. Nous 
citerons parmi ses publications : Camol (Paris, 1875, in-18 ; n» 5 des Brochures 
populaires sur la Révolution française, publiée par la Société bibliographique); 

— Pétion (Paris, 1876, in-18; no 10 de la même collection); — Histoire de 
Vauban (Paris, 1879, in-8) ; — Les Chemins de fer de l'État belge devant le Par- 
lement. Discussion du budget des travaux publics pendant la session de f88i 
(Paris, 1882, in-8); — Vauban, Dîme royale (Paris, 1888, in-18); — Une Ini- 
quité sociale. Les Frais de ventes jndiciaires d'immeubles (Paris, 1890, in-8) ; 

— Histoire d'un centre ouvriei' ; {les concessions d'Anzin (en collab. avec Alfred 
Renouard) (Paris, 1891, in-18) ; — Vauban économiste (en collab. avec André 
Liesse) (Paris, 1891, in-8); — Léon Say, sa vie et ses œuvres (Paris, 1899, in-8). 

— On annonce encore la mort de MM. : l'abbé Abraham, professeur au petit 
séminaire de l'abbaye Blanche, à Moi tain, mort le 25 janvier, âgé de 66 ans; 

— le R. P. Arsènb de Chalel, à qui l'on doit la 2» éd. de VHistoire de la lati- 
nité de Constantinople, par Alph. Belin (Paris, 1894, in-8) et un ouvrage sur 
Saint François d'Assise (Paris, 1885, in-fol.), mort le 19 février, âgé de 67 ans ; — 
Marcel Barthe, ancien sénateur, qui, outre de nombreux discours au Sénat 
a publié : Le bon vieux Temps en Déarn (Pau, 187i, in-16), mort à Jurençon, 
le 16 février, âgé de 86 ans ; — Joseph Bécot, dont nous rappellerons entre 
autres publications : M. de Lamartine orateur (Paris, 1843, in-8) ; De VOr- 
ganisalion de la justice répressive aux principales époques historiques (Paris, 
1860, in-8), mort le 7 février à Saint-Briac (Ille-el-Vilaine), âgé de 81 ans ; — 
le capitaine de vaisseau Octave de Bernardières, membre du Bureau des 
longitudes, directeur de l'Observatoire de Montsouris, auteur do publica- 
tions scientifiques intéressantes, mort le 2 février, à 54 ans ; — Le R. P. 
BouET, ancien supérieur du séminaire de Lisieux, mort à Bayeux, le 4 
février, âgé de 76 ans ; — Le D' Louis-Gustave Boughereau, médecin en 
chef de l'asile Sainte-Anne et statisticien, mort le 23 février ; — Léon Ca- 
nonne, journaliste parlementaire qui, après avoir débuté comme rédacteurà 
V Agence Havas, collabora à la Liberté et à la Paix, mort le 7 février, à Meu- 
don, âgé de 56 ans ; — Sébastien Commissaire, ancien représentant du 
peuple à l'Assemblée législative de 1849, et auteur de : Mémoires et Souve- 
nirs (Lyon, 1888, 2 vol. in-1 8), mort le 20 février à Lyon, âgé de 78 ans ; — Numa 
Dejban, auteur d'une Nouvelle Théorie de l'écoulement des liquides (Paris, 1868, 
in-18), mort à Belvès (Dordogne) le 20 février, âgé de 78 ans ; — M. Eugène 
Grandglaude, ancien professeur de philosophie et de théologie, fondateur 
du Canoniste contemporain et auteur de plusieurs ouvrages dont les plus impor- 
tants sont : Les Principes de 89 et le Concile (Paris, 1H70, in-18); Jus canonicum 
juxta ordinem decretalium (Parisiis, 1882-1883,3 vol. in-8) ; La Question biblique 
d'api-ès une nouvelle école d''apologistes chrétiens (Paris, 1893, in-16), mort le 
21 février, ûnié de 74 ans; — Hbrpin, bibliophile distingué, qui avait surtout 
étudié les poètes du XVI* siècle, mort le 5 février ; — l'abbé Imbert, poète 
provençal très goûté ([ui dirigeait l'almanach le Cacho-Fio et qui avait colla- 
boré au Pèlerin et au A'ocf, mort le 1" février; — Charles Lrcour, qui avait 
longtemps dirigé le service de la police des mœurs à la préfecture de police 
et laisse des ouvrages sur ce sujet, mort le 21 février, âgé do 77 ans; — Emile 



— 272 — 

Laurent, auteur entre autres publications de: Le Paupérisme et les associations 
de prcvnyaiice (Pdri?, 18C0, in-8, 2» éd. 1805), n)orl le 19 février, &gé de 70 ans; 

— II. Lb TRÈson DE LA Roque, qui a publié, outre de nombreux rapports et 
nii'inoires relatifs à l'af^ricultiire : Les Finances de la République. Les Cham- 
bres prodigues (Paris, 1884, in-8), mort le 20 février, âgé de ;68 ans ; — Ber- 
nardin DE LÉONARD DE Rampan, archéologuo, mort à Ecrammeville (Calva- 
dos), le 10 février, igé de 70 ans ; — Marion, directeur du Muséum de 
Marseille, professeur à la Faculté des sciences, mort le 24 janvier, âgé de 
54 ans ; — Henri Marmonikr, collaborateur de la Revue bleue et de la Revue 
historique, qui laisse entre autres publications : L'Italie et rAlliance autri- 
chienne, autrefois, aujourd'hui CParis, 1893, in-8), mort à Belleville sur Saône, 
le 6 février, à l'âge de 45 ans; — le Bon Charles de Montesquieu, qui s'était 
occupé avec ses frères de la publication des œuvres inédiles de son trisaïeul, 
l'auteur de l'Esprit des lois, et qui présidait la commission s'occupant de 
cette édition dont cinq volumes ont paru, mort le 24 janvier ; — Mourin, 
recteur honoraire de l'Académie de Nancy, mort dans cette ville, le 25 
janvier, âgé de 77 ans ; — Germain Picard, poète et romancier, dont nous 
rappellerons : Par tous pays, 7iouvelles (Vichy, 1870-1873, 2 vol, in-8) ; Jambes 
et satires 1871-1874 (Paris, 1875, in-8), mort le 16 février, âgé de 63 ans ; — 
Le D' Pietri, ancien médecin de Napoléon 111, mort le 25 janvier; —Lucien 
QuÉLET, mycologue, mort à Hérimoncourt (Doubs) ; — Alphonse Rebière, 
professeur à l'Ecole normale de Saint-Cloud, auteur de nombreux ouvrages 
parmi lesquels nous citerons : Mathématiques et mathématiciens, pensées et 
curiosités (Paris, 1889, 2* éd. 1893 ; Les Femmes dans la science (Paris, 1894, in-8, 
2« éd., 1897), mort le 23 février, âgé de 58 ans; — Rodolphe-Gustave 
RiNCK, compositeur, auteur de l'opéra comique intitulé Mademoiselle de 
Kervan (1877), mort à Sainl-Jean-de-Luz, le 24 décembre, à l'âge de 67 ans ; 

— Le P. Marien Ruard, de la congrégation de Picpus, qui fut successivement 
professeur dans divers établissements de cet ordre et fonda un noviciat 
à Issy, mort à Sarzeau le 2 février, à l'âge de 90 ans ; — Philippe Salmon, 
sous-directeur de l'École d'anthropologie de Paris, collaborateur de la Revue 
d'' anthropologie, de l'Homm,e, journal illuslré des sciences anthropologiques, et 
auteur, entre autres nombreuses publications, d'un Dictionnaire paléoethno- 
logique du département de VAube (Troyes, 1882, in-8), mort le 18 février, âgé 
de 76 ans ; — Le R. P. Sergan, de la Compagnie de Jésus, qui travailla 
à l'organisation de l'enseignement libre et fut procureur du collège de Tivoli 
de Bordeaux, mort en février, dans cette ville, âgé de 80 ans ; — Félix- 
Benjamin Sinclair, journaliste, mort le 26 janvier, à 50 ans ; — Charles 
Tardy, auteur de publications géologiques parmi lesquelles nous citerons : 
Esquisse géologique de la Dresse et des régions circonvoisines, abrégé de géologie 
à l'usage des Bressans (en collaboration avec Fréd. Tardy: Bourg, 1892, in-8), 
mort à Bourg, le 27 janvier ; — l'abbé J.-B. Thibault, supérieur du sémi- 
naire universitaire de Lyon, mort à Lyon le 16 février, âgé de 72 ans; — le 
D'' Gabriel Tourdes, doyen honoraire de la Faculté de médecine de Nancy, 
dont nous citerons, comme publications médicales, le Traité de médecine 
légale théorique et pratique (en collaboration avec Ed. Metzquer (Paris, 1896, 
in-16), mort à Nancy le 27 janvier, âgé de 90 ans; — le chanoine Justin 
Verniolles, supérieur honoraire du petit séminaire de Servières (Corrèze), 
auteur, entre autres nombreux ouvrages, de : La Lecture et le choix des livres 
(Paris, 1877, in-16, 2* éd. 1879); Études littéraires sur les récits bibliques (Paris, 
1883, in-16); Les Récits évangéliques et leurs beautés littéraires (Paris, 1888. in- 
16), mort à 59 ans, le 25 février. 



— 273 — 

— A l'étranger, on annonce la mort de MM. ; Alphonse Aixard, écono- 
miste distingué, directeur honoraire de la Moanaie de Belgique, auteur 
entre autres publications de : La CrUe, la baisse des prix, la monnaie (Paris, 
1885, in-4 ; 2« éd., Bruxelles, iSSo]; Étude sur la Crise agricole, commerciale et 
ouxrrière, et ses causes monétaires en Angleterre (Bruxelles, lsS8, in-4j, mort à 
Bruxelles, le 26 janvier, âgé de 66 ans; ; — Ulisse Bakbibri, romancier et 
poète dramatique italien, mort vers le milieu de janvier; — le R. P. Louis 
BOBTBMAN. de la Compagnie de Jésus, supérieur de la Résidence de Gand 
et fondateur de l'École apostolique de Turnhout, mort à Tronchiennes, le 
ô février, âgé de 93 ans ; — S. D. Baisiow, qui s'est occupe des hymenop- 
• rres, mort à Port-Elizabeth : — L.-A.J. Burgbrsdtck, connu par ses tra- 
iuctions hollandaises de Shakespeare, mort à Apeldoorn, âgé de 72 îins, 

le to janvier: — Ludwig Bcsslbk. connu par ses travaux sur la théorie de 

la musique, mort à Berlin, âge de 72 ans, vers la fin de janvier; — Edouard 

OUCKB, connu par ses études sur les coléoptères, mort à Bruxelles; — 

. • D' Charles Dblstanchb, collaborateur de nombreux périodiques tels 

:ue le Journal de médecine, de Bruxelles, VArchiv fur Ohrenheilkunde, de 

Leipzig, le Bolletino del'.e sciense mediche, de Bologne, et auteur de plusieurs 

uvrages médicaux, mort à Bruxelles, le 27 janvier, âgé de 59 ans ; — 

.haries Franklin Dcnbab, professeur d'économie politique à TCniversité 

e Harvard, auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie politique et les 

rinances, parmi lesquels les plus estimés sont Chapters on the traory and 

^.istory of banking et Curreney, finance and banking, mort le 29 janvier à 

.hicago. âgé de 70 ans ; — Thomas Egleston, auteur de nombreux ouvrages 

ie minéralogie et de métallurgie, dont plusieurs ont été traduits dans 

différentes langues, mort le lo janvier à New York, à l'âge de 7S ans ; —A. 

Ebnst, directeur du Muséum de Caracas, mort en novembre; — Fbkrara, 

sénateur et économiste, mort à Venise, le 22 janvier, à l'âge de 90 ans : 

Hans Bruno Gbixitz. minéralogiste et géologue, mort à Dresde le 28 janvier, 
â l'âge de 8o ans : — William Gbobgb, libraire de Bristol et auteur de Lyles 
<"ary Manor-House, Somerset, and its literary associiiions jBristol, 1879, in-8)* 
>ome account of (ne otdest plans ©/"Bristo! ^Bristol, It5l, iu-4,, mort le 16 janvier • 

— Nicolas Gborgîs. ré-lacteur en chef de VUnion de Chnrleroi, mort à la fin de 
invier : — James Watson Gbbard, dont les meilleures publications ont 

r-our titres : Tilles to real est île, City Kater rights et The Peace of Ctreeht,uiOTl 
■\ îiew York City, le 2S janvier, âgé de 79 ans ; — William Uenry Gildbr, 
• iplorateur qui prit part à l'expédition à la recherche de Franklin de 1878 
à l^îO et a publié ^chwatka's Search sledling id the Arlic in quest oflhe Franklin 
' 9cords et /ce Pack and Tundra, récit de son voyage en Sibérie pour retrou- 
ver les survivants de !a * Jeannette », mort le .'5 février à Morrislowu fN. J.) 
. l'âge de 62 ans ; — Theodor Glbimgbr, bibliothécaire à la Bibliothèque 
."Ojalî de Berlin, mort a Steglitz, le 11 janvier, a 49 ans; — J. Gobanz, 
onchyliologue et entomologiste, mort à Kiagenfurt ; — Mgr db Gœsbhiand, 
•vèque de Burlington (Amérique,, auteur de plusieurs importants ouvrages 
>ur l'Ancien et le Nouveau Testament, mort au commencement de décembre, 
,\ge de 83 ans ; — Dmitri Vasilievitch Grigoeovitch, illustre romancier 
russe qui, dans son Antoine V Infortuné, fraya la route à l'idée de l'émanci- 
pation des serfs, mort à Saint-Pétersbourg, le 3 janvier, âge de 76 ans ; — 
Adolf Glmprbcht, libraire de Leipzig et écrivain, mort à Meran, le 23 dé- 
cembre, âge de 81 ans ; — Otto Guuprbcht, connu par ses ouvrages sur la 
musiqïie, mort à Meran, le 6 février, à l'âge de 76 ans ; — Wilhelm 
Hauchecornb, directeur de l'inslilut géologique et de l'Académie des 
Mars 1900. T. LXXXVIII. 18. 



— 274 — 

mines de Berlin, mort dans cette ville, le 15 janvier ; — Henry Allen Hazen, 
auteur de nombreuses publications météorologiques telles que The Tornado 
(1890) ; The Climate of Chicago (Washin^flon, 1893, in-8), mort le 23 janvier, à 
Washington, Agé de KO ans; — Auf^ust IIollrnberg, rédacteur en chef du 
Dinglers pohjlechnischen Journal, inort à Stuttgart, à la fln de janvier ; — 
Edward Hughes, célèbre électricien, inventeur du télégraphe imprimeur 
qui porte son nom et du microphone, mort à New York, le 24 janvier, âgé 
de 69 ans; — Ludwig Joseph IIl'ndhausen, professeur au séminaire ecclésias- 
tique de Mayence et dont on peut citer notamment Die beiden Ponti/icalschrei- 
ben des Aposlelfiirsten /V/rits (Mainz, 1873-1878,2 vol. in-8), mort le 8 janvier, à 
65 ans ; — Sir William Wilson Hunter, connu par ses nombreux ouvrages sur 
rinde, parmi lesquels nous citerons : The Impérial Gazelteer of India , The Indi- 
ana Empire, ils histonj, people and products, et par la collection The Bulers of 
/ndta, publiée sous sa direction, mort le 7 février àOaken Ilolt Hall (Cumnor); 
— le cardinal Domenico Jabobini, qui fut chargé du cours de grec et attaché 
aux archives de la Propagande à Rome, et professeur de philosophie au 
Séminaire romain, mort à Rome, le l*' février, à l'Age de 63 ans; — 
le P. Joseph Janssens, de la Compagnie de Jésus, qui fut directeur de 
TÈcole apostolique de Turnhout, auteur de grammaires latine et grecque, 
mort à Tronchiennes, le 3 février, à l'âge de 73 ans ; — le Rev. John Ken- 
nedy, e<iiteur de The Evangelical Magazine (1887 à 1890) et auteur de plusieurs 
ouvrages religieux, mort à Londres, le 6 février, âgé de 87 ans ; — P. La- 
VROv, le célèbre révolutionnaire russe, qui occupa la chaire de mathéma- 
tiques supérieures à l'École d'artillerie de Saint-Pétersbourg, puis la chaire 
d'histoire des sciences physiques et mathématiques à l'Académie mili- 
taire, qui collabora aux principales revues périodiques russes et à la fievue 
anthropologique de Broca, et écrivit plusieurs ouvrages socialistes, mort 
le 7 février à Paris, à l'âge de 77 ans ; — le R. P. Gustave Leroy, ancien 
recteur du collège du Sacré-Cœur à Gharleroy, mort à Verviers le 25 jan- 
vier ; — V. N. LiGiN, ancien professeur de mathématiques à Odessa, mort à 
Hyères, le 18 janvier, à l'âge de 54 ans ; — Manuel Lopez de Arzu- 
BiALDA, vice-président de l'Association syndicale de la presse étrangère, 
correspondant à Paris, depuis plus de quinze ans, du journal ElJmparcial 
de Madrid, mort le 27 janvier ; — Luther, directeur de l'Observatoire de Bilk, 
près Dnsseldorf, mort en février, âgé de 78 ans ; — Eduard Mûller, profes- 
seur de théologie pratique à l'Université de Berne, mort dans cette ville, 
à la fln du janvier, âgé de 80 ans ; — le D"' Adolfo Murillo, professeur 
d'obstétrique et de clinique d'accouchement de l'Université de Santiago 
(Chili), iiui laisse entre autres publications : Plantes médicinales du Chili 
(Paris, 1889, gr. in-8) ; Hygiène et assistance publique au Chili. Traduction 
d'Emile Petit (Lagny, 1890, gr. in-8), mort à Santiago, le 14 novembre; 
— Joseph Neuhauser, professeur ordinaire de philosophie à l'Université 
de Bonn, mort dans cette ville, le 4 janvier, à l'âge de 76 ans ; — 
Eduard Orton, professeur de géologie à l'Université de l'Ohio, mort en 
octobre ; — Eduardo de Palacio, poète dramatique espagnol, mort le 23 jan- 
vier; — Richard Paul, poète et critique d'art, mort à Munich, le 18 janvier, 
âgé de 57 ans; — Eduard Reimann, historien, mort à Breslau, le 19 janvier, 
à l'âge de 80 ans ; — le R. P. Mauro Ricci, très brillant latiniste, ancien 
professeur au collège Nazzareno, mort à la fln de janvier, à Rome ; — 
Heinrich von Rustige, directeur de l'Ecole des beaux-arts de Stuttgart, et 
critique d'art, mort dans cette ville, le 16 janvier, âgé de 80 ans; — Teles- 
foro Sarti, un des principaux rédacteurs de ÏOsservaiore romano et ancien 



— 275 — 

directeur de la Democra:iia crisiiana de Turin, mort au commencement de 
février ; — Julitis Schwabz, professeur d'histoire ancienne à l'Université 
de Budapest, mort dans cette ville, à 60 ans, le 31 janvier ; — le colonel 
Friedhelm Schôning, écrivain militaire, mort à Dresde, le février, âgé de 
53 ans ;— John B. Stallo, d'origine allemande, ancien ministre des États- 
Unis en Italie, auteur de General Privciples of the philosophj of nalurc ; The 
Concepts and theory of modem science, movl le 8 janvier, à Rome, âgé de 7u 
ans;— A. G. Starck, ornithologiste connu, mort à Ladysmith, le 18 novem- 
bre; — George Warrington Steevens, correspondant du Daibj Mail, colla- 
borateur de divers autres journaux et auteur d'ouvrages parmi lesquels nous 
citerons Naval Policy (1896), Egypt (1898), With Kilchenerto Khartum, mort en 
janvier ; — Franz Ludwig Steinmeyer, professeur de théologie pratique à 
l'Université de Berlin, mort dans cette ville, le 4 février, à l'âge de 88 ans; 
— Nikoiaï Nikolaevitch Tsylov, à qui est due la fondation de la société 
russe des libraires et éditeurs, et qui s'est occupé pendant plusieurs 
années de la rédaction du Knijnyt Viesinik, mort le 8 décembre; — F. R. 
Van drr Wulp, auteur de publications remarquables sur les diptères et 
particulièrement sur ceux des pa.vs exotiques, mort à La Haye, le '27 no- 
vembre;— Peter Waage, professeur de chimie à l'Université de Christiania, 
mort dans celte ville, à la fin de janvier, à l'âge de 07 ans ;— Amos Griswold 
Warner, qui professait à Leeland Stanford Junior University les sciences 
économiques appliquées, et dont nous citerons les trois ouvrages les plus 
connus : American charities. Phases of coopération in the West et Charities in 
relation to philanthropy, mort le 18 janvier, à 39 ans. 

Congrès. — Du 23 au -29 juillet se reunira au Collège de France un congrès 
d'histoire comparée. Il comprendra huit sections : 1. Histoire générale et 
diplomatique; 2. Histoire comparée des institutions et du droit; 3. Histoire 
com|)aféede l'économie sociale; 4. Histoire comparée des affaires religieuses; 
5. Histoire comparée des sciences; 6 Histoire comparée des littératures; 
7. Histoire comparée des arts du dessin ; 8. Histoire comparée de la musique. 
— Bien que la langue officielle du Congrès soit le français, on autorise 
remploi du latin, de l'allemand, de l'anglais, de l'italien et de l'espagnol. 
Les autres langues ne sont admises qu'à condition que la communication 
soit accompagnée d'un résumé en français. Le prix de la cotisation est fixé 
à 20 francs. 

Une Nouvelle Langue internationale. — Encore un essai de langue 
internationale ! L'on frissonne en pensant au courage qu'il faut au cher- 
cheur pour présenter une nouvelle tentative, après l'échec auquel se sont 
heurtés tous le.s efforts accomplis jusqu'ici dans le même sens. .M. Léon Bollack 
a eu ce courage, et il affronte l'opinion et la critique avec un Résumé théo- 
rique de langue bleue-bola/c — langue internationale pratique (Paris, 147, avenue 
Malakùff, in-8 de vii-124 p.). A priori nous nous sentons mal disposés pour 
ces essais rébarbatifs et prétentieux, et nous n'avons pas abordé sans 
effroi la lecture du volume de M. Bollack. Mais de prime abord nous lui 
avons su bon gré de nous promettre qu'il ne nous donnerait pas de traduc- 
tions en bolak de nos chefs-d'œuvre littéraires, et de déclarer combien il 
trouvait vains et illusoires de semblables projets. Quant à la langue môme 
créée par M. Bollack, nous ne refuserons pas à son invention l'ingéniosité, 
ni même une simplicité assez grande. Mais nous nous demandons pourquoi 
il a créé lui-même quelques exceptions aux règles dont il est l'inventeur. 
Si les exceptions sont inévitables dans une langue formée peu à peu et modi- 
fiée dans le cours des âges, il semble qu'elles auraient dû être évitées dans 



'M. 



— 276 — 

une œuvre arbitraire ; d'autant que Ton n'en saisit pas bien la raison au lieu 
que dans nos lanj^ues vivantes l'explication scientifique de l'anomalie est 
presque toujours possible. 

Paris. — M- Henry Carnoy vient de publier le premier volume d'un 
Diclionnaire biographique des membres des Sociétés savantes (Paris, chez l'au- 
teur, il 7, rue Notre-Damc-des-Champs, gr. iu-8 de 2S6 p., imprimé sur 
deux colonnes, avec portraits. — Prix : 30 fr.). On trouve là 1^42 notices 
fort intéressantes. v( Les Sociétés savantes de province, dit l'auteur, rendent 
de précieux services aux études de littérature, d'art, de sciences et d'éru- 
dition. Important est le nombre d'hommes de réelle valeur, demeurés le 
plus souvent à l'ombre du clocher natal, qui emploient leurs loisirs à des 
travaux ardus dans le seul but de glorifier un pays de prédilection et de 
servir les intérêts et le bon renom de la science française. Malheureuse- 
ment, les travaux publiés en province ne peuvent toujours obtenir la con- 
sécration de la renommée, consécration que, dans le plus grand nombre 
de cas, la capitale peut seule donner. Les érudits s'ignorent et ignorent 
souvent luurs travaux respectifs. Nous avons pensé que ce serait faire 
œuvre utile que de fixer la biobliographie des érudits et des savants fran- 
çais de notre époque, et de laisser en même temps aux chercheurs de 
l'avenir de précieux éléments d'étude, en écrivant le Dictionnaire des mem- 
bres des Sociétés savantes. Écrivains, érudits, critiques d'art, savants, artistes, 
naturalistes, en un mot tous les hommes à bon droit notables, auront 
leur place marquée dans notre Dictionnaire. D'autre part, la parLie biblio- 
graphique de leur œuvre y sera notée aussi complètement que possible. » 
— Nous ne pouvons que souhaiter à cette très utile entreprise tout le 
succès qu'elle mérite ; mais il faut souhaiter aussi que les volumes se suc- 
céderont nombreux, à intervalles rapprochés ; cela nous semble facilp. 

— M. le chanoine Pisani aura collaboré avec le talent d'un spécialiste en 
la matière et la foi d'un convaincu à l'union des églises dissidentes, pensée 
grandiose de Léon XIII. Voici un nouveau travail du docte chanoine de 
Paris sur les Églises chréliennes séparées (Extrait de la Quinzaine, 16 janv. 
1900, in-8 de 37 p.). Il y étudie le système religieux des Russes, des Hellènes, 
des Roumains, des Serbes <i qui ont placé la suprême autorité religieuse 
aux mains de synodes qui, par leur constitution, sont hors d'étal d'entrer 
en lutte avec les pouvoirs publics. » Et il montre que « partout la rupture 
avec Rome a amené une subordination plus complète de l'Église vis-à-vis 
de l'État. )' C'est, en un mot, les diverses phases de lu marche de ces églises 
vers Rome qu'il considère au cours du xix« siècle. Cette étude forme un 
chapitre du troisième volume du livre : Un siècle, que M. Pisani doit faire 
paraître incessamment. A en juger par ce même chapitre, l'ouvrage sera 
remarquable. 

— Les Congrégations religieuses en France, par l'abbé X..., du clergé sécu- 
lier (Paris, imp. Petithemy, in-12 de ^5 p.), sont une œuvre de particulière 
opportunité. En un style clair, vif, l'auteur anonyme traite ces questions : 
<.<■ Sont-elles riches? — Les vœux religieux sont-ils l'abdication des droits 
de l'individu? — Les congrégations ont-elles des monitoires secrets? — 
Ne forment-elles pas des égoïstes ? — Quels services rendent donc les con- 
grégations? — En quoi sont-elles utiles à la France? — Les religieux 
sont-ils les ennemis des sociétés modernes? — Que machinent-ils contre 
le gouvernement du pays ? » Ces pages substantielles et décisives porte- 
ront beaucoup de lumière parmi les préjugés et les ignorances des classes 
populaires et même parmi les classes dites cultivées. Donc opuscule à ré- 
pandre partout. 



— 277 — 

— Sous une coquette couverture rose, au milieu de laquelle rayonne le divin 
bambino dit de Prague, nous arrive un nouveau périodique pieux intitulé ■ 
Gerbe d'honneur et de gloire au saint Enfant Jésus de Prague, revue mensuelle pa- 
raissant le 25 de chaque mois (Paris, Amat, 11, rue Cassette; abonnement, 
2 fr. 50). Cette revue, — destinée à mettre de plus en plus en honneur la 
dévotioQ au saint Enfant Jésus de Prague et à faire connaître les merveilles 
pans nombre opérées par la statue miraculeuse vénérée à Prague depuis 
près de trois siècles, — répond à la pensée de Léon XIII d'adorer parti- 
culièrement, à cette époque, Jésus, comme le Rédempteur du monde. Elle 
paraît sous le patronage des Pérès carmes de Paris et avec leur précieux 
concours. Nous lui souhaitons prompts et grands succès. 

— Le R. P. E. Griselle, S. J., publie une Lettre inédite de Bossuet au car- 
dinal de NoaiUes (.5 juin 410S) (Paris, Sueur-Charruey, in-8 de 12 p.), et il l'é- 
claire de notes intéressantes. C'est une trouvaille précieuse faite dans les 
« catacombes » de la bibliographie des grands auteurs du xvir siècle. Elle 
se rattache à l'histoire du diocèse de Cambrai que gouverna Fénelon. 

— M. Léon-G. Pélissier emprunte au portefeuille de Jean-Frauçois Séguier, 
conservé à la bibliothèque de Nîmes, Une Lettre de Paris, écrite en 1772 par 
un prêtre, M. de Labarthe (Extrait du Bulletin de la Société de Vhistoire de 
Paris et de l'Ile-de-France, t, XXVI. Nogent-le-Rolrou, imp. de Daupeley- 
Gouverneur, in-8 de 4 p.). La lettre ne manque pas d'intérêt ; on y trouvera 
notamment sur La Condamine quelques détails piquants. 

Bourbonnais. — L'Essai sur l'apostolat de saint Martin de Tours entre Vichy 
et Boanne, par M. l'abbé J.-M. Flachard (Moulins, Auclaire, in-8 de 24 p.) tend 
à établir l'itinéraire parcouru par l'apôtre des Gaules pour l'évangélisation 
d'une partie du Bourbonnais. L'auteur convient que pour dresser son tra- 
vail il a généralisé les faits, il les a rapprochés et a procédé par analogie. 
De la sorte il a cru pouvoir arrivera « une probabilité confinant à la certi- 
tude » (p. 3). Utile contribution à l'histoire de l'apostolat de saint Martin 
dans les Gaules. 

Bourgogne. — Quoique d'apparence modeste, le dernier volume (année 1898) 
des Mémoires de la Société d'histoire, d'archéologie et de littérature de l'ar- 
rondissement de Beaune (Beaune, impr. Arthur Batault, in-8 de 161 p., 
avec une pi. hors texte) ne mérite pas moins une mention honorable. Nous 
trouvons là d'abord une très bonne Notice historique sur le village d'Aloxe, 
par M. Ch. Bigarne; puis les Statuts et réglementa, des mestiers dr la ville de 
Beaune, que publie M. A. Molin, d'après un manuscrit acquis par lui et dont 
il a pu déterminer l'époque (milieu du xvn° siècle). Nous citerons enfin un 
article nécrologique sur le Capitaine Leflaive, par M. E. Quantin; une suite 
de la Bfcherche des feux de la ville de Beaune et de ses annexes, par le même 
et une Ktude sur un monument gallo-romain conservé au musée archéologique 
de Beaune, par M. Ch. Aubertin. 

Bretagne. — A-t-on mené assez grand tapage, dans certains milieux, 
autour du fameux « droit de grenouillage » avant la Révolution? On nous 
montre avec une bruyante indignation ces pauvres corvéables obligés de 
battre les eaux des étangs, des rivières, dos mares, pour faire taire la gent 
croassante qui troublait le sommeil nocturne île leurs seigneurs et maîtres. 
Dans son étude consciencieuse et informée sur le Droit de grenouillage 
(Saint-Brieiic, Prud'homme, in-8 de ^iS p.), .M. J. Tnivoly examine ce qu'était 
ce droit et quelle était son étendue. D'abord, il démontre que la famille 
des batraciens ne se livre à sa musique plutôt ennuyeuse que durant 
trois mois : avril, mai, juin. Ensuite, en cherchant bien, l'auteur no connaît 



que quatorze cas de ce droit apprécié de la manière suivante : « l» Le gre- 
nouillage de Saint-Brieuc, une comédie, était facultatif; 2» celui de la Musse 
est sans preuve ; S» celui de Rames est douteux ; it" et S" les grenouillages 
de Gorbie sont signalés au xii" siècle; 6» celui de Drucat, douteux, aurait été 
facultatif; 7» celui de Roubaix est une « bourde » ; 8° celui de Luxeuil, « un 
conte de nourrices » ; O» celui de la Villeneuve (s'il a vraiment existé sous 
le nom de coup de bâton) fut supprimé dès 1339 ; 10» celui d'Aubigny fut 
établi du consentement des vassaux reconnaissants ; 11° celui de Girancourt 
eut le même caractère de libéralité ; 12», 13», 14° les grenouillages de Mon- 
thureux, Montdechoux et Laxau sont des légendes » (p. 31-32). D'où il suit 
que les grenouillages de Saint-Brieuc, Gorbie (deux), Aubigny et Giran- 
court sont seuls certains d'après actes authentiques. 

— M. le chanoine Ulysse Glievalier, après une interruption de trois ans 
itndépendante de sa volonté, fait paraître le 3» fascicule de sa Topo-Biblio- 
graphie, deuxième partie de son célèbre Répertoire des sources historiques du 
moyen âge, dont la 1" partie : Bio-Bibliographie, est épuisée depuis long- 
temps. Une deuxième édition de cette même partie est en préparation. 
Le 3« fascicule de la Topo-Bibliographie comprend une partie de la lettre E 
et va jusqu'à la lettre K exclusivement (Montbéliard, impr. montbéliardaise, 
in-4 de 1057-1592 col.), c N'osant visera ne rien omettre, dit le docte cha- 
noine, je me suis efforcé d'être méticuleusement exact, donnant les titres 
dans toute leur ampleur, indiquant le nombre de pages et de planches — 
et surtout de ne point oublier les ouvrages de première valeur. » On peut 
être sûr que M. Ghevalier a tenu scrupuleusement sa promesse et que son 
ouvrage est un travail d'impeccable critique. 

— Dans le nouveau (32'") fascicule du Répertoire général de bio-bibliographie 
bretonne qui vient de paraître (Rennes, J. Plihon et L. Hervé, in-8 de 160 p.) 
et qui nous mène de Demarcbie à Dezallée, nous relevons les articles sui- 
vants : Demohère (Hippolyte-Jules), connu comme auteur dramatique sous 
le pseudonyme de Moléri et dont la Littérature française contemporaine a eu 
tort de faire deux personnages ; — Desilks (André-Joseph-Marc), le héros 
de Nancy; — Dessaiines, accompagné d'importantes bibliographies de 
Charles-Marie (1770-1856), d'Alcide-Charles-Viclor-Marie (1802-1857) et de 
Charles (1800-1876). 

Forez. — M. J. de Fréminville a fait une excellente Étude sur la tenue des 
Registres paroissiaux dans l'arrondissement de Montbrison (diocèse de Lyon). 
Aperçus sommaires sur la société forèzienne aux xviP et xviii» siècles (Saint- 
Etienne, Ghevalier, in-4 de 57 p.). Il montre le grand parti qu'on peut tirer 
de cette source de documents pour l'histoire locale. Son travail a pour but, 

— après un coup d'oeil rapide sur l'origine des registres servant h constater 
les naissances, mariages et décès et l'exposé de la réglementation de leur 
tenue en France en général et plus spécialement dans la région forèzienne, 

— de grouper méthodiquement les indications qu'ils renferment : pour la 
monographie des églises, leurs vocables et leurs patrons — leurs confréries, 
leurs pèlerinages, l'archéologie religieuse, — pour l'histoire des situations 
administratives, féodales, agricoles, industrielles, commerciales ou libérales 
d'un pays — pour celle de son instruction, de ses arts — l'établissement 
des généalogies — la chronique contemporaine : événements météorolo- 
giques, politiques, etc. C'est donc une mine féconde à exploiter, non seu- 
lement par des archivistes de profession, comme M. de Fréminville, mais 
particulièrement par les membres du clergé qui trouveraient là des docu- 
ments abondants pour composer une histoire de leurs paroisses respectives. 



— 279 — 

C'est du faisceau de ces monographies locales et régionales sur leur passé 
religieux, administratif et économique que sortirait la grande et véritable 
histoire des institutions de la France. Le travail du savant archiviste est 
un canevas à suivre pour ceux qui auront le courage d'entreprendre le 
dépouillement des registres paroissiaux. 

— Franche-Comté. — Pour être l'un des plus importants de la collection, 
le volume qui nous arrive un peu tardivement (c'est l'année 1898, parue en 
1899) des Mémoires de V Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon 
(Besançon, imp. P. Jacquin, in-8 de xxxiii-408 p.) n'éclipse pas cependant 
ceux qui l'ont précédé. Le mérite de l'ensemble est toujours égal. Nous 
retrouvons ici le discours de réception de M. Louis Peyen sur le Poète 
Armand Barlhct, dont nous avons déjà parlé (Polybiblion, t. LXXXV, p. 282) 
et qui est peut-être l'étude la plus complète qui ait été faite sur l'auteur 
du Moineau de Lesbie et sur son œuvre. A mentionner ensuite : Le CoUège 
de Granvelle à Besançon et Jean Carondelet, grand chancelier de Flandre et de 
Bourgogne {1421-1504), par M. le chanoine Suchet ; — Besançon sous le pre- 
mier Empire, discours de réception fort curieux prononcé par M. le D' Le- 
doux ; — La Maison de l'empereur Napoléon III, d'après le duc de Conégliano, 
par M. le général comte de Jouffroy d'Abbans; — L'Histoire économique de la 
propriété, d'après le vicomte Georges d'Avenel, par M. Lombart ; — Notice sur 
M. Edouard Sayous, par M. Léonce Pingaud, que nous avons spécialement 
signalée (t. LXXXIII, p. 183) ; — L'Archevêque Jean IV de la Rochelaillée, pau: 
M. le docteur J. Meynier ; — Des Indemnités pécuniaires en cas d'accident, par 
M. Maurice Ghipon ; — Les Compagnons de Jeanne-d'Arc, d'après M. Henri 
Chapoy, par M. A. Lieffroy ; — Auguste Clésinger, par M. Estignard ; — 
Rapport sur le concours d'économie politique, par notre distingué collaborateur 
M. Maurice Lambert; — Note sur les carrés magiques, par M. Saint-Loup ; — 
Un Essai de désarmement au XI^ siècle, {la Trêve de Dieu dans le royaume de 
Bourgogne), par M. le chanoine Suchet; — Nouvelle Série de tombes franc-com- 
toises inédites {XIII'-XVIIl* siècles], par M. Jules Gauthier (avec 6 planches). 
N'oubliOMS pas, pour linir, des pièces de poésies signées de MM. Richenet, 
Victor Guillemin et Victor Mallié. 

— Le premier Bulletin publié par la nouvelle Société grayloise d'émulation 
faisait bien augurer des suivants. Mais celui qui nous arrive (le n" 2) dépasse 
quelque peu nos prévisions (Gray, imp. Gilbert Roux, in-8 de 324 p.). Ce 
volume (1S99) souvre par une poésie de M. le commandant F. Chastaia : 
Dura lexl... sed lexl... — M. S. Leroy, après un Avant-Propos sévère, donne 
la liste très documentée des Franc-Comtois pensionnés sur le Trésor royal en 
1789. — L'on passe ensuite à un intéressant exposé de M. A. Linotte sur fa 
Franche-Comté et ses voisins pendant les deux conquêtes de Louis XIV {166S-1674). 

— Un important travail de M. le docteur Berlin vient immédiatement 
après : Jean de Buy, gardien ou gouverneur du Comté de Bourgogne sous la com- 
te.tse Marguerite de Flandre et le duc de Bourgogne Philippe-le- Hardi (p. 109 à 
213, avec une planche). — Mentionnons eiicor g : Étude topographique et histo- 
rique de la commune de Monlureux et Prantigny, par un auteur qui a le tort 
de nu signer que d'initiales (A. 13.) (avec un plan et une planche contenant 
.seize armoiries prises sur deux pierres tombales de léglise de Monlureux); 

— Champlille, atelier monétaire à l'époque jnérovingienne, par M. S. Leroy 
(avec un plan). Ce dernier travail historique nous mène à la page 270. Le 
reste du volume esl réservé à la science : Les Fourmis chumpignotmistes. par 
M. E. Anflré ; — Sur la présence de € l'Amrnonitrs orthocera » </«nî le Kimmé- 
ridgien graylois, par M. V. Maire (avec 2 planches); — Études spéléologiques 



— 280 — 

sur te Jura graylois, par M. R. Maire ; — De l'Influence du calcaire sur la végé- 
tation et df la Valrur de l'anali/se calcimclrique des terres, par MM. A. Gasser 
etR. Maire ; — Plantes rares ou nouvelles, pour la région de Gray, observées pen- 
dant l'été de 189S et 4899, par M. R. Maire; — Contributions à la flore de lu 
Haute-Saône, 3« fascicule, par le même. 

— Nous avons autrefois signalé à nos lecteurs l'intéressanle brochure que 
M.Jules Sicarda publiée ?,Vir Clairvaux du Juraet ses environs . C'était en quelque 
sorte le premier fascicule d'un ensemble intitulé : La Franchc-Comlé pitto- 
resque. Aujourd'hui, le même auteur nous donne Champagnole et ses envi- 
rons (Paris, éditions et publications artistiques, J. Sicard, bC, rue d'Auteuil' 
in-8 de 94 p., illustré de 17 photolypies et d'une carte). M. Sicard nous promène 
d'une façon aussi littéraire que pratique à travers l'uue des parties les plus 
gracieusement engageantes du Jura français. Champagnole et ses environs, 
c'est la région des lacs comtois et des forêts de sapins mêlés à des essences 
diverses. La civilisation moderne s'y affirme par des chemins de fer et des 
usines de toute sorte, alors que les temps anciens s'y rappellent par des 
ruines ou des souvenirs historiques. Les paysages, en ce coin privilégié, 
sont variés à l'infini, reposants ou sévères, et l'air qu'on y respire est réputé 
pour son exceptionnelle salubrité. Champagnole se recommande donc comme 
station climatérique où les gens anémiés trouveront tout ce qui leur est 
nécessaire pour reprendre goût à la vie. Par exemple, il leur sera impos- 
sible, de jouir de deux « agréments » dont la Suisse, très voisine, est prodigue : 
il ne seront exploités par personne et point davantage ne se verront dans 
l'obligation sottement mondaine de fréquenter casinos et théâtres, par la 
raison majeure que ces établissements n'existent pas à Champagnole. De 
ce double inconvénient (ou avantage), il résultera : \° Que leur bourse sera 
moins allégée ; 2» Que leur moral et leur santé n'en vaudront que mieux. 

— Sous le litre : Deux Confesseurs de la foi à la fin du dix-huitième siècle 
(Vesoul, L. Bon, in-18de xvi-246 p.), M. l'abbé F. Grenier, curé d'Échenoz- 
la-Meline, nous offre la biographie détaillée de deux prêtres modèles, 
tous deux originaires de la paroisse présentement confiée à son zèle. Le 
premier est l'abbé J.-F. Patenaille, curé d'Arlay, dans le département actuel 
du Jura; l'autre est l'abbé Jean Jacquinot, vicaire de Melincourt (Haute- 
Saône). Ayant refusé le serment à la constitution civile du clergé, Patenaille 
et Jacquinot, chacun de son côté, se retirèrent en Suisse, puis rentrèrent en 
France. Bientôt dénoncés et arrêtés ils furent condamnés et exécutés à 
Besançon. M. l'abbé Grenier a écrit un livre édifiant dans lequel il déploie 
une véritable érudition. C'est une contribution de première valeur à l'his- 
toire de la Révolution en Franche-Comté. Ce petit volume se termine par 
deux intéressantes notices sur l'Abbé Joseph Véraut, curé d'Échenoz-la-Meliv.e 
{4804-'l8S3] et sur l'Abbé Louis Dauleret, vicaire d'Échenoz-la-Meline {4150-4190- 
4798), dignes ecclésiastiques qui méritaient l'un et l'autre d'être arrachés à 
l'oubli. 

— M. le docteur Albert Girardot a extrait des Mémoires de l'Académie 
des sciences, belles-lettres et arts de Besançon (Besançon, imp. P. Jacquin, in-8 
de 11 p.) une notice biographique sur le Géologue Jides Marcou, né à Salins, 
le 20 avril 1824, mort à Cambridge (États-Unis) le 17 avril 1898. Cette figure 
de savant est très bien esquissée, avec ses qualités et ses travers, par 
M. Girardot à qui, cependant l'on peut reprocher de n'avoir pas donné la 
bibliographie des œuvres du personnage, détail que Max Buchon n'avait 
pas négligé quand, en 1865, il publia sur le même géologue, dans le Sali- 
nois, une biographie de Jules Marcou qui a été tirée à part (Salins, imp- 



— 281 — 

Billet, in-32 de 24 p.). Mais cette biographie est aujourd'hui fort incomplète. 

— Un travail  la fois savant et attrayant a fait l'objet d'un tirage à part 
des Mémoires de la Société de spéléologie, sous le titre àc liecherches spéléologiques 
dans la chaîne du Jura, i" campagne, I89G-1S99 (Rennes, imp. F. Simon, 
in-8 de 72 p.). Les auteurs de cette élude, MM. Fournier et Magnin, en 
compagnie de plusieurs autres personnes, ont successivement exploré, au 
cours des années 1896 à 1890, un certain nombre de grottes, cavernes, 
glacières et gouETres de Franche-Comté, ce qui nous vaut aujourd'hui une 
description détaillée, précise, de chacune de ces curiosités naturelles. 
29 figures accompagnent le texte qu'elles rendent plus clair encore. Aux 
pages 10, 11, 55, 56, 57, 60 et 61, on remarquera d'amples et très utiles notes 
bibliographiques. Les dernières pages (62-72) sont remplies par une liste, 
soigneusement dressée dans l'ordre alphabétique, des localités où se trou- 
vent une ou plusieurs grottes ou cavernes: cette expression «localités» 
est souvent employée ici pour désigner un point qualifié, un lieu dit. Cette 
« première campagne » fera désirer non seulement aux spécialistes, mais 
aussi aux simples touristes qu'elle soit suivie au moins d'une deuxième. 
A signaler à l'attention des pouvoirs publics, des législateurs surtout, les 
considérations fortementxmotivées de MM. Fournier et Magnin, concernant 
l'hygiène publique (p. 5 et 6), à propos de l'empoisonnement des sources 
par les animaux morts de maladies contagieuses et qui sont précipités 
dans les gouffres du pays. 

Lorraine. — Ouvrez le volume daté de 1899 des Annalrs de la Société 
d'émulation des Vosges (Épinal, imp. Ilu^aienin, in-8 de 438 p.), vous verrez 
tout de suite que deux études occupent la presque totalité du recueil. C'est, 
en premier lieu, la Topographie ancienne du département des Vosges, par 
M. A. Fournier. Ce travail, qui occupe les pages 55 à 259, n'est cependant 
que le huitième fascicule de l'ensemble consacré au département que l'au- 
teur a divisé en trois portions : La Plaine, la Montagne et la Voge. Disposée 
par ordre alphabétique des communes, l'étude de M. Fournier est tout 
aussi historique et archéologique que topographique. Ce fragment est 
appuyé d'une carte en couleurs du département et de plans de Domremy, 
La Mothe et d'une carte de La Mothe. — De son côté, M.V. A.Bcrgerot donne 
une h'txide sur l'organisation judiciaire du chapitre féodal de Bemiremont (p.261- 
388). Enfin, le volume se termine par une Notice nécrologique sur M. Jean- 
Auguste Ohmer (8 février i82i-i0 septembre 1898), par M. C Lebrunt (avec por- 
trait), et un Discours prononcé sur la tombe de M. Voulot, conservateur du 
musée d'Épinal et archéologue, le 8 février 1890, par M. Le Moyne. 

— M. Albert Collignon a publié en 1894, dans les Mémoires de la Société 
d'archéologie lorraine, une notice « sur les divers monuments par lesquels 
la poésie et l'art ont consacré le souvenir de la glorieuse victoire de René II 
sur Charles le Téméraire », à laquelle contribua quelque peu, il faut bien 
le dire, la trahison de Campo-Basso. Aujourd'hui, il complète son premier 
travail par une excellente iXote sur les monuments, l'iconographie et les légendes 
de la bataille de Nancy (4477), extraite des Annales de l'Est (Nancy, imp. Berger- 
Levrault, in-8 de 36 p.). Là sont mentionnés des gravures, des plans, 
des dessins, des poésies, des drames et des légendes sur c(^ sujet sjjécial. 
Mais l'auteur s'est .surtout appliqué (p. 27-36) à faire l'analyse détaillée d'un 
roman bien oublie du trop fécond vicomte d'Arlinconrt : Le Solitaire, ou 
l'Ermite du Mnnt-Sauvnge, pam en 1821, et dont Charles do Bourgogne est le 
principal héros. 

NORMANDiu. — M. Louis Duval vient de publier le tome 111 de Vlnvenlaire 



— 282 — 

sommaire des archives départementales antérieures à /790 (Alençon, E. Renault- 
de-Hroise, in-i de LXvni-329 p.). Il concerae les abbayes de femmes. C'est 
tout d'abord Notre-Dame d'Almenèches, de l'ordre de saint Benoit, fondée 
en 1178. M. Duval lui a consacré une notice très longue qui relate les menus 
faits jusque dans leurs moindres détails. Malheureusement, sous la Révo- 
lution, on retira du chartrier nombre de parchemins » propres à faire des 
gargousses pour le service de l'artillerie » (p. xlii). La seconde abbaye, 
Hssay, fut une léproserie, puis une maison-Dieu, enfln un refuge pour les 
repenties. Exmes fut plutôt un prieuré, une flliale, dépendant d'Almenèches. 
Ces archives ont permis à M. Duval de compléter l'article du Gallia. A 
Vignats, nous trouvons peu de documents, et encore moins à Arcisse, à 
Sainte-Geneviève de Montsorl, à Saint-Nicolas de Verneuil, à Notre-Dame 
des Clairets, au Trésor (ces deux dernières de l'ordre de Cîleaux). L'ordre 
de sainte Claire possédait Sainte-Claire d'Alençon, autrement dit : l'Ave 
Maria, Sainte-Claire d'Argentan et Sainte-Claire de Mortagne. On ne peut 
que louer le soin avec lequel le savant archiviste s'est acquitté de sa tâche 
longue et minutieuse. Sa préface signale tous les points intéressants qu'il 
a rencontrés. Elle servira utilement à l'histoire des ordres religieux pour 
les époques antérieures à. la Révolution. 

— Le nouveau volume des Mémoires de V Académie nationale des sciences, 
arts et belles-lettres de Caen (Caen, H. Delesques, in-8 de 396 p.) ne déparera 
pas ses devanciers. Dans la partie scientifique, M. Neyreneuf a étudié les 
résonnances. Dans la partie littéraire on lit un long mémoire de M, Jules 
Tessier sur Tentenie anglo-française à l'avènement de Louis-Philippe. Il y 
aurait peut-être lieu de critiquer certaines appréciations de détail, mais le 
fond et la forme sont à louer également. Très curieuse l'élude de M. J. 
Marie sur l'utilité des lettres classiques dans les démocraties. On retrouve 
dans le mémoiredefeu M.Jacques Denis sur PascaHoutes les qualités et aussi 
tous les défauts du savant professeur. Les Poésies de Jean Bardou, curé de 
Cormelles-le-Royal, ont fourni à M. Armand Gasté l'occasion d'une des plus 
piquantes et des plus érudites communications. C'est encore au même 
écrivain qu'on doit Un Pèlerinage à la campagne et à la cathédrale de Bossuet 
en i'775. M, Chauvet a poursuivi, lui, ses belles études morales sur le 
Travail, et M. Gaston Levalley a donné de compendieuses notes sur la 
Presse en Normandie. Il fait l'historique de trois journaux : le Journal de 
l'armée des côtes, l'Observatoire neustrien et l'Ami de la vérité. De ci de là 
tantôt il égratigne un peu ses adversaires politiques, tantôt il leur rend 
un hommage mérité. A citer aussi les poésies de MM. Paul Blier et Edmond 
Sautereau. 

— Le tome XIV des Mémoires de la Sociélé d'archéologie, littérature, sciences 
et arts des arrondissements d'Avranches et de Mortain (Avranches, J. Durand, 
in-8 de SO-i p.) vient de paraître. Il contient la très curieuse Recherche 
de Jean Guilloches, élu de Mortain, en i525, donné par M. A. de Tesson. 
M. Ilippolyte Sauvage a publié deux bons travaux sur les Anciens Fiefs 
de VAvrajichin et les aveux et hommages dans l'ancien comté de Mor- 
tain, et une Note sur le Dictionnaire des fiefs de Normandie par Brussel, 
M. A. de Coursoii et M. A. de Tesson ont étudié la Famille de Bille- 
heust. EnQn des tables des Bulletins annuels de 1836 à 1900 terminent très 
heureusement le volume. 

— L'intéressant Bulletin n» XIV de la Société des amis des arts du 
département de l'Eure (Evreux, Ch. Hérissey, in-16 de 77 p.) contient deux 
excellentes éludes de M. F. Blanquart sur la Chapelle de Gaillon et les fres- 



— 283 — 

ques d'Andréa Solario et de M. L. Régnier 5ur le Prieuré d'Heurdreville-sur- 
Avre ; d'admirables phototypies reproduisent les plans, les monuments, les 
statues. 

— Nous devons signaler les Lois de Guillaume le Conquérant, que M. J.-E. 
Matzke vient de publier en français et en latin dans la Collection de textes 
pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire (Paris, A. Picard et 
fils, in-8 de liv-22 p.). Dans une courte et substantielle préface, M. Ch. 
Bémont indique tout l'intérêt pour le public savant de se livrer à 
l'étude de ces documents, qui constituent un des « efforts les plus 
puissants déployés par le Conquérant et ses fils pour soumettre tous 
leurs sujets, sans distinction d'origine, à une loi unique, à la loi commune 

(p. XIV). » 

— Les Anecdotes bas-normandes de Constantin de Benneville qu'a rééditées 
M. Paul Le Gacheux d'après l'édition de 1724 (Évreux, irap. de l'Eure, in-8 
de 33 p.) sont des inventions peut-être très vraisemblables, en tout cas con- 
tées avec un art exquis. Le Crucifix vendu aux enchères (Caen), l'Ane et le 
bailli (Villedieu), Gérences et les Cérençois (Vire), le Crucifix de Ville-Dieu, 
un Procès de sorcellerie à Carentan et le Voyage du Doge de Gênes dans 
cette petite ville : tels sont les sujets traités et, en vérité, de la manière la 
plus spirituelle du monde. 

— Les Notes sur la vie et Vœuvre de Félix Buhot, peintre graveur^ 1847-4898, 
publiées par M. l'abbé J.-L. Adam (Évreux, imp. de l'Eure, iu-8 de 26 p.) 
constituent une très bonne biographie de ce « moine ascète » comme il se 
qualifie lui-même, (p. 9, n° 1) qui fut « un des chefs de l'impressionisme » 
(p. 23). Né à Valognes, il mourut à Paris, un peu ignoré, mais cependant 
très goûte par un petit cercle de littérateurs et d'artistes. 

— Le n* de décembre du Bulletin des parlera normands contient une poésie 
patoise publiée par M. Ozenne, la deuxième liste du patois de la région de 
Vire par M. Butet-Hamel, une chanson en patois de Cambes près de Caen, 
recueillie par M. Gh.-G. de Guer, l'intelligeut et actif directeur du Bulletin, 
un dialogue en patois de Repentigny, par M. Crespin et un autre en patois 
d'Allemagne, par M. Godard. 

PorTou. — Nous avons eu déjà le plaisir de parler d'une' revue provin- 
ciale de vrai mérite : Le Pays poitevin. Depuis avril 1899, cette publication, 
née en juillet 1898, était interrompue; elle a repris son cours en novembre 
dernier. La livraison qui nous est alors parvenue portait mai-novembre. Son 
distingué directeur, M. Gustave Boucher, explique à ses abonnés le motif 
du temps d'arrêt subi par son charmant périodique : « Chargé, au courant 
de cette année [1899], d'une mission ethnographique à travers des pro- 
vinces de France en vue de manifestations provincialistes à l'Exposition 
de 19f)0, il a en outre été délégué par la Société d'ethnographie nationale et 
d'art populaire au congrès de llonfleur, qui l'a immobilisé deux mois en 
Normandie. » Mais revenu à sa revue, il se déclare « résolu à sacrifler dans 
l'avenir toute fonction incompatible avec la mission toute spéciale de dé- 
fendre en Poitou la cause traditionnelle. » Tous nos compliments; c'est 
parfait. Ce luxueux périodique mensuel, de format grand in-4, remarqua- 
blement imprimé et illustré, nous est arrivé jusqu'à la livraison de dé- 
cembre inclus. Nous lui souhaitons longue vie et prospérité. Le prix 
d'abonnement est du reste d'un prix excessivement modéré (Province, — 
le Poitou sans doute — 5 fr. ; Paris, C fr.; étranger, 8 fr.). Nous recom- 
mandons chaudement le Pays poitevin aux « rléracinés » qui vivent sous le 
ciel parisien, car il leur rappellera d'une façon intense la petite patrie 



— 284 — 

éloignée que les batailles, les vicissitudes ou les séductions de la capitale 
ne doivent jamais leur faire oublier. 

PnovENCB. — M. le chanoine U. Chevalier vient de faire paraître les 
tomes de la Ga'.lia christiana novissima, relatifs aux anciennes provinces 
ecclésiastiques d'Aix et d'Arles et de leurs évêchés suffragants (Valence, 
impr. valentinoise, 2 vol. gr. in-4). On sait que M. le chanoine Albanès 
en avait réuni les matériaux et que la mort est venue le ravir à son 
œuvre de bénédictin. M. Chevalier, son légataire scientifique, publie ces 
richesses documentaires en y ajoutant ses richesses personnelles. C'est 
dire que l'ouvrage sera à la hauteur des exigences de la science critique 
contemporaine et une source de l'histoire ecclésiastique provençale de tout 
premier ordre. 

— La Provence a son calendrier, c'est-à-dire la liste de ses saints parti- 
culiers. Depuis treize ans déjà paraît VAlmanach des saiiits de Provence. 
Nous avons sous les yeux celui de l'JOO « contenant le calendrier romain 
et le calendrier provençal » (Marseille, impr. marseillaise, in-16 de 60 p.). 
A chaque jour du mois est inscrit d'abord le saint de l'année liturgique, 
ou, à son défaut, un saint pris, à ce même jour, dans le martyrologe 
romain ; suivent, en caractère antiques et italiques, un certain nombre de 
saints, Provençaux par leur naissance, leur séjour, ou leur mort. Puis 
(p. 28) viennent les « saints de Provence aémères », c'est-à-dire dont le jour 
de fête n'est pas déterminé. Enfin quelques notices biographiques sur plu- 
sieurs saints ou fêtes de Provence (p. 29-60). Exemple à suivre par les 
autres provinces ecclésiastiques. 

Alsace. — La Bévue d'Alsace, arrivée à sa 50' année, a perdu son directeur 
et fondateur, M. Libliu. Le secrétaire de la Revue, M. Casser, a tenu à 
honneur de continuer ce recueil auquel la science et la littérature alsa- 
ciennes ont tant d'obligations. M. Casser, directeur pour la France, s'est 
adjoint M. Ingold, en Alsace; de cette façon, la Revue est plus intimement 
liée à ses collaborateurs et à ses abonnés dans les deux pays. Les deux der- 
niers semestres de 1899 ont paru sous les auspices de la nouvelle direction. 
Ils contiennent, entre autres choses, une notice de grand intérêt sur 
M. Liblin et la « Revue d'Alsace » pendant un demi-siècle {1849-1899), ainsi que 
sur le mouvement littéraire de l'Alsace dans la seconde moitié du siècle 
qui va finir. Cette étude est due à la plume de M. Rod. Reuss. D'heureuses 
modifications ont été apportées en 1900 à la Revue qui commence une 
nouvelle série. C'est ainsi qu'elle paraît maintenant tous les deux mois et 
par livraisons de 112 pages, soit pour l'année 672 pages au lieu de 576, sans 
augmentation de prix : 14 fr. (Mantoche (Haute-Saône) et Colmar, place 
Neuve, 8). La table des matières sous forme de répertoire par noms d'au- 
teurs et par ordre de matières, des articles parus dans les 50 années de 
la Revue d'Alsace et dans les deux Revues de Reiner et de Boersch qui 
l'ont précédée, est en préparation. On souscrit dès à présent aux bureaux 
de la Revue d'Alsace à Mantoche et à Colmar. 

Belgique. — Le R. P. H. Nimal établit que la Vie de sainte Christine l'Ad- 
mirable est authentique (Liège, IL Dessain, in-12 de 24 p.), c'est-à-dire que 
son premier historien, Thomas de Cantimpré, disciple d'Albert le Grand et 
contemporain de la thaumaturge, a toutes les qualités requises par la cri- 
tique historique pour qu'on ne puisse mettre en doute l'autorité de son 
récit relatant des faits miraculeux que la critique rationaliste rejette en bloc. 
Parmi les savants qui reconnaissent l'autorité historique de Thomas de 
Cantimpré au sujet de la vie de sainte Christine, il cite : Jacques de Vitry, 



— 285 — 

les BoUandistes, Denys le Chartreux, la chronique contemporaine du mo- 
nastère de Saiut-Tvond, où reposent les cendres de la sainte, etc., témoi- 
gnages bien suilisants pour rallier les esprits qui pourraient douter de 
l'authenticité de cette vie de sainte Christine écrite par Thomas de Gan- 
limpré. Ce solide travail est extrait de la Revue des questions historiques. 

— UAnnuaire de l'Académie royale des sciences, des lettres el des beaux-arts de 
Belgique, pour l'année 1900 (Bruxelles, Ilayez, in-lC de 519 p., contient les 
articles biographiques suivants : Notice sur René Chalon (1802-1889), biblio- 
phile, numismate et archéologue, par le baron de Ghestres de Ilaneffe; — 
Notice sur Emile Bunning (1836-1898), qui joua un rôle politique et diploma- 
tique assez important, par le général Brialmont; — Notice sur Gottlieb Cluge 
(1812-1898), l'un des créateurs de l'histologie pathologique, par M. G. Vanlair; 

— Notice sur la vie et les travaux de Paul //cmard (1830-18%), soldat distingué 
et historien estimé, par Ernest Disceuiles; — Notice sur Cliar les- Auguste 
Fraikin (1817-1893), l'éminent sculpteur, par M. le chevalier Edm. Marchai; 

— Notice sur le Dr Ernest Candézo (1827-1898), entomologiste de premier ordre, 
par M. de Selys Longchamps; — Notice sur la vie et les travaux de François- 
Marie-Louis Donny (1822-1898), chimistes, par M. M. Delacre. 

Italie. — De notre infatigable collaborateur M. Léon-G. Pélissier, nous 
avons à signaler diverses brochures qui intéressent l'histoire d'Italie. C'est 
tout d'abord un aperçu des documents contenus dans les Ay'chives des inqui- 
siteurs d'État à Venise (Extrait du Bibliographe moderne. Besançon, impr. de 
Paul Jacquin, iu-8 de 4 p.) qui, pour être fort sommaire, n'en servira pas 
moins de guide au chercheur. — Puis voici le début d'un recueil de notes 
et documents destinés à compléter la thèse remarquable consacrée à 
Louis XII et Ludovic Sforza par le savant professeur de l'Université de Mont- 
pellier. C'est VArchivio storico italinno, qui s'est chargé de servir par tranches 
à ses lecteurs ces Note su Luigi XII e Lodovico Sforza, où l'historien trouvera 
maint renseignement à puiser. Dans les deux premiers morceaux que nous 
avons sous les yeux (Firenze, tip. Galileiana, in-8 de 12 et de 14 p.), nous 
relevons notamment quelques indications sur Bernardino Arluuo, auteur 
d'une histoire de Milan ; un document qui éclaire la conduite de Trivulce 
en 1498, des détails assez précis sur les négociations entre Gostantino Arniti 
et Ludovic Sforza vers la même époque. — Sous le titre de Trivulce pendu 
par les pieds (Extrait du Bullettino Senese di stoi'ia patria. S. 1., in-8 de 2 p.), 
nous trouvons la réponse assez raide que fit Ludovic Sforza aux envoyés 
du Roi très chrétien, qui se plaignaient que le duc eût laissé représenter 
dans Milan, pendu par les pieds, l'homme d'armes entré au service de la 
France. — Du même recueil sont extraits (S. 1., in-8 de 4 p.) deux Docu- 
ments sur Lucio Malvezzi, commissaire à Alexandrie pour Ludovic Sforza, qui 
nous fout voir sous un jour favorable l'administration de ce fonctionnaire ; 
et un curieux article sur le Trousseau d'un Siennois (Michclagnolo da Radi- 
condoli, secrétaire de l'ambassade envoyée eu France par la république de 
Sienne, en i50i (Siena, tip. di L. Lazzeri, in-8 de 4 p.). — M. Pélissier, qui 
n'aime pas Jean U'Auton, sur lequel il avait commencé de nou.s donner une 
sévère critique, adresse encore une verte leçon au mallieureu.\: chroniqueur 
pour avoir presque passé sous silence le voyage administratif et diploma- 
tique du canlinal d'Amboise en Lombardie dans l'été de liioi. Il nous raconte, 
dans le n» 27 de ses Noies italiennes dViistoire de France, Une Amhassade véni- 
tienne au cardinal d'Amboise à Milan, juillet 1501 (I']xlrait du Nwwo Arcliivio 
venelo. Vonezia, F. Visentini, in-8 de 23 p.) ; Corner, l'ambassadeur, ne 
parvint pas à persuader d'Amboise des bonnes intentions de la Seigneurie. 



— 286 — 

— Du ivi» siècle nous passons au xix» cl de l'histoire à l'histoire littéraire 
avec It'S Lettres inéditrs de Sebasliano Ciampi {1849-1831) que M. Pélissier a 
tirées du portefeuille de Mahul pour en enrichir le Didleltino slorico pisloiese 
(Tire à part. S. 1. n. d., in-8 de 14 p.). Ciampi y donne des détails sur ses tra- 
vaux po ir lesquels il réclame de Mahul quelque publicité dans la Revue 
encyclopédique : Mahul ne paraît pas s'être soucié de répondre aux avances 
de l'érudii italien. 

— M. Umberto Benigni a extrait du B essarione denx études qui ne sont ni 
l'une ni l'autre dépourvues d'intérêt : Documenti e note sulla polilica otHen- 
tale dei Papi ei Litaniae defunctorum copticae (Rome, Pus tet, in-8 de 47 et de 20 p.). 
La première est un dépouillement des archives des Brefs, qui va de 1537 à 
1572 et montre la sollicitude continuelle du Saint-Siège pour les intérêts 
chrétiens en Orient. Le traité conclu entre François !•' et Soliman y est 
apprécié très sévèrement, et bien souvent les agents impériaux représentent 
aux Papes les dangers de VEmpia AHcanza. 11 y a là évidemment un gros 
sujet de mécontentement contre le Fils aîné de l'Église qui associe « les lys 
au croissant », mais il ne paraît pas démontré que cette alliance ait été 
absolument volontaire chez François 1" ; au cas où il n'aurait pas été 
l'associé de Soliman, contre les Impériaux, il aurait eu à le combattre 
comme allié des Impériaux ; le dépit de certains hommes politiques s'expli- 
que par le regret d'avoir laissé échapper une bonne occasion, et de voir 
les Français manger les marrons qu'un autru avait tirés du feu. —Les 
litanies funéraires coptes se composent d'une douzaine de fragments d'origine 
hérétique, ainsi que l'indique l'invocation théopaschite « gui cmciftxus est 
pro 7iobis. » L'intéressant travail de comparaison fait entre ces divers mor- 
ceaux n'amène pas à des conclusions bien neuves, mais dénote chez son 
auteur un esprit consciencieux et perspicace. 

Palkstine. — Les palestinologues liront avec intérêt l'étude d'une 
savante ingéniosité du R. P. Lagrange sur Vltinéraire des Israélites du pays 
de Gessen aux bords du Jourdain dans la Revue biblique (Paris, Lecoffre, n» du 
!«' janv. 1900, p. 63-8Ô). L'auteur s'occupe d'.-ibord des textes qui relatent cet 
itinéraire ; puis il identifie les noms indiqués avec les lieux relevés par la 
géographie moderne. En particulier, il cherche à déterminer à quel endroit 
précis ont eu lieu le miracle de la manne et celui du passage de la mer 
Rouge. T.'indis que M. Vigoureux, sur ce dernier point, se prononce pour 
les environs de Suez, le P. Lagrange assure que « tout suggère que ce fut 
près du point extrême du golfe » (p. 79-80). 

— L'archéulogie palestinienne, si pauvre de monuments et d'informations 
précises, vient d'enrichir d'une nouvelle découverte, celle d'un « hypogée 
judéo-grec découvert au scopus » dont on donne une minutieuse description, 
après avoir relevé avec soin des graffites sur les dalles tumulaires, en carac- 
tères hébreux et grecs. « L'origine du monument peut difficilement être recu- 
lée plus basque la ruine de Jérusalem .» L'éminent auteur qui le décrit 
exprime, à ce sujet, un désir dans l'intérêt de la science archéologique des 
Lieux-Saints : « Si l'on créait, dit-il, à Jérusalem même un musée officiel où 
seraient recueillis toutes les antiquités palestiniennes, on rendrait un ser- 
vice signale aux études archéologiques ; ces antiquités ne seraient plus 
disi)ersées à tout hasard et, demeurant dans leur centre, conserveraient 
leur vraie valeur » (W., p. 106 et seq). 

Algkrie. — M. d'Anselme de Puisaye fait plutôt une critique du Monu- 
ment du cardinal Lavigerie à Saint-Louis de Carlhage (Paris, Leroux, in-8 de 
22 p.). Et M. Cruuck, le sculpteur de la statue, n'est point traité de tendre 



I 



— 287 — 

façon. « L'histoire ecclésiastique, dit le critique, nous montre peu d'apôtres 
plus sûr de son apostolat et plus confiant dans la vitalité des actes de 
l'Église. Il ne fallait donc pas faire sortir du marbre un cardinal défail- 
lant, le regard tourné vers le ciel pour implorer le Très-Haut et lui deman- 
der la sanction d'une vie si bien remplie. » — ■< L'artiste, sans doute afin 
de forcer l'expression, qui lui échappait, a voulu faire usage d'un con- 
traste montrant le grand missionnaire africain pris de faiblesse, brisé par 
la douleur et miné par le doute, pleurant sur son œuvre iMachevée.> 
M. Crauk, en se plaçant sous cet angle, a vraiment rendu la physionomie 
morale du cardinal qui fut accablé de tant de déceptions dans les der- 
nières années de sa vie. M. d'Anselme de Puisayeest sous un autre angle, 
voilà tout. 

Publications nouvelles. — Die Lehre von der Gemeinschaft der Heiligen 
im chrisU. AI ierthum, von J.-P. Kirsch (in-8, Mainz, Kirchheim). — Méditations 
sur la Passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ, par le cardinal Wiseinan (in-12, 
Avignon, Anbanel). — Qu'est-ce que la perfection chrétienne? Petit Traité théo' 
rique avec des réflexions pratiques, par l'abbé E. Braun (in-12, Retaux). — 
Lectures de piété pour les petits enfants, par M"« M. de Montgermout (in-12, 
Lamulle et Poisson). — Le Droit d'usufruit envisagé sous son aspect économique, 
par F.-J. Kavail (in-8, Rousseau). — De la Nationalité des sociétés et ses effets 
juridiques, par M. Leven (in-8, Rousseau). — Les Sociétés par actions. Traité 
pratique, par E. Floucaud-Péuardille. T. II (in-S, Rousseau). — Du Bien de 
famille en Allemagne et de la possibilité de son institution en France, par P. Ver- 
delot (in-8, Rousseauj. — La Propriété littéraire et artistique en Roumanie, par 
J.-T, Ghica (in-8, Rousseau). — Des Conditions du travail dans les adjudica- 
tions de travaux publics, par A. Oubert (in-8, Rousseau). — Les Droits et les 
devoirs des sy7idicats agricoles, par J. Gairal (gr. in-8, Pedone). — Manuel 
pratique de crédit agricole, par G. Maurin et G. Brouilhet (in-12, Rousseau). 

— La Marche de l'humanité et les grands hommes d'après la doctrine positive, 
par E. Bombard (iu-8, Giard et Brière). — La Philosophie d'Auguste Comte, 
par L. Lévy-Bruhl (in-8, Alcan). — L'Origine de la pensée et de la parole. 
Étude par M. Moncalm (in-8, Alcan). — Le Problème de la mémoire. Essai de 
psycho-mécanique, par le D"' P. Sollier (in-8, Alcan). — Le Livre des mères, 
par M. Chambon (in-r2, Henri Gautier). — Pour demain! Du Foyer à l'école, 
par le R. P. Raynal (in-8. Tours, Cattier). — L'École d'aujourd'hui, par 
G. Goyau (iii-12, Perrin). — Les Études dans la démocratie, par A. Ber- 
trand (in-8, Alcan). — L'Histoire de l'art dans l'enseignement secondaire, 
par G. Perrot (in-12, Chevalier-Marescq). — Le Fédéralisme économique. 
Elude sur les rapports de Vindividu et des groupements professionnels, par 
J. Paul-Boncour (in-8, Alcan). — La Protection par les primes, par A. de 
Lavison (in-8, Rousseau). — Le Marquis d'Argcnson et l'Economie poli- 
tique au début du xviii» siècle, par A. Alem (in-12, Rousseau). — Sludies 
in State Taxation, by J.-H. Ilollander (in-8, Baltimore, Johns llopkin Press). 

— Des Secours à domicile dans Paris, par II. d'Amfreville (in-8, Rousseau). 

— L'Organisation de la boulangerie en France, par A. Join-Lanibert (iu-8, 
Rousseau.) — L'Ordre social et ses bases naturelles. Essai d'une anthropo- 
sociologie, par O. Ammon (in-8, Fontemoing). — Le Socialisme de Fourier, 
par M. Sambuc (in-8, Larose). — Le Problème des sexes, par J. Lourbet (ia-8, 
Giard et Hriére). — Eléments de la théorie des nombres, par E. Cahen (in-8, 
Qauthicr-Viilars). — Leçons d'optique géométrique d l'usage des élèves de ma- 
thématiques spéciales, par E. Wallon (gr. in-8, Gauthier- Villars). — Leçons 
sur les fonctions entières, par E. Borel (in- 12, Gauthier- ViUars). — Lu Tuber- 



— 288 — 

culosc, par lo D' Sicard de Plauzoles (in-12, Schleicher). — Le Sport en 
France ei à Cclranger. Silhouettes sportives, par le B"" de Vaux. T. II (gr. in- 
8, Rothschild). — histoire de l'anatomie plastique, par M. Duval et E. Cuyer 
(in-8 cart., L.-II. May). — L'Art indien, par T. Maindroii (ia-8 cart., 
L. -II. May). — Les Médailles d''argile, par H. de Régnier (in-12, 
'< Mercure de France»). — La Fin du théâtre romantique et François Vonaard, 
par G. LatrelUe (in-12,Hachette). — Les Amants d^Arles, par II. Mazel {in-32, 
« Mercure de France )i>). — Le Lys d'or, par L. Létang (in-12, Calmann Lévy). 
Les Noces d'Yolanthe, Yiàv 11. SndcTm3im\ (in-12, Calmann Lévy).— Contes 
jaloux,pa.T II. -G. Moreau (in-12, Pion et Nourrit).— La Cascari, parE. de Perro- 
dil (ia-12, Flammarion). — La Double Maîtresse, par II. de Régnier (in-12, 
« Mercure de France »). — La Jongleuse, par Rachilde (in-12, « Mercure de 
France»).— La Fortune des Moniligné, par M. Maryan (ia-12, Henri Gautier).- 
Mademoiselle de Kervalle^, par M. Maryan (in-12, Henri Gautier) ; — 
Ferme comme roc, par J. de Goulomb (in-12, Henri Gautier). — Pauvreté. 
Silhouettes parisiennes, par E. de Besancenet (in-12, Téqui). — Œuvres com- 
plètes de Paul Dourget. T. IL Critique : Eludes et portraits (in-8, Pion et 
Nourrit). — Littérature russe, par K. Waliszewski (in-12, A. Colin et G'«). — 
A travers les pays Scandinaves. Impressions de route, par G. Sansreius (in-8, 
Société libre d'édition des gens de lettres). — Notes sur la vie française en 
Cochinchine, par P. Nicolas (in-12, Flammarion). — Les Esclaves chrétiens de- 
puis les premiers temps de l'Eglise jusqu''à la fia de la domination romaine en 
Occident, par P. Allard (in-12, Lecoffre). — Le R. P. Humarque, ou le vieux 
Père aveugle (t8i7-t896), par le R. P. Hamez (in-8, Téqui). — Une Politique 
européenne. La France, la Piussie, V Allemagne et la guerre du Transvaal, par 
E. Grosclaude (in-12, Flammarion). — L'État militaire des principales puis- 
sances étrangères en 1900, par J. Lautli (in-8, Berger-Levrault). — Le Trans- 
vaal et IWngletcrre en Afrique du sud, par G. Aubert (in-!2, Flammarion). — 
Recueil des traités de la France publié sous les auspices du ministère des affaires 
étrangères, par J. de Clercq. T. XX. {1S95-IS96) (gr. in-8, Pedone). — Le 
Régent, Vabbé Dubois et les Anglais, d'après les sources britanniques, par 
L. "Wieseuer. T. III. (in-8, Hachette). — Le Premier Comité de constitution de 
la Constituante [4189). Ses vues et ses projets. Un moment d'éclat du parti roya- 
liste libéral en 1789, par R. Delagrange (gr. in-8, Rousseau). — Mémoires du 
général d''Andigné, publiés avec introduction et notes par E. Biré. T. 1°' 
1765-1800 (in-8, Pion et Nourrit). — Mémoires d'un vétéran {t79t-1800), par 
J.-C. Vaxelaire (in-12, Delagrave). — Un Général hollandais sous le premier, 
Empire. Mémoires du général baron de Dedem de Gelder, i774-i8So (in-8, Plonj 
et Nourrit), — Vie militaire du général Foy, par M. Girod de l'Ain (in-8, Plonj 
et Nourrit). — Le Régime jacobin en Italie. Etude sur la république romaine, \ 
par A. Dufourcq (in-8, Perrin). — Metz. Documents généalogiques. Armée, 
noblesse, magistrature, haute bourgeoisie d''aprcs les Registres des paroisses, 4 561- 
1792, par l'abbé F.-J. Poirier (in-8, Lamulle et Poisson). — Daniel CConnellti 
sa vie, son œuvre, par L. Nemours-Godré (in-12, Lecoflfre). — Ribliogi-aphie, 
du diocèse de Montpellier, par E. Bonnet (in-8, Montpellier, Firmin et Mon-l 
lane). Visknot. 

Le Gérant : CHAPUIS. 



Irap. Fr. Simon, Rennes. 



POLYBIBLION 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVEBSELLE 

ROMANS, CONTES ET NOUVELLES 

Recueils. — 1, Œuvres choisies de Ferdinand Fabre. Extraits. Notice de M. MAnnicB 
Pellisson. Paris, Delagrave, 1899, in-16 de 482 p., 3 fr. 50. — 2, Malentendus, 
par Mme Bentzo.v. Paris, Calmann Lévy, 1900, in-iS de 324 p., 3 fr. 50. — 3. 
Autre guitare, par Valentin Mandelstamm. Paris, Ollendorff, 1900, in-18 de 
279 p., 3 fr. 50. — 4. Une Impasse, par Brada. Paris, Calmana Lévy, 1809, iu-lSde 
300 p., 3 fr. 50. — 5. Pages catholiques, 8e Huysmans ; préface de l'abbé 
A. Mugnier. Paris, Stock ; Oudiu, 1900, in-18 de 439 p., 3 fr. 50. — G. CroquU 
de France et d'Orient, par René Bazin. Paris, Calraann Lévy, 1899, in-18 de 
417 p., 3fr. 50. — 7. Mensonfje blanc, par Léon de Tinseau. Paris, Calmana Lévy, 
1900, in-18 de 337 p., 3 fr. 50. — 8. Simples Dévouements, par Paul-Louis d'EL- 
BES. Paris, Tolra, 1899, in-8 illustré, de 144 p., 2 fr. — 9. Mademoiselle Chimère, 
par Marcelle Lvthe, Paris, Fayard, 1899, in-18 de 306 p., 3 fr. 50. 

Les Anormaux. — 10. L'Amour tout simple, par Claire Albanne. Paris, 
« Mercvre de France », 1899, in-18 de 305 p., 3 fr. 50. — 11 . L'Agonie de l'amour, 
par Edmond Jaloux. Paris, « Mercvre de France », 1899, in-18 de 321 p., 3 fr. 50. — 
12. La Route démeraude, par Eugène Demolder. Paris, « Mercvre de France », 
1899, in-18 de 357 p., 3 fr. 50. 

Les Exotiques. — 13. Le Second Livre de la Jungle, par Rudyard Kipling; traduit de 
l'anglais par Louis Fabulet et Robert d'HuNiÈREs. Paris, «Mercvre de France », 1809, 
in-18 de 375 p., 3 fr. 50. 

Les Auteurs gais. — 14. M'sieu la Pudeur, par Paul Bonhomme. Paris, Flamma- 
rion, 1899, in-18 de 282 p., 3 fr. 50. 

Romans historiques. — 15. La Mort de Corinthe, par André Lichtenbbrger. Paris, 
Plo -Nourrit, 1900, in-18 de .305 p., 3 fr. 50. — 16. Les Boërs, par Eugène Morel. 
Paris, « Mercvre de France », 1899, in-32 de 203 p., 2 fr. — 17. Draco, par Paul 
Gaulot. Paris, Plon-Nourrit, 1900, in-18 de 275 p., 3 fr. 50. 

Romans psychologiques et romanesques. — 18. La Revanche du passe', par Eugénie Pra- 
DEZ. Paris, Perrin, 1900, in-18 de 280p.,3fr. 50. — 19. Supplice de Tantale, 
par F. Pauty. Paris, Perrin, 1900, in-12 de 357 p., 3fr. 50. — 20. L'Inquiet, par 
Samuel Cornut. Paris, Perrin, 1900, in-18 de 284 p., 3 fr. 50. — 21. tiellé, par 
Marcelle Tinayrk. Paris, » Mercvre de France », 1899, in-18 de 278 p., 3 fr. 50. — 
22. L'Heure décisive, par H. Abdel. Paris, Plon-Nourrit, 1900, in-18 de 285 p., 
3 fr. 50. — 23. Mirage d'or, par Antoine Alhix. Paris, Perrin, 1900, iu-18 de 
311 p., 3fr.50. — 24. Phililjert, pages de la trentième année, par Louis Ribal- 
lier. Paris, Plon-Nourrit, 1900, in-18 de 267 p., 3 fr. 50. — 25. Maître Lardent, 
notaire, par Leroux-Cesbron. Paris, Plon-Nourrit, 1900, in-18 de 290 p., 3 fr. 50.— 26. 
Notre l'ère qui êtes aux deux..., par Isabelle Kaiser. Paris. Perrin, 1900, in-18 
de 287 p., 3 fr. 50. — 27. Rêve de printemps, par Adrienne Cambhy. Paris, Ploo- 
Nourrit, 1900, in-18 de 317 p., 3 fr. 50. —28. La plus Riche, par Mahy Floran. 
Paris, Calniann Lévy, 1900, iu-18 de 346 p., 3 fr. 50. — 20. L'Épreuve, par Jean 
PsicHARi. Paris, Calraann Lévy, 1899, in-18 de 250 p., 3 fr. 50. — 30. Plus fort 
que l'amuur, p&r le comte A. de Saint-Aulaire. Paris. Calmann Lévy, IIHK), in-18 de 
322 p., 3 fr. 50. — 31. Les Dupont-Leterrier. Histoire d'une famille pendant 
l'Affaire, par André Beaunier. Paris, Société libre d'édition des gens do lettres, 
1890, in-18 de 205 p., 3 fr. 50. 

Romans de muki rs. — 32. Monsieur le Professeur, par Georûes Maldaoue. Paris, Cha- 
muel, 1H00, in-18 de 447 p., 3 fr. 50. — 33. Les Morts qui parlent, par G, -M. 
DEVo.iiJÉ. Paris, Plon-Nourrit, 1899, in-18 de 380 p., 3 fr. 50. — 34. Fécondité, 
par Kmu.e Zoi.a. Paris, Fas(|iiclle, 1«90, in-18 de 751 p., 3 fr. '.0. 

Aviiii. 1000. T. LXXXVllI l!>. 



__ 2<.H) — 

Recueils. — 1. — Les Œuvres choisies de Ferdinand Fahre sont précé- 
dées d'une notice biographique et d'une étude critique par M. Maurice' 
Pellisson. En réunissant dans ce petit volume — (très dense, d'ailleurs, 
près de 500 pages, imprimées en petits caractères) — de longs extraits 
des Courbezon, de l'Abbé Tigrane, de Bernabé, de Xavière^ de Ma 
Vocation, etc., les auteurs de ce recueil ont voulu, sans doute, servir 
la mémoire du rude, patient et honnête tâcheron de lettres que fut 
Ferdinand Fabre; je crains qu'ils n'aient fourni à la critique l'occasion 
de le juger et de le classer définitivement. On ne doit que la vérité aux 
morts. De son vivant, Fabre avait bénéficié de la bienveillance des 
« camarades » arrivés. Ils étaient tous de l'Institut, ils essayèrent de 
l'y introduire à leur suite. Ils ne réussirent qu'à le faire entrer dans le 
vestibule, à la Bibliothèque, dans une fonction qu'avaient d'ailleurs 
occupée Sainte-Beuve et Sandeau. 11 y est resté jusqu'à sa mort. N'était-ce 
pas là sa vraie place? M. Pellisson ne le pense pas: « la destinée ne l'a 
pas, dit-il, récompensé selon son talent et son mérite 1 » Et peut-être 
M. Pellisson n'est pas seul de son avis ! Gomment faire pour dire que je 
pense exactement le contraire ? Il me semble, en effet, que les diverses 
« récompenses » obtenues par Fabre de son vivant et après sa mort, 
« sa grande notoriété, » ses clients de cabinet de lecture, les échecs 
d'estime de ses candidatures académiques, les éloges de M. Jules 
Lemaître, (antérieurs à ces échecs), et cette Notice môme, où un cons- 
ciencieux historiographe nous raconte sa naissance, son éducation, 
les vicissitudes de sa carrière, ses espiègleries d'enfant et ses idées de 
critique, — il me semble que tout cela dépasse « son talent et son 
mérite. » — Son mérite principal a été de rester un honnête homme 
en littérature, de n'avoir jamais voulu trahir la vérité et de ne l'avoir 
trahie que par impuissance à la voir ou à s'en contenter, d'avoir placé 
très haut son idéal ou, pour mieux dire, ses ambitions, de n'avoir 
jamais accepté de n'être qu'un industriel, d'avoir constamment tendu, 
avec une application tenace et des efforts entêtés, de toute son énergie 
et de tout son souffle, au grand art. A ce mérite, qui lui vaut tout 
mon respect, a-t-il ajouté celui d'atteindre où il tendait et de « réali- 
ser son idéal? » — Lui, n'en doutait pas. « Quand on a fait VAbbé 
Tigrane, disait-il, on peut se présentera l'Académie! » Je viens de relire 
ce Tigrane, juste à l'heure où il m'était possible d'en contrôler l'exac- 
titude, sur documents humains, nombreux et variés. Cette seconde 
lecture ne lui a pas été plus favorable que la première; aujourd'hui 
comme autrefois, cette prétendue peinture de l'ambition ecclésiastique 
m'a paru une caricature, une charge monstrueuse. Seulement, il faut 
le dire, cette caricature est faite de bonne foi, par un artiste naïf, que 
ses propres efforts dupaient et qui, à force de regarder trop longtemps 
et trop fixement son modèle, ne le voyait plus que grossi et déformé. 



— 201 — 

L'observateur chez Fabre était sincère, mais il était trop tendu pour 
être clairvoyant, trop courbé sur son objet pour en bien saisir l'en- 
semble et ne pas exagérer la valeur des détails qu'il en empruntait. — 
Ses « tableaux » manquent essentiellement de perspective : tout y est 
au premier plan. Dans ses paysages « l'arbre cache la forêt, » et dans 
ses portraits la verrue cache le visage. La verrue de l'abbé Tigrane, 
l'ambition, est grossie, gonûée, hypertrophiée au point de recouvrir 
toute humanité et toute vraisemblance. — Encore une fois, cet obser- 
vateur, qui s'évertue à regarder, ne sait pas voir, et ce peintre, qui 
accumule les coups de pinceau, ne sait pas faire voir. Il empâte, il 
surcharge, il encroûte. Il « ne fait pas vivant », pas même ressemblant. 
On ne reconnaît ses modèles qu'à la condition de ne les avoir jamais 
vus, et ce sont surtout des critiques normands ou angevins, qui ont 
vanté l'exactitude de ses paysages cévenols et de ses « types béda- 
riciens. » Les Bédariciens, eux, trouvent que dans leur pays l'air est 
plus transparent et plus léger, le parler plus vif, l'allure moins pa- 
taude ; ils assurent que les chevriers et les chevrières y sont moins 
littéraires et moins « romance, » les curés moins anormaux; je crois 
même savoir que les séminaristes eux-mêmes, s'ils font encore des 
phrases, comme l'auteur de Ma Voealion, y mettent une grâce moins 
massive et une application moins acharnée. — Je prends en effet dans 
cette Vocation, q\ii résume toutes ses aspirations et toutes ses impuis- 
sances d'artiste, six lignes caractéristiques. Elles nous montrent l'ou- 
vrier de lettres à son travail, suant et souftlaut à la recherche de l'expres- 
sion forte et esthétique, et n'arrivant à grand'peine qu'à l'expression 
outrée, voisine du ridicule, ou à l'expression lourde, chargée de trop d'in- 
tentions. Il parle de ses hésitations à quitter le grand séminaire, où ne 
le retient plus que la crainte d'affliger sa famille : « Parfois un vent dé- 
chaîné d'orage me soulève, et je démêle fort bien que, si n'étaient mon 
immense soumission, mon immense respect pour ma tante, mon im- 
mense tendresse pour ma mère, dans les flancs de laquelle je respire 
encore, l'habit que je porte ne chargerait pas mes épaules demain. 
Mais en quel coin de moi-môme découvrir cette force capable d'armer 
mon hras pour frapper ma mère au cœur? » {Œuvres choisies, p. 476-77) . 
— Tout l'art de Ferdinand Fabre est dans ces deux phrases ; il est am- 
bitieux avec candeur, et lourdaud avec conscience. — Une femme de 
beaucoup d'esprit, du plus vif, du plus alerte (de celui qu'il n'avait 
pas) une de ses parentes, que lui-même appelait « Merlette » dans 
l'intimité familiale, me disait un jour : « Je suis très fière de mon 
cousin, mais je ne puis pas achever de lire un seul de ses livres. Pour- 
riez-vous m'expliquer pourquoi 1» Elle le savait très bien, n'en doutez 
l)as. Mais elle voulait me le faire dire. — C'est dit ! 
2. — Très intéressants les A/aicn<cnc/«s qui séparent raméricainc miss 



— 292 — 
• 
Ettel Marsh et son confrère Jean Laulrech. Correspondante à Paris 
d'un Magazine, de New York, miss Ettel ûirte avec Jean Lautrech, 
rédacteur d'un journal parisien : elle, pour le bon motif, lui, pour le 
mauvais; quand elle s'en aperçoit, elle court au Havre et s'embarque 
pour son pays, se souvenant du texte biblique où il est dit que parfois 
le seul moyen de vaincre, c'est de fuir. — Avant cette fuite et cette 
victoire, elle a pu exposer ses idées et ses sentiments sur l'art, la 
société, le féminisme, la morale, etc., etc., et elle a fini par s'aperce- 
voir qu'elle était rarement d'accord avec son aimable confrère. Il lui 
a fallu un peu de temps, l'opposition de son confrère étant singuliè- 
rement atténuée par la galanterie et par l'amour : elle était trop jolie 
pour être contredite. La contradiction est marquée pourtant, sinon 
dans les ripostes des deux interlocuteurs, du moins dans le contraste 
même de leur manière d'être et d'aimer ; et cela avec une légèreté et 
une Bùreté que pouvait seule avoir cette Américaine de Paris ou cette 
Parisienne de New York qui signe Th. Bentzon. — Les trois autres 
nouvelles qui occupent la seconde moitié du volume — un conte — 
une histoire de chasse — un amour d'automne, — ne le cèdent en 
rien pour l'agrément et l'intérêt à ce premier récit. 

3. — Autre Guitare est un volume de vers et de prose, de prose mê- 
lée de vers et de vers mêlés de prose. Les vers ont tantôt douze pieds, 
tantôt treize, et quelquefois des rimes, rarement du sens. La prose 
ressemble aux vers, « pour ceci, pour cela, pour tout le reste encore », 
sauf pour l'aspect typographique. L'auteur s'y moque du lecteur et 
prétend s'en faire admirer. Je u'ai pas à le juger, mais à le classer 
dans les Anormaux. Je le félicite toutefois de n'avoir pas mis, en tête 
de ses divagations, de préface philosophique et esthétique. C'est de 
la discrétion, pour ne pas dire de la modestie. 

4. — VImpasse où se jette Olympe do Fraines est un amour adul- 
tère. Orpheline, pauvre, belle, fière, elle allait vieillir sans avoir connu 
l'Amour, lorsqu'il se présenta sous les espèces de Romée de Lescun, 
un père de famille déjà mûr, mais resté vert de cœur, et patati et 
patata. — Cette aventure banale se passe dans le grand monde, et se 
termine par une catastrophe — et catasti et catasta : — Olympe se 
noie, et M™® Romée pardonne au vieux Roméo. — Le meilleur de l'his- 
toire se trouve dans quelques détails étrangers à l'histoire, quelques 
portraits de mondains et de mondaines, déjà vus d'ailleurs un peu 
partout. — Un Mensonge est moins banal, et même un peu étrange. 
M. et M'ne Revel n'ont pas eu d'enfant après dix ans de mariage ; ils 
adoptent le petit Georges ; M"'* Revel s'attache passionnément à lui 
et s'en fait adorer. Alors sui"vicnt une grossesse tardive et un petit 
frère, dont Georges est jaloux, jaloux au point d'en être malade lors- 
qu'il apprend que le nouveau venu est seul le véritable enfant. Une 



\ 



— 293 - 

grande joie peut seule le sauver : M""® Revel la lui donne, en lui fai- 
sant croire que lui aussi est son filu, son fils à elle, né hors la loi et à 
l'insu de Monsieur Revel ! Georges est ravi, ravi ! Il n'en meurt pas 
moins, mais il meurt ravi. 

3. — Les Pages catholiques sont des extraits des deux derniers livres 
de M. Huysmans : En route et la Cathédrale. La préface explique le 
« double but de cette publication .» L'un de ces « buis ), c'est de per- 
suader « ceux qui doutent encore de la conversion de M. Huysmans .» 
L'autre « but >, — le seul qui nous intéresse, — c'est de permettre 
aux deux « derniers ouvrages de M. Huysmans » de prendre « place 
dans toutes les bibliothèques .» Il est incontestable que ces deux 
romans ou confessions contiennent certains détails à supprimer, lesuns 
naturalistes, les autres bizarres. On peut être sûr, avant tout contrôle, 
que M.A.Mugnier aura supprimé les premiers ; quant aux seconds,il a 
dû en laisser ; « ils sont trop !» A les supprimer tous, on risquerait de 
supprimer ces udeux premiers termes de la trilogie », qui, avec En route 
et la Cathédrale, doit comprendre encore VOblat. Et M. l'abbé Mugnier 
le regretterait, car il paraît que cette trilogie, même incomplète, a déjà 
« contribué, à sa manière, à renouveler l'Apologétique .» Je crois 
savoir en effet que l'apologétique de Bossuet ou de S* Jérôme ne ressem- 
blait en rien à celle de M. Huysmans. Mais je n'oublie pas qu'elle visait 
des hérétiques, des penseurs « à leur manière », tandis que celle de 
M. Huysmans vise surtout des boulevardiers, des journalistes, des 
lecteurs de contes pornographiques, des Madeleines de la place Pigalle, 
des habitués des cafés littéraires, gens très libres, mais très peu 
penseurs, — et dont le salut n'est pourtant pas négligeable, — 
si toutefois il est possible, tant qu'ils resteront si peu penseurs et 
si libres ! Je ne juge pas, je médite, je plaide, j'expose mes doutes ! 
Mais inutile de dire que je ne doute pas du zèle qui anime l'éditeur et 
préfacier de ce nouvel apologiste, et que je suis heureux de lui rendre 
hommage, 

6. — Dans les quarante morceaux qui composent ces Croquis de 
France et d'Orient (trente-deux pour la France et huit pour l'Orient), 
on retrouve toutes les qualités de finesse, d'érudition, de pittoresque 
sobre et délicat qui ont placé si haut parmi les écrivains de ce temps 
M. René Bazin. — En signalerons-uous quelques-uns dans ce nombre? 
Non, car ce serait laisser croire que les autres n'ont pas la même va- 
leur. — Tout au plus, dirons-nous que f Idylle dhin sava7it est une petite 
merveille de grâce ironique et d'humour (n" lo). et que nous avons 
encore dans Jes yeux ce tableau des montagnes Cretoises « dentelées, 
nues, sans un arbre, belles seulement de la beauté de la lumière 
qui les enveloppe, les fouille, se brise sur toutes les surfaces, atteint 
par les reflets ce qu'elle ne peut loucher directement, et réduit les ombres 



- 'J9i — 

à 7i'étve plus que des traces violettes dans de l'or rouge (p. 363). Il n'y 
a pas dans Théophile Gautier beaucoup de phrases qui vaillent 
celle-là ! 

7. — Quel homme délicieux, que l'auteur de Mensonge blanc! Gomme 
il est de bonne compagnie, comme il a de l'esprit, de la grâce, de l'ai- 
sance, de l'iiiiperlinence, toutes les qualités d'un talon-rouge des 
lettres, — d'un talon-rouge qui respecte les lettres et les lecteurs et 
se respecte lui-même ! Mais comme il est ingrat pour la critique, — 
celle du Polybiblion, du moins ! Dans une jolie épître A mes livres, qui 
termine ce volume, il félicite ses « vingt-cinq enfants » d'avoir fait leur 
chemin dans le monde sans le secours de la critique et malgré son 
silence : « Quel père de vingt-cinq enfants littéraires a causé aussi 
peu de dérangements à la critique et à la presse ! » Qu'il ne doive pas 
sou succès à la presse, « je le crois, parbleu bien ! » Mais que la presse 
ne se soit pas « occupée » de lui, je suis sûr du contraire, n'ayant 
jamais, en ce qui me concerne, laissé naître un seul de ses « enfants » 
sans le déclarer aussi « mignon » que ses frères aînés ! Et j'ai si souvent 
dit que leur t père » était le plus délicieux, le plus aimable, le plus 
spirituel de nos conteurs que je n'essaie même plus de renouveler mes 
éloges — et j'ai si souvent exprimé le regret que cet homme de tant 
d'esprit et de tant de bonne grâce ne daignât pas mettre un peu plus 
d'unité et de vraisemblance dans ses compositions que je n'ose plus 
le répéter. Je dirai donc que sur les dix morceaux qui compo- 
sent ce volume il y en a au moins six qui sont délicieux, aimables 
(voir ci-dessus), que Mensonge blanc rappelle un peu Ma Cousine Pol- 

çiu-feu, l'inoubliable et délicieuse et spirituelle (voir plus haut), 

^^^nette. Ici, c'est la cousine qui est riche et le cousin qui est pauvre. 
Enfan.^' ^^ s'était fait adorer de sa petite cousine parce qu'il buvait pour 
elle la cv.'^^^^^'^^ quotidienne d'huile de foie de morue; jeune homme, 
il conquien son cœur, parce qu'il se résigne sans élégie, avec une viri- 
lité gaie et d'i^i^e. à devenir employé dans les puits de pétrole du 
Caucase, parce que bientôt il quitte le pétrole pour devenir régisseur 
d'un prince circassien qiii n'a pour richesses que deux filles très belles 
et des ours très méchants, parce qu'il tue des ours et parce qu'il ne se 
laisse pas épouser par la princesse Tamar. — Et tout cela est d'une 
sentimentalité ironique, d'une émotion gaie, d'un marivaudage naturel, 
d'une préciosité sans apprêt, d'un romanesque réaliste et d'une simplicité 
pimpante, — un « mêlé » pour salon — « Gest proprement un charme ! » 
Et le Roman d'une bossuel Adorable ! Ici le pathétique est franc, sans 
mélange d'ironie, et n'a pas l'air de se railler lui-même, bien que le 
ton n'y soit point sentimental et reste encore délicieusement léger. 
— Et Un malheur est vite arrivé ! Du Marivaux de derrière les fagots, 
moderne par l'arôme, traditionnel par les procédés, etc., etc., etc. — 



— 205 — 

A la dernière ligne de ce livre.qu'on regrette de voir finir trop vite, il y 
aune promesse. « Mon vingt-cinquième ne sera pas le dernier! » 
J'en prends acte. 

8. — Simples Dévouements révèlent une àme charmante, très pure, très 
élevée, très chrétienne et qui raconte ce qu'elle-même saurait faire. 
Fleur de Pommier est l'histoire d'une aimable enfant qui offre sa vie 
pour le salut d'un vaurien et dont le sacrifice est récompensé. Le petit 
(irôle avait résisté à tous les conseils, à tous les soins; c'était le fils 
d'un malheux ivrogne ; il semblait avoir reçu tous les vices en héri- 
tage. — Un jour il tombe dans la rivière, il allait se noyer, quand 
Fleur de Pommier, qui passait par là, le sauve. Mais elle meurt de son 
dévouement, non toutefois sans avoir eu le temps d'apercevoir les pre- 
miers résultats de son sacrifice : elle a vu l'enfant pleurer, se mettre 
à genoux et prier ! Les épreuves des croyants ' sont des semences de 
chrétiens. Ce qui sortit de cette mort et de cette première prière, dites 
à votre petite fille d'aller le voir dans ce joli volume, et faites-lui lire 
la seconde histoire. — Le Jour du Seigneur, où l'on voit un grand-père 
libre-peuseur s'en aller charger une charrette de bois, un dimanche, 
malgré les supplications de la charmante et pieuse Anthelmine. La 
charrette versa, et l'aïeul fut précipité au fond d'un précipice. En 
apprenant la catastrophe, la jeune fille s'écria : « Mon Dieu! je vous 
sacrifie tout ce que j'ai de plus cher pour sauver l'âme de mon grand- 
père. » Et l'âme fut sauvée et même la vie. Qu'avait sacrifié Anthel- 
mine ? — Vous êtes trop curieuse, ma petite amie ; allez le demander 
à M. Louis d'Ebes, il vous le dira mieux que moi.— Et vous lui deman- 
derez d "écrire d'autres histoires pour les enfants de votre âge. 

9. - Très gentil aussi, et tout à fait iuoffensif, le recueil qui débute 
par Mademoiselle Chimère. L'auteur, dans une préface inédite, l'appelle 
« une petite bluetie de rien. » Cette première nouvelle nous raconte 
comment M"« Yveline, élevée dans un vieux caslel, parmi de vieux 
portraits de famille, s'était forgée l'idée d'un prince Charmant pareil 
a l'un de ceux qui tapissaient les murs du salon féodal. Invitée un 
jour à Paris au bal d'une de ses tantes, elle y rencontra un certain 
Guy, auquel elle trouva une vague ressemblance avec son prince rêvé; 
elle le reconnut môme complètement, après une série de petites aven- 
tures très intéressantes, et « lui donna sa main et sou cœur. « La 
plume qui a écrit cette bluette est légère, et elle obéit à une imagina- 
lion aimable et spirituelle et à un cœur honnête. 

Les Anormaux. — Ils sont trois : aucun n'a mis de préface 
en tête de son œuvre ; ils se sont contentés d'épigraphes empruntées à 
Nietzsche — un fou authentique — ou a Mallarmé, dont le cas est dis- 
cuté par les maîtres de la science psychiatrique. 

10. — C'est le talent qui manque le moins ù l'auteur de l'Amour tout 



— 2'jG — 

simple; elle a de la fraîcheur, de la grâce, de la justesse dans l'ex- 
pression — tout ce qu'elle n'a pas dans la pensée. — Je la soupçonne 
d'être une de ces agrégées, professeurs de lycées de filles dont elle 
nous peint les mœurs — en les calomniant un peu probablement — Il 
faut se méfier toujours d'un témoin qui invoque Nietzsche ! — Mady, 
une nouvelle agrégée, va, en attendant « d'avoir une place » se repo- 
ser à la campagne. Elle y a un voisin, un jeune peintre, qui devient 
son amant « tout simplement. » Une fois « placée », elle trouve parmi 
ses confrères masculins un homme sérieux, qui devient son ami et son 
fiancé. Mais pendant les vacances, elle retrouve l'autre et renonce au 
mariage, qui manque de simplicité, compliqué qu'il est de moralité. — 
« L'amour simple », est le « Maître », obligatoire, fatal, irrésistible, 
qui triomphe toujours, auquel on n'est pas libre de se soustraire ! — 
Telles sont les idées de M"» Mady, professeur agrégée. J'espère 
encore une fois, Mesdames les agrégées et Mesdames les licenciées, 
que votre confrère vous calomnie ! 

11. — Dans ïAgo7iie de l'amour mômes conclusions, mais exposéesavec 
moins de tranquille assurance, et plutôt comme un fait d'expérience» 
dont on souffre, dont on rougit, que comme un droit dont on reven- 
dique le libre exercice. Il y a là des jeunes gens qui se livrent à 
toutes les débauches y compris celle de l'esprit, et qui amènent ainsi 
l'Agonie de l'amour. L'impuissance d'aimer serait donc le résultat de 
l'immoralité. — Serait-ce une moralité en action, que nous donnerait 
le Mercvre, pour une fois, savez-vous ? Je n'en suis pas sûr, la lecture 
de l'Agonie étant un de ces supplices qui gênent la claire vision des cho- 
ses et auquel on se dérobe le plus vite possible. Faut-il y revenir pour 
m'en assurer? Accordez-moi, de grâce, une remise de peine. 

12. — Car je relève tout juste de la Route d'émeraude, roman belge, 
peut-être hollandais, écrit par un Flamand, à moins que ce ne soit par 
un Auvergnat. De quelque pays qu'il nous vienne, l'auteur est un ex- 
pert en « belgeries », un tortionnaire de la langue et des idées, féroce 
avec naïveté, conscience et même talent. La « route d'émeraude, » c'est 
celle que parcourt dans les deux sens le flamand Kobus, parti du 
moulin paternel pour être un grand peintre, et y revenant pour être 
un simple meunier. Cet aller et retour est marqué par des incidents 
divers et par des dissertations innombrables. Dans les ateliers que 
fréquente Kobus, il rencontre des modèles, des camarades, les uns 
méchants, les autres pour la plupart ivrognes ; il se livre à la débau- 
che avec eux et avec elles, car elles sont « pétries à la fois d'aurore et 
de soir ! » Il rencontre aussi des brigands et s'engage dans leur troupe, 
pour ne pas se séparer de Siska, l'aurore vêtue de soir. Il faillit lui en 
coûter la vie. Le pauvre pigeon meurtri, battant de l'aile, revient au 
pigeonnier. Entre ^temps, il a appris à peindre, et surtout à ratioci* 



— 297 — 

ner sur la peinture et sur l'art. C'est un esthète, qui a fait à la fois 
l'Ange et la Bote — mais surtout la Bète. — Et c'est à nous décrire les 
multiples façons de se vautrer dans la bestialité que son historien a 
mis toute son application et tout son art. Il n'a reculé devant aucun 
détail, fût-il des plus ignobles. Prétexte : nous faire connaître la vie 
des rapins à l'époque de Rembrandt, et nous donner une sorte de ta- 
bleau des ateliers flamands au xvii^ siècle. — Quel que soit le mérite 
de celte reconstitution historique — et je n'en discute ni n'en garantis 
l'exactitude, — l'inconvenance et la lourdeur en sont vraiment trop 
belges. 

Les Exotiques. — 13. — Traduit de l'anglais, exotique, orien- 
tal indou, parabolique et symbolique, le Second Livre de la Jungle 
nous raconte les aventures et expose les opinions politiques et reli- 
gieuses de Baloo, Mowgli, Petit Frère, Bagheera, Hathi, Tha, Puruu 
Baghat et autres personnages, lesquels sont les tigres, les éléphants, 
les cerfs, les ânes, les serpents de la Jungle. Très curieux ! Very Well ! 
Aoh ! Yes ! Ennuyeux à faire bailler un mort ! Les Fables de La Fontaine 
sont plus courtes, et l'Iliade est moins symbolique, quoi qu'en ait dit 
le P. Le Bossu. Quant au Ramayana et au Mahabarata, il s'est trouvé 
des critiques pour en parler, à propos de cette Jungle « Fouchtra ! » 
comme disait feu Pailleron. Vous permettez que je m'en aille, n'est- 
ce pas ? 

Les Auteurs gais. — 14. — Un seul, et c'est assez. M'sieu la Pudeur 
est l'histoire, laborieusement et péniblement, drolatique d'un jeune 
homme qui a trois belles-mères et d'un vieux monsieur qui se laisse 
persuader de prendre une maîtresse pour arriver plus facilement 
à se faire une position parmi les protecteurs de la morale publique et 
à obtenir le ruban violet. Passons à la rubrique suivante. 

Romans historiques. — J'ai déjà expliqué plusieurs fois pour- 
quoi je m'interdisais de jamais juger un roman historique. On vou- 
dra donc me permettre de m'en rapporter à ces explications anté- 
rieures et de me borner à indiquer le sujet de ces trois romans : La 
Mort de Corinthe, les Boers, Draco. 

15. — Le premier se place pendant les guerres qui marquèrent la 
tin de l'indépendance grecque, et qui soumirent au joug de Rome le 
peuple héroïque, vainqueur des armées perses. « Tels étaient les temps 
redoutables, écrit M. Lichtonberger, où Dioclès, fils de Spansippe 
l'Athénien, se demandait s'il n'aimait point loné, fille de Ducos, 
Corinthien, ou si peut-être il l'aimait. » Rien que par cette seule 
phrase, vous pouvez juger que la Mort de Corinthc est l'oeuvre à la fois 
d'un psychologue et d'un archéologue, et même d'un kallilogue, — 
car « c'est au milieu de ces luttes que fleurit la pousse frêle de leur 
amour tragique. > Je n'insiste pas! 



— 298 — 

16. — Le roman les Boers est plus court : c'est l'odyssée de la famille 
Van Davcr quittant la Hollande pour s'établir au Cap, et y fonder avec 
ses voisines, ce peuple admirable, dont les récentes annales inspire- 
ront, espérons-le, les Eschyles et les Hérodotes contemporains, — s'il 
s'en trouve dans l'Europe lettrée, élève des Hérodotes et des Eschyles 
d'autrefois. — Le livre de M. E. Morel est un commencement. 

M. — Avec Draco, nous revenons à cette cour de Louis XIV, qui n'a 
pas cessé d'inspirer le roman historique depuis Alexandre Dumas. Ici, 
c'est auprès d'un Louis XIV vieilli et malheureux que nous sommes 
introduits. Les joies de « l'inamusable » monarque sont rares : ses 
armées sont battues de tous côtés, son prestige diminue, le soleil de 
sa gloire « descend à l'horizon caché par la tempête ; » une seule 
personne parvient à le distraire et même à le faire rire : c'est Draco, 
c'est-à-dire la duchesse de Bourgogne, celte laide délicieuse, dont 
Saint-Simon nous a laissé un si vivant portrait. Gomment elle distrait 
le vieux Roi, et comment elle se distrait elle-même, c'est ce que 
M. Gaulot nous montre dans une série de scènes fort intéressantes, 
établies sur des documents qui n'ont pas lous la même valeur. La 
médisance n'épargna pas la princesse de son vivant ; elle continue à la 
poursuivre encore et nous la voyons ici coqueler avec Nangis, et 
inspirer de la jalousie à Mauleuvrier. Sa mort même, qui fut due à une 
attaque de rougeole, est attribuée à un crime. Mauleuvrier, ne pouvant 
supporter de se voir préférer Nangis, envoie à Draco une tabatière 
empoisonnée. Mais « le remords l'accable », et il se jette parla fenêtre 
de son appartement au moment où passe le cortège funèbre de la 
princesse. — Veuillez demander à la revue voisine (la Revue des ques- 
tions h'isLoriques), ce qu'il faut penser de cette tabatière et de ces 
deux rivaux. 

Romans psychologiques et romanesques. — 18. La Revanche 
du passé semble racontée à voix basse , à demi-mots , avec des 
réticences et des chut! peureux, comme s'il était défendu d'en 
dire trop, d'en dire autant! Au bout de quelques pages, l'attention 
est lassée et un peu agacée. Mais la narratrice est si sincère, d'une 
si parfaite et si candide bonne foi, elle est si convaincue de l'im- 
portance et de l'inLéfèt de son récit, qu'on s'évertue à l'écouter, à 
rattacher les fragments de ses confidences, et qu'on parvient à en 
comprendre la suite. — Je l'avertis cependant que ce « on » c'est moi, et 
que je ne réponds pas qu'il y en ait beaucoup d'autres pour s'imposer 
cette fatigue. — Une faute a été commise par une jeune femme : cette 
faute vit dans la personne de sa fille, et devient chaque jour un tour- 
ment plus aigu et plus cruel. L'enfant, à laquelle pourtant, sa mère 
s'est exclusivement et passionnément consacrée depuis sa naissance, 
n'a jamais été heureuse; elle n'est pas bonne. Elle n'aime pas sa 



— 299 — 

mère, elle n'a aucun abandon avec elle : elle souffre et enferme ses 
souffrances au fond de son cœur où elles s'aigrissent, s'aggravent, ei 
finissent par provoquer une résolution désespérée : un mariage avec 
un homme indigne. La mère, après d'inutiles résistances, a consenti à 
ce mariage légitime, qui ne larde pas à provoquer sa ruine et celle de 
sa fille. C'est alors, quand la pauvre enfant devenue mère, comprend 
ce que représente de dévouement une maternité mémo illégitime, que 
ces deux pauvres âmes se réconcilient et que leur long martyre prend 
fin. Celui du lecteur cesse également. L'auteur a de la délicatesse, ou 
du moins le goût de la délicatesse ; mais c'est une erreur de croire 
que la délicatesse consiste à renoncer à la netteté, et à écrire en sour- 
dine. 

19. — C'est une œuvre bien sage et bien appliquée que Supplice de 
Tantale, si appliquée et si sage que nous voudrions pouvoir donner à 
l'auteur un prix d'encouragement. Il nous raconte, — longuement, len- 
tement, en prenant bien soin de ne faire aucune faute de français, 
d'observer rigoureusement la règle du participe, de remplacer amour. 
par affection pour éviter les répétitions dans la même phrase, de garder 
constamment le ton distingué et de n'employer jamais un seul mot 
trivial, — comment le capitaine Vauclair eut toujours la guigne ! Pauvre 
garçon! (J'entends le capitaine !) Arrivé de Madagascar, sain et sauf, 
« altéré de noble ambition de triomphes et de gloire, la coupe s'était 
brisée dans sa main au moment de l'approcher de ses lèvres. » Elle 
b'était brisée le jour où il se brisa une côte et se cassa jambes et bras 
en tombant dans un précipice, au cours d'une excursion au Casque de 
Néron, près Grenoble (Isère, France !) Il eu resta boiteux, et dut renon- 
cer à. devenir général. Il en resta en outre hypocondriaque, défiant, 
misanthrope et misogyne. Il aurait bien voulu épouser Suzanne, la 
sœur d'un de ses camarades, qui lui témoignait le plus tendre dévoue- 
ment ; il avait même été agréé comme fiancé ; le jour du mariage était 
fixé. Mais à une soirée dansante, donnée chez un de ses amis, il vit sa 
fiancée refuser de danser parce qu'elle ne voulait pas d'un plaisir que 
lui ne pouvait pas partager I Et cette preuve de délicate affection 
amena chez le malheureux a un brusque réveil. » Il comprit tout ce 
dont il allait priver la charmante Suzanne en l'emprisonnant dans les 
liens d'un tyrannique hymen, si j'ose m'exprimer ainsi. Et « il brisa 
-a coupe ! », celte fois de sou plein gré; il rompit avec sa liancée, et se 
retira dans la solitude. « La soif des tendresses avait ensuite dévoré 
on âme : une source pure s'était offerte à ses regards et l'avait attiré 
liar l'espoir d'un breuvage délicieux! Un brusque réveil v<;na,it de faire 
évanouir le mirage enchanteur, la source tarie n'offrait plus â sa gorge 
desséchéf une seule goutte de rosée pour se raff'raîchir! » Pauvre 
Tantale '. 



— 300 — 

20. — On ne retrouve pas dans Vlnquiet, les qualités, ou plutôt les pro- 
messes de talent que nous avions signalées dans Chair et marbre, de 
M. Samuel Cornut. C'est un recul, à moins que le dernier ouvrage publié 
n'ait été composé le premier, et qu'il n'ait servi d' « exercice » et d'ap- 
prentissage. On y reconnaît toutes les inexpériences d'un premier 
début :1e récit n'en est pas conduit avec sûreté; il est fragmenté en petits 
paragraphes haletants, qui trahissent le manque de souffle plutôt que 
l'erreur d'un système : les caractères et les personnages manquent de 
netteté et de vraisemblance. Quant à « l'histoire, » elle manque d'in- 
térêt. C'est celle d'un étudiant ès-lettres, aimé par une jeune fille de 
table d'hôte. D'où vient cette jeune fille ? D'où vient ce jeune homme? 
C'est ce qu'on apprend petit à petit, à mesure que le récit de leurs 
amours s'avance et nous ennuie ; quand nous en sommes informés, 
nous ne désirons plus le savoir. — La jeune fllle est une âme élevée 
et une volonté vaillante, qui est venue échouer — (pourquoi ?) — chez 
une logeuse du Quartier latin, une ex-grande dame qui tient un 
& garni » rue Gay-Lussac. Le jeune homme est un indécis, un « abou- 
lique », un de ces êtres destinés à manquer leur vie parleur faute et à 
s'en prendre de leurs malheurs à la société. — Aimant et aimé, il 
renvoie son mariage après son agrégation . Il échoue une fois, deux 
fois, trois fois. Il se tourne alors vers le journalisme, dispute des « faits 
divers » à d'innombrables concurrents, ne gagne pas de quoi vivre, 
souffre de la faim, et commence à se sentir pousser des idées socia- 
listes. Il devient tout à fait anarchiste, après avoir été arrêté par 
erreur dans une bagarre, à moitié assommé par la police, condamné 
à la prison et pourvu d'un casier judiciaire. C'est alors qu'il se laisse 
épouser par sa fiancée, à la condition qu'ils travailleront l'un et l'autre 
au bonheur du peuple, elle comme institutrice d'enfants pauvres, lui 
comme directeur et aumônier laïque de l'institulion ! — J'ai déjà dit 
que les caractères étaient invraisemblables : « le milieu » l'est aussi, 
notamment cette pension de la vieille coquette où fleurissent les lys 
de pureté. Il y a bien quelques souvenirs du « Quartier », qui peuvent 
rappeler à l'auteur les réalités vraies, mais dont le caractère exception- 
nel n'offre qu'un intérêt anecdotique. Ce n'était pas assez pour remplir 
un volume, môme en y ajoutant l'analyse, devenue presque banale 
depuis vingt ans, de l'inquiétude « aboulique. t> 

21. — Hellé est le roman d'une « intellectuelle >, qui s'était d'abord 
laissée séduire par les mérites brillants d'un jeune poète, mais qui finit 
par préférer les vertus solides d'un savant déjà mûr. — Le caractère 
de la jeune tille ressemble à son nom : elle en a la distinction volon- 
taire, savante, un peu pédante,— oh I très peu ! — J'aime moins ce livre 
que les précédents de M^^ Marcelle Tinayre, bien que son naturalisme 
philosophique s'y montre avec moins d'audace. 



— 301 — 

22. — L'Heure décisive, c'est l'heure où il faut dire oui ou non, 
devant M. le curé et M. le maire. Or Denise et Bertrand reculent tous 
deux devant le oui, elle, parce qu'elle est pauvre et ne veut pas im- 
poser ses charges à celui qu'elle aime et dont elle est aimée ; — lui 
parce qu'il est très pratique, un peu égoïste, qu'il manque de courage 
et qu'il préfère épouser une femme aussi riche et du même monde 
que lui. Comment la délicate et vaillante jeune fille s'éprend de ce 
gentleman à l'àme bourgeoise, et comment elle se reprend, M, Ardel 
nous le raconte avec le charme et l'intérêt qu'il sait mettre dans tous 
ses récits. 

23. — Mirage d'or aura le succès de Chemin montant du même auteur. 
L'œuvre est plus complexe, plus touffue, mais toujours claire et inté- 
ressante. C'est l'histoire de toute une famille. Dès les premières pages, 
dans cette scène du déjeuner qui ouvre le drame, les caractères de chaque 
personnage sont dessinés d'un trait sûr : le père, un ancien capitaine 
d'artillerie, ancien polytechnicien, qui a toujours pris la vie et les 
gens à rebrousse-poil, et qui n'a jamais su réussir que dans ses exa- 
mens, caractère cassant, suffisant, mécontent de tous^ content de lui 
seul, même quand il se ruine et réduit les siens à la portion congrue, 
brouillé avec ses supérieurs, avec sa famille, avec ses protecteurs, 
s'acharnant à se nuire autant que les autres s'acharnent à le servir; 
— sa femme, une créature de douceur et d'abnégation, qui n'a pas su ni 
pu résister à son mari, et lui a laissé prendre et gaspiller toute sa 
fortune; — les cinq enfants, chacun avec sa silhouette, Gustave une 
volonté éprise et capable d'action, Georges, un esprit brillant et va- 
niteux, Denise, la résignée, Suzanne, une âme à peine visible dans 
un corps malade, et enfin Jacqueline, celle que son père appelle & Pas 
de tôte », bien qu'elle ait autant d'esprit que de résolution, et que ses 
sœurs et frères appellent « Genêt d'or », parce qu'elle est délicieuse- 
ment blonde.— C'est elle qui va être l'héroïne et la victime du drame. 
Au moment où son père va être a saisi » et où les meubles de sa fa- 
mille vont être vendus aux enchères, elle accepte d'épouser le comte 
de Lègle, que ses cheveux d'or et son esprit ont séduit. — Grâce à ce 
mariage les meubles sont conservés, l'ancien polytechnicien trouve 
une a place >, Georges entre à Saint-Cyr, un peu de bonheur et de 
santé rentre dans la famille. Mais le bonheur de Jacqueline est perdu; 
son mari l'avait épousée par dépit, pour se consoler d'une rupture 
avec une vieille maîtresse, qui le reprend et le ruine. D'autre 
part, la pauvre enfant avait renoncé à un brave jeune homme dont 
elle se savait aimée, sans qu'il y eût jamais entre eux de confidence 
coupable. Quand elle se trouve seule, abandonnée, l'ami revient et 
devient l'aimé, et Jacquelineallait perdre l'honneur, après son bonheur, 
lorsqu'elle est sauvée par la petite Suzanne, qui meurt à point pour 



— :i02 — 

lui donner le courage de rester fidèle au devoir conjugal, devoir qui 
reste obligatoire quel que soit le mari, et quelque grande facilité 
de s'y dérober qu'on puisse trouver dans la législation du divorce. 
— Ce livre, d'inspiration lionnête et d'exécution suffisamment littéraire, 
peut être lu par tout le monde, sauf — toujours — par des enfants. 

24- — Philibert a trente ans ; il va se marier. Mais avant de procéder 
à ce grand acte, il tient à nous raconter tout ce qui lui est arrivé depuis 
sa naissance, et peut-être avant : « Un jour, Dieu prit un peu de boue 
et en pétrit l'bomme à son image ! » (p. 3). Passons au second Empire : 
« A la fin du second Empire les enfants qui vinrent au monde avaient 
été conçus... » (p. 9). Passons plus outre : « J'étais un médiocre écolier. 

L'aridité d'études dont » (p. 45). Avançons encore : « Allons voir 

Juliette, proposa M. deMirade » (p. 89). Il va voir Juliette et d'autres 

dames ou demoiselles très vertueuses et très aimables. Il les aime, il 
les oublie, il fait tout ce que font la plupart des jeunes gens de son 
âge, c'est-à-dire qu'il ne fait rien d'abord, et qu'ensuite il raisonne sur 
lui-môme et sur les autres, découvre que Barucb est un prophète et 
qu'il y a eu des papes à Avignon et que la vie est triste et que la nature 
est impassible. Et il nous raconte ces découvertes sur un ton qui pour- 
rait être plus simple et moins triomphant ; il est vrai qu'il n'a pas 
encore découvert que tous ses camarades, ceux du moins qui ne sont 
pas étrangers à toute réflexion, ont fait exactement les mêmes décou- 
vertes que lui. Ce jeune homme de trente ans est encore très jeune. 
Heureusement il découvre que le devoir est la loi de la vie, et que la 
vie n'est qu'une voie qui mène à un but supérieur. Le catéchisme lui 
avait déjà enseigné cette vérité; mais comme on ne comprend bien 
que ses propres idées, celle-là ne lui devient claire et évidente que 
lorsqu'il l'a vécue, et après que ses premières déceptions et ses pre- 
mières douleurs la lui ont fait « repenser. » Ces « pages de la trentième 
année » sont donc l'histoire d'un jeune homme quelconque qui ne fut 
ni un débauché, ni un saint, ni un homme de génie, ni un simple 
buveur de bocks, mais un lettré, comme il y en a des milliers, et qui, à 
cinquante ans, jugera ses aventures peu intéressantes. Mais alors il 
pourra en raconter d'autres, si le talent, qui se révèle dans ce premier 
récit, arrive à maturité. 

25. — Maître Lardent, notaire de Saint-Saturnin, était un fils de 
paysan, qui, ayant « reçu de l'instruction » put devenir un c Monsieur », 
mais qui n'ayant reçu aucune éducation, ne sut pas être un homme. 
Vaniteux et faible, il est à la merci de ses ambitions ou de ses rancunes, 
les unes et les autres également mesquines. Pour arriver à épouser la 
soeur d'un de ses camarades d'école, qui est un « pur sang $, c'est-à- 
dire un bourgeois de petite ville, il s'associe aux entreprises chimériques 
que lui suggère son frivole ami, y sacrifie d'abord ses fonds et puis 



— 303 — 

ceux de ses clients. Et quand il demande sa récompense, c'est à 
savoir la main do M'i" Georgette Dunceler, on lui la refuse. — Alors, 
pour se venger des bourgeois, le notaire se retourne vers « le peuple »; 
il devient radical, socialiste et anticlérical. Mais comme il est resté un 
sot, il se laisse encore exploiter au point de perdre ses dernières res- 
sources ; mais comme il a de la littérature, il prend un revolver pour 
se tuer; mais comme il est maladroit, il se manque. Et enfin, comme 
il y a encore de bonnes âmes, malgré le nombre toujours croissant des 
mauvais notaires, des soins dévoués le ramènent à la vie et au bon 
sens. Il renonce à ses chimères, et accepte une place de régisseur, 
revenant ainsi a à la condition de paysan, qui aurait dû être la mienne », 
dit-il lui-même. 

26. — Noire Père qui éles aux deux... C'est un beau titre, et c'est un 
bon livre, écrit de ce style ardent et lyrique dont nous avons donné 
des spécimens à propos de Hero du même auteur. M"'^ Isabelle Kaiser 
démontre ce que peut la charité sur le vice et la misère. — La charité 
est représentée par Lazare Saville, un jeune homme qui serait membre 
de la Société Saint- Vincent de Paul, si l'auteur était catholique (elle est 
probablement protestante); le vice et la misère sont représentés par 
les co-locataires de sa maison. Il les visite, les console, les élève ; il leur 
prêche le Père qui est au Ciel, il leur apprend à lui demander le pain 
quotidien et à le mériter en pardonnant les offenses, en résistant aux 
tentations, en se délivrant du mal. — El de la loge de la concierge 
jusqu'au cinquième étage, ce fut bientôt dans toute la maison un 
concert de prières en l'honneur du Père céleste, et un concert d'éloges 
en l'honneur de son serviteur Lazare Saville. Aussi Dieu envoya un 
Ange pour le récompenser, un Ange qui s'appelle Mona Lisar, qui 
épouse le saint jeune homme et lui donne le bonheur sur la terre eu 
attendant que Dieu lui donne le bonheur du ciel. — Et cette fable 
évangélique n'est pas trop artificielle ; mais tout de même elle l'est. 

27, — Silvie a eu son Rêve de printemps, qui n'a duré qu'un avril. Il 
gèle quelquefois en mai et c'est sous une de ces gelées tardives cju'esl 
tombée la petite fleur d'amour éclose dans son âme. Mais, ô merveille ! 
sur la m(^me lige, une autre fleur, plus belle, a germé, capable d'af- 
fronter les épreuves de l'été cl celles de l'automne et de durer jusqu'à 
l'hiver, c'est à savoir jusqu'à la mort, pour refleurir ensuite au ciel. 
Ainsi soit-il ! — El vous connaissez déjà, par ces paraboles d'une nou- 
veauté remarquable, le roman aussi original de M"» Silvie. Elle quitlo 
la campagne et son ami d'enfance, Pierre, pour aller à Paris, chez sa 
riche murruine. Là, le peintre Claude lui fait la cour, trouble son cœur 
et le remplit. « Il sera mon époux! » se dit-elle. Hélas! Claude en 
épouse une autre. Silvie, désespérée, retourne à la campagne, et y 
retrouve Pierre ; et naturellement elle s'y console, y oublie Claude c: 



— 304 — 

accepte pour époux son ami d'enfance. — Histoire intéressante, presque 
autant que banale, et très gentiment écrite. 

28. — La plus Riche, fut préférée par un officier qui courtisait la plus 
belle ; mais comme il se trouvait que la riche et la belle étaient égale- 
ment bonnes, voici ce qui arriva : il épousa la première, la perdit, et 
épousa la seconde, de par l'ordre de la première, — Vive l'armée 1 — 
Et vive aussi l'auteur de la plus Riche, qui sait donner de l'intérêt et du 
piquant aux sornettes les plus ... les moins ... tout ce que vous 
voudrez, quoique toujours très honnêtes. 

29. — L'Épreuve la plus pénible que je connaisse, pour un critique, 
c'est de constater l'acharnement d'un auteur à accumuler les preuves 
d'incompétence. Je ne sais, je ne veux pas savoir à cette place si 
M. Psichari est compétent en matière d'érudition; mais les trois romans 

qu'il nous a donnés jusqu'ici : Le Rêve de Yanniri, un rêve de 

maître d'études, la Croyante, un rêve de sectaire, et cette Épreuve, 
dont je sors tout meurtri, ou plutôt tout assoupi, attestent en matière 
de création littéraire, une inexpérience qui ressemble fort à de l'im- 
puissance. Cependant, il ne faut jurer de rien : à force d'ennuyer les 
lecteurs, peut-être M. Psichari apprendra-t-il à les amuser. Cette 
Épreuve, avec son récit continu, sans un dialogue, sans une scène, 
se déroulant à travers d'interminables et d'implacables imparfaits (on 
donnerait cent sous d'un indicatif présent ou d'un parfait, s'écriait 
Sarcey), est l'histoire de M'^e Lucy Quoban et de son ami Robert, dont 
M. Quoban père empêche le mariage par un stratagème ingénu, mais 
efficace. Quand Robert vint lui demander la main de sa fille, il ne dit 
ni oui ni non ; il lui imposa une absence de quelques mois — une 
épreuve. Robert partit, écrivit des lettres qui devaient être très 
belles, mais que nous ne connaîtrons peut-être jamais, attendu que 
Lucy ne les recevait pas : Quoban père les interceptait et les gardait 
pour lui seul. Le silence de Robert commenté par le plus malin des 
pères, persuada Lucy qu'elle n'était pas aimée. Elle se laissa marier à 
un autre. Entre temps, Robert mourut, M. Quoban aussi. Et alors, il se 
passa la chose «épouvantable » (p. 240], Lucy découvrit le paquet 
de lettres que son père avait fait exprès de ne pas brûler, et elle en eut 
beaucoup de chagrin! Un point (d'exclamation) et c'est tout. —Je 
puis cependant ajouter un spécimen du style de cette Épreuve . 
<( M. Quoban détestait tout ce qui peut s'appeler la couleur. Il se con- 
tentait d'en avoir en dedans (! I !) et en avait alors une très forte, car il 
était un tempérament des plus tenaces et des mieux trempés l (p. 11). » 
Une couleur qui résiste à une bonne trempe est une forte couleur en 
effet 1 Et une couleur qui est au dedans d'un homme est une couleur 
rare. Quant à la trempe qui a pu atteindre cette couleur interne, 
« quelle trempe, mes amis 1 > — Décidément, je crois que M. Psichari 
fera bien de revenir à l'érudition. 



— 305 — 

30. — Encore un papa qui empêche sa fille d'épouser celui qu'elle 
aime et qui l'aime, mais un papa qui a toute « sa couleur au dehors. » 
5a couleur, c'est les trois couleurs, le drapeau tricolore ! L'amour de la 
France, voilà l'amour qui est Plus fort que V amour! Il remplit l'Ame du 
père, il finit par pénétrer l'âme de la fille, ou du moins par s'imposer 
à elle comme un devoir supérieur. Elle aimait un Italien ! Non ! non I 
jamais en France, jamais un Italien ne régnera sur une âme de 
patriote! C'est papa qui dit cela. Sa fille n'est pas très convaincue que 
ce soit obligatoire, mais comme elle est une bonne fille et bien élevée, 
elle retire son âme du joug de l'étranger. — Le voisinage du roman 
no 29 a nui à l'analyse de ce no 30 ; mais il ne faudrait pas juger sur 
cette analyse de l'intérêt dudit 30 ; il est plus dramatique, et plus 
a bonhomme », et moins prétentieux et moins « grand art » que le 
no 29. De l'humour, de la bonne humeur, de l'entrain, une honnêteté 
cordiale et commuuicative, toutes les qualités ordinaires des livres de 
M. de Saint-Aulaire, vous les trouverez réunies dans ce Plus fort que 
l'amour, et vous y trouverez en outre des « sensations » et « impres- 
sions )> d'Italie qui sont d'une âme délicate et d'un esprit cultivé. 

31. — L'histoire de la famille Duponi-Leterrier n'est pas bien à sa 
place sous cette rubrique ; elle pourrait être placée sous la suivante si 
la fantaisie n'y tenait pas trop de place. C'est du roman de mœurs 
comme Labiche en eût fait, en ses jours de belle humeur. L'auteur, M. A. 
Beaunier, un écrivain de talent, qui s'est déjà fait une belle place dans 
la presse, montre ici des qualités de verve et d'outrance que ses lecteurs 
ordinaires ne lui soupçonnaient pas. Tout le mérite de cette « fan- 
taisie d'observation, ou de cette observation de fantaisie », comme dit 
l'autre, réside dans le détail. La trame de l'histoire est légère : Jeanne 
Dupont a épousé François Leterrier, un bon jeune homme, capable 
tout au plus de faire des photographies d'amateur, mais tout à fait 
insufTisant à faire le bonheur de sa femme. Un rédacteur du journal 
['Aube, s'offre à le suppléer, et il se sert de l'affaire Dreyfus pour 
a détraquer » M"»" Jeanne et l'attirer hors de sou ménage. Il réussit a 
lui faire commettre toute sorte d'excentricités, y compris une confé- 
rence publique eu faveur du condamné de l'île du Diable ; mais il n'eu 
« recueille pas le fruit » comme on disait du temps de Racine. Jeanne 
guérit du dreyfusisme, revient à la raison et à sou mari. Et si son 
historien veut revenir au roman, il est itarfailement capable d'y réussir 
mieux que les a professionnels >, pourvu qu'il cherche des sujets 
d'un intérêt plus durable. Ce tableau, fuit en charge, des désordres 
amenés par VA/faire dans les relations sociales, a dû être très amusant 
pendant les trop longs mois qu'a duré cette actualité-cauchemar. 
Aujourd'luii ou n'a plus le courage de s'en occuper, mémo et surtout 
pour en rire. M. Beaunier a gaspillé là bien du talent ! 

Avnii. 1900. T. F.XXXVIII. Hi). 



— 306 — 

Romans de mœurs. — 32. — Parce qu'il est mal composé et mal 
écrit et peul-ôlre mal documenté, ce n'est pas une raison pour ne pas 
ranger Monsieur le Professeur sons cette honorable rubrique.— Il n'est 
point sûr qu'il en soit digne, mais il est sûr qu'il y prétend, car ce ne 
serait rien moins que la peinture des petites intrigues, bassesses, lâ- 
chetés, mesquineries, cuistreries, escroqueries, filouteries, canailleries 
etautresespliègleriesqui se commettraient dans le monde de l'Institut 
et surtout de la Faculté de médecine, parmi les professeurs les plus 
graves et les plus décorés. Comment le nommé Gabriel Noiret, mari 
d'une abominable créature très riche, parvint à se faire nommer 
à la chaire de latrophytologie, (?) au détriment du docteur Fran- 
çois Heller, qui, lui, avait du talent, et comment il essaya de dé- 
shonorer son concurrent malheureux, même après l'avoir dépossédé. 
voilà le thème de ce roman - pamphlet. — Beaucoup d'épisodes 
s'y ajoutent et le surchargent, relatifs au prédécesseur de la femme, 
aux amis de Noiret, et naturellement aussi aux amis de François 
Haller, à sa fiancée, aux amies de ses amis, etc., etc. Il y en a 
beaucoup, ils ne sont ni intéressants, ni clairement disposés, ni bien 
racontés, mais ils sont peut-être significatifs. Ils représentent l'état 
d'esprit des jeunes étudiants, ou plutôt des jeunes « arrivistes » du 
« quartier », et les commérages éclos dans les brasseries ou les salles 
de garde pendant un semestre. Ces commérages, qui ont l'énormité 
et l'outrance voulues pour paraître toujours des « blagues », et pouvoir 
être retirés par leurs auteurs responsables, dès qu'il y a péril de res- 
ponsabilité, ne sont pris à la lettre que par les nouveaux débarqués 
de la province, les naïfs, « les bleus .» Il ne doit pas y avoir longtemps 
que l'auteur de Monsieur le Professeur est arrivé de Pontoise ou de 
Brive-la-Gaillarde. 

33. — Nous voici en face d'œuvres sérieuses et dont il faudrait parler 
« avec ampleur. » L'étroitesse de notre cadre nous condamne à la briè- 
veté. — Les Morts qui parlent, sont une peinture du monde parlemen- 
taire par un homme qui s'y était fourvoyé pendant une législature et 
qui a eu la bonne fortune de pouvoir s'en évader. C'est un « roman à 
tiroirs, » composé d'une multitude d'épisodes, groupés autour d'un 
épisode central, — lequel est l'amour du capitaine Jacques Andarran 
pour sa cousine Marie —, à moins que ce ne soit celui du député juif 
Elzéar Bayonne pour sa coreligionnaire Esther, une comédienne de 
talent, qui avait appris la morale chez ce c bon M. Pécant, » mais qui 
avait un peu oublié les leçons de son maître, — à moins encore que ce ne 
soit celui du même Andarran et du même Elzéar pour la princesse 
russe Daria. — Chacune de ces « fables » est l'occasion de scènes très 
dramatiques, et très « prenantes, » notamment celle où la naïve et vir- 
ginale Marie triomphe de sa rivale Daria et aussi la scène entre Esther 



i 



— 307 — 

et Elzéar qui se terminait, dans la première édition du roman (celle de 
la Revue des Deux Mondes) par cette phrase exquise : « Et il fit ce que 
demandait l'élève du bon M. Pécant ! » Cette malice, ayant sans doute 
été prise trop à la lettre par des intellectuels peu intelligents, l'auteur 
en a fait galamment le sacrifice; je le regrette! — Mais le meilleur 
de ce livre si remarquable, n'est pas dans ses éléments drama- 
tiques; il est dans la peinture des mœurs et des intrigues parlemen- 
taires, et dans l'exposé des idées politiques de l'auteur. Il y a là des 
« vues » du Palais Bourbon et de certains salons mondains, annexes 
du Salon de la Paix, qui sont des eaux-fortes ; il 3^ a aussi des « Regards 
sur l'histoire », sur le passé et sur l'avenir de la France, dignes de 
Tune des plus hautes intelligences de ce temps, et accessibles pourtant 
aux plus humbles, pourvu qu'elles soient sincères. C'est ainsi que 
l'idée exprimée par le titre même de l'œuvre, les Morts qui parlent, à 
savoir que la patrie se compose de plus de morts que de vivants, que 
le passé d'une nation survit dans son présent et le détermine parfois» 
et que la France date d'avant 1789, sera comprise par tous les 
lecteurs, quelques Homais de sous-préfecture exceptés. — Nous ne 
parlerons pas du style de ce a somptueux penseur» : la somptuosité et 
la tenue un peu hautaine n'en diminuent pas le naturel et le pitto- 
resque. M. de Vogué parmi les romanciers, donne l'idée d'un-^poUon 
parmi les bergers ; mais quoi qu'en disent certains « mauvais bergers », 
les autres se tiennent pour très heureux et sont très fiers du voisinage 
de ce confrère. 

34. — Fécondité est une œuvre à la fois honnête et vicieuse, honnête 
par la thèse, vicieuse par les détails de certains tableaux. Telle qu'elle 
est toutefois, elle est de beaucoup supérieure à toutes celles de 
M. Zola, depuis le malencontreux Docteur Pascal ; elle contient 
quelques pages de tout premier ordre, celles notamment du dîner de 
famille qui réunit autour du grand-père de quatre vingt-dix ans et de 
la grand'mère de quatre vingt-sept ans, quatre générations de des- 
cendants, cent cinquante-huit enfants, petits-enfants, arrière-petits 
enfants, plus cent quarante-deux gendres ou brus. On a l'impression 
d'une fresque grandiose, superbement brossée par un puissant ou- 
vrier. Et de même l'épisode de la mort de Reine Morange, ou plutôt 
le début de cet épisode, la nouvelle do la catastrophe tombant brus- 
quement sur le père qui croit à l'innocence de son enfant...; 
rarement M. Zola avait atteint une pareille intensité de pathétique : 
c'est absolument poignant. Ce qui manque h celte œuvre, et qui 
l'empêchera, malgré des morceaux supérieurs, de sortir des limbes 
des œuvres sans gloire, c'est le défaut de mesure. Démesurée dans 
SCS proportions matérielles, démesurée dans sa composition et dans 
le nombre des épisodes groupés autour de l'hisloiro du ménage 



— 308 — 

Matthieu, démesurée dans ses conclusions théoriques, démesurée 
dans l'emploi de cetains procédés techniques, démesurée surtout 
dans la peinture du vice, Fécondité met en évidence l'incapacité 
foncière de l'auteur à rester dans la vérité. — Elle montre aussi 
son incapacité à rester dans les convenances les plus élémentaires, 
celles que l'humanité a de tout temps établies et respectées pour 
se distinguer du reste des animaux. S'il y a un sujet qui demandait à 
être traité avec délicatesse, c'est celui de la natalité ; pour aller dé- 
couvrir ainsi et montrer aux yeux les sources de la vie humaine, avec 
les crimes et les fraudes qui s'y commettent, il fallait une finesse dans 
l'observation et une légèreté dans l'exécution, qu'aucun romancier ne 
pouvait se promettre, M. Zola moins que personne. Il y a porté la 
puissance brutale et l'impudence qui sont l'essentiel de son talent. 
Il entre dans son sujet, comme un employé de la compagnie Richer 
dans une fosse, y pataugeant, y plongeant, en extrayant « toute la 
matière louable. » Il n'a aucune répugnance et n'en suppose aucune 
chez ses lecteurs. Comme je connais celles des lecteurs du Polybi- 
blion, je ne donnerai pas l'analyse de Fécondité ; j'en indiquerai 
seulement les idéet: et les erreurs les plus générales. La thèse 
en est bonne, je le répète ; elle est, elle veut être une démons- 
tration de l'utilité des nombreuses familles. On y voit une famille, celle 
de Matthieu Froment, qui s'enrichit à mesure qu'elle s'accroît et parce 
qu'elle s'accroît. Il est vrai qu'il y en a une autre, celle de Moineaud, 
qui pour les mêmes motifs, tombe aux dernières profondeurs du vice 
et de la misère. L'observateur naturaliste a voulu être vrai et ne rien 
cacher des démentis que les faits donnent souvent aux idées, t Mais 
alors, quoi? » comme dirait Moineaud, ce père fécond et malheureux. 
Gomment expliquer cette conlradiclion ? Par quelle idée supérieure 
échapper aux faits et rentrer dans la thèse? C'est précisément cette idée 
supérieure que M. Zola n'indique pas. Sans doute il a le droit de com- 
menter la parole divine : Crescite et muttiplicamini^ à un point de vue 
exclusivement naturaliste, et même matérialiste. En dehors de l'idée 
de Dieu, il resterait vrai qu'un homme qui se multiplie dans d'autres 
lui-même multiplie à la fois ses ressourças matérielles et morales; 
qu'en s'obligeant à plus de devoirs, il s'en donne le courage; qu'il peut] 
tirer de ses facultés personnelles et des circonstances extérieures un^ 
profit plus grand, un rendement maximum ; que son esprit est plus] 
éveillé, sa volonté plus excitée, que ses ambitions s'élargissent à la] 
mesure desesbesoins et que ses forces finissent par égalerses ambitions; 
tandis que le célibataire ou le père du fils unique, mesurant ses efforts 
sur ses besoins réduits au minimiun, est aussi stérile dans l'ordre 
moral et social que dans l'ordre physiologique... Tout cela est vrai eti 
bon à dire. Mais d'où vient que la fécondité physiologique ne soit pas 



— 300 — 

toujours accompagnée de la fécondité morale et sociale, et que le père 
Moineaud, avec ses cinq ou six enfants, ait acquis cinq ou six vices per- 
sonnelsde plus, et fabriqué cinq ou six ennemis de la Société? C'est que 
la vertu attachée à la fécondité ne vient pas toute de la fécondité ; 
c'est que la vertu en général, qui peut sans doute être augmentée et 
aidée par des causes humaines, a sa cause principale au-dessus de l'hu- 
manité, dans un principe que le père Moineaud ne connaît pas et dont 
l'ignorance ou l'oubli ne peuvent être remplacés par la répétition de 
« l'acte procréateur. » Multiplier les raisons et les nécessités naturelles 
d'être vertueux, et prêcher cette multiplication, c'est faire une bonne 
œuvre ; mais cette bonne œuvre est incomplète et restera inefficace, tant 
qu'on ne prêchera pas aussi le respect et la pratique des raisons surna- 
turelles. Les enfants moralisent et agrandissent leur père quelquefois ; 
ce qui les moralise ei les agrandit toujours, c'est la pratique de tous 
les commandements de Dieu ; et pour qu'un père ait des chances 
sérieuses d'être un bon père, il ne lui sufTit pas d'être fécond, il faut 
encore qu'il soit chrétien. Voilà ce que M. Zola ne dit pas et ne pouvait 
pas dire, et voilà ce qui diminue la valeur de sa thèse. Ce qui peut la 
diminuer encore, c'est l'énormilé des récompenses que reçoit Mathieu, 
le père fécond, c'est aussi l'énormité des peines qui frappent, à une 
exception près, tous les ménages volontairement stériles qui sont en 
rapport avec celui de Matthieu. Il y a là un défi à la réalité 
qu'on ne s'attendait guère à trouver dans un auteur naturaliste 
et qui rappelle les procédés ingénus de la Morale en action. Enfin 
signalons, en terminant, l'abus d'un procédé de style dit par les 
pédants a homérique », et qui consiste dans la répétition de certaines 
épithètes, et même de certaines phrases caractéristiques. Ici ce sont 
des pages entières qui sont répétées: < A Ghantebled, Mathieu et 
Marianne, fondaient, créaient, enfantaient. Et pendant les quatre 
années qui se passèrent, ils furent encore victorieux.... Et c'était tou- 
jours la grande œuvre, la bonne œuvre, ... allant sans cesse à plus de 
vie, à plus d'espoir » (p. 370 à 372). Le passage a quatre vingt-dix lignes ; 
il est reproduit intégralement en quatre autres endroits (p. 399-401, 
425-427. 4o6-458, 479-481). Ces naïvetés volontaires étonnent en un sujet 
aussi peu naïf, et loin de donner l'impression d'un poème primitif, 
elles rappellent les artifices des plus froids rhéteurs scolaires, labo- 
rieusement et méthodiquement ingénus. Et parce que le procédé 
prend ici plus d'ampleur, et qu'au lieu d'une ligne il en occupe cent, 
il n'en est pas sensiblement meilleur. Cu. Arnaud. 



— 310 — 



BEAUX-ARTS 

1. L'Hislûire de l'art dans l'enseignement secondaire, par Georges Pbrrot. Paris, 
Clievalier-Marescq, 1900, in-12 de 158 p., 3 fr. — 2. Les Musées d'Europe. Le 
Musée du Louvre. Peinture, Dessiîis, Archéoloyie, Sculptui-c, Objets d'art, par 
Bénédite, Benoit, de Chennevières, Guiffrey, Helzey, Hého.n de Villefosse, Jamot, 
Lafenëstre, Moli.nieh, a. Michel, Nicoli.e et Havaisso.n-Moluen. Paris, Société d'é- 
dition artistique, 1900. L'ouvrage complet formera G vol. in-4, ornés de 500 pi. hors 
texte. Les 3 premiers fascicules ont paru, à 7 fr. le fasc— 3. Histoire du Château 
de Versailles, par P. de Nolhac. Paris, Société d'édition artistique, 1900, in-foL 
p. 05-128 (liv. m et iv). Prix de sou.scription : 280 fr. — 4. Chantilly, Musée Condé. 
Notice des peintures, par F.-A. Gruver. Paris, Braun et Clément, 1899, in-8 de 
534 p., illustré, cartonné, tête dorée, 7 fr. 50. — 5. Manuali llœpli. Pittura ita- 
liana antica e moderna, da Alfredo Melani. Milan, Hœpli, s. d., in-18 de xxix- 
429 p., illustré, 7 fr. 50. — 6. Manuali llœpli. Manuali di scullura italiana an- 
tica e moderna, da Alfredo Melani. Milan, Hœpli, s. d., in-18 de xvii-248 p., il- 
lustré, 5 h. — l.Sandro Botticelli,àii J. B, Supino. F]orence,Alinari et Seeber, 1900, 
in-8 de 153 p., avec pbolograv., 12 fr. — 8. Le Musée Gustave Moreau. L'Ar- 
tiste, son œuvre, son influence, par Paul Flat. Paris, Société d'édition artistique, 
s. d., petit in-4 de 31 p., avec 18 héliograv., 30 fr. — 9. Gustave Moreau (1826- 
1898), par Arv Henan. Paris, « Gazette des beaux-arts», 1900, in-8 de 139 p., avec 
photog. et eaux-fortes, 15 fr. — 10. Nos Peintres du siècle, par Jules Breto.'^. 
Paris, Société d'édition artistique, s. d., in-12 de 256 p., 4 fr. — 11. En flânant, 
par André Hallays. Paris, Société d'édition artistique, s. d., in-8 de 416 p., 6 fr. — 
12. L'Archéologie du 7noyen âge et ses méthodes. Études critiques, par J.-A. Bru- 
TAiLs. Paris, A. Picard et (ils, 1900, in-8 de xii-234 p., 5 fr. — 13. AUgemeine 
JEsthetik, von Gerhard Gietmann, S. J. Freiburg im Breisgau, Herder, 1899, in-8 
de 340 p., illustré. — i\. Études sur l'histoire de l'art, par Euo. Guillaume. Paris, 
Perrin, 1900, in-12 de 337 p., 3 fr. 50. — 15. Discours et allocutions, par Eug. Guil- 
LAU.ME. Paris, Société française d'édition d'art, L. H. May, s.d., in-12 de vi-314 p., 
3 fr. 50. 

1. — Il n'est pas de pays où, plus qu'en France, on parle de la religion 
de la beauté, et de la mission éducairice de l'art ; en est-t-il où ren- 
seignement de l'art ait eu à triompher de plus de mauvais vouloir et 
de routine ? Alors qu'en Allemagne, en Angleterre, en Italie, sans 
parler do l'Amérique, les musées, les publications et les conférences 
s'organisaient dans une intention pratique, mettant à la portée de tous 
les plus lointains exemples de l'art, la France, pays d'art par excellence, 
ne tentait rien pour faire connaître à ses enfants leur merveilleux patri- 
moine. Le petit livre que M. Georges Perrot vient de publier sur 
V Histoire de l'art dans renseignement secondaire marque bien cette grave 
faiblesse de notre Université, et prépare le remède. Mieux qu'à tout 
autre, il appartenait à l'éminent auteur de VHistoire de l'art dans l'an- 
tiquité de rendre à l'enseignement français ce service décisif. M. Perrot 
a été le premier à introduire l'enseignement de l'art en Sorbonne, et 
après même qu'il eut résigné sa chaire en d'autres mains, sa forte el 
persuasive éloquence ne cessa de porter des fruits. Directeur de l'École 
normale supérieure, il y forme, par l'attrait tout-puissant de ses cau- 
series et de son exemple, de jeunes professeurs d'art destinés à tout 
autre chose qu'à un stérile mandarinat. L'art sera désormais enseigné 



— 311 — 

dans nos lycées comme il commence à l'être dans nos Universités, et 
il ne sera pas enseigné par de belles phrases académiques et de gran- 
dioses descriptions, mais par la pratique même des œuvres d'autrefois. 
Le musée des moulages, si restreint qu'il soit, et la collection de pho- 
tographies, qui peut rapidement s'accroître, avec la précieuse ressource 
de la lanterne magique pour projeter les images sur le mur de la classe, 
vont être les accessoires indispensables du lycée. Voir le Parthénon, 
n'est-ce pas connaître le génie grec, aussi bien que dans Sophocle 
ou dans Platon ? Nos cathédrales ne sont-elles pas une grande part de 
la vie de notre moyen âge et une promenade à Versailles ne fait-elle 
point comprendre le siècle de Louis XIV, tout aussi intimement qu'une 
tragédie de Racine? Cela paraît trop simple et trop éclatant pour qu'on 
puisse un seul instant le discuter; et cependant que d'années il a fallu 
pour en venir là, et pour que l'on admit que l'art moderne, lui aussi, 
avait droit à être connu! Même les temps sont mûrs, et dans la route 
fleurie que nous ouvre M. Georges Perrot, nos écoliers s'élanceront 
bientôt avec une impétueuse allégresse. 

2. — De toutes paris — il en était temps — les libraires semblent 
avoir compris les impatientes réclamations des hommes d'étude ; les 
nouvelles publications d'art, luxueuses ou populaires, répondent aux 
exigences pratiques de l'enseignement ; le texte en est sûr, nourri, sans 
développement oiseux, muni enfin d'abondantes et fidèles gravures. 
Notre organisation trop centralisatrice, ce qui est un grand mal, nous 
permet du moins d'offrir aux études d'art, eu un étroit espace, la plus 
grande somme possible de chefs-d'œuvre logiquement classés : c'est 
le Musée du Louvre ; il est donc évident qu'une publication complète et 
bien entendue des trésors du Louvre, sera pour un Français qui veut 
connaître l'art, le livre idéal. Ce livre a été entrepris parla Société d'é- 
dition artistique. Le texte en est demandé à. ceux-là seuls qui ont 
mission de conserver nos chefs-d'œuvre : c'est M. Lafenestre, avec ses 
jeunes collaborateurs, qui dressera l'inventaire des diverses écoles de 
peinture, c'est M. André Michel qui commentera notre grande sculp- 
ture moderne, M. Molinier qui décrira les objets d'art; et je ne parle 
point de l'archéologie égyptienne, orientale, grecque et romaine, aux 
mains de maîtres bien connus et respectés. Ce texte va se répartir en 
six gros volumes, comptant chacun douze fascicules ; trois de 
ces fascicules ont paru. Ils comprennent, sous forme d'introduction, 
une brillante histoire sommaire du Palais du Louvre, par M. Paul 
Gaultier, l'éditeur et metteur en œuvre de toute la publication, et une 
notice sur les origines et le développement des collections, où 
M. Kaempfen, le directeur des Musées nationaux, a mis la science 
la plus sûre sous une forme souple et durable; enfin et surtout 
le commencement d'un travail de la plus haute importance, où M. Mo- 



— 312 — 

liiiier nous apprend tout ce qu'il sait — et que ne sait-il pas ? — sur 
le département des objets d'art, ce déparlement qui n'était, il y a peu 
d'années, qu'un domaine sans autonomie, et dont le jeune et zélé con- 
servateur aura bientôt fait le plus enviable des royaumes. L'exécution 
matérielle du livre est remarquable : format aussi grand que possible 
sans cesser d'être aisément maniable, vélin très pur, belle typographie, 
superbe répartition des titres noirs et rouges, enfin élégance et net- 
teté parfaite du texte parsemé des petits clichés les plus fins ; hors 
texte, de grandes reproductions ; et là, il faut chicaner. Certaines de 
ces reproductions, d'un procédé spécial, ne sont point bonnes, bien 
qu'à distance elles aient une allure curieuse de vieilles lithographies ; 
tout s'y écrase, les contours s'y fondent. D'autres, au contraire, exécu- 
tées par la même Société artistique, mais avec le vieux procédé de la 
photogravure, procédé plus coûteux peut-être, mais qui a fait ses 
preuves et qui seul convient à des images minutieusement fidèles, 
nous ont paru excellentes de tous points, et nous ont pleinement ras- 
suré sur l'avenir d'une publication de laquelle on a droit d'exiger une 
magnificence égale à son autorité. 

3. — Il y a de plus graves observations à faire en ce qui concerne 
l'illustration de V Histoire du Château de Versailles, dont les mêmes édi- 
teurs viennent de nous donner encore deux majestueux fascicules, le 
cinquième devant paraître sans doute avant que ces lignes soient im- 
primées. On ne saurait trop regretter que ce splendide ouvrage dont 
le texte, par l'érudition et le goût, demeurera un modèle, n'offre point 
par la beauté de ses gravures, si nombreuses et bien choisies qu'elles 
soient, le même caractère de stabilité définitive ; et l'on se résignerait à 
moins de gravures peut-être, si on les pouvait toutes avoir excellentes. 
Non qu'il faille incriminer outre mesure le procédé de reproduction : 
certains fac-similés de dessins ou d'estampes dans le texte (p. 123-125) 
sont d'une fidélité parfaite et la photogravure même ne nous donnerait 
rien de meilleur ; pourquoi faul-il donc qu'à côté de pareilles pages 
nous trouvions une planche aussi lamentablement empâtée et noircie 
(p. 113), pour nous rendre la célèbre et classique gravure de Surugue, 
l'Escalier des Amba.ssadeurs, et comment s'expliquer qu'un dessin de 
Le Brun, projet de fontaine, conservé au Musée de Versailles, dessin à 
la sépia d'un ton sobre et très doux, soit devenu (p. 127) d'une violence 
de sanguine efïroyable ? Les grandes planches hors texte, parfois d'un 
velouté charmant pour rendre la masse des feuillages et l'épiderme 
usé des vieux marbres, sont parfois aussi d'une brutalité navrante; je 
ne sais rien de plus cruel qu'une certaine bibliothèque de Louis XVI, 
à moins que ce ne soit un Groupe d'enfants de l'Allée d'eau, ou encore 
le buste de Louis XIV par Warin. Nous n'insisterions pas sur des cri- 
tiques que bien des gens pourraient juger excessives, si, par ailleurs. 



— 313 — 

tant de qualités ne ilaissaient comprendre combien aisément le livre 
de M. de Nolhac pouvait être un chef-d'œuvre de librairie. Le texte 
retrace l'histoire du premier Château de Louis XIV, nous raconte les 
premières fêtes, suit, dans leurs descriptions poétiques et précises, les 
illustres promeneurs qui nous ont laissé, en prose et en vers, une 
fidèle peinture de ce Versailles tout éclatant de jeunesse: M'^^ de Scu- 
déry, La Fontaine ; puis, avec l'aide des comptes des Bâtiments, voici 
que le second Château, celai de Le Van, s'édifie, presque jour par jour 
devant nous, avec les décors magnifiques des appartements et des jar- 
dins. Alors est terminé ce fameux Escalier des Ambassadeurs, la mer- 
veille de Versailles, alors sont créées les plus belles fontaines. C'est le 
triomphe des marbres, des plombs dorés el des peintures ; c'est l'apo- 
gée d'une des plus glorieuses époques de l'art français, et le livre de 
M. de Nolhac, dès maintenant, nous apparaît comme le plus sûr et le 
plus riche commentaire de ce grand art. 

4. — La Notice des peintures du Musée Condé à Chantilly fait grand 
honneur au savant membre de l'Institut, M. Gruyer, qui l'a ré- 
digée, et aux éditeurs photographes MM. Braun, qui l'ont enrichie d'un 
nombre considérable d'excellentes typogrpvures. Ce livre, de format 
maniable et de lecture facile,résume, à l'usage des visiteurs Je Chan- 
tilly, les superbes volumes que le conservateur du Musée Condé 
publia jadis sur les collections du duc d'Aumale. Les peintures y sont 
classées par écoles et selon l'ordre chronologique, la description des 
œuvres de chaque peintre est précédée d'une notice biographique suc- 
cincte, mais où rien d'essentiel n'a été négligé. Le catalogue de Chan- 
tilly, à l'inverse de ce qui est ordinaire en ce genre de livres, ne 
comporte ni sécheresse ni ennui. C'est une œuvre d'amateur et de 
lettré de la vieille école, qui ne craint pas l'enthousiasme, et cause 
avec son lecteur plutôt que de tracer un inventaire. Et comment ne 
point partager cette belle ardeur d'admiration en présence de ce choix 
de peintures si variées où les plus grands maîtres ont laissé leur 
forte empreinte ? La Vierge de la Maison d'Orléans, un des chefs- 
d'œuvre classiques de Raphaël, est voisine, dans la petite salle du 
musée qui a copié la forme et le nom de la Tribune de Florence, de 
ce petit panneau des Trois Grâces, la folie, si l'on peut dire, du duc 
d'Aumale, de la ravissante histoire d'Esther, de Filippino Lippi, der- 
nière et si heureuse acquisition, payée dix fois moins cher que les 
Trois Grâces, et qui vaut, peut-être, dix fois plus. Et surtout, aux 
murs de la petite Tribune, il y a le trésor do Chaulilly, les quarante 
miniatures de Fouquet ; les plus parfaites eu sont reproduites dans la 
notice de M. Gruyer, et l'on ne se lasse point de contemi)lor tant de 
grâce touchante et pure unie au sens du décor le plus spirituel et le 
plus vivant. 



— 31i — 

5 et 6. — J'espérais parler ici, avec les louanges qu'ils méritent, de 
deux très beaux volumes publiés par le libraire milanais Ilœpli, une 
Vie de Bernin, et surtout une étude abondamment illustrée sur les 
images peintes de la Sainte Vierge. Le désappointement fut cruel lors- 
qu'au lieu des ouvrages demandés je reçus de M. Hœpli deux Ma- 
nxiels fort élégants, qui traitent l'un de la Peinture, l'autre de la Sculp- 
ture italienne. Ils sont écrits en italien et fort abondamment illustrés, 
mais de la façon la plus inégale, de vieilles et lamentables gravures 
au trait se mêlant à d'excellentes typogravures. Je n'ai point voulu 
que l'auteur, M. Melani, un arebitecte et un érudit de Milan fort dis- 
tingué, piït en quoi que ce soit pâtir de ma déconvenue et j'ai lu ses 
volumes avec des sentiments divers. En vérité, l'allure de ces manuels 
est éminemment italienne, et ils ne sont pas ennuyeux du tout. L'au- 
teur cause avec nous, s'indigne, s'émeut, nous apprend que sur tel 
peintre ou tel sculplur il a publié jadis une petite étude (nous eussions 
pu l'ignorer) ; enfin il se garde par dessus tout, même en un manuel 
classique, de faire besogne impersonnelle. Ceux qui, dans l'œuvre 
d'art, cbercbent d'abord l'artiste lui seront sans doute reconnaissants. 
J'avoue toutefois que je renoncerais sans trop de douleur à quelques 
passages lyriques, si j'y pouvais gagner une précision de chronologie 
plus grande, et un classement plus méthodique. Mais que l'on ne 
croie pas ces petits livres sans valeur ; très loin de là. Ils sont remplis 
d'observations fécondes, et, en général, tenus au courant des plus 
récents travaux. Je ne crois pas, et c'est tout à l'éloge de M, Melani, 
qu'il ait ignoré aucun des innombrables volumes ou articles modernes 
apportant à l'bistoire de la peinture italienne quelque fait nouveau. 
Un troisième manuel, celui de l'architecture, complète les deux autres, 
et j'imagine que c'est le meilleur des trois, car M. Melani est archi- 
tecte ; mais son éditeur n'a point jugé à propos de nous l'envoyer. 

7. — Pourquoi MM. Alinari, les excellents éditeurs et photographes 
florentins, n'ont-ils pas cru devoir publier en français en même temps 
qu'en italien le ravissant volume que M. Supino vient de leur donner 
sur Sanc/rojBo<<icei/t? Ils avaient fait paraître, voici deux ans, dans l'une 
et dans l'autre langue, le Fra Angelico du même auteur, et je ne crois 
pas qu'ils aient eu à s'en repentir. Botticelli a une clientèle moins uni- 
quement chrétienne que Fra Angelico ; il est d'abord le peintre de 
Vénus et des Grâces, le chantre du Printemps; mais ce païen délicat 
et d'âme inquiète se convertit à la voix de Savonarole, et devient aussi 
le peintre des Madones les plus tendres et les plus douloureuses que 
l'art italien ait connues. La biographie de M. Supino est un petit chef- 
d'œuvre de sages proportions, d'érudition prudente et de goût, où sont 
mises à profit toutes les discussions, toutes les découvertes, parfois 
sujettes à caution, de ses devanciers. Il ne se passe guère d'année 



— 315 — 

maintenant sans que l'on découvre en Italie un Botlicelli nouveau; 
l'Adoration des Mages des Offices et la Pallas du Palais Pitti tiennent 
le premier rang parmi ces merveilles inédites. Une critique très sin- 
cère a exclu du volume les chefs-d'œuvre douteux enrégimentés 
en trop grand nombre sous le nom magique et M. Supino rend avec 
la meilleure grâce du monde aux amis connus ou inconnus du maî- 
tre, leur exacte part de ce trésor apocryphe. Je ne puis dire combien 
j'apprécie la délicatesse et la discrétion avec laquelle sont réparties, 
au cours de ce texte si sobre et si gracieux, les plus belles fleurs de 
l'histoire et de la littérature, qui éclairent et embaument l'œuvre 
de ce grand poète; la vie et la limpidité du récit en sont merveilleu- 
sement accrues. Parler de gravures seùable presque inutile ; tout 
Botticelli, sans exception, est là, y compris même un choix abon- 
dant des dessins pour illustrer Dante (ces derniers un peu écrasés 
malheureusement par le format trop exigu du livre) ; les douze photo- 
gravures hors texte sont exécutées en perfection. 

8. — De Botticelli à Gustave Moreau, pour certains esthètes, il n y a 
qu'un pas, et peut-être ce pas, à leur sens, serait-il un progrès. Il est 
1res vrai que l'allégorie, à quatre siècles de distance, s'est compliquée 
et raffinée, mais les fortes qualités du peintre ont-elles gagné, ont-elles 
perdu en ce long stage donné à leur maturité, de la poésie de la 
Renaissance jusqu'à la rêverie du dix-neuvième siècle? La très pro- 
chaine ouverture du musée Gustave Moreau, légué à l'État par la noble 
fierté de l'artiste qui a voulu se survivre tout entier, permettra de dis- 
cuter, comme il convient, ce point délicat. Une chose, dès maintenant, 
sort de litige : c'est la fécondité prodigieuse d'un rêveur qui vécut hors 
du monde, et méprisa ce monde réel pour s'en créer un autre à sa fan- 
taisie, pour s'édifier une tour d'ivoire peuplée de tlotlantes visions. 
Pour nous introduire dans celte demeure du rêve inachevé où jusqu'ici 
les initiés seuls ont obtenu la faveur d'une visite, quelques pages éru- 
dites et convaincues de M. Paul Fiat seront la clef certaine et la baguette 
divinatoire. Ces pages sur le Musée Gustave Moreau nous donnent l'élo- 
quent sommaire d'une vie d'artiste, de toute une vie, dont il n'est pas 
une pensée, pas un désir, pas un trouble qui ne s'exprime par un Irait 
du crayon ou une louche du pinceau; si bien qu'en y songeant Ton no 
peut que s'émouvoir, et parfois l'on est tenté de sourire. Ce rêveur a 
vécu ainsi plus de quarante ans. Le dimanche malin, dans le grand 
atelier où les tableaux étaient tournés la face au mur, il recevait élèves 
et amis, et il parlait avec une abondance et un rythme platoniciens. Ce fut 
une charmante âme de ijoèle, et ce ne fut pas, — je ne puis m'empêcher 
de l'écrire — un grand peintre. Mais on peut rêver longuement, douce- 
ment devant ses œuvres. M. Fiat les commente eu artiste, avec un rare 
bonheur do pensée et d'expression. J'aimerais voir celte Introduction 



— 310 — 

publiée en une petite brochure que l'on pût lamilièrement emporter. 
Elle précède un somptueux album de photogravures, dont quelques- 
unes sont la joie des yeux. Le tableau féerique des Licorues, l'Hésiode 
et les Muses, la Léda, la Sémélé sont des ressouvenirs charmants de la 
poésie d'Ingres où se mêlent les accents plus troublés et pénétrants de 
Ghassériau. 

9. — L'heure de l'apothéose est donc venue pour Gustave Moreau, 
heure brève, qui va fuir à jamais sans doute, et qu'il faut fleurir de 
couronnes parfumées et joyeuses. Parmi les livres qui ont paru ou qui 
se préparent, un, dès maintenant, est assuré de rester : celui que 
M. Ary Renan a dédié à son maître. Mieux qu'une couronne funéraire, 
il apparaît comme un monument d'amour et de piété, monument 
sculpté d'un marbre sombre aux veines rares, où par endroits s'avive 
l'éclat mystérieux d'une pierre sertie d'or. Ce n'est ni une biographie 
ni un commentaire, cette longue étude de M. Renan, mais, selon le 
mot cher à Vigny, une Elévation. Poète comme Gustave Moreau, mais 
poète qui sait formuler son rêve, écrivain sûr de sa prose et de son 
rythme, peintre ei;ifin et d'une essence tout à fait rare, car s'il aime 
tendrement Moreau, il n'aime pas moins Puvis, M. Ary Renan ne pou- 
vait faire qu'un livre exquis de cette altlque causerie uù la Gazette des 
beaux-arts a mêlé le trésor de ses meilleures gravures. Le pieux dis- 
ciple n'a point vu les fautes du maître, la monotonie des attitudes, la 
pauvreté du dessin, le factice d'un coloris qui cherche les tons d'é- 
mail, surtout l'insuffisance banale d'un paysage de décor, du paysage 
académique enseigné par les professeurs, mais que ne contemplèrent 
jamais les yeux de ce reclus volontaire. Indulgence touchante d'un 
critique pourtant bien aigu, et d'un peintre qui, à l'inverse de son 
maître, a pratiqué amoureusement les paysages blonds et lumineux 
de sa Bretagne natale jusqu'à l'Algérie, la Grèce et la Palestine. Et, 
mieux peut-être que l'ouverture d'un Musée contestable, cette louange 
d'une âme sœur de la sienne gagnera pour longtemps de vives et 
profondes sympathies à l'ombre un peu débile de Gustave Moreau. 

10. — M. Jules Breton, sans renoncer à son chevalet de peintre, les 
yeux tout éclairés encore des dernières lueurs du soleil couchant sur 
les vastes plaines de l'Artois, s'est mis à écrire des vers et de la prose, 
de cette môme main qui tient si noblement ses rustiques pinceaux. Et 
nous l'avons connu charmant poète et pénétrant critique, gardant, en 
ses tableaux et portraits à la plume, la limpidité délicieuse de ses hori- 
zons, et le modelé si délicat de ses figures dans l'atmosphère. Le livre 
qu'il vient de donner à la Société d'édition artistique sur Nos Peintres 
du siècle est, sous forme de causerie familière, le plus intéressant traité 
moderne de l'histoire de l'art. Rien de joli et d'amusant d'abord comme 
cette foison d'anecdotes sur des peintres dont l'illustre académicien a 



— 317 - 

connu la plupart, et qu'il fait si bien revivre; et, en même temps, au 
cours de ces fines observalions, rien de ferme et de soutenu comme 
une doctrine d'art partout présente sans s'imposer. La peinture de ce 
siècle, de David jusqu'à Manet, les classiques, les romantiques, et nos 
grands paj'sagistes surtout, quel plus beau sujet d'étude, et avec 
quelle respectueuse attention n'allons-nous pas nous approcher de ce 
vétéran qui a vu les grandes luttes et qui s'y mêla! C'est avec la plus 
exquise bienveillance, nuancée parfois d'une légère ironie, que M. Jules 
Breton narre tant d'espoirs souvent déçus et de vastes pensées au- 
jourd'hui nivelées par la mort. Et s'il nous reste un faible regret 
après l'avoir lu, c'est de ne point trouver dans ces pages d'une si par- 
faite urbanité un jugement moins sommaire sur les essais en cette fin 
de siècle de nos jeunes peintres, si inquiets et si désireux aussi de leur 
rayon de gloire 1 M. Jules Breton n'a parlé que des morts; au seuil 
de ce nouveau siècle, il se retourne, avec une suprême et délicate mé- 
lancolie, vers les frères d'armes qu'il aima, dont il partagea les travaux, 
et dont, survivant paisible, il partage dès maintenant l'immortalité. 

11. — Il n'est, pour bien s'instruire, que de se promener les yeux 
ouverts sous le grand ciel bleu, les beaux jours que Dieu fait. A courir 
ainsi le monde, quoique insinue un proverbe plus sincère que juste, M. 
André Hallaj's, j'en suis sûr, est revenu plus homme de bien. Il le 
montre à chaque spirituelle page d'un volume que, tout gros qu'il 
soit, l'on souhaiterait de voir plus gros encore, tant il intéresse et 
séduit et enseigne de la meilleure façon. En flânant^ tel est le litre de 
son livre, M. Hallaj'-s nous conduit de Paris à travers la France, à 
Vézelay, à Beauue, à Toulouse, à Solesmes, à Maintenon, à Uzès, et à 
travers l'Europe, à Majorque, dans l'Engadine, à Munich, à Amsterdam, 
à Weimar. Il excelle à composer un paysage, à le peupler, à l'enca- 
drer; et nulle part mieux qu'en le lisant l'on ne comprend comme le 
goût est une chose toute simple, et combien est rare cette chose si 
simple. De ce rite de journaliste qui impose à tant de malheureux 
l'obligation d'assister à uue première de théâtre, à l'ouverture d'un 
Salon de peinture, à l'inauguration d'un monument, M. Hallays a su 
faire une œuvre d'art. Ce sont flâneries d'artiste, même s'il nous parle 
politique ou Panama, Jardin d'acclimatation ou concours du Conserva- 
toire ; puis le judicieux historien d'art étudie Rembrandt, Gustave 
Moreau (c'est immanquable), le musée Carnavalet, la sculpture 
moderne. Si le volume avait attendu quelques jours, il se fût paré 
d'une petite perle, la conférence que fit M. Hallays au Pavillon de 
Hanovre sur le charme de Versailles. La Société d'édition artistique l'a 
publiée en i)laquette. Il est impossible d'être érudit avec plus de tact, 
éloquent, et poète même par endroits, avec plus de grâce. 

12. — « Le progrès des sciences, dit avec amertume un des pacifiques 



— 318 — 

héros de M. Anatole France, rend inutiles les ouvrages qui ont le plus 
aidé à ce progrès. » Ainsi en sera-t-il bientôt dans le domaine de l'ar- 
chéologie médiévale, lorsqu'un traité méthodique et bien complet, 
nourri des fortes leçons d'un Caumont, d'un Viollet-le-Duc et d'un 
Quicherat, sera venu supplanter les œuvres considérables de ces grands 
initiateurs. M. Brutails nous donne en quelque sorte la préface de ce 
traité, dont nous souhaitons vivement la publication, dans ses études 
critiques sur l'Archéologie du moyen âge et ses méthodes. Très modeste- 
ment il nous avertit que son travail est moins un exposé dogmatique 
qu'une série de notes ; nous ne l'en estimerons que davantage, recon- 
naissant pleinement la nécessité d'un pareil Discours de la Méthode à 
l'usage des archéologues. Il est aujourd'hui trop de ces «archéologues 
improvisés qui de l'histoire et de la méthode historique ignorent à peu 
près tout, et qui semblent avoir prisa tâche d'accumuler sur le passé de 
notre art national les plus invraisemblables erreurs. » Ces notes criti- 
ques qui, chemin faisant, suggèrent à leur auteur les plus fécondes 
observations, vont parfois assez vivement à rencontre de théories tou- 
tes récentes et célèbres; ainsi est combattue, en deux des principaux 
chapitres de M. Brutails, la doctrine aventureuse et trop généralisée 
de Courajod sur les influences byzantines. 

13. — A côté de l'esthétique toute simple et d'humeur joyeuse que 
M. Hallays nous enseigne joliment, à côté des réflexions-si fortes et si 
saines de M. Brutails, il est à craindre que l'esthétique à l'ancienne 
mode, celle qui s'exprime par considérations bien classées, divisées et 
subdivisées scolastiquement, ne paraisse un peu rébarbative. Le cé- 
lèbre traité que Tolstoï publiait récemment sur l'art a dû mettre fin 
pourquelque temps, en France dumoins, à cejeu philosophique, singu- 
lièrement monotone et stérile, qui consiste à démonter fibre par fibre 
l'anatomie du beau, à en faire mouvoir les ressorts, à nous eu-eigner 
dans quelles conditions le beau doit se produire. Ce jeu a toujours 
grand succès en Allemagne. L'esthétique en cinq parties (texte alle- 
mand) que les PP. Gietmann et Sœrensen, S. J., ont entrepris de rédi- 
ger pour la librairie Herder, de Fribourg en Brisgau, parait satisfaire 
aux exigences les plus minutieuses de ce genre d'analyse, si nous en 
jugeons par la première partie que nous avons sous les yeux, et qui 
porte le titre d''AUgeiyieine JEsthetik. Ces 334 pages sont divisés en 527 pa- 
ragraphes dûment numérotés, méthodiquement construits, et iti.urrés 
de citations où Gœthe et Schopenhauer coudoient Platon, An-loie, et 
saint Thomas d'Aquin. La nature et la signification de l'est héiique, 
son histoire et son système, le fondement physiologique et psyoliolo- 
gique de l'art et de la science du beau, l'art, le beau et la bt . h p. les 
subdivisions de la beauté, ses éléments et ses contrastes, le- !> mux- 
arts, leur mission et leurs lois, voilà les titres d'une partie se .eiiient 



— 319 — 

des chapitres traités par le R. P. Gielmann, avec une abondance et 
une aisance merveilleuses. Un très petit nombre de gravures, d'ailleurs 
fort soignées, illustrent ce livre ; il est visible qu'elles ont été choisies 
parmi des peintures de prédilection. Or les tableaux qu'elles repré- 
sentent, signés d'élèves ou d'imitateurs d'Overbeck, tels que Veit, 
Steinle, Rethel, nous offrent, sous des formes bien lisses et un dessin 
bien sage, le comble de la fadeur et de îa médiocrité des compositions. 
Est-ce donc là que doit aboutir un enseignement aussi docte et aussi 
minutieux de l'esthétique? 

14 et 15. — M. Eugène Guillaume est un des maîtres de l'esthétique 
française. Les deux anthologies nouvelles qu'il vient de publier, les 
Etudes sur l'histoire de l'art, et les Discours et allocutions, ne peuvent 
manquer de recevoir un bienveillant accueil de tous ceux qu'intéresse 
la doctrine et l'œuvre de l'illustre académicien. La science toujours 
égale et sûre du sculpteur et du philosophe soutient sans faiblir les 
dissertations austères dont le premier de ces volumes est construit. 
Les études sur le Panthéon d'Agrippa et les ruines de Palmyre, sur 
Apollon, Bacchus et Gérés réunissent quelques-uns des plus beaux 
exemples de l'art et de la mythologie antiques ; celles qui traitent du 
costume, de la coiffure et des bijoux nous offrent de très fines obser- 
vations sur l'art industriel et la mode; enfin il faut louer tout particu- 
lièrement les pages éloquentes où Dante est considéré comme artiste. 
Quant aux allocutions et discours réunis dans le second volume qu'il 
nous suffise, pour en indiquer l'intérêt, de dire que la plupart ont été 
prononcés aux funérailles d'hommes illustres ou modestes, mais dont 
le nom doit vivre : Berlioz, Auguste Hesse, Lesueur, Albert Dumont, 
Abadie, Victor Hugo, Idrac, ou bien qu'ils commémorent des sculp- 
teurs, des architectes et des peintres dont quelques-uns, tout jeunes 
furent saisis par la mort avant môme d'avoir quitté l'Académie de 
France, notre délicieuse villa Médicis, dont les allées de chônes-verts 
abritent la rêverie féconde et l'espoir des œuvres glorieuses. 

André Pératé. 



HISTOIRE PROVINCIALE 

1. Le Massif entrai. Histoire d'une région de la France, par Alfred Leroux. Paris, 
BouilloQ, 1890, 3 vol. iu-8 de xxxvii-i;52, 385, :^09 p., 20 fr. — 2. Les Paroisses 
du diocèse de Lyon. Archives et antiquités, par l'abbé Ad. Vaohet. Lorins, imp. 
Bernard, 1809, in-8 de xix-752 p. — 3. Historiettes et documtnls inédits sur la 
Bresse au xvii» siicle, par Louis de Comues. Lyon, impr. WalU-ner, 1899, in-8 do 
195 p. — i. (Jeschichte der Sladt Saarunion. seit ihrcn Entstehunff bis zur 
Geqenwart, von Joskimi Levv. VorbrucU-Scliirmeck. imp. Hosleller, 1898, in-8 de 
vin-'»80 p. et pi. — 5. Essai historique sur le villar/c de Millerij et la baronnie 
de Montifjnij {lihônc), par l'abbé J. Fourrât. Lyon, Ville, 1899, in-8 do 523 p., 
10 fr. — 6. Un Village barrois sous l'ancien rùjime. Velaines, JS64-1789, 'par 



— 320 — 

l'abbé L, Mathieu. Bar-le-Duc, OEuvre de Suiol-Paul, 1899, in-12 de xxvi-342 p. — 
7, Histoire de l'église collégial'' et du chapitre de Saint-Pierre de Lille, par E. 
Hautcoeuh. Tome III. Lille, Quarré ; Paris, A. Picard et fils, 1899, in-8 de 563 p. et 
pi. 10 fr. — 8. Histoire de l'abbaye d'Aurillac, précédée de la vie de saint 
Géraud, son fondateur {894-1189), par Mgr G. -M. -F. Bouanoe. Paris, Fonte- 
moing, 1899, 2 vol. in-8 de .\iv-577 et 658 p., 10 fr. — 9. Cartulaires du chapitre 
de l'église métropolitaine Sainte-Marie d'Auch, publiés pour la Société historique 
de Gascogne, par G. Lacave La Plagne-Barris. Auch, Cocharau