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Full text of "Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace"

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THE J. PAUL GETTY MUSEUM LIBRARY 



BILLETIN 



SOCIÉTÉ POUR LA CONSERVATION 



MONUMENTS HISTORIQUES 



DALSACE 



STRASBOURG, IMPRIMERIE DE VEUVE BEROER-LEVRAULT. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ POUR LA CONSERVATION 



DES 



MONUMENTS HISTORIQUES 

D'ALSACE 



IV SERIE — SEPTIEME VOLUME 

(1869) 



PBEiniKBE P.«.KTIE — PRO CK S- VEBB AUX. 

AVEC GRAVURES ET PLANCHES 



PARIS 

VEUVE BERGER -LEVRAULT ET FILS, LIBRAIRES -ÉDITEURS 

RUE DES BEAUX-ARTS, 5 
MÊME MAISON A STRASBOURG 

1870 



THE J PAUL GETTY CENTEft 



s C I E T E 



CONSERVATION DES MONUMENTS ilISTOUIOLlES 
D ALS ACE. 



Séance du ùniilé du i8 janvier 186!). 

Présidence de M. SPACH. 



La séance est ouverte à 2 liciires (rue des Veaux, 9). 

Sont pi'éseiils : MM. Lehr, Merck, Opperniann, Ilodolphe Picuss et Stiaub, 
secrélaiie en Functions. M. Suljourin de Ntuilon as^i.<le à la séance. 

Le pi'ocès-vcrbiil de la séance de décembre e^l lu et adojdé. 

Le présideut dépose sui' le bureau les ouvrages suivants: 

Documents rares ou inédils de l'hisloire des Vosges, rassendjlés et publiés ouviag.'s dùiM.M-s 
au nom du Comité d'histoire vosgiennc, par Duhamel. Tome 1^''. Épinal, 
18C8. i vol. in-S"; 

Messager des sciences Jiisloriques de Belgique. Année l(S08, 4° livraison; 

Bullelin de la Société des cndiquaires de la Morinie. Saint-Ouicr, 1808. 

Le secrétaire donne lecture des délibérations du sous-comité de Colmai", 
au sujet des matières archéoloi^iques à présenter au concours institué par 
M. le Ministre de l'instruction publique. Ce procès-verbal sera inséié dans 
le Bullelin. 

L'ordre du jour appelle le comité au renouvellement des mendjres du !u,..,uv.!:rM:,ui 
bui'eau. Le scrutin secret donne les résultats suivants : 

Vice-président, M. le baron de Schauenbuig. ... voix. 

Secrétaires, M. Eissen G — - 

— M. Straub 5 -- 

Secrétaire adjoint, M. Rodolphe Reuss 5 — 

Bibliothécaire-archiviste, M. Merck 5 — 

Sur la proposition de M. E. Lehr, M. Ch. Œsinyei-, manufacluriei' à ,i,'^to,u'>-'." 

W Stiiiii. — T. vu. — (.!•. V.) 1 



Strasbourg-, el M. Auguste Lippmann, percepteur, sont inscrits membres 
de la Société. 

On rappelle que M. Eugène Miinlz, homme de lettres, à Paris, a été 
admis déjà au mois d'octobre dernier, et sans que le procès-verbal en ait 
fait mention. Celte omission involontaire est réparée. 
Lpcture ]\i_ Sabourin de Nanton donne communication d'un Mémoire sur la 

a un niemoiie 

des Haü"ta», fcünille dßs HaltstciU. Le comité vote l'impression du mémoire. 

par M Sabourin 

de IN'antou. — 



Séance du Coniîté du iêi février 1869. 



La séance est ouverte à 2 heures, dans le local de la Société. 

Sont présents: MM. Lehr, Matuszynski, Merck, Ringeisen et Rodolphe 
Reuss, secrétaire adjoint en fonctions. MM. Lippmann et Sabourin de 
Nanton, membres de la Société, assistent à la séance. M. Spach, président, 
s'est fait excuser pour l'aison de santé. 

M. le secrétaire Straub étant absent, il n'est point donné lecture du 
procès-verbal de la séance précédente. 

M. Lehr dépose sur le bureau une série d'ouvrages qui ont été offerts 
à la Société depuis la séance du 18 janvier : 
Ouvrages ofTerts Recuell dss Notïces el Mémoires de la Société archéologique de la pro- 
vince de Constantine. 1808. 1 vol. in-8°; 

Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte- 
d'Or. Tome VU, S*' livraison. Dijon, 1868. 1 broch. in-4°; 

Vierter und fünfter Jahresbericht des Vereins für Urkunde zu Dresden. 
1868. 1 vol. in-8°; 

Schweizerisches Urkunden- Reg ister, herausgegeben von der allgemeinen 
Geschichtsforschenden Gesellschaft der Schiveiz. 1867. 1 vol. in-8°; 

Revue des sociétés savantes des départements, Tome VIII. Octobre-no- 
vembre 1868. 1 broch. in-8^ 

Comptes rendus de la Société esthonienne. Dorpat, 1863-1867 ; 

Sabourin de Nanton: les Nymphes du Rhin, du Danube et des fleuves 
de la Scandinavie. Mulhouse, 1869. In-8°. (Don de l'auteur.) 
Don d'un-jeton M. Lchr communioue au comité une lettre de M. de Schauenburgr, 

de l'Université '■ 

de Bologne, accompaguaut une médaille d'argent trouvée par M, Kupferlé, instituteur, 
dans la banlieue de Liltenheim, et qui lui paraît être un jeton de l'Uni- 
versité de Roloene. Remercîmenls votés. 
'^'''Teîauve ''''■■' ^I- L'-l"" «Jonue ciisuite lecture d'une lettre de M. le Ministre de l'instruc- 
sociétùsTvanies. tlou publlquc au président de la Société, relative à la réunion annuelle 



des soeiélés savantes des départeiiieuls. Celle réunion auia lieu à Ja Sur- 
bonne, le samedi 3 avril 1869, et sera précédée de quali-e journées de 
lectures publiques. La liste des membres de la Société qui voudraient 
jouir des avantages accordés, à celte occasion, par l'administration des 
cbemins de fer doit être envoyée à Paris avant le 10 mars. 

Par lettre du 30 janvier, M. le Préfet du Bas-Rliin annonce à M. Spach BiHetsaimxréduiu 

_ ., , . ip iiin'i'" 1' ^^ chemin de fer 

que la Compagnie des chemins de ter de 1 hst délivrera dorénavant aux rendus valables 

-, . , , , . , . . jusqu'au lendeniaiu 

membres de la Société des billets à prix réduits, valables jusqu'au lende- des assemblées 

" ' générales 

main, lors des assemblées générales de la Société. M. le président a Irans- ^eia société. 
mis à M. le Préfet les remercîments de la Société. 

Le comité prend ensuite connaissance d'une lettre de M. Véron-Piéville, 
président du sous-comité du Haut-Rhin, qui se rapporte à la démission 
donnée par quelques sociétaires lors des discussions du comilé relatives 
aux restaurations de Bermont. M. Véron-liéville annonce que ces démis- 
sions sont retirées, et que les démissionnaires entendent payer de nouveau 
leurs cotisations annuelles; il propose en même temps de ne pas insister 
sur le payement des cotisations arriérées de ces mêmes sociétaires. Après 
discussion, le comité est d'avis qu'on ne saurait adhérer à cette proposition, 
et que les sommes dues doivent être payées. 

M. Véron-Réville présente, comme membre nouveau, M. Commerson, lusoripuou 
avocat à la Cour impériale de Colmar. M. lîingeisen propose également 
l'admission de MM. Daniel Frilsch, adjoint au maire de Heiligenslein, el 
Guillaume Schweitzer, instituteur dans la même locahté. L'admission de 
ces trois membres est votée. 

M. Lippmann donne lecture d'une notice sur un manuscrit musical;, Lecture 
écrit de différentes mains, datant de la fin du quatorzième siècle et du d'une noticHuTun 

. . , . , manuscrit musical 

commencement du quinzième siècle, qui se trouve à la bibliothèque de Juxive.xve 

' siècle. 

la ville de Strasbourg. Malgré le grand intérêt qu'il présente aux connais- 
seurs, ce manuscrit n'a point encore été signalé; il contient un traité de 
musique de Philippe de Vitry, le Liber muskalium de Henri de Lauffen- 
berg, ainsi que d'autres traités de théorie musicale allemands et latins; il 
renferme en outre des compositions de vingt artistes musiciens inconnus 
jusqu'ici. L'insertion de celte notice dans les Mémoires est volée \ M. Lipp- 
mann joindra le fac-similé d'une des pages les plus curieuses à sa description 
du manuscrit. 

M. Lehr donne lecture de la lettre suivante de M. de Schauenburff, 
datée du 20 janvier i8G9, et relative à une petite poupée conservée au 

1. Le Mémoire sera inséré dans la prochaine livraison. 



convL'iiL d'iMisisiieini, el coiimie sons le uomi popuUiiiu de Spoiisele 
(Spoiisif Chrisli). En volant riiiserlion de la lellre au procès-veib;d, le 
comité exprime le désir (ja'iin dessin de la pelite figurine puisse y ètie 
joint. 

v(CllER P^,ÉS1DE^T, 

Le'.tie l'La lî. supérieure de la Toussaint a eu la bonté de faii'e venir et de 

de M. le baron • i o /--; • • i • 

(le sciuuieni.iiiö, «m'cu vovcr, pour iiii our, la ouonsa Utrtsti, com er\ée à Ensisneim et 

an sujet 

dune poupée ((conuue encore dans les environs sous le nom corrompu de Sponsde. 

ciiniHie sous le nom ' ' 

.lespoiuaciiiisti. (_( C'est uuc poupéc en bois de noyer, de la taille de 0'",60, arlicidée, la 
(.dète et les mains peintes, assise sur un j)etit lauleuil garni en velours 
«cramoisi, vêtue lYuuc robe de même étolTe el de mémo couleur, aux 
«bords et sur les orfrois de laquelle sont brodés en soutache d'ai'genl et 
«en capitales romaines, hautes et étroites, sans intervalle entre eux, les 
«mots: ROTllAVSER WELT VNDER VIL DAVSEN MEIN GELIEBTER 
«lESVS WEIS VKD. 

«L'étoffe qui porte celte inscription ne présente aucune coutuie qui 
«puisse faire supposer une transposition de mots ou de lettres. 

«La garde-robe de rechange se compose de six robes plus ou njoins 
«j'icbes, en moire et damas, dont deux admirablement brodées, et les 
«(jualre autres bordées de galons en dentelle d'or et d'argent; d'un man- 
«telet en soie doublé de velours peluché, de quelques chemises, de deux 
«paires de bas de soie ti'icotés et de plusieurs paires de souliers en soie 
«ou damas, à semelles en cuir et à hauts talons, avec la petite forme qui 
«paraît avoir servi à les confectionner. 

«Selon une légende traditionnelle qui s'est maintenue jus(iu'à pi'ésent, 
«deux époux, sans enfants, parvenus ensemble à un âge très-avancé, 
«auraient imaginé de donner pour convive à leurs repas, sous le nom de 
aSponsa Christi, la poupée d'Ensisheim, et de faire distribuer sa portion 
«aux pauvres; ils seraient morts, selon leur vœu, presque simultanément, 
«après avoir légué leurs biens et la poupée avec sa garde-robe à un 
«couvent, à charge de len vèlii' selon les fêles et les fériés, de lui servir 
«à perpéliiilé des re|)as sendjlablcs à ceux (ju'ils faisaient avec elle et de 
«les distribuer ensuili; à des |)auvres. 

«Selon une version de la même li-adition, moins répandue, mais qui 
«donne un sens au nom de Spoiim Cliridl , les auteurs de la fondation 
«auiaient eu une fille qui auiait pris le voile, el qu'ils auraient remplacée 
«à leui' table par la poiq)ée. 

«La révolution a eiii^louli les biens de la fondation, el la poupée seule, 
«avec une paiiie de son liclie trousseau, a suivécu. 



«I! ne serait prol,)al)lement pns sans inîérèt d'oblonir quelque? données 
«plus précises et plus ceiiaines sur celle singulière fondalion et sur ses 
«auteurs, qui paraissent avoir voulu faire entrer leur nom (Rollinuser?) 
«dans rinscriplion brodée sur l'une des robes et dans laquelle il semble 
«que, en dépit delà disposition et de l'orthographe, on peut et (htit lii'e: 
(.(Mein geliebter Jesus, vjeis und roth , auserivcU muler vil dansent 

«Je regrette de n'être plus en situation de me livrer aux recherches 
«nécessaires; mais j'espère que, si vous voulez bien les y engager, l'un ou 
«l'autre de nos collègues du comité ou de nos archéologues du Haut-Rhin 
«acceptera cette tâche et la remplira do manière à nous fournir des ren- 
« seignements intéressants. 

«Agréez, elc.» 

M Merck propose au comité de faire continuer les travaux commencés Propositiûn 

' ' rie M. Merik 

sur le plateau de Sainte-Odile par MM. Oppermann et Gerhard, afin <ie cominner 

r i 1 1 Jpg travaux 

d'examiner si la galerie parlant du caircfour des Dolmens et se dirigeant "'sJ'„(';,'.o'fi"p''* 
vers l'enceinte du mur païen, se prolonge au delà, et si le Schafslein et v^.edTaonfr 
le Wachtstein sont en communication souteiraine avec les Dolmens. Le 
comité vole un crédit de 200 fr. applicable à ces travaux, qui devront être 
exécutés l'été prochain sous la direction de M. Merck. 
La séance est levée à 4 heures. 



à ce sujet. 



SOUS-COMITE DU HAUT-RHIN. 



Séance du samedi 28 février 1869. 



Sont présents : xMM. L Chauffour, Gérard, Mossmann, Franiz, Ingold , 
membres du comité, et Huot, secrétaire du comité. 

M. Fleischhauer, membre de la Société, assiste à la séance. 

M. L Chauffour préside la séance en l'absence de M. Véron-Réville. 11 

donne lecture d'une lettre adressée par ce dernier à M. Ilambei-ger, et 

(pii est ainsi conçue: 

« Coimnr, le 13 févrior lS(i9. 

«Mon cher collègue. 



Départ 



«Au moment de m'éloigner de Colmar, j'ai l'honneur de vous trans- deM.véron-RcviUe 

, . . vice-président; 

nieîîre ci-ioints les papiers de service concernant 1 admmistralion du remise des papiers 



de la Société. 



I . Dans une lettre post(^'rieiire, du 30 janvier, M. de Scliancnbnrg dit encore à ce sujet : 
'I En rétablissant ces mêmes mots dans leur ordre naturel, ils forment la traduclion lit_ 
'■ tôrale du verset 10 du chapitre V du Cantique des Caùtiqitos : <> Vilrctns mcvs can- 
'I diduset mincit adus , elcctus ex millibus. » 



— — 

comité du Haul-Rliin de la Société des monuments historiques d'Al- 
sace. 

«En votre qualité de doyen d'âge, je vous prie de vouloir bien convo- 
quer le comité, pour qu'il procède à mon remplacement comme vice-pré- 
sident. 

«Veuillez, en même temps, exprimer à tous nos collègues les regrets 
que j'éprouve à me séparer d'eux et ma reconnaissance pour l'utile et 
aiïectueux concours qu'ils m'ont prêté en toutes circonstances, 

«Croyez bien, mon cher collègue, à l'expression de mes sentiments de 
vive affection et de profond dévouemenl. 

« Véron-Réville. )•> 

Le comité manifeste les regrets unanimes qu'il éprouve à se séparer 
de l'excellent collègue qui, depuis l'organisation du comité du Haut-Rhin, 
avait constamment dirigé ses travaux avec le zèle le plus soutenu et la 
plus inaltérable cordialité. 
xomination 11 cst procédé à Telcctlou d'un nouveau vice-président. 

de M. Gérard m /-i r i , i > • ' • n • -i ' 

en qualité de M. Gcrard est désigne a lunanmiite. 

vice-président . , , , i i n • » . r . f i . i ' • ' ' i) 

et M. Fleischhauer, membre de la Société, est également désigne a luna- 

de M. Fleischhauer _ i il n \ i 

comme nimité comme membre du comité en remplacement de M. berard. 

membre du comité. 

Château II est donné lecture d'une lettre de M. Quiquerez, membre correspon- 

dant, relative au château de Blockmont; des fouilles à pratiquer dans les 
angles des murailles, aujourd'hui rasées à fleur de terre, pourraient ame- 
ner à découvrir les fondations vraisemblablement gallo-romaiues qui leur 
servent de base, et peut-être des armes, ustensiles ou débris intéressants. 
Le travail proposé ne paraît pas devoir dépasser 200 fr., et le propriétaire 
des ruines y contribuerait dans une large proportion. M. Iiigold est invité 
à conférer avec le propriétaire, pour arriver à fixer d'une manière pré- 
cise la somme à allouer i)ar la Société. 

Mesures M. Iiiguld informc le comité que l'on va procéder à la reconstruction 

de conservation ,.. ,. , ^ . . , < , i r, •, • i • r" i 

au sujet de Jc léalise dc Sch vvcighausen , récemment détruite par un incendie. Let 

pierres funéraires '' • r » • i r Ml i 

de familles nobles , (^(üfice contcuait uu ccitain nombre de pierres iuneraires des tamiilcs de 

■déposées b l'église 

deschweighau^en. gç|-j^,çlg.|^gyg(,p^ Audlau , Walducr, etc.; il serait facile de les encas- 
trer dans la construction des murs latéraux de la nouvelle église; les 
réparations qu'exigent quelques-unes de ces pierres n'entraîneraient, 
qu'une dépense inférieure à 50 fr. Le comité s'en rapporte à M. Iiigold 
pour les mesures propres à cmpêchei- la destruction des vestiges dont il 
s'agit. 

M. Mossmann signale au comité le zèle et rintelligence dont a, fait 
preuve, dans diverses circonstances, ])()ur la conservation, l'extraction ou 



le transport de différents vestiges, notamment delà stèle funéraire déposée 
récemment aux Unterlinden, le sieur Bodé, garde forestier au Roth- 
laîublé, commune de Colmar. Le comité du IJaut-Rhin propose au co- 
mité central le sieur Rodé pour une médaille de bronze. 

M. I. Chauffour dépose sur le bureau un Mémoire sur les voies 
romaines du Haut-Rhin, présenté à la Société par iM. Ceslre, conducteur 
des ponts et chaussées. M. Ingold est chargé d'en rendre compte. 

M. I. Chauffour présente au comité deux vases d'argent et vermeil ^^^ ^rés^^^^ _^ _ 
repoussé, faisant partie, avec beaucoup d'autres objets d'art, du trésor -—'"11? 
découvert en 1804 aux Trois-Épis. Ces objets vont être vendus et proba- 'f^-ant partie. 
blement dispersés, si les Sociétés alsaciennes n'avisent pas au moyen de 
les conserver dans le pays. La Société Schœngauer est disposée à les 
acquérir pour être déposés dans son musée, où figurent déjà, d'un com- 
mun accord, plusieurs objets appartenant à la Société des monuments 
historiques. Le prix d'acquisition serait de 2,400 fr.; si la Société des 
monuments historiques contribuait pour le tiers ou le quart de cette 
somme, la Société Schœngauer ferait le reste des fonds. 

Le comité émet un vœu conforme, qui sera transmis au comité central. 

La séance est levée. 



Séance du Coniilé du il) mars 181)9. 

Présidence de M. SPACH. 



Sont présents: MM. Lehr, Merck, Oppermann, Rodolphe Reuss et 
Straub, secrétaire en fonctions. M. Sabourin de Nanton assiste à la séance. 

M. R. Reuss donne lecture du procès-verbal du 15 février. Le procès- 
verbal est approuvé. 

Avant de rendie compte de la correspondance échangée depuis février, 
M. Spach dépose sur le bui'eau les ouvrages suivants offerts à la Société: 

Bulletin de In Société des sciences et arts de Vitr)j-le-Frcinçais. Avril onviagjsciestmés 
1807-avril 1868. 1 broch. in-8°; "dHasS!" 

Matériaux d'archéologie et d'histoire par MM. les archéologues de Saône- 
et-Loire, 7 janvier 18G8; 

Mémoires de la Société duvherquoise pour V encouragement des sciences, 
des lettres et des arts, 1867-1868. 1 vol. in-8°; 



_ 8 — 

Notice svr dc^ rmliquités du déparlemenl de la Mevrthc et des cimclières 
de Iff prriode gfdJo-romn'mc, par M. Louis Benoit ; 

Elisr/hclh de Lorraine, régente de Nassim-Sarrehriitk, et le Burgfried de 
JSiederstinzf/ , pai' M. Louis ncnoil.. Nancy, 1!"!07. 1 lii'och. in-8'^; 

Revue des soriélés savantes des déparfoueids, ilérenihre 1868; 

Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Calmar, 18G7 ri 1808; 

jhnadeii des Vereins für Nassaîdsehc AKerthamshunde und GeschiclUs- 
forsclntng, 1808. 1 vol. in-^. 
[•.ciiption .!e jM. Spac!) ppoposo (îoiix nouveaux niemlires: M. le ])aron Edouard de 
Türcidicim, maîlre de fori^jes à Niederbronn, présenté par MM. llod. de 
Ti^irckhoim et Leiir; M. Ernest Zuber, fabricant de papier à nie Napoléon, 
près Rixheim. 

Il donne ensuite conmuinicalion d'une letli-e de M. (léi'ard, avocat à 
Cohnar, nonnné, en remplacement de M. Véron-Uéville, comme président 
du sous-comité de Colmar. 
s.:bvention Gcltc Icltrc apprcod (juc la Société Scham^auer, établie à Colmar, a fait 

(ieinandéo 

pnr la Société acfîuisition des anlinnités trouvées aux Trois-Epis et vendues [lar la com- 

SfliCKi)g:a;ier ^ ' - ' 

pom- acci.iis.tiûn ,^^,,je (l'A nunerscb wilir. Lc sous-connlé de Golmai', par l'organe de M. Gé- 
rard, adresse une demande au comité centi'al à l'efléL d'obtenir une sub- 
vention en faveur de la Société Schœngauer. 

Api'ès sérieuse discussion, !e comité d(''clare ne pouvoir subventionner 
aucune société rjiinnd il s'a<^il d'acfjui'rlr îles objets sur Icsipujls elle n'a 
aucun droit de propriété; cl (|ui écbapnent, jiar le fait, à son action con- 
servatrice. Sauf modification, qui devra ctic sanctionnée par un vote 
de l'assemblée générale, l'ai-ticle- â du règlement ne saurait admettre 
d'auti'c interprétation, et les objets acquis doivent être déposés dans le 
musée de la Société, suit à Strasbourg, soit à Golmar, soit dans quelque 
autre locaiité où pareil nuiséc pourra être éîaldi sous ses auspices. 
Lecture E^ parolc cst à M. Saboui'in de Nanton, qui lit un rapport sur quelques 

d'un l'apport „ ,. , ,, id-i' lo* i^' i \f n 

,1e M. sahüiirin momimcnts lunerau'es du cloître de l église de Saml-l^icrre-le-Vieux. Le 

(le iVaiitûii . , _ . 

sir ii«siMOfumients Mémoire, rcmpli de données intéressantes sur plusieurs personnages 

funéraires *" 

de saint-p.eire- eonuos del'bistoire d'Alsace, tels (lue Simmer, mort en I'i92; Pierre 

le->ieux, ' 1 ' 

d'Epbg, moitau commencement du quinzième siècle; Scbiffmacbcr, mort 
en 1731, etc., sera complété par Eauleur et inséré ultérieui ement dans le 
Î3ulletin. 

Ea séance est levée à -i beurcs. 



',! — 



Séance du foniité dii 1!) avril I8ft0. 

Présidence de M. SPACH. 



La scnnco est ouverte à 2 lieui-es, niix Archives dn départeiiienl. 

Sont présenis: MM. Merck, Morin et Straub, secrétaire en fonctions, 

M. Sabourin de Nanton assiste à la séance. MM. V. Gnerber, curé de 
riaguenau, et Lehr, trésorier, s'excusent par lettre de ne pouvoir venir à 
la réunion pour raison de santé. 

M. Straub donne lecture du procès-verbal de la séance du 15 mars. Le 
procès-veibal est adopté. 

M. Spach annonce au comité nue M. Decheppe, conducteur des ponts Don 
et chaussées, vient de faire don à la Société d'une collection d'armes et 7,;;^;^,7,'3f 
de diflérents antres objets d'anlifiuité trouvés dans les fouilles et draguages J'^""q"i'é.. 
qui ont été exécutés à Strasbourg, sous sa direction, pour le service des 
ponts et chaussées, depuis 1(S36. 

Cette collection se compose d'une cinquantaine de poignards de formes 
diverses, avec et sans manches, la plupart assez bien conservés; d'une 
dizaine de belles lames de sabre, dont plusieurs garnies encore de leurs 
poignées; d'im mors de bride de rhevnl, trouvé dans le diaguage entre le 
pont â\\ Corbeau et le pont Sainte-Madeleine; d'une collection de dilfé- 
lentcs batteries de fusils à roue; d'une collection d'éperons en fer de 
formes diverses, et dont deux très-anciens; de deux cuillers de forme 
antique, l'une en plomb, l'antre en cuivre; le mianche de cette dernière 
iTprésente la figure de saint Pieire et paraît indiquer une destination re- 
ligieuse; elles ont été trouvées, l'une dans les fondations de la maison 
éclusière derrière Saint-Etienne, et l'autre le long du mur du quai Kleber; 
d'un petit flacon en étain, trouvé dans les fondations de la maison éclu- 
sière des Faux-Rem|)arls, en 1837; d'une clef en bronze, très-bien con- 
servée et [lai'nissant romaine; d'une petite lampe romaine en terre cuite; 
d'un iinncau en bronze, ouveit, ressemblant à ceiix qu'on trouve dans les 
timiuli; de deux hallebardes en fer et plusieurs lances en fer; de deux 
faux de combat; de deux fingmenls de cuirasse; d'un cadenas en fer 
et d'une dizaine de clefs de formes diverses; de quelques fragments de 
[)0trrie. 

Plusieurs de ces olijets se trouvent dans un état de conservation par- 



— lo- 
fait; tous sont soigneusement étiquetés, indiquant l'année et la place où 
ils ont été trouvés. 

Le comité vote des remercîments au donateur et décide qu'une médaille 
en vermeil sera offerte à M. Decheppe à la prochaine réunion générale de 
la Société à Strasbourg. 
Inscription Après avoir luscrlt comme membre de la Société M. Percheron, tréso- 

d'im membre. . nTiinirii i 

rier gênerai, présente par M. Lehr, .^1. bpach expose sur le bureau quel- 
ques dessins exécutés par M. Prisse, et offerts à la Société par ce membre. 
Tablette trouvée Lc prcuiicr dounc la copie d'une inscription gravée sur une tablette en 

dans la Mossig. , . , , i i it • » i ci i i i-i • i-iti 

gres jaunâtre, trouvée dans la IMossig, près de boultz-les-tJains. Llle est 
en rimes, comme beaucoup d'inscriptions de l'époque à laquelle elle 
apppartient, et renferme sans doute une allusion à quelque sculpture ou 
peinture comique, peut-être à un a. Wahrzeichen)) dans le genre du Lä//e?i- 
kœnig de Bàle : 

Do man zcdt . i555 . iar 
yjard ich gehue dis ist war 
wie wol mich vil verlacht han 
USX ierem grose Unverstand 
denoch ward ich hergesetzt 
das ich ein ganz land ergetzt. 

M. Prisse pense que cette inscription décorait le pont de Soultz-les- 
Bains. 
Sculptures La mcmc planche donne quelques sculptures de l'ancienne église de 

de'Dorlfsileira. Dodisheim , encastrées dans les murs de l'édifice actuel, ainsi que l'in- 
scription qui surmonte la porte d'entrée du château de Dachstein. 

IOA?sNES ARG. EPISC. ALSATLE LAND. 
EX FAMILIA COM. DE MANDEHSCIIEIT 
BLA^XKE^^. REIPVPLIC.E 5135 IIAS 
M DES. CONSÏBVEBE FEGIT. ANNO 
M. D. LXXVIi. 
Le comité vote des remercîments à M. Prisse, dont les dessins seront 
déposés aux archives de la Société. 

En l'absence de M. Lehr, retenu à son domicile par une grave indispo- 

Comparaison 

laXiltTfaite sitloii, M. Spach met sous les yeux du comité un tableau coniparatil dressé 



de 

entre 

le HautlUiin 

et le Uas-Iililn 



par ce membre, et indiquant, d'une part, les receltes de la Société prove- 
nant des départemenis du Haut et du Bas-Rhin, et, d'autre part, les dé- 
penses effectuées pour chacun des deux départements; le tout pour une 
période de dix-ans (1850-1805). 



— 11 — 

Il résulte de la comparaison des chiffres que les recettes propres au 
Haut-Rhin sont à celles du Bas-Rhin dans la proportion de 37 à 100, 
tandis que les dépenses sont dans la proportion de 43 à 100. La diffé- 
rence soldée par le Bas-Rhin s'élève à la somme de 1,770 fr. 

M. le président donne aussi communication d'une lettre par laquelle 
M. Lehr expose qu'il aurait désiré pouvoir, suivant l'usage, présenter au 
comité, dans sa présente séance, le compte rendu des recettes et des dé- 
penses de l'exercice 1868; mais que la maison Berger-Levrault n'a pas 
encore fourni le décompte des frais d'impression de la 2^ livraison du 
Bulletin. M. Lehr, dont le compte est prêt, le soumettra au comité aussitôt 
qu'il aura ohtenu le document indispensable. 

M. Snach donne la parole à M. Straub. Ce membre rend compte d'une communication 

1 ' faite par 

récente excursion faite dans le Palalinat, et ayant pour but la visite de "■ ''^",^''/^j^['"'''' 
l'intéressante église fortifiée de Dœrrenbach, dont il expose le plan, un ''^e'^f^J^eS'' 
dessin d'ensemble et plusieurs croquis détaillés exécutés sur place. Depuis (i'^i^""=")- 
les rapports faits à Colmar, en séance générale, sur les églises et cimetières 
fortifiés de llunawyhr et de Hartmannswiller, M. Slraub a eu l'occasion de 
visiter plusieurs édifices religieux portant encore la trace de leur carac- 
tère d'ancienne défense, tels que Bueswiller, Châtenois, Domfessel, Mun- 
dolsheim, Oberschœffolsheim, Schleithnl, etc., dans le Bas-Rhin; Eschentz- 
willer, Rœdersdorf, Rixheim , etc., dans le Haut-Rhin. Parmi les églises et 
cimetières aulrefuis fortifiés et dont le caractère moitié militaire a disparu, 
il cite les importantes fortifications de Dangolsheim, celles des cimetières 
d'Avolsheim, de Dannemarie, d'Epfig-, de Guebwiller, de Gueberschwyr, 
de Guémar, (rUngersheim, de "Winizenheim, etc., etc. Un travail d'en- 
semble sur celte matière seia prochainement j)résenlé par M. Straub, 

Ce membre expose sur le bureau une croix processionnelle qu'il a ré- croix 

, . , piocessioiinelle 

cemment decouvcile au milieu des décombres entasses au premier etnge trouvée 

ilans je cloulier 

du clocher d'Eschentzwiller. La croix, en bois dur, plaquée de lames de dEsti,entz«iiier, 

soumise au cümitr 

cuivre, a la forme ordinaire des croix de procession du quatorzième au ^, ,. J^' . 

■ r ' ^î.l ubLe btraub. 

seizième siècle. Les trèfles des extrémités portaient autrefois l'image ou 
le symbole des quatre évangélistes; ils sont aujourd'bui privés de tout 
ornement et ont subi diverses mutilations. A en juger par le caractère des 
rinceaux qui décorent la croix, celle-ci appartient au quatorzième siècle. 
Le Christ jiarait jibis ancien et présente absolument le même type que 
celui qui oiiie le musée de M. Schnœringer et ([ui fut trouvé aux environs 
de Niedcrbronn. Il porte une coui'onne à trois fleurons; ses cheveux 
tombent en longues tresses sur les épaules, qui restent à la hauteur des 
mains. Le perizonium, retenu par une lai'ge ceinture, tombe jusque sur 



— 12 — 

les genoux en plis réguliers et d'une certaine ampleur. Les pieds ne sont 
point superposés et ne reposent point sur un suppedaneum. Malgi'é des 
variations de délail, l'analogie de ce Cliiist avec celui du musée de 
M. Schnœringer est tellement frappante qu'on peut admettre qu'il est sorti 
du môme atelier, du moins qu'il a été exécute d'après'un lype commun. 
M. Straub pense qu'il ne remonte pas au delà des premières années du 
treizième siècle, parce que les Iradilions romanes se sont conservées en 
Alsace bien plus longtemps (pi'en France. 
La séance est levée à 4 heures. 



Séance du Comilé dn 2ß avril \m. 

Présidence de M. SPACH. 



La séance est ouverte à 2 heures. 

Présents : MM. Eissen, Merck, Morin, Straub et Rodolphe Reuss, secré- 
taire-adjoint en fonctions. M. Sabourin de Nanlou, membre de la Société, 
assiste à la séance, 
correspondnnce M. Spach donuc lecturc au comité d'une lettre de M. le recteur de l'Aca- 
aveeVie'reclpiir, demie, qul communiquc le décret impérial et l'arrêté ministériel relatifs 
duprrxucaj^niiqnc OU pHx académiquc à décerner en 1860 au meilleur travail d'histoire po- 
litique ou littéraire émanant de la circonsciiption académique de Stras- 
bourg. M. le recteiu' invite le président à faire nommer par le comité trois 
délégués de la Société en qualité de membres du jury d'examen. A la suite 
d'observations échangées entre M. le recteur et M. Spach, le nombre des 
délégués de la Société a été porté à quatre, dont deux seront élus par le 
sous-comité du Haut-Rhin. M. le président ayant invité le comité à dési- 
gner au scrutin les deux délégués du Bas-Rhin, on procède au vote. 
MM. Spach et Straub, ayant réuni la majorité, feront partie du jury acadé- 
mique, 
uons M. Spach donne lecture de deux lettres, l'une de M. 0. Berger-Levrault 

""'plrM^r'"' ofTrant à la Société une meule romaine et des queues d'aronde du mur 
Tnouir''' païen; l'autre, de M. Rouis, sous-directeur de l'Ëcole de santé militaire, 
faisant don d'une lame d'épée franque trouvée à Mutzenhauscn, près de 
Hochfelden. M. le président est chargé de répondre i)ar des remercîmenis 
à ces dilTérents envois, au nom de la Société. 

M. Mei-ck donne lecture de l'inventaire des nombreux et précieux oh- 



— Î.-J — 

j'cls ofi'erîs an inuscc de la Sociolé par M. Declieppe, conducteur des ponts 
et chaussées. 

M. Eissen entrelienl le comité des débris gaulois et romains (tombeaux, Débns 

, . yauluis et ruiiiains 

poteries, etc.) mis récemment au jour en creusant les fondements de la "°"^^s dans 

la maison Kastner , 

maison de feu M. Kiistner, rue de la Nuée-Bleue. r.deia>-uée-Bieue. 

M. Merck donne lecture d'une lettie de M. îliei'ing, pliarmacien à Barr, 
offrant son concours pour les fouilles à entreprendre par le comité autour 
des monumenis druidiques de Sainie-Odile. 

M. le président donne lecture d'une nouvelle lettre adressée par lui à 
M. Gérard, président du sous-comité du Ilaut-Rbin, pour moliver encore 
une fois le refus du comité de contribuer au payement des objets d'orfè- 
vrerie, monnaies, etc., acquis j^ar le musée d'Unterlinden à Colmar. Le 
comité donne son entière approbation à celle nouvelle communicalion. 

M. Morin appelle l'attenlioii du comité sur riiumidilé du local uù sont 
déposées actuellement les publications de la Société. Il propose de les 
transporter aux archives de la préfecture et de les déposer dans des ar- 
moires dont la Société ferait l'acquisition. Après discussion, celte proposi- 
tion est approuvée. 

M. Spacli duniie lecture d'un rajtport sur différentes publications pério- Kapaun 

de M. Spacli 

diques adressées récemment à la Société. Ce sont : 1° le Bidktin de la , f"' 

des iiublieations 

Société de Cunslanline; 3° le Bidlelin de la Société géographique de ,^,\lTol\i^è 
Dresde; 3" le Bulletin de la Société archéologique de Nassau; 4" les 
Comptes rendus de lu Comniission archéologique de Saint-Pétersbourg, et 
deux Mémoires de M. Benoit sur les antiquités gallo-romaines de la 
Meurtke et sur Elisabeth de Lorraine et le Burgfried de Mederstinzel. — 
L'insertion du Mémoire de M. Spach dans le Bulletin de la Société est votée. 

La Société géographi(|ue de Dresde ayant oiïerl réchange de ses publi- 
cations avec celles de la Société, cette offre est acceptée, sur la proposition 
du président. 

La séance est levée à 4 heures. 



SOUS-COMITÉ DU HAUT-RHIN. 

Séance du 24 avril 1869. 



Sont présenis: MM. Gérard, président; Liblin, liigold, Mossmaiin, et 
lluot, secrétaire. 

Le jjrocès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 



Trésor 
des Trois-Epis. 



CMtures 



— 14 — 

M. le président donne lecture : 

1" D'une lettre de M. Spach, président de la Société, qui l'informe que 
le comité du Bas-Rhin a émis l'avis que le règlement et l'état des finances 
de la Société ne lui permettent pas de coniribuer à l'acquisition du trésor 
des Trois-Épis, projetée par la Société Schœngauer; 

2° D'une lettre de M. RiefF, propriétaire du Schlossherg, deKaysersherg, 
dt" Kajsersbell. par laqucUc il se plaint que les clôtures qui devaient séparer les ruines de 
la partie productive de la propriété, n'ont pas été exécutées. 

Un membre rappelle que la commune, qui a pris ces travaux à sa 

charge, est dans les meilleures dispositions. M. Hartmann, architecte, doit 

aller prochainement à Kaysersberg et s'entendre avec le maire à ce 

sujet. 

Pierres sépuicvQies M. higold Infomie Ic couiité que M. le curé et M. le maire de Schweig- 

de l'église . , . -, , 

de schweighausen. hausen out piis Ics mesures necessan'es pour que, dans les travaux de 

reconstruction de l'église, les pierres sépulcrales dépendant de l'édifice 

primitif soient encastrées à l'intérieur du nouveau sanctuaire. 

Leame Le mômc membre donne lecture du rapport dont il a éîé chargé, 

dt'M.'TngÔid concernant un nouveau Ménjoire de M. Cestre sur les voies romaines du 

sur un mémoire , t~i i • 

de M. Cestre IJaUt-Hhin. 
au sujet 

des voies romaines. Qc rapport cst amsi couçu : 

((On peut, par une opération facile de l'esprit, diviser en deux parties 
le travail que M. Cestre a soumis à votre appréciation et dont vous m'avez 
chargé de faire une courte analyse: la partie des faits et celle des conjec- 
tures, la science et ses aspirations. 

«La première partie est un nouvel hommage rendu aux travaux de nos 
devanciers; elle confirme, la chaîne à la main, la plupart des stalions et 
des routes reconnues par les pères de notre histoire. La seconde cherche 
à ouvrir à la science des horizons nouveaux, noble et périlleuse entreprise 
qui mérite tous nos encouragements. 

«La science a différents moyens d'investigation pour constituer son 
édifice. A l'époque de la Renaissance, les ruines et les autres vestiges de 
l'antiquité romaine étaient plus apparents que maintenant, la population 
moindre et conséquemmcnt l'agriculture moins active. Béatus Rhénanus 
•pouvait donc parler rfe y«5w, de choses qui n'existent plus. Schœpflin cultivait 
encore un terrain moins battu que le nôtre. Mais, chose curieuse, plus 
le sol s'appauvrit, plus les investigations deviennent ardentes. De notre 
temps, l'archéologie a appelé à son aide l'étude des langues, et avec son 
concours elle a fait d'importantes découvertes. Elle a relevé les lieux dits 
de nos cantons ruraux et leur a demandé leur raison d'être. 



— 15 — 

i(M. Cosle, notre collègue regretté, pour arriver, à l'endroit de la géo- 
graphie romaine de noire pays, à une certitude aussi absolue que possible, 
tirait un excellent parti de la connaissance des lieux. Il envoyait un calque, 
en ce qui concerne les chemins et les cours d'eau, de la carte de l'élat- 
niajor, à une personne intelligente de la localité, avec prière d'y tracer 
les noms de ces lieux. 11 se rendait ensuite sur place, pour reconnaître 
l'exactitude des renseignements qu'il avait ainsi obtenus et les coordonner 
avec ceux qu'il avait recueillis dans les localités limitrophes. Puis il col- 
lait ces petites cai tes les unes au bout des autres. C'est ainsi qu'il est par- 
venu à faire ces belles cartes de Schlestadt et deBrisach qui seront toujours 
des modèles de parfaite exactitude. Ce procédé, il l'aurait appliqué à tout 
le déparlement, si la mort n'était venue l'enlever. Pour lui, Fétymologie 
n'était qu'une présomption ; pour l'élever à la hauteur d'une certitude, il 
lui fallait plus de présomptions graves, précises et concordantes. Jamais 
il n'a perdu de vue que l'archéologie est avant tout une science de faits et 
non de spéculations étymologiques, que les mots sont des mots et non 
des faits. 11 voulait toujoujs, autant que faire se peut, des preuves ma- 
térielles. 

«M. Cestre se laisse plus facilement persuader. Frappé des nombreuses 
lacunes que présente encore l'histoire de notre département pendant la pé- 
riode romaine, et animé du désir de les combler, il a dû se dire que le même 
mot ayant un sens historique certain dans un pays limitrophe, devait avoir 
le même sens chez nous, et qu'après tout, les mots ne sont que l'expres- 
sion des choses. 11 a dû se dire aussi que certains monuments communs 
chez nos voisins, comme les vigies, les spéculum, les camps, etc., etc., ne 
pouvaient pas n'avoir pas eu chez nous leurs similaires. 

«Lorsqu'on est animé de la foi naïve du néophyte et qu'on est engagé 
dans la voie glissante des conjectures et des présomptions, on s'arrête 
difficilement. Armé d'un dictionnaire polyglotte, on a bien vite parcouru 
le monde connu des anciens; la traduction simple, naturelle du mot vous 
répugne; on lui préfère une acception héroïque. On méconnaît le génie 
des langues; on passe d'une langue dans une autre avec une facilité mer- 
veilleuse. Le mot que l'on a sous la main, on le tire du celte, du latin, 
du grec, de l'allemand, selon les besoins de la cause. 

« Mais assez de ces généralités. Appliquons-les à l'examen des questions 
que soulève le travail de M. Cestre. Étudions surtout les principes qui 
lui servent de base; car les principes admis, leurs conséquences s'impose- 
raient à nous de toute l'importance d'un fait acquis à la science. 

«Comme prolégomènes, M. Cestre élabht que l'archéologie alsacienne 



n'a pas encore lecoiinu la valeui' liislun'(jiie d'ini cerlain nombre de mois 
d'une grande portée. 

(( L<'S mots Sleinweg , Im Stein, Steuœrt, indiqueraient, une voie pavée; 
le lieu dit Stcinberg , une motilagne desservie par une voie anliipie. iMais 
ne pourrait-on pas y voir tout simplement un chemin rocailleux, une 
montagne rocheuse? 

(( Vie iveeg'^ viendrait de via veliere. Qui de nous n'a cru et ne croit 
encoi'e que ces deux mots Vie weey Corment une de ces duplications par 
traduction si communes dans la province, comme Tliur, T/nirbacli , dont 
nous sommes môme parvenus à faire la liiplicatiou, la rivière de la 
Thurhach ? 

(iRiiti, signifierait chevauchée ou loute postale; mais M. Moue, le savant 
archiviste du grand-duché de Bade, qui lait autorité en matière pareille, 
enseigne dans ses CeUiscIie Forscliungen, pages 126, 127, que le mot Rilli 
et ses congénères Rudlen, RuUel, Padtené, signifient montagne, forêt, et, 
page 2o7, que les mots Rid et Rcidli signifient une plaine unie comme le 
Rilti de WilteL-heim. 

«Selon M. Cesire, Meeren signifie maicher; selon Moue, page \\ï, ce 
mol signifie une petite montagne. 

((.Ehren, seloii le premier, signifie couine, page 71, ou rivière, page 18; 
selon le second, ce mot signifie ti'aînei', de vehere. 

«M. Cestre enseigne que weycr déiive de via; M. Moue dit (jue, dans les 
plus anciens idiomes du ])ays, le mot expriiue une rivièi'C, [lageoj, ou une 
montagne, page 146. 

'iFeVons viendrait du grec et signifierait eudi'oil rociulleux. 

c( Pelrosa via ne signifierait pas chemin pierreux, mais route commer- 
ciale, grec Peruusa (aller pour vendi'c). 

((Les Eslayes ne viendrait pas de Stirtda via, mais ù'cœlraliere, eniiiuner 
à l'étranger. 

«/^/i'ei(^W est traduit par terre des géants; Moue, page o2, enseigne 
que Pis signifie rivière. 

((.Nageliberg, selon M. Cestre, veut dire le vtont des fers de ßeche; Si:\on 
Mono, page 117, grande colline. 

« ///-//toi signifiei'ait défuite; selon iMone, page 91, ce mot signifierait, 
au coiiîi'âire, petite montagne. 

aBuck et ses composés Buekenrein, Buckslritt, Buxenberg signifieraient 
invariablement une vigie, un spéculum, un poste de spectdalores ou de 

I. i\e scrail-ce puiut un clicmiii pour les bestiaux? 



— d7 — 

buccinatores ; selon Mone, pages 53 et 54, le mot Bug signifie tout sim- 
plement une montagne. 

«Nous sommes reconnaissants à M. Cestre de ce qu'il appelle notre 
attention sur les camps et les vigies qui jalonnaient nos voies romaines et 
sur les spéculum qui couronnaient nos hauteurs; mais nous doutons fort 
qu'on puisse les trouver sous le nom de Buch et de ses dérivés. C'est sous 
les noms de Burg et de Schloss qu'il faudra principalement les chercher. 

«Ces étymologies et une foule d'autres plus hardies encore émaillent d'un 
bout à l'autre le travail de M. Cestre et servent d'échafaudage à des théo- 
ries ingénieuses et séduisantes, qui ont le grand défaut de s'appuyer sur 
des bases trop peu certaines. 

«Est-ce à dire pour cela qu'il faille repousser le secours précieux de 
l'étymologie ou croire qu'on peut lui faire dire ce que l'on veut? Nous ne 
le pensons pas: les étymologies sont comme les désirs, en morale, que la 
froide et saine raison nous fait adopter ou rejeter après mûr examen. 

«M. Cestre paraissant attribuer aux étymologies une trop grande im- 
portance et ne nous disant pas qu'il en a vérifié lui-même la valeur sur 
les lieux mêmes auxquels ils se rapportent, il nous est impossible de les 
rejeter ou de les adopter à titre d'indications de faits certains. Aussi ne 
pensons-nous pas que vous puissiez leur donner la sanction de votre au- 
torité. J'estime donc qu'il y a lieu, tout en rendant hommage à M. Cestre 
du dévouement dont il a fait preuve dans la circonstance, de le prier de 
séparer dans son travail les faits notoirement acquis à la science et les 
faits dont la certitude n'est pas suffisamment établie; si mieux vous n'ai- 
mez ordonner le dépôt de ce mémoire dans nos archives, où il pourra 
être consulté avec fruit par tous ceux qui voudront reprendre en sous- 
œuvre le même examen. Certes, ce mémoire renferme des aperçus ingé- 
nieux et nouveaux. Sa Ihéorie de la voie des castels, par exemple, nous 
plaît singulièrement. Si l'existence de ces castels, construits le long du Rhin 
pour défendre nos frontières contre les incursions des barbares, est établie 
historiquement, il n'en est pas moins vrai que leur topographie n'est point 
encore reconnue. Il ne suffit pas de citer deux ou trois de ces castels, 
d'une manière plus ou moins certaine, pour en fixer la série quelque peu 
complète. 

«Si M. Cestre se décidait à remanier son travail, nous émettrions aussi 
le vœu qu'il mît davantage à profit les travaux de ses devanciers : M. de 
Golbéry, la Revue d'Alsace, les travaux de M. Coste et les bulletins de 
notre Société lui fourniraient des indications précieuses qu'il ne nous 
semble pas avoir assez consultées. Mieux que tout autre, M. Cestre pour- 
II« SÉRIE. — T. VU. — (p.-v.) 2 



— 18 — 

rait nous gratifier d'une carte du Flaut-Rhin comme celle que nos collègues 
du Bas-Rhin ont éditée d'après Schweighœuser, et qui fait un des plus beaux 
ornements de nos annales. Il la ferait sur la même échelle et y i)orterait, au 
moyen des mêmes lég^endes et signes conventionnels, tous les sites d'an- 
tiquités romaines connus; ce serait la science mise à jour. Pom" cet 
excellent service qu'il rendrait à tous les amis de nos antiquités nationales, 
il trouverait chez nous tous l'appui le plus actif. » 

Le comité, qui a entendu la lecture de ce rapport avec un vif intérêt, 
décide qu'il sera transcrit dans son procès-verbal. 

La séance est levée. 



Séance du Comité du 10 mai 1869. 

Présidence de M. SPAGH. 



Présents : MM. Eissen, Lehr, Straub et Rodolphe Reuss, secrétaire-ad- 
joint en fonctions. 

Le procès-verbal des deux précédentes séances est lu et adopté. M. le 
président dépose sur le bureau les pubhcations suivantes : 
Ouvrages déposés Bulletlfi de Ici Société nivernaise des sciences, lettres et arts. Tome 111 

sur le bureau. f • tvt a nnn * i • nn 

de la seconde série. Nevers, iödö. 1 vol. in-8 ; 

Revue des sociétés savantes des départements. Janvier 1869, 1 broch. 
in-8°; 

Bulletin de l'Institut archéologique liégeois. Tome IX, première livraison, 
1868, 1 vol. in-8°; 
Anzeiger für Kunde der deutschen Vorzeit. Janvier-décembre 1868, 
Lecture La pai'olc cst à M. Lehr pour donner lecture d'un mémoire historique 

ù^M.Lehv" et généalogique Irès-détaillé sur les Géroldseck d'Alsace, faisant suite au 



sur 



les Géroldseck. travaÜ inséré dans le Bulletin sur les Géroldseck de l'Ortenau. Le présent 
mémoire, composé principalement sur des documents inédits, renfermés 
dans les archives départementales et de la ville, et d'autres documents, 
est accompagné d'une carte et d'une table généalogique. Après la lecture, 
l'insertion au Bulletin est votée. 
Peintures murales M. l'abbé Straub entretient le comité des travaux de débadigeonnage 
deWissembourg; cxécutés daus l'égHsc de Wissembourg et rend hommage au zèle préve- 

leur 

débadiseomiage. naut dc M. Ic curé Schaffner, ainsi que de M. le professeur Ohleyer. Ce 
membre n'a pas seulement enlevé avec le plus grand soin la double ou triple 



— 19 — 

couche de badigeon qui voilait depuis des siècles une série de peintures 
remarquables, il s'est aussi donné la peine de reprendre les contours de 
la gigantesque figure de saint Christophe, peinte sur un grand pilier, à 
l'entrée du chœur; de sorte qu'il sera facile d'en produire un dessin exact 
ou une photographie qui conservera à la postérité ce souvenir de la 
manière la plus exacte. M. Straub a cru reconnaître deux mains dans la 
peinture de saint Christophe ; selon lui, la figure du saint remonte au 
treizième siècle, tandis que les accessoires de la base, figurant un er- 
mite au bord de l'eau, etc., rappellent de prime abord le xylographe 
connu du commencement du quinzième siècle et pourraient bien être une 
addition postérieurement faite. Dans l'intérêt de l'histoire de notre pays, 
M. Ohleyer n'a pas craint de repeindre avec la plus grande fidélité une 
figure peu correcte, même difforme sous plus d'un rapport, et qui devra 
disparaître quand le souvenir en sera sauvé moyennant photographie ou 
dessin exact. 



Séance du Comité du 24 mai 1869. 

Présidence de M. SPACH. 



Sont présents : MM. Guerber, Lehr, Merck, Sieffer, Straub, et Rodolphe 
Reuss, secrétaire-adjoint en fonctions. 

M. Sabourin de Nanton assiste à la séance. 

La séance est ouverte à 2 heures. 

M. Reuss donne lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est 
adopté. 

M. le président dépose sur le bureau les pubhcations suivantes, envoyées ouvrag« reçus 

.1 o • ' . ' par la Société. 

a la Société : 

Charles Doli : les Relations diplomatiques de Vancienne république de 
Mulhouse. Mulhouse, 1869, broch. in-8°; 

Revue des sociétés savantes des départements. Janvier-mars 1869, 
2 broch. in-8''; 

Les Casques de Falaise et d'Amfreville-sous-les-Monts (Normandie), 
par Charles de Linas. i869, in-8°; 

Bulletin de l'Institut archéologique liégeois. Tome IX, livr. 1. 1868, 
in-8°; 




— 20 — 

Sotiœ sur renm de ihrli^f4es-BaiMS, par le docleor Aimé Robert. 
Sîrasboarg, 1869, brocfa. iii-8*; 

H. Sdioermans: biseriptioms hdges à rétnmger. Extraits do Ball^iii 
d^ commissioiis royales. Mais, octobre, décend>re 1868, arec plandies, 
o broch. iiH^ ; 

Idem: BtseripäoKs r&tmmnefirowLz^ •f*» b^gique. Extrait du Bolletîn des 
comnn^amis rovales. 1868, in-8*. 

n dq)Ose égalem^it nn jetoo oXkxi par M. Fochs, dHIkirfh, tronré 
dans la forêt de Sainl-Sabor, et qiri s^ni f 5f zizz-^tier à noTenlioD de 
Hmprimefie. 

M. Ldir (»opose an comité de changer \-. '- ''-^el d'expéAtkm du 

Bolleiîn pom!- économiser les frais de pc : il le BoDetia en 

dépôt chei les prÎDcipaax libraires d'Alsace, : . .s pourraient 

le retirer. Après discussion, celle froç»: 5. ; ; : ^ t^ 

M. Gœrter rappcBe qa'â raianl-derr ie la Sodélé, 

fl a donné kctore d'un mémoire sur . ffs Hoben- 

staof^ â Bbgnenao; le manque de rfi . s Favait 

(Migé de recoorîr, en plnâ^irs endroits de îon travail, à des hypothèses. 
On Tient de décourrir, il y a qo^qœ temps, â Bafuoian même, un de^n 
de la batâhqne exéeolé an commaicemenl da dix-sqilième aède, qui 
«Mifirme la {dopait des asserticms de Faoteor et ^i rectifie quelques 
autzes. M- Guëiber prés^itera bientôt sur ce sujet nn trarafl d^nitif, en 
même tenqis qu'un autre mémoire sur les Bnrgmaenner de Haguenan. 

M. Spach communiqne à la ccMumisaon une lettre de M. Sîlbainann, 
en date du 14 mai, pv laquelle ce dam»- Finfonne du désir qu'auiait 
la Sociélé archéologique de la Diôme, dont M. ^bamami est monbre, 
à entrer en nqq»ort avec la Société des mcmumenls historique. Dqiais, 
M. le président de la Société ardiéologîqae lui a écrit pour proposer 
réchange des puMieations des don sociétés. Cette oGfre est accqptée. 

La Société d'agncultare du Haut-Rhin demande ^alomoit Fédhange 
des denx Bulletins; mais le comité, cmiadâant que les deux sociâés 
ponrsuiTeDt un but absolum^it différant tA que leurs travaux ne |Hé- 
soitent aucune analogie, est d*avis que cette prv^dtiou ne doit pas être 



M. le président est chargé de remerd«', au nom de la S:dété, 
M. Sdiuermans, conseiller â la Cour d'appd de Uége, de FenTùi de ses 
brochures an- les inscripticms romaines en Be^ique, elc 

IL Spach &it ensuite otnnaître au comité les nouvelles qu'A a reçues 
de la part de M. Hey»-, banqui^ à GenèTe, lebtivement au refus de F^ 



— 21 — 

trée du château de Morimont éprouvé par plusieurs membres de la So- 
ciété. M. Meyer proteste contre la réalité de ces faits relatés dans nos 
procès-verbaux et en demande la rectification, M. le président a écrit pour 
s'informer; l'affaire est en suspens. 

M. Lehr présente au comité, avec toutes les pièces à l'appui, le compte Présentation 

' ' "^ rr 7 r j„ compte de 1868 

détaillé des recettes et des dépenses de la Société pour l'exercice 1868. r" m. Lehr, 

r « tiesorier. 

Après examen des pièces et vérification, le comité approuve ce compte, 
sous réserve de l'approbation définitive qui devra y être donnée par l'as- 
semblée générale en sa séance ordinaire de décembre. Le comité vote, 
en outre, des remercîments au trésorier. M. l'abbé Hubert, membre de la 
Société, ayant quitté la France, est déclaré démissionnaire el décharge 
est donnée à M. Lehr pour ses quittances en défaut. 

M. Gérard, président du sous-comité de Colmar, annonce que les deux Membres 

, , , . , , . , „ . ... du Haul-Rliiii 

membres désignes par le sous-comite pour laire partie du jury acade- faisant panie 

du jury académique. 

mique sont MM. Ignace Chauffour et Xavier Mossmann. 

M. Spach annonce qu'il a écrit à M. Gérard pour s'entendre sur la date 
de l'assemblée générale qui doit avoir lieu à Colmar. 

M. Sieffer donne lecture d'un mémoire sur les monuments et inscrip- Lecmre 

^ de M. SiclTer 

lions de Gundershoffen, conservés chez M. le docteur Schnœringer, et sur , ^" sujet 

*^ ' des monuments 

un temple gaulois près de Gundershoffen, datant du commencement du ^e Gundersboiren. 
troisième siècle. Une partie de ces inscriptions ayant déjà été publiée dans 
le Bulletin, le comité décide que la partie du mémoire contenant des addi- 
tions ou des rectifications aux données déjà connues paraîtrait seule au 
Bulletin. 

M. Lehr propose de dresser à neuf, pour l'année prochaine, la liste gé- 
nérale des membres de la Société. Cette proposition est adoptée. 

La séance est levée à 4 heures. 



Séance du Comité du 2i juin 4869. 

Présidence de M. SPACH. 



Présents: MM. Guerber, Mathieu de Faviers, Matuszynski, Merck, Morin, 
de Morlet, Ringeisen, Straub et Rodolphe Reuss, secrétaire-adjoint en 
fonctions. M. Sabourin de Nanton assiste à la séance. 

M. Reuss donne lecture du procès-verbal, qui est adopté, après une rec- dairiàTr« 
tifîcation faite par M. Merck au sujet du jeton trouvé dans la forêt d'IIl- 



dlUkiruli. 



— 22 — 

kirch et déposé sur le bureau dans la dernière séance. C'est une médaille 
de récompense, autrefois en usage dans les écoles de Nuremberg, qui 
n'a point de rapports avec l'invention de l'imprimerie. 
Ouvrages reçus M. Spach dcposc sur le bureau les ouvrages suivants : 
par la Société. ffescriptiou d'uii ornement de bronze conservé au musée de Salnt-Omer, 
par M. Cil. de Linas; 

Catalog der Münzen und Medaillen. Sammlung des Herrn von Klebels- 
berg. Wien, 1869. 1 brocb. in-8°; 

Verhandlungen des Vereins für Kunst und Alterthum in Ulm und 
Oherschivahen. Neue Reihe. Erstes HrO. Ulm, 1869. \ brocb. in-4°; 

Jahrbücher für die Landeskunde der Herzogthümer Schleswig -Holstein 
und Lauenburg. Band X. Heft I und II. Kiel. 1869. 1 vol. in-8°. 
GratiBcation M. dc MoHct proposc au comité d'accorder une gratification de 20 fr. 
a^u sieur BrandeK au slcur Brandcl, aubcrgistc à Mackwiller, pour avoir fait quelques répa- 
rations à la clôture des thermes de Mackwiller, dégradée par les intem- 
péries des saisons. — Adopté. 
Inventaire M. dc Morlct annoucc en outre que l'inventaire du musée de Savernc 

desa'verne; vicnt d'êtrc tcrmlué par MM. Dagobert Fischer et H. Audiguier; il pro- 

vote d'insertion dp* • < 

M Bulletin, pose d'insérer ce travail au Bulletin et d en faire un tirage a part pour 
les visiteurs du musée. L'insertion au Bulletin est votée. 

M. Spach attire encore une fois l'attention du comité sur la question, 
soulevée déjà dans une séance précédente, de savoir s'il ne conviendrait 
point de choisir un papier plus épais pour l'impression du Bulletin. Le 
comité ne prend point de résolution définitive à ce sujet. 
Admission M. Klcuck proposc l'admission comme sociétaire de M. Léon Kœchlin, 

de Mulhouse; M. Straub propose l'admission de M. Petit-Gérard fils, 
peintre verrier à Strasbourg; M. Schimpff, celle dc M. Willmann, de 
Molsheim, actuellement lieutenant-trésorier de la province de Constan- 
tine ; M. Guerber, celle de M. Ch. Winckler, inspecteur des travaux publics 
à Haguenau. 
Puits de Kertzfeid. M. Ringciscn rend compte en quelques mots de la découverte d'un 
puits prétendu romain à Kerlzfeld ; il promet ultérieurement un rapport 
sur la question. Il donne ensuite lecture d'une lettre adressée au président 
par M. le maire de Gerfwiller, relative à l'aiilhenticilé des armoiries de 
cette localité sculptées au-dessus de l'école communale. 
Don de médaille. M. Matuszyuskl dépose sur le bureau, dc la part de M. Deharbe, curé 
par, . e ar <.. j'^j^jj^^^j^ |^g çjj-j^^ pièccs dcmonnaics, en or, en argent et en billon, sui- 
vantes: 

1'^ Pièce de billon de la république dc Berne, 1792. 



— 23 — 

2° Pièce de billon de Louis XV, 1741. 

3° Pièce en billon, dite Losnitzer Pfennig, ayant eu cours à Strasbourg 
jusqu'en 1719. 

â° Pièce d'argent d'un quart de pfennig, telle qu'on en frappa en 1431, 
1445, 1537, 1546,1585. 

5° Pièce d'or de la ville de Nœrdlingen, frappée sous Frédéric III d'Au- 
triche. — Remercîments votés. 

M. le Préfet du Bas-Rhin adresse au président ses remercîments pour 
l'envoi du Bulletin et lui exprime ses regrets de ne pouvoir assister à l'as- 
semblée générale de Colmar. 

M. Sabourin de Nanton dépose sur le bureau la photographie d'une phoiogro.phie 

, . d'une lète de Chi ist 

tête de Christ due au ciseau de l'artiste lorrain Ligier-Richier, dont 1 on- de ugier-Riciuer. 
ginal se trouve en ce moment entre les mains de M. Ducque, membre de 
la Société. M. Sabourin de Nanton lit à cette occasion une note sur les 
origines de la sculpture en France et sur Richier lui-m.ême, qui, né à 
Saint-Mihiel, à la fin du quinzième siècle, fit ses études artistiques à Rome 
et retourna plus tard dans son pays, qu'il enrichit de nombreux chefs- 
d'œuvre. Une discussion, à laquelle prennent part MM. Guerber, Matus- 
zynski, Ringeisen et Straub, s'engage à la suite de cette lecture, et cer- 
taines assertions de l'auteur, sur le développement de l'art religieux au 
quinzième et au seizième siècle, sont vivement contestées. 
M. Ringeisen rend compte d'une tournée d'inspection qu'il vient d'ac- compte rendu 

,. ,, . . , , , , 1 T 1 I T-1 I 1 , de JI. Ringeisen 

comphr. Il a visite les châteaux de Landsperg et de iM'ankenbourg, ou sm- différentes 

. . découvertes, 

les fouilles avancent. A Kientzheim on a découvert un curieux collier de entre autres 

d un collier 

bronze, dont un dessin sera inséré au Bulletin avec une note explicative ; foiné à Kientzheim 

' • ' dont un dessin 

à Zellwiller, il a vu deux tombeaux en dalles avec des restes d'ossements; danTïe Bdietin. 
à Kertzfeld, le prétendu puits romain; à llerstheim enfin, des pierres 
tumulaires de la famille de Bœcklin. M. Ringeisen demande des fonds pour 
continuer les travaux au Landsperg et au Frankenbourg. 

La discussion sur ce point est ajournée après l'assemblée générale de 
Colmar. 

M. le président donne lecture au comité de la partie du rapport d'en- 
semble qu'il se propose de faire à Colmar, relative à l'entreprise des 
chroniques alsaciennes. 

M. Merck fait son rapport sur le travail de M. Siefïer, lu dans la séance 
précédente. Les matériaux de cemémoirese retrouvant tous, soit dans ceux 
de M. de Morlet, publiés au Bulletin, soit dans la iraduction de Schœpflin, 
par Ravenez, il n'y a pas lieu d'insérer le mémoire au Bulletin. — Adopté. 

. Merck dépose sur le bureau deux médailles offertes a la Société par parM.jDecheppe. 



— u — 

M. Decheppe. La première, fcappée au dix -septième siècle, se rattache au 
culte de saint Ulrich, principal patron d'Augsbourg; l'autre date de 1772 
et a été frappée en commémoration de l'affreuse famine qui désola l'Erz- 
gebirg saxon en 1771 et 1772. Cette dernière médaille est de forme 
ronde, en plomb; l'avers porte les armes de l'électorat de Saxe avec l'in- 
scription : 

Sachsens Denckmahl 
1771-1772. 
En légende : Grosse Tœurung. — Schlechte Nahrung. 
Au revers : Im Gebürge galt 

\ Scheffel Korn \0 Thaler (36^50'=) 
1 — Weizen U — (51 10 ) 

1 — Gerst 9 — (32 85 ) 

1 — Haber 6 — (21 90 ) 

1 Pfund Butter 8 Groschen ( 1 28 ) 
1 — Brodt 2 — ( 32 ) 

Remercîmenls votés à M. Decheppe. 
La séance est levée à 4 heures et demie. 



SOUS-COMITÉ DU HAUT-RHIN. 



Séance du samedi 26 juin 1869. 
Présidence de M. Ch. GÉRARD. 



Sont présents : MM. Ghauffour, Fleischhauer, Hamberger, Liblin et 
Mossmann, membres du comité; ce dernier faisant fonctions de secrétaire. 

M. Commerson, membre libre, assiste à la séance. 

Après la lecture du procès-verbal, qui est approuvé, le président donne 
communication des lettres que lui ont écrites Mi\L Engel-Dollfus, Huot et 
Ingold, pour s'excuser de ne pouvoir prendre part à cette réunion. 
Clôtures Puis il rend compte au comité des démarches qu'il a faites auprès de 

de" Kljsersberg. h municipallté de Kaysersberg pour obtenir à l'ancien château l'établis- 
sement d'une clôture propre à fermer au public l'accès de la propriété de 
M. Piieff. M. Auguste Hartmann, architecte à Colmar, l'intermédiaire de 
cette négociation, informe le comité que les travaux, dirigés par lui, sont 
en cours d'exécution et qu'ils seront terminés prochainement. Le comité 
en prend acte et prie son président d'en faire part à M. Rieff. 



— iio — 



teau 

le Mürimont. 



Sur la demande de M. Spach, le président annonce qu'il s'est entendu 
avec MM. Sclielbaum et Hartmann sur les monuments du Haut-Rhin dont 
il y aurait lieu de proposer la restauration à la séance générale fixée à 
Colmar, le 30 juin prochain. M. Schelbaum s'est engagé à entretenir 
lui-même l'assemblée des travaux qu'il jugerait opportun d'entreprendre. 
Quant à M. Hartmann, il croit que les restes de l'église romane d'Alspach ÉgUse .lAispaci 
offrent assez d'intérêt pour que la Société consacre quelques fonds à leur 
conservation. M. Hamberger fait observer que les ruines d'Alspach se 
trouvent dans un clos appartenant aux héritiers Barthélémy, et qu'il serait 
à craindre que ni le public ni la Société n'eussent le bénéfice de ces 
dépenses, ainsi qu'il est arrivé pour le château de Morimont. Le comité 
ajourne la proposition de M. Hartmann jusqu'à plus ample informé. 

M. Ghauffour saisit celte occasion pour rappeler, encore une fois, les c 
procédés du banquier Meyer, de Genève, propriétaire du château de 
Morimont, dont la Société a fait déblayer, à grands frais, les ruines, à 
charge, par le sieur Meyer, d'en accorder l'entrée à ses membres. Loin de 
remplir loyalement celle condition, il a profité des travaux pour clore 
son château et en utiliser les caves. M. Ghauffour croit que , par application 
de l'article 1375 du Code civil, la Société serait en droit d'actionner le 
sieur Meyer en remboursement de ses dépenses. Le comité appuie la pro- 
position et charge MM. Ghauffour et Gérard de s'entendre sur les mesures 
à prendre. 

M. Gommerson propose l'établissement de garde-fous autour du puits Ti-.va»xàfaire 

' aiiHaut-Landsper, 

ouvert au haut de l'escarpement qui domine l'intérieur du château du 
Haut-Landsperg. Adopté. 

Le président rend compte de ses démarches auprès de M. Schacre, à qui, 
sur la proposition de M. Auguste Stœber, il avait écrit au sujet de la res- 
tauration du clocher el du cimetière anciennement fortifié de Dirlinsdorff. 
Jusqu'ici sa lettre est restée sans réponse. 

M. Mossmann propose de demander à l'assemblée générale une médaille 
en bronze pour le garde forestier Rodé, à qui le musée lapidaire des 
Unterlinden doit une stèle funéraire trouvée dans les défrichements du 
Rolhkeublé, portant les sigles suivants: 

D M 
PA. S{ibi)\{xori) AVIS. 

Adopté. 

Le président entretient le comité du projet de Dictionnaire bior/raphinue Dictionnaire 

-^ r ^ biographique 

de l Alsace, que M. Stoffel doit publier sous les auspices de la Société, et aisa.i.n. 
dont la liste préparatoire vient d'être distribuée; il lui communique les 



— 20 — 

premières adhésions envoyées à M. Stoffel et en tire le meilleur espoir 
pour l'avenir de ce travail. Puis il parle de la nécessité de ne pas l'étendre 
jusqu'aux temps les plus récents; il voit des inconvénients à ne s'arrêter 
qu'aux décès survenus pendant l'impression et propose de se limiter à 
l'année 1830; il pense aussi qu'en parlant de contemporains, les collabo- 
rateurs risqueraient d'éveiller certaines susceptibilités et de froisser le 
sentiment des familles. M. Cbauffour appuie ces observations. M. Mossmann 
objecte qu'il y aurait plus d'inconvénients à ne pas mettre le dictionnaire 
absolument au courant, à y introduire, de parti pris, une lacune consi- 
dérable; qu'à sa connaissance aucun ouvrage de ce genre ne s'arrête à une 
époque antérieure à sa publication; qu'un supplément de quelques pages 
permettrait de tenir la rédaction à jour, sans préjudice pour aucun nom 
recommandable, et, qu'en thèse générale, les notices devant fournir plutôt 
des faits que des appréciations, personne n'aurait le droit de se plaindre 
d'une publicité restreinte à ce qui est notoire , incontestable et incontesté. 
Château M. Hamberger offre à la Société des monuments historiques, de la part 

de Ilahnack ; _ 

ü(r,c de copropriété (jcs hérlticrs de feu M. de Golbéry, cinq dix-huitièmes des ruines du châ- 
teau de Hohnack. Le savant éminent qui a été dans notre province, avec 
feu M. G. Schweighseuser, le promoteur des études archéologiques, avait 
eu l'idée, en 1822, d'acquérir une partie du Hohnack, pour le mettre à 
l'abri des dévastations qui, dès cette époque, en compromettaient l'exis- 
tence. Aujourd'hui que le vandalisme des populations s'acharne de nouveau 
contre l'un des plus nobles débris du passé, M. Hamberger pense qu'en 
se substituant aux droits de la famille de Golbéry, la Société pourrait 
utilement intervenir pour assurer sa conservation , peut-être arriver à 
acquérir les treize dix-huitièmes restés entre les mains des premiers dé- 
tenteurs ou de leurs ayants droit. Le comité fait à cette offre l'accueil 
qu'elle mérite et décide qu'elle sera reportée à la séance générale du 
30 juin. 

La séance est levée. 



Séance générale lenne h Colmar, le 30 jnin 1869. 

Présidence de M. le baron PONSARD, Préfet. 



La séance est ouverte à 2 heures, à l'hôtel delà Préfecture. 54 membres, 
venus des deux départements, assistent à la réunion. 

Le comité du Bas-Rhin est représenté par son pi'ésident, M. L, Spach; 



27 

par l'un des secrétaires, M. l'abbé Straub; par MM. Ringeisen, Levrault et 
Merck; celui du Haut-Rhin, par M. Gérard, vice-président; MM. Ham- 
berger, I. Chauffour, Liblin, Dietrich, Franz, Ingold, etc. M. le baron de 
Mullenheim, secrétaire général de la préfecture, occupe un des fauteuils 
du bureau. 

Sur la table on voit exposés quelques objets offerts par divers mem- onvrag« dépo.és 

sur le bureau. 

bres de la Société, entre autres: un ex-voto romain en forme de tête, 
donné par M. Mehn ; l'inventaire des archives de Guebwiller, donné par 
M. Jung, imprimeur, et quatre vues de l'église de Saint-Pierre-et-Saint- 
Paul, à Neuwiller (Bas-Rhin), photographiées par M. l'abbé Straub. 

M. le Préfet donne la parole à M. Spach qui prononce le discours 
suivant : 

«Messieurs, 

«Le fait majeur de votre dernière réunion générale à Colmar a été, 
sans contredit, celui qui constituait, grâce à la munificence de M. Engel- 
Dollfus, un fonds pour la rédaction d'un dictionnaire biographique alsacien. 
Confiée à la direction d'un homme érudit et zélé, cette entreprise est en 
voie d'exécution. M. Stoffel, après avoir, de concert avec nos deux co- 
mités, fixé les bases de son travail, et après avoir préalablement rédigé 
la hste des noms qui devront figurer dans ce recueil, a fait un appel dans 
les rangs des littérateurs et hommes de science alsaciens, et je crois que 
plus d'un collaborateur bénévole lui a répondu avec empressement. 

«Voilà donc une œuvre d'ensemble entamée. Quelques divergences d'opi- 
nion se sont manifestées dans l'origine sur l'époque à laquelle il fallait 
arrêter la série ou la liste des noms. Il est convenu maintenant qu'aucun 
contemporain, encore en cours d'existence, ne figurera dans le diction- 
naire, mais que l'on pousserait jusqu'à la limite du tenq:)s actuel l'in- 
scription de tous les Alsaciens défunts, qui ont acquis quelque célébrité ou 
notoriété. Des suppléments postérieurs maintiendront le recueil au niveau 
des incidents, je veux dire des décès prématurés ou prévus par limite 
d'âge qui donneront droit d'entrée dans ce Panthéon local. Je suis à peu 
près sûr que peu de nos compatriotes se hâteront, de leur plein gré, de 
participer à cette glorification. 

«Après ce projet, auquel tout promet une réussite prochaine, j'ai le vif 
regret de vous annoncer un mécompte. Vous devinez. Messieurs, que je 
veux parler de la publication des Chroniques alsaciennes. 

«Je m'expliquerai en toute franchise : nous sommes ici en quelque sorte 
en famille. Avant de mettre en train cette entreprise, bien autrement con- 



— 28 — 

sidérable que celle du Dictionnaire biographique, le comité de rédaclion 
ou de publication, choisi au sein de vos deux comités, avait fixé le chilfre 
auquel devait atteindre la liste des souscripteurs. Ce chiffre (250) n'a 
pas été atteint; à peine si la moitié, c'est-à-dire 120 souscripteurs 
de bonne volonté se sont présentés _dans nos deux départements et à 
l'étranger. A quoi tient cette tiédeur? Évidemment, on reculait devant 
la quotité de la souscription (20 h', par an), sans que les hommes de 
bonne volonté qui s'étaient mis en avant, aient pu garantir d'une manière 
certaine que, dans cet espace de temps, deux forts volumes paraîtraient 
et compenseraient cette avance. 

«Quant à moi, je dirai maintenant que 250 souscripteurs me semblaient 
insuffisants, et que j'eusse désiré, dès le principe, fixer au moins à trois 
et même à quatre cents le minimum des contribuables, en vue de toutes 
les éventualités de décès, de rétractations, de faux frais de toute nature 
qu'entraîne une semblable organisation. Je me suis laissé, non pas con- 
vertir, mais entraîner par quelques-uns de mes honorables collègues, et je 
vous prie de croire. Messieurs, que, pour avoir différé, dans l'origine, de 
manière de voir avec eux, je n'aurais pas apporté moins de bonne volonté 
et de zèle à la mise en œuvre. 

«Ce qui se dressait devant moi comme un véritable épouvantail, c'était 
l'énorme dépense qu'avait occasionnée, il y a tout à l'heure trente ans, 
une entreprise toute pareille, entamée sous les auspices et aux frais de 
ma cité natale de Strasbourg, par un homme éminent, par un ami que 
je ne cesserai^de regretter jusqu'au dernier jour de ma vie, par feu 
Schiitzenberger, maire de Sti'asbourg. 

«Plus récemment vous" avez eu sous vos yeux, à Colmar même, la 
cessation des Curiosités alsaciennes , qui ont, si je suis bien informé, 
coûté à leur généreux entrepreneur des sacrifices d'argent très-considé- 
rables. Toutes les publications de ce genre écloses sur le sol de l'Angle- 
terre ou de l'Allemagne doivent leur existence, soit à la munificence de 
riches particuliers, de cités entières, de gouvernements royaux ou prin- 
ciers, soit à l'intérêt historique général, pas exclusivement provincial, 
qu'offre leur programme. 

«La collection de documents de la vallée rhénane publiée, depuis 1850, 
sous les auspices de Mone , l'éminent archiviste et historien badois, n'a 
dû le jirolongement de son existence qu'à l'activité désintéressée du fon- 
dateur et à l'appui du gouvernement grand-ducal. 

«Dans un pays voisin du nôtre, mais ayant une constitution toute dif- 
férente, les Begestes ou les Codices diplomaiici ont pu voir le jour, grâce 



— 29 — 

à l'initiative de quelques savants qui se croyaient engagés d'honneur, 
comme citoyens, à faire des sacrifices de temps et d'argent pour des 
œuvres de pure érudition , lorsqu'elles touchent à un passé historique 
glorieux. 

« Ce que nous avions conçu se fera aussi chez nous, soyez-en bien per- 
suadés, dans un temps plus ou moins rapproché. On reprendra notre 
plan ; je puis dire qu'il était bien conçu, car il n'émane point de moi. Il ne 
faudra, dans le principe, que le concours de deux fortes volontés, celle 
d'un généreux donateur, décidé à aller de l'avant quand même; puis celle 
de quelque jeune savant, décidé de même à marcher, je veux dire à travail- 
ler seul dans le commencement et se déclarant satisfait d'une modeste com- 
pensation pour le temps matériel qu'il vouera à l'œuvre de reproduction. 
Ce noyau trouvé, la cristallisation se fera , c'est-à-dire que d'autres forces 
se grouperont autour de ce centre. Mais, ce premier centre, il faut qu'il 
soit solide, inébranlable, à l'abri de l'indifférence du grand public. 

«Pour expliquer la non-réussile de l'appel du comité, il s'agit de rele- 
ver une autre circonstance. La majeure partie des personnes qui s'inté- 
ressent en Alsace à l'histoire de notre province parlent de préférence la 
langue française et lisent de préférence les œuvres écrites en français; 
beaucoup de ces lecteurs sont même totalement étrangers à l'usage de 
l'allemand. 11 est évident, il est Jialurel et pardonnable que la publication 
de Chroniques, presque toutes composées en allemand, leur oftVirait 
un médiocre intérêt. Les souscripteurs que nous aurions trouvés peu à 
peu en Allemagne n'auraient point compensé ce déchet ou cette abstention 
chez nous. 

ttJeme suis peut-être trop longtemps arrêté à une entreprise, sinon 
manquée, du moins ajournée. J'ai cru devoir donner ces éclaircissements 
aux membres alsaciens, ainsi qu'aux étrangers qui ont bien voulu nous 
honorer de leur confiance anticipée. 

« Je dois vous entretenir sommairement d'un autre sujet qui louche 
à nos deux comités. Nous avons été invités, il y a deux mois environ, par 
M. le recteur de TAcadémie, à concourir à la formation du jury d'examen 
qui décernera le prix départemental annuel de 1,000 fr., récemment fondé 
par décret impérial, sur l'initiative prise par M. le Ministre de l'instruction 
publique. Ce prix est destiné, vous ne l'ignorez point, à récompenser, 
dans un tvrnvs de trois années, l'ouvrage historique, archéologi(jue et 
scientifique qui aura été jugé le meilleur par ledit jury, dans le ressort de 
chaque Académie respective. Cette année, la joute paisible s'engagera sur 
le terrain de l'histoire locale. Nos deux comités ont désigné MM. Ignace 



— 30 — 

ChauffoLir, Mossmann, Straub et le membre qui a l'houneur de vous 
parler en ce moment pour faire partie dudit jury en qualité de délégués 
ou de fondés de pouvoir. La Société littéraire de Strasbourg a délégué 
MM. Goguel, Maurial et Mury. M. le recteur de l'Académie a, de son côté, 
choisi dans le corps savant de Strasbourg et a présenté à l'agrément 
du Ministre MM. Fustel de Coulanges, Campaux et Charles Schmidt. Le 
jury ainsi composé sera présidé par le recteur, mais ne se réunira qu'après 
le 31 juillet, terme fixé aux concurrents pour l'envoi de leurs œuvres im- 
primées ou manuscrites. 

« Après ces excursions sur un terrain qui, sans nous être complète- 
ment étranger, ne touche toutefois qu'indirectement à nos affaires inté- 
rieures, vous me permettrez de dire quelques mots sur ces dernières. Je 
pourrai être succinct : vous allez entendre des rapports sur les travaux qui 
sont spécialement de notre domaine. 

«Je dois rappeler ici le don généreux que nous a fait un habitant de 
Strasbourg, attaché depuis une trentaine d'années au service des ponts et 
chaussées. M. Decheppe — nos procès-verbaux vous l'ont déjà annoncé 
— a remis entre nos mains une collection considérable d'armes anciennes 
découvertes par le draguage dans la rivière d'ill, à Strasbourg, pendant 
une longue série d'années, depuis que le donateur est en activité de ser- 
vice. Notre comité a décerné à M. Decheppe une médaille en vermeil, mais 
en se réservant de la lui remettre en séance générale de décembre, pour 
ne point l'obliger à un déplacement. 

«M. Rouis, sous-directeur de l'Ecole impériale de santé militaire, nous 
a transmis plus récemment quelques armes antiques trouvées dans des 
décapements sur les plateaux près de Hochfelden. 

« A l'occasion de ces dons, je me sens entraîné à exprimer, même chez 
vous, le regret que nous éprouvons de ne point trouver à Strasbourg un 
local convenable pour y établir notre embryon de musée. La rareté, la 
cherté des édifices, dans une ville impitoyablement encerclée dans ses 
fortifications, en dépit d'une population de plus en plus nombreuse, hors 
de proportion avec son étroite enceinte, voilà la vraie cause d'une situa- 
tion qui fait notre désespoir. Colmar peut, sous ce rapport, à bon droit 
se glorifier de l'installation de son musée à Unterhnden. Nous vous por- 
terions envie, Messieurs, s'il était permis de donner accès à un sentiment 
aussi condamnable, lorsqu'il s'agit de simple émulation entre deux cités 
fraternelles. 

«Vous avez dû remarquer, Messieurs, dans les procès-verbaux et les 
mémoires de notre Bulletin, les dons fréquents de volumes ou de brochures 



— 31 — 

pleins d'intérêt (jui nous arrivent, soit des sociétés françaises, soit de la 
Belgique, de la Suisse et de rAliemagne, voire même de la Livonie et de 
Saint-Pétersbourg-. Dans ces envois se distinguent toujours ceux de Con- 
stantine ; c'est que la minière , sur ce sol labouré par les Romains et les 
Arabes, est riche; mais il faut convenir aussi qu'elle est dignement 
exploitée. 

«Dans la livraison du Bulletin dont nous allons réunir les matériaux, 
vous trouverez les communications de M. le professeur Straub sur des 
cimetières fortifiés dans le Palatinat et dans nos deux départements. Plu- 
sieurs églises fortifiées de votre département y figurent; je citerai celles 
d'Eschentzvviller, de RœdersdorfT, de Rixheim.Le même membre, toujours 
actif, malgré ses nombreuses occupations journalières, nous a montré et 
décrit une croix processionnelle provenant de l'église d'Eschentzwiller et 
qu'il rapporte au quinzième siècle. 

« J'appelle aussi à l'avance votre attention sur un travail généalogique 
très-étendu de l'un de nos jeunes membres; c'est la seconde partie de 
la monographie consacrée aux Gero/c/secÂ;; la branche d'Alsace en constitue 
le sujet. Le premier article traitait des Géroldseck de la rive droite du 
Rhin. Celte monographie de M. E. Lehr épuisera le sujet. 

«Je ne puis terminer cette rapide esquisse de notre dernier semestre 
sans faire un appel réitéré aux membres jeunes de nos comités et de la 
Société pour obtenir d'eux une collaboration active. 

«Nous avons fait, pendant ces dernières années, des pertes sensibles: 
l'âge, avec ses infirmités, les deuils de famille, les déplacements, écartent 
de notre comité des membres naguère encore très-actifs. Et qu'il me 
soit permis de dire ici les sentiments douloureux que nous inspire le 
départ de M. Véron-Réville, qui, depuis la constitution du comité du Haut- 
Rhin, l'a présidé avec un tact, une bienveillance, une urbanité au-dessus 
de tout éloge. Dans mes rapports personnels avec M. le conseiller Véron- 
Réville, je n'ai eu que des grâces à rendre à sa bonne volonté d'aplanir, 
de prévenir toute difficulté. Par ses œuvres imprimées, M. Véron-Réville 
se place d'ailleurs au premier rang de nos écrivains locaux. Le seul vœu 
que nous puissions émettre, c'est que, dans sa nouvelle résidence, et à 
près de 300 lieues d'éloignement, il consente à ne pas devenir tout à fait 
infidèle à ses premiers travaux. Je pense que son digne successeur dans 
la présidence de votre comité s'accordera avec moi en vous proposant 
de transmettre ofiîciellement à M. Véron-Réville nos remercùnents les plus 
vifs pour le concours actif qu'il nous a prêté pendant près de dix ans et 
de lui décerner le titre de président honoraire de votre comité. 



— m — 

«Je vous prie d'accorder le lilre de membre honoraire du comité du 
Bas-Rhin à M. le baron Lebel, juge au tribunal de première instance, qui 
passe de la résidence de Strasbourg à celle de Gorbeil. 

«En vue des lacunes que laissent les décès et les départs, c'est dans 
la jeune génération qu'il s'agit de recruter des forces. Nous tentons de le 
l'aire; mais ce n'est pas assez de notre voix; il faut qu'un écho nous ré- 
ponde. Je ne me dissimule point que les revues locales elles journaux des 
deux départements absorbent déjà une partie des loisirs disponibles et 
prélèvent une contribution dans le domaine de l'histoire et de l'archéo- 
logie. Cependant le champ des recherches érudites est si vaste que les 
sujets ne feront point défaut, si on veut bien se donner la peine de les 
chercher, pour fournir de l'alimentation à un Bulletin, qui a, j'aime à le 
croire, prouvé par quatorze années d'existence son droit de cité dans 
l'Alsace scientifique et littéraire. 

«Je termine, Messieurs, en vous proposant de voter des remercîments 
au conseil général du Haut-Rhin pour l'allocation qu'il a bien voulu nous 
accorder jusqu'ici, et à M. le Préfet de votre département, qui a consentie 
provoquer et à maintenir cette générosité.» 

M. véion-Réviiie L'asscmbléc, qui a écouté avec une vive synipalhic les paroles de 

nommé Atoi i i ' d ^hiit' 

président honorniie M. bpach, partage hautement les regrets payes par 1 orateur a M. Veron- 

dii comité 

du Haut-Rhin. Révillc ct lul décemc, séance tenante, le titre de président honoraire du 
comité du Haut-Rhin. 
Rapport La parole est à M. Hartmann, architecte, qui rend compte de l'état 

de M. Hartmann , ■ ir i ^ ■ i i>r i- i> i i i i i 

architecte, actucl du chatcau de Kaysersberg, des rumes de 1 église d Alspach et des 

sur le château 

de Kaysersherp, aucicnnes fortificatjons de Türckheim. 

Après avoir rappelé divers travaux exécutés au château de Kaysersberg, 
notamment l'ouverture d'une poterne, M. Hartmann annonce que M. Rieff, 
propriétaire des ruines, abandonne au public un terrain plus considérable 
que l'espace qu'il avait promis de concéder. Une clôture en palissades de 
bois injecté sera incessamment établie, moyennant une subvention votée 
par le conseil municipal et le reliquat de la somme allouée pour les tra- 
vaux du château. 

Après quelques détails sur les restes de l'ancienne église d'Alspach, 
dont on admire le portail de la façade occidentale, les sept travées de la 
nef centrale et du collatéral sud, avec leurs restes de peintures murales 
et quelques remarquables chapiteaux historiés, M. Hartmann entretient 
l'assemblée des dispositions obligeantes dans lesquelles il a trouvé 
M. Barthélémy, le propriétaire de ces ruines. M. Barthélémy consent à 



l'église d'Alspach 
et les anciennes 

forlilications 
de Türckheim. 



— 33 — 

dégager l'édifice, à faire soigneusement nettoyer les sculptures et à pré- 
server tout le monument de l'infiltration des eaux pluviales. Le sol naturel 
sera rétabli et nivelé dans toute l'enceinte ; une palissade sera placée à 
un mètre de distance des murs, en signe de la protection que la Société 
donnera au monument. 

La construction des nouvelles écoles de Türckheim, sur le quai de la 
Fecht, masquera une partie des anciens murs d'enceinte de la ville. Toute- 
fois deux bastions reliés à ces murs resteront en vue. M. Hartmann ré- 
clame l'intervention de la Société pour la conservation de ces restes de 
l'architecture militaire du quatorzième siècle, hauts de 14 mètres environ, 
et divisés à l'intérieur en trois étages, dont le second est percé de trois 
meurtrières de forme spéciale pour le tir à l'arbalète. 

M. le Préfet remercie M, Hartmann des intéressants détails qu'il vient 
de donner et assure son concours pour la conservation des tours de 
Türckheim. 

A la suite de cette communication, M. Schelbaum, architecte, instruit château 

, , , , , , - . de Plixbourg; 

1 assemblée de quelques regrettables actes de vandahsme commis au cha- actesde vandalisme 
teau de Plixbourg et d'un accident occasionné par l'enlèvement d'une 
grille, posée par les soins et aux frais de la Société. — La clôture sera 
rétablie. 

M. Hamberger annonce, de la part des héritiers de feu M. de Golbéry, r.httena 
que la famille serait disposée à céder à la Société archéologique d'Alsace i^ l^.Jîi'îe'GMbéry 
une part de propriété qu'elle a dans les ruines du château de Hohnack. lacöprolfwete. 
En devenant copropriétaire, la Société empêcherait la dégradation ulté- 
rieure de ces ruines. L'assemblée accepte avec reconnaissance la proposi- 
tion faite par l'entremise de M. Hamberger, qui voudra bien se charger 
des détails d'exécution. 

Sur la proposition de M. Gérard, une médaille en bronze a été décernée siedaine de bro.ue 
au sieur Rodé, garde forestier au Rothlaeuble. Cet agent a donné des au JemTode, 

i.i.,ii. , 1 . Kl* • garde forestier. 

preuves de zèle intelligent pour la conservation d objets anciens, notam- 
ment d'une stèle funéraire, gravement menacée. La médaille sera remise 
au destinataire par le comité de Colmar. 
M. Spach donne lecture d'une lettre de M. Nicklès, de Benfeld, em- Découverte 

Aifj».,,,,. T - . d'antiquités 

pèche d assister a la reunion. La note de ce membre actif rend compte f^^i"' « ^^nd. 
de découvertes récentes faites par M. Barthelmé, propriétaire à Sand, 
dans un tumulus des environs d'Elil. — Des remercîments sont votés à 
M. Nicklès. 

Plusieurs nouveaux membres sont inscrits : M. Krug-Basse, procureur ./«"membre" 
impérial à Colmar, présenté par M. Hamberger; M. Klemm, Alphonse, 

II« SÉttiK. — T. vu. — (P.-V.) 3 



Lecture 

d'un mémoire 

(le M. Spach 

sur les thermes 

(le Badenwoiier. 



— 34 — 

sculpteur, sur la proposition de M. Schelbaum ; M. J. B. Kubier, maître 
d'hôtel à Altkirch, sur la proposition de M. Stoffel. 

La séance est terminée par la lecture d'un mémoire de M. Spach sur 
les thermes de Badenweiler. Ce mémoire sera imprimé avec le plan. 

Avant de lever la séance (à 4 heures), M, le baron Ponsard prononce 
une allocution fort applaudie ; il donne à la Société l'assurance de son con- 
cours et de son appui. 



TABLE DES MATIÈRES DE LA PREMIÈRE LIVRAISON. 



PROCES-VERBAUX DES SEANCES. 

PAGES. 

Séance du Comité du 18 janvier 1869 1 

Séance du Comité du 15 février 1869 2 

Séance du Sous-Comité du Haut-Rliin du 28 février 1869 5 

Séance du Comité du 15^mars 1869 7 

Séance du Comité du 19 avril 1869 9 

Séance du Comité du 26 avril 1869 12 

Séance du Sous-Comité du Haut-Rhin du 24 avril 1869 13 

Séance du Comité du 10 mai 1869 18 

Séance du Comité du 24 mai 1869 19 

Séance du Comité du 21 juin 1869 21 

Séance du Sous-Comité du Haut-Rhin du 26 juin 1869 24 

Séance générale du 30 juin 1869, à Colmar 26 



MÉMOIRES. 

Les Hadstatt de Soultzbach, par M. Sabourin de Nanton 1 

Les Tombes de Saint-Pierre-le-Vieux, à Strasbourg, par M. Sabourin de Nanton. . 8 

Rapport sur les ouvrages donnés à la Société, par M. L. Spach 13 

Les Dynastes de Geroldseck-ès-Vosges , par M. E. Lehr 22 

Les Thermes de Badenweiler, par M. L. Spach 65 



35 — 



Séance du Comité du 19 juillet 1869. 

Présidence de M. SPACH. 



Présents : MM. Matusczinsky, Merck, Ringeisen, Slraub et Rodolphe 
Reuss, secrétaire en fonctions. M. Sabourin de Nanton assiste à la 
séance. 

M. Straub, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance gé- 
nérale de la Société, tenue à Colmar le 30 juin 1869. 

M. le président dépose sur le bureau les ouvrages suivants : ourragcs déposé. 

sur le bureau. 

Inventaire des Archives de la ville de Giiebwiller. 1869. In-8°; 

Der Geschichtsfreund (de Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwaiden, Zug). 
Tome XXIV; 

Mémoires delà Société d'émulation de Montbéliard. 2® série, volume JI; 
3® série, volume I; 

Revue des Sociétés savantes des départements. 4^ série. Tome IX. Avril- 
mai 1869; 

Schweizerisches Urkundenregister. S'^"" Band, 1'*^^ Heft. Berne, 1869, 
in-4°; 

Schriften der Universitœt zu Kiel, aus dem Jahr 1868. 1 vol. in-^^; 

Compte rendu de la Commission impériale archéologique pour l'année 
1868. Saint-Pétersbourg, 1868, 1 vol. in-folio, avec un cahier de planches 
grand in-folio. 

M. Straub fait don à la Société d'une série de six belles vues photoffra- ruotogr.-,, lues 

, , . . ^ '^ (le l'église 

phiques de 1 église de Neuwiller, exécutées par lui-même. '^^ NcuViiicr 

' données par 

Remercîments. "• ''''''i>é siraub. 

M. Merck fait part au comité de la mort de M. le docteur Schnœringer; 
quelques membres du comité se rendront à Brumath pour assister aux 
funérailles de cet ancien sociétaire. Ils pourront examiner à cette occasion 
les collections archéologiques du défunt, en vue d'acquisitions éventuelles 
à faire par la Société. 

Le comité, sur la proposition de M. Merck, vote également l'achat d'une , ^^^">' 

, *^ d une monnaie 

monnaie en or de l'empereur Néron. «■><"• 

' (le Néron. 

II' SÉRIE. — T. VU. —(P. V.) 4 



M. Sahourin de 

NulltOQ 



— 36 — 

Don La parole est à M. Sabourin de Nanlon, qui ofïre au coiuilé une cin- 

de monnaies ' 

p«'' . , quantaiiic de monnaies en bronze, trouvées à différentes reprises dans sa 

hourin de ^ ' I 

propriété de Michelfeld (Haut-Rhin). 

«J'ai l'honneur d'offrir au comité de la Société pour la conservation 
des monuments historiques d'Alsace une cinquantaine de monnaies de 
toutes dimensions, qui ont été trouvées î\ Michelfeld , près de Iluningue. 
Plusieurs de ces monnaies ont été trouvées par moi, les autres par des 
ouvriers occupés au creusement des fossés de cette propriété. 

«En 1838 déjà, en creusant les fondements d'un mur de clôture, on a 
trouvé, outre des monnaies romaines, des fragments d'épées, à lames 
larges à deux tranchants. 

«Ces découvertes de monnaies et d'armes anciennes méritent notre 
attention et nos études. 

«Il n'est fait mention jusqu'ici de Michelfeld qu'en 1252, époque où un 
monastère y a été érigé, hors des murs de la ville de Bâle, par la munifi- 
cence et avec le consentement de l'évêque Berthold II, fils de Frédéric, 
comte de Ferretle, et de son frère Ulric, en faveur des religieuses de 
l'ordre de Cîteaux, qui venaient du val des Lys. Fulco, chef du chapitre 
de Saint-Bernard sur le mont Jupiter, ratifia et confirma par un décret la 
cession de ce monastère, comme nous l'apprend le cartulaire de Lucelle, 
à la date de 1450. 

«Mais les Romains ont évidemment laissé des traces de leur passage sur 
ce petit coin de terre; la question est de savoir s'ils y ont eu un établisse- 
ment. Je ne suis pas éloigné de le croire, et voici pourquoi : 

«Michelfeld est à une distance moyenne de deux lieues de l'ancienne 
Augusta Rauracorum, d'une demi-lieue de Basilia, d'Arialbinnum et du 
fort de Robur, construit, en 374, par Valentinien P*", auprès de Bâle. Ce 
fort, situé où se trouve maintenant la cathédrale de Bâle, porte encore 
aujourd'hui le nom de l'emplacement du fort (auf Burg); les Barbares le 
détruisirent trente -trois ans après sa construction. Michelfeld se trouve 
aussi à deux lieues de Cambes, le grand Kembs, situé sur la route du Rhin. 

«En face de Michelfeld, et à une dislance d'un quart de lieue, sur le ter- 
ritoire de la commune de Blotzheim, il existe sept tumuli, dont j'ai parlé 
dans une monographie sur cette localité, qui a paru en 18C7. Je suis donc 
porté à croire que Michelfeld a été bâti sur les fondations d'une villa de 
l'époque romaine, et ce qui le fait supposer, c'est qu'on y a trouvé et qu'on 
y trouve encore, dans les champs et dans la forêt de la Ilardt, de nombreux 
vestiges d'armes des premiers siècles de notre ère, des monnaies romaines 
et divers objets de ces temps reculés. D'un autre côté, Michelfeld se trouve 



— 37 — 

placé sur le tracé de la route romaine qui existait au quatrième siècle, men- 
tionnée dans X Itinéraire d'Antonin, celle du Rhin, (jui allait de l'Italie, par 
i'Helvétie, à Augusia Rauracorum, Carabes et Argenloratum. 

«Je crois qu'il serait utile, en attendant que de nouvelles découvertes se 
produisent, de mentionner sur la carte des emplacements du département 
du Haut-Rhin remarquables par des antiquités romaines, qu'on trouve des 
monnaies romaines à Michelfeld.» 

Voici rénumération, faite par M. Merck, des médailles données par 
M. Sabourin de Nanton : 

1. L'empereur Gallien (Publius Licinius Gallienus). 

Avers: La tête de l'empereur. LMP. G. P.LIC. GALLIENVS. P. F. AVG. 
Revers : VIRTVS. AVGG. Figure militaire debout. 

2. Anlonin le Pieux. 

DIVVS. ANTONINVS, tête de l'empereur. 
Revers: CONSECPiATlO, bûcher. (2 exemplaires.) 

3. Faustine mère, femme d'Antonin le Pieux. (Inscription illisible.) 

4. Marc-Aurèle, tête de l'empereur. 

IMP. M. AVREL. ANTONINVS. AVG. P. M. 

Revers: Inscription illisible, femme debout sacrifiant. (?) 

5. Faustine jeune, femme de Marc-Aurèle. 

FAVSTINA. AVGVSTA. (Revers illisible.) 

6. L'empereur Néron. 

IMP. NERO. CAESAR. AVG. P. MAX. 
Revers: Génie marchant. (2 médailles.) 

7. L'empereur Titus. 

LMP. CAES. VESP. AVG. P. M. TR. COSV. CENS. 
Revers : FELICITAS REIPVBLICAE. Femme debout. 

8. L'empereur Titus. 

T. CAESAR. IMP. COS IIL CENS. 

Revers : FELICITAS REIPVBLICAE. Femme debout. 

9. L'empereur Vespasien. 

IMP. CAES. VESPASIAN. AVG. COS... 
Revers: ...TAS AVGV... Femme debout. 

10. L'empereur Marc-Aurèle. 

M. ANTONINVS AVG... 
Revers illisible. (Femme debout sacrifiant.) 
il. L'empereur Antonin le Pieux. 
ANTONINVS. AVG. PIVS... 
Revers illisible. (Figure militaire debout.) 



— 38 — 

12. L'empereur Commode. 

L. AVREL. COM... 

Revers : P. M. TR. IMP. IIII. COS RI.... Mars passant. 

13. L'empereur Constanlius. 

CONSTANTIVS. NOR. CAES. 
Revers : GENIO. POPVLL ROMANL (Génie debout.) 
44. Claudius Gothicus. 

IMP. C. CLAVDIVS. AVG. 

Revers : VIRTVS. AVG. Figure militaire debout tenant un rameau 
et une lance. 

15. Le même. 

LMP. C. CLAVDIVS. AVG. 

Revers : Femme debout tenant deux enseignes militaires : 
CONCORD. EXERCIT. 

16. Le même. 

IMP. CLAVDIVS. AVG. 

Revers illisible. (Figure debout tenant une haste.) 

17. Maximianus. 

MAXIMIANVS AVG. 

Revers: SEGVRIT. AVG. (Femme debout appuyée sur une co- 
lonne.) 

18. Gallienus. 

GALLIENVS. AVG. Tète de l'empereur. 
Revers : DIANAE. CONSERV. AVG. (Chèvre.) 

19. Gratianus. 

GRATIANVS. P. F. AVG. Tète de l'empereur. . 
Revers : REPARATIO. REIPVRL. Figure militaire debout relevant 
une personne prosternée à ses pieds. 

20. Probus. 

IMP. C. M. AVG. PRORVS. AVG. Tête. 
Revers : VIRTVS. L'empereur debout. 

21. Constantin. 

IMP. CONSTANTINVS. AVG. Tête. 

Revers : SOLI. INVICTO. COMITI. Le soleil debout, la main droite 
levée et un globe sur la gauche. 

22. Gonstantinus. 

CONSTANTINVS. AVG. Tête. 
Revers : PROVIDENTIA. AVG. Porte. 

23. Constantius IL 



— 39 -- 

D. N. CONSTANTIVS. P. F. AVG. 

Revers : FEL. TEMP. REPARATIO. Phénix (?) couronné sur un 

tertre. 
24.. Le même. 

D. N. CONSTANTIVS. P. F. AVG. 

Revers : FEL. TExMP. REPARATIO. L'empereur debout, à ses pieds 

une figure prosternée. 

25. Le même. 

Même inscription. 

Revers : GLORIA E. EXERCIT. (Deux figures militaires debout, au 
milieu d'elles le labarum portant le chiffre X.) 

26. Magnentius. 

D. N. MAGNENTIVS. P. F. AVG. 

Revers : SEGVRITAS. REIPVBLICAE. L'empereur debout, en habit 
militaire, portant sur la main droite une petite victoire et tenant 
le labarum de la gauche. 
Le donateur voit donc dans ces trouvailles, souvent répétées depuis 
1836, la preuve de l'existence d'un établissement romain dans cette loca- 
lité, située à peu de distance d'Augusta Rauracorum. 

Le comité s'engage, à cette occasion, dans une longue discussion sur la Propositions 

1 ' Ml ' 1 1' » 1 ^" sujet 

nécessité de dresser enfin une carte archéologique détaillée de 1 Alsace, de la confection 

d'une carte 

En attendant des mesures plus générales, on propose d'acheter la grande "'"Jf^'j'^f^'^^"'' 
carte d'Alsace que vient de publier M. Weissandt et d'y reporter doréna- deiAisace. 
vant toutes les découvertes nouvelles qui viendraient à la connaissance 
du comité. Cette proposition est acceptée et M. Merck est chargé de la 
mettre à exécution. M. Matusczinsky offre de dresser lui-même une carte 
spéciale de ce genre pour l'arrondissement de Strasbourg. Cette offre est 
acceptée avec reconnaissance. 

M. le président communique successivement des lettres : 1° de M. Ber- 
ger-Levrault, relativement aux objets romains trouvés dans les fondements 
de l'ancienne maison Laquiante; 2° de M. Rathgeber, de Sultzern, sur un 
nouvel essai à tenter relativement à la publication des chroniques alsa- 
ciennes, et 3° de M. Nicklès, de Benfeld, au sujet du château de Hohen- 
geroldseck. Cette dernière lettre est accompagnée d'une photographie. 

M. Spach donne lecture d'un mémoire de M. Paul Ristelhueber sur diffé- ,, ^e':'"■^^ 

1 d un mémoire 

rentes inscriptions tumulaires trouvées à Seltz, ainsi que sur la série des '^'' *''af '.'ijét"''"" 
abbés de ce monastère. Le comité, après avoir exprimé le désir de voir lumuiaîres'dê'se'ii. 
l'auteur joindre à son travail l'indication détaillée des sources auxquelles 
il a puisé, vote l'impression du mémoire. 



— 40 — 

M. SifTer envoie au comité une lettre de M. le docteur Raucli, d'Ober- 
hronn, relative aux antiquités gallo-romaines de la localité. Cet envoi est 
accompagné de plusieurs planches photographiées et d'un mémoire sup- 
plémentaire à celui de M. Siffer, présenté en 1865. 

La séance est levée à 4 heures. 



Séance du Comité du 20 septembre 1869. 

Présidence de M. SPACH. 



Présents: MM. Guerber, Ringeisen, Merck, Siffer, baron deFaviers, 
Morin. M. Sabourin de Nanton, membre hbre, assiste à la séance. 

On donne lecture du procès-verbal de la dernière séance, tenue le 
19 juillet; cette rédaction est adoptée. 

Le président s'excuse d'avoir convoqué le comité au mois de sep- 
tembre, ordinairement réservé aux vacances; il n'a pas cru devoir s'en 
dispenser, n'ayant pas réuni ses collègues au mois d'août dernier, à raison 
de circonstances indépendantes de sa volonté. 

En l'absence de MM. les secrétaires, il s'engage à rédiger le procès- 
verbal de la présente séance. 
Ouvrages reçus II déposc sur Ic burcau une série d'ouvrages qui ont été envoyés au 

par la Sociiité. • r i • i n i • -n i • 

comité depuis la un de juillet dernier: 
Messager des sciences historiques de Belgique. 2^ livraison de 1869, 

1 broch. in-8°; 

La Société populaire de Saverne pendant les années i79i à il94, par 
Dagobert Fischer. Mulhouse, 1869, 1 broch. in-8°; 

Matériaux d'archéologie et d'histoire, par MM. les archéologues de 
Saône-et-Loire et des départements limitrophes. Février 1869, 1 broch. 
in-8°; 

Mémoires de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle. 1868, 

2 vol. in-8° ; 

Bulletin de la Société impériale des antiquaires de France. 3® et 4® tri- 
mestres de 1868 et V^ trimestre de 1869. 2 broch. in-8''; 

Josias Glaser et son projet d'annexer l'Alsace à la France en i639, 
par Rodolphe Reuss. Mulhouse, 1869, broch. in-8°; 



— 41 — 

Mémoires de la Société académique d'archéologie, sciences et arts du 
département de l'Oise. Première partie du tome VII. Beauvais, 1868, 
\ vol. in-8°; 

Smitsonian Report, 1867. 1 vol. in-8°; 

Revue des Sociétés savantes des départements. Juin 1869, 1 broch. in-8°. 

M. Merck, obligé de s'éloigner avant la fin de la séance, demande à donnfettia'socié.é 
donner lecture de la liste complète des médailles dont M. Sabourin de «. sabourin de 
Nanton a fait don à la Société. On décide que ce relevé sera joint au 
procès-verbal de la séance de juillet. 

L'admission des membres suivants est proposée et adoptée : /«"nSbr«. 

M. Rauch, curé de Niederbronn, et M. Rauch, docteur en médecine à 
Oberbronn, présentés par M. le curé Siffer. 

M. Félix Voulot, professeur au collège de Guebwiller, présenté par M. le 
baron de Schauenburg et M. Sabourin de Nanton. 

M. Jules Zinck, propriétaire (faubourg de Saverne, 25), à Strasbourg, 
présenté par M. Merck. 

M. Jadelot, garde général des forêts à Obernai, présenté par M. Ring- 
eisen. 

M. Morin rend compte d'une visite qu'il a faite dans le château de ^^ "^f^^^^^^-^. 
Fleckenstein, sur l'extrême lisière du département du Bas-Rhin; il a dé- j^f^^eaiièr. 
bourse sur place une très-modique somme pour réparation d'un esca- 
lier. On remercie le visiteur; le remboursement est voté. 

M. le curé Guerber lit un rapport sur une promenade archéologique Lecture 

do M. le cure 

faite par lui dans la vallée supérieure du Rhin, depuis Fribourg en Bris- Guerber 

au sujet 

gau iusqu'à Coire. M. Guerber caractérise les édifices religieux visités par d'^e promena.ie 

o J I CI 1 archeülügifjue 

lui sur ce parcours, à Seckingen, Reichenau, Constance, etc. Dans l'éghse faite par lui. 
paroissiale de l'île de Reichenau, il examine en détail le trésor de l'éghse, 
et à Coire il rectifie des opinions erronées admises jusqu'ici sur le pré- 
tendu style roman de ce monument. La lecture de M. Guerber est écoutée 
avec intérêt, — Impression votée. 

M. Ringeisen annonce un rapport détaillé qu'il prépare sur les pierres 
funéraires des quinzième et seizième siècles, récemment découvertes dans 
l'éghse de Boofzheim. 

Le président donne lecture d'une lettre adressée par M. le docteur oaii« f.mérai.e 

i * trouvée 

Schneider, de Quatzenheim, à M. l'abbé Straub, sur une dalle funéraire ^ Quatzenheim. 
récemment mise à découvert pendant les travaux de réparation de l'église 
de Quatzenheim. A sa lettre est joint un croquis de la dalle, dont l'in- 
scription, en langue allemande, indique le décès de Martin de Wilsperg, 
mais sans millésime. — Remercîments. 



42 

To^be ^^- Mathis, agent voyer à Benfeld, dans une note datée du 20 juillet 

misTàdé^onlen demicF, annonce la découverte d'une tombe qu'il croit gauloise dans la 
graviere communale de Rossfeld. 11 en donne les dimensions exactes. Au 
milieu du tombeau se trouvait une urne, entourée d'une vingtaine d'au- 
tres, mais qui ont été brisées à peu près toutes par les ouvriers qui fouil- 
laient la graviere. M. Matbis n'a réussi qu'à trouver un seul vase entier, 
qu'il joint à son envoi. Il donne de plus, à titre d'annexé, le plan détaillé 
des lieux. 

Le président annonce avoir déjà préalablement remercié M. Mathis. 
M. Ringeisen s'engage à se rendre sur les lieux pour de plus amples infor- 
mations. 
Autel de j.,,,iter M. Spach donue lecture d'une lettre de M. Bentz, de Lauterbourg, de la 

déeoiivei'l 

par M. Beniz teucur suivautc : 

à Lauterbourg. ,.-,., , ,., . , , . -,. 

« On ma informe, il y a quelque temps, qu il se trouvait dans le jardin 
de M. Eckert, à Lauterbourg, une pierre ayant l'apparence d'un monument 
antique. Je me suis rendu sur les lieux pour examiner la pierre et j'ai 
reconnu que c'était un autel d'origine romaine consacré à Jupiter. 

«Le cippe est de grès, de forme quadrangulaire, à base sculptée et 
surmontée d'une corniche au-dessus de laquelle on voit une espèce de 
petit bassin rond avec embranchements pour ornements. La base et la 
corniche font corps avec le monument, qui porte sur l'une de ses faces 
l'inscription suivante : 

lOM 

CEKIA^ 

VSPAC 

A NI7K". 

aJovi optimo maximo Cdianus pacator (ou pagarcus) ; pacator, si la 
dernière lettre de pac est un c, pagarcus, si cette lettre est un g, ainsi 
que l'on verra plus bas. 

«A Jupiter très-bon et très-grand, Celianus, le pacificateur (ou le chef, 
sans doute du lieu), a érigé ce monument. 

« Je n'ai pas pu déchiffrer les cinq dernières lettres de la quatrième 
ligne, dont deux grandes et deux plus petites que les autres sont devenues 
illisibles par l'influence du temps; cependant la sigle N de ces cinq lettres 
existe en entier, la sigle suivante semble être un ï, et la sigle Iv, qu'on re- 
connaît à peine à sa forme pour un L romain, est à peu près effacée. 

a M. Eckert, garde du génie en retraite à Lauterbourg, à qui l'on doit 
la conservation de l'autel, en a fait un croquis que j'ai l'honneur de 



— 43 — 

joindre à la présente notice. Tout le monument a une hauteur de 0'",75, 
une largeur de 0'",34 et une épaisseur de 0"\25. Il a été trouvé, en 1860, 
lors de la démolition de la tour qui existait à l'angle ouest du château 
des Burgraves à Lauterbourg, devenu plus tard la résidence des princes- 
évêques de Spire, et était inséré dans le mur de la tour; mais une 
rainure qu'on y remarque à gauche de l'inscription, effaçant en partie la 
lettre N de la seconde ligne et laissant subsister quelque doute sur la lettre 
G à la fin de la troisième ligne qui pourrait passer aussi pour un G, per- 
met de croire que l'autel avait d'abord été élevé isolément, et que plus 
lard seulement il fut encastré dans le mur de la tour du château construit, 
selon la tradition, sur les ruines du fort romain de Lauterbourg. 

« 11 est difticile d'assigner une date certaine à ce monument, qui paraît 
remonter au deuxième ou au troisième siècle de notre ère. C'est une 
addition à faire au groupe de monuments-épigraphes décrits par M. le 
colonel de Morlct. L'autel est surtout intéressant en ce qu'il est consacré 
à Jupiter seul, qui ne compte jusqu'aujourd'hui, dans la Basse-Alsace, 
qu'une inscription en son honneur où il est associé à Junon. 

«Cette découverte est d'une véritable importance archéologique pour 
Lauterbourg, où l'on a déjà déterré des objets antiques, tels que des mé- 
dailles, des monnaies romaines, des vases, des coupes dont M. Samuel 
Auscher, de celte ville, possède une partie dans son cabinet d'antiquités ; 
mais le monument que je viens de mettre à jour est à présent pour cette 
localité un témoignage irréfutable de son origine commune avec les éta- 
blissements romains en Alsace. » 

Le président donne lecture d'une note de M. Dagobert Fischer, sur un ^^^ J;^;^^^^^^^ 
sarcophage trouvé à Wasselonne et que M. Fischer croit appartenir à de wasseionne. 
l'époque franque. La note de M. Fischer est de la teneur suivante : 

«Ce sarcophage est en grès bigarré et ne présente extérieurement au- 
cune moulure ni inscription; il a la forme d'un cotfre moins large vers 
les pieds que vers la tête; il mesure en longueur 1"\96, en largeur vers 
la tête 0"\74 el vers les pieds 0'",50 et en hauteur 0"\40. L'intérieur est 
évidé à la profondeur de 0"\28 et mesure en longueur r\74. La place 
où reposait la tête forme un demi-cercle et présente une profondeur un 
peu moindre que celle réservée au corps. Le couvercle ressemble à un 
toit aplati. Ce cercueil renfermait des débris d'un squelette, qui n'était 
accompagné d'aucun objet d'art, mais qui était orienté dans le sens du 
sud-ouest au nord- est. L'absence de tout ornement sur ce sarcophage 
indique qu'il a été destiné à être mis en terre. 11 remonte sans doute à 
l'origine historique de Wasselonne, qui appartenait, au commencement du 



_ 44 — 

liuilième siècle, à ßodale, comte d'Alsace, et est sans contredit l'une des 
premières pages parlantes des annales de cette cité.» 

Le musée de Saverne, qui possède déjà plusieurs objets antiques trouvés 
à Wasselonne, vient encore de s'enrichir de ce sarcophage que M. North, 
maire de cette ville, lui a généreusement oflert, 
Anaiysî. M. Spach rappcllc que M. de Schauenburg a déposé sur le bureau de la 

par M. Spach, . . „ , . 

d'un manuscrit Soclété, eu novcmbrc dernier, un volume manuscrit, in-iolio, contenant 

de 1772 

relatif à Strasbourg: ^^jj mémoirc d'cuvirou 400 pa^es, intitulé: Etablissements et changements 

et sa constitution. I ö ' ^ "^ 

à faire dans la ville de Strasbourg povr le bien de l'État, de la religion 
et du public, il! 2. 

D'après son contenu et la calligrapiiie, le mémoire semble émaner de 
l'intendance et avoir été envoyé à Paris, pour pousser le gouvernement 
du roi à en finir avec l'ombre d'autonomie que conservait encore le 
Magistrat de la ville de Strasbourg. Le titre P'" contient une introduction 
historique , très-faible et très-maigre. La copie de la capitulation de 
Strasbourg se trouve à la fin de ce titre. 

Le titre suivant contient des réflexions de cette teneur : « La capitula- 
tion ne peut être opposée aux réformes et établissements à faire dans la 
ville, surtout lorsque ces réformes se rapportent au bien de l'Etat, de la 
religion et du public. » L'auteur s'applique à annuler la teneur de la capi- 
tulation par l'interprétation un peu judaïque de quelques articles du traité 
de Ryswick. Il rappelle la procédure contre le sieur Schräg, qui avait osé 
soutenir, vers la fin du dix-septième siècle, la non-valeur du traité de 
Ryswick dans ses rapports avec la capitulation de Strasbourg. Sa thèse 
est formelle: «La capitulation confirmée par le gouvernement du régent 
ne peut infirmer l'autorité du roi. » L'auteur récapitule ironiquement 
toutes les infractions faites depuis près d'un siècle au traité de capitulation 
par le gouvernement du roi. Il recommande de protéger et favoriser 
les mariages mixtes comme un excellent moyen de propagande reli- 
gieuse. 

Le titre III donne une version du Schwœrbrief et dans le titre sui- 
vant il développe les motifs pour lesquels il faudrait supprimer le serment 
du Scliwœrtag. Son argument principal se base sur ce que la formule 
dudit serment, prêté chaque année le mardi après le jour des Rois, par les 
tribus de la bourgeoisie, renferme des dispositions contraires aux règles 
introduites et établies par le gouvernement français. Une considération 
accessoire est empruntée à la température; il fait froid à Strasbourg au 
mois de janvier, et comme une partie de la garnison est mise en réquisi- 
tion ce jour-là, il en résulte de graves inconvénients. 



— 45 — 

Lg volume contient une analyse complète de tous les rouages du gou- 
vernement municipal de Strasbourg. Cette récapitulation ne contient que 
des notions élémentaires ; mais ce qui lui imprime un cachet particulier, 
c'est que l'auteur cherche à démontrer que la plupart des charges sont 
abusives. L'analyse de la marche que suivent les procédures, telles qu'elles 
se pratiquent à Strasbourg, offre aussi de l'intérêt. 

A l'ancien système du gouvernement municipal, il oppose un projet de 
nouvelle réglementation que la révolution de 1789 a rendu inutile. Cette 
dernière partie du mémoire est d'une autre main que la longue série des 
titres précédents. 

M. le curé Siffer ayant annoncé dans le cours de la séance que M. le cawnct 

■J scnnœrniger; 

docteur Rauch, à Oberbronn, serait disposé à faire photographier à ses r''"';;'^'«!" ' 
frais les objets antiques concernant la localité d'Oberbronn, et faisant 
partie jusqu'ici du cabinet de feu le docteur Schnœringer, à Brumath, le 
comité prie M. Merck de demander à cet effet l'agrément des héritiers. 
La séance est levée à 4 heures. 



Séance du Comité du 18 octobre 1869. 

Présidence de M. SPACH. 



Présents: MM. de Faviers, Lehr, Morin, Ringeisen et Rodolphe Reuss, 
secrétaire adjoint en fonctions. M. Sabourin de Nanton assiste à la 
séance. 

La séance est ouverte à 2 heures. M. Spach donne lecture du pro- 
cès-verbal de la réunion de septembre, procès-verbal qu'il a rédigé. Il 
communique également au comité les procès-verbaux d'avril à juillet 
envoyés par le sous-comité de Colmar. Il dépose sur le bureau les 
ouvrages suivants : 

Bîdlelin de la Société nivernaise des sciences, lettres et arts. Seconde ouvrages reçus 

. par la Société. 

série, t. III, i vol. m-8^ ; 

Bulletin de la Société des antiquaires de la Morinie. Janvier-juin 1 869, 
1 broch. in-S"; 



— 46 — 



Présentation 

d'un 

nouveau membre. 



Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Marseille. 
Années 1868-1869, 1 vol. in-8°; 

Mémoires de l'Académie de Stanislas. 1868, 1 vol. in-8''. 

M. Rodolphe Reuss présente M. A. Schillinger, pasteur-vicaire à Stras- 
bourg. Le comité prononce l'admission. 
uoh-Kœnigsbourg. M. de Favlcrs parle de l'étal regrettable dans lequel se trouvent les 

najiport . . . „ . 

de M. de Faviers, l'ujnes du IIoli-Kœnigsbourg ; les réparations et appropriations faites aux 
frais de la Société courent risque d'avoir été entreprises en vain si on ne 
veille à la conservation du monument. Il se plaint aussi de l'exploitation 
du château comme lieu de récréation public. Après une assez longue dis- 
cussion, le comité charge M. le président d'écrire à ce sujet à M. le Maire 
de Schlestadt. 

M. Spach propose de fixer le jour de l'assemblée générale au 9 décembre 
prochain. Cette fixation est provisoirement adoptée. 

M. Spach donne lecture d'une note de M. Siffer, servant de supplément 
à son travail sur le cimetière franc de Niederbronn. L'insertion partielle 
de cette note au procès-verbal est adoptée. 



Cimetière franc 
de Niederbronn. 

Note 
supplémentaire 
de M. Siffer. 



Note supplémentaire sur le chnetière franc de Niederhronn. 

«Il y a quelques semaines, en séjour momentané à Niederhronn, je me 
suis informé de la suite des découvertes faites dans le cimetière franc 
mis à jour, l'année dernière, à peu de distance de la source thermale, 
dans le décapement du tracé du chemin de fer de Thionville. Les sépul- 
tures décrites dans le Bulletin, 2^ série, t. VI, p. 44 (Procès-verbaux), ne 
sont pas les seules que l'on ait rencontrées dans ce champ mortuaire ; la 
reprise des travaux pour la pose des rails a amené la découverte de sept 
autres corps, ensevelis en ligne et sans caisse sépulcrale; ces squelettes 
étaient orientés et indiquaient le même mode d'inhumation que ceux que 
l'on avait déterrés d'abord; d'autres morts restent très-vraisemblablement 
sous terre dans le même périmètre. Je penche à croire que ce sont des 
tombes chrétiennes, sans oser l'affirmer, faute de preuves matérielles; 
le temps et des découvertes ultérieures viendront peut-être l'apprendre à 
la postérité. 

« Parmi les objets archéologiques découverts dans les tombes déblayées 
en dernier lieu, je mentionnerai une lame parfaitement conservée, un 
glaive avec rainure le long de la lame, une hache quasi semblable à nos 
haches actuelles, avec douille, des anneaux de cuivre, des boucles d'ar- 
mure, un sabre à un seul tranchant et avec poignée, un coutelas, un vase 



— 47 — 

brisé d'une très-belle forme en poterie grise, enfin, un fragment orné 
d'un vase en poterie rouge. M. Pâtissier destine ces antiquités au musée 
de Niederbronn. » 

M. Ringeisen rend compte des travaux exécutés au château de Lands- 
berg, aux frais de la Société et de M. de Türckheim, pendant le courant 
de l'été et de l'automne; il a trouvé les opérations, tant de déblayage que 
de reconstruction, en bonne voie et avançant assez rapidement. 

M. Spach donne lecture d'un mémoire sur le château de Bernstein. Il a 
principalement utilisé pour son travail sept chartes inédites relativement 
à ce château et réintégrées aux archives du département par feu M. de 
Dartein. Il en donne une analyse détaillée. L'insertion du mémoire au 
Bulletin est votée. 



Château 

(le Landsberp. 

Etat des travaux 

de cousolidation. 



Lecture 
de M. Spach 

au sujet 
du château 
de Bernslein. 



Séance du Comité du il) aoYeuibre 1869. 



Présidence de M. SPACH. 



La séance est ouverte à 2 heures (salle des Archives de la préfecture). 

Présents : MM. V. Guerber, Lehr, Matusczinsky, Merck, Reuss et Straub, 
secrétaire en fonctions. M. Sabourin de Nanton assiste à la séance. 

Après avoir fait inscrire au nombre des sociétaires M. Eugène Chaix, 
percepteur surnuméraire à Strasbourg, M. Spach entretient le comité 
de la séance générale fixée au 9 décembre. Il est décidé que M. le baron 
Ponsard, qui vient d'être appelé de la préfecture du Haut-Rhin à celle 
du Finistère , sera nommé membre honoraire de la Société. M. le curé 
Guerber annonce qu'il donnera lecture d'un mémoire sur l'ancienne cha- 
pelle palatine de Haguenau, figurée sur un dessin qui lui a été remis par 
un de nos plus zélés collectionneurs, M. Nessel, et qui remonte à l'année 
1614 

M. Merck expose sur le bureau un vase romain à anse et long- goulot, 
trouvé dans une glacière de Kœnigshoffen et donné à la Société par 
M. Wolff, confiseur. Un autre don, fait par M. Oschmann, greffier de la 
mairie de Bischwiller, et consistant en un as de Strasbourg en argent, est 



rnscription 
d'un membre. 



M. Ponsard, 

nommé 

membre honoraire. 



Don 

l'objels antiques. 



— 48 — 

enrçgisiré par M. le conservateur du musée. Des remercîmenls sont votes 
aux donateurs. 
Restauiaiion Une lettre, datée du 30 octobre et adressée à M. le président par 

du chùleaii . . , t i • 

de Birkeufeis. M. Louis Lcvrault, informe le comité que des travaux de consolidation 
viennent d'être exécutés au château de Birkenfels, situé sur le chemin de 
Sainte-Odile au llohwald et le pittoresque vallon du FuUoch. Ces travaux, 
faits avec beaucoup de soin, ont mis à découvert les premiers degrés d'un 
escalier qui devait conduire à quelque cave ou souterrain. Les déblais 
ont permis de pénétrer sans le secours d'échelle dans la tour qui 
ferme au sud-est ce réduit élevé du treizième au quatorzième siècle et 
remanié à la fin du moyen âge. Cette tour, qui n'a aucune baie ni ou- 
verture, a un cabinet ménagé dans l'épaisseur du mur et qui, d'après 
M. Levrault, ne peut avoir sa raison d'être que parce que la tour servait 
de prison. 
Ivoire M. l'abbé Straub met sous les yeux du comité un ivoire historié dont le 

du onzième siècle ,.. lo i • i5*i-ri i" 

communiqué petit muscc du semiiiaire de Strasbourg vient de s enrichir. Cet objet, 

par M. Straub. 

presque carré de forme (IIS"'"" sur 137"'"'), a été trouvé par M. Martin, 
curé de Nordhausen, et généreusement offert par cet ecclésiastique au 
séminaire diocésain. L'ivoire est partagé en trois zones et représente le 
lavement des pieds au cénacle, la sainte Cène et la trahison de Judas, qui 
lait saisir le Sauveur au jardin des Oliviers. Le travail a peu de mérite 
artistique et rappelle de prime abord les ciselures de l'époque carlovin- 
gienne. Les figures sont toutes sans nimbe. Dans la seconde scène, le 
poisson symbolique ne figure point sur la table et le Sauveur donne à 
Judas une hostie ou une parcelle du pain consacré. 

M. Straub se demande quelle a été la destination de cet ivoire et à 
quelle époque il peut remonter. «J'ai pensé d'abord, dit-il, qu'il a pu servir 
de décoration à un hvre liturgique, mais le choix des sujets nécessite un 
complément en plusieurs ivoires. Il paraît dès lors plus probable que 
cette plaque décorait un reliquaire ou une cassette renfermant des 
objets précieux pour le service de l'église. Peut-être était-ce une des 
faces latérales d'un altare viaticum, qui avaient fréquemment la forme d'un 
coffret. 

«En assignant à ce petit monument pour date le miUeu du onzième 

siècle, je crois n'être pas loin de la vérité. La partie inférieure du cadre 

porte une ornementation dont les éléments se retrouvent entre autres à 

l'un des portails de Rosheim, reconnu pour être du douzième siècle.» 

.lune'^änesse Uhc autrc communicatiou est faite par le secrétaire. Dans une récente 

e'I.^wè. excursion en Suisse, M. Straub a trouvé dans l'église de Saint-Nicolas, 



— 49 — 

près Soleuie, la tombe d'une chanoinesse d'Andlau appartenant à une 
famille noble d'Alsace et morte en exil. Voici l'épitaphe: 



t 
RRA NOBILIS 
HIC. JAGET. 
MARIA EWA 
A REINACH 
STEINBRVNN. 
GANONIGA. 
IN. ANDLAV 
56 ANNOS NA- 
TA. DIE. OVAR- 
IA. APRILIS. 
OBIIT. REQUI- 
ESGAT. IN. PAGE 
1796 



M. Spach donne lecture d'un mémoire historique sur une maison, sise 
à Strasbourg-, quai Saint-Thomas, 3, et appartenant aujourd'hui à M. E. de 
Billy, inspecteur général des mines. G'est à l'aide d'anciens titres de pro- 
priété remontant au quatorzième siècle que le président a raconté les 
mutations subies par cet immeuble. Des détails relatifs à la localité du 
Rhineckel et à divers personnages de l'ancien Strasbourg- ressortent de ce 
travail. 

Le mémoire paraîtra dans le Bulletin. 

La séance est levée à 4 heures. 



Séauce générale du décembre 1869, à Strasbourg. 

Présideuce de M. le baron PRON, Préfet du Bas-Rhin. 



La séance est ouverte à 2 heures. Près de cinquante personnes assis- 
tent à cette réunion générale, la seizième depuis la fondation de la 
Société. Par les soins de M. Merck, plusieurs objets d'antiquité romaine sJ\e harem' 



— 50 — 

récemment découverts et des moulages offerts à la Société sont exposés 
sur une table qui est dressée devant le bureau. Une série de photogra- 
phies reproduisant: 1° un autel romain trouvé à Lautcrbourg et décrit 
par M. Bentz ; 2° deux vues de Neuwiller, une vue d'ensemble de l'église 
de Saint-Pierre et Saint-Paul de cette localité et les parties les plus inté- 
ressantes de ce monument, vues données par M. l'abbé Straub; 3° des 
photographies d'objets antiques trouvés à Niederbronn, données par 
M. Rauch, etc., garnissent une table de la première salle. 

Les places du bureau sont occupées par M. le Préfet, président hono- 
raire; M. Spach, président; M. le vicaire général Rapp, délégué par 
Mgr. l'évêque, absent; M. Lehr, trésorier, et M. Straub, secrétaire en fonc- 
tions. M. Chéruel, recteur de l'Académie, et M. Gérard, vice-président du 
sous-comité de Colmar, s'excusent par lettre de ne pouvoir assister à la 
séance. 
Allocution de M. Ic barou Pron prononce une allocution dont nous donnons la teneur 

M. le baron Pron, , 

préfetdu Bas-Rhin, a pcu près commc il suit : 

Messieurs, 

c( Je me félicite d'autant plus de pouvoir vous donner l'hospitalité 
dans les salons de la préfecture qu'ils ont été fermés pendant quelques 
mois pour des travaux de restauration. Grâce aux diligences de M. l'ar- 
chitecte du département, ces travaux ont pu être terminés à point nommé 
et je suis heureux, en continuant notre tradition de quatre années, de 
vous offrir ici un nouveau témoignage de sympathie et d'estime. 

« Cette sympathie reste acquise à votre Société, dont je suis les travaux 
avec un intérêt toujours croissant. Aussi je dois vous exprimer sincère- 
ment des regrets que j'éprouve rétrospectivement. Dans la session de 
1868, le Conseil général avait manifesté le désir de voir supprimer les 
allocations (juc le département fait aux sociétés de charité et aux sociétés 
savantes; j'ai essayé de remphr ces intentions du Conseil. 

« Mais soyez persuadés, Messieurs, que si, dans la suite, votre Société 
avait besoin de l'assistance du Conseil général, celle assistance ne lui ferait 
point défaut, et vous trouveriez en moi toute espèce d'appui. 

«Je vais, au surplus, produire quelques chiffres afin de vous prouver la 
sollicitude de l'administration pour les monuments historiques. 

«Sur ma demande, plusieurs allocations importantes viennent d'être 
votées pour la restauration de quatre monuments religieux du Bas-Rhin. 
Des rapports antérieurs vous ont fait connaître la situation et l'état déses- 



— 51 — 

péré (Je l'église de SaiiU-Jean-des-Choux. La restauration de cet édifice a 
été évaluée à la somme de 31,000 fr. Sur cette somme, 15,000 fr. seront 
payés par l'État. 

« Le devis des travaux de restauration de l'église abbatiale de Marmou- 
lier s'élève à 20,000 fr.; 10,000 fr. viennent d'être accordés par le gouver- 
nement, 3,000 fr. ont été votés par la commune, et j'ai l'espoir d'obtenir du 
ministère des cultes la somme complémentaire de 7,000 fr. déjà demandée. 
« 4,100 fr. doivent être dépensés pour l'intéressante église d'Ober- 
steigen, perdue dans les Vosges. L'État vient d'accorder 2,000 fr. à cet 
effet ; j'ai demandé le reste à Son Excellence M. le Ministre des cultes. 

«Enfin, la restauration des verrières qui ornent l'église de Haslach et 
constituent la plus importante collection de vitraux du département après 
ceux de la cathédrale, vient d'être confiée aux soins de notre peintre-ver- 
rier strasbourgeois, M. Baptiste Petit-Gérard, sous la direction de M. Bœs- 
willwald, architecte du gouvernement. Une somme de 15,000 fr. a été 
accordée pour ce travail. 

«J'allais vous entretenir du projet de restauration de l'église d'Andlau, 
mais le dossier ne m'est pas encore parvenu. Vous saurez plus tard le 
détail des travaux qui vont être exécutés sous les auspices du gouverne- 
ment. 

«Avant de terminer, je dois. Messieurs, vous rappeler la distinction 
honorifique qui vient d'être accordée à M. L. Spach. Le grand prix pour le 
meilleur travail sur l'histoire d'Alsace a été décerné à votre président, et 
à cette occasion il s'est présenté un fait inouï dans nos annales littéraires. 
M. Spach, ne pouvant concourir comme président du jury d'examen, a du, 
sur les instances unanimes de la commission, quitter son siège pour deve- 
nir justiciable de juge qu'il avait été et subir une violence à laquelle sa 
modestie n'a pu échapper. Lorsque le prix fut proclamé à la cérémonie 
qui inaugure chaque an la rentrée des Facultés, le lauréat fut absent. 
Messieurs, je propose une salve d'applaudissements en l'honneur de 
M. Spach. » 

M. Spach répond à peu près en ces termes : « Sous l'empire de l'émo- 
tion que me causent les éloges inattendus et non mérités dont M. le Préfet 
veut bien m'honorer, je ne puis que le remercier du fond de mon cœur. 
Le témoignage de votre bienveillance, Messieurs, me confirme dans mon 
désir de consacrer à la Société le reste de mes forces et de remphr 
fidèlement mon devoir si Elle me conserve dans ma position actuelle. » 

Après ces paroles, le président commence la lecture de son rapport: 

II« SÉRIE. — T. VII. — (P.V.) 5 



— 52 



Di'^»"" «Messieurs, 

de M. Spacli, ' 



préiidenl. 



« En reléguant notre séance générale dans les derniers jours de l'année, 
nous restons volontairement aussi sur l'arrière-plan ; car dans l'assemblée 
tenue à Colmar, au cœur de l'été, les projets et les travaux à faire ont 
déjà été discutés, et il ne nous reste ici qu'à glaner sur un terrain déjà 
moissonné. Le dirai-je, d'ailleurs, sans détour? les préoccupations politi- 
ques réagissent même sur nos paisibles éludes. Et ce n'est pas chez nous, 
en Alsace seulement, que ce symptôme s'est produit. J'ai eu l'occasion, il 
y a quelques mois, d'entretenir à ce sujet l'un des savants historiographes 
de la Suisse; il m'a confié, sans détour et sans fausse honte, que, dans 
toutes les sociétés helvétiques vouées au culte de l'histoire et de l'archéo- 
logie, on a pu remarquer le même amoindrissement. Lorsque l'avenir de 
la grande société elle-même a pu sembler un instant compromis, on est 
moins tenté de s'occuper de son passé. 

«Quoiqu'il en soit, je vais sommairement, comme toujours, vous entre- 
tenir de nos modestes réunions pendant les cinq derniers mois écoulés 
depuis celle de Colmar, et vous prier de nous conserver au miheu de 
notre époque agitée une faveur dont vous avez bien voulu nous honorer 
depuis quatorze ans. 

« Au mois de juillet dernier, la mort d'un de nos anciens souscripteurs 
a été pour nous l'occasion de regrets très-vifs; vous allez juger vous- 
mêmes de la sincérité littérale de l'expression dont je viens de me servir. 
Le docteur Schnœringer, de Brumath, a été l'un des plus ardents collec- 
teurs de notre province; il a laissé, après sa mort, un cabinet considérable 
d'antiquités alsatiques, qui a fixé, en septembre 1850 déjà, l'attention et 
l'intérêt de feu M. Edouard Gerhard, l'illustre archéologue de Berlin. Ce 
cabinet est composé d'une magnifique collection de médailles, de mon- 
naies, de vases et de bas-reliefs, surtout gallo-romains, d'armes et d'usten- 
siles; nous en aurions volontiers fait l'acquisition en bloc; mais, avec nos 
pauvres ressources, comment y atteindre? Et en supposant l'acquisition 
faite, où placer le trésor, faute d'un local? Nous étions cependant décidés 
à entrer en pourparlers avec les héritiers Schnœringer, pour la partie 
numismatique seulement, lorsque nous apprîmes que le tout était sous 
clef, vendu à M. Engel-Dollfus, de Dornach, c'est-à-dire au même citoyen 
généreux qui a déjà consacré préalablement une somme de 3,000 fr. à la 
rédaction du Dictionnaire des célébrités alsaciennes. De cette manière, le 
trésor reste au moins conservé à notre province; mais j'éprouve une véri- 
table alfliction en faisant un retour sur nous-mêmes. 



— 53 — 

«Nous avons pu, toutefois, par quelques achats et par quelques dons, 
augmenter notre petite collection. L'un de nos membres vous entretiendra 
de ces objets avec plus de détails. Il doit suffire de rappeler ici que 
l'église de Neuwiller, puis quelques objets antiques trouvés à Niederbronn, 
enfin, le IIoh-Geroldseck badois ont été photographiés par des membres 
de notre Société (MM. Straub, Rauch, Nicklès), et que ces fidèles repro- 
ductions ont été déposées dans nos cartons; que des monnaies en bronze 
trouvées à Michelfeld nous ont été données par l'un de nos membres 
actifs, M. Sabourin de Nanton; qu'un beau vase en bronze de Kœnigs- 
hoffen a été livré à notre musée par M. Wolff, et un mémoire manuscrit du 
dernier quart du dix-huitième siècle sur des changements à faire dan^ 
l'ancienne constitution de Strasbourg nous a été remis par M.deSchauen- 
burg. 

« Pour la confection de la carte archéologique du Bas-Rhin, M. Matus- 
czinsky a promis son concours actif; il a choisi pour sa part l'arrondisse- 
ment du chef-lieu. Des inscriptions tumulaires trouvées à Scltz ont été 
décrites par M. P. Ristelhueber, une pierre tumulaire à Quatzenheim par 
M. Schneider, des tombes à Rossfeld par M. Mathis, agent voyer, un 
cippe antique à Lauterbourg par M. Bentz. Les travaux du chemin de fer 
de [Niederbronn à Bitche ont mis à jour toute une série d'objets anti- 
ques, tels que haches, anneaux, boucles d'armure, fragments de vases. 
M. le curé Siffer en a fait l'objet d'une notice. 

« L'un des membres de notre comité s'est imposé, dans le courant de 
l'automne, le devoir de nous signaler l'abandon où se trouvait alors le 
château de Hoh-Kœnigsbourg, depuis qu'il a passé entre les mains de la 
ville de Schlestadt. Vous vous rappelez, Messieurs, les soins continus que 
nous avons donnés à cette imposante ruine et les sommes, écrasantes 
pour notre caisse, que nous y avons consacrées à des travaux de consoli- 
dation et de soutènement. Les soins paternels du propriétaire ont paru 
faire défaut; des promeneurs stupides avaient brisé les portes d'entrée 
et commis quelques dégradations à l'intérieur. J'ai cru devoir entretenir, 
par écrit, M. le maire de Schlestadt de cet état de choses regrettable. 
Je sais, par un entretien que je viens d'avoir avec notre collègue, 
M. Ringeisen, que notre réclamation a été entendue. 

« Je passe à un sujet plus satisfaisant. 

«Les travaux entrepris dans le château de Landsberg, par son proprié- 
taire, M. de Türckheim, avec le concours de la Société, sont en voie d'exé- 
cution; ils entraîneront le châtelain à plus de dépenses qu'il n'en avait 
prévu; mais la satisfaction qu'il devra retirer de cette œuvre de piété bis- 



— 54 — 

torique conli'G-balanccra, nous aimons à le penser, les sacrifices à faire. Ce 
ne sera pas un médiocre mérite, aux yeux des archéologues, d'avoir 
sauvé d'une dégradation ultérieure les tours et l'enceinte d'une demeure 
féodale où Ilcrrade, la gloire de l'Alsace littéraire du moyen âge, a vu le 
jour. M. Ringeisen vous entretiendra en détail de ces travaux. 

«Notre confrère, M. Louis Levrault, nous a fait part de quelques travaux 
de déblayement entrepris dans le château de Birkenfels par M. Jadelot, un 
membre récemment inscrit sur notre liste et dont le concours actif nous 
est garanti par ces premiers essais. Les personnes qui séjournent en été 
dans le couvent de Sainte-Odile et les nombreux promeneurs passagers 
qu'attire le sanctuaire seront reconnaissants lorsqu'ils trouveront un facile 
accès dans une pittoresque ruine jusqu'ici perdue au fond des forêts. 

« Le château cyclopéen de Bernstein, qui était, il y a quelques années 
encore, la propriété de M. Félix de Dartein , a valu, de sa part, aux 
Archives du Bas-Rhin la restitution d'une série de titres anciens d'un inté- 
rêt historique assez considérable pour motiver, en dernier lieu, la confec- 
tion d'un mémoire que j'ai soumis à mes collègues du comité historique. 
Je viens aussi de leur communiquer, sous le titre d'Une Maison à Stras- 
bourg, la description et le narré des diverses destinées d'un bâtiment par- 
ticulier, dont M. de Billy est propriétaire, et qui m'a semblé, à raison des 
titres anciens qu'il conserve, mériter une petite monographie. 

<i Maintenant que j'ai fait la récapitulation sommaire de nos acquisitions 
et de nos travaux, soit artistiques, soit scientifiques, vous me permettrez 
de passer à un tout autre sujet. 

« Dans la dernière assemblée générale du 10 décembre 1868, l'un des 
membres présents à la séance a émis le désir qu'un mode nouveau plus 
simple et plus économique pour les lettres de convocation fût adopté. 
Nous avons sur-le-champ fait droit à sa demande, en ce sens, que nous 
avons ouvert des négociations avec l'administration des postes et celle du 
chemin de fer de l'Est; mais l'une et l'autre se sont vues dans la nécessité 
d'opposer une fin de non-recevoir à notre réclamation. Pour constater 
l'identité des membres munis de lettres d'invitation, il est indispensable 
que le nom de chaque porteur soit inscrit à l'intérieur; or, la poste n'ac- 
ceptant pas au taux des simples imprimés sous bande un envoi quelconque 
portant dans l'intérieur le nom du destinataire, le mode qu'on nous 
recommandait était insuffisant. Nous pensons que c'est là une affaire 
vidée. 

« Vous avez appris par les journaux la nouvelle destination de M. le 
baron Ponsard, qui a quitté, dans la seconde moitié de novembre, le dépar- 



— 55 — 

tement du Haut-Rhin pour celui du Finistère. Pendant toute la durée de 
son administration, M. Ponsard nous a donné des témoig-nages de sa bien- 
veillance active; il a présidé, le 30 juin dernier, la réunion générale de 
Colmar et accueilli avec une aménité toute spéciale ceux d'entre nous qui 
s'étaient rendus dans le chef-lieu du Haut-Rhin. J'ai commencé par témoi- 
gner au nouveau préfet du Finistère la reconnaissance du comité; j'ai 
l'honneur maintenant de vous demander la confirmation de ma première 
démarche spontanée et de conférer à M. le baron Ponsard le titre de 
membre honoraire de notre Société. 

« Je me suis mis en rapport avec son successeur et l'ai prié de vouloir 
bien continuer les bons soins que nous avons rencontrés depuis une 
dizaine d'années auprès de l'administration départementale du Haut-Rhin. 
Voici la lettre que M. Salles, le nouveau préfet du Haut-Rhin, me fait 
l'honneur de m'écrire : 

« Monsieur le Président, 

(c Je reçois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et les 
« documents qui l'accompagnent. 

«Je connaissais, avant de venir en Alsace, les remarquables travaux de 
«votre Société; je savais aussi la légitime autorité dont jouit son prési- 
« dent. 

« C'est assez dire, Monsieur, que mon concours le plus actif, le plus 
« sympathique est acquis à votre œuvre dont le cercle s'étend sur le 
«Haut-Rhin, si intéressé à la conservation de ses précieux monuments 
« historiques. 

«La ville de Colmar considère, à bon droit, comme un honneur d'être, 
« chaque année, le siège d'une séance générale de la Société, et le préfet 
« du Haut-Rhin revendiquera le bénéfice des tradilions en lui offrant l'hos- 
« pitaUté de l'hôtel de la préfecture. 

« Les soins d'une installation récente me priveront du plaisir d'assister 
« à votre réunion du 9 décembre. Veuillez être auprès de M. le président 
« d'honneur et de vos honorables collègues l'interprète de mes regrets. 

« Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments 
« les plus dévoués. 

«J. Salles, 

« Préfet du Haut-Rliin. » 

«Vous aurez, à la fin de la séance, après avoir entendu les divers 
rapports, et surtout celui de notre trésorier, à vous prononcer, comme 



— 56 — 

d'habitude, sur les membres sortants qui, d'après la rotation régulière- 
ment établie depuis quatorze ans , se trouvent être cette fois MM de Fa- 
viers, Siffer, Merck et Charles Bœrsch. Ce dernier membre avait demandé 
itérativcment à être remplacé, mais il a bien voulu se rendre aux vives 
instances que j'ai faites pour le retenir. 

«La destinée du président est, à la même occasion, remise entre vos 
mains. Par votre indulgente appréciation de ses travaux et des soins qu'il 
donne, dans la mesure de ses forces et de sa capacité, à la gestion géné- 
rale de vos affaires, vous l'avez, non point endormi dans une illusion 
coupable, mais vous l'avez fortifié dans le désir d'être utile à la Société; 
et certes, il peut vous donner l'assurance qu'il ne se départirait en rien 
de cette tendance, si vous jugiez à propos de confier à d'autres mains la 
direction de nos destinées futures. 

« En nous reportant à notre point de départ, c'est-à-dire, presque jour 
par jour, à quatorze ans, puis au développement acquis par l'adjonction 
du Haut-Rhin; en voyant l'infatigable persistance de quelques membres 
travailleurs, j'ose espérer que le programme primitif ne cessera point 
d'être suivi, et que des adjonctions nouvelles viendront combler les iné- 
vitables lacunes que laissent les décès, les absences, les défaillances de 
l'âge. Honneur oblige: notre Société a conquis, par ses doubles travaux, 
un rang parmi les sociétés analogues qui couvrent le sol français ; de 
jeunes forces la maintiendront au niveau de son passé. Nous comptons 
sur vous, Messieurs, pour nous encourager, nous patronner et nous sou- 
tenir. » 
Lecture La parolc est à M. Guerber, qui lit un mémoire sur la Btirg et les Burg- 

de M. le curé ^ . , ., . . ,, .• i i» t« • 

Guerber mœmier. Cet interessant travail, qui captive 1 attention de 1 auditoire, sera 

au sujet , ^ â n Ê r 

delà Burg et (les tidbHé daus Ic Bullctin avec un dessin à vol d'oiseau, exécute en 1614, 

Burgmaenner 

deHaguenau. ^|^ jjg^^ (]g l'église dc Salnt-Georgcs et figurant l'ancien château, dont 
M. Guerber a fait, il y a deux ans, une description exacte, d'après de 
vagues indications. 
Rapport Suit le mémoire dc M. Ringeisen , sur les travaux exécutés sous les 

de M. Ringfisen , _ 110 •> r 

sur If» travaux, auspiccs dc la Socictc. 

Messieurs, 

Les travaux de déblai et de consolidation, exécutés cette année pour le 
compte de la Société, sont peu considérables. Ils ont été limités par les 
prévisions du budget, qui voit tarir une source vive de ses revenus et sur 
lequel pèsent encore des engagements antérieurs. On a donc dû se con- 



— 57 — 

tenter de vivre sur les crédits déjà votés et non encore épuisés, sans se 
permettre de nouvelles allocations importantes. 

Plixbourg et Hohenack (Haut-Rhin). 

Parmi les premiers nous comprendrons les travaux du Haut-Rhin exé- 
cutés aux chàleaux de Plixbourg- et du Hohenack. Des notices particulières 
devaient être fournies par M. Schelbaum, ingénieur à Colmar. M. le vice- 
président du sous-comité de Colmar a informé M. le président du retard 
apporté à leur présentation. 

Il vient de m'être communiqué deux mémoires de M. Hartmann, archi- 
tecte à Colmar, l'un sur les deux anciennes tours de Türckheim, l'autre 
sur les ruines de l'église d'Alspach. 

Je vais avoir l'honneur de vous en donner lecture : 

Türckheim (Haut-Rhin). 

«Les murs d'enceinte de l'ancienne ville libre impériale de Türckheim 
existent encore dans tout leur pourtour, avec les trois portes d'entrée 
surmontées de leur beffroi, et un certain nombre de bastions ou tours 
rondes à demi engagées dans l'enceinte et terminées par des créneaux. 
Ce sont deux de ces tours, adjacentes à deux nouvelles rues aboutissant 
au quai de la Fecht, que la municipalité se propose de conserver spécia- 
lement comme souvenir historique de l'ancienne cité. 

«J'ai déjà fait, dans un rapport à la dernière réunion générale du 
30 juin, une description sommaire de ces spécimens de l'architecture mili- 
taire du quatorzième siècle. Il serait facile de les restaurer en réparant 
les créneaux et meurtrières endommagés par le temps, et utile de les 
préserver de plus graves détériorations, en couvrant les voûtes supérieures 
et en faisant aux maçonneries tous les rejointoiements nécessaires. C'est 
ce travail que la commune demande à faire exécuter sous le patronage de 
la Société pour la conservation des monuments historiques, et à cet effet 
elle demande une légère allocation, ne serait-ce que celle de cent francs, 
pour que cette Société s'intéresse matériellement à l'œuvre et en dirige 
l'exécution de la manière la plus convenable.» 

Alspach (Haut-Rhin). 

«Les ruines de l'église d'Alspach sont encore dans le même état qu'au 
mois de juin, époque à laquelle j'ai eu l'honneur d'en faire l'objet d'un 



— 58 — 

rapport à la réunion générale qui a eu lieu à Colmar. Seulement, elles 
courent risque de se dégrader toujours davantage, une partie des toitures 
étant effondrée déjà depuis quelques années, et dès lors les intempéries 
des saisons, aussi bien que la chute des matériaux, tels que tuiles et char- 
pentes , tendent à compléter l'œuvre de destruction dans une progression 
accélérée. 

«A ma dernière visite, le 28 juin de cette année (1869), M. Barthélémy, 
un des propriétaires de l'enclos si intéressant d'Alspach, avait gracieuse- 
ment offert l'abandon des ruines de l'éghsc à la Société, en proposant de 
les dégager de toutes les constructions et appentis de date récente (1812), 
lorsque l'on appropria l'abbaye en bâtiments industriels. J'avais moi-même 
proposé, sur cette donnée, de rétablir les ruines dans leur ancien effet 
pittoresque, sans toiture, mais avec des travaux préservatifs en ciment. 
On avait décidé, dans la séance du 30 juin , de s'entendre à cet effet avec 
M. Barthélémy. 

«Je ne sais quelle suite a été donnée à cette affaire, mais je reste à la 
disposition de la Société, tant pour relever le plan des lieux que pour 
faire les devis et estimations des travaux que l'on pourrait entreprendre 
dès que l'autorisation en aura été obtenue.» 

Vous jugerez sans doute nécessaire, Messieurs, d'accepter les offres 
désintéressées de M. Hartmann et de l'engager à lever d'abord les plans 
et à estimer, au moins approximativement, les dépenses qu'elles sont sus- 
ceptibles d'occasionner. 

Pour le Bas-Rhin, nous mentionnerons : 

Landsberg (Bas-Rhin), 500 fr. 

Les travaux de consolidation et de déblai, entrepris par la famille de 
Ti^irckheim au château de Landsberg, ont été continués cette année. On 
s'est principalement appliqué à refaire les parties menaçantes du donjon 
que nous avions signalées. Cette opération importante et très-urgente 
présente des difficultés d'exécution de plusieurs genres. Il s'agit d'abord 
de démolir les parements extérieurs condamnés et, pour cela, désagré- 
ger, pierre par pierre, chaque assise, afin d'éviter les éboulements; les 
descendre avec précaution pour ne pas les écorner et pouvoir les employer 
à nouveau; enfin mettre à nu et préparer la maçonnerie de blocage inter- 
médiaire pour faciliter sa liaison avec la reconstruction nouvelle. 

Ces opérations préliminaires ont été effectuées, sur la face ouest, dans 
une hauteur de 33 assises, à partir du sommet de la tour; de 27 assises 



— 59 — 

sur la face nord. Elles devront comprendre 13 assises sur la face est, lors- 
qu'on attaquera le côté , et seulement quelques pierres au sommet de la 
face sud , qui est bien conservée. 

Nous avons pu constater avec plaisir que nos prévisions relativement à 
l'état de la maçonnerie de remplissage intermédiaire et du parement inté- 
rieur se sont réalisées. Ces parties importantes de la tour sont en très- 
bon état de conservation, et les désordres qui se sont manifestés à l'ex- 
térieur ne proviennent que de l'action des eaux de pluie qui, parle défaut 
des revêtements, ont trouvé passage, se sont infiltrées entre la maçonnerie 
de remplissage et le parement extérieur, se sont gonflées par les gelées, 
ont disloqué peu à peu les pierres et les ont repoussées hors d'aplomb à 
l'extérieur. 

Le travail de réparation, lors de notre visite du 16 octobre dernier, 
consistait en 15 assises rétablies sur la face ouest, et 1 1 , sur celle du 
nord. Ces travaux sont faits avec intelligence; les pierres à bossages, de 
34 à 40 centimètres d'appareil, sont bien repérées et se raccordent con- 
venablement avec la construction primitive. Le petit cabestan employé 
pour la manœuvre, et le système d'échafaudage adopté, se prêtaient faci- 
lement aux opérations. Je ne doute pas que, dans peu de temps, l'atelier, 
composé des mêmes ouvriers que l'année dernière, n'ait acquis assez 
d'expérience pour faire encore mieux et plus vite. 

Ces constructions ont nécessité des travaux de déblai au pied du donjon 
et dans ses alentours, pour retrouver les pierres de parements qui s'en 
étaient détachées. Ces déblais ont mis à jour une partie du mur de sou- 
tènement de la plate-forme à l'ouest et son retour jusqu'au donjon. Le 
parement de ce mur est en pierre de granit à bossages d'un bel appareil. 

Parmi les décombres on a recueilli plusieurs objets intéressants, qui 
sont conservés dans la maison forestière située au pied du château. J'ai 
remarqué: un couvercle en terre noirâtre, à bords relevés, avec une 
anse au milieu; un petit vase en terre rouge, à col élancé et anse, la 
partie supérieure vernissée en vert; des fers de dards triangulaires et 
barbelés; une clanche; des clous à tête à facettes; des garnitures de 
vitres, en plomb; des morceaux de verres de différentes couleurs, unis; 
un petit vase en verre, irisé, à panse bombée et parsemée de grosses 
gouttes saillantes; un carreau de pavage en terre rouge, de 12 centi- 
mètres de côté, portant à chaque angle un quart de cercle formé de deux 
rainures concentriques en creux, et au milieu une fleur de lys également 
en creux, du même dessin que celui qu'on remarque au cul-de-lampe de 
la petite loge en saillie sur la face sud; des carreaux de poêle à panneaux, 



— GO — 

de style renaissance, et portant dans le champ des rosaces, des feuillages 
encadrant deux écussons accouplés, avec cimier; sur un autre, une arca- 
ture à accolade, avec crochets de choux frisés sur les rampants, le tout 
d'une fine facture, en terre rouge vernissée en vert. Ces poteries de la 
fin du quinzième et du commencement du seizième siècle sont en tout 
point semblables à celles déjà trouvées au Franckenbourg et témoignent 
en faveur de l'art avancé de nos potiers, déjà à cette époque. 

Ces déblais permettent de mieux reconnaître les limites des bâtiments, 
les différentes hauteurs d'étage et les moyens de communication. Lors- 
qu'ils seront achevés, ils fourniront sans doute les éléments nécessaires 
pour déterminer exactement la position des entrées extérieures. Déjà les 
déblais des murs de la face est ont révélé l'accès à la cour du sud au 
moyen d'une porte dont on a retrouvé le seuil et les deux socles. Mais 
l'escarpement du chemin longeant le mur, son arrêt brusque sur une 
plate-forme, les petites dimensions du seuil, la direction de l'ébrasement 
d'un côté, le massif du rocher de l'autre côté, dénotent un passage fort 
étroit, praticable pour un homme ou une bête de somme au plus. Évi- 
demment il a dû exister un autre accès de plus grande dimension, pro- 
bablement vers l'autre cour, au nord; et cette cour elle-même, arrêtée par 
de gros murs portant plusieurs étages de fenêtres, encore apparentes 
quoique bouchées; des cheminées à colonnettes et chapiteaux romans; des 
baies engagées sous les décombres; des rangées de corbeaux indiquant 
la place des solivages; les autres corbeaux de la face nord, à des hau- 
teurs différentes; les murs de ce côté accusant des traces évidentes de 
raccordements successifs avec les murs latéraux et les deux tourelles cir- 
culaires d'angle; toutes ces indications, parfaitement visibles, ne décèlent- 
elles pas des modifications profondes à l'état primitif? Ce château était- 
il antérieur à celui du sud ? Le donjon faisait-il partie du premier ou du 
second? 

Toutes ces questions, très-intéressantes pour la monographie du châ- 
teau, pourront être mieux élucidées lorsqu'on aura complètement misa 
découvert les parties de ces vastes constructions encore enfouies sous les 
décombres, et permettront d'y rattacher les données éparses de l'histoire, 
que nos érudits auront pu recueillir dans les chartes et les documents 
épargnés par le temps. 

11 résulte des notes qui m'ont été communiquées pour vérification , que 
les dépenses effectuées pendant cette campagne par la famille de Türck- 
heim, pour ces travaux, s'élèvent à 1,106 fr. 05 c. 

Déjà en 1807 et 1868, des travaux préliminaires avaient été entrepris 



— Gl — 

par les propriétaires pour déblai, échafaudage, moyens d'accès à l'inté- 
rieur du donjon; bouchemenls de brèches aux murs d'enceinte pour em- 
pêcher les dévastations, trop faciles au milieu de ruines ouvertes de tous 
côtés. 

Malgré les fonds votés par la Société des monuments historiques pour 
encourager ces travaux, M. de Türckheim n'avait pas cru devoir l'associer 
à ces prémices. Le moment nous semble venu d'offrir notre premier con- 
cours de 500 fr. et de faciliter, par nos encouragements, une entreprise 
importante dont le résultat sera la préservation d'un donjon voué à 
une ruine inévitable, sans cette vaillante initiative de la famille de Türck- 
heim. 

En dehors de ces travaux exécutés au compte de la Société, nous vous 
entretiendrons, si vous le désirez, des travaux archéologiques entrepris 
dans l'arrondissement de Schlesladt, sur l'initiative de quelques-uns de 
vos membres. 

Kœnigsbourg. 

Le lundi de Pentecôte, on a dansé au Kœnigsbourg. Je ne sais si c'est 
la première fois; en tout cas, cela prouve combien sont populaires en 
Alsace ces ruines immenses et combien le souvenir des tyrannies féodales 
est effacé. 

J'ai visité le château quelque temps après : des tables , des bancs et 
une estrade rustiques subsistaient encore dans l'avant-cour. Excepté quel- 
ques pierres des murs longeant le chemin d'entrée, qui avaient roulé sur 
la voie, je n'avais remarqué aucun dégât. C'est au moins un progrès. 

Les différents travaux entrepris jusqu'à ce jour se maintiennent con- 
venablement. 

De gros travaux de consolidation devront être effectués aux bases des 
murs d'enveloppe, aux voûtes, aux cheminées des divers étages. 

La petite tour d'entrée, qui a été comblée de terre et qui, sous celte 
charge, menace de s'éventrer, devrait être déblayée. Les communications 
entre le petit et le grand château devraient être dégagées et rendues plus 
faciles. Enfin, les quelques travaux de déblai commencés dans l'intérieur 
de ce petit château devraient être continués, afin de mettre à jour les 
traces de sa distribution intérieure. Cet ensemble de travaux fera l'objet 
d'un devis spécial demandé par la municipalité de Schlestadt. 

En attendant, il a fallu réparer le petit pont en bois jeté sur le Saut- 
de-Loup, qui présentait quelque danger pour le visiteur. M. le Maire m'a 



— 62 — 

assuré qu'il serait pris des mesures pour le remplacer par des degrés en 
pierre. 

Tumuli. 

La ville de Schlesladl vient d'exploiter une partie de forêt communale 
au canton dit Stœck; on y remarque plusieurs tumuli. M. Osterberger, bri- 
gadier forestier, qui a cette forêt dans son service, m'a promis d'en lever 
exactement le plan. Je m'empresserai de le communiquer à la Société, 
dès qu'il me parviendra, ainsi que celui des sept tumuli du canton a côté, 
qui ont été en partie ouverts au printemps de l'année 1808, sans avoir 
rien produit d'intéressant. 

Mussig. 

Dernièrement, MM. Bosvieux, de Ring et de Lacomble ont exploré 
quatre tumuli du Rieth de Mussig, près de la Doctormiihl, sans avoir été 
plus heureux. On y a découvert un bracelet, des anneaux et quelques 
fibules à spirale; le tout en bronze. Ils ont été déposés au musée de Schle- 
sladt. Ces derniers tumuli sont indiqués sur la carte de M. Vallois figu- 
rant au Bulletin de la Société. 

Eintzheim. 

Dans le courant de 1868, en creusant les fondations des dépendances 
de l'école de Kintzheim, sur un arrière-jardin élevé, en face du presby- 
tère, les terrassiers ont rencontré, à une faible profondeur, plusieurs osse- 
ments, quelques objets en bronze, entre autres un collier que M. le Maire 
a bien voulu m'oflfrir. Ce collier, identiquement semblable à ceux que nous 
avons trouvés jusqu'à ce jour dans les tumuli de la plaine, a 15 centi- 
mètres de diamètre. On y remarque en avant trois rondelles concaves pour 
recevoir des boulons en pâte qui ont disparu, ainsi que les petits rivets 
en bronze qui les retenaient. Le reste du collier, de forme cylindrique, 
avec des renflements, diminuant successivement de grosseur, est orné 
d'incrustations de dessins courants qui sertissaient autrefois des pâtes qui 
ont disparu, ainsi que les boulons. Ce collier, comme les autres, se fer- 
mait à ressort au moyen d'un pivot qui s'arrêtait dans un emboîtement. 
Mais une particularité que l'étal d'oxydation m'avait empêcbé de remar- 
quer dans les autres colliers, c'est que la partie correspondant au pivot, 
du côté opposé, est pourvue d'une douille dans laquelle tourne à genouil- 



— 63 — 

1ère la partie antérieure du collier. Celle disposition permet d'adapter la 
partie postérieure au col avant de faire prendre à la première sa place et 
de la fixer dans son emboîtement par sa force d'élasticité. 

Cette observation explique un fait obscur et dénote, dans l'exécution 
de ces bijoux que l'on regardait comme grossiers, un degré de science 
assez avancée pour impliquer une civilisation qu'on était loin de soup- 
çonner. 

La cassure semble indiquer une composition plus nerveuse et plus 
tenace que celle du bronze ordinaire. 

Benfeld. 

Il y a quelque temps, en creusant les fondations de la tour du temple 
protestant de Benfcld, on trouva, à une profondeur de 5 mètres, un 
terrain rapporté présentant des terres noirâtres, des tuileaux, des traces 
de feu, un boulet en fer de 10 centimètres de diamètre et enfin des 
parements de murs en pierre de taille. 

Celle partie de la ville correspondait à l'ancien fossé extérieur et pro- 
bablement à un ouvrage de défense; ce fossé, de ce côté, a été comblé 
depuis et est actuellement surbâti. La même nature de terrain s'est pré- 
sentée lors des fouilles nécessitées par ces constructions. 

Quoique l'on possède d'anciens plans de la ville indiquant ces fortifica- 
tions, il m'a paru intéressant de mentionner la position exacte de ces 
vestiges. 

Kertzfeld. 

Il a été fait quelque bruit au sujet d'un puils et d'une pompe aspirante 
et foulante, de construction romaine, trouvés dans le jardin de l'institu- 
teur de cette commune. M. Chéruel, recteur de l'Académie de Strasbourg, 
se serait transporté sur les lieux, et après avoir reconnu l'importance de 
cette trouvaille, l'aurait signalée en haut lieu, et bientôt l'appareil hydrau- 
lique devrait prendre place au musée de Saint-Germain. 

J'ai visité, dans le courant de l'été dernier, le puits et le corps de pompe 
qu'il contenait. 

Ce puils, de forme cylindrique , de 70 centimètres de diamètre intérieur, 
sur 2'",80 de profondeur, est construit en petils moellons, assez réguliers, 
de 7 à 8 centimètres de hauteur, sur 12 centimètres de largeur et 25 cen- 
timètres de queue, taillés sur le parement vu. Il repose sur un rouet en chêne 
rectangulaire, de même largeur que le diamètre intérieur du puits. Les 



— 64 — 

quatre angles rentrants de la maçonnerie, portant directement sur ce 
rouet, sont raccordés avec le cylindre du puits par des espèces d'encor- 
bellement en moellons taillés, comme ci-dessus. Ce puits était comblé 
depuis longtemps lorsqu'il a été découvert accidenlellement et vidé par 
les soins de l'instituteur. 

On y a trouvé des fragments de tuiles, poteries, de fabrication romaine, 
et au fond un corps de pompe. 

Ce corps de pompe se compose d'un bloc de chêne de 50 centimètres 
de hauteur, sur 40 centimètres de largem- et 25 centimètres d'épaisseur; 
au milieu de la face postérieure est un évidement rectangulaire de 11 cen- 
timètres de largeur sur 9 centimètres de hauteur et 9 centimètres de 
profondeur, qui était hermétiquement fermé par une planchette en 
bois de chêne qu'on y a trouvée adaptée. Cette cavité forme le récipient. 
Au-dessus vient aboutir un évidement en tronc de cône renversé, destiné 
à recevoir, à emboîtement, le tuyau d'ascension de la pompe, en bois. 



\ 




Dans la paroi inférieure du récipient sont pratiqués deux tuyaux de 
forage verticaux de 3 centimètres de diamètre, munis chacun, à la partie 
supérieure, d'un clapet, et fermés à la partie inférieure par un bouchon 
en chêne. Dans les angles antérieurs du bloc sont pratiqués deux autres 
forages verticaux de 9 centimètres de diamètre, dans chacun desquels 
sont adaptés: dans la partie supérieure, un tuyau en lame déplomba 
recouvrement de 8 centimètres de diamètre intérieur, avec bord rabattu; 
et dans la partie inférieure, un court tuyau d'aspiration en chêne, muni 
en haut d'un clapet en plomb. 



— 65 — 

Ces quatre tuyaux principaux sont mis en communication deux à deux 
et symétriquement au moyen d'un tuyau horizontal de 3 centimètres de 
diamètre, foré de la paroi postérieure jusqu'au gros cylindre, où il abou- 
tit entre le tuyau en plomb et celui d'aspiration; ce tuyau de communica- 
tion est arrêté du côté postérieur par un bouchon en chêne. 

En restituant les parties manquantes de l'appareil, il en résulte: 




Que, par le mouvement ascensionnel d'un piston (A) dans le cylindre 
en plomb, la soupape correspondante (B) du récipient se ferme; celle (C) 
du tuyau d'aspiration s'ouvre et laisse monter l'eau. 

Par le mouvement inverse du piston, la soupape inférieure (G) se 
ferme, l'eau refoulée pénètre dans les deux petits tuyaux de communi- 
cation, ouvre la soupape supérieure (B) et s'introduit dans le récipient. 

L'opération inverse se produisant dans le deuxième corps de pompe 
par le même mécanisme, le récipient se trouve alimenté par chacun des 
mouvements du balancier et donne lieu à un jet continu. 

Ce système est celui des pompes aspirantes et foulantes encore en usage 
de nos jours et ne diffère que par l'emploi des matières premières et dans 
le mode d'exécution, qui est d'une simplicité primitive. 

Cet appareil est-il romain? j'en doute. Jusqu'à ce jour, je n'ai pu 
recueillir de données suffisantes pour arrêter un avis motivé. 

Du reste, l'appareil, avant d'être classé à Saint-Germain, sera vérifié 
par des personnes dont l'opinion fait autorité dans la science, et alors toute 
incertitude à cet ésrard sera levée. 



Zellwiller. 

L'église de Zellwiller est une construction du siècle dernier. Elle n'a 
rien de remarquable au point de vue de l'art. Cependant sa position sur 
la partie la plus élevée du village, son orientation, quelques vestiges an- 
ciens, parmi lesquels: un charnier abondamment garni de crânes et de 
débris humains; un baptistère en pierre sculptée du seizième siècle; la 



— 66 — 

cuve d'un autre baptistère plus grand avec sculptures romanes, utilisée 
actuellement dans la cour du presbytère à un usage vulgaire; tout semble 
indiquer que la construction moderne a remplacé un édifice d'une haute 
antiquité. 

Dans le commencement de 1868, en creusant les fondations du bâti- 
ment de dépendances de l'école des garçons, sur le petit jardin contigu à 
l'ancien cimetière qui environnait autrefois l'église, les ouvriers ont mis 
à jour trois anciens sarcophages en pierre. Deux de ces sarcophages se 
touchaient. Ils étaient placés à 2 mètres environ de l'angle sud-ouest de 
ce jardinet, dans la direction du levant au couchant, à une profondeur 
de l/",30 en terre. Le sol présentait une première couche de terre végé- 
tale de 30 à 50 centimètres d'épaisseur, et au-dessous, une terre jaune 
très compacte avec fragments de calcaire. 

Le plus grand de ces sarcophages avait 2'",05 de longueur sur 40 cen- 
timètres de largeur et 00 centimètres de hauteur, intérieurement; il se 
composait de dalles brutes de 10 à 15 centimètres d'épaisseur très-irré- 
gulières. Les côtés latéraux étaient formés de deux dalles parallèles abou- 
tissant à deux autres dalles transversales à la tête et au pied. Ces quatre 
dalles étaient posées verticalement sur le sol. A chaque extrémité, repo- 
sait sur les deux dalles latérales une petite dalle de 33 centimètres de 
largeur sur 7 centimètres d'épaisseur. Le tout était recouvert d'une grande 
dalle de 20 centimètres d'épaisseur, formant couvercle. 

Ce coffrage était en partie comblé par la terre qui s'y était introduite 
par les interstices latéraux. Dessous, était étendu un squelette entier 
d'homme, la tête au couchant et les pieds au levant. 

Le sarcophage à côté était étabh de la même façon. Il contenait les 
ossements de deux squelettes et trois têtes. 

Le troisième sarcophage, un peu plus au levant, était semblable aux 
précédents, excepté que la dalle au-dessus de la tète, dans les autres sar- 
cophages, était remplacée par une petite voûte en pierres. Les dalles étaient 
mieux soignées. Il contenait un petit squelette. 

On n'a trouvé ni inscription, ni poterie, ni armes, ni bijoux. On a re- 
marqué seulement, sur l'angle gauche d'un des couvercles, du côté de 
la tête, une petite croix entaillée à quatre branches égales. 

On a encore rencontré, lors des déblais des mêmes fondations, des 
traces de fosses et des débris de tuilcaux. 

Ces sarcophages, très-anciens, sont semblables à ceux trouvés dans les 
cimetières de Burgheim et d'Obernai, et indiquent un mode d'inhumation 
identique. 



67 — 



Burgheim. 



L'église de cette commune est une petite construction de l'époque ro- 
mane; elle est située à l'extrémité orientale du village, sur un tertre élevé 
à contours arrondis. La plate-forme sert de cimetière. 

Le fossoyeur a souvent trouvé sous sa pelle des substructions en ma- 
çonnerie; des débris de tuiles et de poteries romaines; des monnaies de 
cette époque. La tranchée que l'on vient récemment de faire sur la face 
nord, pour établir un mur de soutènement, rend très-sensibles ces dispo- 
sitions. De 30 à 50 centimètres au-dessus de la voie publique se trouve 
le sol naturel, terre jaune résistante; au-dessus, traces de murs, couches 
de terre noire mélangées de charbons; débris de luileaux à rebords, an- 
ciens; débris de poterie fine en terre noire, rouge et grise, irisée. 

Du reste, à Burgheim, des cantons entiers sont parsemés de fragments 
romains. Cette locaHlé mérite une notice spéciale. 

Je ne veux cependant pas la quitter sans mentionner une grande dalle 
tumulaire placée autrefois à l'extrémité de l'allée principale de la nef, 
devant le chœur. Elle porte au centre la figure d'un prêtre avec calice et 
sur la bordure la date en lettres gothiques de MCCC... VlK.NOVONBe, 
très-visibles. Les autres parties n'avaient pas encore été nettoyées et 
étaient confuses. 

Cette dalle, de forte épaisseur, avait été déplacée et posée devant la 
porte d'entrée; elle courait le risque d'être usée par le frottement des 
pieds. Sur mes observations, elle a été enlevée et appliquée contre la face 
extérieure du chœur, dans l'angle rentrant formé par la rencontre du 
mur nord avec la nef. Je n'avais pas craint d'engager, au besoin, les tonds 
de la Société pour ce travail et la fourniture d'une dalle de remplacement. 
M. le Maire m'a gracieusement informé que cette dépense avait été impu- 
tée sur les fonds d'entretien du bâtiment. Je ne doute pas que vous ne 
joigniez vos remercîments aux miens pour cet acte de convenance et de 
conservation d'un petit monument très-digne d'intérêt. 

Gerstheim. 

L'ancienne église de cette commune, servant aux deux cultes, était une 
petite construction portant des traces du quinzième et du seizième siècle. 
Contre le mur de la nef, vers le chœur, était dressée une pierre tumulaire 
aux armes des Bock. Lors de la démobtion de cette église, il y a trois mois, 
on trouva au pied de cette pierre, le cercueil de Louis de Bock qui intro- 

II« SÉRIE. — T. VII. —.(p. -V.) 6 



— 68 — 

duisit la Réforme à Gerstheim , et celui de sa femme , dont la chevelure 
dorée était d'une conservation remarquable. M. Huter, pasteur de ce lieu, 
a relevé les inscriptions et a bien voulu me promettre tous les détails qu'il 
a été à même de recueillir. 

Plusieurs autres dalles armoriées m'ont été signalées sous l'ancien 
dallage; j'ai prescrit les mesures nécessaires pour leur conservation. 
J'aurai l'honneur de vous rendre compte de celles présentant un intérêt 
archéologique. 

Boofzheim. 

La petite église de cette commune, construite en 1522, servait aux deux 
cultes. Elle était insuffisante et malsaine; elle vient d'être assainie et agran- 
die pour le service du culte catholique. On a découvert, sous le sol et sous 
le badigeon des murs, sept dalles tumulaires de '1596 à 1686, aux armes 
des seigneurs de Boofzheim. Elles ont été déposées autour du chœur de 
nouvelle construction. Elles feront l'objet d'une notice spéciale. 

En terminant, permettez-moi, Messieurs, de faire un appel à notre 
patriotisme alsacien. Fondés par l'initiative bienveillante de l'administra- 
tion départementale, nous avons fourni, jusqu'à ce jour, une carrière au 
moins utile. 

On nous croit assez forts pour voler de nos propres ailes; ne désespé- 
rons pas de nous-mêmes. Réunissons au contraire nos efforts, enrôlons 
sous notre bannière de nouveaux adhérents plus nombreux et plus jeunes. 
Le terrain de l'archéologie est vaste et attrayant; tous les goûts, toutes 
les aptitudes y trouvent leur place; sa culture produit les plus nobles 
jouissances de l'âme; et, au milieu des agitations fiévreuses de la vie, il 
présente à ses fidèles une oasis où l'on se repose, calme et rafraîchi, en 
face des grands problèmes de l'histoire et de l'art. 

Schlesladt, le 9 décembre 1869. 

Ringeisen. 

Rapport M. le président donne la parole à M. Merck, qui énumère, dans son 

«..'ri?« dlTlions rapport, les dons faits à la Société depuis deux ans : 

t(M. de Morleta bien voulu nous gratifier d'une petite statuette en bronze 
de l'époque romaine, représentant la Fortune, trouvée dans les fouilles 
de Saint-Etienne, en 1860. 

«Un beau vase en bronze trouvé dernièrement à Kœnigshoffen, dans les 
fondations d'une glacière; don de M. Wolff, confiseur. 



faits à la Sooiélé. 



— 69 — 

« Une pierre meulière romaine trouvée dans la propriété sise rue des 
Juifs, 15; don de M. Oscar Berger-LevrauU. 

a Deux queues d'aronde provenant du mur païen de Sainte-Odile; don 
des mêmes. 

« Petit vase en poterie jaune; don de M. Mathis, agent voyer à Benfeld. 

«Une médaille romaine, en or, de l'empereur Néron, trouvée à Gries; 
acquise par la Société. 

«Un couteau, des pointes de flèches, boucles en fer, trouvés àllolifran- 
kenheim; don de M. Rouis. 

«Une médaille en argent, de Pie IV, trouvée à Littenheim; une lame de 
sabre trouvée à Mutzenhausen; don de M. Kupferle. 

«Une collection d'armes, sabres-poignards, couteaux, batteries de fusil, 
mors de cheval, éperons, deux cuillers, l'une en plomb, l'autre en bronze, 
ayant servi au culte, clefs et divers objets en fer, trouvés dans les dra- 
guages faits dans l'IU, depuis 1837; don de M. Decheppe, conducteur des 
ponts et chaussées. 

«El enfin, une collection de moulages d'armes romaines et gauloises 
trouvées à Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or), donnés à la Société par M. le 
surintendant des Beaux-Arts; ces moulages représentent, avec une re- 
marquable exactitude, les pièces originales déposées au musée de Saint- 
Germain.» 

M. Lehr, trésorier, présente l'exposé des recettes et des dépenses de «apport 
l'exercice 1868 à l'approbation de la Société. trésorier, ' 

sur la situation 
(iuaucière. 



«Messieurs, 

« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau et de soumettre à votre homo- 
logation définitive le compte financier de l'exercice 1868. Ce compte, 
rendu par moi au comité d'administration, en sa séance du 24 mai 1869, 
aussitôt que la publication de la seconde livraison de notre Bulletin pour 
ladite année nous a permis de clore l'exercice, a reçu le même jour l'ap- 
probation provisoire du comité, après examen des pièces justificatives 
produites à l'appui tant des recettes que des dépenses. 

«Je vais me borner, comme les années précédentes, à relever dans ce 
moment les diverses têtes de chapitre de ce compte, sauf à compléter ces 
indications sommaires par telles explications de détail que vous jugeriez 
nécessaires. 



— 70 — 



RECETTES. 



Recettes ordinaires 7,066^40*^ 

I. Intérêts de capitaux 246 'ôO*^ 

II. Cotisations de 479 sociétaires 4,790 » 

m. Subvention de l'État et des deux départe- 
ments 2,000 » 

IV. Recettes diverses (vente de Bulletins, etc.) 29 90 



Total 7,060 ^^O'' 

Recettes extraordinaires : reliquat actif de 1807 . . 6,801 50 



Total des recettes 13,867 ^'90^ 

DÉPENSES. 

Dépenses ordinaires 4,915^75^^ 

I, Frais de bureau et d'administration .... 1,514^30*^ 

§ 1. Location et entretien du 

local des séances 445^85^ 

§ 2. Frais d'administration 

(commis, garçons, etc.). . 445 » 

§ 3. Frais de bureau (affran- 
chissement, imprimés, re- 
liures) 498 85 

§ 4, Frais de perception.. . . 124 60 

Total 1,514^30*= 

II. Fouilles, recherches, travaux de conser- 

vation 775 » 

§ 1 , Fouilles à Cernay et VVit- 

lolsheim 241 ^65^^ 

§ 2. Conservation ou restau- 
ration à Walbourg-, Bcr- 
mont 533 35 



Total 775^ »" 

m. Frais de publication du Bulletin 2,517 95 

IV. Dépenses diverses et imprévues 108 50 



Total général 4,915 *'75*^ 



„ 71 — 

BALANCE. 

Total des recettes 13,867^90*^ 

Total des dépenses. 4,915 75 

Reliquat 8,952 '"15'^ 

«En en déduisant le reliquat de 1807 6,801 50 

porté en recette extraordinaire, on trouve que 
notre avoir s'est accru d'un exercice à l'autre de la 
somme de 2,150 65 

«Mais il convient de faire observer tout de suite qu'il y aura à défalquer 
de ce chiffre une somme de 1,000 fr. que nous avions prévue au budget 
pour solde des travaux de restauration de la custode de Walbourg, et 
que nous n'avons pas pu payer dans le cours de l'exercice, les travaux 
correspondants n'ayant pas été exécutés à temps. Notre boni effectif se 
réduit donc à la somme de 1,150 fr. 65 c. provenant d'une plus-value 
inespérée d'environ 100 fr. sur les recettes, et d'économies ou de non- 
emploi en 1868 de quelques crédits habituellement prévus au budget, tels 
que frais de déplacement, transports d'objets antiques, produits de fouilles 
exécutées par la Société, etc. 

«Si j'entre dans ces détails. Messieurs, c'est qu'il me paraît nécessaire 
de constater, au moment où le département du Bas-Rhin nous retire sa 
subvention annuelle, que cette mesure aura pour effet, non de diminuer 
nos bénéfices, comme les chiffres du présent compte auraient pu vous le 
faire penser, mais bien réellement de réduire les fonds dont nous faisions 
emploi chaque année dans l'intérêt de nos monuments et de nos antiquités 
locales. Nous serons, par conséquent, obligés d'apporter désormais une 
grande réserve dans la fixation de nos dépenses. 

«Je serais reconnaissant. Messieurs, que vous voulussiez bien donner 
votre approbation souveraine au compte que je viens de vous soumettre.» 

Les comptes sont approuvés. — Sur la proposition de M. Spach, qui se M.ieb.ironPonsar,i 



nomme 



fait l'organe du comité, M. le baron Ponsard, ancien préfet du Haut-Rhin, membre honorair 

° ' ' / 'et M. (le Billy 

est proclamé membre honoraire de la Société. M. Edouard de Billy, in- membre acui. 
specteur général des mines à Paris, est admis comme membre. 

Suivant l'article 3, § 6, des statuts, M. Spach dépose son mandat de pré- Renomination de. 
sident et proclame les noms des membres qui doivent être remplacés. Ce drcômTé. 
sont MM. Bœrsch (Charles), Merck, baron de Faviers, Siffer. 

M. le Préfet prie l'assistance de vouloir conserver à la Société «son 
excellent président». — Cette motion est accueiUie. — Tous les membres 
sortants sont réélus. 



— 72 — 

Médai'i« décernée Vei's la fiii de la séance, une médaille en vermeil a dû être remise par 

ec eppe. ^^ j^ Préfet à M. Decheppe , pour avoir enrichi le musée de la Société 

d'une importante collection d'antiquités locales recueillies par ses soins. 

— M. Decheppe, par suite d'un regrettahle malentendu, n'a point assisté 

à la réunion. 

La séance est levée à 4 heures. 



Séance du Comité du 20 décembre 1869. 

Présidence de M. SPAGH. 



Présents : MM. C. Bœrsch, Bissen, Lehr, Merck, Morin, Reuss, Ringeisen;, 
Straub. MM. Chaix et Sabourin de Nanton assistent à la séance. 

Le président propose de placer dorénavant les séances du comité à un 
autre lundi du mois. Le comité fixe son choix sur le premier lundi de 
chaque mois, à deux heures après-midi. 

M. l'abbé Straub, secrétaire en fonctions, donne lecture du procès-verbal 
de la séance générale tenue le 9 décembre, sous la présidence de M. le 
Préfet. 

Après une courte discussion , le procès-verbal est adopté. 

Sur la proposition de M. G. Bœrsch, le comité décide que des remercî- 
ments seront adressés à M, le Préfet au sujet des engagements qu'il a bien 
voulu prendre de proposer au Conseil général de revenir au crédit ancien- 
nement voté en faveur de la Société et qu'il a mentionnés dans son allocu- 
tion à la séance générale. 

Le président donne communication d'une lettre de M. le Préfet, accom- 
pagnant l'envoi de deux médailles romaines, trouvées dans les fouilles des 
Archives. Ces médailles sont soumises à l'examen de M. Merck. — Lettre 
de Saint-Pétersbourg, remerciant de l'envoi du Bulletin de la Société. 

M. le trésorier présente le projet de budget pour l'année 1870. 

Ce budget se règle avec un déficit de 900 fr., et le comité exprime ses 
regrets sur la suppression de la subvention du Conseil général , circon- 
stance qui le met dans la pénible nécessité d'arrêter pour la première fois 
son budget en déficit. 



— 73 — 

Il invite, en conséquence, le président à présenter à une prochaine 
séance la liste des membres honoraires auxquels, vu la pénurie de la caisse, 
le Bulletin ne pourra plus être adressé gratuitement. 

M. Reuss propose comme membre de la Société M. Drucker, archiviste 
de la ville de Strasbourg, et M. l'abbé Straub propose M. Paul Petit-Gé- 
rard, étudiant. Leur admission est prononcée. 

M. Chaix donne lecture d'une note sur des monnaies gauloises en argent, 
trouvées à Strasbourg. Cette note, ainsi que les dessins qui l'accompagnent, 
seront publiés, sur décision du comité, dans le Bulletin de la Société. 

M. Sabourin de Nanton présente un morceau de bois de chêne, sur le- 
quel on a brûlé au fer rouge deux croix. Ce morceau a été trouvé dans 
une forêt du Haut-Rhin. M. Sabourin de Nanton exprime l'opinion que 
cela pourrait bien être une marque forestière d'un monastère ou d'une cor- 
poration religieuse. 

Le président annonce que M. de Morlet et M. Klotz lui ont signalé l'état 
de dégradation de quelques-uns des objets d'antiquité placés entre les con- 
tre-forts de la Bibhothèque. Le comité discute les moyens de parer à cet 
inconvénient, sans aboutir à un système définitivement acceptable. 

Il donne lecture ensuite d'une lettre de M. Quiquerez sur les tours pri- 
mitives de l'ancien évêché de Bâle dont l'insertion au Bulletin est votée 
par le comité. 

La séance est levée à 4 heures et demie. 



TABLE DES MATIERES DU TOME YII. 



PAGES. 

Séance du Comité du 18 janvier 1869 1 

Séance du Comité du 15 février 1869 2 

Séance du Sous-Comité du Haut-Rhin du 28 février 1869 5 

Séance du Comité du 13 mars 1869 7 

Séance du Comité du 1 9 avril 1 869 9 

Séance du Comité du 26 avril 1869 12 

Séance du Sous-Comité du Haut-Rhin du 24 avril 1869 . 13 

Séance du Comité du 10 mai 1869 18 

Séance du Comité du 24 mai 1869 19 

Séance du Comité du 21 juin 1869 21 

Séance du Sous-Comité du Haut-Rhin du 26 juin 1869 24 

Séance générale du 30 juin 1869, à Colmar. 26 

Séance du Comité du 19 juillet 1869 35 

Séance du Comité du 20 septembre 1869 40 

Séance du Comité du 18 octobre 1869 45 

Séance du Comité du 15 novembre 1869 47 

Séance générale du 9 décembre 1869, à Strasbourg 49 

Séance du Comité du 20 décembre 1869 72 



BILLETIN 



SOCIÉTÉ POL'R LA CONSERVATION 



MONUMENTS HISTORIQUES 

D'ALSACE 



STRASBOURG, IMPRIMERIE DE VBÜVE BBRGER-LEVRAULT. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ POUR LA CONSERYATIO^ 



DES 



MONUMENTS HISTORIQUES 

D'ALSACE 



IV SÉRIE — SEPTIÈME VOLUME 

(1869) 



AVEC GRAVUBES ET PLANCHES 



PARIS 

VEUVE BERGER- LE VRAULT ET FILS, LIBRAIRES -ÉDITEURS 

RUE DES BEAUX-ARTS, 5 
MÊME MAISON A STRASBOURG 

1870 



LES HADSTATT DE SOULTZBACH 



C'était un beau et noble château que celui de Soullzbach : avant le 
treizième siècle, plus particulièrement connu sous le nom de Hageneck, 
et placé sur le sommet d'une montagne, il dominait, comme l'aire d'un 
aigle, le val de Saint-Grégoire, qui était au seizième siècle un domaine 
des ducs de Lorraine. Les Annales de Colmar disent, sous la date de 
1275 : «Z-e j^etit château de Soultzhach, dans le val de Saint- Grégoire, 
a été ceint d'un mur et d'un fossé le jour de la fête de sainte Lucie. ■» Telle 
est l'origine de Soultzbach, que l'auteur (\es Annales appelle Castellum, 
parce que, en efîet, dans l'intérieur des murailles se trouvait ren- 
fermé un château; mais qu'il avait fallu d'années pour le construire, et 
pour tailler dans le roc le sentier qui y conduisait! Le lieu sauvage où il 
était placé semblait avoir influé sur le caractère de ses possesseurs. 

En 1300, nous disent encore les Annales de Colmar, ce château a été 
vendu par le seigneur de Hageneck, qui le tenait de ses aïeux. Cette vente 
fut faite à la famille de Lobegas, car, trois ans après, les mêmes Annales 
nous apprennent que les seigneurs de Hnsen et de Hadstalt, faisant la 
guerre à cette famille, y appliquèrent des échelles pendant la nuit, le 
prirent et le rasèrent totalement. 

En 1543, l'abbé de Münster conféra ce iief aux Hadstatt, qui recon- 
struisirent le château. Plus tard il appartenait par moitié aux comtes de 
Blamont et aux Hadstatt, sous le bénéfice des ducs de Lorraine. Les Bla- 
mont cédèrent ensuite leur part aux Hadstatt à titre de sous-fief. Quoique 
les fiefs de Lorraine fussent censés admissibles aux femmes, cependant 
les Schauenburg, héritiers des Hadstatt par une femme, n'ont pu obtenir 
Soultzbach qu'après de nombreuses contestations et plusieurs sacrifices 
d'argent '. 

1. Schœpflin. 

ll'SÉRiE. —T. VU. - (M.) * 



— 2 — 

Les sires de Hadstatt étaient renommés, comme tous les seigneurs du 
moyen âge, par la rudesse de leurs formes et l'inhospitalité de leur carac- 
tère; ne descendant que rarement dans les vallées d'alentour, vivant seuls, 
ils étaient craints des autres châtelains des environs, qui savaient qu'il n'y 
avait nul moyen pour eux de venir les forcer dans leurs retraites. On 
admirait au loin ce château, qui s'élevait à l'entrée d'un vallon latéral de 
la helle vallée de Münster. Le soleil planait sur les fenêtres aux lourds 
barreaux, il éclairait bien quelquefois une scène de bonheur, mais plus 
souvent encore un lieu de désolation; et sa douce chaleur ne pouvait pé- 
nétrer à travers ces murs épais qui avaient été témoins de bien des in- 
fortunes. Cependant, l'un des représentants de cette vieille famille, Conrad 
Wernher de Hadstatt, l'un des chevaliers les plus dévoués à Rodolphe de 
Habsbourg, et, par conséquent, à la cause que le futur empereur soute- 
nait, avait pris une part active et glorieuse dans la guerre dite de l'Indé- 
pendance. Une des preuves qu'il n'a pas été étranger aux événements de 
la bataille de Husbergen, c'est qu'il a été appelé à signer, comme garant 
de son exécution, le traité de paix qui a terminé d'une manière si hono- 
rable pour la ville de Strasbourg cette lutte intestine. Cet acte, signé par 
Sigismond de Géroldseck, seigneur de Rappolstein, et Conrad Wernher 
de Hadstatt, fut passé à Strasbourg le 6 des ides de mars 1263'. 

Lorsque Rodolphe fut élevé à l'empire, en 1275, il voulut récompenser 
les services de ses compagnons d'armes, de cette noblesse d'Alsace, qui 
tant de fois l'avaient soutenu sur les champs de bataille et dans tous ses 
travaux. Il éleva Conrad Wernher de Hadstatt à la dignité de landvogt 
impérial dans la haute Alsace. Conrad devenait ainsi le délégué de 
Rodolphe, chargé de maintenir la suprématie de l'empire dans la haute 
Alsace, d'assurer la perception des subsides et la levée du contingent; il 
devait aussi protéger les villes, faire régner la paix entre elles, et, en cas 
d'attaque du dehors, joindre ses forces aux leurs et se mettre à leur tête 
pour la défense commune. Les fonctions qu'il remplissait étaient à la fois 
mihtaires et judiciaires, suivant qu'il s'agissait de défendre les droits des 
villes par les armes ou de prononcer sur leurs contestations. Il exerçait 
aussi la haute justice, et nulle condamnation capitale ne pouvait être dé- 
finitive que sur son ordre ^ 

Suivant la chronique de Colmar, c'est en qualité de landvogt impérial 
de la haute Alsace que Conrad Wernher de Hadstatt aurait pris une part 
glorieuse à la victoire de Marckfeld, remportée en 1278 contre Ottokar II, 

1. Laguille et Boyen 

2. Schœpflin et IJoycr. 



— 3 — 

roi de Bohême et de Moravie, qui s'était révolté contre Rodolphe de Habs- 
bourg. Conrad avait amené cent chevaliers alsaciens, montés sur des che- 
vaux bardés de fer, au secours de Rodolphe, et, à la tête de ce corps 
d'élite, il fit des prodiges de valeur. 

Conrad était entré, après cette campagne, dans l'ordre Teutonique, cette 
grande institution de la chevalerie chrétienne fondée à l'époque des croi- 
sades , et il mourut en 1283, comme nous l'apprennent les Annales de 
Colmar : Anno MCCLXXXIII obiit frater Conradus Wernheriis de Hadi- 
statt, frater ordinis Teulonici. »En l'année 1283 décéda le frère Conrad 
Werner de Hadstatt, frère de l'ordre Teutonique. » 



II. 



La famille de Hadstatt ne s'est pas éteinte par la mort de Conrad, car 
nous retrouvons une nouvelle branche des Hadstatt à Gérardmer, qui se 
repeuplait par l'émigration des étrangers et surtout des réfugiés d'Alsace. 

Ces nouveaux colons venaient chercher au milieu des sombres forêts 
de Charlemagne un asile pour se soustraire aux malheurs des guerres 
continuelles qui dévastaient l'Alsace et la Lorraine. C'était après la bataille 
de Mühlberg; on commençait à craindre les vues ambitieuses de Charles V, 
qui menaçait la liberté des Etats de l'empire et qui s'avançait vers le 
Rhin avec une armée de 50,000 hommes. 

Sur la fin du treizième siècle déjà, le duc Ferry III avait associé Conrad 
Wernher dit de Hadstatt et Conrad Wernher son fils à la propriété des 
lacs et terres de Gérardmer et Longemer, pour en faire une ville neuve. 
A cette époque, la population de Gérardmer avait à lutter contre les fléaux 
qui la décimaient si fréquemment et n'avait d'autres secours que sn fécon- 
dité naturelle et sa frugalité. L'industrie était bornée aux premiers besoins; 
les produits de la culture, toujours précaires, suffisaient rarement à la 
consommation; le commerce était nul. Que pouvait opposer cette popula- 
tion aux ravages des invasions, aux épidémies et aux rigueurs d'un gou- 
vernement arbitraire? Les forêts séculaires de Gérardmer n'avaient eu 
jusqu'alors d'autre prix aux yeux de tous ceux qui venaient s'y réfugier 
que de leur offrir un asile un peu plus sûr contre les invasions. Les Had-" 
statt ne parvinrent pas à leur but sur-le-champ, et ce projet de former 
une ville neuve ne reçut d'exécution que vingt ans après cette association. 
Alors, les habitants épars aux environs du lac commencèrent à se rappro- 
cher. Avant l'année I58I, celle petite communauté n'était composée que 



_ 4 — 

de vingt-deux chefs de famille, qui s'inquiétaient peu de multiplier leur 
espèce sous un climat rigide et sur un sol ingrat. 

Les habitants de Gérardmer étaient tenus à diverses redevances envers 
les seigneurs de Hadslatt. On voit dans un compte de l'année 1594, époque 
à laquelle la famille des sires de lladstatt tenait en fief, de la libéralité des 
ducs de Lorraine, la seigneurie de Gérardmer, que les habitants devaient 
lui payer annuellement ou à ses officiers, au châleau de Soullzbach, où 
elle faisait sa résidence, le jour de la fête de saint Martin d'hiver, quatre 
lances de bois de sapin non ferrées, qu'on pouvait néanmoins ne i-emetlre 
audit SouUzbach que de trois ans à autres. Le même compte porte que 
<iles mêmes habitants doivent pareiltement par jour de fête de Saint-Mar- 
tin, savoir : chacuns feux en travaux au dit Gérardmer six blanctz mo- 
noie de Lorraine. Était d'heii par chacun an par les mêmes liabitans au 
dit Hattstatt, au terme de Saint-Martin d'hiver, douze baris pleins de beurre, 
dont les trois tiennent environ deux peintes mesure de Remiremont , qui 
reviennent à qiiare pots même mesure (10 litres et demi), lesquels barils 
étaient évalués chacun à dix rjros (2 fr. 30 c). Semblablement étaient 
iceiix habitants redevables au dit HcUstatt oli à ses officiers, pour le jour 
de Saint Martin, deux pintes de poissons consistant en truites vives (vi- 
vantes) quils étaient obligés d'apporter au château de SouUzbach , oie le 
seigneur promettait de déffrayer les porteurs de ces différentes redevancesKy> 

Dans ces temps féodaux, la lance était une redevance honorifique dont 
on était fier, car elle imposait aux seigneurs une protection spéciale. La 
lance était une arme noble, qui ne pouvait être paulmoyée, comme on 
disait alors, que par des mains chevahères. Elle était considérée comme 
un instrument de tournoi, comme une arme de poussis (c'était le terme 
consacré); elle reposait sur un faucre, ou avait son point d'appui contre 
le rempart ou l'une des bottes de la selle d'armes; sa hampe, en partie 
creuse, afin d'être plus légère, était fragile. La redevance des lances, au 
seizième siècle, était un tribut dont un seigneur pouvait s'honorer, comme 
il honorait aussi les vassaux. 

Les lladstatt ne possédaient le domaine de Gérardmer que sous le bon 
plaisir du duc de Lorraine, à la charge de lui rendre foi et hommage et 
de déclarer que ce qu'ils tenaient, ils ne le tenaient que de lui et qu'ils 
étaient toujours prêts à lever la bannière pour se ranger sous sa loi. Si 
les Hadslatt possesseurs de ce fief refusaient de rendre hommage, ou 
s'ils ne rendaient qu'un hommage incomplet, le duc de Lorraine avait le 

1 . nicliard. 



droit de saisie féodale: il meltait, comme on disait alors, le fief en sa 
main. 

Ce contrat s'était passé régulièrement, les Iladstatt avaient rempli toutes 
les conditions imposées, et pendant bien des années ils se sont ainsi 
trouvés être les vassaux des ducs de Lorraine. 



III. 



En 1586 les sieurs de Hadstatt rendaient aussi la justice et tenaient la 
verge pour les ducs de Lorraine au val de Liepvre, à Sainte-Croix et à 
Sainte-Marie-aux-Mines. Ils étaient tenus, sous la foi du serment, déjuger 
tous les faits sans porter faveur, et de garder le secret de justice. Le tri- 
bunal que présidaient les Hadstatt était composé de neuf bommes jurés. 
C'était au duc Ferry qu'était due cette nouvelle organisation judiciaire, 
qui établissait les communautés d'habitants et leur accordait des jurés 
choisis parmi eux. Combien de temps les Hadstatt restèrent-ils attachés 
en qualité de juge supérieur aux arrondissements cantoniers du val de 
Liepvre, de Sainte-Croix et de Sainte-Marie-aux-Mines? C'est ce qu'il ne 
nous a pas été possible de vérifier. 

Les Hadstatt, ou Hadistatt, ou Ilattsladt, car l'orthographe de ce nom 
a subi toutes ces variations, étaient d'une ancienne et illustre famille dont 
Schœpflin fait le plus grand éloge. Voici comment il s'exprime: «Hadstatt 
illustris AIscfiiœ. superioris familia, cum dynastis, si divitias et décora 
ejus spectas, facile comparanda, in quâ pronomen Gutman, virum mobi- 
lem désignons, obvium, anno MDLXXXV interiit.)^ 

Les armes de cette maison étaient d'or au sautoir de gueules. On peut 
voir ces armes aux Unterhnden, à Colmar, nous dit M. Boyer, où existent 
encore quelques tombes de cette famille; à l'ancien château de Soultzbacb 
et sur quelques pierres tumulaires qui se trouvent à l'entrée du cimetière 
de celte commune ou fixées contre le mur extérieur de son église. On 
voit aussi à Colmar un tableau représentant un seigneur de Hadstatt à 
genoux devant la sainte Vierge et ayant devant lui son écusson. 

Voici les inscriptions que l'on trouve sur une pierre sépulcrale incrustée 
dans le parvis extérieur des murs de l'église de Soultzbacb : 

AnnoM.D.X. F//. (1517.) 

Starb der edel nul vest Juncker Jacob von Holstadl ujf sont Jacob tag, 
dem der seien got gnad. 



— — 

f 

M. D. X. MIL (1518). 

nff montag nocJi jorgentag, starb die edcle frow margr. (Mnrgaretia) von 
Bolzamhnse, Junhcr (damoiseau) Jacobs Husfroiv. 

D'un côté on voit les armes des Hadslatt : champ d'or au sautoir de 
gueules; de l'autre les armes des Ralhsamhausen: champ d'argent à fasce 
de sinople. 

D'après Laguille, la famille de Hadstatt s'est éteinte sous le règne de 
Ferdinand III, empereur d'Allemagne, dans la première partie du dix-sep- 
tième siècle, par la mort de Nicolas de Hadstatt. Ce seigneur, qu'on nom- 
mait communément le Petit Nicolas, à cause de sa petite taille, avait long- 
temps servi en Espagne en qualité de général de cavalerie : lassé du ser- 
vice, il demanda à se retirer; on régla ses comptes, et le roi d'Espagne 
lui resta devoir une grosse somme qui devait lui être payée dans un cer- 
tain délai. Le temps du payement étant échu, Nicolas de Hadstatt le 
sollicita longtemps par ses lettres. Les réponses d'Espagne n'étant pas 
satisfaisantes, il se mit à la tête de 40 cavaliers bien armés, entra dans 
Francfort, où il y avait un envoyé du roi d'Espagne, il l'enleva et le mena 
prisonnier dans son château, situé dans les montagnes près de Rouffach. 
L'empereur, offensé de cet attentat, fit marcher des troupes, assiégea le 
château, le prit et fit prisonnier Nicolas de Hadstatt, qui le défendait. Il 
eut pour prison la tour d'Ensisheim, où il languit jusqu'à sa mort, qui eut 
lieu vers 1643. Comme il n'avait pas d'enfants, ses fiefs furent donnés aux 
maisons de Ferrette, de Montjoie et de Schauenburg. Ce fut sans doute 
ainsi que le château de Soultzhach parvint à la famille de Schauenburg, 
qui le gai'da jusqu'à la révolution de 1789 '. 

Soultzbach a bien changé de face depuis que l'auteur des Annales nous 
parle de son origine; Combien d'édifices ont été successivement élevés et 
détruits sur cette colline, premier berceau de la cité! Les habitants du 
moyen âge ont été remplacés par d'autres générations, qui dorment les 
unes sur les autres. Les débris du château des Hadstatt sont confondus, 
dans le sein de la terre, avec l'armure du chevalier; on les trouve au 
sommet des montagnes qui séparent Soultzbach de Hadstatt, à peu près à 
égale distance des deux villages. On y arrive depuis Soultzbach par un 
vallon très-pittoresque, qui peut avoir trois quarts de lieue de profondeur 

1. I.ag-uille et Boycr. 



et dans la direction du nord-ouest. A l'aulre extrémité on gravit les mon- 
tagnes, et on arrive enfin sur un plateau, élevé, d'après la carte de l'état- 
major, de plus de 800 mètres. Ce plateau est en partie boisé, en partie 
cultivé; on y trouve plusieurs fermes, mi couvent et une maison de cam- 
pagne. 

La ruine est perchée au sommet d'un mamelon rocheux, haut d'une 
quarantaine de mètres et d'une pente assez roide. Tout ce qu'on voit 
encore, c'est une tour qui ne fut jamais bien grande, et dont une seule 
face est encore debout et quelques débris d'une enceinte qui ne paraît pas 
avoir été très-vaste. 



Sabourin de Nanton. 



LES TOMBES 



DE 



SAINT-PIERRE-LE-VIEUX, A STRASBOURG 



Les travaux de construclion de la nouvelle église de Saint-Pierre-le- 
Vieux ont nécessité l'enlèvement momentané des tombes dont une partie 
se trouvait sous les galeries du cloître. Cette galerie, la partie la plus 
intéressante après l'église, sera sans doute rétablie et les tombes remises 
à la place qu'elles occupaient; mais, en attendant, je vais rendre compte 
de celles qui offrent le plus d'intérêt au point de vue historique. 

Je me laisserais volontiers aller à raconter tout le plaisir d'archéologue 
qu'on éprouve à observer en détail ce vieux cloître; mais ce monument 
est digne d'une monographie spéciale. 

A droite, en entrant par la Grand'Rue, sur une plaque en marbre noir 
enchâssée dans le mur, se trouve la tombe de Michel Oswald Scheffmacher 
de Kiensheim, sur laquelle on lit: 

Hic jacet, nobilis et spectatissimiis vir , juris pnidentia clams, œquitatis 
amore conspicuiis, Seualui Poptiloque Argenlinensi animi iniegritate , 
Dicendi facundia , laboris conslanlia commendatissinms, D. Michael 
Oswaldus Scheffmacher Kienshemianus Alsata. Urbi Argenlinensi a con- 
siliis et ejusdem Advocatus generalis nec non dicasterii ut vacant Mares- 
calici Pi'ceses. Vixit an. LXVI. Utilitati puhlicœ servivit an. XLIl, obiit 
9 Decembris an. il Si. Relicto tum apud Magnâtes, tum apud plebeios 
Magno sui desiderio. 

Requiescat in pace. 

« Ci-gît un homme noble et très-remarquable, jurisconsulte distingué, 
célèbre par son amour pour l'équité, très-cher au sénat et au peuple de 
Strasbourg, tant pour son intégrité que pour son éloquence et son assi- 
duité au travail, Michel-Oswald Scheffmacher de Kiensheim, en Alsace. 



Membre du Conseil de Strasbourg, avocat général de la même ville et 
prévôt de la maréchaussée. Il vécut pendant 66 ans, servit sa patrie pen- 
dant 42 ans, mourut le 9 décembre 1734. Il laisse des regrets tant auprès 
des patriciens qu'auprès du peuple. )^ 

Scheffmacher était un des hommes les plus influents de son époque; 
il servit les intérêts de Louis XIV, et s'attacha à faire comprendre aux 
Strasbourgeois combien la réunion du pays avec la France leur était 
avantageuse. 

On remarquera le litre de Président du tribunal des maréchaux que 
l'on donne à Schefl'macher sur cette inscription. Autrefois il existait dans 
toutes les provinces des prévôts des maréchaux, qui étaient des juges 
établis par François P"" pour faire le procès à tous les vagabonds et 
gens sans aveu et sans domicile. Ils siégeaient, dans les présidiaux, à côté 
du lieutenant criminel; ils avaient sous leurs ordres une espèce de gen- 
darmerie appelée maréchaussée et n'ont été supprimés qu'à l'époque de 
la Révolution'. Il serait donc possible que Scheffmacher eût été nommé 
à ces fonctions pour la province d'Alsace, nouvellement réunie à la 
France. Je n'oserais me prononcer à cet égard d'une manière certaine, 
mais c'est du moins mon opinion. 

Ce Michel-Oswald Scheffmacher était le frère de Jean-Jacques Scheff- 
macher, né en 1668, mort en 1733, jésuite, nommé en 1715 à la chaire 
de controverse fondée dans la cathédrale de Strasbourg par Louis XIV, 
et qui a laissé douze lettres contre les luthériens, connues sous le nom 
de Lettres du père Scheffniacher (\7 50, in-4^). C'était parmi les jésuites 
qui ont occupé des chaires à l'université épiscopale de Strasbourg un de 
ceux qui se sont le plus distingués par des connaissances solides et pro- 
fondes. 

Dans la sacristie, nous trouvons un autre monument élevé en l'honneur 
du savant magister Jean Symler, dont l'inscription est ainsi conçue: 

Mementote magistri Johannis Symler, hirisconsulti doctissimi, scolas- 
t'ici et canonici Imj us collegii. Is obiit II Augusti anno Domini 1492. Cujus 
anima ad super os scandât. Bogitateprecor. 

«Souvenez-vous de maître Jean Symler, savant jurisconsulte, écolàtre et 
chanoine de Saint-Pierre-le- Vieux, qui mourut le 2 août 1492. » 

Jean Symler est cité comme un des savants du quinzième siècle; il était 

t. Dictionnaire historique det institutions de la France , par Chéruel. 



— 10 - 

l'ami de Wimpheling, noire poëte et historien. Il a dû faire partie de cette 
phalange de patriciens courageux et jaloux de l'indépendance et de la 
liberté de la ville qui, en 1482, révisèrent la constitution et y firent les 
amendements nécessaires. 

Sur le côté gauche de la sacristie est une plaque à la mémoire de Schiff- 
mann, mort à Angers, et dont le cœur a été rapporté à Strasbourg. 

Andegavis corpus poiriœ atqiie parentibus in hoc 
Schiffmanus sacrum cor jubet esse loco. 
Obiit A. C. iôlO. Pignns heic depositum est 1678. 

Strobel, dans son Histoire de l'Église Srnnt-Pierre-le-Vieux (Strasbourg, 
1824), a commis l'insigne bévue de prendre Andegavis pour un nom 
de femme, alors qu'Andegavi c'est i4??^ers'. 

Près du jardin, enclavée dans le mur, nous pouvons encore citer la 
tombe d'un Müllenheim, sur laquelle on ht ces quelques mots: 

Memoria Theobaldi de Mülenheim, canonici hujus ecclesiœ. 

« Monument de Théobald de Müllenheim, chanoine de Saint-Pierre-le- 
Vieux. » Sans date. 

Ce Müllenheim appartenait à cette puissante famille de Strasbourg qui 
a joué un rôle important dans le commencement du quatorzième siècle, 
où éclata la révolution à la suite de laquelle la ville de Strasbourg devint 
une république florissante, placée sous la protection immédiate de l'em- 
pire. Ces dissentiments, qui éclatèrent en 1321, entre les Zorn et les 
Müllenheim, eurent pour résultat de faire construire une autre Pfalz, où 
siégea le sénat. 

Enfin, à ces tombes il convient d'ajouter celle de Pierre d'Epfig, enterré 
à rentrée du chœur de Saint-Pierre-le-Vieux. Cette pierre tumulaire se 
trouve, pour le moment, adossée au cloître de cette église, entre les nefs 
nouvellement construites et le presbytère catholique. C'est la plus intéres- 
sante au point de vue historique. 

On sait que ce fut en 1398 que la collégiale de Rhinau fut transférée à 
Strasbourg et reçue, à la prière de l'évêque Guillaume de Dietz , dans 
l'église de Saint-Pierre-le-Vieux. Dés 1400, Pierre d'Epfig, prévôt du cha- 
pitre, eut à paraître devant le magistrat à cause de son caractère altier et 
remuant. Il osa, dans cette circonstance, critiquer le gouvernement de la 
république et insulter l'évêque et le magistrat, qui le fit saisir et empri- 

1. Nous devons la communication de cette remarque à M. P. RistelJiuber. 



— 11 — 

sonner. Il ne fui rendu à la liberté qu'après des instances longues et réité- 
rées; mais il fut obligé d'abord de promettre par serment de respecter 
désormais les autorités civiles et ses supérieurs ecclésiastiques. 

Ces événements se passaient après l'époque où Guillaume était entré 
dans son évêché à main armée pour obliger Bourkhard, qui avait été élu 
évêque par le chapitre, de lui céder la place. Le pape ayant pris l'évêque 
Guillaume sous sa protection et excommunié Bourkbard, ce dernier re- 
nonça à ses droits et Guillaume demeura possesseur tranquille d'une place 
qui rapportait déjà 40,000 écus d'or. 

L'espace de terrain qui se trouve au milieu, entre l'église et le por- 
tique couvert, et qu'on peut appeler le préau, était réservé au cimetière 
du chapitre, car les travaux ont fait découvrir de nombreux ossements 
humains, qui semblent provenir, pour la plupart, d'hommes d'un certain 
âge. En creusant à 2 ou 3 mètres de profondeur, un ouvrier a mis à nu 
deux squelettes complets, dont l'un avait le crâne encore tout garni de 
longs cheveux noirs et auquel il ne manquait pas une seule dent. Sur le 
corps était couché un petit Christ en métal; autour des squelettes pendaient 
quelques lambeaux de vêlements, dont plusieurs assez bien conservés. 
On reconnut assez facilement un grand col en soie, des fragments de 
broderies, une espèce de garniture en longs fds de soie. Ces débris étaient 
jaunis, décolorés, et il était difficile de préciser l'époque à laquelle pou- 
vait remonter l'ensevelissement de ces corps. Ils étaient couchés sans doute 
dans des cercueils en bois, car on a trouvé à la même place une planche 
et des débris de bois pourri. De tous côtés, du reste, à quelque profondeur 
que l'on ait creusé, l'on a découvert des fragments de cercueils et des 
ossements humains. 

Dans tous les temps nous avons rencontré des hommes qui se préoc- 
cupaient de leur sépulture, qui aimaient à désigner le lieu où, après une 
vie agitée, ils pouvaient dormir en paix du derniei- sommeil; d'autres, 
soucieux des vanités de ce monde, dont ils avaient cependant vu de près 
le néant, s'attachaient à donner au monument qui devait abriter leurs 
restes mortels, un caractère de grandeur. Dans tous les cas, ces tombes 
appartiennent au pays; elles sont un souvenir, et il est intéressant de les 
conserver à la postérité. 

Il y a tout lieu de croire que l'emplacement des divers souvenirs en 

marbre dont nous venons de donner le détail seia respecté; que ces 

inscriptions tombales seront remises en place, et comme l'administration 

municipale de la ville de Strasbourg prend toujours un soin remarquable 

"dans les restaurations dirigées par elle d'une taçon digne d'éloges, nous 



]<2 

croyons pouvoir affirmer qu'après la construction de l'église, on verra 
ces monuments occuper les places que toujours ils ont occupées. 

Sans rien altérer de rattachement profond que nous devons éprouver 
et que nous éprouvons pour le temps présent, pour ses progrès incessants 
et pour ses croissantes lumières, ilest convenable, il est juste de rendre 
au passé le tribut dont il est digne et de garder, respectés et intacts, les 
souvenirs et les monuments qu'il nous a légués. 



Sabûurin de Nanton. 



RAPPORT 



OUVRAGES DONNES A LA SOCIETE. 



Messieurs, 

Je tomberais dans les redites en vous confirmant la richesse et l'abon- 
dance des matériaux contenus dans le dernier volume que nous envoie la 
Société archéologique de Constantine (année 1868). Comme toujours, la 
partie épigraphique est la plus largement pourvue. En Alsace, nous réunis- 
sons péniblement, et de loin en loin, quelques inscriptions romaines, frustes 
ou peu intéressantes. En Algérie, dans la province de Constantine surtout, 
les membres travailleurs des sociétés archéologiques ont l'embarras du 
choix. 

Ainsi les inscriptions recueillies par M. le capitaine Dewulf, dans le 
cercle d'Aïn-Beïda, fixent une série de points de repère sur la grande 
route de Carlhage à Sétif (inscription de Fedj-Souïoud sur une borne niil- 
liaire). Une autre inscription constate l'existence d'un vétéran africain (âgé 
de quatre-vingts ans) qui avait servi en Bretagne et revint mourir dans sa 
patrie. 

Dans le cercle de Tebessa, M. Seriziat a décrit les ruines et déchiflVé les 
inscriptions de Morsol. M. Bonvalet a fourni une notice sur les ruines et 
les inscriptions de Jiklat (probablement l'ancien Tubumptus). Une nécro- 
pole au nord-est de celte localité, avec les allées parallèles de ses tom- 
bes, appartient à deux époques différentes. Une vaste enceinte, avec les 
ruines de divers édifices, est soigneusement décrite par l'auteur, qui con- 
clut à la reconstruction de Tubumptus vers la fin du troisième siècle de 
notre ère, après la révolte de 298. 

M. Seriziat a procédé à de nouvelles fouilles dans la basilique de Tebessa. 
Il décrit le portique du monument et une belle vasque. Des tables litho- 
graphiées reproduisent la superbe mosaïque de fédifice. 



— u — 

M. Vaisselle continue le récit de la domination turque à Gonstantine. Je 
ne puis empiéter sur nos occupations en donnant des extraits détaillés de 
ce consciencieux travail historique, dont l'intérêt est majeur pour les 
Français qui habitent ou qui visitent Constantine. Je noterai seulement la 
réédification du célèbre pont d'Elkantara, sur le Roummel, à l'entrée de 
la ville de Constantine. Ce fut un architecte espagnol, don Bartoloméo, de 
Mahon, que le bey Salah chargea, en 1792, de cette difTicile reconstruc- 
tion. En 1725, le voyageur français Teysonnet avait déjà vu détériorées 
ou tombées deux arches supérieures de ce magnifique pont romain. En 
1785, le naturahste français Desfontaine a donné une nouvelle descrip- 
tion détaillée de l'état où se trouvait alors cette œuvre du peuple-roi. L'ar- 
chitecte chrétien, appelé sept ans plus tard par le bey, rebâtit la partie 
supérieure du pont et utilisa à cet effet les pierres du plateau de Man- 
sourah et d'un arc de triomphe (le Ksar el Roulaf). L'œuvre de reconstruc- 
tion ne fut pas de longue durée. Sous notre domination, à la date du 
18 mars 1857, l'une des piles du pont s'écroula; il fallut à coups de canon 
renverser le reste du monument. Le pont actuel, placé à quelque distance 
en amont du pont romain, date de 180o; c'est une œuvre grandiose et 
hardie, plus élevée que l'ancien pont de 20 mètres. Le pont se compose, 
de chaque côté des deux rives, de deux viaducs formés de deux arcades 
en maçonnerie, qui laissent entre eux une distance de 56 mètres. Au- 
dessus de cet espace s'élance une arche en fonte réunissant les deux 
séries d'arcades et jetée sur un gouffre de 120 mètres de profondeur. 

Dans le même volume, M. Féraud donne l'analyse d'une chronique 
arabe du Sahara, de Constantine et de Tunis. Cet ouvrage, intitulé Kitab 
el Adouani, n'est qu'un extrait composé de mémoires d'un ouvrage plus 
considérable que nous ne possédons pas encore. Dans son état actuel il a 
été découvert par M. Berbrugger, l'éminent bibliothécaire et conservateur 
du musée d'Alger, pendant une de ses courses fatigantes et hardies dans 
le midi de l'Algérie. A cette occasion, M. Féraud nous apprend que beau- 
coup de documents arabes ont complètement disparu à la suite de notre 
occupation du pays. Les musulmans fanatiques, possesseurs de ces trésors 
littéraires, les ont transportés en Tunisie. 

Le sujet principal de la chronique en question, c'est l'entrée des Troud, 
horde guerrière et conquérante, en Ifrikia (Tunisie), et la conquête du 
Souf par ces Troud. 

Les faits et les traditions que renferme le Kitah el Adouani, confirment 
ou complètent, par exemple, la chronique d'Ibn Kbaldoun du Kaïrouan. 

M. Féraud, dans son introduction, nous donne de curieux détails de . 



— 15 — 

mœurs sur les habitants du Sahara, de Gonstantine et de Tunis; il rap- 
pelle les merveilles accomplies par nos ingénieurs depuis une douzaine 
d'années, en forant des puits artésiens et dotant d'une inappréciable 
ressource les localités sises entre Biskra et Tuggurt. Ainsi, les événements 
contemporains viennent ajouter un intérêt de plus à ces relations histo- 
riques, mises à jour par les infatigables membres de la Société de Gon- 
stantine. Nous ne pouvons que leur payer un tribut de sympathique respect. 

Ce sentiment m'a été plus i)articulièrement inspiré par une notice de 
M. Mercier, interprète judiciaire, sur une reine berbère, connue dans les 
chroniques sous le nom de la Kahéna, et assimilée par l'interprète à notre 
Jeanne d'Arc. La comparaison est peut-être un peu hardie, car la Kahéna 
ou la Sorcière n'avait rien de virginal. Voici en quelques contours ce cu- 
rieux épisode de l'invasion arabe dans le nord de l'Afrique. 

C'est vers 646-647 de notre ère qu'eut lieu, sous Okba Ihn Nafà, gou- 
verneur du Kaïrouan, la seconde invasion arabe. Les conquérants mnho- 
métans furent d'abord bien accueillis par les Berbères indigènes, car les 
gouverneurs byzantins avaient réussi à se faire détester. Mais bientôt les 
Berbères, en partie idolâtres et tourmentés par le fanatisme arabe, s'aper- 
çurent qu'ils n'avaient fait que changer de maîtres, et que les Byzantins 
valaient mieux que leurs successeurs. Une révolte générale fut organisée, 
et Okba, qui avait pénétré jusqu'aux bords de l'océan Atlantique, se trouve, 
lors de son retour dans le Sahara algéi'ien, surpris à Tahouda, près de 
Biskra; il périt avec son escorte (682). Le chef berbère, Kocéila, périt à 
son tour dans une rencontre avec Zohéir, chef arabe, lequel fut écrasé par 
les Byzantins venus de Sicile. 

Pendant ces luttes qui faisaient passer du jour au lendemain le littoral 
de l'Afrique du nord sous les dominations des vainqueurs éphémères, 
les montagnes de l'Aurès se maintenaient indépendantes. A vingt lieues de 
Lambessa, à Bar Aïa, résidait alors une reine berbère, d'origine juive; 
elle s'appelait Dihya, mais les Arabes ne la connaissaient que sous le nom 
de la Kahéna ou la sorcière , parce qu'elle passait pour être adonnée aux 
sciences occultes. En 689 de notre ère, Hassan, le gouverneur de l'Egypte, 
vint, au nom du khalife, reprendre Kaïrouan, attaquer et prendre Car- 
Ihage, puis fondre sur la montagne où la Kahéna jusqu'ici avait maintenu 
son autorité. Une rencontre eut lieu à Miskiana; la victoire se déclara en 
faveur de la souveraine juive, qui entra triomphante à Kaïrouan et à Gar- 
Ihage. Hassan, le gouverneur de l'Egypte, s'était dérobé par la fuite aux 
ressentiments que la reine était en droit de nourrir contre lui. Mais ici se 
révèle le noble côté du caractère de la Kahéna : tous les prisonniers arabes 



— 16 — 

furent traités avec humanité; Klialed , un chef arabe, fut même adopté 
par la reine comme son troisième fils. 

Pendant cinq ans, la Kahéna ne fut attaquée ni dans la plaine ni dans 
le massif des montagnes. En 693, Hassan, qui avait réuni de nouvelles 
forces, marcha contre elle, et Khaled, son fils adoptif, la trahit. La désaf- 
fection, d'ailleurs, s'était mise dans les rangs des troupes berbères et 
de toute la population indigène. Pour enlever aux Arabes les moyens de 
subsistance, la reine avait fait impitoyablement ravager tout le littoral 
depuis Tanger jusqu'à Tripoli et s'était enfermée à Kiar el Ledjem, puis 
retirée sur les hauteurs de l'Aurès. A la trahison de Khaled vintse joindre la 
soumission des deux fils de la Kahéna; celle-ci mourut en combattant. Le 
brillant, mais tragique épisode de son régne éphémère se termina par la 
soumission totale des Berbères et leur conversion finale à l'islamisme. 

La Société géographique de Dresde demande à faire un échange de 
Bulletins. Le numéro qu'elle nous envoie renferme une masse de rap- 
ports et de mémoires curieux. Je citerai une relation de M. Pfund, sur un 
hiver passé dans l'État d'Illinois. C'est le tableau des souffrances endurées 
par trois émigrés enfermés dans un loghonse pendant un hiver vérita- 
blement arctique, sans moyen de se garantir contre le froid excessif. 

Une relation de M. Mehwold, sur les glaciers innombrables et les ma- 
gnifiques cascades de la Norwége, contient la nomenclature, non pas aride, 
mais animée de ces merveilleux accidents de la nature dans l'un des pays 
les plus pittoresques du monde. 

Une monographie savante de Woldemar Schulz, jeune savant, trop tôt 
enlevé à la science, offre des études ethnographiques et linguistiques sur 
les peuplades indiennes de l'Amérique méridionale, et traite la question 
de la colonisation dans ces contrées jusqu'ici imparfaitement explorées. 
C'est un ouvrage posthume qui aura sans doute l'honneur de la traduc- 
tion dans quelques revues anglaises ou françaises plus spécialement con- 
sacrées aux études géographiques. 

Dans les procès-verbaux des séances se trouve un rapport de M. Ger- 
stœcker, sur son voyage dans l'État de l'Equateur, et une relation de 
M. Schubart, sur le tremblement de terre qui a détruit, il y a quelques 
années, la ville de Mendoza, dans la confédération Argentine. 

Je dois me borner à ces indications, parce que la matière contenue 
dans le volume indiqué ne rentre pas dans la série ordinaire de nos tra- 
vaux. 

La Société archéologique de l'ancien duché de Nassau, siégeant à Wies- 



— 17 — 

bade, nous envoie le 9® volume de sa collection (année 1868), très-beau, 
très-substantiel, orné de lithographies, elc. Ce sont des ecclésiastiques, 
des chanoines, des professeurs, des instituteurs, qui fournissent le con- 
tingent le plus considérable des monographies et mémoires sur les per- 
sonnalités eminentes ou les antiquités de la vallée moyenne du Rhin. 

M. le chapelain Münz (de Francfort-sur-le-Mein) reproduit avec une 
énerg-ique fidélité le tableau de la Germanie, tel que Tacite l'a tracé, 
mais en y joignant des citations empruntées à Salvien et aux épîtres de 
saint Boniface. C'est un parallélisme fort ingénieux entre les anciens Ger- 
mains païens et les Germains convertis; en résumé, la comparaison n'est 
pas toujours à l'avantage des nouveaux convertis. Dans une lettre adressée 
par saint Boniface à Elhelbald d'Anglie (en 745), l'apôtre de la Germanie 
reproche au souverain de n'avoir point conservé les mœurs pures des 
anciens Germains. 

Nous rappellerons ici que Salvien, né à Cologne, plus tard moine à 
Lérins, flagelle (en 445), dans son ouvrage De Guhernatione Dei, les 
chrétiens, ses contemporains. Son traité est une vraie satire sur les 
mœurs de l'empire romain du cinquième siècle. M. Münz fait plus spécia- 
lement ressortir les paragraphes relatifs à Trêves et à Cologne. Dans la 
première ville, à plusieurs reprises saccagée par les peuples barbares, les 
survivants se livraient aux vices les plus effrénés, comme s'ils avaient 
éprouvé le besoin de s'étourdir sur la ruine qui allait les frapper eux- 
mêmes. 

M. Lupus, à Iserlohn, rapporte une série d'inscriptions empruntées sur- 
tout aux musées de Wiesbade et de Darmstadt. 

M. Becker (de Francfort) recherche les traces les plus anciennes du 
christianisme dans les contrées du Rhin moyen. C'est aussi une contribu- 
tion à l'épigraphie. Cologne, par exemple, fournit une touchante inscrip- 
tion consacrée au souvenir d'un enfant de sept ans, nommé Leontius , 
puer dulcissimus patri pientissimus ma tri; innocens funer e raptus-hea- 
tus-mente felix et in pace recessit. 

M. Schalk récapitule les découvertes récentes faites à Wiesbade; il ap- 
pelle l'attention sur un cadran solaire qui ressemble à celui trouvé à 
Pompéi, en 1832, et sur une pierre quadrangulaire dédiée à la déesse 
Sirona. 

Le même auteur fait le commentaire d'une prière chantée ou prononcée 
par les enfants, dans les différents dialectes allemands des bords du Rhin 
et de Westphalie, de la Scandinavie, d'Angleterre, etc. L'Alsace figure 
aussi parmi les contrées qui fournissent leur contingent à cette formule 

II<- SÉKIE. — T. VII. - (M.) 2 



— 18 — 

ou à ce chant doublement remarquable au point de vue linguistique et 
symbolique. Les anges gardiens dont il est queslion dans la prière, et qui 
paraissent dans tous les échantillons fournis par le collecteur, les anges 
gardiens varient, quant à leur nombre, entre 3 et 14. M. Schalk rapporte 
chaque fois le chiffre à un symbolisme sacré. 

M. Keller, p.isteur à Sulzbach, donne une biographie de Guillaume- 
Hyacinthe de Nassau-Siegen, l'un des prétendants à la succession de la 
maison d'Orange (IGOß-IV^S). 

Je m'arrête involontairement, car ce beau volume fournirait indéfini- 
ment des matériaux à des communications intéressantes et détaillées. 

M. Louis Benoît, bibliothécaire à Nancy, nous envoie deux petites bro- 
chures avec lithographies. 

L'une porte le titre de: Notice sur les antiquités du département de la 
Meurthe et des cimetières de la période gallo-romaine. Elle indique les 
cimetières des forêts qui s'étendent de Saverne au Donon , rappelle les 
recherches faites par l'un de nos membres, M. A. Goldenberg, au plateau 
du Gross-Limmersberg; les stèles cunéiformes taillées dans le grès des 
Vosges à Dreyheiligen (canton Hohwalsch ou Walscheid d'en haut). Dans 
les planches il reproduit entre autres la stèle de Magiorix , traitée par 
notre collègue M. de Morlet, et décrit un dolium funéraire en grès vosgien, 
des environs de Millersheim, type du mode de sépulture usité pour l'inci- 
nération. 

M. Benoît établit en principe que les tombeaux cunéiformes ne prove- 
naient point des Triboques. 

Un paragraphe spécial est rempli par la description d'un motif souvent 
reproduit, à savoir du groupe du cavalier terrassant un monstre anguipède. 

Le groupe le mieux conservé et le plus complet est celui que l'on a 
trouvé dans la forêt de Hommert. Ces simulacres étaient très-nombreux, 
répandus sur les deux versants des Vosges, d'Epinal jusqu'à Spire. Est-ce 
le type d'un Hercule vainqueur des géants? M. Jules Simon en fait une 
divinité topique inconnue, un de ces dii indigetes adoptés publiquement 
par les conquérants romains. 

La seconde brochure de M. Benoît porte le titre de: Elisabeth de Lor- 
raine ( Vaudemont), régente de Nassau- Saarbrück (tl455), et le Burg- 
fried de Niederstinzel. Cette princesse était la grand'tante du vainqueur 
de Charles le Téméraire; son mausolée occupe la place d'honneur dans la 
nécropole d'Arnwald. Elle était l'épouse de Philippe P"", comte de Nassau- 
Saarbrück, puis régente du comté et tutrice de son fils. 



— 19 — 

Pour une partie de ses Etals elle a reçu l'investiture de l'empereur 
Sigismond; de l'évêque de Metz pour une autre partie. 

On a retrouvé la correspondance de la régente avec son frère Antoine 
de Vaudemont, pendant les années 1436-1441. 

Quant au Burgfried ou à la paix castrense de Niederstinzel, conclue en 
1430, Elisabeth y a pris part, dans l'intention d'obvier aux effets désas- 
treux de l'invasion des Armagnacs. 

La Commission archéologique de Saint-Pétersbourg continue à nous 
envoyer ses magnifiques Comptes rendus, accompagnés de planches. En 
dernier lieu, ce sont les fouilles faites pendant les années 1865 et 1866 
qui ont fourni la matière des deux cahiers que nous tenons en main. Les 
rapports en tête des cahiers émanent du comte Serge Stroganoff; ils sont 
écrits dans notre langue. Les mémoires] explicatifs des planches sont 
de M. Stephani; composés par un savant allemand, ils sont saturés 
de la science archéologique allemande , hérissés de citations et instructifs 
à un haut degré, même pour les savants qui ont fait de l'archéologie leur 
étude spéciale. 

Je ne puis qu'indiquer ici sommairement les localités où les fouilles ont 
été continuées ou entreprises. C'est avant tout la presqu'île de Taman, 
où, pendant les années précédentes déjà, des découvertes considérables 
ont répondu à l'attente et aux sacrifices d'argent que la Commission 
s'était imposés; puis, dans les steppes qui s'étendent à l'est de la Russie 
d'Europe, en Sibérie, dans la Russie septentrionale, sur les confins de 
l'Altaï, etc., etc. Pour la plupart, ce sont des tumuli que l'on met à jour, 
les uns appartenant à des époques faciles à déterminer, d'autres à des 
époques antéhistoriques, à des civilisations primitives. Dans ces vastes 
champs ouverts à l'exploration scientifique, sur les confins de l'Europe et 
de l'Asie septentrionale, si tous les objets découverts ne sont pas neufs, 
tous ont cependant l'attrait de la nouveauté, à raison même de la distance 
de ces localités, éloignées du centre de la culture antique. 

Les savants qui se vouent à ces explorations lointaines méi'itent, à 
mon gré, un double éloge; il faut braver à la fois un climat souvent très- 
capricieux et rude, même dans la bonne saison, et des pays inhospitaliers. 
Cette remarque s'applique moins aux travaux dans la presqu'île de Taman, 
sous la direction de M. Lutzenko, directeur du musée de Kertch. Le ré- 
sultat de ces fouilles, pratiquées dans des tombes en pierre, consiste sur^ 
tout en équerres de bronze, en armes et armures, en bagues, en une 
couronne de feuilles d'olivier en or. Dans un tumulus de l'Ostry Kourgan^ 



— 20 — 

M. Lutzenko a découvert des catacombes avec squelettes, des couronnes 
funéraires en or menu, des médaillons, des vases, des monnaies en cuivre; 
dans une autre tombe, il a trouvé des monnaies byzantines de Basile II 
et de Constantin IX (tombe de la seconde moitié du onzième siècle); à 
Kertch même, le torse d'une statue de Dionysius a été mis au jour. 

A une dizaine de lieues du Dnieper, les lumuli, malheureusement, 
avaient déjà été fouillés par des pillards; on a découvert entre autres une 
tombe de onze chevaux avec harnachements, avec des selles ornées de 
plaques en or. Ces sépultures révèlent l'existence, sur la rive gauche du 
Dnieper, de hordes scythes , probablement du quatrième siècle avant 
notre ère. 

M. ïiesenhausen a dirigé des fouilles dans les steppes du Don, près 
d'Aksaï. On y a découvert des squelettes, des ustensiles, des armes. 

Une partie de la Russie septentrionale a été explorée parM, Lerch. Dans 
le gouvernement d'Olonetz, ce sont des armes en pierre, à l'usage des 
aborigènes de cette contrée, et pareilles à celles de la Finlande qui ont 
été recueillies par ce chercheur; dans le gouvernement de Wologda, le 
même a découvert un cimetière tchoude. 

Aux environs de l'Altaï, les recherches archéologiques ont été faites par 
M. Radlof; dans un cimetière aux environs de Katoudar, des armes et même 
des restes de vêtements ont récompensé les soins de l'explorateur. 

Dans le district d'Astrakan, 745 monnaies d'argent, provenant de la 
Horde-d'Or, et appartenant par conséquent au quatorzième siècle, ont pu 
être collectées. 

D'après ces simples indications, très -incomplètes , on ne sera pas 
étonné d'apprendre que, dans une seule année (1865), la Commission 
archéologique de Saint-Pétersbourg a dépensé, pour fouilles et acquisitions 
d'objets antiques, au delà de 120,000 fr. 

En 1866, les explorations ont été l'eprises dans la presqu'île de Taman, 
autour de la montagne dite de Milhridate. Je ne puis m'étendre davantage 
en énumérant les nombreux objets antiques de toute nature trouvés par 
M, Lutzenko, et qui sont plus ou moins analogues à ceux trouvés l'année 
précédente. Je me borne à citer: une couronne mortuaire, des boucles 
d'oreilles, des bracelets en or, divers joyaux, un cercueil en bois d'un 
travail de fine menuiserie orné de colonnettes et de moulures; le cercueil 
abritait le squelette d'une femme, avec des boucles d'oreilles, une cou- 
ronne, un collier, des bagues, des perles, un miroir, une corbeille en 
branches de saule. Dans une catacombe, on'a découvert vingt cercueils en 
bois à demi vermoulus; dans d'autres tombes, des monnaies de cuivre, 



— 21 — 

de Panticapée; une statuette d'Harpocrale en terre cuite; des vases or- 
nés de peintures jaunes sur fond noir, etc. 

La steppe des Kirghises a été explorée par iM.Radlof; celle des cosaques 
du Don, par M. Tiesenhausen, avec des résultats analogues à ceux des 
années précédentes. 

Il a de plus recueilli, grâce à quelques amateurs libéraux, un groupe 
en bronze représentant des lutteurs, un vase en bronze représentant des 
jongleurs, des perles en calcédoine et en cornaline, des plaques en or 
provenant de vêtements. M. Radlof a trouvé, dans la Sibérie occidentale, 
près d'Idugul, des tombes avec squelettes recouverts de couches d'écorce 
de bouleau, des armes, des ornements; à 25 verstes du lac d'Oubinsk, 
des tumuli avec des squelettes portant sur la tête une houe de fer; près 
de la rivière d'Om, un vaste cimetière; des restes d'une forteresse, avec 
des fragments de poterie, des briques cuites, des pots, etc.; sur les bords 
de rirtisch, des tumuli de formes particulières; dans la ville de Semi- 
palatinsk, un squelette avec boule de jaspe, un miroir en or. 

Des dons de toute nature affluent au musée de la Commission archéo- 
logique de Saint-Pétersbourg. Le compte rendu en fait l'énumération. 

Quelque incomplètes et fugitives que soient ces notes, elles vousjais- 
sent entrevoir quel intérêt se rattache à ces fouilles de l'extrême nord de 
l'Europe et d'une partie de la Sibérie. 



L. Spach. 



LES DYNASTES 



DE 



GEROLDSEGK-ES-VOSGES. 



INTRODUCTION. 

Dans une première monographie, qui a paru l'an dernier, d'abord dans 
le Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques 
d'Alsace\ puis, après une refonte partielle, en une brochure séparée, nous 
avons essayé de retracer les annales de la maison de Geroldseck dont le 
donjon patrimonial couronne l'une des cimes de la Forêt-Noire, et nous 
avons indiqué qu'elle ne doit pas être confondue avec une autre maison, 
de même nom et de même rang, dont les châteaux se trouvent dans les 
Vosges, au-dessus de Saverne, et qui était connue pour ce motif sous le 
surnom de Geroldseck-ès-Vosges, in Vosago, am Wasichen^. 

Nous nous proposons aujourd'hui de compléter notre travail en cher- 
chant à reconstituer l'histoire de cette aulre maison de Geroldseck, plus 
spécialement alsacienne, et qui, pour avoir disparu de la scène du monde 
bien avant celle de l'Ortenau, n'en a pas moins joué dans notre pro- 
vince un rôle dont de nombreuses chartes attestent encore l'importance. 

Nous n'avons plus eu, cette fois, le privilège de trouver la voie frayée 
par de consciencieux et savants devanciers: sauf Schœpflin, qui consacre 
aux Geroldseck d'Alsace une page de son Alsatia illustrata, aucun histo- 
rien n'a encore essayé de rassembler les éléments de leur généalogie, et 
c'est directement dans les archives, dans les recueils de titres, ou dans 
les rares indications de nos chroniqueurs que nous avons dû les chercher. 

1. La Seigneurie de Hohcnqeroldseck et ses possesseurs successifs; Bulletin, 11*^ série, 
t. VI, Mcm., p. G2, et iri-S», Strasbourg-, Noiriel. 

2. On traduit quelquefois am Wasichen par avx- Vosges ; l'expression ks-Vosges [dans 
les Vosges) nous parait plus française. 



— 23 ~ 

Aussi ne nous faisons-nous aucune illusion sur les imperfections et les 
lacunes que présente notre exposé; mais nous espérons que, fondé ex- 
clusivement sur des litres contemporains, il pourra, malgré son insuffi- 
sance, présenter quelque intérêt et servir de point de départ à ceux qui, 
plus habiles ou plus heureux, seraient tentés de reprendre après nous 
l'histoire de celte puissante et noble famille de dynasles alsaciens'. 

CHAPITRE PREMIER. 

Origine de la famille de Geroldseck ; sa parenté avec les Hobengeroldseck. Les sires de Tbiersberg. 
Le chanoine Renault de Geroldseck-Soultz. 

Les anciens chroniqueurs, Mathieu de Pappenheim, Hertzgg, etc., 
admettaient généralement que tous les Geroldseck, tant ceux de la Forêt- 
Noire que ceux des Vosges, avaient une commune origine et que la simi- 
htude de leur nom n'était pas due au hasard seul. 

Nous nous sommes déjà expliqué, dans les premières pages de notre 
précédent travail, sur celte origine, qui, en tant qu'on la chercherait à 
Rome, est manifestement fabuleuse. Nous avons également indiqué nos 
doutes quant à la parenté que l'on induirait d'une simple analogie de 
noms entre les Geroldseck de la rive droite et les Geroldseck de la rive 
gauche du Rhin. Depuis lors nul document ne nous a démontré que nos 
scrupules manquassent de base, et nous ne retirons rien de nos obser- 
vations. 

Toutefois, nous devons dire que l'un des historiens les plus judicieux 
et les plus autorisés de l'Alsace, l'abbé Grandidier, n'a pas craint d'ac- 
cepter la partie du récit de Mathieu de Pappenheim qui est relative à la 
communauté d'origine des deux maisons, cl considère Olhon l'Ancien, 
avoué de Marmoulier en 1 120, conmie l'auteur de l'une et de l'autre, par 
ses deux fils, Bourcard P'' et Olhon IP. Grandidier ne fournit, à l'appui de 
la Chronique de Pappenheim, aucun aigument péremptoire; mais le fait 
seul de son adhésion nous détermine à indiquer tout au moins celte 
filiation en en laissant la responsabilité à sou auteur^ 

1. Nous tenons à déclarer ici combien nos recherches aux Archives du Bas-Rhin ont 
été facilitées par l'excellent Invenluire, rédigé par M. Louis Spach, archiviste en chef 
du département. 

2. GnAXDiDiER, Œuvres historiques inédites, éd. Liblin, t. III, p. 4. 

3. La Chroni(|ue de Mathieu de 1'ibd;rbach et Pappexheim, Tractalus seu Iiistoria de 
origine progressuque... baronum de GeroKzeck, est publiée dans (REiNHAnn) Prag- 
matische Geschic/Ue des Hauses Geroldseck, Francfort et Leipsick, I7G6; Urkunden, u° I. 



— 24 — 

Il résulte de la charte de fondalion de l'abbaye bénédictine de Saint- 
Jean-des-Choux (1127)' qu'Othon l'Ancien avait trois fils: Diedericus , 
B'iirchardvs et Otto. C'est du second, Bourcard, que le chanoine de Pap- 
penheim fait l'auteur des Hohengeroldseck, tandis qu'on considère gé- 
néralement le troisième, Othon, comme la souche des Geroldseck-ès- 
Vosges. 

Bourcard doit avoir épousé une comtesse de Veringen, et le fils issu de 
celte union, Wolfgang, marié à une fille du comte Sigebert II de Werde ^, 
serait le père de Walther F'', sire de Hohengeroldseck, à partir duquel 
la généalogie de la famille se prouve par titres authentiques. 

Nous devons ajouter que certains indices recueillis par M. le docteur 
Fridegar Mone, dans les notes dont il accompagne la Chronique de l'ab- 
baye de Schutter n^ , permettent de supposer que de ce Bourcard et de la 
comtesse de Veringen, sa femme, seraient également issus les sires de 
Thiersberg {Tiersperc, Tiersberg, Diersburg) , dont la présence dans l'Or- 
tenau au treizième siècle et la parenté avec les Geroldseck sont prouvées 
par plusieurs documents irrécusables. 

Walther de Thiersberg (Tirsperc), ainsi nommé du château, voisin de 
Lahr, dont la famille de Rœder a ensuite acquis la possession, est mentionné 
comme témoin dans une charte du 12 (II Id.) avril 1197, par laquelle 
le margrave Hermann V de Bade et son frère Frédéric promettent à 
Helmwich, abbé de Seltz, moyennant un prêt de 200 marcs d'argent, de 
ne pas vendre à un autre que l'abbé, l'avouerie dont ils étaient investis*. 

D'après M. Fridegar Mone, ce Walther serait le père de Henri de Thiers- 
berg et de Walther P"", sire de Hohengeroldseck. M. Mone s'appuie, non 
pour établir la double paternité de Walther de Tiersberc, — ce n'est évi- 
demment à ses yeux qu'une probabilité, — mais pour prouver que Henri 
est frère de Walther P*", sur un passage de la Chronique (\e Gobefroi 
d'Ensmingen, où Henri, sire de Tiersberg, est qualifié d'oncle paternel, 
patrîius, de l'évèque Walther, fils de Walther ^'■^ Or nous ne pensons 
pas que palrims puisse être pris, cette fois, dans son sens rigoureux; en 
effet, dans un passage de la Chronique de Schutlern elle-même, qui pa- 
raît avoir échappé à l'éditeur, du moins quant à ce point spécial, le même 

1. ScHOEPFLiN, Alsat. (h'plom., n" 253. 

2. ScHŒPFLiN, Alsat. iUust., trad. Ravenez, t. V, p. 483, note du traducteur. 

3. D. Fridegar Mûne, Citron, v. Schuttern, iu der Quellensainmlang v. F. G. Mone, 
t. m, p. 101. 

4. M. F. G. MoxK publie ce document { Zeil schrift für die Geschichte des Oberrheins , 
VI, 423). 

5. Chronique de Gode/roi d'Ensmingen, éd. Liblin, p. 43. 



— 25 — 

Henri est dit tout simplement episcopo cognatus, c'est-à-dire apparenté à 
l'évêque'; et, dans le traité de paix conclu en 1266 entre les villes et sei- 
gneurs qui avaient pris part à la guerre de 1262, Henri est expressément 
désigné par Walther P*" comme son cousin {sin vetler)'-. De la comparaison 
de ces textes nous concluons que Walther de Thiersberg est le frère, non 
de Walther P"", mais de son père Wolfgang, si tant est qu'il ne faille pas 
chercher plus haut encore le hen entre les deux maisons. Dans notre 
hypothèse, Henri est effectivement le cousin germain de Walther P'', ainsi 
que le qualifie le traité de 1266, et il est l'oncle à la mode de Bretagne 
de l'évéque Wallher, ce qui explique tout à la fois les termes de patrmis 
et de episcopo cognatus. Nous supposons que Henri, à défaut de Wal- 
lher P de Geroldseck, eut deux autres frères, dont nous trouvons les 
noms, à la même époque, sur la liste des chanoines de Strasbourg :Ber- 
ihold de Tiersberc, chanoine en 1244, prévôt de 1260 à 1268, et Hermann 
de Tierperc (sic), chanoine en 12551 

Les Thiersberg succédèrent en 1213 aux comtes de Neubourg dans l'avo- 
catie de Schultern; et, en effet, Henri agit en cette qualité en 1235. Mais, 
après qu'il eut été tué à Hausbergen, aux côtés de son parent le landvogl 
Hermann (1262) , la dignité d'avoué paraît être sortie de sa famille. 

De son mariage avec Sophie de Zollern , Henri eut, selon M. Fridegar 
MoNE, un fils, Hartmann, qui mourut le 9 mars 1264 et dont la Chroni- 
que de Schuttern reproduit l'épitaphe*. Est-ce ce Hartmann ou un autre 
membre de la famille qui épousa Heilicka de Lichtenberg, fille de Louis P'" 
et sœur de l'évoque Conrad de Lichtenberg? Nous ne saurions l'affirmer. 

Ce qui est certain, c'est que, le 13 décembre 1279, l'évéque Conrad 
écrit une charte faisant savoir que son parent (conscniguineiis), Louis de 
Thiersberg, du consentement et de sa mère Heilicka de Lichtenberg, sœur 
dudit évêque Conrad, et de sa propre sœur, Heilicka de Thiersberg, à 
ce dûment autorisée par son époux, Guillaume, sire de Schwarzenberg, 
venait de donner au monastère de Sainte-Marie à Schuttern , diocèse de 
Strasbourg, un bien appartenant à la famille de Thiersberg à Friesen- 
heim, pour la fondation d'une messe anniversaire\ 

1. citron. V. SchuUcni, éd. Mone, 77. 

2. Arcllives de la ville de Strasbourg, V. D. G., lad. lit, fasc. 4, u" 8. 

3. Ex Liùro coquinœ, sive Libro rubro regulœ summi capituli Argent., tianscrit par 
Grandidier, Œuvres hist. inéd., t. 111, p. 196, IV, p. 2. Cfr., ibid., t. 111, p. 198; et Moxe, 
Quellensammlung, t. 111, p. G77. 

4. Chron. o. Schutlera, Quellensammlung, III, 9G. 

5. La charte se trouve aux arcliives de Carlsruhe et est publiée dans la Quellensamm- 
lung de MoNE, t. m, p. 101, note ***. 



— 26 — 

Louis doit être mort peu de temps après, sans laisser de postérité. 
Soixante ans plus tard, Wiric de Diersberg, fait prisonnier lors de la 
prise de la forteresse de Schwnnau en 1333, signa en 1334 des lettres de 
réconciliation avec la ville de Strasbourg, les ducs d'Autriche et Jean de 
Hallwiler, préfet du Sundgau*. C'est la dernière fois que nous avons ren- 
contré le nom de Tiersberg; encore ce Wiric n'élail-il peut-être qu'un 
ministérial et non un membre de la famille des dynastes de même nom. 
Reinhard, dans les pièces justificatives de sa Pragmatische Geschichte des 
Hauses Geroldseck, nomme pendant la seconde moitié du quatorzième 
siècle trois ou quatre ïhiersberg qui sont manifestement étrangers à ceux 
dont nous venons d'esquisser la généalogie ^ 

Indépendamment de la branche de Tiersberg, la famille des Geroldseck 
de rOrtenau paraît avoir produit au treizième et au quatorzième siècle 
d'autres branches encore que celles dont nous avons essayé, après Rein- 
hard, de reconstituer la filiation dans notre précédent mémoire. 

Il existe aux Archives départementales du Bas-Rhin^ toute une hasse de 
certificats latins et allemands, tendant à fournir les preuves de noblesse 
requises d'un certain Renault (Reinold) de Geroldseck, chanoine d'Augs- 
bourg, pour être admis dans le chapitre de la cathédrale de Strasbourg, 
en 1427. 

Voici, d'après ces certificats, la filiation d'une branche que nous ne 
pouvons, eu égard aux alliances indiquées et aux documents qui justifient 
la généalogie adoptée par nous, considérer que comme spéciale et indé- 
pendante des autres : 

I. N. de Geroldseck, marié avec une comtesse de Sponheim. C'est peut- 
être Walther II, sire de Hohengeroldseck-Veldenz, dont l'épouse se nom- 
mait Imcna de Sponheim. 

II. Jean, marié avec Agnès, comtesse de Fürstenberg. 

III. WalLher, marié avec Marguerite, fille d'un comte palatin de Tübingen 
et de Marguerite, comtesse de Venningen. 

IV. Conrad de Geroldseck, «en son vivant seigneur de Soultz», marié 
avec Anne, fille de Conrad, duc d'UrsUngcn, et de Verena, baronne de 

1. ScHCEPFUN, Als. illustr., II, p. 594, g 298, ou trad. Ravenez, t. V, p. 586, d'après le 
Cod. membr. diplom. Argent, de anno MGGCLXX, f" 149. 

2. En 1336, Jean de Tiersberg (p. 70); en 1370, Robert (p. 79), et, en 1394, un autre 
Jean (p. 98). 

3. G. 3489. Voy. spécialement la pièce dressée, sur l'ordre des dignitaires du chapitre, 
par Itell de Weslernacli, le 1"^'' jeudi après la Saint-Michel 1427. 



— 27 — 

Krenkingen (elle-même fille de Luttelmann, sire de Krenkingen, et d'une 
baronne d'Usenberg). 

V. Enfin, le de ciijus, Renault de Geroldseck, chanoine d'Augsbourg. 

Wallher, l'époux de Marguerite de Tübingen, paraît avoir eu trois fils : 
Conrad, ci-dessus nommé; Henri, qui fut connu comme son père sous le 
nom de von Tubingen , et Walther, que l'historien des palatins de Tü- 
bingen, SciiMiD, considère comme le Geroldseck de ce prénom tué en 
1386 à la bataille de Sempach'. 

Il résulte de la filiation authentique du chanoine Renault, qu'à moins 
qu'il y ait eu dans la famille de Tübingen deux Marguerite exactement à 
la même époque, M. Frid. Mone se trompe lorsqu'il fait de Walther, 
époux de cette dame, le fils de Walther IV de Geroldseck-Lahr et 
d'Anne de Fürstenberg, et le petit-fils de Walther III et d'Elisabeth de 
Lichtenberg^ 

Non-seulement l'époux de Marguerite de Tübingen n'était pas fils de 
Wallher IV, puisque son père se nommait Jean et sa mère Agnès de Für- 
stenberg, mais encore Walther IV, d'après des chartes publiées par Rein- 
hard et non contestées par M. Mone, avait épousé Susanne de Ribeau- 
pierre et non Anne de Fürslenberg, qui était au contraire, selon toutes 
les probabilités, l'épouse de Walther III, de Geroldseck-Hohen-geroldseck, 
le vaincu de Schwanau (1333) \ 

D'autre part, la filiation de Renault permet de déterminer, plus com- 
plètement que Reinhard n'a été à même de le faire, la généalogie de la 
ligne de Geroldseck-Soultz : elle démontre que Walther, dont il s'occupe 
dans son § LU, est bien réellement le père de Conrad et par conséquent 
l'aïeul de Jean, dernier représentant mâle de cette ligne. 

Nous ne voulons pas nous étendre sur celle question qui, quoi qu'on 
fasse, est encore enveloppée de nuages et dont ki solution n'a qu'un mé- 
diocre intérêt pour l'histoire d'Alsace. Mais nous en avons dit assez pour 
montrer combien ces vieilles généalogies sont difficiles à débrouiller,- 
quelle confusion y apporte la répétition perpétuelle des mêmes prénoms 
et à quelles réfutations est exposé l'auteur le plus scrupuleux et le plus 
compétent; ce sera notre excuse en cas d'erreur, à nous qui ne pouvons 
prétendre au second de ces qualificatifs*. 

1. ScHjiiD, Gesch. der Pja/zg. v. Tübingen, 4i7, cilé par Mone, QueUensammhoig, III, 
p. 120, note *. 

2. Qiœllenmmnihing , \\\, p. G77. 

3. Praginalisclie Gesch. des Hauses Geroldseck, f'^ partie, p. 90-91, et 35. 

4. Puisque nous avons ('té amené à revenir sur queiqncs-nns des points toucliés dans 
notre Seigneurie de Hohengeroldseck, nons devons reclilier, dans sa dernière ligue con- 



— ^2S — 



CHAPITRE II. 

L'abbaye de Marmoutier et ses avoués. Filiation des premiers Geroldseck connus. 
Les évêques Conrad et Henri de Geroldseck. 

Les documenls les plus anciens dans lesquels il soil question des dy- 
nastes de Geroldseck datent des premières années du douzième siècle et 
les désignent comme avoués de l'abbaye de Marmoutier. 

C'est probablement à la même époque que remonte la construction du 
plus grand des deux châteaux dont ils prirent le nom. Mais on peut ad- 
mettre que leur arrivée dans le pays est bien antérieure et qu'au moment 
où ils apparaissent dans les chartes, ils jouissaient déjà depuis une assez 
longue période d'années des droits et prérogatives attachés à la qualité 
d'avoué. 

On sait que l'abbaye de Marmoutier doit sa fondation à saint Léobarde, 
disciple de saint Colomban, qui au sixième siècle quitta le couvent de 
Luxeuil pour aller établir sa celhile sur le penchant oriental des Vosges, 
dans l'une des riantes vallées que traverse aujourd'hui la route de Was- 
selonne à Saverne, Dotée par le roi Childebert H d'un vaste domaine 
connu sous le nom de Marche d'Aquilée', la cellule de Léobarde ne prit 
néanmoins un accroissement proportionné à l'étendue de ses possessions 
qu'un siècle après, sous l'abbé Maur, que l'on considère comme le second 
fondateur de la maison et qui lui donna son nom (Maurimonasterium , 
Maur moiUier, Marmoutier). En 816, Louis le Débonnaire y appela, pour 
y rétablir la discipline, le célèbre saint Benoît d'Aniane, et, plus tard, 
l'abbaye ayant invoqué sa protection, il la plaça, avec tous ses biens, sous 
la juridiction de l'évèque de Metz^ 

cernant la famille de la Leyen, une assertion qui était exacte eu 1855 et en 1856, dates 
des ouvrages que nous avions consultés pour cette partie de notre travail, mais qui, heu- 
reusement pour l'avenir de cette antique et illustre maison, a cessé de Tètre depuis. Bien 
loin de n'avoir pas de postérité, le prince héréditaire Erwin de la Leyen a, au contraire, 
de .«on mariage avec la princesse Adélaïde, fille de Charles -Théodore , prince de la 
Tour ET Taxis, et de Juliane, comtesse d'Einsiedel, quatre lilles et un (ils: Sophie, née en 
1855; Marie, née en 1857; Julie, née en 1860; Erwin, né en 1863, et Eugénie, née en 
18G7. [Almumchde Gotha, aimée 1869, p. 19G.) Nous devons à l'obligeance de M. Ed. 
DE Fehrentheil ET GRUPPE^fBERG , la généalogie de ses enfants, dressée à 128 quartiers. 

1. M. P. RisTELHUBER a publié, dans le Bulletin de la Société pour lu conservation des 
monuments historiques d'Alsace (11* série, t. Il, p. 18ii, nue notice sur la Marche d'Aqui - 
lée , son étendue et l'origine de cette expression. 

2. GoLBÉUY ET ScHWEiüH.EUSER, Antiquités de l'Alsace, 2^ section, p. 105 et suiv. 



29 

La marclic de Marmoiitier, ainsi qu'on continua à l'appeler, devint, par 
là même, un fief mâle relevant du siège de Metz ; et c'est probablement 
peu de temps après que les ancêtres de nos dynastes en furent investis, 
avec la mission de défendre la maison de Dieu contre tous ses ennemis. 

Dans l'origine la Marche comprenait un assez vaste territoire; au nord, 
elle s'étendait jusqu'à la Zorn et embrassait, au midi, la région monta- 
gneuse où devait s'élever, au douzième ou au treizième siècle, la forteresse 
d'Ochsenstein. Nous devons dire en passant, sauf à y revenir plus tard, 
que de la construction de cette forteresse sur un territoire dont nos dy- 
nastes étaient les avoués, on a conclu que les Ochsenstein et les Gerolds- 
eck formaient deux branches issues d'une même souche. Plusieurs docu- 
ments corroborent cette présomption. 

Peu à peu, la Marche perdit de son étendue primitive. Dans la seconde 
moitié du quatorzième siècle, à l'époque où on l'appelait plus communé- 
ment la seigneurie de Geroldseck, elle comprenait les localités suivantes : 
les deux châteaux de Geroldseck, la ville de Marmoutier, les villages 
de Rittenbiirg (Reutenbourg), Schweinheim, Viller (Lochwiller), Gotten- 
hausen, Synnenhrist {Signum Christi, Singrist), Sallendal (Salenthal) , 
Dompcstal {Dumphilsdcd, Dimbslhal), Heigenheim {Hegeheim, Hangen, 
Hegenheim), Dompeter {Dumpthcter, Thal), Swabwiler {Swewiler, Schwœb- 
willer), Wcdltershovcn (Waldshofen, Saint-Gall), Garrberg , etc.' D'autres 
pièces contemporaines mentionnent, en outre, Boel ou Bohel, diverses cours 
dépendant des couvents de Marmoutier et de Sindelsberg, et même 
Oderswiler (Otterswiller), ce qui pourrait n'être, au surplus, qu'une 
erreur de copiste, car il est douteux que, vers la fin du quatorzième 
siècle, cette localité dépendît encore de la seigneurie de Geroldseck ^ 

De ces diverses localités, la Marche ne comprenait plus, avant la révolu- 
lion française, que Marmoutier, avec les ruines des deux Geroldseck, plus 
les huit villages de Lochwiller, Reutenbourg, Singrist, Salenthal, Dimbs- 
thal, Hegenheim, Thal et Goltenhausen ; les autres avaient été aliénés ou 
détruits. 

En quoi consistaient les fonctions d'avoué dont la jouissance de la 
Marche constituait en quelque sorte la rémunération? Un règlement fort 
ancien, puisqu'il date de l'an 1163 et n'était très-probablement, à ce mo- 

1. Cité d'après les lettres d'investiture données, le 29 décembre 1387, par Rodolphe, 
évêque de Metz, à Yolmar, sire de Geroldseck. (Archives du Bas-Rhiii . E, 2841 , 2, copie.) 

2. Yoy. aux mêmes archives, E, 2841, 1, une copie, tmi vidimce, de la convention 
conclue entre Volmar de Geroldseck et l'évèque de Metz en 1381, au sujet du partage 
éventuel de la seigneurie. 



— mo- 
ment, que la reproduction textuelle de règlements antérieurs, fournit, 
quant à Marmoutier, des renseignements curieux et précis'. L'avoué était 
chargé de présider les trois plaids généraux et les assises du tribunal su- 
périeur de la Marche, de défendre les gens de justice contre les rancunes 
et les vengeances des accusés ou de leurs familles, de protéger les voya- 
geurs, etc. En échange de ces services, il jouissait de la châtellenie de 
Geroldseck, du tiers des amendes et de diverses contributions en nature; 
lorsqu'il descendait de Geroldseck pour tenir des plaids ou des diètes, le 
maréchal de l'abbaye recevait ses chevaux à l'arrivée et leur donnait «en 
abondance », et aux fiais de l'abbé, le foin et la paille nécessaires. 

A part ses fonctions judiciaires, l'avoué était le défenseur et le con- 
seiller attitré de l'abbaye; nul acte important ne pouvait s'accomplir sans 
son assentiment, et tout agi-esseur s'exposait à le rencontrer sur son che- 
min, au besoin la lance au poing. C'était là du moins, si nous pouvons 
ainsi dire, la théorie de cette institution. La pratique s'en écartait beau- 
coup, et tous les auteurs sont unanimes à dire que les sires de Geroldseck 
ont été bien moins les patrons désintéressés de l'abbaye de Marmoutier 
que ses spoliateurs. Les abbés se plaignent incessamment de leurs em- 
piétements, et si, grâce à l'intervention des évèques, grâce à la menace 
des foudres spirituelles, ils obtiennent parfois de leurs redoutables pro- 
tecteurs un acte de contrition, une promesse de résipiscence, il faut que 
le repentir ait été de courte durée, car les plaintes se reproduisent à 
toutes les époques et, en définitive, l'abbaye se trouva ruinée de fond 
en comble. 

Le premier auteur connu de la maison de Geroldseck est Olhon 1", 
qui est mentionné en 1120 sous le nom de Otto, senior, advocatus, dans 
une charte relative à un échange d'immeubles entre les couvents de Mar- 
moutier et de Sindelsberg^ 

Sept ans après, il figure comme témoin avec ses trois fils, Diedcricus , 
Burchardus et Otto, dans la charte de fondation de l'abbaye bénédictine 
de Sainl-Jean-des-Choux; cette fois il y est expressément appelé Otto de 
Gerolzeg {ii^ey. 

1. Accord cuire l'abbé Conrad et Otto de Geroltzecke au sujet de l'avoiœrie et de ses 
reücnus, ainsi que des droits de juridiction et privilèges de l'abbaye (M 63), aux Archives 
du Bas-Rliin, H^ 558, 7 (copie); voir aussi Schoepflin, Als. dipl., n" 275, et un article de 
M. l'abbô Hanauer, les Paysans de Marmoutier au neuvième et au douzième siècle, dans 
les Curiosités d'Alsace, t. 11, p. 354 et suiv. 

2. ScHŒPFLiN, Als. dipl., n» 247. 

3. Ibid., n« 253. 



— 31 — 

L'aîné des fils d'Othon l^'', Diedericus , Dieder , Truther ou Didier, 
épousa une dame nommée Berlhe et en eut deux enfants: un fils, Conrad, 
et une fille, Adélaïde, qui devint la femme d'un sire d'Eschibach et la 
mère d'Ulric d'Eschibach, prévôt de Lucerne. L'existence de ces divers 
personnages est prouvée 1° par la charte suivant laquelle Conrad, in re- 
medium animarum pcdris sui Tndheri et mcdris suce Berchfœ, fonde en 
1137 le monastère des chanoines réguliers d'Ittcnwillei", près d'Aiidlau'; 
2" par une mention du nécrologe de l'abbaye de Pairis portant: Memoria 
domini Conradi ,prœpositi Argentinensis , Adelheidis, sororis ejus, et Udal- 
rici de Eschibach, filii dictœ Adelheidis, prœpositi Lucernensis, qui nobis 
bona in Beinwilre, etc., contulere; Idibus mail ii68 (15 mai)^ 

Ce Conrad, fils de Didier, est nommé, en 1144, dans une charte du 
prévôt Adelgot, parmi les chanoines de la cathédrale de Strasbourg; puis, 
dans des chartes de l'évêque Bourcard, archidiacre en 1153 et choré- 
vêque en 1156; enfin, dans une bulle de l'anti-pape Paul III, vers 1166, 
grand-prévôt (prepositus majoris ecclesie Argentinensisy ; on vient de 
voir qu'en 1168 on le désignait, à Pairis, sous le même titre. Le 20 dé- 
cembre (m vigilia Thomœ apostoli) 1179*, il fut élu évêque de Stras- 
bourg; mais il n'occupa pas son siège pendant une année entière, car il 
mourut le 17 décembre {XVI kcd. jan.) 1180^ Pendant son court épisco- 
pat, Conrad de Geroldseck n'a pas eu le temps de laisser dans l'histoire 
une trace bien profonde; on néglige même quelquefois de le compter. 
Cependant il est nommé dans plusieurs chartes, notamment avec Louis 
de Bâle, Frédéric, duc de Souabe et d'Alsace, les comtes Amédée de 
Montbéliard et Louis de Ferrette, à la tête des seigneurs qui signèrent le 
diplôme de l'empereur Frédéric P^" pour l'abbaye d'Étival (11 oct. 1180)®. 
Dans notre Seigneurie de Holten gcroldseck, nous avions rangé Conrad, sur 
la foi de Hertzgg'', parmi les Geroldseck de l'Ortenau; on voit, par la 
filiation plus précise que nous indiquons ici, qu'il appartenait au moins 
autant aux Geroldseck-ès- Vosges, puisque son aïeul était avoué de Mar- 

1. WiMPHELiNü, De Episc. Argent., p. 50. 

2. Necrologium eccl. Parisiensis [Gallia christiana , V, 823), cité par Grandiuier, 
Œuvres hist. inéd., t. III, p. G , note 5. 

3. ÜUANDIDIER, lOC. CÜ. , nOtC 2. 

4. Fragm. hist. Urstisii, p. 95. 

5. Kécrologe de la cathédrale de Strasbourg, cité et discuté par Grandidier, oj). cit., 
t. III, p. 2, note 1. 

6. Cité par Grandiüier (t. III, p. 213, n" 66), d'après les archives de cette abbaye. 

7. Edels. Cron., liv. IV, p. 80. 



— 32 — 

montier et que les Hohengeroldseck descendent, selon toutes les pro- 
babilités, d'un de ses cousins germains. 

Le deuxième fils d'Olbon P, Bourcard, est, ainsi que nous l'avons 
dit plus haut, l'auteur présumé des sires de Hohengeroldseck et de 
Thiersberg. 

Le troisième, Olhon II, continua la maison de Geroldseck-ès-Vosges. 

Enfin, on peut sans doute également ranger parmi les fils d'Othon P"", 
bien que la filiation ne soit plus, cette fois, établie par litres, un chanoine 
de la cathédrale de Strasbourg, nommé Berthold, qui vivait dans la seconde 
moitié du douzième siècle et qui est mentionné 1° dans un acte de 1 160, 
comme prepositus S. Pétri et chanoine de la cathédrale; 2° dans un acte 
de 119o et dans le nécrologe de la cathédrale, sous le titre de grand- 
chanlre : Bertoldus cantor, Bertholdus cantor de GeroUesekke. Il mourut 
le 22 août {XI cal. septemh.), avant l'année 120V. 

Il règne quelque incertitude sur la personnalité des Olhon et des Bour- 
card de Geroldseck qui sont mentionnés dans un très-grand nombre de 
pièces de la seconde moitié du douzième siècle. Qu'Othon F"" ait eu un fils 
nommé comme lui et un autre fils du nom de Bourcard, c'est ce qui res- 
sort positivement de la charte de 1127 que nous avons déjà citée. 11 ré- 
sulte également de l'acte de 1120, où le même Othon P"" est qLiahfiése»/or, 
qu'il était d'un âge avancé à l'époque où on l'y mentionnait et que, par 
conséquent, les diplômes, de 20 ou 30 ans postérieurs, dans lesquels le 
nom d'Othon reparaît, peuvent être attribués sans scrupule à ses des- 
cendants. 

Mais l'incertitude commence alors qu'il s'agit de déterminer si toutes 
ces pièces concernent un seul et même personnage, Othon II, ou si elles 
se partagent entre lui et un certain Olhon III, que Schœpflin suppose 
avoir été son fils et dont Grandidier paraît mettre en doute l'existence ^ 
Après un examen attentif des dates, nous n'hésitons pas à nous ranger à 
l'avis de Schœpflin ; en effet, on retrouve les Olhon de Geroldseck dans 
les chartes jusqu'en 1193 : pour qu'Othon I" fût qualifié de senior en 
1120, il fallait que son homonyme Othon II eût déjà atteint l'âge d'homme, 

1. Grandidier, op. cit., t. III, p. 5, note 3, et p. Il, noie 1. Le nécrologe porte textuelle- 
ment : A7 cal. scptemb., Bertoldus canto?- obiit, qui dédit dimidium mansum Schaf tol- 
desheiin, et le Livre de la règle de la catliédrale porte : hi Schnjtoldcsheim est dimidius 
mansiis, minus tmo agro, quem dédit Bertholdus , cantor de GeroUesekke. 

2. ScHOKPFLiN, Als. ilhistr., t. 11, p. C21, g 3C5; Grandidier, OEuvres hisl. inéd., t. II, 
p. 4, note 2. 



car on n'auruil pas iluiiné l'épilhèle de senior au pèru d'un enfanl; el si 
Olhon II avait 20 ou 25 ans en 1120, il est impossible qu'il soit encore 
représenté comme agissant et guerroyant soixante-treize ans plus lard. Les 
dernières pièces qui puissent lui être attribuées sont celles de 1172 et 
1182, où il est mentionné avec son frère Boiu'card 1*^'", et encore admet- 
li'ions-nous sans peine qu'elles s'appliquent de préférence à Ollion 111 et à 
Bourcard II. 

(juant aux Bourcard, le problème est d'autant moins aisé à résoudre que 
le nom de ceux dont l'identité est enveloppée de nuages, reparaît pendant 
une période de 120 ou loO ans. On est généralement d'accord sur un 
point, c'est que les nombreuses pièces (jue nous aurons à analyser se rap- 
portent à trois personnes différentes : Bourcard P'', frère d'Ollion H; Bour- 
card II, fils d'Ollion H, et Bourcard III, fils de Bourcaid II; en effet, la filia- 
tion de Bouicard III est aullicnliquement établie, et les freies Othon el 
Bourcard sont mentionnés ensemble dans des cbartes trop récenles pour 
pouvoir être attribuées aux deux dynastcs de ce nom cités avec leur père 
Ollion F dans la cbarte de 1127. 

rSous tenons dune pour démontrée l'existence et d'Ollion I!I et des trois 
Bourcard. Mais, d'une pari, nous ne pouvons affirmer, en l'absence de 
tout document exprès, qu'Otbon III et Bourcard II, en les supposant frères, 
soient les fils d'Oihon II; et, d'autre part, nous reconnaissons volonliers 
que certaines pièces peuvent être attribuées avec autant de vraisemblance 
à Ollion III (jii'à Olbon II, à Bourcard II qu'à Bourcaid P'", à Bourcard III 
qu'à Bourcard II, el vice versa. 

Sous la réserve de ces observations, voici les documents dans lesquels 
il est question de ces différents dynastes : 

En 1 I^/o, Otlo, Iinjus loci advocatus, est mentionné dans une cbarte 
d'Ansbelme, abbé de Marmoulier, relative à une donation laite à l'abbaye 
d'un bien sis à Loubacb. En 1147, Olto, mlvocuhis, est témoin d'une con- 
vention conclue entre l'abbé Anslielme et Bourcard, évé([ue de Strasbourg, 
au sujet d'une donation faite aux religieuses du Sindelsbcrg'. 

Olio de Geroldsechen, advocatus cœnobiî S. Stephcml in ciritalc Aryot- 
linensi, Olbon, avoué du couvent de Saint-Élienne, à Strasbourg, est 
mentionné, en 1157, dans la cbarte de l'évèque Bourcard concernant ce 
couvent". 

En 1158, Ollo de Geroldiseckkc, aduocatus islius loci miliaris, figure, 
avec Hezelin de Wangen, comme témoin d'un contrat passé entre l'abbé 

1. ScHüEPi'Lix, Als.diplom., u"* 273 et 279, 

2. Charle citée |)ar Grandiduou, op. cil., t. 111, p. 3, noie i>. 

n- .<ÉuiE. ^ i. VII. — ^Ji ) 3 



— 31 — 

de Nenwiller et Hugues, comte de Dabo, au sujet de biens sis à Dossen- 
heim. A ses autres dignités, Otbon joignait donc, en 1158, celle d'avoué 
de Neuvviller. Quatre ans après, en 11C2, il est qualifié avoué de Haslacb, 
dans un acte d'échange intéressant l'église de Soultz, près Molsheim'. 

En 1163, accord conclu entre Conrad, abbé de Marmoulier, et Otto de 
Geroltzccklie , oberster vogt , grand-avoué de l'abbaye, au sujet de leurs 
droits et devoirs respectifs, et en général au sujet des droits et coutumes 
en vigueur dans la Marche. Nous ferons remarquer, à propos de cette 
pièce, dont il existe un texte latin et un texte allemand à peu près con- 
temporains et presque identiques, que l'abbé y déclare déjà expressément 
qu'il ne doit y avoir qu'un seul avoué, l'aîné de la famille de Geroldseck; 
c'était entre les abbés et nos dynastes un sujet perpétuel de discussions 
et de récriminalions\ 

En 1170, Rodolphe, évêquede Strasbourg, acquiert par voie d'échange, 
de Wernher, abbé de Marmoutier, le château de Ilaut-ßarr. Sont nommés 
dans l'acte, Anselme;, avoué de Strasbourg, et Olhon, avoué de Mar- 
moutier \ 

En 1172, dominus Otto de Gcroldesecke , ecclesie S. Florentii de Hase- 
laha, et f rater ejus Burchardus, sont rappelés dans une charte de l'évéque 
Rodolphe. En 1182, IV Id.julii (12 juillet), on trouve Otto de Geroltseck 
et Burchardus frater ejus, mentionnés comme témoins dans une charte 
donnée à Haguenau par l'empereur Frédéric^ 

En 1187, Otto de Geroltesecke, selon toutes les probabilités Othon III, est 
témoin de la confirmation du monastère de Kœnigsbruck par l'empereur 
Frédéric 1°""^ et, la même année, Otto de Geroldesecke et Burckhardus fraler 
ejus sont nommés dans la lettre de privilèges donnée par le même prince 
à Wissembourg *. 

En 1188, le même Othon, Otto de Gerolteseck, advocatus ecclesie Hase- 
lacensis, figure dans une charte de Henri, évêque de Strasbourg, relative 
à la collégiale de Haslach^ Peu après, il eut avec l'évéque Conrad de 

1. ScHOEPi-'LiN, Als. dipL, no' 298 et 305. 

2. Copie de la pièce allemande aux Archiver du Bas-tthin, H, 558, 7; la pièce latine 
dans YAlsatia diplomatica , \\° 275. M. l'abbé Hanauer les a traduites et commentées 
dans les Curiosités d'Alsace, t. II, p. 370. 

3. Als. dipL, n» 311. 

4. Grandidier, op. cit., t. 111, p. 4, note 1 ; p. 7, note 6, d'après un fragment provenant 
des manuscrits d'UnsTisius, à Bûle. 

5. ScHOEPFLiN, Als. dipl. j n" 341. 

6. ScHOEPFLiN, Als. illustr., t. Il, p. 621, g 3(J5. 

7. Grandidier, op. cit., t. lit, p. 4, note 2. 



— 35 — 

Hunebourg, successeur de Henri de Hasenbourg, de longs et violents dé- 
mêlés au sujet de la moitié de Saverne, que le sire de Geroldseck récla- 
mait à titre de fief épiscopal : un traité mit fin à la querelle en 1193*, 
c'est la dernière fois que nous avons trouvé mentionné un Olhon de 
Geroldseck. 

Othon II paraît avoir eu un assez grand nombre de fils : à part Othon 111, 
dont il vient d'être question, et Bourcard II, sur lequel nous reviendrons 
tout à l'heure, Grandidier lui donne pour fils deux chanoines de la cathé- 
drale de Strasbourg, Berlbold et Etienne^ Nous n'avons trouvé aucun 
document sur Etienne. Quant à Berlbold, Derchtoldus de Geroltesecke , il 
est qualifié, dans un diplôme de 1193, lu ccclesia Argentinensi'portarius ; 
il réclamait, en cette qualité, douze sacs de grains qui devaient être livrés, 
six par le custos, six par le cellérier, et que lui disputait le chanoine Hu- 
gues de Fribourg; l'aflaire fut portée devant le chapitre et jugée contrai- 
rement aux prétentions de Berlbold l Plus tard, il AeVmi mensurnarius, 
réfeclorier (1202), puis camérier (1208 et 1221)*. 

Bourcard II, qui continua la famille, eut trois fils : Bourcard III, Symon 
et Henri. Le fait est prouvé par la comparaison d'un diplôme de 1236 où 
Bourcard III et Symon sont expressément désignés comme ses fils^ et 
d'un autre diplôme de 1256, duquel il résulte que Bourcard III, et Henri, 
grand- chantre et plus tard évêque de Strasbourg, élaient frères ^ 

Bourcard liest nommé dans un certain nombre de pièces; il n'est pas 
impossible, toutefois, que l'une ou l'autre se rapporte à son fils. 

En 1217, Burcardus de Geroltesecke est témoin de l'acte par lequel 
Olhon d'Ochsenstein et Evrard, son frère cadet, partagent leurs châteaux 
et leurs fiefs (prîdie cal. decemhr., c'est-à-dire, 30 novembre)^ ^ 

En 1236, ^wrcardws de Geroltzeckh ûguve , comme témoin, dans un 
traité entre l'empereur Frédéric II et Berthold, évêque de Strasbourg, et 
dans un diplôme de Henri, landgrave d'Alsace, relatif à Donnenheim*. 

1. Lehmann, Vrkundl. Gesch. der Grafschaft Hanau-Lichtenberg , t. 11, p. 7. 

2. Loc. cit. 

3. WuRDïWEiN, A'oi'. sabs. diplom. , t. X, p. 165; Grandidiek, op. cit., t. III, p. 42. 

4. Diplômes cités par Grandidier, op. cit., t. 111, p. 51 , note 2. 

5. Burchardus de Geroltesecke, Burchardus et Symon filii ejusdein: diplôme donné, à 
Golmar, en 123G, par l'empereur Frédéric II à la ville de Strasbourg. (Wencker, De Us- 
burg., p. 9.) 

G. Burcardus de Geroltseclic,frufer dicti cautoris , etc. Mone (Zeitschrift für die Ge- 
schichte des Oberrheins, XV, ICI) publie la pièce inextenso. 

7. Archives de Darmstadt; Mone, Zeitschrift filr die Geschichte des Oberrheins, t. XIV^ 
p. 191. 

8. ScHOEi'i'LiN, Als. dipl., u"' 48U et 48 i. 



ÖO 



Le 26 jiiillel 128t), il esl aibilre d'une liaiitsaclioii entre l'abbaye de 
Marmoulier et les chevaliers Frédéric Marscliaik et Engelhard de llague- 
nau au sujet de biens sis à Weyersheim '. 

C'est en 1238 que nous rencontrons ])ùur la dernière l'ois, dans les 
chartes, le nom de Bourcard II. Symon , jiUus Burkurdi advocaii de Ge- 
roUesheche , est témoin de la confnrnalion par Conrad IV, roi des Romains, 
de la vente d'un fief impérial". Ce document, en même temps qu'il corro- 
bore celui de '12o6, cité plus haut, quant à la lilialion de Symon P"" de 
Geroldseck, prouve, en outre, que son père jouissait, comme ses ancêtres, 
de la dignité d'avoué de Marmoulier. 

Des trois fils de Bourcaid II, les deux aines, Bourcard III et Symon P'", 
donnèrent naissance à des branches spéciales auxquelles nous consacrons 
les deux chapitres suivants. Le troisième, Henri, entra dans les ordres et 
finit par monter sur le siège épiscopal de Strasbourg-, après la mort de 
son fougueux cousin, Walther de Hohengeroldseck. 

Les auteurs du siècle dernier ne sont pas d'accord sur la filiation de 
l'évêque Henri. Sciiœpflin, dans son tableau généalogique de la maison 
de Geroldseck % fait de lui le fils d'un certain Henri, frère d'Olhon III et 
de Bourcard H. Graindidier, après avoir rangé le prélat parmi les fils de 
Bourcard II, paraît se raviser, car un peu plus loin il adopte la version de 
ScHŒPFLiN, sans, du reste, fournir aucune preuve à l'appui ni de sa pre- 
mière ni de sa seconde manière de voir^ Non-seulement on ne produit 
aucune pièce constatant que le père de l'évêque s'appela Henri, mais en- 
core nous n'en connaissons point qui autorise à attribuer à Othon II un 
fils de ce nom. 

Une charte, découverte dans les Archives de Carlsruhe et publiée par 
M. MOiNE^ tranche la question dans le sens de la première opinion de 
Grandidier, c'est-à-dire, fait expressément de Henri le frère de Bour- 
card III et, par conséquent, le fils de Bourcard II: En 1256, yost festum 
b. Johannis Bapl., quindccim dies (du 24 juin au 7 juillet), le couvent de 
Saint-Biaise loue à Henri de Geroldscck, chantre de la cathédrale de 
Strasbourg, pour sa vie durant, ses cours à Sesselniteim et à Wisentowe. 
L'aulhenlicité du contrat est attestée par l'apposition des sceaux de Wal- 
ram, chanoine de Strasbourg (très-probablement, de Walram de Gerolds- 

1. Archives du Bas-Rliin, H, b[d, l. 

2. Sghoepflin, Als. dipl., n» 490. 

3. ScHOEPFLiN, Als. ilhistr., t. II, p. G 18. 

4. Gi!ANDiDii;u, op. cit., t. III, p. 4, note 2; t. IV, p. 2G. 

5. ZcilschriJ'tJür die Gesch. des Oberrheins, XV, 161. 



eck, que le Liber ro(j)iliUP svnut/i capitvVi Argentinen^l.^ eile, en 1255, 
en tête des chanoines m expedatione, et qui était alors dans le chapitre 
le seul personnage (hi nom de Waliam'), et de Bourcard de Geroldseck, 
frère du chnnlve, )whilis vin' domitti Bvrcnrdi de GeroJlscche,frntris dicii 
cantoris. 

Le sceau de Bourcard, pour le dire en passant, est un sceau équestre 
et triangulaire; le cavalier tient un écu au lion des Geroldseck, La légende 
est légèrement écornée, mais on y lit encore : Sigili.um Burc... rol- 

TESECKE, 

Heni'i de Geroldseck élait déjà chajioine de Slrashourg en 1242'. En 
1255, le Lilier regulœ lui donne la qualification de chantre; on vient de 
voir qu'un autre acte authentique la lui donne en juin 1256. Lorsque la 
mort de Henri de Staleck (IV des noues de mars = 4 mars 1260) appela le 
chapitre à élire son successeur, le chantre, soit qu'il ambitionnât pour lui- 
même la mitre et la crosse, soit qu'il se défiât, non sans raison, — la suite 
le montra bien, — du caractère hautain et irascible de son collègue, Wal- 
Iher de Geroldseck, fut le seul chanoine qui s'opposât à l'élection de ce der- 
nier. Le conflit qu'Henri redoutait éclata dès la première année; Walther, 
cà bout d'arguments, recourut à ses armes spirituelles, enjoignit à tout son 
clergé de sortir de Strasbourg et mit la ville en interdit (juin 1261). Seul 
encore, le grand-chantre refusa d'obtempérer à cet ordre, sans même 
donner aucun prétexte pour colorer sa désobéissancel Cet honorable acte 
d'indépendance lui valut parmi les bourgeois une popularité que justi- 
fiaient, du reste, la bonté et la noblesse de son caractère et dont il devait, 
trois ans après, recevoir la réconipense. Après la défaite et la mort de 
l'évèque Walther, après une période de guerre et de désordres qu'un 
choix impolitique pouvait prolonger indéfiniment, le chapitre comprit 
qu'il ne rendrait la tranquillité au diocèse qu'à une seule condition : c'était 
de placer à sa tête un prélat dont le nom fût pour tout le monde un gage 
d'apaisement; l'unanimité des suffrages se porta sur le grand-chantre Henri 
de Geroldseck-ès- Vosges. Le VI des ides de mars (10 mars) 1263, Henri, 
sur ia demande du chapitre, promit solennellement d'observer, s'il était 
élu, le traité de paix conclu entre feu l'évèque Walther et la ville de Slras- 

l. Voir la liste des cliannines dans (îrandidier, op. cif. . t. IV. p. 2. 

'2. Grandidier, op. cit.. t. III, p. 188. 

3. Cantor contra vohintatem episcopi remansit , qui se opposuit episcopo et oppo- 
suerat se in electione dicli episcopi. [Chron. d'ENSMiNGEN, éd. Liblin, p. 88.) Le 30 novem- 
bre 12G0, jour de la Saint-André, il avait résigné ses fonctions de curé de Marnioutier. 
(Archives du Bas-Rhin, H, 558, 7, copie.) 



bourg au sujet des droits et coutumes de la ville*, et le lendemain il mars, 
il fut élu : «-Ad preces civiuni, dit le chroniqueur Godefroi d'Ensmin- 
GEN, canonici elegemnt in episcopnni concorditer dominum Henricum 
de Geroltzecke an den Wasichen , cantorem ecclesie Argentinensis ,... et 
sic facta est concordia inter dictos cives et canonicos usque in hodiernum 
diem ^ » 

Les premiers actes du nouvel élu confirmèrent tout le monde dans les 
sentiments de respect et d'estime qu'on avait déjà conçus pour lui. 

A peine eut-il obtenu l'épiscopat, qu'à la persuasion du Magistrat de 
Strasbourg-, il fit la paix avec Hugues de lîathsamhausen, qui l'avait ou- 
tragé dans le temps qu'il n'était que simple chanoine^ Dès le mois d'avril 
suivant, le 21 {an dem sameztage vor St. Georgien tage), de concert avec 
les chapitres de Saint-Thomas et de Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg, 
et' tout le clergé du diocèse, il donna à la ville des lettres réversales au 
sujet des droits et coutumes dont le Magistrat avait juré avoir joui d'an- 
cienne date. Ces lettres stipulent notamment que les magistrats munici- 
paux devront prêter devant lui serment de maintenir les droits respectifs 
de la ville et de l'évêquc; que le prévôt (Schultheis) de la ville sera à la 
nomination de l'évècjue, mais qu'il aura toujours deux assesseurs pris 
dans la bourgeoisie, que l'évêque nommera comme burgrave un de ceux 
qui sont au service de l'Eglise, et que ce burgrave désignera pour chaque 
tribu le Zunftmeister chargé de l'inspecter; que la recelte des péages 
{Zollkeller) et la direction de la monnaie seront confiées à un bourgeois; 
que la ville aura le droit de mettre ses troupeaux dans les pâturages (.4/- 
mende) épiscopaux, — on se souvient que c'était un des principaux sujets 
de dissension entre la ville et l'évêque Walther de Geroldseck; — que les 
villages dépendant de l'évêché et du chapitre pourront se pourvoir devant 
le sénat comme devant un tribunal d'appel; que la ville sera libre de con- 
tracter des alliances à son gré, qu'elle désignera seule les administrateurs 
de l'hôpital civil, enfin qu'elle nommera le chapelain chargé de desservir 

1. L'instrument de cette promesse se trouve aux Archives de la ville de Strasbourg, V. 
D. 6., lad. m, fasc. IV, I. Symnndus dominus de Geroltsecke, Ulric, sire de Ribeaupierre, et 
Conrad-Wernher, sire de Hadstatt, se portent garants de la parole du chantre, et appo- 
sent leur sceau à côté du sien. Les quatre sceaux sont assez bien conservés; celui de 
Symon 1<"' est un sceau équestre et triangulaire, en cire jaune; le cavalier tient un écu aux 
armes des Geroldseck {lion et billettes), et la légende, en partie brisée, porte : S. SI....GE.. 
LTESECKE. 

2. Chron. d'ExsMmoEN (1291), éd. Liblin, p. 54. 

3. Grandiuier, op. cit., t. IV, p. 28. 



— 39 — 

à la cathédrale l'autel privilégié qui, par une concession spéciale du Saint- 
Siège, ne pouvait être sujet à aucun interdit*. 

Quelques jours après, le prélat et les mêmes chapitres s'engagèrent, 
par un acte particulier, daté du mardi après la Saint-George (24 avril 
1263)-, à ne rien réclamer de la ville pour les dommages qu'ils avaient 
éprouvés pendant la dernière guerre, et Henri intervint manifestement 
auprès des divers memhres de son clergé pour obtenir d'eux une renon- 
ciation analogue, car nous avons sous les yeux une charte du samedi 
après l'Ascension (12 mai) 1263^ par laquelle l'élu de Strasbourg atteste 
que, la paix se trouvant faite entre la ville et le clergé, Henri, prêtre et 
vicaire de Saint-Nabor, se désiste de toute action en réparation de dom- 
mage contre les Slrasbourgeois. L'année suivante, ainsi qu'on le verra un 
peu plus bas, tout le clergé régulier du diocèse s'associa à ces mesures 
de concihation, et, plus tard, par acte du 21 juin 1267, l'abbé de Hohen- 
forst {Alla sylva), au diocèse de Toul, déclara également, au nom de la 
communauté de ce couvent, qu'il ne poursuivrait pas la réparation des 
pertes que lui avaient causées les Slrasbourgeois, notamment en pillant 
les vins de l'abbaye à Dorlisheim, et en brûlant une cour qu'elle possédait 
à Achenheim''. 

Tandis qu'il travaillait à rétablir la bonne harmonie entre le clergé et 
le Magistrat de la cité épiscopale, le prélat s'efforçait aussi d'agir en paci- 
ficateur auprès des dynastes qui avaient pris parti pour l'un ou pour l'au- 
tre. Le jour de la Sainte-Odile (13 décembre) 1263, une trêve fut conclue 
sous ses auspices entre Wallher P, sire de Hohengeroldseck, le mar- 
grave de Hochberg, Henri de Geroldseck, etc., d'une part, l'élu de 
Strasbourg, les bourgeois de la ville, les comtes Rodolphe et Godefroi 
de Habsbourg, le comte Conrad et les bourgeois de Fribourg, etc., de 
l'autre'. 

Le 3 des noues de mars (5 mars) 1264, le frère Rufin, premier chapelain 
du pape, écrivit à l'évèque qu'autorisé par le Saint-Siège, il le chargeait 
de relever les bourgeois de Strasbourg de l'excommunication qu'ils avaient 
encourue en brisant plusieurs cloches d'église pendant la guerre, sous 

1. Archives de la ville de Strasbourg, V. D. G., lad. III , fasc. IV, 2 (copie contemporaine). 
Yoy., sur le dernier point, Wencker, Collect. Archiv., p. 469, 471 et 472, et Grandidier, 
op. cit., t. IV, p. 30, note I. 

2. Wencker, De Usbicrg., p. 21. 

3. Archives de la ville de Strasbourg, Y. D. G., lad. III, fasc. IV, 3. 

4. fôzd., lad. IIl,fasc.lV, 10. 

5. Ibid., lad. m, fasc. III, 8. 



— 40 — 

la condilion rpie In ville irulemnisat les églises dont les cloches nvaicnt. été 
brisées'. 

La conclusion d'un (raité de paix définitif avec les Ilohengeroldseck 
ayant subi des lenteurs, l'évoque, dans le but do contribuer à la pacifica- 
tion du diocèse, consentit, par acte du 10 novembre (sahbalo proxhno mite 
fcstum b. MarUni) 1204, à metirc à la disposition des bourgeois de Stras- 
bourg ses places d'armes et ses soldats, mvniliones et armolos, et s'en- 
gagea à les aider, quoi qu'il advînt, de ses conseils et de ses forces". 

Ti'ois jours api'ès, le mardi après la Saint-Marlin (13 novembre), l'évèque 
tint à Sirasbourg un synode diocésain, auquel assistèrent les abbesses de 
Saint-Klienne, d'P'rslein, de Ilohenbourg, de Niedermünster, de Kœnigs- 
briuk, les supérieures des couvents de Sindelsberg et de Saint-.Iean-des- 
Choux, les abbés de Schwarizach, de Gengenbach, de Schuttern, d'Elten- 
heimmünster, d'Ebei'sbeinimünster, de Iloncourt (Hugshofen), d'Altorf, de 
Marmoulier, de ^ou^viller et de Sainte-Waipurge; les prévôts, doyens et 
chanoines de Surbourg, de liaslach, de Saint-Léonard et de Ilonau, les 
prévôts réguliers du couvent de Saint-Arbogast, d'Ilten\viller et de Trut- 
tenhausen, le prévôt de l'Iiôpilal de llaguenau et le prieur des frèi'es 
d'ObersIcigen. L'assemblée, qui représentait tout le clergé régulier du 
diocèse, adhéra solennellement au traité fait entre l'évèque et !a ville, et 
renonça à toute réclamation pour les dommages éprouvés pendant la 
guerre f)ar les diverses maisons religieuses^ 

Enfin, le vendredi avant la Saint-Jacques (23 juillet) 1200, fut signé, 
entre les belligéranis de l'année 1262, le trailé de paix qui devait mellre 
un terme à leur querelle. 

Le vénérable prélat avait atteint le but de ses eftbrts, et l'histoire pou- 
vait sans flatterie lui faire honneur d'une pacificalion qui avait été labo- 
rieuse : « Hic ephcopus, dit la Chronique de Schuttern, opéra, clemenlia 
swgiihtri et mansucludine, gravissimum bellum composuU ex quo honore, 
opibvs et potentla mirnm in modum est auctus ^ '. 

Ce n'est pas que le rosie de son épi.-copat dût être exempt de toute dif- 

1. Arcliivcs de la ville de Strasbourg, Y. D. G., lad. III, fasc. III, 9. Dans notre Sei- 
gneurie de nohengerohheck, nous avons donné nn sens nn peu trop étendu à la lettre du 
frère Rufin (Bnll.,\\, p. 08, n. 1; nouv. éd., p. 13, n. 2). 

2. //;iV/. ,lad. m, fuse. IV. 5. 

3. La pièce originale, revèliic do 'lO hcanx sceaux d"abbayes et de couvents, se trouve 
aux Arcliivcs de la ville do Strasbourg, lad. \\\ , fasc. IV. Elle est reproduite dans Wencker, 
De Ushiirg., p. 2G. 

'i. Citron. V. SdiKflcra, 'iH (Mone, QnelIpnsdmmL. t. III, p. 97). 



ficullé Ol (le, l(Dnlo lutli\ Il osl, au conlraire, roiiini'qnalile de voir que, par 
l'innuence des temps agiles où il exerçait son ministère, l'un des évoques 
assurément les plus aimés el les plus respectés du diocèse de Strasbourg 
ait été presque continuellement aux prises avec des ennemis ou (\e^ re- 
belles. 

A peine avait-il réconcilié la ville avec les ïloliengeroldseck, qu'il se vil 
contraint de piendre les armes contre les bourgeois de Sellz. La ville de 
Strasbourg était depuis l'année 1256 en état d'hostilité, tantôt sourde, 
tantôt ouverte, avec la ville de Sellz, dont les habitants inquiélnient ses 
marchands, et avec l'abbaye de Seltz, qui avait pris le parti de la ville. 
Sirasbourg avait envoyé des troupes contre elles, et avait même fini par 
brûler le couvent, dont les religieux donnaient asile à ses ennemis. Le 
Saint-Siège intervint à la requête de l'abbé, lança contre les vainqueurs 
les foudres du Vatican et les obligea à réparer le dommage. Mais les mômes 
vexations s'élant renouvelées dix ans après, de la part des habitants de 
Sellz, Strasbourg contracta une alliance avec l'évoque Henri de Geroldseck, 
avec Hénoc de Linange, évêque de Spire, avec les comtes Emic el Fré- 
déric de Linange, Werner de Bolanden el François de Fleckenstein, pour 
réduire la ville et la démanteler*. Rodolphe, margrave de Bade, qui déte- 
nait Seltz à titre d'engagiste, s'empressa de négocier avec les assiégeants; 
néanmoins la ville fut prise d'assaut et pillée, ce qui donna naissance 
enire le margrave et les alliés à un litige, dont Wencker a mis en lumièie 
les principales phases' et rpii ne fut a[ilani qu'en 1274, grâce à la mé- 
diation de l'empereur Kodoljjhe. 

Au moment même où il guerroyait contre Seltz, au nord de son dio- 
cèse, l'évêquc IJenri avait à suivre du côté du midi, à Mulhouse, une 
lutte plus invétérée et plus sérieuse. Nous ne raconterons pas en détail la 
querelle de la jeune cité de la Ilaute-Alsace avec les évèqucs de Strasbourg; 
notre savant ami. M, Louis Spach, en a donné, dans le Bulletin même, 
un récit fort détaillé, fort captivant, auquel nous ne pourrions rien 
ajouter \ Nous devons seulement rappeler ici (jue Mulhouse pi'ofita de la 
levée de boucliei'S provo(piée en '1261, par l'évêque Walllier de Gerolds- 

1. Convenlion du lendemain de l'Invention de la Sainic-Croix , \ mai l'iuS: Wexckeh, 
Apparat. Archio., p. 170. 

2. Wexcker, op. cit., p. 178 et sniv. 

3. une excommunication de Mulhouse au XI 11^ s., Bulletin de la Soc. pour la cons. des 
maman hist. d'Als., Il« sôrie, t. II, p. 55; Œuvres choisies, t. III, p. 397. Les chartes re- 
latives au litige avec Mulliouse forment, aux Archives du Bas-Rhin, 6, 547, une volumi- 
neuse liasse, dont M. Sp\ch a pn!)lié. à litre de pièces justificatives, les pièces les plus 
iutéressaiiles. 



— i2 ~ 

eck, son seigneur, pour secouer un joug fori lourd et se jeter dans les bras 
du comte Rodolphe de Habsbourg, landvogt de la Haute-Alsace ^ Après 
le rétablissement de la paix, en 1265, le successeur de Wallher, l'évêque 
Henri, la somma de rentrer sous son obédience, rencontra de la part des 
bourgeois une opposition aussi persistante qu'inattendue, essaya vainement, 
de concert avec son collègue de Bâie et l'archevêque de Besançon, de les 
ramener par les armes spirituelles : l'excommunication et l'interdit; se vit 
réduit, après sept ans de négociations infructueuses, à recourir au bras 
séculier, mit le siège devant la ville, mais ne put triompher de son éner- 
gique résistance. Comment la lutte finit-elle? M, Spach ne le dit pas ex- 
pressément; il est probable, ainsi qu'il le suppose, que le comte Rodolphe 
de Habsbourg, dont la protection n'avait pas fait défaut un seul instant 
à la petite et héroïque cité, eut assez de crédit, une fois empereur d'Al- 
lemagne, pour la réconcilier avec son suzerain et avec l'Eglise (1273). 
Au surplus, trente-cinq ans après, un traité d'échange conclu entre l'Em- 
pire et Jean, évoque de Strasbourg, fit définitivement sortir Mulhouse des 
domaines de ce prince ecclésiastique (1308). 

Il n'est pas facile de se rendre un compte exact des relations du comte 
de Habsbourg avec les évêques de Strasbourg, et notamment avec Henri 
de Geroldseck. Il change d'attitude à leur égard d'une année à l'autre et 
parfois les combat plus ou moins directement d'un côlé, tandis qu'il né- 
gocie avec eux de l'autre. On a déjà vu, à propos de Walther de Hohen- 
geroldseck, qu'après avoir embrassé son parti, Rodolphe fit, trois mois 
après, une éclatante défection et accepta même la capitainerie des milices 
strasboiirgeoises. Qu'il ait obéi à une conviction sincère en abandonnant 
le parti d'un prélat oppresseur et vindicatif, ou qu'il ait écouté ses rancu- 
nes personnelles contre celui qui avait refusé de lui restituer les terres 
naguère données par son oncle, le comte de Kybourg, à l'église de Stras- 
bourg, au mépris de ses droils héréditaires, personne ne s'étonnera que 
Rodolphe n'ait pas cru devoir soutenir jusqu'au bout l'évêque Walther 
dans ses orgueilleuses prétentions. Mais il n'avait aucun de ces griefs 
contre Henri de Geroldseck-ès- Vosges. En effet, l'un des premiers actes du 
nouvel évêque fut de renoncer bénévolement, en faveur de Rodolphe, au 
bénéfice de la donation du comte Hartmann de Kybourg. Le comte de Habs- 
bourg, touché de cette générosité, s'empressa de restituer à Henri tout 
ce qu'il retenait des biens appartenant à l'évêché de Strasbourg, et refusa 
même de recevoir les 700 marcs d'argent que lui assurait le traité conclu 
entre lui et l'évêque Wallher au lendemain de la bataille de Hausbergen. 

1. Ckron. (I'Ensmingen, éd. Liblin, p. 43. 



— 43 — 

Un peu plus tard, par acte du 14 juin 1269, il consentit, pour prévenir tout 
démêlé ultérieur entre sa famille et les évoques de Strasbourg, à abandonner, 
à Henri moyennant une compensation fort modérée, l'avouerie de la ville 
et du mundat de Rouffach qu'il tenait de l'évêché à titre de fief héréditaire'. 

Ces échanges de marques d'amitié n'empêchèrent pas Rodolphe de 
soutenir très-ouvertement les habitants de Mulhouse contre leur suzerain, 
le prélat de Strasbourg, et Henri, lui-même, de joindre ses troupes à celles 
de son ami Henri de Neuchâtel, évêque de Bâle, afin de défendre contre 
le comte de Habsbourg la ville de Brisach, conférée à l'église de Bâle par 
Frédéric II, à titre de fief impérial. Cette double campagne ne fut pas 
heureuse pour notre prélat. Comme nous l'avons dit, il ne parvint pas à 
se rendre maître de Mulhouse, et l'évêque de Bâle n'eut que le temps de 
rentrer dans son diocèse, où l'ennemi avait porté le fer et le feu. 

Henri de Geroldseck mourut dix-huit mois après, le 12 février 1273^ 
et fut enseveli dans la chapelle Saint-Jean, à la cathédrale. Du temps de 
Grandidier, toute trace de son tombeau et de son épitaphe avait déjà 
disparu \ «Il laissa à son église, dit la Chronique de Schuttern, une foule 
d'objets précieux, de vases en or et de reliquaires de prix que la fureur 
des hérétiques en fit disparaître en 1526*.» Il lui laissa surtout la mé- 
moire d'un prélat dont une grande bonté native et une inépuisable charité 
tempéraient la fermeté et l'énergie, d'un prince qui, préposé aux destinées 
du diocèse à l'une des époques les plus critiques qu'il ait traversées, sut, 
grâce à ces belles et nobles qualités, reconquérir toute son autorité et la 
transmettre à ses successeurs plus étendue, mieux assise, plus respectée 
qu'elle ne l'avait jamais été. 

Ajoutons, en terminant, qu'il fit très-activement travaillera l'édifica- 
tion de la cathédrale, et que c'est lui qui, le 7 juin 1264, prescrivit une 
collecte dans tout le diocèse pour la reconstruction de l'église de Saint- 
Thomas, aquœ prima ßlia nostre kalhedraUs ecclesie dicitur et est , cujus 
<imurinimia vetustate consumptf^....y> 

1. ScHOEPFLiN, Aïs. dipl., ïi° 655. 

2. Le II des ides de février, c'est-à-dire, le 12, d'après le livre des anniversaires de 
Saint-Thomas; le III des ides, ou le 11, d'après celui du grand-cliœur de la Cathédrale. 

3. Grandidier, op. cit , t. IV, p. 37. Nous croyons encore devoir mentionner, à propos de 
ce prélat, un acte de 1267 par lequel Adélaïde, dame d'Andlau, et Rodolphe, son flls, lui 
rétrocèdent le val d'Andlau et le village de Mittelberglielm, qui leur avaient été engagés 
pour 200 marcs d'argent par les évêques Henri de Staleck et Walther de Geroldseck. (Ar- 
chives du Bas-Rhin , G, 546, 6.) 

4. Chron. de Schuttern, 46 (Mone, Quellensammlung, t. III, p. 97). 

5. Datum Argentine, 1264, VII Id. Junii. (Schmidt, Histoire du chapitre de Saint-Thomas 
de Strasb., pièces justiflc, n" 43, p. 320.) 



CHAPITRE III. 

Bourcard III de Geroldseok et ses descendants jusqu'à leur extinction en 1364. 
Le château de Geroldseck ou de Stinzel dans la vallée de la Sarre. 

Bourcard II eut, comme on l'a vu plus haut, Irois fils : Bourcard III, 
Symon F"", et l'évêque Ileni'i, dont nous ven">ns de parler. Nous groupons 
dans le présent chapiire tous les faits qui se rapportent à Bourcard III et 
à ses descendants, tout en faisant observer que les diverses branches de la 
famille paraissent n'avoir jamais procédé à un partage territorial de leurs 
possessions et .s'èlre contentées d'en répartir les revenus en proportion 
des droits de chacun, de sorte que leurs annales, comme leurs intérêts, 
sont souvent confondus. 

En 1255, Argentine, sahhato post fesivm h. Pétri et Pauli apost. 
(o juillet), Frédéric, burgrave de Nuremberg, confie sa fille Alide à la 
garde de Brocardus (Bourcard III) et Giùmondnx (Symon F""), frères de 
Geroldseck, jusqu'à ce que Jean, comte de Bourgogne, ait payé 1,500 
marcs d'argent, après quoi elle devra être remise entre les mains dudit 
comte*. 

Nous rappelons' qu'en 1256, Bourcard figure comme témoin d'un acte 
par lequel le couvent de Saint-Biaise loue à son frère, le chantre Henri 
de Geroldseck, des cours situées à Sesselnheini et à Wif^enfoive. Bourcard 
appose au bas de la pièce un sceau équestre. 

Il est probable qu'il mourut peu de temps après. 

Bourcard III avait eu trois fils : Bourcard IV, \Yalrnm ou Waliaf et 
Robin. C'est ce qui résulte 1^ d'un acte du 27 octobre 1269, jour des 
apôtres Simon et Jude, où Her Symond von Geroltsecke , Biircard nnd 
Walrave, syns brudern soiie (fils de son frère), figui'ent comme témoins 
d'une transaction conclue entre Sigeberg de Werde, landgrave d'Alsace, 
et sa mère Elisabeth''; 2° d'une convention de l'année 1200 par laquelle 
Nos Symon , et nos Bnrcliardus, Walramns et Bobinus frnlres, domini de 
Geroltsecke (ces trois derniers qualifiés, un peu plus bas, par Symon, ///// 
Burkardi frrdris nostri), règlent entre eux l'exercice du droit de présen- 
tation pour l'église de Weyersheim^ 

1. ScHOEi'i'Lix , Als. dipl. , n" 5G0. 

2. Voy. ci-dessus, p. .36 et note 5. 

3. ScHOEPFMx, AU. dipl., n" G39. Cfr. ilml, w" 791. 
\ Arrtiivos dn Bas-Rliiii, 6', 3'iC, 7. 



ÎJ — 



lîubin, le cadcl des Iruis fils, ii't'st plus uuinnié (ju'iiiie seule fois, avec 
le litre de co-avuué de iMarnioulier, dans une pièce non datée (v. loOi), 
où son frère Bourcaid, avec son consentement, ))rcnd pour tous deux et 
de concert avec plusieurs autres membres de la famille co-inveslis de la 
ville de Maimoutier par l'évéque de Metz, l'engagement de respectera 
l'avenir les droits de l'abbaye dans la Marcbe'. 

Le puîné, Walram ou Walraf, Walramus fralcr domiiii Burcliardi de 
Gerolzecke, appose, le 2o juin H88, son sceau au bas d'un partage conclu 
par ses cousins germains, les fils de Symon l^'-. 11 est désigné de la même 
layon, 1° dans un acte de la même année où il se reconnaît « bomme lise 
du duc Ferry III de Lorraine, pour une somme de 150 livres de messins 
qu'il a reçue de lui'»; 2° dans une charte du o uctobie 1294, que nous 
aurons à analyser plus loin et qui était relative à l'exeicice de l'avouerie de 
Marmoutier\ 

D'ajirès Scuœi'KLIN et Dom Calmet', il s'était marié avec Alix de Lnpy, 
dame de Guercy, et était mort en 1296, laissant deux fils: Walram et 
Gobert. Ce dernier point ressort de la pièce indiquée ci-dessus, note 1, où 
Walram et Gobert, fils de feu Walram, fière de Bourcard, s'engagent, eux 
aussi, à ne plus méconnaître les droits de l'abbaye de Marmoutier dans la 
Marche. 

Le lils aîné de Bourcard 111, Bourcaid IV, doit être arrivé à un âge fort 
avancé et avoir joué pendant sa longue carrière un rôle important, car de 
i2(jü à 1322, on retrouve son nom dans un très-grand nombre de docu- 
ments, le plus souvent accolé à celui de ses cousins ou neveux. 

En 1265, le vendredi après la Chandeleur (6 février), Symon P"" et 
Bourcaid IV de Geroltzecke sont témoins d'une transaction par laquelle 
Sigeberl de Werde, landgrave d'Alsace, abandonne à sa mère ÉUsabeth, 

1. Arciiivcö du Ijuy-Uliin , //, ülU, 7. 

'.'. Ibid., G, 5i9, 7. 

S. ÜOM Calmei', JSotice de la Lorraine , t. I«', p. 508. 

■1. Sghokpflin, Als. dipf., ii" 79 i. 

5. ScHOEPFLiN, A/s ilh'slr., l. Il, lablcaii geuéiil. des sires de Geruldscclv-. Dom Caljjet, 
dans sa Notice de la Lorraine, t. I", p. 508, meulionue, d'après des documents conserves, 
dit-il, dans tes Arcliives de Lorraine, "Alix de Lupy, dame de Guercy, veuve de Yaleran 
deGerolsek«, comme faisant, en 129G, «ses reprises pour la somme de 150 livres de 
messins qu'elle a reçue du duc Ferry III «, et, «lui faisant Iionmiage de ce qu'elle tient 
à Amange (Insming)». Plus loin, «Gobert et Valeran de Gerolsck, lils de feu Valerau » , 
reconnaissent avoir engagé audit duc, « pour eux et pour leurs sœurs, qui sont hors 
de tutelle, tout ce qu'ils peuvent avoir à .4mange, moyennant 150 livres de petits lour- 
nois qu'ils en ont ci-dcvaut reçus >i. 



— 46 — 

alors remariée avec le wildgrave Emic, Nidern Werde, Hipfensheim daz 
torf, et plusieurs autres biens ^ 

A la même époque, les Geroldseck et les Ochsenstein étaient en discus- 
sion au sujet de fiefs et de vassaux qu'ils possédaient en commun. M. Leh- 
mann en a conclu, avec raison selon nous, que ces deux familles, très- 
proches voisines, étaient probablement unies, de plus, par les liens d'une 
commune origine'; nous ajouterons, à l'appui de cette manière de voir, 
que, dans une lettre écrite m vigilia b. Johannis Baptiste (23 juin) 1265, 
l'évêque Henri de Geroldseck traite le doyen de la cathédrale, Berlhold 
d'Ochsenstein, de consanguineus^ . Quoi qu'il en soit de cette parenté, 
les deux familles étaient en discussion; et, au commencement de l'année 
1265, le vertueux prélat qui occupait le siège épiscopal de Strasbourg, dé- 
termina Conrad d'Ochsenstein , son frère Olhon et les fils de leur autre 
frère, d'une part, Symon de Geroldseck et Bourcard ßls de son frère, 
d'autre part, à remettre le jugement du litige à quati'e arbitres : Conrad- 
Werner von Hattstat , l'aîné, et le vidame Otto von Marley , pour les 
Geroldseck, Ciino von Bercheim, et Dieter ich von Baldenhurn , pour les 
Ochsenstein ^ 

En 1269, le lundi après la Chandeleur (3 février), Symon et Bourcard 
de Geroldseck règlent le droit de résidence de plusieurs nobles dans le 
château de Geroldseck, ce qui prouve notamment que l'oncle et le neveu 
avaient gardé la propriété indivise de ce château l 

Au mois d'avril 1271, Symon de Geroltsecka et Bourcard appendent 
leur sceau à un acte par lequel Hugues, comte de La Petite-Pierre, sa 
femme et ses enfants cèdent à l'abbaye de Herbotsheim (Herbitzheim) les 
dîmes et le droit de patronage qui leur compétaient à Ackhena (Achen), 
diocèse de Metz^ 

Le 25 mars 1272, Burcardus de Gerolzecke, est témoin d'une trans- 
action conclue entre Henri de Geroldseck, évêque de Strasbourg, et les 

1. ScHOEPFLiN, Als. dipL, n" 632. 

2. Lehmann, Urk. Gesch. der Graf seh. Hanau-Lichtenberg, t. II, p. 11. 

3. Arcliives lie la ville de Strasbourg, lad. III, fasc. IV, 7. Berthold est désigné dans 
cette lettre par sa qualité et non par son nom, mais il résulte des extraits du Liber co- 
(jTîrmœ de la cathédrale publiés par Grandidier, op. aï. ^ t. IV, p. 2 et 35, que Berthold 
était déjà doyen en 1255 et l'était encore en 12G9. 

4. An demfrigetage nach mitteroasteii, in der bure zu Borre (Haut-Barr, 20 mars) 1265. 
Archives de Darmstadt. Cette charte est publiée par Mone (Zeitschrift für die Gesch. des 
Oberrheins, XV, 392). 

5. ScHOEPFLiiV, Als. dipl., n" G49. 

6. Ibid., n" 666. 



— 47 — 

sires de Lichtenberg, au sujet d'engagements fort onéreux contractés en- 
vers eux par son prédécesseur, Walther, pour les déterminer à prendre 
son parti dans la lutte avec sa ville de Strasbourg'. 

Le 27 avril (V Kal. maii) 4281, Bourcard et ses cousins Symon II et 
Walram émettent un règlement au sujet de la ferme du Buchberg : ils 
conviennent que le magister inßrmarice de Marmoutier aura le droit de 
nommer les fermiers et fixent le lundi de Pâques (feriam secundam post 
diem Pasquœ) comme jour des plaids ou de la tenue de la collonge^ 

Vers la même époque, Bourcard paraît avoir pris une part active aux 
querelles successives qu'en sa qualité d'allié de Tévéque de Metz, Conrad 
de Lichtenberg, évèque de Strasbourg, eut avec Ferry III, duc de Lor- 
raine. Dès la première année de son épiscopat (1273), Conrad s'était mis 
en campagne pour aider son collègue à reprendre la ville d'Épinal em- 
portée d'assaut par le duc de Lorraine et le comte de Bar. Mais, avant 
même d'avoir pu opérer leur jonction, les deux prélats avaient été battus 
et faits prisonniers. Ils s'empressèrent de réclamer l'intervention du Saint- 
Siège, et, effectivement, lors du concile qui se tint à Lyon en 1274, ils 
reconquirent leur liberté moyennant une forte rançon, tant pour eux que 
pour les nobles qui avaient été pris avec eux^ Mais quelques années après, 
en 1285, la lutte recommença. Conrad et ses alliés s'unirent à Olhon 
d'Ochsenstein, sacri imperii per Alsatiam advocatum gêneraient, pour 
enlever au duc Ferry 111 les châteaux de Reichshoffen et d'Eschery, dont il 
s'était emparé \ Bourcard paraît avoir pris part à ces diverses campagnes. En 
1274, il fut obligé de se reconnaître homme-lige du duc «devant tous 
hommes après Tévêque de Metz», et de s'engager, lorsqu'il en serait requis 
trois semaines auparavant, d'aller « le servir en une chevauchée et 80 
hommes de fer, et poursuivre ses ennemis à l'encontre de tous hommes, 
excepté ledit évèque de Metz», sauf, dans ce cas, à vivre aux dépens du 
duc". Il resta pendant une dizaine d'années sous le coup de cette dure et 
humiliante obligation. Mais, le 1*^"" février 1286 {sexta feria ante purifica- 
tionem béate Virginis), les belligérants conclurent un traité de paix suivant 
lequel Ferry III renonçait à tous ses droits sur Reichshoffen, faisait remise 

1. ScHCEPFLiN, -1^«. dipl., n° 668. 

2. Archives du Bas-Rhin, H, 558, 7 (copie); 2/^612, 1 (original de la convention). 

3. Doji Galmet, Histoire de Lorraine, t. III, iiv. XXIV, p. 1 95 et suiv. Le traité du VU des 
ides de juin 1274 entre l'évêque de Strasbourg et le duc de Lorraine se trouve dans 
ScHŒPFLiN, Als. dipl., n" 694. 

4. Grandidier, Œuvres hist. inéd., t. IV, p. 50. 

5. DoM CALiMET, Notice de la lorraine, t. I«', p. 507. 



— AS — 

à l'évèquL' el à ses caillions du luiiles les charges ([ui pesaient encore 
sur eux à laison de la caplivité du piélal, et en exonérait noniiiialiveineut 
Lîourcaid de Geroldseck'. 

Le 10 août 1298 {cm dem cidinjc iunh unser fruwen tafje der erreii), 
Her Durcliard von GeroUzecke est témoin de l'acte de partage de la sei- 
gneurie de Ribeaupierre en Irois parts'. 

«En 1290, il fait ses reprises de ce fju'il tient à Amange (Insming) du 
duc de Lorraine, moyennant la somme de 300 livres tournois noirs qu'il 
en a re(;ue '\ » 

Le 22 septembre 1â03 {an S. Mmirieien tage), Frédéric de Lichtenberg, 
qui avait succédé, sur le siège épiscopal de Strasbourg, à son frère Conrad, 
autorise son neveu Bourcard, sire de Geroldseck, à acheter de son cou- 
sin, Gebhard de Geroldscck, les droits de celui-ci sur le village de Ilerd 
qui relevait du grand-chapitre^ Faut-il considérer le litre de neveu donné 
par l'évèque à Bourcard comme une simple expression de courtoisie cor- 
respondant à celle de Vater in Gott dont on se sert généralement à l'é- 
gard des prélats, ou bien n'est-il pas permis de la prendre ici dans un 
sens plus strict et de supposer que Bourcard lil, père de notre dynaste, 
avait peut-être épousé une sœui' de révê(|ue, une fille de ce Louis P'" de 
Lichtenberg, qui avait un grand nombre d'enfants, puisqu'on en connaît 
pertinemment huit^? Nous nous hâtons de dire que ce n'estqu'une hypo- 
thèse, mais elle justilierait l'expression de neveu appliquée à Bourcai'd et 
explitpierait, de plus, comment, en 1280, notre Geroldseck se trouvait 
mêlé à la querelle de l'évèque Conrad avec le duc de Lorraine. Il pouvait 
l'être comme vassal du siège de Metz, mais s'il s'est porté personnelle- 
ment garant, fidejussor, des engagements de Conrad, il avait sans doute 
des motifs plus personnels. Peut-èlre un heureux hasard permeltra-1-il un 
jour d'élucider cette question. 

Les dernières pièces dans lesquelles nous rencontrons le nom de Bour- 
card sont de 1320 à 1322, et nous font en même temj)S connaître ceux 
de ses enfants. Son (ils Hugues, Huyo de Gerollzevhe ^ miles, fdius Bnr- 
cardi, do mini de Geroltzeck, ayant épousé Susanne, fille de Walther, 
l'aîné, sire de Hohengeroldseck, obtint de Henri, évêque de Metz, en sa 

1. ScHOiiPiLix, Ms.dipl., u" 701. 
•:>. Ibid., Il" 8U8. 

'■). Do.\i Calmet, Notice de lu Loiruiiic , t. I''', |t. jUS. 
■i. Arcliives de Darmsiadt. Lehmann, op. cit. , t. ^^ p. 83. 

5. ScHOEPFLLN ct LEHMANN CO Omettent deux : Élisabetli, uiariôe à Waltlicr III de Ge- 
roldscclx-Laiir; Ileilickc, manoc, comme on l'a \u plus liaut, à un sire de Tliicrsbcrg. 



— 49 — 

qualité de suzerain, l'autorisation de constituer à sa femme un douaire 
de 500 marcs d'argent sur les villages de Willer (Lochwiller), Olters- 
willer, Allenheim, Kleingœft, Bettbure, etc. (9 octobre 1320), et, le 21 
octobre 1321, Burchord, der alte Herre von Geroldzecke , et son autre 
fils, Jean le Jeune, donnèrent leur assentiment à cette constitution de 
douaire '. 

Enfîn,lel4février 1322, fête delà Saint- Valentin, peu de jours sans doute 
avant sa mort, Bourcard Ibnde à Olterswiller une rente de deux quarts de 
seigle au profit des religieuses du Sindelsberg ", 

On ne possède que peu de renseignements sur les enfants de Bour- 
card IV, dont un seul, Hugues, continua la famille. Jean, frère de Hugues, 
ne nous est connu que par l'acte de 1321 cité plus haut. Un certain Jean 
de Geroltzegge figure comme témoin dans l'acte du 7 décembre 1324 {an 
demnehsten tag nach S. Niclaus dag)\ par lequel les frères Walther et 
Burckhart, sires de Horbourg, vendent à leur cher oncle Ulrich, comte 
de Wurtemberg, la seigneurie de Horburch, le comté de Witekisowe , le 
landgericht dans le Leimental, an don Blauen, Bihlstein unser Burch, 
Richenwilre die Stat, Cellenberg Burg und Stat, etc., moyennant 4,400 
marcs d'argent, poids de Colmar. Mais nous ne savons s'il s'agit du Jean, 
fils de Bourcard IV, ou d'un autre Jean, fils de Gebhard, dont il sera 
question plus loin. 

Selon ScHŒPFLiN*, Hugues et Jean auraient eu une sœur, nommée 
Susanne et mariée, en 1291 , à Henri de Ribeaupierre (j 1313); nous ne 
l'avons trouvée mentionnée dans aucune des cliarles qui ont passé sous 
nos yeux, et les généalogistes de la maison de Ribeaupierre ne sont pas 
tous d'accord avec Sciiœpflin sur ce mariage. 

Hugues ne figure plus après 1321 que dans un document de 1346: le 
VI des ides d'octobre (10 octobre), dominus Hugo de Geroltzecke in Va- 
sago et domicellus Joliannes, /ilius ejus, vendent aux religieuses du Sin- 
delsberg l'avouerie in villa Herdt avec les biens qui en dépendent \ 

1. Archives du Bas-Rliiii, G , 554, 2 et 4. Ces pièces démontrent que Sghœpflin fait à 
tort, de ce Hugues I^"", un fils de Symon II et un frère d'Égenon {Als. illustr., \. II, tab. 
généal.). 

2. Ibid., H, 595, 6. Sceau équestre, triangulaire, en cire jaune. La légende est ébré- 
chée, on ne peut plus y lire que ces mots : S... B\R... GEROLTESECKE. 

3. ScHCEPFLiN, Als. dipl., w" 929. 

4. Als. illi(str.,i. II. 

5. Arcliives du Bas-Rbin, 11, 586, 6. Les Geroldseck avaient, à cette époque, des posses- 
sions assez considérables en debors de la Marche : « Habent infeodo ab ecclesia Argen- 
tinensi villas Herde et Buttlenheim ci jurisdictionem in eisdem que vulgariler dicilur 

U« SÉRIE. — T. vu. — (M.) 4 



— 50 — 

Nous supposons qu'il mourut peu après. En effet, d'un compromis signé 
en 1355 entre ses héritiers et Henri II de Geroldseck-LaAr, il résulte 
que sa femme, Susanne, appartenait à cette ligne; car les Geroldseck-ès- 
Vosges renoncent aux droits qui leui' compétaient sur les biens de la mai- 
son de Lahr. Le Wallher, l'Aine, dont elle était fdle, ne pouvait être, à 
l'époque du mariage (13^0), que Wallher 111, époux d'Elisabeth de Lich- 
tenberg, Or, il est constaté que Wallher III avait une tille nommée Su- 
sanne, mais les documents de 1349 et 1350 qui constatent tout à la fois 
son existence et sa hliation, la désignent comme épouse de Frédéric d'U- 
senberg' : c'est sous ce titre qu'elle figure sur notre tableau généalogique 
de la maison de Hohengeroldseck. Si, d'après toutes les probabilités, c'est 
elle aussi qui fut la femme de Hugues P de Geroldseck -es -Vosges, il 
faut que ce dynaste soit mort entre 1346 et 1349. 

Hugues P'" de Geroldseck-ès-Vosges eut, de son mariage avec Su- 
sanne de Hohengeroldseck-Lahr, trois enfants: Jean, dit Stentzlcr (le do- 
micellus Johannes de l'année 1346), une fille mariée à Eviard d'Andlau et 
rnorte jeune, enfin une seconde fille nommée Cunégonde, qui, six ou huit 
ans après la mort de son père, n'était pas encore mariée. C'est ce qui 
ressort pour nous, avec la dernière évidence, du compromis du 21 dé- 
cembre 1355, lundi avant Noël, auquel nous avons fait allusion plus haut 
et dans lequel figurent les parties suivantes: 1° Jean, Henri, Ulrich et 
Brunon de Ribcaupierrc (fils de Jean IV de Ribeaupierie et d'Elisabeth de 
Hobengeroldscck, l'ainée des filles de Wallher III, de Lahr); 2" Johannes 
von Gerollzeckh den man spridit der Stenliler, und Eberharl von Andela 
von nieins Weibs wegen, und Kunirjunda , Herrn Huges Tochter voîi Ge- 
roltzeckli, d'une part; 3° Henri (II) de Geroldseck, fils de feu Wallher (IV) 
sire de Lahr, d'autre part'. Pour qu'Evrard d'Andlau soit nommé, du 
chef de sa femme, entre Jean Slentzler et Cunégonde, que nous savons 
positivement être issus de Hugues P"^, il faut que sa femme ait été leur 
sœur. L'acte en lui-même n'offre qu'un médiocre intérêt : l'évêque Jean 

twing- und ban; item... partem suam jurisdiclionis in villa Wihersheim; item... hos va- 
sallos videlicet Jiofuines de Scharrach, homines iii/eodaios de curia in Bergheim prope 
Marley...n {Codex J'eud. ecct. Argent., conscr. a° circiter 133C. Grandidier, op. cit., IV, 553, 
pièces justif., n" 487.) 

1. Voy. Pragni. Gesch. des Hauses Geroldseck, 'i 154; Vrk., n»» Il et 20. Il résulte de 
la pièce n" i 1 , que Susanne vivait déjà en 1 3 1 1 et avait pour le moins une sœur cadette, 
peut-être même des frères cadets , l'usage étant de nommer tous les garçons avant les 
tilles. II n'y a donc rien d impossible à ce qu'elle se soit mariée, en 1320, à Hugues de 
Geroldseck, et, après la mort de son premier mari, vers 1349, à Frédéric d'Usenberg. 

2. Pragm. Gesch. des Hanses Geroldseck, Vrk., n''23, p. 65. 



— 51 — 

de Strasbourg est chargé d'aplanir les difficultés auxquelles avait donné 
lieu entre les parties le règlement de la succession de leur auteur com- 
mun, le sire Walther 111 de Iloliengeroldseck, et de fixer l'indemnité qui 
serait à payer par Henri II aux Hibeaupierre et aux Geroldseck-ès-Vosges, 
afin de conserver pour lui seul la seigneurie de Lahr avec ses dépendances. 
Jean de Geroldseck, fils de Hugues, lirait son surnom de Stentzler, 
d'un petit cliàteau qu'il avait acquis ou construit aux bords de la Sarre, à 
un quart de lieue du village de Niederstinzel, et dont on voit encore les 
ruines , consistant en une lourde construction carrée, au milieu d'une 
piairie, dans un bas-fond à droite de la route de Fénétrange à Saar- 
Union. Ce castel était connu sous le nom de château de Stiinel , Sieinsel 
(Pelite-Pierre) ou sous celui de son propriétaire (Geroldseck-sur-Sarre, 
pour le distinguer des deux Geroldseck, au-dessus de Marmoulier); tout 
insignifiant qu'il soit aujourd'hui, il a eu à un moment donné, dans la pre- 
mière moitié du quinzième siècle, jusqu'à dix copossesseurs qui se le par- 
tageaient par vingt- quatiièmes. Jean étant mort sans postérité en lä64, 
son petit château des bords de la Sarre, avec les localités qui en dé- 
pendaient, c'est-à-dire, d'après Hertzgg', Niederstinzel, Eckartswiller et 
Altenheim, fit en partie retour à l'évèché de Metz et fut donné aux sires 
de Blamont et de Ribcaupierre; nous disons en partie, car il est très-pro- 
bable, bien que Schœpflin mentionne la donation sans nulle réserve % 
que la ligne survivante des Geroldseck-ès-Vosges conserva, de son côté, 
une fraction de ce domaine. Gela résulte, notamment, d'une paix castrale 
conclue, en 1366, entre Bourcard de Fénétrange et trois des lils d'É- 
genon de Geroldseck, à Steinsal; après l'extinction de la famille de Ge- 
roldseck, on trouve également ses héritiers, soit les Ochsenstein, soit les 
Hathsamhausen et les Wangen, mentionnés en 1394, 1436 et 1437, parmi 
les comparsonniers'. 

Jean de Geroldseck, dernier représentant de la branche issue de Bour- 
card III, est au nombre des seigneurs et des villes qui contractèrent une 
alliance, le 25 mai 1362, pour combattre l'invasion des Anglais en Alsace*. 
C'est la dernière fois que nous avons rencontré son nom. 

1. Edels. Cron., liv. Y, p. 110. Seulement cet ouvrage doune une date inexacte en men- 
tiounant Jean comme seigneur de Stinzel en 137C. Jean dit Slentzeler est moi-t en 13(34, 
et tous ses tiumonymes , dans la maison de Geroldseck , sont morts avant lui. 

2. Als. illustr., t. II, p. 614 et 621. 

3. Voy. ci-dessous, p. 59 et p. 63. l'aix castrales (hanjfrid über burg and schloss 
Stcinselle) de 1436 et 1457, citées par M. L. Benoit, Elisabeth de Lorraine et le biiryfrid 
de Niedersti)izel, Hancy, 1867, in-8". 

4. ScHiLTEU, Chron. de Kœtiigsho/en , p. 887; Lauuille, Ilist. d'Alsace, preuves, p. 66; 
ScHCEPFLiN, Als. dipl, u" 1114. 



— 52 ~ 

CHAPITRE IV. 

Symon I" de Geroldseck et ses descendants jusqu'à leur extinction dans les mâles vers 1390. 

Symon F'", tiuisième fils de Bourcardll, lilius Burkardl advocati de Ge- 
rolleseche, ainsi que l'appelle un diplôme délivré, en 1238 ', par Conrad IV, 
roi des Romains, a déjà paru plusieurs fois dans le cours de celte notice 
avec l'un ou Faulre de ses fi"éres. Nous nous bornerons à indiquer ici 
celles des pièces le concernant que nous n'avons pas encore eu l'occasion 
d'analyser. 

En 1259, le 22 septembre, jour de la Saint-Maurice, il fut désigné par 
l'évéque de Strasbourg, Henri de Staleck, comme sur-arbitre, pour ré- 
gler, de concert avec quatre commissaires désignés par les parties, un 
litige pendant entre Henri et Louis, sires de Lichtenberg, et la ville de 
Strasbourg, relativement à une somme de 200 marcs d'argent l 

En 1260, il s'engage à respecter les droits et privilèges de l'abbaye et 
de la ville de Marmoutier, et rappelle, en outre, les obligations des bourgeois 
tant envers l'abbaye qu'envers sa propre famille^ 

Le VI des nones d'octobre (2 octobre) 1262, il est mentionné dans la 
donation faite par Ulric de Ribeaupierre à l'abbaye de Pairis d'un bien sis 
à Egensheim, comme ayant naguère concouru, en sa qualité d'avoué 
de Marmoutier, à la vente de ce bien audit Ulric \ 

Puis, il figure comme témoin dans une série d'actes ' des années 1263, 
1265, 1266, 1269 et 1271, que nous avons déjà cités plus baut, et mourut 
probablement à la fin de cette dernière année. 

Schœpflin" lui attribue plusieurs enfants, notamment Symon II; nous 
verrons même que Symon II avait d'autres frères ou sœurs encore que 
ceux que nomme Schœpflin, mais la paternité de Symon F'" ne ressort 
d'aucun des documents que nous avons eus sous les yeux, et nous ne 
pouvons la donner que comme généralement admise et conforme à la 
vraisemblance. 

1. ScHOEPFLiN, Als. dipL, n" 490. 

2. /6i(/.,ii°584. 

3. Archives du Bas-Rliiii , //, öG5, t. (Copie ancienne, datée par une erreur manifeste 
1160 au lieu de 1260.) 

4. ScHOEPFLiN, Als. dipl., n° 609. 

5. Son nom s'y écrit Symundus dominus de Gerollseckej, Symund von Gerollzec/ce, Si- 
nnend von Gerollsecli, Symo7i dominus de Gerollsecke, etc. 

6. Als. illush-., t. H, p. 621, et tabl. généal. 



Voici quels sont ces enfants : 1° Synion II, qui est l'auteur de la branche 
éteinte la dernière vers 1390; 2° une fille, qui, d'après Schœpflin, épousa 
Walther de Ilorbourg et qui, selon toutes les probabilités, se remaria 
plus tard avec Gerlach de Fénétrange; 3° Walram, dont la postérité s'é- 
teignit vers 1378, en la personne de ses petits-fils; 4° Henri. 

Nous ne connaissons la sœur de Symon II, ses deux époux, et Henri de 
Geroldseck que par deux pièces. Dans la première, du VI des ides d'avril 
(8 avril) i260, Walther-Symon de Horhurc, fils de feu Walther, sire de 
. Horbourg, déclare avoir renoncé, avec le consentement de son curateur 
et oncle maternel, Symon de Gerolsekke, à l'avouerie de Saint-Amarin 
qu'il tenait en fief des comtes Rodolphe et Godefroi de Habsbourg '. Dans 
la seconde, du 23 juin 1288 {feria tertia ante nativitatem h. Joltannis 
bapt), nos Symundtis, Walramus et Henricus, fratres, clomini de Ge- 
rolzecke, et Gerlacus noster sororins de Vinstingen, c'est-à-dire, Symon, 
Walram et Henri, frères, sires de Geroldseck, et le mari de leur sœur, 
Gerlach de Fénétrange, partagent des biens situés dans le ban de Weyers- 
heim {Erkenhotsmcde , Kallenmate, etc.) l II ne serait, du reste, pas im- 
possible que Walther de Horbourg eût épousé une sœur, non de Symon II, 
mais de Symon \^\ de Bourcard III et de l'évèque Henri, et que la sœur 
de Symon II, de Walram et de Henri n'eût eu d'autre mari que Gerlach 
de Fénétrange. Nous ne possédons plus de document qui permette de 
préciser ces points de détail, et, dans le doute, nous avons suivi le clas- 
sement qui a pour lui l'autorité de Schœpflin\ 

Walram doit, dans notre opinion, avoir commencé par entrer dans les 
ordres et ne s'être marié que tard, grâce à une dispense. En effet, il 
est constaté par un certain nombre de pièces que, de 1255 à 1258*, il y 
eut dans le chapitre de la cathédrale de Strasbourg un chanoine nommé 
Walram de Geroldseck. Bourcard III et Symon T'', chefs des deux seules 
branches de la famille, ayant chacun un fils de ce nom, il faut que ce cha- 
noine soit l'un des deux; or le fils de Bourcard III est plus souvent appelé 
Walrave dans les chartes que Walram, et d'autre part, il doit s'être marié 
de bonne heure, car ses deux fils étaient, à la fin du siècle, des hommes 
faits; lui-même, dans des actes remontant à 1266 et 1269, ne reçoit au- 

1. ScHOEPFLiN, A/s. dipl., n° 588. 

2. Archives du Bas-Rhin, G, 549, 7. 

3. Als. illuslr., t. II, p. 621 et fabl. généal. 

4. liber coqinnœ summi capit. Argent. (Grandidier, op. cit., t. IV, p. 3) : Walram de Ge- 
roldseck est le premier des chanoines in expectatione. En 1258, le dimanche Jubilate (14 
avril), il figure comme chanoine en titre dans une charte relative à Tavoueriedu couvent 
d'Allorf. (ScHüi;pFLi\, Als. dipl., n° 57G.) 



— 54 — 

cune qualification qui rappelle une dignité ecclésiastique. Quant au fils de 
Symon P'', le premier acte où il soit nommé, après ceux qui le qualifient 
de chanoine, est de 1274', et ses enfants étaient jeunes encore en 1294, 
puisque leur mère est désignée comme leur tutrice ou leur curatrice. 

En 1281, Walram concourt, avec les autres membres de la famille, au 
règlement édicté au sujet de la ferme du Buchberg ^; et, dans les années 
suivantes, son nom reparaît fréquemment accolé à celui de son frère aîné 
Symon II; nous analyserons, en parlant de Symon, celles de ces chartes 
que nous n'avons pas encore mentionnées. 

La pièce capitale concernant Walram et ses descendants est de 1294, 
feria sexUi ante fcslum Dionijsii (8 octobre) ^ Elle est curieuse, non-seu- 
lement en ce qu'elle nous fait connaître assez exactement la parenté de 
Walram, mais encore parce qu'elle jette un jour utile sur les relations de 
la famille de Geroldseck avec l'abbaye de Marmoutier. 

On a déjà pu voir dans le cours de cette notice que les abbés de Mar- 
moutier se plaignaient fréquemment des empiétements commis sur leurs 
prérogatives par les avoués du couvent : pour ainsi dire à chaque généra- 
tion, les Geroldseck, sur l'intervention soit de l'évêque de Strasbourg, soit 
de l'évêque de Metz, prennent l'engagement de respecter à l'avenir les 
droits de l'abbaye, ce qui prouve qu'auparavant ils ne s'étaient pas fait 
scrupule de les violer. Et, d'un autre côté, depuis la première moitié du 
douzième siècle, les abbés ne négligent aucune occasion d'insister pour 
qu'il n'y ait, en qualité d'avoué, qu'un seul membre de la famille à la fois. 
Celte réclamation ne paraît pas avoir été écoutée beaucoup plus que l'au- 
tre parles intéressés; car, en 1294, Conrad de Lichtenberg, évêque de 
Strasbourg, leur rappelle que conformément aux prescriptions du concile 
de Würtzbourg et en suite des plaintes réitérées des abbés, il avait invité 
à plusieurs reprises Walraf, frère de Bourcard (IV) de GeroUsecke , et en 
même temps Bourcard, feu Symon (11), et Woham, son frère, à se con- 
certer pour designer entre eux un avoué unique, chargé de veiller aux 
intérêts de l'abbaye. Jamais ils n'ont obtempéré à cette invitation et l'abbaye 
a fait de nouveau entendre des plaintes au sujet des inconvénients croissants 
qu'a pour elle la multiplicité des avoués {conqueraniur se, non tantmn in 
rebus suis et dicii monasterii, verum etiam in personis ex mnltipUcitate 
advocatorum pergrnvari omni die). En conséquence, le prélat ordonne 

1. Il y est seulement mentionné avec son frère Symon et son cousin comme co-investi 
de la ville de Marmoutier. Arcliives du Bas-Rhin, H, G 10, G. 

2. Voy. ci-dessns, p. 47 et note 2. 

3. ScnoKPi'LiiN, A/s. (IJpf. , w" 791. 



— 55 — 

aux vicaires {vice plehani) de Saverne et de Ilengebure de se rendre au 
château de Geroldseck, et, la veuve Irmengarde de Luppe (Lüpfen) ayant, 
depuis la mort de son mari Walram de Geroldseck, transporté son do- 
micile à Luppe avec Gebhard et Erwin, ses fils et pupilles, de sommer 
lesdits Gebhard et Erwin de constituer dans le mois, de concert avec 
Bourcard IV et Walraf, leurs cousins paternels (patruelihus sids), l'un 
d'eux comme avoué unique, le tout sous peine d'excommunication. 

Cette mise en demeure eut-elle plus d'efïet que les précédentes? Il est 
permis d'en douter '. 

Ce qui ressort pour nous de cette pièce, c'est: 1° que Symon II et son 
frère Walram sont morts avant 1294; 2° que la femme de Walram se 
nommait Irmengarde de Lüpfen; S*' qu'elle avait, en 1294, deux fils, 
jeunes encore, Gebhard et Erwin. 

C'est même à peu près la seule charte dans laquelle il soit question des 
fils de Walram. Le nom d'Erwin ne reparaît plus dans les documents pos- 
térieurs. Quant à Gebhard, il est encore nommé deux fois: d'abord dans 
une charte du 22 septembre 1303, par laquelle l'évêque Frédéric de Lich- 
tenberg autorise son neveu, Bourcard IV de Geroldseck, à acheter, de 
son cousin Gebhard, les droits qui compétaient à ce dernier sur le village 
de flerd, fief mouvant du grand-chapitre''; puis dans une charte de 1359, 
secunda ferla post Beminisccre (18 mars), par laquelle, «Jean de Ge- 
roldseck, chevalier, fils de Gebhard (Goberlus), élantmort sans postérité», 
Adhémar, évéque de Metz, confère à Ulrich de Fénclrange, au préjudice 
des membres collatéraux survivants de la maison de Gcroldseck, les fiefs 
devenus vacants par l'extinclion du rameau issu de Waliam, savoir, un 
quart des châteaux de Geroldseck et de la ville de Marmoutier, un quart 
de l'avocatie de Marmouliei' et de Sindelslu'rg, la part de Jean sur Ind- 
willer, etc.^ Cet acte de libéralité paraît avoir été rapporté plus tard sur 
la réclamation des agnals de Jean. 

A la même époque que ce Jean, vivait un abbé de Marmoutier nommé 
Walram de Gcroldseck, qui, d'après Schœpflin, était son frère. Walram 
fut abbé de 1340 à 1378; nous l'avons trouvé mentionné, nolanmicnl, 
dans une charte de 1364 relative à la fondation d'une messe à Marmou- 

1. En 1296, quartaferia unie festiim b. Johannis (20 juin), l'évètiiiede Strasbourg con- 
firme un statut émis par l'abbé de Marmoutier au sujet du droit prétendu des sires de 
Geroldseck d'être liébergés dans la cour de l'abbaye à Strasbourg. (Arcliives du Bas-Rliin , 
H, 568, 2.) 

2. Archives de Darmstadt (Lehmax.v, op. cit., f. I'"'', p. 83). 

3. Archives du Bas-Rliiu, H, 57 b, G (copie vidimée). 



— 56 -- 

lier, et, en 1368, dans un compromis ménagé entre lui et Nicolas d'En- 
dingen, vicaire de Westhoffen, par l'évêque de Strasbourg'. Selon IIert- 
zoG, il mourut le XIII des calendes de novembre 1378 (20 octobre), et 
fut enseveli dans l'église de Marmoutier, du côté gauche du chœur l 

Symon (II) de Geroltzecke apparaît pour la première fois vers 1274, 
dans une pièce non datée, avec son frère Walram et son cousin (Bour- 
card IV), investis avec lui par l'évêque de Melz de la ville de Marmoutier, 
pour reconnaître expressément les droits qui compétent à l'abbaye dans 
la Marche et s'engager à les respecter à l'avenir l 

En 1281, le 27 avril, il concourt, avec ses mêmes parents, à la promul- 
gation du règlement concernant la ferme de Buchberg*. 

Le 1*^'' mai 1287, Rodolphe, roi des Romains, permet à Olhon d'Och- 
senstein de racheter les villages de Romanswiller, Daun et Cosswiller que 
l'Empire avait engagés à Symon et à Walram de Geroltzecke pour 200 
marcs d'argent, et à les conserver jusqu'à ce que l'Empire soit en mesure 
de lui rembourser pai'eille sommet 

Il est encore nommé dans un acte de 1288, mentionné au commence- 
ment de ce chapitre". Mais comme nous l'avons déjà dit, il était mort à la 
date du 8 octobre 1294". Schœpflin suppose qu'il est le père d'Égon ou 
Egenon, auteur des derniers Geroldseck; nous n'avons trouvé aucun do- 
cument qui contredise cette hypothèse, et nous l'admettons sous toutes 
réserves, en rappelant que, d'après le même savant, Symon II aurait 
aussi été le père de Hugues P^, et que cette assertion s'est trouvée en op- 
position avec des textes formels \ 

Egenon de Geroldseck est nommé pour la première fois dans un acte 
du 31 juillet 1330 ijeria tertia post Jacobi apll) émané de Volmar, sire 
de La Petite-Pierre; d'après cet acte, Egenon et Volmar ont contracté 
une alliance contre Ludemann III et llanemann II de Lichtenberg, et 
Volmar accorde des lettres de protection au village de Wimmenowe , qui 
appartenait à leurs adversaires ^ 

1. ScHOEPFLi.N, Ah. illiistr., t. II, p. G2I, et tabl. généal.; Als. diplom., n" 1118, et 
t. II, p. 2i5, note r. Archives du Bas-Rhin, H, 55G, I; 553, 8. 

2. Edeh. Croii., llv. III, p. 30. 

3. Archives du Bas-Rhin, //, GIO, G. 

4. Md., H, 558, 7 (copie); G12, I (original). 

5. ScHOEPFLiN, Als. dipl.j, n" 753. 

G. Voy. p. 53, Archives du Bas-Rhin, G, 549, 7. 

7. Voy. p. 54, ScHOEPFLix, Als. dipL, n" 794. 

8. Voy. ci-dessus, p. 49, note 1. 

9. Arcliives de Darmsiadt (Lehmann, op. cil., t. I", p. 97). 



— 57 — 

Après le rétablissement de la paix entre les trois familles de Geroldseck, 
de La Petite-Pierre et de Lichtenberg, Egenon fit avec son onde, Lude- 
maiin III de Lichtenberg, et avec le neveu de Ludemann, son pupille, un 
échange d'hommes de mainmorte (Leibeigene) dans diverses localités ', On 
pourrait peut-être déduire de ce document, si le mot d'oncle y a son sens 
strict, que Symon II de Geroldseck, dont la femme n'est pas connue, avait 
épousé une sœur de Ludemann 111, ou bien que la mère d'Égenon était la 
sœur d'IIildegarde de Fénétrange, épouse de Ludemann III. 

L'année suivante, le premier mardi après la Chandeleur (3 février 
1332) Égenon figure, en qualité d'oncle, dans une chai'te par laquelle 
Rodolphe d'Ochsenstein, probablement le fils de Rodolphe r"", con- 
tracte une alliance offensive et défensive avec Ilanemann de Lichtenberg, 
se réservant seulement à raison de ses engagements antérieurs de ne pas 
prendre les ai'mes conire ledit oncle, contre l'évêque de Strasbourg et 
contre ses cousins Jean et Ottmann V d'Ochsenstein. Il résulterait de cette 
charte-ci ou bien qu'Egenon aurait épousé une sœur de Rodolphe P*" ou 
que Rodolphe P" aurait épousé une sœur d'Egenon, ou que leurs femmes, 
inconnues l'une et l'autre, étaient sœurs ^ 

Ce qui confirme cette hypothèse, c'est que, dans une aulre charte pos- 
térieure. Mena et Rodolphe d'Ochsenstein, fils de Rodolphe F"", traitent 
également Egenon de Geroldseck d'oncle, en le dégageant d'une caution 
qu'il avait consenti à donner pour une somme de 15 livres pfenningsl 

Egenon mourut vers 1346*, laissant quatre fils et deux filles: 

1° Hugues II, sur lequel nous reviendrons un peu plus bas. 

2" Symon III, qui était déjà majeur en 1337 et est qualifié chanoine de 
Strasbourg dans un acte du 21 février 1343, par lequel il prête à Symon P"", 
comte de Deux-Ponis-Ritche, une somme de 600 livres pfennings, sous la 
caution de Jean et Ottmann V d'Ochsenstein et de Symon de Lichten- 
berg ^ On retrouve son nom dans plusieurs chartes postérieures que nous 

1. An S. Mauricien dag (22 septembre) 1331. {Ibid.} 

2. Arcliives de Darmstadt (Lehmann, op. cit., t. II, p. 39). D'après M. Lehmann, cette 
cliarte et la suivante ('maneraient de Rodolphe I""" lui-même; nous pensons que c'est de 
Rodolphe, son fds, car Jean et Otlion V seraient les neveux et non les cousins de Ro- 
dolphe I«^ et Rodolphe I" serait le beau-frère et non pas, comme Mena, le neveu d'Eg:enon. 

3. 1337, an der Mittewochen nach de/ne Sonnentage do man vier Wochen Fleisch hatte 
gessen nach Ostern. (Archives de Darmstadt; Lehmann, op. cit., t. II, p. U.) 

4. Il est désigné comme défunt dans un acte du 15 juillet 13i6. (Archives du Bas-Rhin, 
H, 597, 4.) 

5. 1343, an dem Fritag vor der Pfaflenvahsenacht. (Archives de Darmstadf ; Lehmann, 
op. cit., t. II, p. 207.) 



— 58 — 

analyserons en leur temps. Il figure encore sur les listes des chanoines 
en 1365 et en 1375 \ 

3° Jean (Henselin), encore mineur en 1337, chanoine de Strasbourg 
comme son frère, mentionné en cette qualité par le Copialbuch de la ca- 
thédrale en 1349 et 1354, et en 1362, comme défunt l 

4° Frédéric, qui continua la famille et sur lequel nous reviendrons 
également. 

5° Elisabeth, qui épousa en 1337 Henri III, sire de Lichtenberg. La 
convention conclue à ce propos, le 7 janvier 1337 (an dem cynstage nach 
dem zivelften Tage), entre Égenon de Geroldseck et Jean H de Lichten- 
berg, pères des deux futurs époux, et l'acte de constitution de dot, du 
14 février suivant {an S. Valentinstag) établissent à la fois la filiation d'E- 
lisabeth et la composition de la famille à cette époque \ Par la convention 
du 7 janvier, les deux pères stipulent que le fiancé recevra de Jean II une 
somme de 800 marcs d'argent, monnaie de Strasbourg, et la fiancée, de 
son père Egenon, une somme de 1,000 marcs; il est décidé, en outre, 
que le mariage sera célébré avant les jours gras. Par l'acte du 14 février, 
Égenon, de concert avec ses deux grands fils, Symund et Hugues, et ses 
deux fils mineurs, Henselin et Frédéric, assied la dot de sa fille sur di- 
vers biens et rentes en argent ou en nature à Duntzenheim, Sehselsheim, 
Marley, Wasselonne, Detwilre, Gunsheim, Berstetten, Liitenlieim, ainsi 
que sur le moulin d'Olfsheim. 

6° Si nous en croyons le Copialbuch de la cathédrale de Strasbourg, 
Cunégonde, abbesse cïAndelahe (Andlau), tnorte avant 1349\ Nous devons 
toutefois faire remarquer que, d'après Hertzog, cette Cunégonde, morte 
en 1333 et dont, dii-il, « on voit encore le beau tombeau dans le chœur 
de l'abbaye », était de la famille de Ilohengeroldseck. Il y aurait eu, selon 
lui, une abbesse de celle de Geroldseck-ès-Vosges en 1359, mais du 
nom d'Adélaïde ^ 

Hugues P^ et son jeune frère Frédéric, dominus Hugo et domicellus 
Fridericns de Geroltzecke , filii quondam domini Egenonis de Geroltzecke 

1. Grandidier, op. cit., t. IV, p. 233 et 252. 

2. Johannes de GeroUsecke in Vosago , senior, canonicus ecclesie Argentinensis , 1349 
{Copialbuch, f° 49; Mone, Zeitschrift für die Gesch. des Oberrheins, t. VI, p. 434); Jo- 
hannes de Geroltseclie in Vosago, canonicus , 1354 {Copialbuch, f" 139); quondam Hen- 
selinusde Geroltzecke in Vosago, 13G2 {Copialbuch, f" lOG; Mone, t. VIII, p. 393). 

3. Archives de Diirmstadt (Lehmann, op. cit., t. I^^, p. 68-69). 

4. MoNE, Zeitschrift, t. VI, p. 431. Elle est nommée immédiatement après le cliauoine 
Jean (f" 49) cl qualiliée soror ejus defuncla, en 1349. 

5. Edels. Cron., liv. III, chap. viii, f" 19. 



— 59 — 

in (km Wasicheti, vendent, par-devant l'officialité de Strasbourg et en 
présence de leurs frères Symon et Jean, aux religieuses du Sindelsberg, 
pour 200 livres, les droits et privilèges qu'ils possèdent dans les bans de 
Rumersbeim, Waltenheim, Millelbausen, m superiore curia dicta Bute, 
etc. (ides de juillet, 15 juillet, 134-6)^ 












Fac-similé des sceaux de Hugues et de Frédéric de Geroldseck-ès-Vosges. 

Le 28 novembre 1353, Hugues et Frédéric, domini de Geroitzeck in 
Vasago, s'associent à la pétition adressée par les grands vassaux de l'évê- 
ché de Slrasbourg au collège des cardinaux, à l'effet d'obtenir que le 
doyen, Jean de Lichtenberg, élu évêque par le chapitre, soit connrmé 
en cette qualité par le Saint-Siège ^ 

Le VI des nones de juillet (2 juillet) 1364, Hugues, fds de feu Égenon, 
seigneur de Geroitzeck in Vogeso, fonde, avec le consentement tant de 
ses frères Sycmundus, chanoine de Strasbourg, et Frédéric, que de 
Walram (de Geroldseck), abbé de Marmoutier, une messe dans ledit mo- 
nastère, en l'honneur de Dieu et de la sainte Viergel 

Le 31 janvier 1366 {an dem nehesten samestage vor unsere frowe tage 
der Lichtmesse), Bourcard de Fènétrange et les frères Hugues, Symon et 
Frédéric de Geroldseck, jurent une paix castrale {hnrgfrid) à Sleinsal 
(Stinzel); ce hnrgfrid fut renouvelé en 1404,1e samedi avant la Saint- 

1. Arcliives dii Bas-Rhin, //, 597, 4; à la charte sont appendus deux très-jolis sceaux 
ronds en cire verte, portant Tècn trianp:iilaire anx armes des Geroldseck, avec les légendes : 
S. HUGOIS: DE: GEROLTSEGG: JUNIORIS, sur l'un; S. FRICI. n.E GEROTSEKE {sic), sur l'autre. 
— Nous les reproduisons tous deux ci-dessus. 

2. Ibid., G, 559, 5. 

3. Ibid., H, 556, 1. Schoepflin, Als. dipL, n» 1118. 



— 60 — 

George, par la veuve Marguerite de Deux-Ponts-Bitche, née de Féné- 
trange, sou frère Jeau de Fénétrange, et Frédéric d'Ochsenstein\ 

Enfin, Hugues, Huy von GeroUzeghe , est témoin d'un accoi'd entre 
George de Hohengeroldseck de Tüliingen et son frère Henri, le 20 novem- 
bre 1370 {an dem miUewocIœn nach S. ElisahethenlagY. C'est la dernière 
fois que nous avons rencontré son nom. 

Hugues II fut-il marié et laissa-t-il des descendants? On ne saurait l'af- 
firnier. Mais il est question dans une charte du 15 juillet 1370 (dmiresdage 
uf der znjclf hotten Scheidungen) d'un certain Jungherrn Symonde von Ge- 
rolizecke, qui, de concert avec Jean le Jeune, sire de Hibeaupierre, Jean 
d'Escliery, Olhon de Girsberg, les villes de Strasbourg, de Colmar et de 
Münster, fait la paix avec Marie de Chatillon de Blois, duchesse de Lor- 
raine, et les chanoines de Saint-Dié\ En 1370, la famille de Geroldseck 
élait fort réduite; car de ses nombreuses branches, une seule avait en- 
core des représentants et, parmi ces représentants, il n'y en avait que 
deux qui ne fussent pas voués au célibat en qualité de prêtres: Hugues II 
et Frédéric, son frère. Or les enfants deFrédéric sont nommés dans beau- 
coup de pièces et on n'y range jamais qu'un fils, Volmar. Il faut donc que 
ce jeune Symon soit ou un fils de Hugues II, ou un fils de Frédéric, mort 
très-peu de temps après son père; la première hypothèse nous paraît la plus 
vraisemblable. 

Frédéric, qui est souvent nommé avec ses frères, figure en outre dans 
les pièces suivantes : le 25 mai 1362, il s'allie, en même temps que son 
cousin, le Slcidzler , aux villes et aux principaux dynastes d'Alsace, pour 
repousser l'invasion anglaise*. 

Le 16 janvier 1366, il est mentionné dans l'instrument d'une paix pu- 
blique conclue pour deux ans '. 

Sa mort suivit probablement à trois ou quatre années d'intervalle. De 
son mariage avec Walpurge, fille de Volmar, comte de Lützelstein, et 
d'Adélaïde de Fénétrange, il eut quatre enfants: un fils, Volmar, et trois 
filles, Adélaïde, Cunégonde et Catherine (?). 

La dernière de ces filles, dont le prénom n'est pas exactement connu, 
vivait encore en 1381 , mais elle mourut avant son frère et sans avoir été 
mariée. 

1. Archives de Darmstadt (Lehmann, op. cit., t. Il, p. 92); voy. ci-dessiis, p. 51. 

2. Pragm. Gesch. de.s Uauses Gerohiseck, llrh., n° 28, p. 73. 

3. ScHöEPFLiN, Als. dipl., Ti" lOii. 

4. Laüuille, Hut. (V Alsace, preuves, n" 00. 
5 SCHOEPFLIN, Als.diijf., w" 1120. 



— 61 — 

Cunégonde épuiisa, en 1879, Rodolphe d'Oclisenslein, qui avait perdu 
sa première femme, Sophie de Ribeaupierre: par acte du 5 septembre. (fi'H 
deui nehsten mendagc vor unseren liehen froiveii tage der Jüngeren), Ro- 
dolphe constitua, au profit de sa seconde femme, un douaire de 2,000 flo- 
rins d'or sur les biens sisà Hochfelden, ainsi (jue sur la sixième partie des 
villages de Reichshofeu, Wolfershofen, Guntershofen, Griesbach, Schüre, 
Eberbach el Ulenhofen\ Au même moment, Volmar promit à sa sœur 
une dot de 500 vieux florins, pour sûreté de la(juelle il lui engagea une 
rente de 14 livres pfennings sur la ville de Marmoutier et une autre de 
24 quarts de seigle sur le moulin de Weyersheim; il racheta ce double 
gage à Cunégonde et à son mari, le 8 septembre 1384 (u/f unsere frowen 
dag der jungern)'. 

Cette union, qui fut bénie par la naissance de trois fils, Frédéric, Jean 
et Vdlmar, et de deux filles. Glaire et Agnès, dura plus de vingt ans: Ro- 
dolphe d'Ochsenstein mourut en mars 1400. Dès 1391, ayant cédé à l'élec- 
teur palatin Robert H une fraction de ses châteaux, il avait pris soin de 
faire confirmer par ce prince la constitution du douaire de Cunégonde 
sur Reichshofeu et ïlochfelden (23 mai 1391, iiff den dinstag vor unsers 
herren Lyehamslage^). Aussi sa veuve n'éprouva-t-elle, de ce chef, aucune 
difficulté. Peu de joui's après la mort de son époux, elle renonça solen- 
nellement, dans la chapelle de l'église de Reichshofeu, à toute prétention 
sur sa succession, se déclarant satisfaite de son douaire et prête à par- 
tager avec ses enfants les vêtements et les bijoux, suivant la coutume, en 
foi de quoi elle déposa son trousseau de clefs sur la table (27 mars 1400). 
A la Saint-Martin (11 novembre) de la même année, elle renouvela sa re- 
nonciation par-devant le prévôt de Marmoutier el consentit même à aban- 
donner à ses enfants pour six années le revenu de son douaire, plus 300 
florins sur la rente de 2,600 qu'elle avait à toucher annuellement de la 
famille de Ribeaupierre, sous la seule condition qu'on la laissât paisi- 
blement résider à Ilaut-Barr el dans quelques autres localités, et qu'on 
lui donnât régulièrement 50 quarts de blé sur le revenu du bien de Hoch- 
felden'. 

En 1402, le 21 décembre (jour de Saint-Thomas) Cunégonde et sa 
mère Walpurge constituèrent, moyennant diverses conditions onéreuses, 
une rente de 10 florins en faveur de Jean Heringen, sur leur part de la 
marche de Marmoutier^ Cunégonde mourut peu de mois après. 

1. Arcliives de Darmstadt (Lehmann, o/j. cit., 1. 11, p. 84 et siiiv.). 

2. Ibid. — 3. [Oid. — 4. lOid. 
5. Archives du Bas-Rhin, £, 2814. 



— 62 — 

Adélaïde, sa sœur aînée, épousa en 1392 Érard de Wangen et ap- 
porta ainsi dans cette famille ses droits sur une partie du patrimoine des 
Geroldseck. 

En effet, Volmar, fils unique de Frédéric et de Walpurge de Lützelstein, 
devait mourir sans postérité et laisser à ses sœurs toutes les possessions 
de la famille. 

Dès 1381, il avait prévu cette éventualité, et, comme la seigneurie de 
Geroldseck était un fief mâle relevant de l'évêque de Metz, il avait ouvert 
des négociations avec ce prélat, afin d'éviter qu'à sa mort ses sœurs se 
vissent complètement dépouillées. L'évêque Thierry se montra favorable à 
un arrangement amiable, et il fut convenu que, si Volmar mourait sans 
laisser de fils, une moitié de la seigneurie ferait retour à l'évêque et 
l'autre moitié passerait, soit aux filles de Volmar, s'il en laissait, soit à 
sa mère et à ses sœurs'. Le 29 décembre 1387 (dimanche après Noël), 
le nouvel évêque de Metz, Raoul de Coucy, investit notre dynaste de 
toute la seigneurie". Ce devait être pour deux ans à peine : Volmar mou- 
rut vers 1390, sans laisser ni fils ni filles, de sorte que, conformément à 
la convention de 1381, une moitié de la seigneurie échut à sa mère Wal- 
purge, à Cunégonde d'Ochsenstein, à Adélaïde et à Catherine de Gerolds- 
eck. La seconde moitié fut donnée par l'évêque Raoul à Henri, comte de 
La Petite-Pierre, frère de Walpurge de Geroldseck, et aussitôt engagée 
parce seigneur, une moitié à Frédéric de Blankenheim, évêque de Stras- 
bourg, moyennant 4,000 florins d'or (14 septembre 1391)% l'autre moitié, * 
à Evrard, comte de Ramberg*. 

Nous retrouvons encore dans plusieurs autres pièces les noms du fils 
et de la veuve de Frédéric de Geroldseck: En 1385, le lundi après la 
Sainte-Calheiine (27 novembre), Volmar se porte caution pour son cousin 
Bourcard de Lützelstein, cellérier du grand-chapitre de Strasbourg, d'un 
engagement contracté par celui-ci envers Walpurge, mère de Volmar\ 

En 1391, Walpiirg, fraw zu Geroltscgkim Waszgaiv,yQ\x\e, de Frédéric, 
assigne, par un acte passé devant l'officialilé de Strasbourg, une rente de 
50 florins à la dame Sturm, de Strasbourg, sur Iderswiller et d'autres biens 
de la marche de Marmoutier, le tout rachetable moyennant 600 florins^ 

1. Archives (la Bas-Rhin, E, 2841, 1 (copie nou vidimée). 

2. Ibid., E, (copie). Voy. ci-dessus 29, p., rénumération des localités qu'elle comprenait. 

3. Ibid., G, 566, 4; H, 589,8. 

4. ScHOEPFLiN, Als. illiistr., t. 11, g 393. 

5. Ibid., G, 1020. 

6. Ibid., 5, 2814, 2. 



— 63 — 

Le 10 juin 1394 (uff den mittwochen vor S. Via und Modestitag der 
heiligen merleler) , Walpurge et son gendre d'Ochsenstein, assisté de sa 
femme et de ses trois jeunes fils, accordèrent à l'électeur palatin Robert II 
entrée dans leurs châteaux de Marmoutier, de Geroldseck, de Stinzel et 
de Haut-Barr, sous la seule réserve qu'il ne s'en servirait pas contre leur 
suzerain, l'évêque de Metz, et qu'il payerait, le cas échéant, sa part des 
frais de garde. En échange, le palatin promit sa protection à Walpurge. 

Quelques mois après, le 3 octobre {sabbato proxùno post Michahel), 
une paix castrale fut signée entre tous les comparsonniers : Guillaume de 
Dielsch, évêque de Strasbourg, Henri, comte de La Petite-Pierre, et sa 
sœur, Walpurge de Geroldseck, Rodolphe d'Ochsenstein et sa femme, 
les Hohenstein, les Wildsperg et les Liitzelbourg^ 

Walpurge mourut en 1406, et le 23 mars de ladite année (nechste zins- 
tag vor halbfasten), ses héritiers, Frédéric, Jean, le chanoine Volmar, 
Agnès et Claire d'Ochsenstein, tous enfants de Rodolphe et de Cunégonde, 
d'une part, Härtung de Wangen et sa sœur Walpurge, épouse de Nicolas 
Zorn de Bulach, enfanta d'Adélaïde de Geroldseck et d'Érard de Wangen, 
d'autre part, procédèrent au partage, par moitié, de la portion de la sei- 
gneurie de Geroldseck qui appartenait à leur grand'mère'. 

Les Wangen, devenus ainsi possesseurs d'un quart de la seigneurie de 
Geroldseck, obtinrent, le 3 octobre 1414, de l'empereur Sigismond, la 
permission de joindre à leur nom et à leurs armes ceux de l'antique et 
illustre maison à laquelle ils avaient succédé. Ils s'appellent depuis cette 
époque barons de Wangen de Geroldseck-ès-Vosges et portent écarlelé de 
Wangen et de Geroldseck, c'est-à-dire, <s écartelé de gueules et d'argent, 
à quatre lions, les queues fourchues, aßrontes, de l'un en l'autre, cou- 
ronnés d'or, les deux quartiers d'argent, semés de billettes d'azur'^)). Le 
31 mai 1419, mercredi avant la Pentecôte, ils s'engagèrent vis-à-vis des 
Ochsenstein, leurs cousins, à ne vendre ni engager leur part de Gerolds- 
eck, sans les en avoir prévenus*. Cette promesse ne mit pas obstacle à une 
infinité de transactions, dont les diverses fractions de la seigneurie furent 
successivement l'objet et dont on trouvera le détail dans Sciiœpflin, pour 
les trois parts des Ochsenstein, des Wangen et des Liilzelstein : il nous 

1. Archives de Darmstadt (Lehmann, op. cit., t. II, p. 81). 

2. Archives du Bas-Rhin, £, 2841 ; toWea?« <;?«(''«/. e^ »je/notVeÄ^ certiliés te (J mai 1755 
par le notaire Schweighseuser (ibid.. H, 565, 2). 

3. Armor. de la Gêner. d'Alsace, p. 158, n° 374, etc. 

4. Archives du Bas-Rhin, Ê, 2841. 



— 6 



)4 



suffira d'y renvoyer le lecteur'. Nous nous bornerons à dire ici que, 
de la moitié de la seigneurie de Geroldseck donnée par l'évèque de Metz 
à Henri, comte de La Petite-Pierre, la portion engagée aux Ramberg échut, 
par suite de Texlinction de la maison de La Petite-Pierre et après une sé- 
rie d'aliénations et de rachats partiels, à Claude de la Palu, comte de la 
Hoche, seigneur de Varambon et de Wilersisse, qui tenait aux Liitzelstein 
par la mère de son père; par acte du 25 avril 1485 (mardi après la Saint- 
Marc), Claude céda tous ses droits à ses cousins Guillaume et Smasman, 
sires de Ribeaupierre et Hohenackl 

Les sires de Ribeaupierre acquirent encore, par la suite, le reste de la 
part primitive des comtes de La Petite-Pierre, plus une fraction de la part 
qui, à l'extinction des Ochsenslein, avait fait retour à l'église deMetz^ (8 juin 
1487), et obtinrent, le M mars 1497, deMaximihen, empereur d'Allema- 
gne, l'autorisation de partir ou d'écarteler leurs armes de celles de Gerolds- 
eck-ès-Vosges^ Ils s'intitulèrent toujours, depuis cette époque, sires de 
Ribeaupierre, Ilohenack et Geroldseck-ès-Vosges et portèrent : écartelé 
aux i^^ et 4^, d'argent à trois petits écussons de gueules, 2 et i, qui est 
de Ribeaupierre; au 2^, d'argent à trois têtes d'aigles arrachées et cou- 
ronnées de sable, 2 et i , qui est de Hohenack; au 3^, d'argent semé de 
hillettes d'azur, au lion de gueules couronné d'or, qui est de Geroldseck-ès- 
Vosges. Ces quartiers passèrent plus tard, à titre héréditaire, dans l'écusson 
de la maison de Deux-Ponts-Birkenfeld et, comme armes de prétention, 
dans celui de la maison de Waldeck, où ils figurent encore aujourd'hui. 

On trouverait difficilement en Alsace un territoire qui ait été plus souvent 
engagé, vendu, racheté et morcelé que la seigneurie de Geroldseck. Dans 
la seconde moitié du dix -septième siècle, les comtes de Fürstenberg finirent 
par en réunir successivement toutes les portions entre leurs mains et prê- 
tèrent, à ce titre, foi et hommage à l'évèque de Metz, en suite d'un arrêt 
de la chambre de réunion siégeant en cette ville. Mais, en 1704, par une 
transaction amiable avec cette maison, l'abbaye de Marmoutier rentra en 
possession de tout ce que les Fürstenberg retenaient de son antique patri- 
moine. Elle était encore quaUfiée en 1789 seigneur de la marche de Mar- 
moutier. 

E. Leur. 

1. Als. illustr., t. II, gg393 à 395. 

2. ScHüEPFLiN, A/ä. (/î/»^., n" 1409. 

3. ma., nM413. 

4. Archives du Bas-Hhin, U, 5ü5, lU. 



TABLEAU G 



MAISON DE GER 



HOHENGEROLDSECK&THIERSBERG. 



avoué de 



II. DIDIER {Truther), 
ép. Berthe. 



II 



III. CO.MUD. III. ADELAIDE, 

chanoine, ép. A^, 

puis évèque de sire d'Eschibach 
Strasbourg, 
1171), 
t 17 déc. 1180. 



BOURCARD V 

ép. N., 

comtesse 

de Ychrinfiren. 



III. WOLFGANG, 

auteur présumé 

de la maison 

de Hohen- 

geroldseck, 

ép. N. de Werde. 

IV.WALTHERP^ 

premier auteur 

autlieutiquement 

connu 

de cette maison, 

t 1277 



III. WALTHER, 

auteur présumé 

de la maison 

de Thiersberg. 



IV. HENRI . 

avoué 

de Schuttern 

1236, 

f à Hausbergen, 

1262, 

ép. Sophie 

de Zollern. 



IV. BERTHOLD, 
chanoine 
et prévôt 

de Strasbourg, 
1244-1268. 



IV. HERMANN, 

chanoine 

de Strasbourg, 

1255. 



III. OTHC 

avoui 

de Haslï 

11 



V. A'., 

(HARTMANN, f 1264 

ép. Heilicke, 

3* ßle de Louis , 

sire de Lichtenberg 



?) 



V. BOURCARD IV, 

1265, 1294, 

avoué 

de Marmoutier, 

t vers 1322. 



J 



VI. LOUIS, 

t après 1279, 
non marié. 



Les noms on grandes capitales ou en italiques et 
les filiations marquées en traits pleins sont ceux que 
nous avons pu authentiqueinent établir d'après des 
chartes. Les autres noms et les filiations marquées 
en traits pointillés sont mentionnés dans des auteurs 
dignes de foi, tels que Schœpflin ou Grandidier; 
mais nous n'avons eu sous les yeux aucune pièce 
contemporaine qui corroborât leurs assertions. 
Toutes les dates ou indications de fonctions sont 
données d'après des chartes dont notre notice ren- 
ferme l'analyse détaillée et indique la provenance. 



VI. HEILICKE, 

é]i. Guillaume, 

sire de 
Schwarzenberg. 

VII. JEAN STENTZLER, 

1346, 

t 1364. 



VI. Susanne, 

ép., 1291, 

Henri 

de Ribeaupierre 

(t 1313). 



VII. A , 

ép. 

Evrard d'Andlau, 

f avant 1355. 



VI. HUGUES I-, ^ 
ép., 
1320, 
Susanne 

de Hohen- r 

qeroldseck. VII. I 
— ^ . 13. 



VII. GUNÉGONDE, - 

1355. VIII. I 



fÉALOGlQUE 



SECK-ÈS-VOSGES. 



I 



GEROLDSECK-ES-VOSGES. 



IL OTHON II. 

avoué 

de Marmoutier 1143, de Saint-Étienue 11 

de Neuwiller 1158, de Haslach 1162. 

auteur présumé de la mai.son de 

Geroldseck-ès-Vosg-es. 



II. IJERTHOLD. 

chanoine, 

|)uls grand-chantre 

de Strasbourg, 

1193. 



III. IJOUIICARD II. 

1187, 

avoué 

de Marmoutier, 

1238. 



III. BEllTHOLD. 

portier, 

puis camérier de la cath. 

de Strasbourg, 

1193-1221. 



III. Etienne. 

chanoine 
de Strasbourg. 



■. BOURCARD m 

1255, 
f avant 1262. 



V. WALRAM (Walraf), V. ROBIN, 
1266, 1269, 1301. 

t vers 1296, 
ép. Alix de Liipy^ 
dame de Guercy. 



IV. SYMON I", 

1255, 

avoué 

de 

Marmoutier, 

t vers 1272. 



IV. HENRI. 

chanoine, 1242, 

puis évêque 

de Strasbourg 

1263, 

t 1273. 



VI. W.ALRAM, 
1301. 



VI. GOBERT, 
1301. 



V. SYMON II. 

1274, 
t avant 1294. 

VI. ÉGENON, 
1330, 

t avant 1346. 



V. N., 

ép.: 1" Walther 

de Horbourg ; 

(t 1260), 

2° Gerlach 

de F en étrange, 

1288. 



V. WALRAM, 

chanoine 

de Strasbourg, 

1255-1258? 

ép. Irmengardc 

de Lüpfen, 

t 1294. 



V. HENRI . 
1 288. 



VII. SYMON m, VII. JEAN, VII. FRÉDÉRIC, VII. ELISABETH. VIL CLNÉGONDE, VI. GEBHARD. 

chanoine chanoine 1346, 1366, ép. abbesse d'Andlau, 1294. 1303. 

-- de Strasbourg, de ép. Henri III f avant 1349. ^ '" 

V, 1343, 1375. Strasbourg, Walpurge de Lichtenberg. 
1349, de Liitzclstein 1337 

t avant 1362. (11406). 



VII. JEAN. 

-i- 1359. 



VIII. V0LM.4R, VIII..VDÉLA1DE, VIIL GUNÉGONDE. VIIL (Catherine ?) iV., 
1381, 1381, ép., 1379, 1381. 

t vers 1390, ép,., 1392, Rodolphe 

ultimus. Evrard d' Ochsenstein 

de Wangen. (f 1400); 

t 1403. 



VI. EKWIN. 
1294. 

VIL WALRAM, 

abbé 
de Marmoutier, 

1340, 
t 1378. 



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LES THERMES DE BADEN^VEILER 



Les thermes de Badenweiler constituent l'un des témoignages les plus 
imposants du séjour des Romains dans la vallée rhénane. Rien de plus 
gracieux que le site même; Badenweiler moderne est la perle du Brisgau 
badois. Il est donc très-naturel que les Romains, attirés par la fertilité du 
sol et la douceur du climat, aient mis à profit les eaux thermales de cette 
localité privilégiée. Les auteurs les plus compétents, architectes et archéo- 
logues, attribuent au siècle des Antonins l'établissement splendide de ces 
bains, que nous admirons encore dans leur état de dégradation actuelle. 
Je vais, pour la description de ces restes remarquables, suivre surtout 
les traces de Wever' qui a lui-même mis à profit ses nombreux prédé- 
cesseurs, et plus spécialement le consciencieux Preuschen^ Le plan joint 
à la présente notice, et scrupuleusement calqué sur celui de l'ouvrage de 
Wever, facilitera aux lecteurs bienveillants la vérification des données 
qu'ils trouveront dans ce travail de seconde main. Je n'ai d'autre but que 
de rappeler des souvenirs à ceux qui ont joui du site pittoresque des mon- 
tagnes et des bosquets de Badenweiler, et d'y convier ceux qui ne con- 
naissent point cet idyllique séjour. 

La découverte des thermes remonte à 1784; avant cette époque, on 
avait enlevé quelques pierres dans des monceaux de ruines, pour la con- 
struction de la maison du bailli de Badenweiler, lorsqu'à une trentaine de 
centimètres de profondeur, on se heurta contre des murs solides et régu- 
liers. Tout travail ultérieur fut immédiatement arrêté par le pasteur de la 
paroisse, qui manda au gouvernement margravial l'incident de la décou- 
verte. Des fouilles furent pratiquées, et l'on mit insensiblement à jour 
un vaste parallélogramme de 22^ pieds rhénans de long sur 65 pieds 
de large du côté des cours ou des avenues, de 81 pieds au centre. 

1. Badenweiler und seine Umgebungen^ v. D"' Wcvei". Troisième ùdilion. Badenwcilcr, 
1866.111-12. 

2. Monuments des rëvoludons physiques et poliliques en Alleinagne. francl'ort, 1787. 

11^ SÉRIE — T. VII.— i. M.) 5 



— 66 — 

Il fnt reconnu que cette agglomération d'édifices avait été à un seul 
étage, probablement recouvert de voûtes de tuf. Les appartements 
avaient été revêtus de plaques de marbre, en partie conservées jus- 
qu'en 1784, mais complètement détruites en 1796, époque à laquelle 
les Autrichiens, qui occupaient Badenv^^eiler, avaient établi des écuries 
sur l'emplacement même des thermes romains. Les moellons, de 
pierre calcaire ou de tuf, étaient reliés par un ciment rougeâtre, dur 
comme la pierre môme ; point de particules de sable dans le mortier de 
Badenweiler, mais des fragments de tuiles et de briques concassées, qui 
lui donnaient sa couleur rougeâtre. Des traces d'incendie font supposer 
qu'à plusieurs reprises ces thermes ont dû être restaurés et agrandis. 
Une pierre votive, trouvée à l'entrée occidentale de l'établissement, avec 

l'inscription: Dianœ ahnob constate que les bains étaient consacrés à 

Diane Âbnoba*. En tout temps, les malades qui venaient chercher leur 
rétablissement auprès de quelque source thermale ont été portés à se 
mettre sous la protection d'un être supérieur. Diane chasseresse était bien 
placée dans cette région de forêts et de montagnes; les Romains devaient 
y invoquer avec foi l'assistance de la divinité virginale. A Badenweiler 
on avait érigé deux autels en son honneur : l'un, à l'entrée occidentale, 
pour les hommes; l'autre, du côté oriental, pour les femmes*. L'édifice s'é- 
tendait dans la même direction de l'est à l'ouest ; il contenait cinquante 
chambres et cinquante-six pièces d'attente symétriquement placées, sépa- 
rées au milieu par un mur. D'après la prescription de Vitruve, la porte 
principale était du côté de l'ouest; les sacrifices étaient offerts sur l'autel 
placé près de cette porte, le prêtre ayant la face tournée vers l'orient. On 
traverse d'abord les cours, les atria, où les Romains se réunissaient, soit 
avant, soit après les bains, pour la conversation, les exercices gymnasti- 
ques, les jeux. Ces compartiments — probalneares — se trouvent, dans 
les thermes de Badenweiler, également à l'est et à l'ouest. De ces atria 
on passe dans les vestibules (B), ayant des compartiments appelés 
Scholœ (Q), c'est-à-dire des pièces d'attente consacrées à Junon Lucine. 
De là on pénètre par des portes spéciales (a) dans les spoliatoria, apo- 
dyteria, depositoria (C), c'est-à-dire dans les pièces où l'on déposait les 
costumes de ville ou de campagne pour prendre celui qui convenait aux 
bains. Le deposilorium à l'est est long de 23 pieds rhénans sur 17 de 

1. On sait, d'après le témoignage de Pline l'Ancien et de Dante, que la montagne 
Abnol)a s'étendait des bords du Rhin, entre Bàle et Fribourg, jusqu'aux sources du 
Danube. D'autres antiquaires appliquent le terme d'Abnoba à loule la Forèt-Noirc. 

2, L'un est assez bien conservé; l'autre n'existe plus. 



— 67 




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— 68 — 

large ; celui de l'ouest est un peu plus considérable : il a 25 pieds de long 
sur 20 de large. 

A la suite de ces constructions extérieures viennent les compartiments 
des bains. 

Les bains froids, les frigidaria (D), à l'est et à l'ouest : le frigidarium 
mesure également 33 pieds rhénans de long sur 21 pieds de large, et 4 
pieds 7 pouces (environ l'",50) de profondeur. Chaque frigidaire est entouré 
d'escaliers ou de degrés larges et assez élevés pour donner aux baigneurs 
toute facilité de descendre au fond des compartiments ou bien de s'as- 
seoir, de se promener, de s'ébattre à la nage. Les degrés et le fond du 
frigidaire étaient recouverts de marbre. 

A côté se trouvent les cellules à friction (frictoria, b). Le baigneur, 
avant de passer dans les bains chauds, se préparait à cette température, 
ou bien il se réchauffait par ces frictions avant de retourner dans le depo- 
sitorium, où il reprenait ses vêtements ordinaires. 

Un canal peu profond conduit du frigidarium vers le tepidariiim, ou 
bain tiède (E), situé à quelques centimètres plus bas. 

Au nord des vestibules se trouvent les laconica (G) ou bains de vapeur. 
Ces compartiments étaient de dimension moindre que les tépidaires et les 
frigidaires et destinés aux personnes maladives, qui prenaient les bains 
de vapeur avant de se rendre dans les tépidaires. 

A côté du laconicum occidental, on trouve une niche (R) à destination 
incertaine. 

Des portes spéciales (c, d) conduisent des laconica vers les scholœ et 
d'autre part vers les unctoria ou eleothesia (H), où le baigneur se faisait 
oindre d'essences parfumées avant d'entrer dans les tépidaires. Très-pro- 
bablement ces pièces étaient chauffées. Une sortie spéciale (d) conduit 
de Vundorium dans le tepidarium. 

Derrière ces bains se trouvaient des compartiments murés servant : 
\° de dépôt pour le bois et les charbons (K et L); 2° de poêles (I) à chauffer 
l'eau et à produire la vapeur, qui était dirigée de là vers le laconicum par 
des conduits ou des tuyaux d'argile. 

Vers le sud, les frigidaires et les tépidaires sont flanqués de cryptother- 
mes (e), c'est-à-dire de bains isolés, pour des particuliers; viennent en- 
suite des compartiments et des salons pour des personnages de distinction 
(M)*. Wever suppose que l'on se trouve ici aux environs des bains à balan- 
çoire, ou de grandes cuves à bain, ou près des lieux d'aisances. Dans l'in- 

1. Les entrées se trouvaient aux points marqués P. 



— 69 — 

térieur, plusieurs niches ou ouvertures ovales (f) servaient probablement 
à placer les dieux pénates, que les Romains emportaient toujours en s'ab- 
sentant, même temporairement, de leurs demeures. 

Les points F et N marquent de grands réservoirs, destinés à fournir 
l'eau des tépidaires. 

Dans les corridors qui entourent les grands bains on aperçoit des 
places d'attente, pratiquées au cœur même des murs. Ces compartiments 
sont revêtus d'un mortier très-poli. En général, les thermes de Baden- 
weiler ne le cèdent pas beaucoup aux thermes d'Italie; partout on trouve 
des traces de régularité, d'ordre, de magnificence même. Qui sait si des 
architectes grecs n'y ont pas mis la main? 

Des côtés est, sud et ouest, l'établissement est entouré d'un corridor 
souterrain (R^), à double entrée, occidentale et orientale. Cette voûte, large 
d'environ 1 mètre et haute de S'^jSO, était assez bien conservée, il y a 
quelques années, et accessible dans tout son parcours. Elle était formée, 
dans l'origine, de pierres coniques, presque sans ciment. Quant à sa des- 
tination, il est difficile de la deviner. Était-ce un aqueduc? un canal de 
dérivation ? un ventilateur pour prévenir l'humidité ? 

Jusqu'ici on n'a point découvert l'aqueduc qui amenait du dehors les 
eaux thermales. Preiischen prétond avoir trouvé la source froide employée 
à l'alimentation des frigidaires, et il assigne au réservoir la place qu'oc- 
cupe maintenant l'église de Badenweiler. Mais d'autres personnes compé- 
tentes trouvent que ladite source n'était pas assez considérable pour rem- 
plir ce but d'approvisionnement. Il est très-probable que les eaux ther- 
males, refroidies par la distance, étaient employées du moins dans les 
tépidaires. Wever pense que l'emplacement du réservoir se trouvait dans 
la localité occupée aujourd'hui par deux auberges'; on y a découvert des 
tuyaux d'argile et des murs ayant la forme d'un réservoir. 

Sans aucun doute les thermes de Badenweiler étaient des bains des- 
tinés à l'usage du public; la distribution de l'ensemble, l'étendue de ces 
thermes grandioses militent en faveur de cette opinion. Plus de cent per- 
sonnes pouvaient à la rigueur s'y baigner journellement. Sans doute elles 
y affluèrent des villas environnantes et des stations romaines plus ou 
moins rapprochées, û'Augusta Ranraconim par exemple, du mont Bri- 
siacus , d'Ottmarsheim. Le temps de leur fondation et de leur splendeur 
était, nous l'avons déjà indiqué, celui d'Adrien. Cet empereur n'a-t-il point 
poursuivi ses courses jusque dans les champs décumates, j)rescrivant par- 

I. Le Cerf el !a Couronne. 



~- 70 ~ 

tout la construction de villas et d'établissennents de tout genre ? La loca- 
lité de Heitersheim', non loin de Badenweiler, n'aurait-elle pas conservé 
le souvenir de l'empereur, amoureux d'art et d'architecture? n'aurait-il 
point pu, de là, diriger la construction de Badenweiler? le site admirable 
de ce lieu de plaisance n'aurait-il point été destiné par lui à devenir une 
espèce de Tivoli gallo-germanique, rendez -vous, dans la belle saison, 
des colons romains de cette contrée rhénane? Sans prétendre élever au 
rang d'un fait cette hypothèse de quelques savants allemands, n'est-il 
point permis de retenir préalablement cette date jusqu'à ce qu'une dé- 
couverte inespérée vienne rectifier ou déplacer ce jalon d'attente? 

Après avoir fixé au siècle des Antonius l'origine de ces thermes magni- 
fiques, à quelle époque pouvons-nous raisonnablement rapporter leur 
décadence et leur ruine? Fecht, dans son histoire du pays de Bade, établit 
que les thermes ont été debout au moins jusqu'au règne d'Héliogabale, 
et qu'ils ont été dévastés lors de l'une des premières invasions des hordes 
allémaniques. Preiischen pense que ce désastre a dû avoir lieu sous Valen- 
tinien. A en juger d'après les ruines, la destruction a dû commencer par 
en haut; les compartiments et les niches des bains ont été remplis de dé- 
combres, et l'ensemble a fini par être nivelé avec le sol. La destruction 
ne paraît pas avoir été accomphe par le feu. En même temps que les 
thermes, les villas des environs disparurent; et, pendant près de mille 
ans, ces imposantes ruines restèrent couvertes et cachées sous les dé- 
combres. 

Pi^euschen estime ainsi qu'il suit les différentes phases de l'existence des 
thermes de Badenweiler : 

La construction, la réparation ou restauration des bains comprendraient 
l'époque écoulée à peu près de l'an 124 après Jésus-Christ jusqu'à l'an 
277, c'est-à-dire 153 ans. 

Le plus grand développement des bains se placerait sous Pro- 
bus et sous Constantin, de l'an 277 à 337; ce qui nous donne 60 — 

Sous les fils de Constantin les thermes déclinent, de l'an 
337 à 361 , soit 24 — 

Leur ruine est complète sous Valentinien, de l'an 361 à 368, 
soit. 7 — 

Total 244 — 

1. Peut-être le terme corrompu d'Adranshcim? 



— 71 — 

Les thermes restent enfouis de l'on 368 jusqu'en 1784, 

c'est-à-dire pendant 1,4.16 ans. 

Ils sont déblayés de 1784 à 1786 2 — 

Ils étaient donc enfouis pendant 1,418 — 

Remontons à Tan 124, date probable de leur construction, 

nous obtenons une durée de 1,662 — 

Et de 1786 à 1869 83 — 



Total 1,745 — 



Lors de la première découverte des thermes enfouis, on trouva sous 
les décombres une masse d'objets antiques : des cuillers en bois et en 
os, des agrafes, des épingles à cheveux, des boules, des crochets, des 
boucles d'oreille, des lampes, des vases, des fers à cheval, des clous, des 
pointes de flèche, des monnaies, entre autres un Philippe de Macédoine 
en or; une lamelle ou platine en argent, espèce d'amulette à caractères 
grecs, portant que «Lucius Gellius invoque Thanalba, le génie de la loca- 
«lité, et Jchovah pour qu'ils conservent son fds Luciolus ». 

Les monnaies découvertes étaient à l'effigie de Vespasien, de Trajan, 
d'Adrien, d'Antonin le Pieux, de Marc-Aurèle et de Commode. Les frag- 
ments de poterie et de vases sont tantôt vernissés, tantôt bruts. 

Un couvercle vernissé à l'intérieur et à l'extérieur portait l'inscription 
de Civit. V. F., peut-être Civitas Villarum, ce qui signifierait que les 
villas des environs formaient une communauté et possédaient par indivis 
ces thermes provinciaux. 

Au nord des thermes on prétend avoir reconnu un vaste réservoir 
qui aurait servi à rassembler les eaux découlant des bains. Le sol du ré- 
servoir aurait été recouvert d'un gril de poutres de sapin, les interstices 
tapissés d'une terre glaise grisâtre. 

Au nord de cet étang, sur le pré du presbytère, existaient des murs 
en ruines, appartenant peut-être à une tuilerie ou fabrique de poterie. On 
y découvrit deux pierres meulières, des creusets, une boule ovale en 
marbre, servant à broyer des couleurs, des échantillons de minerai, d'ar- 
gent et de plomb, pour vernir la vaisselle, des fours à chaux et des frag- 
ments de poterie. 

Ainsi les environs mêmes des thermes parlent en faveur de l'étendue 
de l'étabhssement. Cette localité de Badenweiler et celle d'Augusta Rau- 
racorum constituent donc, pour les souvenirs romains de la vallée rhé- 
nane, les points les plus saillants dignes d'être cités après Aventicum et 
Augusta Trevirorum. 



72 

Nous ne pouvons quitter le site de Badenweiler sans mentionner au 
moins les ruines témoins du moyen âge qui dominent l'emplacement 
même des thermes, et ajoutent un charme de plus à cette contrée pitto- 
resque. 

Le château de Badenweiler, fondé au commencement du douzième 
siècle par les ducs de Zcehringen, couronne une éminence qui, selon 
toutes les probabilités, avait déjà été occupée par un castel romain; du 
moins la tour ronde qui, sise à l'ouest, en face du Rhin, servait de poste 
d'observation aux seigneurs du château, recouvre sans doute les fonde- 
ments d'une construction romaine. 

Il est difficile de reconnaître la destination des divers compartiments 
intérieurs du château. Les murs de la construction primitive sont irrégu- 
liers, mais solides, massifs, inébranlables comme le roc même qui la sou- 
tient. Le mur méridional n'a pas moins de quatre mètres d'épaisseur; il 
paraît provenir de la construction primitive. Un examen attentif révèle 
plus d'une restauration et reconstruction ; le tout est maintenant recou- 
vert et orné de la verdure éternelle du lierre. 

Dans les environs plus ou moins rapprochés de Badenvveiler nous re- 
trouvons encore, sous des constructions plus modernes, la trace du séjour 
des Romains; par exemple, à Niederviler, à Sulzburg (Salisburgum), avec 
sa source saline, à Kastelberg, à l'entrée de la petite vallée do Sulzburg. 
C'est ici, au pied de ces généreux vignobles et d'un castel romain, que 
Schœpflin, l'historien de la vallée rhénane moyenne, vit le jour. S'il est 
permis de rattacher, sans affectation superstitieuse, au lieu de naissance 
même d'un homme distingué, les indices de sa carrière future, pourquoi ne 
pas croire qu'il a instinctivement puisé sur un sol jonché des débris du passé 
ses premières inspirations et les pressentiments de son illustration future? 

Vous me permettrez de clore avec le souvenir de Schœpflin cette im- 
parfaite esquisse des restes romains de Badenweiler. Je me suis interdit, 
quoique à regret, d'y rattacher une excursion sur le champ de l'histoire du 
moyen âge; encore moins me serais-je, à cette occasion, permis la descrip- 
tion d'un site que vous connaissez tous, et que des poètes, des penseurs 
estimés de toute l'Allemagne ont célébré à l'envi. Je n'ai point osé glaner 
les épis oubliés ou dédaignés par le prélat M. de Wessenberg ou par Jus- 
tinus Kerner, le mystique solitaire de Weinsberg. 

Louis Spach. 



ESSAI 



MANUSCRIT DU QUINZIÈME SIÈCLE 

DÉCOUVERT DANS LA BIBLIOTHÈQUE DE LA VILLE DE STRASBOURG 

PAR 

AUGUSTE LIPPMANN, 

COMPOSITEUR DE MUSIQUE, 
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ POUR LA CONSERVATION DES MONUMENTS HISTORIQUES D'ALSACE 

Accompagné d'un spécimen fac-similé. 



NTROIT 



Nous avons été amené, par nos relations avec M. de Coussemaker^ à faire 
des recherches sur un précieux manuscrit du quinzième siècle que pos- 
sède notre ville. 

Le savant infatigable, qui connaissait l'existence de ce volume à la Bi- 
bliothèque de Strasbourg, s'était déjà mis en rapport avec feu M. Jung, 
puis avec son successeur, M. Saum, pour se le faire adresser à Lille, sa 
résidence. N'ayant pu en recevoir la communication directe, il voulut bien 
réclamer notre concours pour lui donner des renseignements sur la partie 
musicale du manuscrit. 

Grâce à l'obligeance de M. Saum, nous avons pu étudier le volume avec 
toute l'attention nécessaire, et les documents que nous y avons trouvés 
nous ont paru si importants au point de vue de l'histoire musicale de cette 
époque, ils révèlent des noms jusqu'à présent si peu connus et restés pour 
ainsi dire presque ignorés, même en Alsace, où le manuscrit a été décou- 
vert, que nous croyons devoir présenter à la Société le résultat de nos 
investigations. 

Ce manuscrit musical de la Bibliothèque de Strasbourg peut être classé 
à bon droit parmi les monuments historiques de l'Alsace. 

1. Le memoire de M. Lippmann devait paraître dans la précédente livraison du Bulle- 
tin; Timpression en a été retardée par un incident indépendant de la volonté de l'auteur. 

11« SÉRIE. — T. VII. — (M.) 6 



— 74 



BIBLIOTHEQUE DE STRASBOURG 
M. 222, C. 22. 

MANUSCRIT SUR PAPIER HAUT DE 26^ , LARGE DE 21c , COMPRENANT 154 FEUILLETS 



DESCRIPTION 

Sur le plat postérieur de la reliure on lit ces mots: 

Liber mensum musicalis. Sur la garde extérieure, collée sur le bord de 
la reliure se trouve une sorte de séquence à une voix commençant par ces 

mots: (les premières lettres du mot manquent) mus prédicat vir ginis 

verbum. 

Le volume commence par une table des pièces de musique placées à la 
suite du traité portant le nom de Ph. de Vitry, qui se trouve immédiate- 
ment après la table: elle est de trois mains différentes :1a plus ancienne est 
celle qui a écrit le traité de Ph. de Vitry. M. Jimg, l'un des prédécesseurs 
de M. Saum, le bibliothécaire actuel de la ville de Strasbourg, à l'obli- 
geance duquel nous devons d'avoir pu parcourir ces pièces, paraît en 
attribuer l'écriture à un nommé Henry de Lau(fenbourg, auquel il assigne 
aussi les morceaux de musique qui portent le mot Heinrici; cette écriture, 
chargée d'abréviations régulières, d'ailleurs conforme aux règles paléogra- 
phiques, peut se rapporter au commencement du quinzième siècle; toutes 
les pièces sont en notations noires du temps; une main postérieure a 
ajouté les premières paroles des pièces, qui ont été écrites aussi postérieu- 
rement dans le corps du manuscrit: elles sont, pour la plupart, en notations 
blanches. Enfin la troisième main est, selon toute apparence, celle de 
M. Jung, qui a ajouté les premières paroles de quelques pièces oubliées par 
ses devanciers et qui a transcrit, à côté de chaque pièce, les noms des 
auteurs qu'il a rencontrés dans le corps du manuscrit. Cette table prend les 
feuillets i et 2. 

Le traité attribué à Ph. de Vitry commence au folio 3; on ht en tête de 
la page, en écriture rouge: Phitippus de Vitriaco; une main moderne a 







/Manuscrit }\.ni. C.%1. 
( Bihliothi^ucdc la. vitXe^ 4« SfratSoura.) 



— 75 — 

tracé sur le folio 2: Philippi de Vitriaco liber musicalmm; ce traité jfinit 
au folio 7. 

M. Jung me paraît s'être un peu trop avancé en attribuant à Pli. de VUry 
un assez grand nombre de pièces du manuscrit. Il me semble qu'on ne 
doit lui assigner que celles qui portent son nom. En revanche, j'y ai 
trouvé des fragments très-curieux d'un nommé //. Hessmann de Argento- 
rato et de Heinncus de Libero Castro N^^ de Mergs, etc. 

Avec le verso du folio 7 commence un traité en allemand sur la musi- 
que mesurée; il est de la même main que le premier traité et finit avec la 
l*"^ colonne du feuillet 8. A la 2^ colonne de ce même feuillet com- 
mence un petit traité de la mesure du monocorde, aussi en allemand; il 
va jusqu'à la fin de la ¥^ colonne du folio 9. A la 2" colonne de ce 
feuillet commence un autre petit traité sur la mesure des tuyaux d'orgue, 
en latin. A la 2" colonne du folio 9, verso, on Ht encore un autre petit traité 
de musique mesurée. 

Enfin, avec le folio 10, verso, commence encore un nouveau petit traité 
de musique mesurée; mais celui-ci est principalement relatif aux minimes 
et aux semi-minimes, et est indiqué comme le complément des précédents. 
La partie comprenant les compositions musicales vient immédiatement 
après les traités dont il vient d'être parlé; elle porte, comme je l'ai dit, 
une pagination spéciale; le V"' feuillet n'est pas paginé; la pagination ne 
commence qu'avec le 2^ feuillet, qui porte le chiffre 1 . Cette partie contient 
242 compositions harmoniques à 2, 3, 4 parties; elles sont anonymes, à 
l'exception de 43, dont les noms se trouvent à côté de chaque pièce dans 
la liste qui la compose. Elles sont écrites en notation noire et rouge, avec 
notation blanche, celle-ci en grande minorité. Les pièces en notation noire 
et en notation jioire et rouge sont du quatorzième siècle; elles sont écrites 
par la main qui a copié les traités décrits plus haut. On y trouve les 3 
pièces dont il est fait mention dans le dernier fragment relatif aux minimes 
et aux semi-minimes. D'après M. Jung, Henri de Lauffenbourg en serait le 
transcripteur. 

Quant aux pièces en notation blanche, elles sont postérieures aux autres 
et tracées par des mains différentes. La présence de plusieurs morceaux de 
Binchoys (le n" 1 porte ce nom écrit de différentes manières: nous avons 
cru devoir adopter de préférence celui de la ville du Ilainaut, qui a donné 
le jour à ce célèbre musicien), Mergs, Dufay démontre qu'elles sont delà 
fin du quatorzième siècle ou du commencement du quinzième; on y 
remarque déjà plus de lucidité dans la notation. Quoi qu'il en soit, toutes 
ces pièces sont d'un intérêt considérable pour l'histoire musicale de cette 



— 70 — 

époque; on y trouve d'abord des compositions de plus de vingt artistes 
dont les noms sont restés inconnus jusqu'ici ; on y rencontre des compo- 
sitions canoniques sous le nom de Fuga, où le canon est employé à plu- 
sieurs parties et sous la forme rétrograde. Un grand nombre de pièces ne 
portent que les premiers mots des paroles primitives et sont accompagnées 
de paroles latines religieuses, ce qui prouve que les arrangements de ce 
genre ne datent pas d'aujourd'hui. 

Parmi les pièces qui offrent le plus d'intérêt, il faut citer une Messe à 
quatre parties, une pièce sur les croisades, une aulre qui a pour sujet la 
bataille de Rosebecke, dont l'auteur nous paraît être un Brugeois; une 
autre sur un comte de Flandre, des canons et des canons rétrogrades, etc. 
Tout ce qui précède est plein d'intérêt pour l'histoire de l'art. 

Il est à remarquer aussi qu'à cette époque (quatorzième siècle) on écri- 
vait quelquefois la musique sur des portées de six hgnes.Le folio 78, verso, 
contient une page des plus intéressantes et m'a paru digne d'une mention 
spéciale; il a pour titre Rondellus ami Conlratenore rétrograda (Rondeau 
pour contra-tenore rétrograde); ce sont deux rondeaux avec le même té- 
nor qui sert de contra-tenore en rétrogradant, c'est-à-dire en faisant delà 
dernière note la première, de la pénultième la 2^ et ainsi de suite; mais 
ce qu'il y a de plus curieux, c'est que chacune des parties de chant des 
rondeaux se renverse de la même manière et se chante ensemble; de sorte 
que cela forme un morceau à six parties, comme l'indique une note placée 
à la fin de la page. Au folio 120 commence un traité de chant d'église 
dont voici les premiers mots : Qtioniam ut dicit sanctus Augustinus in domo 
Dei, etc. 

Les autres compositions du même manuscrit sont moins complètes: la 
traduction nous en a paru souvent difficile, surtout en raison de certaines 
pratiques particulières en usage dans les pays auxquels appartiennent les 
auteurs. 

Le traité finit ainsi : Et sic cum Dei adjutorio libellis ute musicalium ad 
honorem Christi sponsi vero Dei nec non et Matris ejus gloriosissime vir^ 
ginis sancte Marie ßnitus est anno MCCCCXI feria tertia post dedicationem 
palmarum in oppido Zomgen (?), etc. 

Nous croyons qu'on ne verra pas sans intérêt le fac-similé d'une des 
pages les plus curieuses du manuscrit. 

A. LiPPMANN. 



LES ABBÉS DE SELTZ 



LETTRE ADRESSÉE Au PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ PAR M. RISTELHÜBER 



Strasbourg, 8 juillet 1869. 
Monsieur le Président, 

Je m'empresse de répondre à l'appel que vous avez adressé aux mem- 
bres de la Société qui ne font pas encore partie du comité, en vous 
envoyant le résultat d'une visite faite récemment à Seltz. 

A part votre article sur le péage de Seltz, le Bulletin ne contient jusqu'ici, 
sur cette localité, que des renseignements relatifs à l'époque romaine; il 
mentionne une inscription lapidaire (F® série, t. II, p. 314), la découverte de 
diverses antiquités (2« série, Procès-Verbaux, t. I, p. 24), et il contient un 
mémoire sur la voie romaine de Brumath à Seltz (2' série, t. 11, p. 14). 

C'est au moyen âge que se rapportent les données que j'ai l'honneur de 
vous soumettre. 

En déplaçant les bancs de l'église, on a rencontré une pierre tumulaire 
sur laquelle on lit, en grandes lettres onciales bien conservées, l'inscription 
suivante: 

Pavsat in hoc humili pivs ahhas Otto cvbili. 
Ergo dicatis qvicvnqve pivm sapiatis. 
Vterejam letis et sit tibi svmma qvietis. 

Amen. 

On voit que celte inscription est en vers léonins et qu'elle s'applique à 
un abbé du nom d'Otto. Dans la série, difficile à établir, des abbés de Seltz, 
on ne rencontre qu'un Otto, auquel le roi des Romains Conrad III confirme, 
en 1139, les droits et les libertés de l'abbaye. Il paraît que l'abbaye se 



— 78 — 

trouvait alors dans une position lamentable, à en juger par les termes de 
la charte de Conrad lll. 

La charte est signée par un grand nombre de personnages importants: 
l'archevêque de Trêves, les évêques de Liège, de Würzbourg, de Worms, 
de Metz, de Münster, de Bàle, de Hamelberg, de Brandebourg, etc., ainsi 
que par Hermann, margrave de Bade et avoué de l'abbaye. A cette occa- 
sion nous essayerons de dresser la liste des abbés de Seltz; bien que for- 
cément approximatif, ce catalogue pourra servir au Dictionnaire biogra- 
phique dirigé par M. Stoffel. 

Ezzemannus, 988-1002 (homme de vertu et de savoir « que l'impératrice 
Adélaïde avait continuellement auprès d'elle pour apprendre de lui les 
divines Écritures et pour être exercée dans la pratique de la sagesse chré- 
tienne». S. Odilon). 

Gerbertus, 1047 (appelé par S. Odilon piœ memoriœ vir). 
N. (Sous cet abbé, l'empereur Henri 111 accorda, à la prière d'Agnès, son 
épouse, la dîme de Minfeld et la chapelle de Freckenfeld, dans le Spirgau, 
à l'abbaye de Seltz. Les lettres de donation furent expédiées à Spire le 
15 mars 1051) 

Libo, 1084. (L'antipape Guibert, connu sous le nom de Clément III, lui 
confirma, le 8 juin de cette année, les biens de son abbaye situés à Ober 
et Nideroterbach, à Wintzenbach et à Rœderen.) 

Rupert, 1100 (envoyé par Gebhard, abbé de Hirsau, avec quelques reli- 
gieux, pour rétablir l'abbaye et la régularité.) 

Etienne, 1102 (conseiller de l'empereur Henri V, il réunissait dans sa 
personne, au commencement du douzième siècle, les quatre abbayes de 
Seltz, de Wissembourg, de CUngenmünster et de Lintbourg). 
Otto, 1139 (voyez plus haut). 

Walther. (11 souscrivit en 1150, dans le nombre des princes, le diplôme 
de Conrad III pour l'abbaye de Corbie. En 1151 il abandonne la dîme du 
bien de Lobach à l'abbé de Neubourg. En 1162 il signe deux diplômes de 
l'empereur Frédéric pour l'église de Genève. En 1209 il assiste à l'assem- 
blée qu'Olhon IV tient à Augsbourg. Dans une charte de 11 63 il est appelé 
Walter deuxième du nom.) 

Reginold. (En 1163 il donne en emphytéose à l'abbaye de Kœnigsbruck 
un alleu situé à Eberbach.) 

Johannes. (L'empereur Henri VII lui donne le titre de prince, 30 octobre 
1309. En 1316 Jean, étant obéré, vend à l'évêque de Strasbourg une cour 
à Sermersheim.) 

Hugo, 135G (est en lutte avec la ville de Seltz). 



— 79 — 

Ulric de Magenheim. (En 1382 Wenceslas confirme une transaction sur- 
venue entre l'abbé et la ville. En 1389 il concède à l'abbaye une part du 
péage. Cf. les chartes publiées par M. Spach dans le Bulletin de 1868.) 

Jean de Fleckenstein. (Le 18 avril 1418 il prête, avec le couvent, serment 
d'obéissance entre les mains de Robert, abbé de Gluny. Evèque de Bâle en 
1423. fie 2 décembre 1436.) 

Henri de Dugesheim, tué par Henri de Kibourg, en 1434. 

Jean Gros. (En 1441 Odon, abbé de Gluny, exerce sur lui sa juridiction. 
En 1469 Robert, évoque de Strasbourg, lui permet d'abattre le monas- 
tère de Murmelberg, situé au bord du Rhin, hors la ville. En 1470 Fré- 
déric III confirme les privilèges de son abbaye.) 

Walter de Gemmingen, dernier abbé et premier prévôt. (Sécularisation 
de l'abbaye le 26 mai 1481. En 1497 Walter assiste à la fulmination de la 
bulle qui sécularise Neuwiller, f 1501.) 

Hubert de Wilsperg, f le 15 mai 1505. 

Jean de Weitersheim, f le 3 février 1523. 

Diether de Fleckenstein, f le 26 octobre 1548. 

George de Weickersheim, fie 21 mai 1566. 

François de Gaalen, f le 24 février 1576. (Il abolit le culte catholique 
dans la collégiale et y introduisit le zwinglianisme.) 

André de Weickersheim, nommé prévôt le 3 mai 1576 par l'électeur 
Frédéric. 

Jean-George Pœblisheim, 1623. 

L'archiduc Leopold, évêque de Strasbourg, 1624. 

Jean-George Dietrich, 1624. 

Nicolas Dez (frère du jésuite), 1684-1691. 

Le décret d'extinction de la prévôté et du chapitre de Seltz, donné par le 
grand-vicaire de l'évêché le 7 février 1692, fut confirmé par Louis XIV au 
mois d'août de la même année. 

Agréez, etc. 

P. RlSTELIIUBER. 



LA 

VALLÉE SUPÉRIEURE DU RHIN 



EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE 



Les monuments religieux du Rhin inférieur, depuis Strasbourg jusqu'à 
Cologne, sont nombreux et connus. L'étude de l'histoire de l'art religieux 
les a embrassés dans leur ensemble, examinés et classés selon leur mérite. 
Ceux de la vallée supérieure du Rhin, depuis Bâle jusqu'à Coire, compara- 
tivement bien moins nombreux, sont moins connus. Comment expliquer 
ce que j'appelle un petit phénomène dans l'histoire de l'art? Dans cette 
belle vallée supérieure du grand fleuve, objet de tant de convoitises po- 
litiques, le touriste est fasciné par les écrasantes beautés de la nature alpestre 
et oublie quelque peu l'œuvre des hommes, si petite, si mesquine quand 
on la compare à la grande œuvre de Dieu. Et quant au nombre compara- 
tivement fort restreint de monuments marquants qu'offre la région du 
Rhin supérieur, on se l'explique par l'envahissement et la généralisa- 
tion du style de la Renaissance à une certaine époque. Sorti de l'Itahe, 
ce style, que nous sommes loin de condamner et qui produisit une foule 
de monuments très-remarquables, se répandit dans les provinces en deçà 
des Alpes, le Tyrol, la Suisse, la Bavière; le style roman et ogival se vit 
abandonné ou au moins négligé, et un nombre très-considérable d'églises 
portant le cachet des siècles du moyen âge furent renversées et remplacées 
par des édifices de la Renaissance. 

Ce fut en particulier le sort des monuments de la vallée supérieure du 
Rhin. 

Toutefois, les monuments de la bonne période architectonique n'ont 
pas tous disparu. Fribourg, Bâle, Reichenau, Constance et Coire offrent au 
touriste des édifices rehgieux dignes de remarque; nous allons en dire 
quelques mots pour en préciser le mérite et pour apprécier les restaura- 
lions partielles que nos amis allemands ont essayé d'entreprendre. Je ne 



— 81 — 

dirai rien du dôme de Bàle; il est connu de tout le monde, et son état 
d'entretien, depuis nombre d'années déjà, ne laisse rien à désirer. 

Le Münster de Fribourg en Brisgau est, selon le dire de nos voisins, le ri- 
val de celui de Strasbourg; hâtons-nous d'ajouter que cette rivalité n'a surgi 
que depuis que l'Alsace a cessé d'être une province de l'empire germani- 
que. Jadis , personne n'eût osé mettre en ligne de comparaison les deux 
monuments. Nous ne médisons pas de Fribourg; son Münster, qui n'a été 
élevé au rang d'église cathédrale qu'en 1827, et qui ne fut pas fondé 
pour une métropole épiscopale, est grand et beau. J'y admire toujours 
l'ameublement des chapelles du chevet , les beaux autels sculptés à 
panneaux et les délicieux tableaux de la bonne école allemande qui les 
décorent. J'y admire plus encore un grand Christ en croix , style roman , 
plaqué d'or massif, un des plus précieux spécimens de l'orfèvrerie du 
douzième siècle. Les premières églises du monde chrétien pourraient envier 
à Fribourg une œuvre sacrée de cette importance. Il n'est guère d'égh'se 
considérable en Allemagne dont le trésor ne renferme quelque objet 
de cette nature. Cela nous fait faire de pénibles retours sur la pauvreté 
relative de nos églises, privées de leurs anciennes richesses en vases sa- 
crés et en orfèvrerie, au point de manquer des modèles nécessaires pour 
revenir aux vénérables formes des vases hturgiques anciens. 

Le dôme de Fribourg n'est pas débadigeonné encore, et une assez vi- 
laine couleur grise, qui forme contraste avec la belle pierre de grès 
rouge du même monument, en recouvre les parois. On a essayé d'en dé- 
gager une des chapelles de l'abside et de rendre aux nervures de voûtes 
leur nuance native. L'ouvrier chargé du travail n'a pas réussi, et l'essai de 
débadigeonnage tenté a été malheureux. C'est ainsi que parfois les bonnes 
causes ne trouvent pas l'interprète nécessaire pour bien les mettre en 
pratique. Espérons qu'à Fribourg on ne s'en tiendra pas à cette première 
tentative de restauration intérieure. 

Nos remarques sur l'envahissement de la Renaissance trouvent leur ap- 
plication à Steckingen, l'une des villes forestières des bords du Rhin, entre 
Bâle et Schaffhouse. L'antique basilique de saint Fridolin, l'apôtre de ces 
contrées, à dû faire place, au dix-septième siècle, à l'église actuelle, grande, 
curieuse à plus d'un titre et recouverte dans toute son étendue de fres- 
ques qui ne sont pas sans mérite. La belle et riche châsse, qui renferme 
les ossements de saint Fridolin est également style de Renaissance, et l'on 
montre dans le trésor plusieurs reliquaires fort précieux et anciens, et 
quelques objets ayant appartenu jadis au patron de l'église. 

Un petit coin, une île dans l'Untersée , ou lac inférieur de Constance , 



— 82 — 

celle de Reichenau, sera toujours pour le voyageur intelligent un but de 
pieux pèlerinage. La monographie de la célèbre abbaye de Saint-Pirmin 
a paru dans un de nos derniers Bulletins et nous la devons à notre vénéré 
président. Je n'y reviendrai pas; il serait difficile d'y ajouter rien d'inté- 
ressant. Mais comme son travail a été pour moi un stimulant d'aller visiter 
les lieux illustrés par des hommes tels que Walafried Strabon , il me per- 
mettra de faire un instant l'office de glaneur et de recueillir quelques épis 
épars qui ont échappé à son œil sagace. 

Je quittai le chemin de fer à l'une des haltes les plus rapprochées de 
l'île, au point où jadis saint Pirmin, avec son ami Sintlas, traversèrent le lac 
pour aborder dans la Reichenau, et j'y abordai à mon tour en modeste 
pèlerin. Une bonne fortune, dans ces sortes de pérégrinations, c'est un bon 
guide. J'espérai le trouver dans le respectable curé de la paroisse princi- 
pale de l'île, et je ne me trompai point. Le titulaire de la cure du Münster, 
M. Népomucène Neff, habite dans les dépendances de la célèbre abbaye; il 
accueillit très-cordialement le voyageur et mit à sa disposition le trésor de 
notes et de documents qu'il a réussi à recueillir durant la série d'années 
qu'il vit à l'ombre de la vénérable basilique. Il tient registre de tout. Il 
a entre les mains une monographie manuscrite de l'abbaye, que je re- 
grettai vivement de ne pouvoir parcourir comme je l'eusse désiré; il m'eût 
fallu pour cela un temps considérable que je n'avais pas à ma disposition. 
M. Neff voulut bien me conduire dans toutes les parties de la vieille basilique. 

On sait qu'il en existe encore trois dans l'ile, chacune groupant autour 
d'elle un certain nombre de fidèles et formant paroisse. Les deux plus an- 
ciennes sont Mittelzell ou le Münster, l'église proprement dite de l'abbaye, 
et Oberzell, à l'extrémité sud de l'île; la troisième, Unterzell, se trouve à 
l'extrémité opposée, et sa construction est moins ancienne. Les deux pre- 
mières basiliques, et surtout la principale, font époque dans l'histoire de l'art 
religieux de la Germanie. Cette dernière, objectif principal de ma visite, re- 
monte à 816, forme liaison entre l'architecture chrétienne primordiale et le 
style romano-byzantin du moyen âge. C'est la basilique type de toutes celles 
qui furent élevées depuis la période de Charlemagne jusqu'à la fin du dou- 
zième siècle, et comme telle, sa structure, son ordonnance architectonique, 
ses détails d'ornementation sont d'une importance majeure. Ce n'est pas 
l'architecture proprement dite de Charlemagne, quoique contemporaine du 
grand monarque; c'est celle qui prit place et se développa côte à côte avec 
l'architecture en quelque sorte personnelle du chef de la seconde race de 
la monarchie française, et à laquelle on peut attribuer le nom d'architec- 
ture palatine. Cette dernière était une importation itahenne, qui ne dura 



— 83 — 

qu'autant que le règne de Gharlemagne. L'autre, celle des basiliques de 
Reichenau, sortait également de l'Italie, mais arrivait de ce côté des Alpes 
avec des traditions byzantines et fut définitivement adoptée comme modèle 
des basiliques romano-byzantines qui se trouvent en si grand nombre dans 
la vallée du Rhin. 

La grande basilique de Reichenau n'est plus dans toute sa teneur primi- 
tive. Remaniée à plusieurs reprises, elle n'offre plus de sa structure origi- 
naire que les trois nefs, le transept et une partie de la façade occidentale. 
Le reste est d'une époque plus récente; le chœur est du seizième siècle, 
non du quatorzième, comme cela se répète dans les manuels. Elle n'a 
jamais été voûtée; deux rangées de piliers, non de colonnes, séparent les 
nefs; les piliers sont couronnés de corniches à ornementation sculptée très- 
belle, très-caractéristique. Le plan de l'ensemble est bien conçu ; mais l'archi- 
tecture ne brille pas par une exécution magistrale; les murs d'enceinte ne 
sont pas parfaitement parallèles, mais se rapprochent vers le transept; l'appa- 
reil n'est ni distingué, ni soigné; la belle pierre y fait absolument défaut. 

Au chœur, à l'entrée de la sacristie, on indique le lieu de repos de l'em- 
pereur Charles le Gros; le maître-autel, à triptyques, est de l'année 1495 
et se fait remarquer par la beauté de ses peintures. Divers tableaux, fixés 
aux murs, mentionnent des traits historiques concernant l'abbaye et n'ont 
du reste rien de remarquable. Il y avait dans l'église un certain nombre de 
pierres tombales d'anciens abbés; un architecte, que nous ne nommons 
pas, chargé d'une restauration sommaire, il y a quelque vingt ans, se servit 
de ces pierres en guise de dalles, en prenant la précaution de tourner les 
figures en relief du côté du sol. Le curé actuel les fil relever et fixer aux 
murs de la basilique. 

Le trésor de l'église est riche; sa bibliothèque et ses manuscrits sont 
dispersés; mais bon nombre de ses richesses en orfèvrerie sacrée sont 
conservées. Nous mentionnons surtout deux châsses d'une grande valeur 
artistique, celle des saints Jean et Paul du neuvième siècle, et une autre de 
l'apôtre saint Marc du onzième siècle. Elles renferment desrehques insignes 
des saints dont elles portent le nom; la première surtout, donation pré- 
cieuse du Saint-Siège, marque le degré de dignité auquel était arrivée 
la Reichenau dès le neuvième siècle. Une pyxide fort ancienne, au moins 
de la période carlovingienne, d'un travail remarquable en ivoire, attire 
l'attention. Un grand vase, selon la tradition l'un de ceux qui servaient à la 
noce de Cana et à la perpétration du premier miracle du Sauveur, fait éga- 
lement partie de ce trésor. Enfin, une relique précieuse entre toutes, le 
palladium de l'antique sanctuaire, est celle du précieux sang; elle est for- 



— 84 — 

tement scellée dans le massif de l'autel, et on l'expose chaque année, dans 
l'octave de la Trinité, à la vénération des nombreux pèlerins qui n'ont pas 
oublié le chemin de l'île et de son principal sanctuaire. Notons pour mé- 
moire un riche ostensoir du dix -septième siècle. Tous ces objets réu- 
nissent à la valeur historique et artistique celle du métal; ils sont tous en 
argent ou en vermeil, quelquefois en or. Jusqu'ici on les a laissés au 
sanctuaire pour lequel ils ont été donnés. La Reichenau, séparée de la 
Suisse par un bras de l'Untersée, fait partie du grand-duché de Bade, et 
grâce à cette circonstance, ces richesses n'ont point été enlevées encore. 
En Suisse, sur la terre classique de la liberté, on est moins scrupu- 
leux, A peu de distance de Reichenau, sur le territoire du canton de Zu- 
rich s'élevait le célèbre monastère de Rheinau. Décrétée de suppression par 
le grand conseil du canton , la vénérable abbaye a cessé d'exister depuis 
quatre ans. Elle avait pourtant pour elle tous les titres qui obligent au 
respect de la propriété et des choses saintes, l'antiquité, la science, la ré- 
gularité de ses membres. Mais elle avait contre elle ses riches fondations, 
bien faites pour exciter les convoitises de certains gouvernements qui 
semblent avoir oublié certain précepte du décalogue. Elle devait succomber; 
ses richesses artistiques, inventoriées par l'autorité cantonale, furent dé- 
clarées de bonne prise, et aujourd'hui elles sont vendues et dispersées. Ce 
n'est pas tout: cette exécution sommaire ne laissa pas dormir un canton 
voisin, la Thurgovie. Ce canton renfermait un seul monastère encore, 
Catharinenthal, précieux reste des nombreuses communautés qui cou- 
vraient jadis le pays. Les religieuses étaient connues pour leur bienfai- 
sance et leur régularité; elles invoquaient en leur faveur le texte des 
traités, les engagements formels du gouvernement cantonal; elles exhi- 
baient encore un autre titre, cher à tous les bons Suisses. Au quinzième 
siècle, dans la guerre du duc de Bourgogne, Catharinenthal allait être in- 
cendié, quand le célèbre frère Nicolas de Flüe, qui portait alors les armes 
pour sa patrie, interposa son autorité et réussit à sauver cet asile de 
paix et de prière. Toutes ces considérations n'arrêtèrent point le conseil de 
Thurgovie ; les religieuses avaient le tort irrémissible de posséder de grands 
biens. La cause de l'équité naturelle devait succomber en présence d'un 
pareil argument et un décret des souverains de Thurgovie lui donna le 
coup de grâce. Les pauvres religieuses sont obligées de quitter leur soli- 
tude; les richesses artistiques deviennent ce que devinrent celles de Rhi- 
nau: elles sont perdues pour la science. 

Il n'en est point ainsi encore de celles de Reichenau, mais on craint 
pour l'avenir; le grand -duché de Bade, très-avancé en civih'sation, se 



— 85 — 

prépare, assure-t-on, à étendre la main sur les biens des églises et à imi- 
ter l'exemple contagieux de sa voisine la Suisse, Jusqu'à ce jour, le gou- 
vernement grand-ducal avait suivi une autre ligne, celle du respect de la 
propriété sacrée. Mais on annonce, et la nouvelle sinistre semble exacte, 
qu'une loi s'élabore dans le sens de celles de plusieurs cantons suisses \ 
Alors le trésor de Reichenau tombera sous le séquestre, l'antique basilique 
y perdra les dernières pierres de son riche diadème artistique, et nous 
avons la douleur d'être les témoins impuissants de semblables énormités! 

Ces réflexions me préoccupèrent quand je quittai l'île, si belle, si fertile 
de la Reichenau, pour regagner la terre ferme et me rendre à Constance. 

Constance est l'ancien siège épiscopal transféré de Vindonissa, Win- 
disch. C'était de toute la chrétienté l'évêché le plus étendu et portait pour 
cette raison le nom de Sedes ctmplissima. La ville a bien perdu de son impor- 
tance, malgré sa position avantageuse sur le plus grand lac de la Germanie, le 
Boden-Sée. Sa cathédrale n'est pas sans mérite; je vais indiquer ce qui la 
caractérise. Ses dimensions sont modestes; elle est romane dans sa grande 
nef et dans son abside; mais celle-ci, ainsi que l'avant-chœur, ont subi les 
transformations de la Renaissance. La façade est ogivale et les deux petites 
nefs portent le même cachet. Dans la sacristie on voit avec plaisir une che- 
minée ogivale du quatorzième siècle, crénelée et très-artistement sculptée, 
ainsi qu'un lavabo ogival, mais plus récent. Les stalles du chœur sont 
d'une grande beauté, ogivales, mais recouvertes d'une couleur blanche à 
l'huile qui leur fait grand tort. Le sculpteur est probablement celui des 
panneaux de la grande porte, qui sont un vrai chef-d'œuvre et présentent 
dans vingt compartiments les sujets principaux du Nouveau Testament. 
Une inscription porte : Anno X millesimo CCCCLXX Symon Haider ar- 
tifex me fecü;etce Simon Haider était un artiste de l'école de Strasbourg, à 
ce qu'on nous affirme. 

Une reste plus d'ancien autel. Dans le transept nord, un escaher tournant 
magnifique conduit aux combles de la petite nef; une sculpture magistrale, 
la mort de la sainte Vierge, est encastrée dans le mur. Une petite crypte 
fort ancienne, du dixième siècle, renferme le tombeau et les reliques de 
l'évêque saint Conrad. L'éghse est surtout riche en grilles de fer de toutes les 
formes et des dessins les plus variés; la plupart sont style de Renaissance. 

On a élevé au milieu de la façade occidentale une tour ogivale, qui doit 
rappeler en quelque sorte celle de Fribourg. C'est une œuvre imparfaite 
en elle-même , et surtout mal combinée. La raison en est que la façade 

1. Depuis, cette loi de spoliation a été présentée et votée par les chambres badoises. 



— So- 
est faite pour deux tours ; l'ensemble de la construclion le prouve jusqu'à 
l'évidence. Au lieu d'entrer dans le plan de l'architecte de la façade, le mo- 
derne artiste, fori peu au fait des principes de sa science, se permit d'éle- 
ver une tour sur la partie médiane de la façade, ce qui forme un contraste 
infiniment désagréable. Et afin de ne pas laisser dégarnie la place des tours 
proprement dites, il y campa aux angles des clochetons sans raison d'être 
et imitant des sentinelles perdues d'une armée. Toute la silhouette du mo- 
nument est faussée par cette capitale erreur, et malheureusement l'erreur 
n'est pas facilement réparable. 

De Constance à Goire on ne rencontre aucun monument ancien de mar- 
que. L'église abbatiale de Saint-Gall est de la bonne Renaissance, mais 
l'ancien et célèbre sanctuaire a complètement disparu. A l'extrémité su- 
périeure du lac de Constance, non loin de l'antique Briyantium, aujour- 
d'hui Brégenz, on aperçoit les vastes constructions de l'ancienne abbaye 
de ilMrcrati, l'une des fondations de saint Colomban. Mais l'ancienne église 
a également disparu, et les moines cisterciens, chassés de Wettingen en 
Suisse, qui ont pris possession du monastère, viennent de faire construire 
une grande et belle église de style roman. Nous entrons donc dans la 
vallée du Rhin supérieur, et nous ne nous arrêtons qu'à Coire. 

Coire, le Curia Rhœtorum des Romains, est le siège épiscopal le plus 
ancien des bords du Rhin, et il porte dans la nomenclature des évêchés du 
Rhin le titre de Sedes antiquùsima; l'on sait que les sièges épiscopaux des 
bords du grand fleuve étaient au nombre de sept, dont chacun avait reçu 
un nom caractéristique. Coire s'appelait le siège le plus ancien, Sedes an- 
tiquissima; Constance, Sedes amplissima , à cause de son étendue; Bàle 
était le Sedes jucundissima, son agréable situation lui valut ce titre. Stras- 
bourg, par la noblesse des titulaires du grand chapitre, se nommait Sedes 
nobilissima ; Spire, qui se distinguait par la régularité de son chapitre, 
avait reçu le nom fort enviable de Sedes piissima ; Worms, le moins bien 
partagé de ces diocèses sous le rapport temporel, était le Sedes pauperrima; 
Mayence, sans doute à cause de la dignité de ses archevêques, qui étaient 
archichanceliers-nés du Saint-Empire, était désigné comme Sedes dignis- 
sima, et Cologne enfin, la métropole la plus opulente, se nommait Sedes ditis- 
sima. Tous ces dignitaires ecclésiastiques étaient en même temps seigneurs 
territoriaux et investis de droits souverains. C'était un des plus beaux 
fleurons de l'Eglise; on avait donné à ce magnifique ruban vert des ondes 
du Rhin, le nom peu esthétique de Pfa/fengasse; objet de convoitise pour 
plus d'un soldat conquérant. Quand, dans la guerre de Trente ans, les régi- 
ments bigarrés de Gustave-Adolphe étaient en train de démembrer la 



— 87 — 

monarchie des Habsbourg, le roi-soldat, pour stimuler l'ardeur de ses 
troupes, leur montra en perspective l'occupation de \a Pfaffengasse, où ils 
allaient se reposer de leurs luttes dans les délices de cette Capoue rhénane. 

L'évêché de Coire, fondé par saint Luce, Tan 170 de notre ère, est le plus 
ancien des régions rhénanes et mérite par conséquent le titre de Sedes 
antiquissima. Le titulaire conserve encore certaines immunités temporelles 
qu'on ne connaît plus ailleurs. On m'avait parlé avec éloges de la cathédrale, 
dont on vantait l'antiquité et les curieux détails. Tous les manuels de 
voyage s'accordent du reste à perpétuer une erreur que je regarde 
comme préjudiciable et que je tâche de rectifier ici. J'ai donc examiné l'é- 
difice avec un soin particulier, sans égards aux protestations d'un sacris- 
tain loquace, qui commet quotidiennement de nombreux péchés d'inexac- 
titude, en débitant devant les visiteurs ce qu'il a le malheur de ne point 
connaître comme il le faudi'ait. 

La cathédrale n'est pas grande; la nef ne compte que trois travées jus- 
qu'au chœur; il est vrai qu'elles sont étendues et appartiennent au style 
qui s'est développé dans la Suisse et dans la Savoie. L'architecture n'est 
point correcte dans son ensemble. Les clés de voûte ne correspondent 
point entre elles, et l'abside, moins élevée que la grande nef, présente une 
déviation d'axe trop forte pour ne pas être une faute. Tout ce que l'on dit 
du style roman de ce dôme est tout simplement mal fondé. L'édifice dans 
sa totalité, l'espèce de petite crypte sous l'avant-chœur exceptée, est du 
milieu du treizième siècle; tous les arceaux, sans exception aucune, sont 
à ogive. Les chapiteaux présentent une particularité notable : les motifs 
de style roman, les rinceaux, les animaux fantastiques, rivalisent avec les 
détails du premier style ogival, le crochet par exemple. Nulle part je n'ai 
trouvé en plein style ogival une aussi grande fidélité à reproduire l'orne- 
mentation du style roman-terliaire, et c'est la cause sans doute de toutes 
les fables qui se répètent sur l'origine reculée de cet édifice. Mais l'erreur 
n'est pas possible pour qui sait regarder et examiner, et la juxtaposi- 
tion des ornements de style ogival et de style roman nous oblige à attri- 
buer à l'époque susdite , au miheu du treizième siècle, la construction du 
monument. Telle est la vérité. 

On y remarque une autre particularité: tous les arceaux des petites 
nefs sont rentrants, c'est-à-dire à anse de corbeille. Là-dessus on a basé 
des hypothèses à perte de vue; c'était notamment un architecte de l'école 
mauresque qui a dû composer ce plan et en diriger l'exécution. La raison 
réelle est bien plus facile à trouver. L'édifice n'a pas de contre-forts à l'ex- 
térieur; la retombée des voûtes devait donc être paralysée par un autre 



moyen, et elle le fut par les colossales dimensions des piliers de la grande 
nef, ensuite par les arceaux des petites nefs qui, par leur forme, font l'ofTice 
de contre-foris intérieurs. Le problème de cette forme inusitée est résolu 
d'une manière fort naturelle, et toute autre hypothèse manque de fondement. 

La cathédrale de Coire n'est pas bien entretenue et contraste avec la 
propreté des égUses allemandes en général. En partie bariolée d'une 
affreuse peinture, en partie recouverte d'un vilain badigeon, elle produit 
un effet fâcheux. L'ameublement est à l'avenant. H y a une mensa romane 
du douzième siècle dans l'abside, et sur elle s'élève un autel en bois du 
seizième siècle ; une custode assez remarquable porte la même date, et 
les stalles appartiennent également à cette époque. Sur deux autels laté- 
raux on expose deux châsses remarquables, l'une romane, l'autre ogivale. 
En les examinant de près, on remarque qu'elles ne sont chacune que la 
moitié d'une châsse partagée en long! Que sont devenues les deux autres 
moitiés ? Nous l'ignorons. 

Le trésor de la sacristie renferme des objets dignes de toute atten- 
tion: des morceaux d'anciennes étoffes, une chasuble dont le tissu appar- 
tient au onzième siècle, de belles châsses remplies de reliques et surtout un 
ostensoir ogival de la fin du quatorzième siècle, d'une forme et d'une 
exécution magistrales. C'est le plus beau que j'aie vu. En France on est à 
la recherche d'une forme d'ostensoir en accord avec les siècles de nos égli- 
ses ogivales; on en produit qui, à part les détails d'ornementation, ne sont 
que la copie de nos soleils modernes. La vraie forme ogivale n'a pas pu 
être trouvée. Nous croyons sincèrement qu'une copie parfaite de l'osten- 
soir de Coire mettrait fin aux difficultés et réunirait tous les suffrages des 
archéologues. Il est peut-être trop grand, et surtout trop lourd; il est tout 
en argent et pèse 26 livres. Réduit à des proportions plus modestes, il de- 
viendrait le vrai bijou d'un grand nombre de sanctuaires. 

J'ai dû me borner à ces quelques détails sur ma dernière pérégrination 
dans les régions supérieures du Rhin. Au delà de Coire, il n'y a plus rien 
jusqu'au passage du Spliigen et du Saint-Bernardin. Dans l'une des vallées 
qui aboutissent aux sources du Rhin se trouve l'ancienne abbaye de Dis- 
sentis, autrefois très-renommée, aujourd'hui veuve de ses cénobites. Mais 
la basilique originaire a disparu, et les bâtiments actuels, fort grandioses 
en effet, servent à d'autres usages. 

V. GUERBER, 
Cure de Haguenuu. 



LE CHATEAU DE BERNSTEIN 



NOTE PRÉLIMINAIRE 

En 1862, feu M. Félix de Dartein , alors propriétaire du château de Bern- 
stein, réintégra, de son propre mouvement, aux Archives du Bas-Rhin, 
une série de documents relatifs à cette imposante ruine. Il paraît que, 
vers 1814 ou 1815, ces pièces avaient été confiées, par les Archives, à la 
famille qui possédait ledit château. La réintégration, après plus d'un demi- 
siècle, était un acte de bonne foi; mais l'administration a dû en savoir gré 
au citoyen loyal qui rendait des chartes que lui n'avait point empruntées 
et dont l'existence était ignorée aux Archives. 

Ces documents sont au nombre de sept; il nie semble qu'ils offrent 
assez d'intérêt pour mériter une analyse et une reproduction partielle. 
J'ai fait choix de deux titres, que je vous soumets textuellement, et avec 
une traduction; pour les autres, je me bornerai à l'indication succincte 
de leur contenu. Quelques mots sur le château de Bernstein même devrons 
tenir lieu d'introduction. 

Vous savez que le Bernstein s'élève, à 6 kilomètres au nord de celui 
d'Ortenberg, au-dessus de la petite ville de Dambach. «Le plein-cintre 
domine dans cet édifice cyclopéen, qui remonte au dixième, peut-être au 
neuvième siècle. 11 est assis sur un rocher de granit, auquel il emprunte 
ses matériaux. 11 est à trois enceintes flanquées d'autant de tours ^)) 

Au commencement du treizième siècle, il appartenait aux comtes de 
Dabo; il passa, par mariage, un instant à un cadet des ducs de Lorraine, 
puis à la famille de Linange, puis à l'Église de Strasbourg. L'évêque Ber- 
thold l'avait attaqué et pris en 1227; en 1236, l'Église en avait obtenu la 
possession de la part de l'empereur. 

Ici nous sommes au beau miUeu des titres livrés par M. de Dartein. 

l. Voy. les Châteaux forts d' Alsace , par l'arcliiviste du Bas-Rhin, p. 31. 1860. 
11« Sbrik. — T. Vil. — (M.) 7 



— 1)0 — 

Le pieuiier constate qu'en novembre l^IW, Herrmann et Hem'i, mar- 
graves de Bade, donnent à Berthold, évêque de Strasbourg, les châteaux 
de Guirbaden, Bernstein, Êguisheim , Dagsbourg , et d'autres biens sis 
dans les diocèses de Bâle, Metz et Strasbourg, le tout provenant de la suc- 
cession de Gertrude, comtesse de Dagsbourg, fille de feu comte Albert 
de Dagsbourg et mère des margraves donateurs. Laguille ayant publié 
ce document latin dans les pièces justificatives de son Histoire d'Alsaee 
(p. 33), je m'abstiens de donner ici une édition de seconde main. 

De la même année 1226 (décembre, sans indication de date plus pré- 
cise) est un second document, édité par Laguille (Pièces justificatives, p. 34) 
et par Schœpflin, Historia Zaringo-Badensis (V. p. 173). Nous appre- 
nons par cette charte latine que Sigebert de Werde et son fils, comtes 
{comités) d'Alsace, adjugent la succession de la comtesse Gertrude de 
Dagsbourg aux margraves Henri et Herrmann de Bade, à l'exclusion du 
duc de Brabant. 

Le jugement est rendu près de la villa de Holtzheim, en présence de 
plusieurs chanoines du Grand-Chapitre, des frères Henri et Louis de Lich- 
tenberg, de Burkard de Geroldseck, d'Otton d'Ochsenstein, d'Albert et 
Burchard Beyer. 

Nous sautons deux siècles, pour arriver au troisième document, qui est 
daté du 4 mars 1 437, et constate que l'usufruit du château de Bernstein 
est accordé à Conrad de Bussnang, cellérier et portier du Grand-Chapitre 
(plus tard évêque de Strasbourg). L'acte est émis par le doyen du Chapitre, 
Jean de Helfenstein. Nous donnons en entier le texte et la traduction de 
celte charte. 

Le Grand- Chapitre, représenté par son doyen, Jean de Helfenstein, con- 
firme V usufruit viager du château de Bernstein, accordé par V évêque 
Guillaume deUiestà Conrad de Bussnang, cellérier et portier du Grand- 
Chapitre. (14'37, jeudi, après Saint-Mathias, 4 mars.) 

Wir Johans von Helfenstein dechan und das cappitel der meren Stifft 
zu Straszburg bekennent offenbar und tugent kunt aller menglich so 
disen brieff ansenhent oder horent lesen Als der Erwurdig In got Vatter 
und herre herrn Wilhelm Byschoff zu Straszburg unser gnediger herre 
dem Edeln herrn Conraten herre von Busznang unserm mitlhumherren 
Keller und portener der egenanten unser stifft das slosz Bernstein ob 
Tanbach gelegen demselben stiffte zu Straszburg in egenschafft zugeho- 
rende mit ettlichen sinen zugehorden und ouch mit eltlichen Zinsen gulten 
renten und gefellen sine leplage und die wile und er in lib und leben ist 



— 91 — 

fur sich und sin nachkomen in demselben stifTt das ze nutzen und ze 
niessen geben iiat In wysz und masze und das derselbe siner gnaden 
gifTte brief Im hierinn übergeben eygenllich u-z Aviset Da bekennent wir 
dechan und Cappitel obgenant in disem gegenwertigen brief das solich 
gnade der gäbe und der gifftc des egemelten slosz der zinse rente zuge- 
hœrden und gefelle in obgemelt masse und denne die egenanten briefe 
so der vorbenant herr Conrat von dem egenanten unserm gnedigen 
herren von Siraszburg von solicher gäbe und nyessung innhat luter wiset 
mit unser dechan und Cappitels gunst wissen willen und gehelle zu- 
gangen und beschenken ist. Und harumb so haben wir solich gnad und 
gäbe obgemelt mit rechtem unserm wissen besteliget vergunst und kreff- 
tiget und bestetigenl und vergunstent und verwillent sie Im ouch mit 
disem unserm briefe für uns und unser nachkomen in demselben un- 
serm Cappitel ze ende sins lebens ze haben und zeniessen und dawider 
nütz ze sinde. Und des zu rechter warer Urkunde so haben wir an disen 
solichenunsern gunst und bestettnuszbrief unsers Cappitels grosz Ingesigel 
tun hencken und demselben herrn Conrat disem brieflf übergeben. Der 
geben ist uff den nehsten Dunrsztag nach sant Matthias den heiligen zwoelf 
botten tag des Jars do man zalt von gottes gehurt tusent vierhundert 
Tryssig und sieben Jar (4 mars 14-37). 

(1437, t mars.) 

JNous, Jean de lielfenstein, doyen, et le Grand-Chapitre de Strasbourg, 
certifions et annonçons à tous ceux qui la présente lettre liront ou en- 
tendront lire : 

Puisque le vénérable père et seigneur, sieur Guillaume, évêque de 
Strasbourg, notre vénéré seigneur, a daigné conférer au noble seigneur 
Conrad de Busznang, notre co-chanoine, cellérier et portier dudit Chapitre, 
le château de Bernslein, sis au-dessus de Dambach, appartenant en toute 
propriété audit Chapitre, avec quelques-unes de ses dépendances, ainsi 
qu'avec quelques rentes, redevances et revenus, à titre d'usufruit, toute 
sa vie durant, lui, et après lui ses successeurs en lesdites fonctions, ainsi 
(ju'il est dit dans la lettre de donation de notre seigneur évêque, à lui 
remise, 

Nous, doyen et Giand-Chapitre, certifions par les présentes que le don 
gracieux dudit château, ainsi que des rentes, revenus et redevances et dé- 
pendances spécifiés dans la lettre que lient en main le sieur Conrad, de 
la part de notre gracieux seigneur l'évêque, au sujet du don et de l'usufruit, 
a été fait en vue et avec le consentement libre et volontaire de nous, le 



— 92 — 

doyen et les membres du Grand-Chapitre. Et nous avons confirmé, cer- 
lioré, affirmé, confirmons, certiorons et affirmons, de notre plein gré, par 
les présentes, en notre nom et en celui de nos successeurs dans le Grand- 
Chapitre, que le don gracieux ainsi défini devra lui rester, sa vie durant, 
à titre d'usufruit, et que nous n'essayerons point de l'en empêcher. 

Et, en foi de quoi, avons appendu à la présente lettre de confirmation 
le grand sigillé de notre Chapitre et l'avons remise en mains dudit sieur 
Conrad. 

Fait le jeudi après le jour de Saint-Malhias l'apôtrC;, l'an quatorze cent 
trente-sept. 

Avec le sceau du Grand-Chapitre (la sainte "Vierge — cire jaune). 

Suit un acte allemand passé en 1453, 7 février, devant Günther Reimer, 
le schultheiss ou prévôt de la ville de Dambach, et portant que Golzeman 
•et Jean Gœtzeman, résidant à Stotzheim, reconnaissent avoir acquis par 
héritage une maison sise à Dambach, et devoir, sur ledit immeuble, une 
rente de 1 schelling à Conrad de Bussnang, chanoine du Grand-Chapitre, 
ou plutôt à son représentant Jean-Guillaume Gürtler. 

La rente fait partie de celles qui relèvent du château de Bernslein; 
après la mort de l'usufruitier Conrad de Bussnang, elle fera retour à 
l'évêché de Strasbourg. Les comparants s'engagent à tenh' l'immeuble en 
bon état. 

En 1455, la veille de Saint-Martin (10 novembre), un acte passé devant le 
même prévôt de Dambach porte que Pierre Erbe et sa femme reconnais- 
sent avoir acheté une maison sise à Dambach des mains de Bernard de 
Trêves, receveur du sieur Guillaume Bœcklé. La maison doit une rente 
annuelle de 4 livre à l'évêque de Strasbourg, c'est-à-dire à la chapelle de 
Bernstein. 

Les acquéreurs s'engagent à la servir. 

Un jugement arbitral du i6 août 1460 est rendu après l'abornement 
d'une forêt en litige entre Conrad de Bussnang et l'abbesse d'Andlau. Je 
reproduis en entier cet acte curieux qui indique la manière dont on pro- 
cédait alors au renouvellement du bornage. 

(1460, 16 août.) 

Jugement arbitral concernant l'abornement de forêts en litige entre 
le propriétaire du château de Bernstein et l'abbesse d'Andlau. 

Zu wissen von solicher Spenne und miszhellungen wegen so do untz 
her zwuschen dem Edeln wolgebornen hcrrcn herre Gunrat von Busz- 



— 93 — 

nangk Ihumherre der hohen Stifft zuo Straszburg- und herrc h\ der obern 
Montât uff ein Und der würdigen geistlichen frowen frow Susannen von 
Epptingen epptissin zu Andelo am andernteile gewesen etlicher h^re weide 
und undergenge hii Blieszbach und am Langensteine. Do nu beide Parlhen 
Irre spennen komen sindt uff vier manne und uff einen funffteman nem- 
lich myn herre von Busznangk uff hugshugel und Zeisenhensel beide von 
Epphich Item myn frowe Susanna von Epptingen uff botpeter und Bonen- 
bensel Beide von Kestenholtz und beide parthen uff meister hanns Rap- 
penkapph stetmeister zu Sletstatt als einen funffteman So nu die obge- 
schriben viere und der funffteman beider parlh Spenn verhört handt 
babent sy erkant mit dem merteil das die obgeschriben beide parlhen \n 
gegenwertigkeyt Ir einen undergang thun soltenl und nach solichem un- 
dergange das underlachen*. Das also von beiden Parthen undergangen 
und underlachet ist uff Samstag nach frowentag der eren zu Latin genant 
assumptio Im sehtzigesten Jore Item zum ersten, so haut sy angefangen 
zu lachen am Langenstein oben uff dem Berge und ist ein crutze In einen 
stein gehowen und ein eichbomet statt uff demselben steine ist auch ein 
crutze Ingehawen. Item undersich in den Blieszbach abe uff einen stein- 
worff ist ein crutze in einen eichbom gehawen. Item furebasz under sich 
kurz gegen dem bliezbach stat ein velsz sind zveey crutze Ingehowen und 
ein eychbomel stat uff dem velsz und eins under dem velsz sindt auch 
gelachet Item under demselben velsz In den bliszbach abe sindt auch 
sehs eichboume gelachet mit crutzen und dryg Linden und ist der nyderste 
Lachbaum ein grosser eichboum. Und sindt by sohchem undergange ge- 
wesen von mys herren von Busznangke wegen nemlich der veste Juncher 
Bastiangurtler vogt zu Bernstein der from wise friderich von Cuppenheim 
altschaffner In der pflege Bernstein Kabaltesclaus von Blensvvir Meiger- 
claus von Sant Petersholtz Meigertnützen sun. Item uff myner frawen der 
epptissin siten Marlin Ir Schaffner diezyt Mychel Rymperlin Schullheiss 
zu scherwir. Ulrich appt von Scherwir In meyger hanman wolftliart 
heymburger Peter hanmann Kabele, Schallentenge bans metzger henselin 
frischinger, Rufelmetzger bans weidehch Claus Wolff'hart und Claus Küffer 
alle von Scherwir Und des zu einem offenen steten waren Urkunde und 
gezugnisse so habe ich hanns Rappenkopph stetmeister zu Sletstadt myn 
eygen Ingesigel von bette wegen der obgeschriben beider Parlhen gehenckt 



1. Le terme à'unterlachen s'applique plus spécialemeut, d'après le glossaire de Scherz, 
à la pratique de marquer d'un signe distinctif les arbres ou les pierres servant à l'abor- 
nement. 



— 94 — 

an disen brieff der do Zwene glich gemäht sindt und yetweder parlh einer 
überleben ist sv und Ire nachkomen domit zu besagende aller ab^e- 
schriben dinge doch mir und mynen erben unschadelich Der do geben 
wart uff den vorgeschriben tag und Tore, 

Avec sigillé en cire verte de l'arbitre Jean Rappenkopph. 

(1460, l(i août.) 

A savoir au sujet de certain htige et désaccord, intervenu jusqu'ici 
entre le noble et illustre seigneur Conrad de Bussnang, chanoine du Grand- 
Chapitre de Strasbourg et seigneur du Mundat supérieur, d'une part, et la 
révérende dame, dame Suzanne d'Eptingen, abbesse d'Andlau, d'autre 
part, à propos de quelques-unes de leurs forêts et de l'abornement dans 
le Bliesbach et au Langenslein. 

Or, les deux parties étant convenues de s'en remettre pour la décision de 
leur litige à quatre prud'hommes et à un cinquième arbitre, savoir Mgr. de 
Bussnang, à Hngshugel* et à ZeisenhenseP, tous deux d'Epfig, et M""*^ Su- 
zanne d'Eptingen à Botpeter" et Bonenhensel*, tous deux de Châtenois, et 
les deux parties à maître Jean Rappenkapf, stettmeistre à Schlestadl, en qua- 
lité d'arbitre, et les quatre susdits prud'hommes, ainsi que l'arbitre ayant 
entendu les griefs des deux parties, ont décidé à la majorité des voix 
que les deux parties auraient présentement à procéder à un abornement, 
et après cet abornement à la démarcation. 

Et ont les deux parties procédé à l'abornement et à la démarcation le 
samedi après la principale fête de Notre-Dame, appelée Assumptio en 
latin, l'an (14)60. 

Et en premier lieu ils ont commencé la démarcation au Langenstein, au 
haut de la montagne, et une croix a été sculptée dans une pierre-borne, 
et un poteau de chêne, avec l'incision d'une ci'oix, a été placé sur ladite 
pierre. 

Puis, en descendant vers le Bliesbach, à une jetée de pierre, une croix 
est incisée dans un chêne. 

Puis, toujours en aval, à peu de distance, vis-à-vis du Bliesbach, se 
lève un roc, ayant deux croix incisées, et un chêne se dresse sur le roc, 
un antre chêne au-dessous; chaque arbre est marqué d'une croix, 

1. Hugues Hugel. 

2. Jean Zeis. 

3. Pierre Bot. 

4. Jean lînne. 



— 95 — 

De plus, en aval dudit roc, en descendant le Bliesbach, se ironvenl six 
chênes marqués de croix et trois tilleuls; le dernier arbre marqué est un 
grand cliéne. 

Et ont assisté à cet abornement, de la part de Mgr. de Bussnang, le 
sieur ßastien Gurtler, avoué, résidant au Bernstein; le très-pieux et sage 
Frédéric de Kuppenheim, ancien receveur du bailliage de Bernstein; Ka- 
baltenclaus de Blens^vir^ Meigerclaus' de Saint-Pierrebois, fds de Meiofert- 
nütze. Et de la part de M""® l'abbesse Martin, son receveur actuel, Michel 
Rymperhn, prévôt de Scherwiller; Ulric Apt de Scherwiller, fermier de 
l'abbesse; Hanman Wolfart, adjoint au prévôt; Pierre Hanmann Kabele, 
Schallentenge, Jean Metzger, Jean Frischinger, Rufelmetzger, J. Weidelich, 
Nicolas Wolfhart et Nicolas Kuffer, tous de Scherwiller. En foi de quoi, à 
titre d'irrécusable et durable témoignage, moi, Jean Rappenkopf, stelt- 
meistre de Schlestadt, ai, sur la demande des deux parties susdites, ap- 
pendu mon sigillé à cette lettre, transcrite en double exemplaire, et 
chaque partie en a reçu un à l'effet de cerliorer, eux et leurs descendants, 
des articles y contenus, sans que toutefois il puisse en résulter préjudice 
pour moi ou mes héritiers. Fait le jour et an que dessus avec sigillé en 
cire verte de l'arbitre J, Rappenkopf\ 

Le dernier document réintégré consiste en un acte latin passé devant 
l'officialité de Strasbourg, le 14 des kalendes de décembre 1491 (13 no- 
vembre). Dans ce texte, Kunlin Kunz Amann, de Dambach, reconnaît avoir 
acquis, des mains de Henri, comte de Werdenberg, chanoine du Grand- 
Chapitre de Strasbourg, une maison sise sur le marché à Dambach, el 
devra servir à l'avenir une rente de 1 liv. 15 sch., affectée à cette maison. 
De cette somme, 1 livre de rente est due au château de Bernstein, 15 schel- 
lings sont dus à la chapelle de Sainte-Marguerite dans le château. 

Je termine en émettant le vœu que les détenteurs de bonne foi de 
litres enlevés lors de la Révolution, soit aux archives de l'évêché, soit à 
celles des diverses abbayes et communautés religieuses d'Alsace, veuillent 
bien imiter l'exemple de M. de Dartein et compléter nos collections dé- 
pareillées. 

Louis Spach, 

Archiviste, (in Uus-nitin. 

1. JNicolas Kabalt, demeurant à Blieaschwiller. 

2. Nicolas Meiger. 

3. Le nom dn stetlmeMre. est tantôt écrit Uappenliapph , tantôt Rappenkopph. 



UNE MAISON A STRASBOURG 



AVEC CINQ ANNEXES 



L'historien ou le chroniqueur spécial d'une ville devrait , si c'était pos- 
sible, descendre aux éléments primitifs de son récit , en faisant la descrip- 
tion et en donnant les mutations successives non-seulement des grands 
édifices, des monuments publics, mais des principales demeures particu- 
lières, des maisons nobiliaires ou bourgeoises, qui posséderaient dans 
leurs archives une série de titres de propriété. — On comprendra de suite 
dans quel but j'émets cette idée qui, au surplus, a été exécutée en partie 
dans le Strasbourg 'pittoresque de M. Piton. Je sais parfaitement que l'exé- 
cution littérale du programme que j'indique n'est point réalisable. On 
tomberait dans des détails infinis, inadmissibles même dans une mono- 
graphie ; il s'agit de se mettre en garde contre ce fractionnement infini- 
tésimal , vers lequel sont entraînés les travailleurs dans le champ limité 
des chroniques spéciales. Mais ce qui est possible, je vais essayer de le 
faire, en mettant en relief les titres d'une seule et même maison, à la- 
quelle aucun souvenir historique majeur n'est attaché. Je vais essayer de 
montrer comment de simples actes de vente ou de mutation de propriété 
peuvent, à raison de quelques circonstances accessoires, de quelques 
noms propres, de quelques détails de construction, ouvrir une perspec- 
tive sur les habitudes, les mœurs des citoyens qui s'abritaient dans ces 
murs, ou confirmer par le témoignage écrit, les traditions orales que les 
grands-pères transmettent quelquefois à leurs enfants. 

Ce n'est point au hasard que j'ai abandonné le choix de l'immeuble ou 
de la maison dont je vais mettre en relief les métamorphoses successives. 
11 y a plus d'un quart de siècle déjà, M. Edouard de Billy, alors ingénieur 
en chef des mines, en résidence à Strasbourg, me fit voir toute une série 
de titres de propriété, concernant une demeure patrimoniale qui venait 
de lui échoir en partage. J'en fus frappé, et je me dis que, si les princi- 
paux immeubles d'une cité se trouvaient tous nantis d'une suite de par- 



— 97 — 

chemins ou de papiers de cette nature, et si chaque propriétaire s'appli- 
quait à les copier et à les analyser, ne serait-ce que pour son usage 
particulier, on aboutirait à des résultats peut-être inespérés, à des induc- 
tions imprévues. Mais qui donc aurait la patience ou les loisirs pour se 
livrer à de semblables études atomistiques? Le chimiste peut s'y appliquer 
dans un but pratique; l'historien, incessamment attiré par le spectacle 
des grandes catastrophes et par le jeu des passions humaines, se fourvoi- 
rait ou se perdrait dans cet éparpillement de sa force d'application. 

M. de Billy, dans le cours de sa carrière officielle, quitta Strasbourg; 
je perdis de vue les archives privées qu'il avait un instant fait passer sous 
mes yeux. Il y a quelques mois il vint à m'en reparler, et je repris un plan 
depuis si longtemps abandonné et oublié. 

Il s'agit de la maison qui porte maintenant le n*' 3 sur le quai Saint- 
Thomas. Elle se distingue de ses deux voisines de droite et de gauche par 
deux avances (Erker), qui montent jusqu'à la hauteur du second étage et 
encadrent au premier un balcon oblong, tandis qu'au second elles servent 
chacune de support ou de console à un balconet. Cette particularité donne 
un caractère un peu monumental à l'immeuble en question. Ce n'est point 
un palais de Florence; mais ce n'est pas non plus une simple caserne con- 
temporaine , où viennent s'entasser, derrière une façade monotone, une 
douzaine de familles. 

De plus, cet immeuble exceptionnel à Strasbourg ne tient pas seule- 
ment au quai; il se prolonge intérieurement jusqu'à la rue de l'Ail, der- 
rière l'église de Saint-Thomas. Cet espace oblong, assez considérable, est 
rempli par deux cours un peu sombres, coupées par un corps de logis 
transversal et terminées par un troisième corps de logis ouvrant sur ladite 
rue. Et, circonstance particulière, à la gauche de ce troisième corps de 
logis, une porte à plein-cintre donne accès dans une cave, qui n'est point 
creusée sous l'immeuble même dont elle fait partie, mais se trouve éta- 
blie sous l'immeuble du voisin. Cette maison voisine, de la rue de l'Ail, 
de chétive apparence , offre aussi une circonstance particulière: elle a trois 
copropriétaires; la cave est, comme nous venons de le voir, du domaine 
direct de M. de Billy, propriétaire du n° 3 du quai Saint-Thomas; la porte 
cochère appartient au propriétaire du n° 2 du quai Saint-Thomas; enfin, 
l'unique étage qui se trouve au-dessus de celte porte et le rez-de-chaussée 
sont entre les mains d'un troisième propriétaire. C'est un système de com- 
munisme légal. On pourrait aussi comparer cet état de choses à celui qui 
faisait de certains de nos châteaux du moyen âge la copropriété de plu- 
sieurs châtelains. 



— 08 — 

En face du Iroisièmp. corps i]e bâliments soudé au n° 3 du quai, se 
Irouve une masure oblongue à un seul étage; c'est l'une des maisons 
curialos de l'église de Saint-Nicolas; elle porte, dans les litres de pro- 
priété, le nom zur Winierture. 

Retournons au corps de logis principal, à la façade du quai. La vue 
dont on jouit de ces appartements, est fort étendue; elle embrasse deux 
ponts (celui de l'Esprit et celui de Saint-Thomas) ; deux églises (Saint- 
Nicolas et Saint-Louis); une longue enfilade de quais; elle plonge, au delà 
de la rivière, dans la rue de l'Écarlate et sur l'hôtel du Gouvernement, 
où Louis XIV vint loger en octobre 1681; du haut du troisième étage, on 
reconnaît le clocher de l'hôpital civil et les arbres des remparts. 

Autrefois, dans un passé qu'il serait peut-être difficile de préciser d'une 
manière absolue, un bras du Rhin se déversait, non loin d'ici, dans la 
rivière d'ill, ou dans la Brusche, comme elle est appelée dans, les titres du 
n** 3. Le quai Saint-Thomas d'aujourd'hui portait le nom significatif du 
EhineckeV... ufm Rineche dans les titres. Je me souviens parftiitement 
que, dans mon enfance, le quai, formé par une lisière passablement étroite, 
et peu élevée au-dessus du niveau des eaux, n'était connu que sous la 
dénomination appropriée à l'état des heux du temps jadis. 

Les titres existants qui concernent celte maison importante au point de 
vue lopographique, commencent avec le quatorzième siècle et finissent 
avec le dix-neuvième. J'en donnerai une analyse succincte, et je joindrai, 
à litre de preuves, cinq documents, l'un emprunté au quatorzième, un 
autre au quinzième, deux au seizième et un au dix-septième siècle. 

Le plus ancien, sur parchemin, en allemand, est de l'an 1306; il est 
émis par Burkard Reinboldelin, le stetlmeistre, et le Sénat ou Conseil de 
Strasbourg; il constate qu'Agnès, fille de Gozzo de Geispolsheim, et veuve 
de Walther de Pfettisheim , citoyenne de Strasbourg, a vendu à Jean 
Klobeloch, gendre de Pierre de Schonneck, les deux tiers d'une maison 
avec cour et dépendances, sise dans la Speltergasse , aboutissant d'une 
part à la maison Wenser, d'autre part à celle du même Jean Klobeloch ; 
et ce, au prix de 31 marcs d'argent, valeur de Strasbourg. La venderesse 
garantit l'acheteur contre toute éventualité; elle énumère les citoyens qui 
se portent cautions; ce sont : messire liesse Gope , Hugues le chevalier, 
fils du prévôt de Butenheim; Burkard Gope, frère du susdit liesse. 

1. Au coin du Rhin. 

L'oriftine du mot Rhineckel n'était, au surplus, pas due seulement au voisinage du Rhin, 
niais à nu angle rentrant (Kein formé par la maison voisine, en amoiit de la maison de 
Rillv. 



— 99 — 

Suivent, après l'indicalion de la dale déjà mentionnée, les noms de 
quatre stettmeistres : Burkard Reinboldelin, Conrad Rylin, Jean Stuben- 
weg, Sigfrid de Fegersheim ; puis les témoins : 

Sigismond Hetzel, Henri de Wolfgangesheim, Jean Schilt, Pierre de 
Schonnecke, Götze de Grostein, Albert Ruolenderlin, Reinbolt de Lieben- 
zeller, Nicolas de Reimuntheim, Hetzel Marx, Jean le jeune, Nicolas Ott- 
friedrich, Nicolas de Kageneck, Guillaume Nape, Burkard Pfiler, Burkard 
Pamphilin, Hugues Richter, chevalier, Eberhard Sickc, Jean de Winter- 
thur, à l'enseigne de l'Ange, Jean Lenzelin et Conrad Broger, le conseil- 
ler; avec sigillé en cire verte de la ville (la sainte Vierge sous baldaquin). 

On a pu relever, dans cette longue liste, quelques noms historiques, 
par exemple celui de Liebenzeller, descendant (peut-être fils ou petit-fils) 
de celui qui joue un rôle dans la bataille de Hausbergen. On remarquera 
de même que la rue qui porte aujourd'hui le nom de rue de l'Ail, mais 
qui devrait s'appeler rue Klobeloch, était, au commencement du quator- 
zième siècle, la Spettergasse (rue aux Haillons?); et vers 1439, la Knoh- 
lochsgasse. 

En 1439, la même maison passe des mains de Catherine Kelca, veuve 
de Jean Betcholt, et des mains de Valentin Betcholt, à Jacques Hapmacher 
et à sa femme Hedwige. Les voisins, du côté de l'eau, sont d'une part les 
héritiers du sire de Heiligenstein et ceux d'Antoine Voltz ; dans la rue de 
l'Ail, les héritiers du même sire de Heiligenstein et ceux de Wallher de 
Müllenheim. 

A la date des 28 et 30 septembre 1469, trente ans après l'acquisition de 
la maison par Hapmacher, nous sommes devant l'Ofificialité de Strasbourg. 
L'immeuble en queslion passe de Jacques Hapmacher et de sa femme Mar- 
guerite Voltz entre les mains de Frantz Hagen et de sa femme Odile, fille 
légitime de Jean Berlin. Voici la description de l'immeuble vendu : 

Une cour avec deux maisons, l'une de devant, l'autre postérieure, avec 
une écurie latérale, et la maison au-dessus de cette écurie, sise im Win- 
teriitre, et avec leurs dépendances quelconques, et tous les droits y atta- 
chés, le tout situé dans la ville de Strasbourg, uff Bynecke, tenant d'une 
part à Jean de Rosheim, d'autre part à Jean Winterture, chevalier stras- 
bourgeois, et par derrière tenant d'une part à Philippe de Müllenheim, 
chevalier, et d'autre part à Jean Meerswin. 

Sont ensuite énumérées les charges dont est grevée la maison : elle 
doit d'abord 6 livres de rente annuelle, rachelables à 120 livres, aux 
vicaires du Grand-Chœur de la cathédrale; 5 florins de rente rachetables 
à 100 florins, à Agallie Flapmacher, veuve de fou Bechtold, Wcchlelin, ii 



— 100 — 

Oiïenbourg ; 2 livres de rente, rachetables avec 40 livres, à Nicolas 
Kuysebosz, chaudronnier, bourgeois de Strasbourg; une rente viagère 
de 10 florins à Jean Immeler et Dorothée, sa femme. 

Le prix de la vente totale est de 125 florins d'or 2 sous 6 deniers. 

Suivent les longues et minutieuses formules dont l'acheteur exigeait 
que le vendeur se portât fort devant l'Oflîcialité, et celles de la renon- 
ciation au recours en droit qui pouvait compéter à la femme du vendeur. 

En moins d'un demi-siècle la maison va de nouveau subir une muta- 
tion ; nous tenons en main un autre acte passé en 1517 devant l'Oflîcialité, 
et constatant que Philippe Hagen vend à son frère Frantzon Hagen deux 
parties possédées par indivis de la maison sise uff Rynecke. Il est dit ex- 
pressément dans l'acte que le tiers de ladite maison appartenait déjà par 
indivis à l'acheteur. 

Cette cession entre frères a lieu à raison de 533 florins. Le vendeur 
garantit libres de toute charge féodale les deux tiers vendus. Une tierce 
personne intervient dans l'acte; c'est Philippe Bœckel, curateur d'une fille 
mineure de Philippe Hagen et de sa première femme feu Julienne Gryflîn; 
il s'engage, au nom de sa pupille, à ne point attaquer la vente. Le ven- 
deur se réserve le droit de réméré pour lui-même ou ses héritiers mâles. 

Une autre condition reste imposée à l'acheteur. Dans le cas où Marx, 
fils de Philippe Hagen, fréquenterait un jour l'Université ou entrerait 
quelque part en apprentissage, l'acheteur ou ses héritiers auraient à lui 
payer, en deux annuités, la somme de 50 florins, à titre de don gracieux. 
Suivent les formules notariées. 

Dans la même année (1517) Frantzon Hagen constitue à son frère Phi- 
lippe une rente de 8 florins sur ce double immeuble, et en 1521 le cha- 
pitre de Saint-Michel et de Saint-Pierre-le-Vieux déclare que Frantzon 
Hagen a racheté cette rente. 

Nous touchons maintenant à un acte important; c'est un arbitrage, 
prononcé dans une affaire de mur mitoyen, à la date du 9 avril 1541, 
par Bernard de Heydelberg, architecte de l'œuvre Notre-Dame, et par 
quatre architectes jurés de la ville de Strasbourg , savoir : Bastien d'El- 
mendingen*, Jean Spiegel, Nicolas d'Andlau et Conrad de Schweinfurt. 

Un litige s'était élevé entre Hildebrand de Müllenheim, altstettmeistre 
de Strasbourg, et Diebold Arge, tuteur de Marc Hagen, fils de feu Phi- 
lippe Hagen. 

Les deux parties avaient reconnu que le mur entre les deux propriétés 

1. Probablement Emmendingen, localité du grand-chicliè actuel de Bade. 



— 101 — 

menaçait ruine; qu'il penchait du côté de la cour de Müllenheim, mais 
que la chute pourrait être prévenue par une démolition pratiquée à une 
certaine hauteur. C'est pour déterminer l'opération à faire que l'on a voulu 
recueillir l'avis des hommes de l'art. En même temps on a voulu les con- 
sulter sur la propriété des deux pignons de la maison de devant, et de celle 
du milieu, pignons contre lesquels s'appuyait le mur mitoyen. 

Celte propriété est-elle indivise, ou revient-elle exclusivement à l'une 
des deux parties? Les architectes ont fait une descente sur les lieux, et 
après avoir recueilli de la part des parties intéressées l'assurance (mit 
hand und halmen wie sitte ist^) qu'ils accepteront le jugement arbitral, ils 
ont procédé à une enquête et prononcé ainsi qu'il suit : 

« Vu que le mur en litige qui sépare les cours des deux parties a été , 
selon toute apparence, autrefois beaucoup moins élevé (à peu près de l'é- 
lévation d'une clôture de jardin), mais exhaussé par la suite; que les fon- 
dements primitifs ne peuvent supporter cette surcharge; que le mur, en 
conséquence, menace ruine à tout instant; qu'il n'y a de fenêtres feintes 
(Blindfenster) ni d'un côté ni de l'autre; considérant toutes ces circon- 
stances, la copropriété du mur demeure reconnue; il devra être déraoH 
jusqu'aux fondements et reconstruit à frais communs à une hauteur, épais- 
seur et solidité telles que les deux voisins en tomberont d'accord.» 

Les arbitres ne se bornent pas à ce premier énoncé. Une fontaine à 
usage commun est encastrée dans le mur mitoyen; or, l'orifice de ladite 
fontaine (der Brmmenboltz) se trouvant du côté de Hagen , ce dernier 
sera tenu de la mettre en état de servir aux deux parties. 

«Si, par la suite, l'une des deux parties voulait appuyer des constructions 
contre ledit mur, cela se pourra, en se conformant toutefois aux articles 
de l'arbitrage, et de manière à ne point charger le mur. 

«Quant aux pignons de devant et du milieu, l'expertise et l'état des lieux 
(les fenêtres feintes pratiquées des deux côtés) ont prouvé qu'ils étaient 
par indivis et devaient être entretenus à frais communs. » 

Les sigillés des arbitres sont appendus à l'acte. 

En moins de quinze ans l'immeuble a passé en d'autres mains; car en 
1554. Hildebrand de Müllenheim et sa femme vendent à Louis Voltz d'Al- 
tenau une cave (c'est celle dont il a été question dans l'introduction), avec 
ses dépendances, située sous la maison qui appartient à Jean Schmalz, et 
sous le corridor qui conduit de la rue de l'Ail dans la maison du vendeur. 

En 1577, l'immeuble a passé aux Bœckhn de Bœcklinsau, comme le 
prouvent une constitution de rente et un nouveau litige, élevé en 1585. 

1. l'ai la inain douuùc, et la tranöiuission d'un tuyau de paille. 



— 102 — 

En celte année, Nicolas-Hugues Kniebis, de la Cliambi'e des XIII, cura- 
leur de Jacobée Knobloch, et Jean-Conrad Bœcklin de Bœcklinsau, de la 
Cbambre des XV, se présentent devant le Sénat de Strasbourg, pour ob- 
tenir un jugement. Kniebis soutenait que le pignon appartenait à la maison 
Knobloch ; que le sieur Bœcklin, en dépit des preuves établissant les droits 
de cette dernière, avait regardé ledit pignon comme propriété commune, 
et y avait introduit des constructions; le plaignant demandait le rétablis- 
sement de l'ancien état de choses. 

Il soutenait de plus que depuis des années les eaux de la gouttière de 
la maison Knobloch tombaient librement dans la cour de Bœcklin; que ce 
dernier avait essayé de mettre obstacle à ce stillicide par une construction 
en voie d'être exécutée. Le demandeur réclamait contre ces tentatives. 

De son côté, Bœcklin soutenait que le pignon n'était nullement pro- 
piiété exclusive de la maison Knobloch; qu'une expertise démontrerait ce 
dire; qu'une fenêtre feinte existait d'ailleurs du côté de sa maison; qu'il 
s'était, par conséquent, cru en droit de construire, pourvu que le mur 
ne fût point détérioré ou affaibli. 

Uuant au stillicide , Bœcklin disait que les eaux de la gouttière conti- 
nueraient à tomber sur la construction, entreprise par lui trois années 
auparavant; que le demandeur devait donc être renvoyé de la plainte. 

Après avoir entendu la commission d'expertise nommée à cet effet, le 
Sénat de la ville de Strasbourg décide ce qui suit : 

1° Dans le litige élevé entre Jacobée Knobloch, épouse de Jean Stemm- 
1er, et le sieur Bœcklin de Bœcklinsau, au sujet de la propriété du pignon, 
les constructions élevées par Bœcklin seront maintenues, vu que ledit 
pignon n'appartient pas exclusivement à la maison Knobloch; 

2° Dans le litige relatif au droit du stillicide, les eaux de la gouttière 
devront, comme par le passé, tomber dans la propriété de Bœcklin, et 
ce dernier sera tenu de la faire écouler par un conduit spécial dans la rue. 

A peine deux années se sont-elles écoulées, et l'on a recours à un nou- 
veau jugement du Sénat, au sujet des gouttières et de quelques autres 
points litigieux. Cette fois la discussion a lieu entre Bœcklin de Bœck- 
linsau et son voisin J. Schmalz. Ce dernier se plaignait d'une nouvelle 
construction élevée par le sieur Bœcklin. Le Sénat décide que celte con- 
struction serait abaissée de quelques pouces; que Bœcklin établirait à ses 
frais et- sur son terrain , de manière à garantir la propriété Schmalz, un 
canal particulier pour l'eau d'une double gouttière, savoir , celle qui tom- 
bait du haut de la nouvelle construction, et celle du toit, plus élevé, de la 
maison Knobloch. 



— 103 — 

Ouaiil à la porte d'une cave, et quant à trois abat-jours que Boickliii 
avait ouverts dans le pignon entre les deux maisons, le tout restera dans 
l'état actuel, sans préjudice des anciens droits des deux propriétaires 
conligus. 

(juant à trois grosses pierres posées par le sieur Bœcklin dans le canal 
d'écoulement pratiqué au-dessus du mur mitoyen, elles seront placées de 
manière à ne pas causer de dommage à Schmalz ; ce dernier pourra y 
laisser tomber les eaux de sa gouttière, en l'entretenant à ses frais. 

Nous touchons au dix-septième siècle. En 1605, Bœcklin de Bœcklinsau 
vend à Sigismond Flach la cave située dans la rue de l'Ail, au-dessous de 
la maison Flach, tenant d'un côté à la cour postérieure du vendeur, de 
l'autre à la maison de l'acheteur; par derrière à la cour du sieur de Mül- 
lenheim, par devant à la rue de l'Ail; mais comme l'entrée de la cave se 
trouvait jusqu'alors dans la cour postérieure du vendeur, on décide que 
celle porte serait murée , et qu'on établirait en son lieu et place un abat- 
jour de la grandeur des trois autres déjà existants; enfin que ces quatre 
abat-jours ne pourraient être murés ni par le vendeur ni par ses héritiers. 

En 1611, Louis Bœcklin de Bœ-cklinsau se défait de la propriété qui a 
valu à sa famille plusieurs contestations; il la vend à Sigismond Flach. 
Dans l'acte de vente, les tenants de cet immeuble, sis en amont du pont 
Saint-Nicolas, sur le nRheinecke)) sont relatés comme d'habitude; c'est d'un 
côté (sur le quai) la maison de Bernard-Frédéric de Müllenheim; de l'autre 
celle des héritiers de Frédéric de Müllenheim. Dans la rue de l'Ail, c'est 
d'un côté la maison de Slœmmler, de l'autre celle de l'acquéreur Flach. 

L'un des actes les plus importants de celte série de titres est celui du 
13 février 1617, passé devant Nicolas-Jacques Wormser, slettmeistre, et 
devant le Sénat de la ville libre de Strasbourg. En ce jour, ont comparu : 
François-Rodolphe Ingoldt, de la Chambre des Xlll, en qualité de tuteur 
de Paul-Sigismond, Marie et Anne-Ursule, enfants de feu Sigismond Blach, 
et de sa première femme, Maiie Hochfelder; 

Jacques Schilling, de la Chambre des XXI, tuteur de Jean-George et 
Antoine, enfants issus du second mariage de feu Sigismond Flach, avec 
dame Marguerite Fettich; 

George Fettich, père de la veuve Marguerite Flach, et curateur de ladite 
veuve, héritière pour un septième, en lieu et place de son fils Jean-Fré- 
déric, décédé; 

Lesquels ont affirmé, en présence de Daniel Ringler et de Christophe 
Staedel, allammeislre, avoir vendu, au profit et dans l'intérêt de leurs pu- 
pilles, audit Daniel Ringler, les deux maisons de devant et de derrière. 



— lOi — 

l'une sise siu' le (juai en deçà de la Brusclie, sur le Kheineck, en face de 
ladite rivière, d'un côté louchant aux héritiers de feu Bernard-Frédéric 
de Muhlheym (sic), et de l'autre aux héritiers de feu Frédéric de Müllen- 
heim; avec la demeure du fond, donnant sur la rue de l'Ail, louchant 
d'un côté aux héritiers Stsemler {sic), et de l'autre à la maison de Jean 
Heller. 

Suit rénumération de certains droits de la cuve à lessive (Bauchkessel), 
d'une broche tournante , d'un dressoir dans la chambre d'habitation com- 
mune du rez-de-chaussée, et de tous les tonneaux dans la cave sous la 
maison de J. Heller. 

Le prix de la vente est de o,000 livres pfenning, payables à la Saint- 
Jean. Le reste du contrat est rempli par les formules de droit. 

Cent vingt ans plus lard (1737) l'immeuble sort des mains de la famille 
Spielmann, à laquelle il appartenait alors, pour entrer dans celles du sieur 
Weitz. Ici la description de l'immeuble constate l'existence d'un triple corps 
de bâtiments, l'un du devant, l'autre du miheu, un troisième au fond; de 
plus celle d'une écurie, de deux cours et de quelques dépendances. Sur 
le devant, en face de la Brusche, l'immeuble tient d'un côté à la maison de 
feu M. Bernard, de l'autre à celle du sieur Sauer; dans la rue de l'Ail, elle 
tient, d'un côté, en partie aux mêmes voisins que dessus, en partie à la 
maison Bernouilli; de l'autre côté à la maison Riechel; est désignée en 
dernier lieu une porte cochère donnant dans ladite rue. 

Dans la même année (1737) le nouveau propriétaire obtient une con- 
cession pour l'établissement de deux avances (Erker), sur la façade prin- 
cipale de la maison, et, en 1738, la permission d'établir le balcon entre 
les deux Erker ou avances'. 

En 1771, la maison est vendue par les créanciers de la faillite Weitz et 
Stijedel au sieur Jean-Daniel Saum. L'acquéreur a pour voisins, sur le 
devant, le sieur Debayer, banquier, et le sieur Bernard, banquier; dans 
la rue de l'Ail, le sieur Fettig, courtier, et le sieur Robert, négociant. En 
1807, l'immeuble passe au sieur Jacques Saum, fils de Jean-Daniel; en 
1824, à M'"® veuve de Billy, née Saum; enlin, en 1842, par cession, à 
M. Edouard de Billy. 

L. Spacii. 

1. Le sieur Weitz, après avoir acquis l'inuiieublc eu 1737, l'avait reconstruit de fond 
en comble, du quai jusqu'à la rue de l'Ail. 



105 — 



ANNEXES 



Annexe n" i. 



(Samedi après Sainte-Marguerite 130G. 



Wir Burckarl Reinboldelin der Meister 
und der Rat von Strazburg tunt kunt 
allen den die disen Brief gesetient oder 
geliorent lesen, das vro Agnes herrn hessen 
seligen Tohter des Gopen von Geisbolz- 
heim Walthers seligen Wittwe von Pfet- 
tensheim unser Bürgerin het gegeben ze 
kofenne Johannese Klobeloch herrn Peters 
Tohtermann von Schonnecke die zweiteil 
eines huses und hovestete mit allem 
Rehte die gelegen ist in Spettergassen 
gegen deme Klobeloch über, einsit nebent 
dem Wenser und andernt sit het der selbe 
Johans ein hus, umbe eins und drizi^ 
marke silbers luters und Icetiges des ge- 
weges von Strazburg mit allem rehte 
als die hovestat daher gelegen ist. Des Sil- 
bers ist die vorgenante vro Agnes von Jo- 
hanse gar und ganz gewert und het ouch 
gelopt und ist des schuldig worden der 
zweier Teil huses und hovestette als da 
vor bescheiden ist, Reht were ze sinde 
gegen menlichen als reht ist, und het ime 
ouch vor uns uf gegeben alles das reht 
das sie bette em den vorgenannten Zwein- 
teiln huses und hovestette und sich ver- 
zigen alles des Rehtes es si geistlich oder 
weltlich da mitte sie mochte komen wi- 
der disen Kouf und diesen brief, want 
danne hesse, heiige, Ellekint, Ennelinund 
Agnes ir Kinder noch under Iren Jaren sint, 
da von so sint her hesse Gope, her hug des 



schultheiszen sun von buotenheim Ritter 
und Burekart Cope, herrn hessen des vor- 
genanntenBruderunverscheidenlich schul- 
dig worden daz sie schaffen soient wenne 
die kint ze Iren Tagen kumerit daz si 
disen kouf stete habent und sichverzihent 
alles des rehtes das sie hettent an den 
vorgenanten zweinteiln huses und hove- 
stette. Das dis war und stete si dar umbe 
ist unserer stelle Ingesigel gehenket an 
disen brief. der wart gegeben an dem sa- 
mestage nach sant margarelen tage de 
man von gotz geburte zalte drizehen 
hundert jar und sehs jar. Her an warent 
wir Burekart Reinboldelin, her Conrat Ri- 
plin, her Johannes Stubenweg, her syfrid 
von vegersheim, Die vier meistere, her 
Symunt Hetzel, her Heinrich von Wolf- 
gangesheim, her Johannes Schilt , her 
Peter von Schonnecke , her Götze von 
Grostein,her Albreht Ruolenderlin, her 
Reinbolt der Liebenzeller, her Nyclawes 
von Rimuntheim, her hetzel Marckes, her 
Johannes der Junge, her Nyclawes Otte- 
friderich, her Nyclawes von kagenecke, 
her Willehelm Nape, her Burckarf, der 
Pliler, her Burekart Panphilin, her hug 
Rihter Ritter, Eberhart Sicke, Johannes 
von Wintertur zem Engele, Johannes 
Lenzelin und Conrad Broger der Rat. 
Avec sigillé brisé de la ville, en cire 
verte. 



II« SÉRIE. — T. VII — (M.) 



106 



Annexe n» 2. 



( 29 août et 30 septembre 1469. ) 



Coram nobis judice curie Argentinensis 
constitutus Adam dictus hapmacher civis 
Argentinensis subjiciens se nostrejurisdic- 
lioni in hac parte. Pro se et ejus heredibus 
universis de consensu et voluntate Mar- 
garethe dicte Voltzin ejus uxoris legittime 
{sic) coram nobis presentibus vendidit et li- 
bère resignavit frantzoni dicto hagen civi 
Argentinensi et Odilieejusuxori legittime 
fllie Johannis dicti Berlin. Ipsis et eorum 
heredibus Ementibus. Curlam cum dua- 
bus domibus, anteriore videlicet et pos- 
teriore und mit dem nebentstalle und 
gehuse darüber, an Wlntertur gelegen, 
earumque areis edificiis attinentiis com- 
prehensionibus et juribus universis sitis 
in clvitale Argentinensi Vff Rynecke. 

Juxta Johannen! de Roszheim ex una et 
ex parte altera juxta Johannem Wintertur 
Armigeros Argentinenses stossent hiinden 
an usz, nebent hern Philipps von Muln- 
heim Ritter ein site, und andersite nebent 
hanns Merswin. 

De quibus quidem Curia domibus sta- 
bulis et areis cedunt redditus annui sex li- 
brarum denariorum Argentinensium re- 
vendibiles cum centum et viginti libris 
denariorum Argentinensium vicariis chori 
ecclesie majoris Argentinensis et redditus 
annui quinque florenorum Renensium Re- 
vendibiles cum centum florenis renensibus 
Agathe hapmacherin Relicte quondam 
Berchtoldi Wehtelin in Otfenburg. Ac 
redditus annui duarum librarum dena- 
riorum Argentinensium Revendibiles cum 
quadraginta libris denariorum Argentinen- 
sium Nicolao Kuyebosz caldarifici civi 
Argentinensi. Necnon pensio annua decem 
florenorum renensium Johanni Ymeler civi 
Argentinensi et Dorothée ejus uxori legit- 
time ad vitara ipsorum conjugum amborum 
tantum et non ultra, ut dicitur annuatim. 



Et omne Jus Venditore predicfo compe- 
fens in curia domibus stabulis et areis 
prescriptis modum in quemcunque. Se 
vendidisse et libère resignasse venditor 
supradictus, de consensu et voluntate 
Margarelhe ejus uxoris prenominate pre- 
sentibus publice est confessuspro pretio 
centum et viginti quinque florenorum re- 
nensium bonorum et legalium in auro. ac 
duorum solidorum et sex denariorum 
argentinensium usuaüum. Quos florenos 
seu pecuniam ipse venditor confessus 
fuit se ab Emptoribus supradictis plene 
et integraliter récépissé, sibique nu- 
meratos traditos et solutos fore ac in 
usus suos totaliter convertisse. Consti- 
tuens, se et ejus heredes universos ven- 
ditor prenominatus Warandos et princi- 
pales debitores hujusmodi venditionis in 
modum pretactum fade. Necnon curie 
domorum stabulorum et arearum pretac- 
tarum in modum supradictumvenditarum. 
Et quod eedem curia domus et stabula et 
aree non sint dotales nullique alias ob- 
noxie vendite vel aliqualiter obligate pre- 
terquara superius continetur. Quod ipse 
venditor sic esse asseruit per fidem no- 
mine juramenti ab ipso coram nobis cor- 
poraliter prestitam. 

Erga supradictos Emptores et eorum 
heredes universos. Adversus omnem ho- 
minem ut est juris Transtulit quoque ven- 
ditor supradictus pro se et ejus heredibus 
universis per calami porreclionem ut mû- 
ris est In prefatum frantzonera hagen 
Emptorem coram nobis presentem et suo 
ac predicte Odilie ejus uxoris nomine 
Recipientem omne jus possessionem pro- 
prietatem et dominium vel quasi que sibi in 
curia domibus stabulis et areis prescriptis 
competebant aut competere poterant rao- 
doquovis. Promittens nihilominus vendi- 



— 107 — 



tor ante ilictus pro se et ejus heredibus 
universis hujusraodi venditionem in nio- 
dum pretactuni factam Ratani gratam 
tenere perpetuo atque firniam nec contra 
eam facere vel venire. Dictosque Emptores 
et eorum heredes In curia doniibus sta- 
bulis et areis prescriptis et earum posses- 
sione numquara iuipetere vel Inipedire 
Authoc fieri procurare per se vel per alios 
publice vel occulte quocumque modo in 
judicio vel extra In posterum vel ad pre- 
sens. Renunciavit insuper quoadpreraissa 
venditor sepedictus pro se et ejus heredi- 
bus universis Exceptioni florenorum seu 
peccunie pretactorum non numeratorum 
non traditoruni non solutorum nec recep- 
torum et in usus suos non conversorura 
doli raali actioni infactuni Beneficio resti- 
tutionis in Integrum Et quo deceptis ul- 
tra dimidium justi pretii subvenitur. Om- 
nique juris auxilio canonici et civilis 



consuetudinibus et statutis tani publicis 
quam privatis. Exceptionibus et defensio- 
nibus aliis quibuscunique quibus juvari 
possent ad veniendum et faciendum contra 
premissavelpremissorumaliquodquorum- 
que modo in judicio vel extra ad presens 
vel in futurum. Et signanter prefata Mar- 
garetha Yollzin uxor légitima venditoris 
renunciavit Beneficio Senatusconsulti Vel- 
lejani de hoc per nos certiorata. Fraude 
et dolo penitiis exclusis. Et in premisso- 
rum testimonium Sigillum curie Argenti- 
nensis ad peticioneni partium presentibus 
est appensum. Actum quoad Adam hap- 
macher venditorem ac frantzonem hagen 
Eraptorem supradictos IIII kalendas sep- 
tembris. Actum autem quoad Margaretham 
Voltzin uxorem ipsius Venditoris similiter 
prenominatam II kalendas octobris anno 
domini millesimo quadringentesimo sexa- 
gesimo nono. 



Annexe n» 3. 



(13 juillet 1517. } 



Coram nobis Judice curie Argentinensis 
constitutus validus Philippus Hagen pro 
se et ejus heredibus universis Vendidit et 
libère resignavit valido Frantzoni Hagen 
ejus fratri presenti coram nobis et sibi ac 
suis heredibus ementi duas partes ipsum 
Philippuni Hagen pro Indivise concernen- 
tes In duabus domibus anteriore videlicet 
et posteriore cum earum areis et curia 
Intermedia edificiisque attenentiis compre- 
hensionibus et Jurib'is suis universis sitis 
in civitate Argentinensi iiffRynecke Juxta 
validum Liidovicum de Miilnheim ex una 
et ex parte altera juxta heredes quondam 
providi Andrée Ilapmacher olim magistri 
scabinorum civitatis Argentinensis pro 
propriis etliberis, In quibus quidein do- 
mibus areis et curia residua tertia pars , 
antea ad ipsum frantzonem Hagen Emp- 
torem pro Indiviso spectare dicitur et per- 
tinerfi Et omne Jus Venditori predicto 



competensduabuspartibusdoraorumarea- 
rum et curie prescripte modum in quem- 
cunque se vendidisse et libère resignasse 
Venditor supradictus presentibus publice 
est confessus pro pretio qningentorum et 
triginta triiim florenorum renensium bo- 
norum et legalium in pondère et auro quos 
florenos ipse venditor confessus fuit se 
a dicto Emptore plene et integraliter 
récépissé, sibique niimeratos traditos et 
solutos fore ac in usus suos totalitcr con- 
vertisse. Constituens se et ejus heredes 
universos prefatus venditor warandos et 
principales debitores hujusmodi vcnditio- 
nis In modum pretactuni facte necnon 
duarum partium domorum arearum et cu- 
rie prescriptarum In modum supradictum 
venditarum. Et quod eedein due partes 
prescriptarum domorum arearum et curie 
non sint féodales nullique alias obnoxie vel 
aliqualiter obligate sed quod sint proprie 



108 



et libère Erga Emptoreni predictum et 
ejus lieredes universos Adversus omneni 
honiinem ut est juris. Transtulit quoque 
venditor supradictus pro se et ejus heredi- 
bus universis per calami porrectionem ut 
moris est In prefatuni frantzoneni Matten 
Emptoreni presentem coram nobis et Re- 
cipienteni onine jus possessionem pro- 
prietatem et dominium vel quasi, que sibi 
in prescriptis duabus partibus prescripta- 
rum domorum arearum et curie prenota- 
lis competebant aut competere poteranl 
modoquovis Promittens nibilouiinus ven- 
ditor prenominatus pro se et ejus heredi- 
bus universis hujusmodi vendicionem In 
raodum prelactum factam, Ratam et gra- 
tam perpetuo teuere atque firmam, nec 
contra eam facere dicere vel venire dic- 
turaque Emptoreni et ejus heredes In 
duabus partibus prescriptarum domorum 
arearum et curie et earum possessione 
nunquam Impeterevel Impedire autld fieri 
procurare per se vel alios publice vel oc- 
culte quocumque modo In Judicio vel extra 
In posterum vel ad presens. Ad hec con- 
stitutus coram nobis Judice prediclo Va- 
lidus vir Pbilippus Rœckel curator Otilie 
Ilagin adhuc minoris fliie prefati Philippi 
Ilagen ab ipso Philippe Ilagen et quondam 
Juliana Gryffin priore ejus dum viveret 
uxore légitima utdicitur procreate, eidem 
Otilie Hagin, minori, coram providis et 
prudentibus viris magistro et consulatu 
civitatis Argentinensis In curatorem ut 
dicitur datus , nomine curatorio ipsius 
Otilie Ilagin minoris In vendicionem et 
omnia et singula premissa suos consen- 
sum et voluntatem adhibuit atque adhibel 
publice per présentes. Ilac vulgari condi- 
cione adjecta obgenanter Frantz Ilagen 



der Kouffer oder sine erben obbestimpte 
hotf husen und hoffstet yemerliarnoch über 
kurtz oder lang wollent verkoufTen , wo 
dan benanter Philips Hagen oder sine Er- 
ben allein mansnamen oder manspersonen 
so vil darumb wollen geben als ein ande- 
rer So sollent sie das fiirgcbotte daruff 
haben, vor eim andern. Dargegen soi 
Frantz Hagen oder sine Erben des genan- 
tenn Philips Ilagen Sun Marxen ob der Zu 
zyten zu hohenschule oder zu der 1ère ge- 
schickt sin würde, geben zu einer vere- 
rungfunfftzigguldin In zweyen .laren nach- 
einander yedes Jars zwantzig und fünff 
guldin, alles ungeverlichen. Renunciavit 
insuper quo ad premissa venditor sepe- 
dictus pro se et ejus heredibus universis 
Exceptioni florenorum pretactorum non 
numeratorum non traditorum non soluto- 
rum ac in usus suos non conversorum doli 
niali actioni In factum , bencficio restitu- 
tionis in Integrum, et quo deceptis ultra 
dimidium Justi precii subvenitur. Omnique 
Juris auxilio canonici et civilis consuetu- 
dinibus et statutis tani publicis quam pri- 
vatis Exceptionibus et defensionibusaliis, 
literis quoque privilegiis gratiis et liber- 
tatibus Impetratis et Impetrandis quibus- 
cumque quibus Juvari possint ad venien- 
dum seu faciendum contra premissa vel 
eorum aliquod publice vel occulte quocum- 
que modo In judicio vel extra ad presens 
vel In futurum Et in premissorum testi- 
monium sigillum curie Argentinensis ad 
peticionem dictarum partium presentibus 
est appensum. Actum III Idus Julii, Anno 
domini millesimo Quingentesimo Decimo 
septimo. 
Avec sigillé de l'officialité, en cire rouge. 



109 — 



Annexe n« 4. 

(U avril 1541.) 



Wir hienach benannten mit nanien 
Bernhart von Ileydelberg werckmeister an 
unser Frauwen Münster zu Straszburg 
Bastian von Elmendingen Hanns Spiegel 
Claus von Andelowe und Conradt von 
Schweynfurt , die gesohwornen Werck- 
leute gemelter Statt Straszburg thun kundl 
mit disem Brieff Das vor unns erschynen 
sinndt der Edel Erenveste herr Hyltbrandt 
von Mülnheym alt Slettmeistere eins , so 
dan der fürsichtig wolgeacht herr Diebolt 
arge, als geschworner Vogt Marx Hagen, 
wylant Jungiiers Philips Hagen seligen 
Sune vœgtlicher wysze, anndertheyls, für- 
tragende, Demnach sie beydersits durch 
tegliche Warnemung betrachtet das die 
hohe Mure, so Irer beyder mittele Hœffe 
unnderscheydet ganz und gar buwfellig, 
darzu auch teglichen Innfalle trauwen 
thüe. Inn dem da sie so gar hynueber uff 
gemells herrn stettmeisters eigenlhumb 
hange Und wiewol sie beyde nach Irem 
gutt bedunckhen selbs bedacht wo die- 
selbige hangend scheydmure oben herab 
etwas namhafftigs abgehebt das sie nach 
sollicher Erleuchterung noch ein zeytlang 
wol , one sonders buwen , bliben und 
besten mœchte, uff das dannocht besor- 
gender schade Infallens, auch allerhand 
uncosten buwens halben beydersits fur- 
komen und erspart wurde, habent sie 
dannocht solliches für sich seibs nit für- 
nemen, sonder Unnserer erkandnus und 
entscheyds darüber erwarten wœllen. Ob 
auch die zwen Gebet des vordem und mit- 
telhuses, an welchen beyden Enden sich 
die obgenannt Scheydmure anfahet und 
endet, gemein oder eigen sijent Damit sie 
sich hincfüt'ter buwens halben wyszten 
darnach haben zu berichten. Als wir nun 
uff beyder parthieen gerichtlichs begeren 
uff den Augenscheyn komen, und doselbs 



Ire spennige handlung beydersits eigent- 
lichen besichtiget sie auch unns dieselben 
mit hande und bahnen (wie sitte ist) über- 
gaben Disser gestallt was wir sie bar Inne 
rechtlich wysen würden Das sie darbey 
bliben darwyder nit thun , noch ze thun 
schaffen woUen, sonder dasselbig alles für 
sich alle Ire erben unnd nachkommen stete 
und veste zu halten gelobten und verspra- 
chen ungeverlichen. Habent wir nach ver- 
heerter Clag und Antwort auch besichti- 
gung des Augenscheins, Hingelegter und 
anderer ferrers habenden verzigener kunt- 
schafften und nach aller nothwendigen 
Furtragen zurecht gesprochen. 

Dieweyl die beclagl Mure so beyde des 
Clegers unnd Antworters vordere Hoffe 
Unnderscheydet , nach Anzeigung Irer 
absaetze und augenscheins, erstmalen gar 
vil nyderer wie ein gartenmure geweszen 
Und aber nach derselben zeyt so vil hœ- 
her und Inn mossen sie jetzundt stoeht 
uffgefüret, welchen laste die alt Scheyd- 
mure nit ertragen mœgen. Inn dem das 
sie erstlichen Imefundament zu jetziger 
hohe nit angelegt worden. Dernhalben sie 
jetzmalen tegliche falle trauwen tut. Zu- 
dem auch durch beyde Parthieen weder 
mit brieff noch leuten dargelhon Usz was 
gerechtigkeit und Ursachen, oder durch 
wene dieselbig Mure nach der hande also 
hohe uffgefüret worden sige. Desz halben 
erkandt. Das solliche beclagte Mure , one 
angesehen, das beydersits keyne blynd 
fenster dar Inne stont ein gemeyne 
Scheydmure sige Unnd demnach sie jetz- 
mals schedlichen falle trauwet , uff das 
niemans davon schaden widerfare Disser 
zeyte von oben herab untz uff' den gründe 
Inn gemeynem costen abgehebt , darnach 
so hohe dicke und starck Inen beyden Par- 
thijen gelegen sein will widerumb gemein- 



— 110 — 



lieh uffgebuwen werden solle. Dlewyl auch 
der ßrunnboltz uff des Antworters syten 
obedemselben Brunnen gantz und gar Inn 
der gemeinen Scheydnuiren stoeth Solle 
der beclagt Inn namen seines vogtsuns 
denselben Boltz Ouch genannten Brunnen 
selbs nach uffnrung der neuwen und ge- 
nieynen Muren uff seynem eygenthumb 
dermassen versorgen, das der gemein- 
schafft darvon nit schaden widerfare. Als 
auch bysz hare Inn benannte Muren ann- 
ders nichts gebuwenn und aber Clegere 
oder Antworter künfftigerzey te doselbsbu- 
wen wollten das mögent sie thun Doch nit 
wythers dar Ine oder daruff buwen dann 
so vil dieselbig mure ertragen unnd die 
gemeinschafft, nach besag unserer herren 
Artickel erlyden mag. Des vorderen und 



milteln gebeis halben ist auch erkant 
das dieselben beyde noch anzeigung des 
augenscheins unnd Irer blyndfenster ge- 
meyn sigent unnd jetzundt oder künfftiger 
zeyt so offt dieselben besserens oder bu- 
wens notturftig sein werden, Inn gemeinen 
costen gemacht und erhalten werden sel- 
lent. Alles nach uszwysung Unnser herren 
Ordnung und Artickel. 

Zu urkhundt aller hievorgeschribner 
Dinge habent wir obgenannte geschworne 
werckleute unnsere Innsigel thun henn- 
cken an disen brieff Der Geben warde uff 
sambstag den neunden Aprilis Als man 
zaKe von der geburte Christi Llnnsers lie- 
ben herren dusent funffhunderl viertzigk 
unnd ein Jare. 



Annese n» s. 



( 12 févri 

Wir Claus Jacob Wormbser der Meister 
und der Ilhat des heyligen Reichs, freyen 
Statt Straszburg thun kundt aller maen- 
niglichen hiemit das heut dato vor uns bey 
offenem sitzendem Rath erschinen seind, 
unsere liebe geheymen, unt Rhatsfreund 
frantz Rudolph Ingoldt Treyzehner als 
von uns geordenterVogtPauliSigismundi) 
Mariœ und Annœ Ursulœ weyland unsers 
gewesenen Burgers Sigismund flachen mit 
frawen Maria hochfeldernbedernhunmehre 
seligen und Jacob SchillingEin une Zwent- 
ziger. Als von uns geordenter vogt Johann 
Georgen und Anthonii obermelts Sig- 
mund Flachen mit Frawen Margaretha 
Fettichin in letster Ehe erzeugter Kinder 
und Erben, Und unser Burger Georg Fet- 
tich Jetzgedachter Margarethse der Witt- 
wen cheleyblicher Vatter und von uns 
geordenter Vogt, mehrgcdachts Sigmund 
Flaciien seligen hinderlassener Wittwen 
vertorbenen Sohnlins seligen, für einen 
und ane statt Johann friderichen Ihres 



r 1617. ) 

sibenden Theyl Erbin, Und in gegenwer- 
ligheyt auch unsers Burgers Daniel Ring- 
lers mit Beystand unsers alten Ammeysters 
des fürsichtigen und weysen herrn Chris- 
toff Stœdels frey offenlichen bekant und 
verjœhen haben, Das sie allesampt und 
ohnverscheydenlichen vogtlicher Weysz 
umb jetzermelter Ihrer Vogt und Pflaeg- 
personen besseren Nutzen frommen und 
vorstandts willen, grœssern derselben 
Schaden und Abgang zu verhueten und 
abzuwenden eines Auffrechten redlichen 
bestaendigen Immerv/ehrenden ohnwider- 
rueflichen Kauffs, wieder vermœg der 
Rechten geyst und weltlicher und nach 
geprauch, herkommen und gewohnheit 
diser unserer Statt Straszburg vor allen 
Richtern und Gerichten am krafftigsten 
beschehen soll kau oder mag verkaufft 
und zu kauffen geben haben, obermeltem 
Danielen Ringlern,welcher zugegen, solche 
bekanntnuss angenommen, und für sich, 
seine Erben und nachkommen vhestigli- 



— 111 



chen kaufft halt zwo Behausungen anei- 
nander ein vordere und ein hindere, in 
diser unserer Statt alhie ane dem Staden 
oberhalb Sanct Claus Brücken diser seyts 
der Preuschen, ane dem Rheyneckh ge- 
nant, vornen gegen gemelter Preuschen, 
einseyt neben weyland Bernhardt fride- 
rich von ]\]ühlheym und anderseyt neben 
Friderichen von Mühlenheim seligen Erben 
mit der hindern Behausung auffder Knob- 
lochs Gassen einseyt neben hans heinrich 
Staemmlers seligen Erben und anderseyt 
neben Johan heilers Behausung stossend 
gelegen, mit derselben hoffstsetten ge- 
baüwen begriff weythen zugehœrden Recht 
und gerechtigkeiten, sampt einem Bauch- 
kessel einem umblauffenden Spiss oder 
Brœther, einer angeschraubten Ahnrichtin 
der underen gemeinen taeglichen Whon- 
stuben und allen Fassen so in dem hindern 
Keller under Jetzgedachts Johan hellers 
Behausung zu disemmahl zu befinden, so 
alles frey, ledig und eygen. Und were diser 
kauff zugangen und beschehen für und umb 
Treytausendt Pfund Pfenning, welche Ihnen 
den verka;uffern In namen Ihrer Pflegper- 
sonen aufi" Johannis Baplistœ vonime dem 
Kauffern nachdem und sobald Ihme mehr- 
gedachte seine jetzerkauffte Behausung 
mit aller vor und obgedachter derselben 
zubehœrde, Recht und gerechtigkeit zu- 
vor umhsendig gemacht und eingeraumpt 
würdt ohnfehlbarlichen alsobald und bahr 
erlegt und bezalt werden sollen. — Darauff 
auch sie die verkauffere in namen oftge- 
dachter Iher Vogt Persohnen, Ihne den 
Kauffern alsdann auf beschehene Bezah- 
lung hiemit bester Rechtens quittirt, und 
Ime alles Recht eygenthumb und gerech- 
tigkeyt so Ihrem vogt Persohnen ane vil 
angeregter Jelz verkaufl'ter Behausung und 
derselben Zugehœrden biszanhero gehabt, 
oder noch fürbasz, da diser kauff nit 
beschehen were, gehaben mcegen. würckli- 
chen eingeräumt, Zugesteil und also über- 
geben, das er derselben schun hinführe fur 



sich, seine Erben und nachkommen eygen- 
thumblichen Innhaben, besitzen, nutzen, 
geprauchen, versetzen, verkauffen,verthau- 
schen, und damit wie mit allen andern sei- 
nen eygenthumblichen Guetern, handeln, 
schalten, walten, thun und lassen soll und 
mœge, ohne Verhinderung, Irrung und 
Eintrag Ihr der Verkauffern, Ihrer Vogt 
Persohnen derselben erben und aller msen- 
niglichen und Ihme dem Kœuflern über 
disen Kauff und das dise jetz verkauffte 
Behausungen und derselben Zugehœrde 
nitseyen Widern, Lehen, Morgengab noch 
jemand versetzet, hafft oder verpunden, 
sondern allerdings ohnbeschwerdt frey 
ledig und eygen. Jederzeyt und gegen aller 
mœnniglichen so oft noth sein würdt gute 
aufrechte erbar und redliche Wehrschafft 
zu thun und zu tragen wie Bebt ist. Und 
darauff bederseyts disen verkauff und kauff 
stehet, vhest und ohnverprüchlichen zu 
halten, dartwider nit zu thun, schaffen 
noch gestatten gethan zu werden, weder 
durch sich selbs noch jemand andern von 
Ihrentwegen, weder heymlichnoch öffent- 
lichen in keinen weg bey handgegebenen 
Trewen une rechten eydes statt, gelobt, 
zugesagt, versprochen, und darüber sich 
aller und jeder freyheyten, Genaden Ausz- 
zug und gutthaten der Rechten, Geyst 
und weltlichen, so jetzo seind oder in 
künfftigem von welchem das were erlangt 
auszgepracht oder ausz eygner bewegnus 
gegeben werden. Des Rechten gemeiner 
Verzeyhung ein sondere gange dann ehe 
vor widersprechende, Insonderheyt sie 
die Verkœuffere der einreden und ausz- 
zugs das sie nit fürfvenden oder sagen 
sollen noch wollen (wie sie auch nit 
kœndten) sie weren hierzu beredt mit lis- 
ten und gefashrden hindergangen oder 
Ihnen weren obgemelte Trey Thausend 
Pfundt Kauff. summa nit bahr dargezalt, 
vergolten, noch in Ihren oder Ihrer Pfleg- 
personen nutzen kommen, angelegt oder 
bewendet, oder sie weren umb den halben 



— 112 



wehrt eines rechtmaessigen kauffs erfahret 
und betrogen man sollte sie wider in ge- 
walt und gewher setzen und sonst in 
gemein und sonderheyt aller anderer ein- 
reden auszzüg und behelfs deren sich ei- 
nicher Theyl hierwider und disen kauft' 
zu hindertreyben , gebrauchen wollen , 
kondten oder mœchten , wissend und 
wohlbedifchtlichen, verzigen und begeben, 
getrewlich, redlich ohne alle gefaehrde. 
Baten und begerten darauff, dieweil diser 
kaufif minderige Kinder berüeren thsete, 
wir als die obervœgt, weiten denselben 
mit unserm Richterlich Spruch confirmi- 
ren und bestsetigen. Als nhun Wir Meyster 
und Rhat obgemeldt die Partheyen selbs 
hierüber befragt, verhœrdt und sie dessen 
einander also bekantlich gewesen, die 



vœgt das diser verkauft" Ihren Vogtkindern 
besser gethan dann unterlassen bey Ihren 
vcegllichen pflichten betheürt, behalten 
und nochmalen allerseyts disen kaulf ste- 
het zu halten versprochen. So haben wir 
durch gehapte ordenliche umbfrag disen 
kauff mit unserm richterlichen Spruch ra- 
tificiert confirmiert bestaetiget und erkant 
das es dabey verbleiben und demselben 
vhestiglichen gelebt werden solle. Und 
dessen zu wharemurkhundt haben wir un- 
serer Statt kleiner Secret Insigl thun 
hengken ane disen Brieft" Der geben ist auff 
Mittwoch den zwœlfften Tag Monats 
februarii Als man nach Christi gepurt zah- 
lete Ein thausend sechshundert und siben- 
zehen Jar. 
Avec sigillé en cire rouge, en boîte. 



LES 

BURGMÄNNER DE HAGUENAU 



ET 



LA BURG DES HOHENSTAUFEN 



Messieurs, 

En parcourant les Annales de la cité impériale de Haguenau, on ren- 
contre souvent sur son chemin le nom de Burgmänner, Burgenses. Quels 
sont ces hommes? quelle est leur origine, quelles sont les fonctions dont 
ils étaient investis, quel est enfin le rôle qu'ils jouaient dans la ville qui 
leur donnait asile et qui prenait un si rapide développement au douzième 
siècle? Ces questions offrent un intérêt local considérable, et nous avons 
pensé qu'il y aurait quelque utilité à faire les recherches nécessaires pour 
élucider ce point de l'histoire de notre province, et en particulier des 
villes où l'empereur avait établi ces fonctionnaires. 

Le résultat de nos investigations, nous nous permettons de le soumettre 
à l'appréciation des membres de la Société pour la conservation des mo- 
numents historiques. 

I. 

Les Burgmänner n'étaient pas particuliers à la ville de Haguenau; on 
en trouve dans d'autres villes, dans d'autres châteaux impériaux élevés 
par les princes des maisons de Franconie et de Hohenstaufen , et leur ser- 
vant de résidence temporaire. En Alsace, à Obernai, par exemple', où il 
y avait une Burg impériale, nous rencontrons, comme à Haguenau, à 
Nuremberg et ailleurs , des Burgmänner , revêtus du titre d'officiers de 

1. Voy. Histoire de la ville d' Obernai . de M. l'abbé Gyss. 



— 114 — 

l'empereur, et remplissant des fonctions dans l'ordre civil et judiciaire*. 
Mais il paraît qu'il s'en trouvait surtout dans les castels palatins, choisis 
par les empereurs pour y faire résidence. Ces princes n'avaient point de 
capitale; ils partageaient la faveur de leur résidence entre divers châteaux 
palatins, qu'ils visitaient à tour de rôle , où ils réunissaient les diètes de 
l'empire et d'où ils dataient leurs diplômes. Les Burgmclnner formaient 
alors l'entourage du prince, la garde d'honneur du palais, et ils étaient 
chargés, en l'absence du maître, de pourvoir à la défense de la résidence 
impériale. 

Telle serait donc la définition de ce corps d'élite: c'étaient des officiers 
de l'empereur, fonctionnaires sédentaires dans le palais impérial, jouissant 
de certains privilèges octroyés par les princes et possédant des fiefs cas- 
Irensiens (Burglehen) , qui leur permettaient d'habiter dans les dépen- 
dances de la Bîirg. Ils vivaient des revenus des terres affectées à leur fief 
et jouissaient, à titre de récompense pour leurs services, des immunités 
attachées à leur charge. 

L'origine des Burgmänner de Haguenau remonte à la fondation du 
castel impérial de la ville. Dans la charte-privilège de 1164, qui est la 
base de l'organisation civile et des immunités de la jeune cité, Frédéric P*" 
Barberousse fait deux fois mention des Burgenses comme fonctionnaires 
de Haguenau au heu et place de l'empereur — vice nostrâ ibidem locati^. 
— Il est probable même que déjà son père, le duc Frédéric de Souabe, 
surnommé le Borgne, les y avait établis. Celui-ci avait élevé, dans l'île de 
la Moder, le premier castel ducal, qui devint impérial sous son fils^, et 
s'y était défendu dans la guerre qu'il soutenait contre l'empereur Lothaire, 
compétiteur des Hohen staufen*. On dit de lui qu'en choisissant pour sa 
résidence ordinaire le château de Haguenau, il avait amené une noblesse 
nombreuse, les chefs et les officiers de son armée, qui le suivaient dans 
ses expéditions guerrières et dans les rangs desquels il trouvait les gardes 
du castel, les Burgmänner. 

Leur présence est donc constatée, au moins depuis le milieu du dou- 
zième siècle, à la Burg de Haguenau. Leur chef était le Vogt ou aussi le 

1. A Obernai, ils formaient le tribunal des nobles. Il parait bors de doute qu'il en fut 
ainsi à Haguenau et que la juridiction sur les nobles leur fut laissée après la création du 
tribunal des Arcades ou des Bourgeois. Au moyen âge, c'était un adage général qu'on ne 
pouvait être jugé que par ses pairs. 

2. Voy. au CarliUaire de Haguenau la cliarle de tIG4. 

3. Scbœpflin, Alsatia illuslrata, t. IF. 

4. Manuscrit du presbytère de Haguenau. 



— 115 — 

Burggrave, et ce titre est porté, en 1276, par Louis d'Arnsperg, dans un 
document de litige entre le couvent de Kœnigsbruck et le village de Forst- 
felden*. Dans les chartes émises bientôt après, on trouve, au nombre des 
Burgmänner, les dynastes de Lichtenberg et de Fleckenstein, les nobles de 
Dürckheim, Berstett, Wittersheim, Volz, Niedheimer, Gottesheim et Wangen, 
de l'ordre des chevaliers; plusieurs habitaient dans l'enceinte du château, 
d'autres dans ses dépendances immédiates. Bien plus tard, et tout en se 
réservant le domaine suprême du château, l'empereur en confia la garde 
au magistrat de la ville ^ 

Ils étaient chevaliers-nobles du sixième boucher ou étendard, comme 
on disait, et ce détail confirme leur origine militaire^ Ce fut, à la lettre, 
une charge publique due au mérite qu'on avait acquis sur les champs de 
bataille. Les titulaires devenaient possesseurs de fiefs castrensiens fondés 
par l'empereur en cette intention. Le fief, d'abord personnel, devenait 
bientôt héréditaire, et se perpétuait durant des siècles dans certaines 
familles. Les immunités que les princes attachèrent à la charge étaient 
considérables. 

Leur service, comme gardiens et défenseurs du castel, fut bientôt aug- 
menté. Il fallait aux habitants de la Btirg et de la ville naissante une 
organisation administrative et judiciaire; les titulaires naturels pour ces 
fonctions , l'empereur les trouva dans les rangs des nobles implantés à 
Haguenau et en particuher dans les Burgmänner. L'échevinage n'était pas 
établi encore, et les gardes-nobles du château durent former le premier 
jury du tribunal de la Burg, le Gräthengericht. Le chef de l'administration 
des domaines impériaux et de la ville, l'avoué impérial — advocatus ou 
Vogt, et bientôt Landvogt — présidait également le plus ancien tribunal 
de la ville, celui du perron de la chapelle palatine, ainsi appelé puisqu'il 
siégeait en plein air à l'entrée de la basilique. Son premier président fut 
l'empereur lui-même; quand il faisait sa résidence au château, il n'était 
pas rare de le voir présider les séances et décider des questions d'une 
importance exceptionnelle*. En l'absence du prince, c'était, nous l'avons 
dit, Vavoué ou Vogt, jusqu'au moment, qui ne tarda pas d'arriver, où cette 
charge fut dévolue au Schullheiss — scultctus — entre les mains duquel 

1. Schœpflin, Alsatia illustrala, t. II, article Haguexau : « ludovicus miles de Arens- 
l'perg, Burgravius seren. Rudolphi, roman. Régis.» C'est le seul document où soit nommé 
le Burgraf, encore n'est-il pas très-certain qu'il s'agit du castel de Haguenau. 

2. Schœpflin, ibidem. 

3. Eichhorn, Datsche Staats- und Rechtgeschichte. 

4. Voy. la charte de Rodolphe de Habsbourg, 1275; archives communales. 



— 116 — 

furent réunies les attributions judiciaires '. C'était à l'époque où Hague- 
nau, élevé au rang de ville impériale, reçut une organisation judiciaire à 
part dans l'établissement de douze échevins nobles. 

Les fonctions des Burgmänner étaient donc de nature diverse. Comme 
officiers du prince, la garde du castel leur était confiée ; c'était là un ser- 
vice tout militaire. Gomme conseillers du Fo^/ impérial, ils prenaient part 
aux décisions administratives pour la Burg et la ville naissante. Enfin, 
comme assesseurs du Gräthengericht , ils remplissaient de réelles fonctions 
judiciaires et les gardèrent même après que le tribunal de la Lauhe eût été 
établi comme juridiction propre à la bourgeoisie urbaine. Ces fonctions 
importantes se trouvent en germe dans la charte de 11G4, où Frédéric P'' 
réserve certains privilèges à sa personne et aux Burgenses, Burgmänner, 
ses lieutenants — vice nostrâ ibidem locati '. — Ce terme est significatif; 
ceux qui tenaient la place du prince en son absence étaient investis d'at- 
tributions administratives et judiciaires qui, dans l'origine, n'étaient 
point séparées les unes des autres. 

Ils étaient au nombre de douze. Quand on nomma les échevins, on 
s'arrêta également à ce nombre. Mais les Burgmänner continuèrent à sié- 
ger au Grätliengericht et à former le conseil administratif du Landvogt. 
Ils étaient, avec les échevins, les représentants de la noblesse, entre les 
mains desquels se trouvaient les charges publiques. C'est parmi eux que 
l'empereur choisissait assez fréquemment le Landvogt et VUnterland- 
vogt, l'avoué et le sous-avoué de la province, preuve de la considération 
dont jouissait ce collège noble privilégié et de l'éclat qu'il répandait au- 
tour de lui, durant la première période de l'histoire de Haguenau. 

IL 

Haguenau grandit vite, grâce aux nombreuses immunités qui lui furent 
octroyées, et il fallut établir un corps municipal, celui des échevins, à la 
tête duquel se trouvait le Schultheiss, désigné par l'empereur^ Les éche- 

1. Le premier avoué impérial est nonmié dès I 123, sous Henri V. Le nom de Schultheiss 
paraît pour la première fois dans la charte de 11G4, pas encore en qualité de juge, mais 
comme administrateur des afTaires de tribus. Le Schultheiss, juge, semble marquer la pé- 
riode de l'échevinage, c'est-à-dire le commencement du treizième siècle. 

2. Voy. Archives communales, liasse AA, 1, ladite charte. 

3. Je trouve les échevins mentionnes pour la première fois dans un document de 1215, 
concernant l'abbaye de Neubourg. On y lit les noms de Scultetus et de Minor Scultetus, 
Untcrschultheiss. (Schœpllin, Alsatia diploinatica, t. H, 1215.) 



— 117 — 

vins étaient nobles et se partageaient les fonctions administratives et ju- 
diciaires. Ce n'est que plus tard que la jalousie croissante des bourgeois 
réussit à éliminer le SchuUJieiss ou prévôt de sa charge municipale pro- 
prement dite, en ne lui laissant que celle de juge du tribunal impérial et du 
tribunal criminel. Dès lors, l'administration de la cité devint distincte de 
celle du château , et les Burgmänner perdaient de leur importance. 

Jusque-là les dignités et les charges publiques se trouvaient entre les 
mains de la noblesse, et le régime était pleinement aristocratique. Mais 
les corporations de métiers avaient eu le temps de s'organiser et de gran- 
dir. Les privilèges nombreux accordés par les princes de la famille de 
Hohenslaufen aux bourgeois de la ville avaient attiré un nombre très- 
considérable de colons, désireux de se soustraire à la juridiction de leurs 
seigneurs' et de jouir des avantages attachés à la dignité de bourgeois de 
Haguenau. Ces tribus, fortement constituées, jalouses de leurs droits, se 
voyaient avec peine exclues des fonctions publiques au profit des membres 
de la noblesse. Elles se mirent à creuser le terrain sous les pieds des no- 
bles, dans le but de partager avec eux l'administration urbaine d'abord, 
et de les éliminer ensuite des charges publiques. 

Dès 1255, les bourgeois obtinrent un premier avantage signalé sur la 
noblesse. L'empereur Guillaume de Hollande, par un diplôme daté de 
Wissembourg, les déclara aptes à recevoir toute espèce de fiefs, à l'égal 
des nobles, et à ne reconnaître le Sclmltheiss qu'aulant que ce dernier 
s'obligerait par serment d'observer les privilèges de la citèl Cet avantage 
fut bientôt suivi d'un second. L'empereur Richard, en 1257 et en 1262, 
augmenta ces immunités comme il suit : le Sclmltheiss est obligé d'exé- 
cuter fidèlement les sentences des échevins, et on reconnaît aux bour- 
geois d'une probité reconnue la capacité de siéger comme juges au tribunal 
urbain, à l'égal des officiers de l'empereur et des chevaliers, c'est-à-dire 
•des Burgmänner et des échevins nobles^ Voilà donc les bourgeois devenus 
les égaux des échevins. C'était un grand pas de fait de la part du tiers-état, 
et par la porte du Grälhengericht, du tribunal de la Burg, la bourgeoisie 
opéra son entrée dans le corps municipal et judiciaire. 

1. Néanmoins,,la Charte de 1164 garantissait formellement aux seigneurs respectifs 
leurs droits sur ces colons. Quicunque paitper aut clives, peregrinns vel incola, qui 
eamdem civitatem inhabitai'e decreverit , domino cid pertinet respondeat de persona 
proprio et de rebus suisfixis. (Voy. le document.) 

2. Cartulaire de Haguenau, année 1255. Schœpflin, Alsaiia diplomatica, t. I. 

3. Cartulaire de Haguenau. Le diplôme de 1257 est daté de Wissembourg, celui de 
1262 de Haguenau. 



— 118 — 

Depuis ce moment, l'autorité des Burgmänner nobles était en baisse. 
Quarante ans après, la victoire des bourgeois était complète. Ils s'étaient 
affranchis de la juridiction civile du Schullheiss, dévolue depuis aux Stett- 
meister élus dans leur sein; ils faisaient entrer dans le corps municipal 
vingt-quatre membres choisis dans les tribus de métiers, et ce nombre 
était plus que suffisant pour contre-balancer l'aclion des douze échevins 
nobles. On établit, en 1311 , le tribunal des Arcades % Laub eng ericlit, sé- 
paré complètement de celui de la Burg, et chargé du contentieux de la 
bourgeoisie. Le Gräthengericht végéta plus qu'il ne fonctionnait pendant un 
certain temps encore, en qualité de tribunal des nobles ou de cour d'appel, 
et finit par cesserl En 1332, Louis de Bavière définit les attributions du 
Laubengericht et organisa la nomination régulière des vingt-quatre conseil- 
lers plébéiens pris dans les corporations. La prépondérance des bourgeois 
était entière, l'aristocratie vaincue. On continuait, il est vrai, à reconnaître 
aux Burgmänner leur juridiction castrale; on laissait aux douze échevins 
nobles leur siège au nouveau palais de justice, sous les Arcades, et on 
désignait parmi eux les Stettmeister. Mais les tribus bourgeoises avaient 
voix prépondérante, et néanmoins elles ne se contentaient pas des grands 
avantages remportés sur les nobles, leurs rivaux. De nouvelles démarches 
furent tentées auprès des princes; en 1391, parut un mandat de l'empe- 
reur Wenceslas^ selon lequel les échevins nobles chargés de rendre 
justice étant souvent incapables ou trop jeunes, le Landvogt de l'Alsace, 
l'abbé Rodolphe de Murbach, fut chargé de faire élire des échevins parmi 
les bourgeois, quand il ne s'en trouverait pas de capables dans les rangs 
des nobles. Pareil certificat d'incapacité n'était pas de nature à donner du 
relief à l'aristocratie, et la bourgeoisie ne se fit pas faute de profiter de 
l'autorisation pour envahir l'échevinage et s'emparer des sièges judiciaires 
occupés par la noblesse*. 

Il en résulta que le corps municipal, choisi dans les rangs plébéiens, 

1. Annales j'ralrum minorum Hagenoviœ. 

2. Il n'est pas facile de fixer le moment où s'opéra cette séparation devenue nécessaire. 
Il est également difficile d'indiquer l'année de la nomination des premiers échevins nobles, 
distincts des Burymcinner. Le Urillhengeridd continuait de fonctionner pour les affai- 
res de la cité, et son jury, qui dans l'origine se composait des seuls BurgTuänner^ semble 
avoir admis, au moins pour les questions urbaines, le concours des douze échevins no- 
bles, et finalement celu des notables de la ville, selon les termes du diplôme de Richard, 
de 1262. Mais la nécessité o])ligea de séparer les juridictions, et la création du Lauben- 
gericht ou tribunal civil fut décrétée d'urgence. 

3. Carhdaire de Haguenau; Archives communales, AA, liasse 235. 

4. Archives communales de Haguenau, AA, liasse 235. 



— 119 — 

finit par concentrer en lui tous les pouvoirs, sans équilibre aucun. Les 
échevins nobles, aussi bien que les Burgmcïnncr, avaient perdu le prestige 
de leur influence ancienne. La noblesse quitta en partie la ville et se re- 
tira dans ses manoirs, outrée de la façon dégagée avec laquelle elle avait 
été évincée de ses positions séculaires. Elle saisit tous les moyens de sus- 
citer à la fière bourgeoisie des querelles, et bien des guerres entre les 
seigneurs et les villes libres ont eu leur origine dans la dépossession vio- 
lente de la noblesse, qui primitivement avait été introduite par les princes 
dans les cités, pour rempbr les charges publiques. 

Cette victoire de l'élément démocratique sur l'aristocratie fut-elle un 
bien ou un mal? En tout état de cause, on ne peut la prendre pour un 
bien absolu, puisqu'elle lésait des droits légitimement acquis et en pri- 
vait un corps respectable, contrairement aux principes de la justice. Elle 
ne fut pas bonne à un autre point de vue. S'il était équitable d'appeler la 
bourgeoisie à participer aux fonctions publiques et de partager avec elle 
les soins de l'administration, il était tout aussi important d'établir une 
sage pondération entre la noblesse et le tiers-état. On n'eut pas égard à 
ce principe élémentaire de politique administrative, et il faut dire que les 
empereurs prêtèrent la main aux envahissements peu mesurés des tribus 
urbaines. L'équihbre fut rompu au profit de la démocratie bourgeoise, 
qui produisit bientôt dans son sein une aristocratie nouvelle, plus difficile 
à manier peut-être que l'ancienne noblesse. En admettant que, dans sa 
forme primordiale, le corps municipal était trop exclusivement aristocratique, 
et devait, dans la république haguenauienne, appeler une réaction, il est 
bon de ne pas oublier que la bourgeoisie, en prenant sa revanche, ne sut 
pas observer les lois de l'équité et tomba dans un autre extrême. La sta- 
bilité de l'ordre pubhc eût été la résultante d'un sage équilibre entre les 
deux états, l'aristocratie et la démocratie. Mais ce principe, que les princes 
ne voulurent pas suivre, puisqu'ils trouvaient dans la bourgeoisie un appoint 
contre l'action trop puissante des seigneurs, n'eut pas d'écho dans les masses, 
de leur nature envahissantes et despotiques, et dès lors le pouvoir se con- 
centra aux mains des bourgeois devenus les plus forts. De là résultaient 
les conflits incessants, les tiraillements et les guerres presque interminables 
entre les deux états, guerres peu sanglantes, mais qui paralysaient l'essor 
de la prospérité publique, fort respectable, malgré ces éléments de troubles. 

Ces réflexions s'appliquent à l'histoire de Haguenau, et en particulier 
à la situation respective de la noblesse, représentée par les Burgmänner 
et les échevins nobles d'une part, et de l'autre à la démocratie, qui avait 
son levier dans la forte organisation des tribus ouvrières. 



— 120 — 

La déchéance du corps respectable des Burgmânner fut entière. Quand, 
au commencement du quatorzième siècle (1332), les bourgeois furent 
régulièrement admis au conseil de la ville, l'empereur Louis de Bavière 
venait d'enjoindre, en 1331, aux Burgmânner de s'accommoder en tout au 
magistrat de la ville. On avait pris l'habitude de les molester dans leurs 
privilèges, parmi lesquels on comptait l'exemption des péages et certains 
droits usagers dans la forêt. Ils réclamèrent contre cette spoliation. Les 
nobles de Wickersheim, Crantz de Geispolsheim, de Weitersheim, de 
Gottesheim, de Dürckheim, de Kœnigsbach, Niedheimer de Wasenbourg 
et Streitt d'Immendingen, ensemble huit Burgmânner \ élevèrent des ré- 
clamations, qui, paraît-il, ne furent pas beaucoup écoutées. Des contes- 
tations surgirent entre €ux et le magistrat. Le Burgmann Eckbrecht de 
Dürckheim intenta une action à la ville au sujet des exemptions attachées 
à son fief castraP. C'était au quinzième siècle. Au seizième, Henri de Fle- 
ckenstein et le comte de Hanau-Lichtenberg réclamèrent aussi la jouissance 
d'anciens privilèges attachés à leur titre de Burgmânner^. Semblable dif- 
férend eut encore lieu au dix-septième siècle, entre le sénat et le Burg- 
mann Philippe de Gottesheim*. Ce furent les dernières manifestations 
d'une institution qui, depuis longtemps, avait perdu son prestige et qui 
ne constatait son existence que par la réclamation de quelques droits an- 
ciens, sauvés du naufrage des évolutions politiques. Sous le régime français, 
le marquis de Ruzé, Landvogt d'Alsace, se fit une dernière fois l'avocat 
des droits de juridiction attachés à la dignité de châtelain de la Burg de 
Haguenau^ 

Ainsi, la noblesse d'Alsace, que les empereurs avaient implantée à 
Haguenau et investie de hautes fonctions administratives et judiciaires, fut 
dépossédée de ses dignités et privilèges, et si elle continuait à vivre, elle 
n'exerça plus d'action influente sur la chose publique. Cette institution 
féodale des Burgmânner de Haguenau, qui avait si fièrement marqué aux 
origines de la ville impériale et rendu des services qu'il serait injuste de 
méconnaître, succomba sous la puissance réunie des princes jaloux de son 
influence et de la bourgeoisie désireuse de s'administrer elle-même. 



1. Archives communales, BB, liasse 182. 

2. Ibidem, liasse 184. 

3. Ibidem, liasse 183. 

4. Ibidem. 

5. Ibidem, BB, liasse 183. 



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121 



ÏII. 



Après les Burgmänner , c'est la Burg elle-même, le célèbre castel des 
Hohenstaufen, à Haguenau, qui réclame pour quelques instants la bien- 
veillante attention de l'assemblée. Les Burgmänner , chargés de la garde 
du château, demeuraient dans son enceinte ou dans ses dépendances im- 
médiates , comme des poussins que la mère couvre de ses ailes. Les 
demeures de ces nobles gardiens sont en partie connues et peuvent être 
déterminées avec assez de précision*. 

La Burg elle-même les abritait de sa masse imposante. Nous avons fait 
de consciencieuses recherches sur les formes et le plan de ce curieux 
monument, qui fut le réel berceau de la cité de Haguenau et l'un des der- 
niers modèles de cette architecture palatine, célèbre depuis Charlemagne, 
et assez peu étudiée encore. Détruits au dix-septième siècle par la mine 
et l'incendie jusque dans leurs fondements, le palais impérial et la belle 
basilique qui en ornait le centre semblaient perdus pour l'histoire du 
pays, et aucun dessin authentique n'en constatait les formes réelles. Nous 
basant sur l'empreinte de l'ancien sigillé de la ville, sur la topographie 
des lieux qui indiquait l'emplacement de trois tours sur quatre, et surtout 
sur la description de nos anciens historiens^ nous essayâmes, il y a deux 
ans, de déterminer la physionomie générale et les formes probables du 
castel. Les détails où nous entrions semblaient intéresser notre Société, 
et aujourd'hui nous avons hâte d'annoncer que la question, quia du prix à 
nos yeux, vient de faire un grand pas vers sa solution définitive. Nous 
pensons que le moment est venu d'arrêter avec une entière assurance le 
plan et de préciser la structure du palais impérial. 

Nous avons l'honneur de soumettre à nos doctes collègues trois dessins, 
tous dus au crayon habile et heureux de M. Ch. Winkler, architecte à 
Haguenau. Le premier présente une vue à vol d'oiseau de Haguenau avant 
sa destruction, en 1678; il donne aussi exactement que possible la sil- 
houette des principaux édifices religieux et civils. Le second est le plan 
général de l'ancien castel avec ses appartenances, comparé au plan du 
collège des Jésuites, élevé en 1728 sur une portion de son emplacement. 
Le troisième est une vue authentique du castel lui-même. Une bonne 

1 . M. Nessel, archiviste, fait de louables efforts pour élucider cette question topograpliique. 

2. Schœpfliu , Alsatia illuslrata, t. I; Mérian, Topographia; Annales fralnnn mino- 
rum Hagenoviœ. 

Ile SÉRIE. — T. vu. — (M.) 9 



— 122 — 

fortune, un accident providentiel, permit à un amateur de Haguenau, 
M. Nessel, archiviste de la ville, de faire l'acquisition de ce dessin si 
précieux pour l'histoire de l'art de notre province. Au commencement du 
dix-septième siècle, en 1614, quand la ville de Haguenau était encore 
dans toute sa richesse monumentale du moyen âge, un artiste monta à 
la tour de Saint-Georges, y prit pour objectif le castel impérial avec son 
entourage et en crayonna les formes avec inteHigence et fidélilé '. C'est ce 
dessin, en copie agrandie, et sauvé comme par miracle, que nous avons le 
bonheur de communiquer à la Société. Il nous permet de couper court à 
la plupart des difficultés que soulève la question et à nous assurer si nos 
affirmations d'il y a deux ans étaient fondées. 

Ce dessin nous met à même de dire le dernier mot, à peu près, sur 
l'étendue et les formes architectoniques du château, et son authenticité 
manifeste le fera désormais admettre parmi les spécimens les plus curieux 
de l'architecture palatine du moyen âge. 

Par l'étude comparée de ce dessin et des conclusions émises dans notre 
premier mémoire^ nous arrivons aux points suivants, désormais hors de 
conteste. 

1^ Les dessins insérés au Bulletin de la Société, en 1868, sur les don- 
nées documentaires et topographiques alors connues, sont en général 
exacts; il n'y a presque rien à changer à la physionomie de l'ensemble du 
château et de la basilique romane. La Burg, représentée sur les anciens 
sceaux de la ville, est rendue aussi bien que le permet la nature d'un 
sigillé. On avait émis des doutes sur la véracité de cette empreinte sigil- 
laire; ce doute, aujourd'hui, n'a plus sa raison d'être. 

^° La basilique palatine, qui occupait le centre de l'édifice, est égale- 
ment bien rendue sur notre premier dessin. Comme nous l'avons présumé, 
elle était de forme octogonale et avait, outre le rez-de-chaussée, deux 
étages, selon la remarque expresse des historiens locaux ^ La triple en- 

1. Le dessin porte dans un cartouche les mots suivants : Genauer Abrizz vtin 
Üohenstauffer Burgschloss zu Eagenau , wie soliches vun Sankt-Georgskirchthurm zu 
schalten ist. 

2. Voy. le Bulletin de la Société, 18G8. 

3. Nous donnons ici la courte description de Jérôme de Guebwiller, citée par Schœpflin: 
Quo décore Fridericus JEnobarbahageiioviensemquoque arcem, tuncjoris oppidum, nunc 
vero in medio ejus sitam, affecerit, paucis absoloamus. Hune enim Romani regni fasci- 
bus adornatum, mox ad regit sacelli prœfatœ arcis extruc tionem proper asse inveni- 
mus; quod vivo marmore a fundamento erectum, et tribus capellis sibi invicem uno 
tecto subjeclis, ac coctili lapide cameratis, distinctum, intra paucos annos magnißco 
sumptu prius cioitali perfici curavit. In superiori ejusdem regiœ œdis saceUulo , clau- 



— 123 — 

ceinte superposée était formée par une double rangée circulaire de co- 
lonnes, s'élevant sur les huit piliers du rez-de-chaussée, et produisant 
deux pourtours supérieurs ornés d'autels, de reliques, etc. C'était la copie 
exacte des chapelles palatines, dont l'usage avait été introduit en Alle- 
magne, surtout depuis le grand monarque du huitième siècle, qui, lui- 
même, les avait copiées sur les basiliques rondes ou polygonales d'Itahe. 
Ciiarlemagne leur avait donné partout la même ordonnance, la plus natu- 
relle du reste, un rez-de-chaussée avec pihers et deux étages avec co- 
lonnes. La chapelle de Haguenau avait, au dire des historiens, la même 
ordonnance et nous l'avons décrite dans notre premier mémoire. 

3° L'entrée principale du castel était à l'ouest, non pas au nord comme 
celle du collège des Jésuites qui l'a remplacé. Le corps central du palais 
était à l'est; la chapelle palatine était régulièrement orientée. Cette orien- 
tation n'était qu'une hypothèse il y a deux ans; aujourd'hui, d'après le 
dessin si heureusement retrouvé, c'est une certitude. Nous avions, pour 
adopter l'hypothèse de cette orientation, deux raisons principales. La pre- 
mière était tirée de la basilique elle-même. Au douzième siècle, on ne se 
serait pas départi du principe liturgique de l'orientation sans de très- 
graves motifs. A moins de connaître ces motifs, il fallait supposer que les 
règles avaient été observées et admettre que la basilique, qui formait le 
centre des trois ailes en fer à cheval, était tournée vers l'est. Le second 
motif ressortait de la topographie des heux. L'entrée du castel devait 
regarder la route principale venant d'Allemagne. Or, cette voie se trouvait 
dans la direction de la porte des chevaliers élevée plus tard, et où pas- 
saient les princes quand ils venaient résider à Haguenau. L'hypothèse s'est 
trouvée fondée; on s'en assure en comparant notre dessin de 1868 avec 
le dessin n° 3. 

4^ Ce dernier dessin met donc fin aux difficultés de tout genre dont 
cette question est hérissée; il a une valeur historique et artistique incon- 
testable. II détermine l'emplacement exact du castel et de sa basilique, 
ses formes générales, ses dimensions, et désormais le doute n'infirmera 
en rien les conclusions déjà posées. Nous possédons l'image exacte de la 
Durg des Hohenslaufen et de ses dépendances. Ces dernières comprenaient 
l'hôtel du Landvogt, marqué sur la planche; diverses maisons occupées 

suris et structura contra fures et conflagrationes tutissimo, regalia îasigniu, coronain 
scilicet, gladium etc. deposuit , haud parum iiominis , venerationis et ulilitatis arci, 
templo ac demum hagenoviensi civitati ea re pariens, frequenti hominum cœtu hoc 
augustiiis sacelhim devotionis gratia cum oblutionibus adeunte, etc. 

(Épitre de Jérôme de Guebwiller au sénat de Haguenau.) 



- 124 



par les Burgmänner , avec cours, jardins et appartenances, le tout limité 
par les deux bras de la Moder, qui formaient, dès le douzième siècle, 
l'île devenue illustre par le séjour des puissants monarques, depuis 
Henri V jusqu'à Charles-Quint, et qui n'a pas sensiblement changé. 



IV. 

Tels sont, en toute simplicité, les résultats de nos études sur la 
Durg des Hohenstaufen de Haguenau. Nous n'espérions pas de pouvoir 
les formuler aussi promptement, ni d'une manière définitive, quand l'heu- 
reuse trouvaille du dessin de 1614 vint fixer toutes les incertitudes. Le 
château, renversé en 1678 et détruit jusqu'aux fondements par le mar- 
teau démolisseur, avait disparu du sol sans laisser d'autres traces que les 
fondements de trois tours. Les descriptions des chroniqueurs, trop rudi- 
menlaires pour y asseoir le plan et les proportions du monument, don- 
naient néanmoins des indications précieuses qui guidaient nos recherches. 
Les fondements de trois tours sur quatre permettaient de fixer la qua- 
trième, et par elle on réussissait à tracer les limites du castel et à asseoir 
son plan. Sur ces données, nous hasardâmes de composer notre dessin et 
nos hypothèses, qui heureusement se trouvent justifiées par le dessin de 
1614^ 

Si le dernier mot n'est pas encore dit sur le castel impérial et notam- 
ment sur les détails intérieurs du château et de la basilique, la contro- 
verse est finie sur les proportions du monument et ses formes architec- 
loniques générales. Nous l'avons dit, c'est un des derniers et des plus 
curieux exemples de l'architecture palatine, mise en usage par le chef de 
la race carlovingienne, le grand monarque, qui, tour à tour ou plutôt en 
même temps, fut conquérant, législateur et artiste. 

Charlemagne alla prendre en Itahe ses modèles pour les chapelles qu'il 
élevait dans ses résidences d'Aix-la-Chapelle, de Nimègue, d'Ingelheim, etc. 

1. Il est curieux de comparer la Burg de Haguenau avec une autre de la même époque 
et élevée par le môme prince : nous voulons parler du château de Gelnliausen, près de 
Francfort-sur-le-Mcin. Elles otTrent des analogies de structure et de topographie très- 
remarquables. Mais la chapelle, au centre de l'édilice, était oblonguc. L'établissement des 
Burrjmanner était le même que celui de Haguenau. Les princes de la maison de Hohen- 
staufen y venaient assez souvent et plusieurs cours plénières y furent tenues. 

(\oy. IIuNDESHAGEN, Kaùer Friedrich Barbarossas Palast in der Burg zu Gelnhausen. 
Mainz, 1819.) 



LA BÜRG DES HOHENSTAUFEN. 



État des lieux, d'après im ancien dessin datant de 16 14. 




Plan de l'étal actuel. 




in III un 



19 <a O 10 £0 30 «" so mètres 

Echelle de 0m,00025 par mètre (1 '4000). 



— 126 — 

Il s'arrêta à la forme des basiliques rondes, si nombreuses au delà 
des Alpes, et qu'il sut artistement enclaver dans le principal corps de 
bâtiment de ses palais. Les basiliques de la péninsule, de forme oblongue, 
furent surtout réservées pour les églises paroissiales et conventuelles. Les 
basiliques rondes sont toujours à un rez-de-chaussée et deux étages 
supérieurs; dans ces derniers se tenaient le prince et la maison impériale, 
et l'on y conservait les reliques précieuses et les joyaux du Saint-Empire. 
Ce genre de structure basilicale fut continué sous les successeurs du grand 
prince, et nous voyons que les Hohenstaufen en firent usage dans le castel 
de Haguenau , qui devint fréquemment leur résidence prolongée. La cha- 
pelle palatine de la Durg était une copie exacte de ses devancières; les 
descriptions des chroniqueurs en font foi. Quant à ses détails architecto- 
niques, nous savons seulement que le rnarbre y entrait en quantité; la 
forme était octogonale et les chapiteaux de colonnes qui portaient les 
galeries supérieures devaient être couverts de rincenux romans. 

Il nous sera permis de donner un nom à cette architecture des palais 
princiers, depuis le septième jusqu'au douzième siècle, et de l'appeler 
'palatine. L'appellation nous semble exacte et méritée, d'autant plus, qu'à 
peu d'exceptions près, elle était propre aux résidences des princes du 
Saint-Empire. 

Haguenau eut donc la chance de posséder un des derniers spécimens de 
l'architecture palatine et en même temps un curieux échantillon de l'ar- 
chitecture civile et militaire du douzième siècle. Nous avons eu le regret 
de faire son oraison funèbre, il y a deux ans; qu'on nous permette aujour- 
d'hui d'affirmer qu'il est ressuscité pour l'histoire de l'art. Il fallait ar- 
racher au linceul qui le recouvrait une pierre après l'autre et refaire 
l'ensemble de ses belles formes de structure. Nous présentons avec con- 
fiance ce résultat à nos doctes collègues, les priant de soumettre à leur 
critique éclairée nos assertions et de décider de la valeur de nos conclu- 
sions. Je les crois légitimes et fondées et me permets de dire , en termi- 
nant, que l'ancienne Bury de Haguenau est sortie de la région vaporeuse 
des légendes pour rentrer dans le domaine de l'histoire. Quoique n'exis- 
tant plus que sur le papier, sa figure magistrale a reconquis son honorable 
place dans les manuels d'histoire de l'art et marquera parmi les monu- 
ments de notre province les plus intéressants à étudier. 

V. GUERBER, 
Curé de Ilaguenuu. 



MÉDAILLES GAULOISES 

TROUVÉES A STRASBOURG 



J'ai l'honneur de présenter à la Société pour la conservation des mo- 
numents historiques d'Alsace quelques monnaies gauloises trouvées à 
Strasbourg et faisant partie de ma collection. Les quatre premières, en 
argent , sont des variétés bien connues du groupe Calète ou plutôt Éduen, 
dont voici les principaux caractères: Tête de Pallas casquée, plus ou 
moins bien imitée des deniers romains de la famille Tadia; au revers, un 
cheval trottant ou galopant à gauche, avec les lettres grecques KM, KAA 
ou KYA au-dessus; parfois un symbole en forme de Y couché devant le 
cheval, et sous lui un A, accompagné d'un arc bandé, d'une rondelle, 
d'un s ou d'un croissant lunaire. 

La cinquième médaille, également en argent, est, je crois, 
inédite. Malheureusement elle est bien fruste et peut donner 
lieu à quelque erreur de détermination. Elle présente plu- 
sieurs attributs symbohques, dont la réunion se trouve fré- 
quemment sur les monnaies de la Gaule et particulièrement 
de la Belgique : un grand vase, dont on ne voit, dans l'état ac- 
tuel de la médaille, que le col, l'anse gauche et la partie supé- 
rieure gauche, avec le signe S, placé au bas de l'évidement 
Tormé par l'anse, et une rondelle renfermant un point, le tout dans un 
grènetis. Au revers (légèrement concave), un cheval galopant à gauche 
et posé sur deux lignes parallèles; derrière lui, une ligne perpendiculaire, 
qui formait peut-être avec la double hgne du bas et deux autres proba- 
blement effacées, placées devant le cheval et au-dessus de lui, un carré 
qui le renfermait. Grènetis au pourtour. 

Ce qui excite parlicuhèrement la curiosité, à la vue de cette médaille, 
c'est la manière dont est placé le signe S- On n'ignore pas que ce signe 
se retrouve sur presque toutes les monnaies gauloises, où il est le sym- 
bole de la course du soleil. Dans les monnaies armoricaines surtout, on 




~ 128 — 

le voit, tantôt disposé parmi les enroulements de la chevelure d'Apollon- 
Bélénus, tantôt couché et servant de sourcil au dieu; plus souvent il figure 
parmi les emblèmes du revers. L'emploi de ce symbole comme ornement 
de l'anse d'un vase n'eût pas manqué d'atlirer l'attention des numisma- 
tistes, qui auraient décrit, s'ils l'avaient connue, la médaille que j'ai l'hon- 
neur de présenter. 

D'après l'avis de M. A. Fillioux, conservateur du musée de Guéret, 
auquel j'ai communiqué l'empreinte de cette monnaie, elle doit se rap- 
porter en efTet au groupe gallo-belge de Duchalais, Lambert et Hermant. 
M. Fillioux y retrouve plusieurs caractères propres à ces médailles: 4" le 
style du cheval, posé sur une espèce d'exergue; 2° le grènetis spécial à 
ce groupe; 3° la nature des symboles de l'avers. Il est à regretter que 
nous n'ayons pas un meilleur exemplaire. Celui-ci a traîné pendant plu- 
sieurs années dans la sébille d'une marchande de bric-à-brac, pêle-mêle 
avec de gros sous et de la menue ferraille, ce qui est certainement cause, 
en grande partie, de sa mauvaise conservation. Toutefois, on ne reconnaît 
pas là les types tectosages, auxquels on aurait pu penser tout d'abord. 

Les deux dernières monnaies, découvertes récemment rue 
des Charpentiers, sont en bronze et coulées. Par leur fabrique 
comme par les types grossiers qu'elles représentent, on peut 
les attribuer avec certitude à la première période de l'art 
gaulois. L'une, qui est du module 3 Va, offre une tête barbare 
tournée à gauche et d'un très-grand relief. Cette tête est nue, 
le front est très-déprimé ou plutôt il n'y a pas de front; d'oreille 
et de cheveux nulle trace; le cou est fort mince; le revers, éga- 
lement en saillie, représente un cheval accroupi à gauche, les jambes rephées 
sous lui; celles de devant sont courtes, celles de derrière démesurément 
longues. La queue, relevée et contournée, forme une S au-dessus du cheval. 
Cette pièce, dont toutes les variétés sont d'ailleurs assez communes, doit 
nous présenter un intérêt particulier, En effet, plusieurs numismatistesonf 
attribué ces médailles aux Santons. Je ne crois pas qu'on puisse les donner 
à ce petit peuple, alors qu'on les trouve en grandes quantités sur toutes 
les parties du territoire français. A mon avis, cette médaille serait une de 
ces monnaies muettes que les druides, par esprit religieux, ont dû oppo- 
ser à celles des chefs militaires, qui, principalement pendant les dernières 
guerres, avaient acquis un pouvoir très-grand, pouvoir que jadis l'ordre" 
sacerdotal possédait seul. Si mes conjectures sont fondées, elles dévoile- 
raient l'existence d'une monnaie hiératique et vraiment nationale, ayant 
cours en même temps que les imitations grecques, et plus tard romaines, 




— 129 — 

émises par les rois et portant leurs noms ou celui de la nation, contrai- 
rement aux prescriptions religieuses. On pourrait rapporter à la série 
druidique tous ces types barbares sur lesquels on ne reconnaît aucune 
influence étrangère. Telle est aussi l'interprétation que je crois devoir 
donner à la monnaie suivante, qui est inédite et qui, dans le cas où mon 
attribution ne serait point admise, sera peut-être donnée aux anciens 
peuples de l'Alsace, par le fait de sa découverte à Strasbourg. 

Cette monnaie, du module 5, est mince et plate. 

Un côté, assez indistinct, présente une enseigne militaire 
gauloise: c'est un sanglier d'une exécution tout à fait bar- l-fr"*'^ 
bare, tourné à droite et posé sur un cippe ; au-dessus de ^%f^^j 
lui, une boucle, terminée par un ruban formant le signe 
S. Le sanglier était l'emblème des Gaulois, et particuliè- 
rement des Séquanais, dont une fraction peuplait l'Alsace 
supérieure. Sur le revers, bien mieux conservé, on voil(. ,^ 
un personnage hideux, courant à droite, tenant de la main 
droite un disque, de la gauche, un objet impossible à dé- 
terminer, arc ou massue, et tournant la tête en arrière. Cette tête semble 
terminée par un long bec d'oiseau. Nous ignorons le sens de cette al- 
légorie. Il existe des médailles du même genre, représentant un per- 
sonnage semblable, à cheval et galopant à droite. Ces monnaies, qui 
sont très-rares et que je ne connais que par la gravure, paraissent avoir 
des affinités très-grandes avec celle qui nous occupe, et qui était encore 
inconnue. 

Une autre monnaie gauloise, aussi trouvée à Strasbourg, ne peut être 
ni décrite, ni dessinée. Par son aspect, elle se rapproche beaucoup de 
celle qui vient d'être étudiée, mais elle est tellement rongée, qu'il est 
impossible d'en reconnaître le type. Détail curieux à noter, une petite 
pierre est fortement soudée dans le vert-de-gris qui couvre entièrement 
la médaille. 



Eugène Chaix. 




NOTICE 
SUR LES TOURS PRIMITIVES 

DANS 

L'ANCIEN ÉVÊCHÉ DE BALE 



En étudiant les plans, les profils, et l'histoire des châteaux de l'ancien 
évêché de Baie et des contrées limitrophes, nous avons remarqué deux 
espèces de tours, dont l'origine est ordinairement romaine et qui ont 
ensuite constitué l'édifice primitif des châteaux du moyen âge. Les unes 
sont à plan quadrangulaire et les autres à plan circulaire. Les tours à forme 
polygonale irréguhère sont postérieures, et leur dernière construction 
arrive tout au plus tard au douzième siècle. Nous ne faisons point men- 
tion des autres formes généralement plus récentes. 

Les tours carrées sont pour la plupart d'origine romaine, ou leur em- 
placement a été choisi par les Romains. Le plus grand nombre n'offre plus 
que des fondations, et sur 12 on n'en trouve que 4 qui aient été réoccu- 
pées au moyen âge. Elles sont en général situées sur des points culmi- 
nants, sur des positions militaires, avec ou sans camp voisin. Plusieurs 
laissent encore apercevoir la petite esplanade fortifiée qui les entourait et 
que Végèce appelle interturrium (V. 25) ; puis les fossés et le vallum exté- 
rieur. La plupart ont un de leurs côtés bordé par un précipice. Les plans 
et les coupes ci-joints donneront une idée précise de ce genre d'édifices. 

Les tours rondes, le plus souvent de très-petites dimensions , sont bâties 
dans des sites analogues à ceux qui ont motivé la position des tours car- 
rées. Mais toutes ont ensuite servi de noyau à des châteaux du moyen âge 
qui ont commencé par cette tour unique. Quelques-unes, comme à Rei- 
chenstein , au Nouveau-Falkenstein et ailleurs , existaient avant qu'on ne 
bâtît en ces heux des tours ou châteaux de forme polygonale, avant le 
douzième siècle. Ces tours rondes offrent des murs d'environ 2 mètres 
d'épaisseur, en sorte qu'il ne reste guère qu'un vide de 2 à 3 mètres tout 
au plus. Toutes avaient leurs portes de à 8 mètres au-dessus du sol et 



- 131 — 

l'on n'y arrivait qu'avec une échelle. Une seule des tours carrées est en- 
core debout et permet de reconnaître que sa porte était pareillement 
élevée de 7'",05. Quelquefois l'interturrium n'exislait que du côté de la 
porte, afin d'offrir un moyen de défense et une place suffisante pour poser 
le pied de l'échelle. Un léger pont de bois jeté sur le fossé pouvait être 
facilement relire ou détruit, au moment du danger. 



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Plans el coupes des tours primilives des plus anciens chdleaux dans l'évcclté de Baie- 

A , grandes tours carrées. B , petites tours rouiles. 1 , tours ; 2 , iuterturriiim ; 3 , fossés ; 4, vallum ; 

5 , portes. 

Toutes ces tours si étroites et, en général, à peine éclairées, ont cepen- 
dant été habitées avant la bâtisse des édifices plus spacieux qu'on y a 
adossés plus ou moins tardivement. Quelques-unes offrent des restes de 
cheminée. Plusieurs avaient une voûte sur le rez-de-chaussée, mais d'au- 



- 132 — 

très seulement des empoutrages, et il est probable qu'elles étaient cou- 
ronnées par des plates-formes comme celle de la Tour-Réfouse {Refuglum) 
à Porrentruy, comme celle de Milandre, où l'on allumait encore des 
signaux au dix-septième siècle. 

Quelques-unes de ces tours carrées ou rondes sont restées isolées, 
comme à l'époque de leur construction primitive. Mais d'autres ont servi 
de noyau à des édifices d'âges divers qu'on y a adossés plus tard. L'étude 
des murailles ne permet pas de se tromper. I.cs murs de ces petites tours 
sont toujours d'une construction différenle et chaque localité présente des 
variations dues aux matériaux qu'on avait sous la main et qu'on puisait en 
creusant les fossés dans le roc. Quelques-unes rappellent le mode de 
bâtisse des Romains dans les derniers temps de leur occupation de la 
contrée. 

Nous ne donnons dans le tableau ci-contre qu'une partie des tours que 
nous avons étudiées, mais il y en a assez pour éveiller l'attention et en- 
gager à les étudier également ailleurs; car nous n'avons pas la certitude 
de leur âge précis. Elles occupent bien des positions romaines, mais on a 
pu les réédifier plus tard isolément, comme tout l'indique, et bien avant 
la bâtisse des châteaux dont elles sont alors devenues parfois le donjon, 
mais pas toujours, tant s'en faut. 

Lors même que les n°M à 4 et 8 à 12 des tours carrées de notre ta- 
bleau seraient des positions romaines non réoccupées au moyen âge, 
leur analogie avec les autres monuments de cette classe et avec les tours 
rondes est trop frappante pour ne pas y reconnaître une origine commune, 
que confirment le site et les antiquités du voisinage. 

On peut, d'ailleurs, consulter pour des faits analogues ce que dit M. de 
Golbéry au sujet de la petite tour ronde d'Éguisheim, à côté des grandes 
tours carrées du onzième siècle; le Bullelln de la Société pour la conser- 
vation des monuments historiques d'Alsace, 18G8, page 79, pour la tour 
de Kaisersberg , le château de Martigny, en Valais, et beaucoup d'autres 
en Suisse et en Alsace; notre notice sur le château et la Tour-Réfouse à 
Porrentruy, dans les Mémoires de la Société jurassienne d'émulation, en 
1866; nos publications sur les monuments de l'ancien évéché de Râle, 
Mont-Terrible, planches II, IX, XI; Topographie, planches I et II. — Dans 
notre Histoire manuscrite des châteaux de l'ancien évêcJié de Baie , nous 
avons décrit chacune des tours mentionnées au tableau ci-joint , avec les 
plans et autres détails que nous ne pouvons donner ici que sommairement. 

QUIQUEREZ. 



133 



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TABLE DES MATIÈEES DU TOME VII. 



PAGES. 



LesHadstalt de Soultzbach, par M. Sabourin de Nanton 1 

Les Tombes de Saint-Pierre-le-\ieux, à Strasbourg, par M. Sabourin de Nanton. . 8 

Rapport sur les ouvrages donnés à la Société , par M. L. Spach 13 

Les Dynastes de Geroldseck-ès-Vosges , par M. E. Lehr 22 

Les Thermes de Badenweiler, par M. L. Spach 65 

Essai sur un manuscrit du quinzième siècle découvert dans la Bibliothèque de la 

ville de Strasbourg, par M. Auguste Lippmann 73 

Les Abbés de Seltz, par M. Ristelhuber 77 

La Vallée supérieure du Rhin, excursion archéologique, par M. V. Guerber .... 80 

Le Château de Bernstein, par M. L. Spach 89 

Une maison à Strasbourg, par M. L. Spach 96 

Les Burgmänner de Haguenau et la Burg des Hohenstaufen , par M. V. Guerber. . 143 

Médailles gauloises trouvées à Strasbourg, par M. Eugène Chaix 127 

Notice sur les tours primitives dans l'ancien évêché de Bâle, par M. Quiquerez . . 130 



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