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Full text of "Poëmes islandais (Voluspa, Vafthrudnismal, Lokasenna) tirés de l'Edda de Sæmund"

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POEMES 

DE L'EDDA 



POEMES 

ISLANDAIS 

( VOLUSPA, VAFTHRUDNISMAL, LOKÁSENNA) . 

TIRÉS 

DE L'EDDA DE SÆMUND 

PUBLlás 

AVEC UNE TRADUCTION, DES NOTES ET UN GLOSSAIRE 

PAR F. G. BERGMANN 

MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE DE PARIS 




PARIS 

IMPRIMA PAR AUTORISATION DU ROI 

A L'IMPRIMERIE ROYALE 

M DCCC XXXVIII 



A ! 



AVANT-PROPOS. 



Le recueil de poésies islandaises connu sous 
'e nom de YEdda de Sœmund, paraît avoir été 
composé dans les premières années du xiv® 
sicle. Peu de temps après* cette époque qui 
mcque le commencement de la décadence de 
l'aitienne littérature islandaise, ces poésies, à 
peiije recueillies, tombèrent dans l'oubli, et 
leur existence même seriible être restée ignorée 
pendmt deux siècles et demi. Mais au xvn'* 
siècle, plusieurs savants islandais, tels que Arn- 
grim bnsen, Bryniolf Svendsen, Thorlak Sku- 
lason, Magnus et Stephan Olafsen, se livrèrent 
à la recherche et à l'étude des anciens manus- 
crits. En i643, Bryniolf Svendsen, évêque à 
Stalholt en Islande, découvrit un manuscrit de 
parchemin renfermant la plupart des poésies sur 
l'ancienne Edda de Sæmund. Ce manuscrit qui 
remonte au xiv* siècle , se trouve aujourd'hui à 
Copenhague à la Bibliothèque royale, et porte 
le nom de Codex Regius. Après cette heureuse 
découverte, on retrouva encore quelques autres 



Ivî323361 



II AVANT-PROPOS. 

manuscrits qui servirent à compléter le précé- 
dent. 

Le zèle infatigable des Islandais dans l'étude 
des antiquités Scandinaves se communiqua bien- 
tôt à quelques savants danois parmi lesquels on 
doit distinguer le célèbre Ole Worms, mort en 
1 65 1 . C'est lui qui a réellement fondé dans 1^ 
Danemarck la science des antiquités du Nord 
et qui a donné la plus puissante impulsion ai^ 
études archéologiques, dans lesquelles s'illusfè- 
rent plus tard les Resenius, les Th. Bartho/n, 
les Stephanius et autres. Bientôt les savant^da- 
nois purent publier, à Copenhague, des pc^sies 
de TEdda, avec le secours prêté par l'éru/ition 
des Islandais que Worms avait appelée da^s 
cette ville. C'est ainsi que Stephan OWsen fit 
paraître pour la première fois en i665, sous le 
nom de Resenius, une traduction latiiie de la 
Volnspâ, du Hâvamâl et du Râna-^capituli. En 
1673, Gudmund Anderson publia, sous les aus- 
pices de Resenius, une nouvelle édition de la 
Vohspây et enfin, en 1689, Th. Bartholin fit 
connaître, par des extraits de quelque étendue, 
la plupart des autres poëmes de l'Edda. Après 
cette suite de publications, qui toutes ne sont 
que des essais, l'étude des poésies islandaises 



AVANT-PROPOS. m 

fiit interrompue pour quelque temps. L'attention 
se porta sur d'autres monuments littéraires de 
ia Scandinavie, particulièrement sur les monu- 
ments historiques, ou sur les Sagas dont on 
s'appliqua à rassembler un grand nombre de 
manuscrits. 

Cependant les Suédois, qui jusqu'alors n'a- 
vaient pris que peu de part à ces travaux des Islan- 
dais et des Danois, commencèrent à rivaliser avec 
eux dans l'étude des antiquités Scandinaves. Ce 
genre d'études fut particulièrement favorisé par 
le comte de la Gardie, chancelier de Suède, 
auquel la science est redevable de la conserva- 
tion de quelques manuscrits précieux achetés 
par lui à grands frais, et qu'avec une munifi- 
cence presque royale il a donnés à l'université 
d'Upsal. Les principaux ouvrages qui ont paru 
en Suède sur les diflFérentes branches de l'ar- 
chéologie Scandinave , sont ceux de ScheflFer, de 
Rudbeck, de Verelius, de Gudmund Olavsen, de 
Peringskiold et de Hadorph. Il est vrai que tous 
ces ouvrages ne traitent pas directement des 
poëmes de l'Edda; mais en éclaircissant plu- 
sieurs questions concernant l'histoire et les an- 
tiquités, ils ont contribué à rendre plus facile 
l'interprétation de ces poésies. 



IV AVANT-PROPOS. 

ê 

Dans la première moitié du xviii® siècle, deux 
savants islandais, Thormod Torfæus et Amas 
Magnæus, donnèrent, par leurs travaux, une 
nouvelle direction à l'étude de l'histoire et des 
antiquités Scandinaves. Thormod Torfæus qui 
était historiographe du Danemarck, soumit l'his- 
toire et les traditions mythologiques du Nord à 
un examen critique plus sévère, et, à part quel- 
ques opinions systématiques et inadmissibles, 
ses ouvrages ont généralement exercé une grande 
et heureuse influence sur la connaissance de 
toutes les parties de l'histoire des peuples Scan- 
dinaves. Arnas Magnæus professeur d'histoire et 
d'archéologie à Copenhague, où il mourut en 
1 780, a poursuivi dans ses études à peu près les 
mêmes vues que Torfæus; de plus il a rendu 
d'immenses services à la science en léguant à 
l'université de Copenhague, non-seulement. sa 
précieuse collection de manuscrits islandais en- 
richis de ses notes et de ses commentaires, mais 
aussi une somme considérable destinée à faire 
face aux frais de publication de ces manuscrits 
intéressants. C'est grâce au legs d'Amas qu'a eu 
lieu la publication des poésies de l'Edda, dont le 
premier volume a paru à Copenhague en 1787, 
le second en 1818, et le troisième en 1828. 



AVANT-PROPOS. v 

Ces trois volumes, publiés à. de si grands inter- 
valles, peuvent servir à établir les progrès que 
la science a faits successivement depuis la se- 
conde moitié du siècle passé jusqu'à nos jours. 
Les éditeurs du premier volume étaient en 
grande partie réduits à leurs propres moyens, 
car depuis longtemps il n'avait paru aucun ou- 
vrage important sur l'Edda, à l'exception de la 
traduction danoise de dix-huit poèmes, faite par 
Sandwig (Copenhague, 1783-1786). C'est vers 
cette époque qu'on commença, en Allemagne, à 
prendre du goût pour l'étude des poésies Scan- 
dinaves; mais comme les traductions qu'on en 
fit n'étaient que des imitations plus ou moins 
libres, elles ont peu profité à la science. La 
même remarque s'applique aux traductions pu- 
bliées en Angleterre, et au livre de Mallet inti- 
tulé Edda, ou Monuments de la mythologie et de la 
poésie des anciens peuples du Nord. Comme Mallet 
ne savait pas l'islandais, il dut se contenter de 
rédiger avec goût et discernement les maté- 
riaux qu'il trouvait dans des ouvrages danois , ou 
que lui fournissait l'érudition de son ami Eri- 
chsen. Les éditeurs du second volume de l'Edda, 
publié à Copenhague, ont eu moins de diffi-- 
cultes à surmonter que ceux du premier, parce 



VI * AVANT-PROPOS. 

qu'ils pouvaient consulter quelques ouvrages 
importants qui avaient paru en Allemagne au 
commencement de ce siècle. Les chants épiques 
de l'Edda, dont la plupart appartiennent au cycle 
des Niflungues, ont été publiés par M. V. der 
Hagen en 1 8 1 2 et 1 8 1 4, et par MM. Grimm en 
i8i5. Une nouvelle édition de l'Edda, dont le 
texte avait été revu par Rask , fut publiée à Stock- 
holm en 1818 par M. Afzelius qui en donna, 
quelques temps après, une traduction suédoise. 
Tous les ouvrages importants qui avaient paru 
jusqu'ici sur l'Edda, furent résumés par M. Finn 
Magnusen dans sa traduction danoise publiée de 
1821 à 1823. Cette traduction accompagnée de 
notes , celle de M. Afzelius et les deux éditions 
complètes de l'Edda publiées à Copenhague et 
à Stockholm, sont indispensables pour l'étude de 
ces poésies Scandinaves. Aussi, ces ouvrages ont- 
ils servi de base à presque toutes les traductions 
qu'on a faites depuis. Mais malgré les lumières 
que ces publications ont répandues sur l'Edda, 
il faut avoujer qu'il reste encore une grande tâche 
à remplir et beaucoup de questions importantes 
à résoudre. Désirant me rendre utile en faisant 
connaître en France les résultats déjà obtenus, 
et en contribuant, autant que mes faibles moyens 



AVANT-PROPOS. vu 

me le permettent, à l'avancement de la science, 
j'ai entrepris le travail que je soumets aujour- 
d'hui au public. Mon intention était d'abord 
d'expliquer un plus grand nombre des poésies 
de l'Edda, parce que plus un ouvrage est exécuté 
sur un plan large, plus les résultats en sont 
variés et importants. Mais de trop grandes diffi- 
cultés s'opposant à la publication d'un travail 
aussi étendu, j'ai dû renoncer à mon premier 
projet; et, en eflFet, mon ouvrage, même après 
avoir été considérablement réduit, avait encore 
peine à se produire au jour. Je dois, à cette 
occasion , des remercîments à feu M. Silvestre 
de Sacy, à MM. E. Burnouf, Guérard, Fauriel, 
ainsi qu'à M. Quatremère et aux autres Commis- 
saires de l'Imprimerie royale , qui , en s'intéres- 
sant à ma publication, m'ont aplani ces difficultés. 
L'ouvrage que l'on va lire se divise en trois 
parties. Dans la première partie , ou Introduction 
générale, j'ai traité en abrégé toutes les ques- 
tions qui se rapportent plus ou moins directe- 
ment aux trois poëmes que je publie. La seconde 
partie présente les textes islandais, la traduc- 
tion avec les introductions spéciales et les notes 
Quant au choix même de ces poèmes, il n'a pas 
été fait au hasard. La Voluspâ, un des meilleurs 



▼III AVAXT-PROPOS. 

poèmes de ITdda, et en même temps un des 
plus difficiles à expliquer, méritait tout d^abord 
la préférence. Ensuite , comme je ne pouvais pu- 
blier ITdda en entier, il importait de donner 
au moins des exemples de chaque espèce de 
poèmes qui composent ce recueil. C'est pourquoi 
j*ai encore choisi les poèmes de VafthrudnismâV 
et de Lokasenna, qui diffèrent plus ou moins de 
la Völaspá et entre eux, par le fond et par la 
forme. J'ai soumis les textes des trois poèmes à 
un examen critique, et j'ai tâché, autant que mes 
ressources me le permettaient, de rétablir les 
véritables leçons. Dans la traduction, j'ai dû 
m'imposer la plus grande fidélité; il fallait re- 
produire dans notre langue les expressions con- 
cises et énergiques de l'original, et conserver les 
images, le coloris, les tournures de phrases et 
jusqu'aux négligences de style qui se trouvent 
dans le texte. Enfin, pour la commodité du lec- 
teur, les notes critiques et philologiques se rap- 
poTrtant au texte ont été séparées des notes ex- 
plicatives se rapportant à la traduction. 

Dans la troisième partie de l'ouvrage, j'ai 
essaye d'élever la lexicographie islandaise à la 
liante ur que les études philologiques ont at- 
teinte de nos jours. C'est pourquoi le glossaire 



r AVANT-PROPOS. ix 

a du être à la fois étymologique et comparatif. 
Cette nouvelle méthode exigeait un nouvel 
arrangement des matériaux; il fallait nécessai- 
rement abandonner Tancienne disposition des 
mots par ordre alphabétique, et en adopter 
une autre plus philosophique, semblable à la 
classification suivie dans les sciences naturelles. 
Ce nouvel ordre, qui a le seul inconvénient 
de n'être pas encore consacré par l'usage, est 
applicablf'à toutes les langues, et sera, je l'es- 
père , un instrument d'importantes découvertes 
dans la philologie comparée. Pour le justifier, 
et montrer combien ilest fondé en nature, j'ai 
fait précéder le, glossaire d'une introduction, 
où j'ai brièvement expliqué le mécanisme de 
la formation des langues. Quant au glossaire 
lui-même, des juges compétents l'apprécieront 
à sa juste valeur. Je n'ai point la prétention de 
croire que tout y soit parfait; des erreurs sont 
presque inévitables dans un travail aussi diificilé. \ 
Mais je me flatte que beaucoup d'étymologiés 
et de comparaisons qui paraîtront hasardées au 
premier coup d'œil, seront trouvées justes quand 
on les aura examinées avec jplus de soin^ Il y en 
à d'autres au sujet desquelles j'ai été moi-même 
dans le doute, et que je n'ai proposées que pour 



X AVANTPROPOS. 

y attirer l'attention des savants. Déjà j'ai été assez 
heureux de pouvoir faire, avant l'impression, 
quelques rectifications au glossaire, M. Eugène 
Burnouf ayant eu l'extrême complaisance de 
parcourir le manuscrit et de me communiquer 
ses remarques judicieuses. 

Puisse cet ouvrage, malgré ses imperfections, 
être favorablement accueilli 1 puisse-t-il rem- 
plir son but, qui est de contribuer aux progrès 
de la science! S'il obtient l'approbation^ des juges 
éclairés, je continuerai à publier, d'après le 
même plan, les autres poëmes de l'Edda. Ayant 
été appelé à des fonctions universitaires qui me 
mettent en état de me livrer entièrement à l'é- 
tude des langues septentrionales et germaniques, 
je puis même dès maintenant prendre envers le 
public l'engagement de lui faire connaître, par 
des publications successives, les principaux mo- 
numents littéraires écrits dans ces langues. 



TABLE 



DES 



DIVISIONS DE L'OUVRAGE. 



PREMIERE PARTIE. 

INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

Ghâp. I. De l*orígine des idiomes Scandinaves . . . .Page 3. 

Si. De Tancienne langue danoise ibid. 

$ II. De Tancienne langue norvégienne 4* 

S III. De Fancienne langue islandaise 6. 

S IV. Table générale des idiomes teuto-gothiques .... 7. 

Chap. II. De Tancienne littérature islandaise 9. 

S I. De Torigine de la littérature islandaise ; de TEldda. ïbid. 

S II. De Fauteur du recueil de poésies nommé Edda. . ta. 
S III. Du genre de poésie auquel appartiennent les 

poèmes de TEdda .... « 1 g. 

S IV. De la forme narrative et de la forme dramatique 

des poèmes de TEdda 30. 

S v. Des sujets mythologiques traités dans les poèmes 

deTEdda a4. 

Chap. III. Considérations sur la mythologie et sur la ma- 
nière de la traiter 26. 

S I. Des différentes opinions sur la nature de la my- 
thologie ibid, 

S II. Des différentes espèces de mythes 28. 



XII TABLE 

$ m. Comment on peut distinguer les différentes es- 
pèces de mythes Page 3a. 

S IV. De la manière de traiter la mythologie 35. 

Chap. IV. Examen philologique de la langue islandaise. 38. 
S I. Des différents systèmes d'orthographe suivis 

dans les manuscrits islandais et les éditions de 

l'Edda ihid. 

S II. Examen des voyelles simples 46. 

S III. Examen des diphthongues 5 1 . 

S IV. Examen des concrétifs 53. 

S V. De la permutation des voyelles 58. 

S VI. Le phénomène de la permutation des voyelles 

expliqué 59. 

S VII. Des consonnes liquides R,L,M,N (halfraddar 

slaiir, semi-voyelles) • 74. 

S viii. Des consonnes labiales P,B,F,V 83. 

S IX. Des consonnes dentales et sifflantes T, D, "þ, 

Z^S ...; 85. 

S X. Des consonnes gutturales K,G,H, J,X 94. 

S XI. Conclusion du chapitre io4. 

Chap. V. De la versification islandaise 107. 

S I. De la quantité et de l'accent ihid, 

S II. Du rhythme 110. 

S III. De la versification (versagiörS) 1 13. 

S IV. De la versification islandaise 118. 

S v. Du fornyrdalag 120 

De la thèse et de Tarse ihid. 

De Tanakrouse (mâlfylling) i23. 

De l'allitération , 1 2 5. 

S VI. Du rhythme du fornyrdalag 1 3o. 

S VII. Du liôdahâttr i3i. 

S VIII. De la strophe 1 33. 



DES DIVISIONS. XIII 

S IX. La division de la strophe en quatre vers atta- 
quée par Rask , , .Page i35. 

S X. Les objectioDS de Rask réfutées i36. 



SECONDE PARTIE. 

POÈMES ISLANDAIS. 



I. VOLCSPA. 

Introduction i^g. 

Ghap. I. Explication du titre du poème ibid, 

S I. 4)es prophétesses ou devineresses chez les peu- 
ples germaniques ihid. 

Su. Des Valas (Völur) chez les peuples Scandi- 
naves 1 5a. 

S III. De la forme de vision donnée au poème. ... i63. 

Chap. II. Des parties du poème. . . 1 i66. 

S I. De la disposition générale des parties du 

poème . ibid, 

S II. Table détaillée des parties du poème 169. 

S III. De Farrangement des strophes 174. 

Ghap. III. Examen critique du poème 1 76. 

S I. De l'intégrité du poème ihid, 

S II. De Tépoque de la composition du poème. • , t 1 76. 

S III. De l'auteur du poème. 183. 

Texte et traduction 186. 

Notes critiques et philologiques .210 

Notes explicatives 221 



XIV table; 

II. VAPTHRÛDNISMÂL. 

Introduction Page 343. 

Chap. I. Explication du titre et du but du poème. . . ibid, 

Châp. il Des divisions du poëme 25 1. 

Chap. III. Discussion de différentes questions de cri- 
tique concernant le poème a54. 

Texte et traduction 260. 

Notes critiques et philologiques 28a. 

Notes explicatives 291. 

m. LOKASENNÀ. 

Introduction • 3o3. 

Chap. I. Dubut du poème . ^ ibid, 

Chap. U. De la disposition des parties du poème. • . . 3o5. 

Chap. III. De Tintégrité du poème 309. 

Chap. IV. De Tépoque de la composition du poème. . 3i3. 

Texte et traduction ^ 320. 

Notes critiques et philologiques 348. 

Notes explicatives. 358. 

TROISIÈME PARTIE. . 

GLOSSAIRE. 

Introduction 371. 

Chap. I. De la signification des voyelles 373. 

Chap. IL De la signification des consonnes. « 38o. 



DES DIVISIONS. XV 

Ghap. m. De la formation des thèmes Page SgS. 

Chap. IV. De la disposition des matières dans le glos- 
saire 39g. 

Glossaire. — Thèmes commençant par une des labiales 

P,F,V,B 407. 

Labiale seule ihid. 

Labiale avec labiale ^09. 

Labiale avec dentale ; i 4 10. 

Labiale avec gutturale 4i 4* 

Labiale avec R 4i 6. 

Labiale avec L • 4i 8. 

Labiale avec N.. , 420. 

Thèmes commençant par une des dentales T,D,'þ, S. 4a 1 . 

Dentale seule ibid. 

Dentale avec labiale 4a4- 

Dentale avec dentale 4a5. 

Dentale avec gutturale ibid. 

Dentale avec R 427. 

Dentale avec L 428. 

Dentale avec N ibid. 

Thèmes commençant par une des gutturales K, G, H. 429. 

Gutturale seule ibid. 

Gutturale avec labiale 43o. 

Gutturale avec dentale 432. 

Gutturale avec gutturale 434* 

Gutturale avec R 435. 

Gutturale avec L 436. 

Gutturale avec N 437. 

Thèmes commençant par la liquide R 438. 

il seul , ibid. 

R avec labiale ibid. 



XVI TABLE DES DIVISIONS. 

R avec dentale Page 4Ao. 

R avec gutturale 442. 

Thèmes commençant par la liquide L 446. 

L seul ihid. 

L avec labiale 1 ihid. 

L avec dentale 447- 

L avec gutturale * 449- 

Thèmes commençant par la nasale 45a. 

N seul ibid, 

N avec labiale . .- 453. 

iV" avec dentale 454. 

N avec gutturale ibid. 

N avec R 455. 

Onomatopées proprement dites ibid. 

Table alphabétique des mots islandais expliqués dans 
le glossaire 456. 



PREMIÈRE PARTIE. 



INTRODUCTION GÉNÉRALE. 



POÈMES 

ISLANDAIS. 

INTRODUCTION GÉNÉRALE. 



CHAPITRE I. 

DE L'ORIGINE DES IDIOMES SCANDINAVES. 



S I. 

DE L'ANCIENNE LANGUE DANOISE. 

Les tribus guerrières qui , dans les premiers siècles 
de rère chrétienne, se sont établies dans le Dane- 
mark, la Norvège et la Suède, appartenaient toutes 
à la race gothique ou germanique. Issues d'une même 
souche, et sorties des mêmes contrées, sans doute des 
régions voisines de la mer Caspienne et de la mer Noire, 
toutes ces tribus avaient les mêmes mœurs, la même 
religion, et parlaient aussi une seule et même langue. 

Si Ton appelle Scandinaves les anciens peuples go- 
thiques établis Jjans le Danemarck, la Norvège et la 

1. 



4 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

Suède , on doit aussi donner à Tidiome qu'ils parlaient 
le nom de langae Scandinave. 

Les Danois , favorisés par différentes circonstances, 
devinrent le peuple dominant dans la Scandinavie; 
ils furent les premiers à fonder un état monarchique. 
Le Danemarck, d'où étaient sorties les tribus qui peu- 
plèrent la Norvège et la Suède, était regardé comme 
la mère-patrie de ces grandes colonies et comme le 
berceau de la religion, de la poésie et des traditions 
Scandinaves. 

Cette prépondérance des Danois dans les premiers 
temps fut cause que le nom le plus anciep donné à Ti- 
diome Scandinave fiit donsktanga, langue danoise ^ 

$ IL 

DE L^ANCIENNE LANGUE NORVÉGIENNE. 

A mesure que les Danois faisaient de plus grands 
progrès dans la civilisation, il devait naturellement s é- 
tablir une différence de mœurs plus prononcée entre 
eux et leurs voisins de la Norvège et de la Suède. Ces 

^ La supériorité des Danois était si généralement .reconnue dans le 
Nord , que les écrivains islandais semblent quelquefois tirer vanité du 
nom de àJônsJi tunga qu'ils donnent à leur langue. Snorri, qui écrivait 
au commencement du xiii* siècle, désigne par ce nom la langue Scan- 
dinave. (Voyez Konunya Sôgur^ Formâlinn, Ynglinga Saga, ch'ap. xx. ) 
Le poète islandais .E^st^in, au milieu du xiv* siècle, appelle la langue 
(danoise sa langue maternelle (voy. Lilia). Les grammairiens islandais 
se servent du nom de donsk ^nga pour désigner la langue Scandinave, 
par opposition à la langue latine. (Voy. Snorra-Edda» éd. de Stockholm, 
p. 277 et 3oo.)* 



CHAPITRE I. 5 

derniers , habitant un pays situé au nord par rapport 
au Danemarck, étaient appelés communément Nor^- 
menn, Normands , hommes du nord. Ce nom désignait 
aussi plus spécialement les Norvégiens seuls ^ avec les- 
quels les Danois avaient des rapports plus fréquents 
qu'avec les habitants de la Suède. 

La différence entre les Scandinaves du nord et ceux 
du midi se fit sentir non-seulement dans les mœiu's , 
mais aussi dans le langage de ces peuples. La langue des 
Danois se sépara la première de Tancien idiome scan- ' 
dinave. Cet idiome ne pouvait donc plus être désigné 
par le nom de donsk tanga : il fut nommé norrœna tan- 
ga, ou norrœnt mal (langage septentrional), parce que 
dans les pays du nord, en Norvège et en Suède, l'an- 
cienne langue dont le dialecte danois venait de se déta- 
cher, n'avait presque subi aucun changement sensible. 
Mais de même que le nom de NorSmenn s'appliquait 
plus particulièrement aux Norvégiens , de même nor- 
rœna tanga désignait plus spécialement la langue norvé- 
gienne^. Ce fiit aussi principalement en Norvège que 
l'ancien idiome resta pur pendant longtemps, tandis 
qu'en Suède, il éprouva bientôt des changements ana- 
logues à ceux qui s'étaient déjà opérés dans la langue 
danoise. 

^ Voyez ScLga HaraMs hins harfcufra, chap. \xn\Saga Hakonar^Goda , 
chap. lY et xiY. Snorri distingue les Nordmenn des Suédois, Heims- 
kringla, Formâlinn. 

* Voyez Saga Hàkonàr Goda, chap. m. 



6 INTRODUCTION GÉNÉRALE, 

S III. 
Ds l'ancienne langue islandaise. 

Dans la seconde moitié du ix* siècle, des colons nor- 
végiens s'établirent en Islande. Comme Tidiome qui 
fut transplanté dans cette île était le norvégien , les 
Islandais devaient naturellement continuer pendant 
longtemps à désigner leur langue sous le nom de nor- 
rœna tanga^. 

Dans un pays pauvre et séparé du monde comme 
ITslande , où tout ce qui modifie , enrichit ou sdtère 
fortement le langage n'existait pas, lïdiome norvégien 
devait longtemps conserver sa pureté. Aussi voyons- 
nous qu'à l'exception de quelques légers changements 
dans les formes graminaticales, cet idiome est resté le 
même pendant le cours de plusieurs siècles. Mais les al- 
térations deviennent plus sensibles et vont en augmen- 
tant depuis le xin* jusque vers le xvi* siècle, époque 
où l'ancienne langue et l'ancienne littératiu'e islandaise 
avaient épuisé toutes leurs forces, et où commença la 
période de la langue et de la littérature moderne. 

Quant à l'ancien idiome norrain qu'on parlait en 
Norvège, il subit peu à peu, dans le xin', le xiv* et le 
XV* siècle, des changements notables causés surtout 
par l'influence toujom's croissante que le Danemarck 
exerçait sur la Norvège, principalement depuis la 

^ \oyez Snorra-Edda» p. 3oi. 



CHAPITRE I. 7 

réunion des deux pays sous le même sceptre en 1 3 80. 
Vers le commencement du xvi* siècle , la langue nor- 
végienne et la langue danoise s'étaient tellement rap- 
prochées l'une de l'autre, qu'elles ne formèrent bientôt 
plus qu'une seule et même langue. Dès lors le nom de 
norrœnt mal ne pouvait plus servir à désigner à la fois 
et le norvégien qui s'était confondu a\ec le danois, et 
l'ancien norvégien qu'on pariait encore en Islande. 
Pour désigner ce dernier idiome on introduisit peu à 
peu le nom plus convenable et plus précis de lan- 
gue islandaise, islenzka tanga. Les Islandais étaient 
d'autant plus en droit de nommer leur langue d'après 
leur patrie , qu'ils possédaient ime littérature riche et 
originale , à laquelle la Norvège ne pouvait opposer 
aucun monument littéraire de quelque importance. 

S IV. 

TABLE GÉNèRALE DES IDIOMES TEDTO-GOTHIQUES. 

Nous venons de voir comment de l'ancienne langue 
Scandinave sont dérivés successivement l'ancien da- 
nois, l'ancien suédois et l'ancien norvégien ou islan- 
dais ^. Jetons maintenant un coup d'oeil sur les langues 
germaniques contemporaines, pour voir les rapports 
de parenté qui existent entre les idiomes teutoniques 
et les idiomes Scandinaves. 

^ Pour connaître lliistoire de ces langues il faut consulter louvrage 
excellent de M. Petersen : Det Danske Norske og Svenske Sprogs Historié, 
Kjôhenhavn, iSag-iSSo; a vol. in-8'. 



8 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

La grande souche de langue teat<hgoðdqae se divise 
en deux branches principales , la branche teutonùjue et 
la branche Scandinave. 

L La branche tentonùjae se subdivise en idiome du 
hautteatonique, au midi de la Germanie, et en idiome 
du bas teutonique , dans les parties septentrionales de 
TAllemagne. l^e haut teutonùjue comprend : i** le go- 
thique proprement dit ; 2"* le vieux haut allemand dont 
les principaux dialectes sont le/rawci^oe, ïaHeman- 
nique et le bavarois; 3"* le haut allemand moyen qui est la 
continuation du vieux haxLt allemand depuis le xu*" jus- 
qu'au xïv" siècle, et qui a donné naissance au haut 
allemand moderne. Le bas teutonique comprend : 1** le 
vieux saxon; 2"" le frison; i'^Vangh-saxon. 

II. La branche Scandinave renferme, comme nous 
Tavons vu : 1 " ïancien danois; 2° Tancien suédois ; 3° l'an- 
cien norvégien ou islandais. 

C'est le dernier idiome de la branche Scandinave, 
l'islandais, qui fixera ici notre attention; car c'est dans 
cet idiome que sont composés les trois poèmes que 
nous publions. Mais avant d'entrer dans un examen 
grammatical de l'islandais , il sera nécessaire de dire 
d'abord quels sont les monuments littéraires dans les- 
quels cette langue peut être étudiée. 



CHAPITRE IL 



CHAPITRE II. 

DE l'ancienne littérature ISLANDAISE. 



S I. 

DE l'origine de LA LITTÉRATURE ISLANDAISE. 
DE l'eDDA. 

. Les Norvégiens qui, dans ie ix* siècle , s établirent 
en Islande, y apportèrent non-seulement leur langue, 
leurs mœurs et leur religion , mais aussi leurs poésies 
ou chants nationaux. Ces poésies renfermaient quel- 
ques traditions historiques et mythologiques qui, ap- 
pelées ainsi que récriture runique, du nom de mystères 
(rûnar) ou d* antiquités (fornir stafir), composaient à 
peu près tout le savoir des anciens Scandinaves. 
L'Islande recueillit donc, dès le commencement, les 
germes et les éléments de sa littérature poétique et 
historique, et ces germes prirent dans son sein un 
rapide développement. Loin de s éteindre dans cette 
île déserte jetée au milieu de TOcéan, la poésie ré- 
pandit bientôt un éclat si vif, que les ^kaldes ou poètes 
islandais devinrent les plus renommés dans tout le 
nord de TEurope. 

Bien que les Scandinaves eussent une écriture, leurs 
poésies n'étaient pas écrites , elles se transmettaient de 



10 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

mémoire, comme les rhapsodies épiques et les poé- 
sies lyriques des Hindous, des Grecs et des anciens 
Arabes. Ce mode de transmission fut cause que beau- 
coup de ces poésies ont été perdues. Plus tard une 
autre cause ne contribua pas moins à faire disparaître 
un grand nombre de ces monuments littéraires. Le 
christianisme, introduit peu à peu dans le Nord, de- 
vait naturellement y proscrire Tancienne poésie qui 
était si intimement liée à la religion d'Odin. Dès lors 
le peuple n'apprit plus par cœur les chants natio- 
naux, et les poètes n'osaient plus célébrer dans leurs 
poèmes les dieux du paganisme, ni chanter les tradi- 
tions mythologiques de Tantiquité. Cest pourquoi 
nous ignorerions peut-être entièrement ce que c'était 
que l'ancienne poésie Scandinave, si elle n'avait pas 
trouvé une nouvelle patrie et un asile assuré dans 
l'Islande. La religion du Christ, il est vrai , ne tarda pas 
à étendre son empire jusque sur cette île lointaine; 
l'Évangile fut adopté par le peuple islandais à l'assem- 
blée générale (althing), en l'an looo de notre ère. 
Mais la nouvelle foi ne put entièrement détruire le 
souvenir du paganisme, ni faire oublier complète- 
ment les poésies nationales inspirées par la religion 
d'Odin. Ainsi lut sauvée une partie de la littérature 
Scandinave. D'un autre côté le christianisme lui-même 
fournit le moyen de conserver les anciens monuments 
littéraires; car le génie civilisateur de l'Evangile, en 
même temps qu'il faisait perdre aux peuples du Nord 



CHAPITRE IL 11 

le goût pour leur ancienne poésie, répandait parmi 
eux l'esprit littéraire et la connaissance de l'écriture 
par lesquels les productions du génie païen nous ont 
été conservées en grande partie. Aussi est-ce à l'usage 
de l'écriture latine généralement adoptée en Islande 
au xin* et au xiv* siècle, que nous devons principale- 
ment la composition et la conservation de ïEdda de 
Sœmund, ce recueil si précieux des anciennes poésies 
Scandinaves. 

Malheureusement pour nous, soit que l'auteur de 
ce recueil n'ait pas eu le loisir de réunir toutes les 
poésies encore connues de son temps, soit qu'une 
grande partie en fût déjà perdue, toujours est-il que 
nous n'avons qu'un très-petit nombre des poésies 
qui doivent avoir existé anciennement en Islande. La 
preuve en est que dans les Sðgur ou traditions histo- 
riques on trouve des vers tirés de poèmes qui ne sont 
pas renfermés dans notre recueil ; nombre de vers ap- 
partenant à des chants inconnus sont insérés dans le 
livre nommé communément YEdda de Snorri; on en 
trouve un plus grand nombre encore dans l'ouvrage 
d'histoire intitulé Heimskringla et composé par le même 
Snorri ; enfin, dans les poésies mêmes de l'Edda de Sæ- 
mund, on trouve des aUusions à des mythes que nous 
ignorons aujourd'hui complètement, mais qui certaine- 
ment ont été traités dans des poèmes particuliers bien 
connus de tout le monde. Parmi les poèmes qui nous 
restent, il y en a qui sont très-anciens. Comme les 



12 INTRODUCTION GENERALE. 

colons norvégiens ont dû naturellement apporter en 
Islande leurs chants nationaux , on peut présumer qu'il 
s'en trouve quelques-uns dans le recueil de Sæmund. 
C'est à la critique des textes à examiner s'il y a de ces 
poèmes qui soient d'une date antérieure à la coloni- 
sation de l'Islande. Dans l'introduction spéciale qui 
sera placée à la tête de Volaspa, VafffiraSmsmâl et Lo- 
kasenna^ nous tâcherons de préciser, autant qu'il nous 
sera possible, l'époque de la composition de chacun de 
ces trois poèmes. 

S II. 

DE L^ACTBCR DU BBCÐBIL DE POESIES NOMMÉ EDDA. 

La tradition vulgaire en Islande, dès le xiv* siècle , 
attribue la composition du recueil nommé Edda au 
prêtre Sæmand Sigfasson, surnommé par ses compa- 
triotes innfró^i, le savant^ à cause des connaissances 
étendues qu'il avait acquises pendant son séjour en 
Allemagne, en France et en ItaJie. A l'exemple de son 
compatriote Ari, surnommé comme lui le savant, 
Sæmund étudia principalement l'histoire de la Nor- 
vège. D mourut en 1 1 33, laissant inachevés quelques 
écrits historiques qui ne nous ont pas été conservés. 
La tradition lui attribue aussi le poème intitulé Sôlar 
li^, qui se trouve dans l'Edda en vers. Comme le 
prêtre Sæmund aimait les lettres et la poésie, on con- 
çoit qu'on ait pu lui attribuer le recueil de poésies 
Scandinaves dont l'auteur était inconnu. Mais plu- 



CHAPITRE II. 15 

siettrs raisons assez fortes , ce nous semble , s*opposent 
à ce qu'on admette que Sæmund ait composé ie re- 
cueil de rËd4a qui porte son nom. Quil nous s«it 
permis d'exposer ici rapidement ces raisons , et de dis- 
cuter la question aussi difficile qu'importante, concer- 
nant l'auteur du recueil et l'époque de sa composition. 
Pour prouver que Sæmund n'est point l'auteur du 
recueil de l'Edda, nous pourrions faire valoir un argu- 
ment que le savant Ârnas Mágnæu^ a opposé à ceux 
qui allaient jusqu'à attribuer à Sæmund la composi- 
tion des poésies de l'Edda^. Amas nous prouve que ce 
prêtre, déjà parvenu à l'âge de soixante-<lix ans, n'avait 
encore fait aucun travail dans le genre de l'Edda, et il 
doute qu'à cet âge avancé ce vieillard qui n'a pas même 
pu achever ses travaux historiques , ait encore trouvé 
assez de loisir et de force pour composer le travail 
qu'on lui attribue. Si cet argument d' Arnas ne paraît 
pas assez concluant, nous y ajouterons le suivant qui 
est tiré de la nature du recueil même , tel: qu'il existe 
aujourd'hui. Tout le monde conviendra que les pré- 
faces en prose placées à la tête de quelques poèmes 
de l'Edda y ont été ajoutées par celui qui a fait le re- 
cueil. Or il faudrait avouer que Sæmund eût bien peu 
mérité le siunom de savant que ses compatriotes lui 
ont donné, si les préfaces dont nous parlons étaient 
sorties de sa plume. En effet, non-seulement ces pré- 
faces sont écrites dans un style généralement mau- 

V Voyez Edda Smmmdar hinsfrôda, t. I, p. xiv, édit. Gopenhag. 



14 INTRODUCTION GENERALE. 

vais, mais encore elles ne nous font pas trop présu- 
' merde Térudition de Tauteur, puisqu*eiie» n énoncent 
p0uilla plupart que ce qui se trouve déjà clairement 
exprimé oii suffisamment indiqué dans les poèmes 
eux-mêmes. 11 y a plus : toutes les fois qu'il arrive à 
fauteur des préfaces d'énoncer des faits ou de racon- 
ter des circonstances qui ne sont pas déjà indiquées 
par le poète , il laisçe voir son incapacité , en manquant 
le véritable point de vue du poème. Conclusion : 
comme il est impossible d'admettre que Sœmund le 
savant soit l'auteur de ces préfaces, il est également 
impossible d'admettre qu'il soit fauteur du recueil, 
puisque celui qui a fait le recueil a aussi fait les 
préfaces. 

Passons à d'autres preuves. Si le prêtre Sæmund 
avait laissé parmi ses écrits cette Edda qu'on lui attri- 
bue, cet ouvrage aurait certainement attiré fattention 
des savants islandais, et les écrivains n'auraient pas 
manqué de le citer fréquemment. Or le célèbre Snorri 
Starlason, qui florissait au commencement du xni* 
siècle, et qui était à la fois historien classique, poète 
distingué et premier magistrat en Islande, ne connais- 
sait pas le recueil qu'on attribue à Sœmund; il ne le 
cite dans aucun de ses écrits, bien qu'il eût eu souvent 
occasion de parier de cet ouvrage s'il l'avait connu, 
et il l'eût certainement coi^u si le recueil avait existe. 
Ce qui prouve encore que Snorri n'a jamais eu en main 
le recueU en question, c'est que les citations qu'il fait 



CHAPITRE IL 15 

des anciennes poésies nous présentent souvent des le- 
çons toutes différentes de celles qu*on trouve dans 
rildda : de plus , Snorri semble aussi avoir ignoré 
Texistettce de quelques poèmes qui font partie de c^ 
recueil ; enfin il a ignoré jusqu'au nom d'Edda qu'on 
ne trouve dans aucun de ses ouvrages. Par tout ce que 
nous venons de dire, nous croyons être en droit d'ad- 
mettre que FEdda en vers, loin d'avoir été composée 
par Sæmund, n'a pas même existé du temps de Snorri, 
mort en i a 4 1 . C'est chose digne de remarque, que 
le nom d'Ëdda ne se trouve dans aucun écrit avant 
le xiv" siècle; et encore ce nom cité dans deux 
poèmes de cette époque ne prouve-t-il rien pour 
l'existence de l'EkLda de Sæmimd : car, si dans le cé- 
lèbre poëme intitulé Lilia (le Lis), qu'on attribue à 
Eystein Arngrimsson, i36o, les préceptes poétiques 
sont appelés Eddu-reghr (règles de l'Ëdda), et si dans 
le poëme d'Arnas loDSSon, florissant vers lîyo, l'art 
poétique est appelé Edda-list (l'art de l'Edda), il est 
évident qu'il ne s'agit pas ici de l'Edda en vers attribuée 
à Sæmund, mais de l'Edda en prose que nous connais- 
sons sous le nom de Snorra-Eldda. Ce dernier recueil 
fiit composé à la fin du xiii" siècle par un grammairien 
islandais qui voulut faire un traité de rhétorique, 
de métrique et de poétique. B donna à son recueil le 
ùom dEdda (aieide), sans doute parce que ce livre ren- 
fermait d'anciennes traditions mythologiques que les 
personnes âgées prenaient pour sujet de leurs entre- 



16 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

tiens dans les longues veillées d*hiver. Comme cette 
Edda se composait surtout d'opuscules sortis de la 
plume de Snorri, on pouvait donner à ce livre le 
nom plus explicite de Snorra-Edda. Mais quant au 
recueil attribué à Sæmund, il nous semble qu'il a 
été composé à peu près vers la même époque que la 
Snorra-Edda, c est-à-dire à la fin du xin* ou au com- 
mencement du XIV* siècle. Tous les résultats des re- 
cherches que nous avons faites jusqu'ici et que nous 
venons d'exposer, confirment cette opinion; et pour 
la corroborer encore davantage nous ajouterons les 
considérations suivantes. Dès le commencement du 
xn* siècle , il s'était développé en Islande un esprit lit- 
téraire très-actif; non-seulement on commença à écrire 
l'histoire et à traduire des livres latins , on eut aussi 
soin de recueillir de la bouche du peuple les tradi- 
tions et les poésies anciennes. L'usage de l'écriture la- 
tine introduit au commencement du xni" «iècle, favo- 
risa ce mouvement littéraire, et les clercs se mirent 
avec zèle à composer des recueils de Sagas , de lois, de 
poésies et de traités philologiques ^. Aussi les manus- 
crits les plus anciens qui nous restent des monuments 
littéraires Scandinaves sont-ils de cette époque; ils 
ne remontent guère au delà du xin* siècle; tels sont 
notamment le Codex regias et le Fragmentam men- 
branemn de l'Edda en vers. C'est donc encore une 
raison de plus qui nous fait croire que l'Edda attri- 

* Voyez Vm Lâtina-stafrofit, p. 374, 275. 



CHAPITRE IL 17 

buée à Sæmund a été composée à la fin du xiii* ou au 
commencement du xiv" siècle, puisque lès plus an- 
ciens manuscrits de cette Ëdda ne remontent pas au 
delà de cette époque , et que , comme nous venons de 
le dire, c'est dans ce temps qu'on était plus particuliè- 
rement porté à faire des recueils. 

L'une et l'autre Ëdda appartenant à peu près à la 
même époque , il nous reste à déterminer laquelle des 
deux est la plus ancienne. Notre opinion à ce sujet pa- 
raîtra peut-être paradoxale ; cependant nous devons la 
soumettre à l'examen des savants. L'Ëdda de Snorri 
nous semble avoir été composée avant l'Edda de Sœ- 
mund, et voici les raisons sur lesquelles nous croyons 
pouvoir nous fonder. En comparant Tintrodùction en 
prose du poème Lokasenna avec le chapitre xxxiii 
du traité Skaldskaparmâl dans la Snorra-Edda^, on est 
fi^appé de trouver quelques circonstances rapportées 
en termes presque identiques dans l'un et l'autre écrit. 
Cette identité ne saurait être fortuite ; on découvre 
aisément que l'auteur de la préface a emprunté ces 
particularités au Skaldskaparmâl. En effet, ces détails 
rapportés sont bien à leur place dans le traité de 
Snorri, tandis qu'ils sont déplacés dans l'introduction 
dont nous parlons^. De là on peut induire que l'auteur 

* Snorra-Edda, p. 129, édit. de Rask. 

* Snorri pouvait très-biep dire : thôrr var eigi thar^ hann varfarinn 
i aastrveg» parce que deux lignes auparavant il avait dit qu'GSgir avait 
invité toiu les Ases; Tauteur devait doncjustifier l'absence de Thor. Mais 

2 



18 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

de rintroduction ou Tauteur du recueil attribué à Sæ- 
mund, a eu entre ses mains la Snorra-Edda. Car ce 
qui nous porte à croire que ces emprunts ont été faits 
dans le temps que le Skaldskaparmâl faisait déjà partie 
de la Snorra-Edda, c est que fauteur de fintroduc- 
tion doit avoir connu ce dernier livre, puisqu'il en a 
très-probablement emprunté le nom d'Edda qu'il a 
donné à son recueil de poésies. En efiFet on ne sau- 
rait nier que ce nom ne convienne mieux aux narra- 
tions en prose qu'à un recueil de poésies, et, par con- 
séquent, nous devons croire qu'il a été donné origi- 
nairement à la Snorra-Edda et que plus tard seulement 
il est devenu^ par imitation, le titre du fecueii de 
poésies. Comme la première Edda portait le nom de 
Snorri, la seconde reçut celui de Sæmund, soit que 
l'auteur du recueil crût réellement que les poésies 
avaient été composées par Sæmund, ou qu'il voulût 

dans la préface, les mots thôrr kom egi thvîat han var i austrvegÍM n'ont 
pas le même à-propos. Snorri dît très-bien : thâ Ut CEgir hem inn. . . . 
lysigull that er hirti oh lysti hôUinU sem eldr, puisqu'il ajoute sem i Val- 
hôUa vora sverdin firir elîd; mais dans la prélace la phrase thar var fy- 
sigjdl hafifyr eldUôs, ne s'explique que par ce qui est dit dans Skaldê- 
kaparmâl. Dans Snorri , le récit de la mort de Fimafengr est parfaite- 
ment à sa place; mais dans la préface il est tellement déplacé qu'il 
nous fait perdre le Téritable point de vue sous lequel le poème doit 
être envisagé. Enfin quand Snorri dit : vannz alltsiaîft, etc. il rapporte 
fidèlement la tradition mythologique; mais quand l'auteur de la pré- 
face dit : siâlft harsk thar ôU, il est en contradiction manifeste avec ce 
qui est rapporté dans le poème ; car nous y voyons Loki demandant à 
boire , Vidarr et Beyla remplissant les coupes , etc. etc. 



CHAPITRE II. 19 

simplement mettre à la tête de son livre un nom qui 
ne lut pas moins illustre que celui de Snorri. 

$ III. 

DU GENRE DE POÉSIE AUQUEL APPARTIENNENT LES POÈMES 
DE l'EDDA. 

Le genre de poésie auquel appartiennent les poè- 
mes de TEdda est le genre épique. La poésie épique 
est essentiellement narrative, elle raconte ïhistbire 
des héros. Elle choisit de préférence ses sujets dans 
les anciennes traditions parce qu'elles se prêtent 
mieux aux ornements et aux fictions poétiques que les 
événements plus récents et l'histoire contemporaine. 
Les traditions anciennes qui peuvent devenir des su- 
jets de poésie épique, sont, généralement parlant, de 
deux espèces que nous voulons désigner par les noms 
de traditions épiques mythologiqaes et traditions épiques 
héroïques. Les premières doivent être considérées 
comme les plus anciennes : elles se rapportent à la 
mythologie proprement dite, c'est-à-dire à la cosmo- 
gonie, à la théogonie, aux œuvres et aux actions attri- 
buées aux dieux. Les secondes, en général moins an- 
ciennes, tiennent le mflieu entre la fiction et la vérité , 
entre la fable et l'histoire. Elles nous représentent des 
héros qui appartenaient primitivement à l'histoire, 
mais que la tradition poétique a rattachés à la mytho- 
logie en l^s métamorphosant en demi-dieax , ou dieux du 
second ordre. Les deux espèces de traditions que nous 
venons de distinguer se trouvent le plus souvent con- 

2. 



2Ö INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

fondues et mêlées ensemble dans les poëmes épiques 
des différentes- nations. Ce mélange se fait d'autant 
plus aisément que ces traditions ne diffèrent pas essen- 
tiellement entre elles quant à leur origine et à leur 
nature, mais seidement quant à leur ancienneté. Dans 
TEdda, ces deux espèces de traditions forment deux 
classes de poëmes épiques très -distinctes. Ceux de 
la première classe, au nombre de quinze à dix-sept, 
composent la première partie du recueil attribué à 
Saemund. Ils traitent des sujets purement mytholo- 
giques où les dieux seuls sont représentés avec leurs 
différentes passions. Les poëmes de la seconde partie, 
au nombre de vingt à vingt-deux, sont évidemment 
moins anciens que les précédents, et ils nous mon- 
trent au milieu des images et des ornements de la 
poésie la tradition historique encore toute pure. Dans 
ces poëmes, ce np sont pas les dieux et les déesses qui 
occupent la scène, ce sont des héros et des héroïnes, 
personnages originairement historiques, mais devenus 
plus ou moins fabuleux dans la tradition et la poésie. 

S IV. 

DE LA FORME NARRATIVE ET DE LA FORME DRAMATIQUE 
PES POËME^ DE l'EDDA. 

Les trois poëmes que nous publions sont tirés de 
la première partie de i*Edda; tous les trois appar- 
tiennent donc, par les sujets qu'ils traitent, à la my- 
thologie proprement dite. 



CHAPITRE IL 21 

Si d'un côté il y a de grands rapports de ressem- 
blance entre les poèmes Voluspâ, Vafthrùdnismâl et 
Lokasenna , en ce que tous les trois appartiennent au 
même genre de poésie épique, oa remarque d'un 
autre côté une dififérence sensible entre eux, dans la 
forme ou la manière dont les sujets y sont mis en 
scène. Ainsi, dans Voluspâ, c'est le récit épique ou la 
narration qui domine presque exclusivement; dans 
Vafthrùdnismâl, au contraire, il y a déjà une tendance 
prononcée à remplacer la narration par le dialogue; 
enfin, dans Lokasenna, le dialogue se trouve établi 
du commencement jusqu'à la fin du poème, non-seu- 
lement entre deux personnes, mais encore entre plu- 
sieurs interlocuteurs. Ainsi, nous voyons la poésie 
épique prendre dans Vaftlmidnismâl et Lokasenna la 
forme de la poésie dramatique. 

Ce phénomène remarquable de la transition du récit 
épique au dialogue dramatique ne doit pas nous sur- 
prendre dans la httérature Scandinave, puisque nous 
le remarquons également dans toute littérature qui 
s'est formée et développée indépendamment de toute 
influence étrangère. Chez les Hindous comme chez 
les Grecs, nous voyons le drame naître du récit et se 
former presque à la suite de l'épopée. Si à Rome les 
poètes dramatiques précèdent les poètes épiques, (fest 
que la littérature romaine ne s'est pas développée pai' 
elle-même. Les Romains étaient les imitateurs des 
Grecs, et il leur a été plus facile d'imiter d'abord les 



22 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

drames de leurs maîtres avant d'imiter lem's épopées. 
Au contraire, lorsque dans le moyen âge les peuples 
de TEurope, par leur ignorance inême , étaient réduits 
exclusivement aux ressources de leur propre génie, 
n*a-t-on pas vu les mystères qni, sous plus d'un rap- 
port, formaient ce qu'on pourrait appeler la poésie 
épique chrétienne, donner le premier essor à l'art 
dramatique, des nations modernes? Il est d'ailleurs 
conforme à la nature que le drame naisse de l'épo- 
pée dont il diffère bien moins par le fond que par la 
forme. En efiFet, nous voyons que les sujets des tra- 
gédies grecques et des drames indiens sont emprun- 
tés pour la plupart aux temps héroïques et mytho- 
logiques qui ont également fourni les sujets des 
épopées. La narration de l'épopée peut même prendre 
quelquefois la forme du drame; car de même que 
l'orateur se plaît à remplacer une description par ime 
brillante hypotypose, de même il arrive aussi que 
le poète épique, au lieu de raconter les actions, fait 
parler et agir ses héros devant nous, et qu'à la place 
d'un récit il met une scène. Mais du moment que la 
narration est remplacée par le dialogue, et que le 
poète se dérobe, pour ainsi dire, derrière le person- 
nage qu'il fait parler, la transition de l'épopée au drame 
commence, ou plutôt elle s'est déjà opérée. C'est à 
cause de la facilité avec laquelle cette transition se 
fait, qu'on voit quelquefois dans le même poème 
épique la forme du drame employée à côté de la nar- 



CHAPITRE II. 25 

ration. Qu'on compare par exemple les deux épopées 
sanscrites , le Râmâyana et le Mahâbhârata. Dans le 
premier de ces poèmes , tout est encore, comme dans 
Homère, dit et présenté sous forme de narration; 
les discours sont mpportés comme les faits, et le lec- 
teur ne perd jamais de vue le poète racontant les aven- 
tures de son héros. Au ccmtraire, dans le Mahâbhârata, 
qui est une épopée moins ancienne, le poète dispa- 
raît quelquefois derrière les personnages qu'il met en 
scène; et si les interlocuteurs n'étaient pas chaque 
fois annoncés et pour ainsi dire introduits avec la for- 
mule ordinaire : un tel a dit, on s'imaginerait qile 
c'est un drame ou un dialogue qu'on lit, et non la 
narration épique du poète qui rapporte les discours 
des héros de son épopée. Cette transition du récit au 
dialogue se montre encore plus clairement dans nos 
deux poèmes Vafthrádnismál et Lokasenna. Dans le 
premier, il n'y a qu'une seule strophe, la cinquième, 
qui nous avertisse que c'est le poète qui parle; tout 
le reste du poème est un dialogue entre les person- 
nages mis en scène. Dans Lokasenna , tout est dialo- 
gué du commencement jusqu'à la fin; seulement les 
interiocuteurs sont annoncés comme dans l'épopée in- 
dienne, par les mots : un tel a diti et encore ces mots 
paraissent^ils être une interpolatfit^n faite par l'auteur 
du recueil ou par quelque copiste ^ 

Nous avons insisté sur le rapport qu'il y a entre la 

' Voyez Tintroduction au poème Lokasenna. 



24 INTRODVCTION GÉNÉRALE. 

poésie épique et ia poésie dramatique , d abord pour 
faire voir comment les dififérents genres de poésies 
naissent les uns des autres, et ensuite pour montrer 
que les Islandais n'avaient qu'à faire un pas de plus 
pour arriver au drame proprement dit. S'ils n'ont 
pas fait ce pas, il le faut attribuer, moins au manque 
de génie qu'aux circonstances défavorables dans les- 
quelles, ils se sont trouvés. En effet, pour faire naître 
l'art dramatique, c'est peu de composer des drames, 
il faut les représenter. Mais le moyen d'avoir un 
théâtre , quelque mesquin qu'il fut, dans une île pauvre 
comme l'Islande et dont les habitants devaient garder 
par nécessité, si ce n'était par goût, la plus grande 
simplicité dans leurs mœurs et dans leurs amuse- 
ments ? 

S V. 

DES SDJETS MYTHOLOGIQUES TRAITÉS DANS LES POÈMES 
DE l'eDDA. 

. Après avoir parlé du genre de poésie auquel appar- 
tiennent les chants de l'Edda, il nous resterait main- 
tenant à examiner les sujets traités dans les poëmes 
épiques Scandinaves; et comme ces sujets sont pour 
la plupart mythologiques, on s'attend peut-être à 
trouver dans cette introduction un aperçu de la. my- 
thologie du Nord. Mais comme nous ne devons traiter 
ici que d'une manière générale les questions qui se 
rapportent plus ou moins directement à notre sujet, 



CHAPITRE IL 25 

nous ne pouvons entrer dans des détails qui nous fe- 
raient perdre de vue notre but principal ^ 

D'ailleurs comment donner de la mythologie un 
exposé rapide qui satisfasse aux justes exigences de la 
science? Ce n*est que de nos jours qu'on conunence 
à rassembler les matériaux et à les mettre en ordre 
d'après des principes scientifiques. Un travail sm* l'en- 
semble des mythes sera seulement le résultat de l'ex- 
plication juste et complète de tous les monuments qui 
nous restent des anciens peuples teuto-gothiques. Il 
y a plus : un aperçu général de la mythologie où l'on 
laisserait de côté les détails et qui satisfît en même 
temps à la science, est impossible à donner, d'abord 
parce que la véritable science tient autant aux détails 
qu'aux généralités, et ensuite parce que la mythologie 
n'est pas un système dont on puisse indiquer les 
principaux traits et tracer seulement les contours ou 
les linéaments. La mythologie, il faut le dire, ne sau- 
rait être un tout systématique, déterminé dans son 
plan et limité dans ses parties , parce qu'elle n'est pas 
une production qui soit sortie toute formée du sein 
d'ime seule idée-mère ; mais elle est née successive- 
ment et s'est développée peu à peu, presque comme 
au hasard, sous l'influence d'idées très-diverses, le 

* Si l'on veut se contenter d'une simple notice sur la mythologie 
Scandinave , on trouvera de quoi satisfaire sa curiosité dans le livre 
de Mallet, intitulé Edda» ou Monuments de la mythologie et de la 
poésie des anciens peuples du Nord; Genève, 1787, 3*édit. 



26 INTRODUCTION •GENERALE. 

plus souVent indépendantes elles-mêmes de tout sys- 
tème déterminé : c'est pourquoi elle n'exclut pas les 
contradictions qui sont les ennemies jurées des systè- 
mes et n'empêche point les accroissements démesurés 
oii disproportionnés que certaines parties de l'en- 
semble peuvent prendre sur les autres parties: Pourdé- 
velopper davantage ces vérités^ qui, ce nous^ semble, 
ne sont pas encore généralement senties , qu'il nous 
soit permis d'entrer dans quelques courtes considéra- 
tions sur la mythologie en général et sur la manière 
de la traiter. 



CHAPITRE III. 

CONSIDÉRATIONS SUR LA MYTHOLOGIE 
ET SUR LA MANIERE DE LA TRAITER. 



S I. 



DES DII^FÉRXNTES OPINIONS SDR LA NATURE 
DE LA MYTHOLOGIE. 

H n'y a peut-être pas de sujet de science sur lequel 
les érudits se soient formés des notions aussi diiFé- 
rentes les unes des autres, des idées aussi incomplètes 
et souvent aussi erronées que sur la mythologie. 

En effet, les ims l'envisageant sous le point de vue 
purement théologique , n'y voient que les systèmes reli- 
gieuî; des peuples anciens, ou la doctrine des croyances 



CHAPITRE III. 27 

du paganisme. Considérée de cette manière, la my- 
thologie ne se présente que comme un tissu d'erreurs, 
de mensonges et d'impiétés, et cest à bon droit que 
i orthodoxie la regarde comme une supercherie &itó 
au genre humain par le génie du mal. 

Les autres, méconnaissant dans la mytholc^e 
l'élément religieux, n'y voient réellement que de la 
poésie, de la fiction, une création toujours arbitraire, 
souvent plaisante et quelquefois bizarre de Tiâiagi- 
nation poétique. Comme telle, on }a juge naturelle- 
ment digne d'être étudiée, à l'égal de tant d'autres 
choses dont la connaissance contribue à notre amuse- 
ment, et l'on accorde bien qu'elle mérite notre atten- 
tion , parce qu'on en parle si souvent dans les livres 
des anciens et des modernes. C'est dans ces vues et 
d'après cette idée qu'on dirait rédigés la plupart des 
abrégés de mythologie à l'usage des collèges et des 
pensionnats de jeunes demoiselles. 

D'autres enfin semblent s'imaginer que la mytho- 
logie n'était faite que pour cacher sous la forme du 
symbole et sous l'image de l'allégorie la sagesse, le 
profond savoir et les mystères de l'antiquité. Sous 
ce point de vue , les opinions ne diffèrent que par 
rapport à f espèce de science qu on dit être renfermée 
dans le système mythologique. .Selon les uns, ordi- 
nairement amateurs de la philosophie, c'est la méta- 
physique; selon les autres, qui ont étudié le mou- 
vement du ciel, c'est l'astronomie; et si l'on en croit 



28 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

ceux qui sont initiés aux sciences naturelles, c'est 
la physique mécanique qui forme la base de la my- 
thologie : et vcnlà que tous s étudient à expliquer les 
mythes daprès leur système et leur opinion indivi- 
duelle, et que chacun met en œuvre ime érudition 
vraiment prodigieuse pour trouver dans ces mythes 
la clef qui doit nous ouvrir le sanctuaire des connais- 
sances occultes de la Celtique et de la Scandinavie, 
de la Grèce et deTÉgypte, de la Scythie et de Tlran, 
de rinde.et de la Chine. Y a-t-il à s étonner après cela 
si, en voyant les opinions contradictoires desérudits, 
f homme d'un jugement sain se défie des ouvrages 
sur la mythologie comme Ton se défierait des sciences 
alchimiques ou astrologiques ? 

S IL 

« DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE MYTHES. 

Pour savoir ce que c'est que la mythologie, il faut 
se demander comment elle s'est formée, il faut re- 
monter à son origine, la suivre pas à pas dan3 son 
développement progressif et rassembler, aux diverses 
époques de sa formation, les différents éléments qui 
sont entrés successivement dans * sa composition. Si , 
en suivant cette marche, en remontant dans l'his- 
toire des nations aussi haut qu'il est possible, nous 
examinons sans esprit de système les monuments où 
nous puisons la connaissance des mythes ; si nous étu- 
dions ces monuments dans l'ordre chronologique, en 



CHAPITRE III. 29 

portant notre attention sur les détails et les particu- 
larités de chacun séparément, et en expliquant chaque 
mythe par lui-même, sans recourir aux explications 
fournies par d autres mythes, sauf à lei réunir ensuite 
et à les considérer dans Í«ur ensemble, voici à peu 
près comment nous nous expliquerons la nature, f ori- 
gine et la formation de la mythologie. 

Avec l'enfance des sociétés commence l'histoire, 
naissent les traditions; ces traditions s'altèrent, se dé- 
naturent en passant de bouche en bouche , d'ime gé- 
nération à l'autre. L'esprit de l'homme, naturellemeot 
porté au merveilleux, au gigantesque, au sublime, et 
dominé qu'il est par ime imagination vive et fantasque, 
grossit, exagère et embellit les traditions de l'histoire. 
Alors les héros se changent en demi-dieux , en dieux, 
leurs actions en prodiges. Ce qui était historique dans 
le principe appartient maintenant autant à la fable 
qu'à l'histoire. De là une première espèce de mythes 
qu'on peut appeler myðieshistoriíjnes, parce qu'As re- 
posent dans l'origine sur Yhistoire traditionnelle. 

Lorsque la société est plus avancée dans la civi- 
lisation et que la religion s'est alliée aux traditions an- 
ciennes, alors la poésie, au service de la religion, et 
se confondant avec elle, commence à se développer. 
Le poète emprunte les sujets de ses chants à l'histoire 
traditionnelle de sa nation. Cette première poésie est 
de sa nature toujours plus ou moins épique, car elle 
raconte les hauts faits et les événements mémorables 



50 INTRODUCTION GENERALE. 

de rantiqiàté; mais elle les raconte dans ^intention 
de plaire , ^intéresser et d*ém<niToir, embellissant ce 
qui a besoin d'ornement, retranchant ce qui déplai- 
rait, enchaînant ce qui paraîtrait décousu et façonnant 
le tout peur en former im ensemble poétique plein de 
charmes, de goût et d'intérêt. Cet arrangement poé-^ 
tique des traditions, ou ces transformations qu'on leur 
fait subir pour les rendre plus propres à devenir des 
sujets de poésie, occasionnent et -nécessitent la créa- 
tion d'un grand nombre de mythes qui ont leur unique 
source dans l'imagination du poëte. Cest pourquoi 
cette seconde espèce de mythes peut être convena- 
blement désignée sous le nom de mythes poétiques. 

Lorsque dans la suite, par différentes circonstances, 
surtout par la réunion politique des peuplades en un 
corps de nation, le mélange des traditions de &mille 
et de tribu a pu s'opérer, la science encore novice de 
l'époque, entreprend de classer, de coordonner, de 
mettre en système les différentes traditions, de con- 
cilier habilement ce qui se contredit pn elles, et sur- 
tout de préciser les rapports qui devront exister entre 
les différentes divinités, jadis adorées séparément, et 
maintenant réunies en une société , en un corps de fii- 
niille. La philosophie , encore toute jeune et présomp- 
tueuse , commence à agiter les grandes questions sur 
l'origine des choses. Le poète, à la fois philosophe et 
prêtre , crée avec hardiesse une cosmogonie et une 
théogonie. C'est alors (fue commence une nouvelle 



CHAPITRE III. 51 

période pour la mythologie qui, dès ce moment, 
prend un caractère plus systématique. Elle ne se 
compose plus seulement des traditions historiques et 
religieuses de quelques familles, elle forme mainte- 
nant Torigine de l'histoire et la base des croyances 
de toute une nation; c'est un système religieux en- 
tremêlé de poésies, de théories philosophiques et 
scientifiques de toute espèce. Mais par cela même 
que la mythologie devient plus complexe et plus sys- 
tématique, elle change de nature et perd en grande 
partie son caractère primitif. En effet, la nature de la 
mythologie consistait jusqu'ici dans le développement 
progressif, spontané et organique de ses parties, le- 
quel se faisait presque sans le secours de la réflexion. 
Maintenant, au contraire, ce n'est plus la tradition 
ou l'histoire traditionnelle qui engenche peu à peu les 
mythes, c'est la réflexion, la science qui les invente 
tout d'un coup, et en vue d'un système déterminé. 
La philosophie, cachant ses vérités et ses maximes 
sous l'image du symhole et sous le voile de l'allégorie, 
les introduit dans la mythologie ou dans le système 
des croyances religieuses. L'astronomie et l'astrologie 
produisent tour à tour,un nomhre infini de mythes, 
et la physique, personnifiant les forces de la nature, 
les fait agir sous lé nom et la figure de quelque divi- 
nité. L'histoire même semble voidoir se compléter 
par des mythes; comme si elle avait besoin de sup- 
pléer au défaut de tradition et de documents , elle 



32 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

s appuie sur lexplication étymologique de quelques 
noms propres pour construire une histoire imaginée 
à la place de l'histoire véritable. En général, il ny a 
peut-être pas de mythologie qui ne renferme un grand 
nombre de mythes symboliques, astronomiques, phy- 
siques et étymologiques, que tous on peut com- 
prendre sous le nom de mythes scientifiques i parce que 
tous doivent leiu: origine à la réflexion ou à la science. 

î III. 

COMMENT ON PEUT DISTINGUER LES DIFFÉRENTES ESPÈCES 
DE MYTHES. 

Par l'exposé rapide que nous venons de faire , on 
a pu se convaincre que les mythes ne sont pas tous 
de la même espèce; tous par conséquent ne doivent 
ni être envisagés ni être expliqués de la même ma- 
nière. On comprendra qu'il serait ridicule de chercher 
un sens profond et métaphysique dans des mythes 
d'imagination; de prendre les fictions du poète pour 
des fidlégories ou des symboles, et des mythes étymo- 
logiques pour de l'histoire véritable. Il importe donc 
avant tout de bien savoir distinguer les différentes 
espèces de mythes. 

Quels sont, demandera-t-on, les signes auxquels on 
peut reconnaître ces différentes espèces? quelles sont 
les règles à suivre pour ne pas les confondre et pour 
se garantir de toute erreur ? A cela on doit répondre 
qu'on ne saurait donner des règles assez explicites 
pour prévenir toute erreur, et assez nombreuses 



CHAPITRE III. 55 

pour résoudre tous les problèmes ; que le seul moyen 
de trouver la vérité , c'est d'avoir beaucoup de juge- 
ment et un tact sûr, puisque celui qui en sera doué 
y puisera facilement toutes les instructions et toutes 
les règles qui doivent le diriger dans ses travaux et le 
préserver de toute méprise. Il est du reste moins dif- 
ficile qu'on ne le croirait de savoir distinguer les diffé- 
rents éléments qui composent la mythologie. Quant 
à l'élément historique , il suffit souvent de la simple 
inspection pour découvrir ce qui appartient à l'his- 
toire et ce qaîi faut reléguer parmi les fables. En 
effet, tout ce qui est physiquement impossible, tout 
ce qui est merveilleux, fantastique, ne saurait être 
de l'histoire, fl n'y a donc de difficultés que lors- 
qu'il s'agit de séparer dans le mythe ce qui est de 
l'histoire pure de ce qui n'en est qu'une enveloppe 
ou un ornement poétique. Dans ce cas, la connais- 
sance parfaite du génie de la nation et du génie de sa 
poésie, nous mettra suffisamment en état de distin- 
guer la réahté historique d'avec l'invention fabuleuse. 
Comme, de nos jours, par un excès de scepticisme ou 
par ime opinion erronée sur l'esprit de l'antiquité, on 
traite trop légèrement de fable tout ce qui est ra- 
conté dans les poésies des anciens, il ne sera peut-être 
pas inutile de dire que les anciens, quelque dominés 
qu'ils aient été par leur imagination , ont cependant 
moins que les nations modernes, traité des sujets pu- 
rement fictifs, et que leur poésie repose bien plus sou- 

3 



34 INTRODUCTION GENERALE. 

vent que ia nôtre sur des données historiques, ou du 
moins sur des traditions plus ou moins anciennes. 
Cette vérité, quelque paradoxale qu'elle paraisse d'a- 
bord , se trouve constatée quand on compare les poé- 
sies des ancienis peuples de l'Asie et de l'Europe avec 
les poésies des nations modernes ; et d'ailleurs elle 
s'explique et se confirme par cette considération phi- 
losophique, que plus l'homme est encore près de son 
enfance ou de son état primitif, moins il lui est pos- 
sible de sortir, par la pensée , de la réalité qui l'entoure , 
pour entrer dans le monde fabuleux de l'imagination. 
On aurait donc tort de méconnaître dans la my- 
thologie l'élément historique et de ne lui pas fiiire une 
assez large part; mais on conçoit que cet élément ne 
peut se trouver que dans les mythes les plus anciens, 
parce que, plus tard, lorsqu'on commença à écrire 
l'histoire , le mythe et la tradition historiques devin- 
rent non-seidement inutiles, mais à peu près impossi- 
bles. H est donc à remarquer que les mythes les plus 
récents reposent rarement sur une base historique , 
mais plus souvent sur les théories créées par les 
sciences et la philosophie et cachées par les poètes , 
sous la forme du symbole et de l'allégorie. Les mythes 
que nous avons nommés mythes allégoriques et symboli- 
ques, ne sont pas plus difficiles à reconnaître et à dis- 
tinguer que les autres espèces : l'œil exei^céles discerne 
sans peine, et l'esprit sagace en trouve facilement l'ex 
plication. 



CHAPITRE III. 35 

S ÏV. 

DE I.S. MANIÈRE DE TRAITER L4 MYTHOLOGIE. 

Les différentes espèces de mythes une fois recon-, 
nues, il s'agît de les réunir et de les présenter dans 
leur ensemble. Le plan à suivre dans ce travail est in- 
diqué clairement par la nature du sujet que nous vou- 
lons traiter. En effet, la mythologie s*étant formée 
peu à peu, il faut lexposer selon Tordre des temps, • 
depuis sa formation et son développement progressif 
jusqu'à son entier achèvement, et distinguer par con- 
séquent plusieurs périodes dans lesquelles les my- 
thes se sont de plus en plus agglomérés, modifiés et 
généralisés. Ce plan, à la fois naturel et simple, a le 
grand avantage de mettre d'abord toute chose à la 
place qu'elle occupait primitivement, et de montrer 
ensuite comment tout s'enchaîne et se tient, même 
ce qui se contredit; comment tout est important et 
essentiel, înêmece qui paraît être un accessoire ou un 
àétàîi insignifiant, et enfin comment il peut y avoir 
un ensemble bien ordonné sans qu'il y ait pour cela 
un système raisonné. 

Ce n'est point ici le lieu de traiter la mythologie 
Scandinave d'après les vues et le plan que nous venons 
d'indiquer; l'exposé de l'ensemble de la mythologie ne 
doit pas servir d'introduction à l'explication des sour- 
ces mythologiques, mais il doit être le résultat de 
cette expUcation. Nous n'avons à faire ici qu'un travail 

3. 



36 INTRODUCTION GENERALE. 

préparatoire; il s'agit pour nous de dresser en quelque 
sorte Tinventaire des mythes, à mesure que nous les 
trouverons dans. les monuments littéraires des Scan- 
dinaves. Nous expliquerons donc successivement les 
différents chants de TEdda, en tâchant de ne pas con- 
fondre et entremêler les diverses traditions mytholo- 
giques qu'ils renferment. Loin d'être étonné ou choqué 
des contradictions qui pourront se montrer dans l'en- 
semble des mythes, nous les verrons au contraire 
avec plaisir, sachant que plus il y a de contradictions 
dçins une mythologie , plus c'est une preuve qu'elle 
n'a été ni contrariée ni gênée dans sa vie et son 
développement spontané par l'esprit de système et les 
théories raisonnées. Nous n'emprunterons rien á telle 
tradition pour l'ajouter à telle autre dans le but de 
compléter cette dernière, de l'amplifier et de l'expli- 
quer. Nous ne nous hâterons pas non plus de com- 
parer les mythes des Scandinaves avec ceux des autres 
nations et de chercher des analogies dans les détails 
des récits, convaincu que nous sommes, que Ton 
n'emploie avec succès la méthode comparative qu'a- 
près avoir bien examiné chaque chose séparément et 
avoir reconnu parfaitement la nature des termes que 
l'on veut faire entrer en comparaison. Sans avoir trop 
de confiance dans les explications suggérées par une 
étymologie hasardeuse et souvent erronée, nous ne 
négligerons point cependant de profiter des ressources 
de la philologie, pour trouver dans la signification des 



CHAPITRE 111. 37 

noms mythologiques, quelques éclaircissements et 
quelques i*enseignements utiles; car, on ne saurait 
nier, puisque M. J. Grimm Ta si bien démontré par 
le fait ^ , que les mots contiennent quelquefois dans 
leur étymologie des témoignages historiques non-seu- 
lement sur les choses qu'ils désignent, mais encore sur 
des époques très-anciennes dont il ne reste souvent 
d'autre document que celui qui est tiré de l'existence 
et de la signification de ces mots mêmes. Nous espé- 
rons que les résultats de ce travail préUminaire joints 
à d'autres déjà obtenus par le zèle d'illustres érudits ^, 
fourniront un jour à quelque savant les matériaux né- 
cessaires pour composer un ouvrage où l'on n'expli- 
quera pas seulement la mythologie Scandinave, mais 
où l'on indiquera aussi les rapports qu'il y a entre les 
mythologies des différents peuples de l'antiquité. Cet 
ouvrage sera, nous n'en doutons pas, du plus haut inté- 
rêt pour le philosophe , qui y verra fesprit humain se 
manifestant dans la mythologie sous mille formes di- 
verses; pour le théologien, qui y apprendra à connaître 
l'origine et le caractère distinctif des religions non ré- 

* Deutsche Mythologie, Gôltingen , i835. 

^ Le piÎDcipal ouvrage que nous ayons sur la mythologie Scandinave 
est le Lexicon mythologicum, rédigé par Tillustre savant, M. Finn Ma- 
gnussen. Ce livre se distingue surtout par l'érudition prodigieuse que 
Tauteur y a déployée. Un autre ouvrage qui a un mérite tout différent 
de celui du Dictionnaire mythologique est le livre intitulé : derMythus 
von Thon le célèbre poète allemand M. Louis Uhland en est Tauteur; il 
y explique les mythes sur Thor d'une manière ingénieuse et naturelle. 

* 3.. 



38 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

vélées; pour rhistorien, qui trouvera dans les mythes 
d'anciennes traditions historiques remontant quelque- 
fois jusqu'aux premiers âges des nations; enfin, pour le 
poète et l'artiste, qui verront le génie poétique de l'an- 
tiquité se manifestant avec le plus d'éclat et de vivacité 
dans les fictions toujours agréables, souvent instruc- 
tives etquelquefois sublimes de la mythologie païenne. 
Après avoir discuté des questions qui se rapportent 
exclusivement au contenu ou à la matière des poésies 
Scandinaves, nous présenterons maintenant quelques 
considérations sur des sujets qui tiennent uniquement 
à l'extérieur ou à la forme de ces poésies. Nous par- 
lerons successivement de la.langue, de la prosodie et 
de la versification islandaise. 



CHAPITRE IV. 

EXAMEN PHILOLOGIQUE DE LA LANGUE ISLANDAISE. 



S I. 



DES DIFFÉRENTS SYSTEMES d'oRTHOGRAPHE SDIVIS DA»S 
LES MANUSCRITS ISLANDAIS ET LES EDITIONS DE l'eDDA. 

Notre intention ne saurait être de faire ici une 
analyse complète de la langue, et nous nous croirions 
même dispensé d'entrer dans aucim examen philolo- 
gique) si l'état de la grammaire islandaise n'était pas 



CHAPITRE IV. 39 

tel, que l'orthographe des mots est encore aujourd'hui, 
dans beaucoup de cas, quelque peu incertaine. C'est 
donc en partie dans le but de contribuer à lever l'in- 
certitude qui règne dans l'orthographe, que nous nous 
livrons à cet examen philologique , en partie aussi pour 
justifier l'orthographe que nous avons adoptée nous- 
mêmes en transcrivant les textes que nous publions. 
Là seule règle qu'on croit pouvoir donner toutes les 
fois qu'il s'agit d'orthographe, c'est de suivre l'usage 
pour les langues vivantes, et les manuscrits pour les 
langues mortes. Reproduire exactement l'orthographe 
des manuscrits, ce serait donc à nous notre unique 
tâche et notre seul devoir ^ Cependant la règle indi- 
quée, quelque juste et rigoureuse qu'elle soit en diplo- 

' n n'est pas inutile de rappeler ici quelques principes qu'on devrait 
toujours suivre quand on publie, d''après des manuscrits, le texte de 
quelque monument littéraire du moyen âge. Si un texte de philologie 
est publié pour la première fois , il doit , selon nous , être une copie 
exacte du manuscrit, pour qu'on puisse travailler sur ce texte comme 
l'on ferait sur le manuscrit lui-même , et préparer ainsi une seconde 
édition qui sera une édition critique. Rien n'est si nuisible à la philo- 
logie que les textes oà l'on s'est permis de faire des changements aux 
mots pour rajeunir, comme on dit , le langage et mettre de l'uniformité 
entre l'orthographe du manuscrit et l'orthographe actuellement en 
usage. En second lieu , si l'on a à sa disposition plusieurs manuscrits , 
il ne faut pas les suivre tous à la fois ; il ne faut suivre , dans le texte , 
que celui d'entre eux qui paraît être le meilleur, et avoir soin de mettre 
en note les leçons des autres manuscrits, avec indication de celle qui 
semble devoir être préférée. Nous avons rappelé ce dernier prindpe 
surtout parce qu'il doit aussi trouver son application toutes les fols 
que les manuscrits d'un texte suivent des systèmes d'orthographe diffé- 
rents. 



40 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

matique, ne nous semble pas avoir autant d'autorité et 
de justesse en philologie; car il doit être permis au phi- 
lologue qui envisage bien moins la langue écrite que 
la langue parlée, de corriger ïorthographe vulgaire dès 
qu'il lui est prouvé que la langue, telle qu'on l'a écrite, 
ne correspond pas assez exactement avec la langue 
teUe qu'on doit l'avoir pariée. H y a plus : la règle de- 
vient même impossible à observer dans beaucoup de 
cas; car comment la suivre si les manuscrits qui doi- 
vent nous guider diiTèrent entre eux dans l'ortho- 
graphe, ou, ce qui est plus fâcheux encore, si dans le 
même manuscrit les mêmes mots se trouvent écrits de 
plusieurs manières? Alors évidemment cette prétendue 
autorité positive de l'orthographe vulgaire et de l'usage 
suivi dans les manuscrits nous laisse dans le doute, et 
nous sommes obligés, pour sortir de l'incertitude, de 
recourir au raisonnement ou à la critique, qui sont, en 
toutes choses, les seuls juges en dernier ressort. 

On a, il faut le dire, beaucoup exagéré les inexac- 
titudes et les défauts des manuscrits , surtout de ceux 
qui renferment les monuments littéraires des lan- 
gues du moyen âge. On a bien souvent pris pour des 
irrégularités dans l'orthographe , les différences qu'on 
y a établies à dessein pour marquer la différence 
des didiectes ou des formes de la langue à telle ou 
teUe époque; et ce qu'on devait attribuer à ime sa- 
vante et exacte distinction, on l'a attribué, le plus 
souvent, à f ignorance, à l'inattention ou au caprice 



CHAPITRE IV. 41 

des copistes. Néanmoins, quelque large part quon 
fasse à la différence des dialectes et des formes de la 
langue, selon les localités et les époques, toujours y 
aura-t-il dans beaucoup d'inscriptions et dans beau- 
coup de manuscrits , des anomalies qu'on ne pourra 
attribuer qu'à l'incertitude qui régnait dans f orthogra- 
phe. Pour s'en convaincre, il suffit de savoir que, par 
exemple, le mot eftir se trouve écrit sur les pierres 
nmiques de vingt-huit manières différentes, et dans 
les manuscrits desxni* et 3uv* siècles, ce même mot se 
présente encore sous dix-sept formes diverses \ M. J. 
Grimm s'est vu dans la nécessité d'abandonner en 
beaucoup de points l'orthographe des manuscrits alle- 
mands; Rask se plaint également de la confusion qui 
règne dans l'orthographe des mots anglo-saxons, et 
l'on peut élever la même plainte au sujet des manus- 
crits vieux firançais, où souvent, sur la même page, le 
même mot se trouve écrit de plusieurs manières. 

Ces anomalies et ces différences dans l'orthographe, 
il faut les attribuer d'abord à la difficulté qu'il y avait 
d'écrire les langues germaniques ou 'gothiques du 
moyen âge en caractères empruntés à la langue latine, 
et ensuite au peu d'habitude qu'on avait d'écrire et de 
lire des livres en langue vulgaire. L'usage qui naît pré- 
cisément de la pratique fréquente d'une chose ne pou- 
vait donc pas tellement se fixer dans l'écriture , ni 

* Voyez Svensh spraklâra utyifven af svenska Ahademien ; Stockholm, 
i836, page ix. 



42 INTRODUCTION GENERALE. 

établir ses règles et faire autorité comme chez nous. 
Quant aux manuscrits de TEdda en vers , il faut con* 
venir que sous le rapport de l'orthographe ils ne sont 
pas exempts des dé&uts que nous venons de signaler; 
non-seidement le Codex regius et le Fragmentum mem- 
braneanij les dqux plus anciens manuscrits de l'Edda, 
ne suivent pas le même système d'orthographe, mais 
encore ne sont*ils pas toujours conséquents dans le 
système qu'ils ont adopté. Cette différence dans la 
manière d'écrire les mots et ces inconséquences ne 
doivent pas nous étonner; car, comment eût-il été 
possible avec les connaissances grammaticales si bor- 
nées de ces temps , de créer une orthographe par- 
faite qui est seidement le résultat des plus hautes 
études philologiques? Cependant les études gramma- 
ticales nont pas été négligées en Islande; elles y fu- 
rent Gultivéeiï dès le conunencement du xi* siècle. 
Thôroddr le maître ès-ranes (rûnameistari) et le prêtre 
Ari le savgM connaissaient Priscién et peut-être en- 
core quelque autre granmiairien latin. On appliqua à 
l'alphabet runique le système grammatical des Ro- 
mains , et l'on détermina les lettres tant voyelles que 
consonnes qui se correspondaient dans la langue 
latine et la langue islandaise. Plus tard, principa- 
lement dès la première moitié du xrii' siècle, on 
abandonna l'écriture runique et Ton commença à se 
servir généralement de l'écritm^e latine. 11 fallut donc, 
pour substituer un alphabet à l'autre , comparer 



CHAPITRE IV. 43 

auparavant les caractères runîques avec les carac- 
tères romains, ou en suivant une méthode plus ra- 
tionneUe mais plus difficile, analyser les sons de la 
langue même et les exprimer au moyen de f alpha- 
bet latin. Cette analyse de la langue et de récriture 
runique forme le sujet de deux traités qui font partie 
de la Snorra-Edda et qui ont été composés dans la 
première moitié du xiii* siècle. Le premier traité inti- 
tulé Um IMnu-stafroJU (de falphabet latin), a pour au- 
teur un clerc ou prêtre islandais dont le nom ne nous 
est pas connu. Ce grammairien avait étudié Thôroddr, 
Ari frôdi et Priscien; il connaissait également l'al- 
phabet anglo-saxon qu il semble avoir pris pour base 
de son alphabet islandais. L'autre traité est intitulé 
Mál-frtÆinnar Grand-vollr ( fondement de la gram- 
maire ) et renferme quelques considérations générales 
sur la langue et une analyse de Talphabet runique. 
L'auteur de cet écrit est sans doute Olaf Thôrdarson 
surnommé Hvitaskald { le poète blond ) ; Olaf était 
neveu de Snorri; pendant les années ia36 à laáo, 
il vécut à la cour du roi de Danemarck Waldemar II, 
et mourut en Mande en i iSg ^. 

On trouve dans l'un et l'autre de ces traités des 
observations fines sur la prononciation et l'orthi^ra- 
phe; mais principalement la dissertation de Valphabet 
latin paraît avoir exercé quelque influence sur l'or- 
thographe suivie dans les manuscrits. En effet, on 

' KnjUinga Scuja, cap. 1 27. 



44 INTRODUCTION GENERALE. 

trouve dans le Codex regias et le Fragmentam mem- 
hraneum certaines abréviations qui semblent avoir été 
empruntées à notre grammairien. Ainsi , par exemple, 
les manuscrits de l'Edda, au lieu d'écrire les consonnes 
doubles TiM, rr, fcfc, etc. n'écrivent quune seule de 
ces consonnes, mais en caractère majuscule n, r, k, 
de la même grandeur que les autres lettres minus- 
cules. Cest une manière d'écrire dont l'auteur de 
notre traité paraît être l'inventem*. Une autre abrévia- 
tion très-fréquente dans les manuscrits de l'Edda, 
c'est de désigner m et n au milieu ou à la fin du mot 
par un titre ou petit trait placé sur la voyelle, de la 
même manière qu'en dévanâgarî ou écriture sanscrite, 
on place le point anusvâra au-dessus de la ligne pour 
désigner une nasale qui se trouve insérée entre la 
voyeUe et la consonne. Cette abréviation usitée dans 
les manuscrits de l'Edda, semble aussi avoir été em- 
pruntée à notre grammairien, qui de son côté l'a 
peut-être prise dans les manuscrits anglo-saxons., On 
trouve même dans l'alphabet de ce grammairien un 
caractère particulier g qu'il appelle eng , et qui doit 
servir à exprimer en abrégé le son nasal que nous dé- 
signons ordinairement par ng. Nous pourrions indi- 
quer encore d'autres analogies qu'on remarque entre 
l'orthographe enseignée dans le traité de Valphabet la- 
tin et l'orthographe suivie dans les manuscrits de 
l'Edda. Mais les exemples que nous avons cités , suflfi- 
sent pour produire en nous la conviction que le traité 



CHAPITRE IV. 45 

grammatical dont nous parlons, a eu qudque in- 
fluence sur la manière d'écrire les mots dans les li- 
vres islandais. Cependant cette influence n*a pas été 
assez grande pour faire admettre en entier et poiu* 
faire prévaloir le système d'orthographe de notre 
grammairien; car, nous Tavons vu, les manuscrits de 
fËdda ne sont pas écrits d'après un système uniforme. 
Ces anomalies passèrent des manuscrits dans les 
éditions imprimées de TE^da, et cest seulement de 
nos jours qu'on a songé à rendre uniforme l'ortho- 
graphe des textes islandais. Rask, dans la première 
édition de sa Grammaire islandaise, s'attacha princi- 
palement à déterminer la valeur phonique des lettres, 
sans chercher à désigner certaines voyelles par des 
signes plus convenahles. M. Grimm soumit l'dphabet 
islandais à une nouvelle analyse philologique, il pré- 
cisa davantage la différence phonique et grammaticale 
qu'il y avait entre les voyelles, et il l'exprima par des 
signes mieux choisis et uniformes pom: les voyelles 
correspondantes dans les autres langues germaniques. 
Cependant le système de transcription des textes is- 
landais , tel qu'il résulte de l'analyse faite par M. Grimm, 
diffère encore en quelques points de celui qu'avait 
adopté Rask dans la dernière édition de sa grammaire. 
C'est une raison de plus, pour nous, de soumettre 
l'alphabet islandais à un nouvel examen; non que 
nous ayons la prétention de tout éclaircir par nos ob- 
servations; mais nous désirons appeler de nouveau 



46 INTRODUCTION GENERALE. 

Tattention des grammairiens sur des questions qui , 
selon nous, sont de la plus haute importance en phi- 
lologie. 

S IL 

EXAMEN DES VOYELLES SIMPLES. 

Cesf une vérité philologique constatée par îhistoire 
des langues, et confirmée par la paléographie, que a» i, 
u (prononcez oa),'sont les seules voyelles primitives, et 
que toutes les autres ne sont que des voyelles dérivées. 
Il n'y a que très-peu de îangues qui se soient conten- 
tées de ces ferois voyelles primitives; la plupart y ont 
ajouté im plus ou moins grand nombre de voyelles 
dérivées. 

Dans rislandais ou dans la langue Scandinave , nous 
devons, d'après ce que nous venons de dire, con- 
sidérer comme primitives, les voyelles a, î, 0, avec 
leurs longues à, i, à, et leurs diphthongues ai et an 
( prononcez a-ï , a-ou). Ce sont en elFet, si l'on y ajoute 
encore l'o^ les seules voy cilles qu'on trouve écrites 
dans l'ancien alphabet runique et sur les plus anciens 
monuments qui nous restent. 

L'o parsdt être, parmi les voyeUes dérivées, celle 
qui s'est formée la première dans la langue Scandi- 
nave, puisqu'on la trouve déjà exprimée par un signe 
particuUer dans les inscriptions runiques. La voyelle 
est dérivée de l'o ; après un certain laps de temps , 
cet engendré par a, engendra à. son tour la voyelle 



CHAPITRE IV. 47 

que nous exprimons eh firançais par ea, comme dans 
lesmotspea^fea, lien. Dans les livres danois, suédois 
et allemands, on a commencé depuis quelque temps 
à exprimer cette Toyeile par le signe incomplexe 
Ö, qui rappelle très-bien par sa figure, f origine et la 
nature du son , et qu'on devrait adopter dans toutes 
les langues qui ont cette même voyelle ^ 

Au lieu de la seule voyelle a nous en avons donc 
trois de la même famille, à savoir :a, o, ö, exemple: 
nod (taureau), ox (bœuf); ôxn (bétail), ur (de, hors), 
orsdk (cause, origine), orviti (fou). Gomme les trois 
caractères a, o, ð répondent parfaitement aux trois 
sons ou voyelles qu'ils représentent ^ forthographe 
islandaise doit les adopter et s*en servir. 

' Nous profitons de cette ócc«^ioii pour faire remarquer combien 
notre orthographe française serait à la fois plus simple, plus tation- 
neiie et plus intelligible, si nous nous étions servis du signe d pour 
désigner la voyelle que nous eiprîmons tantôt par les deux voyelles en, 
tantôt par les deux voyelles oe, tantôt même par les trois Voyelieft œu 
qui toutes sont des diphthongues, au lieu d'être des voyelles simples on 
incomplexes, et qui , en outre , ne signifient pas même exactement , dans 
leurs éléments, ce quelles ont la prétention de signifier. Le signe ô, 
au contraire, indiquerait parfaitement lorigine de notre voyelle eu» 
dérivée, comme lo Scandinave, de la voyelle o. De plus, le signe ô 
serait intelligible à toutes les nations qui , dans leur langue , ont cette 
même voyelle, et favoriserait, par conséquent, Tintroduction d'un 
système d'orthographe uniforme pour toutes les langues de l'Europe. 
On aurait donc mieux satisfait, selon nous, aux véritables principes 
d'une bonne orthographe, si au lieu d'écrire par exemple : bcraf, œnf , 
seid, vam, «il, fêu, majeur, etc. on avait écrit : hôf, lat. bov-«m; of, lat. 
ov-nm; êôU lat. sol-us ; voi, lat. vot-um; ðvres, lat. opéra; ôil, lat. 
ocul-us;/ô, lat. foc-us; major, lat. major, etc. 



48 INTRODUCTION GENERALE. 

De itt primitif dérivent non-seulement o et o, mais 
encore une voyelle qui se prononce à peu près comme 
lu français ou comme lu-psiion grec; c'est pourquoi 
f on a exprimé cette voyelle par la lettre y. Vu Scan- 
dinave se prononce ou; mais quand la syllabe qui suit 
cet u commence ^ par un i, ïu prend, dans certains cas, 
un son plus délié, plus rapproché de Yi et semblable à 
la prononciation de ïu français. Exemple : fall, ^-i, 
gttll, gyll-ing, guSy gjS-ia. Le changement de u eny 
nous semble dans certains mots plus ancien que le chan- 
gement de tt en 0, et voici pourquoi. La voyelle j' ne 
peut provenir de To, mais seulement de Vu, parce que 
de To à ïy il n'y a pas de transition directe possible.'Or 
le mot islandais sonr forme au datif syn-i; cela prouve 
évidemment que le changement de voyeUe en y s'est 
opéré avant que le mot Scandinave sunr eût pris ]a 
forme actuelle de sonr; car cette dernière forme eût 
produit au datif, non pas syn-i , mais sön-i, puisque o 
par l'influence d'un í devient non pas j, mais o. 

Quelques objections qui sont assez fondées, s'élè- 
vent contre l'adoption et l'usage du caractère/; d'abord 
ce signe est étanger à l'ancienne écriture Scandinave 
puisqu'il est emprunté au grec; ensuite l'j a pris déjà 
dans la prononciation des Romains, le son de la 

^ Les Islandais, en épelant les mois, finissent les syllabes par les 
consonnes. C'est le contraire du système des Hindous qui finissent 
les syllabes toujours par les voyelles, comme on peut le voir dans les 
anciennes incriptions sanscrites. Voyez Transcuitions of the royal asiatiû 
Society of Great Britain and Ireland , 1. 1 et II. 



CHAPITRE IV. 49 

voyelle í, et la plupart des nations modernes le pronon- 
cent également de cette manière. Le signe j' n exprime 
donc pas exactement la voyeUe islandaise qu'on doit 
prononcer comme un u français.' D est vrai que , même 
dans la prononciation des Islandais , y a pris peu à peu 
le son de Tî, comme cela se voit dans certains ma- 
nuscrits qui emploient indifféremment y et i. Mais 
puisqu'il est, prouvé que y n était pas de tout temps, 
ni dans tous les cas prononcé comme i, il est de f in- 
térêt de Torthographe et de la grammaire de rejeter 
un signe aussi équivoque que Test la lettre y. Dans 
récriture runique on employait un caractère très-bien 
choisi, parce qu'il rappelait, déjà par sa forme, l'ori- 
gine de la voyelle dérivée de u. Ce caractère était un 
u avec un point dans l'intérieur, Jtl. On pourrait rem- 
placer ce signe runique, par un n dans l'intérieur du- 
quel on mettrait un point; au-dessus de cet n ponctué 
on placerait l'accent circonflexe pour exprimer la 
voyelle longue correspondante. 

Quant à la voyelle longue qui, par l'influence d'un 
i, s'est formée de d, ou quant à l'o long, on le désigne 
ordinairement par les deux lettres œ. Ce signe a le seul 
inconvénient d'exprimer une voyelle simple ou incom- 
plexe par deux voyelles qu'on pourrait aussi prendre 
pour une diphthongue ; par conséquent, il vaudrait 
mieux exprimer o long par le caractère o surmonté 
de l'accent aigu au lieu de l'accent circonflexe , pour 
rendre le signe moins compliqué. 

^ 



50 INTRODUCTION GENERALE. 

Si nous émimérons maintenant les voyelles qui 
appartiennent â la famille o, et dont les signes reipee- 
tifs sont indispensables pour la transcription des textes 
irlandais , nous trouverons qu'elles sont au nombre de 
huit; ce sont : a, o, o, j, avec leurs longues u, 6, œ et y. 

La seconde voyelle primitive a, n'a engendré qu'une 
seule voyelle qui répond entièrement, et pour le son 
et pour l'origine, à notre voyelle è ou ai dans les mots 
amer, latin amar-us; merf latin mare; c/air/latînclarus. 
Cette voyeUe dérivée est désignée ordinairement par 
la lettre e. B serait plus convenable de l'exprimer par 
le signe à, si e n'était pas déjà une lettre adoptée dans 
toutes les langues de l'Europe, et que à ne fut incom- 
mode, ne pouvant pas facilement être surmonté d'un 
accent circonflexe pour exprimer la voyelle longue. 

Le changement de l'a en e est surtout fréquent dans 
l'anglo-saxon ; en islandais ce changement s'opère prin- 
cipalement sous l'influence d'un í placé au commen- 
cement de la syllabe qui suit la voyelle c^, exemple : 
mogr (\nagur) fils, datif megf-i; da^r jour, datif aejî; 
val, choix, veUia, choisir, etc. A long subissant égale- 
ment l'influence de fî se change en la voyelle qu'on 
désigne par œ, mais qu'on exprimerait bien plus con- 
venablement par ê, parce que ê dérivé de a long sui- 
vrait l'analogie de e dérivé de a bref; æ devrait être 
réservé pour désigner le changement qu'a subi l'an- 
cienne diphthongue aï (prononcez aï). 

Les voyelles appartenant à la famille a sont seide- 



CHAPITRE IV. $1 

ment au nombre de quatre, ce sont : a, e, et leurs 
longues â, ^ (æ). 

Il nous reste à parler de la troisième voyelle primi- 
tive Í; la seule voyelle qui en soit dérivée, est un é que 
]\Î. Grimm exprime par e pour le distinguer de ïe dé- 
rivé, comme nous l'avons vu, de la voyelle a. Le ca- 
ractère runique correspondant à ë s écrit comme un i 
avec un point au milieu, x; cette figiu^e indique que 
ë n'est qu'un í modifié. Le changement de í en ë s'est 
fait dans beaucoup de langues. En français nous trou- 
vons en venu du latin in, enfant de inf ans , ferme de 
firmnsy etc. L'ë islandais paraît avoir eu un son inter- 
médiaire entre é et î, se rapprochant toutefois plus 
de ïi que de ï^. 

Il y a certains cas où Vë devient long , comme par 
exemple dans le mot frëht (frêtt). Pour désigner ceti 
long, M. Grimm emploie le caractère^; mais ce ca- 
ractère désigne bien plus convenablement ïe long qui 
est dérivé d'un a long. On ferait donc bien de rem- 
placer ë par un e surmonté d'un seul point au-dessus 
duquel on placerait encore facflement l'accent cjrcon- 
flexe pour désigner ïë long. 



S III. 

EXAMEN DES DIPHTHONGUES. 



La diphthongue est la combinaison de deux voyelles 
simples, prononcées distinctement l'une et l'autre en 
une seule émission de voix ou en uixe seule 

4. 



52 INTRODUCTION GÉNÉRALE, 

Ce qui distingue la diphthongue de toute autre com- 
binaison de voyelles , c'est qu'elle a une signification 
grammaticale; aucim des deux éléments qui la compo- 
sent ne peut être retranché sans qu'aussitôt la forme 
grammaticale du mot soit entièrement détruite. Il n'y 
a que ai (a-ï) et aa (a-ou) et leurs dérivés qui soient de 
véritables diphthongues, et les langues dont le voca- 
lisme est le plus parfait, comme le sanscrit et l'arabe 
littéral, connaissent seulement les diphthongues primi- 
tives ai et au. 

Les diphthongues primitives de la langue islandaise 
sont, d'après ce qui nous venons de dire, aï et aa 
(prononcez a-i, a-ou). Ai a disparu peu à peu de la 
langue et a fait place à ses deux dérivés ex et œ, exem- 
ples : isl. teitr, goth. iaifo; isl. siein, goth. stains; isl. 
heill, goth. hails; isl. hrœv, goth. feraiv; isl. lœra, goth. 
hàsjan; isl. ép, goth. aiv, etc. Dans ei le son diph- 
thongue est resté, seulement a s'est changé en e par 
l'influence de l'î; œ au contraire se prononce comme 
un son simple ou incomplexe, et ce son est à peu près 
le même que celui de la voyelle ê dont il ditfère entiè- 
rement quant à son origine. 

La diphthongue aa n'a pas disparu de la langue 
comme ai; seulement elle est devenue, dans quelques 
cas très-rares, une voyelle simple ayant le son de Ï6, 
laquelle quelquefois , et principalement par l'influence 
d'un î, s'est changée en ö long. Le plus souvent aa 
s'est maintenu comme diphthongue; mais ij s'est 



CHAPITRE IV. 53 

iîhangé en ey toutes les fois qu'A y a été amené par f in- 
fluence d'un î qui se trouvait dans la syllabe suivante , 
exemple: draap, dxey^\\ raan, rejni; laas, lejsi, etc. 
Enumérons maintenant les voyelles simples et les 
diphthongues ^ de la langue islandaise. 

I. Voyelles simples ou incomplexes. 

Voyelles primitives. a, â; i, i; u, â, 

-Voyelles dérivées e» ê; ë, e; y o ý 6, 

Voyelle dérivée d\inediphthongue. œ ô œ, 

II. Voyelles diphthongues. 
Diphthongues primitives. . (ai), au, 
Diphthongues dérivées. , . . ei, œ, ey. 

Ces vingt voyelles entrent dans la composition 
grammaticale des mots , et constituent im des carac- 
tères distinctifs de la langue islandaise. 

S IV. 

EXAMEN DES CONGRÉTIFS. 

Nous appelons concrétifs toutes les combinaisons 
de voyelles qui ne sont pas des diphthongues. Les 

^ Le grammairien islandais qui a composé le traité um lâima-stafrofit, 
divise les voyelles (liôd-stafir, lettres sonnantes) en trois classes : dans 
la première il range les voyelles a, e» i, o, u,j^qu*il appelle simplement 
$fa/îr; dans« la seconde, les voyelles œ et œ quil appelle limingar (con- 
^utinations); dans la troisième, les diphthongues au, ey» ei, quil 
nomme loasa-klofar (fentes béantes). D'après lauteur du traité intitulé 
Màlfrœdinnar Grundvôllr, il y a cinq voyelles [hliôdstcLfir) u, o,i, e, a, 
et cinq diphthongues ( TvthUôdr, Limingar-stafir) ae, au, ei, oe, ey. 



&& INTRODUCTION GENERALE. 

concrétifs nont point, comme les diphthongues, une 
signification grammaticale , et n'entrent point comme 
elips dans la composition radicale ou la formation 
primitive des mots : ils doivent leur origine à l'intru- 
sion d'une voyelle qui vient se placer à côté de la 
voyelle radicale pour des causes que nous aurons 
bientôt occasion d'indiquer. 

A mesure qu'une langue s'éloigne de son origine , 
les diphthongues se changent en voyeMes simples et les 
voyelles simples sont remplacées par des concrétifs. 
Ainsi, en français, les diphthongues de la langue latine 
sont devenues voyelles simples, et les voyeUes simples 
du latin sont devenues des concrétifs en français. Dans 
]^ langue islandaise on trouve les concrétifs suivants : 
ia, iâ, ië, îo, io, io. Parmi ces combinaisons de voyel- 
les „ il n'y a que les formes ia et ia qui soient primi- 
tives; car io dérive de îâ, io dérive de io et iedoit être 
rapporté tantôt à ia, tantôt à ia. Nous expliquerons 
seulement l'origine des formes îa et ia; les autres for- 
mes s'expliquent facilement par ce que nous avons dit 
de la dérivation des voyelles dans l'article précédent. 

La combinaison de voyelles iu est sans doute très- 
ancienne, car dans la langue gothique elle se trouve 
jusque dans lesracines des verbes; mais, en aucun cas, 
elle ne saurait être considérée comme diphthongue, 
c'est-à-dire comme combinaison de voyelles apparte- 
nant à la formation primitive ou radicale des mots. 
Les concrétifs ia et ia sont produits par trois causes 



CHAPITRE IV. 55 

principales : ou par la prononciation (euphonie), ou 
par le retranchement ( syncope ) d'une consonne , ou 
enfin par la transposition ( métathèse ) d'une voyelle. 
Si les cohcrétifs ia et îa sont produits par la pronon- 
ciation , une seule des deux voyelles qui les compo- 
sent est radicale ou appartient á la formation primitive 
du mot; l'autre voyelle est purement capfconi^iw, c'est- 
à-dire qu'elle doit son origine à la prononciation et n'a 
par conséquent aucune signification grammaticale ^ 
Cette voyelle insérée par notre organe, entre la 
voyeHe radicale et la consonne dont elle est suivie, 
diffère selon que la voyelle radicale est i, a ou u. Si 
la voydle radicale est î, la voyelle insérée est a ou e 
muet , devant les consonnes liquides , aspirées et sif- 
flantes; c'est le plus souvent a, ou son dérivé o, devant 
les labiales et les gutturales ; exemples : hiarta , hiomi, 
iari, iafia, skialdur, etc.; miakr, skiomi, etc. M. Grimm 

* L'iosertioD de voyelles euphoniques est très-fréquente dans les 
langues celtiques; ainsi, on trouve en ixiandais des mots comme 
cuaird, nuwiUJlittch» siuir, Uaigh,feroir, etc. Il est souvent difficile d^în- 
diquer qu^ie est ia voyelle radicale du mot. Cependant, il ne faut 
pas croire que toutes les voyelles écrites se prononcent séparénient; 
lorthographe emploie souvent, comme en français, deux ou trois 
voyelles pour exprimer une seule voyelle simple. Les langues sémitiques 
ne souffrent générdement pas de voyelles euphoniques placées à côté 
des voydles radicales. Seulement, en héWeu, il arrive qu un a se gjisse 
entre la voyelle radicale e« i, u et la consonne gutturale; exemple : 
jn r^g, ir^^n héri^kh, n^S /oa*/cL Cet a que les grammairiens ont appelé 
afurúf» disparait quand la consonne gutturale est suivie d'une voyelle : 
ainsi on dit ri-gki» louAshi^ etc. 



56 INTRODUCTION GENERALE. 

écrit mër (à moi) indiquant par là i ancienne pronon- 
ciation : Rask au contraire écrit mêr [inier) exprimant 
par cette orthographe la prononciation plus moderne. 
Gomme Tune et l'autre manière d'orthographier ce 
mot sont également bonnes , il s'agit seulement de dis- 
tinguer quels sont les cas où il convient d'adopter l'une 
ou l'autre de. préférence; ce qui revient à savoir à 
quelle époque de la langue islandaise, on a cessé de 
prononcer mér et conunencé de prononcer miar ou 
mier. 

Si la voyelle radicale est a ou a, la voyelle insérée 
est Í. Cette insertion d'une voyelle étrangère à la ra- 
cine est provoquée tantôt par l'u qui aime à être pré- 
cédé d'un î légèrement accentué, comme le prouve 
encore l'a anglais, qu'on prononce ia, tantôt par les 
consonnes liquides et les consonnes gutturales qui, 
quand elles sont prononcées, font entendre facilement 
après soi le son e, i, les premières en se mouillant, 
les secondes par suite de leur nature qui tient à celle 
de l'î par l'intermédiaire du j. Comme exemple d'un 
i inséré entre la liquide ou la gutturale^ et la voyelle 
radicale, il suffira de citer les mots giöra (pour gîarva, 
garva, cf. sansc. c^jjfi^ ]; goth. liuihath, latin lux; goth. 
ûuhan, latin ducere^ etc. etc. 

Dans quelques cas ia et lasont, comme nous l'avons 
dit, le résultat d'une syncope de consonne, exemple: 
jfîa (pour gigia), ^ôrir (goth. fidvôreis) , iôr (pour ihvor, 
latin equus), etc. 



CHAPITRE IV. 57 

Enfin, les concrétifs ia et iu proviennent quelque- 
fois d'une métathèse ou transposition de voyelle, 
comme le prouvent les exemples suivants : goih/ kniu, 
isl. knië (pour kînu), latin genu, sansc. ^ÏT^I; gotji. 
triuj (arbre) isl. trie (pour iiru), sansc. ^l, etc. 

Nous devons ajouter que, quand la prononciation 
de ia et îa devient moins nette, les voyelles a et a se 
chaiigent comme en français en e muet , et ûi et îa se 
prononcent comme ie dans pairie, latin patria; pie, 
latin pîas. Comme cet e muet qui provient d'un a ou 
d'un a sourdement prononcé, doit être représenté 
dans récriture par quelque signe, je proposerais de l'ex- 
primer par ie caractère ê. On suivrait ainsi l'exemple 
de l'écriture runique qui , avec une exactitude admira- 
ble, exprime le même changement en plaçant après i'î 
radical im autre i, lequel a un point au milieu, J, pour 
indiquer que la prononciation de ce second í se rap- 
proche de celle d'im e très- peu accentué. Nous écri- 
vons par conséquent, hiët, lliês, trié, knië, miër, siër, 
hier, au lieu de hét, bUs, knê, mêr, sér, Tiêr, employant 
é uniquement pour désigner l'e long au milieu du mot 
comme dans grét, blés, mêli, et à la fin du mot comme 
dans/^ (pour feih, §oth. faihu), linê (pour hneig), où 
cet e est devenu long par suite du retranchement des 
deux dernières lettres. 



58 INTRODUCTION GENERALE. 

S V. 

DE tA PERMOTATIOll DBS VOYELLES. 

Un autre genre de difficultés que présente Tortho- 
graphe des voyelles tient à la cause d'im phénomène 
très-intéressant, qui se montre dans quelques langues 
germaniques, et en particulier dans la langue islan- 
daise. Ce phénomène que M. Grimm , dans sa Gram- 
maire allemande, nomme nmhmt et que nous pou- 
vons désigner sous le nom de permutation de voyelles , 
consiste dans les transformations ou changements 
suivants : 

i" Si les voyelles a, â, u, a, d et la diphthongue 
oasont suivies, dans le même mot, dune syllabe qui 
commence par í ^ : 

a se change en e, exemple áaj-r, áej-í; hnd, lend-i; 
val, vel-ia; 

â se change en é (ae ) , exemple : Tikttr, hêtt-ir; spknUf 
spèn4: 

a se change enj, exemple ',f\úl,J^ll-i; jfuS, g^jS-m; 

û se change en j, exemple : feÛ5, hys-i; ûi, yt-i; 

6 se changé en œ, exemple : 16k, hœk'{i)r; rot, 
rœi-(i)r; 

au se change en ey, exemple : áraup, áreypí; raun, 
reyn-í. 

a" Si la voyelle a est suivie iime syllabe qui com- 

* Voyez p. 48, note i. 



CHAPITRE IV. 59 

mence par «, elle se change d'abord en o et enttiite en 
Ö, exemple : (mag-ur) môgr, môg-um; askafOsh-n. 

Cette permutation ne s opère pas seulement dans 
les voyelles radicales, mais aussi dans les voyelles 
insérées par la prononciation \ exemple : (kiol-ur) 
kiolr, (skiald-ur) skioldr, etc. Il y a des mats dont 
la voyelle radicale peut subir l'influence tantôt d'un 
Í, tantôt d'un a,, et qui par conséquent peuvent chan- 
ger deux fois de voyelles. Ainsi, mogr dont la forme 
ancienne était magur, fait au génitif ma^ar, au datif 
megù 

S VI. 

LE PHÉNOMÈNE DE LA PERMUTATION DES VOYELLES 
EXPLIQUÉ. 

En présence d'un phénomène philologique aussi 
intéressant que celui de la permutation des voyelles, 
on se demande à quelle cause il faiit k rapporter, ou 
comment il doit être expliqué. Ce n'est aussi que par 
l'explication complète de ce phénomène qu^on par- 
vient k triompher d'un grand nombre de difficultés 
dans l'orthographe, et à se rendre compte de beau- 
coup d^ changements dans les formes g^mmaticales 
des mots. La permutation des voyelles mérite d'autant 
plus notre attention, qu'elle n'a point encore été, de 
la part des philologues, l'objet d'un examen appro- 
fondi. Rask donne seulement à entendre qu'elle a 

* Voyez p, 55. 



60 INTRODUCTION GENERALE. 

pour cause la tendance de notre organe à Tassimila- 
tion des voyelles ; mais il n'entre ni dans la démons^ 
tration de ce principe , ni dans l'explication des con- 
séquences qui en découlent. 

Avant d'en venir à l'explication du phénomène , il 
est nécessaire de présenter d'abord quelques considé- 
rations préliminaires. 

Les changements que subissent les lettres dans les 
langues sont de deux espèces : ou ce sont des change- 
ments opérés par Idi grammaire qui, moyennant cer- 
taines modifications faites dans la forme des mots, 
exprime les modifications et les rapports logiques de 
l'idée, ou bien ce sont des changements qui, indépen- 
dants de la grammaire et de la signification des mots, 
ont uniquement pour cause une différence de prononcia- 
tion. Nous désignerons ces deux espèces de change- 
ments par les noms de changement grammatical et de 
changement euphonique ^ . 

Quant au changement grammatical, il est inutile de 
dire qu'il ne s'étend pas sm' les consonnes; car les con- 
sonnes exprimant la signification propre à la racine , 
constituent, pour ainsi dire , l'individualité du mot, et 
ne saiu:aient, par conséquent, être changées sans que 

^ Le mot euphonie, en grammaire, ne signifie pas seulement la 
propriété des sons d'être harmonieux ou agréables à Toreille , mais il 
désigne aussi ce qui rend la prononciation plus douce , plus coulante 
et plus facile pour notre organe, quelque bonne ou quelque mauvaise , 
quelque agréable ou quelque désagréable que soit du reste notre pro- 
nonciation. V 



CHAPITRE IV. 61 

la signification de la racine soit changée en même 
temps ^. Cest donc seulement dans la partie mobile de 
la racine, ou dans les voyelles que la grammaire a pu 
opérer certains changements pour exprimer les diffé- 
rents rapports logiques, ou les différents points de vue 
sous lesquels l'idée du mot devait être envisagée. 
Comme exemples d'un changement grammatical, il 
suffira de citer le changement des voyelles radicales 
dans les verbes des langues germaniques ef sémitiques , 
à l'effet d'exprimer les temps et les modes; le change- 
ment des voyelles radicales dans les verbes des langues 
sémitiques , pour exprimer l'actif, le passif et le neutre ; 
le changement des voyelles à la fin des substantifs de 
l'arabe littéral , pour désigner les différents cas de la 
déclinaison; et enfin, en partie aussi, le changement 
ou plutôt le renforcement de voyelle connu dans la 
grammaire sanscrite, sous le nom de gouna et vriddhù 

* On pourrait être tenté de croire que dans les langues celtiques le 
changement grammaticd s'étend même sur les consonnes. Ainsi , par 
exemple, en iriandaisle mot an fear ^'homme) fait au génitif an/^ir; 
on hhean (la femme) fait au génitif na mnà; an chois (le pied] fait au 
génitif na coise, etc. Mais tous ces changements sont purement eupho- 
niques, comme en grec Q^pli, tpixàs\ tpé^œ, d-p^A>; fyfii, énrôs, x.t.X. 
En iiiandais certaines consonnes sont compatibles , d'autres sont in- 
compatibles ; certaines consonnes deviennent ou aspirées on dures 
selon qu'elles sont placées , à la fin ou au commencement du mot , ou 
qu'elles sont précédées ou suivies de telle ou telle voyelle, de telle ou 
telle consonne. Nous ne craignons pas de dire que ces changements 
euphoniques n'ont pas eu lieu dans les premières périodes de la langue 
irlandaise. 



62 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

Quant au changement euphmiqne , il s'étend ^[alement 
et sur les consonnes et sur les voyelles. Le change- 
ment euphonique des consonnes s'appelle aussi h per- 
mutation iês consonnes^; le changement euphonique 

' L&permatation des con5onne5 appelée en allemand lantvenchiehnng est 
de deux espèces : ou la permutation se fait sur de% consonnes analogues 
comme dans les exemples suivants : sansc. ^ (grec <Þip6), lat F«ro), 
goth. Bairan» vha. Pêmn; sansc. TTT^ (grec Te/yoi, lat. Teruio), goth. Than- 
jan» vha. "Dehnen, ou bien la permutation se fait sur des consonnes 
dissemhlahles , comme dans les exemples suivants : sansc. ^, lat. hevir: 
grec. Ldxpv, lat. Lactyma; sansc. TTr* lat. Bos: La, Fa; gr. ^ífp, lat. 
fera; goth.llilúi^an. vha. FKn^n. La première espèce de permutation 
est la plus fréquente dans les langues; on peut l'observer également 
bien dans les différents idiomes d^nnemème langue ou dans les langues 
appartenant à la même famille. Gomme ces changements se font d'après 
certaines règles, on peut deviner d'avance les lettres qui se correspon- 
dent ordinairement dans les différentes langues. Voici, par exemple, 
les consonnes qui se correspondent dans les principcdes langues indo- 
germaniques : 



inscrit. 


Grec. 


LatÎB. 


Gothique. 


Vieux 
haut allemand. 


^ 


V 


P 


/ 


V 


sr 


p 


b 


P 


/ 


IT 


9 


f 


b 


p 


n 


T 


t 


th 


d 


Ç 


ê 


d 


t 


z 


V 


• 3- 


if) 


d 


t 


iF 


X 


C 


(c)h 


Mi?) 


XT 


X 


h 


9 


h 


sf 


y 


^ 


k 


ch 



Parmi ces cinq langues, le gothique et le vieux haut allemand présen- 



CHAPITRE IV. 65 

des voyelles constitue précisément ce que nous arons 
nommé la permutation des voyelles. Cette dernière est 
donc, nous le répétons, un changement purement 
euphonique et consiste, comme la permutation des 
consonnes, dans certaines modifications que subissent 
les sons de la langue lorsqu'ils sont prononcés par 
différentes bouches, ou par l'organe de tel ou .tel in- 
dividu. En effet, Torgane de la voix n'est pas exacte- 
ment le même chez tous les hommes : il diffère de 
nation à nation, de localité à localité, d'individu à 
individu. Si notre organe est sujet à une certaine 
paresse, ou accoutmné à ime prononciation sourde, 

lent le moins d'exceptions à. cette règle; le latin en présente iin plus 
grand nombre; le grec en présente plus que le latin, et le sanscrit 
encore plus que le grec ; car sur trente mots sanscrits il y en a au 
moins dix qui ne suivent pas la règle indiquée. Gela vient de ce que 
le sanscrit est très-riche en consonnes, de sorte que, pour une seule 
consonne grecque ou gothique, il y a plusieurs consonnes sanscrites. 
La différence des lettres qui se correspondent en sanscrit, en grec et 
en latin est peu sensible; elle est, au contraire, très-marquée dans 
les autres langues surtout dans le gothique et le vieux haut allemand. 
Quant aux langnes sémitiques, la permutation y t pris un caractère 
tout particulier; elle y tient, pour ainsi dire, le milieu entre le chan- 
gement grammatical^ et le changement eaphoniqne. Les racines qui se 
correspondent dans les idiomes sémitiques sont , pour la plupart, iden- 
tiques dans la forme. Ainsi , par exemple , k racine BaRaGa est la même 
en syriaque, en hébreu, en arabe, en éthiopien^ Gette racine ne s'est 
pas changée en PaRaKa dans tel idiome sémitique, ou en FaRaGJI 
dans tel autre, comme cela est arrivé à la racine ^t^ <lûi est devenue 
B-RiKa en gothique, et P-RiGHa en vieux haut allemand. Gela nous 
prouve deux choses , -d'abord que les langues sémitiques se ressem- 
blent bien plus que les idiomes indo-germaniques, et ensuite qu'elles 



64 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

les voyelles sonores se changeront dans la bouche en 
voyelles sourdes. Si au contraire notre organe est dé- 
licat, nous aurons de la peine à prononcer convena- 
blement les voyelles qui sont sourdes de leur nature, 
et pour ne pas faire trop d'efforts, nous les prononce- 
rons d'une manière plus commode à notre organe, en 
les amincissant et en les rendant plus claires. Ainsi , par 
suite de la paresse et de la lourdeur de f organe , a se 
change en o et quelquefois en u (oa); í se transforme 
en e; au contraire, par l'effet de la mollesse et en 
quelque sorte de la mignardise de la prononciation, a 

admettent plus rarement que les derniers, des changements pure- 
ment euphoniques. Dès leur origine, elles nont pas fait abus de ces 
changements, se ménageant ainsi avec sagesse le moyen d'exprimer 
par la seule différence des formes d'une même racine, les différentes 
nuances dans la signification du mot. Ainsi les diverses formes des 
mêmes racines, comme 

Syriaque ^;A> JO^Afiðc^; 

Hébreu rjin, r^^a, pin, pia, nin» vin; 

Arabe J^, OL^, ^^, 3^, g^ ; 

Éthiopien n^h, JLÍÍ', JLCV etc. etc. 

ne sont pas différentes seulement par suite d'un changement eupJioni- 
que, mais cette différence dans la forme, repose sur une différence 
dans la signification. D'un côté, on peut dire qu'il s'est opéré dans ces 
racines des changements euphoniques, parce que toutes ces racines 
appartiennent à la même famille, et expriment en dernière analyse à 
peu près la même idée; mais, d'un autre côté, il faut aussi dire que s'il 
n'y avait pas de différence ou des nuances dans la signification des 
racines, il n'y aurait pas non^lus de différence dans les formes ra- 
dicales. 



CHAPITRE IV. 65 

devient a, è, é, et i; n (ou) devient y (a) et i; o devient 
[eu). C'est ainsi que les différaices de prononciation 
produisent dans les langues un plus ou moins grand 
nombre de voyelles qui , toutes , ne sont que des nuan- 
ces ou des modifications des trois voyelles fondamen- 
tales a, Í et u. 

On peut dire que dans les langues primitives, la 
voyelle a est la plus £réquente de toutes, ou qu'elle y 
est plus firéquente que dans les idiomes dérivés. A 
mesure que la langue s'éloigne de son état primitif, la 
voyelle a se transforme en voyelle sourde o et n, ou en 
voyelle plus amincie è et é. Ainsi, par exemple, les 
formes primitives qui se sont conservées en arabe, 
msJk, ai'á, vafd, etc. se sont changées en hébreu 
en mèZ'Jt, èled, ièled, etc. L'a sanscrit est devenu très- 
souvent en grec un o ou une, et en latin un n. L'a 
latin est devenu en firançais, dans beaucoup de cas, 
è ou^ , exemples : lat. chras, fr. clkr; 1. aman^, f. èm^r; 
1. p^ter, f. phe. La voyelle primitive a s'est changée 
dans beaucoup de dialectes en o,. exemple : nakdj^/i 
et yuokóytfj (rcpoLths eifrsporhs, &vù) et Ívœ; lat. domo et 
gr. SdiMù); lai. corà- et gr. xapSla; aurais oU (pron. 
oU), allem. edl; an^. was (proll. ouos), ail. war; suéd. 
sprdk, ail. spfache; suéd-^gard, goth. gords. Par une 
marche inverse o se rapproche de a dans les mots 
français inort, port, sort, etc., et plus encore dans les 
mots an^ais lord, or, nor, etc. 

Le son à la fois sourd et plein de l'a (ou) est devenu 

5 



6ð INTRODUCTION GENERALE. 

a-psîlon ou n fm -dans la voix ronde (ûs rotundum) des 
lonicos et des Attiques, tout comme fa (ou) latin 
s'est aminci en devenant u français; et o latin en pas-, 
sant dans notre langue a pris, dans un grand nombre 
de cas^ le son plus mince de o, eu ^ De la même ma- 
nière, ïo anglais provenant d'un n primitif qui existe 
encore dans l'orthographe, se prononce ôdans les mots 
tub, sun, spur, etc. 

On voit que le principe auquel nous rapportons 
la petmutatiön des voyelles, est un principe générai 
qui se retrouve dans toutes les langues, parce qu'il 
tient à la nature même de l'organe de la voix humaine. 
On a aussi dû remarquer qu'il y a entre les différèates 
modifications du son ou des inflexions de la voix, une 
infinité de nuances et une gradation continue; de sorte 
que le changement d^n son en un autre ne se fait pas 
brusquement, mais qu'il est amené et qu'U s'accom- 
plit d'une manière insensible, comme toutes les trans- 
formations dans la nature. 

Le principe général d'où provient le .changement 
des voyelles nous étant maintenant contiu , il nous' reste 
seulement à faire voir de quelle manière s'y rattache 
la permutation des voyelles , telle qu'on la trouve en 
islandais. Nous avons reconnu , nous le répétons , que 
le changement des voyelles n'était pas un phénomène 
isolé ou qui fut particulier à la langue islandaise , mais 
qu'il se retrouve, du moins, en principe dans toutes 

' Voyez p. 47. 



CHAPITRE IV. 67 

les langues, et provient d'une cause physiologique que 
nous avons indiquée. Une seule diflFérence, à la vérité 
bien légère, existe entre la permutation des voyelles, 
telle qu'on la trouve en islandais, et la permutíitíon 
telle qu'on la remlsu-que dans d'autre^ langues. Cette 
différence consiste en ce qu'en islandais ce change- 
ment ne s'opère que quand il a été, pour ainsi dire , 
provoqué par l'influence d'un î ou d'un a, tandis que 
dans les autres langues, la permutation se fait dans uii 
jdus grand nombre de cas et d'une manière plus géné- 
nde. D'après cela, 3 ti^f, évident qu'un autre principe 
est encore venu se joindre à celui que nous avons déjà 
indiqué, pour produire, de concert avec ce dernier, 
la permutation des voyelles telle qu'elle se montre dans 
la langue islandaise. Ce nouveau principe n'est autre 
que la tendance qu'on remarque dans certains sons à se 
rapprocher l'un de l'autre, et même à s'identifier dans 
la prononciation. Ainsi, le son n aime à changer la 
voyelle qui le précède en n ou en une voyelle sourde 
analogue ; de même í sollicite la voyelle dont il est pré- 
cédé à se changer également en î, ou en une voyelle 
déliée et piince. Cette tendance euphonique est an- 
cienne, car elle se manifeste déjà dans la formation des 
mots dans beaucoup de langues ^ EUè a naturellement 

^ Pour les langues sémitiques, voyez M. Ewald, Grammaiik der hehr,- 
sprache, i835, p. 45 et 127, et Grammatica criiica Unguœ arahicœ» t. I, 
p. 86. — Quant aux langues de Tlnde, il suffit de rappeler le mot jjr 
dans lequel Ta dérivatif a changé la voyelle radicale a en a. M. Eugène. 

5. 



68 INTRODUCTION GENERALE. 

dû. être comprimée et contenue dans de justes bor- 
nes, parce qu'en prenant trop de développement et 
d'extension, elle eût effacé la différence entre les 
voyelles, et détruit les effets du changement gramma- 
tical. Les peuples du Nord semblent avoir affectionné 
la similitude des sons, puisqu'on la trouve non-seule- 
ment dans la forme grammaticale des mots, mais 
encore dans les allitérations et les assonances qui, 
comme nous le verrons, sont des moyens rythmiques 
employés dans la versification Scandinave. Cette ten- 
dance à assimiler les sons nous -explique dans l'islan- 
dais le changement de a en o par l'influence d'un a, et 
le changement de a en c et de u en j' par l'influence 
d'un i . En effet , í a provoqué le changement de l'a en e 
et de l'a enj^ parce que les sons e et y sont plus rap- 
prochés de Í que les voyelles a et n. Par la même raison 
tt a provoqué le changement de l'a en o, parce que o 
se rappro.che plus de u que ne le fait la voyelle a. 

Nous connaissons maintenant les deux causes <piî, 
agissant simultanément, produisent toutes les espèces 

Burnouf nous apprend qne ce" mot a conservé sa voyelle radîcaie a en 
pâli , de même qu en grec dans le mot correspondant ^pvÆn grec 
dXðeXðí^eiy et okóXi^leiv qui expriment le même genre de bruît^ reposent 
sur le principe indiqué. En latin on trouve, de même, les formes ce- 
cirdtfefelhy teúgi au lieu de cacani, frfalli» idtagi: carie changement 
de la voyelle radicale au parfait des verbe» latins, n'est pas comme dans 
les verbes allemands un changement grammaiicaU mais un change- 
ment purement euphonique, comme le prouvent les parûâts cucarri, 
tutttdi, l^gi, etc. où il ne s'est fait aucun changement grammatical 
dans la voyelle radicale primitive. 



CHAPITRE IV. 69 

de changements euphoniques qu on voit s opérer dans 
ies langues. Cest, nous le répétons, dune part, la 
nature diflférente ou la conformation particulière de 
f organe de la voix chez les peuples et dans les indi- 
vidus; d'autre part, la tendance de notre organe à assi- 
miler et même à identifier les sons de la langue. Ces 
deux causes nous expliquent parfaitement tous les 
phénomènes de la permutation des voyelles en islan- 
dais. Il ne nous reste plus à présent qu'à montrer sur 
quelques exemples, que la permutation des voyelles 
provient réellement des principes auxquels nous ve- 
nons de la rapporter; en d'autres termes, que les 
causes indiquées ont effectivement produit les chan- 
gements euphoniques dont nous nous sommes pro- 
posé l'explication. Nous prendrons pour exemples 
quatre substantifs, dans les déclinaisons desquels nous 
verrons s'opérer toutes les permutations de voyelles 
qu'on remarque généralement dans la langue islan- 
daise. Ces quatre substantifs sont : mogr, Molr, sonret 
drâttr. 

L'ancienne forme grammaticale de mogr était ma- 
jor correspondant au mot gothique majfiw. Voici à peu 
près comment ce substantif a dû se décliner ancien- 
nement : 

SiTiGCLiER. Nom. mag-ur. Gén. mag-ar, Dat. mag-i. Ace. mag-u. 
Pluriel. Nom. mag-ir. Gén. mag-a. Dat. mag-um. Ace. mag-un. 

Par l'influence de l'a dérivatif au nominatif et à 
faccusatif singulier, et au datif et à l'accusatif pluriel, 



70 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

la voyelle radicale a s'est changée en o, et plus tard 
cet s'est changé à son tour en ô ^. D'un autre côté, 
par l'influence de l'i dérivatif au datif singulier et au 
nominatif pluriel, la voyelle radicale a s'est changée 
en e ^. C'est ainsi que s'est formée la déclinaison ac- 
tuelle que voici : 

Singulier. Nom. mog-r, Gén. mag-ar. Dat. meg-i. Ace. mog-. 
Pluriel. Nom. meg-ir. Gén. mAg-a, Dat. màg-um. Ace. mog-a. 

La forme ancienne de kiolr était kilar qui se décli- 
nait à peu près de la manière suivante : 

Singulier. Nom. kil-ur. Gén. kilar. Dat. kil-L Ace. kil-u. 
Pluriel. Nom. kil-ir, Gén. kil-a. Dat. kil-nm. Ace. kil-un. 

Dans la seconde période de la langue, la pronon- 
ciation inséra entre la voyelle radicale i et la li- 
quide î, une voyelle purement euphonique^. Cette 
voyelle insérée était a pour le nominatif, le génitif, 
l'accusatif singulier, et le génitif, le datif et l'accusatif 
pluriel; c'était la voyelle í pour le datif singulier et le. 
nominatif pluriel. Voici quelle a dû être la déclinai- 
son du mot dans la seconde période de la langue 
Scandinave. 

Singulier. Nom. kid-ur, Gén. kial-ar. Dat. kiil-i. Ace. kid-a. 
Pluriel. Nom. kiihir. Gén. kiil-a. Dat.. A:ia{-am. Ace. kial-un.. 

Plus tard, par l'influence de », la voyeUe euphonique 

^ Voyez p. 47. / 

* Voyez p. 5o. 
' Voyez p. 55. 



CHAPITRE IV. 71 

a s'est changée en o et ensuite en ð; Vi inséré au datif 
singulier et au nominatif pluriel s*est confondu avec 
fi radical. Cest ainsi que sest formée la déclinaison 
actuelle que voici : « 

&IIGDLIER. Nom. kiolr, Gén. kialar. Dat. ktli Ace. kiôl. 
Pluriel. Nom. kîlir, Gén. kial-a, Dat. kiôl-um. Ace. kiôlu. 

Dans la première période de la langue, la forme 
grammaticale du mot sonr était sanar, en gothique sa- 
nns. L'ancienne déclinaison de ces substantifs était 
sans doute la suivante : 

Singulier. Nom. sun-ur, Gén. sun-ar, Dat. san-i. Ace. san-u. 
Pluriel. Nom. sun-ir. Gén. sun-a, Dat. san-um. Ace. sun-un. 

Par rinfluence de Vi, la voyelle radicale u s'est chan- 
gée en y au datif singulier et au nominatif pluriel. Plus 
tard Tu radical est devenu o dans tous les cas où il ne 
s'était pas changé en y, c est-à-dire au nominatif, au 
génitif, à faccusatif singulier, et au génitif, au datif et 
à faccusatif pluriel. Voici la déclinaison telle qu'elle est 
actuellement : 

Singulier. Nom. son-r, Gén. son-ar. Dat. syn-û Ace. son-. 
Pluriel. Nom. syn-ir. Gén. son-a. Dit. gyn-um. Ace. son-u. 

L'ancienne forme de dráttr était drahtar; ffe s'est 
confondu avec le í ou, en d'autres termes, la con- 
sonne faible h s'est effacée dans la prononciation devant 
la'îonsonne dure t, et la voyelle radicale a dû devenir 
loi^e pour réparer la perte de la consonne h. Le mot 
se déclinait à peu près de la manière suivante : 



72 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

Singulier. Nom. drâtt-nr. Géo. drâtt-ar. Dat. drâtt-i. Ace. dratt-u. 
Pluriel. Nom. drâtt-ir, Gén, irâtt-a, Dat. drdtt-nm.Acc, drâtt-un. 

Plus tard, lorsque les changements euphoniques, 
que nous connaissons, se sont établis dans la langue, 
la déclinaison primitive a dû ae transformer en la dé- 
clinaison suivante : 
Singulier. Nom. drotUur. Gén. drèdi-ar, Dat. drg&tt-i. Ace. 

árofí-a. 
Pluriel. Nom. drættir, Gén. drktt-a, Dat. drott-um. Ace. 

drôtt'Un, 

Ici, les grammairiens objecteront peut-être que la 
voyelle longue â ne se transforme pas en ô, comme 
cela arrive à Ta bref qui se change en o bref; mais que 
a fait exception à la règle des changements eupho- 
niques, en ne subissant, en aucime façon, Tinfluence 
de la voyelle dérivativé u. Nous répondrons que si cette 
objection était fondée, il faudrait pouvoir démontrer, 
ou que la voyelle a, en général, ou que Ta Scandinave 
n particulier, se refuse par sa nature même au chan- 
gement en 6. Mais ni Tune ni fautre thèse ne sau- 
rait être soutenue, selon nous. Il est vrai que a long 
est dt^à-^par sa longueur, moins exposé que Ta bref 
à se confondre avec d'autres voyelles. C'est ainsi qu'en 
sanscrit a -h í font e, a -i- a font o; dans e comm« 
dans 0, Ta s*est tout à fait effacé. Au contridrea loig 
plus Í, et a long plus a font â4, a-â (â-ou), diphthoi- 
gues dans lesquelles la voyellç â s'est entièrement con- 
servée. Mais il n en est pas de même dans la laigue 



CHAPITRE IV. 75 

Scandinave. Nous y voyons a long subir, par Tinfluence 
de i, le même changement que subit a bref; â devient 
ai (è) de la même manière dont a devient e. En effet, 
pourquoi a |png résisterait-il à f influence de a ? et pour- 
quoi y résisterait-il, tandis que a bref s y soumet régu- 
lièrement ? Il y a plus ; à commencer d'une certaine épo- 
que, la prononciation de ïa Scandinave s est presque 
confondue avec celle del'o, et æ et cb, se prononçaient 
à peu près de la même manière. Cest pourquoi le 
caractère runique li qui présente deux a réunis ensem- 
ble, désigne non-seulement un a long ou deux a, mais 
il sert également à exprimer fo; de plus, non-seu- 
lement, dans les manuscrits en caractères latins, 
mais aussi, dans la prononciation pariée, á et ây œ 
et œ se sont presque toujoiu's confondus. Ne serait-il 
pas étonnant, après cela, si Va qui, dans la pro- 
nonciation, se confondait d^à avec ïo, n'avait pas 
subi le changement en d, pas même dans le cas où 
une influence extérieure, celle de la voyelle sourde a, 
l'y provoquait fortement? Mais, dira-t-on, les manu- 
scrits n'indiquent pas ce changement de â en 6, et il 
faut croire avant tout les manuscrits, qui écrivent 
de la même manière, par exemple, le datif pluriel 
drâtÈam et le génitif plmîel drâUa. A cela nous ré- 
pondrons que précisément les manuscrits prouvent 
tout autant pour nous que contre nous, et voici com- 
ment : nous maintenons que la voyelle longue â a 
réellement subi finftuence de w, et^qu'elle s'est chan- 



74 INTRODUCTION GENERALE. 

gée en 6. Mais comme a avait pris peu à peu/ dans 
la prononciation, le son de 6, récriture pouvait, ou 
plutôt devait ne pas indiquer cette permutation de 
voyelles, parce que, à vrai dire, il ny givait pas de 
changement réel dans la prononciation, puisque drâttr 
au nominatif, et drâttar au génitif, se prononçaient 
de la même manière. Pour cette raison, le même 
signe á pouvait servir à exprimer également bien la 
voyelle radicale et la permutation de cette voyelle. 
Mais avant que â eût pris le son sourd de f a suédois, 
on a dû certainement dire au nominatif drottr et au 
génitif dràUari II reste seulement à savoir quels sont 
les cas où â doit être considéré comme voyelle radi- 
cale n'ayant encore subi aucune permutation, et quels 
sont les cas où cette voyelle a éprouvé Tinfluence de 
a et devra par conséquent être remplacée par 6. Nous 
appelons, sur cette question importante, 1 attention 
des grammairiens philologues. 

Passons maintenant à f examen philologique des 
consonnes (samhliôiSendr] de la langue islandaise, et 
commençons par celles qui se rapprochent le plus 
de la nature des voyelles, à savoir, les consonnes h- 
quides r,l, m, n. 

S VII. 

DES CONSONNES LIQUIDAS R, L, M, N (hALFRAPDAR STAFIR, 
SEIII-VOYELLES). 

A. Cette consonne liqtdde se prononçait de deux 



CHAPITRE IV. 75 

manières diflPérentes, sejion qu'eile était placée au 
commencement et au milieu ou à la fin du mot. Au 
commencement et au milieu du mot, r se prononçait 
comme le r français, et dans l'écriture runique cette 
consonne était exprimée par le caractère R. Placé à 
la fin du mot/ r se changeait en semi-voyelle et se 
prononçait comme un e muet l^èrement aspiré, ou 
comme la voyelle eu, ð. Dans ce dernier cas, r était 
exprimé ordinairement par le caractère runique Ji\ 
qu'on nommait öTj et qui pouvait désigner également 
bien la voyelle o et la semi-voyelle r. Pour compren- 
dre comment R a pu être piononcé de deux manières 
différentes et comment il a pu se changer en semi- 
voyelle, il faut se rappeler quelle est la nature de la 
consonne R en général et du R Scandinave en particu- 
lier. Comme cette dernière consonne ne présente au- 
cune difficulté dans Temploi orthographique, puisque 
cette lettre est exprimée partout où elle se trouve par 
notre caractère R, nous pouvons consacrer cet article 
à quelques considérations philologiques sur Torigine, 
la nature et la permutation de la consonne R. 

Si Ion compare l'islandais avec le gothique, on 
trouve que beaucoup de r islandais correspondent à 
des 5 ou z gothiques. Exemples : goth.^fcs, isl. fiskr; 
goth. ^onas, isl. sonr; goth. vîsan, isl. vera; goth. 
hausian, isl. heyra; goth. hizd, isl. hor(2(hodd), etc. 
Le même phénomène se remarque dans les autres 
disdectes teuto-gothiques. Exemples : goth. ha»i, v.h.a. 



76 INTRODUCTION GENERALE. 

péri; v.h.a. haso, isi. heri; v.h.a. isan, anglos. iren, etc. 
En grec beaucoup de a se sont changés dans ie dialecte 
laconique en p , et la même chose est arrivée en latin 
où r et 5 se permutaient anciennement; ex. : phsima 
et plarima; melios et melior;jm etjaxb, etc. Cette per- 
mutation prouve évidemment qu'il y a parenté eçtre 
ret s puisque, dans la nature, aucune transition nest 
brusque ni arbitraire. Cette parenté se trouve même 
indiquée dans quelques alphabets; ainsi, en arabe j 
(z) ne diffère de^ (r) que par un point, dans Talpha- 
bet umbrique le caractère qui exprime la lettre r ex- 
prime aussi la lettre 5, «t éans Técritiu'e anglo-saxonne 
les caractères qui désignent r et 5 se ressemblent beau^ 
coup. Enfin, c'est probablement à cause de la parenté 
entre R et S que ces deux consoilnes se trouvent pla- 
cées Tune à côté de l'autre dans l'ancien alphabet sémi- 
tique qui est aussi devenu le nôtre . Examinons comment 
R et S sont parents; remontons à l'origine de l'un et de 
l'autre. La plus forte des consonnes gutturales, le q, 
en renforçant encore sa prononciation, ;5e change en 
ime espèce de râlement qui produit d'une manière 
toute natiu'elle le son rude de R. La consonne R est 
donc dans l'origine essentiellement gutturale, et cela 
nous explique, d'un côté, pourquoi en arabe la gut- 
turale ^ se prononce comme un r rude, et, d'une 
autre côté , pourquoi dans Talphabet sémitique ^ est 
placé immédiatement après p, en d'autres termes, 
pourquoi notre r se trouve placé à côté de q: Nous 



CHAPITRE IV. 77 

venons de voir quelle est Forigine de r; expliquons 
maintenant, comment s est devenu parent de r. Les 
gutturales Jt, j, se changent par assibilation en f , cfc, j, 
Çf , gj. Ainsi, ch se trouve être le frère de r, puisque 
f un et l'autre dérivent d'une gutturale; le premier par 
assibilation, le second par renforcement de prononcia- 
tion. Comme irères R et Sh peuvent échanger leurs 
rôles , et c'est sur cet échange que repose la permuta* 
tion suivante : sansc. Sflfjf : et isl. heri; sans. 5^ et J!|; 
lat. etrusci et etrana, etc. La gutturale sifflante ch, sh, 
j rejetant son élément guttural et ne conservant que 
l'assibilation, se change d'une manière naturelle en s 
pur. Ainsi, ch ou j français se prononoe dans la bouche 
d'un Italien comme s ouz. D'un autre côté, r peut re- 
jeter aussi son élément guttural et devenir une con- 
sonne liquide comme en français. De cette manière, 
.R et 5 prennent, à leur apogée* des caractères tout 
différents, bien qu'ils soient parents l'un de l'autre. Ces 
deux consonnes se rapprochent de nouveau quand elles 
vieillissent ou s'affaiblissent. De même qu'ils sont sor- 
tis tous deux d'un son guttural, de même, en vieiflis- 
sant, ils se chajgtent tous dewL en aspiration, c'est-à- 
dire en un son guttural excesfivëment faible. R est 
accompagné de l'aspiration , déjà par suite de son ori- 
gine gutturale, puisque les gutturales naissent d'une 
aspiration très-rude. Cette aspiration de R se montre 
dans beaucoup de langues où elle influe sur les lettres 
qui se trouvent dans le voisinage de cette consonne 



78 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

liquide. En islandais, par exemple, 15 conserve son 
aspiration quand il est précédé ^e R, tandis qtfil la 
perd s il est précédé des autres liquides L, M etN. 
En grec p est toujours aspiré et influe très-souvent 
sur les lettres qui raccompagnent. En zend la liquide 
R rend aspiré le t quand celui-ci se trouve placé devant 
elle. Le R na donc qu'à rejeter son élément de con 
sonne pour devenir une simple aspiration. Ge change- 
ment ft*est opéré dans le r islandais placé à la fin du 
mot, et dans le r anglais qui se prononce comme une 
aspiration , par exemple, dans les mots bar, fax, lord, etc. 
En français R a également îa tendance de s'affaiblir, et 
il est déjà devenu semi-voyelle dans la bonne pronon* 
ciatîon parisienne. En sanscrit et plus tard en pâli le 
R s'est tellement affaibli qu'il s'est confondu avec la 
voyelle radicale oumême qu'il s'est perdu entièrement. 
Exemple: sansc. ^T^, grec jSpap^^iW, lat. hr^chinm; 
sansc. *î^, "latin /rtt(gf)or; sansc. H"^, lat. ^an^o; pâli 
fati, sansc. Min, grec irpos. Enfin, R s'est changé en 
voyelle en sanscrit, ^Ri, et dans quelques idiomes 

* On pourrait être tenté de croise que ^ est LWpiration'ou Ía voyelle 
primitive qui a donné naissance à la consonne ^de sorte que j(? ap- 
partiendrait à Tépoque où le sanscrit n avait pas encore atteint son apo- 
gée. Pour nous, nous sommes convaincu, que sf? nest paá une voydle 
faible d'enfance, et qui, en grandissant, est devenue T, mais que c'est 
cette consonne t même , devenue faible de vieillesse. Il est évident que 
le sanscrit, tel qu'il se montre dans les monuments littéraires qui nous 
en reâfent, est une langue qui depuis longtemps a passé Tâge de sa 
plus grande maturité. Ge qui le prouve, ce sont les palataies et les 



CHAPITRE IV. 79 

slaves ^ Quant à S, il est inutile de dire qu'il est aussi 
aspiré de sa nature, puisque toute lettre sifflante est 
née de Taspiration liée à Tassibilation. La lettre S n'a 
qu'à rejeter son élément sifflant pour devenir une aspi- 
ration pure. Ce changement s'est fait effectivement en 
grec; exemple : sansc. Hl, grec bs; sansc. tlMT^^, grec 
émd; lat. saper, grec Cirép. L'aspiration qui reste d'un 
R ou d'un S expirant, est désignée en sanscrit par le 
même signe (:) qu'on appelle visarffa, exemple: ÏT*, 
fll^:, jtÇf» etc. Nous pourrions imiter cette orthogra> 
phe si, au lieu d'écrire bras^ glas, amas, nous écri- 
vions bra, ghf orna. Souvent l'aspiration faible, ce 
reste d'un ancien R ou S, s'est perdu peu à peu à la 

linguales, qui certainement nont pas existé dans la hingue lorsqu'elle 
était encore jeune, c'est la lettre ^ qui remplace uûe ancienne gut- 
turale , ce sont surtout des formes comme sn^ , ^s^» ^^^ qnt ne 
peuvent être des formes primitives puisque la consonne R qui y manque 
est précisément Télément principal qui donne aux racines de ces mots 
leur signification particulière qu'elles n'auraient pas sans cette lettre. 
^ A cette occasion, nous ferons remarquer que, dans les langues 
sémitiques, R s'introduit qudquefois dans les racines pour y fair»les . 
fonctions de voyelle. Aucune consonne ne pouvant s'introduire dans la 
racine sans changer complètement la signification du mot, il est évi- 
dent que cet R ne peut pas être envisagé comme consonne, mais 
coomie voydle, out(nit au plus coftme semi-voydle. R remplace quel -^ 
quefois le dagesh. Ex.: ND"lD et MD3; ^>i=>> 0D^3 et QD3 > 
Sâ'lD et S2ID ; étWop. maisasa et B^BTD -^ ea syriaque on trouve le 
Parkl à côté du PoèL R peut aussi remplacer, dans sa signification gram- 
maticale.l'anasvàra sanscrit; exemp. : ^» ^jás», Q3^3 et 9^T: 
chald. \hy^D , et éthiop. rtÇ^^. 

* • T I T 

l 



80 INTRODUCTION GENERALE. 

fin des mots comme en français. Ainsi, dans l'ancien 
égyptien, le mot hor^ hébreu ^1i<, s est changé dans 
le dialecte du peuple en ha. En islandais le R à la fin 
des mots est devenu tellement faible, qu'il s'est con- 
fondu avec la consonne qui le précédait; ainsi, on 
disait iotann pour iotanv, steinn pour steinTf kiott. pom* 
fctofr, etc. 

L. Cette liquide doit avoir une origine commune 
avec R, puisque dans les racines des mots elle a, 
comme consonne, la même signification logique que 
R, et qudle permute» encore souvent avec lui dans 
les kngues dérivées, exemple : fr. oTme, lat. uZma; 
fr. navire, h. lat. naviie; 6^. épitre, lat. ej^istoia, etc. Ce- 
pendant, celte consonne s'est éloignée de son origine, 
et a pris dans quelques langues un caractère différent 
de R. En islandais L n'esi pas aussi aspiré que R, et 
c'est pourquoi il ne rend pas aspirées les consonnes 
qui S9 trouvent dans son voisinage. Dans cette langue, 
L est devenu aussi faft)te que R dans des mots comme 
licAfr, haimr, kalfr, etc.; il s'y est.changé peu à peu en 
une légère aspiration, ce qui a rendu longue la voyelle 
radicale: Mlfr, Mlmr, kâlfr. En anglais, L a entière- 
ment disparu dans les mots correspondants half, habn, 
calf, qu'on prononce^iuîjr, Mm, câf. 

Nous n'avons rèe» à» remarquer §ur l'emploi ortho- 
graphique de L en islandais. 

M. La consonne M est la moins sonore et la plus 
dure d'entre les liquides; elle ne peut pas s'allier 



CHAPITRE IV. 81 

facilement avec les autres liquides, excepté avec N. 
Cest pourquoi, quand m se trouve placé devant les 
liquides faibles l et r, il s adjoint la labiale douce b 
pour servir d'intermédiaire entre lui et ces liquides; 
exemples : timmr devient timbr, kammr devient fcambr, 
emla devient emhla, etc. Cette insertion d un b eupho- 
nique se fait aussi dans d'autres langues. En sanscrit 
on trouve la forme ^*^* à côté de la forme ^WI. Les 
Latins ont fait cimhri du grec xLiifiépiOi ; en islandais 
on dit kumraland, en anglo-saxon cumherland, et dans 
notre langue nous avons formé comtle, chamire, 
tremHer, de cumulus, cornera, tremere. Le b eupho- 
nique s est aussi peu à peu introduit dans des mots 
où m n était pas immédiatement suivi d'une liquide; 
exemple: isl. gaman devient gamhan, lamm devient 
hmb, dramm devient áramb, etc. L'emploi de M dans 
l'orthographe ne donnant lieu à aucune difficulté, 
nous passons à l'examen de la dernière consonne li- 
quide N. 

N. La lettre N se prononce de deux manières, 
selon qu'elle est placée devant une voyelle ou devant 
ime consonne. Placée devant une voyelle ou à la fin 
du mot, comme dans nëma, bani, ran, elle a la pro- 
nonciation ordinaire et elle est consonne radicale, 
c'est-à-dire qu'elle contribue à former le sens propre 
aumotoù elle se trouve. Placée devant'des consonnes, 
surtout devant des gutturales, elle a très-souvent la 
prononciation d'une voyelle nasúe, et exerce ordinai- 

6 



82 INTRODUCTION GENERALE. 

rement, dans ce cas, des fonctions purement gram- 
maticales, comme Yanusvâra sanscrit; exemple : isi. 
ganga, hringr; lat. frango, tango, scindo ^, etc. 11 se- 
rait donc utile d'établir une différence dans la manière 
d'écrire ces deux espèces de n. Comme le premier n 
est une consonne et se prononce comme telle, il faut 
nécessairement le désigner par le caractère N; mais la 
seconde espèce de n étant plutôt une voyelle qu'une 
consonne, et pour la prononciation et pour la s^ni- 
fication, on devrait l'exprimer par un signe ajouté à la 
voyelle radicale. Ce système d'orthographe est suivi 
en polonais, où la nasale est exprimée par un petit cro- 
chet attaché à la voyelle radicale; exemple : poi. miesot 
sansc. ïffÇT; pol. ges, sans, n^ «. Nous avons déjà eu 
occasion de dire que le grammairien islandais qui a 
composé le traité um lâtînu-staf refit, désigne ng par un 
g surmonté d'un point ou d'un trait. Cette manière 
d'exprimer la voyelle nasale par un point est analogue 
à celle qu'on a adoptée en sanscrit pour exprimer 
l'anusvâra; il serait à désirer qu'elle lut imitée dans 
toutes les langues qui renferment des nasales de cette 
espèce. 

Après avpir parlé des consonnes liquides ou so- 

^ Dans les langues sémitiques, N remplit aussi comme semi-voyelle 
des fonctions purement grammaticales; il remplace le dagesh dans les 

formes du nom et du verbe; ex. ; éthiop. sanhat, héb. H^lKTi ar. 

ùi.A«À9, héb. *TllDp;ies formes verbales, ar. J^Ák^yéihio^éSanhdn» 

-Aanlaba, eic. sont parallMes à des formes avec dagesh ou tesfadid. 



CHAPITRE IV. 85 

nores, nous examinerons les consonnes sourdçs ou 
solides appelées en islandais damhar stajir. 

S VIII. 

DES CONSONNES LABIALES P, B, F, V. 

C'est chose digne de remarque, que dans les an- 
ciennes langues germaniques la consonne radicale p, 
quand elle était placée au commencement du mot, 
s est changée ordinairement en labiale aspirée/, par 
f effet de la permutation des consonnes ^ ; placée au milieu 
et à la fin du mot, la labiale p s est maintenue bieil 
plus souvent. En gothique, les mots qui commencent 
par p sont en petit nombre et sont pour la plupart 
empruntés à d'autres langues. En vieux haut allemand 
le p qu'on trouve au commencement du mot a rem^ 
placé, un b radical et primitif. En vieux saxon , en an- 
g^o-saxon et surtout en islandais , p ne se trouve placé 
le plus souvent qu'au milieu ou à la fin du mot. Cela est 
si vrai , que dans les trois poèmes que nous publions 
il n'y a que le mot peningr qui commence, par un p, 
et encore ce mot est-il emprunté à un dialecte germa- 
nique* Parmi les laii^ues sémitiques, l'arabe et l'éthio- 
pien ont également perdu le p dur radical; l'hébreu 
et le syriaque l'ont conservé dçuas certains cas et perdu 
dans d'autres. Dans toutes ces langues, la labiale dure p 
est remplacée par la labiale aspirée /, ce qui nous fait 
croire que, généralement parlant, la labiale aspirée 

^ Voyez p. 62, note 1. 



84 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

est moins ancierïne que la labiale dure. Si donc les 
manuscrits islandais présentent deux formes de mots 
différentes, Tune avec la labiale dure p, l'autre avec la 
labiale aspirée/, comme, par exemple : opt, oft; hpty 
hft; kiaptr, kiaftr; nous sommes en droit d'admettre 
que la dernière forme est généralement la moins an- 
cienne. . 

F est la labiale aspirée qui remplace tantôt p et tan- 
tôt t. F a une origine toute différente de/; il provient 
le plus souvent de la voyelle a; et c'est pourquoi dans 
l'écriture runique, comme dans beaucoup d'autres al- 
phabets anciens, le même caractère exprime a et v. 
La prononciation du v placé au commencement du 
mot n'était pas aspirée primitivement : ver a dû se 
prononcer d'abord ouer, et plus tard ver comme le mot 
français vers. Placé entre deux voyelles , le t; était forcé 
de renier entièrement sa nature et son origine de 
voyelle , et de se produire entièrement comme con- 
sonne en prenant dans la prononciation un son sif- 
flant. Par là V s'est approché de/, et c'est pourquoi/ 
et V sont quelquefois confondus dans les manuscrits, 
surtout dans les noms propres dont la dérivation et la 
signification n'étaient pas bien connus. C'est ainsi que 
l'on trouve écrit biiurr et bivorr, ba(arr et bavurr, lovar 
et fofar, etc. Ce n'est qu'en trouvant la racine du mot 
qu'on peut parvenir à déterminer d'une manière sûre 
dans quel cas /ou v doit être préféré. 



CHAPITRE IV. 85 

S IX. 

DES CONSONNES DENTALES ET SIFFLANTES T, D, TH, D, Z, S. 

J> est un caractère ancien qui se trouve déjà dans 
récriture gothique et l'alphabet runique pour exprimer 
le T aspiré. Ð ou la minuscule S fut employée primiti- 
vement par les Saxons et les Anglonsaxons, puis par les 
Islandais pour exprimer le d aspiré; aussi la figure du 
caractère montre-t-elle un d avec un petit trait qui 
indique l'aspiration, de la même manière que dans 
l'écriture saxonne le b barré exprimait un b aspiré. 

Si la valeiu: phonique de J>^et de Ð est assez bien 
connue , rien n'est plus sujet à l'incertitude que l'em- 
ploi de ces deux caractères dans l'orthographe; car, 
dans les manuscrits, surtout depuis le xiv* siècle, J> et 
B sont souvent: confondus; þ est quelquefois placé 
pour t; et d est placé pour S, En voyant cette confusion 
et cette incertitude-dans l'emploi de ces caractères j on 
se demande naturellement quelle sera la règle à. suivre 
pour. mettre de l'ordre < dans: ce: chaos. Mais.avant de 
chercher à établir, cette rè^e, il importe de répondre 
à* trois questions préalables! Là première question est 
de. savoir si lès caractères ]?, i, S, á représentaient 
réellement des sons différents : nous répondons que , 
oui; car s'il n'y avait pas eu de différence entre les 
sons, l'écriture n'aurait pas exprimé ces sons par des 
signes différents. Il s'agit de savoir, secondement, si 
cette différence de sons était assez sensible dans la pro- 



86 INTRODUCTION GENERALE. 

nonciation: nous répondons encore affirmativement, 
parce que si ia diiTérence des sons n avait pas été assez 
sensible dans la prononciation, l'écriture n aurait pas 
choisi des caractères dififérents pour l'exprimer. 

Sachant maintenant qu il faut admettre que les dif- 
férents caractères ne sont pas une invention arbitraire 
et inutile dans récriture , mais qu'ils représentent ef- 
fectivement des différences dans la prononciation des 
dentales, il nous reste à savoir si þ et S sont des den- 
tales aspirées radicales, c est-à-dire des dentales qui se 
trouvent aspirées déjà dans la racine indépendamment 
delà place qu'elles occupent, ou bien, au contraire, 
si J) et S sont aspirées par euphonie, c est-à-dire ayant 
pris dans certaines circonstances l'aspiration, ou un 
son plus ou moins dur, uniquement pour se plier à 
l'organe, aux exigences de la prononciation ou de feu- 
phonie. Celte dernière question est une des plus 
difficiles dont la philologie puisse se proposer la so- 
lution. En effet, il ne s'agit de rien moins que de 
remonter aux racines des mots, c'est-à-dire aux pre- 
miers âges de la langue pour découvrir si þ et S sont 
radicaux, se trouvant dans le mot d'après la loi de la 
formation et de la permutation primitive et générale 
des consonnes, ou bien si ces dentales sont aspirées 
pour une cause euphonique particulière, contraire- 
ment à la loi de la formation des racines, ou à la loi 
générale de la permutation des consonnes. Pour ré- 
soudre cette question, nous aurions donc à comparer 



CHAPITRE IV. 87 

les racines du Scandinave aux racines d'une autre 
langue ancienne de la même souche. Nous choisirions 
le sanscrit, cet idiome étant le meilleur terme de com- 
paraison, d'abord parce que c'est une langue ancienne, 
une langue dans laquelle on trouve très-peu d'anoma- 
lies , et ensuite parce que cet idiome est exactement 
exprimé par la meilleure écriture que nous connais- 
sions. Nous aurions à chercher la loi de la permutation 
d'après laquelle les consonnes se correspondent en 
sanscrit et en Scandinave, et cette loi une fois trouvée, 
nous n'amions qu'à la suivre rigoureusement et systé- 
matiquement dans la transcription des mot^, sans faire 
la moindre attention à l'orthographe suivie dans les 
manuscrits. Mais si Ton considère que cette loi de la 
permutation des consonnes souflFre de nombreuses 
exceptions, et qu'il est toujours dangereux de vouloir 
soumettre les formes mobiles de la langue aux règles 
absolues d'un système , on concevra que ce n'est qu'a- 
près beaucoup de travaux préliminaires , qu'on pourra 
aborder cette question difficile, et la résoudre d'une 
manière satisfaisante. Contentons-nous donc de pré- 
senter ici quelques considérations qui contribueront 
peut-être à répandre quelques lumières sur l'emploi 
orthographique de þ et de o. 

La langue gothique n'a qu'une seule dentale aspirée 
)?; elle a, en outre, une dentale dure t et une den- 
tale moyenne d, comme le grec , qui s'est également 
contenté de trois dentales r^ Sy 9. Les consonnes t, 



88 INTRODUCTION GENERALE. 

d, |> sont radicales en gothique , et se trouvent égale- 
ment au milieu et à la fin du mot. En comparant le 
gothique au sanscrit, on trouve que þ correspond à a", 
et que d correspond à gj et g; la dentale aspirée en 
gothique est non aspirée en sanscrit, et la non aspirée 
en gothique est aspirée en sanscrit. La principale dif- 
férence entre les dentales des deux langues réside, par 
conséquent, .dans Taspiration; le gothique distingue 
hien les aspirées des non aspirées, mais il ne distingue 
pas les aspirées fortes des aspirées .moyennes. C'est 
pourquoi dans þ la distinction entre, dh et th s'est con- 
fondue, et þ représente également hien un ancien dh 
et un ancien th , , 

La loi de la permutation des consonnes d'après la- 
quelle les dentales se correspondent généralement en 
sanscrit et. en gothique, souiFre des exceptions par 
suite d'une influence toute particulière de Y euphonie ^ sur 
les terminaisons des mots gothiques. L'organe de la voix 
des peuples germaniques ne prononce pas facilement 
mie consonne iUioy^nne; placée .à la fihjdes mots; c'est 
poiu*quoi cette moyenne; se ■ change : ordiniairemerit . en 
consonne.diu'e ou en consonne aspirée. Ainsi, la dentale 
moyenne d placée à la fin du mot devient J>, excepté 
quand elle est précédée des liquides Z, m, /i, qui, par 

* M. Ad. Holzmann a le 'premier appelé rattention des philologues 
sur cette espèce de changement euphonique en gothique dans son livre : 
hidori Hispalensis Epistolœ ad Florentinam Versio francica, p. 102 et 

sqq- /. - 



CHAPITRE IV. 89 

leur nature, disposent Torgane à prononcer douce- 
ment la moyenne qui les suit. Placée devant un s, la 
moyenne à, quand elle n est pas précédée d'une liquide, 
peut devenir aspirée. Il s ensuit de là qu'il existe en go- 
thique beaucoup de dentales aspirées qui ne répondent 
pas à ^ en sanscrit, mais plutôt à sf ou ^ parce que pri- 
mitivement elles étaient des dentales moyennes qui ne 
sont devenues aspirées que par l'influence euphonique 
particulière que nous venons d'indiquer. Il faut donc 
distinguer deux espèces de ]> : les uns sont radicaux, 
parce qu'ils se trouvent dans la racine conformément 
à la loi de la permutation des consonnes; les autres 
sont euphoniques , parce qu'ils doivent leur origine à 
l'euphonie. Au commencement du mot, J> est toujours 
radical; mai^ à la fin du mot, þ peut être ou radical 
ou euphonique. 

Le ]? radical se prononçait certainement plutôt 
conmae t aspiré que comme d aspiré; la prononciation 
du J). euphonique. était probabiementjpius dpuce, mais 
ne s'éloignait pas beaucoup du J> , parce que l'écriture 
emploie le même signe pour exprimer le ]> radical et 
le þ euphonique, et qu'en général, les langues germa- 
niques aiment, à la fin des mots , plutôt une consonne 
forte aspirée qu'ime moyenne aspirée. Sans doute, le ]> 
radical était prononcé en gothfque comme le th anglais 
dur et le þ euphonique comme le th anglais doux. Il 
était naturel qu'entre deux voyelles et devant un s, ]> 
prît comme le th anglais un son plus doux ou plus sif- 



90 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

fiant semblable au z ou ci aspiré : de là on écrivait en go- 
thique/o/i^ás etfàhe]>s, récriture n* ayant pas besoin d'ex- 
primer laspiration de d parce que cette aspiration ré- 
sultait naturellement de la prononciation sifflante de s. 

Après avoir reconnu Torigine et la nature des den- 
tales gothiques, passons à Texamen des dentales de 
la langue Scandinave. C'est une remarque générale à 
faire, que, dans les voyelles, l'islandais diffère bien 
plus du gothique que le vieux haut allemand; mais, 
dans les consonnes , il ressemble plus au gothique que 
le vieux haut allemand. On peut dire que si nous 
avions, en langue Scandinave, des monuments écrits 
aussi anciens que le sont ceux du vieux haut allemand, 
la différence entre le Scandinave et le gothique serait 
moins sensible qu'elle ne l'est effectivement pour la 
même époque entre le gothique et le vieux haut alle- 
mand. Comme les consonnes islandaises ressemblent 
tant aux consonnes gothiques, nous pouvons aussi ad- 
mettre que les dentales de l'islandais ne différaient 
pas beaucoup des dentales de ia langue gothique. 

Nous avons trouvé en gothique trois dentales qui, 
dans l'écriture, sont exprimées chacime par un carac- 
tère particulier. Dans l'alphabet runique nous voyons 
seulement deux caractères , Je caractère gothique ]> et le 
caractère "l^. Il n'y a pas à en douter, le premier exprime 
une dentale aspirée, le second un t dur. Mais, chose 
remarquable ! dans les plus anciennes inscriptions ru- 
niques, on ne trouve pas de caractère pour d, mais à 



CHAPITRE IV. ÔI 

la place de cette dentale moyenne se trouve le plus 
souvent]?, plus rarement i. On doit donc supposer, 
ou que le d Scandinave s est perdu, ou q^'id s est con- 
fondu avec ]>ou ^11 nous parait plus vraisemblable que 
la langue Scandinave n avait originairement, comme 
la langue umbrique ^ que deux dentales, Tune as- 
pirée et l'autre dure, et qu'elle ne faisait pas de dis- 
tinction entre la dentale dure et la dentale moyenne. 
Nous avons déjà vu qu'en gothique on ne faisait pas 
de distinction non plus entre l'aspirée moyenne et 
l'aspirée dure. Plus tard la langue Scandinave paraît 
avoir formé deux espèces de dentales aspirées, à sa- 
voir : une aspirée dure et une aspirée moyenne; mais 
on continua toujours à désigner l'une et l'autre espèce 
par le même caractère |>, comme on se sert encore 
aujourd'hui, en anglais, de la même lettre A pour ex- 
primer deux espèces d'aspirations très-différentes. La 
dentale aspirée moyenne qui venait de se former, et 
dont la prononciation se rapprochait du d aspiré, 
perdit peu à peu son aspiration au commentement 
des mots et après les liquides l, m, n, et elle se changea 
ainsi en dentale moyenne pure à; il y eut donc, dès 
lors, dans la langue Scandinave, outre la dentale dure 
•i", une dentale aspirée dure, une aspirée moyenne 
et une dentale moyenne; mais ces trois dernières 
furent toujours exprimées par le même signe ]>. Plus 
tard, lorsqu'on introduisit l'écriture latine, on con- 

* Voyez Grolefend , Eudimenta Unguœ umhncœ, Hanovre , f^3 5 - 1 83 7 . 



92 INTRODUCTION GENERALE. 

serva ie caractère )> pour désigner les deux dentales 
aspirées; mais la dentale, moy.eime fut exprimée par la 
lettre ácomjiíie "l^, fut remplacé par; i. Quelque temps 
après , > au cómmjeniceínent du xin* siècle ^, on . choisît 
la, lettre aûglo-saxonne ^ pour la substituer à. |), dans 
tous les cas où cette dernière lettre se prononçait 
comme xme aspirée moyenne. Cest ainsi que s est éta- 
bli Tusage qu'on fait actuellement en islandais des 
lettres]?, t, S et à. D'après ce que nous venons de 
dire, la consonne á devait être naturellement la moins 
fréquente dans la langue, et, depuis elle est devenue 
d'autant plus rare, que l'usage s'est. répandu, dans l'is- 
landais . moderne , de rendre douces et sifflantes les 
dentales précédées, de voyelles et placées à la fin d'une 
syllabe ou d'un mot, et de changer ainsi í et á en S. 

^ Cf. Svensh spraltlàra utgifven af soenska Akademien, Stockholm, 
i836, p. XI. — L'auteur du traité grammatical um lâtinu-stajroft, con- 
naît la lettre dfc, voy.,p. 295 ; .il. parait ravoir empruntée directement 
delalphabet anglo-saxon puisqu'il l'appelle edh, ce qui est précisément 
le nom qu'elle porte dans ce dernier alphabet. Notre grammairien range 
dh parini les undirsiajir, c'est-à-dire parmi les consonnes qui ne sont 
jamais placées au commencement d'une s^labe, comme par exemple 
2: et 07. Il dit, p. 293 : dans le cinquième cercle sont, tkeir stajir êr heita 
undirstajir dh, z,x; ma tkeim vidh enyan stafkomanëmaiheirseeptir 
kliôdkstaf î kverri samstöfan: Fiûrdhi stafr ér Z, [ c'est ainsi que je 
corrige cqui se trouve dans le texte ; cette figure qui ressemble à 2, est 
une abréviation usitée dans les manuscrits pour exprimer ok, et ré- 
pond, par conséquent, à notre &] that er rétt hans hîiôdh, ai hann se 
i enda samstôfa sem adhrir unâirsiafir. Les consonnes qui ne sont ja- 
mais placées à la fin d'une syllabe, s'appellent hôfudhstajir , ce sont : 
th, V, h» q* Voyez p. 290. 



CHAPITRE IV. ^ 93 

Par suite des changements 'fréquents qu'ont éprou- 
vés les dentales islandaises et dans la prononciation 
et dans récriture, il est difficile de déterminer tou- 
jours exactement Temploi qu on devra faire des lettres 
|>, S et à. Cç n'est que par une étude critique de tous 
les monuments écrits et par la comparaison des diffé- 
rents idiomes germaniques, qu'on parviendra à éclair- 
cir encore quelques questions importantes que l'état 
actuel de la science ne permet pa^ encore de résoudre. 
Z. Le Z islandais n'est pas une consonne radicale , 
parce qu'elle n'est pas une consonne simple ; c'est un 
son composé, et le signe graphique z est ime abrévia- 
tion pour représenter deux consonnes réunies en une 
seide. Le z islandais diffère donc essentiellement du z 
vieux haut allemand qui est radical, parce qu'il repré- 
sente la consonne simple t devenue aspirée ou plutôt 
sifflante. Le z islandais remplace tantôt ds comme dans 
islenzkr, tantôt ts comme dans veizla, tantôt Si comme 
dans hliôz, gerzkr, tantôt ss comme dans miza, tantôt 
si comme dans riufaz. Sirigidier caractère que ce z qui 
exprime des combinaisons de consonnes si différentes! 
Est-il probable que z ait servi à exprimer indistincte- 
ment des combinaisons opposées U et st? nous ne le 
pensons pas. Ou pourrait objecter qu'en grec, Ç (íö") 
s'est aussi changé quelquefois en <jS, et qu'en espa- 
gnol a; (ks) équivaut à c?i (sk, sh ). Cependant, il nous 
semble que lorsque z fut mis pour st, ce st s'était déjà 
changé dans la prononciation en ss ou sz, et qu'on 



94 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

exprimait cette assinûlation des deux consonnes ^ et t 
par la lettre z^. Sîl en est ainsi, il faut nécessairement 
distinguer deux périodes dans la langue : la première 
où Ton prononçait st, et la seconde où Ton prononçait 
ss; etron-doit écrire j par conséquent, dans le premier 
cas, beriastj riufa&t, etdans le second, herias»t riii/ass, etc. 
Eh tout . cas , comme chaque lettre ne doit représen- 
ter qu un seul son et n exprimer qu'une seule con- 
sonne simple^ nous proposons qu'on rgette le z de 
Talphabet islandais , dans leqtiel du reste il ne se trou- 
vait pas primitivaBent, et de le remplacer chaque fois 
par les consonnes respectives ds, ts, Si et ss. 

S X. 

DES CONSONNES GUTTURALES K, 6, H, J, X. 

La gutturale Scandinave forte se prononçait comme 
le q français; c'est donc la lettre fc qui l'aurait exprimée 
le plus convenablement. Cependant, comme dans le 
Nord, pn^vait adopté l'alphabet latin où G remplaçait 
K, G fat employé de préférence dpis l'orthographe des 
livrea^aq^o-^axons. Les Islandais aussi, à l'exemple des 
Anglo-saxons, employaient G pour désigner la guttu- 
raie forte ^. Néanipoins, nous préférons la lettre K, 

' Eð suédois on mettait tout sîmplemenf un 9. Voyez Soensk sprà- 
klmii p. XÍI.- 

^ Nous avons vu, page 45, que i auteur du traité um Utina'StafroJii, 
toutes les fois qu'il veut exprimer une consonne double , écrit cette 
consonne en majuscule, mais en majuscule de la même grandeur que 
les minuscules. Gomme grand C ' ne diifèf e point pour la forme de 



CHAPITRE IV. 95 

parce que G se |Mrononce diversement devant les diffé- 
rentes voyelles et dans les différentes langues ; et que 
la lettre K exprime bien mieux, dans tous les cas et 
en toute langue, la véritable prononciation de la gut- 
turale dure. 

La gutturale moyenne G se prononçait ordinaire- 
ment et primitivement comme notre gm dans hdgue. 
Cependant dans certains cas, g avait un son un peu 
différent par suite d'une influence euphonique que 
nous allons expliquer. 

Les sons gutturaux Scandinaves, surtout le k, aiment 
à être suivis quelquefois dun u euphonique légère- 
ment accentué. La voyelle u s'ajoute facilement aux 
gutturales parce qu'elle est elle-même gutturale de 
sa nature. Nous voyons en latin K ou G suivi , dans 
un grand nombre de cas, de la voyelle u; cette ma- 
nière de pronopcer était exprimée par qu dans qui, 
quzim, hqaor, etc. Comme ce phénomène úes^t à la 
nature des sons gutturaux, il doit s0 montt'er néces- 
sairement encore dans d'autres langues. Nous le remarr 
quons en effet, non-seulement dans les idÍQitícs ifkdor 
gerjmaniques, mais aussi dans les idiomes s^itiques^ 
n est vrai que ce phénomène est plus rare dans les lan- 
gues sémitiques, parce qu'en général ces idiomes n'ai- 
ment pas les voyelles purement euphoniques. De plus, 

petit c, notre grammairien ne pouvait pas se servir de la majuscule pour 
exprimek* ce, il s6 servit, dans ce cas, de la lettre K. Ce système a aussi 
été suivi dans lès manuscrits de TEdda. 



96 INTRODUCTION GENERALE. 

par leur tendance à affaiblir les gutturales et à les 
changer en une simple aspiration, les langues sémiti- 
ques font suivre les gutturales bien moins d'un a que 
de la voyelle a, qui de sa nature a plus d'affinité 
avec f aspiration que Ta. Néanmoins, on trouve dans 
féthiopienles gutturales ^ (K») -V- (H") h^ (C ) 7^ (G") 
qui font entendre après elles le son u légèrement accen- 
tué. Cet a se fait entendre devant toutes les voyelles 
de féthiopien, excepté devant ïu et ïo où naturelle- 
ment on ne fentend pas, cette voyelle euphonique se 
confondant alors dans la prononciation avec la voyelle 
radicale. Cet u étant purement euphonique ne forme 
pas une diphthongue avec la voyelle radicale , comme 
le croyait Liiaoî/; il est, au contraire, intimement 
lié avec la gutturale dont il ne peut se séparer, pas 
même quand cette gutturale n est -pas suivie d'une 
voyelle, c est-à-dire quand il y a. scheva hébreu, ou 
soukonti arabe, ou virâma saiiscrit. Il est évident que cet 
Il ne mérite pas le nom de voyelle, parce qu'il n'a pas 
une existence indépendante de la gutturale, ni ime si- 
gnification grammaticale propre, pas plus que a dans 
les mots français baga-e, ligu-e, guérir, éta.; il sert seu- 
lement à indiquer une certaine manière de prononcer 
la gutturale. 

La propriété des gutturales d'engendrer et défaire 
entendre après elles un u, nous explique comment, 
dans certaines langues, des consonnes labiales ont 
pu remplacer d'anciennes consonnes gutturales. Le 



CHAPITRE IV. 97 

changement des gutturdes en labiales , est physique- 
ment impossible; car comment passer des sons formés 
dans la gorge aux sops prononcés du bout des lèvres? 
Ce n'est donc nullement par une permutation naturelle 
des consonnes, mais seulement par un moyen méca- 
nique que les labiales ont pu prendre la place des gut- 
turales. Ce moyen mécanique, le voici : Ta euphonique 
produit par la consonne gutturale , s'en sépare et se 
change en v qui, comme labiale, peut se transformer 
en toute autre labiale et faire tomber peu à peu le son 
guttural dont il est précédé; exemple : sansc. fà^^ 
goth. cfvivsy iat. vivo, vîc-5iVgrec l3éo(iat, l3los; sansc. 
^ÍHI, Iat. i;ermÍ5( pour qvermis, hvermis); goth. 
qvainôriy vieux haut allemand weinôn, etc. Un change- 
ment inverse s'est opéré dans les langues romanes et 
cymriques ^ qui ont transformé v en gu; exemple : vieux 
français gaerpiry vieux allemand'» ve/pa; vieux français 
gaillaumef normand vi'HioAmr; ital. guaráía, (fr. garde)^ 
vieux allemand yfartên; fr. gazon, v. h. a. y^âso, sansc. 

Une autre modification tout à fait analogue à celle 

* Voyez M. Pictet, De l affinité des langues celtiques avec le sanscrit, 
page 58. 

^ J'ai appris depuis que le v zend a aussi été changé en gva» gna 
dans les transcriptions des Parses. « Nériosengh reproduisant en earac- 
« tères dévanâgaris les mots zends vôka-manô, hâvani, çâvangh, les écrit 
«de la manière suivante : gkvahmana, hâguana, çaguanigha.9 Voyez la 
notice intéressante de M. ï^ug. Burnouf dans : Zwei sprachvergleickendc 
Ahhandlangen von Ð' Kicbard Lepsius, p. loo, loi. 

7 



98 INTRODUCTION GÉNÉRALE, 

dont nou& venons de parler, se fait sentir dans la 
prononciation des gutturales. Cette modification, la 
voici: dans certains cas, la gutturale se mouille, et 
alors elle fait entendre après elle , non pa$ un a, mais 
un Í légèrement accentué. Cet i se détache quelque- 
fois de la consonne gutturale qui Ta produit, et en 
prenant de l'accroissement il se change enj; exemple : 
goth, ganfo, rom. giardm, fr. jardin. Par un chaii^e- 
m:ent inverse, j redevient voyelle et se fait alors pré- 
céder de la gutturale douce g; exemple : lat. ja^am, 
vieux haut allemand jaA, anglo-s. gëoc; lat. jmenis^ 
vieux haut allemand janjf, anglo-s. gëonj,; vieux haut 
allemand jÂr, a.-s. gëar; isl. jáZí, a.-s. gëo/a, etc. 

Par ce qui vient d être dit en dernier lieu de la pro* 
priété des gutturales de se mouiller , on s'expliquera 
facilement la prononciation du K et du G islandais. 
K et G devant les voyelles a, », o, ô, se prononcent 
comme en français; mais, devant toutes les autres 
voyelles, K et G se mouillent, c'est-à-dire qu'ils font 
entendre après eux un i légèrement accentué» Âinisi , 
hëm se prononce qui-èm, geit se prononce ;gui-éit, gem- 
lir se prononce gui-emlir. Cette prononciation mouil- 
lée des gutturales, ne remonte certainement pas aux 
premières époques de la langue. Elle n'a commencé 
probablement que lorsque la permutation des voyelles 
eut depuis longtemps produit les voyelles dérivées e, 
ê*> éy 0, j, qui sont des voyelles rapprochées de l'i et de- 
vant lesquelles les gutturales aiment précisément à se 



CHAPITRE IV. 99 

mouiller. Quoi qu'il en soit, comme la prononciation 
mouillée ne dififère que très-peu de ]a prononciation 
ordinaire, nous jugeons inutile dé f exprimer dans 
récriture par un signe particulier. 

Nous avons déjà eu occasion de dire, page 88, que 
dans les langues germaniques les consonnes moyennes 
ou douces se changent quelquefois à la fin des mots 
en consonnes dures ou en consonnes aspirées. Le 
même changement se fait aussi en islandais. La con- 
sonne moyenne g placée à la fin de la syllabe ou du 
mot comme dans lôg, vêg, segta, etc. devient aspirée 
et se prononce à peu près comme im ch allemand très- 
doux; c'est pourquoi on écrivait autrefois logh, vegh, 
seghia^, etc. Cependant, cette dernière orthographe 
ayant f inconvénient d'insérer dans l'écriture un fc qui 
n'est pas radical, il vaut mieux écrire simplement g, 
et abandonner à la prononciation le soin d'aspirer ce 
g dans tous les cas indiqués par les règles. 

Q. On se servait ordinairement de la lettre g, em- 
pruntée à l'alphabet latin , pour désigner la gutturale 
dure suivie de l'ii euphonique, et l'on écrivait qven, 
ffúe'Say qvon, au lieu de kvén, hvëSa, kvon. Cepen- 
dant on n'a adopté cette orthographe que parce que 
la lettre g se prêtait à une abréviation ; au lieu d'écrire 
gua on gva, on écrivait simplement 9*. Cette abrévia- 
tion se trouve dans le Codex regins; le Fragmentant mem- 

* Voy. R. Rask, KortfdtUt Fejledning tU det olânordiske, Kjôbenhavn, 
i839,p. 5. 

7. 



100 INTRODUCTION GENERALE. 

braneum préfère ku h qu, et l'un et l'autre manuscrit 
emploient toujours la lettre h dans les cas ordinaires. 
L'auteur du traité Um lâtinu-stafrofit n'admet pas le q 
dans son alphabet islandais. Il n est pas question non 
plus de cette lettre dans le traité intitulé : Mâlfrœ- 
'Sinnar grunâvoHr, parce que Tauteur y analyse princi- 
palement l'alphabet runique , qui ne contient pas de 
caractère particulier correspondant à q. Gomnie q n'a 
été introduit dans l'écriture que dans un but pure- 
ment graphique, et comme il est tout à fait superflu 
dans l'alphabet islandais, noua concluons à ce qu'on 
rejette entièrement ce caractère et qu'on le remplace 
parkv. Si l'on votdait conserver çv, ce serait tout au 
plus dans les mots dérivés du latin et des langues mo- 
dernes, comme dans qvartil, qvaterni, et autres mots 
semblables. 

J. Gette consonne J, admise par Rask dans l'alpha- 
bet islandais, est une gutturale dont la pronciation n'a 
rien d'analogue en français. Dans, toutes les langues, 
cette consonne est née d'un î suivi d'une autre voyelle, 
commet; est né de tt suivi de a ou î. G'est pourquoi, 
dans les textes islandais , on a remplacé par J la voyelle 
î toutes les fois qu'elle était suivie d'une autre voyelle, 
et l'on a écrit, par conséquent, jor, jari, jorS, bjarga, 
mjolniry seg^a^ au lieu de ior, iari, iorS, biarga,miölnir, 
segia. Si l'on se tenait seulement à la prononciation 
grossière des mots que nous venons de citer, on 
pourrait, encore justifier cette orthographe avecjf. 



CHAPITRE IV. lOI 

En effet, Fî suivi d'une voyelle pouvait facilement se 
changer, dans la prononciation du peuple, enj. Mais 
cette prononciation n était certainement pas la bonne , 
et, par conséquent, elle ne doit pas aujourd'hui 
faire loi dans forthographe des textes. Supposé même 
que cette prononciation ait été générale, ce nest pas 
encore une raison qui nous autorise à défigurer les 
formes grammaticales par des consonnes intruses qui 
n'ont aucune signification dans la racine, et qui ne 
sont insérées dans les mots que par le caprice de la 
prononciation. Personne ne doute que dans la pre- 
mière période de la langue, lej nait été entièrement 
inconnu; les dérivations se faisaient, comme en toute 
langue , par la voyelle i, et non par la consonne J. On 
disait segia, 'ji>egia, yrkia, etc. et non segjat/j^egja, 
yrhja, etc. Le j n existait pas, non plus, dans les mots 
jor, jari, jorS, bjarga,mjölnir, etc. parce que originaire- 
ment la voyelle radicale i, qu'on veut transformer enj, 
n était pas suivie dune autre voyelle; car les formes 
primitives de ces mots étaient ihvo-r (lat. eqvu-s, sansc. 
açva-s), irly irS, birga, milnir. C'est seulement plus tard 
que la prononciation a inséré une voyelle euphonique 
entre la voyelle radicale et la consonne dont elle était 
suivie ^ : ce n'est donc aussi que depuis cette époque 
que i a pu se changer en j. Mais ce qui prouve que, 
même après cette époque, i'i radical, primitif ne s'était 
pas changé en j dans la bonne prononciation des 
* Voyez p. 55. 



102 INTRODUCTION GENERALE. 

poètes, cest que, comme fa déjà fait remarquer 
M. Grimm \ les mots qu'on voudrait écrire avec j ri- 
maient, dans l'allitération, avec des mots commençant 
par des voyelles; preuve évidente que ceux-là com- 
mençaient également par une voyelle , c'est-à-dire par 
Í et non par j. Une autre circonstance mentionnée par 
M. Grimm, et qui prouve également contre l'usage de 
j, c'est qu'en anglo-saxon les mots qui correspondent 
aux mots islandais qu'on voudrait écrire avec j, com- 
mencent par é'o, c'est-à-dire par une voyelle , ce qui fait 
supposer naturellement que les mots islandais corres- 
pondants commençaient égadement par une voyelle. 
Les deux grammairiens islandais dont les traités font 
partie de la Snorra-Edda, ne connaissent pas la lettre j\ 
Seulement le premier connaît la prononciation un peu 
différente de i, quand cette voyelle est suivie d'une 
autre voyelle; Il semble croire que dans ce cas i est une 
espèce de mâhtafr, c'est-à-dire, d'après son système, 
une consonne qui peut précéder ou suivre une voyelle; 
mais il n'a garde de ranger í parmi les mâlstafir ,. et il 
ne sait pas ce qu'il doit penser de la lettre í dans biôr, 
hiorg ^. Tout cela prouve qu'à cette époque on ne con- 
naissait pas encore la consonne j, mais que cependant 
on prononçait í un peu différemment s'il était suivi 
d'unis autre voyelle, que s'il n'en était pas suivi. 
Les plus anciens manuscrits de l'Edda n'emploient 

1 Voyez Deutsche Grammaiik, I, p. 32 2. 
' Snorra-Edda, p. 390, 393. 



CHAPITRE IV. 103 

pas la lettre j; iis écrivent : tiosull, kverianj iotun, 
Ikigia, miok, ialkr, etc. Dans les manuscrits du xv* 
et du xvi* siècle, iesj deviennent fréquents, et de 
nos jours la prononciation en Islande, a changé en 
j tous les Í suivis dautres voyelles. Mais ni les ma- 
nuscrits des siècles postérieurs, ni la prononciation 
moderne ne font autorité dans Texamen de la ques- 
tion qui nous occupe. Il est inutile de dire , après 
cela, que nous concluons purement et simplement 
à ce qu'on rejette la consonne j de Tancien alphabet 
islandais. 

Jï. La lettre h était primitivement, comme le h en 
sanscrit et en beaucoup tfautres langues, une gutturale 
soit forte ou douce, qui en s affaiblissant est devenue 
peu à peu une aspiration \ mais une aspiration forte 
ou rude. Il y a quelques mots en islandais dans lesquels 
Tancienne forme s est conservée à coté de la forme 
dérivée , ex. : knië et hfií^, knîfr et hni/r, gíoá et hfoa, etc. 
L'aspiration forte de H n*a rien d'analogue en français; 
elte s'approche beaucoup de la prononciation du ch 
allemand. Comme l'aspiration se fait difficilement en- 
tendre devant n, lalettre h (g, k) s'est perdue très-souvent 
quand elle était placée devant cette nasale. Exemples : 
lyrt (pour hnyt) , neip (pour gneip), neisti (pour gneisti) , 
nubbr (pour knubbr), etc.. D'un autre côté, comme les 
liqdUes r et { sont aspirées de leur nature , h se con- 
fond souvent avec elles dans la prononciation; exem- 

^ Cf. Svensk sprahlàra» p. vi, not. 2. 



104 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

pies : vilialmr pour vHhiabnf, norSralfa pour norSr" 
halfa, etc. L'emploi orthographique de h ne présente 
aucune difficulté. 

X Cette lettre est une abréviation de ^5 etde hs, 
et se prononce, comme en français, tantôt comme 
gs, tantôt conune es. Bien que la lettre composée x 
soit admise dans l'alphabet d'un très-grand nombre de 
langues, il nous semble pourtant préférable, dans 
l'intérêt de l'analyse grammaticale, de la remplacer 
toujours /dans l'orthographe, parles deux consonnes 
dont elle se compose, et d'écrire , par conséquent, Mis 
au lieu de lax,fàhs au lieu de fax, oks (akus) au lieu de 
ÖX, etc. Cette orthographe est déjà en partie établie, 
puisqu'on n'emploie jamais x pour exprimer gs; ainsi 
par exemple, on écrit toujours hugsa au lieu de huxa. 

S XI. 

CONCLUSION DU CHAPITRE. 

Nous avons distingué les différents sons de la langue 
islandaise dans le but de les orthographier aussi exac- 
tement et aussi convenablement que possible. Peut- 
. être dira- 1- on que les distinctions que nous avons 
établies, surtout entre les voyelles, sont trop nom- 
breuses et trop subtiles. A cela nous répondrons 
que toute distinction qui est fondée en nature établit 
un fait ou une vérité , et aucune vérité ne saur^ pa- 
raître au philosophe ni superflue ni subtile. En cons- 
tatant des vérités, on enrichit le domaine de la science, 



CHAPITRE IV. 105 

et Ton contribue à Texplication d'un phénomène phy- 
sique ou intellectuel. « L'orthographe vulgaire, dit 
(t M. Grinun ^, ne distingue pas les nuances dans la 
« prononciation; cest au grammairien de constater les 
« diiFérences et de les marquer par des signes. En cela, 
« il ne fera jamais trop, ni rien qui soit inutile. Quand 
« même on abandonnerait dans l^uite les signes intrœ 
«duits, la science aurait toujours gagné à ces distinc- 
« tions. » H est vrai, si les distinctions qu'on établirait 
dans l'orthographe ne s'appliquaient qu'à une langue 
spéciale, l'utilité de ces distinctions serait très-bornée 
et contre-badancerait à peine l'inconvénient qui résuite 
d'une orthographe rendue plus compKquée par cela 
même qu'on l'aïu^ait rendue plus exacte. Mais dès vues 
plus générales nous ont guidé dans les observations 
que nous avons faites sur les lettres de la langue islan- 
daise. Notre but a été de transcrire les textes islandais 
d'après un système d'ortïiographe générale et uniforme 
pour toutes les langues, en nous servant de l'écriture 
latine dont nous voudrions faire une écriture univer- 
selle , parce qu'elle réunit l'élégance à la simplicité, et 
qu'elle est déjà en usage chez presque toutes les na- 
tions de l'Europe. Cette orthographe uniforme est 
possible, puisque la philologie moderne prouve que les 
mêmes articulations de la voix se trouvent dans toutes 
les langues, avec la seule différence qu'elles sont, dans 
les différents idiomes, tantôt plus ou moins nom- 

* Voyez Deutsche Grammatik, 1. 1, p. 232, note. 



106 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

breuses, tantôt plus ou moins complètes. De plus, 
cette orthographe est philosophique, parce qu'étant 
fondée en nature , elle est aussi fondée en raison, tandis 
que f orthographe vulgaire des différentes langues se 
contredit sans cesse , étant basée en grande partie sur 
f usage arbitraire et quelquefois sur le caprice de Tin- 
dividu. Ekifin, cett|^ 'orthographe uniforme est en 
même temps très-utile, parce quelle facilite de beau- 
coup Tétude grammaticale et comparative des lan- 
gues, et qu'elle réunit tous les avantages que possè- 
dent ordinairement les systèmes établis sur une base 
large et universelle. On voit, d'après cela, que les dis- 
tinctions que nous avons faites n'ont rien d'exclusif, ni 
de subtil; elles trouvent leur application, non-seule- 
ment dans l'islandais, mais dans toutes les langues; et 
les caractères que nous avons choisis pour désigner les 
sons, loin d'être d'un usage spécial pour l'idiome Scan- 
dinave, appartiennent au contraire tous à l'alphabet 
général par lequel nous voudrions qu'on transcrivît 
les langues anciennes et modernes ^ Cependant, avant 
de suivre notre méthode d'orthographe dans la trans- 
cription des textes islandais que nous publions, nous 
croyons devoir la soumettre au jugement impartial 
des grammairiens philosophes. Si leur jugement 

* La question de la formation d*un alphabet général fait le sujet 
d'un mémoire que publie, au moment où nous mettons sous presse, 
M. Paul Ackermann sous le titire d^Essai sur Vanafyse physique des 
langues, ou de la formation et de Vusage d'un alphabet méthodique. 



CHAPITRE V. 107 

nous est favorable, nous n*hésiterons pas à trans- 
crire, à Tavenir, nos textes d'après le système indi- 
qué. En attendant nous n avons pas craint de nous 
égarer en suivant, presque entièrement dans notre 
publication, l'orthographe adoptée par Rask et par 
M. Grinom. 



CHAPITRE V. 

DE LA VERSIFICATION ISLANDAISE. 



S I. 
DE LA QUANTITÉ ET DE l'aGCENT. 

Après avoir examiné, dans le chapitre précédent, la 
nature des sons de la langue ou la prononciation syi- 
labique, il nous reste à parler de la prononciation 
prosodique ou rhythmique qui est la base de toute 
espèce de versification. Exp^quons d'abord ce que 
cest que la prosodie, et parlons ensuite du rhythme. 

Le mot prosodie , tiré du grec itpoacpSla que les Latins 
ont traduit par accentas, signifie accompagnement de 
chant, parce que l'émission simple du son matériel, 
ou ce que nous avons appelé la prononciation sylla- 
bique, est accompagnée, dans le langage de tous les 



108 INTRODUCTION GENERALE. 

hommes, dune espèce de modulation qu'on a com- 
parée au chant, et qu'on pourrait nommer accent dans 
le sens le plus étendu de ce mot. La prosodie, envi- 
sagée comme science , est donc proprement la théorie 
de Taccent vocal. 

De même que dans le chant musical il» faut obser- 
ver deux choses, la diu^ée et l'élévation des tons, de 
même, dans Taccent vocal, il faut distinguer entre la 
durée et Télévation des syllabes prononcées. La durée 
des syllabes constitue ce qu'on appelle la quantité; l'é- 
lévation ou l'abaissement de la voix constitue l'accent 
proprement dit. La prosodie définie d'une manière plus 
explicite est donc la prononciation ou la théorie de 
la prononciation des syllabes selon l'accent et la quan- 
tité qui leur conviennent. 

La quantité {leng^) ou la mesure des syllabes longues 
ou brèves [samstafa long e^rskomm) indique la durée 
relative des sons de la langue. Une syllabe n'est longue 
qu'en tant qu'une autre est brève ; mais quelle que soit 
la lenteur ou la vitesse givec laquelle on prononce les 
mots , le rapport de quantité entre les syllabes doit 
rester le même. Ce rapport de la syllabe longue à la 
brève peut avoir un exposant différent dans les diffé- 
rentes langues. Ordinairement on admet en islandais, 
de même que dans la prosodie grecque, latine, alle- 
mande, italienne, etc. qu'une syllabe longue équivaut 
á la durée de deux brèves ^ Dans certaines langues, 

1 L'auteur du Mâlfrœdinnar GrandvôUr, dit, page 3o5:«Enthô 



CHAPITRE V. 109 

une oreille exercée et un calculateur exact trouve- 
raient que cet exposant n est quelquefois que le chifïre 
1 plus une fraction. D y a des syllabes qu'on nomme 
douteuses, non qu'il soit douteux si la syllabe est longue 
ou brève , mais parce que dans certains cas et pour 
certaines raisons ces syUabes perdent quelque chose 
de leur longueur ou ajoutent quelque chose à leur 
brièveté. 

Uaccent proprement ditÍJílioSs-grein) consiste, comme 
nousTavons dit, dans l'élévation et l'abaissement de 
la voix. L'élévation est marquée par raccent aigu {ïivoss 
hlidi8s'grein)\ l'abaissement, par un accent que, faute 
de meilleure dénomination, nous appellerons accent 
sourd {]>âng hlioSs-grein) . Elntre l'accent aigu et l'accent 
som'd se trouve laccent grave qu'on a aussi nommé 
Vaccent circonflexe [umbeygilig hliâlSs-grein). H est moins 
élevé que l'accent aigu, mais la voix s'y soutient encore; 
tandis qu'elle baisse entièrement dans les syllabes qui 
ont Vaccent sourd. 

La quantité et l'accent proprement dit reposent, 
dans l'origine, sur le même principe et tendent, dans 
leur application, au même but, c'est-à-dire à désigner, 
par une marque distinctive, les syllabes qui, pour une 
cause quelconque, semblent avoir une plus grande 
importance que les autres. Pom* désigner ces sylla- 
bes sur lesquelles il faut appuyer, la langue a deux 

«setia nûvërandi Uerkar î versa-giördh aHar samstôfur annathvart ein- 
« nar stundar edha tveggia. » 



110 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

moyens à sa disposition : d'abord la quantité qui mar- 
que ces syUabes par la durée ou la tenue de la voix, et 
ensuite Taccent qui- les distingue et les fait ressortir 
en les prononçant d*Un ton plus élevé. La langue s'est 
servie des deuï moyens à la fois» sans cependant 
vouloir que lun et l-autre contribuassent simultané- 
meiit au même bût. L'accent et la quantité ne mar- 
chent pas toujours parallèlement lun à côté de l'autre : 
uae longueur de quantité île coîndide pas nécessai- 
rement au même endroit avec une élévation d'accent. 
Gomine chaque partie du mot, prise séparément, peut 
avoir une importance plus ou moins absolue Ou relative 
en raison d^ sa signification logique et grammaticale, 
ou de sa forme extérieure et matérielle, et par suite 
de mille dirconstances fortuites , l'emploi de l'accent 
et de la quantité a dû se diversifier à l'infini. La quaii- 
ttté et l'accent se sont partagé leurs nombreuses fonc- 
tions, et,' tout en poursuivant le même but par des 
chemins différents, ils restent entièrement indépen- 
dants l'un de l'autre ; de même qu'en musique la durée 
et l'élévation des tons sont complètement séparées 
l'une' de l'autre, mais contribuent néanmoins au 
même effet, qui est l'harmonie oU l'agrément musical. 

, ./ S II, 

DU RHYTHMB. 

Quelque chose d'analogue à l'harmonie musicale est 
produit presque accidentellement par le concours de la 



CHAPITRE V. 111 

quantité^et de Taccent : c*est le rhyihme vocal qui résulte 
du mélange et de la variété des syllabes longues et 
brèves différemment accentuées, et de Tordre ou de 
la règle que Toreille découvre dans ce mélange et cette 
variété de sons. 

Le rhythme peut tenir plus de la quantité où pliis de 
l'accent; s il tient plus de la quantité, loreille s aperçoit 
davantage de la succession régulière et de la répétition 
périodique des syllabes longues et brèves. Cette suc- 
cession et cette répétition produisent ce qu'on ap 
pelle h m^5are, k nombre. Si» au contraire, le rhythme 
tient {dus de Taccent, Toreille remarque principa* 
lement la succession régulière et la répétition pério* 
dique des syllabes accentuées, et cette succession et 
cette répétition produisent ce qu'on appelle la cadence-. 
' Lerhytbmerésultantdelasuccessionetdelavmété 
régulière des syllabes ne peut pas se faire sentir dans 
un simple mot quelque long qu'il soit; il hii faut au 
moins une phrase d'une cextaine étendue où il puisse 
se déployer convenablement. C'est dans la période 
oratoire que le rhythme peut se manifester librement, 
et il atteint sa dernière perfection dans les vers bar- 
monieixK de .la |)oésie. L'arrangement raisonné des 
syllabes pour produire lerhyllune est un commence- 
ment de versification. La prose rhythmique s'approche 
déjà de la poésie , et une phrase ou une période bien 
cadencées forment la transition naturelle pour arriver 
au vers et à la strophe poétique. Le rhythme appartient 



113 INTRODUCTION GENERALE. 

donc également à la prose et à la poésie; il est préci- 
sément le degré par lequel on monte de Tune à l'autre. 
Les deux manières d'exprimer nos pensées et nos sen- 
timents, la prose et la poésie, ne sont pas tellement 
différentes Tune de l'autre, qu'il n'y ait pas et dans le 
fond et dans la forme de chacune d'elles de nom- 
breux points de contact. Il serait même quelquefois 
difficile de dire exactement où finit le domaine de 
l'une et où commence celui de l'autre, si la conven- 
tion n'avait pas fixé arbitrairement les limites et établi 
entre la poésie et la prose une différence, à la vérité 
bien marquée, mais fondée uniquement sur quelques 
signes extérieurs. Ainsi, dans les temps modernes, 
on est convenu de ranger parmi les poésies toutes 
les œuvres revêtues d'un certain extérieur artificiel 
et conventionnel, quelque prosaïques qu'elles soient 
dans l'expression des pensées et des sentiments. D'un 
autre côté on relègue parmi la prose tout ce qui 
n'a pas cet extérieur conventionnel, fût-ce même un 
chef-d'œuvre admirable et pour le fond et pom* l'ex- 
pression. Le vers ou le rhythme présenté sous une 
certaine forme artificielle et réglée, constitue, de nos 
jours, le caractère distinctif de la poésie. Tout ce qui 
appartient à cet ornement extérieur et artificiel de la 
poésie fait l'objet de la versification ou de l'art de faire 
des vers. 



CHAPITRE V. 115 

S III. 

DE LA VERSIFICATION (vERSA-GIÔRDH). 

Il est intéressant d'observer la différence et là di- 
versité des moyens employés par les poètes des diffé- 
rentes nations dans la composition des vers, et de voir 
comment, chez tel peuple, la versification est restée 
à peu près dans son état primitif, tandis que chez tel 
autre, elle a atteint un haut degré de perfection. 
Qu'il nous soit permis de jeter un coup d'œil rapide 
sur les différents genres de versification dont on a fait 
usage depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos 
jours. Cet aperçu comparatif que nous allons donner 
fera mieux comprendre la nature de la versification 
islandaise, dont nous aurons à nous occuper plus 
spécialement. 

Le genre de versification le plus simple est la ver- 
sification cadencée, qui n'ajoute à la prose d'autre orne- 
ment extérieur qu'un rhythme plus harmonieux. TqHc 
est la versification des Hébreux, dont la poésie ne se 
distingue de la prose, quant à l'extérieur, que par le 
rhythme. Le poète hébreu produit ce rhythme par 
deux moyens qui sont : Taccentaation et le parallélisme 
des hémistiches. L'accentuation, il est vrai, telle qu'elle 
est marquée dans les livres hébreux, a été ajoutée au 
texte par les Massorètes ou grammairiens juifs, dans 
les premiers siècles de notre ère ; mais rien ne nous 
empêche d'admettre qu'elle reproduise fidèlement 

8 



114 INTRODUCTION GENERALE. 

raccentuation primitive marquée par ies poètes ou 
les prophètes, quand ils chantaient leurs hymnes, ou 
qu'ils déclamaient d'une voix solennelle leiu's visions 
et leurs prédictions. Cette accentuation consistait dans 
une espèce de déclamation oratoire qu'on imitait au 
temple et à la synagogue, en lisant devant le peuple 
les paroles de la Loi et des Prophètes. Comme le 
prêtre déclamateur ne faisait aucune distinction entre 
la poésie et la prose des livres saints , les morceaux 
d'histoire étaient déclamés comme les psaumes ou 
les prophéties, avec cette différence, que dans la 
prose où il n y avait généralement ni cette accentua- 
tion marquée, ni ce paradlélisme d'idées et d'expres- 
sions qui caractérisaient les vers, le rhythme était bien 
moins cadencé, et la déclamation, par conséquent, 
plus factice que naturelle. 

Le parallélisme des hémistiches , cet autre élément 
du rhythme dans la poésie hébraïque, supplée en 
quelque sorte au manque de la quantité. Par le paral- 
lélisme , le verset hébreu est partagé en deux hémis- 
tiches d'une longueur à peu près égale, et ces hé- 
mistiches se divisent, de nouveau, en parties plus ou 
moins symétriques. Ce qui donne surtout beaucoup 
d'expression au parallélisme, c'est qu'il n'est pas seule- 
ment dans la forme extérieure du verset, mais qu'il se 
trouve jusque dans les pensées du poète. Dans la poé- 
sie hébraïque , les idées marchent et se succèdent deux 
à deux; la première est répétée, développée, agrandie 



CHAPITRE V. 115 

par la seconde, ou bien la seconde exprime Tantithèse, 
la restriction ou Tinverse de la première. Le parallé- 
lisme réunit, par conséquent, tout ce que les figures de 
rhétorique, la répétition, la gradation et Tantithèse ren- 
ferment de beau, de grand et d'oratoire; comme elles, 
il donne au langage plus d'énergie , de majesté et d'onc- 
tion. A cause de ces qualités du parallélisme rhyth- 
mique, il n'est pas étonnant qu'on le trouve souvent 
employé dans les maximes, les sentences, les dictons 
et les proverbes de presque toutes les nations. Il en 
est fait usage dans le Koran et même dans les livres 
arabes en prose comme, par exemple , dans Hariri. La 
poésie fmnoise connaît aussi le parallélisme; chaque 
phrase ou pensée y est répétée en d'autres expres- 
sions, soit en entier, soit en partie. En anglo-saxon, les 
poètes se sont aussi quelquefois emparés du parallé- 
lisme comme d'un moyen de versification; mais il n'a 
servi qu à» rendre leur style plus prosaïque et leur 
pensée plus traînante. 

Un autre genre de versification est celui qu on peut 
désigner sous le nom de versification métrique, parce 
qu'il est basé sur la mesure ou la quantité des syllabes. 
Le rhythme d'un vers métrique est naturellement plus 
réglé, et se fait, par conséquent, mieux sentir que le 
rhythme d'un vers accentué ou cadencé. L'oreille s'a- 
perçoit sans peine de la mesm*e, étant frappée suc- 
cessivement d'un nombre égal de syllabes, dont les 
longues et les brèves se reproduisent périodiquement 

8. 



116 INTRODUCTION GENERALE. 

et se succèdent dans le même ordre. Ce genre de ver- 
sification qui a pour base une métrique plus ou moins 
réglée et développée, est employé dans la poésie des 
Hindous, des Grecs, des Latins, des Arabes, des Per- 
sans et de tous les peuples de TEurope moderne. 

Le troisième genre de versification qui diffère es- 
sentiellement des deux premiers dont nous venons de 
parier, peut être désigné sous le nom de versification pho- 
nique. Dans ce genre le poète ne considère ni l'accen- 
tuation, ni la quantité des syllabes, mais uniquement 
la qualité ou la nature phonique des sons , et il produit 
un effet agréable à Toreille en choisissant et en arran- 
geant les mots de telle façon, que certains sons sem- 
blables qui«se correspondent, viennent frapper f oreille 
dans un certain intervalle ou dans un ordre déterminé. 
Les sons qui se correspondent peuvent être plus ou 
moins nombreux, et leur ressemblance peut être plus 
ou moins sensible et parfaite, selon qu'elle s étend 
sur une lettre seulement, ou sur une ouplusiem's 
syllabesi Si le même son est produit par la pronon- 
ciation d'une même lettre commençant différents 
mots dans les vers, il en résulte ce qu'on appelle alli- 
tération [lia8). Si les mêmes syllabes se produisent 
au commencement, au milieu ou à la fin de plusieurs 
mots dans les vers, elles forment une consonnance 
[hending). Enfin, si cette consonnance revient régu- 
lièrement à la fin des vers ou de l'hémistiche, elle 
forme ce que nous appelons rime. 



CHAPITRE V. 117 

En examinant plus , attentivement les trois genres 
de versification que nous venons de distinguer, on 
trouve qu'on peut les réduire à deux, en comprenant 
sous le nom commun de versification rliythmic^ue , la ver- 
sification cadencée et la versification métrique. Il nous 
reste donc, en dernière analyse, deux genres opposés 
Tun à l'autre , le genre rhyihmique et le genre phonique; 
le premier fondé siu* la quantité et Taccentuation des 
syllabes; le second, siu* leur nature phonique. Comme 
dans les syllabes, abstraction faite de la signification 
logique qu elles peuvent exprimer, il n y aque Taccent, 
la quantité et le son qui puissent servir comme moyens 
de versification, il est évident que les deux genres 
indiqués résument toutes les manières possibles de 
faire des vers. En efiet, la versification des peuples 
anciens et modernes dififère seulement, selon la pré- 
férence qu'on a donnée à l'un ou l'autre genre , ou selon 
le degré de perfection que le genre phonique ou le 
genre rhythmique a atteint dans telle ou telle littéra- 
ture. Les Hébreux, nous l'avons vu, se sont contentés, 
dans leiu* poésie , du rhythme provenant de l'accent et 
du parallélisme. Les Hindous, les Grecs et les Latins 
ont remplacé le parallélisme par la quantité ou les 
mètres. Les Arabes, les Persans, les Allemands, les 
Danois, les Suédois, les Russes ont ajouté la rime à 
la quantité. Les Espagnols, les Italiens, les Français, 
les Anglais, les Polonais ont la rime; mais ils se con- 
tentent de compter les syllabes sans distinguer les 



118 INTRODUCTION GENERALE. 

longues des brèves. Les Chinois comptent les syllabes, 
marquent les accents, et ont, outre la rime, encore la 
consonnance. Enfin, les Anglo-saxons et les Scandi- 
naves marquent les accents sans compter le nombre - 
des syllabes, et emploient non-seidement la rime et 
la consonnance, mais encore l'allitération. Cependant 
tous les moyens de versification employés par ces 
différents peuples sont, nous le répétons, empruntés 
soit au genre rhythmique, soit au genre phonique, 
puisqu'il n y a que ces deux genres de versification 
possibles. 

S IV. 

DE LA VERSIFICATION ISLANDAISE. 

Après ces considérations générales, nous allons 
expliquer brièvement en quoi consiste la versification 
islandaise. La poésie islandaise possède quatre moyens 
de versification qui sont : Yaccent, Y allitération, la con-- 
sonnance et la rime. Ces moyens sont anciens; cepen- 
dant il ne faut pas croire que tous aient existé ensemble 
dès le commencement de la poésie, et que les poètes 
se soient toujoiu-s servis de tous les quatre à la fois. 
Les plus anciens poètes ne connaissaient ni la conson- 
nance, ni la rime, et il n'y a que le genre de poésie 
qui s'est formé en dernier lieu, la chanson {runhenda), 
où les quatre moyens de versification soient employés 
tous ensemble. Ce n'est point ici l'endroit de décrire 
toutes les espèces de versification propres aux divers 



CHAPITRE V. 119 

genres de poésie : nous traiterons seulement de la ver- 
sification des trois poèmes Völaspá, Vafihrûdnismâl et 
Lokasenna. Le premier de ces poèmes appartient au 
genre épique, comme nous l'avons dit à la page a i : 
les deux autres rentrent dans le genre que, faute de 
meilleiu*e dénomination, nous avons appelé le genre 
dramatique. Or la même liaison, la même analogie, 
les mêmes rapports que nous avons observés ^ entre 
la poésie épique et la poésie dramatique, nous les 
trouvons aussi, seidement sous des formes toutes 
différentes , entre la versification du premier poème et 
la versification des deux autres. Ce sont deux espèces 
appartenant au même genre, et ce genre, on pei^t le 
nommer la versification épique. Ce genre s appelle en is- 
landais fomyroalag on fornyroislaq [air ancien) ^, nom 
qui indique clairement que cette versification était 
celle des poèmes les plus anciens, c est-à-dire des 
poèmes épiques , et qu'elle n'était plus guère en usage 
dans les poésies des temps postérieurs. En effet, les 
Skaldes s'éloignant toujoiu's davantage de la simpli- 
cité de l'ancienne poésie , imaginèrent une versifica- 

* Voyez chap. ii, S 4. 

^ J'ai traduit lag par air, parce qu en français il n y a pas d'autre mot 
qui réponde plus exactement au mot islandais. Laq signifie disposition » 
air, c'est-à-dire une suite de notes qui composent un chant. Toutes les 
anciennes poésies étaient chantées sur un certain air; mais cet air va- 
riait naturellement selon les différentes espèces de versification. C'est 
pourquoi le mot lag servait aussi à désigner ce que nous appelons la ver- 
sification. 



120 INTRODUCTION GENERALE. 

tion de plus en plus artificielle, et donnèrent, par 
conséquent, au vers dont ils ne se servaient plus, le 
nom d'air ancien ou air des anciens chants. 

Le fornyrSalag est de deux espèces qui sont : le 
fornyr^alag proprement dit, appelé aussi liaflingslag 
(l'air du bon géniç), et le liô^ahâttr (la versification 
des chants). La première espèce est la plus ancienne, 
et elle porte , poiu* cette raison , le même nom que le 
genre lui-même. La seconde espèce est dérivée de la 
première dont elle n est qu'une modification. Fornyr- 
'Salag est la versification du poème Voluspâ ; lioSahaitr 
est celle de Vaf^rûSnismâl et de Lokasenna. Nous al- 
lons expliquer Tune et l'autre espèce, en commençant 
par le fornyrSalag. 

S V. 

DD FORNTRDALAG. 

Les deux nloyens de versification employés dans le 
fornyrSalag, sont ^accentuation et X allitération. Par 
la première , le fornyr oalag appartient à la versifica- 
tion cadencée; par la seconde, il fait partie de la ver- 
sification phonique ^ 

De la Thèse et de l'Arse. 

Dans le fornyrSalag , les syllabes ne sont pas comp- 
tées. Le rhythme ne repose donc, dans cette versifica- 
tion, ni sur la quantité numérique, ni sur la quantité ^ 

* Voyez p. 11 3, 1 15. 



CHAPITRE V. 121 

prosodique des syllabes; mais Taccentuation seide 
produit la cadence et une espèce de mesure en ap- 
puyant sur certaines syiiabes et en glissant légèrement 
sur d'autres. Cette accentuation est l'origine et la base 
de Tancienne versification des Scandinaves, des Anglo- 
saxons, des Allemands, des Russes, etc.; et comme 
elle tient à l'enfance de l'art, elle se trouve dans les 
premiers essais poétiques de toutes les nations. Aussi 
voit- on encore aujourd'hui que les pièces de vers 
composées par des personnes qui ignorent les rè^es 
de la versification sont ordinairement , sous le rapport 
de la quantité numérique et prosodique des syllabes, 
sans aucune règle, sans aucun rhythme; mais déclamés 
ou chantés par l'auteur, ces vers acquièrent une espèce 
de cadence par l'accentuation qu'il y met : car l'accen- 
tuation règle la foule désordonnée des syllabes en 
étranglant les unes et en donnant du relief aux autres. 
Or , si l'on considère que dans l'antiquité les vers ont 
toujours été chantés, on conçoit comment la poésie a 
pu se servir de l'accent comme de son^ principal moyen 
de rhythme. Cependant, il ne faut pas croire que dans 
la poésie basée sur l'accent , la quantité des syllabes ne 
soit nullement prise en considération; au contraire», 
l'accent et la quantité s'y soutiennent réciproquement 
et se font valoir l'un l'autre. D y a bien plus : dans 
certaines langues „comme en islandais, en allemand, 
en russe, etc. la quantité va jusqu'à s'identifier avec 
l'accent, de sorte que les syllabes longues et brèves 



122 INTRODUCTION GENERALE. 

coïncident généralement avec des syllabes accentuées 
et non accentuées. 

Le vers du fornyrSalag doit refifermer au moins 
quatre syllabes accentuées. Ces quatre élévations de 
voix ou ces quatre arses (áptríí), se trouvent toujours 
placées dans quatre syllabes longaes. Nous prenons pour 
exemple la première strophe de Voluspâ; les syllabes 
imprimées en caractères italiques sont des arses coïn- 
cidant avec des syllabes longues : 

Hliôds bid-êk allar hëlgar kindir, 
Mein ok minni môgn ffeimthaUar; 
Vildsi-èk vaí-fódur vél framfeiia 
Fom-spiôll/ira thau èkfremst oï-nam. 

Le nombre des abaissements de voix ou des thèses 
(S-árií) n'est pas fixé dans la versification, il varie se- 
lon le plus ou moins grand nombre de mots qui en- 
trent dans le vers. Naturellement, il faut au moins 
trois thèses placées entre les quatre arses poiu* mar- 
quer et faire ressortir les élévations de voix. Mais ce 
nombre de trois strictement nécessaire est presque 
toujours dépassé. Les thèses pouvant être en plus 
ou moins grand nombre, il s'ensuit que les vers n ont 
pas tous la même longueur. Cette différence de lon- 
guem* nuirait nécessairement au rhythme si les arses , 
revenant toujours au nombre de quatre, ne mettaient 
dans les vers une certaine mesure régulière et uni- 
forme. Aussi ce sont les arses qui constituent la char- 
pente ou les parties principales et saillantes du vers; 



CHAPITRE V. 123 

les thèses n en sont , pour ainsi dire, que le remplissage. 
Pour cette raison, Inattention du poète se dirige prin- 
cipalement suf les arses, et c'est à eiles qu'il distribue 
tous les ornements de la versification, comme la con- 
soimance et l'allitération. 

De TAnacrouse [tnàlfjrUing). 

Les thèses n'étant, comme nous venons de le dire, 
qu'un remplissage, on devrait s'attendre à voir le vers 
commencer seulement par des arses; mais cela n'a 
pas toujours lieu. Une ou plusieurssyllabes , qui ont 
l'accent sourd, se placent assez souvent à la tête du 
vers ou au commencement de chaque hémistichq. Ces 
syllabes , sans accent marqué , sont considérées comme 
placées en dehors du vers, ou comme n'en Taisant pas 
partie intégrante; les Islandais les nomment mâlfyl' 
Knj (remplissage de phrase), et elles répondent à ce 
que les Grecs appelaient la base [jSdo'ts) ou Vanacrome 
(àvoÎKpov<Tis). Si l'on compare le mouvement des pieds 
ou des syllabes composant un vers , à une course que 
fait la voix dans une carrière d'une longueur détermi- 
née, l'anacrouse représente l'élan que prend la voix 
avant d'entrer daris cette carrière. La voix, pour nous 
servir d'une autre image, ne voulant pas, au commen- 
cement du vers, s'élever tout à coup jusqu'à l'arse, y 
monte peu à peu parles degrés de l'anacrouse. Comme 
cet élan ou cette montée successive de la voix est 
quelque chose de naturel, et, de plus, un moyen de 



124 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

marquer davantage Tarse au commencement du vers , 
Tanacrouse se trouve dans ia métrique la plus cultivée 
comme dans la versification encore grossière. Il y a 
seulement cette différence , que dans la versification 
grecque, Tanacrouse est réglée et se place uniformé- 
ment devant chaque vers, tandis que dans la versifica- 
tion islandaise, elle est sans règle et, pour ainsi dire, fa- 
cultative. Il suit de la nature même du mâlfylling, que 
ce remplissage ne doit pas renfermer des syllabes accen- 
tuées , ou des mots d'uile grande importance par leiur 
signification. Bien que le nombre des syllabes du mâl- 
fylling ne soit pas fixé, il est clair que ce serait une 
faute.de versification que d*entasser trop de syllabes 
au commencement du vers , parce que lem* trop grand 
nombre empêcherait la voix de glisser légèrement sur 
elles , et que parmi plusieurs mots , il s en trouverait 
au moins, un qui aurait ou faccent prosodique, ou 
f accent oratoire. 

Quant au nombre total des syllabes qui entrent 
dans les vers du fornyrSalag, il varie selon le nombre 
des thèses et selon retendue du mâlfylling. Le vers se 
compose ordinairement de huit jusqu'à douze syllabes; 
il est donc moins long que f hexamètre grec , et à plus 
forte raison moins long que le çlôka sanscrite Malgré 
son peu d'étendue, le vers se partage par la césure en 

. ^ Il est très-intéressant de comparer le vers épique Scandinave avec 
le vers épique des Hindous et le vers épique des Grecs. Pour mettre 
nos lecteurs' à même de faire cette comparaison , nous nous permet- 



CHAPITRE V. 125 

deux hémistiches ; mais, ces hémistiches sont intime- 
ment liés entre eux par ie sens , l'accent et Tailitération. 

trons de dire ici quelques mots sur le çlôka sanscrit et sur Yhexamètre. 
Le caractère du vers épique hindou appelé çlôka, est un rhythme grave 
et posé, plutôt languissant que vif et sautillant, et c'est peut-être pour 
cette raison que la tradition rapporte Torigine et le nom même du 
vers à un événement triste et déplorable. Le çlôka se compose d'un 
distique, ou de deux vers dont chacun, pris séparément, porte le nom 
diorâha-çlôka (demi-çlôka). Ces deux vers ont une mesure égale, et se- 
raient indépendants Tun de l'autre s'ils n'étaient pas réunis par le sens 
et quelquefois même, comme il nous semble, par le rbytbme, puisqu'on 
remarque que le mouvement trop vif du premier vers est ralenti quel- 
quefois dans le second, et que ce dernier efface et compense souvent, 
par sa vivacité , la trop grande pesanteur du premier. Le çlôka embrasse 
trente-deux syllabes; par conséquent, le demi-çlôka en contient seize. 
Chaque demi-çlôka est partagé par la césure en deux moitiés ou hé- 
mistiches ; de sorte que le çlôka forme une espèce de période carrée 
dont les membres sont réunis par le sens, coupés en longueurs égales, et 
cadencées presque entièrement d'après le même rhy thme. Cependant la 
forme du çlôka n'est pas si roide, ni son allure tellement uniforme que 
le vers ne puisse pas exprimer également bien les mouvements les plus 
différents de la poésie ou de la narration épique. Le çlôka comme le plus 
ancien de tous les mètres sanscrits, est aussi le moins réglé et le plus 
libre de tou» Les deux hémistiches n'ont pas, l'un et l'autre, exacte- 
ment les mêmes pieds, comme cela se remarque dans les vers épiques 
arabes, où, à l'exception des syllabes finales ou de la pause, les hémis- 
tiches se ressemblent entièrement. Chaque hémistiche se partage en 
deux pieds de quatre syllabes chacun. Parmi ces pieds, il n'y a que les 
derniers qui suivent une certaine règle; les autres ont une allure tout à 
fait libre. Le rhythme général ou prédominant qui se fait entendre dans 
le çlôka, est le rhythme iambiqne ^ -, dont la cadence convient par- 
faitement aux sujets grands, tels que ceux de la poésie épique. 

Le vers épique des Grecs s'appelle hexamètre; il se compose , comme 
le nom l'indique, de six mètres ou de six pieds qui forment ensemble 
treize jusqu'à dix-sept syllabes ou temps. Ainsi l'hexamètre corre^nd 



126 INTRODUCTION GENERALE. 

De l'Allitération. 

Le second moyen de versification employé dans le 
fornyrSalag est ïallitération. Elle consiste en ce que 
chaque vers renferme au moins deux mots commen- 
çant par la même lettre. Ordinairement le vers ren- 
ferme trois mots de cette espèce, dont deux se trouvent 
dans le premier hémistiche , et un dans le second ; 
mais, en aucun cas, le vers ne doit renfermer plus de 
trois mots commençant par la même lettre, et ces 
lettres doivent toujours se trouver dans des syllabes 
accentuées. L'allitération appartient à la versification 
phonique, et, semblable à la rime, elle plaît par luni- 
formité des sons qui viennent frapper notre oreille. Les 
lettres aJUtérantes ou rimantes , s appellent en islandais 
lioSstajir (lettres du chant); celles du premier hémis- 
tiche se nomment, plus particulièrement, stadlar (sou- 
tiens, étais). ATexempie des Suédois et des Danois, nous 
aimons mieux les appeler lettres subordonnées. La letti^e 

pour la longueur à la moitié d'un çlôka. Un vers de trente-deux syl- 
labes, comme le çlôka, eût été naturellement trop long en grec. De 
même que les mots grecs n'ont pas une longueur démesurée comme 
les sesqmpedaiia verba du sanscrit , de même Thexamètre renferme un 
nombre de pieds sufiBsant pour Tabondance du style épique, sans 
pourtant s'étendre dans des périodes à perte d'haleine. Malgré cette 
différence de longueur , lliexamètre a Tallure aussi majestueuse et en 
même temps aussi libre que le çlôka. A l'exception des deux derniers 
pieds dont le mètre est à peu près fixe et invariable , tous les antres 
pieds peuvent marcher librement ou par dactyles, ou par spondées, 
ou par trochées. L'hexamètre se prête donc à merveille à la poésie 



CHAPITRE V. 127 

rimante du second hémistiche porte le nom de hofaS- 
stafr (lettre capitale ou lettre principale ' ) , peut-être 
parce qu'elle donne le plus de peine au poète, obligé 
de chercher un troisième mot qui fasse allitération 
avec les deux mots du premier hémistiche, ou, ce qui 
est plus vraisemblable, parce qu'étant, pour ainsi 
dire, récho de rallitération , cette lettre éveille prin- 
cipalement notre attention sur les lettres qui riment 
ensemble dans le vers. L'allitération peut se faire par 
des consonnes ou par des voyelles. Toutes les voyelles , 
sans distinction, riment ensemble; on préfère même 
que l'allitération soit formée par des voyelles diffé- 
rentes. La lettre v compte quelquefois pour une voyelle. 
Si les lettres rimantes sont des consonnes, il faut 
qu'elles soient exactement les mêmes pour quil y ait 
allitération : ainsi les consonnes t, p, /, ou à, f, þ, ou 
g,k, h, bien qu'elles soient homorganiques , n'allitèrent 
pas ensemble. La consonne simple s ne rime pas suffi- 
samment avec les consonnes composées sk, sp^ st. Ce- 
pendant gly bl, etc, allitèrent avec gr, br, parce que 

épique ou narrative qui, suivant le mouvement de la narration, est 
tantôt grave et posée, tantôt vive et légère. Le rhythme primitif et do- 
minant de l'hexamètre, est le rhythme dactylien - «^ ^ qui suivant Tin- 
fluencedes différents mouvements de la poésie, s'entremêle derhythmes 
spondaîques - - et trochaîques - ^ . 

^ D'après Rask*, les deux lettres rimantes du premier hémistiche s'ap- 
pellent U&dstajir, et celle du second hémistiche se nomme hôfad- 
stafr. Mais il nous semble que liôdstafr est un nom générique propre 
à toutes les lettres allitécantes du vers. Le nom höfudstafr n'est pas 
opposé à liôdstafr, mais à sindltir. 



128 INTRODUCTION GENERALE. 

les consonnes liquides let r se confondent aisément, 
comme nous Tavons vu page 80; hr ou M aliitèrent 
encore dans les anciennes poésies avec la consonne 
simple h; mais depuis qu en islandais h s est changé en 
ime aspiration presque imperceptible, M et hv riment 
seulement avec / et v. 

Quant àïeffet acoustique produit par l'allitération, 
notre oreille ne peut plus en juger suffisamment. Nous 
ne sentons l'allitération que quand les lettres rimantes 
se montrent en assez grand nombre et à de petits inter- 
valles comme dans ce vers de Racine : 

Pour qui 50nt ces serpents qui ÂiBent jur vos têtes ? 

mais deux ou trois lettres allitérantes dispersées parmi 
six jusqu'à dix mots, comme dans le vers Scandinave, 
passeraient presque inaperçues dans notre poésie. 
D'après cela, on serait tenté de croire que l'allitération 
était faite, comme l'acrostiche et autres jeux de versi- 
fication, pour l'œil et non pour l'oreUle. Cependant 
plusieurs raisons s'opposent à ce^ qu'on admette cette 
opinion. D'abord, la poésie ancienne était chantée et 
non pas lue; les poèmes de l'Edda furent transmis 
de bouche en bouche longtemps avant d'avoir été mis 
par écrit; ensuite, l'allitération est trop généralement 
usitée dans la versification de tous les peuples gothiques 
et germaniques, pour qu'elle puisse être un simple jeu 
fi:ivole. En effet, nous trouvons l'allitération non-seu- 
lement dans la poésie Scandinave, mais encore dans les 



V ^ CHAPITRE V. 129 

plus anciennes poésies anglo-saxonnes; elle a passé 
même dans quelques vers latins faits en Angleterre, et 
elle s est conservée dans la versification anglaise jus- 
qu'au temps de Ghaucer et Spencer. L*allitération se 
fait également rema^^quer dans les anciens monuments 
littéraires de l'Allemagne comme, par exemple, dans 
Y oraison tvessobrunnienne, en vieux haut allemand; 
dans le £ragment de Hildebrand et Hadabrand, et dans 
ÏHarmonie des évangiles écrite en vieux saxon. L'allité- 
ration est peut-être un héritage que les peupiesgérma- 
niques ont apporté de l'Asie; car les poètes hindous, 
comme Kalidâsa ^ , connaissaient ce genre de versifica- 
tion, et la consonnance, qui est une espèce d'allitéra- 
tion, se trouve déjà dans les plus anciennes poésies des 
Chinois^. Enfin, il faut se rappeler que l'allitériition 
a la même origine et le même hut que la rime, qui, 
tout le monde en conviendra, n'est pas faite pour l'œil, 
mais bien certainement pour l'oreille. 

Pour comprendre comment l'allitération a pu se 
faire sentir suffisamment dans les vers, il faut consi- 
dérer que les peuples qui en faisaient usage, y portaient 
une attention à laquelle nous ne sommes pas accou- 
tumés. Ils recherchaient cette uniformité de son , ces 
consonnances et assonances avec autant de plaisir que 
nous, nous cherchons la -rime au bout de nos vers. 
Ensuite, comme leurs poésies étaient chantées ou 

^ Voyez Âsiatic Besearckes, t. X, p. 4o2. 

* Voyez Abel Rémusat, Grammaire chinoise, p. 171. 

9 



150 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

déclamées, les lettres rimantes étaient bien plus mar- 
quées qu'elles ne le sont dans une simple lecture. 
Enfin, il y avait deux règles de versification dontTdb- 
servation stricte contribua beaucoup à faire ressortir 
davantage l'allitération, et à attirer sur elle toute lat- 
tentîon de l'oreille ; la première de ces règles était de 
ne jdacer les lettres rimantes que dans des mots mar- 
qués par Taccent oratoire et prosodique; la seconde, 
d'iisbler la syllabe allitérante, autant que possible, 
en évitant de mettre dans son voisinage des syllabes 
non accentuées commençant par la même lettre. Par 
ces deux moyens, on arrivait nécessairement à don- 
ner plus de relief à l'allitération; car d'un côté , le son 
aUitérant devait se prononcer distinctement, parce 
que, ioin de se perdre dans des mots sur lesquels la 
voix eût légèrement glissé , il se trouvait, au contraire, 
favorablement placé dans des syllabes sur lesquelles 
l'accent appelait de préférence l'attention de l'oreille. 
D'un autre côté , la syllabe rimante , par cela même 
qu'elle était plus isolée dans le vers , était mieux mar- 
quée et ressortait avec plus de netteté. 

S VI. 

DU RHYTHME DU FORNYRÐALAG. 

Avant de passer à l'explication du Uô^ahattTf qu'il 
nous soit permis de dire encore quelques mots sur le 
rhy tbme du fornyrSalag proprement dit. Quaûd on lit 



CHAPITRE V. 151 

les vers de ia Vôluspâ à haute voix et en les accentuant 
convenablement, on entend aisément la modulation 
d'une certaine espèce de rhythme. Quel est le rhy thme 
qui se fait entendre dans le fomyrSalag ? B nous semble 
que c est le rhythme trochalgae qui prédomine dans le 
vers; mais il ne se montre pas tout pur, parce que la 
versification Scandinave n'est pas basée sur la quantité 
prosodique. Si Ton pouvait appliquer à la versification 
Scandinave les principes de la métrique grecque , nous 
dirions que le vers du fomyrl^alag se compose origi- 
nairement et essentiellement de quatre trochées, ou 
de deuxditrochées. Le thème rhythmique général dont 
les différents vers nous présenteraient les nombreuses 
variations, serait donc le suivant : -w-o i -w.a^ 

S VIL 

DD LIÔDAhAtTR. 

La seconde espèce de fornyrSalag ou de versification 
épique s'appelle lioSahâttr. C'est d'après cette versifica- 
tion que sontcoittposés nos deux poèmes Vafpru8nismál 
et Lokasenna. Le liôSahâttr est dérivé du fornyrSa- 
lag, ou pour mieux dire, c'est un fornyrSalag modifié : 
par conséquent, ce que nous avons dit de celui-ci 
s'applique aussi, en grande partie, à celui-là. La seule 
différence entre les deux espèces consiste en ce que 
la str(^he du liôSahâttr ne renferme pas, comme celle 
du fornyrSalag , quatre vers tout à fait semblables les 

9- 



132 INTRODUCTION GENERALE. 

uns aux autres; mais le second et le quatrième vers ne 
sont, pour ainsi dire, que des hémistiches en comparai- 
son du premier et du troisième. Le plus souvent , il n y a 
que deux lettres rimantes dans les vers du iiôSahâttr; 
et par la né^igence des poètes, les lettres allitérantes 
ne sont pas toujours placées dans des syllabes accen- 
tuées. 

Quant au mâlfylling , il a quelquefois pris une exten- 
sion démesurée, surtout dans les vers deuxièmes et 
quatrièmes qui, par leur peu de longueur, ne permet- 
taient pas au poète de développer entièrement sa 
pensée et le forçaient à entasser dans le mâlfylling les 
mots nécessaires pour compléter le sens. En général, 
les règles de la versification sont bien plus souvent 
négligées dans le liôSahâttr que dans le fornyrSalag 
proprement dit. Cela prouve que le premier est moins 
ancien que le second, et qu'il appartient à une époque 
où l'ancienne versification épique tombait déjà en 
décadence. 

Comme les vers ne sont pas tous de la même lon- 
gueur, le rhythme du liôSahâttr est, il est vrai, moins 
grave et moins posé que celui du fornyrSalag; mais il 
est aussi moins monotone, parce que les petits vers y 
alternent agréablement avec les grands. Si Ton com- 
pare le fornyrSalag à Thexamètre , on peut comparer 
le liôSahâttr au mètre élégiaque ou au pentamètre. 

Quelquefois lès quatre vers qui composent la strophe 
du liôSahâttr, ne suffisent pas au développement que 



CHAPITRE V. 133 

le poète voudrait donner à sa pensée. Dans ce cas, le 
quatrième vers, qui est une espèce d^hémistiche pour 
la longueur, en comparaison du premier et du troi- 
sième, est remplacé par un grand vers encore suivi 
d'un petit ( FofþruSnwmal, v. lyA-iyS). Quelquefois 
la strophe se compose de six vers, dont le cinquième 
est semblable aux vers premier et troisième, et le 
sixième aux vers deuxième et quatrième {f^ofp, v. 2 a 4- 
2a5). Le quatrième vers est aussi parfois suivi d'un 
autre petit vers qui lui est entièrement semblable 
[Vcif}p, V. 169-170; Lofco^enna, vers 5!i-53, aig-aao, 
2 65-!2 66); il est même suivi de deux petits vers dans 
Lokasenna, v, 93-95. Â part ces anomalies, qui du 
reste se présentent aussi dans le fomyrSalag , la strophe 
suit, par rapport à sa longueur et à sa composition, 
les mêmes régies dans le iiôSahâttr comme dans le 
fornyrSalag proprement dit. 

S VIII. 

DE LA STROPHE. 

• 

En islandais la strophe s'appelle erendi, (énoncé, 
proposition), parce que chaque strophe doit renfermer 
une pensée complète ou un tableau achevé. Elle s'ap- 
pelle aussi visa (air, couplet), parce que quand les vers 
sont chantés, le même air recommence après chaque 
strophe. Le visa se divise en deux moitiés appelées visa 
hehningar (hémistrophes). La première moitié em- 
brasse les deux premiers vers , et la seconde les deux 



134 INTRODUCTION GENERALE. 

autres. Les vers qui composent ïhémistrophe sont or- . 
dinairemeiit liés ensemble par le sens : chacun d'eux 
porte le nom de visa-fiorSangr (quart de strophe). Le 
nombre des strophes dans les poèmes dépend et du 
sujet et de la manière dont le sujet est traité. Quant aux 
poèmes épiques, le caractère de ce genre de poésie exige 
que le poëme ait une longueur convenable. Cepen- 
dant cette longueur ne dépasse jamais cent strophes ou 
quatre cents vers, excepté lorsque le poëme présente 
dans son milieu un point de repos , ou qu'il se divise 
en deux grandes sections. Rask fait observer que la 
jdus longue des rhapsodies d'Homère embrasse huit 
cents vers; de sorte que deux vers grecs répon- 
dent à un vers Scandinave. Nous ajoutons que les 
rhapsodies ou épisodes des poèmes épiques sanscrits 
n'embrassent pas ordinairement au delà de quatre 
cents çlôkas ou huit cents demi-çlôkas. H y a, par con- 
séquent , à peu près la même proportion entre la lon- 
gueur des rhapsodies hindoues , grecques et islandaises , 
qu'entre la longueur du çlôka, de l'hexamètre et du 
fornyrSâlag; et cette longueur des chants épiques, la- 
quelle, proportion gardée, est la même dans l'Inde, 
la Grèce et la Scandinavie, paraît être la limite natu- 
relle qu'un récit épique ne saurait dépasser sans fati- 
guer et le poète et l'auditeur. 



CHAPITRE V. 135 



S IX. 



LA DIVISION DE LA STROPHE EN QUATRE VERS, 
ATTAQUÉE PAR RASE. 

Nous pourrions terminer ici ce que nous avions à 
dire de la versification de nos trois poèmes, s*il ne nous 
restait une question à discuter sur laquelle nous appe- 
lons toute lattention des savants. On aura remarqué, 
en jetant un regard sur le texte et la traduction de nos 
trois poèmes que la division des strophes en vers n y 
est pas la même que dans les éditions qu'on a faites des 
poésies de TEdda. Nous avons divisé en quatre vers les 
strophes de la Voiuspa qu on divise ordinairement en 
huit, et en suivant le même système dans VafþruS- 
nismâlet Lokasenna; nous avons également divisé en 
quatre vers les strophes qui sont ordinairement for- 
mées de six. Quelles sont les raisons qui nous ont fait 
abandonner la division vulgaire et comment justifier 
cette innovation? Avant tout, nous dirons que s il y a 
innovation, nous nen sommes pas Tauteur, mais seu- 
lement le partisan; MM. Grimm ont fait cette innova* 
tion bien longtemps avant nous. Nous pourrions donc 
nous retrancher derrière des noms aussi illustres; mais 
comme dans la science il ny a dautre autorité que 
celle de la démonstration, et quun nom, quelque 
grand qu'il soit, ne vaut jamais des preuves, nous 
n oserions pas suivre l'exemple des firères Grimm, si 
nous ne nous y croyions pas autorisé par des raisons 



136 INTRODUCTION GENERALE. 

suffisantes. Un des plus grands philologues de notre 
époque que la mort a trop tôt enlevé à la science, le 
Danois Rask , s est déclaré formellement contre la ma- 
nière de diviser les strophes, adoptée par MM. Grimm. 
Nous ne savons pas si les deux frères croient devoir 
maintenir ou abandonner leur opinion; nous ignorons 
même quels ont été les motifs et les raisons qui les ont 
portés à adopter le nouveau système. Nous nous trou- 
vons donc sans auxiliaire , et réduit à nos propres 
moyens, pour défendre la nouvelle division contre 
les objections de Rask. 

SX. 

LES OBJECTIONS DE RASK RÉFUTÉES. 

L'illustre Danois a rassemblé dans sa Grammaire 
anglo-saxonne, au chapitre de la versification, tous 
ses arguments contre la division de la strophe en 
quatre vers. Nous allons les reproduire successive- 
ment, les accompagner de nos observations, et ajou- 
ter à la fin les preuves qui nous semblent militer en 
notre faveur. Les raisons qui ont porté Rask à s op- 
poser au système consistant à réunir chaque fois deux 
lignes en une seule pour en former un vers , sont les 
suivantes : 

L (( La nouvelle manière de diviser les strophes est, 
«dit-il, contraire à Tusage des nations Scandinaves, 
(( depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours. » 



CHAPITRE V. 157 

Avant de répondre, nous allons présenter la ques- 
tion sous son véritable point de vue. Il ne s*agit pas 
de savoir si Ton avait ou si f on n'avait pas Tusage 
d'écrire les vers en une ou deux lignes : cette question , 
purement graphique ne nous intéresse pas en ce mo- 
ment. Ce dont il s'agit, c'est de bavoir si chacune des 
six ou huit lignes dans lesquelles, selon Rask, la 
strophe doit être partagée, forme réellement, à elle 
seule, un vers complet. La première objection de Rask 
ne touche donc nullement au fond de la question. H 
se peut que l'on ait eu quelquefois l'usage d'écrire les 
vers en petites lignes, mais nous contestons que cet 
usage ait été général et surtout qu'il soit ancien. An- 
ciennement on écrivait les vers de la même manière 
que la prose , tout se suivait dans la ligne sans distinc- 
tion, ni de vers, ni de strophe. C'est ainsi que sont 
écrits les plus anciens manuscrits de l'Edda, le Codex 
regias et le Fragmentam membraneum. Mais quand 
même on^ût écrit le vers en deux lignes , faudrait-il en 
conclure que chacune de ces deux lignes doit être con- 
sidérée comme un vers complet, imiquement parce 
quelle forme dans l'écriture une ligne à part? Tout le 
monde conviendra que le vers est indépendant de 
l'écriture, et que, par exemple, un hexamètre reste 
un hexamètre, et ne forme jamais plus d'un seul vers, 
qu'on l'écrive en une ou deux , ou même en trois li- 
gnes. Mais toujours est-il vrai de dire que ce serait 
une faute que d'écrire l'hexamètre en plusieurs lignes, 



158 INTRODUCTION GENE.RALE. 

parce que la voix baissant et s arrêtant naturelle- 
ment après chaque ligne changerait complètement le 
rhythme de ce vers. Si donc Ton a eu quelquefois Tusage 
singulier de diviser le vers Scandinave en récrivant en 
deux lignes, il ne faut pas en conclure que nous ne 
soyons pas en droit de réunir les hémistiches. que le 
mauvais goût des copistes , ou leur système graphique 
a séparés dans récriture. 

n. (( C'est contraire à Tusage plus ancien encore des 
n Anglo-saxons qui , dans beaucoup de manuscrits, ont 
« eu soin de séparer les vers par des points. » Cette 
deuxième objection rentrant entièrement dans la pre- 
mière , on peut y faire la même réponse : des points 
mis à la fin d'une ligne, prouvent-ils que cette ligne, 
à elle seule, forme un vers? Mais il y a pdus : s'il était 
vrai que les points indiquent ordinairement la lon- 
gueur du vers , et que la véritable longueur du vers fut 
celle qu'a indiquée Rask , il faudrait qu'il y eût un point 
après chacun des vers de cette espèce. Or , dans les 
deux plus anciens manuscrits de l'Edda, les points ne 
se ti'ouvent pas à l'endroit où, selon le système de 
Rask, le vers serait fini : ils ne se trouvent ordinaire- 
ment qu'à la fin des hémistrophes; donc de deux choses 
l'une : ou les points n'indiquent pas la fin du vers 
dans les manuscrits de l'Edda, ou les vers ont une 
tout autre longueur que celle que Rask voudrait leur 
donner. Dans l'un et l'autre cas le second argument 
de Rask prouve contre lui-même. 



CHAPITRE V. 159 

III. a C'est contre toutes les règles de rancienne 
«versification gothique qui veut que toujours deux 
« lignes soient jointes par Tallitération en tous cas et 
a en toute espèce de vers, excepté quand deux lignes 
u ainsi liées ensemble sont suivies d'une autre ligne 
u à part. H y a plus : c est contraire à la dénomination 
(( donnée aux lettres rimantes , dont les deux premières 
« placées dans la première ligne sont nommées stadlar, 
«et celle placée dans la seconde est nommée lettre 
n capitale, parce qu étant toujours placée à la tête du 
c< vers , elle a une place fixe et peut facilement être 
((trouvée. La dénomination de lettre capitale serait 
« absurde si la lettre pouvait être placée au milieu ou à 
« la fin de la ligne. » Nous répondons : i ° U n y a aucune 
règle qui nous dise que les lettres allitérantes doivent 
se trouver réparties dans deux lignes au lieu d'une ; 
au contraire, des vers avec allitération très-anciens 
prouvent que les lettres rimantes se trouvaient placées 
dans un seul et même vers : ainsi, par exemple , dans 
les épitres de Boniface, on lit les vers suivants : 

iVitharde nunc nigerrima 

Imi (X>sini contagia 

Temne fauste iartal^ea 

i/æc contra ^unc supplicia, etc. etc. 

2" Le cas que Rask voudrait faire passer pour un cas 
exceptionnel à sa prétendue règle de versification n est 
pas une exception : c'est au contraire l'état normal , 
comme le prouvent les vers que nous venons de citer. 



140 INTRODUCTION GENERALE. 

3^ Si la règ^e que Rask établit si gratuitement exis- 
tait, elle s'appliquerait tout au plus à récriture, et 
ne prouverait pas encore que deux lignes d'écriture 
forment nécessairement deux vers. 4** La principale 
raison qui nous porte à considérer deux lignes renfer- 
mant des lettres rimantes , comme fonnant un seul 
et même vers, c'est précisément parce que ces deux 
lignes sont, pour nous servir de l'expression même 
de Rask , liées ensemble par Vallitération. Pourquoi donc 
diviser ce c[ui est naturellement lié et uni ensemble ? 
Pourquoi l'allitération serait-elle une cause de sépa- 
ration ? N'est-eiie pas plutôt le meilleur moyen de 
reconnaître les parties qui composent un vers? n'est- 
elle pas le meilleur lien qui les tienne réunies ? Les 
lettres allitérantes sont l'une l'écho de l'autre : ainsi, 
il y a rapport , corrélation entre elles : par conséquent 
on ne saurait les séparer l'une de l'autre sans dé- 
truire ce rapport, sans détruire l'aUitération elle- 
même. 5** La dénomination de hofuSstafr ( feftr^ capi-* 
taie) ne doit pas être prise dans le sens de lettre qui 
se trouve à la tête, ou au commencement de la ligne; 
car la première des lettres appelées stadlar se trouve 
tout aussi bien au comiitencement de la ligne , et ne 
porte point le nom de liöfaSstafr. De plus, il n'est pas 
même vrai que le hofuSstafr se trouve toujours à h, 
tête de la ligne ; il est souvent précédé des mots qui 
composent le mâlfylling. HofuSstafr, selon nous, veut 
dire lettre principale y parce qu'on la considère comme 



CHAPITRE V. 141 

la principale parmi les lettres aliitérantes. Ce nom ne 
saurait donc nullement prouver que les îiôSstafir doi- 
vent être nécessairement répétés dans deux lignes et 
non pas dans une seule. 

IV. « Si i on réunissait deux lignes en une seule dans 
«les petits vers, il faudrait. faire la même chose pour 
« des vers plus longs. » Cette conséquence étant r^ou- 
reuse, nous l'admettons entièrement, et nous ne 
craignons pas qu'il résulte de notre système des vers 
d'ime longueur démesurée. En effet, le vers le plus 
long que Rask puisse citer, et qui résulterait de la 
réunion de deux lignes en une seule , a seize syllabes; 
ce qui, ce nous semble, h' est pas una longueur exces- 
sive. Cependant, nous dirons qu'il y a im cas auquel 
la conséquence que Rask a tirée de notre principe ne 
serait pas applicable. Si un poëte étendait l'allitération 
sur plusieurs vers uniquement pour vaincre de plus 
grandes difficultés , alors il serait absurde de vouloir 
réunir plusieurs vers en im seul vers. Mais , si le poëte 
a voulu mettre l'allitération dans un vers long, de quel 
droit allons-nous couper ce vers en deux, sous pré- 
texte qu'il nous paraît trop long ? 

V. « C'est contraire au caractère de l'ancienne ver- 
((siBcation Scandinave, qui n'admet pas la césure 
« qu'on trouve dans les hexamètres et les pentamètres 
«grecs et latins, et ainsi ne connaît pas* de vers plus 
« longs que ne l'est un vers grec ou latin de quatre 
«pieds. Ensuite, il est naturel de placer le mâliylling 



142 INTRODUCTION GÉNÉRALE. 

(( au commenGement du vers ; mais c est absurde de 
« vouloir placer le mâiiyliing au milieu du vers sans 
<( le compter dans le mètre. » Nous répondrons , il est 
vrai que la versification Scandinave, ne reposaiit pas 
. sur la même base que la versification grecque , ne con- 
naît pas la césure de Thexamètre et du pentan^ètre. 
Mais iau^il en conclure quun vers Scandinave ne 
puisse jamais dépasser la longueur d'un vers grec de 
quatre pieds? Admettons cependant cette conclusion 
bien qu'elle ne soit nullement rigoureuse ; admettons 
même que les quatre pieds que Rask nous accorde 
soient du'plus petit nombre de syllabes possible , c est- 
à-dire que chacun se compose de deux temps : nous 
aurons donc au moins huit syllabes pour la plus grande 
longueur du vers Scandinave. Mais huit syllabes, cest 
tout juste la base que nous avons donnée au vers 
épique; nous disons la base, parce que, comme on 
sait, les syllabes ne sont pas comptées dans les vers 
islandais. Or on doit raisonnablement admettre que le 
vers épique est le plus long de tous les vers , parce que 
la poésie épique est la plus grave et celle qui admet le 
plus d'abondance dci style. Nous sommes donc en droit 
de conclure que le vers épique Scandinave se composait 
d'au moins huit syllabes, et non pas de quatre seule- 
ment, comme Rask le prétend. Quant au mâlfyliing , il 
est vrai de dire que sa véritable place est au commen- 
cement du vers ; mais il peut aussi se trouver au com- 
mencement d'un hémistiche; dans ce cas, il remplit la 



CHAPITRE V. 145 

fonction de césure , la voix s y repose un instant pour 
reprendre sa course en s' élançant de nouveau dans la 
carrière. Du reste , il n est pas plus absurde de ne pas 
compter dans le mètre, si toutefois on peut parler ici 
de mètre, le mâlfylUng placé au commencement du 
second hémistiche, que de ne pas le compter lors- 
qu'il se trouve au commencement du premier hémis- 
tiche. 

On voit que les objections élevées par Rask contre 
notre système ne sont nullement fondées. Nous allons 
maintenant résumer en peu de mots les raisons qui 
nous ont porté à diviser la strophe en quatre vers, et 
non pas en huit ou six. 

1** Le vers tel que nous lavons rétabli, est seul 
conforme au caractère de la poésie épique Scandinave, 
parce qu'il a tout juste la longueur convenable à la 
richesse du style épique et à cette sobriété de mots 
qui distille l'ancienne poésie islandaise. H faudrait 
avoir une bien mauvaise opinion des poètes Scandi- 
naves, s'ils avaient choisi pour la poésie épique de pe- 
tits vers, qui seraient tout au plus à leur place dans 
ime chanson anacréontique. 

2** Si l'on divisait le vers épique Scandinave en 
deux, lignes, tout le rhythm en iserait perdii, ou, du 
moins, il changerait entièrement de caractère. Ce 
serait comme si l'on coupait rhexamèttê en petits 
vers de deux pieds. Ces vers pleins de rhythme et de 
majesté : 



\kk INTRODUCTION GENERALE. 

Anna virumque cano Trojœ qui primus ab oris 
Italiam fato profîigus, Lavînaque venit, etc. 

divisez-les, d'après le système des petits vers, en 

Arma virumque Italiam 

cano, Trojæ fato profugus, 

qui primus ab oris Lavinaque venit, etc. 

il n y a plus de rhythme , plus de poésie épique ; c est 
comme une belle statue mise en morceaux, ce sont 
des memhra disjecta poetæ. 

y L'ancien vers allemand renferme quatre arses , 
et embrasse, par conséquent, au moins huit syllabes ; 
et, chose remarquable, l'ancien vers épique ou narratif 
des Russes a également trois accents avec une dési- 
nence dactylique, et renferme au moins huit syllabes, 
n est donc plus que probable que l'ancien vers Scandi- 
nave a été composé d'une manière analogue. 

4** Les strophes du poème épique allemand Der 
Nïbelunge Nôt se composent chacune de quatre vers; 
si l'on admet notre système, il y a parfaite ressem- 
blance entre la versification allemande et la versifi- 
cation Scandinave. 

5** Le nom de visuji6r8ângr (quart de strophe), 
qu'on donnait au vers, prouve que, bien qu'on écrivît 
quelquefois la strophe en huit lignes, on entendait 
toujours réunir deux lignes pour en former un seul 
vers; car si la ligne eût compté poiu* un vers entier, 
on aurait certainement donné au vers le nom de visaát- 
tungr (huitième de strophe). 



CHAPITRE V. 145 

6"* Laliitération indique mieux que toute autre 
chose quels sont les membres qui composent le vers. 
Nous avons déjà dit, page iBg, que les lettres allité- 
rantes ne sont jamais réparties dans deux lignes. Rask 
lui-même cite des vers très-anciens , où Tallitération 
n'enjambe pas sur la seconde ligne ; il dit même que 
ce genre d'allitération, qu'il considère ailleurs comme 
une exception à la règle, lui paraît être le plus ancien, 
parce qu'U s'approche de très-près de la versification 
finnoise : enfin il donne des exemples tirés de bal- 
lades danoises et férœiques , où les lettres allitérantes 
se trouvent également dans une seule et même ligne, 
ou dans un seul et même vers. 

Les raisons qui viennent d'être exposées nous sem- 
blent péremptoires ; nous les soumettons avec con- 
fiance à l'examen des savants. Nous regrettons seule- 
ment de ne pouvoir plus les soumettre à l'illustre Rask 
lui-même, à la mémoire duquel nous apportons ici, 
avec sincérité , le tribut de notre respect et de notre 
admiration. 



lO 



SECONDE PARTIE. 



POEMES ISLANDAIS. 



I. 
VÔLUSPÂ. 



10. 



INTRODUCTION, 



CHAPITRE I. 

EXPLICATION DU TITRE DU POEME. 



S I. 

DES PROPHÉTESSES OU DEVINERESSES CHEZ LES PEUPLES 
GERMANIQUES. 

On ne saurait parfaitement comprendre le poème Vo- 
luspâ, si Ton ignorait quelle était la condition des prophé- 
tesses ou devineresses chez les peuples teuto-gothiques. 
Nous exposerons donc succinctement leur histoire depuis 
le moment où elles se montrèrent pour la première fois 
dans les hordes des Gimbres et des Teutons, jusqu'au 
temps où , par TinQuence du christianisme, elles disparu- 
rent entièrement dans le Nord. 

Strabon ^ rapporte que dans l'armée des Gimt)res , il y 
avait des femmes âgées qui faisaient les fonctions de prê- 
tresses et de devineresses; elles portaient une casaque de 
lin, une ceinture en cuivre, et marchaient pieds nus. 
Quand on amenait des captifs au camp, elles se précipi- 
taient sur eux, les jetaient à terre, et après les avoir traînés 
vers un grand vase, les égorgeaient avec leur épée; puis, 

* Géographie» \i\. VII. 



150 VOLUSPA. 

par rinspectioD de leur sang recueilli dans le vase , elles 
prédisaient l'issue heureuse ou malheureuse du combat. 
D'autres , ouvrant le ventre aux captifs et fouillant dans 
leurs entrailles, devinaient la bonne ou mauvaise fortune 
de l'expédition. Quand l'armée se battait, elles frappaient 
à coups redoublés les peaux des tentes du camp, et 
mêlaient ainsi l'ei&oi du bruit à l'horreur des batailles. 

On trouve des devineresses ou magiciennes dans l'armée 
de Fiiimer , fils de Gandarik et cinquième roi des Goths. 
Ces femmes étaient moins âgées que les prétresses des 
Gimbres, elles se nommaient alioramnes, et se faisaient, 
remarquer par leurs dérèglements; c'est pourquoi elles 
devinrent suspectes à Fiiimer, qui les expulsa toutes de 
son armée. D'après une autre tradition, les aliorumnes 
quittant le ^mp de Fiiimer et du roi goth Idandrès, allè- 
rent s'établir dans les forêts de la Propontide où , par leur 
conmierce avec les faunes, elles devinrent mères des 
Hunsi. 

Chez les peuples teutoniques, la divination avait un 
caractère plus relevé. Du temps de Jules César, quand les 
Germains faisaient la guerre, c'était aux mères de famille 
de déclarer par sortilège et par oracles si l'on devait com- 
battre , ou différer la rencontre avec l'ennemi ^. 

Un peu plus tard , il y avait chez des tribus sédentaires 
de la Germanie, une prétresse ou devineresse qui jouissait 
d'un grand crédit. Elle se nommait Aurinia^, nom qui 

^ Jornandes, de Rehus geticis» éd. P. Bross. cap. wiv, Gornel. Agrippa, 
de occulta Philosophia, \\h. III, cap. xxxiv. 
^ Jul. Cæsar, de Bello gallico, i, 5o. 
' Tacitus, Germania, cap. vui. 



INTRODUCTION. 151 

ressemble assez à celui a'àliorwnne qu'on donnait aux 
magiciennes chez les Goths. 

Sous l'empereur Vespasien, Véléda, de la tribu des 
Bructères, exerçait en Germanie, un grand empire sur 
sa nation. Elle était vierge, et passait presque pour une 
divinité; car, dit Tacite, les Germains croyaient que 
beaucoup de femmes étaient douées d'un esprit prophé- 
tique et divin, et qu'il y avait en elles quelque chose de 
saint et de prévoyant. Véléda habitait une haute tour où 
elle rendait ses oracles; on ne pouvait ni la voir, ni lui 
parler; un de ses parents rapportait ses réponses à ceux 
qui venaient la consulter. Bien qu'elle eût prédit la vic- 
toire aux Germains et la destruction des légions , sa nation 
fut vaincue; elle-même fut conduite à Rome où elle ûgura 
dans la marche triomphale du vainqueur^. 

Sous le règne de l'empereur Domitien, on rendit dans 
la Germanie occidentale un culte presque divin à une 
prophétesse nommée Ganna ^. Il y avait sans doute chez 
les tribus germaniques encore d'autres femmes qui jouis- 
saient des mêmes honneurs; mais l'histoire n'en a pas 
conservé le souvenir. 

Quant à la tribu des Francs , la tradition rapporte que 
Marcomir, le second roi de ce peuple, après avoir été 
battu par les Goths, consulta une aiiorumne ou almne 
pour savoir quel serait son avenir. Cette femme Gt paraître 
•devant le roi, au milieu de la nuit, un spectre qui avait 
trois têtes, une tête d'aigle , une de lion et une de crapaud. 

^ Tacitus, Germatùa, cap. viii, Hisifir. IV, 61, 65; V, 22, 24; Sla- 
tius, Sylv. I, 4, V. 90. 

* Dio Cassius. \\h. LXVII, cap. t. 

* 10... 



152 VOLUSPA. 

Cela devait signifier que les descendants de Marcomir 
vaincraient les Romains, les Gaulois et les Goths ^. 

Plus tard, du temps du roi Charibert et de Gunt- 
chramne (Gontran), lorsque le christiam'sme s'était déjà 
répandu en France, il y avait une pythonisse qui prédit à, 
Guntchramne non-seulement Tannée, mais aussi le jour 
et l'heure de la mort du roi Charibert. Dans Tannée 677, 
Guntchramne voulant savoir quelle serait sa destinée, 
envoya consulter la pythonisse; il en eut cette réponse, 
que le roi Chilpérik trépasserait dans Tannée même ; que 
Mérovech, à Texclusion de ses frères , aurait tout le pouvoir 
royal; que lui, Guntchramne, serait duc du royaume 
pendant cinq ans ^, etc. etc. 

Vers la fin du vi* siècle, vivait en France une femme 
serve qui avait V esprit de Python , et qui , par ses divina- 
tions, fit gagner beaucoup d'argent à son maître. Elle 
parvint à acheter sa liberté et exerça ensuite son métier 
pour son propre compte '. 

Sous Charles-le-Chauve , en Tan 847, une alrune alle- 
mande vint à Mayence : son nom était TA íoía; et son séjour 
dans cette ville fit tant de bruit que les annales de Fulde 
en ont fait mention *. 

S II. 

DES VALAS (vÔLUR) CHEZ LES PEUPLES SCANDINAVES. 

Comme les peuples Scandinaves étaient de race go- 

1 Munster, Cosmograpkia, lib. H, cap. xxx; Lazius, de Migratione 
gentium, lib. III, p. 83. 

* Gregorii Turonensis opéra, éd. Ruin. p. 216. 
5 Ibid. p. 368. 

* M. Pertz , Monum^nta» etc. I , p. 365. 



INTRODUCTION. 155 

thique, la divination fut exercée chez eux dans Torigine 
par des prêtresses appelées aliorumnes. Mais bientôt Tan- 
cien culte barbare des Cimbres et des Gotbs fut remplacé 
par une nouvelle religion. Le culte d'Odin ou Todinisme 
se répandit dans toute la Scandinavie. Ce culte était 
simple et grossier; il ressemblait, dans son ensemble et 
dans ses pratiques, à la religion des anciens Arabes ido- 
lâtres avant Tislamisme^. Le chef de la tribu , ou le roi avec 
les douze hommes les plus marquants de sa suite, prési- 
dait à tous les actes religieux. Le service des temples 
était confié à des prêtres (godar) ou à des prétresses (hof" 
gydiur) qui faisaient les sacrifices et interprétaient les 
oracles des dieux. 

Les prêtresses qui n^étaient, au commencement, que 
les organes de la divinité, rendirent bientôt des oracles en 
leur propre nom, et au lieu de rester simples interprètes 
des dieux, elles se firent prophétesses, ou interprètes de 
la destinée elle-même. Par ce changement, la prophétesse 
devint un personnage distinct de la prêtresse, et la divi- 
nation pouvait s*exercer indépendamment des fonctions 
sacerdotales. 

La mythologie qui dans ses fictions copie toujours la 
vie réelle, créa à Timitation des prophétesses les trois 
Nomes qui présidaient à la destinée humaine. Plus tard 
les prophétesses devinrent à leur tour les images ou les 
représentantes des Nomes; elles en prirent le nom et 
reçurent conmae elles des honneurs -divins. On venait 
demander leurs oracles [til frèttar), et elles les ren- 

* Voyez ma dissertation de Religione Arahum anieisîamica, Argento- 
pati, i835. 



154 VOLUSPA. 

daient avec solennité dans le temple, assises sur des siè- 
ges élevés comme en avaient ordinairement les dieux. 
Après leur mort, on plaça quelquefois leurs statues dans 
le sanctuaire, et elles-mêmes furent mises au rang des 
Nornes mythologiques. C'est ainsi qu'on doit expliquer 
l'origine d'un grand nombre de Nornes adorées dans les 
temples. Telles ont été , sans doute, les trois Parques que 
le roi danois Fridleif interrogea sur le sort de son fils 
Olàf ^, Telles ont encore été Thôrgerdr et Irpa dont les 
statues étaient placées auprès de celle de Thôr dans un 
temple norvégien ^, 

Les prophétesses portaient généralement le nom de 
spdkonur (femmes de vision); et si elles avaient déjà pris 
un caractère mythologique, On les appelait pluspaïtîcu- 
lièrement spâdUir (intdiligentes de vision}. Il y eut aussi 
des prophètes (apâmenn), et on en trouve même quelques* 
uns dans la mythologie, conmie par exemple Mimir le 
géant, dont la tête fut conservée par Odin qui allait la 
consulter dans les affaires dií&ciljBs^. Tel était encore Gri- 
pir, qui prédit ravenit à Sigurd K Mais les prophétesses 
étaient en bien plus grand nombre, et elles jouissaient 
généralement de plus de crédit et de plus de vénération. 

Plus tard, les spâkonur se séparèrent entièrement des 
prêtresses; elles quittèrent les temples, et pratiquèrent 
leur science en voyageant dans le pays. De cette manière 
la prophétie ne tarda pas à devenir un métier, et cette 

^ Saxo Grammat. éd. Francf. p. 92. 

* Niâlssaga» chap. Lxxxix. 
' Volu9pâ,\. 19a. 

* EddarSœmundar , Gripis-Spá. 



INTRODUCTION. 155 

industrie fut bientôt exploitée par des femmes qui, man- 
quant du talent nécessaire à leur état, substituèrent à la 
prophétie les opérations mystérieuses de la magie. Ce- 
pendant, quoique métier, la prophétie ou la magie était 
encore honorée, parce que les spâkonur savaient se 
donner du relief et de l'importance aux yeux des grands 
et du peuple. 

Les spâkonur se nommaient aussi völnr; elles parcou- 
raient le pays, principalement pendant l'hiver lorsque les 
vassaux donnaient des festins à leurs seigneurs. On les in- 
vitait partout avec empressement. Elles prédirent l'avenir 
aux rois et aux particuliers , et décidèrent quelquefois des 
questions de droit dif&ciles. L'histoire nous a conservé les 
noms de quelques valas tels que ceux de Thôrdîse ^, de la 
spâkona Thuridr ^ en Islande , et de Thôrbiorg dans la co- 
lonie islando-norvégienne du Groenland. Thôrbiorg était 
surnommée la petite Vola; elle jouissait de beaucoup de 
crédit auprès des grands et auprès du peuple. Un jour, 
Thôrkill voulant la consulter sur la durée de la famine et 
des maladies qui désolaient la contrée , l'invita à se tendre 
chez lui. Elle vint sur le soir et fut reçue avec distinction. 
Son habillement consistait en un surtout bleuâtre cou- 
vert du haut en bas de petites pierres ; son collier était 
de grains de verre , sa coiffure de peau' d'agneau noir 
doublée de peau de chat blanc. Elle tenait en main un 
bâton dont la pomme était de cuivre jaune incrusté de 
pierreries. De sa ceinture pendait une gibecière qui renfer- 
mait des instruments de magie. Elle avait des souliers 

^ Fornmanna Sög , ly 3 55. 
^ Islenzh.Söíf, I, 58, 2o5. 



156 VOLUSPA, 

de peau de veau avec tirants terminés en petites boules^ 
de cuivre. Ses gants étaient de peau de chat, noirs à 1 ex- 
térieur et blancs dans Tintérieur. Elle portait, du reste, 
quelques ornements qui faisaient partie du costume des 
femmes nobles. Thôrbiorg alla occuper un siège qui était 
placé dans un endroit élevé. Après le souper, elle se fit 
chanter une ancienne chanson magique pour réveiller son 
esprit prophétique; mais ce ne fut que le lendemain 
qu'elle prédit à Thôrkill, que la famine et les maladies 
cesseraient au printemps prochain : elle prédit aussi 
une destinée heureuse à la fille Gudride qui lui avait 
chanté la chanson magique. Les gens de la maison vinrent 
ensuite la consulter l'un après l'autre; et lorsqu'elle 
eut répondu à toutes leurs questions , elle se retira pour 
se rendre dans une autre maison où on l'avait également 
invitée^. 

Les valas ne prophétisaient pas seulement l'avenir des 
personnes adultes, elle prédisaient aussi la destinée des 
enfants nouveaux-nés. Anciennement il était d'usage que 
le père ^ allât au temple consulter les Nornes sur le sort 
de son fils. Plus tard ce furent les valas qui , pour gagner 
leur vie , s'empressèrent de se rendre dans la maison où 
un enfant venait de naître. La fable mythologique qui , 
comme nous l'avons dit, est l'expression des mœurs du 
temps, nous retrace fidèlement l'image des valas dans la 
personne des Nornes accourant à la naissance des héros. 
Ainsi il est dit que dans la nuit, au milieu d'un orage, les 
Nornes arrivèrent à Bralundr où Borghilde venait de mettre 

* EddaSœmandar , éd. de Copenhague, t. III, p. 5, 
2 Voyez Saxo Grammat. p. 92. 



INTRODUCTION. 157 

au monde son fils Helgi qui plus tard est devenu illustre 
comme vainqueur de Hunding^.Il est également dit que 
des völur qui parcouraient le pays vinrent dans la maison 
du père de Nornagest ^, et que cet enfant reçut au berceau , 
précisément à cause de cette visite , le nom de Nornagest 
(hôte des Nornes). 

Les valas assistaient aussi aux enfantements laborieux, 
et aidaient les femmes en travail par leurs incantations 
(galdrar) qui, à ce qu'on croyait, produisaient une prompte 
et heureuse délivrance. Aussi voit-on dans la tradition 
mythologique que Borgny, fille du roi Heithrek, ne pou- 
vant accoucher de deux jumeaux qui étaient le fruit d'un 
amour clandestin , fut enfin délivrée par les incantations 
efficaces d'Oddrune , sœur d'Attila ^. 

L'incantation des valas faisait non-seulement accoucher 
les femmes, mais elle guérissait aussi les blessures les plus 
graves. Ainsi la vala Grôa, femme d'Orvandil, entreprit de 
fermer, par ses chants, la plaie profonde que le géant 
Skrymnir^ avait faite au dieu Thôr. Il y avait dans 
l'antiquité, un devin nommé Vidôlfr qui employait prin- 
cipalement son art à faire des cures merveilleuses. La my- 
thologie qui aime à inventer des généalogies et à imaginer 
des rapports de famille entre les divers personnages de ]a 
fable, considère ce Vidôlfr comme le père de toutes les 
valas ^. Ce mythe nous prouve clairement que l'art de 

^ Helgakvida, strophe i. 

* Ë. Jul. Biôrner, Nordlsha kàmpaDatier, Stockh. 1737. 
' Sœmundar-Edda, Oddrûnar grâttr. strophe 6. 

* Snorra-Edda, p. 110, 111. 

^ Sœmundar-Edda , Hyndluliôd , 3 1 . 



158 VOLUSPA. 

guérir n*était pas le moins estimé dans les spàkonur, puis- 
qu'on les fait descendre toutes de Vidôlfr qui excellait 
dans cet art. 

De même que les spàkonur et les spàmenn pouvaient 
guérir les blessures et les maladies, de même ils pouvaient 
aussi produire, par leurs opérations magiques, diffé- 
rents effets pernicieux. C'est pourquoi on achetait leur 
service quand on voulait nuire à un ennemi, ou lui ôter 
secrètement la vie. On raconte qu'un jour Thangbrand, 
grand promoteur du christianisme en Islande, se rendait 
à l'assemblée générale ( althing ) , quand tout à coup la 
terre s'ouvrit sous ses pas : son cheval fut englouti, et lui- 
même n'échappa à la mort que par miracle. Les chrétiens 
attribuèrent cet éboulement de terrain au maléfice d'un 
magicien païen nommé Galdra-Hedinn ^. On employait, 
pour nuire, deux espèces de maléfices, le m^iTi^aMr (incan- 
tation funeste) et les gerningar (opérations). Le meingaldr 
consistait en imprécations lancées secrètement contre la 
personne à laquelle on voulait causer quelque désastre. 
Les paroles de l'imprécation étaient accompi^née^ d'une 
action symbolique qui indiquait le genre de malheur 
qu'on désirait produire. Les gerningar s'employaient quand 
on voulait faire tomber une forte grêle pour gâter les 
semailles, ou pour déconcerter l'ennemi au milieu du 
combat, ou bien quand on voulait exciter, sur terre ou 
sur mer, un tempête (görningavedr) pour faire périr une 
flotte ou pour mettre une armée en déroute. Tels étaient 
les maléfices que pouvaient produire les spâdisir Thôr- 

> Kristhisaga, chap. vu, p. 46. 
* Fomm.Sög, xi, i34sqq. 



INTRODUCTION. 159 

gerdr Irpa ^, Heidi » Hamglöm , Ingibiörg ^ et autres , quand 
on demandait leur assistance. Un autre maléfice consistait 
à envelopper tout à coup Tennemi dans un brouillard épais 
ou dans une obscurité complète, de sorte qu'il était comme 
aveuglé 2. Ce nuage enveloppant [hnlinfMhixaT^), on s'en 
servait aussi pour se rendre invisible; c'était le nimbus 
des anciens dont les divinités s'entouraient pour ne pas 
être aperçues des mortels. 

Le maléfice le plus efficace était produit par le seiir; 
c'était une espèce de magie qui s'opérait sur le feu et au 
moyen de l'incantation. Cette magie parait remonter aux 
habitants primitifs de la Péninsule Scandinave, lesquels 
ont été refoulés vers les contrées septentrionales par les 
peuples gothiques. En effet les Finnois excellaient dans le 
seidr, et on allait chez eux apprendre les opérations et les 
pratiques de cet art. Aussi voit-on toujours dans l'histoire 
de la Norvège, les Finnois représentés comme de grands 
enchanteurs ou magiciens K 

Au commencement le seidr n'était pas un art méprisé 
ou détesté, puisque Odin lui-même l'exerçait quelque- 
fois^, et que la déesse Freyia passait pour l'avoir fait con- 
naître, la première, aux Ases ou dieux Scandinaves ^ On 
croyait qu'au moyen du seidr, on pouvait prendre telle 
forme ou peau (ham) qu'on voulait, et traverser les airs 

1 FomiddarSô0, II, 72; III, 219, 44a. 

* FommannaSög. II, i4i ; FomaMar Sôg» III> 219, 338. Saxo Gram- 
maticus, liv. VIL 

* Cf. Tamkappe, dans \e Nibihngenot» I, 98, 442» io6q, etc. 

* SagaHalfdanar Svarta, chap. viii. 
^ Ynglinga Saga, chap. Yu. 

* Ibicf. chap. ly. 



160 VOLUSPA. 

avec rapidité. Ainsi la tradition rapporte que le roi Haralld 
Grâfelld ayant prié un sorcier de se rendre en Islande pour 
explorer ce pays, cet espion y alla sous là forme d'une 
baleine^. Par le seidr on pouvait aussi produire à la 
vue tous les objets qu'on désirait. La fable raconte que 
le larl.Afajfiu (le comte magicien], surnommé Vidförvll 
(qui voyage au loin), fit paraître devant Charlemagne 
quatre escadrons des anciens héros du Nord. Au moyen 
du seidr, on pouvait également produire, dans les per- 
sonnes, la folie, la rage, l'imbécillité, ou bien aug- 
menter leur intelligence et même rendre raisonnables 
jusqu'aux animaux. Quand Eystein le méchant eut subju- 
gué les habitants de Thrandheim, il leur demanda s'ils 
aimaient mieux avoir pour préfet son esclave ou son chien; 
Ils préférèrent le chien auquel ils firent donner, au moyen 
du seidr, une intelligence égale à celle de trois hommes K 
Le seidr avait quelquefois pour but de transporter, par 
enchantement, une personne dans des contrées éloignées. 
Ainsi Drisa, femme de Vanlandi roi à Upsalir, acheta le 
service de la magicienne Huld qui devait transporter ce 
roi en Finlande, ou bien le faire mourir secrètement ^. 
Les magiciennes donnaient la mort au moyen d'un breu- 
vage enchanté appelé hanadryhh (potion mortelle). Les 
opérations pour préparer le seidr se faisaient dansia nuit 
et en plein air ; ces vacations nocturnes portaient le nom 
de utisëlur (séances en dehors ). 

Plus tard le seidr tomba en discrédit, et le peuple le prit 

« 

* Scu^a aJHaTalldi konungi Grâfelld, chap. xxxvii. 

* SagaHàlwnarCroda» chap. xîii. 
^ Yngl. Saga, chap. xvi. 



INTRODUCTION. 161 

même en horreur à cause des terribles. maléfices qu'il lui 
attribuait. On établit entre lui et la divination la même 
différence qu'on a établie chez nous entre la magie noire 
et la magie blanche. La mythologie aussi décrédita le 
seidr en le représentant comme la sorcellerie des lotes , 
ennemis des dieux et des hommes. Les austrjuegsmenn 
(hommes des contrées orientales), ou la race finnoise 
qui a été vaincue par la race gothique, figurent dans les 
traditions mythologiques comme géants malfaisants, et 
leur ïnagie (seidr) est représentée comme pernicieuse et 
abominable. Les poètes mythologues allèrent même jus- 
qu'à jeter le blâme et le ridicule sur Odin et la déesse 
Freyia^ qui, à ce qu'on croyait, exerçaient quelquefois le 
seidr. Tout cela contribua à faire, considérer cette magie 
comme une abomination, et l'on, commença à sévir de 
toute manière contre les seidmenn et les seidkonùr. 

Dans un poëme du skalde Thiodolf, une magicienne 
est appelée plusieurs fois vitta ve<r (créature des crimes) 2. 
Les rois ne manquèrent pas de poursuivre quiconque se 
mêlait de sorcellerie. Les vacations nocturnes (utisëtur) et 
les voyages chez les Finnois (finforar), pour s'instruire dans 
le seidr, étaient sévèrement défendus; les opérations ma- 
giques étaient même considérées comme des/or/aiïf dans 
les cèdes danois, norvégiens et suédois. Haralld Harfagr, 
ayant appris que son fils Rognwald Rettilbeini exerçait la 
magie , en fut tellement courroucé qu'il chaîna son autre 
fils Eirik Blodox d'aller le punir. Celui-ci étant arrivé à 
Hadaland où résidait Rognwald, mit le feu. à la maison de 

* Voyez le poème Lokasenna, 

* Fní/ííii^aSfl^fa. chap. XVI et xxxiii. 

11 



162 VOLUSPA. 

son frère et le brûla avec quatre-vingts seidmenn ; et il 
est dit que cet auto-da-fé eut l-approbation générale^. Les 
rois chrétiens furent encore plus inexorables contre les 
magiciens. Olaf le saint, à rassemblée [thing) deTunsberg, 
fit la proposition que tous ceux qui seraient convaincus 
d'avoir fait des incantations et des maléfices fussent expul- 
sés du pays. Ensuite il invita à un grand festin les seid- 
menn du voisinage, et quand tous furent enivrés, il fit 
mettre le feii à la salle ^. 

Ces persécutions sanglantes firent diminuer considéra- 
blement le nombre de ceux qui se livraient à la magie. Les 
valas qui voulaient encore jouir de quelque crédit, désa- 
vouèrent complètement le seidr. Enfin, par Finfluence 
progressive du christianisme , les spàkonur, les vôlur et 
les seidkonur disparurent peu à peu dans le Nord avec les 
dernières traces de la religion païenne. 

Après avoir tracé rapidement l'histoire des valas en 
général, il nous reste à dire quelques mots sur la pro- 
phétesse de notre poëme en particulier. Cette Vala est un 
être purement mythologique, c'est la Vala par excellence , 
c'est la prophétesse des Ases (dieux}, c'est pour ainsi 
dire le" type céleste des valas terrestres. Conoune, dans toute 
mythologie, la vie des dieux est une copie embellie de 
celle des hommes, il est naturel, que la mythologie du 
Nord ait placé auprès des Ases, le type des devineresses 
telles qu elles étaient chez les Scandinaves. Non-seulement 
les Ases , mais aussi les êtres mythologiques appelés Alfes 
et Dvergn.es ont leurs prophétesses ou devineresses. Les 

* HaraUds Saya ens harfagra, chap. xxxyi. 

^ Saga €^ Olaji Konungi Tryggvasjmi, chap. LXix. 



INTRODUCTION. 163 

Vanes, les rivaux et les ennemis des Ases, ont une magi- 
cienne appelée Heidr, qui est le type des seidkonur. Il y a 
même une vala dans les enfers; un jour Odin alla la con- 
sulter, et lentretien qu'il eut avec elle forme le sujet du 
poème eddique intitulé Vegiams Kvida. L'Edda fait men- 
tion d'une autre prophétesse appelée Hyndla qui, à la de- 
mande de la déesse Freyia, fit savoir quels étaient les 
ancêtres d'Ottarr ^ 

Gomme la Vala des Ases n'est pas un personnage histo- 
rique, il est inutile de dire que ses visions {spâ) ne sont 
autre chose qu'une fiction poétique. Pour comprendre 
les motifs qui ont porté le poète à donner à son poème la 
forme d'une vision, il faut savoir quel a été son but en 
composant la Volnspâ. 

S III. 

DE LA FORME DE VISION DONNÉE AU POEME. 

Le but du poète est de représenter la mythologie Scan- 
dinave dans son ensemble, depuis les mythes sur l'origine 
de toutes choses, jusqu'à ceux sur la destruction et là 
renaissance du monde. Le poète a choisi habilement le 
personnage de Vala pour lui mettre dans la bouche ce 
qu'il se proposait de dire. Cette fiction est des plus heu- 
reuses , parce qu'elle réunit plusieurs avantages essentids. 
En effet, le poème étant présenté sous la forme d'une vi- 
non prophétique, le style en prend plus d'élévation^ et 
l'exposition des différents mythes en devient plus animée. 
En second lieu , la forme de vision permet au poète d'être 
court; il peut ne parler que des principaux mythes; il peut 

* Voyez Hyndln-Liài. 

11. 



164 VOLUSPA. . 

se contenter d'en tracer seulement l'ébauche, car la pro- 
phétie peint surtout à grands traits ; il peut omettre les tran- 
sitions qui embarrasseraient la poésie et la rendraient traî- 
nante.Enfin le personnage mythologique de Vala est le plus 
propre pour raconter l'origine de toutes choses et les des- 
tinées de l'univers dans le passé, le présent et l'avenir. 
Voilà pourquoi le poète a donné à son poème la forme 
d'une vision attribuée à la prophétesse des Ases». Il y a 
encore une autre cause, à la vérité secondaire, pour la- 
quelle il a donné à son poème la forme d'une : vision : 
cette cause tient à la nature de riÎ^é* qu'il voulait énoncer. 
Gar tout poème, comme toute œuvre de l'art, doit non- 
seulement plaire en représentant un tableau qui captivé 
l'imagination, il doit aussi instruire, c'est-à-dire renfer- 
mer et prouver une vérité philosophique ou une idée. 
Nous avons vu quel est le sujet du tableau représenté dans 
la Voluspâ. Quant à l'idée qui resisórt de ce tableau et 
qui lui donne de l'unité , on peut là formuler de la nianière 
suivante : la riw^et la. force doivent être dominées parla. 
justice. Cette idée forme, pour ainsi dire, la trame du 
poème qui prouvé queie mal et le mîalheur ne sont venus 
dans le monde que par la violence et l'injustice. Par suite de 
ce mal, le monde périra avec les dieux qui ont été coupables 
les premiers de violence etde inauvaise foi; et dans la pa- 
lingénésie du monde, les dieux représentant la ruse et 
la force, Odin et Thôr, seront remplacés par des dieux de 
paix etde justice, Baldur et Fors^ii. C'est donc la chute 
de l'ancienne religion Scandinave, c'est un ordre de choses 
établi sur d'autres principes, que prévoit le poète, et qu'il 
prédit avec cette assurance que donne le génie. Cette espé- 



INTRODUCTION. 165 

rance ou cette prévision du poète s*expnmait le plus con- 
venablement sous la forme d'une prophétie ou d'une vision. 
Cette forme était d autant plus nécessaire ici que Tidée du 
poète était hardie et, comme nous dirions, sacrilège » héré- 
tique et révolutionnaire; car c'était un blasphème {godgâ) 
aux yeux du peuple, que de prétendre quOdin et Thôr 
périraient un jour; et l'annonce d'une ère de paix et de 
justice devait p^uraitre absurde à des hommes qui met- 
taient leur plus grande gloire dans l'exercice de la force , et 
croyaient s'illustrer par la ruse , la violence et le meurtre. 
Comme l'idée du poète était une véritable révélation 
pour ces temps, elle devait être exprimée avec les pré- 
cautions et les ménagements qu'on doit mettre dans l'ex- 
position des vérités hardies qui choquent les opinions du 
vulgaire. C'était donc une raison de plus pour que notre 
poète donnât à son poème la forme d'une prophétie. 
En effet, toute prédiction par cela même quelle porte 
sur l'avenir, n'inquiète qu'indirectement les hommes 
qui vivent avant tout pour le présent : le caractère sacré 
de la vision impose à l'intolérance et au &natisme du 
peuple , et la tyrannie même n'ose toucher au prophète 
quand elle croit recevoir de lui l'arrêt fatal de la des- 
tinée. Aussi voyons-nous, dans l'histoire, que les pro- 
phéties naissent quand des idées nouvelles veulent se 
manifester, quand la vérité nose pas se faire entendre 
librement, quand un peuple ou un parti opprimé se con- 
sole par l'espérance, parla foi dans l'avenir, et continue 
à lutter sourdement contre son oppresseur en lui prédisant 
une chute inévitable. Telles sont plus ou moins les causes 
qui ont fait écrire les livres prophétiques des Hébreux, 



166 VOLUSPA. 

V Apocalypse ou la prophétie du triomphe du christianisme, 
le grand nombre de livres sibyllins dans l'empire romain , 
les prophéties attribuées à Merlin en Angleterre, les 
prédictions de Gioacchino le Calabrois , sous les Hohen- 
staufen , les prophéties de Jérôme Savonarola , etc. etc. 
Cest, généralement parlant, dans les temps de fermen- 
tation et de crise , ou dans les troubles politiques et reli- 
gieux, qu'on voit surgir des prophètes ou des visionnaires. 
Le poème Voluspâ appartient évidemment à une époque 
où les principes de la religion d'Odin et de Thôr, bien 
qu'ils fussent encore enracinés chez le peuple , ne pouvaient 
flus satisfaire les esprits élevés. Notre poëte se tourne vers 
d'autres lumières , il semble prédire l'avenir et deviner, 
par son génie, les prindpes de justice et de charité qui 
devaient se répandre plus tard dans le Nord par l'influence 
salutaire et civilisatrice du christianisme. 



CHAPITRE IL 

DES PARTIES DU POEME. 



S I. 

DE LA DISPOSITION GÉNÉRALE DES PARTIES DU POEME. 

Nous avons vu que le but du poëme est de présenter 
le tableau de l'ensemble de la mythologie Scandinave , et 
d'exprimer l'idée que les hommes ne peuvent être heureux 
que sous le règne de la justice et de la paix. Examinons 



INTRODUCTION. 167 

majntenaDt la disposition du poème ou larraugement de 
ses différentes parties. 

Notre poème se divise naturellement en trois grandes 
parties qu on peut désigner sous les noms de passé, de pré- 
sent et d'avenir, ou bien sous ceux de tradition, de vision 
et de prédiction. Le passé renferme le tableau de Torigine 
de tout ce qui est ; Vala en parle d'après la tradition et 
d'après le souvenir de ce que les lotes lui ont enseigné. Le 
présent raconte l'histoire des dieux . et Iltistoire de tout 
ce qui se^t passé dans les neuf mondes; Vala en parle 
d'après ce qu'elle a va elle-même. Enfin, V avenir renferme 
l'histoire de la destruction et du renouvellement du 
monde; Vala en parle d'après ce qu'elle prévoit dans son 
esprit prophétique. Ces trois grandes parties, qui sont 
nettement dessinées par les sujets différents qui y sont 
traités, le poète a su les faire reconnaître par un signe 
extérieur caractéristique. Ainsi , dans la première partie , 
Vala, en pariant d'elle-même, se sert de la locution : Je 
me souviens d'avoir entendu dire aux lotes; ou bien de la 
formule : Je sais, parce que la tradition me l'a enseigné. 
Dans la seconde partie de la Voluspâ, Vala, en racontant, 
se sert du ieia^ps passé, et en même temps elle parie d'elle- 
même à la troisième personne : elle (Vala] a vu de ses 
propres yeux. Enfin, dans la troisième partie, tous les 
verbes sont mis au présent, parce que le tableau de lavé- 
nir est déroulé aux yeux de la prophétesse , et que la 
prédiction énonce les arrêts de ia destinée avec la même 
assurance et la même certitude que s'il s'agissait de choses 
qui ^'accomplissent déjà dans le temps présent. 

Les trois grandes parties du poème sont liées ensemble 



168 VOLUSPA. 

par des transitions simples, et naturelles. Ainsi, après là 
première strophe qui sert d'introduction à toutle poëme 
et qui renferme Téxposition du sujet, la prophétesse 
explique comment elle a été mise en état de pouvoir 
proclamer les grands mystères du Père des Élus. Elle dit 
qu'elle a été instruite par les lotes, et qu'elle a visité en 
personne les neuf mondes pour acquérir la science. Ces 
paroles de Vála forment la transition à la première partie, 
ou à l'exposé de la tradition des lotes sur l'origine de leur 
race, sur la création des hommes et des dve^gúes, etc 
Vala parle ensuite de son entrevue avec Odin; elle dit 
que ce dieu, charmé de la science dont elle a fait preuve , 
lui a communiqué le don de la vision et de la prophétie. 
Le récit de cette entrevue forme la transition à la seconde 
partie , parce que le présent qu'Odin fait à la prophétesse 
explique comment elle a pu voir dans les neuf mondes ce 
qu'elle raconte dans la seconde partie. Enfin les indices 
précurseurs de la destruction et les signes sinistres que la 
prophétesse voit'dans tous les mondes, servent de tran- 
sition à la troisième partie, à la prédiction, ou au tableau 
de la destruction universelle , suivie de la palingénésie. 

Nous avons vu que la division de notre poëme en trois 
parties était indiquée par la nature même du sujet : le grand 
drame mythologique embrasse trois actes qui se jouent 
dans le passé, le présent et l'avenir. Remarquons aussi 
que le poète a su faire coïncider les divisions du sujet de 
son tableau avec les divisions nécessaires pour le déve- 
loppement de son idée. Le poète, nous l'avons dit, veut 
prouver que le bonheur résulte de la justice et de la paix; 
il divise le drame qui doit prouver cette vérité en trois 



INTRODUCTION. 169 

actes. Le preitiier acte nous montre Torigine de toutes 
choses, et le bonheur des dieux jusqu'au moment où ils 
donnent dans ce monde le premier exemple de la vior 
lenceei de Yinjustice, L'injustice étant, selon le po'ëte, le 
mal par excellence, et le mal produisant toujours le 
malheur, nous voyons au commencement du second eicie , 
le malheur s'introduire pour la première fois dans le 
monde par lai discorde et la guerre. Le second acte finit au 
moment où le mal , c'est-à-dire la violence et l'injustice 
ont atteint le plus haut degré. Au troisième acte , cet état 
affreux est suivi de la mort des dieux et de la destruction 
du monde entier. Bientôt le monde renaît , mais il renait 
avec des hommes qui ne font plus la guerre ; les Ases re- 
viennent, mais seulement ceux d'entre eux qui aiment la 
paix; le dieu de la justice est le dieu suprême ; tout rentre 
dans l'état primitif, dans l'état heureux dont jouissait le 
monde avant que les Ases se fussent livrés à la violence 
et à l'injustice. C'est ainsi que l'idée du poëte se développe 
à mesure que son tableau se déroule. Notre poëme est 
comme une œuvre parfaite de l'art dans laquelle le corps 
et l'esprit, la forme et la pensée se pénètrent et s'expli- 
quent admirablement l'une l'autre. 

S IL 

TABLE DÉTAILLÉE DES PARTIES DU POÈME. 

Après avoir vu la disposition générale du poème, il 
nous reste à examiner de plus près les parties dont il se 
compose. Pour que le lecteur puisse embrasser d'un coup 
dœil l'ensemble de ces parties et voir les rapports qu'il 



170 VOLUSPA. 

y a entre elles , nous donnerons ici la table détaillée des 
divisions du poëme. 

Introduction. 

1. Les hommes de tout rang invités au silence et à Tat-» 
tention, vers 1-2. 

2. Vala parlera des mystères d'Odin , des anciennes tra- 
ditions du monde, v. i-tx. Elle connaît ces mystères, car 

5. Elle connaît tout Tunivers, elle a été instruite par la 
tradition des lotes, v. 5-8. 

A. — Passé. Tradition. 

I. Tradition des lotes sur la création et sur les premiers 
âges du monde. 

1. Au commencement, néant; Tunivers un immense 
gouflTre; le géant Ymir se forme le premier, v. 9-12. 

2. Création du ciel et de la terre par les fils de Bur, 
V. i3-i4. 

5. Gréation des astres dans le ciel et delà végétation sur 
la terre, v. i5-i6. 

4. Le cours des astres nest pas encore réglé, v. 17-31. 

5. Les dieux règlent le cours des aslres, v. aa-a6. 

6. Les dieux établissent leur demeure dans le ciel , v. a y-Sa . 

7. Les êtres les plus parfaits de la végétation sont deux 
arbres, Askr (fi'êne) et Embla (aune), sur le rivage de la 
mer, v. 33-36. 

8. Les dieux changent ces arbres en homme et en femme 
en leur donnant Tâme et le corps humain, v. 37-^0. 

9. Les Nornes (Parques Scandinaves), sortant de la fon- 
taine d^Urd, donnent aux premiers hommes la destinée 
[ôrlôg), v. 4i-52. 

10. Les dieux dâibèrent sur la création des Dvergues, 
v.53.5«. 



INTRODUCTION. 171 

11. Les Dvergues formés de terre sur le ^modèle de 
rhomme, v. 57-60. 

12. Énumération des Dvergues de la bande de Modsognir, 
V. 61-72. 

13. Enumération des Dvergues de la bande de Dvalinn, 
V. 73-84. 

II. Souvenir de Vala sur lorigine du mal; guerre entre les 
Ases et les Vanes. 

1 . Vala raconte comment elle a reçu d'Odin le don de 
la vision et de la prophétie, v. SB-gS. 

2. La première chose que Vala se rappdle avoir vue après 
avoir reçu le don de la vision , c'est T arrivée des Valkyries ; 
présage de la guerre, v^ gg-io4. 

3. Guerre occasionnée par la violence qu'ont exercée les 
Ases sur GuUveig, la magicienne des Vanes, v. io5-i i3. 

4. Les dieux délibèrent pour savoir s'ils doivent faire ré- 
paration aux Vanes , v. 114-117. 

5. Les Vanes renversent le mur de la forteresse des Ases, 
mais Odin les repousse et remporte la victoire définitive, 
V. 118-121. 

6. Les Ases deviennent parjures, ils refusent le prix sti- 
pulé pour la réparation du mur renversé ; Thôr tue le géant 
architecte, v. 122-129. 

B. — Présent. Vision. 

Vala raconte ce qu'elle a vu dans les différents motides depuis 
la première guerre , qui est l'origine du mal. 

" I. Vala vit dans Asaheim le malheur suivre de près l'ori- 
gine du mal. Baldur le meilleur des Ases périt. 

1. Cause et circonstance de la mort de Baldur, v. i5o- 

137. 



172 VOLUSPA. 

2. La mort de Baldur vengée; mais par une destinée fa- 
tale elle ne peut être vengée que par un parricide, v. i38- 

5 . Loki , la cause première de la mort de Baldur, est puni , 
V. 1 42-1 47. 

II. Vala vit dans les différents mondes les génies malfaisants 
et les principes destructeurs se propager, s'accroître et menacer 
de mort et de ruine les dieux et Tunivers. 

1. Elle vit, à NidafiôU, la salle habitée par la race heu- 
reuse de Sindri ou les géants des montagnes, v. lAS-i^Q. 

2. nie vit , à Okolnir, la salle à boire des Hrimthurses ou 
géants déglace, v. i5ö-i5i. 

5. f^le vit à Nâstrendir, dans les enfers, la salle aux ser- 
pents et les supplices infligés aux méchants dans ce séjour 
affreux, v. 1 5a- 162. 

4. E31e vit, dans le monde des lotes, la géante Gygir 
élever le fils de Fenrir qui engloutira un jour le soleil , 
V. 163-170. 

5. Elle vit le gardien de Gygr, le coq Fialarr, qui doit 
avertir les Ases quand le fils de Fenrir aura grandi, v. 171- 
174. 

6. Elle vit le coq GuHinkambi , qui au dernier jour du 
monde réveillera les héros de Valhöll pour qu'ils combattent 
les puissances destructives, v. 175-176. 

7. Elle vit dans l'enfer le coq' noir qui appellera un jour 
les génies malfaisants à la destruction du monde , v. 177-178. 

III. Vala vit les signes précurseurs de la destruction du 
monde : ^ 

1 . Le chien Garmr pousse des hurlements siffireux devant 
les portes de l'enfer; Fenrir le loup enchaîné , qui engloutira 
Odin, va bientôt briser ses chaînes, v. 179-182. 



INTRODUCTION. 175 

2. Les hommes atteignent le dernier degré de la perver- 
sité et méritent de périr aussi bien que les dieux, v. 1 83* 188. 

C. — Avenir. Prédiction. 

Vaia prévoit la destruction du monde pervers et la renaissance 
d*un monde meilleur où régneront la paix et la justice. 

I. Destruction du monde. 

1. Heimdall, le gardien. des Âses, donne du cor pour 
avertir les dieux de Tapproche des puissances destructives ; 
Odin consulte Toracle de la tête de Mimir, v. 189-193. 

2. La colonne du monde tremble, tout est en émoi, 
V. 193-196. 

3. Hrymr, à la tête des lotes, se met en route; on s em- 
barque pour aller attaquer la terre, v. 197-200. 

4. Les armées du monde de feu $*embarquent avec tous 
les génies malfaisants, y. aoi-aoá. 

5. Surtur, le dieu du feu , traverse la terre et entre dans 
le ciel, V. ao5-2ia. 

6. Les trois dieux principaux, Odin, Freyr et Thôr, lut- 
tent contre les ennemis et succombent, v. 2 13-226. 

7. Le dragon de Tenfer vole sur la plaine jonchée de 
morts, V. 227-230. 

8. Le soleil se noiixïit, la terré s: abîme dans TOcéau ; le 
feu s'âève jusqù'au'cid; tout périt dans les flammes, v. 23 1- 
234. 

IL Rénaissance du monde. 

1 . Une nouvelle terre semblable à rancieniie sort de 
rOcéan; la paix y règne, V. 235-238. 

2. Les fils des anciens Ases qui ont péri viennent re- 
prendre le. gouvernement du monde et exercer la justice, 

. V. 239-242. 



174 VOLUSPA. 

5. Les Ases retrouvent le bonheur dont ils avaient joui 
avant Torigine du mal, v. aá5'a46. 

4. Uabondance règne sur la terre; Baldur, le meilleur 
des Ases, revient dans le ciel avec Hoder et Hœnir, v. 247- 

5. Les hommes habitent une salle plus brillante que le 
soleil et jouissent d'une félicité éternelle, v. àBA-aBy. 

6. Forseti, le dieu de la justice, préside aux jugements 
des dieux; il n*y a plus de violence, il n'y a plus de dis- 
corde; la paix règne à jamais, v. a58-a6i. 

S IIL 

D£ l'arrangement DES STROPHES. 

On voit, par le tableau que nous venons de présenter, 
qu'il y a dans le poème un plan bien ordonné. Cet 
ordre, il est vrai, s'y trouve seulement depuis que nous 
avons disposé les strophes autrement quelles ne le sont 
dans les éditions de TEdda. Avant ce nouvel arrangement , 
les parties du poème étaient sans liaison, sans suite, sans 
unité. Ce défaut de plan provenait de la transposition de 
plusieurs strophes, et le désordre causé par ce changement 
mettait des obstacles insurmontables à l'interprétation 
du poëme. Eu efiFet, si jusqu'ici Texplication de la Voluspà 
a été moins satisfaisante qu'elle ne l'est aujourd'hui , ce 
n'est pas qu'il n'y ait eu des hommes d'un talent supérieur 
qui s'y soient essayés tour à tour; mais c'est qu'il était 
impossible d'expliquer convenablement an poème entre 
les parties duquel il n'y avait aucun rapport logique; aussi 
avons-nous mis tous nos soins à retrouver la place que 
les strophes et les vers du poème avaient primitivement. 



INTRODUCTION. 175 

Ce qui prouve que rarrangement que nous avons adopté 
est le véritable , c'est qu'il rend l'explication de la Voluspâ 
possible et facile, et qu'il produit, à la place du désordre 
qui régnait d^ins le poème , un plan bien entendu et un 
ordre parfait. Nous pourrions nous contenter de fournir 
cette seule preuve en faveur du nouvel arrangement; 
cependant nous en donnerons encore d'autres dans les 
notes critiques et philologiques dont le texte sera suivi. 



CHAPITRE III. 

EXAMEN CRITIQUE DU FOËME. 



S I. 
DE L INTÉGRITÉ DU POÈME. 

Le plan si régulier, si logique et si naturel que nous 
remiarquons dans la Voluspâ, nous prouve qu'il n'y a 
aucune lacune dans le poème, puisque toutes les parties 
s'enchaînent admirablement les unes aux autres. Cela 
prouve en même temps , qu'il ne s'y est glissé aucune 
interpolation, parce que nous û'y trouvons aucun vers 
qui soit inutile , ou qu'on puisse soupçonner de n'être pas 
authentique. En un mot, ce qu'on appelle en critique 
Yintégrité du poème, c'est-à-dire cette propriété du texte 
de ne renfermer ni plus ni moins qu'il ne renfermait 
primitivement, nous semble suffisamment démontrée par 



176 VOLUSPA. 

l'analyse que nous avons faite des Visions de Vala^ Cette 
intégrité pouvait et devait être mise en doute aussi longr 
temps que les strophes transposées ne se trouvaient pas 
dans leur ordre naturel; car alors tout paraissait défec- 
tueux , inachevé , décousu , et le poëme ressemblait à une 
collection de fragments. Cette transposition des parties 
doit être ancienne puisqu'elle existe déjà dans les manus- 
crits de TEdda. Il paraît qu'on a perdu de bonne heure 
le véritable sens du poëme, et que pour cette raison l'en- 
chaînement des strophes ne s'imprimait pas bien dans la 
mémoire. On confondait les strophes et les vers, les par- 
ties se dérangeaient, et bientôt le poëme n'eut plus d'en- 
semble, et, ^ar suite, plus de sens. C'est dans cet état que 
la Voluspâ a été recueillie de la bouche du peuple, et insé- 
rée dans le recueil de l'Edda de Sæmund. La première 
chose que nous avions à faire était donc de remettre 
les strophes et les vers dans leur ordre primitif; ce n'est 
aussi qu'après ce travail pénible que nous avons pu recon- 
naître le plan, et, par suite, l'intégrité et la beauté du 
poëme. 

S II. 
DE l'Époque de la composition dd poème. 

La date d'aucun des poèmes de l'Edda ne nous est connue 
avec précision; ce n'est que par des indices plus ou moins 
certains et directs, que lacritique peut déterminer la date 
approximativement. Ces indices se trouvent, soit dansie 
poëmé lui-même, soit en dehors de lui. Parmi les indices 
de la première espèce, ou parmi les -témoignages intrin- 
sèques, les uns sont tirés du fond, les autres de la forme 



INTRODUCTION. 177 

de l'ouvrage. Quant à la Voluspâ, le foud et la forme indi- 
quent que ce poëme est un des plus anciens de l'Edda. 11 
est vrai qu'on ne doit pas toujours conclure de ce que le 
fond et l'extérieur sont anciens, à une rédaction ancienne, 
parce que le poëte peut choisir son sujet dans les temps 
reculés et le traiter dans le style de l'antiquité. Cependant 
cette imitation des productions littéraires du temps passé 
ne se fait que chez les nations dont la littérature a pris un 
très -grand développement. Nous sommes donc en droit 
d'admettre que dans la poésie Scandinave , les poëmes por- 
tent toujours dans le fond et dans la forme le cachet de 
l'époque de leur composition. "- 

Examinons d'abord le fond du poëme. Le sujet de la Vo- 
luspâ étant purement mythologique , il ne s'y trouve au- 
cune allusion à l'histoire et, par conséquent, aucun indice 
chronologique. Les expressions de cAe/d^i Dvergues, v. 55, 
et de hande de Dvalinn, v. yA, semblent, il est vrai, in- 
diquer que le poëte vivait dans le temps où le pouvoir mo- 
narchique n'existait pas encore en Scandinavie, et où il 
n'y avait que des chefs de tribus entourés de leurs bandes 
qui les suivaient dans leurs expéditions militaires. D'un 
autre côté, l'expression de porter au hacher, v. 189, peut 
bien indiquer que le poëte vivait dans le temps appelé 
hrana-olld (l'âge de brûlement) , où l'on brûlait les morts 
au lieu de les ensevelir, comme cela se faisait dans la pé- 
riode suivante appelée haugs-olld (l'âge des collines ou des 
tombeaux )^ La tradition rapporte que l'âge de brûlement 
cessa en Suède, après la mort de Freyr, et en Danemark, 
après celle de Dan Mïkiïlâti; mais plus tard , la coutume 
de brûler les morts reprit chez les Normands et les Sué- 

12 



178 VOLUSPA. 

dois ^ Cependant comme ces indices historiques ne sont 
pas assez positifs, on n'en peut tirer aucune conclusion 
certaine sur la date de nôtre poëme. Il nous teste à exami- 
ner si les mythes ne renferment pas quelque indice chro- 
nologique. Tout ce qu'on peut dire à ce sujet, c'est que les 
traditions mythologiques de la Voluspà doivent être des 
plus anciennes, puisque quelques-unes d'entre elles n'é- 
taient plus connues du temps de Snorri Sturlason. Cet 
auteur ne saif pas expliquer le mjthe sur le cor de Heim- 
dall et sur l'œil caché d'Odin ( voy. v. 8 6-9 5 ) ; il ne sait pas 
ce qu'étaient Heidr, fiflmegir, inn rîki, etc. Le poëme doit 
donc avoir été composé bien antérieurement au temps 
de Snorri. De plus, il doit appartenir à une époque où le 
paganisme était à son apogée; car le langage concis et 
souvent elliptique du poëme fait présumer que le peuple 
connaissait eneore à fond la mythologie et savait s'expli- 
quer facilement ce que le poëte ne fait qu'indiquer. La 
mythologie proprement dite était déjà parvenue à son 
entier développement, puisque notre poëte a entrepris de 
la représenter dans son ensemble systématique; et la re- 
ligion d'Odin devait avoir atteint son plus haut période , 
puisque le poëte prévoyait pour elle une transformation 
inévitable. Ainsi tout ce qui appartient au fond du poëme 
nous prouve que la Voluspà a été composée à une époque 
ancienne, où le paganisme Scandinave était encore en 
pleine vigueur, mais où se manifestaient déjà les symptô- 
mes de sa décadence. 

La forme de la Voluspà nous montre également que 
ce poëme est un des plus anciens de l'Edda. Cela se voit 

^ Ynglinga Saga, I, Introduction. 



INTRODUCTION. 179 

non-seulement dans le langage et dans les formes gram- 
maticales des mots, mais aussi dans Temploi de certaines 
expressions qu on pourrait appeler des archaïsmes : tels 
sont, par exemple, rokstôlar, undom, ajl, sus, tivor, thi- 
nar, etc. Le h devant la liquide Í a encore Tancienne pro- 
nonciation forte d'une gutturale; ainsi, v. i, hliôds est 
en allitération avec helgar. De plus , les articles ou les 
pronoms démonstratifs ne sont pas encore devenus des 
suffixes ajoutés aux substantifs : il n y a que le mot godin, 
V. 1 1 7, qui présente un cas d'exception assez remarquable. 
Enfin , la versification de la Voluspà est dans le plus an- 
cien genre appelé le fornyrdalag proprement dit ^ Ainsi 
tout ce qui appartient à Informe de notre poème nous 
prouve, à l'égal du /ond, que la Voluspâ est un des plus 
anciens monuments de la littérature Scandinave. 

Après avoir vu les témoignages intrinsèques sur la date 
approximative de notre poème , il nous reste à examiner 
les témoignages extrinsèques. Ces derniers sont de deux 
espèces; ou ce sont des citations, des extraits qu'on a faits 
de la Voluspâ avec indication du titre de ce poème, ou 
bien des réminiscences, des imitations qu'on rencontre 
dans d'autres poèmes dont l'époque de la composition est 
connue. 

Parmi les poèmes de l'Edda de Sæmund , il y en a qui 
renferment des vers empruntés à la Voluspâ. Ainsi , dans 
Vegtamskvida, xvi, les vers suivants 

Sa man Odins son einnættr vega; 
Hàna um thværa næ hôfnà kembir, 
Adr â hêÀ um berr Balldrs andkota,- 
' Voyez p. 120. 

12. 



180 VOLUSPA. 

sont exactement les mêmes que les vers iSy-iSg de notre 
poëme. Dans Thrymskvida, vi , le vers 

Hvat êr mêd Asom bvat êr mêd Alfom 

est entièrement semblable au vers 209 de la Vôluspâ. Nous 
devons donc admettre que notre poème est plus ancien , 
que Vegtamskvida et Thrymskvida. 

Snorri Sturlason connaissait parfaitement notre poème ; 
il l'a cité plusieurs fois et en a donné des extraits étendus 
dans TEdda en prose. De plus, on trouve dans les poésies 
de Snorri , des vers qui semblent être des réminiscences de 
la Vôluspâ, soit quant à Tidée, soit quant à l'expression. 
Ainsi , dans le grand poëme de Snorri intitulé Hâttalykill 
(clef des différentes espèces de versification), on trouve 
les deux vers 

FalH/yr/old in œgi 
5feini 5tudd, en «tillîs lof. 

Que la terre fondée sur le roc s*abime dans TOcéan , 
(Et qu*^e périsse) plus tôt que la gloire du protecteur! 

qui ressemblent, quant à l'idée, aux vers 83, 23 1 de la 
Vôluspâ. La réçiiniscence est plus évidente dans les vers 
suivants : 

That mun œ lifa, néma ðld fariz 

Bragninga lof, ëda bili heimar^ 
Cette gloire des guerriers vivra étemeHement , à moins que 
Les bopunes ne périssent, ou que les inondes ne s*écroulent. 

Antérieurement à Snorri , la Vôluspâ a été imitée dans 
une traduction islandaise des prophéties de Merlin^ [Mer- 
lins-spâ), Gunlaug fils de Leif, moine à Thingeyra en 

^ Voyez BragaJuBtiir, p. 268. 
- ' Cf. Greith SpicUeginm Vaticanum, p. 86 sqq. 



INTRODUCTION. 181 

Islande, et mort en 1219, fit cette traduction par ordre 
du roi Hakon. On y lit, entre autres, les vers suivants : 

Vërdr âyolido, kvad ènn/r6di haïr, 
iSiyriôld mikil, stôrar ôgnir, 
Fîg ok vèlar, vargôid, herôld 
Hrîm î ^verskonar Uôrto lida. 
VèTst êr i heimi, veit-at sun fódur 
.^ita thvî nfium, svâ synir vid fedra. 

Il y aura sur la terre (a dit cet homme sage) 

Un long âge de guerre, de grandes terreurs , 

Des meurtres, des perfidies, un âge des bétes féroces, un Age des armées; 

La firoideur régnera dans le cœur de chacun. 

Le plus grand mal est dans le monde ; le père ne connaît plus son fils , 

Les parentés sont rompues , les fils s'âèvent contre leurs pères. 

Ok thâ Myrni ok heidar stiôrnor, 
Ma marka thvî moldar hvergi; 
Sumar fara ôfgfir, sumar annaii vêg, 
Af hinni ^ômlo ^ôngo sioni. 
•Sumar sœkiaz at, ênn sumar finnaz 
Bregda Ziôsi ok lîtom fôgrom 

Alors nulle part sur la terre on ne pourra contempler 

Le del et les étoiles brBlantes. 

Les unes se jettent à gauche , les autres à droite , 

En quittant leurs orbites étemelles. 

D'autres se heurtent entre dles, d'autres s'agglomèrent, ^ 

(Toutes ) perdent leur édat et leur bel aspect. 

Geysar jreimi, ^engr hann upp î lopt; 
SJikt êr ôgurligt ita bômom; 
Slikt êr ðguiiigt upp at telia : 
Man ën/oma/old at^rnom vërda *. 

L*Océaii bouiUonne; il s'âève verp le âd. 
Cela est teniUe pour les en&nts des hommes , 

* Voyez Lexicon mythologicnm , p. 659. 



Í82 VOLUSPA. 

Gela e^t terrible à prédire : ^ 

Cette vieille terre tera une solitude afireuse. 

En lisant ces strophes, on y reconnaît facilement des imi- 
tations de plusieurs vers de la Voluspâ. 

Un témoignage plus ancien encore sur l'existence de la 
Voluspâ , se trouve dans un poëme composé par un Nor- 
végien vers Tan 106 5. Les vers suivants 

Biôrt verdr 5Ôl at sortna, 5ôkkr- folid î mar dokkvan; 
Brestr ^fidi ilustra, oilr brunnr siârr med fîôllum ^ 

Le soleil brillant se noircit , la terre s*abime dans TOcéan livide , 
Le fardeau d'Austri se fend , la mer mugit dans les montagnes. 

renferment évidemment des réminiscences; le premier 
vers surtout rappelle le vers 23 1 de notre .poëme. 

Le plus ancien témoignage que nous puissions dter, 
comme indiquant approximativement la date de la Vo- 
luspâ , remonte à la première moitié du x* siècle. C'est 
une rémiùiscence qu'on trouve dans un vers de Thiôdôlfr, 
natif de Hvinen Islande. Ce poète vécut à la cour du roi 
de Norvège Haralld aux leawp cheveux, et chanta les h^uts 
faits de la race de Ragnvald et des Ynglingiens. Dans une 
strophe de ce poëme , on lit le vers suivant : 

Veit-ék £ysteins enàa folginn *. 
Je prévois pour Eystein le trépas k lui réservé. 

Ce vers , en style de prophétie , est une réminiscence ou 
une imitation du vers 1 3o de la Voluspâ. Cela prouve donc 

' Voyez Orkneyinga Saga, édit. de Jonas Jonæus, Copenhague, 1 780, 
p. 90! 

* YngUnga Sa^a, chap. xxxv. 



4 

INTRODUCTION. 185 

que notre poème existait déjà du temps de Thiôdôlfr : il 
doit même être de beaucoup antérieur à ce poète , parce 
quau commencement du x"" siècle « la poésie Scandinave, 
cultivée à la cour des rois, devint de plus en plus artifi- 
cielle et ampoulée, comme le prouve le poème de Thiô- 
dôlfr. Dans la Voluspà, au contraire, la poésie est encore 
naturelle et sobre de mots , et elle porte le caractère d'une 
antique simplicité. D'après cela, nous croyons pouvoir 
admettre que la Voluspà remonte au ix* siècle de notre 
ère : tous les témoignages intrinsèques et extrinsèques que 
nous avons examinés ci-dessus , nous indiquent ce siècle 
comme devant être Tépoque à laquelle notre poëme a été 
composé. 

S iir. 

DE l'auteur du poème. 

Comme ilslande n a été peuplée que dans la seconde 
moitié du IX* siècle , on pourrait croire que l'auteur de la 
Voluspà était Norvégien. Cependant quelques circons- 
tances semblent indiquer que ce poëme a été composé en 
Islande. Ainsi les mythes sur Hveralundr (bois aux ther- 
mes) v. 1^2 , et sur le géant Sartur, v. 2o5, sont sans doute 
originaires de l'Islande, parce» qu'il n'y a pas de pays où 
les sources chaudes soient en aussi grand nombre que dans 
cette île volcanique , et qu'il existe encore aujourd'hui en 
Islande , une grande caverne qui porte le nom de Suriar 
hellir. De plus , l'arrivée par mer des puissances destruc- 
trices du monde; la destruction du monde par le feu-, 
la terre que le poète se figure comme une île fondée 
sur des rochers au milieu de la mer, sont des circons- 



184 VOLUSPA. 

tances qui s'expliquent par la position géographique et la 
nature géologique de l'Islande. Enfin, l'aigle qui donne 
la chasse aux poissons, v. 2 38, est sans doute le falco 
chrysetns qu'on rencontre en Islande sur Ips rochers qui 
bordent la mer. Il est donc probable que le poète vivait 
en Islande; peut-être que dans sa jeunesse il avait quitté 
la Norvège , sa patrie , par suite des changements politiques 
produits dans ce pays par l'établissement du pouvoir mo- 
narchique sous le règne de Baralld -aux heanx cheveux. 
Beaucoup de nobles et d'hommes libres qui ne voulaient 
pas se soumettre au nouveau régime , quittèrent alors la 
Norvège; les uns, sous la conduite de Gongu-RoJf, vinrent 
s'établir en France; les autres s'embarquèrent avec Ingolf 
pour aller s'établir en Islande. Notre poëte peut bien avoir 
été de ces derniers. Cette circonstance expliquerait pour- 
quoi ce poëte, réfugié en Islande, se tournait vers un 
avenir meilleur , et prédisait la fin certaine du règne de la 
force , dont il avait eu lui-même à se plaindre dans sa vie. 
Quant au nom du poëte , nous ne saurions le deviner ; 
probablement il se trouve parmi les noms qui figurent 
dans les tables généalogiques du Landnâmàbôk dislande. 
En lisantla Voluspà, on peut se convaincre que l'auteur de 
ce poëme était un homme *de génie , puisqu'il réunissait 
deux grandes qualités, celle d'un philosophe et celle d'un 
poëte. Comme philosophe , notre auteur était élevé bien 
au-dessus de son siècle; car l'idée qu'il exprimait dans la 
Voluspâ était une véritable révélation pour ses contem- 
porains. Comme poëte , il a su choisir la forme poétique 
la plus convenable à son sujet, et tracer à grands traits 
le tableau de la mythologie. 



INTRODUCTION. 185 

Si Ton veut apprécier tout le mérite de notre poème , 
il faut dire que l'idée en est grande et l'exécution en tout 
digne du sujet ; la disposition des parties est bien ordonnée , 
le style presque toujours noble et poétique, l'ensemble et . 
reffet imposants et majestueux. 



VOLUSPA. 



ffliôSs biS-ëk allar feelgar kindir, 
Meiri ok minni mogu Heimþallar-, 
Filda-ëk f^al-foSur t?êl framteiia, 
Forn-spioll ^ïra þau ëk /rèmst of-nam. 

5 £k man /otna âr of-borna, 

þa-er foÆum mik /rœdda hofou : 
iVîu man-ëk heima, nîu îvidi, 
iWîotviS maeran fyrir mold nëdan. 

Ar var aida j>â ymir bygSi; 
.10 Var-a iandr ne ^æir ne 5valar unnir; 

/ord fannz œva ne apphimin; 
Gap var jfinnûnga, en giras iivergi. 

ASr Burs synir tioSum of-ypta, 
þeir-er MiSgarS maeran skôpo : 
15 Sol skein iunnan â Salar steina; 

þa var (jnind groin jfrœnom lauki. 

Sol varp 5unnan 5Ínni Mâna 
iTendi hinnî iiœgri uni feimin-iô-dyr. 
5oi þat ne vissi hvar bon sali âtti, 



VISIONS DE VALA. 



 rattention j*ÍQvite toutes ks saintes générations, 
Les fils de Heimdali, grands et petits; 
Je voudrais du Père des Élus proclamer les mystères, 
Les traditions antiques des héros qu autrefois j ai apprises. 

Je me souviens des lotes nés au commencement; ^ 

Eux , jadis, ils m'ont enseignée : 

Je me souviens des neuf mondes, des neuf forêts, 

Du grand Arbre du milieu , sur la terre ici-bas. 

Ce fut le commencement des siècles quand Ymir s'établit ; 
Il ny avait ni rivage, ni mer, ni ondes fraîches; lo 

On ne trouvait ni terre ni ciel élevé; 
Il y avait le Gouffre béant, mais de Therbe nulle part. 

Alors les fils de Bur élevèrent les firmaments. 

Eux, ils formèrent la grande Enceinte du milieu : 

Sol éclaira, de sud, les roches de la Demeure; 15 

La terre aussitôt verdit d une Verdure touffue. 

Sol répand de sud , ses faveurs sur Màni , 
A la droite de la porte du Coursier céles.te. 
Sol ne le savait pas où elle avait ses demeures , 



20 



188 VOLUSPA. 

5tiôrnur )>at ne vissu hvar þœr staSi âttu, 
Afâni ]7at né vissi hvat hann megins âttî. 



Jpà géngu iîegin oll à rôkstôla, 
Ginheilôg GoS um ]>at jfættuz : 
iVôtt ok niSium nöfii iftn-gâfu; 
25 Morgun hêtu ok miSian dag, 

Undorn ok aptan âr um at telia. 



Hittoz Æsir a iSaveili, 
J)eir-ër /lorg ok hof fcâ-timbro <5o ; 
Afla iôgSu, auS smîSoSo, 
Tangir skàpo ok tôi görSo. 



30 



Tefldu î iûni, feitir vâro, 
Far )>eim rettugis vant or guUi. 
Unz |>rîr komo or )>vî liSi, 
Oflgir ok ástgir Æsir at sûsi; 
55 Fùndo à iandi âtt megandi 

Ask ok Emblo örlög-lausa. 

Ond |>au ne atto, élS )>au ne hofSo, 
Là né íæti, né lito gôSa : 
Ond gaf OSinn, é/8 gaf Hœnir, 
40 Là gaf Loour ok iitu gôoa. 

Unz |>riâr komo þm'sa meyiar 
i4máttkar mîok, or /otunheimom. 



VISIONS DE VALA. 189 

Les Étoiles ne le savaient pas où elles avaient leurs places , 20 
Mâni ne le savait pas quel était son pouvoir. 

Alors les Grandeurs allèrent toutes aux sièges élevés , 

Les Dieux très-saints sur cela délibérèrent; 

A la nuit, à la nouvelle lune ils donnèrent des noms; 

Ils désignèrent Taube et le milieu du jour, ^* 

Le crépuscule et le soir, pour indiquer le temps. 

Les Ases se rencontrèrent dans la Plaine dldi, 
Ils bâtirent bien haut un sanctuaire et une cour; 
Ils posèrent des fourneaux, façonnèrent des joyaux, 
Forgèrent des tenailles et fabriquèrent des ustensiles. 5o 

Ils jouaient aux tables dans Tenceinte ; ils étaient joyeux. 

Rien ne leur manquait et tout était en or. 

Alors trois Ases de cette bande, 

Pleins de puissance et de bonté, descendirent vers la mer; 

Ils trouvèrent dans la contrée des êtres chétifs, '* 

Ask et Embla, manquant de destinée. 

Ils n avaient point d'âme , ils n'avaient point d'intelligence , 

Ni sang, ni langage, ni bon extérieur : 

Odin donna l'âme, Hœnir donna l'intelligence, 

Lodur donna le sang et le bon extérieur. 40 

Alors arrivèrent trois Vierges Thurses 
Très-puissantes du monde des lotes. 



190 VOLUSPA. 

Ask veit-ëk standa, heitir yggSrasill, 
flàr-baSmr ausinn knta auri; 
45 þaSan koma döggvdæ ]>œrs î dala. falla, 

Stendr œ jfir grœnn t/irSar brunni. 

þaSan komo meyiar margs vitandi 
þriar or )>eîm sæ et* und |>oHi stendr : 
UrS hêtu eina, aSra FérSatidi; 
50 iS%âru â sfcîSi; 5feuld ëna þriSíu : 

JxEF fôg îogSu, pœr lif kuru, 
illda bôrnom orlög at segia. 

þa gêngu Aegin oU â rok-stôla, 
Ginheilog GoS iim |>at jfættoz : 
55 Hverr skyldi Dvergai drôttin skepia, 

Or JBrimis tfôSi» or Wâins ieggiom. 

þa ër A/ôSsognir mætstr um-orSinn 
Dverga ailra, en Durinn annar; 
þeir maniîkun morg of-gôrSo 
60 Dverga or îorSo, sem Durinn sagSi. 

Nyi ok iViSi, iVorSri ok SuSri, 
ilustri ok Fëstri, Æíþiofr, Dvalinn, 
iVâr ok iVâinn, iVipîngr, Dâinn, 
jBifiirr ok jBafurr, Bumburr, Nori. 



00 



iénarr ok Onarr, Ai, MioSvitnir, 



' VISIONS DE VALA. 191 

Je connais un frêne , on le nomme Yg^drasill , 

Arbre chevelu, humecté par un nuage brillant, 

D'où naît la rosée qui tombe dans les vallons ; 45 

11 s'élève, toujours vert, au-dessus de la fontaine d'Urd. 

De là sortirent les trois Vierges de beaucoup de science^ 

De ce lac qui est au-dessous de l'arbre : 

Urd se nommait l'une, l'autre Verdandi; 

Elles gravèrent sur les planchettes; Skuld était la troisième : so 

Elles consultèrent les loi*, elles interrogèrent le sort, 

Et proclamèrent la destinée aux enfants des hommes. 

Alors les Grandeurs allèrent toutes aux sièges ^vés, 
Les Dieux très-saints sur cela délibérèrent : 
« Qui formerait le chef des Dvergues, 55 

« Du sang de Brimir, des cuisses du géant livide. » 

Alors Modsognir est devenu le premier 

De tous les Dvergues, mais Durinn , le second; 

Eux , ils formaient de terre la foule des Dvergues 

A la figure humaine , comme Durinn le proposa : 60 

Nyi etNidi, Nordri etSu.dri, . 

Austri et Vestri , Althiofr, Dvalinn , 
Nâr etNàinn, Nipingr, Dâinn, 
Bifurr et Bafurr, Bumburr, Non. 

Anarr et Onarr, Aï , Miodvitnir, (V5 



192 VOLUSPA. 

Keigr, Gandàlfr, Findâifr, þorinn, 
JPïli ok Kiii, Fundinn, Naii, 
flepti, Viii, Jïanarr, Svîorr. 

Frâr, Fombogi, Frœgr ok Lôni, 
■w J)râr ok þraínn, þror, Vitr, Litr, 

Nyr ok iVyraSr; — nu hef ëk Dverga 
iiegin ok râSsvio, rêtt um^alda. 

Mai èr Duerga î Dvalins iiSi 
Liôna kîndom til Lofars telia; 
■75 þeir-er 5Ôttu frâ 5alar steini 

Aurvanga siot tfl /onivaiia. 

J)ar var Draupnir ok Dolgþrasír, 
flar, flaugspori, íflævangr, Glôinn, 
5fcirvir ok Virvir, 5fcafiSr, Ai, 
80 Alfr ok ybgvi, Eikinskialdi. 

Fialarr ok Frosti, iînnr ok Ginnarr, 
Heri, ifugstari, jETliôSôlfr, Môinn : 
þat mun æ appi, mëSan ôld lifir, 
LângniSia tal Lofars hafat. 

«5 Veit bon Heimþaiiar MiôS um-folgit 

Undir fteiSvœnum fcelgom baSmi : 
A sêr bon ausaz, orgom forsi, 
Af veSi FaifoSurs. — vitoS-ër en ëSa bvat? 



VISIONS DE VALA. 195 

Veîgr, Gandalfr, Yindalfr, Thorinn, 

Fili et Kili , Fundinn , Nalî , 

Hepti , Vilî , Hanarr , Sviorr. ' 

Frâr,Fombogi, Frœgr, Lôni, 

Thrâr et Thrâinn , Thrôr, Vitr, Litr, 70 

Nyr et Nyradr. — Voilà que j'ai énuméré au juste 

Les Dvergues puissants et intelligents. 

Il est temps d'énumérer au genre humain , 
Les Dvergues de la bande de Dvalinn , jusqu'à Lofar ; 
Ceux-ci ont cherché, loin du rocher de la Demeure , 75 

Des habitations à Aurvangar, jusque vers loruvellir. 

Là était Draupnir et Dolgthrasir, 

Hâr, Haugspori, Hlævangr, Gloinn, 

Skirvir et Virvir, Skafidr, Aï, 

Alfr et Yngvi , Eikinskialdi. so 

Fialarr et Fros ti , Finnr, et Ginnarr, ' 

Heri, Hugstari , Hliodôlfr, Moînn : — 

On exaltera toujours, tant qu'il y aura des hommes. 

Le grand nombre des descendants de Lofar. 

Elle sait que le cor de Heimdall est caché 85 

Sous l'arbre majestueux et sacré : 

Elle voit qu'on boit à traits précipités [quoi ? 

Dans le gage du Père des Elus. — Le savez-vous? — Mais 

i3 



194 VOLUSPA. 

Ein sat hon ati, pà-èr inn ddni kom 
90 yggiongr ilsa, ok î augo leit : 

«Hvers /regniS mik? hvî /reistiS mîn? 

«Ailt veit-ëk OSinn, hvar ]>â auga fait — 

«I ënom maera Mîmis brunni; 

«Drëkkr mioS Jlfîmir morgun hverian 
95 « Af veSi FalloSurs. » — FïtoS-ër en ëSa hvat? 

Valdi henni JfferfoSur fcrînga ok men, 

Fê-5pioll spakiig ok 5pâ-ganda : 

Sa hon t;îtt ok um rîtt of vërold hveria. 

Sa hon Falkyrior wtt of komnar, 
100 Górvar at rîSa tii GoS-)>iôSar; 

5feuid hêlt i/rildi, en Sfcogid onnur, 
Gunnr, Hildr, Gondul ok Geirskögul; 
Nù ëro taldar nonnor Herians, 
Gôrvar at rîSa jrund Valkyrior. 

105 þat man hon ^olkvîg ^yrst î heimi, 

Er Guilveig jfeirum studdo, 
Ok î fcoll Hârs feana brendo; 
þrisvar brendo þrisvar borna, 
Opt, dsialdari, J>ô hon en lifir. 



110 



HeiSi hana Aêtu hvars til ftûsa kom; 
Vö\u vêl-spâ vitti hon ganda : 



VISIONS DE VALA. 195 

Elle était assise dehors, solitaire, lorsqu'il vint, le vieux, 

Le plus circonspect des Âses, et lui regarda dans les yeux : — ^o 

« Pourquoi me sonder? pourquoi me mettre à l'épreuve? — 

« Je sais tout, Odin , je sais où tu as caché ton œil, — 

« Dans cette grande fontaine de Mimir; 

« Chaque matin Mimir boit le doux breuvage [quoi? 

« Dans le gage du Père des Elus. »— Le savez -vous?— -Mais 05 

Le Père des Combattants choisit pour elle des bagues et 

des joyaux. 
Le riche don de la sagesse, et les charmes de la vision : — 
Alors elle vit loin , bien loin , dans tous les mondes. 

Elle vit les Valkyries accourir de loin , 

Empressées à se rendre atiprès de la race des Dieux ; 100 

Skuld tenait le bouclîei, Skogul la suivait, 

Ainsi que Gunnr, Hildur, Gondul , Geirskogul : 

Voilà énuméréesles servantes du Combattant, 

Les Valkyries pressées de voler dans la campagne. 

Elle se rappelle cette première guerre dans le mmde , 105 
Lorsqu'ils avaient placé GuUveig sur des piques. 
Et l'avaient bridée dans la demeure du Très-Ifaut ; 
Trois fois ils l'avaient brûlée ; elle renaquit trois fois ; 
Brûlée souvent, fréquemment, elle vit pourtant encore. 

On l'appelait Heidur dans les inaisons où elle entrait; no 

Elle méprisait le charme des visions de Vala : 

i3. 



196 VOLUSPA. 

SeiS hon kunni, sei8i hon leikin; 
Æ var hon ângan illrar )>iôSar. 

þa gêngu JRegin oli a rok-stôla, 
115 Ginheilôg GoS um þat jfættuz : 

Hvart skyldo Æsir afrâS gialda, 
ESr skyldo joSin oil jildi eiga. 

Brotinn var torS-veggr iorgar Asa; 
Knâttu Fanir vi^-spâ voUo sporna : 
120 FleygSi OSinn ok î /ôlk um-skaut; 

þat^var en ^ikvîg ^yrst î heimi. 

þa gêngu JRegin oll a rok-stôla, 
Ginheilôg GoS um þat jættuz : 
Hverir hefSí Zopt allt iævi blandit, 
125 ESr œtt íötuns OSs mey gefna. 

þorr einn )>ar var þrunginn inôSi; 
Hmnî sisddan sitr ër hann siîkt of-fregn 
A-gênguz eiSar, orS ok sœri, 
Mal oll meginlig ër â mêSai fôru. 

^^ Ék sa Baldri MôSgum tîvor 

OSins barni orlög fôlgin : 
StôS um-vaxinn voUu haerri 
MioT ok miok fagur mistil-teinn. 



VISIONS DE VALA. 197 

Elle savait la magie, elle abusait de la magie; 
Elle était toujours les délices de la race méchant^. 

Alors les Grandeurs allèrent toutes aux sièges élevés; 

Les Dieux très-saints sur ceci délibérèrent : iis 

« Les Ases devront-ils expier leur imprudence, 

« Ou bien tous les dieux auront-ils de Tautorîté ? » 

Le mur extérieur de la forteresse des Ases fut renversé ; 
Les Vanes ont su , par ruse de guerre , fouler les rem.parts : 
Mais Odin lança son trait , et tira sur Tennemi. ... 120 

Telle fut la première guerre dans le monde. — r- 

Alors les Grandeurs allèrent toutes aux sièges élev^ ; 

Les Dieux très-saints sur ceci délibérèrent : 

« Qui avait rempli de désastre les plaines de l'espace, 

« Et livré la fiancée d'Odur à la race des lotes ?» 125. 

Thôr se leva seul, enflé de colère; 

Rarement il reste assis quand il apprend chose pareille: — 
Les serments furent violés , les promesses et les assurances , 
Tous les traités valides qu'on avait passés de part et d'autre. 

Je prévis pour Baldur, pour cette victime ensanglantée , 150 
Pour ce fils d'Odin , la destinée à lui réservée : 
Il s'élevait dans une vallée charmante 
Un gui tendre et bien gentil. 



198 VOLUSPA. 

155 VarS af ]>eim meiSi êr miôr syndiz 

Harm-flôg hætúig fföSr nam skiôta. 

JSaldurs trôSir var of-6orinn snëmma. 
Sa nam OSins son eín-nættr vëga : 
þo /iann æva fcendr ne fcofiiS kembdi 
ASr â 6âl um-6ar JSaidurs andskota : 
140 En Frigg um-grêt î .Fensoium 

Va Falhaiiar. — FitoS-èr en ëSr hvat? 

flapt sa Aon iiggia undir ffvèralundi 
Lægiam lîki, Loka âj^ekkîan; 
þa knâ Fala vîgbônd snûa, 
^*^ Heidr um AarSgiör fcópt or þörmum. 

þar 5Ítr Sgyn þeigi um 5Ínom 
Fèr vel glýoS. — FitoS-ër en ëSr hvat? 

StaS íyrir norSan â iViSafioilum 
Salr or gulli 5indra ættar; ^ 
150 En annar stôS â Okolni 

Biôr-salr iotuns, en sa Brimir heitir. 

5al sa hon 5tanda 5Ôio fiarri, 
iVâstrondom â, norSr horfa dyr : 
Falla ^îtr-dropar înn of liôra, 
155 Sa ër wndinn salr orma hryggiom. 

A fellr austçtn um eitr-daia 

iSam^om ok ívörSom, SlîSur heitir su; 



VISIONS DE VALA. 199 

De cette tige qui parabsait si teadre , provint 

Le fatal trait d'amertume que Hoder se prit à lancer. i^& 

Le firère de Baldur venait seulement de naître , 

Âgé d'une nuit , il se prit à combattre contre le fils d'Odin. 

Il ne lavait plus ses mains , ni ne peignait sa chevelure , 

Avant qu'il portât au bûcher le meurtrier de Baldur; 

Mais Frigg pleura dans Fensalîf uo 

Les malheurs de Valhall. — Le savez-vous ? — Mais quoi ? 

Elle vit couchée près de Hveralund 

Une créature méchante, l'ingrat Loki; 

Il a beau remuer les liens funestes de Vali; 

Elles sont trop roides ces cordes de boyaux. i45 

Là est assise Sigyne, qui du sort de son mari 

N'est pas fort réjouie. — Le savez-vous? — Mais quoi? 

Vers le nord , à NidafioU , s'élevait 

La salle d'or de la race de Sindri ; 

Mais une autre s'élevait à Okolnir, iso 

La salle à boire de Ilote qui est nommé Brimir. 

Elle vit une salle située loin du soleil , 

A Nastrendr , les portes en sont tournées au nord : 

Des gouttes de venin y tombent par les fenêtres , 

La salle est un tissu de dos de serpents. 155 

Un fleuve se jette à l'orient dans les vallées venimeuses , 
Un fleuve de limon et de bourbe; il est nommé Slidur : 



200 VOLirSPA. 

Sa hon )>ar vaSa þraunga slrauma 
ilfenn mein-svara ok morS-varga, 
160 Ok ]7ann annars g^epr eyra-rûno : 

þar saug iViShöggr nâi fram-gêngna, 

Sleit Fargr vëra. — FitoS-ër en ëSa hvat? 

ilustr sat hin aidna î /ârnviSi, 
Ok /œddi ]>ar Fenris kindir : 
165 VërSr af ]>eim ollom einna nokkurr 

Tûng^s tíugari î ^ölls hami. 

Fylliz jîorvi /eigra manna , 
JRýSr JFÎagna siot rauSom drey ra ; 
5vört vërSa 5Ôl-skîn of 5umar eptir, 
170 FëSur oll val-ynd, — FitoS-ër ëri ëSa hvat? 

5at þar â haugi ok s\ö hörpu 
Gýgiar hirSir jflaSr EgSir : 
Gôl um honum î GaglviSi 
Fagur-rauSr hani sa ër i^aiarr heilir. 



]75 Gôl um Asom Gullinkambi , 

Sa vekr holda at fleriafoSurs : 
Enn annarr gôl fyrir îôrd nëSan 
5ôt-rauSr hani at 5Ölum Heliar, 



VISIONS DE VALA. 201 

Vala y vit se traîner dans les eaux fangeuses , 

Les hommes parji^res, les exilés pour meurtre, 

Et celui qui séduit la compagne d*autrui : leo 

Là , Nidhoggr suçait les corps des trépassés , [ quoi ? 

Le Loup déchirait les hommes. — Le savez-vous? — Mais 

A Torient elle était assise , cette vieille , dans Îarnvid , 

Et y nourrissait la postérité de Fenrir : 

Il sera le plus redoutable de tous , celui i65 

Qui, sous la forme d'un monstre, engloutira la lune. 

Il se gorge de la vie des hommes lâches, 
Il rougit de gouttes rouges la demeure des Grandeurs; 
Les rayons du soleil s'éclipsent dans Tété suivant. 
Tous les vents seront des ouragans. — Le savez-vous? — i7o 
^ais quoi ? 

Assis tout près sur une hauteur, il faisait vibrer sa harpe 
Le gardien de Gygur, le joyeux Egdir : 
Non loin de lui, dans Gagalvid, chantait 
Le beau coq pourpré qui est nommé Fialar. 

Auprès des Ases chantait GuUinkambi , 175 

Il réveille les héros chez le Père des Combattants; 
Mais un autre coq chantait au-dessous de la terre, 
Un coq d'un rouge noir, dans la demeure de Hel. 



202 VOLUSPA. 

Geyr Garmr miók fyrir Gnypaheili; 
180 Festr mun slitna, en Frèki rënna: 

iîold veit hin ^rôSa, ^am-sê-ëk iengra 
Um Ragna-rôk ok rôm Sigtiva. 

Brœ^r muno teriaz ok at tomim vërSa, 
Muno 5ystrùngar 5Ífium spílla; 
^^5 flart ër î /leimi, /lôrSôinr mikill : 

5fceggi-óld, ifcâlm-old, ifcilder Vo klofiiir, 
Find-ôid, varg-old, àSr vër-old steypiz; 
Mân êngi maSr o&um þyrma. 

Leika Mimis synir, en wiiót-vi& kyndiz 
190 At ëno ^ialla Gîaiiarhorni : 

flatt biæs ffeimþaiir, horn ër â iopti; 
ilfælir OSinn viS Mîmis hofut. 



Skëlfr ïggSrasiis oskr standandi, 
Ymr iS aldna trê, en íötunn losnar 
195 JîraeSaz fealir â feelvëgom, 

ASr Surtar þann sèfi of-^eypir. 

flrymr ekr austan, fcefiz lind fyrir; 
Snyz /ôrmungandr î îôtun-môSi; 
Ormr knyr unnir, en Ari hlakkar, 
200 Slîtr nâi iVefloir : — iVaglfar losnar. 



VISIONS DE VALA. 205 

Garmur hurle afifireusement devant Gnypaball. — 
Les chaînes vont se briser; Freki s'échappera : — iso 

Elle prévoit beaucoup, la prophétesse : Je vois de loin 
Le crépuscule des Grandeurs, la lutte des Dieux Combat- 
tants. 

Les frères vont se combattre entre eux, et devenir fratri- 
Les parents vont rompre leurs alliances ; [ ddes ; 

La cruauté règne dans le monde, et une grande luxure : ^s^ 
Lage des haches, lage des lances, où les boucliers sont 

fendus, 
Lage des aquilons, l'âge des bêtes féroces se succèdent 

avant que le monde s'écroule; 
Pas un ne songe à épargner son prochain. 

Les fils de Mimir tressaillent , l'arbre du milieu s'embrase 
Aux sons éclatants du Cor bruyant : loo 

Heimdall, le cor en l'air, sonne fortement l'alarme; 
Odin consulte la tète de Mimir. 

Alors tremble le frêne élevé d'Yggdrasil, 

Ce vieil arbre frissonne : — l'Iote brise ses chaînes : 

Les ombres frémissent sur les routes de l'enfer, 195 

Jusqu'à ce que l'ardeur de Surtur ait consumé l'arbre. 

Hrymr s'avance de l'orient, un bouclier le couvre; 

lormungand se roule dans sa rage de géant; 

Le serpent soulève les flots, l'Aigle bat de ses ailes, 

Le Bec-jaune déchire les cadavres : — Naglfar est lancé. 200 



204 VOLUSPA. 

fíöli fer austan, fcoma munu Muspellz 
Of fôg ZySir, en Logi styrir : 
Fara /îfl-megir mëS Freka allir, 
þeim ër bra8ir Bîleists î for. 

205 5uAr fer 5uiinan mëS sviga iævi; 

5kîn af ivërSi 5Ô1 Valliva : 
Griôt-biorg ginata, en jfîfur rata, 
TroSa /iaiir feeivëg, en feimin kiofiiar. 

Hvat ër mëS Asum. ? hvat ër meS Alfiun? 
210 Gnyr ailr /otunheimr; Æsir 'ro a þingi; 

5tynia Dvergar fyrir itein-dyrom 
^êg-bêrgs vîsir. — Fita8'èr en ëSr hvat? 



þa këmr fllînar /iarmr annar fram 
Er OSinn ferr viS t/lf vëga, 
215 En tani Beiia tiartr at Surti — 

J)â mun Friggiar /alla ângan-tyr. . . , 



J)â këmr inn mikli mogr Sigfö^urs, 
FîSarr vëga at val-dyri : 
Lætr megi HvèSrûngs mund um-standa 
220 flîôr tii Marta; þa ër ifiefnt foSur. 



VISIONS DE VALA. 205 

Le navire vogue de Torient , Tarmée de Muspill 
Approdie sur mer , Logi tient le gouvernail ; 
Les fils de Hôte naviguent tous avec Freki , 
Le fii^re de Bileist est à bord avec eux. 

Surtur s'élance du midi avec les épées désastreuses; 205 

Le soleil resplendit sur les glaives des Dieux-héros : 
Les montagnes de roche s'ébranlent , les géantes tremblent, 
Les ombres foulent le chemin de l'enfer. — Le ciel s'en- 
tr'ouvre. 

Que font les Asesî que font les Alfes? 

Tout lotunheim mugit; les Ases sont en assemblée; 210 
A la porte des cavernes gémissent les Dvergues , 
Les sages des montagnes sacrées. — Le savez-vous î — Mais 
quoi? 

Mors l'affliction de Hline se renouvelle 

Quand Odin part pour combattre le Loup; 

Tandis que le glorieux meurtrier de Beli va s'opposer à 215 

Bientôt le héros chéri de Frigg succombera. . [Surtur: — 

Mais il vient le vaillant fils du Père des Combats , 

Vidarr, pour lutter contre le monstre terrible : 

Il laisse dans la gueule du rejeton de Hvédrung, 

L'acier plongé jusqu'au cœur. — Ainsi le père est vengé. 220 



206 VOLUSPA. 

þa këmr inn mæri mögr HlôSyniar, 
Gengr ÙSins sonr vi^ Orm vëga; 
Drèpr hann af môSi MiSgarSs veor; 
Muno feaiir ailir fceim-sto^ ry^a : 
225 Gengr /et nîo Fiorgyniar burr, 

jïVëppr frâ JVaSri niSs ôkvî^nom 

|)â këmr inn (iiinmi Dreki fliùgandi, ^ 
NbuSt iram nëSan iViSafiöilum ; 
Ber sër î /oSrom, /lygr voll yfir 
250 iViShöggr nâi — nû mun bon sôkvaz. 

5Ô1 tekr iortna, 5Îgr foid î mar; 
flvërfa af himrd /leiSar stiornur; 
Geysar eimi yi8 aldur-nara; 
Leikr hàr Wti viS himin siâlfan. — 

255 Sêr bon app-koma oSru sinni 

/orS or œgi iSiB. grœna : 
Falla /orsar, /lygr orn yfir 
Sâ-ër à yîalii /ska veiSir. 

Hittaz Æsir â /Savelli, 
240 Ok um mold-|>inur mâttkar dœma, 

Ok minnaz |>ar â megin-dôma, 
Ok â Fimbuitys fornar rûnar. 



VISIONS DE VALA. 207 

Voici que vient Tillustre fils de Hlôdune , 

Il va, le descendant d'Odin , combattre le Serpent; 

Le défenseur de ftlidgard le frappe dans sa colère. — 

Les héros vont tous ensanglanter la colonne du monde. — 

Il recule de neuf pas , le fils de Fiorgune , 225 

Mordu par la Couleuvre intrépide de rage 

Voici venir le noir Dragon -volant, 

La couleuvre, s'élevant au-dessus de NidafioU : 

Nidhogr étend ses ailes , il vole au-dessus de la plaine , 

Au-dessus des cadavres. — Maintenant elle va s'abimer. 250 

Le soleil commence à se noircir; le continent s'affaisse 

dans rOcéan ; 
Elles disparaissent du ciel , les étoiles brillantes ; 
La fumée tourbillonne autour du feu destructeur du monde; 
La flanime gigantesque joue contre le ciel même. 

Elle voit surgir de nouveau , 235 

Dans rOcéan, une terre d'une verdure touffue. 

Des cascades y tombent ; l'aigle plane au-dessus d'elle , 

Et du haut de Fécueil , il épie les poissons. 

Les Ases se retrouvent dans la Plaine dldi, 

Sous Tarbre du monde, ils siègent en juges puissants : 2&0 

Ils se rappellent les jugements des Dieux, 

Et les mystères antiques de Fimbultyr. 



208 VOLUSPA. 

J>â muno Æsir andursamiigar 
GuUnar toflur î girasi finna, 
245 JxBrs î ár-daga «ttar hofSu 

Fôlkvaldr goSa ok JPîoinis kind. 

Muno ôsânir akrar vaxa; 
Bois mun allz fcatna, Baldur mun koma : 
Bûa þeir HaSr ffropts sig-toptir, 
250 Vè Faitîva. — FitoS-ër ënn ëSa hvat? 

J>â knâ flœnir Mut viS kiôsa, 
Ok tiu'ir tyggia trœSra tvèggia 
^Tndheim viSan. — FitoS-ër en ëSa hvat? 

»Sai sêr hon itanda 5Ôlo fegra, 
255 Gulii |>aktan a Gimli hâm : 

{)ar skulo áyggvar Jrôttir byggia, 
Ok um aidur-daga jndis niôta. 

J>â. kêmr inn ilîki at ilegin-dômi 
Oflugr ofan, sâ-ër ollu ræSr : 
260 5emr hann dôma ok sakar ieggr, 

Fê-skqp setr |>au-ër vëra skulo. 



VISIONS DE VALA. 209 

Alors les Ases retrouvèrent sur l'herbe 

Les merveilleuses tables d'or, 

Qu'avaient, au commencement des jours , les générations , 245 

Le chef des dieux et la postérité de Fiolnir. , 

Les champs produiront sans être ensemencés : 
Tout mal disparaîtra : Baldur reviendra 
Pour habiter avec Hodur les enclos de Hroptr, 
Les demeures sacrées des Dieux-héros.— Le savez-vous? — ^ astf 
Mais quoi ? 

Alors Hœnir pourra choisir sa part , 

Et les fils des deux frères habiteront . 

Le vaste Séjour du vent. — Le savez-vous? — Mais quoi ? 

♦ 
Elle voit une salle plus brillante que le soleil , 

S'élever, couverte d'or, dans le magnifique Gimlir : 255 

C'est là qu'habiteront les peuples fidèles , . 

Et qu'ils jouiront d'une félicité éternelle. 

Alors , il vient d'en haut présider aux jugements des Gran- 
Le souverain puissant qui gouverne l'univers : [deurs , 
Il tempère les arrêts , il calme les dissensions , 26o 

Et donne les lois sacrées inviolables à jamais. 



a 



210 VOLUSPA. 



NOTES 

CRITIQUES ET PHILOLOGIQUES. 

Vers i. — Hliôds hidm, expression parlementaire usitée dans les 
assemblées (thing),, pour dire: demander la parole. Obtenir la parole 
S*exprimait par hliôds fanga, Voy. Hakonar saga, ch. xvii. 

Vers 3. — Vildorék. LMniparfait de Tindicatif je voulais est mis 
pour loptatif je voudrais» de même qu'en latin l'imparfait du sub- 
jonctif s'emploie aussi pour l'optatif. Par la même raison , la forme de 
l'imparfait du subjonctif s'est confondue quelquefois, en islandais, avec 
celle de l'imparfait de l'indicatif. Cf. Rash, Vejledning til det islandske 
sprog. Kjôh. 1 8 1 1 , p. 1 43. — Valjodar ; valr a la même signification que 
vapndaadr; valfadir signifie proprement le phre des étendus morts, des 
hommes tués les armes à la main. — Vêl (viel) , dérive de la racine 
vêla ou fêla, (couvrir], cocker, et signifie sans doute [(pu est cax^kè) , mys- 
Ûre, — Framtelia [énoncer^ proclamer) est une meilleure leçon que 
umteUa (parler de). 

Vers 4. — Cf-néma (apprendre) , en latin accipere, en allemand ver- 
nehmen, est préférable à um-muna, (se rappeler). Il s'agit ici de tradi- 
tions que Vala a apprises; de plus V àayerhe fremst ne s'accorde pas 
avec l'idée de um-man. Pour concilier le moi fremst avec le verbe nm- 
man, il faudrait l'envisager comme un adjectif pluriel neutre, signifiant 
les premières ou les plus anciennes. Mais Vala ne rapporte pas seulement 
les traditions les plus anciennes, elle rapporte aussi celles concernant 
les événements qui ont précédé immédiatement sa naissance. 

Vers b.^^Ar est ou un locatif ou un substantif devenu adverbe. 

Vers 6. — FrœiWa indique que Vala a été instruite par les lotes; 
l'autre Xeqonfœdda, indiquerait Seulement qu'elle a été élevée parmi 
eux. 

Vers 8. — Fyrir mold nêdan peut signifier : sur la terre ici bas, ou 
5005 la terre ici bas , selon que la personne qui parle , est censée se 
trouver sur la terre ou dans le ciel. Voy. vers 177; Grôttassaûngr, 
strophe 11; cf. Vafthrudnismâl . v. 174. 



NOTES CRITIQUES. 211 

Vers 9. — li y a beaucoup de ressemblance entre cette strophe et 
les vers suivants tirés de l'Oraison wessobrunnienne , en vieux haut 
allèinand. 

.... Dat èro ni was noh afhimil 

Noh paum noh péreg ni was 

Ni sténo noUieinig noh numa ni «kein 

Noh màno ni liuhta noh dêr marëo-séo, etc. 

Vers 13. — Ginnnnga gap ne "signifie pas, comme on le dit ordi- 
nairement, le gouffre des tromperies» mais le gouffre des mâchoires 
ou le gouffre héant. On se figure le chaos (x^^* hiatas) comme une 
vaste gueule ouverte, avec d'immenses mâchoires. Le skalde TJdôdôyr 
Hvinverski B^peWe-ginnunga ve (sanctuaires entre les mâchoires), les 
demeures sacrées des dieux dans Timmensité de Tespace. Voy. Haust- 
laung. 

Vers 16. — Lauhr signifie toute herbe pleine de she. C'est pourquoi 
Lankr est quelquefois Tirnage ou le symbole de la force et de Texcel- 
lence, comme par exçmpie dans Gudrànar Kvida, I, 17. 

Vers 17. — Sinni est à rinstrumentai parce que les verbes qui signi- 
fient lancer, jeter, etc. régissent ce cas. 

Vers 21.— /Zvat. . . megins, en latin quid potentiæ, pour quantum 
potentiæ ou quam magnam potentiam. 

Vers aS. — Le mot gin placé devant keUôg signifie proprement 
extension, distension, fente. Ce substantif ajoute aux mots devant 
lesquels il est placé , Fidée de grandeur, d'intensité. En anglor-sàxon 
gin se trouve employé de la même manière, dans ^m-rice (le vaste em- 
pire), rEthiopie-,5fî/i^e5<, très-ample, etc. En vieux haut allemand les 
mots -qui correspondent à gin sont megan (force) et rg^in (grandeur) : 
exemple : megan'wêtar, regin-dioh; cf. island. regin-griotr [Grôttasaungr, 
str. 19). 

Vers 26. — Um se rapporte à telia; um-teUa, en allemand aufzâhlen 
( énumérer ) ; cf. Slikt êr ôgurligt upp at telia, pag. 1 8 1 . La leçon arum at 
telia* ne saurait être approuvée , d'abord parce que telia ne régit pas 
rinstrumentai, et ensuite parce que le pluriel serait inexplicable; car 
la succession des jours et des nuits est envisagée ici comme produisant 
t année i cest à dire un espace de temps déterminé, et non pas les 
années qui seraient un espace de temps indéterminé. 

14. 



212 VOLUSPA. 

Vers s 8. — Hàumhroda se rapporte plus particulièrement à hôrq. 
Voy. Grimnismâl, strophe xvi. 

Vers 3o. — Ce vers est suivi , dans quelques manuscrits « d'un autre 
que voici : Afls hostodn» aJls freistadu [Us essayaient leurs forces. Us 
mettaient tout à l'épreuve); mais ce dernier vers ne nous semble pas au- 
thentique. Probablement pour expliquer àfla lôgda, quelque copiste a 
mis tfn marge: ajls hostuda, confondant le mot ajl qui signifie /bnm^oa, 
avec son homonyme afl qui signifie/orce. Plus tard on aura ajouté ails 
freistadu ou comme équivalant à ajls kostadu» ou pour compléter le vers. 

Vers 3i . — Tefla veut dire jouer aux tables ; c'est un jeu semblable 
à celui des échecs. Ce jeu était connu en Angleterre où il portait égale- 
ment le nom de tàfel; les jetons ou pions s'appelaient tâfelstân. £n 
France ce jeu a probablement été introduit par les Normands. On lit 
dans le roman de la Rose : 

Jouer 

Aus eschiez , aus dèz , aus tables 
Ou à autre jeu délitable. 

On trouve dans le. même roman le mot tahleteresse : 
Assez y ot iahUteresses 
Ilec enter et tymberesses 
Qui molt savoient bien joer. 

Mais ce mot tahleteresse ne me paraît avoir aucun rapport avec le mot 
table : il est probablement d origine provençale et dérive du mot arabe 
A^ ^ qui désigne une espèce de tambourin. D'après cela tahleteresse 
serait une femme qui bat le tambourin , en arabe jjUl». 

Vers Ss. — Ce vers renferme ce que les grammairiens appellent 
une crase (xpthts), c'est à dire la réunion de deux propositions en 
une seule. Les deux propositions que le poète a réunies en une seule 
phrase sont : Var theim vettugis vant, et ok aUt var or guOi : « Rien ne 
« leur manquait , et tout était en or. » 

Vers 33. — Dans les manuscrits et les éditions de TEdda, ce vers 
et les suivants ont été transposés^ et à leur place on a mis le vers ài 
et les suivants. Cette méprise provenait de ce que les vers 33 et 4i 
commencent à peu près de la même manière; mais cette transposition 
rendait impossible l'explication de toute cette partie du poème. 



NOTES CRITIQUES. 215 

Vers 34- — At sàsi: sus» expressioD p^iétique pour désigner la mer. 
Gomme on D*a pas su expliquer ce mot, on Ta changé en hûs (mmson)\ 
d'antres ont trouvé plus commode de retrancher du texte les mots 
ai snsi. 

Vers 36. — Emhla signifie sans doute ïaxme, La forme primitive 
du mot était Elma; d'où on a fait Emla : enfin entre m et 2 s'est inséré 
un h euphonique. Voy. page 8 1 . 

Vers 37. — Thau. Quand le pronom se rapporte à des personnes 
de sexe difiérent, il est mis au plurid da neutre. 

Vers 38. — Là signifie non-seulement le san^, mais aussi U$ 
cheveux. La première signification est préférable; en effet, on peut 
dire que les arbres nont pas de sang, mais on ne dirait point qu'ils 
n'ont pas de cheveux. Voy. vers 44. 

Vers à^.'^Ask veà ek standa» construction de l'accusatif avec 
l'infinitif. 

Vers 44. — Hárbadmr. Voyez Sœnumdar Edda » Hrafna galdr Odfns , 
strophe Tii. 

Vers 47. — Toutes les éditions portent koma: mais il faut néces- 
sairement lire komo. 

Vers 5i.-— Zci^ lôgdu; peut-être faut^fl «dériver lôgdu non pas de 
îegia» mais de îuggva (voir, examiner). Cî, gluggr, et en allemand , lu^en. 

Vers 62. — Oriôg atsegia. Notre poète emploie ai avec l'infinitif 
quand il veut exprimer le but pour lequel une chose se fait. Cf. âr um 
at ielia, v. 26. 

Vers 69. — Manlikan môrg ; cette leçon qu'on trouve dans; l'Edda de 
Snorri, nous paraît être la meilleure. AfanZilcun est à l'accusatif pluriel. 
Ce mot signifie : ayant l'image d'un homme, comme en allemand Manns- 
hild, en grec ivO-pavos (áváp-fiSml), en sansc. "^ij^i^' . 

Vers 61 — Dans les noms des Dvergues, et dans la manière de les 
écrire, les manuscrits difièrent beaucoup. Il serait trop long de dire 
quelles raisons m'ont chaque fois déterminé à choisir les leçons que 
j'ai suivies. 

Vers 72. — B£gin 6k radsvid semblent être, à la première inspec- 
tion, des noms de Dvergues; mais si c'étaient des noms, pourquoi se 
trouveraient-ils intercalés au milieu de la phrase? D'ailleurs un quali- 
ficatif nous semble nécessaire après les mots : nà hef-ék dverga. Le 



214 VOLUSPA. 

poète n a pas éauméré tous les Dvergues, puisqu^il en reprend l'énu- 
mération dans la strophe suivante; mais il a seulement dit les noms 
d'une certaine clasïe de Dvergues, et cette classe, il ia désigne par 
Tépitbète de regin ok radsvid. 

Vers 74« — TU Lof ors telia, remonter dans Ténumération jusqu'à 
Lofar, Le skalde Eyvindr dit de même : mëdan /lanns ætt i ^veiiegi 
jfalga ^rams til ^oda telium. 

Vers 83.--^ Après les noms des Dvergues, vient dans Tédition de 
M. Âfzelius la strophe qui commence pur les mots Etn soi hon uti. 
Cette strophe est à sa véritable place ; seulement il faut la faire pré- 
céder de la strophe Veit hon HeimdaUar, etc. qui , dans l'édition de 
Stockholm, est la trente et unième. Cette dernière transposition 
s'est faite par une erreur de mémoire, parce que la strophe trente- 
deuxième commence par : Âustr sat, etc. mots qui ressemblent beau- 
coup à : Ein sat hon uti. 

Vers 85. — Au lieu de kliôd , oa lit dans l'édition de Stockh. korn; ce 
qui n'est évidemment qu'une explication de l'expression poétique hliôd. 

Vers 86. — Au lieu de heidvönum, je propose de lire heidvœnutn 
(beau avec majesté, avec sérénité), beau et majestueux. 

Vers 88.-^ Vitodrêrén ëda hvai est une meilleure leçon que vitod 
ënn èda hvai: ër est l'ancienne forme pour thêr (vous)i, ëda répond au 
latin aut» caitem; énn éda hvat (quid autem), mais quoi? 

Vers 98. — Vêrolld a ici la même signification que heimr. 

Vers io3. — Nû éni taldar: cette formule se trouve ordinairement 
à la fin des généalogies. Voyez Snorra Edda, p. 365; Skaldskapar- 
mál, p. 210. 

Vers io4- — Rida grund; on .trouve aussi la locution rida loplok 
lög, Voy. Edda Smmujidar, ira Helga ok Svavu, 10. 

Vers 1 o5. — La strophe où il est parlé de l'arrivée des Valkyries doit 
être snivie immédiatement de cdle où la première guerre est racontée. 
C'est dans cet ordre que se suivent les vers dans l'édition de Stockh. ; 
seulement la strophe 25 doit être placée après la strophe 26, comme 
cela a été fait4ilans l'édition de Copenhague. Par suite d'une erreur, le 
récit de 1« mort de Baldur est placé, dans cette dernière édition, 
immédiatement après l'arrivée des Valkyries $ parce qu'on se figurait 
que la mort de Baldur était dans quelque rapport avec cette arrivée. 



NOTES CRITIQUES. 215 

Les Valkyiies ne se préseotent que quaod U y a combat ou guerre. 
Baldur ne périt pas dans un combat, mab par un accident fatai ; aussi 
dcacend-ii aprèa sa mort dans Tempire de Hel , comme tous ceux qui 
meurent sans avoir les armes à la main. 

\khs 106. — Geirom stydia (étayer avec des lances) , placer sur les 
pointes des lances « 

Ybrs 111. — Fél-spà est au génitif,' qui est régi par ganda. 

Vers iis. — Seidi Uikin, elle exerça la magie en se jouant, c*6st- 
à-dire d'une manière fiivole. On dit aussi en idandais leïka sêr ai» 

Webs i i 3.-*- Jngan signifie servante , saivante; mais ce met signifie 
aussi délices» eomme le mot gaman. 

Vers 117. — Godin; Tartide enclitique in doit nous surprendre: 
d*abord cet article ne se trouve ainsi ajouté aux substantifs que dans 
la langue plus moderne ; ensuite c'est le seul exemple de cette espèce 
dans notre poème; et enfin l'article ne semble pas bien convenir 
au mot god. Yoy. cependant Hrafbagaldr Odins, strophe 2 3. Godin 
désigne peut-être l^s Yanes seuls, et dans ce cas la locution ces dieUx 
exprimerait la haine ou le mépris des Ases pour leurs ennemis et leurs 
rivaux. 

Vers 119.-— Vtgspâ est à l'instrumental et signifie sagesse ou iiue 
de guerre, ou bien auspices de guerre» c'est-à-dire, divination exercée 
dans le but de connaître d'avance l'issue du combat et de se ménager 
les moyens de remporter la victoire. 

Vers lao. — Flejgdi; il faut sous-entendre spioti (la lance, le 
javelot). 

Vers 139. — Au lieu de fora» on lit dans un manuscrit vâru; mais 
fôm est la véritable expression pour désigner la relation qui existe 
entre deux choses ou deux personnes. En latin on àirsài'iniercedere. 
Nous disons aussi : cela se passe entre nous; et dans un sens actif, passer 
un contrat. 

Vers ^3a. — VðlheMí le datif ou plutôt le locatif de vôll, génit. 
vaflar : ^rrt est pour hârri. 

Vers i35. — Hôdur namskiéta est intimement lié par le sens avec 
harm-flôg hmUhg : c'est pourquoi il faut réunir les deux membres de la 
phrase par le pronom relatif que. 

Vers 1 4 1 . — Dans l'édition de Stockholm , on lit vördr Valhallar au 



216 VOLUSPA. 

lieu de va ValkaUar. Le proiecieur de Valhali , c est sans doute Baldur ^ 
lui-même, le modèle des héros. 

Vers i44. — Ce vers et le suivant ne se trouvent pas dansTédition 
de Copenhague, bien qu^ils -soient authentiques. Le langage dans ces 
vers est celui de notre poète, ainsi sa hnâ se trouve v. nbi^vîg composé 
avec un autre substantif, se retrouve dans vîg-spâ, v. 1 1 ^^folkvC^y v« i a i . 
En second lieu ces vers se trouvent dans quelques manuscrits et pré- 
sentent un sens parfait à la place que nous leur avons assignée. 

Dans Tédition de Stockholm, ces deux vers n'occupent pas leur 
véritable place; c'es^ pourquoi ils sont inintelligibles. Nous ne pouvons 
approuver Texplication qu'en donne M. Áfzelius dans • sa traduction 
suédoise, parce que cette explication repose si^r une mauvaise leçon. 
En effet, pour quil y ait allitération dans le vers i4d, il faut lire 
vig-hôhd au lieu de hapt-bônd ; et ainsi il n est plus question dans nos 
vers des dieux qui préparent des cordes pour lier Loki. D'ailleurs il a 
déjà été dit vers 1 42 et 1 43 que Loki est lié; il ne peut donc pas être 
question après cela des dieux qui préparent des liens. 

Vers 1 48. — Dans les éditions, les vers dont nous avons fait les vers 
>56 et 1 57 se trouvent placés immédiatement après le vers 147. Mais 
un examen approfondi démontre que ce ne peut pas être là leur 
véritable pilace. 

Vers 157. — Saurom ok svördom est à l'instrumental, régi par le 
verbe fiilr. Svördom nous semble préférable à Svérdum comme s'ac- 
, cordant mieux avec saurom et expliquant mieux les mots thraanga 
straama du vers suivant. 

Vers 1 58. — A commencer de ce vers jusqu'au vers 2o5, les strophes 
se suivent dans le même ordre que dans l'édition de Copenhague. Il 
serait trop long de démontrer que dans cette partie de notre poème, 
l'édition de Stockholm présente un désordre complet. 

Vers 167. — Feigr, en lapon veiyas, doit signifier ici lâch^, et non 
pas voaé à la mort : car comment le loup peut-il se gorger de la vie 
d'hommes qui mourront? La signification de lâche est la significa- 
tion primitive, de laquelle dérive celle de voué à la mort; car d'après 
la croyance des peuples guerriers du Nord , les lâches seuls descen- 
daient dans l'empire de Hel ou mouraient, tandis que les hommes 
vaiUants étaient conduits à Valhall pour y vivre auprès d'Odin. 



NOTES CRITIQUES. , 217 

Vebs i^^.^^Of svanar, à commencer de Tété, ou dès Tété. 
Vers 176. — At Henafidurs, construction elliptique pour : at sôlum 
Heriafôdur»^, cf. v. 1 78. On dit de même en grec èv kffxknvÎov pour 

èp oixl<f k.GK, 

Vers 181. — Hin frôda désigne la prophétesse Vala ; c'est ainsi que 
Merlin est appelé, innfrôde haïr". Voy. page 181. 

Vers 182. — Vm se rapporte k/ram-sé, et doit se traduire par 
concernant En islandais on dit : prévoir concernant une chose, pour dire 
prévoir tout ce qui concerne la chose, ou prévoir la chose même. En 
grec« la proposition vepl est aussi quelquefois employée dans ce sens. 
— Rôm; dans l'édition de Copenhague on lit rôm, ce qui est une 
orthographe vicieuse. L'édition de Stockholm porte raun {effort, peine). 
Peut-être doit-on lire ran ou hrurt (chute, ruine). 

Vers i83. — At bônvun vêrda, cf. Hildebrandslied, ti hanin werdan: 
at répond au lamed préfixe des langues sémitiques. 

Vers 186. — Hart êr (il fait dur), c'est un temps dur; en allemand : 
« es geht hart her. » 

Vers 189. — Leika (jouer, jouter) ^ se dit des exercices gymnasti- 
ques, Tponr faire des armes, se préparer à la lutte-, cf. en latin : ludi- 
magister. Dans le chant sur Louis, en vieux haut sdlemand, il est dit: 
«hluot skein in wSLit^àn spilôd under Vrankôn. » En anglo-saxon, œsc- 
plega (jeu des boucliers) ou hard handplega (dur jeu des mains^), sont 
des expressions poétiques pour dire: combat, guerre. 

Vers 1 90. — Dans l'édition de Stockh. on lit gamla au lieu degialla; 
cette dernière leçon est préférable comme étant plus expressive. — A 
la construction at éno, etc. correspondent, en latin , l'ablatif absolu , qui 
est la forme nouvelle d'un ancien locatif, et en grec, le génitif absolu 
qui correspond à l'ablatif absolu des Latins. 

Vers 196. — Hrœdaz Aalir; l'édition de Copenih. et l'édition de 
Stockh. portent hrædaz cdlir; mais le verbe demande un sujet plus 
précis que allir. De plus, ho/ir a l'accent prosodique et doit par consé- 
quent avoir aussi l'allitération. Le mot halir a deux significations très- 
distinctes ; il signifie : i** hommes, maîtres, héros; cf. ail. hMs-^ 2° habi- 
tants de Hel, ombres, mânes. Voy. Alvismâl, 29. 

Vers 1 96. — Thann se rapporte à askr standandi, qui est Vidée prin- 
cipale dans la strophe. 



218 VOLUSPA. 

Vers 197. — Chose singalière! après avoir dit dans ia strophe 48 
que Freki 5 est mis en liberté (en iôtun losnar), rédition de Stock, 
répète néanmoins les deux vers. « Geyr garmr miôk fyrir Gnypa 
helli; Festr mon slitna, en Freki rênna,» qui annoncent que Freki se 
mettra en liberté; et ce.qui est encore plus surprenant, elle répète ces 
mêmes vers après la strophe lt, lorsqu'il a d^à été dit que la terre 
s^est abîmée, et que Freki a été taÀ par Vidarr. 

Vers 197. — Hefiz lind fyrir. Lind signifie tiUeal et puis un bou- 
cher fait de bois de tilleul. Voy. RigsméU, 32, 34. Skaldskâparmâl , 
p. 76. Cf. Saga Sverris Konangs, c. glxv. M. Afzelius a bien traduit : 
cbâr shôld for sig.» Cf. Hafdi hann skiôldinn fyrir sèr, Skaldskaparmâl , 
109. 

Vers 302. — Au lieu de Loki, comme on lit dans les manuscrits, 
j'ai mis dans le texte Logi, et cela par les raisons suivantes. Il s'agît 
ici de liogi, dieu. du feu et roi de Muspilbeim, et non deLoki qui, 
vers 2o4, est appelé Brôdir Bûeists, et qui, avec son fils le Loup, 
est à bord du navire des géants. Logi et Loki sont souvent confondus 
dans la mythologie, parce que Loki (la fin) est le génie de la des- 
truction, et que Logi (la flamme) est également la cause de la destruc- 
tion universelle, puisqu'il est dit que le monde périra dans un em- 
brasement général. Cf. M. Grimm, Deutsche Mythol. p. i48 et suiv. 
On peut ajouter que dans l'écriture runique K et G ont eu primitive- 
ment la même forme. 

Vers 3o5. • — Sviga lœvi, désastre causé par les épèes; sur sviga^ voy. 
le glossaire; sur lœvi, voy. v. i24> 

Vers 206. — Dans Tédition de Copenh. cette strophe est placée 
après les vers 209-212. Nous préférons l'arrangement qui a été suivi 
dans l'édition de Stockh.; car c'est l'approche dé Loki, de Freki, de 
Surtr qui fait que le monde des géants tremble , qpe les Ases délibèrent , 
que les Dvergues gémissent. 

Vers 209. — Hvat ër mëd Asum , locution germanique pour dire que 
font-ils? Comment se portent-ils? Que leur esi-il arrivé? Voy. Thryms- 
kvida, 6. 

Vers 2 1 2. — L'édition de Copenhague ^Heveggbèrgs : celle de Stoc- 
kholm veghérgs, .un manuscrit vébergs. Je crois devoir préférer vêg- 
bergs. Sur végbérgsvisir, voyez Thôrdrapu, Skaldskaparmâl, p. 11 5. Vég 



NOTES CBITIQUES. 219 

est'rancienne forme de véh, vé (asile sacré )\ vêg-hêrg signifie mon- 
tagne qui est un asUe sacré» et véghërgsvisir sont les sages qui habitent les 
montagnes sacrées. 

Vers 21 3. — Fmm se rapporte au verbe fcémr;iroma/ram (provenir), 
naître. 

Vers 3 1 5. — Ce vers n est pas lié par la construction avec le vers 
précédent; êr ne doit pas être répété après en. La construction serait 
régulière si le poète n'avait p>as mis le vers 2 1 4 en rapport avec le vers 
2 1 3 par la conjonction ér. 

Vers 219, 220- — Hiôr est le régime direct de lœtr; umstànda 
mxuid est dit pour stanâa un mand ou of mand (s'élever de la bouche, 
sortir de la bouche ) . . 

Vers 222. — Les mss. portent : vid ulf véga; cela est évidemment 
une mauvaise leçon; car le loup vient d'être tué par Vidarr, v. 220. 
Thôr lutte avec le se/p^nt lormungand ( voy. ffymwfcviáa, 22). Il faut 
donc nécessairement lire orm au lieu de ulf. Ulf ne peut en aucun cas 
désigner un serpent, pas même un monstre en générai. Cependant ulf 
parait être une leçon très-ancienne ; car elle semble avoir donné ori- 
gine à une autre, version du mythe d après laquelle Thôr lutte aussi 
contre le loup. (Voy. Loka$enna, v. 235. Cf. Hymiskv. 11.) 

Vers 223. — Midgards-veor; Thôr s'appelle aussi hard-veorr (Skald- 
skaparmâl, p. 75) , ou simplement veorr (Ifymiskv. n). Venandi Asgards 
okMidgards [Skaldsk. p. 101. Cf. HarbardsUôd . 22]. 

Vers 22a. — Halir désigne ici les héros qui entourent ou suivent 
Thôr ; ce sont peut-être les monomaques (einheriar). Au lieu de heim- 
stôd, il faut lire heimstod. 

Vers 226. — Okvidinn se construit avec le génitif nids : audacieux 
d envie, de colhre» pour dire audacieux par la colère. On dit de même 
idiu-grœnn, v. 2 J6; thutftarmikill (grand de besoin), ayant grand besoin; 
vidsfiarri (trop long d'espaöe), etc. Cette construction est très-fréquente 
en grec et même en latin. 

Vers 228. — Fram nêdan (d'en bas); au lieu Aefram, l'édition de 
Copenh. porte/mnn (brillant) , cf. FörSkimis, 27; mais dimmi du vers 
précédent me semble exclure l'idée de brillant. 

Vers 229. — Ber sër îfiodrum, locution particulière pour dire : « s'é- 
« lever sur ses ailes, s'élever dans les airs. » 



220 VOLUSPA. 

Vers aSo. — Nái est régime direct; il est régi par la préposition 
yfir, ^^Hon se rapporte au mot précédent völl, ou au mot suis ani fold. 

Vers 333. — M. Finn Magnussen explique vid Mar-nara par alnœ- 
rende trœ (arbre qui nourrit tout] , exj^ression qui, selon lui, désigne le 
frêne Yggdrasill. Mais il ne peut plus être question ici de cet arbre qui 
est déjà consunxé par le feu; car la terre que ce frêne soutenait est 
tombée dans. la mer. Âldar nari signifie mot à mot destracteur da monde, 
et destructeur du monde est une expression poétique pour logi (la 
flamme), le feu. 

Vers aii. — Megin-doma, cf. Regin-domi^ v. 2 58. 

Vers 2 46. — FôlkvaMr goda désigne ordinairement TAse Yngvi- 
Freyr ( voy. Skimis For, 3). Ici ce nom désigne Oâin (voy. Grimmsmâl, 
46). Thàr s'appelle Tkrudvcddr goda (voy. Harhardsliôd, 8), et Baldur 
porte le nom de Asabragr. 

Vers 248. — Bols man; nuiR, verbe impersonnel; batna aUz bols 
( s'améliorer de tout mal) , devenir en tout meilleur. 

Vers 249. — Nous avoús retranché de ce vers, les mots ok Baldur 
qui se trouvent dans l'édition de Copenhague et dans celle de Stoc- 
kholm. Ces mots ne sont pas authentiques : ils ont été mis dans le texte 
par -des copistes qui ne savaient pas (expliquer la locution bûa tíieir 
Hœnir. Cette locution est un islandisme qu'il faut traduire par: lai 
(Baldur) et Hœnir habiteront. Cette locution particulière est assez fré- 
quente en islandais; exemples vtkéir Oîafr (lui (Sigrôd) et son frère 
Olaf). Saga HaraMs, c/xWi \fadr1hêrra Bais ( le père de Buis et de 
son frère). Saga afOlaJiTryggv. c. xxxix; their Loki bâra (lui et Loki 
portèrent), Skaldskaparmâl, p. i3i; their Gylji (lui (Odinn) et Gylfi), 
Konungasôgur, c. v; th<m Astridr (eux et Astrid) , ou (Astrid et sa suite), 
Saga af Olafi Tryggv» ci; thm kerling (lui et la femme), Grimnismâl 
formâlinn; thaa Haagni (elle et Haugni), Atlamâly x; vid Freyr (moi 
et Freyr), Fôr Skimis, c. xx; id Gymir (toi et Gymir), F'ôr Skirnis, 
c. xxiv; vid Hrungnir (moi et Hrungnir), llarbarddiàd ^ c. xiv, etc. 

Vers 2 5 1 . — Fia est adverbe , en même temps. 

Vers 2 55. — Le luoihâm nie se trouve pas dans l'édition de Copenh.; 
mais il est nécessaire pour compléter le vers. 



NOTES EXPLICATIVES; 221 



NOTES EXPLICATIVES. 



Vers 2. — HeimdaUesi un des douze dieux (Ases) delà piythologie 
Scandinave; ii représente l'idi^ du commencement, de Torigine des 
choses; c'est pour cette raison que Ton fait remontera lui Torigine de 
la différence des conditions humaines, ou la division de la société en 
trois classes. La tradition mythologique rapporte que Heimdall, prenant 
le nom de Rig (éminencfi) , vint sur la terre et y fit naître, d^une ma- 
nière mystérieuse, Thrœll (serf), Karl (plébéien, homme libre) et larl 
(comte , noble), desquels descendent les serfs « les hommes libres et les 
nobles. Cest pourquoi les hommes considérés sous le point de vue de 
leur condition sociale sont nommés fis de HeimdaU; il^ sont grands ou 
petits selon la classe à laquelle ils appartiennent; ils sont des généra- 
tions saintes» parce que Heimdall lui-même est appelé in/i helgi as 
(l'ase saint). 

Vers 3. — Vaffadir, que nous avons traduit par Père des Elus, veut 
dire proprement Père des étendus morts. Mais comme, selon la croyance 
des Scandinaves , les héros ne meurent dans les combats que quand le 
dieu suprême Odin leur fait la faveur de les appeler à lui, le mot 
étendu mori a tout à fait la signification de bienheureux, d'élu. Le Père 
des Élus est Odin. Les mysûres d'Odin sont la connaissance de la des- 
tinée des dieux et des hommes, la connaissance du passé, du présent 
et deTavenir; en général la connaissance des traditions mythologiques 
qu*on appelait ranar (runes, mystères) , et qui composaient à peu de 
chose près tout le savoir des anciens Scandinaves. 

Vers 5. — Les lotes sopt la personnification des forces pour ainsi 
dire gigantesques de la nature ; ils sont nés au commencement du monde ; 
c'est pourquoi ils connaissent Torigine de toute chose. IHusieurs d'entre 
eux passent pour avoir une haute sagesse et un profond savoir. 

Vers 6. — Vala, la prophétesse des Ases, appartient à la race des 
lotes, parce que dans la mythologie du Nord, les personnages qui sont 
doués d'un pouvoir ou d'une intelligence égale ou supérieure à celle 
des Ases, proviennent tous de löiunheim (du monde des lotes). 



222 VOLUSPA. 

Vers 7. — Vala avait jadis visité les neuf mondes, et augmenté 
dans ce voyage le trésor de sa science. IJes Hindous comptent trois 
mondes, les Scandinaves en ont neuf. Trois et les multiples de trois 
sont des nombres sacrés chez les' peuples indo-germaniques comme 
chez les nations sémitiques. Les neuf mondes des Scandinaves sont 
les suivants : 

I. Trois au-dessus de la terre : 1. Liôsâlfaheim (monde des génies 
de lumière). 2. Muspilheim (monde du feu) , au sud^ 3. Asaheim ou As- 
gard (mondé des Ases) , au milieu dii ciel. 

II. Trois sur là terre : 4. Vanakeim (monde des Vanes) , à Touest. 
5. Mannheim ou Midgard (monde des hommes), au milieu.>-6. lôtan- 
heim ou Utgard, à Torient. 

III. Trois sous la terre : 7. Dokâlfaheim et Svartâlfaheim (monde 
des génies de Tobscurité). 8. Hel ou Hêlheim (empire de la mort). 
9. Nijl keim (monde des ténèbres) , au nord. — On se figurait que dans 
chaque monde il y avait une grande forêt au milieu, parce que les 
forêts étaient sacrées chez les peuples germaniques comme chez les 
peuples de llnde. 

Vers 8.— Le grand Arbre du milieu est le frêne Yggdrasill qui, placé 
au milieu de la terre, élève ses branches au-dessus du ciel et pousse ses 
racines jusqu'à Textrémité de Tenfer. Cet arbre porte et soutient ainsi 
le monde entier -, il est Timage de la végétation terrestre et le symbole 
de la vie et de la durée des choses. 

Vers 9. — Ymir est la personnification de Tocéan primitif; il est né 
des glaçons de Niflheim, fondus ou vivifiés par les étincelles sorties de 
Muspilheim. 

Vers 12. — Le Gouffre béant est Timmense espace vide du néant 
avant qu'Ymir vînt le remplir. On s^ figurait cet espace comme une 
vaste gueule ouverte. 

Vers i3. — Les fils deBur sontOdin et ses frères et, dans un sens 
plus étendu, les Ases en général. Il y a neof firmaments ou neuf cieux. 
( Voy . Skaldskaparmâl , p. 222.) 

Vers là- — L* Enceinte du milieu est Mannheim (le monde des hom- 
mes), situé au milieu, entre le ciel au-dessus et Tenfer au-dessous. 

Vers i5. — Soi est la personnification du soleil, qui est féminin 
dans les langues germaniques comme dans les idiomes sémitiques. — 



NOTES EXPLICATIVES. 225 

Soi darde ses rayons du sud, parce que ie midi parait être le séjour 
habituel du soleii. — La demenre par excellence est la demeure des 
hommes, ou Tenceinte du milieu ; cette demeure repose sur des rochers 
comme sur des fondements : ces rochers entourent la terre comme une 
bordure, et sont un rempart contre les envahissements de la mer. (Voy. 
Suorn^HattafyhiU.) 

Vers 17. — Mâni , personnification de la lune« <^vi est du genre mas- 
culin dans les langues germaniques. Leê faveurs de S61 sont ses rayons 
vivifiants, si agréables à Thabitant des régions brumeuses du Nord. 
C est donc comme si le poète avait dit : • Quoique éloignée de Mâni, 5ð2 
«lui fait partager de loin ses ardeurs amoureuses. » 

Vers 18. — Le Coursier cHeste est le cheval Hrin^axi (qui a la cri- 
mkre couverte de ^rivre) , qui traîne le char de la nuit. Comme il sort 
par la porte de lorient pour aller vers loccident, hi droite du coursier 
désigne le septentrion. 

Vers 19-31. — Les astres errent encore sans règles dans Timmen- 
site de Tespace. Soi ne connaît pas encore les demeures qu elle doit 
habiter successivement pendant les douze mois de Tannée. Mâni ne 
savait pas quel était son pouvoir» c'est-à-dire, il n'avait pas encore les 
diverses phases qui, selon Topinion poptðaire, avaient tant d'fh- 
fluence sur la fertilité de la terre , sur les variations du temps , Tissue 
des entreprises, les opérations de la magie, la 'destinée des hom- 
mes, etc. etc. ^ 

Vers 33. — Grandeurs est le nom que prenneqt les Ases quand ils 
sont en assemblée ou en conseil, parce qu'alors ils ont un caractère 
plus relevé et plus imposant. Les sièges élevés du conseil sont placés 
dans le ciel, autour de Tarbre du milieu : on se les figurait, sans 
doute, comme de grands rochers, à Timitation des grandes pierres sur 
lesquelles étaient assis les anciens rois Scandinaves et leur douze con- 
seillers quand ils étaient réunis en cour de justice ou en assemblée dé- 
libérante. ^ L'expression aller au siège était autrefois usitée chez nous 
pour dire, aller au lieu où Ton rendait la justice. 

Vers 33. — Les dieux tr^s-saints» c'est-à-dire les Ases, délibérèrent 
pour savoir comment régler lé cours des astres, quelle demeure il 
fallait leur assigner dans le ciel, quels noms leurdonneri, etc. etc. 

Vers 24. — H est à remarquer que les dieux donnent d'abord un 



224 VOLUSPA. 

nom à la nuit, et seulement ensuite du jour. Dans la mythologie scaa* 
dinave, la nuit précède le jour , parce que le jour est né de la nuit. Les 
peuples germaniques comptaient par nnits. Les Anglais disent encore 
aujourd*hui sennight (seven nights, sept nuits), fortnight (fourteen- 
nights, ijuaiorze nuits), pour dire une semaine, deux semaines. — Les 
années des Scandinaves étant des années lunaires, Tapparition de h. 
nouvelle lune devait avoir une grande importance chez eux. 

Vers î6. — Le crépuscule était le temps où Ton soupait, le soir ou 
la nuit tombante , le temps où Ton allait se coucher. 

Vers 27* — La Plaine d'Idi se trouve dans Asgard ; au milieu s'élève 
le frêne Yggdrasill , autour duquel sont placés les sièges élevés. Cest là 
\e champ d! assemblée (thingvôllr) des Ases. Idi est le nom d'un lote qui 
est la personnification du vent; plaine dldi signifie donc champ de 
tair. 

Vers 28. — Les Ases bâtirent un grand temple qui devait leur ser- 
vir de demeure à tous. Les temples des Scandinaves se composaient 
d'un sanctuaire qui renfermait Tidole, et d'une cour ou enceinte qui 
entourait le sanctuaire. 

Vers 3 1 . — Le jeu des tables avait quelque ressemblance avec notre 
jeu de dames ; il était aussi connu en France, car on lit dans le roman 
de la Rose ; 

Là «ont servis joieusement. ... 
De jeiis de digz , d'eschecs , de lahles , 
Et d*oultrageux mets délitables. 

Les Islandais ont encore aujourd'hui un jeu de dames particulier 
qu'ils appellent la table de Saint-Olaf. Cf. p. 212. 

Vers 33. — Bande. Pour donner à ce mot le sens qu'il doit avoir 
ici , il faut se rappeler que chei tous les peuples germaniques, les chefs 
rassemblaient autour d'eux une bande composée de leurs fils, de leurs 
parents et d'autres guerriers qui venaient s'attacher à leur personne; 
cette bande servait sous leur commandement, les accompagnait dans 
toutes les expéditions et combattait à leurs côtés. Bande signifie donc 
société, assemblée, famille. Les trois Ases de la bande céleste sont 
Odin, Hcenir et Lodur; ils sont pleins de force et de bonté, car ils ont le 
pouvoir et la volonté de secourir la faiblesse. 

Vers 35. — Ashr et Embla sont l'Adam et TÈve de la mythologie 



NOTES EXPLICATIVES. 225 

Scandinave. Ash signifie \e frêne et Emhla désigne ïaune. Ce mythe 
vent indiquer que Torganisation de i*homme n>st qu une organisation 
végétale perfectionnée. Il est à remarquer que d'après Hésiode, J. 
etCEm, 147, le premier couple d'hommes provient ix fukiat, dan 
frêne. 

Vebs 36; — Les deux arbres Ask et Emhla qui croissaient dans ie 
sable aride du rivage de la mer, étaient des êtres chity^s en comparaison 
de la nouvelle organisation d'homme qu ils reçurent par ie secours des 
Ases. Aussi longtemps qu'ils n'étaient que des arhrés, ils n'avaient 
point de destinée, parce qu'il n'y a que l'homme qui ait une destinée 
fixée par les lois immuables et étemelles de la nécessité. 

Vebs 37. — Sang désigne l'organisation physique humaine; ie Ion' 
^a^e. désigne les moyens de. manifester la volonté , soit par des paroles, 
soit par des gestes. 

Vers 4i« — Les Ases pouvaient donner aux premiers honmies 
tout, excepté la destinée; car .les dieux eux-mêmes sont soumis à la 
destinée. Il fallait donc que. les trois Nomes vinssent dispenser le sort 
à Ask et à Ëmbla nouvellement créés. Les Nornes sont fiUss de Tharses, 
c'est-à-dire, issues de l'ancienne race des lotes nés du géant Ymir. 
Elles sortirent de la fontaine ^Urd, située au pied du frêne Yggdrasil : 
en parlant de cette fontaine , le poète saisit l'occasion pour décrire 
l'Arbre du inonde. 

Vers 44. — YggdrasU, la colonne du monde, est un earbre chevelu, 
d'un feuillage touffu; son sommet élevé au-dessus du ciel, est arrosé 
par un nuage brillant qui alimente l'arbre et produit la rosée. 

Vers 46. ~-> La fontaine d'Urd est la. fontaine de la sagesse des Ases, 
comme la fontaine de Mimir est la source de la sagesse des lotes. Ne 
serait-ce point par allusion à de semblables mythes, qu'on dit dans la 
fable : La Sagesse ou la Vérité se cache dans un puits^ ? 

Vers 49. — Urd (ce qui a été) signifie le passé; cette Norne, 
comme . l'aînée des sœurs, a donné son nom à la fontaine. Verdandi 
( ce qui est) signifie le présent. Urd et Verdandi gravent sur les plan- 
chettes ou tablettes de bois, les arrêts du destin auxquels seront sou- 
mis Ask et EmUa. Skald ( ce qui sera ) , l'avenir, est la troisième 
Nome : elle n'écrit pas comme ses deux sœurs auxquelles elle est tou- 
jours opposée , ainsi qu'Atropos l'est à Giôthô et à Lachésis. 

i5 



226 VOLUSPA. 

Vbbs 52. -— Ei^anlM des hommes est une eipreraion pour dii« sitn- 
^emeot hommes: cette expression désigne ici les premiers hommes, 
Âsk et Embla. 

Vers 55; — Lss Dvenfues sont les penoniiifications des fbroes élé- 
mentaires de la nature. Hus tard, Tirnage quon s*est formée des 
D^eignesi s*est pour ainsi dire rapetissée, et ils sont derenUs ces 
ètrei petits et chétifs que noas appelons noiiu. — Gomme dans Ten- 
laace de la société « le père de famille est aussi chef de tribu; chef ou 
mi signifie en même temps père', et récipiroquement. 

Vbbs 56. -— Le père des Dvergues est né do sang de Bn'iteîirqm 
est le même que le géant Ymir: voyex ters 9. Bnmir, la personnifi- 
cation deTocéan primitif, né des glaçons du diaos, s appelle aUssi le 
giaht Uoide, parce que les montagnes de glace qui nagent dans Ite 
mers arctiques, ont une couleur livide. Brimir fut tué par les fils de 
But;. de sa dbak fut créée la terre; de son eràné, la Yoûte du del; 
dé áes os, les montagnes; de son bang, la mer. Les eàisies dii géant 
sont les soutiens, les fi>iidements de la terre» les montagnes ou les 
rocbers; Toyes vers i5. Si donc le chef des Dvergues naît du sang et 
des, cuisses de Brimir, cda signifie que la nature des Dvergues tient 
principalement à deux éléments, à Teau et k la terre. 

Ybbs 6»i — €elle longue éninnération ded noms de Dvergues pa- 
raîtra bizarre à beaucoup de lecteurs; c'est que nous lï'y voyons quWc 
sotte de noms insignifiants. Mais quand on senge que le poète et ses 
Auditeurs se rappelaient à chaque ndm le mythe qui s y rattachait, on 
comprendra que Ténumératien de àe& noms ne devait avoir rien d'a- 
ride pout eu3L En second lieu, les tables généalogiques avaient autre- 
fitts et oiit eneore aujourd'hui, chei beaucoup de peuples, une très- 
géande importance; et^lans Tantiquitét les généalogies ne paraissaient 
nullement déplacàées dans la poésie épiqtie;r Cependant, on dbit être 
surpris de trouver, dans notre poðme, 1« généalogie des.Dveirgues, 
tàndb qu on n y trouve point celle des lotes, ni celle des Ases. Pour 
reofdication des noms des Dvergues, autant qu'il est possible de la 
donner, le lecteur pourra recourir au Glossaire. L'étyiholögie des nonis 
prouve qu'on se figurait les Dvergues conkme ayant des caractères, 
des moeurs, des (onctions différentes. Les uns sont les génies de la lune , 
comme Nyi et Nidi; les autres président aux quatre régions du cie), 



NOTES EXPLICATIVES. 227 

comme Nixrdri» Sadri, Auttiiei Vestri; d^auires sont des génies de l*Mf , 
comme Vihdâlfr, ou des génies de saison, comme Frosti, Les uns ha- 
bitent Veau, comme Àî et Hlawuigr; les antres les marécages , comme 
Lôni; d antres les hauteurs, comme Adu^jpdrt; d'autres enfin les 
arbres, comme EUàrakialdi. Bijwr et Bofarr dont penreui; Veigr, Tho* 
rifui ont le caractère ardent, audacieux; Akhiofr est tiftleur; Nipingr 
est méchant, etc. etc. 

Vars 71. ^— Les Dvergues de la première race se distinguent de 
ceux de la seconde par leur énergie et lenr intelligence. 

YsRS 74. — Dootinn est un Ð vergue de la seconde race dont Lofalr 
est la souche. 

Vers 76. -^ Atuvangr (plaine humide) et lônwelUr (piaiiies de la 
terre] , semblent désigner team et ia terre, cosmie habitations des 
Dvei^(iseSk 

Ybrs 83. — Il paraît que beaucoup de noms ont été retranchés ou 
se sont perdus. Le nom de Lofar ne se trouve pas dans rénumératiou 
de» Dvei^ès. 

Vers 65. — Elle, désigne la prophétesse elle-même. €ette manière 
dé parler de soi-mtoe à k troisième persoune, appartient au style 
^v>phé(£que de toutes les nations. •"— tieimdali, dont il a été question , 
vers ð , devint après rétablissement des Áses dans Asgard, le gardien 
de nuit et le portier des dieux. Odin lui donna Un cor Appelé le cor 
hrttyant pour sonner Taliftrme en ca» que les Îotés ou d'autres enneàiis 
voulussent pénétrer dans le ciel. 

Vers 86 ex suiv. — Ces vers sont difficile» à expliquer, parce qu'ils 
se rapportent à un mythe qui ne nous est plus coânu. Du temps de 
l'auteur de l'Edda en prose, on n'avait déjà plus qu'une idée confuse 
de ce mythe. Il est dit dans Gy^agitming , page 17 : t Sous la racine du 
tacite Yggdrasill. ... se trouve la fontaine de Mimir, où sont ren- 

ifwmées la sageste et l'ilitelligence Mimir est plein de sagesse,* 

« parée <{U'il boit à la fontaine dans le c&r hr»yant. Odin vint uu jour, 
tet demanda à boire à cette fontaine; mais il n'en eut la permission 
c qu'après avoir mis en gage son <£il. Ainsi, il est dit dans la VöluspA : 

Je sais tout , Odin , etc.>» 

Il est évident que tout est confondu et embrouillé dans ce récit. 5i 

l5. 



228 VOLUSPA. 

Odi|i a donbé son œil pour avoir à boire, i^œil ne peut pas être appelé 
un gage, c est un payement. De ptus, si Odin a donné son œil en gage* 
cela ne pouvait pas être dans le but d'avoir la permbsion de hoire, car 
un gage suppose qvCon veuille rendre un jour ce qu'on reçoit ponr 
reprendre la cbose engagée. Ð ailleurs, si le gaged'Odin est son œil, 
comment expliquera-t-on le vers 87 où il est dit : boire dans le gage 
d'Odin. Il me semble qu'il faut bien distinguer deux mythes qu'on a 
confondus et mêlés ensemble : d'abord un mytbe qui racontait com- 
ment Odin a perdu un de ses yeux, et comment cet œil est venu en 
la possession deMimir qui l'a caché dans sa fontaine ; ensuite un mytbe 
qui racontait la mise en gage du cor bruyant de Ueimdall. 

Pourquoi Odina-t-il perdu son œil? Peut-être l'a-t-il donné comme 
payement- à Miipir pour avoir le breuvage de la sagesse, ou bien Ta-t-il 
perdu ayant été vaincu par Mimir dans une espèce d'assaut de sagesse 
et de savoir, où Ton avait mis pour condition que le vaincu perdrait un 
œil. (Voy. Vafïhrâdnismàl» Introduction.) Pourquoi la corne de Heim- 
dall a-trelle été donnée en gage? Peut-être qii'Odin sentant, dans un 
pressant danger, le besoin d'augmenter sa sagesse, voulut boire à la 
fontaine de Mimir; le géant demanda un prix quOdin promit de 
payer. Pour garantie, Mimir exigea qu'il mît en gage le cor bruyant 
de Heimdall : c'était le gage le f>lus précieux que pussent donner les 
dieux^ parce que leur sûreté dépendait de ia possession de ce cor. Le 
gagejdaPhi^ des Elus est donc le cor bruyant de Heimdall; ce cor est 
tenu caché par Mimir dans sa demeure qui se trouve sous V arbre ma- 
jestaeax et sacré, c'est-à-dire sous l'une des trois caâçies du frêne Ygg- 
drasili. Mimir se servait chaque matin de ce cor pour y boire à traits 
précipités à la source de sagesse.— -Les Scandinaves buvaient dans des 
cornes ; la même corne servait de trompette- et de coupe. 
• Vers 88. — Le savez-vous? ^^Mais ^uoi? . . . . Locution elliptique 
propre au style prophétique. La prophétessé remjdie de la nouvelle 
vision qui vient de frapper son esprit s'adresse à ses auditeurs : Savez- 
vous, dit-elle, ce que je vois?, . . Cette locution n'exprime point une 
question directe, mais plutôt une exdamation interrogative, comme 

quand nous disons : Saoez-vons quoi ! N* est-il pas vrai!, • . ., et 

autres locutions semblables, où personne n'attend une réponse de son 
interlocuteur. Après cette exclamation, la prophétessé continue: Mais 



NOTES EXPLICATIVES. 229 

9ttoí ?• . . . Que vois-je ?. . . . Que vais-je révéler ?. . . . Écootei ! . . . . 

Vers 89. — S^il est question d'enchanteresses, de. magiciennes, 
être assis deltors signifie « se livrer en plein air et au milieu de la nuit 
à Texercice de la magie» (voy. page 160). Dans tout autre cas, dehors 
signifie c devant la porte. > Être assis ou se tenir à la porte est une locu- 
tion usitée dans les poésies épiques pour dire « avoir dtt loii»ir, > ou 
• attendre quelqu'un avec impatience. » — Le vieux désigne TAse Odin. 

Vers 90. — Le plus circonspect des Ases est Odin, ainsi nommé, 
parce que dans ses voyages et surtout dans le danger, il se montrait 
prudent et circonspect dans ses actions et dans ses paroles.-— -Re^arcifr 
dans les yeax de quelqu'un veut dire « sonder les dispositions d'une 
personne pour lui faire une demande à propos. » (Cf. Hjmishv. a.) 

V£r8 91 . — Odin avait coutume de mettre à Tépreuve la sagesse et 
la puissance des autres. Nous en verrons un exempte curieux dans 
Vtfihrûdnismâl, 

Vers 93 . — L'Aiiire du monde ou le firéne Yggdrasill a trob racines 
qui s'étendent dans le ciel, sur la terre et dans l'enfer. Sous chacune 
' de9 trois racines, il y a une fontaine ou un lac. Dans le dei, il y a Ja 
fontaine diUrd; sur la terre , chez les lotes, se trouve Idi fontaine de sagesse 
de Mimir; et dans l'enfer, il y a le lac Hvergelndr qui alimente de ses 
eaux les fleuves de Niflheim. Minùr est un ancien lote ou Hrîmthurse; 
il est le représentant de la sagesse des géants: il boit chaque matin h 
doux frratvo^e, c'est-à-dire, il augmente chaque jour sa sagesse. 

Vers 96. — Odin voyant que Vala connaît son secret, et satisfait 
de trouver en elle tant de sagesse , iui donne des bagues «t des joyaux 
pour la récompenser; il ajoute encore le don de là parole sage et le 
don de la prophétie. Dès ce moment tout ce qui se passe dans les difféf 
rents mondes est dévoilé au rjègard de Vala. 

Vers 99. — Les VaUsjries sont les vierges guerrières qui sont 
envoyées par Odin pour choisir, sur le champ de bataille, parmi les 
combattants , ceux qui méritent, parleur bravoure , de trouver une mort 
^oriense. Les héros qui périssent les armes à la main sont conduits 
par les Valkyries à Valhall (séjour des Élus) qui est. Toysée Scandi- 
nave : elles sont présentes partout où se livre un combat; c'est pourquoi 
leur arrivée présage la guerre. — La race des dieux, ce sont les Âses. 

Vers 101..^ — Tenir le bouclier veut dire «marcher au combat à la 



250 VOLUSPA. 

tète d*ane troupe > ; il n y avait que les chefs qui eussent des armes dé- 
feosives. (Voy. vers 197.) 

V^BS 102. ^->- Sknld, la plus jeune des Nomes, et celle qui met fin 
à la destinée des héros, marche à la tête des vierges guerrières. Le 
Qomhre et les noms des Valkyries sont indiqués différemment dans les 
anciennes poésies, Sko^vl signifie • qui est hérissée d'aimes»; Gonnr 
signifie t la lutte » ; Hildur, • la guerre 9 ; Gondal» c qui délivre les héros > ; 
GnnkojfiU, t qui est hérissée de piques. > 

YsRs io3. — Les Valkyries sont appelées servantes da Cowbatbuii 
ou d^Odin, parce qu'elles exécutent les ordres de ce dieu, sur le champ 
de hataille» 

Vers 10^, -^^ GvUveig est la devineresse on la sorcière des Vanes 
qui sont les rivaux et les ennemis des Ases. Ces derniers, pour fiûre an 
affiroi)t aux Vanes, ou pour arracher quelque secret à la sorcière 6ull- 
veig, la mirent sur les pointes hérissées de piques qu'ils avaient fixées 
ea terre, et allumèrent au-dessous d'elle un grand feu. 

VsBS 108. --*■ Déjà k sorcière, brûlée trois fois, était rentrée trois 
fois en vie par des moyens magiques; les Âses continuèrent à vouloir 
la faire p^rir par le feu, mais ils ne purent réussir. 

Ybrs 110. -^ Heidwr tit le nom de la sorcière Gullveig dans la 
hngw des Vanes. -*• Les sorciers et les sorcières parcouraient le pays 
et entraieni' dans les maisons pour prédire l'avenir et pour répondre 
aux questions qu'on leur adressait. (Voy. page i56.) 

Vbbs 1 1 1. — La sorcière des Vanes méprisait les prophéties de la 
devineresse des Ases. 

~ Veas 1 1 a. -** n y avait deux espèces de divination : une divination 
prophétique se fondant sur l'inspiration divine, et une autre basée sur 
les opérations de la magie ou de la sorcdlerie. Cette dernière tomba 
peu à peu dans le plus grand mépris. Les Vanes passaient pour les 
inventeurs de la magie , et pour être très-habiles dans la sorcellerie. 
(Voy. page 169.) 

Vers 1 i3. •— Les Vanes, comme ennemis et rivaux des Ases, sont 
appdés la race méchante; les Ases sont nommés la race des dkaa:» 
V. 100. 

Vers 1 i4. — Les Vanes demandèrent réparation de l'injure qu'on 
leur avait fiiite dans la personne de Gullveig. Les Âses entrèrent en 



NOTES EXPLICATIVES. 251 

déiibératioji pour Mvoir s'ils devaient expier leur impmdince et aeoor- 
der aoX'Vapes des droits égaux. G^ dernier point prouve que leur ini- 
mitié avait pour caose la rivdîté, les Ases ne voulant pas que Ums Ut 
dieux» c est-à-dire eux et les Vanes, eussent de tauUrití on ^iea droits 
éj^nx. 

VsBs 118. — Pendant que les Ases délibèrent, les Yanes renver-' 
sent le mur extérieur de la forteresse des Ases; ce mur sépare, dans 
Midgard , la demeure des Ases de la demeure des homiues. Les Vanes, 
par ruse de guerre, parviennent à monter sur les remparts; mais Odin 
lance spn trait, il tire ses flèches sur Tennemi. . , C'est assexdire que ' 
la victoire reste aux Ases. 

Ybus laa. r— Le mur extérieur ayant été renversé, i|n inconnu » 
un géant déguisé, offirît aux Ases de le reconstruire plus solide que 
jamais. Pour prix de son travail, il demanda la fiancée d'Odur, la 
déesse Freya; déplus, le soleil et la lune. Lohi persuada aux Ases 
d'accepter cette offire ; il espérait pouvoir frustrer Tarcbitecte de sa ré- ' 
compense en mettant, comme condition du contrat, que le mur 
serait achevé en un seul hiver, et que Tardiitecte n'aurait aucun aide 
excepté son cheval*, que si le travail n était pas fait dans le temps pres- 
crit, le prix stipulé ne serait pas payé. Le géant accepta cette condi- 
tion, ei les dieux sanctionnèrent le contrat par leurs serments. Le 
travail avança rapidement : la veille du jour fixe comme dernier 
terme, il n y avait plus qu'à placer les portes. Les Ases voyant que le 
lendemain ils seront obligés de livrer Freya , le soleil et la lune, s'as- 
semblent, et s'accusent les uns les autres d'avoir accepté un contrat 
aussi préjudiciable; ils se demandent qui d'entre eux est la principale 
cause de ce que le ciel est rempU de désastre par l'enlèvement du soleil 
et de la lune, et que la déesse Freya est lixnrie à la race du géant. -^ 
Par une ingénieuse hardiesse de style, le poète a mis les verbes au 
présent pour indiquer que. les Ases étaient pleinement persuadés que 
le lendemain ils seraient obligés de rem{Jir les conditions du contrat : 
ils regardaient le payement du prix stipulé comme aussi sûr que s'il se 
faisait déjà dans le moment présent. 

Vbbs ia6. — Thôr, le dieu du tonnerre, qui était absent lorsqu'on 
fit le contrat avec l'architecte, se lève enflé de col^ en apprenant les 
conditions que les Ases ont acceptées. Cela suffit pour déterminer les 



252 VOLUSPA. 

« 

A«es à vioier iears serments; ils ne tiennent plus compte des pro- 
messes données à Tarchitecte; au iieu de recevoir le prix stipulé, le 
géant est tué par un coup de foudre lancé par Th6r. C'est ainsi que les 
Âses joignent la violence au parjure. 

Vers 1 3o. — Vala prévoit la destinée de Bcddar dont la mort pro- 
chaine et sanglante est encore cachée aux Âses mêmes. —^ Baldur est 
fils d'Odin et de Frigg, c'est un héros accompli, Pidéal de la beauté 
et de la hont^. Baldur avait eu depuis quelque temp5 des rêves sinis- 
tres. Sa mère Frigg prévoyant quelque malheur, conjura tous les êtres 
de la création de ne pas nuire à son fils , et elle s'en fit prêter le serment 
par tout ce qui existait. Frigg né^igea de le faire prêter aussi par un 
51U, parce qu^il lui semblait incapable de nuire. Loki alla chereher ce 
gui, et lorsqu'un jour les Ases s'amusaient à jouter contre Baldur, et à 
lancer contre lui des traits dont aucun ne pouvait le blesser, Loki s'ap- 
procha du firère de Baldur, Hoder, qui était né aveugle, et il l'engagea 
à se mêler au jeu des Ases. Il lui donna le gui, et lui indiqua la di- 
rection dans laqudle il devait le lancer. Hoder lança le trait, et le gui 
blessa mortellement le dieu Baldur. 

Vers i36. — D'après les mœurs du temps, Baldur devait être 
vengé par un de ses plus proches parents! Mais par une terrible fata- 
lité, les Ases parents de Baldur étaient en même temps parents de 
Hoder qui était fils d'Odin. Pour que la vengeance fût moins odieuse, 
la destinée inexorable choisit le bras d'un enfant nouvèau-né pour 
donner la mort à Hoder. Vali , fils de Rindur et d'Odin , âgé seulement 
d'une nuit, vengea son firère Baldur en tuant son autre firère Hoder. 

Veas 1 38. — Ceux qui avaient à venger la mort d'un parent , avaient 
coutume de ne pas laver leurs mains , ni peigner leur chevelure avant 
d'avoir exécuté leur vengeance. — La poésie et la mythologie qui réu- 
nissent souvent les {raits les plus contradictoires , nous représentent 
V^i tantôt comme un enfant âgé seulement d'une nuit (voy. v. iSy) , 
tantôt comme un héros adulte, agissant dans sa vengeance avec pré- 
méditation et discernement. 

Vers i4o. — Frigg pleure dans son palais Fensalir, la mort de 
Baldur, son fib. La mort de Baldur est aussi regardée comme une 
grande calamité dans Valhall, où habitent Odin et les Monomaques 
{einkeriar). 



NOTES EXPLICATIVES. 233 

Vers 1 43. — Les Ases exaspérés contre Loki, qui était la cause pre- 
mière de tous leurs malheurs, mirent à mort Tun de ses fils nommé 
Vali Des boyaux de cet enfant, ils firent des cordes avec lesquelles ils 
attachèrent Loki aux rochers de Hveraland (le bois des Thermes). 
Sigpe , la femme de Loki, ne se réjouit pas du mdhenr de son mari ; 
mais, assise auprès de lui, elle lui prodigua des soulagements et des 
consolations. (Voy. Lokasenna, Introd. ) 

Vers i48. •— NidafioU est le nom de la contrée ténébreuse, au 
nord de Midgard. Cette région %st bornée par de hautes montagnes , 
derrière lesquelles se cache la lune pendanl tout le temps qu^elle n^est 
pas visible À Thorizon. •>« La race de Sindri est sans doute cette espèce 
de géants connus^ sous le nom dé Bergrisar (Géants des montagnes). 
Leur palais est ncbementorné de Tor tiré des entrailles des montagnes. 

Vers i 5o. — Le lieu de réjouissance des lotes qui vivent ordinai- 
rement au milieu des frimas, est une salle à boire située à Okobù 
(chaufibir). — Brimir est la souche des lotes. (Voy. v. 56. ) ' 

Vers 1 52. — Vala voit une autre salle située loin du soleil, c est-À- 
dire au fond du septentrion , dans TÉrèbe appelée Niflkeim, au-dessous 
áe NidafiôU, Là, dans une contrée nommée Nâstrendir (Rivages des 
morts), s'élève un édifice dont les portes sont ouvertes au nord, et 
laissent entrer le sou£Be glacial des aquilons* Des gouttes de venin tom- 
bent dans rintérieur de la demeure ; elles découlent de la gueule des 
serpents dont les tôtes forment le plafond, et les dos les parois exté- 
rieures de rédifice. 

Vers 157. — Un fleuve nommé iSlû^nr (lent, croupissant), formé 
de. venin de serpent et de bourbe, tndtte ses eaux fangeuses dans ce 
séjour lugubre. 

Vers 1 59. •— Les peines les plus sévères sont infligées aux par- 
jures, aux meurtriers et aux adultères. Le parjure devait paraître aux 
Scandinaves un crime d autant plus grand, quils regardaient déjà 
lobligation de tenir de simples promesses comme un devoir sacré. La 
chasteté était une des vertus distinctives des peuples germaniques et 
gothiques. 

Vers 161. — Nidkoggr (qui abat) est un dragon, ou serpent ailé 
qui habite Niýheim (voy. v. 229) ; il ronge Tune des racines de TArbre 
du monde, et suce les cadavres des décédés qui arriveni de Hel (Em- 



234 VOLUSPA. 

pire de la morl). — Le Loop est an des fiis de Feanr et de la géante 
Gjrgnr. Fenrir est fils de Loki et de la géante injfurèodi. 

Vers i63. — * £a vieille est la géante Gygwr; elle habite lamvid (la 
forêt de fer), située dans lùtanheim, Â Torient de Midgard. Le {dus 
redontaUe des fils de Gygur est le loup Maaagarmar qui, dès qu il i^ura 
atteint Tâge de la force, engloutira la lune; c'est le même loup dont il 
e«t parlé vers 162. 

VfiBs 167. — Vala prévoit déjà le moment où le Loup aura atteint 
Tàge de la force : elle le voit se t^or^er du sang des hommes lâches qui 
sont descendus dans Tempire de Hel. (Voy. v. 161.) Elle le voit pour- 
suivre le soleil et la lune, les atteindre à la fin , les dévorer et rougir 
ainsi de sang le siège des Grandeurs, c est-à-dire le ciel. Alors , commie 
le soleil ne répandra {dus ni sa lumière, ni sa chaleur, Tété disparaîtra 
dans Tannée, les hivers se succéderont continuellement; il y aura le 
grand et long hiver appelé fanhulvitr. Les vents du nord deviendront 
des ouragans, tous les phénomènes de la nature aunonceront la grande 
catastrophe qui engloutira les dieux et le monde entier. 

Vers 171. — Les Âses avaient envoyé, auprès de Gyguir, un gar- 
dien pour la surveiller, et pour les prévenir quand les monstres, 
nourris par la géante, auraient asseï de vigueur et Seraient lâchés par 
leur mère. Ce gardien est nommé Egdir (aigle) , parce qu'il porte la 
dépouille ou le plumage d'un aigle (amar ham); il aie regard perçant, 
et la vitesse de cet oiseau pour voir tout ce qui se passe et pouvoir pré- 
venir les Ases avec la plus grande célérité. Egdir a l'esprit éveillé et 
joyeux comme il 'convient à un gardien. Pour rester toujours alerte, 
pour charmer son loisir et pour assoupir la férocité des monstres, il 
joue de sa harpe. Il est assis sur une hauteur poiu* pouvoir tout em- 
hra^ser de son regard. 

Vers 173. — Le poète ayant parlé d'Ëgdir, prend de là occaûon 
pour parler des trois coqs qui chantent dans les trois mondes princi- 
paux, et sinnoncent le crépuscule des Grandeurs, c est-à-dire, le soir, la 
rentrée dans la nuit, la mort des dieux. — Non Idln^'Egdir, dans 
Gagalvid ( la forêt des oise^iux ) , les lotes entendent chanter le coq Fia- 
larr qui porte un beau plumage rouge. Dans le ciel, auprès des Ases, 
le coq (kdlinkamhi (à la crête dorée) , réveille les dieux et les Monoma- 
ques. Dans la*demeure de Hel, un coq noirâtre appelle à la destruction 



NOTES EXPLICATIVES. 235 

du monde les puisMocea de Tenfer. — Htl est la fille de Loki et de ia 
géante Angurhodi: elle est la sœur de Freki et du serpent lomumgand, 
Odin la précipita dans lenfer où elle règne suries morts. 

Vers 179. — Garmor (glouton), espèce de cerbère (pii garde ren- 
trée du royaume de HeL Les huriementa de Garmur présagent leHer- 
rible combat des dieux contre les pubsances destructives du monde. -^ 
On croyait que les huriements de cbien étaient un signe avant*coareur 
des combats. (Voyez Ailamâl, s3.) — - GnypahaU est Tavenue qui con- 
duit à la griUe det morts (nâgrindur) , ou à l'entrée du palais de Hel. 

Vers 180. — Freki on Fenrir le loup est fils de Lohi et á^ Angur- 
hodi. Les Âses prévoyant qu un jour il leur serait dangereux, parvin- 
rent à renchainer. Freki tend sans cesse à rom]»« ses liens; ses chaînes 
sont déjà usées » Inentôt il s'échappera et dévorera Odin. 

Vers 182. — Ze crépuscule des Grandeurs, Voy. v. 173. Les Dieux 
combaïUants sont les Ases. 

Vers i83. — Les hommes qui sont compris dans la ruine générale 
ne périssent pas innocents; ûb se sont attiré par leure crimes la ven- 
geance du destin. Dans leur perversité, ils ont inventé différentes armes, 
toutes plus meurtrières les unes que les autres. On voit succéder à 
tâge des haches de guerre , ïâge des lances qui percent les boucliers et 
blessent à distance. Ces deux âgés sont sjaivis de deux autres qui aggra« 
vent encore les maux de Thumanité. Des vents impétueux, des ouragans 
terribles se déchaînent sur la terre; les bêtes féroces viennent assaâlir 
en grand nombre les hommes pervertis. Ces bêtes se multiplient, d'abord 
parce que l'homme, loin de songer à les détruire, ne dirige ses armes 
que contre son prochain, et ensuite, parce qu'elles trouvent une pâ- 
ture abondante sur les champs de bataiUe jonchés de cadavres par snite 
des guerres nombreuses que se font les hommes entre eux. 

Vers 189. — Mindr est un lote, voy. vers 93; /2« de Mimir dési- 
gne , par synecdoque, les lotes en général. Les lotes tressaiUeni de joie 
en préludant aux combats qu'ils vont livrer aux Ases. Ils mettent le feu 
sous l'une des racines à^Yggdrasill pendant que Heimdali sonne l'a- 
larme. Voy. vers 85. 

Vers 193. — Mindr étant devenu l'ami et l'allié des Ases , fut donné 
par eux en otage aux Vanes. Ceux-ci lui tranchèrent la tête et l'en- 
voyèrent aux Ases. Odin conserva cette tête, car elle renfermait encore 



236 VOLUSPA. 

toate la sagesse que Mimir avait eue pendant sa vie* il la consultait 
dans les dangers et les circonstances critiques. 

Vers 194. — VIote par excellence est le loup terrible Freki ou 
Fenrir qui parvient enfin à rompre ses chaînes. 

Vers 196. — Sartur (noir) , est le prince de Maspilheim (monde de 
feu). Uardear de Surtar désigne les flammes qui consument la colonne 
du monde. 

Vers 197. *-* Les lotes se mettent en mouvement; ils vont s'em- 
barquer sur le navire Nagifar pour traverser locéan , attaquer Mid- 
gard et pénétrer de là dans le ciel. Hrymr^ le constructeur et le pro- 
priétaire du navire Naglfar, conduit les lotes. Il' s'avance de t orient, 
c'est-à-dire de lotanheim; il porte un bouclier, comme chef d'armée 
(voy. vers 101); il s'approche du rivage où se trouve le navire sur le 
chantier. 

Vers 1 98- — lormnngand, le serpent énorme qui , couché au fond 
de l'océan y entoure la terre de son anneau , se roule pour sortir de la 
mer; il est animée de la rage d^Iote (iôtun-môdhr), comme Tkôr son 
adversaire est animé de la rxige dAse (âs-môdhr). lormungand est 
appelé lote ou géant à cause de sa force et de sa grandeur, et parce 
qu'il est le fils de Loki et de la géante Angurhodi» et frère de Freki et de 
Hel 

Vers 199. — Pendant que le serpent , impatient de combattre , sou- 
lève les vagues , un autre géant nommé Hrœsvelgr, assis à l'extrémité du 
ciel et revêtu delà dépouille d'un aigle, agite ses ailes. Ce battement 
des ailes est non-seulement une manifestation de joie, mais il produit 
aussi les ventg qui favorisent la navigation de Naglfar. 

Vers 200. — Le Bec- Jaune est l'aigle Hrœsvelgrqm, dans sa rage 
de géant, déchire les cadavres. — - Naglfar (navire d'ongles) a été 
construit par Hrymer avec les ongles des trépassés descendus dans 
l'empire de Hel. 

Vers 202. — Logi (la flamme) est' le chef de l'armée de Muspilheim ; 
c'est sans doute le même que Surtur, 

Vers 2o3. — Les fils de VIote sont les mêmes que les fils de Mimir; 
ils ont avec eux Freki qui ^tait enchaîné dans l'île à^Anwartnir et qui a 
risé ses chaînes. Voy. v. 180. Le frère de Bileist, c'est-à-dire Loki, le 
père de Freki, est à bord du navire des géants. 



NOTES EXPLICATIVES. 237 

Vers 206. — Les dieux-héros sont les Âses qui se préparent au 
combat. 

Vers 207. t- Les géantes sont les personnifications des roches et des 
montagnes. 

Vers 209. — Les Aljes sont ici les Liosâlfar (Âlfes de lumière) , ou 
les personnifications des astres qui brillent dans le ciel. 

Vers 211. — Les Dvergnes qui habitent Tintérieur des montagnes 
sentent la terre trembler; leur prudence les porte à sortir de leurs ca- 
vernes qui menacent de s'écrouler. —De même que les Hindous, les 
Scandinaves regardaient les montagnes comme les demeures sacrées de 
certaines divinités. 

Vers 2 1 3. — HUne ou Frigg » la femme d'Odin, qui est à peine con- 
solée de la mort de son fils Baldur, est de nouveau affligée quand die 
voit partir Odin pour combattre le loup FreJd ou Fenrir. 

Vers 2 1 5. ^ jL« glorieux meurtrier de Bdi est TAse Fr^ ou Ingvi- 
Freyr; Beîi était un lote. Les héros de Tlnde portent aussi très-souvent 
]e nom de tueur (hà) , meurtrier de tel ou td. 

Vers 2 1,6. — Le héros chéri de Frigg est Odin ; il est dévwé par le 
loup Fenrir. Le poète , pour ne pas dire que le dieu suprême sera dé- 
voré, dit seulement quOdin succombera ^ cf. v. 226. 

Vers 218. — Vidarr, fils d'Odin, est le plus fort des Âses après 
Thôr. On le nomme YAse muet. 

Vers 219. r— Llote Hvidrung est sans doute le père d'Angurhodi, 
qui est la mère de Frehi. 

Vers 221. — Thôr, fils d'Odin et de Hlôdune ou lordh, lutte avec 
le serpent lormungand, Thôr est nommé défenseur de Midgard, parce 
qu il défend FEnceinte du milieu contre les lotes qui voudraient péné- 
trer par ce chemin jusque dans le. cid. 

Vers 224. — 'iues héros qui luttent à côté de Thôr, sont les Mono- 
maques (einheriar) ; ils sont les alliés, les auxiliaires des Ases dans cette 
terrible journée. (Voy. Hàkonar Saga, chap. xxxiii.) 

"Vers 225. — Fiorgune (montagneuse) est un autre nom de lordh 
(terre). 

Vers 227. — Le Dragon volant, est Nidhoggr qui, après avoir dévoré 
les cadavres dans Niflhel (voy. v. 161), quitte Tenfer à Nidafioll (voy. 
V. i48), et revient chercher une pâture abondante sur la terre jonchée 



II. 

\AFTHRUDNISMAL. 



i6 



INTRODUCTION. 



CHAPITRE I. 

EXPLICATION DU TITRE ET DU BUT DU POEME. 

Vafthrâdnismâl signifie discours , entretien ou dialogue 
de Vafthrûdnir. Tout ce qu'on sait sur Vafthrûdnir se ré- 
duit à ce que, dans la Snorra-Edda, son nom figure 
dans rénumération des lotes, et que dans notre poëme, il 
est appelé père dlmr et représenté comme un géant re- 
nommé pour sa force corporelle et sa grande érudition. 
C'est en sa qualité d'Iote que Vafthrûdnir doit naturelle- 
ment avoir beaucoup d'intelligence et de savoir, puisque 
selon la mythologie, les lotes sont nés au commencement 
du monde, et connaissent, par conséquent, le mieux les 
antiquités (fornir stafir ) et les mystères du Destin (runar) ^ 
Aussi les lotes sont-ils quelquefois appelés handvïsir îotnar 
(lotes qui savent cent choses), géants infiniment savants^. 

Le second interlocuteur dans Vafthrûdnismâl est Odin , 
le dieu de l'intelligence , de la sagesse et du savoir. Ainsi 
nous voyons figurer dans notre poème deux personnages 
mythologiques, l'un et l'autre distingués par leur esprit et 
leur science. 

On comprendra pourquoi le poète a mis en scène ces 

* Voyez Introduction générale, page 9, et Vôluspâ^ vers 3. 
' Skaldshaparmál, page 108. 

16. 



244 VAFTHRUDNISMAL. 

deux personnages, quand on saura quel a été son but eu 
composant Vafthrûdnismàl. 

Le but du poëte est de montrer la supériorité d'Odin 
tn sagesse et en savoir sur tous les êtres du monde, et de 
représenter une de ces rencontres où cet Ase a vaincu, par 
son intelligence , un lote qui était son rival et son ennemi. 
L'idée de la supériorité d'Odin a été suggérée au poëte par 
la mythologie , qui raconte que le père des Ases prenait 
souvent' dififéren tes formes et différents noms, et allait, 
aîiisi déguisé , vaincre les lotes par sa sagesse, comme son 
fils Thôr lès vainquait par la force de son bras. Quant à la 
représentation poétique de cette idée, ou quant au tableau 
retracé dans Vafthrûdnismàl, il est entièrement de Im- 
vention du poëte. En effet, il n'est pas probable que le 
poète n'ait fait que reproduire un ancien mythe quieûtiléjà 
existé sur la lutte entre Vafthrûdnir etOdin. Si Vafthrûd- 
ûismàl avait été une ancienne tradition mythologique, les 
détails de cette tradition existeraient encore dans d'autres 
poésies de TEdda; de plus, le nom de Gangradr (voyageur) 
que prit Odin lorsqu'il alla voir son adversaire, serait de- 
venu un nom propre poétique de ce dieu ^ : et Vafthrûdnir 
jouerait un rôle bien plus important qu'il ne le fait dans la 
mythologie Scandinave. Nous devons donc admettre que le 
mythe , qui fait le sujet de Vafthrûdnismàl , est entière- 
ment de l'invention du poëte. Ce mythe nous retrace le 
tableau d'un assaut de savoir entre Odin et le géant Vaf- 
thrûdnir. Dans cette lutte , les deux jouteurs risquent leur 
tète ; celui d'entre eux qui sera vaincu par la science de 
son adversaire, devra être mis à mort. Il paraîtra sans 

^ Grimnismâly strophe 45 et suivante. 



INTRODUCTION. 245 

doute singulier à plusieurs de nos lecteurs, que la vie 
soit l'enjeu dans un assaut d'esprit, et qu*il y aille de 
la tête des concurrents dans une joute d'érudition. C'est 
pourquoi, avant d'examiner en détail la mise en ^cène de 
l'aventure racontée dans notre poëme , il importe de dire 
quelques mots sur le genre de lutte à mort dont nous 
avons un exemple dans Vafthrûdnismàl. 

Dans l'antiquité , et surtout chez les peuples encore 
barbares, il était admis en principe, sinon d'une manière 
raisonnée, du moins instinctivement, que celui qui était 
supérieur par sa force physique et son intelligence, devait 
être le maître de celui qui était plus faible de corps et 
d'esprit. Ce princijftf était juste et vrai en lui-même , puis- 
qu'il est la loi du monde et la loi de la nature; mais il 
devait être absurde et inhumain chez des hommes dont 
la force corporelle était de beaucoup plus développée que 
l'esprit. La force devint brutale parce qu'elle n'était pas 
dirigée et dominée par la raison , et elle devint double- 
ment pernicieuse parce que l'esprit, qui ne savait pas en- 
core s'élever jusqu'à l'intelligence ou la justice, se manifes- 
tait comme ruse , et servait à opprimer plus facilement la 
faiblesse et Tinexpérience. Cependant ce principe, tout 
incomplet qu'il était, formait la base de la religion des 
Scandinaves dont les deux plus grands dieux étaient Odiri, 
le représentant de l'adresse et de la ruse normande , et 
Thôr, la personnification de la force physique. Nous avons 
vu comment l'auteur de la Voluspâ protestait ^ , en homme 
de génie, contre la religion de son siècle , et comment il 
espérait, en patriote et en philosophe, de voir un jour la 
■ ^ Fð/ojod, Inlroduclion, page i6/i. 



246 VAFTHRUDNISMAL. 

justice présider aux destinées du monde. Mais la grande 
idée de cet homme supérieur n'était pas comprise par ses 
contemporains, de même quelle n'a jamais été reconnue 
explicitement par le monde païen de l'antiquité civilisée. 
Tous ces peuples ne voyaient la grandeur que dans la 
force , et tout homme qui représentait la force était leur 
héros, leur roi, leur dieu, La force seule donnait le droit 
et le sanctionnait; elle seule était un titre incontesté pour 
subjugueret anéantir tout ce qui ne pouvait pas lui résister. 
Le droit du vainqueur sur le vaincu était illimité , et on 
aurait cru se déshonorer en n'en usant pas dans toute 
son étendue. Le droit du plus fort était en même temps le 
droit international de l'antiquité , et il#été proclamé d'une 
part et reconnu de l'autre , dans les rapports diploma- 
tiques entre le monde germanique ou gothique, et le 
monde romain. Quand les Cimbres envoyèrent des ambas- 
sadeurs à Papirius, ceux-ci lui dirent « que c'était une loi 
«reçue parmi toutes les nations, que tout appartint au 
« vainqueur ; que les Romains eux-mêmes n'avaient point 
« d'autre droit sur la plupart des pays qu'ils possédaient, 
« que celui qu'on acquiert l'épée à la main. » 

Le droit de la victoire et de la conquête était un droit 
divin ; car Dieu, c'était la force , et le symbole de Dieu chez 
les Scythes, c'était le glaive. L'intrépidité passait pour 
une grâce ou un don céleste , et l'issue des combats pour 
une décision de la Providence. « La valeur, » dit un guerrier 
germain , « est le seul bien propre de l'homme ; Dieu se 
« range du côté du plus fort : » et quand le Gaulois Brennus 
jeta son épée dans la balance du Romain , en s'écriant : 
« Malheur aux vaincus , » il confirma la maxime , que la 



INTRODUCTION. 247 

victoire donne des droits absolus, et que le vainqueur ne 
doit pas avoir pitié de ceux contre lesquels' les dieux se 
sont déclarés. Cest encore par suite du principe établi, que 
Dieu se range du côté du plus fort, qu^on institua, au 
moyen âge, le combat judiciaire j qui lut même autorisé 
par rÉglise. 

Dans le Nord, l'idée du droit que procurait la force fit 
naître les singulières prétentions de ces hommes féroces, 
connus sous le nom de Berserkir (les simples-chemises^ 
les sans-cuirasses) parce qu ils n avaient que leur chemise 
quand ils allaient se battre. Ces sans-culottes du Nord 
auxquels rien ne pouvait résister s'ils étaient dans leur 
rage (berserksgangr), prétendaient que la supériorité de 
la force donnait droit jusque sur la propriété d'autrui. 
Cest pourquoi ils provoquaient à la lutte les riches et les 
paysans propriétaires (hoUdar), pour trouver occasion de 
les vaincre et de s'emparer de leurs biens. Il y avait dans 
Tarmée d'Olaf, roi de Norvège, des Berserkir qui disaient 
publiquement qu ils se fiaient bien plus à leur bras et à 
leurs armes qu'à Thôr et à Odin; qu'ils n'avaient d'autre 
religion que la confiance en leur propres forces. 

Cette haute idée , qu'on attachait à la force physique et 
à la valeur guerrière, fut exaltée chez les peuples Scandi- 
naves par les éloges pompeux que les skaldes donnaient 
aux héros. D'un autre côté , la religion elle-même rendait 
le plus grand hommage à la valeur et à la force , en ensei- 
gnant que seulement les hommes forts et vaillants entre- 
raient, par une mort ^nglante , dans le séjour joyeux de 
Valhalle; tandis que les hommes faibles, lâches ou morts 
de inaladie et dé vieillesse, passeraient dans le séjour triste 



248 VAFTHRUDNISMAL. 

de l'empire de Hel. Ce qui prouve encore que les Scan- 
dinaves, mettaient leur Lonheur et leur gloire dans la 
force physique et la bravoure, c'est que les bienheureux 
de Valhalle n'avaient pas de plus grand plaisir que d'é- 
prouver leur vigueur en luttant les uns contre les autres. 

Si, comme nous venons de le voir, la force physique 
était idolâtrée dans l'antiquité, il y avait cependant aussi 
des occaMons où l'on rendait hommage à la force de l'es- 
prit. Dç même qu'il y avait des luttes et des combats en 
champ dos, de même il y avait aussi, jusque dans. la 
plus haute antiquité, des luttes où le prix était décerné à 
la sagacité et à l'érudition. C'est l'Asie qui est le berceau 
de ces joutes d'esprit et de ces assauts de savoir. Chez les 
peuples sémitiques, c'étaient principalement des énigmes 
par lesquelles on éprouvait la sagacité et le savoir des con- 
currents. De là les traditions répandues chez les anciens 
Hébreux, Arabes et Éthiopiens, sur les énigmes que se 
proposèrent réciproquement le roiSalomon et la reine de 
Saba. Dans l'Inde, c'était surtout la philosophie qui fidsait 
l'objet du concours. Ces joutes d'esprit étaient quelquefois 
aussi funestes aux vaincus que les luttes où la force phy- 
sique triomphait : car il y allait de la tète de celui qui 
ne savait pas deviner l'énigme ou répondre à la question 
proposée. 

La mythologie grecque, dont plusieurs fables sont em- 
pruntées à l'Orient, présente, entre autres, le mythe allé- 
gorique du sphinx de Thèbes, qui proposait des énigmes 
aux passants, et qui les déchirait s'ils ne savaient pas en 
deviner le mot. 

Dans les contes persans et arabes, on voit des prin- 



INTRODUCTION. 249 

cesses qui mettaient leurs prétendants dans l'alternative 
ou de deviner les énigmes qu'elles leur proposaient, et 
d'obtenir ainsi leur main, ou, dans le cas où ils ne pour- 
raient les deviner, d'être mis à mort pour expier leur 
incapacité téméraire ^. 

Dans Mahàbhârata, poëme épique hindou, on trouve 
raconté le trait suivant. Le roi Djanaki fit un grand sacri- 
fice qui devait durer douze ans. Un bouddhiste , nommé 
Vandî, se présente; il provoque les brahmanes à disputer 
avec lui , et met comme condition de la lutte , que celui 
qui serait vaincu par les arguments de son adversaire se 
jetterait dans la rivière. Kahora , disciple d'Ouddâlaka , 
accepte le défi; mais il est vaincu par le bouddhiste, et 
obligé de se noyer. Douze ans après, Aschtâvakra, fils de 
Kahora, vint pour venger son père. Quoiqu'il n'eût alors 
que douze ans, il provoque le bouddhiste, et, après l'avoir 
vaincu par ses arguments, il lui signifie de se jeter à son 
tour dans la rivière. Mais le bouddhiste déclare qu'il est 
fils de Varouna (dieu des eaux); que Kahora et les autres 
brahmanes n'ont pas péri dans la rivière, mais qu'ils ont 
été accueillis par Varouna, et que toutes ces luttes n'ont 
eu pour but que de procurer au dieu des eaux des prêtres 
qui pussent l'assister dans le sacrifice qu'il avait à faire. 

Les Hindous avaient une si haute opinion de la supé- 
riorité et de l'empire absolu que donnait la sagesse, qu'ils 
étaient convaincus qu'Indra même, le chef des dieux infé- 
rieurs , serait obligé de céder son trône au philosophe qui 
lui serait supérieur par l'intelligence. On croyait que par 
la pénitence contemplative [rTï^ ] , on parviendrait à la 

» Cf. Der mdangen Nôt , YII, strophe Saô. 



250 VAFTHRUDNISMAL. 

sagesse suprême. C'est pourquoi les pénitences terrible^ 
que s'imposèrent certains mounis (anachorètes) faisaient 
trembler le dieu Indra , et , pour ne pas perdre son empire , 
il eut souvent recours au moyen extrême. Ge moyen 
était d'envoyer au mouni une charmante Âpsaras (espèce 
de nymphe ou de houri [(jj^ajJI j[^j>-] du ciel ou paradis 
hindou) qui, en lui inspirant de l'amour, le détournait 
de sa philosophie et de sa pénitence, et lui faisait ainsi 
perdre le fruit de la sagesse. 

Odin , le dieu Scandinave , n'était pas moins jaloux 
qulndra de la sagesse et du savoir d'autrui ; il craignait la 
supériorité d'esprit des Vanes, qui étaient les rivaux des 
Ases et celle des lotes qui étaient leurs ennemis. Ces der- 
niers surtout lui inspiraient sans cesse de vives inquiétudes. 
C'est pourquoi il buvait à la fontaine de sagesse, gardée 
par riote Mimir, et plus tard il allait consulter la tête de 
ce géant dans les cas difficiles ^. Il fit de fréquents voyages 
dans le pays des lotes pour mettre leur sagesse à l'épreuve 
et constater par lui-même sa supériorité. Dans ces épreuves, 
il y allait toujours delà vie de celui qui était vaincu. D'après 
ce que nous venons de dire, on comprendra comment il a 
pu prendre envie à Odin d'aller se mesurer avec Vafthrûd- 
nir, qui était un lote renommé pour sa sagesse : on com- 
prendra ce que c'est que cette joute desprit, cet assaut 
d'érudition entre le prince des Ases et le géant qui sait 
tout; enfin , on comprendra comment la vie a pu être mise 
en jeu dans la lutte engagée entre les deux personnages 
qui figurent dans Vaflhrûdnismâl . 

^ Voyez Vô/H5/)â, V. 192. 



INTRODUCTION. SSl 



CHAPITRE II. 

DES DIVISIONS DU POEME. 

Vaftbrûdnismàl est divisé en deux parties principales. 
Dans la première, le poète raconte toutes les circonstances 
qui précèdent l'entrevue d'Odin et de Vafthrûdnir. Dans la 
seconde, il raconte la lutte qui fait le sujet du poème. 
Comme la première partie ne doit être qu'une introduc- 
tion à la seconde, elle ne s'étend que jusqu'à la cinquième 
strophe. Dans cette introduction, nous voyons Odin s'en- 
tre tenant avec sa femme Frigg; il lui exprime le désir 
d'aller voir Vafthrûdnir, et il lui donne à entendre que 
c'est pour se mesurer avec ce géant qu'il a résolu de faire 
ce voyage. Frigg voudrait retenir son mari , car elle connaît 
la grande force corporelle de Vafthrûdnir. Mais Odin per- 
siste dans sa résolution , et, pour tranquilliser sa femme , il 
lui rappelle qu'il était toujours resté vainqueur dans les 
aventures périlleuses. Frigg voyant qu'elle ne pourrait pas 
détourner Odin de son projet, consent à ce qu'il parte; 
mais, dans ses adieux, elïe trahit son inquiétude par les 
Vœux qu'elle fait pour le succès et le retour heureux de 
son mari. Après ce dialogue entre Odin et Frigg, une 
strophe raconte que le prince des Ases , déguisé en voya- 
geur, et ayant pris le nom de Gangrade, se présenta dans 
la demeure de Vafthrûdnir. Ici commence la seconde 
partie du poëme, ou le dialogue et la lutte entre Odin et 
Vafthrûdnir. Cette seconde partie renferme au commence- 
ment quelques strophes dans lesquelles le poète raconte 
comment la lutte s'engage entre les deux adversaires. 



252 VAFTHRUDNISMAL. 

OdÍD, après son entrée dans la demeure de Vafthrûdnir, 
se tient dans le vestibule; et dès qu'il se trouve en face de 
son hôte, il lui déclare qu'il est venu exprès pour se con- 
vaincre de sa sagesse. Vafthrûdnir étonné qu'un étranger 
doute de sa science, et vienne le provoquer brusquement 
dans sa propre demeure, accepte le défi en déclarant avec 
colère que l'étranger ne sortira plus de chez lui , à moins 
qu'il n'ait prouvé sa supériorité en sagesse et en savoir. 
Odin, pour apaiser la colère du géant, le rappelle aux de- 
voirs de l'hospitalité en faisant connaître son nom de Gan- 
grade et sa qualité de voyageur. Vafthrûdnir, fidèle à ces 
devoirs sacrés, dit à l'étranger d'entrer dans la salle et d'y 
prendre place. MaisGangrade, avant dejouir des avantages 
de l'hospitalité , voudrait donner une preuve de son savoir 
et gagner ainsi la bienveillance de son hôte ; car, comme 
tous les étrangers sans distinction avaient droit à une ré- 
ception hospitalière, les hommes supérieurs , pour ne pas 
être confondus avec la foule, tenaient à se faire connaître , 
dès le commencement, comme hommes d'esprit, et à 
s'attirer le respeict de leur hôte par la sagesse de leurs dis- 
cours. Aussi Gangrade ne veut-il pas devoir le bon accueil 
de Vafthrûdnir à sa qualité d'étranger, mais à sa qualité 
d'homme de mérite. C'est pourquoi il garde sa place dans 
le vestibule, et répond, sur l'invitation de son hôte à entrer 
dans la salle, qu'un étranger doit avant tout se faire res- 
pecter, surtout s'il est pauvre et s'il se trouve chez un 
homme qui n'est pas précisément prévenu en sa faveur. 
Vafthrûdnir voyant que Gangrade ne veut jouir dé l'hos- 
pitalité qu'après avoir prouvé qu'il n'est pas un homme 
ordinaire , commence à lui adresser différentes questions. 



INTRODUCTION. 255 

Ici commence la latte entre Vaflhrûdnir etOdin. Dans la 
première partie de cette joute de savoir, c'est Vafthrûdnir 
qui adresse des questions à Gangrade; dans la seconde, c*est 
Odin qui adresse des questions à Vafthrûdnir. Les ques- 
tions que le géant adresse à son hôte sont au nombre de 
quatre; la dernière est la plus difficile de toutes, parce 
qu'elle se rapporte aux choses à venir. Comme Gangrade 
sait répondre à toutes les questions, Vafthrûdnir lui té- 
moigne du respect; il le £siit asseoir auprès de lui et Tengage 
à commencer le grand assaut d'érudition , où il y ira de la 
vie du jouteur vaincu. Gangrade accepte le combat, et, à 
son tour, il interroge son hôte Vafthrûdnir. Il lui adresse 
en tout dix-huit questions toutes plus difficiles les unes que 
les autres; les douze premières se rapportent à l'origine de 
difiërents êtres mythologiques, les six dernières à f avenir 
des dieux et des hommes, ou à la fin du monde. Comme 
Vaflhrûdnir a su répondre aux dix-sept questions, Odio 
lui adresse enfin la dix-huitième à laquelle , comme il en 
est convaincu, le géant ne saura pas répondre. En même 
temps qu'il propose la question £aitale, Gangrade reprend 
sa figure de prince des Ases. Vafthrûdnir reconnadt Odin . 
non-seulement à sa figure, mais aussi à la question qu'il 
vient de lui adresser : car il n'y avait qu'Odin qui pût faire 
cette question, et qui pût connaître le mystère dont lui- 
même était l'auteur et le seul initié vivant. Vafthrûdnir 
avoue qu'il est vaincu ; il déplore son imprudence d'avoir 
voulu rivaliser avec le plus sage des honmies , et il se sou- 
met à son sort avec résignation. Cette dernière strophe 
de Vafthrûdnismâl renferme donc à la fois la péripétie , 
la catastrophe et la conclusion du poème. 



254 VAFTHRUDNI8MAL. 



CHAPITRE m. 

DISCUSSION DE DIFFERENTES QUESTIONS 
DE CRITIQUE CONCERNANT LE POEME. 

Par l'analyse rapide que nous venons de faire , nous 
avons pu reconnaitre la disposition du poème. Gomme 
cette disposition est régulière et qu'on n'y remarque 
aucune lacune, nous sommes en droit d'admettre que 
notre poème est intègre, c'est-à-dii^e tel qu'il est sorti de 
la main de l'auteur. 

Yafthrûdnismâl a été composé à une époque moins an- 
cienne que celle de la Voluspâ; on le voit et par le fond 
et par la forme du poème , ou par les témoignages intrin- 
sèfjues. Le fond ou le sujet en est mythologique comme 
dans la Voluspâ, et le poème remonte à un temps ou 
la mythologie formait encore la croyance du peuple, 
mais où elle commençait déjà à être un objet d'étude et 
d'érudition. La plupart des mythes, dans Vafthrûdnismâl, 
ne sont pas anciens, mais on en trouve aussi qui semblent 
n'avoir plus été connus de Snorri, comme, par exemple, 
le mythe sur les génies tutélaires (v. 196-199), et celui 
sur le secret d'Odin (v. 218-219); ce qui semble prou- 
ver que ces mythes appartiennent à une époque assez 
ancienne. 

Quant à la forme ou à l'extérieur de Vafthrûdnismâl , 
tout nous prouve que ce poème n'est pas aussi ancien que 
la Voluspâ. En effet , le langage du poème présente des 
formes grammaticales qui sont plus modernes; comme 



INTRODUCTION. 255 

entre autres í changé en o dans lo eina (v. 77), io sama 
(v. 88), vio skolom (v. 76), etc. Ensuite, la versification de 
Vafthrudnismàl est dans le genre nommé liôdahâttr qui , 
comme nous l'avons vu , est dérivé du fomyrdalag propre- 
ment dit, et par conséquent moins ancien que celui-ci. 
De plus , comme la versification de notre poëme est moins 
soignée que celle de la Vôluspà, il est à présumer qu'elle 
appartient à une époque où Ton ne connaissait pas encore 
la versification plus artificielle du xif et du xiii'' siècle, 
mais où les rè^es de l'ancienne versification n'étaient plus 
aussi strictement observées que dans les temps antérieurs. 
Examinons maintenant les témoignages extrinsècpies 
sur l'époque à laquelle notre poème a été composé. Vaf- 
thrudnbmâl est cité plusieurs fois dans l'Ëdda de Snorri. 
C'est donc un témoignage positif sur l'existence du poème , 
à la fin du xu* siècle; mais, malheureusement, il ne nous 
reste pas de témoignage plus ancien que celui-ci. Il est 
vrai que Vafthrùdnismâl a été imité dans quelques poèmes 
de l'Ëdda de Sæmund ; mais comme la date de ces poèmm 
n'est pas encore suffisamment connue, ils ne peuvent pas 
non plus indiquer la date de Vafthrùdnismâl. Cependant , 
bien que ces imitations ne soient d'aucun intérêt dans 
la question qui nous. occupe, nous devons les constater 
ici, parce qu'elles serviront plus tard à déterminer les 
rapports qui existent entre Yaftbrùdnisttiàl et plusieurs 
poèmes de . TEdda. Nous dirons donc que parmi les 
poèmes de l'Ëdda, celui qui est intitulé Alvtsmdl nous 
parait ètiie une imitation de Vafthrùdnismâl. La forme 
de l'un et de l'autre poème est entièrement semblable. 
Alvîs (qui sait tout) représente évidemment Vafthrùdnir,- 



256 VAFTHRUDNISMAL. 

riote qui sait tout (alsvinni iotunn); Tun et Tautre per- 
sonnage ont visité les neuf mondes (Ko/îA. v. 173 ; Alv. 
strophe 9); Tun et lautre connaissent les runes ou les 
antiquités (Vafth. v. 3, 171, 222; Alv. strophe 56). Dans 
Tun et l'autre poëme, les questions commencent par la 
même formule : Dis-moi cela, etc. Enfin, dans lun et 
l'autre poëme, on trouve des expressions semblables, 
comme hvat ër ihat fira; hvat er that réka {Alvtsmâl, 
strophe 2,5); hvat ër that manna; hvat lifir manna ( Vaf- 
thrâdnismal,\. 25, 178). 

Un autre poëme de TEdda de Sæmund intitulé Fiôi- 
svinnsmâl, nous semble également imité de Vafthrûdnis- 
mâl. Fiólsvidr (qui est versé en beaucoup de choses) re- 
présente Vafthrûdnir qui est versé en tout (abvidr iötann) , 
de même que l'autre interlocuteur, jfComamô^lr (étranger), 
représente Gangradr (le voyageur). De plus, les deux 
poèmes se ressemblent beaucoup dans la forme; les ques- 
tions adressées à Fiôlsvidr commencent par la formule 
ordinaire : Dis-moi cela, etc. Enfin , on trouve dans Fiöl- 
svinnsmâl la locution hvat er that.... que nous avons aussi 
remarquée dans Âlvismâl. On ne saurait donc douter que 
Yafthrûdnismàl , Alvismàl et Fiolsvinnsmâl ne soient 
imités l'un de Tautre. Mais lequel est le poëme original ou 
celui qui a servi de modèle ? Toutes les raisons nous portent 
à croire que Vafthrudnismâl est le plus ancien des trois " 
poèmes, et par conséquent celui qui a été imité dans les 
deux autres. Nous^n fournirons la preuve quand nous 
expliquerons Alvismàl et Fiolvinnsmàl, car il fiiut con- 
naître ces poèmes avant de pouvoir juger du rapport qui 
existe entre eux et Vafthrudnismâl. 



INTRODUCTION. 257 

Nous trouvons encore une imitation de notre poème 
dans la Hervarar-Saga ^. Au chapitre xv de ce livre , il est 
ditqu'Odin se revêtît du corps d'un certain Gestur (hôte), 
et qu'il alla, ainsi métamorphosé, proposer vingt-huit 
énigmes ( héra npp gatur ] au roi Heidrëk , connu par sa 
grande sagacité [geàspeki; cf. Vafth, v. 76). La dernière 
de ces énigmes est précisément la même que la dernière 
question qu'Odin adressa à Vafthrûdnir. En voici la* tra- 
duction littérale: «Dis- nous, roi Heidrêk, si tu es plus 
« savant que les autres , qu a dit Odin à Toreille de Baldur 
« avant que celui-ci fût placé sur le bûcher ? Roi Heidrêk , 
« réfléchis à cette énigme ! » — En général , il est impossible 
de ne pas reconnaître la grande ressemblance quil y a, 
jusque dans les expressions, entre le récit de la joute 
d'Odin avec Heidrëk, et le récit de la joute d'Odin avec 
Vafthrûdnir. Nous sommes par conséquent en droit d'ad- 
mettre que l'auteur de la Hervarar-Saga a imité, dans le 
XV* chapitre, le poëme de Vafthpûdnismâl. Mais comme 
nous ne savons pas exactement quand la Hervarar-Saga a 
été rédigée, la circonstance qu'elle renferme des imita- 
tions de Vafthrûdnismâl , ne peut pas servir de guide pour 
trouver la date de ce poëme. Cependant, si nous résu- 
mons les différepts témoignages intrinsèques et extrin- 
sèques que nous avons rapportés jusqu'ici, nous aurons 
pour résultat de notre examen ^mie Vafthrûdnismâl a dû 
être composé à la fin du x® siècle. Le poète nous est entiè- 
rement inconnu; il était sans doute Islandais, car il n'y a 
aucune raison qui nous &sse croire que le poëme ait été 
composé dans un autre pays que l'Islande. 

* Hervarar-Saga, éd. Olai Ffrpín.^Upsaliæ , 1672. 

17 



258 VAFTHRUDNISMAL. 

Quant au mérite de Yafthrùdnismâl, oous dirons qu'en 
général , ce poème est un des moins beaux de ceux du re- 
cueil de l'Edda. Ce n'est point qu'il y ait quelque défaut 
dans l'arrangement du poëme: ce qui lui manque, c'est 
uniquement une diction poétique. Nous avons déjà eu occa- 
sion de faire remarquer la disposition naturelle des parties 
dans Vafthrùdnismàl. Ajoutons que le poète a su choisir 
avec habileté, la forme de dialogue par laquelle tout de- 
vient dramatique dans le poème, et cette forme est d'au- 
tant plus convenable, qu'elle se prête naturellement aux 
discussions telles que la lutte entre Odin et Vafthrûdnir. 
De plus, le dialogue permet au poète de passer sur beau- 
coup de détails qui seraient nécessaires dans un récit, 
mais qui nuiraient à l'effet dramatique du poème. Ainsi , 
dès le conmiencement de VafthrûdnismM , nous assistons 
tout à coup à un dialogue entre Odin et sa femme Frigg; 
et sans donner d'autres explications préliminaires, le 
poète expose dans ce dialogue, conmie dans un premier 
acte, le sujet de son drame. Mais le lecteur supplée 
facilement au manque d'éclaircissement préliminaire; il 
se figure qu'Odin, assis dans l'endroit du ciel appelé 
HlOskialf, d'où son œil se portait sur les neuf mondes, a 
aperçu la demeure de Vafthrûdnir; qu'il lui a pris aussitôt 
envie d'aller mettre à l'épreuve ce géant tant renommé 
par sa sagesse , et que c |pt à ce sujet qu'il est entré en 
dialogue avec Frigg. Si l'auteur a commencé son poème 
ex abrupto, il le finit, pour ainsi dire, par une aposiôpèse 
ou réticence. Comme s'il connaissait le/ convenances du 
théâtre, le poète tire le rideau sur le spectacle de la mort 
de Vafthrûdnir, et laisse à deviner le sort qui attend 



INTRODUCTION. 259 

le malheureux jouteur derrière la scène. En cela , il fait • 
preuve de beaucoup de jugement et de goût. De plus , il y 
a dans notre poëme des tournures de phrase qui prouvent 
que le poète avait parfois de la délicatesse dans ses pen- 
sées, et de la finesse, dans ses expressions. Ce n*est donc 
ni sous le rapport de la disposition ou du plan, ni sous 
celui des pensées ou du fond, que notre poème laisse 
beaucoup à désirer : c'est dans le style que réside le prin- 
cipal défaut de Vaflhrùdnismâl. Le style en est générade- 
ment trop prosaïque, et les mêmes phrases qui revien- 
nent dans presque chaque strophe, répandent sur tout 
le poème quelque chose <f uniforme et de monotone; Il 
est vrai que le dialogue comporte tin style moins poé- 
tique, mais toujours fatuf-il que dans un poème lelanglage 
se soutienne au-dessus de là prose ordinaire. B^un autre 
côté, il faut convenir que les répétitions proviennent, en 
partie, de la nature même du sujet de VafthrudlkisEl>àl. 
Comme les mêmes idées devaient nécessairement se 
répéter plusieurs fois, le poète a cru devoir les reproduire 
chaque fois sous les mêmes expressions. Mais que Ton 
attribue les défauts que nous venons de signaler, ou à la 
nature du sujet, ou à la négligence du poète, toujours 
est-il vrai que Vafthrûdnismâl n'est point du nombre des 
plus belles poésies de FËdda. Cependant sous beaucoup 
de rapports, surtout par les renseignements qu 3 renfei'me 
sur la mythologie Scandinave , ce poëme sera toujours un 
des monuments lès plus curieux de l'ancienne littérature 
islandaise. 



17- 



VAFTHRUDNISMAL, 



PDÎNN. 

RâS ^û mèr nû, Frigg, aliz mik /ara tiSir 

At vitia FoiprùSrus; 
Îbryitnî mikla kvëS-ëk mer â /ornom stofom 

vis |>ann-inn cdsvinna íötun. 

FRIGG. 

5 Heima ietia ek munda fíeríafoSr 
I görSora jfoSa : 
þviat engi iôton ëk hugoa îafh-ramman 
Sem Faf)>rûSni vëra. 

ODINN. 

Fiôid ëk /or, fioid èk /reistaSa 
10 Fiôid èk reynda regin : 

Hitt vii-ëk vita, hve FafþruSnis 
5ala-kynni se. 

FRIGG. 

ffeill |>û farir, fceiil |>û aptr komir, 
fieiil |>û Asyniom sêrl 
15 OESí ]>ër dugi, hvars |>û skalt, or alldafo^rl 
OrSom mæla íötun. 

For thâ Odinn, at freista ordspeki 

Thëss-ins alsvinna tötuns; 
Ât hollo hann kom ër àtti /ms-fadir : 
îi» /nn-gékk Yggr thêgar. 



DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 



ODJN. 
Que me conseîUes-tu , Frigg? il me tarde de partir 

Pour aller voir Vafthrûdnîr ; 
Tai, je Favoue, une grande euriosité de parler sur les 

Avec ce lote qui sait tout. [antiquités 

FRIGG. ^^ 

Père des Combattants, je voudrais te retenir chez toi, ^ 

^ Dans les palais des dieux : 
Car aucun lote, je pense, n*est égal en force 
A ce Vafthrûdnir. 

ODIN, 

J'ai voyagé beaucoup, j'ai eu beaucoup d'aventures, 

Tai mis à l'épreuve beaucoup de puissances : lo 

Je veux donc aussi savoir comment Vafthrûdnir 
Tient son ménage. 

FRIGG. 

Que ton voyage soit heureux ! que ton retour soit heureux ! 

Que tu reviennes heureux auprès des Asynîes! 
Puisse ta sagesse t'aider, ô notre Père de l'Univers , quand is 

Disputer avec ce lote. , ' [il te faudra 

Odîn partit donc pour éprouver la sagesse 

De ce lote qui sait tout ; 
Il arriva à la demeure qu'habitait le père d'Imr ; 

Le Circonspect y entra aussitôt. 20 



262 VAFTHRUDNISMAL. 

ODINN. 

Ueiil pu nu Vaf)>rûSnir! nû ëm-ëk î fcôll kominn 

â pii 5Îâlfan sià : 
Hitt vil-ëk Jyrst vita, ëf pu Jto^t sêr, 

ÈSt alsviSr, iôtunn! 

VAPTHRÚDNIR. 

25 Hvat ër j^at manna, ër î mînom sal 
Fërpomk orSi â? 
Ui pu né komir orom hollom frâ 
Nëma pu ian ^notrari sêr. 

ODINN. 

GângrâSr ëk heiti; — nû ëmk af ^ôngo kominn 
50 þyrstr til þinna sala, 

LaSar |>urfi (hefi ëk Zengî farit), 
Ok ]>inna ondfânga, iotuni:i! 

VAFTHRÛDNIR. 

flvî )>û )>â, GângrâSr, mœliz af jôlfi fyr? 
Far-|>û î 5ëss î sal! 
55 þa skal /reista hvârr /leira viti, 
Gestr ë^r inn ^amlí þulr. 

6ÂNGRÂDR. 

OavSigr maSr, ër til auSigs kômr, 

Mælí þarft ëSr |>egi; 
Ofrmaelgi mikil, hygg-ek at flla geti 
40 Hveim ër viS /caldrifiaSan komt. 

VAFTHRÔDNIR. 

Seg-|)û mër, GângrâSr, — allz ])û â jfôlfi vill 
þins um yreista ^ma — 



DISCOURS DE VAf THRUDNIR. 265 

ODIN. * 

Je te salue Vafthrudnir, je suis entré dans ta demeure 

Pour voir ta personne : 
Je voudrais surtout savoir si tu es savant 

Et versé en tout, lote! 

VAFTHRUDNIR. 

Quel est cet homme qui, dans ma salle, 25 

Me provoque si brusquement? 
Tu ne sortiras pas de ma demeure 

Si tu n'es pas plus savant que moi. 

ODIIf. 

Je me nomme Gangrade^ — Je viens de quitter la route, 

Altéré que je suis, pour entrer dans ta demeure : so 

J'ai fait un long voyage, j'ai besoin de ton hospitalité 
Et de ton accueil , ô lote ! 

VA.FTHRÛD.NIR. 

Pourquoi , Gangrade , parles-tu là , debout dans le vestibule ? 

Viens prendre place dans' la salle : 
Alors nous éprouverons lequel est le plus savant, 

De l'étranger ou de ce vieillard parleur. 55 

GANGRADE. v 

Le pauvre qui entre chez le riche 

Doit parler avec discrétion ou se taire : 

La loquacité, je pense, porte malheur 

A quiconque se trouve avec un homme sévère. 4o 

VAFTfiRÛDNIR. 

Dis-moi, Gangrade : — puisque debout dans le vestibule, 
Tu veux prouver ta supériorité. — 



264 . VAFTHRUDNISMAL. 

Hve sa fcestr fceilir, èr jtiverian dregr 
^ Dag of drôttmogo? 

GÂNGRÂÇB. 

45 Skinfaxi heitir ër inn ifcîra dregr 
Dag um arôttmôgo; 
flesta beztr ]>ykkir feann mèS reiSjgotoin 
Æi iýsir mon af mari. 

VAFTHRUDNIR. 

Seg-þú þat, GângrâSr, — allz ]>û a giôlfi viil 
50 þins um /reista yrama — 

Hve sa îôr heitir ër austan dregr 
iVôtt of nyt regin? 

GÂNGRÂDR. 

flrîmfaxi fceitir ër Averia dregr 
iVôtt of Tiyt regin : 
55 Afeldropa ieliir hann morgin hvern, 
^aSan komr dogg um dala. 

VAFTHRUDNIR. 

Seg-]>û ]>at, GângrâSr, ^— aliz \>û â jôifi viil 

þins um^reista /rama — 
Hve 4Û a heitir, ër deiiir mèS íötna sonom 
60 Grund ok mëS jfoSom. 

GÂNGRÂDR. 

/Ifing heitir a ër deiiir mëS îotna sonom 

Grund ok mëS jfoSom; 
Opin rënna hon skal um aldr-daga 
• VërSr-at is â a. 



DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 265 

Quel est le nom du cheval qui amène chaque fois 
Le jour au genre humain? 

GANGRAÐE. ^ 

Il se nomme Skinfaxi; cest lui qui apporte le jour ^^ 

Lumineux au genre humain : 
Il est réputé pour le meilleur de tous les chevaux ; 

La crinière du coursier brille continuellement. 

VAFTHRUDNIR. 

Dis-moi, ðangrade : — puisque debout dans le vestibule, 

Tu veux prouver ta supériorité. — ^® 

Quel est le nom du cheval qui amène , de Torient , 
La nuit aux Grandeurs bénignes ? 

• GAN6RADE. 

Hrimfaxi est le nom du cheval qui apporte chaque fois 

La nuit aux Grandeurs bénignes : 
Chaque matin il laisse tomber Técumé de son mors ^^ 

D'où provient la rosée dans les vallées. 

VAFTHRUDNIR. 

Dis-moi, Gangrade : — puisque debout dans le vestibule, 

Tu veux prouver ta supériorité. — 
Quel est le nom du« fleuve qui partage la terre 

Entre les fils des lotes et les dieux ? &o 

GANGRADE. 

Ilfing est le nom du fleuve qui partage la terre 

Entre les fils des lotes et les dieux : 
Sans jamais geler, il coulera éternellement; 

Jamais il ne sera couvert de g^ace. 



266 VAFTHRUDNISMAL. 

VAFTHBUDNIR. 

65 Seg-]>û J)at, GângrâSr, ~ aUz þu â jôlfi( vill 
þins um ^ista /rama — 
Hve sa vôUr heitir êr finnaz vîgi at 
5urtr ok în 5vaso gcS? 

GÂNGRÂDR. 

VignSr heitir vollr-ër finnaz vigi at 
70 5urtr ok in 5vaso goS : 

HundraS rasta jtiann èr à hvermn vëg; 
Sa ër ]>eim uôflr vitaSr. 

VAFTHRÛDNIR. 

FrôSr ërtû nu, gestri /ar-þu â bekk iôtuns, 
Ok mælomk î ^êssi 5aman! 
75 HöíSi veSia viS skolom fcôUo î, 
Gestr, um ^eSspekil 

GÂTiGRÂDR. 

Seg-J)û J)at iS eina — ëf ]>itt a/Si dugir 

Ok J)û, FafþruSnirl vitir — 
HvâSan îord um-kom, eSv upp-himinn 
80 Fyrst? inn fraSi iôtunn ! 

VAFTHRUDNIR. * 

Or Ymis holdi var îôrS um-skopuS, 

ënn or beinom 6iörg, 
Himinn or hàusi ins fcrimkalda iotuns, 

ënn or ^eita siôr. 

GÂNGRÂDR. 

85 Seg-J)û þat annat — èf J)itt ceSi dugir 
Ok |)û, Faf]þruSnirI vitir — 



DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 267 

YAFTHRÚDNIR. ^ 

Dis ceci , Gangrade : — puisque debout dans le vestibule , «s 

Tu veux prouver ta supériorité. — 
Quel est le nom de cette plaine où se rencontreront au 

Surtur et les dieux paisibles ? [ combat 

GAVGRAD^, 

Vignde est le nom de la plaine où se rencontreront au com- 

Surtur et les dieux paisibles : [bat 7o 

Elle a cent journées de chemin en longueur et en largeur; 
Voilà le champ de bataille qui leur est assigna. 

VAFTHRÛDNIA. 

Je vois, étranger, que tu es savant; viens f asseoir sur mon 
Et discutons ensemble étant assis. [banc, 

Etranger! gageons nos têtes ici dans la salle, — 75 

Cest à qui aura le plus de savoir. 

GANGRADE. 

Si ton esprit est assez fort et que tu possèdes la science, 
Réponds , Vafthrûdnir, à cette première question : 

Doù sont venus, au commencement, la terre et le ciel? 

Dis cela, savant lote! «o 

VAFTHRÛDNIR. 

La terre a été créée de la chair d'Ymir, 

Les montagnes ont été formées de ses os , 

Le ciel a été fait du crâne de ce lote g^acé, 
Et la mer a été produite par son sang. 

GANGRADE. 

Si ton esprit est assez fort et que tu possèdes la science , s5 
Réponds , Vafthrûdnir, à cette seconde question : 



268 VAFTHRUDNISMAL. 

HvaSan Htkm um-kom sâ-ër ferr menu yfir, 
ÈSr iSoi iS 5ama. 

VAFTHRUDNIR. 

Afundilfœri heitir hann ër Mâna ifaSir 
90 Ok svâ 5ôlar i8 5ama; 

Himin hveridi þau skoio hverian dag, 
• Oldom at artali. 

GÂTiGRÂDR. 

5eg-J)û þat-iS þriSia — aik j>ik 5vinnan kvëSa 
Ok J)û, Faf]|)rûSnir! vitir — 
95 HvaSan Dagr um-kom, sâ-ër ferr drôtt yfir, 
ESr iVôtt mëS TiiSom? 

VAFTHRUDTÍIR. 

DeUîngr heitir hann ër Dags faSir, 

ïjin iVôtt var JVorvî borin; 
Ny ok ni8 skôpo /lyt regin, 
100 iMdom at artali. 

y GANGRÂDR. 

Seg-]>û ]>at-iS yïôrSa — aliz J)ik ^rôdan kvëSa 
Ok J)û, FafjþruSnir! vitir — 

HvaSan Fëtr mn-kom, ëSr varmt Sulnar, 
Fyrst raeS fraS regin ? ' . 

VAFTHRUDNIR.. 

105 Fîndsvair heitir hann ër Fëtrar faSir, 
Enn SvasuSr 5umars; 
iár-of bœSi þau skoio œi fara, 
Unnz riûfaz regin. 



^ DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 269 

D*où est venu Mâni qui passe par dessus les hommes; 
D'où est venue encore Sol? 

YAFTHRÛDNIR. 

Mundilfoeri est le nom de celui qui est le père de Mâni 

Et de Soi également; ^ 9o 

Chaque jour ils feront tous les deux le tour du ciel 
Pour compter aux mortds la durée de Tannée. 

GANGBAÐE. 

Puisqu'on te dit si instruit et que tu possèdes. la science, 
Réponds, Vafthrûdnir, à cette troisième question : 

D'où sont venus le Jour qui passe pardessus les peuples, 95 
Et la Nuit avec la nouvelle lune? 

VAFTHRÛDNIR, 

Delling est le nom de celui qui est le père du Jour; 

Mais la Nuit est la fille de Norvi : 
Lçs Grandeurs bénignes ont créé la nouvelle lune et le 
premier quartier 

Pour compter aux mortels la durée de Tannée. 100 

GANGRADB. 

Puisqu'on te dit si savant et que tu possèdes la science , 

Réponds, Vafthrûdnir, à cette quatrième question : 

D'où sont venus au conmiencement THiver et TÉté cha- 
Parmi les Grandeurs intelligentes? [leureux 

VAFTHRÛDNIR. 

Vindsvale est le nom de celui qui est le père de THiver, 105 

Mais Svasuder est le père de l'Été : 
L'Hiver et l'Été adterneront toujours dans Tannée , 

Jusqu'à ce que les Grandeurs périssent. * 



270 VAFTHRUDNISMAL. 

GÂIIGRÂDR. 

Seg-)>û J)at-iS /imta — aflz þik froS^n krèSa 
110 Ok J)û, FafþruSnir! i^itir — 

Hverr Aset ellztr ëSr Ymis niSia 

YrSi î ar-daga? 

VAFTHRDDNIH. 

Or^ vëtra, âSr væri îorS skopuS 
þa var Bergehnir borinn; 
115 þro^geimir var J)êss faSir, 
Enn Orgelmir afi. 

GÂNGRÂDR* 

Seg-]>û ]>at-iS ^iötta — aUz J)ik ^jiman kvëSa 

Ok J)û, ral]f)rûSnirl ritir — 
HvaSan Orgelmir kom i»ê^ iôtna sotiom 

120 Fyrst? inn /rôSi iotuim! 

VAPTHRUDNIR. 

Or Mivâgom stukko ritr-drôpar, 
Srâ 6x unnz var^ or iotunn: 

þar orar œtÛT koma aliar saman; 
þvi ër )>at oiit til atait 

GÂNGRÂDR. 

125 Seg-]>û J)at-iS ^iónda — attz J)ik mnnan kvëSa 
Ok |)û, FafJ)rúSnir! vitir — 
Hve sa torn gat ënn MUdni iótunn, 
Er hann hafSi-'t jfýgiar ^aman. 

VAFTHRÔDNIR. 

Undîr hendi yaxa kvâSo flnnaþursi 
130 Afey ok mog saman; 



DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 271 

GANGRADE. 

Puisquon te dit si savant et que tu possèdes la science, 

Réponds, Yafthrûdnir, à cette cinquième question : iio 

Qui a été, au commencement des siècles, le premier des 
Et le premier des enfants dTmir? [ Ases , 

YAFTHRÛDNIR. 

Dans la rigueur des hivers, avant que la terre fût créée , 

Bergelmir naquit; 
Thrudgelmir était son père , ^^^ 

Et Orgelmir son aïeul. 

GANGRAÐB. 

Puisqu'on te dit si instruit et que tu possèdes la science , 
Réponds, Vafthrùdnir, à cette sixième question : 

D'où est venu , au commencement, Orgelmir parmi les fils 

Dis cela, savant lotel [des lotes? 120 

YAFTHRÛDNIR. 

Des gouttes de venin , jaillissant des fleuves^Elivâgar, 

Se congelèrent jusqu à ce qu'il en naquit un lote : 

A lui remontent toutes nos £similles ; 

C'est pourquoi toute cette race est si robuste. 

GAN6RAÐB. 

Puisqu'on te dit si instruit et que tu possèdes la science, 125 
Réponds, Yafthrûdnir, à cette septième question : 

Comment èiogendra-t-il des enfants, ce géant robuste, 
N'ayant point la jouissance d'un^ géante? 

YAFTHRÛDNIR. 

Sous le IwAs, dit-on , de ce Thursese formèrent enseitible 

Un garçon et une fille : 150 



272 VAFTHRUDNISMAL. 

Fôtr viS /œti gat ins JvaSdi iotuns 
Ser-höíSaSan son. 

GÂNGRÂDB. 

Seg-J)û J)at-iS âtta — aliz þik frôSan kvëSa 
Ok J)û, raf]>rûSnir! vitir -^ 
155 Hvat J)û /yrst of-mant, ëSr yremst vm-veitzt? 
þa ërt alsviSr iôtunn. 

VAFTHRUDîilR. 

Orôfi vëtra, âSr væri iörS um-sköpuS 

■þa vâr JBergeimir 6orínn; 
þat ëk yyrst um-man, ër sâ-inn /roSi iötunn 
340 Var a iûSr um-?agiSr. 

GÂNGRÂDR. 

Seg-]>û þat-iS nionda — aliz ]>ik ^svinnan kvëSa 

Ok þu, raf)>rûSnir! vitir — 
HvaSan vindi* um-kömr, svâ at ferr .vâg yfir? 

Ei meim hann 5Íalfan um-5Ía. 

VAFTHRÛDNIR. 

145 jffræsvelgr fceitír, ër sitr â /limins erida, 
/ötunn Î arnar ham; 
Af hans vængíom kveoa vind koma 
i411a men jfir. 

GÂNGRADR. 

Seg-J)û ]>at-iS tíunda — aliz \>û tíva rök 
150 Oli, Faf|)rûSnir! vitir — 

HvaSan NiórSr am-kom mëS 4sa sonomP 
17ofom ok fcörgom hann ræSr feund-möi^om , 
' Ok varo-at hann yísom alinn. 



DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 275 

Un pied de ce lote intelligent engendra avec l'autre 
Un fils qui avait une tête à soi. 

GAN6RADB. 

Puisqu'on te dit si savant et que tu possèdes la science, 

Réponds, Vafthrûdnîr, à cette huitième question : 

Quel est ton plus ancien souvenir? Jusqu'où remonte ta i55 
Réponds, toi , lote qui sais tout! [science? 

VAFTHRÓÐNIR. 

Dans la rigueur des hivers , avant que la terre fut créée , 

Bergelmir naquit : 
Mon plus ancien souvenir, c'est que ce lote intelligent 

S'est mis dans une barque. i4o 

GANORADE. 

Puisqu'on te dit si instruit et que tu possèdes la science, 
Réponds, Vafthrûdnir, à cette neuvième question : 

D'où vient le vent qui passe par-dessus les flots, 

Et qui est toujours invisible aux hommes? 

VAFTHRÛDNIR.. 

Hræsvelg est le nom de celui qui est assis à l'extrémité du 145 
C'est un lote sous un plumage d'aigle : [ciel , 

De ses ailes provient , dit-on , le vent 

Qui soufiEle par-dessus le genre humain. 

GANGRADE. 

Puisque tu connais l'origine de toutes les divinités, 

Réponds, Vafthrûdnir, à cette dixième question : 150 

D'où venaitj Niordur chez les fils des Ases? 

Il préside à quantité d'enceintes et de sanctuaires. 
Et pourtant il ne descend point des Ases. 

18 



274 VAFTHRUDNISMAL. 

VAFTHRÛDNIR. 

I Fanaheimi skôpo hann vis regin 
155 Ok seldu at giislingo jfoSom; 

I oldar rok hann mun aptr koma 
Heim mëS DÎsom Tônom. 

6ÂN6RÂDR. 

Seg-J)û J)at-iS eilifta — allz J)û tîva rok 
OU, FaljjrûSnir! vitir — 
160 Hvat Ein/ieriar vinna fleriafôSrs at, 
Unz riûfaz regin? 

VAFTHRÛDNIR. 

Ailir fiinheriar, OSins tûnom î, 

flÔggvaz /iverian dag; 
Fai þeir kiôsa ok rîoa vîgi frâ, 
165 Sitia meir um sâttir 5anian. 

gAngrâdr. 
Seg-|>û þat-iS tôlfta, hvî ]>û tíva rok 

OU, Faíjþrudnir! vitir? 
Frâ lotna rûnom ok aiïra goSa, 
5agSir i8 sannasta, 
170 Inn aisvinni ïôtunnî 

VAFTHRUDNIR. 

Frâ íótna rûnom ok dira goSa, 

Ek kann iegia satt; 
því-at Avern hefi-ëk heim um-komit, 
JVîo kom-ëk heima for iViflheim nëS^n, 
175 Hinnig deyia or fcelio /lalir. 



DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 275 

YAFTURÔDNIR. [heim, 

Les Grandeurs intelligentes Tont fait naître dans Vana- 

Et ils l'ont envoyé comme otage aux dieux : 155 

A la fin du monde, il s'çn retournera ' 

Chez les Vanes intelligents. 

GANGRADE. 

Puisque tu connais Torigine de toutes les divinités, 

Réponds, Vafthrudnir, à cette onzième question : 

Que font les Monomaques chez le Père des Combattants, 160 
Jusqu'à ce que les Grandeurs périssent ? 

VAFTHRUDNIR. 

Tous les Monomaques dans les enclos d'Odin , 

Se livrent combat chaque j our ; 
Ils choisissent leur victime , reviennent à cheval du combat, 

Et s'assoient ensemble cordialement à table. les 

0ANGRADB. [uités.^^ 

Conmient as-tu pu connaître l'origine de toutes les divi- 
Réponds, Vafthrudnir, à cette douzième question : 

Sur les mystères des lotes et de tous les dieux , 
Tu viens de parler parfaitement bien , 
Toi , lote qui es versé en tout! . i7o 

VAFTHRUDNIR. 

Je puis parler des mystères des lotes » 

et de tous les dieux ; 
Car j'ai parcouru chaque monde , 
J'ai visité les neuf mondes, même Niflhel en bas. 

Où descendent les ombres venant de Hel. ^'^ 



18. 



276 VAFTHRUDNISMAL. 

GÂNGRÂDR. 

Fiöld êk Jht, fioid ëk ^reistaSak, 

Fiold ëk reynda regini 
Hvat iifir manna, J)â-ër inn mæri lîSr 

Fimbvd-vëtr mëS /îrum? 

VAFTHRÛDNIR. 

180 Lîf ok Lífþrasir — ënn ]>au {eynaz muno 
I fcolti Hoddmîmis; 
Aforgin-dôggvar ]>au sêr at mat hafa; 
þaSan af aldir olaz. 

GÂNGRÂDR. 

Fiold ëk for y fiold ëk ^eistaSa, 
185 Fiold ëk reynda regini 

Hya<^an kômr «Sol â inn slêtta himin 
þa-er ]>ëssa hefir Fenrir /arit? 

VAFTHRÛDNIR. 

Eina dôttur berr iáilröSuU 
ASr hina Fenrir /ari : 
190 Su skal rîSa, ]>â-ër regin deyia, 
ikiôSur brautir mær. 

GÂNGRÂDR. 

Fiold ëk /or, fiold ëk ^eistaSa 

Fiold ëk reynda regini 
Hveriar ro J>œr meyiar ër lîSa mar yfir 
195 FrôSgeSiaSar /ara? 

VAFTHRUDNIR. 

þriar þioSar, falla |>orp yfir, 
Meyia il/óg]>rasis; 



180 



DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 277 

GÂNGRADE. [tures, 

Moi aussi, j'ai beaucoup voyagé, j'ai eu beaucoup d'aven- 
J'ai mis à l'épreuve beaucoup de puissances : — 

Quels sont les hommes qui vivront, quand ce grand 
Et terrible hiver passera sur la terre? 

VAFTHRUDNIR. 

Ce sera Lif et Lifthrasir; ils seront ensevelis 

Dans la colline de Hoddmimir; 
Ils auront pour nourriture la rosée du matin : 

C'est d'eux que naîtront les hommes. 

GANGRADE. 

J*ai beaucoup voyagé, j'ai eu beaucoup d'aventures. 

J'ai mis à l'épreuve beaucoup de'puîssances : - — is5 

Comment Sol pourra-t-elle revenir dans le ciel désert 
Quand Fenrîr l'aura saisie ? 

VAFTHRUDNIR. 

Âlfrodull mettra au monde une fille 

Avant d'être prise par Fenrir : 
Quand les Grandeurs auront péri, la vierge parcourra i9o 

Les routes de sa mère. 

GANGRADE. 

J'ai beaucoup voyagé, j'ai eu beaucoup d'aventures, 

J'ai mis à l'épreuve beaucoup de puissances : — 

Quelles sont ces vierges qui au-dessus de la mer des peu- 

Volent douées d'un esprit de sagesse ? [pies 195 

VAFTHRUDNIR. 

Au-dessus des hameaux volent trois compagnies 
De filles de Mogthrasir : 



278 VAFTHRUDNISMAL. 

Hamíngiar einar ]>eirra î heirai ëro 
þo J>œr mëS lotnom alaz. 

6ÂNGRÂDR. 

200 Piôld ëk /or, fiold ëk yireistaSa, 
Fiôld ëk reynda regin! 
Hverir râSa Æsir eignom goSa 
þa-er doknar Surta logi? 

|VAFTHRÎJDNIR. 

FîSarr ok Fali byggia vè goSa 
205 þa-er íloknar Surta iogi; 

MôSi ok ilfagni skolo Miöini hafa 
Ok vinna at vîg-]>roti. 

GÂNGRADR. 

Fiôld ëk yôr, fioid ëk ^reistaSa, 
Fiold ëk /eynda regin! 
210 Hvat vërSr ÓSm at aldur-lagi 
þa-er riûfaz regin? 

VAFTHRÛDNIR. 

t/lfr gleypa mun iUdafö^ur; 
þess mun VîSarr rëka; 
Kalda liiafta hann fclyfia mun 
215 Fîtnis rîgi at. 

ODINN. 

Fiold ëk ^r, fiold ek /reistaSa , 
Fiôld ek reynda regin! 

Hvat mælti OSinn, a8r â bâl stîgi, 
Siâlfr î eyra íynií^ 



DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 279 

Toutes génies tutélaires de ceux qui habitent le monde, 

Rien qu elles soient élevées parmi les lotes. 

\ 

GAN6RAÐE. 

J'ai beaucoup voyagé , j'ai eu beaucoup d'aventures , 200 

J'ai mis à l'épreuve beaucoup de puissances : — 

Quels sont les Âses qui présideront aux possessions deS| 
Quand la flamme de Surti sera éteinte? [dieux , 

VAFTHRUDNIR. 

Vidar et Vali habiteront les palais sacrés des dieux , 

Quand la flamme de Surti sera éteinte : 205 

Modi et M agni auront le Marteau , 
Et mettront fin au combat. 

GANGRADE. 

J'ai beaucoup voyagé , j'ai eu beaucoup d'aventures , 

J'ai mis à l'épreuve beaucoup de puissances ; — 

Quel sera le sort d'Odin à la fin des siècles, 210 

Quand les Grandeurs périront? 

VAFTHRUDNIR. 

Le Loup engloutira le Père du Monde 

Qui sera vengé par Vidar : 
Luttant avec Vitnir, Vidar lui fendra 

Sa gueule pernicieuse. 215 

ODIN. 

J'ai beaucoup voyagé, j'ai eu beaucoup d'aventures, 

J'ai mis à l'épreuve beaucoup de puissances : — 

Qu'a dit Odin à l'oreille de son fils 

Avant de le monter sur le bûcher ? 



280 VAFTHRUDNISMAL. 

^VAFTHRUDNIR. 

520 Ei mannz ]>at veit hvat ]>û, î ár-daga, 
5agSir Î eyra 5yni. 
Feigom munni mæitak mína /orna stafi 

Ok um ragna rök; 
Nû ëk viS OSinn deildak mina orSspeki — 
225 þu ërt æ rísastr vëra. 



- DISCOURS DE VAFTHRUDNIR. 281 

VAFTHRÛDNIR. 

Personne ne sait ce qu'au œmmencement des siècles ^^^ 

Tu as dit à l'oreille de ton fils. 
Tai prononcé mon arrêt de mort en pariant de ma science 

Et de Torigine des Grandeurs; [du passé 

Car j'ai osé rivaliser de sagesse avec Odin. — 

Toi, tu es toujours le plus sage des hommes. 



225 



282 VAFTHRUDNISMAL. 

NOTES 
CRITIQUES ET PHILOLOGIQUES. 



Vers 1 . — iZ^ est mis pour aUra hellz, lat. omnium maxime y prœsertim 
cam. 

Vers 2. — Vitia (faire la revue de) voir, visiter, régit le génitif. 

Vers 3. — Ce vers renferme une construction elliptique et cUtractive. 
Forvitni mihla kvéd-ék mer ( je m^avoue une grande curiosité) signifie: 
«j^avoue que j'ai une grande curiosité. » Devant âfomom stôfom, il faut 
80us-en tendre ai malaz (de parler); ce verbe est omis, et âfomom 
stôjum se rapporte directement , par attraction (comme disent les gram- 
mairiens) , h forvitni mikla, parce qu'on peut dire/orriíní mikil âfomom 
stöfom (la curiosité, le goût pour les antiquités). . 

Vers 4. — Thannrinn , deux pronoms démonstratif réunis comme 
dans celui, ceci; f^^^H, et celui-ci, se composent de trois particules 
démonstratives. 

Vers 5. — Mi^da est l'imparfait de l'indicatif, et remplace ici l'im- 
parfait du subjonctif nt^ndi (cf. Vôlaspâ, vers 3). L'emploi de l'im- 
parfait de l'indicatif tient à une finesse de style. Frigg, sachant bien 
qu'elle ne pourrait pas retenir Odin, dit : «je voulais te retenir parce 

«que je savais , mais je cède, etc. » — Heriafôdr est à l'accusatif, 

régi par letia. 

Vers 7. — La construction grammaticale est tkviat ék kagda engi 
iötan vêra iafn-ramman sêm Vaftkradni (je ne pensais aucun géant être 
aussi fort comme Vafthrûdnir) . C'est la construction de Vaccusatif 
avec ^infinitif. 

Vers 10. — ^R«^i/i signifie « grandeur, puissance » (voy. Vôluspâ,y. 22). 
C'est la même raciqe d'où vient le mot roi. Regin signifie ici les forces, 
les qualités supérieures qu'Odin éprouvait souvent dans les antres. 

Vers 1 1 . — L'ancienne forme de hve était , ce me semble , hvau , 
goth. hvaa, v. h. a. kveo. Hve est une particule pronominale conjonctive, 
qui signifie quo modo (comment, de quelle manière.) (Voy.il/vicmá/, 1 1 ; 
Fiôlsvinnsmâl , 47.; Lokasenna, 42 ; Skirnisf. 1 1 ; Grimnismàl, 22.) 



NOTES CRITIQUES. 283 

Vers 12. — Salakynni (cf. Heimkynni, HarbardsliâdfZ). — Kynni, 
dérivé de kunnr (connu) , est ce qu'on connaît, l'endroit où 1 on se con- 
naît, où Ion est chez soi; le mot soir renforce encore Tidée de do- 
micile, demeure. En anglo*saxon, cynne tout seul signiBe c domicile, 
famille. » 

Vers i5. — Or, autre forme ponr vor (notre). 

Vers a 3.^ — Hitt est probablement le neutre du pronom démonstratif 
inn, lat. hic : il signifie de là, en lat. hinc. 

Vers 24. — Edr nest pas ici une particule disjonctive, maïs une 
particule conjonctive. 

Vers a5. — Hvat érthat manna, proprement quid est vîroram? pour 
dire cquel homme est-ce?» En allemand, on dirait : was ist dos fur ein 
Mann c qu'est-ce povar un homme?» Cette locution toute germanique 
s^est conservée dans quelques parties du nord de la France. 

Vers 26. — Vérpomk ortZiapour vêrpr à ndk ordi (jette contre moi 
une parole), m'aborde brusquement. Ordi est à l'instrumental, parce 
que dans quelques langues germaniques on dit : jeter^ lancer, tirer avec 
une pierre, une flèche, etc. Vérpa gódom ordom à einn, signifie c aborder 
quelqti'un amicalement.» • 

Vers 28.— Jn/i snoirari, t le plus intelligent (de nous deux). » 

Vers 29. — Gá/i^r<lclr (voyageur) est une meilleure leçon que Ga- 
gnradr: car Odin se dit lui-même voyageur {â gango kominn) , vers 29. 
La leçon Gagnradr vient de ce qu'on désignait n par un petit trait (voyez 
page 82 ). Beaucoup de copistes n'ont pas connu cette abréviation î ou 
l'ont mal transcrite : de là, les mauvaises leçons comme Hrangir au 
lieu de Hrangnir, Skrimir au lieu de Sknmnir, Dami (YngUnga Saga, 1 5) 
au lien de Darinn , etc. 

Vers 33. — La demeure nommée höll (halle) avait deux pièces; 
la première en entrant était appelée golf; c'était une espèce de cor- 
ridor par où l'on entrait dans la seconde pièce appelée sahr (salle). 
Le salr était un peu plus élevé que le golf, et avait un plancher 
tandis que dans le golf, qui servait en même temps de cour et d'étable 
pour les animaux, on foulait le sol. La demeure de Vafthrûdnir 
ressemblait donc assez à Tantre du cyclope Polyphème dans l'Odyssée. 

Vers 36. •— Thulr (parieur, orateur, conteur). Gandi thulr est un 
sobriquet qu'on donnait aux vieillards qui, ne pouvant plus aller à la 



284 VAFTHRUDNISMAL. 

guerre et courir les aventures , se tenaient chez eux , et racontaient 
aux femmes et aux enfants Thistoire des temps passés. Chez un peuple 
où Taction était estimée bien au-dessus de la parole, le mot thulr, par- 
leur, impliquait une idée de défaveur et même de mépris. Cependant 
Vailhrûdnir, tout en déplorant son grand âge, veut faire entendre 
que, bien qu'il soit un de ces vieillards réduits au rôle de parleurs, ils 
se sent encore assez de force d'esprit pour oser se mesurer avec le voya- 
geur qui vient d'entrer chez lui. 

Vers 38. — Cf. Sæmandar-Edda» HavamâL 19. 

Vers 89. — Hygg-ek ai ofr-mœUji mïkil illa geti koeim, etc. «je crois 
cquune grande loquacité fait du mal à,« etc.; illa est adverbe. 

Vers 4o. — Kaldrifiadr (qui a les côtes, les entrailles/roic^e^) signi- 
fie < qui n est pas prévenu en votre faveur, « mais dont le caractère froid 
et sévère s'interdit toute affection et même toute estime qui ne lui serait 
pas, pour ainsi dire, arrachée par vos qualités supérieures. 

Vers 4á- — Au lieu de of (sur, par-dessus, voy. vers 46) , on lit 
dans l'édition de Copenhague, oh ( et) mot qui n'a ici aucun sens. 

Vers 48. — Ljrsirafman, «jette de l'éclat loin du cheval. » . 

Vers 52. — Il faut lire nôtt of nyt regin. Nyt regin sont les divinités 
bénignes et non pas les plaies utiles ; car Hrimfaxi ne répand pas les 
pluies, mais seulement la rosée. Il est vrai, nyt se dit surtout de l'in- 
fluence bénigne des dieux sur la fertilité de la terre; ainsi le poète 
Eyvindr SkaldaspiïUr» en parlant de Freyr, l'appelle shirom Frey nytom 
Niardar hwr. 

Vers 55.— Le mot meldropar (gouttes de mors), gouttes d'écume 
du cheval, ne doit pas être confondu avec meldropar, en danois meeldag, 
en allemand mehlthau, miltfum. Dans ce dernier mot, mel (meel, mil) 
dérive sans doute de l'ancien mot Scandinave melr, qui signifie une 
teigne, et plus spécialement ces animalcules qui ^e montrent sur 
les plantes quand le soleil donne pendant la pluie. Mel (mors) et melr, 
(teigne) ont une racine commune, mais des significations bien diffé- 
rentes. — Hvern pour hverian. 

Vers 61. — Nous donnons la préférence à la leçon de Rask qui, 
par conjecture, a substitué Ilfmg à IJing comme on lit dans l'édition 
de Copenhague. Il y avait aussi une ville nommée Ilfing dans l'ancien 
Prysaland. 



NOTES CRITIQUES. 285 

Vbbs 62. — An lieu de méd aida sonom, il faut lire comme dans l'édi- 
tion de Stockholm : mëd iôtna sonom (cf. vers 60); en effet, le fleuve 
Ilfing ne coule pas entre Asgard et Midgard y mais entre Bfidgard et 
lötanheim. 

Vers 63. ~- Opin rënna hon skal (elle coulera ouverte); on dit: à ér 
opin (la rivière est ouverte) quand elle nest pas prise (couverte) de 
glace. 

Vers ^L-^Vérdr-ai ts ââ, «il n y aura pas de glace dans le fleuve. » 

Vers 71. — Rôst (repos, relai) est une journée de chemin qu'on 
fait tout d'une traite; c'est ce qu'on appelle aujourd'hui en Islande 
TMngmannaieid. — A hverianvèg (en toute direction, en tous sens) en 
longueur et en largeur. 

Vers 74. — Mœîomk; cette forme grammaticale a une tout autre 
origine que vérpowk , vers a6; mœîomk est une contraction de mœlum ek 
(parlons moi) , et mœlum ék se dit pour mœbun ihá ok ék (parlons toi 
et moi) , par la même raison qu'on dit hua their Hôdr (voyez Vôhupâ, 
page 220). M. Grimm donne de mœîomk une explication différente de 
la nôtre dans sa Grammaire allemande , tome IV, page 4i. 

Vers 75. — Skolum vedia vid hôfdi (nous voulons engager la tête); 
kôfdi est à rinstrumental comme désignant la chose avec laquelle se 
fait l'action exprimée par le verbe. 

Vers 76. — Vm gedspeki exprime la cause et le but de cette joute 
d'esprit, de cet assaut de savoir. 

Vers 80. — Innfrôdi lotunn! c toi qui es un lote savant. » 

Vers 87. — L'édition de Copenhague porte svd atferr (de sorte 
qu'il , etc. ). Cette leçon partdt provenir du vers 1 43 , où se trouve éga- 
lement svd atferr. Quoiqu'il en soit, la leçon de l'édition de Stock, est 
évidemment préférable (cf vers 95). 

Vers 88. — Id sama ( de même ) est une cheville pour remplir 
le vers; c'est une répétition en d'autres termes du mot édr; de même, 
dans le vers 90 , id sama ne fait que répéter le sens exprimé par la 
particule svâ. 

Vers 89. — Mundilfœri signifie qui «conduit ou tourne la manivelle 
« d'un moulin à bras. » Ce nom doit indiquer l'auteur du mouvement 
circulaire du soleil et de la lune. 

Vers 91 . — Thau; quand le pronom démonstratif se rapporte à deux 



286 VAFTHRUDNISMAL. 

sujets, dont Tua est masculin et Tautre féminin, il est mis an pluriel 
du neutre (voyez Vohispâ, vers 37). 

Vebs 100. — Oldom ai artali, hominibus in anni coniputum (cf. Vö- 
Inspâs vers 26 i ar of at ielia). Les mois se comptent d'un nid (dispa- 
rition de la lune) à Tautre. Dans la langue des Alfes, la lune est 
nommée Artali (qui dénombre Tannée). 

Vers 107. — Ce vers et le suivant ne se trouvent pas dans le Codex 
regias de la bibliothèque royale de Copenhague ; mais si on les omet- 
tait, il y aurait ici une lacune. D'ailleurs il n y a pas la moindre raison 
qui nous autorise à croire que ces vers ne sont pas authentiques. Âr of 
( le long de Tannée) dans Tannée; en allemand ijuhraaf. 

Vers 1 i3. — Dans Tédition de Cop. on lit orôjl; dans celle de Stoc- 
kholm, ôrôji; il me semble qu il faut écrire érófi^ et dériver ce mot de la 
racine rafa; ôrôf signifie Tâpreté, la rigueur (cf. Fiôl$vinnsmâh aS). 

Vers isS, ia4. -^Ala place de ces deux vers, qn lit, dans les 
éditions, les vers suivants : 

Enn iiom fleygdi or ^udheimî; 
jffyrr gaf Arimi fier. 

Mais il lança des étincdles de Sudheim; 
La chaleur donna la vie à la ^ace. 

Ces deux vers ne me semblent pas autheatiques par les raisons sui- 
vantes: 1** ils ne peuvent pas être expliqués convenablement, car 
quel est le sujet de Jleygdi siom? ce n'*est pas hjrr, qui régit déjà un 
verbe, et de plus, ce mot se trouve dans un vers qui n'est pas lié au 
précédent par Tallitération ; îotunn ne peut pas être non plus le sujet 
du verbe fleygdi. 2° La naissance du géant a déjà été décrite y. 121, 
122; il serait donc déplacé de mettre, après le récit de la naissance 
du géant, la narration des choses qui ont précède cette naissance. 
D'ailleurs la particule en indique ordinairement que la phrase qu elle 
commence exprime la suite et non l'explication ou le développement 
de ce qui a été dit précédemment. 3° Ces vers ne se trouvent que dans 
un seul manuscrit. 4° Dans l'Ëdda en prose, on lit, après unz vard 
or îotunn, les deux vers que nous avons mis dans le texte. Ces vers 
sont un peu différents dans la Snorra-Edda » p. 9, édition de Stockholm; 
on y lit : 



NOTES CRITIQUES. 287 

Thar ëru orar «ettir komnar ollar saman 
Thvi ër that æ (dit til atalt. 

Mais ces vers renferment évidemment des mots qui ne se trouvaient pas 
originairement dans !e texte. — Thar orar œttir koma aUar saman (ici 
[dans ce gé^nt] toutes nos génération se rencontrent], c'est-à-dire 
c toutes nos générations remontent à lui.* Thvi êr that allt til atalt 
(c'est pourquoi tout (toute la race) est si robuste). — Til (trop) se 
construit avec les adjectifs et les adverbes, exemple : til ôfug (trop 
odieux) , Brunbild. Kv. T, 29; (íí görva (trop bien), Brunhild. Kv. III, 
17. (Cf. angl. to.) 

Vebs 1117. — L'édition de Copenhague porte aldni (vieux) au lieu 
de baldni ( robuste ) ; mais hdldni est nécessaire pour l'allitération. 

Vers 129, i3o. — Ces deux vers renferment la construction de 
l'accusatif avec l'infinitif ( voyez vers 7 ) . 

Vers 182. — Sérhôfdadan, — une autre leçon est sêxhôfdadan 
(qui a six têtes). Dans la mythologie Scandinave comme dans les 
épopées sanscrites , on trouve des géants à plusieurs têtes. L'Ëdda et 
les traditions fabuleuses du Nord font mention de plusieurs géants à 
trois têtes, et même d'une géante à neuf cents têtes. Hrungnir avait une 
tète de pierre, lamhans un crâne de fer. La leçon sêxhôfdadan n'a 
donc rien qui doive nous surprendre; cependant il faut dire qu'elle 
n'a été adoptée que parce qu'on ne savait pas s'expliquer suffisamment 
l'autre leçon qui , certainement , est la seule authentique. Sérhôfda- 
dan est traduit, dans l'édition de Copenhague, par sno sihi capite 
gaudentem, et dans la traduction suédoise, par sjelfsiandig (adulte, 
majeur). On saisira le véritable sens de ce mot, si l'on se rappelle 
que la particule sêr (à soi) placée devant un adjectif, ajoute à cet 
adjectif l'idée d'égoïsme, d'entêtement. Sêrhôjdadr signifie donc 
qudqu'un t qui a une tête à soi,» c'est-à-dire qui, sans être méchant, 
s'obstine à ne jamais être de l'avis des autres, et à ne suivre que ses 
propres lumières, n'étant jamais satisfait ni de ce que font, ni de ce 
que disent les autres. Cf sérlundr (m(»*ose) ; sërgodr (arrogant) ; sanS' 

Vers i33. — L'allitération manque dans ce vers. Probablement 
il faut lire svinnan au lieu de frôdan, et mettre l'accent sur le pre- 
mier mot du vers (voy. le vers i/n). L'aHitération manque également 



288 VAFTHRUDNISMAL. 

dans le vers 1 58 , à moins qu on ne veuille accentaer la conjonction 
aUz. 

Vers ido. — • Lndr a les différentes significations du mot grec 
xv^t^ov, en latin cjmhiam\ il peut donc aussi désigner une nacelle, 
une barque. 

Vers i43. — La leçon sia at, qu'on trouve dans Tédition de Stockli. 
me semble mauvaise : ou il faut lire svâ at (de sorte que] , ou sia êr 
(lequel] : sia est une autre forme pour sa, , 

Vers i44. — A la place de ei, on lit, dans l'édition de Stockh. œi 
(jamais]. 

Vers i5i. — Méd Asa sonum; à la place de cet bémistiche, Rask 
a mis, par conjecture t â Nôaiûnom : il croyait que l'allitération man- 
quait dans Tbémistiche, et il voulait la rétablir. Mais notre poète met 
souvent rdlitération dans des syllabes qui ne sont pas fortement accen- 
tuées. Ainsi, dans le vers i5i , um-kom allitère avecâja. 

Vers i&o. — Henafôdrs at (voy. Vôluspâ, vers 176]. 

Vers i64. — Dans les éditions, le vers suivant se trouve inséré 
entre les vers i64 et i65 : ol méd Asom drékka oh sediaz Sœhrimni, 
(ils boivent de Taile avec les Ases, et se rassasient de la cbair de 
Sæbrimnir). Voici les raisons qui me portent à croire que ce vers est 
une interpolation : i** ce vers peut être rejeté sans que le sens ou l'ar- 
rangement de la strophe en souffre ; a*^ l'allitération y manque ; 3° il 
renferme des détails de narration dans lesquels notre poète n'entre 
jamais *, 4** on pourrait encore faire valoir la raison que , dans la langue 
des Ases, la boisson ne. s'appelle pas ôl (aile), comme dans la langue 
des hommes, mais heor (bière). Enfin , si Ton traduit meir par c de plus, 
c ensuite , » on aura une raison de plus pour soupçonner l'authenticité 
du vers. Car sitia saman se rapportant évidemment à la réunion à 
table, meir n'aurait aucun sens après le vers inséré qui exprime déjà 
les plaisirs de la table. 

Cependant, il me semble que meir signifie tout simplement plus : 
«ils s'assoient plus réconciliés,» plus paisibles que jamais, c'est-à- 
dire que les combats qu'ils se sont livrés n'ont servi qu'à augmenter 
le respect et l'amour qu'ils avaient déjà les uns pour les autres. 

Vers 1 69. — J'ai mis dans le texte sagdir au lieu de segdu qu'on lit 
dans les éditions, et voici pourquoi : si l'on adopte la leçon du texte 



NOTES CRITIQUES. 289 

vulgaire segda, ies deux strophes 42 et 43 deviennent inexplicables. 
En effet le texte vulgaire dit : 

Réponds à cette douzième question : D où te vient la connaissance 
Que tu as sur les dieux P 

Après avoir fait cette question, Odin ajoute : 

Frâ iotna rûnom ok allm goda 
Segdu it sannasta. 

De deux choses Tune, ou ces mots sont une nouvelle invitation de 
répondre à la question qu^Odin vient de faire, ou ils sont une seconde 
question suivie d'une invitation d y répondre. Dans le premier cas , il 
faudrait traduire et expliquer dé la manière suivante : « D'après la 
c connaissance que tu as des mystères des lotes et -des dieux, dis-moi 
ccela au juste;» c est-à-dire : «Dis-moi au juste doù te vient la oon- 
« naissance de Torigine des dieux.* Cette explication ne donne pas un 
sens raisonnable. En effet, faut-il donc connaître les mystèfes des 
lotes et des dieux pour savoir d'où nous est venue telle ou telle con- 
naissance? La question d'Odin a-t-elle donc une si haute importance, 
qu'il soit besoin d'insister pour avoir une réponse au juste? D'ailleurs, 
la connaissance de l'origine deti dieux étant précisément un des mys- 
tères, la question reviendrait à dire : «Dis-moi, d'après la connaissance 
«que tu as des mystères, d'où te vient la connaissance des mystères?» 
question absurde. 

Voyons si l'autre explication présente moins de difficulté'. D'après 
cette explication, Odin adresse deux questims au géant : < i° D'où sais- 
«tu l'origine des dieux? a" ÐÍ5-moi ce ^'il y a de plus vrai dans les 
«mystères des lotes et des dieux.» D'abord que signifie de plus vrai? 
Un mystère ou une vérité cachée au commun des hommes , n'est-elle 
donc pas toujours vraie? une vérité peut-elle être plus vraie qu'use 
autre? Ensuite, ne seraitril pas absurde de la part du Père des dieux 
et des hommes, d'adresser à Vafthrûdnir deux questions à la fois? Si 
Odin adressait deux questions au^éant, il faudrait qu'ii-y eût aussi 
deux répohses^ car, à deux questions si diverses, une seule et môme 
réponse ne suffît pas; mais le géant ne donne qu'une réponse. La 
seconde explication ne vaut donc guère mieux que la première. Met- 

19 . 



290 VAFTHRUDNISMAL. 

toas maintenant sagdir à la place de segdu et tout s'éciaircira. Odin 
dit : «Doù te vient cette connaissance sur Torigine des dieux? car tu 
€ viens de répondre parfaitement bien (sannasta) aux questions que je tai 
« adressées sur les mystères des lotes et des dieux, » Vafthrûdnir ré- 
pond : « Je sais bien répondre aux questions sur l'origine des dieux et 
« les mystères des lotes , parce que j ai fait des voyages , etc. » 

Vers 174. — For Nifheim nédan. (Cf. Jj^r iôrd nêdan: Thrymskvida; 
Vöhspá. V. 8.) 

Vers 175. — Il y a dans ce vers ce que les grammairiens appellent 
une cûMtfttction enceinte (constructio pnegnans). Le verbe deyia ren- 
ferme en soi encore Tidëe d*un autre verbe, /ara « laquelle explique 
Tusage de Tadverbe hinnig; hinnig deyia est mis pour deyia ok /ara 
hinnig. 

Vers 181. — HoH (bois, forêt) désigne plus particulièrement une 
forêt sur la pente ou le sommet d'une montagne. Holt a donc tout à 
fait la signification du mot latin saltas : c est tantôt une hauteur cou- 
verte d'un bois, tantôt un bois sur une hauteur. 

Vers 186. — Slêtta himin (ciel uni, ïisse) désigne le ciel désert, 
dépourvu des étoiles qui en sont les ornements. On dit sUti silfur 
(argent uni), pour dire un vase d'argent qui n'est pas orné de bas- 
reliefs; car les bas-reliefs sont, pour ainsi dire, des aspérités sur la 
surface polie de l'argent. 

Vers 187. — Fora einn, «atteindre, attraper quelqu'un qu'on a 
«poursuivi.» Faro ai einum, «tomber sur quelqu'un, le surprendre.» 

Vers 188. — BôcZa// (rougeur) ou diaprôdull (rougeur foncée) 
ou ifröduU (Skaldskaparmâl, p. 2 23) signifie l'or. (Ynglingasaga , 5.) 
álfrödnll (l'or des Alfes) désigne le sdeil. 

Vers 189. — l'ai mis Kina qui me semble è^ la véritable leçon ; 
l'édition de Copenhague porte hana, et l'édition de Stockh. hann. 

Vers 1 90. — Mtda (fouler en chevauchant) se construit avec l'ac- 
cusatif du lieu qu'on travers^. (Voyez Vôîuspà, v. io4, rida grand.) 

Vers 1 96. — La construction grammaticale est thriar thiodar meyia 
Môgihrasis falla thorp yfir» « trois compagnies de filles de Môgthrasir 
«volent au-dessus des hameaux.» Einar (lat. singalœ) toates, plur. fém. 
de einn. 

Vers 207. — Vinna at vigthroti (travailler à la cessation du combat) 



NOTES CRITIQUES. 291 

«contribuer à faire cesser le combat, y mettre fin par une victoire 
« décisive. » 

Vers 21 3. — L allitération manque dans ce vers (Cf. Lokasenna. 
V. 160]. Rêha [venger, prendre la cause de quelqu'un], se construit 
avec le génitif. 

Vers 222. — Feigom, «destiné à mourir, annonçant la mort.» 
Vers 223. — Ragna rok a la même signification que tiva rôk. Rök 
(extrémité, commencement, fin) a souvent été confondu par les 
poètes avec rökr ( crépuscule) , et ragna rôk est devenu synonyme de 
ragna rôkr, parce que la destinée des dieux était de périr dans le cré- 
puscule dm monde. (Voyez Vôluspâ.) 

Vers 224' — Ai deUa eitt vid einn 0atin certare de aliquare corn aUquo.) 
Vers 325. — Vér (lat. vir, homme] se dit aussi des dieux. Les 
hommes sont quelquefois appelés menskir menn (hommes humains). 
Voyez Grinuàsmâl^ strophe 3i. 



»9- 



a92 VAFTHRUDNISMAL. 



NOTES EXPLICATIVES. 



Vers 3. — Le bnl du voyage d'Odin n'était pas d*aller consulter le' 
géant et de s^instruire auprès de lui , mais d apprendre si Vaílhríidnir 
était aussi savant qu on le disait. Antiquité a la même signification que 
mystères d*04in. (Voyez Vôbispâ, y. 3; Introd. p. 243.)^-/ote qui sait 
tout (Voyez FoZi^pá, v.gS.) 

Vers «^5. — Odin est nommé le Phre des Combattants» parce quil 

' est le chef des Monommques (einheriar) , c'est-à-dire de tous les héros 

qui, après leur mort, sont reçus dans ValhaUe. (Voyez Vôïuspâ, v. 176.) 

Vers 7. — Frigg craint qu Odin ne soit vaincu par la ruse, ou par 
la force, corporelle, ou enfin par la supériorité d'esprit de Vajïhràdmr. 

Vers 9. — Anoir hecmcoup voyagé signifier c avoir beaucoup d'expé- 
crience, connaître les hommes, être prudent et précautionné. » Odin 
portait le surnom de Vitrail (qui a voyagé au loin; voyez Ynglinga- 
saga, chap. 11), et de F^^r (circonspect); voyez v. 20. Ceux qui n'a- 
vaient jamais voyagé passaient , chez les Scandinaves, pour des hommes 
stupides. Le niême mot heimsklegr [heimskulegr, keimski) signifiait 
casanier et stupide. (Voyez Hâvamatj v. 20.) Dans le poème HyndluUàd, 
Ottar représenté comme un jeune homme faihle d'esprit et ignorant, 
est surnommé hin heimski (Ottar du coin du feu], parce qu'il é^iit 
toujours resté dans son pays. Aussi les Scandinaves et surtout les 
Islandais, faisaient-Us de fréquents et longs voyages. Plusieurs d'entre 
eux eurent le surnom de VidforU (qui a voyagé au loin) ,.tels que, par 
exemple, Ingvar, Brandr «i Thôrvald. Ce dernier après avoir parcouru 
la Grèce et la Palestine, mourut à Palfedtov, en Russie. (Voy. Kristni- 
Saga, p. 102 et io4.) Au xvii* siècle un voyageur appelé Jon Ohesson^ 
fut surnommé Indiafari, parce qu'il avait pénétré jusque dans les Indes 
Orienttdes; il monrut en 1679. L'histoire de sa vie et de ses voyages, 
écrite par Itti-méme, mériterait bien, ce me semble, d'être publiée, 
quoique notre vpyageur n'ait point fait d*étudies et que son style soit 
antique. (Voyez Voyage en Islande fait par ordre de Sa Majesté Da- 



NOTES EXPLICATIVES. 295 

noise, t. III, p* 72.) Au moyen âge, les Islandais qui se livraient aux 
études visitaient ordinairement i université de Paris, et jouissaient , 
après leur retour dans leur patrie, du titre honorable de JParU'hlerkr 
(derc parisien). ' 

Vers i o. — Odin , pour dissiper les craintes de sa femme , dit que 
la prudence qu^il avait acquise dans ses voyages, et Thabileté qu^il 
avait de mettre à Tépreuve les autres, le garantiraient de tout accident. 

Vers 1 4. — Asynies sont les déesses ou les femmes des Ases. 

Vers 1 5. — Odin comme dieu suprême est nommé Aldafidr (Père 
du monde, ou de Tunivers, ou Père d«s hommes). 

Vers 19. — Le père dlmr est Vafthrûdnir. Imr est un nom d£ loup 
ou de géant (Skaldskcip. p. 322). Les Scandinaves se nommaient quel- 
quefois pire de tel ou tel , surtout quand leurs fils s'étaient déjà illus- 
trés par quelque grande action. Le plus souvent, ils se nommaient 
Jib de tel ou tel, comme Haldorson, Peterson, Erïkson, etc. 

Vers 20.»— Odin est appelle le Circonspect, le Précaulionné (Yggr) , 
parce que dans ses voyages an pays des lotes, et en entrant dans leurs 
demeures, il était toujours sur se^ gardes, suivunt en cela un ancien 
précepte qui dit : 

Gâttir allar âdr jfangi fram 
Um shygnsiz skyU. 
Thviai ôvisi ër at vita hvar ôvînir sitia 
Ayieti/irir. 

Avant de faire un pas en avant , 

Il faut regarder de tons côtés ; 
Car on ne peut savoir si des ennemis ne sont pas 

En embuscade derrière la porte. 

Le poète a choisi exprès le nom de Circonspect pour indiquer qu'Odin 
avait si bi^n pris ses mesures d'avance, que, malgré sa prudence 
ordinaire, il ne craignit pts d'entrer sur-le-champ, dans la, demeure 
de Vafthrûdnir. (Cf. Yggiungr, Vilaspâ, v, 90.) 

Vers 21. — Odin , en annonçant tout de suite le motif qui Ta 
amené chez Vafthrûdnir, trahit son impatience de connaître son anta- 
goniste, et en même temps, 'sa confiance dans sa propre force. 

Vers 2 5. — Vafthrûdnir prend les paroles que lui adresse Tétran- 



294 VAFTHRUDNISMAL. 

ger pour une provocation à une lutte à mort, et il est disposé à accepter 
ce défi. 

Vers 29. — Odin prend le nom de Gangrâdr (voyageur) pour ne 
pas se faire connaître; il se tient d abord à l'entrée de la demeure ou 
dans le vestibule (voyez p. 283 note 33). VaAhrûdnir Tinvite à entrer 
dans la salle, ot à se placer sur le banc qui, dans chaque maison, 
était réservé aux étrangers. 

Vers 36. — VUUlardpaHear; voyez p, 284, note 36. 

Vers 37. — Voyez Introduction, p. 252. 

Vers 4o. — Homme sévère; voyez p. 284, note 4o. 

Vers 45. — Shinfaxi (qui a la crinière luisante] est le cheval qui 
traîne le char du jour. Il est le meiUeur de t*«s les chevaax. De même ' 
que les Hindous plaçaient dans le ciel d'Indra les individus les plus 
parfaits de toute espèce d'êtres de la création, de même les Scandi- 
naves plaçaient aussi dans le ciel des Àses, les êtres qui passaient pour 
les meilleurs dans leur genre. Ainsi , les Ases avaient les meilleurs 
chevaux, la meilleure épée, le meilleur navire, le meilleur pont, etc. 
(Voyez Vôluspâ, IntroA. p. 162.) ^ 

Vers 5i. — Le cheval qui traîne le char de la nuit sort par la 
porte de Varient, parce que le soir, le soleil étant à Toocident, la nuit 
se trouve du côté opposé, et elle avance vers Toccident à mesure que 
le soleil retourne vers Torient. (Voyez Vôluspâ, v. 18.) 

Vers 52. — Grandeurs (voyez Vôluspâ, p. 223). Amener la nuit 
aux Grandeurs bénignes, est apalogue à ce que dit Homère: c L'aurore 
c annonce le jour à Jupiter et aux autres dieux, t La nuit est amenée aux 
dieux, parce qu^on croyait que c'était principalement dans l'obscarité 
de la nuit que les dieux agissaient. La nuit, ordinairement plus longue 
que le jour dans les régions septentrionales, jouit d'une certaine 
préférence sur le jour dans la mythologie Scandinave. (Voyez Vôlaspd, 
p. 224.) C'est la nuit qui a enfanté le 'jour; elle est la mère primitive 
de tout ce qui existe. C'est aussi dans la nuit que se montrent les 
étoiles , et tous les phénomènes du ciel boréal qui révèlent la puissance 
des dieux, et* passent quelquefois pour être ces dieux mêmes. Le jour, 
au contraire, est le temps où agit l'homme; c'est pourquoi il est dit, 
vers 44» que le jour est amené au genre humain, 

Vbïvs 53. — Le cheval qui traîne le char de la nuit s'appelle Hrim- 



NOTES EXPLICATIVES. . 295 

faxii ce nom signifie «qui a la crinïkre couverte du ^ivre produit par 
la froidure de ]a nuit. » Pour expliquer le phénomène de la rosée qui 
brille le matiif spr les plantes, la mythologie imagine que Técume qu 
dégoutte, pendant la nuit, du mors de Hrimfaxi, et le givre secoué 
de la crinière du cheval forment la rosée du matin. Une autre expli- 
cation mythologique du même phénomène se trouve dans Vôluspâ , 
V. 45. 

Vers Gi. — Hfing signifie sans doute, comme elj (le fleuve), le 
fleuve par excellence. 

Vers 63. — Som jamais geUr^ il coûtera éternellement; cette circons- 
tance doit indiquer qu il y aura toujours séparation entre les Ases et les 
lotes, et que tout commerce d'amitié entre eux est impossible. 

Vers 66. — Les dieux sont appelés paisibles pour indiquer qu'ils ne 
sont pas les agresseurs, mais que Ta^ression provient de leurs ennendis. 

Vers 70. — Surlur (le noir, la combustion) est le roi de Mus- 
pelheim ou du monde igné. Il est le principal ennemi des dieux, car 
c'est lui qui consumera le monde entier. (Voyez Vôbispâ, v. 2o5.) 

Vers 73. -— Vigndr (la plaine qui tremble au combat, sous les com- 
battants) est le champ de bataille assigné par le sort on la destinée aux 
dieuji et à leurs ennemis. L'expression assigné se rapporte à un ancien 
usage dont on trouve encore de» traces dans les duels de nos jours. 
Si quelqu'un avait à venger une injustice ou une injure, la barbarie 
de ces temps lui permettait d'attaquer son adversaîHe partout où il le 
rencontrait. Plus tard, pour empêcher ces attaques brusques, et pour 
mettre plus d'ordre dans l'attaque et la défense , l'udlige voulut qu'on 
sommât l'adversaire de se présenter, pour vider la querelle, dans un 
endroit qu'on lui désignait. On choisissait ordinairement pour lieu 
du combat, un banc de sable ou une petite île dans la mer, afin qtre 
l'espace où Ion se battait fût aussi resserré que possible, et qu'aucun 
des combattants ne pût s'enfuir. Hôlmr est le nom d'un tel banc de 
sable; de là viennent les expressions skora â hôlm (provoquer en duel) , 
hôlmgânga (le duel), hôlmgongu lôg (règlements sur le dtiel), etc. Quand 
on se battait sur la terr^ ferme , on avait soin de faire une espèce d'enclos 
en plantant des jalons de bois de coudrier (hasl'astengr) tout autour 
de l'arène assignée aux combattants. Le même usage fut observé avec 
les modi^cations nécessaires dans les combats <>ù il y avait un plus 



296 VAFTHRUDNISMAL. 

grand nombre d'adversaires de part et d'autre. (Cf. Hervarar Saya, 
chap. XIX; SfiQa HakonafGoda, cbap. xxiT; Saga af Olaji. h Tryggva- 
sjrni, chap. xviii.) Dans SigvLrdar FaJhukanaKvida, 11^ 1 4, i5, Sigurd 
demande à Fafnir: t Comment s'appelle l'arène (bolmr), oà s'entre- 
« c]ioc^uei;Lt les épées sanglantes de Surtuf et des Ases ? t Fafnir répond : 
«Elle s'appelle Os^oj^nir (démolisseur).» Dans Volsu^ga-Saga, cette 
même arène est nommée UshapHr» âskaptr (lieu pas enðore créé). 

Vers 73. — Vafthrûdnir, pénétré de respect pour la science de 
l'étranger, le fait asseoir à son côté sur le banc d honneur qui, dans 
chaque habitation, était réservé au père de famille ou au maître de 
la maison. (Cf. Lokasenna, v. '4á-) 

Vers 81. — Les fils de Bur ou les Ases, après avoir tué le géant 
Ymir (l'océan glacial primitif) , créèrent de sa chair Mid|ard on la 
terre; de ses os, ils formèrent les rochers et les montagnes qui sont, 
pour ainsi dire, la charpente de la terre; de son crâne, ils firent la 
voûte du ciel; et son sang ou la partie, liquide, devint la mer. (Cf. 
VöUispá, p. aaô, V. 55.) 

Vers 87, 88. — Mâni, la lune, est masculin, et soi, le soleil, est 
féminin dans les langues germaçiques. (Voyez Volaspâ, p. 2a3, npte 
17.) Il est à remarquer que la lune est nommée^- avant le soleil, 
comn^e la nuit avant le jour.( voyez note 52 ), l'hiver avant l'été (voyez 
V. io5). 

Vers 89. — Mundilfœri; voyez Notes philologiques, p. 285. 

Vers 97. — DeUingr signifie «le petit joui, la j^itite pointe du 
«jour, le crépuscule du matin. » 

Vers 98. — Nôrvi signifie probablement «la brune, le crépuscule 
«du soir. » Niôrvasund esile détroit de Gibraltar. (Voyez Ynglinga-Saga^ 
chap. I.) 

Vers io5. — Vindsvalr (qui a le souffle froid) est lèvent du nord 
ou Borée. 

Vers 106. — Svasudr (qui a l'haleine douce) est Zéphire. 

Vers 1 1 3. -^ Vailhrûdnir auquel Gangrâdf avait adressé deux 
questions (savoir, quel est le premier des Ases qui naquit, et quel est 
le premier des lotes qui fut formé), répond seulement à cette dernière 
questioir qui le touohe de plus près , parce qu'il est lui-même de la 
race des lotes. — Dans la rigueur des hivers indique le temps où ré- 



NOTES EiPLlCATIVES. 297 

gnait le chaos , où les glaçons de venin, amoocelés dans Nîflbeim, 
n'étaient pas encore fondus par les étincelles de Muspilheimi où les 
hivers se succédaient sans interruption. — Avant qae ia terre fût créée, 
c'estrà-dire avant que les Áses eussent tué Ymir appelé aussi Orgelmir 
(le vieillard primitif)., et qu ils eussent créé de la chair de ce géant 
TEnceinte du Milieu ou la terre ( voyez vers St). Le sang qui sortit du 
corps d'Ymir tué par les Âses, remplit le monde entier. Les descen- 
dants de ce géant représentés ici par Thràdgelmir (le vieillard robuste), 
furent tous noyés; il ne resta que le petit-fils d'Orgelmir, appelé Bei^ 
gelmir (très-vieux), qui se sauva d'ans une barque, et devint k souche 
de la seconde race des lotes. (Cf. Gènes, vu, 7; Mahâhharata, NoahaA' 
dhanam. ) . 

Vers 191. — Les gouttes de venin répandues par les serpents de 
Niflheim (voyez Volaspâ, v. i5A), formèrent les fleuves £/ivayar dont 
les eaux croupissantes tombèrent dans le vaste gouffre (goufire-béant; 
voyez Völuspá, v. la) du chaos et se congelèrent. Les glaçons s'amon- 
celèrent toujours de plus en plus, et s'élevèrent enfin à une telle 
hauteur, qu'ils furent atteints par les étincelles qui jaillissaient du 
monde igné ou de Muspilheim. De la gflace ainsi vivifiée naquit Ymir, 

Vers 12^. — Tkurse est le nom appellatif des Ibtes de la première 
race. On dit aussi Hrimikurse (géant couvert de glace ou de givre). 

Vers i33. — Un fils qui avait une tête à soi; c'est ainsi que je crois 
devoir rendre le mot composé sérhôfdadan dont la signification est 
diffîciltt> à exprimer en peu de mots. ( Voyez Notes philologique», 
vers i32.) 

Vers i36. — Les mots : loi, lote^ qui sais toaJt, expriment une 
légère ironie. 

Vers iho. — Voyez note 1 1 S» 

Vers i45. — Hrœsvelgr (qui engloutit la charogne) «st un des 
noms métaphoriques qu'on donne à l'aigle. Ce mot répond, et pour le 
sens et pour l'étymologie , au mot sanscrit ^ôZIT^: [Kravjrâda» man- 
geur de chair, aigle). L'aigle est le symbole ou la personnification du 
vent. (Voyez Helgakvida, I, 1; Vôluspâ, v. 17a.) Les lotes qui prési- 
dent aux vents portent une dépouille d^aigle. (Voyez Snorra-Edda, 
p. 181, 20^.)r'^Hrmsvelg est un de ces lotes qui produit les vents par 
le battement de ses ailes. D'après une idée analogue, il est dit dsgss les 



298 VAFTHRUDNISMAL. 

poésies des Grecs modernes, qu an vautour, lepdÇ, préside aux vents. 
(Voyez M. Fauriçl, Cliants populaires de la Grèce moderne, II, 336.) 
kexót, signifie en grec aigU et vent; en latin aqmlo (aquUon) dérive 
àeaqwla (aigle) comme vu/tamiM (vent sud-est) de vultar (vautour). 
En hébreu, on dit les ailes da vent (Pl^*^ ^!l?^^)> ?*• ^▼m* 1 1- 

Vebs 1 5 1 . -— Niordr appartient à la race des Vanes qui étaient les 
ennemis des Ases. Lorsqu'on fit la paix-, Niordr fut envoyé comme 
otage à Âsgard en échange de Hœnir. (Veyei Vôbupd, p. 2 39; Yn- 
ylinga-Saja, chap. iv.) Il y acquit bientôt tant de considération, que 
les Ases mirent sous sa protection les sanctuaires et les enceintes sacrées, 
Niordr habite Môatûn (enclos des navires, port, baie), c est-à^ire les 
basses côtes de la mer; il préside au vent et au temps favorable à la 
pêche et à la navigation. 

Vers 167. — Les Vanes sont appelés intelligents, parce quHls sa- 
vaient longtemps contrebalancer la puissance d'es Ases , et parce qu ils 
excellaient dans certains arts, comme dans la magie, etc. (Voyez Vô- 
luspâ^ V. 119.) 

Vers 1 60. — Gomme notre langue n a pas de mot qui exprime 
parfaitement le s«ns de einkeri, je me sers du mot grec monomaque 
[ftovoftéKos) t qui signifie un combattant (guerrier, gladiateur) qui 
lutte seul contre un ou plusieurs adversaires; ce qui rend parfaitement 
le sens de einheri composé de ein (un, (tovot) et ^ri (combattant, 
fMÎXïï^)* Einheriar est le nom appeliatîF des héros reçus après leur 
mort dans Valballe, où ils s^amusent à se livrer combat. Voyea v. i64. 

Vers 1 64. — La victime, est le monomaque qui est désigué pour se 
battre contre ses confrères. Ge combat terminé, les morts et les blessés 
se relèvent sains et saufs , et tous viennent s'asseoir à la table du festin , 
pleins d'estime et d'amitié les uns pour Içs autres. 

. Vers 168. ^^ Il n'y a que les lotes et les dieux (Ases et Vanes) , qui 
connaissent les secrets ou les mystères du monde. (Voyez Vôlaspâ, v. 
24a.) 

Vers 174. — Net^ mondes: voyez Vôluspa, v. 7. 

Vers 175. — Hel, est le nom de la fille de Loki (voyez Vôluspa, 
V. 17$); les dieux la précipitèrent dans l'enfer, où elle règne sur les 
morts. Hel désigne souvent l'empire des morts lui-même : c'est dans 
ce séjour que descendent, après leur décès, les femmes, les enfants, 



NOTES EXPLICATIVES. 299 

et les bommies qtii ne sont pas morts en combattant. Les criminels ne 
restent pas dans le palais de Hel , mais ils sont envoyés à Niflhel, situé 
plus an nord et plus bas qne Hel. G^est là qu'ils^ reçoivent, par diffé- 
rents supplices, le cbâtiment delfurs crimes. (Voyes Vôlmspâ, v. i56 
et sniv.) 

Ybrs 176. — Odin voyant que Vafthrûdnir sait répondre à tontes 
les questions, devient un moment inquiet sur Tissue de cette joute 
d'esprit , de cet assaut de savoir. Son inqniétude augmente surtout lors- 
qu'il apprend que le géant a visité les mondes, où il s'est instruit dans 
tous les mystères ;mais aussitôt, se rappelant que lui-même il a fait aussi 
ces mêmes voyages, et qu'il est toujours sorti vainqueur des combats 
dans lesquels il s'est engagé en mettant à l'épreuve les forces des autres , 
il prononce ces paroles propres à, le rassurer lui-même, et à jeter 
le trouble dans l'âme du géant : « Moi aussi, j'ai beaucoup voyagé, etc. » 
Il adresse ensuite au géant une suite de questions qui sont plus diffi- 
ciles que les premières , parce qu'elles se rapportent non pas à l'his- 
toire du passé, mais aux événements de l'avenir. Il lui damande d abofd 
quels sont les hommes qui resteront en vie quand le terrible hiver 
appelé JimhttlvHr viendra apporter la mort au genre humain. ( Voyex 
Vðhupá, V. 169.) 

Ver» 180 et suiv. — La femme lÀf (vie; cf. H^H, Eve) et son mari 
lAfthrasir (force vitale) échapperont à la mort en se réfugiant dans 
les chauds souterrains de la colline du géant Hoddmimir. Ils devien- 
nent les parents du genre humain régénéré. 

Vers 1 80. — Gomment le soleil qui sera dévoré par le loup Fen- 
liry pourra-t-il revenir, après la renaissance du monde, dans le ciel 
dépourvu de l'ornement des astres qui en sont Jtombés dans le crépus- 
cule des dieux? (Voyez Vôluspâ, v. 2 3 2.) 

Vers 188. — Âlfrodall. (Voyez Notes critiques, v. 87.) 

Vers 196. — Les filles de l'Iote Mogtíirasir sont toutes des génies 
tutélaires des hommes. Elles remplacent, dans le monde régénéré, les 
anciennes Nomes, et sont comme elles de la race des/o(e5. (Gf. Fo- 
luspâ , Introd. p. 1 53« ) 

Vers 2o3. — Voyez Fôlaspâ, v. 249. 

Vers 204 et suiv. ^ Vidar est fils d'Odin et de la géante Gridar; 
il est appelé l'Ase muet» et passe pour être le plus fort des dieux après 



300 VAFTHRUDNISMAL. 

Thôr. Il venge la mort de son pêne Odin en tuant le loup Fenrîr. 
(Voyez Vôbupâ, v. 220.) Vali (puissant) estais d'Odin et de Bindur; 
il est habile à lutter et à tirer de rare, c est lui qui, âgé d'une nuit, a 
vengé la mort de son oncle Baldur en tuant Hodur. (Voyes Vôbupâ, 
V. i36.) Modi (courage) «t Magni (force) sont fils de Thôr; ils sont 
les personniQcations de la colhre dÂse (âs-môdr), et de la. farce dÂse 
(â»-megin) de leur père. Quand Th^rest tué par le serpent lormun- 
ganàr, ib héritent du marteau d'armes appelé Miôlnir (qui naoud, 
écrase) ou Thrâdhamar (le marteau terrible). Avec cette arme, les 
fils de Thôr mettent fin au combat du crépuscule des dieux en assurant 
la victoire aux Âses. 

Ver^ 212 et suiv. — Le Loup est le loup Fenrir (Voy«2 Völuspáj 
V. 180.) Vitnir est un nom de loup (SkcddskaparmM, chap. 178) , et 
désigne ici- le loup par excellence, c'est-à-dire Feorir. (CÍ, Lokasenna, 
V. a5S.) 

''VSRS 216. ; — £n adressant la dernière question à Vafthrûdnir, 
Odin prend sa véritable foçpie divine comme père du monde, car il 
est. sûr de vaincre le géant dans cette dernière épreuve. .En effet, 
comment Vt^hrûdnir ponrrait-il aavoir ce qu a dH Odin à Toreille de 
son fils Baldur, avant de porter ce héros au bûcher qui devait le con- 
sumera C'était un secret qui n'était connu que d'Odin et de Baklur. 
> Vers 220. — En voyanjt son hôte sous sa véritable forme divine, 
et en entendai^t proposer une question ^qui ne pouvait être faite ni ré- 
solue que par Odin lui-mé|ne, Vafthrûdnir reconnaît le père des Ases; 
il se soumet à son vainqueur, et regrette d'avoir osé rivaliser de sagesse 
avec Odiq, le plus sage de tous les êtres. 



III. 

LOKASENNA. 



INTRODUCTION. 



CHAPITRE I. 

DU BUT DIJ POÈME. 

Le but du poète, en composant Lokasenna, a été de 
lancer les traits du ridicule sur les dieux et les déesses 
de Todinisme. Ce n'est donc point une tradition mytho- 
logique qui forme le sujet du poème; car, comment 
supposer que la mythologie se soit ridiculisée soi-même, 
en dévoilant les faiblesses des divinités qu'elle a créées? 
Tout au contraire, notre poème est la critique, la satire 
et la négation de la mythologie; ii présente le spectacle 
de 1 ancienne religion du Nord, persifflée par le scepti- 
cisme et la philosophie. De même que Lucien de Samosate 
et quelques-uns des premiers apologètes chrétiens ont 
ridiculisé les dieux de la Grèce et de Rome , de même 
notre poète a tourné en dérision les dieux du paganisme 
Scandinave. ' 

Pour échapper à la responsabilité de ses paroles pro- 
fanes et pour éviter le reproche d'impie et de blasphé- 
mateur, le poète a mis ses sarcasmes cçntre les dieux 
dans la bouche du personnage mythologique de Loki. Ce 
personnage est très-bien choisi , parce qu'étant dieu lui- 
même, Loki peut faire des reproches aux Àses sans être 
ni insipie, ni blasphémateur. De plus, Loki est représenté 
dans la mythologie comme un être sinon hostile aux 



304 LOKASENNA. 

AscB, du moins toujours porté à leur nuire. Loki est 
donc, plus que t©ute autre divinité, propre à jouer le 
rôle d'accusateur ou de cfilomniateur des dieux. Enfin , 
Loki passe pour être spirituel, malin et caustique, et 
c'était précisément un tel personnage que le poète devait 
mettre aux prises avec les Ases. La mise en scène de 
Loki est donc une fiction très-heureuse, parce quelle met 
à l'abri la personne du 'poëte, et qu'elle contribue en 
même temps à la beauté et à la perfection du poëme. 

Le poète n'a pas été moins habile dans l'invention des 
circonstances où il a placé l'action du poëme. En effet, 
pour que Loki puisse lancer ses traits contre les Ases, il 
faut d'abord qu'il trouve une occasion favorable; il faut 
que cette occasion se présente, quand toKS les dieux et 
toutes les déesses sont réunis ensemble; il faut enfin que 
les circonstances mêmes amènent et provoquent les sar- 
casmes de Loki. Une semblable occasion se présentait na- 
turellement dans un banquet, où les Ases et les Asynîes 
étaient tous présents , où la gaieté des convives fiermettait 
l'enjouement et Im railleries, et où l'exaltation de l'ivresse 
portait naturellement à l'injure .^et au sarcasme. Comme 
la mythologie Scandinave faisait mention d'un festin 
donné aux Ases par l'Iote CEgir, notre poëte a choisi ce 
mythe j>our en faire le cadre de son poème. Le sujet de 
' Lokasenna , ou }a représentation poétique de l'idée et du 
but du poète , est donc de montrer Loki raillant les Ases 
et les Asynies au banquet donné par Œgir. 

Notre poëme porte, dans les manuscrits, trois titres 
différents: on le désigne tantôt sous le nom de Loka- 
hlepsa (morsure canine de Loki), tantôt sous celui de 



INTRODUCTION. 305 

Lokasenna (dispute, sarcasmes de Loki), tantôt encore 
sous celui de Œgisdrëkka (banquet d'CEgir). Cette diver- 
sité de titres prouve qu aucun d'eux ne provient de l'au- 
teur; car, précisément, parce que le poète n'avait pas nais 
de titre, on désignait son poëme différemment; les trois 
titres furent peu à peu consacrés dans la tradition, et 
enûn insérés dans les manuscrits. Lés deux premiers 
titres énoncent le sujet du poëme; le troisième ne dé- 
signe que les circonstances imaginées par le poète pour 
servir de cadre à son tableau. Parmi ces trois titres , nous 
avons choisi celui de Lokasenna comme exprimant le 
mieux, non-seulement le sujet du poëme, mais aussi le 
but de l'auteur. 



CHAPITRE II. 

DE LA DISPOSITION DES PARTIES DU POEME. 

La conduite de Lokasenna, ou en d'autres termes, le 
plan , le canevas de la fable de ce poème , pourrait être 
esquissé de la manière suivante : 

Loki sait que les Âses sont assemblés chez Œgir à un 
banquet auquel il n'a pas été invité, parce qu'on con- 
naît son esprit railleur et méchant. Il se propose de 
troubler la fête, et de satisfaire son penchant haineux, 
en injuriant les Âses assemblés. Loki se présente à la 
porte de la demeure d'OEgir; il s'informe auprès du ser- 
viteur Eldir des dispositions des convives : puis il entre 

20 



306 LOKASENNA. 

dans la salle du festin, où il trouve bientôt occasion 
d'insulter les dieux les uns après les autres. Mais, à la fin, 
Tbôr arrive et le menace de son marteau Miolnir. Loki. 
craignant la colère de Thôr, et ayant d'ailleurs atteint son 
but , se retire en poussant encore une imprécation contre 
Tampbitryon qui ne Tavait pas invité au festin quil 
donnait. 

D'après les indications de ce plan, on voit que le poème 
se divise en trois dialogues ou trois actes. Le premier 
acte qui renferme l'exposition du drame, est un dialogue 
entre Loki et Eldir à la porte de la salle d'OEgir ; strophes 
1-5. Le second qui forme le nœud du poème, renferme 
le dialogue entre Loki et les convives; strophes 6-56. 
Enfin , le troisième ou le dénoùment de la pièce, contient 
le dialogue entre Loki et Thôr; strophes 57-64. 
, Les dîfiférents discours des interlocuteurs se suivent 
dans un ordre naturel, c'est-à-dire que chacun des per- 
sonnages parle à propos. Pour montrer avec quel art le 
poète a su disposer et enchaîner les discours , il faudrait 
analyser tout son poëme. Nous nous contenterons d'a- 
nalyser le premier dialogue, et le commencement du 
second qui forment l'exposition du sujet de Lokasenna. 

Premier Dialogue. — Loki arrivé à la demeure d'OEgir, 
n'entre pas tout de suite; il veut d'abord sonder le ter- 
rain , connaître les dispositions des convives. Soupçonnant 
que les Ases parlent, en son absence, de sa méchanceté , et 
qu'ils se plaignent du mal qu'il leur fait chaque jour, il 
demande au serviteur Eldir sur quoi les dieux s'entre- 
tiennent à table. Ayant appris qu'ils parlent de leurs 
faits d'armes, et surtout de sa méchanceté sur laquelle 



INTRODUCTION. 307 

il n'y a qu'une voix, il s'apprête à entrer dans la saHe 
pour troubler la fête en insultant les convives. Eldir qui 
connaît le penchant deLoki pour la raillerie, l'avertit de 
se garder de dire des injures aux Ases, puisque tous se 
vengeraient sur Ini dans leur colèjre. Blessé dans son 
orgueil par cet avertissement qui lui vient de la part d'un 
serviteur, Loki répond qu'il ne craint point les dispute», 
et qu'étant inépuisable en injures, il saura faire taire tout 
le monde, à commencer par Eldir lui-même. 

Ce premier dialogue annonce nettement le caractère et 
l'intention de Loki. On devine facilement à quoi il faut 
s'attendre de la part d'un tel homme , quand il sera entré 
dans la salle du festin. 

Deuxième Dialogue. — N'ayant point été invité au fes- 
tin, Loki ne peut se. faire admettre à table qu'en vertu 
des droits de l'hospitalité. C'est pourquoi il dit aux con- 
vives qu'il a fait une longue marche; et feignant d'être 
altéré de soif et de fatigue , il demande avec instance un 
verre d'hydromel pur. Les Ases , mécontente de l'arrivée 
du nouvel hôte qu'ils ne peuvent pas refuser sans forfaire 
à l'hospitalité, en prennent humeur et gardent un silence 
absolu. Loki fait semblant d'ignorer la cause de leur si- 
lence, et comme s'il était. fâché du peu de prévenance* 
qu'on lui témoigne, il rappelle la société aux devoirs de 
l'hospitalité , et demande qu on lui assigne une place au 
banquet, ou qu'on le renvoyé insolemment. Bragi qui, 
en sa qualité de Mercure ou d'Apollon Scandinave, est 
l'interprète des Ases , adresse le premier la parole à Loki ; 
il lui dit sèchement que les dieux, connaissant bien quels 
sont leurs amis et leurs ennemis, n'ont garde de lui ac- 

20. 



308 LOKASENNA. 

corder une place à leur banquet. Loki fait semblant de 
mépriser ces paroles de Bragi; et sans lui répondre, il 
s'adresse à Odin comme au plus âgé et au plus distingué 
des Ases. Il lui rappelle qu'autrefois ils se sont tous deux 
juré fraternité sur leur sang, et qua cette occasion Odin 
a fait vœu de ne jamais accepter lliospitalité, si elle n'était 
pas offerte en même temps à son compagnon. Loki re- 
proche ainsi à Odin, d'une manière indirecte, son manque 
de parole; et il le somme, en vertu de son vœu, de lui 
accorder comme droit ce qu'on ne voulait pas lui accorder 
comme faveur. Odin , obligé de convenir d'avoir fait le 
vœu , et craignant d'ailleurs de yoir troubler la paix dans 
. la demeure sacrée d'ÖEgir s'il refusait de faire droit à 
Loki, ordonne à son fils Vidarr d'aller assigner une place 
au nouveau convive. Loki, ayant été admis à table , boit à 
la santé des Ases et des Asynies, non par bienveillance 
ou en reconnaissance de la faveur qu'on vient de lui faire , 
mais pour ^voir occasion de se venger de Bragi. En effet, 
Loki boit \ la santé de tous les convives, excepté à celle 
.de cet Ase qui lui avait refusé une place au banquet. 
Br^gi désirant se réconcilier avec Loki, lui offre en répa- 
ration d'honneur une épée et un cheval; mais pour ne 
pas avoir l'air de s'humilier devant le nouvel hôte, il veut 
faire croire aux convives qu'il fait cette concession dans 
l'intérêt de la société, uniquement pour prévenir que 
Loki ne dise des injures aux Ases et aux Asynies. Cepen- 
dant Loki, qui brûle d'impatience de railler les dieux, 
tourne çn ridicule les paroles de Bragi : ses sarcasmes 
provoquent les répliques des convives qui , pour se dé- 
fendre les uns les autres, attaquent Loki par des repro- 



. INTRODUCTION. 309 

ches, et augmentent ainsi, en Tirritant, sa verve caustique 
et son insolence. 

C'est ainsi que Loki trouve occasion de persifler suc- 
cessivement les Asynies et tous les Ases réunis .au ban- 
quet, jusqu'à ce qu'enfin l'arrivée de Thôr, ou la dernière 
péripétie du nœud dramatique , amène naturellement le 
dénoûment du poëme. 



CHAPITRE III. 

DE l'intégrité du. POËME. 

Quand on a bien saisi le véritable point de vue sous le- 
quel Lokasenna doit être envisagé , on est naturellement 
surpris de trouver au commencement et à la fin de ce 
poème , des morceaux en prose qui ne peuvent être de la 
main de notre poète. En effet, l'introduction en prose ne 
saurait être une partie intégrante de Lokasenna; car, 
pourquoi le poète aurait-il composé deux introductions 
à son poème, une en prose et une autre en vers? L'intro- 
duction en vers qui se trouve dans la première partie ou 
dans l'exposition de Lokasenna, indique suffisamment les 
circonstances qu'il faut connaître pour comprendre le 
poëme. En effet, dans la première strophe, il est dit que 
les Ases sont assemblés à un banquet; dans la troisième, 
on voit que le banquet se donne dans la demeure d'Œgir; 
dans la même strophe , Loki annonce* son intention de 
railler les dieux; enfin toutes les personnes présentes 



510 LOKASENNA. 

au banquet se font connaître successivement au lecteur 
à mesure quelles disputent contre Loki. Les détails 
donnés dans Tintroduction en prose sont donc entière- 
ment inutiles. Il est même absurde de croire que les 
détails sur la mythologie aient «été donnés par lauteur 
de Lokasenna; car, si le poète avait eu besoin, pour se 
faire comprendre, d'instruire d abord ses auditeurs dans 
la mythologie, il se serait donné un grand ridicule en 
composant un poëme qui ne parait spirituel qu'à celui 
qui connaît bien les mythes auxquels il &it allusion. 

Il y a plus : non -seulement l'introduction en prose 
est inutile, mais elle est même entièrement déplacée et 
fausse dans ses indications. En effet, loin de placer le 
lecteur dans le véritable point de vue de Lokasenna, 
cette introduction ne fait que rendre le poëme inintelli- 
gible, en indiquant des circonstances qui contredisent 
directement celles qui ont été imaginées par le poète. 
Ainsi il est dit dans l'introduction, que Loki, ayant tué 
au banquet d'QEgir le serviteur Fimafing, s'enfuit et 
fut poursuivi par les Ases jusqu'à l'entrée d'un bois ; que 
les Ases revinrent ensuite reprendre leurs places au ban- 
quet; que Loki retourna aussi, et qu'alors eut lieu ce qui 
est raconté dans notre poëme. Tous ces détails sont en 
contradiction avec eux-mêmes et avec les circonstances 
indiquées par le poète. En effet, comment admettre que 
Loki, après avoir été poursuivi par les Ases, vienne se 
livrer lui-même à leur vengeance? Si Loki a déjà assisté 
auparavant au banquet, comment peut -il encore dire 
dans notre poëme (v. là) qu'il veut voir le banquet? 
Comment s'expliquer les dispositions d'esprit des Ases, 



INTRODUCTION. 311 

au moment où Loki entre dans la salle í Pourquoi les Âses 
ne disent-ils mot du meurtre de Fimafing? Pourquoi 
sont-ils si pacifiques, eux qui quelques moments aupara-* 
vànt ont, suivant l'expression de Tauteur de la préface, 
secoué leurs^boucliers, et poussé des cris contre Loki? 

Enfin, ce qui prouve jusqu'à Tévidence que Tintroduc- 
tion n'est pas de la main du poëte de Lokasenna, ce sont 
les mots : « Comme il vient d'être raconté » qu'on lit dans 
cette même introduction. Ces mots se rapportent au récit 
qui fait le sujet du poème intitulé Hymiskvida; et dans le 
recueil de l'Edda , Hymiskvida précède immédiatement le 
poème Lokasenna. Il est donc évident que l'introduction 
en prose n'a été composée que dans le temps où le recueil 
de l'Edda existait déjà, ou, ce qui est plus probable, au 
moment même où ce recueil fut formé. D'après cela, il 
est très vraisemblable que l'auteur du recueil de l'Edda 
est aussi l'auteur de notre introduction (cf. pag. i4). Ce 
qui vient encore à l'appui de cette opinion, c'est que la 
préface de Lokasenna est écrite dans le même style que 
les préfaces des autres poésies de l'Edda. Comme ce style 
diSère entièrement de celui des poèmes eux-mêmes, nous 
sommes en droit d'admettre que toutes les préfaces ont 
été rédigées par l'auteur du recueil de l'Edda , et que , par 
conséquent, l'introduction de Lokasenna ne fait pas non 
plus partie intégrante de ce poëme. 

Quant aux mots insérés par forme d'explication , entre 
les strophes 5 et 6, lo et ii, 52 et 53, 56 et öy, ils 
ne sont pas plus de la main de notre poëte que l'intro- 
duction en prose. En effet, toutes ces explications sont 
superflues, elles sont écrites dans le même style que la 



512 LOKASENNA. 

préface; et trahissent, par conséquent, le même auteur. 
Nous devons faire la même remarque au sujet du mot 
kvad qu'on lit après le nom des interlocuteurs, en tête 
de^chaque strophe. Ce seul mot change la forme animée 
du dialogue en la forme aride d'un procès-verbal (cf. p. 
21]; on doit donc présumer que ce mot n*est pas non 
plus de la main du poète, mais qu'il a été ajouté au texte 
par Fauteur du recueil de TEdda. 

Il nous reste à examiner Tauthencité du morceau en 
prose placé à la fin de Lokasenna. Ce morceau ne saurait 
faire partie de notre poëme, parce qu*il en contredit la 
disposition et le but. En effet , si le récit de la punition 
de Loki (le sujet de ce morceau) faisait partie intégrante 
de Lokasenna, ce poëme changerait entièrement d'aspect; 
car, dans ce cas, la retraite de Loki serait à considérer 
comme la péripétie, et sa inort comme la catastrophe du 
drðone; ce qui, comme nous lavons vu, est contraire à 
l'intention du poëte. D ailleurs, comme le morceau est 
écrit dans le même style que l'introduction , on doit aussi 
présumer qu'il a été rédigé par le même auteur. Cet 
auteur, connaissant la fin tragique de Loki , et se rappelant 
la prédiction de Skadi dans la strophe ^9 de Lokasenna, 
a cru embellir ce poëme en y ajoutant à la fin le récit 
dont nous parlons. Il ne s'est pas aperçu que par cette 
addition, il ne faisait que défigurer l'œuvre du poëte. En 
général, les deux morceaux en prose ajoutés à notre poëme 
n'ont aucun mérite littéraire. Nous y apprenons seulement 
que selon la mythologie , les tremblements de terre étaient 
prodjuits par les convulsions de Loki. Nous devons éga- 
lement au même auteur la connaissance du mythe sur la 



INTRODUCTION. 515 

mort de Fimafing. En faveur de ces deux notices qu'on 
ne trouve dan$ aucun autre écrit islandais , on peut donc 
bien lui pardonner d'avoir dénaturé notre poème par des 
additions absurdes. 

Si Ton retranche de Lokasenna tout ce que nous ve- 
nons de signaler comme non authentique, ce poème se 
présentera comme une des meilleures productions de la 
littérature Scandinave. Eu effet, le poète n'a pas seulement 
fait preuve de talent dans la disposition du poème , il a 
aussi montré de Thabileté et du goût en donnant à son 
œuvre une forme toute dramatique. Lokasenna est bien 
dialogué, il est plein d'esprit, de saillies et de railleries 
mordantes; et, abstraction faite de quelques grossièretés 
qui tiennent à la rudesse des mœurs de l'époque, à part 
quelques négligences de style, ce poème ferait honneur 
même à un poète des temps modernes. L'auteur de Lo- 
kasenna avait une connaissance parfaite du cœur humain, 
et l'on ne saurait douter que , s'il se fût trouvé dans des 
circonstances convenables, il n'eût été un excellent auteur 
dramatique. 



CHAPITRE IV. 



w'wî 



DE LEPOQUE DE LA COMPOSITION DU POEME. 

Le poème Lokasenna est moins ancien que Voluspâ et 
Vafthrûdnismâl ; il est même moins ancien que la plu- 
part des poésies de l'Edda. Le sujet de Lokasenna étant le 



514 LOKASENNA. 

persifflage de la mythologie , ce poëme n a pu être composé 
que lorsque le paganisme du Nord tirait à sa fin ; car ce 
n'est que lors de la décadence d'une religion que la phi- 
losophie ose s'attaquer aux croyances surannées. 

Lan 999 de notre ère, Hiallti Skeggiasun qui avait 
embrassé le christianisme, chanta publiquement à Log- 
beig, en Islande, une chanson {kvidling) contre les dieux 
Scandinaves. Cette chanson commençait par les mots : 

Vil ék eigi gud geyia, 
Grey thikkir mer Freyia : 

Je n'ai garde d'aboyer après les dieux ; 

Freyia, la chienne, me semble faite pour ça, etc. 

Le prêtre Runôlf accusa Hiallti de blasphème [am gods- 
gá),et Thôrbiorn, fils de Thôrkill, poursuivit le procès. 
Hiallti fut condamné comme sacrilège {fiorhaugs madr um 
godsgâ) et envoyé en exil^ L'été suivant, en l'an looo, 
le parti chrétien prit le dessus en Islande, et le christia- 
nisme fut introduit dans le pays en vertu d'une loi décré- 
tée à l'assemblée générale. Dès lors, le paganisme étant 
vaincu , ce ne fut plus un crime de ridiculiser les anciens 
dieux. 

D'après cette donnée historique, on est fondé à croire 
que le poëme Lokasenna a été composé peu de temps 
avant que le christianisme eût triomphé en Islande. Les 
précautions que notre poëte a prises pour se mettre à 
l'abri de toute accusation (voyez p. 3o3) , prouvent que de 
son temps l'ancienne religion était encore dominante. De 
plus, les fréquentes allusions à des mythes dont la tradi- 

* Kristnisaga» p. 66. Niâlssaga,^. i6o. 



INTRODUCTION. ' 515^ 

tion s'était déjà perdue du temps de Snorri , font croire 
que le poème a été composé à une époque où la mytho- 
logie était encore parfaitement connue , parce qu elle était 
encore la religion de la majorité. Enfin plusieurs circons- 
tances indiquent que le poète n'était pas chrétien. En 
effet, s'il ^vait été partisan de la nouvelle doctrine, il 
n'aurait pas pris tant de précautions pour se soustraire à 
la responsabilité de son poème, mais il se serait déclaré 
avec cette courageuse franchise des premiers chrétiens 
qui partout allaient au-devant du martyre. De plus, notre 
poète aurait attaqué le paganisme avec plus de haine et 
de violence; et enfin, on trouverait dans le poème au 
moins quelques traces de ce génie de l'Évangile qui ne se 
dément jamais dans les écrits des chrétiens de l'antiquité 
et du moyen âge. Au lieu de cela , tout annonce dans Loka- 
senna, que ce poème a été composé par un Islandais païen , 
mais incrédule et esprit fort, qui n'avait aucune haine 
contre les divinités de sa nation , et qui voulait seulement 
satisfaire sa philosophie et son esprit railleur et caus- 
tique, en ridiculisant ce que ses compatriotes adoraient. 
Nous devons donc admettre que notre poète a vécu dans 
le temps où le paganisme allait ei^pirer, mais où cepen- 
dant l'Evangile n'était pas encore la religion dominante. 
D'après cela , nous ne croyons pas nous tromper en disant 
que le poème Lokasenna a été composé dans les dernières 
années du il"* siècle. 

11 est vrai que le langage de notre poème , c'est-à-dire 
les formes grammaticales des mots, semblent lui assigner 
une date bien plus récente que la fin du x* siècle. En effet, 
non-seulement les t se sont changés en S et les articles 



516 LOKASENNA. 

définis sont devenus suffixes comme dans vönmiín^ úl- 
{inn,etc.; mais on trouve même la construction: árhik 
sigli gaf (strophe 20), qui se rapproche entièrement du 
langage moderne. Cependant cette locution et les formes 
grammaticales qui viennent d'être signalées, ne prouvent 
rien contre Tépoque que nous avons assignée au poème , 
puisqu'elles peuvent être considérées comme des provin- 
cialismes, ou comme des particularités propres au langage 
du district qu habitait le poète. En effet, les altérations 
de langage, avant de devenir générales, ou avant de péné- 
trer dans le langage littéraire, se montrent ordinairement 
comme provincialismes dans telle ou telle localité : et 
comme nous déterminons les époques d'une langue d'après 
le langage littéraire, les écrits qui renferment des pro- 
vincialismes semblent toujours être d'une date postérieure 
à l'époque à laquelle ils appartiennent réellement. 

Avant de terminer ce paragraphe, il importe de dire 
quelques mots sur le rapport qui existe entre Lokasenna 
et deux autres poèmes de l'Edda intitulés Skirnùfôr 
(voyage de Skirnir) et Harbardsliôd (chant d'Harbard). 
Ces deux poënies appartiennent au temps de la décadence 
du paganisme, à cette époque d'incrédulité qui a produit 
les Sarcasmes de Loki. Dans Skirnisfôr on voit le fils de 
Niordur, Freyr, tellement épris d'amour pour Gerdur, fille 
du géant Gymir, qu'il abandonne à son serviteur Skirnir 
ce qu'un héros Scandinave a de plus cher, son épée, pour 
obtenir un rendez-vous avec l'objet de sa passion. Dans 
le poème Harbardsliôd, Thôr, le plus fort des Ases, est 
exposé aux railleries de Harbard qui lui reproche sa fai- 
blesse et sa lâcheté. 



INTRODUCTION. 517 

Ce qui prouve le rapport qui existe entre les trois 
poèmes, c'est quil y a dans Lokasenna des traits et des 
expressions qui se retrouvent dans Skirnisfor et Har- 
bardsliôd. Ain^i les vers de Skirnisfor : 

Héll vêr thû nû helldr sveinn ok tak vid ^îmkdki 
Fullom /orns miadar. 

répondent parfaitement dans LokasenBa (strophe 54), 
aux verse 

HeiW vêr thû nû Loki ok tak vid ^îmkaiki 
Fullom foms miadar. 

L'auteur des Sarcasmes de Loki avait sans doute en vue 
le poëme Skirnisfor quand il dit , vers 1 68- 1 7 1 : 

Gdli keypta léztu Gymis dôttur 

Ok 5eldir thitt svâ 5verd : 
En êr Jlfuspib-synir rîda myrk-vid yfir, 

Feizt-a thû thâ vêsall! hve thû vêgr. 

De plus, l'expression dans Skirnisfor, strophe 4o : 

5egdu mer that «Skirnir, âdr thû. . . 
Sttgir /eti /ramarr : 

se retrouve dans la première strophe de Lokasenna : 

Segdu that Eldir, svâ at thû einugi 
Feii gângir yîramarr. 

Enfin , les vers de la strophe i3 de Skirnisfor : 

• mêr var aldr um-skapadr 

Ok ait Zif um-Zagit 

ont beaucoup de ressemblance, daos l'expression, avec 
les vers 192-193 de Lokasenna : 

thêr var î ârdaga 

Id Ziôta (îf um-Zagit. 



518 LOKASENNA. 

Notre poëme reoferme paiement quelques vers quon 
retrouve dans Harbardsliôd; ainsi les vers de Lokasenna 
2/13 et 2^4: 

Sîtzt î ^ndska thumlûngi ^nnktir thû einheri 
Ok t^ttiska thû thâ T^ôrr vêra 

sont les mêmes dans Harbardsliôd : 

Thêr var i hanika trodit 

Ok tAottiska thû thâ Thorr vêra. 

De même, l'expression rug vœttr [Lokasenna, v. 287, 2^5, 
204)» ressemble à l'expression inn ragi [Harh. strophe 
2G]; et la locution êk manda thik i hel koma [Harh, stro- 
phe 26), se retrouve dans : Hrangnisbani mun thêr i hel 
orna [Lokas.y. 256), 

Comme les ressemblances que nous venons de faire 
remarquer entre Lokasenna et les deux autres poèmes de 
TEdda ne sauraient être fortuites, il faut admettre ou que 
Lokasenna a été imité dans le Voyage de Skirnir et le 
Chant d'Harbard, ou que ces deux poèmes ont fourni 
quelques traits et quelques expressions à l'auteur des 
Sarcasmes de Loki. En examinant de plus près Skimisfôr 
et Harbardsliôd, on découvre que les expressions qui leur 
sont communes avec Lokasenna ne sont pas empruntées, 
mais qu'elles leur appartiennent en propre, tandis que dans 
Lokasenna elles peuvent bien n'être que des imitations. 
Nous devons donc en conclure que notre poëte a ôonnu 
Skirnisfor et Harbardsliôd, et que par conséquent Loka-' 
senna est postérieur à ces deux poèmes. Nous reviendrons 
sur la question de la date relative des trois poèmes, quand 
nous expliquerons le Voyage de Skirnir et le Chant de 
Harbard. Qu'il nous suffise, pour le moment, d'avoir 



INTRODUCTION. 519 

t 

constaté que Lokasenna est postérieur de quelques 
années à Skirnisfor et Harbardsliôd. Si, comme nous lía- 
vons fait voir, Lokasenna appartient aux dernières années 
du X* siècle, les deux autres poèmes doivent remonter 
aux premières années de la seconde moitié du même 
siècle. 



LORASENNA. 



Œgîr, er ôSro na&i hèt Gymîr, hann hafSî bûît Asom ôl, 
j^â-êr hann haiSî fengit ketil inn mikla, sem nu êr sagt. Til 
l^eirrar veido kom OSînn ok Frigg kona hans; þórr kom eigi, 
l^îat hann var î Austrvëgi ; Sif var )>ar kona þors , Bragi ok 
iSunn kona hans; Tyr var ]>ar, hann var einhendr, Fenrisûlfr 
flleii hônd af honom, ]>â-êr hann var bundinn; ]>ar Var NiôrSr 
ok kona hans SksSi, Freyr ok Freyia, Vîdarr son OSins; Loki 
var ]>ar, ok þionustumenn Freys , Beyggvér ok Beyla : margt 
var ]>ar Asa ok Alfa. 

OEgir âtti tvâ l^iônustu-menn Fimafëngr ok E3dir. þar var 
lysigiill haft fyrir êldz-lîôs ; siâlft barsk j^ar ôl. þar var griSa- 
staSr mîkin. Menn lofoSo miök hverso gôSir J^iônustu-menn 
OE^s voro : Loki mâtti eigi heyra ]>at ok drap hann Fimafëng. 
þa skôko Æsir skiöldo sina ok œpto at Loka, ok elto hann 
bratit til skôgar; en ]>eir fôro at drèkka. Loki hvarf aptr ok 
hitti ûti Eldi, Loki kvaddi hann : 

SegSu þat, Sdir! svâ at J>û eînugi 

Feti gângir yramar : 
Hvat hêr-inni feafa at oi-mâlom 

Sigtîva iynir? 



LES SARCASMES DE LOKl. 



Œlgir, qui portait aussi le nom de Gymir, donna un ban- 
quet aux Ases après qu'il eut reçu le grand chaudron, comme 
il a été raconté. A ce festin vint Odin avec sa fenune Frigg. 
Thôr ne vint point parce qu'il était en orient; Sif, la femme de 
Thôr, y était, ainsi que Bragiet sa femme Idunn; Tyr y était; il 
était manchot; le loup Fleurir lui avait mangé la main lorsqu'il 
s'était vu enchaîné. Etaient encore présents Niordur et sa femme 
Skadi/Frey et Freyia, Vidar, iils d'Odin, Loki et les domes- 
tiques de Frey, Beyggvir et Beyla, et un grand nombre d'Ases 
et d'Alfes. 

Œgir avait deux serviteurs , Fimafing et Eldir. L'éclat de 
l'or éclairait le palais au lieu de la lumière du feu; la bière se 
versait d'elle-même dans les coupes ; c'était là un endroit sacré. 
On louait beaucoup les serviteurs d'Œgir; Loki ne voulut point 
entendre ces louanges , et tua Fimafing. Alors les Ases secouè- 
rent leurs boucliers , poussèrent des cris contre Loki, et le pour- 
suivirent jusqu'à l'entrée d'un bois. Puis ils revinrent à boire. 
Loki retourna aussi ; et ayant rencontré Eldir devant la porte , 
illuidil: 

Dis donc , Eldir , sans que tu fasses un seul 

Pas de plus en avant , 
De quoi parient-ils là-dedans, dans leur discours de table, 

Les fils des Dieux Combattante? 

21 



10 



322 LOKASENNA. 

ËLDIR kvad: 
Of tmpn sîn dœma, ok om vig-risni sîna 

5igtîva synir: 
Asdi ok illfa, ër hêr-inni ëro, 

Mangi ër ]>ër î orSi vinr. 
LOKIkvad: 
/nn skal gânga Œgis hallir i, 

 }>at 5umbl at siâ : 
/oli ok afo fœri-ëk 4sa sonom 

Ok blend en J)eim svâ meini mioS. 

ÈLDIR kvad: 
Veiztu èf yû inn-gengr ÛBgis hallir î 
A ]>at 5umbl at sià — 
15 ffrôpi ok rôgi ëf J>û eyss â fcoll regin, 
A J)èr muno þau þerra þat. 

LOtl kvad: 

Veiztu þat Sdir! ëf viS einir skulom, 

iSâr-yrSom sakaz, 
AuSigr vërSa mun-ëk î andsvôrum — 
20 Êf þu mælir til margt. 

SîSati gêkkLoki inn î hôU^ina; en ër ))eir sa, êr fyrir voro, 
hverr inn var kominn , pognoSo ]>eir allir. 

LOKIkvad: 
þyrstr ëk kom )>ëssar hallar til 

Loptr um /ângan vëg! 
i4so at bioia, at mër «inn gëfi 

Afæran drykk miaSar. 



LES SARCASMES DE LOKI. 325 

ELDIR dit: 
Us devisent sur leurs armes et sur leur valeur guerrière , * & 

Les fils des Dieux Combattants. 
De tous les Ases et Alfes qui sont là-dedans, 
Pas un ne parle de toi en ami. 
LOKI dit: 
11 faut entrer dans les salles d'OEgir, 

Pour voir œ banquet. lo 

Chez les fils des Ases je vais porter le tapage et le scandale, 
Et mêler ainsi le fiel avec l'hydromel. 
ELDIR dit : 
Songe bien que si tu entres dans les salles d'OEgir 

Pour voir ce banquet, 
Et si tu verses l'opprobre et l'injure sur les Grandeurs is 
Elles sauront s'esspyer à toi. * [bénigpes, 

LOKI dit: 
Songe bien , Eldir, que si nous escrimons l'un contre l'autre 

En termes injurieux, 
Je saurai être inépuisable en répliques— 

Si tu dis un mot de trop. 20 

Ensuite Loki entra dans la salle; mais ceux qui s y trou- 
vaient, voyant qui était entré, se turent tous à la fois. 

LOKI dit: 
Altéré de soif, je suis arrivé dans cette demeure 

Après une longue marche ; 
Lopte prie les Ases de lui donner seulement 
Un coup d'hydromel pur. — 

21. 



324 LOKASENNA. 

25 Hvî þegit-er, svâ þrungin goS, 
At þer mæla ne megoS? 
iSessa ok staSi velit mër 5umbli al, 
ÉSa àeitiS mik /iêSan! 
BRAGI kvad: 
5èssa ok staiSi veiia ]?ër 5umbli at 
50 Æsir aidregi; 

þviat Æsir vito hveim þeir aida skuio 
Gamban-sumbl um-j^ëta. 

^ LOKI kvad: 

Mantù Jjat, OoinnI ër \i8 î ardaga 
jBlen4om MôSi saman, 
55 ölvi bergia lêztu eigi mundo 

^ Nëma okkr væri baSom torit. 

^^ ODINN kvwi: 

Rîstu þa, FîSarr! ok lât t/lfs foW 

iStia 5umbli at 
SîSr oss Loki kveSi /asta-stofum 
40 ÛBgis hollo L 

|>â stôS VîSar upp ok skenkti Loka; en âSr hann drykki, 
kvaddi hann Aso-na : 

Heilir Æsirl heiiar ilsynior! 
Ok oll jfinheilog jfoSl 
Nëma sa einn ass, ër innar sitr 
Bragi ftekkiom â, 

BRAGI kvad: 
45 Afer ok mæki gëf-ëk pér mîns fiâr, 
Ok hœtir pér svâ 6augi Bragi! 



LES SARCASMES DE LOKI. 325 

Pourquoi gardez-vous le silence ? Dieux si bouffis de morgue 25 

Que vous ne pouvez parler! — 
Désignez-moi un siège et une place à ce banquet, 
Ou renvoyez-moi d'ici. í 
BRAGI dit : 
Désigner un siège et une ptace à notre banquet! — 

Jamais les Ases ne le feront; ^^ 

Car les Ases savent bien à qui ils doivent 
Faire partager leur banquet joyeux. 
LOKI dit : 
T'en souviens-tu , Odin ; lorsque nous deux, autrefois, 

Nous mêlâmes notre sang ensemble; 
Jamais, disais-tu, jamais tu ne goûterais de Taile, 55 

A moins qu'elle ne fut offerte à nous deux ensemble. 
ODIN dit: 
Lève-toi, Vidar, et laisse le père du Loup 

Prendre place au banquet. 
Afin que Loki ne nous parle pas en termes injurieux 

Dans la demeure d'OEgir. 40 

Vidar se leva, et versa à boire à Loki qui, avant de boire 
salua les Ases. 
Ases 1 à votre santé ; à votre santé , Asyiiies! 

A la santé de vous tous. Dieux très-saints! 
Excepté ce seul Ase, ce Bragi qui est assis 
Au fond , sur son banc. 

BRAGI dit : 
Je te donne un cheval et une épée de ma propriété ; ^s 

Bragi te fait ainsi réparation avec Vécu, 



326 LOKASENNA. 

SîSr J>û Asom ofiind um-gialdir. — 
Gremjju eigi jfoS at J>ër! 

LOKI kvad: 
16s ok armbauga mundu æ vëra 
50 J5eggia vanr, JSragil 

ilsa ok iUfa, ër hêr-mïii éro, 
þu ërt viS liîg varastr 
^ Ok íídarrastr viS ifcot. 

BRAGI kvad; 
Veit-ëk ëf fyr atan værak, svâ sem for înnan emk , 
55 OËgîs hoU am-kominn, 

HôfuS þitt bæra-ek î hendi mër, 
Lyki-ëk J>ër þat for íýgi. 

LOKI kvad: 

Sniailr ërtu î iëssi, skal-atto 5vâ giora 
Bragi tekk-skrautuSr ! 
60 Fëga J>û gakk ëf ]>ù reiSr sêr; 
Hyggz va^tr fcyatr fyrir. 
TÍDUNNkvad: 
BiS'ëk, firagi! 6arna siiiar duga 

Ok aUra ásk-maga, 
At |>û Loka kvedir-a {asta-stofum 
65 ÛBgis hoilo Í. 

LOKI kvad: 
J>egi )>û, /Sunn! þik kvëd-ëk alira kvëiina 

Fër-giarnasta vëra*, 
Sîtz |>û arma jjîna iagSir ítr-þvegiia 

Um þinn irôSur-iana. 



LES SARCASMES DE LOKI. 527 

Afin que tu ne portes pas rancune aux Ases. — 

N'irrite point les dieux contre toi ! 
LOKI dit : 
Un chevd et un écu I jamais tu n auras que faire 

De Fun ou de l'autre , ô Bragi ! . so 

Toi, d'entre les Ases et les Alfes qui sont ici présents, 

Le plus précautionrté contre le combat 1 

Le plus effarouché à la vue d'une lance! 
BRAGI dit: 
Certes ! si pour me battre et non pour assister au banquet , 

J'étais venu dans la demeure d'OEgir , 55 

Je porterais ta tête dans ma main , — 

Je te payerais ainsi de ton mensonge. 
LOKI dît: 
Tu es impétueux dans ton fauteuil ! — Il ne faut pas en 

Magnifique Bragi, qui es trop sédentaire ! [user ainsi. 
Va donc te battre pendant que tu es encore courroucé ; 60 

Car, « homme en colère ne craint pas le diable. » 
. IDUNN dit: 
Je t'en prie , Bragi ! au nom de aos enfants , 

De tous les fils qui sont encore dans nos vœux : 
N'irrite point Loki par des injures , 

Dans la demeure d'OËgir. - 65 

LOKI dît : 
Tais-toi , Idutin ! — Je te déclare de toutes les femmes 

La plus lascive , 
Depuis que tu as serré dans tes bras par trop lavés 

Le meurtrier de ton frère. 



328 LOKASENNA. 

IDUNN kvad: 
70 Loka ëk kveS'k-a {asta-stofom 
Œgis hollo Í : 
Braga ëk kyrri 6iôr-reisan; 

Fii'k-at-ëk at iS. reiSir vëgiz. 
GEFION kvad : 
Hvî iS Æsir tveir skuloS inni.hêr 
75 5ar-yrSom sakaz! 

Loptki ]>at veit at hann leikiim ër, 
Ok hann ^órgöll /rîa. 
LOKI kvad: 
J>egi pu , Gefion ! þess mim-ëk nû gëta 
Èr J>ik jflapþi at ge8i 
80 5veinn inn hvîti, ër ]?ik 5Ígli gaf, 
Ok )>û /agSir ter yfir. 
ODINN kvad: 
Oit ërtu, Loki! ok orvîti, 

Et ]?û fœr |>ër Gefion at jfremi; 
þvíat aldar ðiiög, hygg-èk hon oli um-viti s 
85 iaj6i-giörla s^m ek. 

LOKTkvad: 
þegi J>û, OSinn! ]>ú' kimnir aldregi 

Deila vîg mëS uërom : 
Opt ]>n jfaft þeim ër )>û ^ëfa skyldir-a 
Enom ílævorom 5Ígur. 

ODINN kvad: ^.. 

00 Veiztu èf ëk jfaf )>eim-ër ëk ^ëfa ne skylda 
Enom slævorom 5Ígur ! — 



LES SARCASMES DE LOKI. 529 

IDUNNdit: 

Je ne répondrai point par des injures à Loki , ^^ 

Dans la demeure d'OEgir. 
JTapaiserai Bragi excité par la bière; 

Je ne veux pas que vous vous battiez ainsi irrités. 
GÉFION dit: 
Gomment ] deux Ases se quereller ici dans la salle , 

Et se dire des injures I — 75 

Lopte ne s'aperçoit pas qu*il est trop enjoué 

Et que sa pétulance l'emporte. 
LOKI dit : 
Tais- toi , Géfion , ou je vais raconter 

Comment t'a éblouie * 

Ce brillant jeune homme qui t'a fait présent d'un collier, so 

Et que tu as fait passer sur tes cuisses. 
ODIN dit : 
Tu es un ^ou , Loki , et un insensé , 

De porter Géiion à la rancune contre toi ; 
Car elle connaît , je pense , en entier la destinée de chacun , 

Aussi parfaitement que moi-même. »5 

LOKI dit: 
Tais-toi , Odin ; tu n'as jamais su 

Bien décider du sort des combats entre les hommes. 
Souvent tu as donné à qui tu ne devais pas la donner, 

La victoire au moins courageux. 
ODIN dit : 
Sais-tu que j'aie donné à qui je ne devais pas la donner, 90 

La victoire au moins courageux.^ — 



550 LOKASENNA. 

Atta vètur vartu, for íörS nëSan, 
Kjr miolkandi ok fcona, 
Ok hefir J>û þar iörn af-6orit, 
95 Ok hugoa-ëk |>at args aSal. 

LOKI kvad: 

En þik 5Îda koSo 5âmseyio i, 

Ok draptu â t?êtt sein vôlor : 
Fitka lîki fôrSu ver-þioS yfir, 
Ok hugSa-ëk ]>at args aSal. 
FRIGG kvad : 
100 Orlogum ykrom skylit ddregi 
Segia ieggiom frâ, 
Hvat iS Æsir tveir drygSut î dr-daga; 
Firriz æ /orn rok /îrar. 

LOKI kvad : 

þegi J>û, Frîgg! \>n ërt Fiorgyns mær, 
105 Ok hefir æ vër-giorn verit, 

Èr J>â Fea *ok Fîlia iêztu |>ër, FiSris kvæn, 
BâSa î 6aSm um-tekit. 
FRIGG kvad: 
Veiztu ëf inni «tta'k Œgîs holiom î 
fiaidri lîkan 6ur, 
110 ï/t )>û ne kvæmir frâ Asa. sonom 

Ok væri þa at ]?èr reiSom vëgit. 

LOKI kvad: 

Ènn vill J>û, Frigg! at ëk ^eiri telia 
A/îna mein-stafi : — 



LES SARCA;SMES de LOKI. 551 

Mais toi , pendant huit hivers , tu as été là-bas , sur la terre , 
Une vache à lait et une femme, 
Et tu y es accouché plusieurs fois; 
Et cela est, ce mé semble , le propre d'un lâche. 95 
LOKI dit: 
Tu as pratiqué, à ce qu'on <J[it, la magie noire à Samsey, 

Et tu .as frappé aux portes comme les Valas r 
Sous la figure d'un sorcier, tu volas par-dessus le peuple- 
des-hommes , 
Et cela est , ce me semble , le propre d'ujj lâche. 
FRIGGdit: 
De, vos aventures , vous ne devriez jamais parler 100 

En présence des héros; [siècles. — 

Ni de ce que vous avez fait au commencement des 

« Les honmies ne se reprochent point d'anciennes 

LOKI dit : [«fautes.» 

Tais-toi, Frigg; tu es la fille de Fiorgyne, 

Et tu as toujours été lascive : los 

Car toi, la femme de Vidrir, tu as tenu Ve et Vili 
Embrassés sur ton sein. 

FRIGGdit: • 

Sais-tu que si j'avais ici, dans la demeure d'OEgir, 

Un autre 61s comme Baldur, 
Tu ne sortirais pas de chez les fils des Ases? no 

On brandirait l'épéQ sur toi, insolent! 
LOK! dit: 
Veux-tu donc, Frigg, que je confesse encore d'autres 
De mes péchés? — 



552 LOKASENNA. 

Ek J>vî rêS ër ]>û rida sêr-at 
115 iSSan Baldr at 5Óium. 

FREYIA kvad: 

Oit ërtii, Lokil ër ]>ù ySra telr 

Liôta ieiS-stafi : 
Orlog Frigg hygg ëk at oii vitî, 
þott hûn iiâlfgi iegi. 
LOKI kvad: 
120. þegi þUj^PVeyia! ]?ik kann-ëk /uli-giórva 
Ér-a þer vamma vant : 
Asa ok Alfa ër hêr-inni ëro 

flverr hefir ]?inn horr verit. 
FREYIA kvad: 
Fia ër ]>ër tûnga, hygg-ëk at J>ër ^emr muni 
125 Ogott um-gala : 

ReiSir ro ]?ër Æsir ok Asynior : 
Hryggr muntu /leim-fara. 

LOKI kvad: 

þegi þu, Freyia! )>û ërt /ordæSa 
0k meinî blandin miok : 
150 Sîtztu at brœ^T j^înom sîSr felîS regin : — 
Ok mundir |>û þa, Freyia 1 /rata. 
NIORDR kvad: 

þat er vâ-iîtit J>ôtt sër varSkur vers 

Fâi hoss ëSr /ivars : 
Hitt ër andr, ër áss ragr ër hêr-înn of-kominn 
155 Ok hefir sa iorn of-iorit. 



LES, SARCASMES DE LOKI. 333 

C'est par mes soins que tu ne verras plus Baldur 

Rentrer à cheval chez lui. 115 

FREYIA dit : 
Tu es un insensé , Loki , de proclkmer ainsi 

Tes infâmes méchancetés : 
La destinée immuable, Frigg la connaît en entier, je pense, 

Bien qu'elle ne le dise pas elle-même. 
LOKI dit: 
Tais-toi , Freyia $ je ne te connais que trop bien , 120 

Tu n'es pas pure de souillure; 
Les Ases et les Alfes , qui sont ici présents , 

Ont été tous tes galants. 

FREYIA dit: 
Ta langue est menteuse , mais je crois que bientôt 

Elle fera un cri de douleur; 125 

Les Ases et les Asynies sont irrités contre toi : 

Tu ne rentreras pas joyeux à la maison. 
LOKI dit : 
Tais-toi, Freyia ; tu es noircie de forfaits 

Et toute pétrie de méchanceté, [bénignes. — 

Depuis que tu enchantes ton frère et les Grandeurs 150 

Et après cela , Freyia , tu oses encore brailler ! 
NIORDUR dit: 
Cela est peu étonnant, si les dames choisissent 

Pour galant un tel ou un tel : 
Mais ce qui est merveilleux , c'est qu'un Ase lâche soit entré 

Et qu'il soit accouché plusieurs fois. [ici, 155 



554 LOKASENNA. . 

LOKI kvad: 

þegi þu, NiörSr! |)û vart austr hêSan 

Gisi iim-sendr at goSom : 
Hýmís meyíar höíSo þik at Mand-trogí 
Ok pèr î munn migo. 

NIORDRkvad: 
140 Su ëromk fîkn ër ëk var*k iângt hêSan 
Gisi um-sendr at joSom : 
þa ëk mog gat þann ër mangî fiâr. 
Ok j^ikkir sa ilsa îaSarr. 
LOKI kvad: 
Hættu nu, Nior^r! hafSu â /iôfi þík, 
145 Munk-a-ëk þvi /eyna /engr; 

ViS 5ystor Jïînni gaz tu 5llkan môg — 
Ok ]>ër-a þo ono vërr. 

TYRkvad: 

Freyr ër teztr allra 6all-riSâ, 
-4sá görSom í; 
150 ilfey hann ne grætir, né mans kono, 
Ok leysir or Tiôptom /iverii* 
LOKI kvad: 
þegi þu, Tyrl þu kunnir aidregi 

Bëra tílt mëS iveim î 
Handar ënnar fcœgri miui-ëk hînnar gëta, 
Èr ]>ër sieit Fenrir ^râ. 
TYRkvad: 
ifandar ëm-ëk vanr, en J>û iîrôSrs-vitnis, 
JBoi er beggîa ]>rá : 



155 



LES SARCASMES DE LOKI. 535 

LOKI dit: 

Tais-toi , Niordur ; on t'a envoyé d'ici en Orient 

Gomme otage aux dieux ; 
Les filles d'Hymir t'ont pris pour un baquet à urine, 

Et t'ont pissé dans la bouche. 
NIORDUR dit: 
Ce qui me console d'avoir été envoyé loin d'ici uo 

Comme otage aux dieux , 
C'est que là , j'ai engendré un fils qui est aimé de tout le 

Et qui passe pour le chef des Ases. [monde, 

LOKI dit: 
C'est assez , Niordur; ne dépasse pas la mesure. 

Sans cela je ne pourrai plus longtemps cacher ' As 
Que c'est avec ta sœur que tu as engendré ce fils , 

Ce qui , pourtant , n'est pas le pire de ce qu'on 
TYR dit: [attendait de toi. 

Frey est le meilleur de tous les preux chevaliers, 

Dans les enclos des Ases : 
Jamais il n'a faitpleurör une fille ni une femme mariée, 150 

Et il aSranchit chacun de la servitude. 
LOKI dit: 
Tais-toi , Tyr ; tu n'a jamais su 

Réconcilier deux adversaires : 
Parlerai-je de \^ main droite 

Que t'a enlevée Fenrir 1 155 

TYR dit: 
Je regrette ma main, et toi tu çegrettes Hrodtirs-vitnir ; 

Notre perte est douloureuse à l'un et à l'autre : 



. no 



356 LOKASENNA. 

£/ifgi hefir ok tel ër î bôndom skai 
BîSa ragna rokrs. 

LOKI kvad : 
160 þegi jjû, Tyr! þat varS þinni kono 
At bon âtti mog viS mër : 
CUn ne pennîng hafSir |>û ]?ëss aldregi 
Fanrêttis, vësaii! ^ 

FRËYRkvad: 
Clf sê-ëk liggia dr-ôsi for 
165 Unz riûfaz regin : 

þ\d mundo næzt, nëma ]?û nu þegir, 
jBundînn, iola-smiSrl 

LOKI kvad : 

Gulli keypta lêztu Gymis dôttur, 

Ok 5eldir þitt svâ s\èr8 : 
En êr Muspëls-synir rîSa MyrkviS yfir, 

Feizt-a þu ]>â, rësdl! hve J>û vëgr. , 
BEYGGVIR kvad : 
Veiztu, ëf êk oSli ætta'k, sem ingunnar-Freyr, 

Ok svâ «æliikt 5ëtr, 
Jliergi smæra molda-ëk þa mein-krâko 
175 Ok /emda alla î USo. 

LOKI kvad : 
Hvat ër ]?at iS fitia, ër ëk )>ar iogra sê'k 

Ok 5napvîst inapir? — 
At ^yrom Freys muodo œ vëra 
Ok und fevërnom Uaka. 



LES SARCASMES DE LOKI. 557 

Le Loup n^est pas bien non plus dans ses fers , 

Il attendra jusqu'au crépuscule des Grandeurs. 
LOKI dit: 

Tais-toi , Tyr! il est arrivé à ta femme leo 

D'avoir un enfant avec moi : 

Tu n'as pas reçu un chiffon , pas un denier 

Pour dédoDunagement , pauvre/homme 1 

FREY dit: 
Je vois le loup qui, à l'embouchure du fleuve, reste en- 

Jusqu'à ce que les Grandeurs succombent, [chaîné les 
Si tu ne te tais, tu seras attaché 

Auprès de lui , auteur du mal ! 

LOKI dit : 
Tu as fait acheter avec de l'or la fille de Gymir , 

Et abandonné ainsi ton épée : 

Mais quand les fils de Muspil traverseront la forêt Noire, 170 

Alors tu ne sauras pas, pauvre homme! conmient 

BEYGGVIR dit: [combattre. 

Sais-tu que , si j'étais de grande condition comme Ingunnar 

Et si j'avais un siège aussi magnifique, [Frey, 

Je te broyerais plus mou que la moelle , malheureuse cor- 

Et je te romprais tous les membres ? [neille , 175 

LOKI dit: 
Quelle est donc cette petite créature que je vois blottie 
Et qui ouvre son bec parasite? [là-bas. 

Il veut toujours être pendu aux oreilles de Frey, 
Et grommeler entre ses dents. 

22 



358 LOKASENNA. 

BEYGGVIR kvad: 
180 JBeyggvir ëk heiti, en mik brâSan kvëSa 
GoS oll ok ^umar. — 
þvi èm-ëk hêr ferôSigr at drëkka fliropts m^ir 
illlir ôl saman. 

LOKI kvad: 

þegi þu BeyggvirI þu kunnir aldregi 
185 Deila mëS mônnom mat: 

Ok )>ik î yietz strâ /inna ne mâttu 
þa-er vâgo vërar. 

HEIMDALLR kvad: 
Ok ërtu, Loki! svâ at ]>n ërt orviti, 
Hvî ne /ezt-a J>û, Loki! 
190 þvíat ofdrykkia veidr aida hveim 
Èr sîna mælgi ne man-aS. 

LOKI hvad : 

{>egi þu, Heimdallr! )>ër var î ârdaga 

iS fiôta Zîf um-iagit; 
Aurgo baki )>û munt æ vëra 
195 Ok vaka vôrSr goSa. 

SKÂDI kvad: 
Lêtt ër ]>ër, Loki! mun-attu Zengi svâ 

Leika îausom hala; 
þviat þík â /liörvi skolo ins /iiim-kaida magar 
Gornom binda jfoK. 

LORI kvad: 
200 Veiztu, ëf mik à fáörvi skolo ëns fcrîm-kalda magar 
Gornom binda jfoS — 



LES SARCASMES DE LOKI. 359 

BEYGGVIR dit: 
Je me nomme Beyggvir , et ma promptitude est louée iso 

Par les dieux et les hommes : 
Ce qui me ravit , c'est de vcar tous le^ fils de Hropte 
RéuDÍs au banquet. 

LOKI dit: 
Tais-toi, Beyggvir] tu n'as jamais su 

Répartir les vivres entre les hommes : i85 

Et caché dans la paille de ta couchette, tu n'as pas pu être 
Lorsque les héros allaient au combat. [trouvé 

HEIMDALLE dit; 
Loki ! tu es ivre, de sorte que tu as perdu la raison. 

Pourquoi ne cesses-tu pas de boire , Loki î 
Car l'ivresse produit dans chacun cet effet, i9o 

Qu'on ne s'aperçoit pas de son bavardage. 
LOKI dit : 
Tais-toi, Heimdalle ! au commencement des siècles , 

On t'a départi un maudit emploi : 
Comme gardien des dieux, tu es condamné à les réveiller, 

Et à exposer ton dos à l'humidité de la nuit. i^s 

SKADI dit: 
Tu es en bonne humeur, Loki ; mais tu ne pourras plus 
Agiter librement la queue , [longtemps 

Car les dieux vont te lier au rocher , avec les boyapx 
De ton monstre de fils. 

LOKI dit : 
Tu crois que les dieux vont me lier au rocher avec les 200 
De mon monstre de fils 1 [boyaux 

22. 



540 LOKASENNA. 

Fyrstr ok ôfztr var-ëk at /iör-lagi 
þars vër â þíassa ]>rifom. 
SKADI kvad: 
Veiztu, ëf/yrstr ok ofztr vartu at /ior-iagi 
205 þa-er at þiassa þrifoS : 

Frâ mînom veom ok rângom skolo 
þer æ feöld râS feoma. 

LOKI hvad : 

' Lêttari î mâlom vartu viS Laufeyiar son, 
þa-er þu iêtz mër â beS þinn ioSit : 
210 GëtiS vërSr oss slîks, ëf vër gfiörva skolom 
Telia vommin vâr. 

{>â gêkk Beyla fram pk byrlaSî Loka î hrîm-kalki miôS ok 
mælti : 

fleili vër þu nu, Lokil ok tak viS ?irîm-ka]kî 

Fuilom /orns miaSar; 
Heldr hana eina lâtir mëS Asa sonom 
215 Famma-iausom vëra. 

Hann tôk viiS horni ok drakk af : 

Ein þu værir, ëf þu svâ værir 

For ok gröm at vëri : 
£inn ëk veit — svâ at ëk vita ]>ikkiomk, 
Hôrr ok af HlôrrîSa — 
220 Ok var þat sâ-inn tevîsi Loki. 

BEYLA kvad: 
jRöli öli skiâlfa, hygg-ëk â ^or vëra 
ifeiman HlôrriSa : 



LES SARCASMES DE LOKI. 541 

Sache que j'ai été le premier et le plus terrible au combat 

Lorsque nous attaquâmes Thiassi. 
SKADI dit : 
Si tu as été le premier et le plus terrible au combat , 

Lorsque vous avez attaqué Thiassi, 205 

Attends-toi à voir sortir de mes palais et enclos 

De pernicieux complots contre toi. 

LOKI dit : [Laufey, 

Tu étais plus aimable dans ton langage avec le fils de 

Quand tu le sollicitas à partager ta couche. — 
Il faut nous rappeler cette aventure si nous devons en- 210 

Confesser nos péchés. [tièrement 

Cependant, Beyla s^avança et versa à Loki de Thydromel 
dans une coupe de glace, en disant : 

A ta santé , maintenant , Loki ! accepte cette coupe de glace 

Remplie d'hydromel vineux : 
A condition que tu laisseras au moins Sif en honneur 

Et irréprochable parmi les Ases. 215 

Loki prit la coupe , et après Tavoir vidée, il dit : 

Sif! tu serais unique parmi les femmes si tu étais si ré- 
Et si cruelle à Tégard des hommes : [servée 

Mais je connais au moins un — et je crois le connaître par- 
Un galant de la femme de Hlôrridi , [faitement — 
Et ce galant, c'était moi, le malicieux Loki. 220 

BEYLA dit: 

Les montagnes tremblent. — Hlôrridi est , sans doute , en 
Pour rentrer chez lui : [chemin 



542 LOKASENNA. 

Hann ræ^r rô þeim ër rœgir hêr 
CkyS 611 ok ^uma. 

LOKI kvad : 
225 þegí pu, Beyia! þu ërt Bey^;vis kvæn 
Ok TTieini biandin miok : 
Okynîan meira kom-a mëd Asa sonom, 
011 ërtu, deigia, dfritin. 

þa kom þorr at ok kvaS : 

þegi |jû, rog vættr! þer skal minn ]irûÇ-hamar 
250 jMiôlnir mai for-nëma: 

flierSa-kiett drëp-ëk pèr Aâisi af 

Ok vërSr þa þino /iörvi um-foiit. 
LOKI kvad : 
/arSar burr ër hêr nû mn-kominn, 
Hvî þrasír þu svâ, þorr? 
255 En þa þorir þu 6Ígi ër J>û skait viS ulf-inn vëga, 
Ok 5vêlgr hann allan iSigföSr. 
THORR kvad : 
þegi þu róg vættr! )>ër skal minn þrud-hamar 

' Afíölnir mal for-nëma : 
i7pp ëk J>ër vërp ok â austr-vëga — 
240 Ok sèr |)ik mangi siSan. 

LOKI kvad: 
ilustr-fonuxi |>înom skaitu aidregi 

5egia seggiom M, 
Sîzt î hand^ska )>umlûngi hnuktir þu einheri — 
Ok þottisk-a ]>\x )>a þoiT vëra. 



LES SARCASMES DE LOKL 545 

Il imposera silence à ce méchant qui insulte ici 

Les dieux et les Jiommes, 
LOKI dit : 
Tais-toi , Beyla^ tu es la femime de Beyggvir, 225 

Et bien pétrie de méchanceté : 
Jamais plus grande laideron n'est venue parmi les Ases ; 

Tu es une gueuse , une salope. 

Cependant Thôr survînt et dit : 

Tais-toi» lâche créature, ou mon puissant marteau 

Miolnir t'ôtera la parole : 250 

J'abattrai de dessus tes épaules ce rocher qui branle sur 

Et ce sera fait de ta vie. [ton cou, 

LOKI dit: 
Fils de lord, qui ne fais que d'entrer. 

Pourquoi fais-tu déjà le brutal? — 
Tu ne seras pas si audacieux quand tu devras combattre 235 

Le loup qui engloutira en entier le Père des Victoires. 
THOR dit: 
Tais-toi, lâche créature, ou mon puissant marteau 

Miolnir t'ôtera la parole : 
Je t'expédierai en l'air, jusque dans les régions de l'O- 

Et personne ne t'apercevra plus. {rient, — 240 

{.OKI dit : 
De tes expéditions en Orient, tune devrais jamais parler 

Devant des héros , 
Depuis qu'on t'a vu, toi le monomaque, blotti dans le pouce 

Où toi-même tu ne pensais plus être Thôr. [du gant, 



544 LOKASENNA. 

THORRkvad: 

245 þegí þu, rög vættr! þer skai minn )>rû<?-hamar 
Jkfiölnir mai for-nëma : 
ífendi hînnî /lœgri drëp-ëk þik flrûngnis-bana, 
Svâ at þer Jrotnar 6eina hvat. 
LOKI kvad : 
Lifa ætla-ek mër îângan aidr, 
250 þottu fteitir ftamri mër : — 

iSfcarpar âlar þotto ]>ër Sferymnis vëra 
Ok mâttir-â þu þa Tiesti nk — 
Ok svaltz þu ]>â ftûngri îieiil. ^ 
THORR kvad : 

þegí þu, rög vættr! þer skal minn j^rùS-hamar 
255 ilííölnir mai for-nëma : 

flrûngnis-banî mun )>ër î ftei koma 
For nâ-grindr nëSan. 

LOKIkvad: 

KvaS-ëk for ilsom, kvaS ëk for ilsyniom 

baz mik îivatti fcugr : 
- I 

260 En for ]>ër cinom mun-êk at-gânga, j 

þviat ëk-veit at þu vëgr. 

01 giorSir pu , ÛBgir ! en þu aidri munt 

SîSan iumbi um-giora : 
Eiga ]>în oli ër liêr-înni ër , 

265 Leiki yfir iogi! 

Ok trënni |>ër â 6aki! 1 



LES SARCASMES DE LOKI. 345 

THOR dit: 
Tais-toi, lâche créature, ou mon puissant marteau 245 

Miolnir t'ôtera la parole : 
De ma main droite , je te frapperai avec le Meurtrier de 

De sorte que chacun de tes os sera broyé. [Hrungnir 
LOKI dit : 
Je me promets de vivre encore longtemps, 

Bien que tu me menaces de ton marteau. — 250 

Les nœuds de Skrymnir t'ont paru trop serrés; 

Tu n'as pas pu arriver jusqu'à la provende; 

Tu te mourais de faim en pleine santé. 
THOR dit: 
Tais-toi, lâche créature, ou mon puissant marteau 

Miolnir t'ôtera la parole , 255 

Le Meurtrier de Hrungnir te précipitera dans l'empire de 

En bas , devant la Grille des morts. [Hel , 

LOKI dit : 
J'ai dit devant les Ases , j'ai dit devant les Asynies 

Ce que l'esprit m'a poussé à dire : 
Devant toi seul je me retirerai , 200 

Parce que je sais que tu te bats. 

Tu as fait un festin, OEgir! dorénavant 

Tu ne feras plus de banquet : 
Que tout ton avoir, qui est ici dans cette salle. 

Soit eqvahi par la flamme , 265 

Et englouti derrière i(À 1 



546 LORASENNA. 

En eptír ]7êtta falz Loki î Fránángrs foni î lax-lîki ; þar 
tôko Æsir hann. Hann var bundinn mêS þörmom sonar sins 
Nâra, en Narfi sonr hans varS «ft vargi. Ska^i tôk eitr-orm 
ok festi upp yfir andlit Loka, ok draup þar or eitr. Sigyn 
kona Loka sat þar, ok hêlt munn-laug undir eitriS; en êr 
munn-laugÎD var fuU, bar bon ût eitriS; en mêSan draup 
eîtriS á Loka. þa kiptiz bann svâ hart viS at ]>aSan af skalf 
iörS ôll : ]>at ëro nû kallaSir landskiâlftar. 



LES SARCASMES DE LOKI. 5^7 

Après cda , Loki, prenant la forme d*un saumon (i), se tint 
caché sous la cataracte de Frânangur (a) ; c*est là qu il fut pris par 
les Ases. On le lia avec les boyaux de son iils Nàri (3), mais son 
autre &ls fut changé en bête féroce. Skadi prit un serpent veni- 
meux, et le suspendit au-dessus du visage de Loki; le venin en 
tomba goutte à goutte. Sigyne (A)« la femme de Loki , était assise 
auprès , et reçut les gouttes de venin dans un bassin. Lorsque 
le bassin fut rempli, elle sortit avec le venin. Durant cet inter- 
valle , les gouttes tombèrent sur Loki ; il en eut de si fortes com- 
motions, que toute la tare en fut ébranlée; c*est ce quon 
appelle aujourd'hui tremblements de terre. 



548 LOKASENNA. 



NOTES 

CRITIQUES ET PHILOLOGIQUES. 

Note i . — Barsk est une contraction de har sik ; plus tard on 
disait harst, et dans des temps encore plus rapprochés de nous, on se 
servait quelquefois de Tancienne forme hank. 

Vers 2. — Feti (jangir framarr. (Cf. Hâvamâl, 38; Skimisfôr, 4o.) 

Vers 3. — Hvat hénnni hafa at ôlmâlom (quoi ont-ils là-dedans 
pour discours de table), quoi leur sert de sujet, ou quel est le sujet 
de leur discours de table, de quoi parlent-ils ? En allemand on dirait : 
Was hahen sie fur Tischgespràche. (Cf. Vafthvdnismal, v. 2 5.) 

Vers 5. — Of vâpn sm dœma (ils disent leur avis sur leurs armes), 
ils parlent de leurs armes. — Dans om vigrisni, on devrait peut-être 
changer om en of. Le v de vigrisni semble exiger devant soi une labiale 
aspirée comme dans ofvâpn pour om vâpn ; cependant les poètes aiment 
à varier les formes des mots autant que possible. 

Vers 9. — Inn skal gànga; il faut sous-entendre ëk; Tomission de 
ce pronom personnel donne à Texpression plus de vivacité et de har- 
diesse. — Hallir est mis au pluriel pour indiquer la grandeur et la 
magnificence de la demeure d'CEgir; c'est, comme disent les grammai- 
riens, un plaraUs majestaticus. (Voyez v. 27.) 

Vers 10. — At siââ eitt (voir sur quelque chose) , inspecter, exa- 
miner, contempler. 

Vers 11. — loll est sans doute dérivé de iod et signifie c effer- 
vescence, colère.» (Cf. ail. groïl.) Au lieu de afo, on devrait peut-être 
lire âfo (ivresse, désordre de Tivresse, scandale). Le traducteur 
'suédois rend les deux mots par larm och oro (bruit et turbulence). 

Vers 12. — Blend en theim. En (en allemand aher) est une parti- 
cule conjonctive et adversative en même temps. En français, on ne 
peut exprimer cette légère nuance de la pensée que par Taccent et 
rinflexion de la voix. 

Vers 1 5. — Hrôpi ok hrôgi; ces mots sont à l'instrumental régi par 
le verbe ey«. (Cf. ôrgomforsi aasast, Vôlaspâ, v. 87.) 



NOTES CRITIQUES. 549 

Vers 17. — Vid (anciennement vit) est le doei de ia première 
personne du plurid. (Voyez v. 33.) — Einir (ploriei de mn); iatin 
singuli (tons, ensemble). 

Vers 18. -~ Sàr-yrdjom est à Tinstrumental. (Cf. Fa/ïfc. v. 16.) 

Vers 20. — TU est ici adverbe et non pas préposition. (Cf. Vafih. 
p. 124.) 

Vers 22. «— IJm Utngaa vëg (par an long chemin). 

Vers 23. — Einn pour einan. 

Vers 26. — Thrângin, (Cf. Thraanginn môdi , Vôluspâ, v. 126.) 

Vers 27. — 5é55a (sièges) ; itadt (places au bancpiet), ou comme 
nous dirions des couverts. Les deux mots sont mis au pluriel pour 
indiquer que Loki demande une des premières places, et un siège ou 
un banc large et commode. (Cf. v. 9.) 

Vers 28. — Heita hédan, locution elliptique pour heita ai ût-gânga 
hêdan (ordonner de sortir d'ici). On dit de même einom visa or, visa 
einomfrd (faire signe à quelqu'un de sortir). 

Vers 32. — Gamhan n est qu'une autre prononciation du mot ga^ 
mon. Le 6 est produit par le m suivi d'une liquide ou d'une nasale. 
( Voy. p. 8 1 . ) Souvent l'une et l'autre forme se trouvent dans la langue , 
comme sumbl et sund, gaman et gamhan, kumhl et kuml, audhunda et 
audhunthla, etc^^Asona est formé par contraction de Âso éna. 

Vers 44. — Bekkiom est mis au pluriel honorifique (pluralis ma- 
jestaticus). fVoyex v. 9 et 27.) 

Vers 46. — Hommes It femmes portaient des bagues (baugr) 
d'un métal plus ou moins précieux. (Voyez Vohndar kvida, cf. Skir- 
nisfôr, 21.) Les grands et les rois, pour témoigner leur satisfaction à 
leurs clients ou leurs sujets , leur distribuaient des bagues; de là vient 
le nom métaphorique de disirihutears de bagues (cf. an^o-s. heahgjfa) 
qu'on donnait aux rois. Comme la richesse des grands consistait à avoir 
surtout un grand nombre de bagues d'or et d'argent, le mot bague a 
pris aussi la signification de richesse. La valeur ordinaire d'une bague 
équivalait à deux onces d'argent : c'était précisément la somme fixée 
comme amende pour une injure légère, et on donnait, pour cette 
raison, une bague pour réparation de l'injure. De là, l'expression de 
réparer par une bague (at bœta baogi). La bague ou la valeur qu'elle 
représentait, se donnait quelquefois par-dessus la somme payée en 



550 LOKASENNA. 

réparatioii , parce que Tanneaa était en même temps le symbole de la 
réconciliation. Gomme la réparation se faisait ordinairement avec des 
bagues, le mot haagr a pris tout à fait la signification í amende ou de 
peine, depanition. Dans le code de lois intitcdé Grágás (oie grise), il y 
a un haagaJtal ou chapitre qui traite des amendes. (Cf. Leibnitz, Reram 
Bransvic» etc.; tom. I.) La punition qu*on encourait pour meurtre, 
était la relégation; cette peine s'appelait jSðrtaojrr (punition pour vie); 
Jiörbaugs madr, désignait le relégué, et Jiörbaagi gardr, Tenceinte du 
temple dans laquelle les relégués ne devaient pas entrer. 

Vers ^9. -— Comme baagr signifie non-«eulement un anneau, mais 
aussi un bouclier, Loki fait une espèce de calembourg pour chicaner 
Bragi sur ses propres paroles. Le mot haagr, dont Bragi s'était servi 
dans le sens de hague, Loki le prend dans le sens de hoacUer, et il dit : 
«Tu pourras bien toujour» te passer dW cheval de bataille et d'un 
« hottcUer, toi qui as peur de combattre , etc. t Armhaaga est ou le gé- 
nitif pluriel de armhaagr, ou le génitif singulier de armbaagi (bouclier 
qu'on porte au bras). Peutrétre qu'outre le jeu de mots que nous venons 
d'indiquer, il y a encore un autre calembourg qui repose sur l'bo* 
monymie du mot haagi avec bogi (l'arc). Dans ce cas, il faudrait sup- 
poser que Loki fait semblant d'avoir entendu prononcer à BragiJe mot 
hogi, et qu'il y répond malicieusement : Thà ért êkiarrastr vid shat. 

y EUS 53. •'^ Les mots qui expriment crainte, précaution, sont sou- 
vent suivis de la préposition vid dans le sens de vU-a-vis, ea»en, 
contre. Nous disons aussi : être en garde coim^. 

Vers 54. — Ces deux vers sont ainsi rendus par le traducteur 
suédois, M. A&elius : 

Det vet jag, vore jag utom Agen sal 
Som jag sitter nu derinne. 

Ce qui revient à dire : c Si j'étais dehors au lieu d'être icL > Ces paroles 
présenteraient, dans la bouche de Bragi, une excuse ridicide; car 
Bragi n'avait qu'à sortir pour se trouver dans la condition convenable. 
Ces paroles seraient, à la vérité, assez bien mises dans la bouche d'un 
lâche qui cherche par des excuses Jatiles à éluder le combat ; mais je 
ne crois pas que le poète ait voulu présenter ]^agi sous un jour aussi 
défavorable. Pour donner à stà sémfor irnian emk le sens convenid>le, 



NOTES CRITIQUES. 551 

il faot rapporter wn-hominn à vœnk. Bragi dit : c St au lieu de venir ici 
« (danB cette salle pour assister à un banqoet), j'étais venu (poi» me 
c battre) dehors , > ou » en d^autreð termes : « si le motif qui ma amené ici 
«ne me défendait pas de tirer mon épée, etc. etc. > IHan et innan sont 
des expresûons heureuses pour désigner Tune le combat qui se livre ea 
plein champ (voyez p. 295, v. 72) , l'autre le festin quon célèbre dans 
Yintérigur des maisons. — Vœrak et hœrof'êk pour wtri-«k et hœr>êh 
(Voyex Rask, Vejledning» etc, p. id3.) 

Vbrs 57. ''^^ Pour comprendre grammaticdiement le dernier vers, il 
faut se rappeler que la signification logique du verbe btka est pti^er, dans 
le sens de donner en payement En traduisant mot à mot, il faudrait dire : 
«Je te donnerais cela en payement de ton mensonge.» Les langues 
germaniques mettent la préposition/or (pour) IS où nous mettons de, 
à cause de. Il y a, en français, une locution proveibiide qui correspond 
assex bien à htkajor (payé pour). ÊÊre payé poar cela, signifie être 
puni pour avoir fait cela. Payé signifie ici récompensé, et réc<Mnpensé se 
dit ironiquement pour puai. Je profite de cette occasion pour relever 
une inexactitude qui s'est glissée dans le Dictionnaire de TÂcadémie 
française. Dans le même alinéa où Ton trouve la locution {droverbiale 
que nous venons de citer, il est dit : «On dit de même : il nest pas 
*payé poar aimer cet homme^ » Dans cette phrase payé pour ne signifie 
pas, comme dans la locution proverbiale précédente, être puni pour, 
mais être dans t obligation de, être tenu À. En efiet, quand on ai payé 
pour faire quelque chose , on est dans l'obligation de le faire. 

Vbrs 59. — On peut donn» du mot bekk-^kraatadr trois ezplica- ' 
tions difiérentes. Skrautadr (pomponné) signifie t qui a de beaux habits, 
iqui est bien paré, orné, élégant;» bekk-skrautadr signifierait d'après 
cela : cquî est bien orné dans son siège , par son siège,» ou cqui tient 
c toute sa magnificence du siège qu'il occupe. » Bekkr signifie aussi 
une lisière, un liséré, une broderie en liséré, et ce que les Romains 
appelaient clavus. Bekkskrautudr pourrait donc signifier: «qui porte 
«une e^ce de latidave, un élégant.» Mais aux deux explications 
que je viens de donner, je préfère la suivante : Bekk-skraatudr (élégant 
de banc) , désigne un homme qui, au lieu de chercher les combats et 
les aventures, s'orne comme une femme, et reste chez lui assis sur 
son bant. Des deux filles de Budli, 1 une était nommée Bekkhildr (Hilde 



552 LOKASENNA. 

à la dbaise), parce que c*était une femme d^un caractère doux, et qui 
restait assise sur son banc en s'occupant des travaux de son sexe. 
L^autreau contraire était nommée BranhUdr (Hiide à la cuirasse), 
parce que c^était une femme gaerrière qui endossait quelquefois la 
cuirasse, et se précipitait dans les combats sous la figure de quelque 
béros. 

Vers Go. — Ef signifie ici : pendant que, -^ Comme dans les édi- 
tions ce vers ne renferme point Tailitération exigée, on devrait peut- 
être la rétablir en cbangeant ieidr en yreidr, La même chose serait à 
feire dans les vers 78, 111, etc. où lallitération manque également. 
(Cf. Ft^nismM» 7, 17, 3o. Sigurdrifamâl, a 8. ) 

Vers 61. — Hvatr hyggstfjrrir vœtir (un homme en colère n'hésite 
devant rien] . Vættr signifie proprement génie, mauvais génie. Il parait 
qu'on a employé ce mot d'abord dans des phrases analogues à notre : 
cela ne vaut pas le diable, pour dire : cela ne vaat rien du tout; de là 
vœttr a pris la signification de rien. 

Vers 63. — Oshmegir (fils de vœu] désigne ordinairement les fils 
adoptifs; ici oshmegir signifie :fils dont on désire la naissance; errants 
qui sont dans les vœux des parents. 

Vers 6g. — Thinn se rapporte logiquement à hrôdur; mais par 
altraclion, comme disent les grammairiens, il se rapporte grammati- 
calement à hana. 

Vers 76. -— Lopiki est mis pour Loptr-gi, comme on dit Vlfgi pour 
Vlfr^i (Voyexv. i58.) 

Vers 77. — L'expression ok hannJiôrgôUfrfa (et que la perte de la 
vie le lâche], signifie que la destinée (ôiiôg) qui a résolu la mort de 
Loki, lui permet encore de se déchaîner contre les dieux avant quil 
meure. Cependant un sens plus convenable résulte, si au lieu de 
fiôrgôH on lit fiôrgâU (iat. vitœ lœtus fervor)\ hann fiôrgâll frtr si- 
gnifie tune trop bonne humeur le lâche, le rend pétulant.» C'est ce 
dernier sens que j'ai exprimé dans la traduction. 

Vers 79. — La particule ér signifie ici que, Iat. quod, •— Gêd, (Cf. 
Hârbarddiàd, 17.) 

Vers 80. — TKik remplace ici l'ancienne forme ikêr. On voit par 
cet exemple qu'à l'époque où notre poème a été écrit , le datif et Tac- 
cusatif du pronom personnel commençaient déjà à se confondre dans 



NOTES CRITIQUES. 553 

leur forme grammaticale. En danois et en suédois, le datif et laccusatif 
ont la même forme : mig. 

Vers 8i . — Lœr est à Taccnsatif qui est régi non par le verbe lagdir, 
mais par la préposition yjir. (Voyez Tkeirrar ér lôgdomk armyjir, Hâ- 
vam4l,^ 109; cf. ér nuk armi verr, Hàvam. i66.) 

Vers 87. — DeHa, vîg méd virom (lat. partiri cœdem inter viros) dé- 
cider [avec justice) du combat entre les guerriers, en donnant la vic- 
toire au fAus courageux et en faisant succomber le lâcbe. 

Vers 90. — Veiztu ëf (sais-tu que) , locution qui exprime le doute 
d^Odin sur la vérité de ce que Loki vient de dire. Mais ces deux mots 
pourraient aussi être traduits par sais-ta si, etc. et exprimer un aveu 
que, par concession, Odin fait de sa faute parce qu il la croit plus lé- 
gère et plus pardonnable que celle de son adversaire. 

Vers 9a. — For iôrd nêdan (sur la terre là-bas); on suppose que 
les Àses se trouvent dans un endroit élevé au-dessus de la terre. (Voyez 
Vôluspâ, V. 8, Vafth. V. 174.) 

Vers 96. — Thih sida kodo, construction de l'accusatif avec Tinfi- 
nitif ; lat. te incantasse dixerant 

Vers 100. — La construction grammaticale est : skylit aldregi segia 
seggiomfrà ôrlôgumjrkrom. 

Vers 106 , 107.-- La forme kvœn au lieu de kvên , et badmr au lieu 
de Garnir me semblent être des provincialismes. 
Vers 113. — Telia est mis pour teli. 

Vers 1 1 4. — Au lieu du présent rœd, comme on lit dans les édi- 
tions, il faut lire rimpar&it rêd; car il s'agît ici évidemment dun fait 
accompli. 

Vers 128. — A la place àefordœda (criminelle), un manuscrit 
^Tie Jordauda (de mort pernicieuse) ; ce qui n'a pas de sens. Dans l'é- 
dition de Stockholm, on ]ltJordœda; mieux vaudrait encore mettre 
fordœdu pour faire accorder ce mot avec meini. 

Vers i3o. — Ce vers est inexplicable si l'on ne lit sidr au lieu de 
sîdo: mais, ce léger changement fait, tout devient facile à expliquer. 
Sitztu (après que tu, puisque tu; lat. postquam) ; at hrœdr thinom (outre 
ton frère, en grec vpèç âSe\^ aov, en ail. zu deinem Bruder), SCdr 
btid regin (tu as enchanté les Grandeurs bénignes). Stda est un verbe 
fort^ comme disent les grammairiens, et il peut régir un accusatif (Cf. 

23 



354 LOKASENNA. 

Ynglmíf a-Saga» c. xvi, xvn.) Sida signifie ici «exercer la magie pour 
c donner de Tamour à , etc. i 

Vers i3a. — Vâ-litit; dans l'édition de Stockholm, ces deux mots 
sont réunis, vâlitit Va étant du genre féminin, on devrait peut-être 
lire va Util; c'est ainsi que dans Helga-kvida, II, 4, il est dit: Tliat ér 
Util va thôtt, etc. Si vâlitit est une bonne leçon, comme je le crois, il 
faut considérer Util comme un adjectif neutre déterminé par le sub- 
stantif va ; à peu près comme Ton dit en latin paulam temporis, tantam 
pecamœ (au lieu de tempos paulum, tanta pecunia), Vâ-litit signifie donc 
proprement peut ou peu (en fait) d'étrangeté» pour dire i ce nest pas 
fort étrange, ce nest pas étonnant. — LiUt est au lieu de litili. 

Vers i33. — Fâi hôfs édr hvars (prendre un galant quelconque, 
prendre pour galant un tel ou un tel). 

Vers i4o. — Eromk pour ér mik. (Voyez M. Grimm, Deaische 
Grammatík» ly, p. 4o.) 

Vers 147. — Thér-a thô ono vérr (lat. attamen tihi non pejus ôpi- 
nione), pour dire : «ce que tu as fait ne doit pas nous étonner, car 
«quelque criminelle que soit ton action, elle ne dépasse pas le degré 
« de lâcheté auquel chacun s'attend de ta part. » Ono est mis à lablatif 
comme étant régi par le comparatif vérr. On em[^oie également Tabla- 
tif après un comparatif en latin et en grec; car en grec Tablatif sest 
confondu avec le génitif; dans lesiangues sémitiques, on emploie la 
préposition po (de). — Tkér (pour toi, par rapport à toi); comme il 
s'agit ici du rapport de l'action à l'auteur, thér peut se traduire par : 
de ta part. M. Afzelius a rendu notre vers en suédois : Han vàl kande 
vantas vàrre (on devrait s'attendre qu'il (le fils) fût encore pire); cl. 
dans l'édition de Copenhague, le vers est traduit par : nequi tamen 
pro spe te deteriorem. Quelque ingénieuses que soient ces interprétations, 
je ne vois pas comment elles peuvent se justifier par l'énoncé des mots 
du texte. 

Vers 1 $7. — Bôl ér leggia thrâ signifie < la perte que l'un et l'autre 
< ont faite , est un calamité. » 

Vers i58. r— Hc^avél (se trouver bien) répond parfaitement au 
grec éyaB&i é^ei. 

Vers 161. — Eiga môg vid. (Cf. v. i46. Voyez M. Grimm, Deutsche 
GranvnatikM iv, 788, 853.) 



NOTES CRITIQUES. 555 

Vers 162. — Oln (une aune de drap); penningr ou peningr, petite 
monnaie de biilon, un^denier, pour dire : pas la moindre chose. En vieux 
français, on disait également, dans ie même sens, pas un denier 
monneez. 

Vers i63. — Théss vanréttis (pour cette injure) ; ce génitif dépend 
grammaticalement et logiquement de ôln et penningr. Donner un 
denier de cette injure veut dire : donner un denier en réparation de 
i'injure , pour réparer Tinjure. 

Vers 166. — Après le verbe man» on omet ordinairement le verbe 
i>êro(élre). 

Vers 174. — Molda et lamda (v. 175), formes plus récentes, au 
lieu de môldi, lemdi, (Voyez v. 112.) 

Vers 175. — Allai lidú; i régit l'accusatif, parce que lemia (para- 
lyser] signifie ici rompre en morceaux, mettre en pièces (lat. disjicere 
in mefnhra). 

Vers 176. — Thai id litla: id forme plus moderne, au lieu de it. 
(Voyez IntroductÍQn générale, p. 29.) — Tliat-id. (Voyez V(^th, v. i.) 
— Litla est le génitif pluriel indiquant lespèce ou le genre dont ÚaU 
id marque Tindividu. (Cf. Hvat érthat manna. Vafth. v. a 5.) 

Vers 182. — Thvi se rapporte à ai qui suit. Thvi-at (iat, eo quod) , 
parce que. 

Vers 189. — Lett-a: il faut sou9-entendre af drykkiu (cesser de 
boire). 

' Vers 190. — Veldr aida hveim ér (fait, pour chacun, que-, a pour 
chacun le résultat que, etc.). 

Vers 191. — Man-ad; ad prononciation adoucie et moderne de ot. 
(Voyez V. 176.) — Man-at sina mœlgi (ne pas songer à, ne pas s'en 
apercevoir, etc.). 

Vers 193. — Vm lagit (Cf. Fiôlsvinnsmâl, l'j -, Skirnisfôr» i3.) 

VeR3 194* — Awrgo haki, commitatif ou instrumental. Àurgo baki 
vêra (être avec le dos, avoir le dos humide), se dit d'un gardien de 
nuit qui est exposé à Thumidité et à la froidure. Cf. gôltra. Cf. Groi- 
tasaangr, strophe 1 5 : 

^urr ëtr iliar en ofan kuldi. 

La boue nous mange les pieds , et d*en haut nous pique la froidure. 

23. 



356 LOKASENNA. 

Vebs 196. — Létt ér thêr (lat. levé es tihi)^ pour dire ; tu te sens 
léger, rien ne te pèse , tu es à ton aise. 

Vers 197. — LeUta laasom hala (faire jouer librement la queue ) , 
se dit d'un cheval fougueux et fnngant qui agite vivement sa queue. On 
dit aussi, dans le même sens, at hretta sinn hala (courber, dresser, lever 
la queue). Quand les animaux sont effrayés ou tristes, ils laissent pendre 
la queue, ou la serrent entre leurs jambes de derrière; cela s'appelle 
sveigia hala, recourber la queue. (Voyez Frâ Helya okSvaxu» v. 21, 22.) 

Vers 212. — Taka vid (étendre la main contre, touchera, saisir). 

Vers 2 1 4. — Hana eina se rapporte à Sif, la femme de Thôr. Il 
faut supposer que Beyla désigne par un geste la femme de Thôr, qu'elle 
voudrait voir épargnée par Loki. — Asa sonom (fils des Âses) (voyez 
v. 4 ) comprend ici en même temps les Asynies. (Voyez Vafihrâdnis- 
mal, V. i5i-) 

Vers 217. — Vör (qui est sur ses gardes, réservée, retenue) se 
construit ordinairement avec la préposition vid. (Voyez v. 52.) Ici, par 
un cas d attraction (cf. v. 69), cet adjectif est construit aVec la pré- 
position at qui se rapporte proprement à grôm, Grôm at signifie t qui 
c fait la cruelle envers , etc. » 

Vers 219. — Hôr ok aJHlArrídi» expression fortement elliptique. Ok 
(comme xa/ en grec, et et en latin quand ils ont l'accent syntactique) 
signifie ici même, et doit indiquer que Loki partageait les faveurs de 
Sif» même avec le redoutable Thôr. Dans ofHlôrrida, la préposition af 
ne s'explique que quand on considère que hôr (le galant, l'adultère) 
détache la femme de son mari; l'adultère produit une séparation des 
époux, sinon physiquement, du moins moralement; c'est pourquoi il 
est dit hôr aj Hhornda, Pour la même raison, on dit aussi en hébreu : 

Vers 2 23. — Hann rœdr rô theim (il procure du repos à cet homme) , 
locution ironique pour dire : il lui imposera silence. 

Vers 227. — Okynian. (Cf. Ofynni» Hâoamâl, 19.) 

Vers. 228. — OU dritin (lat. tota sordida)^ tput à fait madpropre. 
(Cf. Itr-ihveginn, y. 68.) 

Vers 23 1 . — Herdaklett (le rocher des épaules, le roc placé sur les 
épaules) désigne une grosse tête. (Cf. Hymiskvida, 23 ; hâjialî skarar,) Une 



NOTES CRITIQUES. 557 

dénomioation poétique (kenningr) de la tête, est erfidi hais êdr hyrdi 
(le travail ou le fardeau du cou). 

Vers aSa. — Um fara tkvi (s en dler avec quelque chose, em- 
porter une cbose , Tenlever) ; thinofiôrvi est au comitatif , de même que 
ihêr dans homa thér (venir avec toi, t^i^mener, te óonduire) v. 2 56. 
(Cf. Kofi/?û)). ' 

Vers 2 3 9. — Vêrpa régit ordinairement Taccusatif; mais s*il s'agit 
de projectiles, ce verbe régit Tinstrumental , on dit : steini,Jlögi vêrpa 
(cf. Va/ih, v. 26) ; thêrvérp signifie, d'après cela,j> te lance (comme un 
projectile). — Ok â, proprement même dans, jusque dans. (Voyez v. 

Vers 244. — Tkôttish-a est mis au lieu delà forme ancienne thôt- 
iist-a. (Voyez note 1.) Ce vers se trouve également dans HârhardsUôd , 

25. 

Vers 247. — Bana est à rinstramental. 

Vers 258. — Dans l'édition de Stockholm, on lit : Kvad-ëh for 
Asum hvad éhfor Asa sonom. Évidemment, il faut lire Asyniom au lieu 
de Asa sonom qui ne serait qu'une répétition oiseuse de Asum. - 

Vers 264. — Eiga devrait être à l'accusatif régi par la préposition 
jrjir. 



558 LOKASENNA. 



NOTES EXPLICATIVES. 



a. Œgir est fils de Formðtrei frère de Logi (feu) et de Kari (i air] ; 
il est de la race des lotes qui, dans leur langage, l'appellent Hier, 
Les Ases lui ont donné le nom d'OEgir. Sa résidence est daoe Hlêsey 
(île de Hier) située dans le lôtlands-haf. Sa femme est nommée Rân; 
die habite les flots de la mer et elle a neuf filles , les Vogues ou Ondes, 
D'après cela , on deyine facilement qu'QEgir est le dieu de la mer» de 
cette mer formée par le sang du géant Ymir, (Voyez Vafth, v. 81.) 
Hier signifie eau, mer; la signification du nom (Egir est : élément 
redoutable, océan, Ùxeavos, L'auteur de la préface de notre poème dit 
qu Œgir se nommait aussi Gymir. Cela n est vrai qu'en tant que Gymir 
était un nom poétique qu'on donnait quelquefois à la mer, mais Gymir 
et Œgir sont des personnages très-distincts dans la mythologie Scan- 
dinave. 

h, Œgir, voulant donner un festin aux Ases, attendait que Thôrlui 
apportât le grand chaudron dans lequel il voulait brasser la bière ou l'hy- 
dromel. Ce grand chaudron appartenait au géant Ymir. La manière 
dont Thôr parvint à enlever le chaudron aii géant, est raconté dans le 
poème intitulé Hymiskvida qui , dans l'Ëdda de Sæmund , précède immé- 
diatement le poème Lokasenna. 

c, Austrvêgr (chemin de l'orient] est une région à l'orient d'Âs- 
gard; elle était habitée par les lotes que Thôr allait souvent corn-' 
battre. 

Vers i. — Sans faire un pas de plus en avant est une locution par- 
ticulière pour dire : arrête-toi pour écouter, et dis-moi sur-le-champ. 
( Thegar î stad ; cf. Skirnirfôr, 4o. ) 

Vers 4. — Être fils de, » , veut dire appartenir à la race de. . . Les 
fils des Dieux Combattants ou des Ases (voyez Voluspâ, v. 10 ], sont donc 
les Ases eux-mêmes. Les Grecs disaient aussi poétiquement vioî rœv 
ÉXXîiwv pour ÈXkvves, et les Hébreux D^aV^H ^31 pour D^aVH 

't:- •: 't:- 

( voyez Joël, 4> 6). 



NOTES EXPLICATIVES. 559 

Vers 7. — A$es et Jlfes. (Voyez Vôlaspâ» v. 209.) 

Vers is. — L'kjrdromel était la boisson favorite des Scandinaves; 
mais comme ie miel est rare dans le Nord , cette boisson n^était servie 
qn à la table des riches. Le peuple buvait de F aile (ôl) ou de t acidulé 
de farine (miôl-syra). Cette dernière boisson, très-ordinaire encore 
aujourd'hui en Islande, se fait lavec de la farine de seigle délayée 
«dans de Teau qu'on met sur le feu jusqu'à ce quelle soit tiède; on la 
«laisse fermenter et on la décante; on met un peu de ce liquide avec 
«de l'eau, et on le boit sans autre préparation, p 

Vers 34. — Quand deux héros voulaient se lier d^une amitié in- 
dissoluble, ils faisaient couler un peu de leur sang à terre dans l'em- 
preinte de leurs pieds, et juraient que dorénavant l'un suivrait 
toujours les traces de l'autre, et le défendrait au prix de son sang 
(voyez BrynhiMarkvida, II, 18); cela s'appelait sterast t hrœdralag vid 
ânn. Dans Hérodote, III, 3 ,on trouve rapportée une cérémonie à peu 
près semblable usitée chez les Arabes pour sanctionner les alliances. 
Dans Homère, les héros échangent leurs armes en signe d'amitié. 

Vers 39. — Bragi» le dieu de la poésie et de Téloquence, prend le 
premier la parole. 

Vers 37. — Vidarr. (Voyez Vôlaspâ» v. 228, et Vafih. y. 204.) — 
Le père du Loup est Loki. (Voyez Vôluspâ, v. 180.) 

Vers 4o. — La demeure d'OEgir était un endroit sacré (gridastadr), 
c'est-à-dire un endroit où aucune dissension ne devait s'élever. C'est 
pourquoi Odin veut éviter toute dispute avec Loki. 

Vers 44- — Dans l'appartement principal (salr), se trouvait un 
siège ou banc élevé (bekkr) qui était adossé contre le mur du fond de 
ia sdle et placé verticalement au-dessous du faîte (gafl ] de la maison. 
C^était la place d'honneur qu'occupait ordinairement le chef de la 
famille et dont il honorait quelquefois des hôtes distingués. ( Voyez 
Vaftk. V. 73.) Cette place qu'on nommait ôndoêgi (fond de la salle), se 
trouvait entre deux colonnes ou mâts appelés öndvégis'Suhir (colonnes 
du fond ) qui , traversant le toit, s'élevûent au-dessus du faîte de la mai- 
son, et étaient surmontés de boutons sculptés ou de têtes de géants. 
Ces colonnes étaient l'image de l'établissement, le symbole de l'habi- 
tation, et plus elles étaient hautes, plus elles annonçaient au loin la 
considération du maître de la maison. — Il paraît que Bragi , comme 



560 LOKASENNA. 

dieu de la poésie , de l'éloquence et de la conversation , présidait le 
banquet et occupait la place dlionneur au haut bout de la table. (Cf. 
V. 58 et Vajih. v. 78.) 

Vers 46. — Bragi en pariant de soi ne se sert pas du pronom de 
la première personne; mais, par orgueil, il énonce son propre nom; 
c'est comme s'il disait : Bragi» cet Ase illustre, s^abaisse jusqu'à faire 
réparation d'honneur à Loki. — Faire réparation avec Vécu signifie 
«payer une amende en réparation d'honneur.» J'ai été obligé d'em- 
ployer le mot èca (monnaie) dans le sens d'amende pour avoir un mot 
homonyme avec icu (boudier) (vers 4g]. C'est seulement ainsi que 
je pouvais conserver, dans la traduction, le jeu de mots fondé sur 
une similitude de son dans les mots dli texte haugi (amende) et orni- 
haaga (boudier qu'on porte au bras). (Voyez Notes critiques et philo- 
logiques, V. 46 et 49.) 

Vers 49. ^- Loki, pour railler Bragi, fait un jeu de mots, et dit 
que Bragi peut bien se passer d'un cheval de bataille et d'un ècu (bou- 
clier) , parce que n'aimant pas à se battre, il n'a jamais besoin ni de 
l'un ni de l'autre. (Voyez Notes philologiques, v. 49.) 

Vers 60. — « Profite du moment que tu es en colère pour te mon- 
«trer héros; car dès que ce mouvement de colère sera passé, tu re- 
« tomberas dans ta lâcheté ordinaire. » 

Vers 61. — Sentence proverbiale pour dire que même le plus 
lâche, pendant qu'il est en colère, se sent assez de courage et assez de 
force pour braver son ennemi. 

Vers 66. — Idunn est la femme de Bragi, C'est la déesse de la 
verdure de l'été; elle est la fille cadette de l'alfe hald. 

Vers 68. — Un poète Scandinave i/oublie jamais de louer dans 
les femmes la heaxuè des bras; de même qu'un poète arabe n'oubliera 
pas de chanter les yeux de gazelle, et le poète indien, la hanche bien 
arrondie. Il est dit de la fille du géant, Gerdur, que quand elle fermait 
la porte de la maison de son père Gymir, l'air, et l'eau reluisaient de 
l'éclat de ses hra^. Chez un peuple où la propreté était le seul moyen 
cosmétique pour relever les charmes naturels, l'expression hras lavés 
était ansii poétique que l'est pour nous l'expression de bras d'ivoire, bras 
d'albâtre. — Les mots par trop, expriment le blâme de ce qu'Idunn 
mettait tant de soin à charmer le meurtrier de son frère. 



NOTES EXPLICATIVES. 561 

Vers 69. — Le fait mythologique auquel ce vers fait allusion, 
m'est entièrement inconnu ; je ne saurais dire si le meurtrier du frère 
d^Idnnn est Loki ou Bragi, ou un autre. 

Vers 74. — Géjîon. Dans Gjlfaginning , p. 36 , il est dit : la déesse 
«de la virginité, Géfîon est vierge, et toutes les filles qui meurent 
« vierges la servent. » 

Vers 76. — Lopir est un des noms de Loki. 

Vers 80. — Le hrillant jeune homme, c*est sans doute Loki lui- 
même. Loki était beau et spirituel , mais d*un caractère méchant. 

Vers 84. — Le destin immaahle (ôrlôg, naudr) dépendait (comme 
la dpd'yxri ou e/fiapft^yT? des Grecs, et le /atom des Romains) d'une 
puissance supérieure même à celle des dieux. Il n y avait que les dieux 
suprêmes qui eussent connaissance des décrets de la destinée, et qui 
fussent en état, dans certains cas, de les modifier à leur gré. — Con- 
naître le destin veut donc dire : être du nombre des divinités suprêmes 
qui président à la destinée et qui peuvent, par conséquent, se venger 
cruellement de leurs ennemis. 

Vers 86. — On croyait qu'Odin choisissait parmi les combattants, 
les héros les plus illustres pour les faire conduire par les Valkyries, à 
Valhall. (Voy. Vol. v. 99.) Les plus braves succombaient ainsi, tandis 
que les autres moins courageux restaient en vie , et jouissaient des 
avantages de la victoire. Le trépas des héros qui était Tefiet de la fa- 
veur d'Odin paraissait être Tefiet de l'injustice, car la justice semblait 
commander que le plus courageux triomphât du moins courageux. 

Vers 93. — Le mythe auquel cette strophe fait allusion, est en- 
tièrement inconnu. 

Vers 96. — Magie noire. (Voyez Vôlaspâ, Introduction, p. 169.) 
— Samsey est une île au nord de la Fionie et à Test du Jutland , entre 
VÂlfasund et le BeUis-sund; elle a une longueur de trois lieues sur 
une de largeur. Il paraît qu'il y avait autrefois dans l'île un temple 
qu'on croyait avoir été bâti par Odin : 

Steudr ylngantyrs ausinn moldu 
iSalr î iSamsey ^nnanverdri. 

Cette île passait pour être le séjour des magiciennes, des sorcières, 



562 LOKASENNA. 

et des fées. On rapporte quen 1676, une Ondine prédit à un paysan 
de Samiœ, la naissance du roi danois Chrétien IV. 

Vers 97. — Les Volas "parcouraient le pays, et tout le monde s^em- 
pressait de les accueillir dans sa maison pour apprendre d'elles Tavenir. 
Pins tard , lorsque la divination dégénéra en magie , et que ce dernier 
art tomba en discrédit , on ne vit plus cet empressement de la foule. 
Les magiciennes étaient obligées ^e frapper aax portes pour s'annoncer 
et pour se faire recevoir, en payant de leur prétendue science l'hospi- 
talité qu'on leur donnait, ou en mendiant devant les portes leurs 
moyens de subsistance. (Voyez Völuspá» Introduction, p. i56.) 

Vers 98. — Sur les dijfirentes formes que pouvaient prendre les 
sorciers, voyez Vôhupà, Introduction, p. 160. 

Vers lod- — Ce vers semble renfermer un ancien proverbe. 

Vers io3. — Je ne sais pas pourquoi Loki veut jeter le blâme sur 
Frýf^, par la raison qu'elle est fille de Fiorgyne, Il est vrai , Fiorgyne est 
un personnage si obscur, qu'à Texception du nom, rien n'est connu 
de lui. 

Vers 106. — Fïcîrtr est un des noms d'Orfin. — Ve et Vili sont les 
frères d'Odin. La tradition raconte qu'un jour Odin s'absenta pen- 
dant si longtemps, que les Ases désespérèrent de son retour. Viîi et 
Ve se partagèrent les biens de leur frère, et se mirent tous les deux 
en possession de sa femme Frigg. Mais, quelque temps après, Odin 
revint et reprit sa femme. (Voyez Ynglinga-Saga, c. m, Frâ hrœdrom 
Oditis.) 

Vers 108. — Baldur, fiÎs d'Odin et de Frigg, venait d'être tué. 
(Voyez Vôluspd, v. i3o.) Frigg regrette son fils, qui, s'il vivait encore, 
vengerait l'outrage fait à sa mère. 

Vers 1 i5. — Loki était la cause de la mort de Baldur. (Voyez Fô- 
bispà, V. i3o.) 

Vers 1 20. — Freyia est la fille du Vane Niordur et la sœur de Frey. 
C'est la déesse qui préside au printemps, à l'amour et à la fécondité. 

Vers i3o. — Loki reproche' à Freyia, d'abord, de se livrer à la 
magie (seidr) pour donner de l'amour à son propre frère Frey (cf 
V. 1 46 ), et ensuite d'employer le même moyen pour charmer les autres 
Ases. t 

Vers i34. — Ase lâche désigne Loki. (Cf v. 96. ) 



NOTES EXPLICATIVES. 565 

Vbm 1 35. — Voyez vers gi , 96. 

Vers i36. — Niordur est de la race des Vanes. (Voyez Vôlnspâ, v. 
1 1 3. ) Lorsque les Vanes firent la paix avec les Âses, Niordur fut donné 
en otage à ces derniers. (Voyez Vôhupà, vers 2S1 ',V(ifÎkràdnismâl, 
V. i5i.) 

Vers i38. — Hymir est le tiom de Tlote qui possédait le grand 
chaudron dont il est parlé dans l'introduction de notre poème. (Voyez 
p. 331.) — Le mythe auquel il est fait allusion, n'est plus connu. 

Vers lia. — Un fils que tout le monde respecte; c'est Frey. 

Vers i43. — Frejr portait le titre de Folkvâldr goda (prince de* 
dieux) (voyez Vôlnspâ, Notes critiques, v. 346); il était principale- 
ment adoré en Suède. 

Vers i44-. — «Ne dépasse pas la mesure dans les louanges que tu 
< te donnes à toi même. » 

Vers i46. — Dans YngUnga-Saga, chap. xiv, il est dit que les 
Vanes avaient Thahitude de prendre pour femmes leurs propres sœurs, 
mais que cet usage était ahhorré des Ases. Cette notice me semble 
fondée sur une ancienne tradition historique, et elle prouve que les 
Vanes sont réellement un peuple qui a vécu dans l'histoire , et dont 
le souvenir s'est conservé dans la mythologie. Les Vanes étaient pro- 
bablement une tribu guerrière sortie de la Perse ou de l'Inde. On 
trouve encore dans la presqu'île en deçà du Gange, une tribu guer- 
rière qui prétend descendre des anciens Kchatryas, et parmi laquelle 
se trouve le même usage qu'on dit avoir été établi chez les Vanes. 
Anciennement , il était aussi perinis aux guerriers, en Egypte, d'avoir 
leurs sœurs pour femmes; et un des Ptolémées voulant imiter et peut- 
être rétablir cet ancien usage, prit le nom de Philadelpke» et épousa 
sa sœur. On sait que les Grecs n'avaient aucune répugnance pour le 
mariage entre frère et sœur, et déjà dans l'Odyssée, il est dit que le 
dieu Éole maria ses fils à ses filles. 

Vers i5o. — Faire plearer juie femme signifie « l'abandonner après 
«l'avoir séduite.» 

Vers i52. — Tjr est fils d'Odin et d'une géante. (Voyez Hjmishv. 
V. 29.) On croyait que ce dieu n'aimait pas à voir les hommes vivre en 
paix; aussi avait-il le surnom de Vigagud (dieu des luttes). ('Voyez 
Shaldskaparmâl , p. i o5 . ) 



564 LOKASENNA. 

Vers i54. — Les Ases voyant le jeune Fenrir (voyez Vôlaspâ, r. 
180) devenir de jour en jour plus redoutable, imaginèrent une ruse 
pour pouvoir Tenchainer; ils voulurent lui persuader de se laisser 
lier avec une chaîne qu'il romprait ensuite pour prouver sa force. Ils 
promirent de lui ôter ses liens s'il ne parvenait pas à les rompre lui- 
même. Le Loup soupçonnant le projet perfide des dieux, demanda 
qu un d^eux mît la main droite dans sa gueule en gage de la promesse 
qu'ils venaient de faire. Tyr seul eut le courage de se sacrifier à la 
sûreté des Ases; il mit sa main dans la gueule de Fenrir. Gomme les 
dieux, après avoir enchaîné le Loup avec une chaîne qu'il ne pouvait 
rompre, n'eurent garde de tenir leur promesse, Fenrir mangea la 
main de Tyr, ^ 

Vers i56. — Tyr répond, avec cette impassibilité qui lui est ordi- 
naire ; «Il est vrai, j'ai perdu ma main, mais toi, tu as aussi perdu ton 
cals Hrodnrsvitnir (Fenrir] qui ne se trouve pas bien non plus dan» 
c ses fers. » 

Vers i63. — Un chiffon et un Jenier désignent ici des choses d'au- 
cune valeur. En vieux français, on se servait des expressions : /esto 
(hi.festuca, fétu, brin de paille), hdoi (balai), gant,feaiUe» etc. Les 
Grecs disaient ypti; les La tins, ^occim, etc. 

Vers i64. — Fenrir fut enchaîné dans l'île de Lyngvi, située dans 
le lac imjvart/iir. (Voyez Gylfaginning , p. 35.) 

Vers i65. — Voyez Völuspá, v. 182. 

Vers 168. — Frey étant un jour monté sur le trône d'Odin, d'où 
le regard peut s'étendre sur tous les mondes , aperçut dans lotunheim 
la belle Gerdur, la fille du géant Garnir. 11 fut tellement épris d'a- 
mour pour Gerdur, qu'il tomba dans une langueur extrême , et ne put 
ni parler, ni manger, ni dormir. Skimir son serviteur et son confident, 
promit de lui amener la char|;nante fille , s'il lui donnait son épée pour 
récompense de ce service. Frey, subjugué par sa passion, donna son 
épée redoutable pour avoir ce qui, dans ce moment, lui était bien 
plus cher que sa gloire , la bçlle Gerdur, l'objet de ses feux. Gette 
histoire, une des plus attrayantes de l'Ëdda, est chantée dans le poème 
intitulé Skirnisfôr (le voyage de Skimir). 

Vers 170. — Fils de Muspil. (Voyez Vôlaspâ, v. 196.I — La foréX 



NOTES EXPLICATIVES. 365 

Noire» est le nom de la grande forêt qui sépare Asgard (le séjour des 
dieux) de Midgard (la demeure des hommes). 

Vers 172. — Ingunnat^Frey est le même nom que Yngvi-Frey. 
Yngvi parait être raîeul de Freyr. Probablement, il y avait plusieurs 
anciennes généalogies dans lesquelles figuraient le nom de Frey, 
et c^est pour indiquer à quelle race appartenait TAse Freyr qu^on 
a placé devant son nom celui de son aïeul. (Cf. Yngl.-Saga, c. xii.) 

Vers 174. — La corneille passe, cbez les Scandinaves comme chez 
beaucoup de peuples anciens et modernes, pour un oiseau de mauvais 
augure. Seá cris présageaient le madbeur. La corneille est souvent 
confondue avec le corbeau, que les Arabes regardaient également 
comme un oiseau de mauvais augure; ainsi, le ^èie El-Hâréthi, ap- 
pelle le corbeau le Phre du maUieur, Gomme oiseau de mauvais augure, 
la corneiUe était détestée dans le Nord. Lorsque le roi de Suède Ottar 
eut été tué à la bataille de Vendil par les Danois, ces derniers firent 
en bois une corneille qu ils envoyèrent aux Suédois en leur faisant dire 
que le roi Ottar ne valait pas plus que cette corneille de bois. De là 
est venu à Ottar le suri^om de Vendilkráki (corneille de Vendil), nom 
d'autant plus injurieux quil était homonyme avec Vendilkráka qui 
signifie pfx)tóe, girouette. (Voyez Ynglinga-Saya, c. xxxi.) 

Vers 180. — Beyggvir est le serviteur de Frey et le mari de Beyla. 
Comme Frey préside à tout ce qui contribue à Tabondance et à la 
fertilité, et par suite à l'entretien des dieux et des hommes, son ser- 
viteur est chargé de faire la distribution des vivres. Beyggvir se pique 
d'être prompt et exact dans son service, et son plus grand plaisir est 
de voir des convives réunis à table. 

Vers 186. — On ne sait pas à quel fait mythologique se rapporte 
le trait de lâcheté que Loki reproche à Beyggvir. 

Vers 192. — Voyez Vôhupd, v. 2. 

Vers 196. — Skadi^ est la fille du géant Thiassi, la femme de 
Niordur et la belle-mère de Frey et de Freyia. 

Vers 197. — Agiter librement sa queue est une locution particulière 
pour dire, se laisser aller à ^fougue, à sa pétulance, La location vient 
de ce que les chevaux, quand ils sont fougueux et fringants, agitent 
leur queue. (Cf. Notes critiques, p. 356.) 

Vers 198. — Voyez Vôluspà» v. i44, i45. 



366 , LOKASENNA. 

Vers 203. — Le père de Skadi, le géant Tkiassi, était parvenu, 
avec le secours de Loki , à enlever la déesse Idunn. Loki , menacé par 
les Ases, entreprit de ramener la déesse ravie; il revêtit les ailes et le 
plumage de Freyia, et s'envola vers la demeure de Thiassi. G>mme le 
géant était justement absent, Loki saisit Idunn et revole avec elle vers 
Asgard. Mais dans ce moment, le géant rentre chez lui , il voit Loki et 
Idunn dans les airs. Il revêt aussitôt la dépouille d'un aigle , et se met 
à la poursuite de Loki. Thiassi était sur le point d'atteindre Loki , tout 
près d' Asgard , quand il fut attaqué par les Ases qui le tuèrent. Skadi 
sa fille vint à Asgard demander satisfaction du meurtre de son père. 
Les Ases firent droit à sa demande , et lui ofirirent de choisir parmi 
eux un époux. £Ue choisit Niordur et s'allia ainsi à la race des Aaes , 
sans cependant oublier et pardonner entièrement le meurtre commis 
sur son père. 

Vers 208. — Larfey est la mère de Loki 

Vers 319. — Hlôrrtdi (qui a un char étincelai^t), est un des noms 
de Thôr (Tonnerre). 

Vers 221. — Thôr étant le dieu du tonnerre, son arrivée est 
annoncée par des coups de fondre qui font trembler les montagnes. 
Encore de nos jours , les paysans, en Suède, lorsqu'ils entendent tonner, 
disent en parlant de Dieu : godgubhen ôker (le bon vieux roule). 

Vers aS.'^-^Beyggvir, (Voyez v. 180.) 

Vers a3o. — Miôlnir (marteau, qui moud, broie, écrase) est le 
nom du marteau de Thôr. C'est une espèce de massue qui, lancée sur 
l'ennemi, l'écrase et revient dans la main du dieu. Miôlnir représente 
la foudre. (Cf. Karl Martel; Judas Makkabœus, de nSî^D marteau.) 

Vers 233. — lord (la terre) est la mère de Thôr, 

Vers 336. — Le Loup. (Voyez Vôhspà, v. 180, Notes explicatives. ) 
— Le Père des Victoires est Odin. (Voyez Vôluspâ , v. 217.) 

Vers 239. — Thôr menace Loki de le jeter à travers les airs jusque 
dans les régions de l'orient habitées par les lotes. 

Vers 34 1. — Loki ayant entendu prononcer à Thôr le mot orient, 
en prend aussitôt occasion pour rappeler la mésaventure qui est arrivée 
à ce dieu dans une de ses expéditions en Orient. Pour rendre le jeu de 
mots plus sensible en français, j'ai mis dans la traduction ej^idierei 
expédition. 



NOTES EXPLICATIVES. 567 

Vers a 43* — Thôr est appelé le Monomeuiue, parce qu'il combat 
tout seal contre ses ennemis, et parce qu il est le plus fort de tous les 
dieux et héros. (Voyez Vtjfïhr, y. 160; Vôluspâ, v. 221,) Le mythe 
auquel il est fait allusion dans cette strophe, est le suivant. Thôr voya- 
geant un jour avec Loki vers les régions de Torient, trouva, sur le soir, 
une demeure entièrement ouverte sur le devant, et qui avait dans 
rintérieur cinq chambres très-profondes. Les voyageurs résolurent de 
passer la nuit dans cette demeure. Ib furent bientôt réveillés par un 
bruit effiroyable. Quel fut Tétonnement de Thôr, quand il vit que ce 
bruit était le ronflement d'un énorme géant couché à qudquç distance 
de la maison ! Mais son étonnement augmenta encore lorsque le lende- 
main, à la pointe du jour, le géant ramassa par terre son gant qui 
n'était autre que la maison dans laquelle Thôr et Loki avaient passé la 
nuit. Alors le compagnon de Loki ne crttyaiiphu être Thôr, ce dieu ter- 
rible et fort, le vainqueur de tous les géants. 

Vers 240. — Hrangnir était un lote qbi avoît une tête de pierre 
(voyez Skddskaparmâl, p. i lo] ; il fut écrasé par Thôr avec le marteau 
(voyez V. 23o] qui depuis ce temps a été nommé Hrangnis boni (meur- 
trier de Hrungnir). (\ o^ez Hàrbardsl v. i4, iS\Hjrmiskv. v. 16.) 

Vers 261. — LTote énorme, dans le gant duquel Thôr avait passé 
la nuit, se nommait Sktymnir (criailleur). Il proposa à Thôr de lui 
tenir compagnie en route. Thôr y consentit, et mit ses provisions de 
voyage dans le sac du géant. Ils marchèrent toute la journée; et le soir, 
riote se coucha en disant à Thôr que s'il avait faim , il trouverait de 
quoi manger, en ouvrant le sac. Thôr, se sentant un vif appétit, voulut 
délier les cordons du sac, mais tous ses efi&rts furent inutiles tant le 
nœud était serré. Cest que Skrymnir, qui voulait humilier le plus fort 
des Âses, avait lié les cordons par enchantement. Thôr ne voulant 
point éveiller le géant qui l'aurait raillé sur sa faiblesse, se coucha sans 
avoir apaisé sa faim. 

Vers 2S'j ,—- Porte grillée des morts. (Voyez Vôluspâ, v. 179.) 

Vers 264. — Avant de s'en aller, Loki met le comble à sa méchan- 
ceté en insultant et maudissant jusqu'à Œgir, la maître de la maison. 

( 1 ) Loki, pour échapper aux poursuites des A ses, prend la forme d'un 
saumon. Il s'agit ici Sans doute de cette espèce de saumon qu on appelle 
en Islande godlax (saumon divin], et qui a une couleur d'or ou de 



368 LOKASENNA. 

feu. Le nom Scandinave lax signifie proprement Utisant, parce que le 
saumon a une couleur luisante. C'est aussi la signification du nom de 
Logi (luisant, flamme). Or Loki et Logi sont souvent confondus dans 
la mythologie Scandinave. (Voyez Vôbupâ» v. 203.) Le mythe dont il 
est question ici, repose donc sur un rapprochement trouvé entre le 
saumon divin qui a la couleur du feu, et Loki métamorphosé en poisson 
pour échapper aux poursuites des Ascs. 

(3) Franàngr signifie brillant et resserré: c'est sans doute un nom fictif 
pour désigner une cataracte dont les eaux, avant de tomber en cas- 
cades briUantes » sont resserrées entre les rochers. 

(3) Nâd. (Cf. Vôluspà. V. i44, i45.) 

(4) Sigyne, (Voyez Vôhispà, v. i46.) 



TROISIEME PARTIE. 



GLOSSAIRE. 



24 



INTRODUCTION, 



La signification des mots résulte de la signification des 
lettres dont .ils se composent : il faut donc connaître le 
sens des lettres pour pouvoir s'expliquer comment et pour- 
quoi tel mot exprime telle idée. Les éléments des mots 
sont ou des voyelles , ou des consonnes. Les consonnes, 
dont le son ou la prononciation est plus pleine, plus 
matérielle que celle des voyelles, forment le corps des 
mots et en déterminent la signification particulière. Les 
voyelles ont une signification plus métaphysique : elles 
servent à indiquer les rapports logiques sous lesquels on 
doit envisager Tidée du mot exprimée par les consonnes. 
C'est pourquoi si , dans un mot primitif, on change une 
seule consonne , on change entièrement la signification du 
mot ; au contraire , si l'on y change les voyelles , la signi- 
fication reste la même , mais l'idée subit une modification 
par rapport au temps, au mode, à letat actif ou passif, 
aux différents cas de la déclinaison, etc. On conçoit, d'a- 
près cela, que les voyelles, à elles seules, ne peuvent pas 
former ce qu'on appelle vulgairement des racines, ou ce 
que nous appellerons des thèmes de mots ^. 

* On objectera sans doute que la voyelle í a formé, en sanscrit, la 
racine ^ (aUer), en latin, le verbe irrc, etc. Nous répondrons que ^ a 
perdu sa consonne, et que sa forme actuelle est dérivée de HT (Ga) , 
soit par Tintermédiaire de ZU (Ya) , soit par fintermédiaire de f^ 
(Hi). La forme du verbe latin i-re, est donc dérivée de hire comme 

a4. 



372 GLOSSAIRE. 



CHAPITRE I. 

DE LA SIGNIFICATION DES VOYELLES. 

Dans toutes les langues, il n y a que trois voyelles signi- 
ficatives par elles-mêmes; ce sont a, í et u [on] , voy. p. 46. 
Toutes les trois se sont formées ou individualisées en 
sortant de la voyelle primitive eono, espèce de cheva qui 
n'avait pas de significaticHi logique , et qui servait seule- 
ment à rendre possible la prononciation des consonnes. 
Cet e |nuet est encore aujourd'hui la première voyelle que 
prononcent les enfants. Le vocalisme parvient à son apo- 
gée, du moment que les trois voyelles a, i, u se sont 
individualisées; puis il décline et revient à ses commence- 
ments, soumis en cela à cette loi constante de la nature, 
d'après laquelle la vieillesse se rapproche de l'enfance. 
Ainsi, de même que dans les langues primitives, a, i, u 
dérivent de e ou ô par l'intermédiaire deè,é,o;de même, 
on remarque , dans les langues dérivées , que a, i,u ten- 
dent à se rapprocher de ô ou e par l'intermédiaire des 
mêmes voyelles; voy. p. 46 et suiv. , 

Nous parlerons ici seulement de la signification des 
voyelles a, i et a, parce qu'elles seules sont à l'apogée du 
vocalisme , et expriment , par conséquent , le plus nette- 
ment leurs différentes significations respectives. D suffit 
d'ailleurs de connaître la signification de a, i et u pour 

anmre de hamare (chW^ï). D'ailleurs, ce qui prouve que i ne peut pas , 

être la véritable racine, c'est que le son i, comme nous le verrons, | 

n'exprime pas Vidée de mowement, mais l'idée d'intériorité. j 

I 
I 
I 



INTRODUCTION. 373 

connaitre en même temps celle des voyelles qui en sont 
dérivées. 

En général, la voyelle a est opposée par sa signification 
aux voyelles i et u; et ces deux dernières sont de nouveau 
opposées entre elles, de sorte que i forme contraste avec a. 
Ainsi , la voyelle a (ou ] , la plus sourde de toutes , exprime 
ce qui est profond, couvert, inerte; la voyelle i, au con- 
traire, la plus aiguë de toutes, marque ce qui est intérieur, 
pénétrant, vif. Mais, bien que la signification de a et de i 
soit dififérente Tune de l'autre , ces deux voyelles ont cela 
de commun , qu elles expriment plutôt un état qu'une 
action. C'est en cela qu'elles sont opposées à la voyelle a 
qui désigne ce qui est extérieur, mobile, actif. 

Ce que nous venons de dire, d'une manière générale, 
de la signification de a, i et a doit trouver sa confirmation 
dans l'emploi que les langues primitives ont fait de ces 
voyelles pour exprimer, non-seulement les sensations de 
l'âme et du corps , mais aussi les catégories de l'entende- 
ment ou les rapports de lieu et de temps, l'actif et le 
passif, les différents modes du verbe , les cas de la décli- 
naison , etc. Examinons d'abord la différence dans la signi- 
fication des interjections formées par a, i,u : car l'excla- 
mation est la manifestation immédiate de nos sensations , 
et celle dont la signification est la mieux sentie et com- 
prise par tout le monde. Or, si l'on analyse les interjections 
usitées, non pas dans nos langues modernes, mais dans 
les langues les plus anciennes qui sont encore l'expression 
fidèle de la nature, on trouvera confirmé ce qui a été dit ci- 
dessus. En effet, on remarque que u/ (ou !) et les voyelles 
qui en sont dérivées, expriment une passion profonde et 



574 GLOSSAIRE. 

repliée sur elle-même , comme la douleur , la craiote , 
l'horreur; que i! et ses dérivés marquent une passion vive 
et -concentrée en elle-même, comme la joie intérieure; 
que a! et ses dérivés expriment bien moins une sensation 
passive qu'une absence de passion , un léger mouvement 
de l'âme, se découvrant et s'épanouissant au dehors, 
comme la contemplation et l'admiration. 

Considérons maintenant les voyelles a,i,u par rapport 
à leurs différentes significations de ii>a. La voyelle i désigne 
f intérieur. C'est pourquoi le locatif en sanscrit est exprimé 
par i; ex. : pitari (dans le père). En arabe, i, à la fin d'un 
mot, exprime le régime indirect ou le datif; ex. : bVlmaUá 
(dans le roi), lilmalki (au roi). Si la voyelle i désigne in- 
différemment le datif et le locatif, c'est qu'il y a réelle- 
ment beaucoup d'analogie entre ces deux cas. Aussi le 
iocaf if sanscrit est-il devenu datif en grec et en latin; ex. : 
sansc. pitari (dans le père); gr. patri (au père); lat. patri 
(au père); sansc. piïrsu (dans les pères); gr. pafrasi (aux 
pères). 

La voyelle u désigne , non pas l'intérieur , mais le fond 
d'une chose ou le côté couvert , opposé à celui où l'on se 
trouve placé ; ex. : sansc. upa (sur, auprès); lat.5ufe (sous) ; 
sansc. ut (mouvement partant du fond vers l'extérieur 
d'une chose) ; goth. us , etc. 

Enfin la voyelle a désigne plus particulièrement ce qui 
est extérieur, comme on le voit nettement quand on com- 
pare entre elles quelques particules de lieu, ayant les 
mêmes consonnes , par conséquent la même signification 
fondamentale, mais des voyelles différentes qui modifient 
cette signification. Ainsi la particule lat. in, ail. in, désigne 



INTRODUCTION. 575 

la direction dici là vers Tiniériewr; au contraire, la parti- 
cule sansc. ana« gr. ana, ail. 9Jt, désigne la direction Æici 
là, le long d'une chose à V extérieur. La particule sans- 
crite \xt signifie la tendance vers, qui part du fond, vers 
l'extérieur; et en latin, uf a la signification métaphysique 
de afin que ; au contraire dii, en sansc. did, en lat. marquent 
la direction physique , visible d'un objet vers l'extérieur 
d'une chose. La préposition sansc. apa, gr. spo, lat. ab, 
indique une dépendance extérieure, visible, matérielle; 
au contraire, sansc. npa, gr. hnpo, marquent plus souvent 
une dépendance intérieure, invisible, métaphysique. 

Après avoir vu quelle est la signification des voyelles a, 
i, u, par rapport au lieu , examinons maintenant quelle 
en est la signification par rapport au temps, La catégorie 
logique du temps dérive de celle du lieu : aussi, dans 
toutes les langues , les mots qui expriment les différents 
rapports de temps dérivent plus ou moins directement de 
mots qui désignent des rapports de lieu. C'est pourquoi ce 
qui a été dit des particules de lieu s'applique aussi avec 
les modifications nécessaires aux particules de temps. Ici il 
importe de montrer le contraste que a forme avec les 
voyelles i et u. Si au temps présent, la voyelle radicale est 
a, celle du temp passé est a ou i, et réciproquement; 
ex.: hébr. prétérit, Katd, maUh; non-prét. (présent et 
îxk\xir)iyiKtol (p.3'i7î'iui),^im7o/£(p.jim'Zufc). Arabe prêt. : 
kataha; non-prét. yak'tubu, Hébr. prêt, kabèd (p. fcafcid), 
katon (p. fea/un); non-ipréi. y ik'bad, yiktan. Arabe prété- 
rit, kutïba, non-prét. yakHábu, Lç même contraste entre 
les voyelles se remarque dans les verbes des langues teuto- 
gothiques. C'est pourquoi toutes les conjugaisons de ces 



376 GLOSSAIRE. 

langues se réduisent à deux classes; la première renferme 
les verbes dont la voyelle radicale , au présent , est a, et 
qui, au prétérit, changent cet a en í ou en a. La seconde 
classe renferme les verbes dont la voyelle radicale est í au 
présent, et qui, au prétérit, changent cet i en a. Nous pren- 
drons pour exemple les conjugaisons de l'islandais. 

I** Classe, i'* espèce (présent a; prétérit i; participe 
présenta); i^prés./eîl (p,/aii) , prét./ieiZ;- 2°prés. jræí 
(p. jfrâi ) , prêt, griet; 3° prés, sveip (p. sv^ip) , prêt, sviep, 
i"^ prés, hleyp (p. Aiaap), prêt, hliôp, 2^" Espèce (prés, a; 
prêt, tt; part.-prés. a); 5° prés, el (p. ai) , prêt, ôi (p. ui). 

Il* Classe, i** espèce (prés, i; prêt, a; part.-prês. i); 
6**. prés, drép (p. dnp) , prêt, drap; 7° prés, gin (p. jfim), 
prêt, jfein (p. jfam). 2° Espèce (prés, i; prêt, a; part. -prés. 
u) ; 8° prés, dryp (p. dnup)^ prêt, drdjxp) ; 9** prés, stèl (pour 
stil), prêt, stdl. Ces exemples montrent que l'opposition 
entre a et les voyelles i et a est aussi générale et aussi nette- 
ment dessinée dans les langues teuto-gothiques que dans 
les langues sémitiques. Mais en voyant que a, i, u se trouvent 
aussi bien dans le prétérit que dans le présent, on pourrait 
croire que ces voyelles n'ont pas une signification précise 
et fixe qui les rende propres à désigner exclusivement, 
soit le prétérit, soit le temps présent. Cependant cette 
circonstance tient à une tout autre cause; elle vient de 
ce que la désignation stricte et régulière des temps, au 
moyen de leurs voyelles respectives , se trouvait en contra- 
diction avec l'usage que les langues primitives ont fait de ces 
mêmes voyelles pour désigner V actif et le passif. Orr comme 
cette dernière distinction touchait de plus pfès à la signi- 
fication ou à l'idée exprimée par le verbe , elle était plus 



INTRODUCTION. 577 

essentielle et plus importante que la distinction qu'on 
pouvait faire entre les voyelles pour marquer la difiFérence 
des temps. C'est pourquoi la voyelle radicale (placée au 
prétérit, dans les langues sémitiques, et an présent, dans 
les langues germaniques] a dû exprimer de préférence, 
non pas les temps , mais la signification active ou passive du 
verbe, et par cela même les langues ont dû se contenter de 
désigner, par des voyelles différentes delà voyelle radicale, 
les temps difiFérents de celui où elle se trouvait placée. 

La désignation de Vactif et du passif, au moyen des 
voyelles, mérite surtout lattention du philologue. Le 
passif est exprimé par les voyelles i et u qui , comme nous 
l'avons vu, signifijent ce qui est intérieur, inerte, métaphy- 
sique; Vactif au contraire s exprime par la voyelle a qui 
désigne ce qui est extérieur y ce qui est visible, ce qui agit, 
La signification active ou passive est aussi bien exprimée 
dans le nom que dans le verbe; mais conmie c'est dans 
cette dernière espèce de mots qu'elle se fait le mieux sentir, 
nous ne donnerons.poiu* exemples que des verbes. Toutes 
les fois qu'un verbe a une signification active , les langues 
sémitiques et indo-germaniques y mettent, comme voyelle 
radicale, la voyelle a; ex. : arabe qatala (tuer), kataba 
(écrire); isl. gana (lat. distendere)^ tana (étendre), etc. 
Dans les langues sémitiques , la plupart des verbes actifs 
peuvent devenir passifs en changeant la voyelle radicale a 
en i, et en observant, pour les autres voyelles, les règles 
euphonique^ et grammaticales; ex. : qutila (être tué), 
kutiba (être écrit). Dans les langues germaniques , la voyelle 
radicale ne peut pas toujours être changée à volonté pour 
exprimer, tantôt l'actif , tantôt le passif. D est même rare 



578 GLOSSAIRE. 

de trouver ensemble , dans ces langues , des verbes , comme 
gejia (étendre) et gina ( être étendu) , qui sont identiques 
quant au fond, et ne diffèrent entre eux qu'en ce que l'un 
est actif et l'autre passif. Mais ce qui est digne de remarque , 
c est que dans les langues indo-germaniques , beaucoup de 
verbes qui, primitivement, ont été actifs, ont changé la 
voyelle a en la voyelle i, parce que ces verbes ont pris, 
peu à peu , une signification passive. Ainsi , par exemple, 
le verbe vasa, qui en sanscrit signifie se répandre sur, 
couvrir, s* établir, a pris, dans les langues germaniques, la 
signification abstraite et passive d'^f r^ , et s est changé 
en visa, vira. D'un autre côté; beaucoup de verbes qui, 
primitivement , avaient une signification po^^iv^, sont de- 
venus actifs en gardant cependant leur ancienne voyelle 
passive Í; ex. : vite (savoir) yfinda (trouver) , binda (lier), 
smida (frapper), etc. Le même changement s'est opéré 
dans plusieurs vçrbes sémitiques qui , tout en ayant la 
forme de passifs, sont suivis d'un régime direct, comme , 
par exemple : arabe, rakhimiahâ (tu as été miséricordieux 
envers elle). 

Les verbes indo-germaniques dont la voyelle radicale 
est a avaient dans l'origine une signification passive , qui , 
plus tard, dans un grand nombre de cas, est devenue ac- 
tive; ex. : lat. luere (être lâché), Ikcher, etc.; Incere (être 
saillant), briller ; Jluere (être répandu), couler. Sansc. lupa 
(lat. distensum esse), s^par^r, briser; lat. rumpo, etc. etc. 

Quant à la différence qui existe entre i et u, par rapport 
à leur propriété d'exprimer le passif, on peut dire que, 
dans les langues indo-germaniques, i exprimait dans l'ori- 
gine le passif proprement dit, tandis que u exprimait plus 



INTRODUCTION. 379 

particulièremeiit le neutre , comme on peut le voir par les 
exemples que nous venons de donner* Dans les langues sé- 
mitiques , a désignait originairement un état passif, habi- 
tuel ou permanent; ex. : héb. fcafon (p. katan), être petit 
(de nature); arabe katzxxra (être bref), hhasnna (être 
beau), etc. La voyelle i, au contraire, désignait un état 
^passif accidentel; ex, ihéh, tzamée {f. tzamie) , être altéré 
de soif, Khafétz (être réjoui); arabe J^ (être en peine), 
jiL-ft (être enseigné). 

En arabe, les voyelles a et u ne servent pas seulement 
à exprimer Factif et le ps^ssif , mais aussi les modes dii 
verbe ou le subjonctif et Tindicatif. Ainsi la voyelle a, qui 
exprime le passif, Tétat, la substance, Tindépendance, 
désigne Vindicatif, et par conséquent la voyelle opposée a 
désigne la dépendance ou le subjonctif ;^x. : ind. yaqHulii, 
yàktuhix; subj. yaq'tula. , yaktuhei. D'après le même système 
et par analogie, la voyelle a, qui exprime l'état, désigne 
aussi le sujet , le cas indépendant ou le nominatif, tandis 
que a désigne le régime direct, le cas dépendant ou T accu- 
satif ; ex. : nom. maThi (roi ), ace. maVkdi\ nom, abixx (ser- 
viteur), ace. a&d'a. 

Après avoir vu les diiTérentes significations des voyelles 
a, i, u, îX nous reste à dire quelques mots des dipbthon- 
gues. Nous avons eu déjà occasion de dire (p. 62) qu'il n'y a 
que deux diphtbongues primitives; ce sont ai et au (aou). 
La dipbtbongue ai n'est qu'un renforcement de la voyelle 
Í, de même que aii n'est qu'un renforcement de a. C'est 
pourquoi la signification de ces deux dipbthongues ne 
diffère point de celle des voyelles dont elles dérivent. Aîei 
aii ne diffèrent de i et u que grammaticalement, c'est à dire 



580 GLOSSAIRE. 

que certaines dérivations grammaticales exigent, à la place 
de Í, le renforcement de voyelle aï, et à la place de u, le 
renforcement de voyelle au. Aussi, lesdiphthonguesaf et 
aà sont-elles appelées, par les grammairiens hindous, des 
vriddhis (augmentations) de ietde a. 



CHAPITRE IL 

DE LA SIGNIFICATION DES CONSONNES. 

Les consonnes déterminent, comme nous l'avons dit, 
la signification des mots; chacune d'elles contribue pour 
sa part à former cette signification ; chacune est un élé- 
ment de la notion ou de l'idée exprimée par le mot. Les 
idées ou les premières notions de l'homme primitif résul- 
taient des impressions, causées par les choses qui affec- 
taient ses sens , principalement celui de la vue. L'homme 
primitif exprimait ses sensations en imitant ou en repré- 
sentant exactement, par des gestes ou par des sons signifi- 
catifs, correspondant à ces gestes, les différentes actions 
qu'il avait vu faire. Or, comme tout ce qu'on voit se voit 
dans l'espace , et que toute action se présente à l'œil comme 
une modification des rapports de lieu ou comme une suc- 
cession de mouvements , il était naturel que l'homme pri- 
mitif , pour exprimer sa pensée , désignât par le geste ou 
par des sons significatifs , les mouvements successifs qu'il 
avait vu faire. Ainsi , par exemple , l'idée d! étendre qui nous 
paraît si abstraite parce que nous rattachons nos idées à des 
mots et non pas à la vue matérielle des choses , cette idée, 
l'homme de la nature la conçoit d'une manière toute méca- 



INTRODUCTION. 581 

nique , et rexprîme par conséquent de même. Il voit qu une 
chose s'allonge ou s'étend, c'est-à-dire que le point extrême 
de cette chose qui , auparavant , était ici, est maintenant 
ià. Pour exprimer ce qu'il a vu , c'est à dire l'idée Æ étendue 
qu'il a conçue par la vue , il fait le geste qui exprime ici 
et puis le geste qui exprime là, ou bien il articule le son 
ta ! ou da ! qui exprime par sa nature même ce que nous 
désignons par le mot ici, et puis le son na ! qui exprime 
encore par sa nature même ce que nous désignons par le 
mot ià. Ainsi se forme, d'une manière toute mécanique, 
le mot fana {ici, là) qui désigne naturellement et nécessai- 
rement l'idée détendre (gr. ts/vû), lat. ten{d)ere,isi. thana, etc.) 
Prenons encore un autre exemple. L'idée de donner 
n'existe pas d'une manière abstraite dans l'entendement 
de l'homme de la nature. Pour lui , cette idée est une 
image qui existe dans son imagination. Il voit qu'on donne 
en étendant la main vers la personne à laquelle on donne. 
C'est pourquoi il exprime l'idée de donner en étendant la 
main vers quelqu'un , et en accompagnant ce geste du mot 
da! (là) , lat. da-re , ou bien il dit le mot NaTaNa (tendre 
là) tendre vers, lat. iN-TeN(d)erö, héb. |M (donner). 
On voit d'après cela que la langue primitive est comme 
une peinture ; les actions et les passions sont retracées 
dans des mots qui expriment des gestes, des attitudes, des 
mouvements successifs , et c'est pourquoi les consonnes 
ou les éléments des mots désignent des mouvements ou 
des rapports delieu.li s'agit donc maintenant de déterminer 
la signification piarticulière à chaque consonne : nous expli- 
querons à cet effet le sens des consonnes islandaises. Tout 
ce que nous en dirons s'appliquera aussi aux consonnes 



582 GLOSSAIRE 

correspondantes dans les autres langues. Il est vrai que 
Falphabet islandais est un des moins riches en consonnes : 
cependant il renferme toutes les consonnes des langues 
primitives, et il suffit de connaître le sens de ces consonnes 
primitives pour connaître en même temps la signification 
des consonnes qui en sont dérivées ou qui leur sont homor- 
ganiqnes, c est à dire formées par le concours des mêmes 
organes de la voix. En effet, les sons homorganiques expri- 
ment le même sens général, et ils ne difiCèrent entre eux 
que par de légères nuances. Ces nuances se sont établies à 
mesure que les langues dérivées spécifiaient et différen- 
ciaient davantage les idées vagues et générales des langues 
primitives, et exprimaient, par conséquent, ces différences 
par des nuances dans la prononciation des mots. Comme 
ces nuances se sont établies différemment dans les diffé- 
rentes langues dérivées, à cause de la différence des lois de 
Teuphonie et de la permutation des consonnes , c'est à la 
grammaire spéciale d'expliquer quelles sont les nuances 
qu'expriment les sons homoi^niques dans chaque langue 
en particulier. Pour nous , qui considérons ici les langues 
dans leur état primitif, nous n'avons point à exami- 
ner ces légères différences, par la raison qu'elles n'exis- 
taient pas encore à cette époque ancienne. Nous rangerons 
donc dans une seule et môme classe les consonnes qui 
sont homorganiques ou qui sont dérivées l'une de l'autre; 
et nous préciserons, autant que possible, la signification 
propre à chacune de ces classes. L'ordre dans lequel se 
suivront les différentes classes est le suivant : nous pairle- 
rons d'abord des labiales , puis des dentales , ensuite des 
gutturales. C'est dans cet ordre que les enfants apprennent 



INTRODUCTION. 383 

à articuler les sons ; ils prononcent d'abord les labiales , 
puis les dentales, et enfin les gutturales. A ces trois classes, 
nous ajouterons la classe des liquides , iî et i , et la classe 
qui renferme la nasale JV. Gonime les consonnes doivent 
toujours être accompagnées d'une voyelle pour pouvoir être 
prononcées , nous ajouterons à chaque élément-consonne 
la voyelle primitive e qui, comme nous l'avons vu , n'a pas 
encore de signification précise. 

Labiales Ve, Be, Me, Pe, Fe, — Ces labiales expri- 
ment le sens du mot sur, et désignent l'idée de répandu 
sur, de surface, que cette surface soit la supérieure ou 
l'inférieure, qu elle soit horizontale ou verticale ; ex. : hé- 
breu Be (sur, auprès, dans); ar. Bi (sur, auprès, dans); 
gr. èPi (sur, auprès); sansc. uPa (sur, auprès); gr. huPo 
(sous , vers) ; lat. suV (sous , vers) ; goth. Bi ( sur, à) ; vieux 
ail. Pi (sur, à). L'idée sur, envisagée sous le point de vue 
acttf ou combinée avec l'idée de mouvement, produit la 
signification devers, et exprime aussi l'idée de ce qui se 
répand, de ce qui est plan. Ainsi , en sanscrit. Va signifie 
ce qui se répand. Il air. Veau; héb. Maî (eau). L'idée de 
surface plane se montre davantage dans le mot sans- 
cri t^aP( eau) (cf. lat, æqvor, aqva; ail. ében). L'idée de 
plat, uni engendre celle légalité, de parité; c'est pour- 
quoi les mots sanscrits Va, iVa, ê\a signifient égal, sem- 
hlahle, de même que, aussi. Le mot Va est devenu conjonc- 
tion préfixe, et de même que, en zend et dans les langues 
sémitiques; ex. : ar. Va- (et); éthiop. Va- (et) ; héb. Ve'> 
Va- (et) : en latin il est. devenu une particule disjonctive 
enclitique; ex. : plusVe, minus Ve, siVe, etc. L'idée de 
répandre, étendre, prise dans un sens plus abstrait, signifie 



384 GLOSSAIRE. 

éloigner, dériver, descendre. Telle est la sigaification des 
prépositions suivantes : sansc. dVa, aVa; gr. aPo;lat. oB; 
goth. aF-; v. h. ail. aP-, etc. etc. Enfin Fidée de sur, au- 
près, produit celle de présent, et cette dernière fait naître 
ridée d'objet, que ce soit une personne ou une chose. C'est 
pourquoi, dans les langues indo-germaniques. Ma désigne 
la première personne du singulier , et Mas la première per- 
sonne du pluriel; ex. : sansc. Ma-t (de moi), Ma-yi (en 
moi), etc. os-Mi (je suis), s-Mas {nous sommes); gr. M^ 
(moi), es-Mi (je suis], es-Mès {nous sommes); lat. M^ 
(moi), su-M (je suis), su-Mus {nous sommes), era-M (j'é- 
tais) , era-Mus {nous étions); goth. i-M (je suis), siju-M 
{nous sommes); V. h. ail. pi-M (je suis), pira-Mès {nous 
sommes), etc. Dans quelques cas, Ma s'est changé en Na; 
ex. : sansc. Nos (à nous); lat. Nos (nous) ; gr. Ndi (nous deux); 
dans quelques autres cas, il s'est changé en Va; ex. : go- 
thique Neis (nous), Víí {nous deux); sansc. \am (à nous 
deux). Dans les langues sémitiques, le pronom personnel 
Ma s'est changé en Na; ex. : héb. aNi (moi), aNa (nous), 
kataVTi (p. kataVliii) (j'ai écrit), hataV^u {nous avons 
écrit), èk'tôh (p.aN'/e*<d6) (j'écrirai), iiiktôh (noos écrirons). 
Cependant l'ancienne forme Me s'est conservée dans les 
participes et quelques substantifs, avec la signification 
primitive de personne qui, ou chose qui; ex. : ar. Maq'tula 
{qui est tué) ; héb. Mekuttàb { qui est écrit) , MaPkoakh {qui 
est pris), lutin, etc. Ce Ma répond exactement à la ter- 
minaison Ma dans beaucoup de mots indo-germaniques; 
ex. : sansc. saMa (cette personne, t:ette chose); lat. ideM 
(cette personne, cette chose); sansc. hhdMa {chose qui 
brille) , soleil; tigMa {qui est aigu) , etc. etc. Dans les lan- 



INTRODUCTION. 585 

gués sémitiques, rancienne forme Ma s'est encore con- 
servée comme pronom interrogatif ; ex. : héb. Afi (qui?), 
Mah (quoi?), etc. En résumé, les consonnes labiales ex- 
priment Vidée de sur, d'où découlent toutes les autres 
significations. Le geste qui correspond à ces différentes 
significations est celui qui consiste à placer le plat de la 
main sur la poitrine. Ce geste indique l'idée de sur, cou- 
vrir, aplatir, et l'idée de présence, de personnalité, etc. 

Dentales, Te, De, þe (5e, /îe). -—Aux consonnes 
dentales , nous devons ajouter la sifflante S parce que, 
dans toutes les langues , elle est née de l'assibilation d'une 
dentale (voy. p. 98). Il est vrai que 5 provient quelquefois 
d'une gutturale sifflante (ch) qui a rejeté son élément gut- 
tural (voy. p. 77); mais ce cas est bien rare, et le plus 
souvent S dérive d'une dentale , principalement de T. 
Puisque nous rangeons dans cette classe la sifflante S, 
nous devons aussi y ranger une certaine espèce de R, car 
ces R dérivent immédiatement de la consonne 5 (voyez 
page 76). 

Les consonnes de cette classe expriment la désignation 
la plus précise d'une chose, en la montrant pour ainsi dire 
du doigt. Elles signifient donc ce que nous exprimons par 
le mot cel C'est pourquoi les dentales servent principale- 
ment à former des pronoms démonstratifs; ex. : ar. Sa (ce); 
béb. S^ (ce), ^T (accus, ce) ; éthiop. Se (ce) ; sansc. Soi (ce) , 
Tarn (ace. ce), eSaS (celui-ci), îDam (celui), a/ïi {il est), 
sanli [ils sont). Gr. D^ (ci), opposé à men (là); To (ce). 
Toi (les), eslii [il est), €nTi{ils sont). Lat. : iS (ce), iSTe 
(celui-ci), iD (cela), iDem (ce même); esT (il est), sunT 
(ils sont). Goth. : Sa (ce), þai (eux), saltiTh (il saute), 

25 



386 GLOSSAIRE. 

saltanD (lat. saltant). V. h. ail. DéR (ce), DiV (les), valliT 
(il tombe), vallanT [ils tombent). 

La classe des dentales forme aussi des adverbes de temps; 
ex. :sansc. TàDâ (dans ce temps); gr.ToTé (alors); la- 
tin Tune (alors); goth. Thâ (alors); v. h. ail. Da (alors); 
ar. iDs, iDsan (alors); héb. àD, àS (alors). 

Comme la personne la plus proche qu on puisse dési- 
gner est celle à qui l'on parle , les dentales et leurs dérivées 
servent à marquer Isl seconde personne; ex. : ar. anTa (tu), 
anTum (vous); kumTa {tu étais debout), kuniTum {voas 
étiez debout). Héb. : aÍTah (tu), atTèm (vous); qataVYa 
(iaas tué), (ftaVïèm [vous avez tué). Sansc. Tvam (tu); 
dadâSi [tu donnes); haraTha [vous portez). Gr. Ta, Sa 
(toi); histèS [tu places), histaHé [vous placez). Lat. : to 
(tu); legiSf (lu lis), legiïis [vous lisez). Goth. : Tha (ia); 
saltiS [tu sautes) , saliiïh. [vous sautez). V. h. ail. : Da (tu); 
vaiZiS [tu tombes), vallaT (vooî tombez). 

Comme il faut nécessairement , pour qu'on puisse m'on- 
trer une chose dans tel ou tel état, que cette chose ait 
réellement déjà passé dans cet état, la particule démons- 
trative Ta indique aussi le temps passé, et le passif des 
verbes dénominatifs, dont la conjugaison est faible, c'est- 
à-dire qui n'ont plus la faculté d'exprimer le temps passé 
et le passif par le changement de la voyelle radicale (voyez 
page 375) ; ex. : sansc. uklas (voici qui est dit), dit; patfTas 
(voici qui est tombé), tombé; gr. lekTos (dit);lat./acTa5 
(fait); goth. aljfThs (nourri); aZ/'iDa (j'ai nourri); v. h. 
ail. neriT^r (conservé), nerîïa (j'ai conservé), etc. Comme 
la signification réfléchie dérive de la signification passive, 
la particule Ta, qui exprime le passif, peut aussi expri- 



INTRODUCTION. 387 

merle pronom r<(/?^cfti. Ainsi, dans les conjugaisons/aibies 
des verbes sémitiques , Ta exprime quelquefois le passif, 
mais le plus souvent le réfléchi ; ex. : héb. hiT'makker 
(être vendu), hiVqaddesh (être sanctifié), se sanctifier; 
ar. Taqattaîa (se tourmenter, s'ingénier), Taqâtala (lat. 
invicem percuti), se frapper réciproquement; Tarâsala 
(ail. gegenseitig beschickt werden) , s'envoyer réciproque- 
ment, etc. etc. 

Nous avons encore à considérer les dentales et leurs 
dérivées par rapport à leur signification active, ou par 
rapport à l'idée de mouvement. Cette classe exprime la 
direction d'une chose vers un point indiqué. Comme ce 
point peut être plus ou moins rapproché de la personne 
qui parle, les dentales expriment également bien le mou- 
vement iici là et le mouvement de là ici, le mouvement 
de haut en bas et le mouvement de bas en haut; ex. : saps- 
crit aTi (vers), uT (dehors); gr. èS (vers), -Dé [èofiavëe) , 
vers; lat. aD (vers), aT (vers), afin que; goth. aT- (vers), . 
Do- (vers), uT- (dehors), uS- (dehors); v. h, ail. oZ- (vers), 
Zd-, Ze- (vers), uZ* (dehors), nR- (lat. ex) , aR- , îR-. 

Tout mouvement peut être considéré sous le point de 
vue de réloignement , de la séparation, ou sous celui de la , 
jonction, du rapprochement. La signification de sépa- 
ration est ceUe de la suffixe dentale 'T,'D, qui indique 
Y ablatif dans les anciennes langues indo-germaniques; 
ex. : zend ^aroíT (delà montagne); sansc. íoímaT (delà); 
V. lat. prœddD (de la proie). Le génitif est dérivé de Ta- 
blatif; c'est pourquoi le S, qlii caractérise ce cas dans 
presque toutes les langues indo-germaniques, n'est autre 
que l'assibîlation du T de l'ancien ablatif. La signification 

25. 



388 GLOSSAIRE. 

de l'5 est donc aussi la même que celle du T, seulement 
elle est plus métaphysique parce qu elle est dérivée. Ainsi , 
tandis que l'ablatif exprime la séparation matérielle et phy- 
sique , le génitif désigne la séparation métaphysique , la 
dérivation , le rapport de l'efiFet à la cause, etc. L'idée de 
séparation , d'éloignement est encore exprimée dans les 
particules suivantes : gr. -Then (d'ici là); lat. D^ (de), 
Dé, Se-, DiS- (pour D^-S^); goth. DiS (pour Da-aS); 
V. h. ail. Zi-aR-, ZèiR, etc. Au contraire, l'idée de jonc- 
tion se montre dans l'adverbe grec ^í (ajouté à) , encore, 
et dans la conjonction latine eT (et). En résumé, les 
dentales et leurs dérivées ont deux significations princi- 
pales d'où découlent toutes les autres : l'une est ce ! qui 
désigne les objets dont il est question, l'autre est vers ce! 
qui indique la direction. Le geste qui exprime la signifi- 
cation des dentales est celui par lequel on montre du 
doigt un objet, ou par lequel on en montre la direction. 
Gutturales K, G , Y, H, — Les gutturales ont, comme 
les dentales, une signification démonstrative, avec cette 
différence que les dentelés désignent l'objet d une manière 
absolue, tandis que les gutturales le désignent relativement 
à d'autres objets; ex. : lat. Cis (ce côté , opposé à l'autre) , 
en deçà; eCC^ [ce! de ce! voyez-le de ce côté!) , le voilà. 
Héb. Bée (eh!), le voilà! Goth. îK (ceci! opposé à Tu, 
cela! ) , moi; sansc. aUam (moi); gr. éGo; lat. éGo; héb. 
anôKi. D'après cela on conçoit pourquoi les pronoms 
relatifs primitifs sont tous formés de gutturales. Les pro- 
noms démonstratifs, formés de gutturales, sont toujours 
plus relatifs que ceux formés de dentales, ainsi : lat. HiC , 
H«C , HoC [ce, dont il s'agit) , est moins fortement dé- 



INTRODUCTION. 389 

niODstratîf et plus relatif que iS, iD; héb. Ha/- (le, la), 
ar. Ha^ (lui) sont des pronoms démonstratifs moins abso- 
lus que Sèh. Aussi arrive-t-il que dans les langues sémi- 
tiques , la particule démonstrative Ta , qui marque la 
seconde personne , se change en Ka toutes les fois qu elle 
n'est pas absolue, mais relative et dépendante , c est-à-dire 
toutes les fois quelle est régime; ex. : héb. qHaluKa (ils 
font tué) , qHalúKem (ils vous ont tué) , i'Ka (à toi) , VKjèm 
(en vous) ,etc. 

Comme Tidée de disjonction implique nécessairement 
ridée de relation , les gutturales quiexpriinent la relation , 
servent aussi à former des particules disjonctives ; ex. : an- 
glo-sisix. Gê-Gé* (lat. cum-tum); allem. Yé- Y^. 

La particule Ta, nous le répétons, désigne les objets 
d'une manière absolue : les objets à désigner n'étant pas 
considérés par rapport à d autres objets de la même espèce , 
ne peuvent pas être confondus avec ces derniers; l'indica- 
tion est par conséquent précise, certaine, affirmative . La 
particule Ka/ au contraire, désigne les objets d'une ma- 
nière relative; les objets à désigner sont considérés, par 
rapport à d'autres objets de la même espèce , avec lesquels 
on pourrait les confondre; l'indication n'est donc ni 
absolue, ni précise, ni affirmative. Celte particule indique 
par conséquent une espèce d'incertitude dans l'esprit, et 
cette incertitude fait naître la question. C'est pourquoi les 
gutturales forment non-seulement les pronoms relatifs, 
mais aussi les pronoms interrogatifs. D'un autre côté , 
l'incertitude ou l'état de l'esprit de ne pouvoir s'expliquer 
une chose , produit l'étonnement , et par suite l'exclama- 
tion : en effet , l'exclamation quel homme ! n'est qu'une autre 



390 GLOSSAIRp. 

manière de dire : comment peut-on être un tel homme? 
C'est pourquoi les gatturales , qui forment des pronoms 
interrogatifs, peuvent aussi former des mois exclamât if s. 
Nous donnerons, comme représentants de la nombreuse 
famille des mots relatifs, interrogatifs et exclamatifs, les 
exemples suivants : héb. H* ( particule interrogative ) ; 
sanc. Kas (qui), Y a (qui), Yadi (quand); gr. Voté (pour 
Koté), quand; Vos (p. Kdi), comment; lat. Qui (qui); 
goth. Hvas (qui) ; v. h. ail. Uvêr (qui) , etc. etc. 

Quant à leur signification active, les gutturales dé- 
signent le mouvement considéré sous le point de vue 
relatif, c'est-à-dire non comme direction, mais comme 
jonction ou disjonction. Ainsi, en gothique, la particule 
prépositive Ga-, v.-h.-a. Ka-, Ki-, de même que la par- 
ticule latine Cou-, exprime l'idée de jonction; au con- 
traire, en grec, la préposition eK exprime l'idée de disjonc- 
tion, de séparation. La particule gothique Ga- se trouve 
ordinairement dans les mots dont le sens primitif était 
tel qu'il se combinait facilement avec l'idée de jonction , 
d'alliance, de société, de réunion. En cela, Ga- diflEère 
essentiellement de la particule Du-, Tu-, qui, nous 
l'avons vu, signifie aussi vers, mais qui exprime une 
jonction fortuite dans laquelle il n'y a aucune relation 
intime, naturelle, nécessaire entre les objets qui se joi- 
gnent. 

En résumé , les gutturales expriment d'une manière 
générale l'idée de rapport ou de relation. Cette idée qui 
est une des principales catégories de l'entendement 
humain, a produit une infinité d'autres idées que le 
logicien peut suivre dans leurs filiations et leurs rami- 



INTRODUCTION. 591 

fications à Taide des indications fournies par lanalyse 
comparative des langues. 

Les gestes qui expriment les différentes significations 
des gutturales, se font tous avec les deux mains» comme 
pour indiquer la relation existant entre deux termes. 
Ainsi, pour désigner la jonction ou la séparation, le geste 
naturel consiste à rapprocher ou à séparer les deux mains; 
de même que pour exprimer la question, Tétonnement, 
Tadmiration, on étend ou on lève les deux mains en- 
semble. 

Liquides iie, Le. — Ces deux consonnes ont eu, dans 
Torigine , la même signification , et les difiérentes langues 
n'ont préféré l'emploi de Tune ou de l'autre, que selon 
qu'elles avaient une plus ou moins grande facilité à pro- 
noncer R ou L, Originairement la lettre R n'était pas 
liquide, c'était au contraire une consonne forte née de Q, 
la plus forte des gutturales (voyez p. 76). Cet R gut- 
tural, différent par son origine du R faible né de S, est 
devenu peu à peu plus doux, plus liquide, et a engendré 
le son L. Pour indiquer l'analogie qu'il y a entre L et R 
et pour rappeler la nature plus liquide de L, cette lettre 
( S ) se trouve placée dans l'alphabet après la gutturale 
if (3), de même que R (^) se trouve placé après la gut- 
turale Q (p) dont elle est dérivée. Mais K est une con- 
sonne plus douce que Q; on peut donc établir les rapports 
suivants : K esikQ comme L est à /?, et /T est à L comme 
Q est à R. Comme la prononciation de R était rude dans 
l'origine, cette lettre exprime l'idée d'éruption, de sortie, 
de saillie, d'éminence, de grandeur (cf. gr. aRi-, e'Ri-, 
oRistos). Dans le sens actif, Ra signifie s' élendrc, aller. 



392 GLOSSAIRE. 

saillir, s'élever (cf. sansc. Ri, R)* La liquide L indique 
généralement l'idée Selon, de longueur, d'éloignement, 
La signification d'éloignement fait que L combiné avec 
une particule démonstrative, produit l'idée que nous 
exprimons par le mot là! [ce qui est éloigné). Exemple : 
hébr. hah- (cela) le; elLèTi (lat. ilLos , ilLas); éh (là) 
v^rscet endroit-/à; he- (là!) vers, particule qui exprime 
ordinairement le datif. Lat. ilLud (cela); ahius (le plus 
éloigné) Vautre; ahter (le plus éloigné des deux) Vautre; 
uhtra (du côté éloigné) au delà, Gr. alhos (l'autre), etc. 

Le geste qui exprime les différentes significations de 
iJ et de L, est celui qui consiste à étendre le bras, ou à 
le porter brusquement en avant. 

Nasale N, — Quant à la prononciation , la consonne 
nasale N a beaucoup d'affinité avec la labiale nasale M. 
C'est pourquoi dans toutes les langues , ces consonnes se 
permutent quelquefois entre elles, de même que dans 
l'alphabet elles se trouvent placées l'une à côté de l'autre. 
Quant à la signification , N diffère de M, et se rapproche 
davantage de la liquide L. En effet, R et L désignent , l'un 
et l'autre, l'idée d*éloignement, d* extension. Ainsi, en 
sanscrit, on dit aTHyas (celui-là) Vautre; en latin, ahius; 
en goth. on dit a^thar (l'autre); en latin, ahter (l'autre). 
L'idée d'éloignement produit celle de négation, car on 
éloigne, on rejette la demande, la proposition, quand on 
s'y refuse , ou quand on la nie. La négation s'exprime aussi 
tantôt par L, tantôt par N, mais le plus souvent et le 
plus énergiquement par cette dernière consonne; ex. : 
araméen ha (non); hébr. ah, ho (non), ^óe (éloigner, 
empêcher); sansc. aN- (non-), a- (p. aJV) non, Ma (p. Na) 



INTRODUCTION. 593 

non; gr. aN- (non-) , a- (p. aJV) non, Ni- dans viriraaifi, etc.; 
lat. Ne; Ne- dans nemo, etc.; NoN (non), iN- (non) dans 
iniqnus, etc.; isl. 6- (p. iiN-, non-), etc. etc. De l'idée 
d'extension dérive celle de direction, soit de direction en 
has, ou le long d'une chose, ou vers, ou après une chose; 
ex. : sansc. a- (p. aN-) vers; aNa (après); Ni (en bas); 
gr. aNa (le long); lat. îN (vers), etc. 

Le geste qui exprime les différentes significations de 
N, est celui qui consiste à porter la main de gauche à 
droite. C'est, en effet, le geste qu'on fait pour éloigner, 
pour refuser une chose, ou pour indiquer qu'un objet 
descend, s'étend le long de, s'en va, etc. 



CHAPITRE II. 

DE LA FORMATION DES THEMES. 

Nous venons de voir quelle est la signification des 
différentes lettres, ou des éléments dont se composent 
les mots. Ces éléments sont, pour ainsi dire, les matériaux 
qui, combinés de différentes manières, produisent les 
thèmes dont dérivent les mots. Les thèmes forment, par 
conséquent, la charpente ou le corps des mots, abstrac- 
tion faite de leurs terminaisons , et de tout changement 
piurement euphonique et granunatical. 

Les thèmes les plus simples sont ceux qui ne renfer- 
ment qu'une seule consonne. Dans cette première classe , 
se trouvent les thèmes dont dérivent les mots qui dési- 
gnent le lieu ou le temps , ou les différentes relations de 
lieu et de temps. De ce nombre, sont les pronoms, les 



594 GLOSSAIRE. 

prépositions, les conjonctions, et en général , la plupart des 
petits mots appelés particules. Il y a aussi quelques verbes 
formés detkèmes à une consonne. Ainsi, par exemple, la 
labiale Pe (sur) prise dans le sens actif ou conune verbe , 
signifie se mettre sur, couvrir, protéger; sansc. tfT. La den- 
tale Te (cela) forme le verbe Ta (là), déposer; (sansc. ^; 
gr. T/-ai?-fM) , ou le verbe Da ( là ! tenez 1 ) , donner ( lat. dore , 
gr. i/-^aHf«). La gutturale Ge (voyez p. Sgo) forme le verbe 
Yu, joindre (sansc. ^); ou le verbe Ga qui signifie aller 
vers [sansc. JTT, m, gr. (H)^ (Hiè-mi, faire aller, en- 
voyer) lat. (H) ire], ou laisser derrière, quitter (sslusc, ^), 
parce que joindre et quitter sont des idées corrélatives. La 
liquide Re (éruption, mouvement) forme le verbe oRa, 
marcher (sansc. 35). Là liquide Le (élan), prise dans le 
sens actif, forme le, verbe aha (élancer) , élever; lat. altus 
(élevé), alere (élever), nourrir. 

Les verbes à une consonne sont en petit nombre, parce 
que ridée d'une action peut rarement s'exprimer par un 
seul geste, un seul mouvement, un seul son; mais elle 
s'exprime le plus souvent par deux mouvements repré- 
sentés par deux éléments phoniques ou par deux con- 
sonnes. Aussi, le thème verbal primitif se compose-t-il 
ordinairement de deux consonnes ou de deux syllabes; 
exemples : 
Pa (sur) -H Ka (mouvement) =PaK a (mouvement sur), 

atteindre, prendre (sansc. M>H^ ; goth./a/ija). 
Ka (mouvement) h- Pa (sur)=KAPA (mouvement vers), 

tendre, atteindre, prendre (goth. giban; lat. capio). 
Ta (ici) -+• Na (là) im TaNa (mouvement d'ici là) , tendre 

(sansc. ^^; gr. «/iw, etc.). 



INTRODUCTION. 595 

Ta (ici) -H La (là) zz: TaLa (mouvement d'ici là), répan- 
dre, lâcher (sansc. rtrj^ ; gr. TaXXûi). 
La (là) -H Ta (voici 1 ) — LaTa (le voici I ), répandre, lâcher, 

laisser (goth. létan, etc.) 
Ra (éruption) -*- Ga (mouvement) zn RaGa (sortir, sur- 
gir), s'élever, être éminent, briller. 
Va (lat. a6) -H Ga (mouvement) z= VaGa (s'en aller), se 

mouvoir). 
Na (là) -f- Pa (sur, vers) z=NaPa (s'étendre vers], avancer, 
saillir {is\. nef, nez), etc. etc. 

Dans les langues sémitiques , les verbes que l(ss gram- 
mairiens arabes désignent sous le nom de creux, corres- 
pondent aux verbes indo-germaniques à deux consonnes ; 
ainsi, par exemple : r\»ifi^ (placer) correspond à SiTa (être 
assis), on (être grand) à RaMa (être fort), tj^ (être 
élevé) à NaPa (saillir), etc. Ces verbes sont en petit 
nombre , parce que les thèmes des verbes sémitiques sont 
devenus, pour la plupart, de trois syllabes ou de trois 
consonnes, en ajoutant aux thèmes primitifs bissylla- 
biques, une consonne préfixe ou une consonne suiBxe. 
Cette syllabe ajoutée peut être appelée syllabe détermina- 
tive, parce qu'elle ne fait que préciser et restreindre la 
signification du thème primitif bissyllabique. Ainsi, le 
thème KaTa, atteindre , frapper (lat. cœdo, cudo) a formé, 
en hébreu, les verbes à trois syllabes suivants : T-T^, 
n-M, y-vj5, f-vp, r\')£p, a-vp, ^-vp, i-^vsp, S-öp, etc. 
En retranchant la dernière consonne de ces verbes, la 
signification 5p^cia!ð disparait, mais Tidée générale reste. 
Cela prouve que ce sont proprement les deux premières 
consonnes qui forment le sens du verbe, et que la troi- 



596 GLOSSAIRE. 

sième n'est ajoutée que pour préciser et restreindre la 
signification générale du thème primitif. Parmi les pré- 
fixes déterminatives, celle qui est la plus fréquente est 
la préfixe 3 . Si Ton coojpare les verbes rn"3, ^D-3, nfi"3, 
)^B-3, 3Ï-3, etc. aux verbes creux nn* "^fiD, mB, pfi, 
<^U> , etc. on trouve que .ces deux espèces de verbes ont 
été identiques dans Torigine, et qu'ils ne diffèrent main- 
tenant les uns des autres que par la légère modification 
apportée à la signification des verbes bissyllabiques par 
l'addition de la préfixe 3 qu'on pourrait traduire en alle- 
mand par hiN : ainsi "^IÐ (ail. fies$en), '^Ðl (ail. hitigiessen), 
*^1 [alLstossen], m2 (ail. hííistossen), etc. 

Ge que nous venons de dire des langues sémitiques, 
s'applique aussi aux langues indo-germaniques qui ont 
suivi exactement la même méthode dans la formation 
des thèmes de plus de deux consonnes, en ajoutant aux 
thèoGies primitifs bissyllabiques tantôt une consonne pré- 
fixe, tantôt une consonne su^xe. Ainsi, la dentale De, 
Te (dont la signification correspond au mot latin ex, ou 
au gothique uS-, Da) en s'ajoutant au thème RaGa (élever), 
forme les thèmes dérivés T-RaGa (lat. ex, regere)^ tirer, 
traîner, D-RaGa (lat. ex, tollere) , soulever, emporter. Si le 
thème bissyllabique à deux consonnes commence par 
une labiale ou une gutturale ou la liquide L, la dentale 
préfixe se chan|^e ordinairement en S; ex. : de PaKa (lat. 
capere) s'est formé S-PaKa {excipere, percipere), aperce- 
voir; de MiTa (lat. mitiere) s'est formé S-MiTa (emitiere), 
jeter, frapper; de LaGa (lancer) s'est formé S-LaGa [lâ- 
cher un coup)^ frapper; de MaGa (étendre) [lat. magnas 
(élancé) , [Mxpós (long), macer (mince), fuxpos (petit)] s'est 



INTRODUCTION. 397 

formé S-MaGa (élancer, amincir), <f\uxp6f (menuj, etc. etc. 
Les préfixes labiales Be, Pe, Fe, Ve, Me, dont les signifi- 
cations sont exprintées par les. particules lat. aB , goth. aP- 
Ba-, sansc. aSa, entrent dans la composition de beaucoup 
de thèmes dérivés. Ainsi, de LaTa (répandre) se forme 
F-LaTa (surface, plat); de RaKa (éruption) se forment 
B-RaKa (rompre, casser), M-RaGa (crever), poindre, 
V-RaGa ilat. ah^ regere, détourner), pousser, chasser; de 
LuGa (être répandu) est formé F-LuGa (s'envoler), lat. 
f-luctus (qui se répand ) , flot, héb. Fa-LaG (se répandre). 
Beaucoup de thèmes qui commencent par les liquides L, 
R ou la nasale N, ont pour préfixes les gutturales Ge, Ke, 
Hé, dont les significations sont exprimées par la particule 
goth. Ga (lat. CoTi') , et la préposition grecque eK. (lat. ex). 
G-LuHa (lat. elacere) est formé de LuHa (être saillant, 
brillant); G-RaH A [ex-surgere] , croître, est formé de RaKa 
(s'élever); K-LaKa (lat. concutere), claquer, est formé de 
LaKa (lâcher un coup); R-NaKa (lat. complicare), plier, 
casser, est formé de NaKa (pencher, plier), etc. C'^st ainsi 
q«e les thèmes de deux consonnes sont devenus des 
thèmes de trois consonnes dans les langues indo-germa- 
niques au^si bien que dans les langues sémitiques. Il y a 
seulement cette différence entre ces langues , que dans les 
premières, la consonne préfixe s'ajoute au thème sans 
l'intermédiaire d'une voyelle, tandis que dans les langues 
sémitiques, la consonne préfixe est toujours suivie d'une 
voyefle, ne *Cfait-ce que d'un simple e muet appelé cheva, 
H est digne de remarque que plus les idiomes sémitiques 
s^éloignent géographiquement de leur point de contact 
avec les langues indo-germaniques, dans la Babylonie, 



398 GLOSSAIRE. 

plus les éléments-consonnes des verbes tendent à se faire 
suivre de la voyelle a. Ainsi , les langues de la Syrie ont 
formé le verbe B'RàKa qui se rapproche de près du thème 
indo-germanique B-RaKa (briser, casser). Les dialectes de 
la Palestine ont formé le verbe BaRaK, et enfin ceux de 
TArabie et de l'Ethiopie, le verbe BaRaKa. 

Dans les langues sémitiques, les thèmes sont, pour la 
plupart, composés de trois syllabes, c'est-à-dire d'autant 
de syllabes qu'il y a de consonnes. Dans les langues indo- 
germaniques, au contraire, ils sont toujours de deux syl- 
labes bien qu'ils soient composés souvent de plus de deux 
consonnes. Les langues sémitiques n'ont guère dépassé « 
dans leurs thèmes, le nombre de trois consonnes; mais, 
dans les langues indo-germaniques, il s'est formé des 
thèmes qui ont jusqu'à cinq consonnes. Ainsi, de RaKa 
(étendre, lat. regio) on a formé T-RaKa [ex-tendere] ^ 
tirer; de T-RaKa on a fait S-T-RaKa (ali. strecken), et 
enfin de S-T-RaKa on a formé S-T-RaK-SA (sansc. 
txjia ) , jse diriger, marcher. 

Ce qui vient d'être dit^de la formation des thèmes au 
moyen des consonnes, suffît pour faire comprendre le 
mécanisme et la structure intérieure des langues. Les 
mots se forment d'une manière analogue à la formation 
des idées : plus une idée est dérivée, logiquement parlant, 
plus le mot qui l'exprime eist aussi dérivé, grammatica- 
lement parlant. Ce parallélisme continu qu'on remarque 
entre les idées et les mots, fournit le moyen de résoudre 
par la philologie un des problèmes les plus curieux de la 
métaphysique, à savoir, le problème de l'origine et de la 
formation de nos idées. En effet, le philologue qui dé- 



INTRODUCTION. 399 

montre par l'analyse comparative des langues Torigine 
et la dérivation des mots , explique par cela même aussi 
la formation et la filiation des idées. 

Il nous resterait maintenant à montrer conmient les 
mots dérivent des thèmes. Mais comme la formation des 
mots se £aiit différemment dans les différentes langues, 
nous ne pourrons entrer dans aucun détail à ce sujet. Nous 
dirons seulement que les thèmes sont changés en mots , 
en prenant les terminaisons qui désignent le genre, le 
nombre, les personnes , les déclinaisons, les conjugaisons, 
les différentes parties du discours, etc. et en subissant les 
changements euphoniques propres à chaque langue en 
particulier. 



CHAPITRE IIL 

DE LA DISPOSITION DES MATIERES 
DANS LE GLOSSAIRE. 

Ce qui a été dit du mécanisme et de la structure des 
langues explique et justifie en même temps le plan que 
nons avons suivi dans le glossaire. On remarquera d'abord 
que les mots des trois poèmes que nous publions^, sont 
rangés par familles sous leurs thèmes respectifs. Les 
thèmes qui ont une«origine commune, ont été tous placés 
les uns après les autres. Ainsi, B-RaKa, B-RaGa, M-RaGa, 
M-RaKa, etc. ont été mis ensemble, parce quils étaient 
identiques dans Torigine; mais à mesure que Tidée gé- 
nérale du thème primitif s'est spécifiée, les différentes 
nuances de cette idée se sont exprimées par des thèmes 



400 GLOSSAIRE. 

un peu différents les uns des autres, et exprimant chacun 
une nuance particulière de Kdée générale. Ainsi, B-RaKa 
exprime le sens propre casser, B-RaGa exprime le sens 
métaphorique éclater, briller; M-RaGa signifie sortir en 
éclatant, crever; M-RaKa signifie broyer, fouler, imprimer. 
Dans les langues sémitiques, cette famille de thèm^ 
est une des plus grandes; ex. : •îpn (briser en pliant], 
•îjni (brisé, plié), genou, pn^ (éclater), pry^ (éclair), 
>^n3. (briser en coupant) , /açowFier, "^"^1^ (briser en écra- 
sant), n*>3 (briser en perçant), se frayer un chemin , n*>B 
(percer), jermer, sortir, jna (percer en s'élevant), surgir, 
commencer, etc. etc. Nous avons tâché de disposer les 
thèmes d'une même famille , de manière qu'ils s'enchaî- 
nent les uns aux autres par des transitions faciles. Mais 
comme le glossaire ne renferme que très-peu de mots, et 
par suite qu'un petit nombre de thèmes, il s'y trouve 
beaucoup de lacunes qui interrompent la filiation. Quant 
à l'ordre dans lequel se succèdent les thèmes de faniille 
différente , il est le même que celui dans lequel nous 
avons rangé les éléments - consonnes (voyez p. 382). 
Viennent d'abord les thèmes qui commencent par une 
labiale, puis ceux qui commencetrt par une dentale, 
ensuite ceux qui commencent par une gutturale, enfin 
ceux qui commencent par les liquides R çt L et la nasale 
N. Dans chaque classe, les thèmes monosyllabiques sont 
mis à la tête ; suivent epsuit^ les thèmes bissyllabiques , 
puis ceux qui ont une consonne préfixe. Le rang dès 
thèmes bissyllabiques de chaque classe est déterminé par 
la nature de la seconde syllabe, selon qu'elle est labiale , 
dentale, gutturale, liquide ou nasale. Ainsi, la première 



INTRODUCTION. 401 

dasse se suit dans Tordre suivant : labiale avec labiale, 
labiale avee dentale, labiale avec gutturale, labiale avec 
R et L , labiale avec N , et ainsi pour les autres classes. 

Comme les mots dérivent du thème , ce dernier n'est 
encore lui-même, ni verbe, ni substantif, ni quelque 
autre partie du discours : sa signification peut donc être 
exprimée indifTéremment par le verbe, le substantif, 
Tadjectif , etc. Les substantifs abstraits sont les plus pro- 
pres à exprimer Tidée du thème ; mais , comme ils sont en 
petit nombre dans notre langue , il a fallu y suppléer par 
des verbes et des adjectifs. Nous avons expliqué la signi- 
fication du thème ordinairement par trois verbes, dont le 
premier exprime le sens physique ou primitif du thème, 
le troisième le sens métaphysique ou métaphorique, et le 
second, le sens moitié physique et moitié métaphysique, 
servant de transition de Tun àTautre; ex.: TiVa, être 
étendu (signification matérielle), être saillant (signifi- 
cation moitié matérielle, moitié métaphorique], être 
brillant (signification ou Tidée matérielle d'étendu ðr en- 
tièrement disparu}. S-PaKa, prendre (signij^cation maté- 
rielle), percevoir (signification moitié matérielle, moitié 
métaphorique) , voir (signification entièrement idéale). 
La signification physique des thèmes «st difficile à expri- 
mer par un seul mot, parce qu'elle est toujours vague de 
sa nature, comme ont dû l'être en générai les idées de 
l'homme primitif. Ces idées avaient beaucoup d'étendue, 
mais peu de compréhension , comme diraient les logiciens. 
A mesure que les idées deviennent plus précises, c'est-à- 
dire à mesure qu'elles perdent de leur étendue et gagnent 
en compréhension , la langue devient aussi plus précise. 

26 



402 GLOSSAIRE. 

Cest pourquoi oos langues modernes n'oat plus de termes 
assez vagues pour pouvoir exprimer exactement ié sens 
primitif des mots. Aussi avons-nous été obligé d'em- 
ployer souvent le même mot pour exprimer la signifi- 
cation de plusieurs thèmes. Tel est, par exemple, le 
mot étendre qui peut servir à désigner vaguement diffé- 
rentes espèces de mouvenients que nous exprimons dans 
notre langue par les mots allonger, lancer, éloigner, gran- 
dir, surgir, s'élever, saillir, croître , se diriger, se répandre,' 
longer, marcher, etc. etc. Les grammairiens hindous 
expriment cette idée vague d'étendre par le mot ïj^ (la- 
tin evaido), marche: et il ne &ttt pas s'étonner qu'ils 
donnent cette signification à un très*grand nombre de 
racines , parce qu'en effet , l'idée de mouvement est, pour 
ainsi dire, ïembryon de beaucoup dé notions. Quant à la 
signification moitié physique, moitié métaphysique, 
elle est plus précise que la signification purement maté- 
rielle. C'est elle aussi qui a été la cause de ce que le thème 
prinadtif s'est diversifié dans plusieurs thèmes de la même 
famille. En effet, la signification physique est encore 
commune à tous les thèmes de la même famille; mais ces 
thèmes diffb^nt dans lelir signification moitié physique 
moitié métaphysique. Eiífín la signification métaphor 
rique est parfaitement précise; elle est ordinairement la 
même que celle des verbes dériv& du thème. Les trois 
espèces de significations dont nous venons de parler, 
indiquent trois périodes principales dans le développe* 
m^t des notions; et cetta partie logique du glossaire peut 
servir à montrer et à expliquer la formation et la filiation 
de nos idées. 



INTRODUCTION. 403 

Parions maintenant de la partie comparative du glos^ 
saire. Les langues que nous avons mises en comparaison 
entre elles sont : le sanscrit y auquel peuvent être ramenées 
tdu tes les langues de Tlnde ancienne et de llran ; le grec 
ancien; le /ah'n , d'où dérivent les langues romanes; le 
gothiqte', qui est la souche de Tancienne langue Scandi- 
nave, bien qu'il compte, à cause de la position géogra- 
* phique de la Mœso-Gothie, parmi les dialectes du haut- 
teutonique (voy, p. 8 ) ; enfin le vieux haut allemand, qui 
est pour les idiomes de l'Allemagne ce que le gothique 
est pour les langues du Nord. Nous avons aussi fait entrer 
en comparaison les langues sémitiques, toutes les fois que 
l'identité des thèmes nous paraissait évidente. Comme les 
mots comparés doivent représenter la famille entière à 
laquidle ils appartiennent, il est indifférent que ces Repré- 
sentants soient des substantifs ou des verbes : cependant 
nous avons donné la préférence au verbe parce que sa 
significatioji est généralement moins métaphorique que 
celle du substantif. Les grammairiens hindous font dériver 
les mots d'une espèce de thèmes qu'on appelle communé- 
ment racines. Ces thèmes, recueillis par Kasinatha et 
Vopadêva, forment la base des dictionnaires sanscrits, et 
nous avons du aussi lès admettre dans' le glossaire, bien 
que nous ne soyons pas toujours de l'avis des grammai* 
riens hindous, ni sur la forme de c^ thèmes, ni sur la 
signification qu ils leur donnent. Us ont formé ces thèmes , 
le plus souvent en retranchant la terminaison Ta du par- 
ticipe passé, et en donnant au résultat de cette opération 
la signification du verbe dont le participe passé était dé- 
rivé. Ainsi de «pnt ils ont extrait la racine ^ qui, selon 

26. 



404 GLOSSAIRE. 

eux, signifie/aír^. Mais regardée de plus près, la prétendue 
racine n*est qu'une chimère philologique , comme tant 
d'autres racines de la même espèce. En eiFet, si Ton exa- 
mine toute la famille des mots quon fait dériver de ^, 
on trouve que le thème conunun à tous est KaRa, qui, de 
même que le thèmé«RAKA, a la signification du mot alle- 
mand recken (étendre). De ce thème, dérive le mot ^T^: 
(ce qui s'étend), le rayon, la queue, la trompe, la main 
(gr. x«'p)» etc. Dumot g|J;[: (main) dérive un verbe déno- 
mmai dont le thème est KaRaVa (manier, fetire). Ce der- 
nier thème explique la forme ch|||(H (p. karavâmi) et 
^ef (p. karavé). La forme primitive du participe passé est 
karavatas; mais cette forme s'est raccourcie et s'est changée 
en krtas. La forme décrépite ^ n'est donc pas une racine 
primitive , et elle n'exprime pas l'idée de faire. Prenons en- 
core un autre exemple : les grammairiens hindous préten- 
dent que ^í^ signifie aimer. Il est évident que aimer, étant 
une idée dérivée-, ne peut pas être la signification primitive 
du mot (voy.*p. 4oi ). En effet, l'examen démontre que le 
thème KaMa signifie incliner, courbure. Ce thème produit 
les mots x<*f*<^^» lat. fcomiw (crochet), etc. et c'est seule- 
ment du substantif, signifiant inclination, que dérive le 
thème KaMaYa qui signifie avoir inclination, aimer. Parce 
que kamaya est un verbe dénominal, il se conjugue/aí6í«- 
ment (voy. p. 386) , •'est-à-dire d'après la dixième conjugai- 
son; de même qu'en latin le verbe correspondant hamare, 
amare, se conjugue d'après la première conjugaison, qui 
est également une conjugaison faible. Ces deux exemples 
suffisent pour faire voir que les gramniairiens hindous, 
d'ailleurs si savants et si exacts, n'ont pas du nous servir 



INTRODUCTION. 405 

de guides quand il s'agissait de déterminer la forme et la 
signification des thèmes. 

Il nous reste à dire quelques mots de la partie étymolo^ 
gique du glossaire. L'étymologie des mots islandais est 
donnée par cela même que nous indiquons le thème , 
les mots qui appartiennent à la même famille, et les mots 
correspondants dans les autres langues. Les mots irlandais , 
rangés par famille, se rattachent tous à leur thème com- 
mun; mais il fallait indiquer comment la signification 
de chaque mot dérive de la signification du thème. C'est 
pourquoi nous avons ajouté entre parenthèses, après les 
mots islandais; la signification propre qui explique cette 
dérivation. De plus, comme la forme de plusieurs mots 
est tellement changée qu'ils ne ressemblent plus du tout 
à leur thème , nous avons mis entre parenthèses , à côté de 
ces mc^s , leur forme primitive autant qu'il était possible 
de la rétablir par analogie. Enfin, pour rendre l'usage du 
glossaire plus facile , nous avons ajouté à la fin une table 
renfermant les mots rangés par ordre alphabétique. 



LISTE DES ABRÉVIATIONS 

EMPLOYÉES DANS LE GLOSSAIRE. 



L. — Latin. Vf. — ^Vieux français. 

G. — Gpthiqae. P. — Pour ( au lieu de. ) 

y. — Vieux haut allemand . Cf. — &)nfer { comparez) . 

A. — An^o saxon. Al. — Allemand. 

BL — Basse latinité. Vs . — Vieux saxon . 



GLOSSAIRE. 



THEMES COMMENÇANT PAR UNE DES LABIALES 
P» F, r. fi. 

aFa, éloignement, séparation,, descente, (Voyez p. 383). — : 
fWr; «W; L. ab; G. af; V. aba. 

af , prép. de. — af- placé devant les substantifs et les verbes 
ajoute à la signification de ces mots Tidée á^ éloignement , de 
descente, etc<; ex. : a/set (déposer), o^ôgn (refus). — afa 
(éloignement), f. haine. [Cf. V. apuh, abahon]. — aftan ou 
aptan (qui vient après), m. n. soir. [Cf. V. abend; irpai (qui 
est en avant), matin; ^fFÏ^]. — aftari. ( plus éloigné), m. pos- 
térieur. — eftir, eptir, ady. après. — aptar-koma (venir après), 
retourner. 

uPa, sur, àous, verj.^— ^; wVo; L. sub, ob; G. uf; V. oba. 
of , prép. sur, vers. — of-; L. sus-, ex. : ojhëma (L. suscipere). 
— ofan, adv. en haut, d'en haut. — of, ofur, ofar, ofr, adv. 
au-dessus, trop. — ofur, adj. outré; öfztr, super], le plus vio- 
lent. — upp, prép. en haut, sur; upp-himinni le ciel au-des- 
sus. — yppa (yppi» yp^a) élever. — yfir, prép. sur, par-dessus. 
G. ufar; V. ubar; G. v^ip; L. super. — opinn (soulevé), m. 
(opin f. opilt n.) ottwri. — opt (coup sur coup), souvent. G. 
ufta; V. ofto. — um (p. umbi), sur, autour i à cause; V. umpi. 
[Cf. sfÎT; eVi, fl^/; L. ob.] 

aVa, longueur, étendue, surface. — ^ (s'étendre vers); L. 
aveo (tendre vers); niN . 

ey (p. avi, qui s*étend), f. île. *^*•, V. awa (prairie, eau); 
Vf. awe. — Sâmsey (île du loup), fle au nord de la Fionie; 
Laufey (île du feuillage), f. nom delà mèr^ de Loki. --—lev^ 



408 GLOSSAIRE. 

«/? (qui est long) , f. âge, siècle; etim; L. ævum; G. aivs; 
V^êwa (Cf. ^13:). — œi (p. æví), toajoars; eUl; G. aiv. — 
æva, toujours , jamais , nulle part G. aiva; V. êo, io. 

aFa, grandeur, force. — n3N (vouloir) ; G. aba (fort), 
homme; \, uop (force, exercice). 

afi, m. aïeul, grand-père. 2S (père);L. avus. — s&,n. force; 
A, abal (vigueur). — ôflugr, m. doué de force, — illr (p. iflr, 
robuste, violent^^ m. méchant, mauvais. G. ubUs; V. upil. — 
illa , adv. mal. 

y 

iFa, être plan, être égal. — 5^ôr, ^sí^ (également). 

ëf (égalité, doute), conj. si. G. ibai; V. ibu (Cf. ON). — 

iafii, m. égal. G. îbns. — iafn, adv. également. 
Ba, sur, auprès, dans. — îsrfÎT; G. bi; V. pî; L. ubi, ibi; tibi 

(à toij; 2. 

baSir (ensemble), m. Vun et Vautre. G. ba; 311^; c^^û», 
ai/i44pórtpoi ; L. ambo. 

Ma, auprès, présent; moi (voyez p. 384). 

mik (ceci!), ace. moi. JTTT; /ui>i\ L. me; G. mik; V. mih. 

— minn (mien), m. mon. G. meins; V. mîn, miner. — 
yèr (p. mér), nous. Ace. :t^ (p. mas); G. veis (p. meis); 

' V. wîr (p. mîr) ; sçznr^ (p. mayam). L. nos (p. mos) ; a/xf^ç. 

— or (p. vorr, qui est à nous), notre. G. unsar; V. unsarér; 
L. noster. — vit, viS (p. mit), duel, nous deux. G. vit. 

Fa, plan, lisse, brillant. — ht-; ^ctû). 

fólr (blanc), m. pâle. V. valo ; çcthoç, ^oKioç. L. pallidus. — 
neffôlr, m. qui a le nez ou le bec jaune. 

Fa, s'étendre sur, protection, entretien. — gr; ^eutiv; 
L. pascor. 

faSir, fóSr (qui entcetient), m. père. G. fadrein (L. parentes). 

— AllföSr (père de Tunivers), Odin; AlldafôSr (père des 



LABIALE AVEC LABIALE. 409 

hommes), Odin; HerCaSir (père des armées), Odin; Heria- 
faSir (père des Monomaques), Odin; ImsfaSir (père d*Ime], 
Vafihrudnir; SigfaSir (père des combats), Odin; ValfaSir 
(père des héros tués), Odin; UlfsfaSir (père du loup Fenrir), 
Loki, — môSir, f. mère. — fœSa (fœSi, fœdda), nourrir, 
paître. G. fôdjan ; V. fôtjan. 

Ba, répandre, verser, hoire. — it, ^; vira , «roVi^; L. 
potus. 

biôr (boisson), m. bière (Bl. biboris, birra), — byrla 
(byrlaSa), verser à boire. — ? fiskr (buveur), m. poisson (Cf. 

Ma, étendre sur, mesurer, compter. — itt; f^irpor; L. me- 
tior. 

maJ, n. temps, parole. G. mêl ; V. mahal , mal. — olmâl , n. 
conversation à talle. — mæla (mæli, mælti), parler; madast, 
s'entrenir. — mâlugr, mâlgr, adj. m. bavard. — madgi,f. 
barvadage; ofrmælgi, f. barvadage excessif. — mâni (qui 
mesure), m. lune. G. mena; V. mano. (Cf. «rrar: ; /^nv; L. 
mensis). 



VaPa, agitation, brait, clameur. — (sï^); o^'^ L. voco. 
ôp, n. cri, clameur. — œpi ( œpi, œpti ), crier, huer. — vâpn , 
vopn (cris de guerre}), n. plur. armes; G. vêpn; V. wâfan; 
OTAflt. (Cf. isl. vakn). 

BiFa, être agiti, trembler. — àq;^, çîSûjum; L. paveo; V. 
pipinôn. 

Bifor (trembleur) et Bafor (agité), noms de Dvergues. — 
fifl (qui s'agite), n. m£r (A. fífer, fîfel); géant (A. fi&lcynn, 
anges déchus, voy. Beowulf, i.) — fimbul- , placé devant un 
substantif, y ajoute Tidée de grand, terrible; ex. : Jimbul^r, 
fimbulvêtr. 



410 GLOSSAIRE. 

BaVa, répandre, prodaire, faire, — aj^ ; ^va>; L. feo, fui, 
{acere. 

baSmr (p. hanmr, prodaction), m. arbre. G. bagms. (Cf. çS/aa, 
çwTor). — harbaSmr, m. arbre chevela, — bûa (by, biô) , 
habiter, préparer, — bûinn , m. préparé, — Bûri (qui habite), 
m. nom de Dvergue. — byggia (byggi, bygSi), demeurer, 
exister. 

VaMa, répandre, vomir, souiller. — sni^ ; if^tlv; L. vomere. 
vamm, vômm (souillure], f. honte, tarpitude. 



FaDa, tendre vers, mouvement. — qîj^; této/uw; L. im- 
petus. 

fiöSur (qui vole), f. plume, 'jmpóv; L. penna; T. védara. 
VaDa, tendre vers, marcher. — fi>aJÎ^a) ; L. vadere. 

vaSa (veS, ôS), passer un gué (L. vadum), marcher avec 
peine, marcher avec impétuosité. — ôSr, m. véhément, furieux. 

— ôSr (impétuosité, esprit), m. intelligence; nom du fiancé 
de Freyia. — œSi, n. intelligence. (Cf. BwyuoV, impétuosité, 
pensée), — OSinn (impétueux), m. Odin. V. Vuotan. 

FaTa, s'étendre, se mouvoir. — q^; L. pando; hnfi. 

fôtr, m. pied, jambe. G. fôtus; 07 ; sroïf; L. pes. — fel 
(enjambée), n.pas, pied (mesure), qjr; L. passus. 

BaDa, atteindre, joindre, lier. — si^ ; G. bindan, V. 
pintan. 

band, n. Uen. — haftband, lien, chaîne. — vîgbônd , plur. 
liens mortels. 

VaDa, étendre, joindre, lier. — ôrg;^ ; L. vitta (bandeau); 
G. viþan ; V. witta (bandeau); !Sj; HT (étendre). 
, . viS (étendu vers), prép. vers, chez, avec. (Cf. méS, fA^râ.) 

— veS (qui lie), n. gage, garantie. V. wetti. [Cf. L. va(d)s; 



LABIALE AVEC DENTALE. 411 



« 



Bl. vadium; F. gage;Sr;V: ; Al. pfand]. ^ peningr (p. ved- 
ningr), m. denier, argent. V. pending, de phant (gage). — 
veSia, gtyer. — viSr (entrelacé), m.firit, arbre, bois, V. witu; 
srg: ; met, oiffiç. — îviSr, grand arbre; gaglviSr, bois aux 
oiseaux; iarnu^r, Jbrêt de fer; mjAyiÍT^ firit noire ; miôt- 
viSr (arbre du milieu), le frêne YggdrasilL — mei& (p. 
veiSr), m. bois, arbrisseau. A. mæd. — mistill (p. vistill, 
visqueux), m. gui. (Cf. /|oV, î^€a; L. viscus, mespilus). — 
vinda (vind , vâtt), tordre , entrelacer. F, guinder. — undinn , 
m. ^mIoc^. -— vinna (atteindre; vinn, vann), chtenir, pro- 
dxdre, travaitter. G. vinnan (avoir peine) ; V. gawin; F. jroift. 
— veiSr (qui atteint). F. chasse. (Cf. ôZTW: , chasseur). — 
yeiSa (veiSi, veidda), prendre , chasser. (Cf. Al. beizzen). — 
veggr (p. vandr, qui lie, entoure), m, mur. G. vaddjus. — 
borSveggr, m. mur extérieur. 

VaSa , lier, joindre, fixer. — twWû) ; L. festus. 
^ti, f. lien, chaîne. — festa, attacher, fixer. 

VaSa, attacher, fixer. — 5rg[^ ; cUrv (demeure), ville; 
G. vis (repos). 

vëra (vér, var), demeurer, être. G. visan ; Y. wêsan.— urSr (qui 
était; le passé), f. la nome Urd. — vêstr (demeure du soleil), 
occident, ouest. Cf. srorfH' (demeure, nuit); «W/ce; L. Vesta 
( demeure , foyer ) ; %<nri^ùL ; L. vespera. — Vëstri , m. Dvergue 
qui préside à Voccident. 

BiJTk, joindre, convenir, agréer. — u^^; nç^ (bon). 

betri, m. meilleur. G. batizo; V. peziro. — beztr, m. le 
meilleur. G. batists; V. pezzisto. — bôt, f. réparation (V. 
puoza). — hœia.,fisLÍre réparation. G. gabôtjan. — batna 
( batni , batnaSa ) , s'améliorer. 

S'Vk&k, lien, attachement, agrément. — G. svês (parent, 



412 GLOSSAIRE. 

domestique). V. svâs (agréable), suoz (doux). (Cf. 
^ttf: ; ii<Siic; L. suavis). 

systr (parenle), f. sœur. G. svistar; ÇSï^ ; L. soror. — 
systningr, m. coasin, parent. — SvasuSr (qui a Thaleine 
agréable), m. père de VEté, 

BiDa, être plié, être penché vers. — (Cf. L. evitare, in- 
vitare.) 

bçdr (où Ton couche), va. lit. (Cf. coucher de colligere). 
— biSia (rendre enclin ; biS, baS), prier, supplier. L. peto. — • 
biSa (biS, beiS), attendre. G. beidan; V. pitan. 

BcDa , être appliqné, apprendre. — 5^ ; 'jrwieivojuiou. 

biuoa (byS, bauS), inviter, commander^ présenter. V. putil 
(bedeau). — bîôSr (ce qu'on présente), m. vase, hémisphère. 
JÎ-ViDa, être courbé, être penché vers, s'adresser. — ôïj. 
kviSr (courbure), ra. frayeur. — kviSinn, m. craintif; 
ôkviSinn, téméraire, audacieux. — kvêSa (kvêS, kvaS, s'a- 
dresser à), parler, dire. G. kvi]>an; V. queden; Vfr. quader. 
— kveSia (kveS, kvaddi), saluer, accoster. (Cf. G. gôljan; 
Wf^-) 

MaTa, atteindre, prendre. — irqr^; G. môtan; nïdd, nîîo. 
matr (cç qu'on prend), mets. G. mats; V. maz; ^. — 
mund, £. main. — mundill, m. manivelle. -^ mundr, m. 
gueule, houche. 

MaDa, atteindre, frapper.^ — fttj^ , ^%(^; L.meto (couper); 
metus (qui frappe), /royeur; mitto (lancer); G. maitan 
(couper . 

mëS , prép. avec, entre. G. mi)> ; V. mit ; /Â/treL. — miôSr 
(qui frappe, qui enivre), m. boisson enivrante, hydromel, ^^ 
(Cf ïT^ ; /ulÎ^v , /uLiivcù). — mëSr (qui est à Fendroit où Ton 
coupe), m. ^tti est au milieu. mx(:; /uLiffoç; L. médius; G. 



LABIALE AVEC DENTALE. 415 

midis. — mêSal, n. milieu, moyen; adv. entre, réciproque- 
ment — mêSan , prép. pendant, durant, 

MuDa, être frappé, être saisi. — g^ (être réjoui). 

môSr, m. courage, colère, ^t^: (plaisir). — MôSi (cpu- 
rage), m. nom iun des fils de Thâr. 

5-MaDa, atteindre, frapper. ^ — TDîSr, rSinW. 

smiSr (qui forge), m. fabricant , auteur, V. smid. -r— smiSa 
( smiSa , smiSaSa ) , fabriquer. 

ViTa, être étendu,"* être éloigné. — fâ^^ ; L. divido (sé- 
parer). 

vîSr, m^ large, étendu, (L. viduus, étendu, kide.) — vîtr, 
m. large, grand, — vîtt, adv. làin. 

ViTa, être étendu, atteindre, percevoir. ^^ f&Ç; t{Jbû\ L. 
videre; G. vitan; V. wizan; ^j^y^ yT. 

vita (viti, vitti), avoir appris, savoir. -^ veita (vcit, vissi), 
savoir, — Vitr (qui sait), m. nom de Dvergue. — örviti (hors 
de conscience), m. insensé. — Vitnir (qui veut atteindre), 
m. le loup Fenrir, — HrôSursvitnir, m. Fenrir, petit fils de 
Hrédur. — MiöSvitnir (qui veut parvenir à Thydromel), m. 
nom de Dvergue, — forvitni, f. curiosité. V. firiwiz. — vîta 
(vîta, vitti; ^ö^ savoir)^ assigner^ reprocher. — vitia (vitîa, 
vitiaSa), aller voir, yisiier. G. veisôn; V. wisên. — veita 
(veiti, veitti,yaire atteindre), accorder, donner. — veitsla 
(L. præbita), f. repas. — vis (qui sait), m. sage; vîsastr, 
m. le plus sage. — snapvîs , m. ^aí sait bien happer, — lævisi 
(qui sait tromper), m. perfide. 

FiDa, atteindre, trouver. — f&^; G. fin]?an (connaître); 

L. offendo (atteindre); defendo (détourner), á^enáre. 

finna (finn, fann), trouver, — iinnast, se trouver, se ren- 



414 GLOSSAJRE, 

contrer, exister. — Finnr (qui trouve), m. nom de Dvergae. 
Fundinn (trouvé), m. nom de Dvergae. 

S*ViDa, être rapide, se mouvoir, se tourner. — G. svin]>$ 
(impétueux); Á. sviS (versé, adroit); svÍÐdaii (dispa- 
raître). 

sviSr, svinDF (versé), m., prudent. — allsvinni (versé en 
tout), m. sachant tout. — râSsviSr (versé en conseil), m. 
prudent, 

S-VaTa, répandre, mouiller. — G. vatô (eau); V. wazar 
(fisj^^. i^ifp; L. sudare). 

sveiti, m. sueur, sang. V. swèz. — sôt (p. svêt, sueur), n. 
suie. — suSr (humide), m. vent d'ouest, sud. [Cf. foroç (sud- 
ouest); vérioç (humide), V. naz.] — SuSri, m. Dvergue qui 
préside à la région méridionale. — sunnan (p. suSan), adv. 
du sud. 



FaKa, atteindre, prendre. — ïri^ ; Al. packen; F. paquet, 
fé (acquisition), n. possession, richesse. G. faihu; tisj ; L. 
pecus. 

5-PaKa, atteindre, percevoir, voir. — ^q^ ; L. -spicere. 
spâkr, m. prudent, sage» V. spahi. — spakligr, m. pru- 
dent, sage. — speki, f. sagesse, prudence. — spâ (p. spâha), 
f. vision, prophétie. — vêlspâ (vision du mystère), f. prophétie. 

FaGa, atteindre, joindre, convenir. 7— i^; iniywfM^ L. 
pangerer; yafi. .1 

fagrr, m. (fôgur, f. fagurt n.), heau. G. fagrs (utile, con- 
venaMe). V. fagar. (Cf. mr. ) — fegri, m. plus beau. — fa 
( fœ, fékk), obtenir, prendre. — fenginn , m. reçu. — andfang, 
n. réception, aocueil. -^ fíngr (qui prend), doigt. — fimm 
(doigts d'une main), cinq. ^I^ÊFT^ ; L. quinque. — fimti, m 
cinqurèmei. 



LABIALE AVEC GUTTURALE. 415 

MaKa , atteindre , attaquer. ^^ fMÎa , fjui^n , /luixcupa. 
mækir, m. dague, ipée, Vs. maki; A. mece. 

MaGa, s* étendre, atteindre, pouvoir, — it^ ; /mÎù>, fAiyoïç^ 
L. magnus; nnn (étendre, répandre). 

môgr (jeune homme robuste), m,JiU- — mey (p. magi) 
etmær,^/?e nubile, vierge. — meiri (p. magîri), m. plus grand. 
G. maîza ; V. mêra. — mærr , m. grand, illustre. — meir, 
adv. plus, ensuite, ^— mega (ma, mâttî), pouvoir. — megîn, 
n. force. — meginligr, m. robuste, puissant. — mâttr, m. 
force. G. mahts. — mâttkr (p. magtugr), puissant. — mætstr 
(p. magtístr), m, le plus puissant, — - miôk, miôg, adv. très. 

— mikîll, mikli, m. grand. G. mikils; V. mihhil; fiiyet{xo)ç. 

— mai^ (p. mang»), maint. Vf. mant; G. manags; V. ma- 
nac. — hundmergir, plur. adj. par centaines. 

5-MaGa, étendre, rendre ténu. — vf^^x^- 

smâr, m. petit. V. smâhi ; afnxpiç. — smærrí (p. smagari), 
m. plus petit. — smærstr, m. le plus petit. 

VaGa, rép/andre, mouvoir. — ôig {^t^ , si^ ); ox}a>; L. 
veho; dL, 'ipa. 
vângr (qui s'étend), m. champ. G. vagg»; V. wang. 

ViGa, être en mouvement, s^* agiter, -r- ^fe^ ; G. vigan. 
(Cf. fH-) • 

veigr, n. force. à\'^^. (Cf. L. vigor.) — GuUveig (vdleur 
d'or), f. nom de. la devineresse des Vanes^ -r- véga (vëg, vâg, 
vog)i brandir Vèpèe, conéattre: — vîg, n. combat, guerre. — 
fôlkvîg, nw guerre. V. vôlkwîg. (Cf. Hiudowia) — ; vëgr (où 
ïoa marche), m^ chemiu* G. yigs ; V. wèg ; X. V.ia. < — hinnig , 
hinnug, adv, par ce chemin. — vâgr («qui s'agite), m.Jlot, 
vague. V. wag; F. vague. — ^ vœngr (qui s'agite), m. aile. 



416 GLOSSAIRE. 

5-VaGa, agiter, brandir. — çaRf^; G. svegnian; Al. 
schwingen. 

svigr, m. épée, (Cf. svërSr). 
T-VaGa, agiter, frotter, laver, — f^rf(!;^; G. }>vahan; V. 
duahan; dvâhila; It. tovag^ia; F. touaille. 
Jjvô (Jjvæ, J?vôSa), hver. — J?veginn, m. lavé, 
VaKa, agiter, exciter, produire, 

vaka (vaki , vakta, s'exciter)^ veiller. — vekia (vek, vakti)r 

éveiller, — vaksa ou vaxa (vex, ox), croître, G. vahsjan; V. 

vahsan. — fax (qui croît), n. crinière, V. vahs; A. fæx. — 

Hrîmfaxi, m. (voyez p. 29^). — Skinfaxi, m. (voyez p. agS). 

VaHa, agitation, souffie, — srr; G. vaian. 

vindr, m. vent; G. vinds; V. WMit;.cn5; L. ventus. — 
valyndr (vent fort), n^oarcigan, — véSr, n. airs orage, temps. 
V. wëtar. — vëtr, m. hiver. — fimbulvëtr, hiver très-rigoa- 
reux. 

ViHa, être agitée trembler, — (fe^); ^ï^ccù (se mouvoir), 
céder; L. vices (mouvements), changements ; G. vikô 
(le tour); V. weih (cédant), mou. 

vê (p. veih, faisant trembler), plur. n, enceinte sacrée, — 
vættur, vætt (qui fait trembler), m. démon: G. vaihts; V. 
wiht. — vættugi (pas le diable), n. rien. Al. nichts. — feigr 
(qui tremble), m. lâche; voué à la mort. V. feigi. 



F-Ra , avant. — g ; t^' ; L. pro. 

frâ (en avant, s*éloignant^, de, en, G. frâ; V. fra. — for, 
adv. devant, G. faura; V. fora; «T^ (derrière). — fyrir (fyri, 
fyr), prép. devant, sur. G. faur; V. furi. — lyrstr (le plus en 
avant), m. le premier, — fyrst, adv. premièrement, surtout. 
— firr, adv. hin (G. fair-). — firstr, m. le plus éloigné. — 
fiarri, adv. éloigné. — firrast (s'éloigner), craindre. — forSom 



LABIALE AVEC i?. 417 

(ci-devant), adv. jadis. — framr (qui est en avant), m. au- 
dacienx. — fram, adv. devant, loin. — framar, adv. plus 
loin, en outre, dorénavant. — frami (avance) , m. supériorité. 

— fremstr (le plus en avant), m. le plus ancien. — fornn 
(qui est en avant), m. ancien. (Cf. ancien et antique de ante.) 

FaRa, avancer, passer, traverser.,— ç; ^g^^^, ^'^poç, 7nipa>^ 
L. periculum, experior. 

fara (fer, fôr), passer, voyager. — faraz, trépasser, périr. — 
far, n. navire.— {or, f. voyage, navire. — fœra (fœrSi), 
apporter, conduire chez. G. farjan; V. vuorjan; L. portare. — 
freista (freistaSa), éprouver. 

BaRa, lever, porter, soutenir. — ij; ^pa,; L. fero; G. 
bairan; V. përan. 

bêra (bér, bar), porter, mettre au monde. — borinn, m. 
né, apporté. — ha^mr (p. barmr, qui porte), m. giron, sein. 
G. barms ; V. param ; A. fæSm. — barn , n. enfant , postérité. 

— Burr, m. fis, nom du père d'Odin, de Vili et de Vê. 
G. baurs; 7ro>, 'jrolp; L. puer, por; ^3. — brôftr, m. frère. 
— beria (harSi), frapper. L. ferire ; Vf. férir; V, perjan ; hôF^ . 
(Cf. hèTSi swèrS , tirer Tépée.) 

\jlRjl, s'étendre sur, couvrir, garder. — g ; (pcipoç (couver- 
ture), fictpiç (ville); L. vereor (se préserver), craindre; 
îT^^lt (ville); Vf. garir (garder). 

varr, m. qui se garde. — vara (varaSa), préserver, défendre. 

[Cf. væríngiar (ficcpetyyot, gardes du corps), Varègues.] 

veria (varft), défendre. — vër (plur. virar, firar), défenseur, 
homme, époux, f^: ; G. vair; V. wér; L. vir; Vf. baron. — 
Beyggvir, m. nom du serviteur de Frey. (Cf V. baugweri, vir 

coronatus.) — veor, m. défenseur. — vörSr, m. gardien. 

var Sa (varSaSa), garder: It. guardare. 

27 



418 GLOSSAIRE. 

D-VaRa, couvrir, fermer, traverser, — Ç; L. varus, 
varex. 

dyr (qui ferme), n. porte. ST^: (cf. rír^: ); G. daur. — 
dvergr, m. dvergae. V. dwerg; A. dwarf. (Cf. srrf^:, ^aí 
garde rentrée.) 

T-VaRa, couvrir, préserver, épargner. 

yyrmsL ()>yrmaSa), épargner, faire grâce, respecter. 
S-VaRa, répandre, tirer, presser. — ^; ffvpa>. 

saur (p. svar), boue, limon. (Cf. evpfjut.) — sâr (p. svar, 
qui presse, qui pèse), n. douleur, blessure. — andsvar (ré- 
pandu, lâché contre), n. réponse. (Cf. ^51^:; ^vp/uM; L. su- 
surrus.) — sœri (réponse, affirmation), n. serment — mein- 
svarr, meinsvari, m. parjure. — svérSr (tiré, brandi), m. 
épée (Cf. AI. schwirren.) — svörSr, m. et svôrS, f. (répandu « 
couvrant), gazon, plantes qui croissent dans les eaux stag- 
nantes. (Cf. srWJ.) — svartr (couvert), noir. (Cf. L. sordes, 
surdus.) — sortna, s'obscurcir. 

5-PaRa, répandre, séparer, fendre. — mr^', (large); ^mipa. 
spor (fente), n. trace. — spyria (spyrSa, iaiurc les traces)^ 
chercher, interroger. (Cf. ^pH-) — sporna (spornaSa, laisser 
des traces), marcher sur. 

MaRa, répandre, diviser, briser. — ^, ^; fA^ipoç; L. morior 
(se briser), mourir; Vf. mourir [tuer], se marir [se 
chagriner.) 

mar (répandue), f. mer. L. mare; G. mareî. (Cf. snf^.) — 
mior (fragile), m. frêle, tendre. (Cf. ^J.) — morS, n. 
meurtre. [Cf. fxipiroç [fyoroç), mortel.] 



MaLa, répandre, aplatir, broyer. — ir^: (boue); /i4oAA£#r; 
L. molere. 



LABIALE AVEC L. 419 

mel (broyés), n. pi. mon de cheval — miölnir (qui broie), 
m. marteau de Thôr. — mold (broyée), poussière, terre, la 
terre. 

VaLa, répandre sur, couvrir, cacher. — srf^; L. velare. 

vêl (cachée), f. mystère , fraude. (Cf. Vf. guîle.) — vala, 
völva, f. devineresse. — vôllr (étendue), m. champ, plaine. — 
voU, f. champ. 

FaLa, étendre, couvrir. — Q^^ : (étendu), grand; L. 
fallu. 

fêla (fel, fal, fôl), cacher. G. filhan. — folginn, n. caché. 
— Fili (filou), m. nom, de Dvergue. (Cf. Bl. feUo; Vf. félon) — 
Fiólnir (qui est caché), m. nom d^Odin. — fiall (p. fiais, qui 
s'élève), rocher, montagne. V. felis; Vf. falaise. — fold (éten- 
due), f. terre. — fuUr (couvert, à ras de bord), plein, rempli. 
(Cf. nSd-) — fióUd (étendue), f. Joule. — fioUd, adv. beau- 
coup. (Cf. toaJ; g. filu.) — fleiri, pi. L. plures. — fleira, 
adv. plus. — fylla (fulda), remplir. 

BaLa, étendue, grandeur, force. — sï^ ; fMXoç; L. moles. 

Beli (fort), m. nom de géant. — Baldur (héros, prince), 
nom iun des fils ÍOdin. — ballr, m. et baldni, m. fort, cou- 
rageux. (Cf. Vf. baud; G. bal]7s; V. bald.) — bol (force, op- 
pression), n. malheur, mal. (Cf. L. malus.) — bâl (amas), n. 
bâcher. V. puol. (Cf. L. moles.) 

VaLa, étendue, force, excellence. — P>t\Tla>v; L. valere. 
Vali (grand), m. un desfds d'Odin. — valr (grand), m. fort, 
héros; (étendu) héros étendu mort. [Cf. V. wâl (L. strages) 
Jloj grand; D*S*BJ géants]. — vili (tendance), m. volonté, 
nom du frère d'Odin. — vilia (vilda), vouloir: fiotlho/uM; L. 
vdle; G. viljan; V. wëllan. — velia, valda (juger excellent), 
choisir, choisir pour donner. — valldr, valldi, m. puissant, roi. 

27. 



420 GLOSSAIRE. 

— valida (velld, olli, avoir lapaissance)^ produire, causer. — 
falla (fel, ffl, s'étendre), tomber, voler. [Cf. ^dhxcù (répandre), 
jeter; Sb3 (répandre), tomberai — fellia, fella (felda), ^ire 

tomber, laisser tomber. 

5-Vaia, gonflement, effervescence. — ?ôr^ ; V. suëlan (être 
ardent). 

svalr (ardent), la. froid, frais. — Vindsvalr (vent frais), 
m. nom du père de VHiver. — svëlga (svëlg, svaîg), consumer, 
avaler. — hræsvelgr (qui engloutît la charogne), m. aigle. 

— svêlta (svêlt, svalt, se consumer), être affamé. G. sviltan 
(mourir). — svêltast, se mourir de faim. 

5-PaLa, étendre, séparer, fendre. — ^qî^; tnriÎKaJof. 

spilla (spillta), corrompre, taer, faire injure à. — muspili 
(qui détruit le bois), yètt (cf. Is. lindar-va)>i), le monde du feu, 
Muspilheim. — spîalla (épeler), parler. (C£ Al. sprechen et 
brechen.) — spiall, n. parole, discours. 



FaNa, étendre, répandre, flaquer, 

fen (flaque), n. marais. ^^; ttÎyoç; G. fani; V. fenni; A. 
fænn. (Cf. V. fang ; Bl. fangus ; F. fange.) — fana (déployé), 
étendard, drapeau. (Cf. L. pannus de pando.) — Fenrir 
(porte-drapeau), nom du flb de Loki. [Cf V. gundfanari 
(qui porte la bannière du combat) ; It. gonfaloiiiere. ] 

BaNa, étendre, atteindre, frapper. — ôt^; G. banja 
(blessure). 

bani (qui frappe), m. la mort, m£urtrier. (Cf. ^ovoç, Çovivç.) 
— bein (étendu, roide), n. os. A. bân. 

VaNa, tendre vers, désirer. — öpj^; oVAh/*/. 

vanr (désirant), m. manquant, dépourvu, — va, vo (p. 
van), f. manque, malheur. (Cf. 3?f.) — ô-, ö-, particule né- 



LABIALE AVEC iV. 421 

gative; ex. : ère tir (injustice). — von, f. espoir. — vinr 
(désiré), m. ami. — una (undi), se réjouir. — yndi, n. ré- 
jouissance. — ôfund (non-réjouissance), f. inimitié, haine. — 
vœnn, m. beau. — ôsk (p. vonsk), f. vœu, désir. (Cf. ôilo^l.) 
MaNa, incliner, vouloir, songer. — inq^ (inclination, 
attention); ^tW (s'incliner vers), attendre; L. maneo 
(attendre), rester. 

muna (man, mundi), vouloir, songer, (exprime le futur 
comme /iaéaaû)), se souvenir. — - mannr, maSr, m. homme. — 
minna (minda), rappeler; L. moneo. 

MaNa, s'étendre, saillir, briller» — miT; L. mineo. 

men (brillant), n. bijou. >rfnr; fMafoç; L. monile. — mon 
(luisante), f. crinière; V. mana. 

MiNa, être étendu, mince, diminué. — L. minuo;/iwFvV. 
minni (p. minri, plus mince)^ plus petit. L. minor. — mein 
(diminution, dommage), n. mal, douleur. 

THÈMES COMMENÇANT PAR UNE DES DENTALES 
r, D, þ, S. 

Ta, particule démonstrative, ce. (Voyez p. 385.) 

it, iS, cela; L. id. — ^ky là, alors, où, lorsque. — )>at, 
cela, ce que. — Jjeir, euœ. — ]?œr, elles. — )>au (n. duel), 
eux deux. — )>aSan de là; toSck. — ]?ar, ici, là. — J?ar8, 
lorsque. — )>vî (instrumental), parce. — ]?vîat, parce que. — 
J?ëgar, aussitôt. — J?ëssi, m. ()>éssi, f. Jjëtta, n.), celui-ci. — 
J?ô (]?ôat, J?ólt), quoique, néanmoins, g; V. doh. — J?ô-ënn , 
bien que, néanmoins. ^ 

Tu , particule démonstrative de la seconde personne , là ! 

)>û, tu, loi. — Jjinn, m. tien, ton. — Jjêr, êr, vous. G. 

jus; V. îr; L. vos (p. tvos). — ySr (p. ]?ySr), m. votre. 



422 GLOSSAIRE. 

G. izvar; V. iuwar; L. vester. — it, iS, (p. J?il), »005 
deax. 

Ta, particule démonstrative de la troisième personne, 
lui! 

J?rîr, m. (Jjriar, f.), pi. trois. — J?riSi, m. troisième. — 
J?rÍ8var, adv. trois fois. — sex (p. tat, trois-trois,) six. fj%^; 
a>>^' — siötti, m. sixième. — fiôrir (p. ma-trir, un-trois) ^ 
pi. quatre, — fiôrSi, m. quatrième. — âtta (p. ma-trau, duel 
de ma-trir). huit. — âtti, m. huitième. — siô (p. ta-matrir, 
trois-quatre), sept. — siöndi, m, septième. — sa, m. Ce. — 
BÛ, f. cette. — sinn, m. sien, son. — svâ, adv. aíiwí. V. sô. 
— hversu, adv. comment, combien. — sem (de même), adv. 
comme. (Cf. ^W:, ^,^?^'^,: L. i-dem; G. sama; ofioç, e[jua,\ 
L. cum.) — saman, adv. ensemble; ifioZ. — ér [lui. G. is; 
V. ir; L. is), que, s'ajoute aux pronoms démonstratifs; ex. : 
J?â-ër, lorsque; ër (p. J?â-ér), lorsque; )>eir-ér, eux qui; )>œr8 
(p. J?œr-is), elles qui. 

aTa, mouvement vers , atteindre, joindre, lier. 

at, vers, afin de, pour, chez. sgfrT; L. ad;G. at;V. az. — ai 
(disjonction, négation), ajouté au verbe, exprime la négation. 
[Cf. F. pas (de passus) ; ^- (p. an) ; a-.] — a (p. -at), exprime 
la négation. — and- (direction vers), placé devant les subs- 
tanti&, exprime Tidée de vers, contre, sur; ex. : wndlit, 
and^var. gí^; clrrl; L. ante; G. and- ; V. ant-. — und, undir 
(vers le dessous), sous. — undar, adv. de dessous. — unz 
(vers ce), jusqu'à ce que, avant que, lorsque, alors. (Cf. G. 
untî; V. unzi.) — eiSr (qui lie), m. serment. — iSîar (touffes), 
pi. f. verdure. — eimr^ eimi (p. eiSmr), vapeur, fumée. (Cf. 
5ffT7TT .) 

aDa, atteindre , prendre , posséder. — 5ER:. 

aSal (qui est en propre), n. nature, naissance. V. adal 



DENTALE. 423 

(famille); edili (noble). — ôSi, n. condition, — auS, n. 
richesse : V . uoàei (patrimoine); allód (possession entière); 
Bl. allodium; Vf. alodes, aleud. — auSigr, m. riche. — 
ôauSigr, m. pauvre. 

aTa, atteindre, blesser, ronger. — 3B^, iraj^; iJiiv; L. 
edere. 

iôtunn, m. géant. — eitar (qui ronge), n. pus, venin. V. 
eitar. (Cf. V. eit (feu), gfK.) 

uTa, de là! hors, sortir, s'élever. — 3fT, s^J^ . 

ûti, adv. dehors, — ûtan, adv. à Vextérieur, dehors. — 
itar, itr (p. utar, le plus au delà), adv. très. (Cf. 3rT(: , 35T(: ; 
vrrîpoç.) — iaSarr (p. utar, extrémité), m. sommité, chef. — 
ur, or, or (p. us, ut). L. ex, de, — örr (hors de soi), m. em- 
porté, prompt, — ausa (eys, iôs), verser, puiser, L. h-aurio. 

— ausinn , m. arrosé. — eyra (qui sort de la tête), f. oreille. 
G. ausô; ovç; L. auris; rts. — h-eyra (heyrSa, prêter /o- 
reille), écouter. G. hausjan; L. audire; fwn. — ^ aur (qui se 
répand) m. goutte, rosée, poussière, terre. — aurugr, m. cou- 
vert de rosée. — ôs (qui s'ouvre), n. bouche. L. os. (Cf. ÏTR^.) 
ârôs, n. source ou embouchure de rivière, — austr (saillant, 
brillant), m. V orient. Sd^; ùlvcùç. — austr, adv. à l'orient 

— austan , adv. de Vorient. — unn (p. und , qui se répand), 
f. onde [Cf. si; v^p\ L. unda; V. undà; G. vato; V. wàzar, 
wâzen (se répandre) ; L. odor, odeur.] 

Da, làl placer, poser, — fefT; tI^ííim; ni (loi). 

dâS, f. action. — fordæSa, ybr^íí, adultère. — dômr, m. 
pensée, sentence, chose. ^^U^; G. doms; V. tuom; 9eýiwf; L. 
damnum. — hôrdômr (chose d'adultère), fornication. — 
dœma (dœmda), juger, penser, parler. 

S -Ta, placer, dresser, fixer. — ^UT; 'lary\fxi\ L. stare. 



424 GLOSSAIRE. 

standa (stend, stóS), être placé, être debout. -^— standandi, 
m. levé, élevé. — staSr, m. place, endroit. — stoS (dressée), 
f. pilier. — stySîa (styS, studdi), étayer. — styri, n. gou- 
vernail. — styra (styrSa), tenir le gouvernail. 
aSk^ fixité, permanence , force , existence. 

éra (p. ism), je sais. ïT^; i<rrt; L. esse; aram, •H^N» Br*; 
^JLj f . — sannr (p. esandr, élant)^ m. vrai. Wïïi; A. sôS. — 
as (p. ansr, robuste), m. dieu, Ase. — âsynia, f. déesse, 
Asynie, — askr (robuste), m. frêne. — îs (solide), m. glace. 
— iarn (p. isan, dur), n. fer. (Cf. ^ETT^; L. aes.) 

Su, répandre, produire, verser. — g; ui»; L. udus. 

sonr, m. fils. (Cf. 5gfT; L. satus.) — sveinn, m. garçon, 
jeune homme. — soi (p. savil), f. soleil. G. sauil; V. suhil; A. 
sigil, L. sol; ^rfârj. — sigli (petit soleil), n. bijou, collier. 
(Cf. D*3'^ni£/.) — sumar, n. été. — sa (sâi, sâSi), semer. (Cf. 
^; ffitia; L. sero.) — ôsâinn, m. non ensemencé. — sær, 
siôr, m. mer. 



TiVa, être étendu, saillant, brillant. — f^. 

tôfl, f table, tablier. L. tabula. — tefla (teflda), jouer aux 
tables. — tyr (éminent), héros, dieu. ^; 0€oç; L. deus. — 
tivor, m. sacrifice, victime. V. zépar; A. tifer. 

5-TaPa, allongé, roide,fixe. — ^fî»I^; «ruVof, stupor. 

stafr (roide), m. bâton, base, sujet. — steypa (steypta), 
renverser, détruire. 
TÁS/ÍA y joindre, adapter, lier. — ^; Jk/uMv. 

timbra (timbraSa), faire une charpente, construire. G. 
timijan — tomt, toft, topt, f. enclos. — semia (samdi), 
arranger j, apaiser. — sumbl (réunion), n, festin. A. symbel. 

SiFa , être attaché, respecter, — %^ ; ffi0>cu. 

sif , f. alliance, parenté. — sëfi , m. ardeur, courage. 



DENTALE AVEC DENTALE. ' 425 

D^A , lier, entraver, troubler. — fîn^ ; G. dumbs. 

dimmr ou dîmmi, m. obscur, noir, 

þcMA, être émoussé, être tronqaé, 

]>umall , m. poace. V. dûmo. — ]>umlûngr, m. pouce d'un 
gant. 

SaTa , pencher, s'eisseoir. — ^; é'ifbç ; TTO. 

sitia (sit, sat), être assis, L. sedeo (n^^^)- — sëtr, n. siège, 
résidence, — sëss, m. siège, — siôt, f. demeure. 
SaDa, tendre vers, marcher, pencher. — Tiï , mï* 

sinni (p. sindi, penchant), n, faveur. — sinn (marche), n. 
moment, fois. — senda (sendi, senda), envoyer. — sendr 
(p. sendtr), envoyé. — sandr, m. sable. — senna, f. dispute. 

SaDa , atteindre, remplir. — ^ ; L. satis, 

seSia (sadda), rassasier. G. gasôj'jan. 
SiDa, être large, prolongé. 

siSa , f. côté, flanc. TV • — sîJ^r, m. l&che, flasque. — siS , 
adv. (prolongé), après, tard. — sîSr, adv. moins. — siSar, 
prép. aprèi, pour ne pas, — sîdan, adv. ensuite, — sijîast, 
après que, depuis que, puisque. — siSst, adv. le moins. — 
seîjîr, m. magie. * 

TiTa, être large, lâche, mou. — A. tit (leton); T^t. 

teitr (relâché), m. joyeux. V. zeiz (ddicat). — tiS (long), 
n. temps, f^ : ; V. zit. — tiSir mik , il me tarde. 



SaGa, répandre, amollir, affaisser. — f^ï^; G. gasigan. 
sîga (seig), s'affaisser, tomber. V. sikan. — sîg, m. combat. 
— Sigyii (p. sigvin) , nom de femme. — sigur, m. victoire. — 
sinka (sëkk, ^ókk), s'enfoncer. G. sigqvan. — sökvast, s'en- 



426 GLOSSAIRE. 

foncer, — sùga (syg, saug), $acer, L. sugere. — sâttr (p. 
sahtr, rassis)^ m. paisible, ami. 

þiiKA, étendre sur, couvrir. — rf^; rîyoç; ^DD. 

J?ak, n. toit, Vf. tecque. — )>ekia ()>akti), couvrir, L. tegere. 
— ]>aktr, m. couvert. 

{>aGa , couvrir, cacher, — ^^; ffiycía>;L. tacere. 
þegia ()>agSa) et )>agna (^JjagnaSa), se taire, 

TaKa, tendre vers, toucher, prendre. — '^; JÏKofA^; L. 
tango. 

taka (tek, tôk), prendre. 

TaGa, saisir, pincer. — ^ ; S'dutm. 

tiugari,m. qui mord, mange, enghutit. 

SaKa, tendre vers, attaquer, — G. sakan; V. gisachan. 

sôk, f. procès, cause. — sakast, s'attaquer. — sœkia (sôkti), 
chercher. G. sôkjan. 

DaGa, répandre, dissoudre. — Witû). 

dögg, f. rosée. V. dau. — deigia,^Ke, servante. (Cf. suéd. 
injöikdeje ; A. Mâfdige). — deyia (dey, dô), mourir. 

DcHa, tirer, traire. — ^; L. ducere; G. tiuban. 

dôttîr^ i. fille \ 7f|?î; Gv^cctw/»; G. dauhtar. 

DuGa, atteindre, pouvoir, valoir, — nv^!^, rvy^eivóð. 

duga (dugSi), valoir, être utile. — dyggr, m. vertueux, 
qui mérite confiance. 

þiGA, être utile, prospérer. — G. beihan. 

J'y (P* J'^^**)» servante. — ]>iônusta, f. service. — þioS, f. 
foule, peuple. 



DENTALE AVEC GUTTURALE. 427 

TuKa, surgir, briller. — g^ (briller) ; ^ = rixoç (en- 
fant); nm (briller). 
tuDg^ (brillant), n. lune. 
"DiGht percer, poindre, briller, — f^. 

dagr, m. jour. — î ârdaga (à la pointe du jour), adv. 
autrefois, jadis. — dellingr (p. deglingr, petit jour) ^ m. cré- 
puscule du matin. 

þiKA, percer, paraître. — n^ttr (parler, penser). 

þing (pensée, parole), n. délibération, assemblée délibéra- 
tive. — l'ylûa (]7Ôtta), penser, être estimé, passer pour. — 
þakkir, plur. f. reconnaissance, remercîments. 

SiGa, être aigu, percer, voir. — ^îcu/mu; L. sica, secare; 
scio (avoir vu), savoir; chald. N3D, nyitif. 

siâ (se, sa), voir. — syna (p. sihona ),yaire voir. — synast 
(syndast), paraître. — saga (ce quon sait), f. histoire, nar- 
ration. (Cf. L. sagax, sagus.) — segia (sagSi), raconter, dire, 
parler. 

S'TiGa , piquer, laisser des traces, marcher. — ^re/^^û). 

stîga (stîg, steig), monter. — stêkkva (stêkk, stokk) et 
stôkkva (stokk, staukk), sauter. 



TaRa, répandre, dépasser, marcher. — - îj; Ti/pa>; L. terere; 
jL* (marcher); "nn, *^Vir. — S-TaRa, répandre. — .^; 
trropicù'tlj. stemo. 

stioma (répandue), f étoile, m^:; oumip-yL. Stella (p. 
sterula). — strâ (répandu), n. paille. — straumr, m. torrent, 
jleuve. — strönd (qui s'étend), f. rivage, côte. 

DaRa, répandre sur, précipiter. — îj; A. dëark, dearn 
(terne), obscur. 



428 GLOSSAIRE. 

undorn (non obscur), n. après-midi, soir. G. undaumi 
(matin); V. untam (midi); A. undam (midi). — dyr (qui 
se précipite), n. hête sauvage, animal, G. diuz; V. tior; 6it/>« 
L. fera (furere). 



TaLa, étendre, lâcher, séparer. — ri^ (atteindre); tîaoc; 
J^ (être long); S^oH (étendre par terre), renverser. 
til, jusque, au point, tant. — tal, n. nombre, discours. — 
telia (talda), compter, raconter, parler, — Jjulr, m. conteur, 
bavard. (Cf. Vf. tule, entule.) — tilt, n. concorde , paix? — 
toi, n. instrument, ustensile. 

DaLa, étendre, séparer, diviser. — ^^tr^; L. talea; G. 
dails; V. urteili; A. ordâl; Vf. ordalie. 

dalr (séparation), m. vallée. — deila (deilda), partager. 

SaLa, répandre, lâcher, reposer. — ^Tötí^; akç\ L. solum; 

salr, m. demeure, salle. ÇTM:. — selia (selda, lâcher)^ 
donner, vendre. — sæll (qui est au large), m. heureux. L. 
salvus; iSlí^- — sælligr, m. heureux. — vësall, m. malheu- 
reux, pauvre. — sialdan (répandu, disséminé), rarement G. 
sildaleik (extraordinaire). — ûsialdan, souvent , fréquemment. 

þuLA, être élevé, être au niveau. — g^; txoLoù (soulever); 
L. toUo; G. jjulaîn; SSn. 

)>ollr (qui s'élève), m. tronc Marbre, arbre, pin. — Heim- 
)>allr (souche du monde), nom d'Ase. 

5-TaLa , élever, dresser. — îïï^ ; oTihhcù. 

stôlr, m. siège. V. stuol; Vf. faldestuel (fauteuil). 



þANA, étendre, allonger. — n^; ruva>; L. tendo; pn. 



GUTTURALE. 429 

]>inurr (long), m. sapin, arbre. — I>ôr (p. þonarr, tonnerre), 
le dieu du tonnerre. (Cf. tovoç; L. tonare; y^.) 

TaNa, étendre, retenir, tenir. — L. teneo. 

tûn (qui renferme), n. enclos, cour. V..zûn; A. town. — 
tông, f. tenaille. V. zanka; L. tenaculum. — tein (étendu), 
m. baguette, rameau, jet. Y. zein. 

THÈMES œMMENÇANT PAR UNE DES GUTTURALES 
K, G. H. 

Ke, ceci. (Voyez p. 388.) 

ëk (ci!), je, moi. L. ego; Vf. jeo; G. ik; V. ih. — pk (p. 
ik, iok, ceci, aussi!), et. G. jah ; V. joh ; L. ac. — okkar (duel 
dat. et ace), à nous deux, nous deux. G» ugkis; V. unch. — 
ykkr (duel, de vous deux), votre. G. igqvar; V. incharêr. — 
hann, m. lui. — hun, hon, f. elle. — hinn, m. (hin, f. hitt, 
n.), celui-là. — hitt (cela), prép. aussi, c'est pourquoi. — hêr, 
adv. ici. F. hourvari (icil). — hêSan, adv. d*ici. — hvar, m. 
(hvat, n.), qui. ^?^; oç\ L. quîs; G. hvas; V. huer. — hvî 
(locatif, en quoi), pourquoi, comment (Cf. L. qui.) — hvê 
( instrumental, par quoi), comment. V. hviû. — hvaÍ^an, adv. 
d'où. — hvar, adv. où ; hvars , partout ou. — hverr, m. (hver, 
f. hvert, n.), i. lequel (entre plusieurs). L. quis, a. chacun; 
L. quisquis ; G. hvaijis. — nakkvar, m. (nokkur, f. nakkvart, n.), 
quelqu'un. — hvârr, m. (hvar, f. hvârt, n.), lequel (de deux). 
G. hua)>ar; V. huedar. — hvart (L. utrum, num), si. — 
-hvan (-hun, -gun, -gi, -ki), particule interrogative suffixe 
(quand? jamais), pas. — eigi (p. eittgi, pas ujie cJiose), rien, 
pas. — ekki (p. eittki), rien, pas. — mangi (pas un homme), 
personne. — hvergi (pas quelque part), nulle part. — siâlfgi, 
pas elle-même. — aldregi (p. aldr eigi), jamais. — |>eigi (p. 
)>ô eigi), bien que — ne pas. 



450 GLOSSAIRE. 

Ga, ci! direction, mouvement. — m (iSetâ)].. 

gânga (geng, gêkk), aller (^); G. gaggan. — framgen- 
ginn (en allé), m. trépassé. — gânga, f. marche, route, voyage. 

aGa, mouvement, agitation, — mi^\ iya>\ L. ago. 

OEgir (agité), m. océan, dieu de V Océan, — afl (p. afn, 
ovn, ogn, qui s'agite)^ m. i. feu, afrsT; L. ignis ( ^1, ira- 
fer), :i, fourneau. G. auhns; V. ofan. — angan (qui s'agite, 
respiration, parfum), n. plaisir, — âtt, ætt (direction, ligne), 
f. lignée, race. Y. éht. 

aKa, mouvement, étendue, surface. — L. æquus, æquor. 

â (p. akei^ surface plane), f. eau, fleuve. G. ahva;V. âha; L. 
aqva; Vf. aiguë. — aka (ek, ôk), avancer, — akarr, m 
arpent, champ, eiypoç; L. ager; G. akrs; V. ahhar. — ætla 
(p. aktila. L. in animo volvere), penser, se proposer. (Cf. G. 
ahjan; V. ahtôn.) 

aGa, mouvement à travers, percer. — g^; cokvç^ ebcn ^ 
ebtova (présenter la pointe, l'oreille), écouter. L. acer, 
acus; V. ecche; jtn. 

iôr (p. ihvor, rapide), m. cheval, igr^', ; ÎTxof (p. ikpos) ; L. 
eqvus; Vsax, ehu. — auga (perçant), n. œil. ïrf%; okoç; L. 
acies , oculus. — hvitr ou hviti (perçant, éclatant), m. blanc. 
||rî : ; G. hveits ; V. wit — hvatr, m. ardent, véhément. V. 
hvas. — hvetia (hvatta), aiguiser, exciter. 

aGa, conduire, porter, avoir. — ^; t^a>; G. aigan. 

eiga (â, âtti), posséder, avoir. V. eigan. — eign ou eiga, 
f. possession. (Cf. âsta^r, heilo^r^ auSýr, etc.) 



KaPa, mouvement sur, tendre vers, — L. capere; (cj^, main). 

kaup (prise), n. achat. — kaupa (kaupi, keypta), acheter. 
G. kaupan. (Cf. acheter, de acceptare. L. emere, prendre.) 



GUTTURALE AVEC LABIALE. 451 

GaFa, tendre vers, donner. — A. gaful (tribut); F. 
gabelle. 

gëfa (géf, gaf), donner; G. giban; V. képan. — umgëfa 
(étendre autour), entourer, envelopper. — Gefion, f. déesse 
de h, virginité. 

HaFa, étendre, élever, prendre, — 9ï^; 33 (élévation). 

haf» (étendu, haut), m. haute mer. — hefia (hef, hôf), 
soulever. — hafa (hef, hafSi, avoir soulevé)^ tenir, entretenir, 
avoir. L. habeo. — haft, hapt (qui tient), n. lien, chaîne. — 
hof (qui contient), n. enceinte, temple. (Cf. xX'jroç.) — hôf, n. 
(contenance), n. mesure, — hôfuS (élevé), n. tête. CRmçT; 
ic€(pax« ; L. caput; G. haubi]>. — hefnd (L. causa suscepta), 
vengeance. — hefna (hefiida), venger. 

GaPa, étendre, distendre, fendre. — sT^^; y^ta (trou); 
3i. 

gap (qui baille), n. ahime. (Cf. X^^-) — g®îp* (g^ipta), 
ouvrir la bouche, bavarder. (Cf. =ÍÍH^; ;)^tf>wû>.) — gifur (L. 
inhians)^ ïn. avide. — gifur (bâillements), f. plur. i. rochers, 
2 . géantes. 

5-KaPa, tailler, fabriquer. — V. scuof (poëte). 

skâpa (skep, skôp), créer, ^^n^eier. •— skepia (skepiaSi), 
créer. — skôp (créés), n. plur. destinée. 

KaMa, tendre vers, venir. — xo/*/{« (faire venir), con- 
duire. 

kôma (p. kvêma; kém, kom), venir, venir avec, amener. G. 
qviman. (Cf. Vf. cemin, chemin.) 

HaMa, étendre sur, couvrir^ courber. 

hamr (qui couvre), m. peau. — himinn (qui couvre), m. 
ciel. — heimr, m. couvert, domicile, monde. (Cf. xi/^n, ku- 



432 GLOSSAIRE. 

^pa\ F. hameau.) — Hymir (couvert, sombre), m. nom 
d'Iote. — ? hamarr, m. marteau, foudre. (Cf. SOi'sr:, W^ 
foudre, S[W : , marteau.) 

GaMa, couvrir, courber, incliner. — Wi^'^icol^Tra); L. hamus. 

gaman (inclination), n. plaisir, jouissance , jeu. — gamall, 
gamli (courbé), vieillard, vieux. V. kamal. — Bergehnir (tout 
vieux), nom de géant. — Orgelmir (très-vieux), nom de géant. 
— {)niSgelmir (fort vieux), nom de géant. — gunv^r, gum- 
nar (qui couvrent, protègent), héros, hommes. G. guma; V. 
kumo; L. homo. — Gymir (qui couvre), nom de géant. 



KaTa, étendre, prendre, contenir. — ^. 

ketill (qui contient), m, chaudron. G. ketils; V. chezzil. 
(Cf. catinus, cadus; jtocJ))Çf axccroç; G. kas; 13.) 

HaDa, atteindre, prendre, — X^?^' ;^ðtK<&Vu); L. -hendo. 
hond (qui prend), f. main, G. handus. (Cf. ^^î ^U^|.) — 
einhendr, m. manchot. — hundraS (p. tîutihundraS , dix 
fois deux mains ou lo x lo doigts), n. cent. 5lff ; ixcLTOv; L. 
centum, G. taihun, têhund. — tîu (p. tihund, deux mains 
= lo doigts), dix. ZWî^\ JV>ut; L. decem; G. taihun V. 
zêhan. — tîundi, m. dixième. — nîu (p. untîu, manquant- 
dix), neuf. RôTT^ ; iwioc; L. novem. — niundi, m. neuvième. 

GaDa , atteindre , joindre, lier, 

gôSr (convenable, apte), hon. G. gôds; V. kuot. (Cf. 
it>flfc9oV.)-^ôgôSr, m. mauvais. — gunnr, guSr (L. congressus), 
combat, guerre. V. chundfano (gonfanon, gonfalon). (Cf. 
5^: .) — gandi (qui lie), pi. charme, enchantenfient. — gan 
(p. gand), magie. — gandr (noué), m. serpent. — Gondull 
(enchanteresse), nom de Valkyrie et de Nome. 
GuDa, être convenable, intègre, pur. - — 5jî{^, ^^. 



GUTTURALE AVEC DENTALE. 433 

goS (pureté), n. divinité, dieu. 

GaTa, atteindre, recevoir, 

géta*(gët, gût), recevoir j concevoir, songer, penser à; mn- 
gêtaeinom, donner à quelquan. — gêta, f. conjecture, opi-^ 
mon. — gætast, s* entretenir, discuter. — géS (qui pense),' n. 
esprit. V. két; fiïrl^. — frôSgéSiaSr, m. doué d'un esprit 
sage. — gestr (p. gatstr, qui reçoit), hâte. G. gastr; V. gast; L. 
hoslis (étranger), ennemi. [Cf. hospes, (p. hospîts), ^ai (2e- 
mande réception.] — gisl (p. gitsl, ^ui est donné), m. otage, — 
gisling, f. Stage. 

Hata, atteindre, frapper, tomber sur. — L. cædo, cado. 

hiti (qui frappe, pique), m. chaleur, flamme. [Cf. kaldr 
(froid) et L. cellere, calare, calere.] — heita (heiti, hêt; L. 
adpellatum esse), s appeler, appeler, ordonner, menacer. — 
hilta (L. incidere in), rencontrer. — hættr (exposé au coup, 
chanceux), m. périlleaœ. — hætta (tomber sur, entraver), 
cesser. 

S-KiTa, frapper, couper. — fçy ; ff^i^a; L. scinde; G. 
skaidan ; V. scitôn ; n^n , yïp. 

skiS (fendu), n. tablette de bois. — SkaSi, ^mm^ de 
NiôrSr. 

GuTa, frapper, pousser, lancer. — ^; L. -cutere. G. 
giutan. 

goti (lancé, rapide), cheval, gfe: ; átelT: . — reiSgoti, m. 
cheval de selle. [Cf. skiôti, reiSskiôtî (cheval); skiôtr, rapide.] 

S-KuTa, pousser, lancer, jeter, (Cf. ^spr^^; L. scateo.) 

skiôtr (lancé), m. rapide. — skiôta (skyt, skaut), tirer, 
hmcer. V. skutjan , sciozan. — andskoti, m. qui tue en tirant 
sur. — skot, n. íír, coup. 

38 



454 GLOSSAIRE. 

GuSa, être lancé, houillonner, — ïiq^ (tomber en gouttes), 
^q^ (bruire). 

geysa (geysta), houillonner. [Cf. geysir(qui bouillonne).] 
V. jesan, jerian. — ioU (p. guii,? effervescence)^ colère, 
dispute. 

KuSa, convenir, goûter. — gij^ ;-yîvttv; L. gustus. 

kiôsa (tys, kaus, goûter), choisir. G. kiusan; V. chiusan; 
F. choisir. — Valkyria (qui choisit les héros), Valkyrie. — 
kosta (kostaSi), jouter. G. kausjan; L. gustare. — kostr, m. 
choix, nourriture. — kûra (ce qu'on goûte), f. repos. — kyrr, 
m. tr^nqMk. — kyrra (kyrrSi), tranquillis&r. 



HaGa, s'éîendré, joindre. — jtt/jtxoc; L. cîngere; V. bag 
(endos); Bl. haga; Vf. Thaïe (Saînt-Germaîn-en-Laye). 

hagr (apte), m. habile. — hoegri hönd (main plus habile) , 
main droite. [Cf. L. dextra; ^mx (faible), main gauche.] — 
hugr (désir), volonté, esprit. — hyggia (hugSa), penser, ré- 
fléchir. — hungur (désir), n.fairh. G. huhrus; V. hungar. 

— haugr (élévation), n. colline. V. houe; Vf. hogue, hoge. 

— hâr (hâr, f. hâtt, n.), m. sublime, nom d'Odin. (Cf G. 
hauhs; V. hoh.) — hâtt, adv. haut. — hâ- (particule pré- 
positive), haut. — heiSr (hauteur), m. excellence, honneur. 

— HeiSr (terrain élevé), f. lande, nom de femme. G. hai]>i. 

— îGygr (élévation, montagne), f géante. 

5-KaGa , avancer, saillir, hérisser. — V. skabbo (langue 
de terre). 

skôgr (hérissé), m. Jbrêt. — Skpgull (hérissée), nom de 
Valkyrie; GéirskogùE (hérissée de lances), nom de Valk. 

— skegg (velu); n. barbe. — skeggî skeggia (en forme de 
barbe), f hache. Cf hellebart (haliebaVde). -^ ? skôr (p. 



GUTTURALE AVEC R. 435 

skôhr), m. soulier. G. skôhs; V. skuoh. — handskôr, haod- 
ski , m. gant. 

HaKa, atteindre, frapper, tailler. — ppn; J^î ^^ (bri- 
ser)» 

höggva (högg, hiô), couper, frapper, hacher. — Niî5hoggr 
(qui mord avec colère), m. nom d'un serpent de Y enfer, 

S-KaKa , choquer, pousser, répandre, — prvtf. 

skekia (skek, skôk), choquer, secouer. Vf. eschacher. — 
skenkia (skenkta, répandre), verser à boire, donner, V. scenl^an; 
Vf. chinquer; Bl. scancio ; F. échanson. 



HaRa, s'étendre, répandre, courir. — ^; L. curro; 

hôiT (coureur), m. adultère. G. hors. 
HaRa, s'élever, croître — ^; f ; ^r\ (qui s'élève), mon- 
tagne. 

har (qui croît), h. cheveu, chevelure, (Cf. L. horror; F. 
hérisser, haire.) — her (qui s'accroît), n. multitude, armée. 
G. haijis; V. heri. (Cf. Al. herberge ; F. alberge , auberge. ) — 
heri (qui est de Tarmée), combattant. (Cf. ^^: ; x^M^-) — 
eînherî,in. monomaque. (C(. V. einwic.) — Hérian (guerrier), 
nom d'Odin, — horgr (qui inspire Thorreur, sanctuaire), m. 
bois sacré. — horn (qui s'élève), n. corne, r^p; gjj; Kipetç; 
L. cornu. — hiôrr (qui s'élève, pointe), m. rocher, épée. G. 
hairus; Vs. hëru. — hiörS, f. troupeau, (Cf. F. horde, harde; 
Vf. horde.) — hirSir, m. gardien de troupeau, gardien. — 
harSr, m. dur. — hart, adv. durement, fortement; KccfreL, 
[Cf. 5pî^ (fermeté, confiance); L. certus (ferme), sâr; credo 
(p. certdo).] — herSi (dure, forte), f. épaule. V. harti. — 
hiarta, n. cœur. L. cor; Kapiia\ ?^. (Cf. F. hardi, qui a du 
cœur. ) 

28. 



436 GLOSSAIRE. 

G^Ra, 5 étendre, atteindre, prendre. — ^: ; ^u'p. 

giôra (p. garva, giorSa), manier^ faire. (h\\t^\ ;)^<to//.a/; L. 
creare; V. karawan. — giôrr (fait), m. préparé, apte, habile 

— giórva, adv. entièrement, complètement. (Cf. F. guère, V. 
karo.) — fullgiôrva, ady. pleinement et entièrement. — giôr- 
Uga, giória, adv. parfaitement. — giArn, m. enclin, avide. 
G. gairns; V. kern, kér (désir). — garSr, m. enceinte, enclos. 
V. karto; It. giardino; F. jardin; ;^cJ[)TOf; L. cortis, hortus, 
hara; n^^p, "^y» "^^p. [Cf. Montbelliard (Mons helligarctas) ; 
Novojforoj (vilie neuve).] — miSgarSr, m. la terre. A. mid- 
dangeard (orbis terrarum); G, midjungards ; V. mittingart. 

— gam ^UyJíl, boyau. ( Cf. X^P*^- ) 

GvaRa, entourer, courber. — ^; yvpiç. 

onnr (p. hvermr, fjai se courbe), m. ver, serpent. ^tR"; L. 
vennis ; ^^O^? » (vermeil). — hvërfa ou horva ou horfa (hvêrf , 
hvarf), tourner, pirouetter. — hvërfa frâ (déguerpir), dispa- 
raître de. — hvërfa (hverfSa), ^aire le tour de. — vérpa (vérp, 
yarp, faire pirouetter), lancer, jeter. Bl. verpire; Vf. guerpir. 
— harpa (ronde), f. harpe. (Cf. Bl. circulus , circulo harpare.) 

KaRa, étendre, séparer, broyer. — 5 ; L. granum. 

kvém, köra (qui broie), f. moulin, mâchoire. — ?geir 
(qui fend), m. hallebarde. G. gairu (épine); V. kêr (cf. 
Kero , Gerhard) . €^ ( hache ) . 

S-KaRa, percer, couper. — {^)\ %^p(à\ ^IW (éclater). 

skira (skir, skar), tailler, graver. — skirr (éclatant), m. 
brillant. V. scieri; Vf. chère (mine joyeuse). (Cf. X'f^-) — 
skîra (skîrSi, rendre éclatant), écurer. — ?skiarr, m. craintif, 
effarouché. (Cf. Al. scheu.) 



HaLa, s'étendre sur, couvrir. — 5T^, 



GUTTURALE AVEC L, 437 

hali (qui couvre, poil), m. queae. L. hiius. — he\ (ca- 
verne), f. enfer, reine de l'enfer. — höU , f. hôUr, m. halle. — 
halir, pi. mânes (prolecieurs), héros. — hylia (huldi), protéger. 

— hollr, m. bienveillant. V. hold. — liöldr, m. héros. V. 
helid. — heill (protégé), m. heureux. — heilagr, m. bien- 
heureux, saint. — helldri, m. meilleur. — hellstr, m. le meil- 
leur. — helldri, cor\y afin que, — hildur (défense), £ combat, 
déesse du combat. — halda (hêlt), tenir. — hold, n. chair. 

— holt, n. bois, forêt, montagne. — hâls, m. cou. [Cf. L. 
collum.] 

KaLa , frapper, pousser, piquer. — L. cellere. fS^î^ . 

kiöU, m. quille, navire. — kaldr (piquant), m. froid, 
douloureux, méchant, (Cf. L. gelidus.) — kalla (kallaSa), 
crier, parler. (Cf. xeO^Z; h! clamor; JU'.) — kallaSr, m. 
appelé. 

G khk y frapper, atteindre, éclater, briller, résonner, 

gala (gôl), chanter. — galdi, m. bruyant. — giöll, f. 
trompette. — ; gull, n. or, V. kolt. (Cf. L. gilvus; yv\-.) — 
gullinn, m. doré, d'or. (Cf. Vf. jaulne, jaune.) — gildi (qui 
atteint, équivaut), n. valeur, estime. — gilda (gilta), valoir, 
. — gialda (gëld, galt), payer, donner, expier. — gildi, m. 
repas; satisfaction. 

S-KaLa , atteindre, frapper, jeter, — <r>uho<cù. 

skal (skuldi), devoir. G. skulan. — skâlm (qui frappe), f. 
lance , pique. — skalfa (skëlf, skalf), être frappé, trembler. — 
landskialftr, m. tremblement de terre. 



KaNa, étendre, atteindre, percevoir, — sPT^; yinç\ L. 
genus. 

kunna (kann, kunni, avoir atteint)^ savoir, pouvoir, m.; 
L. gnosco. — knâ (knâi , knatti ),potttJOir, savoir, connaître. — 



458 GLOSSAIRE. 

nafn (p. knaib, qui foit connaître)^ nom. L. nomen. -^ kind^ 
f. postérité, — kooa, kvén, kvan, kvon, kvæn, f. femme, G. 
qvinô, qveÍDs; V. chêna. — ôkynian, n. engeance. 

GaNa, étendre, séparer, fendre. — wi^; ^ayva>. 

gîna (gin , gein), ouvrir la bouche. — ginnûngr, m. mâ- 
choire. 
KaNa , éclater, briller, résonner- — cfr;^ , ^niT^; yt^yoç-^ L. 
canus, caao. 

kyilda (kyndta), allumer. L. accendo. — Hœnir (brillant), 
m. nom d'Ase. — hani (qqi chante), m. coq. Vf, chanteclair. 

S-KaNa, percer^ éclater. — G. us-keinan (percer), ger- 
mer, 

skîna (skîn, skein), briller. V. skinan. — skin, n. lumière, 
splendeur. 

THÈMES œMMENÇANT PAR LA LIQUmE R. 

aRa, mouvement, étendu^, élévation. — fig; ofi-x ^^H. 

âr, n. matin, aurore, année, (Cf. ^; G. jêr.) — ari et óm, 
m. aigle. — - iora, f terre. ^; ipúL\ L. area; V. éro. — 
iôrS, f. terre. V. érda. — iôrmun, f. terre. 

Ru, éruption, bruit. — ç; ^Va>; L. ruo. 

TÛn (chuchottement), f. secret, écriture. — eyra-rûn (qui 
parle à Toreille), f. compagne , femme. V. ôr-runo. — raun 
(manifestation), f expérience, épreuve. — reyna (rejnda), 
éprouver, essayer. (Cf. ipivviv.) — rômr (tumulte), m. combat. 
(Gt^T^:.) 

RaMa, étendue, grandeur, force, — m^\ Dn. 

rammr, m. fi)rt. (Cf. fêrÇRRî: ; L. grandis.) — armr (qui 



R AVEC LABIALE. 439 

s*ótend), m. bras, L. armus, r^imu»; V. aram; Vf. arm 

(bras). 

B-RaMa, mouvement, frémissement. — îîît^; tipif^a; L. 
fremo; ^^. 

Brimir (L. æstuans), m. nom propre. 

RaNa, mouvemeAt, frémissement. — t^, ^. 

rënna (rénn, rann), courir, couler. 
B-RaNa, /r^mir, pétiller. — jítji^, v^. 

brênna ( brann ) , brûler ( être consumé ) . — brenna ( brendi) , 
brûler, consumer. — Bruni , m. nom de Dvergue. 

G-RaMa, frémissement, frisson, excitation. 

gramr, m. irrité. Vf. grams. — gremia (gremdi), irriter. 

— gremi, f. colère. — garmr (irrité), m. nom de chien. (Cf. 
nipCipoç.) — harmr, m. douleur. — hrîm, n. givre, glace. V. 
rife. (Cf. F. frimas.) — Sæhrimnir [givre formé des exha- 
laisons de la mer)^ m. nom propre. 

RuFa, êire étendu, séparé , fendu. — (g'I^); L. rumpo. 

riûfa (ryf, rauf)» rompre. — rîfa (reif), déchirer. V. rîban. 

— rîf , ïi. côte. V. rippi. — ôrof (aspérité), n. âpreté. (Cf. V- 
ânub.) 

JÏ-RaVa, étendu, roide, crû. — ÇÎoT; G. hraiv. 
hræ, n. cadavre j chair. ÇRôO"; KpicLç\ L. caro. 

H-RaPa , éclater, crier. — ^^ ; L. corvus. 

hrôp, m. vocifération. — Hroplr ou Hrofb, m. nom d'Odin. 

S-JÎ-RaPa, percer, briser, saillir. — (ptctpt^cio/uLou; L. scru- 
pus. 

skarpr (coupant), m. aiguisé, tranchant, difficile. 



440 GLOSSAIRE. 

JÍ-RaMa, tirer, arracher, — çï^ (tirailler); kcÍ^^cúí L. 
carpere; c|*in. 

kambr (p. kramr, qui carde), m. peigne, (dentelée) crête, 
L. Carmen. — kemba (kembda), peigner, L. carminare. (Cf. 
Al. krâmpeln.) — kiaptr, kiaftr (p. kriflr, tiré, béant), m. 
mâchoire, gueule. — kippist (p. krippist, être tiraillé), axioir 
des spasmes. [Cf. Al. krampf (crampe).] 

.Z)-RaPa, étendre, atteindre, frapper, — r|^. 

drêpa (drëp, drap), frapper, (Cf. F. attraper, taper, trou- 
ver.) 

D-RuPa, être répandu, tomber. — (T). 

driûpa (dryp, draup), dégoutter. — dropi, m. goutte, 
— Draupnir (ruisselant), m. nom propre, 

J>-RiFa, être étendu, atteindre, saisir, 

J>rîfa ()>reif), saisir, attaquer. — J>arfr (L. convenîens), m. 
utile, nécessaire. — J>urfi , m. nécessiteux, — ]?urfa (]?urfta), 
avoir besoin. — ? ]?orp (rencontre, amas), n. bourg, village, 
G. )>aurp; V. doraf. [Cf. A. ]>reaf (botte de blé); L. turba, 
turma. — ? )>armr, m. boyau, intestin. (Cf. F. tripe.) 



RaDa, mouvoir, atteindre, parvenir, — jr^ ; in. . 

râSa (ræS, rêS), avoir soin, conseiller, diriger, faire rendre, 
— râS, n. conseil, action, affaire, isrii ; G. ra)jjô (raison), V. 
reda (raison, parole); Al. art (manière). — afrâS (mauvaise 
action), n. meurtre. — GângrâSr (voyageur), nom d'Odin. — 
rîSa (reiS), aller à cheval, en voiture. — ballrîSi, m. caoaHer 
courageux. 

F-RaDa, atteindre, adresser, tourner, — ^, L. verlere. 

vérSa (vérS, varS), devenir, G. vairþan. — VérSandi, f. 



il AVEC DENTALE. 441 

nom de Nome, -^ orS (adressé), m. mot, paroh, G. vaurd. -r- 
sâryrSî (paroles graves), n. pi. injures. 

J5-RAlDa, répandre, expédier, accélérer. • — W^; T*^fi. 

brâSr, m. prompt (Cf. l^fi; L. veredus; Al. pferd.) 
B-RaDa, se répandre, couvrir, entourer, 

borS, n. bord, bordure. (Cf. It. bordo; Fr. barde.) 

F-RaDa, étendue , grandeur, excellence. — n^, 

frôSr et frôSi, savant, intelligent; ^peiS'fiç; L. pnidens; G. 
frô)>s; V. fruot. — frœSa (frœdda),, instruire. — froeddr, m. 
instruit. 

F-RaTa, Iris, hruit. — ^^; ^jripJïtY; L. perdere. 

frata (fret, frat), péter. V. vêrzen. 

B-1^aH K , fendre , crever, rompre. — y^li. 

briôta (bryt, braut)» briser, rompre. — brotinn, m. brisé. 

— brotna, être brisé braut (rompue), f. chemin frayé. [Cf. 

route; It. rotta (L. rupla via); se frayer (L. fricare) an che- 
min]. 

ï'-RaDa, pousser, fouler, marcher. 

troSa (iréS, irsJS), fouler aux pieds, marcher sur; G. tru- 
dan; V. trètan. (Cf. Fr. trotter.) — troll (p. trôSl, ^aí trotte), 
n. géant. 

{>-RaTa, pousser, fatiguer, travailler. — L. trudere. 

VafthrûSnir, m. nom de géant. — ]?rot (fatigue), n.fn. 
D-RaTa, pousser, rejeter. 

drit, excrément. — dritinn , m. L. ioquinatus. 
Z)-RuSa, être répandu, tomber. — (^); G. driusan. 



H2 GLOSSAIRE. 

dreyrí, m. ^wítte, sang. V. Irôr (goutte de sang); ipc^Qç\ 
L. ros. 

G-RaTa, éelat» cri. — îR^^; 7m/>uç;L, garrire. 

grâta (gr^Bt, grèt), pleurer. G. grêtan. (Cf. Fr. regretter.) 
— græta ( graetla ) , faire p leurer. 
A-RuTa, éclater, crier, — Ç^; itpoToç; L. rudere. 

hrôSr (bruit, renommée), m. louange. V. hruod. — hrô- 
i^ugr (renommé), m. fier, arrogant. 

ff-RiSA, éclater, hennir, — f^î^» f'SL» ti.- 

hros, n. cheval; It. ronzino; Fr. roussi n. — hestr, m. che- 
val; |%T^ . 

G-RaDa , séparer, gratter. — Ç<I, ; x^^'^^ î ^*^n. 

griS (épines, haie), n. pi. mile, paix. — grind, f. grille, 
treillis. (Cf. L. craticuia). — griot, n. gravier, pierre, rocher. 
V. krioz; It. greto; Fr. grès, griotte. — grand (broyée), f. 
poussière, terre, sol. — reiSr (gratté, excité), m. irrité, [Cf. 
L. gratia (qui excite), ;3(;flt^;(T)i; AH. reitz, (charme^ grâce.) 

jEî-RaTa, piquer, exciter, courir, — V. raz (furieux). 

hrata (hrataSa), se précipiter. 
jEî-RiDa, être excité , frissonner, trembler. — V. rîdôn. 

hræSast (hræddist), s'effrayer, 

RaSa, s'élever, surgir, atteindre, — sRf^ ' c/b' ^^*^' 

rîsa (reis), s'élever. — reiss, m. excité. — risna, rîsni, f. 
élévation, gloire. — rôst (milliaire), f uneyournée de chemin. 



RaHa, étendue, direction. — jr^^ ; ôpiycû; L. régie. 

réttri m. droit, juste. G. raihts; V. réht; L. rectus; ip^oç; 
m^ : . — vanréttr , m. in/ are , injustice. 



R AVEC GUTTURALE. 445 

RaGa, saiUir, surgir, briller. — ^ , jj^ ; 4x<^; (j^j- 

regin (saillant), n. pi. grandeurs, divinités. — rôg (qui fait 
ressortir), reproche, blâme. — rœgia, reprocher; V. ruogen. 

RiRa, être étendu, atteindre, posséder, — 3r^ ; ctpxiî. 

rêka (rêk, rak; atteindre), venger. — rîkr, rîki, m. riche, 
paissant. Vfir. rice. — rôk (extrémités), n. pi. origines, causes. 

RuKa, être étendu, large, vide. — p*i, m*^. 

riûka (ryk, rauk),/ttm«r, s'obscurcir. V. riuhhan. [Cf. ni"» 
(vide), air; V. rouh (air, vapeur), fumée; ruhhan (sentir); 
tJj ; ^^^]- — rökur, rök, n. crépuscule du soir. (Cf. G. riqvis; 

RaHa, relâchement, relais, repos. 

ragr, m. lâche, 'rn. — argr, m. lâche, mauvais, y*i ; V. arg 
(avare). — rôr (p. rôhr, relâché), m. tranquille. — rô, f. tran- 
quillité, repos. V. rau, rawa. 

RuHa, surgir, saillir, briller. — ç^. 

rauSr (p. rauhdr, brillant), rouge. — ^t%r:; V. rôt. (Cf. 
^idbv. — rySa ou riôSa (ryS, rauS), rougir. 

B-RaGa, briser, éclater. — WT^ ; L. frange ; p^2; "ipa. 

Bragi, m. nom du dieu de la poésie. — biartr, m. brillant. 
baihrt; V..berht. 

JJÎ-RaGa, percer, éclater. — ôï^ ; futfûiyti; L. mergere. 

morgunn, m. et'morgin, n. matin. 
M 'VikGk, frotter, broyer. — ij^; <j^ê/>7i»; L. marcus (mar- 
teau); p*iD, POn. 
mergr (broyé), m. moelle. 

M-RaKa, tracer, marquer, marcher. — ^^; qrrf:. 



tklklk GLOSSAIRE. 

maiT, m. cheval, V. marc. [Cf. marbcalh (écuyer), ma- 
réchal. ] 
B-RaGa, s'étendre, couvrir. — aç^; L. vergere. 

bërg (élévation), n. montagne. -^biorg^ n. montagne, ro- 
cher, — Fiôrgyn (montagnease), f. nom de la déesse lorS. — 
Fiörgynn, m. nom du père de Frigg. — borg (qui couvre, 
protège), forteresse, bourg. V. puruc; Vfr. bore; Trvpyoç; 
arabe-pers. ^^. — bergia (bergSa, s*entretenir), se nourrir, 
goûter. — biôrg, {.entretien, vivres. 

F-RaHa, pousser, avancer, incliner. — (^/ eiripx^eû.) 

M (poussé, lâché), m. libre, noble. — frîa, relâcher. — 
frekr, m. libre, effronté. — Freki, nom du loup Fenrir. — 
Frigg (excellente), f. nom propre. — Freyr (excellent), n. 
nom propre. — Freyia, f. nom propre. — Pfiör (p. frîhu), n. 
vie; G. fairhvus. 

F-RaGa, exciter, exiger, interroger. — ^; L. procare. 

frâ (frëg, frag), interroger, apprendre, — Frœgr (renom- 
mé), m. nom de Dvergue. — fregn, f. bruit, renommée. — 
fregna, demander, apprendre. 

T-RaGa, pousser, chasser. — ^; L. urgere. 

vai^, m. exilé, (olfid:), serpent, loup(^:]. — Pvërri» 
(p. vérsiri), m. pire. — vërstr (p. vérsistr), m. le pire. 

F-RaGa, précipiter, répandre. — ^ý l^p^X^*^'^ ^' spergo. 
règin , rëgn, n. pluie. ôPST : (L. rigatio). — fors, m. torrent 
cataracte. [Œ V. frosc (sauteur), grenouille, et lèfou^oç (sau- 
terelle). ] 

M-RaGa , répandre , arroser. — ft^ ( p. ^15^^ ) . 

miga (meig), pisser; í^aj^(ú\ L. mingere, mejere. 

D-RaGa, étendre, tirer. — g^; i^pcUffco; L. traho. 



R AVEC GUTTURALE. 445 

draga (drôg), tramer. — drygia (drygSa), oyir.— drâsiU 
(p. dragsull, porteur), m. chevàL — YggSrasifl (cheval 
d*Odiii), m. nom du frêne qui porte le monde. *^drôtt 
(train; L. agmen), {.foule, peuple. 

D-RaKa, tirer, aspirer, hoire. — ht^ (dessécher). 

drêkka (drakk), hoire. — drêkka, f. festin. (Cf. niWp; rv/i.- 
ToV/or.) — drykkr, m. hoire, coup, trait. — ofdr^fkkia, f. 
ivresse. 

T-RaGa, étendre, élever. — gf^ ; rpa^jH (saillant) , raboteux, 
trè (p. trigu), n. arbre. G. triu. (Cf. îîÇ: ; ^^î; /jpoi.) — 
trog (tronc), n. wye, haqaet. L. truncus. (Cf. isL ^rà f.) 

{>-KaGa, tirer, presser, — ^; L. tui^;eo. 

)>runginn, m. pressé, enflé, irrité. — ]?raungr, m. serré, 
étroit, épais. — }>râ (p. }>raha, presse), f. douleur. 

{>-RiSa, être étendu, roide, sec. — gij^; rap^ç; L. torreo, 

G. J>airsan;3j^' (être roide), être gelé. 

}>urs (roide) ou hrîm)>ur8 (roide de givre), m. nom com- 
mun des lotes. — )>yrstr (desséché), m. qui a soif. — ]^rra 
(p. )H£rra), sécher, essuyer,— Do\g]>TaÚT (obstiné contre l'en- 
nemi), Lif)>rasir (obstiné pour sa vie), Môg]yrasir (dur en- 
vers le fils), noms propres. 

D-RaKa, étendre, séparer, percer. — ^ ; /><éicor. 

dreki (qui a Tœil perçant), m. dragon, serpent; S'petxcif; L. 
draco. 

G-RaHa, s'élever, monter, croître. — ^; L. cresco. 

^^a (græ, greri), croître. — grôinn ou grcenn, m. vert. 
— gras, n. herbe. (Cf. yftiaTtç\ V. grast.) 

H-RaKa, étendre autour, courber. — gj^ ; xo^; L. cnix. 



446 GLOSSAIRE. 

hringr (courbé), anneau. (Cf. ftpkof; L. circus , curvus. ) — 
hryggr (courbé), m. triste, — bryggr (courbé), m. do$. V. 
hruki ; pcLxfÇ' 
IÎ-RaKa, 6rw, cri. — 35T ; x/kt(û); p5 (briser); ni. 

' kraka (qui croasse), f. corneille, V. hruok. [Cf. ^STSFT: (p. 

kraka), F. coq; L. graculùs; KÓpa,^,] 

THÈMES COMMENÇANT PAR LA LIQUIDE L. 

aLa, élévation, grandeur, force, — açFTîT^ (assez); {kOcù 
(pousser); L. alere; Six. 

ala (ôl), élever, engendrer. — ol (fortifiant), n. bière, aile, 
A. ealu. (Cf. i'/^euoY.) — ôlr, m. ivpe, — óld^ f. âge, genre 
hutnain, monde. — alldr, m. âge, siècle, monde. — allr, m. 
entier, tou,t, — aldni, m. âgé, vieux, — öln, f. aune m.; 
aune f. ÍAnV; L. ulna. (Cf. nSx.) — âl, f. courroie. 



LaPa, lâcher, élever, — ç^^ (lâcher), dire; \o^oç (éléva- 
tion); L. levare; G. uslatubjan (lâcher), permettre; V. 
usloup. 

lof, n. louange. — lofa (lofaSa), huer, — - leýía (leyfSa), 
célébrer. — lopt, n. ciel, air. — leyfi^ l»fi, n. flamme, — 
âlfr (élevé), m. génie, démon. 

LiFa, être lâché, rester. — a/Vo-; L. liber; aé/tw (laisser); 
L. linqvo; G. laifs (qui reste). 

lîf (qui reste), vie. V. lip (vie, corps). — lifa (lifSa), vivre. 
— siâlfr (p. svâlifr), m. lui-même. G. silba; V. sëlpêr. — 
ellifu (p. einlifu, un de reste), onze. G. ainlif; V. einlif. — 
ellifti, m. onzième. — tôlf (p. tvalif, deux de reste),» douze. G. 
tvalif; V. luelif. — tôlfti, m. douzième. 



L AVEC DENTALE. 4^7 

LaMa, lâcher, luxer, briser. ^— gî'T^; Kka^/hoç^ 
lemia (iamda), rompre, briser, paralyser. 

F-LaPa, pousser, chasser. 

ûlfr (p. vulÎr, chassé), m. lonp; xtlxoç (p. vlupos) ; L. lupus, 
vulpes; h. golpe; Vf. goupil. 

A-LaPa, s'étendre, se fendre. — L. clavus, cHvus. 

kliûfti (klýf, klauf), fendre. V. chliofati. — Uyfidi , fendre. 
— klofna (kiofnaSa), se fendre. — klettr, m. rocher, pierre. 

G'LiFk,, saisir, pinc^, • 

gleipa (gleipti)» iévorer. -r- glepaa (moraure), f. sarûasme. 



LaTa, étendre, laisser, lâcher. » 

lâta (læt, lêt) , laisser (lâcher), dire. (Cf. ?^yoç de LaKA.) — 
latr, m. fatigué, paresseux. G.lats; V. laz; L. lentus. — r letia 
(lattî), fatiguer, dissuader, retenir. G. latjàn; V. lezan. — 
eltia (p. letia., fatiguer, poiissèr), poursuivre. — laeti (manifes- 
tations), pL n. 5fC5ié5> pa/Y)fej. — -litifl (^teödu, miface), m. 
petit. G. leitils; V. luzil; éAûç^vV — : litt. adv. peu. — land 
(étendu), n. endroit, pays. (Cf. locus de LaKa.) — lundr, m. 
forêt, bois. À. Lunden, Londres. (Cf. L. lucus de LuKa.) — 
lind (élancé), tilleul, bouclier. V. linta. Cf. exorw (sapin) de 
eAfltTof (élancé). 

LaDa, lâcher, dire, appeler. — r^; L. l^toi; (se lâcher). 
laSa (lôS), inviter. G. laJ>on; V. lâdon.— löS, f, invitation. 
LiDa, être lâché, se mouvoir. 

lîSa (leiS), aller, venir. G. lei)?an. — liS, n. troupe, bande. 
— liSr. m. membre. G. liþus; V. lid. — leiSa (leidda)» con- 
duire (supporter), souffrir. — leior, m. pénible, odieux. V. 
leid. — liotr, m. hideux. (Cf. Vf. laid.) 



448 GLOSSAIRE. 

LcDa, $ élever^ croître , brûler, — g^; G. liudan. 

-lySr et HoSr, m. peuple, nation, G. lau)>s (homme) ; V. liut, 
gens; Vf. leudes. — ? luSr, m. barque, hache. 

S-LaTa, atteindre , frapper, casser. — s[^t^ (lâcher).. 

slita (sleit), écraser, fendre. V. slizen. — shina (slitnaSa), 
rompre. 

LaSa, atteindre, prendre. — çî^ (atteindre, pouvoir). 

lær (p. lâsi, ^aí s'emboîte)^ n. fémur, cuisse. 

LuSa, être éloigné, séparé. — G. liusan. 

lauss, m. libre, exempt, privé. G. laus; V. iôs. — leyss, 
(leysta), délier, affranchir. — losna (losnaSa), devenir libre. 

JB-LaSa, répandre, souffler. -^ L. flare; G. blâsan. 

blasa (blés), souffler, sonner an instrument à vent. 

F-LaTa, répandre, aplatir. »— ^:; ^aotuV; L. latus; 
öSd, ïûSfi (se répandre, échapper), 
flet (étendu), n. ht; grabat. V. vlezL 

F-LiTa, lisse, poli, brillant. — jJT^; x/^m- 

Litr (couleur), m. nom de Dvergue. — lita (leit), regarder. 
— andlit, n. ^jisagé. G. andavleizns, V. antluzi. (Cf. G. 
vlits, vue; L. vultus, visage.) — undar (p. vluSur, regardé, 
admiré), n. miracle, merveille. G. vulþus; V. vuldar. — undar- 
samlig , adv. miraculeusement. 

B-LiDa, éblouir, confondre, mêler. — L. splendeo. 

blanda (blend, blendi) et bland (blandaSi), mêler. — 
' bland, n. mélcmge. — blandinn, m. mêlé, pétri. — bliSr (se- 
rein, réjoui), cloaor^ bienveillant.^ 

ÍT-LaTa, atteindre, prendre. 



L AVEC GUTTURALE. 449 

Uutr, m. pari, sort, lot 6. hlauts ; V. loz. — Uiôta (Haut)» 
avoir en partage. 

H-LiDa, être répanda, se fondre. — í^; xxu JW. 
hland, h. urine, (Cf. ^; L. lotium.) 



LaGa, étendre, lâcher. — çni^; \iya>; L. légère. 

lag (déposition), n. cessation, — lôg (statuts), n. his, 
décrets. (Cf. L. leges.) — leggr (étendu), m. jambe, cuisse. 
V. lagi. — liggîa (ligg, lag), être couché, être placé, — læ 
(p. lagi; L. insidiæ) f. emhuche, fraude, ruse. — leggia 
(lagSi), poser, faire cesser. — lögra, être couché, être bbtti. 
— langr (étendu), long. L. longus; G. laggs. — lengi, 
adv. longtemps. — lengr, adv. plus longtemps. — lengra, adv. 
loin. 

LaGa, répandre, dissoudre. — ^; htScû, kovo/jm; L. luere. 

laug, f. bain, baignoire, cuvette. — loge, m. fluide, mer; 
V. lagu; L. lacus. - — lôg, f. mer. — læ , là, f. humeur, sang. 

LiEa, être uni, égal, convenable. — G. leikan (trouver 
convenable). 

liki (égal, semblable), n. image, firme, corps, cadavre. G. 
leik; V. lîh. — likr, m. semblable. — slikr (p. svâlikr, solikr), 
m. semblable, tel. 

F-LaHa, plat, lisse, glissant. 

flâr (p. flahr, glissant, flattant)^ m. trompeur. (Cf. F. flatter; 
Is. flaSr.) 

JB-LaKa, étendre, aplatir. — ta*^; L. plaga (étendue). 

bekkr (p. blankr, planche)^ m. banc. 
J5-LuHa, être répanda, être liquide. — g; <p\vcù; L. fluo, 

blôS (liquide), n. sang. — blôSugr, m. sanglant. 

29 



450 GLOSSAIHE. 

M-LàKa, répandre, glisser. — iji^; eLfAÍhyuf\ L. malgere. 

miôlk, f. ImL (Cf. y\tLyoç\ L. lac, p. gsdac). — miôlka 
(miôlkaSaj.^^iire dn lait, traire, 

LaHa, lâcher. — î?i^; çpt^ (rendre lâche, honteux), 
injurier, G. laihan; V. lahan. 

last (p. lahst), n. injure, calomnie. V. lastar. 

LiHa, donner, prêter, — G. leihvan; V. lihan. 

liôni (p. lihvani), m. intercesseur; pi. liônar, hommes. 
LuKa, étendre sur, couvrir, fermer, -*xx«t/yâ>. 

lûka (lauk), fermer, payer. — laukr, m. herbe touffue; V. 
louh. (Cf. AA^fltroy; L. legumen.) 

LuGa, couvrir, cacher. — G. liugan, épouser, (Cf. L, au- 
bère. ) 

liûga (laug), mentir. V. liugan. — lýgi, f. mensonge. — 
laun (p. laugn), adv. secrètement. — leyna (leynda), cacher. 

LaKa, renfermer, embrasser. — çfn[[^; hÂynnç'^ ib. 

kâlkr (qui renferme Teau (^:), coupe)^ m. eaJice. 9)9T% : ; 
x^'au|; L. calix; V. cbelih; A. cælc. 

LaKa, lancer, sauter, — t?!^; xct^if (sauteur). 

leika (lêk), lancer, jouer, faire des armes. — leikinn, m. 
joué, enjoué. — lêtlr (p. lîhtr), m. léger, L. levis. — lêttari 
(plus léger), m. plus favorable» — likn (aJlégement), f. con- 
solation, 

F-LaKa, mouvement, marche, — 51^; L. valgo; V. wal- 
lon; F. aller; ^y, ^Sk (Cf. L. fuUo, volvo.) 

folk (L. agmen), n. armée, peuple, afti^ÇT; Wxj^of ; L. vul- 
gus;V. volh; F. foule. 



'L AVEC GUTTURALE. 451 

F-LwGa, mouvement, vol, fuite, -^ gn^ (p. vlug); ptvycù; 
L. fugio; G. |>liuhan; V. vluhan; sSfi. 

fliûga (flaug), voler, semoler. — flög, f. trait , flèche. (Cf. 
L. pluma.) — fleygia (fleygSi), lancer. 

B-LuGa, plier, courber. — ijg;^; 'wmxcù; L. plicare. 

hogi (courbé), in. arc. — baugr. m. anneau, hague. V, 
baug; It. bagua; F. bague. — armbaugr, m. bracelet. — bak 
(courbe), n. dos. V. bacho, buhil (colline); irayùç. 

S-LaGa, lâcher, atteindre , frapper. — SOT^; dihÍ6u\ nSlS^. 

slâ (slæ, slô), battre. — slakr, m. relâché. — sliâr (sîîôr, 
sliofr, slævurr), m. mou, lâche. (Cf. L. flaccus.) — slökva 
(slökti), éteindre. — slokna (sloknaSa), s'éteindre. ^— slêttr, 
alêtti, m. lisse, uni, sans ornement. V. sUiht; Al. schlicht. 
(Cf. râ xÎTflt.) 

JT-LaKa, battement, claquement, bruit. — Khot^co; L. clan- 
gere. 

klaka (klakaSa), faire du bruit. — blakka (hlakta) se dit 
des oiseaux de proie quand ils crient et battent des ailes. 

LuHa, être élevé, brillant, saillant. »— ^ g^ ; mvkoç; L. 
lux; ^m^ rvnh (briller), être beau. 

logi, m. flamme, feu. — liôri (p. liuhari), lucarne, fenêtre, 
— LoSur(p. lohSur), nom SAse. 

LuSa, être brillant, joyeux. — ^fî^; G. lustus. 

lios, m. lumière. — lýsa (lýsta), briller. 
LaH-Sa, briller, éblouir. — 9!^. 

lax (brillant]), m. saurnon- V* lahs. 

B-LiKa, briller. — ^ (voir)? <pxiycù; L. fulgere; Ju- 

29. 



452 GLOSSAIRE. 

Mâr (p. Iðakr], m. hlea, livide, noir. V. plâo; Vf. Uou. — 
Uâîon, m. hlea, noir, 

G-LaHa, briller, éclater. — K/ida, aaû>. 

glôa, briller, étinceler. Glôinn, m. nom de Dvergue. — 
glyaSr (p. glahaSr) et g^aSr, m. joyeux. V. klat. (Cf. ^.) — 
Gimlir (p. glihmir, splendeur), m. nom propre. — hlôS (p. 
glôhS, étincelant), n. pi. Atre, foyer, — HlôSyn, f. nom de 
la Vesta Scandinave. — HlôrrîSi (p. hlôSrîSi, se mouvant dans 
le feu), m. nom de Thâr. — hliôS (éclatant), n. son; attention. 

— HliôSôlfr (loup hurlant), nom de Dvergue. — Hlyn (p. 
hluhni, qui réjouit), f. nom de Frigg. 

THÈMES COMMENÇANT PAR LA NASALE N. 

aNa, ici-là, vers, contre, IL Voy. p. Sga. 

â- (p. an-), verst contre; ex. : <igânga (marcher contre). 
^; dvûL; G. ana; V. ana. — â (p, an), prép. vers, sur, à. — 
annarr (p. andarr, comparatif de an, plus éloigné, celui-là), 
m. Vautre, le second. a^TT^: {{'npoç-, L. alter); G. anþar; V. 
andar. — âSr (p. andr, plus que cela), avant que, jusqu'à ce 
que, ensuite. (Cf. isl. -endr; L. anterius.) «--^ ëSr ou êSa(p. 
êndr, plus que cela), mais (magis), ou. G. ai)>)>au; V. êddo. 

— â- (p. an-), exprime l'idée de longueur, grandeur, etc.; ex. : 
àmattkr (irèi-puissant). — inn, ënn, m. (in, f. it, n.), celui- 
là, lui. — en (cela), conj. mais. — einn, m. (ein, f. eitt, n.), 
un, seul, unique. G. ains; V. ein; îîç; L. cenus, unus. — 
ein, adv. seul. — eini, m. le premier. — einna, adv. princi- 
palement. 

iNa, intérieur, intensité. 

Í (p. in, vers l'intérieur) , frép. vers, en, dans. iV; L. in; G. 
ïn; V. in. — inn, adv. dans, y. — innar (p. indar, compa- 



N AVEC LABIALE. 453 

ratif de m), dans Vintérieur, dans le fond, (Cf. L. interîus.) 

— înnan, à l'intérieur, dedans. — hérinnî, là-dedans. — î- 
(p. in-), devant les substantifs, exprime l'idée de grandeur; 
ex. : îviSr (grand arbre). (Cf. â-.) 

Ni, descente, éloignement, négation, — fq-. 

ni, né, adv. pas, G. ni; V. ni, né, — ne, adv. non, ne 
pas. G. ne, nih; V. noh; L, nec. — niS (au-dessous de i*ho- 
rizon), n. absence de la lune. — NiSi, m. Dvergue qui préside 
au niS. — niSan, en bas, ici bas; V. niSar. — niSîar (qui 
descendent), plur. descendants. (Cf. WTr^: deapa.) — lang- 
niSiar (longues générations), plur. ancêtres. — uiS (rabais- 
sement), n. envie , colère ; G. neiþs. (Cf. Pj^lR; ml/h/jiau.) 

Nu, là! présent, actuel. 

nu, maintenant; déjà, vvy; L. nunc, nuper; G. nu; V. nu. 

— nyr (qui est d'à présent), m. nouveau. ^ö[i; noç; L. 
noYUs; G. njuja; V. nivu. — ny, n. nouvelle lune. — Nyi, 
m. Dvergue qui préside au ny. 

aNa, mouvement, vie; mouvement vers le but, fin, — îsft ; 
avcû. 

endi, m. fin. SRT:; G. andeis;V. anti. — ôndyt.vie, 
âme. (Cf. V. anado, anto, zèle, colère.) — âst (p. anst, incli^ 
nation), f. bonté. G. ansts; V. anst. — âstugr, m. bénin. 



NaMa, s'étendre vers, s'incliner, prendre. — qij^ ; vificû. 

nêma (nêm, nam), prendre, se prendre à. — nêma, prép. 
excepté, à moins que; V. nêma, 

NaBa , s'étendre vers, avancer, saillir. — oU ; ni. 

nef (qui saille), n. nez. (Cf. ^TtRt, moyeu, nombril; ofji- 
ÇfltAoV ; L. umbo , umbilicus ; Al. nabe , nabel. ) 
G-NaPa , avancer, saillir^ 



45& GLOSSAIRE. 

gnàpr, m« promontoire, cime de montagne. [Cf. gnop (proé- 
minence, nez); Al. knopf.] 

NaTa, tendre vers^ atteindre, entreprendre. — • ^y^; L. 
nitor. 

nennft (nenndi), être courageux. G. nan])j«n; V. nennen 
(8*appliquer). — Nanna (courageuse), f. nom propre. 

NuTa, prendre, jouir. — G. niutan; V. nîozan. 

niôta (nyt, naul), j'oair. — ^ nytr, m. utih, bienfaisant. 
NaSa, prendre, jouir. — G. gaoisan (guérir); V. nësan. 

ne»t, nesti, n. provision de voyage. V. wëgnest. 



NaHa, atteindre, joindre. -^7r^;L. nexus; G. ganah. 

nâl (p. nahtl, qui fait la suture), £ aiguille. G. né]»!»; V. 
naddi. — nâi (nâSa), atteindre. — nâr, m* proche. — nœstr 
(p. nahîstr), m. le plus proche. — næst. adv. tout près. 

NaKa, étendre, répandre, coucher.-^ risj^; L. necare. 

nâr (p. nahr, étendu), m. mort, cadavre, vîkvç; G. naus. — 
Nâri (causant la mort), m. nom propre. — nôtt (qui se ré- 
pand), f. nuit. G. nahts; ki/|; L. nox; f^(^ . — einnættr, m. 
âgé Îune nuit. 

NaHa, répandre, couler, nager. — ^qrr; v<kiv\ L. nare. 

naiSur, f. couleuvre , serpent de mer. G. nadr; V. natara; L. 
natrix. — nôr, nôi (p. nahi), m. navire, vase. HT; vaLvç\ L. 
navis. 

S-NaKa, remuer, tourner, tordre. — vivcù\\i. -duo; )fil. 

snûa (sny, sneri), tourner, remuer. G. snîwan. -^ sniallr 
(remuant), m. vif, prompt. Vf. isnelle. — snêmma, adv. de 
bonne heure. — snôtr (L. versutus), m. habile, prudent. 



N AVEC GUTTURALE. 455 

H-NaKa, plier, pencher. — piy; ^^ ; Al. genik. 

hnîga (hneig), s'incliner. G. hneïwan; V. hnikan. — hnûka 
(fanukti), te courber, se tapir. 

G-NaHa , piiVr, rompre. — fnj; ydw; L. genu; yi3. 

gData (gnataSa), s'entrechoquer. — gnya (gilySa), broyer, 
fracasser. — knya (knûSi), presser, forcer. 

if-NAGA, rompre, ronger, gratter. — xmluf, 

nögl (qui gratte), f. ongle, ?TW: ; L. unguis; oyv^. 



NaRa , répandre, couvrir, obscurcir. — vfipoç ( qui se répand). 
Non (couvert), m. nom de Dvergue. — Noir (obscur), m. 
nom du père de la nuit. — norSr (ténébreux), n. septentrion, 
nord. (Cf. ^o^oç; pfiV.) — norSr, adv. vers le nord, au nord. 
norSan , adv. du nord, au nord. — NorSri , m. Dvergue qui 
préside au nord. — NiórSr, m. nom propre. (Cf. N«p€uV) 

ONOMATOPÉES PROPREMENT DITES. 

Ku, Gu, mugir, hurler. — >oflú», /Swtû); nya. 

kyr, f. vache, ift; Ihcvç; L. bos; V. chua. — geyia (gey, gô), 
aboyer, hurler. 

uMa, bruire, mugir. 

Ymir, m. nom du géant qui est la personnification de la mer 
mugissante. — ymia (umda), bruire, mugir, gémir. 

SuSa* braire, mugir. 

sus, n. mer mugissante. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES MOTS ISLANDAIS EXPLIQUÉS DANS LE GLOSSAIRE. 



NOTA. — h, désigne le haut; m. le milieu et h. le bas de la page. 

A al^arr page 43o m. 

âl 446m. 

â • • . . «page 43o m. ala 4^6 m. 

â 452m. aldni. 446m. 

-a... 4a a m. aldregi 4agb. 

â-; 452m. âlfr 446b. 

â- 452 b. AUdaföSr. 4o8b. 

aSal 422 b. alldr 446 m. 

âSr 452 m. AlifoSr 4o8 b. 

æfi... •. ... ..•.. 4o8h. allr 446m. 

æi • 4o8 fa. alisvinDÍ 4i4 h- 



« 43o m. and- 422 m. 

ætt. » 43oh. andfang 4i4b. 

æva 4o8h. andlit 448b. 

ævi 4o8 h. andskoti 433 b. 

af 407 h. andsvar 4i8 m. 

af- 407 h. ângan 43o h, 

afa 407 h. annarr 452 m. 

afi 4o8fa. âr 438m. 

afl 4o8h. ârdaga(î).. 427h. 

afl 43o h. argr 443 m. 

afrâS 44o b. ari 438 m. 



407 h. annbaugr 45i b. 

aftari 407 h. armr 438 b. 

aka 43o m. ârôs 423 m. 



TABLE DES »ÍOTS ISLANDAIS. 457 



as page á^i&h. 

askr A!i4h. 

ast 453 b. 

âstugr 453 b. 

âsynia 4a4 h. 

at 4aam. 

âtt 43oh. 

âtta 4aah. 

âttî 4aah. 

auS 433 b. 

auSigr 4a3 b. 

auga 43o m. 

aur 4a3m. 

aurugr < . . 4a3 m. 

ausa 4a3m. 

ausin 433 m. 

austann 433 m. 

austr * 4a3 m. 

B 

baSir 4o8m. 

baSmr 417 m. 

Bafbr 409 b. 

•bak 45ih 

bâl 419b. 

baldni 419 m. 

Baldur 419 m. 

ballr 419 m. 

baUrîSi 44ob. 

band 4iob. 

bani 430 b. 

barn 4171x1. 



batna. 
baugr 
beSr . 
bein.. , 
bekkr. 
Beli... 
bêra . 



4ii b. 

45ih- 

4i3h. 

430 b. 

449b. 

419™- 

417 m. 

bërg 444h* 

bei^a 444 b. 

Bergehnir ........ 433 h. 

berîa 417 m. 

betri 4iib. 

Beyg^ir. 417 b» 

beztr 4ii b. 

biarg 444 h. 

biartr $ 443 b. 

biSa 4i3 m. 

biSia 4i3 va. 

Bifor 409 b. 

biôSr 4i3 m. 

biôr 409 h. 

biuSa 4i3 m. 

blâinn 453 h. 

bland 448 b. 

blanda 448 b. 

Uandinn 448 m. 

blâr 453 b. 

blasa 448 m. 

bliSr 448 m. 

HôS 449b. 

bIôSugr 449 b. 

bôl 419 b. 

bœta 4 1 1 b. 



«58 



TABLE 



bogi àbi h. 

borS &4i b. 

borSveggr 4i i m. 

borg ààà h. 

bûrinn *- 417 m- 

bôt Aiib. 

irâSr A4ih. 

Bragi 443 m. 

brauL 44i m- 

brënna 439 m. 

brenna 439 m. 

Brimir 439 m. 

briôta 44i m* 

brôSir 417111. 

brotinn 44i m- 

brolna 44i m. 

Branî 439 m. 

bûa 4iO h. 

bùinn 4io h. 

Buri 4ioh. 

Burr 417 m. 

bjg^a 4ioh. 

bjiia 409 m. 

D 

dâS 423b. 

dagr 4^7 h. 

dair. 4a8m. 

deigîa 436 m. 

deila 4218 m. 

(kUingr 4^7 h. 

déyia 4!i6b. 



dinuni, dimmr .... 4^5 h. 

dôgg •• 4a6m. 

dœtna 4a3b. 

Dolg]^rasir 445 m- 

dômr 4a3b. 

dôttir 4a6b. 

draga 445 L 

drâiffl 445 h. 

Dfaupnir 44o m. 

dteki 445 b. 

drékka. 445 h. 

drêpa 44o m. 

dreyri 44i b. 

drit 44i hé 

dritínn 44i b. 

driûpa. • 44o m. 

dropié 44o m. 

drôtt 445 h. 

drygia 445 h. 

drykkr 445 h. 

duga. 4a6b. 

dvergr 4i8h. 

dyggr 4a6 b. 

dyr 4i8h. 

dyr 428 h. 

E 

éSa, èHSr 453 m. 

ëf 4o8b. 

eftir 407 m. 

eiSr.. 4^3 b. 

eiga 43o b. 



DES MOTS ISLANDAIS. 



459 



•igi U^gh, 

eign à^o b. 

eimi« eimr ..••••• 4^3 b. 
einheadr . . •...«<• 43â m. 
•inberi ^ «..«.••. • 435 m. 

eini. ,k 45a b. 

einn •....•• 452 b. 

einna * 45a b. 

einnsetkr * ; . 454 b. 

eitar , 4a3b. 

êk 4^9 b. 

ekki.. «••..•.«. ,• 43g b. 

eflifti 446 b. 

ellifu 446 b. 

dtia « . . « 447 m. 

êfi 45a b. 

endi »... 453 m. 

ênn ..•...<««/«.. 45à h 

eptîr «••«.. 4 407 m* 

êr. 4 4aa th, 

êr « • . 4a 1 b. 

ey 407 b. 

eyra « 4a3 m* 

eyra^run «... 438 b. 



4i4b. 

4o8b. 

4i4b. 

4aoh. 

fana 4ao m. 

far 417 h. 



fâ . . . . 
faSir . . 
fagurr. 
falla... 



fara..« 417 h. 

farai 417 h^ 

fax 4i6iD. 

fè. . r. 4i4ni. 

fegri.é 4i4b. 

feigr * é • 4i6b. 

fêla .*« 419 od« 

fdia,Mia 4aoh. 

fen 4ao m. 

fengînn 4i4 b. 

Fenrir 4ao m. 

feflta 4i 1 m. 

festi 4i 1 m* 

fet.. • .; • . . 4iob^ 

ûall.* 419 m. 

fiarri . • . • 4i 6 b. 

iifl 409 b. 

Fili ••••• 41901. 

fimbul^ 409 b. 

fimbulvêtr 4i6b. 

ûmm 4i4b. 

fimti 4i4b. 

fingr. 4i4b. 

iinna, fínnast 4i3 b« 

Finnr.. ..• 4i4h. 

fiôSur 4ioiKi. 

fiôUd 419 m. 

Fiôlnir 419 m. 

fíör 444 m* 

Fiorgyn 444 h. 

Fiörgynn • . 444 h. 

fiôrjîi 4a a h. 

iiôrir 4aa h. 



&60 



TABLE 



fin* ái6b. 

firrast Ai6b. 

fintr «... Ai6b. 

fiskr . • ÍOQ m* 

flâr 449 b. 

fleira * 4191x1« 

fleiri Ai9m* 

Bet 448 m. 

fleygia 45i h. 

fliuga 45ih. 

flôg .•• 45 1 h. 

fœSa 409 h. 

föSr 4o8b. 

for. •• 417 m. 

fœra 417 m. 

fold 419 m» 

folginn 419 m. 

fôlk 45ob. 

fôlkvîg. 4i5b. 

for 4i6b. 

fordæSa 433 b. 

forSom 4i6b. 

fomn 4i 7 h. 

fors 444 b. 

forvitni 4i3 b. 

fôtr '. ... 4iob. 

ira 4i6m. 

frâ. 4i6b. 

fram.... 417 b. 

framar 417b. 

framgengînn 43o h. 

frami 417 b. 

framr 417 b. 



frata 44i m^ 

fregn • 444 m. 

fregna 444 m. 

freista 417 h. 

Freld 444ni. 

frekr 444 m. 

fremstr 417 b. 

Freyia... 444m. 

Freyr 444 m. 

fil 444 m. 

irîa 444 m. 

Fri^ 444 m. 

fi-ôSgéftaSr 433 b. 

fi'ôft,fi'ôSr.. 44ib. 

fitsSa • 44i m. 

fi*œddr 44i m. 

Frœgr 444 m. 

fuUgiörva • .' 436 b. 

fullr 419 m. 

Fundinn 4i4 b. 

fyila 419 m. 

fyrir 4i6b. 

fyrst 4i6b. 

fyrstr 4 16 b. 



gaetast 433 h. 

GaglviSr 4i 1 b. 

gala 437 m. 

galdi 437 m. 

gamall 43a b. 

gaman.... 43a L 



DES MOTS ISLANDAIS. 



461 



gamli. , 
gan... 
gandi. . 
gandr , 
gânga, 



43a h. 
43a b. 
43a b. 
43a b. 
43oh. 



Gângrâ& ; . 44o b. 

gap 43i m. 

garSr 436 h. 

garmr 43g m. 

garn 436 m. 

gëS 433 h. 

gëfa 43ih. 

Gefion 43i h. 

geipa 43im. 

geir 436 b. 

GeirsköguD 434 b. 

gestr 433 h. 

gëta 433 h. 

gêta 433 h. 

geyia 455 b. 

geysa 434 h. 

gialda 437 m. 

gîam 436 h. 

gifur 43i m. 

gilda 437 m. 

gildi 437 m. 

gîna 438 h. 

gînQÙngr 438 h. 

giöH 437 m. 

giöra 436 h. 

giöila 436 h. 

Giôiiiga.. 436 h. 

giorr 436 h. 



giôrva 436 h. 

gisl 433 h. 

gisKng 433 h. 

glaSr 45a h. 

gleipa 447 m. 

glepsa 447 m. 

glôa 45a h. 

Glôînn 45a h. 

glyaSr 45a h. 

gnata 455 h. 

gnûpr 454 h. 

gnya 454h. 

goS 433 h. 

gôSr 43a b. 

GônduU 43a b. 

goti 433 b. 

græta 44a h. 

gràmr 439 m. 

gras. 445 b. 

grâta 44a h. 

gremi 439 m. 

gremia 439 m. 

gniS '. 44a m. 

grind 44a m. 

griot 44a m. 

grôa 445 b. 

grœnn, grôinn. . . . 445 b. 

grund 44a m. 

guSr 43a b. 

gufl 435 m. 

gullinn 435 m. 

guUveig 4i5 b. 

gumar 43a m. 



M2 



TABLE 



gumnvr 43d m. 

gunnr á3a b. 

Gygr UUh. 

Gjmir ilSam. 

H 

hâ- 43& m, 

hœtu 433 m* 

b«Ur 433 m. 

haf 43ih. 

hafc...: 43ih. 

haft A3ib. 

haftband 4io b. 

hagr 434 m. 

halda 437 m. 

hali 437 b. 

halir 437 h, 

hâls 437 h, 

hamarr 43a h. 

hamr 43i b. 

handski, handskôr. . 435 h. 

hani 438 m» 

hann.. 43911)« 

hapt 43i b, 

bar 435 m. 

hâr , 434m. 

barbaSmr 4io b. 

barSr 435 b, 

barmr 43g m* 

harpa 436 m. 

hart 435 b. 

bâu 434b. 



baugr i 434 m. 

bêSan 439», 

befia , 43i b. 

hefna , 43i m, 

hefad. .,.,,.,.., 43i m. 

heiSr 434b. 

beilagr 437 ir. 

beiU ; 437 h. 

beimr 43i b. 

Heim)»allr 4a8 b, 

beîta 433 m, 

bel . , 437 b. 

heUdri 437 b. 

bdlrtr 437 b. 

Iiôr 42910. 

ber. , 435m. 

berft.. 435 b. 

Herfôl^ur 409 h. 

beri 435 m. 

Heria&Sir 409b. 

Herian 435 m. 

hérinoi 453 b. 

hestr 449 m. 

bðyra 4a3 m. 

biarta 435 b. 

HUdur 437 b. 

biminp 43i b. 



binn. . 
binnig . 
bíörS. . 
biörr . . 
birSir . 



4a9 m. 

4i5b. 

435b. 

435b. 

435 b. 

biti 433 m. 



DES MOTS ISLANDAIS. 



463 



hitt 4agm. 

hlakka á5i m. 

hland 4^9 h. 

hliôS 452 h. 

HliôSôlfr 45a m. 

hliôta 449 h. 

hlôS 45a h. 

HlôSya 45a h. 

HlôrrîSi 45a h. 

hlutr, 449 h. 

Hlýn 45a m. 

hnîga 455 h. 

hnûka 455 fa. 

hôfuS 43 1 m. 

hœgrî , 434 m. 

hoggva 435 fa. 

holdr 437 h. 

hóU, hóUr 437 h. 

hönd w 43a m. 

Hœnir, 438 m. 

hôrgr 435 m. 

hôf 43i m; 

hold. 437 h. 

hoUr 437 h. 

holt 437 h. 

bon... 429 m. 

korfómr 4a3b. 

horfa 436 m. 

hom 435 b. 

hôiT • 435 m. 

bræ 439 b. 

bræi$a9t. 44a m. 

bræsvelgr 4ao h. 



hrata 44a m. 

hrim 439 m. 

Hrimfaxi 4i6 m. 

Hrîm]>urs 445 m. 

bringr. . 446 b. 

brôSr 44a b. 

brôSugr 442 b. 

HróSursvitnir 4i3 m. 

brôp 439 b. 

HroptP 439 b. 

bros 44a m. 

bryggr 446 h. 

bryggp. 446 b. 

bugr 434 m. 

bun 429 m. 

bungr 434 m. 

bundmergîr 4i4 n). 

bundraS 432 m 

bvaSaa 429 m. 

byar 4291x1. 

bvârr 429 m. 

bvars. . — 429 m. 

bvari 429 b. 

bvatr 43o b. 

bvé 42910. 

bvêrfa 436 m. 

byerfa.. 436 m. 

bvergi 429 b. 

bverr 429 m. 

bveriu 422 m. 

bvetia 43o b. 

bvî 429 m. 

bviti, bvitr ....... 43o b. 



464 



TABLE 



hylia. . 
Hymir. 



437 h. 

&32h. 



I 



î 45a b. 

î. 453 h. 

iaSarr 4^3 m. 

iafii 4o8 m. 

iam 4a4 m. 

lamviSr 4i 1 h. 

ils 4a 1 m. 

iS 4a2k 

iSiar 4aa b. 

ffla 4o8h. 

îHr 4o8h. 

in 45a b. 

inn] 45a b. 

innan 453 h. 

innar 45a b. 

iôrK 438 b. 

iôrmun 438 b. 

iötunn 4a3 h. 

ioU 434h. 

iôr. 43om. 

îora 438 m. 

Î8 4a4h. 

it 45a b. 

it 4a 1 m. 

it 4aa h. 

îtar-, itr- 4a3 m. 

îviSr 4ii h. 



kaldr 437 m. 

kalkr 45o m. 

kalla 437 m. 

kallaSr 437 m. 

kambr 44o h. 

kaup 43o b. 

kaupa 43o b. 

kemba 44o h. 

ketill 432 m. 

kiaflr, kiaptr 44o h. 

kind 438h. 

kiôli 437 m. 

kiósa 434m. 

kippîst 44o h. 

klaka 45i m. 

kletlr 447 h. 

kUàfa 447 h. 

klofna 447 h. 

klyfia 447 h. 

knâ 437 m. 

knya 455 h. 

kôi^n 436 b. 

koma. 43i b. 

kona 438 h. 

kosta 434 m» 

kostr 434 m. 

kraka 446 h. 

kuQua 437 b. 

kûra 434 m. 

kvan, kvæn 438 h. 

kvêSa 4iain. 



DES MOTS ISLANDAIS. 465 

kveSia Aia m. leiSa 44^ b. 

kvén 438 h. leiSr 447 b. 

kvërn 436 b. leika 45ob. 

kviSr 4ia m. leikinn 45o b. 

kviSinn 4i2 m. lemia 44^ h. 

kvon 438h. lengi 449111. 

kynda 438 m. lengr 44g m. 

kyr 455 b. lengra 449 



m. 



kyrr 434 m. letia 44^ m. 

kyrra 434 m. lêttari 45o b. 

lêttr 45ob. 

L %fa 446b. 

leyfi 446 b. 

la 449 h. leyna 45o b. 

^ 449 b. leyss 448 m. 

laSa 447 b. liS 44.7 b. 

lœ 449 h. lîSa 447 b. 

1» 449 m. liSr 44.7 b. 

l«fi 446b. m 446b. 

lœr ' 448 h, Kfa 446 b. 

l®ti 447 m. Ufþrasir 445 b. 

lœvîsi 4i3b. Hggia 449 h. 

last 45o b. lîki 449 m. 

lâta 447 m. likr 44g m. 

latr 447 m. lîkn 45ob. 

Laufey 407 b. lind 44^ b. 

laug 449 m. lioSr 448 h. 

laukr 45o m. Hôni 45o h. 

laun 45o m. Jiôri 45 1 b. 

lauss 448 m. lios 45 1 b. 

lax 45i b. liôtr . . 447 b. 

leggia 449111. lita 448 b. 

leggr 449 h. litiH 44^ m. 

3o 



466 



TABLE 



Lilr 448 b. 

litt 447 m. 

liûga 45o m. 

LôSur 45i b. 

iöS 447 b. 

lög 449 h. 

lôg 449 m. 

lógr 449 m. 

lögra 449 m. 

lof 446b. 

lofa 446 b. 

logi 45ib. 

losna 448 m. 

luSr 448 h. 

lûka 45o m. 

lundr 447 m. 

lySr 448 h. 

lygi / . 45o m. 

lysa 45i b. 

M 

maSr 4a 1 m. 

mækir 4i5h. 

mada 409 m. 

mær 4i5 h. 

mærr 4i5 h. 

mætstr 4i5 m. 

mal 409 m. 

mâlugr 409 m. 

mangi 429 b. 

mânî 409 m. 

manar 4a i m. 



mar 

margr. . . t 

marr 

matr 

mâttr 

mâttkr 

mëS 

mèSal 

mêSan 

mëSr 

mega. 

megîn 

meginligr 

meiSr 

mein 

meÍDsvarí, meinsvarr 

meir 

meirî 

mel 

men 

mergr 

mey 

miSgarSr. . ^ 

miga 

mîk 



minn. . 
minna. 



minni 

miôSr 

MiöSvitnir. . 
miög, miök. 

miölk 

miölnir .... 



4i8b. 

4i5m. 

444 b. 

4ia b. 

4i5m. 

4i5m. 

4iab. 

4i3h. 

4i3h. 

4i2 b. 

4i5m. 

4i5m. 

4i5m. 

Aiih. 

4ai m. 

4i8m. 

4i5h. 

4i5h. 

4i9h. 

4ai m 

443 b. 
4i5b. 
436 h. 

444 b. 
4o8in. 
4o8in. 
4ai m. 
4ai m. 
4iab. 
4i3ni. 
4i5m. 
45oh. 
419b. 



DES MOTS ISLANDAIS. 



467 



miôtviSr . 

miôlka 

mior 

mistill 

Môft 

môSir 

môSr 

mögr 

Môgl^rasir 

mold 

mon 

morS.. 

morgin , morgunn . 

muna 

mund 

mundil 

mundr 

muspiH 



Ail h. 
45oh. 
4i8b. 
ail h. 
Ai5h. 
áogh. 
4i3h. 
4i5h. 
M5m. 
419 h. 
4a 1 m. 
4i8b. 
443 b. 
431 h. 
4ia b. 
4ia b. 
4ia b. 
4aom. 



N 



DâSur 454 m. 

næst 454 m. 

næstr 454 m. 

nafn 438 h. 

nâi 454 m. 

nakkvar. 4^9 m. 

nâl 454 m. 

Nanoa 454 b. 

nâr 454 m. 

nâri 454 m. 

ne 453 h. 

ne 453 b, 



nef 453b. 

neff^ 4o8 b* 

néma 453 b. 

nenna 454 b. 

nest, nesti 454 m. 

ni 453 h. 

niS 453 h. 

niS 453 m. 

niSan 453 b* 

Ni» 453 h. 

NiShôggr. 453 b. 

niSiar 453 h. 

NiorSr 455 m. 

Dióta 454 m. 

nlu 43a b. 

niundi 43a k 

nögl 455 h. 

Nörr 455 m. 

nôi, nôr 454b. 

norSan < . . 454 m. 

norSr 455 m. 

NorSïi 455 m. 

nôtt 454 m. 

nu 453 m. 

ny 453 m. 

Nyi... , ... 453m. 

nyr 453 m. 

nýfcr 454 m. 



o 



6- 

ôauSigr. 



4aob. 
4a3h. 



3o. 



&68 



TABLE 



OSiDn 4io m. 

ôSr. áiom. 

Ó- . « 4aob. 

œSi Aiom. 

ôSli 4a3h. 

ôflugr 4o8 h. 

ôfund áa 1 h. 

ôÉttr 407 m. 

œgir... 43oh. 

ôl 446 m. 

ôld 446 m. 

olmâl 409 m. 

ôin 446 m. 

ôlr 446 m, 

ond j 453 h, 

œpi 409 b. 

or 4^3 m. 

Orgelmir 432 h. 

örn 438 m. 

örr 4^3 m. 

ôrviti 4i3 m. 

of 407 m. 

of- 407 m. 

ofan 407 m. 

ofdryUda 445 h. 

ofr, ofiir 407 m. 

ofrmælgi 409 m. 

ôgôSr 432 b. 

ok 429 m. 

okkar. . . . , 429 m. 

ókviSiDD 4i2 m. 

ôkynian 438 b. 

ôp 409 b. 



opinn , 



or . . . 
or. . . 
orS. . 
onnr. 
ôrof.. 



407 b. 

407 b. 

4o8b. 

423 m. 

44ih. 

436 m. 

439b. 

ôs 423 m. 

ôsâinn 424 m. 

ôsk 42 1 h. 



penîngr 4i 1 b. 

R 

râS 44ob. 

rêuSa. 44o b. 

râfeviSr 4i4 h. 

ragr 443 m. 

rammr . 438 b. 

rauSr 443 m. 

raun 438 b. 

regin :...... 443 h. 

rêgin, rêgn 444b. 

reiSgoti ;..... 433 m. 

reiSr 442 m. 

reiss . . . . , 442 b. 

rëka 443 h. 

rênna 439 b. 

reyna 438 b. 

rêttr 442 b. 



DES MOTS ISLANDAIS. 



469 



rîSa tiko b. 

rîf 439 b. 

rîfa 439 b. 

riki, rîkr 443 h. 

riôSa 443 m. 

risa 44a b. 

risna, risni 442 b. 

riûfa 439 m. 

riûka 443 m. 

rô. 443m. 

rœgîa 443 b. 

rök 443 h. 

rôkr, rökur 443 m. 

rôst 449 b. 

rog 443 b. 

rômr 438 b. 

rôr . ^ 443 m. 

rûn 438b. 

rySa 443 m. 



sa 4aa b. 

sa 424 m. 

Sæbrimnir 439 m. 

sæll 428 m. 

sælligr 428 m. 

sær 424 m. 

saga 427 m. 

sakast 426 m. 

sab* 428 m. 

samaD 422 m. 

Samsey 407 b. 



sandr 425 m. 

sanm*. . . . 424 b. 

sâr ; . . . 4i8m. 

sâryrSi.. . 44 1 b. 

sâttr 426 b. 

sam- 4i8m. 

seSia 425 m. 

sêfi '. 425 h. 

segia. 427 m. 

seiSr 425b. 

selia 428 m. 

sem 422 m. 

semia 424 b. 

senda 425 m. 

sendtr 4^5 m. 

senna 425 m. 

sêss 425 m. 

sëtr 425 b. 

sîâ 427 m. 

sîâldan . , 428 m. 

siâlfgi 429 b. 

siâlfr 446b. 

sîS 425 m. 

sîSa 425m. 

sîSan 425 m. 

sîSar 425'm. 

sîSast 425 m. 

sîSr 425 b. 

sîSst 42 5 b. 

sif 425 b. 

sig 425 b. 

sîga 425 b. 

SigfaSir 409 b. 



470 

•igU... 

sigur. . 
Sigyn. 
sinka . . 
sinn . . 
sinn . . 
f inni . . 
siö . . . . 
siôndi . 
siôttî.. 

siôr 

»iôt. .^. 
SkaKL . . 
skal... 
skâlfa.. 
skâlm . 
skápa. . 
skaipr. 
skegg.. 
skeggia 
skekia . . 
skenkia . 
skepia. . 
skiarr . . 
skiS.... 
skin. . . . 
skîna . . . 
Skinfaxi 
skiôta. . , 
skiôtr. . 
skira . . , 
skirr . . . 
Skögull . 



TABLE 

4aá m. sköp 43 1 b. 

4a5b. skôgr..., á3Ab. 

425b. skôr 435b. 

425 b. skot..; 433 b. 

4^3 m. slá 45 1 m. 

4a5 m. slœvurr 4^i m. 

4^5 m. slakr 45i m. 

4a2 h. sléttr 45 1 m. 

423 fa. sliâr 45 1 m. 

429 b. slikr 449 m. 

424m. slîu 448 b. 

425m. slitna... 44Bh. 

433 m. slôkna â5i m. 

437 b. slól(ya 45i m. 

437 b. smærri 4i5 m. 

437 b. smærstr. . ; 4i5 m. 

43 ib. smâr 4i5m. 

43g b. smiSa 4i3 h. 

434 b. smiSr 4i3 h. 

434 b. snapvîs 4i3 b. 

435 b. snêmina 454 b. 

435 m. sniaUr 454 b. 

43ib. snôtr 454b. 

436 b. snûa 454 b. 

433 in. sök 426 m. 

438 m. sœkia 426 m. 

438 m. sokvast 4a5 b. 

4i6 m. sœri 4i8 m. 

433b. Sol 424m. 

433 b. sonr 424 m. 

436b. sortna.. ....'... . 4i8m. 

436b. sôt 4i4m. 

434 b. spâ 4i4 b. 



DES MOTS ISLANDAIS. 



471 



sfê3sr% aiÂb. 

spâUigr áiAk. 

speki ái4b. 

spiall 4ao m. 

spialla 4^0 m. 

spilla 4ao m. 

spor . 4iBm. 

spoma di8 m. 

spyria 4i8 m. 

staSr ! 4a4h. 

stafr 4^4 b. 

standa 4a4 h- 

i 

standandi 4^4 h. 

stêkkva 427 m. 

steypa 434 b. 

stiga , 4^7 m. 

Btiöma. 4^7 b. 

8loS 4a4h. 

stökkya 427 b. 

stôlr. 428b. 

strâ 427 b. 

straumr 4^7 b. 

strond 4^7 b. 

stySîa 4^4 h. 

slyra 4a4h. 

styri 4^4 h. 

su 423 m. 

suSr 4i4in. 

SuSri . . 4i4ni. 

sûga 4a6 h. 

sumar 4a4 m. 

gumbl 434 b. 

sunnan 4i4iii. 



sas 455 b. 

syna, synast 437 m. 

systr 4ia b. 

systrûngr 4i3 b. 

syâ 433 m. 

frvair 430 h. 

syartr 4i8 m. 

SvasuSr.' 4i3 fa. 

sveinn 434 m. 

sveiti 4i4m. 

svêlga 43oh. 

svêlta, svêltast 43 o m. 

svërSr 4i8 m. 

sviSr, svinnr 4i4 b. 

svigr 4i6 h. 

svórS, svörSr 4 18 m. 



taka 436111. 

tâl 438 b. 

tefla 434 m. 

tein 439 h. 

teitr 435 b. 

telia 438 h. 

tîS 435b. 

tiSr mik 435 b. 

ta. ,.. 438b. 

tilt 438 h. 

timbra 434 b. 

tîu 433 m. 

tiugari 436 m. 

tiundi 433 m. 



472 



TABLE 



tivor 4a4b. 

tôfl à^im, 

tôDg 4^29 h. 

tôl Aa8m. 

tolf 446b. 

tôlfti 446b. 

tomt, iopt. 4a4 b. 

trê 445 m. 

troSa 44i b.. 

troll 44 1 b. 

trog 445 m. 

tûn 429 b. 

imigl 4^7 b. 

Tyr 4a4m. 



]>â 4^1 m. 

^eíSan 4^ 1 b. 

}>agDa 4a6b. 

I^ak 426 b. 

]>akkir 4^7 m. 

}>aktr 426 h. 

}iar 4a 1 b. 

jiarfr 44om. 

)iarmr 44o m. 

}>ars 4a 1 b. 

]>at 4a 1 m. 

]>au 4a 1 b. 

]>êgar 4a 1 b. 

)iegia 4a6h. 

]>eigi 4a9b. 

J>eir 4a 1 b. 



}»ekia 4a6h. 

J>êr 4a 1 b. 

^erra. 445 m. 

}>êssi 4a 1 b. 

}»ÍDg 4a 7 h. 

}»inn 4a 1 b. 

]>inurr 4a8 b. 

)>iôS 4a6 b. 

}»iÓDU8ta 4a6 b. 

>ô 4aib. 

]kbt 4ai b. 

)iôênn 42 1 b. 

>oflr 4a8b. 

>ôr 428 b. 

]>orp 44o m. 

}>ôtt 4aib.' 

I^râ 445 m. 

j^rauBgr 445 m. 

)>riSi 4aa b. 

>rifa 44oh. 

]^rîr 4aa h. 

I^risvar 4aa h. 

}»rot 44i b. 

|>rûSgelmir ....... 43a h. 

]>runginD 445 m. 

)>û 4a ib. 

>ulr 438 h. 

]>umall , . . . 4a5b. 

]7umlûngr 4a5 b. 

]>urfa 44o m. 

]>urfi , , é 44o m. 

]nirs 445 m. 

]fyi :. 4aib. 



DES MOTS ISLANDAIS. 



475 



]?vîat 421 b. 

]>veginn 4i6 h. 

)>YÔ 4i6h. 

>ý 4a6b. 

I^ykia 4^7 m. 

}7ynna 4i8h. 

I^yrstr 445 m. 

u 

ûlfr., 447 h. 

UlfsfaSir . .-. 4og h. 

um 407 b. 

una 4^1 h. 

und 42a b. 

undar 4aa b. 

undar 448 b. 

undarsamlîg 448 b. 

undir 42a b. 

undorn 4a8 h. 

unn 423 b. 

unz 422 b. 

upphimin 407 m. 

ur 423 m. 

UrSr 4ii b. 

ûsialdan 428 m. 

ûtan 423 m. 

ûti 423 m. 



va. . . 420b. 

vaSa 4ioin. 



vœngr 4i5b. 

vætt 4i6in. 

vættugi 4i6 m. 

Vaf)>rûSnir 44i b. 

vágr 4i5b. 

vaka 4i6h. 

vala 419 h. 

Vali 419 b. 

ValfaSir: 409 h. 

Valkyria 434 m. 

valida 420 h. 

valldi, valldr 419 b. 

valr 419 b. 

valyndr 4i6 m. 

vamm 4io b. 

vângr 4i5 m. 

vanr 420 b. 

vanrèttr 442 b. 

vâpn 409 b. 

vara 417 b. 

varSa 417 b. 

yarr 417 b. 

vaxa 4i6fa. 

vê 4i6m. 

veS 4iob. 

veSia 4ii h. 

vêSr 4i6 m. 

vêga 4i5b. 

vëgr 4i5b. 

veiSa 4i 1 m. 

veiSr 4ii m. 

veigr 4i5b. 

veita 4i3 m. 



474 TABLE DES MOTS ISLANDAIS. 



veita 4i3b. 

veitsla 4i3b. 

velda Ài6h. 

vêl Aigh. 

velia 41,9 b* 

vâspâ 4i4b. 

veor 417 b. 

vër 4ii m- 

v6ra.# : 4ii m. 

YériSa 44o b. 

VerSandi 44o b. 

veria* 417 b* 

vërri 444 b, 

vérstr 444 b. 

vêsall 4a8 m. 

Vestri 4ii b* 

viS 4iob. 

viS 4oS b. 

YÍ& 4ii h» 

vîSr 4i3m. 

vîg 4i6b. 

YÍgböDd 4io b« 

Vili 419b. 

vilia 419 b, 

vinda 4ii h. 

vindr 4i6 m. 

Vindsirab*. 4ao h. 

vinna 4ii h. 



vinnr 4ao b. 

vî» 4i3b. 

vit 4o8b. 

vita 4i3iii. 

vite. 4i3b 

vitia 4i3b. 

Vitnir 4i3m. 

YÎtr 4i3 m. 

vîtr 4i3 m. 

vîll 4i3m. 

vo • . . 4aob« 

vôU Ai8h. 

Yöllr 4iSh, 

völva •. . . . 419 h. 

vômin 4ioh. 

vCeno «... 4a 1 h. 

vôrSr 417 b» 

von 4ao b. 



y5r 42 1 b. 

yfir 407 b. 

YggSrâsiH A45L 

ykkr 429 m. 

ymia 455 b. 

Ymir, 455 b. 

yndi 4a 1 h. 

yppa 407 b. 



FIN. 



ERRATA. 



Page 97, villiahmr, lisez vilhialmr. 

i35 (ligne là d*en bas) effacez le point et virgule, 

186 (vers 7) îvidi, lisez iy\%\, 

Id, (vers8) nêdan, lù^;:: nêSan. 

Id, (vers 1 1 ) iörd , lisez iörS. 

. 194 (vers 93) i)â, lisez þu. 

a 00 (vers 177) iôrd, lisez iôrS. 

209 (ligne 1) retrouvèrent, lisez retrouveront. 

3 18 (ligne i3] orna, lisez koma. 

322 (ligne 7 d'en bas) pögnoSo, lisez }>ögnoSo. 

36o (ligne 7 d'en bas), du, lisez de. 

383 (ligne 5 d'en bas) et de même que, lisez : et, de 

même que. 

392 (ligne 11 d'en bas) R, lisez N, 



RETURN 

TQ ^^ 

PERIOD 

HOWE USE 



CSCULATION DEPARTMENT 

ynoAAninLibrory, 



4 




1 



DUiO^ÂMPlÔBgpW 




n M/7R BERKELEY, CA 94720 

FORMNO.DD6,60m, n/78 




CD0700M010 



JW323361 




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^uí*^ 



4^ >^^. 



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