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Full text of "Poésies populaires de la Kabylie du Jurjura"

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S93.0b 

H 2^ 



^ 



i 



POÉSIES POPULAIRES 

DE LA KABYLIE 

DU JURJURA. 



k 



PARIS. 
GHALLAMEL, ËDITËUK GOMMISSIOINNAÏKË, 

30. RUE DES BOUUNGERS. 



ALGER. 
BASTIDK, LIBRAIRE ÉDITEUR. 



POESIES POPULAIRES 



DE LA KABYLIE 



DU JURJURA. 



TEXTE KABYLE ET TRADUCTION, 



\^ 



PAR AYTIANOTEAU, 

COLONEL DL' G^filE, 

OFFICIER DE LA LEGION VhoNHEVR ET DE L'ORDRE DE LEOPOLD DE BELGIQLE, 

C0MMAlfD4IIT 81 P^.RIEI:R DU CERCLE DE FORT-NAPOL^OiV. 




PARIS. 

IMPRIMÉ PAR ORDRE DE L'EMPEREUR 

À L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. 



M DCCC LXVII. 



[dupuoaTcmEïmd è^ 
)UL 8t 1822^ 



Ql.»>,ajc^vJjblVju^«» 
IS: ^^/'^•' 



PRÉFACE. 



En offrant au public ce recueil de Poésies populaires 
de la Kabylie du Jurjura^ j'ai eu en vue un double objet : 
fournir des textes originaux aux personnes désireuses 
d'étudier la langue berbère, et faire connaître les popu- 
lations qui parlent cette langue, non par les apprecia- 
tions, toujours sujettes à erreur, d'un étranger, mais par 
les œuvres de l'esprit, que ces populations croient bien à 
l'abri de notre curiosité, et où elles se peignent elles- 
mêmes ingénument et, pour ainsi dire, à leur insu. 

On a dit souvent que la littérature d'un peuple est 
l'expression la plus exacte de son développement intellec- 
tuel et moral; on peut ajouter, je crois, que ce critérium 
est d^autant plus sûr que le peuple est moins avancé en 
civilisation, car alors sa littérature n'est pas l'œuvre ex- 
clusive d'une classe lettrée, souvent très -différente du 
reste de la population, mais bien de cette population 
elle-même. 

Les Kabyles du Jurjura offrent, à l'appui de cette 
opinion, un exemple remarquable. 

Il est à peine besoin de dire qu'on ne doit pas s'at- 



Il PRÉFACE. 

tendre à rencontrer chez eux une littérature rappelant, 
même de loin, celles des nations civilisées. Sous Tin-, 
fluence des préjugés islamiques, Tidio.me national a été 
exclu du programme d'études des écoles et remplacé par 
la langue sacrée du Koran. Les quelques marabouts qui 
reçoivent dans ces écoles le peu d'instruction que com- 
porte renseignement musulman, croiraient donc man- 
quer à leur dignité s'ils employaient dans leurs écrits 
une autre langue que celle du livre saint, et comme, en 
dehors de la caste religieuse, personne ne sait lire, il en 
résulte que le kabyle ne s'écrit pas. Toutes les recherches 
faites pour trouver un livre écrit dans cette langue ont 
été et seront, sans doute, toujours infructueuses. 

Mais, s'ils ne possèdent pas de littérature écrite, les 
Kabyles ont, en revanche, une foule de poésies populaires 
destinées à être chantées pour la plupart, et qui se trans- 
mettent par la tradition orale. 

Les gens réputés instruits dédaignent, en général, ces 
travaux de l'esprit, qui sont dus presque tous à des hommes 
du peuple complètement illettrés. Ces poésies y perdent 
peut-être sous le rapport littéraire, mais elles y gagnent 
certainement en naïveté, et reflètent, avec bien plus de 
force et de vérité, les idées, les sentiments, les préjugés 
et les passions des masses. 

Les femmes fournissent un large contingent à cette 



PRÉFACE. m 

littérature toute primitive. Les couplets dont elles accom- 
pagnent leurs danses, les chansons, les complaintes qu'on 
leur entend répéter pendant des heures entières, sur des 
rhythmes lents et un peu monotones, lorsqu'elles se livrent 
aux travaux du ménage, tournent le moulin à bras ou 
tissent des étoffes, sont composés par des femmes, pa- 
roles et musique. 

En lisant ces poésies, il ne faut pas perdre de vue leur 
origine. On risquerait de porter sur elles un jugement 
qui tomberait à faux, si l'on prenait un terme de compa- 
raison plus élevé que les chansons des paysans illettrés de 
nos campagnes. Placées à ce niveau modeste, elles peu- 
vent sans désavantage, je crois, soutenir le parallèle. 

Le souvenir de cette origine rendra aussi plus facile 
Imdulgence pour certaines comparaisons, certaines ima- 
ges triviales ou grossières que le goût épuré par l'étude 
bannit avec soin des littératures cultivées. 

On doit également tenir compte des difficultés de la 
traduction. La différence, si profonde cependant des deux 
langues, n'est pas toujours l'obstacle le plus sérieux. 
Gomme dans toutes les littératures primitives, la forme, 
dans ces poésies, a, le plus souvent, une importance 
beaucoup plus grande que le fond. La coupe du vers, la 
rime, l'assonance des mots, rapprochés à dessein les uns 
des autres, produisent un effet qu'il faut bien renoncer à 



IV 



PRÉFACE. 



rendre. Telle chanson comique, par exemple, provoque 
invariablement un fou rire dans un auditoire kabyle, et, 
traduite, elle laisse le lecteur parfaitement froid. 

Il est des mots, enfin, dont les équivalents manquent 
en français d'une manière absolue, par la raison bien 
simple qu'ils expriment des idées tout à fait étrangères 
à notre société. 

Ces poésies sont répandues parmi le peuple par des 
chanteurs de profession qui parcourent les villages et vi- 
vent des offrandes du public. Cette profession est ordinai- 
rement héréditaire et se transmet de père en fils, souvent 
pendant plusieurs générations. 

La plupart des poètes sont en même temps chanteurs, 
et font connaître eux-mêmes leurs œuvres. Quelques-uns 
néanmoins, soit qu'ils aient peu de goût pour la vie va- 
gabonde, soit que le talent musical leur fasse défaut, vi- 
vent retirés dans leurs villages. Leurs vers ne restent pas 
dans l'oubli pour cela. Dès qu'ils ont acquis une certaine 
réputation , les chanteurs qui n'ont pas reçu le don poé- 
tique viennent, souvent de fort loin, enrichir auprès 
d'eux leur répertoire. Moyennant une rétribution assez 
légère, mais toujours proportionnelle aux succès déjà 
obtenus par Tauteur, celui-ci leur répète ses chansons 
jusqu'à ce qu'elles soient gravées dans leur mémoire. Us 
vont alors les répandre dans le public et les apprennent, 



PRÉFACE. » 

par le même procédé, à leurs collègues, en se faisant 
rembourser, bien entendu, une partie des droits d'auteur 
qu'ils ont eu à payer. 

On comprend combien un pareil mode de propagation 
des œuvres littéraires est défectueux, et quelles variantes 
il peut introduire, avec le temps, dans les textes primitifs. 
11 a toutefois un correctif, qui ne remédie pas, sans doute, 
à tous les inconvénients, mais qui les atténue d'une ma- 
nière sensible. Je veux parler de la mémoire véritable- 
ment extraordinaire des chanteurs. Habitués dès lenfance 
à exercer cette faculté de l'esprit et à ne compter que 
sur elle, ils arrivent à des résultats qu'on observe bien 
rarement chez les gens instruits, dont la mémoire est 
rendue paresseuse par la facilité qu'ils ont de recourir 
aux écrits. Je connais des Kabyles qui peuvent réciter des 
vers pendant tout un jour sans se répéter et sans hésita- 
lion. Je les ai plusieurs fois misa l'épreuve, en leur faisant 
répéter des chansons écrites sous leur dictée un an ou deux 
auparavant, et jamais je ne les ai trouvés en défaut. 

Afin d'obvier aux inconvénients que je viens de si- 
gnaler, j'ai eu soin, toutes les fois que j ai pu le faire, de 
recueillir ces poésies de la bouche même des auteurs. 
Après m'être fait réciter et expliquer une chanson , je la 
faisais transcrire en kabyle par un marabout lettré, qui la 
collationnait ensuite avec le poète. Quand cette ressource 



VI PRÉFACE. 

me manquait, je comparais toujours les versions de plu- 
sieurs chanteurs, et je dois dire que j'ai eu rarement à 
constater des divergences essentielles. 

Au point de vue historique, le système de publicité, 
par la seule tradition orale, a les conséquences les plus 
fâcheuses. Les chanteurs, naturellement désireux de faire 
entendre à leur auditoire des chants qui l'intéressent, 
choisissent de préférence ceux qui se rapportent à des 
événements contemporains connus de tous, et dont le 
souvenir agite encore les passions de la foule. Peu a peu 
les anciennes poésies tombent dans l'oubli, et il en est 
bien peu qui survivent à la génération qui les a vues naître 
ou tout au plus à la suivante. 

L'absence du sens historique, chez les Kabyles, favo- 
rise singulièrement ce résultat. Il n'est peut-être pas, en 
effet, de peuple au monde qui ait aussi peu de souci des 
événements de l'histoire. Pour eux, le passé est mort, et 
nul ne songe à l'interroger afin d'y chercher un enseigne- 
ment ou une règle de conduite; la curiosité, si naturelle 
k l'homme, de savoir ce qu'ont fait ses devanciers, n'existe 
même pas chez eux, et, dès que les faits antérieurs cessent 
d'exercer une influence directe sur les intérêts du pré- 
sent, chacun se hâte de les oublier, ou du moins ne fait 
aucun effort pour en conserver le souvenir. 

Les personnes qui ouvriraient ce livre dans l'espoir d'y 



PRÉFACE. vir 

rencontrer des légendes pouvant jeter quelque lumière 
sur rhistoire des siècles qui ont precede le nôtre, éprou- 
veraient donc la déception que j'ai subie moi-même en 
commençant mon travail. Je ne pouvais croire à une 
absence aussi complète des traditions du passé, et Tin- 
succès répété de nombreuses recherches a pu seul me 
faire renoncer à l'espérance d'en trouver. 

Les poètes chanteurs se divisent en deux catégories 
distinctes qui occupent, dans la société kabyle, des po- 
sitions très-différentes. 

Les premiers, connus sous les noms de ameddah ou 
f€ct€h'\ ne sont pas sans analogie avec les anciens bardes. 
Comme eux, ils chantent les louanges de Dieu, les ex- 
ploits des guerriers, les luttes de la tribu, la gloire ou 
les malheurs de la patrie. Ils savent aussi, au besoin, 
flétrir les hommes qui ont manqué à leurs devoirs envers 
le pays, et ne ménagent les reproches et les sarcasmes ni 
aux personnes, ni même aux villages et aux tribus. 

Dans ce rôle de dispensateurs de l'éloge et du blâme , 
ils suivent bien plus qu'ils ne dirigent l'opinion publique, 
et si les vers de quelques-uns d'entre eux ont exercé une 
véritable influence sur leurs concitoyens, c'est surtout 
parce qu'ils formulaient en peu de mots les sentiments 

' Ces deux mots sont arabes. Le pre- faire l'ëloge. » Le second de ^ , (rétre 
niier vient de ^i^-», clouer quelqu'un, eloquent, parier bien.» 



Mil PRÉFACE. 

un peu confus des masses. Aussi, pourra-t-on remarquer 
que leurs chants affectent d'ordinaire la forme lyrique, 
et que les faits sur lesquels ils veulent appeler l'attention 
sont simplement indiques. Les commentaires et les dé- 
veloppements que ces faits comportent sont laissés à Tin- 
telligence et à l'interprétation passionnée de l'auditoire. 

Cette catégorie de poètes chanteurs jouit d'une grande 
considération parmi les Kabyles. Mêlés activement aux 
affaires du pays, ils ont place au conseil et, bien reçus 
partout, ils sont-traités comme des hôtes de distinction. Les 
prévenances dont ils sont l'objet exaltent leur orgueil et 
leur donnent une haute idée de la mission qu'ils rem- 
plissent. Aussi, malheur à qui manquerait aux égards 
qu'ils croient leur être dus! celui-là risquerait de voir son 
nom voué au ridicule par leur verve mordante. 

Ils parcourent habituellement le pays à l'époque des 
récoltes. C'est la saison des collectes abondantes. Les 
Kabyles sont trop pauvres pour donner de l'argent, mais 
ils se dessaisissent volontiers d'une partie des produits do 
leurs champs en faveur de leurs poètes favoris. Beaucoup 
de villages, et même des tribus entières, leur font des 
cadeaux annuels qui prennent, avec le temps, le carac- 
tère de véritables pensions, prévues au budget des dé- 
penses de la communauté. 

Tant soit peu parasites et très-anïis de la bonne chère, 



PRÉFACE. IX 

ces poètes chanteurs fréquentent de préférence les bonnes 
maisons. Us payent, en vers élogieux, l'hospitalité géné- 
reuse de leurs patrons, mais ils ne pardonnent pas un 
mauvais dîner, (fu'ils regardent comme une offense per- 
sonnelle. On trouvera dans ce recueil plusieurs pièces de 
vers où les poètes exposent, avec une très-naïve bonho- 
mie, leurs prétentions orgueilleuses et leurs petites ran- 
cunes d'estomac. 

Ces chanteurs ne font usage , pour accompagner la 
voix, que du tambour de basque, avec lequel ils indi- 
quent eux-mêmes le rhythme. Quelquefois ils sont suivis 
d'un ou plusieurs musiciens qui, après chaque couplet, 
jouent une espèce de ritournelle sur la flûte en roseau. 

Les chanteurs de la seconde catégorie sont appelés 
tebabla (tambourineurs). Ce nom, dérivé de Tarabe tebel 
(tambourin), leur a été donné parce qu'ils voyagent or- 
dinairement avec une petite troupe de musiciens qui les 
accompagnent avec le tambourin et ie hautbois. Ces mu- 
siciens sont aussi quelquefois en même temps danseurs. 

Les tebabla sont de véritables compagnons de la gaie 
science. Laissant de côté le genre sérieux, ils chantent 
lamour et la gaieté. 

Sans eux, pas de fête kabyle qui soit complète. Les 
jeunes filles, en se mariant, stipulent qu'ils viendront 
égayer la noce, et un homme riche qui réunit ses amis à 



X PRÉFACE. 

Toccasion de la naissance d'un fils, d'une circoncision, 
d'un mariage, baisserait dans l'estime de ses concitoyens 
si sa maison ne retentissait pas, pendant plusieurs jours, 
de leurs chansons. • 

Très-recherches pour le plaisir qu'ils procurent, ils 
sont loin cependant de jouir de la même considération 
que les chanteurs sérieux. La légèreté de leurs chansons, 
les danses lascives auxquelles elles donnent prétexte, font 
regarder leur profession comme contraire à la morale, 
et la placent sous le coup d'une réprobation analogue à 
celle qui a pesé si longtemps en France sur les artistes 
dramatiques. Ils forment donc, dans la société, une classe 
à part, exclue de la direction des affaires publiques et 
reléguée au même niveau que les bouchers, l'es mesureurs 
de grain et autres gens de métiers réputés vils. 

J'ai cherché à réunir dans ce recueil les divers genres 
de poésie en usage chez les Kabyles, à l'exception toutefois 
des cantiques religieux, très-fastidieux en eux-mêmes, et 
qui, exclusivement musulmans, sont tout à fait dépourvus 
d'intérêt pour nous. 

Pour la facilité des recherches, ce livre a été divisé en 
trois parties. 

La première contient les poésies que l'on peut appeler 
historiques o\x /politiques. Presque toutes ont pour sujets 
des épisodes de l'histoire contemporaine. Les expéditions 



PRÉFACE. XI 

de nos colonnes, les actes de notre administration, y sont 
apprécies au point de vue kabyle. C'est, en quelque sorte, 
la contre-partie de nos bulletins. Les injures, cette con- 
solation du vaincu, ne nous y sont pas épargnées, et le 
zèle patriotique, dans le but de soutenir le courage des 
combattants, n'hésite pas, en maintes circonstances, à 
altérer la vérité des faits. Mais, en faisant la part des exa- 
gérations et des petites vengeances de l'orgueil national 
blessé, ces poésies peuvent avoir pour nous un enseigne- 
ment utile. Elles constatent, en effet, l'état des esprits 
pendant la guerre et dans les premières années qui ont 
suivi la conquête, alors que les populations étaient en- 
core frémissantes de la longue lutte qu'elles venaient de 
soutenir. En comparant, dans quelques années, ces poésies 
à celles du même genre qui ne manqueront pas de se pro- 
duire, on pourra donc se faire une idée exacte des mo- 
difications apportées, dans les sentiments à notre égard 
du peuple kabyle, par les bienfaits de la paix et la sage 
modération de notre gouvernement. 

La seconde partie comprend des poésies de genres 
différents : éloges particuliers, satires, injures, narrations 
rimées, maximes, sentences et réflexions. 

Dans la troisième, j'ai groupé tout ce qui concerne les 
femmes : chansons d'amour, couplets grivois ou mo- 
queurs, rondes d'enfants, etc. 



XII PRÉFACE. 

La transcription en caractères arabes a e'te' faite par 
Si-Moula-n-aït-Anieur, un des marabouts les plus instruits 
et les plus intelligents du pays. 

Je ne crois pas ce mode de transcription meilleur que 
celui où il n'est fait usage que des lettres françaises, et je 
me suis expliqué à cet égard dans ma grammaire kabyle. 
On ne devra pas y chercher des règles d'orthographe, qui 
ne peuvent exister, puisque, le kabyle ne s'écrivant pas 
habituellement, chacun apprécie à sa manière l'emploi 
des caractères pour la représentation des sons. Cette trans- 
cription, néanmoins, ne sera pas sans utilité pour les per- 
sonnes désireuses d'étudier la langue kabyle; elle leur per- 
mettra , en effet, de se faire lire les textes par un Kabyle , qui 
leur donnera la véritable prononciation , que les meilleures 
transcriptions sont toujours impuissantes à reproduire. 

Enfin M. Salvador-Daniel, qui a fait de sérieuses et 
savantes études sur la musique des indigènes de l'Algérie, 
a bien voulu, à ma prière, noter les airs d'un certain 
nombre de chansons et rédiger une notice sur la musique 
kabyle. Je suis heureux de pouvoir offrir au lecteur ce 
complément de renseignements, qui ne pouvait émaner 
d'une autorité plus compétente. 

Pour la transcription des mots kabyles en caractères 
français, j'ai suivi naturellement la même méthode que 
dans ma grammaire kabyle et ma grammaire de la langue 



PRÉFACE. XT.. 

tamachek . Afin d'ëviter tout travail inutile, je rappellerai 
ici cette méthode en peu de mots. 

Les règles principales que je me suis imposées dans 
la transcription, sont : 

1** De conserver aux lettres françaises leur son naturel, 
à l'exclusion des sons accidentels qu'elles prennent quel- 
quefois; 

9'' D'éviter, autant que possible, la multiplicité des 
voyelles. 

D'après ces principes, ei et/ se prononceront toujours 
d et/, et jamais t on v. 

8 et t conservent toujours leurs sons propres, et ne 
doivent jamais prendre les sons accidentels z et c. 

e représentera souvent le son eti, surtout lorsqu'il pré- 
cède la dernière articulation d'un mot. 

g doit toujours se prononcer dur, même devant les 
voyelles e, 1. 

h représentant l'aspiration du é arabe, dont le son 
n. existe réellement pas en français, on devra apprendre 
cette prononciation et faire toujours sentir l'aspiration. 

Le son de l'i devra toujours se faire sentir distincte- 
ment, comme s'il était surmonté d un tréma, même lors- 
qu'il est précédé des voyelles a, e. 

On ne donnera jamais à 1'/ le son mouillé, et si deux 
/se suivent, on aura soin de les faire sonner tous les deux. 



Mv PRÉFACE. 

Pour les sons de i alphabet arabe que nous n'avons 
pas en français , j'ai adopte' les signes conventionnels sui- 
vants : 

4> th (son du th anglais). 

& ^' 

è ** 

» d' 

2» /' 

v^ ' 

r ^^ 

8 ' 

8 ^' 

ô ^' 

6 h. 

Pour Imtelligence des noms propres, il est bon de se 
rappeler que le mot ou veut dire fils. Mohammed ou Kassi, 
signifie donc Mohammed fils de Kassi. 

Le pluriel de ou est aïth^ qui devient, suivant les be- 
soins de l'euphonie kabyle, ath et quelquefois ait. Il se 
traduit, suivant les cas, par^/5, enfants , famille , gens. 

SaXd^Hxthr-Messàoud doit donc se rendre par Said des 
fils de Messâoud ou de la famille de Messâoud. 

Ath Yahia se traduira psivfils ou enfants de Yahia (Jean). 

Ath houdrar, par enfants on gens de la montagne. 

Ath ouasif par enfants ou gens de la rivière. 

Fort-Napolëon , q^ marsi 867. 



POÉSIES POPULAIRES 

DE LA KABYLIE 

DU JURJURA. 
PREMIÈRE PARTIE. 



PRISE D'ALGER, 



PAR BL-HADJ-AHBUR-Ol'-EL-HADJ, DBS IHBCBBDDALBN '. 



A — • O ' O — 

^] — i — \—i.^\^\ 

o, - ol o . o - 



fl ikhefiùu, ekker, our eggan! 

achakilhan? 

amek ar ak ir'd'er idhes? 

lâbadfenan; 

sens ed, ai ouzemir, thimes ! 

* La tribu des Imeckeddalen ^ que les Arabes appellent Mêcheddakif habite le versant 
sad dn Jnijnra. 



2 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Holà! 6 ma tête, debout! pas de repos! - Que t'est-il 
donc arrivé d'heureux, ^que tu te laisses surprendre par le 
sommeil ? — Le genre humain est anéanti; — Dieu puissant, 
éteins cet incendie ! 

*• - or> ^3 -o, or ot 

o,- Ç - o ?- or 

T« o > or - O -. 

o« - ? o -o- or«-r-.' 
o -a T « o. .'o -,- 2r 

r'c/'a5 f/ii d iffer' ouk'orçan, 
afrançiç ik'ouan 
ih' ached' ed l edjenous in es. 
thoura ahathen âzeben s ir'nan ', 
Ledzhr thouchebieth thekkes. 

Du jour où le consul est sorti d'Alger, — le Français puis- 
sant — a rassemblé ses peuples. — Maintenant les Turcs '^ 
sont partis sans espoir de retour. — Alger la belle leur est 
enlevée. 







o s -*, 9^ o 



-k ®o -O r, o- o-k 



' Les Kabyles que j^ai consultés sont di- tiennent que c^est un lieu d^exil sans espoir 
visés d^opinion au sujet du sens à donner au de retour. J^ai suivi cette dernière ver- 
mot ir nan, dans la phrase âzeben s ir'nan, sion. 

Les uns disent qu^il faut entendre par là un ' Le nom des Turcs ne se trouve pas dans 

|juyfl de désolation où régnent la discorde, le texte, mais la suite indique suffisamment 

III disette el Ions los maux; les autres sou- qu'il ne peut être question que d'eux. 



PRISE D ALGER. 3 

Ainalah! a thagzirth ihnan 

dakhal bouaman , 

if el djir ou el ladjour thek'ouous! 

iffer' (massas ' d'in illan; 

tmi izmeren i thezmerth in es! 

Malheureuse île ^ qu'ils avaient bâtie — au milieu des eaux , 
— avec des voûtes en chaux el en briques I — Le gardien 
céleste qui veillait sur elle s'est retiré ; — qui peut résister à 
la puissance de Dieu ? 




Oulir' r'er dar es soit' an ^ 
deg ekkathen ed diouan ; 
oujir' r'as thagounits theferes. 
amalah ! ima l aman ; 
oum ithâdjeben, d'à teseres^. 

Je suis monté à la demeure du sultan, — où se tenait le 
conseil ; — je n'ai trouvé qu'une place nue et vide. — On 
ne peut, hélas! compter sur rien, — • celui qui se croit puis- 
sant, la fortune le renverse. 

> Aéisas est le mot arabe ^iZÂ, Il s^ap- connu des Français sous le nom de Djemna ; 

pliqoe ici an gardien céleste et non à la sen- mais à Tépoque de la prise d^ Alger, le dey 

tinelie torque, comme le sens de la phrase avait fixé sa résidence dans la Kasba. Les 

pourrait le faire croire. mots dar es soUan doivent donc être inter- 

* Ceat riiot de la marine. prêtés id dans le sens général de hahitation 

^ A Alger, le nom de dar et wU'an était du tultan. 
appliqué spécialement à Tancien palais, * D'à r«««re«, contraction pour d'à th 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



°)'^ — 5j^j^»^^5-^^ 



31 — ^ 

i^cÀ ckou ouacli en ' (/'m illan , 
amek as ennan 
i l hacha d' ed daira in es f 
ikfa ounouçnouç d' el r'iouan, 
oui innoutnen el àz, itsakkes. 

Et ces chaouchs qui la gardaient ! — qu'ont-ils pu dire 
— au pacha et à son entourage ? — Il n'est plus le temps du 
nouçnouç^ et de l'orgueil, — celui qui est habitué aux hon- 
neurs se les voit ravir. 

\h^à^ — ?-4 

theteres ; sous-entendu eddounith n le monde , aux Kabyles avec beaucoup de hauteur, leur 

la fortune^). juron familier est reste, pour ces derniers, 

' En pour enni, pronom relatif, «les- comme un symbole d^orgueil et de fierté, 

quels 'i. Les habitanU d'Alger ont formé des premiers 

' Ana sunuiikmm (matrem tuaminibo), sons de ce juron le verbe arabe ^ ^ 

ou ana 8unu siktim , dont les Kabyles ont fait qui signifie jurer habituellement. C'est dans 

nouçnouç itim, est un des plus gros jurons le même ordra d'idées qu'en français le 

de la langue turque. Les Turcs l'employaient verbe »acrer a été fait du premier mot d'un 

très-souvent, et comme ils parlaient toujours juron. 



PRISE D'ALGER. 5 

Le mekhazen b oud'rim imelan 

n edheb ichelaouan, 

iououi then ak hr'ir elKes, 

ilemm ithen marichan, 

le ' komandath ai d' er rais. 

Les trésors remplis d'argent — et d'or étiiicelant — ont 
été enlevés sans bruit. — Le maréchal*^ les a rassemblés ; — 
c'est le commandement qui dirige '. 

J^5 •ijr— •^— ^ 

JIM ér%\ < A {) '^ X ft <n> kih f\ 

j- — ^ — *«^?l>r^^^^ 

Le boroudj ezzin d am hhrau 
àd'emen imaoulan, 
ikchem ithen imr'et't'es, 
d' ed din ouroumi ag k'ouan , 
sièh', a izeri, id'im, nessess! 

Les forts qui entourent Alger comme des étoiles — sont 
veufs de leurs maîtres, — les baptisés y sont entrés. — C'est 
la religion du chrétien qui est triomphante. — mes yeux, 
pleurez des larmes de sang, pleurez encore ! 

> Le mot le est rarlicle arabe Jf , dans ' Le maréchal de Bourmont, qui élait à 

lequel la voyelle a ëté déplacée. On pourrait la tête de Texpédilion. 

croire id que c^eat Tarlicle français, puis- "* Le mot signiGant en français eomman- 

qu'il précède un mot français; mais on re- dont, qui se trouve dans le texte, doit être 

trouvera rarticle arabe sous cette forme, pris, je crois, dans le sens général de roM- 

toutes les fois que la prononciation Pcxige. mandement. 



fi POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIK. 

o- ,^0 - - o - • - 

JEp/flf r'ç/*A:, an nebi el med'kour, 

l âcha ou lefethour 

ak medh'er, a ztn el letham, 

8 el âad n echedjour 

d' ekra ma ketheben le k'iam. 

Que les bénédictions soient répandues sur loi, Prophète 
illustre! — le soir et le rnatin — je chanterai tes louanges, 
maître du voile élégant, — nombreuses comme les arbres des 
forêts, — comme les caractères qu a tracés la plume. 

o 




Nek ouhemei'' d'eg etn * / er'erour, 

kherben l otimour, 

thezeram, a medden, le k'iam; 

efkan d le beh'our 

tlfan ik'k'azen ah'ammam ^ 

J^ 

* Em est raltéralion de rarabe a\. Em * Les Kabyles appellent a^'amvnam, plu- 

/ er'eroure»i tria maîtresse des déceptions^, riel ih' ammatnen ^ les terrains d^alluvion où 

c^est-à-dire le inonde; le mot MotinUk ef>i Teait n^arrive pas ordinairement; les allu- 

sous-enlendu. vions rerouvertes, chaque année, par les 



PRISE D ALGER. 7 

Je suis émerveilié de la fragilité des choses de ce monde, 
tout est bouleversé ; — vous avez vu, ô mortels, les prodiges ! 
— Les mers nous ont apporté — ces pourceaux qui fouillent 
les bords des rivières ^ 

>1 j-A«^l Ctdjl^llj»! 



i*lT 

Of O *SZ O ' o > 



D' e/ merakeb emb r'er t'efour, 
nzagour itchour, 
d'eg ouk'erout* ai gan akmam ^ 
d' ouâouidjen el lehad'our 
our anen trfehmedh le kelam. 



Ce sont des bêtes de somme sans croupières, — leur dos 
est chargé, — leur chevelure inculte est enfermée dans un 
boisseau* ; — ils parlent un baragouin inintelligible, — vous 
ne comprenez rien à leurs paroles. 

o > M \ 

\ ? ^ " Jyil — '^ — ^^ 

eaux M nomment tharezzouth, pluriel thi- ébouriiïée el mal peignée. Il se dit aussi. 
retta, desétoupes du lin, de Tenveloppe de répi 
' Ufl^agit id des Français, bien entendu, du maïs, de la banane, du régime des 
' Alterwû, que ron prononce plus ordi- dattes. Ici il s'emploie pour désigner les che- 
nairement guftroui, est une mesure de ca- veux sortant de la coiffure, 
pacitépour les grains, faite habituellement * Les lourds et énormes shakos de rar- 
en écoree de liége. mée française en i83o frappaient dVMon- 
' ^Jlrmamso dit d'une cheTelure de femmo nemenl lous les indigènes de rAlgt^rie. Une 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

o - • - o - "-- o 




Et' t'rad' ik'oud'am n echrour, 
am itsrouzen el hour 
ouin our at'eben iseUc'am, 
ai g egsah', ik'k'our; 
amdhik' en sen d' asetnmam. 

Le combat avec ces visages de malheur, — comme le pre- 
mier labour d'un champ inculte — que n'entament pas les 
instruments aratoires, — est rude et pénible, — leur atlaque 
est terrible. 

o 

J3- 



i -^ 



o. a - > o r 0-0 - 



£*/ med'fâ la d izzour'our, 

iêsen as oumekfour, 

mi iottth ad' isbek le r*mam, 

s ed doubli itchour 

d' iged'erez louhi ouh'aiiam ' . 

pareille coiffure leur semblait très-étrange et (calendrier Julien ). C'est ce que les Arabes 

ti'ès-ridicule, et était pour eux un sujet iné- appellent ^^m^ ^ proprenoent «les jours 

puisabic de plaisanteries. néfastes». Les indigènes regardent cette pé- 

^ Les Kabyles désignent par ah'aiiam ou riodc comme la plus mauvaise de Phiver- 

ah'aggam une période de sept jours coin- nage, qui se termine de cette façon par une 

prenant les quatre derniers jours du mois sorte de bouquet de tempêtes. Ce sont les 

de février oi les trois prnmiprs do mars adieux de Thiver. 



PRISE D'ALGER. 



Ils traînent avec eux des canons — et ils savent s'en servir, 
les impies! — Quand ils font feu, la fumée forme d'épais 
nuages, — ils sont chargés de mitraille — qui tombe comme 
la grt'le aux approches du printemps. 







o f - o^ o ? r .- 

7%éua ou thtfeUek' am oujek'ed'our 

8eg eç çouth ith<ntr, 

eslir' as mi thennougd'am ; ' 

dhaeker' d am hek'k'our 

r*aê ai tkega el herba s akhkham. 

Mon cœur s est brisé comme un vase d'argile — au bruit 
de cette voix tonnante, — je l'ai entendue se retourner dans 
ma poitrine. — Je me suis enfui comme un bœuf pris de 
vertige, — sans penser à autre chose qu'à me sauver à la 
maison. 

e^3^-^i vj^mi »h^^ 

As n C8 sehih, ihâdda t'ehour 
mi d ezdhan d' esd'our ; 



i 



10 POÉSIES POPULAIRES DE LA kABYLIE. 

r'er thegtirth ai d ennelk'am ; 
8 el boumba ou el kour 
em bâid ai d iers et'elatn. 

Le samedi, la prière du dhor ^ était passée, — quand ils 
ont formé leurs rangs ; — ils se sont rassemblés vers Tîle. — 
Les bombes et les boulets — obscurcissaient au loin le ciel. 



o 



- o - o -r » 



1 

^ Ml 



». 0'-o-S' 







Houlei H'assen d'in mechehour, 
ibna s el lajour, 
d' el med'fâ iseredj s el ouk'nni , 
ihoudd ith meksour 
r'effakal aigennek'sam. 

Moulei-Hassen *'* si renommé, — construit en briques — 
et garni de canons disposés avec art, — a été démoli et dé- 
truit; — ils l'ont rasé jusqu'au niveau du sol'. 




fdJLj\iyJ>^\j:^ 



' La prière du (IW se dit entre midi et PErapereur n^a jamais él(' déiruit; seule- 

une heure. ment, en i83o, les Turcs, avant de TalMin- 

' Moulei-Hassen est le nom que les ha- donner firent sauter une partie de la kolla 

bitants d^ Alger donnent au fort PEmpereur, ou tour centrale, la construction primitive 

parce qu^il fut bâti par Hasscn,filsdeKheir- de Hassen ben Kheir-Ed-Din. A cela et à la 

Ed-Din, le second Barberousse. brèche ouverte par les Français se borna la 

^ CVst une exagération poétique, \o fort prolenduo destruction du fort. 



PRISE D'ALGER. il 



Amalah! t'a rais n edchour! 
thùuekebièth n eç cour, 
Ledzer aâmoud el l islam, 
thàd'el d' alh le k'ebour, 
indha s, a medden, l âlam. 

Infortunée reine des cités! — la ville aux beaux remparts, 

— Alger, la colonne de l'islamisme, — est maintenant Tégale 
des habitants du tombeau; — la bannière des Français l'enve- 
loppe tout entière. 

j3 — ^3r^ z 1 ^^ 

j3 • ûj^ VI — »j 

fl'ottr aM rcifti aiVi j^cra ech chour ; 
aâtUr' ousoui^ et' four*, 
d' ai thekhedha abrid' el lâlatn . 
, ouannag d' aâmmour 
maehi d' ekra itsdeluim. 

C'est de l'avis des saints qu'a été rendu cet arrôt; — elle 
aura, je pense, commis quelque iniquité — et abandonné le 
chemin de la justice; — car c'est une ville forte et peuplée; 

— ce n'était pas peu de chose à prendre. 

J9i ^^ P^ c^ » ^^^» 

' Otuoià pour OUI ù$en, qui sait? — * Tatir de Tarabo sVi. 



12 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



J>- 






J 



Thekkerem, a çah'ab, athowhbour! 
d! en nebi ermer' ah'arour! 
Aâli ir aider bon âmam! 
atterzem amgour! 
thâmed'em, ner' d' ai thekfam? 

Debout! les hommes aux éperons, compagnons du Pro- 
phète ! — et toi, notre Prophète de race pure, — et toi aussi, 
Ali Haïder^ au beau turban; — dispersez l'oppresseur! — 
Etes- vous donc consentants, ou bien n'existez-vous plus ? 



09- 



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vT »1 V— ?>-- J-«^ 

O- O T.OT 0-0- 

Netsa d agezzan^ ilhououP, 



* AU-Haider ou Ali le Lion , appelé aussi 
Haider le Noir, était le gendre du Pro- 
phète. 

' Agezzan veut dire ici un magicien. Ce 
mot vient de Tarabe çjyS qui, dans V\- 
diome algérien , signifie avoir le jugement 
sain, voir bien les choses et aussi dire la 
bonne aventure en répandant sur le sol des 
grains de blé. Le mot gezzana que Ton en- 
tend sans cesse crier dans les rues d* Alger 
par des femmes des Beni-Addes, signifie 
uue diseuse de bonne aventure. Les Beni- 
Addes ne sont pas Arabes et appartiennent, 



sans aucun doute, à la même race que les 
bohémiens de France, les gipsies d'Angle- 
terre, les zingari italiens, tes zigeuner de 
r Allemagne et les gitanos espagnols. Les 
mois guezzen , zingari, zigeuner, paraissent 
avoir la même racine. L'anglais gtpty veut 
dire sans doute égyptien, à moins qu'il ne 
soit Taltéralion de gaheti, habitant de la 
ville de Gabes , ce qui est regardé comme une 
injure sur quelques points du littoral de la 
Méditerranée. 

^ De Tarabe jlj" «exercer un enchan- 
tement w. 



PRISE D'ALGER. 13 

zik ai g âououl , 
tUammal si zik in es ; 
mi izera tidjal iouçel 
irs ed d'i thezgi thedhres. 

C'est un magicien puissant ^ ; -7^ depuis longtemps il mé- 
ditait ce projet, — il l'a mûri à son loisir. — Lorsqu'il a vu 
le moment propice arrivé, — il a débarqué dans la brous^ 
saille épaisse^. 

J v h ^ -^ 

o o r «OÎ Oo-S- O 0- 






A'otf// as itsk'edditn s erh'al, 
iougar ermal; 

iioun iidh igzem ts^ ak thers. 
am l edjerad ai d isah'el, 
itrha d el âhad am themes. 



Chaque jour il s'avance par étapes, — plus nombreux que 
les grains de sable; — en une seule nuit il a coupé toute la 
broussaille. — Il arrive sur nous comme un vol de saute- 
relles, — il dévore les hommes comme le feu. 




' Le Français. jusqu^à Staouëli sar la route d^ Alger. Au- 

' La plage de Sidi-Ferrncfa, où débarqua, jourd'hui la zone des broussailles a beaucoup 

en i83o, rarmëe française, était couverte reculé devant la colonisation. 

de bronssaiiles très-épaisses qui s'étendaient ^ Sous-entendu thitgi « les broussailles t). 



i 



\ii POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Jill éSit ft 1 ^,2)-=^^ V-a)^ 

Amalah I a H' aider i ekh'al, 

bon es si/ idhouel, 

8 el k'et'â ag gezzem am l emk'os ! 

aânir' d'ai g ent'el 

d' itn akka ig zad' imr'et't'es. 

Malheureux Haïder le Noir, — au long sabre — tranchant 
comme des ciseaux ! — Il est enterré , je pense , — c'est pour 
cela que les baptisés triomphent. 

^ r oî .. r o - o - ' o' 

O - o i r .o e? 9 . 

o - o •" oî o ? '©a - 

jii itS ir ft ,1 ^-XÂowmOi 

D' ebnou Djâfer thani methel 
ed' Khaled tin en nouai, 
nitheni ai g etheddoun id' es, 
berreden ^ ar' ts id ats nâtner, 
ikehem ar' ts id imr'ett'es. 

Et le fils de Djâfer^ aussi — et Khaled^ au beau visage, 
— eux qui marchaient avec lui, — ils nous ont livré le pays 
pour que nous l'habitions, — et le baptisé y est entré au 
milieu de nous. 

> B0rrMi0fiderarabe.3y; litléralement, * Ehn Djâfer était un des compagnons 
«ils nous ont refroidi le pays». Le mot tha- du Prophète. 
numrth est sous-entendu. ^ Khaled, autre compagnon du Prophète. 



PRISE D'ALGER. 15 



J^j^lci— ay-JrtVH^' 



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3 



vP^I^-aJ^I > il» ^ «' ^ ^ 

o -, - .-oj - « i 

£"/ toerA:, a/ terih'aith ' «/' owtc/, 
jif iSrott/ atnekkan âoussen 
ft el h'adid ed' el h'erais ; 
ijka asen teriel* 
koui oua d' ouanid'a toufesY 

Les Turcs, aux riches brodequins et aux éperons, — veil- 
laient en tout lieu, — armés et équipés; — Dieu leur a sus- 
cité un mauvais génie, — qui sait où il a mis chacun d'eux?. 

J ^' ^ g ■ " 1 )3 

o- 'o r o ' ' a " 



L ar'a bou Mezrag lefah'el, 
oûr nesâi l ebekkel^, 
our un h' ad ennig es. 

> Ai terih'aith pour ath therih'aith si- teriel avec le nom du génie Ariel. La teriel 

gni6e «les hommes qui portent des rra^'tViv. des Kabyles est la goule arabe, ou notre 

On appelle ordinairement i^s reah'ia, ogresse. On dit aussi, en kabyle, (AaoïiarW 

ooe partie de la chaussure qui se met par- niouth «une goule, une ogresse», 
dessus tes bottes et qui est ouverte sur les ^ Le mot arabe Jjq veut dire avarice, 

c6lés. mais les Kabyles remploient dans le sens de 

' On remarquera la ressemblance du mol crainte, paresse, indolence, mauvaise volonté. 



H) POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

efkan t i l djahel, 

idda d' amerhoun r'our es. 

L'agha Bou-Mezrag, le mâle guerrier — qui ne connaissait 
pas la paresse, — n'avait personne au-dessus de lui. — Ils 
Tout livré au païen — qui l'a retenu en otage ^ 

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El hacha r'efikkath et't'ebel, 

bab ih'atnbel* 

d' elk'açba ibnan ihek'ououSy 

tkoura mi ind'el, 

our iban l ekhebar in es. 

Le pacha' pour qui battaient les tambours, — le maître 
des riches tapis — et de la kasba voûtée, — maintenant 
qu'il est renversé, — on n'entend plus parler de lui. 

- dl TOT 
idyJ ^ •< ft 1 







^ Mastapha Bou-Mezrag, bey de Titery, * Ih'ambel désigne ane espèce de tapis i 
se rendit volontairement au maréchal Giau- haute laine, 
sel, à Médéa, le a 3 novembre i83o. ' Hoçan-Pacha, dey d'Alger. 



PRISE D'ALGER. 17 

L ihoud izga d ithovkkel, 
la itkeddou * s ezh'el; 
mi îs tberred outnr'eft'es, 
le faid'a in es tr koul, 
izd'er' d'i themd'int la h'es. 

Les Juifs sont devenus les chargés d'affaires, — ils se don- 
nent, en marchant, des airs de fierté; — depuis que les 
baptisés leur ont livré le pays, — tout le profit est pour 
eux; — ils habitent la ville sans bruit et sans conteste. 

es sikh ikker dr'efl açel 
ed dénia thebeddel, 
adnir' thoud ouin r'efthers; 
negera d d'i eç çandel* 
r'pfaman efnbla er rais. 

Les fondements de l'univers s'écroulent, — le monde est 
bouleversé, — la base sur laquelle il reposait est, je pense, 
en raines. — Nous, les survivants, nous sommes dans une 
barque — à la surface des eaux, sans commandant et sans 
pilote. 

\ - .0- o « o[I 

J •*^-?j5r^-<— * 

' La ou lia itheddou. On emploie indifle- * On appelle çandel, en français sondai, 
remment les particales la ou da pour îndi- un grand baleau non ponté qui fait le cabo- 
qoer le temps présent. (age sur les cdtes d^Afrfque. 



18 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABVLIE. 




Irthah! oui irabcn irmel, 
le khebar our th isel, 
mek'k'ar^ ithehctma, it' l'es, 
noukni am ezouail 
d! er rehiâ ougmtd'ou ai nthels. 

Heureux celui qui repose sous le sable ! — les nouvelles 
de ce monde n'arrivent pas jusqu'à lui, — au moins il dorl 
en paix. — Nous, comme des bêtes de somme, — nous man- 
geons l'herbe qui pousse sur les fumiei's. 

J— « — « — J^ e g^ » 

Si - « - 'mt 



J ouiiUouh'aid'en*, smouk'el, 
fehem, a l âk'cl! 
rehhi koul cki isehel r'our es, 
d' el k'aoui, h' ad ma th iouçel, 
oui iztnereti i thezmerth in es? 

Toi qui adores le Dieu unique, regarde, — el comprends, 
homme sensé I — Tout est facile à Dieu , — c'est lui le tout- 
puissant, il n'a pas d'égal, — qui peut résister à sa puissance? 

* Meh'k'oTf de rarabe megf^ari, mot de * De Tarabe j^^j « reconnaître I*unité 
la conversation familière qui peut se traduire de Dieu?»; iVçw^f <vla déclaFaiion do 
le plus souvent par an moim, Punilc"). 



PRISE D'ALGER. 19 

- 0-9-0 o-z 



o - ' - o ^or «-o 

Etsrer' k, aâzza ova(ijel\ 
a mtrdjin ir'etter idhes, 
daàr k s ck' aider le k' eh' ai, 
d' eç çah'ah ath ùuzelûkek'k'e*, 
ed djemiâ akka nek'ad'er * ir koul 
iired' ar' ednoub ma noumes. 

Ecoute ma prière, ô Dieu grand et puissant, — loi que 
ne surprend jamais le sommeil, — au nom d'Haïder le Noir 
— et des compagnons aux éperons acérés, — tous tant que 
nous sommes ici présents, — purifie-nous de nos péchés, si 
nous sommes souillés. 

* G^est Tarabe J^4 V^ 'Ail. pn>scnl)>. Les Kabyles, dans ce mot, chan- 

' Nek'a^er vient de Taralio wÂSb ^^tre gonl souvent le ^ en ^. 



20 



POESIES POPULAIKES DE LA KABYLIE. 



H 



EXPÉDITION DU MARÉCHAL BUGEAUD 



DANS L'OGBD-SAHEL, EN MAI 1847». 



PAR SI-MOIIAMMBD-SAID-OI-SID-ALI-OC-ABD-ALLAH, DES AIT*MBLL1KB(JCII 



,„ 2 






' Au mois (le mai 1 8^7 , M. le maréchal 
Bugeaud partit d^Alger avec une colonne de 
7,000 hommes environ, et se dirigea vers 
Bougie par Bordj-Bouira et la vallëe de 
rOued-Sahcl. Le 1 5 mai au malin, la colonne 
campait au bord de cette rivière sur le terri- 
toire des Aït-Abbès, tribu riche et puissante 
de la rive droite. Dans la journëe , quelques 
coups de fusil furent échangés entre les 
avant -postes français et les Kabyles; à la 
tombée de la nuit, des feux s^allumèrentsnr 
les sommets de toutes les montagnes envi- 
ronnantes, et peu de temps après les Aït-Ab- 
bès, soutenus par les contingents des autres 
tribus, vinrent attaquer le camp et commen- 
cèrent une fusillade très-vive qui dura jus- 
qu'à une heure avancée de la nuit. Deux 
fois, des attaques de nuit du môme genre 
avaient roussi aux Aîl-Abbès contre des co- 
lonnes turques qu'ils avaient taillées en 
pièces. Ils espéraient faire éprouver le même 
sort à Tarmce française ; mais ils avaient af- 
faire à un ennemi qui ne se laissait pas faci- 
lement intimider ; le camp resta silencieux et 
les grand'gardes sulTirent pour tenir les as- 
saillants à distance. Le 16 mai, à la pointe 
du jour, le maréchal fit franchir la rivière ù 
sa colonne, laissa les bagages et les sacs sons 



la garde de deux bataillons, et lança le reste 
de ses troupes contre les Kabyles qui gar- 
nissaient les créles des rochers. En quelques 
heures , presque tons les villages étaient au 
pouvoir des Français, et le village à'Azrou- 
Alhul lui-même, que les Aît-Abbès regar- 
daient comme inaccessible, et où ib avaient 
entassé toutes leurs richesses, était emporté 
d'assaut et livré aux flammes. Epouvantés 
d'un désastre qu'ils étaient si loin de pré- 
voir, les Aîl-Abbès oflVirenl alors de se sou- 
mettre , et le lendemain ils acceptaient tontes 
les conditions que leur dictait le maréchal. 

Le bruit de la défaite si prompte et si ter- 
rible des Aït-Abbès retenlit comme un coup 
de foudre dans le pays kabyle , et fit évanouir 
toute pensée de résistance. Les tribus des 
deux rives de l'Oued- Sahcl firent successive- 
menl leur soumission , cl la colonne du ma- 
réchal arriva à Bougie sans avoir à lircr un 
coup de fusil. A deux journées de marche 
avant d'arriver dans cette ville, elle avait fait 
sa jonction avec la colonne partie de Sétif 
sous les ordres du général Bedeau. 

Cette expédition du mois de mai 18^7 a 
été la dernière de M. le maréchal Bugeaud. 

' La tribu des Aïl-Mellikeudi habite le 
versant sud du Jnrjura. 



EXPÉDITION DU MARÉCHAL BUGEAUD. 21 

i J3 \ ■«> g] 'ri irli V 

Etftrer' k, ia àdhim ed djoud , 
t'a khalik' el âibada , 
dâar' k s erdjal indboud , 
d' eç çeliah' koul blada , 
thekhethemdh or' ts r'ef ech chehoud 
themenddh ar' si l ouak^ida. 

Je t'adresse ma prière, Dieu de magnificence el de bonté, 
— créateur des humains, — au nom des hommes qui t'a- 
dorent — et des saints de tous les pays, — • accorde-nous de 
mourir en confessant la foi, — préserve-nous des flammes 
éternelles ! 

»9 » i ■^■ i? < 



-: î o - ^- ^â-oi 



/a reMi^ r'otir eA; at netloud' 

r'our ek ai net'mâ elfaida 

dâar' k s aitk errekauâ d' esedjoud , 

d' er résout Moh'amniada, 

d* aroumi sioudh as le h'adoud 

ad'/ellar'thekkesedhlad'a. 



Maître souverain, c'est toi que nous implorons; - c'est 



2i2 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

de toi que nous désirons lout profit, — au nom des hommes 
qui s'inclinent devant toi dans la prière, — au nom du pro- 
phète Mohammed, — mets un terme au règne du chnHien, 
— éloigne de nous ce fléau. 




lj>j ft M J^^^ ijh^ ^y^ 

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V3^îpi\ J-ft4 j»;^! J:5 

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--- ^ o ^ r . o - 
^ ?yl ^ A I 1 ^^iJLîKija 

Mnrichan ifka d l nk oml 
Mdloum ikheddem ez ziada 
innoum v'efmedden Icmmnud ' 
s el nzcm ni d iousa r'et^ d'à. 
Koul l nrch ik'k'el d' et ihoud , 
h' ad our immoulh r'cfchchadu, 
nr^ d' aouen d ehd'our' erchoud' y 
mànt thagowfemi, a kern d'à I 

Le maréchal a envoyé ses prochimations, — on sait qu'il 
commet des excès ^ — il est habitué à imposer aux hommes 
l'obéissance; — c'est dans cette intention qu'il est venu jus- 
qu'ici. — Toutes les tribus sont devenues des juifs, — per- 

* i,emmoud\ nom d\nclion do In •?'" l'ormr ^ Les excès que le poêle reproche au uia- 

ilu vi«rbe arabe jd. réclial, c'esl rli- ^nibir «Jiinidln* W^ K^ - 

' Ir d' aouen ou ad' d' anwn. I»yle«. 



I 




EXPÉDITION DU MARÉCHAL BUGEAUD. 



33 



sonae ne meurt pour ia foi ; — je vais vous indiquer le vrai 
cliemin. - Silence donc dans l'assistance! 



>'.".. -^\ 







hel izeri bh'al esd'oud' 
r'efthin idhran abrid'a 
si h!anifàr ath bou Mesâoud' 
iioun our th id iâotuTa \ 
irgazen iltan d' eç çioud 
thoura thek'k'el asen ethherd'a. 

Mes larmes coulent à torrents — au souvenir de ce qui 
s'est passé dans cette campagne; — depuis H'anif^ jusqu'aux 
Aît-Bou-Mesâoud ^, — personne na fait de résistance; — les 
hommes qui étaient des lions, — maintenant portent le bât. 




r*"? <;«-aro»o- 



-A— J 






' lâouda, de Tarabe 3lx . ^ Les AîUbou-Mcsâoud fornicnl une tribu 




2& POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

lintr' ed asifr elfnek'çoud 
ma ikhafeh, iahUn, ma ioHgd!a ^ 
8 et* feboul n enh'as am er râoud! 
iêerous er râach mi tk ihd'a. 
r'er Begaitk aig ega l movâoud' 
mmh' ihoua thaboud'a. 

Le chrétien a suivi la rivière se dirigeant vers son but; — 
il ne craint rien, le maudit, rien ne Teffraye, — ses tambours 
de cuivre grondent comme le tonnerre. — Lorsqu'ils com- 
mencent à battre, ils donnent le frisson. — C'est à Bougie 
qu'ils se sont donné rendez-vous^; — ils descendent à Tha- 
bouda^. 

*—m i,^ n .Î Ç.J 

- o a ^r o î- o rf - o- 

i^ l\ ^\ r> j3^jJ^ 

L islam edjan d el ânuhoud 
rebbi ioumer d l edjahad'a 
irrez ed din n enbi el mesâoud 
ournet't'ifd'eg e eu nefd'a, 
akera d'in iour'al d' our'oud', 
ras ma ih'oun çah'ab ed djouda. 

* Dans ce vers la même idée est répéléc française ne permet pas de Iraduirc liUéralc- 

ùeux (ois, eaanbe ma ikkaf eh ftW ne craint ment, bien que Paul de Kock Tait donné 

pas'? , et en kabyle ma iougd'a. La particule pour titre à un de ses romans. 
ma, qui précède iougd'a, est la négation * Le maréchal Bugeaud et le général Be > 

arabe. Le mot t'ahUn est Tarabe ^Lal? dont deau. 

lesindigèncsfontunsifréquent usage comme ' Nom d'une plaine située au pied dos 

injure, mais que rhonndtelé de la langue montagnes des Aït-Himmel. 




EXPÉDITION DU MARECHAL BUGEAUD. 35 

L'Islam a manqué à ses devoirs, — Dieu ordonne la guerre 
sainte — et la religion du Prophète bienheureux est en lam- 
beaux ; — nous ne la retenons pas même par un fil. — Tout 
ce qui était là sera réduit en cendres, — à moins que le Dieu 
de bonté n'en ait compassion. 

Ol_k. .Mil Çk k k 1^ C J3^ 

Imi d* aroumi ndched'em ith 
thoura our ar* banent ùenath , 
ed din n enbi nezzenz ith 
irgazen ak'k'elen d* el khalath , 
m d' el mouth netsaouggad* ith 
an nerou el âar d' el mah'anath. 

Du moment que nous nous sommes soumis au chrétien, — 
nous n'avons plus rien à espérer dans ce monde ni dans l'autre ; 
— la religion du Prophète, nous l'avons vendue, — et les 
hommes sont devenus des femmes. — Puisque nous craignons 
la mort, — nous serons rassasiés de honte et de chagrins. 

• I o roî oai ^ 0-3 



20 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Chenna ma thehad'cr tkarounuth ! 
nithenti ourouent ckebabatk I 
oui ikkeren * ichehhah! am iKeselith 
zir'en l islam d' el khaiatk! 
thezouar or' iak thihoudith ^ 
he khelafçah'ab atk edkath. 

Honneur aux femmes chrétiennes! elies peuvent parler 
haut; — elles, au moins, ont donné le jour à des braves ! - 
Le premier venu se pare comme une fiancée ', — Tislam 
n'est donc plus qu'une femme! — Nous avons eu tous pour 
aïeule la lâcheté juive, — excepté les compagnons du Pro- 
phète, ces hommes valeureux. 

o " * "^ o Q^Ot 

à .?j f ^ O ^*^! ^^^ 

Nek'k'el d'egg ifeg ik, dhelk' ' ilh 
ai ouchebièh', ahou el keffaih , 

' Oui ikkeren f littéralement : «celui se ' C'est un singulier reproche à faire à 

levant», idiotisme dont le sens est «le pro- des Kabyles, le peuple le plus malpropre et 

mier venu». le plus déguenillé qui soit au monde ^ assu- 

' En kabyle, le mot(AiAotidi(ARla juive», rément ce n'est pas le luxe de la toilette qui 

est synonyme de couardise, lâcheté, bas- a pu amollir le courage des défenseurs de 

scsse , de même que thak'ebaUith « la kabyle n , r islam dans TOuctl-Sahel , et amener leur 

doit être pris dans le sens ào honneur, défaite, 

fierté, bravoure. * /)Mfc' de l'arabe ^^^JLt. 



EXPÉDITION DU MARÉCHAL BUGEAllD. 



27 



nçbah^ zik louhi n tezalUth 
ma Uekkeredli ak'bel thafatk 
el ârch iilloulh'eçed' ith, 
ichelladhen aânou l ernbalh. 

Élève-loi dans ton vol, déploie tes ailes, — gentil faucon 
aux belles pattes; — -le matin, à l'heure de la prière, — si 
tu te lèves avant l'aurore, — dirige-toi vers la tribii d'Il- 



loul 



— va 



passer 



la nuit a Chellata*'. 



«0-0 •»- 



®. irf "■ •;• o - ^o - o - o 

o. o - ?î o --r -»- o ' 

, - o 3 - 

■3 jM»iii <o>i ■<>»■ J 

Emmi ft nech chikh, lehalliif eier ith 
ek'k'im r'our es, ahad'er elkclmnth 
ouin fsenegeren thajndduh 
ink baba s ad' bou el kheçelath . 
r'our rebbi adas thebadhenitk 
memsn ihin h es sadalh. 

Surtout, vois-y le fils du cheikh ^ — arrète-toi chez lui, 
di&-Iui quelques mots. — Par son fait, ses ancêtres sont morts 



* C'est- à -dire les Ilioulen-()u»ammei\ 
venant sud du Juijura. 

* leheliadhen que nous avons pris I'liabi- 
tude d^appeier, comme les Arabes, Chellata , 
est le nom d^m village des Illoulen-Ousam- 
mer où se trouve la laoïiîa de Si^Mohamnx'd* 
Saîd-b4»n-Ali-Chprif. 



-^ Le fils du cheikh {emmi s nech chikh) 
est le nom que les Kabyles donnent habi- 
tuellement à Si-Mohammed- SaJd-ben-Ali- 
Cherif , açha des AîtrAïdel. Très-jeune en- 
core en 1867, cet indigène, à rapproche de 
Tarmce française , n'hésita pas à faire sa sou- 
mission A M. le marc^rhal Bngeatid. Depuis 



28 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIK. 

sans héritier; — certes, son père était un homme doué de 
vertus. — Dieu lui enverra un mal mystérieux, — car il a 
détruit tout respect pour les saints. 

^ r^ »3 » h\ fk »?!•« uS 

o 

Àtka ikckem ar' d oufedkouU, 
mariehan hou din n enk'ag, 
eck ekar d^egg oud'em our i7/i , 
f( kiba awuoun d' ar'ilas , 
idja ikamomrtk d' el kkali 
issar i medden lousoua*, 
MueJlWfiN aârak ak'baili 
koul el ârck ijebafeU a*. 

\ oici que chez nous est entré Finlrus importun , — le ma- 
réchal k la religion de cuivre*; — son visage est dépourvu de 
barbe^ ; — la terreur qu'il inspire est celle d'une panlhèi'e ; — 

celle t^poqiie« sa fidêlik.^ à la France ne s'esl Kabyl«« œiuine iiiaralwul, fils de marabout 

pas dcmeDlie un seul insUnl au milieu de lrè»-Tenorv. Cesl ce qui lail dir« au poêle 

circoiislanfv$quelquefoblr^s<rikiqiies.Ce6l qu^il a lail mourir se» ancèlres sans héri- 

un des indi^*ènes qui se montivul le plus tîtT. 

disposés à ailopler les idées de la d^ilisatioii * Cesl-à-dirv à la roligioo lausse. 
eurvpe^oune: aussi a-4-il fK^Ytlu U plusgramle * \l. le nureclul BugvNnid atail en eflci 

pariî«^ de riafliKMKe qinl oxei^ail Mir Wk lrt<ci-|HMi «lo l*ar^v. 



EXPÉDITION DL' MARÉCHAL BUGEAUD. :29 

ii a fait de notre pays un désert S — il remplit les hommes de 
crainte, — il a soumis l'Arabe et le Kabyle — et a passé sur 
toutes les tribus. 



An n el h' ad ai à! mekheli 
açbah! zik d*i thaoulellat 
atha idhehel ed s ir'ill aâU 
el h'açba tkehoud ar Usas, 
ai gououi d'eg k t'fali 
d' el khalaih south aumek'ias. 

Le dimanche a été le jour funeste^; — le matin au cré- 
puscule, — le tambour résonne à Ir'il-Ali*, — la Kasba a 
été détruite jusqu'aux fondations. — Combien le chrétien 
nVt-il pas enlevé déjeunes gens — et de femmes aux riches 
bracelets *! 

' GeUe accusalion , ayant évidemment ' Ir'ilAli est le nom d*nn village des Aït- 

pour but dVntretenir la haine contre nous, Abbès. 

eut (ansae el faite de mauvaise foi. Le poète, * Un assez grand nombre de femmes et 

habitant le pays des Ait-MeHikeuch, savait d'enfants forent pris, en effet, dans la jour- 

comme loua les Kabyles de rOaed-Sabei, née du 16 mai; mais ils furent traités avec 

que partout, sur le passage de la colonne du beaucoup d*bamanité. Le maréchal leur fit 

maréchal , les propriétés ont été respectées, donner des vêtements neufs dont ils avaient 

' Le combat du 16 mai contre les Ait- grand besoin, et les rendit ensuite h leurs 

Abbés eut lieu un dimanche. parents. 



30 POÉSIES POPULAIRES DE Li KABUIE. 

£* trrmmr ëc'dkà thizU 
omr isalh'aH r'efthnrnm ». 
<wm cMrAoïif iherdjeUlk ir'li 
iouth eek rhe/rn (Ti eç jM>«rfl *. 

Les chasseurs coupent la retraite, — chacun fuit sans s'iii- 
quiélei- de ses enfants; — celui que ses jambes trahissent 
tombe — et son corps est percé de coups de baïonnette. 

^' afnai talc et tamzaU 

^'^ ^ifiith ai igeren ehas, 

nr adelen id' eg ameUli 

w«t hnil chi nehded'en ag tkiias * ; 

eddAndiakd' dmeh'ali 

i(ntrotmiek'k'filen d' er râia s. 

Ce sont les Ifenaïeii et Aïl^Tarazak^ — qui de longue 
mam ont préparé ces événements; — ils se sont entendus 

* Liltéraiement : vde toute chosp ii« nui .11^ • . r -. , . 

-....., ^ ** ^^^ '** <>n* **»es avaient fait une soumission Irès-pre- 

lait tenir debout devant ui les limilesT) r^i^ • n r . j. 

, - ,, _ . "iniiejn». caire, mais ollos ne furent d'aucun secours 

' LesIlenaieneMosAil-TamzaUsonldeu» ...* ir.^„« • 1 .p j-.- j 

. ., , ... "«"wniaeux "i^ ri-nnrais pendant Icxpédition du mois 

Inliiis du renie «Ip Boii^ri... En frvHer 1 8 ', - d*- 



U*' IIKII. 



EXPEDITION DU MARECHAL BUGEAUD. 



31 



avec le chrétien — et lui ont livré le secret de toutes choses ; 
— ils marchent tous avec ses troupes, — et sont devenus 
ses sujets. 



\: t ^ 



o-l' 






t>3\ 



/r'rrJA il en sehâ ouremli, 
h!ammou iggoudj seg el h! ara s, 
l dionn el baz asah'ali, 
ihagmals is iheseberfell as , 
ask' if enni d'eg itsr'imi 
iouatka ad' ih'azenfell as. 

Je plains le lion des pays de sable ; — il a quitté sa de- 
meure, Haramou\ — aux yeux de faucon du Sahel, — et 
ses parents supportent patiemment son absence ! — Le ves- 
tibule où il s'asseyait habituellement — doit prendre son 
deuil. 



' Hanimoa-Aineisian , chef de ia branche 
cadelte des Aît-ou-Rabab , est l'aoleur du 
giiet-â-pens où furent aasassioés, le h août 
i836, le commandant Salomon de Musis, 
commandant supérieur de Bougie, et Tin- 
terprèle Taboni. Depuis la mort de son frère 
aine , Cbetkb-Saâd-Oulid-oo-Rabah , il avait 
toute finfluence. Lorsque les Aït-Tamzalt 



firent leur soumission, en février 18/17, 
Tautorité française ne voulut pas entrer en 
relation avec un assassin et investit du pou- 
voir dans la tribu deux des neveux de Ham- 
mou, les nonmiés Ourabab et Abmed ou 
Mebenna. GW d'eux qu'il est question dans 
le couplet suivant, où il est parié des fils de 
son frère. 



32 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

I .0—0 • O %3|* 

p. . » o - foZ 0-f-*- 



As mi oulach ed djouKali 
mezziith ouarraou n egtna s 
d' er rai s h' ad our th iU, 
eljenneral idhebberfell as, 
ed djenneth ad' izd'er* l âîi 
ma ikhed'em ednoub iàfa ias. 

Avant Tarrivée des païens — les fils de son frère n'étaient 
que des enfants, — personne n'avait d'autre volonté que la 
sienne, — le général écoutait ses avis. — li habitera les hau- 
teurs du paradis , — et s'il a commis des péchés, Dieu les lui 
pardonnera. 

R' owner' itnraMhen d'elaâli^ 
aUia djebed'en ar' d akerras, 
etman : aiagid' elh'alali, 
mi d* âd'aou n enbi dkouâth oê, 
d'in iak, a medden, ai ner'U 
ifka i asen d ihemas, 

* L^auteur de ce chant est marabout lui-oiéme, comme Tindique te mot «i, abréviation 
de xiV/, qui prt^cède son nom. 



EXPÉDITION DU MARÉCHAL BUGEAUD. 33 

Nous avons d'excellents marabouts; — ils nous ont ap- 
porté le livre, — la religion le permet, nous ont-ils dit, — 
puisqu'il est l^nnemi du Prophète, soumettez-vous au chré- 
tien* ; — nous avons tous alors courbé la tète, ô mes amis ! 
— et le chrétien leur a donné des burnous'^. 



Ouiiak, a Inbd tah'iU, 
reehed'er' koun,fehmou, ta ennas^ 
an nekhed'em d'eg ouar nelli 
nerna aâd'aou n enbi net'oms, 
la houdda el mouth d'à tsili, 
I ek'rar enner' d' ed dar laias. 

Prenez garde à vous, hommes trompeurs! — je vous in- 
dique la bonne voie, comprenez donc, ô assistants' — Nous 
allons faire ce qui n'est pas dans la loi ; — bien plus, nous nous 

' Ce raison nemenl, qui peut parallre ne vous engage à rien : vous pouvez donc 

singulier, a «^té en effet employé très-sou- vous soumeitre sans scrupules. t» Encore 

vent par les marabouts el toujours avec maintenant la très-grande majorité des in- 

soccès , lorsquMls avaient intérêt à faire ac- digènes de TAlgérie n^envisage pas à un 

cepler aax Kabyles notre domination. «Le autre point de vue leur position vis-à-vis 

chrétien est Tennemi du Prophète , leur de nous. 

disaient -ils, vous n^avez donc à attendre * Des burnous d'investiture, c'est-à-dire: 
de lui ni pitié ni merci; d^ailleurs, puisqu'il nie chrétien les a revêtus de commande- 
est rennemi du Prophète, votre soumis- ments qui leur assurent honneur, influence 
sion n^est pas valable aux yeux de Dieu et et surtout profits.^ 

3 



U POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

soumettons à Tennemi du Prophète. — La mort est inévitable 
— et notre dernier séjour est la demeure d où nul ne revient. 

O O 9 O^ *" o ' o ® ' 




J 0Mr7i*- rtrf'r'rt en ter'erith 
ouirma s en nefs ag tsemetsath 
iioun our iehehed' ass enni, 
imiren dad' naoulen as, 
khouççen le khioudh d' echmali, 
d' elkhalathy our d'in thissas. 

Les Aït-Our'lis^ sont habitués aux coups; — ceux-là, un 
souffle les renverse; — aucun d'eux n'a fait acte de foi en ce 
jour, — sur-le-champ, au contraire, ils ont préparé le couscous 
pour le chrétien; — il ne leur manque que les khiout et 
les chemali^ : — ce sont des femmes, ils n'inspirent aucune 
crainte. 

^p\3^i (^^\ ^ 

^ Les.AîtrOurlis, du cercle de Bougie. ' Les khiout , pluriel de khit, nommés 

sont composés de deux fractions principales, aussi ihitfijin, sont des ceintm*es de femme 

les A[t«0usaromer et les Aïl-Mezal. Les Ait- composées de plusieurs cordes en laine; 

Ousammer n^avaient ni bonne ni mauvaise chaque corde est large comme le petit doigt, 

réputation , ils ne subissaient Tinflucncc de Les e^^ma/t, pluriel de chemin, sont des cein- 

personne; Le poète a voulu parler sans doute tures ordinaires en laine ou en soie, et, 

des Aït-Meul qui, de temps immémorial, comme los khiout, elles ne servent qu'aux 

étaient «lans la dépendance des 4ït-0iirabah, &Mnmos. 



EXPÉDITION DU MARÉCHAL BUGEAUD. 35 



3^ — • Jb— ^^ ^)*^ 

Ouamma aimmel d' oujelili 
our' en d edh dherba al er ras , 
our âlemen d'i l h'aouali 
ad' rehbi ag erad'enfell as, 
amm iged'erei mi d ir'Ii 
ter s ni'elam d' asallas. 

Quant aux Aït-Imniel et aux Aït-Djelil \ — ils ont reçu le 
coup sur la tête ; — ils n'ont eu connaissance de rien , — 
c'est Dieu qui l'a décrété ainsi pour eux ; — de même quand 
tombe la grêle, — doscondont sur la terre l'obscurité et le 
brouillard. 

Çi Çjk 1\ i'r^*fr juii V*jy> .o» 

Çk A » 7V 11 >k^l ^v^^l ^3 / 



<>U. m ^1 ^L 



JL-duJ 



/)' amessis ih'adher i thouar'ith ; 
our' en d el ourad' s cl âchk'ath , 
ouin id'ekeren çed'a thâdjeb tth 

* Les Aïl-Immel et les AiVDjelil sont du maréchaiBugeaud, qui occupait la vallée, 

deai tribus très-guerrières du cercle de et celle du general Bedeau arrivant par les 

Bougie. Au mois de mai 1867, ^^ àeux crûtes, et ne purent faire aucune T(«is- 

tnbos se trouvèrent prises entre la colonne lance. 



36 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

g efjiebièh' ag esserouath; 
r'a* ad* edjen iak thazallith 
ovar endjouhed! la mânath. 

Les Imsissen ' ont assisté impassibles au désastre; — ils 
prennent les ordres avec a-raour^; — celui d'entre eux qui 
répète un air de prière qui lui plaît — ne fait qu'égrener 
sans cesse son chapelet. — Qu'ils laissent donc de côté toutes 
leurs prières! — Celui qui ne fait pas la guerre sainte ne doit 
être compté pour rien. 

a h — «^j ^--f ^ ûrf y 

A rehhi, dàar'k s elhmezerith 
d* ekra r'ef ekkant el mah'anath 
aroumi, a sid'i, refâ ith 
a çellah!, eddouihfell as. 

mon Dieu, au nom de Timezerit', — au nom de ceux 
sur qui a passé le malheur, — délivre-nous, ô seigneur, du 
chrétien , — ô saints , chassez-le ! 

- o ^ 0-0- ?^i»^«î 



' La Iribu des Imsissen appartient aussi * I) s'agit ici des ordres religieux. (Voir 

au cerde de Bougie et a toujours é\é sous le Livre des Khouan, par le général de Ne- 
rinfluencc des Aït-Ourabab. Elle n'est pas . vcu.) 

plus fanatique que les autres tribus et ne ^ Timezerit, qui peut se traduire par belle 

s'est jamais fait remarquer par Tempresse- vue, est le nom de la Koubba située au 

ment de ses membres à entrer dans les con- sommet de la montagne des Iflissen-Ouro- 

fréries religieuses. el-Lil. 



EXPÉDITION DU MARÉCHAL BUGEAUD. 37 

- of o a - r 



Be kheUif thanecha el bey Mah'moud 

aith MelUkech dhorben çenda , 

aitk ez zad', koul chi moudjoud 

ait tah'azatnth ad' elfrida, 

oui immouthen r'our ed djenneth el mek'çoud 

ad' imeUaâ d*eg el maid' a. 

Tous soldats du bey Mahmoud \ — les Âït-Mellikeuch ma- 
nient bravemeut le fer. — Bien pourvus de munitions, ils 
ont tout en abondance; — ils ont de belles ceintures el des 
poignards. — Celui qui meurt en combattant va au paradis, 
but de ses désirs, — où il jouira de toutes les délices. 



o. - 0-0 ^- 0«T -^ 



O. rro-o>-Sr»oJ 
t *• » ' •% r« "- - 

û5 — ^r-^J"^Jr-? 



' Le compliment le pitw flatteur qu'nn Kabyle puisse adresser A des guerriers esl de 
les eompirer â des Turcs. 



38 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Nekk'el d'egfr ifeg ik, (Ult\ 
agaoua erg d'eg eUnacfas 
djemâ ilheti se wah'el ou djebel i 
aith el baroud' d' afihathas 
ma d'aï mofi thadovkeli 
iksa then en ni/d' ei't'da s 
• zebberen oui illan d' abekheli 
aitdk'el thiouga akhamtnas. 

Elève-toi dans ton vol, monte vers les cieux ', — descends 
«lu milieu des Zouaoua^, — réunis-les tous, ceux du Sahel 
et ceux de la montagne; — leur poudre est pure et bien 
grainée. — S'ils prennent une résolution d'un commun accord, 

— l'amour-propre et la soumission à Dieu les conduisent; 

— ils éloignent les gens de mauvaise volonté; — Tattelagcî 
connaît le laboureur. 

Ad' eddoun d'i l medjmouli 
nith idjer, çiotul' ne temeiheras , 
ebnan irgazen el àali 
ad' tiegeren d'egg iioun ouas , 
r'as ad' ik'k'im d' el khali 
el khed'ma ouroumi ad' laias. 

* L'auteur est censé s'adresser à un oisea 11 Zouaoua habitenl la montagne; Pauleur dé 

qu'il charge d'un message. On retrouve colle signe sans doute ici par ie nom de Zouaoïi» 

image dans presque toutes les poésies. toutes les tribus du versant nord du Jurjnra , 

' Les tribus de la confédération des peut-être même du bassin du Sebaon. 



EXPÉDITION DU MARÉCHAL BUGEAUD. 39 

Us marcheront du même pas — les Aït-Idjer', les lions 
des forêts; — ces braves gens ont résolu — de mourir tous 
le même jour. — Dût leur pays rester désert, — ils ne se 
soumettront pas au chrétien. 

û-i-ijî j-iij^ i^ic,y 

Etsrer' k, Allah el djilali, 

a ouin our ther'edderedh, a nâ» *, 

dâar' k s aith ahel^ ersali 

d' ekra iklheben d'eg oukerroê 

r'efer ar' ir koull ma ned'neb 

edjendâ akka d nemdjalas. 

Dieu très-haut, écoute ma prière, — ô toi que ne trahit 
pas le sommeil, - au nom de ceux qui lisent les prophéties, 
— par ce qui est écrit dans le livre saint, — pardonne-nous 
si nous avons péché , — à nous tous qui sommes ici rassemblés. 

^ La confédération des Aït-Idjer habile trahis pas, 6 sommeil. ") Cette tournure de 

te versant nord du Jurjura , aux sources du phrase se reproduit très-souvent. 
Sebeou. ' Ahel n'est id que la répétition en arabe 

* Littéralement : «0 c«lui que tu ne du root dtt qui précède. 



àO 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



m 



EXPÉDITION DU GÉNÉRAL PÉLISSIER 



CHEZ LES MAATKA, EN 1851 '. 



PAR ALI-OU-PERUAT DR BOl-HlNOUN. 









' Dans le courant de Pannée 1 85 1 , le pré- 
lenda chérif connu 80118 le nom de Bon- 
lUnrla (riiomme à la mule), battu et chassé 
de POued-Sahel par les colonnes des géné- 
raux Bosquet et Camou, s'était réfugié an 
\illage de Meeherek chez les Ait-Ali-ou-Illoul, 
tribu de la confédération des Ait-Sedk'a. A 
celle époque, le seul représentant de Taulo- 
rité française en Kabylie était le bach-agha 
Bei-KoMem-ou-Kanxi ; il habitait le vieux 
bordj turc de Tizi-Ouzrou. L^^s efforts du 
chérif devaient donc naturellement tendre à 
ruiner le pouvoir de cet agent de la France , 
en détachant de lui les tribus qui subissaient 
son influence. En pays kabyle , Tacharnement 
des partis les uns contra les autres, la crédu- 
lité, rignorance et rhunicur batailleuse de.s 



populations rendent facile le rôle d'agita- 
teur; aussi, en peu de temps, les intrigues 
de Bou-BerMa eurent-elles propagé l'agita- 
tion la plus vive dans le pâté montagneux 
occupé par les confédérations des Aït-Aïssi , 
des Mâatka et des FUssa. 

Le village de Bou-Hinoun, de la confé- 
dération des Aït-Aiissi, prit Piniliative du 
mouvement. Le parti hostile au bach-agha 
se mit en révolte ouverte contre lui, chassa 
du village ses partisans, et fit appel à Bou- 
Ber'la. Celui-ci se hât«i d'accourir et réussit 
promptcmenl à entraîner les AiUAïssi, les 
Mâatka et une partie des Flissa. Voulant en- 
gager sans retard les hostilités, il dirigea 
une attaque contre le village des Abid à 
Cbemlal, mais les goums des Amraoua, 



EXPÉDITION DU GÉNÉRAL PÉLISSIER. 



/il 



Eclat r'efk, a nebi, ai oudhrif! 
a résout idouz en nadher ! 
mi k ibd'er oui itftijif, 
d' azid'an refelkhat'er, 
ouanes ii ma r'a kechmer' ard'if, 
as el leh'asah ihagounits thezouer. 

Bénédictions sur toi, Prophète gracieux, — envoyé chéri 
du Dieu qui voit tout! — ton souvenir émeut vivement Je 
cœur, — tu es doux à l'âme; — assiste-moi quand je des- 
cendrai au tombeau, — le jour des comptes est un moment 
diflicile. 




restés lidèles au bach-agha, se rassemblèranl 
de toutes parts, el forcèrent les assaillants à 
rejragaer la montagne. 

Quelque temps après, le 16 ocfobre, Bou- 
Ber^ia, quittant son camp établi chez les Aït- 
Arif, fraction des Plissa, descendit encore 
dans la plaine et ne craignit pas d'atlaqner 
une petite colonne française, commandée 
par M. ie général Cuny, qui se trouvait en 
observation sur TOued-el-Keçob, près des 
mines d*Aîn-Facy. Cette témérité lui coûta 
cher : ses contingents culbutés par Tinfan- 
terie, sabrés et poursuivis à outrance par la 
cavalerie, laissèrent un grand nombre de 
morts sur le champ de bataille , et parvinrent 
à grande peine à rentrer dans la montagne , 
où lis ne devaient trouver qu'un repos do 
très-courte durée. Sept jours, en effet, après 
te combat d^Aîn-Facy, le 95 octobre, M. le 
général Pélissier, gouverneur général par in- 
térim, quittait Alger pour aller prendre le 
commandement d'une colonne qui se diri- 
f^eail vers la Kabylie par lo Fondouk , le pont 



de Ben-Hini et Drâ-el-Mizane. Malgré des 
pluies torrentielles qui rendaient la marche 
Irès-pénible, cette colonne campait le 3 1 oc- 
tobre sur remplacement du marché du Khe- 
mis des Mâatka, au centre du pays insurgé. 
Les jours suivants, les villages des Mâatka 
et d(* quelques tribus voisines furent succes- 
sivement enlevés et livrés aux flammes, et 
les Kabyles, battus dans toutes les rencon- 
tres, abandonnés par Bou-Ber'la, n'eurent 
d'autre ressource que d'implorer ta clémence 
du vainqueur. 

Cette expédition est une de celles qui ont 
laissé dans l'esprit des populations kabyles 
rimpressiou la plus profonde. La répression 
avait été prompte et terrible, et jamais jus- 
que-là aucune tribu kabyle n'avait été aussi 
rudement châtiée. A partir de cette époque, 
commença la péripde décroissante de Tin- 
fluence de Bou-Rer'la dont la conduite, au 
moment du danger, n'avait pas été d'ailleurs 
à la hauteur du rôle d'envoyé de Dieu et de 
libcralenr qu'il s'était attribué. 




/i2 POKSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



o ^^0|'0 -0-0- 

o , .^oa- o-?- 

o t * oï? -or o jl - ? 

RoU'Hinoun, thaddarth n er rif, 
igan le sebab ak t ch cher, 
nemsebd'a d'i ztnan le kherif 
el baroud' fi koul ir'mer, 
ikka r'ef meddenour'ilif 
oui th ÛMUtt ad' itsh'ak'er. 

Bou-Hinouii, village du bord de la plaine \ — a été la cause 
de tous nos malheurs. — Nous avons commencé les hostilités 
en automne, — la poudre parlait de tous côtés. — Les cha- 
grins sont venus fondre sur les hommes, — honte à celui qui 
l'oublierait ! 




Koull aârab la rf' itsizzif, 
arvuan aâbbi el lethemar ' 
out itfed'en achebbak ikhefif 
en iezgi lak d' es semmar. 

' I^ village de Bou-Hinoun , qu^on aper> onfonci\s dans la montagne da côté du sud. 

çoit de Tizi-Ouuou , est situé sur la créle de * Le mot themar est Tarahe y^ qui s^ap* 

Tune des montagnes qui dominent la plaine plique aux fruits on général. Il ne faut pas 

des Amraoua. Il parait Htv au bord de la lo confondre av4»c^' qui désigne lesdallos. 

plaine, relativement aux autros villagps pins 11 n'y a pas de datte» en Kabylie. 



EXPÉDITION DU GÉNÉRAL PÉLÏSSIER. 



/j3 



Tous les Arabes poussent le cri de guerre; — ils se sont 
rassasiés du pillage de nos fruits*; — il court d'un pied 
léger, celui qui porte un panier — de branches et de jonc. 






9 r-^e» <- *O|0 



> 




o -• I, 9 or o r» 

O f ft >> i}^ r ^i>-j^»bX> 

otfiVt ûi iousan d' at'iiar ^, 
ir« c// «enn^ «fA ârif, 
le mekalla thel/oubel le çouai-, 
iour'ed almd' r'er ouasif 
d'i chemlal ikker our'ebhar \ 



' Allusion aux indigènes des goums et 
surtout aux Arabes convoyeurs qui ont Tha- 
bitade de se ruer à la suite de nos colonnes 
sur les villages des vaincus qu'ils pillent 
avec une avidité sans égale. Pour être juste 
envers tout le monde, Fauteur aurait dû 
ajouter que les Kabyles des tribus soumises 
ne sont pas les moins ardents au pillage de 
leurs compatriotes. Cet aveu lui edt été d'au- 
lant plus facile que les Kabyles n^ont aucune 
vergogne à se piller les uns les autres dans 
ces circonstances. Pendant la guerre, le len- 
demain du sac d*un village, les habitants 
étaient presque toujours sûrs de retrouver 
rhei leurs voisins la plus grande partie des 
objets qui leur avaient ét«» enlevés; mais ils 
devaient le» racheter. 



* Le mot at'iiar vient de rarabe^Lt «vo- 
ler», d'où yjff (T oiseau T?. Les Kabyles aus^^i 
bien que les Arabes l'appliquent habituellc»- 
ment à ces vagabonds religieux qui voyagent 
sans cesse comme des oiseaux, sans qu'on 
sache d'où ils viennent ni où ils vont. La 
phrase out» ùl iousan d'at'iiar, pourrait se 
traduire plus librement par : n qui nous est 
tombé du cieH. 

^ Ar'pbbar est l'arabe *Uê <^ poussière". 
Très-souvent dans la poésie, les Kabyles 
emploient ce mot pour désigner la fumée 
d'un incendie. Ici il y a incertitude et, dans 
ce vers, ar'ebbar peut tout aussi bien s'en- 
tendre de la poussière soulevée par les 
pieds des combattants que de la fumée des 
gourbis incendi('»8. 




hà 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



Ils ont pris pour prétexte le chérif * — qui nous est venu 
en oiseau voyageur; — il s'est établi au-dessus des Aït-Arif ^ 
— son camp fait face aux çouar *; — il a pris le chemin de la 
vallée. — La poussière s'élève à Chemlal *. 



jL^\cJû^;^j^^ 






.- o - o« o« o . -^ oro 
o T* ^ or o - o*! o - 

Atmraoua, ath elhous oudhrif, 
ekkeren , our ibri el khat'er, 
ketheben ihabrats s ourrif. 
si Tlemsen ar Mdsker 
iououi d taratoul l ouçif 
d' ehni aârab ai d ikethther. 

Les Âmraoua ^, aux vêtements élégants, — se sont irrités; 
ils se sont levés — et, dans leur colère, ils ont écrit au chré- 
tien. — Depuis Tlemcen jusqu'à Mascara, — le chrétien a 
amené des tirailleurs noirs : — ce sont des fils d'Arabes qu'il 
a surtout amassés en grand nombre^. 



* Le chérif Bou-Ber'la. 

* i4a-i4rt/; village des Iflissen-Oum-Ellit. 
^ Les Kabyles appellent el çouar les en- 
ceintes, les ruines situées près d'Aïn-Facy. 

* Le village de Chendal est situé sur la 
route de Tizi-Ouuou à Fort-Napoléon, près 
de la rivière des Ait-Aïssi. Chemlal est le nom 
arftbe du chrysanthème. 

* l.cs Amraoua, en kahyle idmraouwnf 



ancienne tribu makhxen des Turcs, occupent 
la vallée du Sebaou au-dessus et au-dessous 
de Tizi-Ouzzou. D^origine très-variée , ils ont 
plutôt les mœurs des Arabes que des Kabyles, 
bien qu^ib parlent presque tous le kabyle. Ils 
sont cavaliers et fournissent un goum trè»- 
nombreux. 

* Les Kabyles affectent de croire que 
nous no pouvons rien entreprendre contre' 



EXPÉDITION DU GENERAL PÉLISSIER. «5 



o o •; o- o-^ o* "o - 



/nw d et zouaf oiir nilri/* ' 

mtr issin men ko, el k'ifar, 

koul âchera ithebâ then es stf*. 

koul oua r'efer ralhch ^ is mouk'k'er, 

ad'rar iâouean ifif, 

ag kheddem onzouggar' audhar V 

Il y a joint des zouaves qui ne connaissent pas le danger; 
— ils ne comprennent pas qui-va-là? ces fléaux. — Toute 
escouade de dix hommes est suivie d'un officier, — et chacun 
d'eux, dans sa position*, commande avec autorité; — la mon- 
tagne révoltée , ils la passent au crible; — voilà ce que font les 
jambes rouges®! 

eux nns des auxiliaires musulmaDs. C'est ici le sens de position, rang, grade, et non 

une oonsoiation pour eux de penser qu*ils celui de solde qui lui est donné ordinaire* 

ne peuTeot être battus qu'à Taide de leurs ment en Algérie, 
coreligionnaires. * On traduirait littéralement : «ceci fait 

* Le motfuirs^est un participe se rappor- le pied rouget). 

tant à zouaf 9 et non une première personne ' C'est un hommage rendu à notre orga- 

do pluriel. De Tarabe ci v^ (^oî'* Grammaire nisalion militaire. Les Kabyles reconnaissent 

half^U,^. i6t). très -franchement notre supériorité à cet 

* Littéralement : «chaque dix hommes égard. 

siiit eux un sabre n. * Allusion aux pantalons rouges de nos 

' Le mot ratheb , qui est l'arabe c>J\ i a soldats. 



't6 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

O f f ^ o , O ,0' 



I . "- ~ ' 



j^-^i^» C>H^-»a>' df*^J3 



d f t i • l i ^xycJÀ^a 

Ben Hini içoub r'cr ouasif 
ifina l âzib oubechclior, 
ner Bovr'ni ikereb omourif 
our nrsât ah'abib ad' inder, 
iousa d lekhebar d' ar'ilif, 
nebet'el oula d' el àouachcr, 
ihigenouth therâadj thetsifif, 
ir'ab it't'ij our th enzer. 

Le chrétien descend dans la rivière à Ben-Hini ^ ; — il se 
dirige vers l'azib de Bechchar ^ — de là à Boghni ' il n'y a 
qu un pas, — et nous n'avions pas un ami pour nous pré- 
venir. — Quand nous parvint la triste nouvelle, — nous in- 
terrompîmes la fête même de TAouacher*; — le tonnerre 
grondait, la pluie tombait comme la farine du crible, — le 
soleil avait disparu à nos yeux. 

^ La rivièro qui passe à Ben-Hini est l'is- ^ Boghni est un fort turc en ruines à 

ser. trois lieues à l'est de Drâ>el-Mizane. 

^ L'azib de Bechchar était situé à deux ^ Vâchoura , que les Kabyles appellent 
kilomètres environ de remplacement actuel doueicher^ est une fête qui se célèlM^ le 
de Drft-el-Miiane, là où se trouve mainte- dixième jour du moisdcmoharrem, en me- 
nant le jardin du commandant supérieur, moire de la mort de Ei-Hoçeïn, fils de Fa- 
Un azib est une habitation provisoire pour thima , fille du Prophète et épouse d'Aly. l\ 
la saison des travaux agricoles. Bechchar est fut tué le vendredi d'achoura de Tan 6 1 de 
le nom d'un homme, très-influent alors, do Thégire (681 de J. C.) par Sennân>el-Ne- 
la Irihu des Nezlioua. khây , à El-Keff près Koufa en Irak-Arabi. 



EXPÉDITION DU GÉNÉRAL PÉLISSIER. 'i7 



J * " v3» g»; » 1 1 tfW 

o »tf , o o ^ «o^ 

^j^—Jll^ Jh4^^ ^j*-? 

o - *î ^»- roT -o? 

c ? A o > '^ ^ V(^ g^ï y 

àV//i /1/t ou Mausn, aioudhrif! 
a hah n el berhan mouk'k'er, 
ir'era sidi Kheltl d' el lif, 
ichouba l djamâ le zhar 
erd'a ' therr'a d'eg Unaçif, 
ed djir ou el ladjour ikheçer. 

O gracieux sidi Alî-ou-Mousa^, — maître du puissant 
berhan*, — toi qui lisais Sidi-Khelil* et le Coran, — ta 
koubba ressemblait à la mosquée Ez-Zhar*; — les draperies 
qui en ornaient le milieu ont été brûlées; — la chaux et les 
l>riques sont détruites. 

o %« or o- of fr 

o T o - o >oî 0.7JJ2 

* Erd*a esl le nom que donnent les Ka- racles, des guérisons et surtout de jeter 
h]fles à la draperie qui recouvre le catafalque des sorts et de faire toutes sortes de male- 
placé dans la koubba d*un marabout. Ce mot fices. 

est arabe. * Sidi-KheUl est Tauteur d'un traité de 

* Sidi Ali-oo-Mousa , marabout très-vé- jurisprudence, accepté comme code des lois 
néré, enterré dans la koubba située près du musulmanes par les indigènes de TAlgérie. 
▼illage qui porte le nom du marabout, entre II mourut vers Tan 976 de Thégire (1Ô68 
les Mecbras et les Maâtka. de J. G. )• 

^ Le berhan est le pouvoir surnaturel ^ La mosquée El-Aihar est une des mos- 
atlribtié aux marabouts d'opérer des mi- quées du Caire. 



/i8 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Thak'ebilt our netmir ilh'nif 

he khelafbou l lebsa el ler'iar * 

cknan amzoun d' asr'arsif^ 

arouan le djouad' ihimâouiar, 

gefftni er'lin h'nd our ts it't'if, 

amrabodh ak'haili isekher. 

La confédération*^ qui ne pouvait supporter finjuslice,- - 
et dont tous les guerriers portaient des vêtements de couleurs 
tranchantes', — a ployé comme un aune. — Les nobles 
cœurs ont été rassasiés d'humiliations; — puisqu'ils sont 
tombés, personne ne pourra tenir, — marabouts et Kabyles 
subiront la corvée *. 



j>»2"j^Cm>1 






' Atr'ariif, abréviation de asr*ar outuif noire, etc. qui les distinguent de la masse, 

«le bois de la ri\ièrc7), est le nom kabyle de dont les vêlements sont blancs, et qui les 

faune. G^est probablement la traduction du exposent davantage aux coupe de Ten- 

nom arabe #Ut 3^ , qui a la même signi- nemi. 

Gestion. * Les Kabyles distinguent toujours avec 

* La confederation des Maâtka. soin les marabouts et les Kabyles, et semblent 

' Lorsque les guerriers d^une tribu ka- les regarder comme deux peuples d^origine 

byle vont au feu, ceux qui veulent se po- diiïërente. Avant notre conquête, les ma- 

ser en braves affectent de revêtir des ha- rabouts étaient généralement exempts des 

biU de couleurs tranchantes, rouge, verte, corvéos d^utilité publique. 



EXPÉDITION DU GÉNÉRAL PÉLISSIEK. /i9 

o, - o ? rj ?• - » o r 

j] » ^ Il gl n ,ri ^ 

Ak'lar' d' imegidjan s ask'if, 
a Meh'ad' ou el H'adj, ai amr'an, 
neffer' ed si thak' ehiU s el V aif 
nedja l h'abab enâoueher, 
a iâsiosen h oiuanf 
thed'âoum ar' an nendjebar. 

Nous voici en fugitifs dans ton vestibule, — ô vénérable 
Mohararoed-ou-el-Hadj \ — nous sommes sortis de notre 
tribu par la violence, — nous avons quitté nos amis, jios in- 
times; — ô vous qui veillez sur la rivière^, — priez Dieu 
pour qu'il nous réunisse à eux. 




Ai agellid' a n nadher 
a ouin issotidoumen anzar 
r'ejr ar' ir koul ma ned'neb 
eddjemià akka nemeh'adher. 

Maître souverain qui vois tout, — toi qui fais tomber les 
pluies fécondantes, — pardonne-nous si nous avons péché, 
— à nous tous qui sommes ici présents. 

1 Si-Mobammed-ou-el-Hadj , maraboat elle sont les marabouts enterrés près de ses 
enterré ches les Aît-Mahmond. Sa zaouia est bords, tels que : Sid-Abmed-Naît-Zeggan , 
dans le village qui porte son nom. dont la koabba est au-dessous de Taourirt- 

* La rivière dont il s^agit ici est la rivière Moussa-ou-Ameur, Si-Mobammed-on-el- 
des Aït-Aîasi. Les gardiens qui veillent sur Hadj , etc. 

& 



50 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



IV 



PAR BL-IiADJ-SAlD-NAIT-AIIEUR, DU VILLAGE D'IRUL-EL-LEMMAD , 
TRIRU DES AÏT-ZMRNZBR, CONFiDÉRATlON DES AIT-ÂÏSSI. 



c^ y3A ^ ft ^ » ft 



o % or ? ^0 



Eclat âlikd'elKadher 

br'ir' ak ned'eker 

kauU as machi d! ainezha , 

a rwul hou l oudj imenouer ! 

zîd' r'ef el khal!er 

me bâid eg zouer t'ia, 

ouanes ii d'eg ed dar l ouker, 

azeldca ad* inejer, 

ag sâmr* ed' le mâhfa. 



Que les bénédictions soient répandues sur toi dans le pré- 
sent, — je veux répéter ton nom avec éloge, — chaque jour 
ce n'est pas ce que je néglige. — Prophète au visage radieux ! 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 51 

— lu es doux à l'âme, — la lumière le précède de loin ; — 
assiste-moi dans la demeure dernière! — quand le lombeau 
sera taillé \ — toul ce que je posséderai sera la connaissance. 

J ^ ^sS^ i^ 

fl' c/ k'eçça, a ts ebdour' s en nedlœr, 

alh'ad'Jckakker. 

Mgg ir'efitê id nessefra, 

d'el khat'er ton mi d iâmmet- 

aâdhem el lebak'ar* 

deg thdcker elmouja thedhr'a. 

Je commencerai ce chant avec art, — homme intelligent, 
médite, — je lai fait sortir de ma tête. — Lorsque mon 
imagination s'emplit, elle est plus vaste que la mer — sur 
laquelle se dresse la vague mugissante. 

£2 T o . f 



-0-0 .e o« 



* Les dmetières des villages kabyles sont mot arabe yÇ « mer». Cela vient de ce que 
généralement situés sur les crêtes des mon- les Kabyles ont pris pour le nom de la mer 
tagnes où le roc est à peu près h nu , de le nom arabe avec son article. Lebah'ar, en 
sorte que les fosses sont en effet taillées dans kabyle , veut simplement dire « mem ; si ron 
lo roc. veut déterminer le nom, il faut donc ajouter 

* L^article mt répété deux fois devant le Tarticle et dire el kbah'ar pour nia merr». 

A. 



52 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



O - O^ O— ^î 7 

j î >*Vr-^ 



àl 



khéralla l bat'el aoumi neh'adher 

nousa d netsh'ak'er, 

a izeriou, id'im ifna 

r*ef le Dzair ; as mi thâmer 

atherki d* en neber, 

men koul elbordj s el h'ouma. 

Nombreuses sont les injustices auxquelles nous avons as- 
sisté; — nous sommes devenus un objet de mépris, — ô mes 
yeux, versez des larmes de sang — sur Alger; au temps di^ 
sa puissance, — les Turcs étaient l'élite des hommes, - 
chaque fort avait sa garnison. 

o -J r - o » - 






yl<A iâoumam n ed djowler 

s el lebsa iheneh'ar 

iufekkir r^ef chehadu , 

i ouimi ther'zi ^ el lâmer 

ed dénia a U nenker, 

ouiimmouihen rer ed djenneth k'eçad'a. 

' Ther'zi, abrtWit^fion pour ther'ezzif, du verbe r ezzifné\xv long?'. 



POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



53 



Gens aux turbans de belle étoffe, — aux fins vêtements, 
— ils rappelaient au monde la profession de foi \ — A quoi 
bon prolonger l'existence? — Renions ce monde! — celui 
qui meurt va droit au paradis. 



o I - O 0-0- 




xJ\J^\^^ 



jèX 



iC5— îî^ 



\ ^ 



» o 



f Z -OSmO Ml» 



/)' Afrançiç * ed dji» ikrther 
d'egg idh ag d'ouover, 
issers ed d'eg ennila 
thetnaniin elefelâsker, 
koul ehi iâbber 
iououi d ez zad s el koulhera. 

Le Français est puissant par le nombre, — pendant la 
nuit il nous a enveloppés; — il a débarqué sur la plage sa- 
blonneuse — quatre-vingt mille soldats; — il fait tout avec 
méthode; — il a apporté des provisions en abondance. 



- o- o * 



O - 



o - o ? -• ,- 



V-J—Jî^oÂ-iji 



' La profession de foi musulmane cou- quelles on alleslc quUt n'y a d'autre Dieu 
sistc à prononcer les paroles sacramentelles : que Dieu ot que Mahomot est le pi'opbèto 
^Jlf J^; J^iî -dif V[ -Jj V, par les- de Dieu. 




5/1 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIË. 



o -o J o.- » e 




» 1 !? * .? 



Omitian d'i themd'int ik acker, 
a el kkater is iâmer 
chekad'enfell as itsekka , 
ouin iouran ad' isthençei\ 
er ratheb is mouk'k'er, 
inoua la ih id isserdhn . 



Ceux qui étaient dans ia ville étaient irrités \ — leur ànie 
était pleine de colère, — on ailirme qu'ils s'entendaient avec 
l'ennemi. — Celui qui s'enrôle se fera chrétien, — sa solde 
est forte; — il croit abuser le chrétien. 







As mi k'ebel ad' ar' iliar 
issehal ar' l amer, 
d'eg cherredh oula d' el r'erama , 
ma thoura segmiiovhker, 

* G^esl une opinion répandue parmi les elle aurait dû le faire. Ils vont même jusqu'à 

indigènes de T Algérie, qu'au moment de la dire, ce qui est tout s\ fait faui, qu'elle a 

prise d'Alger la milice turque était mécon- tralii ses devoirs et facilité aux Français l'en* 

tente du dey et ne s'est pas battue comme Irée de la ville. 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 55 

ed djour i' el k'eker, 
lar' têêerr'a d'tfouma^. 

Avant qu'il nous ait envahis, — le chrétien nous faisait 
toute chose facile, — dans les conditions il n'était pas ques- 
tion d'impôt. — Aujourd'hui qu'il s'est étahli solidement, — 
c'est l'injustice et la violence; — il nous fait brûler l'un après 
l'autre comme des tas de broussailles. 

5*^ ^^te — i 

Thaura ai ouggad'er' an nenl'n 

imi ar' d id'owmer 

ik'dkâabnd'itheroula, 

tour' ar' d er rifel lebah'ar 

koul el mersa thâmer 

XI / Dzair armi d' Annaba. 

Ce que je crains maintenant c'est que nous ne soyons op- 
primés ; — depuis qu'il nous a enveloppés , - - il nous a fermé 
le chemin de la fuite; — il nous a pris le bord de la mer, 
— chaque port est occupé, — depuis Alger jusqu'à Bône. 

* On appelle ifouma,ûu singulier a/ar- suile les uns après les autres afin d'éviter 

wii, les las de broussailles el de mauvaisos les incendies. Cosl surtout ridée d'attaques 

herbes que ron lait de distance en distance successives que l'auteur veut exprimer dan» 

dans les défrirhcmenls et que l'on hrulo on- rc vers. 



56 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

\p3 




Oui illan d' ouh'ad'ik' iltovjer 

zik ag et't'akher 

ag endek'k'en a tliigemma ! 

oulach ag cher' hen l amer 

mi dioma lamer 

r'er ouid' mi thefaz eç cour a. 

L'homme intelligent a émigré, — depuis longtemps il est 
parti; — que de familles ont disparu! — Rien na attristé 
ma vie — comme l'arrivée des ordres de l'ennemi — aux 
hommes les plus distingués par le rang ^ 



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' Allusion d quelques hommes iufluenls Plissa et Bedichar des Neslioua qui furen( 
lois que Ali-eUHaoussirt-en-Zâmoun des inleriK^s en Algérie nu envoyés en France. 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIK. 57 

A m ak'baili am amrabodii 
kouloua d! ouanid'a idda? 
nerrez iak oulach anedjbar, 
iak le r'eben mouk'k'er 
mazel, a inegaf, thadhesa ! 
d' d k'oum agi d' imek'efer, 
d'i l h'akoutn ad' ihadher, 
zman r'efmedden ioulh. 

Kabyle et marabout, — qui sait où chacun d'eux est allé? 
— Nous sommes vaincus sans retour; — certes, la douleur 
est grande, — le rire est-il encore permis , ô insensés ! — Cette 
génération est vouée au malheur; — elle subira le gouver- 
nement de l'infidèle. — Le temps est changé pour les hommes. 

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D'egg aiiour em boudjemher \ 

agris içerrer 

nek tliour' ii d'eg es sekhera . 

OUI isâan et zaila a ts inhar, 

fmlach astikhar, 

ar'ioul, aserd'oun tour a. 

Dans le mois de décembre, — la glace durcissait la terre, 

* Les Kabyles, comme les aiitreit indigènes, connaissent Ions les divisions du temps 
^raprès le calendrier Julien. 



58 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

— je fus pris pour la corvée. — Celui qui possède une bêle 
de somme la pousse devant lui, — pas moyen d'y échapper, 

— chaque âne, chaque mulet est inscrite 

A A •' O « fo' 

j îTfc il jya^l V— ^i p ^ àh 

£ «u ft l|y Cluot J&»1 

o «o- o O'O ^» o 

T/ieh'aJcout' « / mc*A: e/ (imbet-, 
Bel-K'assctn, ntnek id' es thedhra? 
as mi nemh'oub, netniâchak' 
akken ai nella d'i l k'esma, 
aâd'aou mur' illi s el baroud 
si Tharbant ar ie Guenanna , 
/ ouin illan (T ah'abib mesâoud', 

oua r' igan d' âd'aou ilk' a. 

Parle ^ au musc de choix , — Bel-Kassem ^ que lui esl- 

* Les renseignement slatisliques ies plus Gis du lélégraphe élecliiquc , pei'suadé qu'il 

simples pris chez les Kabyles sont pour eux est que ie fil doit inscrire sur un registre 

des sujets d^inquiëtude, et donnent lieu aux le nom de celui qui le touclie. 

suppositions les plus bizarres et ies plus ex- ' L'auteur est censé s'adresser à un oiseau 

travagantes. Savoir que son nom est inscrit qui lui sert de messager. On retrouve la 

sur un registre du chrétien est pour un Ka- même image dans presque toutes les poésies 

bylc une cause de terreur incessante. Il se kabyles. 

croit toujours sous le coup de dangers de ^ Le poëtc entend parler de Bei-Kas- 

loute espèce. Cette frayeur est si grande, sem-ou-Kassi , bach-agha du Sebaou, mort 

qu'il n'ose loucher ni aux potoanx ni anx on i85/i. 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 59 

il arrivé? — A l'époque où nous étions amis, quand nous 
nous chérissions les uns les autres, — nous ne formions 
qu'un même parti * ; — nous domptions l'ennemi par la poudre , 
— depuis Tharbant^ jusqu'à El-Guenanna'. — Heureux celui 
qui était notre ami! —quiconque nous était hostile n'éprou- 
vait que désastres. 

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V^ i ^»1 » ft n » rt^ li^ 

Theh'akoui' i l kar'et' el tâk'oud 
Bel-K'auem , a sid' n es solt'ena , 
at' as ai nekhed'em n el khhv 
amender ed djiid' ma ichefa? 
ma izera th ad' ar' th ter 
ma iouâà th, oullak, ar ouiclik'a! 
thak'ebiU our nezmir t / h'aif^ 

' La tribu des Aïl-Zmenzer, à laqudie * Ge ven se trouve déjà dans la pièce pré- 

appartienl rautcur, était du parti du bach- cédente. Les Kabyles ne se font aucun scru- 

agfaa Bel-Kassem ; elle ne s^en sépara qu^en pule de ces emprunts ; il y a des vers qui sont, 

1 85 1 , lorsque Bou-Ber^la insui^ea le pays, on peut dire , du domaine commun ; chacun 

^ Tharbanl, village des Aït-Ouaguennoun. s'en sert lorsqu^ii en trouve Toccasion, et il 

' El-Guenanna « village des Isser-Droueb. serait fort diflicilc d'en retrouver les auteurs. 



60 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



thoura thdc'k'el d' er râia , 
9 ekra oui iâd'etnen khouia s 
khaUeçen t id d'eg et Irika. 

Parle au papier des actes', — Bel-Kassem, ô maître des 
rois! — nombreux sont les services que nous lui avons rendus, 
— le noble cœur s'en souvienl-il? — S'il les a appréciés, il 
nous rendra le bien que nous lui avons fait, — s'il en a le 
pouvoir, par Dieu, tant mieux ! - La confédération ^, qui ne 
pouvait supporter l'injustice, — est maintenant soumise aux 
Français. — Celui dont le frère meurt — est forcé de payer 
pour sa succession'. 



^ ■■ • ■ .t jj»-«^jfe>» 

J< — ** ^} h — ^ 



ai agellid'y a n nadher, 
eisrer' k, a hab el loufa, 
daâr' k id s enbi et'l'alinr 
d' ekra la ihaderen ici^a , 



' Les poêles kabyles , dans leurs compa- 
raisons, s'inquiètent fort peu qu'il y ait ou 
n'y ait pas analogie entre les objets compa- 
rés. Il leur sufBt que le terme de comparai- 
son réponde d'une manière générale à l'idée 
qu'ils veulent exprimer, soit éloge , soit rail* 
lerie. De là souvent les comparaisons les plus 
étranges. 



^ La confédération des Ait-Aïssi à la- 
quelle appartient la tribu de l'auteur. 

^ Allusion à la justice des kadhis qui fui 
imposée aux Aït-Aïssi, aux Maâtka, aux Ait- 
Ouaguennoun, etc. après l'insurrection de 
1 85 1 . Jusque-là ces tribus avaient été régies 
par la coutume kabyle, qui n'admet pas lo 
droits de succession. 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 61 

kera d'à arou th d! imeh'arrer, 
âthek' ar' si djehennama, 

Roi qui vois tout! — je t'en prie, Maître de toutes les 
perfections, — au nom du Prophète, modèle de pureté, — 
au nom de ceux qui se souviennent de leur parole, — ins- 
cris tous ceux qui sont ici au nombre des élus; —préserve- 
nous de l'enfer. 



Gi FOKSIES POPULAIRES DE LA KABYLIË. 



PAR AM-OU-PBRIIAT DE BOU-HINOUN. 



o » o 



r f -- 0} - o 7 0- - 
^ ^i> ^ ^1 ja.5LiUMbJ\ U 

EçlalJeUaklaâdheUi, 

ah eger' d' el âoula 

a résout, ai ad'rar ouh'açiu 

a hab n en mur d' ibounda ^ 

(ig zouar t'ia , 

ner' lefedjer mi id itêàUim , 

via ihechefâdh d'eg le djil a ; 

elâbdiakilk'a 

oulat le medhareh iak er'lin. 

Que les bénédictions soient répandues sur toi sans relâche! 
— Je ferai de toi ma provision, — ô Prophète, montagne 
de refuge, — maître du flambeau et des rayons — que pré- 

' On appelle ibounda, au singulier abafi- les maisons par les fissures des murs ou de 
dnu . les rayons du soleil qui pi^nètrent dans la toiture. 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



63 



cède la lumière — ou le crépuscule du matin lorsqu'il paraît. 

— Intercède pour cette génération ! — Tous les hommes sont 
dans la détresse, — ceux qui occupaient de hautes positions 
sont tous tombés. 

-o ?•- o '. o m ? a 7 

i W 3»J] r\ \\ 

77i«/^ /e Z)z/itt* thetsehennu 
d' et terk le grandn \ 
he kkelaf ouâouidjen ouêckkin , 
netêok i âchour d' el lezma 
theçar d' el Ma, 
inetsak'el hab ts, meskin ! 

\lger naguères était paisible , — les Turcs étaient les grands 
seigneurs, — tous portaient le sabre recourbé. - Nous don- 
nions la dîme et la lezma *\ — c'était devenu. une habitude. 

— Son maître, hélas! est parti, le malheureux^! 




* Gronda est le pluriel de grandi, qui 
ii*est antre chose qtie raltération de notre 
adjectif gran^, ou plutôt de TitaKen grande, 

* Les tribus kabyles qui avaient accepte 
la domination tarqae ne payaient que de 
trfes-iëgers impôts. Pour la plupart d'entre 
elfes, richoor ou dfroe ne s'élevait pas à 
plus de TÎngt-dnq centimes par zouidja ou 



paire de bœufs. La louidja , dans la plaine 
des Amraoua, équivaut à huit hectares en- 
viron. La leinu était un léger impAt en na^ 
tnre , hoile , beurre , agues , miel , qui servait 
à l'entretien des garnisons turques de Tiii- 
Ounou, Bordj-Sebaou et Bordj-Menaîd. 

^ Beaucoup de personnes croient que les 
Kabyles ont conservé pour les Turcs des sen- 



Ù'4 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

o o . * a- o - o - 

Ç^J — bh — ir^^ te-^ 
J .Vjl_i-J)) 

Thoura izd'er' ils lekomandti 
* od djovr d' ez zindu 
ik'dhaà d'i medden thisemin, 
fâ l Dzair ar Tkaourga 
el mal ak ioura , 
f'rwi / oulad la tsprehhin. 

Maintenanl c est le commandant * qui l'habile — avec l'in- 
justice et les excès; — il a éteint toute jalousie chez les 
hommes^. — D'Alger jusqu'à Taourga\ — il a inscrit tout 
le bétail, — il inscrit aussi les enfants à la mamelle. 







^ y C^ \ ...» ^1^1 Ui^. 

- o - o 

1 '"" .?^ ^ 



0. 



J-^H-iJ-iJiJ llÂJi J£i 



iimentâ de haine et de répulsion. C'est une réchelle dont les Juifs occupent le dernier 

grande erreur; tous les récits, toutes les échelon. 

chansons kabyles présentent, au contraire, * Le commandant désigne ici Tautorité 

les Turcs comme des types de bravoure et de française en générai. 

dignité dans le commandement Un poète * G'esl-Â-dire que sa puissance le met 

kabyle ne croit pas pouvoir faire d'un homme au-dessus de toute jalousie. 

un éloge plus grand qu'en le comparant à ' Taourga est un village situé entre Tizi- 

un Turc. Les Turcs, en un mot, sont pla- Ouuou et Dellys, près de la route muletière 

ces dans l'esprit des Kabyles au somçdet de qui relie ces deux localités. 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 65 

Si thek'ont'arth ar Metidja , 

koui amekkan ibna, 

am iidh amtn as la tsâddin , 

ir'leh ajerad' s l kethera 

akken mi d isera, 

kotd l aâm la d etmemin. 

Depuis le pont* jusqu'à la Mitidja, — le chrétien bâtit en 
tous lieux. — La nuit comme le jour il parcourt le pays; — 
il était plus nombreux que les sauterelles — lorsqu'il est venu 
ici; — tous les ans il fait des progrès. 

o«- 0-e! .e-?? 
» o' o • - o - 

o 0_ f T ®-.î * 




Ak'haUi d' ouârab inut, 
kaul iornn a d' es sekkera , 
ad'r'ar' our dad' ith ebd'in , 
ibna el bordj d'eg Amraoua ' 
serdjent thesoura , 
i l k'ebail ad' etschethkin. 

Kabyles et Arabes sont vendus'; — chaque jour c'est une 
corvée; — ils n'ont pas encore cependant commencé celle 

* Le pont de rHairacB, près de k Mai- En kabyle comme en arabe, on dit d*un 
•on-Gairée. homme que Dieu ra vendu, pour expri- 

* Âmraoua est ici le nom du pays et non mer que Dieu lui a retiré sa protection et 
celai de la tribu. le laisse volontairement exposé à tous les 

> G*e8t-4-dir^, ils sont vendus par Dieu, malheurs. 

5 



Of) POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

des pierres; — ils ont bâti un fort chez les AmraouaS - 
les clefs en sont déjà faites ; — c'est pour que les Kabyles 
puissent aller s'y plaindre. 

J ^ \ Mil ^-j >îèl 



• o Te > a M 

o -.0.0 o- -f: 



j^ J-» t - j h^l Ja^^ 
Jl 311 JS U-Jl 

o o. o- o ? - Or 

Wt ifka ameklmieni s el kera , 
eç çaboun thared'n, 
outchi d' esmid' itsnek'k'in , 
bou 9 «ta therkeb ith thaoulii . 
(hebeddelel h'aln 
ih'açeld'i thin our tkhed'im. 

Lorsqu'il envoie un Mekhazeni^ avec salaire, — il lui faut 
le savon pour son blanchissage, — pour sa nourriture , la fa- 
rine la plus pure. — Celui que l'affaire concerne est pris de 

* Le fort de Tizi-Ouzzou , bâli par les envoyait par un mckbazeni une lettre à Tuti 

Turcs, est très-petit et ne pouvait contenir de ses administrés, celui-ci devait payer au 

qu^une très-faible garnison. Depuis iSSa , porteur, pour prix de sa course, une somme 

nous y avons ajouté des constructions pou- qui était d^autant plus élevée que le corn- 

vant contenir un bataillon , avec tous les ser- mandement du chef ét^iit plus importanL Le 

vices accessoires. mekhazeni avait droit aussi à la nourriture 

' Un mekhazeni est un bomme attacbé au el se montrait d'ordinaire fort exigeant Le 

makbzen, c'est-à-dire à rautorité. Chaque prix du savon pour le blancbissage équiva- 

rhefasesmekhazenisqui veillent à i'exécu- lait à un pourboire. Nous avons oonserré 

tion de ses ordres , et en temps ordi naire font longtemps cet usage , qui donnait lieu a bean- 

surtoul le service des courriers. Sous Tadmi- coup d'abus. H a été définitivement aboli en 

nistmtion turque el arabe, lorsqu'un chef 18^5 par M. le maréclial Randon. 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 07 

la fièvre, — lout son ôtre est bouleversé; — il est mis dans 
l'embarras pour ce qu'il n'a pas fait. 



7/è» /?r' imehoujar tkoura , 

iddah d'i sfina, 

mi thekker el mouja a ts oualin, 

koulaseggas d' er rah'ak, 

r'er el Medina 

ad zouren ink el H'asanin, 

Plus heureux que nous sont maintenant les émigrés — 
qui voyagent sur les navires, - - lorsque la vague se soulève, 
ils la contemplent. — Chaque année ils changent de demeure, 
— ils vont à Médine - — visiter tous El-Hasanin *. 




, o a ^ 

o o - o wi;^ o • 



El'HoÊemin , nom d'une mosquée à Médine. 



68 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIK. 



b — ê.— îi;. 



Etsrer' k a bab el loufa 

ikhelk'en ed dénia 

âmmer ê el h'ouh thir'erasiu , 

dâar' k in s cl ambiia 

d' es siad'i el' t'olba 

itshedjin d'i h'arfel mim, 

ar d' ar' thâfimdh s ed djetnik 

la nek la kera d'à 

ed djenneih an neid'er' le h'açin. 

Je t'en prie , Maître de toute perfection , — toi qui as créé 
le monde, — remplis nos cœurs de ton amour. — Je t'en 
conjure au nom des prophètes — et de nos seigneurs les 
tolba \ — qui épèlent la lettre mim \ — Pardonne-nous à 
tous ensemble; — moi et tout ce qui est ici, — que nous 
habitions le paradis ! 

^ Le mot cjJLL t'aM>, pluriel «UiJ» maisje crois qu'ici il faut entendre parl'o/6a 

t'olba , est arabe et signifie n aspirant j) , sous- tous les gens qui s^adonncnt A la science, 
entendu à la science. On appelle en goni^ral ' Le mim est une lettre de Palphabet 

l 'olba, en Kabylie, lest^tudianlsdes marneras ; arabe. Ce vers est un remplissage. 



BOU-BER'LA. 69 

VI 
BOL-BER'LA^ 

PAR SI-LÀRin-NAÏT-€HERlF, DL VILLAGE DES AÏT-ÂLI-OUMEHAND , 
TRIBL DES ILLOULEN-OUMALOU. 

£p/ri( a/ tilSr^ t'a r rasoul, — tsetn in ek zid' r'efiles, 

a Moh'ammed elârabi, — tin I oucaifk et't'aaus, 

tidh el loudjab ouanes ii, — as el leh'asab thagmnits theh'ares. 

Que les bénédictions soient répandues sur toi, ô Prophète! 

— ton nom est doux à la langue, — Mohammed l'Arabe, 

— au visage beau comme le paon! — assiste-moi dans la nuit 
des réponses, — le jour des comptes est un moment difficile. 

D'el k'eçça tkedda r'ef es sin , — oui illan d' ouh'ad'ik' imeh'aç ; 
recked' er' oui illan d' el h'ad'ik', — i oungif ad' ik'asses. 

Ce chant est réglé sur le sin', — celui qui est intelligent 

^ Voir la noie sur Bou-Ber'la à la un du adoptée comme rime. La rime à une lettre, 
volume. que les Arabes appellent yJ'U»t est à peu 

* CVsl-à-dire qne la lettre «m ^ est près la seule qu'emploient les Kabyles. 



72 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

£y' nctort ai d' es sebba el hfesad' — at mi ik'k'eld' dfarett, 
irra iman is d' eeh cherif — neUa our than I açel in es, 
iisr'aurrou d'egg ineselmen — allarmi is edhlan thetneses. 

C'est cet homme de l'ouest qui causa nos malheurs, — 
lorsqu'il se fit cavalier'; — il se domiait comme chérif ^ — 
et son origine est inconnue; — il a abusé les musulmans — 
jusqu'à ce qu'ils l'aient pris en dégoût. 

j i^i ^ ,» j\ c ^»,», u i fv gjj^ vr==^^ ^ijt^I 

/li'/A /((^'er «{' lUoulen — ebnan tkazek'k'a tkek'ouowt 

I our'erbi, ad deg s izd'er', — h'aseben t a then ioumtes, 

thasauiâtk irra ts s el herba, — ikhefa, our iban isem in es. 

Les Ait-ldjer et les Illoulen^ — bâtirent une maison voAtéc 
— au maugrebin, pour qu'il y établit sa demeure*; — ils 
comptaient sur lui pour les défendre, — et voilà qu'il a pris 
la fuite; — il a disparu, on n'entend plus prononcer son 
nom. 

* Les Kabyles, étant tous fantassins, ont ' Les Aît-Idjer et les lUoulen-Oumalou 

pour les cavalière le même respect quMnspi- sont du cercle de Fort-Napolëon. 
raient autrefois les chevaliers aux milices * La maison qu^habitait Bou-BerMa , chez 

féodales. les Aït-Idjcr, était située au-dessousdu village 

' Un chérif est un descendant du pro- deTaourirt, près de la rivière qui sépare los 

phète par sa fille Ijalla-Falma. Aït-îdjor des llloulen-Oumaloii. 



BOU-BER'LA. 



71 



coDiment il ploiera les montagnards à son joug; — il veut 
en faire des sujets — pour la corvée et la difa'; — ensuite, 
quand \\ aura bâti au Djemaâ^ — ses désirs seront accomplis. 

j»»jft-J *li\ ^^y Csrîc^^ ^1 J*? cf^ 

OS o- • o - -î o - o T 0' o * o-î 



R'efthin ir iga our'erbi — Ben-Abd-AUah imeneh'as^, 
ai amechoum our thezmiredh I — ai ak efkan d' ah'aous. 
aroumi l amer is içah , — s el beUaut' ad ithek'k'es. 

Je dirai aussi ce que nous a fait l'homme de l'ouest* 
Ben-Abd-AUah l'imposteur! — Eh! mauvais drôle, tu es 
impuissant! — ce qu'il t'est donné de faire n'est qu'une 
simple promenade. — Le chrétien est redoutable, — il frappe 
avec des glands de plomb ^. 

. -- o- o » - o' o - o»î a a - oj ^rol 



' La difa ou liospitalité donnée aux agents 
de rauiorité est un signe de soumission. 
Gomnoe les frais d'hospitalité sont répartis 
sur toute la tiibu , c'est en général un impôt 
très-minime. 

* Avant la construction de Fort-Napoléon, 
les Kabyles étaient persuadés que nous n'ose- 
rions jamais nous établir au sommet desmon- 
tagnes , dans le centre même de leur pays. Ils 
pensaient qu'à Texemple des Turcs nous nous 
bornerions à occuper les plaines et que le 
village de Djemdat-etSahndj (le vendredi du 
bassin) serait le point que nous cboisi rions 
pour y fonder un grand établissement. Cet 
emplacement réunit, en effet, les plus belles 
''onditions qu'on puisse désirer pour une 



ville. Situé au pied des montagnes des Ait- 
Fraouçen, il est assez élevé cependant au- 
dessus du Sebaou pour qu'il n'y ait pas à 
craindre rinsalubrité de la plaine, et de ma- 
gnifiques et nombreuses sources d'eau vive 
y entretiennent une végétation luxuriante. 
On y voit des ruines romaines qu'on croit 
ôtre celles du bida mmûcipium de Ptolémée. 

' Imeneh'at est un verbe formé avec le 
mot arabe /jv^ <( cuivre tt, et qui signifie 
nélre en cm'vre ou être faux, v 

* Bou-Ber'la se faisait appeler Moham- 
med-ben-Abd-Allah el se disait originaire 
du Maroc. 

'•* Ce sont nos balles cylindro-coniqucs qui 
ont, en effet , la forme d'un gland. 




72 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



o » or: Oi^O'* •%• o - * 



Ed' neUa ai d' es sebba el lefesad' — as mi ik'k'eld' el farcis, 
irra iman is d' ech cherif — netsa our iban l açelin es, 
itsr'ourrou d'egg ineselmen — allarmi is edhlan themeses. 

C'est cet homme de l'ouest qui causa nos malheurs, — 
lorsqu'il se fit cavalier'; — il se donnait comme chérif -, — 
et son origine est inconnue; — il a abusé les musulmans — 
jusqu'à ce qu'ils l'aient pris en dégoût. 

j i^ Hj , ^ J\ c<^L». H i % glj)-î jiàSDV^ e;f^3Î 
o - o o. - 1 - f- - o -,•- «^a- 9o or 

/It'M /((^'(T é^' lUoulen — ebnan tkazek'k'a thek'ouous 

I our'erbi, ad deg s izÀ'er' , — h'aseben t a then iouwws, 

thasouiâik irra ts s el herba, — ikhefa, our iban isem in es. 

Les Aït-Idjer et les Illoulen^ — bâtirent une maison voritée 
— au maugrebin, pour qu'il y établit sa demeure*; — ils 
comptaient sur lui pour les défendre, — et voilà qu'il a pris 
la fuite; — il a disparu, on n'entend plus prononcer son 
nom. 

^ Les Kabyles, étant tous fantassins, ont ' Les Aït-Idjer et les lUoulen-OunuJou 

pour les cavaliers le même respect quMnspi- sont du cercle de Fort-Napoléon, 
raient autrefois les chevaliers aux milices * La maison qu^habitait Bou-Berla , chet 

féodales. les Aït-Idjer, était située au-dessousdu village 

* Un cbérif est un dcsccndnnt du pro- deTaourirt, près de la rivière qui sépare les 

phèlc par sa fille Ijalla-Falma. Aït-Idjor des Illoulen-Oumalou. 



BOU-BERLA. 73 

0-oro *--îor?- o ?- *f o o-o« 

At 08 mi ir'our I azazga — ououin t r'er d'in ad' iren, 
oumenen its netsa d' ech chertf — tnek'ld ad' asm t id ih'aouc; 
thoêomâth outhen t id, aman t — idderr'el d'i thit' in es. 

Oh ! le jour où il abusa les Azazga M — ils le conduisirent 
chez eux pour s y établir; — ils le croyaient un vrai chérif, 
il devait leur livrer Meklâ^; — mais voilà que l'ennemi Ta 
frappé et éborgné; - il est maintenant privé d'un œil**. 

•- • - t ' •Si ? •"M •% ? "• . • - %^ •« 

>ny^Jy^ j^ vU^A û:^^s^ <ciu»i 

Amalah, ia béni Djennad — el ârch amedjehoul ihares 
aith el âdda thimeçerrerth — aith el baraud' iJVunUhes, 
igzetn ithen id es sersour — ifka asen ajajiih' ne ternes. 

Infortunés Beni-Djennad M — la tribu puissante est brisée ; 
— guerriers aux fusils garnis d'argent, — à la poudre bien 
grainée; — les chasseurs^ leur ont coupé la retraite — et les 
ont livrés aux flammes. 

^ Az4Uga, en kabyle idzzougen «les dition de M. le maréchal Randon qui ramena 

wards9*,e8t le nom d^uoc tribu kabyle de la à Tobéissanoe les Aïl-Djennad. 
rife droite du Sebaon, cercle de Tiii-Ouz- * La confédération des Aït-Djennad fait 

fou. Azazga est le nom que lui donnent les partie du cercle de Tiii-Ouzxou et habite la 

Indies. rive droite du haut Sebaou; elle compte 

* Meklâ, village des Âmraoua, rive gau- 1 1,966 Ames. Soumise par le maréchal Bu- 

rlie du Sebaou. gcaud , elle s'insurgea en 1 856 à l'instigation 

^ Bou Berlafut, en effet, blessé à Tœil de Bou-Ber1a, et fut réduite, après plusieurs 

gauche dans un des combats livrés chez les rombals, par M. \o maréchal Randon. 
Aiazga an printemps de i85/i, avant IVxpé- ^ Les chasseurs d'Afrique inspirent une 



7/î POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 




\J^J- 



0-07 0-» o * o 70 -î .0-îî o "^î 



Achera douro i ouk'errou — crf' «irf'i Mançour it' t' es ! 
l aouiia thefouk, therouh', — anuUah', ta êbâ imekaUes . 
thedjidh el ârch ik irer'a — ouin toufidk * iousa d th'amte. 

Ils ont donné dix douros par tête ^, — et Sidi-Mançour 
qui dormait^ ! — Les saints disparaissent, ils s'en vont! — 
Malheureux lion prêt au combat*! — tu as abandonné la 
tribu à l'incendie. — Tout le monde est venu la piller. 

A rehhi nedâa h s ersoul — d'cl mouelltjin n ed deres , 

kera ihadheren d'à âfou ias — mena or' si thagounits n el hais. 

Dieu, nous t'implorons au nom du Prophète — et des 
savants qui instruisent la jeunesse. — Pardonne à tout ce qui 
est ici présent; — préserve-nous de l'heure du tourment. 

(grande terreur aux Kabyles qui, n'ayant pas ^ Sidi-Mançour est un marabout très-vé- 

de baïonnette à leurs fusils, ne peuvent op- néré, enterré au village de Timizar. Cest lo 

poser aucune résistance à in cavalerie. patron des Aît-Djennad, qui lui adressent 

* Ouin toiifidh ttce que tu trouves r>, ex- leurs prières plus volontiers qu'à Dieu lui- 
pression consacrée pour dire : «les premiers même, et aussi des reproches lorsquMls ont 
vcnuM , tout le monde, la foule». à s'en plaindre, il est pour eux ce que saint 

- Comme imposition de guerre. 10 dou- Janvier est pour les Napolitains. Les expédi- 

ros valent 50 francs. Autrefois les indigènes tions françaises ont jeté un profond discrédii 

de TAlgérie donnaient le nom de douro bou sur tous ces marabouts, qui n'ont pas su 

medfâ r douro a u canon n au douro d'Espagne protéger leurs clients, 

valant 5 fr. 5o cent. Maintenant ils appel- * C'est toujours à Siili-Manrour (|uc Thii- 

lenl donvo notre pièce de h franr.s. tour s'adresse. 



INSURRECTION DES AMRAOUA EN 1856. 75 

VII 
INSURRECTION DES AMRAOUA EN 1856. 

PAR ÀLI-OU-FERUAT, DK BOU-HINOUN. 

O'OS-o- olo- • 

Éç/flf r'ç/^^^ « ««^« imckehhah! 
Jell ak ag zid' ousefrou, 
hou isem aâzizen ùsefrah', 
a résout mi tchbah' ousedhsou ! 
ouanes lï d'egg idh nerouah' , 
eç çoura aâzizen aUcrkou. 

Bénédictions sur toi, Prophète gracieux! — C'est en Ion 
honneur que l'improvisation est douce; — ton nom chéri ré- 
jouit le cœur, — Prophète aux belles dents ! — assiste-moi 
dans la nuit du trépas, — quand le corps qui m'est cher 
tombera en pourriture. 

f ® - 4» •* "-o - o ' 



76 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

o > * •» ■■■ -t »^ *-.» Wl 

•- or •. or. ok-o« o-r 

^uL» O^^' Vl^^ j^ 

i 0^-0 «*m''^i 

Mennar' a oui isâan le djenah' 
ad' itsAUi amm ouftdkou ' 
ad' iar' said' s oumerrak' 
enga idda ad' isthâfou, 
r'er Bar' dad thamdint n esmah' 
ad' iarou i d din, iah'lou. 

Je voudrais être Toiseau qui a des ailes — et s'élève dans 
les cieux comme le faucon; — il parcourt la vallée du Nil, 
— là où il arrive il se repose. — Tirais à Baghdad, la ville du 
pardon^, - j'écrirais pour la religion et elle serait guérie^. 



Z^ — ^— rî 

o-?Ti «-Ï*- 0-- oj 

0-9. 09-0' O ?. 

A -, 0,-0 -oj 

'4 '^IH h^ 



' Les Kabyles appellent o/alUcott un oiseau ^ Allusion aux pratiques superstitieuses 

de proie qui est, je crois , une espèce de fau- des Kabyles et , en général , de tous les indi- 

con, mais plus grand que celui dont on se gènes de r Algérie qui croient A la vertu des 

sert pour la chasse. talismans écrits par certains marabouts pour 

' Baghdad est renommé pour le grand la guérison des maladies. Ici , la religion mu- 
nombre de saints qui y sont enterrés. Les sulmane est la malade pour laquelle le poèlo 
Musulmans croient qu^un pèlerinage au torn- voudrait faire écrire un talisman, 
beau de ces saints est très-effîcaco pour ob- Ces talismans se nomment heurz , comme 
tenir le pardon des péchés. en arabe. 



INSURRECTION DES AMRAOUA EN 1856. 77 

lUa bœh ar'a nerhah! , 
noukm ar as endâou, 
ih'akem s ellâb au neehrah', 
akhkhatn is iougar sdeêou , 
ties is r'er medden ik'sah' , 
ar iizaraz iâffou. 

Au temps du bach-agha* nous étions heureux, — et pour- 
tant nous le maudissions; — il commandait avec bonne hu- 
meur et gaieté, — sa maison prodiguait le couscous; — sa 
parole était dure aux hommes, — mais après avoir puni il 
pardonnait. 



J-^ î*** à>** « 

lâzzouzen d' ath Ferah\ 
dar el âz our ikekennou. 
ag eilan seg el k'errah' ' ; 

' Le Uach-a^lta Bel-Kassem-ou-Kassi , qui " £^/rerraA' signitie , au propre , les bé- 
eierca le commandement à Tizi-Ouizou de tiers qui marchent en tête du troupeau ; ce 
1 8A7 i i85A. moi est pris id au Ggiiré. 



78 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

mi had'eren d'i l djemaâ iferou , 
elchan d aâraben egg ecUah! , 
haul akkkham edjnn t itserou. 

Les hizzouzen et les Aït^Ferah' * — sont d'une race glo- 
rieuse qui ne ploie pas. — Nombreux sont parmi eux les 
hommes de tète; — quand ils prennent la parole dans la 
djemaâ^, tout est réglé. — Ils ont mangé les Arabes des lentes ' 
— et laissé chaque famille dans les larmes. 



o ? -»^ e - o r 0- " t - 

JmJLsI g h Mi)! gM tt l.l 

o T «o ^r - or o . r o . 

Nek'k'el d'egg ifeg ik thovra, 
bon l âùmn ed' le meraous, 
aouedh r' el djamâ en Temd'a , 
Bel-K'asem, a sbâ imeh'nlies , 
thtnt' as : l âtnala k thenza 
saouki th ma ir'ed'er itk idhes. 

Elève-toi maintenant dans ton vol, — oiseau aux yeux 
perçants, — va à la mosquée de Temda*; — cr Bel-Kassem , 

^ Les lâuouzen et les Aïl-Ferah' sont deux ^ Ce sont les Amraoua que rauteurap- 

villages des Aît-Iralen. Le premier est situé pelle les Arabes des tentes. Ici le verbe mon- 

sur la route de Fort-Napoléon à Tizi-Ounou ger est synonyme de piller. Les Arabes lui 

et le second sur la route de Fort-Napoléon donnent le même sens, 

à Drâ-el-Mizane. ^ Temda-el-Blat est un village des Am- 

' La djemaâ est l'assemblée générale des raona , au bord du Sebaou ; c'est dans la mos- 

dloyens d'un village ou d'une tribu. C'est quée de ce village qu'est enterré le bnrh-agha 

cette assemblée qui règle les affaires du pays. Bel-Kassem-ou-Kassi. 



INSURRECTION DES AMRAOllA EN 4856, 



79 



lion prêt au combat, — diras-tu, ton pays est vendu '. r ~ 
Eveille-le, quand même il serait accablé par le sommeil. 

O ?-•• O-O î , - PO- 

- '.? t - • r 2| o, - > 

o '* o " 9 T O' î 

/l Moii/i thrift I mfnk' es sehha ? 
d' ehn Alisba imeh' ailes, 
iousa d s el r'erba ne temoura 
ad' izer thtigmats in es, 
germ as arrouz etnJekalfa ; 
ekkesen t ath ouzel ithek'k'es. 

Quelle a été la cause de l'insurrection? — C'est Ben-Ali, 
le lion prêt au combat^. — Il est venu des pays étrangers — 
pour voir ses frères, — et ils l'ont chargé de liens; — mais 
l(*s cavaliers au\ éperons acérés l'ont tiré de leurs mains. 






' Voir la noie 3, p. 65. 

' Ben-Ali est un des cousins du bach-agha 
Bel-K«SBeni-ou-Kas8i. Après la mort de ce 
dernier, et à la suite de discussions avec 
Mohammed-ou-Kassi, nommé bach-agtia 
en remplacement de son frère Bel-Kassem, 
Ben-Aii se retira à Tunis, puis revint en Ka- 
bytiean commencement de i856. L^autoritc 
française de Tizi-Ouztou, prévenue qu^il 



cherchait à soulever le pays contre le bach- 
agha et contre nous, envoya â Temda des 
cavaliers pour Tarréter; mais une frac- 
tion des habitants de Temda, appelée les 
Iguenfah, prit les armes à la voix d^EUHadj- 
Ahmed-Nâli-ou-Hammou , partisan de Ben- 
Ali, s^opposa à TarresUition el provoqua, 
dans la nuit même, Tinsurrection des Am- 
raoua du haut de la vallée. 



80 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

' *•*« • - r • -SJ 
o - - a- • i«. o.-* 

Ouhetner'd'i Draa ben Khedda 
s ekra oui issared'en ioumeg ; 
thesad' asen ed douta ta , 
ouran ir kouU d' es sbaùt. 
lemmer r'a thebeddel es sâa, 
an nemek'asab r'efir'es, 

Drâ-ben-Khedda * excite ma surprise, — ce qui était pur 
est maintenant souillé ; — ils tirent profit de ce gouverne- 
ment, — tous sont enrôlés aux spahis. — Si les temps vien- 
nent à changer, — nous réglerons ensemble nos comptes 
jusqu'à l'os. 

o -oî - a . 

6V Amiaba ar Oujda 

aitk ed din iak d' amkhames ; 

si Themsilt ar Beskra , 

si Lar'ouadh ar le Mek'ams 



^ Drd4)en'Khedda esl un village des Âm- Alger. Les habitante de ce village étaient 
raoua , situé sur la route de Tiii-Ouuou è restés fidèles à la France. 



INSURRECTION DES AMRAOUA EN 1856. 



8t 



our ar d ek'k'im el girrn '. 
ak'baili àmd iUth'ares. 

De Bône à Ouchda ^, , — ce sont tous gens de la cinquième 
secte'; — de Msila à Biskra, — de Laghouat à Megaous* 
— toute guerre a cessé. — Tenez pour sûr que le Kabyle 
est cerné de tous côtés. 



JUlé^i 






Ai ageUid', a n nedher, 
a ouin mtr vr'd'iridhes, 
r'efr ar' tr kotd ma ned'neb 
edjemid akka d enh'oêses. 



ô Maître souverain, qui vois tout, — toi que ne trahit 
jamais le sommeil; — pardonne-nous si nous avons péché, 
— à nous tous qui avons écouté ce chant. 



' El-girra est raltératioD du mot français 



* Ouchda est une ville do Maroc. 

^ On sait qu*il n*y a que quatre sectes 
musalmanes orthodoxes; dire d*un homme 
qa^il est de la cinquième secte équivaut donc 
i dire qu'il est hérétique. En Algérie, tes 
B«ni-Miah seuls n'appartiennent pas à Tune 
des sectes orthodoies. On les appelle par 



cette raison kham$ia «les cinquièmes n, ce 
qui, aux yeux des vrais croyants, constitue 
une très -grave injure. Le poète reproche 
aux hahitants de l'Algérie d'être des héré- 
tiques à cause de leur peu de xèle pour la 
guerre sainte. 

* Mek'aoui ou Megaoui est un village si- 
tué dans un des défilés de PAarès qui met- 
tent en communication le Tell et le Sahara. 



82 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



VIII 



INSURRECTION DES AMRAOUA EN 185G. 

PAR HOHAND-OU-MOISS-A, DES AÏT-OUAr.l)KNN()l!!S '. 

Eclat r'efk, a hou ikissas, 
ism ik aâziz atk naoui, 
a Mok'ammed, akhiar en fuut , 
med'ek'er' k, ad' edjer' erk'aoui ; 
ouanes iid'iddar la tas, 
oui ioufellak d' ahouaoui. 

Sois béni, toi qui inspires la crainte, — j'introduirai ici 
ton nom chéri, — ô Mohammed, le meilleur des hommes! 

— je chante ta louange, je veux laisser de côté les futilités; 

— assiste-moi dans la demeure d'où nul ne revient, — mon 
cœur est enivré de ton amour. 

* La confédéralion des Aït-Oaaguennoun Dellys. Le pays qu'elle occupe est silué entiv 
fait partie des cercles de Tizi-Ouuou el de le Sebaou et la mer. 



INSURRECTION DES AMRAOUA EN 1856. 83 

0,-0 . oa •:£■: o f * i 

070- «s - 9r _o - 

Ed djil agi ed' bon themenk'as , 
it' t' afar d'eg echhaùui, 
koul ioum la ikheddem thirouas. 
er rai iour' ar' d le khehoui, 
fiecherek es souk' d' imer'dhas, 
d'eg mi la nekerrei our neroui. 

Cette génération est vicieuse; — elle suit l'impulsion de 
ses passions, — chaque jour elle commet de mauvaises ac- 
tions. — Notre raison s'est égarée dans le vide; — nous avons 
pour associés de nos marchés les baptisés, — aussi nous la- 
bourons et nous ne pouvons apaiser notre faim. 

Jul r\ \ Y ^^i^^kfàX 

Le Dzair mi etzin le k'ouas 
a thouchebieth d'eg le ksaoui 
ed djir d' el ladjour indha s, 
8 en nezaha d'eg el k'ahaoui. 



8A POÉSIES POPULAIRES DE LA XABYLIE. 

Ah'sen bâcha itt'akhtr a»; 
theh'azent\ er rih'a ed djaoui. 

Alger, qu'entourent les remparts voûtés, -— cité aux beaux 
vêtements, — la chaux et les briques forment sa ceinture; 

— les divertissements égayent ses cafés. — Hassen -Pacha 
s'en est éloigné; — prends le deuil, ô parfum de benjoin. 

o - .* or o *M •*- 

Mennar' thikli d'er riias 
r'er ech cham, ad enlaoui. 
Abd-^l-Medjid , h'akou i as, 
thint' as : nàia d' eg echnaoui ; 
thiid'as : thenza l âmaias, 
oui isâan alag a th iaoui. 

Je voudrais faire route, avec les commandants de navire, 

— vers la Syrie, nous y chercherions un remède à nos maux. 

— Adresse-toi à Abd-el-Medjid^ — dis-lui : «rNous sommes 
fatigués de récriminations et de plaintes;?) — dis-lui que sa 
province est vendue^; — celui qui a des enfants, le chrétien 
les lui enlève. 

' Le poète est censé envoyer nn oiseau en maintenant que nous reconnaissons sa suse- 

message auprès du sultan des Turcs. raioelé pour nos possessions d'Afrique, et 

* Les musulmans de TAlgérie regardent que c'est à titre de vassaux, astreints au sér- 
ie sultan de Constantinople comme le son ve- vice militaire, que nous avons envoyé des 
rain légitime de tous les pays musulmans, troupes à son secours pendant la guerre 
Presque tous les Kabyles croient encore d'Orient. 



INSUKRECTION DES AMRAOUA EN 185C. 85 

^Ic^ jA»^Ûû1 ^JÛft£p1 

Bach ara abou thistajf 
amaiah, ia sbâ oureînli 
emrni s d'el haz akennas, 
aznad' is'izga iouli. 
d' Igenfak' aid' elkiias, 
ekketeti d ech chaoueh ben Alt, 

Le bach-agha inspirait la crainte S — infortuné Hon des 
pays de sable ! — Son fils est un faucon qui fond sur sa 
proie ^ — ia batterie de son fusil est toujours armée. — Les 
Iguenfah, voilà des braves^! — Ils ont délivré le chaouch 
Ben-Ali*, 



' Le bach-agha Bel-Kaaaem-ou-Kassi. avant la campagnede 1867; il est iiiainleDant 

(Voyei ci-deasus, p. 77, note 1.) amin-el-oumena des Aït-Aissa-ou-Mimoun , 

' Le fib de Bel-Kassem, dont il est ici â Tikoubain. 
question , est Mohammed-Amek'k'eran qui ^ Voir la note a , page 79 , sur le rôle des 

prit part à rinsurrection des Âmraoua. Après Iguenfab dans l'insurrection, 
avoir séjourné assez longtemps au milieu ^ Le poète, pour faire Pélogc de Ben- Ali « 

<les insurgés, il finit par faire sa soumi{;sion le compare à un chaouch lurr. 



86 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 






/4 ( Tsetml'a , çioud' ne letnedheras . 

aith out'ar'an ifelali. 

er Habdha, âddi et tsatna s , 

r'er aith er rekoub el âali, 

d' imedjouhad' n enbi, dhoiuin as, 

ed djenneth ad' zeder'en l aâli. 

Les Aït-'r^mda, les lions des forêts ', — sont des guerriers 
aux yataganèi dégainés. — Passe du côté de Rabdha ^, — 
chez les cavaliers aux beaux étriers : — ce sont des soldats 
de la guerre sainte du Prophète, soumis à sa loi; — ils ha- 
biteront les hauteurs du paradis. 

Ebn Arah, tharga oumechratt. 
itsk'aoui d'eg le meh'ali ; 

^ Voir la uole 9, p. 79. Pinsurrcction ; il y donna asile, plus lard, 

* fîa6<iAa est un village des Aït-Fraouçen, aux cavaliers insurgés des Amraoua, lors- 

situé au bord de la rivière qui sépare les Âiît- quails furent contraints d'abandonner la 

Fraouçen des Aït-lraten. Celait la résidence plaine à l'approche des troupes françaises, 

habituelle des membres de la famille des Aiit- Cest a ces cavaliers que le poète envoie se^ 

ou-Kassi; Mohammed Amek'k'eran, le fils louange» el ses snnhails par Tinlermédiaire 

du bach-a|;lia, s*y trouvait an moment Ho d'im oisoan. 



INSURRECTION DES AMRAOUA EN 1855. 



87 



a Irathen theddounfell as. 
am iharraouth en M Aàli 
ech chiâ thenoud'a ar Fan, 
amaiah ! ia I nuli ! 



Ben-Arab*, ruisseau des Mechras^, — dispose de forces 
nombreuses; - les Aït-Iraten marchent avec lui. — Sem- 
blables à la postérité de Sid-Ali', — leur gloire s'est répandue 
jusqu'à Fez. — saint infortuné* ! 



fcPj ? » ^ Il iS ,\ l } 



' BeD- Arab , plus connu des Kabyles sous 
lo nom de Si-Çeddik' emmi « n eck chikh g 
Ouàrab, c'est-à-dire Si-Çeddik, fils du 
cheikh Beo-Arab , est un marabout des Aït- 
Iralen qui a joué un rôle important dans le 
pays pendant assez longtemps. Bien que sa- 
chant à peine lire , il était chef de la marnera 
de Tacberahil qui, à cette époque, recevait 
un grand nombre d^étudiants. Son neveu, 
Sid-el-Hadj-Bel-Kassem, dirigeait les études. 
Grand chasseur, libertin eflréoé , d'une très- 
faiUe portée d'esprit et nullement homme 
de guerre, Si-Çeddik ne dut son influence 
qa*à son fanatisme religieui et à sa haine 
farcNidie contre nous, deux sentiments qui 
IroQvaieDt de l'écho dans tous les cœurs. 
Sa qualité de marabout, devant laquelle 
s'e&çaient volontiers les susceptibilités ja- 
louses des hommes influents du pays, lui 
facilita aussi beaucoup le rôle de chef de 
parti dont aucune de ses qualités person- 
nelles ne le rendait digne. En 1867, ''"'" 



prit aucune part à la lutte et, dès les premiers 
coups de fusil, s'esquiva et se réfugia en 
lieu sûr. Force de se rendre à discrétion 
après la soumission générale, il fut détenu 
quelque temps en France et est maintenant 
établi à Tunis. 

' Toutes les personnes qui ont fait la 
route de Drâ-el-Mizane à Fort-Napoléon ont 
pu admirer, sous les beaux ombrages de la 
tribu des Mechras, le ruisseau d'eau cou- 
rante qui sort en grande partie de la source 
appelée par les Kabyles thala ougtlUd' « la 
fontaine du roin. Le poète, dans son enthou- 
siasme pour Si-Çeddik, ne trouve rien de 
mieux à lui comparer que ce ruisseau , qui 
n'a cependant rien de commun avec la per- 
sonne crasseuse et peu poétique du marabout 
de Tacherahit. 

^ Sid-Ali-Haïder, gendre du Prophète. 

* Cette exclamation de pitié pour Ben- 
Arab , indique que ces vnrs sont postérieurs 
à IVxpédilion de 1857. 



88 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

>o-2îor o?-o- 



. > o 0-SÎ or o ?- o - 



Ennoumen djehbed'en ak'erras 
a Iralhen, aid' el âali! 
d'eg outarar ledemenfell an , 
Boubret' ed' Kabafalt. 
refaklau ai d emih'aran 
dlieferen t r'er el bordj mi loii/i. 

Ils sont habitués à tirer la détente — les Aït-Iraten, voilà 
des héros! — Dans la plaine, ils ont chargé l'ennemi, — 
Beauprêtre et Gapifali ^ — Chez les nègres^ a eu lieu la mêlée, 
— ils l'ont poursuivi jusqu'au bordj, quand il y est remonté '. 

Kouloua amm el baz ma iour'ouas, 
irer'a ouachh'al n enzali, 
Boubret' erzagen erthah'an a» , 
ekhel'an i tsedjera ilUi. 

Chacun d'eux est comme le faucon, lorsqu'il pousse sou 

' Le commandant Beauprêtre était alors * Les Kabyles appellent akUm (tnègresn 

commandant supérieur, et le capitaine Ga- les Abid de Chemlal qui sont, en effet, les 

pifali chef du bureau arabe de Tizi-Ouzzou. descendants d'une colonie de nègres établie 

Ayant voulu faire un jour une sortie a la télc par les Turcs à Chemlal pour la défense du 

«run goum , compose surtout d'hommes des bordj de Tizi-Ouzzou. Par la même raison , 

imraoua, la plupartde leurs cavaliers Hrent ils donnent aussi le nom à'aklan aux Abid 

défection et passèrent à Pennemi , ce qui les de Boghni. 
força de rentrer précipitamment dans le fort. '^ Le bordj de Tizi-Ouzzou. 



INSURRECTION DES ÂMRAOUA EN 1856. 89 

cri; — ils ont brûlé combien de nezla^; — ils se sont déli- 
vrés de Beauprétre l'amer; — ils ont éloigné d'eux le lau- 



rier rose. 

i4i agellid' , ouar athtna s 
ouah'ed l ouah'id', moula ni, 
a ouin tferzen iidh refus , 
daâr' k in s ed DjUali, 
keraih' adheren d'aaâfou i as, 
ed djetineth an nezd'er' l aâli, 

roi, qui n'as pas de frères, — le seul, l'unique, ô mon 
Maître! — toi qui as séparé la nuit du jour, — je t'implore 
au nom du Djilali^. — Pardonne à tout ce qui est ici présent, 
— que nous habitions les hauteurs du paradis ! 

* Le root nexia s'applique à un campe- ' Sidi-Abd-el-Kader-e<^l>/»/a/i,ou plutôt 

meot arabe composé de lentes en laine ou Djilam, de Djilan son lieu de naissance, est 

eo poil de chameau. L*auteur s'en sert pour un marabout enterré à Baghdad et très-vé- 

dtisigner les villages des Amraoua , bien qu'il nëré dans toute T Algérie ; c'est son nom que 

n'y ait pas de tentes. Neila est arabe et n'a tous les mendiants invoquent dans les rues 

pas d'équivalent en kabyle. pour demander l'aumône. 



90 



POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



IX 



INSURRECTION DE 1856. 

COMBAT AU MARCHÉ DBS OUADHIA'. 

PAR BL-IIADJ RABAII, DR TAOURIRT-MOUSSA- OU - ÀMRDR , 
TRIBU DES AÏT-MAHHOUD*, CONFÉDéRATIOM DBS AÎT-ÀÏSSI. 



o,- oro-0- or o ?J 
o, a -2Î - - ^o î î -r 

j\ n -?! » j <^ 1 Wû 



' La Iribu des louadbicn , plus frénérale- 
ment connue sous le nom arabisé de Ouor 
dhia, fait partie delà confédération des Ait- 
Sedk'a du cercle de Drâ-el-Mizane. Sa 
population est de 3,190 habitants répartis 
en buit villages. C'est une tribu trè»-pe- 
muante, très-batailleuse, qui entraîne ordi- 
nairement à sa suite tout le pays. On peut 
dire que c'est la tribu dirigeante des Ait- 
Sedk'a.Plus que toute autre, elle avait eu à 
Houflrir des exactions et des manœuvres de 
Sid-ed-Djoudi, aussi en 1 856 fut-elle la plus 
ardente à l'insurrection. Elle appela cbe« 
elle les contingents des pays voisins et les 
conduisit à l'attaque de la maison de com- 
mandement (\o Sid-Ahmed-ed-Djondi , fils 



du bach-agha. Après un combat assez sérieux 
dans lequel fut blessé le capitaine Devaux , 
commandant supérieur de Dra-el-Mizane, la 
maison fut emportée par les Kabyles, puis 
incendiée et complètement rasée. Aucun*' 
troupe française n'avait été engagée dans co 
combat. Le capitaine Devaux n'avait sous si>s 
ordres qu'un goum composé des cavalier^ 
des> Plissa, Nezlioua, Harchaoua cl Abid de 
Boghni. Le caid des Nezlioua, Si-Seliman- 
ben-Kefif, y fut tué. Le mot iouadhien veut 
dire, je crois, liabitants de la plaine et a 
pour racine l'arabe U9« «plainer. 

' La tribu des Aït-Mabmoud fait parlio 
de la confédéral iou des Aït-Aïssi du cercle do 
Tifi-Ouzzou. 



COMBAT AU MARCHÉ DES OUADHIA. 91 

Eclat r'efk, a hm thistas, 
ism ik adziz, a l mok/Usar, 
a Moh'ammed, akhiar en nan, 
a cherifr'efdheharen le nouar! 
ouanes tV d'i d dar la ias, 
la nek la kera d'à l k'adhdhar. 

Sois béni , loi qui inspires la crainte , — ton nom nous est 
cher, élu de Dieu; — ô Mohammed, le meilleur des hommes, 
— chérif sur lequel rayonne la gloire! — assisle-moi dans 
la demeure d'où nul ne revient, — moi et tout ce qui est ici 
présent. 



Kera d'agi, a l djiias, 
ma thetsoum ad enetnftkkar, 
ed-Djoud'i ir'elh ar' maran 
iggar el gada * d' ak'ont'ar, 
el ârch r'efithezzi oumek'ias *, 
ihr'a a th ter d' ak'erk'ar^. 

Vous qui êtes ici réunis, — si vous Tavez oublié, nous nous 
le rappellerons mutuellement. — Ed-Djoudi* était pour nous 

* L'arabe el-gada, détourné de son sen» ^ Ak'erk'ar est la partie du lit d^ine ri- 

habituel , se traduit ici par taxe y tmpât. vière qui est dépourvue de toute vcgélalion ; 

' Àmek'ioê veut dire un anneau. Ici il in- les Zouaoua disent iekik'er. 
dique les couronnes de fumée qui tournent * Voir A la fin du volume la note sur Sid 

«*n Tair après rexplosion d'une armo à fpii, ed-Djoudi, harh-nf^lia du Jnrjnra. 



92 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

pire que le maras^; — il frappait des impôts par quintal; 
— la tribu au-dessus de laquelle tournoient les couronnes 
de la fumée de poudre^, — il voulait en faire une grève 
stérile. 

iér'etfc ah'arbi d' ak'erdhas 
abrid' a our netsemeh'ahhar, 
el khed'ma ed-Djoud'i ad' la tas , 
r'as ad' ik'k'ùn d' el k'ifar, 
eç çaber d' ad' tar' aila s ; 
remdhan ithoubâ ith lefethar. 

Achetez des cartouches et du papier, — cette fois il ne 
s'agit plus de délibérer. — L'asservissement à Ed-Djoudi ne 
reviendra pas,^> — dût le pays rester désert! — Celui qui sait 
attendre reprendra son bien ; — après le ramadhan vient la 
fin du jeûne'. 

o^aa^o " os' 

* On appelle maroM une maladie qui al- '"* Celte phrase est une menace adressée 

taque les céréales, les fèves et même tes à Sid-ed-Djoudi qui avait pressure outre 

figuiers. Les Kabyles attribuent celte maladie mesure la tribu des Ouadhia. Le poète 

à un ver. Les Zouaoua donnent à celte même exprime Tespoir qu'après Teipulsion dc5 

maladie le nom de thmlalt. Français ou lui fera rendre gorge et que 

L'auteur veut dé.signer ici la tribu des chacun se fera restituer l'argent qu'il aura 

louadhien. donné. 



COMBAT AU MARCHÉ DES OUADHIA. 



93 






Nebbodh s oêifaâhhas 
el barouil' tbd'a achekhar, 
utsâk'el thimiga akhemmas , 
nerthah! % d debla mAt'l'ar. 



Nous sommes arrivés à la rivière d'Abbas^ — la poudre 
commence à gronder ; — lattelage connaît le laboureur. — 
Nous sommes délivrés de la souillure du parfumeur^. 



* La rivière qui prend 8a source dans le 
iuijara, chet les Aît-bou-Addou et se jette 
daos le Sebaou à Isikhen-Oumeddour, re- 
call, saivanl rusage africain , un assez grand 
nombre de noms sur son parcours. On rap- 
pelle successivement : Tasift-n-ath-bou- 
(liennacba , Tasifl - en - Tabammam t , Asîf- 
ou-Abbas, Asif-en-Takboukbt (la rivière du 
p^er) et Asif-n-alb-Aissi (rivière des Ail- 
Aissi). La partie nommée rivière d^Abbas 
sépare la montagne des Ouadbia de la mon- 
tagne couronnée par le hameau -de Taourirt 
Ifertassen (la petite montagne des Teigneux) 
qui fait partie de la tribu des Aït-AokMal. 

* Cette qualification dédaigneuse dénuée 
à Sid-ed-Djoudi est une allusion à la profes- 
sion de colporteur de parfumerie (aâtVar ) 
qQ*exeroent un grand nombra d*hommes des 
tribus auxqaeilea appartenait ie bach-a^a. 
Le pa^ des Zouaoua , composé de plusieurs 
oontre-forls du Jurjura à pentes très-abruptes 
et on la terre végétale est rare, ne produit, 
poor ainsi dire , pas de grains et ne peut être 
utilisé qoe par des plantations d^arbres, trèfr- 
diffidles même en beaucoup d'endroits. Plu- 
fieurs tribus n'ont d'autres ressources que 



ies glands des chênes. Sur ce sol ingrat, se 
presse une population nombreuse qui, ne 
pouvant vivro du produit de la terre, est 
obligée de s'expatrier et de demander au 
-commerce des moyens d'existence. Le col- 
portage, n'exigeant qu'un faible capital, est 
nn des genres de commerce les plus répan- 
dus. Lorsqu'un homme veut s'y livrer, il 
achète à Alger, ou dans toute autre ville, 
une petite pacotille d'objets à l'usage des 
-femmes arabes, tels que : essences, verro- 
teries, petits miroirs, henné, alun, clous de 
girofle , fard , koheul pour les yeux , écorce 
de noyer pour les gencives, et enfin une 
ibule de substances entrant dans la composi- 
tion des philtres et sortilèges destinés , soit à 
produire l'amour, soit à faire consentir le 
mari au divorce. Muni de cette pacotille, 
qu'il porte sur ie dos enfermée dans une 
peau de mouton , le colporteur se met à par- 
courir les douars arabes où il est toujours 
bien accueilli par les femmes. Les traditions 
de son pays, à défaut d'expérience person- 
nelle , lui ont fait connaître d'avance le carac- 
tère et les habitudes de ses clientes, aussi ne 
leur demande-t-il jamais d'argent.En échange 



9h 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 






»i7 T-rT* î^o a - 



Outhâbbouts abou theinenk'as 
isfterer'a ner' à' aehennar; 
ed-Djoud'i izzenzen l ah' abas, 
er rai in es d' akkessar. 
tharoua el le djouad' ah'athalen as 
tbbodh et' t'rad' r'er oumenar. 



Outhabbouts, perdu de vices \ — nous a brûlés comme 
dans un brasier; — Ed-Djoudi a vendu ce qui est sacré, — 
sa raison s'est égarée. — Les fils des preux ont usé de ruse 
avec lui, — le combat est arrivé jusqu'au seuil de sa porte. 






r ? o, a r 



de ses marchandises, il se fait donner des 
matières premières, grains, cuirs et surtout 
laine, qu^il sait abonder dans la tente. La 
femme arabe, peu soucieuse, en général, 
des intérêts de ménage, résiste rarement au 
désir de satisfaire une fantaisie, lorsqu'elle 
n'a pas d'argent à débourser, et elle se 
montre d'autant plus généreuse dans le 
marché qu'il lui est facile de dissimuler l'em- 
ploi des objets qu'elle donne en échange. 

Lorsque le colporteur a réuni ainsi une 
assez grande quantité de marchandises, il 



va les fendre à la ville la plus voisine, re- 
nouvelle sa pacotille et recommence â courir 
le pays. Il y a des colporteurs kabyles qui vont 
jusqu'au Maroc et dans la régence de Tunis. 

Un colporteur adroit réussit quelquefois 
â gagner dans ces courses jusqu'à mille francs 
par an, avec une première mise de fonds qui 
varie de 35 à 5o francs. 

> El-Hadj-Ahmed-ou-Thabbouts,deTa> 
guemmount-ed-Djedid, était un mekhaxeni 
du bach-agha Sid-ed-Djoudi et son prin- 
cipal agent. 



COMBAT AU MARCHÉ DES OUADHIA. 95 

A Mah'moud', med'eh'er'fell as, 
tharraouth n es shâ abeddar, 
koul el khourdh ejebanfell as, 
k'eddemen ak th id s oukerkar 
r'er ed-Djoud'i; hwtden as thUas, 
egzemen as aglim r'efdhar '. 

Mahmoud, je chanterai ta louange^! — postérité du lion 
impétueux , — tes enfants ont franchi tous les retranchements; 
— ils se sont élancés, en poussant le cri de guerre, — contre 
Ed-Djoudi; ils ont détruit ses limites, — et lui ont coupé la 
peau à la mesure de son pied^. 

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' i^^lMAr, abréviation pourrez' oiiiiAar dans le pays pour les chaussures qui se 

-f sur le pied. 9 nomment, suivant les localités, irhassn ou 

* Le poêle s^adresse a la tribu des Aïlr- iehtfedh , il pose le pied sur le cuir et le roar- 

Mahmoud (fils de Mahmoud) dans la per- chand taille la semelle à la mesure de son 

sonne de rancétre qui lui a dminé son nom. pied. G*est à cet usage que Tauteur fait allu- 

' Lorsque, sur un marché, un Kabyle sion ; il veut dire par là que les insui^ ont 

veut acheter une paire de ces semelles en fait rentrer Tautorité de Sid-ed-Djoudi dans 

rnir de bcnif garni de poils dont on se sert ses limites naturelles. 



96 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

À8 n el h' ad ai d' en nah'is , 
e» sersour ikker our'ehhar ; 
ameddah' idda l mal is, 
ed' rebbi ag âlemen le kkebar. 
oui th tbbouin, houd akhkham ift, 
efk ith i oujajièh' n en narl 

Le dimanche a été un jour funeste, — les chasseurs sou- 
lèvent la poussière ; — le poète a vu partir son bétail , — et 
Dieu seul en a des nouvelles. — Dieu, détruis la maison 
du ravisseur, — livre-le aux flammes de l'enfer ! 

ju ft » ; » Vl »^lctf<^^ 
o o» o- o.-o; 0.-PÎ 

D' airath, mechehour ism is, 
et tsekheltjih en sid' na âotnar, 
d' aitk el baroud' itsk'essis 
aiih le mokh'al en djouher ed dar, 
arouan le djehed' s Afrançiç 
efkan i i l oued iehauk'ar. 

Airath , au nom illustre ^ — est le khalifa^ de notre seigneur 
Omar'. — Ce sont des guerriers à la poudre meurtrière, — 
aux fusils de Djouher-Eddar * ; — ils se sont rassasiés de guerre 

' Airath est le siagulier de Aït'Iraten;i\ ^ Omar-ben-el-Khettab, compagnon du 

personnifie ici la confédération entière. Prophète et successeur d^Abou-Bekr dans le 

* KhaUfa veut dire lieutenant, celui qui khalifat, 

agit sous les ordres d'un autre et le remplace * Les fusils de Djouher-Eddar sont les 

au besoin. fusils fabriqués à Damas. 



COMBAT AL MARCHÉ DES OUADHIA. 07 

sainte avec le Français, — ils l'ont jeté dans la rivière et les 
rochers. 






?iirf' our net' t' is , 
ai ah'anin, ai adjebbarl 
dâar' k in s aith bah'ar Esouis , 
à! el Kàba mi ezzin le çouar, 
edjmid akka d netseh' assis , 
an nezd'er' oued el Kouthar. 

roi qui ne sommeilles jamais, — Dieu bienveillant et 
tout-puissant! — je f implore au nom des saints de la mer de 
Suez, — et de la Kâba^ qu'entourent les remparts; — fais 
que nous tous qui avons écouté ce chant — nous habitions 
la vallée du Kouthar^. 

* La Kâba est le temple de la Mecque, * Le Kouthar est un fleuve du paradis 
but du pèlerinage. niasulman. 



08 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



INSURRECTION DE 1856. 

ATTAQUE DE DRA-KLMIZANE. 

PAR EL>UADJ-MOI]A]UMED-BAGHIR, DES AÏT-BOU-YAHIA , TRIBU DES AÏT-DOI ALi, 
CONFÉDÉRATION DES AÏT-ÂÏSSl. 

o - f . « > P - T oî 

au 6 

j ft ■ ^ J W V A \ -A f\ 
J J^^J — ft -\ . S . ji 

£<?/af r'^À?, a «e6i c^' î'ahar ', 
amckafâ d'egg ineselmen! 
ifadhel ik hab el lamer, 
le nouarfellak ai dhehareti. 
a êid'i, efk ar' d ençer, 
aiageUùï irezzek'en! 

Bénédictions sur toi, ô Prophète pur de toute souillure, 
— qui intercèdes pour les musulmans ! — que le Maître de 
toutes choses t'accorde sa faveur ! — L'auréole de la gloire 
brille sur toi. — Seigneur, donne-nous la victoire, -— roi 
qui pourvois à nos besoins ! 

^ Dans celte pièce, les vers sont entre- Kabyles donnent k cette prose le nom do 
niélës de prose cadencée el, en général, ri- deraê, de Tarabe /j»>^ , <l«i veut dire «lire» 
mée qui se récite el ne se chante pas. Les el aussi (renseigner*'. 



ATTAQUE DE DRA-EL-MIZANE. «9 

j 4—^4») 




R' ef ouroumi ngi , cd' le k'nhar, 

hezzefag ouâai\ 

iâdjeb ion Mak'moud', d' en ncher. 

tharraouth cl leh'arar, 

ekkalhcn ouzzal, jebbcd'en nmesmar ; 

mi ekkeren i ouâd'aou , nimen t am htçar \ 

ad' eddounfell as, ad' iar' imçarçar. 

a then iâtoun en nehi, eah'ah el r'offar. 

Je parlerai de ce chrétien : c'est un ennemi irrésistible, — 
dangereuse est sa puissance. — J'aime les fils de Mahmoud, 
c'est une troupe d'élite^. — Descendants d'une noble race, 
— ils frappent le fer^, ils tirent la détente; — lorsqu'ils se 
lèvent contre l'ennemi, ils le pulvérisent comme des fèves; 

-ils le poursuivent, et lui, il n'éprouve qu'humiliation.- — Le 
Prophète, ami du Dieu clément, leur viendra en aide. 



J» è-jl J ft în > 3 ^ 



' Elbiçar est an nom collectif qui s*ap- ^ L'expression n frapper le fern (ekkalh 

pliqueaai fêtes, pois, haricots, lentiUcs^elc. ouzzal) est consacrée pour dire ttse bal- 

• La tribndps Ait-Mahinond,voir p. 90, tie»j; les Arabos disent «frnpper la pou- 

••olc a. drci. 



i 



lOU POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

o - 0-0 TÎ ^- orora-o -au? 

J ^Is?* ^^ Jl — ^—^y-^j^ 



D'Iouadhien ai d' el k'ahar, 

d'in ai themesebd'ar. 
en nefç idda d' ouroumi, — ik'oud'am n ech cher I 
en nefç idda d' ineslem — rehhi a then inçer ! 
ersen s azar'ar — ed-Djoud'i ioukhkher, 
khelan as el hordj — ihoud ak em koul ir'mer. 
et' t'rad' itnsebd'a — el haroud' ikether. 
Off emmouthen, a thifemi, — aith eznaher! 

Les louadhien, voilà les guerriers irrésistibles ^ — c'est 
chez eux qu'a commencé la lutte. — La moitié d'entre eux 
marche avec le chrétien, les visages de malheur! — l'autre 
moitié avec les musulmans, Dieu les rende victorieux^! — 
Ils sont descendus dans la plaine, Ëd-Djoudi a pris la fuite; 

— ils ont détruit son bordj, ils l'ont démoli à chaque angle. 

— Le combat s'engage, la fusillade devient nourrie. — Com- 
bien sont morts de guerriers d'élite aux longues moustaches! 

' Voir la noie 1 , p. 90. taient rang<^s du côté de Sid-ed-Djoudi. Ia* 

* La tribu des Ouadhia ^lait en eflet di- parti de rinsurrerlion avait à sa t(Mo Ameur 
visée. El-Hadj-Bondjemâa el son parti sV- n-Ail-Amara. 



ATTAQUE DE DRA-EL-MIZANE. 101 

El-H'adj- Ahmed' -nrâK-ou-H'amtnou — et Iserhâlh is ihetouer, 

edjan d ech ckiâ — ath ouzel mchehher, 

ai enr'an d'eg esbais, — id'im ir'leb l ânaçei'. 

ma reggemen, gedeha ! — izmaoun n es seh'ar. 

Kl-Hadj-Ahmed-Nâli-ou-Hammou* et son parti sont une 
troupe vaillante; — ils nous ont laissé un glorieux exemple, 
les cavaliers toujours éperonnés, — que de spahis ils ont tués ! 
le sang coule plus abondant que les fontaines. — S'ils se van- 
tent de leurs exploits, honneur à eux ! les lions du Sahara. 



Thagemmount el le djed'id', — ed' ouid'en ai d' el h'arar ; 
eldcatlien s ouzzal, — zedemen am le dhiar, 
niAeni ag djerh'an Difou , — as n et'rad' ouzar'ar. 

Taguemmount-ed-Djedid, tes enfants sont de race pure^; 
— ils frappent le fer, ils fondent sur l'ennemi comme des 
oiseaux de proie : — ce sont eux qui ont blessé De vaux, le 
jour du combat dans la plaine^. 

' El-Hadj-Ahmed-Nâli-ou-Hammoa est soixantaine de cavaliers. Ce petit goum for- 

00 homme des Amraoaa qui , après avoir mait toute la cavalerie de Pinsurrection. 

donné le signal de Tinsurrection de la vallée * Taguemmountred-Djedid est un village 

du Sdiaou, au printemps de i856 (voir la de 960 habitants faisant partie de la confë- 

note a , p. yQ), se réfugia dans les montagnes deration des Aît-Scdk'a. 

«les AU-Iraien, avec son parti composé d*une ^ Voir la noie 1 , p. 90. 




102 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

o - oj p« -Sî . 0| - f ^ o / o- 

o, a - oï o â - o o.' o . 0-0 0-Ç: ; i oj 



SUl'i-l-H'aJj-Àmer — zik ed' hub n ençer, 

ibbouidle meh'alia — ougaoua lâsker, 

ai d erfed'en d'egem , a t'ouiia, — m outhen aUegiou s el àtner, 

rouh'eti d' ouzar'ar, — oui iimeren a then id ik'amer! 

etchan el bordj oumerkanti, — agla mouk'k'ei' ! 

ai ehhouiti d'egem, a maia, - - d'i l ketsan nia l djouder 

ai ernan d'egem , a n ndma , — aiu isda d'el oumaier. 

d' amechoùm ag âoucan — Sid'i-l^H'ndj-Amer, 

cm koul el ârch ihhodh itli id, — ad' rim fell as am r'ebbar, 

Sid-el-Haclj-Ameur\ depuis longtemps est le maître de la 
victoire, — il conduit les troupes des Zouaoua, soldats; — 
que de longs fusils ils ont apportés; lorsqu'ils font feu, Tâme 
de Tennemi s'envole; — ils s'avancent dans la plaine; qui 

* Sid-el-Hadj-Àmeur, marabout fana- cipat instigateur de rinsurrecUon des G necb- 

tique, était chef de la saouia de Sidi-Abd- toula et AU-Sedk*a, au mois de septembre 

or-Rhaman-bou-Kouberin, située ehez les i856. La répression rapide de ce roonve- 

Aït-Ismaëi de la confédération des Guecb- mentparM.lemarécbalRandonmitfinàson 

loula. Au commencement de 1 856 , il quitta r6le politique , très-court du reste. L^année 

furtivement sa xaouia et se retira chez les suivante, après la soumission générale, il 

Ail-Ouasif (Zouaoua) 011 le parti opposé à fut obligé de se rendre à discrétion. On lai 

Sid>ed-Djoudi lui donna asile. Il fut le prin- permit de se retirer à Tunis, où il est mort. 



ATTAQUE DE DRA-EL-MIZANE. 103 

pourrait lutter avec eux? — Us ont pillé le bordj du Merkanti, 
grande richesse M — Que de butin ils ont emporté! parmi 
les étoffes ce n'était que fins tissus; — que de grains ils ont 
aussi trouvés ! ce que possédait le Merkanti était prodigieux. 
— 11 n'y a qu'un mauvais sujet qui puisse désobéira El-Hadj- 
Ameur, — toutes les tribus sont venues à lui, l'argent afflue 
^'liez lui comme la poussière. 

j-aJJ jîi m? VW^ j*^^ j't^' 6;^ ^ 



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J .^..ft lî^ T^.ft Jl g 1 rfcH £é^ ^1^1 

' I« bordj du Merkanti, dont parle Tau* fort turc de Bogbni par M. MoHnes. Getëln- 

1^, «si Tosine â huile établie près du vieux bliasement fut, en effet, pille et démoli de 



iOii POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Igouehdhal mi d eddoukeltn, — tkarraouUi el lek'emar, 
r'er ouneziiou ai Anan, — thimes iau!:â ts ouchennar, 
esserr'an artnid' el bardj; — oullah I ow sain afndhebber I 
d'i Drâa-el-Mizan dheman, — r'ilen ak isehel l amer. 
Bmhrite mi th ibbodk le khehar, — d'egg ir'efis agfera chouer. 
ag en' an d'itma el baroud'! — inesletn int'er. 
iffer' ed ottroumi, — ir'leb ajerad' fna ikether, 
ai d ibbouid'^, a l med'fà, — alemboumba, lak d' elk our, 
ai d emand'eg em, a tsek'ela — ougelzim lak d' ouchak'our. 
el âsker bezzaf ik'oua , — ir'leb ez zerzour, 
ftithemourth is la d iserrou, — la d itheddou d'i Ibabour. 
iâoud'aner' d ee çenâa, — el letnokah'al el mitra. 
mithesmouk'ledh at ted' ehechedh , — agsek'achounackchefera, 
a Ik'oumour nesein , ahd'a, — ai d ibboui d'eg em, atzebra? 
kera ih'aouza ilk' a, — ad! as ihoudel h' ara ; 
atha oi^otuid' is irh'a , — ibr'a ad' igzem et tsemera. 

Après s'être rassemblés, les Igouchdhal *, poslérité de 
braves, — se dirigèrent vers les lnezlioun^;le feu fit de leur 
pays un brasier. — Ils portèrent l'incendie jusqu'au bordj. 
Par Dieul ils n'avaient pas un bon conseiller; — ils convoi- 
taient Drâ-el-Mizane, tous croyaient la chose facile. — Beau- 
prêtre, quand lui parvint la nouvelle, arrêta son projet dans 
sa tête. — Que de poudre brûlée là ! les musulmans furent 
maltraités. — Le chrétien sortit plus nombreux que les plus 
fortes nuées de sauterelles, — conduisant avec lui combien 
/le canons, de bombes et de boulets; — combien aussi de 

fond en comble par les Kabyles. Moins d^un de huit tribus : Frikal, Aît-Ismaël, Ait- 
mois après, les tribus qui avaient pris part Kohfi, Aït-Mendès, Aît-bou-R'erdan , Aït- 
à ce pillage furent contraintes de rembourser bou-Addou, Cheurfa-gu-Ir^il-g-ek'k'cn, Ir^il- 
au propriétaire la valeur des dégâts qu'elles Imoula (la crête des forcis) el Mechras. Sa 
avaient causés. population totale est de 16,890 individus. 

' La confédération des Igouchdhal, appe- - Le fort de Drà-el-Mixane est situé sur 

lée par les Arabes Guechtoula . fait partie du le territoire de la tribu des Incilioun , en 

cercle de DrA-el-Mizane: pIIp psI rompo^û» arabe Nezlioua. 



ATTAQUE DE DRA-EL-MIZANE. 105 

charges de pioches et de haches! — Ses troupes sont puis- 
santes, elles dépassent en nombre les étourneaux, — elles 
arrivent de son pays, portées sur des vapeurs. — Il nous a 
apporté une invention nouvelle, les fusils au mètre \ — Vous 
frémissez à la vue des baïonnettes qui se dressent. — Ah ! 
peuple ignorant, attends encore; vois ce qu'il a apporté de 
serpes 2 : — celui qu'il atteint est perdu, il détruit sa maison; 
— son cœur est irrité, il veut couper les arbres fruitiers. 

j ft w ^ tf ri ^ > 

Atha iâna r'er ath Mat' an 
d'inna ikker our'ehhar, 
etn koull oua idja th dl amajelas ; 
ifka tlien ir kouU i ir'zer. 
ikchetn or' ak el ousouas, 
mugaâ! ad! ar' iâmmer. 

Le voici qui se dirige vers les Aït-Matas^, — là s'élève la 
fumée. — Il laisse chacun ruiné sur son passage; — il les a 

' Les Kab|les appeUent /u$iU au mitre * Pour couper les figuiers, 

nos carabines à longue portée; ils leur ont ' IjOs Aït-Matas forment une fraction de 

<looné ce nom , parce que , dans les combats, la tribu des Frikat. De tous les Guechtoula, 

ils entendaient les oflSciers indiquer à haute ce sont les plus rapprochés de Drâ-el-Mizane. 

>oix à leurs hommes le nombre de mètres G^est chez eux que se dirigea tout d^abord , 

qui les séparaient de Tennemi , afin do faire au début de l'expédition de 1 856,1a colonne 

•^ler les hausses. commandée par M. le général Yusuf. 



J 



106 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLiE. 

jelés tous dans les ravins. L'effroi est entré dans nos cœurs ; 
— nous craignons qu'il ne nous déporte. 



//oM , a ûeri, amm ethgerras , 
(/' aroumi ag our' en en neçer! 
la netsergigi kûul i ass 
a rehhi, ketch d! en nadher, 
our neggan am tidk amm as , 
haul oua thasa s la thehadder. 

Coulez, ômes larmes, plus abondantes que la grêle, — c'est 
le chrétien qui a remporté la victoire ! Tout le jour nous 
tremblons, — o Dieu, lu vois tout! — Nous ne dormons ni 
la nuit ni le jour, - chacun sent murmurer son cœur. 

o a - .oî, a -0- 

Otth'ad'ik', iUan si i kiias, 
ironh\ idjouneb, ioukhkher. 



ATTAQUE DE DRA-EL-MIZANE. . 107 

zik enni mi t'ou/i ouas, 
r'er ech cham, iga l ouker. 
angoufir'eder itk idheë , 
our itsaouki ar th ibetser. 

L'homme intelligent qui a été bien avisé — est parti , il 
sest mis à l'écart; il s'est dirigé — depuis longtemps, quand 
le jour est venu, — vers la Syrie, il y a établi sa demeure. 
— L'imbécile s est laissé surprendre par le sommeil, — il 
n'ouvre les yeux qu'après qu'il a été enterré vivant. 

\âr, a MiBêl'Abbis, 
aroumi agi d' imek'fer. 
a kera oni illan d' aâssas , 
tiebr'a atserfâm le k'akei'. 

Viens à notre aide, 6 Sidi-bel-Abbès \ — ce chrétien est 
oppresseur. — Vous tous qui veillez sur le monde, - nous 
^lemandons que vous enleviez ce fardeau qui nous écrase. 



- o -> 9 




ôj i!> \ Mt jVjpS\ 



' Sidi-bel- Abbès-Sibsi est un maraboiil souvent invoqué par les habitanLs de la province 
d'Alger 



108 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



J^-*— • <<)-*^^ %)■-**!» 

Athaien s ath Bou-Mâz<i , 

thasa s thezza, 

igzem tthen atntn et tedjera ; 

ineselmen d'inna 

a ikfan s el mautha. 

r'ef enbi oulach endatna , 

OUI immouthen ad' iar' el h'aoura , 

imenad si djehennama, 

iêsared' ednoub ma tottra. 

Le voici chez les Aït-bou-Maza', — son cœur est enflanimé 
de colère , — il les a coupés en morceaux comme des arbres ; 
— là ce sont les musulmans qui ont été exterminés par la 
mort. — Il n'y. a pas à se repentir de ce qu'on fait pour le 
Prophète : — celui qui meurt épouse une houri, — il est 
préservé de l'enfer; — il a effacé ses péchés, s'il en avait 
d'inscrits. 

Athaia s ir'zer n echbel, — ad tâmtned' el ùuira : 
am sah'aU ad tt'illi — erçaç tr'leb el gerra , 

' Le village des Aïl-hou-Maza fait partie des montagnes qui forniciit le prolongement 
de la tribu des Frikal. Il est situé au sommet du Jurjura du côté de DrA-el-Minne. 



ATTAQUE DE DRA-EL-MIZANE. 109 

el medfâ tbd'a alaoui — la thesekkerrai el koura; 
kera boni theh'aouza ataoui — / emboumba d' el k'ahara. 

Voici le chrétien à Ir'zer-Nechchebel*, il s avance vers le 
pays escai'pé ; — il franchit le col comme la neige, le plomb 
tombe plus serré que la pluie, — le canon commence à ton- 
ner, le boulet répand la terreur; — tout ce qui est atteint est 
emporté par la bombe , que rien n'arrête. 

^\ fy^ i^fl^ j-*»! Cr? J1-=^^ V CW^* 

R'effoud'etn ik, a l Hachmi, — ad' ar' d efkedh l ichara, 
athaien ifka s el moutha — thejffer' d'eg s et' i'ira. 
outhen irgazen el àali — gedeha s imaoulan n eçbara I 
d'ebek'an t ak beh'al oulli — amm as el àid', ioum en nek'a$', 
ouid'en ma reggemen, gedeha ! — d'inna ai ts ioukà ouzebar, 
ewerouan as tharouzi — s el mesah'a la ih'ajer; 
ag ent'el d'egem, a l moutha, - — ag dhra id' es oukhessar, * 
id'im ir'leb le h'amali — d'oug as el lemet'er. 

Par ton visage, ô Hachimi^ donne-nous un signe! — Le 
voici qui est exterminé par la mort, il vient de surgir pour lui 
un mauvais présage. — Les braves guerriers se sont battus, 

' lr*zefMi-EehMbel est un vilbige de la ^ El-Haehmi «le Irès-respectéT), est un 
tribu des Aïl-Koufi. surnom du Prophèle. 



110 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

honneur aux maîtrCvS de ia persévérance ! — Ils les ont égorgés 
tous comme des brebis, pendant la fête, le jour des sacrifices '. 
— Ceux-là, s'ils se vantent de leurs exploits, gloire à eux! 
c'est là qu'a eu lieu l'abatis. — Ils l'ont rassasié de fouiller 
la terre, il creuse avec des pelles ; - - que de morts il a en- 
terrés! Ce qui lui est arrivé est un désastre. — Le sang coule 
plus abondant que les torrents débordés par un jour de pluie. 

Jp> ft > ^ M LrW 

o - ® T o ii* "% 

A bon Nab, anid'a theliidh . 
ikchem ik ûl bon le khemei- ? 
oui issen anid'a thezehidh ^? 
a l k'aid' em Maçet^! 
thedjidh el ârch ik ir'li, 
imaoukm n ençer : 
e/kan mesakith thiloui , 
n izeri, er'leb l ânaçet-. 

' La tribu des AU-Koufi fut attaquée el aux Kabyles. Dans les vers suivante, il avoue, 

entièrement saccagée dans la journée du du reste, quails ont dû se soumellre et payer 

ùh septembre 1 856 par les coloones réunies rimpdt de gnerre. 
de MM. les généraux Renault et Yusuf.L*au- ^ Le mot ihezehidh serait rendu plus 

leur cède è une illusion par trop exagérée familièrement, mais plus exarlemeni par le 

en attribuant, dans cette affaire, la victoin' verbe (^flânerT». 



ATTAQUE DE DRA-EL-MIZANE. lit 

Où étais-tu, ô Bou-Nab \ — lorsque chez loi est entré le 
buveur de vin ? — Qui sait où tu t'étais oublié ? — ô kaïd 
(leMaçer! — Tu as laissé tomber ta tribu, — les maîtres 
de la victoire; — ils ont payé, les malheureux, jusqu à com- 
plet dépouillement. — Coulez, ô mes larmes, plus abondantes 
que les fontaines. 

es ^^W-ii,-Jl 

sa ; îi o-î^ « v:! 

O - O ^5.il*î 

Elsrer' ek, arebbi, 

ai ah'anin , çahah el r'effar ! 

daâr k in s enbi, 

ad' Bou Beket^, sid' na Aomar. 

cd djermeth an nezd'er' l aâh , 

edjemiâ akka d'à nch'adher. 

Je l'en prie, ô mon Dieu, — Dieu clément et miséricor- 
dieux! — je t'implore au nom du Prophète, — au nom de 
Bou-Beker et de notre seigneur Omar, - fais que nous ha- 
bitions les hauteurs du paradis , - tous tant que nous sommes 
ici présents. 

' Sid-Ali-bou-Nab est un saint marabout « patron des Aït-Koiifi; il est enterré sur le 
'^rriloire de cette tribu. 



i 



112 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

XI 
INSURRECTION DE 1856. 

COMBATS DES 30 SEPTEMBRE ET à OCTOBRE, 
CHEZ LES AÏT-BOU-ADDOU'. 

P.AR SI-MOHAMMED-SAÎD-OU-SID-ALl-OU-ÂBD-ALLAU, DES AÏT-NELLIKEUCH. 



o 0370 •"?' 

Ai h m Vi 9 ^ W \ H) 

o o - î L'i • -t- 



Eclat r'efh, a nehi, ai ouchebiih' ! 

s el âad ne t tsesbièh', 

8 el âad n eç çofd'eg el meh'arah, 

8 el âad our'elmi itçiih' 

iksan d'eg ech ckièh', 

8 el âad izerzer d'i z zah. 

Que les bénédictions soient répandues sur toi, ô gracieux 
Prophète! — nombreuses comme les grains du chapelet, — 
comme les rangs qui se pressent devant le Meharab^ — comme 

' La tribu des Aïirbou-Addou fait partie ' Le meh'arab (mihrab) est la niche qui, 

de la confederation des Guechtoula. Sa po- dans les mosquées, indique la direction de 

pulation est de 1,900 habitants répartis en la Mecque cl devant laquelle se rangent les 

cinq villn[[os. lidèles pour faire la prière. 



COMBATS CHEZ LES AÏT-BOU-ADDOU. 113 

les troupeaux qui bêlent — dans les pâtnra{|es de ehièh ^ — 
comme les gazelles dans le Zab^. 

>4 iVm iou, ilikd' ounçièh' ; 
éclat r'efk, a zin lethiah! 
ir ouata our esnkhefifl emdièk , 
rouh' M s ençièh', 
amm in ihedjan lektsah; 
d' elk'eçça itniren atsifneliih' , 
ad ir'U oui innoumen edjd'ah. 

ma langue, sois véridique et fidèle; — béni sois-tu, Pro- 
phète aux beaux vêtements! — évite, ô ma langue, toute pré- 
cipitation dans ce cantique de louanges, — procède avec fidé- 
lité, — comme celui qui épèle le livre saint. — Ce chant 
alors deviendra harmonieux — et fera pâmer d aise celui qui 
est habitué à Textase '. 

^ Le ehiA est une espèce de thym très- ^ Le mot extase, par lequel j*ai traduit 
abondaDle dans les plaines du Sahara. edjd'ab, rend à peu près là pensée de Tauteur, 

* Zab, plariel Ziban, tontine au sud de mais non pas le sens de edjâlab. Ce dernier 
la province de Constantine. mot est, en effet, le nom d^action du verbe 

8 



114 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIK. 

L ohm id tchoud ouk'ebièh', 
Afrançiç enni akeddab 
iàna ahou A ddou s ezd' ièh ' . 
ai d ioni d' ek, ai àrah; 
Aima n Tad' ont' la disl'ilfihh', 
ir'il meskin d'à r'a nt'ah. 

Le méchant a saisi sa bannière ; — ce Français menteur 
— se dirige avec fracas vers les Aït-bou-Addou. — Combien 
de vous, ô Arabes, nVt-il pas amenés avec iui ! — il parade 
dans Alma-n-Tadout \ — s'imaginant, le malheureux, que 
nous allons nous soumettre^. 

o j^Orf-o jd« "fi 

o 1 ^ ?î '.Xi 0,-oî 

C^l^i q^d^-dol J ^Mf '^l 

Aïl-bou-Addou.CVsl là que, pendant les com- 
baU des 3o septembre et h octobre i856, 
ëlaient les réserves et Fanibulance. 

^ Les Aït-bou-Addou ne se soumirent pas 
en eflfet à la suite de ces combats; ce ne fut 
que Tannée suivante, lorsque toute la Kabylie 
eut mis bas les aimès, qu'ils firent knir sou- 
mission à la Franco. 



arabe djedeb c^j^, qui signifie balancer 
vivement la télé en avant et en arrière, mou- 
vement qui produit une espèce d'étourdisse- 
ment et d'extase. Je ne connais pas de mot 
français pour rendre cette idée. 

' Alma-n-Tadout << le pré de la laine 7>, est 
le nom d'un petit plateau planté de figuiers, 
au nord du village do Thamkadouiih cbez les 



COMBATS CHEZ LES AIT-BOU-ADDOll. 115 

Abou Addou, mid' iuinl'iek', 
themenâar si l bah r'er el bah , 
thameddilh ijfer'et tsebriih' : 
thiiam, azekka anr'ab. 
erzan el k'oum en Sout'ii'h' 
ih'aoualin amm imedjd'ab. 

Loi^que les Aït-bou-Addou poussent le cri de guerre, — 
on s'excite au combat de porte en porte, — le soir retentit 
cet appel : — Accourez tous! demain nous mourrons pour 
notre pays. — Us ont mis en déroute le peuple de Satih ^ 
— hors d'eux-mêmes comme des Aissaoua^. 

>^j~^^ te».? (JJLxj jiii 

éç — *J3 ai c=-^— * 

idA'a^anounmin a« fe kedihh'; 
09 ne tletha ibd'a et' t'rad', 
ibd'a l baroud' itsintHih' , 
d' erçaç la ik'elleb d' ak'elab; 
d' asê enni ouin our nedjerièh' 
d' aâzzoun, r'as ad' isab. 

On raconte qu'ils ont porté chez lui la destruction; — le 

» ^çt«.5a«iA est le nom d'un devin, clieï mane, plonge dans les ténèbres de Tigno- 

nnetnba arabe, avant Mahomet dont il pré- rance et de Tidolâtrie. Le peuple de Satih , 

dit la mission. Tout son corps, excepté la tête, appliqué aux Français, veut donc dire le 

était, dil-on , sans os et on pouvait le ployer peuple des inâdèlcs. 
eomme on linge. Gomme il vivait avant Fis- 'Le texte porte : « comme deaimedjd^abn, 

Umisnie, il était, diaprés la croyance musul- r'est- à-dire comme des gens qui se livrent 

8. 



116 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

combat s'est engagé le mardi \ — la poudre commence à 
mugir, — le plomb renverse les combattants. Celui qui 
n'a pas été blessé dans cette journée — n'est qu'un Aâzzoun -, 
il ne lui reste qu'à fuir son pays. 



o, o ? - o. - r 
o S -î o ro- o >e 

c.j^j jj-ii^ c=-?r^^ 



Z>' fynA' ath elK'aou ineHihh' . 
mi Te aufir' ther'Hdh, a chehah, 
ihnsa ou fell as thedjerich'. 
mtirouh' ibges ajellab, 
ibd'a iak lak itsintièh', 
d' ah'arbi ilchour ouk'erab. 
ed djenneth ad degs itsmerriih' 
ad' fellas iouzoufl âthab. 

Mehammed-n-Aït-el-Kaou^ était un brave. — Quand j'ai 

à Texemce du edjd'ah. Les Aissaoua et leurs de El-Hadj-Ameurou-Amran» ne prirent pas 

pratiques étant connus de toutes les per- part à Tinsurrection. 

sonnes qui ont visité TAIgérie , j^ai remplacé ' Mehammed-n-Aît-el-Kaou, par abrévia- 

par Aissaoua le mot imedjd'ab qui ne peut tion Emh**Ath-eI-Kaou , c'est-à-dire, «^Me- 

sc traduire en français. hammed des fils EUKaou ou de la famille 

' Le mardi 3o septembre i856. El-Kaou», était un jeune bomme des Aft> 

* C'est-à-dire un habitant du village des bou-Addou, très- renommé pour sa bravoure. 

lâzzounen chez les Ai't-Bouchennacha , voi- 11 fut tué un des premiers dans la journée du 

sins des Aït-bou-Addou , qui, à Tinsligation 3o septembre. 



COMBATS CHEZ LES AÎT-BOU- ADDOl. 117 

appris que lu étais tombé, ô beau jeune homme, — mon 
cœur a saigné pour toi. — En partant pour le combat, il avait 
ceint sa djellaba ' ; — il poussait le cri de guerre , — la giberne 
pleine de cartouches*. — Maintenant il parcourt le paradis, 
— il est sauvé des tourments de l'enfer. 

gn-HïH?* J3-M> ^^ KA-» 
CA — 551 j_rf^l j] t ? 
^ \^ \ à ? V^l^ 

Nekkel d'egg if eg ik isrièh', 
a t't'ir izerben d'azerab , 
sid Ali, sioul : ai ouchehihh' , 
bou tsemak', a tin erkab, 
thedjidh ar netsk'elilièh' ; 
noukni id' es nemir'eçab. 

Elève librement ton vol dans les cieux, — oiseau, mes- 
sager rapide, — monte vers Sid-Ali^ dis-lui : (tO brillant 
seigneur, — aux tsemak* et aux beaux élriers, — tu nous 

' La djellaba est une espèce de grande à un double litre. L^abondance de ses muni- 

fbemise qui tombe jusqu^aux pieds. Dans tions prouve quUl sait faire des sacrifices 

les combats, les Kabyiean^ont ordinairement pécuniaires pour la bonne cause, et qu'il 

que ce vêtement. a Tintention arrêtée de persévérer dans la 

* Les Kabyles achètent eux-mêmes leurs lutte, 

munitions. Cette dépense sert souvent do ^ Sid-Ali-ben-Abou-Taleb, gendre du 

prétexte aux gens timides pour ne pas aller Prophète. 

au feu. Dire d*uii guerrier qu'il a sa giberne ^ Les Uemak sont des holies de maroquin 

pleine de cartouches, c'est fairr son (^loge rouge. 



H8 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

as abandonnés dans Tangoisse et la détresse, — nous sommes 
engagés dans une lutte violente avec l'infidèle ?). 



«' o . 







O.CJ — 3L3 j^ô gClâ jil 

yiri' e^*rer' erdjal AJrihh\ 
ad', ernour' seltin ah'zab, 
d' êkra ik'k'aren es sebbtèh' , 
tna thenâredk, a ben el Khottab, 
d' AJrançie nebr'a ad' it'iih! 
ad' fell ar' çoudden le klab. 

J'implorerai les hommes pieux d'Afrieh \ — et tous ceux 
qui lisent le sobhia^. — J'ajouterai soixante ahzabs^, — si- 
tu viens à notre aide, ô fils d'El-Khottab *. — Nous deman- 
dons la ruine des Français, — que ces chiens soient éloignés 
de nous ! 

^,^k:^S e*'^^ifi'^ 0-»WlM 






' Afrièh' est un village de marabouts des ^ Le Coran est divisé en soixante parties 

Aït-Aïdel, dcTOued Sahel. appelées ah'zah, L^autenr promet donc do 

' Sohkia est la sourate ^^ Jft qui se ré- lire ou de réciter le Coran tout entier. 
cite à la prière du matin. * Omar-ben-el-Khottab. 



COMBATS CHEZ LES AIT-BOL-ADDOU. 119 

Tkad'ianl a r' ikhed'em oufedhihh' 
nk'lar d'egg touou as nechab. 
ta rebbi, efk ar d et tesrièh', 
ad' izzi ouseggas ançab, 
ma nemmouth al:ka our nerbiih', 
(ioud ed dounnith ihetmek'elab. 

C'est une histoire lamentable, ce que nous ont fait ces 
hommes couverts d'opprobre; — en un seul jour nos cheveux 
ont blanchi. — Dieu, permets notre délivrance! — Que 
pour nous se lèvent des jours meilleurs! — Si nous mourions 
ainsi, sans consolation, — regardez le monde comme ren- 
versé. 

clJ)Jil ^j*-S\ jî^ cxiîpl 

W abou Addau ag ekkathen ak'erièh', 
ed' netsa ag eddeben béni Mzab. 
d' emmi $ en tedjtmâth mellièh', 
d' atk el Mdliem ai d' el koullab . 
. esserouan igoud'ar achenèh', 
ech chid theoudh r'er ez Zab, 

Les Ait-bou-Addou se battent vaillamment; — ce sont eux 



120 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



qui ont vaincu les Beni-Mzab^ — Les enfants de Djimâ sont 
des braves^, — les Aït-el-Mâllem étreignent l'ennemi comme 
des tenailles'; — ils ont rassasié les vautours de chair hu- 
maine*, — le bruit de ce haut fait est arrivé jusqu'au Zab. 

o -o M» -oro-o-?- 

t-b — ^<> — î>^M 

Grankabbout' amm er rieh' : 
ikether th id amm etsrab ; 
8 et' t'ambow ibd'a er red'ièh', 
s el med'fà la d isserhab , 
e/kan as tnedden le kedièk', 
zir' ar netsa d' aharrab ! 

Les grandes capotes, je n'en fais pas plus de cas que du 
vent^; — l'ennemi les a multipliées comme la poussière de la 
terre; — ses tambours résonnent bruyamment, — son canon 



^ Les Beni-Mzab , étant hérétiques (voyez 
page 8 1 , note 3 ) , sont mépnsés de tous les 
musulmans de TAIgérie. L'auteur veut donc 
adresser une injure aux Français en les ap- 
pelant Beni-Mzab. / 

* Ait - Djimâ , village des Ait -bou - Ad- 
dou, enlevé d'assaut ol entièrement détruit 
le 4 octobre i856. 

^ Aït-el-MâUoni , autro \ilIago dos Ail- 
bou-Addou. 

* Dans les Tombais des 3o sr»p(ombro cl 



k octobre Tarmée française a eu quatre hom- 
mes tués et quarante-huit blessés. 

^ Quoiqu'ils aient été bien souvent battus 
par elles, les Kabyles afieclent un grand dé- 
dain pour nos troupes d'infanterie de ligne, 
qu'ils appellent les grandes capote». Ils ne 
reconnaissent comme supérieurs à eux que 
les zouaves , les tirailleurs et les cliasseurs à 
pied. Les chasseurs d'Afrique leur inspirent 
une profonde terreur, qu'ils ne cherchent 
pas à dissimuler. 



COMBATS CHEZ LES AÏT-BOL-ADDOU. 121 

répand la terreur. — Nos hommes ont porté chez lui la des- 
truction , — lui aussi prend donc la fuite ' ! 




Ai agellid', a n nadher, 
a i r'ani, çah'ah elouahhab 
dâar' le sec çah'aba, aith ençei\ 
d' AU iddeben imer'dhab , 
tharoudh er rouh' d' imeh'arret-, 
la ndc la kera d'à l h' abab . 

Maître souverain, qui vois tout, — dispensateur des ri- 
chesses et des grâces! — au nom des compagnons du Pro- 
phète, maîtres de la victoire, — au nom d'Ali, vainqueur de 
ceux qui ont encouru ta colère, — inscris nos âmes au livre 
des élus, — la mienne et celles de tous les assistants nos 
amis ! 

* Il est Inutile de dire que les troupes plcment une fiction poétique destinée à flat- 
françaises n'ont pas pris la fuite ; c'est siin- ter les auditeurs. 



i±2 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIK. 



XII 
CAMPAGNE DE 1857. 

SOUMISSION DES AÏT-IHATE>'. 

PAR MAMBUR-N-ESSAÏDI, 
DU VILLAGE DIS ÙZEOt:ZE.\ ( AÎT-IRATEN ). 

j-*.AJl C5Î^1 Woti»! opt û-JL- i-^ çi.^1 ç^ 

Ad' fell ak çellir', a nebi, — aoua r'a i/ehmen, fiakker, 
isem in ek zid' am thammemUt — fell as ag oujeb an nefdher; 
hr'h^' ad' edjer' cher' oui i, — r'efoud'eni ik, a nebi, an nefesser. 

J'appellerai sur toi les bénédictions, ô Prophète, — que 
celui qui doit comprendre médite ! — Ton nom est doux 
comme le miel, — par lui il convient de commencer la 
journée; — je veux abandonner mes affaires — pour chanter 
en Ion honneur, ô Prophète. 

J-*— i^'è jâs} ê^^ j5 '^ -^ tSsit^ ^y 

;-î.\3_iiJè '^ jJi j-Ji 3iiJ-5 j_5^i 

• La confédération des Aït-Iraten 8e com- Aouggacha. Sa population totale est de 
pose des cinq tribus suivantes : Irdjen , Ait- 17,087 individus, répartis entre soixante- 
Akerma, Aït-Ousammer, Aït-Oumalou, deux villages. 



SOUMISSION DES AÏT-IRATEN. 123 

Ad' aléser' thad'iant idhran — efhem, a <m illan d'eeh chai'er, 
tkin idhran d' ath Irathen — our thedhrid'eg edjm lâmer, 
le Dtair b ouzotMOu thMeh — as n el did' d'eg el âouacher. 

Je conterai une histoire qui vient de se passer; — com- 
prends, toi qui es intelligent; — ce qui est arrivé aux Aït- 
Iratcn — ne s'est pas vu depuis le commencement du monde. 
— L'Alger des zouaoua est tombée, — le jour de la fête pen- 
dant Tâouacher '. 

o a 3 ï o,-o û ol M . ? j os o TO J- 
j i ^^}(Jr3 i ^ "^ ^ J^ J .tt 9 ft t ^ 1>> **» i > 

Afrançiç mi d iserrou — amm el oued ad ikkerker ; 
issoufer' ed l edjiouch kkilla — seg zouaf a d iketser; 
iouth edfell or' amm egris — ner' ad' f elm id ieerrer. 

Le Français, quand il se mit en marche, — roula comme 
les flots d'une rivière; — il a fait sortir des troupes nom- 
breuses, — des zouaves plus que de toute autre; — il s'est 
abattu sur nous comme la glace — ou la neige, lorsqu'elle 
durcit la terre. 

o-o- 0«-e':oo.'/ o - "*o -o r» 

• T o - î- o - -faî o' .K « - • "?î oi aï 

j y m w 1^ g^ ȉi\ j ft ^1 g^ ftf "^^ 3WI 



' Le s il mai, jour de rasœnsion des appelée Atd-ee-çer'ir {^liietèic) ou Aïd-el- 

monUgnes des AïUlraten par rannëe fran- fet'our (fête de la rupture du jeûne). Les 

raise, correspondait, en iSSy, au premier Kabyles appellent aussi celte fêle el-^oua- 

du mois de cboual , jour où se célèbre la fête cher. 



iM POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ichiâ d akkebardji — ioura tas d thabrats s ezouer; 
aiiaoH at tekhed'tnem el khhr — at tsek'k'tmem d' el Asker, 
ovgin ouâouidjen n errai — cheregen ts, ik'oud'am n ech cher. 

\\ envoya ici un de ses porteurs de nouvelles — et lui remit 
une lettre imperative : — cr Venez, disait-il, faites le bien — 
et vous resterez des soldats, tî — Les brouillons ont refusé, 

- ils ont déchiré la lettre, les visages de malheur. 

es >'o*'o- o >® JL* •' 



Ed djil agi d' amenk'ous. — khas^ elh'aifa oumiih'adier. 
ag ellan seg ath el âradh ! — em koul oua erratheb is tnouk'k'er, 
em koul oua ioud'er i ouaUen is, — ioumi ther'zi * el làmer. 

Cette génération est vouée au malheur; — elle n'assiste qu'à 
des violences. — Combien n'y a-t-il pas cependant d'hommes 
d'honneur! — Chacun d'eux, sa position est grande, — tous 
tiennent les yeux baissés. — A quoi bon une vie plus longue? 

o ^o r 9-0 ?« o« 3? o»- ^ - 2 ?î o 'i- - 

El ârch itchour d' imegadjan; — koul oua ed' ou ansiid' ihoujer 
s a Irathen, ak'bil ik'ouan; — aiiaou, an nezd'er' l ouker, 
iousa iar' d r'efik'ourra — d'i l Arbâ ag thoukker. 

La tribu était pleine d'émigrés; — de tous côtés chacun 
se réfugiait — chez les Aït-Iraten, la confédération puis- 
sante; — allons, disait-on, habiter en lieu sûr! — El l'en- 

' ATA^Ji pour r /?« "soulemenln. — * rAer'tt, abréviation pour (/icr err»/. 



SOUMISSION DES AÏT-IRATEN. 125 

iiemi est venu sur nos tètes ^; — c'est à TArbà qu'il s'établit 
à demeure. 




Ibna iar' d le beroudj khilln — itchour ithen d' el âsher; 
ik'dha aner' le mezia — s elfoursa * a ts id ih'arrer. 

Il nous y a bâti des forts nombreux, — et les a remplis de 
soldats ; — il s'est passé de notre consentement, — c'est par 
la force qu'il s'en est emparé. ' 



•- V. 



•-0-0S - o " o a z o o' r- ©-lit oJ 

J5t^ Ô^^ ^*-^ J^^ c^^^-*-J Ç-?^^ vT»^ 

As el larbâ thafejerith , — osa en r'efmedden izouer; 
thaçebah'kh mazel ilhran — khat'i h oui ireçehen ifedher, 
d'eg Cherridken ai themih'alas — ikheledh oumnai d'el âsker. 

Le mercredi, à l'aurore, — a été pour les hommes un jour 
terrible ; — le matin , les étoiles brillaient encore , — bien peu 
des plus pressés avaient rompu le jeûne, — à Icherridhen'a 
commencé la bataille , — cavaliers et fantassins s'entremêlent. 

o s 'T* o -'.o 1 - 3 • - -^S*I o s - ol O TA 



' Fort-Napoléon a été construit 8ur Tem- villages des Aït-Iraten. Icfaerridhen est à 

placement du marché de PArbâ (mercredi) 6 kilomètres sud-est de Fort-Napoléon, 
des Aït-Iraten. Les Kabyles ne le connaissent ^ Elfouna est le français/ore^. 
que sous le nom de fort de TArbâ. Par sa ^ Le combat d'Icherridhen a eu lieu le 

position il domine , en effet , presque lous les 96 juin 1857. 




iiC, POESIES POPULAIRES DE LA kABYLIL 

ILker om c/fjorij ei ier mmm — ê i tkigenatm ag omit idkfr^ 
kera b omi ih odherm d imtui — Lhal i b om tmi rezzifei amer, 
omî imtnoutkfn ad idd^ut elk aomra — ixmrtd ttlmoub, Aeertr. 

1^ fum«'C s'élève en nuages: — elle monte et descend dans 
le ciel. — De ceux qui étaient la présents, — il en est peu 
dont la vie se prolonge : — celui qui meurt enlève une houri; 
— il a lavé ses péchés, il est pur. 

j • ^ T < ^\ JaVo^ J" » 1 i s^ j\3^-^j^ 

Marichan bab mkmmbaç * — d egg ikkrf* is agftrrtm ckowr. 
IMla Fat' ma id netzouro» , — lai izebgan d' ed djtmker, 
djenmnar ai d' aottkil r> — oultetna « fit 4tid'i et' Taker. 

Le maréchal est le maître de la sagesse, — sa tète mûrit 
lesprojels\ — Lalla-Falma que nous visitions, — la femme 
aux bracelets et aux perles*, — a pour tuteur le général, — 
elle, la sœur de Sidi-Tahar! 

' Ak/fumbaf&A le weui moi compaâ dont ce dont ils lui sont surtout refonnaissants, 

los Anglais se senent encore pour désigner c*est de leur avoir conservé leurs usages 

la bous6oie. et leur droit coulumier; loi^squ'ils parient 

' Ikhef pour irtj. de lui, c'est toujours dans à!^ termes de 

^ L« souvenir de M. le maréchal Randon respect et de gratitude , dont il est bien rare 

est resté trè^popuiaire parmi les Kabyles, de les entendre se servir à Tégard d'un chré- 

lls recoonaissent très - franchement qu'il a tien. 

usé de la victoire avec beaucoup de mode- ♦ LaUa-Fatma, de Soummeur, est une 
ration, et qu'il a allégé pour eux, autant femme jeune encore qui a joué un r61e ini- 
que pO!tnl>le, les maux de la guerre; mais portant en Kabylie, pendant les années qui 



SOUMISSION DES AÏT-IRATEN. 



127 



Elserer eh Allah, a rehhi , — aiagellid' , a n nadher 
daâr' k s en nehi, d'i h'abibeti is — d' Ali iddeben el kouffar, 
d' ekra ih'adheren d'à àfou i as — âthek' ar' i oujajiih' n en nar. 

Je t'en prie, ô Dieu, mon Maître, — roi qui vois tout! — 
au nom du Prophète et de ses amis, ^— au nom d'Ali, vain- 
queur des inûdèles, — pardonne à tout ce qui est ici pré- 
sent, — préserve-nous des flammes de l'enfer! 



ont précédé rexpédition de 1857. Elle ap- 
partient à une famille de marabouts de la 
tribu des Illillen; son père élait chef de la 
marnera de Sid-Ahmed-Gumeuian. Mariée 
très-jeune à un homme des Ail-It80urar\ 
elle resta peu de temps ayec son mari et se 
retira au petit village de Soummeur, chez 
son frère Si-Tahar, marabout déjà connu 
dans le pays comme un inspiré prédisant 
Tavenir. Fatma ne tarda pas à avoir dle- 
roéme des songes el des visions qui la met- 
taient en communication avec les saints les 
plus en renom, et bientôt l'avenir n*eut plus 
pour elle de mystères. Sa réputation gmndit 
vite ; des points les plus éloignés de la Kabylie, 
les vrais croyants accouraient en foule pour 
la consulter et lui apporter leurs offrandes; 
sa maison éiait toujours pleine de visiteurs 
attendant leur tour d'interroger Toracle. 
Lalla-Falma ne négligeait pas la mise en 
scène. Sa propreté presque rccbercbéc el le 
luxe de sa toilette, faisant contraste avec la 
malpropreté sordide des fenomes kabyles, 
imposaient aux hommes qu'achevaient de 
séduire sa jolie figure et ses manières en- 
jouées et familières. Elle recevait dans une 
chambre écartée et obscure et n'admettait 



jamais qu'une seule personne à la fois. Au 
dire des Kabyles, les jeunes gens, doués 
d'un physique agréable, obtenaient d'elle 
des audiences beaucoup plus prolongées que 
les visiteurs moins favorisés de la nature. 
Tous, du reste, la quittaient charmés, car 
ses prophéties ne manquaient jamais d'être 
conformes à leurs désir». 

Au moment de la lutte du pays kabyle 
avec la France, Lalla-Fatma mit son influence 
au service de la cause nationale. Personne ne 
prêcha la guerre sainte avec plus d'ardeur; 
à tous elle promettait, au nom de Dieu , la 
déroute complète des Français. Cette pré* 
diction ne devait pas s'accomplir ; le 1 1 juillet 
1867 les colonnes des généraux Yusuf et 
Renault envahissaient le territoire des AU- 
Itsourar' et des lllilten, et Lalla-Fatma, ré- 
fugiée à TakhelidjtrnrAtt-Ad*ou (le hameau 
des Aît-Adsou), tombait au pouvoir des 
zouaves guidés par le capitaine d'état-major 
Fourchault. M. le maréchal Randon la traita 
avec égards et se contenta de Téloigner de la 
Kabylic en assignant pour résidence, à elle 
et à son frère Si-Tahar, la xaouia de Si-Ta- 
har-ben-Mahiddin, bach-agha des Bcni- 
Sliman. 




128 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

XIIl 
CAMPAGNE DE 1857. 

• SOUMISSION DES AÏTIRATEN. 

PAR KAS8I-N-AÏT-0U-YAH1A, 
DUDKRl (aÏT-IBATER). 

Eclat r'efk, a Moh'ammed, — ak medeh'er' ed' ras mal i. 
ai ah'anin, erfâ le hamaum — thetseredkd'i bab ik le r'eni 
r'effin issougouthen échouai, — isekheih oner' ds otirotintt. 

Bénédictions 8ur toi, ô Mohammedl — je chanterai tes 
louanges, tu es mon capital. — miséricordieux, allège nos 
souffrances, — implore le pardon de ton Maître — qui a 
accumulé sur nous les malheurs — et nous a affligés du 
chrétien. 



à 



- r; o -X-: 0.-0 -, B - 

? f -o t o,.»-; oa - o r o-o-«r-o- 
, - or o T?- o * or o r or o o^ «o j-f 

As n cl Aid' eçbah' le h'aris, — el âsker ibd'a achali; 
la d ibet't'ou d'isaffen — s ad'rar nel âza ih iali. 
ibd'a l medfâ la ihadder — bon H'ahuan la d ii't'illi, 
fhokherroubth ai thcmek' pd' elnh' — id'itn ir'leb el h'amali. 



SOUMISSION DES AÏT-IRATEN. 129 

Le jour de la fête \ le matin avant l'aurore, — les troupes 
ronimencent à se préparer; — elles se divisent en colonnes 
— pour gravir la montagne glorieuse. — Le canon commence 
à parler, — l'ennemi franchit Bou-Halouan ^. — Près du ca- 
roubier^ a lieu la rencontre : — le sang coule plus abondant 
que les ruisseaux débordés. 

0-ar, -97 o"^ o.<>or o o«-- 



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, o "Z ?-o-ol 90-2": 0- > o- 9 («» ^ oTi- o 

Gedeha ! s ouarraou en Tiredjlh — d' el khet'l'ar el berrani ! 
tvuh'enasd le djouad' r'efthar'ma — cherroun aznad' r'efthimmi, 
ait tsemeh'azemth d' eUhalil — aith out'ar'an d' adkouaili, 
ouin immouthen , âoudd ith merh'oum — ed djenneth ad' izd'er' l âli. 

Honneur aux enfants de Tiredjt* — et aux quelques 
étrangers qui se trouvaient là ! — Les nobles guerriers font 
face à l'ennemi appuyés sur la cuisse ^ — la batterie du fusil 
à hauteur du sourcil, — munis de ceintures et de cartou- 
chières, — armés de longs yatagans. — Celui qui meurt, 
comptez-le au nombre des élus : — il habitera les hauteurs 
du paradis. 

' Voir la note i , page 1 aS. '^ C*est-À-dire aux Irdjen , tribu de la coo- 

' Tizi-bùU'Halouan est un col situé au fédération des Aït-Iraten. 

nord du village de Tiguertr-Haia chez les ^ Les Kabyles ne se tiennent pas debout 

Irdjen. pendant le combat ; ils restent assis , appuyés 

^ Ce caroubier existe encore près du col sur la cuisse , et profltent de tous les acci- 

de Bou-Halouan. donts de terrain pour se couvrir. 

9 





130 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ag jeggah' d'eg el tnek'amntk — sid'i Ali Ouihair en tizi. 
ajàhouh d'eg oufous in es — r'er Ouailal zid'eth themour'ii. 
amalah ! in arbâin çalah! ! — mi îherer'idh, a hou Ziki, 

Que (le chapelles dévîistées! — D'abord c'est Sid-Ali-Ou- 
ihair du coP. — La lunette à la main, — l'ennemi contemple 
OuaïIaP, c'est une vue douce à son cœur. — Infortunés qua- 
rante saints! — où étiez-vous quand tu brûlais, ô Bou- 
Ziki^? 

Leuuner avi Ouaiial nessahei ith — ma ellan irgazen el ait; 
ai ar' ir'ourren d' Ir' alien — efkan ts i l herba amm oulli, 
ih'aotiza d arrach thih'ad'ain — «eg Ibahalal a iken id ibboui. 

Si tout se fût passé comme à Ouailal, — notre tâche eût été 
facile avec de braves gens;. — ce qui nous a perdus, ce sont 
les Ir'allen * : — ils ont pris la fuite comme des brebis. — 

> Sid'ÀU-Oulhair est le nom d*an mara- " Les Ir'allen (les crêtes) sont les villages 

bout dont le tombeau se trouve près du coi des Aift-Akerma qui se trouvent sur les arêtes 

de Bou-Halouan. parcourues le 9 A mai 1807 par les colonnes 

' Ouailal est le nom d^un mamelon situé des généraux Yusuf et de Mac-Mahon. On 

entre les Aît-Saïd-Ouzeggan et les làzzouzen, les appelle ainsi parce que le nom de plu- 

sur la route d* Alger à Fort-Napoléon. C/est sieurs d'entre eux commence par le mot Ir'il 

là que campa la colonne du général Renault, (créle). Tels sont Iril-Gutfii (la créle de 

le 9 6 mai, jour de l'attaque des A ïUlraten. la caverne), Tir'iU-el-Hadj-Ali (la petite 

^ La mosquée de Bou-Ziki est située près crête d'El-Hadj-Ali ) , Iril-Oumecheddal (la 

du village des Aït-Hag. D'après la croyance crête du Mecheddal), Iril-Tazari (la crête 

populaire, quaranlc saints la protégont. des figues). 



SOUMISSION DES AÏT-IRATEN. 131 

L'ennemi a saisi des femmes et des enfants, — il les a en- 
levés d'ibahalal '. 

Ainalahl ta chikh ben Arab — an iotir ther'abedh, a l ouU? 
annar' thennidh — ud'rar our th id iUali. 
as bouigeran — iouih ith armi d' atk lenni. 

Malheureux cheikh Ben-Arab^! — où l'étais-lu caché, ô 
saint? — Tu nous disais, — Il ne gravira pas la montagne; 
— et au dernier jour — il Ta vaincue jusqu'aux Aït-Ienni. 

R'adhent t thid'ma mesakiA — n ech Ckerfa, ouid'en el AH. 
as n elâid', k'ebelatsenk'er — efkofUr'efle djeri en tikli, 
keckemenl el r'aba am i^an ' — ensant ak d'eg le khelaoui, 

Jai pitié des malheureuses femmes — des Gheurfa, de 
ceux qui occupent un rang élevé. — Le jour de la fête, avant 
le lever du soleil, — elles se mirent à courir à pied — et se 

' IbahaUd (les simples d'esprit) est le les assaillants suivraient seulement le chemin 

nom d'un village de marahouts situe dans des crêtes. Deux ou trois hommes qui vou- 

le ravin qui sépare la tribu des Irdjen de laient résister furent tues; les enfants et les 

celle des Aît-Akerma. Le a & mai , des troupes femmes furent conduits prisonniers à M. le 

françaises, parties de Tir'ilt-el-Hadj-Ali , maréchal Randon, qui les fit rendre à leurs 

descendirent dans ce ravin et surprirent un familles le lendemain. 
asses grand nombre d'habitants d'ibahalal * Voir la note i, page 87, sur Si-Çed- 

qui étaient restés dans le ravin , espérant que dik , fils du cheikh Ben- Arab. 

9- ■ 




U'l POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

jeh^reiit dans les broussailles comme des sangliers; — toutes 
passèrent la nuit dans les champs. 



-0*0' o'" o- o' 0-* 

Anialah ! ta Fat' ma en Soummei'! - - lai emm amezzom- d' el li'entn ! 
ism is inoud'a i âracit - ihboui Ut , thn''ab our thelli, 
allais d'i heni Sliman — *i7, a izeri, del h'amalt. 

Infortunée Falma de SoummeurM — la dame aux ban- 
deaux et au henné! — son nom était connu de toutes les 
tribus; — l'ennemi l'a enlevée, elle a disparu. — La voilà 
chez les Beni-Sliman, — ô mes larmes, coulez à torrents. 

3", o^*-*I oro- To -S- 0-0-0 o T 

*»- . *\ ^ r ' M ^ •» - o irf- r 07 

^,»jj^ iu M^ ri > M \ h 'i II) Vh^ Vaâa 
•>--o^^J . ol o .prjo- 070- 

H'ef ihin idhran d'elàrch a — our ihedkri d' h' ad r'af noukni ^ 

mi nef ha settin settin — i el hat'el en sid'i rebbil 

our nesâi h' ad a (h enr'idh - - ad' ini : Allah ! ia rebbi ! 

Le malheur qui a Irappé cette tribu — n'a atteint personne 
comme nous; — nous avons donné soixante réaux chacun^, 
— injustice de notre seigneur Dieu ! — Nous n'avons per- 
sonne que nous puissions attendrir*, — personne pour nous 
dire : ô Dieu, mon Maître! 

' Voir la note k^ page 19G. ^ Les mots Allah, ia rebbi «Dieu, mon 

* Soixanle réaux font i5o francs, te real maître!" sont une exclamation de pitië et 

vaut 9 fr. 5o c. Les AïUlralen, les plus achar- de sympathie quo Ton adresse à une personm» 

nés à la lutte, ont etc» lt»s plus imposés. <|ui vient d'éprouver un malheur. 



SOUMISSlOiN DES AIT-IKATEN. 133 

Amalah ! ia thaddarlh n ezzoukh ! — Ad'eni Man d'el âali! 
ennoumen tsek'ahelen el khil — miia on khamzin d' ilemzi, 
at tsachichlh d' el brima — r'er es sekhera ehd'an thikll. 

Pauvre village de Torgueil ! — Adeni le brave ' ! — lis 
étaient habiliiés à faire face aux cavaliers, — les cent cin- 
quante jeunes gens ! — ils portaient des calottes et des brima *^ ; 
— ils prennent maintenant le chemin de la corvée. 

- or o - o - oj o- ' - ?J- P - o r -} 

o— • â ^ >% > o -î • '?î ?% 



Auuilah! ia kera nâouzl -- ai nensa d'eg le khelaoui! 
cl makela en ner' d' abelloul' — d' inir'man ai d netsaoui 
machi akka nâoud atêdherou , - izoukh oui illan d' azahadi. 

Hélas ! que de veilles ! — que de nuits passées sans abri ! 
— nous avions des glands pour nourriture, — des ligues sè- 
ches, voilà ce que nous portions avec nous! — Ce n'est pas 
là ce que nous croyions devoir arriver, — tous l(;s inspirés 
étaient pleins d'orgueil. 

^ - \ ,J>J J HA i^OL^\ ^ O j min i yD^\ yJ!^j\ 

' On appelle v4(imi la réunion des villages * La 6ii'ma est la corde en laine ou eu 

de Mestiga, El-Djcmâa, Bechchacha, Aga* poil qui se roule autour de la tête. C^est un 

dir et Tar^animt, appartenant à la tribu des luxe presque inconnu chez les Kabyles. La 

Irdjen et situés sur la route d'Alger à Fort- pluprt dos Kabyles ne portent pas de ca- 

Napoléon. Ces villages forment ce qu'on lottes et n'ont qu une chemise pour (out vè- 

appelle un toufik' et n'ont qu'un seul amin. (ement. 



iU POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

/zm ou am e/ Aaotia «n tefiautlt — ner' er râoud éHeg el liait ! 
therzedk, ai ad'rar n en neçer ! — d' Airatkm ai d' aneçeli! 
ir'li en nifd'egg oulaoun — it't'ij r'efmedden ir'li! 

mes larmes, coulez comme les pluies du printemps — 
ou comme les pluies d'orage pendant les liali K — Tu es 
vaincue, montagne de la victoire, — dont les Aït-Iraten sont 
les plus vaillants guerriers! — La fierté s'est éteinte dans les 
cœurs, — le soleil est tombé sur les hommes! 

^ On appelle UaU une période de qua- jours de décembre el les y'wxfji premiers de 
rantc jours, mmprenant les vingt derniers janvier. 



SOUMISSION GÉNÉRALE DE LA KABYLIE. 135 

XIV 
CAMPAGNE DE 1857. 

SOUMISSION GÉNÉRALE DE LA KABYLIK 

PAR RL-HADi-MOHAMMBD-BACHlR, 
DES AÏT-BOU-YABU , TRIBU DBS AÎT-DOUALA , C02«rÉDKRAT10II DEli AlT-AlbSI. 






£ci!(i/ r'efk, a nehi, ak nençtih' 
s el k'oul ajed'id' inuaouan. 
a hab n el audjh imellah', 
ifet'el ik bait igemuan ! 
ouanes ii d'egg iidh nerouah', 
la nek la kera d'à iUan. 

Bénédictions sur toi, ô Prophète! nous te resterons iidèles 

— dans ce nouveau chant harmonieux. — Prophète au beau 

visage, — que le maître des cieux te comble de faveurs! — 

assiste-moi dans la nuit du trépas, — moi et tout ce qui est 

ici présent. 



l.iG POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

o,- 2 - o ^^a r o r • J 

^ •!?' J — ïr*r^ 

jU%^ ill dM — l ft Jî 

D' elk'eçça a U ehd'our' m euçah'. 
r'efag nelâid' amezian, 
d' Afrançiç mi d Uerrah', 
ar'leb n ez zerzour ik'ouan ; 
s a Irathen ad' inadkah' 
le kofnandaik ed' fnarichan. 

Je commencerai ce chant avec fidélité. — Le jour de la 
petite féte\ — les Français, loi'squ'ils sont arrivés, — étaient 
plus nombreux que les étourneaux; — pour combattre les 
Ait-Iraten , — s'avancent le commandant ^ et le maréchal. 

os o?- o-o .e-?' 

jV-^ ^JLL.1 j»U*ji> 

» • - o - ?T o «- o .- o ? o o7 




lu^\j^ 



I)' el medfâ iM'ii a^rirrah' 
d' erçaç am el haoua ik'ounn , 
ai fell ar r'ahen çellah'. 
ohn ira h ha h u el herhan 

• \oir la iioIp i , p. ia'<. — - L<' mol mnimamlant n'est là que |)oiir fairo \f. \n>. 



SOUMISSION GÉNÉRALE DE LA KABYLIE. 137 

estakherent id imek'sah', 
anid'a is bedelen amkan Y 

Le canon connnence à mugir, — les balles tombent serrées 
comme la pluie, — les saints ont disparu de chez nous. — 
Ben-Arab*, le maître du berlian^, — a été éloigné par les 
méchants; — qui sait où ils ont transporté sa demeure? 

g^— îc^-j <>-4- ûyJLJLll 

Of r'^o 9-.0 o \ 

El r'ella idja ts thedhrak 
a izeri ou, id'ammenfenan ! 
d' emkoul oua thasa s thejerah! 
r'ef thah'akaith id' ner' idhran, 
d' a Irathen thoura imah', 
our'en thizegoua idhr'an. 

Le clirétien a laissé les arbres fruitiers abattus sur la terre, 
— ô mes yeux, le sang convient à vos larmes! — Le cœur 
se brise — au récit de ce qui nous est arrivé. — Les Aït- 
Iraten maintenant sont vaincus sans retour, — ils se sont dis- 
persés dans les forêts épaisses. 

0|-orro,o-^Sr ^ 



' Voir la noie i, p. 87. ~ ^ Voir la noie 3, p. '17. 



138 . POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

i4^ rott&'ait (^'m alerhah! , 
d! tz ziîh atnzoun d' el'owdan. 
seg ath H'ag esUr' indjah\ 
d'in ounnan as ihed'man. 
r ef IhahaUd d' agaouak', 
iououi el khalath d' eç çobian. 

Que de richesses gaspillées! — l'huile coulait comme des 
rivières. — Chez les Aït-Hag, l'ennemi a, dit-on, subi un 
échec*, — on lui a fait essuyer de grandes pertes. — Pour 
les Ibahalal, cela a été un désastre^, — le chrétien a enlevé 
les femmes et les enfants. 

JJ5 — ^j — >— «=»eri)' 



o- o-ro «i-tJ 



Kera th'aouza d'in irthah'; 
a rehbi, çebber maoulan, 
^ r'er el Arbâa ag ent'ah' 

' Le village des Aït-Hag fait partie de là contre-fort des Irdjen , eut, pendaut la jour- 
tribu des Irdjen. 11 est situé à droite de la née du 9/1 mai, '^^ hommes lues et 159 
route d'Alger à Fort-Napoléon. La colonne blessés, 
do M. le général Renault, qui s'empara du ^ Voir la note 1, page i3i. 



SOUMISSION GÉNÉRALE DE LA KARYLIE. 139 

d'inna ag ebd'a l benian. 
- koul oua izeri s la itsqh'; 
r'adhen tV Icheràioum enzan. 

Ceux qu'il a surpris là reposent dans la tombe ; — ô Dieu , 
accorde la résignation à leurs parents! — Le voici arrivé à 
TArbâ, — il commence à y bâtir*. — Les larmes coulent de 
tous les yeux; — je plains le sort d'Icherâioun, qui a été 
vendu ^. 

D' Atnengellath d' erjal le tnelah', 
êi zik nilkerù d' itnaaulan, 
mi effer'en ad' iougoulk endhah\ 
d'eg kherridken ai msebd'an. 
nsê en fell as d' agsouah' 
ffezmen t amzmm d' ik[ourtnan. 

Les Aït-MengueUat sont des hommes valeureux^, — depuis 
longtemps ils sont connus pour les maîtres de la guerre; — 
lorsqu'ils donnent, le combat devient acharné; — c'est à 

' FoiirNapoléoD. indemnisa aumi très-largemeut, an moyeii 

' Le viliage d7cA«rdioiifi occupait rem- de compensations en term, les propriétaire:* 

placement où se trouvent maintenant Tarse- des terrains dont rëtat dut s'emparer pour 

nal d'artillerie et le tël^raphe è Fori-Na- la construction de Fori-Napolëon. 
poléon. M. le maréchal Randon acheta les ^ La trihu des Aïi-MengaeUat fait partir 

maisons de ce village à leurs propriétaires , des Zouaoua. Sa population est de 6,8 1 6 in- 

moyonnant une somme de 3 5,000 franco. H dividus répartis entre douse villages. 



UO POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Iclierridlieii qu'Us en sont venus aux mains avec le chrétien ^ 
— Ce jour a été pour lui un jour de désastre; -- ils l'ont 
coupé en morceaux comme des branches d'arbres. 



Of- y- o t okoo-or 

^^(fe — u — ^*JV 

D' AmeUkech mi d iserrah' 
r'ousen d amu)un d' el hizan . 
emkouloua ansi d israrrah', 
s oujenoui iak d' oul'ar'an, 
arouan d'eg ouroumi ad'bah', 
gedeha es tharraoulh n el r'erban ! 

Les Aït-Meliikeuch, en arrivant \ — fondirent sur Tennemi 
comme des faucons. — Chacun d'eux, de quelque côté ([u'il 
pousse le cri de guerre, — est armé d'un sabre et d'un ya- 
tagan; — ils ont à satiété égorgé des chrétiens; — gloire à 
ces enfants des braves ! 




' Le village àlcherriden appartient à la de la Kabylie. L^armée française eut dans 

tribu des Aouggacha(Aiit-[raten); il est situé ce combat hli bommes tués el 397 blessés, 
à six kilomètres environ au sud-est de Fort- ^ La tribu des Aït-Mellikeuch habite le 

Napoléon. C'est là que fut livré, le a/i juin versant sud du Jurjura; elle roniple /i,oo(i 

1 857, le rombat qui décida de la soumission habitants. 



SOUMISSION GÉNÉRALE DE LA KABYLIE. lAl 

vti an nljft yr^l ^uodS ^ 



ylMfl irouAi crf « «M Fer ah'; 
tour' ed ahrid' d' isaffen, 
irouh' d'eg ezouh imerrah', 
si Mohammed Çer'tr eg houdden , 
isekhet' tlh d'eg etseffah' 
d' el jenanath ouchehih'en. 

Voici le chrétien qui descend chez les Aït-Ferah ' ; — il 
s'avance en colonnes, — il marche avec porape el gaiement. 
— Si-Mohammed-Çer'ir n'est déjà plus qu'une ruine ^, — 
l'ennemi a dévasté ses pommiers — et ses beaux jardins. 




louatha aUmenadhah' 
d'inna ad' azelen id'ammen, 
el k'oum a, oullah! arijah' 
necherek ed din d' iroumien. 

' Le village des AiV-Ferah (Aït-Iraten) ^ Le tombeau de Si-Mohammed-Çer'ir 

se trouve sur la route de Fort-Napoléon à chez les Aït-Ienni près de la rivière appelée 

DrA-el-Miiane. La colonne de M. le général Anf-en-Takhoukht. Ce tombeau a été res- 

Yusuf y campa dans sa marche vers les Aïl- peclé et aucune dévastation n^a eu lieu dans 

lenni. les jardins. 



1/i2 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

aeh ar am eger', a nefo i 
l islam ougin ad' edjehed'en. 

C'est là qu'il eût fallu combattre ! — c'est là que le sang 
aurait dû couler! — Cette génération, par Dieu , est pervertie ! 
— Nous nous associons à la religion des chrétiens. — Que 
puis-je y faire, ô mon âme? — L'islam refuse de faire la 
guerre sainte ! 

J O) ^)^\C>^.-^^ 



> 






Ouiiak, a l àhd' ik'aili, 
d'i l akhertk ad' etsizemen, 
iddez ar' amzoun d' afekhsi, 
enzan iak igelUlen, 
em koul oua tounâ s tkiioui 
ai gououi d'egg id'rimeH. 
koul ova ibem as tkiirsi, 
izla tken ak amm ir'id'm. 

Prenez garde, hommes trompeurs, — dans l'autre vie, il 
faudra rendre ses comptes. — Le chrétien nous a piles comme 
des glands ^ — tous les pauvres ont été vendus ^. — Chacun 

* Beaucoup de tribus kabyles ne se nour- quelle ils préparent un couscous noir et 
rissent que de glands doux. Ils les ramassent, très-mauvais, 
les pilent et en font de la farine avec la- ^ Voir la note 3, page 65. 



SOUMISSION GÉNÉRALE DE LA KABYLIE. 1/i3 

s'est vu entièrement dépouiHé; — que d'argent il a emporté! 
— A chacun il a serré la gorge, — il les a jugulés tous 
comme des chevreaux. 

^ » ft il i}\ A \ ol 
^»JM] <V ft s •< ft ai *<! 




• - •- 'l s «?1 ^ • •! 



Amalah , ai alh lenni ! 
aith elbaroud' ithek'esen, 
ikehem ithen mebeh'alouUi 
marichan d' ifesianen, 
men koul el h' ara ther'li 
r'adhen tV le benian n e$en 
thik'aouna Uifemi 
am tkigad' egg ehmen. 

Malheureux Aït-IenniM — gens à la poudre meurtrière, 
— le maréchal et ses officiers sont entrés chez eux comme 
dans un troupeau de brebis. — Leurs maisons tombent en 
poussière; — je pleure sur leurs édifices, — ces belles bou- 
tiques, — pareilles à celles des Algériens. 

' La tribu des Att- /pimi est une de celles naie. Les boutiques dont parle le poète sont 
qui composent la confédération des Zouaoua. les ateliers d^annuriers et d*orfèvres, très- 
Beaucoup d^bommes de cette tribu se livrent modestes d'ailleurs d'apparence et ne se di«- 
à la fabrication des armes et des bijoui. On tinguant en rien des autres maisons kabyles, 
y fabriquai! aurai autrefois de la fausse mon- Population , 6786 habitants. 



Wi POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

, • - • « o - oï - -îî 




Ed djamâ en Taourirth ir'ii 
ouin ebnan ùherkten! 
irna s ez zin d' el âali, 
irra th ir kouU d' td'r'ar'eni 
iouatha el h' aim, aras t , 
d' es sadath ihoudd ithen, 

La mosquée de Taourirt est tombée ^ — elle qu'avaient 
bâtie les Turcs I — elle l'emportait sur toutes en beauté et 
en hauteur, — - ils en ont fait un monceau de pierres ! — 
Prends le deuil, ô ma tête, — ils ont détruit les tombeaux 
des saints I 

te-îHjj *r-^ ^3r^^ 

^çj-i-ï j3 CM } ft » t J 

/)' abrid* n ed djemâa a igououi 
iferek ir koul d' isaffen, 

* La mosquée de Taounrtr-Mimoiin , ches beaucoup plus soignée que celle des autres 
les Aït-Ienni, avait été bâlie par des ou- bâtiments kabyles, faisnit l'admiration de 
vriers turcs venus d'Alger. Sa ronslmclion , tout le pays. 



SOUMISSION GENERALE DE LA KABYLIE. 145 

el haroud' fell as our illi. 
amalah ! a igaoudoncn ! 
thak'ebailùh thoura ther' li , 
ebran i ouzzal n esen. 

Le chrétien a pris le chemin du Djemâa \ — il se répand 
partout en colonnes. — A son approche la poudre reste 
muette. — Infortunés Zouaoua! — L'honneur kabyle est 
mort, — ils ont laissé le fer s'échapper de leurs mains. 



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^ ft g M^j ^niir lull 
• 1 • *i o - -o - 

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^1 . tk m it g^ /fcttf 
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Atha idhalled d'i thizi 

8 el dsaker d' el k'ouman; 

ima 8 el kid' ih'aili 

ir'elb ar' 8 ez zad ik'ouan, 

ed' Fat' ma n Soummer ai g ououi. 

a izeriou, id' ammen fenan ! 

Voici le chrétien qui franchit le coP — avec son infanterie 
et ses goums; — il nous a vaincus par la ruse, — il nous a 
vaincus par ses munitions nombreuses, - - et Fatma de Soum- 
meur est sa prisonnière. — mes yeux, pleurez des larmes 
de sang! 

' Le marché du djemAa (vendredi) des ^ C'est sans doute le col appelé Tizi-n- 
Aït-Menguellat se lient au bord de la rivière Djamâ nie col de la mosquée n qui sépare 
entre les Aït-Menguellat et les Aïl-Afraf. les Aït-bou-Youçef des Aït-Itsourar\ 




140 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Jo - o- 0-oï 

Ak'lar' d'i l r'eben ar tri. 
irgazen ath en nifekfan, 
ai d igeran ala oulli 
iggan ifent tkesed'nan. 
efkan Fat'ma i ouroumi, 
a izeriou, id'ammenfenan! 

Nous sommes dans la douleur jusqu'au cou. — Les hommes 
de cœur sont anéantis; — ce qui reste n'est qu'un troupeau 
de brebis, — et ceux-là, des femmes valent mieux qu'eux! 
— Ils ont livré Fatma au chrétien*; — ô mes yeux, pleurez 
des larmes de sang ! 






<> o • ^- oî a 



Ask' if enni d'eg theisili 
iouatha ad' ih'azen kan, 
as mi ed djedd is d' el k'aoui 



' Voir la noie A, \^^e i aG. 



SOUMISSION GÉNÉRALE DE LA KABYLIE. 147 

d* ez ziiarfi koul amkan , 
d'inna ai zellouni ououlli 
ni zik nilheni d' imaoulan. 

Le vestibule où elle se tenait d'habitude — n a plus qu'à 
prendre le deuil. — Quand son aïeul était puissant, — les 
visiteurs affluaient de toutes parts; — chez eux sans cesse les 
brebis étaient égorgées ; — ils étaient de tout temps les maîtres 
de l'hospitalité. 

^ * I ft ^ ft \ A ^\ 

J^-*-^ ^j^^ ^y^* 

Ai agelUd', moula m, 

a ouin ikhelk'en igenouan, 

dâar' kidsed Djilali 

d' ekra r'efthenezledh le k'ouran 

r'ejr or' ir koul djamili 

la nek la kera d'à illan, 

souverain, mon Maître, — toi qui as créé les cieux, — 
je t'implore au nom du Djilali, — au nom de ceux pour qui 
tu as fait descendre le Coran du ciel, — pardonne à nous 
tous ensemble, — à moi et à tout ce qui est ici présent. 




l/i8 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



XV 



MORT DU KAÏD TURC DE BORDJ-SEBAOU \ 

PAR MÀMRR-OU-ÂLl, 
UKS lUASSENAOCEII, CONFÉDÉRATION DES AÏT-AÎSSI. 



O S f . O I 

j — -*— *^ ^ — tjr»r 



y4 OUI» fto id iâoussen, 

bab n eiârch lak d' cl korsi, 

a l khcbar id innoulfan ! 

tour' ti el h' al d'eg ath Aisi. 

elçfan le djouad' , iggad' ilhan, 

amalah ! ta Meh'amtned n ath K'asi. 

toi qui veilles sur le monde, — Maître du trône céleste 
et de la toute-puissance ! — Quelle nouvelle vient de se ré- 
pandre ! — elle m'a surpris chez les Ait-Aïssi. — Ils ne sont 
plus les nobles et vaillants guerriers ! — infortuné Mehammed- 
n-Aït-Kassi^! 

' Voir la noie à la fin du volume sur cet Bel-K^assem-ou-Kassi , bach-agha du Se- 
évf^nement. baou, mort en i85/îf el du bacb-agha ac- 

^ Mchammed-n-Aït-Kassi était le père de luel, Mobammed-ou-Kassi. 



MORT DU KAID TURC DK BORDJ-SEBAOU. 149 

O S^ 3,^ O ' , 

er?H s^*5 *^ <^^-*-^' 

^<^ ireggem ak ladr'a ak inçah', 
thiirsi ichoudden attefsi, 
iseteha seg ial l erbah' 
ihammemth ed' oud'i amercki. 
mi ithebessei' ml innechrah', 
in ak, ni djid', Ji ras i. 

Lorsqu'il vous faisait une promesse, il y ^lail toujours 
(idèle, — le nœud le plus serré était délié; — il servait à ses 
hôtes des mets choisis de toute sorte . — du miel , du heurre , la 
plus pure farine de froment; — quand il était de bonne hu- 
meur, il devenait expansif, — il vous disait : (r Noble guer- 
rier, ton alfaire est dans ma t^teii. 




A Meh'atntned, a item abedjnh\ 
Hammowlo hacha a Thoungi ! 
hou theuml ehhth s tl ttelah' t 



150 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABVLIE. 

er ratheh is izga iouli. 
inr'a Ik'atd' r'ef eçd'ak' 
d'eg el hordj iggoutk el r'aeki. 

Mehammed, lion bondissant! — Hammouda pacha, le 
Tunisien^ ! — au fusil doré, aux belles armes; — sa position 
était toujours grande. — Il a tué le kaid sur la terrasse, — 
au milieu du bordj rempli de monde. 

^ r^ ft » \ •> (JuXyiy 

Mençour, n ithri n eçbah' , 
a l baz (ih'arour bon le keboul . 
a thah'azamth n el bey Çalah\ 
Aomar r'efnedeheii et' t'ehouL 
ma iour'dhadh izem itchah', 
ibdha l âk'el d' oumerh'oul. 

Mançour, étoile du matin ^, — faucon de noble race au 
capuchon, — ceinture du bey Çalah^ — Omar, pour qui 
rappellent les tambours*! — lorsque le lion en fureur rugit, 
— la caravane perd la tête. 

^ Pour faire réloge de Mehammed-n- A il- le bordj Sebaou par Ali-ou-Mnbiddin de 

Kiissii Pauteur le compare à Hammouda- Taourga. 

Pacha, bey de Tunis, mort en iSiA et dont ^ Le boy Çalah est un bey de Gonstan- 

la mémoire est restée très-populaire dans !e tine, mort en 1793. 
|iayii. * Mançour est comparé à Tagha Omar, 

- Mariçour-Abou-Khalfîou, assassiné dans grand dignitaire du gouvernement turc. 



\ 



MORT DL SAID TIRC DE BORDJ-SEBAOL. 



151 




ë^Crè^»^ 



gj . n % Jf»\ jiA- 



■*-*-!» 



Oii^r' fcA rAaoMeA emmijak' 
ir'il a ik tarez amm outkoul, 
ttma tas : ag$a d' agsomak' 
a tkanmik'alk d'tg netsaumkoui ! 
inr'a ech chaouck d'tgg mmurak' 

le kkebar ibbodk Esfambomi. 

i 

Ce chaouch était insensé, — il croyait le garrotter comme 
un lièvre; — Mançour lui dit : tree jour est fatal, — 6 ma 
vie, je te vois finir t». — Il a tué le chaouch dans la cour, — 
la nouvelle en est arrivée à Stamboul. 



J r^ wT t ^ ,r^^ J**^ 




o « « o . oo -2? or o»5 

As el le kkemis lauki el àçer 
9 oud'em ne temedditk , 
le kkebar ibbodk r'er ezmoul 
rekeben al tseriak'itk , 
rouk'en le djouad' akken ellan , 
gan r'er el bordj tkimelilitk. 



152 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Le jeudi, à l'heure de l'âcer', — à l'approche du soir, - 
l'ordre arriva aux zemoul ^. — Les cavaliers aux reahia mon- 
tèrent à cheval; — ils partirent tous, les nobles guerriers, 

— et se donnèrent rendez-vous au bordj ^. 

» . "s T, -»- 2* J" O'î ' iT?7 3-iî 

o , o T^^î o orf 2- 

o. , ? 3 - P - T s? ?-• • 1 - « T* »%'*% t 3 - 

Ml iberrah! s el aman ikhed'â — oud'em ne touar'ith 

idhemâ ad igcri es le çelah' — ir'ilad' igeries thalouilh, 

a Meh'ammed n ath K'asi, ai ounegal ! — rehbiithebbeth iih ; 

seg zik thezouar asen — tsatieçelith ; 

issali cznad' inebha s — iouth el k'aid' isser'li [h. 

Après avoir publié Taman, il les trahit, — le visage de 
malheur M — 11 voulait survivre en paix à ses victimes, — il 
croyait rester et vivre en repos. — Mehammed-n-Aït-Kassi, 
ô beau guerrier! — Dieu lui donna la fermeté; — depuis 
longtemps se transmet dans sa famille — la pureté de race; 

— il arma son pistolet et, après l'avoir averti, — il frappa 
le kaïd et le renversa. 

a i^ i1e3\ ci_Lj«*_j3»3^^ 

' L'tlper est une des cinq prières obliga- ' Le bordj Sebaou, situé au sommet d'une 

toires ; elle se dit dans la soirée. montagne dont le pied est baigné par le Se- 

' Dans la yaliée du Sebaou,on appelle baou, est à â lieues environ au-dessous do 

zemoul, pluriel de zmala^ les villages de la Tizi-Ouzzou. 

tribu Makbzen des Amraoua. 11 est question * Allusion à la scène du marché des Am- 

ici de l'ordre donné par le kaïd de réunir |ps raoua. (Voir la note à la fin du volume.) 

goums au bordj Scbaou. - - Aman signifie ici namnistie, pardon **. 



MORT DU KAÏD TURC DE BORDJ-SEBAOU. 153 

• 

Ou hellah a h azefier', at!t'ir — ifeg ik âlli th; 

r'er izouaoun d'i thktha — izem oula h! add ith. 

si Kafel Aougah ar Mek'ln — thatnethtlt is oula h' add ils. 

Par Dieu! je t'enverrai en message, ô oiseau, — élève ton 
vol dans les cieux; — dirige-toi vers les Izouaoun^; ils sont 
trois, — mais le lion n'est plus parmi eux. — Depuis le Kaf- 
el-Aogab^ jusqu'à Meklâ* — il n'y avait pas son pareil. 

Ci A tr ft tl & \ ^\ 

o O - aï - =» - 

^C> ft « " ft i ^^V^ç-^^ 



Ai agellid' its inechan 
Allah! ai amr'ilh, 
daâr' le in, a hah igenouan, 
s eç çah'aha at tsârdhith, 
djemiâ akka id netnsemlal 
kera ih'adheren d'à reli'am ith. 

roi qui as créé le monde, — Dieu protecteur! — je 
t'implore, ô maître des cieux, — par les compagnons du Pro- 
phète, ces modèles d'honneur; — sois miséricordieux pour 
nous tous qui sommes rassemblés, — aie pitié de tout ce qui 
est ici présent. 

' Les /roiMotm sont les membres de la est situe près du Sebaou , un peu au-dessous 

famille de Ahmed- Azouaou, assassiné dans du bordjSebaou. Au pied du rocher se trouve 

le fort. un village qui porte le même nom. 

' Le Kaf-el'Âoitgah ( le rocher des milans) ^ Meklà , village des Amraona d'en hant. 



15/1 



POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIK. 



XVI 



COMPLAINTE DE DAHMA>-OU-MEÇAL'. 



r.|IA>TEE PAR LES FEMMES DE l/Ol'BD-SAHEL EN TOURNANT LE NOl'LIN A BRAS. 



-ft?^' 







Aroumi mi d imâouchchak' 
aman, aman, — oMa iâna d imewnfak' , 
iw'a Dah'man — / âiaun el baz mi iùujjak'. 
a imma ! a thin aâzizen ! 



' Cette complainte est du genre appelé 
par les Kabyles dekev. 

Le 97 février i85o, le chef du bureau 
arabe de Bougie et M. le lieutenant Gravier, 
adjoint au bureau arabe de Sétif , se trou- 
vaient réunis au village d^Imoula (les fo- 
rêts) pour régler une question de limites 
entre les gens d'Imoula du cercle de Sétif 
ot les AïtrDjelil dépendant de Bougie. Cos 
officiers étaient assis à Tcntrée de leur tonte ; 
à droite et à gauche se tenaient rangés les 
représentants des deux villages chargés de 
soutenir leurs droits respectifs. La discussion 
était engagée entre les parties, lorsque tout à 
coup un jeune homme de vingt à vingt-deux 
ans , le nommé Dabman-ou-Meçal, du village 
d'imoula, se lève brusquement, tire un pis- 
tolet de dessous son burnous, et le décharge 



à bout portant sur M. Gravier à qui il briso 
la jambe droite. 

Immédiatement arrêté, Dahman fut con- 
duit provisoirement dans la maison du kaïd 
Si-Cherif-Amezzian , devant laquelle la tente 
était dressée. Dirigé ensuite sur Bougie, puis 
traduit devant le conseil de guerre à Alger 
et condamné à mort, il fut reconduit à Bou- 
gie pour y être fusillé. L'exécution eut lieu 
un samedi en face du marché du sebt des 
Aït-Tamzalt. Aucun des membres de la fa- 
mille de Dahman n'était présent. L'auteur 
de la complainte a voulu ajouter au pathé- 
tique de la situation en le faisant fusiller sous 
les yeux de sa mèro. 

Pendant son séjour dans la maison du 
kaïd, Dahman s'adressa sucressivenienl , 
romme la complainte le rapporte, à Si-Che- 



COMPLAINTE DE DAHMAN-OU-MEÇAL. 155 

Le chrétien, quand il se pique d'honneur, — le long de 
l'eau, le long de l'eau, — le voici qui marche aux insoumis; 
— il a tué Dahman, — Dahman aux yeux de faucon quand 
il crie ! — ma mère, loi que je chéris M 

Aroumi mi d itsk'eriis 

aman, aman, — el medfâ la d itneressis; 

inr'a Dali' man — / âioun el baz itsir'ouûs. 

Le chrétien, quand il prend les armes, — le long de Feau, 
le long de l'eau, — il dispose ses canons; — il a tué Dah- 
man, — Dahman aux yeux de feucon qui fond sur sa proie! 

« a - o f o T i o , -î 

9 I ' •î 'i • '"•• ' 

Aman oucherchour semmedhilh, 
isoua then ouroumi es thalouith. 
a H sikh ouohI ! Dah'man immouth thameddilh. 

L'eau de la fontaine est fraîche, — le chrétien en a bu 
en paix. — douleur ! Dahman est mort dans la soirée. 

rif-Amezzian el à ses deux femmes, Lalla- Dahman n'avait jamais eu à se plaindre 
Zahra et Lalla-Taous. A sa sortie du village , de M. Gravier ni des bureaux arabes de Sélif 
lorsqu'il passa devant la maison d'un mara- ou de Bougie : c'était simplement un fana- 
bout nommé Si-Ali-ou-el-Kandil, et parent tique indigné de voir des chrétiens souiller 
de Si-Cherif-Amczzian , il invoqua aussi le son village de leur présence, 
secours do f^alla-Dhrifa , la femme de ce * Ce vers sept de refrain el se n'»pèlo 
marabout. après chaque rouplel. 



i 



156 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



o T- o - 



^ib ^f^\ ei»^^ (>9^ J^^ 

/l man oucherchour ah'ded , 

isoua then ouroumi s et k'ed, 

Dah'manimmoulh! ther'al' ii, ai ouchehieh' n el k'ed. 

L'eau de la fontaine est glacée, - le chrétien en a bu 
debout. — Dahnian est mort! je plains Ion sort, o beau jeune 
homme à la taille élancée. 

Jl k f^l j j i rt ] Ai l jV-i1 

Aman oucherchour ah' man, 

isoua then ouroumi s el aman. 

a 8 sikhououl! Dah'man ihdedd' en nichan. 

L'eau de la fontaine est chaude, — le chrétien en a bu 
en sécurité. — douleur! Dahman a servi de cible! 

Dah'man itsrou d'i thedjemâath : 

a ftnoula, nek er'ilev' aikhed'mcr' isachehah'lh. 

a s sikh ououl r'efnek! our nesâi iherhaâlh. 

Dahman pleure dans la Djemâa ': — ô Imoula, je croyais 

* Le moidjemda a plusieurs significations communal i^arni do bancs de piorn> , où se ras- 
chez les Kabyles; ici il désigne un bâlimcnl semblent d'habitude les hommes du village. 



COMPLAINTE DE UAHMAN-OU-MEÇAL. 137 

que ce que j ai fait était bien. — douleur! malheur à moi! 
je n^ai pas de soutiens. 

o o 9- > • -0«-®- 

^J K ih\ ^ ni! Ç_^ k 1> Oft 

Dak'man itsrou d'egg esk'if, 

mena i , a sidi cherif! 

our k meniâr , therzit ak'obt'an n Est' if. 

Dahnian pleure dans le vestibule: — Sauve-moi, ô Sidi- 
Cherif ! — Non, je ne te sauverai pas, tu as blessé le capi- 
taine de Sétif. 



jVc^i jv^i Â>C5 ç«^«4» 

Dak'man itsrou rer oumenar, 

mena i, a ialia etn le r'iarl 

our k meniâr', therzit' ak'obt'an d'eg oudhar. 

Dahman pleure sur le seuil : — Sauve-moi, dame aux vê- 
tements éclatants ! — Non, je ne te sauverai pas, tu as blessé 
le capitaine au pied. 

J — ^^^ <— ^ jl ft î> » 

Dak'man itsrou d'i l k'ara , 

mena i, a lalla Zakra ! 

our k meniâr', therzit' ak'obt'an ass a. 



158 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Dalmian pleure dans la maison: — Sauve-moi, ô Lalla- 
Zahra! — Non, je ne te sauverai pas, tu as aujourd'hui 
blessé le capitaine. 



Dah'man ittrou cl eg outiffouns \ 

mena i, a lalla Tnous ! 

our k meniâr' , therzit' ak'ohl'an d'eg r'es. 

Dahman pleure dans la chambre: — Sauve-moi, ô Lalla- 
Taous^! — Non, je ne te sauverai pas, tu as blessé le capi- 
taine à Tos. 

Dah'man itsrou d'i thekenna, 

mena i, a lalla Dhrifa ! 

our k meniâr', therzii' ak'obi'an ass a. 

Dahman pleure sur la thakenna': — Sauve-moi, 6 Lalla- 

' Toutes les maisons kabyles se compo- un petit mur d^un mètre de hauteur envi- 
sent de deux parties: rune, appelée agoum ron et percé d^onvert^res qui mettent en 
ou thak'âUf que j^ai traduit par chambre, communication la chambre et l'écurie. On 
est rhabitation de la famille. G^est là que donne à ce mur le nom de bank. 
se trouvent le foyer (kanoun)y le moulin à * Le mot arabe t*aoui (paon) est très- 
bras, les ustensiles de ménage et les vases employé chez les Kabyles comme nom de 
contenant les provisions. L*autre sert d*écurie femme. 

et s'appelle addainin, La même porte sert ' On appelle thakenna ou thârichl dans 

pour récurie et la chambre où se tient la une maison kabyle, le plancher établi au- 

famille. Ces deux parties sont s(»parées par dessus de Técurie el sur lequel couche une 




COMPLAINTE DE DAHMAN-OU-MEÇAL. 159 

Dhrifa ! - - Non, je ne te sanverai pas, lu as blessé le capi- 
taine aujourd'hui. 

^ ■JL- > » Jié^\ ^yj (sp, — ojl ^^ a&j_aLl 

jEé^ djour ikhed'em ouroumi — iououi d ak'chich d' ajelili, 
iououi th r'er Begaith — thetnâadjab d'eg s thamour'li, 
isebded ith id d' en nichan — ah'alii ! imma s thet'illi. 

Le chrétien opprime, — il a emmené l'enfant de DjeliP; 

— il la conduit à Bougie — il l'a donné en spectacle, - - il 
l'a fait servir de cible, — le malheureux, sous les yeux de 
sa mère. 

o ^o- ? . ?« o «»- >; o- Oyo fîî 

£*(/ d;our ikhed'em ouroumi — iououi d ak'chich d' awrabol'; 
issaoudh ith r'er Begaith — ism is ioura d'i l kar'et', 
isebded ith id d' en nichan — ah'alil! imma s mi thououet'. 

Le chrétien opprime, — il a emmené l'enfant marabout; 

— il l'a conduit à Bougie, — il a inscrit son nom sur ses 
registres, — il l'a fait servir de cible, — le malheureux, à 
l'arrivée de sa mère. 

■z * ^o - ? . ^î o «I- '* »•: ?I o 'îî 

partie de la famille. Le moi thakenna n*e8t moula et non des Aït-Djelil. G^est encore 

id que pour la rime, car c^est dans la rue pour la rime que rauteur s^est permis ce 

que Dahman s'adressa à Lalla-Dhrifa. changement, qu'il savait bien être une er* 

' Dahman-ou-Meçal était du village d'L reur. 



100 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



£U (](^ottr ikhed'etn ouroumi — lououf (i ak'chich seg moula 
iououi th rer Begaith — ism is ioura d'i l kart' a, 
isehded ith id d' en nichan — ah'alil ! imma s mi Hiella. 

Le chrétien opprime, — il a emmené l'enfant dlmoula; 
— il l'a conduit à Bougie, — il a inscrit son nom sur ses 
papiers, — il l'a fait servir de cible, • — le malheureux, en 
présence do sa mère. 



oî 



? f9l • ^- - o-^oi •-; •^•i * •»- 

• 1 o -• T, ? - o-OT o - » - o ï ,*--"oî 

Ed djour ikhed'em ouroumi — iououi d ak'chich d'el dalith , 
iououi th r'er Begaith — thenâdjeb d'egs tharoumith, 
a ousa rehhi, a ines^lmen — (hebram iak i thek'ebaiUth. 

Le chrétien opprime, — il a emmené cet enfant excellent; 
— il l'a conduit à Bougie , — les chrétiennes en sont émer- 
veillées. — Par Dieu, ô Musulmans, — vous avez tous ré- 
pudié l'honneur kabyle! 



DEUXIÈME PARTIE. 



IR'IL-N-ETSEDDA*. 

PAR HOIUMNBD-SAÏD-N-AÏT-RL-HADJ, DK TALA-N-TAZARTH , 
TRIID DIS AÏT-IODDRAt, CONfiDilATIOfl DIS lOUAODt. 

o - a 'o. X fL -i 

ji à— îlj— i-? 

i4t agellid' a n nadher, 
faâl, el k'ader, 
a l r'ani, hab n ed djouda , 
thekesedh r'ef imd'anen edh dhor, 
themenadh ar' geg ial l ad'a, 

roi qui vois tout, — créateur tout-puissdnt, — dispen- 

* Iril-n-Etiêdda (ia créle de la lionne) L*une de leurs caravanes, composée surtout 

est le nom d*un village des Aït-Boudrar, con- d'hommes d'Ir'il-n-Etsedda, fut attaquée par 

fédération des Zouaoua. des gens du versant sud du Juijnra. 11 s'en- 

Avant la pacification du pays, les Ait- suivit un combat où les Aït-Boudrar eurent 

Boudrar, qui font le commerce de bestiaux l'avantage. C'est a l'occasion de cette victoire 

et de mulets avec la province de Gonstan- que le poète fait l'éloge de plusieurs familles 

tine, ne voyageaient qu^en troupe et armés, des Aît-Boodrar. 



16:2 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

sateur des richesses, maître de la noblesse, — délivre les 
hommes de l'injustice, — préserve-nous de tout malheur! 

j — • — * — »u — ^ 

o - - o? >0 - Of 7 o — • 

i4 /'f'ir ^ott / djenah\ r'ouotier 
k'ebel nttenk'er ' . 
a l baz ah'arour n eçiad'a! 
Bou Adenan bardou emMaçer 
l embath - Ir'il n Etttcdda 

Oiseau aux ailes rapides, prends Ion vol, -avant le lever 
du soleil, — ô faucon, noble race de chasseur! — dirige-toi 
vers Bou-Adenan^ lebardo de Maçer*, — va cou«her à Ir'il- 
n-Etsedda , 

os- ^fa-t*^»!. 



a - M^ -or •*?•- 

R'er ath el àdda ther errer : 
vkknthen s endhet\ 

' Sous-entendu thafoukth <t le soleil». mount-bou-Afir, Aït-Salah et AU-ou-Ha- 
^ £m6a(AestraUcrationderar&becKy^ nich. 

«rgite, endroit où l'on passe la nuit». * Le Bardo est un palais de Tunis. Maçer 

^ On appelle Bou Àdenan la réunion des est le nom que les Arabes donnent à la ville 

quatre villages dMr'il-n-Etsedda, Taguem- du Caire, et quelquefois à TÉgypte entière. 



IK'IL-N-ETSEDDA. 



103 



(/' etmd' mi thebâd' el meddii. 
Oil / Mouhoub gedeha th Amer ' Î 
idja iar' U id d' el âda, 

Chez les braves aux armes garnies d'argent; — ils ne font 
feu qu'après avoir bien visé ; — le chien de leur fusil est loin 
de la batterie ^ — Honneur à Ameur-ou-el-Mouhoub ! — il 
nous a laissé un noble exemple à suivre. 

•^ -4^j 'm .t 



a T ?0'%o« -0-0 

A» el le khemis ai d' amdhiar '' 
ia ahel el h'adhdhar! 
clk'afia echchaou iâdda, 
r'ouden d ahrid' el le K'eçar, 
ouin iâian inmh' la chedda. 

Le jeudi fut le jour néfaste, — ô assistants! — La tête 
de la caravane était passée, — elle suivait le chemin d'El- 
K'eçar*, — celui qui était fatigué marchait à son aise. 



J5^P^ 



^ Dans ce vers le nom de Amer ou l Mou- batterie sont moins sujets à rater que les 

houh est divisé en deux, la première partie autres. 

du nom est rejetée à iafin du vers pour la ' Amdhiar de ILaI' «raaauvaia augure», 

rime. * ElnK'eçar est un village de la subdivi- 

* Les fusils dont le chien est loin de la sion d^Aumale. 



11. 




loi FuESIES POPULAIRE^ DE LA kABVLIE. 



El k'tmm armi ag d ikkerkfr. 
ikker omr'ebbar, 
ak lar' r'tmr omem, la djek ada . 
tkngomniu fell aotm da tsezfmer, 

Mf »en d ârtdken 9 tmadda. 

Toul à coup une troupe se précipite de la montagne — 
en sf>uleYant la poussière. — *Nous voici devant vous à dé- 
couvert, s'écrient^ls , — vous allez passer un mauvais quart 
d'heure!- — et en même temps ils leur fermaient le passage 
par en bas. 

• •--OTO î»'5î 




El k'ajia mi d ikemenâar. 
an nemfekkar, 
krml oua iâmmer s eziada : 
aztkka ad' ik'k'el le kkebar. 
ad as min oui illan d'à. 

La caravane alors s'excite au combat. — cr Souvenons-nous 
les uns des autres, se disent-ils; — que chacun mette double 
charge dans son fusil; — demain le bruit de ce qui va se 
passer se répandra au loin, — on dira les noms de ceux qui 
sont ici. T 



IR'IL-N-ETSEDDA. If.5 

> - O « 0,-P > P- 

■f 



£.lâl 5\ 



e*) 3'Oi — ^^^3 

t ir Ml yjj ^-Jl V^ 

/)' «<À Boud'rar si zik wchehar, 
oulak ah'ahbar, 
outt * ouzzal, d' et zed' ma ! 
herd' en ts le djouad' koul ir'tnei- 
akka alemma ed' Bou sâada. 

Les Aïl-Boudrar sont renommés depuis longtemps, — 
chez eux pas de lâches réflexions; — frappez donc bravement 
le fer, et en avant! — Les nobles guerriers se sont ouvert 
tout le pays, — d'ici jusqu'à Bousâda^ 

o - a 70^ oî- -oToï 

o * ^. *^- o ^ o - 
\ C> iVi M^ ^tk H ui n 

- - or O' o - o7. r 




^J^m 



> o. A ' 



Aith Amara^ ad'roum n en neçer. 
Matâoud' d' ech chatter 
n ath Ah' sen, dar le djouada ; 
atnnai eçhah' ai ih inter, 
imtnouth oud'ai hla chehada. 

' OuU pour outhêlk (vfrappeiv. ' Les Ait^Amara forment une fraction du 

* Bothsdada , ville et oasis de la province village d'Ir'ii-n-Etsedda. Les habitants d*un 

de Gonstantine, à 35 lieues environ au sud village kabyle se classent par fractions {ider- 

d'Aumale. mon, au singulier adronm). Chaque fraction 




166 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Les Aït-Amara sont la fraction de la victoire. — Mesâoud 
est le plus intrépide — des Aït-Ahsen, cette noble maison; 
— le matin il a renversé un cavalier, — le juif est mort sans 
faire acte de foi. 

A _ O* M ^ O M V- O •• 



Hou Chenfour * tzem abeddar 
irdd'en s ovh'achar 
izeddem Uh er râda. 
ntk e»Ur' tUd'ets le kkebar 
oui n nis ir'edkel t la boudda, 

Bou-Chenfour est le lion impétueux — qui rugit de colère 
— et s'élance dans une nuit d'orage. — Je sais de source 
certaine — que son adversaire est toujours terrassé. 

j a^i Î1 

o'o -o' o«a, 

VK-îwl lXjs^ j^^^ 

Ok - ?r,%- o, - o -. o - • J 
- > o T o»* o «oÂr 

est composée de familles ayant, en général , Chenfour «Thomme à la lèvre n , se nommait 

des liens de parenté. Tous les noms men- Mohammed -Ameuian. Il avait reçu une 

tionnés dans cette chanson sont ceux de fa- balle dans la lèvre inférieure. C'est à cause 

milles ou d'individus des Aït-Boudrar. de la cicatrice laissée par cette blessure qu'on 

' L'homme désigné sous lo nom de Bon lui avait donné ce sobriquet. 



IR'IL-N-ETSEDDA. 1(>7 

Ibrahim dadda s n eçr'ar 
oulah afikhar, 

d' ech chaouch em bah ajedidii. 
Ah'sen d' Ah'med' d' el khethiar 
n athAh'8en,akhkham n ectoudu, 

Ibrahim, la fleur de nos jeunes gens, — jamais ne recule : 
— c'est un chaouch de la porte Neuve ^ — Ahsen et Ahmed 
sont les guerriers d'élite — des Ait- Ahsen, cette famille de 
lions. 




J g ^ y à nul 

o o? ^ - o ! 
Vj t\ ^ »i1 l^yàmJtlJi^ 

Ath Malekgedeha l h'arar ! 
djebed'en amesmar, 
our asen oufir' thanottdda, 
Ah'med' Aoud'iâ d' ah'akkar, 
d' el Mesâoud' seg le djouada. 

Gloire aux Aït-Malek ^, de race pure 1 — pour serrer la dé- 
tente — je n'ai pas trouvé leurs pareils. — Ahmed Aoudià 
a le coup d'œil juste, — El-Mesâoud est compté parmi les 
plus nobles. 

o - ®.î o "T • or 9 -? f 



• Pour compléter l'éloge d'Ibrahim. U- ' Ui tainille Uc» AiL-Mdnk liabilTt Bop- 
poêle le compare à un chaouch lurc.l a p'if II' AJt.'imr» tli' même g^^JuniUf Hf^ Ail- 
Neuve est une porle d'Alger. AliasiK 




168 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

a- •-•rî • "l- il 

0-« TO - •• ? rf -î 



Rou therawith thezga r'ef endhei\ 
ouiak ak'aouiouer, 
kera b ouin or' a ioutk Ma. 
tkajaddilk n esen tkezouar, 
atk malek ekkatken çenda. 

Son tir est sûr, toujours l'œil le dirige, — jamais ii ne 
change de place dans le combat: — tout homme qu'il vise 
est mort. — Leur noblesse est ancienne, — les Ait-Malek 
frappent bravement le fer. 

e o-> el o > 

* *< ?5*^&J 

^^^^^^^ ^^^^^^^^^^^^ \. .^ ^^ 

o •- o o-jj-:-' o -; 

o - ■*. •-©-: o* »o- 



RtUak ! a t' tir, a k neisotikkid 
rouk' eti oukrid' 
nek'k'eid'eggi/eg iX*. rouons, 
aimdk ar alk Mok'aml om Sdùi 
harthu reftkezd'er Tkounes, 

Par Dieu, oiseau, reçois mon message, — met:»-loi en 
roule, — élève-toi dans ton vol rapide. — arrive jusque 
chez les Aït-Mohand-ou-Saïd \ - le bardo qui domie la vie 
à Tunis. 

* Les Ait-Mohaiid-ou-Said sont aiisoii tic Boii-Atl<*naii. 



IRIL-N-ETSEDDA. 169 



o •* - * - o - *' 

y4M el h'ardj, koui chi d' ajed'id\ 
el k'acba ougeUid'; 
idouzi ithen allak s r'our es ! 
ath eznad' h'ad our th id irfid', 
t'enonkh ijebed'en iak el k'ers. 

Bien pourvus d'armes et de munitions, chez eux tout est 
neuf, -— c'est la kasba du roi; — Dieu les entoure de sa 
tendresse ! — Armés de fusils comme personne n'en porte 
de semblables, — ce sont des héros qui tous savent serrer 
la détonte. 



e - - o^- 



«I 

» ft <^ 



T« o« « or o-I - o" 

K'asi n aih el H'adj d' açendid', 
thùtsa s neç cid, 
oumadra sebâ imeh' ailes ! 
mi ik'adher ioum ech chadid, 
khamsa ai d' el abar in es. 

Kassi-n-Aïl-el-Hadj est un homme valeureux; — la terreur 
qu il inspire est celle du lion. - Honneur h ce lion prêt au 




170 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

combat! — quand il assiste à une bataille, —cinq ennemis, 
voilà sa part ! 



. -. o - • -o - ?-* 7 

a r o- 



Aith Baud'rar, djamiU, 
seg aih AU ar ath Ouâban 
k'erbeth, dharbeth çençali ; 

4 

a ch chouack r'our el bey Açman, 
our netsaoggad' tna ner'li, 
nenr'a nemmouth koul amkan. 

Aïl-Boudrar, tous ensemble, — depuis les Ait-Ali^ jus- 
qu'aux Aït-Ouâban^, — avancez, venez frapper le fer! — 
chaouchs du bey Açman, — nous sommes sans crainte de- 
vant la mort, - nous avons tué, nous avons été frappés en 
tout pays, 

\] Ml fc ft ^1 >l ft *^.V 
ot o _ ' o a 

. - o * O' jL ri 

' Att-AU-ou-Harzoun est le nom d'un vil- * AU-Oudban , aulre village des Aït-Boii- 
h/re (Ips Ait-Bolidrar. drar, situé loiil à fait au pied du Jurjura. 



IR'IL-N-ETSEDDA. 171 

Ai ak'anin, ketch d' amanaii, 

at agelUd' its ineehan, 

ânnar' r'our ek ed djilaU, 

d' en nebi r'ef thenzeledh el k'ouran, 

ad' ar' th^oudh djamili, 

la nek la keia d'a Ulan. 

Dieu bienveillant, toi qui vois tout, — souverain, créateur 
du monde! — je t'en prie, par le djilali et le Prophète à qui 
tu as révélé le Coran , — pardonne-nous à tous nos péchés , 
— à moi et à tout ce qui est ici. 



172 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



II 



AIT-ERBAH". 

PAR MOIIAMilED-SAÏD-N-\ÏT-BL-HADJ, DE TALA-NTAZARTH , 
TRIBU DES AÎT-BOrDllAR, GONPéDKBATlO?! D88 ZOUAOI'A. 

î 






or oT os ' 

«> o\ o ^ 70- ?oa r 

^ ir'fiou, ketch d' ameddah', 

kadder le çelah', 

or thekkathedh le k'oul d'ajed'id' 



' Le village des Aït-Erbah' appartient à 
la tribu des Aït-Ouasif, confédération des 
Zouaoua. 11 faisait partie autrefois des AiV 
Boudrar, mais depuis longtemps il s'en est 
séparé à la suite des guerres civiles. Il est 
situé sur le grand contre-fort occupé par les 
Aït-Boudrar et les Aït-lenni , entre les vil- 
lages de Taourirt-el-Hadjadj (la petite mon- 
tagne des pèlerins) et de Tataft-Ouguem- 
moun ( le chêne du mamelon ) . Sa population 
est de /loo âmes environ. 

Mohammed-Saïd-n-Aït-el-Hadj ^ poète en 
renom et chanteur de profession , étant allé 
un jour dans ce village, crut a\oir à se plain- 



dre de rhospitalité qu'il y reçut. .Pour se 
venger il fit cette chanson , qui eut un très- 
grand succès dans toute la Kabylie et jeta 
une véritable défaveur sur les Aït-Erbah. 
Maintenant encore, après plus de quarante 
ans, les vers de Mohammed-Saïd sont autant 
de quolibets qui font leur désespoir et les 
exposent aux railleries toujours renouvelées 
des autres villages. Ils dierchèrent plusieurs 
fois à assassiner le poète , ce qui ne parait 
pas ravoir intimidé, car il composa plusieurs 
aulres chansons du même genre. On en 
trouvera une plus loin. La chanson précé- 
dente est du même autour. 



AITERBAH'. 173 

r'efaxth Erbak' 

thaddarth our nekkath el h'adid. 

ma léte , toi qui es poëte , — prends un ton convenable , — 
et compose un chant nouveau — sur les Ait-Erbab, — ce 
village qui ne se bat pas. 

o ,0-0 o-s-9? 

R'as agUm d'ag d itU'ah' 

fi koul emrah', 

ihâadda arbâin d' ajelid'; 

relaith le tnelah', 

la iisak er rih'a em bâid' . 

Ce nest chez eux que cuir puant S — dans chaque cour 
— vous comptez plus de quarante peaux ; — ils font renchérir 
le seP, — l'odeur vous arrive de loin. 



o- o - o 



'^\ 



^^l ^i 

Emhder' d' tk'jan çebak' 

* Les Aït-Erbah se livrent au commerce ' Parce que le se! sert pour la prépara- 
des cuirs, comme la plupart des Aît-Ouasif. tion des cuirs. 



\U POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIË. 

0-0 O- ^ - O ^O r- 

a- ol 



o • o o 



£/ &'o«m ormt o^ d ikkerker, 
ikker our'ebbar, 

ak'lar' r'our ouen, la djeh'ada . 
thagountts fell aoun d'à tsezouer, 
mi sen d âredhen s ouadda. 

Tout à coup une troupe se précipite de la montagne — 
en soulevant la poussière. — a Nous voici de.vant vous a dé- 
couvert, s écrient-ils, — vous allez passer un mauvais quart 
d'heure \n — et en même temps ils leur fermaient le passage 
par en bas. 



J- 







- p ? o 



» . » «» ^ > 



£/ Ar'/z/fn mi d themendar, 
an nemfekkar, 
koul oua iâmmer s eziada ; 
azekka ad' ik'k'el le khebar, 
ad' as inin oui illan d'à, 

La caravane alors s'excite au combat. — cr Souvenons-nous 
les uns des autres, se disent-ils; — que chacun mette double 
charge dans son fusil; — demain le bruit de ce qui va se 
passer se répandra au loin, — on dira les noms de ceux qui 
sont ici. n 



IR'IL-N-ETSEDDA. 105 



o - o - • 0,-0 f 9^ 

J « ,.tM.,9 V») wmJ %U>i h ly 



▼ 



^M )\ 



^ ^^K)l — \^ 

/)' ath Houd'rar si zik mchehar, 
oulah ah'ahhar, 
outt * ouzzal, d' et ted' via ! 
herd' en ts le djouad' koul ir'tner 
akka alemma ed' Bou saada. 

Les Aït-Boudrar sont renommés depuis longtemps, — 
chez eux pas de lâches réflexions; — frappez donc bravement 
le fer, et en avant! — Les nobles guerriers se sont ouvert 
tout le pays, — d'ici jusqu'à Bousâda*^. 

o - *. .*- o > o - 

j tt\ ai n^ ji^ n Ht ft 

-- oTO'O - Of. r 




^^y^ 



> • 4 



Aith Amara^ ad'roum n en neçer. 
Mesâoud' d' ech chat'er 
n ath Ah' sen, dar le djouada; 
amnat eçbah' ai th inter, 
immouth oud'ai hla chehada, 

^ OuU pour outheth n frappez v. ' Les Aïi-Àmara forment une fraction du 

* Bou-êdada , ville et oasis de la province village d'Ir11-n-Elsedda. Les habitants d*nn 

de Gonstantine, à 35 lieues environ au sud village kabyle se classent par fractions (ider- 

d^Aumale. man, nu singulier adroum). Chaque fraction 



176 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIË. 

0. - û, o 070- posa- 

or ? Toî o - oj 

o o-o-i*.o-?r 

Tkaddartk our nezmir t ndhah', 
ersen am thechelah', 
ihak'ehailith our asen temid'. 
touzadh ath tir le djenah', 
aith el h'orma ar aboud'id' . 

C'est un village incapable de combattre; — ils sont mous 
comme des chiffons, — la fierté kabyle n'est pas arrivée jus- 
qu'à eux. — Ce sont des poules aux mauvaises ailes, — leur 
honneur ne dépasse pas la haie du village ^ 

Thoulaouin ik'ebachen ik'd'ah' 
ajelal d' ak'ouchak' 
âbbant am ther'ial s izid', 
la amrar, la serrah' 
d'eg tr'ezran em hr'ir elk' id'. 

' En temps de guerre, les Kabyles entou- les Ait-Erbah ne savent pas faire respecter 
rent leurs villages d^une haie pour se garan- leur ânaia et rhonneur de leur village au- 
tir des surprises. L^auteur veut dire id que delà de cette haie. 



AIT-ERBAH'. 



177 



Les femmes portent des hottes et des pots à fumier — et 
retroussent les pans de leurs vêtements; — elles sont chargées 
comme des bourriques qui vont au moulin. — Pas de corde , 
pas de longe, elles courent les ravins sans entraves ^ 



g III n> g m 11 p^ fj 



Ou amma nck ensir' s echehak' , 

etchtr' nennecherah' 

r'our M eh! ath oti Adda, emmi s n eldjid', 

le kheba en djerrah' 

n aith Ali, el k'eçba ougellid'. 

Quant à moi, j'ai couché à mon aise — et soupe joyeuse- 
ment — chez Mohammed-n-Aït-ou-Adda, le fils d'un noble 
père, — la tente de refuge^ — des Aïl^Ali, la kasba du roi'. 



^ Dire d^une femme, chei les Kabyles, 
qu*elle va dans les ravins équivaut à dire 
qu'elle se livre h la prostitution. Les rendes- 
vous amoureux se donnent ordinairement 
dans les ravins â Tabri des regards indis- 
crets. 

" Il existait, du temps des Turcs, une 
coutume assez bizarre. Toutes les fois qu'une 
colonne se mettait en marche, à cbaque 
halte on dressait deux tentes en face Tune de 
rautre.La première, khibet-eMjerrah' , était 
la tente de refuge : tout ennemi, qui avait 
le bonheur de s^y réfugier, avait la vie sauve 



et sa personne devenait inviolable. La se- 
conde, khtbei-el-iechouda, était la tente de 
perdition. Le malheureux qui y cherchait 
un abri était aussitôt mis à mort. Gomme 
aucun signe particulier ne distinguait ces 
tentes, on conçoit qu'il était facile de se mé- 
prendre et qu'un tel refuge était bien chan- 
ceux. (E. Vayssettes, Revue tfiicaine, t. IV, 

p. 908.) 

' Il s'agit ici des Att-AU-ou-Harzounj 
gros village de i,&oo Ames, voisin des kii- 
Erbah et appartenante la tribu des Aït-Bou- 
drar. 




I7K POÉSIES POPULAIRES DE LA KABVLIE. 

oï r a- o ; 

-1 jji#^«»i 



L âlam id ckoudden ech chououack ; 

ma ra dk'eriisen, 

es d ejfer'en neg el H'arrach. 

le djouad' ithfersen 

H auh'arbi d' oubâlalach ; 

amenafek', ath kkallecen. 



Les cliaouchs tiennent la bannière * ; — lorsqu'ils prennent 
les armes, — ils sortent avec elle du fort de THarrach^. — 
Ce sont de nobles cavaliers, — bien pourvus de cartouches 
et de balles; — ils soumettront les insurgés. 



• ■» o • 



Ji . . Y . J t^-3\^^QuO 




A ir'f iùu, ioud'ef ik er ràach , 

fVt d' oui ikiisen. 

kfeçièh' itheddou am ech chach, 

* Oite chanson remonte à la domination pelons maintenant la Maison-Carrée près 
turque. d'Alger. On rappelait aussi fort de PAg^ha 

' Le fort de THarrach est ce que nous ap- el fort du ponl. I 



AiT-BRBAH\ 179 

r'as r'our le djouad' a itsrousen; 
at then Isaoitzzoun ki/ack ! 
aouin d aiia n esen. 

ma tête, tu es prise de vertige, — sois calme et sensée. 
— Le poëte va avec le turban; — il ne fréquente que les 
gens nobles; — on a pour lui combien d'égards 1 — toujours 
il a sa récompense. 




Nek k'eçed'er' s ibelk'akkach, 
ailk Erbah tkaddarth en sen, 
oufir' dherk'an d am tkeferach , 
gan ak amzoun d' tk'aoussen. 
d' imoulahen gar el k anach ; 
our sain el kiha, our tkek'k'esen. 

Je suis allé chez de vils animaux', — Aït-Erbah est leur 
village. — Je les ai trouvés étendus sur le sol comme des 
figues non mûres ; — ils avaient tous l'air de malades. — Ce 
sont des lézards entre des couleuvres; — ils n'inspirent au- 
cune crainte, ils ne piquent pas. 






* Le moi tbeUiakkachf AU siagoMerabel- aouilles, têtards, crapauds, lésards, cré* 
h'akkouch , que j'ai traduit par vUê animaux , bes , etc. tous ani maux regardés comme im- 
est un nom générique qui comprend les gre- mondes par les Kabyles. 




180 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



0-0- o oî* •%•!. 




D'er rethba ezrir' d'i Tkâckach; 
r'as el hazil ai d'in screen ; 
er routh ir'erd'ain , imchach , 
sers aglitn ad' ak th h'aouçen. 
d' ath imeh'araren ik'emmach, 
d' izouggar'en, d' imferdhesen. 

Ce sont les gardiens de silos que j'ai vus à Thâchach ' ; 
— on ne met à ce poste que des infirmes indigents; — crottes 
de souris, fiente de chat, — mettez une peau devant eux, 
ils vous l'arracheront des mains ^. — Sans cesse leurs lèvres 
sont gercées, — ils sont tous rouges et teigneux'. 

O -oj O - ^ oj - ^J 0--0 

o - o {_ -o- f- o 37 

o — ' o — «1»®» 

j»l III éj^ <>l—jb^ » \ d^i 



* oJ • . . 



Am isr'an r'efik^oubach, 

mi zran ed djifa ad' r'ovr es ersen ; 

* Thâchach est le nom d^une localité * Allusion au commerce de cuira que font ' 

située ches les Aïl-Yala , tribu du venant les Aït-Erbah. ' 

sud du Jurjura. Les silos ne sont pas en ^ La teigne est une maladie très-corn- 

usage sur le versant nord. mune chez les Kabyles. 



AÏT-ERBAH'. 



181 



ar (J: djebed'en d'i l k'emach, ^ 
nss en à! el ourd'a r'our sen, 
8 el berret'ath d' tk'ouchack * 
aânir' d' elthoud l açeln esen. 

Gomme des vautours sur leurs fumiers^, — quand ils 
voient une charogne ils s'abattent sur elle; — ils en arrachent 
les entrailles — et ce jour est pour eux un jour de bombance. 
— D'après leurs calottes et les coiffures de leurs femmes , — 
je pense qu'ils sont d'origine juive. 

^\ <-'%»-'• - . ' - 



©▼ o«' 



[y ir'ial kesehen ath Aggach ; 
thama ougoudou ai kessen, 
fettasen ai rekeben ouarraeh, 
s oujelid' tti âbban h'alesen; 
akken ai rebban le riacL, 
mâni ik'ereb ouzal n esen. 



' On appelle ak achouch , pi. ik'ouchach, 
la coiffure des femmes chez lesZouaoua. Elle 
se compose d*un cercle en fer, enveloppé d*é- 
toupcs ou de laine, qui se pose sur la télé 
comme une couronne et est recouvert d*une 
pièce d^étoffe de soie en forme de capuchon. 

* lir'i, pluriel i$r'an, est le nom kabyle 
du percnoptère, appelé vulgairement en Al* 
gérie petit vantour. Ces oiseaux, qui omi* 
grent Thiver, sont toujours fort nombreux 



aux environs des villages. Ils sont très-fami- 
liers et se promènent sans crainte au milieu 
des rues. Bien que les Kabyles en parlent 
souvent avec dédain dans leurs chansons, ils 
ont pour eux beaucoup de respect, et c^est 
justice; car ils les préservent sans contre- 
dit des épidémies que ne manqueraient pas 
d^occasionner les débris de toute sorte et les 
cadavres d^animaux qui pourrissent sur le 
sol aux portes mêmes des maisons. 



182 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ce sont des ânes des Aït-Aggach ' ; — Us paissent aux abords 
des fumiers — et les enfants montent sur leur dos; — une 
peau fraîche sert de tapis sous le bât; — leurs cheveux sont 
touffus comme le poil de ces ânes, — mais leur valeur est peu 
de chose. - 

j»^-«-J JMCM-; <>A^e^ 
Ji'l-î-iJ V-Jil S^î J5è 



Tkak'ebailitk mi bdhan i draek . 
nitheni rauhen ad' ehen *. 
our ih*ad!ir Kad d'in , oulach 
ad' aten ik'az alla n esen, 
d' aith el âdda tkega ikhethack 
he kkelafel k'eçba ik'k'ersen. 

Quand les tribus se sont partagé l'honneur kabyle, — ils 
étaient allés faire paître leurs troupeaux, — personne n'était 
présent — pour prendre leur part. — Leurs fusils sont comme 
des bâtons ferrés, — tous les canons sont troués. 

- O-ÏO 7 -0-? 



• - • «^ « 






' Le village des Ait-Aggach est situé chez la racine de kykioi , nom des rois pasteui> 
les Imecheddalen, versant sud du Juijura. qui envahirent TÉ^^ypte a 3 1 o ans avant J . T. . 
* Le verbe «Â» ««paitref), ne serait-il pas el fondèrent la dix -septième dynastie? 



VIT-KRBAU. 



183 




«•) o. or?-» 

Ni themenùi âoud ar ah'dhach 
d' ain ai d' el açel n esen, 
r'oë etsQurar gar thekhowifach 
l amer er'lin s' eg ifassen n esen. 
roudhar' then t ibibbi n en nâch , 
essenen as ad' ak tk satsen. 

De liuit à onze réaux \ — voilà le prix ordinaire de leurs 
fusils; — vous pouvez jouer sans crainte devant la bouche de 
leurs canons, — ils n'ont jamais tué personne. — Je les ac- 
cepterais cependant comme porteurs de civière^, — ils savent 
la manœuvrer doucement. 




Thùtsirth tâd'meti eriack, 
fis sed itchour d' qfrasen ; 
d' ilem ai bededen am ikhethach 
ma our send! en , ad' elsâfesen. 

C'est un moulin auquel manque la roue — et dont le 
canal est obstrué par des débris; — ils sont vides comme des 



' A Tépoque où cette chanson fat faite , 
les Kabyles comptaient toujours par réaux. 
Le rëai valait a fr. 5o cent 

* Dans les combats, les Kabyles ont tou- 
jours un service organisé pour le transport, 
sur des rivières, des blessés el des morts. Les 



hommes chargés de ce service sont ordinai- 
rement ceux qui n^ont pas d'armes et aussi 
ceux qui préfèrent se tenir éloignés du dan- 
ger. Le poète reproche ici aux AïtrErbah 
d'éviter les postes dangereux pendant la 
guerre. 



18« POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

fers d'épieu: — s'ils ne s'appuyaient sar d'antres, ils seraient 
foulés aux pieds. 

A €mm û izzm el k'aouurk . 
mk'amim ùs id iàanssen . 
rezk' or' ed djfnnetk em br'ir ei mck , 
la mds, Im kera d a ik asseu. 

toi qai as entoaré la terre des cieux — et veilles sur elle 
avec bonté, — résene-nous le paradis, garde-nous des cha- 
grins, — moi et tous les auditeurs. 

Quelque temps après que cette chaosoa eut paru, les Aït-Eri>ah s'étant 
vautés, au marche des Aît-Boudrar, d'avoir tuë un sanglier, Mohammed- 
Saîd ajouta les deux couplets suivants : 

» III U g^-^ ci Mill jtfl 
- o - o r 

1r ^ .^> ^ ^ ^ 
^ \ III ^j^-JLJ» >UJJ 

^1 Ht' ', >^ ^ K^ #J^ 

• «. O' p rî • - * a^ • 

>l# Il es «e^/A , fOMM eck rkedda : 
nû tkenvsehd'a 
effer'end d'ei r'azia s iUf 
aimi tff d aredken s <madda ; 
«Il esseg sen ag serfertf. 

Le samedi fut un jour terrible ; — quand ils commencèrent 



AÏT-ERBAH'. 185 

les hostilités, — ils se mirent en campagne contre un san- 
glier — et lui barrèrent le passage par en bas; — mais il 
en extermina deux. 

l i îlj^5 ifr 

a ^ or ^ " 

/«mit ou Thasafih Ougemmoun idda , • 

d' imaoulan el Adda; 
iouth ilh ed djid' r'er ir'ef 
ikkes itken fi chedda. 
aunnag Mean d'% l meçeref. 

Un homme de Tasaft-Ouguemmouu était avec eux^- — 
les gens de ce village ont de bons fusils; — le noble enfant a 
frappé la bête à la tête — et les a tirés de peine. — Sans 
lui ils allaient à vau-l'eau ^. 

' Le village de Taufi-Ouguemmowi est ^ On appelle meçeref Teadroit où une 
voisin des Aït-Erbah et appartient comme rivière est resserrée et a un courant très-ra- 
eux à la Iribu des Aît-Ouasif. pide. 




186 POÉSIES POPULAIRES DE LA K\BYLIE. 



Ill 



IR'IL-H'AMMAD'. 

IMR lIOlUlllieD-StÏD-VâÏT-BL-HADJ, DE TALA-<I-T*Z(*TII. 

vl^Ju ^j^\ VJuE: JJaI 
J ** ft 'j '^ J3 > ft] ^.? ^ 

* - e o «^ 

*»1 ^ * t ^M» e s^ . i l > V> 1 




£"0//!/ r'cfk, a nebi, la àilml! 
ai afjellid' our net* Its, 
dadr' k in « ath ei miàd , 
il frxoul , //* imeddoukal 1* , 
echfau ii ma d' ai nougad' , 
oui ibian, Allah , thàlemdk 1 1>. 

Que les bénédictions sans nombre soient répandues sur loi , 
o Prophète! — ô Maître souverain qui jamais ne dors! — au 
nom des hommes de l'assemblée, — au nom du Prophète et 
de ses amis, — préserve-moi des danjjers que je puis craindre , 
— tu connais, ô Dieu, celui qui est dans la peine. 

' Ir'H-H'ammad est situé chex les Ime- jour quMl se présenta chez eui pour se Tain; 

cheddaleu. Plusieurs habitants de ce village payer ce qui lui était dû. Comme aui Aïi- 

étaient débiteurs du poêle , qui raconte dans Krbab , c'est surtout leur ninuquo d'hospita- 

rcllc rhanson l'accueil qu'il en reçut, un lité qu'il leur reproche. 



IR'IL-H'AMMAD. 

- « V O « 

oar o-î<>ïo '.O" 



187 



«P>i 



-il, 



o , . o-o - ? -oT- 



yVe/r rf' elfeçieh\ d' ah'addad' 
ekkatlier' le k'otd, ed' bah is ; 
our thoujidh cnga imgerrad' 
men koul oua d'eg oumckkmi is ; 
mdhem n er rami açeggad\ 
ma r'a iouth, izd'er ihit' is. 



Je suis poëte, un artisan — qui façonne des chants; je 
suis maître en cet art; — vous ne trouverez rien de défec- 
tueux dans mes vers, — chaque chose y est à sa place; — 
mieux que le chasseur qui vise le gibier, — lorsqu'ils frap- 
pent, c'est que l'œil a vu le but. 

0«» «Cos * ?- S ", 

o o a - ; o fo-Ȕ 

^ ft , m , ft 1 ^ ^^ (jXkjJLi 

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!'w' tl'i ihiittddiir h djftmfl 




188 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

el merchùueh oud'i theUer' t is; 
thak'ebailith our ak etsismad' 
r'as ouin itsnouben r'efthinn ». 
ibb ou as ai khed'mer' lefesad', 
irad' i is Allah en ner' aounis, 
keçeder' s Ir'il Ak'amtnad', 
Mohand ou Mohand s akhkham is. 

Je vais d'habitude dans les villages nobles — où je mange 
du merchouch au beurre ^ ; — l'honneur kabyle ne pénètre 
— - que jusqu'à celui qui suit la voie de ses pères. — Un jour 
que j'avais commis quelque faute, — le Dieu qui nous assiste 
l'avait ainsi voulu, — j'allai à Ir'il-Hammad, — à la maison 
de Mohand-ou-Mohand ^. 






Mi nn oujir' kera oujebbad', 
adnir' sdtd' a ism is, 
idharen is err' an es thik'k'ad' , 
akheloul ir'lir'efimi s. 
r'as azou esseg s ar'ouggad', 
thinidh d' ai as Hcker ed djis, 

' Le merchouch, appelé aussi amercKi ou tes par les poètes kabyles sur leurs hôtes. 

meraeh, est le kouskous le plus estime; il ^ Mohand-ou-Mohand était un des débi- 

est préparé au beurre et fait avec de la fa- teurs du poète. Mohand est Tabrcviation de 

rine de choix. La qualité du kouskous exerce Mohammed y elle est généralement usitée en 

une grande influence sur les jugements por- Kabylie. 



IR'IL-H'AMMAD. 189 

J'y trouvai une espèce de perche S — Said, je crois, est 
son nom^; — ses jambes étaient brûlées et couvertes de rou- 
geurs*, — la morve lui tombait dans la bouche. — Vous 
eussiez pu tailler une lanière dans sa peau , — on eût dit que 
l'ennemi se dressait devant lui. 

•.1 i.^ • •• ' ® ' 2 T 

ju , ft ft SjJ»^!^ J f m 4- 
o«- . o - os - l 

(•^3 «-J« — * )^^-»J 

o,- o. oï r o - • 
o . «^ .•:•-- îi 



j u ft 1^ VSf 1 m aDI 1^ 

Aff nekchem, ioud'efith er rood', 
ikhesef, ibeddel oud'em is, 
ar ikadder itsàùuad' : 
Men koul oua irouk' s eh'abib w. 
Maehi d' el makela ai d nerad, 
koul oua iUnad'i le h'ak' is, 
mineh'ama, annebd'ou ar/ad', 
ma irad' Allah s elfodhel is. 

* Le mot ajebbad', (de Tarabe juc^, ti- toute saison; les bras et les jambes restent 

rer ) qne j^ai traduit par perche , désigne chei toujours nus. Pendant les froids rigoureux , 

les Kabyles une perche placée verticalement fréquents en hiver dans les montagnes, si 

derrière le métier à tisser (azêt't'a) et servant un individu, après être resté longtemps ex- 

â mettre ce métier en mouvement. posé à la température extérieure, rentre à 

' Said était le frère de Mohand-^u- la maison et s'approche trop promptement 

Mohand. du feu, La chaleur produit sur la peau des 

^ Les Kabyles , hommes et femmes, sont jambes et des cuisses des taches rouges {ery- 

très-légèrement et très-pauvrement vêtus en thime)^ qui persistent jusqu*à Tété et qui 



190 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Quand nous entrâmes un tremblement le saisit, — il s'af- 
faissa et changea de visage, — en répétant sans cesse : — 
(T Chacun va trouver ses amis.?) — frCe n'est pas à manger, 
lui dis-je, (jue nous demandons ici, — chacun cherche à se 
faire payer son dû ^» — Après nous être chauffés, nous parti- 
rons, — si Dieu le permet dans sa bonté. 

o .0-0 o- 03^ <*1 

^^ zotti(^' aj; a/:A'en theskad', 

our therm d'egg ouaoual is, 

thinna n alh Bechkour d' ed djouad', 

ath er rai ourdjin inek'is. 

lakin ikkouçç ilhen l Ad' ad' 

mi/kan tasedda 1 ifs. 

Sa femme regardait — et n'ajouta rien à ses paroles ; — 
elle appartient à la noble famille de Bechkour — dont la con- 
duite est toujours sage. — Cette famille a toutefois manqué 
de jugement — quand elle a donné cette lionne à une hyène ^. 

0.9 T oï ? o rf - oî - 

ordinairement inspirent aux Kabyles une ^ Voyez page 1 86 , noie 1 . 
grande répugnance. Les femmes surtout sont ' Le nom de Thyène est masculin en ka- 

exposées à ces rougeurs appelées Huk'k'ad byle.L^hyène est un animal méprisé pour sa 

ou ijoujar. couardise. 



IR'IL-H'AMMAD. 

>4tcA/i fim thesêirih ai thezzad', 
thin thesegeb ar' d s iles is ! 
our thestheh'a our ihougad', 
aanir' el tsak'ah'abith I acel w. 
thekkes agous tkema imcheh'ad'. 
ariau ai d tkedja iman t«. 



191 



Aicha parlait comme un moulin ', — elle nous en a donné 
celle-là avec sa langue ! — elle n'avait ni crainte ni vergogne, 
— c'est, je pense, une ancienne prostituée. — Elle ôta sa 
ceinture, puis ses agrafes, — et resta nue devant nous. 




o^Q a: ?o- ^- o - r; 

o 0. o» - -^J - 






ylmifi igouehlan ouh'addad' 
a iggouf ouâddis is, 
ech char d' el ourk' b auaddad' 
izzcuki, iberen ikhefis, 
eehehedeth ai ath el nûâd, 
thin, zerir' ts inza el ârdk is. 



Aîchn était la femme de Mohand-ou-Mohand. 




192 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Son ventre était gonflé — comme un soufflet de forge, — 
ses poils, comme des feuilles de chardon*, — étaient hé- 
rissés et frisés par le bout. — Je vous prends à témoin , gens 
de l'assemblée, — j'ai vu cette femme, son honneur est vendu *. 



o . o- o n o . o "* 




Ounnag Moh'and ou Moh'and ajehbad' 
oula ed' ouinna d' el melhel is, 
ajad'our id ibboui el oued, 
idhegger th id r'er ou/lhis, 
akken ai fell as irad' 
ik'elled' ak'ejmour s tri s. 

11 en est de même de Mohand-ou-Mohand , la perche, — 
celui-là aussi est pareil à elle. — Mauvaise rosse emportée 
par le torrent — et jetée par lui sur la rive, — Dieu a dé- 
crété pour lui — qu'il traînerait cette bûche pendue à son cou. 

vlt^ *_»J^g^*l 

o o o > ? - o- -îï 0- 

* On appelle addad' VatractiUs gummi- très-actif. Les feuilles qui paraissent au 

fera, plante d^on genre voisin du genre char- printemps dépouillées de leur parenchyme 

don. Les Kabyles foi^t de la glu avec le suc se font cuire avec la viande, 

résineux qui exsude de la fleur et du collet * Il ne faut pas attribuer ici au mot vendu 

de la racine. Ce suc résineux est un poison d'autre sens que celui de perdu. 



IR'IL-H'AMMAD. 193 

i4rf' etorer' ntov/a Bar' dad , 
i4M e/ K'ader, tnechehour ism is, 
d' ec çaiah'tn men koull blad\, 
seg el r'erb ar bah'ar souts, 
efk au t tsemer as ajerad', 
theêsersedh erba d'i er rezk' is. 

Je t'en supplie, ô maître de Baghdad, — Abd-el-Kader, 
si renommé, — et vous, saints de tous les pays — depuis le 
Maroc jusqu'à la mer de Suez, — envoyez les sauterelles sur 
ses fruits, — mettez l'usure dans son bièn^ 

o - 0,0.0,0 o' 

ç ' *)} 

o r a ^«- o ? - o o • 

o- o» r of 3 

Iles lott d' el h'ad'ok' ik'edhaâ, 

our inedjaâ 

r'oê auin illan d' edh dkalem. 

ibbou as neUekked'aâ, 

8 Ir'il Ah'ammad mi nekchem 

* Malgré les prescriptions de la loi reli- est la preuve la plus irrécusable du bien- 

gieuse qui défend le prêt à intérêt, les Ka- être répandu dans le pays depuis sa soumis- 

byles prêtent leur aident à des taux très-usu- sion en 1 867. Le prêt a intérêt s'exerce sur- 

raires; avant la conquête de leur pays, tout dans les tribus des Zouaoua el autres, 

Tintérêt annud était de 5o à 60 p. 100 en voisines du Juijura, qui se livrent au com- 

moyenne. Il est tombé maintenant à s5 ou 3o merce du colportage. (Voir la note a de la 

p. 1 00. Cet abaissement du taux de l'argent page gS.) 

i3 




19A POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ma Iciiiguc est déliée et tranchante, — elle n\iiguilloiine 
<|uc le coup.ible. — Un jour nous avons été pris en traître, 
— c'est quand nous sommes entrés à Ir'il-Hammad 



o o-J or 



ç — *^§ £ * ^ ^ 

• - Ç - o- • a - .0- 



os» - > ^A 




e-^^.)3 



R'er Moh'and ou Moh'and bon isek'elm ; 
aJr'oum idja enjad, 
tVVi d!egg ir'zer ik'esem, 
r'as er roulk d' ouserrdraâ 
et* rah'al is our th tnedjetn. 

Chez Mohand-ou-Mohand aux longues jambes. — Chameau 
abandonné par une tribu — dans le ruisseau où il est tombé 
estropié, — il ne peut que fienler et beugler, — le mouve- 
ment lui est impossible. 

o - o a ^. • f -' 

è ^ — * — ^jV*^ 

B.O'^O* o3 

gi> — L-L-5]igL-^i 

o c o r . - o--> 



Thamet't'outh mi d eç çâçaâ 
ad'rar ik'elaâ, 
fell or' mi la r' thereggem , 
our istheh'a our innetzaâ; 
d' oud'ai ma ehi d* ineslem. 



IR'IL-H'AMMAD. 195 

Quand sa femme poussait des cris - - à faire écrouler la 
montagne, — quand elle nous injurialL - il neul aucune 
honte, il ne fit rien pour l'en empêcher; — c'est un juif et 
non un musulman. 

0-0-0 -or" o\ 

gîÂy* î) * 

o-o-ojo ,0 ^^r o - 
^t ^ il jM ft IJWMXJÙL 

g ^ , ï i ^ »<J j) ft MW ..o\ 

o -J? "lO mI-OC oT o 

Said mi A; ed isberd'aâ , 

ima d aterraâ *, 

r'er eeh cher' oui is a A ikhed'em , 

amm ar'ioui d'eg ech charaâ ^ 

ouin r'ef tsdabbin lefeKem. 

Après qu'il se fut bâté', Said — chargea son sac à semence 
et s'achemina vers son travail, — comme un âne abandonné 
aux abords du village — et dont on se sert pour transporter 
le charbon. 

o o. s ««..«. av 

4 ft éx \*l:^'^\j\çÀ 

o - o^' o , 

Jl ... j,lç iw, 

o •"«? o- o a- ' • 

* Azerraây de rarabe c.%; «semer, ^ csl le naux non cultivés qui se trouvent aux envi- 
sac qui sert à porter la semence aux champs ; rons des villages, 
il est ordinairement en peau. ^ C'est-à^ire, qu'il eut disposé ses véte> 

' On appelle ehtrraâ les terrains commit- nienls sur son dos pour recevoir la chai*go. 

i3. 




1% POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

AkkeH ad'ra eg ella el k'al, 

bellaheldak'k'al, 

09 mi irad' Allah el lal!if 

rouh'er' ùur nesal 

9 Ir'il Ak'ammad' rer eUnaçif, 

Tel était l'état exact des choses, — 'par Dieu, ô gens sensés, 
— le jour où le Dieu de bonté voulut — que j'allasse, sans 
prendre de renseignements, — au milieu d'Iril-Hammad. 

Jl iUJ— J^-Ji_^ 

o oa eo-lo 

J T ...> * <^ \(j^^\ 

Oujir' en r'iu b<m kkellal, 
koul oua am le kkial; 
thinidk ouean d 9%t teeerif, 
(utdkem n en nouba egg er'ial 
etsmagarer' ezd'atk eçt'if. 

Je n y trouvai que des porte-khellal \ — des épouvantails 
de chiffons; — vous diriez qu'ils reviennent de mendier, — 
plus misérables que le troupeau d'ânes — que j'ai rencontré 
en avant de Sétif. 



^'è*^s>^ 




Les khellal sont des vi>tciuents de laioe iioiquement à l'iisa^ro des feoDines. 



IRML-HAMMAD. 197 

Thoulaouin ad'r'a la tesal 

r'asemiir ajelal\ 

am ther'el!t'en d'eg atk Edhrif; 

adhfint amm el mal 

irouan ifer d'i h kkerif. 

Ne m'interrogez pas sur les femmes, — elles n'ont que de 
mauvais haillons — et ressemblent aux chèvres des Aït- 
Edhrif^; — elles sont crottées comme des bestiaux — rassa- 
siés de feuilles en automne '. 



M- '% o ?- o T ^ - •:- 

1 



Ma d*a iak k'âd'efU t nouai, 
ileddain ikkelal, 
tkitUdk d'à id ezouhu er rif; 
oui tk ttckan ioud'efitk ckoual, 
s inran iouger asif. 

Si elles vous préparent le kouskous, — couvertes de bave 
et de morve, — vous diriez qu'elles ont balayé la suie du 
plafond*; — celui qui en mange est pris de malaise — et 
de vomissements plus forts qu'une rivière. 

' Chez les Kabyles, le mot qjelal s'ap- * Les Aït-Edhrif habitent TOuennour^a. 
plique à une pièce d'étoffe de laine qui se ^ Pendant Tautomne, les Kabyles nour- 

met par- dessus les vêtements comme une rissent leurs bestiaux de feuilles de frêne 

couverture. et de figuier. 

Les Arabes ne se servent du mot J%mI| * Les maisons kabyles n*ayant pas de 

que pour désigner les couvertures des che- cheminée, le dessous du toit se couvre 

vaux. promptemenl d'une épaisse couche de suio. 



198 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



J'3 * X J*^ 



h Ml 






JJo^ë- 



riUi'ffi 01 <{' ij^er i ouaehtkal, 

tiberd'anmelal; 

atuma ajeUmâ our d!in nounif? 

n çebak! ar atal , 

ad! teks âchertn d! amoukerjf. 



Elles sont comme un pâturage ouvert à tout venant — et 
placé à la rencontre des chemins. — Quel est le jeune tau- 
reau qui ne s'y est pas aventuré? — Depuis le matin jusqu^à 
dix heures, — vingt veaux y paissent en liberté. 

il * ^ 0-0. o- 

c ? .!^ ^ > J3 3 > ft *^ ft ] 

Ou amma aeherk'i <mr d'in ioummai 
iîsrouh' r'efledjehaL 
» ajedjig huhi n eç çif, 
ai th ikesten d' imekazal 
immeggouiaz our mrif. 

Mais le taureau de Test ne s'y laisse pas prendre '; - — il 

' f.cs Kabyles tirent la plupart de leurs province de Constaiitine , située à Tpst do 
bœufs dos provinces voisines; roux de la leur pays , sont les plus estimés. 



IR'IL-H'AMMAD. 199 

va, sur la montagne, — brouter les fleurs de la saison d'été. 
— Ne vont paître là que des êtres chélifs, — des veaux no- 
vices et sans expérience. 






/touii a ottr h'aouzer' s ouaouul, 
d' ed djid' our tsikelal, 
r'as Ah'med ou Selitnan d' eckmf; 
ma ihegent! d'eg cl tnilhal 
neUa ner sehâa a then iif. 

Un seul d'entre eux échappe à ma satire, — un noble 
cœur qu'il n'est pas juste d'attaquer, — c est Ahmed-ou-Se- 
liman Ife cliérif; — si vous le mettiez avec eux dans une ba- 
lance, — il l'emporterait sur six ou sept d'entre eux. 



a> • w* 






Isêêlcha, ûckatk outzal , 
thid!eU d' el h'alal 
ouitt iour'en abrid' our iouiuf; 
en nebi a th isâou d' atnalal , 
our (h isêch'ad'ar i / k'fii/. 



200 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

H est hospitalier, il frappe le fer, — en vérité, c'est un 
homme de bien — qui a pris le bon chemin et ne l'a pas quitté. 
— Le l^rophète sera son protecteur — et ne le laissera pas 
exposé au malheur. 



O 9* O • •' '' 

jl <H .'!. HV»^-»-)ljl 
jt ir m "i . ^ > 111 )M 

(Ma nek echbir' eltnal, 
our elUr' d'eg ech chet'l'ar, 
ouannag an nebdhou imâoumal, 
ad' asen neger thisr'ar, 
ner' iil rebbi d' amalal 
iefk tV ath Ibrahim le h'arar. 

Moi aussi je ressemble à la brute, — je ne suis pas des 
gens bien avisés; — autrement, nous aurions partagé les dé- 
biteurs, — nous les aurions tirés au sort, — et peut-être 
Dieu, m'étant propice, — m'eAt donné en partage les Aït- 
Ibrahim, de noble maison. 



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IH'IL-H'AMMAD. 201 

Ad' kkalleçer' eh r'ir aoual 
ner' khersoum d* eJfa mek'k'ar, 
aith tngUz amelhh 
et terk ijebed'en amepnar, 
tna d'à iak had'eren aoual, 
thameddith, ras eg as k k'erar. 

Je me serais fait payer sans discussion, — ou au moins 
ils m'eussent donné un abri. — Gens à la poudre anglaise 
blanche \ — Turcs toujours prêts à tirer la détente, — s'ils 
vous donnent leur parole, — vous pouvez compter qu'avant 
le soir ils la tiendront. 



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7%id'ma r'ef idhbâ oukhelkhal 
d'eg oudhar ilsban d am lefenar; 
sont tsagousth thedkbaâ our themal, 
thakêoumth d' et tildj m it't'ar, 
oêedhêùu d'eg mi amm ertal, 
r'our south el lebsa el ler'iar. 

Leurs femmes portent d^élégants kholkhal ^ — qui brillent 
au pied comme des lanternes; — leur ceinture bien ajustée 
ne penche d'aucun côté, — leur peau est blanche comme la 

* Les Kabyles donnent souvent au kous- * Les Ik^tileAa/ sont des anneaux de mëtal 
kous le nom de poudre blanche. L'auteur que les femmes portent aux jambes comme 
dit que les gens qu'il loue sont hospitalier», parure. 



202 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

neige qui voltige, — leurs dénis sont rangées dans la bouche 
comme des pièces de monnaie, — elles se parent de vêtements 
aux couleurs brillantes. 

Ma d'à ùJc k'âd'ent i nouai 
zeddig oulah le r'iar, 
m bd!anl ed djid'ath aoual 
d' el mesk ajed'id* el khetkiar. 

Si elles vous préparent le kouskous, — il est propre et 
d'un blanc sans mélange; — quand ces nobles femmes com- 
mencent à parler, — c'est le musc frais et choisi. 

Jl î ^ il j^^ iy^. 

o. T o T o 3 o.- oro- ? ol 

fyiban t r'er thaddarih n erffuil: 
iggan, ioudad' rebbi i n nar! 
ras aith el lebsa oukhellal 
ir'ialr'eftsâbbin asr'ar. 



IR'IL-H'AMMAD. î203 

koul oua d' atnoud is ikthal, 
oufir' ouijoutt dak el âar, 
our ikmi h'ad s d kemal, 
adttir' d' ai tk elMan es thesr'ar, 

J ai eu en partage un village d'indigents; — ceux-là, Dieu 
leur réserve le feu de l'enfer ! — Ce ne sont que gens à 
khellal, — des ânes à transporter le bois. — Chacun achète 
à sa mesure : — je les ai trouvés qui avaient fait emplette de 
honte, — pas un d'eux ne s'était abstenu, — je crois qu'ils 
avaient partagé par portions égales. 

Anaua ai d' el k'aid' egg outhal? 
d* Ali ou BelK'assetn enni amr'ar; 
aid'i r'efeggoudjen imerh'al, 
Mr' azird'iaou el r'ar. 
nek ihhou as iger ii el h' al 
r'er ez zith, oudjouer' daahar. 

Quel est le kaïd des lièvres? — c'est Ali-ou-Bel-Kassem , 
le vieux; — chien abandonné par des nomades, — ou raton 
des trous souterrains. — Un jour les circonstances me con- 
duisirent chez lui — pour avoir de l'huile ; j'en achetai un 
âbar^ 

' Aii-ou-Bel-Kassem était un autre bahi- ' Vâbar ë<]uivaut a trois litres chez les 
tant dMr^il-Hammad. Ait-Iratoo. Il varie selon les tribus. 




20& POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



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o,- or ©«m «-îï^L 
• a -^«,'" «▼a- 

g ^ g ^- o ^ > -:^ 

Oufir' en la iunaoual, 
seksou tour' eds el/ouar; 
our izmtr ad' i iggal 
agi etmt ag ban d'aou el âar, 
a oui th ijebban Àammal 
r'er el Zair mi zzint le çouar, 
netsa ed' l ihoud bon khellal 
ad' as eUin d' aâchckar. 

Je le trouvai préparant le dîner, — le kouskous était en 
pleine vapeur; — il n'eut pas la force de ra'inviter, — ce 
jour-là s'est dévoilée sa honte. — Qui donc lui fera traverser 
le pays des Ammal ^ — pour aller à Alger, la ville entourée 
de remparts? — Lui et les Juifs sont des porte-khellal , — ils 
payeront l'âchour ensemble. 

I Le pays des Ammal est situé sur la rive gauche de Tisser, près du pont de Ben-Hini. 



IRML-HAMMAD. 205 

o a .0 - 






o- 9 



^« mt trarf' cah'ab el r'effar 
arm khaUer* d'tn nouh'el. 
d'Aicha aiheçei'er s amenar, 
oufir' ts d'eg ezbel thermel 
er rvuth tkedhela th d!eg youfat'f 
s eçnan cm bdid' la iher'eft'el, 
neUatk tkeUk'eddvr Mr' or, 
mejjir thegetm ith ik'efel, 
h'achatk ouen, a kera d'a, mek'k'ar, 
lar' tketsroudk, netsatk etkfettel. 

Le jour oil, par la volonté du Dieu d'indulgence, — j'allai 
à Iril-Hammad, je fus mystifié. — Quand je m'avançai sur 
le seuil de la porte d'Aïcha, — je la trouvai dans le fumier; 
elle en était couverte, — l'ordure montait jusqu'au pan de 
ses vêtements, — l'odeur fétide de ses aisselles vous renver- 
sait de loin. — Elle fendit du bois — et mit des mauves coupées 
dans la marmite lutée avec soin *; — sauf votre respect, au 

moins, ô assistants, — elle p (crepabat) devant nous en 

roulant sa pâte. 

î- » a -o il • a -o, 

^ Les Kabylos mangent les feuilles de mauve. 



206 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



MoVand aânmr oumejd'ar 
id! iffer' el louz irrejd'el, 
d'egg ouk'enak' r'our bach h'ammar 
s (rttt''i<nd ai th ibeddcL 
roudhar' th i thoudema oufekhkhar 
d'i themourth enni d'cg imessel, 
koul merra ad' iddem ak'tmt'ar 
themenia a ra d iouççei 

Mohand a le dos d'un mauvais mulet — que font boiter 
des formes \ — et qu'à l'étape, chez le bach-hammar^, - 
on échange habituellement contre un âne. — Je l'accepterais 
volontiers pour le transport des poteries, — dans le pays où 
elles se fabriquent; — à chaque fois» il en porterait un k'on- 
tar *, — et ferait huit voyages par jour. 



of o - '3- 



* On appelle /orm« une exostose qui se ^ Le llonUxi^ en Kabylie, pèse cinquante 
produit sur Tos de la couronne du paturon kilogrammes ou cent livres. La livre kabyle 
des chevaux. (reUiV) est à peu de chose près la même que 

* Le chefd^un convoi de bétes de somme, la nôtre. 



IR'IL-H'AMMAl). 207 

A out th irhoudden seg oudhar 
s ar'arefezrir* d'eg ath Aid'el, 
iaouithen ar ir'efoubajrar 
netsa id' es a then id isebbel, 
our d'eg s id idjadja le kerar, 
itsifakken ou la ad* int'el. 

Qui done rallachera par un pied — à la meule de moulin 
que j'ai vue chez les Aït-AïdeP, — et le conduira avec elle 
jusqu'au sommet d'un pic, — pour les faire rouler ensemble? 
— 11 ne resterait pas de lui le moindre vestige; — mieux 
vaudrait qu'il en fût ainsi que de le voir enterré. 

J>3<y— b3r-^^ t^irfji 

o a M A * s*oI 
C> m M \ t y^i 

ii* TOI r'CT* d'in nejeba, 

r'ow Moh'and aârour ouserioun , 

oufr' en iour kera elMIba, 

isêersen seboa d' ak'qoun. 

ar d etêafen eê êebha 

h ou ami ar'a d' i ibd'oun. 

Le jour où nous passâmes — chez Mohand, le dos de 
mulet, — je le trouvai en ménage avec une espèce de chienne 

* La tribu des Aït-Aïdel habite la rive droite de TOiied-Sabel. 



208 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

— qui a mis bas sept petits. — Ils cherchaient par quels 
moyens — ils pourraient m'entreprendre. 




A'otf ttoun, »fn t> ouâriba , 
ik'k'itn d ennig el kanoun ' , 
thezzeffeU as thelaba, 
neUa idma d' amer'boun, 
amm ir'id' thedja en nouba * 
âafen t ougin a th ezhun, 
netsa d' el Mouloud' el moueiba, 
aànir' d' arraou eddjenoun, 
iioun ed' laz, ouaiedh d' erha 
a our as ejffer'en abergoun. 

L'un d'eux, nommé Ouâriba, — se tenait au-dessus du 
foyer, — dépourvu de tout vêtement; — il est aveugle et 
impotent, — et ressemble à un chevreau abandonné par le 

*■ On appelle hanoun remplacement du * Tous les malins, dans les villages, on 

foyer dans les maisons kabyles; quelquefois réunil en troupeau les animaux des habi- 

c^est un pot de terre engagé dans le sol jus- tants et chaque maison fournil à son tour le 

qu^aiix bords, mais le plus souvent c^est un berger. G^est pour cela que le troupeau da 

simple Irou pratiqué dans le sol. village s^appelle nouba, f^ tour n. 



IR'IL-H'AMMAD. 209 

troupeau; — on Ta dédaigné, on n'a pas voulu l'égorger. — 
Lui et Mouloud, la misère, — sont, je pense, des enfants des 
démons; — l'un est la faim, l'autre l'usure, — puissent-ils 
ne pas sortir de la maison de leur père! 



OP r^ > lljite, è^a^l Jtfèiu 



/« o 



j 3 - ^ "^ ^ J-^"^*^lr^ 

o ' o r o -a o7 

Rouh'er' ed! oubrid' s elkheffa, 
k'eçed'er' s ik'oud'atn n echrour, 
s Ir'il Ah'ammad' r'er stena^a 
r'our imoulaben ousar'our^, 
thanezd'our'th d*eg ech chqfa 
am iddaoun d'i l (mâour. 

Je me mis en route d'un pas rapide — et me dirigeai vers 
CCS visages de malheur, — au milieu d'Ir'il-Hammad, — 
parmi des lézards de prairies; — ils habitent sur un pic 
abrupte, — comme des singes dans les rochers escarpés. 

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of- o- o i;».' 

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fjf *&■ 111 gj)»îii11^ ^ 



* /4»ar'o«*' signifie/om. 



ik 




ilO l>UESIKS l>Ol>ULAIItES DE LA kABVIJE. 




A ^ ^ J ^ I >uft h'i\ 



a ^ 



Ottr Ueffir'en d' ech Oierfa, 
ouaia d' a Mecheddal ah'arouv. 
nitheni at d' imet't'ourfa , 
our ellin d' cbni Ouak'k'our. 
roudher' el k'oum s el hheffa 
r'as imed'eheben h ouachehoui% 
a then isseneger r'efecfa, 
ouin ar'a then itchen d' el oujour. 

Ils ne sont ni Glieurfa * — ni Mecbeddala purs. — Placés 
à la limite, — ils n'appartiennent pas aux Bcni-Ouakour. — 
Je voudrais qu une troupe rapide — de cavaliers aux éperons 
dorés — vînt les exterminer tous. — Celui qui les mangera 
fera une œuvre méritoire ^. 

Etsrer' ek , a bah el lovfa , 
el h'anin , bab el humour, 
la nek la kera d'à kaffa 
el Djenneth an netd'er' le keçour. 

Je t'en prie, maître de la perfection, — Dieu de douceur, 
maître de toutes choses, — que moi et tous les assistants 
réunis — nous habitions les palais du paradis ! 

' Ces trois Iribus habitent le versant sud ' Le mot r manger ri dans cette phrase est 
du Jnrjiini et sont voisines les unes des autres, synonyme de piller, saccaf^or. 



TIGUEMMOUNIN. 



:2I1 



IV 



TIGUEMMOUNIN 



PAR IDIR-OD-BABNAN DR TALA -N-TAZARTil. 



^u9i 



rçv 










A I h'amam, serou, 
netskhil, azigza el ieriach, 
diiiatemezzau, 
nekkid' ekleferak oulach. 
r'our alh Ouehchen erzau 
sal âla et terk eck chououaeh. 



^ Le village de Tiguemmounin ( les petite 
mamelons) fail partie de la tribu des Aît- 
bou-Akkach, cod fédération des Zouaoua ; il 
est situé tout à fait au pied du Jurjura, à la 
racine du contre-fort occupé par les Ait- 
bou-Akkacb et les Aît-Ouasif. Sa population 
est de UgS habitants. 

Idir-ou-Bahman s^est évidemment inspiré 
dans cette chanson des œuvres de son devan- 
cier et compatriote Mohammed-Saïd-Naït- 
cl-Hadj. J'ai pensé néanmoins qu'elle pou- 



vait offrir quelque intérêt, parce que Tauteur 
y expose très-naivemcnt ses rancunes et ses 
tribulations de poète quêteur. 

Les habitante de Tiguemmounin ne pa- 
raissent pas avoir gardé rancune de ses in- 
jures à Idir^ou-Bahman. Un jour que j'étais 
campé chez eux, il vint dans la soirée avec 
ses fils, chanteurs comme lui, égayer le 
village de ses chansons et, le lendemain, 
il paraissait très- satisfait de la recette de la 
veillp. 



212 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

pigeon, prends ton vol, — je t'en prie, oiseau aux plumes 
bleues, — fais-moi ce plaisir, — toi et moi nous sommes des 
amis inséparables. — Va t'informer des Aït-Oucbchen ' , — 
demande ces Turcs chaouchs. 



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D'cg Amer ebd'ou, 

el H'adj, el bey r'ef leferach ; 

rer bit dhiafou * 

kaul el m tned'bouh' h keback; 

ar cketchan seksou , 

ath el âsel izga r'ef le mrach. 

Commence par Ameur, — puis El-Hadj , le bey siégeant 
sur son tapis; — dirige-toi vers leur maison des hôtes — où 
chaque soir les moutons sont égorgés. — Ils servent à leurs 
hôtes du kouskous, — chez eux le miel coule toujours sur le 
merach '. 

JlJ — * — î — ^^— ^ 



t \ — ''^''— ^ J — ^'^^ 

' Les Aïl-Ouchchen (les fils du chacal) ' La tenninaidon ou est mise ici pour la 
forment une des fractions du village de Ti- rirae. 
I^uemmonnin. Le merach ; voir la note i, page i88. 



TIGUEMMOUNIÎS. 



^13 






J.ti 



Va (/' ih'abibeu inou, 

ekhiauth ait Tigemmounin, imchach; 

d' oiid'ain n echlimou, 

tlwkhkliamlh tsehouddoun ouarrach ; 

ad deg sen ner'ezzou 

cssemsan thin * ou bon Akkach, 



Si VOUS ôtcs mes amis^ — expulsez les gens de Tigucm- 

mounin, ces vilains chats; — ce sont des juifs de Chelimou', 

— mauvaise cabane que détruisent en jouant les enfants*; 

-je dirai tant mieux! — car ils ternissent l'honneur des 

Aït-bou-Akkach. 









• - T ? T" oî o a - o? oC 



fOl o 



al 



' Le pronom thin csla la place de thak'e- 
baâith. 

* Il faut 80u»-eDleudre ici : dis-leur de ma 
part« 

* Chetimou est le nom kabyle du deuto- 
chlorure de mercure ou sublimé corrosif, 
appelé en arabe selimani, que les juifs pro- 
noncent cheUmani, Les juifs se servent de ce 
sel pour raffinage de ror. Lorsque le métal 
est en fusion, ils en jettent un morceau dans 
le creuset; le chlore et les vapeurs mercu- 
riclles qui se dégagent alors imprègnent les 



vêtements d^une odeur fort désagréable cl 
persistante. C'est à cette odeur que Pauleur 
fait id allusion ; par un juif de Chelimou , il 
faut donc entendre un juif puant. 

^ Le mot akhkham te maison ?> est souvent 
pris dans le sens de famille, de même que 
nous disons une bonne maison, une noble 
maison. En employant ici le diminutif pour 
désigner le village do Tiguemmounin, le 
poêle a eu Tinlention d'en ravaler les habi- 
tants et d'insinuer qu'ils sont de basse ex- 
traction. 



\ 



3l'i POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

î, s-, J-o-a •! 



Ennoumen kennou 

et dar d'in ag ega thirack ; 

koul oua am bounmrou 

d' iiem ai bedden am ikheihaeh , 

eggouHm aznm 

am iddaoun ner' ibdack. 



Ils sont habitués à ployer, — la honte chez eux s'est accu- 
mulée en monceaux; — chacun d'eux est semblable au hibou , 
— il est vide comme un fer d'épieu ; — ils s'abritent derrière 
les rochers, — comme des singes ou des insectes. 



jr 







R'our ai dàouêêou * 

gar asen ai theUemfeUach ; 

ad deg $en thersou 

r'er ath lefethena n tekoubach; 

ebd'a our therekkou , 

Lalla KheUdja theçoub asen er riach. 

Chez ces gens querelleurs^ — la discorde est en perma- 

' Aï âdouêtou pour aith ddou$sou, (fepuis cinq ans qo^ils font partie de mon 

* Les Aït-bou-AkLich ont, chez leurs commandement, je n^ai pas remarqué quails 

compatriotes, la réputalion d^élre très-que- mëritassenl plus que les autres cette repu- 

relleui-s. Je dois diro, à knr dérharfje, que tation. 



TlGUEMMOUNiN. 



iiciice ; — elle prendra racine — parmi ces batailleurs à coups 
de pioche^; — jamais elle n'aura de relâche, Lalla-Khe- 
lidja leur on a fail des moulins^. 






j»aû3 (joi ça.33 çjj 



JL^^ ^à ^ <Jy»\.b^t 



Our' en bou dhellou 

ras thoitâouidjin en tckhenfach ; 

men koulta thetsrou 

thenna i : zoudjer' aith ouâlach ; 

our oujir' l outhou , 

ait takhkhamth koul chi d' oulach \ 



Ils n'ont pris, chose lamentable, — que des femniçs à la 
bouche de travers; — chacune d'elles se désole — en disant : 
fr J'ai épousé des gens aux dents saillantes; — je n'ai pas eu 
de bonheur, — leur baraque manque de tout.?» 



* Il est très-rare de trouver, hon des vil- 
lages, un homme ou une femme kabyle qui 
irait pas, suspendu à sa ceinture, un petit 
instrament de fer, à manche court, formant 
pioche d*un côté et hachette de Tautre. Cet 
iostniment, appelé indifféremment thaka^ 
baeht ou thagdzimt, est une arme toujours 
prête qui joue un très-grand rôle dans les 
rixes si fréquentes chez les Kabyles. Les gens 
de Tiguemmounin ne sont malheiureuse- 
ment pas les mnth à h'i^ii irtvi^ Lo poi^it» 
loiir roproch*? \n df itVrn]4o\4T qiir n^iim^ 



trument<i au lieu de prendre les fusils pour 
vider leurs querelles. 

* Lalla-Khelidja était une sainte femme 
des Imecheddalen qui , pendant le siècle der- 
nier, vivait dans la montagne près du pic 
qui domine les villages d*alentour et a con- 
servé son nom. On raconte qu^ayant été huée 
un jour par des pâtres des Aît-bou-Akkach , 
elle maudit leur tribu et en particulier le vil- 
lage de Zaknoun, voisin de Tiguemmounin. 

' L* ■ <t i I II i n M I i 1 ttmkkUt a m i ('\i i^iiforc ein« 




216 



POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 






4 f o - o - o . oî 

J — **^J — ?— -^ 

^Ul;\ C>^^ jl-^^3 

/aÂ; içoub chennou 

r'efath en nefk'a ed' le k'emach , 

ar d'eg sen ilsdouddou, 

iin as : ebbmùr' d arhàt'ach , 

d' asfelad' iah'hu 

oui ih itchan ioud'efilkerrâach. 



En vérité il est juste de railler — ces acheteurs de Iri- 
pailles'; — quand ils font le compte des morceaux, — ils 
disent : ^r J'en ai apporté quatorze. -n — C'est un remède pour 
guérir ^ — et celui qui en mange est pris de tremblement. 



o\ o 



j»U»y ^-îJl JJp 



' Chez un peuple pauvre et posilircomme 
le peuple kabyle, la possession de la fortune 
doit ôlro et est, en effet, une cause puissante 
déconsidération. En observant, sur les mar- 
chés, les gens qui font la provision de viande 
de leur ménage, il est facile de reconnaître 
ceux qui recherchent ce genre de considéra- 
tion. Un homme à son aise et bien posé dans 
son village rougirait d'acheter du foie, des 
tripes on toute autre prtie de Tinlérieur de 
ranimai; ce» morceaux ne sont achetés que 
par les jKiuvrcs. I^ viande est débita en 



morceaux assez petits et, pour le même mo- 
tif, chacun tire vanité du nombre de mor- 
ceaux qu'il achète. 

* Dans certaines maladies, les Kabyles 
donnent comme remède au malade de la 
chair de poulet, de bouc ou de chèvre; Tau- 
leur veut humilier ici les gens de Tiguem- 
mounin, en leur reprochant d'être trop pau- 
vres pour employer ces remèdes et de les 
remplacer par de la viande à bas prix et de 
qualité inférieure. La viande s'achète tou- 
jours au marché en présence de tous. 



TIGUEMMOUNI^. 217 






«» - o - - OÎ 

jà|..B iiu.aji ^UftM^ \ ^ % 

Etsrer' ath Hendou, 

laoulia, ech chikh Ourouhach, 

akka d' el abadou 

ekra ourit/iebiâ eUach, 

efkasenfennou, 

rebbt, aten asen d el k'eclJc'ack 

J'implore les iionimes pieux de Hendou \ — les saiiils, le 
cheikh Ouroubach^ — et ceux qui adorent Dieu — sans ja- 
mais suivre la mauvaise voie. — Extermine-les, ô mon Dieu, 
— envoie-leur un fléau destructeur ! 

> • a T ? 1? 



fe^J-; — ^ '^ 

* o r o 3 7 



f?'enr' nesseferoH 

9€ugg as mi id ekkerer' d' arrach, 

^ Les Aïl-Hendou sont des marabouts de doiil le lomboau se trouve chez les lUoulett< 
la tribu des Aït-R'oubri. Ousammeur sur le versant sud du Jurjura , 

* Le cheikh Ouroubach est un marabout non loin de rOuod-Sahel. 



•J1S POESIES POPULAIRES DE LA kABYLlE. 

i açel ow irtddom , 

kfçiek' ùkeddou amm eek ckacL 

tiabmei âdtm 

alk (htdiekeM àomztn ar kifack ! 

t'iahm elàdom 

iggan izder'en It k'aem, 

Jétudie la poésie — depuis les jours de mon enfance; — 
rhomme de noble race ne déroge pas, — le poêle comme le 
turban est son compagnon Gdèle. — Vainqueurs de leurs en- 
nemis, — de combien d*honneurs les Aït-Ouchchen ne nous 
ont-ils pas comblés ! — Vainqueurs de leurs ennemis, — 
ils habitent en lieu sûr^ 






O rf - oî o ' •« - • . 

Ai ail Tigemmoumn y 

ai iggan iâd'emen en ni/, 

hr'ial r'efuâakbin 

tsemegarer' ezd'atk Est' if ; 

ehenir' ait tilkin 

amm itckâlchaâ * loukineç çif, 

A 

gens de Tiguenimouuin, — gens sans amour-propre 

' Celle répélitioQ de la même idée à la une espèce de clioucas qui habitent pendant 

fin d^un. couplet indique que Tautcur va Tele les rochers les plus élevés du Juijura; 

'-hanger de rime. ils sont, an dire des Kabyles, converis de 

' On appelle par ononialofK'e itckâlchaâ vermine. 



TIGUEMMOUNIN. 



ûi\) 



et sans cœur, — baudets de bât — que j'ai rencontrés en 
avant de Sétif ! — je persifle des gens pouilleux — comme 
les choucas de la saison d'été. 



jr^Mi- 



) a .i\ 



o . o ! or 0,-î- .9. 

y^/A k'eUleddin 
koul oua d'eg sen ar iteeffif, 
d' el med'eheb our th sain, 
ebd'ou d i thaddarth seg er rif, 
tsetwuzen es tkerialin. 
nitheni d' el aârgan ask' if. 

Gens de peu de parole, — chacun change sans cesse de 
parti * ; — ils n'ont pas de règle de conduite, — d'un bout 
du village à l'autre — ils se vendent pour quelques réaux. — 
Eux et la honte font société intime. 



* Les tribus kabyles ont toujours été et 
sont encore divisées en partis ou çofiy qui 
sont de véritables associations d^assistance 
mutuelle pour Tattaque et la défense, et 
n*ont rien de poti tique. 

Avant la soumission du pays, les çù/m se 
faisaient souvent la guerre, et, à rapproche 
d'une prise d'armes, chacun d'eux cherchait 
à se renforcer en attirant à lui , à prix d'ar- 
gent, les hommes que des liens de parenté 
ou des antécédents compromettants n'atta- 
chaient pas k l'autre d'unr manière irrt»- 



vocable. Dans cette lutte de corruption qui 
précédait la lutte armée, l'avantage restait 
toujours au plus offrant. Un plat de kouskous , 
quelques livres de figues, deux ou trois me- 
sures de blé données à propos, suffisaient 
pour assurer à une cause un défenseur de 
plus. Ces moyens honteux étaient réprouvés 
par l'opinion publique, mais personne ne se 
faisait scrupule de les employer. 

L'autorité française est parvenue à empê- 
cher les combats ù coups de fusil, mais de 
temps k nnlrc les haines débordent, el lo8 



â20 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

• ^ Toî ! - o T 

o -e oo-a- 3" 

D' il hem eUlaouin , 
r'our sen elfethena b es sif; 
thâia aggmrner' sin, 
ad' er'Un, h' ad our ii't'if; 
elfatsih'a our tser'erin; 
fsrroun, gezzemen ts si tsenaçif. 

Ils ne se plaisent que dans le mal, — la guerre civile esl 
pour eux une nécessité ; — mais elle dure un mois ou deux 
au plus, — puis tout s'apaise et pas un ne persiste; — ils 
ne lisent pas le fatba ^; — ils se réconcilient et partagent le 
différend par moitié. 

moti&lcsplusiDsigniGantfloccaMonnenides ration do la population dans des villa/;cs 

rixes auxquelles prennent souvent part tous resserres où les mille rapports de voisinage 

les habitants d'un viiiaf^. 11 est rare que des engendrent des inimitiés qui se changent en 

coups de fusil soient tires, les seules armes haines et divisent les familles pendant de 

employées sont les pioches, les pierres et longues années, contribue singulièrement à 

surtout les ongles, que les hommes laissent entretenir Tesprit de çof. 
croître à cette intention. Ces rixes éclatent On arrivera à atténuer les plus mauvais 

principalement en automne, à Tépoque de eflfetsdecetesprit, mais il sera toujours aussi 

la maturité des figues. Les Kabyles mangent difficile de le détruire que de faire cesser les 

immodérément de ces fruits, qui produisent coteries et les commérages dans nos villages 

sur eux une espèce d*ivresse. et nos petites villes de province. 

La vraie cause des çoft est la nécessité où ' Lorsque deux çofs, après sMtre battus 

so trouvait chacun de veiller à pa sûreté indi- longtemps, étaient fatigués de la lutte, les 

viduelle, rautorité et les lois étant impuis- marabouts intervenaient et négociaient la 

santés à protéger les personnes. L\igglomé- pacification. On se réunissait alors en armes, 



TIGUEMMOU.MN. 221 



jlJ 



Our'en ioulaouin 

r'as em cl ottdjah enni omedhif, 

t'âam elsehoffgin 

tkinidh d' at d zouint er rif. 

our osent ebrin 

koul chi d'eg sent d' am ed djif. 

Ils n'ont épousé que des femmes — au visage noir. — Le 
kouskous qu'elles préparent, — vous diriez ]a suie balayée 
du plafond; — ils ne les répudient pas — et pourtant tout 
en elles tient de la charogne. 

o ' rf TO- ? r* 

J — ft ' r I ;3> — »^ 

ElfeçaVa tsenad'in 

theffer'en d'eg ounebd'ou ed' le kherif, 

et, pour attester la sincérité de la récon- reproche aux gens de Tiguemmounin de ne 

ciliation , on lisait solenhellenient le Jaiha pas se conformer à cet usage et de faire les 

(première sourate du Coran), puis chacun choses trop sans façon pour ne pas retarder 

déchargeait ses armes en Pair. Le poëtc la paix. 



Î22-2 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

a nek our nessini 
ouannag keçed'er'ath Ouasif, 
aânaur' ait Tigemmotinin 
ak'lii am çeggad' our net' l'if. 

Les poêles parcourent le pays, — ils sortent habituellement 
en été et en automne ^ — Ignorant que j'étais! — si j'avais 
su , je me serais dirigé vers les Aït-Ouasif; — mais je suis 
allé chez les gens de Tiguemmounin — et me voici comme 
un chasseur qui a fait buisson creux. 



o o e -i 

J ^ ft A » i^, •f Jy .» ff . a tf ^l 

As mi ebbodher' r'er d!in 

k'eçeder' thadjemadth d*eg ettnaçif 

arfeU i Uâaddin 

koul oua am el ihoud bon eermif, 

our sain tisemin, 

ekkan ak d'eg mailelUf. 



Lorsque j'y arrivai — je me rendis au milieu de la djemâa^; 
— les gens passaient devant moi — comme des juifs à l'odeur 
infecte; — ils n'ont aucune susceptibilité. — Ils prenaient 
tous à travers champs. 



?a , 



^ En été , pour faire une collecte de grains ^ Voir la noie i , page 1 56 , sur la signifi- 
ci en automne de figues. chilien du mot djemâa. 



TIGUEMMOUMN. ^33 

o I® -. o.-- a-* r 

o o T o - o o? 

J ^ ft y A y m,| ^\ 

D' wrack ii d izzin 
r'elben idhan thiseglif. 
r'as n ait Ur'eimarin. 
iffer' ed kera oumesgellif, 
ar d i istkemâin, 
ou Amran abroud el h'aif. 

Les enfants m'entouraient — en aboyant plus fort que des 
chiens. — Ce n'étaient que gens aux mâchoires saillantes. 

— Survint une espèce d'imbécile, — me faisant des allusions; 

— c'était Ou-Amran au pan de malheur. 

J * ' - '^ i Jr^^ 

j .?< - ^-^ y ^à^ 

Oiir'en iUrekemn * 

feni/ otfa amm iVaik'el enni ouehâif, 

* Tharehkount , piariel thirekemn , désigne ne voas voie pas. En employan l le root lAcrv- 

ia pente d^une montagne; ces pentes sont si kenin, Fanteor veut dire que les gens pre- 

roides, qn^il saffit de passer à quelques mè- naienl des chemins dëtoornés pour n^élre pas 

Ircs au-dessous d^une personne pour qu^elIc aperçus. 



224 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

nitheni et iimr'arin 
tkaVebailitk ddekn kifkif. 
elfeçah'a ewier'nm, 
thenârtdhAUahellafif. 

Tous prenaient des chemins détournés sur les pentes de la 
montagne , — comme un coq de perdrix qui se méfie du chas- 
seur *. — Eux et les vieilles femmes — ont autant de fierté 
kabyle les uns que les autres. — Les poètes furent humiliés, 
— soutiens-les, Dieu de bonté! 

o o { eaa 2 

j — "»-^4^'^ 

jl ft « V » lll (>^— ^ 
j é — » — ifc j3 ^1* » 

Aoudden our ii zerm, 

iak kfeçtèh' seg ath eudkîif! 

thanuarth em moucUn, 

el h'adj MeVammei' ieg aur'iUf, 

d' omd'ai our ikhetUn 

am tkadjah d'eg ath ÂJif. 

Ces gens feignaient de ne pas me voir, — et cependant le 
poëte est de ceux à qui l'hospitalité est due. — La barbe de 
mouchi^, — EI-Hadj-Mehammed, de malheur, — est un juif 
incirconcis — comme une veuve des Aït-Âfif ^. 

* Les Kabyles élèvent beaucoup de per- de juifs portent le nom de mouchi (Moïse), 
drii femelles pour chasser à la chanterelle. ^ Les Aït-AGf font partie de la tribu dos 

' G^cst-à dire la barfie de juif. Beaucoup Aït-Aïdel de TOued-Sahel. 



TIGUEMMODNIN. 225 






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JiJ^t^àSi iJà^sL 



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a-&c>-m\ 



Ettr$r' k mrabfin 
elcra b <min illan d' eehrif, 
d' ath sid'i Athman d'in 
ou ain koum, ia rdjal ah'nif, 
I ait Ttgemmounin 
thah'ammalt b r'ir a$if, 
t ait Tigemmounin 
thah'atmnalt b r'ir aman. 

Je VOUS en prie, ô marabouts, — et tout ce qui est chérif, 
— vous aussi Sidi- Athman de là-bas, — et vous hommes de 
H'anif, — aux gens de Tiguemmounin — envoyez l'inonda- 
tion sans rivière. — Aux gens de Tiguemmounin — envoyez 
Finondation sans eau^ 

* Voir la noto i , page q 1 8. 



226 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Çouber^ ùefiran, 
nek r'erir' d'eg ersali; 
ar k'eççed'er' l âian 
ehekkerer' irgazen el âali ; 
our ihoufidk oui ilkan 
ait Tigemmounm djamili. 

Je compose des chants, — j'étudie les écritures^; — je 
vais d'habitude chez les gens distingués — et je fais l'éloge 
des hommes de bien; — mais vous ne trouverez pas un homme 
convenable — parmi tous ceux de Tiguemmounin réunis. 

* - a ^T o o a 




jsr^y 



lït etteçer'ifeddân 
beddoun ts id seg aith Ali, 
akka ar ath Ouâban 
Agouni n TcMeletU d' amelili, 
d' en nouba egg idkan 
ar g&rroun ei k h'amaH, 

lis se livrent à la mendicité — et commencent leur tournée 
par les Aït^Âli-ou-Harzoun ; — ils vont jusqu'aux Âit-Ouâban 
— et se donnent rendez-vous à Agouni-n-Teselent^. — C'est 
un troupeau de chiens — marchant la nuit par bandes. 

* C^est une pure fiction poétique, Idir- * Agouni-n-Teseient (le plateau du frêne) 
ou-Bahnian n*a jamais nu ni lire ni écrire. est un village de la tribu des Akbil. 



TIGUEMMOUNIN. 227 

<8 - o. 



Ml O qMI^OS. 

i— ^ij^?^ 

Aott / djenak' ir'tnan 

nek' k el d'egg ifeg ik, âalU, 

atezouireih ithran 

ma tesermuUi d'eg ouUUi 

r'er atk sid'i Atkman, 

kad'ouk le djouad', ras nuU i. 

Oiseau aux ailes peintes, — élève-toi dans ton vol, monte 
vers les cieux; — tu précéderas les étoiles, — si tu te diriges 
dans la nuit — vers les Aït-Sidi-Âthman ^ — Voilà de no- 
bles cœurs, mon meilleur capital ! 

•i - I •? . ?ï 



a 



3-4 



^\ Bî» > \\ I » »2 )^ 

Atk sid'i Seliman 
tkezouar i tkedjaddiik l ouU. 

' Les Aït-Sidi-Athman sont des marabouts paré de Tiguemmounin que par un petit pia- 
des Aït-Bouakkach dont le village n'est »è- teau servant de cimetière. 




228 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

ar essetehan s edhan 
le kheltâ illan d' el mesli 
ed djemtetk er redhoutm 
d'inna ad' zed'er'en l oAU, 

Les Aït-Sidi-Seliman ^ — ont eu un saint pour aïeul; — 

la nourriture qu'ils offrent est apprêtée au beurre, — leurs 

kheliâ sont secs à point ^. — Le paradis de Redhouan' — 

I telle sera leur demeure, ils y auront les places les plus élevées. 

o s - o, a î %• 

i Si f o Q O^ 

! ,o-e-o?.eïor 



Et' t'enman ouhhan, 

ennan : s agouni ad' en naît, 

oufir' d kera iser'ouan 

l amm ed* sid'iAk'med ou AU, 

idji d r'oê andean 

ouk'ehuach en gar onUL 

Les Temman étaient bien disposés*; — «r Nous allons monter 

' Nom d^uDe famille du village des AÎU fonctions, il choisit dans chacune des frac- 

Sidi-Athman. tions un homme qui est chai*gë de surveiOer 

* Les khelia sont des morceaux de viande sa fraction et de dénoncer les délits qui ar^ 
de mouton séchés au soleil et conservés dans rivent à sa connaissance. Cet agent 'est en 
du beurre. quelque sorte responsable de sa fraction vis- 

^ Redhùuan est le nom de Tune des par^ â-vis de l*amin, il en est la caution. G*est ce 

ties les plus privilégiées du paradis musul- qui lui a fait donner le nom de dkamên^ 

man. ttcaalion,garant9, an piurid l'amnan. Les 

* Lorequ^un amin de village entre en f emman aident Tamin dans ses fonctions 



TIGUEMMOUNIN. 229 

au plateau , -n nous dirent-ils K — Je trouvai là quelques ficelles , 
— leur amin est Sid-Ahmed-ou-Ali; ~ il ne nous laissa que 
la place vide, — ce bouc au milieu des brebis. 

-il 

, '.y Of o\ ® o. -T 

c \ '\ Ta e^-çM 

IfaddeniêaïUouan, 

tkamarth amzaun é! OucAou/i ; 

oiir iMtii U kwaran 

d' elh'aramd' dh'aM; 

douakkelis erkan , 

ma id'dcer AUak, ma iç( 



Ses genoux sont faibles, — sa barbe ressemble à celle d'Ou- 
chouli ^ ; — il ignore le Coran — et ne sait pas distinguer ce 
qui est défendu et ce qui est permis; — ses parties naturelles 

pour tout ce qui regarde leurs fractions, mais lement qudques habitants du village que, 

ils n^exercent aucune autorité directe: leur dans sa colère, il traite de ficelles. L^amin 

rôle se borne â prévenir Tamin, qui avise. et les Temman, manquant à leur parole, 

• ^ Le poète était allé chez les Aitr-Sidi-Âth- s'étaient dirigés d'un autre côté, 
man avec Tespoir qu'on ferait pour lui une * Ouchouli était un homme de Taourirt- 

collecte. Les Temman paraissaient disposés Mek'k'eren, chez les Aît-Iraten, exerçant 

à céder à ses désirs et lui donnèrent rendez- le métier de mesureur de grains sur les mar- 

vous sur le plateau qui domine le village chés. Cette profession étant très-méprisée 

(voir note i, p. 997). L'amin, Sid-Ahmed- des Kabyles, l'auteur, en comparant l'amin 

ou- Ali , lui fit aussi des promesses. Mais, en des Aît-Sidi-Âthman à un homme qui l'exer- 

arrivant an lieu du rendei-vous, il trouva la çait, a eu l'intention de lui adresser une 

place vide , ou, du moins, il y rencontra seu- injure. 



330 


POÉSIES 


POPULAIRES DE LA 


KABYLIE. 






sont pourries*, — 


il ne répète pas le i 


nom de Dieu, 


il 


ne 


prie pas. 













jCÏ ^\ gK— iï»! 

Ik'k'en ar' d'eg imr'man; 

iiaun d'eg ouen ad ioulU; 

netsa d' eWemman, 

ma âlikoum, ai thebr'am ak'Ui, 

d' elkhedaâ eg ellan, 

r'er ther'ezouth iMa thikli. 

H nous allécha par une promesse de figues ; — a L'un de vous 
reviendra , t — nous disait-il ainsi que les Temman ; — (t à votre 
service, ce que vous désirez, nous sommes prêts à vous le 
donner. ^ — C'était une supercherie, — il se dirigea vers le 
bord de la rivière. 

J^ ^ ^ Ci; ^y 

* Le poète veut dire par là que ramin sulman, accusation très-grave lorsqu'elle est 
Sid-Ahmed-ou-Ali ne faisait pas les ablutions dirigée contre un marabout qui doit donner 
prescrites par la loi religieuse à tout mu> Texemple. 



TIGUEMMOUNLN. 231 

A ras i our eggan, 
ouh'ad'ik' ismouzdceth isli, 
r'efed dounith ikfan, 
r'Uer' ech chetfa oukA enkeUi, 
amalak I ia zman, 
iour'al ed djouz d' iiiU. 

A 

ma tête, ne prends pas de repos, — rhomme intelli- 
gent écoutera mes paroles et les comprendra; — le monde 
touche à sa fin, — je pensais que les Gheurfa ne revenaient 
pas sur leur parole, -r- Malheureux temps ! — la noix a pris 
l'amertume du laurier-rose. 

• 1 ••' - t. ^\ ^^^ 

Allah its inechan, 
ai ah'anin, ketch d' amoudi, 
dâar' k s ath elk'ouran 
ath erkoud d'eg oulUli 
la nek la kera d'à illan 
therh'aanadh aner' djamUi. 

Dieu qui as créé le monde, — Dieu compatissant, toi qui 
vois tout, — je t'implore au nom des gens qui lisent le Coran, 
— au nom de ceux qui s'inclinent la nuit dans la prière, — 
moi et ceux qui sont ici, — comprends nous tous dans la 
miséricorde. 



232 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



GARDEZ-VOUS DES INTRIGANTS ET DES MENTEURS' 

PAR aOHAND-OU-AlSSA , DB TALA-N-TAZARTB. 



o a\ 



j H kJ fM gjl^ g^ , ^ ,» .. -« - 1 

Bon r'anim, izem b ou/iU» 
ad' aléser', a un elthatn, 
r'efkera en tad' tant seller' i is, 
h'aléoun ar' tsid el émJam. 

Maître du roseau, lion du bord des rivières, — je veux 
redire ici, Prophète au voile élégant, — une histoire que j'ai 
entendue. ■ — Voici comment nous la racontent les savants. 

* Cette pièce de vera est un spécimen d*un Tevenement raconté dans ces vers est celui 

genre de poésies très-répandues chez les Ka- qui donna naissance aux partis appelés , parti 

byles et consistant en des narrations de faits d'en haut (çoff-oufella), et parti d*en bas 

qui viennent à l'appui d'une maxime ou d'un ' (çoff-houadda) ^ qui divisèrent pendant si 

principe moral ; elles offrent en général pour longtemps la Kabylie tout entière ; c'est une 

nous peu d'intérêt. des explications les moins probables. 

Les Kabyles prétendent, mais sans donner MohandH>u-AiL88a, l'auteur de ces vers, 

aucune raison à l'appui de cette opinion , que vivait dans le dernier siècle. 



DES INTRIOâNTS ET DES MENTEURS. 233 

/ûwn ùugelUd' s el mal is, 

ùma f a» : ikkouçç i au ndched'am \ 

ibbau as8 tkker çehaK le h' arts, 

d' amiçaferji d'ouk el iiam , 

es souk' ikchem d ef t'erfts, 

iaf akli ar d'eg s itsaauam. 

Un roi opulent — se dit : <t li me manque un serviteur, v 
— Un jour il se leva le matin de bonne heure — (il était alors 
en voyage), — il entra au bord du marché, — trouva un 
nègre et le marchanda. 

lâoud our d'eg s etsenak'is, 
mnoui l âdjeb our th ih'atham. 
ar miimeradha iT es sid' is, 
ih'adher d el k'obdh, themekhatham. 
oum ibiin as d eàhrair is : 
a ouM i, akUd' akmmam. 

' Ou nekhed'am est ici pour om ikMemm, celai travaillant. 



23& POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Il pensait qu il n avait aucun défaut pouvant déprécier sa 
valeur, — mais il rencontra une chose étrange, sur laquelle 
il ne comptait pas. — Après être tombé d'accord avec le maître 
du nègre, — quand Targent eut été reçu, que le marché fut 
conclu, — le marchand lui indiqua les défauts du nègre: — 
crMon enfant, lui dit-il, cet esclave est un menteur intrigant, t 

Irma % as : efk iid,ma idjeza ech cher' oui is, 

d' er radU, ikheddem d ouk'am, 

ma imeldc kera d'eg el âk'el is, 

mi s saouler', ad' t tnt : anâm, 

r'as ain el cUb egg îles is, 

a th tuwui esseg s, a l islam. 

cr Donne-le-moi , répondit le roi; si son service est conve- 
nable, — s'il est obéissant, travaille bien, — et est en pos- 
session de sa raison; — si quand je l'appellerai il me répond : 
ff Voilà \v — et qu'il n'y ait à lui reprocher que le défaut de 
sa langue, — je l'accepte devant l'islam. 11 



,J*«— ^ 



o ^ 






\ 



^ 



DES INTRIGANTS ET DES HENTEDRS. 235 

Mi d ùmsa , ioud'er i iref û .- 
Ukadd kkedma $ ikam 
et çoMT ar as tkid tttmellis: 
muiUi izgaà nmefeh'amy 
arbâim tomn irdjâ l açei is, 
tfk'ed' l âcmaid' omâkkam, 

Ed arrivant chez sou maître, le nègre courba la tète; — 
son travail était irréprochable, — il crépissait un mur d*en- 
ceinte; — mais bientôt il se fatigua, — au bout de qua- 
rante jours, il revint à son naturel — et reprit ses habitudes 
de brouillon. 

3 






T o - 






Ihbcm as kera d IMuhar v^iA' iis: 

ialaBa,znU d ouekam, 

kera egg ùmtk sid* i thesak'r ilk, 

ibr^a ta d' eiiadafeU am. 

Udan isAd l amer is, 

r'Mer' et' taleb s d L'elam ; 

orra ataad' $i tkamartk is 

ebd'a am- iubeddil/eil am. 




236 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Un jour, il alla prévenir sa maîtresse et lui dit : — (t Maî- 
tresse aux beaux tatouages, — une femme a ensorcelé mon 
maître, — il veut l'avoir pour épouse en même temps que 
toi; — mais l'affaire est facile, — je suis plus fort qu'un 
taleb avec sa plume; — donne-moi un poil de sa barbe, — 
et jamais il ne changera pour toi. v 

S» l it nj^ ^ Jw j*^l 

Si m îotrr'a/ rV Mot' t# : 

h'ad'er am arak ir'ed'er le menam, 

latta theger ouzzal amê, 

r'er iihaik id essaram \ 

a k tkezdou Aemoud ir'tï is, - 

zerir' t$ ai d'eg Aessdched'am. 

De là, il alla vei^s son maître: — <r Prends garde, lui dit-il, 
de te laisser surprendre par le sommeil, — ma maîtresse a 
mis un fer sous ses vêtements ^, — elle a de mauvaises inten- 
tions contre toi : cette nuit — elle étendra le bras pour t'é- 
gorger. — J'ai vu ce qu'elle veut faire, v 

' Euaram pour tkeiaram. poche où elles placent les objets qu^elles 

* Les femmes kabyles ont Thabitude de veulent cacher. Cette poche s'appdle iti ou 

laisser déborder la chemise au-dessus de la iehitmi; les vêtements des Kabyles n*ont pas 

ceinture de manière à former une espèce de de poches. 




DES INTRIGANTS ET DES MENTEURS. 237 

o . «3 • Toi oj T o . 

A'er tiftt ùma s : our netmir. 
tnk'adhâ seg mi s el h' es. 
tkin mi theUcer or tketthêk'ad'ir, 
tkdcena r'efanzad' at tékkeft, 
auin iehir at d r'er ouniir, 
inr'a em l âdad en nak'es. 

La nuit venue, le roi dit à sa femme : ir Je n'en puis plus, -n 
— Puis sa bouche resta muette. — La femme se leva, s'a- 
vança doucement — et se pencha pour enlever un poil de la 
barbe. — Le roi alors la frappa au front — et tua l'impru- 
dente. 

• *• - *.\ - 9 " •» •! - * 

.f>i. Ji, < ^ .,31 ^ ^ 1 ft »^ jU^\ 



o . a- -; o - P , o»- 

j ^ ' ï! - > 3 *^ J>^-^^3 

i4A&' r'er / akd is iiir; 
ih'ar s oumed'ia a A iaks. 
auU ma th ouen ad' aoun neehir; 
tkemezel s el hind ithdc'k'es, 
tid' i idda d'eg oukejirir, 
mâna ed* hmmmi ag easarMies. 



238 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Le nègre aussitôt se dirige vers les parents de la femme ; 
— il a hâte de raconter ce qui s'est passé. — «Je viens, leur 
dit-il, vous donner des nouvelles de votre sœur; — elle a 
été égorgée avec un fer tranchant. — Mon maître a agi avec 
colère, — mais c'est de vous qu'il a fait bon marché, -n 

o o » o -o- ' s M 

Begesen, refed'en d south esrir, 
r'ùud'en d àbrid' s orfares; 
chmidden i ther'aUin, themdi'axouir, 
koul oua tfera d' muml in es : 
et têara ma our as nezmir, 
iouatha asouad a tk names. 

Ils se ceignent, saisissent leurs fusils, — et se mettent en 
route avec rapidité; — ils sellent leurs juments et luttent de 
vitesse , — chacun disant en son cœur : — tr Si nous ne pou- 
vons en tirer vengeance, — il nous fatidra nous couvrir de 
suie^fl 






* AUasion à Tusage des femmes, tant en signe du deuil, avec la suie attachée aux 
kabyles quVabes, de se noircir le visage, marmites. 



DES INTRIGANTS ET DES MENTEURS. 239 

- o o* o*aS 






Ovtmia, ebded'en as d r'er cmâfr 
r'er eç çaur ibna iVfmomt; 
amezzian ikker, ifrir, 
thasoukkarth bâd oua iis Mes 
leh'ak'en r'efs, tnazelikkir, 
d'egg ousou ir'eder ùh idhes. 

Hs s'arrêtent au pied de l'enceinte du roi, — près du 
rempart voûté; — le plus jeune alors se lève et escalade. 
— Après qu'il a enlevé le verrou, — ils trouvent le roi en- 
core couché ; — le sommeil l'avait surpris sur son tapis. 

j ft ^ i^ j^alXi Ja^i^ 
J ft . ft J l jyjUâb^l)^ u^ 

J ft fti^ ^l-^^iè cS 

Mi fell as essouken dekir 

ouakli amechehab mi ts ikeres, 

netsa d' ezz&udj as el mir 

hod oua id'im d'eg s ikhenounes, 

netsa d' ez zoudj as el nUr 

i senin koul oua d' amek'thoul ^ 

Après qu'ils eurent porté sur lui l'acier, — le nègre 

* Voir la note i . pa/jo a 18. 



iàO POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

brouillon ayant conduit toute l'intrigue, — l'émir et sa 
femme — étaient tous deux baignés dans leur sang, — l'é- 
mir et sa femme — étaient tués tous les deux. 

» , o\ o 0-0 ro- 

Ekkan ak d'egg oufotu n el mouth 
r'eftha our noudjib, elh'açoul, 
ik'k'oul (mrgaz d'i themet't'omh. 

Us passèrent tous dans les mains de la mort — pour une 
chose qui, certes, n'en valait pas la peine. — L'homme fut 
sacrifié à la femme ^ 






Ai ameggaz, h'akker le k'aul, 
aiagi ak haderer' h'açou th , 
d^a imi aur thekUdh alnwul, 
ùuar neêâi ed din, akhedhou tk. 

Homme réfléchi, médite ce chant; — ce que j'ai dit, 
tiens-le pour vrai. — Ne cède donc pas à la bienveillance, 
— celui dont la parole n'est pas sûre, repousse-le. 

* D'après les r^es de la coutume ka- du meurtrier et non sur le meurtrier loi- 

byle, si un homme tue une femme, les pa- même. La vie d'ua homme est regardée 

rents de la victime ne peuvent exercer de comme ayant une valeur bien supérieure à 

représailles que sur une femme de la famille celle de la femme. 



DES INTRIGANTS ET DES MENTEURS. 2/il 

A eswU'an ehr'ir eznuml! 
taerer' ek^ a rrafiâ thigenouth, 
daàr'k s es aiad'i lefeh'oul ' 
d' ekra itsaouggaden el tnauth , 
d'egg iidh egidji elfacoul, 
reh'am ar' ergaz thameft'outh, 

Roi qui n'as pas de suivants! — je t'en prie, toi qui as 
élevé les cieux! — au nom de nos seigneurs les saints, — 
et de tout ce qui craint la mort, — dans la nuit du départ 
sans retour, — aie pitié de nous, hommes et femmes. 



lO 



î2/i2 POÉSIES POPULAIKES DE LA KABYLIE. 

VI 
SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 

PAR SIDI-KALA, DRS AÏT-AÏDRL. 

^. . . o »» ?.- o 

Otitn itsah'ibbin tkir'itnith 
l âk'el our th isâi d'egg oui, 
er rai idhebber d'irith ; 
el h'aoudj n ed dounith idhouL 

Celui qui aime Toisiveté — n'a pas d'intelligence au ccçur; 
— il est mal inspire'». — Les besoins de ce monde sont do 
longue durée. 




o o a-t-OT 



Owin f/i: ih'aouhben h'aovbb t'tli , 
r»f/m //.' iherehm oussâ , 



SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 2û3 

own ik ek'k'aren tnedden d'irith 
la/aida, la d'eg 8 et' t'emâ. 
akken ag ella d'i l h'adith ; 
ouinna inr'a th oula d' ech cherâ. 

Celui qui t'aime, ainie-le; — celui qui te hait, fuis-le! — 
Celui que tout le monde désigne comme méchant — ne peut 
être utile; il ne faut pas le rechercher. — C'est ainsi qu'il 
est écrit dans les traditions; — la loi même le punit de 
mort. 



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i.4^èî ^,jji ui 



otttn ilk'emen seg ilili 
nef à our iiU, 
ag khouççen d' el mâirfa. 
akken le mah'ibba b ouakli, 
amm in ithetsen d'eg ed djifa. 

Celui qui prend des greffes sur le laurier-rose — ne fait 
rien d'utile; — c'est manquer de bon sens. — De même se 
lier d'amitié avec un nègre, — c'est agir comme celui qui 
mange de la charogne. 







Pî f î o or o J 



i6. 



2/i'4 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ik'k'el ouk'ehnoun s igourzan; 
oud'emaoun ouzan; 
à' aâr ag owr'en en nouha, 
d' izan ag zed'eren thid'ouirA 
khelant ak thezizoua. 

Le capuchon est aux talons ^ ; — les visages sont écor- 
chés*^; — c'est la honte qui a pris son tour. — Les mouches 
habitent la ruche ; — elles ont expulsé toutes les abeilles. 

^ ? \t ft V '' JS J3 

^ — ;; — i*iv — * 

Ouin our nendjim i Ifet't'a 
iak d' el kkiat'a, 
ouin âoudd ith seg el mal! 
sers en nok't'a r'ef en nok'fa 
el h'adja enni atsennek'tnal. 

Celui qui ne sait pas distinguer l'argent, — qui n'entend 
rien à la couture^, — celui-là, compte-le au nombre des 
brutes ! — Fais un point après l'autre , — et la chose sera 
parfaite. 

JU-Â — L-j2.»J » ^\ 

' En d^autres termes, le moade est ren- ^ Tous les travaux de coulure sont faits 
versé. par les hommes ; les femmes ne savent pas 

* G^est^-dire, sont sans pudeur. coudre. 



i 



SENTE^CES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 245 

O , - oî a - r 

Ovtfi our fitfzmtr t /e h'emar 
eçber, d' el khethiar! 
ed djid' ih' adder man is , 
angm^ar d' iaoui el âar 
Off etsaouki d' iman ta. 

Celui qui ne peut lutter, — qu'il patiente , c'est le mieux f 
— L'homme sensé veille sur lui-même; — l'imbécile attend 
qu'il soit couvert de honte — pour ouvrir les yeux. 

o - «f A o 



o- 0-0 "ît/*-^- 

^^^^■^^T^ g"^y^"^ ^"^^^^^^ 

Z)oiia owiemmidk et times 
d'i ech ckethoua our thesâi en nouba; 
d'eg ounebd'ou tkek'k'im ouah'ad' es, 
alemma theUa es sebba. 



Le remède du froid, c'est le feu; — en hiver, il n'a pas de 
tour*; — en été, il reste seul, — jusqu'à ce qu'il y ait un 
motif pour s'en approcher. 



- •> o o ~. ^ 

■^^ 'I f*t ^ * "' '* 
•,- o - oî o a - 

o - -2 oa -. I '^ - 

<> -o alo -« o?o? 

' C^cst-à-dirc qtic rien ne peut le remplacer. 



246 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



O f 3 



« o 



Thesselebar' thama n czd'alh, 
fell as ai netsouath , 
thessalii medden asaoun; 
am le beraber ' amm edhath 
our iselik esseg s iioun. 

Notre devant nous rend fous; — c'est pour lui que nous 
nous battons; — il fait gravir aux hommes la montée; — 
kabyles comme marabouts, — personne ne lui échappe. 






zo\ 04 



j^èH^ 



Ag elhan d' el kiasa 
ed derk ima es ser, 
thibechbechth et timoiissa , 
ez zoukh d' elkeber. 



La meilleure qualité est la politesse; — la gravité ajoute 
à la considération; — la légèreté est insipide; — la vante- 
rie est un vain orgueil. 



u . h 



*^ ûi gi^ H 



o 



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j— *j ■■■ ? f v 

o * 0-0 ?«o - ©î 
Co soul les mninhoiiLs quo Ton (l(''si|fiie par lo mol hcrahcr. 



SEMENCES, MAXIMES, REFLEXIONS. "IM 

Le kheda segg ouh'abib 
ner' segg ouneêib, 
l aad'ou oula ansi ik idhour, 
akka a îk ifesser K'ala 
ejhem, a ouiiUan d' ah'arour. 

La trahison vient des amis — ou des alliés ' ; — rennenii 
n'a aucun moyen de te nuire. — Ainsi s'exprime K'ala; - 
comprends, toi qui es de race pure. 

s » o r o <-o ol o o- 
C i ft i nj iy j*M»J^\ Ç^ 

// ad'rim ag kked'men lefdhoul, 
bob is d* amekhehul, 
ie br'i ououi is iottoudh ith, 
iroua ar'elmi i l makoul, 
imetsâ ech chahed' ne tezizauilh. 

C'est l'argent qui procure les jouissances; — son posses- 
seur vit dans les plaisirs; — il satisfait les désirs de son 
cœur; — il se rassasie de chair de mouton, — et savoure 
les rayons de l'abeille. 

J ? Î)3j3^ 



J— 

°. ^ "i o ^ - 0. o TOT 



' ()\'sl-;i-(lin» lies parents par les rommcs. 



2â8 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



-- •*• 



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JXJLJ 



An djab ik at tebegesedh aseroual, 
a ouin our neffal? 
an ebboui k ad! ah th k'issen ? 
thouthedhioujellab thikhellal, 
thek'k'ùnedh anid'a ih'açen. 

Qui t'a porté à ceindre une culotte, — toi qui n'oses fran- 
chir les crêtes^? — : Qui t'a porté à te la faire essayer? — 
Mets des épingles à ta djellaba^ — et reste en lieu sûr. 

?- o - oa - o T - s.- 

j ft y\ -Jl» j^^ ^j^ 

iVeÀ; r'enr' rf'ég* tkehuih'ath iou . 
rf'c/ 4fem bezzefk'emrer' ; 
tseh'akkirer' ben adem es ihit' iou, 
essener' ah'abib ar'a âckerer'. 
d' oui iou aie d' ech ckikk iou, 
ain r'efineka oukkerer'. 

J'ai étudié sur ma planchette^; — je suis un savant puis- 

* Dans les combats de montagne, lorsque rabe JJlâ. «percer'»), sont exclusivement 
la position de Tennemi est inconnue, ceux à Tusage des femmes. La djellaba est un vô- 



qui se présentent les premiers sur une créle 
sont les plus exposés aux coups de Tennemi 
qui peut se trouver à peu de dislance sur le 
versant opposé. C^est donc une preuve de 
courage que de franchir les crêtes dans le 
voisinage de Tcnnemi. 

* Les épingles, appelées thikheUal (deTa- 



tement d^homme consistant en une longue 
chemise descendant jusqu^aux pieds. 

^ Dans les écoles musulmanes, les enfants 
se servent pour écrire d'une petite plan- 
chette en bois. Lorsque cette planchette est 
couverte, on efface les caractères et on re- 
commence à écrire dessus. 



SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 269 

sant; — je juge les hommes d'un coup d'œil — et reconnais 
l'ami que je dois fréquenter. — C'est mon cœur qui est 
mon maître; — ce qu'il me défend de faire, je l'évite. 

À oui ùn^an l âsel kif el oued 
tkoulaouin kif le djerad 
thili oulah ah'adjer, 
ad' erououn tnedden ak ezouadj 
ad' idi le khebar idher. 

Puissé-je trouver le miel comme une rivière , — les fem- 
mes comme des sauterelles , — et qu'il n'y ait pas de pro- 
priétaires! — Les hommes se rassasieraient de mariage; — 
les nouvelles monteraient et descendraient. 






• -o' o® 






250 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

EnnOn i thouâr ech ckethoua , 
d'eg 8 tutemmidh d' ouk'errif. 
OuUah I ar thelha thefsouth 
aksoum d'eg s ag tselejlif. 
oula d' atiebd'ou ilha , 
d'eg s ag tsek'aaui edh dhâif; 
lemmer d'er rai K'ala 
tait pur izouggi le kherif. 

On me dit que l'hiver est pénible ; — c'est la saison du 
froid et de l'onglée. — Par Dieu, le printemps est agréable; 
— c'est alors que la viande devient grasse. — L'été aussi a 
du bon; — le faible alors se fortifie; — mais si l'on prenait 
favis de K'ala, — l'automne ne finirait jamais ^ 







Ilha oui ijebed'en ed dal I 
r'efthizza iffal 
^ el khouf d'egg oui is infou th, 
akka a th ifesser K'ala , 
/ ànaia n enbi ar el mouth! 

Honneur à celui qui tire le dal du fusil ^! — Il franchit 

' L'automne est Tëpoque de ta récolte ^ Le (ia/ est une pièce de fer ayant la forme 

des fiipics. C'est peut-être la seule saison de ûvt ^ dal arabe, qui surmonte le chien , et 

Pannéc où les Kabyles puissent satisfaire que Ton saisit entre les deux premiers doigts 

leur appétit. C'est aussi fépoque où les de la main droite pour armer le fusil. Un 

poètes et chanteurs font les rolleclcs les plus homme qui liro le dal est donc un homm(> 

[>roduclives. brave. 



SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. i251 

les cols* — et bannit la crainte de son cœur. — Ainsi dit 
K'ala; — la protection du Prophète jusqu à la mort! 

J — V)*V t ' ^ ^ 

O ^ - 9Î O --0? 3.. 




s\ ® -o 



O a • o 






Wl'O'M»^. .,— 

El k'oum agi d' izerman. 
ouiiddan d' ouaicdh a th ik'k'es, 
thoura d' akhir ez zaman. 
theggouth d'i medden thenk'es , 
otttn mi kheddemer' el khir, 
ik'k'el i i tsabenâmtneU, 

Cette génération est un peuple de reptiles. — Celui qui 
fait route avec un compagnon le pique. — Nous touchons h 
la lin du monde. — Les vices s'accumulent parmi les hom- 
mes. — Celui à qui je fais du bien — devient mon ennemi. 

Ekker, a l dounith, at tezeredh — ai id' em idherroun; 
el bizan edjan thout' efa — ezgan d em bâid', tsckoukcrouu , 
ik'k'el isr'i d' akennas — iour'al bon thejoujar mâloum \ 

Lève-toi, ô monde, tu verras — ce qui est advenu de 

' Voir la note i, page 2/18. geurs dVry thème produites par ie feu cl ap- 

* Les Kabyles comparent les taches des pelées ijoujar ou thik'h'ad. ( Voir la note 3 , 
pattes du porcnoptère ou vautour aux rou- page 189.) 



252 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

toi. — Les faucons ont abandonné la proie; — ils se tien- 
nent au loin, ils ont peur. — Le vautour est devenu un chas- 
seur impétueux; — Toiseau aux pattes tachées est mainte- 
nant illustre. 



jr 






Allah I elh'ad, a ed dénia, — d!râ in ai am ik'k'imen, 

ird'engeran — d' abellout' ag er'lain 

el bat ik'k'im r' elk'âa — d' itr'iagsaoualen. 

Dieu te garde, ô monde! — Deux coudées, voilà ce qui 
te reste. — - Le froment est sans valeur; — ce sont les glands 
qui ont haussé de prix. — Le faucon reste coi sur la terre; 
— c'est le vautour qui a la parole. 



1 <> V *r 






^ ill  ^ ^ y^^ ç^ 

arra d el h'ab en ter'elit', 
thazarth thoukhelit' , 
tluar'amnUh ner' ajenjar, 
90utneh'er' kera thourou thiazit' 
ed' (m/ikath igezzem migezzar. 

Donnez-moi des fruits du figuier \ — figues sèches mé- 

* Sidi-Kala étant ailé, dans une de ses figues, répondit par ces vers aux excuses 
tournées, demander Tbospitalité à des gens que lui faisaient ses hôtes de ne pouvoir le 
pauvres qui n^avaient à lui offrir que des traiter plus convenablement. 



SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 233 

langées, — tar'animt ou ajenjar*. — Je vous dispense de ce 
que_ pond la poule — et du morceau que coupe le boucher. 



Em thibbouchin et tifiras, 
ner' thachchiouin ouârraum, 
ihid!ak ak etsikerkas, 
K'aîa ag h'atnmel d' ar'ermtn. 

Femme aux seins comme des poires ^ — ou des cornes de 
jeune taureau, — tout ceia n'est que ruse; — ce qu'aime 
K'ala, c'est le pain. 

' On appelle tar'animt une espèce de figue ques habitants d^an village , voulant le met- 
blanche ; ajenjar est une figue violette. Les tre à Tépreuve , le laissèrent seul avec une 
Kabyles comptent trente-deux variétés de jeune fille d^une grande beauté; mais le 
figues. poète, qui peut-être avait deviné le piège, 

' Sidi-Kala avait conservé , dans sa vieil- répondit par ces vers aux avances de la ten- 

lesse, la réputation d*un vert-galant. Quel- tatrice. 



254 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



VII 



SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 

PAB MOnAND-ACAOUA, DE TALA-N-TAZARTB (zOVAOUa). 

Bechd'er' k,a l k'alb bou l mah'anath , 
edj ah'th'a ', ehrou i l k'oual, 
elâref d'eg ezman ifatk, 
ir'ah, idja d r'oê le khiaL 

Je veux te diriger, ô cœur affligé; — abandonne tes re- 
frains, cesse tes chants. — La sagesse n'est plus de notre 
époque; — elle a disparu, ne laissant que son ombre. 



o « o • > fol 



0,0 JO, 



o - o - oa f o - o 



i 



o -y 



JVj— *— =^j-^^> 

* Le mot ^^1 a VotaV, que les Kabyles une chasse, au lièvre ou au sanglier, au 
appliquent au chant, est employé par les moyen de traqueurs dont les cris reprodui- 
Arabes, surtout dans le sud , pour désigner sent à peu près le son de ^N^f* 



SENTENCES, MAXIMES, REFLEXIONS. 255 

Ebd'ou ouah'ed' seg el maânath 
ed dénia k'rib thour' ermal. 
l âdhem d'i thouddar iUoualk 
d' erd'i thoura ag our' en nouai 

Commençons par la première sentence * : — le monde est 
près de sa fin. — L'homme de bien, dans les villages, est 
maltraité; — c'est le méchant qui maintenant a pris la pa- 
role. 

This thenain seg el maânath : 
içab gar tmed'anen choual; 
gar tkagmats theggouth en nek'emath , 
ouar nehdhi d' egma s, la h' al. 

Deuxième sentence : — La discorde règne parmi les 
hommes; les vengeances s'accumulent entre frères. — Celui 
qui ne se sépare pas de son frère — n'est pas dans l'état nor- 
mal^. 

^ Afin de conserver, comme l^auleur, la mort par celui de ses fils qui est ju^ le plus 

même eipression dans toute cette pièce de capable de les obérer. Le produit du travail 

vers, j^ai toujours Iraduit JuUu» ou J.Ia^ de chaque membre de la famille revient à 

par $entence, bien que souvent ce que le l'association. 11 arrive cependant quelquefois 

poëte désigne par ce mot soit une maxime que la désunion se met dans la famille et 

ou quelquefois même une simple réflexion, amène la dissolution de l'association. C'est 

En arabe «jla^ è ces difl'érents sens. ce dont se plaint ici le poëte. 

* Dans la société kabyle « l'unité sociale L'exclusion des femmes de Théritage pa- 

estlafamilleetnon, comme chex nous, l'in- temel est la conséquence naturelle d'une 

dividu. Les biens restent en commun et sont pareille organisation sociale , car, si les filles 

administrés par le pèn3 de famille, et a sa héritaient au même titre que leurs frères. 



256 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

O O » *** * — "" "" o » 

o . o «- o -0 zoi - 

7%i> tkleiha seg el tnaânaih : 
ai ouh'ad'ik', ad' ak nemmal, 
iggoudj l ouk'er d' el h'achematk. 
noufa aiaoun dâan le khouaL 

Troisième sentence : — Homme sensé , viens que je te 
montre; — la délicatesse et la pudeur nous ont quittés. — 
Nous voyons les neveux plaider avec leurs oncles. 

f« -ooTaS^r 00; o-- 



le partage des biens aurait bientôt amené la 
dispersion de la famille. C*est à cette orga- 
nisation que Ton doit attribuer, selon moi, 
rétat d'abaissement où est tombée la femme 
chez les Kabyles. 

La domination française modifiera néces- 
sairement avec le temps cet état de choses , 
Taction d'un pouvoir fort, capable de pro- 
téger rindividu isolé, rendant inutiles les 
associations qui avaient leur raison d'être 
dans l'état d'anarchie où vivaient les Ka- 
byles, anarchie qui forçait les individus à se 
grouper, pour se défendre contre leurs en- 
nemis. 

Avant la révolution de 17^9, il oxistail 



dans les provinces du centre de la France, 
le Nivernais, le Bourbonnais et le Berry, un 
grand nombre de communautés nées d'une 
exigence féodale et présentant beaucoup 
d'analogie avec ce qu'on observe maintenant 
en Kabylie. Il n'y a pas plus de trente ans 
que la dernière communauté du Nivernais, 
celle des Jaux, a cessé d'exister. De même 
que chez les Kabyles, les biens restaient en 
commun et étaient gérés par le vieillard jugé 
le plus capable. La femme qui épousait un 
homme étranger à la communauté perdait 
tous ses droits aux biens de la famille et ne 
recevait qu'une dot en argent, une fois 
payée. (V. Dupin, Coutume du Nivernais.) 



SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 257 

This arbâ seg el moAnath : 
d' ouin âoudden seg el âok'k'al, 
h'ad'er ammar ad dek thessenâath , 
ennifen touddar isfal. 

Quatrième sentence : — toi qui es compté parmi les 
sages, — prends garde qu'on ait rien à te reprocher, — l'es- 
prit de parti fait glisser dans le mal. 



« -. o-o 



••To- » o -oî e<-e> 

This khamsa seg el maânath : 
akka, a oui illan d' ar'effal *, 
OUI ioumenen s ouh'abib is, inr'a th, 
inna ias : a th khed'âr', ikelai 

Cinquième sentence : — Et toi, écoute, homme confiant : 
— Celui qui se fie à son ami est sa victime; — il dit : a Je 
le trahis, parce qu'il le mérite.-» 

• - . a . 

This setsa seg el tnaânath : 
ansi erba ? si k'al ou k'al ; 

' Arfjfàl veut dire ici confiant ^ crédule, «négliger, omettrcn, que les Kabyles ont 
Ce mot a poar racine le verbe arabo Axs, détourné de sa signification. 

«7 



IM POESIES POPULAIRES DE LI kABVLIE. 

bnb is itMtiijaM es siinli. 
^ datmsstm ai d eg iismaomui. 

Sixième sentence : — D'où vient la discorde . si ce n esl des 
on dit? — Celui qui les colporte ne s'attire que ili'sagrément. 
— Le mal , voilà ce qu'il prépare. 

• * * » • - * 

r&£f «fftâ «r^ r/ maàmatk : 
aia n ei kkir d aret'l al, 
mit tzerân d'i l djei iof^a tk . 
rer h djouad' ar d'as iomr al. 

Septième sentence : — Le bien que nous faisons n'est 
qu'un prêt; — celui qui sème dans une bonne terre re- 
trouve ce qu'il a semé; — il lui en est tenu compte chez les 
honnêtes gens. 

This etkmeniâ sfg el maànath : 
d' amrabodk irebboun 1er sal, 
ain id imna enbi, irera ih , 
ar itsânanid' or iff al. 

Huitième sentence : — Ce marabout qui a sans cesse les 



SENTENCES, MAXIMES, KÉFLEXIONS. 259 

prophéties sur ses genoux, — tout ce qu'a dit le Prophète, 
il l'a lu, — et, de propos dëlibéri^, il transgresse la loi. 



- o - o . 
'JLmJ 



This tesAa seg el mannath : 
d' el k'adhi itheg thifoukal, 
el h'ak' ougoujil ikma th, 
, itedjahi i oui ikhezenen rial. 

Neuvième sentence : — Le kadhi cherche des faux- 
iuyants; — le droit de l'orphelin, il le cache, — et il se met 
du côté de celui qui a entassé les réaux. 

•• r • - mÎ - '? -» . 
o ^ o ^ ^^t ^ 






Thùt âchera seg el maanath : 
oui ibr'an et tsouba izzal. 
a ouin iredjoun l ouk'ath, 
el khatsima ed' ras el mal. 

Dixième sentence : — Celui qui veut revenir à Dieu prie. 

— toi, qui observes scrupuleusement l'heure des pi^ières, 

— souviens-toi qu'une bonne fin , voilà le capital ! 

•7- 




260 POÉSIES POPULAIUES DE LA KABYLIE. 



y4r ah'dhach seg le mâant : 
et touddar la dr'a ibet't'otm, 
d'eg zenk'an ed' lefethani 
thehan tu imznhenen ar ts kheloun. 

Onzième sentence : — Les villages qui laissent pénétrer 
chez eux la discorde — voient la guerre civile dans leurs 
rues; — les apostats des partis s'attachent à eux — jusqu'à 
ce qu'ils les aient rendus déserts ^ 




This ethnach seg le mâatii : 
errezen si thouddar le k'eroun , 
erd'i ibr'a ad' isnemi , 
r'er ezdath sid' is ma ikoun. 

Douzième sentence : — Les cornes des villages sont bri- 
sées^; — l'homme de rien veut s'élever au-dessus d'elles. — 
Dorénavant, il ne reconuciîtra plus de maître. 

^ On appelle ainzabeni, au pluriel itnza- * C'esl-à-dire, les sommilns, les gens mar- 
beuen, un homme qui va sans cosse d'un quanls, les grands des villages. (Voir la 
parti A Pautre. note de la page 367.) 




SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 261 

il**' '1 



Theltack seg le mdani : 
a oui iâban, nd'er i ouk'elinoun, 
ni amechoum, theddou s el keni, 
liod'er agellid' isserousoun. 

Treizième sentence : — Homme puissant, abaisse ton ca- 
puchon. — Malheureux, marche avec humilité; — rappelle- 
loi que le maître souverain abaisse l'orgueil. 

ûr^ Jliap j^lj3 

V^-JL^I • fr y • y ^ ^ 

Arbdt'ach seg le tnâani : 
amzils ed djehed aith ketmoun, 
oua ar erdjal izgelt le meni 
ma r'a th dthad'en, a th kheloun. 

Quatorzième sentence : — Le ressort se ploie par la 
force. — Celui qui n'a pas de soutiens manque son but; — 
si on l'attaque, il est perdu. 

-?- o - ©î o s - 



KhamHl'acIi seg le mâani : 
ed dénia ai d'eg s idherronn ! 



262 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

iggouth el h'ased d' ech cheh'ani 
oui tzeddtgen ad'/is edhloun. 

Quinzième sentence : — Le monde, voilà ce qui s'y passe! 
-; — L'envie et la haine y abondent; — celui qui est pur, on 
le couvre de boue. 









\ "' 



ThU set't'aeh seg le mâani * 
k'ouir' ilâbd' itsr'ouUoun, 
sioudk ar k th'oub el r'ani, 
he khelafel r'edheb ai rentunin. 

Seizième sentence : — Je regarde avec étonnement 
l'homme envieux. — Fais-toi aimer du dispensateur des ri- 
chesses, — et l'envieux n'aboutira qu'à attirer sur lui sa co- 
lère. 

^ » y (Hi 1 Vm> jÙsI^^^Lm)! 

o ,oy «a- «fro-- 

Sehàt'ach seg le mâani : 
d' ouin illan d' aouchfoun 
ma our ihelli d'eg s themouscni 
akken issaoui ad' as enlioun. 

Dix-septième senlence ; — L'homme» disfjracio de la na- 



SENTENCES, MAXIMES, RÉFLEXIONS. 263 

lure, — s'il n'a pas rintelligeiicc prompte, — quoiqu'il 
avance, on le contredit. 

^ » W ft 1 VdyJ jttlfilÂiî 

Thewetii'acli 9eg le tnâani : 
d' er red'ela ai hr'oun sâoun, 
our Utek'a merhaha a th tVitt 
I ineb^ ar'a d innoulfoun. 

Dix-huitièrne sentence : — L'homme inhospitalier peut 
posséder ce qu'il voudra, — ne lui demandez pas qu'il sou- 
hallo la bienvenue — à l'hôte qui se présente chez lui. 

^ » Jr_ft.!)VL»jâitfbu^j 



J3 r-fc ^ ^1 I II a X > V 

7Ai« Uâl'ach seg le tndani : 
d' oui igan thajetniU imoun, 
bat' cl el khir ia akkenni; 
d'en neUk'ad'a ag eUtkhonççoun. 

Dix-neuvième sentence : — Celui qui rend un service et 
le rappelle sans cesse, — tout le bien qu'il lait est non 
avenu; — c'est le jugement qui lui manque. 







S6A POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

This deherin seg h mâani : 

tserer' k Allah ir'ennoun, 

d' er résout Moh'ammed, d' amàanni, 

tharoudh kera d'à medhmoun. 

Vingtième sentence : — Je t'en prie , ô Dieu , qui dispenses 
les richesses, — au nom du Prophète Mohammed, notre 
protecteur, — inscris tous les assistants an nombre des 
élus! 



ÉLECTIONS KABYLES DE 1862. 



265 



Vtll 



ELECTIONS KABYLES DE 1862. 



PAR AlI-OL-PERHAT, DE BOO-HINOUN. 



J-ikJl ^ ft 9^ Vf^l 
o- ?2 TO- o. JL *5 4 J 

o. - oî ? "îo - T- o- 

0-or o St o-oâo > 

£jp/a/ r'efk, a bou thekhoulhum , 
ad' r'efk âbbed'er' afesser, 
ifodhel ik âdhim ech ckan, 
es êolt'an our nesAi chouer ! 
ouanes ti ma r'a bedeler' amkan 
ioum el h'asab thagùunits theiouer. 

Bénédictions sur toi, ô maître du sceau! — En ton hon- 
neur, je chanterai sans cesse. — Que le Dieu des grandeurs 
te comble de faveurs,- — le Roi qui n'a ])as de conseillers! - 
Assiste-moi loraque je changerai de denxMne; — le jour des 
comptes est un moment difficile. 



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266 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



. _; el ■ Bo^ • 



kl ii r. >\ i> «» *> il 



A^cÀ? rf' ah'addad' ise/ran, 
s el k'oui ajed'id' an neketseï- ; 
isaâd'iin ahaûieti ech cham, 
oui iUan d' ouh'ad'ik' ihoujer. 
ak'lar' la netheddou r'er t'elam , 
an nekchem ahrid' our nezer. 

Je suis un artisan de chansons; — je les augmenterai de 
ce chant nouveau. — Les gens heureux sont ceux qui sont 
en Syrie, — l'homme bien avisé a émigré. — Nous mar- 
chons vers les ténèbres; — nous suivons une route où nous 
ne voyons rien. 

J it ,0 , a oû^ ^\^J£a 

lousa d el ourd el bouiian ' ; 
nkoul l âm, bedeleth themr'ouv^ 
ifka d ouk'obt'an ir'san . 
ak'baili es souk' d' amdhiar, 
iierâ d'i thoud'rin k'edhrnn 
aneh'au ized' iketscr. 

' FA ourd fl hou II an e^l l'alloralion lin rranvaisj^l'onlrn «lolmii an*» ou "do bonne année n. 



ÉLECTIONS KABYLES DE 1862, 267 

L'ordre de bonne année est arrivé^ : — trTous ies ans, 
changez l'aulorité. n — Le capitaine nous a jeté des os — 



* L^autear veut dire que, chaque année 
au premier janvier, le capitaine, chef du 
bureau arabe, envoie aux villages Tordre de 
procéder au renouvellement des amins. Il 
compare cet ordre à des os que Ton jette 
aux chiens pour les faire se battre. Dans les 
couplets suivants, il développe sa pensée, qui 
est une pensée de critique du mode d^lec- 
tion à la majorité des voix que Ton a cherché 
à introduire chez les Kabyles. Ce système, 
qui nous parait juste et rationnel , est tout à 
lait en dehors des habitudes des Kabyles, ce 
qui fait dire au poète quMIs marchent vers 
les ténèbres et suivent une route où ils ne 
voient rien. Il est, de plus, complètement 
contraire à leurs idées sur le degré d^in- 
fluence qui revient à chaque classe de ci- 
toyens. La société kabyle, en effet, admet, 
sous des apparences très-égalitaires,des dis- 
tinctions de classes fort prononcées. Un grand 
(ainek'keran) de village, c'est-à-dire un 
homme jouissant d'une aisance relative ou 
ayant acquis de Tinfluence dans sa tribu par 
sa bravoure à la guerre ou sa sagesse dans 
le conseil, se croit de très-bonne foi supé- 
rieur au fellah , qui n'a pour vivre que le tra- 
vail de ses bras et a toujours été tenu à l'é- 
cart de la direction des affaires. Le fellah , 
de son côté, tout en s'indinant sans hésiter 
devant la supériorité des grands , rougirait 
d'être assimilé à un boucher ou à un mesu- 
reur de grains. Je ne parle pas des mara- 
bouts, qui forment une caste religieuse à part. 
Nous voyons tous les jours les Kabyles pous- 
ser la passion de l'égalité jusqu'à l'extrême 
absurde, mais il est facile de s'apercevoir 
que chacun ne porte que dans la classe à la- 
quelle il appartient ce sentiment qui est 



plutôt, du reste, celui de la jalousie que de 
la vraie égalité. Un fellah cédera , sans hu- 
mihation, à un homme qu'il regarde comme 
son supérieur, ce qu'il contestera au péril de 
sa vie à un fellah comme lui. 

Un système d'élection qui accorde à tous 
les citoyens indistinctement la même in- 
fluence dans les affaires du pays, doit donc 
choquer profondément les préjugés des clas- 
ses habituées à diriger seules ces affaires. 11 
ne choque pas moins l'opinion, universelle- 
ment admise par les Kabyles, sur les droiLs 
que donne à l'homme l'expérience de la vie. 
Il n'est pas un Kabyle, à quelque classe qu'il 
appartienne, qui puisse admettre, comme 
raisonnable , l'idée d'attribuer la même va- 
leur à la voix d'un jeune homme de vingt 
ans et à celle d'un homme de cinquante. 

D'après les usages kabyles, lorsqu'un vil- 
lage a à choisir un amin, les grands du vil- 
lage, les anciens, les chefs de famille (voir 
la note a , page 355 ), tons les hommes en 
un mot à qui l'opinion publique confôre le 
droit de prendre part à la délibération, se 
réunissent pour examiner les titres des di- 
vers candidats. La discussion est toujours 
longue et occupe souvent plusieurs séances , 
car chacun tient à faire son discours. Si l'on 
parvient ù se mettre d'accord, tous les hom- 
mes du village, petits et grands (mezzi mouk'- 
ik'er) , suivant l'expression consacrée, sont 
convoqués et on leur fait connaître le nom 
de t'amin qui vient d'être choisi. Lorsque ce 
choix a eu lieu dans des conditions normales, 
c'est-à-dire avec la coopération des différents 
çofê, il n'y a jamais opposition. On lit alors 
\p.fatha sur le nouvel amin et il entre en fonc- 
tions après avoir prêté sur un livre saint le 



268 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



(pour le Kabyle mauvais présage). — Il sème du goudron 
dans les villages ^ — Les haines s'enveniment et se multi- 
plient. 

o X * M- » ^ ? A ' 



£'^n lefch'oul id'erman, 
immotith oui ilian d' ech chafer, 
âd'elen ez zen d' iselnan, 
iheh'azefiedh , a ç çari el lebah'ar ! 
geren el k'oaba d' izerman ; 
oulach ah'abib ad' isther. 



C'en est fait des hommes qui guidaient les fractions; — 
tout ce qui était intelligent est mort. — Le zèn et le frône 
sont devenus égaux ^. — Prenez le deuil, ô mâts des navires! 



serment suivant, bien rarement tenu : «Je 
jure par ce livre que je ne jugerai pas avec 
partialité ; je ne cacherai pas le droit; mon 
fils sera régal de mon ennemi ; le coupable 
ne me trouvera pas de son côté.» 

Si rassemblée des notables ne peut arri- 
ver à s'entendre, elle s'en remet ordinaire- 
ment du choix à faire, soit à l'un de ses 
membres dont la sagesse et rexpériencc lui 
inspirent confiance, soit à an marabout, soit 
même à un homme étranger au village; elle 
procède enfin par voie de transaction el do 
conciliation, sans jamais tenir compte du 
nombre des voix, à moins quo rc ne soil 



pour écarler les prétentions d'une minorité 
tout à fait infime. Afin d'éviter les jalousies , 
les rivalités et surtout les vexations qifun 
çof ne manquerait pas de faire subir à t'aolre 
s'il restait trop longtemps au pouvoir, elle 
choisit aussi quelquefois l'amin dans chaque 
çof à tour de rôle et successivement dans 
toutes les fractions du village. 

La coutume kabyle n'admet pas non plus 
le renouvellement des amins à époque fixe. 

^ Les Kabyles comparent au goudron tonte 
chose anièrc el mauvaise. 

^ Le chêne lèn est un arbre dont la tigo 
s'élovo (Iroilo el sans braiiclios comme un 



ÉLECTIONS KABYLES DE 1862. 



269 



— Ils disent que les intestins et la bonne viande sont des 
parts égales*. — 11 n'y a pas d'amis pour étouffer l'affaire. 



i^-^sSî"^^ 



A-A^ 



« - « o o T .i-au f 



Le khamemsa gelzen inan , 
thoura ttk'k'elen nk d' el âsker ; 
arouan echehada s el theman *, 
âk'eler' ik'ond'am n ech cher, 
arehhi, iUd' oui ir' isàan 
f oumi ther'ii el lâmer. 



La parole était interdite aux métayers'; — maintenant, 
ils sont tous devenus des soldats; — ils se sont rassasiés de 
votes à cinq sous*. — Je connais ces visages de malheur. — 



mât de navire, jusqu'à une grande hauteur. 
Le frêne, au contraire, pousse des branches 
de tous côtés et est moins estimé comme bois 
que le zèn. 

' Par cette allusion aux partages de 
viande appelés thimecheret , i*auteur veut en- 
core faire entendre qu'en introduisant le 
mode d'élection à la majorité des voix, nous 
ne tenons compte que de la quantité et non 
de la qualité des suffrages. Dans le vers sui- 
vant, il se plaint qu'il y ait toujours des gens 
disposés à aller porter plainte, si le village 
veut choisir son amin d'après les usages du 
pays. 

' Le themen, pluriel theman, est une pe- 



tite monnaie d'argent autrefois frappée à 
Alger. Il y en a deux espèces : le themen tge- 
didoiitezirith, vaut vingt-cinq centimes, et 
le themen içah'an, en arabe ^sf ^>^, vaut 
trente centimes. 

' I^ mot arabe khammoi, pluriel kha- 
memsa ^qae j'ai traduit, faute d'autre mot, 
par « métayer r>,dé8igne un homme qui cultive 
la propriété d'un autre, à condiiion de don- 
ner au propriétaire le cinquième de sa ré- 
colte, s'il fournit lui-même la semence et 
les bœufs de labour, ou les quatre cinquièmes, 
si c'est le propriétaire qui fait ces avances. 

^ L'abus que signale ici le poêle est très- 
réel. L^s Kabyles^appartenant aux classes 



270 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Dieu, sois propice à ceux qui nous possédaient M — - A 
quoi bon une vie plus longue! 



■ •^' \\ * iM 

/4 / oualdin ir d irebban , 
ont isâan emmi 8,d' asekhkhar. 
iousa d oumekhazeni s ouzelan, 
our nouji ahrid' an noukhkher, 
ak'lar' d'i lakhkher n ezman , 
el âich erzag am le khetner. 

parents qui nous avez élevés, — celui de vous qui avait 
un fils n a fait qu'un corvéable. — Un mekhazeni éperonné 
arrive, — nous n'avons aucun moyen d'échapper; — nous 
sommes à la fin du monde. — La vie est amère comme le 
vin. 

\\ ft ix ^j h t% ) yiLdWb) 

de la société habituées à être tenues à Té- chez les Kabyles, partout où la corniplion 

cart de la direction des affaires ne voient est possible , elle existe, 
dans la faculté qui leur est donnée de par- * Pour demander, en kabyle , à un cn> 

licîper an choix de Tamin, qu*un moyen fant quels sont ses parents, on dit : Oui k 

de se procurer quelque argent en vendant ilan? trQui te possède? Sois propice à ceux 

leur vote. On peut établir en principe gé- qui nous possédaient?» , signifie donc: «Sois 

néral, sans crainte de so tromper, quo, propice à nos parents n. 



ÉLECTIONS KABYLES DE 1862. 271 






J^ 



Sak'en l emhouared' h auaman 
ik'k'el oumeziab d' el âinçer, 
it't'tj ed' ouaggour r'eban, 
achmouâ egeran d r'er kmr'er. 
theh'azenedh, a huit amezzian, 
netsa ed' dauro bon ther'emmar. 



Les fontaines ont disparu ; — le conduit n'a plus qu'un 
filet d'eau ^ — Le soleil et la lune se sont cachés; — les 
lueurs qui restent viennent de l'étoile de Vénus. — Prends 
le deuil, ô petit louis ^! — et toi aussi, douro aux pans cou- 
pés '. 

o --or o-:»- o eu 

j — ^ j-b^ ^^-^\ 

Chekoufi oud'em iê ichan 

^ Le mot outneziaby que j'ai traduit par ^ Le douro aux pans coupés est le douro 

«conduit», s'applique ici au conduit qui d'Espagne, dont les bords, souvent rognés, 

amène Teau dans les moulins kabyles et présentaient des angles saillants, et qui ser- 

consiste ordinairement en un tronc d'arbre vait aux transactions commerciales de la 

percé dans le milieu. compagnie d'Afrique avec les indigènes. 

* Le «petit louis t» est notre pièce de cinq C/cst ce que renx-ci appelaient le rial ehe- 

francs en or. kwttù 



272 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

izeri s ir'leb l dnaçer. 

itsrouh'oun hla el mizan 

ir'ah our iban l ather. 

d' es souarda ag our'en amkan. 

thêk'k'el er rah'aba d' ak'echeher. 

La figure du chekouli est altérée'; — ses larmes coulent 
plus fort que les fontaines. — II avait cours sans balance; 
— maintenant il a disparu, on n'en volt plus trace. — Ce 
sont les sous qui ont pris sa place. — Le marché est devenu 
un trafic de détaillants. 



jb< — 6^ fi< — ^ — f 

Si Gerroutna ar K'irouan 

koul le tnek'am houdeti as le çouar. 

sid'i Khelil r'ed'eren l iman, 

khalet'en le h'alal d' el meiJcer. 

r'as emchdtâ s inagan 

ad' fell ak dhebân s ez zouer. 

Depuis Guerrouma^ jusqu'à Kairouan^, — ils ont détruit 
Tenceinte des tombeaux des saints. — Ils ont perfidement 
mis de côté la loi de Sidi-Klielil — el confondu ce qui est 

' Voir à la page précédente, note 3. chez les R(>ni-Djàa(l, subdivision d'Aii- 
Chekouti est rallëration de l'italien icudi maie. 

* Gunrouma est le nom d\ino laouia ^ ftVif rotmn, ville de la régence de Tunis. 



ÉLECTIONS KABYLES DE 1862. 



27.3 



permis et ce qui est défendu. — Plaidez avec de bons té- 
moins, — et ils vous imposent leur cachet de force '. 



^ 






4^ 1^1 Çî 

O' o a - . o î 




/lotiaÀ^ a izem aberkan, 
Aali mi setnman H' aider, 
ad' izouir d'eg et' t'et/iman, 
iffgad' ikhedddan s adhar. 
ad' ifettou , el h'ak' iban , 
le h'akoum en fid' na Aotnar. 

Où es-tu, ô lion noir, — Ali, qu on a nommé Haïder^? — 
Viens, commence par les temman^ — Ce sont eux qui 
donnent le croc-en-jambe. — Tu montreras la vérité, on 
verra le bon droit apparaître. — Ce sera le règne de notre 
seigneur Omar*. 




' Le poêle fait ici la critique de la justice 
des djemâa de villages , qui , délivrées, depuis 
la domination française, de la crainte de voir 
la partie lésée faire appel aux armes, ne 
jugent pas toujours avec impartialité. Les 
premiers vers du couplet s'appliquent aux 
chrétiens. 

^ Le mol haîder est porsaii cl signilie lion. 



^ Voi r sur le mot t'emman , note 6 , p. 2 s 8 . 
Ali-Haîdcr, gendre du prophète , passe pour 
avoir été un grand coupeur de létes. Le 
poète en lui faisant appel, lui recommandede 
commencer par couper la tête aux tcmman. 

* Omar^ben-el-Khettab est un des com- 
pagnons du Prophète ; il est très-souvent in- 
voqué par les musulmans de TAlgéric. 
18 




274 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



o - ox r: 



ylt agellid', a l Karman, 

a <mn issoudoumen amar, 

etsrer' k, a bab igenouan, 

8 aâli ideben elkm^ar, 

efk ar' ed djenneth èr Bedhouan 

djemà akka d'à neh'adher. 

roi bienveillant, — qui fais tomber la pluie! — je t'en 
prie, ô maître des cieux! — au nom d'Ali, vainqueur des in- 
fidèles, — accordez-nous le paradis de Redhouan — à nous 
tous qui sommes ici présents! 



DIALOGUE. 



i>75 



IX 



DIALOGIE 

KNTRB TOUSBF-OL-KASSl DK8 AÏT-DJENNAD 8T MOBAND-OL-ABD-ALLAII 
DBS lÂZZOlIZEN (cONFBD^RATIOIf DBS AÏT-IRATEN ) ^ 



YOnSBP-OD-KASSI. 






«I- 



Ji 5 



OJT 



•< ♦ 



*A-«j/j-*-4)^ 



4 



» •' ♦ 






Nek d'ajennad' men l açel ûm 
itsrouzoun l Mou, 
mia ag rekeben owr iris, 
d' atnnâi*fieisâouddou, 
nejebbed' ed dal s el h'aris, 
mi ir' itéra ouâd'aau iknou. 

Je suis originaire des Aït-Djennad , — habitués à vaincre 



' Yousef-ou-Kassi et Mohand-ou-Âbd- 
Attah étaient deux poëtes-chanteun coolem- 
poraina et rivaux. Ils vivaient à la fin du 
siècle dernier. SMtant rencontrés un jour 
dans un village, ils commencèrent par s^in- 
jurier en vers et, comme cbes les Kabyles 



les coups succèdent promptement aux in- 
jures, ils ne tardèrent pas i se livrer bataille 
avec les instruments de leur profession, 
c*est-à-dire le tigdemt ou tambour de basque. 
C'est le dialogue qui précéda la lutte que 
nous reproduisons id. 

i8. 




276 POÉSIES POPULAIHES DE LA KABYLIE. 

Tenncnii. — Cent guerriers à cheval toujours au complet, 
— voilà notre cavalerie! — Noue tirons vivement le dal du 
fusil K — Lorsqu'il nous voit, l'ennemi se soumet. 

MOHAND-OD-ÂBD-ALLÂH. 
• ,- -o t o ï o /o- 




s 1^1 e a 



Mâioum l açel iou d' Airath, 
iggad' timed' en ech chiâa, 
mr ak tseckihouin thiferath, 
ma ra ouk'ân d'i Ifethena. 
zellaun ar medden er rekhelath 
tna ra nemelil d' el kerma. 
t keteh , ai Yousef, en tinnath, 
thifik er redjela Fat' ma. 

On sait que je suis Airath de naissance ^ — Nos gens sont 
habitués aux hauts faits; — ils ne sont pas avides de paix, 
— lorsque leur survient la guerre. — On égorge pour nous 
de gras moutons — quand nous nous rencontrons avec des 
hommes généreux. — Et toi, Yousef, fils de celle-là \ — en 
fait de virilité, Fatma vaut mieux que toi. 

* Voir sur le mot did la noie a , p. 95o. ^ G^est une injure en kabyle de désigner 

* Airath est un singulier de ml Irathm, un homme par le nom de sa mère. Le vers 
et veut dire un homme des Aît-Iraten. suivant complète la pensée. 



DIALOGUE. 



277 



YODSEF-OD-KASSI. 



Ijy^i ^-UJ_i 




9 o' O - ©' 



Mer * ibr'i d' ed djour, mek'k'ar, 
Idbbouden ed djiran is, 
iUçath ithen ezd'alk mimenar, 
h' ad ma d' ih'azzeb i tsar is, 
ma ibr'a thouddeza* en ter'emmar 
ak'oudhiâou ai d' el metkei is. 

Lorsqu'il a la fantaisie d'opprimer quelqu'un, eh bien ! ' — 
les labbouden sont ses voisins^; — il les frappe devant le 
seuil de leur porte — sans avoir à craindre la vengeance 
d'aucun d'eux. — Mais, s'il veut jouer des coudes, — il trouve 
dans les Aït-K'odheâ de dignes adversaires *. 

]|OHAlfl>-OD-lBD-ALLAH. 



c ■ » ! » b-SiJ 



> Mer^urlemmervàn. 

* T^ottdfitfza est le nom d^action du verbe 
eddez K^ûern. 

' L'aateur veut designer ici Mohand-n- 
Aïl-Kassi , aïeal dn bach-agba Bel-Kassem- 
ou-Kassi, qui, sous la domination turque, 
commandait les Amraoua du haut de la val- 
lée, et exerçait une grande influence chex 
les Aït-Fraouçen et les fractions des Aït-fra- 



ten qui possèdent des terres dans la vallée 
du Sebaou. 

* On désigne sous le nom de labbouden, 
la réunion des villages de Isahnounen, Ir*il- 
bou-Hamama, Ir^il-bou-Anou et Taguem- 
mount-Iabbouden , qui font partie de la 
tribu des Aït-Oumalou, confédération des 
Aït-Iraten. 

B La tribu des Ait-K'odheA est une des 



278 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



- «î 







c- ■ ; ■ ? •' ^ »^ c^y ce? 

cil^JfLa j^iéJl W*3rfl 

/liJ' e/ ouairad' d' inUi 
akermi ai dd'elen thouiath , 
itsegririb our iksi, 
oud'em i» our th id issenâath. 
a l ârch ilmed'en ak'issi, 
koul oua el moudja thetcha th, 
artni thouthem d'eg ath Aissi 
aiaoun ifka l makhezen thiferath. 

Le lion est l'égal du hérisson, — comme leurs épaules 
sont égales. — Le hérisson roule et ne paît pas; — il ne 
montre pas son visage. — Eh! la tribu habituée à réfléchir, 
— la vague vous a tous couverts. — Il vous a fallu com- 
battre les Aït-Aïssi — pour que le Makhzen vous accordent 
la paix^ 

trois qui forment la confédération des Ait- Les Turcs tes ayant menacés de brûler leurs 

Djennad. Diaprés Topinion générale du pays, moissons, ils demandèrent la paix, qui ne 

ib descendent des anciens Romains. leur fut accordée qu^à la condition qu^ib 

' Les Ait-Djennad s'étaient révoltés con- mardicraienl les premiers à rattaqnc des 

tre les Turcs de concert avec les Aît-Aiissi. Ait^Aïssi. 



LES SINGES. 279 



LES SINGES. 



PAR MOUAND-OU-SAÏD, DB8 AÎT-ODArOUR ' . 



g ,i> y ^ lV-»-jj3-giM> 

Letehar' â! el kkedma el kh'alal 
ketchemer' d'eg oumad'ar' ferreser' , 
s en nia ouiah en tekkelal, 
tkezzour' d'i l djenan r'erreser'; 
etchan t oufesid'en el lâmaL 
ma d' ioun ibk'i, a th âsser' ; 

■ La Irilm des Ail-Oiiak'our ou louak'ouren habite le versant sud du Jarjura. 




280 POÉSIES POPULAIUES DE LA KABYLIE. 

tna djir', iàhehar aoun el h' al, 
ma nr'ir', ouiah egg iser'. 
mentiar' a oui iddetnen akal, 
d' el âinçer enni d'eg elsaleser' , 
ar ak itheddou, itsal 
ar enga our zedder'en, erser'. 

J'ai des occupations honnêtes'; — je vais dans la brous- 
saille, je défriche — en conscience et sans négligence. — Je 
plante des arbres dans mon jardin; — les animaux malfai- 
sants par nature me les ravagent. — S'il n'y avait qu'un seul 
singe je pourrais le surveiller. — Si je laisse faire, vous verrez 
ce qui arrivera. — Les tuer! c'est un acte peu honorable. — Je 
voudrais pouvoir emporter mon terrain , — avec la fontaine 
à laquelle j'ai droit; — je marcherais, j'interrogerais, — 
jusqu'à ce que j'aie trouvé un lieu où ils n'habitent pas; c'est 
là que je m'établirais. 

* Les rochers les plus élevés du Jaijura ser loujours des hommes de garde dans leurs 
sont habités par des troupes de singes qui, jardins. Malgré les déprédations des singes , 
en été el en automne , descendent dans les les Kabyles ont pour eux un respect supersti- 
jardins des villages sur les deux vcrsanis de tieux; ils les regardent comme des hommes 
la montagne et y commettent de grands ra- que Dieu , par punition, a privés de la pa- 
vages. Les propriétaires font obligés de lais- role. 



LALLA-KHEDIDJA ET LES IGAOUAOUEN. 28t 



XI 



LALLA-KHEDIDJA ET LES IGAOUAOUEN. 



LALLA-KHBDIDJÂ. 






e )h»^l ^y ^^_LÂJ» » » Mi l ^T 

o a - o - ?- o -fr o-î oT ?ro«- o lî or e! 

i4tn, a «!»(/' t el dotUoum * — tkaouim ahrid' mitesienem; 
thanefem or' noukni d'eg en nia — ad! ieg sid'i ag eêthek'asen, 
ed' netsa ag benan le chk'af — ain Uchezen d'eg sen isten, 

Ehl messieurs les savants, — -prenez la bonne voie, puis- 
que vous la connaissez; — laissez-nous dans notre simpli- 
cité. — Dieu fera ce qui lui semble bon. — C'est lui qui a 
créé les corps; — il sait ce qu'ils renferment. 



LE8 IGAOUAOUEN. 



iJCi 



^ Lalla-Khedidja, appelée par les Kabyles rendait en pèlerinage à son ermitage. Un 

Lalla-Khelidja féiàii une sainte mara boule jour, des tolba des Zouaoua se mirent en 

de la tribu des Imechcddalen qui, pendant route pour aller lui rendre visite, mais, pen- 

le siècle dernier, habitait, dans le Juijura , dant le voyage une discussion s^éleva entre 

une maison isolée située au pied du pic qui eux, quelques-uns trouvant qu^il n*ëlait pas 

conserve son nom. De tontes tes tribus on se digne de savants comme eux dialler visiter 



282 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

A imma khelidja h ouzrou — barka asendoud'er b ouaUen ! 
noukmnebâd — ainelia d' Igaouaouen, 
lembalh nensa — ezlou itoun d'egg ouaknioim. 

Ah! maman Khedidja du rocher! — c'est assez détourner 
de nous les yeux! — Nous habitons Join d'ici; — nous 
sommes des Igaouaouen. — Nous passerons ici la nuit; — 
égorge-nous donc un de ces jumeaux ^ 

LALLA-KHBDIDJA. 
o- --0 -•r or. %^-«"-?i3 i> 

\j Mtj^ \ mil Q^k M>,fti ^jp ft 1 r.^ ,V^^ c^-sflJ 

A rebbi, efk ed ametehim — d'eg genni ad' ieg tâlaoun, 
ad' ik'efelthizi thamechoumth — ikkangar i d' Igaouaouen! 
le tnah'ibba n esen d' ar'tlif, — thamouseni n esen d' asaoun *. 

Dieu, donne-nous la neige; — quelle voltige en flo- 
cons dans le ciel! — Qu'elle intercepte le col maudit — qui 
me sépare des Igaouaouen! — Leur amitié est un chagrin; 
— leur connaissance est un chemin escarpé. 

une simple derviche. Dieu le fit aussitôt con- reprocha vivement leur morgue de savant*:, 
naître à Lalla-Khedidja ; aussi , lorsque les * Ces jumeaux étaient deux jeunes chc- 

visiteurs se présentèrent, ne daigna-t-«ile vreaux. 

pas lever les yeux sur eux; tout en continuant ' Ce vers est resté comme dicton popu- 

à faire tourner son moulin à bras, elle leur iaire à fadresse des Zouaoua. 



ÉTUDE DE LA LANGUE FRANÇAISE. 



283 



XII 



ÉTUDE DE LA LANGUE FRANÇAISE. 




As mi id innoulfa bouçouar, 
nour' thiitha s ar'etmar, 
neroua el h'ahê oumesmar '. 

Le jour où nous fut révélé bonsoiry — nous avons reçu un 
coup sur ia mâchoire, — nous avons été rassasiés de prison 
à clef. 

• ii - î # -«i »î 

o ,^, r - r .'? .' 

As mi id innoulfa bonjour 
nour' thiitha s ar'endjour, 
ek fan fell ar' l oujour. 

Le jour où nous fut révélé bonjour, — nous avons reçu 
un coup sur le nez; — les bénédictions ont cessé pour nous. 

' La peine de rcniprisonnenicnl n^a ja- mol tnesmar, qui signifie un riou , désigne 
mais existé dans les coutumes kabyles. Le ici une clef française. 




28/^1 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

o - û^ o - T r ? f 

nour' thUtha r'er tkXrn. 
tkifar' el hiba thtkhn. 

Le jour où nous fut révélé merci, — nous avons reçu un 
coup sur la gorge; — la brebis inspire plus de crainte que 
nous. 

o *• e *' o J" 

o >e -? ? ^ o« a 7? 



i4« mi ûj innoulfa hmehotin, 
iifar' el h'orma ouk'ejcun, 
akhemmas tour' aserd'oun. 

Le jour où nous fut révélé cochon, — un chien valut mieux 
que nous pour l'honneur; — le Khammas a acheté un mu- 
let'. 

J-;^5\ jUJL31t è^l 

>4« m id innoulfa loufrir 
ttour' thiitha s agechrir, 
nerouk' d'i l Aar ar ed dir. 

* C'est la même idée, en d'autres termes, au sujet des clcclions kabyles de iSOa, 
que l'on trouve exprimée par Ali-ou-Ferhat page a 6g. 



ÉTUDE DE I.A LANGUE FRANÇAISE. 285 

Le jour où nous fut révélé le frère, — nous avons reçu un 
coup sur le genou; — nous marchons dans la honle jusqu'au 
poitrail. 







4€r-»' 



As mi id innoulfa diabel, 

nour' tkiitha nehabel, 

nour'al i ikheddamen n ez zebeL 

Le jour où nous fut révélé diable y — nous avons reçu un 
coup qui nous a rendus fous; — nous sommes devenus des 
porteurs de fumier. 




TROISIÈME PARTIE. 



NOTE 

iA POSITION DE LA FEMME CHEZ LES KABYLES 

POIR StRYlB \ LMHTELLIGIIICI DU CHAHSOliS COMPRISES DAHS CITTI TBOlSlàllB PABTIK. 



La position civile et morale de la femme dans la société kabyle 

lest des plus misérables et témoigne de la civilisation peu avancée 

où se trouve encore cette société; elle est bien inférieure à celle que 

lia législation musulmane assure à la femme et, sous ce rapport, 

la loi du Coran, fidèlement observée, est un progrès incontestable 

' sur les usages kabyles. 

L'état d'infériorité de la femme se manifeste dès son entrée dans 
la vie. La jeune mère qui vient de mettre au monde un fils pare 
avec orgueil sa tête du bijou spécial qui doit apprendre à tous qu'elle 
a donné le jour à un homme. La naissance d'une fille, au contraire, 
loin d'être un sujet de joie, est pour la mère presque une honte; 
ce sera peut-être un jour pour elle, si elle n'a pas d'enfant mâle, la 
cause d'une répudiation injurieuse. 

Toujours en tutelle, la femme n'a pas qualité de personne civile. 
Non-seulement elle est exclue du partage de l'héritage paternel 
(Voir la note a, page â55), mais elle est elle-même un des biens 
meubles de la famille. 

Le mariage est simplement un acte de vente. Le père dispose à 




288 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

son gré de sa fille, sans lui demander son consentement, sans ja- 
mais la consulter sur le choix du mari. A défaut du père, ce sont les 
frères , les oncles , même le tuteur, qui disposent de la fille ; en l'absence 
de tout parent mâle, c'est la mère qui exerce les droits paternels. 

L'homme majeur peut se marier sans le consentement de son 
père; les convenances lui font néanmoins un devoir de le consulter. 

Il n'y a d'âge minimum fixé pour le mariage ni pour les hommes 
ni pour les femmes; tout est laissé à la discrétion des parents, ce 
qui entraîne de graves abus, aussi contraires à la morale qu'à la 
vigueur de la race; car le plus souvent les jeunes filles sont mariées 
avant l'âge indiqué par la nature. 

Le mariage ne donne pas lieu à un contrat écrit; toutes les con- 
ventions se font verbalement, avec ou sans témoins. Lorsque la ma- 
riée quitte la maison paternelle, un taleb quelconque, c'est-à-dire 
un homme sachant lire, récite sur elle la première et la quatrième 
sourate du Coran. Il n'y a pas d'autre cérémonie religieuse. 

Le père reçoit, pour prix de sa fille, une somme d'argent débattue 
à l'avance qui se nomme thâmamth ou tkoutchith (manger). Cette 
somme varie naturellement suivant l'âge de la femme , sa beauté et 
ses qualités comme ménagère et ouvrière; elle varie surtout avec la 
position de fortune du père et du gendre. J'ai vu des femmes payées 
75 francs et d'autres i,soo francs; mais ce sont là des limites ex- 
trêmes, le prix ordinaire est de sa 5oo francs. 

La valeur marchande des femmes est soumise aussi aux mouve- 
ments de hausse et de baisse correspondant aux fluctuations de la 
fortune publique; elle donne la mesure exacte de l'état de prospérité 
du pays. Dans les années où la récolte a été bonne et le commerce 
fructueux, la hausse se fait sentir; si, au contraire, le prix des den- 
rées alimentaires augmente, la baisse arrive rapidement. Depuis la 
soumission complète de la Kabylie à la France, le prix moyen des 
femmes a sensiblement augmenté. 

Dans certaines tribus, il est établi pour la thâmamth un prix 



POSITION DE LA FEMME CHEZ LES KABYLES. 289 

maximum qu'il est défendu , sous peine d'amende . de dépasser. Au vil- 
lage de TaseUnt, par exemple, chez les liloulen Ousammer, ce maxi- 
mum est fixé à 58 réaux (i/i5 francs); mais on comprend qu'il est 
facile d'éluder les dispositions de ce règlement ultra-égalitaire. 

Outre la thâmamth, le père peut imposer comme conditions 
[cheroui)^ qu'il lui sera donné certaines provisions en nature, telles 
que viande, grain, figues, etc. S'il ne fait pas ces conditions, le 
gendre apporte de lui-même des provisions , mais alors le prix de 
ces provisions est compté en déduction de la thâmamth. 

Le père donne à sa fille des vêtements, une ceinture et des bi- 
joux; c'est ce qu'on appelle la dot [çedakf). Ces objets deviennent la 
propriété de la femme et personne ne peut les lui enlever; dans 
quelques localités cependant, le père a le droit de reprendre la dot, 
.s'il n'a pas déclaré expressément la donner à sa fille en toute pro- 
priété. Gomme conséquence de la dot, le mari ne doit aucun vêtement 
à sa femme pendant la première année du mariage. 

Si le père a reçu la thâmamth et que sa fille vienne à mourir avant 
la consommation du mariage, la somme reçue reste sa propriété. 

Si le mari meurt , laissant sa veuve sans enfant et non répudiée , 
celle-ci rentre dans la maison de son père, qui en dispose de nou- 
veau à son gré et reçoit une nouvelle thâmamth. 

Lorsque la veuve, non répudiée, a des enfants, son père ne peut 
la revendre malgré elle ; elle a même le droit de se racheter de la puis- 
sance paternelle en donnant h son père une somme d'argent équiva- 
lente à la thâmamth qu'il percevrait pour elle. La coutume l'autorise à 
prendre cet argent sur l'héritage de ses enfants, avec le consente- 
ment du tuteur, .si elle n'est pas elle-même tutrice. La femme ainsi 
libérée peut se remarier avec qui bon lui semble, et le mari n'a pas 
à donner de tliâmamth, mais il doit s'engager à prendre les enfants 
à sa charge et à habiter la maison où se trouvent la mère et les 
i^nfants. « 

Si un homme répudie sa femme étant malade et qu'if meure de 

^9 




290 POÉSIES POPULAIRES DE LA kABYLIE. 

la maladie dont il est atteint, la thâmamth, en cas de nouveau ma- 
riage de la femme, est partagée par portions égales entre le père de 
la femme et les héritiers du mari. 

Si une femme ne veut pas vivre avec son mari, elle se retire dans 
la maison de son père; elle est alors ce qu'on appelle iamenafek't, 
c'est-à-dire insurgée ( de l'arabe ^^ « s insurger y> ). Le père n'est plus 
libre d'en disposer, et le mari conserve sur elle tous ses droits de 
propriétaire; il a le droit de la revendre à un autre le prix qu'il 
veut, sans pouvoir toutefois la contraindre seul à épouser celui qu'il 
désigne; le consentement du père est nécessaire. Lorsque le père 
accorde ce consentement, il reçoit une nouvelle somme d'argent ap- 
pelée thimema (supplément). 

Une veuve ne peut se remarier que quatre mois et dix jours après 
la mort de son mari. Cet intervalle de temps se nomme aldia, 
comme dans la loi musulmane. 

Pour la femme répudiée, Xaidia est de trois mois. 

Le mari peut répudier sa femme quand il lui platt et pour 
quelque motif que ce soit; personne n'a à lui demander compte de 
sa conduite; il lui suffit de dire à sa femme: «Je t'ai répudiée 99, ou 
de dire devant témoins: «J'ai répudié ma femme 99, pour que la 
répudiation soit complète. 

Le mari qui a répudié sa femme a le droit de lui reprendre les 
bijoux et vêtements qu'il lui a achetés. Mais cette exigence est ré- 
prouvée par l'opinion publique. 

Le mari ne doit pas de pension alimentaire à la femme répudiée 
qui est retournée dans sa famille. 

En cas de séparation , les enfants restent chez le père. S'il y a un 
enfant à la mamelle , la mère le conserve pendant tout le temps de 
l'allaitement; le père ne doit rien pour les dépenses qu'il occasionne. 

Si, après avoir répudié sa femme, un homme veut la reprendre, 
il est libre de le faire et il n'a rien à donner au père de la femme, 
mais il doit payer au village une amende qui est généralement de 



POSITION DE LA FEMME CHEZ LES KABYLES. 291 

5 réaux (t s fr. 5o cent.), et, de plus, faire à la femme des cadeaux 
en bijoux et vêtements. Un taleb lit de nouveau sur les ëpoux la pre- 
mière et la quatrième sourate du Coran ; ce second mariage se nomme 
tWrt (action de rendre). La même chose peut se renouveler plusieurs 
fois , mais celui qui userait de ce droit serait mal vu de ses concitoyens. 

Un homme qui a vendu sa femme à un autre peut la reprendre 
après que ce dernier la répudiée; il n'y a pas lieu à amende. 

Si un homme qui a répudié sa femme meurt pendant que celle- 
ci est dans sa famille, les héritiers du mari disposent de la femme 
dans certaines tribus; chez d'autres, ce sont les parents de la femme. 

L'homme qui répudie sa femme en reste toujours propriétaire, 
comme il a été dit plus haut. Il est libre de fixer lui-même ia somnie 
qui devra lui être payée pour que la femme ait le droit de se rema- 
rier. La femme est alors thamâauokt, c'est-à-dire retenue (de l'arabe 
^^jC c( retenir 9). Lorsque la répudiation a lieu par suite de motifs de 
haine survenus entre les deux familles, le prix fixé par le mari est 
quelquefois tellement élevé, que l'obligation de l'acquitter équivaut 
pour la femme à une défense absolue de se remarier. J'ai connu des 
femmes qui se trouvaient depuis quinze et vingt ans dans cette posi- 
tion. L'influence française a déjà fait disparaître d'une partie du 
pays cet usage barbare, et il ne sera pas, je crois, très-difficile de 
l'aboh'r entièrement, car les Kabyles en reconnaissent eux-mêmes 
l'abus. 

11 ne faudrait pas toutefois se hâter de conclure de ce succès partiel 
qu'il soit facile de relever la position de la femme dans la société 
kabyle; il se passera sans doute de longues années avant de voir se 
produire une amélioration notable dans ce sens. Les Kabyles sont 
unanimes pour trouver bonnes leurs coutumes relatives à la femme, 
sauf peut-être quelques détails dont ils ne contestent pas les incon- 
vénients, et pendant bien longtemps encore les mœurs seront plus 
fortes que tous les bons conseils qu'on pourrait leur donner ou les 
mesures administratives que nous serions tentés de prendre. 

M)- 




292 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Dans beaucoup de tribus , lorsque le mari d'une femme ilmniâouokt 
vient à mourir, ses héritiers ont le droit de maintenir le prix fixé par 
lui pour le rachat de la femme dont la position reste toujours la 
même; dans d'autres, au contraire, celles du bord de la mer princi> 
paiement, la mort du mari rend la femme libre, et ce sont alors les 
parents de celle-ci qui la revendent. 

D'après les usages, la polygamie est de droit commun; elle est 
cependant peu répandue dans le pays, non pas que les Kabyles 
éprouvent à son égard aucun scrupule , mais parce qu'il en est très- 
peu d'entre eux qui soient assez riches pour acheter et entretenir plus 
d'une femme; il n'y a guère que quelques marabouts qui puissent 
se permettre ce luxe. 

Les tribus du Jurjura, et en particulier les Zouaoua, sont très- 
sévères pour les infractions à la fidélité conjugale. L'adullère de- 
mande du sang, et, dans beaucoup de villages, le mari qui, ayant 
connaissance de l'inconduite de sa femme, ne tue pas le séducteur, 
ou au moins ne fait pas do tentatives pour le tuer, est mis à l'amende 
et voué au déshonneur. 

Une tentative de violence à l'égard d'une femme , de simples propos 
malséants, un geste indécent, suffisent aussi pour obliger, sous peine 
d'infamie, le mari ou les parents de la femme à tuer celui qu'elle 
désigne comme s'en étant rendu coupable. Par une contradiction 
assez bizarre et, il faut le dire, peu sage, ce cas est le seul où la 
femme soit crue sur parole; sa seule déclaration fait foi, et son té- 
moignage qui , dans toutes les autres circonstances de la vie , n'a aucune 
valeur, est admis sans examen et sans qu'on puisse le révoquer en 
doute, lorsqu'il s'agit d'un attentat à son honneur. Les femmes ka- 
byles sont très-loin cependant de mériter un tel excès de confiance. 
J'ai eu occasion de faire instruire plusieurs affaires de meurtres 
commis par suite de semblables déclarations faites par des femmes 
et, presque toujours, l'instruction a fait ressortir l'innocence de la 
victime et a démontré que les femmes avaient agi, soit à l'instigation 



POSITION DE LA FEMME CHEZ LES KABYLES. i293 

de liers intéressés à se débarrasser d'un ennemi, soit pour des motifs 
de vengeance ou de jalousie personnelle, soit encore dans le seul 
but de susciter à leurs maris une mauvaise affaire. 

D'après la coutume kabyle, en effet, la société ne se charge pas 
de punir Tadultère, pas plus, du reste, que le meurtre et la plupart 
des crimes contre les personnes, tout au plus se réserve-t-elle le droit 
d'infliger une amende en expiation du scandale. Le soin de la ven- 
geance est laissé tout entier au mari offensé, qui demeure soumis à 
toutes les conséquences de la dette de sang, c'est-à-dire aux repré- 
sailles des parents de sa victime; aussi n'est-il pas rare que, pour 
se soustraire à ces conséquences, le mari se borne à un simulacre de 
vengeance; il fait feu sur l'homme qui lui a été désigné comme 
l'ayant outragé, mais il a soin de le manquer, ou bien, il ne charge 
son arme qu'avec du sel, des grains de blé ou toute autre matière 
inoffensive. L'honneur est satisfait et la dette de sang n'existe pas. 

Avant notre conquête , il arrivait quelquefois que , dans certains cas 
d'adultère, un village croyait son honneur engagé, soit que le cou- 
pable fût étranger au village, soit pour tout autre motif. Les habi- 
tants se soulevaient alors en masse et faisaient sommairement justice, 
en les lapidant, de l'homme et de la femme qui avaient produit le 
scandale. Mais ces exécutions populaires n'étaient que des accidents 
ne forAiant pas précédents; elles n'infirmaient en- rien la coutume 
générale de laisser à l'offensé le soin et la responsabilité de sa ven- 
geance. 

Le mari étend rarement sa vengeance à la femme coupable; lors- 
qu'il n'agit pas sous l'empire d'une passion réelle de jalousie, il 
évite, tout en satisfaisant au point d'honneur, de se créer deux 
dettes de sang à la fois, et il respecte généralement dans sa femme 
un capital dont la mort le priverait. 

On pourrait être tenté de croire que les femmes kabyles déplorent 
leur sort et se regardent comme très-malheureuses. Ce serait une 
grande erreur. Elles ne souffrent nullement d'un abaissement moral 



29& POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

dont elles n'ont pas conscience et ne songent pas à revendiquer des 
droits qu'elles ignorent. Il n'est jamais venu à la pensée d'aucune 
d'elles qu'il pût exister une société où les choses se passent autre- 
ment que ce qu'elles ont sous les yeux depuis leur naissance. 

Les conditions matérielles de leur existence sont assez dures, il 
est vrai; à peine vêtues, n'ayant qu'une nourriture trop souvent in- 
suffisante, elles doivent se livrer aux travaux, quelquefois très-pé- 
nibles, du ménage. Mais la vie des hommes n'est pas plus douce, et 
elles ne font en réalité que partager la misère et les rudes labeurs 
de leurs maris. 

Les Kabyles, du reste, dans la vie ordinaire, ne sont des maris 
ni plus exigeants ni plus intraitables que le reste des hommes et, 
chez eux comme partout, la femme acquiert toujours, dans le mé- 
nage, l'influence qu'elle mérite, soit par l'afiection qu'elle sait ins- 
pirer à son mari , soit par la supériorité de son intelligence. 

Dans cette note succincte , j'ai dû me borner à indiquer sommai- 
rement les faits principaux qui caractérisent la position de la femme 
et dont la connaissance m'a paru indispensable pour l'intelligence des 
poésies contenues dans la troisième partie de cet ouvrage. On trou- 
vera , dans un travail prochain que j'ai entrepris en collaboration avec 
M. Letourneux, conseiller à la cour impériale d'Alger, des détails 
beaucoup plus complets sur tout ce qui touche à l'état dès per- 
sonnes, et, en général, au droit civil et pénal. 



DES MARIAGES. 295 



DES MARIAGES. 



PAR SI-MOHAMMBD-SAID DES AIT-MKLLIKEUCH. 







Azouadj n etzourant, 
thonatha thamak'k'ant : 
aktmfi thetcha th 
our thesâi thaouant. 

Une femme grande et robuste — doit être tenue à lat- 
tache : — elle mange les provisions du koufi * — et n'est ja- 
mais rassasiée. 



is 



-^î 







y^^. 



' On appelle akouji un de ces grands figues, fèves, glands, elc. Cesl, en géné- 

vases en terre qui se voient dans la plupart rai , le seul magasin de la famille. Dans 

des maisons kabyles et qu'on emploie pour quelques tribus Vaknuji est en roseaux on en 

conserver les provisions, telles que grains, sparterie. Le pluriel d'akou/i est ikoufan. 



296 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Azouadj n eml ed'nag, 
esserris iourag, 
netsath am ed dabba 
igenen d'egg ouferag. 

Une feiiiQie aux joues pendantes — n a plus aucun at- 
trait, — c'est comme une ânesse — qui couche dans la cour. 




Az4nMdj n emn auk'etnnwuch 
ch(ndfar' ts amm ouk'ehouch. 
rna our thestrisedh afous 
altafedh abdouch. 

Une femme qui a une grande bouche — se compare à un 
pot. — Si vous ne le couvrez de la main, - vous j trouvez 
un insecte. 




Azouadj n em el h'anak 
itsourrith el kelak ; 
.d' akoufi, thetcha th 
our ik'k'im ouaila h. 

Le mariage avec une femme joufflue — engendre hi ma- 
ladie; — elle vide ton koufi -— et ton bien a disparu. 



DES MARIAGES. 297 




• a, -S ro fo-î 



Ci, 



Azouadj en taddarth 
itset't'Hthamarth: 
ad' ak thessaU aêooun , 
aUemouih tkaoukêartk. 



Prendre femme dans son village, — c'est se raser la 
barbe * : — elle le fera gravir la montée — et tu devras en- 
core descendre. 




Azouadj en toîJcemchth , 
thessafag thamâichth. 
fna thetkebâ ir'erd'ain 
ad' effer'en takkelidjL 

Une femme ridée — effarouche la fortune. — Les rats, à 
son approche, — sjortent du village. 

Jl ;û :^ » gl^y 

o.- o si o o • f 

i — *< — j»<- > ^ "-f 

• CVst-ii-dire abdiquer sa volonté cl sa difpiité d'homme. 



■ j 



298 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Atauadj n emm ijoujar, 
ehottbar' (9 amm amrar. 
ma djir' U d'egg tri o« , 
à! emtni * ougézzar. 

Une femme qui a des rougeurs aux jambes \ — je la com- 
pare à une corde. — Si je la laisse à mon cou, — je suis 
un fils de boucher^. 




Azcmadj ùwrrar'en, 
ikesouar' ibâoun, 
edj si ras el mal 
iùHokken r'a ts ar'em. 

Une femme jaune — gaspille les fèves ^. — Abandonne 
une partie de ton capital — pour qu'on te la reprenne *. 

Ci \ m 1 Oiy^y 

' Voir la noie 3 , page 1 89. tome) appelé thifekerth ùheUen ibdouu, 
* C'est-à-dire un homme vil el mépri- insecte mangeanties fèves, qui, en enievanl 
sable. La profession de boucher est très-më- le pollen des fleurs, empêche la fécondation, 9 
prisée des Kabyles. Elle est exercée presque ou bien encore : « comme la maladie appelée 
exclusivement par des nègres et leurs des- ourrar' (le jaune) qui attaque les fèves.» 
cendants. * Le mari qui répudie sa femme a le 
' Pour compléter la pensée de l'auteur, droit de la revendre. Voir la Noie sur la po- 
il faut ajouter : «comme Tinsecte jaune (et'- sition de la femme chei les Kabyles, p. 287. 



DES MARIAGES. 299 

Azmadj en Umr'emiU, 
thouatha thastb. 
ma tkethebd ir'erd'ain, 
ad' effer'en tir'tU. 

Le mariage avec une femme sale^ — nécessite une mar- 
mite *-. — Si elle poursuit les rais — ils sortent de la crête'. 

9 P f - • T ««-«î 
C> u> ft 'ai ft "i ftl 4>^^*d 

«j» ®î • T? - 

Çii >•>! ft m •< il gj > Mt 

Azouadj n etfennichth 
choubar' ts am thamchichtk , 
iouatha ougechd'tmr 
» el h'aâ en tiehchickth. 

Le mariage d'une femme camarde\ — que je compare à 
une chatte, — doit donner lieu à des lamentations — avec 
le dessous d'une motte de fiente *. 

* Le mot tour emit s^applique générale- beaucoup d^bommes et de femmes dont le 
ment à une cbose moiâe. nez est affaissé par suite de la destruction 

* Pour se noircir la figure en signe de des cartilages intérieurs. 

deuil. * Chez les Kabyles, comme chez le» 

^ Le mot crête ((tr'i7<) est ici synonyme Arabes, lorsqu'un malheur survient dans 

de rue. Les villages kabyles sont, en gêné- une famille, les femmes ont Thabitude de 

rai, situés sur des crêtes très-étroites de témoigner bruyamment leur douleur en 

montagnes. La rue principale , et le plus poussant des gémissements et des cris per^ 

souvent la seule du village, est la crête elle- çants. Elles s'arrachent en même tempe les 

même, ce qui fait que, dans la conversation , cheveui , s'égratignent le visage et se cou- 

on emploie indifféremment pour la désigner vrent de cendre, de poussière, de suie et 

les moU crête ou rue. même d'ordure. Le poète veut dire dans ce 

* La siphilis exerce d'affreui ravages daiL^ couplet que le mariage» avec une femme ca- 
la population kabyle, aussi rencontre-t-on morde est un malheur qui doit être pleuré 



300 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

O î^ -O -TO,- «î 



Baâd' i zouadj erk'ik'en, 
br'anak âouk'en; 
ar' kan thameziant, 
isin ag elak'en. 

Repousse lout mariage avec une femme maigre; — ou 
veut que tu ne sois ni marié ni à marier * ; — prends seule- 
ment une jeune fiHe, — c'est ce qui te convient. 



TO* ÏToto ,-o2 




Azouadj n etchelhabth ; 
tkouatha thendabth : 
ckoubar' ts am tkak'jount, 
ai thekkath tharbabth. 



avec les lamenta lions ordinaires. Il regarde 
ce malheur comoae assez grand pour que les 
pleureuses se barbouillent la figure avec la 
fienle encore fraîche prise à la parlie infé- 
rieure d'une de ces molles que les femmes 
kabyles font sécher en les appliquant conlre 
les murs, pour s'en servir ensuite comme 
combustible. Ces moites de fienle s'appel- 
lent en kabyle thichchichin et au singulier 

thichcfiicht ; en arabe on les nomme J^^* 



^ Le verbe arabe âouok' ci^ , dans le 
sens que lui donnent les Kabyles* ne peut 
pas se traduire en français, Tidée qu'il ex- 
prime n'existant pas dans noire société. Bran 
ak âouk'en signifie:» On veut te mettre dan:» 
la position d'une femme thamaonk'i,r> c'est- 
à-dire, d'une femme qui n'est plus mariéi'. 
et ne peut plus se remarier. (Voir la Note sur 
la position do la femme chez les Kabyles, 
page 287.) 



DES MARIAGES. - 301 

Le mariage avec une femme albinos — est une cause de 
lamentations^ : — je compare une pareille femme à une 
chienne, — ce qu'elle dit n'est qu'un aboiement. 

9 jO - o 7 «1-0* 



g1 %\^\ CJUL^JJ 

J^i ^^ J£Î 

Azouadjn ethezt'out' 
d' esser isget'egout' : 
hr'ir' ts t oukhkham 
al tsekhed'em thad'out. 

Le mariage avec une jeune enfant^ — c'est le bonheur 
qui gazouille : — j'en voudrais une dans ma maison — pour 
travailler la laine. 

j — * — ^> — ^è^i? 



o * - oï o T 9 , 

J ^ J » D ? 



Azouadj bezt'out'eti 
d' el mesk itsfouah'en: 
d'ichk'ofem babour 
mi rkeben rouk'en. 

' Le mol ihend'abth est la forme kabyle la poésie kabyle que dans ta conversation 

de Tarabe i^oJoa jûjJ « lamentation ». 11 ordinaire. Suivant les exigences de la rime, 

pst employé ici , pour les besoins de la rime, le poêle prend indifféremment ses expres- 

H la place du mol kabyle agechdour, qui se sions dans Tuue ou Taulre langue. 
Irouve dans un des couplets précédents. On ' Le plus souvent les jeunes filles Font 

peut voir, par cet exemple , pourquoi la pro- mariées avant d'être nubiles. ( Voir la Note , 

portion des mots a ni bes est plus grande dans page u 8 7 . ) 



302 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Le mariage de deux jeunes enfants, — c'est le musc odo- 
rant; — sur un bateau à vapeur, — quand on s embarque, 
on part^ 



jy 



i 70 ,-oî 




Azouadj n emm our'endjour 
d' el heni n el lajowr : 
ad' efker' mita 
r'as ad' ii ther'our. 

Une femme au nez bien fait, — c'est une maison en 
briques : — je donnerais pour elle cent réaux ^, — dût-elle 
ensuite me quitter. 



J>^ 



o Q «> ô{ 



o ^- «î ? r -I 
jj 'j -*' g ^ M 

Azouadj n em el âioutij 
tsah'ibbin ts k djenoun : 
a te ar'er' s cuekf, 
r'as ad' ii erfoun. 

Une femme aux sourcils arqués^ — est aimée des génies. 
— Je la prendrais pour mille réaux *, — dût-on ensuite 
m'exiler. 

' G*e8tr-à-dire , le toyage est sûr et fadie. yeux », mais les Kabyles remploient dans le 

* Cent réaux représentent aSo francs. sens de sourcils. 

^ Le mot âtoun est arabe et signifie «les * Mille réanx valent fl,5oo .francs. 



DES MARIAGES. 303 

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■^lv>i>- 




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j .?^ * . 1? J " ' 2 ' ^ 

Azouadj en tin onr nezour our nerk'ek' 
choubar' ts amm ah'arek'; 
laouan d'eg ifessou, 
koul ehiê itsirrek'. 

Une femme ni grosse ni maigre — est comme une forêt', 
-lorsqu'elle s'épanouit, — tout en elle brille d'un vif éclat. 

i 



Baâd' i zouadj en tin ibran 
à! asakou imegeran, 
koul ioush d' el harach 
theeouar' ed djiran. 

Repousse toute union avec une femme répudiée, — c'est 
un sac de faucilles*. — Tous les jours ce serait des disputes, 
— à troubler le repos des voisins. 

* Ah'arek' est une forêt où se trouvent * On exprime la même idée en français, 

plusieurs espèces d*arbres et surtout des en comparant uoe personne à un fagot d*é- 

fleurs , généralement des cystes. Une forôt où pines. On remarquera la ressemblance d*a- 

il n'y a qu'une seule essence d'arbres, chênes gakou avec notre « sac » ; on sait que ce mot 

verts, chênes zèn, etc. se nomme thezgi, se retrouve presque dans tous les idiomes. 



.-iOâ POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



Azouadj en temessasth, 
choubar' t0 am therçaçth . 
mt thekthaledh ir'U 
thesnemi thard'ast. 

l'ne bavarde insipide — est semblable à une balle'. — 
Si tu mesures la longueur du bras, — elle y ajoute Tempan. 

J ft ft ft , 1 gij^y 
J ^ ï — ^^s\ 



c^ • i' r ^" \ "^r 



/lzot(iu(^' n etnm eniir; 
iouatha oumenir. 
ouUahl ma nour' its, 
oula s oulmesir. 

Une femme au front saillant — est une cause de deuil. 
— Par Dieu ! je ne l'épouserais pas, — même pour une 
peau de mouton^. 



— ' »êb3^ 

4— 3iJteJL^>i 



o o ^ ^> 

é — ^ — > — -J 

' Qui dépasse le but. qui se place sous le moulin n bras pour n*- 

* On appelle almetir la peau île mouton cevoirla farine. 



DES MARIAGES. :]05 

Azouadj n en nefkka 
ad' au d' elfodhih'a, 
ùuUahlmanùur' its 
oula » el meUcha, 

Une femme orgueilleuse — est un sujet d'opprobre. — 
Par Dieu ! je ne la prendrais pas, — même pour une semelle 
(le soulier. 




Azouadj el lâmoum 
d'egg oui tau i 
ânnar' k,a rehhi, 
mena i ieg ech ckoum. 

Epouser une cousine — est aigre à mon cœur. — Je t'en 
prie , ô mon Dieu ! — préserve-moi de ce malheur. 




Azouadj en tagmats, 
oullahl ma nebr'a tk I 
d'oui iou ai d' ech chikh 
tMOufour thabrats. 



Épouser sa nièce! — par Dieu! je m'y refuse. — Mon 
cœur est ici le maître — qui me dicte cet ordre. 



30G 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 












Azouadj en tadjalt 
choubar' ts am ther'elalt; 
oullah 1 our ts our'er' 
s ouzgen en terialt. 

Une femme veuve — se compare à une boule * ; 
Dieu ! je ne la prendrais pas — pour un demi-réal. 



— par 



-«î 



or* ,o-o' 




Ak'bailiiour'en thamrahot' 
oullah ! our itestheh'il 
ak'joun en temecheret' 
our d'eg s le melah'i. 

Le Kabyle qui épouse une maraboute '^ — n'a , par Dieu ! 
pas de vergogne. — Le chien qui court les partages de 
viande' — n'a rien de bon en lui. 



' Ther'elalt est une boule en bois ou en 
chiffons avec laquelle jouent les enfants. 
Dans les tribus de TOued-Sahel , auxquelles 
appartient Fauteur, le mot veuve est pour 
ainsi dire synonyme de proitituée. En com- 
parant une veuve à une boule, le poète veut 
dire qu^elle est le jouet de tout le monde. 

* C^est4-dire un homme qui prend une 



femme d^une condition supérieure à la sienne. 
^ Dans les villages, il est d^ usage d^acheter 
avec Taisent de certaines amendes, de dons 
et d^offrandes faites au village, des bœufs 
ou moutons dont la viande est partagée par 
portions égales entre tous les habitants du 
village. Ces partages se nomment t^merhe- 
ret* en kabyle, et en arabe oit;id. 



DES MARIAGES. 

o a 



307 



J«»1 J .. ft - S^ 1 1» 



Oiitn tour' en iar' el âali, 
d'i l açel ag etsili nefaâ, 
ad' iah'Um oui d' el mehli, 
d'i ed dounnith ad' imetsaâ. 

Que celui qui se marie prenne une femme de bonne fa- 
mille ! — La naissance garantit la convenance. — Le cœur 
malade se guérit — et jouit des plaisirs de ce monde. 




308 



POÉSIES POPULAIRES DE L4 KABYLIE. 



Il 



PHILTRES ET SORTILÈGES'. 



F4R M0IU^D-0U-MES40CD, Dl « ILLAGR DE TB%K'EBBUl ZT^, 



CHCl LIS AIT-ftA^I. 



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A • 



£#i!afii âli houm, a id'mim, 
fnedden gemman ak id'mim 
wk semmar' ak k'aid' el h'akim ! 
ergaz iùu at terredh d' abekim , 
ad' r'efê efsâbbir' aUm ! 

Salut, aubépine^! — les hommes t'ont nommée aubépine, 
— moi je t'appelle le caïd qui commande *. — Transforme 
mon mari en un âne — à qui je ferai porter la paille ! 

■ Les femmes kabyles sont trës-adonnées lement formulés par les feimnes qai en font 
aux pratiques superstitieuses. Elles compo- 
sent des philtres et des sortilèges avec une 
foule de substances auxquelles elles attri- 
buent des vertus mystérieuses pour faire ob- 
tenir ce qu*on désire. Dans ce morceau, 
qui est plutôt de la prose rimée que des 
vers, Tauteur passe en revue quelques-unes 
de ces substances, en y ajoutant toujours les 
vœux qu'il suppose être le plus habituel- 



usage. 

' Thak'erbouzt, en arabe GrfbiMsa , est un 
village des Aït-Kani, tribu du versant sud 
dn Jurjura. Tkak'erhouzt est le diminutif de 
ak'erbouz y qui signifie un arçon de selle. 

^ Ce commencement de phrase est la 
formule adoptée pour toutes les invocations. 

* Les diverses qualifications élogieuses 
données par les femmes aux substances 



PHILTRES ET SORTILEGES. .309 




Eslam âlikùutHj a thigounsiouin , 
ad' issar'U rebbi thoulaouin! 
thin khet'eben es theU mita, 
arbâ mita our tê etsaouin I 

Salut à vous, ô racines M — Dieu fasse renchérir les 
femmes^! — que celle dont on donnait trois cents réaux^ 
— ne soit pas livrée pour quatre cents! 

o ' o -«î o— î H»- rf-, oor î 

o o -or -oaa! y»-î- ••Jrî 

S .b l " ^ ^iMi UM C» Ml JH ft ^ 

A kount iâzzi rebbi, aiazar en tefnchtmmin ! 

ad' akautU ieg rebbi, amm er rak'ba en ter'edkouin, 

khamsa seUa s bon âcherin I 

Dieu vous afflige, souche de méchantes femmes! — qu'il 
fasse de vous un marché de mauvaises chèvres, — qu'on 
en donne cinq ou six pour trois sous * ! 

qu'elles emploieot pour leurs sortileges sont , * Voir la Note sur la positioo de la fem nie 

en général, choisies dans cette chanson chez les Kabyles, p. 987. 

pour les besoins de la rime. Le caïd qui ^ Trois cents réaux représentent 760 fr. 

commande, k'aid W À'aJktm, est id pour ri- ^ Les Kabyles appelaient bou âcherin la 

mer avec id'mim, le nom de raubépine. vingtième partie du double real boudjou, 

' On appelle ihigounaitmin^ au singulier c'est-à-dire seise centimes ou environ trois 

(^gomifa, les radnesdu dis, du palmier nain sous de notre monnaie. C'est une simple 

et de plusieurs autres plantes. Thaga/uma est manière de compter, il n'y a pas de pièce de 

aussi le nom d'une plante. monnaie de cette valeur. Maintenant quelos 




310 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

« o,- or o^ • 2.-*^ o T J-o 

* «I - <• T ^ o- ©«r--^» ^-oî ^O'ol or 
•©• a a? a - f-oa-r^r^o-o"! or^ 
as o 4 •• ' 

?o- rjr-o «. * «1^ a - o- 



Eslam âUkoum, a thazouggarth ! 

r'our i ergaz thet'olm ilh thamarth ; 

mi d ikcketn, areter' th es Htemrartk 

effet' er' nad'ir' d iak thaddatih, 

r'as ad' isâou thak'edhâith d'eg thella met takerarth* 

r'as ad isâou senath en testhan imon thagmarth, 

r'as ad' isâou thaiouga isserouth miiet tannarih , 

aiagi r'a d'à sekker' d'egg oukhicham, 

our issagar la tkimzin oula (hazarth. 

Salut, ô jujubier nain ^ ! — j'ai un mari auquel la barbe 
a pousse injustement 2; — lorsqu'il entre, je l'attache avec 
une corde, — puis je sors et vais me promener dans tout le 
village. — Eût-il un troupeau de cent brebis ', — eût^il deux 
vaches et encore une jument, — eût-il une paire de bœufs 

Kabyles sont habitués à la monnaie fran- lement : «la barbe Ta lésé, lui a fait une 

çaise, bou âcJufrin veut dire trois sous exac- injustice n. Tobn est Taltëration de Tarabe 

temont. >JLk. 

* Thazouggarth est le noDfi kabyle du ju- ^ En faisant cette enumeration , la femme 
jubier nain appelé vulgairement par nos sol* veut donner Tidée d*un homme très-riche, 
data «déchire-capotes 9). Ou peut juger par là de ce qu'il faut enten- 

* Thet'olm ith thamarth veut dire litière- dre par richesse rhei les Kabyles. 



PHILTRES ET SORTILÈGES. 311 

qui battrait cent meules de grain ^ — tant que je serai dans 
sa maison, — avec tout cela, il n'économisera ni orge ni 
figues. 

A kem iàzzi rehhi, a thar'ioult thaoustarth ! 
ergaz itn ed' bob en tenemmarth, 
ad iaoui el h'adjela en tesoumtnarth , 
kem, a kem id'egger et taouksarth. 

Dieu t'afQige, vieille bourrique ! — ton mari^ést un homme 
ferme et persévérant; — il prendra une jeune perdrix du 
versant sud, — et toi, il te fera rouler en bas de la descente. 

J3 ^ 4 te— ^J— 5^ 

j » y vT»* C:: — U ^r 



Eslam âiikoum , aiazimbal 
ergaz agi our i ikeou ara , 
ad' ieg rebbi ass a a i ibra. 

Salut, ô pomme de pin^! — ce mari que j ai ne me plaît 
pas, — Dieu fasse qu'il me répudie aujourd'hui! 

o Sa' rf- ^ - •; 

' £a Algérie, comme dans le midi de la que Ton fait tourner en cercle sur les gerbes. 
France, le battage des grains s'opère au ' On appelle en kabyle azim^ ou ozotimôt 
moyen de bœufs, de chevaux ou de mulets le fruit des conifères, pin, sapin , cèdre , etc. 



312 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 




A kem iâzzi rebbi, emm et' t'emha ! 

ergaz im à' ezâim iâba , 

ad iaoui i'ùuilt er rek'ba, 

kem, a kem iiij am tharah'ouith en tessirih n atk Chibba. 

Dieu t'afflige, femme aux grosses lèvres! — ton mari est 
renommé pour sa bravoure, — il prendra une jeune fille 
au col gracieux — et te mettra de côté comme la meunière 
du moulin des Aït-Chibba'. 



? ! o aï«-o -'oTÎ?.oî 

jâg «ïi tr ol g^^ » util Ça^I 
• * •--.?" 3 'î 



Eff/om a/t kown, ai akerrouch , 

medden setntnan ak akerrouch, 

nek semmar' ak el k'aid' Amrouck. 

br'ir' ergaz iou our t ikkath, our i iur'ouch , 

br'tr' a th sebededer' amm âchouch 

a th ekkather' s akher^oueh. 

Salut, ô Kerrouch*^! — les hommes t'ont nommé Ker- 

' Les femmes préposées à la garde des ' Kerrouch est le nom par lequel on dé- 
moulins sont généralement de vieilles indi- signe le chêne verl. Peuln^tre ce mol vienl-il 
gentes ayanl «ne réputation équivoque. de qfterett». 



PHILTRES ET SORTILÈGES. 313 

rouch, — moi je t'appelle le caïd Amrouch. — Je demande 
que mon mari ne me batte ni ne me querelle, — je demande 
à le faire tenir debout devant moi comme une hutte de bran- 
chages, — pendant que je le frapperai sur le museau. 




j»g... in i fi l j ( W » ,1 ( J 1 j t * ^ ^ 

A kem iâzzi rebbi emm oukerauch ! 
ergaz m em à' amouh'ttnmeh, 
ad iamù el h'adjela emmenkowh, 
kem, a kem id'egger am k'eehchaueh, 
a thar'wuU tnkar h'ammoueh. 

Dieu t'afflige, mère de bâtard! — ton mari est un dé- 
gourdi, — il prendra une perdrix au plumage varié, — 
loi, il te fera rouler comme une écorce de liège. — ânesse 
({ue pousse devaut lui Hammouch. 



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j^^jy,^ » ft i V ^ ft m W 



Eêlam dWeoum, ai amezzir! 
tnedden semman ak amezzir, 
nek, semmar' ak k'aid' elauzir! 
hr'ir' ergaz iou ow iikkath, our i izmir. 

Salut, ô lavande! - les hommes l'ont nommée lavand<\ 




ZU POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

— moi, je t'appelle le caïd vizir'. — Je demande que mon 
mari ne me batte pas, ne puisse rien sur moi. 



^ kem iâzzi rebbi emm ouzemhir! 
a thar'wult m egan ed dir, 
oufir' thdcsa d'i mejjir; 
mi theteha ar d' ibzeg ouâddir, 
ar ihesêenk'ar r'er d'efir. 

Dieu t'afflige, grosse ventrue! — ânesse à qui on a mis 
un poitrail — et que j'ai trouvée paissant dans les mauves ! 

— Lorsqu'elle a mangé jusqu'à ce que son ventre soit enflé , 

— elle lâche des vents par derrière. 

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£!9^m âlUunun , ai tyenjar I 

ergaz in ou d' aousêor, 

ed' hou i^edkan en tegoueherar, 

• K'aid' el ouzir est ici pour rimer avec en Irès-grande abondance sur les monta > 
amezzir, nom de la lavande sauvage qui crotl gnes de la Kabylie. 



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PHILTRES ET SORTILÈGES. 315 

a th iner' rebU s ougoutrar! 
ouin oujir' ad' id' es nourar. 

Salut, ô figue violelle M — mon mari est vieux, — ses 
genoux sont sales : — Dieu le fasse périr sous la hache ! — 
Je pourrai jouer alors avec le premier que je rencontrerai. 

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O. a » O 
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LJj-JbLiM3_^;\ 



A kem idzzi rebbi, emm ouzemhar! 
ergaz in em d' achaourar, 
ad iaoui el k'adjela en tewummar, 
kem, a kem id'egger aouksar. 

Dieu t'afflige, femme au gros ventre 1 — ton mari est vif 
et alerte, — il prendra une perdrix du versant sud, — toi, 
il te fera rouler en bas de la montagne. 



o •* .mO" O - or O - O- 

>r »%)' ^ — î^jsi — ^r 



Eêlofn âlikaum, ai oêr'arsifl 
ergaz iou ed' bab n ennif, 
r'as iser' ai d'eg iseh'aiherif, 

' On appelle ajet^ar rune des espèces les plas eslimëes des figues vioIelteK. 




31G POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

ih'azen ed djemâa our it't'if; 
ad' i izzaur rMi ezdaih es I 
ammar ad' ougerir' t / h'a^. 

Salut à toi, aune! — mon mari est un homme d'honneur, 
— il ne fait que de belles actions; — le deuil est dans l'as- 
semblée où il n'assiste pas. — Dieu me fasse mourir avanl 
lui! — peut-être, en lui survivant, serais-je opprimée. 

o - \ O" olo-o! 

« ^ \ ^ '' 1 Jjt-^^ t<-»^' 

H'erz ikem, emm elbous oudknf! 
a l k'od en tazed'aith n eh'anif, 
a dèheh aâzizen i tçarif. 

Dieu te conserve, femme aux vêtements gracieux ! — taille 
de palmier d'Hanif, — or précieux et recherché! 

' Le pays appelé Hanif est situé au sud-est du fort des Bcni-Mançour. 



CHANSON. 



317 



111 



CHANSON. 



P^R ALl-OU-AKKOVCH DBS AlT*M8DD0l)R 



• o-î- *o-or 




> o 

j< — 






>1m 0^' efnmougerer' tkak'ehiehth , 
thaoudjaith d' el h'ab isisnou; 
esêoud'ener' ts, thermak : eah'a, 
a ouin aâzizen am maummou, 
thakemmouehth mud' en ar terawmdk, 
ar akhkhatn ad' ak nertum. 

Aujourd'hui j'ai rencontré une jeune fiUe^ — aux pom- 
mettes vermeilles comme le fruit de l'arbousier. — Je l'em- 
brassai, elle me dit : a Grand bien te fasse'! — loi que je 



' Àli-ou-Âmroach est un vieillard aveugle 
des Aît-Meddour, tribu da versant sud du 
Jurjum. 11 a une Irès-grande réputation 
comme poète et chanteur, et les tribus les 
plus éloignées rappellent ches elles pour 
égayer leurs fêtes par ses chansons. C'est un 
des t'fhabla les plus connus de la Kabylie. 



* Les vers de cette chanson se composent 
de deux hémistiches assez longs, pour que, 
dans le but de faciliter Timpression, nous 
ayons cru devoir écrire chaque vers en deux 
lignes. ^^ 

' Le mol çaha &iÇ, que j^ai traduit par 
«grand bien te fasse!» est arabe et signiGe 




318 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

chéris comme la prunelle de mes yeux ! — baise ma petite 
bouche à loisir, — à la maison, j'ajouterai à ton bonheur. *► 

o«> T o. 0«lTS7 

^ V 1 •< Ci ir 1^ i7i 11 

0,-0 î O -- ? ® 

0-0 -, ?itÎ7®^m 
\ t h 'r% ?1 CUUaamJI 

il M 0^' emmougerer' thak'chiehth , 
atoa thebbaui d isr'aren. 
essoud'ener' U, thennak : çah'a! 
a l kar'et' aehedM imh'aren ! 
rhikker' d'à izd'in le rouah' 
cMemlalen or' ibadhmen. 

Aujourd'hui j ai rencontré une jeune fille, — elle apportait 
du bois. — Je l'embrassai, elle me dit : (t Grand bien te fasse ! 
— ô papier chedhbi lustré M — nos âmes, je crois, sont 
unies, — les saints nous ont fait nous rencontrer, m 



C> m ft m 



iiiJiJ qd£\ V^I 



littéralement ionté. Dans la conversation, «Grand hien vous fasse! à vos souhaits! 

c'est un terme de politesse que Ton adresse Dieu vous bénisse !-» 
à une personne qui vient de boire, de diner, ' Le papier chedhbi est un papier luslrt; 

d'éternuer, de prendre un bain, de faire, en comme le vélin et de qualité supérieure, 

un mot , une chose que ron suppose lui avoir Nous avons déjà eu occasion de faire remar- 

été agréable. Quelquefois même c'est une quer combien les poètes kabyles s'inquiètent 

formule de remerdment. On peut le traduire peu de l'analogie qui peut exister entre les 

en français, suivant les circonstances, par : choses qu'ils comparent. 



CHANSON. 319 

^^. HI > c.«j •< T> I «JLDl 

vIm agi etnmougerer' thak'chichth, 
tkema d le r'eben i oui iou. 
essaud'ener' ts, tkeimak : çah'a! 
a ouin aâziien am tfût' iou! 
eggouller' l ekthoub n eck cher/a, 
or k euegtner' d'i ihMout' iou. 

Aujourd'hui j'ai rencontré une jeune fille, — elle a ajouté 
à la mélancolie de mon cœur, — je l'embrassai, elle me dit : 
rr Grand bien te fasse ! — toi que je chéris comme mes yeux! 
— j'ai juré par les livres des Cheurfa . — que je te ferais 
dormir sur mon sein, t 

Çh iM,.ft. m Êf fip^^ WmJI 



Ais agi emmougerei'' thak'chichth, 
thema d ir'ehelan i oui, 
essoud'ener' ts, thetmak : çah'a! 
a l haz imrebbi amekhehull 
ehikker' d'à izd'in le nmah', 
k'esemer' ak saugg as mi neUml. 

Aujourd'hui j'ai rencontré une jeune fille, — elle a ajouté 




320 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

à la tristesse de mon cœur, — je Tembrassai , elle me dit : 
cr Grand bien te fasse ! — faucon apprivoisé et plein d'ardeur ! 

— nos âmes, je crois, sont unies, — je te suis destinée de- 
puis le jour où je suis née. y> 

Oy as> 7 o '«•- R o -or 

jU- û>— » <J^-»l^^ a ft s) » ^^ 
^VJUl ,^-û. j-li c^^l 

Am agi emmougerer' tkak'ehiehth, 
thaoudjaith d' el h'abh n er remman , 
essoud'ener' ts, tketmak çah'aî 
a deheb iouUnr'ef algami 
thak'emmouchth soud'en its thoura, 
thibebbaeh ar d ir'li et'lam. 

Aujourd'hui j'ai rencontré une jeune fille — aux pom- 
mettes comme le fruit du grenadier, — je l'embrassai, elle 
me dit : a Grand bien te fasse! — or qui monte sur la bride! 

— baise maintenant ma petite bouche, — quand tombera la 
nuit, tu baiseras mon sein, r 



C'i l'û ft iVi 



mJLj p^« Wm31 




-/M , ^ - O o' O . dl . 



CHANSON. 3âl 

Am agi emniougerer' thak' chichth , 
em thaksoumth thecheba azarif ; 
cMoud'ener' is, tkennak : çah'a I 
a louiz aâzizen i tçarif! 
thak'emmouchth, soud'en its thoura, 
thibbouchin ar d ir'li el kif. 

Aujourd'hui j'ai rencontré une jeune fiHe, — h la peau 
blanche comme l'alun; — je l'embrassai, elle me dit : w Grand 
bien te fasse ! — louis d'or précieux et recherché ! — baise 
maintenant ma petite bouche, — tu baiseras mon sein à 
l'heure du plaisir, n 

9 9 . 9 r <î-^iî y Om 

• / ?. • ®. * A ?. *"'' 

Ass agi emmougerer' thak'cUchth 
thessar' i l k'alb in ou el r'idh; 
essoud'ener' ts, ihennak : çah'a! 
a thichchi oukerzi ouâridkl 
thak'emmouchth soud'en its thoura, 
thibbouchin ar d ir'li iidh. 

Aujourd'hui j'ai rencontré une jeune fille, — elle a allumé 
la passion dans mon cœur; — je l'embrassai, elle me dit : 
(T Grand bien te fasse ! — éclat de la large ceinture ! — baise 
ma petite bouche maintenant, — quand tombera la nuit, tu 
baiseras mon sein, v 



^•i'â POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



O M Q ** O n^ A '^ ^2 







/Iw offi emmougerer' thak'chichlh, 
amm el bey ezd'aih l outak' V 
essoud'ener' U, thennak : çah'a ! 
a louiz n edeheb ichourak' ! 
ougad'er' a k k'ebeler' ihhou as , 
thegedk as at'laba oumechthak'. 



Aujourd'hui j'ai rencontré une jeune fiHe, — comme le 
bey devant sa tente, — je Tembrassai, elle me dit : w Grand 
bien te fasse ! - louis d'or étincelant ! — je crains, si je t'ac- 
cueille un seul jour, — que tu n'aies les exigences d'un créan- 
cier besoigneux. n 




i -o! o "ïa - 

Thenna k : rouh, a l a AU, 

^ Ouiak' est le nom turc de la tente iTun liey ou d'un grand personnage. Il est passé 
dans la langue arabe. 



CHANSON. 323 

r'our ek * es salefad'ak irli, 
rehot' ith d'i l h'arir aowrar' , 
d' elfet't'a ad' r'efs thaU, 
khemmer ith d'i l mesk d' er rouaiah', 
therret't' i d or d'à r'our t. 

Elle m'a dit : «r Va, noble jeune homme, — prends garde 
de perdre cette mèche de cheveux, — tresse-la avec de la 
soie jaune — et de l'argent qui montera autour, — im- 
pregne-la de musc et d'essences — et tu me la rendras ici. n 

* R'aur ek a ici le même sens qii^en arabe bal ek. 



iih POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



IV 



AUTRE CHANSON. 



PAR AU-OL'-AMHOUCII. 




1 «î ®.î ?o r or 



il Ih'amam, Uik à arek'k'ad', 
nelskhil ek, a bou er rich h'amru, 
thabecharth ar' seg t h âdad, 
ad' ak arour' thabrats r'efia. 
8al âla es sabk'a el le djouad', 
er'li d'eg rebbi etn Mira, 

pigeon, sois mon éclaireur! — je t'en prie, oiseau aux 
plumes rouges, — prends de moi la récompense que je donne 
sans compter, — je t'écrirai une lettre à ce sujet. — In- 
forme-toi de la cavale des Djouad\ — abats-toi sur le sein 
de Mira. 

^ On appelle l>/otia<2 les tribus arabes qui on sait, la noblesse religieuse, repn^entëe 
appartiennent à la noblesse guerrière. La vé- par les Gheurfa , descendants du Prophète 
ritable noblesse, chez les Arabes, est , comme par sa Glle Fatima. 



CHANSON. 3-25 



J «B^ 3^> ,^;\ 




.» «' .J - 



oq 9.' oo .^r 



Thek'akoudh i ther'zalt n el oued, 
irebban d'eg es sah'ara : 
ma r'a dfoudj d'eg tsiâad', 
thak'chichtk thouehebih'eth n eç çoura , 
oud'em is d' it't'ij ma ijeba d 
r'ef ikamgmU', izouar i'ia. 

Parle à la gazelle de la rivière , — nourrie dans le sahara : 
— quand elle paraît au rendez-vous, — cette jeune fille à 
la taille (élégante, — son visage est comme le soleil, lorsqu'il 
se lève — sur le tliamgout*; la lumière le précède. 








o ". •: . ? •: • î «d»!. 



Thennak : ai âziz, nesela d 
ni thechekeredh d'eg i ed doura, 

' 1^ mot ihamgoui' veul dire un pic de Jurjura, à Test des Aïl-Mcddour, tribu du 
mou(af]rne. Lo pir dont il e8l ici question versant sud a laquelle appartient Pauleur. 
est celui do Lalla-Khedidja , situé dans le <]'est le plu» élevé de la chaîne. 



326 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

dar' nek, ad! akeger' k merad% 
ar'bou es ser, h'erz i thousera ; 
r'efaud'em iknorfdc'er' mntr'ald, 
aoui es salefed' l imara. 

Elle m'a dit : «r mon bien-aimé, j'ai appris — l'éloge que 
tu as fait de moi récemment. — Moi. aussi, je ferai ce que tu 
désires, — sois discret, garde-moi le secret; — pour toi je 
me suis insurgée \ je suis rentrée chez mes parents. — Em- 
porte cette mèche de cheveux comme gage, v 

> Voir la note sur la position de la femme chez les Kabyles, page 387. 



CONSEILS AUX MARIS. 327 



CONSEILS AUX MARIS. 

l'AH lUÀMER-N-RSSAÏDI, DBS lÀZZOUZEN , CONPéDBRATION OE.S AIT IRATK.'S. 



J — =^^< -» " 1? 



j> 



/ iVr * met' fou* a khir bet' t' ou 
ak'hel a Icoun teckerek ed deria. 
our ak ikek' orrez akhkhatn ik, 
our ak thetsrehbi agla. 
m d ouêan inehgaoun 
izga r'efiUê is : oula ira \ 
atntn in ik'erben el makhzen 
koul ùmm fell as d' eddia^. 

' Le mot ttr veut dire t mauvais, më- ^ Met' t' ou ipourthamet'l' outh; c\»6i[era- 
cliant.» On l^empioic plus ordinairement en dical dépouille des lettres formatives du fê- 
le faisant précéder de la particule d' et suivre minin. 

desallixes personnek, ce qui donne les ex- -'* /ra pour ara «t chose.» Oula ira (rifcst 

pressions dUrilk^ d'irit$ , etc. ( Voir la Gram- pas chose y il ify a rien, n 

maire kainfle^ P- 9'^*) ^ I^ mot arabe dia ju3 signifie le pri\ 



328 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

A mauvaise femme le divorce! c'est le mieux, — avant 
que des enfants ne vous aient liés l'un à l'autre; — elle ne 
surveille pas ta maison — et ne soigne pas tes intérêts. — 
Quand surviennent des hôtes, — elle a toujours sur la langue : 
ff II n'y a rien, -n — Ainsi celui qui est près de l'autorité — 
est chaque jour frappé d'amende. 

£*£ zouadj amm ajgou alemmas, 
akkenm aiseked'er' le metkeU 
aâlai em bâid* r'effathema « 
fell as ag senned' ak l âmei 
ez zouadj, a l djid', ah'athilas, 
atsouk'âdh d'egg tir l aeel : 
khas ^ tek'ezzib as kouU as,, 
el aâr d'eg s ak thenfcL 

La femme est comme le faîte du milieu, — c'est ce que je 
vois de mieux à lui comparer : — beaucoup plus élevé que 
ses frères, — c'est sur lui que repose toute la toiture. — La 

du sang, Targcnt donm* on expiation d'un ' Khas pour roM. Les Ail-Iralcn, aux- 
ineurlrc. Il osldélournu ici de sa si|;nirica- quels apparlienl Fnuleur, remplacent assez 
lion cl veut dire tainonde." soiiveni lo son du t nrahe (Kir relui du ^.. 



CONSEILS AUX MARIS. 



329 



femme, homme de cœur, réfléchis avant de la prendre, — lu 
pourrais tomber sur une femme de basse extraction : - - la 
flatterais-tu tout le jour, — qu'elle te couvrirait de honte. 




«IV^i^jl^Utlà 



or o î o a " •'> "j -Z 

C > ^ Q ' Si ^ 0% O JOm 



Thamet't'autk ma d'ai thelchali , 
ihint' as d' inebgi ai thougi. 
our ak thekheddetn le çelah', 
kkoB îles in es izga ioudi ' ; 
ergaz is ad' innefedhah!, 
amm akhkham isâan aid'i. 

Lorsque la femme est de mauvaise humeur, — lu peux 
dire que c'est l'hôte qui ne lui plait pas; — elle ne fait rien 
de convenable, — sa langue est toujours prête à Tattaque; 
— son mari sera couvert de confusion — comme la maison 
(|ui possède un chien ^. 

o T o - o -, Jy - 9-0- 
o-o -?r oï'-o-oT> o 



' /^mefi^gatotu/tsignifielilléralenient: et se jettent souvent sur les personnes qui 

(rSa langue est toujours montée comme le veulent entrer dans les maisons, ce qui , aux 

ciiicn d^un fusil prêta faire feu.<) yeux des Kabyles, est une infraction gravo 

* I.OS chiens kabyles sont très- hargneux nux lois de rhospilalilé. 




330 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 






Ouhemer' d'egg oui ùnt iseleb , 
mi MefeA otir wot er n'a; 
tmin tour' en iar' iUi sn el medhroh, 
ilU 9 n ed djouda d' el h'aia; 
iir ez zouadj amm el mor'ereb 
at'elam atkan ikiia. 

Je suis étonné de l'égarement de mon cœur, — en s'égarant , 
il n'a plus de retenue. — Que celui qui se marie prenne une 
femme de bonne maison, — une fdle noble et chaste; — un 
mauvais mariage est comme le coucher du soleil, — l'obscu- 
rité le suit de près. 



CHANSON DE TIRAILLEURS. 



3.(1 



VI 



CHANSON DE TIRAILLEURS. 



V o 



Ç-îr 



X - ? j «5- • -o-'î 




/l k azener', a i't'ir, 
ther/ed'edh d'egg if eg ik, âlii, 
nhrid' ik âddi ath Âid'el, 
l embath ik d'eg ath H'alli. 
thik'ad'ain d' et Unraioul, 
Fafima d' es serjan thouli. 

Je te charge de mon message, ô oiseau! - élève-toi dans 
Ion vol, — dirige-loi vers les Aït-Aïdei ', — passe la niiit 
chez les AïtrH'alli. — Les jeunes filles sont des tirailleurs, — 
Fatima est passée sergent. 



O^ ih ^ •< O 






•-'-îi 



3ik>y jAuLâi 



' Tribu de in YêiÏH' du r()ii«d-âftM. 





332 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

>4 thatnokh'alt thaldzirith 

mi iâoud' ouroumi eç çenâa; 

ikkes as ei zenad' bou themechel' 

iserkeh as el h'arraka, 

Aini ad ezger' fell as! 

d' et tesrikh' r'er le komanda. 

fusil algérien \ — auquel le chrétien a ajouté son tra- 
vail; — il lui a enlevé la batterie à pierre — et la remplacée 
par celle à capsules. — Aïni^ je la posséderai! -^ j'ai la 
permission du commandant. 

o 



I . 9 - o r • -î 



iè^Aj 



\ '* 



- o a- - o > 



o^ - o a- - o I 



^ La comparaison d'une jeune fille à un 
fusil est très-familière aux Kabyles, on la 
trouve dans un grand nombre de chansons. 
Ce rapprochement, qui peut paraître bizarre, 
s'explique par Tamour du Kabyle pour son 
fusil. C'est le seul objet pour lequel il se 
permette un certain luxe, et le seul aussi 
dont il soit véritablement soigneux. Il n'est 
pas rare de rencontrer dans une maison, 
dont tout le mobilier ne vaut pas cent franco. 



un fusil garni d'argent et de corail qui a 
coûté trois ou quatre cents francs. C'est un 
meuble de famille respecté; enveloppé avec 
soin dans un fourreau d'étoffe, il occupe 
une place choisie à l'abri de l'humidité cl est 
toujours tenu dans un état de propreté qui 
contraste avec le reste de la maison et la per- 
sonne du propriétaire. 

* Àini^ en arabe mon œii^ est un nom de 
femme très-répandu chez les Kabyles. 



CHANSON DE TIRAILLEURS. 333 

Ak'Ui amm in isouan cherab, 
l âk'el ir'ah , our iUi, 
ad'feli am çouber' le methmUy 
a thin mi theseber' thimmi ! 
Fat'mad' ekouninir,.. 
Djouhra d' es serjan thouli. 

Je suis comme celui qui a bu du vin, — ma raison a dis- 
paru, elle n'est plus. — Je ferai des chansons pour toi, — 
jeune fdle aux sourcils teints M — Fatma, c'est le colonel... ^ 
— Djouhra est passée sergent. 




o o 



AJU » ft H»l ^^JCA 



Ak'Ui dH l Arbâ 
d'i l âli içedh'an s en nechir. 
a l h'amam, a k entiir, 
nek'k'el d'egg if eg ik, a itkbir ! 
a Adidi, efk i id thak'emmouehih 
iserrah! idlekouninir. 

Je suis à l'Arbâ ' — dans une caserne couverte en plan- 

> On sait qae les femmes kabyles ont rha- dire que Fatma est aussi supérieure en 

bitude de se teindre les sourcils et les dis beauté A Djouhra que le colonel est supé- 

avec la poudre de galène. rieur en grade au sergent. 

* Pour préciser mieux la différence de ' Les Kabyles continuent à appeler Fort- 

beauté des femmes dont il parie, Tauteur a Napoléon TArbâ des Aît-Iraten, du nom du 

emprunté ses termes de comparaison aux marché qui se tenait sur remplacement 

grades de la hiérarchie mililaire. Il a voulu même du fort. 



33Â POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

ches, — ô pigeon! sois mon messager; — élève-toi dans ton 
vol, 6 colombe! — Adidi, donne-moi ta petite bouche, — 
le colonel me Ta permis. 

O , O - O - O O.Ç . , oj 




•' o ^ -o' o - » 

o ji -î «a M - i 'î 

>4À:7ti (2't / fror^;' n oM Mençour 
el mefihah' h, d iù'erdhik' ; 
s ouaUen ai noud'ar' thanumrtk, 
8 oudhar iou ad* ikkes el khik'. 
a Fat' ma, arra d atffous . 
anoua atnarouz our nedhlik'. 

Je suis au fort des Aït-iMançour, — la clef grince sur moi. 
- - Je parcours le pays des yeux, — quand mes pieds pour- 
ront le parcourir, mon ennui sera dissipé. — 6 Fatma! donne- 
moi ta main, — quel prisonnier n'est pas remis en liberté? 

Ak'Uid'iDrâelMiiatu 
ubechkidh ikaha ihaiu, 



CHANSON DE TIRAILLEURS. 335 

cl inakela in ou d' eç çoubba . 
aksoutn zeddigen our th enthets. 
ther'lidh d'eg rehbi % Fat'ma 
ihaksoumth therebba ther'ourfets. 

Je suis à Drâ-el-Mizane, — le fusil toujours sur Tépaule : 
— ma nourriture est de la soupe, — de la viande pure nous 
n'en mangeons pas*. — Abats-toi sur le sein de Fatma^, — 
cette peau douce élevée dans la chambre ! 

' De la viande pure , c'est-à-dire de la * C'est toujoure à un oiseau messager que 
viande d'animaux égorgés suivant les près- cette recommandation s'adresse. On retrouve 
criplions de la loi musulmane. sans cesse la même image. 




33<j POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



VU 



CHANSON. 






*)*• 



o aa yt ^^ ' 

vT ^i ^' J » ""^ 

o - o 7Î *o - oî o - o 2 

/>' azouffgar', an nos, 
choudden er riias 
as mi id effer'en d*i le bah'ar, 
ouid'en d' aith ouretidjas '., 
kouloua s el mouna s; 
et terk elli ma ih'abher; 
iffgad' iâoud'en le khelaç, 
add'aou ad' irouou anemdker. 

Rouge, Messieurs, est la bannière — qu'arborent les cor- 
saires, — le jour où ils prennent la nier; — gens aux vête- 
ments de soie, — chacun a ses provisions; — ce sont des 
Turcs qui jamais ne réfléchissent au danger; — ils sont ha- 

* Âïlh ourendjas signifie aussi des gens résolus et de bon conseil. 



CHANSON. 337 

bitués à faire payer l'impôt, — leur ennemi sera rassasié 
d'exil. 

J- — ^3 — *•! j-f c»— û. 
J r», ^ \ Till i^iSi go^l 

i1^/tf/ fOtttAen d' afthathoê 
r'eflhizi ih'aoul as, 
isseoudh ar mi d' bon Sellam 
ijiiah! atngoud' s el keser, 

La neige tombant à Qocons — sur le col où elle s'amon- 
celle, — est arrivée jusqu'au Bou-Sellam^; — elle brise les 
branches en tombant. 

o ? - o o - o- 0-- o - 

P » cl\ èUJjè 

j ?> il ^\ ^^1 J3^1 

0-1 ? ' . o- o-?-o! 

o - or •a-oîo«ro 

D' e«/at/*' dhebântfell as, 

d' ez zenad' Aâbbas 

ed' ial em thii' , etn thimmi thâdjer, 

a ts igzan d' ak'chUh aras, 

oui ibr'an ad' immeth ih'adher. 

Les cordons de sa ceinture dessinent sa taille; — c'est une 

i Le BouSMam est uae rivière qui se de femme, formées de plusieurs cordons iiës 
jette dans rOued-Sahel. ensemble. Ces ceintures sont à la mode , 

' On appelle rfayon thisfifin desceintures surtout dans TOiied-Sahel. 

93 



338 POÉSIES POPLLAIRES DE LA KABYLIE. 

batterie des Âit-Abbès', — la femme aux beaux yeux^ aux 
sourcils arqués. — Celui qui la possède est un jeune homme 
brun ; — que celui qui veut mourir se présente ! 

os ^ •[ I o e sj 

j^ m il ^ \ ft W ft, Mil 

o s o -ïoî o os - 00^ 
J 4> W It^l » n >il (jûài^ 

E/kemth, aikiiajt, 

a s samâin oumi nehadder, 

r'ef Djouhra , ihelha eç çifa s , 

elk'od d' aârdjaun n eUtmer 

boukhkhen U tt ez zehed ed' el âter. 

Comprenez, gens avisés, — auditeurs à qui je m adresse : 
-— je parle de Djouhra, sa figure est belle, — sa taille est 
comme une branche de palmier — parfumée de zebed ' el 
d'essences. 

o o — o i«îî » r 

J n ^j^~Dy V-À-J 

o s " * • "^ •? 



^ ^ -«V A o T a V A V 




* Les Aît-Abbès sont renommés pour la ' Le zebed est le parfam produit par la 
fabrication des armes et surtout des batteries civette ou le zibet. Les indigenes de 1^ Algérie 
de fusil. en font un grand nsage. 



CHANSON. 

Thennak : ergaz d' amenas 

amr'ar d' aâssas , 

nechthak', a l djid', a k enzei\ 

fell ak,a drouâ our' Has, 

d' ah'ahih iou, ourk en nekker, 

1 Djouhra , ad çebek edh fell as , 

ammer an nezd'er' Macer. 



339 



Elle m'a dit : rrMon mari est insipide, — le vieux me sur- 
veille^; — mais je brûle du désir de te voir, ô noble enfant! 

— je suis à toi, ô bras de panthère! — tu es mon amant, 
je ne te renierai pas: — tu viendras dans les bras de Djouhra, 

— dussions-nous aller habiter le Caire, n 

^ Il reste toujours à la maison un homme génëralemenl un vieillard qui ne peut plus 
de la famille pour surveiller les femmes. C^est travailler. 




340 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLÏE. 

VIII 
ISEFRA\ 

PAR ALl-OU-ÂMROUCII DES AIT-MEDDOIJR. 




ijkji <V S\ t m I» 11 




v El h'amra * en tid'erth, 
* ech chahed' en teh'ad'erth ! 
V midbed'erer' Fat'tna, 
chekerer' thamezziant, 
thour'al i id thezmerth. 

Froment de Tépi ! — miel du rayon ! — quand je répèle 
le nom de Fatma , — que je fais l'éloge de cette jeunesse , 
— la vigueur me revient. 

Ci A kK i ^i^ m III 11 

• o 9Î - o TO 

<^H ^^sfi> 'J? 

%Uft 'i m g. T^ 111 

o fTo7-oa«î 

^ Ce genre de chansons con)pos<5e8 de pour le sens, est très i la mode parmi les 
couplets (isefra) n'ayant aucun rapport les chanteurs appelés tebabla. 
uns avec les autres, ni pour le rhythme ni * EUh'amra est une variëlc de froment. 



ISEFRA. Ui 

J — J^ — ■> ... Ï I jjpi 

Ci ^ik ij iM U 

fcA cAaA^;^;' en tetJi'aUth \ 

own ihezdha thezizouith ! 

chekerer' gouth ouowar, ^ 

er rah' ha n ter'aUin, 

thazera n tesekerin, 

es ser n eddounnithl *^ 

Miel du rayon — qu a pétri l'abeille ! — je chante les maî- 
tresses de la fête, — troupe de cavales, — collier de per- 
drix , — bonheur de ce monde ! 

Of o - o ^o T %î 

- - o i «î 







El k'oul iou tneferouz, 

ath t'ehâr' ki/ach! 

le h'arir oubrin, azegza el leriach ! 

chekerer' south Bechkkikh 

jù agoudi el ksrar! 

ma ellant d'à ner' oulach ? 

Mes vers sont choisis, — combien de fois je les retouche I 
- soie tressée, aux franges bleues 1 — Je chante les filles de 

' 7(?nA'a/tïA est la forme kabyle de Tarabe vers suivant. La traduction littérale de ces 
iJL^, qui veut dire abeille. Le nom kabyle deux vers est donc : 9 rayon de Tabeillequ'a 
de rabeilie est thezizouith ^ qui se trouve au tissé Tabeille.» 



342 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Bechkhikh\ — cette mine de bonheur! — Sont-elies ici, oui 
ou non^? 

è^— ^i — "g * ^ ^ ; 



ii— ^* — *l5-4^ 

o / o? o « » 

e3< * jr-»i *-J^ 

£*/ k'ouliou mechebauh', 
mi Ui ebdir' meriouh' ; 
south Ahmed' ou Yahia ! 
ed djamù ik'et'ran 
êetsd'aouin le djerouah'. 

Ma chanson est belle, — quand je la commence elle excite 
la joie; — filles d'Ahmed-ou-Yahia ! — benjoin purifié, — 
qui guérit les blessures! 



J — ^ 



A A 11 



• e ' o — o ^ oZ 

o o« "O T 9 e 



r^ ft flff'l» à \ ft 11 

-or?? 4Tr 
^ i) ^ C*» ii^ ft a 1 

j !?i > -l^— Sa 

' Beekkkikh est le nom d^une famille de bouche de Tauleur, qui est aveugle, a pour 

la tnïni des AiUYaia , du venant »ud du Jur- but de provoquer les you ! you ! des femmes 

jura. de la maison où se donne la fête et de faire 

* OtiL' question , toute naturelle dans la appel à leur générosili». 



ISEFRA. 343 

A llah ! Amm el kheir ! 
amzoun d' a our thezeridh! 
em ihagousth tharek'ak'th 
emm el k'od ouehak'idk , 
thak'emMOwhth thezemetu , 
thaahhout' thouehchit', 
kern amelzttir 
ala em bou thekherit'. 

Dieu! Am-el-Kheir ! — tu fais comme si tu ne m'avais pas 
vu! — ta ceinture est mince, — ta taille élancée, — ta 
petite bouche mignonne, — ton ventre doux au toucher; — 
(u (»s comme Alger, — accessible seulement au riche. 

g fc r^ )\ ^î m ft •< o ^ 

/ otMw 7m' aâzizeih en ne/kha 
thid'tna am thazartk n es souk', 
akherbouch ioudjou s er rekha, 
oufrin d'x r rah'ba mâchouk'. 
thoura mi thefesed' eç çenâa 
tkin tkkeren thebd'ou le kherouk', 

A Tépoque où la gloire était chère, — les femmes étaient 
comme les figues du marché. — L'akherbouch * se vendait à 
bas prix, — Toufrin^ était recherché sur la place. - Main- 

' /l ikA^r^oMcA, espèce de figue de qualité ^ Oti/hn, figues de choix, des espèci»^ 
iiiféncure. les plus estimées. 



Uà POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

tenant que les affaires se sont gâtées, — la première venue 
s'émancipe. 

o - o To- r o . 

j ... ft V ft ri <>»%^ g4^^ 



- Z o 



^ ft » >i J "^ ûr^ jai 

o{ o- oî - o . 

:»! k3^1^;ftju|Lj 



o - . q; o- ol 



iVeÀ^A; tVJ' em, etn ihezra el lâk'tk' ! 
thisri gar i d' em ihedhcres , 
selir' irkeh U Ouâmlik'. 
itsi oumoulab ûhek'k'es, 
el bat, isegadj ith oujar'ir' , 
ifena t asouad' a th names. 

A nous deux, femme au collier de verroterie! — entre toi 
et moi l'affaire est délicate, — j'ai appris qu Ouâmlik' t'a 
possédée. — : Le lézard maintenant pique, — le geai a évincé 
le faucon. — Je dois me noircir de suie^. 



o- o 



9 wi .o-rod-oî 

^ — ^î^-? j^ êr*-*^ 




< i4<lm[{V, en kabyle, veut dire un homme sion el ne doive pas être considéré comme 
brave et vigoureux ; mais il se peut aussi que un nom propre, 
ce moi soit employé ici seulement par déri- ^ Kn signe de deuil. ( Voir p. 999 , n. 5. ) 



ISEFRA. 345 

Ilgrou oui, h' ad our th iouilh , 
amm in r'efidhra el bat'el, 
amferroudj r'er this9ith, 
inr'a ouçeggad' s oukhaiheL 
a thazouffgar'th eti taoudjaith, 
thessoufer'dh lï ed'farer' cher' oui. 

Mon cœur pleure sans que personne Tait frappé, — comme 
celui qu'a atteint l'injustice ; — je suis comme un perdreau 
qui va boire, — et que tue le chasseur qui se glisse en ram- 
pant; — belle aux pommettes vermeilles, — tu m'as mis 
hors de moi-môme, j'ai abandonné tout travail. 

,0 •1'' m "'■^M 

J3 — ^-*-^^ ^k)^^^^ 




El h'amra ikerez oueherk'i 
d'i l outlha ezd'ath atk Innour ; 
ikerez its d'egff el liali, 
ibbodh s anebd'ou thek'k'our. 
a Djouhra, ed deheb amrechchi! 
Fat'ima, thithbirth n eç cour! 

Le bœuf de l'est laboure le froment — dans la plaine en 
avant des Aït-Innour ^; — il le laboure dans les liaH^ — et, 

' La tribu des Aït-Innour appartient à la derniers de décembre et les vingt premiers 

province de Constantine. de janvier (calendrier Julien). Les jours du 

' Motarabe( jLj) signifiant «les nuits. » mois de décembre sont appelés liaU thiber- 

Les Kabyles désignent par ce nom une pé- kaniiiy ce nuits noires ,7» et ceux de janvier,, 

riode de quarante jours comprenant les vingt liali thimellalw « <« nuits blanches. ^ 



3A6 



POÉSIES POPULAIRES DE LAKABYLIE. 



quand arrive l'été, le grain mûrit. — Djouhra, or in- 
crusté ! — Fat'iraa , colombe de rempart ! 



4^J-î)l 



O. 
^1 






o. - a - o * ^•A - o- 



himmer abou d'riah' n ech chièh' 
ttti ikêa, ithouhà imma s; 
ackerk'i ikerzen ihar'elit' 
ih'arech, itcha d'i n nesnas. 
mi thâdda thouder as i ihit', 
ih'aça el moudond' thenna tas, 

L agneau au corps allongé des pays de chièh, — lorsqu'il 
paît, suit sa mère. — Le bœuf de Test qui laboure les figuiei-s 
— est intelligent, il a mangé du nesnas^ — Lorsqu'en passant 
elle a cligné les yeux, — il a compris le rendez-vous qu'elle 
lui a donné. 




o > ol ? o • o 



o 






'8^ 



j^S- 



-1 - 



M^l . fil h h 



' {m neimai est une piaule fabuleuse qui donne la science uuiverHelie. 



ISEFRA. 347 

Em tkeeheradh eUihemas, 
thaoudjaith atnzoun d! if elf el, 
a Fat'fna, etnm amezour aras, 
our am eskid'er' le methel. 
thtbebbach et Uifiras, 
ner' et tseffak' Aaid'el 

Maîtresse des tatouages entrelacés, — aux joues comme 
des poivrons, — Fatma, aux bandeaux bruns, — je n'ai 
jamais vu ta pareille. — Tes seins sont comme des poires — 
ou des pommes des Aït-Aïdel. 



3^8 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



IX 



CHANSON'. 

PAR MOUAHMBD-TAÏBB-OU-TBBOUDAOUTH DBS AÏT-ABBÈS (oUBD-SAUEl). 

o . ol o >fT« ooJL oT, 
o -oî oTo-o -o»9-9Î 
o, o - ooroîo-> o 



L âlam ichoud r'er en nedkieh' ^ 
el bey r'ef id tdda es sendjalc, 
r'ef eddan ath elbotts oumelèh', 
ath ouchebour idhbâ r'efetsmak'. 
ouin âoud'an khelan t s ezd'iih' ^, 
t'aiben oui illan d' amenafek' . 



^ Celle chanson appartient à un genre 
très à la mode , surtout dans les tribus de 
rOued-Sahel. On appelle quelquefois ces 
chansons dlamaU , du mot âlam « bannière, n 
par lequel elles commencent invariablemenl. 
Le premier couplet est une allusion à la 
guerre, le second à la neige. C'est une ma- 
nière d'indiquer que les communications oi^ 
dinaires sont interceptées, et de motiver 
renvoi d'un messager ailé, pigeon ou fau- 
con , qui est charge de porter les paroles de 
l'amant à sa maîtresse. Toutes ces chansons 



sont d'un modèle uniforme , et il reste peu 
de chose à faire à l'imagination da poète 
pour en remplir le cadre; elles sont néan- 
moins en grande faveur parmi les Kabyles. 

^ Nedhièh' est l'altération de l'arabe Ai. 
La lettre ^ , adoptée comme rime dans cette 
chanson , n'existe pas dans la langue ber- 
bère. Le poêle a donc dû emprunter à l'arabe 
tous les mois devant former rime. 

^ Zedièh' est probablement l'altération de 
<^cv^, qui sigiiilio n crier fort, faire du 
bruit, yi 



CHANSON. 349 

Il a saisi la bannière pour le combat, — le bey, en l'hon- 
neur duquel est porté ici le drapeau; — il guide les guer- 
riers aux beaux vêtements, — aux éperons bien ajustés sur 
les bottes. — Tout ce qui était hostile, ils l'ont détruit avec 
fracas, — ils ont mis à la raison les insurgés. 




Et tsildj ùçouhboun d' ouk'sièh' ' 
Jt el r'im ad izouar le berak', 
iknan atngoud' itsdhah! dhihh\ 
el tedjera Alain ak thenchek'. 
ath elmal h' ad our isrièh', 
ik'dhâ t Uedjar le sùuak' . 

La neige tombe avec violence — dans la brume qui pré- 
cède l'éclair; — elle fait fléchir les rameaux jusqu'à terre, 
— les arbres les plus élevés éclatent en morceaux. — Parmi 
les pasteurs, nul ne peut faire paître son troupeau, — elle 
ferme aux trafiquants les chemins des marchés. 



«; «1 - o, o 



,1 C{^\^\ 






\ inj Mil 
' OttiirWA' Tient de Tarabe^si. 




350 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLiE. 

/l / ia£ imrehhi, ai ouchehihh! ! 
nek'k'el d'egg ifeg ik s oudhelak' , 
ma d' ttk'ahib thekhed'medh mlik\ 
ihaçebah'ilhezouir acherak' , 
r'er el h' ara s ekçed', fterthiih', 
el h'ad'k'a bed r'er et't'ak'. 

Gentil faucon apprivoisé, — élève-toi dans ton vol, dé- 
ploie tes ailes, — si tu es mon ami, tu me rendras ce service. 
— Le matin, précède le lever du soleil, — dirige-toi vers 
sa maison, arrête-toi, — va te poser sur la fenêtre de la 
belle aux manières gracieuses. 

o^ * o - r o« o - o - o| 

O <»I o - 0, -*ï o», 

?« -o- O" 9 - o 



oio s JL o,-o« o o a - 

Theh'akout' i thzerzerth n ech ckièh', 
thehad'eredk t m le bed' en chourak', 
moult €ft sekkab iUtfah'fihh' ' : 
ma thâdda, ichebah' ouzek'ak' ; 
mennar ts izouadj, an ncrthièli', 
ouammn g ednoub nenr'errak'. 



* lufah'fièh' vient de Paralie -.L? «être odorant.-' 



CHANSON. 351 

Parle à la gazelle des plaines de chièh \ — à la belle au 

teint éclatant de fraîcheur, — à la maîtresse du collier odo- 

.rant; — si elle vient à passer, la rue prend un aspect de 

ÏHe; — je voudrais l'avoir pour épouse, nous trouverions le 

repos, — sinon, nous serons noyés dans le péché. 

é? — 'j5 ^^^ W-^ 

Thennak : a l djid' our netchièh' ^. 
ak'lar' nefte/d'egelmithak'; 
h'aceler' d'egg ourgaz d' ouk'ebièh\ 
igoumma ad' iid'el ' t'elak'. 
ak'lar' ak d'eg eUoudhiih', 
neldc id' ek our maiel leferak'. 

Elle ma dit : crO noble jeune homme! je ne me rétracte 
pas, — je suis inébranlable dans la foi jurée; — je suis 
tombée entre les mains d'un méchant homme, — il refuse 
de me répudier. — Nous sommes tous dans les tourments, 
loi et moi ne pouvons plus ôtre séparés. 

^ q^ M H » H » j»^ 

* Le ekièk j^ est un thym sauvage qui ^ Dans rOoed-8ahel , le verbe àdifl veut 
croit dans les plaines du Sahara. dire «fairer. Les Zouaoua lui donnent le 

* En arabe ^ l^ , « nier, désapprou ver. n sens de n être égal . n 



352 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 




lï achou d' es sehha n ej jièh' ? 
oufir' ts thebed r'er l cchk'ak' *, 
izeri s s iniet't'i itsiih', 
amm el oued ad hnr'oullak'. 
ad' fell am sebeler' arouiih', 
achou ara d egen imr'erak' f 

Quelle est la cause de l'égarement de ma raison? — Je la 
trouvai debout près des fentes de sa porte, — les larmes 
coulaient de ses yeux — comme la rivière lorsqu'elle déborde. 
— Pour elle je sacrifierais ma vie; — que peuvent faire les 
méchants? 

o, - » o'o' c3- or 




i^r^ 






Ah'lii ckebir' lefecHh', 
r'ef âzza , gar themenoufak' , 



^ Les portes des maisons kabyles sont 
très-grossièrement faites, et il existe ordi- 
nairement d^assez grands intervalles entre 
les montants et les vantaux de la porte , ou 
entre les vantaux eux-mêmes. Ce sont ces 
intervalles que Tauteur appelle ici echk'ak' , 



pluriel de l'arabe <^^, «fente, fissure.» 
Lorsque la curiosité des femmes est excitée 
par ce qui se passe dans la rue et qu'elles ne 
veulent pas être vues, elles laissent la porte 
fermée et regardent par ces ouvertures , qui 
permettent aussi de les voir de la rue. 



CHANSON. 353 

# el k'oul ajed'id' neUherrièh', 
ùntêer iV el h'aoubb ts ndchak' ; 
a ch chikh, dheUc as det temèh', 
g ediala tketuumak' . 

Je suis semblable au poëte; — pour ma bien-aimée seule, 
parmi les insurgées \ — j'improvise un chant nouveau. — 
Son amour ma étreint, je brûle de désirs. — cheikh, 
rends-lui la liberté; — elle est mise aux enchères sans pou- 
voir être vendue ^. 

* Voir la Noie sur la position de la femme * G^esUâ-dire qu'elle est tkan^aouok't. 
kabyle , page 987. ( Voir même note , page 387.) 



«3 



i 



354 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



CHANSON. 



PAR SI-MOIIIVMKIk-SAID-OU-SID-ALI-OU-ABD-ALLAII DES AIT-MRLLIKRIiCII. 




o S « o -el o •- # o 

L âlaim ehoudden d!eg maçer 
refiban en neçer, 
d' ajed'id', refed'en t eck Cherfa 
mora id iffer' el âêker. 
duid' djebed'en ta en nether, 
r'efel hey thedda ef t'aifa, 
ouin doud'an ad' itisser, 
er râia therouggel amsaffa. 

On a arboré au Caire la bannière — qui toujours annonce 
la victoire ; — elle est neuve et les Cheurfa la portent — 
lorsque sortent les soldats. — Ceux-là serrent vivement la 
détente ; — les troupes marchent avec le bey. — Tout ce 



CHANSON. 355 

qui est ennemi sera fait prisonnier, — les râïa * de loin pren- 
nent la fuite. 

j ^ ft ^t»^ g^ A ^ ^ "> 
o ? •?-> . T. H »^JJy 






o 



4J,^^' Jikil 



£f f<?Uy itçoubbaun ikther 
9 el r'im ed' le met'er; 
iouihen s er rièh' d! ech chedhfa, 
iknan amgoud' ikesser ; 
ai g erza g ech ckedjerl 
d'eg el oudha iâd'el el h'arfa , 
iêsawt' abni d' es sauat'er 
^dhÂn abrid' il kmatfa. 

La neige en tombant s amoncelle — par la brume et la 
pluie; — elle tombe chassée par le vent et la tempête, — 
elle fait fléchir, elle rompt les rameaux; — que d'arbres 
elle a brisés! — elle s accumule dans la plaine, — elle est 
arrivée jusqu'aux souat'er*, — interceptant la route aux 
convoyeurs'. 

- a r o- o t o - î 

1 ^ "''^ * ^ ^j V} 

* Les nlîiB ou sujets; de Tanbe^^^. ' Le motirotifi/a me parait être la comip- 

' LesfotiolV sont des villages de la tribu tion de notre mot convoi ; cest bien le sens , 
des Aït-Iadel dans TOued-Sabel. du reste , que les Kabyles lui attribuent. 

93. 



356 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 







^ 



il t't'ir azigzaou n eeh char, 
rouh', a k nessiir, 
athalla k rouh' $ el kkeffa, 
tkabeekarth ik kkoud' d' el h'adher, 
thaçebeh'aùk bekker, 
fell i ar tedjedh miet koulfa, 
akrid' ik âddi el âinçer, 
r'owr lamina d' ech Cherifa. 

Oiseau aux plumes bleues, — va, sois mon messager! — 
surtout, je te le recommande, use de vitesse; — prends dès 
à présent ta récompense : — lève-toi le matin de bonne heure, 
— pour moi néglige cent affaires, — dirige ton vol du côté 
de la fontaine, — vers lamina et Cherifa. 

j^^A^jiiA oJtkàààtA éb^SssL 



ft t 



* o f o - o^ 

o - f\ al o f o ''Ooi 

• a -^r o e - o T 

% ft tIjiii y ft n>A y 



CHANSON. . 357 

Thek'akoui' t tnesbaur'et ech ehefer 
i (ntirdjoun n etsemer, 
t lalem ihemeggak' aik theffa, 
em tkeêodhMOUtt amm ed djouker. 
fiaoujaitk is tkeh'ammer 
thesmekheUl d'eg ed dkrafa 
tkedjih'a i d'eg el khat'er 
tsargour' U d'eg etknafa. 

Adresse-loi à la jeune fiHe aux cils noircis,-— adresse-toi 
au régime de dattes, — à la belle au cou d'un blanc si pur, 
— aux dents comme des perles. — Les pommettes de ses 
joues sont vermeilles, — ses charmes gracieux ont égaré ma 
raison; — elle a jeté le trouble dans mon âme, — je la vois 
sans cesse dans mes rêves. 

o - or ^o - 



« '• 



tSi — ^-^^ 



- - oo - o-o-«; 



TAenna k, ai açedik', netWer, 
ma d' rebbiih'adher! 
koul ioum nek d'eg el lege/a, 
fell ak negoumma an neçeber, 
ai afrùukh n el h'nr. 



358 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

a mrebbi d'eg ech ehafa. 
chenân or' medden, dhahar, 
an neddoukel d' el me$aâfa. 

Elle m'a dit : trô mon ami, je suis malheureuse, — Dieu 
en est témoin! — chaque jour je gémis dans la douleur; — 
je ne puis supporter ton absence, — jeune faucon de noble 
race, — élevé dans les rochers escarpés. — Les gens cau- 
sent de nous, cest visible, — mais nous nous réunirons pour 
vivre ensemble, n 



r o - 



A m ■•■■;< .1» 



^ — w II \ i l ^\^\ 

a -oToï?o •'or^ 






D' el mâna, aith el meh'aêher, 
ma tsefehemem l amer, 
a l djouad', ath el mârifa. 
el k' oui agi, aikid neneher 
r'rfer ra \ idkdutr, 
l àk'ab iêsegera r'efelfa, 
r'efthaâzizth ai tk nrfesser, 
d' ajed'id' ai th id nesnoulfa. 

Le sens de ces paroles, vous le saisissez, ô assistants, — 

' (i'eBl-a-dirc que l'une des rimes adop- ra ^ , la rime finale esl/a (^ . C'est toujours 
lét>s dans celle chanson esl la lellre arabe la rime à une lellre. 



CHANSON. 359 

si vous comprenez lamour, — gens nobles cl inlelligenls! 
— J'ai réglé ce chant — sur le ra, on le voit; — la finale 
reste sur le^â. — C'est pour ma bien-aimée que je l'ai com- 
posé, — je viens de l'improviser. 

a ' o -a. o -0-92 
? -5 - <» î - M •! <»- 



* ' o " e o^ «f e . 



- o ; 



rAfA'oiotf/' t //erra n e« Wtt, 
thehad'eredh i d deheb n eç çafi, 
ma zerir' t» elk'alb ùm mek'ak 
idhes r'our t d' el lafi, 
nek ennir' : tsah'Mbtk iou r'as nek , 
zir'en theh'oiub akkdrfi. 

Dis-le bien à l'argent des broderies S — dis-le à l'or pur : 
— si je la vois, mon cœur est vivement ému, — le som- 
meil a fui ma paupière. — Je me disais : crMa bien-aimée 
n'est qu'à moi seul ,7» — et voilà qu'elle en aime un autre ! 

9 » •.•-0.2- o -r 

o - 0-0.0^0^? 



^Ji — » J>*^-^j1 Jr-? 



' Liltéralemeut : <tà Targent des fiLs.n renommé pour sa pureté. C'est toujours à la 
1/argent étiré en fils pour les broderie» est jeuno fille que reiU* comparaison s'adresse. 



360 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

L aman rf'«f^ thid'ma, enfou thî 
a oui ilian d! ouh'ad'tk' ifekem , 
amm in itfed'en thazerouts 
khas thazeinertk i$ ag âd'em. 
el kfu^atk amm ethah'anoutê 
ouin id iousan ad' isselk'em. 

La confiance dans les femmes, repousse-la ! — toi qui es 
intelligent, comprends. — Ainsi celui qui porte une pierre 
ne fait qu'épuiser ses forces. — Les femmes sont comme une 
boutique de forgeron , — le premier venu y travaille. 



CHANSON. â6i 



XI 



CHANSON. 

PAR 01)-BL-HAR1R , DBS AÎT-ÂBBBS (oUBD-SAUBl). 



o - a r • • *•'•}* • L o - o - 

vN ?%;— îj*— ?j 

-0 - • ' 0-0 o-»- 



resemen r'tftkeh'arbount n ed deheb 
rafed'in haroud' herrak'a; 
iggan id ikkereng el k'arh, 
khalleçen U id men hndferk'a, 
otiifi âoud'an l adjel is ik'ereb. 

La bannière aux franges est sans tache; — ils l*ont atta- 
chée à une hampe d'or, — les guerriers à la poudre luisante; 
— ils sont exercés au combat, — ils ont soumis toutes les 
tribus, — quiconque résiste, sa fin est proche. 



362 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

-e -©-©'•'•s 

Û — S^ÂÎiaè jtSÎ JfLi 

Et teldj s ennig ath Sed'k'a 
ik'oua d owr'erhi s el r'eçeb, 
ifka s el oukhed'a i thak'k'a , 
et tsedjera ak thetsouârk'eb. 
iêsaout' abni ed! le MAaihk'a 
U^a el tuai d!eg l âzaib, 

La neige, au-dessus des Aît-Sedk'a \ — tombe aboudanUN 
chassée par les rafales du vent d'ouest ; — elle porte ia dé- 
vastation dans les genévriers : — tous les arbres sont brisés. 
— Elle est arrivée jusqu'aux Mâatka^; — elle a fait périr 
tout le bétail dans les âzib'. 



0.% Q «0.0- 



or e T ?o ? f Tmi » 




Ma terbeh'et' thadjemiU, oukhk'a, 
bcu erricha thouchebih'aih theçekb, 
ar' abrid' baâd' ir rafk'a, 

* La confédération des Aïl-Sedk'a appar- * La confédération des MAalka fait partie 

tient au cercle de Drà-cl-Miiane. Plusieurs du cercle de Tiii-Ouiou. 

des tribus qui la composent habitent le mas- * Lesdwftsont des cabanes en branchag«>.s 

•^if du Jurjura. qui servent à Texploitation des terres situons 



n 



CHANSON. 363 

Thak'errabîh ak'çed! Zineb, 
ther'lif d'eg rebbi n el h'ad'k'a 
thhu' 08 : ak'abib im ir'dheb. 

Si tu veux t acquérir ma reconnaissance, oh! merci, — 
oiseau aux belles plumes lissées! — mets-toi en route sans 
compagnon, — va à Thakerrabth \ dirige-toi vers Zineb, — 
abats-toi sur le sein de cette jeune 611e éveillée, — dis-lui : 
(T Ton ami est dans la tristesse, n 



Li^te^iyî 




o 4 f 



o 7 'Zl oa-2;o -- 



Thetmak : ak'Ui g ethlak'k'a, 
nek et temr'artk d' amenechcheb; 
amm igeren g ethmalek'a; 
8 en nouâr eg berren et louleb , 
eggùtdler* ak g el k'aUc'a 
âouha'der' k, agma, ar d' nouareb^. 

Elle ma dit : «r Je suis dans la détresse, — moi et la vieille 
nous sommes toujours en lutte*; — je suis comme celui qu on 
a jeté dans un gouffre; — mais c'est par l'adresse qu'on 
tourne la vis; — je t'en ai fait le serment par rassemblée 

loin des villages; elles ne soot habitées son uMii. C'est isana doute une altération de 

qu'une partie de Tannée. Tarabe cj^ ^flc sayifcr.rf 

' Village des Aït-Abbès. ' La vieille dont $g plaint la r«>tuii]f vsl 

^ Le verbe ouareb, en parlant d'une sans doutesa ÏM^Ile-uièrt!, chai'géedeb hiii^ 

fbmme, veut dire se sauver de la maison de veiller. 



JA 



À 



36A POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

sacrée, — je t'ai promis, ô mon frère, de me sauver de chez 
mon mari. i) 

o -o -oî O *» 0-0 -- 

Thek'ahoue t f^mer oiiiifc'it'a, 

thenekheku oum ezzin et zerb, 

ehmn <mr d'eg s el Uk'a, 

degkt en wmr g etkmowih n el âreb , 

ow U aufir' d'eg le khalik'a 

ma izera U auehehen ad' ireheb. 

Adresse-toi au fruit du dattier, — produit d'un palmier 
entouré d'une haie: — sa saveur est douce, il n'a pas de suc 
laiteux, — .c'est le deglet en-nour* du pays des Arabes. — Je 
n'ai pas trouvé sa pareille parmi les créatures; — si le chacal 
la voyait, il serait émerveillé. 

o T T>oîo-> oJÎ 
-« - o ^ «f _ o 



O' %*o2 roe-el 



* On appelle ^^«t «n-nour Pespècc de daltes la plus estimée. 



CHANSON. 



365 



Fell as ai ekebir' bou el kêk'a ' 
atnm its iour'en es bou faleb : 
iger i baba d'eg el r'erk'a, 
ifka I izzouadj i thâleb. 
am bad! neger el ousk'a 
ebdkan thouziitU i et' t'aleb. 



C'est à cause d'elle que je ressemble au blessé — qu'a 
frappé le bou taleb^; — «rMon père, a-t-elle dit, m'a jetée 
dans la boue, — il m'a donnée en mariage à un renard, rt — 
Après que nos cœurs se furent mis d'accord, — ils ont sé- 
paré la belle de son taleb'. 



70 






-o • o- Ofo- 



- •? a - 



Cfi — *^ eH! V^ j-*-*' 



Lai em thimmi m&rrek'a 
thek'akout! i m thit' tkeziib, 
kkot' el midadfel owrk'a; 
a s samâin, oulack le ked'eb, 
r'as ma tkella d'egfrik'a, 
tkrfaz d'eg tkid'ma, tker'ereb. 



* Bau eUletk'a est arabe et signifie lilté- 
ralement : «celui qui a un emplâtre.'» Dans 
les cas de fractures de membre, les indigènes 
emploient un emplâtre composé de fiirine et 
de blancs d'œiifs. 

pèces de cbevn^linai. Uùu IaM mi {» mm 



dVne montagne située au sud de Sétif et 
danslacpielle se trouvent des mines de plomb, 
très -anciennement exploitées par les indi- 
gènes. On a donné au produit de ces mines 
Se nom de la montagne qui les renferme. 

^ Cil ioli^h 4>t un tiUitljânl un ai^pii^nl à 
ft «drnce 




366 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Adresse-toi à la belle aux sourcils arqués, — à Tœil noir 
fendu , — semblable à un trait d*encre sur le papier : — ô vous 
qui m*écoutez, ce n'est pas un mensonge, — à moins que sa 
pareille n'existe en Ifrik'iaS — elle l'emporte sur toutes les 
femmes en beauté, elle est sans rivale. 

* L*Iirik^ia, proprement dite, est la partie grande réputation de beauté. Diaprés un 

delà régence de Tunis comprûe entre Bi- dicton populaire, très -accrédité dans le 

zerte et la frontière française près de la mer. pays, si les houris venaient à manquer au 

Les Kabyles appliquent ce nom à toute la paradis. Dieu les remplacerait par des To- 

r^nce de Tunis dont les femmes ont une nisiennes. 



CHANSON. 367 



XII 
CHANSON. 




L ^iiam ajed'id! ûnurak'en, 
refd'en t ef folba d'i Sou» \ 
aith erkab itsirrik'en 
aith et zad, koul chi owr ikhouç. 
auid' âoud'an, Aoudd iAenferk'en, 
ouâùuidj a th edjen meh'araiu, 

La bannière neuve brille au soleil, — elle est portée par 
les tolba du Sous; — guerriers aux étriers étincelants, — 
aux provisions nombreuses, rien ne leur manque. — Ceux 
qui leur sont hostiles, regardez-les comme dispersés; — ils 
laisseront les récalcitrants sous bonne garde. 

' Souê est une province du Maroc. 



368 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



o a 



o ro T, o - •l!3lï 

Aft d iger elr'im ik'erreh'an 
ad'fel r'eftkizi ei! le tnennu, 
iknan imgoud'en enehek'k'en; 
ijiik' asegnU el le r'enms *. 
et tedjar h! ad icherk'en; 
irs as, ik'ereb r'er edhotu. 

Lorsque s'élève la brume glacée, — la neige s amoncelle 
sur le col : — elle fait fléchir les branches, qui se brisent — 
et détruit les pousses des jeunes plants. — Aucun marchand 
ne peut aller vers l'est*; — elle arrive jusqu'aux bords de la 
rivière. 

o I o roi . - >> oj 

jfct ^ H ni (JMjbA IiJUaa 

Ebdhou ahrid' d' ik'ovnak'en, 
a t' t'ir atigza ifesous, 
thadjâh ik (Tegg ifnik'en 

* Bferoui se dit ordinairement des jeunes font ie commerce avec la province de Goiis> 
pbnts de figuier. H vient de Tarabe ^yi. tantine , qui se trouve à Test de leur pa^. 
«planter. 9» L*auteur de cette chanson appartient vrai> 

* Un grand nombre de tribus kabyles semblablement à une tribu de rOned-Safael. 



CHANSON. :{(>9 

ed' dourou mnchi ed' lefelou». 
seiiem refihin ih'ad'k'en 
Meêâoud'a, et'fefits êegg oungow. 

Divise ta route par étapes, — oiseau bleu, aux ailes ra- 
pides, — ta récompense est dans des coffrets, — ce sont des 
douros et non de la menue monnaie. — Salue de ma part la 
jeune fille gracieuse, — saisis Mesâouda par la ceinture. 







Theh'akoul' t tn ihimmi iârrek'en 
I mm elhbebbach amm el kahous, 
r'pf ezzan oulaoun h'ark'en ' 
our asen noufi ârk' es sous * ; 
thasedda d'egg Idhrik'en ^ 
iâonouak*, a medden , oumedhious \ 

Parle à la belle aux sourcils arqués, — aux seins comme 
des pommeaux de pistolets; — tous les cœurs brûlent pour 
elle, — et nous n'avons pas trouvé pour eux de remède. — 
C'est la lionne d'Idhriken: — un impuissant, Messieurs, l'em- 
pêche de se remarier. 

' Les mots ezzan et h'ark'en ont la même ^ Idhrik'fne^ le nom d'une forêt du pays 

signification, le premier est kabyle et le se- des Aïl-Yala. 
cond arabe. * Voir la Note sur la position de la femme 

* Ârk'ei iouê est le nom de la racine de kabyle, page 387, pour la signification du 
réglisse, qui s^empioie comme» remède. verbe âouok'. 

ah 



370 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



o - o « o ! O-C o- 

rAnma 1 1^ a ouin ik'ad'k'eu, 
athaia oufouitiou imnut : 
machi d' aft' an ai noudken 
mi aeUr' iêê ek d* amak'bous. 
iioun l amer a isdhâfen , 
d'es salef id extern s el mous» 

Elle ma dit : crO toi qui es intelligent I — mes jai 
fléchissent; — ce n'est pas la maladie qui cause ma soulTi c 
— mais bien la nouvelle de ta captivité. — Une seule i 
me fait dépérir, — c'est (le souvenir de) la mèche de 
veux coupée avec le couteau. 

g] ft ^ \ u^ ^ ^li^^ 

J„ ft i«l l Mi l » g ^ ) \ 
O rsïS'OO? Oal.oJ 

- o - o 7 o. o 



Iffer' ed ir'ef is d'eg el't'ak', 
ieherrou thid'i s el kemam, 
ilouâ id es thit' is 
es thimmi s ai d irra es selam. 



CHANSON. 371 

ouin id chenânfeU i 

amek or' a th edjer', a l islam. 

<rH met la tête à la fenêtre — et essuie avec sa manche la 
sueur de son front; — il me parle des yeux — et me salue 
d'un signe du sourcil. — C'est à cause de lui que les gens 
parlent de moi, — comment pourrais-je Tabandonner, ô mu- 
sulmans?^ 

ç — U — î*^ vî^ jy-t 

Lioun ouas ed' l arbâa , 
ihâdda dfell i d'eg ouzal: 
thaksmtmih is ei tsameUalt , 
thamezourth is d* er rich ouimakbal ; 
ibr'a ts oui iou a ts it'Cef, 
d' el k'obdk machi d' el mijaL 

Un mercredi — elle passa près de moi à l'heure de la cha- 
leur : — son teint est blanc, — ses bandeaux sont semblables 
à la soie de l'épi de maïs; — mon cœur voudrait la saisir 
— sur-le-champ et non dans l'avenir. 

e r e -, oa-{--o- 
J Tt > t tjf^ J-A.^JA 

-• f o ' S- »m a aji 



T 0?-- o-«! - or 



'ih. 



372 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

i - >• r oï ? . oï 

J Â U^-j-Slç-iji 

Tsekhtlek, a lahel iou, serh'a i, 

r'er d'akhal bezzt^neni'er, 

es sebba in ou, d* el Mesâoud'a 

therh'a tV theberkant n eei^er: 

hr'ir' ad therzoufell i 

at tini : ai h'abib, la cher '. 

Je vous en conjure, ô mes parents! donnez-moi votre con- 
senlement, — un mal intérieur me consume: — Mesâouda 
en est la cause, — je souffre pour la belle aux cils noirs, — 
je voudrais quelle vînt me visiter — et me dît : «0 mon 
ami, tout ira bien N 




J ff >^— ? ^— *-•» 

e 0. -o -r©22o-o »aJ 

j ? ^ *^ ^^ t ir m ft 

£mm ethk'ejjirth thagrourzant , 
mi thâdda, our iban l other, 
emm ethânk'ik'th et tsar'ezfant, 
am it't'ij mi d inek'k'er, 
theh'adher d el âid' thameziant, 
Mesâoud'a, a ts id enr'afer. 

Ses pieds mignons sont parfaits; — lorsqu'elle passe, elle 

* La cheryjs!^ esl arabe et signifie «pas qui s^adresse à un malade ou à celui qui a 
de mal.n C'est une formule de consolation éprouvé ou qui craint un malheur. 



CHANSON. 373 

ne laisse pas de trace: — son petit cou est allongé, — elle 
est comnoe le soleil lorsqu'il se lève. — Mesâouda assistera à 
la petite fête, — nous nous pardonnerons mutuellement nos 
offenses ^ 

' A Tépoqae de la petite fêle qui ee ce- pardon rédproqoe des offenses. «Nous noos 

ièbre pendant les trois premiers jours qui pardonnerons mutuellement nos offenses» 

suivent le ramadban, il est d*usage entre doit donc être pris dans le sens de, «nous 

parents et amis de s'embrasser en signe de nous embrasserons.» 



374 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



XIII 
CONVERSATIO^ CONJUGALE. 

PAR EL-HADJ-AIIRUR-OlI-DAEIIIA?i, DE TALA-N-TAZART (zOUAOI'a). 
? f - 9. 0, - o- s - 

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/fina owgaz t themet't'outh : 
a lai en tiddi ik'men, 
nek efkir' am tliasarouU, 
kem, m segg oui ikiisen. 
ak'lar' d'à nezd'er' thazerouts 
oula oui ir' d issisen. 

Le mari dit à sa femme : — cr Maîtresse du tissage aux 
bandes bien réglées, — je te donne la clef, — sois bonne 
ménagère. — Nous habitons sur un rocher, — personne ne 
pourvoit à nos besoins, n 

p ' p f 0-0 -; ? - o- ? ar 



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o J ? r ? - 
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CONVERSATION CONJUGALE. 375 



U^W 



ljf^*-*^5-^ 



Theimak : ma d' keteli, our ak namouz^fouth, 
et methel ik B$g oui ihusen , 
ad'fetheler' ar Uachar therbùuth, 
ras kerrtz d'egg tfi/ùsen. 
nmk', at tekesebedk îhamourtk 
iheêoudjed'edk ikhemmasen, 

ffToi, répondit-elle, je ne t'écoute pas, — tes pareils 
mènent paître les troupeaux. — Je ferai du couscous à plein 
plat, — tu n'as qu'à labourer les terres d'alluvion; — va 
acheter de la terre — et tiens prêts des métayers. y> 

o - , o - - o • ,ir; 

J a , \ ff ^ » CkJ^\ 

A in tichebiah en tek'ed'ourlh, 
a ihar'iouit d'egg ijliseti! 
ad' Jell am id ernour ihatnei' t' outh , 
id'rimen iou tnazel ten ergen, 
atekka attekkedh (kabbourth , 
a kem khoU'er' ed' ouqfrasen, 

rc Toi qui ressembles à une marmite, — ànesse des Plissa * ! 

' Les Zouaoua et beaucoup d^auii'cstribiLs possession d\ine âuesse. On n^en voit pas 
kabyles regardent comme un déshonneur la une seule dans leur pays. Les Aït-Djennad 



376 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

— je prendrai avec toi une seconde femme, — mon argent 
est tout prêt: — demain tu passeras la porte, — pôle-niêle 
avec les ordures, t 




êtr- 



Thennak : tir oual our d'eg s senounnouth , 

ai atherki en darAh'sen! 

thoura ad' âbberer' ihaked'ouh'th , 

ad nedheh'ou segg oui ikiisen. 

khas our kheddem thatnourth, 

ma zad'er', egzem i ifassen. 

Elle reprit : ce Ne répète pas ces vilains mots, — ô Turc 
de la maison d'Ahsen Pacha ! — maintenant je rationnerai 
chacun à l'écuelle \ — nous deviendrons des gens économes. 
— Tu peux ne pas travailler la terre, — si je dépasse la 
mesure, coupe-moi les mains.?) 

poussent plus loin le prëjagé, et n^admettent la maison mesure chaque jour, avec une 

chez eux ni ânes ni ànesses. Les Iflissen- écuelle destinée à c«l usage, la ration de cou»- 

Onm-el-Lii sont i peu près les seuls avec les cous de chacun des membres de la commu- 

Aît-Ouaguennoun qui soient exempts de ce nauté. C'est une de ses attributions les plus 

préjugé et possèdent des Ânesses. importantes et elle ne se repose de ce soin 

* Dans les familles, la femme qui dirige sur personne. 



CHANSON. 377 



XIV 



CHANSON. 




o e i o ^ ? a! 

fjf^ toi jilj h \ ftl 

A Sid'i Rebbi, 
id issebbauan le kkertfl 
efk i Thoêéd'ith 
emm el kbouê oudkrif. 



Ô seigneur Dieu, — qui fais mûrir les fruits d'aulonine 
— doune-moi Tasadit, — aux vêtements gracieux. 




^uu^\y±jj^ 



A Sid'i Rebbi 
ikkoUc'en er remmanf 
efki Fat'ima, 
emm ergalen r'eman. 

seigneur Dieu, — qui as créé les grenades! donne- 
moi Fatima — aux cils noircis. 



378 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



— 3>j » ull 



è5;^c= 1 ? 

A sid'i Rebbi 
ikholk'en et Ueffah' ! 
ahad'ou Yamina 
at tsini : arouah! ! 

seigneur Dieu, — qui as créé les pommes! — inspire 
à Yamina — de me dire : (f Viens, tî 






o o -•? ^oj 

j ft ft H I ^ U ^ft^t l 

ikhoUc' entres! 
efk i t e/ Yagmin 
em thimmi thdc'onowf. 

seigneur Dieu, — qui as créé les poires 1 — donne-moi 
El-Yasmin — aux sourcils arqués. 



avî ? . oç 



À Mi Rebbi 
ikholk'en esferdjel! 



CHANSON. 

efkiiiyekabia, 
br'ir' ai tedjel. 

seigneur Dieu, — qui as créé ies coings! 
moi Dehabia, — puisse-t-elle devenir veuve ! 



:\1\) 



donne- 



^\ 



■i;«- 






. c ft T ^ 



4i 

A M'iRehbi 

ikkolk'enaboukar! 

efk 1 1 Aini 

ad' immeth oumr'ar, 

seigneur Dieu, — qui as créé les figues-fleurs! 
donne-moi Aini, — périsse le vieux! 




And'iRebbi 
t U ibdhan s el h'aif! 
abâdk thefkidk as, 
oMdk iêk'aiêmf. 



Ô seigneur Dieu, — qui as fait les paris inégales! 
as donné aux uns, — les autres sont jaloux. 



tu 







380 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

o ' a 



X-^ 



^Jt — ^^ è*— ^ — ^ 

Aiid'tRebbi, 
a bou ickebbouadhen * 1 
^ ar' Adidi, 
sinef ar' Azrain *. 

seigneur Dieu, — à qui nous devons les crêpes! — 
donne-nous Adidi, — éloigne de nous Âzrail ! 

' On appelle ickebbouadhen un mets ^ré- dattes. G^est ce que les Arabes nomment 

paré avec des crêpes de farine de froment rs/Ei. 

émiettées ou coupées en morceaux , sur les- ' AzraH est Tange de la mort. Dans ce 

quelles on met du sucre, du miel ou des nom les Kabyles changent IV finale en ». 



DADDA-ÂLI. 381 



XV 



DADDA-ÂLr. 

PAR amror-ou-bbl-kâsseh, drs maatka. 

t • 9 SI 

-a i ' i» • 
es — î03— * — *^' jT* î" 

. e a «2 



o > o - - « 



a - o- 

— »âjt— 



Adda Ali, 
ma tKouJidh ar'ioul enni ? 

' Les Kabyles donnent au mot dadda le Cette chanson a eu un très-grand succès 

sens d'atné. Lorsqu^on fait pn^cëder le nom populaire. Pendant ces dernières années, on 

d'un individu plus âgé que soi du mot dadda , Tentendait chanter partout dans la vallée du 

c'est une expression de familiarité respec* Sebaou. Le héros Dadda- Ali est un homme 

tueuse. Dadda AU peut donc se traduire en des Aîl^Aîdei de TOued-Sahel , établi depuis 

français par;i^ AU^ pris en bonne part A longtemps à Drft<ben-Kbedda , village des 

Alger, le mot dadda est appliqué exclusive- Amraoua situé sur la route d'Alger à Tisi- 

ment aux n^^resses. Ouxiou. 



38^2 POESIES POPULAIRES i)Ë LA KABYLIË. 

Adda AU, 
er rif, er rifoukennms, 

Adda Ali, 
Fatima thebr'a afdc'k'tnu, 

Adda AU, 
arbâ ajed'id' d' ai d'erowtï 

Adda AU, 
soud'en, oukhkher, 
barka mesekher. 

Dadda-Ali, — as-tu rencontré cet âne? — Dadda-Ali. — 
au bord , au bord des cactus \ — Dadda-AH , — Fatima aime le 
melon. — Dadda-Ali, — un rebiâ djedid^ce n'est pas peu de 
chose ! — Dadda-Ali , — embrasse et sauve-toi , — assez de 
plaisanterie ! 

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Adda AU, 
er rif, er rifoud'amou, 

^ Le village de Drâ-ben-Khedda est en- de /rormoiM qui, en arabe, sif(nifie des figues 

touré de nombreuses plantations de caclus, sèches. 

appel<^ vulgairement figuiers de barbarie. ' Un rebiâ djedid vaut environ 5o cen- 

Lcs Kabyles donnent à ces figuiers le nom limes. 



DADDA-ALI. 383 

Adda AU, 
Vat' ma thebr'a at tsebrou , 

Adda Alt, 
a bob is, kaggi dourau , 

Adda dli, 
outh, dddi 

Adda An, 
* ketch d' aroumi! 

Dadda-Aii, — au bord, au bord du bosquet, — Dadda- 
Ali, — Falima veut divorcer, — Dadda-Ali, — préleudanl, 
apprête tes dourosi — Dadda-Ali, — frappe et passed — 
Dadda-Aii, — tu es un chrétien ! 



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AddaÂti, 
ar k eUarrar' d' dnummen, 

Adda Alt. 
euegener' k etd'atk, nottmen 

Adda Alt, 

OuA, dtidi, est une eipreMioii conaacree pour dire : «fa» vile, d^pMic-toi." 



384 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

ifaêsen ik esferfùud'en ! 

Adda AU, 
oullah I aur noutnin iioun , 

Adda Au, 
ketch d' aroutni ! 

Dadda-AH, — je te regardais comme un vrai croyant, — 
Dadda-Âli, — je t ai fait coucher près de moi sans défiance, 

— Dadda-AH, — et voilà les mains qui farfouillent M — 
Dadda-Âli, — par Dieu! je n aurai confiance en personne, 

— Dadda-Ali , — tu es un chrétien ! 




Ci)!;— û '* -*^ J3<-^^-^3' 



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Adda Ali, 
axa n ech chaib en tamarth, 

Adda Alt, 
ou/ir' la ir'emmez i thamr'arth , 

Adda Ali, 
a oui k iourezen es thetnrarth 

* Le serbe farfouiller, quoiqu'un peu tri- sens du moiiferfoud'en , avec lequel il a quel- 
vial , est le seul qui rende exactement le que rapport de consonnance. 



DADDA-ALI. 385 

Adda ÂU, 
a k iger d'i thaouksarth? 

Adda AH, 
ketch d' aroumi ! 

Dadda-Ali, — eh! la barbe grisonnante! — Dadda-Ali, — 
je l'ai surpris clignant de l'œil à la vieille. — Dadda-Ali, — 
qui donc te liera avec une corde, — Dadda-Ali, — et te 
jettera en bas de la descente? — Dadda-Ali, — tu es un 
chrétien ! 



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Adda AU, 
aia n ech chaib am ilia, 

Adda AU, 
cufir' Ui ir' emmet i tï/i *, 

Adda AU, 
thenna i as : rouh', a baba, 

Adda Au, 
aurittih'add'ilâk'elis; 

Adda AU, 
ketch d' aroumi I 



386 POÉSIES POPULAIRES DE LA KARYLIE. 

Dadda-Ali, — grisonnant comme une toison! — Dadda- 
AU, — je l'ai surpris clignant de l'œil à sa fille; — Dadda- 
Ali, — elle lui dit : «Va, ô mon père, — Dadda-Ali, — il 
n'y a plus personne dans son bon sens. iî — Dadda-Ali, — 
tu es un chrétien ! 

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er alc'elmoun ethkechmedk ! 

Adda Ali, 
arbâ ajed'id al tefkedh 

Adda Ali, 
akhkham is d' el merkedh , 

A 

Adda Ali, 
oula oui thaougffad'edh, 

Adda AU, 
keuhd' elk'asak I 



Dadda-Âli, — abaisse ton capuchon et entre 1 — Dadda- 
Ali, — tu donneras un rebiâ djedid. — Dadda-Ali, — sa 
maison est une place publique, — Dadda-Ali, — tu n'as 
personne à y craindre. — Dadda-Ali, — tu es un paillard! 



COUPLETS DE DANSE. 



387 



\VI 



COUPLETS DE DANSE 




Ai ak'chich aras, 
aiizmmer aksos! 
oui ibr'an thih'ad'ain 
irauh' s ath Àbbas ! 



Enfant brun ! — agneau frisé ! — qui veut des jeunes 
lilies, — qu'il aille chez les Aït-Abbès^! 



REFRAIN . 



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LA • » -î 






* Ces coopleU sont chantés par les femmes, frappant pendant la danse les mains Tune 

lorsque, dans les noces, elles dansent soit contre Tautre. 

entre elles, soit avec les hommes. Elles indi- ' Les mœurs passent ponr être très-relâ- 

qiient en même temps le rfay thme au moyen chées ches les Aït-Âbbès. 
frun tambour de hasque ou simplement en ' Il se répète après chaque conpiet. 

95. 



f 



388 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLïE. 

A lala lala 
ai âziz , egtna 
rouh! ed âinani 
r'er ouand'a ik nenna. 

A lala lala! — 6 mon chéri, mon frère, — viens tout 
droit — là où nous t'avons dit. 

J ^J û^ 



J b ^&j\ 

i4 âzza , âzza ! 
thak' ehailith thenza ! 
oui ihr'an thibbouchin , 
irouh' r'er Thaza ^ ! 



ô chérie, chérie, — l'honneur est vendu! — qui veut 
des tétons, — qu'il aille à Taza ! 



fir-^ 



0» a ' 






A t tseffah' netk'im 
inr'a i eeh chouk' im! 
amr'ar d' achiban 
têêoummeih ir'il im. 



ô pomme greffée, — ton amour m'a tué! — un vieux gri- 
sonnant — repose sur ton bras. 

Ml y a plasiean villages kabyles qui se nomment Tkaza, 



COUPLETS DE DANSE. 



389 



iLÎÎ. 






-, o o 









.4 Ik'od our'anim, 
therzidh iman im ! 
amr'ar d' achiban 
iêsaummeth ir'il im. 



Ô taille de roseau, — tu t'es brisée toi-même! 
grisonnant — repose sur ton bras. 



un vieux 




Em koul chi ehit'ouh! 
thenr'if % ter reh'ouh' ! 
idk agi an negen 
azekka an nerouh'. 

Toi chez qui tout est mignon, — tu m'as tué par ta gen- 
tillesse! — cette nuit dormons ensemble, — demain nous 
partirons. 




390 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

\ thid' our nouriov 
edjenUh amour ton I 
thagoum ar eçbah' 
ad' iferah' oui iou. 

Vous qui n'avez pas enfanté, — laissez-moi ma part! — 
que je dorme avec vous jusqu'au matin, — mon cœur sera 
satisfait. 









Emm el k'od ak'eded 
thew'it' i, ah'adedi 
thakherit! iou tkeferer' 
kem thek'k'nredk efk éd. 

Femme à la taille accomplie, — tu m'as tué, hélas ! — ma 
bourse est vide, — et tu me dis toujours : <? Donne, t) 

o TO T • o ^ "T oî 

' or o» a ' 
J i ÇR— LJI 

A Tit'em, Tit'etn 
eni thoffousi therk'em ! 
et tsejfak' elk'alou 
seg ouiar ag lek'k'em I 

Titem, Titem, — à la ceinture bariolée! - pomme 
douce , — greffée sur la racine ! 



COUPLETS DE DANSE. 391 



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-il.' *• 



i — î— ^iM 

£*!» tr^c/ mesbovr', 
âlem n d ad' ebnour', 
ma ouiach, an nek'k'im 
anid'a ir' thour'. 

Feiiuiie aux cils noircis, — dis-moi sur quoi je dois compter ; 
sinon, nous resterons — là où nous en sommes. 




Emm ikholkhalen 
nekk id' em d' ain. 
thUaf ma tseddout' 
an net' il $ Ifnaien. 

Maîtresse des kholkhai \ — entre nous c'est fini. — Viens, 
si lu veux me suivre — nous passerons cliez les Ifnaïen ^. 




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' Lod hholkhal sont des anneaux qui se ^ La tribu des Ifnaiien habite le venant 
[lodenl aux jambns. de POued-Sahel. 



392 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ez zm oâdjehcmn 
rer south Ouagennoun, 
akêoum d' aldc'k'ak' 
ai sebr'itk lâioim, 

La beauté merveilleuse — se trouve chez les femmes des 
Aït-Ouaguennoun ; — leur peau est douce — et leurs yeux 
sont noircis. 




• ^ o ?J • • o / 

Oui ibr'an ak'atekoun 
hzemtuerd'oun, 
ad ioùui thak'chtehth 
thouêcbir'tk el l âtoun. 

Qui veut une femme \ — qu'il vende un mulet ! — il 
épousera une jeune fille — aux yeux noircis. 

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C^ ^ '^ * ft » >u H 

Es sabk'a thathenith 
irkeb ougelUd', 
thak'chichth thameziant 
el makela ouk'eddid'. 

' La bienséance ne permet pas de repro- termes grossiers , mais avec une grande vë- 
duire littéralement en français la fin du rite, le rôle ella position de la femme dans 
premier vers de cecoaplet, qui définit en la société kabyle. 



COUPLETS DE DANSE. 393 

Pouliche de deux ans — est un monter de roi, — jeune 
tendron — est un plat de keddid K 

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à 11 

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» il Al V-Jl^Ip»^ 



Ai oui iou, hedden! 
r ' ef aila em medden ! 
elk'oum d' aroumi 
nd'feU ak chehed'en. 

mon cœur, calme-toi! — ne convoite pas le bien d au- 
trui! — les gens sont des chrétiens, — ils témoigneraient 
contre toi. 




Oui ibr'an thibbouehin 
iddou et tserçaçin, 
idhilr'efthizza, 
indak : a thih'ad'ain! 



Qui veut des tétons, — qu'il marche avec les balles! — 
qu'il franchisse les cols — et crie : jeunes fdles ! 



• 0.0- a r 



* On appelle keddid de la viande de mouton coupée en menus morceaux et sécbée au soleil . 



39/1 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIK. 



M 



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Thenna i thak'chichth : 
a l djid oula ansi, 
ergaz d' aroumi 
thamr'arth thâouss i. 

La jeune fille m'a dit : — r Noble enfant, ce n'est pas pos- 
sible, — mon mari est un chrétien, — la vieille me surveille.*^ 

J 1 — •iJh»^ 

Jl — 3(^ j>^_jl 

o dl , O T • - 

J — ^— Hjr*-«^3 

AtHiramellal 
itkeddoun d' el mal! 
oui ihr'an thibbouchin 
r'er Fat'ma adllal! 

Oiseau blanc ^ — qui suis les troupeaux! — qui veut des 
tétons, — qu'il aille chez Fatuia Allai M 

J 1 — ^trf^^ 



C'ii H » ■! ju >^ HT 

>4/7'tr bou the/errets 
ers as r'er ihenek'elels ! 

' (i*o8lle pelit hémii louciic-bœuf. Ou-Meddour, silué chez les Amraoua , sur ia 

* Nom d'une femmodii village de Isiklien- route de Fort -Napoléon à Alger. 



COUPLETS DE DANSE. 395 

ad ejfer' Yamina 
toud'en as thah'ankets. 

Oiseau qui as des ailes, — abats-toi près d'elle sur le 
lifjuier! — quand Yamina sortira — tu baiseras sa petite joue. 

O - ' O -M 



9 .0 aï o» - \y^ 

A l baz, bou ânk'ik' 
a l h'arir oudhlik' ! 
tkessekb t Fat'ima, 
d' el melah' auouzetiik'. 



Faucon au long cou 1 — pièce de soie déployée ! — Fatinia 
m'a rendu fou; — elle est l'ornement de nos rues. 



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J.) 



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A l k'od en tara . 
r'efedjir' imma! 
thesseleb i thak'chtchth , 
ismis Yamina, 



Taille de cep de vigne, — pour toi jai quitté ma mère! 
— une jeune fille m'a rendu fou, — son nom est Yamina. 

l TO?; 



396 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

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Oufir' ts d'i thala 
thefka id, souir'; 
k'aouzer' ts si thânk'ek'th , 
essoud'ener' ts erouir. 

Je la trouvai à la fontaine, — elle me donna à boire; 
je la saisis par son petit cou, — je l'embrassai à loisir. 

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Addar ed' onbrid'. 
tker'lii tkechachith; 
l âk'el iou irouh', 
idda et Tasad'ith, 

Je passais dans le chemin, — ma calotte est tombée; 
ma raison est partie, — elle voyage avec Tasadith. 



CHANSON DE FEMMES. 397 



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CHANSON DE FEMMES'. 



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^ au «> 4>1 6y»J 1 r^^fr^ft 

a otfi illan d' ouh'ad'ik' esel ii ! 
a imma h'anna I 
a nek iowr'en tirkourtni! 
oud'em is d' el tnor'ereb, 
mi d ih'adher louhi imensi. 

Je commencerai mes chansons en invoquant le nom de 
Dieu: — toi qui as i'esprit éveillé, écoute- moi ! — ô ma 
tendre mère ! — Hélas ! j'ai épousé un homme sans virilité ^ ; 
— sa figure est comme le coucher du soleil, — quand vient 
l'heure du souper. 

^ Celte chanSon est une de celles que difficile d*en trouver Tauieur; chaque femme 

chantent les femmes en tissant ia laine ou qui se sent inspirée ajoute son couplet et 

en tournant le moulin à bras. Elle est Tœuvre expose ses griefs. 

exclusive des femmes, comme toutes les 'La traduction litlërale de ce vers est : 

chansons da même genre, et il serait fort Hei mihiimHdidw mentulœ nuptœ. 



398 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

S ' 5-! 




A mma h'anna ! 

a nek iour'en ad'khakhni ! 

mi d ikchem d'i ihebbourth, 

iaoui d tkaekMarth d' ounbsi. 

mi t teh*aouza ei gerra ougeffour, 

ar iUrah' amm izird'i. 



ô ma tendre mère! — hélas! j'ai épousé un fumeur'! — 
lorsqu'il rentre à la maison — il n'apporte que sa blague et 
sa pipe; — s'il est surpris par la pluie, — il exhale Todeur 
du raton ^. 




* 9 ^ ' \ — 

C5 i) * 



A imma h'anna! 

a nek iour'en hou rourou ! 

^ Les Tumeurs et les priseurs sont très- * Cette image n'est pas, comme on pour- 
rares parmi les Kabyles. En revanche , beau- rait le croire, une simple métaphore. Les 
coup d^enlre eux ont Thabitude de se mettre Kabyles ne lavent, pour ainsi dire, jamais 
sous la langue des pincées de tabac en poudre, leurs vêlements, qu'ils portent sans les quit- 



CHANSON DE FEMMES. 39<J 

d' oud'em ouiazidh 

ma ra tali s akentou. 

a sid'i rehhi! 

âzzi id d'egsd! outnathou. 

ma leiicire rnère! — hélas, j'ai épousé un hibou ! — sa 
ligure est celle d'un coq — qui monte à son perchoir. — 
seigneur Dieu ! — fais-moi bien vite porter son deuil ! 




^Ht^ 



A imma h' annal 

a nek iour'en boutellis ! 

idharren ouiazidh 

ma ra iali s amkan is, 

a sid'i rebbi! 

axzi i d d*eg imaoulan is. 



ô ma tendre mère I — hélas ! j'ai épousé un héméralope ^ ! 
— il a les pieds d'un coq — qui monte à son juchoir. — 
seigneur Dieu I — fais-moi porter le deuil de ses parents ! 






- o -V o- r or' « 



terjusqu^à ce quails tombent en lambeaui. ' L'hëmëralopie est très-commune en 

Aussi , quand ces vêtements sont mouillés par Kabyiic. Le mot 6<m Mis , par lequel les Ka- 

la pluie, exhalent-ils une insupportable odeur byles désignent un héméralope, est appliqué 

de bétn fauve. par les Arabes au cauchemar. 



AOO POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

? - o a 






i4 tmma À'aniui 
^an fe tnerad' i f/'A:cr / 
(/'a toti^'an meddenfdl am ? 
thefkidh 1 1 imsisker. 
enta ai d! el hadjenafell i 
9 ouêou ma rad ikkerker. 

ma tendre mère ! — tu as fait ce qua voulu la tortue '. 
— Il n'y avait donc pas pour toi d'autres hommes, — tu m'as 
donnée à un chaudron! — Quel effroi me saisit, — quand 
il se traîne vers mon tapis ! 

. a-' 



6j * — ^^^-•^ 




e3< — »C4— ^^ 



y4 imma Vanna! 
a nek tour' en Rabah' I 
d'ougg as itsarra ak'elmmn 
d'egg idk isnousm el meçbah', 
aseggas ad' aih nemou, 
k'abel, d' en nouba n er rouah'. 



ô ma tendre mère! — hélas! j'ai épousé Rabah. — Le 

' Le nom de la lortue (iflc^) est masculin en kabyle. 



CHANSON DE FEMMES: 401 

jour, il abaisse son capuchon, — la nuit, il éteint la lampe. 
— ^ Je lui sacrifie encore cette année, — Tan prochain viendra 
le tour (le la fuite. 




A imma h' annal 
efkan i, our âlimer' ! 
ek'k'aren elfatsih'a, 
nek esmùuk'ouler', 
d' ar'boub ai our'er', 
azekka ad' rouler'. 



ô ma tendre mère ! — on a disposé de moi à mon insu ! 
— ils ont lu le fath'a ' — et moi je regardais. — C'est une 
bécasse que j'ai épousée^: — demain, je m'enfuirai. 




j3 i ^y^ wpi Qj^ 

Ç ay *1 V > 

O f O 7 , 9 . «î ?' -ï 

J J A * » ? vT^l ÇÛ. II»! 

* Le fath'a eut la première sourate du de la bécasse, pour laquelle ils éprouvent une 
Coran. On la lit sur la mariée lorsqu'elle grande répugnance. Ils ne savent pas ce qui 
quitte la maison paternelle. a pu donner lieu à ce préjugé. Le nom de la 

* Les Kabyles ne mangent pas la chair bécasae, arboub, est masculin en kabyle. 

a6 



A02 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

A imma h'anna! 

efkan t t ouâdjemi amanoun; 

idharren b oumehkh, 

thagouni ermig el kanoun, 

nek ad' rouh'er' 

ad' ar'er' ak'chich hou l âùntn, 

ma tendre mère ! — on m'a donnée à un bouvillon non 
dressé ; — il a des pattes de chat, — il passe sa nuit sur le 
foyer. — Je m'enfuirai de chez lui, — je prendrai un jeune 
homme aux beaux yeux. 

o -• o 5- ?-i o - or 

il tmma A'anna / 

a n^Â; izoudjen r'our ath Aisi! 

epcan i i ouâdjemi amedklous , 

aniir is ourdjin ifn. 

laz r'our es ag esthâfa 

l amer id nouk'kem imensi, 

ma tendre mère ! — hélas ! je suis mariée chez les Aïl- 
Aïssi M — on m'a donnée à un bouvillon rétif; — son front 
jamais ne se déride; — la faim chez lui a pris domicile, — 
jamais nous n'avons apprêté un souper. 

' La oonfëdëratîoQ des Aït-Aïssi appartient au cercle de Tiri-Ouiiou. 



CHANSON DE FEMMES. A03 









iijJLAl 



A imma h'anna ! 
a nek tour'en amer'boun ! 
ikourd'an et Uelkin 
' fell as ai theddoun, 
ouglan ekkesen, 
our iferrez r'our el kanoun, 

Kha tendre mère! — hélas! j'ai épousé un écloppé indi- 
gent. — Les puces et les poux — courent sur sa personne : 
— ses dents sont tombées, — près du foyer même il ne voit 
pas. 

a " 9-! 
o - oa - o^ . , 



- vi î»:«i 




'•' ^\ ?- ol 



A imma h'anna! 

a nek iour'en bouferdhasi 

ma ra nek'erreb s imensi 

ârian ad idja thakhenas. 

ad' K aller' rehhi 

atsououth agechd'our imma s, 

ma tendre mèrel — hélas! j'ai épousé un teigneux! 
- quand nous nous approchons du souper, — il laisse voir 

96. 



40/1 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

sa nudité ^ — Je prie Dieu — que sa mère se lamente 
sur hii^. 



J- — ï- — 1 — f*-))? 

ç — ^jj 



A 'M 



Ml V e „ o — 

A l y ft lit ^ J> 



À imma h'atma I 

a nek thegeredh ii themUa ! * 

our zid' îles is, 

our isâi eç çifa. 

mi kechmer' akhkkatn, 

khas ar'ioul d'eg et trtka. 

ma tendre mèrel — hélas! tu m'as jetée dans un 
gouffre. — Sa parole est sans douceur, — sa figure est in- 
forme; — quand je suis entrée dans sa maison, — je n'ai 
trouvé qu'un âne pour tout bien. 

' Là traduction littérale de ce vers est : ' Ceat-à-dire qu^il meure. (Voir la 
Nudam prabet mentulam. note 5, p. 399. ) 



CHANSON. 405 



XVIII 
CHANSON. 

PAR MOUAND-OU-ZÂIGH, DU VILLAGE DE TlZl-HALOUAN, 
CHEZ LU AÏT-lBBiS (oIK]>-SAHBL). 




Ma thebr'idh ad' am neggal 
ouh'ak'IbahalaU 
ergaz im la ikheft'ob , 
ad iaoui am el kalal. 
neUath a ts ih'adjeb, 
kemmini i ir'ial! 
erfed' adhar im I 
houzz ad'aoui m I 

Nous te le jurerons, si tu veux, — par les Ibahalal ^ ! — 
ton mari veut prendre femme; — il en épousera une belle 

* Il y a plusieurs villages qui portent le nom de IbahaUd. (Voir la note i , p. i'^ t .) 



/i06 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

comme la pleine lune. — Elle, il la gardera à la maison, — 
toi, tu soigneras les ânes. — Lève le pied, — trémousse le 
derrière ! 




^Ic^ 



' A -«■» 



4 it^ ^^ i-»]l 

Ma tkebr'idh, ad' am neggal 
ou h'ak* bou Chdc'fa ! 
ergaz hn la tkhet't'oh, 
ad iaoui e Chrifa. 
netsath, a ts th!adjeh, 
hemmini, t / h! alfa, 
erfed' adharimf 
houzz ad'aoui m ! 

Nous te le jurerons, si tu veux, — par Bou-Chekïa M — 
ton mari veut prendre femme; — il épousera Chérifa. — 
Elle, il la gardera à la maison, — toi, tu travailleras Thalfa *. 
— Lève le pied! — trémousse le derrière ! 

T? o . • r . 




' G^esl-à-dire : «Par la mosquée du vil- * L'halfa est une plante saharienne avec 
lage de Bou-Chek'fa, situé chez les Ait- laquelle on fait des nattes, des paniers, des 
Abbés. 7) cordes, etc. 



CHANSON. A07 

cl X -^. î^^-%^' 



o aï - o' 



c^- 






-i\ûr^ 



J/a thehr'iih , ad' am neggal 
ou Vak' sid'iAich! 
ergaz im la ticket' t'qb , 
ad iaeui emm ak'ehieh. 
netsath , a U ik'adjeb , 
kemmini, t / k'achtch, 
etfed' adharim! 
hauzz ad'aoui m! 

Nous te le jurerons, si tu veux, — par Sidi-ÂïchM — 
ton mari veut prendre femme; — il en épousera une qui lui 
donnera un fils. — Elle, il la gardera à la maison, — toi, 
tu iras à l'herbe. — Lève le pied! — trémousse le derrière ! 

^ ? -«-?• ^«r- 

Jl.i L\ 




Sid'i-Âick est un marabout enterré chez les Ihassenaouen près de Tizi-Ouzzou. 



/i08 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ma ikebr'idh, ad' am neggal 
ou h'ak' ech Cherfa! 
ergaz im la tkhet't'ob, 
ad iaoui ed Dhrifa. 
netêath, t thegouni 
kemmini, i le khela. 
etfed' adharim! 
houzz ad' août m I 

Nous te le jurerons, si tu veux, — par ies Gheurfa! — 
ton mari veut prendre femme; — il épousera Dhrifa; — elie 
pour le lit, — toi aux champs. — Lève le pied! — tré- 
mousse le derrière ! 




Ma ihehr'idh, ad' am neggal 
ouh'ak' thissegnith! 
ergaz m la ikheù'ob 
ad iaoui thiseUth. 
nelsath, a te ih'adjeb, 
kemmini, am thid'iih. 
erfed! adhar im ! 
houzz ad'aoui m ! 

Nous te le jurerons, si tu veux, — par ton aiguille! — 
ton mari veut prendre femme; — il amènera une fiancée; 



CHANSON. A09 



— elle, ii la gardera ù la maison, — toi, tu seras comme la 
chienne. — Lève le pied! — trémousse le derrière ! 




Ma thebr'idh, ad' am neggal 
ou k'ak' ath Boubed'ir ' ! 
ergaz im ia ikhet'toh, 
ad iaoui emm ez zerir *. 
netsatk, a ts ih'adjeb, 
kemmini i tnejjir. 
erfed' adhar im! 
hauzz ad'aotU m ! 

Nous le le jurerons, si tu veux, — par les Ait-Boubedir ! 
— ton mari veut prendre femme; — il épousera une jeune 
lille à diadème. — Elle, il la gardera à la maison, — toi, 
tu iras couper les mauves'. — Lève le pied! — trémousse 
le derrière! 

* La saottia des Aït-Boubedir est située diadème, que les femmes portent sur la tête, 
chex les Aît-Yaia. ^ Les Kabyles ont Thabitude de manger 

' On appelle zmr un bijou en forme de les feuilles de mauve. 



/ilO POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



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.Va thebr'idh, ad' am neggal 
ou h'ak' othK'eggar! 
ergaz im la ikhet't'ob, 
ad iaoui em le r'iar. 
netsaik, a U ïh'adjeh, 
kemmini, i ler'ebar, 
erfed' adharim! 
houzz ad' août ml 

Nous te le jurerons, si tu veux, — par les Aït-Keggar ' ! 

— ton mari veut prendre femme; — il épousera une fille 
aux vêtements éclatants. — Elle, il la gardera à la maison. 

— toi, tu iras au fumier. — Lève le pied, . — trémousse le 
derrière ! 

- o -1 o . o T - 



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iÇL-îi^>iaîi 



'é^r^J^ 






* Les Aïl-Keggar sont des marabouts de du Jurjura , à droite de ia roule de Fort-Na- 
la tribu des Aït-bou-Yousef du cercle de polcon à Tirourda. K'eggareii sans doute 
Fort-Napoléon. Leur village est situé au pied la forme kabyle de l'arabe yCS 



CHANSON. /ill 






Ma thehr'idh, ad' am neggal 
ouh'ak' Thaferkout'! 
ergaz im la ikhet't'ob 
thouehdnh'ath en tdbbout'. 
netsath, a is ih'adjeb, 
kemmini, i thad'out'. 
etfed' adhar im! 
houzz ad'aouim! 

Nous te le jurerons, si tu veux, — par Thaferkout M — ton 
mari veut prendre une femme — au beau ventre. — Elle, 
il la gardera à la maison, — toi, tu travailleras la laine. — 
Lève le pied, — trémousse le derrière ! 

' La zaoaia de Thaferkout est située chez les Sebkha de la subdivision d'Aumale. 



412 POESIKS POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



XIX 



ISEFRA. 



PAR VOBAND-OU-NOUSSA , DES AIT-OUAGUENNOUN. 







g — éy—j ^in \ S Mliu»» 

M) * - -•' o o * • 

J SÊfjt « ^Ij •< H 11 

«(^^ ouaklan ar Isiakhen ^ 
e(j' «otf^A e/ /ei«a el leh'arir 
south el k'od koul chi iottk'em; 
k'et' fount el h'adja es thimmi, 
el kouthera el lehad'ourfouh'en. 

La beauté la plus remarquable se trouve — chez les femmes 
des Abid et d'Isikhen-ou-Meddour; — elles portent des vête- 
ments de soie, — leur taille est d'une élégance irréprochable ; 
— elles expriment tout d'un signe de sourcil — et dédaignent 
les discours superflus. 

* Les Kabyles donnent ie nom d^aklan Miiane et de Tizi-Ouzzou. Nous les oonnais- 
nies nègres,}) aui descendants des colonies sons plus généralement sous le nom arabe 
noires établies par les Turcs près de Drâ-el- d'Âbid. Ceux dont il est ici question sont les 




M 3 



» 7» -< •< -I S< i?% 

e ° a - o, . o- o a J 



i4 ('f'tir eteaz«ner' &oti// <u^ 
thaouidh id le had' our ouk'etnen; 
emmougerer' Iswud'efiier raâch, 
ak'l ii amm d k'adj iàouk'en ^. 
Fai'ima, a eheroub wr'Uas, 
a ch chach our àad' netsak'k'en. 

Oiseau que j'envoie chaque jour en message, — rapporte- 
moi de bonnes paroles. — Quand je l'ai rencontrée, un 
frisson m'a saisi, — je suis comme le pèlerin arrivé trop tard. 
— Fatima, moucheture de panthère, — mousseline qui n'a 
pas encore été portée. 

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o -Jo--* - •"*' 

«» -a^ .a V 




Âbid de Chemlal, prés de Tizi-Ouuou. Le teur veut dire que le pèlerin auquel il s^ap- 

villa^e de l8ikhenH>u-Meddour est situé au plique est arrivé à la Mecque après Fépoque 

confluent du Sebaou et de la rivière des Ait- du pèlerinage. 11 n*a pas acquis le Utre de 

Aïssi. h'adj et ne peut plus Tobtenir. Son pèléri- 

* En employant id le verbe éouolc, Tan- nage est manqué. 



hià POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Thennak : ai âziz , arouah' I 
àk'l ii d'egg oukhkham ouah'ad' i; 
leferaeh ihegga issa , 
thaksomnth wu ed' kfedhali, 
outchi in ek d' amercfumch, 
ee cek'our ik ed' nddcini. 

EHe m'a dit : tr Viens, mon bien-aimé, — je suis seule à 
la maison: — le tapis étendu est tout prêt, — ma peau est 
blanche comme une pièce d'étoffe; — tu auras du merchouch * 
pour nourriture, — et moi pour second repas ^.^^ 







Em thezelagin ar agous, 
gar es sekhah lak d' ouâk'k'oueh ^ 
a Oiainâzouzdi, a l Yasmin! 
a Ifet't'a mi dhebân ank'ouch! 
te kherif em medden ak ibboua, 
ouinnim mazalith d' ak'erk'ouch. 

Maîtresse des colliers pendant jusqu'à la ceinture, — col- 
liers odorants et colliers de verroteries, — ô Yasmine , ma 
chérie, — argent orné de ciselures! — les fruits de tous les 
autres sont mûrs, — les tiens seuls sont encore verts ^. 

' Le fMrehoueh est ie couscoussou pré- ^ Stkhab, cottier formé de grains faits 

paré avec la farine de froment ia pias pure, avec une pâte odorante. Aék'k'ouck, collier 

* On appelle çeh'our le second repas, qui se de petits grains de verroteries, 

fait au milieu de la nuit pendant le ramadhan. ^ Allusion à une jeune fille du village des 



ISEFRA. 

o - 2_ \-. -À - • •? 



&15 



'4-0 0?- -oj 

£»i thâççahth elfet't'a 
r'efthenitrtk ai d ech chercher! 
ed djenn em medden ak int'ak' 
otttn nioti idheh'ad d' el kafer; 
itnua d ef t'akb te ùmran, 
ed' Yamitia ai d iseotuher. 

Maîtresse du diadème d'argent ^ — dont les ornements 
retombent sur le front! — le démon de chacun a parlé ^ — 
le mien seul était récalcitrant. — Un taleb est venu le con- 
jurer — et c'est Yamina qu'il a réclamée. 



\M 



k»\CLJ\-ij^^ 




Jù—^ ô^^'r^.ë-^ 



Aït-Halli chez les Aït-Irateo , qui avait été que le zerir (voir la note a , p. &og ) , mais 

mariée à un enfant trop jeune pour remplir plus grand. 

ses devoirs de mari. Ak'êrk'ouch est le nom * Lorsqu'une personne est noalade, elle 

de la figue encore verte. est censée possédée d*un démon qui cause le 

* La lA^o^tA est un bijou de même forme mal. On fait alors venir un lettré, qui fait 




iilG POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Thetsrou therk'ak'th idhoud'an, 
1 / bat' et idhran id' es, 
d'egg (mkhkham itga ouâêsas , 
r'er thala ikeddoun id' eg, 
rebbi d' afous amek'k'eran, 
(nuk'em ar' iberd'an r'our es, 

La femme aux doigts effilés pleure — sur l'oppression 
dont elle est victime. — A la maison, elle est sans cesse sur- 
veillée, — on la suit à la fontaine. — Dieu à la main puis- 
sante, — ouvre-nous la voie pour arriver à elle ! 










- o a. 






fi- 



m ^ fc 11 Ca\^\ ^^ 



Etsdchil ek, al bat, al âref, 
ma tserouh'edh sani ir' ilzem, 
thadjàlt ik eddem its r'our i, 
thak'chichth ad' fell ak thefehem; 
Yamina, bed r'er er rej, 
ma thefthah' elbab, an nekchem. 

Je t'en prie, faucon intelligent, — va là où ta présence 
m'est nécessaire! — prends de moi ta récompense, — ia 
jeune fille comprendra en te voyant; — pose-toi sur l'au- 
vent de la maison de Yamina — et si elle ouvre la porte 
nous entrerons. 

des exorcismes , brûle du benjoin , écrit des bouche et indique le traitement è suivre. Ici 
talismans, etc. Lorsque le démon est vaincu le démon a déclaré que Yamina seule pou- 
par la science de Texorciseur, il parle par sa vait guérir le malade. 



ISEFKA. A17 










g^ a 1 ft ft ^yj^ L. ' ^ ft « »H^ 

o - 0-0, -9^-0 e^ 

Fat'ima, thithbirth n er ref 
a therk'ak'th d'eg es semaitn, 
em thikli lebd'a thekhoulef, 
tkaksoumtk d' el ouerd ma ilek'k'em I 
thechehidh Est'amboul ec çof, 
iêm im d'egg oud'rar iddkem, 

Fatima, colombe de l'auvent,* — aux traits délicats ^ — à 
la démarche distinguée, — à la carnation couleur de la rose 
greffée! — tu ressembles à Stamboul pour le nombre des 
admirateurs, — ton nom est célèbre dans la montagne. 

a ' o OT o ,' 






o ' - ^O 1 o OhȔ 

J ft << > > »^ fr— î — ^3' 
J ^5li— ^Ifir^^ 

i4ik7 fi am medjerouh' ir'es, 

ner' amoudhin tkehabidk, a eh cher, 

fell am erkoub n elfare$ , 

Semam, en arabe, comprend le nei, les narines, ia bouche, les oreilles. 



i 



/i18 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

ez zin im ed' l oumaier. 
thetsakedh i id r'as îles, 
oui m, a âzza, ioukhkher. 

Je suis comme le blessé atteint dans ses os, — ou comnn» 
le malade exténué par la faim; — tu es une monture de bon 
cavalier, — ta beauté est une merveille. — Tes paroles ne 
viennent que des lèvres, — ton cœur, 6 ma chérie, s'est 
éloigné de moi. 

^i »? j) » ' > 1 1^^-JM 



- - o o- oj 



^\ù 



/(«rott elk'alb iou, iouref 
r'eflal em tkagousth thelt'em; 
nedhetnd its, ma d'ai dehad'ef 
r'er ouand'a thek'ereb i k kheçeiu. 
mi U zerir' hezzafnedhâf, 
mâd'our * ouar negzi T'ifem, 

Mon cœur pleure, il est brûlé de désirs — pour la belle 
à la fine ceinture; — je suis impatient de la posséder, lors- 
qu'elle paraît — près du lieu où je puis l'entretenir. — 
Quand je la vois, je dépéris : — il est excusable de ne pas 
aimer, celui qui n'a pas possédé Titem. 



ÔX ^^J?' 









^ DeTarabeCo^ neicuser.n 



tSEFRA. AI» 







TAéfNfuiA* : a otim aâtizen , 
egtna, ed' ketch at nessen. 
nekkt d' ek nehad'er netwa > 
nemâhad' d'eg iiffbusen. 
le khediâ ess ek ai d ekka, 
le had' our ik d'egg out ersen, 

EHe m'a dit : «t Toi que je chéris i — ô mon frère, c'est toi 
seul que je connais. — Nous avons échangé nos paroles, — 
l'étreinte de nos mains droites a ratifié nos promesses. — La 
trahison vient de toi, — tes paroles sont restées dans mon 
cœur, n 



*• o • o '.1 o J Ç- • » 
o- oro* o> • î p . or: 



A • 



ci s» î-^ 1k ï )î 



i4 thamâzouuh Yamina, 

macki akka ai âoudder' atêedhroul 

ai lah'ir' d'egg idh n et'lam! 

h' aseher' kem , a thouziinl, in ou, 

thezenidh ar'eboub bou iffdhan;- 

ai thebbouidh d'i dâousmm I 



Ô ma Yamina chérie, — je ne pensais pas qu'il en arri- 




420 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

verait ainsi ! — que de courses j'ai faites dans Tobscurité de 
la nuit! — Je te croyais à moi seul, ô ma belle, — el lu t'es 
livrée à une bécasse crasseuse! — Quelle malédiction tu at- 
tires sur toi ! 

7 ' *!• a - ^ ? j «î 
j »» ir >1 » m >1 ^LSssL 




o jS -' Of ol O.'O 



Theh'akout' i thesedda enâotteher, 
id iousan louhi n eç çeh'our, 
thin irâd'en s el r'idh 
A' afouad' is ai d' el medhrour, 
oufir' ih'abes its outnr'ar, 
isoua ts, amioun d' asennour. 

Adresse-toi à la lionne que j'aimais à voir — lorsqu'elle 
venait à l'heure du çehour^; — elle rugit de colère, — son 
cœur est blessé, — un vieillard la retient prisonnière: — il 
a bu sa fraîcheur, elle est restée maigre comme une an- 
guille. 

' Le çehour est le repas du milieu de la nuit pendant le ramadhan. 



CHANSON. A21 



XX 

(:HA^so^. 

r j T «Wt 
j A .11 * ,i lVv 

o * o -î «»-2 

j3i — * — '^6s-iy 

1 * g k Ht 

Ababelkfedhol! 
à' ek ai nessouther. 
a rebbi amâzcuz, 
boukhkk aner' s es êer. 

Dieu de bonté! — c'est toi que nous implorons. — Sei- 
gneur adoré! — parfume-nous de bonheur. 

, « a; - a .1 



i T -î o- ' ' 

C5 — jj Z ^ -^ ^^ 

B ism Allah an nebd'ou ! 
r'our em ai netheddou , 
ad' h'alkr' rehhi 
ad' ikem idihadou. 

Invoquons en commençant le nom de Dieu. — C'est vers 



hi2 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

toi que je veux aller ' ; — je prie Dieu — qu'il te conduise à 
moi. 

\ ft iM k M il êvc Ha 

o . ^ • 7 'î 

? ? <4rro_oî 

o . J . o le! 

Aâ'r'ar' en tchitUckin, 
a bou thek'ebouehin ! 
efkiid thak'emmauehth 
emou d tfUbbowhin. 

Pierre de laitier^ — percée de trous f — donne-moi ta 
petite bouche, — ajoutes-y tes seins. 




Aft'ir azerk'ak' 
inoud'an le êouak' 
thibbouchin beddent' , 
akwmm d' akk'k'ak'. 



Oiseau aux yeux bleus — qui parcours les marchés! 
ses seins sont fermes, — sa peau est douce. 



' Après avoir invoqué le nom de Dieu, de foi^. Il esi facile de s^apercevoir que, 

le poète s^adresae à une femme. dans ces couplets, comme dans toutes les 

^ L^ntention de rauteui* n^est pas de poésies du même genre, le poète est plu» 

comparer la femme dont il parle k une scorie préoccupé des rimes que des idées. 



CHANSON. 

9A' 



kU 









ft l5UJB^i^\ 



»Ç-û-l^» 



7%tffiiuiA; ; aiàziz, 
a d dah' bou tkeeherourth! 
ad' eddour' id' de 
ad' edjer' thamourth. 

Elle m'a dit : tr mon bien aimé , — bracelet orné de pen- 
daiiLs! — j'irai avec toi, — je quitterai mon pays, t^ 




lHr>-^ 



<\ î 



JSsjS 



Thetmak : ai h' a 
a eh chach le medjâeb ! 
thouâr le tnah'ibba 
tmin our ta endjerreb! 



Elle m'a dit : <r ô mon ami , — mousseline rayée ! — l'amour 
est cruel — pour qui ne la pas encore éprouvé. t» 




ju,ft \..<tJ>i> iJi^^UJ 

1 ouoê el le khefnig , 
ag ekeggâ oMis, 



d 




tiiU POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

ergat ouia h' ad 
ihamr'arth s el âletn is. 

C'est le jeudi — que le galant lui envoya un message; — 
le mari n'y est pas, — la vieille est dans le secret. 



^^0^1 






/ owu ed djemâa 
mek'eb<ndth eddouâa; 
thak'ehicktk ihameziant, 
elsitt ai nebr'a. 



Le vendredi — la prière est exaucée; — une jeune enfant 
— est celle que j'aime. 



0'« 



T V Ml • 1 

Ci » ■< i j H H .i l 



c'^ '■^ .tr t ft * 



/otta« n e« «e6/A 
ai thegffùul thethebeth ; 
ar h aoudher' idh a 
ma ibr'a immeth. 

C'est le samedi — qu elle fit le serment qu'elle a tenu; — 
j'irai, m'a-t-elle dit, vers toi, cette nuit, — il en mourra s'il 
veut^ 

' Soiu-enlendu, «mon mari.» 




^i25 



/ ouas n el h'ad 
tkeggoul ma theneh'ad; 
ad' egener' id' ek 
ma d' medden aula h'ad' 

Le dimanche — elle me jura que rien ne pourrait la re- 
tenir. — Je dormirai avec toi, m'a-t-elle dit, — il n'y aura 
pei'sonne. 

o - r ? M •? 
J ft > T« ^ lj»l 

o a - o - 09 r 



O' — ' 

J 1 * ■< ^\j'^ 

J — y k i^ ii^JLJ^ 

As elle thenain 
nesseh'adher medden, 
azekka an nemelil, 
r'oê ad* or' enr'en. 

Le lundi — nous avons dit devant témoins . — Demain 
nous nous réunirons, — dussent-ils nous tuer. 



Ca- 



-^— *— ^sPlSl 



^3] 



y Ci i\\ A ui 



' \ *" . . y . 



/j26 poésies populaires DE l\ KABYLÏE. 

/ ouas n et têletha, 
ma chekkerer' U iouatha; 
theiekckem ir'efsen, 
mtheni d'i thletha. 

Le mardi — elle a mérité des éloges; — elle me fit entrer 
chez elle à leur insu, — ils étaient trois. 

Ç ?i ÎV3Î 



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9 . 



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^i .i t- '^'^ 



-y^^ — * 



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I ou as el larhàa 
thtk'k'en d ai thesda. 
mi melaier' id' es 
thedja d er riouâa. 



Le mercredi — elle se para de tout ce qu elle- possédait. 
- Quand je la rencontrai — je fus émerveillé. 




Thermak: iahini 
Allah ibarek! 
an nessou kfrack, 
an ned'el s ouh'aik. 



Elle me dit : er C'est bienl — que Dieu soit béniî — nous 
étendrons le tapis, — nous nous couvrirons d'un haïk. -n 



CHANSON. /i27 




«b^t t" * ^■f 



•t «a M » 

^* iô* — ^y 

Em sebAa tkeckeradh 
d' eg fous azelmadh ! 
a oui iddan id! em , 
d!ougg OM el l âiadh. 

Maîtresse des sept tatouages — à la main gauche! — 
puissé-je marcher avec toi, — le jour du combat l 



â28 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



XXI 



CHA^so^. 




J3I J «-> ... ni e>» J£a 

o- o al )1 e T o« 

j^ij à — h^i\ 

Tkin izoudjen ah'aoui 
tnâd'owelh, a tnedden, tna therou. 
iw'a ts el ouah'ack d! ikourd'an, 
koul ioum la tkessegan azrou . 
atsr'adh aroutni b Ouahran, 
aud'at d'i l K<ml ad' trou. 

La femme qui a épousé un homme impuissant — est bien 
excusable, messieurs, de pleurer. — L'isolement et les puces 
la tuent * ; — chaque jour elle couche avec une pierre. — 
Elle excite la pitié du chrétien d'Oran, — le juif de Colio 
pleure sur elle. 



' Les Kabyles prélendeot que la femme qui ont couché dans des maiw>D8 kabyles ont 

est beaucoup plus exposée a ai attaques des pu constater, aux dépens de leur sommeil , 

puces lorsqu'elle est seule qu'en compagnie que le sexe mâle n'est pas une garantie bien 

d'un homme. Tous les hommes, néanmoins, pfTirace contre les piqûres de ces insectes. 



CHANSON. ft29 

• : • \ : ' » 'l 



j-3- 



'J- • a 

_a*j — »- 



^— ^t^J Êajlj— ^J 

Lemtner à' ag mezzi 

a th erdjour' ad' i tmr'our; 

lemtner d'ag h'aous, 

a tk d'aouir' ma d'ai medhrours 

zir'en ergaz d' ah'aoui, 

achau r'efi i thegam le r'enmr? 

S'il n'était que jeune, dit-elle, — j'attendrais qu'il fût de- 
venu grand; — s'il n'était que malade, — je le soignerais 
tant qu'il serait souffrant; — mais c'est un homme impuis- 
sant! — Pourquoi m'avez-vous joué ce mauvais tour? 

r o r o -oî f t il 






Letnmer r'er es eouk', 

a th erdjour' ad tas el àcha; 

lemmer r'er el h'atdj 

ad ikedhou elferdh d' es soutma. 

lir'en ergaz d* ah'aoui, 

achimi 1 1 thegam aia. 



430 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

S'il était allé au marché — j'attendrais qu'il revînt le soir; 

— s'il était en pèlerinage — au moins il accomplirait It* 
feurdh et la sounna^ — Mais c'est un homme impuissant; 

— pourquoi m'avez- vous fait -cela? 

(^^ "Wj il 'r\ il 



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? o -: . o r f a! 

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Athdhehar t «r n'6a 
^ar imeçdhan is^ 
ech châar d' atnad'ar' 
ag eberen ikhefi». 
at tekchem ÛUUfik 
emou arraou t«. 

Apparuit mihi vorago ^ — inter crura :- — pili instar sylva* 
— summa parte tortiles; — porca ibî vagatur — nec non 
et cum suis porculis. 

^ Le feurdh comprend les devoirs reli- la loi tradilionnelle tirée des pratiques de 

gieux déclarés par le Coran strictement obli- Mahomet dans ce qui n'est pas expressément 

gatoires pour tout musulman; ce sont : le ordonné ou défendu par le Coran, 
jeûne, la prière, Taumône, le pèlerinage de ' Ce couplet est la réponse de rhomme 

la Mecque et la guerre sainte. La toutma est accusé d'impuissance. 



f.HANSON. /i:i! 



XXII 



CHANSON. 

Pl^R MOHAND-0U-ZÂICH, DR8 AÎT-ABBES (OUED-SAHRL ). 




O ^ O ' ' 9' 

Oujir' ts d'eg otuetsour 
la thekkalh ageehd'our, 
aniir b ottid'i 
itketêm amouzzour! 
ernUr' a8:air'ef? 
thennak : r'efh'aUouL 

Je la trouvai dans le pare aux chèvres ^ — qui se lamen- 
tait, — le front de chien — qui mange de l'ordure! — Je 
lui demandai : a Pourquoi? tî — Elle me répondit : (r Propter 
mentulam. ti 

* Pour mettre à Tabri du froid pendant avec des cordes ou des branchages , se nomme 

l^hiver les chèvres et moutons « on les parque (uettour sur le versant nord du Juijura. Dans 

dans un coin de la maison habitée par la rOued-Sahel on l'appelle «^^-otir. Ce dernier 

lamille. Cet espace, fermé ordinairement mot se trouve au couplet suivant. 



/i32 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



Je 









Jj A * ? ^ J^ 



r »• o - - . • 



Oh- * rf^vT 

JU 1 — ùi^V 



,^1 JU 11 M 



Oij/îr' to «^'<f^ ougerour 
la thekkath agechd'our, 
ak'ad'outn aberkan, 
ech chenafer b our'ioul! 
ennir' as : ai r'ef? 
thennak : d' achellouL 

Je la trouvai dans le parc aux chèvres * — qui se lamen- 
tait, — le visage noir — aux babines d'âne! — Je lui de- 
mandai : (T Pourquoi? 17 — Elle me répondit : ^Propter men- 
tulam. 71 



£ ^ , ^ iuL. 



I o r o ? T 



a - o - o > • ! 



Ott/îr' ts d'eg ouzet't'a , 
thek'k'en le bltt'a; 
akhebul iUoudoum 
amzcun d' eê sak'ia. 



' Voir la uote de la page précédente. 



CHANSON. 433 

akeroum is iâoudj 
amzoun d' el rit' a. 

Je la trouvai à son métier, — elle était coiffée d'un mou- 
choir ; — la morve lui coulait du nez — comme un ruisseau. 
— Cunnus ejus torvus — instar fistulœ. 




V^^ j: . 1 i n\ 




Oujir' ts d*i thaddartk, 
ikaid'ith thaouêêortk ! 
ajeial is hrka 
agous et temrarth. 
theteha i ourgaz is 
akovfi en tazarth. 

Je la trouvai dans le village, — la vieille chienne! — sa 
jupe est pourrie, — une corde lui sert de ceinture. — Elle 
a mangé à son mari — un koufi de figues ^ 

% I I Mé^^^m^^ C<> mit W\ 

o - oT »e - o 

j — * — *Ji — ^— *— f 

JI3I ^» m ïl 



S3 



,, , o! 0-: 

j< ! "^ e^^ 

^ Voir la noie i/p. 995. 

98 



MA POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



4— ^^V>-^> 



Oujir' te d'i Bicker 
mi Utnezera nejâr ; 
thehad'er t d aoual 
ikekkeêfeU t es eer. 
oud'em etn bcmrourau 
d'i thezgi ag effer. 

Je la trouvai à Biche^^ — En la voyant, je restai stu- 
péfait; — elle m'adressa une parole — qui mit fin à ma joie. 
— Visage de hibou — qui se cache dans la forêt l 

' Village de rOued-Sahel. 



COUPLETS. «5 



XXIII 



COUPLETS. 

o •;- T f T t ' -. 
3r^ !• W > ^ ^ Ml ^j^ 

il thamr'arth, thehheth el âk'el im 
iffer' ikem l'àk'el, thegenedh I 
ar ihessemr' aredh d'eg thelk'imin, 
d'eg ouichi thetsr'aoualedh, 
cherrek'ent ouallen is d'i s sk'of, 
ther'U thagouniu, thekkebbodh. 

Eh! vieille, rappelle ta raison, — tu as perdu l'esprit, lu 
dorsl — tu multiplies les bouchées, — lu engloutis précipi- 
tamment ton manger. — Ses yeux restent fixés au plafond, 
— elle tombe sur le sol et s'agite. 



• 3 * O - O 0.21 • .S- 



îi8. 



&36 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



i4f amr'ar, r'iih thtmr'arth, 
ê oubank'alma i'ai thâjeledk! 
ontu ikhcT vnd cnuup 
iffer' ith ed é^eked, metwmmedh , 
arm is hrret oubaukal, 
r'efthamr'arA ag mârredk, 
thimia fkMcer or tkeuaonal : 
immauûi, ad' hedeler' ouaiedk ! 

£h! vieux, secours la vieille, — cours vite avec ton pot! 
— En se levant, il trébuche, — la force labandonne, il dé- 
gringole; — son pot se casse; — il tombe en travers sur la 
vieille^ — Celle-ci se relève et s'écrie : — «r II est mort, j'en 
prendrai un autre à sa place. r> 



CUEILLETTE DES OLIVES. 437 



XXIV 



CUEILLETTE DES OLIVES. 

•-.il—»-- î 

ji i*y er^^-^èl^j' 

i4 iova^tbim^ — rehbi a koun iAmn! 
ernoHth ar' thimi — Ma i* a$amm. 

Dieu vous aide, mes petits auxiliaires! — faites-moi encore 
celte ligne jusqu en haut. 

^ î-u i^n 33^J ^ 

a ^ ii« liotMzi , — dkolk' ar' an nerouk' 
thoura d! azal — it't'ij mr'a er nmh'. 

Eh! maître de la touiza^ laisse-nous partir: — il est 
maintenant midi, on a vu le soleil tuer les gens. 

* A répoque de la récolte des olives, il «ûder.n lauazicum a la même racine. Les 

est d^usage , dans les vâlages kabyles, de se Arabes de la province d*Alger ont pris aux 

prêter réciproquement les enfants pour faire Kab^^es le mot Umka 'iyJiJS » mais ils ont 

la cueillette. Cette assutanœ mutuelle, qui dénaturé la chose. La plupart du temps, 

se pratique aussi dans d^aulres circonstances , chei eux , la loniu a plutôt le canctère d*une 

est ce qu*on nomme une UnUzi ou touka. Ce corvée faite au profit d*on chef que d*une 

mot vient du verbe kabyle ouiz , qui signifie aide prêtée à son voisin à charge de revanche. 



438 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

A bdf ne Unùzi, — serrah' ner, a auUd' i! 
thom^a ed' l âeha — thtkhsi d'à tser'li 

Maître de la touiza, rends-nous la liberté, mon enfant! 
— le soir est venu, et la brebis a été tuée. 

A hab ne touizi, — aimnar', ai h'amam! 
thoura ed' lâcha, — la Ueatken ijah'mam. 

Maître de la touiza, eh quoi! gentil pigeon! •— le soir est 
venu, les merles commencent leur ramage. 

.' o « o - 

j^l M >^ Cfc- il 

A bab ne touizi, — a otùti ehowrak'enl 
thegedh ar' ah'addour — sez zith erk'ûc'en, 
thament ed' tmd'i — ' thetêen ifnrabdhen. 

Maître de la touiza , ô joli garçon! — fais-nous des crêpes ^ 
avec de Thuile légère, — du miel et du beurre, un vrai man- 
ger de marabouts. 





A iouazioun, — ai ath ouk'aUc! 
emouth ar' thimi — akka ar imid'ek. 

Eh! mes auxiliaires, maîtres des haïks! — faite^nous en 
core cette ligne, jusqu'à ce lentisque. 

' Ah'addour est nynonyme de irhehhovadhen. (Voir jm^e 38o.) 



1 



RONDE D'ENFANTS. 



«39 



XXV 



RONDE D'ENFANTS. 



ji L^ 



^ « " i? ^ 




il ûr'i^ bon le ferais , 
id iausan k'ebd mer' ères ! 
efk i thijfn^ar ir'es 
ad' ak ê/ker' thid' et temee. 
akhen orra, ahhen arra 
chelar'em en dadda Âmara I 

vaulour S mangeur de charognes, — qui es venu avant 
mars! — donne-moi de la fumeterre^, — je te donnerai mes 
rougeurs de feu. — Prends et rends-moi, prends et rends- 
moi, — moustaches du père Amara! 



' On appelle itri le percooplère ou petit 
vautour. (Voir la note a, page 181.) 

* 11 y a dans ces deux vera un jeu de moCa 
qu'il n^eat paa possible de reproduire en 
français. Noos «Tonadit, note 3, page 189, 
que les Kabyles appelaîeol ijûujar ou i}'oiyar 
en temii les rongoimi dVrythéme prodailes 



par Taction du feu sur la peau pendant les 
froids rigoureux de Thiver. Le nom ka- 
byle de la fumeterre est ijoujar ir$'$ «rou- 
geurs d'os» ou ijotgargetri «rougeurs du 
vautour. 7) Le sens littéral de ces deux vers 
est d«nic : «Donne-moi des rongeurs d^os, 
je te donnerai des rougeurs de feu.n 



!tliO POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



i 



a 
\ 



-i^f 



il Mr't, ai amellal, 
id ijeban thizi Aâmmal! 
ai ajedjig b ouamelal, 
" id itsnMcaren d'eg êcummar! 
neferaW mi id' ek nemelal, 
arouah', ad' ak emeler' ir'ial, 

vautour blanc, — qui as traversé ie coi des Âmmal M 
— fleur de chrysanthème ^, — qui croîs sur les versants mé- 
ridionaux! — je suis heureux de te rencontrer, — viens, je 
te montrerai des ânes. 




o^e -!o ?S?o> 



S ^ 



A isr'i, bau iir le riauch 
idharren am mârirouehl 

* Voir la note i , page ao6 . sent dans leur pays. La même plante est aussi 

' Les Kabylesappellent ouamtf/oi les nom- appelée chemUU, d^où vient le nom d*an vil- 
breuses Yariëtés de chrysanthèmes qui croîs- lage des Abids près Tiii-Ouuou. 



RONDE D'ENFANTS. 



hlîi 



diebenM annechtk hcuâchoueh 
mUehi m tk ed' k kenmch; 
rouh' at tetehedk a$erd'aun 
» o^ella ouk'aboueh! 



ô vautour aux vilaines plumes, — aux pieds croisés M — 
tu es grand comme une cabane, — lu ne manges que des 
tripailles; - va dévorer le mulet — jeté sur le fumier! 



sf»^! 



Z»% • • - Ti 

- » s. 




A thiziri en tezrihin 
m oMent t thah'akibm 
ad Oient ad da nourar. 
ma aur d ousint d'à d'ennas, 
8 ik'obk'aben* n enh'as. 

clair de lune des petites ruelles! — dis à nos amies — 
quelles viennent jouer ici.- — Si elles ne viennent pas, nous 
irons les trouver — avec des sabots de cuivre. 



* Ménnmeh est IMnfirmitë de celui dont 
les doigte de pied se superpoeent les uns aux 
autres. G^est aussi raction de se croiser les 
jambes. On appelle encore mAriroueh un jeu 
d^enfante analogue au cheval fondu. 

' Ak'ohk'aby pluriel ik'ohk'aben, espèce 
de sabot forme d'une planchette horizontale 



maintenue à dix centimètres environ au-des- 
sus du sol, au moyen de deux morceaux de 
planche doués â la partie inférieure et placés 
de champ. On fixe ces sabots aux pieds avec 
des courroies de cuir. Les Kabyles s*en ser- 
vent pendant rfaiver pour marcher dans U 
neige. 



fi/j2 



POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 




Efer' ed, nek'er ed, a tki^ouktli I 
ad! am ndc'k'en tkar'tfotifih , 
ad' amnekerez thaârk'oubtk, 
thaârk'oubth eggid'r'ar'en, 
9e thiouga ir'erd'aim. 

Monlre-loi, lève-toi, ô soleil! — nous te mellix)ns un vieux 
bonnet, — nous te labourerons un petit champ, — un petit 
champ de cailloux, — avec une paire de souris. 






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RONDE D ENFANTS. ^j43 

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Ai aggwir ùitm, 

a <nii k iouaian! « 

Adli ou Seliman , 

thmnartk oumuan, 

irouh' ad iagoum ; 

irrez as ouêogfmm, 

ichoudd i th 8 el kkèdh 

ar th id itsagoum. 

issaoulAieha 

efk i d el lemeha 

ad' tmther' amergou 

s oufeUa ougoud'au 

ala itsargou, 

iteha a ak eiziîh inou. 

lune de là-haut, — puissé-je te voir! — Ali ou Seliman, 
— la barbe de milan, — est allé puiser de l'eau. — Sa 
cruche est cassée; — il la raccommode avec un fil, — et 
puise avec elle, — 11 crie à Aïcha : — cr Donne-moi mon 
sabre, — que je tue une grive — perchée sur le fumier, — 
où elle rôve. — Elle a mangé toutes mes olives. 



NOTES. û/i5 



NOTE SUR BOU-BER'LA' 

(l^BOMHB Ï Là HDLl). 

L'aventurier connu sous le nom de Bou-Ber'la, qui, pendant 
plusieurs années, a promené l'agitation sur une vaste étendue du 
territoire algérien , vient de trouver une mort obscure et misérable 
dans un coup de main de maraudeurs, qui mérite à peine le nom 
de combat. 

Surpris en flagrant délit de vol de bestiaux par le caïd deâ Aît- 
Âbbès, Lakhdar-ben-Ahmed-Mokrani, il a été tué de la main de ce 
dernier, presque au même endroit où trois ans auparavant il avait 
fait assassiner lâchement et de sang-froid un caïd de la même tribu , 
le nommé Hammou-Tahar. 

Cette triste fin d'un homme qui devait en grande partie son pres- 
tige et son influence à la réputation d'invulnérabilité qu'il s'était 
faite , réputation du reste cruellement démentie plusieurs fois, sem- 
blerait devoir désabuser à tout jamais les gens qu'il avait si gros- 
sièrement trompés. Il n'est cependant pas permis de l'espérer, tant 
est inépuisable la crédulité de ces populations ignorantes, et nous 
aurons sans doute encore à combattre de nouveaux chérifs, qui, par 
les mêmes moyens, tromperont encore les mêmes hommes. 

On ne peut toutefois méconnattre l'importance de cet événement, 
et en jetant un coup d'œil en arrière sur la carrière militante de 
cet agitateur, et les efforts que nous avons dû faire pour détruire sa 
puissance, on se rendra facilement compte de l'influence que doit 
avoir sa mort sur nos relations à venir avec les populations kabyles. 

Gomme tous les agitateurs religieux, Bou-Ber'la cherchait à cou- 

' Le nom de Bim'B0r'la revienl si sou- ceUe nolice que j*ai publiée dans le Afont- 
vent dans quelques poésies de la première teur Algérien , au commencement de i855, 
partie que j*ai cru devoir reproduire ici peu de temps après la mort de 6ou-Ber1a . 



446 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

vrir de mystère son origine et le lieu de sa naissance. L*opinîon 
généralement accréditée chez les Kabyles est qu'il appartenait à la 
tribu des Attafs, de la subdivision de Milianah. 

Vers 1 8 5 0, on le trouve chez les Ouled*Sidi-Aïssa du Dirah , écrîvanC 
des talismans, prédisant l'avenir et, comme tous ses pareils, prélu- 
dant à son rôle religieux par des tours de jonglerie qui lui permrl- 
taient d'étudier jusqu'où pouvait aller la crédulité de ses auditeurs. 

Peu de temps après, il alla s'établir chez les Alt-Âbbès; là il 
commence à s'essayer au rôle de chérif , se fait appeler Mohammed- 
ben-Âbdallah , se dit invulnérable et fait d'abord confidence à quel- 
ques-uns de sa mission. Bientôt il prêche ouvertement la guerre 
sainte et annonce qu'il est envoyé par Dieu pour chasser l'infidèle 
du pays de l'islamisme. Les Alt-Abbès effrayés, et ne se sentant pas 
assez forts pour donner asile à un hôte aussi compromettant, le 
prièrent de quitter leur pays; de là, la haine qu'il a toujours ma- 
nifestée pour cette tribu , et qui le poussa plus tard au meurtre de 
Hammau-Tahar, son caïd. 

Mais son nom était déjà connu des Kabyles de la rive gauche de 
rOued-Sahel, et bientôt les Aït-Mellikeuch l'appelèrent chez eux et 
allèrent le recevoir en grande pompe jusqu'au bord de la rivière. A 
peine installé dans le Jurjura, il étendit rapidement son influence 
chez les Ait-Mellikeuch et les Zouaoua. Pour faire l'essai de ses 
forces, il appela à lui, vers le commencement de mars i85i, les 
contingents du versant nord conduits par Sid-el-Djoudi; l'incendie 
et le pillage du petit village d'Ir'il-Hammad, appartenant aux Me- 
cheddala soumis , révélèrent pour la première fois les desseins et les 
progrès du nouveau chérif. 

A quelques jours d'intervalle, le 19 mars i85i, il conduisit les 
mêmes contingents à l'attaque de l'Azib de Ben -Ali Chérif à Chel- 
lata, et lui enleva trois cents bœufs et trois mille moutons. Ce chef, 
abandonné des siens, fut obligé de se réfugier presque seul dans un 
camp français. 



NOTES. 447 

Pen à peu cependant ses tribus lui revinrent et finirent par re- 
pousser 6ou-Ber1a. 

Les 5 et 6 avril , des rassemblements formes chez les Aît^MelIi- 
keuch, à Tinstigation de Bou-Berla, firent mine de vouloir attaquer 
le camp chargé de la construction de la maison de commandement 
des Beni-Mansour. Une simple démonstration des troupes les arrêta ^ 
et le 10 avril le colonel d'Âurelle, prenant Toffensive, s'empara du 
village de Selloum chez les Mecheddala. Ce combat brillant, mais 
isolé et stérile en résultats, ne fit que grandir le prestige du chérif. 

Les esprits étaient alors vivement excités par l'expédition du gé- 
nérâl Saint-Arnaud dans les environs de Collo. Bou-Ber'lâ sut mettre 
habilement à profit cette agitation , et en quelques jours la plupart 
des tribus des deux rives de l'Oued-Sahel reconnurent de gré ou de 
force son autorité et lui payèrent l'impôt. 

Le 1 o mai , il se présente dans la plaine de Bougie à la tête de 
plusieurs milliers de fantassins et de cent cinquante cavaliers. Le 
garnison , sortie de la place sous les ordres du colonel Wengi , fait 
essuyer à cette petite armée une défaite complète, qui commence à 
ébranler la fortune du cbérif. La fin de mai et le commencement 
(le juin sont marqilés pour lui par de nouveaux revers. Les colonnes 
des généraux Gamou et Bosquet, après l'avoir battu le i" juin, sur 
la route de Bougie à Sétif, au bord de l'Oued-Bou-^Sellam, le pour- 
suivent successivement chez les Beni-Âîdel et les Beni-Immel, et 
enfin les s 6 et 98 mettent fin à la résistance, et complètent la sou- 
mission des tribus révoltées, en incendiant les villages des Ouar- 
zellagen , chez qui il avait cherché un refuge. 

Bou-Ber'la revint alors chez les Aît-Mellikeuch, et lorsque, à 
l'approche des chaleurs, les troupes françaises eurent regagné leurs 
campements, il alla s'établir sur le versant nord de la montagne et 
se construisit une maison au village de Mecberek chez les Aît-Ali ou 
lUoul des Ait-Sedka. Pendant l'été, il noua des relations avec les 
tribus de l'ouest de la Kabylie, entraîna l'une après l'autre les tri- 




liU6 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

bus du commandement du Bacb-Agha-Belkassem ou Kassi, et ne 
tarda pas à être appelé par les Guechtoula, Maatka, etc. pour re- 
pousser les goums conduits par les officiers des afifaires arabes. 

Il était dès lors évident que l'insurrection qui se propageait ni* 
pouvait pas être arrêtée sans la présence de forces françaises, et 
deux petits corps d'observation furent établis , Tun à Ben-Haroun et 
l'autre dans la vallée du Sebaou. 

Enfin, le 3o octobre i85i, M. le général Pélissier arriva avec sa 
colonne à Drâ-el-Mizane, et, par une suite de combats brillants, 
amena rapidement la soumission complète des Guechtoula, Flissas. 
Maatkas, etc. Cette campagne d'automne porta à Bou-Ber'Ia le plus 
rude coup qu'eût encore reçu son influence. A partir de celte 
époque, son étoile commença visiblement à pâlir. Vainement , au 
mois de janvier i85â, chercha-t-il à rétablir son prestige en diri- 
geant ses attaques d'un autre côté; à Test comme à l'ouest la fortune 
a cessé de lui sourire. 

Le 1 & janvier, il réussit à s'emparer du village d'Aguemmoun , le 
seul des Aît-Âmeur qui eût fait sa soumission; le i5, il se porta 
chez les Alt-Ahmed-Garetz et menaça la confédération des Toudja et 
la tribu des Mzaïa; mais l'arrivée du général Bosquet, accouru de 
Sétif , rendit le courage aux tribus soumises qui commençaient à 
chanceler. Les Beni-Our'lis résistèrent courageusement, et, passant 
à l'offensive, incendièrent le village des Ouled-Mansour, où se trou> 
vait le chérif , qui fut forcé de retourner chez les Zouaoua. 

La soumission de Sid-el-Djoudi et des Zouaoua, qui eut lieu en 
avril i85q , le priva bientôt de cette retraite et de ses plus puissante 
adhérents. Forcé de repasser chez les Aït-Mellikeuch, il fiit réduit 
à faire avec le peu de cavaliers qui lui restaient une guerre d'embus- 
cade aux tribus soumises. Mais alors il trouva devant lui les contin- 
gents de Sid-el-Djoudi qui avaient été ses premiers auxiliaires, et 
lorsque, au commencement de i853, il s'empara momentanément 
du village de Selloum , il put mesurer la décadence de son influence 



NOTES. A/i9 

au nombre des ennemis qui accoururent des montagnes kabyles 
pour l'en chasser. 

La soumission d*une partie des Ait-Sedka, en mai i853, sembla 
lui rendre un instant une partie de son ascendant sur les masses^, le 
parti opposé aux Français le prit pour drapeau et l'appela daiis son 
pays comme protestation aux démarches que le parti contraire avait 
faites à Alger. 

Il ne put toutefois se méprendre longtemps sur le sens de cette 
manifestation; ce n^était plus la foi aveugle des premiers jours dans 
le succès de sa mission; ses revers nombreux, ses blessures récentes, 
avaient jeté le dou^d/ et le découragement dans bien des esprits; ses 
appels à la guerre sainte restaient sans écho, il n'était plus que l'ins- 
trument des passions d'un parti kabyle contre un autre parti. 

En 1854, nous le retrouvons chez les Aït-ldjer cherchant à ré- 
veiller l'esprit religieux des tribus du haut Sebaou et développant 
avec une certaine habileté les germes de mécontentement qu'il dé- 
couvre chez les tribus de Bel-Kassem ou Kassi. L'annonce d'une 
guerre en Orient, où les Français vont être engagés, le départ des 
premières troupes pour Gallipoli lui offraient un prétexte trop heu- 
reux pour qu'il ne cherchât pas à en profiter. Il fait, en effet, pro- 
clamer partout que les Français évacuent le pays et que l'heure de 
la délivrance a sonné. Quelques tribus du haut Sebaou et du bord 
de la mer, telles que les Aît-Djennad et les Flisset-el-Bhar se laissent 
entraîner, et les hostilités ne tardent pas à s'engager avec les tribus 
restées soumises au bach-agha. Celles-ci prennent l'offensive, et 
quelques petits combats livrés chez les Azazga empêchent l'agitation 
de dépasser les limites des tribus insurgées, et donnent un nouveau 
démenti à l'infaillibilité du chérif qui, blessé assez grièvement à 
l'œil gauche dans une de ces rencontres, disparaît de la scène des 
opérations militaires pour ne plus y reparaître. 

Peu de temps après s'ouvrit la campagne de M. le général Randon, 
en Kabylic; elle est encore trop rapprochée de nous pour que nous 

«9 




450 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

ayons besoin d'entrer dans ses détails; il nous suffit de constater 
qu'elle ruina, à tout jamais, les dernières espérances de Bou-Ber'la, 
et le réduisit à l'état d'impuissance où il est resté jusqu'à sa mort. 

Chassé de retraite en retraite par les colonnes françaises, il se 
relira après leur départ chez les Alt-Yenni; mais il reconnut bientôt 
qu'il n'était plus, pour la majorité de la tribu, qu'un hôte incom- 
mode, et que les lois de l'hospitalité kabyle empêchaient seules de 
le livrer. Dès lors il sembla renoncer à son rôle de chérif, et dans le 
courant de l'élé il chercha à ouvrir des négociations pour faire sa 
soumission à la France. Ses prétentions ayant été repoussées et sa 
position devenant de plus en plus difficile au nord du Jurjura, il 
rentra encore une fois chez les Aît-Mellikeuch , qui, seuls, étaient 
restés fidèles à sa fortune. De le , il ne cessait de faire des offres de 
soumission, tantôt à Drâ-el-Mizane, tantôt à Aumale et à Bordj- 
Bou-Aréridj , mais ses prétentions étaient si élevées que ses ouver- 
tures paraissaient peu sincères et étaient accueillies avec beaucoup 
de froideur. Peut-être est-ce pour faire croire à un reste d'influence 
et obtenir de meilleures conditions qu'il a tenté le dernier coup de 
main qui lui a coûté la vie. Le q6 décembre iSB/i, sorti avec une 
soixantaine de fantassins armés et deux cavaliers pour enlever un 
troupeau de bœufs appartenant au caïd des Aît-Âbbès, il avait 
déjà réussi à s'en emparer et le chassait vers les premières pentes 
de la montagne des Aît-Mellikeuch, lorsqu'il fut atteint par le caïd 
Lakhedar à la léte de son goum. Son cheval étant fatigué, il voulut 
mettre pied à terre pour échapper plus facilement à leur poursuite, 
mais à peine touchait-il le sol qu'il était saisi et frappé à mort par 
le caïd lui-même'. 

^ L^opiiiion accréditée chez les Kabyles, son cadavre dans la plaine, et le petit cont- 
est que Bou-Berla fut vendu par les Ait- bal du a G décembre aurait été simulé afin 
Mellikeuch eux-mêmes au caïd Lakhedar. de cacher leur infamie. Nous n^avons pu vë- 
Après ravoir étranglé, iU auraient porté rifîer ce que cette opinion peut avoir de fondé. 



NOTES. 451 



ÎVOTE SUR SID-EL-DJOUDI, 



BACIHACHA Dl' JURJURA. 



Sid-el-Djoudi appartenait à une famille de marabouts originaire 
des Aît-Meraou , chez les Alt-Iraten, mais établie depuis longtemps 
au village d'Ir'il-bou-Ammas de la tribu des Aït-Boudrar. 

Sans autre instruction que celle d'un marabout kabyle, c'est-à- 
dire d'une ignorance à peu près complète, d'un esprit étroit et 
borné, dépourvu de jugement, Sid-el-Djoudi n'avait aucune des 
qualités nécessaires pour commander aux masses. Son intelligence 
n'a jamais pu s'élever au-dessus des roueries vulgaires et grossières 
de ses compatriotes, et, lorsqu'il a été appelé à jouer un rôle poli- 
tique, sa conduite a toujours été celle d'un enfant à barbe grise. 

11 d'en jouissait pas moins d'une influence considérable dans la 
confédération des Zouaoua, dont les Aît-Boudrar font partie, et lors- 
que, vers le commencement de i85q, ces montagnards, fatigués 
des entraves que les progrès de notre domination mettaient à leur 
commerce, songèrent à entrer en arrangement avec l'autorité fran- 
çaise; ce fut à lui qu'ils s'adressèrent pour leur servir d'intermédiaire. 

Après s'être fait prier quelque temps pour paraître sacrifier ses 
scrupules religieux à l'intérêt de son pays, Sid-el-Djoudi consentit, 
et peu après il était nommé bach-agha du Jurjura, avec six mille 
francs d'appointements et l'autorisation de délivrer des passe-ports 
aux Kabyles voyageurs des tribus soumises à son commandement. 

Cette position, sans précédents dans la montagne, lui assurait un 
revenu considérable et pouvait être regardée comme princière dans 
un pays où tout le monde est pauvre; elle dépassait assurément les 
espérances les plus exagérées qu'il avait pu concevoir, et tout devait 
faire croire qu'elle satisferait amplement son ambition. Il n'en fut 

«9- 



452 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

rien. Sid-el-Djoudi, en vrai Kabyle, ne vit dans l'exercice du pou- 
voir qu'une occasion d'augmenter son revenu par les exactions et la 
rapine. Au lieu de chercher à ramener la paix dans les esprits, il 
mit tous ses soins à attiser les haines, afin de pouvoir ruiner à son 
profit, successivement, chaque parti au moyen du parti contraire, 
par un jeu de bascule assez habilement conduit, et que les mœurs 
du pays rendent, du reste, très-facile à mettre en pratique. 

Les conséquences de ce système ne tardèrent pas à se produire. 
Le nombre des ennemis de Sid-el-Djoudi augmenta rapidement, et 
lorsque, en i856, les tribus du cercle de Drâ-el-Mizane se soule- 
vèrent à l'appel d'El-Hadj-Ameur, la haine contre le bacb-agha du 
Jurjura arma plus de bras peut-être que le fanatisme religieux. 

Le premier acte des insurgés fut de détruire de fond en comble 
la maison de commandement que Sid-el-Djoudi avait fait construire 
pour son fils, près du marché des Quadhia, sur le plateau appelé 
Agouni-Guislan (le plateau des Fiancés). 

L'expédition qui suivit cette explosion, et qui fut dirigée surtout 
contre les Guechtoula, fit encore plus ressortir le discrédit dans le- 
quel était tombé notre bach-agha. 

L'autorité française ne s'était jamais fait illusion sur l'intelligence 
et la valeur personnelle de Sid-el-Djoudi; ses efforts constants pour 
le ramener dans une voie plus conforme à la raison , aussi bien qu'à 
ses intérêts et aux nôtres, étaient toujours restés impuissants; mais 
l'état d'effervescence du pays était tel qu'il était impossible de lui 
donner un successeur. On résolut donc d'attendre, pour prendre 
un parti, le résultat de l'expédition qui devait avoir lieu l'année 
suivante. Personne ne pouvait penser que Sid-el-Djoudi mettrait 
fin lui-même à sa carrière politique par un acte de folie qui ne sur- 
prit pas moins les Kabyles que les Français. 

Au mois de juin 1867, l'armée française était, depuià plus de 
quinze jours, campée au sommet des montagnes des Aît-Iraten, la 
construction de Fort-Napoléon était commencée, et, aux yeux des 



NOTES. 453 

moins clairvoyants, la cause de l'indépendance kabyle était déjà dé- 
sespérée lorsqu'on apprit tout à coup que Sid-el-Djoudi, resté fidèle 
jusque-là, avait furtivement quitté le camp français et était rentré 
chez les Zouaoua pour y prêcher la guerre sainte et la résistance à 
outrance. Plus tard, ses deux fils, aussi peu intelligents, d'ailleurs, 
que leur père, prirent part, dans les rangs kabyles, au combat de 
Icherridhen. 

La défection d'un chef aussi discrédité ne pouvait avoir une grande 
influence sur l'issue de la guerre. Sid-el-Djoudi ne tarda pas à s'en 
apercevoir, et, moins d'un mois après sa trahison, il était réduit à 
implorer la clémence du vainqueur. La France se montra généreuse; 
elle lui laissa la libre disposition de ses biens et lui permit de se 
retirer en Syrie, où il est mort dans les premiers mois de i86â* 



/i5/i POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 



NOTE 
SUR LA MORT DU KAÏD TURC DE RDRDJ-SEBAOU. 

La mort du kaïd turc de Bordj-Sebaou , qui a donné lieu au chant 
n^ XV de la première partie, est un des événements qui ont eu le 
plus de retentissement dans le pays kabyle pendant la période de la 
domination turque. 

Bien que cette scène de meurtre ne remonte pas à plus de qua- 
rante ans, il ne m'a pas été possible d'en déterminer la date d'une 
manière précise. Les fils de M ebammed-n-Aît-Kassi , l'un des prin- 
cipaux acteurs, n'ont pu me donner à cet égard que des renseigne- 
ments très-vagues. Tout ce dont ils ont souvenir, c'est que les faits 
se passèrent un jeudi du mois de ramadhan , à l'époque de la récolte 
de l'orge et des fèves. Or, cette récolle ayant lieu dans la vallée du 
Sebaou à la fin de mai, on peut en conclure que l'événement qui 
nous occupe se passa vers 189/i ou i8â5. 

A cette époque, les Amraoua étaient, comme les autres tribus 
kabyles, divisés en deux partie ou çoffs, qui avaient des ramifications 
dans tout le pays environnant. Le parti des Amraoua d'en haut 
[çoff iâmraouien ou feïla)^ ainsi nommé parce que la plus grande 
masse de ses adhérents habitait la partie supérieure de la vallée 
du Sebaou, avait pour chefs principaux Mehammed-n-Aît-Kassi, 
cheikh de Temda-el-Blat; Ahmed-Azouaou , cheikh de Tikoubaîn; 
Mançour-Abou-Kbalfiou, cheikh des Aït-Bou-Khalfa, et Cheikh-ben- 
Yahia, de Tizi-Ouzzou. 

Le parli d'en bas [çoff bou adda)y composé surtout d'Àmraoua du 
bas de la vallre, dos gens de Taourga, etc. avait è sa tête Ali-ou- 
Mahiddin, cheikh de Taourga; Mançour-Abelouch , cheikh de deux 



NOTES. 455 

fraclions de Isiklien-ou-Meddour, et Ahmed-Henni , cheikh des Abid 
de Ghemlal. 

Le gouvernement turc, ayant convoqué le goum du Sebaou pour 
une expédition dans le sud, plusieurs des chefs du parti d'en haut, 
pour un motif ou pour un autre, ne répondirent pas à l'appel et 
restèrent dans leurs villages. Dans le cours de l'expédition, leurs 
ennemis du parti opposé, mettant à profit leurs relations journalières 
avec l'agha turc qui commandait le camp, lui présentèrent cette 
abstention comme un symptôme de mauvais vouloir et même de ré- 
volte contre le pouvoir existant. Ces accusations, sans cesse répétées, 
firent sur l'esprit du haut fonctionnaire turc une telle impression 
que, en rentrant à Alger, il fit nommer aux fonctions de kaîd du 
Bordj-Sebaou un Turc nommé El-Hadj^Ismaël, qui occupait un 
emploi dans le service du port d'Alger, et lui donna pour mission 
spéciale d'attirer dans un giïet-àpens et de mettre à mort les chefs 
du parti d'en haut qui lui étaient le plus suspects. 

Le nouveau kaîd, en arrivant dans son commandement, chercha 
tout d'abord à faire naître un conflit qui pût lui servir à motiver, 
sinon à justifier, aux yeux des populations, l'acte de violence qu'il 
méditait. Etant allé un jour sur le marché du samedi des Amraoua, 
il donna l'ordre d'arrêter un homme du village d'Atouch, chez les 
Aït-Ouaguennoun, qui appartenait au parti d'en haut. Une pareille 
violation de la neutralité des marchés, toujours respectée des Ka- 
byles, ne pouvait manquer d'exciter du désordre. Les gens du parti 
d'en haut, indignés, montèrent à cheval, attaquèrent vigoureusement 
les agents du Makhzen et se firent rendre de force le prisonnier. Le 
kaîd, qui avait quitté le marché avant l'exécution de son ordre, re- 
vint sur ses pas, apaisa l'affaire et promit d'oublier ce qui venait de 
se passer. Ces promesses rassurantes ne trompèrent personne; à 
partir de ce jour, les Kabyles, habitués à la façon d'agir des Turcs, 
s'attendirent à voir le kàïd tirer une vengeance éclatante de l'atteinte 
portée à son autorité. 



A56 POESIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Peu de temps après, EUHadj-Ismaël envoya Tordre à tous les 
goums de la vallée de se réunir autour du Bordj-Sebaou. Pour écar- 
ter les soupçons et faire croire à un projet de razia, il avait prescrit 
à chaque cavalier de se munir de deux jours de vivres. 

Tous les chefs furent exacts au rendez-vous; les amis du kaîd 
étaient déjà réunis danslebordj, lorsque les chefs des Âmraoua d'en 
-haut arrivèrent avec leurs contingents. Le*kaïd aussitôt fit prévenir 
ces derniers qu'il désirait leur parler. Cinq d'entre eux se dirigèrent 
vers le bordj; c'étaient les nommés Mehammed-n-Âît-Kassi, Man- 
çour-Abou-Khalfîou, Ahmed-Azouaou, un de ses frères , et Ameur-ou- 
Henda de Temda. Mis en défiance par-la scène du marché, ils avaient 
caché leurs pistolets sous les burnous. 

A peine étaient-ils entrés dans la cour du bordj ^ que la porte so 
fermait derrière eux et qu'Ali-ou-Mahiddin de Taourga abattait, 
d'un coup de tromblon, Mançour-Abou-Khalfiou. En même temps, 
des gens apostés se jetaient sur les autres chefs pour les égorger. 

Mehammed-n-Ait-Kassi parvint à se dégager des assaillants qui 
l'entouraient, et se dirigeant vers le kaîd, présent à la scène, l'éten- 
dit roide mort d'un coup de pistolet. Grièvement blessé lui-même à 
la main par son arme, qui avait éclaté, il ne put faire usage de son 
second pistolet et tomba bientôt sous les coups de yatagan portés 
par le chaouch du kaîd. 

Mançour-Abou-Rhalfiou , blessé par Âli-ou-Mahiddin , n'était pas 
mort; rassemblant le peu de force qui lui restait, il déchargea un de 
ses pistolets sur le chaouch qui venait de frapper Mehammed-n-Alt- 
Kassi et le tua. 

Ahmed-Azouaou chercha aussi à vendre chèrement sa vie; mais 



* J^ai suivi , dans ce récit, ta versioa des firme, d'un aulre côlé, que les chefs kabyles 

Gis de Mehammed-n-Aît-Kassi. Un homme ne furent assaillis que quelque temps après 

qui prétend s'être trouvé dans le Bordj- leur entrée dans le fort, alors qu'ils étaient 

Sebaou, le jour de la scène, et le neveu assis autour d'un plat de couscous servi n 

d'Âli-ou-Mahiddin de Taourga, m'ont af- leur intention par ordre du caïd. 



NOTES. /i57 

Tun de ses pistolets rata; le chien du second, embarrasse dans les 
plis du burnous, s^abattit sans mettre le feu h la poudre, et il suc- 
comba bientôt sans pouvoir se venger. Son frère eut le même sort. 

Âmeur ou Henda parvint seul à se sauver. Profitant du désordre 
occasionné par la lutte, il s'élança vers la terrasse du fort, escalada 
(o rempart et courut vers les cavaliers de son parti, qui, après un 
court engagement avec les gens du kaîd, se dispersèrent et allèrent 
donner Talarme dans leurs villages. 

Le kaid n'avait confié le secret de la trahison qu'il projetait qu'à 
un seul homme des Âmraoua d'en haut, le nommé Oubadji, origi- 
naire des Aïtiraten, mais établi à Temda-el-Blat, où il avait acquis 
une certaine influence en se mettant à la tête des ennemis de la 
famille des Aît-ou-Kassi. Il était convenu entre eux que, aussitôt 
après la mort des chefs Je kaîd ferait tirer un coup de canon, et qu'à 
ce signal, Oubadji, appelant aux armes les gens de son parti, s'em- 
parerait des femmes, des enfants et des troupeaux des victimes. La 
mort du kaîd ayant empêché de donner le signal , ce plan ne put 
être mis à exécution. Oubadji n'apprit les événements que par l'ar- 
rivée des cavaliers échappés du Bordj-Sebaou, et alors il ne dispo- 
sait plus de forces suiBsantes. 

Quand les goums des Âmraoua d'en bas arrivèrent, tous les gens 
qui croyaient avoir quelque chose à craindre avaient eu le temps de 
se retirer dans la montagne, et ces goums ne parvinrent à saisir que 
quelques femmes. 

Le kaîd El-Hadj-Ismaêl fut remplacé par un Turc nommé Kour- 
Othman , qui chercha à ramener le calme dans le pays. Les familles 
des victimes du guet-apens du Bordj-Sebaou, après avoir séjourné 
quelque temps dans les montagnes insoumises, finirent par faire la 
paix avec les Turcs et redescendirent dans la vallée. 

Oubadji vécut tranquille à Temda jusqu'à la fin de la domination 
turque. Après le départ des garnisons turques de Tizi-Ouzzou et do 
Bordj-Sebaou, les fils de Mehammcd-n-Aït-Kassi, profitant de l'anar- 



/idh poésies populaires de la kabylie. 

chie qui régnait dans les tribus, l'attaquèrent dans sa maison et 
finirent par le tuer. 

Les haines soulevées par cette série de meurtres sont restées 
très-vivaces et divisent encore les principales familles de la vallée 
du Sebaou. 



NOTICE 



s IJ R 



LA MUSIQUE KABYLE, 



PAB 



F. SALVADOR-DAMEL, 

PKOPBSSBUR DB H681QIJB X L^écOLB ABABS DULGBB 
ET DIBBCTBUB DB L'OBPBioN ALG^RIBN. 



Avant d'examiner en détail la facture des chansons que 
nous donnons comme spécimen de la musique des Kabyles, 
il me paraît nécessaire d'exposer, au moins d'une manière gé- 
nérale, les éléments qui la composent. 

J'ai déjà donné ailleurs des indications touchant la musique 
des Orientaux; chez les Kabyles comme chez tous les peuples 
de l'Afrique, les deux seuls éléments de la musique sont la 
mélodie et le rhythm. 

L'harm.onie, la science des sons simultanés, leur est com- 
plètement inconnue. 

Mais, tandis que, d'après le système harmonique employé 
par tous les peuples civilisés, le chant se développe dans* les 
deux seuls modes, majeur et mineur, la mélodie orientale em- 
prunte une grande variété à l'emploi de douze modes parfai- 
tement distincts les uns des autres, tant par la note qui sert 
de point de départ que par la position des intervalles dans 
l'ordre successif des tons et des dcmi-lons. 



/i60 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ces modes divisés en trois espèces sont : 

i® Pour la première espèce, irdfc, mezmoum, edzeily djorka; 

^"^ pour la deuxième, Fsam, saïka, mêla, rasdedzeil; 

3^ et pour la troisième, rummel-meia, Tsainr^ehah, zeidan, . 
asbein. 

J'ai indiqué la formation et le caractère de chacun de ces 
modes que les musiciens indigènes emploient selon le genre 
d'émotion qu ils veulent communiquer à l'auditeur ^ 

On sait que les Grecs avaient des modes différents pour 
leurs représentations théâtrales, selon qu'il fallait accompa- 
gner une tragédie ou une comédie. Les Kabyles ont aussi 
des modes ou, si on l'aime mieux, des gammes spéciales, af- 
fectées au caractère, au genre de la poésie qu'ils veulent in- 
terpréter. 

Est-ce à dire que nos musiciens d'Europe apprécieront dès 
l'abord cette variété et seront sensibles, comme les indigènes, 
à la mollesse du mezmoum, ou à l'ardeur guerrière de Yedzeil? 
Le mode Fsain les fera-t-il rire à la première audition , et leur 
suffira-t-il d'entendre une chanson chantée sur le mode asbein 
pour qu'ils entrent en communication avec les Djinns? 

Je crois plutôt que les personnes les mieux disposées à 
accueillir avec intérêt cette musique essentiellement primitive 
n'y trouveront d'abord qu'un charivari véritablement diabo- 
lique, quel que soit le mode employé par les exécutants. Il 
faut une étude soutenue pour arriver à comprendre la mé- 
lodie indigène, surtout lorsqu'elle apparaît, comme cela arrive 
ordinairement, ornée de tous les enjolivements qui constituent 

^ La Musique arabe; ses rapports avec la Ce (ravail a paru d^abord en i863 dans 
musique grecque elle chant grégorien. V^ri»^ le tome Vif de la Revue africaine , livrai- 
Chnllamel, éditeur, rue des Boulangers, 3o. sons 3i-Ao. 



NOTICE SUR LA MUSIQUE KABYLE. /i61 

le talent essentiel des exécutants, toujours ambitieux d'obtenir 
le titre de maîtres, maellem kouitra ou maellem kemendja. 

D'ailleurs les Kabyles» comme les Arabes, n'ont pas d'é- 
criture musicale; leurs chansons se transmettent à l'audition, 
et il n'est pas rare de constater des différences sensibles dans 
la manière dont on chantera la même chanson chez deux tribus 
voisines. Les exécutants ont apporté dans l'interprétation du 
texte musical des enjolivements qui, en raison même du mé- 
rite du maellem, ont été considérés comme faisant corps avec 
le texte primitif; il devient alors très-difficile de retrouver la 
première formule au milieu des changements qu'elle a subis. 

C'est ainsi qu'on entendra une des chansons les plus popu- 
laires à Alger, ChebbourchebbaUy chantée de deux manières 
différentes. 

Le Bannir-banni j qu'on chantait à Tunis en 1887, nous a 
été apporté à Alger quelques mois après, mais considérable- 
ment amoindri et défiguré. 

J'ai recueilli cinq textes différents de la chanson de Salah- 
betfy que les musiques des Goums font entendre dans toutes 
les fêtes en Algérie et dans la régence de Tunis. 

Toutefois cette variété, ces divergences de texte ne portent 
généralement que sur les détails et ne changent en rien le 
mode, ni, par conséquent, le caractère d'ensemble du mor- 
ceau. 

Je pourrais multiplier les exemples; il me suffira de citer 
la chanson kabyle n® I, intitulée Dadda-Ali, que je transcris 
ici de deux manières sans prétendre indiquer laquelle des 
deux formules est originale. Dans les deux textes, d'ailleurs, le 
mode est le même; c'est le mode rsaïny ayant pour base le 
la, et correspondant à notre gamme mineure avec le sol naturel 



AG:2 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

en montant et en descendant. Le mouvement de cet air ei^l 
vif, on doit l'exécuter presque comme un galop. 

Le rhythme d'accompagnement fait par les tambours donne 
un roulement continuel avec quelques coups détachés forte- 
ment sur les mots qui servent de refrain. Ce rhythme est in- 
diqué à la seconde portée. Les note» marquées d'un s F "^ 
représentent les coups frappés sur le milieu du tambour. 

Remarquons que les décompositions rhythmiques de la 
musique arabe et kabyle offrent déjà par elle»-mémes un in- 
téressant sujet d'étude. Le rhythme indiqué au commencement 
d'une chanson continue pendant toute la durée du morceau. 

Les chansons numérotées III , IV et XII sont en mode irak 
ou en mode djorka. Ces chansons n'ayant qu'une étendue de 
cinq notes, il devient nécessaire d'entendre les enjolivements 
des flûtes pour déterminer le mode vrai; et encore faut-il que 
la flûte soit jouée par un véritable artiste indigène. 

Les numéros V, VI, VIII et XI, sont sûrement en mode 
irakj mode sévère employé pour les chants religieux. Les faits 
qui sont l'objet de ces chansons ayant, pour les Kabyles, un 
caractère religieux, il n'est pas étonnant de voir leurs chan- 
teurs employer en pareille circonstance le mode sur lequel à 
Alger on chante les versets du Koran dans les mosquées du 
rite Hanéfi. 

Le mode irak a pour base le ré. Sa gamme est formée ainsi : 

ri-mi-fa-sol-Ja-si^do-ri, 

Le plus ordinairement, on trouve comme note grave le la^ 
et comme note aiguë le soi La mélodie reste ainsi renfermée 
dans un intervalle de septième, accessible à toutes les classes 
de voix. 



NOTICE SUR LA MUSIQUE KABYLE, fm 

Observons bien vite que je n ai jamais trouvé dans la mu- 
sique indigène ni tiers ni quarts de tons. Cependant je joue 
la musique arabe avec les musiciens du pays et sur leurs ins- 
truments. Ainsi, bien qu'en opposition sur ce point avec tous 
ceux qui ont traité cette question, puis-je dire que je m'ap- 
puie sur une expérience personnelle; à ce titre et dans ces 
conditions, les renseignements que je donne doivent avoir 
quelque valeur. 

Ceci dit en passant, je reviens à mon sujet. 

La chanson n** IX, faite sur l'expédition du général Pé- 
lissier en i85i , est toute sur le mode edzeily mode guerrier 
par excellence et très-propre à faire parler la poudre. Le 
mode edzeil a pour base le /a. Les quatre premières notes 
donnent le fameux triton fa-sol-la-siy qui fut pendant long- 
temps la terreur des musiciens. La répétition de ces trois tons 
produit un effet sauvage dont la dureté est très-appréciable 
pour tout le monde. 

Presque tous les chants de guerre sont faits sur le mode 
edzeil. 

La chanson n^ X est un mélange des modes edzeil et Mtka. 
Les indigènes ont ainsi des changements de modes comme 
nous avons des changements de tons. Le mode satka ne vient 
ici qu'accidentellement pour terminer une phrase incidente; 
le retour au mode edzeil se fait par la reprise du premier 
motif, qui sert de conclusion pour la mélodie. 

Le mode saika correspond à notre gamme majeure. 

Les chants portant les n" VII et XV sont en mode mezmoum. 
C'est le mode lydien des Grecs, ce mode efféminé que Platon 
bannissait de sa république. On remarquera l'absence com- 
plète de la deuxième note de ce mode, qui a pour base le mi. 



A64 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

La gamine réelle serait donc : mi-sol-la-si-do-ré. Quelquefois 
on arrive au mi d'en haut pour redescendre rapidement au 
do en faisant entendre le rc intermédiaire comme appoggialure. 
Cette étendue est très-rare, la mélodie indigène ne dépassant 
pas, d'ordinaire, six ou sept sons conjoints. Ce n'est qu'à 
Tunis et à Alexandrie qu'on emploie l'octave et même la 
dixième. (Voir \ Album des chants arabes ^ maures et kabyles y 
publié chez Richault, marchand de musique, boulevard des 
Italiens, n** k. Ces chants sont transcrits avec les paroles fran- 
çaises et un accompagnement de piano qui reproduit le 
rhythme des tambours.) 

En Espagne, les vieilles chansons populaires ont presque 
toutes gardé l'empreinte du mode mezmûum. Les chants de 
l'Andalousie surtout offrent le caractère langoureux, particu- 
lier à ce mode, affecté le plus souvent aux chansons d'amour. 
A Madrid même, on peut apprécier le caractère de ce mode 
en écoutant la rondella^ bien qu'on l'accompagne, à tort selon 
moi, avec notre mode mineur. 

11 y aurait certainement des effets nouveaux à obtenir en 
essayant pour ces chants ce que Niedermeyer et M. d'Ortigues 
ont fait pour le chant grégorien; comme c'est là le côté inté- 
ressant et sérieux d'une étude de la musique arabe, je ne 
puis mieux faire que de renvoyer le lecteur curieux au travail 
que j'ai déjà cité. Il y trouvera tous les renseignements qui 
ne peuvent prendre place dans cette notice. 

Alger, mai t863. 



CHANTS KABYLES. 



1 



DADDA'ÂLl (page 38 1). 



— ij .'lJi'JlJjJi^ l Jrl^ l 



lj,rl|Jll|^fl|lr|| JJJ^;^ | ;^J^ l 



j.^Jjg i ;3. i /:Jiflj) i JJ:iJJJiJ^;] i J.i 



I 6tii. 
DADDA-lU. 



^j.ïjji.n. i JJ i .n.inji | J^J3 ii J i r] ,i 



II 



SIDI-REBBI (imge377). 



i rf \ ^^\^f\U\ii \ ii \ in\hu 



A si-di Reb — bi, 
Efk ii tha - sa — dith 



id isebbouan le kbe >rif I 
em e1-bou8 on - drif. 



3o 



A66 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 

Ill 



A-BAB-Eli-LBFBDHOL (page àsi). 



Allegro. 




J- i.QJ 



:££iLt ' 4 Lr ' 4 u ' 4 "Lf 



;i,n,, i n, J -^ ,. n .a.,a:g 




4 Lf ' j C-f ' f C J ' ^ tJ ' 4 IJ 



Poor reprendre. 



j DX-IJ 



I 



A I Poor finir. 



IV 
IMMA-HANNA( page 397) 






?— cnr 




ERFEDADHAR-IM-EHOUZZ ADAOUI-M (page 4o5). 



.Allegro. 




EÉÉf'CJf SeJK- 



CHANTS KABYLES. 



A6Î 



j>cjL;iFrp i c;friFrpic.vrkcr i 



i |>u'L Uii;fMU r i ^rnf/Li;« 



VI 
PRISE D'ALGER. — A-IR'EF-IOU-EKKER-OUR-EGGAN (page i). 
, Andantino. 



A ADoannno- ^ 

4'^^rcjLrric£n'i'^nc;cfCfcj i 



CrfiLrri ^j'rrrj 'r' LF^cf 



^^^^^^^^^^ 



j>mfr i E.fLfi:ji'i^ ^ 



Vil 
AIT-ERBAH (page 179). 




ikafCfcji-^J^-^^ i ^^^^ j 



i jf.J3Jj;^ij;iJlfliJ^Jffi:; jip i 



3o. 



668 



POÉSIES POFULAIKËS DE LA KABYLIE. 

Vill 
EXPÉDITION DU MABÉCHAL BUGEAUD DANS L'OUED-SAHBI. EN 18i7. 



^ 



^ 



^g 






i 



^ 



p r rt f t t f p n t v. 




rrrrrrr 



^^y 



pr t p r 



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IX 



EXPÉDITION DU G^ÉRAL PÉLISSI Eli CHEZ LES MAÀTKA EN 1851. 
Aiidanlino. 



A Aiidanuno. . ^ . . ^^ • i 

^^ r r r r II ' r rj ctt^^Tt^t^^i 



ffr^Lff ' rcJL;'" " ' ^^ 






CHANTS KABYLES. 



/1 69 



EXPÉDITION DU MARÉCHAL RANDOM CHEZ LES AÏT-BOU-ADDOU EiS 1856. 
, Moderato. 



jfîTj fi I /rP j^/B/m I j^ g 



U Lî LLJ L/ i^ t t ^•'*- 




XI 
SOUMISSION DE I.A KARYI.IE PAH LE MARÉCHAL RANDON KV 1857. 



i f^J^J^J^r i i' cJc j i r^ rjf / i rrrcJ' 




Il ^jLi irrrr r ir r rijfrii 



XII 
COMPLAINTE DE DAHMAN-OU-MEÇAL. 



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470 POÉSIES POPULAIRES DE LA KABYLIE. 




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ASS-AGUI-MOUGUERER'THAK'GHICHT (page 317). 



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XIV 

A1-AK*CHICH-ARAS, AMZIMBR-AKSAS (pag« 887). 






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CHANTS KABYLES. 



XV 
LÀUU-IGHOUD-R'ER-EN-NBDlàH' (p. 3&8). 



471 



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FIN. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Page» 

Propage i 

PREMIÈRE PARTIE. 

I. Prise d'Alger, par Et-Hadj-Ameur-ourel-Hadj, des ImecheddaleD . . i 
II. Expédition de M. le maréchal Rugeaud dans rOued-Sahd, en mai 
I Sûy, par Si-MohAmmed-Saïd-ou-Sid>Ali-ou-Abd-Allah, des Ait- 
Mellikeach ao 

III. Expédition de M. le général Pélissier chez les Maâtka en i85i, par 

Ali-ou-Feihat. de Rou-Hinoun 4o 

IV. Par El-Hadj-Saïd^i-Aït-Ameur, du village d'Ir il-el-J^emmad, tribu 

des Aït-Zmenzer, confédération des Aît-Aîssi 5o 

V. Par Âli-OQ-Feriiat, de Rou-Hinomi 69 

VI. Rou-Rerla, par Si-Lârbi-n-Aït-Cherif, du village des Aît-Âli-ou- 

Mehand, tribu des Dloulen-Oumalou 69 

VU. Insurrection des Amraoua en i856, par Ali-ou-Ferhat. de Rou- 

Hinoun 76 

VIII. Insurrection des Amraoua en t856, par Mohand-ou-Moussa , des 

Aït-Ouaguennoun 82 

IX. Insurrection de i85Ç. — Combat au marché des Ouadhia, par El- 
Hadj-Rabah, de Taourirt-Moussa-on-Ameur, tribu des Aît-Mab- 
moud, confédération des Aït-Aîssi 90 

\. Insurrection de i856. — Attaque de Drâ-el-Mizane, par El-Hadj- 
Mohammed-Rachir, des Aït-bou-Yahia , trfbn des Aït-Douala , con- 
fédération des Aït-Aîssi 98 

XI. Insurrection de i856. — Combats des 3o septembre et à octobre 
chez les Aït-bou-Addou , par Si-Mohammed-Saîd-ou-Sid-ÂU-ou- 

Abd-Allah, des Aît-Meliikeuch 112 

XII. Campagne de 1887. — Soumission des Aît-lraten, par Mâmeur-n- 

es-Saîdi, du village des lâzzouzen, confédération des Aît-Iraten. laS 



hill TABLE DES MATIÈRES. 

XIII. Campagne de 1867. — Soumission des Aïi-Iraien , par Kassi-n-Aïl- 

ou-Yahia, d*Adeni ( Aït-Iraten) 198 

XIV. Campagne de 1887. — Soumission générale de la Kabylie, par El- 

Hadj-Mohammed-Bachir, des Aït-bou-Yahia , tribu des Aît-Douala , 
confédération des Aït-Aîssî i35 

XV. Mort du kaîd turc de Bordj-^baou, par MâmeiM)u-Âii, des Ihas- 

senaouen , confédération des Ait-Aîssi 1 68 

XVI. Complainte de Dahman-ou-Meçal i54 

DEUXIÈME PARTIE. 

I. Ir il-n>Etsedda , par Mohammed-Saîd-n-Aït-d-Hadj , de Tala-n-Ta- 

zarth, tribu des Aît-Boudrar, confédération des Zouaoua 161 

II. Aït-Erbafa\ par le même aateur 179 

III. Ir il-H'ammad , par le même 1 86 

IV. Tiguemmounin , par Idir-ou-Bahman , de Tala-n-Tazartfa. ....... 911 

V. Gardez-vous des intrigants et des menteurs , par Mohand-ou-Aîssa , 

de Tala-n-Tazarth 93a 

VI. Sentences, maximes, réflexions, par Sidi-Kala, des AîtrAîdel 9/19 

VII. Sentences, maximes, réflexions, par Mohand-Agaoua , de Ta}a-n- 

Tazarth 954 

VIII. Élections kabyles de 1869, par Âli-ou-Ferhat , de Boa-Hinouu. ... 965 
IX . Dialogue entre Yousef-ou-Kassy, des Aît-Djennad , et Mohand-ou-Abd- 

Allah, des lÀzzouzen 978 

X. Les Singes, par Mohand-on-^îd, des Aïtr-Ouak*our 979 

XI. Lalla-Khedidja et les Igaouaouen 981 

XII. Étude de la langue française 988 

TROISIÈME PARTIE. 

Note sur la position de la femme chez les Kabyles 987 

I. Des mariages, par Si-Mohammed-Saîd, des Ajt-Meliikeuch 996 

II. Philtres et sortilèges, par Mohand-ou-Mesâoud , du village de Tha- 

k erbouzt , chez les Aït-Kanni 3o8 

III. Chanson , par Ali-ou-Amrouch, des Aït-Meddour 317 

IV. Autre chanson , par le même auteur 39 A 

V. Conseils aux maris, par Mâmer-n-Essaîdi , des lAzzouzen 397 

VI. Chanson de tirailleurs 33i 

VII. Chanson ^ 336 

VIII. Couplets, par Ali-ou-Amrouch 34o 



TABLE DES MATIÈRES. 475 

IX. Chanson, par Mohammed -Taïeb- ou -Teboudaouth, des Aït-Abbès 

(Oued-Sahel) ^ 348 

X. Chanson, par Si-Mohammed-Saîd-ou-Sid-Ali-ou-Abd- Allah 35i^ 

XI. Chanson, par Ou-el-Harir, des Aït-Abbès 36 1 

XII. Chanson ^ 367 

XIII. Conversation conjugale, par Ei-Hadj-Ameur-ou-Dahman, de Taia- 

n-Tazart 376 

XIV. Chanson 377 

XV. Dadda-Âli, par Ameur-ou-Bel-Kassem , des MaAtka 38 1 

XVI. Coupleto de danse 387 

XVII. Chanson de femmes 397 

XVIII. Chanson, par Mohand-ou-ZAich, de Tizi-Halouan . chez les Aït- 
Abbès 4o5 

XIX. Couplets, par Mohand-ou-Moussa , des Aît-Ouaguennoun fnù 

XX. Chanson 4a 1 

XXI. Chanson '198 

XXII. Chanson, par Mohand-ou-Zflich A3i 

XXIII. Couplets 435 

XXIV. Cueillette des olives /|37 

XXV. Ronde d enfants 489 

NOTES. 

I. SurBou-Beri'a. 445 

II. Sur Sid-el-Djoudi, bach-agha du Jurjura 45i 

m. Sur la mort du kaïd turc de Bordj-Sebaou 454 

Notice sur la musique kabyle, par M. Salvador-Daniel 459 

Airs notés 665 



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