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Full text of "Poésies militaires de l'antiquité, ou Callinus et Tyrtée: texte grec, traduction polyglotte ..."

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POÉSIES MILITAIRES 



DB 



L'ANTIQUITÉ. 



» 

I.* ► 



TYPOGRAPHIE D'ADOLPHE WAHLEN, 

IBMIIHEIIR-UBIIAIftE DB LA OOVH, A BBUnUBS. 



POÉSIES MILITAIRES 

DE L'ANTIQUITÉ , 

ÇALLINUS ET TYRTÉE, 

TEITE GREC, TRADUCTION POLYGLOTTE, 
PHOLicOAIÈNES ET COftIHEHTAIRES ; 

PAR A. BARON, 

DOCTEl'D t» LirmU ni L'iCiDiaiE BI »■■«, 
inclin BÉPÉTITEDR DE SUC i l'^COLE , IIOIHILE Dt FRAIICE , 
PIÉTEt DES inpEl ET PR0FE9SEDR DE HMÉTOnigUE 1 L'ttatutt DE ■■ 

taoreuEUR de LiTTiniTiJHE 1 l'hhicersité lime be mlciqui 




BRUXELLES, 

J. p. MELINE, LIBRAIRE-ÉDITEUR. 



Oc^ji, 






î'r^i t. 



Zu Eoi. 



SIRË, 



VOTRE MAJESTÉ, amie éclairée des Sciences 
et des Lettres , désire voir refleurir parmi nous 
cette érudition grave et consciencieuse qui fut 
jadis un des titres de la Belgique à l'estime du 
monde savant. C'est pour encourager ce genre 



de travaux qu Elle m'a permis de placer son nom 
à la tête de cet ouvrage. 

Le Gouvernement de VOTRE MAJESTÉ vient 
de donner un grand exemple à l'Europe, en 
transportant de la théorie dans la pratique le 
principe de la liberté de l'enseignement. Main- 
tenant , SIRE , c'^st surtout h ceux qui se sont 
dévoués aux fonctions du professorat , à prouver 
que le peuple belge comprend cette liberté et 
qu'il en est digne. Une honorable concurrence 
s'établira entre les membres des institutions de 
l'Etat et ceux des institutions libres; tous ri- 
valiseront de zèle et d'efforts pour répandre 
l'instruction y chacun dans sa spécialité, et par 
les paroles, et par les écrits; ils consacreront 
leurs loi^rs comme leurs travaux à démontrer 
par les faits l'excellence du principe. La liberté 
de l'enseignement était le vœu de la nation ; 
il Vous appartenait de faccomplir; c'est à nous 
à le justifier. 



Si je puis contribuer pour ma faible part 
à cette grande œuvre, je croirai avoir digne- 
ment remercié VOTRE MAJESTÉ de la faveur 
qu'EUe m'accorde aujourd'hui. 



J'ai rhonneur d'être, 



De VOTRE MAJESTÉ , 



SIRE, 



Le très humble et très obéissant serviteur, 



BARON. 



Bruxelles, le 14 septembre 1836. 



"« 



Les deux articles êur la PoJêie militaire , imprimés dans 
la Jievue de Paris, T. xxyni, p. 261 et T. xxxix, p. 85, 
aussi bien que V Essai sur Faneienne Élégie grecque et sur 
la vie et les ouvrages de Callinus et de Tyrtie, qui précède 
rédition des Messiniennes et Poésies diverses de M. Casimir 
Delavigne, Paris ^Dufey etVézard, 1831 , in-8°, ne sont que 
des extraits de Fouvrage que je publie aujourd'hui. Le lec- 
teur qui pourrait connaître ces morceaux ne s'étonnera donc 
pas de les retrouver ici à leur yéritable place. 



AVANT-PROPOS. 



. . . Hures animot in martia bella 
Vertibut ezacoit. 

Hot., <U Art. poet.f y. 402. 



L'histoire naturelle a ses monographies, comme 
on les appelle, ses descriptions spéciales dune 
classe d*étreS; d'une famille de plantes; j'ai pensé 
que , si la littérature avait les siennes , celle de la 
poésie militaire ne serait pas une des moins inté- 
ressantes. 

La poésie militaire se retrouve partout, chez 
Içs anciens et chez les modernes, au nord comme 
au midi , dans la barbarie comme dans la civilisa- 



8 AVANT-PROPOS, y 

tien ; partout on s^est battu et Ton a chanté en se 
battant. Aux harmonieuses improvisations des 
premiers Grecs succèdent les âpres accents du 
Barde et du Ménestrel; aux romances chevaleres- 
ques du Gid 9 les chansons républicaines des vain- 
queurs de Fleurus, et les dialogues duGlephte avec 
l'hirondelle voyageuse. Sur un même fond de pa- 
triotisme , tantôt c'est la religion qui ressort, tan- 
tôt le fatalisme ; ici Thonneur, plus loin la liberté. 
En suivant cette étude , et il en est ainsi à chaque 
filon de la pensée humaine, on s étonne quune 
idée unique puisse être si féconde et si variée, 
qu on ait si bien dit en tant de façons : combattre 
et vaincre , on combattre et mourir. Bientôt on ne 
le dira plus ; voilà du moins ce que pensent quel- 
ques optimistes, et, peut-être, en pensant ainsi, 
ne prouvent-ils qu une chose , c'est qu'ils aiment 
rhumanité plus quils ne la connaissent. A les 
croire , le rêve de la paix perpétuelle va devenir 
une réalité. Dieu les entende! Je souhaite au- 
tant qu*eux que f objet de ce livre soit à jamais 
relégué dans le domaine du passé. La poésie des 
camps sera toujours une page intéressante de 
rhistoire littéraire , ne dût-eUe avoir aucune ap- 
plication possible à l'avenir. 



AVAIfT-PROPOS. 9 

J*ayai8 commencé cette ëtude par les Grecs, car 
nos enthousiastes de moyen âge ont beau dire , 
c est toujours aux Grecs qu il faut remonter. Des 
Latins 9 leurs imitateurs, j'allais passer aux mo- 
dernes; malheureusement, la manie du commen- 
taire m'a saisi chemin faisant, et ce qui ne devait 
être quune partie est devenu presque le tout; 
j'avais façonne en imagination une monographie 
de la poésie militaire , je ne donne en réalité 
qu une édition nouvelle de Gallinus et de Tyrtée; 

. . . Amphora cœpit 
lostitui , currente rota car urceus exit ? 

Je ne sais trop; Tamphore viendra plus tard. Un 
mot, en attendant ^ sur cet Essai. 

Il commence par une Notice sur GaUinus et 
Tyrtée. Deux ou trois Excursus développent 
quelques points obscurs, et donnent une idée des 
autres poètes guerriers et de TÉlégie ancienne. 

Le texte présente jusqu'au moindre fragment 
des deux auteurs. J'ai consulté les meilleures édi- 
tions, sans m'assujettir à aucune. J'ai cherché, 
dans les leçons douteuses , à me tenir le plus près 
jpossible des manuscrits. Je n'ai d'ailleurs presque 



10 AVANT-PROPOS. 

rien mis du mien, et la crise ^ proprement dite, 
gagnera peu à mon travail. Il n'y a pas grand 
mal ; Ton a fait assez et trop , peut-être , sous ce 
rapport. Uaudace de quelques Allemands m ef- 
fraie : ils prennent leurs imaginations pour des 
réalités, et ne reculent devant aucune hypo- 
thèse ^ Pour moi, je ne crains pas de Tavouer, 
je frissonne à une leçon hasardée. 



' Je suis bien loin cependant d'adresser ce reproche à tous les 
Allemands. A propos de Tyrtée, j'excepte surtout Matthiae et Ni- 
colas Bach , dont je n'ai connu le travail que quand le mien ëtait 
presque achevé. Le premier avait déjà écrit sur les innovations 
des critiquée d'excellentes remarques que je me fais un plaisir 
de reproduire ici. « In prompiu est dicere , avait-il dit , fum 
niêi eoê conjecturas admiitendoê eeee quœ omnes veritatie notae 
haheant; at qua tandem nota discernas utrum hanc ^veritatem 
haheat conjectura tua ? Suatn enim quisqus conjecturam plu-- 
rirni facit, et eo magis quo est confidentior. Neque satis est 
dicere soripturam conjectura effictam hahere saltetn quod in- 
teUigipossit : nulla enim gravier pestis his litteris infrrri po- 
tes t quam si, quid sorihi potuerit, non quid scriptum fuerit, 
speetes. Itaque , non nisi re diu multumque deliherata , omni- 
busqué quœ contra dici possunt ponderaiis, quasi non tuam 
rem agas , sed ex aliorum sententia judieium feras, conjecturée 
locus in textu dandusest; locus corrupius per aliquod tempus 
seponendus est^ut, quum adeum redieris, inventi amor aliquan- 
tum refrixerit , nec tihi amplius fucum facere possit; explo- 
randa aliorum j'udieia , ut quœ ipsi invenire non potuimus 



AVANT-PROPOS. H 

"LEwégèse m'a occupe davantage. Parlons d'a- 
bord de la traduction française. 

Je crois que l'on n'a jamais mieux traduit en 
France qu'aujourd'hui; je crois encore qu'un poète 
ne peut être bien traduit qu'en vers ^ , et d'autre 
part, qu'une traduction n'est bonne qu'autant 
qu elle est scrupuleusement fidèle. Or, une traduc- 
tion en vers français ^ à la fois fidèle et lisible , est 
singulièrement rare. Il faut être du métier pour 
en apprécier toute la difficulté ; peut- être cepen- 
dant n est-<:e pas chose impossible. J'ai voulu être 
littéral, et pourtant je vois bien que je ne le suis 
pas encore. D'abord, je n'ai point compté les vers, 
ni rendu les formes du langage par des formes et 
dans un ordre matériellement identiques. Une ex- 
pression vive et neuve en grec est souvent pâle et 
commune en français, et réciproquement; la 



conjécturœ noêirœ contraria , alii suppediieni; et quoplurilnu 
êatiëfeeerimuê , eo meliuê de conjectura noetra ipeijudicare 
poêêimuê. » Not. in Bacch. Eurip., T. Tiii,p. 192. 

' « J'ai préféré de traduire en vers , dit M. Delille , parce que , 
quoi qu'en dise Fabbé Desfontaines , la fidélité d'une traduction 
de vers en prose est toujours très infidèle. » L'élégant traducteur 
des Géorgiques déyeloppe fort bien cette pensée dans son J9i#- 
eour$ préliminaire , p. 86 , éd. Michaud , 181 1 . 



12 AVANT-PROPOS. 

fidélité apparente n est-elle pas alors une infidélité 
réelle ? Le mouvement de la phrase grecque vient 
des conjonctions et des particules que nous ap- 
pelons ea:plétive8f parce que nous n avons rien qui 
puisse les représenter littéralement; celui de la 
phrase française naît des figures de style et de la 
coupe du vers. Les conjonctions grecques contri- 
buent encore à éclaircir Tordre des idées ; retran« 
ch6i;-les , il faudra altérer cet ordre pour le faire 
mieux sentir. Ce n est pas tout. Notre système de 
versification n a presque aucune analogie avec ce- 
lui des anciens , surtout avec le distique libre des 
Grecs : nulle forme de vers ne représente donc 
exactement le rhythme original ; le mieux est alors 
d* adopter celle que fusage a spécialement consa- 
crée parmi nous au sujet choisi. Il suit de tout 
cela qu'avec la meilleure intentioii d'être littéral , 
on n a souvent reproduit rigoureusement ni Tex- 
pression , ni le mouvement ^ ni Tordre des idées , 
ni la forme de la versification. En quoi donc con« 
siste la fidélité dans la traduction française d*un 
poète grec ? A bien faire comprendre toute la pen- 
s^ée et tous les mots de Tauteur , sans retrancher 
ni ajouter; à substituer à propos le mouvement 
français au mouvement grec ; à éviter enfin avec 



AVANT-PROPOS. 13 

scrupule ce qui pourrait être ou paraître moderne ; 
et ce dernier point n'est pas peu de chose , car il 
ne s'agit de rien moins que de ne pas parler sa 
langue tout en la parlant. Pour bien juger cette 
sorte de travail , qui n exige , au reste , que de la 
patience , il est indispensable de rapprocher con- 
tinuellement le modèle de la copie. Cest là tout 
ce que je demande au lecteur. 

J'aurais voulu que ce livre rëuntt tout ce que 
Ton a fait de bon sur Gallinus et Tyrtée , et qu'il 
pût ailleurs, comme en France, tenir lieu de 
toutes les éditions précédentes. Dans ce but^ j'ai 
ajouté à ma version française, une version poly- 
glotte. On trouvera ici une traduction rhyth- 
mique de Gallinus et de Tyrtée en plusieurs 
langues. J'ai choisi dans chaque idiome Tinter- 
prête qui m'a semblé le meilleur parmi tous ceux 
qui existaient. 

Après la polyglotte , vient le commentaire. La 
langue française est aujourd'hui tellement répan- 
' due , il est si rare de trouver un amateur de Tan- 
tiquité qui l'ignore, que je n'ai pas hésité à écrire 
ce commentaire en français. Les variantes y ^nt 
consignées ; les di£Gicultés de mots , et surtout de 
choses, éclaircies. Toutes les fois que d'autres ont 

2. 



14 IVANT^PROPOS. 

uue remarque^ un rapprochement ^ une citation 
intéressante; je m*en empare sans scrupule; j*a- 
joute mes observations. G est surtout aux éditions 
nouvelles et aux traductions que convient cette 
maxime du professeur Cousin , à propos de ma- 
tières plus élevées : « Il n y a progrès, dit*il \ qu'à 
deux conditions : d'abord , de repr&enter tous ses 
devanciers, ensuite d'être soi-même; de résumer 
tous les travaux antérieurs et d'y ajouter. » Ce 
n'est pas modestie que de dire aussi avec lui : « Je 
ne suis pas assez sûr de remplir la deuxième con- 
dition pour me dispenser de la première. » 

Je dois, en terminant cet avant-propos^ témoi- 
gner toute ma reconnaissance à M. Bekker, pro- 
fesseur ordinaire dans la Faculté de Philosophie 
et Lettres de l'Université de Louvain, membre de 
l'Académie de Bruxelles , etc. , pour les doctes et 
judicieuses observations qu'il m'a communiquées 
avec autant de bienveillance que de modestie , 
et qui m'ont été du plus grand secours. 



' Cours d'histoire de la Philosophie, 1. 1 , leçon II""**. 



DE LA VIE ET DES OUVRAGES 



DE 



CALLINUS 



ET DE 



TYRTÉE, 



ET DES 



POÉSIES MILITAIRES 

DE L'ANTIQUITÉ. 



Nihil ett autem tam cognatum mentibut nostrit quam 
numeri atqae Yoces, quibatetexcitamur, etincen- 
dimur , et lenimnr, et languescimus, et ad bilarita- 
tem et ad tristitiam sospe deducimur ; quorum illa 
summa tU carminibus ett aptior et caotibus j non 
neglecta, ut mihi tidetur, a Numa,... maxime au- 
tem a GrflBcia ^etere oelebrata. 

CiCjde Orat.f Ub. m, c. 61. 



Cicéron disait vrai : le sens poétique et musical est un 
des éléments de notre nature ; il tient sa place dans toute 
organisation individuelle ou sociale ; mais comme il do- 
mine plus spécialement dans certains individus j ainsi son 
empire sur l'existence humaine est beaucoup mieux mar- 
qué chez certains peuples. Les modernes , par exemple , 
ne peuvent, sous ce rapport, se comparer aux anciens. 
L'homme moderne est positif et prosaïque; il ne faut 
rien moins qu'une révolution pour remuer et exalter ses 
facultés. Parfois alors il obéit à d'autres ressorts qu'aux 
intérêts matériels , et se monte au ton du poète. Mais de 



18 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

telles époques sont rares dans nos annales , ce qui n'en 
vaut que mieux, sans doute; car ces enthousiasmes fé- 
briles nous coûtent un peu cher quand ils nous prennent. 
Dans l'antiquité , et surtout chez les premiers Grecs , il 
n'en allait pas ainsi; la vie ne s'y concentrait pas dans 
les réalités : une sorte de sève poétique circulait de toutes 
parts y et sans secousse , sans agitation, animait le corps 
social. Il est tel fait, dans leur histoire, inintelligible, 
incroyable même pour qui n'a point foi à la poésie. Le 
climat , la religion , les institutions , les habitudes con- 
tribuaient à ce mode d'existence : la poésie et la musique 
s'y mêlaient à tout, présidaient à leur destinée, sem- 
blaient planer sur eux , comme sur nous l'arithmétique 
et la statistique. Les lois y étaient des poèmes , les vers 
d'Homère une autorité en législation et en politique, le 
nombre des cordes de la lyre un article de la constitu- 
tion. Un sage veut-il faire déclarer une guerre en dépit 
d'un décret terrible ? il ne trouve point d'arme plus puis- 
sante qu'une élégie; il monte sur une pierre de \ Agora ^ 
il chante; et le décret est rapporté, et le poète nommé 
général '. Les alliés , vainqueurs à .£gos Potamos , délibé- 
raient, dans un festin, sur le sort d'Athènes; plusieurs 
étaient d'avis de raser la ville et d'en £ure un pâturage 
aux bestiaux. Tout-à-coup un musicien de Phocide, admis 
pour égayer le repas, entonne le beau chœur d'Electre, 



' Piutarch. , Vit. Solon. , c. 8. 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 19 

où Euripide déplore le$ malheurs de Mycènes et de la 
Ëunille d'Agamemnon. Ces fiers guerriers écoutaient tout 
émuS) des larmes coulaient de leurs yeux; ils se lèvent 
enfin par un entraînement unanime : « Malheur à nous , 
s'écrient-ils, si nous détruisions une telle ville et qui a 
produit de tels hommes! ' » Avouons-le, ce n'est pas tout- 
à-fût ainsi qu'on raisonne à nos dîners diplomatiques. 
Lycurgue se fit, dit^on, précéder à Sparte par un poète 

lyrique chargé de préparer les écrits à sa législation , et 
lui même rapporta de ses longs voyages les rhapsodies 
d'Homère 9 jusqu'alors dispersées dans la Grèce et l'Asie '. 
Homère et Thaletas, voilà ceux sur lesquels il compte 
pour fonder les institutions les plus surhumaines dont 
l'histoire ait gardé le souvenir. Aussi toutes ses lois sem- 

blent-dles colorées d'un reflet poétique. 

« La jeunesse de Sparte, dit Plutarque ^ , s'exerçait au 



' PInt., Fit, I^sand. , c.l6. 

? Phit., FU, Lycurg, y c. 4. Je ne prétends pas que Lycurgue ait 
rapporté ces poèmes écrits, ceci est une autre question; mais on 
peut fort bien admettre qu'il ramena ayec lui des rhapsodes pour 
chanter l'Iliade et l'Odyssée^ quoique plusieurs écrivains^ et 
entr'autres Payne-Knight, Prolegom. in Hom,, p. 18, sqq., aient 
regardé ce récit de Plutarque comme une fable. Voyez aussi 
J. G. F. Manso y dans son ouyrage intitulé Sparta , t. 11 , p. 165. 

' Fit, Lycurg, , Q,21, 22. J'ai traduit moi-même tout ce que je 
cite, non dans l'espoir de l'emporter sur les autres interprètes , mais 
parce que je crois faire mieux sentir ainsi ma pensée dans les cita- 
tions. 



20 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

chant et à la poésie , comme à la correction et à la pureté 
du langage ; mais cette poésie avait un aiguillon qui ré- 
veillait l'âme et lui inspirait un enthousiasme réel et pra- 
tique. Le style en était simple et mâle, les sujets graves 
et moraux. C'était presque toujours l'éloge et l'apothéose 
de ceux qui mouraient pour la patrie, ou les reproches 
adressés au lâche , et le tableau de sa vie de peine et de 
misère... Qu'on fiisse attention aux poèmes lacédémo- 
niens, dont quelques-uns nous sont parvenus , qu'on étu- 
die les chants de guerre ' qu'ils accompagnaient du son 
des flûtes en attaquant l'ennemi, et l'on pensera que 
Terpandre et Pindare ne se trompaient pas, quand ils 
alliaient la valeur à la musique. Dans la guerre, le Roi 
sacrifiait d'abord aux Muses, pour exciter, ce semble, 
les soldats, par le. souvenir de leur éducation et du juge- 
ment public qui les attendait , à affronter les dangers et 
à se signaler dans le combat par quelque fait digne de 
renom... Une fois la phalange rangée en bataille et en vue 
de l'ennemi , il immolait une chèvre , avertissait les sol- 
dats de se couronner, et commandait aux joueurs de 
flûte l'air de Castor. Lui-même entonnait en même temps 
l'hymne de guerre '. C'était un spectacle à la fois majes- 
tueux et terrible que la vue de ces guerriers s'avançant 
en mesure au son de la flûte, sans désordre dans les 



* EflSttTll^lotf Wttt£f«Ç, 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 21 

rangs, sans agitation dans l'âme, marchant au danger 
tranquilles, gais, et au bruit des chants. On doit supposer 
que de tels hommes ne ressentent ni crainte ni colère , 
mais conservent une âme inébranlable, pleine d'espé- 
rance et d'audace , comme si Dieu était avec eux. » 

Nous sommes loin de là, il est vrai; la routine a tout 
affadi; le poète cependant reparait par intervalles, et il 
est si bien compris des hommes de tous les siècles quand 
il leur parle dignement, que, même dans notre âge de 
positivisme , la liberté ne marche jamais qu'au refrain de 
quelque Marseillaise. 

Les auteurs anciens conviennent unanimement de 
ce pouvoir extrême de la musique et de la poésie sur 
leurs compatriotes. Tandis que les historiens le prouvent 
par une multitude de faits , les philosophes cherchent à 
l'expliquer par l'analyse, et ici, comme ailleurs, leur 
analyse est encore de la poésie. Sans multiplier les cita- 
tions ' , le peu de mots que je viens de dire suffira peut- 



* Ceux qui aimeut à remonter aux sources peuvent consulter 
Thucyd ., lib. v , c. 70 j Plat., de Leg. , lib. m , p. 202 , t. VI , éd. Ast. ; 
Polyb., lib. lY , c. 20 , t. II , p. 63 , éd. Scbwœigh. ; Plut., de Musica , 
passim , t. X , et Instit^ Lacon,^ t. YI, p. 884 , éd. Reisk. ; Lucian., de 
Saliat.y t. V, p. 126, éd. Lehmann^ Polyœn., Stratag, i, c. 10; 
Valer. Max., lib. ii, 6, 2; Quinctil., Insiit. orat, i, 4 et 10; Max. 
Tyr., Dissert, xxi; Aul. Gell>, Noct. Au, i , 11. Plusieurs de ces pas- 
sages sont remarquables et écrits aTec éloquence et chaleur. On 
en trouve quelcjues-uns dans Cragius, de Rep* Laced,, lib. m, tab. 

3. 



22 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

être à faire comprendre comment un homme qui n'était 
que poète et musicien put relever le courage d'un peu- 
ple tout entier^ et organiser enfin la victoire. Car on peut 
dire de Tyrtée ce que notre âge a dit de Camot. I>e 
mérite du poète chez les Spartiates devait être au dix- 
huitième siècle le mérite du mathématicien. A chacun 
son lot : le calcul pour nous , la poésie pour eux. 

Cest à Tyrtée, en effet , que s'appliquent particulière- 
ment les réflexions qui précèdent. Callinus est beaucoup 
moins connu , et son histoire ne s'appuie guère que sur 
quelques fragments et des hypothèses. 

Il a cependant un droit tout particulier à l'intérêt des 
amis de la Muse antique : il est peut-être le plus ancien 
poète élégiaque dont les écrits nous soient parvenus. 
Plusieurs écrivains lui attribuent même l'invention du 
distique '. Au moins Strabon , Clément d'Alexandrie et 
Didyme , cité par Orion de Thèbes * , le placent avant 
Archiloque et Mimnerme, les seuls qui sembleraient pou- 
voir lui disputer cette gloire. 



2, instit. 10^ et dans la saTante dissertation de H. Den Tex, De vi 
MusicesadexcoIendumhoTninem, esententiaPlatonisy p. 101 — 106. 

' Voyet le 1" Excursus à la fin de celte notice. 

' Strab.y Geogr., lib. xiy , p. 958 ,i.U, Amst. 1707 ; Glem. Alex. , 
Stromat.j i, p. 333^ éd. Morell. ; Orion Theb.^ w%fê trv^A«yii»y, 
citant Didyme y t'y rf «-ipi ^oinrSf, voe, iAty«f , p. 58, et Etymol. 
Mag;n. Gndian. , p. 180, éd. Sturx. 



DE CALLINUS ET DE TYRTEE. 23 

Callinus était d*Éphèse \ L'époque et le lieu où il vé- 
eut demandaient un poète guerrier. Il fallait réveiller les 
'Grecs de l'Asie Mineure , et les animer contre les Barba* 
res qui inondaient ces fertiles contrées. Fuyant devant les 
Scythes, les Cimmériens s'étaient répandus au sud et à 
Test de leur ancien territoire , et avaient pénétré jusqu'en 
Lydie. Ces peuples Germains ou Celtes * firent sans doute 
de fréquentes incursions en Asie, comme plus tard les 
Normands et les Danois dans l'Europe occidentale. Les/ 
deux principales dont les historiens fassent mention eu- 
rent lieu sous les rois Lydiens Ardys et Alyattes ' , mais 
il est probable qu'elles avaient été précédées par d'autres. 
Ce fut dans une de ces incursion^ que Callinus parut et 
chanta ses élégies. Le vers qui nous a été conservé par 
Strabon , le passage où le même géographe invoque l'an- 



* MsLr.yiciOTin.f de ^rte gramm,, m, p. 2555^ Procl. Chrestom,, 
ïnPhotuBibUoth., p. 984, Rothom. 1653. 

' Au mol celte ou germain Kimer, dont les Grecs ont fait KiftSfùt, 
et queFestus et Suidas, vocKîftSfùç et Ctmber, explicjuent par /a- 
trônes f soldats mercenaires y se rattachent évidemmenl les mots. 
CimhreSj CimmérienSj Crimée y etc. On sait que Kimr est le nom na- 
tional que se donnent les peuples du pays de Galles, regardés, 
ainsi que les Bas-Bretons, comme les restes de la souche celtique. 
Voir, sur les Gmmériens, Fréret, t. IV, adfin.y et V, init. éd. Sept- 
chènes^ Volney, Rech. noui^. surVhist. anc,, t. VI, p. 83, éd. de 
Brux., et, sur leurs fréquentes irruptions, Strab., lib. i, p. 106, 
et le 1"' Excursus, 

' llerod., lib. i, c. 15, 16. 



24 DE Li VIE ET DES OUVRAGES 

torité du poète à propos de la prise de la yiUe de Sardes ' , 
l'allusion à une conflagration générale assez indiquée par 
Callinus lorsqu'il dit : 

. . . . Et la guerre 
Occupe tout ; partout leurs bataillons épais 
Vous menacent. . . 

les reproches qu'il adresse à ses compatriotes , et dont 
on peut conclure que ceux-ci ne se doutaient pas de la 
grandeur du péril, tout me persuade que la seule élégie 
qui nous soit parrenue avait pour but d'exciter les Éphé- 
siens à repousser une aggression soudaine , inattendue, 
universelle, comme devait être celle des Cimmériens*. 
Cependant la plupart des critiques ne partagent point 
cette opinion. Les uns ne reconnaissent même pas Calli- 
nus pour l'auteur de cette élégie' ; les autres supposent 

qu'il la composa lorsque les Magnésiens , alors puissants 



' Loc. laud.f lib. xin^ p. 930 et aoy, p. 958, t. IL 
' Jo. Valent. Francke , dans son traité intitulé Callinus, est de 
mon ayis ^ p. 99 , 100. Je ne sais pourquoi Fréret /t. V , p. 22 , sup- 
pose que cette élégie s'adressait aux Magnésiens. 

3 Gamerarius, Orat, sénat» deBello Turcico, l'a publiée sous le 
nom de Gallimaque. Henri Estienne, dans son édition, l'attribue à 
Tyrtée ou à Callinus. Harlès, Anthol. grœc. poet.,f. 40, dit que, 
quel que soit son auteur, elle ne parait être qu'une imitation de 
Tyrtée. Frid. Thierscli, Jet. monac., toI. III , p. 677, veut prouver 
que les quatre premiers vers appartiennent à Callinus , et le reste 
à Tyrtée. Bach combat fort bien cette opinion , Tyrt. carm ., p. 18. 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 26 

et victorieux y se furent avancés presque aux portes d'É- 
phèse, sans que les habitants songeassent à secouer la 
léthargie dans laquelle ils étaient plongés '. On voit par- 
là combien il est difficile de rien affirmer avec certitude 
sur Callinus. D'après les raisons que j'expose dans le 
ler Excursus f à la suite de cette notice , je le placerais à 
peu près de l'an 720 à l'an 63o av. J.-C. , c'est-à-dire, de 
la i5® à la 37^ Olympiade. Mais cet ^:rc2^^ef^ lui-même 
prouve qu'il règne une grande obscurité sur tout ce qui 
se rattache à notre poète, et je suis loin de croire mon 
sentiment à l'abri des objections. Ce qui est évident, 
c'est que Archiloque, Callinus et Tyrtée étaient à peu 
près contemporains, les deux premiers déjà vieux, quand 
le dernier était jeune encore. On voit aussi que le style 
et la manière de Callinus se rapprochent beaucoup de 
Tyrtée , et que tous deux appartiennent à la même école. 

Quant à celui-ci , sans pouvoir encore présenter sur 
lui un ensemble de £siits bien complet, ce que nous en 
savons est cependant beaucoup plus positif, car sa vie 
se rattache à l'une des époques les plus intéressantes de 
l'ancienne histoire grecque , la guerre de Messénie. 

Pendant plus d'un siècle après Lycurgue, Sparte jouit 
d'une paix profonde. Fidèle au système de son légis- 
lateur, elle ne songeait pas à s'agrandir; msds cet homme , 



'Voyez, entr'autres, Souchay, Mém. de Vacad. des Inscr. et 
B. L., i. VII, p. 366 5 et Schœll , Hisi. de la lUtér. gn , 1. 1 , p. 188. 






26 DE Li VΠET DES OUVRAGES 

le plus profond génie de Fantiquité, n'avait pu tout pré- 
voir. La population s'augmentait , et les richesses ne 
suivaient pas la même progression; par richesses , on en- 
tendait à Sparte les esclaves et le territoire; il ne pouvait 
y en avoir d'autres pour un peuple dont les lois proscri- 
vaient le commerce et les signes représentatifs de l'é- 
change. Or, le seul moyen de se procurer les richesses, 
c'était la conqtiéte. Il fallut donc violer la constitution 
pour maintenir l'existence même de l'État. 

Sur les frontières de la Laconie se trouve la Messénie, 
province fertile , qui , dans les temps anciens , avait 
obéi aux Spartiates, et qu'ils ne pouvaient s'accoutumer 
à considérer comme un état indépendant \ Us résolu- 
rent de la ramener sous leur pouvoir. 

L'ambition forcée de Sparte et la jalousie naturelle en- 
tre deux peuples voisins et rivaux en puissance , furent 
donc la cause réelle de la première guerre de Messénie. 
On donna pour prétexte des actes de violence exercés sur 
de jeunes filles, le meurtre de leur défenseur, le vol de 
quelques bestiaux , motifs ordinaires de rupture , qu'on 
retrouve au manifeste de chaque nouvelle guerre dans 
les temps héroïques. Les Spartiates triomphèrent d'a- 
bord ; mais vainqueurs également insolents et avides , ils 
ne se contentèrent pas d'exiger des vaincus la moitié de 
toutes les productions de leurs terres, ils ajoutèrent à ce 



* Manso ^ S^arta , 1. 1 ^ p. 203 , sqq. 



DE CALLINUS ET DE TYBTÉE. 27 

tribut exorbitant les plus révoltants outrages. Les frag^ 
ments mêmes de Tyrtée en donnent la preuve. Le peuple 
opprimé n'attendait qu'un chef pour secouer le joug. 

Ce Aity suivant mon calcul , vers la vingt-huitième Olym- 
piade j et après environ soixante ans d'intolérable servi- 
tude y que ce chef parut en6n\ Aristomène, l'un des plus 
brillants héros dont l'histoire grecque fasse mention^ ap- 
pela ses concitoyens à la liberté. Le récit des deux guerres 
de Messénie^ et surtout la vie d'Aristomène, ont, dans 
Pausanias, tout l'intérêt d'un roman. Le géographe em- 
ploie même y dans cette partie de son livre , un langage 
poétique si éloigné de ses habitudes de style , que ce mo- 
tif et d'autres encore ont &it supposer que les Messénta-- 
ques sont plutôt l'abrégé de quelque poème alors connu, 
qu'un résumé de traditions historiques*. La valeur sur- 
naturelle d'Aristomène, son audace, ses amours, la ma- 
nière merveilleuse dont il échappe à ses ennemis, la 
constante protection des Dieux , et surtout cette invinci- 
ble opiniâtreté qui ne lui permet jamais de désespérer de 
lui ni de la fortune, tout en6n nous attache à ce guerrier 
comme aux héros fantastiques d'Arioste ou de Walter- 



* Voyez le 2»® Excursus , A la fin de la notice. 

* Manso , ibid. , t. 11 ^ p. 269. Les sources poiur Thistoire de la 
guerre de Messënie sont , avec Pansanias , Messen^, c. 4 — 24, Justin^ 
ffisi., m, 4; Strab.,Ti, p. 395; vin, p. 657; Diod. Sic, BibUoih. 
hUior. , XV , 66 5 F^agm. , vni, 3; De Firtut, et vit. , t. U, p. 648, 
éd. Wessel.; Schol. ad Platon., Le^., p. 448, éd. Bekker, etc. 



28 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

Scott. Vainqueur des Spartiates dans un premier combat, 
il voulut, dès le commencement de la guerre , les frap- 
per de terreur; il ose pénétrer la nuit au milieu de Sparte , 
et suspend au temple de Minei've un bouclier avec cette 
inscription : Aristomène à la Déesse , des dépouilles des 
Spartiates. Les Lacédémoniens , vaincus et effrayés de sa 
hardiesse, consultèrent Foracle de Delphes. Le Dieu leur 
répondit que leur salut viendrait d*un général Athénien. 
Ils députèrent à Athènes pour demander un chef. 

Il y avait alors dans cette ville un homme qui ensei- 
gnait les lettres ; il était boiteux , faible de corps , plu- 
sieurs même le croyaient insensé: cet homme se nommait 
Tyrtée. Les Athéniens, inquiets, d'une part, de la puis- 
sance de Sparte qui menaçait déjà le Péloponèse , crai- 
gnant, de l'autre, d'irriter Apollon , crurent pouvoir obéir 
au Dieu , sans nuire à leurs intérêts , en envoyant Tyrtée à 
Lacédémone. Us ajoutaient, dit-on , à ce choix injurieux, 
des paroles plus outrageantes que l'action même '. Voilà , 
du moins, ce que racontent la plupart des écrivains '. Mais 
nous savons que , dans les récits des Grecs , il y a toujours 
autant de &ble que d'histoire. L'allégorie était leur figure 



^ Un tel chef y disaient-ils , convenait à la 1 Acheté des Spartia- 
tes. Porphyrion^ in Hor.j de A. p,, v, 402, éd. Bas., p. 268, 269. 
Ce scholiaste va jusqu'à supposer Tyrtée louche, et difforme dans 
toutes les parties de son corps. 

* Pausan. , Messen. , c. 15; Justin , ni, 5; Ampel. , lÂb, memor. , 
c. 14; Acron, in Hor.y de A. p.^ v. 402. 



DE GALLINUS ET DE TYRTÉE. 29 

favorite, et les fictions poétiques leur semblaient indis- 
pensables dans la vie d'un poète. Peut-être n'a-t-on ex- 
agéré les défauts extérieurs de Tyrtée que pour rendre 
plus merveilleux l'ascendant de son génie sur des peuples 
passionnés pour la beauté; peut-être la folie qu'on lui 
r^roche n'est-elle autre chose que l'exaltation poétique ; 
peut-être enfin ne le supposa-t-on boiteux que parce 
qu'il fit un fréquent usage du distique, composé de deux 
vers de mesure inégale , 

Clauda quod altemo subsidunt carmina venu. ' 

Quant à la politique d'Athènes en cette rencontre , The- 
mistius est y je crois, le seul des écrivains anciens qui ne 



' Orid.^ Trist, lib. m, el. 1,t. 11. C'est aussi l'opinion de H. SchœU, 
Hist. de la litt, gr,, 1. 1, p. 189, et de Thiersch, Act.philoL monaCy 
t. ni ^ p. 693 , sqq. , approuvé par Bach, Tyrt.fragm,y p. 44. Manso , 
Spartay t. II, p. 282, donne quatre raisons pour ne pas admettre 
k l'égard de Tyrtée les traditions de l'antiquité. Tyrtée, dit-il, de- 
vait être non pas un maître d'école , mais un homme distingué dans 
sa patrie : V* Ses fragments prouvent la supériorité de son esprit. 
2<' Le besoin de savoir lire n'était pas assez généralement senti pour 
que des particuliers se dévouassent tout entiers à cette espèce d'in- 
struction. Voyei Wolf, Prolegom. in Hom.y p. 72, ^ 35. 3<> Les Athé- 
niens n'avaient aucun motif pour être dès lors jaloux des Spartiates 
et de leur puissance dans le Péloponèse, et l'on ne trouve ailleurs 
aucune trace d'une jalousie qui remonterait à une époque si recu- 
lée. 4<> Enfin , ils devaient supposer qu'un mauvais général , envoyé 
à Sparte dans des intentions hostiles, ne tarderait pas à trahir son 

4. 



30 DE LA VS ET MS OUVRACES 

partage point Fopinion générale, et la sienne semble 
plus rationnelle. Il ne parait pas supposer que Tyrtée 

ait été choisi par dérision ou pour priver Sparte de la 



incapacité , et ne pourrait ainsi nuire beaucoup aux intérêts des 

Spartiates. 

La conjecture de Bœttiger , Attisch. nuis., part, i, p. 337, qui sup- 
pose que les Athéniens des temps postérieurs rabaissèrent par enyie 
leur compatriote Tyrtée au rang de MtlrKtiX^g y^ftfuirmf, ne parait 
pas vraisemblable. Car non-seulement les anciens , en général , par- 
lent de Tyrtée dans les termes les plus honorables, et le placent à 
côté d'Homère, mais encore les philosophes et les orateurs athé- 
niens , comme Platon et Lycurgue , se montrent fiers du concitoyen 
que leurs ancêtres enyoyèrent à Lacédémone. 

M. Quirinus Yisconti , Iconogr. gr, , 1. 1 , p. 64 , regarde comme 
des fables tout ce que Pausanias raconte de Tyrtée. « 11 n'y a aucune 
Traisemblance, dit-il, que les Lacédémoniens, ayant leur Roi, 
fassent allés chercher à Athènes, sur là foi d'un oracle, un chef 
pour leurs armées ; que les Athéniens leur eussent envoyé un homme 
aliéné et boiteux , et que ceux-ci n'eussent eu aucune répugnance 
à le suivre. » On peut lui répondre que les Lacédémoniens , comme 
tous les autres peuples de l'antiquité, faisaient, sur la foi des oracles, 
des choses beaucoup plus invraisemblables; qu'il est fort douteux, 
comme nous l'avons prouvé , que Tyrtée fût boiteux , et surtout 
aliéné; enfin que les Lacédémoniens , en efiet, lui témoignèrent 
quelque répugnance dans le principe, mais qu'il en triompha par 
son éloquence et sa valeur. Au reste, tout en admettant, à cause de la 
gravité des témoignages cités, l'ensemble de cette histoire, je nesuis 
pas éloigné de reconnaître avec Thiersch , loc. laud», et avec Bach, 
Tjrrt., p. 41 , que , comme elle nous a été transmise surtout par des 
écrivains d'Athènes, ces écrivains ont peut-être exagéré ou embelli 
certains détails pour flatter l'orgueil national de leurs compatriotes. 



DE CALUNUS ET DE TYRTEE. 31 

victoire. « Ce ne fut pa$, dit-il % des soldats pesamment 
armés y ni de la cavalerie , ni de l'infanterie légère ou des 
vélites que les Athéniens envoyèrent aux Spartiates, ce 
fut le poète Tyrtée. Us n'ignoraient pas que si les Mes- 
séniens l'emportaient sur les Lacédémoniens , ils ne de- 
vaient point cette supériorité à leurs forces matérielles , 
mais à leur audace ; que ces derniers , même égaux ou 
inférieurs en nombre , seraient vainqueurs une fois qu'ils 
retrouveraient leur courage. ... et, ajoute- 1 -il, Tyrtée 
était éminemment propre à calmer leur effroi, à réveil- 
ler leur valeur, à rappeler toute leur ancienne énergie. » 

Tel fut, en effet, l'objet de ses premiers soins. Dès 
son arrivée à Sparte , il rassemblait tous ceux qu'il ren- 
contrait, et leur chantait des élégies et des poèmes en 
vers anapestes. 

Cependant, les Messéniens avaient réuni leurs alliés. 
Les Éléens , les Argiens , les Arcadiens , les Pisates s'é- 
taient déclarés pour eux *. Pantaleon, fils d'Ompha- 
lion, commandait les Pisates; à la tête des Arcadiens 
était Aristocrate, roi d'Orchomène, qui depuis se laissa 
gagner par les Spartiates, et trahit ceux qu'il était venu 
défendre. Une bataille fut livrée au Monument du san^ 
glier, près de Stenicleros, en Messénie. Tyrtée, placé 
parmi les hiérophantes des grandes Déesses, enflam- 



' Theinist.y Orat. xv, p. 197^ éd. Hard. 
* Strab., Geogr,, lib. vin^ p. 666. 



I 

r 



32 DE LA Vffi ET DES OUVRAGES 

mait les derniers rangs par ses discours. Mais les Spar- 
tiates avaient perdu l'habitude de vaincre , et ne pou- 
vaient la retrouver encore. Ils ne résistèrent pas à la 
bravoure d'Aristomène. Le combat eût été décisif, si le 
général ennemi n'eût perdu son bouclier en les poursui- 
vant. Tandis qu'il rentrait dans Andanie, au milieu des 
femmes qui semaient de fleurs son passage et chantaient 
ses exploits, Tyrtée ramenait à Sparte le petit nombre des 
Lacédémoniens échappés au combat , abattus et déses- 
pérés de leur défaite. Loin de partager le découragement 
général , il ne s'occupait qu'à leur rendre par ses vers 
l'espoir qu'ils avaient perdu, et ce fut, sans doute, à 
cette occasion qu'il composa la seconde des élégies que 
nous possédons. Rien ne pouvait affaiblir la vigueur de 
son âme. Vaincu de nouveau dans deux combats, il arma 
les Ilotes , et pour soutenir leur valeur en les appelant à 
succéder non-seulement au nombre, mais à la dignité 
des citoyens , il leur permit d'épouser les veuves des 
guerriers morts *. 

En vain les Rois de Sparte, craignant de plus grands 
malheurs pour leurs concitoyens, s'ils se raidissaient 
contre la fortune , voulaient faire rentrer leur armée dans 
la ville, Tyrtée s'y opposa obstinément : il récita aux 
troupes de nouveaux chants de guerre; elles y trouvaient 
des encouragements, des consolations, des conseils. £n- 



* Justin., loc. laud.; Oros. , Hist* adtf, Pagan., i , 21. 



ïm CÂLLINUS ET DE TYKTÉE. 33 

fin , il sut inspirer aux soldats une telle ardeur , que ja- 
loux, dit Justin % non pas de conserver leur vie, mais 
de s'assurer un asile après leur mort , ils s'attachaient au 
bras droit des tablettes de bois sur lesquelles étaient 
gravés leur nom et celui de leur père. Ces inscriptions 
devaient faire reconnaître leur cadavre au milieu de la 
confusion du champ de bataille, pour qu'on pût rendre 
chacun d'eux au tombeau de ses ancêtres. 

Tant de fermeté vainquit enfin la fortune. Les Messé- 
niens, mis en fuite dans un quatrième combat , et affai- 
blis par la trahison d'Aristocrate ' , qui les abandonna au 
milieu de l'action , s'enfermèrent avec Âristomène dans 
la citadelle d'Ira, et, après un siège plus long que celui 
de Troie , furent forcés de rendre la place, qui avait ré- 
sisté pendant onze ans à tous les efforts de l'ennemi. 

Dès ce moment , Messènes ne fut plus comptée parmi 
les États du Péloponèse. Les Messéniens tentèrent deux 
fois de secouer le joug de Sparte, deux fois ils furent 
asservis de nouveau. Ce ne fut qu'après la bataille de 
Leuctres qu'Épaminondas leur rendit une patrie qu'ils 
avaient si long-temps et si glorieusement défendue. 

Tyrtée recueillit presque tout l'honneur de cette 
guerre; mais ce ne fut pas assez pour lui. Il avait mérité 
comme général la reconnaissance de Lacédémone, il 



' Justin, ibid» ; Po>f œn. > i > c. 17. 

• Strab., loc. laud, Voye* Huiler, jEginet., p. 65; Dorier, i, p. 50. 




A4 DE lA VIE ET DES OUVRAGES 

voulut la mériter comme magistrat. Fendant le siège 
d'Ira, les Messénieas faisaient de fréquentes sorties, ra- 
vageaient toutes les terres voisines , s'emparaient du blé , 
du vin , des bestiaux. Les JLacédémODiens , s'apercevant 
qu'ils semaient et labouraient pour leurs emiemis plutôt 
que pour eux-mêmes, ordonnèrent, par un décret, de 
laisser incultes la Messénie et les cantons limitrophes de 
la Laconie, tant que durerait la guerre. 

L'exécution de ce décret occasiooa une disette dans 
Sparte et en même temps une émeute ; car ceux qui pos- 
sédaient des terres de ce côté, ne pouvaient sans indi- 
gnation les voir stériles et abandonnées. Tyrtée leur 6t 
comprendre qu'ils devaient sacrifier leur intérêt privé 
aux besoins de la patrie '. Un fragment de ses poèmes , 
que nous a conservé Plutarque ' , prouve qu'ils n'étaient 
pas uniquement consacrés à l'éloge des vertus militaires, 
et qu'ils recommandaient aussi le respect pour les Rois , 
les magistrats et la constitution. 

Jamais ces sages préceptes n'avaient été plus utiles. On 
peut conclure en effet d'un passage d'Aristote ' que la 
guerre intestine allait succéder dans Sparte à la guerre 
étrangère, o II est évident, dit ce philosophe , d'après le 
poème de Tyrtée intitulé Eunomie, que la guerre de 



VsiuKa. , Messen. , c. 16. 

f^it. J^curg., a. 6. 

Arist. , PolUic, ». 7 , p. 520 , (,d. Dut»]. 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 35 

Messénie ayant causé la ruine d'une foule de citoyens , on 
demanda de nouveau le partage des terres et Tégalité des 
bi^is. » Ces paroles d'Aristote sont très remarquables* 
Elles prouvent que , même à une époque peu éloignée du 
siècle de Lycurgue , il était déjà impossible de maintenir 
l'égalité primitive. La loi avait eu la force d'établir le 
partage des terres, mais les moyens employés pour le 
conserver n'étaient pas assez puissants. Le jubilé juif eût 
peut-être été le seul. Â chaque demi -siècle du moins y 
l'équilibre était rétabli \ En second lieu, ces dissensions 
intérieures de Sparte, qu'on devine plutôt qu'on ne les 
voit clairement expliquées chez les anciens , trahissent , 
dans la politique de ce peuple, une inconséquence sin- 
gulière , que nous avons déjà fait entrevoir , et à laquelle 
Lycurgue, en l'apercevant , avait inutilement voulu re- 
médier. Lycurgue prétendait que Sparte restât toujours 
en paix. Pour atteindre ce but, il lui fallait, d'une part, 
être toujours prête à la guerre; car, sans cela, comment 
intimider ceux qui songeraient à l'attaquer ? de l'autre , 
ne jamais sortir de la défensive, comme si c'eût été 
chose facile à un État pauvre, populeux et sans cesse 
exercé forcément aux armes pour prévenir jusqu'à la 
possibilité d'une lutte à venir. Sparte fut donc , en dépit 



' Sur cette ipiestion de la loi agraire^ ToirSalrador, Hist. des 
Insiii. de MoisCf Ut. m^ c. 2; Buonarotti, Conspir, deBabeiify X, I, 
p. 207 et Boiv. 



dâ DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

de Ly eu rgue, presque continuellement en guerre; une 
grande partie de ses institutions eut la guerre pour objet; 
et chaque nouvelle guerre remit en question tout le sys- 
tème intérieur de son législateur. Ce système, en efifet, 
tendait à proscrire également la pauvreté et les richesses. 
Or, la guerre ne manquait pas d'introduire la pauvreté, 
si Ton était vaincu , comme au temps de Tyrtée , ou les 
richesses, si l'on était vainqueur, comme au temps de 
Pausanias et de Lvsandre \ Ainsi , la constitution était 
également en péril dans l'un et l'autre événement. 

A l'époque dont nous parlons, Tyrtée eut, sans doute, / 
l'art d'apaiser les murmures et de concilier les divers 
intérêts. Ce fut ainsi que plus tard, mais on ne sait à 
quelle occasion , Terpandre , par les accords de sa lyre , 
ramena la concorde parmi les Spartiates '. 

Des services si importants et si multipliés furent ré* 
compensés par ceux à qui ils étaient rendus. Tyrtée 
(ut proclamé citoyen de Sparte, distinction d'autant plus 
honorable que les Spartiates n'en furent jamais prodi- 
gues envers les étrangers. ' Il la dut , au reste , à leur 



* Pour juger des infractions faites aux lois de Lyeurgue en temps 
de guerre , que Ton songe que Lysandre seul , au rapport de Dio- 
dore de Sicile^ lib. xiii, c. 106 ^ envoya à Sparte ^ après la conquête 
de Sestos, 1500 talents, 8,250,000 francs, dont Gylippe vola 300, 
c'est-à-dire 1,650,000 francs. 

' Diod.Sic.,/ra^., lil). xi, p. 639, tiré de Txetxès, Chil. i, hist. 16, 
et la note de Wesseling en cet endroit. Plut.^ de Music.y t. X, p. 698. 

' Plat. , de Legib. i , t. VI, p. 16—18. 



MS CAULINUS ET DE TYRTÉE. 37 

orgueil autant qu'à leur reconnaissance. Ils semblaient 
vouloir faire oublier qu'il était Athénien \ « Pourquoi , 
demandait-on à Pausanias^ les Lacédémoniens ont -ils 
donné à Tyrtéele droit de cité? — Pour n'avoir pas l'air, 
répondit-il , d'avoir appelé un étranger à leur secours ». » 

La mémoire de Tyrtée fut toujours honorée, et long- 
temps après aa mort, dont l'époque ne nous est pas 
mieux connue que celle de sa naissance , les soldats se 
réunbsaient avant le combat, près de la tente du général, 
pour entendre tous chanter ses élégies '• Ses vers étaient 
aussi récités à Lacédémone dans les grandes solennités ^. 
Athénée , s'appuyant de l'autorité de Philochore ^ , dit 
que 9 dans les repas militaires, chacun devait à son tour 
chanter du Tyrtée ^ ; c'est son expression. Le général 
nommait celui dont l'exécution avait surpassé celle des 
autres , et lui donnait pour prix une portion des viandes 
du festin. 

Poète, guerrier, magistrat, Tyrtée possédait encore un 
talent qui devait plaire à lacédémone, il était excellent 



' Sur la patrie de Tyrtée , voye» le 3»o Excursus après la notice. 

' Plat y jépophthegm. Lacon, ,i. VI; p. 859. Voyex Wyttenbacb , 
p. 1186, aqq. Oxon. 

^ Lycorg. adf. Leocrai., c. 28^ i.UI^ p, 226 des Orat, ait. de Bekker. 

* Dion Ghrysost., Orai. xxxvi , p. 440. 

^ Athen.; Deipnosoph,, lib. xit, p. 630, éd. Casaub. 

^ A/iff Tvfrmêv. hent, de PhUoch» Jragm., p. 39, cite, sur oe 
passage d'Athénée ^ Hgeu, de scoliis veterum, p. 86 et 155. 

5. 



38 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

joueur de flûte '. L'étude de la flûte formait une partie 
essentielle de l'éducation des jeunes Spartiates ; ils la pré- 
féraient à la trompette dans leurs expéditions guerrières , 
car y comme le disent Thucydide et Âristote ' , il s'agissait 
moins d'exciter leur courage que de le modérer et de le 
façonner à la discipline. 

Cependant, la renommée de Tyrtée ne se renferma 
point dans Sparte. Les rhapsodes chantaient alors les 
vers élégiaques aussi bien que les héroïques ' ; ils trans* 
portèrent ses poèmes de Lacédémone qui , selon l'expres- 
sion de Platon ^ , en était nourrie et rassasiée , d'abord à 
Athènes j où ils parvinrent probablement au temps de 
Solon j car celui-ci paraît les avoir imités dans ses élégies 
politiques , et de là en Crète et dans toute la Grèce. Son 
nom devint proverbial pour désigner ceux qui encoura- 
geaient les autres au combat '. 



* Selon Lycnrgue l'orateur, cité par Harpocration, voc, Tvpr«7«f 
p. 336, éd. Blancard. 

■ Thueyd., v, 70; Arist., Problem. Voyez aiusi le beau commen- 
taire d' Aulu-Gelle , Noci, att. i, 11 , sar ces deux passages. Xéno- . 
phon, Lucien, Clément d'Alexandrie parlent de même. Leurs re- 
marques prouTcnt combien De Pauw, si systématique d'ailleurs, 
a mal apprécié la musique guerrière de Sparte et les cbants de 
Tyrtée au t. Il, p. 294, 332 de ses Recherches philosopha sur les Grecs. \ 

' Athen. citant Chamœleon, Deipn.y lib. xiy, p. 620. 
* * Plat. , loc. laud. 

^ Les éléphants vont au combat sans avoir besoin d'un Tyrtée, 
dit Elien, Hist, anim,, lib.yi, c. 1. 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. .39 

Tous les anciens sont unanimes dans les éloges qu'ils 
lui donnent. On demandait à Léonidas ce qu'il pensait de 
Tyrtée. « Il est admirable , répondit-il , pour etalter l'âme 
des jeunes gens ; ses vers leur inspirent un courage im- 
pétueux et un amour de la gloire, qui les rend prodigues 
de leur vie dans les combats \ » C'est un imposant té- 
moignage en pareille matière que celui du martyr des 
Thermopyles. « O Tyrtée , s'écrie Platon *, chantre divin , 
tu es à mes yeux un homme sage et vertueux, car tu as 
dignement célébré les guerriers dignes de l'être. » Quin- 
tilien regrette de ne pouvoir s'arrêter sur un poète que 
Horace cite à côté d'Homère '. 

Le temps , les barbares , et peut-être ces prêtres grecs 
dont un pape romain a immortalisé le stupide vanda- 
lisme ^, ont détruit tous les ouvrages de Tyrtée. Trois 



* Plut., de Solert. animal. , t. X^ p. 1; Apophth, Lacon.j t. NI, 
p. 877. 

■ Plat. , loc. laud, 

' Qoinctil. ; Instit. orat. j lib. x, c. 1. Il fait allusion au t. 402 de 
l'Art poétique : 

. . . Post boa insignis Homerus , 
Tyrtœusque mares animos in martia bella 
Versibus exacnit. 

^ Jean de Médicis, qui fut depuis le pape Léon X , dit qu'étant 
encore enfant, il avait «itendu raconter à Demetrius Ghalcondyle 
que les prêtres grecs, abusant de leur pouvoir sur l'esprit borné 
des Césars de Byiance, en obtinrent la permission de brûler, par- 



40 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

élégies et quelques fragments, voilà tout ce qui nous reste 
de lui *, mais d'après ce peu de vers , on peut juger que 
les éloges des anciens n'ont rien d'exagéré. 

La pensée I dans Tyrtée, est toujours énergique, su- 
blime par intervalles ; le style à la fois mâle et brillant. 
Le bonheur de combattre et de mourir pour sâ patrie , 
sa femme et ses enfants, la misère et l'éternel opprobre 
qui s'attache au lâche, l'ivresse de gloire qui récompense 
le vainqueur, la vertu guerrière élevée par-delà tout ce 
qui peut être l'objet de l'ambition humaine, les exhor- 
tations aux jeunes combattants, mêlées aux leçons d'une 
tactique simple ; tel est le sujet de ses chants. Sa poésie 
est rapide et riche en images ; souvent il peint d'un seul 
mot. Lui faut*-il une transition? une particule qu'il jette 
brusquement dans le vers lui en tient lieu. Mais sa vi- 
gueur n'est jamais de la rudesse; quoiqu'il parle à des 



tout où ils les trouyeraient^ les ouvrages anciens qui leur parai* 
traient dangereux. Ils en profitèrent pour livrer aux flammes tout 
ce qu'ils rencontrèrent de Menandre, Diphile^ Apollodore, Phile- 
mon, Alexis, Sapho, Erinna, Ânacréon, Mimnerme, Bion, Aie- 
man, Alcée, etc. Ils leur substituèrent les vers de saint Grégoire de 
Nazianze. Lisez tout ce passage dans P. Alcyonius, de Exilîo, llb. i , 
p. 69 y éd. Leipzig ; et pour peu que vous vous sentiez battre le cœur 
au souvenir de l'antiquité , tous vous surprendrez à regretter qu'il 
n'y eût pas alors quelque Mabmoud ou quelque Ibrabim pour at- 
tacher les oreille* d'âne de ces pappas aux plus hauts clochers de 
CoBstantÎDople. 

* Voyez le 4">« Exatrsus ^ a la fin de la notice. 



HE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 41 

Doriens, il a conservé rharmonieux dialecte épique \ 
Habile dans le rhythme élégiaque, il marie avec bonheur 
rhexamètre au pentamètre; car, selon la poétique com* 
paraison deHerder, le pentamètre , dans les chants de 
Callinus et de Tyrtée, semble être une héroïne belli- 



' Tyrtée a employé le dialecte épique, celui d'Homère et de tous 
les poètes de la Grèce jusqu'à Terpandre et Pindare, celui que 
M. Thiersch a si bien caractérisé ^ Act, philoL monacy t. III , p. 603, 
sqq.^ et dont les Lacédémoniens devaient avoir acquis, dans l'Iliade 
et l'Odyssée^ une parfaite habitude. Francke, Callin. , p. 105 y dit 
qu'il s'en servit comme du dialecte consacré à l'élégie par l'exemple 
de Callinus. Mais ceci est une suite de son système. 11 ne voit dans 
Tyrtée qu'un imitateur de ce poète. Je n'appelle point imitateur 
celui qui , d'après l'époque et les circonstances de sa vie ou la na- 
ture de ses écrits , s'est rapproché forcément des formes et du style 
d'un autre écrivain. N'oublions pas^ au reste, yne remarque plus 
importante. F. A. Wolf soupçonne que toutes les poésies de Tyrtée 
étaient originairement composées d'anapestes , écrites en dialecte 
dorien, plus rudes ^ mais aussi plus brèves et plus franches que 
celles que nous possédons aujourd'hui. H regarde nos élégies comme 
des imitations de ces chants antiques, dont elles n'ont oonsorvé 
que les idées fondamentales. C'est précisément dans la beauté et le 
mérite poétique des fragments qui nous sont parvenus qu'il croit 
trouver la preuve de son opinion. Ces fragments ne sont pour lui 
que des poésies anoblies y pour me servir de son expression. Cette 
conjecture ne semblerait pas improbable, si l'on parvenait à prou- 
ver que rniade et l'Odyssée sont aussi des poésies anoblies, si l'on 
parvenait surtout à réfuter ce qu'atteste l'antiquité et particulière- 
ment Athénée, Deipnos., xtv, 33, p. 632, que les Lacédémoniens 
ccmservaient avec un respect presque religieux l'intégrité du texte 
original des poètes. Voyez là-dessus Bach, TyrLjragm. , p. 61. 



42 DE LA Vm ET DES OUVRAGES 

queuse qui s'allie à Thexa mètre comme à son époux; l'un 
parait le premier, grand et majestueux, l'autre le suit, 
compagne inséparable, et sa démarche moins imposante 
a quelque chose de plus vif et de plus animé. On a re- 
proché à Tyrtée des vers faibles et des répétitions. Un 
critique allemand croit même apercevoir en plusieurs 
endroits une recherche et une affectation d'antithèses 
incompatibles, selon lui, avec le génie de l'époque où 
vivait Tyrtée \ Sans partager la témérité avec laquelle 
il fait, dans les fragments qui nous restent , la part des 
rhapsodes, je pense qu'il n'est pas impossible qu'une 
main étrangère ait ajouté au texte primitif. Mais ces 
interpolations, s'il y en eut, ont dû être en fort petit 
nombre. Pourquoi s'étonner de quelques pensées répé- 
tées ou délayées? On aurait tort d'exiger d'un poète, 
très probablement improvisateur dans une partie de ses 
chants , la précision rigoureuse qu'on demande à ceux 
qui travaillent à loisir leurs conipositions. 

Quoi qu'il en soit, on ne peut lire Tyrtée sans être 
ému, agité, involontairement reporté de vingt ans en 
arrière, quand les bruits de guerre résonnaient chaque 
jour à, nos oreilles. On entend dans ses vers le cliquetis 
des sabres, les cris de mort et de victoire ; on sent , avec 
le poète latin , qu'il est doux de voir les grands combats 



■ 

* Franck.^ Callin., p. 155 — 160. Sur le travail de Francke^ voyez 
la fin du 1^' Excursus. 



DE GALLmUS ET DE TYRTÉE. 43 

s*eDgager dans la plaine j mais on ne voudrait pas^ comme 
lui y n'avoir point sa part du danger \ Aucun des chants 
militaires composés depuis, (j'excepte pour chaque peu- 
ple ses chants nationaux , la magie de ceux-là n'est qu'à 
eux ! ) ne produit , ce me semble, une aussi vive impression 
sur l'âme. Quelques-uns ont d'admirables parties, mais 
la plupart ne sont qu'une reproduction, souvent plus 
faible, des pensées du poète grec; on les y retrouve pres- 
que toutes. D autres ont plus d'emphase et d'originalité, 
mais bien rarement une chaleur aussi vraie, un enthou- 
siasme aussi communicatif. Dans la poésie militaire, 
comme dans la poésie épique, la palme est restée à celui 
que nous trouvons le premier dans la lice, puisque Calli- 
nus nous est à peine connu; et c'est encore là un des 
points de comparaison qui rapprochent Tyrtée d'Homère. 
Les arts du dessin n'ont conservé qu'un seul monu- 
ment qui atteste l'existence de notre poète. Visconti, 
dans son Iconographie grecque * , décrit une cornaline 
gravée , de la collection de M. Vanhom , morceau absolu- 
ment unique par le sujet qui y est représenté. On y voit 
un héros sans barbe , suivant le costume des Spartiates 
avant Lycurgue, attesté par les pierres et les médailles de 



* Lucret. , de Nat, rerum , lib. iv , ▼. 4 : 

SaaTO eiiam belli certtmina magna toeri 
Per campos commissai tua sine parte pericli. 

• Icon. gr, 1. 1, p. 64 et suiv. 



44 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

leurs colonies Italiques : il tient sa piqile de la main 
droite ; le bras gauche est couvert d'un grand bouclier ; il 
est debout, et sans autre vêtement qu'un petit manteau 
qui enveloppe une partie de son bras. « On peut, dit 
M. Yisconti 9 attribuer aux arts d'un siècle très reculé les 
proportions lourdes de cette figure. Peut-être a-t-on voulu 
faire allusion à la conformation imparfaite de Tyrtée; 
peut-être la tradition qui lui attribue ce défaut n'avait- 
elle d'autre fondement que de très anciennes images du 
poète guerrier, comme celle-ci, tracées par les arts du 
dessin encore dans l'enfance. L'épigraphe qu'on lit dans 
le champ de la cornaline çst en deux lignes, et va de 
droite à gauche à la manière orientale ; elle présente le 
nom de Tyrtée écrit ain^i : 

rAA7 TffVT 

3 A 3A 

« Tfrtaè est l'orthographe usitée dans cette ancienne 
langue des Grecs Italiotes, pour exprimer le nom de 
Tyrtœus, Twpratoç, Tu^otoco;, comme Parthenopaè exprime, 
%ur une pierre du même siècle , le nom du héros Parthe- 
Dopaeus. Les pierres gravées , ouvrages des arts primitifs , 
avec des épigraphes du genre de celle-ci , se trouvent le 
plus souvent dans la Calabre et aux environs de Tarente. 
Les habitants de cette ville , colonie de Sparte , ont dû 
conserver et chérir la mémoire de Tyrtée , d'un poète 
qui avait tant contribué à la gloire de leur mère-patrie 



DE GiLLmUS ET DE TYRTÉE. 46 

dans la guerre , à son bonheur dans la paix, et dont les 
inspirations poétiques étaient regardées comme les sour- 
ces intarissables ou la jeunesse guerrière allait puiser 
l'instruction et le courage. » 

Terminons cet essai par quelques mots sur les autres 
poésies militaires de l'antiquité. 

Les fragments de Callinus et de Tyrtée portent partout 
l'empreinte d'une irrésistible vigueur^ mais en même 
temps d'une fermeté calme et uniè« C'est un enthou- 
siasme raisonné; c'est l'Hercule Farnèse, immobile , mais 
qui TOUS fait partager dès la première vue la conscience 
qu'il a lui-même de sa force. Point d'exaltation fiévreuse , 
point de ces cris de colère qui passionnent presque tous 
les chants guerriers des modernes^ et surtout ceux de la 
France. Le seul homme chez les Grecs qui eût rappelé 
peut-être la sanglante énergie de nos poètes de révolu- 
ti<Ni, c'est Archiloque. Malheureusement, on ne peut ap- 
précier son mérite comme poète militaire. Les plus longs 
fragments qui restent de ses tétramètres et de ses élégia- 
ques renferment à peine une dixaine de vers. Dans l'un, 
on 4®vine le commencement d'une description de com- 
bat ; dans un autre, le portrait d'un par&it capitaine, tel 
qu'il le concevait \ Mais voilà tout. 

Des poésies militaires d'Alcée, de ces (3<x^raa<a<7T<)ca , 
comme les appelle Strabon, si vantés par Horace, par 

■ Archil. Phagm. , éd. Liebel , Fragm. 33 et 50, p. 112, 144. 

6. 



46 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

Qaintilieni par Denys d'Halycarnasse, par tous les rhé- 
teurs y il subsiste à peine quelques fragments tout-à-fait 
insignifiants. Un d'eux a été développé dans la traduction 
qu'en a donnée M. Ph. Chasles ' : 

Me confiez jamais Tespoir de vos batailles 
A l'airain protecteur qui défend vos murailles ; 
L'airain , l'acier, le fer, le marbre ne sont rien; 
Il n'est qu'un seul rempart, le bras du citoyen. 
Des hommes ! oui , c'est là l'enceinte formidable 
Qui seule offre au combat un front inexpugnable ; 
L'airain , l'acier , le fer, le marbre ne sont rien ; 
Il n'est qu'un seul rempart , le bras du citoyen. 

C'était y sans doute, en chantant les combats et les hé- 
ros que s'était illustrée la fameuse Télésilla, émule de 
Tyrtée sous tous les rapports, à la fois poète et guerrière, 
et dont Pausanias raconte les exploits '. Elle était déjà 
connue par ses vers quand Gléomène, fils d'Anaxandride, 
vint assiéger Argos, après avoir entièrement défait les 
Argiens qui défendaient leur ville. Télésilla, à l'approche 
des Spartiates , rassembla les vieillards , les enfants , les 
femmes et les esclaves, et força les ennemis à reculer 
devant elle. Pausanias avait vu sa statue à Argos devant 



' Alcœi Reliq.y éd. Mathiae, p. 9^ fr. 1. Voyez aussi Encyclopédie 
de Courtin, art. Chanson, t. Y, p. 365^ éd. de Bmx. 

' Pansan., Corinth,, c. 20. Voyez aussi un article de YEdinhi^rgh 
Reui'ew, ann. 1832^ sur les Femmes illustres de la Grèce. 



i 



DE CAUINDS ET DE TYBTÉE. 47 

le temple de Vénus. « L'héroïne, dit-il , est debout sur 
un cippe ; ses livres sont épars à ses pieds j et elle tient à 
la main un casque qu'elle regarde ^ comme pour le met- 
tre sur sa tête. » MuUer, Mitford y et d'autres historiens 
ont nié les exploits de Télésilla. J'aime à croire, je l'a- 
voue, aux faits et aux vers de cette Jeanne d'Arc de l'an- 
tiquité, dont au reste il ne nous est rien parvenu que ce 
souvenir de Pausanias. 

On pourrait rapporter à la poésie militaire quelques- 
unes de ces chansons qui, sous le nom de scolies, 
égayaient en Grèce la fin des repas, et dont plusieurs 
nous ont été conservées , surtout par Athénée '. La scolie 
d'Harmodius et d'Âristogiton est de ce nombre ; elle est 
trop connue pour que je la rappelle ici; je traduirai 
plutôt les vers si chaudement gais d'Hybrius de Crète; 
c'était, sans doute, le refrain de quelque soldat fanfaron : 

Tout mon bien , mon opulence , 
C'est mon grand sabre et ma lance , 
Et ce bouclier si beau 
Qui défend si bien ma peau. 

Avec eux , en tout pays , 
Je laboure , je moissonne , 
Mon écu me sert de tonne 
Pour vendanger vins exquis. 



* Athen. ^ Deipnosoph.y lib. xv^ p. 694 ^ sqq*; Hgen, de Scoliis 
veierum. 



48 DE LA TIE ET DES OUVRAGES 

Ârec eux, je m en maître , 
J'ai le profit et rhonneur ; 
Dès que je viens à paraître , 
On m'appelle Monseigneur. 

Ils tremblent en ma présence 
Ceux qui n'ont sabre ni lance, 
Ni bouclier assez beau 
Pour bien défendre leur peau. 

Tous à genoux devant moi , 
Et le nez dans la poussière , 
Baisent humblement la terre , 
En criant : e'est le grand Roi. 

Et pourtant mon opulence 

West rien qu'un sabre , une lance , 

Et oe bouclier si beau 

Qui défend si bien ma peau. 

Mais, assurément, je ne prétends pas rapprocher des 
poétiques inspirations de Gallinus et de Tyrtée ces im- 
promptus presque toujours inspirés par le vin , non plus 
que ces chansons de corps-de-garde dont les fragments et 
la grosse joie ont traversé les siècles pour arriver jusqu'à 
nous. C'est pourtant avec ce mince bagage de poésie mi- 
litaire que la littérature latine se présente à la critique. 
Il est vrai que ces couplets de la soldatesque avaient 
souvent toute la verve et la malicieuse causticité des im- 
provisations de nos loustics de régiment, qui y aux feux 
du bivouac , n'épargnent pas plus leur chef que l'ennemi. 
Suétone et Flavius Yopiscus nous ont conservé quelques 



DE GALLINUS ET DE TYRTÂE. 40 

bouts de vers de cette espèce , si l'on peut appeler vers 
des lignes où la mesure latine n'est pas mieux observée 
que la rime dans nos chansons de caserne. 

Dans Vopiscus, il s'agit d'Aurélien qui , selon Théoclius 
ou Théon de Chio , si l'on préfère la correction du docte 
Saumaise * ^ avait tué mille Sarmates à lui seul. Ses sol- 
dats dansaient, et répétaient un couplet, dont on peut 
donner une idée en le traduisant ainsi : 

Nous en avons occis mille , 
Mille nous avons occis ; 
Un seul en raccourcit mille , 
Mille ont été raccourcis. 

Mille ans puisse vivre 

Qui mille a battu! 

Notre chef s'enivre 

De sang, et si dru 

Que jamais homme ivre 

De vin n'a tant bu. 

Un des couplets cités par Suétone, à propos de César ' 



• Flav. Vopisc, p. 211, éd. Paris., 1620. 

Mille, mille, mille decolla^rimus , 
Uaut hoffio mille decoUaTÎmat. 
Mille TiTat qui mille occidit! 
Taninm "rini habet nemo 
Quantum fudit tanguinis. 

' Suet, Jul, Cœs.j c. 40 , 1. 1 , p. 81 , éd. Lemaire. 

GalUas Getar aubegit, Nicomedea Cassarem. 
Ecce C«Dêar nunc triumphat, quiaubegit Galliaa; 
Nicomedea non triumphat , qui aubegit Ccsaiem. 



60 DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 

vainqueur des Gaules, et de Nicomède, vainqueur de 
César , est intraduisible. L'autre est un peu plus aborda- 
ble", et tous deux prouvent que les soldats de César, tout 
en se battant pour lui, savaient fort bien apprécier les 
mœurs du chauve triomphateur qu'ils accompagnaient. 
C'était du haut de son char de yictoire que le Dictateur 
entendait ses vétérans chanter à pleine voix dans les 
rues de Rome : 

Pékins , prenez garde à vous ! 

Voici notre capitaine. 

A vos femmes , vieux époux? 

Ce chauve qu'on vous ramène 

Avec l'or qu'on lui prêta , 

Dans les Gaules acheta 

Des femmes à la douzaine.... 

Malgré tout, ces deux ou trois chansons ne peuvent 
représenter une littérature militaire. Dans cette branche, 
comme dans beaucoup d'autres , la Grèce était parvenue 
à cette hauteur divine 

Où jamais n'atteignit la faiblesse latine. 

Pour retrouver des Tjrrtées, il £siut redescendre l'his- 
toire jusqu'aux dernières années des âges modernes. 



' Cette chanson est au cbap. 51 : 

Urbani, tervate uxoret, mœchum calTiim addncimus. 
Aonim in Gallia effutuitti : at hic tumpsitti mutuam. 



PREMIER EXCURSDS, 



DE L'ORIGINE ET DE LA NATURE 



DE L'ÉLÉGIE CHEZ LES GRECS; 



DE GALLINUS 



IT U 



L'OUVRAGE DE FRANCKE. 



Un docteur en philosophie de TUoiversité de Kiel^ ^ 
J. y. Francke, fit paraître en 1817, à Altona, un traité 
intitulé : CalUnus , siue quœstionis de origine Carminis 
elegiaci traciatio critica. Ce traité est difFus, d'une lec- 
ture pénible , écrit avec une certaine morgue toujours 
inconvenante ^ et dans un esprit systématique qui éclate 
surtout par les corrections que Tauteur se permet de faire 
subir aux textes anciens , sans les appuyer sur d'autres 
bases que ses hypothèses : mais il est savant ^ il abonde 
en excellentes remarques ; il remplit y d'ailleurs , une 



I 



r 

I 

1 
I 



52 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

lacune dans l'histoire littéraire , et la question mérite 
examen. 

Horace a dit , au y. 76 de X Art poétique : 

Yersibus impariter junctîs querimonia primum , 
Po8t etiam înclusa est voti sententia compos. 
Quis tamen exi^os elegos emiserit auctor 
Grammatici certant , et adhue sub judice lis est. 

Il y a ici deux propositions distinctes : 

lo Les poèmes composés de distiques, c'est-à-dire de 
vers hexamètres et pentamètres alternatifs , versibus i/n- 
pariter junctis , ont d'abord servi à exprimer la plainte. 
Est-ce la plainte qui suit la mort d'un père ou d'un ami ? 
est-ce les gémissements de la patrie à la mort d'un guer- 
rier? est-ce les accens amoureux que plus tard soupira 
TibuUe ? Horace ne le décide point. 

ao L'inventeur du vers appelé Elèges est incertain. 

Pour vérifier l'exactitude de la seconde* proposition , 
il semble qu'il suffise de savoir quels sont les poètes qui 
peuvent faire valoir des droits au titre de créateurs du 
distique, et de fixer ensuite leur rang dans l'ordre chro- 
nologique. S'il est prouvé que les premiers que nous con- 
naissons ont dû nécessairement être précédés par d'au- 
tres, si plusieurs ont paru à la fois, ou si l'époque de 
leur existence est inconnue, Horace aura dit vrai. La 
première proposition dépend de la seconde. L'inventeur 
ou les inventeurs du genre une fois déterminés, leurs 
écrits ou les témoignages de ceux qui en ont parlé 



DE GiLLINUS ET DE TTRTÉE. 53 

proaTeot-ils que la plainte fut le sujet de leurs chants ? 
Une question subsidiaire serait de fixer bien positivement 
la nature des Élèges , quoiqu'on puisse conclure de ces 
vers que , du moins selon l'opinion d'Horace , les élèges 
et les distiques étaient la même chose. 

Première question. Quels sont ceux que l'antiquité re- 
garde comme les premiers auteurs d'Élèges? 

Orion de Thèbes, dans le Dictionnaire Étymologi- 
que ^ , s'exprime en ces termes : 

E?ieyoç j b âpffivoç j âtx ro ât ' aùroù ràù âp/pno eS >JyîOf miç xorroc- 

ypQfMéyooq (lisez Ttarotxofjtéyouç avec Ruhnken et Larcher). 
eùperYi (lisez eùperifu avec Ruhnken et Larcher, et sous 
entendez <foujt; j'aimerais mieux pourtant eOjoereTç, comme 
dans YEtjrmolog. Gudianum) Sk rcû ixeyeéofj^ oc ixiv rou 
kpylXoyoif J o« ii Mt'iivepijtjsv , ol cK KoAAtvw naXouérepoif. oâev 

(Ruhnken ajoute xal. Ne pourrait-on pas lire tov fxiy ou 

ol fjihf ?) TzonoipjETpoif rtù y\puXYjiù dwf^oy' oix b[Juodpa[jtjoùirra rp tw 
i:pGrrépaj ivi^fjLBi' ÔAX' olau awexirÀovra, xai (jyoSEwû/zeyov (Larcher 
propose auyoTTOO&wyjtJtQW ) toTç roù TeXamJgaS/oç rùxpu/^. 61 de 



' Etymol. p. 60 9 éd. Sturz. Le mot 9-«A«i«Vip«v que l'on trouve 
dans ce passage ne prouve pas que Callinus , dans l'opinion d'O- 
non 9 fût plus ancien qu'Ârcbiloque. Cette épithète sert seulement 
à distinguer Callinus l'élégiaque de l'épigrammatiste cité dans 
l'Anthologie. Tel est du moins l'avis fort probable de Rubuken, 
sur Callimaque , 1. 1 ^ p. 439 ^ éd. Emeftti. Cette remarque trouvera 
plus loin son application. 

7. 



l 



64 DE LA VIE ET DES OUTBiGES 

wmpcnf npoç meo^aç iiafépeêç (Ruhnkcn et Larcher : in 

Ce qui veut dire , en admettant les corrections : J^fe- 
gus, lamentaiiOf ex eu xiyeûff vale dicere mortuis hoc 
ipsa lamentatione. Inventorem vero Elegiorum dicunt, hi 
quidem jârchilochumy illi vero Mimnermum , aUiautem 
Callinum antiquiorem. Pentametrum nempe ( ou, ilU 
quidem pentametrum ) heroico jungebant y non ruentem 
quidem eodem impetu quam ille prioT, sed quodam^ 
modo simul exspirantem et sese extinguentem cum de- 
functiforfunis. Recentiores eo usi sunt in omnibus indiS" 
criminatim. Sic Didjrmus in libro de Poêiis. 

Le même fond d'idées se trouve dans VEtjrmologi^ 
cum Gudianum ' j mais le texte est tellement corrompu 
qu'il serait difficile d'en rien conclure sans le secours 
d'Orion. 

Suidas * prétend qu'un certain Théoclès de Naxos ou 
d'Érétrie inventa le mètre élégiaque dans un accès de 
démence. Le Grand Étymologique ' dit la même chose* 
De tels contes sont si absurdes qu'ils ne doivent pas nous 
arrêter un instant. 

Passons aux Latins , et citons d'abord le passage le plus 
généralement connu, le seul même que Ton ait avancé 



* Etym. Gnd.^ p. 180, éd. Stars. 

' roc. iAcyfi>uf , T. I, p. 874. Ed. Col. AUobr., 1619. 

^ P^OC. cAfy«/iiiy , p. 296. 



DE G&LLINUS ET DE TTRTÉE. 65 

dans le principe en faveur de Gallinus. C'est celui de 
Terentianus Maurus ' : 

Pentametrum dubitant quls primum finxerit auctor , 
Quidam non dubitant dicere Callinotim. 

Que CalUnoûs soit ici pour Callinus , c'est ce dont on 
ne peut douter après ce que dit Ruhnken *. Marins 
Yictorinus nomme de même CalUnoûs pour Callinus '. 
Le passage entier est très corrompu. On j voit claire- 
ment cependant que l'écrivain y parle du pentamètre 
qu'il nomme vers de quatorze syllabes, reaacLpsçMmkMf,- 
tnjKKc£a^\ ce vers n'en contient pas moins en effet quand 
il se compose tout entier de dactyles; et qu'il en attribue 
l'invention à Callinus : « Quod inpenissefertur CalUnoûs 
Ephesius. » Le grammairien ajoute : « AUi Dcro ArchU 



* Ter. Maur.^ de Metrisj p. 2421. Bach renvoie à Santen.^ p. 284. 

' Rabnk., iJij/. crit. orat, gr,, p. 42^ sqq. Voyez aussi Henry de 
Valois^ Emendat.j Jib. it^ c. 14^ éd. Burmann^ ayee sa note^ 
p. 116. Ensuite que K«AA7»0f représente KmAa/aiva^, le beau Linus, le 
poète aussi beau que Linus , comme le reut Welcker ^ Zimmer, 
Diar, scholast,, an. 1830, n° 4 , p. 30, c'est ce que je ne crois nulle- 
ment. Je ne crois pas dayantage que l'on ait touIu rappeler par 
ce nom le mot xtixXûç , beauté ^ ni xJixx^s et jtiês, beauté et esprit. 
Quant à l'opinion de Bach qui suppose, Ccdlin.fragm., p. 5, une fa- 
mille de CaXlinides dont Gallinus est le personnage le plus distingué, 
comme il y avait des Homérides et des DédaUdeSy ce n'est là qu'une 
imagination que rien ne confirme. 

' Mar. Victor., ^rf. gramm., Ul, p. 2665. 



66 DE LÀ VIE ET DES OUVRAGES 

lochum ejus auctorem tradideruntj quidam Coiophonium 
quemdam , super quorum opirUone apud Grammaticos 
magna dissensio est. » 

Isidore le confirme presque dans les mêmes termes ' : 
Nam quidam eorum ( grammdticorum ) Colofonium 
quemdam, , quidam, Archilochum auctorem, atque in^en- 
torem volunt. Ce Colophonien serait, selon les uns, Mim- 
nerme, et, selon les autres , Polymneste. 

Plotius ■ nomme, pour inventeurs de l'Élégie, Pytha- 
gore et un inconnu nommé Ortyx. Il est clair que ni 
Ortyx, homme entièrement ignoré et cité par une auto- 
rité si suspecte ; ni Polymneste , à qui l'on attribue l'in- 
vention non seulement du vers élégiaque, mais aussi du 
vers héroïque; ni Pythagore, soit le philosophe, soit 
tout autre personnage de ce nom , tant à cause du carac- 
tère de leur génie qu'à raison de l'âge où ils vécurent, ne 
peuvent fixer notre attention plus long-temps que le 
Théoclès de Suidas. 

Restent donc Callinus , Archiloque et M imnerme ; et 
encore, de ces trois poètes, il faut, dès le principe, 
retrancher Mimnerme. Les anciens, en effet, le citent 
moins comme le créateur de l'Élégie , que comme ce- 
lui qui consacra ce poème à l'expression des passions 



' Isid., Origin., lib. i^ c. 38^ p. 853 ^ éd. Gothof.^ 1602. Platarque 
dit un mot de Polymneste , de Musica, t. X^ p. 653. 
' Plot, de Metris^ p. 2634. 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 67 

tendres. C'est ce que dit, entre autres, Hermesianax , élé- 
giaque lui même ^ , lorsqu'il fait l'énumération des poètes 
que l'amour a inspirés. L'Antiquité est généralement 
d'accord avec lui; d'où l'on peut conclure en passant ' 
que si Horace avait entendu par querimonia, les plaintes 
des amants , il n'eût pas hésité à attribuer à Mimnerme 
l'invention des Sièges. 

C'est probablement pour cette raison que Proclus, 
dans sa Chrestomathie citée par Photius * , s'exprime ainsi : 
Aiyu & xai (^ïlp&tXoq ) âpttjr^ou tû juir/oo) (t&> éXeyeâù) KoXXa^ii 
T€ Tov £^ai0v xoc Miixyepfjtof rw KoXo^vcoy. U nomme ensuite 
Philetas et Callimaque. Or, si Proclus nomme Mimnerme 
plutôt que Tyrtée après Callinus, ce n'est pas que le 
premier soit préférable au second , mais c'est probable- 
ment parce que Mimnerme était l'inventeur d'un genre 
particulier de l'Élégie , comme Callinus l'était , *daps son 
opinion , de l'Élégie elle-même. Quelques-uns, cependant, 
comme nous l'avons vu, attribuent cette gloire à Archi- 
loque. Examinons maintenant avec Francke les passages 
sur lesquels se fonde cette diversité d'opinions. 

Strabon et Clément d'Alexandrie se déclarent ouverte- 
ment en £aveur de Callinus. Le premier s'exprime en ces 



' Dans Athen., Deipnos., XIII ^ p. 597^ le duc de Mancini- 
Nivemois n'a pas saisi parfaitement le sens de ce vers dans sa Dis- 
sertation sur P Élégie, OEutf. comp.y t. lY, p. 262. 

* Phot., Bibl grœc.j p. 984. 



66 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

termes ' : Kai to noeXaàu die awiSyi rdîq Mâywicrof mo TffupQit 
ipdrfif AmpeOfjvouy Ktfiiuptxaù sQvouçj MvxtiitTOQfToq (j'aimerais 
mieux eJrv^aojc ) itàkw JQOowv, to J'êffjç rra MtkriaÛMç Yorratr 
ox^ 7^ T^TTOv. Ka^xa^ /luy ouy a>s eJrv;^aQ/T«w eri rc3v Mo^aafnw 
(Ufjonrroi xoc •MfropBcuinw eu tw ir^oàç Eyetyàwç no^im' kp^tX^xoç de 
17^97 tfcJyffm yiwptl^ rfiv ysyoïmn^ aùrdtç oufKfopaor 

KXaiety ri âSnaWy où tx Mayvï^rw ytaxa, *. 

e| o5 xof TO veùmpoy eam roù KoAAàou r&LfimpeaOeu napearof. tbiXyiç 
a TQfoq €(f6ôw tg3v Kifxiiepunf (xéfjofriTou Ttpea&jrépaç b KoXAtVoç, 

vtjif â^êizl KiynupuM arpœroç épierai ôpSpipioépymf ^ 



' Strab. ^ Geogr»f lib. xiy , p. 958. 

* Telle est la leçon constante des manuscrits , à ce que prétend 
Francke. Bach le nie ; il soutient qu'il n'y a nulle part d'article 
ayant S-i^-a-pv , et que partout on trouve 00 au lieu de •» ; que les 
Ck>dd. Paris. 1 ^ Bre. Mosc. donnent B-mra-mf , le cod. Med. 3 , B-tim. 
La Yulgate porte xXmut B-ao-o-^v 0»^ Dodwell ^ Exercit» 2 de œtate 
Pythag.f p. 107y KXaluf &ao-o-of, 0v; Tyrwhitt lit : stXtcluv rtl&tto-lmtf 
ou 'y Francke : »A«i0yr« ®etvT«t^ «ùy Liebel : xXmui Scir«f y et par 
conjecture : e^V*» ^f »A«/fiiy pour en faire un iambe trimètre. 
Enfin Bach parait adopter la leçon toute difTérente donnée par 
Héraclidede Pont, fr. xxu, p. 15, éd. Kœler : xXmtâ BnXêiro-Sf, ov 
ri M«yv«r«y xtuiMy ce qui Toudrait dire : je déplore les malheurs 
des mers, les naufrages, etc., et non ceux des Magnésiens. L'infor- 
tune de Magnésie aurait été telle qu'elle eût passé en proverbe 
pour désigner un malheur immense. Au milieu de cette débAcle de 
leçons , sauve qui peut. 



DE GALLINIIS ET DE TTRTÉB. S» 

&^ rhy lûLpâeuy Sxttaw AfjXdi. Ce qui signifie : Antiquitus eve^ 
nit Magnetibus ut a Treribus funditus delerentur^ dm'- 
mena génie, quœ diu prospéra fortuna usa est. Sequenti 
Dero anno Milesii locum obdnuerunt. Callinus autem 
Magnetes ita memorat ut qui res adhuc secundas habe-^ 
rent^ et féliciter egissent in bello contra Ephesios. Ar- 
chilochus autem videtur nopisse calamitatem quce illis 
acciilitf hoc versu : 

Flentem Thasum ,^non vero Magnetum mala ; 

ex quo eum recentiorem esse Callino colligi licet. Aliarh 
7}ero expeditionem Cimmeriorum memorat et antiquio- 
rem Callinus, quum ait : 

Nunc Tero Cimmeriorum exercitus venit beUicoaorum , 

in qua de Sardibus captis docet. » 

Clément d'Alexandrie apporte la même preuve en fa- 
veur de l'antériorité de Callinus *. TAéycyvrrcu y (m {S^fP^oyo^ 
xai rfjç Mûcyinj^rû^f ôcKti^eiaçj npoGfArûâç ysye^yJvrtq. 2iijtjuiutâyiç juà/ 
OUI/ xarà kpyCXoyipy ^p^ou' Ka?iXtvoç de iipeaSûrepoç où [laxpt^. tC^ 
yàp May)nrrw b [jhf Ap)(/Xo)(pç ôazdkbiiklrrw j b âè eùyjfJLepouvrw 
fjiéljyriTai. C'est-à-dire : Memorat ergo Archilochus quoque 
Magnetum ruinam quœ nuper eyenerat. Simonides qui- 
dem post Archilochum fertur. Callinus vero non multo 



' Clem. Alex, y Strom., i, p. 333. 



60 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

antiquior. Magnetes enim Archilochus deletos^ hic vero 
secundis rébus usos memorat. 

D'après ces deux passages , il n'y aurait plus à hésiter. 
Callinus serait antérieur à Archiloque, puisqu'il aurait 
vécu avant la ruine de Magnésie, mais postérieur à 
Texpédition Cimmérienne dans laquelle Sardes fut prise , 
et qui précéda elle-même celle des Trères , vainqueurs 
des Magnésiens. Malheureusement, d'autres passages 
nous ramènent toutes nos incertitudes. Athénée prétend 
que Callinus parle de la ruine des Magnésiens aussi bien 
qu'Archiloque % et que Magnésie fut détruite par les 
Éphésiens , et non par les Trères , comme le dit Strabon. 
Quoi qu'il en soit de cette opinion d'Athériée, que plu- 
sieurs ont voulu concilier avec celle du savant géogra- 
phe *, il n'en est pas moins vrai que, d'après Strabon 
lui-même, Callinus a fait mention de la prise de Sardes 
par les Cimmériens. Il y a bien plus : d'après un autre 
passage de Strabon ', Callinus aurait aussi parlé de la 
seconde expédition , de celle des Trères , les vainqueurs 
de Magnésie , et dans cette seconde expédition , Sardes 
aurait encore été prise. Voici le passage, dans lequel 
Strabon s'appuie de l'autorité de Callisthènes ^ : ^at 3k 



' Athen.; Deipnos.y xn^ p. 525. 

* Dodwell, Exercit. 2 de wtate Pythag., p. 110. 
' Strab.^ Geogr., lib. xra, p. 930. 

* Sur Callisthènes , le disciple d' Aristote, et sur la confiance 



DE CALUNUS ET DE TYRTÉE. 61 

Ka^^iffBéwiç àXCSiucu ràç Zxpdu; imo Ktii/iEpéw rcpîSnroy ^ eiS^ùito 
Tfnipmt xoc Aimm, onep yuxl KaXP^b^j âïiKoùi/y rw rfjç iXeysta^ 
TtoDTTifV' Cailisthenes ait captas esse Sardes a Cimmeriis 
primum^ postea a Treribus et Ljrciis, quod quidem 
CalUnum declarare j elegiacum poetam. 

Un autre passage encore peut nous faire croire que 
Calluiiis eut connaissance de cette irruption des Trères : 
c'est un de ses hémistidies , rapporté par Estienne de 
Byzance ' : 

.... Tpyjpeaç iuâpaç ayûgu. 

Les manuscrits d'Estienne en citant l'auteur de ce demi- 
vers portent w» par abréviation pour KoXXokùj qui se 
rencontre en toutes lettres dans un des manuscrits consul- 
tés parSaumaise *. Quel est ce chef des Trères dont parlait 
Callinus ? C'est probablement Lygdamis , dont Strabon et 
Callimaque ' font mention. Celui-ci raconte que Lygdamis 



qa'il mérite comme historien^ Toyez les témoignages anciens réu- 
nis par S*«-Croix, Exam. crit. des hist, d^ Alex, y p. 34 et suiv. Voyez 
aussi Gunsius^ sur Q.-Curce, 1. 1^ p. 34 ^ etCrenzer, Hist, Gr. andq, 
Jragm,, p. 106. 

^ Steph. Bj%,, voc. Tp«p«f . 

' n y a une autorité plus positive encore , c'est celle du Codex 
Rehdigeranus de Breslaw^ qui donne très lisiblement écrit ^mfm 
KMXxitf rZ îr«i»Tf . V4>yei PassoT. Far. ieci. in Steph. Byz. e cod. 
Rehdig.progr. Fpatùlau.y a. 1824, p. 51, répété dans Féd. Dindorf, 
p. czLix. Bach en fait mention, CalLJragin.j p. 33. 
' Strab., lib. i, p. 106 j Callim. in Dian., t. 262. L'intention de piller 

8. 



62 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

voulut y à la tête des Cimmériens , piller le temple d'É- 
phèse^ mais qu'il fut vaincu, et que ni lui, ni aucun 
des siens ne revint dans son pays ; celui-là , qu'il périt en 
Cilicie : seulement il ne dit pas si son armée y périt avec 
lui. L'époque de ces diverses expéditions a causé entre 
les savans de longues et scandaleuses querelles, et 
comme Francke l'a plaisamment remarqué , les conquêtes 
des Cimmériens firent peut-être moins de bruit autrefois 
en Asie que n'en ont fait depuis dans l'Europe savante les 
discussions auxquelles elles ont donné lieu. En France , 
Larcher et Yolney furent les deux antagonistes les plus 
connus sur cette question comme sur beaucoup d'autres. 
Sans nous arrêter à tous leurs argumens , citons rapide- 
ment les opinions des anciens. 

Au rapport de Strabon , il faut que ces invasions aient 
été fréquentes ' , et qu'elles remontent à une très haute 
antiquité, puisque, outre celles dont nous avons parlé, 
il en place une au temps d'Homère, ou même un peu 
auparavant *. Larcher conclut d'un chœur de l'Iphigénie 



Ëphèse^ que Gallimaque prête à Lygdamis, devient un fait dans He- 
sychius^ voc, Avy/W/tiV. Selon lui , le temple de Diane fut brûlé ^ et, 
BOUS ce rapport ^ il est plus croyable que Gallimaque. Gar^ comme 
l'a remarqué Fréret, t. Y^ p. 28^ il faut s'en rapporter médiocre- 
ment aux paroles d'un poète qui^ dans un hymne destiné à célé- 
brer la puissance de Diane ^ ne devait pas avoser qu'elle eût aban- 
donné la défense de son temple. 

' Strab., loc. laud, 

' Strab. , lib. I, p. 12 et m , p. 222. 



.DE GALUNUS ET DE TYRTÉE. 63 

en Tauride d'Euripide % l'existence d'une autre expé- 
dition antérieure au siège de Troie; mais ce n'est là 
* qu'uilfe conjecture ; voici quelque chose de plus positif. 
Hérodote dit * que , sous Ardys , fils de Gygès , Sardes 
fut prise par les Cimmériens, à l'exception de la cita- 
delle. Ardys y qi4 régna 49 ^ns^ serait monté sur le 
trône , d'après les calculs les plus corrects , l'an 679 av. 
J.-G. L'expédition aurait donc eu lieu vers le milieu 
du septième siècle avant l'ère chrétieane. Hérodote parle 
au chap. suivant d'une autre incursion qui arriva sous 
Alyattes , petit fils d'Ardys , et contemporain de C](axares. 
Maintenant y laquelle de ces expéditions est synchro- 
nique avec la ruine de Magnésie , qui , selon Strabon , 
servirait \le point d'appui pour déterminer l'âge de Cal- 
linus? Faut-il, d'après les probabilités, la placer sous 
Ardys y ou la reculer, d'âpre deux passages de Pline, 
jusques avant Candanles , dernier des HSraclides de Lydie, 
et prédécesseur de Gygès, père d'Ardys ? Voyons les pas- 
sages de Pline dont il est question. Le premier est ainsi 
Gpnçu ' : Candaules Rex Bularchi picturam Magnetum 
excidii mediqcris, spatii pari rependit auro. Plus tard, 
il fait encore allusion au même fait ^. Quid? quod in 



\ Larcber y Trad. d'Hérod., 1. 1, p. 183, 2"» éd. Eurip.^ Iph. in 
Tour., ▼. 1083^ sqq. 
' Herod.^ lib. 1, c. f5. 
' Plin. y HisL nat., lib. vu , c. 29. 
* Plin. , ibid,, lib. xxxy, c. 34. 



.} 



64 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

confessa perinde est y Bularchi pictoris tabulam j in qua. 
emt Magnetumprœliuniy a Candaule^ rege Lydiœ^ He- 
racUdarum novissinto , repensant esse auro. ^ 

Je n'ai guère fiiit jusqu'à présent qu'exposer les 
textes sur lesquels s'appuie la question que j'examine, 
et dans ces citations , dans les rapides réflexions qui les 

« 

accompagnent, j'ai pu marcher d'accord avec Francke, 
qui présente aussi la plupart des passages que j'ai rap- 
portés. Mais il s'agittnaintenant d'en tirer des conclusions 
définitives , et ici je suis loin de partager entièrement son 
opinion. 

Francke cherche à établir que Callinus est beaucoup 
plus ancien que Tyrtée, qu'il est même évidemment an- 
térieur à Archtloque, et que par conséquent Hdrace au- 
rait dû le proclamer, sans hésiter, l'inventeur de l'Élégie. 
Je traduis son premier ar^tilnent , tiré de la diversité de 
génie qu'il croit remarquer entre Callinus et Tyrtée. 
. <( Dans le fragment de Callinus , dit-il ^ , tout se rap- 
porte au danger présent; nulle exhortation, nul avis 
indéterminé, nul précepte général de tactique. L'éloge 
de la valeur et la satyre de la lâcheté n'y. sont point le 
fond du poème ; ils ne forment qu'un accessoire destiné 
à empêcher les citoyens de se laisser effrayer par l'image, 
du danger. Les autres fragments de Callinus paraissent 
appartenir à des morceaux qui avaient cette même teinte 



' Francke^ Callin., p. 106. 



DE CALUNUS ET DE TYRTÉE. * 65 

d'individualité. Dans Tyrtée, au contraire , tout a pour 
but de célébrer la gloire et le bonheur des braves , d'ex- 
poser la honte et tous les maux qui suivent la lâcheté , 
rignominie des jeunes gens qui abandonnent les vieil- 
lards y etc. Nous ne voyons pas que Tyrtée célèbre la 
vertu de certains individus et la gloire de certains faits 
en particulier; ses éloges sont toujours généraux et ne 
s'appliquent qu'au courage , abstraction faite des héros. 

» Or, il est reconnu 9 ajoute-t-il, que la poésie des 
généralités, la poésie gnomique et didactique précéda 
presque immédiatement la philosophie, à laquelle elle 
prépara les voies ; d'où il suit que plus un ouvrage a une 
physionomie, pour ainsi dire, gnomique, plus il doit se 
rapprocher du siècle de Solon, et de ceux qu'on nomma 
les sages de la Grèce. ». * ? . 

C'est d'après cet argument, le plus irréfragable de 
tous, à son avis, que Francke n'hésite pas à placer Cal- 
linus entre Homère et Hésiode. Car c'est dans les vers de 
ce dernier qu'il trouve la source de la poésie gnomique. 
Je serais assez porté à reconnaître que les généralisations 
ont quelque chose de plus moderne que les individuali- 
tés , quoique , à l'égard des vieux poètes grecs , la ques- 
tion mérite examen et ne pui3se être tranchée à l'instant 
par une affirmation; mais, même en ^dkiettant cette 
doctrine, est-il bien certain que la lecture de Callinus et 
de Tyriée montre dans le premier l'absence totale, dans 
le second la présence nécessaire de l'esprit gnomique ? 
Remarquons d'abord qu'il y a une singulière hardiesse à 



ae DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

vouloir prononcer sur deux écrivains d'après une cen- 
taine de vers de l'un et une trentaine de l'autr». Il fen- 
drait que leur caractère fût du moins tout-à-fait évident; 
et loin de là , toute la pièce de Callinus , à l'exception des 
quatre premiers vers, est entièrement dans le genre 
gnomique , si l'^n veut appeler ainsi le style de Tyrtée ; 
toutes les idées, surtout le passage qui traite du fatalisme, 
sont des généralités ; le vers qui lui donne particulière- 
ment , aux yeux de Francke , une apparence d'individua- 
lisation , 

vS» cTeTTi Ktix(Ji£pm arparoç ipx^cu of^ptfijkfr/^^ 

ne lui appartenait peut-être pas dans l'original , on du 
^ llioyis rien né le prouve d'une manière évidente ; c^est 
Francke qui l'a transporté de Strabon dans Stobée. Tyrtée , 
de l'aveu même du critique , présente de semblables allu- 
sions historiques. Ici , il exhorte les Spartiates à se rap- 
peler la gloire d'Hercule, le chef de leur race ( Eleg. 1 1, 
V. I ); là, il leur propose pour modale la constance de 
leurs ancêtres dans la guerre de Messénie ( Frcigm. 4 )• Il 
a fallu que ses poèmes renfermassent plusieurs documents 
semblables pour que Pausanias y puisât une partie des 
faits qu'il raciMite :.les exhortations à la concorde conte- 
nues dans VEunomie devaient, pour produire leur effet, 
être vivifiées par l'à-propos, et échauffées de l'intérêt du 
moment; et l'on voit, par les fragments que Pausanias 
et Strabon nous en ont conservés, qu'elles l'étaient 



r 



« 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 67 

réellement. Mais , dit-on , les élégies politiques de Solon 
ne sont probablement qu'une imitation de \Eunomie. Je 
le veux bien ; mais qu'en résulterait-il ? D'abord on n'en 
pourrait conclure que Callinus fut plus éloigné de Solon 
que Tyrtée; et ensuite, les fragments conservés de Solon 
n'accusent pas toujours des généralités : souvent ils s'ap- 
pliquent nominativement à Athènes. Deux des trois plus 
longs qui nous soient parvenus ^ , le quinzième et le vingt- 
cinquième, ont un caractère de spécialité bien prononcé. 
Si les arguments de Francke, tirés de sa théorie du style 
des deux poètes, ne sont pas décisifs en faveur de l'anté- 
riorité de Callinus, les arguments historiques qu'il em- 
ploie le sont-ils davantage? 

Qu'on se rappelle les autorités citées; j'en tire les 
conclusions suivantes. Strabon avoue que Callinus a parlé 
de la prise de Sardes par les Cimmériens; il avoue 
ailleurs, en citant Callisthènes , qu'il a également Êiit 
mention d'une seconde prise de Sardes par les Trères, 
nation cimmérienne. Le demi-vers de Callinus , cité par 
Estienne de Byzance, et où il s'agit d'un chef de Trères, 
vient à l'appui de Callisthènes. Strabon parle aussi d'un 
chef de Trères, qu'il appelle Lygdamis, et qui prit Sardes. 
Il est donc probable que Callinus a été contemporain 
d'une prise de Sardes par les Trères , qui ne doit pas être 
trop reculée dans l'antiquité, car on la confondrait alors 



* Pag. 100 et 104, éd. Boisson. , Poet. gnom* 



68 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

avec un événement semblable , mais antérieur , je veux 
dire , la prise de Sardes par les Cimmériens. Or, Hérodote 
parle d'une prise de Sardes sous le règne d'Ardys. Il 
l'attribue , il est vrai , à des Cimmériens ; mais , puisque 
les Trères étaient , au rapport de Strabon , une tribu 
cimmérienne , Hérodote a pu nommer la race en général, 
au lieu de la peuplade particulière. Callimaque Ta £iit; 
il appelle Cimmériens les troupes de Lygdamis, qui, 
selon Strabon, n'étaient bien certainement composées 
que de Trères. Cette confusion de mots est d'autant plus 
excusable que les noms de ces peuples n'étaient, suivant 
plusieurs écrivains ^ , que des épithètes , des surnoms 
plus ou moins honorables. Kimr , Jtimber, veulent dire 
brigand f soldat mercencUre, champion; TrèrCy trœrj si- 
gnifientyferme, intrépidcy qui ne recule jamais. Lygdamis 
est un nom tout grec ; le vrai nom du chef trère a été 
évidemment défiguré par les Lydiens. Aussi ne faut-il 
pas s'étonner si Callisthènes appelle ce chef Cobos ou 
Combos. Or, remarquez qu'il fait de ce Cobos un contem- 
porain de Madys , qui commandait les Scythes lorsqu'ils 
envahirent la Médie. Cette occupation de la Médie arriva 
sous le règne de Cyaxares, et , que l'on rapporte le com- 
mencement de ce règne à l'an 655 ou à l'an 634^ Cyaxares 
sera toujours contemporain d'Ardys. 



* Fréret^ Mémoire sur les Cimmériens, p. 3 et 31^ citant Rudbeks, 
Allant, i^ p. 531 ^ Ducange, au mot Gampio^ EddaVieîendii ,îo\. ce. 



DE CALLINUS ET DE •TYRTÉE. 69 

Notez encore que Callimaque nous montre Lygdamis 
marchant contre Éphèse pour piller le temple de Diane ^ 
et que Hésychius nous dit qu'il le brûla. Comme Callinus 
était d'Éphèse, on doit supposer qu'il s'adresse, dans son 
élégie, à ses concitoyens, et il est naturel de croire que 
ce fut à l'occasion de cette expédition, dont un témoi- 
gnage si positif nous donne la certitude. 

Faisons donc de Callinus un contemporain de la prise 
de Sardes par lesTrères, et regardons comme probable 
le synchronisme de cet événement et du règne d'Ardys. 

L'assertion de Strabon, répétée par Clément d'Alexan- 
drie, que Callinus présente les Magnésiens comme floiys- 
sants, et que par conséquent il est antérieur à Archiloque 
qui avait survécu à leur ruine, cette assertion , dis-je, 
semble plus dif&cile à réfuter. On peut cependant lui 
opposer des objections. D'abord , si elle ne se fonde que 
sur le vers qu'il cite d' Archiloque , il faut avouer que ce 
vers prouve peu par lui-même. Car rà MayyyjTwy xoîwc 
peut signifier un malheur quelconque , aussi bien que la 
ruine totale des Magnésiens \ En second lieu, si les 
Trères furent les auteurs de cette ruine, ce que Athénée 
conteste, comme nous l'avons vu, la destruction de 
Magnésie et la prise de Sardes arrivèrent pendant la 
même expédition; la chose est au moins extrêmement 



' Sur ce vers Toyez Liehelii ArchiL, p. 202 , quoique la difficulté 
ne soit pas complètement éclaircie par sa note. 

9. 



70 DE LA \1E ET DES OUVRAGES 

probable ; et dès lors , n'y a-t-ii pas une espèce de con- 
tradiction entre Strabon parlant de loi-même et Strabon 
parlant d'après Callisthènes? Que Ton confronte de nou- 
veau les deux passages. Je sais bien que Francke a trouvé 
un moyen tout simple d'éluder la difficulté , en suppo- 
sant une transposition dans le texte du second passage 
de Strabon ; il lit : (fvitjl de KaXXtxiBiyyjq àXeSyoi riç Ixpietii ùno 
Hiyiiupiw npôjfrcvy — onep ytai KaXXtyoy irikcXnt^ toi; ti^ç iXtyuaL^ 
iroornfv, — e75'ùno Tpfipw xoc Auxcimv. Mais je ne puis m'ac- 
coutumer à cette façon si leste de créer des autorités en 
sa fsiveur. Et si une fois on commence à toucher aux 
textes , on sera forcé d'altérer celui de Clément d'Alexan- 

« 

drie, qui y tout en s'accordant avec Strabon, fait assez 
entendre cependant, au passage cité, par les mots 
npodfôcrtÊÇ yeyoffjfjéwjç et npeaSvrepoç où iJtaxp^j que Archiloque, 
dans son opinion , devait être à peu près contemporain 
de Callinus '. 

Francke avoue avec moi que les Trères dont parle 
Strabon sont très probablement les mêmes que les Cim- 
mériens d*Hérodote; il avoue aussi que le chef Trère 
auquel Callinus fait allusion , dans Estienne de Byzance , 
doit être ce Lygdamis nommé par Strabon , et qui péné- 
tra, selon lui, jusqu'en lonie et en Lydie, circonstance 
importante a remarquer. Mais il prétend en même temps 



' Le même reproche a été fait à Francke par Bach^ Callùi. carm,, 
p. 15. 



DE GÂLLINDS ET DE TYRTÉE. 71 

que les Cimmériens du temps d'Ardys et les Trères con* 
duits par Lygdamis ne peuvent être les mêmes hommes. 
Pourquoi? parce que, dit-il, Lygdamis périt en Cilicie, 
selon Strabon , tandis que , selon Hérodote , les Cimmé- 
riens furent chassés d'Asie par AlyaKes, petit-fils d'Ardys. 
Mais Francke n'a pas remarqué que l'expédition cimmé- 
rienne dont il est parlé au ch. i5, liv. i^ d'Hérodote, 
n'est pas du tout la même que celle dont il est question 
sous Alyattes et Cyaxares, après la bataille de l'éclipsé; et 
Ton peut s'en assurer en comparant attentivement les 
ch. i5 et i6 du i«' livre avec le loS^^^ du même livre, et 
les ii™« et ia«n« du livre 4"'- Ces deux expéditions sont 
|rout-à-fait distinctes, comme l'a fort bien démontré Yol- 
ney d'après un examen scrupuleux du texte d'Hérodote '. 
Je partage complètement à cet égard l'opinion de Yol- 
ney , sinon que je ne pense pas avec lui que l'expédition 
cimmérienne 'dont parle Hérodote au ch. 6 du livre i^^, 
et qui n* alla pcLS jusqu'à ruiner des villes ^ fut celle qui 
arriva sous Ardys, mais bien celle que réprima Alyattes; 
les motifs de mon opinion seraient trop longs à dévelop- 
per ici et m'éloigneraient de mon sujet. J'en rapporterai 
un seul, parce qu'il prouve en même temps contre 
Francke. Hérodote dit positivement, en parlant des Qm- 
mériens chassés par Alyattes, qu'ils n'avaient fait, dans 
leur irruption en Asie, que côtoyer le littoral du Pont- 



• Volney, Chronol. Lyd., t. VI, p. 81. 



72 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

Euxin. Cette route ne les eût jamais menés jusqu'à 
Sardes , il eût fallu qu'ils se détournassent de plus de 
soixante lieues. Mais , dira-t-on , s'ils ne s'approchèrent 
pas de Sardes y pourquoi Alyattes les alla-t-il chercher 
pour les attaquer ? Il est fort possible que, sans en avoir 
souffert personnellement, sans les avoir vus ravager son 
pays , Alyattes , que Hérodote nous représente comme un 
prince entreprenant, n'ait eu d'autre motif pour les atta- 
quer que le désir de purger l'Asie Mineure de ces bar- 
bares qui s'étaient déjà fixés à Synope , et avaient pris 
pour place d'armes la ville d'Antandros, au pied du mont 
Ida '. 

Cette confusion mise par Francke entre deux expédi- 
tions distinctes le fait tomber dans une autre erreur; 
c'est à propos des Milésiens. « Comment voulez-vous , 
dit-il ', mettre la ruine des Magnésiens sous Ardys, 
puisque Strabon nous apprend que, l'année suivante, 
les Milésiens s'emparèrent du territoire de Magnésie? 
Or , d'après Hérodote , les Milésiens , même apont V expul- 
sion des Cimmériens, soutinrent six années de guerre 
sous Sadyattes , et cinq sous Alyattes ; et il est peu pro- 
bable que, au lieu de s'occuper des Lydiens, Milet ait 
songé alors à s'agrandir par la possession d'un territoire 
qu'à peine les Cimmériens avaient quitté. » 



* Fréret^ loc, laud.y p. 20 ^ s'appuyant d'Aristote et d'Estienne de 
Byzance. 

' Caliïn,, p. 115. 



DE CALLINUS ET DE TYKTÉE. 73 

Je réponds : si Magnésie fut attaquée sous Ardys, 
comnie Ardys régna 49 ans, que Sadyattes en régna la, 
et qu'il ne fit commencer la guerre de Milet par son fils 
qu'à la sixième année de son règne , les Milésiens eurent 
au moins six années entières pour s'emparer de Magnésie. 
Il ne faut pas croire d'ailleurs que Milet fût si affaiblie 
même pendant la guerre contre les Lydiens , puisque ses 
citoyens ne cessèrent point, durant ce temps, d'être les 
maîtres de la mer \ 

Reste donc le tableau de Bularque dont parle Pline , 
et qui prouverait que les Magnésiens furent détruits avant 
Candaules, ou du moins sous le règne de ce prince. Mais 
d'abord est-il bien vrai que , du temps de Candaules , ou 
avant Candaules, c'est-à-dire, 700 ans avant notre ère, 
il y eût des tableaux en Lydie, et des tableaux de sujets 
aussi compliqués qu'une ruine de ville ou une bataille, et 
des tableaux assez dignes de ce nom pour qu'on en 
donnât un prix considérable? En supposant tout cela, 
et plusieurs le nient *, Pline veut-il bien dire la ruine 
de Magnésie , et non une guerre quelconque où les Ma- 



' Hei'od.y lib. i, c. 17. Consultez sur la puissance maritime des 
BUilésiens à une époque plus reculée Comment, nos^. reg, soc, scient. 
Gœtting. Vous trouverez au 1. 1^ p. 66 et t. II , p. 42^ un excellent 
travail de M. Ueyne sur le traité de Castor intitulé^ ùfuyfuçii rSt 

^mXmTT9*fmTfiT§ifTmf ly SiSxlêiç 6'. 

* L'abbé Sevin, Dissert, sur les Rois de L^die, me'm. de VAcad. 
des Inscr. et B, L.y t. V, p. 254 j Meiners^ Geschichte der PVis- 
sensch. in Grieckenl. n. Rom,, t. I, p. 40 et suiv. 



74 DE LA VOS ET DES OUVRAGES 

gnésiens furent vaincus? Eki était-il bien certain lui- 
même? Nous avons vu qu'il parle deux fois de ce tableau, 
et l'on a pu remarquer que si , dans le premier passage , 
liv. VII, il emploie le mot excidium, dans le second, 
liv. XXXV , il ne se sert plus que du mot prœlium. 

Enfin, je vais plus loin; admettons tout ce que veut 
Francke; supposons que la ruine de Magnésie soit arrivée 
sous Candaules , que Callinus l'ait vue florissante , et qu'il 
soit par conséquent le contemporain de Candaules , car 
c'est à cela, en définitive, que se bornent toutes les 
preuves de son antériorité à l'égard d'Archiloque; Can- 
daules n'a régné que 23 à a4 sins, d'après le terme 
moyen indiqué par Hérodote pour les Héraclides de 
Lydie '; Gygès, qui lui succéda, a régné 38 ans, et 
Ardys, son fils, 49* O'*» comme il est de notoriété 
qu'Archiloque vécut du temps de Gygès *, Callinus au- 
rait fort bien pu naître sous Candaules, peut-être avant 
Candaules, et pourtant avoir vu Gygès et même Ardys; 
d'où il suit que Archiloque eut été son comtemporain, 
pourvu qu'on donne à Callinus , ce qui n'est nullement 
improbable, 90 à 100 ans de vie '. Il y a mieux encore. 



^ Lib. I, c. 7. Il compte 22 générations pour 505 ans. 

* Voyez là-dessus Larcher , TrcUl. d'Hérod,y t. I, p. 194 et suiy., 
t. VII, p. 556, 599^ Liebel , Archil,, p. 5, sqq. Tatien, Ad Grœeos, 
p. 109, le place sous Gygès, 500 ans après la ruine de Troie, dans 
la23>°<» olymp.; Cicéron, TuscuL, i, 1, 3, du temps de Romulup. 

^ Pendant que j'écrivais cette dissertation, qui date de 1829, 



DE CALLINUS ET DE TTRTÉE. 76 

En fixant Tépoque de la seconde guerre de Messénie d'a- 
près l'opinion ordinaire, que d'ailleurs je n'adopte pas, 
comme on le verra dans l'Excursus suivant, il se trouve 
que Tyrtée aussi aurait fleuri en même temps qu'Archi- 
loque et Callinus ; puisque alors le siège d'Ira tomberait 
en Tannée 668 ou à peu près av. J.-C. 

C'est là tout ce que je me proposais de démontrer, et 
cela prouve qu'il faut être circonspect à décider les ques- 
tions que les anciens n'osaient pas trancher. Quoique 
Francke termine sa dissertation par ces mots : JNon diu- 
tius de origine elegiaci carminis sub judice lis erit, je 
crois que, sous ce rapport, le dernier mot n'est pas 
Picore dit. 

Quant à Callinus lui-même, d'après tout ce que je 
viens de dire , je pencherais à fixer l'époque où il vécut 
aux règnes de Gygès et d'Ardys , de l'an 720 à l'an 63o 



Fréd. Thiersch partageait mon opinion , et plaçait aussi Callinus 
entre la 16"" et la S6™« olymp. Voyex sa dissertation De gnom. 
carm, grœc»y Act, philoL monac, toI. III ^ p. 569. L'édition de 
M. Bach^ dont j'eus connaissance après avoir entièrement terminé 
mon travail , et que j'ai d'ailleurs mise à profit avant de livrer 
la mienne à l'impression , ne m'a point fait changer de sentiment 
relativement a l'époque où vécut Callinus. M. Bach croit qu'il 
.florissait vers les premières olympiades, et qu'il mourut avant 
Candaules. Mais son opinion ne s'appuie en grande partie que sur 
le passage de Pline relatif au tahleau de Bularque , et je crois 
l'avoir réfutée d'avance. Je suis heureux, au reste, de m'ètre 
trouvé d'accord , sur beaucoup d'autres points , avec un philo- 
logue aussi distingué que M. Bach. 



76 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

av. J.-C. Je ne présente cependant mon opinion que 
comme une conjecture plus probable , à mon avis, que 
les autres; et je m'en remets sur ces points ardus à de 
plus savants. Passons maintenant à la seconde question 
que je me suis proposée. 

Seconde question. Je n'ai aucune raison de penser qu'il 
y ait eu des poètes élégiaques avant Callinus et Archilo- 
que. Nul ouvrage de ce genre ne nous est parvenu , et les 
noms que l'on cite ne prouvent rien, comme je crois 
l'avoir démontré. L'abbé Souchay ^ trouve dans le talent 
poétique de Callinus un motif pour croire qu'il ne fut pas 
l'inventeur de cette espèce de poème. « Les arts, dit-il, 
marchent lentement vers la perfection ; combien la Grèce 
dut-elle produire de mauvais poètes héroïques avant que 
de produire Homère?... » Mais l'abbé Souchay avait-il 
donc oublié qu'il ne s'agissait pas ici de créer la poésie ou 
même un genre tout-à-fait distinct de composition poéti- 
que, comme la tragédie ou la comédie, mais simplement 
de modifier par une innovation la forme du vers? Le mo- 
dèle du pentamètre se trouvait dans l'hexamètre d'Ho- 
mère et d'Hésiode. 

Mais si Callinus , Archiloque et Tyrtée furent les plus 
anciens poètes élégiaques , il s'en suivrait donc , du moins 
à en juger parles fragments qui nous sont parvenus, que 
Horace se serait trompé en disant que l'élège fut d'abord 



* Souchay, Mém. de VAcad, des Inscr. et B, Z., t. VII, p. 366. 



• DE GALUNUS ET DE TYRTÉE. 77 

consacré à Texpression de la plainte : il aurait dû dire 
qu'il ftit d'abord tout militaire. D'autre part, les gram- 
mairiens grecs et latins auraient tous commis la même 
faute , car tous sont d'accord pour nous représenter l'élé- 
gie comme un chant lugubre. C'est l'opinion de Suidas, 
de Didyme, au rapport d'Orion , du grand Étymologique , 
de Y Etjrmologicum Gudianum, etc.; ainsi qu'on peut le 
voir aux endroits cités précédemment; c'est celle de 
Tzetzès et de Proclus \ Or , quoiqu'il soit vraisemblable 
que la plupart de ces commentateurs ou lexicographes 
se sont presque toujours copiés l'un l'autre, et qu'on ait 
droit de le conclure d'un assez grand nombre de passages, 
il serait cependant assez étrange que nul d'entr'eux n'ait 
corrigé une erreur que les vers des premiers élégiaques 
rendaient manifeste. Je suis donc porté à croire , d'après 
la nature même des écrits de ces poètes , que l'élégie fut 
en effet lugubre à son origine, mais qu'elle eut pour 
objet de ses plaintes la mort des guerriers tués dans le 
combat. L'image du trépas des braves, si souvent repro- 
duite dans les fragments qui nous restent, l'indique assez 
sans l'exprimer positivement. Telles étaient les vieilles 
poésies populaires de Rome, ces nœniœ dont parle Gicé- 
ron ', auxquelles on attachait une idée de tristesse, et qui 



• Tzetz.^ Proleg. ad l^cophr.f ▼ol. I, p. 257 ; Procl. , in Phot. 
BiUioth., p. 984. 

• Cic.,de Legîbus, 11 , 24. Voyez aussi Festus, et Niebuhr, Hisi. 
rom., t. I, p. 238, trad. de Golbery , éd. de Bmx. 

10. 



78 DE LA VIE ET DES OUVRAGES * 

n'étaient que Féloge des morts, chanté au son de la 
flûte , et leur exemple proposé à l'imitation des vivants. 
C'est ainsi que, chez les orateurs et les historiens anciens 
et modernes, les plus éloquentes exhortations à la valeur 
et à la vertu se trouvent dans les oraisons funèbres des 
guerriers et des grands hommes. Cette conjecture est 
positivement confirmée par un passage remarquable du 
grand Étymologique , qui dit en parlant de l'élège ' : Etti 
ykp ix&fotç vexpcfïi ttoXoi 'fôero npoç napatyeaot xoi T:apa[ivB'm rc3i/ 
(Tvyyeyôiy xoe (fànof roù reâve^froç. « L'élégie se chantait autre* 
fois en l'honneur des morts seulement ^ pour Y encourage^ 
ment et la consolation des parents et des amis du dé- 
funt. » Elle l'est par Proclus , à l'endroit cité , « c'est par 
Félège^ dit-il, qu'on Csiisait Féloge des morts, xoc roùq 

TtréXeurYixh-aq dt^aùràù eùKir/ouiy. » Si toutes les compositions 

de Callinus et d'Archiloque nous étaient connues, nous 
y trouverions, je n'en doute pas, l'intention exprimée 
dans ces passages. 

Une remarque importante cependant à ajouter , c'est 
celle qu'a développée Francke, en distinguant mieux 
qu'on ne l'avait feit jusqu'à lui la différence qui existe 
entre ixeyétsv , éxe/iSa et eXe/oç. Exe^eSsy et é^ey^ia ne signifient, 
selon lui, qu'un distique et des distiques, composés 
d'hexamètres et de pentamètres alternatifs ; eXe/oç est un 
chant lugubre, soit qu'on lui donne pour racine e e xéyeofj 



* Etymol. ma g. , p* 296. 




m CALLINUS ET DE TTRTÉE. 79 

dire eh! eh! quod sonat interjectionem flentis ^ comme 
dit Plotius % ou qu'on le fasse venir, avec le grand Éty- 
mologique , TcoLfk roy cXeov xad roy yéw. Comme Simonide 
appliqua le distique à des sujets lugubres , et que ces 
sujets lugubres s'appelèrent ixeyoçj ce qui, par la racine 
même y n'est autre chose que âpfivoç^ tous les distiques , 
quel que fut le sujet qu'on y traitât , s'appelèrent depuis 
eXcjfifo, c'est-à-dire, vers semblables aux élèges, vers dans 
le mètre de l'élège. Or , comme les Attiques avaient orée 
l'élège, leurs plus anciens grammairiens regardèrent le 
vers élégiaque comme ayant exprimé à son origine des 
idées lugubres, et au lieu de dire : Les vers élégiaques, 
auparavant nommés simplement htri , reçurent un nom 
spécial chez les Attiques , depuis que Simonide eut con- 
sacré cette forme de versification aux sujets lugubres ou 
élègeSf ils dirent : La poésie élégiaque fut d'abord ren- 
fermée dans des sujets lugubres; et confondirent ainsi 
l'origine de la chose avec celle du nom. 

Assurément, la pensée de Francke est fort ingénieuse 
et s'appuie sur d'excellentes autorités. Cette partie de sa 
dissertation est la meilleure , à mon avis ; il n'en reste pas 
moins extraordinaire cependant qu'Horace, et avant lui, 
les grammairiens d'Alexandrie se soient trompés à ce 
point ', lorsqu'ils avaient sous les yeux les poésies de 



* Plot., de Meirisj p. 2634. 

' n faut en excepter Dracon de Stratonice , grammairien 



80 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

Callinus et d'Archiloque , si ces poésies eussent été 
purement militaires , et n'eussent pas servi d'abord d'ex- 
pression à la douleur des citoyens , et aux regrets que 
leur inspirait la mort des guerriers. 

Les conjectures probables que l'on peut tirer de tout 
ce que nous avons dit sont donc les suivantes : 

i<> Le créateur de l'élégie ne nous est pas connu au- 
thentiquement et incontestablement; il y a lieu à hésiter 
au moins entre Callinus et Archiloque. 

a<» Callinus florissait sous les rois de Lydie Gygès et 
Ardys. 

3<> Si l'élégie j à son origine , eut quelque chose de 
lugubre , c'est uniquement parce qu'elle fut d'abord 
consacrée à pleurer les guerriers enlevés à la patrie. 

Par la suite , le nom d'élégie fut appliqué à un grand 
nombre de sujets qui n'avaient rien de commun avec ces 
lamentations patriotiques. C'est ce qu'atteste Horace : 

Po8t etiam inclusa est voti sententia compos. 

L'abbé Fraguier avait tort quand il disait ne connaître 
d'autre élégie que celle de Boileau , 

La plaintive Élégie , en longs habits de deuil ; 



antérieur à Apollonius Dyscole, qui a probablement mis Francke 
sur la Toie de son système , et dont le passage à ce propos est fort 
remarquable, ri ixtytlùv fcirf^ , dit-il^ iFm,f0fifutTTM ûiri roZ ixly^^ 

Drac, cd. Gothof. Hermann ^ p. 161. 



m CALLINUS ET DE TYRTÉE. 81 

et n'admettre pour monument de ce genre parmi les 
Grecs qu'un morceau de XAndromaque d'Euripide , 
V. io3 — ii6. Weber, il est vrai, a placé ce morceau 
dans sa traduction des poètes élégiaques de la Grèce * , 
mais il n'en est pas moins ime plainte dramatique et 
non pas ime élégie ^ quoique Euripide , en y em- 
ployant des distiques , ait prouvé par*là même que cette 
espèce de mètre était surtout consacré à l'expression 
des sentiments douloureux. Le duc de Nivernois a fort 
bien réfuté Fabbé Fraguier, sous ce rapport '; mais, à 
mon avis, il s'est aussi égaré lui-même, quand il n'a 
compris sous le mot élégie que ce que les Latins , en 
général, et plus particulièrement Ovide et Properce, 
appelaient elegiuy c'est-à-dire , l'élégie amoureuse, la 
seule presque qu'ils aient cultivée. L'élégie amoureuse a 
produit beaucoup plus de poètes que toutes les autres 
ensemble , parce que le sujet qu'elle traite est bien autre- 
ment fécond et varié. Rome n'en a guère connu d'autres; 
mais il ne fallait pas conclure de Rome à la Grèce , en 
dépit des témoignages contraires. 

Selon Bœttiger ' , les Ioniens inventèrent le pentamètre, 
quand ils eurent connu la double flûte guerrière des 



' Weber, Die elegisch. Dicht. der Hellenen, p. 267. 

•Nivem., Dissert, sur l'Élégie, t. IV de ses Œuîf. compL, 
p. 250. 

^ Ub. den Ursprung der Elégie aus dem Flœtenlied , in Wie- 
lands Atdsch. Mus., vol. I , faseic. u, p. 293 et 336, sqq. 



88 DE Ll VIE ET DES OUVRAGESv 

Lydiens ; ils le firent servir à la poésie militaire; ce fut la 
première période du distique. D^ns la seconde période^ 
le distique s'adoucit sous l'inspiration de Mimnerme, 
et se dévoua surtout à l'amour. Dans la troisième enfin , 
Simonide le réserva aux affections mélancoliques ^ et- 
alors fut créé le nom de éxeyOav. On voit que Bœttiger , 
sans s'inquiéter de l'autorité des grammairiens et des 
critiques , s'arrête aux monumens élégiaques tels qu'ils 
nous sont parvenus, et les rattache fort ingénieusement 
d'ailleurs à son opinion systématique sur la flûte. 

Le professeur Waardenburgh ^ a bien vu la douleur 
au berceau de l'élégie, mais ce n'est point la douleur 
publique qui pleure les héros morts , et il a eu par-là 
même plus de peine à rendre compte du prompt détour 
de l'élégie vers les sujets guerriers et politiques. 

Il me semble que le meilleur moyen de concilier les 
grammairiens et les poètes, les œuvres qui nous restent 
et l'étymologie la mieux constatée du mot qui les désigne, 
est de reconnfiûtre, comme je l'ai dit, dans l'élégie nais- 



' Waardenb., Prolusio de Argum. et natura optimaque forma 
Eleg,y dans ses Opusc. oraLpoeL etcritic., Haarlem, 1812, p. 1, sqq. 
Voyez encore, pour épuiser le sujet, Fr. Schlegel , CharakterisL u. 
Kritiken, part, ii, p. 197, sqq., in Athenœum, T. I, part. 1 , 
p. 107 , sqq. ; C. P. Gonz , ub, die Eleg. der Alten , in G. V. Hau£& 
Philologie y Stuttgart, p. i, p. 142, sqq.; Ck)nr. Schneider, ub. 
des Elegische Gedicht der Hellen,, in den Studien von Danb u. 
Creuzer, t., IV ^ p. 1-74; Marmontel , Poétique franc • ^ t. II, 
p. 205; etc. 



DE CALLINDS ET DE TYRTÉE. 83 

santé l'expression métrique du regret des citoyens à la 
mort des héros qui avaient défendu et honoré la patrie , 
et Vexhortation à imiter leur vertu. De ce dernier point 
de vue découle tout naturellement l'élégie telle qu'elle 
nous apparaît dans les fragments de Callinus, de Tyrtée 
et de Solon. Aux grands hommes que Ton pleure doivent 
en effet succéder d'autres grands hommes. Notre poète, 
Casimir Delavigne , avait , dans ses Messéniermes y rappelé 
Télégie à sa véritable origine. 

Mais ce n'est plus seulement l'ardeur martiale, c'est 
aussi la conscience de la nécessité des vertus civiles qui 
inspire à Tyrtée son Eunomie^ et à Solon cette élégie 
citée par Démosthènes, dans son Discours sur Tambas^ 
sade \ digne et touchante exhortation à la concorde, à 
la justice , au désintéressement. A cette élégie héroïque 
et politique appartenaient les vers de Solon intitulés 
Salamine^ auxquels j'ai déjà fait allusion, d'un effet si 
magique dans la bouche du poète, que, dès qu'il les eut 
chantés, la guerre fut déclarée à Mégare, quoique le 
peuple d'Athènes eût décrété la peine de mort contre 
quiconque lui rappellerait que les Mégariens avaient été 
assez puissants pour s'emparer d'une ville athénienne '. 
Malheureusement il ne reste de ce morceau qu'une 



^ Demosth.y «■. n«p«^p., p. 421 , R., p. 308 , t. VI, Orat. Aide,, 
éd. Dobson. 
• Plut. , Fit. Sol.y c. 8. 



84 DE Li VIE ET DES OUYRiGES 

dixaine de vers assez insignifiants '. Près de lui, mais non 
pas tout-à-fait sur la même ligne, pouvaient se ranger , je 
suppose, l'élégie héroïque de Mimnerme intitulée : 
Combat des Smyméens contre Gjrgès et les Lydiens • , et 
celles où Simonide chantait les défaites des Perses et les 
combats de Salamine et d'Artémise '. Ce fut ainsi que, 
dans des siècles postérieurs, Callimaque célébra en vers 
élégiaques la victoire de Sosibius *, et que Properce 
mêla à ses amours un chant triomphal sur la bataille 
d'Actium *. 

On voit ainsi l'élégie s'éloigner peu à peu de la route 
qui lui avait été tracée à son origine. Ce n'est déjà plus 
l'élégie , ou si elle conserve ce nom , elle le doit à un abus 
de mots ; le fonds s'efface de plus en plus , il ne reste que 
la forme , c'est le mètre élégiaque dont chacun s'empare 
à son gré pour le plier aux besoins et aux caprices de la 
pensée. Dès le temps de Callinus , Archiloque , le poète 
de l'ancienne Grèce qui fit le mieux saillir son individua- 
lité dans ses vers, s'était adressé tour-à-tour à tous les 
rfaythmes ; le tétramètre renferma ses pensées guerrières 



' Conservés par Plut. , ibid. ; Dîog. Laert. y p. 28. Voyez aussi le 
Solon de Bach. 

* Pausan. , IX , 29; Mimnerrai Fragm. u, p. 44 y éd. Bach. 

' Schol. Âristopli., Vesp.j v. 1402; Suidas, voc, Si^^v. ; Priscian., 
p. 1328; Schol. Apollon., lib. i, y. 211. 
^ Athen., Deipnos., iy, p. 144. 

* Properl. , lib. iv, eleg. 6. 



DE CALUnUS ET DE TTRTÉE. 85 

et philosophiques ; il arma sa vengeance de cet iambe 
qu'il fit sien ^ ; il enfanta le dithyrambe dans un de ces 
moments où son cerveau était , pour me servir de son 
expression ^foudroyé par le vin ' ; quant à Vélégiaque, il 
parait avoir été généralement l'expression de ses senti- 
ments tout personnels. Dans les fragments qui nous en 
sont parvenus j il nous montre rarement le guerrier et le 
politique , mais plus souvent l'homme qui , froissé par la 
nécessité f cherche à lui opposer une ame indomptable^ 
et raisonne sur cette lutte étemelle de la fatalité et de la 
liberté humaine, qu'Eschyle personnifia plus tard d'une 
feçon souveraine dans son admirable trilogie de Promé- 
thée. C'est encore dans les fragments élégiaques que , après 
s'être qualifié de serviteur de Mars aussi bien que des 
Muses, Archilpque insulte Lycambe , chante la puissance 
de Vénus et du vin , et finit par avouer, sans vergogne, 
que certain jour, aux environs de Sais, il jeta son 



> Horat. , jirL poét. , ▼. 79 , 

Archilochnm proprio rabiet «rmairit iambo. 

Voyez ^ sur les divers sens de ce vers , Waardenburgli , p. 16 de 
l'ouvrage cité plus haut. Je ne fais point comme lui rapporter pro- 
prio à rabies / je ne vois pas non plus qu'Horace veuille attribuer 
par-là l'inyention de l'iambe à Arcliiloque; il prétend seulement 
que ce poète se l'est approprié en quelque sorte par la manière 
supérieure dont il l'a employé. 

* Fragm. 38, Tetram., p. 121, éd. Liebel. 

11. 



86 DE LÀ VIE ET DES OUVRAGES 

bouclier pour sauver sa vie, ajoutant avec une insolente 
gaieté qu'il en retrouvera un meilleur *. 

Archiloque avait fait servir aussi à déplorer des mal- 
heurs privés le mètre consacré aux malheurs publics *. 
Simonide suivit cet exemple; son recueil intitulé âpnyot\ 
gémissements y et ses fragments qu'on a pu prendre pour 
des épitaphes ', rendirent à l'élégie sa renommée funè- 
bre. Alors naquit un autre abus. Le rhythme élégiaque 
avait déjà exprimé des pensées qui n'appartenaient pas à 
l'élégie; l'élégie à son tour s'exprima dans un langage qui 
n'était pas le rhythme élégiaque. C'est ce que prouve le 
morceau de Simonide intitulé Danaê, cité par Denys 
d'Halycarnasse ^. 

Une fois le pas franchi des douleurs publiques aux 
douleurs privées^ la carrière devenait immense ^ et l'a- 
mour ne pouvait être oublié , l'amour, source à la fois et 
remède de tant de maux. On commençait à apercevoir 
cette tendance même dans Selon. Mais c'est à Mimnerme 
surtout que la pensée et le vers élégiaque durent cette 
direction nouvelle. Mimnerme^ si plein de grâce et de 
fraîcheur dans son style ^ ne cesse de se plaindre de la 
vieillesse, de la mort, de tous les maux qui sont l'apa- 
nage de rhumanité , et ne trouve de recours contre eux 



' Archil.^ Fragm. 48^8qq.,p. 135. 

• Voyez les Fragm. y et Plut. ^ deaudiend.poeL, c. 5. 
' Voyez Francke, Callin. , p. 66 -70. 

* Dion. Halyc.^ «-ipi o-vnd-. «90 fi. , adjin. 



DE GALLINUS ET DE TYRTÉE. 87 

que dans les jouissances de Tamour. A son école appar- 
tieDneDt Philétas , Callimaque, Ovide ,TibuIle, Properce, 
Gallus et toute l'élégie latine. 

La partie parœnetique de l'élégie eut le même destin 
que la partie thrénique. A la morale du camp ou de l'a- 
gora succéda celle du foyer. Ici apparaissent Théognis , 
Phocylide et les Gnomiques ^ qui ont employé le mètre 
élégiaque. Et, soit dit en passant, cette morale fut non- 
seulement prosaïque et commune, toute de bien être et 
d'intérêt individuel , mais elle fut, dans Théognis surtout, 
essentiellement dorienne^ c'est*à-dire qu'elle professa 
toutes les maximes de l'aristocratie. Les Theognidea bien 
étudiés * ne tendent qu'à établir entre les castes diverses 
d'insurmontables barrières ; ils repoussent toute idée d'é- 
galité entre les hommes , spécialement en ce qui tient au 
mariage; ils vont même jusqu'à rabaisser par ces parodies 
dont je donnerai plus loin un exemple, les pensées de 
dévouement et de pur sacri6ce à la patrie qui animaient 
les premiers élégiaques. 

Enfin le mètre élégiaque , devenu de gnomique tout-à- 
fait didactique f fut appliqué par Eratosthènes à dévelop- 
per la duplication du cube ' ; par quelques hymnographes 



' Voyes snrlont l'excellente ^n^ce de Velcker, Theognid,, 
p. 10 et suir. 

* ApudEutociTunAscalonitam in Comment, Archimed. Eratosth.^ 
firagm. , Oxon. 1672; Gyrald. , de hist. poeU, p. 165. 



88 DE LA Vm ET DBS OUVRAGES 

et par Butas ^ à l'explication des cérémonies religieuses , 
des origines sacrées et de ces matières qu'Ovide, à leur 
exemple y a traitées dans ses Fastes. Mais ceci n'est pas 
plus de l'élégie que les Phénomènes d'Ara tus ou les 
astronomiques de Manilius ne sont des poèmes épiques , 
bien que leurs auteurs aient adopté le vers hexamètre 
d'Homère et de Virgile. 

Gomme j'ai beaucoup parlé dans cet Excursus du 
travail de Francke sur Callinus , je ne le terminerai pas 
sans dire un mot de son édition de Tyrtée. 

La critique de Francke sur Tyrtée peut se considérer 
sous trois points de vue : 

i^' La correction du texte ^ en le ramenant aux leçons 
qu'il croit véritables. Les éditeurs de Tyrtée et plusieurs 
autres savants , entre autres Thiersch et Hermann * avaient 
précédé Francke , mais on doit reconnaître que les remar^ 
ques de ce dernier sont souvent justes et presque tou- 
jours ingénieuses. 

n^ L'élimination des vers qu'il suppose appartenir aux 
rhapsodes. Souvent encore ici il fait preuve de savoir 
et de goût ^ mais en général je ne puis applaudir à ses 
hardiesses. Ce n'est pas que je doute que les rhapsodes ne 



* Cité par Plntarque, P^it. Romui., c. 40. Son livre s'appelait 
aÏtsm, et traitait des origines fabnlenses de Rome. 

' Thiersch , Act, philol, monac. » t. I, fasc. 2, p. 214, sqq. ; 
Hermann, Append. ad Viger,^ p. 932, sqq. Voyes aussi PassoYÎi 

Symbolœ, 



Iffi GALUNUS ET DB TTRTÉE. 88 

se soient rendus coupables d'interpolations dans les écri* 
vains anciens ; mais , à l'exception d'un très petit nombre 
de passages où, d'un commun accord , on reconnaît les 
traces d'une main étrangère y je pense qu'il faut user d'une 
extrême circonspection à cet égard. Le goût et la con- 
naissance du langage sont les seuls juges en ces matières. 
Or j en fait de goût , il est évident que tel vers , qui parait 
à Tun indigne d'un grand poète , peut sembler à l'autre, 
sinon admirable , du moins fort admissible , et dans le 
génie de la nation, du siècle, de l'écrivain auquel on 
l'attribue. C'est ce que nous voyons chaque jour , même 
lorsqu'il s'agit de nos contemporains et de nos compa- 
triotes. Quant à la connaissance de la langue, j'avoue que 
ces subtilités si délicates m'échappent presque toujours. 
Quand j'ai parcouru l'Iliade et l'Odyssée de Payne Knight, 
où cette manie de retrancher et d'approfondir la langue 
homérique est portée à un excès intolérable , quand j'ai 
lu ses prolégomènes et son texte hérissé du monstrueux 
dîgamma, je me suis trouvé tout honteux de ne .com- 
prendre presque rien à ces mystères , et de regretter cer- 
tains vers de rhapsodes presque autant que j'admirais 
ceux d'Homère. Une phrase de l'illustre Boissonade est 
venue me consoler de mon ignorance. Ce véritable hellé- 
niste a donné tout bonnement une édition d'Homère , et 
il a dit dans sa préface ^ : j^b illis absiinui nugis quœ 



' Boisson. , Prœfaî, ad Homer, , t. I » p. v^ et yig. 



90 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

sUntj ut difficiles^ ita futiUssirncBy rcUus jam nos non 
mugis scire passe qui fuerit oris grœci homerica œtaie 
sonus y quam ipsius Priami Priamique pisinnorum. 
Quumque versus plurimos viderem .a criiicis juste 
diligentioribus f vel aiteriscis in f rente notatoSj vel uncis 
utrimque circumseptos , iilos incolumes et libéras legi 
passus sum... Cur sic in Iliadis recensione a magnprum 
hominum et inprimis eruditorum vestigiis recesserim , id 
in causa fuit quod rationibus eas niti intelUgerem non 
multum vaUdiSy ut ipsi de sua crisi sœpius dubitarent. 
Est ea mihi prudentia j velpigritia animi et ineptitudo. 
La paresse et l'ineptie ne font pas de tort, quand on a 
Boissonade pour complice. Francke, au reste, a conservé 
les vers qui ne lui paraissent pas appartenir à Tyrtée ; il 
s'est contenté de les renfermer entre crochets. En cela 
du moins, il a mieux fait que Payne Knight. Thiersch 
est encore revenu plus tard sur Tyrtée % et trouvant 
qu'une élégie de 3o ou ^o vers tout d'une haleine ne 
pouvait s'accommoder avec le laconisme si classiquement 
fameux , il s'est avisé de couper les trois morceaux qui 
nous restent en une dixaine de petits fragments , chacun 
de 8 à lo vers. Le travail de ces critiques rappelle la 
cuisine homérique, 

McovûAAov ripa ra?Oia , xai ia^fa^oof , maà eôetpoof. 



* Thiersch , Ad, philoL monac», t. III , p. 630 , sqq. 



DE GALLINUS ET DE TT&TEE. 01 

3^ La transposition. Ici , je suis entièrement opposé au 
système de Francke. Supposer que ceux qui ont cité 
Tyrtée ont bouleversé toute sa composition , prendre dix 
▼ers d'un coté, dix de l'autre, et, d'après ses conjectures 
seules et son imagination , vouloir rétablir ainsi la suite 
des pensées du poète, me parait une prétention presque 
impertinente. Il est possible que quelques vers aient été 
dtés hors de leur place , mais il est bien rare que le sys- 
tème général des transpositions ne soit sujet à une foule 
d'objections. Cette espèce de critique avait été introduite 
dans Tyrtée par Everinus Wassenbergh \ Francke dit 
n'avoir pu se procurer l'ouvrage de Wassenbergh , même 
à la bibliothèque de Gottingue. Mais il a été reproduit 
dans les Miscellanea critica de Friedemann et Seebode * , 
et la partie de cette dissertation qui traite de Tyrtée se 
trouve aussi dans l'édition des Scolies choisies de Yalcke- 
naer sur le Nouveau Testament , donnée par Wassenbergh 
lui-même '. Ce critique s'est borné au reste à la première 
élégie de notre poète, et, pour tout changement, il a 
placé les vers i3 et i4 en tête de la pièce , et a fait pré- 
céder les vers ag et 3o par les deux derniers que j'ai 



* Wassenb.y Dissert. philoL crit. de transpos., p. 5-17^ Frane- 
ker,1786,in-8o. 

• Fried. et Seebod.^ Mise» erit.j I,p. 141-167. 

' De trajectioniùus in Noi», Testant,, en tête du l. II des Selecta 
ex scol, P^alcken. in libr, quosdam N, T», éd. Wassenb.^ Âmstel. , 
1817, p. 15-28. 



92 I» LA VIE ET DES OUVRAGES 

retranchés , oomme Êibant double emploi avec les vers aa 
et a3 de la seconde élégie. J'ai essayé aussi de transpo- 
ser, et mon arrangement n'eût été ni celui de Wassen-- 
bergh , ni celui de Thiersch , ni celui de Francke. Chacun 
en peut faire autant. Yelcker a bouleversé ainsi, en i8a6, 
le texte de Théognis. Dès-lors, le dévergondage des ar* 
rangeurs n'aurait plus de bornes , et les écrits des anciens 
poètes deviendraient un chaos dont chaque éditeur s'esti* 
merait le Démogorgon. 

Pour donner une idée du travail de Francke, je place 
ici sa disposition nouvelle des fragments de Tyrtée. 

BDITIOII DE BHUHCK. EDITIOH DB FRANCKB. 

I, 1-18 I, 26—42. 

I, 19—30 I, 13—24. 

II, 1—10 I, 3—12. 

n, 11—38 1, 43—70. 

m IL 

IV m, 1—6. 

V, 1,2 I, 1,2. 

V, 3,4. VI. 

VI in, 6—10. 

vn vn, 2,3. 

vffl vn, 6—10. 

IX vni. 

X IV. 

XI V. 

Combattre pied à pied chacune des transpositions de 
Francke , prouver que l'ensemble de son travail sous ce 
rapport est non-seulement un jeu d'imagination, mais une 



k 



DE GALLENUS ET DE TYRTÉE. 03 

œuvre de déraison , voilà ce qu'il serait fort aisé de faire , 
et ce qui devrait peut-être terminer cet Excursus. Mais 
cette partie de mon sujet a été excellemment traitée par 
A. Matthias ^ dans sa dissertation sur Tyrtée \ Bach en a 
reproduit les principaux arguments dans son édition de 
CaUinus, Tyrtée et Asius de Samos '. Le même savant a 
parfaitement réfuté l'idée plus extraordinaire encore 
émise par Thiersch , qui niait que les poésies de Tyrtée 
lui appartinssent, et qui en donnait tout l'honneur aux 
soldats de Sparte ; comme si , répond Bach , on attri- 
buait aux caporaux prussiens les vers de Gleim, de 
Kœmer, de Stegemann , et de tous ceux dont la brû- 
lante poésie anima les soldats du grand Frédéric j ou les 
armées lancées par l'Allemagne entière contre Napo- 
léon. 



1 Cette dissertation pamt d'abord à Altenborgh en 1820; elle a 
été répétée ensuite dans l'édition des Poetœ grœci minoret de 
Gaisford y réimprimée à Leipzig en 1823 , t. III^ p. 228. 

' Voyes p. 62 et sniy. 



wm» 



12. 



k 



SECOND EXCURSUS. 



DE L'iPOQUE OV VÉCUT 



TYRT^E , 



IT 



DE LA GUERRE DE HESSÉNIE. 



Pour connaître Tépoque où vécut Tyrtée * , il suffit de 
déterminer celle de la seconde guerre de Messénie ; mais 
ici les chronologistes se divisent; les uns suivent l'opinion 
de Pausanias , les autres celle de Justin. En prenant un 



' TufrmîûÇy avec le circonflexe SUT la pénultième^ irfo^tfinrJfctfùfy 
c'est ainsi que ce mot se lit dans la plus grande partie des manu- 
scrits des écrivains qui ont parlé de Tyrtée. Cependant tous les 
manuscrits de Platon , excepté celui du Vatican , portent Tvfrmtùs , 
aveo Tai^ sur rantépénultième , xfxmflirûut. Bacli pense que 
cette seconde forme y plus rare, est attique, et que la première^ 
plus usitée y est la forme commune et peut-être la dorienne. 



86 Iffi LA VIE ET IffiS 0UTHA6BS 

moyen terme, j'ai cru pouvoir concilier ces deux écri- 
vains. Y aurai-je réussi ? 

Pausanias * fixe le commencement des hostilités entre 
Sparte et Messène à la a*^ année de la 9<»« olympiade , 
S"» de l'archontat décennal d*.£simedès, fils d'£schy- 
lus; Euphaês, fils d'Aotiochus, régnant & Messène, et à 
Sparte , Alcamène, fils de Téléclus , et Théopômpe , fils de 
Nicandre. 

Remarquons d'abord que Pausanias lui-même était 
embarrassé pour décider entre les deux écrivains qui lui 
servaient de guide, Rhianus de Bène, oontemporain de 
Ptolémée Evergète , et Myron de Priène, dont l'époqae est 
incertaihe, mais qui appartenait probablement aussi à 
l'école d'Alexandrie. Il se prononce cependant presque 
toujours en iaveur du premier, qu'il trouve plus exact en 
divers endroits. Mais cette préférence est-elle bien fon- 
dée ? Avant d'aller plus loin , examinons un des reproches 
que Pausanias adresse à Myron. U le blâme d'avoir dit 
qu'Aristomène , qui se distingua d'une manière si brillante 
dans la seconde guerre de Messénîe , avait tué Théopômpe 
pendant la première, et peu de temps avant la mort 
d'Aristodème , successeur d'Euphaes. Nous savons , ajoute- 
t-il, que Théopompe ne mourut ni dans un combat, ni 
de touteautre manière, avant la fin de la première guerre ; 
il en trouve la preuve dans ces vers de I^rtée : 



' Païuen., Meueit., cap. 6. 



DE CALLINUS ET DE TTHTÊB. 07 

Hfdripiù fiaaûifjtj Médiat ^'ktù QeAr^oismù j 
w Abc BfeooifMjy sTXofÂjey tùpù/ppcy. 

Nostro Re^ , Diis dilecto Theopompo , 
Per quem Messenen cepimus finibus latam. 

J'avoue que je ne puis découvrir dans ces vers tout ce 
qu'y voit Pausanias , à moins que Tyrtée n'eût écrit quel- 
que chose de plus sur ce prince , et que le géographe ait 
négligé de citer la suite; ce que rien ne nous fait présu- 
mer. Mais si l'on s'arrête aux deux vers invoqués, cer- 
tainement ils n'établissent pas d'une manière positive 
que Théopompe n'ait pas été tiié dans la première guerre. 
Un pays peut être pris j ou vaincu , ou occupé par un 
roi y car ecAojUfv signifie tout cela , sans qu'il &ilie en con- 
clure que ce roi a survécu à l'expédition dans laquelle 
il a été vainqueur. Et non seulement Tyrtée ne dit point 
que Théopompe vit la fin de la guerre dans laquelle My* 
ron le fait périr , mais nous pouvons même, par divers 
motifs, supposer le contraire. D'abord, par l'adjectif 
eùpùxppwj Tyrtée a peut-être voulu indiquer que Théo- 
pompe ne s'empara que du plat pays, comme l'a soup- 
çonné l'abbé Boivin \ En second lieu , un fi-agment pré- 



' Âfafm. de PAcad, des Inscr. ei B. L., t. 11^ p. ftB et soiv. 
Laroher est de la même opinion , Chronol, d^Hérod,^ t. VII^ p. 697. 
Je sais bien que Clayier, entr'autres, se prononce contre enz, 
Hist. des premiers temps de la Grèce ^ t. 11^ p. 174 , et Noies sur 



ft 



e 

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88 



DE LA VIE ET DES OUVRAGES 



deux du livre viii de Diodore de Sicile nous révèle dans 
la première guerre Texistence d'un Aristomène différent 
de celui qui s'illustra dans la seconde , ainsi que je le pense 
avec ce même abbé Boivin et Wesseling '. On pourrait 
confirmer Diodore par le témoignage de Clément d'A- 
lexandrie dont plusieurs se sont prévalus, et qui dit posi- 
tivement que Théopompe fut sacrifié aux Dieux par 
Aristomène '. Mais je néglige à dessein ce passage ; les 
erreurs évidentes qui le déparent me font suspecter ici 
l'autorité de l'écrivain. 

Je me suis arrêté sur Myron pour prouver quePausanias 
n'est pas absolument à l'abri de la critique dans le choix 
des sources où il puisait D'autres observations démon- 



Pausan, p. 14î; mais les raisons qu'il donne ne me paraissent pas 
concluantes, a Par la vaste Messèncy dit-U^ on ne peut entendre 
que la Messénie en général, puisqu'il n'y avait point encore de 
▼ille de ce nom. » Raison de plus pour que ce mot paraisse signi- 
fier ici les plaines , les campagnes, le territoire enfin de la Mes- 

• 

sénie, et non la ville d'Ithôme, dont la prise termina la première 
guerre. 

* Tom. II, p. 638.de son édit. de Diodore. Cet historien , au 
liy. XV, c. 66, place Aristomène dans la seconde guerre, en 
avouant que d'autres le plaçaient dans la première; et c'est en- 
core un motif pour croire à l'existence de deux Aristomène. 
(c Diodore , répond M. Clavier , est une fort mauvaise autorité en 
chronologie. » Mais dans le fragment du livre vui , il ne s'agit pas 
de chronologie; il s'agit d'un fait rapporté et développé comme 
authentique. 

• Clem. Alex. , Protreptic. ad Grœc, p. 27. 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 80 

treront que ce reproche n'est pas le seul qu'on puisse 
lui adresser. Je reviens à mon sujet. 

Polydore avait succédé dans Sparte à Alca mène, lors- 
que Euphaës mourut après treize ans de règne , pendant 
lesquek il n'avait cessé de faire la guerre aux Lacédémo- 
niens. Aristodème lui succéda , et se tua dans la iào^°^ et 
dernière année de la guerre, i'^ de la i4°^<» olympiade, 
4"^ de l'archontat décennal d'Hippomène. 

Entre la première et la seconde guerre, Pausanias met 
un intervalle de 89 ans. Il place le commencement de celle- 
ci dans la 4"^ année de la a3°^^ olympiade. Il la £siit durer 
i4 ans, 3 ans jusqu'au siège dira, et 1 1 ans pendant ce 
siège , et il en fixe la fin à la première année de la %S^^ 
olynopiade \ Or, ici, il se trompe encore, même d'après 
son calcul ; en effet, il y a plus de i4 sms de la 4"^ année 
de la a3™ olympiade à la i« de la 2&n«, La i4"** an- 
née tomberait dans la a>^« de la 27"^» olympiade *. Au 
reste, il ne peut déterminer bien affirmativement 'l'épo- 
que où éclata cette seconde guerre , car des deux écri- 
vains qu'il est obligé de suivre pour les faits , celui qu'il 
préfère ordinairement , Rhianus , e^t ici contre lui. D'après 
son propre aveu, Rhianus affirme que Leotychides ré- 
gnait à Sparte pendant cette guerre. Or Leotychides 



' Pans, y Messen., 0. 23. 

* Corsini parle dans le même sens que moi, Fast. Au.y t. III ^ 
p. 46. 



L 



100 DE U VIE ET DES OUVRAGES 

était, selon Pausanias, fils de Démarate, fils d'Ariston, 
septième descendant de Théopompe. Il aurait donc Êillu 
qu'en 39 ans, il y eût neaf générations de rois de Sparte; 
Pausanias conclut de-là que Rhianus s'est trompé, et il 
raisonne d'autant plus juste que Leotychides, qui ré- 
gnait au temps de Darius et de b bataille de Marathon , 
n'aurait pu, en aucun état de cause, être contemporain 
de la guerre de Messénie , à moins que Rhianus ne parle 
ici de quelque autre Leotychides, antérieur au successeur 
de Démarate, hjrpothèse qui n'est guère admissible, car 
lui seul en aurait parlé. Il y aurait plus de vraisemblance 
H supposer que Rhianus, en nommant Leotychides, aura 
confondu , avec la guerre dont nous parlons , une révolte 
des Messéntens, qui arriva en effet sous ce prince , pen- 
dant l'invasion médique '. On pourrait même soupçonner 
dans Pausanias une erreur à peu près semblable, à la même 
occasion. Cest lorsqu'il dit* que les Messéniens, échap- 
pés à la ruine d'Ira, allèrent trouver Anaxilas , tyran de 
Rh<^nm, et, de concert avec lui , chassèrent les habitants 
de la ville de Zancle en Sicile , et domièrent à cette ville 
le nom de Messène. I^érodote et Thucydides ' parlent 
aussi de cet Anaxilas , et de l'événement qui substitua 
Messène k Zancle ; mais il est évident d'après leur récit , 



' V'hl.,iie Le^., lib. m. 
' Pnutaii., Metsen., c. 29. 
' Herod., lib. vi , c. 22 et 23 ; Thncyd., lib. 1 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 101 

confirmé par diverses circonstaDces , qu'ÂDaxilas vivait 
au temps de la bataille de Marathon ; or cette bataille 
ayant eu lieu Fan 49^ d^* '--C* 9 il s'en suivrait que 
Pausanias aurait placé ce prince environ 170 ans trop 
tôt \ 

Quoi qu'il en soit, Pausanias rejette ici l'autorité de 
Rhianus, et préfère s'en rapporter à Tyrtée. Mais comme 
Tjrrtée, ajoute-t-il, ne nomme point les rois de Sparte 
contemporains, il &ut les deviner d'après les trois vers 
suivants * : 



ai/jxyiToà f lïarépw rifteripoty T:aerépeç. 

c'est-à-dire y « Autour de cette ville (d'Ithome, je suppose) 
combattirent pendant dix-neuf ans, conservant toujours 
un courage patient et obstiné , les guerriers , pères de nos 
pères. » 

Pausanias pense qu'il est évident, d'après cela, que 
Tyrtée désigne la génération à laquelle il appartenait lui- 
même, comme la troisième depuis la première guerre de 
Messénie ; et voyant que la troisième génération des rois 



' Voyes, flor cette question, Corsini, Fasi, jin., tUl, p. 140; 
Barthélémy , Vqyag, d'Anach. , not. xy , t. II , p. 601 , ëd. Belin. 

* Le même passage est cité par Strabon , Geogr. , lib. vi y 
p. 428. 

13. 



f- 



102 DE LA VIE ET DBS OUVRAGES 

de Sparte , depuis Théopompe et Polydore, présente d'un 
côté Anaxidamus et de l'autre Anaxandre, il fait com* 
mencer la seconde guerre Messénique sous ces deux 
princes, c'est-à-dire, 39. ans après la fin de la première. 
Mais l'argument de Pausanias ne me paraît pas con- 
cluant. Ne peut-on pas supposer en effet que par cette 
expression les pères de nos pères, Tjrrtée désigne les an- 
cêtres en général, comme il arrive fréquemment aux 
poètes grecs ? ou , si l'on veut que ces mots ne soient ap- 
plicables qu'à la troisième ^^/2^ra/îon, pourquoi déter- 
miner uniquement les générations des rois de Sparte, et 
non les générations humaines , dans le sens historique , 
qui comprennent chacune de trente à trente-trois ans ? 
n est d'autaint plus singulier que Pausanias n'ait pas 
adopté cette manière de compter , qu'elle était universel- 
lement connue en Grèce dès le temps d'Hérodote, et 
même auparavant '. 



' Qu'U me safSte de citer le passage classique de Censorin , 
de Die ruUali , o. 17 , p. 79 , éd. Hayercamp : Quare qui annos tri^ 
ginta sœcuhun putaruni, mulium videniur errasse. Hoc enitn 
tendus yi Vf «y vocari HeracUtus auctor est ; quia orbis wUUis in 
eo sit spaiio, Orbem autem vocani œtatis , dum natura hominis a 
semend ad sementem revertilur, L'Heraclite que oite Censorin était 
antérieur à Hérodote , selon Diogène Laerce^ ix^ 1. Platarque dit 
de lui la mAme chose que Censorin. Voyes aussi, snr oette question 
des générations , HisL de VAcad. des Inscr. eiS.L,, t. KIV , p. 10 ; 
Fréret^ Npui^. cbs. sur la chronologie de Newton y sect. 1, c. 1 , 
t. VII^ p. 81 ; Gayier, Introd. à Vhist. des premiers temps de la 



DB CiLUNUS ET DE TYBTËB. 108 

Tyrfée , expliqué ainsi , donnerait entre les deux guer- 
res un intervalle d'à peu près soixante ans , à quelques 
années de plus ou de moins. On y comprendrait la moitié 
de la première génération , ncSipeç iifuripw itoHépWj la se- 
conde tout entière , iifutnpoi noOipeç j et la moitié de la troi- 
sième, 9^$. On peut dire, il est vrai, qu'en plaçant la fin 
de la première guerre dans les dernières années de la 
première génération , et le commencement de la seconde 
dans les premières de la troisième, on trouvera encore 
39 ans, même en interprétant Tyrtée comme je le feis. 
Mais je réponds d'abord qu'il reste toujours évident que 
Pbusanias ne l'a point entendu ainsi , puisqu'il ne parie 
que des générations des rois de Sparte; en second lieu, 
qu'il est plus naturel de donner à l'intervalle des trois 
générations une latitude d'une soixantaine d'années, puis- 
qu'on suppose alors les guerriers de la première et de la 
troisième dans la force de l'âge, comme ils devaient 
l'être pour supporter les fatigues de la guerre. Sans 
cela, on en Êàit des vieillards d'un côté et des en£ants de 
l'autre. 

Remarquez d'ailleurs que cette hypothèse ne me met 



Grèce, 1. 1, p. W ; Laroher , Tntd. iPHérod., t. l^U , p. 396. 11 est 
des oiroonstanees, cependant , où ce ealcal de générations ne doit 
pas être rigonrensementapplicpié, oomme Font prouvé Volney^ 
Recherches nouvelles sur PHisL qfic, , t. YI^ p. 85 y et sartout 
M. Fortia d'Urban^ Mél. de géogr. et éPhUî. ancienne, p. 13 
et suiv. 



b 



104 DE U VIE ET DES OUVUGES 

eo contradiction avec aucune des existences synchroni- 
ques déterminées ici par Pausanias. En effet, la fin de la 
seconde guerre de Messène tomberait, d'après mon cal- 
cul, entre la i" année de la 3a"* olympiade et la 3™ de 
la 33"". Pausanias dit qu'elle fut conduite par les rois 
de Sparte Ânazidamus et Anaxandre. Or, Ânazandre 
régna jusqu'à la seconde année de la Sa"" olympiade, et 
Anaxidamus jusqu'à la i" de la 3^ '. Pausanias ajoute 
que le dessein d'Aristomène , après la prise d'Ira , était de 
se retirer auprès d'Ardys , roi de Lydie , ou de Phraortes, 
roi des Mèdes. Le règne d'Ardys finit à la t"> année de 
la 38""' olympiade, celui de Fhraortes à la 3>" de la 
36"*. Par-là,je réponds enpassant à l'objection derabbé 
Sevin touchant le règne d'Ardys '. On en peut conclure 



' J'adopte le calcol chronologique de Larcher, quoiqu'on loi ail 
reproché d'avoir fait régner beaucoup trop long-tempa les rois de 
Sparte. Mais ce ^proche ne s'applique déjà plua au temps où Dons 
tommes, et est d'ailienra à peu près indifférent à la question 
actuelle. Au reste, c'est, à mon avis, le vice radical de tontes les 
chronologies de l'antiquité , oà les années ne sont pas rigonrenae- 
ment fixées. Que l'on étudie celle des Assyriens, des Babyloniens, 
des Mèdes, des rois de Rome, la durée des règnes, comparéeà 
ceux de notre Europe moderne, paraîtra évidemment fabulense. 
Il faut de toute nécessité , on que pinsieura noms aient été i^orés 
on oobliés, ou que l'on n'ait point tenu compte des interrègnes. 
L'obserration est surtoat frappante dans l'étude de la chronologie 
auyrienne. , 

." Mèm. de l'Acad, des Intcr. et B. L. , t. VIII , p. 147. Je suis 
l'opinion commune pour le règne de Phraortes, quoique je n'ignore 



DE CALLINUS ET DE TTRTÉE. 105 

encore 9 comme je Fai fait entendre précédemment , que 
Tyrtéea été presque contemporain deCallinus, qui appar- 
tient évidemment au même siècle et à la même école. 
En6n , je me rapproche ainsi de Topinion des autres écri'- 
▼ains anciens qui s'accordent pour placer la seconde 
guerre de Messénie à une époque beaucoup plus reculée 
de la première que ne le fait Pausanias. En effet, Justin ' 
prétend que les Messéniens , vaincus par Lacédémone , 
se révoltèrent contre elle 80 ans après la première guerre. 
Eusèbe * place cette révolte dans la a"^ année de la 35"^^ 
olympiade y et Suidas ' désigne aussi cette olympiade 
comme celle où florissait Tyrtée. 



pas (jn'elle a été attaquée avec beanconp d'ëmditiôn et de Bagacité 
par l'aotenr de la Dissertation sur le temps de Judith y insérée au 
T. Yni^ p. 366 et 8uiy. de la nouyelle édition de la Bible de Vence, 
n s'agissait pour cet écrivain de faire concorder la yictoire de 
Judith sur Holofemes avec le règne de Saosduchin. Or, Saosdu- 
chin 9 ayant d'attacjuer les Juifs , devait avoir vaincu Phraortes, et 
Phraortes avoir régné 22 ans avant sa défaite. Conciliant ingénieu- 
sement ces diverses nécessités ^ Fauteur de la dissertation donne 
40 ans de règne à Déjocès au lieu de 53, et le fait monter sur le 
trAnePan 718 av. J.-G. Le règne de Phraortes durerait alors de 677 
a 655 y et non pas 4e 656 à 6%4, 3»^ année de la 36>^ olympiade , 
ce qui est le calcul ordinaire. Au reste , pour accorder sur cette 
époque le P. Montfaucon, Usserius^ D. Calmet, le président Bou- 
hier , Plumyoen, le P. Toumemine, Fréret , etc. y il fiBudrait un vo- 
lume et non pas une note. 

' Justin., i7û/or. JII, 4. 

' Euseb., Chronic, f« 60 , cd. H. Est. 

' Suidas, voc. Tii^r«7«f , t. H, p. 050. Simson, Chronic. hist> , 



106 Iffi LA VIE ET DES OUVRAGES 

On a voulu trouver dans les marbres de Paros une au- 
torité en faveur de Pausanias \ La ligne dont on s'est servi 
est trop altérée pour qu'on en puisse rien conclure , mais 
la manière dont les commentateurs donnent carrière à 
leur imaginative dans la restitution de cette ligne est vrai- 
ment précieuse. Le marbre porte : 

A*Or .... O .... T ... . ETHHHHHAn 
III 

Or les partisans de Tyrtée rétablissent le texte primitif 
en faisant tout bonnement de TO et de YX solitaires trois 
mots formant 33 lettres, et ils lisent : 

ETHHHHHAniII 

D'autre part, des critiques fauteurs d'Archiloque , ne 
sont pas restés en dé&ut, et leurs restitutions sont au 
moins aussi curieuses que celles de leurs devanciers. Voici 
ce que Wagner propose ' : 

A«10T Ap)(tXoxOç reXediuXolCç o 7ro«rr»?€ etfccuYi 



p. 537^ change les cliifires Ai' du texte de Suidas en %t' , et 

tue par conséquent 26 à 35 , mais avec de pareils changements, on 

peut faire dire à un écrivain tout ce qu'on veut. 

* Klotz, Dissert, de lyrt. , p. 143; Marm. Ox., P. ii, m. 23, 
p. 24. 

' Liebel; in jirchii,, p. 11 ; Chrome, Par, y p. 156^ sqq. 



DE GALUNUS ET DE TYBTÉE. 107 

ou bien : 

On pourrait conjecturer ainsi à Finfini. Mais de pareilles 
conjectures ne prouvent pas mieux pour Archiloque ou 
Tyrtée que pour tout autre personnage. 

Ainsi donc , je renferme la durée de la seconde guerre 
de MesséniCi et par conséquent l'époque où florissait 
Tyrtée , à peu près entre la 3"* année de la 27™« olym- 
piade et la 3^ de la 33™% c'est-à-dire de l'an 670 ou 669 
à Tan 646 av. J.-C. Quoique cette opinion , qui s'appuie 
EUT les vers de Tyrtée , soit la plus vraisemblable , je crois 
que M. Clavier ' est le seul parmi les critiques et chrono- 
logistes qui Fait partagée avec moi. 



' Glav.y Hùt. des premien temps de la Grèce, t. U, p. 233. 
Parmi ceax qui adoptent le calcul de Panflanias y je citerai Sirnson^ 
Saxins^ Corsini^ Marsham, Langbein sur Longin , Perixonius but 
Elien , Grœrins et Wetsel sur Justin y Sylburge et Kûhn sur Pausa- 
nias y les commentateurs d'Orose y Henri de Valois et Wesseling sur 
Diodore de Sicile , les abbés Serin ^ Boiyin , Barthélémy y M. Lar- 
cheri M. Bach, Tjrrt./ragm,, p. 47 , 48, etc. 



TROISIÈME EXCURSUS. 



DE LA PATRIE DE TYRTÉE. 



Quoiqu'il soit beaucoup plus aisé de déterminer posi- 
tivement la patrie de Ty rtée que l'époque où il vivait j il 
n'est cependant pas inutile de rapporter les diverses opi- 
nions que les anciens ont émises ou du moins qu'on leur 
attribue à ce sujet. D'après les écrivains de l'antiquité qui 
en ont parlé, Tyrtée serait ou Mantinéen, ouLacédémo- 
nien , ou Milésien , ou Érinéen j ou Aphidnéen , ou enfin 
Athénien. 

Plutarque ' cite Tyrtée le Mantinéen parmi les musiciens 
de l'antiquité dont le style était le plus simple , et qui 
évitaient avec soin le chromatique , le changement de ton 
et la multiplicité des cordes. Ce dernier mot confirmerait 



' Plut, f de Musica , t. X , p. 671. 

14. 



110 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

ce qui me semble évident, qu'il s'agit ici d'un autre 
Tyrtée dont Piutarque aurait ndmmé la patrie , précisé- 
ment pour le distinguer de celui que nous connaissons. 
Le général de Sparte y en effet, était plus renommé par 
son talent sur la flûte que sur la lyre. Si Ton pense que 
Piutarque a voulu désigner le poète élégiaque , parce qu'il 
le nomme parmi les musiciens des âge» reculés, il &udra 
supposer que Tyrtée, pendant son séjour dans le Pélopo- 
nèse, se sera fait connaître plus particulièrement comme 
musicien à Blantinée, ville située sur les frontières de la 
Laconie , et qu'on aura pris pour le lieu de sa naissance 
une ville où il se sera spécialement distingué. Mais il vaut 
mieux croire que le Tyrtée mantinéen de Piutarque est 
tout-à-fait différent du nôtre. 

Suidas ^ prétend que Tyrtée était fils d'un certain 
Archimbrote, et né à Sparte, quoiqu'une foule de témoi- 
gnages prouve le contraire '. Suidas aura confondu avec 
sa patrie la république qui l'adopta parmi ses citoyens. 
Comme le même écrivain dit qu'il passait aussi pour 



' Suidas , voc. Tv^ntioç, Ce qui a pu l'induire en erreur sous ce 
rapport ^ c'est peut-être une fausse interprétation de quelque pas- 
sage semblable à ce vers de Tzetzès , chil. 1 , 26 : 

• Entr*autres celui d'Élien^ F'ar. Hist.y -xn, 50, car enfin il ne 
mentait pas toujours; et le mot de Piutarque, Apophth. Lajcon,^ 
t. VI , p, 859. 



DE GALLINUS ET DE TYRTÉE. 111 

Milésien, et que Milet était une colonie d'Athènes, plu- 
sieurs critiques ont pensé qu'il pouvait toujours être 
considéré comme Athénien, quoique né à Milet '.Mais 
il n'est pas nécessaire de s'arrêter sur cette hypothèse ; 
il vaut mieux s'en rapporter au second article de Suidas , 
où ce lexicographe ps^raît admettre, sans le dire expres- 
sément, que Tyrtée était Athénien. On pourrait croire 
au premier abord que Suidas a reconnu deux Tyrtées , 
car il donne sur ce poète deux articles biographiques 
tout-à-fait distincts ; mais on s'aperçoit bientôt que d'un 
seul personnage il en fait deux, ou plutôt que quelque 
annotateur ou scholiaste a cherché dans le second arti- 
cle à rectifier ou à compléter le premier , tout en laissant 
de côté ce qui paraissait mal fondé ou sujet à dis- 
cussion, comme la patrie de Tyrtée, l'époque où il vé- 
cut , etc. , et en se contentant de rapporter les faits bien 
avérés. 

Passons fhaintenant à une quatrième opinion attri- 
buée à Strabon , et plus sérieuse au premier coup- 
d'œil , parce qu'on paraît l'appuyer sur Içs paroles 
de Tyrtée lui-même. Voici d'abord le texte de Stra- 
bon, tel qu'il se trouve dans la vulgate. Tyrtée, dit 



' Francke^ Caliin,, p. 96^ cite comme ayant embrassé cette opi- 
nion Kceppen^ AnthoL gr., t. III ^ p. 121 ; Ginrad Schneider^ Bœtti-* 
geryAttisch. mus,^ toI. I, fasc. 2, p. 388;Rohde, de F'ei.poet. sap. 
gnom., p. 272^ Ast. Philolog., p. 90. 



112 DB LA VK ET DES OUVRAGES 

Strabon ' , parle du second soulèvement des 

Hy/xa f >7aiy aùriç arpoenf/fflcu riu ft&Kzftat ToBg Ajaatfânetfwiflotç' 
Kai yip tiMii ^oà; exesSfiv h rfi iw/flU iXiysixj j^ iTuypAfooaw 
lEJvoiÂtcaf, 

Aùroç yàp Kpoyim xa^Aiorefabop ttAtic Hp^ 

Ztsvç HjOoxAe/Jiou; r^ude déiuKe itihif. 
Oiaot Sifix 'KpcD^azàSleq Ejoo/eov i^ve/xôa/ra j 

&are fi radJrra rftwparrou ri iXeyita , ^ <^tXoj(6p(ù AKicmrréWj xoù KoX- 
XtaSévetf xcà àKXotq TrXetbffc/ à7ro&7<Vy e'I A9yp/ùv yai A(fiiu<3v i(fOLé<j6oUj 
ôeri^évnsifAoaudouixoyuau xari yjpricp&f. Mot à mot : Quo tempore 

dicit ipse (Tyrtœus) ducem se fuisse Lacedœmoniis in 
bello. Etenim inde esse (ou venisse) dicit in poemate ele- 
giaco quod inscribunt Eunomiam (bonam legum consti- 
tutionem) : 

Ipse enim Satumi fiiiut , pukhrioome uxor JunonU, 
Jupiter Herculis posteris dédit hanc urbem , 

Quibuscum iinquentes Erineum Tentosam , 
Amplam Pelopis insulam Tenimus. 

Proinde y aut his elegiacis versibus auctoritas tlerogata 
est, aut Philochoro fides non habenda, nec Callistheni, 
pluribusque aliis dicentibus ex Athenis aut Aphidnis ve^ 
nisse ^ petentibus Lacedœmoniis ex oraculo. 



Strab.y Geogr.j lib. tiii, p. 656. 



DE CALLINUS ET DE TYRTËE. 113 

Il est évident que ce texte est trop altéré pour qu'il 
soit possible d'en rien conclure du tout ; mais quelque 
sens qu'on y trouve , on n'en pourrait arguer en faveur 
d'une opinion sur la patrie de Tyrtée. D'abord que signifie 
xoi ykp etvou frim ixéSey ? Casaubon prétend , dans sa note 
sur ce passage , qu'il faut ajouter après AaxzôcufjioiJoiç les 
mots di6ixu ii Epo^eoùj ou quelque chose de semblable, 
pour donner un sens à cet ex£?9«y. Mais cette addition est- 
elle absolument nécessaire? Francke propose de lire 
ensuite A rji Tronfaee rn ih^ytia ou ô; ty? èkc^zla iconfo'ef \ Le 
même critique altère encore un texte déjà altéré , en li* 
sant dans les mots de Strabon qui suivent immédiatement 
les vers de lyrtée , cSore ri rcdfra ùowptmw ^ au lieu de Sore 
i Toârx YjxùpenoL Enfin , il prétend que les deux premiers 
vers cités ont été déplacés, et qu'ils appartiennent à la 
p. 56o, Cy où ils devraient être ajoutés à cette phrase 
fn^ à'Efopéq j etc. Les vers eux-mêmes ne se trouvent pas 
dans quelques manuscrits. Les mots 'nfvde ttSko/ reçoivent 
diverses interprétations. Les uns , comme Clavier et 
M. Bach *, entendent par cette ville donnée aux Héraclides, 
la ville de Sparte ; ils prennent ici les Héraclides dans le 
sens propre , les descendants d^ Hercule , et non dans le 
sens figuré, les Lacédémoniens. Un plus grand nombre 



* Francke ^^roofin. ad Tjrrt,, p. 146, sqq. 

• Qav., Notes sur Pausan., suppUm., p. 148 ; Bach, Tyri., p. 78. 
Yoyei aussi Siebelis , iie PhHochoro, p. 39; Maller, Dorier, 1 y 
p. 47; Thiersch , loc, laud.y p. 696 , sqq. 



114 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

explique TTfvde Trdxiv par la ville dira , prise par les Spar- 
tiates , descendants d'Hercule, comme les appelle Tyrtée, 
au commencement de sa seconde élégie. Cette opinion evt 
celle de Manso '. 11 prétend que Tyrtée ne parle pas ici 
de lui-même , en employant le pluriel iffody^Bay mais des 
Spartiates en général y au nombre desquels il se place , 
comme ayant obtenu à Sparte le droit de bourgeoisie. 

Que faut-il conclure de tout ceci? c'est que l'obscurité 
du texte de Strabon et les divers sens auxquels il prête , 
auraient dû empêcher les critiques de s'en appuyer. Et 
ceci devrait être, me semble-t-il, une règle générale. 
Vouloir éclaircir un point d'histoire incertain par un 
texte obscur, c'est en accroître l'incertitude, c'est mar- 
cher de l'inconnu à l'inconnu , c'est substituer à l'igno- 
rance une science conjecturale plus embarrassante encore 
pour le lecteur. 

Si cependant on s'obstine à demander une explication 
quelconque du passage de Strabon , je proposerai aussi 
la mienne, non que je la croie absolument inattaquable, 
mais parce qu'elle me parait la plus simple , et que je ne 
change que deux lettres au texte. Je lis ainsi la seconde 
phrase grecque : xoi yxp mcu (fOLfjh ( au lieu de fr^w ) inuëtOe^ 
rà ikey&x eyrnrcolïiau :^v... (au lieu de : é/ rj? nobiaet eXf/eioe.) Ce 
changement est très léger , et l'ancien traducteur latin 



' Manso ^ i^arta , toI. I ^ part. 2, p. 284. Il s'appuie de l'autoriié 
de Brunck , Lection. ad Analect,, t. III , p. 8. 



DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 116 

parait être de mon avis, car il explique : Inde enim esse 
aiunt elegos versus inpoemate , quod, etc. Voici ensuite 
comme j'interprète tout le passage : 

a Tjrrtée dit avoir commandé les Lacédémoniens dans 
la seconde guerre. De-là, dit-on, ces vers élégiaques qu'on 
trouve dans le poème intitulé Eunomie : 

» Le fils de Saturne , Jupiter , l'époux de la belle Ju- 
non, a donné cette ville aux descendants d'Hercule; c'est 
avec eux que nous avons quitté Érinée agitée par les 
vents , et que nous sommes venus dans la grande île de 
Pelops. 

» D'après cela , ou l'on a révoqué en doute l'autorité de 
ces vers , ou il ne faut pas croire Philochore , Callisthènes 
et beaucoup d'autres qui affirment qu'il partit d'Athènes 
et d'Aphidna. » 

Il ne s'agit pas, comme on voit, du lieu de la nais- 
sance de Tyrtée , mais du lieu de son départ , lorsqu'il se 
rendit dans le Péloponèse. Cette ville , prise par les des- 
cendants d'Hercule, serait Ira; les descendants d'Hercule 
seraient les Spartiates; leurs députés, après avoir obtenu 
Tyrtée des Athéniens, auraient quitté Érinée avec lui; 
cette Érinée ne serait pas , à mon avis , celle de Thessalie 
dans les environs du Parnasse ^ , comme le croyait, entre 
autres , Manso , ni celle d'Achaîe ; c'est une ville de 



' Manso, hc. iaud., Schol. in Thucyd., lib. i, c. 107; Strab., 
lib. ix,p.663. 



} 



116 DE LA TIE ET DES OUVRAGES 

TAttique, près du fleuve Céphise, comme l'avait soup- 
çonné Tabbé Sévin % et comme Tzschuck l'a conflrmé *. 
Au reste , la discussion sur la situation d'Érinée serait 



^ Acad. des Inscr, et B. L.j t. VIII, p. 146. Je ne sais pourquoi 
Klotz^ TyrUy p. 138, affecte de rabaisser si exoessivement le travail 
de l'abbë Sévin, Sans être préférable à tous ceux cjui l'ont suivi , 
et tout incomplet que soit son Mémoire , il était cependant à la 
hauteur de son siècle en fait d'érudition , et il fait preuve d'un 
jugement sain et droit. Mais il fallait pouvoir ajouter le petit mot 
de satire contre les érudits français : pro more gends swe, çuœ 
diuturnum Ldforem Jugit ; ce qui^ au bout du compte , n'a pas 
laissé que d'être vrai trop long- temps. Au reste ^ Brunck et Francke 
traitent Klotz comme lui-môme avait traité Sévin; nous le ver- 
rons plus bas. F. A. Wolf , le plus grand philologue peut-être qui 
ait existé , avait coutume de dire dans ses leçons que le commen- 
taire de Kloti sur Tyrtée pouvait serrir de modèle de la manière 
dont il ne fallait pas faire un commentaire ; que c'était un vrai 
sammelsurium, un chaos, un galimatias. Cet homme supérieur sut 
mieux apprécier que Klotz le mérite des savants français. « Klots, 
dit-il, a donné sur la vie de Tyrtée une ample notice^ en tète de 
son édition de cet auteur , mais une autre plus exacte et écrite 
avec plus de jugement se trouve dans le t. XIII des Mémoires de 
l'Académie des Inscr. et B, L, » A propos des traditions sur l'origine 
de l'Élégie , il renvoie aux tomes VIII et X des Mémoires de la 
même Académie, et il ajoute : « Le traité de Barth, dans son 
édition de Properce, Leipzig, 1777, est beaucoup plus superficieL » 
Voyex le livre intitulé , P^orlesungen uber die Geschichte der grie-- 
chische Literatur, publié par J. D. Gurtler, Leips., 1831, p. 234 
et suiv. 

' Cité par Francke , ad Tyrt., p. 147. La dissertation sur iftuif se 
trouve à la p. 194. * 



DE CALLINDS ET DE TYRTÉE. 117 

bientôt terminée , si Ton voulait écouter Francke. Il avoue 
bien que Strabon a pris Érinée pour un nom de ville , 
mais, ajoute-t-ily il s'est trompé. Il est éuieient que Tyrtée 
a entendu ici par éptyeây un figuier sauvage, capHficus, à 
l'imitation d'Homère \ Les compagnons de Tyrtée se se- 
raient donné rendez-vous auprès d'un figuier sauvage en 
Attique, et seraient allés de là dans le Péloponèse. Tout 
en avouant que la conjecture est spirituelle, on admire 
l'assurance d'un jeune Danois du 19"^ siècle, qui traite 
le premier géographe de l'antiquité, à propos d'une 
question de géographie , à peu près comme le dauphin 
de la fable traita son cavalier : 

Notre singe prit pour ce coup 

Le nom d'un port pour un nom d'homme. 

D'après ce même passage de Strabon, M. Bach prétend 
que Tyrtée était d'Âphidna. Cette opinion n'a en sa faveur 
que le mérite de la nouveauté , si c'en est un. Y oici ce 
qu'on peut objecter : \^ Aphidna étant un bourg de l'At- 
tique, fort peu éloigné d'Athènes, pourquoi ne pas con- 
sidérer Tyrtée comme Athénien ? a^' Strabon disant que 
les écrivains dont il parle ont fait partir le poète d'Athè- 
nes et d'Aphidna e| A^y^veSi/ xoi A^xà/coy, ce qui veut dire 



•i tiwitfm rKiritif tcm ifiuit nttfêitfrttf etc. 

15. 



118 DE L4 Vœ ET DES OUVRAGES 

probablement ou d'Athènes , ou d'Aphidna, il n'y a au- 
cun motif pour 5e déterminer en faveur de l'une plutôt 
que de l'autre. 3" Enfin , comme je l'ai prouvé , de quel- 
que manière que l'on interprète le texte de Strabon , il 
ne s'agit pas ici du lieu de la naissance, mais du lieu dti 
départ de Tyrtée pour Sparte , à<foà<j5at il '. 

Les diverses opinions que nous avons rapportées jus- 
qu'ici sur la patrie de Tyrtée se trouvent donc dénuées de 
fondement, et l'on peut prononcer affirmativement qu'il 
était né à Athènes. Aristide et Lycurgue le donnent à en- 



' Quoi qu'il en soit de l'opinion de H. Bach sur la patrie de 
Tyrtée , il faut avouer qu'il explique ingënieluement les rers cités 
par Strabon. Selon lui, la Tille dont parle le poète, serait Lacé- 
démonc. G'eit elle que Jupiter a donnée aux premiers colons qui, 
condoits par les Héraclides, ont quitté Érinée pour Tenir dans le 
Péloponèse. Tyrtée se sert de la première personne du pluriel , 
parce que, ayant reçu à Sparte le droit de bourgeoisie, il se 
compte au nombre éf» Spartiates dont les ancêtres, compris anni 
sons cette première personne, avaient accompagné \t» Héraclides. 
Quant à Erinée, ce mot désigne ici, selon H. Bacb, la Doride elle- 
même, dont faisait partie la ville d'Érinée, silaée an pied da 
mont Pindns, et arrosée par la rivière du même nom. Il s'appuie 
de l'autorité de Strabon, ix, 4, 10, qui termine le passage où il 
parle d'Érinée, par celte phrase remarquable : ùrtZ^n if/tiiB^tÎj-i 
Ttit Hf»tMli'Mit oViffiii « ùr lliA«K->»«r*r itiàilis' " Delà partirent 
les Héraclides pour leor expédition dans le Péloponèse. n Assuré 
ment ce rapprochement est très henreax, mais il reste toujours 
extraordinnire que Strabon se soit trompé si complètement au 
liTTe Tiir, sur l'explication d'un passage dont lui-même donnait la 
clef an livre ix. 



DE GÂLLINDS ET DE TTRTÉB. 119 

tendre * ; tout ce qu'on sait de son histoire contribue à le 
prouver, car il n'est pas probable que les Athéniens 
eussent envoyé un étranger à Sparte; enfin , Platon "" le 
déclare positivement. 



* Arist.^ Orat Leucir., i^ t. Il ^ p. 121, éd. Est.; Lycurg., adi^. 
Leocr, 

* Plat.; De Legib,, i, t. VI , p. 16. Ajoutez son Bcholiaste, collect. 
RuhDkeD,p.210,220. 



L 



QUATRIÈME EXCCRSUS. 



BIBLIOGRAPHIE 



BB 



CALLINVS ET DE TYRTÉE. 



On a vu y par ]a Vie de Tyrtée, que les chants qu'il a 
composés devaient être de deux sortes , les chants guer- 
riers, et les chants civils ou politiques. Dans les pre- 
miers , il exhortait à la valeur, à la défense de la patrie , 
à une mort généreuse sur le champ de bataille; dans les 
autres, à l'obéiatance aux lois et aux magistrats qui en 
sont les organes, à la paix intérieure, à la haine des dis- 
sensions civiles. 

Les chants guerriers se nommaient en grec juiA)? ttoAs- 
fuoryfjsca, et formaient cinq livres, selon Suidas. Ils étaient 
écrits en vers élégiaques, comme on peut le supposer 
d'après les fragments qui nous restent et qui appartenaient 
sans doute à ces chants, et en vers anapestes. Les Élégia- 
ques se nommaient exe/e&x, et les anapestes, qui avaient 



122 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

spécialement un mouvement de marche ou de charge , 
èfi&xrrifm \ Un seul fragment nous en est parvenu ; il est 
en petits vers. Mais il devait y avoir une autre espèce 
d'efcSmfjsca OU anapestes y plus longs que ceux du frag- 
ment, et qu'on appelait le mètre messéniaque. Marius 
Victorinus en parle *. Il se composait d'anapestes suivis 
de spondées , et se terminait par une brève , comme : 

Superat montes pater Idœos , nemorumque... 

Le même grammairien reconnaît ce mètre comme pro- 
prium Carmen Lacedœmoniorum. 

Suidas nomme parmi les chants civils et politiques le 
traité intitulé 7roXrre^c ou de la République^ composé pour 
les Lacédémoniens , eypao^ j dit-il , TroXrreeoy AaauEÔeuiioylotç , et 
un autre ouvrage en vers élégiaques, ùitoOfjwxty les Pré- 
ceptes. Mais ces deux écrits faisaient probablement partie 
du recueil de poésies intitulé eùyofjJa , au rapport d'Âris- 
tote et de Strabon '. Nous avons cité plus haut la phrase 



* PoUux, Onomast,, lib. nr, J 78, 82, éd. Hemsterh. ; Athen. , 
Deipn.j xiv, p. 630; Schol. ad Thucyd., v, 69; Qc, TuscuL n, 
16. BcBckh , De meiris Pind., p. 130 , soutient que tous les ^i Av 
^•Xîfuo-rtlfttt f dans lesquels, par conséquent, il ne faudrait pas 
compter les Ëlég^ies, étaient appelés ifcCttriifttt, à cause du mètre 
anapestique. 

■ Mar. Vict., De Arte grammat.^ u , p. 2522. 

^ Arist., Polit., v , 7; Strab., Geogr,, viii, 556. Thiersch, ioc. Umd., 
compare assez ingénieusement VEunomie aux Œuvres et jours 



DE CALLINUS ET DE TYRTEE. 123 

de Strabon; Aristote emploie les mêmes expressions, 
imrn<jiç MofjJa. A propos de ce mot tto^ctiç , Francke dit fort 
bien ' quHl ne signifie pas un poème, mais une suite, un 
volume de poèmes qui forment un corps : ainsi l'Iliade 
est appelée Tto/yiatç , et chaque rhapsodie 7roe>7jua. On le voit 
d'après les observations d'Henri Ëstienne et de Gessner , 
citant Aphthonius et Yarron , auxquels on peut ajouter 
Marins Yictorinus, Diomède, Ammonius et Thomas Ma- 
gister *. Et ce n'est pas ici une vaine distinction , comme 
semblait le croire Gessner. On appellera, si l'on veut, 
toute œuvre poétique en général poesis , toutes les oeuvres 
d'un poète, ejus poesis, mais jamais on ne donnera ce 
nom à un certain poème particulier. Toutes les fois qu'on 
parlera dune certaine poesis ^ il faudra entendre un 
corps de poèmes. Parmi les grammairiens qui sont de cet 
avis , on peut citer Eustathe ' , qui avertit qu'avec les 
mots lAiàç, Oducraebx, il £Eiut sous -entendre ttoâj^ic, parce 
que ce sont des recueils de poèmes distincts, liés entr'eux 
par un dessein général et par l'harmonie des diverses 
parties* 



d'Hésiode. Bach, Fragm. Tyrt,, p. 53, range les ùwoS^lixttt parmi les 
Elégies guerrières. Il en distingue les ifcSurnfttt qui se chantaient 
en allant au comhat. 

' Francke, Proœm. ad Tyri., p. 171. 

• Mar. Victor., jdrt, grammat,, i, p. 2500; Diomed., m, p. 469; 
Âmmon., ^tft ôfi,Kti\ hu^, Af{.; Thom. Mag., voc, i^nynTiç, Voyez 
aussi leurs interprètes. 

^ Eust., SchoLadHom,, p. 5. 



124 DE LA y œ ET DES OUVRAGES 

Il est donc probable que la Politique et les Préceptes 
n'étaient que des parties du corps de poésies intitulé 
Eunomie, dont il ne nous reste que deux ou trois frag- 
ments très courts. Meursius et Fabricius ' ont pensé avant 
moi que VEunomie et la Politique n'étaient qu'un seul 
et même ouvrage. 

Le grammairien Julius PoUux * attribue à Tyrtée la 
composition du triple chœur chanté à Sparte par les en- 
fants, les hommes £siits et les vieillards, et qu'Amiot a 
traduit avec énergie et fidélité , ce qui lui arrive rare- 
ment , quand il s'avise de poétiser. Les vieillards disaient 
d'abord ' : 

Nous avons été jadis 
Jeunes, vaillants et hardis. 

Les hommes faits chantaient ensuite : 

Nous le sommes maintenant 
A répreuve A tout venant. 

Enfin les enfants ajoutaient : 

Et nous, un jour, le serons 
Qui tous vous surpasserons. 



* Meursius , Bihlioth, Att,, in GronoT. Thés, antiquit. grœcj 
p. 1623 y renvoyant à Aristot., Polit., ▼, 7; Fabric, Biblioth. gneCf 
1. 1 , p. 740. 

* Jol. Poll.y Onomast., lib. ly , c. 16^ $ 107. 

' Plut., Lycurg., 21 ; Instit. Lacon., i. VI, p. 886. 



DE GALLmUS ET DE TTHTÉE. 125 

Mais on croit généralement que ces vers sont plus an- 
ciens que Tyrtée. Plutarque les attribue à Lycurgue '. 

Deux scholiastes d'Horace font honneur à Tyrtée de 
l'invention de la trompette *. Ils auront probablement 
confondu Tjrtceus aYCC Tjrrsenus qui, selon Pausanias', 
en fut réellement l'inventeur. 

De toutes les poésies de Tyrtée, il ne nous est parvenu 
que trois fragments de quelque étendue, et dix plus petits, 
qui ne se composent que d'un, deux ou quatre vers. Ces 
fragments nous ont été conservés par l'orateur Lycurgue, 
Stobée, Strabon, Pausanias, Plutarque, Dion Chryso- 
stôme et Gallien. Nous devons ceux de Callinus à Stobée , 
Strabon et Estienne de Byzance. 

J'ajoute ici , pour les amateurs de bibliographie, un ca- 
talogue de toutes les éditions de Tyrtée et de Callinus, 
diaprés Fabricius, Harlès, Rlotz, Schœll, Dibdin, et 
d'après mes propres observations. Plusieurs estiment ces 
recherches inutiles ; aux yeux de beaucoup d'autres, les 
éditions où elles manquent ont toujours quelque chose 
d'incomplet. Lequel vaut mieux, l'excès ou le défaut? 



* Voyez HeoTBiiu y Instit. Lacon. in Gronoy. Thesaur. ; Rolle ^ 
Recherches sur le culte de Bacchus, t. III, p. 182. 

' Acron et Porphyrion, Art. poet., ▼. 402, p. 268, 260. 
' Païuan., Corinth., c. 21. 



16. 



TEXTE GREC SEUL 



on 



ACCOMPAGNÉ DE TRADUCTIONS LATINES. 



xTi"*' silciiE. — ^La première édition que cite Fabricius est sous 
ce titre : Sententioêa poetarum vetuêtiêêimorum, quœ supêr^ 
mni^opera, Theognidiêj..nTyrtœiy... Stmonidiê, yrœce. Re^ 
eogniiare jihxandro. Parisiis, apW MathaeumBoIsecum, biblio- 
polam pariêiensem, 1512, in-S"*. Hais probablement Tyrtée s'y 
trouye confondu avec les autres poètes ; ce livre est extrêmement 
rare. Schœll le dit in-4'', et ne nomme que trois des écriyains 
qui y sont compris , Tbeognis , Pytbagore et Pbocylide. Il en est 
de même de l'édition suivante : 

2. Tv^ficu àc iUx(p6p(iùv Torjfrûv, (ptXoiTÔCpoûv rs koI p*fr6posif (tuAAe- 
y&a-ai. L'éditeur du livre est Matb. Aurogallus, apud Frobe- 
nium , 1582, in-4'*. Ce volume commence par les bymnes de 
Callimaque. Ensuite viennent des pensées choisies de plm de 
cent écrivains. Ces pensées sont rangées par ordre alphabétique, 
sous les titres suivants : iFspi cUioBç, mpl ôofoiXaç^ etc. 

8. Oratio êwiatoria dé Bello Turcieo Ttceri ^poŒuroTroitdu. 
Item Tyrtad earmina irapatiferoeà et alia nonnuUa. Tubingae, 
apud Horbardum , 1542 , in 4"^. Ce livre est de Gamerarius. Le. 
fragment de Gallinus se trouve dans V Oratio sûnatoria. 

4. Theoeriii aliorumjue poetarum Jdyllia. Eseud. H. Ste- 
phanus , 1549 , in 12. On trouve à la suite de Tbéocrite des 
fr^pments de divers poètes et entr'autres de Tyrtée. L'édition 



128 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

que cite Schœll sous la date de 1569 est probablement la 
même. 

5. LibeUus êckoUuiicuê , uiilù valde et bonus ^ quo eofUi-- 
nentur TheognidU prœoepia... Tyrtœi... quœdam carmina 
collecta et grœciê commentariie explicata a Joach. Gamerario. 
Basil., 1650, in-8».— 6. réimprimé , tWrf., 1555, inrS\—7. et k 
Leipzig , oum noÊiê Wol%angi Seberi , eumptu Th. Scfaureri , 
1620 , in-8\ 

8. Tv(ùfjuo}j3yicu vcÙMurréxwt TonfT&v. Sententioea poetarum 
vetuetieeimorumy quœ eupereunt, opéra, Theognidie, etc.. 
omnia vereibue latinie reddita. ' Paris , apud Guil. Morelium , 
reghitn in latinie typographum y 1668, in 4*". Maittaire en 
parle , m , p. 627 ; Freytag , Appar. liter., 1 , p. 227. Cette édi- 
tion renferme tout ce qui est contenu dans celle de 1512. La 
version latine est de Scfaegkius. Schœll ne la cite que comme 
contenant les Gnomiques. 

9. Theognidie Megarensie sententiœ ehgiaem oum intêrpre^ 
tatione et eckoliis £liœ Fineti. Aeceeeerunt et korum poéta" 
rum opéra eententioea, Phùeylidùy.*m Tgrtœiy... eenariorum 
libelluê, Omnia in ueum acholarum coUeeta et ad verbum 
conversa per Jac. Hertelium, Guriensem; adjeeta guoque est 
omnium vereio latino carminé a divereie expreeea. Basil., apud 
Oporin. , 1561 , in-S**.' — ^Le même ouvrage a été réimprimé à 
Francfort , sous ce titre : 10. Theognidie Megar. eenienHœ 
ebgiacœ, grœce et latine , una eum ejuedem argumenti rcH-- 
quiiê*.* omnia in ueum echolarum eetecta et ad verbum con^ 
versa per Miam Yinetum et Jac. Hertelium , Guriens. Varîs- 
cum. Carminé vero latino partim a Hieronymo Osio Turingo , 
partim ab aliis empressa. Accessit Batrachomyomachia. A la 
fin, on lit: Francofiirti e» offic. Lud. Lucii, 1663, in-8". — 
1 1 . Schœll cite la même édition comme réimprimée à Paris, sans 
donner la date. — 12. Elle Ta été en 1669, ex offle. Opor. in-^. 
—13. en 1672— et 14. 1576, ibid., in-8\ —16. même année, 



DE GALLmUS ET DE TYRTÉE. 120 

Erphordii, eum translaiione metriea Anton. Mockeri, in^"".— 16. 
même année. Lipsi», apud io. Rhambam. — 17. ibid.^ 1671. — 
18. 1581.— 19. 1687, apud hœrede» Georgîi Defneri.— 20. 
1691.— 21. 1594 — 22. 1596.— 28. 1600.— 24. 1618.— 26. 
réimprimé par contre&çon à Vérone en 1616, sous ce titre : 
BibliothecaLvetiutiuimorum comicorum, et — 26, àBreslau, 
I6fô , mais cette réimpression est peu estimée. — 27. La même 
édition avait paru à Heidelberg en 1697 , in*^"*. La version latine 
y est corrigée en quelques endroits par Frid. Sylburg , et 
Jean Gommelin y a ajouté des notes. — 28. Réimprimée, 
Francofurti , 1608. — 29. Lugduni, 1612, in 12. — 80. Ultra- 
jecti ad Rhenum , in 12, 1651. —81. 1659. — 32. 1692. — 
33. 1742. — 34. 1748. — 86. Elle fut aussi pubUée en 1668 , 
iii-8*. Helmstadii , typù Lambergianis , a Jac. Mullero. Dans 
cette réimpression , on commença & s'iloigner du texte d'Hertel 
ou plutôt de Gamerarius. 

86. Theegnidù.;. Tyrtmi... et aliorwn poêtnata grœca^ 
êingula^ ut lectar erudiiuê et eandiduê fatebitur ^ aeeurate et 
per^icue reddita earmine latino a M. Hieronymo Osio Tu- 
bingo P. L. Yitebergae. Exeud. Laurentius Suenk , 1662, in-8''. 
On voit que la modestie n'était pas la vertu favorite de Jérôme 
Osius , dont les vers sont d'ailleurs fiJbles et obscurs. 

87. f^etustiêêimùrum opéra 9ententio9a yuœ eupereunt. An- 
tuerpiœ , es offie. Plantini , 1564 , in-8'*. Les fragments de 
Tyrtée s'y trouvent. — 88. Réimprimé en 1672. — 39. 1577 , 
et — 40. 1682. 

41. Poetœ grœci prineipee heroiei carminie. Paris, apud 
Henric. Stephanum , 1666 , in-f*. Les Gnomiques se trouvent 
dans la troisième partie de cette collection , et parmi eux Tyrtée, 
à la page 478. — 42. Réimprimé en 1579 , ibid., in-16. 

48. ColUetio carminum novem illuêtriumfcBminarumy eum 
eeolUe Fulvii Ursini, Antuerpiae , 1668, in-8". Tyrtée s'y trouve ; 
c'est un livre rare que Klotx , Wolf et Wesseling avaient cherché 



130 DE LÀ VIE ET DES OUVRAGES 

vainement à se procurer. Il y en a un bel exemplaire à la 
Bibliothèque de l'Université de Louvain. Il provient de la biblio- 
thèque des PP. Jésuites d'Anvers. On lit sur les marges quel- 
ques corrections de Jo. Livineius , qui , au reste , ne s'étendent 
pas à Tyrtée. 

nal yKùfiBML. Vétuêtuêimwrum auikorufn Gêorgica , Bucoliea et 
gnomica poemaia quœ êuperntnt, Genevœ , apud Grispinum , 
1672, 3 vol. in 12.— 46. Réimprimé , ibid., 1674. — 46. 1684. 
— 47. Tremonae, 1689. —48. 1600.— 4Q. ibid.yper kterêdM 
£.yigp[ion, 1612.— 60.f6f</.5apu<;jo.yignon, 1620.— 61.titif., 
1629. —62. ibid., 9umptu Johan. de Tournes, 1689.-63. 
et auparavant apud Jo. Libert, Paris, 1628, in-^*. L'édition 
de Libert est partagée en quatre parties , qu'il est très rare de 
trouver réunies. Tyrtée est compris dans la quatrième. 

ivu"** silcLB. 64. CotteeHo poeiarum grœearum earmim» 
keroiei , gnomiei , etc., eumnla Lectio. Aureliœ Allobrc^^um, 
typû Pétri de la Rovîère , 1606 , in-f*. Tyrtée s'y trouve, p. 730. 
Le texte grec est celui d'H. Estienne. 

66. Poetœ minorée grœei, Hesioduê... Tyriamê.., p«r Radul- 
phum Winterton. Gantabrigis, 1628, in-8'*. L'édition publiée 
en 1628 est rarement citée dans les catalogues. Ils donnent 
généralement comme la première celle de — 66. 1636. — 67. 
réimprimé, ibid., 1652.-68. 1671.-69. 1677.— 60. 1684. 
G'est la meilleure réimpression avec celle de 1662. — 61. ibid., 
1700. — 62. Londini, 1712. —et 63. 1739. 

64. Gnamologia in qua memorabilia dicta et iUuêtre9 mii- 
têntiœ HenodL..Tyrtœi... ad eerto* titulos, seeundum ordi- 
nem aiphabeticum nmt redaetœ. Upsaliae , per Jo. Pauli , 1666, 
in-8*. 

65. Tyrtcei fragmenta édita a Ghristiano Woldenberg. Ros- 
tocfa , 1668. in4^ 



DE CALLmUS ET DE TYRTÉE. 131 

xTin"* 8IBGUS. 66. EjFocai yuQ/xai. Epieœ et ehgiaeœ êenten- 
tiœ minarum poêtarum grœeorum, Pytkagorœ... Tyrtcei et 
aliorum. Addita monoetieha ineertorum a Grotto collecta, et 
nannulla epigrammata moralia excerpta ex Anthologia grœca 
et lattna in ueum eckolarum. Yenetiis apud Simon. Occhi, 
1746, in-S*". Cette collection est, dit-on, plus complète que celle 
de Sylburg. 

67. Seleeta earmina e grœctà poetie , in usum regiœ echolœ 
Etanemis. Etons, 1755. Les Élégies de Tyrtée expurgées se 
trouvent à la page 1 12. — 68. réimprimé , ibid., 1762 , et de- 
puis. Mais je ne prétends point entrer dans le détail des éditions 
ou réimpressions uniquement destinées aux écoles. 

69. Spartan Leeeonê , or thepraiee of valeur in the vereee 
ofTyrtœue; âc rQv ro^Tupralov irokEfiU(mfpla» ri csorcoTfiiua. Ob- 
servatione on the greek text. Tyriœi de viriute bellica carmi^ 
nvmreliquiœ, Glasgow, Foulis, 1760, in 4°. 

70. Tvprcuov ri ca^âfiEva, Tyrtœi quœ eupereunt omnia col- 
hgity commentario illuetravit, edidit Christ. Adolpfa. Klotzius. 
Brem» , 1764, in-S*". — 71. Cette édition fut réimprimée 
Altenburgi, ex ofBc. Richteria, 1767. Elle est une des plus 
belles et des plus complètes de Tyrtée. Outre la version alle- 
mande de Weisse et les commentaires , on y trouve une disser- 
tation sur la vie de Tyrtée , et une autre sur les chants militaires 
de différents peuples. 

72. jinalecta veterum poetarum a Rich. Phil. Brunck. Ar- 
gentorati , 1772 , 3 vol. in-8*. Tyrtée s'y trouve en entier , 1. 1, 
p. 48 et suiv., et quelques notes, t. III, p. 7. Le texte (ait 
autorité. — 73. Cette édition fut réimprimée , ibid., 1776. Jacobs 
en a donné une autre réimpression , mais Tyrtée ne s'y trouve 
pas. 

74. Hd/KY} ^i/<riç, eive gnomiei poetœ grœci, ad optimorum 
exemplarium fidem emendavit Rich. Franck. Phil. Brunck. 
Ai^entorati , 1778 , in 12. Tyrtée et CaUinus sont à la page 50 , 



132 DE LA VIE ET DES OUVRAGES- 

plus corrects encore que dans Fouyrage précédent. Bninck 
y a joint la traduction de trois élèves , celle de Gallinus et deux 
de Tyrtée, en vers latins, par Grotius. — 75. réimprimé, ibid.^ 
1784. — 76. Lipsiae , 1817. Les additions et corrections au tra- 
vail de Brunck y sont dues à M. God. Henr. Schœfer. 

77. Tyrtœu9 Ueier, nebH einêm Hj/mnuê von Khantheê, 
grieehùch ^ mit Anmerk. von Marschel , 1778, in-8". 

78. Aniholojfia grœea poêiiea 9 auo/or» Beck. Lipsi», 1786. 
Deux des élégies de Tyrtée se trouvent dans cette excellente 
édition de 1* Anthologie. 

70. Tvfyralou xocELoAAivou ksof^ava. Des Tyrtanu und Callinui 
KrUgMeder grieehùck , mii êrklœrênden Anmêrkungen , von 
J. G. Brieger. Zittau et Leipzig, 1790, in-8*. L'incorrection 
typographique de cette édition a été justement blâmée. 

80* Tyrtœi yuœ Mupernmt, grœee et latine , eum notis 
fhilolog. in tribus disputationibus. Upsal, 1790 , in 4"". Edidii 
S. Frohlich , prmêide Ghr. Dahl. 

81 • Gallinus fot publié seul sous ce titre : EUgia Callini notis 
illustraia , quam prœoedit de Elegia et œtate auetorie disêeria* 
tio, auetore Suendrup , Haiîiiae, 1705. 

xix"*'' siicLB. Au commencement de ce siècle parurent à 
Leipzig deux collections de poètes et prosateurs grecs. Tyrtée se 
trouve dans Tune et Tautre. 

82. Poetœ grœci gnomiei. Ed. Schœfer. Lipsi» , apud Car. 
Tauchnitz , in 18. G'est la première de ces deux collections. — 
83. Elle a été réimprimée en caractères stéréotypes , format 
in 16, 1810. Gallinus et Tyrtée sont à la p. 60. Elle est très 
recommandable par le choix des textes et l'extrême correction. 
La seconde est : 

84. mbliotheea claeeica poetarum grœeovum. Poetœ gno^ 
ndei, Lips., Weigel. M. Schœfer ayant quitté l'entreprise de 
Tauchnitz , s'est occupé de celle-ci. 



. DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 133 

Pendant ce temps paraissaient deux autres collections , Tune 
en Angleterre, l'autre en France, où Tyrtëe fut aussi rëim- 
prime. 

85. Poetœ minorer grœci, Prœeipua hctioniê varie tate et 
indicibtM locupleiùsimie mstruxiiThom. Gaïsford. Oxon. 1814, 
1816, 1820, 4 vol. in-8'*. Tyrtëe se trouve dans le 1"' volume. — 
86. Le même ouvrage, editioaucta a Guil. Dindorfio. Lips., 
apud Kuhn , 1823. Tyrtëe s'y trouve , vol. III , p. 239 et suiv. 

87. Poetarum grœcorum tylloge. Poetœ grœci gnomici ^ 
curante Jo. Fr. Boissonade. Parisiis, apudLefèYre , 1823. Tyrtëe 
est à la p. 77 de ce volume , qui forme le 3"* de la collection. 
Elle se distingue autant par la beautë du papier et des caractères 
que par la correction , la science dans le choix des textes , et 
l'întërét des notes malheureusement trop rares qu'y a ajoutëes 
l'éditeur. 

88. Bioniê, Moeehiet Tgrtœi yuœ êupereunt grœce et latine, 
Anglia. 1807 , in-8^ 

89. Jo. Yalentini Franckii philos. D. Callinuej Hve qwBêtio- 
nié de origine carminie elegiaci tractatio eritiea. jieeedunt 
Tyrtœi reliquiœ cumprocsmio et critica annotatione, Altonae et 
Lipsiae, sumptibue 3. F. Hammerich, 1816. J'ai spëcialement 
cherche à apprécier dans mon ouvrage le mérite de cette édi- 
tion , de celle de Rlotz et de la suivante : 

90. Callini Ephesii, Tyrtœi Aphidnœi, Aeii Satnii carmi- 
num guœ supereuntj diêpomit, emendavit, ilhutravit Nie. 
Bachius. Lipsiae , apud Fr. Chr. Guil. Yogel, 1831 , in-S"". 



17. 



TRADUCTIONS 



DE TYRTÉE ET DE CALLINUS 



EN DIVERSES LANGUES. 



Traductions latines. La plupart des traductions latines sont 
faibles , et offirent peu de ressources même pour Fintelligence 
du texte grec. 

Camerarius en donna une en prose qui se trouve , selon Fa- 
briciu8 , dans le livre intitulé : Prœeepta morum et vitœpuerili 
œtati aeeommodata, etc., imprime à Bâle en 1541, chez Robert 
Winter et souvent réimprimé depuis. La traduction en vers 
latins du même Camerarius a été insérée par Thomas Crenius 
dans sa collection , De eruditione eamparanda, p. 21 12 , impri- 
mée à Leyde en 1690. 

Nous avons vu que Tédition donnée par Osius en 1662 est 
enrichie d*une traduction en vers latins de sa composition. 

L'édition d'Hertel, réimprimée à Erfiirt en 1676, contient celle 
de Claude Morsellius ; mais ces trois traducteurs sont au-dessous 
de Grotius, dont les vers donnés par Brunck dans sesPoetœ 
gnomiei se retrouveront ici. Grotius a traduit tous les fragments 
cités par Stobée. Pour la première élégie citée par Lycurgue , 
j*ai choisi la traduction de Waardenburgh. 

Les traductions en prose ne sont guères , suivant l'usage , 
qu'une copie , légèrement altérée quelquefois , de la première qui 
ait paru. 



136 DE LA VIE ET DES OUVRAGES 

Traductions françaiseê. Dans le Théâtre et OEuvree diver-- 
eeê de M. Poinsinet de Sirry, publié en 1764 à Pari», sous la 
rubrique de Londres , se trouvent à la p. 327 les trois Élégies 
de Tyrtée, traduites en vers français. Elles parurent de nouveau 
dans le volume intitulé : Les Musée grecques y ou traduction en 
vers français de Plutus, comédie d* Aristophunes , suivie de la 
troisième édition d*Anacréony Sapho ^ Moschus ^ Bion , Tyr- 
thée ( car c*est ainsi que ce traducteur écrit toujours le nom de 
notre poète ) , de morceaux choisis de l'Anthologie y avec une 
lettre sur la traduction des poètes grecs. Aux Deux -Ponts, 
1771 , 1 vol. în-8**. Cette traduction est, comme presque toutes 
celles de cette époque , extrêmement inexacte. Le vers est 
facile 9 mais lâche et d'une élégance commune. On y cherche en 
vain la physionomie grecque. On dirait d*une tirade des tragé- 
dies de Thomas Corneille. La versification seulement est plus 
pure et aussi plus faible que dans ce dernier. 

Les vers de Poinsinet furent encore reproduits à la suite 
d'une traduction en prose par M. Hautôme , publiée sous ce 
titre : Laooniennes, ou Chants guerriers de Tyrtée , Paris , 
Brunot-Labbe , 1826. Le texte grec n*est pas joint à ces deux 
traductions. 

On le trouve imprimé très correctement et en beaux carac- 
tères dans Fouvrage qui parut à Paris la même année : Les 
Chants de Tyrtée , traduits en vers français par Firmin Didot , 
chevalier de Tordre Royal de la Légion d'Honneur. Paris, Fir- 
min Didot , 1826. Les vers de M. Didot sont beaucoup phis 
fermes , et rendent le texte beaucoup plus exactement que ceux 
de Poinsinet. Les fragments de Tyrtée sont insérés dans une 
notice sur la vie de ce poète, écrite en grec moderne par M. Clo- 
narès. Une traduction littérale en latin , et quelques notes sim- 
ples et de bon goût ajoutent encore au mérite de cette édition. 

L'année suivante , les fils de M. Didot firent réimprimer 
le texte grec et les vers de leur père dans le format grand în-f*. 



DE GALLINDS ET DE TTRTÉE. 137 

Cet ouvrage est une de8 plus belles productions des premiers 
typc^;raphes de la France , et peut-être de FEurope. 

M. de Chateaubriand a traduit dans une prose brillante et 
énergique la première élégie et une partie de la troisième. On 
regrette que ce beau fragment de version soit déparé par quel- 
€|ues erreurs sur le vrai sens des mots. Il se trouve au 28"*' 
chap. de V Essai sur hs révolutions. Ghateaub., OEuv. compl.n 
1. 1 , p. 130 , éd. de Brux. 

On trouve à la p. 100 de Vjéhumaeh Belge pour 1824, 
publié à Bruxelles , la traduction en vers du premier fragment 
de Tyrtée , sans nom d'auteur. On Tattribue à M. A. Quetelet , 
directeur de l'Observatoire de cette ville, qui , dans les moments 
de loisir que lui laisse Tétude des hautes sciences , cultive avec 
autant de modestie que de succès la poésie et la littérature 
ancienne. 

Traductions anglaises, La plus ancienne que je connaisse 
parut à Londres en 1724 dans les lUiseellaneous poems original 
and translated by several, by M. Goncanen. A la p. 352 de cet 
ouvrage se trouve une traduction libre en vers de la 3"* élé- 
gie , sous ce titre : From the greek of Tyrtœus , on vaiour , by 
James Ward. 

Trente-sept ans après, fut publiée une traduction beaucoup 
plus exacte , mais faible de poésie : Elégies of Tyriceus , trans^ 
lated into english verse y toUh notes and the original text « 
London, printed for Tfao. Payne, 1761 . La troisième élégie a été 
réimprimée par Klotz , à la p. 183 de son édition. 

La traduction anglaise que je reproduis est celle de R. Pol- 
whele. L'ouvrage est intitulé : Theoeritus, Bion^ Mosehus and 
Tyrt€BUSj translated from the greek by rev. R. Polwhele , to 
tehieh are added dissertations and notes. London, 1787, in 4''. 
Une seconde édition en 2 vol. in-8'*. parut à Londres en 181 1 , 
cfaezLackington , Allen and G"*. Les notes contiennent quelques 
imitations anglaises assez intéressantes. 



138 DE LÀ VIE ET DES OUVRAGES 

En 1795 parut un livre intitulé : Thé war ehgieê of Tyrtœuê, 
tmitated and addreêsed io the peopie of GrecU Briiain , wiik 
êome obêervationê on ths lifê andpoemaof Tyrtœuê, by Henry 
James Pye. London, 1705, in-8''. 

Traductions aUenumdM. Klotz dans son édition de 1707 
donna une traduction en vers lyriques par Weisse : KriegêUê-- 
der dê9 Tyrknu atu dem griechûcken , p. 247 , avec le chant 
de Gallinus. Je ne puis partager la haute opinion qu'il parait 
avoir conçue de la traduction de Weisse , et tous les Allemands 
que j'ai eu occasion de consulter sont de mon avis. Cette traduc- 
tion avait été publiée en 1762, in 12. 

G. P. Gonz ajouta une traduction de Tyrtée à celle qu'il donna 
de TibuUe , Tiguri , 1783 , in-8^ 

Christian , comte de Stolberg , plaça les élégies de Tyrtée 
traduites en vers dans l'ouvrage intitulé : Gediehtê auê d$m 
griéchisehên ùbêrsezty Hambourg, 1782, in-S"*. Il y joignit 
celle de Gallinu^s , mais sous le nom de Tyrtée. 

On trouve Tyrtœtu Elegien grieeh. mit Anmerk, und mit 
der detiUchen Uberseizung , von Gludius , 1787, in-8^, cité 
dans Koppen grieeh. Blumenlese , p. 111. 

F. H. Bothe a ajouté une traduction de Tyrtée en distiques à 
son livre intitulé : Probe einer Ferdenischung von Pope*e 
Fereuch uber den MeMchen, Berlin , 1793^ in-«^ F. A. Wolf 
en faisait l'éloge. 

F. G. L. baron de Seckendorf en donna une traduction 
en vers dans les Blûthen grieehûeher Dichter, Weimar , 1800 , 
in-8*. 

Une autre fut publiée avec les initiales G. L. B. ( Braun , se-> 
Ion Harles ) , à Wetzlar , 1809 , in-8^ 

Fr. Passow traduisit l'élégie de Gallinus et une de celles de 
Tyrtée dans l'ouvrage : BiUching und Kannegieeeer Panthéon^ 
Leipz., 1810, in-8'', au tome II. Gette traduction n'a pas été 
inutile plus tard à Weber et à Bach. 



DE GiLLINUS ET DE TYRTÉE. 139 

Dans le livre , Grieehiseker Blumenkranz , Wien und 
Triest , 1810 , in-S"* , se trouvent Gallinus et Tyrtée , traduite 
par Job. Erichson. 

E. M. Amdt traduisit en 1800 Télégie de Gallinus en l'attri- 
buant à Tyrtée , et Conrad Schneider la plaça ensuite dans 
les Shidien von Daub und Creuzer, t. lY , p. 69. 

Une édition de nos deux poètes parut à Leipzig , cbez J. G. 
Hinricb, en 1819, sous ce titre : Tvpralov fu^ ^o^fiuamyuaj 
Krieg^Ueder des TyrtœuSy mii einer neuen mêtriêchen Uber- 
Mtzung und hiêiorùchen Einleiiung, wU aueh mii fFort-und" 
Saeherhlàrungen zum êchul^undeêlbêt-gebrauehe vêrêehen, 
von Cari Christian Heinricb Stock, ^^^^or der Stadiêchuie zu 
Stottberg. in-8*'. Cette version ainsi que l'introduction et le com- 
mentaire écrits en allemand ne sont pas exempts d'erreurs , et 
semblent destinés plutôt aux collèges qu'aux savants. 

Un ouvrage de moindre valeur encore est : Die Rriegelieder 
des Tyriœue , grieek. und deuteehe Vbereetzung^ und mit 
Anmerk. begleiUtvon Micb. Heckner , Dillingen, 1821 , in-8'*. 

La traduction que j'ai adoptée comme la plus littérale et la 
plus poétique en même temps, est celle qui a été publiée à 
Francfort-sur-Mein en 1826 , dans le livre qui a pour titre : 
Die Elegiêchen Dichier der Hellenen, nœh ihren Uberreeten 
ûhereezt und erlauterty von Dr. Wilbelm Emst Weber , pro- 
reetor und frofeesor des Gymnoêtume in Frankfuriy in-^**. 

Celle de Bach, citée au n° 90, ne la surpasse point, et ce 
dernier aurait pu se contenter , ce me semble , du travail de son 
prédécesseur. 

Traductions italiennes. On Ut à la p. 7 de l'ouvrage de 
Lamberti dont je vais parler tout-à-l'heure : // primo e il solo 
ehe ne abbia arrieehiio sinora la lingua Italiana, per quello 
che ne sappiamo^ è Onofrio Garguilli , Napoletano , a oui dob- 
biamo gualehê alira traduzione di greei autori; noi non ose- 
remo di pronunziar giudizio su un tal lavoro ; diremo sol 



140 tœ LÀ VIE ET DES ODVHAGES 

tanto eh* . quanto ai U*fo . da eu* i aeeott^tagnata la veraiont, 
nui non abhiamo tapiio oomprendan ta ragiotu per laquaU 
il dotto pro/êtforv abbia ommetto m diverti luoghi dei vent 
interi, a m ^mUeha aftro , di due diêtici ne abbia formata un 
êdo. QutMto al vol^arixzanunto , non orederemo di fare m- 
giuria al tuo autore col dire ohe i verei eorti » la miaura /t- 
riea , da Utt adetiata , non ei pajono troppo alti a rappretan- 
tora Fandamento e la maeatà del métro elegiaco dei Greci. 

Je me suis servi de ta traduclion de Lamberti publiée bous ce 
titre : Tupracou Sffitarct, I eantiei di Tirteo, tradotti ed illua- 
frofi (fa Luigi Lamberti. Parigie Slraab.,Aa. IX, 1801, in-S". 
Lamberti a ajouté à sa traduction italienne une vertion latine et 
quelques remarques de KIotz et de Brunck. Visconti fait le plus 
(jrand éloge de cet ouvrage dans «on Iconograpbie grecque. 

Il reparut de nouveau à Paris, chez J. Gratiot, avec une ver- 
sion en prose française par Bertrand Barrèrc , celui-méme qui 
Alt membre du comité de Salut public pendant la révolution 
française , et qui traduisit le grec de Tyrtée sur l'italien de Lam- 
berti , comme plus tard il traduisit le portugais de Camo£ns 
sur la version anglaise de lord Strangfbrd. 

Traduction hallandaiae. Je n'en connais point d'autre que 
celle du célèbre Bilderdjk , que je reproduis. Elle fut publiée 
sous ce titre : Tyrtœna Krygtzangen 'toortprongklyk griekach 
gevolgd. Te Amsterdam, byPieter JohannesUylenbroek, 1787, 
in-S°. Bilderdyk.undes plus grands gënîes delà Hollande, et qui 
s'est rangé au nombre des premiers poètes guerriers par son ode 
intitulée, Wapenkreet, Appel aux armea, et par d'autres pièces 
du même genre , n'a peut-être pas traduit Tyrtée avec son 
talent ordinaire. Plusieurs pensent qu'il n'a pas eu l'intelligence 
de cet auteur, aussi bien que celle des autres poètes anciens 
qu'il a transportés dans sa langue. 



CALLINUS ET TYRTEE. 



TRADUCTION POLYGLOTTE. 



Support ihe yielding fighi wiih songs, 
for song enlWens war. 

FlRGAL, b. IV, p. 291. 



18. 



KAAAINOT A2MATA. 



CL 






CALLINI CARMINA 

s GRJECO m LATimn AD YERBIJH teauslata 

AUGTORS A. BaEON. 
1 

Quousque torpênteêjsiceûs? quando strenuum habebitis animum , 

juYenes ? non ergo Yeremini yicinos 
Sic nimis remisai? in pace autem vobis yidemini 

Sedere ; sed bellum terram omnem tenet. 

Et quisque moriens postremum jaculetur. 



FRAGMENTS DE CALLINUS 



TRADUITS W VERS FRANÇiUS, PAR A. BARON. 



1 



Jeunes gens, jusqu'à quand cette indigne langueur? 
Il'aurez-Yous donc jamais quelque énergie au cœur? 
Quoi ! devant yos voisins ni honte , ni colère ! 
Vous vous croyez assis à Tombre de la paix ; 
Et la guerre est partout , et la main de la guerre 
Saisit tout. Debout donc, frappez, de loin, de prié , 
Et même en expirant , lancez vos derniers traits. 



GALLINI FRAGMENTA 

m LATIRVM CAKMXn TKARSLATA. 

I 

» 

AUCTORB H. GaOTIO. 

Quonam hic usque tepor^ juvenes? quando ignea' vobis 
Vis animî? non vos amphiperictionum 

Tarn segnes censura movet? vos alta putatis 
Otia , quum tellus undique Marte fremat. 

Jam fuieungue vir est, seufum ferai obviuê hoêti. 
Et jaculum vibret , vel moriente manu. 



144 CHANTS DE CALLINUS ET DE TYRTÉE. 

rtfÀSjéy re ydp éart HLoà àyTiolou âvâp) [itkj(jS(jâûu 

yfjç Tzépi 3eat 'ncUim xoupiitYiç ra?<6)(pu 
dwjiâsyéaof. ââafaroq jè rér eaaerouy cmtém scev âii 

^yyi?^ ÔQfaay(6fiJSvoqj xod un âxrniôoç aXiaiÀoy rgrop 

Où yàp x«ç âxyaràu ye (fuyëSv dfixpiiéyoy éarh 
Sifdp j oôS* d Ttpoyâuw ip yivoç iâayàrw, 

ipyercuj à ôYtxxù pxXpa jJ^fy Oaofoirou' 
o^X'o fJièv oCm ifiTtriq ^[J^ fi^oÇf oùâi ToBsoféç' 



Honorabile enim est et décorum viro pugnare 

Patriae causa et liberorum et virginis uxoris , 
Contra hostes. Mors autem aderit quandocunque 

Parcse stamina duxerint. Sed quispiam recta pergat, 
Hastam sustoUens , et sub clypeo validum cor 

Colligens , primum commissa pugna. 
Non enim ullo pacto mortem effugere fatale est 

Yirum, neque si proavorum fuerit genus immortabum. 
Saepe hostilem impetum fugiens et sonitum telonim 

Eyadit; in domo vero illum fatum apprehendit mortis. 
Sed hic sane non omnimodo populo carus neque desideratus est ; 

Illum Yero parvus defiet et magnus , si quid passas fuerit. 



CHANTS DE GALLUmS ET DE TTRTÉE. 145 

Combattre pour ses fils , et sa femme , et sa terre , 
Pour un homme est si noble et si beau ! mais la mort ! 
La mort ne vient qu'au jour, que lui. fixa le sort. 

En avant ! le combat s'engage : 
Sous le fer de vos boucliers 
Ralnassez tout votre courage , 
Haut la lance ! jeunes guerriers. 

Songez-y , nul n'échappe aux Parques dévorantes , 
Nul, fàt-il né du sang de nos Dieux étemels! 
Tel fuyait au seul bruit des flèches résonnantes, 
Qui rencontra la mort aux foyers paternels. 
Mais celui-là, des siens, dans la nuit de la tombe, 
L'amour et les regrets ne l'accompagnent pas. 
De l'autre , peuple , grands, tous pleurent le trépas : 



Gloria namque ingens adoriri comminus hostem 

Pro grege natorum , conjugeque et patria. 
Fortibus et pavidis condicto tempore mortem 

Parca feret. Rectum quilibet interea 
Protendat gladium , clypeo generosa recondens 

Pectora , dum primo sanguine pugna calet. 
A lato nuUi mortis fit gratia , non si 

Auctores generis sit numerare Deos. 
Ssepe aliquem elapsum circumstridentia tela 

In lare privato mors inopina rapit ; 
Mors vilis populo est , nullum et meritura favorem , 

Fortem plebs célébrât, grataque nobilitas. 



146 CHANTS DE GÂLLINUS ET DE TTRTÉE. 

AocS ykp cùiiTioam n&doç xpontpôfpoyoç iifdpiç 



6' 



N&y i^èià ILiynupiati/ arpecroç epX(STou èSpifJiûepy&y, 



. . Tpnipeaç ûQfipaç iymf. 



Populo enim universo desiderium est magnanimi viri 

Morientis. Vivus vero par semideis. 
Sicut enim turrim ipsum oculis intuentur , 

Facit enim multis digna , quum solus sit. 

II 
Nunc vero Gimmeriorum exercitu8 venit bellicosonim. 



III 



. . . Trera» viro8 agens. 



CHANTS DE CALUNUS ET DE TYRTÉE. 147 

La patrie est en deuil quand le brave succombe. 
Vivant , il est Tëgal des demi-dieux ; 
Il apparaît à tous les yeux 
Comme la tour qui couvre une ville alarmée , 
Et seul , par ses hauts foits , il vaut toute une armée. 



Des fiers Cimmériens les bataillons s'avancent. 



8 



Le chef des Trères courageux. 



Sive cadens populi gemitus expressit amantis , 
Seu vivens auget semideum numéros ; 

Yertitque in se oculos , ceu ceiso vertice turris , 
Quippe unus multos laudibus exsuperans. 

II 

IlCTBKPaETB XlLANDRO. 

At nunc Gimmerionim exercitus imminet atrox. 



aa 



TTPTAIOr A2MATA. 



a 



itKoJiifiJSifOif aw yoffT^ (flkip tkm noerpi yipanrij 
nouai Ts aw ixupdïç mouptiiiTp t'ôX^^* 

éx^poç ftiv yip rditit fiffriaoerou oSç xey ^cxifraiy 
yifif^pûawri runuty ntai aruyep^ n&ftp' 



TYRTiEI CARMINA 

B G&iECO IN LATIllini AD 7XBBIJH TRANSLATA 
AUGTORE A. BaEON. 



Mori etenim pulchrum in prima acie procumbentem 

Yinim (brtem , pro sua patria pugnantem. 
Suam vero ipsius linquentem urbem et fertiles agros 

M endicare , omnium est mœstissimum , 
Errantem cum maire sua et pâtre sene , 

Liberisque parvis et légitima uxore. 
Ut inimicus etenim inter ilios versabitur , ad quos yeneril , 

Penuriae cedens et inyisœ paupertati. 



CHANTS DE TYRTÉE, 



TRADUITS EN VERS FRANÇAIS, PAR A. BARON. 



1 



Mourir est beau ; mourir , tomber aux premiers rangs , 
Brave , et , le fer en main , défendant sa patrie ! 
Hais fuir , mais déserter et sa ville et ses champs , 
Comme un vil mendiant tendr^une main flétrie , 
Traîner en vagabond une épouse chérie , 
Des en&nts , une mère , un père chargé d*ans , 
Ah ! de tous les malheurs ceuxjà sont les plus grands! 
Le lâche lit partout le reproche et la haine ; 
Esclave des besoins et de la pauvreté , 



TYRT^I CARMINA 

IN LATrain CARUn tsahslata. 

I 

IhTBRP&B HbITHICO WAAKSBNXUKa. 

Namque , solum pugnans propter natale, décorum est , 

Occubuit primis si quis in ordinibus. 
At procul urbe sua , procul ah ! discedere terris 

Pinguibus , et miseram sollicitare stipem , 
Dum genitorqwe senex , et mater cara vaganti , 

Parvique infantes , et comes uxor adest : 
Durius hoc nihil est. Yeniet gravis advena cunctis , 

Indiga quem frangat , spretaque pauperies; 

19. 



160 CHANTS DE TYRTÉE. 

et!?' cmtùç ÔQfôpôq roi aXafjhw oùSsfjJ* ^pn 
0yf«5 y^ç T:ipi Tfjçcfe fietx^iisOa y noà nepi itcuâw 

Toôç ds TzaXcufftipo^q A oÙTtért ycwœr iXafpi 
IJLYi TucraXeinayTeç (feùyere rwç yepcuûvç. • 



Infamat vero genus , et splendidam formam dedecorat , 

Omnis autem ignominia et vitium eum sequitur. 
DeiD , 8ic quidem errantis Tiri nulla cura 

Fit , nec reverentia in po8terum venit. 
Gum animo pro bacce terra pugnemus , et pro pueris 

Moriamur , animse nequaquam parcentes , 
O juvenes , sed pugnate alii prope aiios maflentes , 

Neque fiigae turpis i«Âtium facite , neque timoris ; 
Sèd magnum facite et yalidum in praecordiis animiim , 

Nec Titas studete, viris pugnantes. 
Veteranos vero quorum non amplius genua agilia êuni. 

Ne relinquentes (ugiatis senes. 



CHANTS DE TYRTÉE. 161 

Il dégrade «a race , il flétrit sa beauté^ 
Nuk égards ,*nul respect ne consolent sa peine , 
Et , dans quelque climat que sa fuite Fentraine , 
Le Tice et le mépris marchent à son côté. 

Prodigues d'une courte vie , 

GoHibattons pour notre patrie , 

Sachpns mourir pour nos enfants ; 

Jeunes guerriers , gardez yos rangs ; 

Laissez au sein du vil esclave 

La pftie fuite et la terreur ; 
Faites-vous un cœur mâle , indomptable à la peur , 
Dédaigneux de la vie , et songez que du brave 

Un plus brave seul est vainqueur. 

Abandonnerez-vous , aux heures de détresse , 
Ces vétérans dont l'âge a roidi les genoux? 



* 



• 



Dedeoorat genus , et vuhus déformât honorem ; 

At naioê probrum subsequiturque scelus. 
Exulis usque adeo nulla est revetentia , nullus 

Obvenit, aerumnis qui medeatur, amor. 
Fortiter hanc igitur terram sobolemque tuentes , 

Stemamur, car» prodiga turba anims; 
O juvenes , certate animis , stipate catervas , 

Neu teneat vit» cura , ubi pugna calet. 
Quîp magnis ftilcite animis et robore pectus ^ 

Sit (uga beUanti , sit metus ipse pudor. 
Grandœvosque senes , quos jam genua œgra morantur , 

Ne quisquam fiigiens deseruisse velit. 



162 CHANTS DE TYRTÉE. 

xtid^ûu TtpodS'e véay Svôpa noîKauinrepw ^ 
yjâri Xeuxoy e/pyra xdpyi i:o>u6y re yéuetcVj 

alixarôeyrodôdia, ^Ixouç év) X£p7/v tyipncL , 

aifjyjpoL toc/ ôfâaXiioTq xoà veiiearirou lô&j 

xûu yupôoL yviiinèBévra, véoim 6è T:âarr cniocxjeuj 
o(fp èpccrfiç '/iSrjç 6ty\aw tw9o^ "^X^j 

àofdpiai fjtèy ^yjroç ideXv j iparâq âè yuvou^i y 



Turpe enim sane illud inter primos pugnatores procumbentem 

Jacere prae juvenibus virum seniorem , 
Jam album habentem caput , canumque mentum, 

Animam exspirantem yalidam in pulvere, 
Sanguinolenta pudenda suis in manibus habentem , 

Turpia quidem hxt oculis et nefas intueri ! 
Et corpus denudatum. Juvenes vero omnia hœe décent : 

Quamdiu amabilis juventutis splendidum florem habet, 
Viris quidem admirabilis visu , amabilis yero muUeribus , j^ 

Dum vivus exsistit ; pulcher vero qitofue in prima acie cadens. 



CHANTS DE TYBTÉE. 163 

Honte, honte sur la jeunesse, 

Si leur généreuse vieillesse 
Court au front de bataille et tombe devant vous! 
Si rhomme aux cheveux gris , couché dans la poussière , 
Exhale devant vous son âme libre et fière , 
Tandis que , de ses mains couvrant sa nudité , 
Honteux , il cache aux yeux de la foule insolente 
Le sexe du vieillard , marque pâle et sanglante 

D'inutile virilité. 

Pitié pour lui ! mais vous! tout sied bien à votre ftge : 
Tant que brille en sa fleur Taimable puberté , 
Admiré des guerriei:^ , chéri de la beauté , 
Le soldat peut sans crainte affronter le carnage , 
Sans honte il peut tomber au milieu des combats, 
Il est jeune , il est beau même dans son trépas! 



Turpe etenim , senior si pf^st se pube relicta , 

Primores inter caesus ab hoste jacet , 
Si canis mentum et trepidantia pectora plenus , 

Efflat in immundo pulvere fortem animam , 
Corpore dum nudo est , et, res turpissima visu ! 

Inguina dum manibus sanguinolenta tegit. 
Sed juvenes , nitidum Mavors ubi earpêerit sévi 

Florem, cuncta tamen forma habitusque décent. 
Dum vivit , stupor ille viris , amor ille puellis , 

Sin cadat , et pulchra morte decorus erit. ^ 



164 CHANTS DE TTSTÉE. 

6' 

Aax\ HpayXfjoç yàp âofocrfrw yiyoç éarèj 

éyipph fthi ^x^ SifÂnyoçj ^ocyocroy de fieXctivaç 
xfjpaç ta aùyaiaof i^ûJoio (fiXaç. 

lare yip ûç Apewç TtciKuSao/LpixiQ epy ipHy^y^aj 
â i^opfyfpf éiéûrfr âpyaKéw TTO^eftou' 

xaà npoç ^fsuyàyrw re iwnuiyrw j iyhmât^ 
cS vioij âfjufcrépw i*dç xipoa iikAxicen. 



II 



Â8t , Herculis enim invicti genus estîs , 

Audete : nondum Jupiter cerricem oblique ayersam habet. 
Neque virorum multitudinem horrete , neque timete , 

Recta autem in pugnatores soutum vir teneat; 
Invisam quidem animam habens , mortis rero nigras 

Sortes «que ac aplendores solis caras. 
Noviatis enim quantum Hartis multum luctuosi opéra pneclara Hnt^ 

Bene autem impetum didicitis difficilis belli : 
Et cum fugientibus et cum persequentibus fuistis , 

jurenes , amborum autem ad satietatem adducti estis. 



CHANTS DE TTRTÉE. 155 



Non ! vous êtes les fils de rinvincible Alcide ! 
Non ! Jupiter n'a point détourné son regard : 
Qu'aux traits des ennemis le soldat intrépide 
Des boucliers levés oppose le rempart. 
De leurs mille guerriers ne craignez pas le nombre ; 
Prenez la vie en haine et la mort en amour , 
t A régal des splendeurs du jour 

Chérissez sa nuit froide et sombre. 

De Mars , ô jeunes gens , du Dieu père des pleurs , 
Vous connaissez les brillantes faveurs , 
Vous connaissez la fatale vengeance , 
Tour à tour vaincus et vainqueurs , 
Vous avez épuisé la double expérience 
De ses dons et de ses rigueurs ; 



II 

Ihterp&ete Uuooitb Gaotio. 

Audete , invicti quando genus Herculis estb , 

Obstipo nondum Juppiter est capite. 
Ne^ntum contra numerum trepidate virorum , 

Sed parmam primis objicite agminibus. 
Projicite ex animo hanc animam , nec lumina solis 

• Quaerite prae mortis nocte soporifera. 
Scitis enim saevi quam &cta illustria Martîs , 

Quam sit bellorum nobilis ille furor ; 
Saepe fugam expert! , fugientes^œpe secuti , 

O juvenes , sors vos ista nec ista latet. 



156 CHANTS DE TTRTÉE. 

oc (xèu yip TdKyuQaiy nap àTOiyjXoun iiévoirreçj 

nocupirepot Bwiaxouaif aéuxMJi & Aaày oTre'acr»" 

Oiâelq €Qf TTore raS/ra Xéyùtif âvuaetey ïxaara j 

caa'y flcv oixr/jpx i:i^f- yiverou ôydjpi xoxa. 
ipyaXécv yip oitiffâe yusréfpofw èari dbefÇea; 

ed^XP^ ^* ^^^^ ^^^ xâCTâexetiuevoç ev xavivivif 
v&rw om^B'* «tx/^ ioupoq éXïiXafjiéyoç. 

iXXx Tiç eu ôtalSiç ixadra nodh ip/fcrépotai 

aiyjptx^eiç ini yfjç^ X^'^ ôdb&je» cfeociv , 



Qui quidem enim audent , alii cum aliis stantes , 

In pugnam cominus et in primam aciem ire , 
Pauciores moriuntur, servant vero populum rétro : 

Trepidantium yero yirorum omnis periit virtus. 
NuIIus aliquando , hœc fando , ad finem perduceret singula 

Quotquot sunt quae, si turpia admiserit, eyeniunt yiro mala. 
Graye enim rétro dorsum est sauciari 

Yiri fiigientis hostili in bello. ^ 

Turpe autem cadaver jacens in pulyere , 

Tergum rétro cuspide hasUe transfixum. 
Ast aliquis bene diyaricatus stet , pedibus ambobus 

Firmiter infixus terne , labrum dentibus mordens : 



CHANTS DE TYRTÉR. 157 j 

Eh bien ! dites-le-nous , dans les champs du carnage , 
Tombent-ils plus nombreux , ceux dont le fier courroux 
Des glaives menaçants brave les premiers coups , 
Et sauve un peuple entier que guide leur courage? 
Non : au lâche est la mort ; sans avoir combattu , 
Dans son corps frissonnant expire la vertu. 

Qui pourrait raconter l'opprobre , la misère , 

Les innombrables maux nés de la lâcheté ? 

O supplice ! le lâche est frappé par derrière , 

Tandis que des combats il fuit épouvanté; 

Son cadavre est couché , le front dans la poussière , 

Et sur son dos la lance meurtrière 
De sa honte a gravé le signe ensanglanté. 

Ah ! ne limitons pas : que le brave , au contraire , 
Les pieds bien séparés, s'attachant à la terre , 



Nam qui consertis clypeorum umbonibus audent 

Comminus in primos vulnera ferre vires , 
Saepe minus pereunt , et servant pone sequentes : 

At timidis virtus undique disperiit. 
Nec quisquam fando valeat memorare , malorum 

Dégénères animos raillia quanta premunt. 
Turpe etenim cupido fugientem praelia cursu 

Imbelli dorso vulnera suscipere : 
Turpe et pulverea stratum tellure cadaver, 

Cujus a^ hostili cuspide tela rubent. 
Sed bene progressus miles pede calcet utroque 

Tellurem , et labrum dente premat tacito : 

20. 



CHANTS DE TTHTKB. 

Aoniioç tùp^rn yaarpi vaXv^à^asaz' 

deienfm è'tv yiapt To/xutjéTtà oSp^jou iy^foi , 

xocrrw & X^fo' 5eam ùnip xcfoA^. 
tpi» i'SSptfia ifV, AiaTxéuBtt ncAs,uJ^, 

foi^èKiii SeXcm' éoT«Tw irmii' ^Xf^t 

xai TtiSjei trx^ mSi âùç y xoj rn' âiTiaioi à'niS ipdoat^ , 
» Si Xô^ T« Xj^, xdu Kuw>p« xuvé)], 



Femoraque , tibiaaque infra et pectora, et humeros 
Clypei vasti quasi feutre obtegens. 

Dextra vero in manu TÏbret Talidam hutam , 

A^tet autem crigtam terribilem Bupra caput. 
Agens Tero fortîa bciaora , discal betlare , 

Neque extra lela Btet qui clypeum babet ; 
Scd aliquis prope ien* cominus basta longa , 

Aut ense vulnerana , boatilem virum capiat. 
Et pedem ad pedem admovens , et clypeo olfpeum opponens , 

Simul et crietam crist» , et galeam gaie» , 
Et peclug pectori , luctans cum vîro pugnet , 

Aut gladii capulum , eut hastam l<Higatn arripiena. 



^ 



CHANTS m TTRTÉE. 159 

Par le fer arrondi d'un raste bouclier 
De la tète aux genoux se couvre tout entier : 
Que 8a droite brandisse une lance pesante , 
Qu'il morde de ses dents sa lèvre frémissante , 

Et que Faigrette menaçante 

S'agite sur son front guerrier. 

A la valeur encore ajoutez la science. 
Que jamais hors des traits ils n'arrêtent leurs pas 
Ceux qui du bouclier peuvent armer leur bras ; 
Qu'ils frappent l'ennemi du glaive ou de la lance , 
Et luttant corps à corps , cimier contre cimier , 

Bouclier contre bouclier, 
Pied contre pied , poitrine sur poitrine , 

Qu'ils sachent saisir dans sa main , 

Ou le bois de la javeline , 
Ou le pommeau du fer levé contre leur sein. 



Crus , latosque^humeros , et pectus forte , femurque 

Ventroso clypeus ferreus orbe tegat : 
Dextera sed validam summa vi torqueat hastam , 

Pennata et galeam crista supervolitet. 
Discite belligeram feciendo fortiter artem : 

Munitum scuto tela timere nefas : 
Comminus aggrediens protentam quilibet hastam , 

Vel gladium hostili déprimât in latere : 
Haereat et scutum scuto , stabilisque pedi pes , 

Tum conus cono , tum gales galea : 
Pectora pectoribus coeant : sic ipnus hostis 

Vel telum manibus prendite , vel capulum. 



^ 



160 (ÏÏANTS DE TYBTK. 

imiaaairrti;, /jteyif^aç <jifxM.eT£ ^epfiixâîoti, 



OÛt' Ôw iiyriua.i(a^ ^ our'ài Xdyw DW|Oa TfSsnjv, 
«y a' KuxXûnw (wv éx* (liytSéi te 6ijv -w, 

TiKoMTolti 6i Miâat xeù Han/paai nfJm' 



Vos autem , o leviter armati , sub clypeo alterius alter 
Ab8C0Dclente« vos , magnis eoa sternite lapidibus , 

Hastas Teroexpolitasjaculantesin ipsos, 
Graviter armatis prope adstantes. 

m 

Non DiemoraTerim , neque in œslimatione vinint habuerim , 

Nec pedum virtutis , nec luctie gratta ; 
Non , etiamsi Cyclopum quidem habeat tnagnîtudinemque vinique, 

Vincat vero currens ThreTcium Boream ; 
Neque si Titfaono oris babitum ^atîosior sit , 

Dîtiorque fiât Mida et Ginyra ; 



CHANTS DE TYRTEE. 161 

Vous, 8uiyez-le8, troupe légère, 
Et de leurs boucliers ne tous éloignez pas ; 
Sous ce rempart d'airain lancez Fénorme pierre, 
Et le dard aiguisé pour les sanglants combats. 



3 



Qu*à la course , à la lutte, un homme soit vainqueur, 

Ce n'est pas dans mes chants que yiyra sa mémoire , 

Et je sais mal priser une si faible gloire. 

Du Gyclope il aurait la taille et la vigueur , 

Le pied léger du yent qui vole aux champs de Thrace , 

Du beau Titbon la fraîcheur et la grâce , 
Les immenses trésors que rappelle le nom 
Et de Midas et de Ciny re , 



Tu vero interea , yeles , post scuta latescens , 
Nec lapidum densis imbribus obruere , 

Nec cessa jaculis obstantem iigere turbam : 
Te teget armato milite densa cohors. 

III 
EODSM ihteapbbtb. 

Non ullo in pretio , non uUa laude notandus , 
Siye pedis céleris , siye manus pugilis ; 

Sit licet et yasto Cyclopum pondère major, 
Et superet cursu ThreYcium Boream ; 

Tum pulchr» vincat Tithonum munere formae , 
Diyitiis Ginyram , diyitiisque Midam ; 



162 CHANTS DE TYRT^ 

yXCkxaeat d^ kdp/^aroij iJ£iM)(iyY}pifu e^a' 

où yip iyiip ôtyaOoq yiyyerau eu TtàkéfÂfjù^ 
et (lYj reFXoJïj /uèv bpCSnf fiyaif aifiarôeyra , 

xoà driÙÊif épéyon' éyyùOof iarâLfiEyoç. 
ri â'iperiij ro fiiÔKw ipurroif if âa^pÙKôKfot ^ 

ytaXXtarov rs (fépeof ylyverau A/dp) veco. 
Savoy S*éaâXoy ràûro iroXy^f re nsoni re dii^, 

oOTiç àonip itoSài ot rcpofixxpifft (uwi 



Neque si Tantalida Pelope rex polentior »it , 

Linguamque Adrasti mellisonam habeat; 
Neque si omnem habeat laudem , praeter bellicosam vim* 

Non enim vir bonus fit in bello , 
Nisi sustineat videre caedem sanguinolentam , 

£t hostes cupiat propius stare. 
Haec quidem virtus est ; bocce {Mvmium optimum inter homines, 

Pulcherrimumque référendum est viro juTeni. 
Commune vero bonum illud ciyitatique omnique populo , 

Quicunque yir divaricatis cruribus in propugnatoribus manet 
Assidue , turpis yero fugae onmino obliyiscitur , 

Mentem et animum patientem objiciens , 



CHANTS DE TYRTÉE. 163 

Son sceptre s'étendrait sur un plus yaste empire 
Que n'en soumit jamais l'aïeul d'Agamemnon ; 
D*Adraste au doux parler ajoutez l'éloquence ; 
Tous ces dons réunis , force , beauté , puissance , 
Ne sont rien à mes yeux , s'il n'a pas la valeur , 
S'il ne Yoit , sans pâlir, le sang et le carnage , 
Si d'un fier ennemi son indomptable cœur 

N'aspire à défier la rage ; 
Car c'est là la vertu , le véritable honneur, 
La palme la plus belle à cueillir au jeune âge. 

Il est d'un peuple entier le trésor et l'appui 
Ce héros , étranger à la fuite honteuse , 
Qui , livrant aux hasards son âme belliqueuse, 
Encourage les siens à mourir comme lui. 
A peine , de fer hérissée , 



Tantalidam *Pelopen , diifuso munere regni , 

Adrastum blandi vocibus eloquii; 
Omnia quin habeat , si desit adorea beOi : 

Quippe usus nuUos tempore Hartis habet , 
Qui non intrepidus coedem spectare cruentam, 

Gonsertumque hosti gaudet habere pedem. 
Hoc vere solidum certamen et unica virtus , 

^terno juvenes quae décorât décore. 
Kes populi , commune bonum , vir robore prâestans , 

Immotus primis qui stat in ordinibus , 
Oblitusque fiigae venit in certamina Hartis , 

Adjiciens animum , projiçiens animam : 



164 CHANTS DE TYRTEE. 

Bapawip a n&jeiy rw n^riulciif Satipct napsarùç' 

CK/roç àofrip iyaSoç ylyv&rau ev itoXéfMù' 
aitpa de Sufjitjsyém éo/ôpùy erp&pe (fcxXoc/yaq 

axnhç j'év npo(Jui)piat Treaùy (flxev eSxeae âu[Âoyy 
eujTu re xjod Xaovq^ tlou Tzoûép* eùiiXëtaaÇj 

Tov d'èXafvpcvTûu (xJèu b[ÂCiç véu riSè yépoyreç , 

âpfyaXétû de itiOcù izcbsa. iUiaiâe ttoXcç. 
xoc ^[jtSoç j im itaSâeç ev ivBpdinoii; àpùjyifJM y 

« 



Incitatque ad cadendum propinquum virum adstans. 

nie vir bonus est in bello. 
Slatim vero hostilium vironim in fugam yertît phalanges 

Asperas , enixeque sustinuit fluctum praelii. 
Ipse autem in prima acie cadens suum amisit spiritum , 

Urbemque et populos et patrem illustrans , 
Multa per pectus et clypeuni umbilicatum 

Et per thoracem ante trajectus. 
£um vero lamentantur quidem pariter juyenes et senes , 

Gravique desiderio omnis exsequias curavit civitas ; 
Et tumulus, et iilii inter homines praeclarî , 

Et filiorum filîi, et genus in posterum. 



CHANTS DE TYRTÉE. 166 

Parait des ennemig la phalange pressée , 

Que lui , debout au premier rang , 
D*un bras rainqueur Ta déjà repoussée ; 
n soutint du combat la vague courroucée ; 
Et si lui-même enfin , sous les traits expirant 
Au poste de Thonneur laissa sa noble yie , 

Gloire alors , gloire à sa patrie , 

Gloire au vieux père du guerrier ! 
Cest par-devant que son noir bouclier , 

Et sa poitrine et sa cuirasse 
De blessures sans nombre ont conservé la trace. 
Tous pleurent le héros : vieillards et jeunes gens 
Exhalent leurs regrets en longs gémissements; 
Un vêtement de deuil couvre la ville entière ; 
Sa tombe est à jamais illustre ; son pays 
L'honore dans ses fils , dans les fils de ses fils , 

Dans sa postérité dernière. 



Qui propter stàntem generosse mortis amôre 

Concitat ; hune bello dixeris egrégium : 
Quem subito hostiles pavitant fiigitantque catervae ; 

Qui belli fluctus arte manuque régit ; 
Qui dulcem amittit , sed primus in agmine , vitam : 

Magnus amor generi , magnus amor patri» : 
Vulnera multa geren39 adversa sed omnia , fosso 

Pectore , lorica nec minus et clypeo. 
Hujus ad exsequias plorant juvenesque senesque : 

Hune tota uii)s planctu funera prosequitur. 
Sed nec honore caret tumulus , sobolesque superstes , 

Et sobolis soboles , totaque posteritas. 

21. 



168 CHANTS DE TT&TÊE. 

ôAA* ùîA y>îç ircjo eà*; yi/verau i^xuaroç , 

yowfcjoç J'ot'XM^S âyhoùt eux^ '^^?> 

iroXAi de TejOTrvà ttoS-ûiv «/ox^« ^ Aft^yv. 
yripAxTM/y â'iardîtji furtmpéitUy oiSé riç aùriv 

TTovreç d'o/ ôeixoŒCV ôfttJ; vc«, oiw xar œirw 
eiYjoiKJ ex x^pîç, oire TcoXatérepot. 



Nunquam decus egregium périt , neque nomen ejus , 

Sed 8ub terra quamyis sit , fit immortalis , 
Quemcunque rirtute egregium, sustinentemque, pugnanteiBque 

Patri» ergo et liberorum impetuosus Mars interemerit. 
Si vero effiigerit sortem longam quietem afferenti» mortia, 

Yictorque pugns splendidum decus auferat , 
Omnes eum honorant pariter juvenea et aenes , 

Mulla vero jucunda expertus , abit in Orcuin ; 
Senescens autem inter cives ezoellit, neque aliquia illum 

L»dere neque in honore , neque in jure Tult. 
Sed omnes in sedibus simul, juvenes, et qui propter eum mêaiê suni 

Gedunt loco , senioresque. 



GEANTS DE TTUTÉE 107 

Sa ^oire avec son nom passe à rétemité. 

S'O éprouTa de Mars la colère fatale , 

Quand , le fer à la main , d*un courage indompté 

n défendait ses fils et sa yille natale , 

Sous terre il vit encor pour Traimortalité. 

Mais s*il peut de la mort fuir l'éternel silence , 
S'il revient tout brillant de l'éclat du vainqueur , 
Que d'hommages lui rend la vieillesse et l'enfance ! 

Quelle sublime jouissance 
Jusqu'à son dernier jour enivrera son cœur ! 
Il vieillit entouré de la publique estime ; 
L'offenser dans ses droits , outrager son honneur, 

Aux yeux de tous serait un crime. 
Paratt-il? jeunes , vieux , pleins d'un noble respect , 

Tous se lèvent à son aspect 

Par un mouvement unanime. 



Semper honos nomenque manent , et posthuma fama ; 

Sub tellure siti gloria morte caret , 
Scihcet intrepidum quem stantem et belligerantem 

Pro patria et natis Mars ferus abripuit. 
Fugerit at nigrae si longa silentia noctis , 

Et spoUa e bello victor opima ferat , 
Hune venerata minor colit , hune et serior aetas : 

Sic tumulum multo plenus honore petit. 
Cujus honoratam populo nec vocibus ausit 

Nec factis quisquam laedere canitiem : 
Assuipmt illi juvenes , aequsevaque turba , 

Assurgunt «vo jam graviore senes. 



CHANTS DE TTHTËE. 



Hujus nunc quigque vir virtutis ad summum Teoire 
Niutur animo, non remitteiu bellum. 



GHàNTS DE TTRIÉÎB. 169 

Oui ! la voilà , la gloire I il la fistut conquérir : 
Mais il n'est qu'un chemin vers ce £aite sublime , 
La guerre : et la valeiu* peut seule nous l'ouvrir. 



Hoc nunc quippe paret virtutis scandere culmen , 
BeUum indefesso sollicitans studio. 



170 CIUNTS Itt ITBTÉK. 

â' 



tiftif' eùripi S'ifiiyenT éwteouââot enj 
vtititftitH, adà TàXaaitfpata ^iim ty^evra, 

edjf^orrtùf icxrépm rifitripHu veeriplç. 
cficooTÛ i'oi fiiv Kdcm nâua ipya Aorivret^ 



Zcù; HptoAdicoi T^vâe Siimie Tii>jii, 



FKAGKIIITA AD VUMM TKAIISIATA 

AVCTOKB A. Bakou. 

IV 

Circum eam vero pugnavenint DOvem et decem a 
Assidue , semper patîentem anîmuin babentes, 

Bellatores , patniin nostrorum patres. 
Vi^etiino vero ormoi pinguia arva derelinquentes , 

Fugerunt ex Itboines altis montibus. 



CHANTS m TTRTÉE. 171 



Autour de ces remparU les pères de nos pères , 
Patients aux travaux , indomptables guerriers , 
Jadis ont combattu dix-neuf ans tout entiers. 
Alors , abandonnant les fertiles campagnes , 
Leurs ennemis d'Ithome ont quitté les montagnes. 



Fik de Saturne , époux de la belle Junon , 
Cette ville par toi fut autrefois donnée 
Aux vaillants héritiers du fils d'Amphitryon. 
Nous, quittant avec eux l'orageuse Érinée , 
Nous avons abordé cette tle fortunée 
Qui du riche Pélops a conservé le nom. 



Ipse enim Saturni filius , pulchricomae conjux Junonis , 
Jupiter Heraclidis hancce dédit urbem , 

Quibuscum linquentes Erineum ventosam , 
Amplam Pelopis insulam venimus. 



J 



172 GHiNTS DE TTRTÊE. 



i^fuau itâby oaaw xafmw apoupa (fépei. 



euri rot où^fiéuïi fJtdîpa xx'xoc âcofârou. 






VI 



' Ut asini magnis oneribus fracti , 
Dominis ferentes, gravi necessitate coacti , 

Partem dimidiam omnem , quotquot fruges terra gignit. 

VII 

Dominos lamentantes una , uxoresque ipsique , 
Si quem perniciosa sors mortis attigerit. 



CEINTS DE TTRTÉE. 173 



6 



Courbes mus le &rdeau de la nécessité , 
Comme l'Ane stuQ|de , ils portent à leur maitre 
Une moitié des fruits que leur sol a vus naître. 



Si l'un de leurs vainqueurs à la Parque succombe , 
Leurs femmes avec eux gémissent sur sa tombe. 



8 



Au Roi chéri des Dieux , à notre TaiUant Roi 
Théopompe; il soumit Messène à notre loi. 



9 



Messène ^xîche en fruits, riche en moissons dorées. 



VIII 

* 

Nostro Régi , Diis grato , Theopompo , 
Per quem Messenen cepimus vastam. 



IX 



Messenen , bonam quidimi arari , honam vero plantari. 



22. 



174 GHAI9TS DE TTRTEE. 



t 



{layretà^ re âeoù xaà reXéorr hua' 

TipeaSuraç tz yipoirraçj SKecra de ôïjfjuh'aç 
eùOeùuç prfrpcuq ôarrccKaiJLS&fiiyou^, 



ta, 



Koùpot narépWj izdXâfrau j 
Xat^ |U£v hvu npoSaXéaâe^ 

où ykp Ttârpioy rf "Litàf/ra, 



X 



Phœbum quum audivissent , a Pytho (Délphù) domum retuienint 

Oracula dei et perfecta verba : 
Pr»e88e quidem concilio venerandos Reges , 

Quibus cur» est Sparta desidecabilis civitas , 
Grand»Y08 vero senes, et post populares viros, 

Integris rhetris alternas vices rependentes. 



CHAirrS DE TYRTÉE. 175 



10 



Du trépied de Phébus ils portent en ce lieu 
La parole par&ite et l'oracle du Dieu. 
Que du conseil les rois soient la source et la vie , 
En eux l'aimable Sparte espère et se confie : 
Qu'ensuite les vieillards, puis au dernier degré 
Le peuple , soient l'écho du rhètre vénéré. 



11 



Allez , de Sparte la vaillante 
Dignes enfans, braves guerriers» 
A gauche , vos ronds boucliers , 
A droite , la lance brillante. 
Surtout n'épargnez pas vos jours , 
De Sparte ce n'est pas l'usage. . . 



XI 



Agite, o Spartœ virilis, 

Nati dfgni parentibus , cives , 

Leva quidem umbonem projicite , 

Hastam vero audacter jacientes , 

Non parcentes vit» , 

Non enim hoe est patrium Spartae. 



176 CHANTS DE TTRTÉE. 



'£' 



ïlptv iper^ mKiactt ripfuum q dawcrou. 

ty' 



XII 
Ante ad virtutis terminos venire quam mortis. 



CHANTS DE TYRTÉJE. 177 

12 
Plutôt qu'à la vertu renoncer à la yie. 

13 

C'est le cœur d'un lion qui bat dans sa poitrine. 



XIII 



Ardentis leonis habens in praecordiis animum. 



RALLINOS UND TYRTAIOS. 



DEUTSCHE UEBERSETZCRG 



von F. JACOBS. 



KALLINOS. 

Bis wie lang nur lieget ihr trâg? wann wekt ikr den Huth auf , 
Jiinglinge? Schamet ihr euch nicht Tor den Nachbarn umher? 

Dass ihr erschiafft , und wahnet in ruhigem Frieden zu sitzen , 
Wahrend des Erieges Geschrei liher die Lander ertont? 

Sterbend noch werfe der Mann gegen die Feinde den Speer ! 
Giorreich ist es und bringet ihm Ruhm , fiir den Boden der Yater , 

Kinder und liebendes Weib rttstigen Kampf zu bestehn 
Gegen den Feind. Es erreichet deshalb nicht frûher der Tod ihn , 

Bis es die Moira beschliesst. Schreite dann jeder Yoran , 
Hochaufrichtend den Speer ; bei der Feldschlacht erstem Beginnen 

Unter dem schirmenden Schild drangend das muthige Herz. 
Denn noch keinem beschied das Geschick sich dem Tod zu entziehen, 

Wenn sein Ahnherr auch stammte Yon Crottergeschlecht. 
Oftmals flieht.er den feindlichen Kampf und der Lanzen Getose» 

Aber im sichem Gemach wird er dem Tode zum Raub. 
Dafbr foigt auch diesem beim Yolk nicht Liebe noch Sehnsucht ; 

Jenen betrauert der Greis , wie ihn der Knabe beweint. 



CALLINUS EN TYRTEUS RRIJGSZ ANGEN , 



T OORSPROIfGKLTR GUEKSGH GEVOLGD 



DOOE BILDERDIJK. 



CALLINUS. 



Wat ligt ge , en tôt hoe lang , in fluimerzucht yerzonken ? 

Waakt een maal op , en bloost Toor 't oog des nagebuurs ! 
Of waant ge*în stille vrée dus vadsig voort te ronken ? 

T smookt ailes wijd en zijd van 't woén des oorlogSYUurs. 
Of kwijnt ge aan wond by wond der Terschontihngen slagen? 

Stort stervend nog Yoor 't laatste op uwen Tijand in. 
T is grootsch , 't is schoon , zijn wraak in 't sneuvelen mée te dragen 

Yoor vaderland , voor kroost , en jeugdige echtyriendin. 
Dan treft de schicht des doods , aïs 't lot het heeft beschoren , 

Niet eerder ! gaat , schiet toe , aanvaard de legerspeer , 
Laat de eens ontfonkte moed weér onder 't staal ontgloren ! 

Hervat , hervat den krîjg ! hervat het krijgsgeweer ! 
Geen sterfling is vergund den slag des doods te ontijien , 

AI was hij uit hetbioedder hemelgoôn gedaaid. 
Yaak vlood hij d'oorlogskreet en 't snorren van de pijien , 

Dien 't sterflot in zijn huis en roemloos achterhaait. 
Haar hem doet volk noch vriend een traan van weedom blijken , 

Daar groot en kleen den held , bij s*noodIots slag , betreurt. 



180 CHANTS DE CALLINUS 

Sehnsucht wecket der Mann , der muthigen Herzens im Rampf fiillt, 

Jeglichem ; aïs ein Gott wird er im Leben geehrt : 
Denn er erscheinet der Uebrigen Aug , wie ein «chtitzendet BoUwerk , 

Weil er allein im Kampf Thaten Yon vielen Tollbringi. 



ET DE TYRTÉE. 181 

AI de aarde eert zulk een lijk met heilige eerbiedbiijken , 
Den halven goden naauw' in 't leven waard gekeurd* 

Te recht : een Taste burcht en toevlucht in elks oogen , 
Een bolwerk in den strijd , en koopren muur geacht , 

Wrocht hij-aliéén den schrick bij 's Tijands krijgsvermogen , 
En meer Yoor 't vaderland dan heei een iegerkracht. 



23. 



TYRTAIOS- 



1. 



Herriich ftirwahr ist sterben dem Tapferen , wenn in der Vorhut 

Muthig er Bûrger und Land schtttzet , und k'mpfend erliegt. 
Aber das eigne Gebiet und die herrlichen Fiuren der HeimaUi 

Meiden und bettein umher, bringet den bittersten Schmera ; 
Iirend von Lande zu Land mit der lîebenden Multer , dem greisen 

Yater, den Eindern nocb klein, und mit dem blûhenden Weib ! 
Aile fûrwabr , die bittend er heimsucht , bassen den Armen , 

Wenn er der Armuth Drang weicbt und der feindlichen Noth. 
Schmacb auch bringter dem Stamm ; er beschimpft seinstrahiendes Ant- 

Schlechtheit jeglicher Art foigt ihm und herber Yerdruss. [iiu; 
Niemand denket mit Ehren des Hannes , der also herumirrt , 

AucH nicbts bleibet binfort ûbrig von achtender Scfaeu* 
Lasst uns kàmpfen mit feurigem Hutb ftir das Erbe der Yâter; 

Gebt fur der Kinder Gescblecht fireudig das Leben dahin. 
Jiinglinge , auf und kampft in geschlossenen Gliedern beharrend ; 

Nimmer gedenket der Furcht , oder der 8chandlicben Flucbt; 
Sondern erstarket an Muth , und die Brust yoU kraftigen Mannsinns, 

Lasset im Kampf mit dem Feind Liebe des Lebens zuriick. 
Niemals lasst die Bejabrten zuriick — ^niebt regen behend sich 

Ibnen die Schenkel — ^und flieht nicht von den Greisen hinweg. 
Schande ja bringt es dem Heer , wenn unter den Reiben der Yorbut 

Weit Tor den Jiingern Yoraus liegt der getodtete Greis, 






TYRTEUS. 



I. 



T 18 schoon , aan 't strijdend hoofd der legerspits te vallen , 

Manmoedig sneuTlende Yoor 8tad en burgerij. 
Maar , verr' van erf en haard en vaderlijke wallen 

Te beedien om zijn brood : zie daar wat ijslijk zij ! 
Met *s grijzen yaders wee en moeders nood beladen , 

Met jeugdige echtgenoote en leder hu^ijkskroost , 
Yoor a%e8meekte hulp een8 haters wreed veramaden , 

En d'afkeer bij 't gebrek te woekren Toor zijn troo8t ! 
Hem schaamt zieh 't eerlijk bioed , waaruit bij 18 gesproten , 

En de oneer en de ellend yenrolgt hem op zijn paAn 
€^en 8terflmg trekt zich tijns , alom , van elk verstoten , 

Uit bloote menschlijkbeid , uit mededoogen , aan. 
Van hier dat aaklig lot ! Wij , sparen we onze dagen 

Yoor 't Yaderland , yoor de eer , voor onze telgen , niet ! . 
Strijd , forssche helden jeugd , wien 't wapen8 Yoegt te dragen , 

En ken geen andre Tree8 , dan dat men achandlijk vlied ! 
Laat , laat , een eedie moed u 't zwellend hart verheffen ! 

Schud uit de weeke zucht , die zich aan 't leven hecht f 
Laat zwakken ouderdom in 't TÎjandlijke treffen 

Met waggelende knién niet 8teken in 't gevecht I 
hoon TOor Tolk , Yoor jeugd , Toor 8trijdbare oorlogscharen , 

Wanneer een acbtbaar hoofid in 't 8pit8 der heirkracht sneeft , 



J 



184 CHANTS DE TYRTEE. 

Weiss schon Scheitel und Wangen umher von dem greisenden Aller, 
Und den gewaltigen Huth blutend im Staube verhaucht , 

Schmàhlich die Schenkel entblo88t. WohI ziemt das ailes dem Jûngling ; 
Wâhrend die Bliilh' ihn noch lieblicher Jugendbekranzt, 

Diinket er atattlicb den Hânnem zu schaun , und den Frauen erfreulich , 
Wabrend er lebt ; noch schon, fiel er im Yordersten Glied. 



2. 



Aber ihr seid ja des stets obsiegenden Herakles Abkunft ! 

Also getrost ! denn Zeus wendet die Augen nicht ab. 
Ftirchtet euch nicht , noch bebt vor der Schaar andringender Manner, 

Sondem im vordersten Glied halte der Kampfer den Schild , 
Feindiich erachtend des Lebens Genuss, und die Loose des dunklen 

Todtengeschickes erwlinscht , wenn sie die Sonne bescheint. 
Wisset ihr doch , wie schrecMich das Werk des bejammerten Ares; 

WohI auch kennt ihr die Art volkenrerderbender Schlacht. 
Unter den Fliehenden waret ihr schon , und bei den Yeriblgern ; 

Beides , ihr Jîinglinge , schon habt ihr genitgend erkannt. 
Die sich im Kampfe yertraun , und wanUos fest in dem Glied stehn , 

Stets in den vordersten Reihn gegen die Feinde gekehrt , 

Retten das hintere Yolk , und sie selbst trifft selten der Tod nur. 
Aber dem Bebenden weicht jegliche Tugend und Kraft. 

Niemand mochte mit Worten fùrwahr wohl ailes erzahlen , . 

Was, wer schândliches thut , schandliches wieder erfahrt. 
Schmàhlich und grausvoU ist es ftirwahr 5 wenn kampfender Feiode 

Lanze den fliehenden Mann hinten im Nacken verletzt ; 



CdANTS DE TTRTÉE. 185 

En , met zijn g;raauweii baard en ziherblanke hairen 

Op 't siagveld uitgestrekt , de dappre ziei opgeeft f 
Gniwel zelis Toor 't oog^ , wen hij met stramme handen 

(Gesleurt , gesleept , getrapt , met borst en buik ontbioot , ) 
Zijn gudsend bloed weérhoudt en 8tortende ingewanden ! 

Dit Toegt der jonglingschap : haar stiert zoo 'n eedle dood ! 
Hun Toegt het , die den bloem der frissche jongkheid dragen , 

Uit de armen van een maagd den dood in d' arm te ylien. 
Welaan dan , faelden , staat ! ataat pal Toor's TÎjands slagen , 

En laat hem 't fier gebit van zijn bestrijdren zien. 



II. 



Zijt rustig : Jupiter heeft de oogen niet geloken , 

Nog zijt ge Alcides bloed , zijn onverwonnen bloed. 
Roomt ! moedig met het schild ter heirspitse ingebroken ! 

'T getal ontzette u niet nog breidle uw' heldenmoed. 
Koomt ! in een' dood gerukt , den luister onzer dagen ! 

T verachtlijk light gehaat , dat ons deez' dag Terwijt ! 
Gij kent den dollen Mars en zijn geduchte slagen , 

Gij , 't krijgschend stormgeweld en 't schokken van den strijd , 
Yliegt heen ! stort tusschen 't heir van Tluchtende en Tervolgen ! 

Yliegt, jongelingen ! stuift op beider menigte af ! 
Die ataan durft , waagt zich 't minst ; en 't krijgsgevaar verzwolgen 

Naauw' een', uit al den hoop , die niet zich zelv' begaf. 
Die zelf door 't blanke staal des Tijands spits durf tergen , 

Hoedt zich , en honderden, die 8teunen op zijn' moed : 
Maar d'arm ontvalt zijn kracht , wanneer men 't lijf wil bergen , 

Enwiezich schandlijk draagt, Terdrinktin eigen bloed. 
'T h gruwzaam , in 't geweld van 't heftig samenrukken , 

Een oorlogsman den rug te UoYen onder 't vlién : 



188 CHANTS DE TTRTEE. 

Hait' er auch jegUchen Ruhm , und er mangelte kraftigea Mannsinns. 

Denn nie glanzet ein Mann unter den Tapfern im Krieg , 
Der nicht ohne zu zagen den Hord in der blutigen Feldschlacht , 

Sofaaut , und gegen den Feind tretend erhebet den Speer ; 
Dies i8t Tugend und herrlicher Preis in der Menschen GescUechtern , 

Und nichts schoneres wird bluhender Jugend zu Theii. 
Heiisam , traun , auch ist e9 der Stadt und den samtlichen Bûrgern , 

Wenn au88chreitend ein Hann unter die Ersten ûch stellt, 
WankIo8y nimmer der schandlichen Fiucht , noch denkend der Rettung; 

Leben und duldsamen Muth 8etzt er im Kampfe daran , 
Und gibt auch dem Benachbarten Huth , dass nicht er den Tod scbeiit. 

Solch ein Bttrger ergianzt unter den Tapfern im Krieg. 
Plotzlich zur Fiucht hin treibt er der erzumpanzerten Feinde 

Schaaren , und ra8tlo8 8tetft hemmt er die Wogen der Scfalacht. 
Selbst wohl fallt er , im Tordersten Kampf, 8ein Leben verlierend; 

Dann auch kront er mit Ruhm Yater und Bttrger und Stadt. 
Oftmals wurde die màchtige Bru8t , und der eheme Hamisch 9 

Und hochbauchigenSchiids Rund ihm mit Lanzen durchbohrt. 
Um ihn weint wehklagend zugleich 80 der Greis wie der Jùngling; 

Drttckender Sehnsucht Schmerz fÛUet die trauernde Stadt. 
Ruhm um8trahlt sein Grab bei den Sterblichen ; seine Erzeugten 

Feiert die Welt^ und des Sohns Sohne und spâtes Geschiecht. 
Nimmer erstirbt sein trefflicher Ruhm , und der Name des Edein ; 

Sondern im Schoosse der Gruft lebet unsterblich der Mann , 
Der , nie weichend , und immer voran , und im Kampfe beharrend , 

Scbtttzend die Kinder , das Land, Ares Geschossen erlag. 
Aber wofem er entflieht des erstarrenden Todes Yerhàngniss , 

Und ihn strahlender Sieg schmttcket im Lanzengefecht , 
Hoch dann ehren ihn aile zugleich , so die Jungen und Alten , 

Und zu dem Hades hinab steigt er mit Freude gekront. 
Greis auch , glanzt er vor allen im Land und keiner verletzt ihm 

Weder die ehrende Scheu , noch das gebtthrende Recht» 
Naht er 9 erheben die Jttngern sich ihm , und die Altersgenossen 



CHANTS Iffi TTRTÉB. 180 

'k veracht hem , was faij ook met allen roem beladen , 

Zoo Iiij in 't ooriogSTeld geen dappren arm doet zien, 
Den dood door 't plassend bloed niet in 't gemoet durft waden , 

lïoch brandt cm yan nabij den vijand spits te bien. 
De moed is de eélste prijs , dien 8terflijke oogen zagen , 

En Toor 't recfatschapen bard der fiere heldenjeugd 
Het heerlijkst cm Toor 't oog des aardrijks weg te dragen. 

Haar Toegt alleen de lof, zij vormt alleen de deugd. 
Hij 18 de roem , de steun yan stad en yolk te gader 

Die moedig in den drang der legerspitse 8treeft ; 
Die strijdend, bloed en ziel uit boezem stort en ader , 

En van 't yerachtlijk ylién besef nocb denkbeeld beeft ! 
Zijn yal yenterkt , ont8teekt , die aan zijn zijde yechten ; 

Zie dan wat moed yermag in 't grimmig krijgsbedrijf ! 
Fluks schokt men de ordening yan '8 yijands légers knechten , 

En 8tort aïs 't golyend meir zijn drommen oyer 't lijf. 
Hij zelf , aen 't hoofil des faeirs in 't ronnend bloed gezegen , 

Yerheerlijkt door zijn dood zijn' yader , yolk en 8tad. 
En toont een eedle borst met wond op wond doorregen , 

Maar wonden , die hij elk eene oyerwinning schat ! 
Hij wordt yan oude en jeugd beschreid , naar 't graf gedragen ; 

Heel 't yaderland in rouw yraagt hem terug yan 't lot ; 
Zijn asch , zijn dierbaar kroo8t , de laatste yan zijn magen , 

Wordt onder 't yolk yereerd gelijk zijn oyerschot. 
Gewis , zijn roem , zijn naam is nimmer uit te delgen , 

Maar wordt door aarde en zee en eeuwen uitgebreid , 
Die , pal staande in 't geweer yoor yaderland en telgen , 

Door 't woedend krijgsgeweld te yroeg wordt afgeweid. 
Of zoo hem de ijzren 8laap des sterflots blijft yerschoonen , 

En wint hij d'eedlen palm der dierbre zegepraal , 
Dan blijft zijn 8chedel groen door duizend loyerkroonen , 

Tôt hij , genoegenszat , in 't sombre rustbed daal ! 
Geen a%un8t durft zijn eer , geen nijd zijn recht begrimmen : 

24. 



190 CHANTS DE TYRTÉE. 

Weichen Tom Sitz , und 8elb8t Aeltere treten zuriick. 
Strebe denn jeglicher Hann voU rustigen Muthes zu solcher 
Jugend empor, und nie weich' er im Rampfe den Feind. 



CHANTS DE TYRTÉE. 191 

En g;rijze en jeugd om strijd biedt hem de plaats van eer. 
Mijn Trienden ! om dien top yan Glorie op te klimmen , 
Staat on8 d'onfeilbren weg te banen door 't geweer. 



THE ELEGIES OF 



TYRTiEUS AND CALLINUS, 



TRAIVSLATED FROX THE GREEK, BY THE REV. R. POLWHELE. 



CALLINUS. 

Rouse, rome, my youth, the chain of torpor break ! 

Spum idle rest, an^ couch the glitt'rÎDg lance ! 
Wbat ! doe8 not sbame with blushes 8tain your cheek 

Quick mantling, as ye catch the warrior'ft glance ? 

Ignoble youths ! say when shall Talour'8 flame 

Bum in each breast ? hère, hère, while ho8t8 inrade. 

And war's wild clangors ail your courage claim , 
Ye sit, as if 8lill peace embower'd the shade. 

But, 8ure, fair honour crowns th' auspicious deed, 
When patriot love impels U8 to the field ; 

When to défend a trembling wife we bleed, 

And when our ahelter'd offispring bless the shield. 

What time the fates ordain, pale death appears : 

Then, with firm step and sword high drawn, départ ; 



ee 



I CANTICI 



DI TIRTEO E CALLINO, 



TRADOTTI BA LUIGI LAHBSRTI. 



CALUNO. 



E che badate ? e quando i cor gagliardi 
Sy^lierete , o garzoni ? ne yergogna 
Vi fa il parer si neghittosi e tardi 

Ai vicin T08tri ? o forse che si sogna 
Da Toi la pace ; eppur già i'o8te aMide 
Le Yostre mura , e debeUanri agogna. 

Dunque ognuno a trattar l'arme omicide 
Gorra , ne dal ferir mai si rimagna , 
Finche Faima da lui non si diyide ; 

Poichè gloria ed onor somme accompagna 
Ghi difende pugnando il patrio suolo y 
E i cari figli e la iedel compagna , 

Contra l'ostil furore : allor già solo 
Verra il morir , quando le Parche al fuso 
Yolto l'avranno. Or yia , si corra a toIo 



:94 CHANTS DE CiLLINTJS 

And, marching througb the first thick shower of spears, 
Beneath thy buckler guard the intrepid heart. 

Ëach mortal, though he boast celegtial fires, 
SlaTe to the sovereign destiny of death, 

Or mid the carnage of the plain expires, 

Or yields unwept at home his coward breath. 

Yet aympathy attends the brave man's bier ; 

Sees on each wound the balmy gnef bestow'd ; 
And, as in death the universal tear, 

Througb life inspires the homage of a God. 

For like a turret his proud glorîes rite. 
And stand above the rival's reach, alone; 

VThile millions bail, with fond adoring eyes, 
The deeds of many a hero meet in one ! 



ET DE TTRTÉE. 196 

L'asta a brandire , e come insiem confuso 
Fia il gran conflitto , immobilmente resti 
Ognun sotto il pavese , accolto e chiuso. 

Fuggir di morte i termini fiinesti 

Air uom non lice , ancor che sia disceso 
Per prima origin dagli Dei celesti ; 

£ quegli ancor che per yiltade illeso 
Campé da guerre e da sonanti spade , 
Poi Tien da morte in sua magion sorpreso ; 

Ma niun del suo morîr sente pietade ; 
Dore il forte con se porta il dolore 
Dei piccioli e dei grandi , allor che cade , 

Di se vivo désire il prè che muore 

Lascia al popolo tutto , e mentre ha intera 
La yita , ai semidei pari è in onore. 

Come in saldo ripar s'afiisa e spera 
In lui la patria sua , poichè in battaglia 
Ei sol con Talma intrepida e guerriera 

Di ben molti campion le forze agguaglia. 



SS1 



TYRTiEUS. 



1. 



If, fighting (or hia dear paternal soil, 
The soldier in the front of battle £all ; 

'Tis not in fickle fortune to despoil 

Hi8 store of famé, that shines the charge of ail . 

ê 

But, if, opprest by penury, he rore 

Far from his native town and fertile plain ; 

And lead the sharer of his fondest love 

In youth too tender, with her infieint train ; 

And if his aged mother, his shrunk sire 
Join the sad group, see many a bitter ill 

Against the houseless family conspire, 
And ail the measure of the wretched fill. 



Pale shivering want companion of his way, 
He meets the lustre of no pitying eye ; 

To hunger and dire infamy a prey — 
Dark hatred scowls and scorn quîck passes by, 



TIRTEO. 



1. 



Bello è air uom prode cader morto in guerra , 
Fra le ordinanze prime , con Tardita 
De8tra pugnandp per la patria teira j 

Ma più ch'altra giammai dogliosa vita , 
E l'andar mendicando all'altrui porte , 
Lasciati i campi e la cittade avita ; 

E Tir ramingo insiem con la consorte 
Giovinetta , e la madré , e la bambina 

Proie , e col padre omai Vicino a morte ; 

» 

Poichè Pnom bisognoso , cui trascina 
La rea nécessita , grave diyiene 
A quelli a cui chieggendo e* si arricina. 

Ei sua stirpe inyilisce , ei le serene 

Sembianze infosca, e d'(^i obbrobrio al ibndo 
Trabocca , e ogni malor dietro gli tiene ; 

Ne , di lui ch'è mendico e vagabondo 
TroYar si puote chi pensier si pigli , 
Ne lo tien caro o in rirerenza il mondo. 

S». 



198 CHANTS DE TYRTEE. 

Alas f no traits of beauty or of birth — 
No blush now lingers in bis sunken face ! 

Dies every iSeeling ( as he roams o'er earth ) 
Of shame transmitted to a wandering race. 

But be it ours to guard this haliow'd spot, 
To shield the tender oflEspring and the wife ; 

Hère steadily await our destin'd lot, 

And for their sakes, resign the gift of life. 

Ye, valorous youths, in squadrons close combin'd, 
Rush, with a noble impulse, to the fight ! 

Let not a thought of life glance o'er your mind, 
An4 not a momentary dream of flight* 

Watch your hoar seniors, bent by feeble âge, 
Whose weak knees fail, though strong their ardour glows, 

Nor leave sûch warriors to the battle's rage, 
But round their awfiil spirits firmly close. 

Base — base the sight, if foremost on the plain, 
In dust.and carnage the fall'n vétéran roll ; 

And, ah ! while youths .shrink back, unshielded, stain 
His silver temples, and breathe out his souI ! 



CHANTS DE TTRTÉE. 199 

Dunque pugniam per questo 8uol , pe' figli 
Moriam Tolontero8i , e la sicura 
Aima esponiamo agli ultimi perigli. 

Di pugnar ben serrati abbiate cura , 
Garzoni , ne ad altrui fanri di yile 
Fuga esempio vogliate, o di paura ; 

Ma avralorando in sen Talma virile, 
Nullo amor délia yita il cor yi prema , 
Hentre il braccio opponete al ferro ostile. 

Ne lassar , yinti da importuna tema , 
Vogliate addietro i pugnator men biondi , 
A cui la lena del ginocchio ë scema. 

Troppo sconvien che giaccian moribondi 
Prima i più anticfai nella prima schiera , 
E che i freschi guerrier caggian secondi ; 

Troppo «convien che l'uomo , a cui la nera 
Barba e il crin s'imbiancô , de^^a , col yiao 
Fra la poire , esalar Tanima guerriera ; 

£ col manto incomposto, e brutto , e intriso 
Tutto del 8angue 8uo , scopo si iaccia 
Per turpe nuditate a scherno e a riso. 

Ma il garzone , a chii membri orna e la faccia 
Di gioyinei&a il fior , ia sempre montra 
BeUa e vaga di 8e , comunque ei giaccia. 

Agli uomin caro , amabil 8i dimostra 
Aile donzeUe , insin cb'è viyo e baldo , 
Bello anco e8tinto in bellicosa gio8tra. 



GEANTS DE TYRTÉE. 



Yet , are ye Hercules' unconquer'd race — 

Remand , beroîc tribe , your apirit lost ! 
fiot yet all-Beeiiig Jove arerts bis face; 

Tben meet without a fear the tbronging bost. 

Eacb to tbe Ibe hî* steady shield oppose , 
Accoutred to resign bis batefui breatb : 

Tbe Irîendly sun a mîld eFFulgence throws 

On valour's ^ave , tbough dark tbe frown oF deatb. 

Yes , ye bave known tbe nithless work of war I 
Yes,-ye haveknowD histears, bis beavy woe, 

Wben , scatterÎDg in pale figbt, ye rusfa'd afer. 
Or cbas'd tbe routed squadrons of tbe fbe. 

OF those wbo dare , a atrong compacled band , 
Fins for the ligbt tbeir warrior-spirîu link , 

And grapple wîtb tbe Foeman , band to band , 

Uow fiew , tbrougb deadly wound8 espiiing, sink ! 

Tbey, Foremost in the ranks oF battle , guard 
Th' inglorious multitude tbat march bebind ; 

Wbîle sbrinking fears the coward's step retard > 
And dies eacb virtue in tbe feeble mind. 



k 



^ 



CHANTS DE TTRTEE. 201 



[Dunque ognun di valore e d'ira caldo , 

^ Si tegna , ben disgiunti i piè possenti , 

In 8ul fido terren fondato e saido , 

Mordendo il labbro inferior co' denti.] 



2. 



garzoni , 8e Toi dlBrcol gagliardo 
Siete stirpe , e 8e Giove ancor ne degna 
Di 8U0 favor , ne da voi torce il guardo ; 

Fate cor y ne vi spinga a fiiga indegna 
L'o8te foita , ma ognun con ragguerrita 

Salda mano lo scudo aizi e 808tegna ; 

Ora in odib cia8Cuno abbia la yita , 
£ tegna del morir Fora fiinesta 
Quanto i raggi del sol cara et gradita. 

Vol di Gradivo che gran pianti de8ta 
Cono8cete le glorie , e a Toi la fiera 
Ira délie battaglie è manifesta ; 

£ al ritrarri e al fugar l'aTrersa 8chiera 
Vi troTaste soTente , e a sazietade 
L'una e l'altra compieste opra guerriera. 

1 campion , che , rimossa ogni Tiltade, 

Gombattono ben chiusi , e incontro yanno 
Arditamente ail' inimiche spade , 

Sempre muojon più radi , e salTO ihnno 
Chi rétro Tien; ma de* guerrier! ignaTi 
Horta in tutto ë la poMa , è certo il danno. 



202 CHANTS DE TTRTEB. 

But 'ti8 not in the force of words to paint 
What varied ilk attend th' ignoble troop , 

Who trembling on the scène of glory fiiint , 
Or wound the fugitives that breathless droop. 

Basely the soldier stabs , with hurried thrust *, 
The unresisting wretch , that shieldless Aies; 

At bis last gasp^dishonour'd in the dust 

« 

( His back transfix'd with spears ) the dastard lies ! 

Thus then , bold youths , the niles of valour leam : 
Stand firm , andiix on earth thy rooted feet ; 

Bite with thy teeth thy eager lips , and stem 
In conscious strength , the nishing onset meet ; 

And shelter with thy broad and bossy shiefd 

Thy thighs and shin y thy shoulders and thy breast ; 

The long spear pond*rous in thy right hand wield , 
And on thy head high nod the dreadful crest. 

Mark weil the lessons of the warlike art , 
That teach thee , if the shield with ample round 

Protect thy bosom , to approach the dart , 
Nor chuse with timid care the distant ground. 

But , for close combat with the fronti^g foe , 

Elate in valorous attitude draw near ; 
And aiming , hand to hand , the fatefiil blow ', 

Brandish thy temper*d blade or massy spear. 

Yes ! for the rage of stubborn grapple steel'd , 

Grasp the sword's hilt , and couch the long-beat lance , 



CHAI9TS DE TTRTËE. 203 

Ne labbro y'è che gF infiniti e grari 
Mali a dir basti di ch' uom fassi erede , 
Quando vil codardia Falma gli ag^gravi. 

I^ominiaë al guerrier, 8'altri lo fiede 
Nelle terga , allor ch' ei volge a retrorso 
Dair aspra zufFa intimorito il piede ; 

Biasmo etemo , se anciso a mezzo il corso , 
Cadayere rimanga in suUa sabbia , 
Cou Facciaro inimico infisso al dorso. 

Dunque ognun di ralor caldo e di rabbia , 
Soyra i piè ben disgiunti immobil resti 
Sul campo , e addenti per fiiror le labbia; 

E coi moti del braccio accorti e presti , 
E con la targa prominente e yasta 
A gambe , a spalle , e a sen difesa appresti ; 

Pofcon la destra la terribiF asta 
Vibri , e squassi con ira e con minaccia 
Il cimiero , che alF elmo alto soprasta. 

Cosi adoprando con yalor , si foocia 
Mastro di pugna , ne dei strali il forte 
Nembo payenti , chi lo scudo imbraccia. 

Ma iatto presso delFostil coorte , 

Colla gran lancia , oyyer col brando fero , 
A qualcun de' nemici arrechi morte ; 

E si s'accosti a Fun Faltro guerriero 

Che scudo a scudo , e piede a piè si serri , 
£d elmo ad elmo , ed a cimier cimiero. 



104 CHANTS DE TYRTÉB. 

Foot to the fiieman's foot , and shteld to ^eld , 
Grest «v'n to crett , and helm to hdm , adraDce. 

But y e , light arin'd , who , trembling in the rear , 
Bearsmallertargets , at a distance throw 

The hiuing stone, or buri the polish'd spear , 
( PlacM nigb your panoply ) to mar the foe. 



I would not value , nor transmit the feme 

Of him wbose brightest worth in swiftness lies ; 

Nor would I chaunt his poor unwarlike name 
Who wïns no chaplet but tbe wrestler's prize. 

In vain , for me , the Gyclops' giant might 
Blends with the beauties oFTithonus' form; 

In vain the racer's agile power* unité , 
Fleet as tbe wbîriwind of the Thracian stonn. 

In Tain , for me , the riches round him glow 

A Hidaa or a Cinyras postest ; 
Sweet as Adrastus' longue fais accents flow , 

Or Pelops' sceptre seems to stamp him blest. 

Vain ail the dastard honours be may boast , 
If bis soûl thirst not for tbe martial field ; 



GEANTS DE TTRTÉE. . 205 

Quindi affirontando i bellicosi ferrî , 

Stringersi col nemico ognun si sttidi , 
> E a lui Telsa del brando, o Fasta afiierri ! 

Vol che d*arnie pesanti andate i{];nudi , 
Traete i sassi , e Tun Taltro yî fate 
Schemo a vicenda con gli eretti scudi ; 

se coi dardi rapidi pngnate , 
Teoetevi , oode ail' uopo esser dîfesi , 
Presso a campioni , ch' han le membra armate 

Dli capo a piede di più saldi arnesi. 



8. * 

Non fia mai , ch* io rammenti o tegna in pregio 
Un nom perè , che di robuste piante 
Si vanti , o appaja nel lottare cgregio ; 

O perché in moleed in yigor sembiante 
Sia ai gran Giclopi , o si veloci i passi 
Muova , da gire al Tracio Borea inaante ; 

perché di belti rétro si lassi 
Titone stesso , o di tesoro abbonde 
S) che Cioira e Mida anco sorpassi ; 

O perché imperi in più distese sponde 
Che il Tantalide Pelope , o d'Adrasto 
Abbia le ¥Oci come il mel gioconde , 

S quant' altro pu6 ambir Pumano fiuto ; 
Se di guerriero ardir mostre difetto : 
Poicfaé mal atto é al militar contrasto 

M. 



206 CHAMTS DE TYHTBB. 

Meet not the fiiry of a rushing host , 
Nor bear o'er hills of slain the untrembling shield. 

This — this is virtue , this , the noblest meed 
That can adorn our youth with iadeless rays ; 

While ail the perik of the adventurous deed 
The new-8trung vigour of the state repays. 

Amid the fbremost of the embattled train , 
Lo i the young hero hails the glowing iight ; 

And though fall*n troops around him presa the plain', 
Still fronts the foe , nor brooka inglorious flight. 

• 

His life — hiê fervid soûl oppo8*d to death , 

He dares the terror of the field defy ; 
Kindles each spirit with his panting breath , 

And bidê bis Gomrade-warriors nobly die ! 

See , see , disma/d the phalanx of the foe 
Turns round , and burries o*er the plain afiir ; 

While doubUngt as afresh , the deadly blow , 
He rules , intrepid chief , the waves of warv 

* 

Now £aiirn, the noblest of the van , he dies î 
His city by the beauteous death renown*d ; 

His low-bent father marking, where he lies $ 

The shield , the breast-plate hack'd by manj a wound. 

The young , the old, alike commingling tears , 
Hir country*a hea^y grief bedews the grave ; 

And ail his race in verdant lustre wears 

Famées richest wreath , transmitted from the brave. 




CHANTS DE TYRTÉE. 207 

Ghi délia pugna il sanguinoeo aepetto 
Paventa , e niegji fra perigli e «pade 
Offrir dappresso agF iaimici il petto. 

Né pregio altro si bello in sorte cade 

AU' uom quanto il valor , ne di più altéra 
' Laude puossi adornar la verde etade. 

Dei cittadin , délia cittade intera 
Tesoro ë Tupin che sa atteggiarsi e porrc 
Largo tn su' piedi, e nella pripa schiera 

Immoto e saldo , délia fuga abhorre 
Il vil pensiero , e a periglioso evento 
Gode la vita e la forte anima esporre. 

Ei stassi , e a suo Ticii\spira ardimento , 
Acciô in morte famosa il viver cange; 
Tal' uom ben atto è al militar cimento. 

Tosto per lui la bellica ftJange 

In fiiga.è YoUa , ei con ardor s'appara 
Gontra i flutti di guerra , e gli uria e frange. 

E se , fra i primi pugnator , la cara 

Anima ei perde , al padre e^l natio albergo 
Fama provvede gloriosa e chiara; 

£ senza segno di ferita al tcirgo, 
Per gran colpi nel petto è a morte addutto , 
Pel pavese trafitto e per l'usbergo, 

Per lui gioYani e vecchi in grave lutto 
•S'angono , a lui gli ufficj ultimi rende 
Pien d*acerbo désire il popol tutto. 



CHANTS DE TTRTÉE. 

Thoiigfa mix*d with eartb the perirfiable clay , 
Qpi name shall live , while gI<H*y loves to tell 

True to lus country how he won the day , 
Row firm tke hero stood , how cahn he feU. 

But if he *scape the doom of death ( the doom 
To long — long dreary slumbers ) he retums 

While trophies flash , and Tlctor-laurels bloom , 
And ail the splendour of the triumph burns. 

The old y the young — caress him and adore ; 

And with the city's love , through life , repay'd, 
He sees each comfort that endears in store , 

Till , the last hour , he sinks to Pluto's shade. 

Old ashe droops , the ciiizens o'eraw*d , 
(Ev'n vétérans , } to his mellow glories yield ; 

Nor would in thought dishonoilr or defraud 
Thehoary soldier of thewellfought field. 



Be yours to reach such eminenoe of famé ; 

To gain such heights of virtue nobly dare , 
My youths! and , mid the fervor of acclaim , 

Press , press to glory y nor remit the war ! 



CHANTS DE TTRTÉB. ^ 200 

Quindi la tomba sua CEtinosa splende 
Sulla terra , famosi i figli , e insieme 
* De' figli i figli, e chi da lor discende ; 

Ne il bel nome giammai , ne le suprême 
Sue laudi périr vede , e ad infinita 
Sorvive età , benefaè l'avello il preme , 

Quei , che recando alla sua terra alto , 
E pugnando pe' figli ardito e forte , 
Per man dël fiero Marte esce di vito. 

Che se l'elerno sonno délia morte 

■ 

A fiiggir ei perrenga, e yincitore 
Del conflitto la gloria al fin riporte , 

Tutti Tammiran , tutti Cangli onore, 
Di lutte etadi , e mena intra fréquent! 
Placer sua vita insin' ail' ultim' ore. 

■ 

E se attigne Tecchiezza , infra sue genti 

Splende primier , ne y' ha chi oltraggio o danni 
Osi fargli con Topre o con gli accenti ; . 

E i giovani , e chi ad esso è Ujgual negli anni , 
E chi ha il crin più di lui già scemo e bianco , 
Levansi al suo apparir dai proprj scanni. 

Dunque ogpuno col piè spedito e franco 
Di cotonto yirtute al colmo ascenda , 
Ne mostri il braccio iatimorito e stonco , 

Ma air imprese di guerra il core accenda ! 






COMMENTAIRE 



SVl 



LES POÉSIES DE CALLINUS 



BT 01 



TYRTEE. 



CALLINUS. 



1. 



Cette élégie est extraite de Stobée, Tit. LI, 19. 

y. I. Le Quousque tandem de Cicéron n'a pas plus d'é- 
nergie et de yivacité que les rapides interrogations qui 
commencent ce beau fragment. Le ton chaud des premiers 
vers, la teinte philosophique de ceux qui suivent, suffisent 
pour faire regretter Callinus. 

Rhigas le connaissait-U quand il composa son Hymne 
de guerre, qui, s'il n'est peut-être pas assez poétique dans 
l'expression, comme l'a remarqué M. Fauriel, se dis- 
tingue assurément par la chaleur et la verve des idées ' ? 

<( Jusques à quand , Palicares , vivrons-nous dans les défi- 
les?., etc. « 



* Chants populaires de la Grèce moderne , par Fauriel , T. Il ^ 
p. 16. 

27. 



■• 



214 COMMENTAIRE 

Plusieurs yers rappellent Gallinus : 

lûuKi&rou nm Mov^ûrac, Xeavripta (axouom , 

•c Souliotes et Maniotes, Lions renommés, jusques à quand 
dormircz-vous tranquillement dans vos cavernes? » 

Et plus bas : 

XoŒoy y tari âp/ttre*, ri arexeaJ^e ytfx/ooc ; 
^um^fjere 

» Que tardez-voi|8 donc? pourquoi sembtei^yous morts? 
RéveiHez-TOus , etc. » 

y. a« olàîaBi. C'est le pudor des Romains dont Pline a 
dit : sœpe resperditas seivaçit in prœliis \ C'est presque 
rhonneur. Peut-être seulement le euAiç était-il moins 
vague et plus strictement défini que notre honneur. 
Platon en parle admirablement au 3™« livre des Lois *. 
C'est au sujet des Athéniens , qui se réunirent pour résister 
aux Perses. 

« Notre despote à nous , dit l'interlocuteur de Mégillus, 
c'était l'honneur. Lui seul nous donnait la ferme volonté 
de vivre esclaves des lois. » 



' Hist. Nai., lib. xxxvi , c. 16. . 
• Tom. VI,p. 198. 



SDR CALUNDS. 215 

Et il ajoute plus bas : 

« Voilà donc ce qui nous inspira cette amitié patrioti- 
que , ce fut la crainte des dangers présents, et cette autre 
crainte qui naît des antiques lois^ que possèdent ceux 
qui leur obéissent, et que souvent, dans nos livres pré- 
cédents, nous avons appelé V honneur. C'est de l'honneur, 
disions-nous, que doit être esclave celui qui veut être 
vertueux; car l'esclave de l'honneur est toujours libre et 
intrépide ; sans cette crainte salutaire , jamais nos ancê- 
tres ne se fussent réunis pour se défendre , pour défendre 
les temples, les.tombeaux , la patrie , leurs parents et leurs 
amis. » 

Thucydide se rapproche davantage encore de notre 
honneur moderne, quand il définit le otdiGiç, le respect non- 
seulement pour les lois positives , mais encore pour « ces 
lois invisibles qui frappent ceux qui les violent d'une 
peine d'ignominie universellement avouée \ » Je me rap- 
pelle à ce propos la singulière interprétation donnée à ce 
passage par NicéphoreDucas, le traducteur de Thucydide 
en grec moderne. « Il y a, dit-il, des lois qui ne sont pas 
écrites et qu'on observe ; par exemple , il n'est pas reçu 
de satisfaire en public certains besoins, oùpeXvj quoique 
cette défense ne soit spécifiée nulle part. » Sont-ce les 
privations que s'imposaient les Perses, à en croire Xéno- 
phon au commencement de la Cjrropédie^ qui ont fait 



' Thucyd., Hist.^ lib. n, c. 37. 



216 GOMHENTAIRE 

venir à Fesprit de ce traducteur une interprétation aussi 
saugrenue? 

Quoi qu'il en soit , cette généreuse crainte de l'estime 
publique se trouve déjà dans Homère ' : 

Et ailleurs ' : 

cdiéofioi TpCkLç XM Tptêxiaç éXxe^iTr^TrAouç , 
acxe, xaxoç &Çjv6(T(fOf à^uoxâC» TKikéitûto. 

m 

Elmsley définit bien alAaq ^ : Omnino, dit-il , odd<àç estpudor 
quo a rébus turpibus prohibemury nonpudor ob res turpes 
patratas. C'est Vhonneur^ et non 1a remords. 

La différence qu'il y a entre cd(jy(wrij quœ ex turpitudine 
oritur , et cdd^ ^ quœ nascitur ex verecundia , entre 
cdcr^wecrBcu et cd3â<T^au^ était l'objet des recherches des an- 
ciens philosophes et des grammairiens, par exemple i 
d'Aristoxénus le péripatéticien, d'Ammonius et d'autres ^. 
Plutarque rapporte que les stoïciens s'étaient attachés 



' //. • , V. 630. 

• //. Ç,v.442. 

' Hermann. , in Euripid. Heraclid,, t. 6. Eurip. Ed. Matthias , 
T.Vm,p. 216. 

* Ammon., wtfl ^i«f .ai {. voc. mii'ms , et la not. de Véà. de Leip- 
iig,p. 8. 



SUR GALUNUS. 217 

aussi à fixer la différence entre edayiJMaâou et €di€[abcu *. 
— oLfUfŒipofTÎoifcu;. Homère a dit dans l'Odyssée * : 

Sx\ouç T alUaQïrn mptHTtaimç âofâpùwoç 

Oi TttpOfCUKTOiaOQl 

C'est sur l'interprétation du mot neputThyaç^ ajoutée ici par 
Homère lui-même, que s'appuie le scholiaste de Thucy- 
dide ', lorsqu'il explique mptxrkufeç et aïKftxTKveç par oc 
TtepatMQineq. Il est évident que A/KftiteptKrlciyaç ne peut avoir 
un autre sens dans le fragment qui nous occupe, et l'on a 
droit de s'étonner, avec Francke, que Harlès ait été son- 
ger ici aux Lacédémoniens. Ceux-ci étaient en effet les 
ilifatepotnrlcveç des Spartiates; mais faut-il conclure de cette 
observation que AiA(ftKeptxrréayeç doive toujours se traduire 
par Lacédémoniens f ou que cette interprétation soit la 
seule convenable ici, et attribuer en conséquence notre 
élégie à quelque critique d'Alexandrie , probablement 
imitateur de Tyrtée, plutôt que à Callinus exhortant les 
Éphésiens? Voilà à quelles aberrations peut entraîner 
la manie des découvertes. Weber comprend par ce mot 
les habitants du plat pays , qui étaient les autochthones 
mêlés avec la classe la plus pauvre. Son explication est 
d'autant plus admissible que les véoi devaient rougir 



> Plui., De vit. pudon, p. 629. D. 
• Odyss.fi, y. 6}S, 
» Lib. lu, c. 104. 



218 COMMENTAIRE 

davantage devant ces hommes d'une condition infé- 
rieure, destinés à l'agriculture, aux métiers , exclus des 
charges , et formant à la guerre le corps que l'on appelait 
y}j(jQr^eqf troupes légères. Les véot en effet, observe aussi 
Weber , étaient les hommes en état de porter les armes , 
juvenis ^ juvenius y de l'âge entre ao et l\o ans. C'est dans 
le même sens que MûUer ' nomme Guillaume Tell, 
Jûngling. 

y. t\. H(7.&a<. Il est hors de doute que le mot ijer^oi, sedere^ 
exprime dans toutes les langues anciennes l'idée de paresse 
et d'oisiveté. Mais quand Klotz, pour prouver cette signi- 
fication , cite seulement huit exemples d'Homère, deux 
de Sophocle, deux d'Euripide, deux de Quintus Calaber; 
plus Job, Hérodote, Lysias, Démosthènes, Thucydide, 
Ëlien, Pindare, Cailimaque, Tite-Lîve, Comelius-Nepos, 
Cicéron, Ciaudien; plus les interprètes Eustathe, Ser- 
vius, Grœvius, Heinsius, Drakenborg, Upton, Bergler , 
Krebs, Wasse, Gronovius, Barlès, Walckenaer, Span- 
heim, Taylor, etc., il abuse étrangement en vérité des 
privilèges d'un commentateur. 

— TcOcof doit s'entendre, dans ce vers, de la ville d'Éphèse 
et de son territoire. « yaXa. , dit Boissonade , est hic urbis 
territorium regioque vicina. Euripid., Bacch., v. ii4 ' • 



' Dans son Histoire de la confédération suisse ^ Ut. 1, c. 18. 
* C'est le vers 117 dans son édition. 



SDR CALLINUS. 219 

œjrUoL y& nâUjo, ypfxûcfu j quod de soUs Thebanis recte doctis- 
simus Elmsley accipit, » 

Bach met le point d'interrogation après le 4™^ vers. 
« Interrogativa scilicet , dit-il , ut hœc quoque évadât sen- 
terUia suadet poetœ impetus, ut ita dicam , furiosus. » 
Je ne puis partager son avis, év eifniwi... etc., est une sorte 
de réponse explicative aux interrogations précédentes, 
que le poète réfute ensuite par Aràp 7ro^e/xoc , etc. 

Après ce vers, il y a une lacune que Camérarius a sup- 
pléée ainsi : 

f& vu Tiç ianlôa Béa^» évoafT£uêç nà?^[iliiptif. 

Stock écrit, â vùv imlôa; Brunck préfère à êorrélotç^ et 
Boissonade, diaprés la forme homérique, evovr/âoy. Mais 
pourquoi s'amuser à composer des vers , ou à reproduire 
ceux que d'autres ont supposés , lorsqu'on sait fort bien 
qu'on ne peut jamais arriver avec certitude à la véritable 
pensée de l'auteur? M. Didot a raison de croire qu'il y a 
un assez grave inconvénient à ces vers intercalés ; on les 
marque d'abord d'un astérisque, et peu à peu ils finis- 
sent par s'introduire dans le texte. « Je n'ai pas hésité, 
dit Boissonade, à présenter ce vers au lecteur , après l'en 
avoir averti , ne elegia pukherrima tanto hiatu deforma- 
retur. » Mais je doute fort que l'hexamètre de Camérarius 
remplisse toute la lacune, et j'estime, avec Francke, 
qu'elle devait être plus considérable. Il pense que c'était 
en cet endroit que se trouvait le vers cité par Strabon ^ 



220 œMMENTAIRE 

La supposition y sans être indubitable , est très admissible. 
Je trouve aussi quelque probabilité dans ce qu'il ajoute , 
c'est que, entre le vers rapporté par Strabon et le suivant , 
plusieurs autres ont été perdus. Peut-être le poète y fai- 
sait d'abord le tableau de la cruauté des ennemis et de la 
grandeur du danger; peut-être est-ce là qu'il rappelait la 
prise de Sardes, dont, au témoignage des anciens, il avait 
fait mention quelque part. Puis , revenant à ses conci- 
toyens, il cherchait à les ramener de leur inertie à des 
sentiments d'ardeur et de courage. Il les exhortait à une 
défense obstinée contre un adversaire formidable, et 
l'aspect même de ces objets de terreur, qui ne sert qu'à 
effrayer le vulgaire, était pour lui un nouveau motif d'a- 
nimer ses compatriotes. Par-là, dit Francke, on peut voir 
comment il se fait que, après avoir, dans son exorde, 
reproché aux Éphésiens leur lâcheté, le poète arrive bien- 
tôt à cette pensée, v. 6, Tifir^v re yàp èarot x. r. \., oppo- 
sant ainsi la gloire du brave à la honte du lâche, qui peut 
bien éviter le bruit des armes , mais non la mort. 

y. 6 et 7. Nous retrouvons cette exhortation à la mort 
au nom des enfants, ittpi izaiiw^ et dans Tyrtée * , et dans 
les poésies guerrières de tous les peuples. C'est toujours 
l'idée de la Marseillaise^ 



• £•/.!,▼. 13; m, V. a4. 



SUR GALLCmS. 221 

Ils viennent jusque dans vos bras 
Egorger vos fils, vos compagnes. 

Elle a été rarement exprimée avec autant d'énergie que 
dans le chant écossais intitulé Bannock-Burn ^ une des 
productions les plus remarquables du poète Burns. Je 
me souviens de l'enthousiasme, de la frénésie tout ita- 
lienne avec laquelle cet admirable hymne de guerre, in- 
troduit dans le drame de Guy Mannering y était encore y 
comme parlent les Anglais, sur les théâtres de Londres 
en i8ai. La belle voix de Braham, accompagnée de la 
mélodie à la fois suave et sauvage des musettes écossai- 
ses, donnait à ce morceau un caractère tout original. Les 
spectateurs oubliaient qu'il était destiné à rappeler un 
des événements les plus funestes à la gloire des armes 
anglaises, la fameuse bataille gagnée le a3 juin i3i4 par 
Robert Bruce, roi d'Ecosse, sur Edouard II d'Angleterre, 
près du village de Bannock^-Bum. 

M. de Reiffenberg, professeur à l'université de Lou- 
vain, a imité cette pièce en l'appliquant aux Belges, 
dans son livre intitulé Ruines et Soui^enirs, 3™^ édition 
des Harpes, Bruxelles, i83a « p. 71. Avant la publication 
de l'ouvrage de M. de Reiffenberg , je m'étais déjà hasardé 
à traduire les vers de Burns aussi littéralement qu'il m'é- 
tait possible. Je reproduis ici cette traduction en y joi- 
gnant le texte original. On sait que Burns composa ce chant 
en revenant un soir à cheval, encore tout indigné des hu- 
miliations que l'aristocratie anglaise ne lui épargnait pas. 

28. 



k 



C09IHENTAIHE 



BOBKRT HXCCE'S ADDUSS TO HIS ARMT. 

ScolB , wha hae wi' WalUce bled , 
ScoU , wbam Bruce bas aften led , 
Welcome to your gory bed 1 
Or to çlorioug TÏctorie I 

Now 's the day, and now '« Ae bour ; 
See the front o' battle lower , 
See approacb proud Edward's power , 
Edward ! cbains and slarerie ! 

Wba will be a traitor knave , 
Wha can fiU a coward't grave , 
Wha sae base as be a slave , 

Traitor , coward , tum and flee 1 

Wba far Scolland's king and law 
Freedom'a sword will «troo^y draw , 
Freeman stand, or freeman fa\ 
Caledonian , on wi' me ! 

By opprestion's woes and pains! 
By your sons in servile cbains ! 
We will drain our dearest veins , 
But tbey diall be — «hall be free. 

Lay the proud usurpers low ! 
Tyrants fall in every fbe ! 
Liberty'* in every blow ! 

Forward ! let us do or die ! 



SDR CALLDIUS. 223 



KOBKBT RMGK A SON ARHEfi. 

Écossais , que Wallace a conduits k la gloire , 
Dont Bruce tout sanglant guida souvent l'effort , 

Salut à votre lit de mort ! 
Ou plutôt , Écossais , salut à la victoire ! 

Amis , voici le jour et l'heure du courage , 
Voyez ces rangs épais , voyez cet étendard , 

Ce sont là les soldats d'Edouard ! 
Edouard ! et sur ses pas les fers et l'esclavage ! 

Qui veut trahir sa foi , déserter sa bannière ? 
Dévorer d'un tyran les rebuts et l'orgueil ? 

D'un lâche occuper le cercueil? 
S'il en est un , arrière , esclave ! traître , arrière ! 

Mais qui yeut pour le roi , les lois et la patrie , 
Tirer un glaive libre , ou , d'un cœur indompté, 

Tomber avec la liberté ? 
A moi , digne soldat de la Calédonie ! 

Par les pleurs de l'esclave et ses cuisantes peines , 
Par vos fils dans les fers , guerre k mort aux tyrans ! 

Pour leur arracher nos enfants , 
Saignons nous jusqu'au fond de nos plus chères veines. 

Tombe l'usurpateur ! tombe sa vaine gloire ! 
Tombe dans chacun d'eux un tyran détesté ! 

Chaque coup , c'est la liberté ! 
En avant , Écossais , la mort ou la victoire ! 



224 COHHENTAIRE 

y. 8. Grotius écrit à la fin du vers hfimSltpoi» A7. Je préfère, 
avec Bruncky la leçon du manuscrit de Stobée, par analo- 
gie avec xor' du premier vers et xmç du la™». Bach voulait 
écrire ici yAt^ et àxxore. Mais Hermann nous apprend qu'au- 
cun manuscrit ne donne ces formes dans ce passage, et je 
n'ai pas cru devoir les adopter. 

Voilà une des plus anciennes allusions à ce fatalisme 
qui fut la muse d'Eschyle , et qui fit faire d'aussi grandes 
choses que la religion et la liberté. Rien ne donne plus 
de courage pour braver le danger que la certitude de ne 
pouvoir l'éviter. Les premiers fatalistes de l'Europe sont 
les Turcs. Qu'on leur enlève une telle doctrine, il n'est 
pas prouvé que la discipline et la civilisation parviennent 
jamais à la remplacer. Le traducteur anglais dit dans ses 
notes ^ : <( Le fatalisme règne parmi nos soldats et nos 
matelots : ils sont persuadés que nul ne tombe dans le 
combat que sa mort ne soit écrite d'avance ; j'ai entendu 
dire à un chapelain de vaisseau qu'il s'était toujours yài^ 
un devoir d'encourager cette opinion , et qu'il avait, en 
toute occasion , inculqué le dogme de la prédestination. » 
Ce chapelain sentait qu'il était citoyen autant que prê- 
tre. On a toujours regardé Napoléon comme fataliste. 
M. de Las Cases le nie ; mais les raisonnements qu'il prête 
au prisonnier de Sainte-Hélène, lorsque, pour combattre 
cette opinion , il en exagère singulièrement le principe et 



» Tom.n,p.221. 



SUR GALLINUS. 226 

les conséquences, ne m'ont paru ni concluants, ni dignes 
de celui qu'il fait parler '. 

y. lo. La même image se trouye au commencement de 
la 2™« élégie de Tyrtée , v. 4- 

y. 1 1 . ixaou;. J'ai donné à ce mot le sens que lui donne 
Hesychius, en suivant le scholiaste d'Homère ' : haouj 
aiàoxfSyy axAf&Mcuy auyntX&dca. C'est, me semble-t-il, la for- 
mule latine colUgere animurriy mais avec quelque chose 
de plus neuf et de plus expressif. Gaïsford, comme l'a 
remarqué Bach, a eu tort de lui donner un esprit 
rude. 

Il ne manque pas d'exemples pour prouver que 7r£^jci0c 
en grec et hélium en latin sont souvent pris dans le sens 
de combat et non dans celui de guerre '. 

y. la. L'idée développée dans les quatre vers suivants 
est fréquente dans l'antiquité. Callinus l'avait trouvée 
dans deux passages de llliade. Il y est dit ^ : 



Mdtpccy â ourofoL (jpjfu iT&fuyfjJvoy eiJLfÀeyou AfSpQvj 
ou xocxjWy oudè fWf éa^Xéy , éiàty rà itp&ra yhfffrou. 



* Voyez Mémorial de Sic. Hélène ,Tom. VI, p. 217, éd. Bmx. , 
in-12. 

' P. 1184, Toin. I, éd. Alberti; conf. Stephan., Thés. Ling. gr,y 
p. 8670, D. sq., éd. Londin. 

' Wesseling sur Diod, de Sicile , xi , 81 , Tom. I , p. 466. 

♦ //. Ç, V. 488. 



226 COMMENTAIRB 

Le second passage est plus remarquable. Sarpédoo s*a 
dresse à Glaucus 



i • 



n lUiwify à [ihf yip itSkefuy mpi rôifSe tfuy&ntj 
cdà iij yÂxyotiusy ècf^pt^ t iBoofâmê re 
iatmS^^ oSre xev aùroç év) Ttpwroujt yjxydiufty » 
oSre x£ ai cmXkx^u ftjxyrjuf iq nuirnupooi' 

loiÂJOf. . . . X. T. X. 

Ce que l'on pourrait traduire ainsi : 

Une fois échappés aux traits de cette guerre , 

Si nous pouvions, ami , par un bienfait du sort. 

Ignorer à jamais la vieillesse et la mort, 

Des premiers rangs moi-même évitant le carnage , 

Je me garderais bien d'animer ton courage. 

Mais la Parque a cent bras levés pour nous frapper. 

Et jamais un mortel n'a su leur échapper. 

Marchons donc. . . . etc. 

Racine songeait, sans doute, au Sarpédon dHomère, 
lorsqu'il faisait dire à son Achille ' : 

Mais puisqu'il faut enfin que j*arrîve au tombeau , 
. Youdrais-je , de la terre inutile fardeau , . . etc. 



' Hom. , //. ^ , V. 322. 

* Iphig. en AuL, act. 1 y se. 2. 



SDR CALUNUS. 227 

Alexandre pensait et parlait comme Achille '. Enfin les 
vers de Callinus et d'Homère sur le pouvoir de la Parqne 
et la nécessité de la mort se retrouvent presque littérale* 
ment dans un des plus curieux monuments de la poésie 
militaire et de la langue runique , le chant de mort intitulé 
Krakumal ou Chant de Kraka. Ce chant fut composé y 
vers la fin du huitième siècle de l'ère chrétienne, par 
Ragnar-Lodbrok , roi de Danemark, fait prisonnier par 
Ella, roi d'une partie de l'Angleterre. Le vainqueur se 
vengea de son ennemi d'une manière terrible. Il le fit 
jeter dans une prison qu'il avait remplie de reptiles veni- 
meux. Ce fut là, dit-on, que Ragnar composa cette ode, 
dans laquelle il chante ses exploits et exhorte ses fils à 
venger sa mort; mais , quelque poétique que soit une na- 
ture d'homme, un trou à vipères est peu favorable à l'in- 
spiration. Aussi paraît-il prouvé que les vingt-trois pre- 
mières strophes ont servi de chanson guerrière à Ragnar 
et à ses soldats , et que les dernières y ont été ajoutées 
après la mort du roi, peut-être par sa femme Kraka *. 
On lit dans la strophe aa™^ : 

« Pourquoi la mort frappera-t-elle le héros, au choc 



' Q. Curt., lib. ix , c. 6. 

* Voyez Mallei Dapan ^ Introd. à l'hist. de Danemark ; Klotz , 
ad Tjrrt,f Dissert, u ; et surtout la belle et savante édition du 
Krakas maal donnée par le professeur C G. Rafn, Copenhague, 
1826 , in.8o. 



228 COMMENTAIRE 

des flèches y parce qu'il s'avance au premier rang? Il 
arrive souvent que la mort surprend plutôt celui qui ne 
fait jamais face à l'ennemi. » 

Et dans la strophe ^4"^^ : 

a Jamais personne n'échappa aux décrets des Nomes 
( les Parques des Scandinaves ). » 

Pensées Êimilières^ au reste , aux peuples du Nord. On les 
rencontre dans Ossian, surtout dans Temoraj liv. iv et 
passim. 

y. 1 3. eé. C'est le mot qui se trouve dans Stobée , et que 
M. Gaîsford a conservé. Brunck avait adopté jjfy, probable- 
ment par analogie avec le v. 1 7 , et parce que r^v est plus 
fréquent avec le subjonctif. Mais eî se trouve aussi avec 
ce mode '. M. Bach l'a rétabli. 

y. 1 5. \px^^ estici dans le sens àQaa:tpx^cu que lui donne 
Hesychius *. ikà&f pour âatthâ&y y inoafeXâëSy est très fréquent 
dans Homère '. 

— fulipa ylyipf âayarou , forme homérique ^ : 



• Voyei Hermann. , ad F'iger.j p. 831 ; Thiersch^ Gramm, gr., 
p. 625. 

** Lexic.y T. I^ p. 1452, et l'excellente note d'Alberti sur ce 
passage. 
' IL y, v. 428; I, V. 409 ; Od. S, V. 249 j f, v. 487 ; x, ▼• 403, etc. 

* //.i,v.416. 



SUR GALLDnjS. 229 

.... oùdi xB [i ma, rikoç âaamoto fuyfiai^ 

Theognis dit aussi ' : 

y. i6. sfiwfiç. Gaîsfordy dans Stobée, donne à tort ifiiraç. 

Je ne sais pourquoi H. Estienne voudrait substituer 
âeû<xi à Aifiiù. detXo> présenterait , à mon avis , quelque chose 
d'aflfecté. 

y. l'j.ip Tt 7ra5>7. Rlotz et Brunck citent plusieurs exem- 
ples de cet euphémisme commun parmi les Grecs. L'un 
rappelle le mot de Callicratidas : vCv ob/adeoevu» yaiapxoy y «/ 
iy<ù ri niâtêj roy àa^{j/u£voi/ Jkxiap'/w *, et une épigramme alors 
inédite d'Asclépiade : 

. . . . ijy yip éyta ri ndâm^ n Tronfaffre; 

« 

Tautre cite deux passages d'Aristophanes , le premier 
dans la Paix^ le second dans les Harangueuses^. C'est le 
passage de cette pièce, si féconde en idées et en situations 
comiques, où le jeune homme, disputé par plusieurs 
vieilles femmes , en conséquence des lois nouvelles 



' Theogh. y y. 820, éd. Bekker. Voyez aussi Solon ^^no^. iv, 29; 
Mimnerm.y vi, 2. 
* Diod. Sic, lib. xm , c. 98 , p. 621. 
' lïf., Y. 169; Zm»x., y. 1106 ; 1148 , éd. Boisson. 

99. 



230 COBfMENTÂIBE 

qu'elles-mêmes ont promulguées , et forcé de satis&ire à 
leurs insatiables désirs, craint de mourir à la peine, et 
indique d'avance le lieu de sa sépulture : 

o^EAMç d\ téof ri TToXXâè nà^Koauç ita^a 

ÙKO ToSSuôe TOLtv -MLiGùsSxdoot , ètùp éanXéuu , 



Il se trouve quelquefois joint avec xâxo/. Voyez Homère, 
Od. S, V. 179 ; Ëuripid., Androm.^ v. 90. Bach cite Xll. £, 
V. 566 , et Démosthènes, Philipp. i , 11 xtMyxpSb our6ç 
Ti 7r«3>7 , TGty(étèq lî^ç mpa/ ^Ixtrcnou nov/iaere. Cicéron, OraL in 
CatiL I v , a : Si quid obtigerlt, œquo animo parcUoque 
patiar. 

y. 19. Le mot Yiijuâéw qui se trouve dans ce vers, et qui, 
selon Francke, appartient à l'âge d'Hésiode, parce que 
Hésiode a expliqué le sens du mot % détermine ce criti- 
que à attribuer le distique entier à un rhapsode. On sait 
en effet qu'il prétend qu'Hésiode est postérieur à Callinus. 
Mais, même en le supposant, cela ne prouverait rien, 
puisque le mot se trouve dans Homère % niuâiw yévoç 
(xvâpôiv. Bach rappelle à Francke ce passage qu'il avait ou- 
blié. Francke ajoute à ce premier motif deux autres rai— 
sons qui ne sont guère plus plausibles. D'abord la répé- 



^ Hesiod. , Epy., v. 158. 



SUR CÂLLINUS. 231 

tition de yip aux vers 18, ao et ai , déjà blâmée par 
Brunck^qui, au vers 18 , y substituait fàu^ Xa^ (jiy aviniavriy 
du moins dans ses Analectes y car il est revenu à la vulgate 
dans ses Gnomiques; et puis , l'idée deux fois reproduite 
aux vers 17 et 18 ; en effet , dit Francke, 

Aooi) yip aufLTZMnt Trddioc xparepôfpcvoç ivâpoç 
BvniaKcyroç, . . . 

est la même chose que 

Tov J' 6?Jyoç (rreyày(U xm yuiyaç , r^v ri tto^jj. 

Seulement l'expression est ici plus concise. Mais d'abord 
ces sortes de répétitions y ou plutôt de redoublements de 
mots et d'idées^ sont trop fréquentes chez les anciens 
poètes, pour pouvoir supposer , partout où elles se trou- 
vent , la main d'un rhapsode. Ensuite, ici , ce n'est point, 
à proprement parler, une répétition; arey^xei amène yip 
TiiSoç. Les soupirs sont l'effet du regret, et âinicn^amoç j est 
ajouté pour relever l'idée opposée Çci«v Je.... 

y. ao. iwpyoy; métaphore familière aux écrivains grecs 
et latins. Citons un exemple de Çlaudien ' : 

Hic 8ola pericli 

Turris erat , clypeusque trucem porrectus in hostem» 



' Oaud.; In Rujin. i, v. 266. 



2S2 GOMMENTAIBE 

Et un autre de Theognis, qui, selon son usage , parait ne 
£;iire allusion au mot de Callinus que pour le parodier ' : 

Kipv\ ixfyïjç 'r<fti}ç îyniùp&f iaâïJ^ ôanip. 
Eschyle a dit dans le même sens ' : 



éofdpùSy yip oyrw epKOç eoriV ixKfo^Iç. 

C'est à cette occasion que le scholiaste cite un vers 
d'Alcée, qui a employé l'expression même de Callinus ' : 

atfôpsç yàp iti^iOtç jwpyoç ipn^. 

Mais c'est dans Homère qu'il faut chercher la source de 
cette locution ^. La métaphore s'est continuée parmi les 
grecs modernes. La femme de Kiamis Bey s'écrie en par- 
lant de son époux \ 

(f Toi qui étais pour Tripolitza une tour solide. » 



' Theogn. , y. 233. 
■ ^ch., Ptfrj., ▼. 347. 

^ Voyez les fragm. xi et xu d'Alcée, p. 20 et 21 , éd. Matthi», 
Leipz., 1827. 

* Hom. , Orf. A , ▼. 556. 

^ Chants pop. de la Grèce , T. H , p. 62 , ch. 18. 



SUR GALUNnS. 2sa 



IL 



Ce vers est cité par Strabon, Géographie ^ liv. xiv, 
p. 968. On a vu à quelle occasion dans le i^' Excursus. 
J'ai parlé au même endroit des Gmmériens et de leurs 
diverses expéditions en Asie. 

Au lieu de cSfAfjtoepyfSy j quelques-uns lisent iiiSptiJuoipfym. 
La même différence de leçons se remarque dans Tyr- 
tée, 1 1 y 217. Les manuscrits se partagent entre SSptfioç et 
SfxSptiiûç. Hermann ^ défendait la dernière forme; mais 
Wolf y dans Homère , a partout rétabli la première et avec 
raison. Voyez sur cette question Brunck, ad jEscfyrL 
sept. c. Theb., v. 796; Ev. Wassenbergh, adschoL Iliad., 
dans son livre sur Homère , Franeker, 1783^ p. ia4; 
Wernicke, ad Triphiod., v. 197, et non pas fFernsdorfj 
p. 197 y comme a écrit par inattention M. Bach, ou plutôt 
son imprimeur. Cet interprète , au reste , adopte àSp^juoepyOy , 
et l'explique bien en disant : sic vocantur Gmmerii, non 
solum quia in Sardium expugnatione ferociier et crude-^ 
literse gesserant, séd superiore etiam tempore per jàsiam 
Minorem tristem paraverant ruinam, cujus Callinus ipse 
in carminé meminerat. 



* De emend, ratione gramm. gr., p. 21 . 



234 COMMENTAIRE 



m. 



Hémistiche extrait d'Etienne de Byzance, au mot Tpfjpoç. 
Consultez , pour ce qui regarde ce passage et la tribu des 
Trères, le premier Excursus. 

M. Bach, dans son édition , ajoute ici quatre passages de 
Strabon, où ce géographe cite Callinus. 

i^ « Les Éphésiens, dit Strabon , xiv, 1,49 n'étaient au- 
trefois que cohabitants d'Ëphèse. Alors Ephèse s'appelait 
aussi Smjrrne. C'est le nom que lui donne Callinus quand 
il nomme les Éphésiens, Smyrnéens , dans son Hymne à 

Jupiter y iy TÛ Ttpoç àÛL Tiéfytù' 

m 

ifMpyououç f iKéïiaoy. . . . 
Aie pitié des Smyrnéens. . . . 

et ailleurs : 

fjyfjaou d\ A wné toc p7/Dca xccXa /SbcSv, 

a Rappelle-toi, si jamais de belles cuissesde bœufe... etc.» 
M. Coray , dans la note de son édition de Strabon sur ce 
passage, voulait que l'on écrivît pyfaoi, d'après d'autres 
éditeurs; mais, comme l'a remarqué Bach, le sens de- 
mande ici /uv^oi, a*"* pers. imp. moy., et non jum^ooi, 



1^ 



SUR CALLINUS. 236 

3™' pers. aor. opt. act. Casaubon a ajouté, pour com- 
pléter le sens, et comme premiers mots du vers suivant, 

conjecture probable et que proposait aussi J. Scaliger. 

q"" Strabon, xiii, 4» 8, rapporte à Callinus la forme 
ionienne, adoptée par ceux de Skepsios, qui disaient les 
EsionienSy au lieu de Adoniens; eéxoÇouaa/ xiy&jâou HdicMZç 

3"^ Il cite encore Callinus, à propos du départ des 
Troyens de l'Ile de Crète. Il le nomme b r^ ixeyetcu; 

4° Le témoignage de Callinus est enfin invoqué par 
Strabon , xrv, 49 3, touchant la mort de Calchas à Claros 
et les pays habités par ceux qui accompagnaient Mopsus. 

Pour ces trois dernières citations, où les paroles du 
poète ne sont pas expressément conservées , il suffit de 
renvoyer aux passages originaux. 



TYRTÉE. 



I 



Ce premier fragment est tiré du discours de Lycurgue 
contre Léocrate. Il se trouve à la page i6a de Tédition 
d'Henri Estienne, et à la page 21216 , t. III, des Orateurs 
attiques de Bekker. Lycurgue , pour prouver combien 
était appréciée , dès les anciens temps ^ la valeur des Athé» 
niens, dit que le Dieu ordonna aux Spartiates de deman- 
der un chef à Athènes. « Aucun des Grecs, ajoute-t-il , 
n'ignore que les Athéniens leur donnèrent Tyrtée pour 
général ; qu'avec lui ils triomphèrent de leurs ennemis 
et formèrent leur jeunesse aux vertus et aux exercices 
militaires; ils se défendaient ainsi non-seulement contre 
les dangers présents , ma[s contre les menaces de l'avenir. 
Il composa et leur laissa des élégies dont le chant entre- 
tenait leur courage ; et les Spartiates , qui n'estiment 
aucun autre poète, ont pour lui une si grande admiration, 
qu'ils décrétèrent que les soldats en campagne se rassem- 
bleraient souvent tout armés devant la tente du Roi, 

30. 



238 œBIMENTAIRE 

pour entendre réciter les poèmes de Tyrtée. C'était à 
leurs yeux le plus puissant encouragement à mourir 
pour la patrie. Il est utile de vous rappeler ces vers ; 
vous concevrez , en les entendant , pourquoi ils étaient 
si hautement appréciés par les Lacédémoniens. » C'est 
ainsi que l'orateur amène la citation du fragment que 
l'on place ordinairement le premier. 

ic Dans ce chant de Tyrtée, dit M. de Chateaubriand % 
le poète a déployé toutes les ressources de son génie. A 
la fois pathétique et élevé , son vers gémit avec la patrie 
ou brûle de tous les feux de la guerre. Pour exciter le 
jeune héros à la défense de son pays, il appelle toutes les 
passions , touche toutes les cordes du cœur. » 

y. I. Plusieurs ont pensé que le commencement de 
cette élégie était perdu , à cause du mot yip , qui semble 
indiquer que ce premier vers est la suite d'une pensée 
précédente. Mais cette forme d'exorde avec le car était 
familière alix Grecs et même aux Latins , surtout dans 
les phrases interrogatives. Homère, Euripide, certains 
prosateurs , Josèphe entr'autres % en donnent des exem- 
ples. Budée ' regarde le yip comme un signe habituel 



' QEuu, compl.y T. I , p. 135, Essai sur les Réi^olutions. 

* Hom.,//. •, V. 121; Od.K, V. 337, 382, 601 j Eurip., Ion., 
V. 971 ; Joseph. , de Bell. Jud,y m , 8 , 6. 

' Bud., Çomm. ling, gr,, p. 794, éd. Ascens. Harkland^^or fJ^^. 
en Taur., v. 936, p. 185 , éd. Leipwg. 



SDR TTRTÉB. 239 

d'inteVrogatioD. Les Latins ont employé dans ce sens cette 
espèce de conjonction explétive. Virgile ' : 

Nam quis te , juvenum confidentiasime , nostras 
Jussit adiré domos? • . . . 

quoique Donat * explique namquis par quisnam, ce 
qu'il appelle une anastrophe ou inversion de mots. L'in- 
terrogation n'est pas même absolument nécessaire pour 
que le car se trouve placé au commencement d'un dis- 
cours. Voyez en latin Plante , en grec Homère , Élie« , et 
surtout le passage classique d'Hérodote ' où Denys de 
Phocée commence ainsi sa harangue : « Car nos af&ires 
sont sur te tranchant d'un rasoir , » èiù ^vpoù yip t^ç âxfi^ç 
exeroi >7/x(v ri npocyiioera. Longin ^ appelle cette forme une 
hjperbate. Avant d'énoncer son avis , l'orateur présente 
le motif qui l'a déterminé. La remarque de Longin s'ap- 
plique au passage d'Hérodote , mais elle aurait moins de 
justesse à l'égard des autres que nous avons cités. Dans la 
plupart de ces'^assages , le yip n'est qu'emphatique. Il 
donne à la phrase un mouvement plus vif; c'est ce qu'il 



/ 



* Georg., iv,v. 446. 

* ifor T^rence, Phorm. v, 1 ^ 5 ou ly, 6^ 5 , siÛTaxit d'autres 
éditîona. 

' Plaut., Aulul. ▼,1,4; Homer., Od. i, t. 523; », 174, 226; 
E&sxi.jHisLdiîf.y iy , 29 ; Hérod. , ti^ 11. 
« Long. , De Subi., c. 22. 



MO GOHMEirrimB 

faut exprimer dans la traduction. Incîpiendi vimhabetj 
dit Donat ' en parlant de nom; et il ajoute : Figura heac 
apta commotis est aliqua re nova. Il isaX. donc rendre la 
particule par une tournure animée. Pareille observation 
reparaît souvent en grec ; une conjonction se traduit par 
une forme de style. Bach dit que yip est pour ytipoiA apx, 
et qu'il répond au ta des Allemands. 

— Ait nfxiiMXpiai pour m a été adopté d'après Bekker et 
Francke , approuvés par Coray et Boissonade. Il répond 
mieux peut-être au dernier Ters A nfoiiâxam TreTÛv; mais 
les Tnanuscrits donnent tous êià , et je l'ai laissé avec 
Bach. 

Quant aux passages des anciens qui se rapprochent de 
la pensée de l^rtée dans ces premiers vers, et qui servent 
de développement au mot d'Horace ' 

Dulce et décorum est pro patria mon, 

si on voulait les rappeler, il faudrait citer tente l'an- 
tiquité. Dans ces petits états de la vieille Grèce, la guerre 
étrangère était presque toujours ce qu'est parmi nous la 
guerre civile. Quelques lieues séparaient de l'ennemi , et 
les femmes le voyaient du haut des remparts; le soldat 
n'était pas un homme de métier, presque toujours indif- 
férent aux deux partis; le soldat était labom-eur, proprié- 



' In Terenl. Adelph. , Prol. , ▼. 16. 
• Hor.jOrf., m, 2, 13. 



SUR TTRTÉB. 241 

taire, citoyen. L'ignorance de la poudre rendait les com- 
bats bien plus sanglants, et celle de la chirurgie les 
blessures bien plus dangereuses ; presque toutes étaient 
mortelles. Chaque bataille n'était qu'une multitude de 
duels, et une fois qu'on s'était pris corps à corps, il fal-* 
lait tuer ou être tué. L'esclavage , souvent le plus affreux, 
consacré par le droit des nations, la ruine, la misère, la 

mendicité, résultats de l'absence de civilisation et de 

« 

communications sociales, étaient les conséquence» for- 
cées d'une dé&ite. D'après tout cela, on conçoit que le 
courage personnel à la guerre était d'une nécessité beau- 
coup plus imminente qu'aujourd'hui. Cela ne signifie pas 
que nous soyons moins braves que les anciens. U n'est 
point d'officier de grenadiers qui ne le soit autant que 
Aristomènes, mais Aristomènes avait cent raisons de plus 
pour l'être ; voilà tout ce que je veux dire. Aussi , dans 
Homère et Tyrtée , les exhortations à la mort ne sont pas 
des phrases, les cris de patrie et de liberté des mots 
vagues ou des bouts de vers , comme quelquefois chez 
nous. Patrie et liberté , c'est toute l'existence. Le vaincu 
qui ne meurt pas est esclave ou mendiant, lui, sa femme, 
ses enfants , toute sa famille ; ses biens sont ravagés , sa 
maison brûlée; cela est clair, positif, et se touche au 
doigt et à Foeil. C'était alors surtout qu'on pouvait dire 
avec le poète de notre âge ' : 



' Béranger, Le Retour dans la patrie. 



242 COMMENTAIRE 

Ah! qu'un exilé doit souffrir l 

(idyiaray xoxov, s'écrie Polynice % tfytù f éarl (lâliaf n ^^• 
N'en allait*il pas de même dans ces républiques italiennes 
du. moyen âge, qui rappellent et expliquent si souvent 
l'antique Grèce ? Voyez le Dante * : 

Tu lascerai ogni cosa diletta 

Più caramente; e questo è quello strale 

Che rarco dell* esilio pria saetta. 

Tu proYerai siccome sa di sale 
Lo pane altrui , e com'ë duro calle 
Le scendere e'I salir per Taltrui scale. 

V. 3. C'est le mot de Virgile ' : 

• . • Nos dulcia linquimus arra , 
Nos patriam fugimus. . . . 

Francke met yju d'oûroD; il trouve cette forme plus ionique, 
plus homérique que t^ (ToiStoD que lisent tous les autres. 
Hermann se range entièrement à l'avis de Francke dans sa 
lettre à M. Bach , publiée dans le supplément de l'édition 
de Tyrtée de ce dernier. 



> Eurip. y Phœnic, , v. 389. Voyex aussi Oppian., HtUieuiic. , 
1,277. 

* Dante, Dii^, Comm. , Paradiso, c. xtii , t. 19 et 20. 
' BucoL , Ecl. 1,3. 



SDR TTRTÉE. 243 

y. 4- 'nrmyjiiEm. La différence entre 'nrùyux et Trevia est ex- 
primée dans ces vers d'Aristophane ^ : 

nrmxfi fjiy yip fiâsç y Sv où Xéyciç , Çpv earo/ /jt>?dev ixpyra' 
ToD Je néyrr''OÇ 9 K^v (fetâ6fieyoy kou roiç epyotç irpoaéxcyra y 

Un républicain pouvait , jusqu'à un certain point , se faire 
gloire de l'état de néwr^oç , malgré l'affreux tableau qu'en 
trace Théognis '; celui du tttwx^ ^^^^^ toujours une honte. 
Homère a dit comme Tyrtée ' ; 



Si les voyages font les délices des modernes ^ les anciens 
ont eu en général une grande aversion pour le séjour en 
pays étranger. De-là Hésiode ^ : 

m 

y. 7. J'ai suivi la leçon adoptée par Boissonade et 
Bekker. C'est celle d'Estienne, d'Hertel, de Winterton et 
de Taylor. Scaliger lisait : éx^poq yip rcin-ouri fieTéaaerau; 
Osius : ix^P^ 7^P ^ '^<<7(; Melanchton : éx^pk yip Hi rciatj 



* AriBtoph. f PliUtu y V. 552. 

• Theogn., t. 177. 

^ Epy. MM H^.^ V. 366. 



244 COHHERTAIBE 

leçon que Branck ^ a cru avoir trouvée le premier. Hein- 
rich y cité par Francke y appuie notre leçon de deux ma- 
nuscrits précieux qu'il avait consultés. Par-là , du moins, 
le vers est scandé. Il ne Test pas dans Tédition de KIotz 
et de ceux qui lisent ix^pk yàp rolcru Klotz approuvait ce- 
pendant la conjecture de Taylor , ix^'^^''^ 7^ '''^<^<' 
La pensée de Tyrtée est dans Théognis '. 



ouieÔQ roi (ftvyoïm (ftXoç yuà maroç iraipoq' 
rfiç di ff/^ç eoriy rcùr éofcnplrrBfxnt. 



Nous rencontrerons souvent des id^es et même des vers 
entiers de Tyrtée qui se trouvent exactement les mêmes 
dans Théognis; il n'en &ut pas conclure qu'ils soient 
l'ouvrage des rhapsodes , ni qu'ils aient été intercalés à 
diverses époques , soit dans l'un , soit dans l'autre poète ; 
il est plus probable qu'ils appartenaient d'abord à I^rtée. 
Comme les pièces de celui-ci étaient fort connues , puis- 
qu'on les chantait si souvent à Sparte et ailleurs , Théo- 
gnis, ou y si Ton veut, les auteurs dès Theognidea, qui ne 
sont qu'un assemblage de maximes et de préceptes philo- 
sophiques et domestiques, lui empruntèrent quelques 
vers qui rentraient dans leurs pensées et dans leur style. 
Ceci pouvait arriver fréquemment, car l'École gnomique, 
comme tqutes les écoles de poésie, a une manière qui est 



* Bnmck. , Gnomic., p. 305. 
' Theogn. , v. 209. 



SDR TTR'rtE. 245 

à elle, qu'on reconnaît dans tous les écrivains qui lui 
appartiennent j et qui se rapproche assez du style d'Ho- 
mère dans rodyssée , sans en avoir cependant la naïveté. 
Ce qui confirme cette opinion, c'est que Théognis cite 
presque toujours Tyrtée avec intention , et souvent dans 
le dessein formel de le parodier , comme il sera prouvé 
plus tard. 

y. 8. Encore la même pensée dans Homère et dans 
Théognis '. 

y. 9. Alaxwu Te yéyoç. Les Grecs , surtout dans les âges 
héroïques et dans ceux qui les suivirent immédiatement , 
attachèrent une grande importance à la noblesse de 
race; de-Ià les noms patronymiques, Atride, Pélide, 
lydide, etc. Dans la suite, et lorsque toutes les cités eu- 
rent adopté le régime républicain , l'influence aristocra- 
tique diminua peu à peu , mais beaucoup moins dans la 
race dorienne que dans la race ionienne. Un des écrits 
les plus complets sur ce point des mœurs antiques est la 
préface du Théognis de Welcker *. Partout d'ailleurs on 
estima toujours ceux qui descendaient d'ancêtres illustres 
par leurs vertus ou leurs talents ; on tenait à prouver une 
origine pure et à ne point dégénérer de ses pères. « Je 
ne déshonore point ma race, to yévoç où narouax'^^j dit le 



' Hom., Od. i, y. 168; Theogn., y. 389 et suiv. 
* Voyet ma note sur le ▼. 3 du fragm. vr de Tyrtée. 

31. 



246 COMmENTAIRB ' 

sycophante d'Aristophanes % tout le monde dans ma 
famille a toujours été mouchard de père en fils. » En em» 
ployant cette expression , Aristophanes parait avoir voulu 
parodier Euripide, à qui elle est familière. Ainsi dans 
Oreste ' , 

Dans les Bacchantes ' , 

Quant au second membre de la phrase , àyXaioy elâoçj il 
est tout*à-frit dans le génie grec. Ce peuple enthousiaste 
de la beauté mettait au rang des maux les plus cruels cette 
altération des formes extérieures, cette dégradation phy- 
sique , suite inévitable de la misère et d'une habitude de 
pénurie et d'avilissement. Apollonius de Tyane, dans sa 
lettre 7 1 , adressée aux Ioniens , leur reproche d'avoir 
dégénéré de la vertu de leurs ancêtres, et de ne plus 
mériter ce nom de 'ixxypfeç , qu'ils prétendaient porter à 
juste titre, et il ajoute : E?^y}at â' cicmep e^ xm vôfjta xoj 
yXCyrra Ttoà filoç lioç , oSr» xaî oy(fi^iJX tum eidbç àofâpimsy. Et dans 

la lettre 712 , à son' frère Hestiée, il blâme celui-ci d'avoir 



■ Aristoph. , Ai^ea, t. 1437 ( 1451 ). 

- Orest, T. 1160 ( 1164) 3 1147, éd. Boisson. 

' Bacch., T. 246 ( 265 ). 



SDR TTRTÉE. 247 

changé son nom grec contre un nom romain , Lucretius 
ou LupercuSy comme c'était alors la mode dans l'Asie 
Mineure ; et il ajoute : cdaxpw el ivofxa juiv ix^ '^ofoq , to Je 
adbç aùrcù fiïi excès- eidbç serait ici ce caractère de physionomie 
qui distingue un peuple d'un autre, et à l'aide duquel on 
reconnaît les races au milieu même des mélanges que la 
politique leur a £Eiit subir. Les derniers vers de cette 
élégie nous donneront lieu de revenir sur l'estime des 
Grecs pour la beauté. 

y. lo. Beaucoup lisent ôBviua ou iâviJrj. Je préfère 
l'autre leçon, avec les plus savants et les plus récents édi- 
teurs. U s'agit plutôt ici y dit Klotz, de la honte, du mé- 
pris qui attendent le lâche, que du découragement, ôâi^pV?. 
Cependant la leçon Affila y que défend Francke, n'est 
pas inadmissible. Mais il £siut rejeter entièrement, comme 
ne s'appuyant que sur l'imagination du commentateur, 
la leçon Trouai i> driixirij proposée par Ev. Wassenbergh *. Ce 
qui le tourmentait , c'était le mot îrtoa. i:&<ja , dit-il , nihili 
est. Mais Ttâaa se trouve à chaque page des poètes grecs 
pour naamài , toute sorte de... Voyez seulement Homère •. 
Et de même chez les prosateurs; par exemple Aristide, 
tom. I, p. 537, Febb. avefiDt i:àyreç; p. 6i5, fxeS-' oTrAttv 



> De Traject. in Sel. e Sekol. ralcken., t II, p. 23, Ani»- 
terd. 1827. 
• //. 1, T. 62,60; Od. 1, T. 196; 1, 19, 422, etc. 



248 GOHMENTAIRE 

« 

àit(iamnf; p. 4i49 ^-^aurâv âmanw^ qui ne signifie pas tous les 
marins , mais lies marins de toute sorte ; etc. 

— xaxhTiç , je l'explique par vice , lâcheté , dégradation 
morale. Le besoin et Texil conduisent au vice aussi bien 
qu'à' la laideur. Hésiode et Solon remploient dans le 
même sens\ D'autres l'ont traduit par malheur, chagrin, 
mais ce serait une répétition des idées exprimées plus 
haut. 

y. II. ipfrj , soins , considération , inquiétude à l'égard 
de quelqu'un ; d'où l'on a fait o}uytip&u , c'est-à-dire ôx^Tjy 
ipoQfiyuf' On trouve dans Hérodote, 11,4» ^^ ix^TOfôç^ 
et 1 1 1 , iSS : rfjç oùdefiiri iarou Apyj. Je ne puis m'empécher 
de citer sur cette expression l'excellente note de Walcke- 
naer, telle que la donne Schweighauser '. t^jàdhujus scri-^ 
bendi normam idem, esset, rf^q fiifide(jJrjy ^pviv Hetçj aut 
cùkfdruit &prpt Tzolriatcuj rem parvi pendere vel nihili. Sic di- 
cebatur ionice. ipn ^^ veteribus Atticis âpa curam nota^ 
bat : veteres dico , neque enim apud alios illud invenietur, 
et ne apud horum quidem imitatores elegantiores , Aris- 
tiden aut Lucianum ; nam non sunt , non certe videntur 
esse Luciani libelli de Âstrologia et de Syria Dea, in 
quibus etiam occurrit illud ionicum, t. U, p. 372 et 



' Hesiod.^ Epy., T. 93 ; Solon, Jragm, xix, cité par Diogène Laêrce, 
1, 62, et par Plut., in Selon. Voyez aussi Schweigh., Lexicon Herod.^ 
t. II, p. 3. 

• Hérod., t. V, part. II , p. 1 57. 



SUH TTRTEE. 249 

f. III 9 p. 4^- ^'^^' P- Léopard. Emend. vi, c. ai ; 
Bergler. odAlciphr.j p. 1 1 a; Theoc, ix, so : ex« de rotoùréaw 
ùipa» x^)^^^^''^ J Soph.y CU?^. colon., v. 877 (386 ou 899) : P2^- 
i€isne i(ixù âmq ipay m Hwj ibid,, v. 292 ( 3oo ou 3o4) : >7 
ffparrlS' ?|eiv. Correctionis eget vers, 270 {alias a8a ef 377, 
e</. Bruncky qui Valckendrii nutum secuiusj apav pro 
fjnHpcof correxit , et rùv âe&vpro roùç âeoùç ). Sœpius a libra- 
riis depravatum latet hinc factum nàKv^p^*^ contrarium 
dicitur oXcytapttç ex^ Isœo , Ljrsiœ , cceterisque ; A i^tymplx 
mtOaâouj Thucyd., p. a4o, 77. AtherUs dam dirissime 
peslis grassabatUTy p. i3i , 83 ( 1 1 , 5a ) ÙKep&alioimou ràû 
xoau&f ci aafâptntou . . éç cXtympùaf ètpàamno %cu Upùy xflù teuw. 
Lucretius expressit, vi , ia74 : 

Nec jam relligio , Divum nec numina magni 
Pendebantur ; enim praesens dolor exsuperabat. 

Nec mirum » nom et in tali calamitatej voaeX ri tcSv âe^ j 

Leclerc voulait &pyi , que donnent tous les manuscrits 
deBekker, et il le prenait dans le sens de beauté. Jeu- 
nesse. Le traducteur allemand Stock , en approuvant la 
première explication de cette phrase et la leçon âpyj, tra- 
duit cependant d'après Fopinion de Leclerc , et comme si 
ùip/i et àdôiiç étaient la qualité et le sentiment du lâche lui- 
même et non de ceux parmi lesquels il habite. Voici ses 
vers : 

Se ist auf immer dabin die Schonheit des irrenden Mannes , 
Und ftir die klinfUge Zeit voUig vernichtet die Schaam. 



260 œMMENTAIRE 

Je pourrais en plusieurs endroits relever ainsi chez les 
autres traducteurs des interprétations qui ne me paraissent 
pas exactes ; je ne le crois utile que lorsqu'il peut y avoir 
incertitude réelle sur le sens. C'est au lecteur curieux de 
ces sortes de rapprochements à juger qui a raison. En gé- 
néral y le dernier traducteur doit mieux &ire que ceux qui 
l'ont précédé, parce qu'il a plus de points de comparaison 
qui le mettent à même de discerner le vrai. C'est un mé- 
rite tout-à-fiait relatif. 

Thiersch ' prétend que les mots e?5' oSraç appartiennent 
à Lycurgue et non à Tyrtée : e&' c&ruç , nempe >Jy& b 
TupvcOoq. Rien ne justifie cette conjecture. Francke écrit 
et y wTuç j principalement d'après l'observation de Hein- 
richy que etra ne se trouve jamais dans Homère ni dans 
Hésiode. En le supposant ^ ce ne serait point une raison 
pour qu'il ne se trouvât point dans Tyrtée. U faut bien 
qu'un mot se rencontre quelque part pour la première 
fois. Ensuite y il ne pense pas les vers assez liés entre eux. 
Pour remédier à ce défaut , il retranche les deux distiques 
suivants, qu'il attribue à des rhapsodes ; et comme il a vu 
dans Isocrate une expression à peu près semblable à 
iffijX^ fJt^^f^i fstôofxevot • , il prétend que l'interpolation est 
plus ancienne qu'Isocrate. Mais cela même était une rai- 
son dé plus pour ne pas suspecter le passage. J'avoue 



* Acta philol. monac, , III ^ p. 622. 
' Isocr.) Archid., p. 135, éd. Ck>ral. 



SUR TTRTEE. 261 

qu'en retranchant ces quatre vers , le morceau acquiert , 
selon nos idées, plus de vigueur et de suite. Ce n'est ce- 
pendant pas une raison suffisante pour proscrire des vers 
dont Isocrate* aurait jugé tme expression digne d'être 
imitée. 

y. 12. yv/vETou D'autres ont yoferouy mais yfyverou est la 
forme antique et véritable \ Mœris l'appelle aZ/i^ue, mais 
dans Mœris et d'autres grammairiens, dmrauùç veut dire le 
plus souvent yo/voueùç , oXi^^âç. 

y. i3. 5t;jtxû. . . . fioLyy^ifjsâaj combattons avec courage; 
d'où Ton a fait le verbe 5vpfiaxelv, employé par Plutarque 
et Diodore de Sicile *. 

y. i4- On retrouve la même idée au fragment xi et 
dans Solon , v. 4^ : 

y. 17. 7iof£l(75e. On lisait partout Troeelre. Ma leçon , soup- 
çonnée par Heinrich, confirmée ensuite par trois manus- 
crits , est celle de Bekker , de Francke , de Boissonade et 
de Bach. Le moyen vaut certainement mieux ici. Quoique 



' Voye» Valckenaer ad Eurip. Phœniss,^ v. 1396. 
' Plut, y Demetr. , c. 22; Diod. sic, Bibl. , hisL^ 1. xtu^ o. 33 , et 
la note de Wesseling sur ce passage. 



252 œHMENTAIRE 

l'actif s'emploie souvent pour le moyen , ce n'est, comme 
l'a remarqué le second de ces éditeurs , que dans certains 
▼erbes , iiaùeaf , xoXÛTrreiv , a^ptof , etc. \ 

Elle est plus énergique encore , ce me semble j que l'ex- 
pression de Tyrtée, celle du chantre moderne d'un KJephte 
femeux, Nikotzaras* : 

« Mettez-vous du fer dans le cœur et de l'airain dans 
la poitrine. » 

y. 19. Klotz Élit de roûç naXoLtcrépoijç une espèce d'accu- 
satif absolu indépendant de yepauou^ , « quant aux vété- 
rans, etc.. » Klotz se trompe. Les mots yepcwuç et ttoXoio- 
répouç sont tous deux gouvernés par xoraXee'Troyrsç. Ces réu- 
nions d'expressions synonymes , ces confusiones enuntia- 
tionum, comme les appellent les rhéteurs, sont très 
fréquentes dans les anciens poètes. Il suffit de se rappeler 
les formes homériques âYjXvrepai re ywolyuç^ véxueç xœra- 
reSvïjwTcç, etc. Tyrtée, au v. a6 , donne un second exemple 
de ces formes. Les Dialogues de Platon en sont remplis. 
Voyez, par exemple, dans le Phédon , p. 70, D, E, c. i5 : 

ixij rolyuu nucer ôofBpùitm ox^ec... x. t. X. Que dites-VOUS du 



< Lobeck ad Sophocl, Aj,^ t. 129, p. 235; Elmsley ad Med. , 
Y. 769, p. 211, éd. Lips. 

* Fauriel , Ch, pop. de la Grice, ch. 32 , 1. 1, p. 102. 



. SDR TTRTÉB. 263 

verset ao du i*' ch. de S. Jean : « Car il confessa et ne nia 
point, il confessa et dit qu'il n'était pas le Christ. » ? Ceux 
qui se rappellent ces passages ne sont guère tentés de 
corriger Ty rtée , à moins qu'ils ne veuillent ôter aux écri- 
vains toute leur rouille de vénérable antiquité. 

R 

I 

y. a5. Il me semble que l'idée de Tyrtée et le tableau 
qu'il présente dans la fin de cette élégie ont été mal 
compris par presque tous les interprètes , à l'exception de 
quelques Allemands, deM.Didot et du dernier traducteur 
en prose française, M. Hautôme; encore ces deux derniers 
n'ont-ils point fait complètement ressortir la pensée 
grecque. Je ne parle point de ceux qui ont éludé la dif- 
ficulté par un scrupule déplacé. Lamberti, dans une 
langue plus hardie que la nôtre, a introduit là un manto 
Hncomposto , etc. , qui ne se trouve point dans le texte. 
Son dernier vers cependant en décèle l'entière intelli- 
gence : 

.... Fa sempre mostra 
Bella e vaga di se , comunque ei giaecia. 

Bildèrdijk parait ne s'en être pas douté, ou n'a pas voulu 
l'exprimer. Sa traduction de Tyrtée me semble d'ailleurs 
au-dessous de sa réputation. Quand on s'avise de faire 
dire à Tyrtée , en parlant d'un guerrier grec : 

Uit de armen van een maagd den dood in d' arm te Tlien , 

32. 



264 COIDIENTAIBE 

on se met au rang de Poinsinet de Sivry. Le révérend 
Polwhele , traducteur anglais , nous dit en cet endroit : 
The remainder is omitted on account ofits indeUcaqy, La 
délicatesse d'une jeune .miss est placée fort a propos 
quand il s'agit d'un vieux soldat qui meurt. L'exactitude 
d'abord et l'intention de l'original. Si vous êtes si délicat, 
qui vous force à traduire Tyrtée pour le châtrer ? Lais- 
se^! e. Je m'étonne que , parmi les Allemands, si excellents 
interprètes, en général, de la pensée antique, il s'en soit 
trouvé qui aient échoué aussi à ce passage. Klotz et Stock 
voient'dans le mouvement delà main du vieillard expirant 
un trait de pudeur'et de modestie. Us citent à l'appui une 
foule d'exemples. C'est Lucrèce après le coup de poignard, 
c'est Jules-César massacré, c'est la vestale condamnée 

9 

par Domitien , c'est Olympias, mère d'Alexandre, c'est la 
Thisbé d'Ovide ' : 

Tune quoque cura fuit partes velare tegendas , 
Quum caderet, castique decus servare pudoris. 

C'est enfin celle de Lafontaine * : 



Elle tombe, et tombant, range ses vêtement», 
. Dernier trait de pudeur à ses derniers moments. 



' Ovid., JHétam,, xni, 479. 



sua TYRTÉE. 255 

« Car pourquoi, ditKlotz en citant Lafontaine, pourquoi 
imiterions-Dous la morgue ou l'ignoraDce de ceux qui ne 
lisent que les anciens , et négligent ou méprisent les mo- 
dernes , souvent égaux aux anciens? » Fort bien dit , mais 
ce n'est pas une raison pour supposer aux vieux soldats 
grecs une modestie à laquelle ils ne songeaient pas. En in- 
terprétant ainsi, les derniers vers n'offriraient plus de sens. 
Car pourquoi les jeunes gens seraient-ils immodestes , 
quand les vieillards craignent de l'être? 

Aussi la plupart des traducteurs s'égarent-ils dans la 
dernière phrase. Selon les uns, et presque tous les inter- 
prètes latins sont de ce nombre , le verbe énéooau se rap- 
porte au vieillard qui cherche à se montrer aussi brave à 
la guerre que le jeune homme dans toute la vigueur de 
l'âge, noarraj dans ce cas, serait un accusatif absolu, et il 
Ëuidrait traduire : « Dans toutes les positions , dans toutes 
ses démarches, dans toute sa conduite, le vieillard est 
semblable au jeune homme , etc. » Il suffit de lire avec 
attention tout le passage pour voir que ce sens est inad- 
missible. Le second sens est celui, que j'ai suivi moi- 
même. Ce qui embarrasse plusieurs commentateurs, c'est 
que le verbe e/rj est au singulier, et qu'il devrait y avoir 
ix^h pour se rapporter à véoiai. Mais cette difficulté ne 
devait pas les arrêter un moment. Un tel changement de 
nombre n'a pas de quoi nous étonner dans les vieux 
poètes ; et, en tout cas , plutôt que de fsiire dire à Tyrtée 
un non-sens , il valait mieux changer noiat en vitû di rzj 
comme dans le passage d'Homère que je cite plus bas. 






260 GOHHENTÀIBE 

C'est ce que voulaient Thiersch et le savant dont rop- 
nion se trouve consignée, selon FrancLe, dans la Biblio- 
thèque germanique universelle '. Ce dernier même, en 
lisant viçai, propose le pronom lii pour sujet du verbe 
*X!>t quoiqu'il ne le pense pas absolument nécessaire. 11 
lit: 

ô<fp' ipa. riç / q&K «^A«Mv ânâsg (;q). 

De là vient , à son avis, l'imitation de Thét^nb *, 

... .S^pa Tiiî^ 

' Le vers de Théognis ne prouve pas mieux en faveur d'une 
correction que celui d'Homère. D'ailleurs l'inutilité de ce 

_^Tiî est clairement démontrée par Hermann '. Pinzger et 
Coray faisaient rapporter le verbe c^;! à iti^^ comme sujet 
de la phrase, et lui donnaient pour régime direct tsùc 
fe'oit; sous-entendu. Je ne suis pas non plus de l'avis de 
Thiersch, qui lisait o<^p Soi t^( ^i;;. S'il ËiUait -absolument 
changer le texte vulgaire otfp ^ i^ , je préférerais encore 



' Vol. XU , «ect 1 , p. 149 ; Thiersch , Act.phU. mcnac., I, p. 216 ; 
Il,p.269;m,p.621. 

' Theogn., v. lOOl (982 éd. Branck.). 

» Hflitn., ad riger., p. 934. Voyei Enrip. , &ippl., t. 462 ; Hein- 
dort, ad Gorg., f. lOi ; ad Protag., p. 480; Bach, Tyrt., p. 103. 



^ 



SUR TTRTÉE. 257 

ofp' ipar9iç^ proposé par Yalckenaer, et soutenu par Her- 
manu y Jacobs et Boissonade \ M. Bach m'ayant appris 
depuis que cette conjecture se trouvait confirmée par le 
Codex Rehdig. au rapport de Passov *, et par les MM^. 
A y B 9 L , P , où on lit seulement «perijç , par une transpo- 
sition dont il y a bien des exemples , j'ai admis ejoor^ç dans 
le texte. La seule objection qu'on pourrait faire, c'est que 
ipœri^ se trouve encore au vers suivant. Je ne désapprou- 
verais pas trcrp non plus la correction proposée par 
£v. Wassenbergh ' , qui lit : 

« Lorsque Mars lui enlève la fleur brillante de la jeunesse. » 
La leçon est pourtant bien hardie ; et puis , il &ut suppo- 
ser qu'on peut donner à ofpa le sens de tum guum, au 
moment que. Quoi qu'il en soit, revenons à l'essentiel. 

Si l'on se rappelle les mœurs de la Grèce, si l'on songe 
que nul peuple ne fut jamais épris d'un amour plus pas- 
sionné pour la beauté , pour la force physique, pour tout 
ce qui peut présenter l'homme et la femme dans le plein 
développement de leurs facultés corporelles ; que de-là 
naquit la désespérante perfection de leur statuaire ; que 



' Valcken.^ Dùtt. Eiirip.) p. 293; Jacobs, AnAol. Palai., p. 912; 
BoittOB., m Tyrt,, p. 259. 
* Pass., Sched, critic,, p. 30. 
' Wasaenb. , lac. laud., p. 24. ' 




368 COMHENTilBS 

cette idée de beauté , vivaot dans les temples, les specta- 
clés, les assemblées, dominant les arts et la poésie, ne 
devait jamais se perdre de vue, même en présence des 
supplices et de Ut mort; que, dans des temps postérieurs, 
le ciseau qui conserva au Laocoon toute la dignité de la 
figure humaine au milieu des plus cuisantes douleurs , ne 
fît qu'individualiser une pensée fondamentale du génie 
grec, on concevra quel fut, dans le tableau qui termine 
cette élégie, l'intention de Tyrtée-, l'homme, selon lui, 
doit être , même dans la mort , fier de sa jeunesse et de sa 
beauté, honteux de son impuiss^pce et de sa laideur. 
L'Iliade nous présente la même image; c'est dans le su- 
blime discours du vieux Priam '. 

. . . . vé<i}âi n •Kàait'itàooia 

oIAA' Stî âij nàyàv re wprj., m^iiv rt yâtaf, 
eûic TE aia)(yiMnt xîmç met^iévoio ylpa^o^ , 
toCto Sri oaerttmv mKerau JtAotut ^pvniaoï. 

Ce que je traduirais ainsi : 

Oui ! même dans la mort , tout sied bien au jeune ^^e. 
Quand l'hommcjeuneeDCor, tombe aux champsdu carnage. 
Tout déchiré qu'il eat du fer ensanglanté , 
Partout il n'offre aux yeux que vigueur et beauté. 



■ //.z,v.71. 



K 



6UB TTRTÊE. 259 

Mais alors que des chiens la gueule dëyorante 
SouîHe le menton blanc « la tète grisonnante , 
Le sexe du TieiUard I ahj mortels malheureux , 
Voilà de tous vos maux le mal le plus affreux ! 

Ce passage suffisait pour expliquer complètement Tyrtée. 
Ernesti avait déjà rapproché dans ses notes le second 
poète du premier , et le savant archevêque de Salonique , 
Eustathe, est d'accord avec moi dams l'explication qu'il 
donne des vers d'Homère \ Est-ce donc par pudeur que 
le vieillard couvre de ses mains le signe de son sexe ? Non, 
c'est un mouvement naturel qui le force à le dérober à la 
sanglante ironie des hommes autant qu'à la dent des 
chiens. C'est là l'explication, du veixeaTjriy tieïv. Le jeune 
homme en tombant n'a rien à cacher aux regards ; il sait 
que, jusqu'après sa mort, la vue de cette fleur brillante de 
puberté, comme parle Tyrtée, excitera l'admiration 
même de ses ennemis , et fera dire à tous : Il fut aussi 
beau que brave. Que ces mœurs soient blâmables ou loua- 
bles , ce n'est point là la question ; pour le moment , je me 
contente de faire comprendre le texte. Avant de décider 
cependant si , même sous ce rapport , nous avons tou- 
jours mieux valu que les anciens , on pourra se rappeler 
certains passages des histoires modernes* Je ne parle point 
des saturnales de la révolution, mais voici ce que je lis 
dans De Thou , liv. LU , année i S'j%. On voit qu'il s'agit de 

' P. 1354, lig. 5 , éd. Basil. ; p. 1257, lig. 43, éd. Rom. 



gSO plus iSconde , peut-être , en éga- 

fem^^^^^ fxon massacrait ces malheureux , dit le 

# ^ "^^ , , on jetait leurs corps devant le château , 

f^^ r du Boi, de la Reine , et de toute la cour; et 

^^ es reosiient en foule , avec encore plus d'impu- 

aue àe curiosité , considérer ces cadavres nuds , 

Quii p^rût qu^un si horrible spectacle leur fît la 

oiDdre peine. On en remarqua qui avaient les yeux at- 

fichés sur le corps du baron du Pont, pour voir si elles y 

trouveraient quelque cause ou quelque marque de Fim- 

puissance qu'on lui reprochait. » 

Où ai-je lu un fait à peu près semblable, à propos des 
Turcs au siège de Belgrade ?*Ce qui est certain, c'est que, 
ni en Turquie , ni en France , il n'y avait d'enthousiasme 
pour la beauté qui pût servir , en quelque sorte , d'excuse 
à l'impudeur. 

Les derniers vers de ce .morceau présentent un assez 
grand nombre de variantes. Au v: a 5, la plupart des édi- 
tions ont ev x^i^^'y* <^'^i suivi les manuscrits B et Rehdig, 
Osann , . Boissonade et Bach. 

y. a6. L'alliance du pluriel edaxpi avec le singulier 
vefjijeuïjroy j. gouvernant le même verbe /delv, a choqué un' 
grand nombre d'interprètes. Reiske veut veiwj^* ùàûv ; 



' Tom. VI, p. 402 de la traduction , éd. in4». 



SDR TTRTEE. 261 

Francke aimerait mieux éatàlv ou veijusairri Ideh , hiatus ho- 
mérique. Stock le propose aussi. Je ne vois la nécessité 
d'aucune correction. J'explique comme on dirait en latin : 
Turpia hase quidem et nef as videre ( pour videri ) ocuUs, 
Ce serait encore cette confusio duarum enunticUionum 
que nous avons remarquée plus haut. Il n'y a besoin , au 
reste, de rien sous-entendre ni avant ni après Idfiv. Horace 
n'a-t-il pas dit de même ' : 

Quaeque carent ventis et solibus ossa Quirini , 
Ne£a8 videre ! dissipabit insolens. 

On prendrait roy' pour Tofiroye. Il ne £aut pas être si rigou- 
reux sur la grammaire avec les anciens poètes , une fois 
que le sens est clair. Selon Hermann, dans sa lettre à 
M. Bach, le vieux langage paraît exiger oéaxpà ri r, 

y. 37 j a8. Nous avons déjà parlé de la 'crise de ces vers. 
Dans le premier, xp^ ^^^9 ^^^^ entendu, la partie prise 
pour le tout. Dans le second , Boissonade , après Thiersch , 
donne l^a pour e^?. Mais eyri doit être conservé. Une note 
vraiment savante sur ce. point difficile de la grammaire 
grecque est celle de Stallbaum sur le Phédon de Platon , 
c. 6 , extr. p. 6a. C'est à propos des mots npot h Bdq éitatefjLtp^ ^ 
où Bekker a reçu Sy sur la seule conjecture de Heindorf. 



' Horat., Epod,, 16, v. 14. 

33. 



262 OOKMENTAIRE 

Stallbaum a éclairci une question où les éditeurs et inter- 
prètes avaient laissé beaucoup d'obscurité. 

y. 39. Ce vers a été tourmenté de toutes les manières. 
On lisait originairement : êotip/Mi fuof Bwrrohof lôsZi^j ce qui 
n'offrait presque aucun sens. Scaliger voulait atydpAm ô/Sio?- 
rdîGQf iôeïu ; le savant cité par Francke ' , ob^/oeaoïv [ùy ôc/ïrrôq , 
conjecture beaucoup trop hardie. Il faut évidemment 
adopter celle de Reiske, suivie par Brunck, Bekker, 
Francke, Boissonade, Bach : âotipxmimf Bmroq li&y. Le texte 
de Francke porte deux fois BvYfrhq , mais il le corrige à Ter- 
rata. Quant à ywculCi ou yuyculO^ avec le v paragogique , cela 
ad libitum. 

Le texte de Lycurgue porte encore deux vers après le 
30°^'. Comme ils se trouvent répétés dans le second frag- 
ment 9 V. 2à 1 9 je les ai retranchés ici avec la plupart des 
éditeurs; non que Tyrtée n'ait pu se répéter, mais comme 
nous ne possédons de lui que des fragments , comme les 
pensées mêmes qui les composent peuvent quelquefois se 
détacher , sans nuire au sens , il m'a semblé que le poète 
n'en conserverait pas moins son intégrité, si je suppri- 
mais ces vers à l'endroit où ils paraissent convenir le 
moins. Je ne fais qu'éviter un double emploi. 



' Bibl, german. univ., t. XII , p. 149. 



SUR TTRTÉS. 265 



II. 



Cetteé]égieesttiréedurecueildeStobée,L, 7 ouXLVIIIy 
d après les anciennes éditions. Il est probable qu'elle fut 
adressée aux Lacédémoniens après une dé&ite , pour ra- 
nimer leur courage. 

y. I. Xai ponctué ce vers comme Francke, Boissonade 
et Bach. 

Pour ixxi pris dans le sens de âye^ Sye ^ , voyez Yiger et 
surtout Hoogeveen *. 

— (xvcxTJToi;. Estienne et d'autres anciens éditeurs ont 
donné âafixrftw j pris à la marge de Stobée. Notre leçon est 
confirmée par un passage remarquable de Plutarque *: b& 

Tu^OibÇy dit-il, rwq aùrcQ orpoertarraq elç n6\efiaf T:apoataXoû(i£]foq 
yeyeoiç H^oxA^ouç ôvocifrou (fi^ah avrovç. Car je ne vois point de 
motif pour comprendre ce passage, qye je n'ai pas ren- 
contré dans Stobée, dans l'anathème prononcé par Wyt- 
tenbach contre le traité de Nobilitate. Le savant éditeur 
regarde ce traité , non comme un ouvrage de Plutarque , 
mais comme un produit bâtard compilé dans Stobée par 



' Viger y de Idiot, ^ p. 476, éd. Herm.; Hoogeveen , DocL piirUcuL 
grœc, 1. 1, p. 9. 

" vVf p Eiytf ûms , c. 2 ; t. V , part, ii, p. 820 , éd. Wyttenb. 



264 COHMENTÂIRE 

quelque Byzantin des derniers siècles. Sans contredire 
absolument cette opinion , je pense qu'il est possible que, 
en quelques endroits , le compilateur ait puisé à d'ancien- 
nes sources y et qu'il ne mérite pas d'être entièrement 
rejeté. 

Vers l'an i loo avant T.-C., Sparte , habitée alors par les 
AchéenSy fut conquise par les Doriens, qui s'emparèrent 
du Péloponèse , sous la conduite des Héraclides , chassés 
d'Argos. Les deux familles des rois de Sparte descendaient 
d'Eurysthène et de Proclès , fils d'Aristodème , fils d' Aris- 
tomachus, fils de Cleodaeus, fils d'Hyllus, fils d'Hercule. 
Tyrtée donne aux Spartiates le nom qui appartenait à 
leurs rois, dont les premiers étaient, comme on voit, 
petits-fils d'Hercule à la cinquième génération \ 

V. a. ce Jupiter n'est plus irrité. » Ce vers ne peut avoir 
d'autre sens. Les Dieux détournaient leurs regards de 
ceux qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient pas favoriser. 
Voyez Heyne , sur le vers de Virgile * , 

Sic ait, atque oculos Rutulorum rejicit arvis. 

H suffisait, pour implorer leur faveur, de leur dire : 



* Voyez y putre les sources, Gragins, de Rep, Lacedem,; Meorsius, 
de Regno Lacon.; Manso, i^arta, 1. 1; Clavier , Hist. des premiers 
temps de la Grèce; Heeren, HisL anc., Sect. lu , périod. 2; et sur- 
tout G. 0. Mûller , ilie Dorierj 1 , 6 , 1. 1, p. 46, suiv. 

' Virg. , JEneid.y x , t. 473. 



SDR TIRTÉE. 266 

« Regardez, reportez les yeux sur nous. » Ainsi Horace ' : 

Siye neglectum genus et nepotes 
Respicis auctor. 

L'expression de Tyrtée se retrouve dans Théognis ". 

y. 4* Henri Estienne et d'autres , entr'autres Brunck, 
écrivent éq pour elç. Francke pense que , dans les épiques 
et les élégiaques y cette préposition est généralement 
écrite elç j quand la syllabe est longue , et éq ^ quand elle est 
brève. Voyez le passage du Thésaurus d'Henri Estienne j 
où le savant G. H. Scbœfer a déposé le résultat de ses re- 
chercbes sur ce point '. 

y. 5. J'ai cru pouvoir reprendre à Racine la traduc- 
tion littérale de l'expression grecque. H avait dit ^ : 

J'ai pris la vie en haine , et ma flamme en horreur. 

y. 6. Ce vers est un de ceux qui ont le plus embarrassé 
les interprètes. On lisait dans les premières éditions , 



^ Hor.; Od,, llh. i, od. 2 , t. 36, et la note de Mitscherlich. 

■ Theogn. , t. 636. 

^ Thés, Ung, grœc, éd. Londin., p. 3639, G. D. 

^ Rac, Phèdre , aci. 1 , 8C. 3. 



266 COMMENTAIRE 

Mais cette leçon ne formait pas de sens, et la seconde 
syllabe du vers étant brève , il péchait contre la prosodie. 
En transposant les deux mots aù/aStjùf xfjjoo^ , la césure pou- 
vait rendre la syllabe longue , mais le sens n'était pas 
meilleur. Grotius écrivit x^pz^ ô/ac5ç aù/aiq. Le sens et la 
prosodie étaient satisfaits ^ et il n'y avait rien à objecter, 
si la correction n'eût été évidemment trop hardie. Thiersch 
et Boissonade s'y sont arrêtés, faute de mieux, disent-ils. 
Cependant un savant, que Boissonade, d'après l'initiale B, 
soupçonne être Dorville , avait déjà proposé ^ x^/9aç Ta 
œiyaûLQc/] et je ne sais pourquoi cette leçon, admise par 
Brunck et par Gaisford dans ses Poètes gr. min., n'a pas 
été généralement adoptée. Elle rentre dans le sens de 
Grotius, ?7a, c(7«ç, eW<7)7g , comme b[xCiq , instar, ceu, œque 
ac; et elle exige moins d'altération dans le texte. Est-ce 
parce que la première syllabe de laoc est généralement lon- 
gue ? Mais on peut aussi la Êiire brève , témoin ce vers de 
Théocrite *, 

On le trouve aussi dans Callimaque ' ; et Dracon de Stra- 
tonique déclare positivement t douteux dans ïaoçi &prrreu 



• MisceU.ohserv.,iA,i^A7R. 

• IdylL vui, v.10,22. 

' Hymn. ad Vian., v. 211 j in Del, t. 176. 



SUR TTUTÉE. 267 

To I ( i/i laoq) [loacfm nm Spayy \ Est-ce parce que la syllabe 
(7CV est brève ? Mais la césure peut la rendre longue , sans 
même y ajouter y *. Tout cela m'a déterminé à adopter 
cette leçon. Je la préfère à celle de Stock, hidç aùyoSç ; et 
même à celle d'Hermann , suivie par Francke et par Bach, 
quoique cette dernière soit très ingénieuse. Brunck avait 
lu j dans un manuscrit de Stobée , 



Tfi^paç en aùycSaw y YjtKùo feXaç, 

Hermann a. changé in en im, un aùyoSaof i^eXtoio , à la clarté 
du jour y dans le même sens qu'on voit dans Homère ù^^ 
Yixiù j ùf rfJoi/ j sub sole , sub Dio. Le sens serait : « Aimez 
cette mort qui vient à la clarté du jour dans les combats, 
comme plus honorable que celle qui vous atteint dans 
vos foyers. » C'est l'idée de Callinus , v. \[\. Ce qui m'em- 
pêche surtout d'adopter cette leçon, c'est que le mot 
[xÉXaùaç , qui Semble naturel , quand on compare les ténè- 
bres de la mort aux rayons du soleil, pour préférer l'une 
à l'autre , paraît avoir quelque chose d'affecté et d'obscur 
dans cette phrase : « Chérissez la mort noire, quand elle 
vous surprend à la clarté du soleil. » Je soumets au reste 
ces deux leçons au jugement des connaisseurs; mais ils 
doivent observer que, plus tard, Hermann lui-même 



' Drac, p. 49; Boisson.^ in Callim,, p. 171. 
* Voyez Philétas, 13 , 4 , cité par Bach , p. 107. Mais ce passage 
ne proaTC rien , puisqu'il est entièrement corrompu. 



268 COMMENTAIRE 

rejeta sa conjecture y et adopta la correction de Grotius , 
comme on le voit dans sa lettre à M. Bach. 

Quoique je n*aime guère les notes admiratives qui 
n'apprennent au lecteur que ce qu'il a vu aussi bien que 
nous j je ne puis m'empécher de faire remarquer la cha- 
leur et l'énergique vivacité du début de cette élégie. 

y. 7. PlusieursontadoptéTToXudax^îrroi;, comme H.Estienne, 
Hertely Winterton, Klotz, Brunck dans sa a™« édition, 
Francke et Bach. D'autres , en aussi grand nombre , re- 
tiennent nàX.uôooLpûou j que Hermann juge la seule vraie 
leçon, la pénultième de TroXudixpuToç étant toujours longue. 
— epya est très souvent employé en grec ^ en parlant 
des exploits guerriers. C'est le graine Martis opus de 
Virgile. C'est ainsi que nous disons en français, des /aies 
d'armes , et que Gay a dit en anglais : 

Ere that his name vas great in dêeds of arms. 

Au lieu de âpiârjXa , on lisait, à la marge d'un manuscrit 
de Stobée, atdyjXaj exitiosa, lethalia. Francke a adopté 
cette leçon, d'après l'avis de Heyne et d'un autre savant *. 
« Tyrtée , dit-il , ne prétend pas démontrer ici pourquoi il 
faut combattre avec courage, mais pourquoi il faut hair 



' Voyes Thucyd.^ 1 ^ 106 , et la note de Gottleber. 
* Gcetiinger geiehrie Anzeigen y 11, p. 954, et Biblîoih. der 
alten Liier. und Kunst , part, i, p. 177 et sniv. 



SUR TYRTEE. 269 

la vie et aimer la mort. Or , le seul motif pour haïr la vie y 
c'est que ceux qui attaquent l'ennemi ayec vigueur doivent 
s'attendre à la mort^ et que, par conséquent , l'amour de 
la vie ne peut se concilier avec la valeur. » Ce sens conve- 
nait à Francke, qui s'arrête à la fin du dixième vers , place 
ensuite toute la première élégie , d'abord du v. 19 à la fin , 
puis du commencement au v. 19 , et ne revient au ii™< 
vers de la seconde qu'après la première ainsi transposée. 
Pour moi, d'après l'interprétation que j'ai suivie, le mot 
âifdSvika me paraît préférable ; je vois entre lui et if/ycùiéau du 
vers suivant, entre îpyoL etofrfr^v à peu près la même oppo- 
sition qui existe, mais plus évidente, entre (f&jyénnw et 
ôimanw du vers 9. Voici comine j'établis la liaison des 
idées : — Soldats, haïssez la vie et aimez la mort : car, si 
vous méprisez la vie , vous combattrez avec courage , et 
par-là même la mort vous épargnera; vous l'avez appris en 
effet par la double expérience de la victoire et de la dé- 
faite , ce ne sont pas les braves qui meurent ; les braves se 
sauvent eux-mêmes et les autres avec eux; ceux qui meu- 
rent , ce sont les lâches. — Qu'on ne croie pas que les deux 
yipj l'un au V. 7, l'autre au v. 11, contrarient ce sens et 
jettent de l'obscurité dans le texte. La signification des 
conjonctions dans la vieille langue grecque a beaucoup 
plus de latitude que dans les langues modernes. Elles lient 
sans doute, comme dans ces dernières, les différents mem- 
bres de phrase entre eux; mais leur acception est plus 
flottante, et c'est d'après le sens de la période entière qu'il 

faut la déterminer. Cette observation est très importante 

34. 



270 œHHENTÂIRE 

pour saisir la vraie interprétation , même dans lesécnyains 
attiques et surtout dans Thucydide. 

Bach 9 en adoptant ôUvika,^ n'en donne d'autre raison que 
celle-ci : ipidrikoç ne se rencontre pas dans Homère , mais 
bien ipll^riXxx; , Tantépénultième longue. Cest dans Simo- 
nide que l'on trouve pour la première fois iptdaXoç. Mais 
on peut dire tout aussi bien : puisque la grande majorité 
des manuscrits de Stobée donne Apiirikoçy c'est dans Tyrtée 
et non dans Simonide que se rencontre ApiifiXoç pour la 
première fois. 

V. 8. Je n'adopte pas pour o/o/>{ la signification que lui 
ont donnée plusieurs interprètes qui traduisent ingenium 
bellL Je sais que hfy^ est souvent pris dans ce sens, et je 
l'ai suivi dans ma traduction encore manuscrite de Thu- 
cydide , au ch. i4o du livre i^. Mais ici je préfère enten-^ 
dre impetum, iram belli, par opposition kipfyaip&iXa. 

m 

y. g« La plupart des éditions portent fimc f&iyArrm^ On 
lit à la marge d'un manuscrit de Stobée Ttapi. Mais Brunck 
a trouvé dans le sien npoç qu'il préfère avec raison : sàteu 
T^piç Tofiç, dit-il, esse a partibus alicujus. Francke, qui 
partage cette opinion , renvoie à Grégoire de Corinthe , 
p. 1 o4 f éd. Schœfer. 

y. lo. e(( i/(6pw -hxéaaiTiy usque ad satietatem amàorum^ 
nempe victoriœ etfugcBy progressi estis. Cette leçon, qui 
n'a embarrassé personne, a paru vicieuse à Stock , dont 



SUB TT&TÉE. 271 

Finterprétation était déjà ambiguë au vers précédent. Il 
lit x^/^9 ^^ regarde x^/coy comme une faute grossière de 
copiste ou d'imprimeur, x^y dit-il j signifie ici une mul- 
titude , un grand nombre , et il traduit en conséquence : 

Waret ihr nichtbey der FluchtundbeymVerfolgen der Feinde, 
Jûnglige? habt ihr denn nicht muthigbestûrmet ihr Heer? 

Il suffit de relever de pareilles erreurs pour en faire jus- 
tice. 

y. x3. Trov/o^jooc âv3fS<7xouac. Casimir Delavigne ' : 

La mort , plus qu'on ne pense , épargne le courage. 

— cfâouat de ><oiày iniaat». M. Firmin Didot interprète Xoôy 
le peuple qui est derrière les guerriers, les citoyens dont 
les guerriers sont le rempart. Mais \a6u signifie ici la foule 
des soldats^ comme il arrive souvent dans Homère. Il est 
opposé à itpoiJMxooçy ceux du premier rang. « Les guerriers 
qui suivent, dit M. Didot, doivent combattre et mourir 
pour la patrie comme les autres. » Sans doute, mais cela 
n'empêche pas que le courage des autres ne les défende et 
ne les sauve , surtout dans Tordre de combat indiqué à la 
fin de l'élégie. Au reste , M. Didot n'a pas adopté dans sa 
traduction le sens de sa note. 



' Marino FaUerOy act. \,w.. 3. 



272 COHHENTAIRE 

y. i4- Homère a dit précisément dans le même sens * : 

odôofiéveÊU i* àcuipùv nXéoyeç aioi^ rii nifoofrcu' 
ç^suyA/TW ô* our etp ïtXéoq opin/rou j oi/rs t^ âXx>f. 

Bach cite aussi Xénophon*. J'y ajoute l'auteur, quel qu il 
soit, du livre de Bello Alexandrino ^ c. i8 : Sed terror Jio- 
minibus mentem consiliumque eripit, et membra debili^ 
taL On retrouve l'idée à la strophe 212 du Krakumal : 
« Le lâche ne tire jamais avantage de son cœur. » 

J'entends âpeni ici dans le sens de ô^xy} , force , vigueur. 
En adoptant cette interprétation, que Confirme le passage 
d'Homère, je ne remarque plus entre le i4°" et le i5™* 
vers le défaut de liaison que Francke croit y apercevoir. 
Qu'on écrive, au commencement de ce dernier vers, oôâ* 
éiç iu , OU oùôù^ â'Svj de toute façon , les idées se suivent. — 
Le lâche, dit le poète, celui qui tremble, perd toute sa 
force, et dès lors, que de maux accompagnent sa lâcheté! 
— ^Puis il en fait l'énumération. Francke attribue les vers 
i5 et 16 à un rhapsode; mais son opinion ne me semble 
aucunement fondée. Encore une fois, cette manie de re- 
jeter des vers sous mille prétextes différents, cette critique 
audacieuse, taillant à son gré dans le vif, ébranlerait à la 
longue toute l'antiquité poétique, qui finirait par s'écrou- 
ler pièce à pièce sous les coups multipliés d'une érudition 



' Hom., //.f,v.631. 
• Anabas.j 111,1,43. 



SUR TYRTÉE. 273 

desti'uctrice y comme ces châteaux dont les mystérieux 
associés de la bande noire enlevaient l'un le plomb, l'autre 
le fer y un autre le bois. Séparer , à la distance où nous 
sommes des anciens , l'œuvre originale de celle du rhap- 
sode, est une opération à laquelle on doit procéder avec 
d'autant plus de délicatesse et de circonspection , que les 
rhapsodes interpolateurs étaient fort rapprochés de l'é- 
poque où vivait le poète. Or , dans ces vieux siècles , 
comme souvent depuis , toute une période a la même 
forme et le même ton ; d'où il suit qu'on peut bien indi- 
quer ce qui appartient à l'époque elle-même , mais non à 
tel ou tel poète de l'époque. C'est ce qu'a fort bien re- 
marqué, après Herder, Schlosser parlant du livre de 
Payne Knight \ 

y. 16. Je n'approuve pas avec Brunck le changement 
de av en eob/, qui est attique. J'aimerais mieux ïjvy avec 
Thiersch et M. Bach. 

— aiaxpi 7r«J&>7. Klotz approuve l'interprétation turpiter 
se gesserit. Francke la rejette comme inusitée chez les 
épiques et les élégiaques. On aurait peut-être tort, en gé- 
néral, de traduire 7rà<jx« exactement paryàcio, ago; c'est 
ici le sens, mais il faut lui conserver en même temps 
l'idée qu'on y attache d'ordinaire. Qu'on dise, par exemple: 
si quis ignai^iœ turpitudine afficitury turpem ignaviœ 



' Hist, univ. de Vantiq,, 1. 1^ p. 391 , Trad, de Golberry. 



274 COMMENTAIRE 

sensum cubmUit '. De cette façon , je n'admets point la 
traduction de Francke : ignomimojn sibi fuga contra^ 
hère. Matthiœ la rejette aussi, dans sa Dissertation contre 
Francke , et il traduit comme s'il y avait odcfxpCiç AymyÙiKjâai , 
animo molli et ignauo pugnare y et par suite vinci. 

A la 6n du vers, les manuscrits donnent xax« ou xoexo»; 
le premier est évidemment préférable. Valckenaer^ au 
rapport de Gaïsford , proposait de lire tout le vers ainsi : 

0(79 Yfit ûdaxponoâ^ j yiyiferai âvâpi xoxa, 

ou mieux : 

oaaa nep odfTXpi notâelv yfyverou ôofip) Koatm, 

Mais pourquoi changer ce qui est intelligible ? 

V. 17 et 18. Francke a proposé Jyfcôv au lieu de âiiUoj 
pour en faire le sujet de âaS^eof y en prenant Jyfc'ov substanti- 
vement *. Mais pialgré cette correction , que ne justifie 
d'ailleurs aucun manuscrit , la construction de ces deux 
vers présente toujours quelque chose d'extraordinaire. On 
voit clairement que le sens exige à peu près la phrase 



' Pour frmç-x^ dan» le sens àejacio, voir Arist.^ E(/uii,, v. 616, 
et Fesp,, V. 1016, éd. Boisa. 

' Il est pris substantiyement au y. 30 de cette élég., v. 12 delà 
sniy., et dans Hom., 7/. A, t. 100, 205. 



SUR TTRTÉE. 275 

suivante : &pyùi>Jaif éarof ifôpoL <fel/yoma ôo^eaâat {yucerài) fierdfpeyGv 
imaât. En adoptant èi^'iay , on construit : ÀfyaXicnf iari à/fùc» 
ioitjÊOf. Mais on sent, à la lecture du vers, qu'il vaut mieux 
conserver iritKù A ttoX^/xo» , phrase tout-à-fait homérique, et 
prendre âàtl^iof dans le sens passif pour ioi'Çtaâcu. On fera 
de Sù^po^ (f€uy&fro^ ou un génitif absolu, ou une dépendance 
de [jteroifpeyw. M. Bach, s'appuyant sur Bernhardy ', donne 

■ 

à cet infinitif le sens latin du supin en u dans les verbes 
transitifs, gra^'^ estvubieratu tergavirifugientisj c'est-à- 
dire , si terga vutnerantur ou si quis terga vulnerat. 

y. 19. cdayjp&q. cdayupify se trouvait à la marge du manus- 
crit de Stobée. Grotius , Brunck et Francke l'approu- 
vent '• 

Pour wtToaueliwfOij Boissonade reçoit xûotxeSfxjeyoç^ leçon du 
manuscrit A de Stobée, que condamne M. Bach. 

y. ao. iXYiXaiUvoç. Homère a dit ' : 

où [JLSv [Âût (feûyomt yjBTatfpévtù eu âôpu Tni^Etq , 

On sait quelle honte les anciens attachaient aux blessures 



' Sjrntax, de la lang. gr,, en allemand , p. 360. 
' Sur cette forme, yoir Matthiœ, Gramm. gr. , $ 437, p. 815 
et sniv. ; Viger, de Idiot, cm, § 2 , 3. 
' Hom., //. X 7 ▼. 283. 



\ 



276 œMMENTAIRE 

reçues par derrière ; les blessures par devant étaient les 
seules honorables. Tyrtée reviendra sur cette idée *. C'é- 
tait surtout à Sparte que les mères y avant d'honorer la 
mort de leurs enfants tués dans les combats, examinaient 
avec attention où ils avaient été frappés. L'auteur du traité 
Ttepi Ofjtyjp. t:oiy}(t. en donne le motif. « Il faut remarquer 
aussi y dit-il , * que nous estimons plus dignes de nos élo- 
ges ceux qui ont été blessés par devant. Ils prouvent par- 
là le courage qu'ils ont montré en se tenant fermes à leur 
poste et en résistant en face à l'ennemi. Les blessures dans 
le dos sont moins honorables; on peut supposer qu'elles 
ont été reçues en fuyant, n 

V. a I à ft6. Ce couplet présente une des plus vigoureu- 
ses et des plus brillantes personnifications de la vertu 
guerrière que nous aient laissées les anciens. Chaque 
membre de phrase ^ chaque mot ajoute à l'énergie de cette 
vivante image. Il est peu de passages mieux faits pour 
animer le peintre ou le sculpteur. La statue sort tout ar- 
mée des vers du poète. 

&} ditoSx^ signifie : bien posé^une jambe en avant , l'autre 
en arrière , pour être en état de mieux attaquer l'ennemi 
ou de mieux soutenir son choc , à peu près comme on fait 
dans l'escrime, ou comme est placé le Romulus des 



» Plus loin, El. m, T. 25. 

* Page76,éd. Barnes, cité par Klotx. 



SDB TYRTÉR 277 

Sabines de David. C'est Fimage que présente aussi Ho- 
mère * : 

Le scholiaste explique * : eu âtaSiç , r^youv , âiaan/iaaç ret axéXr,^ 
noà lïapi tcù WfUMù TUSircu & tÛ' 



Le vers cité par Ëustathe est le 77™* des Chei^aliers d'A- 
ristophanes. C'est dans cette descHption si comique du 
Paphlagonien Cléon, qui, comme le Solitaire de notre 
opéra, savait tout et voyait tout. « Celui-là voit tout, dit 
Démosthènes ; il a un pied à Pylos, et l'autre dans l'assem- 
blée; tant est grande l'enjambée de ce Paphlagonien, 
quand il fait un écart , 

Archiloque emploie deux fois la même expression dans 
les fragments Zià et 33 '.• Dans le dernier , il dit d'un brave 
général , âatfaXéM; 6tërpfMç waa). Dans le premier, qui semble 



' Hom., //. p , T. 468. 

* EiuUtlL ad. IL y , T. 22^ p. 284, 1. 46, Rom. ^ p. 376, 1. 33 , 
Bas. 

' Arcbil., p. 109, 112, ëd.Liebel. 

36. 



278 œHMENTAIRE 

un développement du verset de l'Évangile \ Déposait po^ 
tentes de sede et exaltaçit humiles, il nous montre les 
dieux j maîtres du sort des mortels , 

Ast , dans son commentaire sur Platon % cite , outre les 
autorités que nous avons rappelées, tout ce qui peut se 
rapporter à l'expression eu âtaSiç '. 

y. aa. Cette seconde image , x^^ iÀ^i Sax^v, nous 
rappelle encore, comme l'a déjà remarqué Rlotz, une 
expression semblable dans Âristophanes, un des hommes 
les plus vraiment poètes qui aient existé. C'est dans l'ad- 
mirable parabase des Guêpes, où. le chœur , voulant pein- 
dre l'intrépide contenance des vainqueurs de Marathon , 
dit ♦ : 



(jràç êonip Ttpoç €U^p\ \m àp/fiç t^v x^^^y^v édâvm. 

Ce vers est presque le même que celui de Casimir Delà- 
vigne dans sSi Messénierme intitulée, Tyrtéeaux Grecs: 



* Evang. sec. Luc, ch. 1^ yers. 52. 

* Plat., £2? Ze^^. I , c. 5 , p. 630 , B. 

' Casatib. €ui Theophr. Caract, 3; Salmas. ad Soiin., p. 863; 
Wessel. ad Diod. Sic. i, 98, p. 111. 

* Aristoph. , F'esp., ▼. 1106. 



SUR TTaTÉE. 279 

Ils pressent de leurs dents leur lèvre frémissante. 

■ 
Quand un traducteur rencontre des imitations si énergi- 
ques et si exactes, il ne lui reste qu'à copier. J'aurais 
voulu être plus souvent le plagiaire de l'excellent auteur 
des MessénienneSi mais je n'ai pu lui emprunter que cette 
ligne et une autre dans la 3>^« élégie. 

y. a3. C'est ce qu'Homère appelle Amlç êLfjiXf£pàTr^\ le 
scholiaste dit à ce propos ' : « Ijes anciens se servaient de 
boucliers de la longueur d'un homme , àofdpoyûrflUEai. » 

y. a4* Je ne connais point d'autre exemple de yàmy\p 
dans le sens métaphorique où il est employé ici. On 
appelle cependant youarpoLj yàmprit un vase à gros ventre. 

y. a5. Ici, comme dans Callinus, se rencontrent les deux 
leçons ofjÉptfxof et oSptfxof. 

y. a6. Chez les peuples naissants , toutes les apparences 
extérieures faites pour produire de l'effet , tout ce qui 
peut surtout imprimer le respect et la terreur , est soi- 
gneusement recherché; des cris sauvages, une barbe 
épaisse, un cimier élevé , une crinière ou une gueule de 
béte féroce sur le casque , une Gorgone sur le bouclier. 
Homère a dit * : 



' Schol. ad ILS, y. 389. 
* //. y , V. 336. 



280 COHHENTAIBE 

xpcerl i' en i^^lfm TOAfiïjy eSirvrroif 23>)xey 

Et Polybe ajoute, en parlant des Romains ' : « La grandeur 
du casque et du cimier double la taille de l'homme; son 
extérieur en devient plus beau et en même temps plus 
eflfrayant pour l'ennemi. » 

y. 27 à 38. Les vers suivants contiennent les préceptes 
d'une tactique simple et facile. Francke suppose qu'ils 
étaient beaucoup plus étendus dans l'original qu'ils ne le 
sont dans la citation de Stobée. Mais c'est ici surtout que 
l'on doit s'étonner de la manière dont procède ce critique. 
Il n'hésite pas à attribuer à un rhapsode depuis le v. ag 
jusqu'au v. 34 inclusivement; et comme il faudrait être 
aveugle pour ne pas reconnaître dans ce morceau un tour 
vif et énergique, il ajoute : Cœterum haud contemnendus 
poetafuit interpolator, quanquam Tyrtœo longe inferior. 
Les V. 3i et 3a lui paraissent renfermer un jeu de mots 
tout-à-fait opposé à la simplicité antique. — Mais , lui 
dit-on, on trouve le même jeu de mots, si toutefois on 
peut nommer ainsi la fidèle peinture d'un objet matériel, 
dans Homère, Od. >2, v. lao. — Vers de rhapsode. — 
Et dans l'Iliade, v, v. i3o et suivants. — Vers de rhapsode. 

En vérité, une pareille critique devient une plaisanterie. 



' Polyb., lib. VI , p. 653. 



SUR TTRTÉE. 281 

Francke vous dit : Ce vers n'est pas antique. — Mais , 
répondez- vous 9 il est pourtant dans Homère. — Pas du 
tout, réplique-t-il 9 puisque je le retranche, il n'y est pas. 
Tels sont les raffinements d'une érudition épuisée, que 
l'on peut comparer à l'ambitieux de Corneille : 

Il 86 ramène en soi , n'ayant plus où se prendre , 
Et , monté sur le faite , il aspire à descendre. 

y. 3i. Comme nous l'avons dit, Homère avait déjà 
exprimé la même idée, et avec plus de précision encore': 

âoTT/ç ip' (koTïêâ' epaâej yjipuç ioipuVy Sodpa ^Avirip. 

Depuis, cette image a été répétée par tous les poètes. 
Citons, avec LaCerda, Klotz et Heyne, les principales imi- 
tations. Ces sortes de comparaisons peuvent intéresser , 
quand elles ne se présentent pas trop souvent, et^ne dé- 
génèrent pas en un verbiage qui ne vous fait grâce d'au- 
cune ligne, dès qu'elle a un air de famille avec le pas- 
sage qu'on commente. En grec, après Homère, vient 
Euripide ' : 

(xwjjo d' in oQfdpi aràç inuxprripu [Jji)(Tp, 



» //. f,v. 130. 

• Eurip.y HeracLy v. 831, 



282 COMMENTAIRE 

Macrobe ' nous a conservé , parmi les vieux poètes latins, 
le vers d'Ennius : 

Pas pede premitur , armis teruntur arma ; 

et celui de Furius Antias , jénnaLy iv : 

Pressatur pede pe8, mucro mucrone , viro vir. 

Virgile a dit , à leur exemple % 

. . . Hsret pede peSydensusque viro vir» 

Et Stace, après lui ' : 

Jam clypeus clypeis , umbone repellitur umbo , 
Ense minax ensis , pede pes , et cuspide cuspis. 

Silius Italicus a trop délayé l'image; je lui préfère Tîmi- 
tation d'Ovide ^. Parmi les modernes, bornons nous à trois; 
Le Tasse * : 

S'affronta insieme , orribilmente urtando , 

Scudo a scudo , elmo ad elmo , e brando a brando. 



' Macrob.y Yi, 3. 

• JS;ii.x,v.3ei. *•' 
» Stat., Theh,^ vm , y. 398. 

* Sil. ItaL, Punie. B., ix , 322 j Ovid., Meiam., ix , v. 44. 
' Tasso, Gierus. liber,, c.îx, st. 52. 



SUR TYRTÉE. 283 

Gray ' : % 

Lance to lance , and horse to horse. 

Enfin Voltaire * : 

Pied contre pied , aigrette contre aigrette , 
Main contre main , œil contre œil , corps à corps , 
En jurant Dieu , l'un sur l'autre on se jette , 
Et l'un sur l'autre on voit tomber les morts. 

V. 33. TtendXYjiiévoç. BruDck a proposé TtenXyjfiêvoç ^ qu'il 
explique par iteXaaâeiçf TOsyiowJ^. Francke, Gaîsford et 
Bach ont adopté cette leçon. itenaXyiiiâuoç y dit Francke, 
nihil est; nemini unguam, ajoute Bach, nisi QEdipo 
explicandum. KlotziuSy dit Brunck, qui ambitioso com- 
mentario Tyrtœum oneravit , et citationum oceano pœne 
* submersitj docere nos debuisset quid significet partici- 
pium TzenaXriiJLivoç j et a quo verbo deductum siL v itenaXïiiwfoçj 
répond fort bien M. Didot , peut venir du verbe itàxioiiou , 
luctor. Si ce verbe ne se trouve pas dans les dictionnaires, 
c'est aux lexicographes à l'y faire entrer , puisqu'il se 
trouve dans Tyrtée. » Mais il y a mieux. On lit dans Hé- 
rodote ' : ec TToAyjaeie h i/ourcxoç arparoç. Les savants avaient 
proposé divers changements pour ce mot, comme on 



* Gray , Bard. ii. 

• Volt., PuceUcy ch. xr. 

' Hérod., Hist.y tiii , c. 21. 



284 COMMENTAIRE 

peut le voir par les notqp de Wesseling et de Vatckenaer. 
On supposait noxiatuy Ttralaeœj 7ra3>faeie, etc. Les manus- 
crits étaient unanimes pour 7raXyf<78ce. Schweighseuser le 
maintint, et ajouta cette note : « Nescio an cuncta quœ le* 
gurUur apud Hesychiurrij TroXyfaeiff, éi:(ix?\yj(jey {rectius puto 
éK(xXYi<j€v) , 'nenaXYjyévMj irenaXyjiJuiyoçj ad verbum izcû^alt» ( TraXflW, 
Ion. naxim , colL Fœs. OEcon. voc. iKnaXém , et Schneider , 
Lexic, cri t. voc*T:aXaùê)sintreferenda, Vt autemidverbum 
generatim quidem colluctari, conflictari, signi/icaty sic 
frequentius degraviori lucta etpericuloso certamine usur- 
patur. • Cette opinion de Schweighseuser est confirmée , 
comme on le voit , par le vers de Tyrtée. Je fais donc ve- 
nir imtaXriyivoi de TroXoi», que Pinzger et Passovir ont donné 
dans leur excellente édition de Hédéric, i8a6. Le mot 
TToAaiii se trouve, à divers temps, dans Xénophon, Pindare, 
Euripide , et dans Hésiode ' : 

Semper dilator operis vir malis conflictatur. 

Il y a une autre remarque à faire. M. Bach , en adop- 
tant nenP^Yiiiéyo^ , y rapporte la préposition ev du v. Sa , et il 
explique cet ev par in superiore hominis parte , daraufj 
àben. Mais rien ne justifie cette explication ; et puis ev est 
beaucoup trop éloigné du mot itenXYiiuvoç pour s'y joindre 



• Oper.etDies, ▼. 412. 



SDR TYRTÉE. 285 

par compositioD. eu se rapporte à épettraç du v. 3i , et la 
répétition d'une préposition seule ( car €v représente ici 
le «rî précédent) est vraiment antique et poétique. Voyez 
les exemples cités par le savant G. J. Bekker dans son 
Oâùddeia fuxpd \ Et ces exemples peuvent être augmentés 
de beaucoup d'autres. 

V. 35. yvfjûffj^eç , les troupes légères , ^«Xw , celles qui ne 
portaient point l'armure complète , et surtout le bouclier. 
On les appelait aussi yufjafoi. L'opposé était ù^Xi^fiévoiy (m)CîTou. 
Yoyez Xénophon *. Alberti et Boissonade ont épuisé cette 
matière '• 

V. 36. afxXXere, Cest la leçon primitive. H. Estienne , 
suivi par Wechel et Hertelius , avait substitué /SaXAere, que 
conserve Bach. Mais Klotz a rétabli afxxxersj qu'adoptent 
Brunck et Francke. Il signifie dejicere^ prostemeré. Ho- 
mère 



* 4 . 



Gaîsford donne ofoXAere dans les PoeL gr. min., et jSoAXcre 
dans son Stobée. 

L'habitude des archers était de se mettre à l'abri soi» 



* XXIV, v. 7, p. 42. 

' EAAvvi»., n,4, 16; ui, 4, 23 ; Oi»«f., vm, 4. 
^ Albert, ad Hesych,, voc, yvféfirtç, t. I, p. 865; Boisson, ad 
Philostr, Heroic,, p. 468. 

* Odyss. fj T. 466. 

36. 



286 CœiMENTAUE 



les boucliers y afin de pouvoir de là lancer leurs traits 
contre l'ennenii. Qu'il suffise de citer Teucer , le meilleur 
archer dont parle Homère ' : 

aùrip oa/riç ceiv, Ttotiç £ç ùià yûffnpa. , èijfJUit 
dç A?ay5'. S ôé /Âty aâiai npuTrramfe foa/^* 

Mais parce que Teucer dirige principalement ses flèches 
contre les chefs , et parce qu'Euripide appelle les chefe 
ÎKfct ^cLùif % ce n'est pas une raison pour changer oùrdùq 
du Y. 37 en èbe/oouç , comme Ta fait Francke. En disant , 
«Lancez vos dards contre eux^ n Tyrtée désignait et mon- 
trait presque du doigt les ennemis. J'avoue que je ne 
puis m'habituer à ces altérations du texte, qui n'ont 
d'autre fondement que l'imagination d'un critique. Je vois 
que Bach est de mon opinion. 

y. 3g. neam}JTcu/i. Cette leçon à la marge de Stobée a été 

reçue par Grotius. Brunck l'a confirmée par l'autorité 
_ * 
dun manuscrit y ^insi que é/yùâeu qui suit, au lieu de 

nXyjtjloyj qu'on lisait auparavant. Les autres éditions, au 

lieu de nocyaitxh-cuç , portent ou noofonxJotÇj ou noamtXéotŒt^ ou 

nacyon>Jeuç. Bach suppose que la majorité des manuscrits 

de Gaîsford donne itTiyiutouj et il l'adopte. 



• //.:^,v.271. 

* Eurip.^ Phœniss.j y. 440. 



SUR TTRTÉE. 287 



III. 



Cette élégie est encore extraite de Stobée , LI , i ; mais 
elle est divisée, dans roriginal, en deux parties. Après le 
i^me vers, Stobée place trois fragments d'Euripide, tirés 
d'une pièce intitulée les Téménides ou Téméno. Il re- 
prend ensuite l'élégie de Tyrtée. J'ai suivi l'usage de la 
plupart des éditeurs en réunissant ces deux fragments en 
un seul. 

V. I. 6/ >Jlrfù TÙéftit^ « Je tiendrais compte. » Voyez sur 
cette locution Yalckenaer sur Hérodote '. Il cite, entre 
autres exemples , celui de Lycurgue contre Léocrates , qui 
l'emploie, en parlant de Tyrtée lui-même, dans le passage 
que j'ai traduit au commencement de la première élégie. 
« Les Lacédémoniens , dit Lycurgue , qui n'estiment point 

les autres poètes , ttipi tw^ aXXouq ttoottocç àiSéva Xàyoy î/pirreq. » 

Platon donne le résumé de cette première partie de 
l'élégie en ces termes * : Tr/soemjrà/jie^a yàùif Tùfratay^ tov fÙGU 
yiy AâyflfûCîoif , rCûiyôe 3è i:o^rnjv yeyéixeuovj oç âij [ÂjiXiara Ayâpdûnay 



' Herod. , lib. ii , c. 141. 

' De Legg,f i, c.6, p. 629 , A, B. Voyes aussi le passage remar- 
quable rappelé par Bacli , de Le^., ii ^ c. 6 , p. 660 , E. 



288 COMBKNTÀIRE 

TcJ^ei/jUjVy Art éi rtç nXouGidyraroç ôaf^ptaTwy èlvi , ^aiv, wr el TtioX^i 
àyoiàx iKZuTYiyJvo^ y ecTrùv ayéiw Sbioorra , oq [JLii nepi rou nikefmf apvjroç 

ytyvœr âe). Plusieurs éditeurs ont, d'après ce passage , sub- 
stitué Tt^ec/JUTv dans le premier vers à rtâeiYjv. Je n'ai pas re- 
connu la nécessité de ce changement , que les manuscrits 
n'autorisent pas et que Boissonade n'a pas adopté \ 

Ce qui m'étonne singulièrement, c'est que , malgré ces 
paroles de Platon, Franckeait pu attribuer à un rhapsode 
le 5°^ vers et les suivants jusqu'au dixième. Il est pourtant 
évident que Platon fait allusion à ces vers en disant : elT:iaf 
aX^Soy dsncona. Francke prétend prouver, par la tourniu*e de 
la phrase de Platon , que ce dernier ignorait les vers 9 
et 10; mais cette même phrase devait lui démontrer clai- 
rement que les vers 5 , 6 , 7 et 8 étaient , du temps même 
duphilosophe , reconnus pour appartenir à Tyrtée. Pour- 
quoi le poète se serait-il contenté de parler de la force et 
de la légèreté, sans faire mention de la puissance, de la 
richesse et du talent? Platon s'oppose donc à ce qu'on 
retranche de Tyrtée ce qui regarde les richesses , et, 
d'une autre part, Théognis empêche que l'on supprime 
le vers sur l'éloquence , car, dans une imitation de ce pas- 
sage % il n'a pas oublié cette qualité : 



' Valckenaer sur Hérod. et Ast sur Platon ^ loc, laud., préfèrent 

TlB-UfllIf. 

* Théogn., Gnom.y t. 714. Gomparex, ayec Bach, Xënophane 
dans Athénée, ^ i 6> p. 414 , A. fi., et p. 60 du savant recueil de 
M. Karsten. 



SUR TTRTÉE. 289 

yX^kraoaf ix^ «ya^iju Niaropoç toniàioo. ^ 

y. a. TioJcSy àperfii; , la légèreté à la course. Apeni exprime 
toute espèce d'excellence, de supériorité, de mérite. 
Gtons seulement, avec Klotz, la définition d'Aristote ' : 

pfréay on tzSaa iperii , oS cev )? iperii , ooMre eu i^py ÔTroreXeT, xm to 
epyw oÛtoD eu àatoiidtioof' âcv ii rou itfàcCKfuKJ âperii rèv re o^cû^ftw 
aiauScCcy 7rofe< , xoi to ipyoy aCrràû' rfi yip roù ofâaXfjicO Aperrp eu 
bpCàyusy' ùfjjoùéç ii rcO "imou , Innéy re crnoudaSou xoi iyaâcfy dpafJi^j xûà 
éveyTiélv tov éttéSârYpfy yM'fUtyou roùç T:ciktiuoQq, Pindare emploie 

la même expression pour une idée absolument opposée 
à celle de Xyrtée , ear les hommes dont, celui-ci dédaigne 
de chanter les louanges sont précisément les héros de 
Pindare ' : 

. . . eùàcd' 
fuay a xai 0/ju/)7toç oStoç 
àyi^p ycyvercu aoyotç, 
oç Sot X^/^'^ ^7 Ttodùif Aperji 
TtpomTaaç , t« fiéyiar' «ee5A«/ 'éXp 
râXiÂûL re xoc aBivet. 

Les Latins ont donné au mot virtus le même sens. Lu- 
crèce * : 

Et manuum mira freti virtute pedumque. 



' Arist.^ Ethic. Nicom,, ii , 6. 
■ Piiid., Pythie. X , Sir. 2, ▼. 33. 
' De Nat. Rer., y , v. 964. 



290 œHHENTAIRE 

Od dit ep français la vertu d'un remède, d'une méthode^ 
dans le sens d'efficacité, supériorité. P^ertu peut s'em- 
ployer en parlant même d'une qualité mauvaise, pourvu 

qu'elle soit essentielle : « L'hypocrisie, a dit M. Royer- 
Collard , est la vertu des partis. » On se sert souvent 

d^àperij dans le sens de noblesse. Pour cette acception, 
voyez la pré&ce du Théognis de Welcker \ Le mot de 
vertu, dans le sens de perfection propre à la nature d'un 
être, fait l'objet d'une dissertation philosophique de Mé- 
topus, le pythagoricien, citée parStobée V U faut en rap- 
procher les remarques critiques sur Stobée, données, 
d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne à 
Bruxelles, par un de nos jeunes philologues les plus re- 
commandables , Ch. A. Beving, professeur à l'Université 
libre de Bruxelles, et publiées par lui, Brux., Hayez, 
i833, in-8^ Des leçons importantes recueillies sur le 
même écrivain avaient été déjà citées dans les Emenda- 
tiones in Sjmesium de cet helléniste '. 

y. 4* Les premiers poètes qui ont appelé le vent du nord , 
Borée, fils d'Astrée et de l'Aurore et amant d'Orythie, 
habitaient les régions situées au midi de la Thrace ^. 



' Theogn., p. xxix etsuiv. 
- T. I , Fragm. 64 , p. 24 , édit. Gaisford. 

' Voyez Neue Jahrbucherfur Philolagie und Pœdagogik , Leips. * 
Jahrg. 1831 ^ Snpplem^ B D^ i. 
* Hesiod., Theog,^ v. 378, sqq. 



SUR TTRTËE. 201 

« 

y. 5. Tout le monde connait la fable de Tithon y fils de 
Laomédon et amant de TAurore , qui, en demandant Tim» 
mortalité , oublia de demander aussi une jeunesse éter- 
nelle, ^immortel devint vieux, souffrant, ennuyé et en* 
nuyeux. Il fut trop heureux d'être métamorphosé en 
cigale. La cigale était chez les Grecs le symbole de la 
longévité '. 

« 

V. 6. Sans avoir recours à la fable, on peut juger des 
trésors de Midas , fils de Gordius , roi de Phrygie , par 
ses présents au temple de Delphes '. Qui n'a pas en- 
tendu parler de sa cupidité et de ses longues oreilles ? 

La fin de ce vers est inintelligible dans les manuscrits. 
On y lit en un seul mot xafùpea£(xâw, La vulgate donne 
Kampicn fM}OiOi/. H. Estienne, suivi par Boissonade et Bach, 
Kivujooo Tixiov, confirmé par le manuscrit B de Gaïsford; je 
l'ai adopté, malgré mon penchant pour la leçon de Camé- 
rarius, qu'approuvent Klotz,Brunck et Francke, Kofûpeat 
^wif. i3a3ù( icXfluT^, richesse profonde, grande, immense. 

Cinyre était fils d'Apollon et roi de Chypre. Son 
opulence passa en proverbe. Il avait donné à Agamem- 
non la cuirasse que le roi des rois portait au combat. 
Il comptait parmi ses enfants le bel Adonis, aimé de 



• Hom., //. y, T. 161 ; Virg., Mneid, iv , v. 586, et les scholiaslest 
sur ces passages. 

* Herod., Hist,, i, 14. 



292 COMMENTAIRE 

Vénus, et la belle Myrrha, qui aima son propre père '. 

y. 7. Pélops , fils de Tantale, dont les états étaient aux 
environs du mont Sipyle, sur les bords du golfe Herméen, 
fut chassé d'Asie par Ilus, roi de Troie. Il alla d'abord en 
Thessalie, et de là dans le Péloponèse , apportant avec lui 
des richesses immenses *. Il épousa Hippodamie, fille 
d'^nomaus , roi de Pise; il en eut beaucoup d'enfants , et 
ce fut cette nombreuse postérité qui contribua le plus , 
comme l'observe Plutarque ', à lui donner la réputation 
de puissance que lui ont assurée les historiens et les 
poètes j car tous ses fils régnèrent dans divers états de la 
Grèce. Les deux plus célèbres furent Atrée, père d'Aga- 
memnon , et Thyeste. On trouvera dans V Histoire des 
premiers temps de la Grèce , par Clavier ^, les détails les 
plus complets sur la postérité de Pélops. 

y. 8. Parmi les huit ou neuf Adrastes dont la Êdble et 
l'histoire grecque nous ont conservé les noms, celui dont 
parle ici Tyrtée est probablement le roi d'Argos, fils de 
Talaùs , qui prit les armes en faveur de Polynice et revint 
seul du siège de Thèbes. On peut le supposer d'après 



» Ovid., Metam., x , 298-502. Pindar.^ Nem., vm , Sir. 2 , v. 31 ; 

Valckenaer, Calli'macliea,ip, 118. 

■ Thucyd., ffîst, i, c. 9. 
' Plut., nt. Thes.j c. 3. 

♦ T. I, p. 236 et snîv. 



SUR TYRTEE. 283 

l'influence qu'il exerça pendant le siège sur les autres 
chefs, et aussi , parce que , ayant été chassé de la partie du 
royaume d'Argos qui lui appartenait , et s'étant retiré au« 
près de Polybe, roi de Sicyone , il sut se concilier si bien 
la faveur de ce prince , que Polybe lui donna sa fille en 
mariage, et en mourant le nomma son successeur \ 
C'est à ce talent de plaire et de persuader que Jyrtée fait 
allusion par l'épithète JU£i^lx^p/v. La comparaison de l'é- 
loquence avec le miel est familière aux poètes de l'O- 
rient et de la Grèce. On connaît le vers d'Homère sur 
Nestor ■ : 

ràù xoà àico y\ùa<r^ (JtéXeroç yXwJw pieu eoiiij. 

Et ce joli passage du Cantique des cantiques % «Vos 
lèvres , 6 mon épouse, sont comme un rayon d'où dis- 
tille le miel; le miel et le lait sont sous votre langue. » 

En lisant les traductions métriques des poètes anciens, 
j'ai remarqué que leurs auteurs se permettent fort sou- 
vent de retrancher les noms propres, quand ils ne s'ac- 
cordent pas avec la rime ou la mesure de leurs vers , ou 
de leur en substituer d'autres qui rappellent la même 



' Voyex Pind.y Nem,, ix, str. 2, t. 21 , et son scholiaste ; Herod., 
Hùi,, T, c. 67, et Larcher «ur cet endroit , T. IV, p. âOO j Plat. , 
Phœdr., p. 269, A, et Ast In Piai., p. 372. 

• //.ii,T.249. 

^ Caniic. canticor.y c. it , t. 1 1 . 

37. 



294 COflUIENTAIRE 

idée. Ici j par exemple , ils diront Nestor an lieu d'j^drasee, 
Crésas au lieu de Cinjrre. Je ne crois pas cette licence 
permise. Je sais qu'il est quelquefois bien difficile de Êûre 
entrer un nom propre dans un vers, mais c'est une diffi* 
culte qu'il faut vaincre. Il est possible que les qualités 
attribuées par Tyrtée à Cinyre, à Pélops, à Adraste, ne 
soient indiquées nulle part aussi positivement que dans 
ce passage, ou bien que la rencontre de tel ou tel nom à 
telle ou telle époque serve à fixer un point de chronolo* 
gie. £n supprimant ou en changeant les noms propres , 
on court risque de priver ses lecteurs d'un renseignement 
historique qui peut être important. Et puis ils donnent 
à la poésie une couleur locale, un caractère d'individualité 
toujours précieux. 



y. lo. J'avoue qu'il n'est pas d'usage en grec de terminer 
le sens d'une phrase avec le premier vers d'un distique , et 
de donner pour complément au pentamètre l'hexamètre 
du distique suivant. On rencontre cependant des exemples 
assez fréquents de cette licence dans Théognis ' et les dans 
autres élégiaques , et ce n'est pas une raison pour attri* 
buer à un rhapsode le distique ainsi divisé. Je ne crois pas 
d'ailleurs, comme Matthise ' et M. Bach, que ce dixième 
vers doive être renfermé entre parenthèses. 



• Théogn., T. 8, 22, 44 , «4 , etc. 
' Matth. , p. 237. 



SUR TTRl^. 296 

y. 1 1. T9rhauïi ôjpây pour rerW)} bp^^ comme il est d'u- 
sage en grec. Cependant Platon , en citant ce passage, 
sans doute de mémoire , substitue opiv à bpùvreç '. élpriwxç 
yeSif iâif dit-il , ù rcHç irocvfjuaao/y ùç oùdafi^îç roiç Tot&urojç deve^^dfiA^, 
0c fiii rùhifirioouat fjiy bp^ (fâycuf olfAoréevra, nm ârituu épéyotyr é/yijâey 
tarAfji^eyoï. L'inesactitude de Platon en cet endroit contribue 
à m'empecher de changer au i^^ vers, sur sa seule au- 
torité j rùdvflf en Tt&e/jusTv. Remarquez cependant y avec 
M. Bach, que , dans un autre endroit % il a retenu le sin- 
gulier et le participe bpOif. 

y. la. Francke, désapprouvant Fopinion de Kœppen 
et de tous les éditeurs , met une virgule après 6péyoer\ et 
explique intbnf 6péyocr\ se hostes versus extenderet, ajoutant 
par apposition et comme phrase incidente, iyyû^& ùrroLiifva;. 
Je ne crois pas inadmissible l'explication ordinaire àpiyccr 
hrdfieyoçy cuperet stare pour ipiyocr iarâamiy comme nous 
venons de voir rtT>.cdn bpùu; cependant celle deFrancke me 
parait beaucoup plus grammaticale. Jamais, peut-être, 
ipéy&j^cu ne se trouve joint à un participe, et l'on peut 
citer un grand nombre d'exemples de ce verbe avec le 
génitif. Cette forme est d'ailleurs tout-à-fait dans l'ana- 
logie des verbes qui expriment désir, tendance vers, 



* Plat., De Legg., i , c. 5, p. 629, E. 

• Idem, II, p. 660, E. 

' Entre autres Homère ,//.(, v. 466. 



296 COMMENTAIRE 

éntâvfisivj yXtxeiSou , éfflenâat^ etc '. M. Bach a embrassé aussi 
cette dernière opinion. 

y. i3. On lit, suivant les diverses éditions, >| ô^iperii^ 

réi* OU rér OU t6/ iptaray ù àûtâp&rtoifjm itâXevj OU m39(e» éy 
ifâpÙKovsof ipioTOif , OU oeâKaiif iptaroy ù àûfâpwtoi(i& : Belle mat^ 
quisCy vos beaux yeux j ou vos beaux jreux^ belle mar^ 
quise, tout-à-faitaû? libitum. M. Bach approuve la leçon de 
Francke, rW. Hermann dit que le sens exige sans reli- 
que : n d'Âperiij rôf ieâxov... Je ne vois de nécessité nulle 
part. Ce vers et les trois suivants se trouvent dans Théo- 
gnis ', si ce n'est qu'au second on lit yiyvtrai âvdfd aofffù au 
lieu de tt/djjoi ve». Ce changement , ainsi que le fond des 
idées développées dans les vers qui précèdent et qui sui- 
vent ceux-ci , font assez voir que l'intention de l'auteur , 
quel qu'il soit , des Theognidea^ a été de parodier Tyrtée, 
en appliquant les expressions du poète guerrier à un 
ordre de sentiments tout-à-fait différent. Si, en effet, on 
prenait sérieusement et à la lettre les idées qu'il lui a em- 
pruntées , elles n'auraient plus de rapport avec celles qui 
les entourent. On voit par-là que la parodie date de loin '. 



' Voyex Matthias, Gr.gr.y§ 350. 

' Théogn., T. 1003, éd. Bekker; 1151 , éd. Welck. 

' Voir sur la parodie chez les Grecs , Moser , Parodiarum grmca- 
rum exempla ex Aristoph.y PUUarch. et IJucian, excerpia^ Hlmœ, 
1810^ Studien herausgegeb. von Daub und Creuser, vi, p. 267; 
et sur ce passage , Welcker, Ad Theognid, prœfat,, p. ulxx, sqq. 



SDRTnrrÉE. 297 

Au reste, plus je relis ce passage, moins je vois Futilité 
des retranchements et des transpositions proposées ici soit 
par Francke, soit par Welcker , dans son Theognis. Dans 
la traduction qui suit, j'ai cru pouvoir non-seulement con- 
server le texte tel que le donnent les éditions ordinaires , 
mais supprimer même les alinéa dont rien ne justifie à 
mes yeux la nécessité. Je sais bien , au reste , que cette 
traduction n'est pas absolument littérale , que je tranche 
la difficulté du je/rrvou iit XriyoïpLev^ plutôt que d'entrer dans 
une discussion qui m'éloignerait de mon objet; toujours 
est-il que ce3 vingt vers semblent assez bien liés ensem- 
ble , et que rien n'oblige à les couper en lambeaux, et à 
les jeter de côté et d'autre dans les Theognidea. Main- 
tenant, qu'ils appartiennent à Théognis, ou à Bion le 
Borysthénite, ou à quelque chansonnier sy m posiaque , 
c'est une autre question que je n'entreprends point de 
décider. Je suis loin de prétendre que tout ce qu'on nous 
a conservé sous le nom de Théognis soit réellement son 
ouvrage; que Camérarius, Heyne, Welcker, et d'autres 
encore se trompent toujours, en reconnaissant des traces 
d'interpolation ou d'altération dans le texte primitif : je 
pense seulement qu'ici, comme en beaucoup d'endroits, 
il faut user d'une grande circonspection, quand il s'agit 
de l'antiquité, et se tenir en garde contre cette déman- 
geaison d'innover qui tourmente quelques savants. Il est 
possible que l'un reconnaisse unité de dessein et iden- 
tité de style où l'autre ne voit que pastiche et décousu. 
Quoi qu'il en soit , voici les vers de Théognis : 



^ 



COHHENTjURE 



TEITE GREC. 



HfOi i'^é>joi fia à/ aciârpt fuwiiya^ ttntw; 

«pn napayyiXKa, fiiaattrw ^{lap ij^ , 
itàaao Hj x^^fux , Sotu -nvi 5ufièç ihûyat, 

naaroiim/ ôcyaB&v yaTrpi yxfii^êfiaot. 

jMtMKxrà' Tï ye jSS» yiyvprai àySpi tjOCfû, 

^wm â'ta5>jiu •n&ro mK^tre Ttamlrs âtjfia 

carii tivrsp âic^iç à itpofMypmt féinp. 

ôyhoM livâo^ ejm , luti fpeàu éaâ^ va^ , 
tQv avTcXi KttÔMtii ev ■Ko.iyi^tXD. où yip tàfrfi^ 

dl; iréXcrsu nfài ^ecSi" , où 31 Aûut; ^caârou 
SwiToîs Biyâpiijrowf. koxà ^'e'Tri yfjpaç i^éyx^ 

oi^âfiao/f KEtfaX^i; 3 HuTCrat oxporàrri^. 
M ftxitjxp, tùâeu'futv TE Kfici c^is; , ûoTiç anfijOCf 

a5^MV, ci{ At3sià àûfM fKÉXAv xaro^iî, 
n/)/i' / é'/^poùç vr^^an val vnsfË^yalmp êcvx/^, 

i^nàan re (ftKxji y ôvrai iyMi voav. 



SUR TYRTÉE. 299 



TRia>1ICtlOlV. 

Ihest midi; d^à le sole^ dans les cieux 

Précipite le tqI de èes couraien fougueux; 

A table ! que chacun , au gré de son envie « 

Choisisse entre ces biens qu'un art Toluptueux , 

Pour flatter nos palais , assaisonne et Tarie : 

Une eau pure à nos mains, des fleurs sur nos cheveux ; 

Que la vierge de Sparte , à la taille légère , 

De ses flexibles doigts porte l'humide aiguière. 

Oui y o*e*t là la vertu, le véritable honneur ^ 

La palme la plue belle à cueillir pour le sage. 

Du peuple il est , dit-on , la gloire et le bonheur 

Celui qui dans lee range combat avec courage ; 

Pour moi , j'ofire aux humains une félicité 

Vun plus facile accès , plus simple , plus solide ; 

Tant gué firille en ea fieur t aimable puberté ^ 

Que la saine raison nous éclaire et nous guide,, 

Sachons jouir des biens que nous donna le sort. 

Nul des dieux ne nous rend la jeunesse passée , 

Nul ne tranche les nœuds qu*a resserrés la mort , 

Et sur le front de tous la vieillesse glacée 

Plane , et porlp avec soi Tessaim des tristes maux. 

Trois fois heureux qui , loin des pénibles travaux , 

Ignorant des combats la science homicide , 

Descend au noir palais où la Parque réside , 

Avant d'avoir tremblé sous un fier ennemi , 

Ou d'un œil soupçonneux épié son ami ! 



300 COMMENTAIRE 

y. 17. Quelques éditions donnent éKlnayxy d'un seul 
mot. Ne vaudrait-il pas mieux le séparer et faire d'cTr) le 
complément du verbe xiâirreu ^ ? On peut m'objecter que 
XoiSr&Tâou se dit seul pour oublier, et particulièrement 
même avec Ttdyxyj p&i* exemple *j tua itéyxy xadowTv Tror^'dbç 
aXriç ; que, d'une autre part, énlnayx^ ne fait qu'un seul 
adverbe indépendant de tout verbe dans Théocrite ', 

et dans Callimaque ^, 

^(joLç iUmnocyyy iiodopptàYjiy hraXdûnrîy^ 

en admettant cette correction pour in nâyxy , qui est la 
leçon ordinaire. Malgré tout, cependant , je penche à voir 
ici une tmèsej et j'écris en deux mots cette locution ad- 
verbiale , qui parait empruntée à l'ancienne poésie épique, 
car Hésiode avait dit ' : 

■ 



' Voyez Clarke , Sur Homère , IL «, v. 99. 

' Hom., Od, X, T. 236. 

' Théocr., IdylL xvn, v. 104. 

^ Gallim.; Hymn, adDian, , y. 215. 

^ Hes.^ if y. tt. vVm V. 262. Voyez Guyet sur ce passage; Lobeck ad 
Phrynich,, p. 48, et les Godd. aux passages cités, entre autres, pour 
Théocrite, le manuscrit de Zutphen, dont M. G. J. Bekker a bien 
Toulu me communiquer la collation. 



SDR TTRTKB. SOI 

y. i8. i^x^itcLp^fjiafoçy « exposant, prodiguant sa vie , » 
expression fréquente dans Homère \ Les deux vers sui- 
vants sontattribués par Francke au rhapsode, parce que le 
sens est terminé avec l'hexamètre , et que le pentamètre 
n'est qu'une répétition du v. lo. J'ai déjà parlé de la pre«> 
mière objection; quant au reproche de répétition , celle^û 
n'est pas dépourvue d'une certaine vigueur, et je regret* 
terais de la voir supprimée. 

y. ig. Hermann , dans sa lettre à M. Bach , propose sur 
ce vers une conjecture ingénieuse. Il est impossible que 
Tyrtée, dit-il^ ait écrit âapawip re it&jOif* On peut engager 
quelqu'un à mépriser la mort, mais on ne peut guère 
l'encourager à tomber. Tyrtée a écrit sans doute , car la 
prononciation est la même : 

y. aa. L'énwgie des expressions dé Tyrtée le rapproche 
ici du plus audacieux des poètes grecs , Eschyle, qui a dit, 
mais avec plus de hardiesse encore * : 

&f yàp itUfia )(tpfjaiw arpetroO^ 
Le flot terrestre de l'armée mugit. 



* Entre autre» eiemples , Od, y y ▼. 74. 

* Septem ad Theb., y. 64. 

38. 



C'est le seul exemple tont-à-feit applicable qu'ait rap- 
pelé Klotz, daDs les sept pages qu'il a données sur ce 
vers. 

Bach adopte la leçon du manuscrit A , onew^ ^ «x*^* 
au lien de r' hx»^* 

M. de Chateaubriand s'est trompé dans la version de 
ce vers. Il traduit ' : <t 11 détermine par sa valeur le tor- 
rent de la victoire. ■ 

V. a5. iit^tt^MaatK , umbilicique. C'est devant de pareilles 
é|Htbètes qu'on maudit l'insuffisance de la langue fran- 
çaiae, et qu'on envie les Allemands, qui peuvent créer un 
nabelfœrmigen , ou comme Vosa , koch^enabeU '. 

V. 38. xiiaidi. Je l'ai pris dans le sens de exsequias curo^ 
fanera duco, qui me semble s'accorder mieux avec les 
vers qui suivent Qu'on lise , sur. les pleurs dont la patrie 
honore les braves , les admirables chants de Lebrun et de 
Chénier ,. et en anglais la belle ode de CoUias : 

How sieep the brave who aîolt ta rett , 
By ail their country's wishea blest. 

Ces hautes idées de gloire et d'immortalité attachées k la 
tombe , de noblesse acquise aux enfants du guerrier par la 



■ Chkl^vhr., Estai sur tes Bévol., OEuv.eompl.ri.i, p. 131. 
• Vow, Trad. de fil., m , t. 467. 



8DB TTEIÉB. 

yaleur de leur père, rappellent la pensée fondamentale 
des éloges funèbres prononcés dans l'antiqnité grecque. 
Le premier critique français de notre siècle , M. Ville** 
main, Ta parfaitement développée , et a donné une excel- 
lente tmduction des passages analogues aux vers de 
Tyrtée^ dans son Essai sur V Oraison funèbre \ Toutes 
les réflexions qu'il présente à cette occasion sont pleines 
de goût et de sagacité* Je ne puis cependant partager en* 
tierement son avis sur l'oraison funèbre des guerriers 
morts à Pilos, que lliucydide met dans la bouche de 
Périclès '. Il lui semble d'abord que « cette harangue est 
une fiction de l'historien, et qu'elle porte l'empreinte de 
son style grave et sévère. » Mais est-ce là une raison pour 
ne point l'attribuer à Périclès ? Le style de l'un était celui 
de l'autre; toute l'antiquité l'atteste. Qu'il nous su£Bse de 
rappeler le passage classique de Cicéron ' : Pericles aiguë 
AkibiadeSf eteadem œtate Thuoydides^ subtiles 9 acud^ 
brèves 9 sententiis magis quamverbis àbunfianies. Cicéron 
pouvait d'autant mieux comparer ces auteurs, qu'il exi»* 
tait de son temps plusieurs discours reconikus pour 
l'œuvre même de Péridès , quorum quidem scripta con^ 
siantf comme il le dit au même endroit Dans le Bruius^ 
il leur donne encore à tous deux les mêmes vertus et le 



^«•^«i 



* T. 1, p. 194 et suir., éd. de Bruxelles. 

* Thucyd., HisL, lib. 11, c. 36. 
' Gc, de Orai., lib. u , c. 22. 

* Gc., Brut, , c. 7. 



304 œHHHENTAIBE 

même défout : Grandes erant verbis, crebri serUentiis^ 
compressione rerum brepesy et ob eam ipsam causatn m- 
terdum subobscurL Ce n'est point là , assurément , Tidée 
que nous nous formons de l'éloquence d*Alcibiade , mais 
il reste bien d'autres préjugés à détruire dans nos opi- 
nions littéraires à l'égard des Grecs. Les qualités que 
l'orateur romain attribue à Périclès, aussi bien qu'à 
Thucydide ) sont précisément celles que nous retrouvons 
dans le discours dont il s'agit. Et puis , on connaît l'exac- 
titude consciencieuse de Thucydide dans les harangues. 
On aurait tort de le confondre , sous ce rapport, avec 
Xénophon ou Tite-Live. Qu'on voie % dans son Introduc- 
tion , quelle image il s'était faite des devoirs de l'histo- 
rien , et quels scrupules le guidaient dans la recherche de 
la vérité. 

Un peu plus loin * , M. Yillemain reproche à Périclès 
d'avoir placé dans son discours l'éloge d'Athènes , « qui 
ne se rapporte , dit-il, ni au sujet même, ni à la douleur 
qu'il devait exciter. » Il en conclut que « le genre d'élo- 
quence des oraisons funèbres commençait à perdre de 
son enthousiasme, et que ce spectacle des ftinérailles pu- 
bliques revenant toujours le même, l'éloquence, qui re- 
commençait une tâche souvent essayée, devait trouver 
avec peine un intérêt nouveau. » Cela peut être vraii 



' Thac7d,Li,c.22. 
' Loc. laud,^ p. 199. 



Sm TT&TÉ& SOS 

mais il était juste de remarquer aussi que Téloge d'Athè- 
nes entrait parfiiitement ici dans les vues de l'orateur po- 
litique. Athènes commençait avec Lacédémone cette lon- 
gue et pénible lutte qui pendant trente ans partagea la 
Grèce. Les alliés balançaient entre les deux villes rivales. 
Le premier désir de Périclès, son premier devoir , comme 
chef de la république , était de fixer les esprits flottants* 
L*éloge d'Athènes n'est donc pas seulement ici un brillant 
hors-d'oeuvre , comme celui de la patrie ou des parents 
de l'athlète dans Pindare; c'est l'idée mère du discours 
dont le panégyrique des guerriers n'est que l'occasion. Et 
cette occasion , il était indispensable de la saisir , car les 
alliés étaient présents. Remarquez la dernière phrase du 
ch. 36 : vofjJÇ/mf iit) re rtù itafAnt oJx'co; Anperrii Xex^ou ecùri^ xm 
rèv Tcdb/ra SjuiXov xai «otcSv xo) ^iuenf ^ùfKfopou eîuou atùrOy énaotûfjdûu. 

ff Je crois que loin d'être déplacé dans une teHe cérémo- 
nie , le développement de ces idées sera utile à ce nom- 
breux auditoire de citoyens et ^étrangers. » Aussi , en 
exaltant la constitution de sa patrie , ses lois , ses avanta- 
ges physiques et politiques , ses mœurs , ses usages , ses 
principes, l'orateur est toujours attentif à relever ces 
éloges par le contraste d'Athènes avec Sparte : dans l'une , 
les sentiments forcés et les vertus factices commandées 
par la loi ; dans l'autre j cette heureuse alliance de poli- 
tesse et de valeur qui rendait l'Athénien aussi facile dans 
le commerce de la vie que formidable à la guerre. Cette 
intention est surtout évidente au ch. 4^1 • ^ ^ xoi epfxuva 
ri mpi riiç 7r^X£»( , dtâaayaXùofre ttocou/cxq^ [lii mfi ?oou YifiXyevyou rw 



sae GOlifliEifriJis 



ây^iHK^ rjxiJiç rù^fo^mipjg^ifmiKif K. r^ h; « Stje me Buis 

long-temps étendu sur l-élbge d'Adïèiies^ c'était pour 
démontrer que la lutte est inégale entre nous et dos peu- 
ples qui n'ont pasrlea mêmes atant]pges, etc. »!ll est temps 
de revenir à notre sujet. 

Gîtons quelques passages des oraisons funèbres de 
l'antiquité qui ont le plus de rappprt avécTyrtée* Nous 
ne pouvons mieux faire que d'emprunter la traduction de 
M • Viilemain* On pourra vérifier les textes, 

Thucydide ' : « En livrant leur vie pour l'État , ces 
hommes ont acquis pour eux-mêmes une renommée qui 
ne vieiUira pas , et la plus éclatante sépulture ; je parle 
moins du lieu où il$ sont enseveUs que. de cette vaste 
tombe où leur gloire, toujours présente dans toutes les 
grandes actions du courage et de l'éloquence, repose 
éternellement mémorable. Car la terre entière est le tom- 
beau d^ hommes illustras , et ce n'est pas seulement une 
colonne et. une inscription qui attestent leur vertu dans 
leur patrie : n^me dans les contrées étrangères , l6ur 
souvenir immatériel, vivant au fond des âmes, se con- 
serve par la pensée bien. plus que par les monuments^. » 

Diodore de ^cile a quelque chose de semblable dans 
le discours de Nicoiaus '. 



' OdnaledisoonrttiliéfP. 43. 

' Dîoi Sic, lib. xni , c. 20 , 1. 1, p, 657, ed, We^sel. 



SUR TYKISK 307 

lijMB * : a Aussi leur mémoire ne vieillira pas ; leur 
renommée isera Tenvie de tous les hommes. Par la loi de 
leur nature , ils sont pleures comme mortels , mais par 
leur vertu , ils obtiennent des hymnes comme les Dieux. 
On les honore d^nne sépulture publique; on ouvre ^ en 
leur gloire, une lice où combattent la force, le génie, la 
richesse , afin de montrer qu^il est juste que ceux qui ont 
terminé leurs jours dans la guerre reçoivent les mêmes 
honneurs que les Immortels. Pour moi , j'admire et j'en- 
vie leur mort, et je. crois que la i^aissance n'est un bien 
que pour ceux qui, du milieu de ce corps périssable, 
ont laissé par leurs vertus un souvenir éternel d'eux- 
mêmes. »... , . 

Je pourrais ajouter à ces citations des passages de Pla- 
ton dans le Menexène, du pseudo - Démosthènes dans 
Y Éloge des morts à Chironée , d'Hypéride dans le Puné- 
gyrique des morts petidant la guerre contre Antipater, 
de Cicéron dans la quatorzième Philippiquex etc. J'y ren- 
voie les jeunes gens en leur recommandant vivement et 
du fond du cœur ces sortes d'ouvrages. Tandis que notre 
UttératOre tantôt 30 resserre dans un ppsitif aride et étroit, 
tantôt se dissipe dans un vague insaisissable , ou , cher* 
chant ses héros aux cachots et aux bagnes, semble ne 
voir dans l'homme que la £eice hideuse et dégradée de sa 
nature, c'est aux jeunes gens à remonter ve^ l'antiquité. 



' flViTtf^. A«y. 



J 



308 GOMMEHTAnUB 

à s'enivrer de ces pensées généreuses , de cet espoir d'im- 
mortalité qu'elle promet à la vertu et au patriotisme pra- 
tique. Si c'est là une illusion , elle est du moins plus 
noble et plus utile que les atroces ou ridicules niaiseries 
qui encombrent nos cabinets de lecture \ 

y. 3o. Homère a dit de même ' : 

XM ncXÔeç ncUiwj roauy [Affrcma^e yéimrrcu. 

Sur les honneurs rendus chez les Grecs aux fils et aux 
descendants des guerriers; voyez Petit et Wèsseling ', et 
Lysias à l'endroit cité. Comparez avec la fin de cette élégie 
la Mèssénienne de Casimir Delavigne, intitulée Tjrrtée 

aux Grecs. 

« 

V. 33 et 34. Deux vers attribués par Francke au rhap- 
sode avec autant de fondement qu'à l'ordinaire. J'ai parlé 
de la pensée elle-même au v. 7 de Callinus. 

y. 35. Henri Estienne et quelques autres donnent 
f^ffoi^ Ikot. Brunck prétend que eé avec le subjonctif est un 
solécisme , et écrit ^ èè (fùyrj. Cependant l'usage des Ioniens 



* Voyes Chàteaobr., Essai sur les Bépol., OEuu, amipUy 1. 1, 
p. 131. 

• //.u,v.308. 

' Petit , Legg. Au. y édit. Wessel. , dans Jurùpr. Rom. et Au,, 
t. m, p. 699. 



SDR TTKTËE. 909 

et des Doriens autoriae cette forme \ Pour ixip , le manus- 
crit B de Gaisfard donne ëx>7- 

Y., 39. La leçon {leren-féitei qui se trouvait dans Stobée a 
été corrigée depuis long-temps et changée en ixsrctnpinu. 
Ce vers et les trois suivants ont encore été attribués par 
Francke au rhapsode. Il y trouve une répétition £aible et 
inutile du distique précédent. A dire vrai , le retour de la 
même idée et de la même expression y reparaissant trois 
fois de suite aux v. 27 , 87 et 4i 9 est une négligence ; mais 
sufBrait-elle pour enlever à Tyrtée des vers reproduits 
par les gnomiques qui l'ont suivi , dans ce même esprit de 
parodie que nous avons remarqué plus haut ? C'est évi- 
demment avec une intention ironique que l'auteur des 
Theognidea applique les vers de Tyrtée sur la seule va- 
leur , à la réunion de la valeur et de la beauté*. Epkema ne 
Fa point senti ^ quand il propose de lire xOdbç au lieu de 
xâAAo(. Voici le passage : 

oAâoç oç toùtw àiÂtfCTépùw ixa^of' 
nâaneç [lOf rtiLCîaof* oijlûç veoc oire xaraùroy 

X^P^i eix0U(7£y y Tocn itaCKcuémpot, 
yïipAoTKMf iardïGi [Âffrocrtpéitet y oiâé riç eoùroy 

jSAaTrreo/ oSr euâoOç oure ôixi^ éâiXei. 



' Voyes Matthiœ , 6r. ^. ^ $ 625 , 7, p. 1020. 
* Tkeogn., v. 033 , edit. Bekker. 

30. 



310 COMMENTAIRE 

La manière dont Théognis présente ces vers me fe- 
rait pencher vers Topinion de Thiersch *, approuvée 
par Bach *. Ces deux savants pensent que , dans Tyrtée, le 
pénultième distique doit précéder l'antépénultième; et, 
sans être partisan du système des transpositions, sans 
avoir même osé, à Texemple de Bach, introduire celle-ci 
dans mon texte, je ne vois rien à opposer au raisonne- 
ment de Thiersch s'appuyant sur Théognis : In vulgatisj 
dit Thiersch , distichon -nén-eq 3* év 3-wxac7« x. t. X.postpositum 
est alteri yyipàjTxm d^iaroXat x. t. X. manifesto errore. Nam^ 
post yripàmuuM^ non possunt inferri o\ TtaXouârepoi y qui ipsi 
loco cédant. Contra j si transpositionem admittas, virum 
habes cui juvenes ^ œqualesy seniores cedunt, et qui ^ ipse 
senex factus, ma^no honore floret^ quœ concinna et 
apta oratio e^/. Remarquez aussi qu'avec cette transpo- 
sition, ce qui était d'abord une tautologie inexcusable 
dévient un redoublement ordinaire aux poètes , et qui 
donne plus de vigueur à la pensée. 

V. 4o. Voyez, sur l'emploi du génitif dans ce vers , l'o- 
pinion de Matthias '. Quelques traducteurs expliquent : 
a Personne ne veut lui nuire , et à cause du respect qu'on 
a pour lui et qui s'y oppose, et à cause de la justice. » Je 
préfère interpréter : « Personne ne veut lui nuire, ni en 



* Thiersch, Acta Mon, y m, p. 636. 

• Bach In Tyrt., p. 1217. , * 
' Qram, gr., § 338. 



SUR 1TRTÉB. 311 

ce qui concerne rhonoeur, ni en ce qui concerne ie 
droit. » Matthîae, à l'endroit cité, partage tout-à-fait mon 
avis. /SAonrecv, id est arep^ j dit Schœfer \ 

9 



y. 4i- Par d&»x0i>çy je n'entends pas seulement, avec 
Klotz, les bancs du théâtre , mais les sièges dans toute 
espèce d'assemblée publique. Il faut , avec les meilleurs 
interprètes, distinguer ici trois sortes de personnes qui se 
lèvent devant le guerrier, à savoir, véoc, les jeunes gens, 
0? re xot' oukéy^ ceux de SOU âge, et iroAoïorejOoc , les hommes 
plus vieux que lui. 

y. 4^- Pour les variantes de ce vers ^ consultes fiekker *. 
Sur l'usage de se lever devant la personne qu'on veut ho- 
norer, et de lui faire place, voir entre autres Cragius '. 
Les dieux se lèvent ainsi à l'approche de Jupiter , et les 
poètes en présence de Musée ^. 

y. 43- <^p^ dans ce vers est plutôt ia gloire que 7a 
vertu. Pindare Ta souvent pris en ce sens. C'est là un de 
ces mots à signification , pour ainsi dire , élastique , qui se 
plient, selon les circonstances, à une foule d'idées. Si l'on 



• Voy. Tbeogn., T. 223. 

• Ad Theogn., v. 936. 

^ De rep, Laced.^ lib. iv ^ c. 9. 

« Hom., //. I», V. 533^ Virg., EcL vi, v. 66. 



312 GOMHEITrAIBS 

a dit la vertu pour la gloire , on a dit également la gloire 
pour la vertu. Virgile ^ : 

. . • Sunt hic etiam sua pnemia laudi. 

L'expression dq ax,pw iperfjç bda^ai parait empruntée d'Hé- 
siode. Il avait dit , en parlant de la vertu, « la route qui y 
mène est longue et escarpée ( c'est le der Tugend steiler 
Hûgel de Schiller ); les premiers pas sont pénibles, 



. • . eTT^y (J'ecç oûil^ ex)?» 

Bossuet emploie la même image dans VOraison/unèbre de 
la Reine d^ Angleterre. 

Y. 44* Tous les manuscrits donnent fu^tàç T^Mym. Celui 
de Gessner seul porte à la marge fuàtàq nàKifjuav. Bach cite 
à ce propos Schœfer, s'appuyant lui-même sur Damm et 
Yalckenaer, qui se réfère à son tour à Rich. Dawes ^ De 
tous ces témoignages , on peut conclure que l'actif juedfV 
se joint le plus souvent à l'accusatif , et le moyen [jxâleiuu 



' Virg., jEneid. i, t. 461 , et Gerda , Burmann , Heyne^ sur ce 
passage. 

' Hes., Oper. et Dies, y, 288 ; Schiller^ an die Fteude , Gedlchte, 
p. 19, Mûnch. 1829. 

' Damm, Zex. Homer,, c. 937 , ^oc. fttB-ln^t ; Valck. ad Ewip* 
Phcm., p. 189 y B; Dawes, MiscelL crû., p. 238 , 239. 



SUR TTBTÊB. SIS 

au génitif. Pour luâmm avec l'accusatif , Bach rappelle 
Homère en plusieurs endroits \ N'y a-Ml pas quelque 
chose d'incorrect et de gêné dans la manière dont 
Estienne et Ursinus * lisaient ce vers : 

Il semblerait d'abord que le dernier hémidistique de 
cette élégie est un peu faible , mais , comme l'a bien re- 
marqué M. Firmin Didot ', les anciens écrivains ne pa- 
raissaient pas attacher autant d'importance que la plupart 
des modernes à terminer leurs pièces par quelque idée ou 
quelque expression saillante. Qu'on se rappelle les der- 
nières strophes de beaucoup d'odes d'Horace. La nou- 
velle école de poésie française imite en cela les anciens. 
C'est une des habitudes de style d'André Gbénier. Ses 
successeurs l'ont même porté, comme tout le reste , jus- 
qu'à l'affectation. Chez eux, on cherche souvent la fin, 
après qu'ils o|it fini. Le prinnîpe est bon pourtant ; car 
pourquoi vouloir terminer toujours par un vers à eifet? 
Et puis j est-il bien sûr que ce fragment contienne une 
élégie tout entière , et que les derniers vers du fragment 
soient réellement les derniers de l'élégie? 



• Hom.,//. y, T. 414; Od. •,▼. 77; •,▼. 471; «,▼.212. 

* Unin.} Cann. novem îUuii.Jœm., p. 221. Ant. 1668. 
' Chants de Tyritfe, p. 60. 



314 œHHENTAlRE 



IV. 



Ce passage est cité par Strabon, vi, 3, 3 , p. 4^8 ^ Al- 
melov. Il le rapporte pour prouver que la Messénie fut 
conquise par les Lacéâémoniens après dix-neuf ans de 
guerre. Pausanias rappelle aus^i les deux derniers vers au 
ch. 1 3 des Messéniaques et les trois premiers au ch. 1 5 
du même livre. Voyez ce que j'en ai dit dans le second 
Excursusy après la notice sur Tyrtée. 

V. I. Les manuscrits de Strabon suivis par KIotz don- 
nent AfiXfm T(u^ iyuxyprr^ J'ai préféré la leçon de Pausanias 
Aiifoùrh^j adoptée par Brunck, Francke, Bach, etc. J'ex- 
plique aùriflf par Ithome. Le dernier vers du fragment et 
l'intention de Pausanias en le citant , autorisent cette in- 
terprétation. Bach écrit nwfa nuù 6éK en trois mots, d'après 
un manuscrit. 

V. 3. cd^pyj^od. En rapprochant ce mot du fragment, 
S/mtp ovoi,.. Welckér ^ suppose dans le mot aiyijjyrtcd une 
certaine idée emphatique de noblesse. Cumfastu , dit-il , 
apud Tyrtœum , i v , 3 , nobiles dicuntur df^yrrcd narépw 



* Proœm, ad Theogn., p. xxxvi. 



SDR TYRTÉE. 315 

rifierifm naripeç] niHoolœ, ^ly I9 omnis prouenîus dimi^ 
dium sohere coacti contumeliose , 

Je ne crois pas que telle ait été ici Tintention de Tyrtée, 
et Texamen attentif de ses poésies ne me fait apercevoir 
dans odxpyn'M que Tidée de valeur militaire, la seule no- 
blesse à ses yeux. Je doute même que Ton puisse tirer une 
conséquence plus positive du v. 869^ de Théognis \ dont 
le critique s'appuie. Mais je n'en approuve pas moins 
l'excellente dissertation dans laquelle il démontre ce que 
Heyne n'avait fait que toucher légèrement ', savoir , que 
les mots xoXoç x^a5^, ÔLperii^ etc., opposés à xax^, deû^Sç^ etc., 
renferment fort souvent l'idée de noblesse , et d'une no- 
blesse tellement féodale , surtout dans les premiers siècles, 
qu'il n'y manque que ces divers degrés, cette espèce de 
ricochet de vasselage qui, dans le système des fiefs, sépare 
le plus haut suzerain du dernier serf. On ne peut se le dissi- 
muler, la liberté démocratique des anciens ne reposait que 
sur l'esclayage, soit de naissance, soit de conquête; sans 
esclaves, point de république à la grecque et à la romaine. 
Et non-seulement Jles esclaves se retrouvent partout, mais 
on rencontre aussi, presque en tous lieux, cette classe 
intermédiaire entre le noble, c'est-à-dire , l'homme libre. 



' v.600,ed.Welck. 

' PrœfaLadGlandorfisenteniiosa vet. gnom, poet, oper,, 1776. 



316 COMKENTAIRB 

propriétaire et armé, et Tesclave proprement dit, cette 
classe qui cultivait la terre, payait les tributs, le plus sou- 
vent en nature, et ne jouissait pas des droits complets de 
citoyens. Qu^on étudie presque toutes les villes grecques, 
on y reconnaîtra la fameuse classification de Sparte : 
Spartiates, Lacédémoniens , Ilotes. C'est une des causes 
les plus fécondes de révolution dans les cités, et Sparte 
même ne put la neutraliser entièrement \ 

V. 4- ^^« ^/7«9 dit Klotz, agri fertiles y loca cuita. 
Homère • : 

m 

C'est dans le sens du boum labores de Virgile '. e/o/œ, con- 
sacré aux travaux et spécialement aux travaux champê- 
tres, a servi ensuite à exprimer la matière même qu'on 
travaillait. 



■ Voyes l'admirable tableau de rÉtrorie, HisU Rom. de Nie- 
bubr , traduct. de Golberry , 1. 1^ p. 116, sqq. éd. de Brox. 

* //. ^, V. 283; Yoyez Rittershuis u^if Oppian. Cyneget., ii, 151 ; 
et Interprell. ad Hesycb., voc, ifY«t, 1. 1, p. 1418. 

» JEn., lib.n,v.S06« 



SUR TTRTte. 317 



V. 



Vers cités par Strabon, vni, 4 9 10, p. 557. J'ai dit à 
quelle occasion , dans le 3™* Excursus qui suit la vie de 
Tyrtée. 

Pour Epeatxeidaiç et IU^oïïoç vfjaw, consultez les notes sur 
le i*' vers de la deuxième élégie et sur le septième de la 
3^. Francke sépare les deux distiques réunis ici par 
Strabon. Il donne le second à part , sous le titre de sixième 
fragment ; et le mot HpcaCkddeuq , qui se trouve dans le pre- 
mier f le porte à le placer à la tête de la seconde élégie , 
commençant par ces mots Aax' HjoaxX^ , etc. Il me semble 
du moins que c'est cette conformité de mots et d'idées qui 
a déterminé la transposition du distique , plutôt qu'au- 
cun des motifs dont il cherche à justifier les changements 
qu'il propose aussi au texte de Strabon \ 

y. I. Remarquez, avec M. Bach, la quantité du mot 
Kpcviw, La pénultième'^, brève ici , est toujours longue dans 
Homère. 



* Francke y Proam. ad Tyrt.j p. 145. Gomparex Gh. 0. Mûller , 
Dorier, i, p. 47 ; Haithiœ , Dissert, contre Francke j p. 2S1 ; Thiertoh, 
Disseri., p. 696; Bach ad Tyrt., p. 78. 

,40. 



318 œmiENTÂlRE 

y. 3. rjyefM&fra, Le scholiaste d'Homère explique nvefi^ 



VI ET VIL 



Pausanias j dans les Messéniaques , c. i4 7 veut prouver 
combien les Messéniens essuyaient d'outrages de la part 
des Spartiates, leurs vainqueurs , et il appuie ce qu'il 
avance sur les vers de Tyrtée dont se composent ces deux 
fragiùents. 

V. a. Siro pour ùtto, comme Ta écrit Bach par anastrophe. 

V. 3. J'ai adopté la leçon de Kuhn, approuvée par 
Francke et Bach. Les manuscrits de Pausanias portent 
^{umj nôofff oadûnf nuxffKiy... leçon évidemment incorrecte. 
Klotz proposait rnuau nâbf xafmCSv Saoey... Brunck, en s'éloi- 
gnant trop du texte : i^fticru nâbf nuxfmûv^ eUjonep,,. Francke dit : 
Est Yipjau TiJy tota pars dimidia j nihil minus ut nxma, -/ifjtjea 
apud ipsum Pausaniam '. Sjmiaxis, quœ eadem est ac si 



» //. /8,v.e06: 

* Quelques lignes plus haut j et c'est là , je crois, la leçon vérita- 
ble, quoique Clavier, Notes siir Pausan., p. 147, préftre wmrrmw rm 
iftUtmj que lui domient deux manuscrits de la Bibliothèque du 
Roi. 



SDR TTRTÉE. 31» 

latine dixeris, partem dimidiam, quotquot fruges, hoc 
est partem dimidiam frugum quoscunque terra gignit, 
non vereor ne oui defensione egere videatur. Nemo enim 
ignorât omnino relatiuum pronomen centies nomen ad* 
sciscere in utraque lingua. Quanquam sunt quœ de hac 
structura etiam nova dici et corrigi possint. Ne tamen 
nihil plane dixisse videar, apponam unum saltem Ho- 
meri locum , II. a , v. 566, 

M^ vxà TOI ou xpalafwoQf^ oaoi âeot ela év 0}i{t[jam. 

ubiy secundum vulgarem loquendi usum^ Beol in priore 
orationis membro ponendum eraL 

9 

Pour le fragment vu , consultez sur les funérailles des 
rois de Sparte, Hérodote, liv. vi , c. 58. 



VIII ET IX. 



Cest encore Pausanias qui nous a conservé les deux 
vers du premier fragment au ch. 6 des Messéniaqiies. Ils 
ont été discutés au second Excursus, où il est traité de 
répoque où vécut Tyrtée. J'ajouterai seulement ici que 
Francke , dans son édition, a fait précéder ce vers du mot 
îh>^uô<ifxù. Il lit ainsi le tout : 



320 COMMENTAIRE 



• . • • UàXrjôùptaj 

ov Ai Meaaiiuïjy e'IXûiJLsy eùpu/ppou , 

Cette leçon n'est soutenue par aucun manuscrit de Pau- 
sanias ; mais voici le motif qui détermine Francke. Her- 
mann avait fait observer ^ que les règles du rhythme pa- 
raissaient choquées , toutes les fois que le quatrième pied 
d'un hexamètre se trouvait être un dactyle formé des 
deux dernières syllabes d'un mot amphibraque, et d'une 
brève appartenant au mot suivant j comme ici âecfîGt (fixtù , 
et que pour rendre ce dactyle supportable , il fallait que 
le second des deux mots fat un monosyllabe , ou le pre- 
mier tout autre qu'un amphibraque. Hermann cependant 
n'avait point cherché à corriger plusieurs vers d'Homère 
et d'Hésiode qui s'opposaient à cette règle. Francke Ta 
tenté. Il altère, d'après ce principe , des vers d'Homère , 
d'Hésiode et de Théognis •. Pour y obéir , il ajoute , dans 
Tyrtée, le nom de Polydore à celui de Théopompe. Il est 
vrai que Polydore partagea , selon Pausanias lui-même , 
les exploits du roi de Sparte cité par le poète. Aussi ne 
voit-on pas pourquoi Francke n'a pas écrit au vers suivant 
duc iià au lieu de ov, puisque l'éloge devait s'appliquer à 



^ De œtcU, script. Argonaut, j p. 693. 

• Hom., //. I, T. S94j A, T. 085; >^, v. 587; Od,ii,r. 192; Hes. , 
Theog,, V. 319 ; Theogn., v. 877. 



^ 



SUR TTHTBE. 321 

l'un aussi bien qu'à Tautre. Le critique prétend encore que, 
par ces vers, Tyrtée recommandait l'obéissance aux rois, 
mais rien ne fait soupçonner quelle était ici l'intention de 
Tyrtée. La plus forte objection contre la leçon de 
Francke est la remarque de M. Bach, que le vers qui 
précède iifjuerifxù fiaaûifjii devait être un pentamètre. Or, un 
pentamètre ne peut 6nir par Bonuitifxa. Au reste, M. Bach 
.a adopté le dernier vers, que Butmann avait prétendu 
aussi appartenir à cet endroit, et qu'il y avait ajouté , en 
substituant le féminin au masculin. Le texte du manu* 
scrit donne : 

Ce vers, dont j'ai fait le 9°>< fragment, parce que rien 
ne me démontre d'une manière décisive qu'il doive être 
joint aux précédents, est cité par Platon, de Legibus, 
p. 4489 éd. Bekker. 



X. 



Nous devons ce fragment à Plutarque , Vie de Lycur- 
gue, c. 8. Dans les assemblées publiques, avait-il dit, 
l'initiative n'appartenait pas aux citoyens ; les deux rois 
et les sénateurs proposaient , le peuple n'avait qu'à ap- 



322 COHNENTÂIRE 

prouver ou rejeter. Mais cet état de choses ne pouvait 
être de longue durée dans une constitution où Télément 
démocratique était si puissant. Aussi, dans la suite , 
comme la multitude, à force de retranchements et d'addi- 
tions j torturait le sens des propositions de loi , et les dé« 
naturait même entièrement , les rois Polydore et Théo- 
pompe ajoutèrent au Rhètre, rppiffrpix napeyiypa^f l'article 
suivant que Plutarque donne en dialecte lacédémonien : 

ai iè oxoXw êdfÂOç eAorro j roùç npeaSuyafia^ xoi ipxpcyéraç 
àmocnecrfjpa/; ei/uo/, c'est-à«dire , ainsi. qu'il l'explique luir 
même : « Si le peuple altère une scolie, les sénateurs et 
les rois, loin de l'appuyer, doivent se retirer et dissou- 
dre l'assemblée , » comme falsifiant et corrompant la loi 
proposée, yyùppt^ oTooKiiv. Les rois persuadèrent aux ci- 
toyens que, en agissant ainsi , ils suivaient l'oracle même 
du dieu , « que Tyrtée rappelle quelque part dans les vers 
suivants. » Viennent ensuite les trois distiques cités. 

Je suis étonné que Plutarque se soit servi du mot 
napeyéypœpay en parlant du Rhètre. « A Sparte, dit Suidas \ 
les Rhètres signifiaient les lois de Lycurgue. » Et je crois, 
en effet, que c'était là l'unique sens de ce mot chez les 
Lacédémoniens. Ces lois, approuvées parles dieux mêmes, 
semblaient être ^expression de leur pensée. C'est pour- 
quoi on se servait pour les désigner d'un dérivé du vieux 
verbe pém^ parler, car l'oracle était la parole par excîel- 



• F'oc. ^fV^«i,l.U,p. 683. 



SUR TTRTÉE. 323 

lence , la parole parfaite , rexéofr iitèa , comme l'appelle 
Tyrtée. Or, le Rhètre, selon Plutarque, ne s'écrivait pas , 
et il en donne la raison ^ : « Lycurgue ne voulut pas qu'on 
écrivît aucune de ses lois ; il le défendit même par une de 
ses ordonnances appelées Rhètres. ïl croyait que rien n^ 
plus de pouvoir et de force , pour rendre un peuple heu* 

reux et sage, que les principes qui sont gravés dans les 

• • • 

mœurs et dans les esprits des citoyens. Us sont d'autant 
plus fermes et plus inébranlables, qu'ils ont pour lien 
la volonté, toujours plus forte que la nécessité, quand 
elle est la suite de l'éducation , qui fait pour les jeunes 
gens l'office de législateur. » Quoique les Grecs se^servis- 
sent des mots ypw^ v6[iauç dans le sens du latin leges/erre, 
peut-être Plutarque, dans l'endroit même où il parle de 
lois non écrites, devait-il employer une expression plus 
rigoureuse , ne fût-ce que pour éviter une amphibologie. 
Car plusieurs ont cru que la législation de Sparte subsis- 
tait ailleurs que dans le cœur des citoyens *. Passons au 
texte de Tyrtée. 

V. I. On lisait, dans presque tous les manuscrits et 
dans l'édition des Aides, ol rdâe voc^. Bryan, en conser- 
vant la vulgate dans le texte, proposa dans ses notes, 



' Plut., Lyc.y c. 18, Traduction de Don Ricard, p. 34, Paris, 
Brière, 1827. Comparez Wolf , Prolegom. in Hom. , p, 67 et suiv. 

' Voyez entre autres Libanins, t. II, p. 476, et, sur cette question, 
Fabric., Bibiioth.gr,, lib. u, c. 14, tom. II, p. 17, éd. Harlès. 



324 COMMENTAIRE 

d'après un manuscrit , cbuki^ hu*£ût\ leçon heureuse et qiû 
a été généralement adoptée. 

y. 4* ï^ forme dorienne Imàfnàu; doit être conservée 
dans un oracle qui s'adresse aux Laoédérnooiens. Racine 
a dit 9 dans le sens grec % 

Je quitte le séjour de Xaimahh Trézène^ 

liupoiuaa nohtç. Mimnerme avait dit également éparipf HjûXo- 

V. 6. Pyrrpouç. Ce que je vais avancer ici n'est qu'une 
simple conjecture tout-à-fait personnelle, et sur laquelle 
je suis loin de rien affirmer positivement; mais le mot 
prprpcuf; m'a fait soupçonner que l'oracle rapporté par 
Tyrtée ne s'appliquait pas à la circonstance à laquelle 
Plutarque le rattache. En effet, dans l'oracle que le poète 
rappelle quelque part (ttou), mot qui semble insinuer que 
Plutarque ne se ressouvenait pas nettement du passage , 
s'il ne se fût agi que de l'accord du peuple avec le sénat 
sur les propositions de loi , le dieu aurait employé le mot 
yy^lJLYjv, axo}itiyj dont Plutarque se sert dans cette accep- 
tion. C'est ce qu'avait senti Francke. Son texte porte ' : 



' Rac, Phèd., aet. 1 , 80. 1. 

' Cité par Strabon , Geogr., xiv , p. 634. 

' Tjrrt./ragm., p. 199. 



SUR TTRTÉE. 325 

eiâeùuç ymfmùi âyrccnafJttéSofÂéyouç ^ 

et il explique : respondentes rogationibus , seu poilus , ut 
latine loquamur, judicia fsrentes de rogationibus Me* 
gum et Senatorum non delortis vel corruptis. 

Pour moi, j'aime mieux conserver prrrpat^^ et donner à 
l'oracle une application beaucoup plus large que celle 
que présente Plutarque. Je le suppose prononcé dans une 
occasion plus solennelle. Il ne s'agissait de rien moins 
que de sanctionner , en le résumant dans la parole d'un 
dieu j tout l'esprit de la constitution de Sparte. En adop- 
tant cette explication , qui ne reconnaîtra, au berceau 
même des cités grecques, une complète prescience de 
nos modernes institutions ? PTfrpcu , les lois de Lycurgue , 
auxquelles les rois d'abord, puis le sénat, puis le peuple, 
correspondent et servent comme d'éternel écho , ces lois, 
dont les décrets publics ne sont en quelque sorte que les 
corollaires, âanemaLfu&yhcKj^y ne sont-ce pas nos chartes ^ 
nos lois fondamentales , source de tout droit politique , 
que réfléchit, ou du moins doit réfléchir tout le reste de la 
législation \ Et notre hiérarchie parlementaire fut-elle 
jamais mieux indiquée que dans ce passage ? âeartija^rouç 
/3aaiX<5aç , c'est le pouvoir royal sur qui reposait toute 



* TnrfM, dans ce sens , se retrouve encore dans Plat.^ fyc»f c. 13; 
AgesiLy c. 26, med. Les anciennes lois non écrites de Sparte s'appe- 
laient aussi fif€MTM, Voyez l'inscription citée par Hérod. , yu, 226, 
et Jacobs ad AnthoL Brunck., t. VI, p. 220. 

41. 



326 COMMENTAIRE 

l'exécution des lois , le gouvernement , proprement dit , 
oiat [juixet i:6\u; , pouvoir appartenant à une seule famille , 
héréditaire, inviolable, etc. npeaSirraq re yépcnnaqj ce sont 
les trente sénateurs. Rappelons-nous ce qu'en dit Plutar- 
que *: « Ce corps, que Lycurgue unît aux rois, dont l'au- 
torité eût été, sans cela, trop grande, et qu'il investit 
d'un pouvoir égal à celui de la royauté, fut, dit Platon, 
la principale cause de la sagesse du gouvernement et du 
salut de l'État. Il avait flotté jusqu'alors dans une agitation 
continuelle, poussé tantôt par les rois vers la tyrannie, 
et tantôt par le peuple vers la démocratie; le sénat, 
placé entre ces deux forces opposées , fut comme un lest 
et un contre-poids qui les maintint en équilibre, et donna 
au gouvernement l'assiette la plus ferme et la plus assu- 
rée. Les sénateurs se rangeaient du côté du roi quand il 
fallait arrêter les progrès de la démocratie ; et ils forti- 
fiaient le parti du peuple pour empêcher que le pouvoir 
des rois ne dégénérât en tyrannie. » N'est-ce pas là les 
chambres des pairs , les chambres hautes , les sénats mo- 
dernes ? N'avait-on pas senti parfaitement dès lors la né- 
cessité de leur existence politique , et la nature de leurs 
attributions? Enfin J)î/x^aç Sofipau; , c'est le peuple ^ dont le 
suffrage définitif était indispensable à toute action légale, 
et auquel un autre oracle, cité par Plutarque, avait as- 
suré le suprême pouvoir d'adopter ou de rejeter la loi. 



* fycurg,, c. 7. 



8DB TYRTÉE. 327 

Qu'on lise ce qu'ont dit Platon , Xénophon , Isocrates , 
Aristote, Plutarque, Polybe, en mille endroits , et, parmi 
les modernes ^ ceux qui ont spécialement traité de Sparte, 
Cragius, Manso, Hauptmann, Goguet, Barthélémy et 
les savants de l'Académie des Inscriptions et Belles-Let- 
tres '; qu'on n'oublie pas surtout que l'institution des 
Éphores ne date que du règne de Théopompe et n'était 
pas dans l'institution primitive du législateur lacédémo- 
nien ; et l'on retrouvera , ce me semble , dans la machine 
politique de Lycurgue, car, je ne parle pas, bien en- 
tendu , de sa législation civile , un modèle en petit des 
édifices constitutionnels de notre Europe moderne. NU 
sub sole nouum. 

L'édition de M. Bach donne ce dixième fragment, mais 
en réunissant au texte de Plutarque les additions que 
présente le passage de Diodore nouvellement découvert 
par M. Angelo Maï , imprimé par lui dans son ouvrage 
Veterwn scriptorum nova collectio, vol. II , p. 3, et ré- 
pété par Dindorf '. Voici ce passage : 

On h oûroç Awn^pyoç ijveyiie xpYiafJLoy ex AeX^y nsp) r^ç 
(ftXapyvplaq tou év napoiiuaç [xépu yafYiyjstfeu'ofieyw 



* On trouvera pour les recherches à faire sur la législation de 
Lycnrgne, une note savante du professeur Richter^ au liy. ii^ c. 14 , 
T. II , p. 18 de la Biblioth. gr. de Fabrioius, éd. Harlès. 

* Diod. Sic., Biblioth. histor, excerpt. P^aiîcan., p. 3, Leipt., 

1828. 



328 COMMENTAIRE 

A (fûioxfvjfiarta Stitâproof IXœ 9 ctXAo de oôôèy. 
dij yip (xpyvpoTO^oç SofOL^ èxâecyoç Att^Xm; 

S.Gi [xéXst I,ndpmjç IjjLspôeaaa, ttS/hç , 
npeaSuyeutïç 3è yépoincLq , eTierra dï A^fiSrraç avipou^ y 

eùâeiyjv pfyrpotç iyTCŒOLy£iSoyLiyQiiÇy 
[ÀvâtiGâou âè ri xoAà, xa) epôeof naarra dlytaua , 

diÔ[jjo(j TE hXt^^u vœ^j Tuod xoLproç htsaâou' 
^Soç yip Ttep) tc5v gSJ' ÔTtétfYjvB ttô^u. 

M. Bach retranche d'abord le premier vers qui se 
trouve là par une erreur évidente de Fabréviateur de 
Diodore, car il ne se rapporte pas à la suite , et réclame 
son pentamètre. Il y substitue les deux premiers vers de 
Plutarque, ^Sw , x. t. x. 

On voit que Plutarque a pu retrancher le second dis- 
tique âii yipj dont l'absence, en effet , n'altère pas le sens 
de l'ensemble. La forme âri yip se justifie par Homère ' ; 
la construction du pentamètre suivant se retrouve dans 
Hermesianax V 

Au vers 5^ fioux^ est une faute évidente; il faut le rem- 
placer par le ^xfjç de Plutarque. 



' Uom., //. .,y.^8,Od.m, v. 194. 
* Uermes. , Fragm., 5 , 89. 



^ 



SUB TTRTÉE. 329 

Au y. 6, la forme Imdpryiç s'excase par les habitudes 
épiques de Tyrtée. 

Au V. 7 , TTjoeoêyyfiveTç âè me semble aussi préférable à 
npeaëin-aç re. ai est mieux opposé que re au juèv du v. 6 , 
et rien n'empêche de supposer dans T:peaSvyQfëiÇy outre 
son sens propre , une idée de vénération pour la yepou- 

y. 8. siàtiYpf pifrpaç , maladresse manifeste du copiste. 
Je n'ai aucune objection contre £tS^£i>7v prh'pyiv proposé par 
M. Bach. Mais ce singulier même me semble prouver en 
faveur de mon interprétation : c'est encore plus positive- 
ment là la loi de Lycurgue, la charte de Sparte , l'oracle, 
îwpt' é^oxyjiy. M. Bach explique : Populum oportet suffragia 
haud ohscura referre ^ si lex quœdam à Regibus atque 
senatu rogata est, id est, rogationem accipere aut 
detrectare. Cette version , beaucoup plus arbitraire que 
la mienne, me semble rabaisser la haute pensée de 
l'oracle. 

Le vers lo est mutilé et contraire à la mesure. Dindorf 
la rétablit ainsi : 

Bach voudrait : 

expression qu'il appuie sur Homère et son scholiaste, 



330 COMMENTAIRE 

sur Hésiode y Solon, et Théogois ^ La leçon de Dindorf 
me paraît plus simple. 



XL 



Ce fragment est un de ceux que les commentateurs 
ont le plus tourmenté. Il est extrait de Dion Chryso- 
stôme, Orat. ii, mpi ^aujiX.j p. 3iy A; 1. 1, p. ga, éd. Reisk. 
Voici le texte : 

£t< de oifJLou Tiflf TCApoLii^YjiToàju Sm Tc3y AaïuwoUùv éfiSamjpMtif j 
lix^oL Ttpénouaav t>7 AuTooùffyou iKiKcrdct xaî roXq éKcrYiôeùfJLûUTOf 

ft 9 T 

ayer a> 

ZnxfToç eÙMfâponj nuoupot npîSTOu (^Ttpirepoy) TtcMJTou^ 
Xouqi fdv roi hvu 7r/9oSixXe?3e , ôopu d^sMXfUiq 

Le scholiaste nous apprend que cette exhortation 
napcof^Yrraon fait partie des poésies de Ty rtée , et Tzetzès ^ 



• Hom., //. ^, V. 387 j Hes., ïpy., y. 221 , 252, 260 , 284 ; Soi., ly, 
T. 38; Theog., t. 636. 

' Taeti. , ChU. i , hàt. 26^ ▼. 692 , sqq. 



SUR TTRTËE. 331 

le conârme, en citant le même passage. Il ne sera pas inu* 
tile de rapporter ses paroles : 

TvpraXôç AflbcMy arpeenjyoç xoi noorrijç mfjp^of , 
izpTrpenrtm izpoq TttiKzfto^ ypà'^ iafiârw fUT^y 
Si:€p r^doif cl Awmmftç & (ji^ifSôKaûiç ito)JiiMf y 
T:i^ppt)(ioy ép^ou[x£yoi rcitç vâiiotç rcû AuwûffyWj 
ùç Aiuy )(£ioaiGToyiûq oSt» ttou ypdxfei XiyW 
AysTf (à ZiieipTrjç eôto^pofj nuaûpoi Ticeripunfy 
Xaïf, fiJÈv hw npdSàiKKeaâZy dopu ô^eùroXfMiêç SùtXXoureçj 
[xi] (fetôeaBe ^^/uâti^ , oo ykp izirptay rf laiiprra. 

Ces vers sont les seuls qui restent de ces ipêaxripia. dont 
nous avons parlé dans le quatrième Excursus après la Vie 
de Tyrtée. Mais puisque Dion lui-même leur donne ce 
nom y il est très probable qu'ils étaient coupés et scandés 
autrement qu'ils ne le sont dans son manuscrit , et qu'il 
faut les ramener au rhythme anapestique. C'est ce qu'a 
fait très heureusement Théod. Canterus d'Utrecht * , en 
renfermant tout le passage dans les six vers catalectiques 
que nous donnons ici. Mais outre ce changement de me- 
sure 9 le texte de Dion a subi d'autres modifications. 

y. a. Au lieu du i:p^Gy ou npérepcy de Dion , Canterus y 



* F'ar. LecLj lib. i , c. 10 ^ in Gmteri Lampade, vol. III, p. 721 ^ 
Toyez aussi Thîersch^ j4ct. monac.j i , p. 217; m ^ p. 646 ; Hermann 
ad Figer., p. 836 ; Boeckb , De metris Pùtd., p. 130. 



332 GOHHENTAIRE 

approuvé par Fréd. Morel, dans son Commentaire, a adopté 
le mot r.etrépw , donné par un manuscrit de la Bibliothè- 
que du Roi à Paris, et par Tzetzès. Brunck et Boissonade 
l'ont suivi, mais je n'aime pas leur manière de ponctuer. 
Ils mettent une virgule après 3eoDjooey et réunissent ttotc^ 
TtoXcirrcu. Ponctuée ainsi, la phrase paraît inintelligible. 
M. Firmin Didot, qui'ne la comprenait pas mieux que 
moi, a proposé x^oorejoa TroXtîjTai. Mais est-ce là la vraie 
leçon, et celle d'Hermann, admise par Francke, n'est-elle 
pas préférable? Il met une virgule après eùdvôpouj une autre 
après narépw , et explique , digni patribus filiL Dès lors , il 
n'est plus nécessaire de recourir à la transposition trop 
hardie proposée par Thiersch , 

xoùpoi nocrépety eùiudpWj 

ni à la conjecture du savant Grec Piccolos, qui conservait 
irpérspouy mais changeait, à cause de l'analogie de pronon- 
ciation , TtoXt^ou en TToXy tre. \ - 

V. 3. D'après le texte de Tzetzès, Ganteras a supprimé 
le TOC qui suit [lèu dans Dion. Thiersch proposait iipdSoLKéa^ouj 
au lieu de iifx&xXcaâVj mais Hermann avertit qu'il faut con- 
server ce dernier, à cause de iyere qui précède. 

V. 4- C'est encore sur l'avis d'Hermann et de Francke 
que j'ai rétabli la particule & après dopj. Je ne sais 



SUR TYKTÉE. 333 

pourquoi Canterus, et, après lui, Fréd. Morel, Brunck, 
Boissonade et Didot l'avaient stqpprimée , d'autant mieux 
qu'elle se trouve dans le texte de Dion et de Tzetzès. 
Thiersch, Francke et M. Bach changent à la fin du vers 
jSoAAoï^nç en TroAAovreç , sans doute pour éviter la répétition ; 
mais je n'en vois pas la nécessité. 

y. 6. Les manuscrits de Dion portent mpl nàrpcu; , ou 
où yip nstrpi roç Ia:dprûLq j ou enfin où yàp npif ràç latâpra ; 
itpiif , selon la conjecture de Fréd. Morel , au lieu de npùu , 
abrégé lui-même pour icArpm. J'ai suivi , avec tous les édi- 
teurs, le texte de Tzetzès; cependant Canterus, Francke 
et M. Bach donnent le génitif rSj^ Jatdpraç , au lieu du datif 
que j'ai conservé. 

Est-il besoin d'ajouter que le chant embalérique^ dont 
ce fragment est extrait, était, sans doute, beaucoup plus 
long dans l'original ? 

Hephestion ' cite comme exemple du mètre qu'il appelle 
Acou/vathy le vers suivant qu'on suppose de Tyrtée, sans que 
rien le prouve positivement. M. Bach Fa donné dans son 
édition , et il est probable qu'il appartient à notre poète : 



Hepbest^ Enchirid,, p. 46 , éd. Gaisford. 



42. 



334 GOMMENTAIBE 



XII. 



Plutarque, dans son traité De repugnantiis Stoicorum^ 
espèce d'histoire des variations du stoïcisme , reproche à 
Chrysippe de se contredire lui-même en phisieurs en- 
droits* « Ainsi, dit-il, il blâme Platon d'avoir écrit : 
Quand on n^a pas appris à vit^re , ou qu'on ne sait peu 
viurey il vaut mieux être mort^ rû fo^de iiuBévrtj fiy^ àttarar 
fi(v(ù K^Vj XuerrrsAer |u^ Ç|^. Et lui-même approuve dans ses 
livres des maximes qui rentrent dans le même sens , celle 
d' Antisthènes , par exemple: Il faut auoir de rintelli- 
genoey ou ime corde pour se pendre, dk? HT&iâou uoCv, ^ 
fipixpv ; et le vers de Tyrtée , xai ro Tupraloo- 

nfMf «p€T^ç , ;t. T. A. * »• 

Francke a très bien remarqué qu'il semble que le mot 
[i^ a été oublié, dans les manuscrits de Plutarque, avant ce 
vers. Car sans la négation , il offre une idée tout opposée 
à celle de Tyrtée ; à moins pourtant que l'on ne préfère à 
la correction de Francke la leçon proposée par Reiske 
d'après un manuscrit : 



' Voyez p. 1039, Ë, F;etT. K, p. 301 , éd. Reisk. 



SUR TYRTÉE. 335 

x^' ÔLperfjç 'Ktkâacu ripfjuxoof yj ^ocuxrou , 



Décerne tecum aut'yirtutis ad metas aut ad metas tiUb 
accedere. 

Après nph , Brunck et Francke ont mis yk , tt/m/ / iperfiç. 
Us suivent l'opinion d'Hermann *- qui pensait qu'on doit 
écrire ainsi toutes les fois que ?rpy se trouve long devant 
un mot qui n'a point le digamma. M. Bach ne partage 
point cette opinion qui nécessiterait la correction d'nt^ 
foule de passages d'Homère. 



XIII. 



Ce dernier fragment est tiré du traité de Galien, De 
Hippocrads et Platonis dogmatibus^ p. aôy , éd. Basil. , 
i538. Galien veut, comme Plutarque, combattre Chry- 
sippe, et lui prouver qu'il n'est pas d'accord avec lui- 
même. Car dans un livre où il défend l'opinion des Stoï- 
ciens j en refusant aux animaux toutes les passions et les 
affections de l'âme, il entasse en même temps une foule 
de passages de poètes qui semblent démontrer que ces 
affections sont dans la nature des animaux comme dans 



* De Muue scriptorum Argonautic^ p. 700. 



336 GOMBIENTÂIRE SUR TTRTÉB. 



la nôtre, entre autres le vers de Tyrtée cité. On peut donc 
supposer y d'après Plutarque et Galien , que les livres de 
Ghrysippe n'étaient pas des che£s->d'œuvre de logique ; si 
toutefois il est permis de faire fond sur les assertions de 
ces deux écrivains, car il y avait, du temps de Plutarque, 
une mode , une espèce de manie de dénigrer les hommes 
qui avaient acquis une grande réputation. M. Baguet a 
donné en 18a a, à l'Université de Louvain , une disserta- 
tion remarquable sous plusieurs rapports , De Chrjrsippi 
9iêa, doctrina et reliquiis. Au reste ce qui me fait surtout 
regretter Ghrysippe , ce sont précisément ces nombreuses 
citations de Stésichore, d'Orphée, d'Empédocle, de Tyrtée, 
des tragiques et des comiques, que lui reprochent ses 
adversaires. Là, nous eussions encore retrouvé quelques 
traces du génie des anciens. 



FIN. 



TABLE. 



Pages. 
Ayaict-Propos 1 

De la Vie et des Ouvrages de GALLiinrs et de TTRTiB^ et des 
Poésies militaires de L'ÂHTiairiTB 17 

Premier Exccrsus. — De l'origine et de la nature de l'Êlëgîe 
ches les Grecs ; de Gallinns et de l'ouvrage de Francke. . . 61 

SsooHD ExcuRsvs. — De l'époque où vécut Tyrtée, et de la 
guerre de Messénie 95 

Troisième Exovrsds. — De la patrie de Tyrtée 109 

Quatrième Ezgursus. — Bibliographie de CaUinus et de Tyr- 
tée 121 

Texte grec seul ou accompagné de traductions latines. . . . 127 

Traductions de Tyrtée et de Callinus en diverses langues. . . 135 

Gaixirus et Ttrtèe. — Traduction polyglotte 141 

Texte grec. — Traduction en vers latins et français. ... 142 

Traduction en vers allemands et hollandais 178 

Traduction en vem anglais et italiens 192 

Commentaire sur les poésies de Callinus 213 



338 TABLE. 

Ck^HMEiiTAUiB BUT 168 poésios do Tyrtéo; l'^ Élëfpe. 237 

2»« Élégie 263 

3— Élégie 287 

Phagiunts. — 1V™« Fragment 314 

Vme Fragment 317 

VI«"« ET Vn»« Fragments. . . 318 

Vffl»« ET IX«« FragmenU 319 

X«o Fragment 321 

XI™« Fragment. .' 330 

XII»« Fragment 334 

XIII»« Fragment 336 



• \ 



FIN DE LA TABLE. 



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