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Full text of "Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace"

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THE J. PAUL GETTY MUSEUM LIBRARY 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ POUR LA CONSERVATIOX 



DES 



MONUMENTS HISTORIQUES 
D ALSACE 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ POUR LA CONSERVATION 



DES 



MONUMENTS HISTORIQUES 

D'ALSACE 



IP SÉRIE. — NEUVIÈME VOLUME 

(1874-1875) 



PREMIÈRE PARTIE. — PROCÈS-VERBAUX 



STRASBOURG 
IMPRIMERIE DE R. SCHULTZ ET C'^ 

Successeurs de Berger-Leveault 
1876 



THEJ PAUtGETTYCENT«!f» 
' LIBRARY 



r r 



SOCIETE 

POUR LA 

CONSERVATION DES MONUMENTS HISTORIQUES 
D'ALSACE. 

Séance du Comité du 49 juillet 4871. 



Présents: MM. Spach, Guerber, Matuszinski, Merck, de Schauenburg, 
Straub et Rod. Reuss, secrétaire en fonctions. 

La séance est ouverte à 2 heures, au local des Archives. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté après l'é- 
change de quelques observations y relatives. 

M. le président donne lecture d'une lettre de M. Ch. Bœrsch, qui donne 
sa démission de membre du comité. 

Il communique ensuite les comptes de M. Dock, sculpteur, sur les j, ^"^''bm'r 
statuettes fournies par lui pour la custode de Walbourg. Ces comptes ont du scüCeur. 
été vérifiés par M. Matuszinski. Après une courte délibération sur le total 
véritable de la somme votée jadis pour subvenir à cette dépense, le Go- 
mité approuve le déboursement de 1,000 francs réclamés par M. Dock. 

M. Spach donne lecture d'une correspondance échangée avec M. Ignace rp,^°yî,\^j°"8'7o 
Ghaufifour, au nom du Sous-Gomité de Colmar, et relative au reliquat dû 
par le Haut-Rhin pour l'exercice 1870. A cette occasion, il constate que 
l'arrondissement de Schlestadt est également en retard pour le versement 
de ses souscriptions. 

Les débris des antiquités appartenant à la Société et déposés au Antiquités 

111 1 jp ,jj Société; 

Temple-Neuf ont été transportés dans la cour de l'Académie. M. le pré- leur transport 

, r ju Temple-Neuf 

sident en avise le Gomité, en annonçant qu'il a réclamé un inventaire 
des objets déposés. 
M. Heinemann, de Mannheim, offre de vendre à la Société des antiqui- 

T. IX. — (P.-V) [ 



à l'Aoadéniie. 



— 2 — 

tés celtiques et romaines. Le Comité charge son président de répondre 
par un refus. 

La Société historique de Ratisbonne demande des renseignements sur 
les architectes de la cathédrale. Cette lettre sera communiquée à M. Klotz, 
qui en tiendra compte selon ses convenances. 
Dûcuments relatifs ]\i^ Rod. Rcuss communioue au Comité une série de documents copiés 

à riiistoiio * 

Je la révolution g^^ Archivcs dc la ville de Strasbouro- et relatifs à l'histoire de la Révo- 

en Alsace '^ 

'""TrcÜs' Intion en Alsace. Il donne lecture de quelques-unes des lettres adressées 



par 



de Berne 

de Zuricl 

en 15S9 et 1590. 



par MM. Schwendt et de Türckheim, députés aux États généraux, à leurs 
commettants de Strasbourg. Une notice, résumant cette correspondance, 
sera insérée au Bulletin. 
Lecture }\^ Spach douïie lecture d'un mémoire historique sur l'emprunt con- 

de M. Spach '^ 

^»Tunempvani {j^acté à Strasbourg par les républiques de Berne et de Zurich, en 1589 
paHe^'rTpuMiques 6^ 1590, à l'occasiou dc la guerre entre Genève et la Savoie, et sur les 
etdezur"cb, négociatious qui ont accompagné cette opération fmancière. L'insertion 
au Bulletin de ce mémoire est votée. 

Les ouvrages suivants, envoyés à la Société, sont inscrils dans le ca- 
talogue : 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie. Tome X, p. 385- 
464. 

Notes et Documents des Archives de la ville de Colmar, 1871, n°^ 1-19. 
Verhandlungen des historischen Vereines von Oberpfalz und Regens- 
burg-Stadt am Hof. 1871. (1 vol.) 

Verhandlungen der gelehrten Estnischen Gesellschaft zu Dorpat. 1870. 
6. Band. 1. und 2. Heft. 
La séance est levée vers 4 heures. 



Séance du Comité du 18 octobre 1874. 



Aux Archives-départementales. La séance est ouverte à 2 heures. 

Présents: MM. Spach, président, Lehr, Straub et Rod. Reuss. M. Sa- 
bourin de Nanton assiste à la séance. 

M. le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la séance du 
19 juillet 1871, qui est adopté. 

MM. de Schauenburg et Ignace Chauffour s'excusent par lellre de ne 
pouvoir assister. 



— 3 — 



M. le président dépose sur le bureau les publications suivantes 
Zeitschrift der Gesellschaft für Beförderung der Geschiclits-, Alterthums- 
und Volkskunde von Freiburg , dem Breisgau und den angränzenden 
Landschaften, 1. Band (3 Hefte) 2. Band (1. und 2. Heft). 1867-1871. 
Freiburg- im Breisgau. 

Messager des sciences historiques ou Archives des arts et de la biblio- 
graphie de Belgique. 1871. 2® livraison. 

Der Geschiclits freund. Mittheilungen des historischen Vereins der fünf 
Orte Lucern, Uri , Schwyz, Unterwaiden und Zug. 25. und 26. Band. 
1870 et 1871. 

L'Année géographique, par Vivier de Saint-Martin. 1869. (1 vol.) 

Bulletin de la Commission des antiquités départementcdes du Pas-de- 
Calais. Tome ni, n° 2. 1 broch. 

Recherches sur le village détruit de Neustadt près de Dabo, par Dago- 
bert Fischer. Nancy. 1871. 

Das ehemalige Amt Wasslenheim, von Dagobert Fischer. Strasbourg. 
1871. 

Hochfelden nach geschichtlichen Quellen, von Dagobert Fischer. Za- 
bern. 1870. 

Notice historique sur le château de Haut-Barr, près Saverne, par Da- 
gobert Fischer. Saverne. 1871. 

Die bischößich-strassburgische Regierung in Zobern, von Dagobert 
Fischer. Zabern. 1871. 

Smithsonian Report. 1869.1 vol. in-8°. 

II donne ensuite lecture d'une lettre de M. Mathieu de Faviers, qui donne 
sa démission comme membre de la Commission, pour cause de départ. 

M. le président du Sous-Comité du Ilaut-Rhin annonce que M. le pré- 
fet du Haut-Rhin lui a fait parvenir la somme de 500 francs à titre de 
subvention annuelle pour 1870 et que le Sous-Comité a cru devoir ac- 
cepter cet argent. 

M. le président fait connaître au Comité qu'il a fait verser entre les 
mains de M. Klotz, trésorier, une somme de 2,000 francs, l'arriéré y 
compris. 

Sur la proposition de M. Spach, sont admis comme membres de la So- 
ciété MM. Barack, bibliothécaire en chef, Euting, bibliothécaire de l'Uni- 
versité, et L. Lœning, fonctionnaire à la préfecture du Bas-Rhin. 

M. Reuss communique au Comité le manuscrit d'une chronique iné- 
dite strasbourgeoise, attribuée à J. J. Meyer, et formant suite à celle de 
Kœnigshoven. L'original a péri dans l'incendie de nos bibliothèques, le 



Ouvrages déposés 
sur le bureau. 



Démission 

d'un membre 

du comité. 

Subvention 

du Haut-Rhin 

pour 1S70. 



Admission 
de membres. 



Cbronique 

de Meyer, 

oommuniqnée 

par M. Reuss; 

on décide 
l'impression. 



24 août 1870, mais une copie de la fin du seizième siècle en existe dans 
la collection Heitz, et c'est sur ce manuscrit qu'est prise la copie présentée 
au Comité. Ce dernier décide que la chronique en question sera publiée 
par M. Reuss, dans le prochain volume du Bulletin. 
La séance est levée à 4 heures. 



Séance du Comité du 6 avril i872. 

Présidence de M. SPACH. 



Aux Archives, 2 heures de l'après-midi. 

Présents : MM. Lehr, Levrault, Reuss et Straub, secrétaire en fonctions. 
MM. Barack, Euting et Lœning, membres de la Société, assistent à la séance. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. le prési- 
dent dépose sur le bureau les ouvrages suivants : 
Ouvrages Actes de Ici Société jxirassienne d'émulation, réunie à Porrentruy, le 

remis à la Société. 

6 octobre 1868, et à Saignelégier, le 30 septembre 1869. 2 vol. in-8^ 
Table de 1849-1869. 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie. Tome X, p. 345-464. 

Notes et documents tirés des Archives de la ville de Colmar, if^ 20-23. 

Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Colmar. 1870. 1 vol. 

Mémoires de la Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, 
des lettres et des arts. 1869-1870. 1 vol. 

Mémoires de l'Académie du Gard. Novembre 1868 — Août 1869. 1 vol. 

Mémoires de la Société académique d'archéologie, sciences et arts du 
département de l'Oise. Tome VIL 

Messager des sciences historiques de Belgique. 1870. 2^ liv. 1871. 
3« et 4« liv. 

Archiv für Frankfurts Geschichte und Kirnst. 1. 2. 4. Band. 1860- 
1869. 

Beiträge zur Geschichte des nassauischen Alterthumsvereins von Wies- 
baden. 1871. 1 vol. 

Verhandlungen des Vereins für Kunst und Alterthum in Ulm und 
Oherschiuahen. Ulm. 1869. 

Jahresbericht des Vereins für Erdkunde zu Dresden. 1870. 2 volumes. 

Jahrbücher des Vereins von Alterthumsfreunden im Rheinlande. 
1870, 1871.2 volumes. 



Château 
de 



— 5 — 

Zeilschrift der Gesellschaß für die Geschichte der Herzogihilmer 
Schlesiuig, Holstein und Lauenburg. 1872. Register. 2 volumes. 

Verhandlungen der gelehrten Estnischen Gesellschaft zu Dorpat. 1870. 
"1871. 2 volumes. 

Sitzungsbericht zu Dorpat. 1870. 1 Band. 

Vorgeschichtliche Steindenkmäler in Schleswig-Holstein, 1872. 1 bro- 
chure. 

Smithsonian Report. 1868, 1869. 2 volumes. 

The Gilden Mummy-Case in thc Museum of the Smithsonian Institu- 
tion. 1869. 2 brochures. 

Il communique ensuite au Comité un rapport de M. Ringeisen sur les 
travaux de déblai au château de Hoh-Kœnigsbourg, où quelques amateurs "''"'^rarton"'"^' 
de Lièpvre ont fait faire des restaurations. lur"deÄaux 

M. Spach a écrit une lettre à M. le préfet du Bas-Rhin à propos de Rosu^atTon; 

j./V' . • • 1 . , proposition 

ditïerentes propositions pour la restauration de monuments historiques. »"ä"j'^''i«i'«s'ise 

. 'de Saint-Jean 

11 a appelé son attention sur létat délabré de l'église de Saint-Jean des , „1^"°"^- 

° 1,000 fr. consacrés 

Choux. M. le préfet a mis à la disposition du Comité une somme de ^'dEpeÇ"' 
1,000 francs, qui sera employée à restaurer la chapelle d'Epfig. 
Il est donné lecture d'une notice de M. Dagobert Fischer, sur un cou- Notice lue 

1 1 O 1 1 T^ , par M. D. Fischer 

vent de baverne et sur deux sceaux de la Régence de la Basse-Alsace. ^"' "" *=°"^'^°' 

f^ • •'^ Saverne. 

dette notice sera reproduite par extrait dans le Bulletin, et on y joindra 

un fac-similé du principal des deux sceaux. M. Spach commence ensuite 

la lecture d'un mémoire écrit d'après des correspondances diplomatiques 

inédites conservées aux Archives de Strasbourg, intitulé : Négociations de surtnégSons 

Strasbourg avec Berne et Zurich, au styet de la reddition d'un amas de "^"^avec""^ 

céréales (1687-1688). Cette lecture sera continuée dans la prochaine ^arsuÄdw 

, reddition de hié 

séance. en lesr-iess. 

M. l'abbé Straub donne lecture d'une notice sur la famille Schott, tirée Notice sur 
des manuscrits de Luck. Le Comité vote l'insertion de ce débris des ma- luepar'M.Sb. 
nuscrits de la bibliothèque de la ville de Strasbourg. 

M. le professeur Lœning demande la parole pour exposer le projet statistique 
d'une statistique générale archéologique de l'Alsace-Lorraine, qui est de- '"''projet.'""' 
mandée par M. le président supérieur de la province. Un échange d'idées 
a lieu à ce sujet, et les membres du Comité sont d'avis qu'une commis- 
sion spéciale devra être désignée pour entreprendre ce travail, aussi long 
et difficile qu'intéressant. 

M. le président annonce encore que M. Klotz, trésorier, a déposé les Dépôt des fonds 
fonds de la Société à la Banque d'Alsace-Lorraine, après quoi la séance ''"''' ^''""^" 
est levée à 4 heures. 



Lecture 



— — 
Séauce du Comité dû 30 mai 1872. 

Président : M. SPACH. 



Adaiisâiuu 
de membres. 



Cliapcllo d'Epfig ; 

])rojet 
de restauration. 



Demande 
de dissolation 
de la Société. 



Présents : MM. Guerber, Klotz, Riiigeisen, Straub et Reiiss. 

La séance est ouverte à 2 heures. M. Straub donne lecture du procès- 
verbal de la séance précédente, qui est adopté. 

M. le président donne lecture de demandes d'admission de MM. les 
docteurs Brunner, Springer, Krauss et Weizsäcker, professeurs à l'Uni- 
versité. La majorité du Comité se prononce pour leur admission. 

M. Ringeisen entretient le Comité de la chapelle d'Epfig; il en donne 
les coupes et s'étend sur les réparations à faire à cet édifice. Ses propo- 
sitions sont adoptées. 

M. le président invite M. l'abbé Straub, secrétaire, à donner lecture 
d'une lettre collective de plusieurs membres de la Société, domiciliés à 
Mulhouse et environs, demandant au Comité de convoquer l'assemblée 
générale des sociétaires, afin de procéder à la dissolution de la Société 
et de transmettre à la bibliothèque et au musée de Strasbourg, récem- 
ment créés, pour remplacer ceux détruits par le bombardement du 
24 août 1870, les collections scientifiques et artistiques de l'association. 
Une demande analogue est parvenue au Comité, émanant de MM. Gérard, 
président du Sous-Comité du Haut-Rhin, et autres collègues de Colmar. 
M. Straub, après avoir lu ces deux pièces, donne également lecture de la 
réponse dilatoire de M. le président, adressée aux réclamants. Une longue 
et très-vive discussion s'engage sur l'ensemble de ces pièces et la situa- 
tion générale de la Société. 

La demande d'une assemblée générale, chaudement appuyée d'une part, 
est aussi énergiquement combattue d'autre part comme inopportune. 
M. le président, M. Guerber et M. Straub, pour des raisons diverses, se 
prononcent en faveur du statu quo intérimaire, de crainte surtout de 
complications ou de désagréments politiques. M. Ringeisen approuve en 
théorie la convocation d'une assemblée des sociétaires, dès longtemps 
négligée, malgré la teneur expresse des statuts; mais vu les circonstances, 
il penche à ne pas insister pour une convocation immédiate de rassem- 
blée. M. Keuss regrette les fins de non-recevoir opposées aux demandes 
légitimes des membres de la Société; il déclare ne plus reconnaître ni 
à lui, ni à aucun de ses collègues, dont les pouvoirs sont expirés, une 
autorité légale quelconque; en présence de la non-convocation des socié- 



— 7 - 

taires, depuis prés do deux ans, et il proteste formellement contre la 
prolongation de cette situation anormale. Après plus de deux heures 
passées en discussions sur ce sujet, la majorité approuve la réponse 
donnée par M. le président aux sociétaires de Colmar et de Mulhouse, et 
décide, par quatre voix contre une, que provisoirement il serait sursis à 
toute réunion générale. 
La séance est levée après 4 heures. 



Séance générale tenue à l'Hôtel de ville de Strasbourg, le 6 mars 1873. 

Président : M. SPACH. 



Ont siégé au bureau: M. d'Ernsthausen, président de la Basse-Alsace, 
présenté au commencement de la séance comme président d'honneur, 
conformément à l'article 3 des statuts, M. le baron de Schauenburg, 
vice-président, MM. Eissen, Guerber, Klotz, trésorier, et Straub, faisant 
fonctions de secrétaire. Environ 50 membres, parmi lesquels 7 ou 8 mem- 
bres du Haut-Rhin et un membre de la Lorraine, assistent à la séance, 
qui est ouverte à 2 heures et quart. 

M. le président Spach, d'une voix émue mais remarquablement ferme d>scouis 

l i- ■' ■* de M. Spach, 

après les souffrances qu'il a endurées dans les dernières semaines, pro- ptésideut. 
nonce le discours suivant : 

«Vous me permettrez. Messieurs, de récapituler rapidement l'histoire 
de notre association; en rappelant les différentes phases de notre exis- 
tence, nous verrons peut-être un peu plus clair dans notre situation actuelle. 

«Fondée le 5 décembre 1855 par M. Migneret, préfet du Bas-Rhin, sous 
le nom de Société pour la conservation des monuments historiques d'Al- 
sace, avec le concours d'une centaine de souscripteurs, en majeure partie 
fonctionnaires ou membres de l'Académie de Strasbourg, la mission de 
la Société semblait, dans le principe, devoir se borner à des restaurations 
partielles d'édifices anciens ayant un caractère monumental; mais dès 
qu'une commission, nommée à cet effet, se mit à élaborer un règlement, 
on étendit le plan primitif, en y faisant entrer en première ligne l'étude 
de nos documents historiques et la rédaction scientifique. L'archéologie 
et l'histoire de la province d'Alsace, depuis les temps les plus reculés 
jusqu'à nos jours, devaient fournir les éléments principaux de nos travaux. 

«Cette ligne de conduite étant tracée, un comité d'administration de 



vingt membres étant élu, nous nous mîmes à l'œuvre. Les premiers nu- 
méros d'un Bulletin virent le jour; le cercle de nos souscripteurs s'éten- 
dit rapidement; nous trouvâmes des adhérents dans le Haut-Rhin; les 
assemblées générales qui, dans l'origine, ne se tenaient qu'une fois par 
an à Strasbourg, alternèrent semestriellement avec des réunions pareilles 
à Colmar; de cent vingt membres qui avaient formé en 1855 le noyau 
de la Société, le chiffre des souscripteurs monta, vers 1860, à près de 
cinq cents; des adhésions nous vinrent de l'intérieur de la France; sur 
un simple vœu, formulé par le Comité,' le gouvernement déclara que 
notre Société était un établissement d'utilité publique (1863). Le congrès 
archéologique tenu à Strasbourg en août 1859 avait été fraternellement 
accueilli par notre Comité et les plus actifs de nos membres; une ère de 
prospérité indéfinie semblait commencer, lorsque des décès irréparables, 
le départ, la retraite d'autres collaborateurs creusèrent des vides qui ne 
furent pas entièrement comblés. A l'extérieur toutefois cette lente dé- 
croissance dans nos travaux ne fut pas sensible. Nous avions même eu la 
pensée de publier des chroniques alsaciennes; mais les souscripteurs ont 
fait défaut et nous ont prouvé une fois de plus qu'en Alsace l'attache d'un 
Conseil général n'est pas de surérogation en de pareilles entreprises. 

«Toutefois le chiffre de nos membres était resté à peu près au même 
niveau, lorsque le déplacement de M. Migneret, appelé au Conseil d'Etat, 
priva nos réunions d'un bienveillant et actif encouragement. 

«Son successeur ne prit point le même intérêt à l'œuvre fondée; on sait 
que dans les dernières années qui précédèrent la guerre, la moitié de la 
subvention départementale nous fut retirée. De plus en plus le cercle des 
collaborateurs actifs s'était rétréci; à peine si dans les derniers temps 
quatre ou cinq travailleurs sérieux contribuaient à la rédaction du Bulle- 
tin. A Colmar les assemblées générales, vous le savez, ne réunissaient 
plus qu'un nombre restreint de membres. Rien toutefois n'était absolu- 
ment compromis ; des recrues plus jeunes devaient nous promettre un 
concours actif: nos finances continuaient à être en bon état; lorsque les 
mois d'août et de septembre 1870 apportèrent, je ne dirai point un temps 
d'arrêt ou des entraves, mais une stagnation complète, un bouleverse- 
ment dans nos travaux pacifiques, qui réclament, pour être poursuivis 
avec succès, le calme des esprits et la confiance dans le lendemain. Il ne 
pouvait être question de pubher des mémoires historicjues, lorsque le- 
canon tonnait encore sur la frontière méridionale de l'Alsace, et que le 
sort futur de notre province natale n'était pas réglé. 

«Après la conclusion du traité de paix, le premier soin du président 



— 9 — 

fut de convoquer les membres restants du Comité, et pour pourvoir aux 
besoins les plus urgents de la situation. Notre trésorier venait d'accepter 
une position honorable à Lausanne, il fallait pourvoir à son remplace- 
ment, songer à faire rentrer les cotisations arriérées de 1870 et convenir 
d'un mode de procédés ultérieurs. On fut d'accord de ne point percevoir 
une cotisation en 1871, mais de nous réunir de temps à autre en petit 
comité, soit pour entendre des lectures, soit pour aviser aux affaires 
urgentes. Dans une réunion d'automne (1871), il fut encore admis en 
principe, que l'on ne refuserait point l'admission de membres savants venus 
de l'autre côté du Rhin, et pouvant nous apporter éventuellement un 
concours actif et utile. Nous n'avions aucune raison pour ne pas exercer, 
sur le terrain neutre de la science, une hospitahté qui devait tourner à 
l'avantage de notre future existence. Nous avons basé sur cette manière 
de voir l'admission de sept membres, qui nous avaient adressé des de- 
mandes formelles à cet effet. 

« Vous me demanderez. Messieurs, pourquoi le bureau n'a pas pris im- 
médiatement des mesures pour la convocation d'une assemblée géné- 
rale?... Dans la situation, telle que les événements politiques nous l'ont 
faite, il n'était guère possible d'y aviser. D'ailleurs dans le bouleverse- 
ment et le trouble de toutes les existences, à la veille des options, com- 
ment reconstruire avec quelque exactitude la liste des anciens sous- 
cripteurs ? 

«Sur ces entrefaites et dans la perplexité où nous nous trouvions, sur- 
vinrent au printemps de 1872 deux lettres, l'une de Colmar, avec neuf 
signatures, une autre de Mulhouse, avec dix-sept signatures, dont quatre 
n'avaient plus le droit d'y figurer; l'une et l'autre réclamant en termes 
analogues, presque identiques, l'abandonnement immédiat de nos fonds 
et de notre collection (musée et bibliothèque) à la ville de Strasbourg, 
ce qui impliquait en même temps la dissolution de la Société. Nos statuts 
malheureusement n'ont point prévu cette éventualité. C'est à tort, c'est 
une lacune; mais qui aurait osé prévoir un semblable embarras il y a 
dix-sept ans? Le Comité, convoqué à la fin de mai, fut (je parle de la 
majorité) péniblement impressionné par cette réclamation des souscrip- 
teurs du Haut-Rhin qui ne tenaient pas le moindre compte des difficultés 
de la position, et qui tranchaient dans le vif d'une question non prévue 
par les statuts. C'est dans ce sens que fut rédigée la réponse adressée aux 
réclamants. 

Il y eut quelque temps de relâche. Dans le dernier trimestre de 1872, 
nous dûmes sérieusement songer à la convocation de notre assemblée, 



— 10 — 

en adoptant un mode qui nous semblait o})vier à toute difficulté, puisqu'il 
servait à constater le domicile et la volonté des riiembrcs souscripteurs 
de continuer à faire partie de la Société. Une livraison du Bulletin était 
prête, elle complétait celle de juillet 1871. Sur le revers nous inscri- 
vîmes Vaviso, qui souleva de la part de quelques membres influents de 
Colmar une réclamation instantanée. Ils se regardaient comme sociétaires 
de droit, quoique non payants, jusqu'à ce qu'une assemblée générale en 
eût décidé. Cette protestation, quoique très-contestable, ne nous trouva 
point systématiquement opposés au mode d'une convocation non condi- 
tionnelle, malgré les difficultés d'exécution; mais ce qui nous affligea 
beaucoup, c'est un article anonyme inséré dans Vlndustriel mulhousien, 
un article qui travestit tous les faits, conteste, à la face du pays, qui avait 
été depuis seize ans témoin de nos travaux, les succès obtenus par la 
Société en France et en Allemagne, le caractère loyal, solennel de nos 
assemblées générales et qui déverse l'injure sur le Comité. Nous dédai- 
gnâmes d'y répondre ; il n'en fut point de même d'un alinéa du Coicrrier 
du Bas-Rhin; ici le correspondant se place sur un terrain plus réel, il 
conteste la légalité de nos actes, en vue du non-renouvellement de notre 
mandat depuis deux ans. J'ai cru devoir répliquer. J'ai rappelé les cir- 
constances majeures qui nous en ont empêchés et que tout esprit non 
prévenu reconnaîtra comme nous. Si nous n'avions rien fait au moment 
où les rênes de l'administration flottaient au hasard, si nous avions 
négligé de faire rentrer les extances considérables, rentrée qui ne put 
s'opérer qu'à la fm de l'exercice 1871, on nous aurait sans doute attaqués 
dans la direction opposée. 

«J'ai reçu tout récemment, de la part de l'un des membres du Comité, 
une déclaration portant «qu'il comptait renouveler devant l'assemblée 
générale non-seulement les demandes du Haut-Rhin au sujet de la remise 
de nos fonds, de notre musée et de notre petite bibliothèque; il veut la 
libération de toute attache gouvernementale; de plus la transformation 
de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace en 
société purement historique. 11 manifestait le désir que l'ordre du jour 
(alors déjà arrêté) admît sous la formule de «questions diverses» la pos- 
sibihté de discuter les points relatés. J'ai répondu que rien ne me sem- 
blait s'opposer à cette discussion éventuelle, quoique l'ordre du jour n'en 
fît point mention expresse. Dans presque toutes nos assemblées générales 
des questions incidentes, souvent majeures, se sont présentées et ont 
été débattues instantanément. Nous sommes précisément réunis aujour- 
d'hui pour nous éclairer pacifiquement sur la situation. Il importe que 



— 11 — 

cela se fasse avec calme, avec dignité, dans le seul intérêt de la science. 
Nous n'avons rien voulu préjuger, seulement j'ai du rappeler à notre 
confrère que pour apporter un changement aussi radical dans une so- 
ciété déclarée d'utilité publique par décret impérial, l'agrément du gou- 
vernement serait indispensable en dernière instance. 

«Vous pourrez tout à l'heure, après avoir entendu M. le trésorier, 
fixer vous-mêmes l'ordre dans lequel vous voulez entamer ces graves 
questions. Dans les séances générales précédentes, le renouvellement 
partiel du Comité se faisait à la fin de la séance. Vous y procéderez im- 
médiatement, si vous le désirez ainsi et d'après le mode que vous voudrez. 

«D'autres de mes confrères auront des propositions à vous faire au 
sujet de l'emploi ultérieur de nos fonds. Je leur laisse l'honneur et le 
privilège de le faire. Quant à moi, je craindrai presque de rappeler que 
dix-sept années de gestion et de correspondance suivie, années labo- 
rieuses où, sur environ 220 séances du Comité, je n'ai manqué que quatre 
fois, m'ont donné quelque droit au repos, en même temps que mon âge 
me le commande. Quelques-uns d'entre vous, en feuilletant les douze 
volumes de notre Bulletin, y trouveront des traces de mon passage et de 
ma collaboration assidue. J'ai besoin de calme pour remplir les devoirs 
de ma position officielle. Je dépose mon mandat présidentiel, comme je 
l'ai annoncé, en remerciant avec effusion ceux de mes confrères des deux 
Comités qui m'ont encouragé dans mes travaux et empêché, pendant ces 
dernières années de crise, de faiblir dans l'accorapHssement d'un devoir 
librement accepté, au miheu d'une situation difficile, complexe. Dans les 
temps de crise pareils au nôtre, le rôle de conciliateur est le. plus ingrat 
de tous, j'en ai fait la douloureuse épreuve. J'ai l'honneur de vous prier de 
vouloir bien procéder à la nomination de mon successeur. Depuis cinq 
ans surtout je n'ai cessé, à chaque renouvellement, d'insister auprès des 
assemblées générales, pour que l'on prît ce parti; j'ai sans doute été flatté 
de la confiance que l'on me témoignait en confirmant mes pouvoirs. 
Mais cette fois l'heure de la retraite a définitivement sonné. Je prie M. le 
baron de Schaucnburg de prendre place dans ce fauteuil. » 

Après ces paroles écoutées par l'assemblée dans un profond silence, 
M. Spach prie M. le baron de Schaucnburg de vouloir bien, en sa qualité 
de vice-président, proposer l'ordre du jour et diriger les débats. 

M. de Schaucnburg, après avoir recommandé à l'assistance de prendre 
part à la discussion avec calme et sans préoccupations politiques, donne 
la parole à M. le trésorier Klotz , qui fait connaître la situation financière 
de la Société depuis la dernière j'éunion générale en décembre 1869 : 



j2 



Messieurs, 



Par suite de la démission de M. Lehr, votre Comité a bien voulu me 
charger des fonctions de trésorier de la Société, que j'ai seulement ac- 
ceptées à titre provisoire. 

J'ai l'honneur de soumettre à votre examen le compte des années 1870, 
1871 et 1872. La Société ne s'étant pas réunie en assemblée générale 
depuis les événements de 1870, j'ai cru me dispenser de vous présenter 
un compte annuel. 

Les recettes se sont élevées à la somme de 13,723 fr. 55 c. 

Il n'a pas été perçu de cotisations pour les années 1871 et 1872. 

Les fonds qui étaient déposés chez M. Percheron, ancien trésorier 
général du Bas-Rhin, ont été remboursés avec intérêts, à la date du 
17 avril 1871. Nous avons dû les laisser chômer jusqu'à l'époque de la 
création de la Banque d'Alsace et de Lorraine, qui nous a semblé pré- 
senter toutes les garanties désirables. 

Les dépenses se sont élevées à la somme de 8,606 fr. 40 c. 

Nous n'avons payé, pour les années 1871 et 1872, que les dépenses 
nécessaires portées dans le budget de 1870: loyer, assurance, entretien 
du local, indemnité aux secrétaires du président et du trésorier. 

Le Comité a pubhé deux livraisons du Bulletin dont les frais d'impres- 
sion ont été soldés. 

La subvention de 1,000 francs a été payée pour la restauration de l'é- 
glise à Epfig (chapelle romane). 

Aucune autre subvention n'a été accordée pour fouilles ou pour la 
conservation des monuments. 

L'avoir de la Société au 25 février 1873 se compose: 

1** De 25 obligations nominatives des chemins de fer de l'Est 3 p. 100 
achetées pour 8,621^20"^ 

2° De la somme déposée à la Banque d'Alsace, soit .... 4,622 25 

3° De l'argent en caisse 494 90 

Total. . . 13,738 35 



J'ai l'honneur de vous prier, Messieurs, de vouloir bien vérifier mon 
compte et de le revêtir de votre approbation. 

Le Trésorier, 



Signé : Klotz. 



— 13 — 



Compte des années 1870, 1871 et 1872. 



Compte 
de 1S70-1872. 



RECETTES. 

Recettes ordinaires. 

Chap. P'^. Intérêts de capitaux. 
Intérêts de 25 obligations nominatives des chemins de fer de l'Est, 3°/o : 
Pour l'année 1870 375^ »«^ 

— 1871 375 » 

-^ 1872, V' semestre 187 50 

— 1872, 2® semestre (déduction de 
l'impôt) 182 70 

1,120 ''20^ 
Intérêts de fonds déposés à l'ancienne Trésorerie générale 

du Bas-Rhin, du r"" janvier 1870 au 15 avril 1871 ... 337 65 
Intérêts des fonds déposés à la Banque d'Alsace et de la 

Lorraine, du 9 mars au 31 décembre 1872 122 25 

Chap. IL Cotisations des sociétaires. 

Sociétaires du département du Bas-Rhin, du département 
du Ilaut-Rhin, de Paris et autres villes de France et de 
l'étranger, à 10 fr. par sociétaire, soit pour 436 socié- 
taires 4,360f 

Quittances détachées du registre à souche. 473 
A déduire : 

Retour pour décès et démissions 37 

Reste .... 436 

Cotisation de M. Sabler pour 1868 10 

— de M. Dorival pour 1872 10 

4,380 » 

Chap. III. Subventions. 
Subvention du ministère de l'instruction publique. — 
— du département du Bas-Rhin pour 
1871 1,000 

A reporter 1,000 5,960 10 



— 44 — 

Report 1,000^ 5,960 '"lO'^ 

Subvention du département du Ilaut-Rhin pour 

1870 et 1871 1,000 

2,000 » 
Chap. IV. Recettes diverses. 

Produit de la vente du Bulletin, du 1^"^ octobre 1800 au 

31 décembre 1872 ' 162 75 



Total des recettes ordinaires. . . . 8,122 85 



Recettes extraordinaires. 

Don fait le 8 février 1870, par M. L. Spach, président de la 

Société 1,000 » 

Reliquat actif du compte de 1860 4,600 70 



5,600 70 



Récapitulation. 

Recettes ordinaires 8,122 85 

Recettes extraordinaires 5,600 70 



Total général des Recettes. . . . 13,72?) 55 



DEPENSES. 

Dépenses ordinaires. 

CiiAP. F*". Frais de bureau et d'administration. 
§ 1. Location et entretien du local des séances. 

A. Loyer pour 1870, 1871 et 1872 ... . 1,050'' »^^ 
R. Assurance contre l'incendie du mobi- 
lier et de la bibliothèque, prime de 

1870,1871 et 1872 27 30 

G. Balayage , idem 1 20 » 

1,197 30 
§ 2. Frais d'administration. 

A. Indemnité au commis du président pour 

1870,1871 et 1872 600 » 

A reporter 600 » 



30 


» 


30 


» 


40 


» 



— 15 — 

Report COO*" 

B. Indemnité au commis du trésorier pour 

1870, 1871 et 1872 300 

G. Indemnité au commis du secrétaire 

du comité du Ilaut-Rhin pour 1870. 70 
Gratification au concierge de la préfec- 
ture du Haut-Rhin pour 1870 .... 
D. Gratification aux garçons de bureau de 
la préfecture du Bas-Rhin poui-1870 
Gratification au sieur Pick pour com- 
missions en 1871 et 1872 



Frais de bureau. 

A. Fourniture d'un registre à souche pour 

les quittances et de billets de convo- 
cation aux séances du comité .... 40 » 

Fourniture de billets de convocation à 
l'assemblée générale de 1870, d'en- 
veloppes, autographie de procès-ver- 
baux, affranchissements et ports de 
la maison Bergcr-Levrault 07 55 

250 enveloppes pour le service du tré- 
sorier 3 » 

B. Affranchissement du Bulletin : 

2^ livraison du tome VII 88 40 

l""' — — Vm 53 65 

r — — VIII 8(1 15 

Affranchissement des convocations. . . 30 25 

Idem du président de la Société .... 33 40 

G. Frais d'un mandat de poste » 35 



§ 4. Frais de perception. 

A. Encaissement des quittances de 1870 à 

Strasbourg 60 

Encaissement des quittances dans l'ar- 
rondissement de Schlesladt 10 



1,070^ 



414 75 



A rejwrler 70 



— 16 — 

Report 70*" »"^ 

B. Timbres-poste pour affranchissement 
de quittances à divers et de la cor- 
respondance 10 » 

Chargement des quittances de 1870 au 
trésorier général du Haut-Rhin et aux 
receveurs particuliers du Bas-Rhin . 4 40 

Envoi d'argent du Haut-Rhin 2 » 

Perte sur billets de banque 4 » 

Frais d'encaissement des intérêts de 
1870 et 1871 des 25 obligations Est. 3 80 

Timbre du mandat de la subvention de 
1870 du Haut-Rhin et commission. . 1 50 

Total .... 95 70 
§ 5. Frais de déplacement. 

Néant. 
Chap. n. Fouilles, recherches, travaux de conservation. 
§ 1. Fouilles, recherches, etc. 

Néant. 
§ 2. Gratifications pour don ou transport d'objets antiques. 

Néant. 
§ 3. Travaux de conservation ou de restauration. 

A. A M. Dock, sculpteur, pour 14 statuettes de la cus- 

tode de Walbourg 1,000*" 

B. A M. Ringeisen, architecte de Schlestadt, 

pour la restauration de la chapelle ro- 
mane d'Epfîg 1,000 

Total .... 2,000 » 

GnAP. III. Publication du Bulletin de la Société (impression 
et planches). 

A. Note de Berger-Levrault et G'% t. VIII, 1 ""^ livr. 1 ,037 '"35<' 
Note des mêmes, t. VIII, 2« livr 1,432 30 

2,469 65 

B. Note de Winter, photographe, pour 700 photographies 

insérées au Bulletin 245 » 

Total .... 2,714 05 



— 17 — 

Chap. IV. Dépenses diverses et imprévues. 

Fournitures de la médaille décernée à M. Decheppe, con- 
ducteur des ponts et chaussées à Strasbourg . 16^50*^ 

Frais de garde du château de IIoh-Kœnigsbourg 

pour les années 1869, 1870 et 1871 60 » 

Part aux frais de logement militaire dans la mai- 
son rue des Veaux ,9 3 » 

Total .... 79 50 

Dépenses extraordinaires. 

Placement de fonds. 
Acquisition, faite le 28 février 1870, de 3 obligations des 

chemins de fer de l'Est, 3 p. 100, au cours de 343 fr. 

l'une 1,029^ »*^ 

Commission, port et frais de transfert 5 50 

Total .... 1,034 50 

La Compagnie a délivré pour ces trois obligations un cer- 
tificat nominatif au nom de la Société portant le n° 66,752. 

RÉCAPITULATION. 
Recettes. 

Recettes ordinaires. 

Chapitre P*". Intérêts de capitaux 1,580^80*^ 

— II. Cotisations des sociétaires 4,380 » 

— III. Subventions 2,000 » 

— IV. Recettes diverses 162 05 



Total .... 8,122^85« 

Recettes extraordinaires. 

Don de M. L. Spach, président de la Société . . . 1,000^^ »"^ 
Reliquat actif du compte de 1809 4,600 70 

5,600 70 

Total général des recettes .... 13,723 55 

T. IX. — (P.-V.) 2 



— 48 — 

Dépenses. 

Dépenses ordinaires. 

Chapitre P''. Frais de bureau et d'administration. 2,777^75^ 

— II. Fouilles, recherches, travaux de 

conservation 2,000 » 

— m. Publication du bulletin de la Société. 2,714 65 

— IV. Dépenses diverses et imprévues . . 79 50 

Total .... 7,571 90 

Dépenses extraordinaires. 
Placement de fonds 1034 50 



Total général des dépenses .... 8,600 40 

Balance. 

Recettes 13,723^55*= 

Dépenses 8,600 40 

Rehquat .... 5,117 15 

Qui se décompose ainsi : 

Fonds déposés à la Banque d'Alsace 4,022^^25'^ 

Espèces en caisse . . , ' 494 90 

Total pareil .... 5,117 15 
A ajouter à l'avoir de la Société : 
Prix d'acquisition de 25 obligations des chemins de fer de 

l'Est, 3 p. 100 8,621 20 



13,738 35 



Le présent compte soumis à la vérification du Comité par le trésorier 
soussigné. 

Strasbourg, le 25 février 1873. 

Signé : Klotz. 

Vu pt approuvé : 

Ont signé : MM. L. Spach, président; baron de Schauenburg, A. Straub, 
docteur Eisscn, Rod. Reuss et Ringeisen. 

^el'co'îe" M- I^l'^tz dépose sur le bureau les registres et les quittances et demande 
par'M.'Kiot,. quc la Soclété lui donne décharge. — Son rapport, clair et précis, est 



à ce sujet. 



— 10 — 

approuvé à l'unanimité par l'assemblée, qui vote des remercîments à 
M. le trésorier, pour les soins qu'il a bien voulu donner à celte gestion. 

M. Klotz demande à faire immédiatement une motion que plusieurs de , .M"^^,« 

, '^ '■ et bibliothèque 

ses collègues se chargeront au besoin de défendre. Il propose, dans un "'"lo^o^j^'t-^^' 
but d'économie et d'utilité publique, de déposer à la nouvelle biblio- Je m. Kiotz 
thèque de la ville le musée et la bibliothèque formés par la Société. — 
La dépense du loyer qui, dans les comptes du jour, figure pour la somme 
de 1,000 et quelques francs, cessera par le fait, et les collections placées 
depuis quelques années dans une maison particulière, et qu'il n'était 
possible de visiter qu'à des conditions onéreuses pour le conservateur, 
seront dès lors facilement accessibles à tout le monde. — A cette propo- 
sition, M. Klotz en ajoute une seconde, ayant trait au célèbre manuscrit de 
Herrade de Landsperg, lequel a péri dans la désastreuse nuit du 24 au 
25 août 1870. Il demande que l'assemblée générale veuille, séance te- 
nante, affecter tout l'avoir de la Société, c'est-à-dire environ 12,000 francs 
à la publication des calques et des extraits qui en existent encore. 

Une discussion très-animée s'ouvre. M. Ristelhueber demande un vote 
immédiat sur les deux propositions. M. Straub les appuie à l'exception 
de ce qui concerne la bibliothèque, qu'il désire voir conservée dans le 
local où se réunira le Comité. A l'époque, dit-il, où les séances hebdo- 
madaires avaient lieu dans le local des collections, le Comité a souvent été 
dans le cas de consulter les livres sur place. M. le baron de Schauenburg 
fait remarquer qu'il faut avant tout nommer un comité. M. Ristelhueber et 
M. Mercklin demandent le vote immédiat; ce dernier membre propose 
en même temps d'affecter sur l'ensemble de l'avoir une somme de 2,000 
à 3,000 francs en faveur d'une publication sur les poids et mesures an- 
ciens du pays, préparée par M. Hanauer, proposition qu'il retire peu 
après. 

M. le président de la Basse-Alsace déclare que la Société pour la con- 
servation des monuments historiques d'Alsace ne pourrait, sans sortir de 
son but et manquer contre les statuts, affecter tout son avoir à la publi- 
cation d'un manuscrit quelqae important qu'il soit. 

Une observation très-vive de M. le professeur Brunner, faisant remar- 
quer que l'ordre du jour indiquait avant tout la reconstitution du Comité, 
failht mettre en émoi l'assemblée déjà surexcitée, quand le tact de M. le 
vice-président de Schauenburg ramena le calme, en formulant la propo- 
sition de la manière suivante : La Société s'engage à publier tout ce qui 
reste du manuscrit de la Herrade. Le Comité sera chargé de prendre à 
ce sujet les mesures convenables. La proposition de M. Straub, tendant 



— 20 — 

à obtenir dès maintenant l'ouverture d'un crédit de 5,000 francs, est 
écartée, 
vo'e Les propositions relatives au musée et à la bibliothèaue sont votées, 

au sujet du musée ' * ' ' 

, , ,.^";' ,. la première à l'unanimité, la seconde à la majorité. 

(Je la bibliothèque. » 7 j 

Reconstitution Après cc débat, qui fut vif et long, l'assemblée procéda au vote par 

du Comité. 

scrutin secret; une liste de 20 numéros sans noms et une seconde, lithogra- 
phiée le jour même, présentant 20 noms, furent mises à la disposition des 
membres; cette dernière passa, à l'exceplion des noms de deux membres, 
dont l'un déclara avoir opté en France et dont l'autre ne faisait plus partie 
de la Société; à leur place furent nommés MM. Petiti et de Türckheim. 

Voici la liste des membres du nouveau Comité sortis au scrutin, avec 
le nombre des voix obtenues par chacun d'eux : 
MM. Bernard, receveur des hospices de Strasbourg, avec ... 44- voix. 

Blanck, entrepreneur à Strasbourg .38 — 

Brucker, archiviste de la ville de Strasbourg 45 — 

Eissen, docteur en médecine, à Strasbourg 40 — 

Fischer, maire de Saverne 41 — 

Guerber, curé de Haguenau 27 — 

l'abbé Gyss, ancien aumônier, à Obernai . 37 — 

Klotz, architecte de l'Œuvre Notre-Dame 37 — 

Nessel, maire de Haguenau 27 — 

Nicklès, pharmacien à Benfeld 42 — 

Ohleyer, professeur, à Wissembourg 32 — 

Petiti, architecte, à Strasbourg .24 — 

Reussner, bibliothécaire de l'Université 25 — 

Ringeisen, architecte, à Schlestadt 44 — 

de Schauenburg, ancien pair de France, à Geudertheim . 42 — 
Sengenwald, président de la Chambre de commerce ... 29 — 

Spach, archiviste en chef du département 28 — 

Straub, secrétaire général de l'évêché 43 — 

Stumpf, supérieur du Grand-Séminaire 38 — 

de Türckheim (Rodolphe), maître de forges 23 — 

x\omination A la sultc d'uuc motion faite par M. de Türckheim, M. de Schauenburg 
fut proclamé président de la Société. M. le baron déclina cette charge, 
malgré les vives instances qui lui furent faites. — Les suffrages se réu- 
nirent alors sur M. le docteur Eissen, qui accepta. 
M. Spach est L'asscmbléc n'a pas voulu se séparer avant d'avoir rendu un hommage 

iioiiiiné président ii'»ii»o i • r ' t i t n ' t f t • • • i 

honoraire, public 3 M. Spach, qui a préside la Société depuis son ongme, et dont 
l'active collaboration, le zèle et le dévouement ont rendu à la Société les 



— 21 — 

plus incontestables services jusqu'au moment présent. L'assemblée le 
nomme par acclamation président honoraire. 



Séance du Comité du 11 mars 1873. 

Président : M. le docteur BISSEN. 



Présents : MM. Brucker, Fischer, Guerber, V., Nessel, Petiti, Ringeisen, 
baron de Schauenburg et Slraub, secrétaire. 

La séance est ouverte à 2 heures, au local des Archives. 

M. le président fait connaître la correspondance qu'il a eue depuis la 
réunion générale. 

MM. Blanck, Klotz et de Tiirckheim s'excusent de ne pouvoir assister à 
la réunion. 

M. Bernard décline l'honneur d'être membre du Comité deja Société. 

M. le professeur Krauss propose l'admission de M, de Mœller, président 
supérieur d'Alsace-Lorraine; M. Lœning celle de MM. Michaelis, professeur 
d'archéologie, Wilmanns, professeur d'épigraphie, et Scherrer, professeur 
de littérature allemande à l'Université. — M. Fischer, maire de Saverne, 
fait inscrire parmi les membres de la Société M. Schaller, avoué de Sa- 
verne, L'admission des cinq membres est adoptée. 

Le Comité est appelé à constituer son bureau par vote au scrutin: 
tous les membres sont nommés à l'unanimité et le bureau est constitué 
ainsi qu'il suit: 

Deux secrétaires : MM. Straub et Nessel. 

Trésorier : M. Blanck. 

Bibliothécaire-conservateur : M. Brucker. 

M. Eissen donne la parole à M. l'archiviste Brucker, qui déclare que la 
ville de Strasbourg a l'intention de réunir et de pubher tout ce qui reste 
du célèbre manuscrit de l'abbesse Herrade de Landsperg. M. Ch. Schmidt 
a été chargé spécialement de recueillir les matériaux et de reconstituer 
le manuscrit autant que cela est possible, quelques semaines avant la 
r,éunion générale du 6 mars, où cette question est devenue l'objet d'une 
discussion très-vive. En présence de la communication de M. Brucker, 
le Comité suspend donc toute initiative, tout en offrant son concours pour 
la publication. 

La séance est levée à 3 heures. 



Démission d'un 
membre du Comité. 

Admission 

de nouveaux 

membres. 



Constitution 

du bureau 

de la Société. 



Manuscrit 

de Herrade 

de Landsper)t ; 

communication 

de M. Brucker 

à ce sujet. 



Séance du Comité du 3 avril 1873. 

Président : M. le docteur BISSEN. 



du Comité. 

Idem de membres 

delà Société. 



Présents : MM. Blanck, Klotz, Nessel, Ringeisen, de Schauenburg, Sen- 
genwald, de Türckheim et Straub, secrétaire. 

Le procès-vèrbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. le président donne communication de la correspondance. 

MM, Spach et Ohleyer s'excusent par lettre de ne pouvoir assister à la 
réunion. 
Démission ]\iM. Reussucr et Nicklès déclinent l'bonneur de faire partie du Comité. 

de lieux membres i 

MM. Hutin, Mossmann et Sabourin de Nanton annoncent qu'ils cessent 
de faire partie de la Société. 
M. Blanck ]\i Blauck avaut exposé les motifs qu'il a de ne point remplir la charge 

décline la charge j i i ira 

j/'Kiotraccepte ^^ tresoHcr, M. Klotz en accepte spontanément les fonctions pour une 

les fonctions. ^^^^^g 

Après ces détails d'administration intérieure, M. le président Bissen en- 
tretient le Comité du Guldenthurm et donne lecture du mémoire qui suit : 

Messieurs, 

de^jrTe"prTsidënt ^'^^ ^^ l'honncur de vous entretenir dernièrement, et en passant seu- 
sur° lement, d'un monument historique que nous possédons dans notre cité 
même, et que les devoirs de la Société dont nous sommes les manda- 
taires nous commandent de conserver, sinon de restaurer, dans l'orne- 
mentation que la suite des siècles a quelque peu ébréchée. 

La tour qui faisait partie des anciennes fortifications de la cité, est 
située à l'angle du quai des Bateliers et de la nouvelle rue de Zurich. 
Dans la chronique de Kœnigshofen, ainsi que dans la Local- Geschichte 
der Stadt Strasshurg , de J. A. Silbermann, eile est mentionnée sous le 
nom de Guldenthurm, sans que l'on trouve dans aucun des deux recueils 
une indication sur l'époque de sa fondation. Dans les traditions popu- 
laires et verbales elle figure sous la dénomination de Tour des Martyrs, 
Jungfernküss , parce qu'on la supposait jadis renfermer des instruments 
de torture et de supplice. 

Elle figure pour la première fois sur le plan du troisième agrandisse- 
ment de la ville de Strasbourg, dressé par Silbermann, sous le n° 41. 
Cet agrandissement est attribué par notre auteur local au treizième siècle. 



— 23 — 

Toutefois nous devons faire remarquer que l'architecture de cet édifice 
nous semble en quelque sorte en contradiction avec la date assignée à sa 
fondation. 

Viollet-Leduc, dans son Dictionnaire d'architecture, à l'article Bretêciie, 
tome II, p. 246, s'exprime ainsi qu'il suit: «Nous connaissons quelques 
rares exemples encore existants de breteches à demeure posées au ni- 
veau des combles des tours, se combinant avec leurs charpentes et des- 
tinées à flanquer leurs faces; et parmi ceux-ci, nous citerons les breteches 
de la tour des Deniers de Strasbourg, qui sont fort belles et paraissent 
appartenir aux dernières années du quatorzième siècle. Ces ouvrages de 
charpente sont saillants sur le nu des faces en maçonnerie pour ouvrir 
de larges mâchicoulis et des créneaux latéraux; ceux-ci sont encore 
garnis de leurs volets. Leurs appuis sont couverts de tuiles en écaille et 
leurs combles en tuiles creuses bourdées en mortier. Les poinçons ont 
conservé leur plomberie et leurs épis au54 girouettes, d 

On a pu voir que Viollet-Leduc confond cette tour pour sa dénomina- 
tion avec l'ancien Pfenningthiirm, qu'il traduit par tour des Deniers. De 
plus il est dans l'erreur en admettant des girouettes sur les épis. D'après 
la façon de ces épis, il est de toute évidence qu'ils n'ont jamais supporté 
des girouettes. Ces épis sont surmontés d'mie espèce de rosace placée 
horizontalement, et le sommet de la tour porte comme ornement termi- 
nal une tige dépassant d'une certaine longueur un globe fixé sur elle. 

Toute cette ornementation porte plutôt le caractère du quatorzième siècle 
que celui du treizième, il y a même parmi nos archéologues locaux quel- 
ques personnes qui fixent comme date de cette construction l'année 1436. 

Quoi qu'il en soit, nous possédons dans cet édifice un souvenir parlant 
de l'ancienne gloire militaire de la République de Strasbourg, un témoi- 
gnage incontestable de la science militaire et de la prévoyance de nos 
ancêtres. 

Il semblerait que cette circonstance devrait suffire pour recommander 
cet édifice à la sollicitude de la Société pour la conservation des monu- 
ments historiques d'Alsace, aujourd'hui surtout que nous avons vu dis- 
paraître simultanément, à la suite d'un bombardement implacable, quatre 
de nos belles tours qui décoraient les portes de la ville, parmi lesquelles 
la plus belle, celle qui surmontait la porte Nationale, datant du commen- 
cement du seizième siècle, et dont la cinquième à la sortie de Till de nos 
murs ne nous est restée que mutilée et méconnaissable. 

Le Guldenthurm est aujourd'hui entre les mains d'un propriétaire qui 
a reconstruit sa maison en façade sur le quai des Bateliers. Elle est élevée 



— 24 — 

de trois étages s'adossant au mur occidental de la tour, le sommet du 
comble atteint jusqu'à la bretêche de ce côté. 

Bien qu'elle ne soit pas immédiatement menacée, la belle situation 
qu'elle occupe du côté de la rue de Zurich, pourrait bien faire naître chez 
les propriétaires actuels ou futurs l'idée de la démolition, pour construire 
à sa place une belle maison d'habitation, avec façade au nord-est. Ce serait 
là certainement un crève-cœur pour tous les amis de notre histoire lo- 
cale et de ses glorieux souvenirs. 

M. le maire, avec lequel nous avons eu l'honneur d'avoir une conver- 
sation à ce sujet, s'en est montré fort préoccupé. Il ne voudrait pas arri- 
ver à constater une lacune de ce genre dans la silhouette du quartier de 
la Krutenau. Aussi se montre-t-il très-disposé à demander un sacrifice à 
la caisse municipale, pour faire l'acquisition de l'immeuble et le mettre 
ainsi à l'abri de toute destruction ultérieure. 

Il compte dans ce projet sur le concours de la Société pour la conser- 
vation des monuments historiques d'Alsace. 

Si nous pouvions arriver ainsi à la possession de l'édifice, il nous serait 
facile de faire restaurer les épis de la façade nord et sud, qui ont été 
détériorés et restaurés sans aucune préoccupation historique et même 
esthétique. 

En conséquence de ce qui vient d'être dit, j'ai l'honneur de proposer 
au Comité d'adresser à M. le maire l'offre du concours de la Société à 
l'acquisition de l'immeuble avec les motifs à l'appui. 

Plusieurs grandes villes se sont fait un devoir de conserver des tours 
historiques d'une certaine importance. M. Sengenwald cite la tour de Saint- 
Jacques, les donjons du palais d'Avignon; — on pourrait rappeler le 
Metzgerthurm de Ribeauvillé, etc. 

Vœu du Comité Lc Comlté exprime le vœu que ce monument historique ne soit pas 

au sujet * ■* ^ ' 

du Guidenthurm. sculemcut conscrvé, mais encore, s'il est possible, utilisé par la Société 
même. — Il serait désirable de pouvoir y établir le musée. Sur les in- 
stances réitérées, M. Klotz accepte la mission d'examiner le bâtiment et de 
faire, le cas échéant, des propositions au Conseil municipal. 

M. Ringeisen annonce un mémoire sur la chapelle de Sainte-Marguerite, 
dont les derniers travaux ont contiibué à en faire apprécier plus spéciale- 
ment la valeur archéologique. Une description sommaire en a fait l'objet 
dans une des premières séances de la Société en 1856. 
La séance est levée à 3 heures et demie. 



— 25 — 
Séance du Comité du 1" mai 4873. 

Président : M. le docteur BISSEN. 



Présents: MM. Brucker, Nessel, Ohleyer, Ringeisen, de Schauenburg, 
Sengenwald, de Türckheim et Straub, secrélaire en fonctions. 

La séance est ouverte à 2 heures. 

Le secrélaire donne lecture du procès-verbal du mois d'avril. — Le 
procès-verbal est adopté. 

Après avoir annoncé la démission de M. Nœtinger, M. le président Guidenthurm; 

exigences 

donne communication d'une lettre de M. Jung, propriétaire actuel du du propriétaire 
Guidenthurm, qui consent à la conservation de ce monument avec la res- i" conservation 

' 1 (le ce monument. 

triction d'une indemnité proportionnée au rapport éventuel. 

La Société n'étant pas en mesure de supporter une charge aussi lourde, 
M. Eissen entamera des négociations avec l'administration de la ville, 
représentée aujourd'hui par M. Back. 

M. Eissen rappelle à ce propos les monuments gallo-romains autrefois 
déposés entre les contre-forts du Temple-Neuf. Il est convenu que M. le 
président et M. Straub, secrétaire, iront les examiner pour faire, au nom 
de la Société, acte de propriété. 

La séance est levée à 3 heures. 



Séance du Comité du 5 juin 1873. 

Président : M. le baron de SCHAUENBURG. 



Présents : MM. Brucker, Petiti, Ringeisen, de Türckheim et Straub, se- 
crétaire. — M. le président Eissen, retenu par des devoirs d'état, arrive 
vers la fin de la séance. 

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la dernière séance; 
le procès-verbal, n'ayant donné lieu à aucune rem«n[u^, est adopté. 

Le secrétaire donne communication d'une lettre de MM. Nartz et Démissions. 
Kastler, qui annoncent leur démission. 

Le Comité vote l'admission de six nouveaux membres : denoù'veau°x 

MM. le baron Félix de Reinach, au château de Firmy (Aveyron), 

le baron Louis de Müllenheim, au château de Grünstein, à Stotzheim , 



membres. 



— 26 — 

MM. Mitscher, conseiller au tribunal civil de Strasbourg, 
Metz, conseiller de régence , 
Fliickiger, professeur à l'Université de Strasbourg, 
' Lossen, avoué au tribunal civil de Strasbourg. 
Müniisciii M. le baron de Schauenburg rend compte du résultat de la demande 

de Hcrradc ' 

deLaniiM'f'g- qu'il 3 adrcsséc à Paris pour obtenir un exemplaire de l'ouvrage de M. de 
Lasteyrie sur les manuscrits du moyen âge. Cet important travail, ren- 
fermant un certain nombre de miniatures choisies dans le Hortus dclicia- 
rum, détruit par l'incendie du Temple-Neuf, a acquis une importance 
très-grande. La réponse n'a pas été satisfaisante. — M. le baron se pro- 
pose de renouveler sa demande. 

Guidenthurm; La séancc allait être levée, quand M. le docteur Eissen arriva pour 

négociations avec ' 

la ville. faii-e savoir au Comité qu'il a fait des démarches auprès de M. Back, dans 
l'intérêt de la conservation du Guidenthurm. Le gouvernement désire voir 
la tour maintenue, mais ne se croit pas autorisé à agir directement sur le 
propriétaire, qui élève ses prétentions au delà de toutes hmites. 
La séance est levée à 3 heures et demie. 



Séance du Comité du 11 juillet 1873. 

Président : M. le docteur EISSEN. 



La séance s'ouvre à 2 heures, dans le local de la Société, rue des 
Veaux, 9. 

Présents: MM. Guerber, V., Gyss, Nessel, Ohleyer, de Schauenburg, 
Sengenwald, de Türcklieim et Straub, secrétaire. 

MM. Spach et Petiti se font excuser. 
deM^Gu^rber Après la Iccturc et l'adoption du procès- verbal de juin, la parole est à 
M. le curé Guerber, qui donne lecture d'un mémoire intitulé : Coup d'oeil 
sur l'architecture religieuse régionnaire en France. Ce travail, composé à 
la suite de plusieurs voyages, fait spécialement ressortir l'influence des 
matériaux tant sur l'architecture que sur les sculptures des diverses ré- 
gions de la France, et présente une étude comparative, dont le Comité 
suit le développement avec un vif intérêt. L'impression du mémoire est 
votée. 

Une visite récente des restes de l'ancienne abbaye de Stürzelbronn, 



sur l'architecture 
religieuse 
de France. 



a ce sujet. 



- 27 - 

sur les confins de la Lorraine, fournit à M. Guerber l'occasion de donner 
une idée des anciennes constructions de cette abbaye. 

M. Nessel annonce qu'à Schirrhein, un emplacement connu sous le nom ^e KaiteKeiier 

à Schirrhein. 

de Kalle Keller renferme des substructions, des restes de caves voûtées, des . f''""'^\ 

' 'a entreprendre 

traces de constructions romaines, dont l'exploration pourrait fournir quel- vo'e"e 300 fr! 
ques résultats utiles à l'étude. — Il cite entre autres le canton Steinacker, 
vers Betschdorf, où de nombreuses trouvailles trahissent la présence 
d'antiquités romaines. Le Comité vote une somme de 300 francs pour 
fouilles à opérer dans ces lieux, et invite M. Nessel à rédiger un mémoire 
sur l'ensemble des découvertes. Une carte archéologique des environs de 
Haguenau, préparée par ce membre et devant compléter son travail, sera 
d'une grande utilité pour l'histoire. 

Sur la proposition dé MM. Guerber et Straub, la réunion ordinaire de 
la séance aura dorénavant lieu le premier ou deuxième lundi de chaque 
mois. 

La séance est levée à 3 heures et demie. 



Séance du Comité du 7 août i873. 

Présidence de M. le docteur BISSEN. 



Présents : MM. le baron de Schauenburg, vice-président, Brucker, ar- 
chiviste, baron de Tiirckheim. 

M. l'abbé Straub s'étant fait excuser, M. de Tiirckheim fait les fonctions 
de secrétaire. 

M. le président rend compte de deux lettres à lui communiquées par Allocation 
M. L. Spach, ancien président de la Société, et provenant du président du daXu-Rwr 

,. . -, TT r.1 • T • pour 1872-1873. 

district du Haut-Rhin. La première, du 2 janvier 1873, demande quand la 
Société voudra recevoir les 500 francs alloués à la Société par la préfec- 
ture du Haut-Rhin pour 1872 et une somme pareille pour 1873; la seconde, 
du 4 août, réclame une réponse. 

Il sera répondu que la Société acceptera dès à présent l'allocation en 
question. 

M. le président rend compte ensuite de la visite faite par lui avec visite à la chapeiie 
M. l'abbé Straub à Epfig et de l'inspection de la chapelle de Sainte- "'"'ïS""'" 

-If . ^ Demande de crédit. 

Marguerite. 



Avaries des pierres 
tumiilaires 
de l'ancienne 
bibliothèque, 
appartenant 
à la Société. 



Vœu. 



M. Ringeisen, architecte, membre du Comité, a commencé des travaux 
de consolidation, et des ordres sont donnés pour commencer ceux de 
conservation; mais il faudra de nouveaux secours en argent, et M. le pré- 
sident estime qu'un nouveau crédit de 1,000 francs ne serait pas de trop 
pour la continuation des travaux de conservation. 

Le Comité n'étant pas en nombre, la proposition est mise à l'ordre du 
jour de sa prochaine séance. 

M. le président rend enfin compte des avaries plus ou moins graves 
dont ont été l'objet quelques-unes des pierres tumulaires enlevées des 
ruines de l'ancienne bibliothèque de la ville, et transportées d'abord à 
l'Académie, puis dans un souterrain du château. 

Le Comité émet le vœu que M. le président veuille exercer sur ces mo- 
numents le droit de propriété de la Société, et proposer au maire inté- 
rimaire de la ville de les faire transporter dans la cour de la nouvelle 
bibliothèque municipale (aux Grandes-Boucheries). 

La séance est levée à 3 heures et demie. 



Séance du Comité du 13 octobre 1873. 

Président : M. le docteur BISSEN. 



La séance est ouverte à 2 heures, dans le local de la Société (rue des 
Veaux, 9). 

Sont présents: MM. Fischer, Ringeisen, Sengenwald, de Schauenburg, 
Winkler, membre libre, et Straub, secrétaire. M. Petiti s'excuse par lettre 
de ne pouvoir assister à la séance. 

Sur le bureau figurent les ouvrages suivants offerts à la Société : 

Annalen des Ve^^eins für Nassauische Altertimmsimnde und Geschichts- 
forschungen. 12. Band. 1873. 1 vol. in-S". 

Der Geschichtsfreund. Mittheilungen des Vereins der fünf Orte Lucern, 
Uri, Schivyz, Unterwaiden und Zug. 27. Band. 1872. 1 vol. in-8°. 

Schriften der Universität zu Kiel. 1869. 1870. Band XVI, XVIL 
2 vol. in-4". 

Le secrétaire donne lecture des deux procès-verbaux de juillet et d'août, 
qui sont adoptés. 

M. Ringeisen rend compte des travaux qu'il pense faire exécuter à la 
chapelle de Sainte-Marguerite d'Epfig, que MM. Eissen et Klotz ont ré- 



— 29 — 
cemment visitée avec lui. Après mûr examen, il est décidé que les alen- seconde visue 

^ ' ' a la chapelle 

tours du petit édifice seront ramenés à leur niveau primitif, que l'ossuaire sainte-MarguerUe 
sera maintenu, ainsi que quelques modifications faites au quinzième siècle, ^'^p^e- 
qu'il serait difficile de faire disparaître complètement, et qui ne déparent 
du reste pas la chapelle. Une nouvelle somme de 1,000 francs est mise à 
la disposition de M. Ringeisen, qui dispose également d'un crédit de 
500 francs voté par la commune. 
M.. Straub entretient le Comité de l'église de Vieux-Thann, dont il donne , ^,M''^^ 

o ' de Y leui-Thann. 

une note descriptive qui figurera dans le Bulletin. Il appelle particulière- 
ment l'attention sur les remarquables vitraux du quinzième siècle, ac- 
tuellement en péril. Les frais de restauration ont été évalués à 1,500 francs 
environ. M. Straub propose d'employer pour ce travail les 1,000 francs 
qui ont été accordés par le Haut-Rhin, pour les exercices 1872 et 1873. 
— Le Comité vote la somme de 1,000 francs pour la restauration des ^"'f- 
vitraux de Vieux-Thann, dans l'espoir que la commune ou la fabrique de 
l'église supportera le reste des frais. 

La parole est à M. le curé Guerber, qui donne lecture d'un mémoire 
sur l'ancienne abbaye de Stürzelbronn. — Ce mémoire sera inséré dans 
la prochaine livraison du Bulletin. 

M. le secrétaire expose une série de dessins qui devront accompagner 
un travail fort étendu sur les anciennes cloches de l'Alsace, destiné au 
Bulletin. Le Comité l'autorise à faire exécuter dès maintenant les pre- 
mières planches, pour ne pas faire subir de retard à la publication du 
mémoire, qui paraîtra dans la deuxième livraison. 

La séance est levée à 4 heures. 



Séance du Comité du 29 décembre i873. 

Président : M. le docteur BISSEN. 



La séance est ouverte à 2 heures et demie. 

Sont présents : MM. Brucker, Klotz, Nessel, Ohleyer, Petiti, Ringeisen, 
de Schauenburg et Straub, secrétaire. M. Krauss, professeur d'archéologie 
à l'Université de Strasbourg, assiste à la séance. M. Blanck s'excuse par 
lettre. 

Le procès-verbal de la séance d'octobre est lu et adopté. M. le prési- 
dent dépose sur le bureau les publications qui ont été données à la So- 



30 — 



Don 

de pijotographips, 

entre autres 

de celle 

du Guldenthurm. 



Peintures 
de Rosenwillc 



Église 

de Wissembourg. 

Crilique 

des travaux. 



ciété dans l'intervalle ilu dernier Irimeslre. Trois vues, photographiées 
en 1805 par M. Straub, et figurant l'église de Saint-Guillaume, la Cathé- 
drale prise du haut des greniers du petit séminaire de Saint-Etienne et 
l'ancien Guldenthurm, avec le canal, tels qu'ils existaient encore il y a 
deux ans, sont offertes par l'autem^ qui a heureusement conservé les 
clichés. Sur la proposition de M. le président, le Comité vote la reproduc- 
tion du dernier cliché pour le Bulletin. 

M. Eissen donne lecture d'une lettre qui lui a été adressée par M. le 
Préfet de la Basse-Alsace, relativement aux anciennes peintures de Rosen- 
willer. Ce magistrat demande l'avis du Comité sur la valeur artistique, 
sur l'importance et éventuellement sur les moyens de conservation ou 
de restauration qu'il convient d'employer. 

MM. Klotz et Ringeisen rappellent à cette occasion ce qui a été fait, il 
y a dix ans, pour mettre à jour les restes d'anciennes peintures, signalés 
par M. Straub dès 1854'. Un crédit de 300 francs a été ouvert pour faire 
calquer les dessins et indiquer les couleurs; il n'a jusqu'ici pas été entamé, 
faute d'un^ artiste capable de s'occuper de ce travail avec la conscience et 
l'entente qu'il réclame. Le Comité pense encore aujourd'hui qu'il n'y a 
pas lieu de songer à une restauration proprement dite; mais qu'il importe 
de conserver le souvenir de ces peintures par la copie la plus fidèle pos- 
sible. Il sera répondu dans ce sens à M. le Préfet. 

M. Ohleyer, qui est obligé de quitter avant la fin de la séance, demande 
la parole. Il expose ses appréhensions au sujet de travaux qui tendent à 
faire disparaître de l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul de Wissembourg 
les restes de peintures découvertes, grâce à ses soins, et dont il faudrait 
au moins conserver copie fidèle. Il cite à l'appui la chapelle de la Vierge, 
qui a subi une polychromie de couleurs criardes étendues sur les anciens 
restes de peintures; la disparition presque complète de la figure de saint 
Christophe. M. Straub rectifie ce dernier point. La figure de saint Chris- 
tophe n'était plus l'ancienne; on a eu, il y a quelques années, le tort de 
recomposer toute la partie inférieure d'après l'ancien xylographe, publié 
entre autres dans le Magasin pittoresque, et qui ne remonte qu'au quin- 
zième siècle. — La tête du saint, qui avait été à peu près laissée intacte, 
subsiste encore; le reste devait disparaître tôt ou tard. Le secrétaire dé- 
plore, avec M. Ohleyer, que les soi-disantes restaurations de nos monuments 
soient souvent exposées à amener la ruine ou la disparition d'oeuvres 
précieuses à plus d'un titre. 



1. V. Kafliol. Kii'dicn- vnd Schulblalt. Jalirg. XV, p. lOi. 



— 31 — 
Après cet exposé, qui donne lieu à des remarques diverses sur la né- Nécessité 

. , ,, A. 1 d'un contrôle. 

cessite d un contrôle, lequel ne pourrait être exercé efficacement que par 
des mesures prises d'un commun accord par les autorités civiles et reli- 
gieuses, du moment qu'il s'agit de monuments livrés au culte, M. le pré- 
sident donne la parole à M. le secrétaire, qui communique plusieurs pas- communications 
sages extraits par lui du Horlus deliciarum et la description d'une "'"'«*'''''''""■""'• 
miniature d'Herrade, figurant la création de l'air. Le calque de cette 
miniature, fidèlement reproduit par lui (en 1862), accompagne son travail, 
qui sera inséré dans le Bulletin. Il appelle ensuite l'attention sur une des 
pages les plus curieuses de ce livre précieux, représentant les tortures de 
l'enfer, et dont il ne possède que la description faite il y a quelques an- 
nées. Le feuillet avait été détaché du Hortus deliciarum, au commence- 
ment de ce siècle, et se trouvait entre les mains d'un antiquaire, quand 
M. le professeur Jung est parvenu à le réobtenir pour la bibliothèque. 
Heureusement il existe à Paris un calque de cette miniature. Une ré- 
duction très-réussie en a été publiée dans la Gazette des Beaux-Arts. A dé- 
faut d'un calque, si l'on devait ne pas l'obtenir, un cliché de cette gravure la 
ferait connaître aux membres de la Société. Le secrétaire propose d'écrire 
à la rédaction de la feuille. — Il réunit toutes ses notes relatives au ma- 
nuscrit de la Herrade et les publiera,^ dans le Bulletin, avec l'un ou 
l'autre des calques conservés à l'œuvre Notre-Dame, comptant s'acquitter 
ainsi pour sa part de la dette contractée par la Société, le jour de so 
dernière réunion générale. 
La séance est levée à 3 heures et demie. 



Séance du 2 mars 1874. 

Président : M. EISSEN. 



Présents: MM. Blanck, Brucker, Guerber, V., Klotz, Peliti, de Schauen- 
burg, Sengenwald, de Türckheim et Straub, secrétaire. 

M. Gundlach, assesseur à la présidence, assiste à la réunion, qui a lieu 
à 2 heures un quart, dans le local de la Société, rue des Veaux. 

Le procès-verbal de la séance du 29 décembre dernier est lu et adopté. 

M. Eissen rend compte de sa correspondance avec M. le président de la 
Basse-Alsace. Il a remercié ce magistrat de l'offre d'une somme de 
1,000 francs destinée à la Société pour la conservation des monuments 



historiques; une partie de cette somme pourra être employée à la confec- 
Ciiiques lion d'un calque exact des peintures murales de Rosenwiller, et s'il v a 

de Rosenwiller. ' J 

lieu, à la reprise des contours, une restauration complète paraissant presque 
impossible. Le motif pour lequel le comité a dû suspendre ce travail, pro- 
jeté dès 1863 et remis d'une année à l'autre, faute d'un artiste auquel on 
pût confier cette opération délicate, n'existe plus. M. Denecken, qui a 
donné une preuve de son aptitude dans ce genre de travail par le calque 
consciencieux et très-réussi des peintures de la bibliothèque de Beatus 
Rhenanus à Schlestadt, se chargera de l'entreprise dès les premiers jours 
de la belle saison. 

L'ordre du jour appelle la discussion sur l'époque où il convient de 
réunir l'assemblée générale. La principale difficulté consiste dans l'incer-- 
titude du chiffre réel des associés, dont un nombre considérable a quitté la 
contrée ou renoncé à la souscription pour motifs divers. 

M. le trésorier Klotz propose de lancer dès maintenant les quittances 
pour 1874. Le résultat fera connaître le nombre actuel des sociétaires, et 
permettra en même temps de juger s'il y a possibilité de tenir la réu- 
nion générale de Golmar, prévue par les statuts, et à laquelle il a fallu 
renoncer depuis les derniers événements. La proposition de M. Klotz est 
acceptée. 

M. Bissen donne la parole à M. Straub pour plusieurs communications 
sur des objets récemment trouvés. 
Bas-relief Lc sccrétalre place sous les yeux du Comité la pholoffraphie d'un bas- 

IrouvéàAndlau. ^ '' _ . , 

relief sculpté en bois, au seizième siècle, aujourd'hui propriété de M. De- 
harbes, curé d'Andlau, qui l'a découvert. Le travail représente un prêtre 
en habits sacerdotaux, descendant de l'autel et s'avançant vers un cer- 
cueil ouvert, en présence de plusieurs personnes. Sur le couvercle ren- 
versé du sarcophage est perché un oiseau qui, dans la pensée de l'artiste, 
doit être un aigle, car la représentation figure les derniers moments de 
la vie de l'évangéliste saint Jean, ainsi racontés au treizième siècle, par 
Jacques de Voragine, dans sa célèbre Légende d'or : «L'an cinquante- 
sixième après la passion, sous le règne de Trajan, Notre Seigneur apparut 
à Jean et lui dit: Viens à moi, mon bien-aimé, car il est temps que tu 
t'assoies à ma table avec tes frères. Et alors saint Jean se leva et Notre 
Seigneur lui dit: Tu viendras dimanche me rejoindre. Et quand le di- 
manche vint, l'apôtre assembla tout le peuple dans l'église à laquelle on 
avait donné son nom, et il prêcha, et il exhorta les fidèles à demeurer 
ferme dans la foi et à observer les commandements de Dieu. Et après 
cela il fit faire une fosse toute carrée au pied de l'autel et il fit jeter la 



— 33 — 



terre hors de l'église. Il descendit ensuite dans la fosse les mains jointes, 
et il dit: Seigneur, invité à votre festin, je vous rends grâces de ce que je 
suis tel qu'il faut pour partager semblable nourriture, et vous savez que 
je le désirais de tout mon cœur. Et quand il eut fini sa prière, une si 
grande clarté l'environna, que nul ne pouvait en soutenir la vue, et quand 
cette clarté disparut, la fosse fut trouvée toute pleine de manne.» 

Ici, comme sur un vitrail de l'ancienne collégiale de Haslach, qui 
figure la même scène, la fosse est remplacée par un sarcophage. Les cos- 
tumes et les détails d'architecture nous ramènent au commencement du 
seizième siècle et trahissent une influence italienne ou française. Peut- 
être ce panneau ornait-il un autel dédié à saint Jean dans l'abbaye ou 
dans une chapelle particuHère du couvent. 

Une découverte plus importante a eu lieu, fin décembre 1873, lors du 
déblai des matériaux de l'ancien chœur du Temple-Neuf, c'est celle de 
la première pierre de cette église, posée le 26 juin 1254 par l'évêque 
Henri de Staleck. Un passage, trouvé dans Bœhmer (Fontes rerum germa- 
nicarum, Stuttgart, 1853, t. III, p. 114), permit à M. le professeur Schmid 
de préciser l'endroit où cette pierre devait se trouver. 

Le secrétaire en donne une description succincte et met sous les yeux 
du Comité une photographie à l'appui. 

Le Comité est d'avis qu'une planche photo-hthographiée, représentant ce 
monument, accompagne le rapport qui a été fait de la trouvaille. 

M. Straub rappelle le triste événement de la destruction totale des 
bâtiments et de l'église de l'ancienne abbaye de Saint-Biaise, dans la 
Forêt-Noire, dévorés par les flammes en février. Il est en mesure de 
donner quelques détails sur cette belle église, construite à la fin du siècle 
passé par le célèbre abbé Gerbert, en style italien, et surtout sur les 
peintures qui décoraient la voûte. Le secrétaire pense ne pas faire un 
hors-d'œuvre en consacrant, dans le Bulletin de la Société, une page à la 
description d'un des plus remarquables monuments transrhénans, aujour- 
d'hui perdu. Le Comité accepte l'offre, et invite M. Straub à rédiger les 
notes qu'il a prises à Saint-Biaise, peu de temps avant ce désastre. 

Ce rapport est suivi de la lecture d'une notice historique sur l'ancien 
couvent de Notre-Dame â Saverne, pjrr M. Dag. Fischer. Le Comité vote 
l'impression de cette notice. 

M. Fischer annonce encore qu'en faisant des fouilles dans un jardin sis 
au ban de Saverne, on vient de trouver le sceau-matrice de l'ancien bail- 
liage de cette ville. « Ce sceau, en cuivre, de forme ronde, de 0"\03 de dia- 
mètre, porte sur le champ les armoiries de l'évêché de Strasbourg et du 

T. IX. (P -v.) 3 



Découverte 

de la pierre 

fundamentale 

de l'ancien chœur 

du Temple-Neuf. 



Incendie 

de l'abbaye 

de Saliit-Blaise 

(Forèl-Noire). 



Communication 

de M. Fischer 

sur un coureot 

de Saverne. 



Découverte 
du sceau-matrice 

de 
l'ancien bailliage 

de Saverne. 



— 34 — 

landgraviat de la Basse-Alsace, lesquelles sont, comme on sait, de gueules 
à une bande d'argent, dont la partie inférieure est fleuronnée et contre- 
fleuronnée d'or de six pièces. Autour se lit la légende : 

SIGILLVM. SATRAPIAE. TABERNENSIS. 

«Si l'on en croyait Y Armoriai d'Alsace, qui, on le sait, fourmille d'er- 
reurs, les armoiries du bailliage de Saverne seraient de gueules à trois 
coquilles d'argent, deux et une^ On rencontre vers la fin du dix-septième 
siècle ces trois coquilles sur le sceau du sieur Jacques Roth, greffier du 
bailliage de Saverne, et Y Armoriai d'Alsace, qui fut rédigea cette époque, 
attribue au bailliage les armoiries que portait son greffier sur le sceau qui 
lui servait à faire des empreintes sur les titres qu'il voulait sceller et 
rendre authentiques. L'erreur commise dans l'enregistrement des armoi- 
ries du bailliage de Saverne est une preuve de l'inconcevable légèreté 
avec laquelle a été rédigé Y Armoriai de la province d'Alsace. » 

La séance est levée à 3 heures et demie. 



Séance du i3 avril 4874. 

Président : M. de SCHAUENBURG , vice-président. 



Présents: MM. Blanck, Klotz, Petiti, Ringeisen et Straub, secrétaire. 

Le secrétaire donne lecture du procès-verbal du mois de mars; le 
procès-verbal est adopté. 

La parole est à M. Klotz : M. le trésorier pense qu'il y a eu erreur sur 
l'article de l'ordre du jour qui le concerne et qui annonce la reddition 
de comptes, sans qu'avis préalable lui ait été donné. Il rappelle que 
durant sa longue gestion il a toujours annoncé lui-même quand il était 
prêt; cette fois il eût été absolument impossible d'achever ce travail, 
rendu plus difficile par l'incertitude dans laquelle il reste encore au sujet 
du chiffre réel des membres de la Société. M. Klotz pense pouvoir pré- 
senter son travail au mois de mai. 

MM. de Schauenburg et Straub, les deux seuls membres du bureau 
présents, déclinent toute responsabilité quant à la rédaction de l'ordre du 

1. Ouvrage cité, page 9. 



35 — 



jour, auquel ils sont restés étrangers. M. le président seul pourra donner 
des explications. 

Après cet incident, M. l'architecte Ringeisen annonce qu'il a commencé 
la restauration de l'ancienne chapelle de la Vierge de Hüttenheim. L'en- 
lèvement du badigeon a mis au jour des restes de peintures murales, 
consistant au chœur en une série de grands personnages; les voûtes 
présentent des anges, les murs les emblèmes de Marie, etc. Les plus 
grandes précautions sont prises pour respecter la moindre trace de ce 
système décoratif; M. Ringeisen usera de son autorité pour faire mainte- 
nir les autels, dont celui du milieu porte une ancienne Vierge, pour con- 
server en place la Vierge «im Graswasen », qui a son petit sanctuaire à 
l'extérieur de l'église. Trop souvent, par suite de l'affaiblissement du res- 
pect pour le passé et de l'amour du nouveau, les restaurations amènent 
la disparition d'objets précieux, quelquefois un bouleversement complet 
de ce qui existe; le Comité est heureux de savoir que Tintéressante cha- 
pelle de Hüttenheim, dont il s'est déjà occupé en 1862, est confiée aux 
soins intelligents de M. Ringeisen. 

M. l'architecte Blanck a remis à M. le secrétaire une série de dessins 
figurant les élévations et coupes de plusieurs fragments d'anciens murs 
démolis sous ses ordres. C'est: 1° le côté intérieur et la coupe de l'en- 
ceinte de la ville, qui longeait la maison des veuves de pasteurs de Saint- 
Pierre-le-Vieux, démoh en 1857; 2° la façade et la coupe de l'ancienne 
enceinte au haras royal; 3° la façade et la coupe de l'ancien mur d'en- 
ceinte longeant autrefois la caserne de la Finkmatt, du côté de la rue de 
laSoupe-à-l'Eau.M.Blanck a eu soin de relever minutieusement ces restes 
de fortifications avant qu'ils disparussent du sol, et en ofTre aujourd'hui 
les dessins à la Société. Le Comité vote des remercîments à l'auteur, et 
le prie avec instance de vouloir donner une note explicative pour le 
Bulletin, qui reproduira les dessins. 

M. Straub signale au Comité l'existence d'une statue de la sainte Vierge, 
appartenant peut-être à la fin du douzième siècle, et offrant le type by- 
zantin. Cette statue restait ignorée dans un coin du clocher de Schwein- 
heim, où elle gisait, personne ne sait depuis quand, au milieu de vieille- 
ries et de débris sans valeur. Sa découverte et, ce qui plus est, sa con- 
servation, sont dues à M. le curé actuel Glœckler, qui l'a fait transporter 
chez M. le sculpteur Müller, avec la pensée d'une restauration éventuelle. 
Sur les observations du secrétaire, M. le curé renonce à une restauration 
proprement dite, qui est jugée à peu près impossible et ferait perdre à 
l'œuvre son cachet propre. Dès qu'il y aura moyen d'en prendre une épreuve 



nestauration 

fie la 

chapelle 

de Hüttenheim. 



Dessins 
d'anciens murs 
de fortification 
par M. Blanck. 



Ancienne 
statue de Vierge 
à Schweinheim. 



photographique, le secrétaire la présentera au Comité et proposera d'en 
publier un dessin, accompagné d'une description à laquelle il compte 
rattacher un aperçu iconographique de la sainte Vierge en Alsace. 
Inscription Sur la propositlou de M. Straub, M. le curé Glœckler est inscrit membre 
nouveau Membre, dc la Société pour la couscrvation des monuments historiques d'Alsace. 
La séance est levée à 3 heures et demie. 



Séance du ii mai 4874. 

Président : M. le'docteur EISSEN. 



Découverte 



de la Société. 



Présents: MM. Klotz, Sengenwald, de Türckheim, Straub, secrétaire; 
M. le professeur Krauss assiste à la séance. 

Le procès-verbal de la séance d'avril est lu et adopté. 

M. Eissen donne la parole à M. le professeur Krauss, qui communique 

dVntéS au Comité une découverte intéressante pour notre histoire locale. Lors 

né à stras'bôurg. d'un réccnt voyage en Italie, M. Krauss a relevé dans le Campo-Sancto de 

Pise l'épitaphe d'un général d'artillerie, né à Strasbourg et mort sur la 

brèche en défendant la ville de Pise. 

Le Comité vote des remercîments à M. le professeur et décide l'insertion 
de la note dans le Bulletin. 
Local M. le président annonce qu'il s'est, dans l'intervalle de la dernière 

mems lapidaires séancc, occupé du choix d'un local pour placer les monuments lapidaires 
appartenant à la Société, et qu'il serait utile de rendre accessible aux visi- 
teurs. Ces pierres sont en ce moment déposées dans les caves de l'ancien 
Château. M. l'administrateur Back, auquel M. Eissen s'est adressé pour 
obtenir un emplacement convenable, demande, avant tout, un inventaire 
de ces objets. On avait tout d'abord proposé à cet effet la cour intérieure 
des anciennes boucheries, mais M. l'architecte Conrad doute qu'ils puis- 
sent encore y trouver place. Un membre propose de les exposer dans l'en- 
clos de la Mairie, au coin du Broglie. 

Plusieurs membres, pensant qu'il n'y a pas péril en la demeure, de- 
mandent que la question soit ajournée. Cet avis est adopté. 

Une discussion s'élève sur l'utilité qu'il y aurait à donner au public com- 
munication officieuse de ce qui se passe au sein du Comité, du moins de 
tout ce qui est de nature à intéresser les amis de nos antiquités locales. 



— 37 — 

Sur la proposition de M. le président et sur les instances des membres du 
Comité présents, le secrétaire accepte la mission de faire à la suite de 
chaque séance, s'il y a lieu, un rapport que M. le président fera insérer 
dans les journaux de la localité. Ce rapport n'aura aucun caractère officiel 
et n'a d'autre but que de tenir le public alsacien au courant de ce que la 
Société fait pour l'étude et pour la conservation des monuments histo- 
riques d'Alsace. La rédaction est abandonnée au secrétaire par un vote de 
confiance. 
Trente nouveaux membres sont proposés et admis. inscription 

de 30 noureaux 

En voici les noms : membres. 

MM. baron A. de Dietrich, propriétaire au Jägerthal, près Niederbronn; 

Schützenberger (Arthur), propriétaire; 

Blum-Auscher (Léon), banquier; 

Bastien (F. C), banquier; 

Lichtenberger (Ém.), architecte; 

Heitz (J. H. E. D.), imprimeur; 

Eschenauer (Th.), juge au tribunal de commerce; 

Walther (Alfred), membre de la chambre de commerce; 

Emmerich (Paul), juge au tribunal de commerce; 

Emmerich (L. A.), propriétaire; 

Stsehling (Jean), banquier; 

Valentin (L.), banquier; 

Henry (L.), fabricant; 

Althoff, professeur à l'Université; 

baron d'Aufsess, conseiller supérieur des douanes, délégué du 
Gouvernement pour les contributions indirectes et les douanes; 

Bochholz, juge de paix; 

Bull, libraire de l'Université; 

Harseim, auditeur de l'état-major; 

Kaiser, procureur impérial; 

Kindler de Knobloch, capitaine d'artillerie; 

baron de Reitzenstein, conservateur de la bibliothèque de l'Uni- 
versité; 

Schmidt, questeur de l'Université; 

baron de Seebach, capitaine en retraite et propriétaire; 

Schultze, professeur à l'Université; 

Studemund, professeur à l'Université; 

Zinck, avocat; 

D^'Deimel; 



MM. Scharf, aumônier protestant de la division de Strasbourg; 
Trübner (Charles), libraire. 

La séance est levée à 3 heures et demie. 



Séance du 8 juin 1874. 

Président : M. le docteur BISSEN. 



Présents : MM. Nessel, Petiti, Ringeisen, Sengenwald, de Türckheim 
et Straub, faisant les fonctions de secrétaire. 
M. le docteur Willmanns, professeur à l'Université, assiste à la séance. 
Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la séance du 11 mai. 
Le procès-verbal est adopté. 
Inscription Après avoir déposé sur le bureau les ouvrages offerts à la Société depuis 

de 13 nouveaux .,,... . , 

membres. la demièrc reunion, le président fait inscrire les noms suivants présentes 
par M. de Türckheim : 
MM. Himly, président du tribunal de commerce; 
Schützenberger, avocat; 
Brion, entrepreneur; 
Albert Brion, architecte; 
Jules Beck, négociant; 
Théodore Beck, négociant; 
Gerval, directeur des hospices civils; 
Lehr, administrateur des écoles de Sainte-Aurélie et Saint-Pierre- 

le-Vieux; 
Ungemach, négociant; 

Rolh, professeur de mathématiques à l'Université; 
Schricker, secrétaire du sénat de l'Université; 
le docteur Schimper, professeur à l'Université, présentés par 
M. Jules Sengenwald; et 
M. Hugues de Bulach, présenté par M. Slraub. 
Mesures L'ordro du jour appelle la discussion sur les mesures à prendre pour 

pour l'assemblée u r r 

générale. réuuir la Société en assemblée générale. L'incertitude dans laquelle on se 
trouve encore relativement au chiffre des sociétaires de Colmar fait ajour- 
ner jusqu'à nouvel ordre la réunion qui doit se tenir annuellement dans 



— 39 — 

cette ville. Quant à la réunion générale à tenir à Strasbourg, les membres 
du Comité reconnaissent qu'il est urgent qu'elle ait lieu le plus tôt possible; 
la majorité des membres présents fixe à cet effet le 16 juillet de l'année 
courante, supposant que les comptes et le budget pourront être présentés 
à cette date. 
La séance est levée à 3 heures. 



Séance du bureau, le 2 juillet 4874. 

Président : M. le docteur EISSEN. 



Présents: MM. Blanck, Petiti, Sengenwald et Straub, secrétaire. 
L'ordre du jour annonce les dispositions prochaines à prendi'e pour 
l'assemblée générale. 
Le Comité devant être renouvelé au quart, on tire au sort les noms des Nom« 

des membfes 

membres qui n'ont pas déjà donné leur démission. Ces derniers sont : du comité 

1 r J sortant en 1874. 

MM. Bernard, Reussner et Nicklès, qui sont à remplacer ou à rééhre en 
1874, avec MM. Brucker et Stumpf. 

Pour 1875, le sort désigne : MM. Spach, Ringeisen, Bissen, Nessel et 
Sengenwald. 

Pour 1876, MM. Gyss, Straub, de Türckheim, Fischer et Blanck. 

Pour 1877, MM. Ohleyer, Guerber, Klotz, Petiti, de Schauenburg. 

M. le président annonce que M. Klotz a été mis dans l'impossibilité de compte«. 
régler les comptes — son comptable ayant eu des malheurs domestiques 
et se trouvant être malade. — Il promet de prendre au besoin lui-même 
la cause en main. — Le bureau décide qu'il sera également écrit à 
M. Ringeisen pour obtenir de lui un rapport sur les travaux de conserva- 
tion exécutés pendant le courant de 1873-1874'. 

La séance est levée à 3 heures. 



r r 



SOCIETE 



POUR LA 



CONSERVATION DES MONUMENTS HISTORIQUES 

D'ALSACE. 



oîOic 



Séance générale du 16 juillet i874. 

Présidence de M. EISSEN. 



La réunion a lieu dans la grande salle de la mairie, que M. l'administra- 
teur a bien voulu mettre à la disposition de la Société. 
Dans une des salles attenantes , le comité expose un des vitraux de Exposition 

' de vitraux 

l'église de Vieux-Tliann, restauré par ses soins, et les calques des peintu- *' mu''raier''' 
res murales de l'église de Rosenwiller, exécutés par M. Denecken, aux 
frais de la Société. 

L'assistance, une des plus nombreuses depuis la première réunion gé- 
nérale de 1856, regrette l'absence de M. L. Spach, qui se fait excuser par 
lettre, ainsi que M. le vice-président, M. le baron de Schauenburg. Le bu- 
reau est occupé par M. Kissen, président; M. d'Ernsthausen, président 
honoraire; M. Klotz, trésorier, et M. Straub, secrétaire en fonctions. 

M. Eissen ouvre la séance par le discours suivant: Discours 

(lu presitlont, 

«Messieurs, 

«C'est avec une joie bien vive, avec une satisfaction profonde, que celui 
dont le nom se trouve inscrit le troisième sur la liste des citoyens accou- 
rus pour fonder cette Société — tant était grand à travers toutes les pha- 
ses de son existence le culte sans bornes (ju'il avait voué à l'histoire de 
la province natale et à la conservation des précieux vestiges de son glo- 
rieux passé, — que cet homme, dont toute la vie s'est écoulée dans l'exer- 

T. IX. - (P.-Y.) / 



— 42 — 

cice d'un art béni des dieux, mais qui n'impose pas nécessairement l'oubli 
de toute modestie, se voit appelé à l'honneur bien grand de prendre la 
parole devant vous, devant une assemblée qui réunit les esprits les plus 
cultivés sur le seuil de deux grands pays; car, Messieurs, cette circonstance 
est la preuve irréfutable que l'institution que je représente n'a pas péri, 
et qu elle a traversé, sans èlrc détruite, le cataclysme que nous avons vu 
éclater sur nos têtes. 

«En efTet, Messieurs, les terribles événements auxquels nous avons 
assisté, ébranlèrent jusque dans ses fondements la Société fondée en 1855, 
cette institution cultivée avec tant de sollicitude et arrivée à un dévelop- 
pement magnifique dans les quelques années qu'il lui avait été donné de 
vivre. Il était naturel que le nombre de nos sociétaires dût diminuer dans 
des proportions exorbitantes par des démissions, par des émigrations. Ce- 
pendant le premier moment de stupeur passé, nous nous roidîmes contre 
les événements. Nous nous dîmes que l'Alsace avait bien changé de domi- 
nation, mais qu'elle n'avait pas disparu; elle était toujours là avec ses 
souvenirs, ses traditions des siècles disparus et les nombreux monuments 
que nous avions pris à tâche jusque-là d'empêcher de tomber dans le 
néant. Nous nous dîmes qu'il ne faut point laisser périr notre œuvre, et 
nous résolûmes de nous remettre à travailler avec les débris que nous 
avions pu sauver. C'est alors que pour affirmer que nous n'étions pas 
nioi'ts, il fut décidé que nous réunirions dans une assemblée générale, con- 
voquée par mon prédécesseur, tous les membres qui nous étaient restés. 
Malheureusement cette séance générale fut marquée par la démission de 
notre tant regretté président depuis la fondation, événement qui aurait 
pu avoir de graves conséquences. Vous me fîtes l'honneur de jeter les 
yeux sur moi, et vous me désignâtes pour succéder à M. Spach. J'acceptai, 
quoique la part que j'ai prise à nos publications se réduisît à un bien 
léger bagage. Mais je vous prorais que tant que j'aurai l'honneur de me 
trouver à votre tête, la Société ne se dissoudrait pas. — J'espère que 
vous me rendrez justice sur ce point, et vous allez entendre le résumé 
de la situation telle qu'elle résulte des travaux accomplis par les membres 
du comité. — Ce n'était pas une petite aflaire; beaucoup de sociétaires 
s'étaient définitivement retirés, d'autres avaient quitté leur résidence sans 
intention de se retirer de nous, d'autres enfin, en petit nombre, étaient 
revenus, mais sans déclarer leurs intentions à notre égard. Il a fallu 
éplucher tout cela et chercher à remettre en ordre nos écritures. — C'est 
au zèle et au dévouement de notre honorable trésorier que nous devons 
d'avoir pu réussir à mettre de la clarté dans notre situation, aussi je me 



— 43 — 

plais à lui rendre ici un témoignage public de la reconnaissance que la 
Société lui a vouée et qui lui est due à tant de titres. 

« Quant à la sollicitude que j'ai vouée à nos monuments, mes efforts n'ont 
malheureusement pas été couronnés partout par de grands succès. — J'ai 
voulu sauver de la destruction une tour, restant des anciennes fortifica- 
tions de la ville libre de Strasbourg, et désignée par nos chroniqueurs 
sous le nom de Guldenlhurm. Mais malgré toutes mes instances, malgré Gummhurm. 
des offres réelles, malgré la haute protection dont ce monument se trouva 
entouré par M. le président supérieur d'Alsace-Lorraine, des conditions 
d'intérêt financier prévalurent chez le propriétaire : la tour fijt démolie et 
remplacée par une maison d'habitation. Il ne nous en reste qu'une phofo- 
grnpliie faite par M. Straub en 1805 et reproduite dans le prochain numéro 
du Bulletin. 

«Un autre monument, un véritable bijou archéologique, la chapelle de ch|irciio 
Sainte-Marguerite d'Epfig, qui nous fut signalée par notre confrère ^''"TS""^'"" 
M. Ringcisen, éveilla notre vive sollicitude. Elle fut visitée par nous 
en compagnie du secrétaire de la Société; nous trouvâmes dans le 
maire d'Epfig un confrère. M. le docteur Ruhlmann, dans les meilleures 
dispositions pour le petit monument, nous promit aussitôt le concours de 
la caisse communale pour cet objet. Sur notre proposition, le comité vota 
des fonds pour l'entreprise, et la restauration fut confiée à M. Ringeisen, 
déjà signalé par les beaux travaux de restauration et de consolidation du 
château de Hohkœnigsbourg, par ses travaux à l'église de Saint-George à 
Schlestadt, et surtout par ses belles études de restauration de l'église de 
Sainte-Foi de la même ville. Grâce à cet habile et dévoué confrère, le petit 
monument sera sauvé, et si les travaux ne se poursuivent pas avec toute 
la célérité désirable, il faut en chercher la cause dans les difiicultés de 
trouver loin des grandes villes des ouvriers assez intelligents pour bien 
suivre et exécuter les idées de celui qui dirige. 

«Dans tous les cas, la Société aura bien mérité de la science archéolo- 
gique, ainsi que de l'histoire de l'architecture alsacienne par la réfection 
de ce monument. 

« Un autre objet digne du plus haut intérêt fut trouvé dans la chapelle de cM^v^we 

. de Rosenwiller 

RosenwiUer près de Roshemi. L'intérieur de ce petit monument avait été pf^s de uo.heim. 
jadis recouvert en entier de peintures murales du quatorzième siècle, qui 
malheureusement à une époque postérieure, où le goût des beaux-arts 
paraît s'être eflacé peu à peu dans les campagnes, furent recouvertes d'un 
badigeon. On y surajouta plus tard encore, au seizième siècle, de nouvelles 
peintures, sans aucune valeur esthétique. Des études consciencieuses, en- 



Vitriiiix 
ilo >'ieux-îl]ann. 



_ 4.4 — 

treprises par voire secrétaire, firent découvrir le véritable état des choses, 
et le comité décida que l'on chargerait un artiste non pas de restaurer les 
peintures primitives, mais d'en prendre le calque le plus fidèle que possi- 
ble. Le comité vota des fonds pour cette entreprise, et nous eûmes le 
bonheur de trouver dans la personne de M. Denecken un artiste aussi 
capable que consciencieux, qui se chargea de s'exiler pour un certain 
temps dans cette Thébaïde, où même les premières conditions de la vie 
malérielie font presqu'entièrement défaut, pour se soumettre au travail 
demandé. MM. les sociétaires, s'ils veulent bien se donner la peine de se 
rendre dans la salle attenante, pourront se convaincre de la manière dont 
M. Denecken a réussi, et du haut intérêt qu'offrent les sujets représentés 
et la manière dont ils sont exécutés. — Sans doute il a été impossible de 
refaire ce qui avait existé; mais l'idée première ne périra plus; la Société 
possède désormais, dans les cartons mis à sa disposition, le souvenir de ce 
qui a existé jadis dans cet endroit et une page de l'important chapitre de 
l'histoire des peintures murales en Alsace. 

« Nous avons de plus entrepris la conservation des magnifiques vitraux 
de l'église de Vicux-Thann dans la Haute-Alsace, et nous sommes en re- 
lations avec un artiste très-capable d'entreprendre cette besogne. Des spé- 
cimens déjà restaurés sont également déposés dans la salle voisine. 
chnpeie «D'un autre côté et pour revenir dans la Basse-Alsace, une petite cha- 

ilo Hiiitfiilipim. 

pelle, celle de Hüttenheim près Benfeld, défigurée d'une façon déplorable, 
a attiré notre attention. Cette chapelle, dont le galbe élégant, la gracieuse 
tourelle frappent les yeux du voyageur qui se rend de Strasbourg à 
Schlestadt, lorsqu'il laisse errer les regards sur la plaine à la gauche du 
chemin de fer, va être placée désormais sous le patronage de la Société. 
Elle sera restaurée avec intelligence et bon goût, et notre confrère 
M. Ringeisen se chargera avec plaisir de présider à ces travaux. 

«Je constate avee bonheur que l'administration actuelle, aussi bien que 
celle qu'elle remplace, seconda avec bienveillance et avec hbérahté nos 
efforts, et qu'elle se montre disposée à continuer sur ce pied. 

«C'est ainsi, Messieurs, que sur le terrain paisible de la science, dans le 
culte des souvenirs des époques disparues, nous reportant d'un commun 
accord aux diverses phases qu'a traversées ce pays, nous pourrons perpé- 
tuer parmi nous les traditions vénérées des temps passés et travailler en- 
semble à une œuvre féconde et pleine de belles promesses pour l'avenir, 
dans une cordiale entente, ainsi qu'il convient à des hommes que la poH- 
tique avait pu diviser, mais que l'austère science est destinée à réunir.» 



- 45 — 

M. Klotz, trésorier de la Société, rend compte de la situation financière p^aHe\™ier 

1 • 1 r • 1 „ „ -, ,1 0'70 pour l'année tS73 

depuis la reunion de mars 1ö7o. 

«Messieurs, 
«Dans la séance générale du G mars 1873 j'ai eu l'honneur de vous 
soumettre les comptes de gestion pour les années 1870, 1871 et 1872 
que vous avez bien voulu approuver. 
L'avoir de la Société à cette date se composait : 
1° De 25 obligations nominatives des chemins de fer de 

l'Est S\ achetées pour 8,621 '"20 ^^ 

2^ De la somme déposée à la banque d'Alsace et de Lor- 
raine se montant à 4,622 25 

S^ De l'argent en caisse 494 90 

Total. . . . 13,738''35*^ 
Voici l'exposé de la situation financière de la Société pour l'année 1873: 

Compte de l'année 1873. 



RECETTES. 

Recettes ordinaires. 

CiiAr. P''. Intérêts des capitaux. 
Intérêts de 25 obligations nominatives des che- 



mins de fer de l'Est 3% 363^70^ 

Intérêts des fonds déposés en compte courant 
à la banque d'Alsace et de Lorraine .... 144 40 



Chap. II. Collsalions des sociétaires. 
Le nombre des quittances acceptées a été de 

123, à 10 fr. l'une 1,230 



508^10° 



1,230 » 
Chap. III. Subventions. 

Subvention du département du naut-Rhinpourl872etl 873' 1,000 » 

Chap. IV. Recettes diverses. 
Produit de la vente du bulletin publié par la Société ... 25 » 



Total des recettes ordinaires. . . . 2,763^^10'^ 



1. Le département du Bas-Rhin n'a pas donné de subvention ni en 1872, ni en 1873. 



— 46 — 

Recettes extraordinaires. 
Reliquatactif du compte de 1872 5,117^15'= 



Récapitulation. 

Recettes ordinaires 2,763 10 

Recettes extraordinaires 5,117 15 



Total général des recettes. . . . 7,880 25 



DEPENSES. 

Dépenses ordinaires. 

Chap. P"". Frais de bureau et d' administration. 

§ 1. Location et entretien du local des séances: 

A. Loyer pour 1873 350'" »' 

B. Assurance contre l'incendie du mobilier et 

de la Bibliothèque; prime pour 1873 ... 910 

G. Balayage 40 » 

D. Indemnité au garçon de bureau de la Mai- 
rie pour disposition de la salle pour l'as- 
semblée générale 10 » 



§ 2. Frais d'administration : 

A. Indemnité au commis du président 200 » 

B. — au commis du trésorier 150 » 



§ 3. Frais de bureau: 

A. Fourniture de billets de convocation aux 

réunions 9 » 

B. Affranchissement du bulletin et de lettres de 

convocation 71 45 

C. Insertions dans les journaux 5 55 



409^10^ 



350 



86 » 
A reporter 845 10 



§ 4. Frais de perception : 

A. Encaissement des quittances de 1873 à Stras- 



47 — 

Report 845 '10' 



boiu'ff 60 » 



f ..c 



'& 



B. Affranchissement des quittances envoyées au 

dehors 25 » 

C. Port de lettres et mandats 2 60 

87 60 
§ 5. Frais de déplacement : 

Pour différentes excursions du président et des mem- 
bres du bureau 41 » 

973 70 
Chap. II. Fouilles, recherches, travaux de conservation. 

Néant. 
Chap, IIÎ. Publication du bulletin de la Société. 

Néant. 
CiiAP. IV. Dépenses diverses et imprévues. 

Néant. 

Dépenses extraordinaires. 

Néant. 

Récapitulation. 

Dépenses ordinaires 973 70 

Dépenses extraordinaires « » 

Total général des dépenses. . . . 973 70 

RÉCAPITULATION. 

Recettes. 

Recettes ordinaires. 

Chapitre P"". Intérêts de capitaux 508*^ 10*^ 

— II. Cotisations des sociétaires . . . 1,230 » 

— m. Subventions i,000 » 

— IV. Recettes diverses 25 » 

2,763'' 10«^ 
Recettes extraordinaires. 

Reliquat actif du compte de 1872 5,117 15 

Total général des recettes. . . . 7,880 25 



— 48 — 

Dépenses. 

Dépenses ordinaires. 

Chap. P"". Frais de bureau et d'administration 973 '^lO*^ 

Chap. II, III et IV sans dépenses. 

Balance. 

Recettes 7,880 25 

Dépenses 973 70 

Reliquat 6,906 55 

Qui se décompose ainsi : 

Fonds déposés à la banque d'Alsace et de Lorraine. . 4,766 65 
Espèces en caisse 2,139 90 

Total pareil. . . . 6,906 55 
A ajouter à l'avoir de la Société : 

Prix d'acquisition de 25 obligations des chemins de fer 

de l'Est 3 p. 100 8,621 20 

15,527 75 

Le présent compte soumis à la vérification du comité par le trésorier 
soussigné. 

Strasbourg, le 6/12 juillet 1874. 

Signé: Klotz.» 

Exposé, Le président invite M. l'abbé Straub à faire l'exposé des travaux litté- 

fait par M. Straub, r i 

des travaux liité. ^aircs oui Ont été adressés au comité depuis la dernière séance générale 

raires fournis i r o 

"^"deran™' 6^ qui forment le contenu du prochain Bulletin, actuellement sous presse. 
Un travail étendu, dont la substance est tirée des archives départemen- 
tales du Bas-Rhin par M. Spach, expose les rapports politiques existant 
entre la ville de Strasbourg et les villes suisses de Berne et de Zurich au 
dix-septième siècle. 

Parmi les mémoires figure une étude comparative sur le développe- 
ment de l'archilecture et de la statuaire en France, d'après les matériaux 
employés dans les diverses régions, par M. Guerber. Le même auteur a 
fourni une notice sur l'ancienne abbaye de Stürzelbronn. La découverte 
de la première pierre de l'ancienne église des Dominicains à Strasbourg a 
fourni au secrétaire l'occasion de faire valoir la signification symboHque 



— 49 — 

attachée par le moyen âge à la pierre fondamenlale des édifices sacrés;— 
Le même membre décrit dans un second mémoire les anciens autels por- 
tatifs, encore conservés en Alsace, et donne des détails sm' les Schott, 
une famille patricienne de Strasbourg; ces détails sont extraits d'un ma- 
nuscrit qui a péri pendant le bombardement de la ville. 

Une notice intéressante, concernant un membre du clergé de notre dio- 
cèse et enterré à Obernai au seizième siècle, est fournie par M. l'abbé 
Gyss. — M. Kraus, professeur à l'Université de Strasbourg, a fait con- 
naître le nom d'un général d'artillerie, né à Strasbourg, et en 1511 au 
service de la ville de Pise, au moment où la ville fut prise d'assaut. Dans 
un récent voyage M. Kraus en a découvert le monument funèbre, au 
campo sancto de Pise. 

M. D. Fischer, maire de Saverne, a fourni une monographie de l'ancien 
couvent des religieuses de Saverne. 

M. Straub termine son exposé par la lecture de quelques passages d'une 
étude sur l'église de Vieux-Thann et ses vitraux, qui paraîtra dans le Bul- 
letin. 

La parole est à M. Ringeisen : 

«Messieurs, 
«Vous ne vous attendez sans doute pas à une longue énumération des Rapport d-ensembie 

• " sur les travaux 

travaux de consolidation entrepris par la Société. de consolidation 

1 r et de restauration 

«Les événements qui nous ont surpris ont été trop profonds pour per- ^^^ M.^Tidsen. 
mettre à vos membres, quelque dévoués qu'ils fussent, les paisibles loisirs 
de la science et de l'art. 

«Cependant lorsqu'une institution a sa raison d'être, qu'elle a large- 
ment prouvé sa vitalité, si un cas fortuit semble l'avoir paralysée, elle 
marche encore pendant quelque temps par sa propre force d'impulsion. 
C'est ainsi que, malgré quelque apparence de torpeur, nous sommes 
heureux de pouvoir vous produire les preuves suivantes d'une activité 
sérieuse. 

«Je devrais commencer parle Ilaut-Pdiin, vous parler des travaux entre- Res7àura"iion 
pris aux verrières de l'église de Vieux-Thann, sous le patronage de i^ ^e vitraux (looofr.) 
Société des monuments historiques d'Alsace. Mais M. Straub, qui a suivi 
ces travaux, a bien voulu se charger d'écrire une notice sur cet intéres- 
sant sujet. Je me contente donc d'enregistrer pour mémoire le crédit de 
1000 fr. et la dépense qui s'élève à pareille somme. 

«Le chœur de l'église de Rosenwiller est une construction ogivale très- (eanïndeScim) 
intéressante. Ce chœur est précédé d'une tour plus ancienne, dont la par- ^"^ ^'' 



— so- 
tie inférieure servait autrefois de chœur à l'église primitive, qui a disparu, 
et qui a été remplacée en 1860 par une nouvelle nef. Cette tour avait été 
ouverte à l'est lors de la construction du chœur ogival et à l'ouest lors de 
la reconstruction de la nef. Malgré ces raodificalions, ses anciennes parois 
nord et sud ont été conservées dans leur état primitif. 

«On voit encore sous le badigeon, qu'on a fait disparaître de ces parois, 
les traces de ces modifications et de peintures murales de différentes épo- 
ques. Celles du treizième siècle avaient été recouvertes de peintures rela- 
tivement plus récentes, qui ont permis, après leur grattage, de distinguer 
parfaitement les sujets anciens. 

«Le chœur est-il également couvert de peintures? Nous le pensons. 
Comme il n'a pas été fait de réparation à cette partie de l'édifice, nous 
n'avons pas eu occasion de vérifier cette hypothèse. Il n'a été mis à jour 
jusqu'à présent que les sujets de l'avant-chœur. 

«La Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace 
s'était intéressée à ce spécimen de nos peintures murales, et sur la propo- 
sition de M. l'abbé Straub, secrétaire du comité, elle avait volé une somme 
de 300 fr. pour subvenir aux premiers frais de restauration. Elle se pro- 
posait de relever, au moyen de calque, l'état actuel, puis de faire revivre la 
peinture primitive, après avoir fait disparaître avec précaution les super- 
fétations successives. Ce travail exigeait le concours d'un artiste habile et 
consciencieux. Les événements de la guerre ont mis obstacle à ces dis- 
positions. Il y avait nécessité de les reprendre. M. Denecken, peintre à 
Strasbourg, qui a déjà exécuté des travaux remarquables dans ce genre, 
vient d'être récemment chargé de relever l'état ancien. 

«Vous avez pu voir, Messieurs, dans la salle voisine, les reproductions, 
grandeur naturelle, des peintures primitives qui décorent la face nord de 
l'avant-chœur; elles ont avant tout le mérite de l'exactitude. Si elles ne 
peuvent rendre le charme et la naïveté du modèle , elles seront cepen- 
dant d'un secours précieux pour l'étude de l'histoire de l'art religieux dans 
nos contrées. Je ne doute pas que vous ne donniez votre approbation à 
ce mode d'opérer et que vous ne nous encouragiez à le renouveler lors- 
que l'occasion s'en présentera de nouveau. 

«Cette occasion semble toute trouvée. 
iiûiicnheim. « La chapcllc du cimetière de Hüttenheim, près Benfeld, est une petite cons- 

Pfiniures murales. • i i • 

truction de plusieurs époques. Elle est orientée. Le chœur ogival est voûté, 
avec contreforts; la nef, ajoutée après coup, est également ogivale mais 
plafonnée. Le porche et la sacristie sont de 1739. Au-dessus du pignon 
ouest de la nef s'élève un petit clocheton en pierre, de forme hexagonale et 



— 51 — 

datant du seizième siècle; au-dessus de l'autre pignon à l'est s'élève un 
deuxième clocheton, beaucoup plus petit, en briques et pierres. 

« Dans le chœur est un magnifique autel de 1724 et dans la nef deux au- 
tres plus petits de la même épofjue. La madone du maître-autel est du 
commencement du seizième siècle. 

«Tout cet ensemble, malgré ses disparates et la simplicité de ses formes, 
est fort intéressant au point de vue de l'art et très-vénéré dans la com- 
mune. 

«Le Conseil municipal a fait exécuter quelques travaux de grosses répa- 
rations nécessités par les ravages du temps et des hommes. 

«En procédant à l'enlèvement des badigeons, on a trouvé que tous les 
parements intérieurs de la nef et du chœur, ainsi que les dessus des trois 
portes d'entrée extérieures, étaient couverts de peintures décoratives. 

«Celles de la nef à la hauteur d'appui se composent de draperies droites, 
arrêtées par de grandes bandes de divdsion. 

«Au-dessus régnent deux zones de tableaux superposés, également 
entre des bandes de division, et représentant les scènes principales de la 
vie de la sainte Vierge. Le chœur est orné de grandes figures debout 
dans les trumeaux. Les tympans de chacune des deux voûtes d'arête sont 
décorés d'anges affrontés à la clef, les ailes éployées le long des arcs dia- 
gonaux et portant des phylactères dans leurs mains; dans les ébrasements 
des fenêtres courent des rinceaux et sur les clefs de voûte sont représen- 
tés des écussons armoriés. Les peintures primitives datent du quinzième 
siècle; elles ont été recouvertes par d'autres peintures plus récentes. 

«Malgré les soins et les recommandations les plus absolues, il a été im- 
possible jusqu'à présent de dégager toutes les figures. Cependant, par 
les fragments qu'on en distingue, il est facile de reconnaître tout l'intérêt 
que présentent ces peintures. 

«La commune se propose de rétablir ces décorations et ces peintures; 
elle paraît justifier de ressources importantes. Nous faisons des vœux pour 
la réussite de ces projets et la conservation, ainsi que le rétabUssement, 
aussi exact que possible , de ces spécimens rares et précieux. Avant tout 
nous proposerions d'accorder sur les fonds de la Société une subvention 
nécessaire pour faire dresser les calques de toutes les parties visibles, 
ainsi qu'il a été déjà procédé pour les peintures de Rosenwiller. Au cas 
où ces travaux ne pourraient être entrepris avec les exigences qu'ils com- 
portent, nous estimons qu'il y aurait lieu de conseiller à la commune de 
se contenter d'une peinture décorative à la détrempe, qui permettrait à 
l'avenir de retrouver les anciens types, si l'on devait les rétablir. 



— 52 — 

ciJduj'de ®L^ chapelle de Sainte-Marguerite, située au pied d'Epfig vers l'orient et 
Sainte-Marguerite, Contre l'aiicienne vole romaine, se compose d'une petite nef, avec transept 
et chœur voûtés en berceau, d'une époque très-reculée. Elle est surmon- 
tée à sa croisée d'une tour rectangulaire, plus récente. 

«Contre le pignon ouest et le long de la face sud de la nef a été ajouté 
après coup un. cloître à petites arcadures romanes paraissant être du on- 
zième siècle. 

«Dans l'angle formé par la rencontre du chœur et du croisillon sud a 
été élevée, en 1516, une petite chapelle ogivale à voûte d'arête portant à la 
clef le millésime et l'écusson de son fondateur. Et plus tard encore ont 
été construits du côté nord, contre le chœur: une petite sacristie, et con- 
tre la nef: un ossuaire. On voit de plus, au sommet du pignon ouest de 
la nef, la date de 1601, époque de la reconstruction des toitures après un 
incendie. 

«Cette chapelle, autrefois l'église du village de Sainte-Marguerite avant 
son annexion à Epfig, est entourée d'un cimetière qui a longtemps servi pour 
les inhumations de toute la paroisse. Depuis le transfèrement du cime- 
tière, elle n'a plus d'affectation spéciale, mais elle est tout particulièrement 
vénérée par la population entière. 

« Ce petit monument, un des plus intéressants de toute l'Alsace par son 
antiquité et son ensemble, est dans un bien mauvais état de conservation. 
Des mutilations déplorables ont été apportées de longue date aux formes 
du bâtiment qui en défigurent l'aspect. Des déversements considérables 
se sont opérés et menacent plusieurs parties essentielles de la construc- 
tion. Enfin, l'humidité, par suite de l'exhaussement des terres à l'entour, 
rongeait le bas des murs et les carrelages intérieurs. 

«La Société pour la conservation des monuments historiques s'est vive- 
ment préoccupée de cette situation. 

«Elle a affecté, en 1873, un premier crédit de 1,000^ 

qui avaient été mis à la disposition de notre Irès-regrellé pré- 
sident par M. le préfet, comme produit de l'allocation votée par 
l'ancien Conseil généralpour l'année 1871et qui allaitêtre périmée. 

« De son côté la commune avait entrepris en 1 872, sur ses fonds 
particuliers, les premiers travaux de déblai autour de l'église. 

« Ces travaux ont occasionné une dépense de 250 

«Depuis, la Société a alloué un second crédit de 1,000 

et la commune deux nouveaux crédits de 500 fr. chacun, soit . 1,000 

«Ensemble 3,250 



— 53 — 

«A l'aide de ces crédits il a pu être constitué un petit atelier, qui est ac- 
tuellement en fonction, sous la surveillance active de M. Ruhlmann, maire 
de la commune et membre de notre Société, et par la décision de votre 
comité, en date du 30 mai 1872, sous ma direction spéciale. 

«Les travaux de déblai, effectués autour de lacbapelle à la fin dei872, 
ont mis à jour le soubassement de ce petit édifice et ont eu pour premier 
résultat de le dégager et de l'assainir. 

«J'ai pu constater ensuite que l'ossuaire, établi après coup contre la nef, 
puis agrandi, était sans fondement, lézardé et menaçant ruine. Comme cet 
appendice, sans être d'une grande importance archéologique, a sa raison 
d'être, il a été décidé par la commission des monuments historiques, com- 
posée de M. Eissen, votre président, et de MM. Klotz et Straub, qui se sont 
transportés sur les lieux, le 3 août et le 30 octobre 1873, que cet appen- 
dice serait démoli et reconstruit dans ses formes et dimensions anciennes. 
Cette démolition est effectuée; les murs, composés de petits moellons et 
de mortier de mauvaise qualité, n'ont pas présenté la moindre résistance. 
Ils avaient cédé sous la charge des ossements accumulés dans l'ossuaire, 
qui avaient glissé et fait effort contre les parois. Ces ossements ont été 
recueillis avec soin par le fossoyeur. Ils forment dans le cimetière un 
vaste tumulus recouvert en paille. Ils pourraient servir momentanément 
aux recherches anthropologiques. Ils seront rétablis et rangés à leur an- 
cienne place après la terminaison des travaux. L'angle nord-ouest du croi- 
sillon nord était lézardé et se détachait. Lors de la démolition de l'ossuaire 
à côté, cet angle menaçait de s'écrouler; il a été démoli avec soin. Les 
pierres d'angle ont été numérotées pour être reposées telles qu'elles 
étaient. Il est facile de constater par cette brèche que la maçonnerie est 
formée de petits moellons de grès irréguliers et ronds, variant de 6 à 15 
centimètres; les plus gros de 15 à 30 centimètres; l'intérieur du mur, qui 
est fort épais (près de 1 mètre), forme une maçonnerie de blocage, noyée 
dans un mortier variable de nuance et de dureté. Ce mortier est en géné- 
ral de mauvaise qualité et terreux. 

«Les pierres de taille sont irrégulières, de faible épaisseur, mal appa- 
reillées et taillées grossièrement avec des striures sur leurs parements 
comme à l'époque mérovingienne. 

«Il résulte de ces indices, de la forme des voûtes, de la différence de 
niveau avec le cloître du onzième siècle, que la nef, le chœur et le tran- 
sept doivent être reportés à l'époque carlovingienne, sinon à celle méro- 
vingienne. 

«Espérons que l'étude du monument et des indices nouveaux qui pour- 



— W —■ 

ront être découverts, nous permettra de préciser plus sûrement les dates. 
Nous ne manquerons pas de recueillir tous les documents, même les plus 
insignifiants au premier aperçu, pour être réunis et représentés en cours 
des travaux, par des notes et des dessins fidèles. J'ai visité hier ces travaux 
de reconstruction ; malgré l'incertitude résultant d'un premier essai, ils 
avancent rapidement et assez convenablement. Le travail qui viendra en- 
suite, consistera dans le remplacement des pierres manquantes aux pentes 
des pignons et aux corniches, dans le rétablissement des combles et toitu- 
res suivant leur inclinaison primitive. 

«Cet ensemble d'opérations absorbera les fonds alloués. 

«Je ne doute pas qu'en raison de l'intérêt qu'inspire ce petit édifice et 
du bon résultat obtenu, la Société ne vienne de nouveau, par ses subven- 
tions et ses conseils, à l'aide d'une commune parfaitement intentionnée 
et qui sera heureuse de tous les efforts faits pour la conservation de son 
édifice de prédilection. 
Kœnigsbourg. «Après Ics travaux exécutés sur les fonds de la Société, je crois devoir 
dire un mot de ceux entrepris sous son influence par l'initiative privée. 

« Le château de Kœnigsbourg est populaire en Alsace. La Société pour 
la conservation des monuments historiques y a attaché son nom par les 
sommes importantes qu'elle y a consacrées. Grâce à elle, il est sorti des 
décombres que l'incurie et une sordide spéculation avaient amoncelés au- 
tour de ses murs. Depuis que la ville de Schlestadt en est devenue pro- 
priétaire, la Société avait cru pouvoir se reposer sur elle pour continuer 
l'œuvre de restauration commencée. Malheureusement Schlestadt, absorbé 
par de grands travaux de voirie et par les préoccupations de son avenir, 
n'avait pas trouvé le temps de s'occuper de sa nouvelle acquisition. Ce- 
pendant des ouvrages d'une absolue nécessité, quelques autres d'entre- 
tien, sollicitaient une prompte exécution, si l'on ne voulait pas déplorer 
des accidents et être entraîné plus tard à des dépenses de reconstruction 
considérables. 

«Dans ces circonstances critiques, MM. Dietsch, manufacturiers à Liépvre 
et membres de notre Société, après avoir demandé notre concours, se 
sont mis résolument à l'œuvre. A l'aide de leurs propres ressources et 
des fonds de collecte recueillis chez le garde pour cette destination, ils 
n'ont pas craint d'entreprendre depuis 1871 une série de travaux de répa- 
ration et surtout de déblais d'une importance majeure. 

« Si vos moments n'étaient pas comptés, je pourrais. Messieurs, vous don- 
ner le détail des résultats obtenus que j'ai consignés dans une petite 
notice adressée dans le temps à votre comité pour solliciter son concours 



— 55 — 

«Mais votre comité, engagé par ses antécédents et pensant plus que 
jamais qu'une ville comme Schlestadt ne doit pas se laisser enlever Tlion- 
neur d'entretenir son château, a dû se tenir officieusement à l'écart. 

«Cependant il ne laisse pas que d'apprécier à leur valeur le dévouement 
de MM. Dietsch et les beaux résultats obtenus. Votre président même a 
bien voulu m'accompagner en octobre 1873 dans une des excursions que 
nous avons faites en compagnie de M. le maire de Schlestadt et de plu- 
sieurs membres des monuments historiques et nous a vivement félicités. 

«Je tenais à constater ces faits, parce qu'ils sont méritoires, et à vous 
annoncer en même temps que des travaux de consolidation des voûtes les 
plus menacées doivent être prochainement entrepris. Sur l'initiative bien- 
veillante de l'administration, un devis m'a été demandé; il s'élève à 
8000 fr. La ville de Schlestadt fournit les bois d'échafaudage, les maté- 
riaux et son contingent en numéraire. Espérons que ces travaux ne seront 
pas les derniers et que ces magnifiques ruines, qui font l'ornement de nos 
contrées, trouveront enfin un concours digne de leur importance. 

«Vous le voyez. Messieurs, sans être chargés d'un riche butin, nous ne 
nous présentons pas cependant devant vous les mains vides; les circons- 
tances n'étaient pas faciles, vous le savez. Que nos efforts nous soient 
comptés. Nous espérons que vous serez indulgents et que vous nous sau- 
rez gré de cette preuve d'amour pour notre chère Alsace.» 

L'ordre du jour appelle les assistants à émettre leur vote pour com- Remplacement 
pleter le comité et pour 1 élection du président. Trois membres avaient ««r'^nts du comité. 
donné leur démission (MM. Nicklès, Bernhard, Reussner); deux ont été 
désignés sortants par la voie du sort (MM. Brucker et Stumpf). 
Le résultat du scrutin a été le suivant pour les membres du comité: 
MM. Brucker, archiviste de la ville, nommé avec 49 voix. 
Winckler, architecte provincial, » » 49 » 
Conrath, architecte de la ville, » » 42 » 
Schmidt, professeur de théologie, » » 37 » 
Salomon, architecte, » » 36 » 

Les autres voix sont tombées sur MM. Kraus: 12, Weizsœcker: 9, 
Stumpf: 7, Rindler: 4, Scherer: 4, etc., etc. 

Le résultat du scrutin pour l'élection du président a été : MM. Petiti, Élection 
24 voix; Straub, 20; de Schauenburg, 7, et Eissen, 2. Celte élection 
n'ayant pas eu lieu avec une majorité absolue de voix, l'assemblée, vu le 
départ d'un grand nombre de membres, qui n'avaient pas pu assister au 
dépouillement du scrutin, décida, séance tenante, qu'il serait procédé au 



du président. 



— 56 — 

ballottage entre MM. Petiti et Straub dans une réunion générale qui aurait 
lieu en octobre. 
La séance est levée à 5 heures. 



Séance du Comité du 10 août 1874. 

Président : M. BISSEN. 



Présents: MM. Nessel, Ringeisen, Salomon, Rodolphe de Türckheim, 
Winckler et Straub, secrétaire. 

La séance est ouverte à 2 heures dans le local habituel de la Société. 
Admission Aorès la lecture du procès-verbal de la séance générale du 16 juillet, 

de nouveaux r » ^ o ' 

membres. g^j ggj- apppouvé, Ic sccrétairc propose comme membre de la Société 
M. Jecker, curé de Winkel ; M. Raphaël de Bancalis, propriétaire à Gerst- 
heim, est proposé par M. Rodolphe de Türckheim. 

Découverte ^[ Nesscl annoucc que des fouilles ont été faites à proximité des tom- 

de tombelles gallo- * '■ 

res druagu'enau. bellcs gallo-romaincs près de Haguenau et qu'on a extrait du sol un nom- 
bre considérable de monnaies anciennes. Un rapport détaillé sur cette 
découverte sera présenté prochainement. 

communicaiion ßg réccuts travaux de nivellement opérés par l'administration du che- 

de M. bcbrickcr '■ ^ 

de tombes"intiqnes Hiiu dc fcr, à proxlmllé dc Romanswiller, ont mis au jour une tombe anti- 
dtRomanswiîL" quc, dout M. Schrlckcr transmet la description au comité. 

La tombe parfaitement orientée était formée de quatre dalles en grès 
vosgien posées de champ sur le sol précédemment nivelé; au dire de 
l'ingénieur et des ouvriers, elle était recouverte de trois dalles juxtapo- 
sées et renfermait un squelette en bon état de conservai ion, sans armes 
ni objets d'ornements. Déjà quelques jours auparavant on avait découvert 
plusieurs squelettes , dont un seul était accompagné d'une épée courte et 
à un seul tranchant, d'une lame de couteau cl d'un débris d'un vase d'ar- 
gile. Tous ces objets sont en ce moment déposés dans une salle de la 
bibliothèque universitaire et fourniront la matière à une description 
détaillée, promise par M. Schrickcr. 

Le comité vote des remercîments à l'auteur et décide l'insertion du mé- 
moire dans le bulletin. 
''*'découmtes'°' Le secrétaire rend compte de la visite qu'il a faite dans la chapelle de 
driiüucniiem,! 1^ Vicrgc dc Ilültenheim. Le travail de débadigeonnage a mis à nu près- 



— 57 — 

que toute la série des sujets tirés de la vie de la Vierge, depuis le récit 
apocryphe du refus essuyé dans le temple par Joachim, au moment où il 
présente son offrande au grand prêtre, jusqu'à la dormition de Marie. 
Malheureusement les peintures sont détériorées au point qu'une restaura- 
tion nécessitera, en partie du moins, une composition nouvelle. Toutefois 
un artiste famih'arisé avec ce genre de peinture pourra tirer un excellent 
parti de ce qui existe et rendre à la chapelle son aspect d'autrefois. La 
commune ayant des ressources et se montrant disposée à employer les 
sommes nécessaires, le secrétaire est d'avis qu'on l'encourage par des 
conseils. Il espère réussir dans une démarche qu'il fera pour l'éloigne- 
ment de la chaire, ouvrage sans caractère artistique et complètement 
inutile dans une chapelle, ainsi que pour la suhstitution d'un plafond en 
charpente apparente au plâtrage moderne qui défigure l'édifice. C'est 
à ces conditions seulement, d'après lui, que la restauration pourra donner 
une idée juste de l'état décoratif d'un petit sanctuaire construit au milieu 
du quinzième siècle, conservé du reste presque dans son état primitif. 

Le comité approuve le plan de restauration proposé par M. Straub. 
N'ayant pas qualité pour proposer l'exécution de travaux autres que ceux 
de simple conservation, il renvoie le projet à la commission des bâtiments 
placée sous la direction de M. l'architecte Winckler. 

La séance est levée à 3 heures et demie. 



Séance du Comité du 26 octobre 1874. 

Présidence de M. BISSEN. 



Présents: MM. Brucker, Conrath, V. Gerber, Ch. Schmidt, J. Sengen- 
wald. Ringeisen, Salomon, de Schauenburg et Straub, secrétaire. 

Après la lecture du procès-verbal de la séance du mois d'août, qui est rnscnpiion 

, . . . de iioiiveaiix 

adopte, M. le président fait inscrire deux nouveaux membres: MM. Kœhler, memb.cs. 
curé de Brumath, et Fix, curé de Niederbronn, proposés par M. Straub. 

M. Ringeisen rend compte de quelques travaux de déblai qui ont eu nohkœnigsi.ourg. 
lieu au Ilohkœnigsbourg, aujourd'hui propriété de la ville de Schlestadt. faits pTrïrviiie. 
Plusieurs parties seraient à soutenir; déjà le conseil municipal a voté une 
somme de 1,000 fr. pour ces travaux. 

M. Salomon déplore l'état des ruines de Niedermünster et demande Niodernmnsirr. 

,., , T 1? 1 1 rM 1 1) 1 • Rpc'iierche du plan 

S il n y a pas heu d en relever un plan exact. D après 1 observation d un ^^'^ ^^-^ '"""-s. 

T. IX. - (P.-V.) 5 



— 58 — 

membre, ce plan doit exister au ministère. — M. Tauflieb sera invité à le 
réclamer de M. Dœsswihvald. 

Le comité fixe l'assemblée générale au 19 novembre et prie M. le pré- 
sident de s'adresser à M. Back pour obtenir, à cet effet, la grande salle de 
la mairie, ainsi qu'à l'administration du chemin de fer de l'Est pour en 
obtenir les mêmes remises sur le prix des places, qu'elle a bien voulu 
faire précédemment. 

La séance est levée à 4 heures. 



Séance générale du 49 novembre 4874 à 2 heures de relevée. 

Présidence de M. BISSEN. 



Le bureau est occupé par M. d'Ernsthausen, président de la Basse- 
Alsace, en qualité de président honoraire de la Société, M. le baron de 
Schauenburg, vice-président, et M. Straub, secrétaire. Quaranlc-six membres 
assistent à la séance, tenue dans la grande salle de la mairie, que M. l'ad- 
ministrateur municipal a bien voulu mettre à la disposition de la Société, 
élection L'ordrc du jour appelle l'assemblée à l'élection du président, la der- 

du président. j i i r / 

nière réunion générale n'ayant pas obtenu un résultat définitif. 24 voix 
étaient portées sur M. Peliti, 20 sur M. Straub, 7 sur M. de Schauenburg-, 
cl 2 sur M. Eissen. L'assemblée, se trouvant réduite au chiffre de 15 mem- 
bres après le dépouillement du scrutin, n'avait pas voulu procéder à un 
nouveau vote et avait décidé que dans une réunion prochaine il y aurait 
ballottage entre MM. Petili et Straub. 

M. Eissen ouvre la séance en déclarant que M. Petili n'acceptera point 
les fonctions de président, et que le suffrage ne sera plus restreint aux 
noms portés sur le bulletin de vote. Le dépouillement du scrutin donne 
le résultat suivant: 

M. Slraub 38, M. Eissen S, M. de Schauenburg % M. Petili % M. Blanck 
1 voix. 
Chapelle mortiiüiro M. Straub Gst proclafflé présldcnl. 11 expose aussitôt la situation délabrée 

de« Zorn • i r/ 

dans l'église jans laqucllc se trouve l'ancienne chapelle morluan-e des Zorn, construite 

de Saint-Pierre- -^ 

le-vieux; j^j^g l'ai^oïc Rord-oucst formé par le clocher et la nef de Saint-Pierre- 

tu. Straiib propose o i 

rcslau'^er! Ic-Jcunc. C'csl uuc couslruclion ogivale qui n'a pas seulement une valeur 
historique, mais qui renferme, outre les pierres tombales d'une famille 



— 59 — 

puissante, des détails d'architecture, de peintures murales, qui lui donnent p 
une incontestable valeur d'art. Étant impropre au service religieux, elle a 
été depuis longtemps abandonnée et deviendra par le fait une ruine, parce 
que la communauté protestante de Saint-Pierre-le-Jeune est dénuée des 
ressources nécessaires pour pourvoir à son entretien. 

Ce monument rentre donc dans la catégorie de ceux qui doivent être 
l'objet de la sollicitude de la Société pour la conservation des monuments 
historiques d'Alsace. Le président se propose de faire nommer dans la 
prochaine réunion du comité une commission d'architectes, chargée d'exa- 
miner la chapelle et de faire un devis sur les travaux les plus urgents. 
Prévoyant que la dépense pourra être considérable, il prie l'assemblée 
d'autoriser dès maintenant une allocation de 2,000 fr. applicable à ce but. 

Après une courte discussion sur les attributions du comité et l'obser- Aiiocaimn 

, • . 1 1. . '■'• 2,000 tV. 

vation stricte des statuts, discussion a laquelle prennent partMM. Mitscher, p'»" '^ '^'■«p'He 
Blanck, Jules Sengenwald et Straub, l'allocation est votée à l'unanimité. 

Avant de lever la séance, M. Straub annonce le dessein qu'il a d'organi- 
ser pour une des grandes réunions une exposition d'objets d'art local, à 
laquelle tous les collectionneurs d'antiquités alsaciennes seront invités à 
prendre part. Ce projet est. vivement approuvé. — La séance est levée 
vers 4 heures. Avant de se séparer, MM. les membres examinent avec in- objets ex.nnsés 
térét la remarquable châsse de Marsal sculptée en pierre blanche au qua- d'V.m.^n'- 
torzième siècle, la Vierge sculptée en bois du quinzième et plusieurs sta- ''yie|'p^'bo 
tues du dix-septième provenant de la chapelle de la Vierge delliittenhcim, 
qui doivent être prochainement restaurées. 



di' llüttunljeiMi 



Séance du Comité du \\ décembre 1874. 

Présidence de M. STRAUB. 



MM. de Schauenburg, Ohleyer et Brucker se font excuser. 

Présents : MM. Klotz, Sengenwald, Blanck, Rodolphe de Türckheira, 
Nessel, Ringeisen, Salomou, Petiti, Conralh, Eissen, Ch. Schmidt. 

M. l'abbé Keller, membre de la Société, assiste à la séance. 

M. le président donne lecture du procès-verbal de la séance du comité 
du 20 octobre et de celui de l'assemblée générale du 19 novembre. Ces 
procès-verbaux sont adoptés. 



— GO — 
R.noiivciiempnt Confonnémenl aux slaluls de la Sociélé, on procède au renouvellement 

du bureau. o i i ' i • • 

du bureau. — M. de Schaucnburg est nomme par acclamation vice-presi- 
dent; M. Cli. Schmidt, 1^'' secrétaire; M. Nessel, 2*^ secrétaire; M. Salomon, 
archiviste -conservateur. Sur le désir manifesté par M. Klotz de ne plus 
èlre chargé des fonctions de trésorier, le comité lui exprime sa reconnais- 
sance pour les services qu'il a rendus à la Société, et tout en regrettant de 
le voir renoncer à ses fonctions, le remplace par M. Blanck. 

M. Ringeisen annonce que M. Barthélémy, maire de Ilültenheim, s'abon- 
nera au bulletin de la Société au nom de la commune dont il est l'admi- 
nistrateur. 

M. le président communique une lettj-e de M. Slichaner, lùeisdirektor 
à Wissembourg, appelant l'attention de la Société sur la nécessité d'en- 
treprendre quelques travaux de restauration à l'ancienne église collégiale 
de ladite ville. A cet égard, M. le président rappelle que cette église a été 
classée par le gouvernement parmi les monuments historiques qui sont 
dans le cas d'être restaurés ou entretenus. Le comité est d'avis de la re- 
commander à la sollicitude de l'autorité supérieure. Sur l'observation d'un 
membre, M. le président demandera à cette occasion qu'on communique 
à la Société la liste des monuments classés. 
Commission ^[^ \q président entretient le comité de la chapelle des Zorn, qui fait 

chargée de visiter ' 

'de's'zürn" pai^liG aujourd'huî de l'église protestante de Saint-Pierre-le-Jeune, et dont 
il a déjà parlé dans l'assemblée générale. L'opportunité de la restauration 
de cette chapelle, aux frais de la Société, étant mise en doute par quelques 
membres, on charge une commission , composée de MM. les architectes 
faisant partie du comité, d'examiner la chapelle et de présenter un rapport 
lors de la prochaine séance. Le P'" secrétaire est adjoint à celte com- 
mission. 

Thormes },[^ Ncsscl iuformc le comité que les thermes de Mackwiller sont mé- 

fie Maïkvvillcr ; 

"""" conire"'"'^"' '^^^^^ ^^'^ détérioratiou ; le terrain n'ayant été acquis par le gouvernement, 
leur dégraduiion. j^g Jiabitants du lieu enlèvent des pierres pour leur usage personnel. 

M. le président s'adressera à qui de droit, pour demander qu'à l'avenir ce 

monument soit mieux préservé. 
communicaîion Lc mômc mct SOUS Ics yeux du comité des dessins d'objets trouvés par 

lie M. iNesfel 

sur les tumuii \^^[ jai^g dcs tumuli de la plaine de Haguenau; il donne des détails sur 

près de Haguenau. ' ü / 

plusieurs de ces objets qui présentent un grand intérêt archéologique. Le 

comité le remercie de sa communication et le prie de faire un mémoire 

sur ces curieuses découvertes. 

d'I-^ià d[a n'i"e ^^- ï^iiigeiscn annonce que les travaux entrepris à la chapelle de Sainte- 

sainic-Mareucrite. Margucrite à Epfig sont en cours d'exécution. Le comité, ayant voté dans 



— Gl — 

ce but une allocation de 1,000 fr., aulorise M. Ringeisen à toucher cette 
somme. 

Sur la proposition du même, le comité accorde 150 fr. pour solder les "jfj""||g''^" 
frais de restauration de la cLapellc de Iliittenheim. iiüiuniieim. 

M. Salomon fait part au comité que, lors de la restauration de l'église l'eintnres mma 
protestante de Saint-Pierre-le-Jeune, on a retrouvé sous le badigeon des ''pr"tesfan!r 
restes de peintures murales, entre autres d'une descente de croix. La com- 
mission chargée d'examiner la chapelle Zorn est priée de vérifier s'il y a 
lieu de faire quelque chose pour conserver ces peintures ou d'en prendre 
des photographies. 

La séance est levée. 



de Saint-Pierrc- 
le-Jfune. 



Séance du Comité du i3 février 1875. 

Présidence de M. STRAUB. 



Présents: MM. Blanck, Brucker, Nessel, Pcliti, Uingeisen, Salomon, 
Sengenwald, Schmidt, secrétaire. 

M. le professeur Kraus et M. le bibliothécaire Barack, membres de la 
Société, assistent à la séance. 

Le procès-verbal de la séance du 14 décembre 1874 est lu et approuvé. 

M. le président donne connaissance d'une lettre qui lui a été adressée cummimicaiion 

^ de M. le baron 

par M. le baron de Schauenburg, au sujet d'une question concernant le ^^ s^V'^nburg 

• ^ ■' " 1 sur le niunuscrit 

Ilorlus dcliciarum. Dans son livre sur les artistes de l'Alsace pendant le '^'^ "<^"^'i«- 
moyen âge, M. Gérard, après avoir rappelé (T. I, p. 50) que M. le comte 
Auguste de Bastard avait obtenu la communication du volume de Herrade, 
pour en reproduire quelques miniatures dans son ouvrage intitulé: 
Peintures et ornements des manuscrits, ajoute (jue M. de Bastard ins[iira 
au gouvernement d'alors l'idée de garder le précieux manuscrit, et que ce 
n'est que sur la protestation du bibliothécaire, feu M. Jung, et sur les ré- 
clamations du maire, que ce péril put être évité. Or, il résulte d'informa- 
tions prises par M. de Schaucnburg auprès de M. l'abbé Auber, chanoine 
à Poitiers, que M. de Bastard n'a jamais eu l'intention de retenir le Ilorlus 
deliciarnm pour une des bibliothèques publiques de Paris, mais que c'est 
pour Berlin qu'on avait réclamé le manuscrit, pour l'y garder pendant 
trois mois. Le 17 janvier 18 18, M. de Bastard reçut de M. le baron d'Ar- 
nim la lettre suivante: 



— m — 

«Monsieur le comte, 

«Verbalement informé par vous, en réponse à ma lettre du 18 no- 
«vembre dernier, que vous pouviez vous passer durant quelques mois du 
«manuscrit intitulé : Horius deliciarum, qui vous a été prêté par l'acadé- 
«mie de Strasbourg, je me suis adressé à M. le comte de Salvandy, pour 
«.en obtenir de ce minisire l'autorisation d'envoyer ledit manuscrit à l'uni- 
«versité de Berlin pour un espace de trois mois. 

«Le ministre a parfaitement accueilli ma demande et m'a fait connaître, 
« dès le 4 de ce mois, qu'il vous avait écrit pour vous inviter à remettre 
«le manuscrit. 

«Veuillez en conséquence, je vous prie. Monsieur le comte, effectuer 

«cette remise, dont l'objet est impatiemment attendu à Berlin. 

«Agréez etc. 

«Baron d'Arnim.» 

Dans une lettre adressée le 1'"' décembre 1874 à M. le chanoine Auber, 
M. de Bastard écrit ces lignes: 

«Ému de cette demande, j'ai envoyé de moi-même le manuscrit à 
«Strasbourg, en plaçant en outre dans la caisse une ou deux peintures 
^fac-similé, encadrées et tirées du livre. Je crois que j'ai choisi les deux 
«plus belles, et elles sont, sans doute, encore dans la maison de M. Jung, 
«qui me remercia aussitôt. 

«Dès ce moment, vous êtes à môme d'apprécier le récit de M. Gérard 
« et vous pouvez en parler de visu à votre excellent ami, M. le baron de 
« Schauenburg. 

«Je retrouverai, sans doute, au ministère ce que j'ai écrit à cette occa- 
«sion à M. de Salvandy, qui a fort approuvé ma conduite.» 

Nous Rajouterons que les deux fac-similé encadrés furent déposés par 
feu M. Jung à la bibbothèque de la ville, où, jusqu'au 24 août 1870, on a 
pu les voir suspendus dans la salle de la bibliothèque Schœpflin. 
Chapelle Zorn. M. Ic présldcnt et quelques membres rapportent où en est l'affaire de 
la chapelle Zorn; le président du consistoire de Saint-Pierre-le-Jeune, 
auquel M. le président s'est adressé, n'ayant pas encore donné de réponse, 
le comité n'est pas en mesure de prendre une résolution. 

M. le président annonce qu'il a écrit à Tautonlé supérieure, au sujet de 
l'église collégiale de Wissembourg. 
Allocation Lc mêmc, ayant été informé qu'une subvention de 1,500 fr. a été accor- 

d'iine subvention • . , , 

<ie i.suofr. (lée à la Société par le département, a fait loucher cette somme, qui a etc 

h la Sociéu- 1 r ' ... 

pari.Mi..pa,tement. remisG eutrc les mains du trésorier. M. Blanck déclarant qu'il lui est im- 



- 03 — 

possible de remplir les fondions de trésorier, on csl d'avis de s'adresser, 
à cet eflel, à un notaire, membre de la Société. 

Sur la proposition de M. le président, on décide r qu'à Tavenir, des 
savants étrangers, de passage à Strasbourg, pourront cire invités à assis- 
ter, à titre d'hôtes, aux séances du comité, et 2" qu'une personne résidant 
à Strasbourg et ayant demandé à être reçue membre pourra être autori- 
sée à venir à une séance avant sa réception définitive. 

M. le président donne lecture d'un mémoire de M. l'abbé Gyss, d'Obcr- ..„l^JJ,;,,, 
nai, intitulé : Un témoignage traditionnel concernant les monuments ('e^ ,t"s monf.mJnu 

_ /^ !•; cilliqiics (lu mont 

tiques du mont Sainte- Odue. sainte-o>iiie. 

L'honorable auteur, se rattachant à des fouilles faites dans renccinle du 
mur païen par M. Voulot, s'applique à démontrer que cette localité a eu 
primitivement une destination religieuse, et que certaines pierres qu'on y 
rencontre ont servi à la célébration du culte druidique. A l'appui de cette 
opinion, il rappelle qu'il y a deux siècles environ le botaniste strasbour- 
geois Marc Mappus, parlant de ces pierres, les a qualifiées « d'autels des 
anciens païens». Suivant M. l'abbé Gyss, Mappus n'aurait pas pu s'expri- 
mer de la sorte, s'il n'avait pas existé de son temps une tradition popu- 
laire, attribuant auxdiles roches une origine païenne cl un but reli- 
gieux. 

Après la lecture de ce mémoire, M. l'architecte Salomon, qui a assisté à 
l'ouverture de deux tMmuli^ fouillés par M. Voulot, donne des renseigne- 
ments très-détaillés sur cette opération; ces renseignements, ainsi que les 
observations faites par quelques membres, sont de nature à inspirer des 
doutes sérieux sur l'importance réelle des découvertes de M. Voulot. On 
fait remarquer, en outre, que le témoignage de Mappus ne suffît pas pour 
prouver l'existence d'une ancienne tradition populaire; M. Gyss convient 
lui-même que ni avant, ni après Mappus on ne trouve une trace de celte 
tradition; le seul fait certain, c'est que depuis des temps très-reculés le 
mur était appelé païen; Mappus a pu induire de ce fait (]ue les pierres 
avaient servi également aux païens; rien ne prouve que son opinion ait 
été autre chose qu'une opinion personnelle. Le comité est d'avis (jue la 
question n'est pas encore définitivement résolue; il n'en exprime pas 
moins ses remercîments à M. l'abbé Gyss pour 'l'ingénieux travail qu'il a 
bien voulu lui communiquer. 

Le comité autorise son président à faire, quand l'occasion s'en présente, aonn^aupSent 
des accpiisilions de monuments et d'olyets d'art ayant un intérêt archéo- p.l'i'imusé.. 
logi({ue, sauf a fan-e agréer les dépenses par 1 assemblée generale. ci des obje.s da>t 



— 64 — 
Admission M, Blumcr, entrepreneur de menuiserie à Strasbourg-, présenté par 

de 

nouveauxmemb.es. ]\j_ Salomou, ct j\JM. Fricclljcrg-, RegicrungsraUi , et de Korfl", colonel de 
cavalci'ie, présentés par M. Straub, sont reçus membres de la Société. 
Le comité décide l'insertion dans le bulletin , d'une notice historique 



Nütioe 
de W. Sclimiilt 

d''l^lomi'nk•^îns dc M. Schmidt sur le couvent et l'église des dominicains de Strasbourg-, 
"" "" " en y joignant le plan que M. Salomon a relevé des anciennes fondations. 
Vu l'heure avancée, M. le professeur Kraus ajourne à une prochaine 
séance quelques communications qu'il s'était proposé de faire. 
La séance est levée. 



Séance du Comité du 12 avril 1875, à 2 heures. 

Présidence de M. STRAUB. 



Présents: MM. le curé Guerber, J. Sengenwald, Salomon, Nessel, Ring- 
eisen, Winckler, Blanck, R. de Türckheim. 

M. le professeur Schmidt, secrétaire, est absent et le procès-verbal de 

la dernière séance ne peut pas être lu. 

Livres et ouvra-es M. Ic présidcut déposc sur le bureau les livres et brochures reçus de- 
reçus, -11 • < ' 

puis la dernière séance : 

Revue illustrée, I, 18® et 20® livraisons. 

M. de Cmimont; sa vie et ses œuvres, par M. E. de Robillard de Beaure- 
paire. Caen 1874 (1 broch. in-8"). 

Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Colmar, 1873 et 1874. 
Colmar1874 (1 vol. in-8"). 

Jahrbücher des Vereins von AltertJiumsfreunden im Rheinlande. Heft L 
und LI. Bonn 1871 (1 vol. in-4"). 

Quellensammlung der Gesellschaft für Schleswig-IIolstein-Lauenhur- 
gische Geschichte, IV. Band, 1. Heft. Kiel 1874 (1 vol. in-8"). 

Urkundensammlung der Gesellschaft für Schleswig- Holstein-Lauenhur' 
gis che Geschichte, IV. Band. Faszikel L Bogen 1—34. Kiel 1874(1 vol. 
in-4"). 

Zeitschrift der Gesellschaft fiir die Geschichte der Henogthümer Schles- 
ivig-IIolstein und Lauenburg, IV. Band. Schluss-Heft. Kiel 1873 (1 broch. 
in-8"); V. Band. 1. lieft. Kiel 1874 (1 broch. in-8°). 



Reslauialinn 

(le l'église 

de Wissembourg. 



— 65 — 

Parmi ces ouvrages figure un don de M. Milscher, Landgerichlsralh à 
Strasbourg, membre de la Société, (.(Der Dom zu Tncri>, texte avec plan- 
ches magnifiques, que cet honorable magistrat offre à la Société. Remer- 
cîments. 

M. le président annonce qu'il a reçu une réponse favorable de la Prési- ^ ^lfy"^,ll 
dence supérieure d'Alsace-Lorraine au sujet de la restauration de l'église 
abbatiale de Wissembourg, faisant espérer une subvention. En môme 
temps il a reçu la hste suivante des monuments d'Alsace, qui ont été 
classés comme monuments historiques. 

I. Basse- Alsace : i-i^i« 

dos monuments 

\. Cathédrale de Strasbourg; classés comme 

„ T n 7 monuments histo- 

2. Maison de 1 Œuvre Notre-Dame, dite Frauenhaus; nquos. 

3. Église de Saint-Pierre-le-Jeune, à Strasbourg; 

4. Église de Saint-Étienne, idem; 

5. Église de Saint-Thomas, idem; 

6. Chapelle d'Avolshcim; 

7. Église de Niedcrhaslach ; 

8. Chapelle d'Obcrsteigen; 

9. Pierres dites druidiques, au Breitenslein; 

10. Église de Saint- Jean-des-Choux, près Savernc; 

11. Église de Marmoutier; 

12. Église de Neuwiller; 

13. Thermes de Mackwiller; 

l^. Église de Saint-Georges, à Schlesladt; 
15. Église de Sainte-Foi, idem; . 
\^. Église d'Andlau; 

17. Pierres dites druidiques, au Greiellhal; 

18. Château de IIohcn-Kœnigsbourg; 

19. Ruines de l'abbaye de Niedermünster; 

20. Couvent de Sainte-Odile; 

21. Église de Roshcim ; 

22. Chapelle de Saint-Pierre et Saint-Paul, à Wissembourg; 

23. Église » » » » 

24. Verrières de l'église de Walbourg; 

25. Mur païen du plateau de Sainte-Odile; 

26. Église de Surbourg; 

27. Ruines des châteaux de Ilohbarr, GrciiTcnslein , Ochsenstein et Ge- 

roldscck, près Savernc; 



— 00 — 

28. Clocher du Glœckelsberg, près Blœsheim; 

29. Ruines du Nideck; 

30. Clocher de l'église de Rosenwiller. 

II. Haute-Alsace : 

\. Eglise de Saint-Martin, à Colmar; 

2. Couvent d'Unterlinden, aujourd'hui musée et bibliothèque de Colmar; 

3. Clocher de l'église de Gebersclnvyhr ; 
A. Église (Saint-Léger) de Guebwiller; 

5. Ancien chœur de l'église de Pfaßenheim; 
0. Eglise de Laulenbach; 

7. Eglise de l'abbaye de Murbach; 

8. Tableaux anciens de l'église de Bühl ; 

9. Église de Sigolsheim ; 
iO. Église d'Ottmarsheim; 
11. Église de Tharm. 

Il donne communication ensuile d'une lettre du Germanische National- 
Museum de Nuremberg demandant pour le musée germanique les armoi- 
ries des anciennes villes hbres impériales d'Alsace, avec la date de leur 
entrée dans la Reich siinmiltelharhcit. M. le curé Guerber veut bien se 
charger de répondre. 
Admission M. Ic présidcut propose l'admission comme membres : de MM. Ritleng, 

"°a démis™i*ons'" ^"^^ ' notaire à Strasbourg; Dursy, Regierung srath à X Oberpräsidium , et 
annonce la démission de M. Gustave de Dartein, professeur à Nancy. 
Découverte H dounc comiaissancc ensuite d'une lettre de M. le curé de Reinhards- 

d'une inscription .. , i? i i mi ' i 

romaine près de muustcr du 25 Hiars, qui signale la découverte dune chambre taïUec dans 

Ueinhardsmûnster. , , , ^ i a 

le roc a la Champagnermühle, où se lit cette inscription: 

Officina Leg. MIL An g. 

M. le président écrira à notre collègue M. Dagobert Fischer à Savcrne, 
pour le prier d'aller voir la chambre et l'inscription en question, et d'en 
déterminer le véritable caractère, s'il est possible. 
Sarcophages M. Blanck donne connaissance d'une lettre de M. Napoléon Nicklès, no- 
lettrcdeMlivickUs. trc savaut collègue de Benfeld, communiquant à la Sociélé les résultats 
de la recherche à laquelle il s'est livré sur le sarcophage trouvé près d'Ehl, 
et la trouvaille faite par lui d'un autre sarcophage. M. Nicklès fait hom- 
mage à la Société des cohiers en bronze qui ont clé trouvés dans ce der- 



— 67 — 

nier avec des fi'ogmenls d'os provenant évidemment d'une très-jeune fdle. 
Une somme de 10 fr. a été allouée à l'ouvrier qui a trouvé et sauvé ces 
objets et M. Nicklès offre d'en céder quelques autres encore contre une 
légère indemnité. Le comité vote des remercîments à M. Nicklès et prie 
M. Ringeisen de se rendre à Benfeld et de voir ce qu'on pourrait encore 
acquérir pour le compte de la Société. 

M. le président rend compte enfin de la trouvaille faite par M. Salomon, commimicaiion 

^ ^ ^ de M. Slraub 

architecte, dans la démolition du Temple-Neuf, des pots de terre cuite de a» sujet des pou 

' r ' r acoustiques. 

33 centimètres de hauteur et de 4 à 5 milhmètres d'épaisseur, avec ou- 
verture de 15 centimètres, véritables pots acoustiques indiqués par 
Oberhn et déjà recommandés par Vitruve. 

La lecture de cette notice, qui paraîtra dans le Bulletin, et la vue des 
croquis, faits par M. l'abbé Straub, de pots analogues trouvés en Suisse, 
sont suivies d'une discussion intéressante, à laquelle prennent part avec le 
président MM. le curé Guerber, Salomon, Blanck, Winckler et Ringeisen. 

M. le curé Guerber donne lecture au comité d'un aperçu de l'archi- Aperçu 

de l'architecture 

lecture relioieuse en Alsace-Lorraine dans ces dernières années. Cette religieuse 

"^ contemporaine 

communication, qui résume les opinions toutes personnelles de M. Guerber, ^" t',.'jr"ie°c"ré°* 
est écoutée avec le plus vif intérêt et donne lieu à une observation de Guerber. 
M. l'abbé Straub au sujet de la chapelle de Sainte-Marguerite à Epfig, relati- 
vement à la démolition, conseillée par M. le curé Guerber, de la chapelle 
du sud. M. l'abbé Straub concède la démolition de la sacristie, mais insiste, 
avec M. Winckler, pour la conservation de la chapelle, par des raisons de 
solidité; M. Ringeisen est du même avis. 

M. le curé Guerber fait connaître l'existence à la bibliothèque de Golmar Bibie en vers 
d'une bible en vers, ancien testament, jusqu'à l'Iiistoiredu roi Nabuchodo- à la bibiiothoque 

de Colmar. 

nosor seulement, par «Hans Schilling- de Ilagenowe» (1459), avec illus- 
trations, le tout du plus haut intérêt. 
M. Salomon communique un plan d'ensemble avec vue en perspective pian et vue 

, ,, . , ,.../., ™ 1 TVT r>\ T • » de l'ancien couvent 

de 1 ancien couvent des domnncains (ci-devant lemple-Neuf). Le comité des dominicains 

^ i •> (Temple-Neul). 

vote la reproduction de ce dessin dans son bulletin. 
La séance est levée à 4 heures. 



— GS — 
Séance du Comité du i\ juia 1875. 

Présidence de M. STRAUB. 



Présents : MM. Ringeisen, Salonion, Drucker, Petiti, abbé Guerbcr, 
Winkler, Rodolphe de Türckheim, G. Schmidt, secrétaire. 

M. Kraus, professeur de l'Université de Strasbourg et membre de la 
Société, assiste à la séance. 

Le procès-verbal de la séance du 10 mai est lu et adopté. 

Ouvrages reçus par la Société : 

Messager des sciences historiques , ou Archives des arts et de la biblio- 
graphie de Belgique. Année 1875. 1'"° livraison. 

Mittheilungen des historischen Vereins für Steiermark. 22. Heft. 
Beiträge für Kunde Steiermärkischer Geschichtsqucllen. \ 1, Jahrgang, 
Verhandhingen des historischen Vereiiis von Oberpfalz und Bcgensburg. 
Verzeichniss über die Verhandlungen des genannten Ver eins. ]^di\\ù 1 — 30. 

Tubiicaiion 1° M. Ic prcsidcnt, considérant qu'à cause de la rareté des publications 
procès-verbaux. (Je la Société, doul le Bulletin ne paraît qu'à des intervalles plus ou moins 
longs, beaucoup de membres, surtout de ceux du dehors, restent étrangers 
aux travaux du Comité, propose de publier, comme le font d'autres 
Sociétés analogues, le compte rendu de chaque séance et d'en adresser, 
dans les dix premiers jours, un exemplaire à chaque membre de la Société. 
Le procès-verbal de la séance serait lu dans la réunion suivante et ne 
serait adopté qu'après rectification, s'il y a lieu; ces procès-verbaux officiels 
seraient joints, comme de coutume, au Bulletin. Comme les frais seront 
minimes, puisque le plus souvent la même composition pourra servir pour 
le compte rendu et pour le procès-verbal, et qu'ainsi il n'y aura à payer 
en sus que le papier et le tirage, le Comité adopte la proposition et dé- 
cide qu'à chacun des principaux journaux de l'Alsace et de la Lorraine il 
sera adressé chaque fois un exemplaire du compte rendu. Le Comité de 
rédaction est chargé de l'exécution. 

sarcopiiagc 2° M. Ic président communique, de la part de M. Nicklès, le dessin d'un 

trouvé à Bcnfcld. . r. i i i • r r 

sarcophage en ])icrrc, trouve récemment a Bcnfcld, dans une proj)riete 
de M. le docteur Rack. Le monument contenait un squelette de femme et 
trois vases en verre. M. Nicklès joint à son dessin un estampage des raies 



— 09 — 

ou stries qu'on voit sur la pierre, et qui en Alsace sont caractéristiques de 
l'appareil de la période mérovingienne. 

3° M. Salomon présente quelques objets, découverts lorsqu'on creusa 
les fondements de la maison Schenckbecher, rue de la Mésange, et ceux 
du nouveau Temple-Neuf: une petite tête d'Apollon en bronze, couronnée 
de cinq rayons, une fibule également en bronze, et un petit vase en terre 
grise, n'ayant d'aulre ouverture qu'une fente sur le côté, et rappelant par 
sa forme les boîtes connues sous le nom de tirelire. Ce vase fut trouvé à 
une assez grande profondeur, avec quelques débris manifestement ro- 
mains. Des dessins de ces objets seront donnes dans le Bulletin. 

l)P M. Schmidt donne lecture du mémoire suivant: 



NOTE SUR ERWIN ET SUR SA FAMILLE. Note 

sur Erwin 



Mon intention en écrivant celte note n'est pas d'envisager Erwin au 
point de vue artistique; je ne suis pas assez compétent en matière d'ar- 
chitecture pour traiter un aussi grand sujet. Notre honorable collègue, 
M. Klotz, qui depuis si longtemps s'est familiarisé avec tous les détails de 
notre cathédrale, est seul capable de dire avec autorité quelle a été la 
pensée d'Erwin et comment il l'a exécutée; puisse-t-il nous communiquer 
bientôt le résultat de ses études. Ce que je me propose de soumettre à la 
Société a des proportions plus modestes, telles qu'elles conviennent au 
genre particuhcr de mes travaux; je ne veux que donner quelques ren- 
seignements sur Erwin et sur sa descendance. On sait combien l'histoire 
de l'illustre architecte et celle de sa famille sont entourées d'obscurité. 
Ceux de ses contemporains qui ont recueilli par écrit les souvenirs de 
l'époque, semblent ignorer l'existence de l'artiste qui accomphssait sous 
leurs yeux une œuvre aussi nouvelle et aussi admirable que la façade de 
la cathédrale. Ni Ellenhard, qui a été un des gouverneurs de la fabrique 
et qui a dû connaître Erwin personnellement, ni Closener, qui dans sa 
jeunesse a pu avoir entendu parler de lui, ne le mentionnent dans leurs 
chroniques. 

Pour éclaircir ces ténèbres on a fait des hypothèses qui n'ont servi 
qu'à augmenter l'incertitude; d'autre part on a trop ajouté foi à des lé- 
gendes, qui ne sont pas confirmées par des documents authentiques con- 
temporains. Malgré les nouvelles combinaisons et distinctions essayées 
par M. Gérard, dans le tome premier de son ouvrage sur les artistes de 
l'Alsace au moyen âge, la question est encore ouverte. Je ne prétends pas 
être en mesure de combler toutes les lacunes, ni de résoudre tout ce qui 



sur sa famille. 



— 70 — 

reste problématique; j'exposerai ce que je crois avoir trouvé, quelque 
incomplet que ce soi(; je serai obligé, il est vrai, de faire à mon tour des 
conjectures, mais j'aurai soin d'y mettre des pcvt-étre, ]c me garderai de 
leur attribuer la valeur de résultats définitifs. 

Je rappellerai d'abord que dans aucun document ancien le nom d'Erwin 
n'est accompagné de la qualification de Stcinbacb; jamais notre architecte 
n'est mentionné autrement que comme maître Erwin. D'après Schadœus* 
et d'après Schilter', il y avait jadis au-dessus du portail principal une ins- 
cription conçue en ces termes: Amio domini M.CC.LXX. VII. in die 
beati Urbani hoc gloriosiim opus inchoavit magisler Envinus de Stcin- 
bach. Grandidier, qui la reproduit'', s'en rapporte à Schadaîus et à Schiller; 
on voit même par la manière dont il s'exprime qu'il croyait que de son 
temps elle avait disparu. Mais a-t-elle jamais existé? Schadœus et Schiller 
l'aflîrment; le premier, qui a écrit en 1617, dit: (Œrivinus von Steinbach 
îvar Baumeister, tvie solches die Inscription über der Schappel oder 
Münsterthüren atiszioeiszh ; Schilter dit également: aivie die noch befind- 
liche eingehauene Schrift bezeuget.)) Il est grave de contredire des té- 
moignages aussi explicites; cependant il y a des arguments qui sont de 
nature à les infirmer; la formule louangeuse Aoc gloriosmn opus inchoa- 
vit est trop peu dans l'esprit du temps pour qu'on puisse l'accepter 
comme authentique; si néanmoins l'inscription avait existé et si on 
l'avait enlevée pour des motifs qu'il est impossible d'imaginer, il est plus 
que probable qu'on en verrait encore quelques traces sur les pierres; 
mais M. Klotz m'a donné l'assurance que celles-ci n'offrent aucun vestige 
de mutilation. On a supposé enfin qu'elle avait été peinte sur bois; s'il en 
était ainsi, elle ne daterait certainement pas de la fin du treizième siècle, 
elle n'aurait été faite qu'à l'époque où la tradition s'était formée qu'Erwin 
s'était appelé de Stcinbacb; or, cette tradition est inconnue avant le 
seizième siècle. 

L'inscription, rappelant qu'Erwin a bâti en 1316 une chapelle de la 
Vierge, qui n'existe plus, ne parle que de magisler Envinus, sans ajouter 
qu'il était ou qu'il s'appelait de Steinbach''. Dans une spécification de biens 
situés dans la banlieue de Lampertheim, écrite en 1293, il est fait mention 

1. Scliadœus, Summum Arrjcnloratensium templum. Slrasb., 1CI7, iii-i", p. I i. 

2. Additions à la ClironiquG de Ivonigsliofen, p. 558. 

3. Essais sur la catliédralc. Strasb., 1782, p. 41. 

4. L'inscription est conservée au musée de l'OEuvre Notre-Dame. — Il y avait à Stras- 
bourg des Steinbach : un Albertus de Stcinbacb légua à l'OEuvre une vestis; Ucg. des 
donat., f» 2.3''; 1" 171'' est juenlionné un Hcinricus de Steinbach. filins Giselberti. 



— 71 — 

d'un arpent bi meistcr Erwine^ De même dans le registre des donations, 
et sur l'épitaphe de son fils, l'architecte de Téglise de Ilaslach, on ne lit 
que ma g ister Envinus. On n'a pas plus d'arguments pour prouver qu'il était 
né au village de Steinbach près de Thann-, qu'on n'en a pour lui donner 
comme lieu de naissance Steinbach, dans le pays de Bade, où mal à 
propos on lui a élevé une statue; et pourtant ces hypothèses semblent 
plus naturelles, et elles sont moins bizarres que celle qui le fait descendre 
de la famille noble de Steinbach, qui appartenait à la IIaule-Alsace\ 
Strobel , s'appuyant sur une histoire manuscrite du clergé de la cathédrale 
de Strasbourg, le fait naître à Mayence*; c'est une assertion que je n'ai 
pas les moyens de vérifier. Je ne citerai que pour mémoire et comme cu- 
riosité l'opinion de M. Gérard^, qu'Erwin de Steinbach pourrait bien être 
la traduction de Hervé ou Erwin de Pierrefond. Le nom Erwin est incon- 
testablement d'origine germanique, mais ne paraît avoir été usité en 
Alsace que très-rarement; je ne me souviens pas de l'avoir rencontré une 
seule fois avant l'entrée en scène de l'architecte de la cathédrale, et Dieu 
sait combien de noms alsaciens, depuis trente ans, ont passé sous mes 
yeux. Comme je ne voudrais pas qu'on me fît le reproche de m'amuser à 
des bagatelles, je crois devoir observer que je n'ai pas cherché ces noms, 
je lésai trouvés accidentellement en faisant d'autres études; je n'en ai 
recueilh que ceux qui m'ont paru avoir un intérêt au point de vue de 
l'histoire ou des coutumes de l'Alsace; si j'avais rencontré celui d'Erwin, 
il m'aurait frappé, je n'aurais pas manqué d'en prendre note. Il y a eu 
chez nous des Eberwin et des Erlewin", mais je ne sais pas comment il 
faudrait s'y prendre pour prouver qu'Erwin est identique avec Erlewin ou 
avec Eberwin. 



1. Archives de la Basse-Alsace, fonds de Saint-Etienne. 

2. Mémoire de M. le baron de Scliauenboiirg. Congrès archéologique de France, séances 
tenues à Strasbourg en 1839. Taris, 18G0, p. 213. 

3. Seeberg, Die Junker von Vracj, p. 23. 

4. Geschichte des Elsasses, t. Il, p. 94. 

5. T. I, p. 212 et suiv. 

6. Un Erlewin est nommé dans une charte du dixième siècle concernant les biens et 
les privilèges de Teglise de Saint-Thomas; un autre figure en lOGl comme un des témoins 
de la donation du monastère de Honcourt à l'église de Strasbourg [Alsatia diplomatica, 
t. I, p. lii. 170); 133i, Erlewin de Girbaden; I3U, maître Erlewin, membre du Conseil 
de Strasbourg pour les boulangers; 135G, Erlewin Reisser de Ilaguenau; Erlewin de 
Dambach, chanoine de Saint-Thomas, mort en li03, etc. — 1163, Eberwin de Hattmatt; 
1288, Eberwin de Girbaden. etc. 



— 72 — 

L'arcliitccle , qui était bourgeois, n'a eu, selon la coutume encore assez 
générale du treizième siècle, qu'un seul nom, et comme ce nom n'est pas 
un de ceux dont on se servait communément en Alsace, il n'est pas im- 
possible que celui qui l'a porté ait été étranger à notre province. Sa femme 
s'est appelée Husa; ce nom était très-répandu cbez nous: Husa, femme de 
Hugues de Lampertheim, 1313; Ilusa d'Ehenlieim, 1329; Ilusa, fille d'un 
chevalier de Scharrach, béguine à Mundolsheim , 1331; Husa Mosung, 
femme de Walther Klobelouch, 1333; Husa, fille d'Oswald Stange, cheva- 
lier de Rosheim, 1336; Husa de Wittersheim, femme d'André de Lampert- 
heim , 13G0, etc. On peut donc admettre qu'Erwin a épousé une Alsacienne. 
Dans son épitaphe, Husa est quahfiée de domina, titre qui, ainsi que celui 
de dominus, n'était réservé qu'à la noblesse; on voit par les exemples 
que je viens de citer, et auxquels je pourrais en ajouter beaucoup d'autres, 
qu'en général le nom de Husa se rencontre précisément pour des femmes 
nobles ; quand on songe à la renommée d'Erwin comme artiste et à sa 
position comme directeur des constructions de la cathédrale, rien ne s'op- 
pose à la conjecture que quelque patricien lui aurait donné en mariage sa 
fille. Chez nous les alliances entre nobles et bourgeois n'ont pas été des 
phénomènes aussi extraordinaires qu'on pourrait le croire; dans la pre- 
mière moitié du quatorzième siècle le gentilhomme Ileintzmann Keller 
de Kolbsheim était marié avec Anna, fille de l'orfèvre Gœtz Wise; le 
négociant llulmann Merswin avait pour seconde femme Gertrude, fille du 
chevalier Ilesso de Bütenheim (Hangenbieten). Seulement il ne suit pas 
du titre de domina, donné à la femme d'Erwin, qu'il ait été noble lui-même. 
Dans le registre des donations de l'Œuvre Notre-Dame, se trouve ce 
passage: Item Gertrudis uxor magistri Erwini operi dédit tougam et 
tunicam\ On a conclu delà qu'Erwin a été marié en première noce à une 
Gertrude; il me paraît plus vraisemblable que celte Gertrude a été la 
femme d'un de ses fils. Louis Schneegans, au contraire', assure que dans 
les documents contemporains Husa et Gertrude sont employés comme 
synonymes; il aurait bien fait de fournir quelques preuves à l'appui de 
cette synonymie improbable; je doute qu'on puisse produire des textes 
qui la constatent; Husa et Gertrude étaient si bien des noms différents, 
qu'au diminutif le premier faisait Huselina, le second Trudelina. Husa, 
la femme d'Erwin, mourut le 21 juillet 1316. 



l.F«201. 

2. L'ôpitaplie des Erwin, avec une planche. Revue d'Alsace, 1852, p. 9, note 1. Il est 
vrai que dans le registre des donations Gertrude est inscrite sous la môme date que 
lY'pitaplie donne pour le décès de Husa; ce n'est sans doute qu'une coïncidence fortuite. 



— 73 — 

Quand mourut-il lui-même? Selon l'inscription de la chapelle de la 
Vierge, il vivait encore en 1316. On me demandera pourquoi je soulève 
la question: quand est-il mort? n'a-t-on pas son épitaphe qui indique une 
date précise? Mais cette épilaphe présente une difficulté qui me paraît 
très-grave. Je n'ai aucun goût ni pour la critique à outrance ni pour les 
hypothèses arbitraires; si je parle d'une difficulté, c'est qu'il est impossible 
qu'on n'en soit pas frappé au premier coup d'œil; aussi ne suis-je pas le 
premier qui s'en soit aperçu. La pierre sur laquelle est gravée l'épitaphe 
en question est évidemment un monument de famille; voici l'inscription 
qu'elle porte, je crois devoir la donner tout entière: Anno domini 
M.CCC.XVI. XII Kl. Augusii obiii domina Husa iixor magistri Erivlni. 
Anno domini M.CCC.XVIIL XVI. Kl. Februarii ohiil magister Envinns 
gnhernalor fahricae ecdesiae Argcnlincnsis. Anno domini M.CCC.XXX. 
Villi. XV. Kl. Aprilis ohiit magisier Johannes filins Erwini magistri 
operis Indus ecdesiae. Le jour du décès du magister Erwimis de la 
deuxième épitaphe est le 17 janvier 1318. Ce magister Enviuus est qua- 
lifié de gubernalor fahricae; or, gnbernator fabricae était autre chose 
que magisier operis; le magister operis était l'architecte, les gouverneurs 
étaient les Pfleger ou tuteurs, chargés par le magistrat de surveiller la 
gestion des biens et revenus de la fabrica, c'est-à-dire de l'Ouivre 
Notre-Dame, Unser Frauen Werk. Entre les deux fonctions il y avait 
incompatibilité; celui qui faisait les plans et qui en dirigeait l'exécution, 
ne pouvait pas en môme temps siéger dans la commission administrative 
qui contrôlait les rentrées et les dépenses. Louis Schneegans a senti la 
difficulté; il essaye d'en sortir en rappelant que dans l'origine les termes 
d'opus et de fabrica étaient employés indifféremment pour la construction 
d'une église; gubernalor fabricae doit donc être pris dans le sens de di- 
recteur des constructions ou d'architecte'. Mais à l'époque où l'inscription 
fut gravée on n'était plus dans Vorigine, gubernalor fahricae n'était pas 
synonyme de magister operis. Schneegans est obligé de convenir lui- 
même que dans un litre allemand de 1287, qu'il a vu, Erwin est appelé 
Werkmeister, traduction littérale de magister operis, et que bien antérieu- 
rement déjà une inscription au ZolUhor, érigé vers l'an 1200, faisait men- 
tion du magister Itnjus operis. Il est très-vrai que dans la seconde moitié 
du treizième siècle la nomenclature latine est encore loin d'être fixée. Il 
existe des actes de 1263, de 1266 et de 1274 qui sont passés pour la fli- 
brique au nom du chapitre, et qui datent par conséquent d'une époque où 

I. Revue d'Alsace, 1852, p. 13. li. 

T. IX. - (P.-V.) 



— 7/* — 

il n'y avail pas encore de Pßeger nommés par le magislrat. L'Œuvre élait 
sous la surveillance de trois chanoines, désignes par l'évêque en qualité 
de redores fabricac; on trouve même le titre de judex fabricae*; la ges- 
tion elle-même était confiée à un receveur. En 1263 ce dernier, Berthold 
Fabis, est appelé procurator fabricae-, ce qui était le terme le plus géné- 
ralement employé pour les fonctions de ce genre. Mais voici que bientôt 
après nous rencontrons Conradus Olcman magister seu reclor fabricac^. 
Le G avril 1266 le chanoine Eberhard de Sulz, l'écolûlre Marquard d'En- 
tringen et l'archidiacre Eberhard de Sarringen, recteurs de l'Œuvre, 
autorisent ce même maître Conrad Oleymann, oppreciator fabricae, à 
céder à sa fille Anna quelques biens, à condition qu'après la mort d'Anna 
ils fassent retour à la fabrique*. Que veut dire l'expression peu usitée 
d'apprecialor fabricae? Ducange et son dernier édileur Henschel ne con- 
naissent appreciator que dans le sens de quelqu'un qui laxe les denrées, 
en particulier les vins l Personne ne dira que l'Œuvre Notre-Dame a eu 
besoin d'un employé spécial pour taxer les vins ou les grains qui lui étaient 
livrés à litre de redevances. Vapprecialor de 1266 a dû avoir la même 
charge de receveur que le procurator de 1263; la preuve, d'ailleurs, c'est 
que, dans une autre charte de 1266, le même Conrad est appelé procu- 
rator fabricae\ Le 2 janvier 1271 le couvent des Pénitentes vendit à 
l'Œuvre une maison sise dans la rue du Lin {Flachsgesseliny ; dans ce 

1. M. Scolasticus Argent., iudex J'abrice eiusdem a reverendo domino nostro Argenli- 
nensi deputatus. l" avril 12GG. Original. Arch. de TO. N.-D. 

2. Dans un acte du 10 avril 120."., par lequel Hedwig, veuve du bourgeois Reschart, 
fuit don à la fabrique du tiers d'une maison dans la rue du Chapeau, Hntgasse; cet acte 
fut scelle' du sceau de révèquc et fait en présence de récolàfre Marquard d'Entringen. 
Les autres témoins furent le procureur Bcrthold Fabis, Henri de rfettisheim, notaire de 
révèque, et Jean dit Geta, notaire de la fabrique. V. le registre de l'OEuvre Notre-Dame 
dit Stadtbuch, ï° 67. Ua procurator fabricae est déjà mentionné dans un titre de 1205, 
feria 1 post Adelpbi : Hugues Slegercgen et sa femme Mctza donnent à la fabrique leurs 
biens. Arcb. de TO. N.-D. 

3. Dans une charte originale du l i avril 12G3. Arch. de TO. N.-D. 

4. Stadtbuch, f" 168. Le 1" avril de la même année, Henri, cistarius, boisselier, et sa 
femme Ita donnent à la fabrique une maison dans la rue du .Maroquin; l'acte est fait par 
l'écolâtre; les témoins sont le chanoine Eberhard de Sarringen, un des recteurs de 
rOEuvre, son frère Otton, chanoine, Jean, vicaire de Saint-Laurent, Cerlhold de Jnj'erno 
[Zur Hellen), undesmiiiistériauxde l'évêque, et \ü procurator Coiu'ad Oleymann. L. ç..,i° 54. 

5. Glossarium, t. 1, p. 336 : Appretiator, qui rei, et maxime vino, venali prctium 
imponit. C'est ce qu'on appelait à Strasbourg Winru/er, proctamator vint. 

G. V. note 2 plus haut. 
7. Stadtbuch, f" 2G. 



— 75 — 

document Conrad Oleymann paraît comme magister fabricae , ce qui dans 
ce cas ne peut pas signifier maître de l'Œuvre ou architecte; c'est encore 
synonyme de procureur. 

En 1281 on trouve les premiers indices d'une intervention du magistrat. 
Königsliofen rapporte qu'elle fut sollicitée par le chapitre lui-même; il n'y 
a pas de raison pour douter à cet endroit de la véracité de notre chroni- 
queur'; la date seule qu'il assigne au fait est inexacte; ce n'est pas en 
1290 que le magistrat commença à s'occuper de TŒuvre, il le fit dès 1281. 
Il paraît qu'il se borna d'abord à désigner un administrateur laïque, tout 
en laissant encore au chapitre une certaine part. Par acte du 10 décembre 
1281 il confirme la vente d'une maison dans la rue du Maroquin (Kurdc- 
luangassé) cédée à la fabrique pour 28 marcs d'argent par Agnès, femme 
du chevalier Lucas d'Eckwersheim; il est dit que la somme a été payée 
parler Wehelin, der lonhcrre ist unser froivcn îverkes\ et que lui, ainsi 
que ses successeurs comme Pßeger de l'Œuvre, auront à acquitter les 
charges dont l'immeuble était grevé'. Le Lonhcrre de la ville était le 
fonctionnaire chargé de la surveillance des travaux publics, de l'acquisition 
des matériaux, du payement des ouvriers, de la location des biens, des 
bâtiments appartenant à la commune; le Lonhcrre de l'Œuvre Notre- 
Dame avait évidemment une charge analogue; il surveillait la gestion 
régulière des revenus affectés à la construction et ta l'entretien de la Cathé- 
drale; c'est pourquoi aussi l'acte cité contient déjà le nom de Pßeger. La 
preuve que le chapitre n'était pas encore entièrement dépossédé de toute 
coopération est fournie par un titre du 26 août 1282 *; l'Œuvre fait un 
échange de propriétés avec un des Husgenossen, Conrad de Saverne; or, 
cet acte est passé en présence de l'écolàtreMarquard et du susdit Wehelin. 
Bientôt après le chapitre disparaît, le magistrat reste seul chargé de l'ad- 
ministration de l'Œuvre; il ne nomme plus un seul Lonherr, il institue 
plusieurs Pfleger, sous les ordres desquels est le receveur. Cependant on 
continua encore pendant quelque temps de donner aux Pfleger le nom de 
Lonherr; dans un acte de vente de 1294, on lit ahcr Lnhes, unserre 
frowen werkes pfleger und lonherre^». Désormais il n'y a plus de l'incer- 



1. Etlit. Hegel, p. 72G. M. Hegel dit dans une note : « Die Wahrheit dieser Erzählung., 
mag avf sich beruhen. » Pourquoi? 

2. « Ileinricus dictus Wehelin, magister operis, qui edißcavit istud allare b. Virginis, 
opere dedit centum marcus.» Reg. des donat., f" 213 *». 

3. Stadibuch, f» 66. 

■i. Sladtbuch, f° 38. Les témoins sont 2 laïques : Hugues de Wintertüre et Henri Rybisen. 
5. Le 22 avril 1294 TOEuvre vend à Jean, fils de GuiHaumo, pelletier, des biens à 
Kunig^liofcn. Arcli. de la Basse-Alsace. 



- 7G - 

lilnde que sur les lilres latins donnés aux Pßc.ger, mais celte incertitude 
n'est qu'apparente. Le chroniqueur Ellenliard, dit le Grand, qui fut un des 
premiers Pßeger, est tantôt appelé j)rocî/r«^or fahricae\ tantôt gubernalor 
scu procurator-; il en est de même du chevalier Lucas d'Eckwersheim l 
Dans d'autres documents de la même époque, Ellenhard a le nom de 
miser froivenwerkes pßeger^ ce qui ne laisse aucun doute sur la significa- 
tion de gubernalor scu procurator. Ni Ellenhard, ni Lucas d'Eckwersheim , 
ni leur collègue Ileilmann dit am Wasser, appelé procurator en 1299, en 
1304' et en 1308, n'ont rempli les fonctions de receveur; en 1299 Ileilmann 
figure avec Ellenhard comme unser frotven munster luerhes Pßeger^. Ces 
Pßeger ou gouverneurs étaient choisis soit dans le sein du magistrat, soit 
parmi les habitants les plus notables. Le chevalier Lucas d'Eckwersheim 
était en 1284- Stettmeister et en 1290 membre du sénat; Ellenhard et 
Ileilmann appartenaient à des familles de Ilusgenossen. Les gouverneurs 
n'étaient jamais pris dans le clergé, tandis qu'à cette époque le vrai pro- 
curator, le receveur, était en général un clerc; il avait à rédiger des actes 
latins, et il n'y avait qu'un clerc auquel on pût confier cette besogne. De 
1304 à 1317 le procureur de la fabrique est le prêtre Henri de Ilaguenau; 
en 1308 paraît aussi un Manegoldus clericus\ Dans ces premiers temps le 
procureur semble avoir fait partie de la commission administrative; dans 
un titre de 1315 on lit: GösseUnus Schoup, Burkardus Waffeler, milites, 
et Heinricus sacerdos de Hagenoive, procuratorcs et guhernatores scu 
negotiorum gestores fabricae ecclesiae Argcntincnsis\ C'est ainsi encore 
que le prêtre Jean d'Ehenheim, qu'on rencontre comme procureur dans 
les années 1318 à 1337, est plusieurs fois nommé conjointement avec les 
gouverneurs, en 1327 avec les chevaliers Conrad Ripelin et Reimbold 
d'Achenheim, en 1331 avec Rcimboldd'Achenheim et Nicolas Otlfriedrich^ 

1. En 1-290, 1292, 1299, 1301. L. c, f° 9, iO, 33, IGi, 107, 212. 

2. En 1299, 1301, 1303. L. c, f 9, C9. 

3. En 1292, 1293, 1295, L. c, f» 33, Landbuclj, f" 297. 

4. Ib., f° 40. 

5. (I Ebihart und IleUinaiin, die von unsern und unser Stelle wegen unser frowen 
inünsterwerkes pflegere sint. » Ib., i° 33. Y. aussi f" 39, 75, 191. 

6. Ib. Henri très-souvent; Manegold, i° 33. 

7.1b., f" 73. — En 1319: Gosselinus diclus Schoup, Burcavdus diclus Wahlcche, 
milites, et Johannes de Ehenheim presbijter, gubernalores et procuratores fabricae. 
Original. Arch. de 10. JN.-D. 

8. Ib., f" 183, sqq. Lc 4 juillet 1338 le magistrat nomma le cbcvalier Nicolas de Grostein, 
Jean de Roshcim et le prêtre Hcilmann de ^iixAYmscn procuratores de l'OEuvre, les trois 
avec les mêmes attributions. Arcli. de la ville, Briej'lmch, vol. I, f" II. 



— 77 - 

J'ai donné ces détails pour montrer que le mot guhernalor n'était rien 
moins que synonyme de magistcr operis. W est à peine nécessaire d'ajou- 
ter que ni EUenhard, ni Lucas d'Eckwersheim n'ont été architectes, pas 
plus que Heilmann, Gosselin Schaup et les autres gitbernatores que j'ai 
nommés. Le terme de guhcrnalor fabricac sur l'épilaphe ne peut donc 
pas s'appliquer à Erwin l'arcliitecte. M. Hegel, dans son édition de Kônigs- 
hoi'en*, tranche la difficulté de l'inscription, en disant que celle-ci lui est 
suspecte en général; c'estaller trop vite, onne fait plus de critique sérieuse, 
quand on rejette comme suspect ce qu'on ne peut pas expliquer. 

Dans l'épitaphe de Husa, on ne lit que magislcr Erwinus; dans celle 
qui est au has de la pierre, Jean n'est pas appelé fils d'Erwin, gouverneur 
de la fahrique, mais d'Erwin, maître de l'Œuvre. Il y a ainsi sur le môme 
monument un maître Erwin tout court, puis -deux Erwin avec deux quali- 
fications dilTérentes, exprimées en termes Irès-exphcites. La similitude des 
caractères prouve que les trois épitaphes ont été gravées en même temps, 
en L'îSO au [»lus tôt; à cette époque il n'était plus guère possihle de con- 
fondre un magistcr operis avec un gubcrncUor fabricac. On est donc amené 
à se demander si l'Erwin de l'épitaphe est l'architecte; pour sortir d'em- 
barras , on pourrait dire que sur la fin de sa carrière Erwin renonça aux 
fonctions de maître de l'Œuvre et que le magistrat, pour honorer le vieil- 
lard, le choisit pour être un des gouverneurs de la fabrique. Mais comment 
en ce cas aurait-il pu construire en 1316 la chapelle de la Vierge? Si 
Erwin le gouverneur n'a pas été Erwin l'architecte, — et aussi longtemps 
qu'on ne peut pas prouver que ce dernier a été un des P/leger, l'identité 
doit être contestée — , nous aurions simultanément deux Erwin. En ad- 
mettant cette hypothèse, on pourrait expliquer aussi pourquoi le décès 
de l'architecte est inscrit au registre des donations, non au 17 janvier, 
mais au 19. Il resterait encore la queslion : lequel des deux Erwin a été 
l'époux de Ilusa, et comment se fait-il que le personnage le plus impor- 
tant de la famille, l'architecte, n'a pas d'épitaphe? Quanta Husa, jene 
doute pas qu'elle n'ait été la femme de rarchiieclc, par la raison que, de 
son vivant déjà, il n'est désigné en général que par les mots magislcr Er- 
winus, absolument comme sur l'épitaphe de Husa. Quant à l'absence d'un 
monument pour lui-même, je me borne à poser un point d'interrogation. 
Quelle que soit, du reste, la date exacte de sa mort, il parvint à un 
âge très-avancé'. S'il débuta comme maître de l'Œuvre vers 1275 ou 



l.T. 1014, note 6. 

2. C'est à lui sans doute (|u'il faut i-npportci" les deux donations inscrites au registre, 
f" 18 et f" 127 : « May. Envinus huius operis operi dédit equinn et redditus im"^ xtnc. — 
Mag. Erwinus inagister huius operis dédit vestem unam, casulam et arma. » 



— 71^ — 

1277, on peut lui supposer alors une moyenne d'au moins trente 
ans; à l'époque de la construction de la chapelle de la Vierge, en 1316, il 
a dû avoir soixante-dix ans et même plus. Ce grand âge est rendu plus 
probable par le fait qu'il a eu des fils qui paraissent, peu après sa mort, 
comme n'étant plus jeunes. 

On trouve mentionnés comme enfants d'Erwin : une fille, Sabine, un 
fils qui fut architecte de l'église de Haslach , puis Jean Winlin, Erwin 
et Jean dit Erwin ; ainsi une fille et quatre fils. La fille ne lui est attri- 
buée que par une tradition qui ne remonte pas plus haut que Specklin'. 
Ceux qui ont eu l'occasion de consulter les Collectanea de l'architecte stras- 
bourgeois du seizième siècle, quand ils existaient encore, savent qu'on ne 
pouvait s'y fier que sous bénéfice d'inventaire; dans beaucoup de ce qu'il 
racontait, Speckhn n'avait écouté que sa fantaisie; il arrangeait et combi- 
nait les faits, il imaginait des incidents, il supposait des discours, sans se 
douter qu'il commettait souvent les méprises les plus singulières. Il avait 
recueilli entre autres une inscription en vers léonins, reproduite d'après 
lui par Schadœus^ et par Schiller^: Gratia divinae pieiatis adesto Savinae 
dépêtra dura per quam sum fada figura. Il concluait de là que Savine 
ou Sabine était fille d'Erwin de Steinbach. On peut s'étonner qu'un savant 
comme Schiller ait pu tomber dans la même erreur, en rapportant à Sa- 
vine les mots de petra dura, et en les traduisant par von Steinbach ! Le 
sens des vers est pourtant bien simple : « que la grâce de la divine miséri- 
corde assiste Savine, par qui moi, figure (statue), j'ai été faite d'une pierre 
dure.» Le nom de Sabine était peu commun à Strasbourg; jene l'ai trouvé 
qu'une seule fois; en 1282 le chevalier Gösselin bi Sant-Tlioman fit dona- 
tion à l'hôpital d'une maison, dont il réserva l'usufruit viager à sa femme 
Sabine; ce serait bien hasardé si on voulait dire que celle-ci a été l'ar- 
tiste*; mais en tout cas, la statuaire Savine, quelle qu'elle fût, doit être 
rayée de la liste des enfants d'Erwin. Il est inutile d'insister sur ce point; 
Louis Schneegans a si bien démontré la fausseté de la légende^, que je 



1. Collectanea, vol. I, f» 128. 

2. Summum Argent, templum, p. 14. 

3. Additions à Königshofen, p. 559. 

4. Archives des liospices. Dans l'acte le nom est écrit une première fois Sabine, une 
deuxième fois Savine; il n'y a donc pas lieu de faire, comme le veut M. Gérard, 1. 1, 
p. 100, à Specklin et à ses copistes le reproche d'avoir altéré le nom de la Savine de l'in- 
scription. Savine était la prononciation populaire de Sabine. La même Savine, épouse du 
chevalier Gösselin, est nommée dans une charte de 1282, par laquelle GOssclin fonda une 
prébende dans la chapelle de Saint-Gall. Y. mon Histoire du chapitre de Saint-Thomas, p. 33 i. 

5. Revue d'Alsace, 1 190, p. 252 et suiv. 



— 70 — 

n'en aurais pas même parlé, s'il n'y avait pas encore des savants qui 
croient à une Sabine de Steinbach ^ 
Les fils d'Erwin sont : 

1. Celui qui fut architecte de l'église de Ilaslach et qui, d'après son 
épitaphe qui existe encore, mourut le 5 décembre 1330. L'inscription 
l'appelle fdius Erwmi, magistri quondam operis ecclesiae Argentinensis. 
Sur la pierre il y avait aussi le prénom, mais il est trop détérioré pour 
qu'on puisse le lire avec certitude. Schneegans prétend avoir trouvé dans 
un ancien registre provenant de Ileiligenberg, non loin de Ilaslach, que le 
prénom était Jacobus; autant qu'on peut en juger par l'aspect du monu- 
ment, c'était un nom prenant moins de place. 

2. Jean Winlin, qui peut bien avoir été le successeur de son père 
comme maître de l'Œuvre. Le registre des donations mentionne, après 
le don d'un cheval et d'une rente fait par Er^Yin le père, un autre fait 
par magister Winlimis, natus predicti Envini\ Lorsqu'après la révolution 
de 1332, qui fit entrer l'élément bourgeois dans le magistrat, on élut 
le premier conseil nouveau, la corporation des maçons et tailleurs de 
pierre nomma Jean WinUn ; le même reparaît dans le conseil qui siégea 
en1333 et de 1334 à 1335'. En 1335 Winlin possédait une propriété dans 
la rue des Juifs, à côté d'une maison dite Zum Groper ou Zum brunen 
Manne (de l'homme brun; Groper est un nom). L'année de sa mort 
m'est inconnue; dans le hvre des donations on trouve les décès de deux 
fils d'Erwin, tous les deux maîtres de l'Œuvre, l'un le 10 des kalendes de 
mai, 22 avril, l'autre le 7 des ides de mai, 8 du même mois, malheu- 
reusement sans l'indication des années; il est probable que l'une de ces 
dates est celle de la mort de Winhn, qui légua à l'Œuvre ses habits. Peut- 
être mourut-il le 22 avril 1335; on vient de voir que de 1334 à 1335 il 
fut un des sénateurs; or, le renouvellement du Conseil avait lieu chaque 
année au mois d'août, et aux nouvelles élections de 1335 Winlin fut rem- 
placé par Götz Sponheim. 



1. Ivugler, Ilandbach der Kunstgeschiclae. 4. AuJL Stultg. 18G1, t. Il, p. 80. — Otte, 
Handbuch der Idrchlichen Kunst- Ar chœolorjie. 4. Auß. Leipz. 18G8, p. G83, etc. 

2. Item magister Winlimis natus predicti Erwini operi dédit omnia preparamenta 
corporis sui et mi°' libras denar. Argent.,, i" 18. Plus loin, f 111, on lit: Mag. Joh. 
Winlin dédit arma sua et unam vcstem et 1111"^ libras. — Winhing , comme Schnecgans 
écrivait en 1830 (Essai historique sur la cath., extrait de la Revue d'Alsace, p. 50, note 6) 
d'après le manuscrit de Heckler, est une erreur. Le registre des donations a distinctement 
Winlinvs. On me dit que M. Adler, dans un ariicle publié récemment dans un journal 
d'architecture, que je n'ai pas vu, admet l'existence d'un Winhing. 

3. Y. les listes annuelles des membres du Conseil au BUrgcrbxich, Arch. de la ville. 



- 80 — 

En 1340 le membre du conseil pour les tailleurs de pierre est un cer- 
tain Wcrlin; si le nom était moins lisiblement écrit, on aurait pu le pren- 
dre pour Winlin, mais il n'y a pas moyen de s'y tromper. En 13-42 Winlin 
est mentionné comme décédé et sa veuve est déjà remariée. Il avait épousé 
Christine, fille de Jean Stifinster, et de Nesa (Agnès), fille du pelletier 
Gûntzelin zum Schützen. Les Stifinster étaient une famille notable de la 
bourgeoisie; en 1353 un Stifinster, sans prénom, est sénateur pour la 
corporation des marchands (Kremer); en 1358 et en 1361 c'est un Nicolas 
Stifinster, peut-être le même que celui de 1353; il était fils de Jean 
et par conséquent frère de la femme de Winlin*. Celui-ci avait eu de 
Christine six enfants, Ilusa, Erwin, Jean, Gerlach, Dina (Catherine) 
et Anna. Dès 1342, sa veuve était remariée à Cuntz d'Urach, bourgeois de 
Strasbourg, qui avait un magasin d'habits {Geivandgaden) dans une des 
boutiques adossées contre la Cathédrale'; il possédait et habitait avec sa 
femme la maison Zum Bracken (au chien de chasse), sise dans la rue 
appelée aujourd'hui rue de la Râpe^ En 1342 Christine prêta, du consente- 
ment de son mari, à Hildegunde de Kirwiller, ci- devant domestique 
(famula) de Jean Siiner, prébendier de la Cathédrale, une somme de trois 
livres, pour laquelle Hildegunde lui engagea une maison du quartier des 
charrons (Faubourg National). Le tuteur de cinq des enfants de Winlin, 
leur oncle (patruus) Jean dit Erwin, dont je parlerai sous le numéro 4, 
intervint pour eux dans l'acte*. Husa n'est pas nommée dans cet acte, 
parce qu'elle était majeure et mariée à Cuntz Peigerlin^ En 1357 il est 
question d'une maison, sise place Saint-Etienne, quae olim fuit ut dicitur 
in bonis quondam magistri Winlini olim magistri operis fahricae ecclesiae 

1. En I3i2 et 1343 est mentionné un Albert ou Obreclit Stifinster, ßls de Jean et frère 
de Nicolas, par conséquent aussi frère de Christine. Johannes clericus dictus S tip finster 
opère dedil integram vestem. Reg. des donat., i° 1 G 1 1. 

2. En 13G0 Cuntz vendit la boutique à l'OEuvre Noire-Dame. 

3. Dans le mur mitoyen qui séparait leur maison d'une autre, appartenant à la fabrique 
de la Cathédrale, ils avaient pratique une fenêtre ; en 1355 ils s'engagèrent à la faire fer- 
mer dès que la fabrique le réclamerait. Feneslra dcsuper tendens, vulgariter dicendo 
ein Slechenvenster ; j'ignore ce que signifie le terme allemand. Arch. de TO. N. D., 
Sladlbuch, f 82. 

4. Archives de la Basse-Alsace, fonds de Saint-Pierre-le-Vieux. 

5. Le 18 juin l2ï8frowc Uuse meister Joh. Wifilins seligen dohter et veuve de Cuntzelin 
l'eigcrlin loue de Heilka, veuve de Werner de Pfetlisheim, et de son lils Ilenselin une maison 
dans la rue du Lin; elle avait trois enfants mariés, Ilenselin Peigerlin der Uowelüchelin 
dohlennan, Dina Bepslin et Greda Burkelerin. La lîoweliichelin était la veuve de Jean de 
Miilnhcim, qui eliam dicitur llouwelüchel, mentionné en 1332 et comme décédé en 1341. 



— 81 - 

Argentinensis^; celte maison était appelée dès 1319 Zum Alien Werk- 
meister; on peut induire de cette dénomination et de cette date qu'elle 
avait appartenu déjà à Erwin le père. En 1370 vivaient encore deux enfants 
de Winlin, Johannes diclus Erwin ac Gertrudis ejus soror,liheri quondam 
Johannis dicti Winli^i marjistri operis. 

Winlin est la forme enfantine d'Erwin, le petit Erwin. J'ignore quelles 
considérations philologiques pourraient permettre d'en douter; avant d'ap- 
pliquer à une province les règles d'une théorie générale, il est bon de 
connaître la' pratique des usages locaux. Rien n'était plus commun en 
Alsace que la coutume des parents de retrancher la première syllabe du 
nom d'un enfant et d'ajouter à la fin le diminutif Zm ou, comme nous le 
prononçons, le. De Johannes on faisait Henselin, de Reimbolt Böldelin, de 
Nicolas Lauivelin, Hedwig devenait Wigelin, Gertrude Trudelin, Anastasie 
Steselin, etc. C'est ainsi que d'Erwin on a fait AVinlin. L'usage de garder le 
petit nom pendant toute la vie n'était pas moins fréquent; surtout quand il 
s'agissait de distinguer un fils d'un père, ou un frère d'un frère: Böldelin 
de Lingolsheim était en 1292 membre du sénat; Böldelin Ripelin paraît 
en 1342 et en 1376; Betschelin (Berthold) de Rosheim fut Stettmeister en 
1351 et en 1362; Lauwelin Nope siégea au conseil en 1370; Henselin de 
Blumenau, dit der alte (le vieux), est cité en 1380, etc. On dira qu'il ne 
s'agit là que de prénoms ou plutôt de noms de baptême; mais dans l'ori- 
gine le nom d'Erwin n'a pas été autre chose; on verra même qu'il reparaît 
comme tel pour un fils et des petits-fils de l'architecte. 

Au treizième siècle il y a de nombreux bourgeois et patriciens que nous 
ne connaissons que par un seul nom, auquel tout au plus est ajoutée par- 
fois la désignation de la localité où ils demeuraient; leur nom de baptême 
devint nom de famille pour leurs descendants. En 1182 il y eut un cha- 
noine de Saint-Thomas, Erbo ultra Bruscam (au delà de la Bruche), en 
1261 un sénateur du même nom; ce dernier fut la souche de la famille 
Erb: Burcardus dictus Erbe, Johannes dictus Erbe, etc. En 1246 on trouve 
un Hesso am Wasser (au bord de l'eau, près de Saint-Nicolas), et son fils 
Härtung Hessen sun, en 1280 un chevalier Hesso «»«. VFas^er; à partir 
de là viennent des Hesse avec des prénoms. Le chevalier Frédéric, 1271, 
a un fils Otton, Otte hem Eriederiches sun; de là la famille noble des Olt- 
friedrich. De la môme façon le nom d'Erwin devint patronymique pour 
ses enfants et ses petits-enfants. 

3. Erwimis, magistcr operis hujics ecclesiae. Je déduis l'existence de cet 

1. Arch. de Saint-Thomas. 



— 82 — 

Erwin de l'épilaphe de son fils Jean, qui est la Iroisième sur la pierre dont 
j'ai parlé plus haut. Déjà Schneegans' a fait la remarque que si ce Jean 
avait été le fils du grand Erwin, on aurait ajouté au nom du père l'adverbe 
quondam, comme on l'a fait sur l'épilaphe de l'architecte de Plaslach. 
L'absence du quondam nous oblige d'admettre que le père de Jean était 
encore en vie quand ce dernier mourut. Ce second Erwin, maître de 
l'Œuvre en 1339, est sans doute l'Erwin sans prénom, qui en 133G et 
4337 fut choisi pour représenter dans le conseil la tribu des tailleurs de 
pierre. C'est lui aussi que je crois être l'époux de la Gertrude qui légua à 
l'Œuvre quelques vêtements. Il ne paraît pas qu'il ait occupé longtemps le 
poste d'architecte de la Cathédrale; dès 1338 le membre du conseil pour 
les tailleurs de pierre est Pierre Sponheim, en 1339 c'est un nommé 
Sigel. Jean, le fils de ce second Erwin, mourut le 18 mars 1339; les der- 
niers mots de son épilaphe sont en partie effacés, mais il n'est pas difficile 
de lire operis hujus ecclesiae. Behr, dans son Strasshurger Blauster- und 
Thurnbücldein de 1746 (p. 24), a changé ces mots en operis sui aemuliis. 
Grandidier^ a copié cette altération avec une légèreté qui montre qu'il 
n'avait pas vu le monument et qu'on a de la peine à pardonner à un his- 
torien aussi scrupuleux. Le titre de tnagister, donné à Jean, ne fournit 
aucune lumière sur sa profession; on appelait magisler quiconque était versé 
dans une certaine science ou dans un certain art. On pourrait être tenté de 
croire que le second Erwin et Winlin ne sont qu'une seule et même per- 
sonne; mais il me semble évident qu'ils ont été deux frères. De son vivant 
comme après sa mort, en 1332, 1333, 1334, 1335, de même qu'en 1342, 
1355, 1357, 1370, l'un est toujours appelé Johans Winlin ou Johannes 
dictus Winlimis; tandis que l'autre, les trois fois qu'il est nommé, deux 
fois parmi les conseillers de la ville et puis sur l'épilaphe de son fils, est 
Erivin ou magisler Envinns. L'hypothèse de Schneegans^ que Winlin et 
Erwin auraient été chargés simultanément, après la mort de leur père, 
de la direction des travaux de la Cathédrale, me paraît aussi insoutenable 
que l'hypothèse qui les confond en un seul; c'eût été une anomalie, con- 
traire à tous les usages. 

4. Dans l'acte de 1342, au sujet du prêt de la veuve de Winhn à Ililde- 
gundede Kirwiller, Johannes dictus Erwin, ßius quondam magistri Erwini 
intervient au nom des enfants mineurs de son frère. Il n'est pas dit 
quelle a été sa profession; il est certain seulement qu'il ne fut pas maître 

1. lîevue d'Alsace, 1852, p. 74. 

2. Essais siii' la Cath., p. 49. 

3. Revue d'Alsace, 1852, p. 76. 



(le l'Œuvre, car en 13/^2 c'était Geilach'. Je suppose que c'est lui qui fut 
interrogé comme témoin en 1332 après la querelle entre les Miilnheim et 
les Zorn; ce témoin n'est introduit que comme Erwin Erwines sun'-; s'il 
avait été architecte de la Cathédrale, on n'aurait pas manqué de le dire, 
ses fonctions auraient donné plus de poids à son témoignage. Il est peut- 
être le Erwinus am HoUzmerket (au marché au bois), bourgeois de 
Strasbourg sans autre qualification; en 1336 ce dernier acheta une maison 
à Bischheim; il est mentionné encore dans un titre de 1356^; un fils de 
lui, Erwin, existait en 1370*. M. Gérard' fait de cet Erwin am HoUzmerket, 
qu'il appelle Erwin II, le successeur de son père comme maître de 
l'Œuvre; il n'a pas remarqué qu'on ne lui donne ce titre dans aucune des 
pièces où il est nommé, ni dans l'acte d'acquisition de la maison de Bisch- 
heim, ni dans celui de 1342 concernant le prêt de sa belle-sœur, ni dans 
le document de 1370; il n'est pas même appelé magister, mais simplement 
civis Argentinensis\ 

Il résulte de tout ce qui vient d'être dit qu'Erwin a eu deux fds du nom 
de Jean: Jean Winlin, mort vers 1339, et Jean Erwin, vivant encore en 
1342. Ce fait de deux fils ayant le même prénom ne doit pas nous étonner; 
je pourrais citer de nombreux exemples de celte coutume; je n'en donne- 
rai que quelques-uns: Jean de Mülnheim, 1280, a dix fils, dont trois s'ap- 
pellent Jean et quatre Burckart; le chevalier Jean Lange de Wangen, 
1310, a deux fils, Hans et Henselin; Guntz Pfaffcnlapp, 1340, deux fds, 
Henselin der älter et lüein Henselin; Ulric Bockelin, 13C0, deux fils, 
Ulrich et Klein Ulrich; le chevalier Wetzel Broger, 1360, trois fils. Gross 
Wetzet, Klein Wetzel et Wetzel junior, etc. 

J'observerai encore que parmi les chanoines de Saint-Pierre-le-Jeune 
se rencontre en 1366 un Henri Erwin, dont je ne saurais établir la filiation. 
J'ajouterai une dernière observation. 
Dans le registre des donations, T 18, se trouve ceci: 
«... Item mag. Erwinus huius operis operi dédit eqmim et redditus 



1. Ce Gerlach ne peut pas être le fils de Wiulin, mentionné comme mineur en 1342. 

2. Schiller, additions à Künigsliofen, p. 793. 

3. Arch. de la Basse-Alsace, fonds de Saint-Pierre-le-Jeune. — Arcli. de l'O. 5. D. 

4. Mone, Zeitschrift für Geschichte des Oberrheins, t. VI, p. 435, d'après un Copialbuch 
de la Galliédrale, qui ne se trouve ni aux archives de TOEuvre Notre-Dame ni à celles du 
département ou de la ville. 

5. T. I, p. 303 et suiv. 

G. A ce Jean Erwin on peut rapporter les donalions suivantes : Juh. dictus Erwin operi 
dédit I libr.; Erwinus operi dédit korsalum et capucium, f° 218, 1G5 {corsatus, espèce de 
tunique). Anna uxor dicU Erwini operi dédit vcstem cum vario (vair, fourrure), f° 200. 



— 84 — 

1111°'' une. Item Adelheidis uxor magisiri Eriuini 0. Item Mergardis dicta 
Gersterin operi dédit x. sol. et tunicale. Item Joli, miles dictus de Blu- 
mcnoioe operi dédit equum arma sua et togam cum vario. Item Gerdrudis 
de Utwilre uxor pistoris operi dédit iiii'^'' une. Item mag. Erioinus Jiuius 
opcris operi dédit equum et rcdditus luf^ une. Item mag. Winlimis natus 
predicti Erwini operi dédit omnia preparamenta corporis sui et nif^ lib. 
den. Arg. . . » 

On se fonde sur ce passage pour dire que le mag. Erivinus, mentionné 
comme mari d'Adelheid, est le même que YErivinus qui donna le cheval 
et les 4 onces; que la femme d'Erwin P^ s'élant appelée liusa, l'Eiwin, 
dont la femme s'est appelée Adelheid, doit être un autre qu'Erwin P''; 
qu'il a été le fils de ce dernier, et que par conséquent Winlin, indiqué 
comme natus predicti Erivini, n'est pas le fils d'Erwin P"", mais son petit- 
fils, né d'Erwin II et d'Adelheid. 

Ce raisonnement peut être réfuté. Ceux qui le font n'ont pas remarqué 
que la phrase concernant Erwin qui donna le cheval, paraît deux fois et 
que la première fois elle est biffée. La radiation est faite avec une encre 
plus jaune que celle qui a servi à écrire les mots ; la même encre plus 
jaune se montre dans la reproduction du passage quelques lignes plus bas, 
bien que les caractères ne soient pas d'une époque beaucoup postérieure. 
La radiation prouve qu'on s'était aperçu d'avoir commis une erreur en 
rapprochant Adelheid, uxor magistri Erwini, du magister Erivinus qui 
précédait. Pour prévenir la confusion des deux Erwin, on biffa la première 
phrase. Rien n'empêche donc d'admettre que magister Erioinus huius 
opcris est Erwin P'" et que Winlin est son fils. 

Quant à Adelheid, a-t-elle été la femme d'un autre de ses fils? 

F" 46'' on lit : Winlinus magister fosse in Tüngensheim et Adelheidis 
uxor sua operi dcdcrunt nnam vierdcnzal viniferam et iiiP'' une. den. 

Voilà une seconde fois le nom d'Adelheid. Ce nom ayant été très-fré- 
quent chez nous, il n'est pas nécessaire de supposer de prime abord que 
dans les deux cas il s'agit de la même personne, et que par suite mag. 
Erwinus est identique avec Winlinus. Cependant rien aussi ne s'y oppose. 
Mais que signifie magister fossae in TüngensJieim? Je crois que p^v fossa 
il faut entendre une carrière; dans une charte du 23 mai 1200, par 
laquelle Edellindis, abbesse de Niedermünster, cède au chevalier Conrad 
le terrain sur lequel est construit le château de Landsberg-, il est parlé 
d'une fossa calcis et d'une fossa lapidam. (V. aussi Ducange, 1. 111, p. 381.) 
Or, à Dinsheim il y a encore aujourd'hui des carrières de grès bigarré; 
cette pierre est celle qu'on emploie chez nous comme pierre de taille ; 



— 85 - 

elle a servi à la construction de notre Cathédrale ainsi qu'à celle de l'éo-lise 
de Ilaslach. Magister fossae, Gruhcmclsicr (comp. Bercmeister, Bencckes 
Wörterbuch, t. II, p. 119), est le préposé, le directeur de l'exploitation 
de la carrière. Le Winlin, qui est qualifié ainsi, donna à la fabrique de la 
Cathédrale une pièce de vignes; or, il existe des vignobles dans la partie 
de la vallée de la Bruche où est situé Dinshcim; dans celte dernière ban- 
lieue même on en cite en 131 G, 1328, 1351. Il me semble que ce Winlin 
qui n'a pas de prénom, n'est pas à confondre avec Jean Winlin, magister 
oper'is. Winlin étant le diminutif d'Erwin, le maître de la carrière peut 
fort bien paraître sous les deux noms; plus d'un personnage nommé Jean 
ou Cuntz est appelé en même temps Ilensclin ou Cuntzelin. Adelheid, uxor 
magistri Erivini, serait ainsi la même que Adelheid uxor Winlinimagistri 
fossae. Comme ce dernier paraît avoir habité Dinsheim et qu'il a possédé 
dans les environs des vignes, la conjecture se présente qu'il aurait été le 
fds de l'architecte de Ilaslach. 

Tel est jusqu'à présent le résultat de mes recherches; je le répète, je n'ai 
pas la prétention de le donner pour définitif; je ne demande pas mieux que 
de le voir corrigé ou complété par la production de documents qui me 
sont restés inconnus. J'abandonne à la discussion les quelques conjectures 
que je me suis permis de faire; quant aux questions que l'examen des in- 
scriptions a fait naître dans mon esprit, je serais heureux qu'on pût les ré- 
soudre en apportant des textes qui ne donnent aucune prise à la critique. 



Après celte lecture, M. le professeur Kraus déclare qu'il ne croit pas 
pouvoir adopter toutes les conclusions et conjectures de M. Schmidt. Il 
pense avoir les moyens de prouver que le guhernaior fabricae de l'épi- 
taphe est Erwin, l'architecte, et que celui-ci n'a eu que trois fils : T l'ar- 
chitecte de Ilaslach, dont le prénom paraît avoir commencé par un 0, 
un G ou un C; 2" le Magister Johannes, dont l'épilaphe suit celle d'Erwin 
guhernaior fabricae, et dans laquelle l'absence de quondam peut s'expli- 
quer par la considération qu'il n'était pas nécessaire de rappeler une 
seconde fois que le père était mort; 3'' l'Erwin mentionné en 1332 comme 
témoin dans l'affaire des Müluheim et des Zorn; cet Erwin aurait eu deux 
fils, Jean Winlin et Jean Erwin. M. le professeur Kraus, qui n'a pu déve- 
lopper son opinion que sommairement, se réserve de l'exposer plus 
lard en l'appuyant de preuves. Comme l'a dit M. Schmidt dans sa note, la 
question est ouverte, mais elle ne pourra ôlre discutée utilement que 
quand M. Kraus aura apporté ses pièces justificatives. 



— 86 — 

^\u,'d"njon'' ^^^ ^^- I^i»8"6Jsen rappelle qu'en 1868 la Société a voté 1500 fr. pour la 
(jcLnnJsber?:. reg(aiipation du donjon du château de Landsberg; il rend compte des tra- 
vaux qui ont été exécutés et qui sont évalués à une somme de 800 fr. 
Sur sa proposition, on décide de continuer les réparations, M. Rodolphe 
de Tiirckheim, propriétaire du château, ayant bien voulu y donner son 
consentement. 

l'ubiicaiion G" M. le président rappelle que, par un vote de l'assemblée q-énérale du 

dos minialurcs ' l I 1 ' 1 D 

'•" 6 mars 1873, la Société s'est encanée à publier ce qu'elle peut se procurer 

en fait de copies authentiques des miniatures du Ilortns deliciarum. 
L'Œuvre Notre-Dame possède une collection de calques exécutés avec 
beaucoup de soin; d'autres, faits par Engelhardt, se trouvent à la biblio- 
thèque municipale; M. le chanoine Straub en possède également quelques- 
uns; enfin M. C. Schmidt a pu se procurer un certain nombre de planches 
tirées du grand ouvrage de M. le comte de Bastard, sur les peintures et 
ornemenls des manuscrits du moyen âge. Le Comité décide de publier, 
pour les membres de la Société, les plus importants de ces dessins, par 
fascicules paraissant tous les quatre ou tous les six mois; répartie en plu- 
sieurs annuités, la dépense ne créera pas d'embarras pour la caisse. M. le 
président et le secrétaire sont chargés de s'informer du meilleur moyen 
d'exécution, ainsi que des frais probables. 
La séance est levée. 



Séance du Comité du 12 juillet 1875. 

Présidence de M. STRAUB, 



Présents : MM. Ringeisen, Salomon, C. Schmidt, secrétaire. 
Le procès-verbal de la séance du 14 juin est lu et adopté. 

V Sur la proposition de M. le président, M. Klemm, sculpteur à Colmar, 
est admis comme membre de la Société. 

M. Straub dépose ensuite sur le burecu les ouvrages suivants, qui ont 
été adressés à la Société : 

Mémoires de la Société dunhcrquoise pour V encouragement des sciences, 
des lettres et des arts. 1871-1872. 17*^ volume. 

Bulletin de la Société nivernaise des sciences, lettres et arts. Seconde 
séiie. Tome septième. 



— 87 — 

2° M. le président annonce qu'en réponse à la lettre que, conformément 
à l'avis du Comité, il a adressée à M. le président de la Basse-Alsace, ce 
fonctionnaire lui a répondu que, selon les règles administratives, la sub- 
vention départementale de 1500 fr. ne peut être accordée que si la Société 
spécifie les travaux auxquels la somme doit être employée. 

En même temps M. le président donne connaissance d'une nouvelle i^"'=»"="i""- 
lettre de M. Slichaner, Kreis-Direktor à AYissembourg, demandant un 
concours de la Société pour la rcsiauration et la conservation de l'église 
collégiale de ladite ville , ainsi que du château de Fleckenstein. Les mem- 
bres présents sont d'avis d'affecter 1000 fr. de la subvention à l'église de 
Wissembourg, 400 fr. au château de Fleckenstein et 100 fr. aux travaux 
entrepris pour la conservation des stalles de l'église d'Ebersheimmünster. 
Comme le Comité n'est pas en nombre, il ajourne une résolution définitive 
à une prochaine séance, qui sera spécialement convoquée pour cet objet. 

S'' M. de Mortillet, directeur du Musée des antiquités nationales, au 
château de Saint-Germain, écrit pour remercier la Société de l'envoi du 
l*''' numéro des Procès-Verbaux. 

4" M. Nicklès, de Benfeld, écrit qu'un pêcheur de cet endroit a ramassé 
diverses antiquités, qu'il propose de vendre à la Société pour la somme 
de 20 fr. M. Nicklès sera prié de faire celte acquisition. 

5" M. le président annonce que dans une niche de l'église de Thann on °'"=""j'^"^"*^./j''^''"' 
a retrouvé d'anciens documents, appartenant aux archives de la paroisse, dans .me niche 
et qu'on est occupé à en faire le classement. Il rappelle en même temps '''='"" ''" ^''"""" 
que des documents semblables ont été découverts par lui, il y a vingt ans, 
dans une cassette de l'église de Rosenwiller; cette cassette se trouvait dans 
la niche qui servait autrefois de tabernacle pendant la semaine sainte et 
qui n'avait plus été ouverte de mémoire d'homme. M. l'abbé Gyss sera 
prié de vouloir bien les examiner. 

G° n est donné lecture d'un rapport de M. Winkler sur la chapelle de opinions diverses 

, • ' ' sur le chœur 

Sainte-Marguerite à Epfig; l'examen de ce monument a fait naître en '■' ^'^ =J;ape"e 
M. Winkler l'opinion que dans l'origine le chœur a dû être fermé par une ^"'"TeS."""" 
abside demi-circulaire et que le rétablissement de cette abside devrait être 
compris dans les travaux qui s'exécutent en ce moment à ladite chapelle. 
Pour vérifier cette opinion, M. Ringeisen a fait faire des fouilles, desquelles 
il résulte qu'il n'existe aucune trace de substructions indiquant une abside 
et (jue par conséquent il n'y a pas lieu de la rétablir. M. Ringeisen se pro- 
pose, du reste, de présenter prochainement un mémoire sur cette matière. 
7° M. le président donne lecture de la note suivante sur l'église de 
Saint-Pierre-le-Jeunc : 



SS 



L'ÉGLISE DE SAINT-PIERRE-LE-JEUNE A STRASBOURG. 

La fondation de la collégiale de Saint-Plcrre-lc-Jeunc nous reporte dans 
la première moitié du onzième siècle. Le terrain qu'elle occupe faisait 
alors partie d'un faubourg situé hors de l'enceinte fortifiée et qui ne fut 
réuni à la ville qu'un demi-siècle plus tard. Un hospice, selon les uns, 
selon d'autres, une église paroissiale dédiée à sainte Colombe, y avait été 
bâtie à une époque qu'aucune chronique ne précise. Il est permis de 
croire que l'invasion des troupes du duc Hermann de Souabe, si désas- 
treuse pour notre ville , ne ménagea pas plus ce petit sanctuaire qu'elle 
n'avait épargné notre cathédrale et l'église de Saint-Thomas, qui devinrent 
la proie des flammes. Ces circonstances peuvent nous expliquer sa recon- 
struction. 

Elle fut faite sur un plan plus vaste par l'évêque Guillaume P*", oncle 
de l'empereur Conrad le Salique. L'année même où la nouvelle éghse de 
Saint-Thomas fut consacrée (1031) et pendant que noire basilique métro- 
politaine se relevait lentement, ce prélat jeta les fondations de l'église de 
Saint-Pierre, appelé le Jeune pour la distinguer de l'église plus ancienne, 
placée sous le même vocable et située à une autre extrémité de la ville. 
Elle fut achevée en moins de vingt ans, sous l'épiscopat de Iletzel, et con- 
sacrée l'an i050 par notre pape alsacien Léon IX, qui y laissa sa dalma- 
tique en souvenir. En 1039 l'évêque Guillaume avait fondé huit canonicats 
pour le service divin; Iletzel en porta le nombre à quatorze; au quinzième 
siècle, l'évêque Robert de Bavière y ajouta un quinzième, chiffre main- 
tenu jusqu'à la révolution. 

Je ne puis en ce moment m'occuper de l'historique de cette collé- 
giale, dont le rôle n'a pas été sans importance dans les annales de notre 
ville et qui a compté dans son sein des hommes distingués, comme Pierre 
Schott, Munthard, Jcanjean, etc., je me bornerai à un exposé succinct de 
son développement architectural. A défaut de renseignements écrits, le 
monument lui-môme nous fournira les dates approximatives de ses recon- 
structions, qui accusent deux époques distinctes. 

Les étages inférieurs du clocher occidental sont les seuls restes de la 
construction primitive. Les baies sont en plein cintre; les chaînes d'an- 
gles et les chaùies intermédiaires ainsi que les arcadurcs romanes sont 
en pierre de taille; le reste est construit en moellons. Un incendie arrivé en 
1330 dévora toute la charpente du clocher, qui devait, d'après les termes 



— 89 — 

du clironiqueur, être terminé par une tlèche en bois. Le restaurateur lui 
donna un toit en bûtière et utilisa dans son travail quelques colonnes 
accouplées qui portent le caractère de la transition du style roman au 
style ogival. J'y vois une preuve que la partie supérieure du clocher fut 
reconstruite ou du moins remaniée dès le douzième siècle. 

Le chœur et le cloître, qui se développe au nord, durent cire construits 
peu après cette époque. Le chœur, d'une étendue et d'une élévation peu 
considérables, compte huit travées et se termine par une abside à cinq 
pans. La voûte semble avoir été refaite plus tard, peut-être en même temps 
que celle de la nef. Les fenêtres géminées en deux lancettes avec rose Iréflée 
dans l'ogive et surtout la sévère simplicité des moulures accusent le com- 
mencement du treizième siècle. Je suis tenté de croire que les murs 
de la petite nef nord sont un reste d'une construction de la même épo- 
que, qui dut être renouvelée vers le milieu du treizième siècle. 

C'est l'époque d'un remaniement complet, sinon d'une seconde recon- 
struction du vaisseau et du transept. Par une disposition unique en Alsace, 
ce dernier se trouve à l'ouest. La façade méridionale, la seule qui soit 
apparente, est percée d'une entrée dont les énergiques profds rappellent 
la porte de Sainte-Catherine , encastrée dans le pignon extérieur de l'un 
des bâtiments mihtaires, à l'angle de la rue des Orphehns et de celle du 
Jeu-de-Paume. Les supports du transept ainsi que de la nef principale sont 
des piliers carrés à pans coupés, sans couronnement, de sorte que les 
moulures des arcs s'y relient et les pénètrent sans imposte. 

Des claires-voies larges et hautes donnent entrée à la lumière; elles 
sont divisées par deux meneaux et ornées chacune de trois rosaces. 

Au nord la nef principale est accompagnée d'un bas côté, tandis qu'au 
sud elle en a deux, séparés par des colonnes rondes, sans chapiteaux, ni 
couronnement d'aucune espèce. 

Un jubé, placé en saillie de l'entrée du chœur, sépare le sanctuaire de 
la nef, sur laquelle il ouvrait autrefois par cinq arcs, aujourd'hui murés. Il 
est orné de quelques peintures de valeur, exécutées au dix-septième 
siècle. 

La date 1819, assignée à l'achèvement de l'église, concorde parfaite- 
ment avec le style qu'elle présente. Peut-être la statuaire qui ornait autre- 
fois le tympan de l'entrée principale , et dont les iconoclastes de 93 nous 
ont à peine laissé la trace, confirmerait ce jugement. 

11 reste à examiner quelques appendices ajoutés plus tard et servant 
aujourd'hui à des usages divers. J'ai signalé la chapelle des Zorn, dont 
l'état de délabrement attire en ce moment l'attention du Comité. Cette 

T. IX. - (P.-V.) 7 



— 90 — 

chapelle a un pendant dans l'angle sud-ouest formé par le clocher et la 
nef. C'est une construction très-élégante, élevée au quatorzième siècle 
parallèlement au transept, avec une petite abside tournée vers le sud. Une 
piscine, qui s'y trouvait autrefois, a disparu il y a peu d'années. Si je suis 
bien renseigné, celte chapelle, dont le vocable n'est plus connu, sert au- 
jourd'hui de salle de conférence ou de sacristie. — Près de là , une pein- 
ture murale assez bien conservée paraît sur le mar de la nef méridionale. 

Une construction analogue (dédiée à saint Marc?), mais beaucoup 
moins importante, ouvre dans le deuxième collatéral sud. Elle est affectée 
au même usage. 

Deux chapelles ont conservé leur destination primitive et servent au 
culte cathohque. La plus ancienne, dédiée à saint Nicolas, fut élevée en 
1307, à l'ouest du cloître, par Nicolas de Kagencck. Elle est à deux voû- 
tes d'arêtes; sa longueur est égale à la largeur du transept, auquel elle 
est adossée. La seconde chapelle, consacrée à la sainte Trinité, est parallèle 
au chœur. En 1852 elle a été ornée d'une remarquable verrière, due à 
noire regretté collègue, Baptiste Petit-Gérard. 

Je communiquerai prochainement une note sur le mobilier de l'église 
ainsi que le relevé des pierres tombales, tant de la nef et des chapelles 
que du cloître, du moins de toutes celles qui ne sont pas cachées ou inac- 
cessibles. 

La séance est levée. 



Séance du Comité du 2 août 1875. 

Présidence de M. STRAUB. 



Présents : MM. le curé Guerber, Ringcisen, Salomon, Sengcnwald, 
Winkler, et G. Schmidt, secrétaire. 
La Société a reçu les revues et ouvrages suivants : 

Amtliche Sammlung der altern eidgenössischen Abschiede. Lucerne, 1872 
et suiv., 5 vol. 

Charles Robert, Mélanges de numismatique. Paris, 1875, V^ et 2® 
fascicules. 

Anzeiger für Kunde der deutschen Vorzeit. 1875. 

BiUlctin de la Société des antiquaires de Picardie. 1875,. 



— 91 — 

Zeitschrift der Gesellschaft für die Geschichte der Herzogthümer Schles- 
ivig, Holstein u. Lauenburg. T. 111. 1873. 

Register über die Zeitschriften und Sammelwerke der Schleswig -Hol- 
steinischen Geschichte. 2® livr. 1873. 

Zeitschrift der hist. Gesellschaft zu Freiburg. 1875. 

Le procès-verbal de la séance du 12 juillet est approuvé tel qu'il a été 
publié. 

I'' Sur la proposition de M. Winkler, M. Pavelt, Regierungs-Baurath, 
est reçu membre de la Société. 

2" Le Comité approuve la résolution provisoire, prise dans la séance du ^''i!!' ^'"Comiié. 

1 i 1 ' 1 ^\ issenibourg. 

12 juillet, de destiner sur la subvention départementale une somme de ,ie Lanasberg. 
1000 fr. à l'église collégiale de Wissembourg, une de 400 fr. au château ,iEbe!smünster. 
de Landsberg, et 100 fr. aux stalles de l'église d'Ebersmiinster. 

On décide, en outre, de consacrer à ce dernier objet une somme de 
200 fr. à prendre sur les fonds de la Société. 

3° Le secrétaire communique un devis de M. Winter pour la reproduction Propositions 

. _ _ relatives 

photographique des mmialures du Hortus deliciarum. M. Winter s'offre à ^lapubii 
livrer la planche à1 fr. 25 c, dans le cas qu'il y aura un tirage de ^„,,^„ 
50 épreuves, chacune à 300 exemplaires. Avant de prendre un parti défi- 
nitif, le Comité est d'avis de se faire donner aussi un devis d'un lithographe. 

^'^ M. l'abbé Guerber donne lecture d'une notice sur un bas-rehef D''«ouveiie 

d lin 

trouvé récemment dans l'église de Saint-Nicolas à Haguenau, et repré- ""^,"„5 rriisè'"^ 
sentant le Christ sous le pressoir. Il communique en même temps une ^l^guêlau.'^' 
photographie de ce monument remarquable, qui date de la fin du quinzième 
siècle. Le symbole, reproduit assez souvent sur des vitraux, parait ici pour 
la première fois en sculpture. Un membre rappelle qu'il formait aussi le 
sujet d'une grande composition dans le volume de Ilerrade de Landsberg. 
La notice de M. Guerber sera publiée dans le Bulletin, accompagnée d'une 
photographie ou d'un dessin lithographie. 

5° M. Nicklès écrit qu'on vient de trouver dans l'IU, près de Benfeld, une Tmnvaiiie 
statuette en bronze; il sera prié de l'acquérir pour le Musée de la Société '"" '''' Be..fci.i. 
pour la somme de 60 fr. 

6° M. Winkler appelle l'attention du Comité sur une inscription à côté 
de la porte d'une maison sise place Clément et destinée à être démolie. 
M. le Président se charge d'en prendre une copie. 



cation 
niatures 
du 
s deliciarum . 



— 92 

7" Le même communique le dessin d'une maison du treizième siècle à 
PiufTach. Ce dessin, ainsi que d'autres de maisons très-anciennes en Alsace 
relevés par M. Straub, sera publié dans le Bulletin. 

8° M. Salomon montre un fragment de faïence trouvé par lui au châ- 
teau de Birkenfels, et paraissant provenir d'un poêle de l'époque de la 
Benaissance. 

Ancien mobilier 9° M. Straub trausmet une note sur ce qui reste de l'ancien mobilier de 

de 

S'-Pierre-ie-jeune. Saint-Pierrc-le-Jeune et sur les principaux monuments respectés par les 
révolutions diverses que l'église a traversées. 

Une grande cuve baptismale, probablement contemporaine de la nef, se 
trouve dans le collatéral nord, mais ne sert plus aux usages primitifs. C'est 
en ce moment, après la disparition complète des anciens baptistères autre- 
fois déposés au rez-de-chaussée de la bibliothèque de la ville (cuves de 
Bischofsheim, d'Eschau, de Sainte-Aurélie,etc.), la seule que nous ayons à 
Strasbourg, ayant servi au baptême par immersion. Le baptistère de la 
Cathédrale appartient à une époque où le baptême par infusion était 
devenu général. 

Les orgues de la nef sont l'œuvre d'André Silbermann. — La cloche qui 
appelle au service protestant a été une des premières qui aient été fondues 
à Strasbourg après la réorganisation du culte, en 1802. Elle est due à 
notre fondeur strasbourgeois Mathieu Edel, 3° du nom. 

Le relevé des pierres tombales de la nef ne pourra être fait avec résultat 
que lorsque les travaux projetés seront en voie d'exécution, beaucoup 
de dalles étant actuellement couvertes par les bancs. 

Le mobilier ancien du chœur, servant d'église paroissiale catholique 
depuis 1681, se réduit à la chaire et aux stalles, qui paraissent appartenir 
à la fin du règne de Louis XV. Les panneaux des stalles présentent de 
beaux trophées religieux en bas -relief. Malheureusement une épaisse couche 
de peinture ne permet plus de juger de toute la finesse des sculptures. Des 
anges avec des emblèmes ornaient autrefois la corniche; il serait bon de 
les replacer, s'ils existent encore. 

Un Christ en croix et deux tableaux placés au-dessus de deux portes 
(dix-huitième siècle) ne sont pas sans valeur. 

Plusieurs monuments d'une certaine importance ornent encore les cha- 

MonnmPnts anciens ' 

Si-Pierrè-ie-jeune. pcllcs ct Ic cloîtrc, affccles au scrvlcc catholique. Il faut mettre en première 

iPBoîîapeiios. ligne la dalle tumulaire du fondateur de la chapelle de la Sainte-Trinité, 

Simon Liepp de Kirchberg, chanoine de la collégiale de Saint-Pierre-le- 



— 93 — 

Jeune. — La place qui suit le M du millésime est si usée qu'on n'y voit 
aucune trace des lettres qui devraient indiquer la date (en tout cas posté- 
rieure à1491). — La dalle esta fleur de sol, au milieu de la chapelle, la 
face tournée vers l'autel. Le dessin est au trait et représente l'ecclésiastique 
en habits sacerdotaux très-amples, tenant le calice de la main gauche et 
bénissant de la droite. La tête est coifl^ée de la birette souple, allongée et 
arrondie par le haut, qui était en usage à cette époque. 

Une pierre commémoralive de Henri Köhler, docteur en droit canon, 
chanoine de la collégiale, vicaire général in spiritualibus, etc., f 1522. 

Dans l'ancien passage, qui menait de la chapelle de la Sainte-Trinité au 
chœur, on a encastré dans le mur une sculpture en demi-rehef apparte- 
nant au commencement du seizième siècle. Il est dû à un artiste de mérite 
et pourrait bien avoir figuré autrefois au-dessus d'un autel. Le Christ assis 
montre ses plaies; à ses côtés, mais un peu plus bas, se tiennent les apôtres 
saint Pierre et sahit Paul. — Tout au bas, on voit une Véronique d'une 
belle expression. 

Dans le cloître : l'épitaphe de Pierre Duconle, premier chirurgien en chef Monuments 
de l'hôpital militaire à Strasbourg, f 1728 à l'âge de 82 ans. s'Pie.rè-ie-jeime, 

Celle de son frère Bernard, doyen du chapitre, f 1743. 
La pierre commémorative de Louis Sturm et de sa femme Anne d'En- 
dingen, posée du vivant de l'épouse en 151 G. 

La dalle tumulaire de damoiselle Françoise Postohe, femme de Michel 
Roifle de Hangest, directeur des hôpitaux du roi, f 1693. On sait qu'au 
dix-septième siècle les femmes de la bourgeoisie n'avaient droit qu'au 
titre de Mademoiselle, quoiqu'on eût déjà l'usage de les appeler Madame. 

Une pierre commémorative de Frédéric Bocholtz, prévôt du chapitre 
de Saint-Pierre-le-Jeune pendant 34 ans, f 14-55. 

L'épitaphe de Jean-François Merckel, ammeister de la ville, appelé sur 
le monument l'idole du peuple et le bienfaiteur des pauvres, f 1737. 
Les plus remarquables inscriptions de la chapelle de Saint-Nicolas sont: 
Près de la porte d'entrée, celle qui donne la date du décès de Nicolas 
de Kageneck, prévôt, dont la longue administration fut de la plus haute 
ulihté au chapitre, f 13G4. L'inscription est en belles majuscules profon- 
dément fouillées. — Les deux écussons qui ornaient les coins inférieurs 
du monument, offrent encore des traces de couleurs. 

Au côté nord, on distingue l'épitaphe de Dorothée Günther, femme de 
J.-B. de Klinglin, f 1692. 

Celle de Jean-Thiébaut Reitz, ammeister et du collège des XIII, t 1729. 
Vis-à-vis, du côté sud de la chapelle, une belle pierre avec insciiption 



— 94 — 

en caractères latins et lettres entrelacées, comme elles paraissent fré- 
quemment au seizième siècle. Elle indique la mort d'un ecclésiastique, 
Amand Wolf, décédé en 1503, etc. 

Un mémoire donnant la transcription intégrale de toutes les épitaphes 
encore conservées dans l'église, dans les chapelles et dans le cloître de 
Saint-Pierre-le-Jeune, sera publié dans le Bulletin. 

La séance est levée. 



Séance dû Comité du 25 octobre 1875. 

Présidence de M. STRAUB. 



Présents: MM. Peliti, Ringeisen, Salomon, Sengenwald, G. Schmidt, 
secrétaire. 

M. Mitscher, membre de la Société, assiste à la séance. 

Le procès- verbal de la séance du 2 août est approuvé tel qu'il a été 
imprimé. 

La Société a reçu les ouvrages suivants : 

Bulletin de la Société des sciences et arts de Vitry-le-Français, 1873 — 
1874, 1 volume. 

Recherches sur les revemis de Vévêché de Strasbourg, par Dagobert 
Fischer, 1 broch., don de l'auteur. 

Die Burgen Gross- und Klein- Geroldseck (am Wasichen), 1 broch., par 
le même auteur. 

Die ehemalige Abtei Craufthal, 1 broch., par le même auteur. 

Anzeiger für schweizerische Alterthumskunde, 1872, 1 vol. 

Annalen des Vereins für Nassauische Alterthumskunde und Geschichts- 
forschung, 1874. 

Daduchos, Einleitung in das Verständniss der hellenischen Mythen, 
von Forchhammer. 

Freiburg s Diöcesan- Archiv, 9. Band. 

Eighth annual Report of the Trustées of the Peabody Museum, 1875. 

Annual Report of the Smithsonian Institution, 1874. 

Messager des sciences historiques de Belgique, 1875, V^ et 2*^ livr. 

Mittheilungen der antiquarisclien Gesellschaft in Zürich, 1871 — 1874. 



— 95 — 

Quellensammlung der Gesellschaft für Schleswig -Holstein- Lauenbur- 
gische Geschichte, 1875, 

Sitzungsberichte der gelehrten Gesellschaft zu Dorpat, 1874. Verhandlun- 
gen, 1875. 

Urkundensammlung der Gesellschaft für Schleswig -Holstein -Lauen- 
hurgische Geschichte, 1875. 

Zeitschrift der Gesellschaft für Schleswig -Holstein-Lauenhurgische Ge- 
schichte, 1875. 

Zeitschrift des Vereins zur Erforschung der rheinischen Geschichte und 
Alterthümer in Mainz, 1875. 

Verhandlungen der gelehrten Estnischen Gesellschaft zu Dorpat, 1875. 

Urkundensanimlung der Gesellschaft für Schleswig-Holstein-Lauenhur- 
gische Geschichte. \K1 5. 

1" M. le président annonce que les travaux de restauration de l'église 
collégiale de Wissembourg sont momentanément suspendus ; il commu- 
nique en môme temps une nouvelle lettre de M. le Président de la Basse- 
Alsace, en date du 13 de ce mois, et invitant le comité à indiquer les 
œuvres auxquelles il est d'avis de consacrer la subvention départementale. 

On décide de reporter les 1000 fr. votés pour Wissembourg sur la 
cbapelle d'Epfig, dont la restauration n'est pas terminée. Quand les travaux 
de Wissembourg auront été réellement entrepris, on y contribuera dans 
le courant de l'année prochaine. 

A celte occasion, MM. Straub et Ringeisen rendent compte de l'assi- 
duité intelligente avec laquelle M. le maire d'Epfig surveille les travaux 
de la chapelle de Sainte-Marguerite. 

2° M. le président annonce la mort de M. le D"" Eissen, qui pendant /"^onnei 

' ' •» 1 du Cornue. 

longtemps avait été secrétaire et en dernier Heu président de la Société, 
à laquelle il a rendu des services. Suivant l'usage traditionnel du comité 
de se compléter provisoirement en cas de démission ou de décès d'un 
membre, on choisit, pour remplacer M. Eissen, M. Kraus, profes- 
seur d'archéologie. Ce choix sera soumis à la ratification de la prochaine 
assemblée générale. Des circonstances diverses font prévoir que celle-ci 
ne pourra pas être convoquée avant le mois de janvier 1870. 



3" M. Straub communique quelques notes qu'il a prises dans un récent *?""-™frë' 
voyage. Dans la première il décrit un monument funèbre appartenant à "^""deTa"*"^ 
une de nos plus anciennes et plus illustres familles nobles d'Alsace, la '^''"à'nad'ôifzéî'r''' 



— 90 — 

famille de Reinach. Il se trouvait autrefois, aux termes de l'inscription, 
dans la chapelle d'Ulm àRadolfzell, d'où il a passé dans l'église paroissiale 
de cette ville. 

La dalle scellée dans le mur sud du bas-côté porte l'inscription sui- 
vante : 

VXOR PAVLI MATTIIIiE 

BARONIS AB VLM IN ERBACH 

MARIA VRSVLA B: A REINACH 

ILLIVS PERANTIQV.E, ET GENERÖS J] PROSAPLE, 

QV.E 

C^ESARIBVS AVSTRIACIS 

QVINQVE BELLI GENERALES 

ET ALIOS CAMPI DVCES PLVRIMOS 

DEDIT. 

, NASCITVR DIE 4 FEBR. 1627. 

LIBERORVM SEPTEM MATER FIDELISSIMA. 

DENASCITVR DIE 27 IVLIJ 1699 

CELL^ RATIIOLDI, 

ET HOC VLMIORVM SACELLO 

QVIESGIT. 

FILII GRATITVDINIS ERGO 

POSVERE. 

TV LECTOR REQVIEM SEMPITERNÄ 

El PRECARE. 



Au-dessus de l'épitaphe le sculpteur a figuré les deux écussons d'Ulm et 
deReinach. Les mêmes écussons sont répétés en tête des deux séries d'ar- 
moiries appartenant aux deux lignées et à leurs alliances. Elles forment 
en quelque sorte le cadre du monument. A la droite (gauche du specta- 
teur) ce sont Ulm, Breidenlandenberg, Ilohenegg, Felzer, Schad, Rech- 
berg, Spelh et une seconde fois Rechberg; à la gauche, Reinach, Rei- 
chenstein, Vay, Andlau, une seconde fois Reinach, Stœr, Da?gelin et 
Roggenbach. 



— 97 — 

liP Une deuxième communication de M. Straub a pour objet les pein- 
tures anciennes du plafonnage de l'église de Zillis, dans le canton des 
Grisons, qu'il a visitée le 4 septembre dernier. 

Ces peintures se rattachent aux miniatures du Hortus ddiciarum, avec peintures anciennes 

^ _ _ dans 

lesquelles elles ont une frappante analogie, au point que plusieurs person- ''^sJ^'^^'^^'"'* 
nages semblent être copiés l'un sur l'autre. 

L'église de Zillis est une construction d'une grande simplicité. La nef et 
le clocher seuls sont primitifs et accusent l'époque romane; le chœur 
voûté est une reconstruction faite au commencement du seizième siècle, 
par «.Meister Andres Buchler y>. La nef a un plafond en bois, divisé en 153 
panneaux ou compartiments couverts de peintures à la détrempe, presque 
toutes conservées avec quelques transpositions inintelligemment faites, lors 
d'une restauration. Ces peintures, qui ont échappé comme par un miracle 
aux nombreuses causes de destruction dont elles ont été menacées depuis 
près de sept siècles, représentent le cycle assez complet des principaux 
événements de la vie du Sauveur, depuis l'annonciation jusqu'à la cruci- 
fixion exclusivement. Celle-ci a sans doute été figurée sur les parois des 
murs, aujourd'hui recouverts de badigeon. Aux scènes bibliques, le pein- 
tre-décorateur a ajouté un trait tiré de l'Évangile apocryphe de l'Enfance 
de Jésus: c'est le miracle de la création de quelques oiseaux, que le 
petit Sauveur vient de façonner avec de l'argile et qui s'envolent de ses 
mains. Les panneaux extrêmes, le cadre en quelque sorte du plafond, 
renferment des êtres fantastiques, comme centaures, chimères, syrènes, 
dans les positions les plus variées et les plus originales ; presque tous 
nagent dans l'eau. 

«Ce qui m'a frappé au premier coup d'œil, dit M. Straub, c'est la 
conformité, on pourrait presque dire l'identité de plusieurs figures avec 
celles du monument de Herrade. 

« Je n'avais aucune connaissance du remarquable mémoire que la Société 
archéologique de Zurich a fait paraître sur ces peintures, en 1872, et qui 
m'a été communiqué depuis. L'auteur, II. Uahn, qui ne parle probablement 
que des miniatures pubhées par Engelhard, fait la môme observation 
et relève l'identité de pose, de détails de costumes, de certains plis de 
la draperie observés dans la figure des mages, dans celle de la Vierge 
(scène de l'annonciation), de la figure de l'Église; si la mémoire me sert 
bien, j'ai trouvé cette identité presque complète pour plusieurs autres 
figures, évidemment dessinées d'après un type commun, à peu d'années 
d'intervalle. Comme d'habitude dans la peinture du douzième et du treizième 
siècle, dont le caractère est plus spécialement décoratif, le peintre a em- 



— 98 — 

ployé des couleurs mates, sans autre indication d'ombre que des traits 
foncés. Les contours, sans avoir la correction et la vigueur des dessins de 
lierrade, ne sont toutefois pas aussi mous que pourraient le faire supposer 
les planches litliographiées qui accompagnent le mémoire de M. Rahn. Il 
appartient à la Société des antiquaires de Zurich de faire opérer le déba- 
digeonnage des murs de la nef; il n'y a pas de doute que cette opération 
n'amène d'intéressantes découvertes. 

« J'ajoute en passant que la tour de l'église renferme deux cloches 
anciennes, dont une fort curieuse, du quinzième siècle, présente les 
noms des quatre évangélistes. C'était probablement une aWellerglöck)). 
L'inscription porte en minuscules gothiques : f maria f hilf f vnd f die 
f fier f evvangelist f vcas {sic) o marcvs o mathevs f ihanne. Elle ne se 
trouve pas notée dans l'ouvrage : Die Gotteshäuser der Schweiz, et paraît 
peu connue. » 

^TeTh^n""' 5° M. le président donne connaissance du rapport suivant de M. Ingold, 
ancien notaire à Gernay, sur la très-curieuse Banmvarthütfc de Thann 
que ce membre recommande à la sollicitude de la Société : 

« Je crois, dit M. higold, devoir appeler l'attention sur une rustique con- 
struction située à l'extrémité sud-est de la ville de Thann, dans le vignoble 
de la plaine qui porte le nom de Im-Feld. Ce petit bâtiment se compose 
d'une cave surmontée d'un rez-de-chaussée et d'un simple grenier. Il est 
construit en clayonnage et mesure 8 mètres de longueur sur 7 mètres de 
largeur. Dans l'intérieur de cet édicule se trouvent quelques tables, un 
vaste lit de camp et une grande cheminée. 
« Les parois sont ornées : 

de 25 bas-reliefs en pierre, incrustés dans le mur. ... 25 

de 13 peintures sur bois 13 

d'une peinture sur terre cuite 1 

et de 3 tableaux sur papier 3 



42 



« La plus ancienne de ces œuvres d'art est de 1560, la plus moderne 
de 1832. 

« Elles représentent la série plus ou moins complète des gardes-vignes 
de Thann, c'est-à-dire leurs noms, prénoms, professions, armoiries, 
patrons, avec de précieuses indications météorologiques, historiques, des 
sentences morales et religieuses, etc. 



— 99 - 

« De temps immémorial ce petit édifice sert de lieu de réunion aux 
gardes-vignes et gardes champêtres auxiliaires du vignoble de Thann. 

« Il existe en Alsace plus d'une maison de garde de cette espèce; mais 
nous doutons fort qu'il s'en trouve, ou qu'il s'en soit trouvé une seule 
de l'importance de celle qui nous occupe. Le Winzerhaus de Mulhouse, si 
célèbre dans les annales des joyeusetés de cette ville, était loin d'en 
approcher. 

«La Bannwarthülle de Thann mérite donc, ce nous semble, à tous 
égards, d'être mise sous la protection de notre Société. 

« Il faudrait, je crois, pour assurer la conservation de cet intéressant 
monument de la vie civile de nos pères et d'autant mieux le faire con- 
naître: 

« Restaurer le gros œuvre de l'édifice ; 

« Enlever le badigeon qui couvre les bas-reliefs et peut-être les restaurer, 
car le marteau de 1793 les a fortement endommagés; 

« Dans tous les cas, restaurer les peintures, qui sont du reste très-mé- 
diocres et d'assez bonne conservation, à l'exception de deux ou trois; 

« Enfin, relever dans nos annales toutes les inscriptions et y joindre 
en gravures quelques spécimens des bas-reliefs les plus remarquables et 
une vue de l'intérieur du céans. 

« Fort du sentiment de M. le maire de Thann , nous avons lieu de croire 
que cette ville se chargerait du gros œuvre, en sorte que la partie histo- 
rique et artistique resterait seule à la charge de notre Société. 

« Cette dernière comprendrait : 

Le débadigeonnage des bas-reliefs estimé . ... 160 fr. 

La restauration des peintures 40 » 

Celle des bas-reliefs -400 » 

Ensemble . . . 600 fr. 

« Ces estimations sont de M. Thiery, artiste-graveur à Mulhouse, que 
j'ai conduit sur place.» 

Le comité, reconnaissant l'intérêt qu'il y aura de restaurer cette con- 
struction, prie M. Ringeisen de vouloir bien l'examiner. M. Ringeisen se 
charge de cette mission. 

6® M. le président rapporte qu'il s'est entretenu avec M. Schultz, suc- pioposUioL 
cesseur de M. Berger-Levrault, au sujet de la publication des peintures Je la repriducuon 

j yj- , -. . des miniatures 

du Horlus deiiciarum; M. Schultz s'offre à fournir la planche lilhographiée <!" 

^ or Horlus dclic 

à raison de 500 exemplaires au prix moyen de 75 fr. Cette offre est adop- 



us dcliciarum. 



- 100 — 

lée, et l'on décide de prendre aussilôl des mesures pour faire paraître 
un premier fascicule de 4 planches, de manière à pouvoir le présenter à 
la prochaine assemblée générale. 

7" Sur la proposition de M. Straub, MM. Charles Gariage, architecte à 
Ccrnay, et Fridolin Eschbach, vicaire à Sufllenlieim, sont reçus membres 
de la Société, ainsi que M. Mcrrem, Landgcrichtsrath, sur la proposition 
de M. Milscher. 

La séance est levée. 



Séance du Comité du 45 novembre i875. 

Présidence de M. STRÄUB. 



Présents: MM. Ringeisen, Salomon, Nessel, Winkler, Kraus, G. Schmidt, 
secrétaire. M. Klotz se fait excuser. 

M. Mitscher, membre de la Société, assiste à la séance. 

Le procès-verbal de la séance du 25 octobre est approuvé tel qu'il a été 
publié. 

Depuis la séance d'octobre les ouvrages suivants ont été offerts à la 
Société : 

Le Prieuré de Saint- Quentin, par M. Dagobert Fischer, 1875 ; 
Ber Geschichtsfreund, tome XXX; 

Die prähistorische Archäologie in Schleswig-Holstein. Ein Vortrag von 
11. Ilandelmann. Kiehl, 1875. 

de l'église 1° M. le président donne quelques détails sur une des portes de l'église 

de Zimmerbach, à l'entrée de la vallée de Münster, dont il a déjà entre- 
tenu le Comité en novembre 1869; cette porte, sur laquelle, par suite d'une 
ancienne superstition populaire, étaient cloués des fers à cheval, a été ré- 
cemment remplacée par une autre. M. le président a écrit au maire du 
village, lui offrant d'acquérir pour la Société la porte mise hors d'usage, 
mais n'a pas encore reçu de réponse*. Gomme il possède un dessin du mo- 
nument, il se propose de présenter une notice sur cette porte et sur d'au- 
tres pareilles. 

1. A la (laie du 18 novembre, M. le maire de Zimmerbach a donné réponse à M. le pré- 
sident, pour lui faire savoir que la commune conservera avec soin la porte en question. 



de Zimmerbach. 



— 101 — 

2" iM. Nessel appelle l'auention du Comité sur les étalons de mesures ^'»'°°^ 
sculptés sur les murs de quelques églises de l'Alsace. Sur celle de Saint- ""^'"eTjessins*""" 
Georges à Haguenau il a remarqué en outre des dessins de couteaux; <><= '^»|'J^<=«« 
l'explication de ce fai( lui a été fournie par un ancien statutaire de ladite " ™"' '°'^'^'* 
ville, d'après lequel il était détendu aux bourgeois de porter des couteaux 
dont la longueur dépasserait la mesure indiquée sur l'église. M. Nessel 
promet de communiquer à ce sujet une note plus détaillée. 

3" M. le président fait passer sous les yeux du Comité une lame de 
cuivre, haute de 63 centimètres, large de 43, et provenant de l'ancien toit 
de la Cathédrale. 11 communique la note suivante : 

« La couverture actuelle de la Cathédrale est la troisième depuis le c'ouvmu''r7s 
mihcu du siècle passé. Jusqu'au 27 juillet 1759, le toit de la nef était de laothùdiai«. 
couvert de plomb; un incendie qui éclata ce jour à la suite d'un coup de 
tonnerre, consuma toute la charpente et fondit les lames de métal. Le 
dommage fut réparé à grands frais par l'Œuvre Notre-Dame ; on n'employa 
pas moins de 38,535 livres de cuivre rouge pour couvrir la toiture de la 
nef et de la coupole. C'est cette couverture, exécutée par maître Jean- 
Daniel Dierbach, qui fut détruite lors du bombardement. Une plaque, sur 
laquelle on avait gravé l'inscription suivante, resta heureusement intacte 
et fut retrouvée parmi les centaines de lames, qui ont été réduites en lin- 
gots. Une note que M. l'architecte Klotz a bien voulu me communiquer 
m'apprend qu'elle était située sur la face nord du grand toit, dans la travée 
la plus rapprochée du chœur. » 

ALS • DEN • 27"." Jiily • 1759 • DISES • UORHIEN • MIT ■ BLEI • BEDECKTE c. inscipUon 

gravée sur une lame 

DACH • DUlICll • EIN • DONNERSTRAHL • MIT • BETRÄCHTLICHEM ^ ''«/"'"« 

de 1 ancienne 

SCHADEN • EINGEÄSCHERT • SOGLEICH • WIDER • NEV • AÜFGEBAUET couverture 

MIT • KUPFER ■ BEDECKT • UND • IM lAHR • I • 7 • G • 1 • GÄNTZLICHEN ^ 
VEFERTIGET • WORDEN o. WAREN • BEY • DEM • LÖBLICHEN • STIFT c. 

FRAUEHAUS --. 

" nd" ( S'^-.F": HER = FRANTZ - CARL ' BOCK ' UÜN - BL/ES = 

WOHL \ HEIM ' STÄTMEISTER ' UND Xlir'^ - 

UERORDN I 5.« : /^i« . HER--miXm HEINRICH ' FABER o. 

um^E^ AMEISTER UND XIIF« - 

PFLEGER ' S" : F- : //£'/? = PHILIPP ' JACOB -STADEL XV^« - 

HER UCENTIAT ■ JOSEPH ■ HEINRICH • PETMESER 
SCHAFFNER -^ 



— 102 — 

H^« lOIIANN - HEINRICH - lAHREIS - ERSTER SEGRETARIUS ^ 
jlER FRANTZ - TORIAS - ROIIMEU - ZWEITER - SEGRETARIUS 
MEISTER - lOHANNES - WAGNER - WERGKMEISTER ^. 
MEISTER - lOIIANN - MARTIN - BÜRGER - ZIMERMEISTER ^ 
MEISTER - lOHANN - DANIEL - DÈRBAGH - KUPFERSGHMID ^ 

AVaS - AM - MUNSTER - HIER - GESCHEHEN «s»^ 

-s^ Soll -UNS- LEHREN -wiEzu GOTT -&^ 
Allezeit - wir - sollen - flehen "s.^ 

"^ DAS- ER -ABWEND- solche -NOTH o^ 
Das -er -DIESE -KIRCH -BEWARE '&^ 
>&^ Die -ERBAUT -ZU -SEINER -EHR «s^ 
Das -IHR -KÜNFTIG -WIEDERFAHRE «^ 

■^ Gleiches- UNGLÜCK -NiMERMEHR ■©^ 
RENOVAT 1824 FRANZ SAUS KUPFERSGHMID 

Inscriptions peintes A cctte inscriptioii, M. Slraub en ajoute deux autres, qui sont peintes 
le buffet dorgue gy^^ \q buffet d'omue de la Cathédrale et nous font connaître en rimes 

de la Cathédrale. *^ 

allemandes les noms des Pfleger, du facteur, etc. Il les a transcrites lors 
de la restauration du bufî'et, après le bombardement. Les inscriptions 
paraissent avoir été exécutées par un ouvrier auquel la langue allemande 
était étrangère; on peut s'expliquer ainsi les nombreuses fautes, par 
exemple le remplacement fréquent des c par des e, qui s'y rencontrent. 

Angefangen Im Decembris Anno 1713, 

Disz Werck, wo aiig und Ohr sich Wechsel weisz ergötzen, 

Doch das die Hertzen mehr in andacht pflegt zu setzen, 
Ist nun mit Gottes Ilülf Zu seinem End gebracht, 
das hat der Pfleger Sorg, des Künstlers Fleis gemacht, 

Wer wolle nicht viel Lob von Ihrer aufsieht shreiben, 

Vnd Ihres Nahmens glantz den Zeiten einverleiben, 

Der sonsten weit vnd breit in Strasburgs Mauren strahlt 
Drumb wird Erwürdigst auch mit Gold hieher gemahlt, 

der Theure Wormbser soll den Pfleger anfang machen. 

Der unter dem gewicht der allgemeinen Sachen, 

der Kirchen Zum Geschmuck, dem grosen Gott zu Lieb 
dis Herrlich Orgel werck mit allem Eyfer Trieb, 

In desen Stell, nun Er der Eitelkeit entnommen 

der wohlgebohrne Herr Von Müllenheim gekommen, 

Ein Sprosen vom Geschlecht, das ungezählte Jahr, 
Ein Kleinod Zierd, und Haupt von Statt und Elsas war 

Nebst diesen beyden ist auf dem ammeister-Orden 

durch Herren Schcrers mich das werck befördert worden 
der ob die Tugend schon sich selber lobt und ehrt, 
doch den verdienten Ruhm in jeder PfeilTen hört. 



— i03 — 

Vollendet Im Augusto Anno 1716. 
Nicht minder Preyst man hier des Herren denners Sorgen 
Aus dem drey Zehner Stand vom Abend bis zum Morgen 
die Er so mit begiers zur andacht als verstand j 

/ SIC 

Zu der Volkommenheit der Kirchen angewand. \ 
Herr Schaffner Lang hans bleib ingleichen nicht verschwigen 
der Keine Stunde last vor sie umbsonst verfliegen 

Vnd sonderlich hierbey geraume Zeit und Jahr 

der Meister wie im Rath des Künstlers /fbcr [sie] war. 
Wer aber will den werth des Künstlers recht aus bilden 
Er heiset Silberman, und seine werck seynd gülden, 

der aus bescheidenheit zum Lob-ausstreichen still 

durch seine arbeid blos hier ausgetruckt sein will 
Was nun in diesem Werck aufs neu verfertigt worden 
Find stückweis zum Bericht nicht Platz in diesen Orden 

Suoch Jemand das sein Wunsch darin erhalten sey, 

der seh die Orgel selbst nach aller gaben Reyh 
Indescn las sich Gott, dis Meister-Stück gefallen 
In seinem Wunder Haus bleib in genad bey allen 

die schütz, und Gunst bezeugt die Rath und Hilf gelhan 

der HImel geh den Lohn, weils doch die Erd nicht kan. 

4** Le même communique un cm-ieux dessin de la Cathédrale, montrant 
la façade et le côté nord, tels qu'au commencement du dix-huitième siècle 
ils étaient encombrés par des échoppes et des étalages. 

S*' M. Ringeisen fait un rapport sur les travaux de la chapelle d'Epfig- 
et dépose les comptes. 
6° Le même présente le rapport suivant sur la maison des gardes de Bar,nwa,tuuue 

' * ^ do Thann. 

Thann : 

«Le mauvais temps qui a persisté depuis notre séance du 25 octobre 
m'avait empêché de visiter la BannioarlhiUle de Thann dont nous avait 
entretenus M. Ingold. J'ai tenu cependant à remplir ma promesse; et, sa- 
medi dernier, M. Ingold a bien voulu me mettre en rapport avec M. l'ad- 
joint et M. le curé de Thann, avec M. Cariage, architecle à Gernay, et 

M , tous membres de la Société des monuments historiques, qui m'ont 

témoigné le plus cordial empressement et ont tenu à m'accompagner à la 
Banmv art! lutte. 

« C'est une petite construction, située au milieu des vignes, à moins 
d'un kilomètre de la ville. Elle est très-pittoresquement placée, sur un 
terrain légèrement en pente, le long d'un petit ruisseau et à l'angle de 
deux chemins. 

« Ce petit bâtiment se compose d'un soubassement en maçonnerie ser- 



— 104 — 

vant de cave, surmonté d'un simple rez-de-chaussée en construction mixte 
et couvert par un comble à deux croupes. 

«On y accède par une porte unique, placée contre un des angles du 
bâtiment, au moyen de deux blocs en granit servant de marches. 

«On communique avec la cave par un escalier à trappe, ménagé inté- 
rieurement près de la porte, et avec le grenier par une échelle de meunier, 
établie dans un des angles de la face opposée; dans l'autre angle est le lit 
de camp, et entre les deux est un vaste foyer avec un manteau de che- 
minée qui le recouvre. 

«Des bancs en bois sont fixés le long- des deux faces latérales et deux 
grandes tables leur font face. 

«Les bois des solivages sont apparents et sont soulagés par une sou- 
poutre longitudinale et un pilier central. 

«Cet étage, formant un seul compartiment, est éclairé par quatre fenê- 
tres placées régulièrement sur les deux faces latérales en pans de bois. 

«Tout cet ensemble est rustique, sans la moindre trace d'architecture 
qui puisse désigner son époque. Il est en assez mauvais état de conser- 
vation. Les travaux à faire pour le mettre en bon état devront consister 
dans la réparation des murs du soubassement, dans le remplacement d'une 
semelle de cloison latérale et le remplacement d'une seconde; dans le 
rétabhssement d'une fenêtre bouchée par une armoire et dans quelques 
ouvrages de gros entretien pour compléter l'ensemble. 

« Ces travaux de simple réparation, ou tels autres d'amélioration qui se- 
laient jugés nécessaires, seront faits par la municipalité. La Société n'a 
pas à intervenir. 

«Mais ce qui frappe dans ce modeste bâtiment, de forme et de destina- 
lion vulgaires, c'est l'accumulation des cartels en pierre et des petits ta- 
bleaux sur bois qui couvrent les parois intérieures du corps de garde. 

«Les cartels sont incrustés dans la maçonnerie. Ils sont de forme et 
dimensions variables, depuis 25 centimètres jusqu'à 50 centimètres. Ils 
sont ornés d'écussons portant les insignes de la profession des titulaires. 
Leurs contours, arrêtés quelquefois sur de simples bordures, présentent le 
plus souvent des motifs de décoration très-variés dans le goût de la Re- 
naissance, d'autres dans le style Louis XIV; quelques-uns portent des 
figures en relief. 

«Tous ces petits motifs m'ont paru d'une grande finesse et traités de 
main de maîtie. 

« J'ai remarqué aussi une plaque en faïence blanche, décoiée d'orne- 
ments en émail bleu. 



— 105 — 

«Les tableaux sur bois, confectiormés pour la même destination, sont 
suspendus aux murailles. Us sont généralement de dimensions plus grandes 
et varient de 40 à 75 centimètres. Les personnages qu'ils représentent, 
les cartouches, les ornementations des contours, sans avoir la même va- 
leur artistique, ne sont pas sans mérite et offrent un intérêt historique in- 
contestable. 

«Malheureusement tous ces objets ont subi les traces du temps; quel- 
ques-uns ont été mutilés en 93; quelques autres, par la place qu'ils occu- 
pent, sont exposés aux dégradations. Ils ont dû être déplacés dans les 
différentes réparations et modifications du bâtiment par des ouvriers inin- 
lelligenls; plusieurs même sont cachés ou sont placés dans les parties 
basses des cloisons, où ils ont dû être employés comme remplissage; 
presque tous enfin sont englués de chaux et de badigeon qui les rendent 
méconnaissables. 

«Les réparations des cloisons que j'ai indiquées ci-dessus nécessiteront 
le déplacement d'un grand nombre de ces cartels. Ce travail ne saurait 
être abandonné à l'incurie des ouvriers. 

«J'estime qu'il y aurait lieu d'abord, avant d'entreprendre aucun tra- 
vail de réparation, de procéder à un débadigeonnage général. Cette pre- 
mière oj)ération permettrait à M. fngold de rechercher et de reconnaître 
si les différents cartels ont été fixés dans la maçonnerie suivant une clas- 
sification régulière et occupent actuellement leur place primitive, pour, 
au besoin, préparer tel remaniement partiel qui serait jugé nécessaire. 

«Dans tous les cas, il nous paraît indispensable d'indiquer par un des- 
sin exact leur place actuelle. 

«M. Carriage a bien voulu nous promettre son concours actif pour 
dresser les plans et coupes du bâtiment et faire l'évaluation des dépenses 
qu'occasionneront, d'une part, les gros travaux de réparations et, de l'autre, 
ceux de conservation des ouvrages d'art. 

«Comme, après tout, il n'y a pas péril en la demeure, je crois que ce 
que nous avons de mieux à faire est d'attendre ce travail, tout en renou- 
velant à nos collègues de Thann le haut intérêt que le Comité porte à ce 
petit monument et en leur confirmant le concours en argent qu'il est tout 
disposé à leur accorder. 

«Schlestadt, le 15 novembre 1875. 

«S. RlNGEISEN. » 

Le Comité en adopte les conclusions. 

T. IX.-(P.-V.) ^ 8 



— iU() — 



Aiioicn 
plan (le Rouflacib. 



7° M. Winckler fait voir un ancien plan de RoufTach, conservé aux ar- 
chives de cette ville et ayant été dressé lors d'un abornement de la forêt. 
On décide de le faire calquer pour le musée de la Société et d'en repro- 
duire par la photographie la partie relative au château d'Isenbourg. 
Pcsonnei g" M. Ic professeur Kraus déclare accepter les fonctions de membre 

du Comité, quand l'assemblée générale aura ratifié son élection. 

9° Le même montre un crucifix roman, en cuivre, trouvé dans l'église 
de Mutzig. 

10° Sont admis comme membres de la Société : 

Sur la proposition de M. Nessel, M. Bauer, ingénieur à Ilaguenau; 

Sur celle de M. Kraus, iMM. Labard, professeur à l'Université; Bôcking, 
procureur impérial; Petersen, président de chambre; 

Sur celle de M. Winckler, M. le baron de Preill, assesseur à la prési- 
dence supérieure. 

La séance est levée. 



Séance du Comité du 13 décembre 187S. 

Présidence de M. STRAUB. 



Présents: MM. Ringeisen, Guerber, Blanck, Winkler, Sengenwald, 
Salomon, Petili, Kraus, G. Schmidt, secrétaire; MM. Feltz, curé d'Epfig, 
Milschcr et Kindler de Knobloch, membres de la Société, assistent à 
la séance. 

Le procès-verbal de la séance du 15 novembre, dont par suite d'un mal- 
entendu la publication a été retardée, est lu et approuvé. 

Les ouvrages suivants ont été offerts à la Société: 

XL und XU. Jahresbericht des Vereins für Erdkunde zu Dresden. 
L'Eglise de Vleux-Thann, avec planche, par M. Straub. 

Porte iif récMise 1° M. Ic présidcut donne lecture d'une lettre de M. le maire deZimmcr- 

(le 

zimn.eibacii. bach, écritc à la date du 18 novembre et annonçant que la porte de l'église 
de cette commune, dont il a été parlé dans la dernière séance, sera 
conservée avec soin. 



— 107 — 

2° Le Comité décide que quelques-uns des objets romains, trouvés lors a^^hps''"nd"ns 
de la reconstruction du Gymnase et du Temple-Neuf, ainsi qu'un plan ,3 pi,o,1,grn|,hie. 
de celte église et une vue de l'ancien couvent, seront photographiés 
pour èlre joints au mémoire de M. Salomon, dont on a voté l'insertion 
dans le Bulletin. 

0° M. le président présente comme échantillon la copie d'un des dessins iiortus deudaru,, 
de Herrade; le Comité est très-satisfait de la manière dont l'image est re- 
produite. 



Stalles 
d'Ebersiiiûnster. 



4° M. Ringeisen fait un rapport sur la restauration desslalles de l'église 
d'Ehersmiinster. Sur la proposition de M le président, le Comité décide 
que les 500 fr. restants de l'allocation départementale seront destinés à 
l'achèvement de ce travail. 

5° M. Guerber fait la communication suivante: 

« La chapelle du collège est l'ancienne église des Pénitentes de Ilague- Déco«j..te 
nau, élevée en 1472 ; les bâtiments du collège sont ceux du couvent des ^"^^^Z^^^ 
Annonciades-Célestines, qui prirent la succession des Pénitentes au dix- je^'n^igùenau. 
septième siècle. 

« En grattant les murs de l'intérieur d'une manière trop fondamenlal'e, 
les ouvriers, dans le courant de l'été 1875, mirent à nu de grands vestiges 
de peinture murale. La nef, dans toute son étendue, était peinte, et l'ancien 
chœur, qui a été remplacé au siècle dernier, a dû l'être. Malheureusement 
les sujets sont dans un état de détérioration tel, qu'il n'est pas possible de 
les lire, du moins dans leur ensemble. Deux des sujets sont datés du mil- 
lésime de 1473; cela prouve que les peintures sont aussi anciennes que 
l'église elle-même. On a pu déchiffrer à la base d'une des compositions, 
(lue l'on suppose à tort peut-être d'être une Annonciation, une formule 
d'indulgence, accordée sans doute aux bienfaiteurs du sanctuaire au mo- 
ment de sa fondation. 

«Le sujet relativement le mieux conservé est une grande et belle com- 
position, figurant la chute et la réparation du genre humain, le péché et 
la rédemption, toute l'Église militante enfin, dans ses représentants divers, 
en commençant par le piipe et le prince, jusqu'aux ordres inférieurs de la 
société. 

«C'était certainement une page intéressante de l'art religieux au quin- 
zième siècle. Le dessin est beau, les couleurs ont beaucuup suulleil, et 
sont souvent fort effacées ; la partie supérieure du tableau est presqu'en- 
tièrement détruite par une baie nouvelle percée postérieurement. Par les 



— 108 - 

soins (le M. lu maire Nessel, un calque a été pris de ce qui reste de ce 
vaste sujet, qui occupe toute l'élévation de la chapelle. 

«Le monument était entièrement couvert de fresques, et c'est un des 
nombreux exemples qui établissent que la peinture murale- en Alsace 
s'était développée sur la plus vaste échelle, et qu'il était rare qu'un sanc- 
tuaire, même rural, n'eût pas reçu cette ornementation, qui rehaussait 
non-seulement la beauté des monuments, mais qui servait à rappeler au 
peuple les mystères de la foi. La grande basilique de Saint- George de 
Ilaguenau en fait foi; elle était peinte à l'intérieursur toutes ses surfaces.» 

Jean de Haguenau , 6" M. Ic présidcut donuc communicatlou d'une lettre de l'évêque Guil- 
et menuisier, loumc dc Iloust ciu , dotéc dc 1519 et adressée au magistrat de Strasbourg- 

ehnrgé ' ^ ^ _ . . 

de faire los stalles conccmant dcs travaux que l'évêque avait commandés au menuisier et 

de Pavernc, ' • 

'^'''- sculpteur en bois Jean de Haguenau pour l'église de Saverne. 

Jean de Ilaguenau, de?' Schreiner, inscrit parmi les bourgeois île Stras- 
bourg dès ISO^, s'était engagé à faire les stalles de l'église de Saverne 
et avait obtenu de l'évêque les matériaux nécessaires. Le travail était peu 
avancé, quand la mort le surprit. Aussitôt ses créanciers, qui ignoraient 
peut-être que l'évêque avait fourni le bois, firent saisir ce qui se trou- 
vait dans ses ateliers. Les réclamations dc Guillaume de Honstein tendent 
à obtenir soit une indemnité pour les matériaux fournis, soit l'achèvement 
des stalles par un autre artiste, au prix convenu. La lettre, datée de Barr, 
le jour de Saint-Jean l'Évangéliste, est conservée aux archives de la ville 
de Strasbourg. D'après une communication orale faite au président par 
feu M. Schneegans, la famille des Ilaguenau comptait dans son sein des 
artistes nombreux et distingués. 

T M. Winkler présente un plan de la Cathédrale, indiquant les dates 
qu'il croit pouvoir assigner aux différentes parties de l'édifice. 

8" Sur la proposition de M. Salomon, M. Emile Wieger, architecte- 
entrepreneur, est reçu membre dc la Société. 

La séance est levée. 



TABLE DES MATIÈRES DU TOME IX. 



Séance du Comité du 19 juillet 1871 (présidence de M. Spacli) I 

Custode de Walbourg; compte du sculpteur. — Cotisations; reliquat de 1S70. — Antiquités de la 
Société; leur transport du Temple-Neuf à l'Académie. — Documents relatifs à l'histoire de la 
Révolution en Alsace communiqués par M. Reuss. — Lecture de M. Spach sur un emprunt con- 
tracté à Strasbourg par les Républiques de Berne et de Zurich, en 1589 et 1590. 

Séance du Comité du 18 octobre 1871 (présidence de M. Spacli) ■> 



Ouvrages déposés sur le bureau. — Démission d'un membre du Comité. — Subvention du Haut- 
Rhin pour ia70.— Admission de membres. — Chronique de Meyer communiquée par M. Reuss; 

on décide l'impression. ^ 

Séance du Comité du 6 avril 1872 (présidence de M. Spach) 4 

Ouvrages remis à la Société. — Château de Hoh-Kœuigsbourg ; rapport de M. Ringeiseu sur des 
travaux de déblai. Restauration; proposition au sujet de l'église de Saint-Jean des Choux; 
1000 francs consacrés à la chapelle d'Eptig. — Notice lue par M. D. Fischer sur un couvent de 
Saverue. — Lecture de M. Spach sur les négociations de Strasbourg avec Berne et Zurich 
au sujet d'une reddition de blé en 1687-1688. — Notice sur la famille Schott, lue par M. Straub. 
— Statistique archéologique; projet. — Dépôt des fonds de la Société. 

Séance du Comité du 30 mai 1872 (présidence de M. Spach) 6 

Admission de membres. — Demande de dissolution de la Société. — Chapelle d'Epfig; projet 
de restauration. 

Séance générale du 6 mars 1873 , à Strasbourg (présidence de M. Spach) 7 

Discours de M. Spach , président. — Compte de 1870-1872. Approbation des comptes présentés 
par M. Klotz. — Musée et bibliothèque de la Société; proposition de M. Klotz à ce sujet. — 
Vote au sujet du Musée et de la bibliothèque. Reconstitution du Comité. — Nomination du 
président. — M. Spach est nommé président honoraire. 

Séance du Comité du M mars 1873 (présidence de M. le D"- Bissen) 21 

Démission d'un membre du Comité. Admission de nouveaux membres. — Constitution du bu- 
reau de la Société. — Jlanuscrit de Herrade de Laudsperg : communication de M. Brucker à 
ce sujet. 

Séance du Comité du 3 avril 1873 (présidence de M. le D"- Eissen) 22 

Démission de deux membres du Comité. Idem de membres de la Société. — M. Blanck décline la 
charge de trésorier ; M. Klotz accepte les fonctions. — Communication de M. le président 
Eissen sur le Gttldenthnrm. — Vœu du Comité au sujet du OuUlenthurm. 

Séance du Comité du 1" mai 1873 (présidence de M. le D-" Eissen) 25 

frnldenthuriH. Exigences du propriétaire pour la conservation de ce monument. 



1 1 TABLE DES MATIÈRES DU TOME IX. 

PAGES 

Séance du Comité du 5 juin 1873 (présidence de M. le baron de Schauenburg, 
vice-président) 2'6 

Démissions. — Admission de nouveaux membres. — Manuscrit de Herrade de Landsperg. — 
Guldenthurm. Négociations avec la ville. 

Séance du Comité du 11 juillet 1873 (présidence de M. le D'' Eissen) 2C 

Lecture de M. Guerber sur l'architecture religieuse de France. — Le Kalte Keller à Scliirrhciu. 
Fouilles à entreprendre par M. Nessel; vote de 300 fr. à ce sujet. 

Séance du Comité du 7 août 1873 (présidence de M. le D' Eissen) 27 

Allocation de la préfecture du Haut-Rhin pour 1872-1873. — Visite à la chapelle Sainte-Margue- 
rite,d'Epfig. Demande de crédit. — Avaries des pierres tumulaires de l'ancienne bibliothèque 
appartenant à la Société. — Vœu. 

Séance du Comité du 13 octobre 1873 (présidence de M. ie D«" Eissen) 28 

Seconde visite à la chapelle de Sainte-Marguerite d'Epiig. — Eglise de Vieux-Thann. — Vote. 

Séance du Comité du 29 décembre 1873 (présidence de M. le l)'" Eissen) 29 

Don de photographies, entre autres de celle du. Guldenthurm. — Peintures de Koseuwiller. — 
Église de Wissembourg. Critique des travaux. — Nécessité d'un contrôle. — Communications 
sur le Hortus deliciarum. 

Séance du Comité du 2 mars 1874 (présidence de M. le D^ Eissen) 31 

Calques de Rosenvyiller. — Bas-relief trouvé à Andlau. — Découverte de là pierre fondamentale 
de l'ancien choeur du Temple-Neuf. — Incendie de l'abbaye de Saint-Biaise (Forêt-Noire). — 
Communication de M. Fischer sur un couvent de Saverne. — Découverte du scoau-matricc 
de l'ancien bailliage de Saverne. 

Séance du Comité du 13 avril 1874 (présidence de M. le baron de Schauenburg, 
vice-président) 34 

Restauration de la chapelle de Hiittenheim. — Dessins d'anciens murs de fortification par 
M. Blanck. — Ancienne statue de Vierge à Schweinheim. — Inscription d'un nouveau 
membre. 

Séance du Comité du 11 mai 1874 (présidence de M. le D"" Eissen; 36 

Découverte de l'épitaphc d'un général d'artillerie né à Strasbourg. — Local pour les monuments 
lapidaires de la Société. — Inscription de 30 nouveaux membres. 

Séance du Comité du 8 juin 1874 (présidence de M. le D"" Eissen) 38 

Mesures pour l'assemblée générale. — Inscription de 13 nouveaux membres. 

Séance du Comité du 2 juillet 1874 (présidence de M. le \)^ Eissen) 39 

Noms des membres du Comité sortant eu 1874. — Comptes. 

Séance générale du 16 juillet 1874 (présidence de M. le D' Eisseni 41 

Exposition de vitraux et de peintures murales. — Discours du président. — Guldenthurm. — 
Chapelle de Sainte-Marguerite à Epfig. — Chapelle de Rosenwiller près de Rosheini. — 
Vitraux de Vieux-Thann. — Chapelle de Hiittenheim. — Compte rendu par le trésorier pour 
l'année 1873. — Exposé fait par M. Straub, des travaux littéraires fournis dans le courant de 
l'année. — Rapport d'ensemble sur les travaux de consolidation et de restauration présenté 
par M. Ringeiseu. — Thann. Restauration de vitraux, 1000 fr. — Rosenwiller (canton de Ros- 
heim) , 300 fr. — Hiittenheim. Peintures murales. — Epfig. Chapelle de Sainte-Marguerite, 
3,250 fr. — Kœnigsbourg. — Remplacement de membres sortants du Comité. — Election du 
président. 



TABLE DES MATIÈRES DU TOME IX. 1 1 1 

PAOES 

Séance du Comité du 10 août 1874 (présidence de M. le D"^ Eissen) 06 

Admission do nouveaux membres. — Déco\iverte de tombelles gallo-romaines près de Ilague- 
uau. — Communication de M. Schricker au sujet de tombes antiques découvertes près de 
lîomanswiller. — Peintures murales découvertes dans la chapfUc de Ilüttenheim. 

Séance du Comité du 26 octobre 1874 (présidence de M. le D' Eisseni 57 

Inscription de nouveaux membres. — Hohkœnigsbourg. Travaux faits par la ville. Nieder- 
münster. Recherche du pla» de ces ruines. 

Séance générale du 19 novembre 1874 (présidence de M le Ü'' Eissen) 58 

Election du président. — Chapelle mortuaire des Zorn dans l'église de Saint-Pierre-le-Vieux ; 
M. Straub propose de la faire restaurer. — Allocation de 2000 fr. pour la chapelle des Zorn. 
Objets exposés dans la salle de réunion : châsse de Marsal , Vierge en bois de Iliittonheim. 

Séance du Comité du 14 décembre 1874 (présidence de M. Straub) 59 

Renouvellement du bureau. — Commission chargée de visiter la chapelle des Zorn. — Thermes 
de Mackwiller; mesures à prendre contre leur dégradation. — Communication de M. Nessel 
sur les tumuli prés de Haguenau. — Restauration de la chapelle de Sainte-Marguerite. — 
Restauration de celle de Hüttenheim. — Peintures murales découvertes dans l'église protes- 
tante de Saint-Pierre-le-Jeune. 

Séance du Comité du 15 février 1875 (présidence de M. Straub) 61 

Communication de M. le baron de Schauenburg sur le manuscrit de Herrade. — Chapelle Zorn. 
Allocation d'une subvention de 1500 fr. à la Société par le département. — Lecture d'un 
mémoire de M. l'abbé Gj'ss sur les monuments celtiques du mont Sainte-Odile.— Autorisation 
donnée au président d'acquérir pour le Musée des monuments et des objets d'art. — Admis- 
sion de nouveaux membres. — Notice de M. Schmidt sur le couvent des dominicains de Stras- 
bourg. 

Séance du Comité du \i avril 1875 (présidence de M. Straub) 64 

Livres et ouvrages reçus. — Restauration de l'église de Wissembourg. — Liste des monuments 
d'Alsace , classés comme monuments historiques. — Admission de nouveaux membres et 
démissions. — Découverte d'une inscription romaine prés de Reinhardsmünster. — Sarco- 
phages à Ehl; lettre de M. Nicklès. — Communication de M. Straub au sujet dos pots acous- 
tiques. — Aperçu de l'architecture religieuse contemporaine en Alsace-Lorraine par M. le 
curé Guerber. — Bible en vers de li59 à la bibliothèque de Colmar. — Plan et vue de l'an- 
cien couvent dos dominicains (Temple-Neuf). 

Séance du Comité du 14 juin 1875 (présidence de M. Straub) 68 

Publication des procès-verbaux. — Sarcophage trouvé à Benfeld. — Note sur Rrvvin et sur sa 
famille. — Restauration du donjon de Landsberg. - Publication des miniatures du Hortus 
deliciarum. 

Séance du Comité du 12 juillet 1875 (présidence de M. Straub) 86 

Restauration. — Documents anciens trouvés dans une niche de l'église de Tliann. — Opinions 
diverses sur le chœur de la chapelle de Sainte-Marguerite à Epfig. 

Séance du Comité du 2 août 1875 (présidence de M. Straub) 90 

Vote du Comité. 'Wissembourg. Château de Landsberg. Stalles d'Ebersmünster. — Propositions 
relatives à la publication des miniatures du Ilortus deliciarum. — Découverte d'un ancien 
bas-relief dans l'église de Saint-Nicolas à Haguenau.— Trouvaille faite près de Benfeld. — 
Ancien mobilier de Saint-Pierre-le-Jeune. — Monuments anciens de Saint-Pierre-le-Jeuue , 
dans les chapelles. — Monuments funéraires de Saint-Pierre-le-Jeune, dans le cloître. 



112 TABLE DES MATIÈRES DU TOME IX. 

PAP.ES 

Séance du Cümite du 25 octobre 1875 (présidence de M. Slraiib). 94 

Personnel du Comité. — MoDUinent liincraire tl'iin membre de la famille de Reinach, à Kadolf- 
zell. — Peintures anciennes dans l'église de Zillis (Suisse). — Bannwarthiitte de Thann. — 
Nouvelles propositions au sujet de la reproduction des miniatures du Ilortus deliciarum. 

Séance du Comité du 15 novembre 1875 (présidence de M. Straub) loo 

Porte de l'église de Ziramerbach. — Etalons de mesures anciennes et dessins de couteaux sur 
les murs d'églises. — Anciennes couvertures du toit de la Cathédrale. — Inscription gravée 
sur une lame de cuivre, de l'ancienne couverture de la Cathédrale. — Inscriptions peintes sur 
le bulFet d'orgue de la Cathédrale. — Bannwarthiitte de Thann. — .\nfien plan de Rouft'ach. 
— Personnel du Comité. 

Séance du Comité du 13 décembre 1875 (présidence de M. Straub) 106 

Porte de l'église de Zimmerbach. — Reproduction d'objets anciens par la photographie. — Horfns 
deliciarum. — Stalles d'Ebersraiinster. — Découverte de peintures anciennes dans la chapelle 
du collège de Haguenau. — Jean de Haguenau , sculpteur et menuisier, chargé de faire les 
stalles de Savorne , 1510. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ POUR LA CONSERVATION 



DES 



MONUMENTS HISTORIQUES 
DA LS AGE 



BULLETIN 



DE LA 



r r 



SOCIETE POUR LA CONSERVATION 



DES 



MONUMENTS HISTORIQUES 

D'ALSACE 



IP SÉRIE. — NEUVIEME VOLUME 

(1874-1875) 



DEUXIEME PARTIE. — MÉMOIRES 

Avec planches 



STRASBOURG 
IMPRIMERIE DE R. SCHULTZ ET C^^ 

Successeurs de Berger-Levrault 
1876 



EMPRUNT 

Fait à Strasbourg par les républiques de Berne et de Zurich, 
à l'occasion d'une guerre de Genève avec le duc de Savoie. 

(1589-1590.) 



Avant d'analyser ou de relater, dans une traduction presque textuelle, 
les pièces conservées aux Archives de la ville de Strasbourg, au sujet 
d'un emprunt négocié par Berne et Zurich avec Strasbourg, il est indis- 
pensable de rappeler en quelques lignes ce qu'était Charles-Emmanuel P'', 
duc de Savoie; car c'est en partie à l'occasion d'une guerre entre ce sou- 
verain et la ville de Genève (1589-1590) que les villes suisses, alliées de 
cette dernière, éprouvèrent le besoin de lever de l'argent; peut-être aussi 
cette lutte entre Genève et la Savoie n'était-elle que le prétexte de la 
négociation financière de Berne et de Zurich. 

Le tout ne forme qu'un incident au miheu des graves événements qui 
se passaient en France au moment de la mort violente de Henri III et de 
l'avènement du roi de Navarre, Henri IV; mais cet incident se rattache à 
la lutte entre le principe catholique et celui de la Réforme. — Strasbourg 
s'y trouve mêlé pour sa part; et les affaires pécuniaires, que notre cité, 
alors autonome, traita vers la fin du seizième siècle avec les cités suisses, 
donnèrent lieu, après la capitulation de 1681, à de graves discussions 
avec la cour de Versailles. 

J'en reviens au duc de Savoie. Charles-Emmanuel P"", dit le Grand, était 
né le 12 janvier 1562 à Rivoli; en 1574 il succéda, quoique mineur, à 
son père, Philibert-Emmanuel. — Par son mariage avec Catherine, infante 
d'Espagne, fille du roi Philippe II, le.jeune duc de Savoie unissait indis- 
solublement ses intérêts avec ceux de la Ligue catholique. — Grâce à cette 
puissante alliance, il put s'emparer en 1588 du Château-Dauphin, place 
frontière de Savoie et du comté de Saluées, sur la frontière du Piémont. 

Le roi de France, Henri III, engagea les Suisses et la répubhque de 
Genève à faire la guerre au duc de Savoie. Les Suisses s'emparent du Fau- 
cigny; alors le duc de Savoie se hâte de faire la paix avec eux, pour avoir 
les mains libres contre les Genevois, qu'il pousse vivement. 

T. IX. — (M.) l 



, -2- 

Sur ces entrefaites a lieu l'assassinat de Henri III. La scène change. Le 
duc de Savoie se met au rang des compétiteurs à la couronne de France, 
en sa qualité de fils de Marguerite, sœur de Henri II de France. Il se dé- 
tourne donc pendant un temps, lâche les Genevois, et se meta la tête des 
ligueurs de la Provence; au bout de deux ans, il est forcé de l'évacuer; 
dix ans plus tard (1601), il fait sa paix avec Henri IV. 

C'est encore Charles-Emmanuel qui tente (le 22 décembre 1G02) Vesca- 
lade de Genève. — En 1619 il se met sur les rangs pour succéder à l'em- 
pereur Mathias. — Lorsque la mort met fin à cette aventureuse carrière 
et coupe court à cette ambition démesurée, le duc de Savoie était sur le 
point d'être complètement dépouillé par les généraux de Louis XIII; ce 
caractère dissimulé, inquiet, flottant, n'avait, à tout prendre, point abouti 
à de grands résultats. Mais sa politique fut aussi, en plus d'une occasion, 
celle de ses successeurs, et, en thèse finale, ces souverains enclavés entre 
des pays bien plus considérables que le leur arrivèrent à de grandes 
destinées. 

On verra tout à l'heure comment la guerre acharnée, faite par le duc à 
l'endroit de Genève, se lie à la question de l'emprunt annoncé en tête du 
présent mémoire. 

Mais il faut nous arrêter un moment encore devant un autre person- 
nage historique, dont le nom va se retrouver dans quelques pièces du dos- 
sier: c'est Jean-Casimir, comte palatin du Rhin, administrateur de l'Élec- 
torat pendant la minorité de son neveu, Frédéric IV. Cette tutelle s'exerça 
à partir de 1583 à 1592. Jean-Casimir, le défenseur, le soutien du calvi- 
nisme sur les bords du Rhin, et l'allié des princes français du parti de la 
Réforme, est né le 6 mars 1543, fils de l'électeur Frédéric III et frère de 
l'électeur Louis VI. Dans sa jeunesse, il avait séjourné à la cour du roi de 
France Henri II; mais son éducation, d'abord toute française et chevale- 
resque, ne l'avait nullement rendu infidèle au culte réformé; jamais il ne 
s'était laissé aller aux frivolités des Valois; dès son enfance, les questions 
religieuses lui étaient familières, et lorsque son père succède à l'électeur 
palatin Otton-Henri (1559), il retourne auprès de lui à Heidelberg, l'ac- 
compagne, l'assiste dans ses négociations pohtiques, puis se retire dans son 
apanage sur la rive gauche du Rhin, où il protège, dans la mesure de sa 
modeste influence, la religion calviniste. Lié avec le prince de Condé et 
avec les chefs du parti huguenot en France, il leur amène vers la fin de 
1575 une troupe considérable de partisans. En janvier 1576, il est campe 
près de Langres, assiste, le 25 janvier, à la prise de Nuits en Bourgogne, 
passe la Loire le 13 février, et accède au traité du 6 mai 1576. Dans cette 



— 3 — 

Convention, le payement arriéré des subsides avait été stipulé; mais au bout 
d'un an rien n'était fait; il fallut, en 1577, envoyer des députés à Blois, 
auprès du roi de France, pour réclamer. Les secours fournis par Jean- 
Casimir contre la Ligue l'avaient été en pure perte. — Il n'en resta pas 
moins fidèle à la cause qu'il avait embrassée par conviction; c'était, d'a- 
près nos idées, une foi absolue, nullement portée à des concessions. Pen- 
dant que son frère, Louis VI, occupait le siège électoral (1576-1583) et 
protégeait exclusivement les luthériens, Jean-Casimir fondait, en mars 
1578, à Neustatt sur la Ilardt, un gymnase supérieur, espèce d'université 
calviniste, le Casimirianum, où vinrent se réfugier les professeurs calvi- 
nistes de Heidelberg expulsés par le souverain. Une soixantaine d'élèves 
pouvaient être admis dans cet établissement, qui fut, un moment, le point 
central de la Confession calviniste en Allemagne. On vit arriver successi- 
vement à Neustatt les princes protestants français, des députés anglais, hol- 
landais, polonais, pour conférer avec Jean-Casimir. Dans toutes les loca- 
lités de son domaine il créait d'excellentes écoles; car pour lui l'instruction 
populaire était la véritable pépinière des bons citoyens. On vil de plusieurs 
points de l'Europe des réfugiés protestants chercher un asile dans les 
bourgades et villages qui relevaient de l'autorité de ce comte palatin. Des 
anabaptistes y étaient accueiUis; des Wallons, qui avaient pu échapper 
aux persécutions du dTic d'Albe, s'y étaient déjà étabhs. — La petite ville de 
Frankenthal devint le siège d'une industrie; on y fabriquait des toiles, du 
velours, des soieries. Toute la partie du Palatinat voisine de celte localité 
fut peuplée par des habitants industrieux. A Otterberg on vit des métiers 
à tisser du lin, de la draperie, de la verrerie. La protection de Jean-Casimir 
s'étendait aussi à l'agriculture, et, sans tomber dans le faste du dix- 
huitième siècle, le prince construisit aussi des châteaux. 

En 1579 il fit le voyage d'Angleterre, pour s'entretenir avec la reine 
Elisabeth, qui le décora de l'ordre de la Jarretière. 

Nous savons déjà qu'à la mort de son frère, il prit la tutelle de son 
neveu. Ce jeune prince avait été élevé dans la stricte confession luthé- 
rienne, et emprisonné, ainsi que sa sœur, dans un système d'éducation 
très-étroit. Jean-Casimir, sans innover brusquement, modifia cependant 
cet entourage, et fit respirer à ces malheureux enfants une atmosphère 
plus libérale. 

Dans l'université de Heidelberg, pendant le règne de Louis VI, le luthé- 
ranisme avait dominé. On renouvela, peu à peu, le personnel des profes- 
seurs; la bibliothèque reçut de considérables accroissements. Sous l'admi- 
nistration de Jean-Casimir, le catéchisme, connu sous le nom de Catéchisme 



— 4 — 

de Heidelberg, fut introduit dans les écoles et devint, à partir de là, le 
code religieux élémentaire dans le Palatinat. 

Les relations politiques de l'administration s'étendirent par la force des 
choses pendant cette période de sa tutelle. Il fut en rapports suivis avec 
les États-Généraux et avec Guillaume d'Orange. En 1587, il envoya, sous 
la conduite du comte de Dohna, une petite armée de 15,000 hommes en 
France, au secours du parti protestant; mais cette expédition échoua. 

Dans l'analyse du dossier qui nous occupe ici, les relations de Jean-Casimir 
avec Strasbourg, les cantons réformés et Genève, trouveront leur place. 

Il est temps d'entrer en matière. 

A la date du 15 mars 1589, la ville de Berne demande au Magistrat de 
Strasbourg de lui prêter 40 à 50,000 florins. Cette lettre arrive à Stras- 
bourg le 21 marSj et lecture en est donnée au Grand-Conseil, le 22 mars. 
— On y rapporte comment, au mois de novembre précédent, une trame 
du duc de Savoie, habilement conçue, faillit réussir et enlever à Berne la 
ville de Losanne (sic), et cinq autres de ses bourgades welches, dans le pays 
de Vaud. — On se rappelle que depuis 1536 ces terres vaudoises avaient été 
conquises sur le duc Emmanuel-Philibert. — De grandes dépenses avaient 
été occasionnées par cet incident. Il était arrivé, de plus, que le duc actuel 
de Savoie avait attaqué le roi de France, en se mettant en possession du 
marquisat de Saluées. « Or, Sa Majesté est bien résolue à tirer vengeance 
de cet acte violent, et nous (Berne), nous avons pris le parti de venir en 
aide a Sa Majesté avec de l'argent : déjà nous avons remis une somme 
considérable à ses avoués. » 

Les Bernois demandent donc si Strasbourg peut leur prêter ou leur 
procurer 40 à 50,000 couronnes (Kronthaler) ; ils désirent ardemment que 
ce prêt puisse se faire bientôt, et attendent une réponse par retour du 
courrier \ 

La réponse de Strasbourg ne se trouve point au dossier; mais à celte 
occasion nous apprenons à connaître, par un relevé officiel, les dépôts 
faits à la Monnaie de Strasbourg par les recettes publiques et par les 
couvents*. 

1. La lettre, au dossier, est originale, avec l'ours de Berne en cachet volant. 

2. Relevé des dépôts faits à la Montiaie par les recettes publiques 

et par les couvents. 20 mars 1589. 

OEuvre Notre-Dame : 597 1. 19 sch. 9 d. 1 heller (liard). 
(Dans cette somme se trouvent 105 1. en monnaie d'Empire, 160 1. en francs, le reste 
[in Bononiern], 6cus de Bologne [?].) 



— 5 — 

Le Magistrat de Berne écrit à celui de Strasbourg, à la date du 2 avril 
1589, une lettre lue en conseil le 9. C'est l'accusé de réception d'une mis- 
sive de Strasbourg, dont la lecture avait été différée pour raison d'affaires 
majeures, au moment du renouvellement du gouvernement; on remercie 
Strasbourg des sympathies témoignées à la ville de Berne au milieu de ses 
embarras non mérités et des difficultés survenues avec la Savoie. Berne 
adresse des prières à l'Éternel à l'effet d'obtenir l'annulation des mauvais 
desseins tramés contre l'Église (réformée). Puis on en vient au fond de 
l'affaire. Strasbourg a déclaré ne pouvoir fournir que 50,000 florins (le 
florin à 60 kreutzer ou 15 batz), et prie son alliée de se contenter de sa 
bonne volonté. Berne répond à cette estimation, qu'on se contentera de 
ces 50,000 florins, dont on payera régulièrement les intérêts. On joint le 
formulaire d'une constitution de rente à soumettre aux bailleurs de fonds; 
suivent des détails sur les monnaies qui devront servir au payement. — 
Berne prie qu'on lui fasse connaître les bailleurs de fonds par l'entremise 
des messagers (unserer Lœufferboten) et de ne pas trop grossir les frais du 
contrat. On n'a pas l'intention de toucher de suite la somme, qui doit 
rester en dépôt à Strasbourg. 



L'hospice: 1108 1. 15 sch. 15 d. 
(Dont: 40 florins d'or; 139 1. 2 sch. en monnaie d'Empire; 62 I. 12 sch. monnaie de 
Lorraine en testons; 303 1. 16 sch. en testons français — et en place de 530 cou- 
ronnes, 485 L 16 sch. 8 d. en testons français; le reste en francs.) 
M" les Écolàtres : 435 1. 19 sch. 3 d. I heller. 
Et de la part du couvent des Augustins : 177 1. 4 sch. 4 d. 

(De ce nombre : 223 rixdalers à 12 sch. , fait 133 1. 16 sch. et 72 llorins d'or à 20 batz ; 
48 1. en écus de Philippe, aussi à 20 batz : 59 1, 6 sch. 5 d. etc. etc.) 
La maison des Orphelins : 1017 1. 
La Ladrerie : 1873 1. 16 sch. 9 d. 
Le couvent des Repenties : 122 1. 2 d. 

— de Saint-Pierre-le-Jeune : 405 1. 12 sch. 6 d. 

(résidu de 1577) 

— de la Chartreuse : 60 1. 

— de Saint-Marc : 59 1. 17 sch. 1 d. 

— de la Marguerite : 229 1. 16 sch. 10 d. 
La Maladrerie (Blaterhaus) : 251 L 14 sch. 9 d. 
La congrégation à la Tour : 319 1. 2 d. 

(85 1. in dolchen (?) le reste en francs [in frantz duken].) 
L'École de Saint-Guillaume : 236 1. 8 sch. 6 d. 

Le total déposé par les recettes, chapitres, couvents et congrégations, à la Monnaie, 
est de 7304 1. 12 sch. 6 d. 
L'extrait flscal a été fait le l"mai 1589. 



— 6 — 

A la date du 15 avril 1589, Gérard Escher, greffier de la ville de Zurich, 
écrit au syndic Hochfelder, à Strasbourg, au sujet d'un emprunt de 
20,000 couronnes : 

« Monsieur et cher collègue {Ueher Herr und Bruder) , sans doute vous 
avez déjà appris ou vous saurez par un écrit de mon fils les faits du duc 
de Savoie touchant Genève, et ce déjà avant les troubles de France qui 
se rattachent à la soi-disant sainte Ligue. Jusqu'ici messeigneurs de Zurich 
n'ont pas été sommés de venir en aide, quoique les autres cantons et 
alliés, c'est-à-dire Berne, Glarus, Bâle, Soleure, Schafîhouse, les trois 
ligues Grises, le Valais, soient déjà en mesure d'opérer. Mais comme on 
ne peut savoir de quelle façon la chose tournera et jusqu'à quel point le 
secours de Zurich sera requis, on a pensé qu'indépendamment du dépôt 
déjà fait par Strasbourg, il serait convenable d'emprunter une somme de 
20,000 couronnes. 

«Le greffier est chargé de sonder à cet effet les dispositions de Stras- 
bourg : messeigneurs de Zurich pensent que l'affaire pourrait ainsi se 
régler le plus simplement {am slillesten), sans cela ils auraient écrit par 
voie officielle. Le messager même a été expédié sans passe-port et cos- 
tume {ohne geleitsbuch und färb). Escher prie par conséquent son col- 
lègue de faire des démarches secrètes auprès des personnes de son entou- 
rage, et de lui mander le résultat par l'entremise du messager Benoît 
Sennhuser, spécialement envoyé à cet effet. Si l'on parvient à faire cet em- 
prunt, messeigneurs voudraient que ce fijt en couronnes d'or; sinon, il 
faudrait spécifier de suite dans quelle espèce de monnaie on pourrait per- 
cevoir. En tout cas, l'emprunt ne pourrait être au-dessous de 19,000 cou- 
ronnes; la raison sera mandée ultérieurement. On s'engagera au surplus 
au nom de la ville à payer régulièrement tous les ans les intérêts, selon 
la convention. Escher engage itérativement son collègue à s'employer de 
son mieux dans cette affaire; messeigneurs de Zurich seront reconnais- 
sants; lui, il sera personnellement disposé à rendre des services mutuels. 
Il a dû obéir à ses supérieurs, qui lui ont imposé cette charge, parce 
qu'ils connaissaient les bonnes relations antérieures existant entre les gref- 
fiers des deux villes. » 

Nous ferons remarquer en passant que le style allemand de cette 
lettre est très-peu clair, rempH de phrases incidentes, et d'un ton qui 
dénote de l'embarras. 

A la date du 26 août 1589, Berne demande à loucher les 50,000 flo- 
rins, et émet le désir que Strasbourg les fasse livrer à Bàle aux frais de 
l'emprunteur. — La lettre commence par un accusé de réception d'une 



— 7 — 

missive de Strasbourg, du 9 août précédent. Berne remercie son alliée du 
bon vouloir manifesté au sujet de l'emprunt, que l'on avait d'abord eu 
l'intention de laisser à Strasbourg; mais la guerre éventuelle (avec la 
Savoie) prend une tournure telle que, pour activer l'assistance des autres 
cantons, il sera urgent de prélever ladite somme. On prie Strasbourg de 
fixer le jour où l'on pourra toucher l'argent à Bàle. Berne désigne préala- 
blement le 1^^ mai, espérant que cette fixation conviendra. 

La seconde partie de la lettre contient des détails politiques. Strasbourg 
avait émis le désir d'être informé des événements. Les troupes réunies de 
longue date, à Genève, au nombre de 1,200 à 1,300 hommes, ont fait une 
sortie du côté du Faucigny (fosigny dans le texte) et de Cluse, avant que 
les secours, qui devaient venir de Suisse, eussent été réunis; elles ont 
pris quelques passages, des châteaux, des bourgades, des couvents et des 
ponts dans le Faucigny, tandis que l'attaque de Cluse n'a pas réussi, par 
un malheureux incident, qui a empêché l'explosion d'une mine. 

On s'est ensuite porté devant le château et le bourg de Gex; on les a 
pris; on a fait prisonniers les chefs ;, le gouverneur, les principaux soldats, 
qui ont été transférés à Genève. 

Puis Cluse a été itérativement attaqué; mais le passage étroit a été vail- 
lamment défendu, et on n'a obtenu que de médiocres résultats; on a 
compté 15 morts et 15 blessés du côté des Genevois et des troupes 
royales (de France). Depuis, les conféd"érés suisses se sont réunis le 
22 août; une revue a été passée à Saconex et le serment prêté au roi de 
France; le mardi, 23, on a passé à Genève, vers Thonon et Ripaille (Ripolie); 
rien de marquant n'a été mandé depuis. L'ennemi, jusque-là, n'avait pas 
réuni ses forces; mais maintenant, 2,000 tirailleurs et 800 à 1,000 cava- 
hers sont prêts à marcher. Il n'y a point de nouvelles certaines de France, 
car les passages sont interceptés. M. de Solery, ambassadeur de France 
près de la Confédération helvétique, a montré au Magistrat de Berne plu- 
sieurs lettres portant que plusieurs villes et seigneurs sont rentrés sous 
l'obéissance de Sa Majesté. Tout fait espérer que les affaires iront bien, et 
l'on émet le vœu que la guerre contre la Savoie puisse y contribuer. 

Suit un dossier contenant le relevé des sommes disponibles dans les 
caisses des chapitres, à l'occasion de l'emprunt, avec une lettre adressée 
par François Pfrenger, doyen de Saint- Pierre-le-Jeune, à la date du 3 mai 
1589, à l'altammeister Wolfgang Schütterlin, donnant le relevé des mon- 
naies en dépôt. 

Dans une nouvelle lettre de Berne, au sujet de l'emprunt de 2,000 cou- 
ronnes (7 juin 1580), on relate une attaque faite contre la Savoie par 



— 8 — 

M. de Saucy, à l'aide de troupes levées dans les cantons de Claris, Bâle, 
Soleure, Schaffhoiise, Berne; on ajoute que les succès obtenus dans les 
bailliag-es welches n'ont pas été poursuivis, faute de cavalerie et de tireurs; 
les confédérés se sont refusés d'avancer en Savoie, parce que le duc était 
bien pourvu de troupes. 

M. de Sàucy s'est retiré vers Montbéliard, en laissant cinq compagnies 
dans les bailliages reconquis, — Après son départ, l'ennemi restant posté 
sur la frontière et ayant fait quelques incursions, il a semblé indispensable 
de renforcer les cinq compagnies. Berne trouvant convenable de mieux 
protéger la frontière, on voudrait faire un nouvel emprunt de 50,000 cou- 
ronnes. 

A la suite de cette demande, on ajoute d'autres nouvelles politiques : 
l'ennemi a commencé par faire des propositions de paix, et il s'est servi 
de ce prétexte pour gagner du temps; il y a huit jours, il a assiégé et 
bombardé le château de Gernier(?); la garnison s'est rendue; l'accord n'a 
pas été tenu, et les malheureux ont été pendus. En même temps, le beau 
village de Collonges a été incendié par les ennemis. 

Les Genevois, casernes dans un fort près de l'Arve, attaqués par l'en- 
nemi, ont eu le bonheur de le repousser. Le baron de Sailevennes (?) et 
un noble espagnol, le baron d'Onincy(?), ont été faits prisonniers. On 
s'attend à Genève à une nouvelle attaque du duc de Savoie, que l'on 
repoussera. 

A la date du 9 juin 1589, le Magistrat de Zurich écrit à celui de Stras- 
bourg, pour annoncer réception de la missive au sujet de l'emprunt de 
50,000 couronnes, et remercier du bon accueil fait aux députés de Zurich 
à Strasbourg. On prie de faire passer à Zurich, par des envoyés spéciaux, 
le montant de l'emprunt; les frais de voyage seront, bien entendu, rem- 
boursés, et les envoyés récompensés. 

Le projet d'obligation à souscrire par Zurich, qui devra payer tous les 
ans à la Saint-Jean la somme de 1,000 couronnes d'or à titre d'intérêt, 
est du l*^"" juillet 1589. Le payement se fera à Strasbourg; toutes les pro- 
priétés de Zurich sont hypothéquées à cet effet. 

Une lettre de Berne à Strasbourg (23 juin 1589) excuse d'avoir causé 
de l'embarras; on comprend le refus de Strasbourg. On envoie un nouveau 
délégué, Martin Fols, bourgeois de Berne, que l'on recommande au bon 
accueil de la ville alliée. Il sera chai'gé de contracter un emprunt particu- 
lier soit à Strasbourg, soit à Ulm, soit à Nuremberg {hy simderbaren 
personcn); il devra aussi acheter chez les marchands de Strasbourg 200 
quintaux de plomb et 20 quintaux de mèches {zundstrichen) , si possible. 



— 9 — 

et les faire transporter à Berne; les munitions de Berne et de Zurich sont 
épuisées; les tireurs de Berne usent un quintal de mèches par jour. Berne 
n'a pas délégué, pour cet achat, des hommes du métier; ils sont tous 
occupés autre part en ce moment; on prie Strasbourg- d'assister M® Fels 
dans cette acquisition. 

Une lettre incidente de Jean Kouffmann, greffier de Berne, à Paul 
Hochfelder, greffier de la ville de Strasbourg, du 24 juin 1589, porte 
plainte contre le messager slrasbourgeois, Jean Buss, qui était venu quel- 
ques semaines auparavant à Berne, sous prétexte de suivre les traces d'un 
individu qui avait commis un vol notable aux dépens du stettmeisü^e de 
Kogenheim. Buss avait, à cette occasion, emprunté de l'argent au greffier 
de Berne, sans restituer cette somme. Le greffier bernois prie son col- 
lègue de l'aider à rentrer dans ses avances. Il donne quelques indications 
sur les affaires publiques, dont il semble être passablement inquiet. A la 
lettre est jointe l'obligation ou le billet souscrit par Buss, le 3 juin 1589. 
La somme empruntée monte à 6 couronnes, chacune évaluée à 4 fr. 

Zurich, à la date du 29 juillet 1589, remercie en retour de l'envoi des 
20,000 couronnes par l'entremise de J. Knirbs. 

A la date du 6 août 1589, Berne mande à Strasbourg que la guerre 
avec la Savoie dure toujours; que Berne dépense mensuellement 70,000 
couronnes; que ses provisions d'argent s'épuisent; de là cette nécessité de 
faire des emprunts. Le duc de Savoie a fait, il est vrai, des propositions 
de paix; mais, en attendant, il faut agir comme si elles ne devaient pas 
aboutir, surtout en vue de la mort subite du roi de France (Henri III). Le 
duc, au surplus, doit être édifié maintenant sur la persistance que Berne 
a mise à assister son alliée la ville de Genève. 

Pour en revenir à l'emprunt, Berne désire lever de l'argent chez des 
particuliers; on sait qu'il y a de grands capitalistes à Strasbourg, mais qu'ils 
craignent que leur argent, placé à Berne, ne soit pas suffisamment garanti, 
vu qu'ils ne pourraient citer les prêteurs devant la chambre impériale de 
Spire. Berne demande donc l'appui du Magistrat de Strasbourg. 

On donne des nouvelles de la guerre avec la Savoie. Les confédérés ont 
assiégé et détruit le fort de Pouringe (sic); ils ont eu des hommes tués et 
blessés dans les tranchées. Le 26 juillet, les confédérés ont battu les enne- 
mis et pris la bourgade et le fort de Saint-Joyre (sic). L'ennemi a perdu 
2 bannières, 4 pièces d'artillerie de campagne, plusieurs gentilshommes et 
bon nombre de tireurs {schützen); les fuyards, cachés dans les bois, sont 
morts; on recueille journellement des blessés. 

Le 6 août 1589, remcrcîments adressés par le greffier Kouffmann au 



— 10 — 

greffier Strasbourg eois, Paul Hochfelder, au sujet d'un envoi de 8 florins 
que J. Fischer lui a rapportés de Strasbourg. La friponnerie de Buss ne 
l'empêchera pas d'être à l'avenir serviable à tout bon et pieux Strasbour- 
geois; il prie son collègue de ne pas s'inquiéter du restant de la créance. 
Il l'entretient aussi au sujet de l'emprunt que Berne veut contracter pour 
subvenir aux frais de guerre; à cette occasion, il donne des nouvelles 
diverses, tant sur les dépenses mensuelles de Berne que sur les affaires 
générales. L'emprunt serait immédiatement restitué, si Dieu veut bien 
accorder que la paix se fasse. 

On aurait aussi dû mander à Strasbourg, que Berne s'est adressé dans 
le même but à Bâle; le greffier a omis de le faire, à raison des affaires 
courantes très-urgentes. Le secrétaire en campagne a beaucoup à courir 
et aime de plus ses aises; ses rapports sont laconiques. 

Le sieur Fischer a reçu récemment une copie, faite par Fels, le beau- 
frère de Kouffmann; cet écrit fait mention du dernier combat. Kouffinann 
lient pour certaine la nouvelle de la mort du roi de France; à l'appui de 
son dire, il parle de l'attitude de l'ambassadeur français, qui a passé à 
Berne le 5 et le 6 août, au sortir de ses conférences avec le duc de Sa- 
voie. Ce diplomate a évidemment reçu de mauvaises nouvelles, car il est 
parti sur-le-champ pour Soleure. De grands bouleversements vont avoir 
lieu en France; le roi de Navarre (Henri IV) ne pourra prendre possession 
paisible de la couronne. On a répandu le bruit que la reine d'Angleterre 
avait épousé un jeune milord.... Des pluies battantes ont ravagé la contrée. 

A la date du 18 septembre 1589, Jean-Casimir, comte palatin du Rhin, 
administrateur de l'Électorat, duc en Bavière, écrit aux XllI de Strasbourg, 
pour leur faire connaître l'abandon subit et inexplicable de Genève par 
Berne, après d'éclatantes victoires remportées sur le duc de Savoie. C'est 
à la fois une déloyauté et un mauvais calcul, car Genève est la clef et le 
rempart de la Confédération suisse; le duc de Savoie arrivant sous les 
murs de Genève, les possessions de Berne seront de même menacées; 
la ville de Berne même courrait des dangers. Il engage les XIII à 
écrire à Berne et à admonester ses alliés, pour qu'ils ne laissent point la 
ville de Genève dans ce cruel embarras. Le comte palatin joint copie con- 
fidentielle de la lettre, qu'il écrit à Berne à la même date du 18 septembre. 
Celle-ci est encore plus explicite et plus pressante que la dépêche à l'a- 
dresse de la chambre des Xlll de Strasbourg. Elle commence par la réca- 
pitulation des faits antérieurement accomplis.... Tout a été fait en vain, 
puisque le duc de Savoie touche aux murs de Genève. — Le comte palatin 
n'ignore point qu'on allègue l'impossibiUté de retenir plus longtemps en 



— 11 — 

campagne les soldats mercenaires (voluntarius miles); mais il rappelle 
aussi les graves inconvénients qui vont résulter de cette mésaventure; la 
retraite des Bernois profitera non-seulement au duc, mais au pape et à la 
religion catholique. Il aurait mieux valu ne pas commencer la guerre 
qu'irriter le duc , puis abandonner les forteresses sans y laisser garnison. 
Toute la Suisse est intéressée à l'existence indépendante de Genève, qui a 
été la mère nourricière de la Réforme, et a envoyé dans les autres villes des 
savants hors ligne. Le duc de Savoie foulera aux pieds, dès qu'il le pourra, 
la religion évangélique et les pays réformés. Jean-Casimir fait un appel à 
l'honneur et à la réputation de Berne. 

A la date du 23 septembre 1589, Berne s'excuse auprès de Strasbourg 
de ne pas avoir donné signe de vie depuis quelque temps; les graves acci- 
dents de la guerre en sont la cause. On proteste contre les bruits calom- 
nieux répandus sur le compte de Berne, apropos de son attitude vis-à-vis 
de Genève. — Une conférence aura lieu prochainement à Berne; on espère 
que la paix en sortira. Néanmoins, en vue des éventualités, Berne serait 
obligé de faire un emprunt de 200,000 florins; on prie Strasbourg de le 
négocier auprès des nobles et des bourgeois capitalistes. Zurich et Berne 
fourniront caution. — On joint copie d'une lettre de l'ambassadeur de 
France à Soleure. Cette lettre est datée du l^"" octobre; elle donne des 
nouvelles d'une victoire récemment remportée par le roi de France sur 
le duc de Nemours, entre Paris et Rouen; l'ennemi a fait des pertes nom- 
breuses. 

Strasbourg répond à Berne, qu'on n'a point donné créance aux calom- 
nies répandues sur le compte de cette ville; que rien n'est parvenu jusqu'ici 
à Strasbourg de nature à donner lieu à une intervention. — Quant à l'em- 
prunt de 200,000 florins à faire en Heu et place de Berne, cela ne s'est 
jamais fait et serait mal interprété. Strasbourg est d'ailleurs dans l'em- 
barras et obligé de prêter une somme considérable à M. de Saucy, 
ambassadeur de France; à cet effet, la ville a été obligée d'emprunter 
100,000 florins, d'augmenter ses dépenses journalières et d'hypothéquer 
les rentes et revenus de la ville. 

A la date du 16 octobre 1589, Zurich, en écrivaht à Strasbourg, affirme 
n'avoir reçu ni de la part de Berne , ni de la part de Genève aucun aver- 
tissement, aucune sommation, à l'effet de venir au secours de ces villes 
contre le duc. Zurich tient à se justifier auprès de Strasbourg, qui pour- 
rait croire que Ton ne connaît point les devoirs imposés par l'alUance de 
1588; on s'appHquerait, le cas échéant, à prouver le contraire. 

Notre dossier fournit, à la date du 11 novembre 1580, copie d'une 



— 12 — 

lettre de Jean-Casimir, comte palatin, etc., etc., à la ville de Berne, au 
sujet de la retraite subite de leurs forces armées. C'est en partie la repro- 
duction de la lettre de septembre sur le même sujet.... Des pamphlets ont 
été répandus dans toute l'Europe au grand détriment de la réputation 
historique de Berne. Le comte palatin se refuse d'attribuer cette désertion 
à l'influence de tout le conseil bernois; ce sont les personnes chargées du 
commandement des troupes qui se sont laissées corrompre; il accuse no- 
tamment M. de Bonstetten. Il tient ces bruits d'une personne notable 
digne de toute confiance, et en informe le conseil par affection, pour que 
l'on songe à effacer la détestable impression produite. Il leur conseille de 
punir sévèrement ceux qui se sont laissés corrompre, vu que la religion 
réformée en souffre; le salut de la patrie est compromis. Il demande que 
l'on résilie le contrat fait unilatéralement entre Berne et le duc de Savoie. 
Il s'agit de tendre la main à Genève, clef de la Confédération. 

Par une lettre du 15 novembre 1589, Zurich accuse réception d'une 
missive où Strasbourg s'est montrée satisfaite des explications données 
par Zurich au sujet du traité de paix de Berne avec le duc de Savoie. 
Zurich a surtout blâmé l'article 5, qui excluait Genève des bénéfices de 
celte convention. Zurich n'a rien écrit dans l'intervalle à Strasbourg; il y 
a cinq semaines seulement, Berne en a donné avis par lettre et Genève 
par un envoyé spécial de son conseil. Zurich, Schaffhouse et Baie avaient 
été invitées par Berne et Genève à envoyer des délégués au duc de Savoie 
pour amener une pacification entre Genève et le duc. A cet effet, elles ont 
commencé par envoyer des délégués à Berne, à la date du 9 octobre; 
ceux-ci ont demandé à voir les articles du traité, dont le cinquième article 
a semblé très-déplaisant; les délégués ont exigé que la diète, qui était 
déjà convoquée pour la ratification, fût remise à une époque plus éloignée. 
Cette demande a été admise pour donner le temps aux délégués de se 
rendre auprès du duc de Savoie. Le résultat de cette députation n'est pas 
encore connu. En attendant, on envoie à Strasbourg copie du traité. — 
Zurich a pris note des bonnes dispositions de Strasbourg et engage cette 
ville à exhorter le grand et le petit Conseil de Berne. Une partie de la 
bourgeoisie de Berne a sollicité la punition des coupables. Le schultheiss, 
M. de Waltewyl, a été suspendu; le schultheiss, M. de Mullinen, ne l'a 
pas été. — Zurich remercie Strasbourg de l'offre faite de consigner en 
argent le reste des céréales dues par la ville; mais on refuse de donner 
un conseil au sujet de la part qui devra en revenir à Berne. 

Suit le contenu du traité entre Savoie et Berne. 

Dans le préambule, on rappelle le traité antérieurement conclu à Lau- 



— 13 — 

sänne, le 30 octobre 1564, entre Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, et 
le Magistrat de Berne. Celui dont il s'agit ici, à la suite de la guerre de 
1589 dans le Chablais, a été convenu de la part de Charles-Emmanuel, 
duc de Savoie, représenté par Loys Milliet, baron de Faverges, grand- 
chancelier de Savoie; Jean-François Berliet, sieur de Chilliaux (sic) et la 
Roche, premier président de la cour des comptes; René de Lussinge, 
sieur d'Alleines, référendaire; Jérôme de Lambert, sire de la Crolliette et 
Lorney; Jean-François de Bellegarde, sieur des Marches; ïlumbert de 
Ville, secrétaire de la cour des comptes. 

Berne est représenté par le conseiller Louis de Mullinen, prévôt; Abra- 
ham de Grafenried, Statthalter (adjoint) du prévôt; Louis d'Erlach, colonel; 
Vincent Dachselhofer, trésorier; Ulrich de Bonstetten, sire de Jegenstorf, 
et Nicolas Moratell, commissaire général de Berne. 

Article P. Cessation de toute hostilité; reddition des prisonniers sans 
rançon. 

Art. IL Maintien de l'état de possession antérieur, tel qu'il avait été û\é 
entre Emmanuel -Philibert et les onze cantons, dans l'année normale 
de 1536. 

ArL III. Amnistie pour les habitants des bailliages de Chablais, Gex et 
Fermer (Ferney?), temporairement occupés par Berne. Liberté pleine et 
entière laissée à ceux des habitants savoisiens qui voudraient quitter le 
pays. 

Art. IV. Exercice libre de la religion réformée accordé dans trois 
localités ou paroisses du bailliage de Thonon , de Gex et de Fernier. 

Art. V. Genève, qui a été la cause première de la guerre, demeure 
exclue du traité, d'autant plus que le duc de Savoie a le droit de vice-dome 
sur ladite ville, en vertu d'un jugement rendu à Payerne en 1531 par les 
confédérés. Dans le cas où le duc essayerait de revendiquer ce droit par 
les armes, messeigneurs de Berne ne viendront point au secours de 
Genève; leurs possessions dans le pays de Vaud resteront inattaquables, et 
si par hasard elles étaient envahies, Berne repousserait la force par la 
force. 

Art. VI. Les fugitifs des trois bailliages qui voudront bénéficier de l'am- 
nistie, devront rentrer dans la quinzaine. 
Fait à Nyon, en octobre 1589. 

A la date du 8 décembre 1589, Zurich rappelle, en écrivant à Stras- 
bourg, le non-succès de la députation de Bâle, Zurich et SchafThouse à 
Berne et à Genève. On était allé à Genève avec l'espoir de trouver ensuite 
le duc à Chambéry; mais le comte de Martinengo fit connaître que le duc 



— 14 — 

demandait avant tout que Genève déposât les armes. Les députés avaient 
ensuite demandé un sauf-conduit pour se rendre à Chambéry; on le leur 
avait accordé, mais sans mentionner Genève. Pendant le séjour même des 
délégués on a fait une sortie, dont les détails sont relatés dans une pièce 
annexée (voir Annexe A). De retour à Berne, les délégués exhortèrent le 
conseil à persévérer, et obtinrent une remise de la diète, qui avait déjà 
été convoquée, pour donner le temps de se concerter avec les gouverne- 
ments respectifs (Annexe B). — Une conférence ayant été fixée à Arau, 
SchafThouse et Zurich s'y rendirent, mais Baie en fut empêché. Là-dessus 
une nouvelle sommation a été adressée à Berne; on attend la réponse 
(Annexes G et D). 

(Annexe A.) Le rapport auquel nous venons de faire allusion, rappelle 
qu'une convention avait d'abord été faite en septembre 1589 par Berne 
avec le duc, à l'exclusion de Genève; que les Bernois avaient quitté le 
pays de Vaud; que le duc avait persisté à s'emparer de Genève avec une 
petite armée de 13,000 hommes, en commençant à mettre garnison dans 
les forts autour de Genève.... A Genève, il n'y avait ni provision, ni ar- 
gent; on avait commencé par offrir au duc de se soumettre, tout en 
réservant les droits de la ville; le duc s'y était refusé. — Pendant le mois 
d'octobre 1589, les Genevois firent plusieurs sorties, entre autres vers 
Sacona (Saconez), à une demi-heue de la ville, en deçà du Rhône; vers 
Eslrambier, au delà de l'Arve; vers deux forts près du pont Chaury(?), 
au delà du Rhône, à trois lieues de Genève — L'armée du duc, envahie 
par des maladies, subit des défections; les NapoHtains et les Milanais de- 
mandent à être congédiés. Avant de rétrograder, le duc a fait construire 
un fort près de Versoix; il a mis 7 compagnies, 4 canons, 2 couleuvrines, 
sous le commandement du baron de la Sorra (la Sarraz), brave militaire; 
il a fait approvisionner Gex et Thonon. Le 22 octobre, il a traversé Cluse, 
après avoir fait pendre le capitaine Bataillon, qui avait livré le château de 
Veigi aux Genevois. — Pour ceux-ci, il devait leur importer, avant tout, 
de prendre le fort de Versoix, qui commandait le lac et canonnait les ba- 
teaux genevois. Au commencement de novembre, ils essayèrent de prendre 
le fort nuitamment; l'affaire manqua, parce que la flottille du lac n'appuya 
pas l'attaque. — Le 7 novembre, ils se portent avec 600 fantassins et 
170 cavaliers par terre devant le fort, en contournant la bourgade de 
Versoix. Un nuage blanc couvre le fort; ce nuage se transforme en nuage 
rouge; des javelots de feu paraissent y nager et effrayent la garnison. A 
quatre heures du matin, l'attaque des Genevois a lieu, près du lac, dans 



— 15 — 

un endroit où le fort était barricadé par des arbres. On renverse les senti- 
nelles; on force par des pétards la porte du côté de Coppet; on pénètre 
dans la ville en donnant la main à ceux qui venaient du côté du lac. L'en- 
nemi est massacré dans les maisons de la ville. Avant l'aube du jour, le 
fort est pris; 270 ennemis tués; ceux qui veulent se sauver par le lac 
sont fusillés; quelques-uns sont brûlés dans les maisons incendiées. 
Le commandant se sauve, avec 200 hommes, dans le fort supérieur; il 
bombarde la ville, comptant que les Genevois l'abandonneront. Mais, dès 
le 6 octobre, il désespère de pouvoir se défendre; il apprend que des bé- 
liers sont transportés de Genève; il manque de provisions, même de bois 
pour cuire la viande de vache; la reddition s'opère: «Les Savoisiens con- 
serveront leurs armes et deux drapeaux.» — Le colonel fédéral, M. de 
Corbigny, fait cadeau d'un cheval à M. de la Sarraz. Les partants rendent 
grâces aux Genevois, car ils s'attendaient à une rupture de la convention. 
Dans l'intérieur du fort, les Bernois trouvent 28 serfs (esclaves) et for- 
çats, qu'ils délivrent. Dans le fort supérieur se trouvaient encore 42 esclaves, 
que le baron de la Sarraz allait emmener; mais les forçats libérés coupent 
les cordes de ces malheureux et les ramènent aux Genevois. Ceux-ci leur 
font traîner les canons, les couleuvrines et les munitions. On ne peut em- 
pêcher beaucoup de gaspillage. — A Genève, il y eut un grand concours 
pour voir les canons; le plus fort qui avait été fondu en 1563, pesait 
5,362 livres; les autres avaient été fondus de 1585 à 1588, aux armes du 
duc. La bannière de Saint-Maurice est portée à Genève; d'autres bannières 
avaient été brûlées. — Dans les trois paroisses de Genève on célèbre des 
fêtes religieuses en actions de grâces. 

L'Annexe B nous donne la note remise par Zurich, Baie et Schaffhouse 
au Magistrat de Berne, à l'effet de recommander la radiation de l'article 5 
du projet de traité. C'est une pièce éloquente, qui rappelle «les pratiques 
traîtreuses de Rome pontificale à l'endroit des évangélistes, depuis le Con- 
cile de Constance et surtout depuis soixante-douze ans.» — «Et quoique, 
y est-il dit, la protection de Dieu eût été visible et que le feu de la vertu n'a 
pas été éteint, l'union des ennemis de la vérité a empêché les nôtres d'ar- 
river à un état de calme.... Nous n'ignorons pas ce qui se trouve contre 
nous.... Nos ennemis, quand ils connaîtront le traité, se moqueront de 
nous. Rappelez-vous donc que le duc de Savoie est le gendre du roi 
d'Espagne, parent de la maison d'Autriche; qu'il a enlevé au roi de France, 
dont il est l'obligé, le comté de Saluées. Si la ville de Genève tombe entre 
ses mains, il ne connaîtra plus de frein; il tombera sur vous et sur nous; 



— 16 — 

si ce n'est lui, ce seront ses descendants. Dites-vous bien que vous offen- 
serez le roi de France que nous avons tout intérêt à ménager, à raison 
de ses bonnes intentions pour notre religion. Sa prospérité est notre pros- 
périté.... N'avons-nous pas d'ailleurs fait, il y a cinq ans, un traité d'al- 
liance perpétuelle avec vous et avec Genève? Pouvez-vous rompre unila- 
téralement cette alliance? Et pourquoi la ville de Genève a-t-elle contracté 
cette alliance? parce qu'elle connaît les desseins de son voisin. Si vous 

abandonnez Genève, comment en répondrez-vous devant Dieu? après 

le serment juré dans cette même enceinte (à Berne)! Vous dites que Ge- 
nève s'oppose à tort aux droits du duc, en sa qualité de vice-dome. Nous 
répondrons que ce droit n'est nullement éclairci. Ce qu'on sait aujour- 
d'hui, on l'a su il y a quatre ans. On ne discute pas de cette manière les 
alliances perpétuelles. Quelle figure ferons-nous devant ceux qui se sont 
alliés avec nous d'autre part? D'ailleurs, si toute cité qui a profité de la 
Réforme devait rendre ce qu'elle a reçu, qu'en résulterait-il? où en serions- 
nous avec les biens d'église? — Nous vous donnons ces conseils de bonne 
amitié.» — Suit une chaleureuse péroraison, qui conclut, puisque les 
articles ne sont pas encore adoptés par serment, à faire un pas en arrière. 

Une seconde missive du 2 décembre (Annexe G) contient des exhorta- 
tions dans le même sens; elle porte la signature de Henri Tomann, J. Henri 
Schmid, conseillers de Zurich; J. Conrad Meyer, bourguemestre, et George 
Meder, conseiller de Schaffhouse; les signataires sont réunis à Arau, par 
ordre de leurs magistrats respectifs. 

La note n'est point éloquente comme la précédente, mais de fait plus 
incisive; elle rappelle ce qui s'est passé entre Berne et le sieur de Lam- 
bert, ambassadeur du duc, et ce qui leur a été mandé par un délégué 
spécial de Berne, envoyé à Arau. «Il y a donc tout Heu d'espérer que l'ar- 
ticle 5 sera modifié et que la liberté du culte sera maintenue dans les trois 
bailliages. — On renouvelle les exhortations précédentes. Berne doit sau- 
ver sa réputation, ne point léser les intérêts de la religion réformée, mé- 
nager ses aUiés et la couronne de France, par conséquent annuler l'ar- 
ticle 5. Les délégués que Berne enverra au duc, devront lui donner 
lecture des notes présentées par les fédérés. Baie est dans les mêmes dis- 
positions; mais on s'excuse de n'avoir pu se rendre à Arau. » — • Le style 
de la seconde partie de la note est diffus et obscur. 

Dans une lettre non datée, mais évidemment postérieure à la précé- 
dente, Schaffliouse et Zurich engagent derechef, par leurs délégués, la 
ville de Berne à changer l'article 5; à cet effet, ils font valoir les raisons 



> — 17 — 

suivantes : le caractère du duc de Savoie, ennemi de la religion évangé- 
lique, exécuteur des pi"escriptions du Concile de Trente, hostile à Berne 
en toute circonstance. — Vous répliquez : nos ancêtres ont été les alliés 
du duc. Sans doute; mais alors on professait une foi commune, et ces 
alliances anciennes n'impliquaient pas des obligations aussi considérables 
que celle de remettre entre les mains du prince le choix des chefs. «Nous 
n'avons pas besoin, est-il dit dans cette dépêche, de remémorer ici les 
avertissements que nous avons donnés antérieurement. Nous vous prions 
d'en reprendre connaissance. Les objections que Nosseigneurs avaient à 
faire à l'article 5 s'y trouvent comprises; car, par cet article, vous exposez 
la ville de Genève à toutes les prétentions du duc, et vous sortez évidem- 
ment d'une alliance qui avait été contractée sur vos instances sérieuses. 
Or, le traité étabht que, quelque changement qu'on veuille apporter pour 
le bien et l'agrément de chaque partie, l'alliance elle-même et la bonne 
amitié ne pourront se rompre. 

«Admettons un instant que la ville de Genève soit assiégée, et qu'elle 
tombe, ce-qu'à Dieu ne plaise, dans les mains du duc, comment pourriez- 
vous être sûrs que, malgré la teneur de l'article 5, votre pays ne soit 
dévasté? car, si quelque incursion a lieu, qui peut répondre de la décou- 
verte du coupable ou de la rigoureuse exactitude des pierres frontières? 
De cette façon, vous indisposerez vos propres gens et vous serez respon- 
sables des dommages-intérêts; car le duc ne pourra retenir ses soldats', 
s'il leur convient d'envahir vos domaines, lorsqu'ils croiront pouvoir le 

faire à l'insu de tout le monde Si vos pauvres sujets implorent votre 

protection, pouvez-vousles laisser sans secours, eux et la ville de Genève? 
Nous avons admis dans notre alliance les trois villes et d'autres localités 
delà Suisse (cfer Eidgenossenschaft); sera-t-on obligé, en cas d'attaque 
du duc, de venir à votre aide, lorsque vous aurez abandonné Genève, 
notre véritable ligne de défense, comme vous-mêmes l'avez appelée en 
plus d'une diète, sans compter les railleries que déverseront sur nous les 
malins, lorsque vous aurez laissé tomber sans coup férir une cité que 
vous avez nommée votre boulevard? Nous n'examinons pas quelle attitude 
nous prendrons vis-à-vis de S. M. le roi de France, après le traité de 
protection conclu avec lui au sujet de Genève.... 

« Si l'on affirmait ou si l'on prétendait que notre Magistrat n'a point 
l'intention de venir à votre aide en cette occurrence, ni par des sommes 
d'argent, ni par des milices, nous aurions le droit de répliquer que, de 
votre part, aucune demande d'argent n'a été faite, et qu'en ce qui touche 
l'assistance fédérale, la promesse de tenir éventuellement les conventions 

T. IX. - (M.) 2 



— 18 — 

a été réglée à In diète dcBndo, nu mois de janvier de la présente année 
1589. Nous, de Zurich, nous nous y sommes spécialement engagés. Les 
mêmes promesses ont été répétées à la diète d'Arau. Nous disons cela à 
notre décharge. 

«Maintenant, chers confédérés, nous allons vous prouver qu'il y a bien 
des moyens de rompre le 5® article. Nous ne ferons mention que d'un 
seul: que votre peuple campagnard, à ce que l'on nous assure, ne veut 
pas interpréter la paix faite; de plus, vous pourrez alléguer qu'ayant ap- 
pris à quel point vous êtes blâmés auprès de vos coreligionnaires et de 
vos confédérés, vous ne pouvez vous brouiller avec ceux qui, de longue 
date, ont été liés avec vous et vos ancêtres à la vie et à la mort. 

«De plus, le duc de Savoie ayant molesté, depuis la conclusion de l'al- 
liance, quelques-uns de vos pauvres sujets, il vous a déliés de vos enga- 
gements. 

ttVous pourrez donc, tout bien considéré, vous servir de ces arguments 
et de beaucoup d'autres pour dénoncer l'article 5 et, au besoin, l'alliance, 
à l'effet de sauver votre réputation. 

«Doncques, en l'honneur du Dieu suprême et pour le salut et bien de 
noire commune patrie, nous vous exhortons, chers confédérés, au nom 
de Nosseigneurs, de résilier l'article 5 ou de l'amender de telle façon, 
qu'il ne blesse plus Nosseigneurs. 

«Nous vous prions en même temps de renoncer à l'alliance projetée 
avec le duc de Savoie, qui est suspecte et mal vue, et de maintenir l'al- 
liance commune et celle avec Genève. Et si vous inclinez à ce faire, il y a 
tout lieu d'espérer que le Dieu tout-puissant vous accordera son assis- 
tance paternelle, et vous pourrez compter que, attaqués ou offensés par 
qui que ce soit, Nosseigneurs vous secourront de leurs bras et de leur 
sang, ainsi qu'il convient à de bons et fidèles confédérés. » 

A la date du 23 décembre 1589, le Magistrat de Strasbourg écrit à 
celui de Berne', pour le remercier au sujet de Genève; on allait prier 
Zurich de leur prêter les secours promis à l'occasion de l'approche hostile 
des Lorrains; mais cette mesure est devenue inutile. On donne des ren- 
seignements sur l'armée française. — Strasbourg s'engage à fournir l'ar- 
riéré des céréales. 

A la date du 3 mars 1590, Berne mande au duc de Savoie que «le traité 
récemment conclu à Nyon ne pourra être valaltle qu'autant qu'il aura été 
approuvé par les confédérés suisses. Or, convoqués à cet effet, Tes confé- 



1. Minute (le la Icllre. 



— 10 — 

dérés ont fait beaucoup d'objections; ils n'ont pas trouvé juste que, pour 
grandir los honneurs du duc, Berne ait complètement mis en oubli ses 
devoirs vis-à-vis de ses confédérés et coreligionnaires. Berne a résolu de 
céder aux circonstances, c'est-à-dire de renoncer à l'alliance projetée; car, 
autrement, on aurait provoqué une sédition. 

«Les amis du duc auraient d'ailleurs tenu des discours tels que l'on a 
été en droit de prêter au duc des opinions autres que celles manifestées 
dans le traité. Berne désire donc que le trailé soit annulé, au moins jus- 
qu'à ce que Son Altesse soit réconciliée avec le roi de France; alors les 
confédérés de Genève et Berne seront plus libres de faire un nouvel ac- 
cord avec le duc. — En attendant, la ville de Berne veut maintenir les 
rapports de bon voisinage; elle ne molestera d'aucune façon les sujets du 
duc, bien entendu si ces derniers suivent les mêmes errements. 

«Quant aux convenances du duc, Berne désire que l'on s'accorde aussi, 
pourvu que ce ne soit nuisible ni à la couronne de France, ni à Genève. 
Berne en sera d'autant plus satisfait, qu'on prouvera par là que le projet 
d'alliance n'a pas été rompu pour amener la guerre, mais uniquement 
pour satisfaire les confédérés et sauver l'honneur de Berne. 

« On pense que le duc ne voudra point, dans son intérêt personnel, faire 
un tort infmi à Berne dans l'esprit des confédérés, ni pousser les sujets 
bernois à un soulèvement. Le duc voudra, au contraire, adresser au Tout- 
Puissant des prières pour obtenir une paix honorable au profit de tous les 
partis. On espère que le duc, à raison des ouvertures faites, n'en voudra 
point aux Bernois ni aux autres confédérés.» Des vœux en faveur du duc 
terminent la lettre. 

A la date du 15 mars 1590 (3 mars, vieux style), Berne écrit au roi de 
France : « Sa Majesté a sans doute dû apprendre comment le duc de Sa- 
voie, aux mois d'août et de septembre 1589, a repris les bailliages, les 
passages (Cluse) et Thonon; comment le pillage et l'incendie du pays de 
Vaud ont forcé Berne à faire un accord avec le duc, sous la réserve de 
réunir en temps opportun les moyens (jui se présenteraient pour remé- 
dier à ce qui pourrairêtre désavantageux aux confédérés et à Genève. Or, 
Genève n'ayant pas consenti à accorder une partie des demandes du duc 
de Savoie, et Berne ayant considéré les suites qni résulteraient dudit acte, 
de plus M. de Sillery, ambassadeur ordinaire de Sa Majesté, et les confé- 
dérés ayant assisté Berne, on a pris dans cette dernière ville la résolution 
de dénoncer l'alliance, avec la conviction que Sa Majesté soutiendrait ces 
conventions, qu'Elle ferait, entre autres, restituer l'argent déposé à So- 
leure et employé ensuite par M. de Saucy. 



— 20 — 

«L'ambassadeur, au surplus, donnera les explications voulues à Sa 
Majesté. » 

On termine par des protestations de service et par des prières adressées 
n rÉternel, pour que sa protection descende sur Sa Majesté et rende nu 
royaume de France son ancien éclat et à Genève la sécurité. 

L. Spach. 



NEGOCIATIONS DE STRASBOURG 

AVEC ZURICH ET BERNE 

Au sujet (le la restitution d'un dépôt d'argent et de céréales 

(1687-1688). 



Les alliances de la ville libre de Strasbourg avec Zurich et Berne, 
pendant les quinzième, seizième et dix-septième siècles, sont presque 
tombées dans le lieu commun. Il n'est point d'Alsacien qui n'ait entendu 
parler des fêtes du tir, organisées entre les cités d'Alsace et celles de la 
Suisse: ce qui est moins présent à toutes les mémoires, c'est le relâche- 
ment ou le dénoûmcnt systématique de ce lien, lorsque Strasbourg- eut 
été réuni à la France. 

Je vais, d'après des documents conservés aux Archives de la ville de 
Strasbourg, suivre le récit d'une négociation, ou plutôt d'une réclamation 
assez vive de l'ancien Magistrat de Strasbourg auprès du Magistrat de 
Zurich et de Berne. Il s'agissait de faire rentrer d'assez fortes sommes 
versées, quatre-vingt-dix ans auparavant, dans le Trésor public des deux 
cités suisses. Strasbourg, dans cette circonstance, n'était qu'un instrument 
entre les mains de Louis XIV; mais on obéissait aveuglément; il le fallait 
bien. Nous sommes en 1687; depuis six ans, l'autonomie de la ville avait 
cessé. Le Magistrat, naguère encore souverain, s'était obligé de brûler ce 
qu'il avait adoré. — Rappelons qu'à cette époque Obrecht était préteur, 
et Dominique Dietrich interné. 

Pour expliquer l'opération de 1687 et 1688, il faut me permettre de 
remonter à un siècle de distance. 

A partir de 1583, de graves conflits avaient éclaté entre les chanoines 
catholiques elles membres protestants du Grand-Chapitre de la Cathédrale; 
les dignitaires protestants (luthériens) étaient alliés à de puissantes fa- 
milles allemandes; ils menaçaient le repos intérieur du pays; aussi l'em- 
pereur avait-il prescrit de les exclure; ces ordres avaient été méconnus. 

La présence des troupes étrangères, enrôlées pour appuyer la cause 
protestante en France, augmentait la gravité de la situation. Le 20 mai 



22 

1587, 011 appril à Strasbourg que quelques milliers d'hommes à cheval 
avaient passé le Rhin et allaient envahir l'Alsace. La panique fui générale; 
on se cache, on se sauve; l'évèque se réfugie dans le château de Ilaut- 
Barr. 

Du côté de la Lorraine s'avançait le duc de Bouillon; il s'empare de 
Phalsbourg, descend dans le Kochcrsperg. Des dégâts sont commis sur 
son passage. Deux cents fantassins allemands remontent le Rhin et oc- 
cupent la Wanzcnau; vingt mille Suisses entrent par la Haute-Alsace; les 
Lorrains, qui occupent les défilés des Vosges, au nord de Saverne, des- 
cendent aussi dans la plaine et dévastent les bailliages qui relèvent de 
Hanau-Lichtenberg. La disette se fait sentir dans tout le pays. 

Au commencement du mois d'août 1587, Wasselonne, Schiltigheim, 
Bischheim sont dévastés par les troupes du duc de Bouillon. Alors M. de 
Ségur-Pardaillan, l'envoyé de Henri, roi de Navarre, quitte Strasbourg et 
décline, au nom de son maître, toute responsabilité avec cette invasion. 
Lorsque les bandes se retirèrent d'un pays où elles ne pouvaient plus sub- 
sister, on avait à déplorer la ruine de trois cents localités. Personne, 
bien entendu, ne veut être coupable; les capitulaires luthériens de la 
ville de Strasbourg protestèrent plus hautement que tout le monde; ils 
ne voulurent avoir rien de commun avec les pillards, sous quelque dra- 
peau que servissent ces derniers. 

En janvier 1588, les lansquenets allemands revinrent de l'intérieur de 
la France dans un état de délabrement complet; ils avaient été battus par 
le duc de Guise. Campés sous les murs de Strasbourg, ils empruntèrent 
des bateaux de la ville et s'échpsèrent en descendant le Rhin. 

En face de l'hostilité de l'empereur, de la Lorraine et de Bade, la ville 
de Strasbourg jugea prudent de s'allier de nouveau avec une partie de la 
Suisse. Dès (jue l'empereur apprit ces négociations préliminaires, il fit des 
menaces; on lui répondit qu'on ne se prémunissait point contre remj)ire. 

Le 1i mai, les députes suisses arrivèrent; à leur tête était Gaspard 
Thomann, de Zurich, déjà connu et apprécié chez nous, à l'occasion du 
grand tir fédéral de 4576. Il arrivait maintenant, en compagnie de douze 
hommes et de trente-quatre chevaux. Deux stettmeistres, deux ammeistres, 
et une compagnie d'honneur de deux cents cavaliers étaient allés à leur 
rencontre jusqu'à Graffenstaden, Dans la plaine de la Metzgcrau, douze 
cents miliciens de la bourgeoisie les attendaient; du haut des remparts 
tonnait le canon. — Le surlendemain, les délégués suisses furent reçus 
[)ar le Sénat ou le Grand-Conseil; lecture fut donnée du traité d'alliance et 
le serment prêté par les parties intéressées. Strasbourg ne pouvant en- 



voyer des troupes de secours en Suisse, il fui coiivciiu que notre ville 
déposerait, par moitié, à Zurich et à Berne, en argent et en céréales, la 
valeur de cent mille florins, soit deux cent mille livres. Là-dessus, en cas 
de danger pressant, les deux villes suisses étaient autorisées à opérer des 
prélèvements. Si la ville de Strasbourg était attaquée, les villes suisses 
seraient tenues de venir à son secours. Une médaille commémorative 
fut frappée. Le 15 mai 1588, les députés repartirent, accompagnés de 
six membres de notre Magistral; le 20, on arriva dans la ville de Zurich; 
le 27 à Berne. Dans les deux cités, ce fut la répétition de scènes analogues; 
partout sur la route, dans les localités intermédiaires, on rencontra un 
accueil fraternel et cordial. L'alliance jurée à Strasbourg, le io mai, fut 
solennellement confirmée. 

Tous les détails de ce double voyage et de celte mutuelle alliance sont 
consignés dans une brochure allemande, imprimée à Strasbourg, chez le 
célèbre Bernard Jobin, en 1588, in-4°, sous le litre suivant: 

((Relation systématique, comme quoi le traité de bon voisinage des 
trois honorables villes libres de Zurich, Berne et Strasbourg, de l'année 
1588, a été renouvelé, confirmé et exécuté au mois de mai, avec quelques 
félicitations poétiques, et autres indispensables notices, avec préface, 
quelques figures et reproductions des armes des trois susdites villes'.» 

L'analyse de cette curieuse brochure pourrait former un travail spécial, 
auquel je ne veux point me livrer ici. J'ai dû me borner à indiquer le 
point de départ de la réclamation qui fait l'objet du présent récit, et dont 
toutes les circonstances se trouvent consignées dans le dossier, dont je 
vais donner un scrupuleux résumé. 

A la date du 6 janvier 1687', la Chambre des XIII écrit au Magistrat de 
Zurich et de Berne. On y déclare révoquée l'alliance conclue en 1588, 
et indépendamment de cette résiliation, on demande la restitution de la 
somme de 70,000 florins que lesdites villes détiennent encore. La lettre 
rappelle que dans l'origine Strasbourg a fourni 100,000 florins, sous 
condition qu'en cas de rupture de l'alliance, ladite somme serait rendue. 



1. Ordentliche Beschreibung, welcher gestalt die naclibarliclic Bundniss und Yeraiu 
der dreyen lœbliclien freien Stielt Zurich, Bern und Strasburg- dieses gegenwertigen 1588 
.lais im Monat xMaic ist ernewert, bcst«iigtund vollzogen worden. Sampt etlichen poeti- 
schen Cduckwunschungen und sonstigen nœtiger Erinnerung und Vorred. Auch fignren 
und der gemelten drey Stictt Contraf;icturen. Gctrucktzu Strasburg durch Bernhard Jobin. 
Anno MDLXXXVllI. 

2. 11 existe, au dossier, deux minutes en allemand; la lettre n'a probablement été ex- 
pédiée qu'à la date du 10 février suivant. 



— ^2A — 

Aucun cas de guerre ne s'est présenté dans l'intervalle, ni pour Zurich, 
ni pour Berne; ni l'une ni l'autre des deux villes n'a donc été obligée 
d'entamer le dépôt. Strasbourg-, au contraire, pendant la guerre de 
Trente ans, s'est vue obligée de réclamer la restitution; elle n'a pu obte- 
nir que 30,000 florins; ses réclamations postérieures ont été repoussées, 
sôus prétexte qu'elles ne seraient admises que lors de la cessation de l'al- 
liance. Or, depuis que la souveraineté de Strasbourg est échue à S. M. 
Très-Chrétienne, ladite alliance expire de fait; Strasbourg la déclare 
finie et réclame la restitution des 70,000 florins qui restent dus. — Point 
de réponse immédiate n'est donnée. 

Le 11 mars 1087^ M. de Louvois écrit de Versailles un petit billet laco- 
nique au préteur Obrccht; il le prie d'envoyer un extrait des pièces qui 
doivent fournir la preuve de ce dont les Suisses sont débiteurs à l'endroit 
de Strasbourg. 

En mai 1687 ^ Zurich et Berne se décident enfin à répondre. — A la 
date du 9 dudit mois, le bourgmestre, le prévôt et les conseillers de Zu- 
rich et de Berne refusent de délivrer le dépôt; loin de là, on redemande 
la restitution de 30,000 florins antérieurement délivrés. 

«On avait espéré,» est-il dit, «à raison de la bonne volonté montrée 
en 164-3, lors de la délivrance des 30,000 florins, qu'à l'avenir de pareilles 
réclamations ne s'élèveraient plus. Strasbourg doit savoir, par des missives 
antérieures, que dans les circonstances urgentes, Berne et Zurich ont dû 
faire usage du dépôt, et même redemander les 30,000 florins délivrés en 
1643. On rappelle qu'en i674, Zurich et Berne sont venues au secours de 
Strasbourg, et qu'à cetle occasion on n'avait nullement songé à faire 
mention du dépôt.» 

Strasbourg réphque, le 20 mai suivant^: «On s'étonne d'une pareille 
réponse! Strasbourg avait le droit à une missive moins dédaigneuse.» Les 
villes de Zurich et de Berne n'ont-elles pas insinué que Strasbourg for- 
mait sa demande «sans réflexions et sans examen préalable»? Sirasboui'g 
n'a vraiment agi qu'en vertu de conventions antérieures et des principes 
du droit des gens. Le refus de restitution est inconcevable, après l'assu- 
rance verbale autrefois donnée par les députés suisses et répétée par 
écrit, que la restitution aurait lieu en môme temps que la résiliation de 
l'alliance. Les déclarations de 1643 étaient tout à fait conformes à ce qui 



1. C'est une simple copie de la note ministc'i'iclle. 

2. Lettre originale, en allemand. 

3. Minute de la Chambre des XIII, avec traduction en français. 



— 25 — 

précède. Strasbourg a constamment montré une bonne volonté suréro- 
gatoire. La lettre réversale, émise par Strasbourg- en 1G43, ne peut avoir 
d'autre signification. Il résulte de cette même réversale, comme quoi lors 
du secours {Zmug), fourni à grand'peine par les villes suisses, Strasbourg 
n'a pas insisté sur la restitution du dépôt. «Nous n'avons pas de loin 
fourni le moindre prétexte à la rupture de l'alliance; au contraire, vous 
seriez coupabbs d'avoir enfreint les articles du traité, si vous préten- 
diez maintenant que vous avez le droit d'user du reste du dépôt et de 
n'en plus tenir compte aujourd'hui. Nous avons pleine confiance qu'en 
examinant derechef les articles en question, vous y trouverez que vous 
n'avez pas le droit d'entamer lesdites sommes, ou du moins que vous 
étiez tenus d'en rendre compte et de les restituer.» — A ce reproche 
aigre-doux, on ajoute quelques phrases de bonne amitié; on nourrit la 
conviction que la restitution sera opérée. 

Le Magistrat de Zurich et de Berne accuse réception de la précédente 
lettre, à la date du 4 juin 1G87: «On réfléchira mûrement à la demande 
de Strasbourg. Lors de l'épurement annuel des comptes fédéraux qui se 
fait à Bade en Argovie, une décision sera prise et communiquée à S. Exe. 
M. Tambonneau, ambassadeur de S. M. le roi de France en Suisse; Stras- 
bourg aussi sera informée, en temps utile, de ce résultat.» 

Évidemment, le court intervalle de mai à juin 1687 avait suffi pour 
rendre les deux villes suisses attentives au fond de la question. Derrière 
Strasbourg était le roi de France. La Suisse ne pouvait, sans courir de 
grands dangers, froisser le cabinet de Versailles. 

Ici un nouveau personnage assez important fait son entrée en scène; 
c'est l'ambassadeur de France à Soleure; il figure tantôt comme M. de 
Tambonneau, tantôt comme M. Tambonneau tout court. Nous verrons que 
c'est un diplomate consommé, mais de l'ancienne école, c'est-à-dire qu'il 
n'est pas toujours franc du collier. 

Dans une dépêche qu'il écrit au roi, à la date du 18 juillet 1687 \ nous 
trouvons l'exphcation du refus des Suisses, et les raisons que fait valoir 
le diplomate français pour fléchir ou persuader Zurich et Berne. Les 
personnages qui confèrent avec lui, sont tous désignés; c'est, de la part 
de Zurich, le bourgmestre Ilirzel et son collègue le Statthalter (adjoint 
au maire) Meyer; de la part de Berne, l'avoyer Kitkehurger — c'est 
ainsi que le nom de ce fonctionnaire est estropié — et le sieur Tillier, 
trésorier; o^est ce dernier qui est l'orateur du groupe suisse. On discute 



1. Notre dossier ne contient qu'un extrait de ce rapport de l'ambassadeur. 



— 20 — 

les articles du traité de 1588. Les cantons prétendent (juayant été en 
guerre avec leurs sujets, ils avaient eu le droit d'user de ce dépôt. De 
plus, la Suisse a fourni à plusieurs reprises des hommes à la garnison de 
Strasbourg; c'est donc elle qui serait en di'oit de réclamer un arriéré. A ces 
raisons, plus ou moins spécieuses, l'ambassadeur réplique: «Le cas ré- 
servé par le traité d'alliance ne peut •s'entendre que d'une guerre avec 
l'Etranger, non de quelque cohue de paysans, comprimée en quelques 
jours; que le Trésor de Berne était assez considérable et n'avait pu se 
trouver en déficit, au point d'être obligé de recourir au dépôt. » 

L'afl'aire ne touchait nullement à sa fm après cette conférence. Zurich 
et Berne répliquent à leur tour* : «Nous avons le droit de prélever des 
sommes sur le dépôt, lorsqu'il fallait nous défendre contre nos sujets ; 
autrement nous ne verrions pas de quelle utilité auiait été pour nous le 
traité d'alliance. En livrant à Strasbourg, en 1043, la somme de 30,000 flo- 
rins, nous avions manifesté, dès le principe, quelque hésitation, et nous 
ne nous sommes tranquillisés qu'après avoir reçu la lettre réversale du 
iMagistrat. » — Ils rappellent à ce propos la dernière discussion qu'ils ont 
eue avec S. Exe. M. Tambonneau, et manifestent l'espérance, le désir 
qu'on laisse dormir l'affaire. «L'alliance, au surplus, a été dénoncée uni- 
latéralement par Strasbourg contre la teneur du traité, qui exige évi- 
demment une renonciation d'un commun accord. Zurich et Berne ont 
constamment remph leurs obligations; ces villes s'attendent au même 
procédé du côté de Strasbourg. » 

Le Magistrat de Strasbourg essaye de réfuter la réponse que les. dépu- 
tés des deux cantons avaient faite à M. Tambonneau. Le projet de réplique 
a été lu en séance de la Chambre des Xlil, le 16 août 1687', et porte en 
substance, que les députés suisses ont eux-mêmes reconnu que, par le fait 
seul de la soumission de Strasbourg à l'autorité du roi de France, l'al- 
liance de 1588 était résihée; qu'ils se refusaient donc indûment à la res- 
titution du dépôt, par des raisons empruntées à un tout autre ordre 
d'idées; (ju'en cas de guerre, l'emploi de l'aigent déposé était soumis à 
des conditions précises et ([ii il fallait que la guerre ait clé faite du con- 
sentement cl avec la participation de Strasbourg; (jue b^s cantons, en cas 
de trouble intérieur, auraient dû avertir leurs alhés; que, le cas se pré- 
sentant, les deux cantons auraient été autorisés à prélever 8,000 florins 

1. Dans une lettre adressée le 30 juillet !(l.S7 à lu ville de Slrasbourg-. l'robaLleiiieiit 
M. Taiidjonneau avait reçu une pareille déclaration. 

2. Minute, en français. 



— 27 — 

par mois, sauf à rendre coniple de l'emploi de l'argent.... que le soulè- 
vement des paysans n'avait point eu d'importance, puisque les mutins ont 
été chassés et dispersés à l'instant; qu'en fin de compte aucune dénoncia- 
tion n'avait eu lieu. » — Le Magistrat de Strasbourg terminait en affirmant 
que si Zurich et Berne avaient entamé ou employé l'argent du dépôt, cela 
s'était fait contrairement à toutes les règles. 

Quant aux troupes que les Suisses avaient fournies à la garnison de 
Strasbourg, on somme les deux villes suisses de prouver fju'elles ont 
avancé des denrées sans être remboursées. Selon la teneur du traité, il 
y a d'ailleurs une différence établie entre les troupes qui seraient envoyées 
en temps de guerre, et celles qui viendraient tenir garnison à Sti'asbourg. 
Le premier cas ne s'est point présenté; le second s'est présenté deux fois, 
d'abord en 1592: alors on a traité directement avec les officiers, qui ont 
été payés jusqu'au dernier sou. Les Magistrats des deux cantons n'y ayant 
point pris part, n'avaient pas la permission accordée de faire les levées; 
Strasbourg ne peut leur rester redevable de quoi que ce soit. En 1G93 et en 
1695 de nouvelles troupes suisses ont été envoyées en garnison à Stras- 
bourg; mais ici il s'agit de rappeler qu'avant que les nouvelles levées 
eussent été faites par les cantons, une capitulation a été dressée pour ré- 
glementer les frais de l'entretien. En 1678, l'envoi a été réglé à trois 
cents têtes, les officiers compris; le Magistrat devait leur avancer le trai- 
tement d'un mois, qui serait déduit sur six mois de payement. — La paye a 
été arrêtée à 5,000 florins mensuellement. II n'y a eu d'autre contestation 
à ce sujet, si ce n'est la qualité de la monnaie. Les Suisses prétendaient 
que le payement devait se faire en monnaie d'empire; Strasbourg voulait 
le faire en monnaie suisse. Les cantons ont reconnu leur tort et ont ac- 
cepté le payement en monnaie suisse. 

«La capitulation de 1675 est analogue à celle de 1673. Strasbourg 
tient en main les quittances, qui prouvent que les payements ont été faits 
régulièrement. Les cantons soutiennent sans bonne raison que le dépôt 
doit être compensé avec les frais qu'ils ne peuvent liquider à Strasbourg.» 

Le mémoire dont on vient de lire la substance, a dû être envoyé à 
Versailles et à Soleure. Pendant i)lus de quatre mois, l'affaire reste en 
suspens. A la date du 4 janvier 1688, nous trouvons au dossier une 
lettre (copie) de M. de Louvois à M. de la Grange, intendant d'Alsace. 
«M. Tambonneau a mandé à Sa Majesté ({ue Zurich et Berne réclament la 
nomination d'un délégué strasbourgeois, qui viendrait conférer avec des 
députés nommés par les deux villes suisses sur l'affaiie du dépôt dont on 
demande la restitution. Le Magistrat de Strasbourg aura à s'entendre avec 



— 28 — 

messieurs (sic) Taniboniioau, pour que Tun d'eux puisse assister à la 
conférence. 

Trois semaines plus tard, le 20 janvier 1688, M. de Louvois écrit à 
M. Obrcclit, préteur du roi : «Le ruy ne trouvera pas mauvais que vous 
acceptiez la dépu talion du Magistrat de Strasbourg à la conférence. Sa 
Majesté y consent d'autant plus volontiers, que la conférence ne pourra 
être de longue durée. » 

Sur les injonctions venues de Versailles, la Chambre des XIII s'informe 
auprès de M. Tambonneau s'il a bien voulu régler le temps et le lieu de 
la conférence avec les deux villes suisses \ «Ce sera un nouveau surcroît 
de la bonne volonté, dont vous êtes porté pour les intérêts de la ville. » 

On peut juger, par cette seule phrase, du style français peu correct 
dont on se servait à cette époque dans la chancellerie des XIII. La réu- 
nion de la ville était aussi de bien fraîche date! 

Le 28 mars 1688, la Chambre des XIII écrit à M. de Louvois^: «Nous 
reconnaissons le soin que M. de Tambonneau s'est donné de porter les deux 
cantons à fixer le temps et le lieu pour terminer à l'amiable le différend 
au sujet du dépôt.... Sur quoy nous supplions Votre Grandeur de nous 
faire connaître les intentions du Roy, afin que nous puissions faire exé- 
cuter par notre député ce que Sa Majesté trouvera bon à lui commander. » 

Une lettre de Louvois à Obrecht, du 8 avril 1688^ reprend une per- 
mission précédemment accordée : «Le Roy n'estime qu'il convienne à son 
service que vous alliez à l'assemblée qui se doit tenir au mois de juillet 
prochain, pour la liquidation des sommes que les cantons doivent à Stras- 
bourg. L'intention de Sa Majesté est que les Magistrats députent quelqu'un 
d'entre eux qui soit de la religion luthérienne.» 

Ce n'est évidemment point par tolérance que Louis XIV fait cette der- 
nière injonction. Le roi s'est rétracté, parce qu'il pensait que le préteur 
Obrecht, en sa quahté de nouveau converti, serait moins agréable aux 
députés réformés de la Suisse, et rendrait la conclusion de l'affaire plus 
difficile. 

Le 9 juin 1688, les XIII ' demandaient à M. Tambonneau quel est le jour 
fixé pour la conférence à Aurach\ et la qualité des personnes que les 



1. Copie ou minute d'une lettre du 28 janvier 1788. 

2. Minute. 
.3. Copie. 

4. Minute , en IVançais. 

5. Proliablonicnt Aran, dédfiiiré par le rédacteur. 



— 20 — 

deux cantons ont nommées pom^ le même objet, à l'effet d'ordonner et de 
régler ce qui sera à propos pour ceux qui seront nommés de la part de 
Strasbourg. 

Le 5 juillet suivant ils répètent la même demande avec plus d'instance. 

M. de Tambonneau répond, le 15 juillet 1088, par une lettre datée de 
Bade (en Argovie). Il indique le 8 août comme jour fixé pour la confé- 
rence à Arau. «Les députés suisses seront ou le Statthalter (adjoint au 
maire) Meyer, de Zurich, ou un autre du Conseil, peut-être même un des 
bourgmestres; de la part de Berne, il y a apparence qu'ils n'enverront pas 
gens de moindre caractère. Nous sommes sur la fin de cette diète, où il 
n'y a pas eu autant d'affaires qu'on avait pensé. » 

Le 9 août 1688, les XIII annoncent à M. de Tambonneau le départ des 
députés de Strasbourg en ces termes : 

«Monsieur, 

«La dernière lettre du 15 du mois passé que vous avez eu la bonté de 
nous écrire nous a plus particulièrement informé du temps auquel la 
conférence {sic) se doit tenir en Suisse à Arau, et des caractères des dé- 
putés qui y seront envoyés par les deux cantons de Zurich et de Berne. 
Ceux que nous avons nommés depuis pour y aller de notre part, partiront 
d'icy Mardy la semaine prochaine {sic) qui sera le onzième de ce mois, et 
auront l'honneur de vous faire la révérence, afin de vous remercier am- 
plement, monsieur, de toutes les grâces et faveurs que vous avés bien 
voulu départir sur Nous en portant lesdits cantons à une telle résolution, 
qui Nous fait espérer un succès non moins favorable en ce qui regarde la 
demande principale de la restitution du dépôt. Mais comme sans votre 
authorité {sic) et le grand crédit que vous avés auprès d'Eux, nos députés 
ne pourront rien se persuader de semblables, ainsi nous vous supplions, 
monsieur, de les assister aussi de vos bons conseils pendant le cours de 
leur négociation, et leur donner à connaître les moyens les plus conve- 
nables, afin de faire terminer avec eux cette dite affaire à l'amiable.» 

La dépêche par laquelle les XIII accréditent leurs délégués auprès de 
la conférence d'Arau, est datée du 9 août 1688'. — Ces députés sont 
MM. les membres du gouvernement secret {die edlen, veslen und hoch- 
gelehrte unscrs hesländigen gehcymen Regiments vornehme Mitglieder) 
François Reiseissen, altammeistre, Chrétien-Jacques Mockel, assesseur des 



1. MiniiU'. eu allemand. 



— i]i) — 

XIII, Jean-Jacques Fritl, licencié en droit, secrétaire, — La lettre de 
créance, que les mêmes délégués auront à remettre à M. de Tambonneau, 
est du 10 août'. 

Les instructions, données par écrit à cette dépulation, étaient rédigées 
à peu près en ces termes^: 

.... Ils auront à se diriger par Bâle sur Soleure, remercier M. de Tam- 
bonneau des soins donnés jusqu'ici à l'affaire de restitution, prier 
M. l'ambassadeur de continuer ses bons offices, lui demander communi- 
cation de ce qui aura été convenu, dans l'intervalle, avec les deux villes 
de Berne et de Zurich, et le prier de les assister de ses bons conseils 
dans le cours de la négociation; 

.... Ils se rendront ensuite à Arau, y présenteront leurs lettres de 
créance à qui de droit, et déclareront immédiatement après que, malgré 
la résiliation de l'ancienne alliance, le Magistrat de Strasbourg conserve 
pleine et entière confiance dans les dispositions amicales de Zurich et de 
Berne, et qu'il est lui-même tout prêt à rendre les meilleurs services; 

.... Quant à ce qui touche à la délivra'nce du dépôt, les délégués au- 
ront à s'abstenir de toute discussion ou déduction, les termes du contrat 
primitif étant clairs et formels. 

Suit une reprise des raisons déjà alléguées dans les titres de 1G87, 
pour prouver que le cas où il serait licite d'entamer le dépôt, ne s'est 
point présenté. On s'en réfère notamment à une dépêche, minutée par le 
sieur Schiller, et envoyée en 1687 aux deux villes suisses; puis à un mé- 
moire, rédigé par S. Exe. M. Obrecht, en mars 1G87, et à la réplique du 
môme, rédigée en mai 1687 ; enfin aux lettres réversales émises par les deux 
villes. On rappelle que les capitulations, relatives aux soldats suisses 
envoyés à Strasbourg, ont été fidèlement exécutées, que rien en consé- 
quence ne saurait empêcher la délivrance du dépôt. 

.... Dans le cas où Berne et Zurich prétendraient l'impossibilité de 
s'acquitter en ce moment, mais se montreraient disposées à une transac- 
tion raisonnable, les délégués devront se retrancher officiellement der- 
rière leurs instructions, qui leur prescrivent de demander la délivrance 
complète du dépôt; mais ils pourront subsidiairement se désister c?c rigorc 
juris, et faire part à M. de Tambonneau et à la ville de Strasbourg des 
offres et propositions de Zurich et de Berne, en insistant toutefois 
que l'on n'admette point de termes échelonnés à distance, ce qui pourrait 

1. Minute , en français. 

2. Les ilciix premiers paragraplies coiisislciil on préliminaires et oiïrcnt pen d'intérêt. 



— 31 — 

donner lieu à de nouvelles difficultés, mais que le payement soit effectué 
en une seule fois. 

Le reste est abandonné à la prudence et à la discrétion des délégués. 

Le projet d'une nouvelle transaction est annexé au dossier'. — Dansée 
compromis éventuel, les sommes à délivrer par les deux villes suisses 
restent en blanc. Si le projet est adopté, les deux parties s'engagent à n'y 
point contrevenir, à ne se prévaloir d'aucun recours et à fournir la rati- 
fication du traité: Zurich dans le délai de six jours, Strasbourg dans le 
délai de douze jours. 

Ici vient se placer un rapport non daté, du secrétaire Frid à la Chambre 
des XIIL Ce factum consiste en onze pages in-folio d'écriture serrée; 
plusieurs passages sont intéressants, mais d'autres, surtout lorsque le 
secrétaire s'étend sur le détail du payement réclamé, et les discussions 
qui s'en suivent, sont diffus et verbeux. 

Frid commence par la récapitulation du voyage des délégués. On est 
parti de Strasbourg le 11 . août, arrivé à Bâle le 12; le 13, un accueil 
amical leur a été fait par trois conseillers bâlois, MM. Zaîstlin, Burckard, 
Fœsch; on les a régalés par un dîner, on a visité les curiosités de la ville; 
le 14, départ pour Soleurc, où l'on comptait arriver le même jour; à 
la suite d'un retard involontaire, on pcrnocte à deux lieues de Soleure; 
le 15, arrivée à Soleure entre 7 et 8 heures du matin, on avise l'am- 
bassadeur, et on lui demande une audience. Le secrétaire d'ambassade 
vient prendre les délégués. Après la remise des créditives, Son Excel- 
lence témoigne le regret de n'avoir pu dispenser MM. les délégués de 
faire le voyage ; il aurait aimé terminer l'affaire seul avec MM. les Suisses ; 
il promet sa sincère coopération. L'inévitable invitation à dmer a lieu; 
avant le repas on s'entretient, pendant une heure, de diverses matières 
politiques. Au dîner, l'ambassadeur donne aux délégués une idée fâcheuse 
sur l'issue de la négociation prochaine; mais, après le dessert, la conver- 
sation particulière dans le cabinet de Son Excellence devient plus explicite: 
«Messieurs^, je suis bien aise de vous dire cecy en amy, que je ne crois 
pas que vous tirerez aucun argent des Suisses, parce qu'ils ne sont point 
portés à vous en donner; ils sont toujours prêts à prendre, mais jamais à 
rendre, et c'est parce qu'ils veulent vérifier le dicton: point d'argent, point 
de Suisses. » 



1. Minute, en allemand. 

2. Cette partie du rapport est écrite en français, Frid relate toxtnellcment les paroles 
de raml)assadeiir. 



— 32 — 

M, Tambonneau témoigne ensuite une grande aigreur et animosité 
contre Berne; il se plaint de la fierté de ce canton et de l'attitude prise à 
l'endroit de l'ambassadeur : « Ces messieurs sont de gros seigneurs, et 
parce qu'ils se sentent puissants, ils veulent et prétendent fouler aux 
pieds les autres cantons moins forts qu'eux ; ils veulent empiéter sur les 
droits des petits cantons, mais le Roy ne le permettra pas et leur fera 
connaître en temps et lieu qu'il y a encore de plus forts qu'eux. Et moi, 
continua-t-il, je suis personnellement mal avec eux, et je ne crois pas 
qu'ils seront bien aises d'entendre parler de moy à la conférence que vous 
allez tenir. » 

«On pouvait», reprend le rapporteur, «on pouvait conclurre {sic) de 
son discours qu'il n'inclinait pas vers un accommodement, mais qu'il était 
d'avis que MM. les XIII devaient maintenir leurs prétentions, jusqu'à ce 
que Messieurs de Berne fussent forcés par le Boy à un entier payement. 

« .... M. l'ambassadeur a traité avec plus de douceur le canton de Zu- 
rich ; il semblait insinuer que l'on devait chercher à séparer la cause des 
deux cantons, donner à Zurich un hene (ce sont ses expressions), faire 
sentir un crucifige à Berne.» — Après cela, il fait reconduire les délé- 
gués dans leurs quartiers, et les invite à souper. 

En attendant, nos députés apprennent, d'autre part, que l'ambassadeur 
ne veut point arriver à un accommodement, parce que, de cette façon, il 
conservait en main le moyen de chagriner Berne.» 

Après le souper, les délégués se confondent en remercîments pour 
l'honneur que l'ambassadeur leur a fait. M. de Tambonneau, en congé- 
diant ses hôtes, proteste de son désir de leur prouver sa haute estime 
et sa bonne volonté de les servir. 

La ville de Soleure a fait cadeau à MM. les délégués de huit bouteilles 
de vin. M. de Beding, l'un des magistrats gouverneurs, a comblé de po- 
litesses les délégués, et leur a recommandé «le parti de douceur» dans 
l'affaire en question. 

Le 16 aoiit a heu le départ de Soleure; on arrive à Aran en même 
temps que les députés de Zurich; le 17 viennent ceux de Berne. La pre- 
mière conférence a lieu le 10, à dix heures du malin. On échange les 
lettres de créance. Les premières propositions sont faites par nos délé- 
gués, en termes amicaux et polis; la réponse, faite par M. Meycr, respire 
les mêmes' sentiments de bienveillance mutuelle. Cependant, dès celle 
première entrevue, qui se prolonge au delà de trois heures, MM. les dé- 
putés suisses — « tous prudents et éloquents », insistent sur l'inadmissi- 
bilité d'une résiliation unilatérale. Mais les Slrasbour^cois réfutent cette 



— 33 — 

objection: «Aucune société ne peut être contractée m j^erpe/wwm; per- 
sonne ne peut être forcé de rester éternellement lié. » On rappelle à ce 
propos un fait de 1531; à cette époque Zurich, Berne et Bâle avaient 
conclu avec Strasbourg un traité de confraternité (ein Bürgerrecht) pour 
quinze ans; puis, ayant fait une paix unilatérale avec les cantons catho- 
liques, ils ont renoncé, proprio ?notu, à cette alliance. 

Les députés suisses font une autre objection : ils se croient le droit de 
réclamer les intérêts des 30,000 florins versés à Strasbourg- en 1643, et 
qui auraient dû être reversés dans la caisse commune, après la paix (de 
Westphalie). — Puis M. Meyer, le Statthalter (adjoint au maire), et Land- 
hold, le trésorier (der Seckelmeister) de Zurich, et MM. les trésoriers 
Sinner et Tillier de Berne, reviennent sur la question de la guerre qu'ils 
avaient eu à soutenir contre les paysans rebelles , lutte qui n'avait été 
nullement facile, en ce que 100,000 rustauds avaient marché contre les 
villes, qui n'avaient été sauvées que par une grâce divine toute spéciale, 
puisque les rebelles s'étaient mal concertés; — que la réplique faite à ce 
sujet par M. l'ambassadeur n'avait aucune valeur; qu'elle avait été rédigée 
— on a pu s'en assurer — de la main de son secrétaire; qu'à la vérité 
les rebelles n'avaient point eu d'artillerie, mais des mousquets et d'autres 
armes de guerre; qu'à l'occasion de cette levée de boucliers Zurich et 
Berne avaient eu de fortes dépenses ; qu'ils pouvaient donc réclamer au taux 
de 5 p. 100 les intérêts des 30,000 florins pendant quarante-cinq ans; de 
plus 8,000 florins par an pour les autres dépenses de guerre ; que l'on 
pourrait donc établir un compte écrasant pour Strasbourg. — Nos délé- 
gués répliquèrent qu'ils ne comprenaient pas comment les Suisses pou- 
vaient réclamer les intérêts d'un capital primitivement strasbourgeois; 
que rien de pareil n'avait été stipulé; que la rébelhon des sujets de Berne 
et de Zurich n'avait point été notifiée à Strasbourg; qu'aucun compte à ce 
sujet n'avait été présenté en temps utile. 

A cette réplique, MM. les Suisses ne font point de contre-remarque; 
M. Meyer répond seulement que ce compte ne pouvait être présenté ex 
abrupto. — Pendant une heure au moins on se perd dans des argu- 
ties et des chicanes de détail, et, des deux côtés, l'aigreur commence à 
percer. 

Lorsque l'heure du dmer approche, on fait trêve aux discussions: 
€A7iinms begunte in patinis zu seyn.D Un nouveau rendez-vous est fixé à 
cinq heures du soir. — L'invitation à dîner est faite de la part des Zuri- 
quois dans les meilleurs termes. Le soir, M. Meyer récapitule la confé- 
rence de la matinée; puis il insinue que le Magistrat de Zurich verrait 



T. IX. — (M.) 



3 



— 34 — 

volontiers un arrangement à l'amiable; il désire que les délégués stras- 
bourgeois fassent des propositions. 

Strasbourg réplique: Nous sommes demandeurs; nous ne voyons pas 
de moyen de sortir d'embarras, si ce n'est par la restitution intégrale des 
70,000 florins réclamés. 

M. Meyer, avec ses collègues, se retire pendant un quart d'heure dans 
un cabinet, puis, rentrant dans la salle des délibérations, il rappelle les 
anciennes relations de Strasbourg avec Zurich et Berne, cherche à gagner 
les délégués par plus d'une parole flatteuse, et finit par proposer 
6,000 rixdalers, pour terminer la discussion. 

Les députés de Strasbourg payent leur interlocuteur de la même mon- 
naie; mais ils affirment ne pouvoir assumer la responsabilité d'une somme 
aussi minime off"erte en compensation des 70,000 florins. Ils manifestent 
l'espoir que les députés suisses prendront en sérieuse considération les 
mérita causœ de la ville de Strasbourg. 

Une dernière conférence a lieu le 20 août. On convient des deux côtés 
d'en référer aux diverses magistratures; Strasbourg, toutefois, insinue 
dès ce moment que la Chambre des XIII ne se montrera point satisfaite. 

Les députés de Zurich et de Berne se remettent en route; ceux de 
Strasbourg restent à Arau, en attendant des ordres ultérieurs; ils pré- 
sument que l'on pourra obtenir à Zurich quelques milliers d'écus de plus 
que ceux qui sont offerts. 

A la date du 23 août 1688, les XIII écrivent aux deux délégués*. C'est 
d'abord un accusé de réception de la dépêche du 20 août. On se montre 
satisfait des nouvelles données sur le voyage ; on approuve la conduite 
des députés à Arau , mais on ne peut admettre les exceptions présentées 
par les délégués suisses; on s'étonne (avec raison !) que la prœsens mutatio 
status ne leur eût pas fourni d'autres et de meilleurs arguments. Sa Ma- 
jesté ne peut admettre que la ville eût des alliances particulières; Elle est 
assez puissante pour protéger Strasbourg; l'ancienne alliance est périmée 
de facto; au surplus la renonciation avait déjà été prononcée par écrit, 
sans provoquer de réplique. 

.... Les députés suisses ne dénient point la somme de 70,000 fforins 
comme reste du dépôt, mais ils éludent la question, en demandant la 
restitution des intérêts des 30,000 florins. — La lettre réversale de Stras- 
bourg porte que l'on restituerait la somme, sur la demande de Messieurs 
de Zurich et de Berne; eh bien, Strasbourg n'a jamais été mise en demeure; 

1. Minute et lettres. 



— 35 — 

la condition énoncée : « en cas que de meilleurs temps arrivent » , ne s'est 
jamais présentée. De 1648 jusqu'à la paix de Nimègue, la ville de Stras- 
bourg a contracté plus de dettes que jamais; les intérêts des 30,000 florins 
n'ont jamais été stipulés; jamais, dans ce long intervalle, ni Berne, ni 
Zurich n'ont fait allusion à cette affaire.... 

Quant au fait des guerres civiles de la Suisse, jamais elles n'ont été 
conduites avec des armées régulières ; Strasbourg n'a point été requise ; 
le danger couru, par conséquent, ne devait pas être considérable. 

.... Dans les guerres contre les cinq cantons catholiques, Berne avait 
agi agressivement; les articles du traité ne parlent que d'une guerre 
défensive; Zurich de plus n'y a point été impliquée. 

.... En fait de restitution des céréales, on n'a qu'à se référer aux termes 
du traité; on y trouvera clairement énoncé le devoir des contractants. — 
Les 6,000 rixdalers offerts semblent dérisoires.... MM. les délégués ne de- 
vront pas néanmoins pour cette cause rompre les négociations, mais 
tâcher d'en venir à des propositions acceptables.... 

On ne trouverait point convenable que MM. les délégués suivissent 
leurs collègues suisses dans une autre localité. {Als finden wir nicht son- 
derlich reputirlich denenselben von eitlem Ort'zimi andern nachzuziehn.) 
Les délégués auront à faire rédiger un écrit par M. Frid, reproduisant les 
objections des délégués suisses. 

On ne doute point que dans l'intervalle écoulé depuis la dernière en- 
trevue ils n'aient demandé des instructions plus larges. MM. les délégués 
jugeront eux-mêmes, en cas qu'ils n'aient point pris d'arrangement pour 
une conférence ultérieure, s'ils doivent rebrousser chemin d'Arau à Stras- 
bourg. D'un autre côté, comme il serait désirable d'en venir à un accord, 
M. Frid pourra faire des ouvertures et se relâcher, d'abord pour i 0,000 flo- 
rins, puis pour 20,000 sur la somme totale, mais pas au delà, à moins 
d'un ordre spécial. Et ceci sous condition que le payement se ferait, 
paratâ pecuniâ, en bloc; du moment où l'on voudrait traiter pour des 
termes, les délégués des XIII auront à insister sur le payement total des 
70,000 florins. — En dernier lieu, tout accord devra être ratifié par Sa 
Majesté et par le Magistrat de Strasbourg. 

On souhaite au secrétaire Frid toute espèce de succès dans la poursuite 
de cette affaire , et on lui fera connaître le moment où il devra cesser de 
négocier. 

La dépêche est signée sous la formule de J. J. Wurmser de Vendenheim, 
stettmeister, et le Sénat de la ville de Strasbourg. 

Un rapport, fait à la suite de ces instructions par le secrétaire Frid , 



— 36 — 

est daté du 25 août 1G88. Il rappelle sa relation du 20 août, puis il ra- 
conte la mission dont il a été chargé par MM. les délégués auprès de 
l'ambassadeur à Soleure, où il s'est rendu le 22. Bien accueilli par 
M. de Tambonneau, et invité à souper, il a été conduit par le diplomate 
dans son jardin extra muros. Une conversation de deux heures peut se 
résumer ainsi: L'offre de 6,000 rixdalers est ridicule; il la prend pour 
un déjeuner {sic); c'est se moquer du monde.... Frid insinue à M. Tam- 
bonneau que le Statthalter Meyer lui avait dit confidentiellement que Sa 
Majesté les dispensait de leur contingoit. — L'ambassadeur réplique : « Il 
est vrai que le roi considère bien plus le canton de Zurich que celui de 
Berne; et c'est pour cette raison que je leur ai écrit, il y a quelque temps, 
que Sa Majesté les considérait beaucoup, et leur voulant donner des 
marques de sa considération. Elle voulait bien que jusqu'à 'présent il serait 
dispensé de payer son contingent à la ville de Strasbourg. Mais, continua- 
t-il, quand je les ai vus à la Diète de Baden, ils voulurent savoir ce que 
voulait dire ce jusqu'à présent, et me firent connaître que cette manière 
de parler ne les accommoderait pas; sur cela, je leur dis que s'ils ne 
voulaient pas goûter mon raisonnement, ils feraient plaisir à Messieurs 
de Strasbourg de payer comme ceux de Berne. » 

Le secrétaire Frid répète que l'animosité contre Berne éclatait dans tous 
les discours de l'ambassadeur. Il l'a sondé, pour savoir si, en cas de besoin, 
Strasbourg pouvait compter sur l'assistance (« la main forte ») de Sa Majesté 
contre les gens irrésonnables {sic). — «Il n'y a pas de doute que le Roy 
ne prenne votre fait et cause en main, et qu'il ne soutienne vos intérêts. » 

Le 23 août, Frid retourne à Arau. Il annonce (le 25) la réception de la 
lettre du Magistrat, du 23. On suivra les instructions qu'elle contient, et 
on expédiera un messager à Zurich. 

Le 16 août 1688 (vieux style), les députés de Zurich ont écrit à 
MM. Reiseissen, Mockel et Frid, députés pour l'affaire de la ville de Stras- 
bourg, et présentement à Arau; ils annoncent avoir communiqué au Ma- 
gistrat des deux villes des lettres des délégués strasbourgeois, demandant 
une nouvelle conférence; ils expriment leur étonnement de ce que les 
motifs produits à l'aide des paragraphes du traité et des lettres reversâtes 
n'aient pas été jugés concluants. Ils feront connaître le plus tôt possible 
la réponse des villes. 

Le Magistrat de Zurich écrit, à la suite du même jour, aux députés 
strasbourgeois ; cette missive est émise à la fois au nom de Berne et de 
Zurich. On refuse d'entrer en pourparlers, avant que le Magistrat de 
Strasbourg ait donné un plein pouvoir suffisant à ses délégués. On y ma- 



— 37 — 

nifeste de plus un déplaisir marqué, de ce (jue, dans la récente confé- 
rence d'Arau, les propositions faites par Zurich et Berne n'aient pas été 
acceptées d'emblée par les délégués; les prétentions de Strasbourg pa- 
raissent exorbitantes; on ne consentira à une nouvelle conférence que 
lorsque les délégués auront reçu des pleins pouvoirs. 

Une dépêche des XIII aux délégués, datée du 30 août', constate la ré- 
ception de la lettre qui relate la mission du sieur Frid auprès de M. Tam- 
bonneau, et du départ du secrétaire pour Zurich. «Nous ne recevons 
point de nouvelles par le courrier de ce jour; il est donc à présumer que 
MM. les délégués suisses n'ont fait aucune nouvelle déclaration. » — On 
se dit satisfait du départ du sieur Frid pour Zurich, et l'on attend avec 
impatience la suite de cette négociation. Ils en réfèrent en attendant à 
M. de Louvois, qui sera aussi informé par M. Tambonneau. 

On approuve la résolution des délégués de ne point aller à Zurich; 
Berne en aurait pris de l'ombrage, car on y tient beaucoup à ces forma- 
lités diplomatiques (Staatscivilitäten), et on a l'œil là-dessus; le sieur 
Frid, au contraire, n'inspirera point de jalousie. On en référera à Berne, 
et on fera connaître à Frid la manière de voir des deux villes (6eec/er 
Sentiments). De cette façon, le principal objet de la négociation sera 
atteint; il sera facile de pénétrer la sincérité des dernières offres, ou de 
voir si ce n'était, de la part des Suisses, qu'un ballon d'essai {nur ein 
Tentamen). On remet toujours aux délégués eux-mêmes la décision quant 
à l'opportunité de leur retour dans leurs foyers. M. Frid restera aussi 
longtemps qu'il sera nécessaire; si MM. les délégués devaient partir, il 
n'aura pas besoin de nouvelles lettres de créance; la créditive générale 
le légitime suffisamment; au besoin, il pourra être autorisé par MM. les 
députés à donner suite à l'affaire, qu'il saura maintenir in saluo jusqu'à 
l'instruction finale. 

Le i*"^ septembre 1688, Frid annonce aux XIII le départ de MM. les 
délégués, qui vont quitter Arau ce jour même, et arriver à Strasbourg 
le samedi suivant (le 4 septembre). Lui-même partira dans l'après-dhiée 
du 1^" pour Zurich; il s'efforcera de calmer {zu appaisiren) les esprits 
probablement irrités. Il exécutera ponctuellement les instructions reçues, 
et espère se maintenir, par sa conduite, dans les' bonnes grâces de 
Messeigneurs les XIII. 

A la date du 6 septembre, il mande ce qu'il a fait dans ces derniers 
cinq jours. Après son arrivée à Zurich, il a visité M. Meyer, qui résidait à 



1. Minute et lettre d'expédition . en allemand. 



— 38 — 

la campagne, à trois lieues de la ville. Le Statthalter commence par 
combler de politesses le secrétaire strasbom'geois; «il a connu ses cousins 
défunts». Le 4 septembre, il le fait complimenter par un homonyme, 
le sieur Meycr, Zunftmeister, c'est-à-dire syndic ou chef d'une corpo- 
ration, et le vice-syndic : ces deux notables le promènent dans la 
ville pendant toute la journée du 5; M. le Statthalter a beaucoup de 
penchant pour un accommodement, il donne à entendre que Messieurs 
de Berne seraient mortifiés, s'ils apprenaient le voyage du sieur Frid à 
Zurich et son abstention quant à Berne ; ce serait là une circonstance 
capable de faire manquer toute l'affaire. Frid hésite, car il ignore les 
intentions de MM. les XIII; après quelque réflexion, il croit toutefois 
devoir partir pour Berne; l'affaire étant bien emmanchée à Zurich, et ne 
lui donnant plus d'occupation ultérieure, Zurich ne donnera point de 
réponse précise avant d'être autorisée par Berne. Il n'y a pas de temps 
à perdre; les vacances d'automne vont commencer dans douze jours; 
pendant ce temps, aucune conférence ne pourra se tenir. Frid espère 
bien disposer Messieurs de Berne, être approuvé des XIII, et recevoir de 
nouvelles instructions. Il prie Messeigneurs de croire qu'il n'entreprend 
ce voyage que dans la pensée de bien remplir sa mission. 

II demande surtout à être instruit, si une proposition du sieur Meyer, 
concernant d'anciennes pensions que Zurich peut réclamer à Versailles, 
est acceptable; Zurich offrirait à Strasbourg ces créances à titre de paye- 
ment; de cette façon, une somme considérable pourrait être réalisée. Il 
termine en demandant s'il peut en informer M. Tambonneau. 

A la date du 10 septembre 1688, nous trouvons au dossier la minute 
d'une lettre des XIII à M. de Tambonneau : On lui annonce le retour des 
délégués à Strasbourg, et l'offre de 18,000 florins faite par Zurich et 
Berne, au heu de 140,000 florins. — Le sieur Frid a dû en informer 
Son Excellence. M. de Louvois en a été instruit; à Strasbourg on attend 
les ordres du Roi. La lettre finit par des remercîments à raison des poli- 
tesses faites aux délégués à l'ambassade de Soleure. 

Le même soir (10 septembre), Strasbourg adresse une lettre de re- 
mercîments au Magistrat de Bâle. 

Le secrétaire Frid rend compte de son voyage à Berne, dans une lettre 
datée de Zurich, le 13 septembre 1688. Il a été admirablement accueilli 
par deux trésoriers adjoints (kleine Sekelmeister , primi a Consiile) et 
par deux capitaines autrefois au service de Strasbourg, enfin par deux 
employés de la chancellerie. Tout ce monde dîne en compagnie de Frid; 
le repas dure de midi à huit heures du soir. Frid assure à ses convives 



— 39 - 

ou hôtes, que le Magistrat de Strasbourg regardera ces civilités comme 
faites à son adresse. Interpocula, Frid fait valoir avec quelques exagéra- 
tions les motifs qui portent sa ville natale à réclamer le dépôt. Les Bernois, 
de leur côté, se montrent disposés à un accommodement; ils traiteraient 
sur l'heure, si Frid avait en mains l'indispensable lettre de créance. La 
même déclaration est faite par M. Kirchberger, le prévôt en fonctions. Dès 
que cette formalité serait rempUe, Berne hâterait la conclusion de l'affaire. 

Le même jour (13 septembre), la Chambre des XIII s'était mise en 
mesure d'envoyer des instructions au secrétaire Frid'. — On refuse, en 
accusant réception du rapport du 6 septembre, de donner une nouvelle 
lettre de créance à Frid; on croit que cette pièce serait inutile. Frid est 
autorisé à recevoir un à-compte de 20,000 florins; mais il doit exiger la 
délivrance de 50,000 florins. On a écrit dans ce sens à Versailles, et l'on 
attend des instructions. — A Strasbourg on s'était méfié des bonnes in- 
tentions de Zurich et de Berne; car les premières off'res étaient de nature 
à inspirer des doutes. Admettre à litre de payement les pensions que 
Zurich aurait à réclamer de la cour de France, est chose impossible. 11 
n'y a point d'objection à ce que Frid communique à M. de Tambonneau 
le résultat de ses pourparlers, pourvu qu'il n'en résulte point d'inconvé- 
nient pour le traité à conclure, et que les villes suisses n'en conçoivent 
point d'ombrage. 

Huit jours plus tard (le 20 septembre'), le sieur Frid est rappelé, parce 
que les vacances d'automne vont commencer en Suisse, et qu'il sera né- 
cessaire de conférer verbalement au sujet des pleins pouvoirs. Frid aura 
à notifler son départ à Messieurs de Zurich, en ajoutant que cela n'impli- 
quait nullement la rupture des négociations. 

Le 25 septembre 1688, le Magistrat de Zurich et de Berne écrit à celui 
de Strasbourg, à l'occasion du rappel du sieur Frid. 11 récapitule céré- 
monieusement la négociation entamée par les délégués Reiseissen et 
Mockel, et continuée après leur départ par le sieur Frid. Ce dernier ayant 
aussi notifié son départ prochain, le Magistrat de Zurich n'a pu se dis- 
penser de lui donner une lettre de congé {ein Rccreclitiv). On témoigne 
toute satisfaction de l'attitude (^u avaient prise MM. les délégués; on est 
convaincu que, sur le rapport du sieur Frid, Strasbourg prendra en sérieuse 
considération les remontrances de Berne et de Zurich; elle ne voudra 
point qu'une alliance centenaire tourne au préjudice de ses anciens alliés. 

1 . Minute et expédition. 

2. Minute et expédition. 



— 40 — 

Un rapport du secrétaire Frid (7 octobre 1688) sur l'ensemble de 
l'affaire peut aussi nous servir de récapitulation des faits et des incidents 
qui se sont produits depuis le 11 août, jour de départ des délégués stras- 
bourgeois pour leur mission en Suisse. — Mais indépendamment de ce 
sommaire, nous y trouvons pour la première fois la mention du bourg- 
mestre Escher, de Zurich, et des relations de Frid avec ce magistrat, en 
septembre 1088. Escher proteste de son bon vouloir et reproduit une 
conversation qu'il a eue avec M. de Tambonneau à la Diète de Bade. 
«Je suis bien étonné, aurait dit l'ambassadeur de France, je suis bien 
étonné de la libéralité du canton de Zurich, qui s'étend jusqu'à vouloir 
donner ses deniers à des gens qui ne lui demandent rien(!) et auxquels le 
Roy a dissuadé de ne rien exiger (sic). Et si Messieurs de Berne veulent 
permettre que le Roy fasse la revue chez eux, de manière et sur le pied 
qu'il veut, je vous réponds qu'il ne sera plus parlé de celte affaire cy, 
aussi bien que de celle de Genève, le Roy s'en voulant charger et faire 
avoir à la ville de Strasbourg un autre équivalent. » 

M. Escher pense qu'à raison de ce dire, Berne et Zuiich pourraient se 
dispenser d'entrer en pourparlers; que cependant ils préfèrent en venir 
à un arrangement à l'amiable avec Strasbourg. Le même discours a été 
tenu au sieur Frid par les autres membres du gouvernement de Zurich. 

Frid part de Zurich pour Berne le 6 septembre; il y arrive le 10, y 
reçoit un bon accueil chez MM. Tillier et Sinner. En quittant l'auberge de 
la Couronne à Berne, il apprend que son compte est réglé par le Magis- 
trat. Il retourne à Zurich le 13, y entame de nouvelles négociations; 
mais Zurich ne veut rien faire sans Berne; on y augure mal du bon vou- 
loir de Strasbourg, parce que les dernières instructions reçues par Frid 
ne l'autorisaient pas à descendre au-dessous de 20,000 florins. Frid ne 
peut donc donner grand espoir à ses commettants; il le peut d'autant 
moins que l'animosité contre la France augmente journellement. On n'en 
fait point remonter la cause à Strasbourg; mais on pense que Sa Majesté 
veut chagriner la Suisse. « Quelques-uns de ces messieurs, ajoute le 
rapport, vont plus loin; ils vous blâment de vous être servis de la Cour de 
France dans cette affaire. L'aigreur du peuple est grande; si l'on tentait 
à Zurich ou à Berne de faire quelque chose en faveur du Roy, il faudrait 
s'attendre à de mauvaises paroles. » Louis XiV paraît avoir fait brûler à la 
même époque des marchandises (du crépon) de la fabrication de Zurich, 
sous prétexte que l'article n'était pas conforme à la commande de la Cour. 
« Il ne faut donc point s'étonner, si à l'avenir ils ne veulent plus entendre 
parler de levée. » — Frid met ici le doigt sur la plaie. Les Suisses avaient 



— 41 — 

évidemment contrarié ou gêné les intentions du Roi dans une affaire de 
recrutement. 

Le secrétaire strasbourgeois cherche à éluder toute discussion à ce 
sujet; il prie Messieurs de Zurich de se fier au sentiment d'équité de 
Strasbourg. — Il continue au surplus à se louer des bons procédés qu'on 
a pour lui. Le 20 septembre on lui a donné une collation sur le lac, en 
même temps qu'à l'envoyé de Hollande, en compagnie de M. le conseiller 
Holzhalb, ancien gouverneur de Kibourg, de M. le conseiller Wartmüller, 
et du sieur Kohn, greffier de la ville. 

Le 23 septembre, Frid a reçu sa lettre de rappel, datée du 20. Le len- 
demain, il fait, de grand malin, une visite au bourgmestre Hirzel, qui 
témoigne quelque surprise du rappel de Frid, et manifeste son déplaisir 
de ce que l'on se sépare sans rien terminer; il le prie, en tout cas, de 
différer d'un jour son départ, pour donner le temps d'expédier une lettre 
de congé et de satisfaction. Puis Frid fait sa visite d'adieu chez le Statt- 
halter Meyer et le trésorier Landhold; la conversation la plus amicale 
s'engage avec M.Meyer, «qui a toujours été le plus raisonnable». Ce fonc- 
tionnaire avait même offert au gouvernement de Zurich 600rixdalers de sa 
fortune privée, pour augmenter d'autant la somme à délivrer à Strasbourg. 

Le 25 septembre, Frid reçoit la visite du greffier de la ville, qui 
lui donne, au nom de Messieurs de Zurich, un témoignage officiel 
de satisfaction ; mais on s'étonne de l'ordre de départ , envoyé si 
inopinément; on persiste à espérer une solution convenable. Le greffier 
Kohn annonce au sieur Frid que le Magistrat de Zurich prend les frais 
d'auberge à sa charge et le prévient qu'il va recevoir une députation 
officielle. Entre onze heures et midi arrivent en effet MM. Meyer, Land- 
hold, le capitaine Simmler, autrefois au service de Strasbourg, mainte- 
nant économe en chef, le Zunftmeister Meyer, le vice-greffier Gossviller. 
— M. le Statthalter Meyer prend la parole et répète, en termes choisis, 
ce que le greffier Kohn avait déjà dit. Le secrétaire Frid remercie à §on 
tour MM. les députés, et donne l'assurance que Strasbourg conserverait 
les mêmes sentiments de bienveillance et de bon voisinage; que la ville 
appellerait de tous ses vœux une occasion pour rendre à Zurich la cour- 
toisie dont ses délégués et lui Frid en particulier avaient été l'objet. 

On dîne en commun; puis le départ de Frid pour Bade en Argovie a 
lieu à deux heures. 

Avant de quitter, Fiid a encore trouvé l'occasion de demander confi- 
dentiellement à M. Meyer jusqu'où les cantons iraient dans leurs offres, 
et ce que l'on pourrait en définitive espérer à ce sujet. 



— 42 — 

M. Meyer répond à cœur ouvert et en honnête homme , « qu'il pensait 
que MM. Hirzel, Escher et Landhold étaient d'avis de ne pas offrir au delà 
de 10,000 thalers, que lui, Meyer, voterait pour 20,000 livres.» 

Frid rentre à Strasbourg- le 30 septembre. Il espère que l'on a été sa- 
tisfait de la conduite tenue par lui, et que l'on estimerait qu'il avait agi 
conformément à son serment et à ses devoirs de fidèle sujet. Il recom- 
mande sa famille aux bonnes grâces de Messeigneurs. — Il termine en 
invoquant la protection du Tout-Puissant sur le gouvernement de Stras- 
bourg et en faisant des vœux pour que les résolutions à prendre par 
Messeigneurs Régents tournent à la gloire de la chose publique. 

Le reste du dossier consiste dans une série de documents, pour la 
plupart des copies, que l'on avait données à titre d'instructions aux délé- 
gués strasbourgeois. En première ligne figurait, bien entendu, le traité 
du 13 mai 1588, avec une traduction partielle et l'imprimé de Jobin; 
puis une série de quittances et de réversales des deux villes suisses; 
enfin des minutes de lettres écrites à Zurich et à Berne, en 1687 et 1688, 
pour réclamer la délivrance des sommes déposées. — La lettre à l'adresse 
de Berne est pressante, catégorique; celle pour Zurich beaucoup plus 
douce, conformément aux intentions du Roi. 

Le dossier nous laisse en suspens sur l'issue finale de ces négociations 
épineuses. On doit supposer qu'elles ont abouti à un arrangement à l'a- 
miable. L'impression finale que nous laisse l'étude de ces documents in- 
complets est pénible. Strasbourg subissait la dure loi de la nécessité. 
Soumise désormais à un maître, dont les moindres caprices faisaient loi, 
l'ancienne ville libre était obligée de renoncer à de fidèles relations, 
formées à l'époque de son autonomie. Livrée à ses propres inspirations, 
elle n'aurait évidemment point insisté sur la restitution intégrale d'un 
dépôt, qui constituait pour elle, à la fin du seizième siècle, et pendant 
toute la durée de la guerre de Trente ans, un fonds de réserve dans un 
cas de nécessité extrême, et en tout état de cause une garantie de sécu- 
rité. — L'empire germanique ne pouvait plus rien pour Strasbourg; on 
s'appuyait donc sur les villes suisses, où la similitude des institutions po- 
litiques et civiles, et un culte analogue, créaient d'inappréciables sym- 
pathies. 

L. SrACii. 



COUP D'OEIL 

SDR 

L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE RÉGIONiNAIRE 



Messieurs, 

Une étude comparée des travaux d'architecture religieuse dans notre 
province et dans les pays qui nous environnent a le mérite de rentrer 
dans les cadres de notre Société et aspire à celui de vous intéresser. 

Vous n'avez peut-être pas oublié quelques essais du genre présentés à 
votre appréciation éclairée et insérés dans nos bulletins. Je parlais des 
régions du Rhin, de la Suisse et des différents pays de l'Allemagne méri- 
dionale. Ces coups d'œil, donnés à vol d'oiseau, puisque la rapidité des 
locomotions ne permet souvent pas davantage, excitent néanmoins une 
curiosité légitime, font naître le désir de voir et d'examiner et encou- 
ragent nos propres artistes à poursuivre la bonne voie où ils sont entrés, 
et à se faire les dignes émules de leurs confrères d'autres régions. 

Le travail que j'ai l'honneur de présenter aujourd'hui à la commission, 
est une dette contractée depuis longtemps et qu'il convient d'acquitter. 
Après nous être occupés de l'art religieux en Allemagne, il convient de 
voir ce qu'a fait la France dans ces derniers temps, comment à son tour 
elle est entrée dans la voie de restauration des monuments dont son sol 
est couvert, et à quels styles elle s'est arrêtée pour ses constructions nou- 
velles. On sait que, la première, l'Angleterre est revenue aux bonnes tra- 
ditions des siècles chrétiens et qu'elle a donné le branle dans cette œuvre 
de justice et de raison. On dirait même mieux en affirmant que ce pays 
n'avait jamais totalement quitté ces traditions, qu'il n'eut point une trop 
grande distance à franchir pour mettre l'ameublement de ses églises en 
harmonie avec l'architecture et pour donner aux constructions neuves le 
caractère exact des anciennes. Les églises ogivales élevées en Angleterre 



_ 44 — 

dans ce siècle sont dignes des anciennes, et dépassent de beaucoup en 
nombre et en mérite ce qui s'est fait en Allemagne. Ce dernier pays eut le 
mérite de suivre le pas de l'Ang-leterre sans l'atteindre toutefois; mais 
nous regardons comme un avantage réel celui d'avoir eu des artistes ca- 
pables de comprendre le mouvement de l'art religieux d'outre-Manche, et 
animés du désir de marcher dans ces voies. 

La France vient en troisième ligne. Elle était digne d'être la première, 
puisqu'elle possède sur son territoire les plus beaux modèles des styles 
chrétiens. C'est sur son sol que l'architecture ogivale a trouvé son ber- 
ceau, qu'elle s'est développée avec le plus admirable élan et fut portée de 
là en Angleterre et en Allemagne'. Ce qui empêchait la France de garder 
son rang, ce fut le système centralisateur qui ne rêvait que le style clas- 
sique grec et romain et avait un souverain mépris pour l'architecture des 
périodes chrétiennes. Il fallait commencer par briser cet obstacle, rompre 
des lances avec l'école gouvernementale de Paris, et emporter de haute 
lutte une victoire qui heureusement n'est plus disputée aujourd'hui. On 
admet, bien à contre-cœur, il est vrai, que l'église catholique a eu ses 
styles autorisés, adaptés à ses besoins liturgiques et qui sont une éma- 
nation de son dogme. On sait que le style roman-byzantin est enté sur le 
style primordial des basiliques, comme l'architecture ogivale est la fille 
glorieuse du genre roman-byzantin; qu'enfin, en architecture, il n'y a ni 
lacune, ni solution de continuité; que, comme dans la nature, la branche 
sort du tronc et la fleur de la branche, ainsi les styles chrétiens se suc- 
cèdent et se complètent. 

La France avait bientôt regagné le temps perdu. Entrant résolument 
dans les voies des restaurations inteUigentes et des constructions tradi- 
tionnelles, elle produisit en peu de temps des monuments qui feraient 
honneur aux époques chrétiennes dont elles sont la fidèle copie. Ses 
artistes se distinguent surtout par l'exactitude scrupuleuse avec laquelle 
ils rendent aux monuments ce qu'une époque de décadence leur avait en- 
levé. Sous ce rapport, celui des bonnes restaurations, elle marche à côté 
de l'Angleterre et l'emporte de beaucoup sur l'Allemagne. Témoin la sainte 
chapelle de Paris, que nous citons comme le modèle de toutes les restau- 
rations; témoin l'église abbatiale de Saint-Denis, qui, après avoir subi 
sous le gouvernement de Juillet une restauration malheureuse, reprend 



1. On sait que les édifices de style ogival en Allemagne, les plus anciens et les plus 
célèbres, sont, je ne dirai pas une copie, mais une imitation des grands monuments de 
France. 



— 45 — 

sa physionomie originaire sous la direction d'habiles artistes'. Dans l'in- 
térêt de l'art, nous n'avons qu'à féliciter les architectes français; ils font 
noblement leur devoir, et s'il y avait une réserve à faire, on pourrait cri- 
tiquer peut-être le trop grand scrupule avec lequel ils cherchent à mettre 
de l'harmonie entre les édifices sacrés et leur ameublement. 

L'Alsace mérita une mention spéciale que nous lui réservons. Depuis 
plusieurs années elle a secoué le linceul de la torpeur en entrant franche- 
ment dans une voie qui mérite les sympathies de notre Société, dont les 
précieux encouragements sont acquis à l'art religieux de notre province. 
Dans l'histoire monumentale religieuse, elle joue deux rôles différents. 
Pour la période romane, elle communique aux régions voisines de la 
France ce qu'elle a reçu de Charlemagne, les données byzantines trans- 
plantées par le grand monarque sur les bords du Rhin. Dans la période 
ogivale, elle reçoit au lieu de donner, c'est-à-dire qu'elle subit, comme 
les régions rhénanes et l'Allemagne en général j l'ascendant du style ogival 
rayonnant de la France sur les pays voisins. Elle accepte l'ogive un peu 
tard, mais elle produit de beaux modèles dans ce style et Strasbourg finit 
par être, sous ce rapport, l'école-mère de tous les ateliers d'Allemagne. 

Elle eût été digne de prendre les avances sur les provinces voisines 
dans l'œuvre de restauration de notre siècle, mais elle suivit les erreurs 
de la métropole française, et c'est dans ces dernières années seulement 
que le Haut-Rhin d'abord, puis le Bas-Rhin produisirent une série d'édi- 
fices religieux de bon style. Nous saluons avec bonheur celte aurore d'une 
ère de justice et de haute intelligence due aux aspirations du peuple 
fidèle et secondée par les hommes de l'art. Nous entrerons quelque jour 
dans le détail des constructions chrétiennes dignes de ce nom, qu'on a 
élevées sur le sol de notre province, et nous nous contentons de signaler 
aujourd'hui un mouvement qui ne cessera plus et qui continuera d'être 
fécondé par les sacrifices incessants faits non-seulement par les communes, 
mais encore par la générosité du peuple. 

n. 

Après l'Italie, la France est le pays qui offre le plus grand intérêt archi- !=> F^n^o 
tectonique. L'art architectural est la résultante de plusieurs influences 
déterminantes. On a fait valoir ces influences diverses pour expliquer les 



iiiünuiiipiitale. 



1. Telle nous l'avons vue il y a quelques années. Depuis on a signalé, mais pour des 
détails seulement , des fautes que je n'ai pas eu le loisir de contrôler. 



problèmes qu'offrent les monuments de chaque pays ; on l'a fait pour la 
France. L'influence historique n'est point à méconnaître et elle se mani- 
feste notamment pour la partie méridionale du pays par l'action exercée 
sur lui durant la conquête romaine. Pour la région rhénane et les pays 
voisins, le travail d'un monarque qui fut un grand génie, de Charlemagne, 
se fait remarquer par l'introduction des données byzantines, auxquelles 
on resta fidèle à travers le moyen âge et jusque dans la période ogivale. 
Nous nous abstenons de relever les influences topographiques et clima- 
tériques et nous nous attachons à faire ressortir une action toute maté- 
rielle, celle des matériaux, de l'appareil local, sur le développement de 
l'art. 

Voici ce qui nous a semblé digne d'être noté à la suite d'un voyage 
entrepris en 1872, dans un but archéologique et religieux, voyage qui 
comprenait presque la totalité de la France. Une de mes préoccupations 
dans mes pérégrinations, c'est de m'expHquer l'architecture dans ses dé- 
tails par la nature de la pierre qui entre dans les constructions, et d'opé- 
rer un certain classement selon la nature du sol. J'appellerai donc terre 
grise les contrées qui séparent les Vosges de Paris. Ces provinces corres- 
pondent aux bassins de la Meuse et de la Marne et renferment sans con- 
teste les constructions ogivales les plus magistrales. Je les appelle terre 
grise, de la nuance de la pierre mise en usage. Celle-ci est très-propre à 
la sculpture abritée, le grain de cette espèce de calcaire qu'on rencontre 
depuis la Belgique jusques et au delà de l'Ile-de-France, est fin, facile à 
fouiller et très-favorable à reproduire les détails les plus subtils de la sta- 
tuaire et de l'ornementation. Mais cette pierre ne supporte qu'imparfaite- 
ment l'action atmosphérique; elle tombe en poussière. C'est navrant à 
voir, mais sans remède. C'est comme un homme dont les extrémités sont 
rongées par la lèpre. Les monuments les plus réputés vieillissent avant 
l'âge; ils présentent avec leurs statues cariées, leurs sculptures écornées, 
un contraste frappant avec la fraîcheur de la cathédrale de Strasbourg, 
dont la pierre durcit au contact de l'air et qui semble sortir du moule, 
comparée à la cathédrale de Reims si belle et si parfaite, mais qui pèche 
par une infériorité de matériaux palpable. C'est ainsi que la Sainte-Cha- 
pelle de Paris a dû recevoir un revêtement neuf complet; c'est pour le 
même motif que Notre-Dame de Paris a renouvelé presque toute sa sta- 
tuaire et la plupart des détails architectoniques de l'extérieur. La terre 
grise ne porte pas bonheur à ses édifices religieux. Dans le bassin supé- 
rieur de la Seine, dans celui de l'Yonne et delà Saône, les bons matériaux 
abondent et c'est la Bourgogne qui en profile. Ce pays privilégié de la na- 



— 47 — 

Iure le fut encore par l'admirable mouvement imprimé aux constructions 
religieuses par l'école de Cluny et de Gîteaux. Les grès durs et tendres, 
le calcaire bien conditionné, très-résistant, sont abondants; les églises en 
général sont bien bâties et bien conservées ; la sculpture, le profilage sont 
parfaitement traités, richement accentués. On doit cette observation à 
M. Viollet-Leduc. 

Le plateau central de la France est en grande partie granitique; le gra- 
nit est grisâtre, d'une nuance particulière; il donne de grands blocs diffi- 
ciles à travailler et parfaitement impropres à la sculpture ornementée. 
Aussi les monuments ne se distinguent-ils pas par la finesse de leur exé- 
cution; ils sont d'une simplicité presque sévère, ils gardent les formes du 
roman et n'osent se hasarder que timidement sur le domaine des richesses 
ogivales. Le granit, difficile à dégrossir et résistant aux meilleurs ciseaux, 
n'est pas plus durable pour cela etnepeutrivahser avec le grès des Vosges. 
L'influence de l'atmosphère l'entame et les édifices prennent vite un aspect 
de vétusté qu'ils n'ont point. 

Passant du plateau central vers les régions méridionales, nous trouvons 
la haute Auvergne avec ses grandes ramifications de montagnes. C'est la 
terre noire. La pierre basaltique, la lave des nombreux volcans depuis 
longtemps éteints fournissent des matériaux de construction inépuisables. 
Durs comme du métal, ils sont très-propres aux constructions simples, 
mais la sculpture est impraticable. Les édifices sont d'une sévérité grande, 
le style est exclusivement roman , à l'exception de la seule cathédrale de 
Glermont. Les architectes rachètent cette sévérité par une espèce de mar- 
queterie faite de pierre blanche et noire, soudée avec du ciment rouge 
et étendue sur les surfaces. La statuaire dans ces conditions est presque 
nulle et ses formes sont grossières. 

Le bassin de la Garonne, occupant les provinces de l'ancienne Aquitaine, 
forme ce que nous appelons la terre jaune. Elle est jaune en effet; formée 
du limon de ce fleuve, elle fournit une excellente brique qui entre dans 
toutes les constructions, préférableraent à la pierre souvent rare et ra- 
rement bonne. La teinte jaune prédomine; des villes entières, Bordeaux 
par exemple, sont jaunes d'une extrémité à l'autre. .C'est une singularité 
qui frappe le touriste et qui s'explique par la nature du terrain. Quand on 
approche des Pyrénées, les marbres commencent à paraître et la sculp- 
ture immédiatement s'en ressent. 

J'appellerai le bassin du Rhône et les rives de la Méditerranée la terre 
blanche. Les montagnes sont des calcaires calcinés par les rayons d'un so- 
leil ardent; pour la plupart elles sont dénudées, ce qui enlève à ces con- 



— 48 — 

frées si belles et si intéressantes un charme que la verdure des montagnes 
leur rendrait. Chemins poudreux, sol brûlé — tel est le caractère de la Pro- 
vence et des provinces adjacentes. Les édifices portent cette teinte blan- 
châtre; c'est le calcaire des Alpes maritimes qui est employé de préférence, 
espèce de marbre qui se prête à la sculpture et la fait avantageusement 
ressortir sur celle des provinces du centre et des bords de l'Atlantique. 
Un exemple fera comprendre ce contraste : c'est Saint-Trophime d'Arles 
comparé à Notre-Dame de Poitiers. Les deux édifices sont à peu près con- 
temporains, de style roman, douzième siècle: les deux façades sont citées 
comme des plus intéressantes pour leur statuaire et les détails d'orne- 
mentation. Mais à Poitiers les artistes avaient affaire à une matière rebelle 
et stérile et leur talent ne pouvait dominer cette insurmontable difficulté. 
Arles, au contraire, avait la ressource de son marbre et Saint-Trophime 
devint facilement, le talent des sculpteurs aidant, un modèle de fini et de 
délicatesse. 

Le bassin du Rhin méritera l'appellation de terre rouge. Ainsi le Jura et 
les Vosges surtout, sur le long parcours du grand fleuve, fournissent des 
matériaux d'une beauté et d'une bonté exceptionnelles. C'est le grès bigarré, 
qui formera la base des constructions, qui entrera comme grand et petit 
appareil dans les édifices religieux. La belle couleur rouge, souvent d'une 
teinte violâtre, prête aux églises un aspect très-grandiose, très-monumen- 
tal. Le grès bigarré des Vosges n'est pas partout de même qualité, mais en 
général il est on ne saurait plus propre à l'architecture. Du ballon d'Alsace 
jusqu'à Mayence il passe par tous les degrés de grain et de coloration rou- 
geâtre; sa qualité la plus élevée il semble l'atteindre dans les carrières du 
Kronthal près de Wasselonne, à la base des montagnes dominées par le 
Schnéeberg. Il est aussi fort beau sur le versant occidental des Vosges, où 
il entra jadis dans les curieuses constructions du monastère de Jointure 
(Saint-Dié) et de la vallée de Galilée. 

Il y a donc en France la terre grise du bassin de la Meuse, de la Marne 
et de la Seine; la terre grise-granitique du centre; la terre noire de l'Au- 
vergne et des ramifications des Dômes; la terre jaune du bassin de la 
Garonne; la terre blanche des bords de la Méditerranée et du bassin du 
Rhône; la terre rouge enfin du Jura et des Vosges. Ces données sont 
générales; les exceptions existent et nous les admettons; mais nous les 
passons sous silence pour ne pas brouiller la clarté de ces divisions géné- 
riques. 



- 49 — 



III. 



L'influence des matériaux sur l'architecture en général et sur la sculpture 
en particulier est naturelle; on la constate partout; elle n'est niable nulle 
part. Trois sortes de pierres en France se font surtout remarquer par leurs 
qualités favorables: les calcaires crayeux de la Champagne et de Tlle-de- 
France, qui ont produit Reims, Troyes, Châlons, Notre-Dame de Paris, 
Chartres, et qui se prolongent jusqu'à Bourges; les marbres des Alpes et 
des Pyrénées, qui défraient la statuaire du midi de la France; et enfin les 
grès des Vosges. Pour les constructions en général, nous croyons que la 
préférence est acquise au grès bigarré des Vosges, et pour la statuaire en 
partiCuher, ainsi que pour la sculpture ornementée, cette pierre occupe in- 
contestablement le premier rang. Le marbre blanc de quaUté supérieure est 
sans doute une matière hors ligne; mais par sa rareté et son prix il ne peut 
entrer que par exception dans les bâtisses. Le grès rouge et quelquefois 
blanc des Vosges fournit un appareil parfait, des assises belles et régulières; 
il se prête aux moulures les plus diverses et les plus fouillées, aux orne- 
ments de végétaux les plus variés et les plus délicats; il donne enfin des 
blocs d'une grosseur énorme pour la statuaire de toutes proportions. 
Souvent son grain égal et dense est taillablc comme le marbre, et sa soli- 
dité défie la durée des siècles et l'action des saisons. Que le marbre du 
Midi résiste aux influences de l'air, ce n'est pas merveille; le ciel méridional, 
qui varie peu, lui est propice. Mais le grès des Vosges subit sans s'altérer 
la variabilité atmosphérique; il endure le froid sans se carier; il se laisse 
pénétrer de la pluie et garde la souplesse de son poli. Ses avantages sont 
surtout remarquables quand on les compare au calcaire champenois. La craie 
de ces parages est excellente à manier par le ciseau; toute jeune, elle est 
charmante de déhcatesse et les statues sorties des ateliers des grands ar- 
tistes du domaine royal sont d'une beauté de formes et d'qn fini d'exécu- 
tion qui leur assurent le premier rang sans conteste. Il ne manque à cette 
pierre qu'une qualité: la durée; elle ne supporte point l'action de l'air; au 
lieu de durcir à ce contact, comme le grès des Vosges, elle s'entame et 
tombe en poussière. 

La France se partage pour la sculpture, en suite de la qualité de la pierre, 
en trois régions principales: Celle du domaine royal, dont le centre est 
Paris et qui règne dans les provinces environnantes à des distances va- 
riables. Cette région a produit, comme les plus grands et les plus cé- 
lèbres monuments, la sculpture la plus achevée et la statuaire chrétienne 

T. IX. - (M.) 4. 



Matériaux 
de sculpture 

et de 
construction 

en France. 



- 50 - 

la plus parfaite en deçà des Alpes. Reims, Chartres et Bourges résument 
comme une trilogie admirable le génie si bien inspiré des architectes du 
douzième et treizième siècle. La seconde région sculpturale est celle du 
Midi et en particulier la Provence. Nous connaissons les avantages de la 
pierre mise en usage; pour le style et le genre de la sculpture, on y a 
suivi assez fidèlement les traditions romaines. Ces traditions sont excel- 
lentes, et nous nous gardons de faire au Midi le reproche de n'avoir point 
voulu abandonner pour l'ogive du Nord son style antique et vénérable. 
La troisième région, enfin, est formée des provinces baignées parles flots du 
Rhin. Les matériaux y sont parfaits; la sculpture ogivale est d'un fini qui ne 
laisse rien à désirer, mais elle est maigre et grêle, et inférieure de beaucoup 
en dessin et en formes correctes à la statuaire de la première région. Nous 
ne savons ce que les artistes du domaine royal eussent produit, s'ils avaient 
eu, sous l'influence du courant prodigieux qui les dominait, les beaux blocs 
des Vosges sous leur main habile. On reproche aux sculpteurs de l'école 
de Strasbourg une infériorité de dessin, de dignité, dépose, comparée aux 
belles statues du bassin de la Marne et de la Seine. Le reproche est fondé 
et je n'essaierai point de l'atténuer. La statuaire des bords du Rhin est 
une copie, comme son architecture ogivale est une imitation de celle de 
France. Le copiste est venu tard et il ne sut point égaler les œuvres du 
maître. Nous avons déjà fait remarquer que l'art roman des bords du Rhin 
faisait école aux temps de Charlemagne et se propageait vers le centre de 
la France. Dans la période ogivale au contraire, la vallée du Rhin recevait 
au lieu de donner; c'est la France qui devint partie donnante et exerça 
une action prépondérante sur les pays voisins. 

IV. 

Styles. L'histoire de l'architecture religieuse en France se résume ainsi qu'il 

suit: Style de la première basilique chrétienne ou romaine; style roman- 
byzantin; style ogival; style de la Renaissance et enfin style de restaura- 
tion du siècle actuel. 

La France reçut le christianisme de fort bonne heure, et avec lui s'intro- 
duisit le style de la première basilique chrétienne ou latine, dès que les 
persécutions qui sévissaient souvent dans les Gaules, laissaient aux chré- 
tiens assez de liberté pour s'occuper de leurs sanctuaires. Evangélisée la 
première par l'apostolat de saint Lazare et de saint Maximin , la Provence 
admettait les données architectoniques de Rome, et il y eut peu de diffé- 
rence de style entre les édifices qui s'élevaient simultanément en Italie et 



— 51 - 

dans les Gaules. L'architecture chrétienne se répandait avec les efforts des 
prédicateurs de l'Évangile; la Lyonnaise, l'Aquitaine et bientôt l'antique 
Lutèce reçurent la foi dont l'expression se traduisait en constructions 
religieuses telles qu'on les comprenait alors. L'architecture romaine ou 
romane primordiale était donc la première admise et pratiquée dans les 
Gaules; les provinces méditerranéennes s'alimentaient incessamment des 
influences romaines, et ces traditions se propageaient vers le nord et 
l'ouest du pays, à tel point qu'elles restèrent prépondérantes et se modi- 
fièrent peu dans la suite. C'est la vivacité de ces traditions qui faisait 
souvent écarter les formes du style romano-byzantin et jusqu'au style ogi- 
val. Celui-ci, comme on sait, n'a jamais pu prendre racine dans ces régions 
et n'y est représenté que par des exemples isolés et incomplets. De Mar- 
seille jusqu'en Bourgogne, dans la vallée du Rhône et de la Saône, la tra- 
dition romaine mélangée de détails antiques restait en honneur et se trouve 
imprimée sur les édifices religieux. 

Vint le style roman secondaire, appelé quelquefois, peut-être à tort, style 
byzantin. Développé au nord de l'Italie, d'où Gharlemagne semble l'avoir 
transféré sur les bords du Rhin, en le mélangeant de données orientales, 
il poussa vers le Nord et s'acclimata surtout en Normandie et dans les 
contrées adjacentes. D'autre part il entra par une autre porte dans les pro- 
vinces méridionales de la France, où néanmoins il ne réussit point à faire 
oublier le style roman primordial. Le règne du style roman-byzantin fut 
long et glorieux. Intronisé dans la vallée du Rhin, il poussa ses rameaux 
sur les deux rives du fleuve, pénétra d'une part en France par cette voie 
et d'autre part en Allemagne. Il se développa dans la vallée du Rhin dans 
de très-larges proportions, et y continuait d'être pratiqué quand le style 
ogival était déjà florissant en France. Jusqu'à quel point le style roman 
secondaire peut-il s'appeler byzantin? Il est diflicile de le dire, puisqu'il 
nous semble impossible de déterminer au juste la part que l'Italie et l'Orient 
prenaient à son développement. Les relations de Charlemagne avecByzance, 
quelque réelles qu'elles fussent, me portent difficilement à admettre une 
prépondérance sur les rapports plus naturels et plus faciles avec la haute 
Italie, laquelle, dans mon opinion, peut revendiquer une part plus large 
dans l'admission de ce style dans nos contrées rhénanes. 

Mais l'Orient en somme eut, par le commerce que les provinces méri- 
dionales entretenaient avec le Levant, le mérite de fournir à la France ses 
formes architectoniques, et M. Viollet-Leduc constate' que ces idées, por- 



1. Dictionnaire d'architecture, t. I. 



— 52 — 

tées d'une part vers le Nord par la Méditerranée et arrivant d'autre part 
des contrées rhénanes où Cliarleniagne leur avait donné asile, se rencon- 
trèrent et se mélangèrent dans la Haute-Saône, la Bourgogne et la Cham- 
pagne. 

Dans la période romane secondaire une autre influence orientale se fait 
sentir dans le Midi et dans toute la province d'Aquitaine. C'est le système 
des coupoles. On en fait honneur en particulier à Venise, et plus expres- 
sément à Saint-Marc de Venise, création byzantine, et qui des bords de 
l'Adriatique fut importée, pour son système des coupoles, dans une partie 
considérable de la France. Venue des rives de la mer Noire en Italie d'a- 
bord, puis sur les bords du Rhin, où elle est admise au point d'intersection de 
la croix des grandes basiliques romanes de Spire, de V^^ormsetdeMayence; 
transférée directement de Venise dans le midi de la France, où elle choisit 
dans le Périgord et le Limousin son foyer de rayonnement; embrassant 
bientôt toutes les contrées au nord de la Garonne; allant de Saint-Front 
de Périgueux à Notre-Dame du Puy dans le Vélay, la coupole, se modifiant 
selon les circonstances, traverse toute l'époque romano-byzantine et n'est 
pas détrônée dans la période ogivale, où elle se fait valoir encore dans la 
cathédrale de Poitiers. Elle devait cette rapide extension aux fréquents 
rapports commerciaux entre le Limousin et le Périgord avec la république 
de Venise, dont les marchands abordaient à Marseille et prenaient par 
terre le chemin de Limoges avec leurs marchandises. C'est un point inté- 
ressant à noter dans l'histoire de l'art en France. 

Je dirai peu du style ogival, plus connu et aujourd'hui généralement 
préféré pour les constructions nouvelles. Son règne si brillant commence 
à la fm du douzième siècle et son foyer se trouvait dans le domaine royal. 
Il me suffit de constater derechef que ce style, le point culminant de l'art 
chrétien, est entièrement français, que les autres pays, comme l'Angleterre 
et l'Allemagne, sont venus le prendre en France, mais que leurs copies 
n'ont jamais pu atteindre à la grandeur ni à la perfection des formes ori- 
ginales. C'est du reste un point universellement admis aujourd'hui. Je suis 
de ceux qui ne vont point déterrer en Orient, ni en Espagne, ni en Sicile 
cette belle conception humaine. Je demeure convaincu que l'ogive est un 
nouvel effort chrétien dans l'art religieux, le dernier et peut-être le plus 
étonnant; que le génie actif de l'artiste chrétien, après avoir épuisé les 
beautés des formes romanes, dut trouver l'ogive et avec elle les données 
de ce style, comme la fleur sort de la branche de l'arbre. Son règne, parti 
du centre nord de la France, prit les plus larges développements, bien 
moins vers le Midi que du côté du Nord et de l'Ouest, et moins aussi dans 



— 53 — 

les régions rhénanes, où l'on s'obstinait à rester fidèle au genre roman. 
Quant à l'Italie, elle ne pouvait se résoudre à accueillir d'une manière sé- 
rieuse le style ogival, et dans les régions méridionales de France il n'ap- 
paraît que d'une manière sporadique, comme à Clermont, à Saint-Maximin 
en Provence, à Narbonne, à Bordeaux; encore dans ces deux dernières 
villes, les cathédrales ogivales ne peuvent être comparées à celles du Nord. 
La Renaissance fut peut-être moins active en France que dans d'autres 
contrées, et partant moins funeste à la belle architecture chrétienne dont 
les deux principaux styles continuaient à rester en honneur. Les révolu- 
tions politiques faisaient subir des points d'arrêt au développement de l'art. 
Dans le Midi, la guerre des Albigeois au treizième siècle paralysa l'élan 
des artistes; plus tard la Réforme porta aux arts de funestes coups, et enfin la 
révolution française fit jouer son marteau démolisseur et priva le pays d'un 
nombre incalculable de beaux monuments. Les efforts très-louables qu'on 
fait de nos jours, soit pour réhabiliter la belle architecture chrétienne dans 
les esprits, soit pour restaurer les monuments dégradés, soit enfin pour 
en créer de nouveaux dans des styles autorisés, sont dignes de remarque, 
et nous verrons à la fin de ce travail quelques-uns des résultats qui ont 
jusqu'ici couronné ces nobles efforts. 

V. 

Je me permets enfin, après tous ces préliminaires, d'inviter les membres Tour de France 

archéologique. 

de notre Société à suivre le voyageur dans son tour de France archéolo- 
gique. Après ce qui a été dit jusqu'ici, vous comprendrez sans beaucoup 
de remarques ce que je crois utile de vous soumettre pour donner une 
idée nette de l'art religieux en France. 

De l'Alsace à Paris nous ne nous arrêtons que pour constater à Toul les De lAisace à Paris, 
dégâts causés par le bombardement à la jolie cathédrale du siège épisco- 
pal illustré au onzième siècle par l'évêque Hugues de Dagsbourg, plus tard 
saint Léon IX sur le siège de Rome. Nous saluons de loin les cathédrales 
de Troyes, de Reims et de Châlons, métropoles splendides de la Champagne. 
A Paris les nouvelles constructions religieuses ont un mérite relatif; mais 
on attend encore un monument neuf vraiment magistral. La Sainte-Cha- 
pelle pour la partie inférieure avance sa restauration, Notre-Dame conti- 
nue la sienne sous l'habile direction de M. Viollet-Leduc et Saint-Denis 
guérit les plaies que lui avait faites un restaurateur peu intelligent sous le 
régime de Juillet. 

Nous parlons pour la Touraine, sans nous arrêter ni à Orléans, ni à LaTouraine. 



— 54 — 

Blois, et nous abordons à Tours sur la Loire. La grande célébrité de Tours ne 
sont ni son beau site, ni ses monuments passés et présents, c'est son grand 
évêque, saint Martin, le disciple chéri du grand saint Hilaire de Poitiers. 
Le pays semble tout embaumé encore des vertus de ce saint pontife, l'apôtre 
de la Touraine. On oublie ce qu'est la ville, travaillée, dit-on, par les hommes 
de la république rouge; on s'adresse à un peuple qui n'a pas oublié ses 
belles traditions, et on touche par les sanctuaires existants ou détruits au 
siècle du thaumaturge des Gaules. La cathédrale de Saint-Gatien, édifice 
ogival du treizième siècle en bonne partie, ne répond pas à mon attente. 
Il faut voir Saint-Gatien en venant du Sud, non pas en venant du centre 
des grandes cathédrales. Celle de Tours n'a point la majesté que nous rê- 
vions. Le sanctuaire et les chapelles qui le pourtournent sont remarquables, 
les anciens vitraux fort beaux; mais la façade est d'un gothique avancé, 
trop chargé; la pierre blanche résiste peu à l'action atmosphérique. Le 
chœur offre une forte déviation de l'axe des nefs, particularité fort saillante 
dans un grand nombre d'édifices de ces provinces. L'ameublement du 
monument est modeste. 

Le jugement que nous portons sur la cathédrale, nous nous permettons 
de le répéter pour les autres monuments de Tours; ils ne me semblent pas 
de tous points dignes de la réputation de Tours, ni Saint-Julien, ni Notre- 
Dame-la-Riche avec son abside coupée à angles droits. Tours doit avoir 
été jadis plus riche en édifices sacrés. Elle possédait, du moins, dans la ba- 
silique de Saint-Martin, où reposait jusqu'à la Réforme le corps du grand 
évêque, un monument digne de lui et de la cité du saint. Cette basilique, 
rebâtie plusieurs fois et toujours pleine de magnificence, fut enfin démoUe 
dans la révolution. Depuis, une rue passe sur son emplacement ^ et on 
avait perdu jusqu'à la trace de l'endroit vénéré où la chrétienté venait en 
pèlerinage. Les bons Tourangeaux ne s'en consolaient point, et quand dans 
ces dernières années on retrouva miraculeusement le heu saint, quand les 
ouvriers dirigés par des mains habiles eurent déterré sous les fondements 
de deux njaisons le caveau qui avait abrité de longs siècles la châsse du 
saint, ce fut avec un élan irrésistible qu'on déblaya ces fondements, et 
que l'on réunit spontanément les grandes sommes nécessaires pour rele- 
ver ce tombeau et rebâtir la basilique. Tous les pays chrétiens prirent part 
à l'œuvre; bientôt, sans doute, le vœu commun des fidèles trouvera sa 
réalisation et la tombe de saint Martin redeviendra glorieuse. Ce sera pour 
la cité et pour le pays un honneur et une bénédiction. En attendant on 

l. Notice sur le tombeau de saint Martin, avec planches. Tours, Mamc, 1861. 



- 55 — 

éleva une spacieuse chapelle et on restaura le caveau sur lequel on célèbre 
le sacrifice sans tache. 

On ne visite pas Tours sans aller voir Marmoutiers. C'était le lieu le plus 
cher au saint évêque, qui aimait à s'y retirer pour passer la nuit en oraison 
dans une grotte qui existe encore. C'est en même temps un des célèbres 
berceaux de la vie monastique en France. Saint Martin y réunit en com- 
munauté ses disciples qu'il forma à la vie contemplative et active; Mar- 
moutiers devint une pépinière d'évêques et d'abbés. Malheureusement la 
main des révolutionnaires y passa; la belle église élevée près de la sainte 
grotte fut démolie avec d'autres sanctuaires de cette touchante retraite. 
Un établissement du Sacré-Cœur s'y trouve aujourd'hui; on conserva et 
on restaura avec soin des restes de l'ancien cloître, et chaque jour en creu- 
sant le sol on découvre les substructions d'anciens monuments. On quitte 
à grand regret des lieux sanctifiés par tant de souvenirs. C'est un petit 
paradis sur les bords fleuris et fertiles de la Loire. 

Avant de quitter Tours et l'érudit chanoine Janvier, qui s'était mis avec 
un empressement charmant à la disposition du pèlerin alsacien, saluons 
en passant le château du Plessis, où mourut Louis XI entre les bras de 
saint François de Paule, qu'il avait fait appeler de l'Italie pour soulager sa 
conscience. Le saint fondateur de Tordre des Minimes éleva près du châ- 
teau du roi un monastère qui existe encore, où il mourut et où l'on montre, 
plantée des mains du saint, une aubépine devenue un arbre considérable et 
vivant encore. 

Nous entrons dans le Poitou, région qui reçut son branle architectonique Le Poitou. 
autant et plus du Midi que du Nord. On y trouve l'influence du système à 
coupoles implanté de Venise et d'Orient, et le style, dans ses particularités, 
est digne de remarque. Poitiers est à tous égards une ville intéressante, 
toute saturée d'anciennes traditions chrétiennes, qui se traduisent dans 
ses rues, ses palais, ses églises. Notre cadre nous oblige à toucher à ces 
richesses, non pas à les traiter. Sans parler du temple de Saint- Jean, an- 
cien baptistère composé de colonnes et de restes antiques et l'un des mo- 
numents rares qui remontent au sixième siècle de notre ère, nous dirons 
que le type roman et ogival poitevin se résume dans les églises Notre- 
Dame et Saint-Hilaire d'une part, la cathédrale et Sainte-Radegonde de 
l'autre. La façade de Notre-Dame est d'une grande richesse sculpturale 
sur une pierre calcaire et friable, fort peu propre à être finement traitée; 
elle est reproduite dans tous les ouvrages d'archéologie. L'église de Saint- 
Hilaire, qui abrite les restes du glorieux apôtre du Poitou, est une belle 
et grandiose création du douzième siècle. Restée inachevée, elle est en voie 



— 56 — 

d'achèvement et ce sera le plus beau monument de Poitiers. La cathédrale 
est un magnifique édifice ogival de trois nefs, éclairé par les baies des 
collatéraux, avec voûtes à coupoles. PeA de travées, mais d'un très-fort 
diamètre; ensemble grandiose et tout étrange; mélange de données di- 
verses. Les vitraux sont anciens et précieux , la statuaire des portails est 
curieuse, malheureusement endommagée par l'action de l'air. L'égUse de 
Sainte-Radegonde est le grand but des pèlerins du Poitou, et ce sanctuaire, 
le palladium des Poitevins, est très-visité. L'église est à une nef, ogivale de 
transition, grande et spacieuse; cette particularité se répète à mesure que 
l'on avance vers le Midi. Elle est adaptée à une abside romane, fort cu- 
rieuse, qui s'élève sur une crypte peu étendue. On voit dans cette dernière 
le sarcophage avec les restes de la sainte reine, pièce monumentale, de l'é- 
poque de sainte Radegonde, et couverts d'ornements sculptés de valeur. 
L'abside, entourée de chapelles, s'appuie sur des colonnes à chapiteaux fort 
massifs. 
Style roiievin. Quclqucs iudications feront ressortir les marques distinctives du style 
poitevin, sorti, comme je le disais, de la double action venue du Nord et 
du Midi. Arcatures bhndées romanes, coupant les surfaces; chevets sou- 
vent coupés à angles droits, au lieu du cercle ou du polygone; voûtes à 
coupoles jusque dans les édifices ogivaux; travées très-larges, peu nom- 
breuses et qui obligent à donner aux voûtes une élévation fort considé- 
rable; nefs abritées sous un même toit et éclairées par conséquent par les 
baies des collatéraux; enfin églises à une seule nef, romanes et ogivales, 
cathédrales comme autres. Si M. Viollet-Leduc attribue cette dernière par- 
ticularité à la détresse financière, suite de guerres de religion, nous croyons 
qu'il se trompe; le Poitou, du moins, n'a pas eu à souffrir particulièrement 
de ce fléau. J'y vois plutôt une idée orientale, sortie du système des cou- 
poles et appliquée aux églises de forme latine. La nouvelle cathédrale de 
Marseille qui s'achève en ce moment, n'a qu'une nef; Notre-Dame de la 
Garde et l'église de Lourdes sont dans le même cas; Bordeaux, Cahors, etc., 
également. 

Un lien, ancien déjà, unit quelque peu l'Alsace à Poitiers. Saint Fridolin, 
Irlandais d'origine, vint au septième siècle dans les Gaules prêcher l'Évan- 
gile et fut élu abbé du célèbre monastère de Saint-Hilaire de Poitiers. Il 
retrouva les reliques de cet apôtre et contribua puissamment à propager 
la vénération pour le célèbre père de l'Église. Puis il quitta le Poitou, 
prêcha la foi sur tout le parcours jusqu'en Alsace , vint à Strasbourg pour 
y faire entendre sa voix, évangélisa la contrée rhénane supérieure, fonda 
l'abbaye de Säckingen sur le Rhin et y fut déposé après sa mort. Aux envi- 



— 57 — 

rons de Poitiers se trouve aussi le monastère deLigugé, plus ancien encore 
que Marmoutiers près de Tours, et fondé par saint Ililaire. On le dit fort 
curieux, mais mes loisirs ne me permirent point de le visiter. 

J'eus hâte de traverser le Poitou et le Limousin et d'aborder à la capi- 
tale du Périgord. 

VI. 

L'architecture romane du Périoord et des contrées voisines se résume saint-From 

de Périgueui ; 

dans la cathédrale de Saint-Front, .pour laquelle je fis un détour considé- Bordeaux 
rable, que je ne regrette point. Le plan de Saint-Front est tout oriental, Toulouse. 
copie presque exacte de Saint-Marc de Venise: croix grecque avec cinq cou- 
poles grandes et égales. L'exécution est tout occidentale, sobre de détails; 
grandes et belles proportions, ensemble original et imposant. Les coupoles 
s'appuient sur des pendentifs, pilastres colossaux percés d'ouvertures cin- 
trées; analogies frappantes avec la cathédrale du Puy, qui pourtant est moins 
ancienne. La tour s'élève sur le porche, haute, isolée, lourde, étagée de 
plusieurs pourtours de pilastres. Ce curieux monument subit sous la direc- 
tion de l'architecte, iM. Abadie, presqu'une transformation; elle redeviendra 
ce qu'elle fut à l'origine, mais perdra ce que d'autres siècles y avaient 
ajouté, entre autres une abside ogivale. L'appareil est un calcaire gris, assez 
dur, mais impropre à la statuaire. Celle-ci brille entièrement par son ab- 
sence. 

Dans son genre, Saint-Front est un monument hors ligne: oriental par 
le plan, occidental par l'exécution; il est d'un architecte du pays qui alla 
copier Saint-Marc de Venise ou quelque basilique de Byzance. Le système 
à coupole y est tout développé; il a dû contribuer à le répandre et à le 
maintenir dans le pays. 

Nous sommes dans l'ancienne province d'Aquitaine et il convient de 
faire une apparition dans la célèbre capitale. Bordeaux, ville de commerce, 
heureusement située au confluent de deux fleuves , jaune comme le limon 
que charrie la Garonne, ne se dislingue point par le nombre ni parla beauté 
de ses églises. Quatre seulement méritent l'attention du touriste, et c'est 
trop peu. C'est, du reste, ce qui frappe à Marseille. La cathédrale ogivale est 
à une nef, large, la retombée des voûtes est soutenue par des murs peu 
élevés, ce qui est une disgrâce. L'entretien laisse bien à désirer et c'est un 
tort que se donnent la plupart des églises du Midi. Malgré la nef unique, 
la façade a deux tours à flèches de pierres fort élancées. L'église de Saint- 
Seurin est du treizième siècle; portail latéral magnifique, belle statuaire. 



— 58 — 

Crypte remarquable remontant à la première période chrétienne; sarco- 
phage chrétien des premiers temps. Sainte-Croix est située dans la vieille 
ville, elle est du onzième siècle en partie; le portail du douzième siècle est 
très-digne d'intérêt par ses fines sculptures. Saint-Michel, enfin, est une 
grande et belle église du quinzième siècle avec d'assez beaux vitraux neufs. 
En général je ne trouve ni beaux autels, ni ameublement digne; les chaires 
sont partout d'énormes pièces ventrues, sans grâce. La statuaire delà 
bonne époque est assez bien fournie; la pierre est bonne à tailler, mais peu 
résistante. 

Je quitte la belle ville de Bordeaux pour m'approcher des Pyrénées; je 
touche au berceau de saint Vincent de Paul, l'apôtre de la charité, sans 
pouvoir le visiter et j'arrive à Pau où se présente sur la terrasse élevée le beau 
panorama des Pyrénées. Site enchanteur. Deux choses attirent l'attention, 
le château de Henri IV, qu'il faut visiter, et l'église neuve de Saint-Martin, 
élevée d'après les plans de M. Bôswilwald, notre compatriote. L'habile ar- 
chitecte y mélange l'ogive d'un peu de mauresque, grâce à la proximité de 
l'Espagne, sans doute, où régnait jadis ce genre, et il le fait entrer même 
dans la composition du ciboire du maître-autel qu'il a surmonté d'une ca- 
lotte de dôme. Ne condamnons point cette fantaisie d'artiste; il voulait 
probablement y mettre un souvenir historique, mais il faut du temps pour 
se famifiariser avec ce détail plus ou moins oriental, ou espagnol, ou vé- 
nitien peut-être. Je ne dirai rien du château de Henri IV, dont le nom est 
si populaire dans le pays; le château a eu les honneurs d'une récente res- 
tauration et d'un ameublement qui offre des réminiscences historiques 
d'un haut intérêt. 

Je ne pouvais me refuser la jouissance de faire une pointe dans une 
des vallées célèbres et pittoresques des Pyrénées. Je dus choisir celle qui 
est plus rapprochée de Pau et où se portent à cette heure les multitudes 
fidèles, désireuses de s'édifier dans le sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes. 
On y a élevé, au-dessus de la grotte des apparitions, un magnifique sanc- 
tuaire tout de marbre blanc, ogival, à une seule nef, avec crypte aussi 
étendue que le monument, pour satisfaire à l'empressement des prêtres 
et des pèlerins. Plus au fond de la vallée vers Cauterets se trouve, sur un 
mamelon élevé, une des égUses romanes les plus anciennes et les plus 
remarquables du pays, celle de Saint-Savin. L'apôtre du pays y a trouvé 
son tombeau et il ne faut pas confondre ce sanctuaire avec celui de même 
nom et fort remarquable aussi qui se trouve en Poitou. 
Jmim.mrn,. ^" sortant des montagnes, je regagne la plaine; c'est celle de la Garonne, 
qui me conduit dans l'ancienne capitale des comtes de Toulouse. Toulouse 



el ses moniimrnts. 



— So- 
est tout à fait grande ville; le commerce y est actif, la Garonne, fleuve con- 
sidérable, le favorise. Mais les monuments religieux et autres ne semblent 
point jouir de grandes faveurs; le capitole, cet hôtel de ville historique et 
très-intéressant, est négligé à un point qui navre le cœur, et j'ajoute que la 
généralité des églises l'est au moins autant. Je ne dirai rien de la cathé- 
drale, amas de constructions ogivales d'un plan indéfinissable, et d'un 
ameublement que je m'abstiens de caractériser. Un certain nombre d'églises, 
celles des Dominicains et des Jacobins entre autres, édifices de très-fortes 
dimensions, sont abandonnées. Parmi celles qui restent consacrées au culte, 
nous nommons la Daurade, la Dalbade et surtout Saint-Sernin, 

La Daurade, jadis célèbre par ses riches dorures et ses belles traditions, 
est une éghse moderne en forme de croix et qui remplace peu dignement 
l'ancienne. La Dalbade, c'est-à-dire la blanche, n'est ni blanche ni belle; 
immense construction en briques de la Garonne, ogivale de la dernière 
époque , d'un style impossible à notre sentiment et meublée à l'avenant. 
Qu'est devenu le goût chrétien dans un pays aussi riche, aussi favorisé de 
la nature? On se le demande, et on n'est pas compris quand on le demande 
aux habitants. Les guerres de religion, à commencer par celle des Albigeois, 
portent en partie la responsabilité de la dégénérescence des arts; ces 
troubles toutefois n'ont pu que les entraver transitoirement, non les dé- 
truire. 

Heureusement Saint-Sernin existe pour sauver l'honneur du pays. C'est 
le bijou de l'architecture religieuse du Midi, ce qui ne veut pas dire qu'il 
est le modèle de la propreté. Le manque d'une qualité aussi précieuse nous 
a souvent frappé, mais nulle part autant qu'à Toulouse. Saint-Sernin, du 
nom de Saint-Saturnin, premier apôtre du pays et dont la châsse surmonte 
le maître-autel, est, depuis que l'église abbatiale de Cluny est détruite, le 
monument roman-secondaire le plus considérable de France. Il est aussi 
le plus digne d'être étudié. L'église est à cinq nefs d'élévation inégale; elle 
a onze travées en long, des transepts fort étendus, avec des chapelles dans 
les angles et au pourtour de l'abside. Comme conception de plan, c'est 
parfait; comme exécution c'est un modèle. On y ferait facilement un cours 
d'archéologie très-fructueux. L'extérieur se présente favorablement; on 
s'occupe de sa restauration; l'intérieur en aurait tout aussi besoin. C'est le 
sanctuaire le plus riche de reliques précieuses en deçà des Alpes. Sa crypte 
en est pleine, les chapelles de l'abside en offrent des plus vénérables; il y 
en a de très-considérables de dix Apôtres. Celles de l'Ange de l'école saint 
Thomas d'Aquin, du plus grand théologien du treizième siècle, y ont été 
transférées de l'église des Dominicains; sa châsse occupe la chapelle du 



Mmes. 



— 60 — 

chevet. Dans le croisillon nord on admire la pièce capitale de l'art chrétien 
du pays, un Christ en croix colossal en métal précieux et doré. Saint- 
Sernin a son histoire, intéressante à hien des titres. On a déterré dans 
l'enclos du cloître une série de sarcophages remarquables, chrétiens et 
païens, ces derniers ayant probablement servi plus d'une fois. 

Toutes les constructions sont faites de briques; la pierre est rare. La plu- 
part des églises semblent avoir été jadis fortifiées. Tours et façades cré- 
nelées. C'est le genre et on l'a reproduit même à une période plus récente, 
quand les besoins ne le demandaient plus. La sculpture est presque nulle. 

VIL 

Nous parcourons vite ces pays méridionaux sous un soleil ardent, qui 
dessèche la terre et aveugle la vue. Castelnaudary, Garcassonne, dont la 
haute vihe a conservé son type moyen âge presqu'aussi bien qu'Aigues- 
mortes; Narbonne, dont je me contente de saluer la cathédrale, qui est 
une des rares créations ogivales du pays au quatorzième siècle. Béziers 
avec sa cathédrale mélangée, mais parfaitement située. C'est le centre 
des guerres si acharnées du treizième et du seizième siècle; enfin voici 
Montpelher, la ville avec son ancienne et célèbre école de médecine. 

De l'immense terrasse, appelée le Peyrou, au point culminant de la 
ville on jouit d'un coup d'œil rare et sur les montagnes et sur la Médi- 
terranée, dont l'immense nappe d'un bleu d'azur se confond dans le lointain 
avec le ciel. On voit l'île de Maguelonne, jadis titre épiscopal et dont hérita 
le siège de Montpelher. Tout près s'élève la cathédrale de Saint-Pierre, 
flanquée de quatre tours carrées, énormes, simples; le porche et l'église 
sont ogivaux comme on savait le faire. On s'occupe à élever sur le pro- 
longement de la cathédrale actuelle une église et un chœur gothiques de 
meilleur style. Si le raccordement s'opère convenablement et si on réussit 
à mettre l'ancienne en harmonie avec la nouvelle, ce qui sera une œuvre 
difiîcile, Montpellier aura une cathédrale digne de l'importance de la ville. 
Celle-ci, accidentée, tortueuse, à ruelles très-étroites, avec des maisons 
fort élevées pour se garantir des chaleurs tropicales, porte entièrement 
le type des villes moyen âge et rappelle beaucoup celles d'Italie. Elle n'a 
pas d'autres monuments religieux dignes d'attention; l'ancien palais épis- 
copal, aujourd'hui l'école de médecine, est un édifice ogival remarquable. 

Vint le tour de Nîmes. Cette ville attirera toujours les amateurs des 
monuments classiques antiques; l'archéologue chrétien est bien moins 
édifié des églises, de la cathédrale surtout, ogivale du seizième siècle, à 



— 61 — 

une seule nef, peu digne en général. La façade, reste de l'ancienne cathé- 
drale, offre une frise intéressante par ses sculptures. Saint-Paul, église 
romane neuve, contient des fresques de Flandrin; les vitraux l'assombris- 
sent trop. 

Qui n'a entendu parler de la maison carrée de Nîmes, de ses arènes, du 
pont du Gard? Les deux monuments offrent un intérêt majeur. N'oublions 
pas la tour Magne, qui plane sur la ville et semble vouloir la défendre 
comme autrefois. C'est un monument militaire complexe, difficile à défi- 
nir, à caser. Je n'ai pas la prétention de soulever le voile qui recouvre son 
origine et ses transformations. Le site de Nîmes, la ville neuve surtout, 
sont beaux; le pays est poudreux, desséché, calciné. 

Nous touchons à Arles, autrefois la rivale et rivale heureuse de Nîmes 
pour ses arènes et son théâtre romain. Aujourd'hui la ville, jadis siège 
archiépiscopal, est déchue, négligée. C'est l'image de l'abandon. Toutefois, 
on honore cette cité pour ses souvenirs, et, outre les belles ruines ro- 
maines, outre ses arènes plus considérables que celles de Nîmes et qui 
jadis furent fortifiées par Charles Martel, on admire, ajuste titre, l'église 
et le cloître de Saint-Trophime, monuments religieux du douzième au 
treizième siècle, dignes de tous points de l'attention des artistes chrétiens. 
Saint-Trophime a souvent été décrit. Sa façade, son portail sont de mar- 
bre, la sculpture, tant d'ornements que de figures, est la couronne de 
l'art du midi de la France. L'église est à trois nefs, fort élancées; l'ogive 
domine leur couronnement. Le cloître si renommé m'a moins surpris. 
Colonnes et chapiteaux sont en marbre; sur ces derniers sont finement 
rendus les mystères bibliques des deux testaments. L'ensemble est d'une 
teinte sombre, vieilhe, moins belle que les nuances de la façade, mais il 
est digne de sa réputation. 

Près d'Arles, sur une colline historiquement connue, se dressent les 
imposantes ruines de la grande abbaye de Mont-Majour, jadis fortifiée et 
défendue avec succès contre les attaques des Maures. On dit ces ruines 
Irès-attrayantes; elles ne le furent pas assez pour m'engager à leur sacri- 
fier une demi-journée, et j'eus hâte de traverser la Camargue et d'aborder 
à Marseille. 

Marseille, colonie phocéenne, puis romaine, reçut l'Évangile de la Marseiile. 
bouche de l'ami du Seigneur, saint Lazare, qui aborda aux rives de la 
Provence après la résurrection du Sauveur. D'autres apôtres vinrent après 
la famille de saint Lazare arroser de leurs sueurs cette terre, et bientôt 
furent fondés les sièges d'Aix, d'Arles et d'autres. La vie monastique se 
développa de fort bonne heure dans les célèbres monastères de Lérins, 



— 62 — 

de Saint-Victor de Marseille, de Saint-Maximin. — Marseille est une 
grande et imposante cité, pleine de vie, malgré ses fortes chaleurs, et 
admirablement groupée autour de ses ports; on embrasse du haut de 
Noire-Dame de la Garde l'ensemble de la mer, de la ville et du pays dans 
un coup d'œil immense et saisissant. Contrairement à d'autres villes, la 
vieille cité est sur le rivage, et la cité neuve grimpe sur les collines. 

Marseille n'est pas une ville à nombreux monuments religieux, dignes 
de son importance. A-t-elle été privée de ceux que l'âge rehgieux y éleva, 
ou fut-elle toujours pauvre sous ce rapport, absorbée qu'elle était de ses 
préoccupations commerciales? Cette dernière cause me semble être la 
vraie; je m'expliquerais difficilement sans elle ce fait, que la riche et 
grande ville ait pu garder depuis de longs siècles pour cathédrale un mo- 
nument qui figurerait assez bien dans un gros village, mais qui était, à 
en juger par la partie qui reste, sous tous les rapports indigne d'une 
ville pareille. Quel spectacle pour les étrangers abordant sur ces rives de 
toutes les parties du monde, que la vue d'un édifice roman de dimensions 
aussi restreintes, aussi pauvre, aussi dénudé! Si notre siècle a enfin pris 
sur lui de mettre fin à pareil état de choses en élevant une cathédrale 
neuve, nous l'en félicitons, mais on eût désiré un monument plus vaste 
et plus majestueux que celui qui s'achève. La nouvelle cathédrale sera 
befie; les matériaux sont beaux; mais elle n'est qu'à une nef, grande et 
haute sans doute, mais insuffisante, semble-t-il, aux besoins d'une popu- 
lation aussi forte. Elle est romane, à coupoles, avec deux tours, quoique à 
une seule nef; sous le sanctuaire on a établi une belle crypte où reposent 
déjà les derniers évêques de Marseille. Ce genre d'architecture, dispo- 
sition et exécution, est propre au pays; il est le résultat des influences 
orientales et locales et mérite toute approbation. Le nouveau sanctuaire 
de Notre-Dame de la Garde rappelle le même style. 

J'allai à la recherche des reliques du premier apôtre de la Provence, 
saint Lazare. Je crus les trouver dans l'église la plus ancienne et la plus 
vénérable de Marseille, au cloître de Saint-Victor, fondé par Cassien. Le 
tombeau du saint se trouve en effet dans la crypte de ce célèbre monas- 
tère, mais il est vide et ses restes sont conservés à la vieille cathédrale. 
Le cloître de Saint- Victor s'élève à l'extrémité orientale de la ville; c'est 
une enceinte fortifiée, bizarre de forme, mais lieu vénérable par ses sou- 
venirs historiques, par son école qui fut longtemps une des gloires de la 
Gaule, et qui produisit un grand nombre de savants illustres. Mais que ces 
bâtiments, cette éghse ogivale du treizième siècle, cette crypte qui re- 
monte pour certaines parties aux origines du monastère, sont abandonnés! 



Quel délabrement! Hélas, il a fallu la main de quelque personne chari- 
table pour rappeler, dans une inscription, aux rares visiteurs de ces lieux 
le patronage tulélaire d'un des martyrs les plus illustres de Marseille, de 
saint Victor: aMassiliam verc Victor civesque tuere.j) D'antiques sarco- 
phages, autrefois remplis de saintes reliques, des autels de pierre anciens, 
très-simples, rappellent presque les catacombes. La crypte se compose de 
plusieurs parties d'âges divers; mais tout est négligé, mal entretenu, et 
c'est le cœur oppressé que l'on quille ce souterrain vénérable qui devrait 
rappeler au pays et à la cité son origine chrétienne et le foyer de sa civi- 
lisation. 

La Provence fut donc évangélisée par saint Lazare et ses compagnons, 
au nombre desquels il faut compter, outre saint Maximin, les sœurs de 
Lazare, Marthe et Marie-Madeleine. On prête aux deux saintes une large 
part dans cette œuvre. Sainte Marthe repose à Tarascon; sainte Madeleine, 
après avoir passé les trente dernières années de sa vie à la Sainte-Baume, 
grotte profonde et élevée dans les montagnes de la Provence, trouva une 
tombe dans la crypte de Saint-Maximin, à quelques lieues de la Sainte- 
Baume. Celle-ci est le pèlerinage le plus fréquenté de la Provence, des- 
servi par des moines dominicains, qui réoccupent également depuis quel- 
ques années, grâce aux soins du P. Lacordaire, le monastère et le cloître 
de Saint-Maximin. Ils y élevèrent, au quatorzième siècle, la belle éghse 
ogivale, sur la crypte qui renferme les sarcophages de sainte Marie-Made- 
leine, de saint Maximin, de saint Marcelle, des saints Innocents, etc. Le 
rehquaire neuf, qui orne l'autel de la crypte et qui renferme, outre le 
chef de sainte Madeleine, des reliques insignes de saint Lazare et sainte 
Marthe, a été fait sur les dessins de Didron. Les sarcophages en albâtre 
ou en marbre sont décorés de sculptures chrétiennes des premiers siècles 
et oflVent un intérêt archéologique comparable aux meilleures produc- 
tions des catacombes du Vatican. L'église elle-même, quoique restée ina- 
chevée pour la façade, est le monument ogival le plus achevé du midi de 
la France. Elle est à trois nefs vastes et élevées; plan et exécution sont 
parfaits, mais l'édifice est mal entretenu. Nous y avons remarqué deux 
autels ogivaux avec peintures très-belles; grillages de la Renaissance de 
toute beauté, stalles sculptées de la Renaissance, mais bien remarquables 
comme fini. Le maître-autel est surmonté d'une Assomption en marbre 
blanc du célèbre artiste provençal Puget. Saint-Maximin est une plante 
exotique, un peu surprise de se trouver sur un sol assez peu hospitaher 
pour l'architecture gothique, et dont la présence s'explique par son ori- 
gine due à un ordre religieux qui avait son architecture à lui. La crypte 



— 64 — 

restera un lieu vénérable et vénéré; c'est un tombeau, mais d'où sort une 
résurrection. L'art et la tradition se donnent la main pour y rappeler et 
raviver l'une des origines du christianisme dans les Gaules'. 

J'achève mon tour de France en repassant par Arles, en touchant à 
Tarascon, saluant à regret Notre-Dame des Doms, à Avignon, ainsi que 
le Palais des papes. Puis Orange, toute vieille cité renommée par un des 
plus anciens conciles des Gaules, et remontant la splendide vallée du 
Rhône, côtoyée par les montagnes des Cévennes, les montagnes Noires, 
les chahies de l'Ardèche et du Vélay d'une part, et sur la rive gauche par 
les Alpes, je touche Valence. J'admire promptement la belle cathédrale 
ogivale de Vienne, qui clôt de ces côtés la grandiose série des monuments 
gothiques; puis, après un coup d'œil sur Saint-Jean de Lyon, je traverse 
la Bourgogne et je rentre en Alsace pour y fixer mes souvenirs sur les 
grandes et belles choses qu'il m'avait été donné d'admirer. 

Vin. 

Qu'il me soit permis de résumer mes impressions. 

1° En thèse générale, nul pays en deçà des Alpes ne dépasse la France 
pour le nombre, la grandeur, la perfection et la variété des monuments 
religieux. Nous n'exceptons que certaines parties de l'Italie, oîi les mar- 
bres sont abondants. 

2° Le style roman-secondaire, autrement dit roman-byzantin, s'était 
générahsé sur toute la surface de ce beau pays, du Midi au Nord, de 
l'Orient à fOccident. C'est la conséquence de funité de direction, unité 
qui fut le fait de l'Eghse et en particulier celui des architectes des ordres 
religieux. Dans le Midi, il est mélangé ou dominé par les traditions clas- 
siques, et au Nord par les idées orientales ou italiennes plutôt. Le Nord, 
au douzième siècle, change de style et passe à l'ogive; le Midi garde 
l'ancien. 

3° Le Nord cherche à gagner le Midi dans la période ogivale, mais n'y 
réussit jamais. A mesure qu'on avance vers le Sud, le style ogival se mo- 
difie, dégénère, et finit par ne plus être admis qu'exceptionnellement, 
comme à Clermont, Narbonne, Saint-Maximin de Provence. 

4° De nos jours, cet état de choses change, et le style ogival, par suite 
de l'impulsion partie du centre du pays, est plus facilement admis dans 
les provinces méridionales, où il était peu pratiqué. Une circonstance, 



I. Voir Notice sur Saint-Maximin et sur la Sainte-Baume, de M. Rostau. 



— 65 — 

heureuse selon plusieurs, y contribue, le transport plus facile des maté- 
riaux propres à ces bâtisses et la rapidité des communications. Nous ne 
dirons pas que c'est un mal, mais nous n'y voyons non plus un grand bien. 

5° Le roman du Midi est plein de grandeur. Voûtes hardies, piles fortes 
et élevées, souvent des dômes ou coupoles ou des réminiscences de cou- 
poles; travées fort larges laissant arriver la clarté des baies des collaté- 
raux. Ornementation sobre dans les régions qui ne sont pas favorisées par 
des matériaux propres à la fine sculpture; chapiteaux traités à l'antique. 
Pour les provinces de l'Ouest, la basilique de Saint-Hilaire de Poitiers 
peut passer pour type; celle de Saint-Sernin de Toulouse forme le canon 
de la grande architecture romane du Midi. 

Q^ J'ai signalé la particularité souvent reproduite dans les provinces de 
l'Ouest et du Sud, celle d'une seule nef même pour des cathédrales et 
d'autres églises considérables. D'ordinaire, mais pas toujours, la retombée 
des voûtes est paralysée par des contre-forts rentrants correspondant aux 
piles des travées et formant des couloirs pour le passage des fidèles ou 
l'emplacement d'autels. Ces monuments n'ont alors ni l'étendue, ni la 
beauté technique des édifices du Nord. 

7° En dehors de la région provençale, plus spécialement alimentée par 
les détails classiques d'Italie, l'ornementation est modérée, parfois abso- 
lument absente. Saint -Front de Périgueux en est totalement privé. La 
sculpture gagne du terrain à l'approche des bonnes carrières, soit de cal- 
caire taillable, soit de marbre. Dans les provinces du centre, qui forment 
un immense plateau granitique ou basaltique, la sculpture est à peu près 
nulle. 

8° La statuaire suit naturellement la même voie. En général, elle n'est 
nulle part en vogue comme dans le Nord et l'Est. Presque partout, en 
dehors de Paris et de la région rhénane, la polychromie est dans les 
langes ou absolument ignorée. C'est à regretter, car nulle part autant 
que dans ces contrées, où les variations atmosphériques sont rares et le 
soleil pénétrant, la peinture murale n'offre des conditions de durée aussi 
favorables. 

9*^ Je n'ai pas fait l'éloge de l'entretien des églises du Midi, je ne ferai 
pas celui de l'ameublement en général. Je l'ai trouvé fort peu en harmonie 
du style des édifices et très-peu digne des beaux sanctuaires. Le mouve- 
ment artistique favorable à cet objet ne s'est pas développé encore. Je 
n'ai pas entendu de belles sonneries dans ces pays, où les hautes et fortes 
tours d'églises sont rares et où l'on se contente du carillon, au lieu de la 
belle harmonie de nos grandes cloches du Nord. Dans les campagnes, 

T. IX. - (M.) 5 



— 66 — 

l'extérieur général des églises est des plus simples, souvent pauvre. La 
façade est surélevée d'un pignon percé à jour, où sont suspendues quel- 
ques cloches de très-modestes dimensions. 

10° En somme, on construit beaucoup dans toutes les parties de la 
France, et c'est généralement en style autorisé. Il y a quelque vingt ans 
déjà, M. Didron affirmait qu'il y avait simultanément trois cents églises 
ogivales en construction. Cet élan n'a point cessé. Malgré certaines excep- 
tions plus nombreuses aujourd'hui, le Midi garda son architecture romane 
à détails classiques, tandis que dans les autres provinces le style ogival 
est plus pratiqué. 

ir' Une plaie difficile à guérir, faute de ressources, c'est l'état de déla- 
brement d'un grand nombre de cathédrales en France. Déjà M. de Gontencin 
estimait à 60 millions les réparations les plus urgentes pour les empêcher 
de tomber en ruines. A qui le mal? A ceux qui ont dépouillé l'église de 
ses ressources. Jadis, les édifices rehgieux avaient leurs fondations, de 
beaux revenus destinés à leur entretien. Les révolutions, la sécularisation 
et autres progrès modernes les en ont privées, et ces vénérables témoins 
d'un autre âge ne doivent qu'à l'excellence de leurs qualités architecto- 
niques d'être encore debout. Si nos pères avaient construit comme notre 
siècle, il ne resterait plus trace de nos précieuses basiliques. 

42° Je le répète enlin : La France, venue après d'autres pays pour 
l'œuvre de réhabihtation de l'art religieux, a regagné son terrain; elle n'a 
rien à envier à qui que ce soit, ni pour l'exactitude de style de ses 
constructions nouvelles, ni pour les restaurations entreprises sur une 
grande échelle. Elle a, du reste, sous les yeux des modèles qu'on cher- 
cherait vainement ailleurs. C'est le premier pays du monde chrétien pour 
l'arcliiteclure ogivale, et son style roman du Midi, rehaussé du système 
des coupoles, n'a nulle part été surpassé. 

Ilaguenau, avril 1873. 

ViCT. GUERBER, 

Curé de Ilaguenau. 



RUINES DE L'ABBAYE DE STÜRZELBRONN. 



Messieurs, 

J'ai connu dans ma jeunesse un vénérable chanoine, M. l'abbé Hager, 
membre du chapilre de Strasbourg, ancien conventuel de l'abbaye de 
Stürzelbronn. Il appartenait à une des familles patriciennes de llaguenau. 
Cette ville était attachée à la célèbre abbaye cistercienne par plus d'un 
lien, ce qui explique peut-être la vocation religieuse du jeune Ilager et 
son entrée chez les Pères Bernardins de Sliirzelbronn. Il parlait avec ef- 
fusion de sa chère communauté et y reportait ses meilleurs souvenirs; il 
avait longtemps espéré que les ruines se relèveraient et que la sainte soli- 
tude verrait revenir son ancienne famille. Il n'en fut rien, hélas, et l'excel- 
lent chanoine quitta cette terre, sans avoir vu la réalisation de son vœu le 
plus cher. 

Nous aussi, nous n'avons pas d'illusion à nous faire; les temps ne sont 
pas de ceux qui relèvent les couvents; la tourmente anti-religieuse et anti- 
sociale les attaque plutôt et les balaye du sol. Mais ces tristes conjonctures 
ne nous empêcheront point d'aller rechercher les lieux sanctifiés parles en- 
fants de saint Benoît et de saint Bernard, de pleurer sur les ruines qui cou- 
vrent le sol, et de ressusciter quelques souvenirs chers aux contemporains, 
à l'amateur de nos anciens monuments rehgieux et nationaux. C'est le 
motif qui me porte à vous entretenir aujourd'hui de l'ancienne abbaye de 
Stürzelbronn, dont j'ai pu visiter l'emplacement tout récemment. 

Stürzelbronn appartenait pour le spirituel au diocèse de Metz, mais son 
abbaye figure sur la liste des communautés d'Alsace, et par sa position 
topographique elle faisait partie du bassin du Rhin et du landgraviat de 
l'Alsace inférieure'. Entre llaguenau et Schweighausen, les rivières réunies 
de Falkenstein et de la Schwarzbach se jettent dans la Moder, qui porte 
ses eaux dans le Rhin. La petite rivière de Falkenstein sort de la vallée de 
Niederbronn et se joint à la Schwarzbach à Reichshoffen. Remontons le 



1. Voir Charte de l'empereur Sigisraond de 1417, citée par Scbœpllin, Alsace illustrée, 
tome II. 



— m — 

cours de celle dernière à travers la jolie vallée du Jägerthal, et nous 
atteindrons finalement la vallée de Stürzelbronn baignée par la Scliwarz- 
bach. 

On connaît le Jägerthal, ses grandes usines, ses vertes forêts et ses belles 
ruines. A l'entrée se présente la chapelle de Wallfahrtshofen, élevée sous 
le vocable de la sainte Vierge et de saint Ulric. L'image miraculeuse de la 
Vierge y attire un nombre considérable de pèlerins chaque semaine. La 
nef est entièrement renouvelée et agrandie; le chœur est du quatorzième 
siècle. Le Jägerlhal passe pour une des belles vallées de cette partie des 
Vosges; je lui laisse cette réputation, un peu usurpée à mon sens. Forêts 
et ruines sont intéressantes, mais les eaux de la Schwarzbach méritent le 
nom qu'elles portent: elles sont noires et peu Hmpides, grâce peut-être aux 
masses de scories qu'y déposent les usines. Les grandes usines de fer de 
la compagnie de Dietrich méritent qu'on les visite. Le touriste amateur 
de nos ruines et de nos chroniques se portera de préférence vers les deux 
châteaux de Windstein. Windstein-Neuf domine la vallée et fut un point 
stratégique important dans la période féodale; comme construction il est 
bien moins intéressant que le vieux Windstein, placé en retraite, et dont 
le roc massif, creusé de main d'homme, renferme les principaux apparte- 
ments des anciens châtelains, La contrée est riche en vieux donjons ruinés; 
sur un diamètre de moins de trois lieues on en compte au moins quinze. 

Vers le hameau de Dambach la vallée s'élargit, on rencontre de la cul- 
turc, mais la végélation est maigre et ne suffît point aux besoins maté- 
riels des habitants. Sur la gauche, de hautes murailles émergent d'une 
montagne bien boisée; ce sont les restes du Ilohenfels, jadis un château 
considérable. Nous remontons toujours la Schwarzbach, traversons le ha- 
meau de Neunhofen et arrivons bientôt à la jonction des deux vallées du 
Jägerthal et de celle de Steinbach, qui se confondent et forment celle de 
Stürzelbronn. 

Un môle considérable la barre dans toute sa largeur et fait voir un des 
travaux les plus dignes de remarque des laborieux disciples de saint Ber- 
nard. Ce môle forme un barrage pour les eaux de la Schwarzbach et par 
suite un lac d'une étendue respectable. C'est l'étang de Grafenweycr, qui 
fournissait à l'abbaye ses belles carpes, et qui, desséché aujourd'hui, produit 
un fourrage peu recherché. Je ne connais pas l'origine du nom, il se peut 
que ce terrain, avant d'appartenir à l'abbaye, ait été le domaine de quelque 
dynaste de la contrée, peut-être du comte de Bilsche, qui en aura doté les 
religieux. Quoiqu'il en soit, la grande digue qui maintenant encore ferme 
la vallée et qui rappelle par une double rangée de beaux tilleuls l'industrie 



— Go- 
des moines, est un ouvrage qui mérite l'attention. Bientôt on touche aux 
rives du Langenweyer et enfin au bassin de l'abbaye, dont les derniers 
bâtiments s'adossaient à la montagne du côté nord. 

Stürzelbronn est une des filles de l'ordre de Cîteaux qui se rapprochent 
de l'origine de la création de saint Bernard. Sa fondation, due à Simon, 
duc de Lorraine et comte de Bitsche, date de 1135. Elle est sœur puînée 
du monastère de Neubourg dans la vallée de la Moder, entre Haguenau et 
Pfaffenhofen, fondé par les dynastes de Liitzelbourg en. 1128, et dont le 
premier abbé était un comte de Neuchâteau, propre cousin de saint Ber- 
nard. Les Bernardins étaient dans toute la ferveur de leur récente origine 
et l'ordre prit une extension rapide. La tracHlion locale admet comme hors 
de conteste que le saint fondateur vint visiter la nouvelle colonie de 
Stürzelbronn. Il le pouvait en revenant de Spire et en s'arrétant à Hague- 
nau pour donner de suprêmes consolations au duc d'Alsace Frédéric le 
Borgne, père du grand Frédéric Barberousse qui venait de prendre la croix 
avec son oncle Conrad III. 

La jeune colonie prospéra rapidement. Elle comptait de nombreux bien- 
faiteurs parmi les familles nobles d'Alsace et de Lorraine, et bientôt son 
domaine temporel acquit une grande importance. Toute la vallée de Stürzel- 
bronn, en amont et en aval de la Schwarzbach, formait son patrimoine, qui 
grâce à l'activité industrieuse des moines s'agrandissait d'année en année. 
En 1179, l'empereur Frédéric Barberousse octroie à l'abbé de Slürzel- 
bronn une charte confirmative d'un acte de donation \ L'un des bienfaiteurs 
de l'abbaye fut à cette époque Thierry, landgrave (cornes provincialis) de 
l'Alsace inférieure, et dont la libéralité est attestée dans une charte de 
Frédéric, comte de Bitsche, fils du duc Mathias de Lorraine. Elle porte la 
date de 119G^ En 1417, l'empereur Sigismond reconnaît à l'abbé de 
Stürzelbronn des possessions à Altdorf et Eckendorf, acquises jadis par le 
dynaste Simon de Bitsche. Ce document atteste également que le comté 
de Bitsche était partie intégrante du landgraviat de l'Alsace inférieure. Au 
treizième siècle déjà, l'abbé exerçait des droits curiaux à Wörth-sur-Sauer, 
et ses domaines deDambachetNeunhofen sont affirmés dans un document 
de 1387, cité par notre historiographe Schöpflin. Un livre terrier et d'é- 
conomie, provenant des archives de l'abbaye, se trouvait à la bibliothèque 
de Strasbourg. J'ignore par quel hasard il y était entré; en tout cas il était 
précieux et eiàt fourni à quelque historien de la célèbre abbaye des don- 

1. Scbœpflin, .l^Äöce t7/Ms/ree, tome II. 

2. Ibid., tome II. 



— 70 — 

nées qu'il ne trouvera plus ailleurs. L'incendie de la bibliothèque l'a dé- 
voré en 1870. 

Nous voici arrivés sur l'emplacement de l'abbaye. Un coup d'œil général 
sur la vallée me donne immédiatement le plan de son enceinte, dont le 
mur est partout conservé jusqu'à une certaine élévation. L'enceinte est 
vaste, une communauté du douzième siècle formait comme une petite ville, 
avec portes, rues alignées, places, fontaines, jardins. Les bâtiments éco- 
nomiques, les caves etc. sont visibles en partie. La Schwarzbach coupe la 
localité et fournit ses eaux aux divers besoins. On passe le pont et l'on 
arrive à l'église et au cloître parfaitement marqués. Le cloître, avec la belle 
église du douzième siècle, formait un carré dont le plan est indiqué; il y a 
des voûtes qui servaient de' promenoir et renfermaient les tombeaux des 
moines, des abbés et des personnes de distinction qui choisissaient autre- 
fois le lieu du repos dans ces asiles de paix et de prière. Tout est ruine; 
mais je me permets de croire que quelques fouilles, dirigées avec intelli- 
gence, seraient fructueuses, et produiraient nombre de pierres tombales, 
chapiteaux et autres fragments de sculpture intéressant l'art religieux. Les 
nouveaux colons qui vinrent se nicher dans cette enceinte, ne pouvaient 
employer la masse des matériaux gisant à terre. Ces braves gens, qui ga- 
gnent assez péniblement leur vie dans la forêt et avec le maigre rende- 
ment du sol sablonneux, forment aujourd'hui le noyau de la paroisse de 
Slürzelbronn, mais non, m'assure-t-on, la partie la plus consolante. On 
dirait que la rosée céleste n'est point le partage de ceux qui , à un moment 
donné, prêtaient la main à l'œuvre de destruction d'un sanctuaire vénéré, 
et prenaient la place des reUgieux comme une tourbe de moineaux voleurs 
viennent chasser de leurs nids de paisibles hirondelles. C'est chose cu- 
rieuse à voir que les habitations de ces colons. La loge du portier de l'abbaye 
abrite une famille; plus loin quelques anciens bâtiments économiques sont 
occupés par de tout petits cultivateurs; quelques-uns eurent vite arrangé 
une masure sur quelque mur du jardin. D'autres ont fini par élever leur 
modeste foyer avec la belle pierre taillée de jadis. Un reste de bâtiment 
claustral forme une habitation plus considérable, c'est peut-être celle du 
chef de l'endroit. Presque aussi avisé fut un autre, qui réussit à s'organiser 
un logement dans un reste de collatéral de l'église. Je doute que tous ces 
terrains soient légitimement acquis, et que les possesseurs puissent pro- 
duire d'aussi bons titres comme jadis les moines de céans. 

Mais les titres des moines n'existent plus. J'ignore dans quelles circon- 
stances Stürzelbronn tomba sous le marteau révolutionnaire et quelle bande 
noire opéra l'œuvre de sa destruction. Que devinrent les archives, la belle 



__ 71 — 

bibliothèque du couvent, les ornements d'égb'se, les autels, les vases sacrés? 
Je n'ai pas de réponse satisfaisante à donner. Le digne curé de cette pauvre 
paroisse me montra un calice d'argent, de belle forme, du commencement 
du dix-huitième siècle etportant les armes de l'abbé du couvent. C'est le seul 
objet sauvé du déluge. 

L'emplacement de la basilique est facile à fixer. Il en reste un morceau 
remarquable, le portail et deux travées du collatéral nord. C'était un mo- 
nument du douzième siècle, contemporain de la fondation du duc de Lor- 
raine et qui n'avait dans son ensemble subi aucune altération constructive. 
L'intérieur peut-être et l'ameublement avaient pu prendre un aspect re- 
naissance. L'église était orientée et occupait le côté gauche du carré du 
cloître; elle se rapprochait de la montagne, coupée à pic, dont les belles 
pierres fournissaient en abondance des matériaux de construction. Le por- 
tail du collatéral nord est presque intact, sa base est enterrée; c'est un beau 
cintre avec linteau sculpté, et surmonté d'un autre cintre orné d'une croix 
romane de fort bon style. Avec ces données, on recomposerait toute la 
façade et tout le plan de la basilique. Deux tours romanes ont dû flanquer les 
angles du transscpt, autant que j'ai pu juger à une inspection superficielle. 

Dans la petite église paroissiale élevée dans l'enceinte de l'abbaye j'ai 
remarqué quelques pierres encastrées dans le mur du clocher. Deux sont 
des dalles tumulaires dont l'inscription sera facile à déchiffrer quand on 
aura délivré la surface de son empâtement. Une troisième, du quatorzième 
siècle, me semble digne d'attention. J'aicruylireuncomput ecclésiastique 
monumental, pouvant servir à la communauté. Je me trompe peut-être, 
mais je crois la pierre en tout état de cause digne d'être conservée avec 
quelque soin. 

En somme les ruines de Stürzelbronn sont considérables et m'ont dé- 
dommagé de la fatigue de ma course. On m'avait affirmé qu'il ne restait 
à peu près rien de l'ancienne abbaye six fois séculaire. En eff"et, s'il en reste 
quelque chose, ce n'est pas la faute des démolisseurs, qui visaient bien à 
rendre complète leur œuvre. Il serait donc facile de lever le plan de l'ab- 
baye et d'en déterminer les belles dimensions. Église, cloître, grands bâ- 
timents d'habitation, ateliers, celliers et dépendances de toute sorte, tout y 
est encore visible, et l'immense enclos de la communauté cistercienne ren- 
ferme en substruclions ce vaste ensemble d'établissements nécessaires ou 
utiles à une nombreuse famille d'hommes voués par vocation à la [)rière, 
au travail, à l'étude et au soulagement des pauvres. 

Le sol, aride dans les hauteurs, tourbeux et fiévreux dans la vallée, de- 
vint productif sous la main infatigable des moines, qui savaient exécutei' 



— 7-2 — 

de grands travaux d'assainissement et de culture. Il n'en est plus ainsi au- 
jourd'hui, la terre est redevenue stérile et le climat malsain. On est saisi 
d'un serrement de cœur en comparant les tristesses des lieux à l'activité 
qui les animait jadis et à la prospérité qui accompagnait cette ingénieuse 
activité. La communauté de Stiirzelbronn était pour les habitants de la 
contrée une ressource constante, et pour les misérables un refuge assuré. 
Aucun pauvre n'était renvoyé, aucun ouvrier ne restait sans travail ni sans 
secours dans ses moments de détresse. Les propriétaires d'aujourd'hui 
savent exploiter leurs forêts, mais s'occupent moins à soulager les misères 
morales de leurs ouvriers. Telle est la réflexion qui s'impose au visiteur 
des ruines de Stiirzelbronn comme de toutes celles qui jonchent le sol 
de notre Alsace. 

ViCT, GUERBER, 

Curé de Haguenau. 






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AUTELS PORTATIFS EN ALSACE. 



On peut admettre que l'emploi des autels portatifs remonte aux temps 
apostoliques, quoique les documents écrits n'en fassent mention qu'à 
partir du septième siècle'. Les persécutions en nécessitèrent l'emploi 
aussi bien que les voyages des missionnaires. Plus tard, des [raisons d'u- 
tilité publique, commandées par les circonstances, et même des considé- 
rations personnelles pour bienfaits rendus à l'Église, en consacrèrent 
l'usage. Quand le feu avait dévoré l'édifice consacré au culte, le sacrifice 
de la messe était célébré en plein air ou dans un sanctuaire improvisé. Il 
en était de même dans les expéditions guerrières, où l'on plaçait un autel 
portatif sur un support, au milieu du camp. Le privilège de posséder un 
de ces autels, d'abord concédé aux évêques, aux religieux de quelques 
ordres, à des princes qui s'étaient signalés par leur piété', prit dans la 
suite une rapide extension et devint si général, qu'aux quinzième et sei- 
zième siècles il n'était pas rare de voir célébrer la messe dans les de- 
meures particulières, sur la simple demande des fidèles. L'autel était 
transporté d'une maison dans une autre, surtout dans des cas de maladie 
grave, quelquefois même il était placé sur une tombe pour la célébration 
d'un anniversaire, selon l'étendue et les termes de privilège. 

En vain les règlements des évêques' et les décisions des synodes* cher- 
chèrent à limiter ces concessions anciennes, et luttèrent-ils contre certains 
abus. La réforme radicale de ces derniers fut l'œuvre du Concile de Trente. 
Dans la vingt-deuxième session', il fut statué que l'usage des autels por- 
tatifs ou itinéraires serait réservé aux évêques, aux archevêques, aux 
cardinaux, ainsi qu'à quelques ordres religieux, qui jouissaient depuis 



1 . Gatterer, De Osu ait. port, cap. I, num. 1 1. Cf. Bened. XIV, De Sacrificio missœ, libr. I, 
cap. 2, num. 4. 

2. Par exemple Louis le Débonnaire, qui en faisait usage même pendant les chasses. 
Voir Acta sanctonon ordinis S. Benedicti, siècle IV«, partie 2, p. 260. 

3. Tewtsch Rational über das Ampi heiliger mesz, 1535, cap. I, num. 11. — Statuta 
Gode/r. Miiide7isis. Hartzh., IV, p. 594. 

4. Synod. Bamberg., /. c, t. V, p. 617. — Synod. Swcrin., /. c, t. V, p. 642. — ConciL 
Paris., c. 15,/. c, t. IX, p. 1955. 

5. Sess. 22, cap. 9, De ohscrr. et evitandis. 



— 74 — 

longtemps de celle autorisation. Un décret de Clément XI, dalé du 15 dé- 
cembre 1703, restreignit même le privilège pour les évêques à leur 
résidence habituelle. 

Aujourd'hui la faculté de se servir d'un autel portatif hors d'une église 
ou d'une chapelle n'est accordée aux prêtres que dans des cas extraordi- 
naires, pour des motifs très-graves, et aux missionnaires dans les stations 
qui manquent d'église'. Les jésuites employés dans les missions lointaines 
obtinrent ce privilège dès le I'''" octobre 1579*. 

Le respect dont on a entouré ces petits monuments et la facilité de les 
soustraire aux causes de destruction et au pillage, sont- cause de la con- 
servation d'un certain nombre d'autels portatifs, qui se distinguent quel- 
quefois par la richesse de la matière, presque toujours par la perfection 
du travail. Les trésors de Conques' et de Puy, en France; ceux de Bam- 
berg, de Cologne* et de Paderborn^ en Allemagne; de Maestricht^ en 
Hollande; l'abbaye de Melk'', en Autriche, etc., en renferment plusieurs 
qui remontent jusqu'aux onzième et douzième siècles. 

Les plus anciens affectent fréquemment la forme d'un coffret ou d'un 
autel en miniature, dont les faces latérales sont couvertes de plaques 
émaillées ou de bas-reUefs sculptés en ivoire. Plusieurs reposent sur des 
pieds de lion et arrivent à une hauteur de 8 à 12 centimètres. 

A partir du douzième siècle, le plus grand nombre des portât iles de 
l'époque romane et ceux de la période ogivale sans exception sont formés 
d'une dalle quadrangulaire en pierre précieuse, quelquefois seulement en 
marbre et même en ardoise. La pierre est enchâssée dans un cadre de 
bois, qui est recouvert d'un métal ouvragé ou orné de peintures. Les 
angles sont presque invariablement marqués des symboles des quatre 
évangélistes. Assez souvent une partie des reliques se trouve placée sous 
l'image de ces symboles, une autre au centre, si l'évêque consécrateur 
en a déposé dans l'autel; car l'usage d'y enfermer des reUques ne paraît 
avoir été ni constant, ni général durant le moyen âge*. 

1. Kodrig. in sum. verbo: Missa, et Gatterer, cap. 9, Num. 7, et cap. 10 

2. Bull. R., t. YIII, p. 278, edit. Aug. Taurat. 18G3. 

3. Annales arc/ieol., XVI, 77, etc. 

4. Boclf, Das heilige Köln, n" 94. 

5. Orgaiifür christliche Kunst, XI, 7G, etc. 

6. Bock u. Willcmsen, Die miltelult. Kirnst- und Reliquienschätzc zu Maeslricht , 39. 

7. Mittheilungen der Kaiserl. Königl. Cc?ilral-Commission zur Erforschung tend Er- 
hallung der Bnudeiikmüler , VI, 34; XVIII, I6G. 

8. Cf. Pontificale romanum cum nolis Jos. Catalani , t. II, p. 28.5. Paris, 1851. — Voir 
aussi les cilalions dans l'excellent ouvrage de Sclimid, Der christliche Altar und sein 
Schmuck, 250, 314. Regensburg, 1871. 



— 75 — 

A juger par le relevé des objets précieux fourni par les inventaires de 
nos églises, l'Alsace était encore, il y a quelques siècles, assez riche en 
autels portatifs, désignés sous les noms de altaria portatilia, gestaloria, 
itinerariay tabulée consecratœ, Betsteine, etc. 

Ces autels portatifs ne peuvent pas être confondus avec les pierres 
consacrées modernes, encastrées dans la table d'autel de nos églises, et 
dont le nombre est aujourd'hui fort considérable dans la plupart des dio- 
cèses. Celles-ci sont très-simples, sans aucune ornementation artistique, 
et toujours destinées à servir dans une église ou dans un oratoire; les 
autres ont, comme il a été dit, un cadre ou entourage plus ou moins pré- 
cieux et devaient pouvoir être employées partout. 

Je n'en connais que trois qui soient parvenus jusqu'à nous; ils appar- 
tiennent tous à la dernière phase de l'art ogival. 

I. 

Le plus ancien ne remonte pas au delà du quinzième siècle. Il est en 
marbre blanc et mesure 36 centimètres sur 306 millimètres, le cadre en 
bois recouvert de plaques de cuivre doré y compris. Ce dernier a une 
largeur de 6 centimètres. Les angles sont ornés des symboles des quatre 
évangélisles, sans nimbes, formant des médaillons cernés d'une torsade. 
Entre ces médaillons et au milieu de chaque côté du cadre se trouve un 
écusson, appliqué sur celui-ci et fixé au moyen de deux liges de métal, 
qui traversent tout l'encadrement et sont rivés au revers. L'absence de 
tout émail ne permet pas de préciser les armes. L'écusson répété sur 
les deux parties latérales présente une rivière coulant en bande; il rap- 
pelle les armes des Riff, dont le nom paraît fréquemment dans les an- 
nales de notre ville au quinzième et au seizième siècle. L'écu supérieur 
m'est inconnu: il figure le pélican avec 5« p/eïe, c'est-à-dire se déchirant 
le sein pour nourrir ses petits. Les armes y correspondant dans la partie 
inférieure portent une rencontre de bœuf bouclé. 

Une légende, gravée dans le cadre en lettres minuscules, et courant 
sur plusieurs lignes tout autour de l'autel, fait connaître la donation, les 
charges et les privilèges y attachés. 

. pigen . bettötcin . kcld) . mit . oiuer . plntcnc . unî> . 
3U)d . eilbrin . mcö . kenud . tmï» . mit . ciiiter . eilbriu . Ijnetieu . bicc- 
û . ein . airpnral . mit . îicr . ^n^fll . ciii . mcôj . bud) . al 
lerleig alter . ïifd\ . ein . gut . ßd)ell . ein . bin . arrce . karöidicl . mit Itri- 



— 76 — 

gè . 0e0tickt . berled)t . bilîrc . mit . jiueige . ôilbrin 

6d)ilt . ^if . ma0 . ma . m\m . um . et ma^ . bred) . otft . abQUXQ . H . mit 

3u . mad)c . ein . oib . u^ . maô^ . î>o . 311 . 0e|)oi:t . nlUe . m- 

it . 3mei0ê . ï»? . tmlierôt . 0d)ilt . 0e3eid)êt . Ijot . 0^3tt)ttlt . Kalt î>è . kirepcl 

»0r . «ât florècè . 0egebè . aile . 'ùtmw . im . selbe . kirepiel . 

mwô . ÎJa . mit . in . \\\ . irê . Ijieern .30 . mad)e . îiie . es . beîiurftig . siut . oA) . be0e- 

ni . od) ♦ bar . umb . ï>ri . joi*0e3it . aile . jor . 3iibe0Ô . iber 

yvûd . 0rebê . im . 0ro6öen . lidjoff . mit îiieen . fir . 6d)ilt 0e3eiid)net . 

«Cette pierre d'autel, avec calice, patène, deux burettes en argent, une 
boîte à hosties en argent, un corporal avec étui*, un missel, des parements 
d'autel de diverses couleurs, une bonne sonnette, une chasuble en étoffe 
d'Arras", au fond de couleur bleue, ornée de trois figures brodées en 
perles et de deux écussons en argent (qu'on pourra retirer si un objet 
venait à se perdre ou à être détérioré, afin de fournir aux frais de la 
restauration), une aube et ses accessoires^ le tout marqué aux armes des 
deux écussons inférieurs, sont offerts en don par Oswalt Kalt à la paroisse 
de Saint-Florent, à l'intention de faire servir ces ornements à la célébra- 
tion de la messe dans les maisons de cette paroisse, partout où besoin 
sera et où l'on en fera la demande, à la charge de les employer annuel- 
lement pour trois services à célébrer sur deux tombes du grand cimetière 
et marquées de ces quatre écussons. » 

Mes recherches sur le donataire Oswald Kalt sont restées infructueuses. 
Le nom de Saint-Florent paraît rapporter cet autel à l'abbaye de Haslach, 
dont l'éghse est la seule qui ait été construite en son honneur, dans notre 
diocèse. 

Les reliques, soigneusement renfermées dans un sachet, sans indication 
spéciale du nom des saints, touchent le milieu de la pierre. Une ouver- 

1. Ne pas confondre l'étui ou la boite en carton avec la bourse qui sert pour la messe. 
Ces boîtes étaient souvent ornées de précieuses broderies, et décorées à l'intérieur 
de miniatures. 

2. La capitale de l'Artois était renommée pour ses élofTes, tissées d'or et de soie, 
ainsi que pour ses broderies. Encore aujourd'hui les Italiens désignent sous le nom 
« d'arazzo « les images et figures brodées à la main sur les ornements liturgiques. V. Bock, 
Geschichte der Hturr/. Gewänder des Mittelalters, I, 202, etc. 

3. Les accessoires dont il est question ici consistaient en morceaux d'une riche étoile, 
chargés de broderies et quelquefois de pierres précieuses. Ils étaient attachés au bas de 
l'aube, aux poignets, et prenaient le nom de parura , plaga , peut-être par allusion aux 
plaies du Sauveur, représenté par le prêtre, pendant le sacrifice de la messe. 



— 77 - 

ture carrée, pratiquée dans l'enveloppe en bois, forme le sépulcre. Elle 
est fermée par une plaque de cuivre doré, sur laquelle est gravée la face 
du Sauveur, d'un dessin médiocre. 

D'ineffaçables souvenirs se rallachent à ce petit monument, qui fait partie 
de ma collection. Durant la tourmente révolutionnaire, il a servi à plu- 
sieurs prêtres, nommément à MM. Coîmar* etKäuffer*, un peu plus tard à 
M. Scliiltig^ qui, au mépris de la mort et de l'échafaud, se dévouèrent 
pour les fidèles de Strasbourg, et dont Dieu a visiblement protégé le 
périlleux apostolat. A une récente époque de terreur, pendant le bombar- 
dement de notre ville en 1870, j'ai célébré la sainte messe sur celte 
précieuse table du sacrifice, du 7 au 29 septembre, dans une petite salle 
basse, que j'avais disposée en oratoire, le seul abri qui, dans l'établis- 
sement des sœurs de la divine Providence, offrît encore quelques garan- 
ties de sûreté. Depuis la désastreuse nuit du 24 au 25 août, nuit de mor- 
telles angoisses pour toute la ville, mais surtout pour ce quartier, l'édifice 
affecté à la chapelle de la communauté était en partie démoli par les obus, 
et tous les jours atteint par de nouveaux projectiles. 

II. 

Un deuxième portatile, malheureusement très-maltraité par le temps et 
par les hommes, se trouve dans l'église de Steinbourg. 

La pierre, une belle ardoise, était autrefois peinte, comme le prouvent 
quelques restes de couleurs qu'on aperçoit le long du bord inférieur. Le 
cadre de bois représente en peinture, dans la partie supérieure. Dieu juge 
assis sur un trône et tenant sur ses genoux le glaive rentré dans le four- 
reau. Au bas, on remarque saint Michel en lutte avec le démon, et laté- 
ralement saint Félix, sainte Régule, saint Exupère et sainte Vérène. Les 
trois premiers personnages, patrons de la ville de Zurich, tiennent leurs 
têtes en mains pour indiquer leur genre de martyre. Sainte Vérène, 
reconnaissable à la buire et au peigne qu'elle tient en mains, est 



1. Louis Colmar, né à Strasbourg en 1760, fut après le Concordat élevé au siège épis- 
copal de Mayence, où il mourut le 15 décembre 1818. 

2. Jean-Simon Käuffer, né à Strasbourg le 19 décembre 1763, parait dés 1792 comme 
commissaire épiscopal du cardinal de Rohan. 11 fut nommé, en 1822, curé de Sainte-Ma- 
deleine à Strasbourg, f le 22 août 1835. 

3. Fr.-Xav. Schittig, né à Strasbourg le 19 septembre 1769, fut ordonné prêtre à 
Ettenheim, en 1794, se rendit dés lors à Strasbourg pour y exercer le saint ministère, 
t le 12 décembre 1838 comme curé de Saint-Louis. 



* 



— 78 ~ . 

une des patronnes de l'ancienne Alémanie, qui comprenait encore le 
nord de la Suisse. Ce porlalile proviendrait-il de ce pays? Ou faut-il voir 
dans ces quatre saints les protecteurs de la famille noble dont l'écu orne 
le bas de l'autel? Cet écu est d'azur (la couleur a passé au vert) au mas- 
sacre de cerf. Comme le précédent portatile, celui de Steinbourg a les 
angles marqués des symboles des évangélistes. Il est un peu plus grand 
de dimensions et mesure 445 millimètres de hauteur, sur une largeur de 
335 millimètres. 

Il est regrettable que cet objet ait été utilisé comme une pierre d'autel 
ordinaire. Le frottement des nappes, et surtout les manipulations peu dé- 
licates de ceux qui « ornent» les autels, ont laissé sur le cadre les traces 
d'une usure qui n'est pas loin d'une destruction complète de l'ancienne 
décoration artistique. 

III. 

Le troisième autel mobile appartient à l'église de Diebolsheîm, à la- 
quelle il a été légué en loOi, par Jean Priegels, docteur en droit canon 
et en droit civil. La dalle de marbre mesure 175 sur 240 millimètres, et 
n'a que 12 millimètres d'épaisseur. Elle est collée sur une planchette en 
bois de 6 à 7 millimètres d'épaisseur et se trouve dans un cadre en chêne, 
plaqué d'érable vers l'intérieur et orné vers le dehors d'une bordure en 
marqueterie d'une grande perfection, avec rosaces, étoiles en petits mor- 
ceaux de bois de diverses couleurs, travail qui a beaucoup souffert. Le 
cadre a la largeur considérable de 105 miUimètres. 

L'autel a perdu sa consécration, parce qu'il est brisé et que le sceau 
qui se trouvait sur le verso du portatile a été enlevé. Sous l'écusson de 
Jean Priegels*, tracé à la plume, on lit : 

Ex legalo nohilis clarissimi et consultissimi Dni 
Joannis Priegels juris vlriusque Doctoris datum 
est portatile hoc in honorem vlriusque Joannis Baptœ 
et evangstœ patronorû suoru et S. Sebastinni martyris 
Ecclice nrœ Thibolzeimensis titularis usui prœdictœ Eccliœ 
anno millesimo quingentesimo primo. 
(L) ut supra 



1. L'écusson porte deux arbres secs en sautoir, surmontés des lettres I P, sans indi- 
cation (le nu'tal ni dï-mail. 



— 79 — 

Hœcque per me infra notalum denuo renovata 
anno millesimo sexcentesimo sexagesimo primo 

Joannem Fehler tune 

temporis curionetn 

• il) 

Comme l'indiquent ces mots, l'inscription a été renouvelée en 1661, par 
le curé de l'endroit; les traces de l'ancienne légende sont encore visibles 
sous la nouvelle. Un peu plus bas on lit les mots, écrits d'une autre main : 
NB. hoc portatile approbatum fuit 
ab Episcopo Uranopolitano. Riccius 
Michael StepJianus Liechtlé 
tune temporis Parochus in Dibolsheim. 
Le 13 octobre 1755 paraît être la date de cette approbation donnée à 
une pierre d'autel qui n'a point de sépulcre et qui n'a jamais pu renfermer 
de reliques. Ce jour, l'évêque suffragant du cardinal de Rohan, prince- 
évêque de Strasbourg, Riccius, évêque d'Uranople, remit au curé de Die- 
bolsheim des reliques de sainte Rosalie pour son église et ses autels. Ces 
reliques ont été cousues dans un sachet, enveloppées d'un papier avec 
inscription, et attachées ainsi avec de la cire à cacheter sous le portatile 
et immédiatement sur la planchette en bois qui porte la pierre. Elles 
sont aujourd'hui détachées et fixées au cadre; mais on reconnaît par- 
faitement la place qu'elles occupaient en 1755. Le papier qui enveloppe le 
sachet porte deux fois, à l'intérieur et à l'extérieur, l'inscription : 
hicjacent reliquiœ sanctœ | Rosaliœ, quœ anno il 5 5 \ 
die i3 octobris datœ fuerunt \ ad usiwi et pro altaribus 
Ecclesiœ Dibolsheimensis \ ab Episcopo uranopolitano \ 
Riccius Michaeli Stephano \ Liechtlé tune temporis 
Parocho . 
Le travail de marqueterie qui orne le cadre me fait croire que ce por- 
tatile vient d'Italie. Le dessin rappelle au premier coup d'œil les orne- 
ments en mosaïques employés comme motifs de décoration, et l'on sait 
qu'en Italie ces motifs, composés uniquement de formes géométriques et 
combinés de manière à présenter des étoiles, des entrelacs etc., ont de 
bonne heure passé dans les incrustations des meubles de luxe. 

A. Straub, 
Secrétaire généi'al de l'Evéché. 



NOTES GENEALOGIQUES 

SUR UNE ANCIENNE FAMILLE PATRICIENNE 

DE STRASBOURG. 
(Une relique de l'ancienne bibliothèque de la ville.) 



Parmi les sources les plus précieuses où venaient puiser tous ceux qui 
s'occupaient de l'histoire de notre ville, figuraient la consciencieuse et 
riche compilation de Reichard sur nos familles strashourgeoises, et les 
manuscrits héraldiques de Luck. Ces nombreux volumes, rangés dans la 
première salle (côté sud) de la bibliothèque de Strasbourg, renfermaient 
des données péniblement recueillies dans les actes publics ou dans des 
monuments aujourd'hui détruits, et offraient presque sur chaque page 
plusieurs écussons dessinés à la plume et enluminés avec soin. Aujourd'hui 
qu'ils ont disparu, un extrait même lacuneux a encore son importance et 
peut un jour devenir utile. Je crois donc pouvoir offrir aux lecteurs de 
notre Bulletin les notes suivantes, exactement transcrites, il y a vingt 
ans, du IV® vol. de Reichard, intitulé : Genealogie und Wappen der vor- 
nehmen all hürgerlicJien Geschlechter in Sirassburg. Ces extraits fournissent 
des données sur la famille Schott, qui a joué un rôle important dans 
notre ville, et dont le nom figure avec honneur parmi les premiers ma- 
gistrats, dans les rangs du clergé, aussi bien que parmi les littérateurs de 
la renaissance classique. C'est sous l'ammeister Pierre Schott que fut 
rédigé l'ancien Schwörbrief ; son fils, de même nom, fut un des membres 
les plus estimés et les plus savants du clergé de Strasbourg, et tint un 
rang élevé parmi nos humanistes du quinzième siècle; une de ses filles, 
poëte et amie des belles-lettres comme son frère, harangua l'empereur 
Maximilien en langue latine, sous l'humble vêlement de dominicaine. 
Anne Schott s'était faite religieuse au couvent de Sainte-Marguerite, où 
elle partagea son temps entre l'étude et la prière. Elle dut être suivie 
dans cet asile par une autre parente du nom d'Odile, à une époque où 



— Bi- 
les plus rudes épreuves furent ménagées aux religieuses de Sainte-Mar- 
guerite, 

Les traditions nous ont transmis l'image d'Odile Schott illuminée de 
l'auréole d'une sainte. Son nom est attaché à un tableau, exécuté à ses 
fi'ais en IGGi et conservé dans l'église de Saint-Etienne à Strasbourg, où 
il fut placé par le vénérable abbé Mühe. 

La ti'anscription des détails donnés par Reichard sera suivie de quel- 
ques notes manuscrites de Schœpflin et de feu M. le bibbothécaire Jung. 
J'y ajouterai un mot de description sur le tableau mentionné ci-dessus. 



Genealogie u. Wappen der vornehmen alt bürgerlichen Geschlechter 

in Strasshurg. 

(Reichakd , volume IV.) 

Fol. 67'. A° \^^L Peter Schott im Leben'. 

Fol. 68'. A** 1465. Peter Schott im G. bei den Kornkeüfferen wie auch 
im A« 1466. 



1. La bibliothèque de l'Université possède un manuscrit de grand intérêt pour les 
études généalogiques du pays. Il fait partie de l'ancienne bibliothèque Heitz et porte le 
titre : Collecimiea genealogica ex variis libris genealocjicis, Us prœserlim qui in Aichivo 
asservanfur deprompta. Je dois cette indication à l'obligeance de M. Kindler de Knobloch, 
qui a bien voulu me communiquer ses extraits. — Pour la famille Schott ledit manuscrit 
remonte plus haut que Reichard. 11 cite comme membres du Grand-Conseil: «Conrad, 
1237; Ulrich, 1255; Hans, 1303; Ilans, 1349, 1359, 13G2; Oltmann filius Pétri, 1350; 
Fritzmann, 1355; Erhard, 1375, 1378, 1385; Conrad, 1399; Claus, 1 iOO. - 

Plus loin , extrait d'une autre compilation : 
« 1357. Waldnerin reUcta quondam Peiri dicti Schotte de Hagenau. 
« 1359. Dina, filia Ebehni Schotte de Wolzeuheim Arg. 
« 1358. Billemann S. Schöffe zu Hagenau. 

« 1378. Ottomann, natus Pétri oppidani zu Hagenau. uxor Catharina Waldnerin. 
« 1383. Hans im groszeu Rath. 
« 1494. Philipp widersagt dem Bischof Wilhelm von Straszburg wegen herrn Burkhart von 

Lützelstein. 
« 1425. Catharina S. und Hans Gerbott, Eheleute. 
« 1430. Dietrich. 

« 1433. Margarctha monialis S. Marg. 
« 1439. Barbara, Erhardi filia, vidua Oswaldi Schcrer. 
« 1454. t Eis. Adam Kerlings Tochter, Hans Schotten Hausfrau. « 

T. IX. - (M.) C 



— 82 — 

A° ÏAIO. Peter Schott zum Ammeister erwöhlt i. mahls. Zunfft 
zur Luccrnen. 

A° 1471. Margret Schottin monialis S. Margred et Agnes, 
Argentina). 

A° 1473. Peter Schott, Altammeister, im Gr. Raht zur Lucer- 
nen 74, 79, 80, 85 u. 86. 

Fol. 08'. A° 1476. Würdt das Closter St. Agnes, welches in AM 475 abge- 
brochen worden, dem Closter St. Margred incorpo- 
rirt, durch den Ehrw. Vatler u. Meister, Jacob 
Stubach. Also seindt die 2 Closter in ein Corpus 
kommen, darumb esz fürterhien dennahmmenhat zu 
St. Margred u. Agnes, consule Arg : %^^ vice Petro 
Schotto. 

A° 1476 ward Hr. Peter Schott im Gr. Ralh bei den Kürsh- 
neren. wie auch in A" 78. 83. 84. 91. 92. 99. 1500. 
3 u. 4. 

A° 1482. Wardt Hr. Peter Schott daz 3. mahl in dem Ammei- 
ster Ampt zu Straszburg. 

A" 1483. Alsz Hr. Peter Schott zum 3. mahl regierender Am- 
meister zu Straszburg wahr, ist der Brief gemacht 
worden, welchen man noch heute zu tag vor dem 
Münster jährlichen auf dem Schwörtag verleszen 
thut, u. geben ist auf den H. Weinacht Abendt 
1482. Vide copiam dieszes Brieffs bey Bernhardt 
Hertzog in seiner Elsässcr Chronica, üb. 8, p. 83, 4. 

A** 1488. Januarii wardt Hr. Peter Schott daz 4. mahl regie- 
render Ammeister erwöhlt. 

A° 1490. Obijt vcnerabilis Dominus Schott canonicus Sli. Petri 
Junioris Arg. 

Fol. 09'\ Anniversarium Dni. Petri Schotti V. J. D. Confratris 

nostri ad div. Petrum Juniorem, et progenitorum 
ipsius célébra tur ad divum Pelrum Juniorem Argen- 
tine 3 Idus Junij id est 11 Junii. 

A° 1494. Wardt gemacht, die Tafel in dem oberen Chor zu St. 
Margred u. Agnes in Straszburg, vonn Hrn. Petro 



— SS — 

Schotten, Alten Ammeister zu Straszburg, vf bitt 
vnndt begeren der Ehrwürdigen mutherAnnce Schot- 
tin seiner loch ter. die do het gehabt zu dem Prediger 
Orden v. zu dem Closter grosse lieb, hat die taffel 
kost 200 R. vide infra. Er hat gleicher gestalt die 
Weihenachten von holtz künstlich aussgehauven , 
auch schön gemahlet u. vbergult dahien machen las- 
sen. Daran Schott v. deren von Colle oder Collen 
^vapenschildt auszgehamven u. mit goldt v. färben 
geziert zu befunden. 

A» 1495. AuGuSTUS. 

A" 1496. Barbara, monialis S. Clarœ zu Ileilbronii. (Manuscr. Heilz.) 

A° 1498. 18 Febr. Obiit Susanna von Colle oder Collen Dni. Petri 
Schotten, ohm mag. Scabin : uxor. Dominica post 
Valentini. 

A° 1499. FeriaG post prœsent. Marice Dnus Martinus Schott. 

A° 1500. Claus Schott. Im G. Raht bey den Küfferen. 

A" 1503. Auff den 30. tag desz monats V"'' starb der Edel vnnd 
vest Zeyssolff v. Adoltzheim dem pott genadt. Vermög 
Epitaphij (so hiebeuor auszwendig der Steinhütten 
gestanden ietzt aber stehen sie auf dem hof liinder 
dem Münster bey dem -f gang) mit Adoltzheim vnndt 
Schotten Wapen. 

A** 1504. 8 Augusti. Obijt Dnus Petrus Schott ohm magister 
Scabinorum Argentine, Anniversarium Dni Petri 
Schotli magistri Scabinorum, Susannce eins vxoris, 
Petri Scholti J. V. Doctoris eorurn filii. confratris 
nostri ad Divum Petrum Juniorem, viventium nunc 
et progenitorum ipsius celebr. ad Divum Petrum 
Jun : Argentinœ 3 Idus Junij. 

Anniversarium Dni Jacobi Schotten et Ottilia} 

eins uxoris, nee non Petri filii eorum et vxoris eius- 
dem. Celebratur 8 Calendarum maij ad Divum Petrum 
Juniorem Ai'gentina:. 



— 84 — 

Fol. 69\ A" 1505. Ottiha Schottin relicta vidua Zeyssolff von 

Adoltzheim. Lucas Zeyssolff von Adollzheim eorum 
filius. 

A*' 1519. Obiit Ottilia Schottin, relicta vidua dni . . . . Zeys- 
solfs de Adoltzheim '. 

A° 1524. 30 X^"'. Obijt Merga chottin. 

Nota. In dem Gloster St. Margred vndt Agnes in Straszburg. auff der 
Borkirchen, da die Glosterfrawen Ihren Gottesdienst pflegen zu verrichten, 
ahne dem fronAIthar stehen hierbeygeselzte 3 Wapenvndt Soll Hr. Peter 
Schott Altammeisler eben diesen Althar seiner tochter, welche eine Glo- 
ster Frauw, in diesem Gotteshausz geweszen dahien zu Ehren haben ma- 
chen lassen, Anna Schottin genandt, welche eine grosse lieb hat gehabt 
zu dem Prediger Orden v. zu diesem Gloster v. hat kost 200 K Actum 
A° 1494. 



«*-j 






Schott 



Collen 



1. "In (1er Kirche zu S'. Andreas bcQndct sich in der Mauer ein Stein. Gedächtniss des 
vestcn Zcysolf V. Adelzhcim und Ottilie Schottin, seiner hausfrau 1493.» iManuscr. Ileilz.) 

D'après le uièmc ouvrage il faudrait placer ici : 
« 1510. Joh. Schott impressor librorum, curator Salomc Mentlerin, relictœ quondam Phi- 
lipp! Sturm, armigeri. 
«Lorenfz, 1523, 1524, .1525, 152G, 1527. 
« 1538. Brigilta S. uxor Johannis Lindenfelser, Mag. Scab. 
« 155i. Sebastian S. Dreier auf dem Pfenningthurm. 

«Laurentius Schott 1523 . Seine 2"= Gattin : Elisabeth Slorclvin : Kinder erster Ehe: 

1) Brigitta verm. an a) Johann Lindenfelser b) Jacob Ilessmann. 

2) Anscl . Gern : Daniel Vogler. 

3) Margarcth. Gern : Christopf StKdlin. 

4) Gertrud . Gern : Sebastian Jung. 

5) Eiiibelha . Gern : Georg Leimer. 



— 85 — 

Fui. 7if. Dieszes gleichnachfolgende Epitaphium ist ira Jungen St. Peter 
alhier in Straszburg in der Zornen Capell in der kirchen 
zu befunden. Ist ein vbergulter stein 



PETRO • SCHOTTO • ARGEN • DIVI • IVMORIS 
PETRI .^DIS CANOMGO PRESBYTERO 
INNOCENTISSIMO IVRISCONSVLTO ET 
ORATORI POET.EQYE • DOCTO • PETRI SCHOT 
TI SENATORIS SVSSANN.EQVE FILIO PIEN 
TISSIMO AMIGI MESTI POSVERE 

MOR . AXNO • CHRI M.CGCGLXXXX • 
II YD • SËPfËB 





(3ct>äd)tnu6 "ixs ve$Un ^ct)630lff? von 

^'i>e{5\)dm xnm'if C*tili) ^'d)cittin : 

ftnu ijusjfriiu) 1493. 



Nota. In der Kirchen zum alten St. Peter in Straszburg ligt ein gaar 
alter groszergrabstein, gegen dem steinernen Lettner vor dem Chor, doch 
dieser Zeith gegen der Thüren wo von dem -(- gang ausz der Straszen 
hinen gehet, railt 2 Schiiten unter einander, hat der oberste Schild einen 



80 — 



Adler, der unlersl ist der Schollen Schilt mit dem Kôlkopfî vniidl dem 
Bergleiii. hœc pro memoria. 



Anno 14 . . . Jacobus 
Schott et Ottilia 
cius vxor. 



Petrus Schott Altam- 
meister zu Strasz- 
burg zeugt mit Su- 
sanna Y. Colle 
oder Collen seiner 
liauszfrau : 5 Kinder 
■wie folgt. Er starb^ 
A» 1504 8 Aug: Sie 
starb AM 198 18 Fc- 
bruarij Vermög Lu- 
DOWICI MÜGEN Ca- 

lendres. 



1. Petrus Schott J. 
V. D. Canonicns 
S'' Petri jiinioris 
Argeutinfc 6 1490. 
2 Idus ybris. 

2. Marueed Schottin 
vxor fuit j 

1) WiLHELMI BeTT-^2. 
SGHOLDTS Olim 1 

Mag.Scabinorum.l 
2).... Dolden. I, 

3. Merua od. Marla. 
Schottin vxor Dni 
Florentzii mueüij 
Obiit lila 1524.; 

3OXbris0illel511, 

19 februarii zeug- 
ten 



, Columba Bett- 
scholtin vxor 

1) .IaCOBI MuETiIJ 

2) Caspari Zornen 
VON Bulach 
Equitls aurati. 

EucH.\Rius Bett- 
scholdt. 



Ottilia Schottin 

1) vxor Petri von 
Collen, 

2) Zeyssolphi von, 
Altzheim odcr\ 
Adeltzheim 
illa A° 1519. 



5. Anna Schottin die 
wahr ein Closter- 
frauw zu St. Mar- 
gred in Straszburg 
A° 1494. 



. Petrum Muegen. 
cius vxor Margred 
Dedingerin. 

, Florentzium Mue- 
gen f. 

. üanielem Muegen. 
Consul, et XIII vir. 
Argent, eius vxor 

1) Clara Prechte- 

RIN 

2) Margretha Dol- 
din. ille peste 
A« 1541 27 8b"s. 

Maria Muegen f. 
Veronica Muegin 
vxor DniJACOBi In- 

GOLD. 

OtTILIAM V. COLLEN 

vxor. Dni Martini 
Sturmij de Sturm- 
eck, genuerunt fl- 
lium Jagobum Stür- 
men, eius vxor fuit... 
•lOH. Bocken Prse- 
toris Argent, et 
Equitis lilia. 



Schœpflin, Hermann et alii liUcrati Aisalice. T. IL 

Fol. 91*\ Anna Schotta. 

Anna hœc Petri Schotli, Consulis Argent. Filia monialis S. Margarelhe 
ordinis S. Dominici, circa A° 1480, perdocla fuit; soror Petri Schotli, J. 
U. D. alque Canonici S. Petri Junioris, ex antiqua nobili familia, 
NB. Die Schotten waren Patrizier, nicht Adeliche. 

Hsec Anna Maximilianum Casarem nomine tolius conventus S. Marga- 
relhe allocuta est lingua lalina alque plura cœnobio privilégia aquisivit. 



- 87 — 

Wencker ad Malincros de Archicancellariis, pag. 428. 

Libellum Prccum ejus anecdolum possidet Du. Weisliiigcr, Pastor ca- 
pellensisad Rodeck. Scriptus est super cliarlam, forma quam vocant duo- 
decimam. Verba ha3C rubro colore pagince primœ priBfixit: «Anna Scholin 
hat dis büchel geschriben Anno Dni 1480. In fine : Diszwart us geschriben 
Anno Dni. M.CCGCLXXX. beten ein Ave iM. vor Ann. Schotin. Sed et sen- 
tenliœ htec ab eadem prœfixae sunt hbro : 
En marge de la main de M. Jung : Libelhis non extal in bibhoth. Joannit. 

Loss diu eigen wilHkeil 

Blibe veste in Widerwertigkeit, 

Durchbrich die Ungestorbenheit, 

So wirt dir fliehen Heb und Icit, 

Nit such zu vil ergetzhclikeit, 

So ist diu Hertz wol bereit 

In güttUcher Heindicheit. 

Des helf uns Jesus in euuigkeit. 

La note de Schœp/Un s^arrête à celte citation; ce qui suit est ajouté pa?' 
M. Jung. 

Codex J. 126. Manuscriptus bibhothecœ civitatis noslröß conlinet histo- 
riam sanclorum quorumdam ejusdem Ann^ Schotin. Scriptus est circa 
A. 1500. 

Bitten für Anna Schottin ein Ave Maria, fol. iOG"" et fol. 14. Fol. 175 ubi 
legenda de A° XV^ narratur, fol. 144 nominal sanctamMargaretham: vnser 
gelruwen huszmuter. 

De ea Weislinger, in Armamentario ex fol. G80 ubi invenit epistolam 
fratris ad sororcm, quam scripsit Bononiic 1476 et alia 681. 685. 

Libellus : von dem lidcn, quem tribuil Ileinrico Vigilii Wissenburgensi, 
ord. min. script. 1530. v. extat J. 128. 



Il me reste à dire un mot de la peinture sur toile qu'Odile Schott fit 
exécuter pour l'église de Sainte-Marguerite dont elle était prieure. Sans 
manquer de mérite au point de vue de l'art, ce tableau a pour nous une 
valeur plus grande comme souvenir de l'étonnante constance avec laquelle 
les pieuses filles de Saint-Dominique ont persévéré dans leur mission de 
prière, fortes de cette foi à laquelle Dieu donne la victoire. C'est dans un 
des moments les plus pénibles et les plus critiques pour la communauté. 



dont l'existence était menacée depuis plus d'un siècle*, que la prieure pro- 
mit de faire représenter la crucifixion du Sauveur. L'orage passa, et l'ex- 
voto fut exécuté. 

Trois scènes distinctes sont figurées sur le tableau. 

Au premier plan, le Christ privé de ses vêtements est assis sur la croix, 
que les bourreaux préparent pour le supplice, en y forant les ouvertures 
destinées à recevoir les clous. Deux personnages d'un extérieur repous- 
sant insultent la victime, en faisant un geste ignoble. Tout près, les saintes 
femmes soutiennent Marie, qui est tombée en pâmoison. 

La seconde scène est presque sur le même plan que la première. Elle 
figure l'acte de la crucifixion. Le Christ est étendu sur la croix; mains et 
pieds sont en ce moment cloués sur l'instrument du supplice. Un peu plus 
loin s'élèvent les trois croix. Le Christ a rendu l'âme; son cœur est percé 
d'une lance par un guerrier à cheval, au moment où l'on brise les mem- 
bres du larron impénitent. Nombreuse assistance au pied de la croix dans 
des costumes variés. 

Le peintre, dont le nom n'est pas connu, donne au Christ, dans les trois 
attitudes, le nimbe d'or avec la croix fleurdelisée, et le nimbe d'or, mais 
simple, à Marie, au disciple Jean et aux saintes femmes. Il a étudié de 
bons modèles et sait faire de l'éclectisme; on reconnaît facilement dans le 
groupe placé au pied de la croix un personnage important qui figure sur 
un tableau de Rembrandt, et le Christ de la première scène est une imi- 
tation réussie d'une des plus belles créations de Dürer. Le dessin est gé- 
néralement correct, les groupes sont disposés avec art, mais les têtes 
principales manquent de cette élévation de sentiment qu'un artiste de 
troisième rang ne saurait atteindre. 

Le tableau est marqué des armes de la famille Schott et porte l'in- 
scription : 

(ffl)tl)tlrt ^d)ottin ftiorin 

tu ^trn63bur0 ^\xm 1661. 

A. Straub. 



1. V. Th. (le Bussierre, Ilist. des religieuses dominicaines du couvent de Sainte-Mar- 
guerite et Sainte-Agnès à Strasbourg. — Kath. Kirchen- und Schulblatt. Die Chronik des 
St. Margarcthenklosters. 1849, p. 115, 297; 1850, p. 81, 180. 




PREMIERE PIERRE 

delancienne Église des DOMINICAINS (plus tard Temple- Neuf), 

A STRASBOURG 

posée le 26 Juin 1254 retrouvée lors du déblai des matériaux du choeur 

en Décemtre 1873 



LA PREMIÈRE PIERRE 

DE L'ANCIENNE ÉGLISE DES DOMINICAINS 

A STRASBOURG. 



Une découverte Irès-intéressante a été faite en décembre 1873, à l'oc- 
casion du déblaiement des décombres et des matériaux de l'ancienne 
église des Dominicains ou Temple-Neuf: c'est celle de la première pierre 
posée le 20 juin 1254, par l'évêque Henri de Slaleck. L'attention avait 
été attirée sur cet objet par le passage suivant, extrait d'une chronique 
manuscrite de l'abbaye de Saint-Paul en Carinthie, et cité par Bœhmer: 

« 1254 4 Kal. Jun : inchoata est prima fossio fundamenti ecclesie fra- 
trum predicatorum. Postea G Kal. M. posUus est lapis primarius a Do- 
mino H. ep. de Slalecke, rétro majus altare inter cornu dexirum et miiriim 
circa pedes octo subtus terram, et nomen episcopi scriptum est in eodem. 
Et 4 Kal. Jul. inchoatus est murus\^ 

La précision avec laquelle l'annaliste des Dominicains a indiqué la 
place de cette pierre devait, malgré l'incertitude sur l'emplacement de 
l'ancien autel, provoquer des recherches. Grâce aux soins de M. l'architecte 
Salomon, chargé de la nouvelle construction, elles eurent plein succès 
et mirent au jour un petit monument d'une rare valeur pour les études 
archéologiques. 

La pierre, haute de 30 centimètres, large de 10, épaisse de 9, a été 
retirée presque intacte. Elle montre, outre l'inscription indiquée par l'an- 
naliste de Bœhmer, et donnée en beaux caractères majuscules, r^^H?/5Z)ei, 
incisé dans la moitié inférieure de la pierre, et portant non la bannière 
triomphale, mais une croix dont les extrémités supérieures se composent 
de fleurons. Toute l'image est à fleur de la pierre; pour lui donner un 
relief, le sculpteur a ménagé un creux autour des contours. Notre planche 



t. Notœ historicœ Argentinenses, apvd Bœhmer, Fontes i-erum gennaniearum. 
Stuttgart, 1853. T. 111, p. 114. D'après Bœhmer, ces notes sont tirées des annales du cou- 
vent des dominicains de Strasbourg, continuées jusqu'à la fin du treizième siècle et 
faisant partie du manuscrit d'Elienliart. 



— 90 



photographique fait parfailemenl ressortir ce détail. Une seconde croix, 

qu'en héraldique on appellerait enhendée au 
pied fiché et qui a élé entaillée de la même 
manière, décore la face de dessous. (V. figure 
ci-contre.) 

II ne sera pas hors de propos de donner 
quelques explications sur la première pierre 
des églises, et de faire ressortir les particu- 
larités de celle du Temple-Neuf. 

D'après les plus anciennes traditions litur- 
giques, basées sur les textes de l'Écriture 
sainte, la première pierre d'une église signi- 
fie le Christ. Elle est toujours posée à l'un des 
angles de l'édifice, parce que Jésus-Christ est 
cette pierre, rejetée par les constructeurs et 
]>\\ V.;V(i 1 f.*/, I, /'/ j J ■ devenue la pierre d'angle, unissant dans la 

c -— ^-— -'*:^=,„l^^.il^^ même foi les juifs et les païens', rapprochant 

dans sa personne divine le ciel et la terre^, et laissant jaillir de son cœur 
cette merveilleuse source de grâces, qui alimente l'Église à travers tous 
les siècles, comme la source qui traversa miraculeusement le désert pour 
abreuver les enfants d'Israël. Les oraisons, chantées par l'évêque au 
moment de la bénédiction, les versets qui précèdent, et dont l'un fait 
une allusion directe au fondement de Pierre, représentant du Christ, 
expriment de la manière la plus nette cette idée symbolique, dont le sens 
profond n'échappe à personne, et qui fournirait pour la circonstance un 
magnifique thème à développera 




1. Act. des ap. IV. 

2. Sumnii Pareiitis filins, 
Domus supernœ et iiifima; 
Utrumque junxit angulum. 

JJymne de la Dédicace. 

3. V. Lapidem quem reprobaverunt icdilicantes, 
R. Ilic faclus est la capul anguli. 

V. Tu es Petrus, 

n. Et super liane petrani a^dificabo Ecclesiaui meam. 
Gloria Patri, etc. 
Gremus. Domine Jesu Cliriste, Fiii Dei vivi;.... qui es lapis anfjularis, de moule sine 
manibus abscissics, ci immutabile fundumenlum; liunc lapidem collocandum in luo 
nomine confirma, etc. 
Gremus. Domine sancte. Pater omiiipotens, ;cterne Deus, benodiccre dignare liunc 



— Ol — 

Comprise dans ce sens, la pierre fundamentale d'une église ne saurait 
mieux accuser au dehors sa signification mystique que par la croix. 
C'est le signe que prescrivent des lettres liturgiques d'une haute anti- 
quité et que l'évéque marque avec un couteau sur les six faces de la pierre, 
en invoquant chaque fois la sainte Trinité. D'après la rubrique, l'évéque 
sculple ou entaille lui-même les croix sur place, opération qui n'est pos- 
sible que dans le cas où l'on se servirait d'une pierre très-tendre, à moins 
de prolonger outre mesure la cérémonie de la bénédiction. Aussi, depuis 
un temps immémorial, on emploie des pierres tout achevées, et l'évéque 
se contente de suivre la marque des croix avec un instrument tranchant. 
Le nombre des croix, nettement indiqué par le pontifical romain, n'a pas 
été partout observé. Lorsque le cardinal de Vermes posa la première 
pierre de la cathédrale de Ferrare, cette pierre n'était marquée que d'une 
seule croix'. Celle du Temple-Neuf en présente deux, dont l'une, la prin- 
cipale, est portée par le Christ même, figuré sous le symbole de l'Agneau 
de Dieu. Une autre particularité à noter, et qu'on s'explique du moment 
que les faces latérales n'avaient pas à recevoir de sculptures, c'est le peu 
d'épaisseur qu'elle présente, tandis que les pierres fondamentales d'églises 
très-anciennes, comme celle marquée de six croix, qui fut mise au jour 
en 1725, près du village de Briganlini, dans le diocèse de Ferrare, sont 
ordinairement des cubes de dimensions considérables l 

Pour donner à certaines communautés une marque particulière d'es- 
time et de protection, quelques souverains pontifes leur envoyèrent la 
première pierre de leur église, témoin la lettre de Callixte II à Marc- 
Julien, qui construisit en 1119 le monastère de Sainte-Marie de la Charité 
à Venise. Selon toute probabilité, cette pierre était bénite à Rome, et 
l'évéque du lieu ou son délégué n'avait qu'à faire la pose; la cérémonie 
était ainsi faite par deux personnes distinctes. Le cas avait quelque chose 
d'analogue quand l'évéque bénissait la pierre et que, par suite d'une dé- 
férence facile à s'expliquer, l'honneur de la pose était laissé au prince ou 
seigneur laïque qui faisait les frais de la construction. Pareils cas se sont 
présentés à toute autre époque; on peut citer l'exemple de Justinien pour 
l'église de Sainte-Sophie à Conslanlinoplc, celui d'Offa II, roi des Angles, 



lapidem in fundamcntum ccclesiœ... lapident probatum, angidarem . preliosum, in 
fundamentoj'undüluiu de quo dicit aposlolus : Peint aulem crut Chrislus, etc. 

PontiflcaJç Rom. 

1. \d rituale romannm commcntaria autliorc Hier. nanulTaldo. lu-fol. 292. Veiic- 
tiis, 1731. 

2. Môme ouvrage, p. 293. 



~ 92 — 

pour le sanctuaire qu'il fit élever en l'honneur de saint Albain', celui de 
l'électeur Palatin Charles-Philippe, pour l'église du collège des jésuites à 
Mannheim , etc. ^ 

L'inscription, taillée sur le petit monument du Temple-Neuf, ne laisse 
pas de doute sur sa provenance toute locale. Henri de Staleck, homme 
pieux et dévoué aux intérêts de son église, était un des grands protec- 
teurs de l'ordre des Frères prêcheurs, et donna volontiers dans cette 
circonstance aux fils de saint Dominique une marque de son estime. 
Comme le marque le chroniqueur cité par Bœhmer, l'évcque présida lui- 
même à la cérémonie; il bénit la pierre et la posa lui-même à l'un des 
angles de l'ancien chœur, remplacé un demi-siècle plus tard par celui 
que nous avons vu s'écrouler dans les flammes en 1870. 

Avant de bénir la pierre, Henri de Staleck y avait fait sculpter son 
nom. Cette coutume de signer la pierre fondamentale et d'y graver une 
inscription paraît être très-ancienne. Etienne de Baluze, cité par Catala- 
nus^, en indique un exemple qui remonte à l'an 445, et donne l'inscrip- 
tion de la pierre de Marseille, avec les noms du consul Valentinien- Au- 
guste et de l'évêque Rusticus. Le nom du cardinal Louis-Ludovicius, neveu 
du pape Grégoire XV, figure également sur la pierre fondamentale de 
l'église que ce dignitaire fit construire en 1626*, à Rome, en l'honneur 
de saint Ignace. Plus tard, ce détail est quelquefois accusé à l'extérieur 
de l'église sur une pierre apparente, à deux ou trois mètres hors du sol, 
comme à Landser, où on lit le chronogramme : 

MUrI iiUIUs LapIs 
EST A zeLLero beneDIGtUs. 

Il n'a été trouvé avec la pierre du Temple-Neuf aucun objet qui ait pu 
faire croire à l'intention de documenter par ce moyen l'époque de la 
construction; quelques briques en formaient l'unique entourage. Je suis 
porté à croire que la coutume de renfermer des monnaies, des médailles, 
etc., dans les fondations, ne remonte pas très-haut, et qu'elle n'a eu lieu 
qu'à partir de l'époque où la construction des édifices publics de l'ordre 
civil était inaugurée par une cérémonie analogue à celle de la pose de la 
première pierre des églises. Le plus ancien exemple que j'aie trouvé se 
rapporte aux bâtiments du collège d'Altdorf, dont la première pierre fon- 

1. Pontificale Romanum, cum notis Jos. Catalani , II, 33. Paris, 1851. 

2. Basilica Carolina. In-fol. Mannheim, 1752. 

3. Pontif. Rom. II, 36. 

4. Môme ouvrage. 



— 93 — 

damentale fut posée le 30 septembre 1571 ; on y renferma une belle mé- 
daille en argent, frappée pour la circonstance, et présentant sur l'avers un 
procès-verbal presque complet de la cérémonie*. D'ordinaire on y plaçait 
les monnaies courantes; dans les églises on y ajoutait même des reliques, 
mais simplement dans un but de piété, comme il arriva lors de la con- 
struction de l'église de l'Immaculée-Conception à Anagnie, en 1733, où 
l'on disposa des ossements de saints non-seulement sous la première 
pierre, mais encore dans chaque angle de ^édiflce^ 

Il est d'usage aujourd'hui qu'on ménage dans la première pierre une 
cavité plus ou moins profonde destinée à recevoir, outre une pièce de 
chaque monnaie courante, un écrit sur parchemin donnant des indica- 
tions historiques relatives à la construction, avec les noms des personnes, 
comme dignitaires, architectes, etc., qui ont droit d'y figurer. Le contenu 
est rais à l'abri de l'humidité et scellé avec soin. C'est ce qui a eu lieu le 
23 mai dernier, lors de la pose de la première pierre du nouvel édifice, 
qui doit remplacer l'ancienne église des Dominicains. 



APPENDICE. 

11 n'est pas rare de trouver à l'extérieur de nos églises anciennes, et 
même de date plus récente, une inscription indiquant le jour et l'année 
de la bénédiction et de la pose de la première pierre. J'ai cité plus haut 
celle de Landser, qui nomme encore l'ecclésiastique chargé de la céré- 
monie; il en est qui font mention du constructeur, du clergé local, etc. 
Plusieurs inscriptions du quinzième siècle ont un caractère plus général; 
il n'y est ordinairement question que du commencement des travaux. 
Faut-il y voir la date du jour où l'on a commencé à creuser les fonda- 
lions, ou plutôt du jour où fut posée la pierre fondamentale? La compa- 
raison entre la date de l'inscription et celle donnée par un texte écrit 
plus détaillé pourrait seule donner une solution satisfaisante. Voici une 
série de ces inscriptions que j'ai relevées. Trois appartiennent au grand- 
duché de Bade. 



1. La médaille est décrite dans Touvrage de Will, Der nümbei'gischen Müntzbelusti- 
(jungen zweiter Theil, p. 1G3, etc. Alldorf, 1765. Voir aussi la médaille placée dans la 
pierre fondamentale de l'église protestante de la Concorde à Friedriclisburg et décrite 
par Kollier, lUst. Miinlzbeluslifjuncjen, IV Th. 1 Stück. Kiiniberg, 1732. 

2. Calalanus, Ponlif. Rom . II. 35. — Rilitale Rom.. 11. 9cS. Édif. de Home. 1757. 



— 94 — 

Guebwiller. — Eglise des Dominicains. Contre-fort extérieur. 
(Caractères majuscules.) 

t ANN : DNI . M 
CGC . XII . IN . DIE 
S . MANI . PMARI 
LAPIS . POSIT . EST . ' 

Benfeld. — Dalle provenant de l'ancienne église paroissiale, autrefois 
placée sous le clocher. Elle est aujourd'hui encastrée dans le mur, 
prés du chœur. 

(L'inscription est en belles lettres majuscules-.) 
t IN . DEM . lARE . DO . MAN . ZAL 



TE . VON . 


GOTES . 


GEBVR 


TE . M . 


CCCLII . 


lOR . IN 


. DER 


VASTEN . 


DO . 


WART . 


DIS . 


GOTZIP 


. ANGEVANGEN 


. VND 


VNSERME 


. HERREN . 


SELGEN 


BISCHOF 


. BERHTOLDE 


VON 


ßVCHECKE 


. VN 


. V^ART 


. VOL 


LEBROIIT 


. VND' 


. VNSME 


. HER 


REN . 


BISGHOF 


. lOHANNESE 



VON . LIEIITENBERG 

Fribourg en Brisgau. — Cathédrale. Sur l'un des arcs-boutanls , à la 
gauche du portail nord. 

(En caractères minuscules.) 

DflU . QotXts . 0«burt . m . ac . 
xnù . liiii . m . an . une^r fra 
tt)m . ttb^nt . in . tfiv . «ästen . 
Uit . man . ttm . tv$U\\ . ^teiii . 
on . ttmn . ^ov . 



1. Voir Bulletin, f« série, tome IV, p. 19, Procès-verbaux. 

2. L'auteur de ce mémoire en a pris un estampage en 1853. Il est conservé dans sa 
llection. 



2 

collection 



— 95 — 

Thann. — Église de Saint- Tliiébaud. 

ûuno m . ia rrr 

octniuT kakuïiio augusti (25 juillet) 

poeitue (rnt primus 

lapis f^u^nmentrtU0 

I)uju9 lattris 

Hochfelden. — Ancienne église servant aujourd'hui de chajjelle. Côté sud. 

(L'inscription est en lettres minuscules.) 

f nnno . bni . m . cccc . rrro . nf . 
. mitujöd) . lind) . saut . lUrid) . "înifl* 
. iôt . Iii03cr . 0ebii . nn0efan0cu ^ 
\n\b oint îiis ï>ie l^umeietcr . mit . nameu . 

A _x 

l)eiurid) ho ad)enl)eim 0euat*(?) un Ijitatljeim** 
dau6 ôd)0rliii vntf I)an6 lobel ppegcr 

*En 1435, ce mercredi tombait le G juillet. 

**La pierre, très-usée eu cet endroit, laisse difficilement reconnaître le nom, Gebbard? 
Ge^vart (Goar).'' J'avais d'abord lu «genannt « et rapporté les noms à un seul arcbitecte, 
comme M. Fischer (Hochfelden, p. 4), et après lui M. Gérard [les Artistes d'Alsace, II, 
p. 87), qui lisent Heinrich vo Daienheim (jenant von Ultenheim; mais les deux figures 
maçonniques font voir qu'il s'agit de deux architectes, comme les mots de la ligne supé- 
rieure, "die Bumeister», indiquent nettement qu'il s'agit de plus d'un. Mon estampage ne 
me laisse presqu'aucun doute sur les mots von Achenheim et von hitenheim. 

Bruchsal. — Église paroissiale , à l'un des contre-forts du chœur. 
(En beaux caractères minuscules.) 

f mm eauctiôsie . incûrua ^ 
. cioniö . \i\\\ . m . ccr c . rluii •:';• 
. Vu . sabbati . rrnii . mnisiö 
. maij . ind)ciatU0 . e . d)cini0 . 

. hU . 6ub . mciur'" îiiuT . îina 
. tleinl)nrtici . ^^o . ^piren . et 
. tlliptn ^e gcliuôtat ci " nMtocato . 



— 96 — 

Totil près on lit : 

. 1)^ structure 

. ötructorcm . $d 

. tote . fuisee . ma 

. tjiôtru . Irtureuciu 



Kaysersberg. — Église paroissiale, collatéral sud. 

(Caractères gothiques.) 

mno "bni m cccc rlviii . \p$o . tfk . $U . mnr0arfte . tnr 
gtutô . iufeptwm . eet . ietuîr . eï>ifinum . 

Osthausen. — Le tympan de la porte occidentale de l'église porte 
l'inscription : 

(En caractères minuscules gothiques.) 

^mw ïmi m . cca Uj îjï»^" 

martij J)ud)(jatttm eet l)oc op® 

* 15 mars. 

Gengenbach. — Ossuaire adossé au côté nord de l'église abbatiale. 

. Df . Imuötrtg . uad) . sat . ux^t . X% ' 
. t»e3 . Ijcilifle . rittcre . «Jitrïi . Vxux . 
. biuu . nugcuaugen . un . ^. erst . 
. ôtetn . gcleit . nnuo . m . ce« . iti . 

Le jeudi après la fête de saint George tombait, en 1452, le 27 avril. 

Wilwisheim. — Eglise paroissiale. 

(Caractères gothiques.) 

^nno . î>ni . m . aa . 
Uni . Jîuccptu . t . pu? . 
opuô . sub . l>uo . Cuu 
rfll>o . Jïorliacôtcin (?) 
rectinc I)uju6 ccdceic . 



— 97 — 

L'inscription de Wilwislieim n'indique pas le jour où les travaux furent commencés; 
je la cite en partie à cause du nom du recteur, devenu presque illisible, tant la pierre 
est fruste en cet endroit. Peut-être qu'un document écrit le fera connaître exactement. 

Obernai. — Ancienne église imroissiale. Contre-fort extérieur. 

^iui . ï>ui . m . ceci . Iro . tu . 
Me . ^ilini . lapiö . pm^ . l)iù^ . 

Cette pierre a été conservée avec soin, après la démolition de l'ancienne église, en 1868. 

A. Straub. 



T. IX. — (M.) 



L'ÉGLISE DEVIEUX-TIIANN ET SES VITRAUX. 



Presque à l'entrée de la pittoresque vallée de Thann et à deux kilo- 
mètres à peine des portes de celte ville s'étend un village de deux raille 
âmes, dominé vers la montagne par une modeste église, dont les lignes 
architectoniques accusent la dernière phase du moyen âge. Cette église est 
déjà une seconde reconstruction. Après les terribles invasions des troupes 
anglaises en 1376, qui désolèrent particulièrement la Haute-Alsace, l'an- 
tique sanctuaire qui avait vu se former à ses pieds le berceau de la ville 
de Thann, ne fut qu'un monceau de ruines. La destruction la plus com- 
plète avait passé par là et n'avait pas laissé pierre sur pierre, comme 
il était arrivé à Hartmannswiller, Staflelfelden, Ufïholtz, Wittelsheim, 
Roderen, Geiwenheim, Cernai, les deux Seppois, les deux Burnhaupt, 
les deux Spehbach, etc.' L'éghse dut être relevée peu de temps après; 
ce qui est certain, c'est qu'en 1399 on y célébrait l'office, comme il res- 
sort de deux lettres d'indulgence données en faveur de l'autel des Pfeiffers 
ou musiciens ambulants, consacré en cette année. La date de la seconde 
reconstruction coïncide avec le passage des Armagnacs, dont les cruautés 
rappelèrent toutes les horreurs commises par les soudards anglais, et qui 
dans leur retraite, opérée en \M5^, brûlèrent même ce qui restait du 
village. Les travaux, commencés en 1444', durent être achevés en 1455, 
à l'époque où la splendide collégiale de Saint-Thiébaut touchait à son 
achèvement. Le clocher n'a été bâti que plus tard, comme l'indique la 
date MCCCCCXI, sculptée au-dessus de la porte qui y mène du chœur. 

L'extérieur est d'une grande simplicité. Les contre-forts du chœur offrent 
seuls quelques ornements et présentent encore une des nombreuses sta- 
tues démolies par les iconoclastes de 93. La légende qui s'y rattache est 
trop belle pour que je puisse la passer sous silence. Quand les fanatiques 
qui s'étaient chargés de jeter à terre les images placées autour du chœur, 
arrivèrent devant celle de la Vierge, le courage leur faillit, et ils descen- 
dirent l'échelle dressée entre les contre-forts; alors un des plus furieux 
jacobins saisit le levier, monta l'échelle en proférant d'atroces blasphèmes. 

1. Voir l'énuméralion plus complèlc Jans la Chronique de Thann, t. I, p. G28. 

2. //;/(/., t. I, p. 572. 

3. Ibid , {. l,p. 505. 



— 99 — 

Sa main toucha à peine la Vierge, qu'il tomba sur les débris amoncelés 
au pied du sanctuaire et fut trouvé roide mort. 

Je tiens cette légende de la bouche d'un vieillard, que j'ai vu en 18G6 
agenouillé dans le cimetière, l'œil fixé sur l'image sainte et priant avec 
une effusion et un accent de foi qui auraient touché l'àme la plus sceptique. 

L'inférieur est plus riche en détails artistiques, quoique le temps et la 
main de l'homme n'aient pas laissé que d'y exercer leurs ravages successifs. 

Comme dans beaucoup d'églises de cette époque, le chœur seul est 
voûté. Les nervures de la voûte, fleuronnées aux points d'intersection, 
portent dans la clef un couronnement de Marie, délicatement ciselé. 
Sous le clocher, aux angles et à la naissance des nervures, quatre écus- 
sons offrent les insignes de la Passion. L'entrée du sanctuaire est encore 
décorée du Christ en croix, qui ne manquait dans aucune de nos an- 
ciennes églises et qui était suspendu sous l'arc triomphal. Je suis porté à 
croire que c'est l'image primitive, placée au seizième siècle, moins toute- 
fois les têtes d'anges joufflues, qui me paraissent être une addition du 
dix-huitième. Ajoutons que le chœur a conservé sa custode du quinzième 
siècle placée dans le mur, quoiqu'elle reste abandonnée depuis long- 
temps, et que les anciennes pentures fleuronnées consolident encore la 
porte qui mène du chœur à la sacristie. 

Je n'ai aucune observation à faire sur les autels, et je passe à la pein- 
ture murale du côté nord de la nef, aujourd'hui le dernier souvenir que 
la tribu des musiciens ambulants a laissé dans l'église de Vieux-Thann, 
où elle célébrait annuellement son Pfcijfeiiag. 

Cette peinture, exécutée à la détrempe et assez bien conservée, sur- 
montait un autel et en simulait pour ainsi dire le retable. Il n'y a pas de 
doute qu'elle n'ait été exécutée aux frais des Pfeiffers, dont elle repré- 
sente la patronne et la protectrice, et dont la confrérie se réunissait depuis 
bien longtemps dans l'éghse de Vieux-Thann. A cette même place, Ilerrmann, 
trompette du duc d'Autriche Leopold et roi des bateleurs, avait, le 20 octobre 
1399, fondé un autel de confrérie, qui, d'après le texte, devait remplacer 
celui de l'ancien sanctuaire. Je tire ce détail des deux lettres d'indulgence 
citées plus haut, et que je publierai in extenso à la suite de ce travail. 

La peinture en question est antérieure au seizième siècle. C'est en 
image la traduction de la prière usuelle aSub ttiwnprœsidiiim confîtgimus^, 
adressée à Marie par la confrérie. La Vierge est assise, tenant le divin 
Enfant de la gauche et de la droite son propre symbole, la rose mystique. 
Sous les plis de son large manteau, relevé par deux anges, on aperçoit 
une douzaine de musiciens, agenouillés aux pieds de Marie et dans 



— 100 — 

l'atlitiule de la prière. Parmi les inslruinenls de musique qu'ils portent 
sur eux, on distingue une mandola, mie vielle, un tambour, etc.; trois 
sont habillés de blanc et chaussés de souliers à la poulaine ; quatre per- 
sonnages portent un médaillon attaché à un ruban, qui forme nœud sur la 
poitrine. Il est marqué des armes de Thann {de gueules à une fasce d'ar- 
gent, parti d'argent à un pin de sinople), et paraît être le médaillon de 
la confrérie. En somme, les musiciens sont vêtus de costumes tels que 
nous les apercevons dans le ISarrenschiff de Sébastien Brand et dans 
d'autres ouvrages illustrés du temps'. Je crois qu'il y aurait un intérêt 
réel à remettre cette peinture en état. 

Plus loin, et sur le même côté de l'église, on remarque le tombeau du 
Sauveur, l'un des plus beaux que nous ayons en Alsace. J'appelle l'atten- 
tion sur les statues des saintes femmes, qui sont d'une grande pureté de 
lignes. La planche 53 de la première section du grand ouvrage des antiqui- 
tés d'Alsace, par Schweighseuser et Golbéry, figure l'ensemble de cette 
œuvre de sculpture. 

Jusqu'à la Révolution, l'église de Vieux-Thann a servi à des religieuses; 
d'abord à des religieuses suivant la règle de saint Augustin, puis, à partir 
de ISS^, à des dominicaines. Leur ancien «leltner» ou tribune avancée 
avec stalles, etc., n'existe plus; rien ne rappelle plus leur séjour dans ces 
murs qu'une jolie cloche, nommée par les habitants la cloche des domi- 
nicaines % et quelques épitaphes de religieuses, comme celles des 
RR. Mères Deitz, f en 1749; Marie-Rose Schott, f le 3 juin 1763; Jeanne- 
Baptiste Brukert, f le 12 mars 1765, à l'âge de 78 ans, et celle d'une 
prieure, qu'on voit sous la tribune actuelle des orgues. En voici la légende : 

17 MEI 1773 IST 

IN GOTT 

GESTORBEN 

DIE WOHL 

EHRWÜRDIGE MUTTER 

M. ROSA BENEDIGTA 

NODLER PRIORIN DIESES 

CLOSTERS S S DOMINIGI 

65 JAHR ALT UND 

PROFESS 48 . R . I . P . 



1. Voir Revue catholique de l'Alsace, t, YIII, p. 511. 

2. Elle porte l'inscription : OSANNA . . REX . GLORIE . CRISTE . VENI . CVM . PAGE. 
D'aprôs la forme des caractères elle est antôrieurc d'un demi-siècle au moins à la con- 
struclion de l'église actuelle; elle existait bien avant l'arrivée des dominicaines. 



— 101 — 

Tout près on voit la pierre tombale d'un noble «genant Beriiiger», 
t le 11 septembre 1560, et quelques épitaphes de prêtres qui ont des- 
servi l'église; celles-ci sont très-usées par le frottement et devenues à 
peu près illisibles. Jusqu'en 1791 l'église était desservie par le clergé de 
Saint-Thiébaut. Pendant la Révolution, Vieux-Thann eut des prêtres ju- 
reurs. En 1797, on y voit figurer Ihler, Jean, ancien curé constitutionnel 
de Pfaffenheim, qui fut transféré à Traubacb, lors de la réorganisation du 
diocèse après le Concordat. En 1802, l'église de Vieux-Thann devint suc- 
cursale et fut successivement desservie par les ecclésiastiques dont les 
noms suivent : 

Gœpfert, Antoine, né à Niederanspach en 1737. Avant la Révolution, 
curé de Gildwiller pendant 16 ans. Nommé en 1802 admi- 
nistrateur de Vieux-Thann. f 1815. 
JÜDL1N, Valentin, né à Thann en 1742. Ancien capucin, fut chargé de la 
desserte de Vieux-Thann en 1804; se retira le 31 juin 1815. 
1 1825. 
Dietrich, Jean, né à Rouffach en 1760. Jusqu'en 1790 chanoine régulier 
de la congrégation du S. Sauveur en Lorraine et professeur 
de mathématiques au collège royal de Saint-Louis à Metz. 
Prêta le serment constitutionnel et parut au synode de Soultz. 
Fut nommé desservant de Vieux-Thann le 1^"" février 1815, 
où il resta jusqu'au l^'' avril 1816. Il fut remplacé trois mois 
plus tard par 
JiEGER, Joseph, t 23 septembre 1817. 

Haffner, Franç.-Ant. , né à Colmar en 1760. Religieux de l'abbaye de 
Haute-Seille, de l'ordre de Cîteaux; professeur jusqu'à la 
Révolution. Nommé à Vieux-Thann le l^'" décembre 1818. 
t 27 octobre 1820. 
II^ENNER, Grégoire, nommé à Vieux-Thann le l*^'" avril 1821 , transféré à 
Mollau le 1*^'' décembre 1822, se retira l'année suivante. A 
j)artir du 1^"" janvier 1823, la succursale fui administrée par 
Mercklen, Franç.-Jos., né à Thann en 1796. Auteur d'une Histoire de la 
ville d'Ensisheim; f curé de cette ville et chanoine hono- 
raire en 1844. 
Waltz, Ant., né à Feldbach en 1794. Nommé à Vieux-Thann en 1825, 
où il resta jusqu'en juillet 1832. Plus tard curé de Huningue. 
Karm, Franc. -Jos., né à Dict^viller en 1803. Depuis 1856 curé de Mar- 
kolsheim. 



— 102 — 

Hirn, Jérôme, ne à Ville en 1<S0G. Nommé le 23 mai 1838; s'est retiré 

en 1862. 
HuHN, Fr.-Xav., curé actuel depuis le 29 janvier 1862. 

Vieux-Thann avait le même patron que Thann, c'est-à-dire saint Thié- 
baut, jusqu'au 5 juin 1823. Ce jour l'évêché approuva l'élection faite par 
la paroisse, qui choisit saint Dominique pour patron principal. 

Avant de passer à la description des vitraux peints, je signale encore: 

1° Une statue en bois représentant saint Thiébaut et conservée au pres- 
bytère (comm. du seizième siècle); 

2" Deux ex-voto, datés de 1696, et suspendus à la sacristie. Vieux- 
Thann est un pèlerinage delà Vierge douloureuse, autrefois Irès-fréquenté; 

3*' Quelques signes lapidaires que j'ai relevés. 



^>ti-^X>tT 



7 V 



VITRAUX. 



Toutes les fenêtres de cette intéressante église paraissent avoir été 
fermées autrefois avec des verres peints. La fenêtre du milieu du chœur 
et une fenêtre du côté nord ont conservé presque toute leur vitrerie 
peinte. Quelques restes, surtout des écussons, se trouvent éparpillés dans 
les autres fenêtres du chœur et dans celle qui ouvre sur le milieu du côté 
sud. J'en ferai le relevé, après avoir analysé les deux vitraux qui ont le 
moins souffert. 

A la simple inspection des sujets et de la manière dont ils sont coordonnés 
dans les trois divisions verticales, on reconnaît que la rangée inférieure 
se compose de parties rapportées qui ont dû figurer dans une autre baie; 
qu'il y a une lacune de quelques sujets entre l'adoration des mages et le 
Christ au Jardin des Oliviers; enfin que la rangée de panneaux dont ce 
dernier sujet fait partie, devrait occuper la place de celle qui commence 
par la flagellation, et vice versa. 

Un coup d'œil sur le cadre ci-joint (page 103), qui indique la place 
qu'occupent les 18 panneaux du vitrail, pourra faire reconnaître la justesse 
de mon observation. 

La fenêtre porte au sommet de l'ogive les armes : 

l** D'Autriche : de (jucules à la fasce d'argent; 

2" De Bourgogne : ccarlelé au f cl 4" semé de.France à la bordure corn- 



— 103 — 

posée d'argent et de gueide, au 2' et 3' de Bourgogne ancien (bande d'or 
et d'azur de six pièces à la bordure de gueules) ; 

3° De Ferrelte : d'azur à deux bars adossés d'or. 

Les figures de ce vitrail sont d'un dessin Irès-ferme et vigoureux. 




Présentation delà 
Vierge dans le Temple 



La Vierge sur les genous 
de sainte Anne. 



Bestes d'une série de douze apôtres. 



Mariage de la Vierge 
avec saint Jssepb. - 



En tout encore cinq 
figures. 



Sans tomber dans le grotesque, le peinire-verricr a donné aux juifs celte 
expression de rage et de cruauté que le seizième siècle a poussée quel- 
quefois jusqu'à la caricature. La scène de la llagellalion renferme une 



— 104 — 

tête qui ferait honneur à GalJot. Le Christ en croix est d'une belle exécu- 
tion, mais fort mutilé; comme sur le principal vitrail de Sainte-Marie- 
Madeleine à Strasbourg, et sur un grand nombre d'images du quinzième 
et du seizième siècle, les anges recueillent dans des calices le précieux sang 
du Sauveur. Je ne suis pas éloigné de croire que ce vitrail est un reste de 
l'église saccagée et renversée par les Armagnacs; en tout cas il est dû à 
un artiste qui suit les traditions du commencement du quinzième siècle; 
plusieurs détails rappellent même les peintures sur verre de la nef de 
Haslach, qui sont de la fin du quatorzième. Les sujets qui manquent au- 
jourd'hui me paraissent être: le baptême dans le Jourdain, la résurrec- 
tion de Lazare et la dernière Cène. Les cycles de la vie de la Vierge et de 
celle du Sauveur seraient ainsi complets. 

Le vitrail de la nef, côté nord, mériterait une description minutieuse 
avec planche coloriée. Comme composition et comme effet d'ensemble, 
c'est une des plus précieuses œuvres de peinture sur verre que l'Alsace 
ait conservées, quoique sous le rapport du dessin elle le cède de beau- 
coup à la belle série de l'histoire de la Passion à Saverne, aux panneaux 
placés au-dessus du portail de Saint-Guillaume à Strasbourg, et à la vie de 
sainte Agnès, qui décore une fenêtre de Saint-Georges à Schlestadt, toutes 
œuvres de la même époque. Elle a l'avantage d'être presque intacte et 
de nous faire connaître, outre la date de sa confection, les noms des 
deux donateurs, qui ne pouvaient laisser de leur piété un plus remar- 
quable souvenir. 

La fenêtre est consacrée à la sainte Vierge et présente l'arbre de Jessé, 
mais d'une manière toute différente de celle que l'iconographie sacrée a 
adoptée depuis le douzième siècle. Au lieu de porter les ancêtres du 
Christ et de terminer par la fleur traditionnelle qui s'épanouit dans la 
figure de Marie avec l'Enfant, l'arbre, qui est ici un cep de vigne, issanl 
de la poitrine du vieillard Jessé, forme avec ses ramifications le cadre 
des principaux événements de la vie de la Vierge. Se détachant du pied, 
les sarments chargés de fruits et riches en feuillages viennent entourer 
comme autant de médaillons la naissance de Marie, l'annonciation faite 
par l'ange, la naissance du Verbe, l'adoration des mages, la mort ou la 
dormition de la Vierge et son couronnement dans le ciel. Dans les rin- 
ceaux supérieurs, on aperçoit des anges qui agitent des encensoirs. 
Plusieurs détails d'intérieur et de costumes, comme dans la scène de la 
naissance de Marie, sont reproduits avec cette minutieuse précision qui 
distingue les œuvres du quinzième siècle, et font de celte fenêtre un 
intéressant sujet d'étude. Quant aux figures, elles sont pour la plupart 



— 105 - 

peu correctes, la physionomie de quelques-unes approche même du 
trivial. 

Les deux panneaux inférieurs présentent l'image des ecclésiastiques 
donateurs dans l'attitude de la prière. A notre gauche, Jean Müller, pré- 
vôt de la collégiale de Saint-Thiébaut à Thann, est présenté par saint 
Etienne, premier martyr; de l'autre côté, le curé de l'église, Nicolas 
Wolfach, est présenté par le docteur de l'Église, saint Jérôme, portant le 
costume des cardinaux et accompagné d'un lion. Les figures des dona- 
teurs sont des portraits exécutés avec un soin rare, surtout celui de 
Wolfach, qui est dessiné de main de maître. 

Voici la disposition des deux légendes qui nous les font connaître après 
une pieuse invocation, dont ils se partagent les versets: 

Jîflartfl . mor . gu . mater . tu noe . ab . Ijoete . ptege . i . 

misnc0m \)oxù . mortie . snscipe 

JÎ0l)aiU6 mulUr . ppeit^ . (cet MUoia' tDolfad) plbnus et ranon 

eti tl)cc<balîii . ^na . "bni . Irui rue Ijxii'' ccck . ^m . ï«m Imi . 

Jean Müller avait été le dernier prévôt du chapitre de Saint-Amarin, 
que le concile de Bàle transféra à ïhann, en 1441; il fut le premier de 
Saint-Thiébaut et présida celui-ci l'espace de vingt-sept ans '. 

En tète de son nom se trouve un petit écusson d'argent, timbré de sa 
lettre initiale M de sable en caractère majuscule gothique. La date est à 
compléter par le millésime et par le nombre indiquant les siècles; il nous 
donne ainsi l'an 1400. 

Le curé Wolfach a pour armes d'azur au loup ravissant d'argent, 
tenant un oison entre les dents de même. D'après la chronique déjà citée, 
Nicolas Wolfach, précédemment chanoine de Saint-Amarin, desservit la 
cure de Thann dès 1450. Il succéda à Jean Müller en qualité de prévôt, 
et conserva cette dignité jusqu'à sa mort, arrivée le 22 mars 1480 ^ 

Plusieurs détails méritent d'être notés. La scène de la naissance de 
Marie offre quelques gracieux costumes et des particularités à remarquer 
pour la literie, le mobilier, etc. Dans l'Annonciation, l'ange présente à la 
Vierge un diplôme muni de trois sceaux. Les mages, dont l'un offre déjà 
le type nègre, portent leurs dons, l'un dans une cassette, le second dans 
un bocal à pied, avec couvercle en forme de tourillon gothique, le troi- 



1. Il mourut le 13 mars 1471. C/ir. de Thann, I, 632. 

2. Ibid., I, 668. 



— 106 — 

sième dans un vase analogue, combiné avec une corne à boire. A la mort 
de la sainte Vierge, les douze apôtres sont présents; saint Pierre asperge 
le corps d'eau bénite, saint Jean tient la palme lumineuse avec laquelle 
il précédera le convoi, etc.* Au couronnement, Dieu le Père et Dieu le 
Fils reposent les pieds, cliacun sur un globe transparent comme du cris- 
tal, dans lequel on distingue des rochers émergeant de la mer. Pour le 
technicien, il peut être intéressant de savoir qu'une tête, mais une seule 
dans tout le vitrail, celle de saint Joseph dans la scène de la nativité du 
Sauveur, accuse le passage de la pierre ponce, avec laquelle l'artiste a 
enlevé l'émail du verre rouge, pour pouvoir supprimer un plomb. 

Il me reste à énumérer les fragments de vitraux, consistant principale- 
ment en écussons et distribués, au miheu du verre blanc, dans les fe- 
nêtres du chœur et dans celle du milieu de la nef, côté sud. 

Au chœur, du côté de l'évangile, dans la première fenêtre : 

1 . Autriche, de gueules à la fasce d'argent (la partie supérieure manque) ; 

2. Froburg (?), d'argent à un aigle contourné, au vol abaissé d'azur ^ 
membre d'or, brisé en cœur d'un croissant d'argent. 

Dans la deuxième fenêtre: 

1. Andlau-Bellingen: D'or à la croix de gueules; derrière l'écu, une crosse 
d'or en pal, tournée en dedans ; 

2. Ferrelte : d'azur à deux bars adossés d'or. 
Du côté de l'épître, dans la fenêtre du milieu : 

i, ? de gueules à deux léopards d'or; 

2. ? Parli de ? {tiercé en fasce d'argent de gueules et d'azur) et*de 
Massevaux (?), d'argent à trois lions de sable passant l'un sur l'autre. 

La fenêtre de la nef, milieu du côté sud, présente, outre une image de 
sainte Barbe, une Vierge avec l'Enfant et la face de sainte Véronique , 
cinq écussons, dont voici l'analyse : 

1. Parti de Truchsess de Rheinfelden (d'argent à trois fasces de gueules) et 
de Bicrenfels {d'or à l'ours de sable en pied sur iine motte de gueules)^ -^ 

2. Eptingen : d'or à un aigle de sable posé en fasce^; 

1. Voir Lerjenda aurca. De a/ssumptione. B. M. V. 

2. Les Franciscains de Tiiann comptaient parmi leurs membres un Fr. François rie Btc- 
renfels, f 4 oct. 1457. Clir. de Thann, I, GOO. — P. Caspar de Truclisess fignre chez eux 
de 1464 à H97. Ibid., I, G88. 

3. Dans les années 1170, Ilcrrniann d'P^ptingen parait comme gouverneur autricliien 
dans la Haute-Alsace. lOid., I, G37. — Un mcmln'e de cette famille, Fr. André d'Eptingen, est 
mort au couvent des Franciscains de Mulliousc, le l""" juillet 1470. Ihid., I, G30. 



— 107 — 

3. ? Écarlelé au i*^"^ d'or à l'aigle contourné de sable ; au 2*^ de gueules à 
trois besans d'argent (de Neipperg?); au 3" d'azur à trois écussons d'ar- 
gent (de Granvil), et au // d'or fascé d'azur au lion de gueules. 

A. Écartelé au V^ d'or à l'aigle de sable contourné; 

au 2^ d'or à un fer de lance à l'antique de sable, posé en barre (Reich 

de Reichenstein)'; 
au 3^ coupé d'or à trois fusées de guexdes rangées et posées en fasce et 

de gueules ; 
au 4® d'or à un lion coupé d'azur et de gueules (Reinach); 

5. Murbach : d'argent à un lévrier rampant et contourné de sable. L'écu 
est surmonté d'une mitre; il a deux anges pour tenants. 

Je suis obligé de me borner à cette analyse aride, n'ayant pas les loi- 
sirs nécessaires pour des recherches sur les familles représentées par ces 
armoiries. De plus iieureux que moi rectifieront, compléteront ces don- 
nées, et trouveront peut-être dans quels rapports ces familles ont été avec 
l'église de Vieux-Tliann. Mon unique but a été d'attirer l'attention sur une 
église trop peu connue et de contribuer à la conservation de ce qu'elle 
possède encore de remarquable. Grâce au vote de la Société pour la 
conservation des monuments historiques d'Alsace, qui a alloué à cet effet 
une somme de 1,000 francs, accordée par M. le président de la Haute- 
Alsace sur les fonds de son déparlement, grâce au concours de la fabrique 
de l'église, les deux principaux vitraux sont en ce moment, dans l'atelier 
de notre peintre- verrier strasbourgeois, M. Pelitgérard fils, l'objet d'une 
restauration aussi consciencieuse qu'intelligente. Les verres primitifs, 
même ceux qui ont des brisures, sont conservés avec soin, et les quel- 
ques verres nouveaux qui doivent remplir les lacunes sont exactement 
mis au ton des parties anciennes et traités avec cette entente qu'on con- 
state chaque fois avec une nouvelle satisfaction dans les travaux de res- 
tauration confiés à M. Ferdinand Iliigelin. Je nourris l'espérance de voir 
un autre talent s'occuper un jour des peintures murales que j'ai signalées 
et (jui doivent perpétuer le souvenir de l'ancien Pfeilfertag de Vieux- 
Thann. 



1. De 1477 à 151(5 on rencontre au couvent des Franciscains de Tliann Fr. I/Ouis Reich 
de Reiclienstein. Ibid., I, G47, 73ü. 



108 — 



LETTRES D'INDULGENCE 



DONNÉES EN FAVEUK DE l'auTEL DE LA CONFUÉEIE DES PFEIFFER '. 



I. 



1399. — Vendredi, 17 octobre. 



Wernherus magne* de Telsperg, vica- 
rius Reverendi in Christo Patris ac Do- 
mini nostri Domini Ilumberti de novo 
Castro, Dei et sanctae sedis apostolicae gra- 
cia episcopi basiliensis, in spiritualibus 
generalis universis et singulis Christi 
fidelibus per civitatem et diœcesim basi- 
liensem viventibus constitutus, ad quos 
praesentes pervenerit^ salutem in Domino 
sempiternam. Quoniam, ut ait apostolus, 
oranesStabimus ante triijunal Christi, re- 
cepturi singuii prout in corpore gessimus, 
sive bonum fuerit sive malum, optantes 
nos diem messionis extremae misericordiae 
operibus prevenire et aeternorum intuitu 
Seminare in terris quod, concedente Do- 
mino, cum multiplicato fructu recolligere 
valeamus in cœlis, firraam spem (idu- 
ciam que tenenles quod qui parce seminat 
parce et metet, et qui seminat in bene- 
dictionibus de benedictionibus metet vi- 
tam aeternam. Cum igitur Hermannus 
Trumpentarius illustrissimi principis Do- 
mini Lupoldi, ducis A u Striae , pro sainte 
suaeanimse et ejus peccatorum remedio, ob 
honorem omnipotentis Dei et iaudem suœ 
genilricis beatissimie Virginis Mariae fun- 



daverit de novo in ecclesia parochiali 
villae Tann, basiliensis diœceseos, unum 
altare, et illud certis suis bonis propriis 
dotaverit intendens quod in ipso altari 
Capellanus, qui pro tempere fuerit, divi- 
nis ofiBciis et missarum obsequiis Altis- 
simo famuletur, petitum fuit a nobis ut ipsi 
altari de aliquo misericordiae remedio seu 
indulgentiis subvenire dignaremur. Quare 
nos de omnipotentis Dei misericordia, 
gloriosissimae Virginis Mariae et beatorum 
Pétri et Pauli apostolorum ejus meritis et 
auctoritate confisi, omnibus vere peniten- 
tibus et confessis, qui dicto altari manus 
porrexerint adjutrices, vel in aliquibus 
ornamentis, rebus bonis vel subsidiissub- 
venerint, aut missas vel alia divina officia 
audiverint ac indulgentias quaesierint, 
auctoritate ordinaria nobis commissa qua- 
draginta dies de injunctis sibi pœnitentiis 
misericordie in Domino relaxamus. In 
ejus testimonium sigillum curiae basilien- 
sis est appensum. Datum Basileœ, anno 
Domini millesimo Irecentesimo nonage- 
simo nono, ferla sexta proxima post fes- 
tum Sancti Galli confessoris, Salvo tarnen 
jure Rectoris praescriptae ecclesiœ. 



1. Ces deux lettres d'indulg-ence, dont les originaux paraissent être perdus, et le titre de 
la fondation faite dans réglisc de Vieux-Tlianu par un membre de la famille de Reinach, 
dont la transcription suit, sont insérés dans un registre manuscrit de 1487, conservé au 
presbytère de Yicux-Tbann. Elles sont écrites sur beau parchemin, en caractères soignés, 
mais par un copiste qui a eu quelques distractions, faciles à corriger. La lettre qui suit, 
et qui est la première de date, y figure en second rang. 

2. Lisez Maigerey. 



100 - 



II. 



1399. — Dimanche, 26 octobre. 



Nos frater Georgius Dei et sanctœ se- 
dis* apostolicœ gratia episcopus Dymi- 
triensis, ordinis Praedicalorara, Reverendi 
in Christo patris et doniini domini Honi- 
berti elecli et confirmati Basiliensis Vica- 
rius in pontiflcalibus generalis, universis 
Christi ßdelibus salutein in Domino senipi- 
ternani. Vita) perennis* gloria, qua mira 
benignitas omnium Conditoris beatam co- 
ronat aciem civiuni supernorum, a Re- 
demptoris pretio Christi sanguinis pre- 
tioso nierito debetacquirivir(ute,interque 
illud prœgrande esse dinoscilur quod ubi- 
que, sed praecipue in sanctorum ecclesiis, 
majestas altissimi collaudatur. Cum igitur 
Hermannus , trumpentarius Illustrissimi 
principis domini Lupoldi ducis Austrlae, 
rex jocnlatorum in dyocesi basiliensi con- 
stitutorum, una cum confratribus suis 
fraternitatis jam dictorum joculatorum 
pro sainte animarum suarum etpeccato- 
rum eorumdem remedio, ob honorem pas- 
sionis Jesu Christi crucisque benediciae 
principaliter atque in laudem et gloriam 
sanctorum Johannis Baptislie, Lucae evan- 
gelistœ, Georgii, Christophori et Petri de 
Mediolano martirum, Anna; matris Virgi- 
nis Marise, Barbarae et Katharina; virgi- 
nuni, ac in recoraendationem omnium 
fidelium defunctorum, fundaverit de novo 
in ecclesia parochiali villa; Tannis, basi- 
liensis diœceseos, unum altare a sinislris 
juxta medium muri oontigualiler in dicta 
ecclesia situm, et illud cseteris bonis hinc 



inde laboribus propriis aqnisitis dotave- 
rit, nos vero idem altare die vicesima 
sexta mensis Octobris, quae fuit dies do- 
minica proxima ante festum sanctorum 
Simonis et Judae Apostolorum, sub anno 
Domini millesimo, ccc™" nonagesimo nono 
Pontificatus sanctissimi in Christo Patris 
et Domini Domini Bonifacii Papse octavi^ 
anno nono, in honore passionis Jesu 
Christi, crucisque benedictse, aliorumque 
sanctorum superscriptorum consecrave- 
riraus diemque consecrationis die prae- 
dicta ejusdem altaris annualiter fieri et 
celebrari statuerimus, id circo cupientes 
ut ipsum altare a Christi fidelibus con- 
gruis honoribus frequentetur, omnibus 
vere pœnitentibus etconfessis, qui dic- 
tum altare in festivitatibus prsedictorum 
sanctorum visitaverint et dominicam ora- 
tionem devote ibidem peroraverint, aut 
pro ornamentis aliisque necessariis ejus- 
dem altaris'' manus porrexerint adju- 
trices, seu etiam in dedicatione et per oc- 
tavas ejusdem pro indulgentiis ad ipsum 
mente devota accesserint, de ipsius om- 
nipotentis Dei misericordia et beatorum 
Petri et Pauli apostolorum ejus auctori- 
tate confisi, quadraginta dies criminalium 
et centum venialium de injunctis sibi 
pœnitentiis in Domino misericorditer re- 
laxamus. In quorum omnium testimonium 
bas praesentes patentes litteras fieri (feci- 
mus), nostrique sigilli appensione secundo 
roborari, anno, die et loco praenotatis. 



1. Le manuscrit porte ,/?(/ri , par suite d'une méprise du copiste. 

2. Perhennis, et plus loin Jhesu. 

3. Lisez noni. 

4. Le copiste met aUanon. 



ilO — 



FONDATION FAITE DANS L'ÉGLISE DE VIEUX-THANN 



PAR LE SEIGNEUR JEAN ERHART DE REINACH 



1487. — 1" janvier. 



Aïs ellich erlich lute in vergang-enein 
Biirgunschen Kriegslöiiffcn vsz einer ny- 
cloiiegi komen, so do irer pferde vnnd 
liarnisch etwas vmb gots willenn zu ge- 
Ijenn gewilligt, dero nii oiich etlich ab- 
gangen, soliclis bis har gestanden, nil 
vollzogenn gewesen, darumb von der- 
selben vrsach wegenn der edel strennge 
herr hanns erhart von Rinach ritter got 
dem almechtigen zu lobe, siner wirdigen 
mutter Maria vnnd allen lieben heiligen 
zu eren vnd den obgemelten ouch allen 
gloibigen seien zu trost, an die Kilch vnnd 
buw vnnser lieben frouwen zu Altentann 
gegeben xxiiij ß geltz, so do mit xxiiij lib 
vviderkouflBg sint, gegeben hat, also das 
vnnser liebenn frouwen buw pfleger so- 
lich zinsz jerlich innemen, ob die abgelöst 
wider anlegen, nutzen, nieszen vnnd do- 



mit als mit anderm des büws niilzunge 
tun vnnd lossen sullent, doch mildem 
gedinge vnnd vnderscheidt so do fur vnnd 
fur gehaltenn werdenn soi, das die ge- 
nanten Kilchnieiger nü hinfur jerlich vnnd 
zu ewigen zitton , vff den nechsten tag 
noch sannt Ilylarientag sullent den ob- 
gedochlcn vnnd allen cristgloibigenn seien 
zu trost haltenn ein jorzit mit funff prie- 
stern , der jedem der Kilchnieiger ij [3 ge- 
benn , vnnd soi den zweien Kilchmeigern 
vverdenn jedem 1 ß vmb das su doby sint 
vnnd zu fronim gont, vnnd einem Kilwart 
iiij d das sich trifft xij ß iiij ô, die uberi- 
genn eilff Schillinge viij ô sullent dem ge- 
melten büwe der Kilch zu Altentann vol- 
genn werden vnnd bliben, alles getrüwlich 
vnnd vngeuerlich, vnnd ist dis haruff ge- 
schriben am ingonden m° cccc Ixxxvij Jare. 



1. Fol. 2i du manuscrit. 



15 juillet 1874. 



A. Straup. 



NOTIGE HISTORIQUE 

SUR LE COUVENT 

DE LA CONGRÉGATION DE NOTRE-DAME DE SAVERNE. 



Les troubles de la Lorraine, le pillage des gens de guerre qui parcou- 
raient le pays, la misère et la dépopulation qui étaient à leur comble à 
Dieuze et dans la contrée environnante, forcèrent les religieuses de la 
congrégation de Notre-Dame, établies dans cette ville, à quitter ce séjour 
dangereux; cinq d'entre elles se réfugièrent à Saverne après la paix de 
Weslphalie, et s'y établirent définitivement en 1657', avec la permission 
de l'archiduc Léopold-Guillaume d'Autriche, évêque de Strasbourg, dans 
l'espoir de pouvoir, sans aucune fondation ni dotation, se soutenir par 
l'ouvrage de leurs mains et les pensions des jeunes filles, qu'elles se 
chargeraient d'élever et d'instruire. 

La principale obhgalion de ces religieuses, dont l'ordre avait été fondé 
au commencement du dix-septième siècle par le bienheureux Pierre 
Fourrier", était d'instruire les jeunes filles, et la noble impulsion qu'elles 
avaient donnée à l'enseignement les avait rendues célèbres. A peine 
étaient-elles arrivées à Saverne, qu'elles y achetèrent de Gabriel du 
Terrier, seigneur de Birckenwald', moyennant la somme de trois mille 



1. Archives du Bas-Rhin. S. G. iG94. 

2. Le R. P. Fourrier, ciirô de Matliain court, en Lorraine, religieux profès de Cbamouzey. 
ordre de Saint-Augustin, fut bôatifié le 29 janvier 1730. Il naquit à Mirccourt en 1565 et 
mourut en 1C40. 

3. Gabriel du Terrier, seigneur de Fontaine, major de la garnison française de Saverne, 
épousa le 12 juin IGiO, dans l'église paroissiale de cette ville, une noble alsacienne, 
Marie-Ursule d'Andlau ; il obtint en 1644, du Magistrat de Saverne, la concession d'un 
terrain situé près du Zoll- ou Brucklbor, dans la ville moyenne, et où s'élevaient autre- 
fois trois maisons qui avaient été détruites pendant la guerre; il y construisit, en 1645, 
une grande et belle maison, qu'il loua pour une auberge à Jean-Adolpbe Reinbold. Après 
la paix de WcstpLalie, il se lixa on Alsace et reçut, en IGiO, à litre de fief, de Jeanne- 



— 112 — 

florins, la maison qu'il y avait fait construire sur le bord de la Zorn dans 
le quartier de la ville appelé ville moyenne ou Mittelstadt, et y faire tous 
les changements que nécessitait sa transformation en couvent, qu'elles 
dédièrent à la bienheureuse Vierge Marie. 

L'accord conclu entre les rehgieuses de la congrégation et le sieur 
Gabriel du Terrier, seigneur de Birckenwald, porte, quant au payement 
du prix de la vente de la maison, que comme il avait deux fdles, Marie- 
Françoise et Sabine-Richarde-Françoise, auxquelles il ne pouvait donner 
une éducation convenable, à cause du décès trop prématurément arrivé 
de leur mère, les religieuses de la congrégation seraient tenues de 
prendre chez elles lesdites deux filles, de les entretenir, et de les élever 
d'une façon convenable jusqu'à leur étabhssement, que si elles se desti- 
naient pour le monde, les frais de pension, d'éducation et d'instruction 
seraient déduits sur le prix de vente, et que le reste serait payé par les 
religieuses; que si elles prenaient le voile, le couvent garderait les trois 
mille florins pour leur dot, à savoir quinze cents florins pour chacune; 
que si elles mouraient avant d'être établies, les religieuses hériteraient 
d'elles cinq cents florins indépendamment des frais ci-dessus mentionnés. 

La célébrité dont jouissait l'ordre de la congrégation de Notre-Dame 
rejaillit sur les rehgieuses de Saverne ; elles y ouvrirent une école et un 
pensionnat, où elles virent affluer des filles de tout rang et de toute 
condition, tant de la ville que du dehors. C'est la première institution de 
ce genre qu'on ait vue en Alsace. 



Marie-Sabine d'Offenbourg, abbesse d'Andlau, le village de Birckenwald, avec le château, 
les biens et les droits seigneuriaux y attachés. Il ajouta ou plutôt substitua à son nom 
celui de Birckenwald, qu'il transmit à ses enfants. 

Gabriel du Terrier n'a jamais été gouverneur de Saverne , comme le prétendent par 
erreur Schœpuin et Grandidier, il conunanda seulement en qualité de major la garnison 
française de cette ville. Les fonctions de gouverneur y étaient exercées, depuis 1638 
jusqu'en 1650, par M. de Pesselières, «maistre de camp d'un régiment d'infanterie pour 
le service du roi», lequel joignait au gouvernement de Saverne celui des villes de 
Plialsbourg, Sarrebourg et Fénôtrangc. 

Sabinc-Richarde-Françoise de Birckenwald épousa Charles Dupré de Dortal, de Vienne 
en Dauphiné, fils d'un trésorier et conseiller du duc de Lorraine. Lorsque François- 
Antoine de Birckenwald, commandant du second bataillon du régiment royal, mourut en 
1713, sans laisser d'enfants, le flef de Birckenwald fut transmis comme féminin à sa 
sœur Sabine-Richarde-Frauçoise, veuve Dupré de Dortal, dont le fils, Joseph-Louis, prit à 
son tour le nom de Birckenwald et fut l'auteur d'une nouvelle maison de ce nom, 
laquelle s'éteignit en race mâle par la mort de Charles-Ferdinand, arrivée le 19 jan- 
vier 1783. 



— 113 — 

M. l'abbé Gbapia, dans son histoire du B. Pierre Fourrier', rapporte 
que le couvent de Saverne fut fondé en IG^S, un an après la mort du 
saint fondateur de l'ordre; mais c'est évidemment une erreur, car anté- 
rieurement à la paix de Westphalie, on ne trouve aucune trace, aucun 
vestige du séjour de ces religieuses à Saverne, ni dans les archives de la 
ville, ni dans les archives départementales du Bas-Rhin. 

Le chanoine régulier Bernard rapporte de la manière suivante la fon- 
dation du couvent de Saverne': 

«Les religieuses de Dieuze ayant été forcées par la guerre et la famine 
à abandonner leur monastère, il y en eut quelques-unes qui, après avoir 
cherché leur retraite en plusieurs endroits, abordèrent enfin en 1643 à 
Saverne, célèbre par le magnifique palais des évêques de ce lieu (sic). 
Elles y furent longtemps sans pouvoir y former d'étajjlissement, et ce ne 
fut que quatorze ans après que S. A. Mgr. François-Égon de Fürstenberg-, 
évêque de Strasbourg, informé des grands biens qu'elles faisaient par 
leurs petites écoles, aussi bien que de leur conduite austère et édifiante, 
de concert avec ses illustres chanoines du premier chapitre de celte même 
ville, qui voulurent avoir part à celte bonne œuvre, fonda leur monas- 
tère. Ainsi ces bonnes sœurs éprouvèrent, comme leurs sœurs firent en 
plusieurs endroits où elles trouvèrent aussi le moyen de faire de nou- 
veaux établissements, que, quand on marche sous la conduite de la Pro- 
vidence, les plus grandes peines trouvent leurs adoucissements. Les 
novices qui se présentèrent pour venir au secours de ces premières 
rehgieuses et la clôture qui fut mise à leur maison consommèrent bientôt 
cette œuvre de piété, et comme tout y avait commencé sous les espé- 
rances les plus heureuses, tout s'y acheva de même avec beaucoup de 
succès et de facilité. » 

Le document dont la traduction suit' constate que ce n'est qu'en 1657 
que les rehgieuses de Dieuze sont arrivées à Saverne: 

Décret de la Régence de VEvêché de Strasbourg. 

Comme les héritiers Stottelus de Saverne ont fait avec les rehgieuses 
qui sont arrivées dans cette ville, il y a à peine une année, un traité pour 

1. Imprimé à Nancy, 1850. T. II, p. 278. 

2. Conduite de la Providence dans l'établissement de la congrégation de Notre-Dame. 
Tout, 1732, p. 257. 

3. Ce document se trouvait aux archives du tribunal de Saverne et a été versé en 18Gi 
aux nrcliives dépavicuicntalcs du lias-Hliin. 

T. IX. - (M.) g 



— 114 — 

l'entretien de leur mère et aïeule respective moyennant la cession d'un 
capital de 500 florins qui leur est dû par la recette du bailliage d'Epfich, 

Il est ordonné à Etienne Kestler, receveur général de l'évêché, de 
payer contre quittance aux susdites religieuses celte somme de 500 florins 
qu'il portera valablement en dépense. 

Décrété à Saverne en Alsace le 20 juin -1658. 

L'administrateur et les conseillers de l'évêché de Strasbourg, 
Signé: François. * 
Et plus bas: Mathias Grundschütz et Jean Rieneckher. 

A peine l'évêque de Strasbourg François-Égon de Fürstenberg avait-il 
saisi la crosse, que les religieuses de Saverne furent l'objet de sa muni- 
ficence; ce prélat leur assura par un acte de dotation du i®"" octobre 1663 
une rente annuelle de cinquante-deux livres, de vingt-six rézeaux de 
seigle, de cinquante-deux mesures de vin et de cinquante cordes de bois, 
que les bourgeois de Saverne promirent de charrier gratuitement; le 
grand chapitre de Strasbourg leur accorda également une rente annuelle 
de cinquante-deux livres, et le Magistrat de Saverne leur assura une 
compétence annuelle de vingt cordes de bois, qu'il porta dans la suite à 
trente, en considération des services qu'elles rendaient aux familles par 
l'instruction de la jeunesse. Gomme la maison que les religieuses avaient 
transformée en couvent était devenue insuffisante pour leurs besoins, le 
Magistrat leur céda un vaste emplacement qui y était attenant et sur 
lequel s'élevaient auparavant plusieurs maisons qui. avaient été entière- 
ment ruinées par le siège désastreux de 1636; elles y firent élever des 
bâtiments qui furent raccordés avec les parties de bâtiments qui existaient 
déjà. Le couvent consistait alors en trois corps de bâtiments, renfermant 
au seul étage dont ils étaient surmontés les cellules des religieuses, et 
qui étaient réunies du côté de la grand'rue par la principale porte d'entrée 
et les parloirs. Au centre du corps de logis opposé à l'entrée était 
provisoirement établi l'oratoire de l'établissement. La porte d'entrée de 
ce corps de bâtiment était surmontée d'un grand bas-relief, représentant 
les armoiries de l'évêque François-Égon de Fürslenberg^ 



1. François de Lorraine, évêque de Verdun et grand-doyen du chapitre de Strasbourg, 
était l'administrateur de révôché pendant l'absence du titulaire l'archiduc Léopold-Guil- 
laumc d'Autriclie. 11 mourut à Dieuze le 11 juillet 1661. 

2. Cet écusson, qui se conserve au musée d'antiquités de Saverne, porte écartelé au 
t" de gueules à la bande d'argent, qui est de l'évêché de Strasbourg; au 2« d'argent à 



— 115 — 

Le couvent prêta au cardinal Armand-Gaston de Rohan, évêque de 
Strasbourg-, en 1730, la somme de deux mille francs, destinée «à être 
employée au payement du prix des terres entrées dans le canal » '. Le 
cardinal Armand-Gaston de Rohan lui constitua pour celte somme une 
rente annuelle de cent livres à prélever sur les revenus de l'évêché. Le 
couvent reçut plusieurs agrandissements et améliorations successifs, et 
tout y était disposé convenablement. 

Gel établissement, dont le but était l'instruction des jeunes filles, ne 
tarda pas à conquérir une réputation justement méritée. Les religieuses 
se recrutaient parmi les plus nobles familles de l'Alsace et de la Lorraine 
et apportaient des dots proportionnées à la fortune de leurs parents. La 
dot devait être au moins de mille florins; la pension des deux années de 
probation était de soixante florins par an, et le présent d'église de cin- 
quante florins. Chaque religieuse devait avoir un trousseau d'une valeur 
de mille écus. Les repas de la prise d'habit et de la profession étaient à 
la charge des parents. 

Les religieuses admettaient aussi comme pensionnaires des personnes 
de distinction qui désiraient vivre dans le silence d'un monastère, loin 
du bruit du monde; elles étaient gouvernées par une supérieure auprès 
de laquelle était établi un conseil chargé de maintenir la discipline et de 
veiller à l'exécution de toutes les mesures arrêtées par la communauté; 
ce conseil, dont la présidence appartenait de droit à la supérieure, était 
composé d'une assistante, de trois conseillères et d'une procureuse. 
Toutes les fonctions étaient électives. La supérieure, l'assistante et les 
conseillères étaient nommées par la communauté. Les affaires d'adminis- 
tration étaient délibérées en assemblée chapitrale, composée de toutes les 
rehgieuses vocales ou ayant droit de suffrage. On appelait vocales les 
religieuses de chœur ayant fini leur noviciat de professe, qui ne durait pas 
moins de trois ans ^ 



un lévrier rampant et contourné de sable, accolé du champ, qui est de l'abbaye de Mur- 
bach, parti d'or à un dextrochère de carnation, ayant les trois premiers doigts ouverts 
et les autres fermés, habillé de gueules et posé en pal, qui est de l'abbaye de Lure; 
au 3« contre-écartelé aux 1" et 4« d'argent à un gonfanon de gueules qui est de Wer- 
denberg, aux 2" et 3« d'argent à la bande vivrée de sable qui est de Heiligenberg; au i<' 
de gueules à la bande d'argent Ucuronnée et confrc-lleiironnée de six pièces d'or, qui 
est du landgraviat de la Basse-Alsace; sur le tout d'or à l'aigle éployéc de gueules, bec- 
quée et membrée d'azur, à la bordure ondée d'tizur, chargée de onze bésants d'argent, 
qui est de Filrstenberg. 

1. On appelait communément canal, la magnifique pièce d'eau qui s'étendait devant le 
château de Saverne jusque vers Stcinboiirg sur une longueur de 4 kilomètres. 

2. L'abbé Chapia, ouvr. cité. T. il. p. 95. 



— 116 — 

La supérieure, qui portait le «beau nom de Mère», devait être choisie 
parmi les religieuses au-dessus de l'agc de trente ans, ayant au moins 
cinq ans de profession. Toutes les dignitaires étaient soumises à une nou- 
velle élection tous les trois ans; la supérieure ne pouvait, quel que fût 
d'ailleurs son mérite, être élue plus de quatre fois de suite. Il fallait au 
moins qu'après douze années de commandement, elle allât de nouveau 
apprendre à commander en obéissant. 

La deuxième dignitaire était la mère-assistante, puis venaient les trois 
autres conseillères. Les autres offîcières étaient nommées par la supé- 
rieure, avec l'assistance de son conseil; la durée de leurs fonctions était 
fixée à une année; mais elles pouvaient être réélues. C'était la maîtresse 
des novices, l'intendante, la préfette, la maîtresse des externes, celle des 
pensionnaires, la procureuse, la sacristine, l'infirmière, la jardinière et 
la tourière. 

Le sigillé du couvent, de forme ovale, de 0°',035 de hauteur, sur 
0™,025 de largeur, représente la sainte Vierge debout, couronnée, tenant 
sur son bras sénestre l'enfant Jésus, et de sa main droite dextre une 
haute fleur de lis et étant environnée d'un ovale rayonnant. Légende : 



CONGREGATION NUE DAME DE SAVERNE. 1658'. 

Se trouvant trop resserrées dans leur couvent, les religieuses firent 
en 1716, de l'agrément du cardinal Armand-Gaston de Rohan, l'acquisi- 
tion de l'auberge de la Couronne, qui y était attenante, pour la somme 
de trois mille cinq cents florins, et la firent appropriera leurs besoins. 

Voyant s'accroître sans cesse le nombre de leurs pensioimaires, les 
religieuses sentirent la nécessité de créer un jardin, où les jeunes filles 
pourraient avoir les amusements de leur âge, les ébats, leurs courses et 
leurs jeux en plein air; elles firent en conséquence, le 24 juillet 1736, 
l'acquisition d'un vaste terrain situé sur la rive gauche de la Zorn, der- 
rière les bâtiments du couvent et que le Magistrat de la ville leur céda 
moyennant une redevance annuelle de vingt florins. Sur ce terrain les 
religieuses établirent un jardin, qui fut bientôt renommé comme le jardin 
le plus fertile de toute la banlieue et qui fut rattaché au couvent par un 
pont couvert jeté sur la Zorn l 

Une vénérable matrone, Marie-Élisabelh Jenner, épouse de Michel- 
Oswald Schefl^macher, avocat à Strasbourg, laquelle peut être appelée à 



1. Ce sceau se trouve entre les mains d'un particulier de Saverne. 

2. Co pont est tombé tout rôcerament en ruines faute d'entretien. 



- 117 — 

juste titre la bienfaitrice des pauvres de Molsheim ', et qui trépassa en 
1737, exerça aussi sa pieuse munificence envers les religieuses de Sa- 
verne; elle leur légua, par ses dispositions testamentaires du 21 avril 
1731, la somme de trois cents florins et un foudre de vin du meilleur 
crû de Molsheim, sous la condition qu'elles feraient célébrer tous les ans, 
dans la chapelle du couvent, un anniversaire pour le salut de son àme. 

Le nombre des religieuses et des pensionnaires croissant toujours, 
l'étendue de la chapelle du couvent devint insuflisante; en 1752 la com- 
munauté arrêta qu'une nouvelle église serait construite; les fondations 
en furent aussit(5t jetées-; cette éghse, construite dans un style simple, 
fut promptemcnt achevée et placée sous le vocable de saint Jean-Baptiste. 
Les religieuses avaient eu recours aux bienfaits du Magistrat de la ville, 
qui avait ordonné que tous les bois nécessaires à cette construction leur 
seraient fournis gratuitement. Cette église a servi de sépulture à plusieurs 
personnages de marque, qui la choisirent pour le lieu de leur dernier 
sommeil, et un petit cimetière exclusivement destiné à recevoir les corps 
morts des religieuses y était attenant. 

En 1771, ce couvent fut l'objet de la libéralité du roi de France 
Louis XV. Ce prince lui témoigna sa gratitude aux dépens de l'opulente 
abbaye d'Altorf, près de Molsheim, et lui assigna une pension de quinze 
cents livres sur les revenus de ce monastère ^ 

En 1778, les religieuses construisirent, grâce à la libéralité du prince 
Louis de Rohan, coadjuteur de Strasbourg, en deçà de l'éghse conven- 
tuelle, tant sur la grand'rue que sur la rue qui mène à la rivière, et qui 
forme aujourd'hui l'avenue de la station du chemin de fer, un vaste bâti- 
ment pour le logement des pensionnaires et les classes de l'établissement. 
Le Magistrat de la ville, en témoignage d'affection pour les religieuses et 

1. Cette pieuse et charitable personne fonda un asile dans sa maison de Molsheim pour 
quatre pauvres veuves ou fdlcs âgées; cette fondation a été incorporée à l'hospice de 
cette ville sous le nom de fondation Jeûner, à la demande du cardinal Louis-Constantin 
de Rohan, évéque de Strasbourg, seigneur spirituel et temporel de Molsheim, par lettres 
patentes du roi Louis XV du 18 mars 1758. 

2. Lorsqu'on creusa les fondations de cette église, on découvrit une statuette antique 
de Cybèle, que le cardinal Rohan-Soubise donna à SchœpHin. Oberlin en a fait la des- 
cription dans son Mnsœuni Schœpflini, et le musée de Savernc en possède un moulage 
en plâtre. 

3. L'Alsace n'avait que des abbayes électives; le roi, qui ne pouvait choisir l'abbé, 
tirait néanmoins de sa qualité de patron féodal et ecclésiastique le droit de charger les 
bénéfices de pensions, de distraire une partie dos revenus des abbayes pour en consti- 
tuer des pensions, et en usait au grand mécontentement des abbés et des religieux. 



— 118 — 

de reconnaissance pour les services qu'elles rendaient aux habitants, leur 
accorda derechef tous les bois nécessaires à cette construction. Le cou- 
vent occupait alors tout l'espace compris entre la rivière dite Schivarzbach* 
et l'avenue de la station, au centre s'élevait l'éghse, ayant à droite le 
bâtiment des pensionnaires et des écoles, et à gauche le couvent et sa 
cour. 

Ce couvent fut supprimé au mois de septembre 1792; il fut ensuite 
converti en manutention, puis vendu comme domaine national et partagé 
entre les acquéreurs; l'église fut démolie et sur l'emplacement qu'elle 
occupait on construisit une maison qui porte actuellement le numéro 17!) 
du quartier vert. Lors de sa suppression, ce couvent avait une fortune 
en biens-fonds de deux cent cinquante arpents disséminés en plusieurs 
finages, plusieurs beaux vergers au ban de Saverne et vingt mille livres 
en capitaux. Le nombre des religieuses était tombé à 21; il n'y avait plus 
qu'une novice, 7 sœurs converses et 48 pensionnaires. 

Lorsque les religieuses cessèrent la vie commune, on concilia le vœu 
de la loi avec les devoirs de l'humanité, et on autorisa chacune d'elles à 
emporter un mobilier suffisant pour garnir une chambre. 

Lors de la suppression du couvent, le personnel des religieuses était 
composé de MM""*' Rose de la Villardière, supérieure; Marie-Elisabeth 
Kempfer, assistante; Julie-Fébronie d'Elvert, conseillère; Marie-Sophie 
de Mayerhofen, procureuse; Beatrix de Mackau, conseillère; Marguerite 
Legat, conseillère; Marie -Richarde Metzger, Armande Duportal, Marie- 
Gabrielle Gérard, Euphrasie Müller, Thérèse Gauthier, Bernarde Pivollot, 
Joséphine de Watteville, Alice Lachausse, Victorine Rondouin, Marie- 
Henriette Immlin, Augustine Nicart, Marie Stupffel, Adelaide Martinez, 
Charlotte Strasser et Melanie Martinez, religieuses; Angélique Müller, 
novice; Catherine Hartz, Scholaslique Gantzer, Jeanne Jungmann, Made- 
leine Los, Marie Jacquet, Salomé Mussing et Marie Hausser, sœurs con- 
verses; la dernière était chargée des fonctions de tourière. 

I. On appelle ainsi la Zorn, dans cette partie de son parcours, à cause de ses eaux 
noirâtres (noires en apparence , à cause du limon bourbeux qui en occupe le fond). 



— 119 



SÉRIE DES SUPÉRIEURES. 

1670. Angélique de Ramberviller. 

1701. Marie-Madelaine de Selbach. 

1707. Marie-Élisabeth de Pailhot.« 

1709. Marie-Anne d'Andlau. 

1714. Marie-Élisabelh de Selbach. 

17^21. Marie-Élisabeth dePailhot. 

1738. Marie-Angélique de Ramberviller. 

1742. Marie-Élisabeth de Pailhot. 

1760. Marie-Charlotte de Ruth. 

1764. Marie-Geneviève Payen. 

177G. Marie-Élisabeth Kempfer, décédée à Saverne, le 6 juin 1806, à 

l'âge de 91 ans. 
1789. Françoise-Louis-Rose de la Villardière, décédée à Saverne, le 

8 novembre 1807, à l'âge de 66 ans. 

Dagobert Fischer, 
Maire de Saverne. 



NOTE 

SUR QUELQUES MONUMENTS FUNÉRAIRES A ORERNAI. 



Parmi les inscriptions funéraires qui se trouvent au cimetière d'Obernai, 
celle dont je donne ici la transcription ne me paraît pas sans importance. 

La dalle était encastrée autrefois dans le mur extérieur de l'ancienne 
église, qui a été démolie il y a quelques années. Gomme elle se trouvait 
à une certaine hauteur, et qu'elle était couverte d'une couche de chaux, 
il eût été difficile de la déchiffrer alors. Actuellement elle est placée avec 
d'autres anciennes dalles devant le calvaire qui se trouve dans notre 
cimetière. Le monument a été érigé à la mémoire d'un nommé Petrus 
Heldungus ou Pierre Heldung, prébendier du grand chœur et économe 
du grand chapitre à Strasbourg (c'est ainsi du moins que je traduis les 
termes employés par l'auteur de l'inscription), mort en 1561, à l'âge de 
75 ans, après avoir rempli ces fonctions pendant 45 ans. — Un Pierre 
Ileldung figure, à côté de Sébastien Brandt, Jérôme Gebwiler, Jacques 
Sturm, Mathias Schurer et autres, parmi les membres de la société litté- 
raire qui existait à Strasbourg au commencement du seizième siècle, dont 
les noms sont mentionnés dans une lettre que cette société adressa en 
1514, par l'intermédiaire de Jacques Wimpheling, au célèbre Erasme, 
comme aussi dans la réponse de celui-ci. (La lettre se trouve à la fin d'un 
livre d'Erasme, publié en 1514, et qui porte pour titre: De duplici copia 
verborum ac rerum, etc.; la réponse dans J. Moscherosch, Imago Reipu- 
blicœ argentinensis. 1648. Voir Strobel, Geschichte des Elsasses,!. \\\, 
p. 540.) — Le Pierre Ileldung du monument funéraire est-il le même 
que celui de la société littéraire de Strasbourg? L'identité du nom, de 
l'époque et du lieu de séjour ne permet guère d'en douter. D'après les 
termes de l'inscription, le personnage qui en est l'objet passa sa vie à 
Strasbourg et semble aussi y avoir terminé ses jours, de sorte que la 
dalle qui se trouve au cimetière d'Obernai ne serait qu'un monument 
commémoratif Quant à l'épocpie, en combinant les dates de la pierre 
funéraire avec celle des lettres susdites, on trouve que ce Pierre Ileldung 
était âge alors de 28 ans. Or, l'historien cité plus haut fait observer que 
presque tous les membres de cette société étaient des hommes à la fleur 



— 121 — 

de l'âge. Voici l'inscriplion, qui, du reste, est passablement fautive et né- 
gligée; une des lignes s'y trouve même en double. La pierre portait en 
outre deux blasons, l'un à côté de l'autre, mais qui sont brisés de ma- 
nière à être méconnaissables. 

Inscription de la dalle funéraire de Pierre Heldung, telle quelle. 

VENERABIL' EGREGIO ET HONESTO 
VIRO , D . PETRO . hELDVNGO . QO^DAM . 
GANONICARIO . ILLVSTRIVM . ET . GE^ERO 
SORVM . DOMINORVM . VBI . O0^D AM . PA 
TER . FAMItAS . EORVISDEM . ARGEINDirvE . 
ERAT TAINDEM VITA FVNGTVS . ET • 
POSTQÜ QVADRAGINTA QVINQ • 
ANNIS • SV/E ■ FVNCTIONI • FŒL'C' 
TER PREFVISSET DIEM SVAM OB 
YT . HVIVS ERGO • GRATIA • MAGDA 
LENA . SOROR VNACEM FILIO 
lAGABO • WACK IV . DOCTORE 
HOC EPIT^'PHIUM IN MEMORIA DEFVN 
CTORV MEMORIA DEFV////iyi/ï/J DEFVNDORV 
SVORVQ PIE HIC DORMI///TIV MŒSTI PO 
NI FEGERVNT OBYT MDLIXI DIE 
MENSIS MAY 

(Blasons brisés.) 



^TATIS SVE L^XV QVIBVS 
OMNIBVS ET SINGVLIS VITÄ 
^TERNÂ PR.EGARE VIATOR. 

« Vcnerahili, egregio et honesto viro D. Pelro Hcldungo quondam ca- 
nonicario illustrium et generosorum Dominorum uhi quondam pater 
familias eorundem Argentinœ erat tandem vita functus et postqnam qua- 
draginta qninque annis suce functioni féliciter prefuisset dicm suam 
obïd. Hîijus ergo gratta Magdalena soror unacem fiUo Jacobo Wackjur. 
doctore hoc epilaphium in memoriam defunctorum suorumque pie hic 
dormientium mœsti poni fecerunt. Obiit MDLXI XI die Mensis Maji œtatis 
suce LXXV. Quibus omnibus et singidis vitam œternam prœcare viator.y> 



— 122 — 

Le nom de Pierre Heldiing se rencontre aussi dans les lilres des ar- 
cliives d'Obernai, attaché à une fondation charitable. En parcourant les 
registres des rentes de la commune de la fin du seizième siècle et ceux 
(lu dix-septième, on y trouve consignés des revenus annuels destinés à 
constituer une dot à de jeunes personnes dépourvues de fortune, qui 
étaient sur le point de se marier. Ces revenus y figurent sous la rubrique 
de : « Peter Hehhingszinse. » 

Il résulte de ces divers renseignements que notre Pierre Heldung était 
prébendier du grand chœur de la Cathédrale de Strasbourg, et qu'il a 
rempli en outre, pendant l'espace de 45 ans, les fonctions d'économe du 
Bruderhof ou de la cour du grand chapitre. A sa mort, arrivée en 1561 , 
sa sœur Madeleine et le fils de celle-ci, Jacques Wack, docteur en droit, 
firent ériger au cimetière d'Obernai un monument en sa mémoire, comme 
aussi en celle des membres de sa famille qui reposaient dans ce cimetière, 
d'où il résulte qu'il était originaire d'Obernai, ou du moins qu'il y avait 
des parents. C'est dans cette ville qu'il perpétua aussi son souvenir par 
une fondation charitable. Dans sa jeunesse, il avait fait partie de cette 
célèbre société httéraire de Strasbourg, qui comptait parmi ses membres 
Jacques Wimpheling, Sébastien Brandt, Jérôme Gebwiler et d'autres 
savants bien connus, et que l'illustre Érasme honorait de ses correspon- 
dances comme aussi de ses visites. Il est vrai qu'il ne nous est parvenu 
aucune composition littéraire de notre Pierre Heldung ; mais il en est de 
même d'autres membres de cette société, tels que Thomas Rapp, Jean 
Rudalfinger, Jean Ruser, Etienne Tieler et Jean Guida, dont nous ne 
connaissons les noms que par la correspondance susdite. 

Il ne sera peut-être pas hors de propos de mentionner encore pour 
mémoire un autre monument funéraire qui, jadis adossé comme le pré- 
cédent à l'ancienne église, a également dû changer de domicile. Ce mo- 
nument date du commencement du dix-septième siècle; mais tout en étant 
assez remarquable par certains détails de sculpture, il n'a de l'intérêt 
que pour l'histoire locale. Il a été érigé à la rnémoire d'un nommé 
Sébastien Frey, membre du conseil et organiste renommé, mort en 1615. 
Son fils, qui composa l'épitaphe en vers latins, comme il le dit lui-même 
dans ces vers, remplit les fonctions de greffier-syndic de la ville à partir de 
1620, et joua un rôle très-important dans les événements qui frappèrent 
celle-ci pendant la guerre de Trente ans, particulièrement en 1635, 
quand l'armée impériale, sous la conduite du comte de Galas, déboucha 
de la Lorraine pour chasser les Suédois de l'Alsace. Il contribua active- 
ment à la réussite d'un stratagème par lequel les Impériaux surprirent 



— 123 - 

la garnison suédoise d'Obernai et s'emparèrent de la ville, qu'ils perdirent 
de nouveau, six mois après, à la suite d'un siège mémorable. Fugitif dès 
lors, Sébastien Frey erra de ville en ville, jusqu'à ce qu'il obtînt de 
l'archiduchesse Claudia le poste de grand bailli de la seigneurie deBaden- 
weiler, qu'il quitta plus tard pour s'établir à Neubourg sur le Rhin et 
entrer finalement au service de l'électeur de Mayence. Mais en même 
temps il poursuivit à outrance ses anciens chefs, les préposés de la ville, 
qu'il rendait responsables de la confiscation de ses biens par les Suédois 
et de toutes les pertes qu'il avait subies. Il alla plaider sa cause à deux 
reprises devant l'empereur Ferdinand III, en 1040, à Ratisbonne, où se 
lenait alors la Diète; puis en 164-9, après la conclusion de la paix, à 
Vienne. C'est là, devant la cour aulique, qu'il finit par intenter à la ville 
un procès en indemnisation, lequel ne fut vidé qu'en 1656. Le ci-devant 
greffier-syndic d'Obernai termina sa carrière agitée à Saverne, en qualité 
de prévôt épiscopal. Quant au monument qu'il avait fait ériger à la mé- 
moire de son père-, il représente en haut-relief le Christ en croix, au pied 
duquel sont agenouillés trois hommes et deux femmes dans le costume 
de l'époque; sur les pilastres à droite et à gauche se trouvent les statues 
des apôtres saint Pierre et saint Paul, patrons de l'église. Les têtes du 
Christ et des apôtres sont malheureusement brisées. Le monument est 
appliqué maintenant au mur du couloir qui entoure le chœur de la nou- 
velle église. 

C'est dans le mur de ce même couloir qu'on a fait entrer quelques 
débris dé sculpture romane trouvés en creusant les fondations de la 
nouvelle église, conjointement avec d'autres fragments, notamment des 
chapiteaux cubiques, comme on a aussi découvert les pans de mur d'une 
chapelle souterraine ou crypte, auxquels étaient adossés de petits pilastres 
en style roman. Ce sont les restes de l'église primitive, qui s'élevait sur le 
même emplacement que celle qui vient d'être démoHe, laquelle avait été 
construite en 1447 et agrandie en 1610. C'est ainsi que s'est confirmé ce 
que j'avais avancé dans mon histoire d'Obernai, en m'appuyant d'ailleurs 
sur des titres, à savoir que l'éghsc paroissiale d'Obernai a toujours oc- 
cupé le même emplacement, contrairement à l'assertion de Schœpflin et 
de Grandidier, lesquels, s'en rapportant à une tradition locale erronée, 
affirment qu'avant la construction de l'église du quinzième siècle, l'église 
dite Kapellkirche était l'église-mère d'Obernai. La thèse que je soutenais 
méritait d'autant plus d'être mise en évidence, qu'il s'agit d'un emplace- 
ment en quelque sorte historique. C'est là en effet dans cette enceinte, 
dont une partie porte encore maintenant le nom de Sel/iof, que se trou- 



— 124 — , ' 

vait cette ancienne cour salique ou Salhof des abbayes de Ilohenbourg 
et de Niedermünster qui, d'après les traditions des deux abbayes, était la 
cour ducale et judiciaire de l'Alsace mérovingienne, que le père de 
sainte Odile légua à sa fdle pour être convertie en cour abbatiale, com- 
mune aux deux monastères. C'est dans cette enceinte que les ministériaux 
ou hauts fonctionnaires des deux abbayes, chargés de l'administration de 
leurs vastes domaines, tenaient leurs assises judiciaires; c'est là aussi 
que siégeait le tribunal impérial des nobles de toute la contrée {des Rei- 
ches Edelgericht auf dem Seihof zu Ehenheim). Cette enceinte renfermait 
aussi l'église paroissiale qui appartenait aux deux abbayes et sur laquelle 
elles exerçaient le droit de patronage, ce droit de patronage qui, en rai- 
son des riches revenus attachés à l'église, était un de leurs plus beaux 
joyaux et pour cette même raison fut l'objet de longues et nombreuses 
convoitises étrangères. Il leur fut ravi par les ducs et empereurs de la 
maison de Hohenstaufen, puis restitué par l'empereur Guillaume, lequel 
les en dépouilla de nouveau pour en gratifier le chapitre de Mayence, 
puis reconnu comme propriété commune de ce chapitre et des deux 
abbayes par l'empereur Henri VII, lorsque enfin, après de longs et dis- 
pendieux procès, les deux monastères parvinrent à s'incorporer définiti- 
vement l'église paroissiale d'Obernai avec ses revenus, de manière à 
mettre de côté pour toujours les grands seigneurs qui s'emparaient de 
ces revenus, en se faisant adjuger le titre de recteurs de la paroisse 
d'Eheuheim. Parmi les seigneurs qui portèrent ce titre, nous citerons, au 
quatorzième siècle, l'adversaire connu de l'évêque Bcrthold de Bucheck, 
le comte Conrad de Kirkel, qui était en même temps chanoine de Stras- 
bourg, de Spire et de Mayejice; puis le comte Albert de Hohenberg, 
chanoine de Strasbourg et chanceUer de l'empereur Louis de Bavière, 
qui mourut évêque de Freysingen. — Quant à l'église dite Kapellkirche, 
désignée primitivement du nom de chapelle de la Vierge (unserer lieben 
Frauen Kapelle), elle fut construite au treizième siècle, à l'époque où 
Obernai s'entourait d'une enceinte fortifiée. L'église paroissiale, située 
dans la cour salique dite Sel/iof, se trouvant dès lors en dehors de cette 
enceinte, il fallut construire un édifice rehgieux qui pût servir de suc- 
cursale, surtout dans les temps de troubles de guerre qui n'étaient pas 
rares alors. On éleva une vaste chapelle, qu'on dédia à la Vierge, et on 
y ajouta un clocher destiné à servir en même temps de vigie ou tour de 
garde. Cette chapelle, qui fut agrandie successivement, d'où lui est venu 
le nom de Kapellkirche , a été démolie l'année dernière, à l'exception du 
chœur et du clocher, et c'est ainsi, à la suite d'une longue série de 



- 125 — 

démolitions, que ce quartier d'Obernai a repris d'une certaine façon sa 
physionomie antérieure au treizième siècle, en ce sens que maintenant 
toutes les traces des constructions, aussi bien que des institutions qui 
avaient surgi pendant la seconde période du moyen âge, sont à peu 
près effacées. La cour salique et judiciaire des aljbayes de Hohenbourg et 
de Niedermünster a disparu avec la destruction de ces deux maisons 
religieuses; le tribunal des nobles avait déjà cessé de fonctionner anté- 
rieurement, et les tilleuls du Selhof, sous lesquels chevaliers et écuyers 
vidaient jadis leurs différends, abritent maintenant chaque semaine un 
marché très-prosaïque. Il en est de même de l'enceinte fortifiée. Les 
trois hautes tours qui, il y a une quarantaine d'années, s'élevaient encore 
entre i'éghse et l'hôtel de ville, dont l'une servait de prison, tandis que 
les deux autres, ornées de balustrades, de blasons et d'autres sculptures, 
étaient des portes de la ville par lesquelles il fallait passer pour arriver à 
l'église, lesquelles tours conjointement avec les balcons de l'ancien hôtel 
de ville et la grande fontaine dite aux six seaux (laquelle subsiste encore), 
faisaient de ce quartier un véritable musée d'architecture- de l'époque de 
la Renaissance, ces tours sont abattues. Des deux fossés de l'enceinte 
l'un a été comblé, l'autre couvert d'un pont, sur lequel repose en partie 
la nouvelle église; du mur d'enceinte il ne reste plus qu'une tour percée 
de meurtrières qui, située maintenant tout à côté du portail de cette 
nouvelle égUse, et enterrée dans sa moitié inférieure, ne semble placée là 
que pour donner la mesure relative de la hauteur des tours du nouvel 
édifice. Enfin toutes les barrières que l'âge féodal avait élevées, ont dis- 
paru, et l'église est de nouveau comme jadis en communication directe 
avec les habitations ; elle occupe aussi fancien emplacement traditionnel, 
tout en ayant changé de direction. De plus, grâce à l'intelligence de 
M. l'architecte Petiti et à l'énergie de l'administration communale qui n'a 
pas reculé devant les sacrifices, Obernai peut se glorifier maintenant de 
posséder un édifice religieux d'un caractère réellement monumental, qui 
n'attend plus que sa décoration intérieure, déjà réalisée en partie par des 
donateurs généreux, lesquels, il faut l'espérer, ne tarderont pas à trouver 
des imitateurs. 

L'abbé Gyss. 



EPITAPHE D'UN GENERAL STRASBOURGEOIS 

ENTERRÉ A PISE. 



Parmi les nombreux monumenls du fameux Campo-Santo de Pise, j'ai 
découvert l'épitaphe suivante gravée dans une dalle de marbre blanc, qui 
se trouve sur le dallage de la galerie de l'est, à quelques pas de l'entrée 
de la chapelle du cimetière et de la statue de Bartolini, connue sous le 
nom de Ylnconsolabile. 

HIG lACET MATTHEVS ARGENTINAS TEV 
TONICVS MACIIINARUM BELLIMAGISTER 
7DVCX QVI PRO REPUBRIGHA PISANA 

SIC 

HOSTIBUS VRBEM INVADENTIBVS ME 
NIBVS lAM FRATTIS BELLO INTERIIT 
PRIDIE IDVS SEPTENBRES M D VI • 



ffl 



rni 



^- 



-L 



LU 



Ui- 



Cette inscription, accompagnée du canon, emblème de celui qui repose 
ici, nous apprend qu'un officier supérieur, natif de Strasbourg, a été en- 
terré en cet endroit, après avoir commandé l'artillerie de la ville de Pise 
pendant un bombardement, et avoir trouvé la mort au champ d'hon- 
neur. 

Cet éloge et l'enterrement même dans les galeries du Campo-Santo, 
qui n'était accordé qu'à la dépouille mortelle des hommes les plus méritants 
de la patrie, confirment bien que Mattheus Argentinas fut un général 
distingué par son talent et par sa bravoure. Il paraît cependant qu'à Stras- 
bourg il n'a laissé aucune trace de sa vie; du moins j'ai cherché en vain 
une mention de sa personne dans les historiens de notre ville. 

Ce qui rend cette épitaphe encore plus intéressante, c'est que le nom 



— 127 — 

de ce général Madheus de Strasbourg se rattache aux derniers et aux 
plus glorieux souvenirs de la République mourante. 

Déjà le quinzième siècle avait vu succomber Pise à sa grande rivale de 
Florence. L'arrivée du roi Charles VllI de France en Itahe semblait pro- 
mettre la déhvrance à la ville humiliée qui, sur une de ses médailles, 
appelait Charles son Roi et son Libérateur: Karolus Rex Pisanorum et 
Lib. Mais Charles n'ayant pas été assez fort poui" rendre la liberté à Pise, 
celle-ci recourut elle-même aux armes : pendant une guerre acharnée de 
14. ans, .elle sut se défendre contre les forces supérieures des Florentins, 
et si elle a succombé enfin, c'est à la famine et non pas à l'épée de 
ses ennemis. Le traité du 7 juin 1509 ouvrit la porte à ceux-ci: ce 
jour-là, Pise cessa de jouer un rôle dans l'histoire de l'Italie. L'an- 
cienne rivale de Venise et de Gênes était tombée de la hauteur de sa 
puissance et de son bien-être, mais non pas sans un combat des plus 
glorieux, et c'est une gloire de plus pour la ville de Strasbourg de voir 
un de ses fils honoré de la confiance de Pise qui, dans cette heure su- 
prême, remit en ses mains avec le commandement des troupes le sort de 
sa hberté et son avenir. 

D"" F. X. Kraus , 

Pï'ofesseur à l'Université. 



EGLISE DES DOMINICAINS 

AUJOURD'HUI 
TEMPLE-NEUF ET BIBLIOTHÈQUE. 

Par feu M. FRIES, Architecte de la Ville*. 



Avec trois croquis litliographii's. 



Cette église, entièrement ogivale, se compose de deux grandes nefs cen- 
trales, de deux petites nefs et d'un chœur transformé en Bibliothèque de 
la ville en 1835. 

Elle accuse deux époques principales de construction très-différentes et 
cependant très-rapprochées de date. 

La première période, de 1245 à 1260, milieu du treizième siècle, com- 
prend la grande et la petite nef du nord, de l'époque ogivale pure. 

Les fenêtres ogivales sont petites et de la plus grande simplicité, en 
partie sans meneaux. 

Les nervures des voûtes de la petite nef sont planes. 

Les arcs latéraux du nord de la grande nef s'appuient sur deux rangs 
de colonnes monocylindriques dont les chapiteaux ne forment qu'une 
grande gorge entre l'astragale et le quart de rond renversé octogonal du 
couronnement. 

Les bases très-fermes à deux tores et grande plinthe sont entièrement 
circulaires. 

La petite nef a, vers la place du Temple-Neuf, une porte ogivale à tym-. 
pan plein d'une grande analogie avec deux autres portes de la même 

1. La Société pour la consorvation des mon. hist, d'Alsace a publié plusieurs notices 
de feu M. Fries, savoir: L'église de Sai nt- Nicolas , f" série, t. IV, p. 174, etc.; L'église de 
Saint-Thomas, 2« série, t. I, p. 93, etc.; Sainte- Madeleine, Saint-Louis et Sainte-Cathe- 
rine, 1. 1, p. 149, etc. Le secrétaire de la Société avait accompagné chacune de ces notices 
de remarques complémentaires, ce qu'il lui est didicile de faire pour le mémoire sur 
l'église des Dominicains, ce monument n'existant plus. 

Telles quelles ces notes, faites avec beaucoup de soin et d'exactitude, et surtout les 
dessins que le Bulletin reproduit en fac-similé, fournissent des données utiles pour une 
description de l'église. A. S. 



- 120 — 

époque, celle du transept sud de l'église de Saint-Pierre-le-Jeune et celle 
de Sainte-Catherine, cette dernière de 1242. 

La seconde période, de 1308 à 1345, première moitié du quatorzième 
siècle, comprend la grande et la petite nef du sud, ainsi que le chœur de 
l'époque ogivale entièrement développée. 

Les fenêtres, très-grandes, ont trois lancettes et de riches claires-voies 
en verre blanc. Les anciens vitraux peints du chœur ont été, lors de l'ap- 
propriation de la Bibhothèque, cédés à la Cathédrale, à l'exception des 
panneaux irréguliers des ogives encore en place. 

La grande nef a sa porte principale sur la place du Temple-Neuf. Elle 
est à pilier central et surmontée d'une riche claire-voie à quatre lancettes. 

Les arcs séparant les deux nefs du nord reposent sur des piliers à huit 
pans légèrement échancrés avec petits cavels aux angles. 

Le chœur, dont l'axe forme le prolongement de la ligne des colonnes 
séparant les deux grandes nefs, était précédé d'un Jubé dont on voit les 
cinq arcs formerets sur pieds-droits contre le mur terminant l'église 
actuelle. 

Pour expliquer la singularité de cette disposition générale, il faut ad- 
mettre que l'église primitive du treizième siècle fut faite ou projetée avec 
une seule grande nef et deux petites nefs pareilles à celles du nord, et que 
le chœur fut ajourné '. 

Le besoin d'un plus grand local aura nécessité de faire en place de la 
petite nef du sud une deuxième grande nef et une autre nef latérale, 
lesquelles furent faites en même temps que le chœur ou peu avant dans 
le style de cette deuxième période de l'époque ogivale. 

On peut juger, par la juxtaposition de ces deux modes de construction, 
combien l'art avait marché dans le court intervalle de quarante ans. 

Le défaut d'espace obligea de pratiquer à l'intérieur de la nouvelle nef 
latérale du sud les arcs-boutants nécessaires pour celte construction si 
svelte. 

Le chœur, plus en retrait, reçut des contre-forts extérieurs; on pratiqua, 
pour éclairer et aérer le grenier, une rangée de petites fenêtres ogivales 
dans les reins et en contre-haut des voûtes faisant ressortir en môme 
temps les belles dimensions des grandes fenêtres. 

La belle porte latérale sur la rue des Orfèvres, à tympan plein reclan- 



1. Le texte de rannaliste dominicain cité par I^tehiner et la découverte de la première 
pierre du chœur prouvent que celui-ci existait dès le treizième siècle. 

A. S. 

T. IX. - (M.) g 



- 180 - 

gulairc ricliemenl refouillé de comparlimcnts ogiviques, païaîl aussi ap- 
partenir à la fin du qualorzième siècle. 

Le passage derrière le Jubé conduisant de la rue derrière le Temple- 
Neuf à la grande salle de l'Auditoire, à la cour du Gymnase et au Cloître 
paraît être contemporain des deux nefs du sud et du chœur, car les deux 
arcs traversant les murs du chœur sont, par la forme de leurs ogives et 
leur profil d'encadrement, identiques avec les piliers et les arcs des deux 
nefs du qualorzième siècle. 

ÉGLISE DES DOMINICAINS. 

MONUMENTS. 

A l'extrémité ouest de la petite nef du sud, à fleur du mur, la pierre 
sépulcrale du célèbre prédicateur dominicain Jean Tauler, mort 10 juillet 
loOO, autrefois dans le dallage du cloître'. 

A l'extrémité opposée de la même nef, une pierre sépulcrale avec les 
écussons des Sturm et des Endingen, sans date. 

Dans la nef du nord, une autre pierre sépulcrale, avec mêmes écussons, 
mais riches accessoires et l'inscription de Louis Sturm et de son épouse, 
Anna d'Endingen, aussi sans date; mais une pierre sépulcrale avec les 
mêmes armoiries, dans l'église de Saint-Pierre-le- Jeune, porte la date de 
1510. Une belle moulure de toute l'épaisseur du mur semble indiquer que 
cette pierre formait le couvercle d'un cercueil en pierre. 

Très-belle pierre sépulci^ale avec statue couchée de l'évêque Jean Orlwin, 
dominicain, revêtu de ses habits et insignes sacerdotaux. La date manque, 
mais on sait qu'elle formait le couvercle d'un cercueil en pierre reposant 
autrefois dans la grande niche à droite de l'entrée avec entourage du plus 
beau style flamboyant, remarquable par son arc à accolade élancée, grands 
crochets et fleuron de couronnement. Le style de la draperie de l'évêque, 
la moulure d'encadrement et les caractères de l'inscription sont en par- 
faite harmonie avec celte niche qu'on peut classer au commencement du 
seizième siècle. 

A l'intérieur du mur ouest et en retour, on a retrouvé sous l'ancien 
badigeon, cinq parties de peintures murales représentant la Danse des 
morts*. 



1. Cette dalle funéraire a ccliappé à l'incendie du 24 août 1870. Elle est figurée en 
tôte de la raonograpliic sur Tauler, par M. le prof. Sclimid. A. S. 

2. Voir la dcscriplion et les dessins dans Edel: Die Neue Kirche in Strassburg, 1825, 
p. 55 et suiv. 



— ISl — 

MONUMENTS MODERNES. 

Lorenlz Blessig. Groupe en pierre, Jésus-Christ el les enfants sur un pié- 
destal, avec un médaillon en marbre, la tête du défunt par Ohmaclit. 1819. 

Le buste en marbre de Bernhard-Frédéric de Tiirckheim, président du 
Directoire, sur piédestal en pierre, mort 1832. 

Sur un autre piédestal, avec entourage moderne en pierre, le buste en 
marbre du professeur Redslob, par Kirstein fils, mort 1834. 

AMEUBLEMENT DE L'ÉGLISE. 

Dans la nef latérale du nord, d'anciennes séparations de stalles, en 
chêne, paraissant contemporaines de celte nef, fin du treizième siècle. 

La chaire avec support, escalier et abat-voix en bois, motifs d'architec- 
ture, statuettes et ornements sculptés à jour. Dix-huitième siècle. 

La table de la Cène, en pierre, aux angles les quatre évangélistes, au 
milieu un bas-relief. Statues dans des niches. Dix-huitième siècle. 

L'orgue, par les frères Silbermann, avec buffet, style Louis XV, de 1740. 
Dix-huitième siècle. 

Dans l'appui de la tribune, une suite de sujets à l'huile, encadrements 
sculptés et dorés, même style. Dix-huitième siècle. 

L'oratoire, en style ogival, est de construction moderne, 1850. 

BIBLIOTHÈQUE, ANCIEN CHŒUR. 

Divers monuments en pierre non inhérents au bâtiment el faisant partie 
de la collection, savoir : 

Autels et tombeaux gallo-romains, sarcophages idem. 

Une grande cuve en pierre jaune pour le baptême par immersion, pro- 
venant d'un ancien couvent de Bischheim près Rosheim, de la plus belle 
époque romane. 

Une barrière ou appui plein, en même pierre et même style, donné 
par feu M. Kuhlmann, architecte de l'arrondissement de Schlestadl, et 
provenant d'une ancienne église dudit arrondissement. 

Un curieux fragment en même pierre et provenance, présentant en 
ronde bosse la partie postérieure d'un cheval. 

Un buste colossal en pierre , présumé de Rodolphe de Habsbourg. 

Un autre buste, présumé de Dagobert. 

Divers autres bustes, bas-reliefs, inscriptions et fragments du moyen âge. 

Les armoiries de la ville de Strasbourg sculptées sur une dalle, prove- 
nant des anciens greniers de la ville près du théâtre. Seizième siècle. 



— 132 - 

Dans la salle supérieure, dans une armoire vitrée gothique moderne, 
l'ancienne bannière de la ville de Strasbourg, en soie collée sur une glace, 
cl représentant la sainte Vierge avec les bras étendus et l'enfant Jésus sur 
les genoux. 

Un tableau à l'huile sur fond d'or, sur bois, exactement pareil et pa- 
raissant avoir servi de modèle à cette bannière. Il porte la date de . . / 

Entre les rayons des livres de la même salle, une suite de vitraux de 
couleur de panneaux i)rovenant de la Chartreuse de Molsheim, par les frères 
Finck. 1620-1630^ 

COUVENT DES DOMINICAINS 

AUJOURD'HUI COLLEGE DE SAINT-GUILLAUME 
ET GYMNASE PROTESTANTS. 

Les anciens bâtiments du couvent accolés au nord de l'église sont con- 
temporains des deux nefs du nord. Treizième siècle. 

Ils sont, de même que l'église, en briques et pierres de taille et ont 
subi bien des transformations, surtout les façades. 

11 reste sur la place du Temple-Neuf un bâtiment renfermant, au 1 ^^ étage, 
l'ancienne salle des Archives avec trois votâtes d'arêtes à fortes nervures 
planes, pareilles à celles de la petite nef du nord, et autant de fenêtres 
avec encadrement en pierre, à cavets et anciens barreaux en fer, montants 
et transversaux. 

L'ancienne porte, en tôle forte, remarquable par son mécanisme appa- 
rent dans la salle. 

Les murs de cette salle portent de fond et forment au rez-de-chaussée 
un local dont les trois voûtes d'arêtes, pareilles à celles du i*^'" étage, met- 
taient les Archives à l'abri des incendies. 

Ce local formait le vestibule du cloître. 

Celui-ci est à solives apparentes. 

1. Le manuscrit n'indique pas la date. C'est à tort, je pense, que l'éditeur de la belle 

planche, imprimée paf les procédés typographiques de M. Silberraann, fait remonter le 
tableau au treizième ou quatorzième siècle. Le style et l'agencement des draperies, 
rorncmentafion du trône cl jusqu'à la forme des écussons prouvent que c'est une oeuvre 
du seizième siècle et qu'il faut lire 1588. A. S. 

2. Un seul panneau de cette collection a été sauvé du désastre de 1870. 11 se trouve 
entre les mains de M. le baron de Schauenburg, qui l'avait demandé T avant-veille de 
l'incendie, pour en faire une copie. A. S. 

3. Tous les bâtiments décrits dans ce paragraphe ont disparu à la suite de l'incendie 
-le 1860. A. «• 






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- 133 - 

Les deux galeries conservées sont ouvertes sur le jardin par une suite 
d'arcs surbaissés, dans chacun desquels un remplissage à juur formé de 
trois petits arcs ogives el deux jours trilobés sur colonnes et soubasse- 
ment continu. Les chapiteaux de ces colonnes, semblables à ceux des nefs 
de l'église, ainsi que les bases et les arêtes à chanfreins des ogives et tri- 
lobes, appartiennent au treizième siècle. 

Ces galeries sont surmontées d'un V^ étage en partie en maçonnerie 
de la même époque, en partie en très-anciennes galandures. 

Dans la cour du Gymnase on a conservé en entier un ancien bâtiment 
du couvent. Les grandes fenêtres du rez-de-chaussée accusant les anciens 
réfectoires, aujourd'hui les classes, ont chacune deux meneaux à boudins 
posés un peu en retraite, de grands arcs ogives à tympans pleins. 

Au l^"" étage est une rangée de petites fenêtres droites éclairant les an- 
ciennes cellules, dont on a conservé le large corridor intérieur. 

La galerie en bois du premier grenier est présumée du dix-septième 
siècle. 

AUDITOIRE ET BIBLIOTHÈQUE DU COLLÈGE SAINT-GUILLAUME. 

Bâtiment adossé au chœur ou Bibliothèque de la ville, sur les fonde- 
ments, dit-on, d'une ancienne chapelle. 

Il renferme au rez-de-chaussée la grande salle des actes ou auditoire. 

Son plafond à caissons et compartiments de planches est soutenu par 
une rangée de colonnes corinthiennes en pierre sur piédestaux, style de 
la Renaissance. Les intervalles des contre-forts du chœur sont à voûtes 
d'arêtes. La peinture polychrome de cette salle est moderne et date de la 
restauration en 1835. 

Au P"" étage est la bibliothèque du Collège Saint-Guillaume, mise en 
communication avec celle de la Ville. 

C'est une grande salle ayant au milieu une rangée de pilastres en bois, 
un plafond en compartiments de planches et des voûtes d'arête entre les 
contre-forts. 

Les meneaux à boudins proviennent sans doute de bâtiments plus anciens. 

Tout ce bâtiment, en style Renaissance, est du dix-septième siècle. 

Les grandes fenêtres lucarnes de la salle des modèles au i*^"" grenier, 
ainsi que la porte de la Bibhothèque de la ville, et la cage d'escalier avec 
débris ogiviques de la Cathédrale, sont de construction moderne. 



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NOTICE HISTORIQUE 

SUR 

L'ANCIEN COUVENT DES RÉCOLLETS DE SAYERNE. 

Par Dagobert FISCHER. 



Avec deux planches lithographiées. 



I. 

■ Si le touriste qui se rend de Saverne à Wangenbourg porte ses 
regards vers les Vosges, il manque rarement de s'enquérir d'une église 
qui s'élève sur l'un des contreforts que le Schneeberg projette dans 
la plaine de l'Alsace. Chacun alors de lui répondre: C'est l'église d'Ober- 
steigen. Cette église, qui est classée parmi les monuments historiques 
de la Basse- Alsace, nous rappelle un ancien couvent, qui a été le ber- 
ceau du chapitre collégial de Saverne. Ce couvent n'était dans le prin- 
cipe qu'un établissement hospitalier, fondé en 1221 par l'abbesse 
Hedwige d'Andlau, dans un endroit désert, appelé Steiga, pour servir 
de refuge aux malades et aux pauvres voyageurs*. Des frères hospita- 
liers, qui prenaient le titre de chanoines et qui suivaient la règle de 
Saint-Augustin, vinrent s'y établir et ne tardèrent pas à y introduire 
une règle particulière, qui n'était qu'une réforme de l'ordre de Saint- 
Augustin. Cette réforme donna naissance à un ordre particulier qui 
prit le nom de l'ordre de Steigen, et donna au nouvel étabhssement 
une réputation qui y attira bientôt une foule de novices. Le nombre 
des postulants devint tellement considérable, que quelques années après 
la fondation il fallut détacher des espèces de colonies pour fonder de 
nouvelles maisons à Landau (diocèse de Spire), à Dachstein et à Lahr 
(diocèse de Strasbourg), et à Beerenberg {Mons Fragaruni) près de 
Winterthür (diocèse de Constance). 

l. Wilrdtwein, Nova subsid. dipf., t. XIII, p. 250. 

T. IX. - (M.) 1,1 



— 136 — 

Le couvent-hospice de Steigen , situé sur un promontoire du versant 
oriental des Vosges, qui s'élève de 45G mètres au-dessus du niveau 
de la mer, était place sous l'invocation de la bienheureuse Vierge 
Marie et donna naissance à un village, qui reçut le nom d'Oberstei- 
gen et où une population laborieuse pouvait se maintenir et progresser. 
L'église, construite au treizième siècle, est la seule partie de cet éta- 
blissement qui soit parvenue jusqu'à nous; elle offre tous les carac- 
tères du style de transition , mais de la transition qui appartient encore 
plutôt au style roman qu'au style ogival, quoique celui-ci se mêle aux 
piliers lourds et massifs et aux pleins-cintres de l'architecture ro- 
mane'. 

Au début du quatorzième siècle, l'isolement où les religieux d'Ober- 
steigen vivaient, commençait à leur peser; ils redoutaient la guerre, 
dont ils avaient déjà ressenti plus d'une fois les suites funestes, et 
sollicitèrent de l'évêque de Strasbourg, Frédéric de Lichtenberg, leur 
translation dans un lieu fortifié et non exposé aux insultes et aux 
incursions d'un ennemi pillard. La ville de Saverne leur offrait tous 
les avantages qu'ils recherchaient; ils espéraient qu'à l'abri de ses murs 
ils pourraient remplir en sécurité leur devoir religieux. Ils négocièrent 
avec le magistrat de cette ville et l'abbé Walram de Fénétrange {Fin- 
stingen), qui y exerçait les fondions curiales. Ces négociations eurent 
tout le succès qu'ils en espéraient, et l'évêque de Strasbourg, Frédé- 
ric de Lichtenberg, s'empressa de déférer à leurs désirs en ordonnant 
par un mandement du l^"" avril 1303 la translation de leur étabhsse- 
ment dans la ville de Saverne. Cette translation se fit de l'agrément 
du grand chapitre et, comme le dit l'ordonnance, tant pour le soula- 
gement du curé de Saverne , que dans l'intérêt des habitants de la 
ville. L'évêque Frédéric céda à ces religieux, du consentement des 
bourgeois de Saverne, le droit de participer à la jouissance des com- 
munaux, pâturages, forêts, pèches, chemins, servitudes publiques et 
privilèges de la ville et les autorisa à y construire une église et un 
couvent'; il entoura toutefois cette translation de certaines mesures 
qu'il jugea devoir prendre dans l'intérêt du curé de la ville; il leur 



1. Cette belle église, qui se trouvait dans un 6tat de dégradation alarmant, a été ré- 
parée en 18Gt par les soins de la Société pour la conservation des monuments liistoriques 
d'Alsace; elle a été entièrement restaurée en 1874. Le gouvernement a consacré à cette 
restauration une somme de 12,500 fr. 

2. Schœpflin, Als. diplom., f. H, p. 79. 



— loi — 

inlerdit d'cntentlre à confesse et d'administrer les saints sacrements 
sans une permission spéciale du curé, de prêcher les dimanches et 
les jours de fête pendant les offices divins célébrés à l'église parois- 
siale, et les autres jours pendant les services funèbres. La dépouille 
mortelle des habitants qui seraient enterrés au cimetière du couvent, 
devait d'abord être portée à l'église paroissiale, où se ferait le service 
funèbre. Il fut expressément défendu aux frères de Steigen de prendre, 
de percevoir et d'usurper quoi que ce fût, des dîmes, rentes, cens et 
droits qui compélaient à la paroisse. 

A peine transférés à Saverne, ces religieux commencèrent la cons- 
truction d'une église et d'un couvent, qui furent placés sous l'invoca- 
tion de Notre-Dame en son Annonciation. Le linteau de la porte de la 
sacristie offre aux regards l'inscription suivante: 

ÂM). DNÏ. M. CGC. IIL CALÊD. M. 
(Anno Domini i303, calendas Junii.) 

Cependant, quelques religieux, repoussant la translation de leur cou- 
vent dans les murs de Saverne, s'obstinèrent à rester dans leur re- 
traite forestière et soulevèrent des plaintes si vives contre ceux qui 
s'étaient établis dans cette ville, que l'on se vit forcé de disjoindre 
les deux établissements et de placer chacun d'eux sous la direction 
d'un prieur, dont le choix était laissé à l'élection*. Celte transaction, 
qui fut conclue en 1307, sous les auspices de l'évêque de Strasbourg, 
Jean de Dirpheim, et du grand chapitre, laissa tous les biens des deux 
maisons dans l'indivision et n'en partagea que les revenus ; les trois 
cinquièmes en furent attribués à la maison de Saverne et celle de 
Steigen en reçut les deux autres. Mais, comme la maison-mère avait 
à servir des renies, qui consistaient en cinq cent cinquante rézeaux de 
blé, il fut expressément stipulé que le couvent de Saverne n'en pren- 
drait à sa charge que cent cinquante et que les frères qui restaient 
dans la maison de Steigen, seraient tenus d'en livrer le surplus. 

Le pape Clément V daigna jeter un regard favorable sur le nouveau 
couvent de Sainte-Marie de Saverne et lui confirma par une bulle 
émise en 1308 ses biens, ses privilèges et ses immunités-. 

Le sigillé du couvent de forme oblongue offre un diamètre de io 



1. Arcli. comm. de Sa cerne, cari. 17. 

2. Ibidem. 



— 138 — 

millim. et se trouve divisé en deux compartiments : le premier repré- 
sente la sainte Vierge, tenant de son bras sénestre l'enfant Jésus et 
de son bras dextre une h;uUe fleur de lis, accostée à dextre et à sénestre 
d'un ange agenouillé; le second porte une croix entre deux anges age- 
nouillés et priant; légende: 

t SIG. CÔVÊfVS MON. I. ZABERN. 

Le prieur du couvent de Saverne était considéré comme le provincial 
de l'ordre de Steigen et à son décès le droit d'élire son successeur appar- 
tenait aux religieux de cette ville. Il avait son sigillé particulier; ce sigillé 
de forme ovale représente Jésus-Christ sortant du tombeau; le saint sépul- 
cre est chargé en pointe d'un écu en losange portant un ange agenouillé 
et priant; légende : 

t S. PRIORÏS. MONASTERII. TABERNIA. 

Le couvent de Saverne conserva l'antique renom que la maison-mère 
avait conquis à Obersteigen. De vastes bâtiments s'étaient rapidement 
élevés en face de la place du château épiscopal, et s'abritaient derrière les 
murailles de la ville supérieure; l'église, le cloître et la façade donnant 
vers la place sont les seules parties du couvent qui soient parvenues jus- 
qu'à nous. Les ogives des fenêtres du bâtiment qui est contigu au chœur 
de l'église, bien que bouchées, sont encore reconnaissables à travers le 
plâtre. Le cloître adossé à l'église est très-remarquable, il entoure une 
cour intérieure de 21"\25 de longueur sur 10'",97 de largeur. Sa face 
vers cette cour est formée par une série de belles arcades en pierre de 
taille à ogives géminées, trilobées, surmontées de rosaces à quatre lobes, 
dont les profds sont admirables de légèreté et de netteté d'exécution. 
Le dessin ci-contre donne une idée de l'ensemble de celte remarquable 
construction. 

La face intérieure du cloître à droite de l'entrée est formée par des ar- 
cades en ogives au tiers-point dont les pieds droits sont ornés de colon- 
nettes avec chapiteaux cubiques et bases à pans octogoniques; l'ouverture 
des arcs est le double de celle de la face intérieure. Le fond de chaque 
arc est orné de peintures, malheureusement ternies et grandement dété- 
riorées. 

Le cloître servait de promenoir et en même temps de lieu de sépulture 
aux religieux; ses dalles offrent encore un grand nombre d'épilaphes, mais 



— 1S9 - 

Tusure des lellres, occasionnée par le frottement prolongé des sandales 
des moines, ne permet plus de les déchiffrer. 

Sur l'inclinaison du socle de l'un des arceaux du cloître se trouve 
gravée, en beaux caractères gotl)iqiies, l'épitaplie suivante : 

ANNO. DNI. MCCG. LXXVIII. Ill KL. OCTOB. 0. DNS. BERTOLDVS. DICT9. 

M0NACII9. MILES DE WILDESBERG, f 

(Anno Domini d378, 3 Kalendas Octobris obiit Bertoldns , dlclus 

Monachus, miles de Wildesberg.) 

L'empereur Charles IV renonça en faveur du couvent de Sainte-Marie 
de Saverne au droit des premières prières, c'est-à-dire au droit de nom- 
mer une fois pendant son règne le prieur de cette communauté*. 

L'évèque de Strasbourg, Lambert de Borne, et le magistrat de Saverne 
affranchirent en 1375 des droits de péage et d'octroi tous les grains, fro- 
ment, seigle, orge et avoine, que les frères de Steigen percevaient de 
leurs propriétés ou qu'ils achetaient pour les besoins de leur couvent; 
cette exonération fut consentie en considération du zèle et de la ferveur 
que montraient ces religieux dans l'exercice de leurs pieuses occupations'. 

Le pape Martin V, dès son exaltation, confirma par une bulle émise à 
Constance le 24 avril 1418, tous ses privilèges au couvent de Sainte-Marie 
de Saverne'. 

Cependant malgré les sages mesures que l'évèque Frédéric de Lichten- 
berg avait prises en 1303 lors de la translation du couvent de Steigen à 
Saverne et les limites étroites qu'il a tracées aux religieux de cet établis- 
sement, on vit surgir de nombreux et graves conflits entre eux et le curé 
de Saverne; ces débats trop fréquents étaient une véritable occasion de 
scandale; l'entêtement des deux parties engendra des discussions si vives 
sur les droits curiaux , que l'évèque Guillaum.e de Diest jugea nécessaire 
de supprimer la plébanie et de céder aux religieux de Steigen l'église pa- 
roissiale qui était alors située en dehors de l'enceinte de la ville sur une 
éminence en face de l'hôpital; ils furent également chargés de desservir 
l'égUse supérieure qui est actuellement l'éghse paroissiale, et le prieur du 



1. A/s. diploin., t. II. p. 189. Le droit de joyeux avônement qu'oxerçaioiit les rois do 
France, correspondait an droit des premières prières. On appelait prccistes les bcnéficiers 
nommes en vertu de ce droit. 

2. Arch. commun, de Saverne, cart. 17. 

3. Ibidem. 



— 140 - 

couvent, Nicolas KaufTe, fut appelé à remplir les fonctions curiales. L'aboli- 
tion de la plébanie eut lieu en 1408, elle fit naître de graves dissensions 
entre le couvent et le magistrat de la ville; ces dissensions sans cesse re- 
naissantes faillirent amener la ruine de cet établissement, et l'évéque Guil- 
laume de Diesl fut obligé d'intervenir. 

En 1425, le couvent de Sainte-Marie de Saverne, qui était alors privé 
de ses principaux revenus, fut l'objet de la libéralité de l'évéque Guillaume 
de Strasbourg. Ce prélat, du consentement du grand cbapitre et sur le rap- 
port de Nicolas Burckmann, doyen du chapitre de Spire, commissaire 
apostolique et visiteur des couvents de l'ordre de Steigen, lui fit donation 
de la dîme des blés et des légumineux dans le ban et le district de l'église 
paroissiale et de trois foudres de vin à livrer en automne par le pressoir 
épiscopal. L'effet de cette donation ne devait durer que jusqu'à ce que le 
couvent fût rentré dans ses revenus. L'acte en fut passé le 28 novembre 
de ladite année, et le même jour le magistrat de Saverne conclut un 
accord avec le couvent au sujet de la révocation de l'union de la vicairie 
perpétuelle et du rétablissement de la plébanie'. 

Les religieux de Steigen vécurent sous leur règle particulière dans le 
couvent qu'ils avaient construit à Saverne pendant cent soixante-dix-neuf 
ans, et y jouirent d'une existence paisible, mais ils aspiraient à la séculari- 
sation. En 1482, le 8 février, l'évéque de Strasbourg, Albert de Bavière, 
cédant à leurs instances, les autorisa à adresser au souverain pontife la 
demande de la sécularisation de leur couvent et de son érection en église 
collégiale. Le pape Sixte IV, qui était si enclin aux sécularisations, accueillit 
avec bonté l'humble supplique de R. Jean Riisser, prieur du couvent, et 
confia par une bulle émise à Saint-Pierre de Rome, le 17 juin 1482, à 
l'évéque Albert la mission de procéder à une enquête sur l'état des cinq 
couvents de l'ordre réformateur de Saint-Augustin, fondés par les frères 
de Steigen et disséminés dans les diocèses de Strasbourg, de Constance et 
de Spire et lui commanda par autorité apostolique de les séculariser et 
d'en élever les religieux à la dignité de chanoines. L'enquête à laquelle se 
livra le commissaire apostolique constata que les couvents de Saverne, 
d'Obersteigen et de Lahr dans le diocèse de Strasbourg-, celui de Behren- 
berg au diocèse de Constance et celui de Landau au diocèse de Spire, qui 
composaient tout l'ordre de Steigen , inconnu au reste de la chrétienté, 



1. Arch. du Bas-Rhin, L. G. 5,740. 

2. Cette bulle ne fait aucune mcri lion du couvent de Dachstein, que l'évéque de Stras- 
bourg Jjambcrt de Burnc avait cédé aux frères de Steigen en 1371. 



— 141 — 

avaient été les victimes des guerres qui avaient désolé ces contrées, que 
leurs rentes et leurs revenus se trouvaient amoindris, que la maison de 
Saverne avait à peine trois cents florins de rente, que le nombre des frè- 
res hospitaliers était fort restreint et qu'il en existait à peine trente dans 
les cinq maisons de l'ordre et que, par suite de la diminution des rentes et 
des oblations, il était à craindre que le culte de Dieu et des saints pourrait 
s'y affaiblir, la religion s'y attiédir et la charité s'y refroidir'. 

Pour obvier à ces maux l'évêque Albert rendit le 24 mai 1483 un dé- 
cret conforme aux ordres du souverain pontife, aux termes duquel il pro- 
nonça, en sa qualité de commissaire apostolique et du consentement des 
évéques de Spire et de Constance, la sécularisation canonique des cinq 
couvents de l'ordre de Steigen. 

Les religieux du couvent de Saverne furent élevés à la dignili de cha- 
noines séculiers de la nouvelle collégiale que l'évêque Albert érigea en 
cette ville; les quelques frères qui se trouvaient à Obersteigen se réuni- 
rent à ceux de Saverne, et leur couvent fut vendu à Christophe d'Utten- 
heim, prévôt du chapitre collégial de Saint-Thomas de Strasbourg. 

Le prieur de Saverne, Jean Riisser, fut élevé à la dignité de prévôt du 
nouveau chapitre. Cette sécularisation ne changea que l'état des frères de 
Steigen; tous l^urs droits, leurs immunités, leurs exemptions et les privi- 
lèges dont ils jouissaient auparavant, leur furent expressément réservés 
tant par la bulle de sécularisation que par l'acte de sa fulmination. 

Le prévôt de la collégiale de Saverne, Jean Riisser, emprunta une 
somme de quatre cents florins du chapitre collégial de Saint-Thomas de 
Strasbourg pour l'organisation du nouveau chapitre. Les nouveaux cha- 
noines cessèrent la vie commune' et abandonnèrent le couvent de Sainte- 
Marie. 

L'ordre de Steigen a produit un homme de talent, Jacob de Zabernia, 
qui a exercé une influence puissante sur le développement de la musique 
rehgieuse; il fut l'auteur d'une méthode de plain-chant qui était fort en 
honneur à Saverne, et il parcourut les villes épiscopales du Rhin en l'en- 
seignant. Cette méthode procura à son auteur une grande considération 
dans les divers établissements religieux de l'Allemagne; elle a été impri- 
mée à Mayence et porte pour titre: Ars hene cantandi choralem canlum 
in muUUudinc pcrsonanun M. Jacobi de Zabernia.... revisa per Floren- 
tium Diel spirensem . . . . impressa per Fridericîim Heivmanu, civem mo- 



1, Arch. commun, de Savetme, carf. 17. 

2. M. Cil. Schmidt, Ilist. du chap. de Saint-Thomas, p. 105. 



— 142 — 

gimtinum die S mensis Novetnhris, anno Dni i509, in-12. Ce Jacob (Je 
Zabern, à qui la ville de Saverne avait donné la naissance, s'était voué à 
l'état monastique et était parvenu au rang de prieur du couvent de Saverne 
et de provincial de l'ordre de Steigen. 

Un autre religieux du même ordre ayant nom Jean a laissé un manus- 
crit qui se conservait à la bibliothèque de la ville de Strasbourg et qui 
avait pour titre : Johannis presbyteri de ordine fratrwn de Sleiga Alpha- 
betum auctoritatiim. C'était un petit in-folio, écrit sur du papier vélin; 
l'écriture était celle du quinzième siècle. 

Série des prieurs de Saverne et pères provinciaux de l'ordre de Steigen. 

1344 Jean, 

1376 Nicolas Wiggram^ 

1408 Nicolas Kauffe, 

1440 Antoine Henri Ansteb^ 

1447 Jacques de Zabern, 

1457 Jean Riisser. 

IL 

En 1486, l'évêque de Strasbourg, Albert de Bavière, accueillit à Saverne 
les frères mineurs de l'ordre de Saint-François, appelés vulgairement les 
déchaussés {die Barfiisser), et leur donna le couvent de Sainte-Marie que 
les frères de Steigen avaient abandonné. 

Le nécrologe du couvent parle de l'arrivée de ces religieux et de leur 
entrée au couvent de Saverne en ces termes: «Per Reverendissimum 
<i Dominum episcopum Albertum in hoc monasterium tabernense intro- 
« ducti sunt anno i486 in die fesli divisionis apostolorum fratris mino- 
ares concomitantibus canonicis et magna populi multitudine cum ingenti 
« gaudio et lœtitia. » 

L'évêque de Bavière confirma en 1488 aux déchaussés la possession du 
couvent de Sainte-Marie, du consentement des anciens frères de l'ordre 
de Steigen; ce prélat, cédant à l'ardeur scientifique qui commençait à 
naître de toutes parts, y fonda un collège, destiné à l'enseignement des 
humanités, de la philosophie et de la théologie; cet étabhssement ne 
tarda pas à conquérir une réputation justement méritée et forma un 
grand nombre de dialecticiens et de prêtres*. 

1. Röhrich, Gesch. der Reform, im Elsass, B. 1, S, 82. 



— 143 — 

Le couvent était gouverné par le père gardien que les religieux avaient 
le droit d'élire, et auquel ils étaient tenus d'obéir; la durée de ses fonc- 
tions était limitée à trois ans ; une nouvelle élection pouvait le maintenir 
dans sa charge, mais après six ans d'exercice, il ne pouvait, quelque fût 
d'ailleurs son mérite, être élu une troisième fois, qu'après avoir appris de 
nouveau la subordination au moins pendant dix-huit mois. En cas d'ab- 
sence ou d'empêchement du père gardien, le gouvernement du couvent 
appartenait à son vicaire, à qui toute innovation dans les affaires d'admi- 
nistration intérieure de la maison était interdite et qui était tenu de ren- 
dre compte de sa gestion. Comme la renonciation à toute propriété et par 
conséquent la pauvreté absolue était imposée aux frères mineurs par 
leur règle, ils n'avaient ni économe, ni receveur; ils avaient pourtantle 
droit de choisir, parmi les habitants de la ville, un syndic, qui, sous le 
nom de père de la communauté {geistliche Vater), était chargé de veiller 
aux intérêts du couvent et de recevoir les aumônes qu'on voulait bien lui 
faire. 

L'église gothique du couvent de Saverne resta, sous les frères de Saint- 
François, placée sous l'invocation de Notre-Dame en son Annonciation, 
mais on lui donna encore pour patrons saint François d'Assise et son cé- 
lèbre disciple saint Antoine de Padoue. 

Cependant l'ancien provincial de l'ordre de Steigen , Jean Riisser, qui 
avait été élevé à la dignité de prévôt du nouveau chapitre de Saverne, 
sentant qu'il allait bientôt comparaître devant Dieu, manifesta le désir de 
reposer sous l'habit religieux de Saint-François dans le couvent qui lui 
avait servi de retraite, et à sa mort, arrivée en 1503, il y reçut la sépul- 
ture. Le nécrologe du couvent en fait mention en ces termes: 

fLÂnno Domini iSOS obiit D. Joannes Riisser, ultimus provincialis 
(Lordinis Steigensium ac prior hujus Cœ^iobii et primtis prœpositus 
(Lcollegii Zabernensis, qui et in habita nostro nobiscum sepultus est.y> 

Vers la fin du quinzième siècle, un moine de ce couvent, le frère Fran- 
çois Wyler, qui avait amassé les trésors d'une vaste érudition, jouissait 
dans tout l'évêché de Strasbourg d'une grande réputation de savant pro- 
fesseur et de compositeur distingué; l'amour du chant sacré et de la mu- 
sique religieuse s'était développé de bonne heure en lui; il composa, à 
la prière de Jacques Wimpheling, la mélodie d'un cantique fait par le pape 
Sixte IV pour la fête de la Visitation de la sainte Vierge. La lettre qu'il 
écrivit en 1 i98 à Jacques Wimpheling au sujet de celle composition, se 



— Uà — 

trouve imprimée dans le recueil des cantiques que celui-ci a publié en 1513; 
elle a été reproduite dans les Amœnitales frihirgenses publiées par Riegger'. 

François Wyler brilla encore davantage par les qualités de l'esprit et 
une rare éloquence; il consacra à la mémoire de Jean Geiler, le célèbre 
prédicateur à la calbédrale de Strasbourg, une épitajjlie que Conrad et 
Pierre Wickgram nous ont conservée dans le recueil des sermons et trai- 
tés de leur oncle (/. Geiler i sermonls et vcirii Iraclalus) , édité en 1518 
par J. Grüninger, imprimeur à Strasbourg. 

Un honorable ecclésiastique, Valentin Ilipper, vicaire du chapitre collé- 
gial de Saint-Pierre-le-Jeunc de Strasbourg', qui avait été autorisé par 
un induit de l'évéque à disposer de sa fortune, fit, par son testament du 
28 février 1548, une série de legs particuliers et légua le reste de sa for- 
tune au couvent, des déchaussés de Saverne. Mais comme la règle de 
Saint-François que suivaient ces religieux leur interdisait la possession des 
biens de ce monde et que le testateur pouvait craindre qu'après sa mort, 
la disposition qu'il avait faite au profit d'un établissement religieux inca- 
pable de recevoir, ne donnât lieu à de sérieuses difficultés et qu'elle pût 
même être frappée de nullité, il chercha dans une pensée sage et pré- 
voyante à lui faire passer par une espèce de fidéicommis le bénéfice de 
cette disposition. Il ajouta à son testament un codicille qu'il écrivit le 25 
mars 1555. Il y confirma la série des legs particuliers, et légua le reste de 
ses biens au magistrat de Saverne , à la charge de les administrer pour le 
compte du couvent des déchaussés de cette ville et de lui en servir an- 
nuellement les intérêts. 

Après la délivrance des legs particuliers les R. P. Ambroise Volmar, 
doyen du chapitre de Saint-Pierre-le-Jeunc, et Jacques Eichelberger, cha- 
noine de Saint-Pierre-le- Vieux , qu'il avait nommés ses exécuteurs testa- 
mentaires, rendirent au magistrat de Saverne compte de leur gestion et 
placèrent, de son consentement, le montant de l'héritage qui lui advenait 
et qui était de 480 florins, sur l'hôpital de cette ville par acte du dimanche 
Exaudi 15G8. Le magistrat, de son côté, promit d'employer les intérêts de 
cette somme pour le compte du couvent et de replacer le capital s'il ve- 
nait à être remboursé. Ce capital fut converti en 1G70 en une rente per- 
pétuelle de trois rézeaux de froment et de cinqrézeaux de seigle, que l'hô- 
pital était tenu de hvrer sur les greniers du couvent à la Saint-Martin de 
chaque année \ 



1. rage 340. 

2. Arch. commun, de Saverne, cart. 17. 



— 145 — 

L'évèque de Strasbourg Érasme de Limbourg, si connu pour sa bien- 
faisance et son immense charité et que la mort enleva en 1568 à l'amour 
'de ses sujets, n'oublia -point le couvent des déchaussés de Saverne dans 
son testament, et lui légua, à titre d'aumône, une somme de deux cents 
florins. 

En 1571, l'évèque de Strasbourg Jean de Manderscheid, désireux d'aug- 
menter le nombre des défenseurs de l'Église, ouvrit les portes de l'Alsace 
aux jésuites et leur assigna pour séjour le couvent des déchaussés de Sa- 
verne'; ceux-ci se rendirent à Rouffach dans le couvent de leur ordre. 

En 1582, après qu'un collège eut été fondé à Molsheim pour les jésui- 
tes par l'évèque Jean, le couvent de Saverne fut abandonné et resta quel- 
que temps sans habitants. L'abandon dans lequel on laissait ce bâtiment, 
affectait péniblement la bourgeoisie de Saverne; elle manifestait le désir 
qu'il fût de nouveau cédé à une communauté religieuse qui s'occupât à 
célébrer les nombreux anniversaires que l'on y avait fondés. Le magistrat 
de la ville, qui partageait le désir des habitants, souhaitait vivement le re- 
tour des déchaussés; mais comme à cette époque les moines de cet ordre 
étaient rares en Allemagne, tandis que les capucins y pullulaient, la Ré- 
gence de l'évêché lui conseilla de faire venir des rehgieux de ce dernier 
ordre pour lui proposer la cession du couvent abandonné. Il s'adressa 
aux capucins d'Appenzell en Suisse, de l'agrément de l'évèque de Stras- 
bourg, Charles, cardinal de Lorraine; ces religieux se laissèrent séduire 
par la proposition qui leur fut faite par un député du magistrat de Saverne 
et envoyèrent dans cette ville deux délégués pour débattre et arrêter les 
conditions de la cession. 

Ces religieux arrivèrent à Saverne dans la semaine sainte de l'année 
1595, et célébrèrent les fêtes de Pâques dans l'église conventuelle. Mais 
lorsqu'ils firent connaître que leur règle ne leur permettait pas de faire des 
enterrements, ni de se charger du service des anniversaires qui avaient 
été fondés sous les cordeliers, que le chœur de l'église devait subir une 
transformation totale et que la distribution intérieure du couvent devait 
être modifiée, on reconnut l'impossibilité de les admettre. Comme le car- 
dinal de Lorraine penchait pour les capucins, le magistrat lui fit connaître, 
avec les motifs qui s'opposaient à leur admission , la répugnance que les 
habitants montraient pour les religieux de cet ordre dont ils redoutaient 
le zèle et l'avidité, et il saisit avec empressement l'autorisation que lui 



1. Strobet, Ilist. (V Alsace, t. IV, p. 160. 



— 146 — 

donnait ce prélat, pour négocier avec le P. gardien du couvent des dé- 
chaussés de Rouffach l'envoi à Saverne de quelques religieux de son 
ordre *. 

Ces négociations furent couronnées de succès; le R. P. provincial de 
l'ordre des frères mineurs de l'étroite observance de la province de Ba- 
vière, et le R. P. gardien du couvent de Rouffach se rendirent à Saverne 
et y arrêtèrent les conditions de la remise à leur ordre de l'ancien cou- 
vent de cette ville. 

Les déchaussés revinrent à Saverne dans la première semaine du mois 
de septembre 1595. Ils y furent accueillis avec les démonstrations de la 
joie la plus vive, et reprirent possession de leur ancien couvent, que la 
ville avait fait convenablement restaurer. Le magistrat leur témoigna sa 
bienveillance par le don d'une belle vaisselle d'étain, sur laquelle il avait 
fait graver les armes de la ville, surmontées d'une mitre épiscopale. 

Cependant la cession définitive du couvent ne fut conclue que six ans 
plus tard par une convention du 28 juin 1G01, qui régla également les 
droits et les devoirs respectifs des religieux et des habitants. Aux termes 
de cet acte le cardinal Charles de Lorraine, évêque de Strasbourg, donna 
et rétrocéda, du consentement du magistrat de Saverne, aux frères mineurs 
de Saint-François de l'étroite observance de la province de Bavière, pour 
lesquels stipula et accepta Guillaume Schœlnagel, leur provincial, leur an- 
cien couvent de cette ville « tant pour l'avancement de l'honneur de Dieu, 
«le soulagement et le salut des habitants que pour la conservation, la pro- 
«rogalion et l'augmentation de la vraie et seule salutaire religion'.» 

Cette rétrocession fut faite sous la condition que la communauté se compo- 
serait au moins de six personnes, dont trois prêtres, et que parmi ces der- 
niers il y aurait toujours un bon et savant prédicateur; que les bâtiments du 
couvent seraient entretenus aux frais de l'évêché, et que les frais d'entre- 
tien de l'église resteraient à la charge de la ville. Le cardinal Charles de 
Lorraine assura à la communauté, à titre d'aumône, une dotation annuelle 
de vingt rézeaux de froment, de vingt rézeaux de seigle, de dix rézeaux 
d'orge, d'un foudre de vin, d'un muid de sel et de deux têtes de bétail 
que le receveur général serait tenu de leur livrer. Le magistral de la ville 
leur assura, de son côté, à titre d'aumône, une rente annuelle de cent flo- 
rins à prendre sur ses revenus et payable par trimestre, il leur accorda 
l'exemption des droits de péage et d'octroi pour toutes les denrées que 



1. Arch. commun, de Saverne, cart. 17. 

2. Ibidem. 



- 147 — 

les frères lais quêleraient et leur promit lout le bois de chauffage dont 
ils auraient besoin. Le cardinal Charles imposa aux habitants de Saverne 
et de Steinbourg qui avaient des attelages, un jour de corvée pour cher- 
cher dans la forêt communale du Falberg le bois de compétence que le 
magistrat assignerait aux religieux. 11 fut réservé au magistrat la faculté de 
demander le renvoi de tel religieux qu'il lui plairait. 

Les récollets de Saverne reçurent vers la fin de l'année 4603 la visite 
du frère François de Sosa, Espagnol d'une haute naissance, ministre géné- 
ral de leur ordre. En vertu de l'autorité apostolique qui lui avait été con- 
férée par le pape Sixte V, il institua, le jour de Noël, dans l'église conven- 
tuelle, l'archiconfrérie du cordon de Saint-François. Cette confrérie avait 
été fondée à Rome en 1587, et des indulgences plénières étaient accor- 
dées aux personnes de l'un et de l'autre sexe qui se soumettaient à la 
règle de porter, à l'exemple de saint François, une corde en guise de 
ceinture'. 

En 1613, l'évêque de Strasbourg, Leopold d'Autriche, introduisit dans 
le diocèse les prières des quarante heures, et prescrivit aux récollets de 
les célébrer solennellement dans leur église infra octavam Corporis Christi 
pour obtenir du ciel, non-seulement le repos temporel et éternel, mais 
encore la paix et l'union de la communauté catholique'. 

Le Triduum de prières fut célébré avec la plus grande solennité; pen- 
dant trois jours consécutifs, à partir du 11 juin, la population tout entière 
de Saverne adressa à Dieu ses supplications et ses prières devant le saint 
sacrement exposé; l'archiduc Leopold assista lui-même avec toute sa cour 
à l'ouverture de la fête. 

Chaque année le lundi après Quasimodo, où les récollets célébraient la 
dédicace de leur église, il y avait fête au couvent; toute la ville prenait 
part à cette solennité qui était couronnée par un somptueux banquet, que 
le magistrat faisait servir à ses frais dans le réfectoire du couvent'. 

Le couvent de Saverne renfermait toujours quelques jeunes aspirants 
à la prêtrise et un certain nombre de novices qui y faisaient l'apprentissage 
de la vie monastique; on les obligeait à remplir les fondions d'enfants de 
chœur et on leur donnait l'instruction nécessaire pour arriver à la pro- 
fession religieuse. 



1. Arch. commun, de Saverne, cart. 17. 

2. Ibidem. 

3. Ibidem. (V. Ics comptes couimiin., cari. 135.) 



— 148 — 

En 1715, le magistrat de Saverne s'entendit avec le provincial de l'or- 
dre des frères mineurs de la province de Strasbourg pour l'établissement 
d'un collège au couvent des récollets et assura à chacun des deux profes- 
seurs qui seraient chargés des cours, un trailementde cent cinquante flo- 
rins, à charge d'admettre dans les classes tous les élèves qui seraient dé- 
signés par l'autorité locale. On n'y enseignait d'abord que jusqu'à la qua- 
trième inclusivement, l'instruction gratuite était accordée aux jeunes gens 
studieux, peu favorisés des dons de la fortune. Ce collège exerça bientôt 
une influence marquée sur l'instruction publique, les classes furent divi- 
sées en Rhelorica, Poelica, Syniaxis, Secunda et Infima. Les pauvres étu- 
diants du dehors y furent admis et trouvaient un accueil bienveillant chez 
les bourgeois de la ville, qui les admettaient alternativement à leur table 
ou leur donnaient des secours pour les aider à vivre; cette sorte d'étu- 
diants, qu'on ùTppehii Beitelstitdenlen, a complètement disparu de nos jours. 

Vers le milieu du dix-huitième siècle la méthode que Dom Calmet avait 
fait adopter à l'abbaye de Senones pour l'enseignement de la théologie, 
était devenue célèbre dans les établissements religieux de l'Alsace; le père 
gardien du couvent de Saverne y envoya plusieurs religieux pour se fami- 
liariser avec la méthode de l'abbé de Senones, et suivre les cours de Dom 
Ambroise Collin, qui enseignait avec éclat le droit canon et la théologie 
positive'. 

En 1736, le père lecteur du couvent de Saverne dédia une thèse au 
chapitre collégial de la ville, celui-ci lui accorda une gratification de six 
louis d'or et «le pria en même temps de se dispenser à l'avenir de pareille 
chose'». 

Après la suppression de l'ordre des jésuites, la proscription atteignit aussi 
l'enseignement des récollets de Saverne, et un arrêt du conseil souverain 
d'Alsace du 22 novembre 1765 les priva du droit d'enseigner. Le magis- 
trat de la ville invoqua la puissante médiation du cardinal Louis-Constan- 
tin de Piohan , évoque de Strasbourg, et de son neveu et coadjuteur le 
prince Louis-René-Édouard de Rohan, pour obtenir une modification de 
l'arrêt qui avait supprimé le collège des récollets. Ces prélats ne se lais- 
sèrent rebuter par aucune démarche et s'employèrent activement pour 
faire rendre leurs chaires aux religieux de Saverne dont ils avaient appré- 
cié le mérite. Ces démarches, que seconda et stimula l'abbé Georgel, secré- 



1. Calmet, Bibliothèque de lorraine, p. 39C. 

2. Arch. commun, de Saverne, liasse 53G. 



— 149 — 

taire inlime du prince Louis-René-Édouard de Rohan, furent couronnées 
de succès. Dès que le magistrat de Saverne fut informé par l'abbé Geor- 
gel que la cour de Versailles se montrait disposée à accorder aux récol- 
lets la permission de rouvrir les classes, il conclut le 31 octobre 1767 
avec le père gardien du couvent une convention aux termes de laquelle 
le traitement annuel de chaque professeur était porté à deux cents livres 
qu'il promit d'acquitter par quartier entre les mains de l'économe du cou- 
vent. Il mit le montant de ces gages à la charge des étudiants et ordonna 
que la répartition en serait faite entre eux par tête et que chacun payerait 
sa quote-part d'avance. 

Dès le surlendemain 2 novembre les classes furent rouvertes avec l'au- 
torisation de M, Neef , procureur général près le conseil souverain d'Alsace. 
La lenteur qu'on mit à expédier les lettres patentes qu'attendaient les ré- 
collets pour régulariser leur position, détermina le magistrat à s'adresser 
au conseil souverain d'Alsace pour lui demander une autorisation provi- 
sionnelle pour ces religieux d'enseigner les études élémentaires. Le par- 
lement alsacien accueillit favorablement cette demande et autorisa par son 
arrêt du 21 janvier 1769 les récollets à tenir les quatre basses classes: 
la sixième, la cinquième, la quatrième et la troisième pour les enfants de 
la ville seulement. Cet arrêt ayant été communiqué au R. P. Josué, gar- 
dien du couvent des récollets de Strasbourg, celui-ci envoya à Saverne 
trois frères régents «pour y donner toute instruction qui est d'usage dans 
« les quatre basses classes. 11 ne faut pas être si scrupuleux, écrivait-il au 
«magistrat de Saverne*, sur l'arrêt du conseil, qui, en accordant l'ensei- 
«gnement des quatre basses classes, ne spécifie pas les matières qui doi- 
«vent y être enseignées; il lui doit être fort indifférent si la jeunesse de 
« Saverne dans trois ou quatre ans qu'elle est obligée de consommer dans 
« les basses classes, est poussée jusqu'à la rhétorique inclusivement par la 
« diligence des régents et la bonne méthode d'instruire. Je croi (sic) que 
«le conseil a voulu par son arrêt favoriser la ville de Saverne; ainsi pour 
«ne point réduire cette grâce presqu'à rien, il la faut étendre autant qu'il 
«est possible, puisque toute grâce, privilège et faveur selon toutes les lois 
«doit être expliquée amplement.» 

La ville de Saverne se montra toujours reconnaissante des services que 
rendaient les lécollets à l'enseignement et combla ces religieux de faveurs 
de toute sorte. Le collège était dans toute sa gloire, lorsque la révolution 



1. Arcli. commi(?i. de Saverne, cart. 17. 



- 150 — 

éclata ; ses étudiants n'avaient jamais été plus nombreux et ses professeurs 
plus doctes. 

Depuis l'annexion de l'Alsace à la couronne de France, les couvents et les 
hospices des frères de l'étroite observance situés dans cette province, 
avaient été détachés de la province de Bavière, pour former une nouvelle 
province dite de Strasbourg, mais un bref du pape Benoît XIV du 24 avril 
175-i- prononça la séparation de la province de Strasbourg- et réunit tous 
les couvents et les hospices de l'ordre des récollets situés en Alsace en 
une province, qui fut placée sous l'invocation de saint Pierre d'Alcantara'. 

Le couvent de Saverne possédait une nombreuse et belle bibhothèque, 
remarquable par d'anciennes éditions * et durant les trois derniers siècles 
il n'y eut pas un seul évêque de Strasbourg qui ne l'enrichît de beaux 
livres. Le sigillé du père gardien représentait la lettre majuscule T avec 
cette légende : Guardian, tahern. trihoc. 

En 1770 le chapitre national de l'ordre des récollets, composé des 
délégués des onze provinces de la France, fut tenu à Versailles; le R. P. 
Armand Clément, gardien du couvent de Saverne, fut choisi avec les 
RR. PP. Josué Ricklin, ancien paroissial de Saint-Pierre d'Alcantara, et 
Bruno Fortin, provincial titulaire, pour y représenter les religieux de 
cette province. La session capitulaire s'ouvrit au couvent de Versailles, 
le 5 septembre, sous la présidence du R. P. Tiburce Barat, commissaire 
général, et dura dix-neuf jours. Le chapitre réunit en seul et même corps, 
et sans s'écarter de son institution, les statuts, règlements et constitutions 
de l'ordre, et comme cette codification ne contenait rien de contraire 
aux SS. Décrets et Constitutions canoniques, ni de dérogeant aux privi- 
lèges, franchises et libertés de l'Église gallicane, elle fut approuvée par 
un bref du pape Clément XIV, du 3 avril 1773, louée, confirmée et auto- 
risée par lettres patentes du roi Louis XV, du l'^'^décembre suivant\ 

Au commencement de l'année 1791 le couvent des récollets fut sup- 
primé, et peu après quarante citoyens s'associèrent pour s'en rendre 
acquéreurs dans le but de le dérober à la spéculation de la bande noire 
et restituer, dans un avenir prochain, son antique église au culte. L'église 
et les bâtiments en dépendant leur furent adjugés comme domaine natio- 
nal, suivant procès-verbal, dressé par le département, du 22 novem- 
bre 1792. 



1. Ord.d Alsace, t. II, p. 438. 

2. Dom Maitônc, Voyage littér. de deux bénédiclins , t. II, p. I4G. 

3. Conslit. rjencral. Recolleciorum. Argent. 1774, in- 18, p. 117. 



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- 151 — 

Pendant la Terreur, l'église fut convertie en temple dédié à l'Être 
suprême et les bâtiments du couvent furent affectés au logement des 
troupes de la garnison ou transformés en magasins. 

Un décret impérial du 5 septembre 1809 autorisa la ville de Saverne à 
faire l'acquisition de l'église et des bâtiments du couvent, moyennant la 
somme de quatorze mille francs, mais le contrat n'en fut passé que le 
2 avril 1811. 

Le collège communal fut transféré en 1809 dans les bâtiments du cou- 
vent; pendant l'occupation des alliés ils servirent d'hôpital militaire, 
aujourd'hui ils sont occupés par les salles d'asile et les écoles j)rininires 
de l'un et de l'autre sexe. 

L'église des récollets, qui a conservé un air de pauvreté, n'oflVe aucun 
intérêt à l'archéologue, elle est construite dans un style sévère (jui lliit 
un triste contraste avec les ogives gracieuses du cloître; une tourelle 
ronde et d'une forme disgracieuse sert de clocher et repose sur le chœur, 
qui est à 3 pans. La nef n'a qu'un plafond revêtu de plâtre, tandis que le 
chœur est voûté; ses fenêtres ogivales sont composées de deux lancettes 
trilobées, surmontées d'un trèfle aigu. 

Les pierres tombales étaient nombreuses dans l'église des récollcls, la 
plupart de ces dalles si intéressantes ont disparu, lorsqu'on a refait à neuf 
son pavé. Déjà antérieurement à la Révolution, on avait fait disparaître du 
chœur le monument funéraire de Frédéric de Liitzelburg et de sa femme 
Sophie Münch de Wilsperg, décédés en 1553; ce monument, qui était de 
marbre blanc, offrait leurs effigies avec leurs armoiries accolées et on 
y lisait l'inscription suivante : 

« Anno à nato Christo MDLIII non. Jaimarij è vivis migravîl Nobilis 
« Fridericus à Lulzclhurg, quodsi quem candor animi moresque ad omnes 
« homines accomodl diù supersUlem esse voilassent, profectè Is dignus 
« ncstoriis fuisset annis, paucos autem post dies uxorem Sophiani Wils- 
fLperg fata è vita sustulere, sic namque visum est superis, ut clarissima 
« uxor maritnm ad cœlos usque insequeretur , atque amhorum corpora 
« una in terris urna complecferctnr.y) 

Les inteslhis de Philippe de Flœrsheim, évoque de Spire, décédé au 
château de Saverne le 23 juillet 1552, furent inhumés dans l'église des 
récollets de cette ville; la dalle qui les recouvrait , portait l'insciiplion 
suivante, que composa Thibaut Wagner, le secrétaire du prélat: 

T. IX. - (.M.) 11 



— 15^ - 

Ilic lapis à Flœrsheim tcgit intestina Philippi 
Pontificis Spirœ, corpus d ipsa tcnct\ 

On voit encore an chœur le monument funéraire d'Antoinc-Uicliard de 
Liitzelbourg-, décédé en 1617, et de sa femme Jeanne-Marie Kempf d'An- 
gret; il est encastré dans la paroi du chœur, du côté de l'épîlre, à quatre 
mètres au-dessus du sol et représente en relief la Vierge douloureuse, 
avec le douhlc écusson des Liitzelbourg et des Kempf d'Angret. Le côté 
dextre du monument était orné des écussons des aïeux maternels d'Anloine- 
Richard de Liitzelbourg, au nombre de sept, et le côté sénestre d'un 
pareil nombre d'écussons des aïeux maternels de sa femme. Tous ces écus- 
sons ont été mutilés à l'époque de la Révolution. Au bas de ce monument 
se développe la double inscription suivante : 



Den M'™ Maij 1617 ist in Christo dem 
herrn Gottseclig Entschlaffen der \\o\û 
Edle gestrenge herr Anton Reichard von 
Lützelbnrg, der hochfurslliclien Durch- 
laucht ilertzog Leopoldi zu Ostreich Rath, 
Cammerer unndl Obrister Falkenmeister, 
dessen Seelen der allmächtige Gott Ein 
fröliche Ruhstnndt Vätlerlichen Vcrlcyhen 
Unndt Mitlhevlen wolle. Amen. 



Anno 1622 den 24'''" Februarij ist in 
Gott verschieden die Wohl Edle Ehren 
unndt Tugend. Fraw Johanna Maria von 
Liitzelburg gebohrne Kenipf von Angret 
des Wohl Edlen und gestrengen herrn 
Antoni Richard von F^utzelburg seligen 
hintcrlassene Wittibe, deren Seel Gott 
guadt, liegt zue Geb\veyler begraben. 



On remarque dans la nef une dalle de marbre noir, qui recouvre la 
tombe de M. Jean-George de Mayerhoffen, ancien capitaine d'infanterie, 
bailli des bailliages de Savcrne et du Kochersperg. L'épitaphe qui se déve- 
loppe sur cette dalle, est surmontée des armoiries de la famille de Mayer- 
hoffen et se compose de 9 hexamètres disposés en 18 lignes et ainsi 
conçus : 

Mille et sex centos, sexagintaque suh anno 
Dum sequiiiir nonus, siim vilœ himen adorlus. 
Slirps pcpcrit nomen mihi nobile de Mayerhoffen 
Cœsaris ac Régis scriptum stahilivil in armis, 
Rex Jacob Anglorum de Macheligote et hybernum 
Me regimen quarto capitanei nomine lustro 
Donat, quod sexto de Bernold post dédit anno: 
Octoginta anni irini, menses sex mihi fausti 
Satrapa! mors Juli quarta inquit: Cède Georgi. 



1. Rcmling', Gesch. der Bischöfe zu Speyer, B. II, S. 325. 



— 153 — 

Au-dessus de la porte d'entrée du couvent s'épanouissait l'inscription 
composée des quatre vers suivants : 

Vos quos includU, frangit, gravai, aUrahit, urit 
Hic carcer maestus, labor, exiUum, dolor, aeslus, 
Me luccm, requiem, patriam, medicamen et umbrani 
Qiierite, sperate, scitite, lenele, vocale. 

Ces vers ont été composés par Relinde, abbesse de Hobcnbourg, vers 
le milieu du douzième siècle. Voici la traduction qu'en donne M. Ilust 
dans ses Excursions alsaciennes': 

Vous que renferme, charn-e, accable, brûle cette triste prison, lieu de 
labeur, d'exil, de douleur, de clialcur, je suis la lumière, le repos, la 
patrie, le remède et l'ombrage qu'il vous fautchercber, espérer, connaître, 
garder, invoquer. 

On voit dans l'ancienne église des récollets un beau bas-relief en bois 
du quinzième siècle, représentant plusieurs apôtres et divers personnages 
groupés autour du sépulcre de Jésus-Cbrist. La pierre est ôtée du sépulcre 
et le sarcopliage est vide; l'attitude des apôtres qui ne trouvaient plus, 
pour me servir de la belle expression de Tertullien-, dans le tombeau que 
les dépouilles d'un tombeau, exprime la joie et la satisfaction ineffable que 
leur cause la résurrection de leur divin maître. La figure du pliarisien 
exprime la raillerie et l'ironie, et celle d'un nègre aux clieveux crépus et 
au nez large et épaté, un étonnement stupide; plusieurs docteurs de la loi 
sont agenouillés près de la tombe et consultent les livres saints pour voir 
si les propliéties étaient accomplies, tandis qu'un soldat en faction devant 
le tombeau, soudoyé par les princes des prêtres, répand le bruit que le 
corps de Jésus-Cbrist a été enlevé pendant la nuit par ses disciples. La 
disposition de ce groupe est très-pittoresque, les têtes sont belles et les 
costumes aux plis agencés dessinent parfaitement les formes. La reliure 
des livres indique le quinzième siècle. La figure du Sauveur se trouvait, 
selon toute apparence, sur le tympan de ce précieux bas-relief, mais 
mallieureuscment ce tympan s'est perdu. 

Le cbœur de cette église est orné d'un tableau représentant l'Annoncia- 
tion de la sainte Vierge et qu'on attribue à Melling-, qui passe pour le pre- 
mier peintre de l'Alsace, quoiqu'il soit difficile d'y reconnaître la manière 
de cet artiste-. 



1. Œuvres, édition du Panthéon, 1 vol. gr. in-S», p. I.J3. 

2. KotfioL Kirchrn- und Sdiulhlalf . 1850, S. 150. 



— 154 — 

On voit dans la nef une statue de la Vierge, qui a été donnée à l'église 
des récoliets par les dames de Savenie. Le socle sur lequel elle repose 
offre aux regards l'inscription suivante : 

seXVs In LaVDes 
aVgVstae VIrgInIs 
CoELo assuMptae. 

Le chronogramme fixe la date de la donation à l'année 1689. 

Si l'on pénètre dans le cloître adossé à l'église et que l'on examine ces 
peintures, malheureusement ternies et grandement détériorées, qui dé- 
corent le fond de ses arcades, on remarque qu'elles représentent dans une 
suite de tahleaux des scènes de la divine épopée du Christ: la naissance de 
Jésus, l'adoration des mages, des sujets allégoriques et religieux, Baby- 
lone pécheresse, le jugement dernier, le paradis et l'enfer. Plusieurs de ces 
tableaux ont une analogie frappante avec les peintures du célèbre Hortus 
BeUciarum de Herrade de Landsberg, abbesse de Plohenbourg. L'artiste 
avait la facilité de consulter le précieux manuscrit, qui se trouvait alors aux 
archives de l'évêclié à Saverne, et il a encore peint entre chaque arceau 
des médaillons représentant des saints. L'un des grands tableaux porte 
l'inscription suivante : 

In dem HohensUft Strassburg 
Bartholompcus Greiner. 1618. 

Cette inscription nous fait connaître la date de ces peintures, mais le 
nom qui y figure ne paraît pas être celui du peintre, car ce nom se ren- 
contre dans une foule de documents de cette époque avec la qualification 
d'Oberkeller, c'est-à-dire du receveur général chargé de la perception 
des dîmes, des rentes et des fermages qui se payaient en nature; voici la 
copie de son acte de décès tel qu'il est transcrit dans le registre mortuaire 
de la paroisse: 

i Decembris i636 obiil Bartholomäus Greiner Oberkeller, accepit s. s. 
Encharistiam et unclus est. 

Quelques figures de ces grands tableaux tiennent des banderoles ou 
phylactères portant des inscriptions explicatives des scènes peintes. L'un 
de ces tableaux a été couvert d'un badigeon, et en 1820 un artiste, ayant 
nom Ricard, qui était alors maître de dessin au collège de Saverne, y a 
peint un moine dans l'attitude de la prière et du recueillement. 



155 — 



Série des PP. gardiens. 



1570 George Gebliardt. 
1595 Antoine Zürer. 
1597 Jean Kienlin. 
1601 Vite Schweiger. 
1605 Sigismond Frey, 
1608 Michel Meyer. 
1610 Sigismond Frey. 
1623 Wolfgang Hœgner. 
1629 Antoine Auer, 
1634 Antoine Stadler. 
1639 Richard Riehl. 
1643 Martin Rosshürt. 
1649 Jérôme Meyer. 
1652 Innocent Buchener. 



1660 le père Célestin. 
1684 le père Bonaventure. 
1689 Cyrille Steinhœuser. 
1693 Processe Kranch. 
1707 le père Théodore. 
1736 Charles Gschickt. 
1 744 le père Bouhier. 
1751 le père Usmar. 
1758 le père Biaise. 
1761 Victorin Zis. 
1767 Rimbert Romer. 
1770 Armand Clément. 
1781 Victorin Zis. 
1787 Martinien Hattenbergcr, 



NOTE 



RECUEIL DINSCRIPTIONS FAIT PAR THOMAS WOLF, DE STRASBOURG, 

AU COMMENCEMENT DU SEIZIÈME SIÈCLE, 
Par C. SCHMIDT. 



La Bibliothèque de Strasbourg possédait, avant la guerre, deux volumes 
manuscrits de Schöpflin contenant, sous le titre à'Alsatia litterata, des 
notes sur les savants et les littérateurs alsaciens. Quand, il y a trente ans, 
je fis des recherches sur le chanoine strasbourgeois Thomas Wolf, un de 
nos humanistes du commencement du seizième siècle, je trouvai dans le 
second des deux volumes de Schöpflin l'indication d'un ouvrage que Wolf 
aurait écrit sur les antiquités romaines. Wolf fit ses études à Bologne ; il 
passa dix ans dans cette Université; dans l'intervalle il visita Padoue, 
Mantoue, Rome, et probablement d'autres villes. En 1509 il retourna en 
Italie; le 9 octobre de cette année il mourut à Rome. On savait par ses con- 
temporains qu'il s'était adonné avec beaucoup de zèle aux études archéolo- 
giques, telles qu'on les comprenait alors; vers 1506 le professeur Zasius, 
de Fribourg, lui écrivit: « Lors de ton séjour à Rome, du temps de tes 
«études, tu es allé jusqu'à mettre en danger ta vie pour retirer de l'oubli les 
« monuments cachés de l'antiquité romaine; nous espérons que tu ne tarde- 
« ras pas à les publier'. » L'ouvrage mentionné par Schöpflin devait donc 
avoir un intérêt d'autant plus grand, qu'à l'époque de Wolf l'archéologie 
était encore, de ce côté-ci des Alpes, une nouveauté dont on ne s'occu- 
pait que rarement. Le volume était cité comme se trouvant à la biblio- 
thèque de Bàle ; j'écrivis au bibliothécaire de cette ville pour m'en infor- 

1. En tôte de Tcutingci*, Sermones convioales de Germaniœ aniiqidtaiibus. Strasb. 
1500, in-i°. 



- 157 — 

mer ; il me répondit que le manuscrit avait disparu. Depuis j'ai renouvelé 
ma question auprès du savant et complaisant M. Sieber, qui est aujourd'hui 
le conservateur du riche dépôt littéraire de Bâle; il voulut bien faire des 
recherches et fut assez heureux de remettre la main sur le livre; un de 
ses prédécesseurs, qui avait changé le numéro, avah négligé de noter ce 
changement dans le catalogue. M. Sieber eut l'obhgeance de m'envoyer 
le volume ; je crois qu'il importe de signaler celte découverte à l'attention 
des membres de notre Société et des lecteurs de notre Bulletin. 

C'est un in-quarto de 430 pages, marqué D, IV, 7. Malheureusement 
ce n'est pas l'original de Wolf; celui-ci paraît ne plus exister. Ce que 
nous avons, est une copie faite de 1513 à 1515 par le jeune Bàlois Boni- 
face Amcrbach, pendant qu'à l'Université de Fribourg il étudiait les lettres 
classiques et le droit. L'original appartenait peut-être à Zasius, dont Wolf 
avait été l'ami et dont Amerbach était un des pensionnaires. Sur la pre- 
mière page de la copie est écrit: Sum Donifacil Amcrbachii Basiliensis ncc 
muto dominum, ^«no MDXVIII. Frihimji'. Les pages 2 à 24 sont vides; 
de page 25 à 324 suivent des inscriptions; page 325 on lit au haut: 
Scripta sunt hœc anno M.D.XV, kal. Septembr. et au bas: Hadcmis Tlio. 
Wolaîisjun.; la place entre ces deux hgnes est occupée parle dessin d'un 
monument surmonté de l'écusson de Wolf, portant un loup; c'est pro- 
bablement un projet imaginé par Amerbach. Page 326 vient une inscrip- 
tion romaine, communiquée sans doute à Zasius par le Strasbourgeois 
Thomas Aucuparius; puis une série d'inscriptions d'origine diverse ', entre 
autres, page 360, celle du sarcophage de Dompetcr, qui, d'après la croyance 
populaire, avait contenu les reliques de sainte Pétronelle, et dont Schöpflin 
a démontré la vraie destination l Le volume est terminé par des épilaphcs 
composées par Reuchlin, Boniface Amerbach et Beatus Bhenanus. Je ne 
m'occuperai que de ce qui provient de Thomas Wolf. 

Pendant qu'il faisait ses études à Bologne, un des professeurs de droit 
de cette Université, Thomas Cammarus, grand amateur d'antiquités, tra- 
vaillait cà un recueil d'inscriptions. Ce fut lui sans doute qui inspira au 



1. Amerbach copia le ms. page par page; p. oS il écrivit: Mlii/ liic decsl, hanc eciam 
secimdam cliaiiœ parlcm vaciiam rcperiiniis in libri aiiliquitaluni Tlwmœ 'Woltihii Ar- 
gentin. Les Inscriptions sont écrites tantôt en lettres minuscules, tantôt en majuscnles, 
et toujours par lignes séparées. 

2. Page 337 il y a encore une épitaplic en distiques avec cette note : Romœ rcperluvi, 
ut voliiit Thomas WolpUius , vir de omni antiquiiate bene méritas. 

3. Wiraplieling, Catalogus episcoporum Argent., éd. Moscherosch. Strasb. ICCO, in- 4", 
p. 5. — Schopllin, Atsatia Ht., t. I, p. 52 i. — L'inscription dans le ms. est copiée du livre 
de Wimplicling, dont la première édiliou avait paru eu 1508, 



— 158 — 

jeune Strasbourgeois le goût de ces études. Wolf profita de ses voyages 
en Italie et surtout de son premier séjour à Rome pour chercher à son 
tour des inscriptions; il copia celles qu'il trouva sur des ruines, sur 
des monuments publics, sur des tombes, dans des églises, dans des mai- 
sons particulières; il compléta sa collection par des communications qu'il 
reçut de ses amis ; il transcrivit même la plus grande partie d'un recueil 
fait par un Italien. 

Je vais indiquer les localités auxquelles se rapportent ses inscriptions: 
Auximum (Osma), p. 128; Bénévent, p. 297; Bologne, p. 104; Brescia, p. 30 
eis., 183 et s., 249, 302, 303; Copoue, p. 143; Fano, p. 106, 118; Feltre, 
p. 47; Ferrare, p. 313; Ferentino, p. 101 ; Gardesana, p. 227; Inleramna 
(Tarano), p. 98, 324; Macerata, p. 155, 296; Milan, p. 226, 296; Modéne, 
p. 300; Padoue, p. 25, 31, 224, 302; Parme, p. 197, 203, 271, 283 et s.; 
Pavie, p. QQ; Pérousc, p. 127; Pesaro, p. 127; Ravenne, p. 55 et s., 138; 
Rieti, p. 95, 104, 126; Rimini, p. 104, 107, 145; Rome et environs, 
p. 25, 48 et s., 55, 65 et s., 99, 109 et s., 123 et s., 129 et s., 139 et s., 
146 et s., 156 et s., 297 et s., 304 et s., 316 et s., les nnes avec 
l'indication très-exacte de la provenance, les autres sans autre indication 
que Romœ; Sinigaglia, p. 126; Urbino, p. 105, 106; Venise, p. 26 et s., 
47; Vérone, p. 40 et s., 185 et s., 213, 221,224, 225, 232 et s., 305 et s., 
la plupart avec des titres italiens. — Aquilée, p. 54, 125,285,212; Pola, 
p. 108, p. 118, 200 et s. : Justinopolis (Capo d'Istria) et Trieste, p. 200 et s., 
287 et s., la plupart avec des titres italiens; Bysance, Nena et Narona 
en Dalmatie, Mytilène, île de Chypre, p. 123 et s.; Tarragone, p. 312. 

Il me paraît incontestable que Wolf a recueilli lui-même beaucoup de 
ces inscriptions; nous le savons positivement d'un texte qu'il a lu sur une 
statue érigée en l'honneur d'A. Pompéius par le municipe d'Interamna ' ; 
il est permis de croire que dans sa passion d'archéologue il a copié tout 
ce qu'il rencontrait sur les monuments. Mais avant tout il faut exclure de 
ses propres découvertes les inscriptions des pays qu'il n'avait pas visités, 
celles de l'Istrie, de la Dalmatie, de la Grèce, de l'Espagne. Parmi les 
italiennes il y en a également qui trahissent un collectionneur dont il a 
profité. Quel est ce collectionneur? Ne s'est-il servi que d'un seul recueil, 
ou de plusieurs de ceux qui existaient alors en Italie? Pour résoudre 
cette question avec une entière certitude, il faudrait pouvoir comparer son 
manuscrit avec d'autres provenant d'Italiens, etc., dont quelques-uns ont 
passé dans des bibliothèques étrangères. 

1. hderuiniKc Thoin. WoL id Icrjit. 1*. 324. 



- 459 -- 

Ce travaille l'avoue, ne serait pas de ma compétence, lors même que 
j'aurais à ma portée les moyens de l'entreprendre. Je ne puis exprimer 
qu'une conjecture. La première pensée qui se présente à l'esprit, c'est que 
Wolf a employé soit le recueil du professeur bolonais Thomas Gammarus, 
soit un autre plus ancien, dont Gammarus lui-même avait tiré une grande 
partie de ses textes. D'après une notice de M. Mommsen sur le manuscrit 
de Gammarus, qui se trouve à Stuttgart', il contient entre autres une 
suite d'inscriptions de Vérone, chacune avec l'indication du lieu en langue 
italienne; on vient de voir que Wolfen a de la même ville, également 
avec des litres ilaliens; Gammarus a des dessins de monuments, Wolf 
en a de même. Il est donc à supposer, soit que le second a copié le pre- 
mier, soit qu'il a fait des extraits d'un recueil qui leur a servi à tous les 
deux. Je suis porté à croire qu'il faut admettre cette dernière probabilité; 
à cet effet, je ne me fonde pas sur le fait qu'en 1507, quand Gammarus fit 
don de son manuscrit à un de ses amis, Wolf avait depuis plusieurs années 
quitté l'Italie, car le travail de son professeur a pu être achevé plus tôt; 
mais il me semble que si Wolf avait copié Gammarus, comme un élève 
copie son maître, il l'aurait copié tout entier; or, il lui manque quel- 
ques inscriptions d'Éphèse, peut-être aussi quelques-unes de Bologne. 
M. Mommsen est d'avis que la source où a puisé Gammarus, est un des 
commentaires de Cyriac d'Ancône, sur ses voyages de 1435 à 1438 ; si un 
volume de cette relation a existé à Bologne, Wolf a pu le consulter aussi 
bien que son professeur. M. Mommsen a démontré en outre que dans le 
ms. de Stuttgart quelques feuillets ont disparu ; les inscriptions de Parme, 
par exemple, commencent par in eodem S. Alexandro; on peut compléter 
les lacunes par Wolf, qui a de Parme trois textes avec ce titre, ils sont 
précédés d'un premier : m S. Alexandro ecdesia vetusUssima. 

Quelles qu'aient été, du reste, les sources de Wolf, il forma un recueil 
très-précieux pour son temps. Il est vrai, il ne suivit aucun ordre; des 
inscriptions plus récentes sont mêlées aux anciennes ; elles ne sont pas 
classées d'après les localités; Wolf les notait au fur et à mesure qu'il les 
rencontrait, soit sur les lieux, soit dans le manuscrit dont il disposait, soit 
dans des communications qui lui étaient faites par des amis; c'est pour- 
quoi Rome, Ravenne, etc., reparaissent plusieurs fois; des inscriptions de 
Mytilène et de Bysance sont intercalées entre d'autres de Tivoli et d'Aqui- 
lée. On voit que son premier souci a été de collectionner des antiquités. 
Peut-être que s'il avait vécu plus longtemps, il aurait tenté de réunir ce qu'il 

1. Dans les Monatsberichle der Berliner Akademie, 18GG, p. 372 et suiv. 



— 160 — 

avail compilé à la hâte en une sorte de corpus plus ou moins mélhotlitiuc et 
régulier. Un fait cligne de remarque, c'est qu'il essaya pnrlbis de iaiie de la 
critique; quand un ternie lui sendïlait suspect an point de vue de l'étymo- 
logie, il exprimait ses doutes; à propos d'une épilaplie romaine, dont il 
n'avait pas vu l'original et qui, dans la copie, contenait les mois Incmimi- 
menhis, il mit en marge : an sic in aniiquo hahcaliir non teneo (p. 49); une 
autre fois il décrit un vase trouvé à Uavenne, dans lequel était enfermée 
une lampe, lucerna, « d'une beauté admirable »; au-dessus de la lampe 
étaient deux petites ampoules, dans l'une, dit-il, il y avait de l'or liquide, 
dans l'autre, de l'argent liquide; il ajoute qu'on prétendait que les deux 
métaux étaient dans un état de pureté parfaite, mais, comme il ne con- 
naît pas l'art de la chimie, « si tant est que cet art existe », il n'ose pas 
se prononcer; et pourtant il s'écrie : omnia illa vana credo (p. 154). 

Les inscriptions qu'il a recueillies, et parmi lesquelles il y en a une demi- 
douzaine de grecques, sont au nombre d'environ 800; elles sont accompa- 
gnées de plus de 100 dessins de vases, d'urnes, de monuments funéraires*. 
11 se peut que dans le nombre il s'en trouve qui ne soient pas authen- 
tiques ; mais Wolf, qui, de même que ses contemporains, n'a pas eu à sa 
disposition les moyens de la critique moderne, n'en mérite pas moins des 
éloges pour son ardeur à rechercher les souvenirs des temps passés. 
Boniface Amerbach a pu dire avec raison que Wolf était de omni antiqui- 
tate bene meritus. 

Dans la seconde moitié du quinzième siècle, un Allemand nommé Lau- 
rent Behem, qui passa une vingtaine d'années à la cour du cardinal Borgia 
(depuis 1492 pape Alexandre VI), forma un recueil d'inscriptions; un peu 
plus tard, le médecin et chroniqueur nurembergeois Hartmann Schedel, 
qui étudia à Padoue et à Bologne, compila son Opus de anliquitalibus 
cum epitap/iiis; en 1503 Martin de Sieder fit un travail analogue l Thomas 
Wolf est le premier Alsacien qui se soit occupé, avec une ardeur sans 
pareille, de ce genre d'études. Je n'ai pu vérifier s'il donne aussi des 
textes inédits; il vaudrait la penie de collationner son livre avec le Corpus 
inscripliomwi. 



1. Quelques-uns des dessins (p. 33, 34, 33, 3G, 57), qui n'ont aucun rapport avec des 
monuments antiques, sont dus sans doute à Amcrbacli, qui s'est amusé à remplir des 
pages correspondant à des pages vides de l'original. 

2. Delf Opus de antiquitalibus di Harhnanno Schedel. Dans les Memorie dcW Insiituto 
di correspondenza archeolorjica. Lips. 18G5, t. II, p. 501 et suiv. 



NOTICE 



SUR 

LE COUVENT ET L'ÉGLISE DES DOMLNICAINS DE STRASBOURG 

JUSQU'AU SEIZIÈME SIÈCLE, 
Par C. SCHMIDT. 





Sceau du prieur. 



Sceau du couvent. 



AVANT-PROPOS. 

En Alsace tout le monde sait que les bâtiments du Gymnase protestant 
de Strasbourg, détruits en juin 1860 par un incendie, avaient formé jadis 
le couvent des dominicains, et que le Temple-Neuf, détruit en août 1870 
par le bombardement, avait été l'église de ce monastère. Aujourd'hui qu'il 
n'existe plus rien de l'ancien établissement des frères prêcheurs, il m'a 
semblé qu'il ne serait pas sans intérêt d'en raconter l'histoire. Nous ne 
devons laisser se perdre aucun des souvenirs de notre passé, et c'est à 
nous avant tout qu'il appartient de les recueillir. 

J'ai puisé les éléments de cette notice principalement dans des sources 
encore inédites. Les chartes historiques, nombreuses surtout pour le trei- 
zième siècle, existent aux archives du chapitre de Saint-Thomas ; les titres 
de propriété et deux livres saliques sont conservés aux archives des hos- 
pices; quelques pièces enfin se trouvent aux archives municipales et à celles 
du déparlement. Les annales du couvent, continuées jusqu'à la fin du trei- 



— 162 — 

ziènie siècle, font partie du manuscrit d'Ellenhart, que possède actuelle- 
ment l'abbaye de Saint-Paul en Carinthie; Böhmer en a publié des frag- 
ments dans ses Fontes rerum germanicarum, Stuttg. 1853, 1. 111. Plusieurs 
faits importants étaient rapportés par Jean Meyer, dominicain à Fribourg, 
qui avait écrit en 14'70 et dans les années suivantes, pour les religieuses 
d'Adelshausen, quelques traités concernant l'histoire de l'ordre; Meyer, 
qui avait eu à sa disposition des documents originaux, était très-exact et 
méritait toute confiance pour la plupart de ses assertions. Le manuscrit de 
ses traités , copié par une des nonnes d'Adelshausen, avait appartenu à 
notre bibliothèque publique (G, 180, in-^"). Nos chroniqueurs slrasbour- 
geois, Closener et Kônigshofen, parlent peu des dominicains; Speckhn en 
disait davantage, mais beaucoup de ce qu'il disait était pure fantaisie. 

Le lecteur remarquera sans doute que dans quelques-unes de ses par- 
ties le présent travail a plutôt les allures d'une chronique que celles d'une 
composition où tout s'enchaîne avec art. Cet inconvénient était inévitable; 
dans l'histoire de nos dominicains , il y a des périodes pour lesquelles les 
renseignements abondent, tandis que pour d'autres ils font entièrement 
défaut. J'ai voulu sauver de l'oubli tout ce que j'ai pu recueillir, mais je 
me suis abstenu de combler les lacunes par des conjectures qui ne seraient 
fondées que dans l'imagination. 

Tous les faits pour lesquels je ne cite pas d'autre source, sont tirés des 
documents conservés aux archives de Saint-Thomas. 



Un des premiers couvents que les dominicains fondèrent dans l'empire 
d'Allemagne fut celui de Strasbourg. Un chroniqueur du seizième siècle 
racontait même qu'ils vinrent en notre ville dès 1210, amenés d'Italie par 
l'évéque Henri de Véringen , qui avait assisté à Rome au couronnement 
d'Otton IV'. Cette assertion est inexacte; en 1210 saint Dominique, dont 
l'activité ne s'étendait alors que sur le midi de la France, n'avait pas encore 
de compagnons soumis à une règle ; l'évoque de Strasbourg n'a donc pas 
pu ramener de l'Italie des moines d'un ordre qui n'existait pas\ D'ailleurs 

1. Specklin, Collectanea in usum chronici Argent., vol. I, fol. 8.3. — Otton, couronné 
le 4 novembre 1209, fut excommunié en novembre 1210; l'évéque Henri retourna à 
Strasbourg pour prendre parti pour Frédéric II. 

2. Dans une notice sur les dominicains de Strasbourg au treizième siècle, écrite en 
1843 et publiée dans la Revue d'Alsace en 185i, j'avais admis cette tradition comme 
vraisemblable, on essayant de la concilier avec les faits historiques. J'avais encore en 
Specklin une confiance qu'une étude plus allentive de ses notes a depuis considérable- 
ment ébranlée. 



— 463 — 

les historiens du treizième et du quatorzième siècle sont unanimes à décla- 
rer que les dominicains ne se sont établis chez nous qu'en ISS^'. Avant 
de bâtir un couvent, il leur fallut se faire connaître et collecter des aumô- 
nes, que la hbérahté des habitants, surpris de l'austère simplicité de ces 
nouveaux frères, leur fournit abondamment^ De même que cela eut lieu 
dans d'autres villes, ce fut l'évêque sans doute qui leur céda l'emplacement 
nécessaire; cet emplacement était situé hors des murs, non loin delà 
rivière de l'IU, dans le quartier encore peu habité du Finckwiller; c'est là 
que vers le carême de ISS^ ils commencèrent à bâtir^ sur un terrain bas 



1. «1224 oenerunt fratres prœdicatores primo in Argentinam — Circa quadragesi- 
mam i)ichoata est domus prœdicatorum in Argentina extra muros siib domino Henrico 
episcopo de Veringen.» Notœ historicœ Argent., tirées des Annales des dominicains de 
Strasbourg-, Böhmer, Fontes, t. III, p. 1 13. — « Henricus de Veringen; sub isio vencrunt 
prœdicatores primo ad Argenti^iam a. D. 1224.« Séries episcoporum Argent, e codice 
Ellcnhardi, ib., t. III, p. 6. — Closener, éd. Hegel, 1. 1, p. 131 ; Königshofen, t. II, p. 733; 
Meyer, foi. 168. — Les Annales des dominicains de Colmar, publ. par Liblin et Gérard, 
Colmar, 1854, p. 8, et Königshofen, t. II, p. 649, placent le décès de l'évêque Henri en 
1223; Wimpheling, Catalogus episcop. Argent., éd. de 1C60, p. 58, et Giiillimann, De 
episcopis Argent., Frib., 1608, in-4'', p. 269, ajoutent qu'il mourut le 11 mars. Les édi- 
teurs des Annales des dominicains de Colmar observent dans une note que Henri de 
Veringen mourut le 11 mars 1222, ancien calendrier; «le chroniqueur place sa mort à 
Tannée 1223, quoique Pâques fût cette anuée-Ià le 3 avril; il aurait donc, dans son sys- 
tème, dû indiquer l'an 1222.» Mais comment accorder cela avec les assertions si posi- 
tives des documents publiés par Böhmer, suivant lesquels les dominicains sont venus en 
1224, pendant que Henri était encore en vie? Je crois que ce dernier n'est mort ni 
en 1222, ni en 1223, mais le 11 mars 1224. Comme on comptait l'année à partir de 
Pâques, et que d'après ce système le premier jour de 1 224 a été le 1 4 avril , Tannalisf e de 
Colmar et Königshofen ont pu dire que l'évêque est mort encore en 1223, et les dominicains 
de Strasbourg, qui dans leurs annales n'ont songé qu'au fait de la construction de leur 
couvent, ont pu dire, avec tout autant de raison, que ce fait a eu lieu en 1224. Ils sont 
venus à Strasbourg sous l'évêque Henri, et celui-ci est mort peu après les avoir autorisés 
à s'établir. 

Specklin, vol. I, fol. 89, disait qu'Elisabeth de Tliuringe, en revenant en 1224 d'un 
pèlerinage à Sainte-Odile, donna aux dominicains de Strasbourg deux terrains, l'un à 
Strasbourg, l'autre à Eckbolsheim; le premier pour des frères, l'autre pour des sœurs de 
l'Ordre. Aucun des biographes de sainte Elisabeth ne lui attribue un voyage en Alsace. 
Specklin ayant trouvé dans Königshofen (t. II, p. 742) la phrase : « Sainte Elisabeth, fille du 
roi de Hongrie et femme du landgrave de Hesse, mourut en 123 i», et immédiatement 
après: «à cette époque les dominicains vinrent à Strasbourg", arrangea les choses à sa 
manière en établissant entre sainte Elisabeth et les moines un rapport, qui n'est certifié 
par aucun document historique, 

2. « Mit der bürgere Eelfe ». Königshofen, t. II, p. 73'î. 



— iU — 

el humide, une maison et une petite église*. Jusqu'à l'achèvement de cette 
dernière ils céléhrèrent le culte dans une ancienne chapelle, dite de Heil- 
mann, dans le voisinage de leur établissement\ Le doyenné du chapitre 
de Saint-Thomas possédait un jardin contigu à la maison qu'élevaient les 
religieux ; pour l'acquérir, ceux-ci abandonnèrent au doyenné cinq mai- 
sons qu'ils venaient d'acheter de Conrade Virnekorn, un des ministériaux 
épiscopaux; cet échange, fait en 12:27, fut confirmé par l'évêque Berthold 
de Teckl L'éghse fut terminée et consacrée en 1238*, sous l'invocation de 
sainte Elisabeth de Thuringe, canonisée trois années auparavant et véné- 
rée partout pour sa charité et sa pieuse résignation dans l'infortune. 

De bonne heure les dominicains de Strasbourg obtinrent une influence 
très-grande. La nouveauté de leur costume blanc et l'élrangeté de leur genre 
de vie frappaient les habitants; ils étaient les premiers vrais moines qu'on 
vît à Strasbourg où, depuis la sécularisation des chapitres, il n'y avait plus 
de monastères d'hommes ^ Se mettant en rapport avec le peuple, plus que 
ne le faisaient les chanoines et les curés, ils pouvaient soulager des misè- 
res et consoler des douleurs, qui fréquemment avaient passé inaperçues; 
sévères dans leurs mœurs, astreints à la pauvreté, ils rappelaient mieux 
qu'un clergé de plus en plus enrichi l'humble grandeur des temps aposto- 
liques. Aussi ne lerdèrenf-ils pas à devenir très-populaires et à jouir d'une 
grande réputation de zèle. Ce zèle, il est vrai, dépassait, parfois les bornes 
de la sagesse et de la modération; un des premiers frères de Strasbourg, 
nommé Jean, prêcha la croisade dans les contrées voisines; mais déjà ces 
expéditions lointaines et hasardeuses n'excitaient plus autant que jadis la 
sympathie des peuples; le frère Jean, en vantant outre mesure l'eflicacité 
des indulgences promises aux croisés, semblait, suivant un chroniqueui-, 
autoriser ceux qui l'écoutaient à commettre impunément toutes sortes de 
crimes et inspirait ainsi aux hommes plus réfléchis moins d'enthousiasme 
que de répugnance®. A Strasboiu^g môme les dominicains déployèrent leur 



1. «A« einer wasscî-lichen fücIUcn JIo(J'sla/f». Mcycr, fol. IG8. — « Em Kirchclin». 
ICönigsliofen, l. c. 

2. Cette cliapcllc, près de laquelle fut établie plus tard la fosse de l'hôpital {Spitülgrub), 
fut démolie en 1475. 

3. V. mon Histoire du chapitre de Saint-Tliomas, p. 305, documents n» 23. 

4. Konigsliofen, t. II, p. 742. 

5. Celui de Saint-Arbogasf, le seul dans les environs de la ville, était à cette époque 
assez loin de renceintc des murs. 

G. Conrudi Urspergensis cbronicon. Strasb., 1G09; in-fol., p. 245. 



— Iß5 — 

rigueur contre certains hérétiques, assez nombreux alors. Après qu'en 
1212 on eut brûlé en notre ville quelques Vaudois, une nouvelle inquisi- 
tion fut faite en 1230 par les frères prêcheurs; cette fois-ci il ne s'éleva 
qu'un seul bûcher, pour le bourgeois Gulden, un des plus riches patriciens 
de la cité*. C'est sans doute à ces preuves de zèle que nos dominicains 
durent le privilég-e que leur accorda, au mois de mars 1232, l'empereur 
Frédéric 11; il les prit sous la protection immédiate et spéciale de l'empire, 
les recommanda à tous les princes et magistrats, et enjoignit à ceux-ci de 
leur prêter main-forte pour la recherche et la punition des adversaires de 
l'Eglise. En décembre de la même année, le pape Grégoire IX les assura 
également de sa faveur particulière ; il les chargea en môme temps d'en- 
voyer dans les différentes provinces de l'Allemagne, où l'hérésie, disait-il, 
faisait des progrès effrayants, des frères instruits pour faire des prédica- 
tions au peuple et au clergé, pour rechercher et examiner les hérétiques, 
et pour les faire punir conformément aux statuts que lui-même et Anibaldo, 
sénateur de Rome, avaient publiés en 1231'. Munis de ces autorisations 
puissantes, les frères de Strasbourg redoublèrent d'activité, mais rencon- 
trèrent aussi une résistance souvent violente. Le dominicain Droso, qui, 
vers 1232, vint de Worms à Strasbourg et y accusa beaucoup de person- 
nes, surtout des nobles, fut tué par le chevalier Jean de Miilnheim. Le com- 
pagnon de Droso, jeune vagabond qui se vantait de reconnaître les héréti- 
ques à leur figure, fut pris et pendu à Fribourg en Brisgau. Après ces 
faits, le magistrat de Strasbourg invita les dominicains à instruire les gens 
plutôt que de les faire brûler, «puisque beaucoup de ceux qu'on accusait 
d'hérésie ne savaient pas même ce que c'était, et que les moines ne sem- 
blaient avoir d'autre intention que de s'enrichir des dépouilles des con- 
damnes»; il enjoignit aux frères de ne plus intenter de procès d'inquisi- 
tion, à moins qu'il ne les avertît lui-même de la présence d'hérétiques 
dans la viliol 

Bientôt une opposition d'un autre genre vint se joindre à celle que, sous 
ce rapport, le magistrat faisait aux dominicains. La faveur universelle que 
l'ordre avait renconti'ée partout, et qui était bien une preuve que lors de 
son début il avait répondu à un besoin réel de l'Église, lui avait fait per- 
dre de bonne heure quelque chose de son austérité primitive. A cause des 



1. Annales des dominicains de Colniar, p. 10. 

2. La cliarte impériale est datée de Ravennc, la bulle est d'Anagni. 

3. Wolf, Lecdones vicmorabilcs. Lauingen, 1600; in-fol., t. I, p. 522. — Specklin 
vol. I, fol. 91. 



~ l()fi — 

services que celle milice dévouée rendait aux papes, ceux-ci lui prodi- 
guaient des exemptions et des immunités, qui à leur tour servaient à exci- 
ter l'ambition des moines. Le clergé séculier, irrité de ces privilèges qui 
porlaient préjudice à ses propres droits, commença à faire aux domini- 
cains une résistance, qui se renouvela fréquemment dans le cours de plu- 
sieurs siècles. Dès 1227, Grégoire IX avait permis aux frères de célébrer 
le service divin dans leurs oratoires même durant les temps d'interdit gé- 
néral, et à enterrer dans leurs cimetières, sans avoir besoin du consente- 
ment des curés paroissiaux, toutes les personnes qui le désireraient. En 
1244, Innocent IV exempta leurs jardins de la dîme, et ordonna aux ecclé- 
siastiques de tout rang de les laisser prêcher et ouïr les confessions*. En 
1254, Alexandre IV cassa un décret de son prédécesseur qui, quelque 
favorable qu'il eût été aux dominicains, avait tenté de prévenir leurs em- 
piétements sur les droits du clergé séculier, et qui, à cet effet, leur avait 
interdit de recevoir en leurs églises, aux services des dimanches et des 
fêtes, les fidèles des paroisses, de prêcher soit aux mêmes heures que les 
curés, soit dans les églises paroissiales, sans la permission de l'évêque 
diocésain, et d'enterrer chez eux des laïques sans payer les droits d'usage; 
Alexandre IV les autorisa à faire toutes ces choses à leur gré. Deux 
années après, ce même pape les aflVanchit de l'obligation de céder aux 
églises la portion canonique des biens légués à leurs couvents; en 1259, 
il leur renouvela, de la manière la plus absolue, le privilège de prêcher, 
de confesser, d'absoudre, d'imposer des pénitences, sans avoir besoin de 
rechercher le consentement des ordinaires^ 

On conçoit que de pareilles franchises durent offenser le clergé sécu- 
lier, en même temps qu'elles contribuèrent à augmenter l'importance de 
l'ordre de saint Dominique. De jour en jour l'opinion que leur absolution 
était plus efficace que celle des curés, et qu'après la mort on reposait plus 
sûrement dans leurs cimetières que partout ailleurs, se répandait davantage 
parmi le peuple; on semblait oublier le décret du concile du Lalran de 
1215, qui prescrivait à tout fidèle de se confesser au moins une fois par an 
au prêtre de sa paroisse; on croyait que tout était meilleur chez les moi- 
nes mendiants que chez les curés séculiers. Eux-mêmes entretenaient ces 
idées dans le monde laïque; à Strasbourg, comme en d'autres lieux, ils 
commencèrent à se montrer faciles pour les pécheurs, à dénigrer les prê- 

1. Bulles de Grégoire IX, du 15 et du 20 novembre 1227, datées du Lalran, renouvelées 
en 124i par Innocent IV, bulles de ce dernier du 3 février et du 25 mars 12ii, Latran. 

2. Bulles du 22 décembre 125i, Napics; du 18 juillet I2.jG et du 18 janvier 1259, Anagni. 



— 167 — 

très comme étant des ignorants, incapables de résoudre les cas de con- 
science difficiles, à se vanter comme seuls initiés à tous les mystères de 
la religion'. A cela se joignit un nouveau moyen d'influence, par l'autorilé 
qu'ils acquirent sur plusieurs couvents de femmes. 11 est vrai que leur 
règle primitive leur défendait d'accepter la surveillance de ces maisons; 
mais cette prescription, le même que plusieurs autres, n'avait pas tardé à 
tomber en désuétude. De bonne heure les religieuses qui suivaient la 
règle de saint Augustin avaient été placées sous la direction des frères 
prêcheurs, mais celte direction n'était pas encore bien définie. C'est ainsi 
qu'à Strasbourg ils avaient sous leur surveillance le couvent de Sainte- 
Marguerite, fondé en 1224 à Eckbolslicim, par un chevalier de Girbaden, 
avoué de ce village, et celui de Saint-Marc, que l'année suivante le chapitre 
de Saint-Thomas avait cédé à des nonnes; c'est ainsi encore qu'après la 
,^ fondation du couvent d'Adelshausen près de Fribofirg, en 1235, lo prieur 
AValther de Strasbourg en reçut la direction jusqu'à ce que les domini- 
cains se fussent établis à Fribourg même. Lorsque l'évêque Berthold de 
Bucheck voulut placer sous sa propre obédience le monastère de Saint- 
Matthieu ou Saint-Nicolas-aux-Ondes et celui de Sainte-Catherine, tous les 
deux érigés dans la Krutenau^ les dominicains engagèrent les sœurs qui 
habitaient ces maisons à réclamer du pape l'exemption de l'autorité diocé- 
saine. Leur demande fut soutenue par le maître-général Jean de Wildes- 
hausen, qui méditait l'incorporation complète à son ordre des religieuses 
de Saint-Augustin \ Par des bulles, datées du l'^'" février et du 4 juillet 
1245, Innocent IV rattacha les couvents de Sainte-Catherine et de Saint- 
Nicolas, ainsi que celui de Saint-Marc, aux dominicains et leur accorda les 
mêmes privilèges; les frères reçurent le droit de leur donner des chape- 
lains, de les visiter et, en cas de besoin, de les réformer. Quelques 
années plus *ard, en 1249, une mesure semblable fut prise à l'égard du 
couvent de Sainte-Marguerite; bientôt après ceux de Sainte-Agnès et de 
Saint-Jean-aux-Ondcs furent placés également sous la surveillance des do- 
minicains. 

.1. Comp. Hurler, Geschichte I/inocenz III. Hambourg, 1841 , t. IV, p. 311. 

2. Königshofcn, t. II, p. 740, laisse la date de la fondation de ce couvent en blanc. 
Déjà en mars 1240 le chevalier Hartmann d'Eckbolshcira fait donation d'une maison à 
Strasbourg aux sorores cooiiobii S. Malhei ad luidas extra mu/os Argentinensis civitatis. 
— Le couvent de Sainte-Catherine date de 1212. 

3. Jean de Wildeshausen fut 61u génh-al en 1241. Quétif et Echard, Scriptores ordinis 
prœdicat. Paris, 1719; in-fol., 1. 1, p. 112. Annales des dominicains de Colmar, appendice, 
p. 224, 22G. 

12 



— 168 — 

Dans les commencements, ces derniers avaient vécu à Strasbourg selon 
toute la sévérité de leur règle; leurs deux premiers prieurs, AValther et 
Volcand, sont cités comme des hommes austères et pieux*. Albert le Grand, 
avant de se rendre à Paris en 1245, avait rempli dans notre couvent les 
fonctions de lecteur et avait éveillé chez plusieurs frères le goût de l'étude-. 
Mais, comme il a été dit plus haut, la prospérité croissante de la maison 
n'avait pas manqué de produire son effet inévitable. Entourés de la 
faveur des habitants, qui avaient vénéré le prieur Volcand presqu'à l'égal 
d'un saint', étendant de jour en jour leur pouvoir sur les familles, enrichis 
par des donations et des legs, tentés par les exemptions accordées par le 
saint-siége, les dominicains non-seulement renoncèrent à Strasbourg, 
comme du reste partout, à la mendicité, mais se relâchèrent aussi de leur 
zèle; Innocent IV dut leur reprocher de négliger les intérêts de l'Église 
pour s'abandonner à un repos coupable; stimulés par celte réprimande, 
ils revinrent pour quelque temps aux devoirs de leur règle; le pape, qui 
en fut informé par l'évêque, leur renouvela l'assurance de sa bénédiction*. 
Ils avaient, d'ailleurs, pour ranimer leur ardeur un motif puissant dans 
celle que déployaient les frères mineurs, établis à Strasbourg depuis 1230. 
Institués pour poursuivre de concert un but analogue, les deux ordres de 
saint Domini([uc et de saint François avaient donné de bonne heure le spec- 
tacle d'une rivalité souvent compromettante pour leur réputation; quand des 
intérêts communs étaient enjeu, ils s'alliaient pour les défendre; d'autres 
fois ils manifestaient l'un contre l'autre une jalousie, dont l'histoire offre 
de nombreux exemples; il leur arriva de se séparer sur des questions de 
doctrine et sur des questions de privilège; on vit les frères mineurs plus 
disposés à faire des concessions aux magistrats laïques, afin de mieux assurer 
leur influence sur le peuple. Le 30 novembre 1257 le sénat de Strasbourg 
leur vendit, pour cinquante marcs d'argent, un vaste terrain pour agrandir 



1. Le prieur Walllicr mourut à Bâlc; d'après Meycr, fol. 89, il avait eu des visions et 
sa mort fut révélée au lecteur de Strasbourg dans un songe. 

2. Meyer, fol. 280. 

3. Zittard, Kurze Chronica der Gcneralmeistcr Prediçjer-Ordcns. Dillingen, I59G, in-4'', 
p. 18. Volcand mourut entre 1238 et 1240. Zittard dit que les habitants s'opposèrent à ce 
que son corps fût transporté hors la ville. Cela signifie sans doute qu'après la construc- 
tion du nouveau couvent, on y transféra les restes du prieur, et que les gens du Finck- 
willer se virent avec regret privés du corps d'un homme réputé saint. On prétend que, 
quand il fut déterré, beaucoup de personnes virent briller sur sa poitrine une croix 
lumineuse. Mcyer, fol. 90. 

i. Bulle du 9 décembre l2'iG, Lyon. 



— 169 — 

eurs constructions; dès l'origine leur couvent avait été bâti dans la ville 
même, tandis que celui des dominicains était encore en dehors de l'en- 
ceinte des murs. Celte circonstance, jointe à d'autres, inspira à ces der- 
niers le désir de se fixer à leur tour au milieu de la population, qui affluait 
de plus en plus à leur culte. Ils s'adressèrent à AValther de Hunebourg-, 
maréchal de l'évêque, qui possédait, non loin du monastère des francis- 
cains, un hôtel et un emplacement où était située une ancienne chapelle 
de Saint-Barthélémy, dont il était le patron. Il consentit à leur vendre sa pro- 
priété, y compris le droit de patronage de la chapelle; l'acte fut passé le 
21 mars 1248, du consentement de l'évêque Henri de Stahleck et du ma- 
gistrat, et au prix de quatre-vingts marcs d'argent. Le 13 août suivant. In- 
nocent IV, alors à Lyon, confirma aux frères la possession de ce lieu, où 
ils rétJlurent d'élever un couvent et une église. Mais ce dessein ne fut pas 
exécuté aussi aisément qu'ils l'auraient souhaité, il devint au contraire 
l'occasion de faire éclater contre eux la jalousie qui fermentait depuis 
longtemps chez beaucoup de prêtres séculiers. En se fondant sur leurs 
privilèges, le doyen delà Cathédrale et quelques autres ecclésiastiques s'op- 
posèrent à la construction d'un couvent si près de l'église principale de 
la ville et du diocèse. Les dominicains ayant porté plainte devant la cour 
apostolique, il s'ensuivit un procès qui dura près de deux ans, et qui se 
termina par l'ordre donné par le pape à son légal, Pierre, cardinal d'Albe, 
de faire droit aux demandes des frères. Le 6 septembre 1250 le légat or- 
donna à l'évêque de mettre sans délai les dominicains en possession de 
leur terrain et d'imposer silence à leurs contradicteurs, en menaçant ceux- 
ci des censures de l'Église'. 

Cependant l'érection du couvent, qui dut être un des plus grands de la 
ville, éprouva de nouveaux retards. Ce n'est pas toutefois que les fonds 
eussent manqué aux frères. Les habitants, bourgeois et nobles, contribuèrent 
largemeiit aux frais. Dans le sein du clergé lui-même il se trouva des 
hommes qui firent aux dominicains des donations considérables. Frédéric 
de Hanau-Lichtenberg, prévôt du grand- chapitre, et Ulric de Thalmas- 
singen, chantre du même chapitre et pi'évôt de celui de Saint-Pierre, re- 
noncèrent à leurs dignités pour entrer dans l'ordre, auquel ils abandon- 
nèrent leurs biens. Parmi ces biens étaient compris des jardins et des 
maisons dans le voisinage delà chapelle de Saint-Barthélémy. Des inscriptions 
placées plus tard dans l'église consacrèrent le souvenir de ces deux 



1. Lettre datée de Valcncienncs. 



— 170 — 

hommes, en les qualiliant, de fondateurs de la maison ^ Enfin, le 4 juin 
1252, les moines achetèrent d'Arnold, dit Puer ou Kint, chevalier de Iliit- 
tenheim, la cour zum Wasen, qu'il tenait à titre de lief de l'Eglise de Stras- 
bourg, et qui était conliguë à la propriété qu'ils avaient acquise de Wallher 
de Hünebourg; ils lui donnèrent en échange un bâtiment qu'ils possé- 
daient près de l'église de Saint-André et quarante marcs d'argent. 

A cette époque vint à Strasbourg Hugues de Saint-Cher, cardinal de 
Sainte-Sabine, légat envoyé en Allemagne pour soutenir la cause du roi 
Guillaume de Hollande contre Conrade de Hohenslaufen. Ancien dominicain 
lui-même, il aida puissamment les frères. Le 24 juin il leur renouvela l'au- 
torisation de construire une église avec un couvent et ses dépendances. En 
témoignage public de cette autorisation, il se rendit en procession avec les 
moines dans la cour de Saint-Barlhélemy et y chanta, sous une tente, une 
messe solennelle, en présence d'une foule nombreuse^ Après son départ, 
les dominicains élevèrent sur l'emplacement, dont ils se croyaicnl enfin 
les maîtres, un oratoire provisoire en bois. Mais voici qu'un nouvel orage 
éclate contre eux: Conrade, doyen, et Otton, chanoine du chapitre de 
Haslach, conservateurs des privilèges accordés par le saint-siège au clergé 
séculier de Strasbourg, s'opposent aux travaux entrepris parles frères et, 
sans égard à l'autorisation du légat, lancent contre ces derniers une sen- 
tence d'excommunication. Le légat, qui avait continué son voyage jusqu'à 
Rüdesheim, fut à peine informé de ce fait que, le 7 août 1252, il chargea 
Frédéric, prévôt de Saint-Thomas et officiai de Strasbourg, de citer en 
trois jours le doyen et le chanoine de Haslach qui avaient prononcé l'ex- 
communication, ainsi que le doyen de la Calliédrale, le custode de Saint- 
Pierre et le curé de Saint-André, qui avaient le plus vivement insisté pour 
la réclamer; le légat voulut que, quinze jours après avoir été sommés, 
ils parussent devant lui-même, nonobstant le privilège qu'avaient le 



1. « Sub codem [episcopo 11. de Stahlech) prœdicatorcs fucrunt fundnli sublcrranco 
fundamento ah Argenlinensibiis canonicis. In quo J'andumenlo primarium posuil ipsc 
llenricus cpiscopus. Et sub co Benrico sunt recepti prœdicatorcs intra menia iirbis 
Argent, in locum quem liodie habitant. Qui dederunt loctim monasterii in domibus: 
Fridericus de llaoalo (lisez Ilanowe) j)rœpositus, Udnlricus de Thalmasingen et Joannes 
de Alba, uterque canonicus Arrjentinensis.n Riclicr, Uistoria abbatiœ Senonensis, clicz 
lîuhmer, Fontes, t. III, p. 113. Frédéric de Hanau mourut dans le couvent en 1251. Mcyer, 
fol. 168. — Mucg, 0. c, vol. I, fol. 85. 

2. Les Annales des dominicains de Golmar, p. 18, disent que c'est en 1251 que Hugues 
a cliantô la première messe in orea pra'divalorum. Mais il ressort de la lettre du cardi- 
nal, du 7 août 1252, que ce lu! en celte dornièrc année. 



— 171 — 

clergé et le peuple de Strasbourg de ne pas pouvoir être traduits devant 
un tribunal étranger. Nous ignorons quelle suite fut donnée à cette affaire; 
en tout cas la résistance du clergé fut vaincue, les dominicains purent 
continuer leur construction. Pour le cas que leurs ressources n'y suffiraient 
pas, le cardinal de Sainte-Sabine les avait autorisés, à deux reprises, à 
aliéner leur ancienne demeure de la manière la plus profitable pour eux*. 

Enfin, dans les derniers jours de mai 125i, on commença à creuser les 
fondations; le 26 du mois suivant, l'évêque Henri de Stahleck posa, à 
huit pieds au-dessous du sol, la première pierre, sur laquelle étaient 
sculptés, d'un côté son nom et un agneau, symbole du Christ, et de l'autre 
une croix'. Les travaux avancèrent avec tant de rapidité que, dès la veille 
de la Toussaint de l'année suivante, on put célébrer le culte dans le chœur*. 
Cinq ans suffirent pour achever le reste de l'église et le couvent tout en- 
tier*. Les moines quittèrent les bâtiments de Sainte-Elisabeth, qui dès lors 
furent habités par des religieuses affiliées à leur ordre. Le monastère nou- 
veau resta sous l'invocation de saint Barthélémy; il adopta pour son sceau 
une image du martyre du saint. 

Dans l'origine les congrégations de dominicains n'avaient été composées 
que de sept, tout au plus de dix frères; bientôt les prodigieux succès de 
l'ordre avaient modifié cet usage et nécessité pour des frères plus nom- 
breux des édifices plus vastes. La maison de Strasbourg, avec son église, 
son cimetière, ses cours, formait un enclos considérable; du côté nord 
elle était bordée par le Rlnlsliherfjrahcn (fossé des tanneurs); vers l'est 
elle touchait au SlcinburgeÜior (porte des pierres). L'aile orientale du 
couvent avait au premier étage les cellules, donnant les unes sur le jardin, 
entouré d'un cloître, les autres sur une grande cour que longeaient les dé- 
pendances. Au rez-de-chaussée et dans les ailes du nord et de l'est se 



1. 24 juin et 17 juillet 1252, Bingen. 

2. « 125i 4 kal. Jan. mchoata est prima J'ossio fundumenli eccfesiœ fralrum prœdi- 
catorum. Posiea 6 kal. Jul. posiliis est lapis Primarius a domino Henrico episcopo de 
Stalecke, rétro maius altare inter cornu dextrum et murum circa pcdes octo sublus 
terrain, et nomen episcopi scriptum est in eodcm. Et 4 kal. Jul. inchoatus est murus.» 
Notre historicœ Argent., chez Böhmer, t. lU, p. 114. Celte pierre fut retrouvée en dé- 
cembre 1873, grâce aux soins de M. Salomon, à l'endroit même que, d'après le passage 
qui vient d'être cité, j'avais pu lui indiquer. Elle est décrite par M. le chanoine Straub 
dans le Bulletin do notre Société, t. IX, p. 89 et suiv. M. Stranb a donné de cette notice 
une édition augmentée. Sirasb., 1870. 

3. Böhmer, loc. cit. 

4. Closener, t. I, p. 131. 



- 172 — 

trouvaient le logement du prieur, le réfectoire, la salle capitulaire, l'in- 
firmerie, la bibliothèque, la salle des leçons pour les novices. Le cloître 
servait aux promenades, aux processions, aux tombeaux des frères; à côté 
de l'église il s'ouvrait sur le cimetière des fidèles, autour, duquel régnait 
une galerie donnant accès, par trois portes, sur les rues voisines'. Au- 
dessus de la porte, par laquelle on sortait du cloître, il y avait une petite 
chambre à voûtes gothiques; suivant une tradition populaire, c'était là 
qu'avait logé Albert le Grand quand il avait été lecteur du couvent; mais 
la pièce ayant été très-basse et n'ayant eu que fort peu de lumière, elle 
ne paraît pas avoir servi d'habitation; après la Réforme on y déposa les 
archives du Gymnase; il est donc permis de croire qu'antérieurement déjà 
elle avait servi à un usage analogue^ 

L'église, très-simple à l'extérieur, sans aucun ornement sur la façade, 
était intérieurement haute et belle, mais ne se composait encore que d'un 
chœur, d'une nef et de deux bas-côtés. Achevée en 1260, elle fut consa- 
crée par l'évêque Jacques de Metz, celui de Strasbourg, Wallhcr de Ge- 
roldseck, n'ayant pas encore obtenu sa confirmation. La solennité fut 
rehaussée par les nombreux frères qui étaient venus assister au chapitre 
général de l'ordre, réuni celte année à Strasbourg même l C'était la pre- 
mière fois qu'on avait choisi notre ville pour être le siège d'une de ces 
grandes assemblées, ce qui atteste la considération que le couvent s'était 
acquise au dehors. Comme selon les coutumes des dominicains leurs cha- 
pitres généraux avaient lieu à l'époque de la Pentecôte, la date de la con- 
sécration de l'église peut être fixée au 23 mai. Le maître-général, Ilumbert 
de Saint-Romans, connu par quelques ouvrages théologiques, et l'ancien 
provincial d'Allemagne, Albert le Grand, l'homme le plus savant de son 



1. Le 25 mai 130C le chevalier Jacques de Barre, qui possédait une maison dans le 
voisinage du couvent, reconnaît n'avoir aucun droit in muro fratrum prœdicatorum 
silo iuxta portam seit ianuam dictoruni fratrum per quam itur versus lobium pcllifi- 
ciim seu/ratres minores.» II s'agit ici de la petite rue des dominicains; en en sortant on 
avait vis-à-vis de soi les arcades où les pelletiers tenaient leurs magasins; de là vers la 
droite on arrivait au couvent des frères mineurs. 

2. En démolissant en I8G7 les anciennes fondations du côté de la place du Temple- 
Neuf, on trouva dans un des murs, à environ deux mètres au-dessous du niveau de la 
rue, une petite niche fermée par une brique; elle contenait deux fragmcnisde CcrilUium 
(jiganteum, coquillage fossile propre au terrain tertiaire parisien. Dans quelle intention 
avait-on déposé ces morceaux, qui ont dfi être apportés de loin? La couche qui contient 
le Cerilhium ne se rencontre nulle part en Alsace. 

3. Böhmer, 1. 111, p. ! 15. Annales des dominicains de Colmar, p. 22. Closener, 1. 1, p. 13 1. 



— 173 — 

époque, donnèreiU par leur présence un éclat de plus à ces fêles. On pro- 
fita de l'occasion pour retirer de leur tombeau les restes du général Jean 
de Wildeshausen, mort au couvent de Strasbourg le 4 novembre 1253; 
ils furent transférés avec pompe dans le nouvel édifice'. Enfin, on annonça 
aux fidèles que celui-ci était doté par le pape de faveurs spéciales; par une 
bulle récente, sollicitée par les frères dans la prévision de l'inauguration 
de leur église, Alexandre IV accordait cent jours d'indulgence à ceux qui 
la visiteraient aux fêtes de la Vierge, de Saint-Dominique, de Saint-Pierre- 
Martyr et de la Dédicace ^ 

Ces succès des moines furent un nouveau grief pour le clergé séculier, 
dont l'hostilité s'appuyait de l'exemple donné en beaucoup d'autres lieux; 
partout, en France comme en Italie, en Angleterre comme en Allemagne, 
les évêques luttaient pour établir une juridiction contraire aux franchises 
des moines, et bien que leurs efforts ne prévalussent point contre l'au- 
torité du saint-siége, ils ne négligeaient aucune occasion de résister aux 
prétentions des dominicains; dans la plupart des cas ils étaient soutenus 
par les chapitres et les curés; souvent même ceux-ci poussèrent l'oppo- 
sition plus loin encore que les évêques. Déjà en 1257 l'archevêque Conrade 
de Cologne avait chargé Henri, custode du chapitre de Saint-Thomas, de 
protéger les-personnes et les propriétés des frères prêcheurs de Strasbourg 
contre toute atteinte de la part de laïques ou d'ecclésiastiques, et d'inviler 
l'évêque à excommunier, en vertu des statuts d'un synode tenu peu de 
temps auparavant dans notre ville, ceux qui, sans égard aux privilèges 
des frères, se permettraient de les molester. L'évêque Henri de Stahleck 
paraît avoir fait peu de cas de cette invitation; de concert avec son clergé, 
il prit même quelques mesures pour restreindre l'activité des dominicains. 
Il leur défendit de prêcher dans les églises paroissiales et d'y entendre 
des confessions; il les empêcha de recueillir des aumônes, par la raison 
que les recettes des quêteurs, chargés de faire des collectes pour les fa- 
briques des églises, en étaient diminuées; il alla jusqu'à menacer d'ex- 
communier les fidèles qui suivaient le culte chez les frères et de refuser 
les sacrements à ceux qui demandaient à être enterrés dans leur cimetière. 
Quand les moines voulurent invoquer leurs privilèges, il les accusa de 
produire des documenls non authentiques et d'avoir faussé les bulles 



1. Quétif et Echard, f. I, p. 112. L'épitaphe de Jean se trouvait chez ^Incg, Monumenta 
ecclesiarum Argent., vol. I, fol. 99 (ms. brûlé); il est reproduit chez Edel, Die Aeue 
Kirche. Slrasb., 18'25,p. 55. 

2. Bulle du 5 janvier 12G0, Auagui. 



— 17i — 

pontificales. Ils en portèrent plainte devant Alexandre IV, qui, le 21 février 
1258, ordonna à l'évêque de les protéger au lieu de les persécuter, et de 
punir sévèrement leurs adversaires. Cet ordre ne fut pas mieux exécuté 
que la sommation de l'archevêque de Cologne. Henri de Slahleck, (|ui ne 
voyait dans les privilèges des dominicains que des atteintes portées aux 
droits de son clergé, continua de défendre ce dernier avec autant de per- 
sistance que d'énergie. De là des plaintes réitérées au pape; celui-ci ne 
voulant pas, comme il s'exprime, souffrir plus longtemps les offenses faites 
aux frères, chargea, le 25 juin 1259, l'archevêque Guillaume de Besançon 
de sommer l'évêque et le clergé de Strasbourg de révoquer dans la quin- 
zaine toutes les sentences portées contre, les dominicains, et de ne plus 
mettre d'entrave à l'exercice de leurs privilèges; en cas de refus, l'arche- 
vêque devait citer devant son tribunal les récalcitrants, malgré les franchises 
qu'ils pourraient avoir à leur tour. Deux jours après, Alexandre IV informa 
les frères de ces mesures et déclara nuls et de nul effet les statuts que 
l'évêque leur avait opposés. Le 4 octobre l'archevêque de Besançon 
transmit à Henri de Stahleck les ordres du pape, pour les communiquer 
à son chapitre et à son clergé, avec l'injonction de s'y conformer; mais il 
ne tarda pas à apprendre que l'opposition ne faiblissait point, que les dé- 
fenses faites aux moines étaient maintenues, et que le délai fixé par lui 
était passé sans que l'excommunication eût été révoquée ; le G novembre 
il cassa de nouveau les mandats et les sentences de l'évêque, et menaça 
des peines les plus rigoureuses ceux qui à l'avenir oseraient encore trans- 
gresser les décrets apostoliques au sujet des dominicains. Pour prévenir 
le retour de semblables résistances, Alexandre IV ordonna, le 16 janvier 
1200, à l'évêque de Strasbourg de ne plus permettre dans son diocèse 
la publication d'aucune sentence de suspension ou d'excommunication contre 
les frères prêcheurs, à moins d'avoir en main des letti'es pontificales qui 
le prescrivent expressément; le 9 mars suivant il renouvela dans toute sa 
teneur la bulle que le 25 juin de Tannée précédente il avait adressée à 
l'archevêque Guillaume de Besançon '. 

Ainsi soutenus, les moines défendaient leurs privilèges avec une véhé- 
mence qui parfois se manifestait par des propositions fort étranges. Excom- 
muniés par l'évêque, ils disaient dans leurs sermons que cette peine nche 
que les corps, sans avoir d'effet sur les âmes, qu'elle n'est qu'un épouvantail 
inventé pour effrayer les consciences faibles, que l'autorité des frères 



1. Il iiisôra dans sa missive le texte d'une bulle d'Alexandre IV, 14 juin 1254, Naples. 



— 175 — 

mendiants était supérieure à celle du clergé séculier, que les fidèles ne 
sont tenus ni d'aller les dimanches dans leurs églises paroissiales ni de se 
confesser à leurs curés, et que celui qui veut être enterré en dehors de 
sa paroisse, n'a pas besoin de payer, conformément à la coutume de 
Strasbourg, le droit dit Ultimiun. Vale\ Le dominicain maître Henri prêcha 
môme sur la place publique du Marché-aux-Chevaux, qu'une religieuse 
qui pèche avec un moine est moins coupable que quand elle se laisse sé- 
duire par un laïque. De pareilles prédications, tendant à exalter les frères 
et à détourner le peuple de ses curés, soulevèrent une animosité générale 
dans les rangs du clergé séculier. En 1261 l'évêque Wallherde Geroldseck 
s'en fit l'organe devant le concile provincial deMayence;il obtint un décret, 
blâmant les excès de langage des moines mendiants et leur défendant 
d'attirer par des moyens illicites les fidèles à leurs éghses^ 

Les dispositions des évêques ne restèrent pas les mêmes; ils subirent 
à leur tour l'ascendant des religieux. Parmi ces derniers, d'ailleurs, il y 
avait des hommes qui par leurs connaissances et leur autorité morale 
jetaient sur les ordres mendiants un grand éclat. Le clergé sécuher avait 
peu de noms à opposer aux moines illustres, qui faisaient alors la gloire 
de l'Eglise et qui étaient l'objet de la vénération générale. Lorsqu'en 1269 
Albert le Grand revint visiter Strasbourg, sa présence devint l'occasion 
d'une solennité imposante. Le 9 mars il consacra, dit-on, dans l'église des 
dominicains 150 prêtres et donna les ordres inférieurs à 400 clercs'. Sous 
sa direction, quand il avait été lecteur à Strasbourg, deux frères qui, dans 
la seconde moitié de ce siècle, honorèrent le couvent par leur science, 
s'étaient préparés à l'étude de la philosophie et de la théologie : le prieur 
Hugues Ripelin, d'une des premières familles de la ville, qui avait été 
professeur à Paris, puis prieur à Zurich, bon prédicateur et auteur de 
quelques ouvrages théologiques, et le lecteur Ulric Engelbrecht, de la 
famille des Zorn, reçu docteur en théologie à Paris et élu, en 1272, àBàle 
provincial d'Allemagne. L'un et l'autre entretenaient parmi les rnoines, 
par leur exemple et par leurs leçons, les habitudes scientifiques propres 
alors à l'ordre des dominicains. Ulric, qui a laissé un traité de droit cano- 
nique, était en outre savant en musique et en mécanique; en 1260 il 



1. On appelait UUimum Vale, dernier adieu, le droit payé aux curés par les héritiers 
de ceux qui désiraient être enterrés dans le cimetière d'un couvent. 

2. Mansi, CoUectio conciliorim, t. XXIII, p. 1100, 1 106. 

3. Meycr, fol. 277. 



— 176 - 

construisit un orgue pour la Cathédrale*. Hugues Ripelin était poëte et 
artiste; on raconte qu'il cultivait la peinturel Le frère Henri de Bâle, lec- 
teur au couvent de Strasbourg et plus tard prieur de celui de Bâle, com- 
posa des poésies spirituelles allemandes pour les béguines'. On rencontre 
enfin parmi les frères de notre ville Henri de Cologne, le même sans 
doute dont il existe encore des sermons en langue vulgaire*. 

En 1252 le cardinal Hugues avait rattaché à notre couvent de domini- 
cains celui des pénitentes de Sainte-Madeleine; en 1281 l'évêque Conrade 
de Lichtenberg recommanda ces religieuses par plusieurs lettres au maître- 
général de l'ordre ainsi qu'au prieur de Strasbourg; il les invita elles- 
mêmes à accepter les règles que ce dernier ferait pour elles, et prit la 
défense des frères lorsqu'un certain Witichon, qui se disait prévôt des 
pénitentes, voulut s'arroger leur administration et leur surveillance\ En 
outre, les dominicains formèrent à Strasbourg quelques congrégations, 
moitié laïques, moitié monacales. Depuis longtemps les frères mineurs 
s'étaient affilié des pénitents, appartenant en général aux classes infé- 
rieures; ils s'étaient assuré par là une influence considérable et souvent 
bienfaisante sur la population des artisans. Déjà du vivant de saint Domini- 
que il s'était formé des associations de frères de la pénitence, placés sous 
sa direction; mais l'ordre paraît avoir mis moins de zèle que celui des 
franciscains à propager cette institution, qui ne reçut sa règle définitive 
qu'en 1285. 

Témoins du pouvoir que donnaient aux frères mineurs leurs nombreux 
pénitents des deux sexes, les dominicains de Strasbourg réussirent à s'en 
affilier à leur tour; bientôt ils les comptèrent par centaines. Ils se procu- 
rèrent en outre la surveillance de trois collèges de béguines, jouissant de 
prébendes assez riches; c'étaient les maisons dites de la Tour, d'Offenbourg 
et d'Innenheim, étabhes dans le voisinage du couvent; en 1276 le frère 
Frédéric d'Erstein, leur confesseur commun, leur donna des statuts uni- 
formes l Dans une foule de villncrcs du diocèse vivaient des femmes, 



1. De reddilibus ecclesiœ a divitibus huius seciili dalis ad habendas horas canonicas. 
Ms. à la biblioth. de Bâle. — Meycr, fol. 287. Zittard, p. 35. 

2. Annales des domin. de CoJmar. Appcnd., p. 218. 

3. Ibid., p. 220. 

4. Ms. à la biblioth. de Heidelberg. 

5. 16 et 21 février, 18 mars 1281. 

6. La maison d'Innenheim se trouvait dans la rue du Dôme, les deux autres dans celle 
des Orfèvres (jadis rue des Dominicains); le bôguinage d'Offenbourg fut transféré en 1480 
dans la rue des Juifs. 



— 177 — 

comme recluses, lanlôl seules, lanlôl en compagnie de quelques sœurs, 
sans être astreintes à une règle fixe. Beaucoup de ces recluses cédèrent 
leurs demeures et leurs propriétés au couvent des dominicains; il existe 
une série de donations de ce genre'. 

L'empressement des nombreux prêtres à se faire consacrer en 1269 par 
Albert le Grand pourrait faire croire que l'opposition du clergé séculier 
contre les dominicains s'était évanouie; il n'en fut rien; on voulut bien 
recevoir les ordres des mains d'un docteur célèbre, qui pendant quelque 
temps avait été évêque de Ratisbonne; on n'en demeura pas moins hos- 
tile aux moines. Assoupi pendant quelques années, l'esprit de résistance 
se ranima sous Conrade de Lichtenberg avec une extrême vivacité. En 
beaucoup de paroisses du diocèse on vit les curés ou les vicaires empêcher 
les dominicains d'user de leurs privilèges, excommunier leurs partisans, 
retenir les aumônes, les donations, les legs qui leur étaient destinés. Le 
20 juillet 1279 l'évêque enjoignit à l'abbé de Schuttern, près de Lahr, de 
citer devant lui les adversaires de l'Ordre, et de les obliger à donner à 
celui-ci la satisfaction qui lui était due; le U juillet 1282 il adressa une 
injonction pareille à l'archiprêtre de Sclilestadt. L'année suivante, le 5 octo- 
bre, Sifrid, archevêque de Cologne et conservateur des privilèges des 
frères prêcheurs, chargea l'archiprêtre de Mutzig de sommer le vicaire 
de Molsheim de répondre aux plaintes que les dominicains de Strasbourg 
avaient portées contre lui. 

Pendant tout ce temps le magistrat de Strasbourg ne s'était pas mêlé 
de ces querelles de rivalité; des circonstances graves le forcèrent de sortir 
de sa réserve. Les frères prêcheurs, de même que les franciscains, avaient 
reçu dans l'espace de plusieurs années de nouveaux privilèges de nature 
à compromettre les droits et les intérêts des citoyens. En 1200 Alexandre IV 
avait spécialement autorisé les dominicains de Strasbourg à recevoir en 
propriété les biens acquis par usure ou par rapine, si ceux auxquels il 
faudrait les reslituer, ne pouvaient plus être découverts, et de plus à 
garder pour eux, du consentement des exécuteurs testamentaires et 
jusqu'à concurrence de 300 marcs d'argent, une part des legs faits à 
d'autres fondations pieuses'. En 1205 Clément IV avait accordé aux 



1. En 1279 Burkart, prébendier de Saint-Tliomas, construisit à Ilausbcrgcn un inclu- 
soHum pour deux béguines, qui le cédèrent aux dominicains. En 1293 trois recluses de 
Biscliheim s'engagèrent à se soumettre à la surveillance de l'Ordre. Etc. 

2. Bulle du 23 janvier 1260, Anagni. Elle l'ut rappelée aux dominicains de Strasbourg 
parle légat Jean de Tusculum, le 6 septembre 1287, et confirmée par Benoit XI, le 
IG mars I30i; Benoit étendit la somme jusqu'à 500 marcs. 



— 178 — 

moines mendiants le droit d'hériloge comme s'ils étaient restés laïques; 
en faveur des dominicains il avait statué que c'est l'Ordre qui hérite des 
biens temporels de ses membres, qu'il peut aliéner ces biens et disposer 
sans contrôle de la valeur qu'il en retire; il avait reconnu, en un mot, 
que l'Ordre est capable de posséder des propriétés\ Le magistrat de Stras- 
bourg finit par devenir altenlif à ces exemptions importantes; toutefois 
il n'en contesta pas encore la jouissance aux moines de la ville, il n'exi- 
geait qu'une chose, c'est que les donations faites à leur couvent fussent 
revêtues de son approbation; c'est ainsi que l'acte, par lequel en 1268 le 
clerc Jean, dit d'Alba, fils du bourgeois Frédéric Westermann, donna aux 
dominicains plusieurs maisons sises près de la Cathédrale et vingt et un 
arpents à Wolfisheim, fut passé en présence de l'évêque Henri de Ge- 
roldseck et du sénat l 

Les dominicains ne tardèrent pas à abuser de leur pouvoir. Préoccupés 
du soin d'enrichir leur couvent, ils ajoutaient aux libertés qu'ils tenaient 
de la faveur des papes, des moyens souvent moins conformes à leurs 
droits. Non-seulement ils profitaient largement du privilège octroyé par 
Alexandre IV de conseiller aux détenteurs 'de biens mal acquis d'aban- 
donner ces biens à eux-mêmes au lieu de les laisser aux héritiers, mais 
ils circonvenaient les mourants pour obtenir d'eux des donations au dé- 
triment des successeurs légitimes; ils attiraient enfin dans l'Ordre des 
jeunes gens encore mineurs, appartenant à des familles riches, afin de 
s'assurer leur héritage\ Ces faits, quand ils furent connus, indisposèrent 
les habitants; conformément aux mœurs rudes de celte époque, l'exaspé- 
ration contre les moines se manifesta souvent par des actes de brutalité. 
En 1281 un dominicain fut blessé par quelques bourgeois*. Le magistral, 
autant pour garantir les droits des citoyens que pour protéger les religieux. 



1. Bulle (lu 12 février 12G5, Pcrouse, renouvelée par Grégoire XI, 1" avril 1375. 

2. De plus, Jean donna sa part au moulin de Wolfislicim et au droit de patronage de la 
chapelle, moulin et droit qu'il possédait par indivis avec Reinbold Virnekorn. Jean avait 
hérité de ces biens à la mort de son frère Gérard, lequel les avait assignés comme douaire 
à sa femme; celle-ci dut en conserver l'usufruit. — D'après lUcher de Senones (comp, 
note 1, p. 170) Jean d'Albe faisait partie du grand-chapitre; dans l'acte de donation il n'est 
cité que comme clericus. Grandidicr, OEuvres inéd., t. IV, p. 39, mentionne parmi les cha- 
noines de 1273 un Jean d'Albe comme cellérier; est-ce le même? La donation est de 1268; 
la chronique de Senones s'arrête à l'année I2G3; Jean aurait-il fait une première donation 
antérieure? 

3. Meyer, fol. 190. 

■4. Annales des domin. de Colmar, p. 100. 



— 179 — 

résolut d'inlervenir. En 1283 il demanda que, pour jouir en paix de leurs 
privilèges, les moines des ordres mendiants souscrivissent à plusieurs 
conditions: ils devaient prendre rengagement de ne pas faire tester en leur 
faveur un mourant, sans le consentement d'au moins quatre membres de 
sa famille; de passer les actes de donation ou de legs devant le sénat; de 
s'abstenir de tous moyens artificieux pour obtenir des héritages; de vendre 
les biens qu'ils voulaient aliéner, sans imposer à l'acquéreur des charges 
contraires au droit commun; de ne recevoir aucun novice âgé de moins 
de dix-huit ans, sans la volonté expresse de ses parents. Ces propositions 
permettaient aux moines de jouir, dans des limites équitables, de la plé- 
nitude de leurs privilèges; aussi les frères mineurs, auxquels le magistrat 
les présenta en leur attestant qu'en ces matières ils n'avaient jamais 
donné lieu à des plaintes, s'empressèrent-ils de les accepter «par amitié 
pour la ville» et avec l'approbation du frère Dietrich, provincial de leur 
Ordre en Allemagne'. Quant aux dominicains, ils s'y refusèrent absolument, 
sous le prétexte qu'en prenant les engagements demandés, ils porteraient 
préjudice à leur Ordre, offenseraient Dieu et mettraient en ])éril leurs 
âmes. Le magistrat entra en négociation avec eux; les pourparlers, bien 
qu'ils se prolongeassent durant plusieurs années, n'aboutirent à rien; les 
dominicains ne voulurent céder sur aucun point. Enfin, las de négocier 
pour obtenir ce qui lui paraissait d'autant plus juste, que les franciscains 
avaient moins hésité à s'y soumettre, le magistrat prit, en 1286, une me- 
sure dont à plusieurs reprises déjà le clergé sécuher lui avait donné 
l'exemple: il défendit aux habitants de fréquenter l'église des dominicains, 
de se faire administrer par eux les sacrements et de leur faire soit des 
aumônes soit des oblations'. En publiant ce décret, le magistrat ne fit 
qu'exprimer un sentiment très-répandu parmi la population; le spectacle 
de la résistance opposée aux religieux par le clergé avait habitué le 
peuple à douter de la légitimité de quelques-uns de leurs privilèges; leurs 
empiétements sur les droits des citoyens en malière de succession avaient 
irrité les familles riches, tandis que de moins aisés trouvaient étrange que 
des moines, qui avaient fait vœu de pauvreté et qui ne préfendaient vivre 
que d'aumônes, montrassent pour s'enricbir une ardeur qui semblait si 
peu conforme à leur règle. Cependant, dans, les classes inférieures, où en 
général l'on raisonnait peu, les dominicains avaient encore des partisans 



1. 9 juillet 1283. En latin et en allemand, Brief buc/i, vol. 1, fol. 37 et 45 (Archives 
municipales); en allemand, A/safia diplomatie a , t. Il, p. 27. 

2. Specklin, vol. I. fol. Il i. 



- 180 — 

fort dévoués. Quand le chevalier Nicolas Zorn, qui était alors à la tête 
du magistrat, envoya des liommes armés et des ouvriers pour fermer les 
portes du couvent, un rassemblement d'hommes et de femmes empêcha 
l'cxéculion de celle mesure; quelques ouvriers reçurent des blessures. 
Nicolas Zorn, accompagné de quelques sénateurs, se rendit une dernière 
fois auprès des frères pour les engager à céder comme l'avaient fait les 
franciscains. Sur leur refus, il fit gaider les portes du couvent, avec dé- 
fense d'y introduire des vivres. Suivant le récit des moines, la maison fut 
envahie et saccagée, toutes les issues furent fermées au moyen de plan- 
ches, et pendant plusieurs jours personne ne put ni pénétrer dans les 
bâtiments, ni en sortir. La nuit, des gens charitables s'approchaient des 
fenêtres pour fournir aux assiégés quelques vivres. Dans cette détresse, 
le prieur AIrad et un autre frère, profitant de l'obscurité, escaladèrent un 
mur, traversèrent la ville à l'abri d'un déguisement et se rendirent auprès 
de Rodolphe de Habsbourg, qui guerroyait dans la Ilaute-Alsace. Le roi 
et l'évêque Conradc de Lichtenberg leur promirent de s'occuper de leurs 
intérêts. En outre, Alrad porta ses plaintes devant le légat Jean, cardinal 
de Tusculum, alors à Metz, et devant l'évêque Henri de Ratisbonne, con- 
servateur des privilèges de l'Ordre des frères prêcheurs en Allemagne. 
Les plaintes n'étaient pas seulement dirigées contre la foule qui avait en- 
vahi le couvent, mais surtout contre le magistrat, accusé par les moines 
d'avoir ordonné, sinon toléré la violation de leur maison. 

Le 14 mai 12(S7 le légat écrivit au magistrat, pour lui reprocher «ses 
méfaits horribles»; il lui ordonna de renoncer à ses exigences et de don- 
ner satisfaction aux dominicains trois jours après la sommation qui lui 
en sera faite par l'évêque de Strasbourg ou par ses délégués. Le même 
joui' il prescrivit à l'évêque de forcer le magistrat de céder par la menace 
d'exclure la postérité des coupables, jusqu'à la troisième génération, de 
tous les bénéfices et dignités ecclésiastiques, et de frapper la ville de l'in- 
terdit'. L'évêque Henri de Ratisbonne se hâta également d'intervenir. Par 
une lettre du 25 mai, il adressa au magistrat la même menace de mettre 
la ville en interdit; de plus, il enjoignit, sous peine de suspension, à Jean 
de Kageneck, doyen de Saint-Thomas, et à Frédéric Spender, écolàtre du 
même chapitre, de signifier t^ux sénateurs que dans un délai de dix jours 
ils eussent à donner satisfaction aux frères; en cas de refus, ils devaient 
faire publier dans les différentes églises de la ville une sentence d'excom- 
munication contre les coupables. Quand ils reçurent cet ordre, le 



I. Alsatia diploui. , t. 11, p. 38. 



— 181 - 

doyen et l'écolâlre de Saint-Thomas étaient passés, avec leur chapitre 
tout entier, du côté du magistrat contre les dominicains. Le 25 mai, jour 
de la Pentecôte, il y eut, en présence de l'évêque, une réunion solennelle, 
à laquelle assistèrent les sénateurs et les deux chapitres de Saint-Thomas 
cl de Saint-Pierre; Conrade de Lichtenberg fit hre la sommation exigée 
par le légat, après quoi le procureur de la ville, Jean Erlin, donna lecture 
d'un appel contre les menaces du cardinal Jean de Tusculum. Cet appel 
n'est pas une des pièces les moins remarquables de ce débat. L'habile 
jurisconsulte qui en fut l'auteur, commença par se plaindre que le légat 
eût condamné le magistrat sans s'être informé du véritable état des choses, 
sans avoir ni cité, ni entendu les accusés, sans que ceux-ci se fussent 
avoués coupables ou qu'ils eussent été convaincus par des témoins dignes 
de foi, en un mot sans qu'on eût suivi la marche légale. II essaya d'infir- 
mer, par des textes tirés du droit civil et du droit canonique, les mesures 
«qu'un zèle précipité» avait inspirées au légat, et conclut qu'au point de 
vue de la justice la sentence de ce dernier était à considérer comme nulle. 
Il demanda par conséquent qu'avant de l'exécuter, en frappant la ville de 
l'interdit, l'évêque fixât un jour pour examiner l'affaire et pour entendre 
les témoins ainsi que les moyens de défense du magistrat. Mais bien que, 
depuis son avènement, Conrade de Lichtenberg n'eût été avec Strasbourg 
que dans des relations amicales, et bien que tout le clergé, depuis les 
chanoines du grand-chapitre jusqu'au moindre vicaire, eût embrassé la 
cause du magistrat, le prélat se crut obligé d'obéir aux ordres du légat en 
prononçant, le même jour, l'excommunication contre les adversaires des 
dominicains. Aussitôt après, le procureur Jean Erlin protesta, au nom du 
conseil, des citoyens et du clergé, contre cet arrêt, qu'il quahfia de déni de 
justice et d'abus de pouvoir; il en appela au siège apostohque. La sentence 
de l'évêque fut publiée, munie des sceaux du doyen et d'un des chanoines 
du grand-chapitre; l'appel reçut les sceaux de la ville et des deux chapitres 
secondaires. 

Ce fut ce même jour de Pentecôte que les dominicains quittèrent leur 
couvent'. La garde des portes était confiée au sénateur Henri Schwarber; 
celui-ci laissa sortir les frères de grand matin, par groupes de deux; ils 
se réunirent à un endroit convenu d'avance. Le magistrat, surpris, fit 
pubher à la hâte la défense à tous les citoyens de se joindre, sous peine 
d'une amende de trente sols, à la procession que préparaient les religieux; 



1. Bülimer, t. Ht, p. 117. Königshofcn , t. II, p. 73 i. 



— 182 — 

néanmoins la foule de leurs pénitents, grossie par des curieux, leur fit 
cortège; ils sortirent de la ville, deux à deux, précédés d'une croix. Arrivés 
hors des murs, ils se séparèrent; les uns, avec le prieur, se retirèrent à 
Sclîlestadl, les autres à llaguenau et dans d'autres villes du diocèse, en 
convenant de se retrouver au prochain chapitre provincial. 

Le 9 juin le légat adressa à l'évêque Conrade une nouvelle missive, 
conçue dans les termes les plus acerhes; les Strasbourgeois y sont appelés 
persécuteurs des fidèles, et accusés de s'être arrogé témérairement une 
juridiction sur les serviteurs de Dieu; le prélat était invité, sous peine de 
suspension immédiate, à sommer le magistrat de réintégrer les moines 
dans leur couvent et de réparer, dans un délai de dix jours, les dommages 
qu'ils avaient éprouvés, sinon, il devait faire lire publiquement, partout 
où il le jugerait à propos, la sentence d'excommunication, afin que per- 
sonne ne prêtât assistance au magistrat «dans ses injures horribles et dans 
ses pratiques criminelles»; qu'aucun clerc, continuait le légat, ne célèbre 
le service divin, n'administre les sacrements, n'enterre les morts, ni à 
Strasbourg, ni dans les faubourgs, ni dans aucun lieu dépendant de la 
ville; que personne ne s'avise de faire dire la messe par un prêtre quel- 
conque dans les localités frappées de l'interdit; que partout où se trans- 
porte un des sénateurs excommuniés, le culte cesse à l'instant même, 
aussi longtemps que dure la présence du coupable et encore trois jours 
après son départ; qu'enfin tout ecclésiastique qui ose contrevenir à cet 
arrêt, soit excommunié, et s'il persiste plus de dix jours dans sa désobéis- 
sance, qu'il soit privé de ses bénéfices et dignités et déclaré à jamais in- 
capable d'en obtenir d'autres. Cette lettre était accompagnée d'une seconde, 
qui contenait les mêmes menaces, et que l'évêque devait transmettre au 
magistrat. Celui-ci, de son côté, avait envoyé son procureur à Metz, où le 
légat se trouvait encore. Le lendemain du jour où ce dernier avait adressé 
ses missives à Conrade de Lichtenberg, Jean Erlin lui présenta à lui- 
même, dans la chapelle de l'évêchô de Melz, en présence des officiaux, 
des archidiacres et d'autres témoins, la protestation de la ville et son appel 
au pape'. Conrade de Lichtenberg ne se conforma aux ordres du légat qu'à 
contre-cœur; habitué à vivre en bonne intelligence avec les Strasbour- 
geois, qui lui avaient rendu des services importants, et voyant sans doute 
que tous les torts n'étaient pas de leur côté, il fit des instances auprès du 
cardinal de Tusculum pour être déchargé de l'obligation de publier ses 
dernières menaces. Tout ce qu'il put obtenir, ce fut que l'interdit ne 



1. 10 juin 1287. îirieflmdi , vol. I, fol. 40. Alsdliii ili/)/om., 1, II, p. 30. 



— 183 — 

serait pas prononcé sur la ville même, mais seulement sur les lieux où 
les magistrats excommuniés pourraient se retirer. C'est avec celte restric- 
tion qu'il consentit à faire annoncer l'arrêt du légat; dans la lettre cir- 
culaire, dont il crut devoir l'accompagner, il eut presque l'air de s'excuser 
auprès du clergé de son diocèse, en alléguant la nécessité d'obéir à son 
supérieur dans l'ordre hiérarchique ^ 

Le magistrat de Strasbourg s'émut peu des foudres préparées contre 
lui; il persista d'autant plus dans son attitude, que dans le clergé lui-même 
il trouvait des auxiliaires plus déterminés. Jean de Kageneck, doyen du 
chapitre de Saint-Thomas, et Nicolas, doyen de celui de Saint-Pierre, 
commis par le saint-siége pour être conservateurs des libertés et des fran- 
chises de la ville, déclarèrent que le légat avait méconnu ces libertés, et 
déléguèrent à leur place Matlhias, chanoine de Saint-Étienne et savant 
juriste, pour prendre dans ce procès toutes les mesures nécessaires pour 
la défense des droits de la cité. Muni de ces pouvoirs, Matthias annula 
publiquement les arrêts du légat, et prononça une sentence d'excommu- 
nication contre le prieur et les frères du couvent des dominicains. Ce 
mandat fut exécuté par un grand nombre de curés du diocèse. Le légat, 
qui dans l'intervalle s'était rendu à Neufchâteau, s'indigna de celte «audace 
sacrilège» et lança, le 5 septembre, une nouvelle condamnation contre 
Strasbourg et ses magistrats l Dans ce décret, adressé à tout le clergé de 
l'évêché, ainsi qu'à celui de sa légation tout entière, Jean de Tusculum 
ordonna d'excommunier de nouveau et de la manière la plus solennelle 
(des persécuteurs» des dominicains; dans toutes les éghses, devant le 
peuple assemblé, au son des cloches, les noms des excommuniés devront 
être publiés, tous les dimanches et fêles, jusqu'à ce que les frères aient 
obtenu satisfaction; si les coupables s'obstinent dans leur malice, leurs 
colons, fermiers et domestiques, déliés de leur devoir d'obéissance, cesse- 
ront de les servir sous peine d'excommunication pour eux-mêmes; les 
privilèges et indulgences que les Strasbourgeois avaient reçus des papes 
seront annulés et cassés^ notamment la concession faite jadis au magistrat, 
d'avoir dans la Cathédrale un autel particulier, dit autel des citoyens, des- 
servi par un chapelain spécial et ne pouvant être soumise aucun interdit^ 
On espérait ainsi que les habitants, intimidés par la cessation complète du 
service divin, se soulèveraient pour forcer les magistrats à la soumission; 



1. 27 mai 1287, Dachstein. 

2. Comp. Alsalia diplotn. ,i.\\, p. 38. 

3. Comp. Lagiiillo, Ilistoirc d'Alsace. SIrasb., 1727, in-fol., t. I, p. 239. 

T. IX. - (M.) j3 



- 184 — 

rinfitlélilé ordonnée aux fermiers et aux valets devait produire le même 
résultat. Pour assurer Tcxecutionde sa sentence, le légal chargea l'abbé de 
Neuwiiler, le prévôt d'Iltcnwiller et l'écolâtre de Saint-Germain à Spire, 
d'excommunier tous ceux qui négligeraient ou refuseraient de la publier, et 
de les citer en vingt jours devant son propre tribunal, sous peine de sus- 
pension et de privation de leurs bénéfices. II- cassa les arrêts du chanoine 
Matthias et, non content de prononcer l'excommunication contre lui et 
contre les messagers qui avaient porté ses lettres, il ordonna d'arrêter 
«ces complices des crimes commis contre les religieux», en requérant 
l'assistance du bras séculier, x\yant appris que Werner, vicaire à Schwin- 
dratzheim, Götz, vicaire à Saverne, Sifrid, vicaire à Miltelbrunn, ainsi que 
le vicaire de Lampertheim, continuaient de publier dans leurs églises les 
sentences de Matthias, il enjoignit à l'archiprêtre de Neuwiiler de sommer 
ces prêtres récalcitrants de comparaître dans vingt jours devant lui, afin 
de se justifier ou de recevoir leur punition (5 septembre 1287). 

Deux mois plus tard, le 4 novembre, le légat, impatient, irrité autant 
de l'opiniâtre résistance des Strasbourgcois, que du peu de zèle que la 
plupart des ecclésiastiques mettaient à obéir à ses ordres, rappela aux 
prélats de sa légation sa sentence du 5 septembre, avec l'injonction éner- 
giquement réitérée de s'y conformer. Là-dessus l'archevêque de Mayence, 
Henri, la publia le 13 décembre; toutefois, le 13 février de l'année sui- 
vante, dans l'espoir de voir se rétabUr la paix «et par affection pour les 
deux parties, dont l'honneur lui est également cher», il suspendit, de son 
propre mouvement, les effets de l'interdit; mais la paix ne se faisant pas, 
il publia une seconde fois la sentence du légat, le 10 mars 1288; le 21 dé- 
cembre 1287 elle avait été publiée aussi par Simon, évêque de Worms, 
et le 17 février de l'année suivante par Pierre de Richenstein , évêque 
de Baie'. 

Malgré tout cela, les Strasbourgcois ne cédaient point. Le conflit ne 
portait que sur l'appréciation d'une question de droit; le magistrat ne con- 
testait ni l'autorité dogmatique ni la juridiction de l'Église; il n'avait contre 
les dominicains aucune arrière-pensée de haine; il ne résistait qu'à l'abus 
que, selon lui, ils faisaient de quelques-uns de leurs privilèges; il avait' 
demandé qu'on examinât ses griefs et, sans l'écouter en sa défense, on 
l'avait condamné. D'ailleurs comment aurait-il pu s'arrêter dans une voie 
qui lui semblait juste, en se voyant soutenu, non-seulement par une partie 
considérable du clergé séculier, mais désormais par un de ces ordres 



1. Brirjlmch, vol. I, fol. 43. 



mendiants eux-mêmes, dont on l'accusait de violer les droits? Les francis- 
cains, qui avaient obtenu, aussi bien que les frères prêcheurs, le droit 
d'officier dans leurs églises durant les temps d'interdit, usaient largement 
de cette permission pendant que, à cause de leurs rivaux , Strasbourg 
était sous le coup des sentences canoniques. Au lieu de fermer leurs portes 
et de célébrer les messes à voix basse, conditions auxquelles ledit privi- 
lège leur avait élé accordé, ils fonctionnaient comme dans les temps ordi- 
naires, ils prêchaient et administraient les sacrements, de sorte que leur 
église et celle du couvent de Sainte-Glaire ne désemplissaient pas de fidèles. 
Ils se donnaient ces libertés, sous l'apparence de ne favoriser que leurs 
pénitents, qui étaient autorisés par le saint-siége à entendre la messe et 
à recevoir les sacrements dans les temps d'interdit'. Le juin 1287 le 
légat avait enjoint à l'évêque d'exhorter les fi"ères mineurs et les religieuses 
de Sainte-Claire à ne rien concéder à leurs pénitents qui pût affaiblir les 
effets de ses sentences; celte exhortation avait élé peu écoulée. Quant aux 
pénitents du tiers-ordre de Saint-Dominique, Jean de Tusculiini leur permit, 
le 6 septembre, d'assister à l'office, une fois par semaine, dans l'église de 
Sainl-iMarc et dans celles des autres couvents de femmes, placés sous la 
direction des dominicains. Voyant le peu de succès de ses rigueurs contre 
le magistrat, il résolut de frapper tous les habitants sans exception; il 
annula la grâce spéciale accordée aux pénitents de Saint-Dominique, et 
révoqua toute procuration qu'il pouvait avoir donnée à qui que ce fût 
d'absoudre les citoyens de Strasbourg individuellement". Il s'emporta en 
particulier contre les pénitents des franciscains; il les excommunia et 
écrivit, le 26 novembre, à tous les prélats de l'empire, pour les inviter à 
annoncer ce jugement dans leurs diocèses. «C'est autant par l'exemple de 
ces hommes téméraires, que par celui de la négligence du clergé, s'écrie-l-il, 
qu'en beaucoup de parties de l'Allemagne le lien de la discipline se re- 
lâche de plus en plus; les méchants ont désappris à craindre le glaive qui 
jusqu'ici servait à punir les crimes. Levez-vous donc, ô vous qui êtes appelés 
à veiller à ce que les renards ne dévastent pas la vigne du Seigneur, faites 
que le mal ne s'aggrave pas par de plus longs relards, hâtez-vous d'y 
apporter les remèdes qui, si vous hésitiez davantage, perdraient leur efii- 
cacité.» Peu de jours après il adressa des reproches aux frères mineurs 
de Strasbourg, de Schletstadt et de Haguenau, au sujet de leur jalousie 



1. lUillc d'Alexandre IV, 13 mai 1255. 

2. 28 octol)rc 1287, Clairvaux. 



— 18ü — 

contre les dominicains; il leur défendit de recevoir dans leurs églises les 
pénitents qu'il avait excommuniés '. 

Exaspéré contre Strasbourg et son magistrat, ileutrecours aux moyens 
extrêmes; après l'interdit il restait la croisade contre la ville. Le 8 décembre 
il exhorta tous les archevêques et évêqucs de l'Allemagne à invoquer le 
secours du bras séculier contre la cité rebelle, si, après un dernier délai 
de quinze jours, les arrêts contre les dominicains n'étaient pas révoques; 
princes, ducs, marquis, comtes, barons, chevaliers, tous ceux qui, par 
une dispensation divine quelconque, portent l'épée, devront se lever contre 
les Strasbourgeois, s'emparer de leurs biens et les retenir jusqu'à ce que 
le magistrat ait réparé les outrages faits aux moines et donné caution de 
ne plus les molester dans la suite; défense est faite à tous les chrétiens, 
spécialement aux habitants de Baie, deGolmar,deSchletstadt,deFribourg, 
de Spire, de Worms, de Cologne, de Iraficiuer avec ceux de notre ville, 
de fréquenter leurs marchés, de faire avec eux des contrats quelconques. 
Quant aux dominicains expulsés, le légat les engagea à ne point quitter 
l'Alsace, attendu que si les prédicateurs de la vraie foi viennent à 
manquer, on voit aussitôt naître des hérésies. Afin de prévenir ces dangers, 
il autorisa les frères à se choisir des demeures provisoires dans la pro- 
vince, à se servir d'autels portatifs, à ériger des oratoires là où ils le ju- 
geront convenable; ceux qui les recevront seront bénis comme serviteurs 
et amis de Dieu; tandis que ceux qui les repousseront, seront punis selon 
toutes les rigueurs des lois de l'Église. 

Il ne paraît pas que les villes de l'Alsace et du Rhin, que le légat vou- 
lait soulever contre Strasbourg, aient été fort disposées à se conformer 
à ses ordres; dans les affaires politiques importantes, l'évêque lui-même 
ne se sépara pas de la ville. Les sentences prononcées par Jean de Tus- 
culum n'empêchèrent pas le roi Rodolphe de Habsbourg, l'évêque Conrade 
de Lichtenberg, les députés strasbourgeois et les seigneurs de l'Alsace de 
se réunir à Colmar et d'y jurer, le V^ avril 1288, une hguc de paix et de 
défense mutuellc^ Comme le bruit de la querelle de Strasbourg avec les 
moines avait rempli le pays, et que le prieur avait envoyé sa plainte aux 
magistrats de Colmar, de Bâle, de Fribourg, de Constance, on saisit l'oc- 
casion de la réunion de Colmar, pour tenter une réconciliation; on négocia, 
on discuta, mais en vain; aucune des deux parties ne voulut faire des con- 



1. G décembre 1287, Clairvaux. 

?. Annales des domin. de Colmar, p. 132. 



— 187 — 

cessions'. L'irrilalion persista de part et d'autre, aggravée par l'ardeur 
avec laquelle l'évêque d'Eiclistädt Reiiiboto, conservateur des privilèges 
des dominicains en Allemagne, prit en main la cause des moines. Le 
18 février (1288) il avait enjoint aux arcliiprètres de Brumath, de Neu- 
willer, de Kirchheim et de Barr, de protéger les religieux exilés et de 
ne pas tolérer qu'on les offensât. Vers le même temps il avait ordonné au 
prévôt de l'hôpital et au curé de Saint-Georges de Ilaguenau d'excommunier 
un prêtre qui dans cette ville avait publié les mandats du chanoine Matthias, et 
qui avait refusé de se rendre à Eichstädt où il avait dû comparaître pour se 
justifier. L'essai de réconciliation fait à Colmar n'ayant pas réussi, le conser- 
vateur des privilèges de l'Ordre cita devant son tribunal les conservateurs de 
ceux (le la ville de Strasbourg, savoir les doyens de Saint-Thomas et de 
Saint-Pierre, et en outre plusieurs curés du diocèse. Il voulut que cette 
citation fût annoncée dans toutes les églises, pendant la solennité de la 
messe. Très-peu de prêtres se conformèrent à cet ordre. Le 10 mai, le 
chanoine Matthias, non moins jaloux des droits de la ville que l'évêque 
Reinboto l'était des privilèges de l'Ordre, envoya une lettre véhémente 
au doyen de la Cathédrale d'Eichstädt et au clergé séculier de celte ville. 
Il s'y plaint en termes amers que sa juridiction légitime soit troublée «par 
les prétentions iniques» de l'évêque. «J'ignore, dit-il, de quel droit il s'est 
permis de se mêler des affaires de notre cité.» Pour mettre fin «à ces vio- 
lences», Matthias invita le clergé d'Eichstädt, sous peine d'excommuni- 
cation, à signifier à l'évêque qu'il eût à se désister de ses demandes et à 
envoyer, dans un délai de huit jours, un acte de rétractation muni de son 
sceau; en cas de refus, il devra être suspendu de son ministère sacerdotal, 
pour cause d'injures et d'offenses manifestes; l'entrée de la Cathédrale 
devra lui être défendue, et cette sentence devra être proclamée dans 
toutes les églises de la ville d'EichstJidL 

De leur côté les doyens de Saint-Thomas et de Saint-Pierre contestèrent, 
par des moyens juridiques, à l'évêque Reinboto le droit de les citer en 
sa présence; par une lettre, portant les sceaux du doyen et de l'archidiacre 
de la Cathédrale et datée du 20 mai, ils lui notifièrent qu'ils avaient chargé 
maître Rüdiger d'Ehenheim de lui présenter leurs exceptions contre sa 
juridiction, et de protester en leur nom contre les titres en vertu desquels 
il prétendait agir. Huit jours après maître Rüdiger parut devant l'évêque; 
il commença par qualifier les sentences contre les deux doyens de «calom- 



1. Loc. cil. — Specklia, vol. 1, fol. 112. 



— 188 — 

nieuses, frivoles et iniques»; il soutint ensuite qu'étant nommés parle 
saint-siége conservateurs des franchises de la ville et des citoyens de 
Strasbourg, ces dignitaires n'étaient pas soumis à son autorité, que par 
conséquent ils n'étaient pas tenus de lui obéir; que les privilèges accordés 
aux dominicains ou à toute autre congrégation monastique n'étaient va- 
lables qu'autant qu'ils ne portaient pas préjudice aux libertés et aux droits 
des citoyens; qu'au surplus les frères n'avaient à se plaindre d'aucune in- 
jure, attendu que n'ayant ni exhibé leurs titres, si tant est qu'ils en aient, 
ni interjeté appel devant Matthias, délégué à cet effet par les deux doyens, 
ils étaient de droit sous le coup des arrêts prononcés contre eux, qu'enfin 
l'évêque Reinboto n'avait en aucun cas le droit de citer devant lui les 
habitants de Strasbourg, par la laison qu'Eichstädt est éloigné de plus de 
quatre journées de cette ville, et que les Strasbourgeois ne peuvent être 
cilés devant un tribunal étranger que dans un rayon de deux journées. 
En conséquence, maître Rüdiger demanda que l'évêque se désistât de ses 
poursuites et s'abstînt à l'avenir de molester les deux doyens; il termina 
en en appelant au pape de toute sentence que Reinboto pourrait prononcer 
contre eux, et en mettant leurs personnes et leurs propriétés sous la pro- 
tection du saint-siége. Après avoir entendu celte protestation, l'évêque 
fixa le 23 juillet pour l'examen définitif de la cause; dans l'intervalle, il 
continua d'excommunier les curés d'Alsace qui publiaient les mandats de 
Matthias contre les dominicains; c'est ainsi que le 20 juillet il chargea les 
curés de Westhoffen et de Zellwiller de procéder contre celui de l'église 
supérieure de Westhoffen, ainsi que contre celui de Slotzheim, dont le frère 
Pierre de Münster, procureur des dominicains dans la province d'Alle- 
magne, avait eu spécialement à se plaindre. Comme des plaintes de ce 
genre se renouvelaient chaque jour, l'évêque d'Eichstädt, afin d'épargner 
aux frères les frais et les lenteurs de la correspondance avec lui, donna 
plein pouvoir aux archiprêlres de Schletsladt et de Rhinau de citer devant 
son tribunal tous ceux que les moines leur dénonceraient. 

Nous ignorons ce qui fut délijjéré dans la réunion fixée au 23 juillet; 
il est certain seulement que l'évêque Reinboto n'admit pas les exceptions 
alléguées par maître Rüdiger, et qu'il fulmina un arrêt d'excommunication 
contre les doyens de Saint-Pierre et de Saint-Thomas. La sentence fut pu- 
bliée, au mois d'août, par le petit nombre de prêtres cjui ne faisaient pas 
cause commune avec la ville, comme par exemple par l'archiprêlre de 
Rhinau, par l'un des curés de Westhoflcn, par celui de Geispolsheim, par 
un vicaire de Ungenau. 

Les dominicains, n'ayant rien obtenu jusque-là ni par le légat, ni par les 



— 189 — 

évêqucs chargés de la conservation de leurs privilèges, et croyant peut- 
être que les Strasbourgeois n'avaient osé résister que parce que le saint- 
siége avait été vacant près d'un an, portèrent, aussitôt après l'élection 
d'un nouveau pape, leurs plaintes devant lui. Ils députèrent auprès de 
Nicolas IV le prieur Alrad et quatre frères. Le pape, rejetant les appels 
«frivoles» de la ville, par le motif qu'elle avait méprisé pendant un an et 
plus les jugements rendus contre elle, ordonna, le 28 juillet, à l'évèque 
de Worms d'évoquer l'aiTaire et de renforcer l'excommunication de l'in- 
terdit, jusqu'à ce que le magistrat, le clergé et les citoyens de Strasbourg 
eussent fait leur soumission; il l'autorisa même à invoquer contre eux l'as- 
sistance des puissances temporelles, s'ils devaient persister «dans leur 
détestable opposition». L'évêque se fit remettre les griefs des dominicains 
et les moyens de défense de la ville; comme il n'était hostile à aucune 
des deux parties, il découvrit dans le bref du 28 juillet quelques erreurs, 
de peu d'importance, mais suffisantes pour lui permettre de traîner en 
longueur une procédure qui l'embarrassait. Les dominicains, dont ces len- 
teurs n'avançaient pas les allaires, s'en plaignirent à Nicolas IV, de sorte 
que, le 16 avril 1289, celui-ci prescrivit à l'évêque de Worms de passer 
sur les erreurs, de ne tenir aucun compte des franchises de la ville et 
d'accélérer le procès de manière à le terminer en six mois, s'il le fallait 
même «sans forme de jugement». Quand les six mois furent passés, le 
prélat écrivit au magistrat pour l'inviter à céder ' ; mais pas plus que les 
dominicains, assemblés en chapitre provincial, les Strasbourgeois no se 
montrèrent disposés à faire des concessions. 

L'évêque Conrade de Lichtenberg, las de la discorde qui compromettait 
si gravement la paix de son diocèse, las surtout de ces excommunications 
réciproques qui ne s'échangeaient pas seulement entre le clergé réguher et 
le clergé séculier, mais qui avaient fini par diviser ce dernier lui-même, 
se proposa de mettre fin à ce déplorable état des choses. 11 commença 
par interdire la publication des mandats du chanoine Matthias; le 2 janvier 
1290 il ordonna à Jean, doyen de l'éghse collégiale de Saint-Léonard, de 
citer devant lui le custode de ce chapitre, pour les avoir lus durant l'of- 
fice ; le 4 janvier il fit de nouveau connaître dans son diocèse la bulle 
d'Alexandre IV, du 10 janvier 12G0, défendant l'annonce de toute sentence 
contre les frères prêcheurs, à moins qu'elle ne soit exigée par des lettres 
pontificales authentiques. D'un autre côté il engagea les deux parties à s'en 
remettre à son arbitrage; les démarches qu'il fit à cet effet eurent plus 

1. 7 oclobrc 1289. Bricjbinh, vol. I, fol. 45. 



— 190 — 

de succès que les menaces si souvent répétées pendant les trois années 
qui venaient de s'écouler. Pendant toute la durée de la querelle, la ville 
n'avait pas eu à se plaindre de son évoque, dont elle appréciait les mérites, 
et qui à son tour respectait les franchises des citoyens toujours disposés 
à le soutenir. Les moines, fatigués de l'exil, regrettaient les beaux et vastes 
bâtiments de leur monastère et la grande situation qu'ils avaient occupée 
dans la métropole de l'Alsace. L'exil n'était pas favorable à leur fortune; 
on ne connaît de cette époque aucun legs, aucune donation; le couvent 
s'appauvrissait; déjà le 28 décembre 1288 le prieur Alrad, qui habitait 
Sclîletstadt, et les frères Thomas et Jean, représentants de ceux qui s'étaient 
retirés à Haguenau, avaient autorisé les frères Martin, bibliothécaire, et 
Werner, sacristahi et cuisinier, à engager et même à vendre des livres, 
parchemins, ustensiles, jusqu'à concurrence d'une somme de deux cents 
marcs, afin de subvenir aux besoins les plus urgents du moment. 

L'évêque Gonrade convoqua les deux parties à Schletstadt; les délégués du 
magistrat, le provincial Hermann de Minden, le prieur Alrad et soixante-dix 
frères s'y réunirent sous sa présidence. Les moines, persuadés qu'en cédant 
au pouvoir laïque ils compromettraient les intérêts de l'Eglise, mais dé- 
sireux pourtant de sortir d'un embarras qui, en se prolongeant, les aurait 
ruinés, déclarèrent que quand même ils auraient la volonté de signer les 
articles proposés par le magistrat, ils n'en auraient pas le droit, mais 
qu'ils s'empresseraient de prouver à la ville de Strasbourg leur amitié en 
toute autre chose équitable. On élut huit arbitres, quatre de chaque côté; 
on leur recommanda de terminer l'affaire en quatre semaines. En attendant 
le magistrat permit aux dominicains de se rapprocher de la ville et de vi- 
siter dans les faubourgs les couvents des religieuses, rattachées à leur 
Ordre. Le 23 février 1290*, les huit arbitres se rencontrèrent à Saint-Marc, 
en présence de Gonrade de Lichtenberg, de Hermann de Minden et des 
frères du couvent de Strasbourg; le Stettmeister chevalier Reinbold de Fri- 
bourg, au nom de la ville, et le prieur Alrad, au nom des moines, déclarèrent 
qu'ils consentaient à s'en remettre au jugement de l'évoque. Celui-ci réunit 
alors les arbitres dans son palais de Molsheim; là, les membres du magistrat, 
pour lui témoigner leur bonne volonté, lui offiircnt un banquet, auquel 
assistèrent le provincial et les dominicains. Gonrade représenta aux Stras- 
bourgeois que l'affaire ayant été portée devant le pape, il fallait renoncer 
à l'espoir de la voir décidée uniquement dans l'intérêt de la ville; ils ré- 
pondirent que, puisqu'il en était ainsi, ils s'en rapportaient pour le réta- 

1. Comp. Alsalia cliplom., t. II, p. 45. 



- 191 — 

blisscment de la paix à sa sagesse et à son amitié. Le provincial se pro- 
nonça dans le môme sens. Les Strasbourgeois ne firent que la condition 
qu'avant tout la ville fût relevée de l'interdit et que le magistrat ne fût 
appelé à dire son avis sur l'arrêt qu'on attendait de l'évcque, que dans un 
délai de deux mois à parlir du jour où lui serait notifiée la pleine et en- 
tière relaxation de l'interdit, ou, dans le cas qu'il serait empêché par des 
causes légitimes de le faire dans cet intervalle, un mois après la cessation 
de l'empêchement. Celte condition fut accordée; le prieur jura sur son 
âme, pour lui et les frères, de tenir pour vrai et juste le jugement de l'é- 
vêque; après tout ce qui avait précédé, ce jugement n'était pas difficile 
à prévoir. Le Steltmeister prit le même engagement, mais comme il était 
moins sûr que le prieur de la teneur probable de la sentence épiscopale, 
il réserva pour la ville la faculté de ne pas se soumettre, en offrant pour 
ce cas une indemnité de cinq cents marcs d'argent. Finalement on convint 
encore que quand les deux parties auraient ratifié l'arrêt de Conrade, tous 
les sujets de discorde seraient oubliés, que les moines cesseraient les 
poursuites tant contre la commune que contrôles citoyens individuellement, 
et que, pour les injures qui à l'avenir pourraient leur être faites, le ma- 
gistrat les traiterait d'après le droit commun, en leur faisant rendre la 
même justice qu'aux autres habitants. 

Ce compromis fut scellé des sceaux de l'évêque et de la ville, ainsi que 
de ceux du provincial, du prieur et du couvent des dominicains. L'évêque 
invita le prieur et un député du magistrat à se rendre à Rome pourdemander 
l'absolution de la ville; le 12 mai Nicolas IV autorisa Conrade de Lich- 
tenberg à suspendre les cflets de l'interdit et à en relever tous ceux qui 
jureraient, d'une manière générale, à obéir aux commandemcn (s de l'Eg lise' ; 
en même temps il chargea le gardien des frères mineui's de Strasbourg 
d'absoudre ceux des prêtres qui avaient officié pendant l'interdill L'évêque, 
qui reçut le 20 juin la bulle qui lui était adressée, s'empressa de la com- 
muniquer au magistrat; trois jours après, celui-ci délégua le chevalier 
Huques Ripelin pour prêter entre les mains du prélat le serment demandé, 
à l'effet d'obtenir, comme il est dit dans la procuration donnée à Hipelin, 
l'annulation définitive des sentences prononcées «à l'occasion de certaines 
injures que les frères prêcheurs prétendaient avoir soufl'ertcs de la part 
du magistrat et des citoyens». Le lendemain, 2ijuin, Hugues Ilipclin se 



1. Rome, Saiiile-Maric-Majcure. 

2. 15 mai l'21)0, ibid. Brießmh, vol. I, fol. 43. 



— 192 — 

présenta devant l'évêque et prêta le serment dans les termes indiqués, 
après quoi la ville fut relevée de l'interdit et de ses suites. 

Le 11 août suivant, l'évêque réunit de nouveau les représentants des 
deux parties au couvent de Saint-Marc, où il rendit son jugement ; il dé- 
clara qu'après avoir mûrement examine les articles que la ville voulait 
imposer aux dominicains et qui formaient le sujet du conflit, il trouvait 
que les moines ne pouvaient y souscrire sans pécher contre Dieu et sans 
violer les règles de leur Ordre, que par conséquent la demande du magis- 
trat était inadmissible. Quant à la question spéciale des successions, il sou- 
tint que. Dieu n'ayant pas interdit au clergé la possession de biens tempo- 
rels, les ecclésiastiques réguliers aussi bien que les séculiers devaient na- 
turellement hériter de la fortune de leurs parents. Le représentant de la 
ville répliqua qu'en ce cas le droit commun exigeait que les parents des 
ecclésiastiques pussent recueillir la succession de ces derniers; l'évoque, 
alléguant le motif que les biens appartenant à un homme d'église ne peu- 
vent plus revenir en des mains laïques, repoussa l'objection et, se fondant 
sur la bulle de Nicolas IV qui, le 28 juillet 1288, avait exempté les domi- 
nicains, tant pour les affaires temporelles que pour les causes spirituelles, 
de toute autre juridiction que celle du saint-siége, il se déclara incompétent, 
en d'autres termes il se prononça en tout point en faveur des moines'. 

Ce jugement, plus ou moins prévu, ne dut pas surprendre le magistrat; 
aussi pour formuler sa réponse, ne lui fallait-il pas les deux mois stipulés 
par le compromis du 23 février; dès le 17 août, à peine huit jours après 
la proclamation de l'arrêt épiscopal, le procureur de la ville lut, dans le 
palais même de l'évêque, la déclaration suivante : «Nous, Reinbold Stu- 
benweg, Steltmeister, le sénat et toute la commune de Strasbourg, pro- 
testons et réclamons contre le jugement du seigneur évêque, et refusons 
par les présentes d'y obéir. Fait le 17° d'août de l'an de notre Seigneur 
Jésus-Christ 1200, à Strasbourg, par nous susdits, assemblés suivant notre 
coutume dans le palais épiscopal l» Ainsi, après toutes ces longues et labo- 
rieuses discussions, l'affaire se retrouvait au même point qu'à l'origine. 
On se rappelle que par le compromis du 23 février la ville s'était engagée 
à payer une somme de cinq cents marcs, au cas qu'elle refuserait d'accep- 
ter la sentence de l'évêque; il est probable qu'elle remplit cet engage- 
ment. Voyant l'inutilité de la lutte contre un pouvoir plus fort que lui, le 



1. Specklin, vol. I, fol. 121. 

2. Alsalia diploiii., t. II, p. 46. 



— 193 — 

magistrat se borna à maintenir son droit par une protestation, énergique 
dans son laconisme, et ne s'opposa plus au retour des moines. 

Pendant les trois années que le couvent avait é(é vide, le jardin, les 
cours, le cimetière, le cloître avaient été envahis par la végétation des 
lieux abandonnés; partout croissaient des herbes, des mousses, des orties, 
qui donnaient à la maison l'aspect d'une triste ruine'. Quatre frères furent 
envoyés pour nettoyer le monastère et l'église. Les moines s'assemblèrent 
dans un des couvents hors des murs ; beaucoup de dominicains des au- 
tres villes d'Alsace vinrent se joindre à eux, pour donner à leur rentrée 
une plus grande solennité. Un dimanche, au nombre de cent dix, précédés 
du chevalier Nicolas Zorn, ils revinrent en ville et reprirent possession de 
leur monastère'. Le frère Jean Meyer, qui deux siècles plus tard a raconté 
une partie de ces faits, rapporte que pendant que durait la querelle, on 
avait vu dans le couvent des phénomènes miraculeux : un soir on avait aperçu 
une grande lumière au-dessus de l'église, une autre fois une clarté extraordi- 
naire dans l'intérieur et des ombres de moines errant entre les tombeaux. 
Ces prodiges n'empêchèrent pas Meyer de terminer son récit par cette 
remarque : «Dans l'origine de l'Ordre, où l'on vivait humblement selon la 
règle de la pauvreté, de pareils conflits étaient impossibles; puisque le 



1. « Uie zwüschenl ivuos lang ror und (jras und nesseln in ire kirchen und licfio/e.» 
Königshofen, t. II, p. 73 i. 

2. Mon récit de ces faits est tiré principalement des pièces ofTicielIes originales; j'ai 
pu le compléter par quelques détails conservés par Jean Meyer, dont la relation est très- 
exacte, aussi bien quant aux événements que quant aux dates. Les Notœ historicœ Krgent., 
chez Böhmer, t. III, p. 117; Königshofen , t. Il, p. 734; la Chronique des domin. de Gueb- 
willer (Guebw., 18ii), p. 21 ; Wimpheling, dans le Catalogus episcop. Argent., p. 73; 
Specklin, vol. I, fol. lii, et Bernhard Hertzog, Elsässische Chronik, livre VIII, p. 115, 
placent les faits dans les années 1277 à t280. C'est évidemment une erreur. Les docu- 
ments originaux, ainsi que la relation de Meyer, leur assignent les années 1287 à 1290. 
L'auteur des Notœ, qui sont peut-être la source où ont puisé les chroniqueurs venus 
plus tard, a été mal informé, à moins que son copiste n'ait mis 1277 au lieu de 1287, 
erreur assez facile à expliquer en raison des cliitTres romains dont on se servait alors. 
Une fois commise, cette erreur passa dans tontes les chroniques postérieures. L'annaliste 
de fiuebwiller, p. 22, préfend qu'après avoir été expulsés une première fois en 1277, les 
dominicains ont quitté la ville une seconde fois en 1283; cette assertion est aussi fausse 
que l'autre. SchœpHin, le premier, a publié quelques-unes des pièces originales dans 
['Alsatia diplomatica. Friese, Vaterländische Geschichte, t. I, p. 214, a voulu les conci- 
lier avec les dates de Konigshofeu et de Specklin, en admettant que les mêmes faits se 
sont reproduits deux fois, en 1277 et en 1287. Les Annales des dominicains de Colmar, 
dont l'auteur a été contemporain de la querelle, n'en parlent pas à la date de 1277, mais 
seulement à celle de 1287, p. 128; elles sont d'accord avec les chartes et avec Meyer. 



— 194 — 

pape a reconnu la justice de la cause des frères de Strasbourg, je m'abs- 
tiens de les juger, mais il me semble que là où l'on se préoccupe si fort des 
intérêts de ce monde, la vie spirituelle ne peut pas être très-florissante.» 

A peine réinstallés dans leur couvent, les dominicains, sur l'ordre de 
Nicolas IV, durent prêcher la croisade \ Ils avaient reçu la même mission 
en 1265 et en i273^ En 1265 leurs prédications avaient encore eu assez 
d'effet pour déterminer quelques Slrasbourgeois à prendre la croix; en 
1273, ils paraissent avoir été moins heureux; en 1291 ils ne le furent pas 
davantage; aucun historien du moins ne fait mention de croisés de notre 
province; l'enthousiasme était à peu près mort, même les plus grands 
revers des chrétiens en Asie ne le ranimaient plus. La collecte qu'en la 
même année 1291 le prieur Thierry, de Saint-André à Orviéto, chargea 
les dominicains de faire à Strasbourg pour la Terre-Sainte', fut peu abon- 
dante; clercs et laïques n'y contribuèrent qu'avec répugnance et parcimo- 
nie, malgré les menaces d'excommunication qui, à défaut de sympathie, 
devaient stipuler le zèle. 

Les dons faits aux frères eux-mêmes étaient d'autant plus riches. Après 
la crise qu'ils venaient de traverser, il y eut en leur faveur un revirement 
de l'opinion, qui paraît prouver que, tout en n'ayant fait aucune conces- 
sion écrite, ils usaient avec plus de ménagement de leurs privilèges. Dès 
qu'ils furent revenus de l'exil, on leur apporta des offrandes de tout genre, 
de l'argent, des vivres, des objets divers; on leur amena, dit Meyer, des 
chariots pleins. Le couvent fut bientôt dans une situation plus prospère 
que jamais. On conserve encore les titres des donations qui lui furent 
faites depuis la fin du treizième siècle; à côté de nobles et de patriciens, 
ce sont des artisans, des veuves, des femmes non mariées qui leur laissent 
des rentes, des arpents, des pièces de vigne, des meubles, des ustensiles*. 
La multiplicité de ces dons finit par constituer un bel ensemble de reve- 
nus. Les frères possédaient des terres dans beaucoup de banlieues du 
diocèse; à Sti-asbourg ils étaient propriétaires de plusieurs édifices, et 
continuaient d'acquérir ceux qui entouraient le monastère, afin d'em- 
pêcher dans leur voisinage l'établissement de tavernes et d'industries 



1. Bulle du 1" août 1291. 

2. Bulles de Clément IV, II août I2ü5, et de Grégoire X, 13 novembre 1273. 

3. 22 et 24 juin 1291. 

4. Je ne citerai qu'un seul exemple: Eu 13G1, Gölz Mille, de Griesheim, légua au cou- 
vent un revenu de quatre sols, deux cliaudièrcs d'airain, deux cruches en étain, trois 
poêles en mêlai jaune (bacccUœ messinea'), une en fer, trois oreillers, quatre coussins, 
huit essuie-mains, trois nappes de table. 



— 195 — 

bruyantes'. Dans diiïérentcs communes ils avaient tics maisons qui leur 
servaient de picd-à-lerre dans leurs pérégrinations; en 1301 la béguine 
Adelheid Friedlieb, d'Altenheim, sur la rive droite du PJiin, leur abandonna 
à cet effet son habitation avec une grange et un jardin, et en 1319 le 
tailleur strasbourgeois Ernest leur donna dans le même but une ferme à 
Sclierwiller. Le nombre des béguines qui leur cédèrent leurs cluses devint 
de jour en jour plus considérable; plusieurs de ces retraites furent éri- 
gées par eux en des espèces de petits monastères pour quelques sœurs 
ayant une supérieure et suivant , sous leur surveillance, la règle de saint 
Augustin; on peut citer entre autres les cluses d'Oberdorf, de Mittelkurtz 
près de Rangen, de Mundolsheim'. A Strasbourg, l'Ordre ne se recrutait 
pas seulement parmi les pauvres; les frères n'étaient plus astreints à men- 
dier leur subsistance; le couvent était une institution riche, estimée, puis- 
sante, offrant aux hommes fatigués du monde une retraite tranquille, sous 
une discipline qui n'était pas trop rigoureuse , et aux jeunes gens stu- 
dieux des moyens d'étude que, dans notre province, on ne trouvait pas 
alors au même degré chez les franciscains. Un grand nombre des religieux 
appartenaient à l'aristocratie strasbourgeoise et à la noblesse de la Basse- 
Alsace; on rencontre parmi eux des Kageneck, des Sturm, des Grostein, 
des Pamphilin, des Lôselin, des Schaftolzheim, des Hünesfeld, des Greifen- 
stein\ Il se peut sans doute que plus d'un jeune homme fût mis au cou- 
vent contre son gré, afin que le père ne fût pas obligé de morceler un 
domaine qu'il voulait laisser à son fds aîné; mais plus d'un dut se récon- 
cilier avec sa position, soit qu'il fût tenté par l'ambition de devenir, grâce 
à son nom, chef d'une corporation , influente à Strasbourg et au dehors, 
soit que le goût de la science ou de la vie contemplative se fût développé 
en lui. Parmi les preuves de la vénération que dans les classes supérieu- 
res on avait pour l'Ordre, je mentionnerai encore les suivantes. En 1314-, 
le chevalier Wallher de Schaftolzheim, voulant renoncer au monde, se 
soumit à la discipline du prieur, à condition de pouvoir continuer de por- 
ter l'habit laïque; en retour il abandonna au couvent ses biens à Miltel- 

1. Le couvent acquit successivement les maisons Zum Scharfeneck (rue du Dôme n" 4), 
Zum Ueberhang (dans la rue de TOutre), Zum Stemhof (près du couvent des Franciscains), 
Zum BUdcche [ibidem), Zum Sperwer (petite rue des Dominicains), Zum alten Wiscn (qui 
avait appai'tciui à Pierre Wisc, dont les enfants la vendirent en 1301 aux frères; elle était 
dans la rue de rOutrc). 

2. Cette dernière maison fut détruite en 1331 par un incendie, et la petite congréga- 
tion, une magistra et trois sœurs, fut dissoute. 

3< V. la liste à la fin do cette notice. 



— 196 — 

berg-heim et à Rosheim. En 1337, Agnès, fille du chevalier Götz de Gro- 
slein, légua sa fortune aux dominicains, en disposant entre autres qu'après 
sa mort et après celle de son frère, qui était prieur du couvent, on ferait 
sculpter pour eux deux sarcophages, à placer dans le passage entre le 
chœur et la nef*. Un béguinage fondé la même année pour quinze femmes 
pauvres, par dame Gertrude de Dürningen , fut placé par elle sous la 
direction des frères ^ 

C'était assuiémont une chose étrange que de voir un Ordre, qui ne ces- 
sait de se dire mendiant et qui, d'après l'intention de son fondateur, ne de- 
vait posséder ni biens, ni revenus en terres, arriver si vite à s'enrichira Mais 
les principes sévères de saint Dominique étaient oubliés depuis longtemps; 
rexpéricnce avait prouvé que, possibles dans les premiers moments d'en- 
thousiasme, ils étaient devenus insoutenables, dès qu'il s'était agi d'assurer 
la durée de l'Ordre. D'ailleurs les moines, qui voyaient tant de personnes les 
combler de libéralités, s'étaient résignés sans peine à la position de proprié- 
taires fonciers touchant des redevances en nature et des renies en argent. 
Malgré la faveur dont ils jouissaient à Strasbourg depuis 1290, il arrivait 
encore que dans le public on se plaignait du contraste entre leur prospé- 
rité et leur règle. Loi'squ'en 1293 on apprit qu'une jeune fille riche avait 
légué cent marcs d'argent au prieur, dix au couvent et vingt à un novice, 
il y eut une véritable agitation dans la \i\\e\ Le général de l'Ordre, Etienne 
de Besançon , s'épuisa dans ses fréquents voyages en exhortations pour 
ramener les moines à la simplicité des premiers temps, qui seule devait 
leur conciher le respect des fidèles; en février 1294' il visita ceux de 
Strasbourg^, auxquels sans doute il n'épargna pas ses remontrances. On 
va voir combien elles étaient justifiées et vaines. 



1. « Diio lapides sarcophagi et décentes œquales et similes, quorum unus sculpalur 
pro me, alius pro ipso ifratre).» Le testament est du 27 janvier 1337. Archives des 
liospices, vol. CYII, fol. 90. — Il y avait en outre dans l'église les monuments funéraires 
de quelques membres des familles Rebstock, Burggraf, Sturm; ceux de l'ammcister Henri 
kï'^ et du bourgeois Jacques Hapmacber. (V. les épitaplies chez Edel, Die Nene Kirche, 
p. 48 et sniv.) En mai 1873 on retrouva, non loin de Pautel, la pierre tumulaire de Cathe- 
rine de JVordheim, femme de Ilerrmann Zit der Birken, morte en 1424; les Za der Birken 
étaient une de nos anciennes familles bourgeoises les plus riches. 

2. Béguinage Zxir Krone (de la couronne) dans la Marbuchgassc , extrémité de la Schilt- 
çasse, vis-à-vis de l'hôtel de l'abbé de Marbach près du pont Saint-Martin. 

3. La défense de posséder des revenus en terres ne fut abrogée que par Martin V en 
! 425. 

4. « De qua legatione fuerunt cives plurimum pcrturbati. » Annales dos domin. de 
Colmar, p. 160. 

5. Ibid., p. 162. De Strasbourg Etienne se rendit à Colmar. 



— 197 — 

Après un chapilre tenu à Strasbourg l'année précédente, où l'on avait 
élu aux fonctions de provincial d'Allemagne le frère Dietrich, un des prin^ 
cipaux docteurs mystiques du temps', un chapitre général fut convoqué 
pour notre ville en 1296, pour l'élection d'un nouveau maître-général. 
On fit des préparatifs immenses pour donner à cette réunion le plus grand 
éclat-. Le roi d'Allemagne, Adolphe de Nassau , le roi Wenceslas de Bo- 
hème, l'archevêque LUether de Trêves, frère du roi Adolphe et ancien 
dominicain, envoyèrent au couvent des sommes considérables pour faire 
les frais de la fçte; l'évêque de Strasbourg, son frère Frédéric de Lich- 
tenberg, prévôt de la Cathédrale, un dominicain appartenant à une des 
plus riches familles de Rome, les religieuses mômes de l'Ordre, tant celles 
de Strasbourg que celles d'Unterlinden à Colmar, les habitants de la ville, 
tous y contribuèrent par leurs dons. Au mois de mai, plusieurs centaines 
de frères, venus de divers pays de l'Europe, se Irouvèrent réunis dans nos 
murs. L'élection eut lieu le 11 de ce mois, veille de la Pentecôte; on 
choisit le frère Nicolas de Trévise, provincial de Lombardie, qui plus lard 
devint pape sous le nom de Benoît IX^ Le lendemain une grande proces- 
sion traversa les rues de la ville: les dominicains sont divisés par groupes 
de cent; chaque groupe est précédé d'une croix; à la fin marche le nou- 
veau général, conduit ou plutôt porté, comme dit le chroniqueur, par 
deux chevaliers; six cents nobles richement vêtus, (]uatre cents dames 
ornées de bijoux et couronnées de fleurs, une foule innombrable de 
fidèles, accourus de toute la province, accompagnent le cortège. On se 
rend à la Cathédrale, où l'évêque et son clergé attendent les moines, et où 
un concert d'instruments se joint à la musique de l'orgue. Des repas 
somptueux terminent la fêle; les dominicains ne devant pas manger de 
viandes, on dit qu'on employa pour leur cuisine plus de 60,000 œufs. Le 
frère Meyer, qui rapportait ces détails, les faisait suivre de réflexions in- 
spirées par la contradiction entre le faste de cet appareil et la première 
destination de l'ordre : «0 mondanité , ennemie de la vraie spiritualité, 
qu'as-lu fait de la vie humble de saint Dominique ? ô combien la j)auvreté, 



1. Catalogus provincialiiim Teuloniœ , \i\x\i\ik d'après un ms. de la Bibl. de Vienne, 
par M. Jundt, à la suite de son Essai sur le mysticisme de maître Eckart. Strasb., 1871, 
p. 148. 

2. Meyer, fol. 203 et suiv. 

3. Le chapitre décida quelques questions de discipline et de règlement, et renouvela 
la prescription que chaque couvent devait avoir un cachot pour les moines rebelles oq 
criminels. Uolstenius, Codex regulanon. Vienne, 1759: iu-fol., t. IV, p. 58, 83. 



- 198 — 

cet ancien ornement des religieux, est bannie et oubliée! que de malheu- 
reux on eût pu secourir avec le bien dépensé en ces fctes'!» 

Quand ces dernières furent passées, le sentiment exprimé par l'historien 
dont je viens de rappeler les paroles, était celui de beaucoup d'ecclésias- 
tiques et de laïques. De temps à autre des laïques suscitaient aux domini- 
cains des procès au sujet de successions; le clergé séculier ne cessait de 
leur contester les privilèges, auxquels il attribuait les progrès de leur 
fortune; les dons faits aux couvents étaient autant de pertes pour les 
églises. Les moines enfin des autres ordres, surtout de ceux qui n'étaient 
pas mendiants, voyaient avec déplaisir l'extension que prenait celui des 
frères prêcheurs. Ces derniers, en effet, semblaient plus occupés de leur 
bien-être que de l'accomplissement des devoirs de leur règle. Le raisin 
n'ayant pas réussi en Alsace en 1302, ils achetèrent leur provision de vin 
à Worms et la firent venir à Strasbourg par les bateaux du Rhin; ce fait, 
en lui-même peu significatif, étonna les dominicains, plus pauvres, de Col- 
mar, dont l'annaliste le consigna dans sa chronique \ La même année on 
avait lu devant le chapitre provincial, assemblé à Bâle, des lettres du gé- 
néral, exhortant les frères à passer en Orient, pour prêcher l'évangile aux 
infidèles; aucun des cinq cents moines présents ne s'y était montré dis- 
posé'. En 1304, le prieur et le custode des bénédictins de Schuttern, les 
curés de Hackeren, de Weslhoffen et de Dürckheim furent accusés d'in- 
jures envers les dominicains de Strasbourg. L'archevêque Diether de Trê- 
ves, conservateur des privilèges de l'Ordre en Allemagne, chargea les archi- 
prêlres d'Offenbourg et de Gengenbach et les curés de Molsheim et de Wan- 
gen, de sommer les accusés de donner satisfaction aux moines. Ces prêtres 
ayant négligé d'exécuter cet ordre, Diether enjoignit au curé de Bebeln- 
heim de se rendre dans leurs églises, de les excommunier pendant la messe 
et d'inviter l'ofTicial de Strasbourg à annoncer celte excommunication à 
tout le clergé du diocèse. En même temps l'évêque Fj-édéric de Lichten- 
berg délégua les doyens de Ilaslach et de Uhinau, ainsi que maître Henri 



1. « du irdesche weliliclieit, ein viend geworer geistlichcit, worzu hast du brochl 
S. Dominiciis demütikeit , wie ist sie so scr vei-blichen und vo7i ireii eren so mercklichen 
entsetzet, wie ist diser hochwürdigen geistlichcit ir zierd, das bysttnder armut und 
demut von anbegin gewesen ist, scr zerrunnen und so gröslichcn abgetönt heilige 
armut war bistu vcrtriben! Der dis gut alles noch diner fürsichtikcit hell geordent , man 
möchte villicht zwei oder me capitel hiemit usgericht haben und gar mengen armen 
menschen dozu gröslich ze trost komen sin.» 

2. Annales des domin. de Colmar, p. lOi. 
?,. Inc. cit., p. 190. 



— 199 - 

Dietmar, prébcndier de la Cathédrale, pour connaître des plaintes portées 
par des clercs ou des laïques contre les dominicains et de juger ces cau- 
ses sans bruit'. En 1305, l'archevêque Henri de Cologne désigna pour 
être conservateurs et défenseurs de l'Ordre à Strasbourg, le custode de la 
Cathédrale et le doyen de Saint-Thomas; en 1319 le pape Jean XXII char- 
gea de cette mission l'évêque de Strasbourg lui-même-. Ce dernier, Jean 
de Dirpheim, avait déjà publié dans son diocèse la bulle par laquelle 
ledit pape avait énuméré et confirmé tous les anciens privilèges des domi- 
nicains^; mais il avait fait connaître aussi à son clergé les résolutions pri- 
ses en 1311 par le concile de Vienne, pour restreindre ces privilèges en 
quelques points, afin de garantir les droits des curés paroissiaux. Le con- 
cile avait décrété que les moines mendiants ne pourraient confesser les 
fidèles et leur administrer les sacrements que sur l'invitation des curés 
ou avec la permission des évêques, qu'ils céderaient aux curés le quart 
des droits funéraires et des legs, qu'ils s'abstiendraient d'attirer le peuple 
par des indulgences exagérées*. Dans les limites de ces prescriptions, 
l'évêque exhorta son clergé à ne pas empêcher les fidèles de prendre pour 
confesseurs des religieux; il réussit par sa fermeté à faire respecter à la 
fois les droits des curés et ceux des moines. Le magistrat, à son tour, prit 
vers cette époque une mesure destinée à prévenir le retour des querelles 
entre les citoyens et les frères et à assurer à ceux-ci une bonne adminis- 
tration de leur fortune; il institua pour chaque couvent trois tuteurs laï- 
ques, Pßeger, chargés de surveiller la gestion du receveur; les moines 
ne devaient ni acheter des biens, ni en vendre, ni en donner en gage sans 
le consentement des tuteurs; les actes n'étaient valables que si les noms 
de ces derniers se trouvaient mentionnés dans les documents; ils étaient 
chargés en outre d'assister à la reddition annuelle des comptes^ Cette 
utile mesure resta en vigueur jusqu'au seizième siècle. 



1. 4 octobre 1304, au couvent de Saiiit-Arbogast. Le 4 octobre 1305 rarclievèque ilc 
Trôves nomma maître Dietmar son délégué pour Strasbourg en qualité de conservateur 
des privilèges de l'Ordre. 

2. 2 septembre 1315. 2G avril 1319. 

3. Bulle du 14 février 1317, publiée à Strasbourg le 9 septembre suivant. 

4. 22 juillet 1318. Wilrdtwcin, Novn subsicHa diplomnlica, t. XIII, p. 301. 

5. Dos Pfleger des dominicains sont mentionnes dès 1322. D'après la décision suivante, 
de 1386, on pourrait croire qu'ils n'ont été institués qu'en cette année; mais le magistrat 
ne fit que renouveler un arrêté antérieur: u Unsere hei-ren meisler unde rat hunt mit 
urteil erteilt das man den bredigetm V7id irine huse in unser stat gelegen drye pfleger 
geben soi, die mit namen alle Jroncvnsten bg iren rechenungcn sin sollenl, wenne ouch 

T. IX. - (M.) . 1 4 



— 200 — 

Comme leurs revenus les mettaient en état de faire de nouvelles con- 
structions, les dominicains entreprirent d'agrandir leur église, dont le 
chœur et la nef n'étaient plus assez vastes, l'un, pour les nombreux reli- 
gieux du couvent, l'autre, pour les foules qui venaient assister aux prédi- 
cations. Le plan qu'ils adoptèrent leur permit de conserver la nef exis- 
^ tante, ainsi que le bas-côté qui longeait le cloître; une deuxième nef, aussi 
large que l'ancienne, dut remplacer le bas-côté sud et un nouveau chœur 
plus spacieux s'élever à l'est; ils en désiraient un, comme dit le frère 
Meyer, qui fût plus beau que celui de la Cathédrale*. Les travaux furent 
commencés en 1307; l'évêque Jean de Dirpheim posa la première pierre 
du chœur, lors de la tenue d'un chapitre généraP. Selon la coutume des 
ordres mendiants , le chœur, qui était en réalité l'église» des frères où ils 
chantaient les heures et célébraient leurs offices particuliers, fut élevé plus 
haut que la nef; des deux côtés on pratiqua six fenêtres à ogives , très- 
élancées; elles furent garnies de vitraux peints peut-être par des religieux 
de la maison \ Pour augmenter la sonorité du heu, on plaça autour de 
chacune des fenêtres, dans le parement du mur, neuf pots en terre 
cuite, couchés sur le flanc et ouverts vers l'intérieur de l'édifice ; on avait 
fait l'expérience que, dans un chœur pourvu de cette poterie acoustique, 
le chant «résonnait plus fort»''. L'extrémité orientale, où se trouvait le 

(lie selben brueder gemeinlichen mis das erbetlen haut. Und dartunbe so liant Schoeffel 
lind Amman erkant das die selbe urteil also stete sol sin und etoicliche bliben. also dass 
dieselben brueder noch ir nachkommen derselben ires huses gueter nit koiiffen noch 
verkovjfen, versetzen noch verser en sollent in derkein weg, ez sie denne mit wisseii 
tüid willen der selben pflegere oder die denne an ire stat komment; loid waz sü ouch also 
verbrie/ent , do sollent allewege die pßegcr mit nameJi in dem briefe gcschriben ston; 
tind wo a)iders geschehe denne als vor geschriben stat, daz soi keine kraft noch mäht 
haben, ane alle ge verde. Actum anno et cetera LXXVI^".» Heimlich Buch, fol. 55. Ms. 
brûlé. 

1. «... Das wol ze verwundern ist an einem semlichen armen orden.» Meyer, fol. 208. 

2. u Episcopns JohaJines... fuit etiam maximus amicus ordinis prcrdicatorum et 
posuit pr/mt/riinn lapidcm chori nostri propria in persona.» Notœ hisloricw, cliez 
Bölimcr, f. 111. p. I IS. — Closoncr, t. 1, p. 131 ; Konig-sliofen, t. II, p. 734; Mcycr, fol. 208, 
placent le coinmenccmcnt des travaux en 1308. Scliüpllin, Alsatia illustrata, t. II, p. 295, 
note 3, donne par erreur 1362. Hermann, Notices sur la ville de Strasbourg-, 1. 1, p. 25, 
a. 1307, ce qui seul peut être la date exacte. Sur le chapitre général de 1307, v. Ilolstc- 
nius, t. IV, p. C2, 82, 118. 

3. En 1835 ces vitraux furent acquis par l'OEuvre Notre-Dame, qui en fit placer une 
partie dans la chapelle de Saint-Laurent de la Cathédrale. 

4. On a retrouvé ces pots lors de la déraolilion des ruines du chœur en 1873; ils sont 
décrits par M. Salomon dans la note jointe à ce mémoire. Sur les poteries acoustiques, 
V. Viollet-Leduc, Diclionnaire d'architecture, t. VII, p. 47, et un article de üidron dans les 
Annales archéologiques, t. XXII, p. ÎOi. 



- 201 - 

sanctuaire , fut ornée de peintures murales, représentant des anges et des 
saints; des restes de cette décoration, retrouvés lors de la démolition des 
ruines en 1873, ont montré qu'elle n'avait pas été sans une certaine valeur 
artistique. De même que dans quelques autres églises des ordres men- 
diants', un passage séparait le chœur de la nef; au-dessus de ce passage 
il y avait un jubé, où les moines pouvaient assister à la prédication faite 
au peuple. Là où la toiture du chœur se joignait à celle de la nef, on éri- 
gea un petit clocher en pierre, d'une élégante simplicité; il contenait la 
seule cloche qu'il était permis au couvent de posséder, et qui, en théorie, 
ne devait servir qu'à convoquer les frères^; les églises paroissiales avaient 
seules le droit d'une sonnerie publique et par conséquent des tours plus 
hautes et plus grandes. 

L'agrandissement do la n(.'f suivit la reconstruction du chœur; on démo- 
lit le bas-côté sud et à sa place on éleva une seconde nef, aussi haute que 
l'ancienne, et on y ajouta un bas-côté de même hauteur. Il s'ensuivit un 
élargissement de la façade, qui donna à celle-ci cette forme irrégulière 
que nous avons connue jusqu'en 1870. De môme que quand les frères 
bâtirent leur premier couvent dans la rue Sainte-Elisabeth, des citoyens 
contribuèrent cette fois-ci à l'agrandissement de leur église. Il paraît que 
plusieurs d'entre eux manifestèrent l'intention de se charger des frais de 
certaines parties de l'édifice; le frère Conrade Gips, qui était alors procu- 
reur ou gérant des affaires du couvent^ répartit entre eux les travaux 
qu'ils devaient faire exécuter. C'est ainsi que le chevalier Nicolas Zorn, 
Scimllliciss de Strasbourg, fit élever une des colonnes du nouveau bas- 
côté sud; une inscription posée en 1317, lors du décès de sa femme, per- 
pétua .le souvenir de celte libéralité^ On fit en outre un portail plus 

1. P. ex. dans les églises des dominicains et des franciscains de Bàle. 

2. Les petits ctocliers des églises des couvents, assis pour ainsi dire à cheval sur le 
toit, s'appelaient en allemand Dachreiter. L'ancien clocher en pierre du Temple-Neuf fut 
démoli en 17Si et remplacé par celui qu'on a vu jusqu'en 1870. 

3. Anno domini MCCCXVll X kal. Maiji obiit domiuu Enrjula dicta de Rodeshcim quon- 
dam uxor domini Nycolai Sculteti Argent, qui perfecif columpnam haue totam ex ordi- 
iiatiojic fratris Cioiradi dicti Gyps. Reqvieacat in pace. Amen. Cette inscription Fe trou- 
vait sur la première colonne que Ton rencontrait à droite, quand on entrait dans l'église 
par la i)orte donnant sur la rue des Orfèvres. Conrad Gjps parait dans uu acte de 1321 
comme /)/-oc«yfl/o/- du couvent; peut-être était-il en même temps mayister operis; dans 
ce cas, les mots ex ordinatione pourraient signifier d'après le plan; mais on ne voit pas 
pourquoi on n'aurait mentionne cela que dans l'épitaphc de la femme du chevalier Zorn et 
à propos d'une seule colonne; l'explication que j'ai donnée dans le texte me paraît plus 
probable. — En 13ÎG un Jean Gips, bourgeois, possédait une maison près des boucheries. 



— 202 — 

large*, précédé d'un porche. L'édifice, agrandi et restauré, fiil inauguré 
le 17 septembre 1345*; il avait désormais pour les fidèles un allrait de 
plus: le prieur Pierre de Grostein avait obtenu de Cologne quelques reli- 
ques des onze mille vierges*. 

On vient de voir que les travaux commencés en 1307 absorbèrent un 
temps plus long que ceux du treizième siècle. Les causes de celte lenteur 
furent les troubles qui remplirent cette période et qui plus d'une fois 
obligèrent les dominicains à suspendre leurs constructions; mais s'ils 
bâtirent moins vite qu'ils ne l'auraient désiré, ils manifestèrent, au milieu 
de l'anarchie et de la misère universelle, un esprit qui fait de celte époque 
la plus belle de leur histoire. 

Depuis le commencement du quatorzième siècle leur couvent fut, pen- 
dant une soixantaine d'années, le foyer d'une théologie mystique qui 
exerçait une influence d'autant plus salutaire, qu'elle inspirait à ses parti- 
sans une charité plus active et plus dévouée. Le premier qui professât ces 
doctrines en Alsace fut le frère Eckart, qui, selon l'opinion de quelques au- 
teurs, était Thuringien, mais dont l'origine strasbourgeoise peut être prou- 
vée par des arguments difficiles à réfuter. Nous n'avons pas de preuves 
directes pour affirmer qu'il a enseigné comme lecteur dans notre couvent, 
mais le fait est rendu vraisemblable par les disciples qu'il eut parmi les 
frères. En 1316 il fut à Strasbourg comme vicaire du général de l'ordre*; 
il prêcha dans quelques couvents de femmes et écrivit un traité pour une 
nonne ou béguine strasbourgeoise. Aucun de .ses élèves n'alla dans ses 
spéculations métaphysiques aussi loin que lui-même, mais, plus pratiques 
que lui, la plupart d'entre eux se sont occupés plus activement des besoins 
religieux du peuple. Dans d'autres parties de l'Allemagne, en Souabe, le 
long du Rhin , les dominicains s'étaient également abandonnés à ce cou- 
rant mystique; ils étaient en relation les uns avec les autres, se visitaient, 
se communiquaient leurs livres; c'est surtout entre les couvents de Stras- 
bourg et de Cologne qu'il y avait des rapports fréquents; on rencontre 
les mômes frères tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre. Ceux qui vers celle 



1. n Anterior janua de novo constructa et œdifieata in eadem ecclesia, vulgariter 
dicendo an der nilwen türe, respectum habens ad cymelerium dictœ domus.» 1344. 
Arch. des liospiccs, vol. 107, fol. 78. 

2. Cioscncr, t. I, p. 131. Königsliofcn , t. H, p. 734. 

3. Eq 1337, uDuo corpora sanctorum». Arch. des hospices, vol. 107, fol. 89. 

•i. Le 13 novembre 1316, Agnôs, veuve du chevalier Frédéric de Schaftolzhcim, fait une 
donation à deux religieuses de Saint-Marc, udc licentia priorissœ et /rat ris Ekkehardi 
vicarii marßstri generalis orâi)iis prœdicatornm ». /.. c, fol. 45. 



— 20:3 - 

époque répandirent ces tendances dans notre province furent les frères 
Nicolas de Strasbourg, chargé en 1326 par Jean XXII d'une mission spé- 
ciale auprès des dominicains d'Allemagne, Jean de Dambach, Égénolphe 
d'Elienheim, Dietrich de Colmar, Jean Fuckerer, Berthold et Cunon de 
Kageneck, tous également savants et pieux; les uns auteurs de traités 
théologiques, les autres prédicateurs'. Le plus illustre parmi eux fut Jean 
Tauler, dont le père , Nicolas Tauler, un des échevins de la ville, habitait 
au Finckwiller près du petit pont des moulins {Mühlsteg)-. 

Une secte hérétique s'était emparée de quelques propositions de maître 
Eckart, en les outrant et en en tirant des conséquences immorales. En 
Alsace, ces frères du libre esprit avaient quelques partisans dans le monde 
laïque, dans les béguinages et même parmi le clergé; en 1317 l'évoque 
les fit rechercher, mais il ne paraît pas qu'aucun d'entre eux fut livré au 
bras séculier. Un autre champ d'activité que l'inquisition s'était ouvert 
pour les frères prêcheurs. Deux compétiteurs se disputaient l'Empire, 
Louis de Bavière et Frédéric d'Autriche; quand le premier prit le titre de 
roi après sa victoire sur le second et sans demander le consentement du 
pape, celui-ci l'excommunia (1324). Dès lors toute l'Allemagne se divisa 
en deux partis contraires. Pour augmenter la confusion, Jean XXII con- 
damna comme hérétique la doctrine de la pauvreté monastique absolue, 
soutenue par quelques franciscains rigides qui, indignés de la richesse 
croissante des ordres mendiants, étaient revenus à la stricte observation 
de leur ancienne règle. Persécutés par le saint-siége, ils se mirent sous la 
protection du roi Louis, qui à Rome fit donner la tiare à l'un d'entre eux. 
Jean XXII fulmina une nouvelle bulle contre Louis, contre son pape, contre 
le général des franciscains, Michel de Céséna, et mit en interdit les villes du 
parti du roi. De ce nombre était Strasbourg; malgré l'interdit, les domini- 
cains continuèrent pendant quelque temps à célébrer le culte, mais lors- 



1. Nicolas de Slrasbourg écrivit un traité: De adoentu Chrisli, douf la Bibliothèque de 
Strasbourg avait possédé un ms.; des sermons allemands de lui ont été publiés par 
Fr. Pfeiffer dans le tome I de ses Deutsche Mystiker. Leipzig, 1845. — Jean de Dambach 
est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont quelques-uns sont encore inédits; on n'a im- 
primé que sa Consolatio lheolo<jia'. — Sur Égénolphe de Dietrich de Colmar, v. Quélif et 
Echard, t. 1, p. G2t, 623, 678. — Le frère Fuckerer, mentionné en 1325, mort vers 1332, 
est appelé par Henri Suso un des hommes les plus saints qu'il ait connus. V. Sus&s 
Werke, Augsb., 1512, in-fol., fol. 10». — Berthold et Cunon avaient laissé des sermons, 
dont la Bibliothèque de Strasbourg avait possédé des extraits. 

2. Nicolas Tauler figure en 1312 parmi les membres du magistrat et en 1319 parmi 
les témoins d'une donation faite aux dominicains par le tailleur Ernest. 



— Wt — 

que, sur l'ordre reçu d'Avignon, ils s'apprêtèrent à publier les sentences 
contre le roi et contre les frères mineurs, le magistrat le leur défendit; 
ayant alors fermé leur église, ils furent bannis de la ville. Il esta regretter 
qu'on n'ait sur ces faits que les renseignements sommaires et un peu va- 
gues, ajoutés à un des manuscrits de la chronique de Königshofen; là on 
affirme qu'en 1331 les dominicains sortirent de la ville et qu'après trois 
années et demie d'absence ils revinrent dans leur couvent*. En 1331 il y 
eut à Strasbourg un chapitre de l'Ordre, qui élut le frère Bernard Tarré- 
rius, de Toulouse , aux fonctions de provincial d'Allemagne ; Tarrérius 
avait été désigné par le pape pour remplacer le frère Henri, destitué à 
cause de son opposition à une réforme que le maître-général voulait 
introduire dans l'Ordre ^ La réunion du chapitre en 1331 paraît prouver 
que l'interdit n'était pas rigoureusement observé. Si néanmoins les domi- 
nicains quittèrent Strasbourg en cette année, il serait intéressant de con- 
naître les conditions de leur retour en 1335, car à cette époque l'interdit 
durait encore. Malheureusement nous ne possédons aucun document au- 
thentique qui pût nous éclairer. Quoi qu'il en soit, Tauler et quelques- 
uns de ses amis trouvaient qu'il était injuste de frapper «le pauvre peu- 
\)\o » à cause des querelles des rois. Tauler prêchait, soit dans l'église de 
son couvent, soit dans celles des religieuses de son ordre, soit dans les 
chapelles de quelques cluses, ces doctrines mystiques qui seules pouvaient 
consoler les âmes attristées ou consternées du spectacle des événements. 
Choisi pour confesseur par des riches et des pauvres, il leur apprenait à 
se détacher du monde pour ne chercher la paix qu'en Dieu. En 1348 la 
terreur fut augmentée par la mort noire, qui fit à Strasbourg des milliers 
de victimes et qui provoqua de la part des populations, fanatisées par la 
peur, les horribles violences contre les juifs. Strasbourg, qui avait refusé 
de reconnaître le roi Charles IV, élu en 1346, était toujours sous le coup 
de l'interdit. Pendant les ravages de la peste beaucoup de prêtres s'abs- 
tenaient de donner aux mourants les secours de la religion et aux morts 
la sépulture; les sentences pontificales autorisaient ce refus. Tauler et 
deux autres moines, l'augustin Thomas de Strasbourg et le chartreux 
Ludolphe de Saxe, furent presque les seuls qui eussent assez de dévoue- 
ment pour ne pas abandonner leur devoir ; ils publièrent des écrits, pour 
justifier leur désobéissance à l'interdit et pour exhorter le clergé à rester 
fidèle à sa mission dans ces moments difficiles. Désapprouvés par l'évêque, 



1. Königsliofen, t. II, p. 734, note. 

2. Catulogus provincialium ThciUoniœ , cité note 1, p. 197, 



- 205 — 

ils furent forcés de quitter la ville ; Tauler se retira à Cologne, d'où il ne 
revint à Strasbourg que pour y mourir en 1361. Il fut enterré dans le 
cloître de son couvent; la pierre qui recouvrait son tombeau, est un des 
rares monuments qui en août 1870 aient échappé à la destruction. 

Après sa mort, l'esprit dont il avait été un des plus nobles représentants 
ne se maintint plus longtemps parmi nos dominicains. Déjà en 1349 ils 
voulurent profiter de l'extermination des juifs; à la demande du prieur, 
Pierre de Grostein, Charles IV les autorisa à accepter, jusqu'à concurrence 
de 400 marcs, l'argent provenant du pillage des victimes, quelles que fus- 
sent les personnes qui le leur remettraient'. Plus tard, quand les terreurs 
inspirées par les guerres, les interdits, les pestes furent dissipées, cet 
esprit mondain remplaça de plus en plus la ferveur qui avait régné dans 
le couvent pendant la première moitié du siècle. Jean de Dambach, le 
seul survivant de l'époque de Tauler, s'était retiré une seconde fois dans 
le monastère de Strasbourg, après avoir rempli des fonctions de professeur 
à l'Université de Prague; mais il était trop vieux et trop timide pour exer- 
cer une influence sur les générations nouvelles. Pendant le reste du siècle 
il est moins question de mysticisme que d'inquisition. Un chapitre géné- 
ral, tenu à Strasbourg en 1358, prit quelques mesures sur le choix des 
inquisiteurs'. On procéda surtout contre les béguines, qui étaient soup- 
çonnées de professer les erreurs de la secte du libre esprit; en 13GG le 
frère Henri d'Agro en fit punir plusieurs; quelques années plus tard, 
Charles IV, à l'instigation de l'inquisiteur Walthcr Kerlinger, ordonna la 
suj)pression de tous les béguinages d'Allemagne; cette fois-ci les domi- 
nicains de Strasbourg se joignirent à ceux de Trêves et de Liège pour 
intercéder en faveur de celles de ces maisons qui étaient sous leur direc- 
tion ; elles n'échappèrent qu'avec peine aux rigueurs impériales ^ 

En même temps on vit renaître à Strasbourg l'ancienne rivalité entre 
les moines mendiants et le clergé séculier; les dominicains surtout insis- 
tèrent avec plus d'ardeur encore que parle passé sur les privilèges presque 
illimités que leur avaient accordés quelques papes; les curés, au contraire, 
invoquèrent en leur faveur d'autres bulles, où ces privilèges n'étaient 
reconnus qu'avec des restrictions. Une ligue faite contre les religieux en 
1365 par les chapitres de la Cathédrale, de Saint-Thomas et de Saint- 
Pierre, échoua contre la protection que, malgré les décrets du concile de 



1. 6 juillet 1319, Mayence. 

2. Closencr, t. 1, p. 141. Uolstcuius, t. IV. p. 107. 

3. Mosheim, De Beghanlis. Leipz., 1790, p. 333 et suiv. 



— 20G — 

Vienne, ils trouvèrent auprès de l'évêque et du pape. En 1373 quelques 
curés durent déclarer devant un notaire, qu'ils reconnaissaient le droit de 
leurs paroissiens de se confesser aux moines, qu'ils ne feraient rien pour 
les en empêcher, et qu'ils donneraient les sacrements à ceux qui se 
seraient confessés aux frères'. 

Ce qui fut pire que les usurpations ecclésiastiques, ce furent des scan- 
dales causés par de jeunes dominicains dans les monastères des religieu- 
ses de l'Ordre. Déjà en 1287 le légat Jean de Tusculum avait défendu que 
des moines quelconques s'établissent trop près des couvents de femmes'; 
mais la distance n'était pas un obstacle pour des hommes déterminés à 
violer la discipline ; chapelains et confesseurs privilégiés des nonnes, ils 
pouvaient, sous divers prétextes, s'introduire auprès d'elles. En 1358 le 
provincial d'Allemagne adressa au prieur de Strasbourg un statut, par 
lequel il interdisait aux frères l'entrée des couvents habités par des reh- 
gieuses ; ils ne devaient y être admis que pour célébrer le culte et en- 
tendre les confessions ou pour donner aux mourantes les sacrements; des 
frères, respectables par leur âge {<i^alte ehrwürdige Brüder)-)) auront seuls 
le droit de visiter les nonnes chez elles; un moine plus jeune, qui a une 
parente parmi ces dernières, pourra être autorisé par le prieur à la voir 
une fois par trimestre, mais seulement accompagné du confesseur et d'un 
frère âgé d'au moins cinquante ans ; celui qui s'arrête devant une fenêtre 
sera condamné pour son indiscrétion à coucher pendant deux mois sur 
la terre nue et à ne se nourrir que de pain et d'eau, après quoi il sera 
exclu pendant deux ans de son monastère; celui qui pénètre dans l'inté- 
rieur, subira le triple de cette peine; celui enfin qui séduit une sœur sera 
mis pour deux ans au cachot et ensuite banni à jamais de la ville et ex- 
pulsé de l'Ordre. Des peines semblables étaient dictées contre les nonnes 
coupables^ Ce statut ne put empêcher le retour des désordres. Pour se 
soustraire peut-être à des importunités compromettantes, quelques reli- 
gieuses rentrèrent bientôt après dans leurs familles; en 1361 l'empereur 
Charles IV iiivita le magistrat à prêter main-forte au prieur contre «les 
bourgeois» qui les retenaient et à les faire rentrer dans leurs couvents*. 
Vers 1370 les sœurs des couvents de Saint-Marc, de Saint-Nicolas-aux- 
Ondes et de Sainte-Catherine élevèrent contre les dominicains de nou- 



1. Les cm-ùs de Saint-Thomas et de Saint-Martin, 3 octobre 1373. 

2. 10 mai 1287, Metz; le légat fixa la distance à cent cannœ. 

3. 24 avril 1358. Briefbuch, vol. I, fol. 4C. Archives municipales. 
1. 18 mars 13C1, Guhhin. 



— 207 — 

velles plaintes très-graves : ils leur refusent , dirent-elles , leurs services 
ecclésiastiques, à moins qu'elles ne leur donnent de l'argenl, des bijoux 
ou .d'autres cadeaux; ils viennent chez elles en habits mondains, tuniques 
courtes, chaussures élégantes, coiffures ornées de nœuds ; ils exécutent 
des danses, provoquent les nonnes à la légèreté, ont même réussi à en 
séduire quelques-unes; au lieu de se conduire en pasteurs fidèles, ils 
sont devenus des loups ravisseurs*. Elles s'en plaignirent au prieur 
et implorèrent la protection de l'évêque; le prieur voulut soumettre la 
cause à l'archevêque de Mayence, afin qu'elle fût jugée «sans bruit»; 
mais les religieuses, craignant que de celte manière elle ne fût étouffée, 
demandèrent qu'on leur fît justice d'une façon plus éclatante. Le prieur 
les accusa de désobéissance; il soutint que, poussées par quelques laïques, 
elles ne cherchaient qu'à se soustraire à la discipline, qu'elles aspiraient 
à mener une vie plus libre, et qu'à cet effet, elles n'alléguaient que des 
propos sans fondement , quœdam frivola. Voulait-il dire que les griefs 
des nonnes étaient imaginaires, ou que les auteurs des scandales n'avaient 
pas été des moines? Gomme parmi les documents de la procédure on ne 
trouve aucun rapport de témoins, il semble difficile de reconnaître jusqu'à 
quel point les arguments du prieur sont sérieux ou non. Mais les plaintes 
des sœurs sont si formelles, que ce serait bien grave de ne vouloir y 
trouver que des calomnies; et de plus, c'eût été un étrange moyen de se 
disculper d'avoir entretenu des relations coupables avec des laïques, en 
essayant de faire passer ceux-ci pour des moines déguisés ; s'il en avait 
été ainsi, l'Ordre y eût trouvé un motif puissant pour demander une répa- 
ration publique. Or, comme les supérieurs se montrèrent plus empressés 
d'imposer silence à l'accusation par des mesures de rigueur, que de la 
faire examiner avec calme, on ne peut pas hésiter à ajouter foi au dire 
des nonnes. Le maître-général frappa celles-ci d'excommunication, de 
suspension et d'interdit; elles en appelèrent à Urbain V, en demandant 
une enquête; si, comme elles en sont assurées, disent-elles, les faits dont 
elles se plaignent, sont trouvés vrais, elles veulent être affranchies de la 
tutelle suspecte des dominicains et rattachées à un Ordre offrant plus dtî 
garanties morales. Il s'ensuivit un procès fort long, interrompu par la 
mort d'Urbain V, repris sous Grégoire XI et dii-igé successivement par 



1. Les moines venaient « brevibas tnnicis et capuciis nodalis ac caligis et soluli.ribus 
ad viodum seculariam pcrsonarum..., ac hi präsent ia earum corisabant et aliquas... 
carnaliter cognoverant et imprcgnaverant.» V. la sentence de Raymond., cardinal de 
Préneste, 7 février 1372. 



— 208 — 

plusieurs cardinaux. Sans attendre la sentence définitive, Grégoire XI 
confirma les bulles d'Innocent IV sur l'incorporation des couvents de 
Saint-Marc, de Saint-Nicolas- aux-Ondes et de Sainte-Catherine aux domi- 
nicains; en même temps il invita le prieur à veiller à ce qu'aucun étran- 
ger ne pénétrât dans ces maisons et n'en éconduisît des sœurs'. Après le 
premier appel des nonnes, le cardinal Guy de Porto avait cité de compa- 
raître à Avignon le général de l'Ordre, le frère Jean, prieur de Strasbourg, 
et plusieurs moines de ce couvent, entre autres le vieux Jean de Dambach. 
Déclarés contumaces pour avoir refusé de venir et de constituer des pro- 
cureurs, ils se décidèrent enfin à envoyer un délégué, chargé de plaider 
la cause à leur point de vue. Par un premier jugement, rendu le 7 février 
1372, le cardinal Raymond de Préneste imposa silence aux nonnes et les 
condamna aux frais. Sur un nouvel appel de leur part, cette sentence fut 
confirmée, le 29 octobre suivant, par le cardinal Gilles de Tusculum, et le 
l^"" juillet 1373 par le cardinal Guillaume de Saint-Etienne in Celiomonte. 
Malgré ces condamnations réitérées, les nonnes protestèrent contre ce 
qu'elles appelaient une flagrante injustice; elles refusèrent de rentrer 
sous l'autorité des dominicains, tandis que ceux-ci leur reprochèrent de 
sortir de leurs maisons, de fréquenter le monde, de recevoir chez elles 
des femmes et des hommes. Grégoire XI prescrivit alors à l'abbé Otton de 
Neuwiller, vicaire général de l'évêque Lambert, et à Jean de Silvis, doyen 
de Saint-Agricol à Avignon, de prendre soin qu'elles restassent enfermées 
et d'invoquer contre elles, en cas de besoin, l'aide du magistrat. Jean de 
Silvis confia l'exécution de ces mesures à Henri Kopf, doyen de Saint- 
Pierre, ordonna au clergé de la ville et du diocèse de l'assister, et somma 
les nonnes de se soumettre dans un délai de six joursl Le 24 juin 1375, 
dans la salle capitulaire de Saint-Nicolas-aux-Ondcs , en présence de 
témoins, un notaire donna lecture aux sœurs de ce couvent des bulles du 
pape et des injonctions du doyen de Saint-Agricol. Môme lecture fut faite 
dans les couvents de Saint-Marc et de Sainte-Catherine; la prieure et les 
religieuses du premier, la prieure et plusieurs sœurs du second persistè- 
rent dans leur refus; le 20 juillet le doyen Henri Kopf les excommunia, 
défendit à tous les fidèles de les recevoir et mit leurs églises en interdit. 
D'après le frère Meycr, la querelle finit par être apaisée; l'affaire, dit-il, 
fut arrangée à force de beaucoup de peines et de frais, de manière à ne 



1. 6 mai, 10 octobre, 15 novembre 1371. 

2. 28 février, 31 juUlet 1374, 31 murs 1375. 



- 209 — 

pas prendre une trop mauvaise fin'. Mais l'impression produite à Stras- 
bourg- par ces faits fut peu favorable aux dominicains; en 1377, à la de- 
mande du magistrat, le provincial Ulric Umtuer renouvela le statut de son 
prédécesseur, dont il a été parlé ci-dessus ; le gardien des frères mineurs 
dut faire les mêmes défenses aux religieux de son couvent'. 

Vers celte époque on découvrit à Strasbourg des bérétiques qui profes- 
saient quelques principes des Vaudois. On les appelait Winkeler, proba- 
blement parce qu'ils se réunissaient en secret dans des babitations écar- 
tées (Winket). Ils étaient assez nombreux parmi la bourgeoisie et dans 
quelques béguinages, et avaient des affiliés dans plusieurs contrées de 
l'Allemagne du Sud. Grégoire XI avait chargé le provincial Ulric Umtuer 
d'instituer des inquisiteurs, «pour parer aux dangers qui se préparaient 
pour l'Église;» Umtuer avait confié ses fonctions dans les diocèses de la 
Haute-Allemagne au frère Jean Arnoldi, de Spire'. Celui-ci vint à Stras- 
bourg; il figure même dans quelques documents comme prieur du cou- 
vent de notre ville. Menacé de mort par un Winkcler, il repartit à la bâte; 
un autre dominicain, qui prêcha contre la secte, fut menacé à son tour; 
mais grâce au zèle du frère Jean Bockeler, on put s'emparer de quelques- 
uns de ces bérétiques ; le magistrat se contenta de les bannir*. 

Quoique disposé à défendre l'Église contre ses adversaires, le gouver- 
nement de Strasbourg continuait de maintenir son pouvoir légal contre 
les dominicains. En 1385 un valet, ayant blessé son maître, se réfugia 
dans leur couvent; ils refusèrent de le livrer. Le magistrat défendit aux 
habitants de fréquenter leur église et de leur faire des aumônes, juscju'à 
ce qu'ils eussent livré le coupable et racheté par une amende de deux 
cents livres l'injure faite à la ville; ils se soumirent, en s'engageanl à ne 
pas porter plainte auprès de leurs supérieurs^ En cette circonstance ils 
purent céder sans compromettre leurs franchises, car ils n'étaient pas 
fondés à réclamer pour leur couvent le droit d'asile. Mais quand il s'agis- 
sait de défendre contre le clergé séculier ou contre des corporations 



1. "By dis bapstes (Grégoire XI) zileti, do worent ze Slrasbtu-g dry swestercloslcr 
jvedigerordem sich widerslellcii ir meyslcrschafl und obern, und viengent an ze appe- 
licren tvider ir (jehorsumlceit , daz dock mit kummer uml kosten übertragen ward, daz 
es nil ze vil gross schcdtich bös end nam.» Mcycr, fol. 220. 

2. Brief (flieh, vol. 1, fol. 46. Arcli. munie. 

3. 23 juillet 1379, 19 octobre 1382. 

4. Les actes du procès oui été publics par Röhrich dans ses Miliheilungcn aus der 
Geschichte der evangel. Kirche des Elsasses. Strasb., 1855, t. I, p. l et suiv. 

5. Königshofen, t. II, p. 73 i. 



— 210 — 

religieuses soit des privilèges, soit des revenus, ils montraient une téna- 
cité d'autant plus inflexible. Un procès, qui dura près de vingt ans et qui 
finit par être porté jusque devant le concile de Baie, en fournit une preuve; 
l'objet en était d'une très-médiocre importance, mais il témoigne d'un 
des travers de l'époque, de l'avidité avec laquelle certains prêtres cher- 
chaient à obtenir et à cumuler des bénéfices. 

Il y avait près d'Obernai un couvent de femmes, fondé au treizième 
siècle et incorporé en 1246 à l'Ordre des dominicains; à la fin du quator- 
zième siècle il était abandonné et tombait en ruines. Non loin de ce cou- 
vent était une clicse, dite Zum Gruss, et une petite chapelle de Saint-Nico- 
las avec une prébende destinée à un prêtre séculier, et dont la collation 
appartenait à l'abbesse de Hohenbourg. En 1377 les sept sœurs qui habi- 
taient la cluse s'étaient donné quelques statuts; vingt ans plus tard la der- 
nière survivante résigna la maison et le petit corps de biens qui en dépen- 
dait entre les mains de l'évêquc Guillaume de Diest. Celui-ci, se fondant sur 
le droit de disposer des lieux sacrés vacants, conféra la cluse et la chapelle 
à son chapelain, le dominicain Nicolas Münchclin, à condition pour lui de 
faire une pension à la sœur qui vivait encore \ A la mort de Miinchelin la cluse 
dut être incorporée avec ses revenus et ses droits au couvent de Strasbourg, 
qui s'engagea à y entretenir un ou deux frères pour le service de la cha- 
pelle de Saint-Nicolas ; l'évêque abandonna au même couvent les bâti- 
ments vides du monastère d'Obernai. Tous ces biens réunis ne rappor- 
taient plus guère qu'environ 3 marcs d'argent par an. L'incorporation 
fut confirmée par le pape. Il paraît qu'à cette époque la chapelle était 
encore desservie par un prêtre séculier, sans contestation de la part des 
dominicains; mais lorsque, après le décès de ce prêtre, l'abbesse de 
Sainte-Odile eut conféré la prébende à Burkart de Stauffenberg , un des 
chanoines réguhers de Truttenhausen, et que l'évêque Guillaume eut 
approuvé cette collation, les dominicains s'y opposèrent; ils prétendirent 
entrer en possession de la cluse et de la chapelle, et Miinchelin étant mort 
à son toui-, ils en donnèrent le bénéfice au frère Jean de Rohr'. L'évêque, 
en leur cédant la chapelle, avait oublié sans doute les droits de l'abbesse 
de Hohenbourg; aussi cette dernière se montra-t-elle peu disposée à se 
laisser priver d'un privilège en faveur d'un ordre mendiant. De là des 
embarras singuUers pour Guillaume de Diest. Après une procédure de 
plusieurs années, le prélat fit l'aveu qu'il s'était trompé en confirmant 



1. 16 décembre 1398, Dachsfein. 

2. 15 décembre 1413, 16 janvier lUG 



- 211 — 

Burkart de Stauffenberg comme prébendier de Saint-Nicolas, et que les 
domim'eains étaient seuls vrais possesseurs et patrons de la chapelle. 
Néanmoins, à la mort de Burkart, l'abbesse conféra la chapelle au prêtre 
Jean Müller; celle fois-ci de nouveau l'évêque donna son approbation. 
Irrité de ce démenti, le prieur Hugues d'Ehenheim adressa une plainte au 
concile de Bâle; Guillaume de Diesl dut révoquer l'acte en faveur de 
Müller, cl Eugène IV chargea roffîcial de Strasbourg de maintenir les do- 
minicains dans leurs droits'. Mais l'abbesse ne céda point; elle laissa le 
frère Jean de Rohr en possession jusqu'à son décès, après quoi elle donna 
le bénéfice à Jean Stern, chanoine de Saint-Thomas et vicaire perpétuel 
de l'église inférieure deDambach. Slern fut investi par le prévôt du grand- 
chapitre. Le prieur Jean de Kinlzheim, qui lui-même s'était allribué la 
chapelle, eut encore une fois recours au concile de Bâle; sur le rapport de 
quelques jurisconsultes, celui-ci confirma d'abord Stern, mais sur l'appel 
des dominicains, il rendit une sentence contraire, il cassa les autorisations 
qu'avait obtenues le chanoine de Saint-Thomas, le condamna à restituer 
au prieur ce qu'il avait perçu en fait de redevances et ordonna aux colons 
de ne plus rien livrer si ce n'est entre les mains du prébendier désigné 
par les dominicains \ 

Dans les couvents de femmes, soumis à l'Ordre de Saint-Dominique, la 
discipline commençait à se relâcher à Strasbourg, non moins qu'en beau- 
coup d'autres villes. La paresse, la légèreté, les goûts mondains s'intro- 
duisirent dans CCS maisons, où jadis les prédications d'Eckart cl de Tauler 
avaient fait régner le calme de la vie contemplative. Frappé de la démo- 
ralisation croissante des couvents de femmes, Léonard de Florence, 
depuis ii[A général des dominicains, entreprit de les réformer; son 
œuvre fut continuée par son successeur Barthélémy Texérii\ En 
Alsace ils eurent pour collaborateur le prieur de Strasbourg, Pierre de 
Gengenbach, homme instruit et de mœurs austères. Nommé en 1420 
vicaire pour la réforme .des couvents de femmes dans le diocèse de Stras- 
bourg, il se démit de la dignité de prieur et fit son testament avant de 
commencer ses fonctions nouvelles. Il légua à son monastère une maison 
pour servir d'infirmerie et une centaine de volumes pour augmenter la 
bibliothèque *. L'évêque Guillaume le chargea aussi de s'occuper de la 

1. 21 janvier I42t, 10 septembre 1435, Il octobre 1436. 

2. 10 octobre 1438, 4 novembre 1439, 8 juin 1440. 

3. En 1417 fut tenu à Strasbourg- un chapitre général de rOrdrc. Holstcnius, t. IV, p. G4. 

4. Le testament est du 8 mars 1420. Pierre légua en outre à l'inOrmerie une rente de 
12 llorins sur la viUe de Kentzingcn et à la sacristie ses habits sacerdotaux. Il voulut que 



— 212 — 

réforme des pénitents de l'Ordre, surtout des femmes vivant dans des 
cluses; comme ces maisons étaient souvent assez éloignées des églises, 
le légat Julien, cardinal de Saint- Ange, autorisa Pierre à se servir dans 
ses tournées d'un autel portatif*. Dès 1431 la réforme, c'est-à-dire la 
stricte observation des règles primitives, fut introduite à Saint-Nicolas- 
aux-Ondes par huit sœurs, que Pierre de Gengenbach fit venir du couvent 
d'Unterlinden de Colmar l 

Dans le couvent des frères eux-mêmes on retrouve à cette époque 
quelque chose de cet esprit studieux, qui dans les beaux jours de leur 
histoire avait distingué les dominicains. Les uns étudiaient le droit cano- 
nique, tels que le frère Erhard Jud, qui fut choisi par l'évêque Robert 
pour être son vicaire pénitencier; d'autres, sans s'élever aux hauteurs du 
mysticisme du siècle précédent, se Hvraient à l'interprétation allégorique 
des saintes Ecritures ou à l'étude des pratiques ascétiques. C'était là 
l'objet principal de la prédication des frères, objet peu propre à inspirer 
des orateurs; chez ceux qui furent alors les sermonnaires les plus estimés 
on chercherait vainement l'élévation des idées ou les charmes du style. 
On conserve encore des sermons en langue allemande de Pierre de Gen- 
genbach', du prieur Hugues d'Ehenheim*, de maître Pierre de Breslau, 
en 1445 confesseur à Saint-Nicolas-aux-Ondes^, du lecteur maître Ingold, 
auteur en même temps d'un livre bizarre, où il fait une apphcation allé- 
gorique de sept espèces de jeux ou de divertissements aux sept péchés 
capitaux ^ 

La prédilection pour l'allégorie, si caractéristique pour la littérature 
et pour l'art de cette époque, se manifeste aussi dans les peintures que les 
dominicains firent exécuter dans leur église. Avant d'en dire quelques 

sa bibliothèque fût établie dans un local convenable, et que les livres fussent garantis 
contre les voleurs par des chaînes de fer, dont le prieur, le lecteur et le bibliothécaire 
devaient avoir les clefs. En cas de non-exécution des clauses de son testament, toute sa 
succession devait revenir aux dominicains de Colmar. 

1. G septembre 1420, 2G octobre I43G. Le même légat invita l'évêque Guillaume à 
assister Pierre dans la reforme des couvents de femmes^ 24 février 1437. 

2. Zitlard, p. G4. A Sainte-Marguerite la réforme ne fut introduite qu'en 14G6. Ibid., p. 68. 

3. On conservait de ses sermons à la Bibliothèque de Strasbourg; i! en existe quelques- 
uns à Berlin. 

4. Sermons ms. à Berlin. 

5. Trente-trois de ses sermons ms. à Berlin. 

G. Sermons ms., jadis à Strasbourg, quelques-uns à Berlin. — Das Gulden Spif. Augsb., 
1489, in-fol. Les sept jeux sont : Scho/zarjel, ïirelspiel , Kai'tcnspiel, Wiirßelspiel, 
Sehiessen, Tanczen, Saitejispiel {i:c\iccs,']QU de dames, cartes, dés, tir, danse, musique). 



— 213 — 

mots, je rappellerai qu'antérieurement déjà, peut-être vers la fin du 
quatorzième siècle, ils avaient fait décorer les murs du cloître de figures 
de saints, d'évcques, de moines illustres, et qu'au-dessus de la porte 
donnant sur le cimetière se voyait une grisaille, représentant le Seigneur 
sur la croix, ayant à sa gauche saint Jean, à sa droite la Vierge et l'apôtre 
saint Pierre'. Dans l'église même, les frères, engagés sans doute par l'exemple 
des dominicains de Bâle, firent peindre au quinzième siècle une danse 
des morts, composée d'une suite de tableaux fort remarquables, séparés les 
uns des autres par des colonnes et surmontés d'arceaux peints sur le 
mur'\ La série était ouverte par un frère prêcheur en chaire, ayant à ses 
pieds des auditeurs de toutes les classes, depuis le pape jusqu'à la béguine; 
puis venaient des groupes de gens de tout état et de tout âge; la mort, 
figurée par un corps décharné, portant le suaire , pénétrait dans chaque 
groupe et y saisissait tantôt une personne, tantôt deux; plusieurs des 
têtes étaient très-expressives, on y lisait tour à tour l'effroi, la tristesse, 
la résignation. Le nom de l'artiste est inconnu^; peut-être est-ce Jean 
Tiefenthal, de Schletstadt, bourgeois de Strasbourg, peintre et orfèvre, 
qui, dans les années 1418 et 1419, peignit des fresques dans une chapelle 
de Bàle*, et qui vivait encore à Strasbourg en 1446; si l'on savait la date 
exacte de la danse des morts chez les dominicains de Bàle, il serait permis 
de croire que Jean Tiefen thaï en avait rapporté l'idée en 1419, qu'il 
l'avait communiquée aux moines slrasbourgeois et que ceux-ci l'avaient 
chargé de l'exécuter. Quel que fût du reste l'auteur, il ne s'était pas 
borné à faire une simple copie des tableaux de Bâle, il s'était réservé 
une certaine liberté; mais malgré quelques divergences dans les détails, 
les deux œuvres ont eu un air de parenté incontestable. 

Outre ces peintures, destinées à frapper l'imagination des fidèles et à 
les convier à faire pénitence, l'église fut enrichie aussi de nouvelles reli- 

1. Autant qu'on put en juger par quelques restes découverts après rincendie de 1860, 
chaque figure était accompagnée d'une inscription. Mallieureusemcnt tout était trop dété- 
rioré pour qu'il fût possible de prendre des dessins ou des photographies; on n'a pu 
copier que la grisaille au-dessus de la porte. 

2. Les fresques de la danse des morts furent retrouvées eu lS2i lorsqu'on rebadigeonna 
l'intérieur du Temple-Neuf. On en restaura avec soin celles qui élaioiil le mieux conser- 
vées. 11 est à regretter que dans le commerce il n'en existe d'autre reproduction que les 
petites lithograpliies dans le livre de Edel: Die Mue Kirche. 

3. On a songé quelquefois à Martin Schoen; mais il y a entre les œuvres de cet artiste 
et les fresques du Temple-Neuf une trop grande dilTérence de style pour qu'on puisse les 
lui attribuer. 

4. V. la notice de M. Fechter, dans Streuber,.ß«,s7f/- Taschenbuch fih- 1856, p. 175. 



— 214 — 

ques. Le doge de Venise, François Foscari, ayant fait don à la ville de 
Strasbourg de quelques restes des saints Inaioccnls, le magistrat les fit 
déposer chez les dominicains; le pape Eugène IV accorda sept années 
d'indulgence à ceux qui les visiteraient et qui à cette occasion viendraient 
par des aumônes en aide à la fabrique de l'église \ D'autres motifs encore 
portaient le peuple à fréquenter le culte de préférence chez les dominicains 
et en général chez les moines mendiants : leur prédication plus populaire, 
les sommes minimes qu'ils exigeaient pour les actes de leur ministère, 
surtout pour les enterrements, et la facilité avec laquelle, suivant les 
curés, ils donnaient l'absolution. Trop indulgents pour les pécheurs, comme 
on les en accusait, ils n'étaient inexorables qu'à l'égard des adversaires 
de leurs privilèges. Quand les querelles avec le clergé séculier écla- 
tèrent de nouveau, les dominicains ne furent pas les moins opiniâtres à 
soutenir la lutte*. L'hostilité s'était réveillée dès le commencement du 
siècle, plus ardente que jamais; une transaction proposée en iM4: 
par l'évêque Guillaume et approuvée par Jean XXIII avait rétabli pour 
quelque temps un semblant de paix; l'évêque avait même pu recommander 
à son clergé de respecter les privilèges des dominicains , de prêcher et 
d'entendre les confessions. En 1435 les chefs supérieurs des quatre ordres 
mendiants, présents au Concile de Bàle, s'engagèrent à défendre récipro- 
quement leurs droits; ils en obtinrent de nouvelles confirmations par le 
Concile, par Eugène IV en 1446, par Nicolas V en 1448, En vertu de 
l'engagement pris à Bâle, les couvents mendiants de Strasboui-g firent, le 
12 mars 1449, une ligue défensive, ayant une caisse commune et un 
doyen pris alternativement dans les quatre ordres et chargé de convoquer 
les frères en cas d'urgence. Bientôt après, Nicolas V cassa leur privilège 
de ne céder aux curés aucune part des objets qui leur seraient laissés par 
testament. Aussitôt l'évêque Robert se crut autorisé à donner au décret 
du pape une extension plus grande; non-seulement il défendit de célébrer 
dans les couvents les offices journaliers aux mêmes heures qu'à la Cathé- 
drale et dans les autres églises de la ville, mais il interdit aussi aux 
fidèles, sous peine d'excommunication, de se confesser aux frères, excepte 
au seul dominicain Erhard Jud, son vicaire pénitencier. Sur la plainte des 
moines, Nicolas V annula ces mesures, en rappelant à l'évêque que les 
ordres mendiants étaient exempts do la juridiction épiscopale; il révoqua 



1. 28 novembre 1436, Bologne. 

2. Dans mon Histoire du chapitre de Saint-Tliomas, p. 158 et suiv,, j'ai raconté toute 
l'histoire de la querelle; je n'en rappelle ici que les incidents principaux. 



— 215 — 

même les restrictions qu'ils avaient apportées à leurs privilèges (27 no- 
vembre 1451). Forts de cet appui, les moines ne mirent plus de bornes 
à leurs prétentions; celles des curés n'étaient pas moins excessives; ils 
exigeaient sans ménagement XuUimum vale; pour les personnes qui 
devaient être enterrées hors de leurs paroisses, ils réclamaient des sommes 
arbitraires, suivant la fortune des familles; ils s'opposaient à l'enlèvement 
des morts, aussi longtemps qu'on n'avait pas satisfait à leurs demandes. 
Les pauvres étaient obligés de mendier dans les rues de quoi payer ces 
frais ; il arrivait même que des cadavres pourrissaient dans les maisons, 
faute d'argent pour les inhumer. Lors d'une épidémie, cet abus se révéla 
dans toute sa gravité; il se manifesta contre les curés une irritation géné- 
rale, habilement entretenue par les moines. Le moment était venu pour le 
magistrat d'intervenir, moins pour défendre les ordres mendiants que dans 
l'intérêt de la santé et de l'ordre publics, et pour [»rotéger les habitants, sur- 
tout les pauvres. Il décida que les curés ne pourraient pas demander plus de 
trente deniers pour chaque mort enterré dans le cimetière d'un couvent. Les 
moines virent en cet ariêtè une approbation de leur conduite; ne connais- 
sant plus de mesuie, ils prêchèrent dans leurs églises des doctrines peu 
faites pour calmer les esprits échaufles; un hère mineur notamment se 
distingua par l'intempérance de sa langue; il dit du haut de la chaire : 
Les fidèles peuvent entendie la messe où ils veulent, excepté tout au plus 
aux grandes fêtes; ce n'est pas un péché mortel de ne pas fréquenter 
réguhèrement l'église paroissiale; nul n'est tenu de se confesser, même 
une fois par an, à son curé, ni de lui demander la peiniission de se con- 
fesser ailleurs, ni de lui payer le droit funéiaire; enfin l'autorité péniten- 
tielle des moines mendiants est supérieure à celle des prêtres séculiers. 

Les curés, à leui' tour, cclatèient en invectives, et bientôt toutes les 
chaires de la ville retentirent de harangues les unes j)lus violentes que les 
autres. A la tête des prêtres paroissiaux était Jean Creulzer, curé de la 
Cathédrale; loin de faii'c l'apologie des abus de ses confrères, il mit le 
débat sur un terrain plus digne, il se borjia à réfuter les privilèges exa- 
gérés des moines et leurs doctrines contraires à l'ordi'e de l'Eglise. 
D'autres curés fulminèrent contre l'immoralité notoh'C de certains frères 
ou prétendirent que toutes les bulles favorables aux moines étaienll'œuvre 
d'imposteurs. C'est ainsi que la lutte, se compliquant et s'aggravant de 
jour en jour, devint un vrai danger pour la religion et pour la ville. Le 
magistrat et l'évêque crurent y mettre fin en s'adressant à l'archevêque 
Gérard de Mayence. Celui-ci déclara que les sommes exigées par les curés 
pour VuUimum vale étaient simoniaques, et approuva le décret concernant la 

T. IX. - (M.) , 5 



— 2'IG — 

taxe des trente deniers. Les curés ayant persisté dans leurs exigences, la 
ligue des quatre couvents et le magistrat lui-même soumirent la cause 
au pape. Par une bulle du 21 juin 1445, Calixte 111 chargea Nicolas et 
Marc, évoques in jmrtibiis de Rhosus et de Chrysopolis, de forcer les 
curés de renoncer à leurs abus; par une lettre du 2 juillet, il invita le ma- 
gistrat à proléger les moines. D'autre part l'évêque et les chapitres accu- 
sèrent ces derniers auprès de l'archevêque de Mayence, en se plaignant 
de la faveur que leur accordait le magistral au détriment du clergé sécu- 
lier. Au concile provincial d'Aschafifenbourg-, tenu en juin 1455, on fit 
entre les deux parties un essai de réconciliation; il fut entravé par les 
mesures trop rigoureuses que prit l'envoyé du pape, l'évêque Nicolas de 
Rhosus. Le 9 octobre Nicolas intima aux curés de retirer en six jours leurs 
demandes, sous peine de suspension et d'excommunication. Ce jugement, 
brusquement annoncé, empêcha toute tentative de rapprochement; les 
curés, appuyés par l'évêque, en appelèrent au pape, le pape ne répondit 
qu'en confirmant les ordres et les menaces de son commissaire. Les 
moines avaient sollicité aussi la protection de l'archiduc Albert d'Autriche 
et du duc Albert de Bavière; à la requête de ces princes, Cahxte III con- 
firma de nouveau tous les privilèges des couvents mendiants de Stras- 
bourg. La défaite du clergé séculier était consommée. Jean Creutzer, 
excommunié, banni de la ville, se rendit à Rome où il obtint, il est vrai, 
que l'évêque Arnold de Bàle fût chargé de soumettre l'affaire à un nouvel 
examen et de la juger comme dernier arbitre; mais les moines ayant 
également des délégués à Rome, le cardinal Jean de Saint-Sixte ratifia les 
sentences prononcées en leur faveur. L'arbitrage de l'évêque de Bàle devint 
superflu; de guerre lasse, les curés se soumirent et reconnurent les 
privilèges de leurs puissants rivaux. Mais il suffisait d'une étincelle pour 
raviver leur animosité. 

En attendant, les dominicains eurent une dernière lutte à soutenir 
contre l'hérésie. Au commencement de l'année 1458 ils découvrirent 
qu'un certain Frédéric Reiser, originaire de la Souabe, qui propageait 
des doctrines empruntées aux Ilussites et qui antérieurement déjà avait 
séjourné à Strasbourg, avait reparu dans notre ville et qu'il y comptait 
quelques partisans. Il fut pris; après avoir été interrogé par le lecteur 
des dominicains Reinbold Museler, en présence du vicaire général, de 
l'évoque et de l'Ammeister Jean Di'achenfels, lui et deux femmes accusées 
avec lui furent condamnés à mort. On les amena au Marché-aux-Chevaux; 
là le frère Martin de Bergheini fit un sermon à la foule assemblée; les 
malheureux se rétractèrent, l'une des deux femmes dut se soumettre à 



— 217 — 

une pénitence, l'autre et Reiser furent livrés au bourreau, conduits au 
Marais- Vert et dévorés par les flammes; ce fut à Strasbourg- le dernier 
bûcber allumé pour cause d'hérésie*. 

En 14G5 révoque Robert fit arrêter le prieur des dominicains, Jean 
Wolfljart, pendant qu'il se rendait au chapitre général de son Ordre; il le 
fit jurer d'obéir à ses prescriptions. Le prieur ayant demandé à Rome 
d'être relevé d'un serment extorqué par la violence, le cardinal Alain de 
Prénesle l'en dispensa et infligea à l'évêque un blâme sévère (31 octobre 
1465). Il n'est pas dit à quelles injonctions Wolfliart avait dû consentir à 
se soumettre; il est probable qu'il s'agissait encore de l'interminable et 
fastidieuse question des privilèges. En 1493 les dominicains et les autres 
frères mendiants acceptèrent un traité plus équitable avec les curés ; mais 
encore en 1517 le clergé du diocèse crut devoir conclure une ligue contre 
«leurs usurpations»; il publia un manifeste, dans lequel il disait entre 
autres: ((L'Eglise a été gouvernée et augmentée en paix jusqu'à l'établisse- 
ment des ordres mendiants; ces ordres, il est vrai, ont été fondés pour 
propager la religion et pour venir en aide au clergé dans l'unité de la foi et 
dans les liens de la charité; à cet effet, ils ont été soumis à de certaines 
règles, afin de ne pas lacérer la robe du Seigneur; mais, contrairement 
au but de leur institution, ils n'ont jamais cessé de s'arroger des pouvoirs 
illicites sur les fidèles et d'empiéter sur les droits des curés paroissiaux. » 
Les supérieurs des quatre couvents demandèrent l'assistance du magistrat 
contre cette ligue; il leur répondit qu'il attendrait les résolutions de l'évê- 
que. L'affaire fut portée devant la cour de Rome, où des événements plus 
graves la firent oublier. 

C'est probablement dans les dernières années du quinzième siècle que 
les dominicains bâtirent, du côté nord de leur chœur, une chapelle dédiée 
à sainte Elisabeth ^ En 1502 le légat, cardinal Raymond de Gurk, lors 
d'un de ses passages à Strasbourg, promit cent jours d'indulgence à ceux 
qui visiteraient cette chapelle lors des fêtes de sainte Elisabeth et des 
saints Barthélémy, Théobald, Sixte, Cyriac et Roch, et qui contribueraient 
par leurs aumônes à l'entretenir en bon état et à la pourvoir des livres 
et des objets nécessaires au culte (22 août 1502). Cette grâce du légat 
n'empêcha pas le couvent de s'approcher de sa décadence ; il y eut bien 
encore parmi les frères quelques hommes dignes d'estime, tels que Thomas 

1. La relation ms. du procès de Reiser a existé à la Bibliollièque de la ville. 

2. Cette chapelle fut démolie en partie en 1590, pour faire place à l'auditoire de l'Aca- 
démie; on n'en conserva alors cjuc le bas-côté loucliaut ù lu nef. 



— 218 — 

Lampartcr, ami de Wimpbeling et de Geiler de Kaisersberg, avec lesquels il 
eutiin jour riiitrnlion do se retirer dausuue solitude; Jean Orlwin de Ven- 
denheim, docteur en théologie, zélé thomiste, suffragant de l'évêque et 
lié avec le savant chanoine Pierre Schott'; le lecteur maître Jean Winkel, 
qui en 1500 publia quelques traités de saint Thomas d'Aquin, qu'il dédia 5 
Geiler-. Mais la plupart des autres membres du couvent étaient des gens 
sans instruction et sans vocation. 

Lorsqu'en 1522 Ulric de Ilulten déclara la guerre à tout l'Ordre des domi- 
nicains de l'Allemagne, il fit aussi afficher son cartel aux portes de leur 
église à Strasbourg; ils implorèrent la protection du magistrat, qui les 
renvoya à leurs supérieurs et au conseil aulique. Le couvent, situé der- 
rière les murs d'une ville à laquelle le fougueux chevalier n'osait pas 
s'attaquer, ne fut pas molesté par lui. Il ne le fut pas davantage par le 
magistrat, quand la Réforme se fut établie. A mesure que le mouvement 
nouveau fit des progrès, beaucoup de moines quittèrent les couvents; 
dès 1523 les frères mineurs abandonnèrent le leur à la ville. On institua une 
commission {Klosterherren), chargée de faire l'inventaire des propriétés 
monastiques et de veiller à ce que rien n'en fût aliéné ; on permit aux 
religieux de rentrer dans le monde; à ceux qui préféraient rester dans leurs 
cellules, on accorda des pensions viagères. Sans les attaques de Conrade 
Tréger, provincial des Augustins, contre les prédicateurs de la Réforme 
et contre la ville, tout se fut passé sans violence; mais quelques bourgeois 
irrités envahirent le couvent des Augustins et s'emparèrent du provincial ; 
de là ils se rendirent chez les dominicains, saisirent le prieur et quelques 
autres frères, et les conduisirent à l'IIôtel-de-Ville; les prisonniers fuient 
aussitôt remis en liberté. En 1525 le prieur, Nicolas de Blcesheim, se retira 
à Ilaguenau, emportant les ornements de l'église, le sceau, et la caisse du 
couvent. Quelques moines ayant résisté aux commissaires envoyés pour faire 
l'inventaire des biens, il y eut un nouveau tumulte; mais bientôt les frères 
eux-mêmes portèrent plainte contre le prieur; ils lui reprochèrent de s'être 
approprié les aumônes; de son côté il les accusa de l'avoir expulsé et d'être 
devenus traîtres envers leur Ordre. Peu à peu la plupart d'entre eux 

1. En 1490 Ortwin acheta le droit de bourgeoisie. A sa mort, en 1514, sa famille ré- 
clama son héritage; mais on produisit un testament en faveur du couvent. Le magistrat 
fit mettre les propriétés mobilières d'Ortwin sous scellé; il s'ensuivit un procès, dont 
nous ignorons l'issue. Le tombeau d'Ortwin se voyait au Temple-Neuf; il n'a été sauvé 
qu'en partie. 

2. Quœstioncs disputalœ S. Thomœ de Aquino ord. prœd., de potoitia Dci , de unione 
vcrhi, etc. Argent., Martin Flach, 1500, in-fol. Goth. 



— 219 — 

cjuillèrenl le couvent, les uns pour s'occuper de travaux manuels, les autres 
pour remplir les fondions de maître d'école. Le 15 mars 1531 les cinq 
derniers frères firent donation de leurs bâtiments et de quelques rentes 
à l'hospice des lépreux à Sainte-Hélène; le reste fut remis à l'hôpital 
et à d'autres institutions de bienfaisance. Le couvent, dont la léproserie 
n'avait pas besoin et où depuis 1535 logeaient quelques étudiants, fut 
cédé par le magistrat au Gymnase par acte du 27 février 1538. L'ég-lise 
resta vide ou servit de magasin jusqu'en 1550; comme, par suite de l'inté- 
rim, les protestants rendirent la Cathédrale aux catholiques, ils appro- 
prièrent à leur propre usage la nef des dominicains, qui reçut le nom de 
Temple-Neuf. Le chœur fut destiné aux solennités académiques; plus 
tard il devint le local de la bibliothèque de la ville. Les vieux bâtiments 
du couvent où avaient été établis le Gymnase et le pensionnat de Saint- 
Guillaume furent détruits par le feu le 29 juin 1860; aujourd'hui des 
maisons d'école plus vastes s'élèvent sur l'emplacement du monastère, 
témoin de tant de vicissitudes. Dans la nuit du 24 août 1870 l'église et le 
chœur périrent dans l'incendie allumé par le bombardement. 11 ne reste 
jilus aucune trace du temps passé; il ne vit plus que dans nos souvenirs. 



PRIEURS. 



(Autant que j'ai pu retrouver leurs noms dans tes docuaients.) 



1230. 1240. Volcnandus, Volcand. 

1234. Waither. 

1248. 1253. Ilelwig-. 

Vers 1270. Hugues Ripehn. 

1270. 1272. Burckart. 

1287 à 1290. Al rad. 

1293. Albert. 

1298. Röricus. 

1301. 1302. Egeno. 

1307. 1308. Dietrich, Diether. 

1309. 1313. Henri d'Eckendorf. 
1313. Jean Losclin. 

1310. Jean de Sterrciiasse. 
lois. Günther Münch, de Bàle. 
1320. 1326. Frédéric, de Bâle. 



1327. Albert. 

1330. 1349. Pierre de Grostein, fils 

du chevalier Götz de Grostein. 
1332. 1335. Cunon de Kageneck. 
1335. Dietrich de Weslhoflen, mort 

avant 1359. 
1345. Lowelinus. 
1345. 1346. Jean de Rhinau. 
1370. Jean, évoque de Castoria, 

mort cette année. 
1373. Nicolas Blenkclin. 
1378. Ulric Löselin. 
1380. 1387. Jean Schultheiss. 
1393. Jean Mcygerlin. 
1401. Gonrade Saltelcr. 



220 



1-405. Maître Sigelin, d'Oppenhcim, 
professeur de lliéologie. 

1409. Jean de Kunigcshcim (Kiiifz- 
heim), de Bergheim. 

4412. Maître Jean Miltenberg. 
1415. Nicolas Ncltel. 

1410. Michel. 

1420. Pierre de Gengenbach. 

1435. Hugues d'Ehenheim, pro- 
fesseur de théologie, évêque de 
Nicopolis, mort 1447. 

1440. 1441. 1449. Jean de Kuni- 
gesheim (Kintzheim). 

1449. Martin de Bergheim. 



1455. Jacques Zu der Hellen, de 
Inferno, professeur de théologie. 

1457. Wolprand. 

14G5. 1474. Jean Wolfliart, pro- 
fesseur de théologie. 

1481. Henri de Wessmael, profes- 
seur de théologie. 

1 493. 1 51 1 . Jacques Wiirtemberger, 
professeur de théologie, vicaire 
général de la province d'Alle- 
magne. 

1523. 1524. Nicolas de Bläsheim, 
docteur en théologie. 



MOINES DU COUVENT, 

que j'ai trouvés mentionnés. 



1230. Pierre, sous-prieur. 

1230. Walther. 

Vers 1230. Jean. 

Vers 1244. Albert le Grand, lecteur. 

1256. Gerung. 

1256. Eberhard. 

1260. Maître Henri. 

1269. Henri d'Oberkirch. 
1209. Burckart, dit Anerbe. 

1270. Ulric Engclbrccht, lecteur. 
1270. Volcmar. 

1270. 1272. Frédéric de Beinheim. 
1276. Henri de Bàle, jadis {oUm) 

lecteur. 
1276. Henri de Cologne. 
1276. 1298. Frédéric d'Erslein. 
1279. Henri de Rhinau. 

1279. Werner de Schletsladt. 
1280.1301. Ebelin. 

1280. Hcrtwio-. 



1288. Thomas. 

1288. Jean. 

1288. Martin, lihrarms (bibliothé- 
caire). 

1288. Werner, coqninarms, dicius 
Küchenmeister (cuisinier), 1292; 
sous-prieur, 1307. 

1291. Henri de Tengen. 

1293. Bernard de Ilimclberg. 

1295. 1306. Henri de Fürsten - 
berg. 

1297. Hedwig. 

1297.1309. Burckart. 

1297. Erbo inier mercalorcs, de la 
famille patricienne dite des mar- 
chands. 

1297. Nicolas Hippel. 

1297. 1313. BulinWisc. 

1298. Jacques. 

1299. Bcrlhold; sous-prieur. 



— 221 — 



1301. Jean Pamphilin, ficre de 
Pierre Pamphilin, écuyer. 

1302. 1308. Jean, dit Stollzenecke, 
frère du chevalier Werner Ilent- 
wiiig. 

1302. Volmar. 

130C. Conrade de Geispolsheim ; 
sous-prieur, 1322. 

1309. Conrade de Saverne. 

1310. Jean de Sterregasse; 1316, 
prieur. 

1310. Eberhard Lenlzelin. 

1311. 1314. Burckart de Diessen- 
hoffen. 

1312. 1321. Jean de Greifenstein, 
fils du chevalier Hesso de Grei- 
fenstein. 

1313. 1330. Rüdiger de Hünesfeld. 

1315. Gottfrid de Neuwiller. 

1316. Ulric de Schaftolzheim. 
1316. Dominique de Schaftolzheim. 
1316. 1344 Jeanlletzelonis, fils de 

Iletzel. 

1316. Werner Kuse. 

1317. 1327. Conrade Gips. 

1317. Jean de Rhinaii; prieur, 1345, 
1346. 

1318.1319. Ileilmann de S*-iMartin. 

1318. 1325. Thomas de JSumarjio, 
de Nümagen. 

1319. Henri de Heilbronn. 
1319. 1321. Nicolas de Molshcim. 
1321. Härtung de Hochfclden. 

1321. Jean d'Oflenbourg. 

1322. 1327. 1334. Pierre de Gros- 
stcin; prieur, 1330, 1349. 

1323. Mcrckelin de Lahr. 

1324. Dominique de Kunigcsheini 
(Kintzheim). 



1325. Härtung de Dingsheim. 
1325. Jean, dit Fukerer, mort vers 
1332. 

1325. 1327. Hugues Sturm, fils du 
chevalier Jean Sturm. 

1326. Götz Wisbrötelin. 

1327. Jean de Weslhoffen. 

1327. 1345. Henri de Lülzelbourg. 

1328. Jean deReinicheim (Renchen). 

1 328. Frédéric de Bàle ; prieur, 1 320, 
1326. 

1329. Jean Schrancke. 
1329. Jean de Toleya. 

1333. Conrade Kuse, sous-prieur. 

1333. Jean de Gugenheim. 

1334. Guillaume de Ilaguenau. 

1335. Hugues Stubenweg. 

1335. Henri de Saverne. 
1336 et suiv. Jean Tauler. 

1336. Egénolfe d'Ehenheim. 
1336. Dietrich de Golmar. 
1336. 1372. Jean de Dambach. 
1336. Berlhold de Kageneck. 
1338. Pierre d'Offenbourg, sous- 
prieur. 

1340. Hugelin Broger. 

1341. Ulric Bôckelin, mort vers 
cette époque. 

1342. Walther de Bàle. 

1342. 1349. Jean de Bruscha. 

1343. Otton de Pfetlisheim. 

1343. 1357. Eberhard de Wickers- 
heim. 

1344. Jean Blenkelin. 
1346. Henri d'Eckendorf. 
1348. Conrade de Schaftolzheim. 
1351. Jean Kolin. 

1354. Barthélémy de Bolsenheim, 
élu provincial d'Allemagne. 



0)-)-) 



frères. 



1359. Jean VöUsch. 

1359. Jean Je GöffcdcCGüfi)! 

1359. Conrade de Goiïede 

1374. Dietrich Kölbelin. 

1381. Jean de Schaflolzlieim. 

1388. Henri Köppelin. 

1394'. Henri de Bàle, fils de Henri, 

de Bâle, maçon à Strasbourg-. 
1398. JNicolas Münclielin. 
1400. Jean Böcköler. 
1408. 1415. Junglinns. 
1412. Pierre Rüther, sous-prieur. 
1414. Nicolas de Saverne. 
141G. 1435. Jean de Künigcshcim; 

1440, 1441, 1449, prieur. 
141 G. Jean de Rohr. 
1430. ÎNicolas, dit Dachenstein. 
1445. Maître Pierre de Breslau. 
1449. Jean Slrelcr, lecteur. 



1449. Jacques de inferno ; 1443, 

1455, prieur. 
1449. Alexius de Halle, sous-prieur, 
1449. Materne Hünercr. 

1449. Wolprand; 1457, prieur. 

1450. Maître higold. 
1450. Erhard Jud. 

1454. Jean Keller, dit Dieffenlhal. 
1458. Reimbold Museler, lecteur. 
1458. Marlin de Bergheim; 1449, 

prieur. 
1470. Jean Hesse, fils de Rodolphe 

Hesse, écuyer. 
1490. Thomas Lamparter. 
1490. Jean Orlwin de Vendenheim, 

docteur en théologie, évêque de 

Mathone, mort 1514. 
1500. Maître Jean Winkel de Halle, 

lecteur. 



NOTE 



SUR L'EMPLACEMENT OU ETAIT SITUE LE COUVENT DES DOMINICAINS. 



En creusant en 18G3 les fondations du nouveau Gymnase et en 1873 
celles du nouveau Temple-Neuf, on trouva, au-dessous du terrain rapporté 
contenant les traces de la présence des Romains: 

1° un mince dépôt de limon jaune; 

2° une couche de gravier; 

3° une assez grande quantité de fer oxydé hydraté, dit fer des marais, 

mêlé à des débris végétaux carbonisés; 
4^ le lœss, dans lequel nous avons recueilli les mêmes coquilles qui se 

rencontrent dans ce terrain paitout en Alsace, des Succinca, des 

Pupa et surtout des Ilclix; enfin 
5^* le dépôt piincipal de gravier, sur lequel on ]»ut asseoir les fondations. 



— 223 — 

Le fer des marais prouve que le Rhin, qui, à une époque très-reculée, 
avait rempli tout l'espace entre les Vosges et la Foret-Noire, s'était retiré 
un jour de cet endroit, où s'était formé dès lors un marécage couvert de 
plantes aquatiques. Plus tard le fleuve, dans une de ses divagations capri- 
cieuses, était revenu, charriant des cailloux, au-dessus desquels s'étendit 
un nouveau lit de limon jaune. Quand il eut encore une fois changé de cours, 
et que les Celtes eurent fondé la cité d'Argenlorat, les Romains, devenus 
maîtres de la contrée, rebâtirent et fortifièrent la ville. Là où est situé le 
Gymnase, ils joignirent à angle droit le mur septentrional au mur occi- 
dental; dans l'intérieur de cet angle ils élevèrent des habitations, dont 
l'existence nous fut révélée par une foule d'objets divers. Voici ce qu'on 
trouva en faisant les fouilles: aux endroits indiqués déjà par Silbermann 
{Lokalgeschichle , p. 18), les fondements du mur romain, se dirigeant du 
nord au sud; plusieurs tuyaux d'hypocauste; une figurine en bronze, 
représentant un génie ailé tenant de la main droite un flambeau; une 
petite tète d'Apollon entourée de rayons, également en bronze, des frag- 
ments de vases en terre rouge, dont trois avec les noms des potiers 
Aquilanus, Capitolinus, Venlianius; des fragments d'amphores de diffé- 
rentes formes; des briques avec la marque de la huitième légion; deux 
petites lampes, l'une avec le nom d'Eucarpius; quelques urnes funéraires; 
des lacrimatoria; des médailles assez nombreuses, principalement du 
siècle des Constantin; un morceau d'une meulière en pierre d'Andernach; 
une inscription incomplète offrant les mots ...GI El || .. AXI... H AE MAXI... 
(peut-être: connirjl élus Maximiniae il/fm...). Une grande quantité de 
dents de sanglier, des ossements de différentes bêtes sauvages, une corne 
de cerf, étaient mêlés aux débris romains. 

Les Germains, quand ils se furent emparés de la ville, laissèrent tomber 
en ruines les fortifications romaines, et Strasbourg commença à prendre 
une physionomie nouvelle. En dehors de l'ancienne enceinte, du côté nord, 
on construisit, très-probablement du temps des Mérovingiens, un four à 
poterie, qui paraît avoir servi pendant plusieurs siècles. Les constructeurs 
du couvent ne se donnèrent pas la peine de démolir ce four; à cause de 
sa solidité, ils l'enclavèrent dans les fomlalions, en en murant les entrées. 
On en ignorait l'existence jusqu'après l'incendie de 18C0; il n'y a pas eu 
moyen de le conserver; mais M. Salomon en a relevé le plan. Sur le four- 
neau proprement dit était étendu un lit de cailloux, couverts de suie et 
ayant servi sans doute à tem])érer la chaleur. Sur ces cailloux nous avons 
trouvé un vase en terre noirâtre, quelques fragments de verre, dont l'un 
avec une borduic bleue et une petite [ilaque ronde en brique, recouverte 



— 224 — 

d'un émail vert et représentant la figure du Christ. Ce qui milite en faveur 
de l'opinion que ce four n'est pas d'origine romaine, c'est qu'il se trouvait 
en dehors de l'enceinte, mais (rès-rapproché d'elle; il n'est guère probable 
qu'un potier romain eût pu s'établir à deux pas du mur; le four ne peut 
avoir été construit qu'après que ce dernier eut perdu son importance. 
Tout près on a trouvé une pierre sculptée, qui paraît avoir été le chapiteau 
d'un pilier placé contre un mur; sur deux faces on voit des espèces d'é- 
toiles, formées chacune de six triangles, réunis au centre par leurs som- 
mets; sur la troisième un visage rond et plat. Ce monument remarquable 
me paraît être d'origine gauloise; au Musée d'Aix en Provence on conserve 
une pierre celtique sur laquelle est représenté exactement le même visage. 

La plaque émaillée, découverte dans le four, semble prouver que celui- 
ci servait encore vers la fin du treizième siècle, puisque l'émail de la 
poterie ne fut inventé qu'en 1283; il résulterait de là qu'à celte époque le 
four n'était pas encore enclavé dans les fondations du couvent, ce qui se 
conçoit sans peine, quand on songe que la maison n'a été agrandie que 
successivement. Une autre preuve qu'après 1283 le four fonctionnait 
encore, ce sont les scories de cuivre mêlées avec du charbon, que nous 
avons recueillies tout autour; l'oxide de cuivre était une des substances 
dont on se servait pour préparer l'émail vert. 

Non loin de là, un chevalier de Iliinebourg, maréchal de l'évêché de 
Strasbourg, érigea, vers la fin du douzième siècle, une chapelle, dédiée à 
saint Barthélémy, dont il réserva le patronage à sa famille. C'est là que 
finirent par se fixer les dominicains; le nom de la maison Zum Wascn, 
qu'ils acquirent en 1252, semble indiquer que pendant longtemps il y avait 
eu en cet endroit des terrains vagues et humides couverts de gazon. 







Vue du Couvent des Dominicains de Strasbourg 
vers Tan 1500. 



NOTICE 



SUR L'ANCIEN 



TEMPLE-NEUF ET L'ANCIEN GYMNASE DE STRASBOURG. 



Par E. SALOMON, architecte. 



Au mois de janvier 1874 j'ai adressé au Journal d'Alsace la lettre sui- 
vante : 

«Monsieur le Rédacteur, 

«Permettez-moi de vous adresser une rectification relativement à la 
découverte faite au Temple-Neuf et dont vous parlez dans votre numéro 
d'aujourd'hui. 

«La pierre trouvée n'a rien de commun avec Tauler (mort en 1361), 
dont la pierre tombale, incrustée dans les murs de l'ancien Temple-Xeuf, 
est actuellement déposée dans les caves du Gymnase jusqu'au moment où 
l'on pourra la replacer dans le nouvel édifice. 

«C'est la «première pierre» du Temple-Neuf primitif qui a été trouvée 
à l'emplacement indiqué par une chronique latine peu connue, dont un 
extrait m'a été communiqué par M. le professeur Ch. Schmidt et dont voici 
la traduction : 

«En 1254, aux 4 calendes de juin (20 mai) fut commencé le premier 
«creusement des fondations de l'église des frères prêcheurs. 

«Puis aux 6 calendes de juillet (20 juin) fut posée la première pierre 
« par le seigneur Henry, évêque de Stahleke, derrière le maître-autel, entre 



— 220 — 

(d'angle de droite et le mur, environ à huit pieds sous le sol; et le nom 
«de l'évoque est écrit sur ladite pierre. Et aux 4 calendes de juillet 
«(28 juin) a été commencé le mur.» 

«La pierre trouvée est de très-petite dimension et ne porte aucune date; 
il ne s'y trouve que l'inscription suivante : 

Henricus episcopus Argenlinensis 

et au-dessous un agneau tenant une croix. 

«Sur le revers de la pierre on voit une croix grossièrement sculptée. 

«.Outre cette trouvaille, les fouilles du Temple-Neuf et des constructions 
voisines offrent un intérêt spécial; ces fouilles ont mis à nu les fondations 
du Temple-Neuf dans sa disposilion première avec sa seule nef, ses deux 
bas-côtés et son chœur primitif. 

«Je fais dresser au fur et à mesure le plan de ces fondations pour ne 
pas laisser perdre des documents précieux pour l'histoire de notre ville. 

«Veuillez, etc.» 



Je tiens à présent à me libérer de l'espèce d'engagement que j'ai pris alors, 
en pubhant les différentes planches ci-jointes et en les accompagnant de 
quelques explications : 

I. Plan (les fondations du Temple-Neuf. 

Le Temple-Neuf à Strasbourg, tel qu'il existait jusqu'en 1870, présentait 
un plan d'une disposilion toute particulière; au lieu d'avoir, comme la 
plupart des églises, une seule haute-nef, le Temple-Neuf en possédait deux 
de dimensions égales et l'axe du chœur correspondait à la colonnade qui 
séparait les deux nefs. 

Or, différentes églises conventuelles, entre autres l'église des Jacobins 
de Toulouse, possédaient aussi deux nefs égales, dont l'une servait au ser- 
vice des religieux, l'autre au service public. 

Se fondant sur ces données, différentes personnes avaient soutenu l'opi- 
nion que les deux nefs faisaient partie du plan primitif. 

L'opinion contraire, que j'ai toujours partagée, s'est trouvée juste et la 
simple inspection du plan laisse reconnaître aisément les différentes 
phases par lesquelles l'église des frères prè.chcurs a passé. 




Echelle de o.oo2 pMétre 



Cimetière (Place duMarché) 



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E.Salomon Archi ^' 



TEMPLE- NEUF DE STRASBOURG. 

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— 227 — 

Les divers édifices qui se sont succédé, sont indiqués sur le plan par 
différentes teintes. 

1° La teinte noire indique l'église primitive bâlie de 1254 à 12C0 avec 
sa seule haute-nef, ses bas-côtés peu élevés et son chœur restreint. 

2° La teinte gris foncé indique l'église agrandie, commencée en 1307 
et achevée en 1345. On démolit alors le bas-côté sud et on le remplaça 
par une seconde haute-nef de même dimension que la première et un 
bas-côté de même hauteur que les hautes-nefs. On sacrifia aussi le 
chœur primitif et on éleva le nouveau, qui avait l'importance d'une 
église entière. 

Les nefs et le chœur ne communiquaient que par deux grandes baies 
ogivales au-dessus du jubé et par trois ouvertures en tiers-j)oint au- 
dessous. 

Au nord du chœur j'ai retrouvé les fondations de l'ancienne chapelle 
Sainte-Eh'sabelh, bâtie au quinzième siècle et démolie en 1590. 

3° La teinte la plus claire indique les bâtiments élevés sur l'emplace- 
ment de la chapelle Sainte-Elisabeth et que nous avons connus sous le 
nom d'Auditoire avec la belle salle de la Bibliothèque de la Haute-École 
au-dessus. 

IL Première pierre. 

Ainsi que je l'ai dit dans la lettre au Journal d'Alsace, la première 
{iierre a été trouvée entre le maître-autel du chœur primitif et le mur 
à une profondeur d'environ deux mètres. Cette pierre n'a que 0'",30 
de long, 0"\16 de large et 0'",09 d'épaisseur; sur sa face principale 
se trouve un Agnus Del portant une croix et l'inscription Henricus 
cpiscnpusArffentincnsis. Le revers porte une croix grossièrement sculptée. 
Un astérisque indique sur le plan l'emplacement où cette pierre a été 
trouvée. 

Le Comité des monuments historiques d'Alsace a publié dans son 
bulletin de 1874 une photographie de cette pierre. 



m. Pots acoustiques. 

En démolissant les murs du grand chœur du Temple-Neuf (commencé 
en 1307, achevé en 1345), j'ai trouvé autour des ogives des fenèlres et 
noyés dans la maçonnerie des pots en terre cuite, l'orifice étant à fleur 
du mur vers l'intérieur. 



— 228 — 

J'ai réussi à en sortir quelques-uns intacts. Ces pots sont en terre 
grise; le croquis ci-dessous en indique la forme et les dimensions. 




Il y a longtemps qu'on a dû renoncer à croire à l'efficacité de ces pots 
pour l'acoustique, car tous les orifices étaient bouchés et le crépis les 
recouvrait complètement. 

Autour de chaque ogive se trouvaient neuf pots, l'un au sommet et 
(juatrc de chaque côté. 

Violet-le-Duc dans son Dictionnaire, t. Vil, p. 471 , et Didron dans ses 
Annales archéologiques^ t. XXII, p. 29, parlent de poteries acoustiques 



analogues. 



IV. Le couvent des Dominicains. 



Le 29 juin 18G0 un terrible incendie détruisit l'ancien couvent des 
Dominicains, dans lequel depuis plus de 300 ans le Gymnase de Strasbourg 
était établi. 

Chargé de la reconstruction du Gymnase, j'ai relevé exactement toutes 
ces ruines. Ces nombreux documents m'ont servi à composer la petite vue 
perspective ci-conlre et qui représente le couvent tel qu'il a dû être à 
l'époque de la Reformation. 

Au fond se trouve l'église avec son chœur élevé et son petit clocher 
(qui était alors plus important que celui que nous avons connu et qui 
datait de 1784); la chapelle Sainte-ÉHsabeth existait encore à la place où 
fut plus lard l'Auditoire. 

Le cloître (Colleim) et les grands bâtiments du couvent entourent la 
cour ou jardin central. Sur le premier plan se trouvent les bâtiments de 
la Recette (Schaffe)) ey) et les communs. 

Un fossé rempli d'eau (l'ancien Fossé des Tanneurs) baignait le pied des 
murs de ces derniers bâtiments. A droite on aperçoit l'entrée nord, du 



— 220 — 

cimetière dite le Schhpf. La grande cour {Grashoden) est bordée de 
bâtiments en bois utilisés plus tard comme galeries lors des cérémonies 
du Ritus deposilionis. 



V. Objets trouvés et découvertes diverses. 

En faisant les fouilles pour la construction des divers bâtiments, du 
Gymnase d'abord, du Temple-Neuf et des bâtiments adjacents ensuite, de 
1863 à 1873 il a été trouvé un certain nombre d'objets présentant de 
l'intérêt, tels que poteries romaines en terre rouge et grise, tuiles et 
briques avec la marque de la huitième légion, lampes antiques, petites 
figures en bronze, etc. Deux de ces figurines ont été reproduites par 
la planche photoglyptique ci-jointe. La planche lilhographiée représente 
fig. 2 et des pots en terre grise, fig. 4 un vase en terre rouge fine; 
ces trois objets sont dessinés à la moitié de leur grandeur naturelle. 

La figure 3 représente aussi, à moitié de la grandeur naturelle, un sin- 
gulier petit pot en terre grise trouvé en 18G2, lors de la construction de 
la maison rue de la Mésange, 5. Ce pot n'a d'autre ouverture qu'une en- 
taille pouvant livrer passage à des pièces de monnaie très-minces; tout 
porte à croire que c'est une tirelire. 

Il y a déjà nombre d'années on avait découvert des tuyaux en poteries 
qui sillonnaient le sol du Gymnase en divers sens et qu'on supposait très- 
anciens. J'ai été dans le cas de trouver beaucoup de ces tuyaux et j'ai la 
conviction que ces conduits ne remontent pas au delà du quatorzième 
siècle; en voici la preuve: 

Les coudes et les embranchements de ces tuyaux étaient formés par de 
petites pierres de taille dans lesquelles on avait percé deux trous (même 
trois trous pour les embranchements), ayant le diamètre des tuyaux et 
se réunissant au centre de la pierre; or, plusieurs de ces pierres se trou- 
vent être des bases de colonnetles de la fin du treizième ou du commen- 
cement du quatorzième siècle, qu'on avait utilisées. 

La figure 1 de la planche lilhographiée ci-jointe représente une de 
ces pierres avec les tuyaux qui y aboutissent; les tuyaux étaient posés 
dans du béton de tuileaux et entourés de briques. Les eaux qui ont dû y 
passer n'ont laissé qu'un léger dépôt. 

En creusant en 18G3 les caves du bâtiment central du Gymnase, on a 
mis à jour un ancien four à poteries se trouvant à environ 1 mètre au-des- 
sous du sol et mesurant 2"\G5 de long et autant de large et 2'",45 do haut. 



- 230 



VI. Mur romain. 

La direction du mur d'cnccintc de l'ancien Argentoralum est bien 
connue; il est toutefois intéressant, quand on en retrouve les fondations, 
de constater sa position et ses dimensions bien exactes. 

En construisant le bâtiment du Gymnase vers la place du Temple-Neuf, 
j'ai eu à faire démolir une portion de mur qui paraît avoir servi de fondation 
à une des tours de l'enceinte. 

L'épaisseur du mur proprement dit était de i'^jSO et la fondation de la 
leur avait une épaisseur de ^'"jßO. 

Ces fondations étaient comme partout construites en basalte du Kaiscr- 
stulil; cette matière pouvant être amenée par eau était d'un transport 
relativement facile. 



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GedenbacTi à Z-uricT:! 



Oberwmterthur 



Oberkirch -près Franenfeld 




POTS ACOUSTIQUES 
murés dans quelques églises du moyen â^e. 



POTERIES ACOÖSTIOUES 

DE LA.NCIE.NiNE 

ÉGLISE DES DOMINICAINS (TEMPLE-NEUF) 

DE STRASBOURG. 

Note lue en séance du 112 avril 1875. 
(Avec une plaiiclie lithograpliie'e.) 



Il y a près d'un siècle qu'un de nos historiens locaux' a appelé l'atten- 
lion sur une particularité architecturale qui a longtemps passé inaperçue 
et dont les archéologues ne se sont occupés que dans les derniers temps. 
Il s'agit des poteries en terre cuite, que, pendant le moyen âge, quelques 
architectes ont fait entrer dans la maçonneiie des mues d'église, toujours 
dans une position horizontale, l'oniice tourné vers Tintérieur. 

Ces poteries, qui sont fréquemment employées à cet usage en Russie, 
en Suède et en Norwége, d'après le témoignage de Mandeigren, éditeur 
des Monuments Scandinaves, sont plus rares chez nous et n'ont été étu- 
diées que dans quelques éghses de France et de Suisse. On ne cite qu'une 
église d'Allemagne, celle de Halle sur la Saale, dans laquelle cette parti- 
cularité ait paru au jour, lors de la démolilion de l'édifice *. L'enlèvement 
des ruines de l'ancieime église des Dominicains de Strashourg, dont le 
chœur élait garni de ces vases, nous permit d'ajouter une donnée de 
plus aux éludes déjà faites. 

Le chœur de l'ancien Temple-Neuf appartient à la première moitié du 
quatorzième siècle (1308-1345) et se disthiguail par des proportions très- 

1. Oberlin, Almaunch de SIrashonrg, 1780, à la dernière page. 

2. Voy. Jahrbücher des Vereins von Mterthurnsfreundcn im Rheiniaude, t. XXXVI, 
p. 39. 

T. IX. - (M.) . 1 6 



— 232 — 

élevées et par un air de grandeur peu commun. Tout dénotait un archi- 
tecte consommé dans son art. 

Onze hautes fenêtres, divisées par des meneaux, éclairaient le sanc- 
tuaire. C'est autour de l'ogive intérieure de chacune de ces fenêtres, et 
dans le massif du mur, que le constructeur disposa une série de neuf 
pots par fenêtre, à faible distance l'un de l'autre* (voy. PL n** 2). Ils 
étaient identiques de forme et de dimensions. Ces dernières étaient assez 
considérables; la hauteur était de 32 centimètres; le plus grand diamètre 
de 31 ; l'ouverture dé 14. La forme des vases était presque ovoïde; trois 
tiges, imilant les feuilles de chardons, façonnées à la main et d'un faible 
relief, descendaient du rebord de l'orifice à distance égale et en con- 
stituaient toute l'ornementation. La pâte, assez fine et presque blanche, 
avait pris sur la surface une teinte gris foncé. L'épaisseur n'était guère 
que de 4 à 5 millimètres (voy. PL n*' 1). 

La démolition des murs du Temple-Neuf a été faite avec tant de soin et 
d'entente que plusieurs de ces objets ont pu être retirés de la maçonnerie 
sans presque être endommagés; ils pourront servir de spécimens et de 
pièces de conviction. 

M. Silbermann, qui eut la curiosité de s'y faire monter, en 1749, crut 
remarquer que l'extrémité des vases était peinte et vernissée. Il n'avait 
sans doute pas pu approcher de très-près et se contenta d'un examen 
rapide. Peut-être le mortier dans lequel le bord des vases était noyé était- 
il arrêté par une ligne de peinture, ce qui expliquerait l'illusion de l'ar- 
chéologue, qui se trompa en ce point comme il avait fait erreur sur le 
nombre de pots; ces vases ne présentent aucune trace de couleur, ni 
d'émail. 

J'arrive à la destination de ces poteries, auxquelles plusieurs architectes 
ont prêté une valeur acoustique, et qu'ils ont employées dans le but d'ai- 
der la voix et de donner plus de sonorité aux églises. 

Une tradition locale, dont Oberlin s'est fait l'écho-, et un texte très- 
précis , publié par M. de Bouteiller, membre de l'Académie impériale de 
Metz, dans sa Notice sur le Couvent des Céleslins de cette ville, ne per- 
mettent aucun doute à cet égard. Voici le texte copié d'un manuscrit et 
se rapportant à l'année 1432 : 



1. Oberlin n'a compté que sept pots par fenêtre. (Voy. Mmanach de Slrasbmirg.) 
','. «Apparemment que ces pots servaient à augmenter le Ion des voix lorsque les reli- 
gieux chantaient en chœur.» (Almanach cité.) 



— 233 - 

«En cest année dessus dit, au moist d'aoust, le vigile de l'assompUon 
«NostreDame, aprèz ceu que frère Ode le Roy, priour de Séans, fust 
« retournez du chapitre gral de dessus dit, il fit et ordonnait de mettre 
« les pots au euer de l'église de Séans, portant qu'il avait vu allepart en 
« aucune église et pensant qu'il y faisait meilleur chanter et que il ly 
« resonnerait plus fort. Et y furet mis tuit en ung jour on point lant 
« douvrier qu'il souffisait. Mais je ne scay si on chante miez que on ne 
(( fasait. Et cest une chose à croire que lez murs en furet grandement 
« crollcy et deshochict et becop de gens qui viennent séans sont bien 
« merveillez que y soie fait. Et dixent aucune foix qui valeait mieux 
« qu'il furet aprésen dehors, portant que bon pensoyt il serait là mis pour 
« en prendre et jouyr à plaisir aux foulx'. » 



Le jugement du chroniste sur l'œuvre du prieur des Célestins n'est 
pas flatteur; il ajoute même en marge du manuscrit, ecce risu cligna; 
mais quelle que soit son appréciation, il reste constaté qu'on se servait 
de longue date de ces poteries creuses dans un l)ut acoustique, suivant 
en cela les indications de Vilruve, qui en avait recommandé l'usage dans 
les théâtres l En 1843 M. Siccard signala au Comité historique des arts 
et monuments des cornets en terre cuite disposés de distance en dis- 
tance , dans l'intérieur du mur de l'église Saint-Biaise, à Arles, con- 
struite en 1280. Viollet-le-Duc cite plusieurs églises de France qui offrent 
cette paiticularité, surtout fréquente en Normandie. Cet archéologue en 
a trouvé dans des chœurs d'éghse du douzième et du treizième siècle '\ 
Les vases du Temple-Neuf peuvent remonter aux années trente du qua- 
torzième siècle. Lors de la reconstruction de l'église d'Oberkirch (canton 
de Thurgau), en 1425, les trois faces intérieures du cha'ur reçurent une 
série de ces poteries acoustiques. 

Encore en 1G0G, le constructeur de l'église conventuelle <idcr 
Scimestern im Bruch», de Lucerne, crut devoir recourir à ce moyen 
pour soulager le chant des religieuses, et cncaslia dix-sept pots tout à 
l'entour du sanctuaire. 



1. Annales archéologiques . I. XXTI, p. 290. 

2. Arcli. V, 5. Voy. l'avliclc de M. Je professeur Uiigor : Ücbc7- die Schallgefässe der 
antiken ïhealer und der mittelalterlichen Kirchen. (Jahrb. de.<i Vereins ron Mterttunns- 
freimden im liheinlande , t. XXXVI, p. 35, etc.) 

3. Dict. raisonné de t'urchilect. française, t. Vlli, p. 471. 



— 234 — 

Je joins à la notice le croquis d'un pot tlu Ïemple-Neuf, dont M. l'ar- 
chitecte Salomon a bien voulu enrichir ma collection, et je place en 
regard le dessin des vases acoustiques publiés dans le Anzeiger für 
schiveizensche Geschichte u. AUerlhumskunde , 1863, p. 70 (voy. PI. 3-7). 
Ils se trouvent dans les anciennes églises d'Oberwinterlhur et d'Oberkirch 
près de Frauenfeld, et difîèrent sensiblement entre eux de forme; un seul 
se rapproche de celle du pot acoustique de Strasbourg. Dans le chœur de 
l'église des Dominicaines d'Œdenbach à Zurich, les vases en question sont 
disposés sur deux lignes horizontales, avec une alternance qui dénote 
chez le constructeur l'intention d'atteindre un double but, celui de déco- 
rer l'église en même temps que de renforcer la voix des religieuses 
(voy. n° 8). 

Je renvoie à Y Anzeiger für schweizerische Geschichte etc., 1864, p. 14, 
pour la description des poteries disposées à l'extérieur de l'église de 
Sainte-Cécile, à Pise, dans le but évident de simple ornementation. 



A. Straub. 



RECHERCHES 



BAS-RELIEF EN BRONZE ATTRIBUE AUX ANCIENNES PORTES IIE LA CATIIEIIRALE 

FAITES A L'OCCASION DE L'ÉTABLISSEMENT DES NOUVEAUX VANTAUX. 

(Avec 2 planches pliotoglyptiques.) 

DÉCOUVERTE ET DESCRIPTION DU FRAGMENT. 

Après de longues et sérieuses discussions sur le système de décoraliou 
à adopter pour les portes neuves dont le Conseil municipal avait, dès ISoO, 
voté l'exécution pour le portail principal de la Cathédrale, la décision 
venait d'être prise, en 1843, sur l'avis du Conseil des bâtiments civils de 
Paris, que les portes à faire devaient se rattacher, autant que possible, 
aux souvenirs de celles qui existaient antérieurement et qui ont élé 
détruites en 1793. 

Elles ne devront donc être ni en bronze massif comme les portes anti- 
ques, ni avec pentures apparentes comme celles de Notre-Dame de Paris 
et autres, mais recouvertes de feuilles de métal richement décorées 
de figures et ornements gravés et repoussés, ainsi que le quatorzième 
siècle en a laissé des exemples dans les châsses, reliquaires et autels, etc. 

La difficulté de la solution venait du fait que les anciennes portes de 
notre Cathédrale, édifiées en 13-43, étaient par leur mode d'exécution un 
cas exceptionnel et isolé. 

A partir du douzième siècle le mode en usage pour les portes était de 
faire des vantaux en bois de pin ou de chêne et de les garnira l'extérieur 
de riches pentures en fer. 

Ce système n'avait sans doute pas paru assez riche aux successeurs 
d'Erwin pour être adopté pour la splendide façade que le célèbre maître 



- 236 — 

veiiail d'élever; mais comme il présentait sur rancieii mode de portes 
massives en bronze l'avantage d'un poids infiniment moindre, qui, en efîet, 
eût été considérable pour des vantaux de six mètres de hauteur sur deux 
de largeur, on combina les deux modes en établissant sur des vantaux 
en bois une décoration imitant les œuvres en bronze, à l'instar de ce qui 
se faisait assez généralement alors par le procédé d'estampage, mais dans 
des dimensions beaucoup plus restreintes. 

J'étais à la recherche des documents dont la discussion avait révélé 
l'existence et qui devaient servir de base au nouveau projet, quand je 
reçus de la part d\m antiquaire très-expert de notre ville, d'ordinaire 
bien renseigné, feu M. Eckel, l'avis aussi important qu'inattendu qu'un 
fragment de métal sur lequel était représenté un animal symbolique et 
qu'on disait provenir de nos anciennes portes, se trouvait à Nancy dans le 
cabinet de M. le conseiller Beaupré, un antiquaire amateur de haute dis- 
tinction. 

Quelqu'incroyable que me parût l'existence d'un pareil fragment, resté 
ignoré à Strasbourg pendant près de trois quarts de siècle, des contempo- 
rains mêmes de la destruction de la décoration métallique de ces portes , des 
archéologues et des nombreux amateurs de nos antiquités locales et dont 
ne s'étaient doutés ni le savant bibliothécaire Jung, ni l'érudit archiviste 
L. Schnéegans, si zélés tous deux pour la recherche et la conservation des 
débris se rattachant à nos monuments nationaux et principalement à la Ca- 
thédrale; quelqu'extraordinaire surtout qu'il semblât qu'une pièce de métal, 
même très-minime, ait pu être distraite et échapper à la jalouse vigilance des 
agents révolutionnaires et des ouvriers requis pour cette déplorable opé- 
ration ', malgré d'autres appréhensions encore, la source d'où provenait 
cette révélation était trop digne de foi et l'avis était donné dans un mo- 
ment si opportun , et avec une intention si évidente de venir en aide à 
l'élucidation de la question très-importante, qui avait été si longuement 
controversée, et d'apporter pour la réédifîcation que l'on se proposait un 



t. Cette malliciireusc et insensée mutilation, faite avec tant d'autres dans un moment 
d'aveugle et fébrile exaltation, doit avoir eu pour mobile principal de gagner à l'État 
quelques lan)beaux de métal pour faire des sous, selon les uns, ou fondre des canons, 
scion d'autres. Ces portes, en effet, passaient pour être en bronze massif, dont elles 
avaient l'apparence ((îrandidicr, un savant, le croyait et l'écrivait onze ans avant l'évé- 
nement) et dont, il faut le croire, on n'avait pas pris la peine de reconnaître l'état réel; 
aussi la déce[)lion a-t-ollc dû Cire grande lorsque l'on n'obtint que de minces feuilles de 
cuivre ! 



- 287 — 

témoignage qui devait être si précieux, pour (|ue je ne misse le plus grand 
empressement à me procurer tous les renseignements sur son existence 
et son authenticité. 

Ce qui d'ailleurs me frappait dans cette communication, c'est le sujet 
(|ue l'on indiquait, qui, bien qu'en désaccord avec les desciiptions des 
chroniqueurs, m'avait déjà été signalé comme ayant fait partie de ceux 
représentés sur nos portes. 

En effet, l'ancien archiviste de la ville, M. L. Schnéegans, a écrit quelque 
part ou m'avait redit dans le temps que le maître-serrurier Suizer*, dont 
le père avait été requis pour opérer l'enlèvement du métal et qui lui-même 
avait assisté à cette opération, lui avait raconté que des figures et ani- 
maux fantastiques, entre autres un bouc portant un homme en croupe, 
étaient figurés dans la partie inférieure des portes. 

La coïncidence des sujets, quoique pas très-rigoureuse, n'en était pas 
moins manifeste, et f on verra que les souvenirs de M. Suizer se rappro- 
chaient plus du sujet du bas-relief retrouvé que le signalement donné par 
M. Eckel, qui, d'ailleurs, ne devait jamais avoir vu le fragment du cabinet 
de Nancy, dont cependant il avait découvert l'existence et le possesseur; il 
l'eût dit bien certainement, et en connaisseur très-entendu il aurait annoncé 
moins vaguement ce qui y était figuré ^ 

J'allais donc aux renseignements et eus, tout d'abord, recours à l'obli- 
geance bien connue d'un honorable habitant de notre ville, M. L. de Bois- 
david, que des relations de famille menaient souvent à Nancy et qui y avait 
beaucoup de relations; il m'en rapporta bientôt la désespérante nouvelle 
que le fragment qui m'avait été signalé, s'était effectivement trouvé dans 
la riche collection de iM. le conseiller Beaupré, mais qu'il n'y était plus et 
qu'on ne savait pas où il avait passé'. 



1. Jean-Michel Suizer, décédé en 1853 à l'âge de 78 ans, avait 18 ans lors de cet 
événement. 

2. Malheureusement je ne pus recevoir d'autres éclaircissements de notre estimable 
antiquaire, ni même le remercier pour la précieuse communication qu'il m'avait fait faire. 
M. S. E. Eckel est mort peu après, ainsi que M. L. Besson, un artiste amateur des plus 
zélés, qui avait été le promoteur de la découverte et notre intermédiaire. Regrets et re- 
raerciments à tous deux ! 

3. Le fait de la translation dans un cabinet d'antiquaire de Kaucy d'une feuille de 
cuivre ou autre fragment venant de notre Cathédrale n'avait rien de surprenant. A peu 
prés à la même époque un de mes amis, feu le statuaire Kirstein, avait bien retrouvé à 
Paris, chez un marchand d'antiquités du quai Voltaire, le squelette d'Adam, sculpture 
en pierre de près d'un mètre de long, qui manquait au tympan do la même porte princi- 



- 238 — 

J'avais donc été bien renseigné, le fragment existait, il était connu; il 
fallait donc le retrouver, et afin de pouvoir faire des recherches autre part, 
je me rendis moi-même à Nancy pour savoir de quel côté les diriger et 
en même temps pour obtenir quelques notions plus précises sur son au- 
thenticité, sa valeur, au point de vue artistique, et surtout l'intérêt qu'il 
pouvait avoir pour le travail de restitution dont j'avais à m'occuper. 

En ce qui concerne son authenticité, M. Beaupré, après m'avoir con- 
firmé que le fragment qui m'intéressait à un si haut point avait fait partie 
de sa collection, mais en était sorti sans qu'il ait gardé le souvenir à 
quelle occasion et à qui il l'avait remis, voulut bien me faire part qu'il 
l'avait leçu, il y a bien des années, d'un M. Pagnault, employé supérieur 
d'administration, habitant Strasbourg à l'époque de la Révolution, qui devait 
l'avoir acquis lui-même d'un ouvrier, en passant sur la place de la Cathé- 
drale au moment où on arrachait le cuivre des célèbres portes. 

Quant à la valeur artistique de la pièce, M. Beaupré se rappelait que sur 
sa face elle contenait un sujet de sculpture d'une assez belle exécution, 
pris dans les anciens fabliaux français; sa forme était triangulaire et les 
figures de petite dimension. 

A ces renseignements l'honorable magistrat voulut bien joindre la pro- 
messe de faire des investigations, pour découvrir la nouvelle collection 
où pourrait se trouver l'intéressant objet, qu'il regrettait beaucoup de 
ne plus avoir en sa possession, et en outre me permettre d'en faire de- 
mander le résultat. 

Que le fragment se trouvait quelque part, qu'il provenait de Strasbourg 
et voire même de la Cathédrale ne pouvait désormais laisser de doutes; 
les souvenirs de M. Beaupré semblaient précis à cet égard, et le donateur, 
que je me rappelais avoir vu dans ma jeunesse, avait, avec toute vraisem- 
blance, pu être témoin de la destruction de nos portes ainsi que l'acqué- 
reur du fragment: quant à avoir fait partie de leur décoration primordiale, 
c'était une autre question, qui ne pouvait être résolue que par un sérieux 
examen et que l'indication d'un sujet profane, en contradiction avec la 



pale et qui par ses soins a pu revenir prendre sa place aux pieds du Christ en croix, d'où 
sans doute il avait été enlevé en 1792. 

Il y a aussi le cas d'un grand dessin sur parchemin représentant un projet de flèche 
qui se trouve encore de nos jours dans une collection privée de Paris, et qui a dû dispa- 
raître à la môme époque, à moins cependant qu'il ne soit sorti des archives de l'OEuvre 
Notre-Dame à titre de cadeau que le magistrat a pu avoir été dans le cas de faire à un 
grand personnage, ainsi que cela s'est reproduit quelquefois. 




]in[Hl l l ll llll|iii i [|i|i i ]nii i iiiiii|ini|i |i |iii iiipi i |ii ii ii i i|i ii i i i i ii|iii|iiiffl | | | || || || | |||| ||| |||| ||| || | ||iiiiiii^ 



'VANTAUX DE LA PORTE PRINCIPALE 

de la Cathédrale de Strasbourg 

avant Tenlèvement de leur décoration métallique. 

Agrandissement d'une ancienne gravure. 



- 239 — 

tradition et les descriptions, ne devait pas permettre de trancher facile- 
ment. 

Je ne crus donc pas devoir me relâcher dans mes recherches, ne pou- 
vant me résoudre à la pensée qu'on ne puisse retrouver ce fragment de 
métal qui paraissait avoir quelqu'importance comme œuvre d'art et en 
avoir une non moins grande comme souvenir et témoin d'un fait histori- 
que et qui, en outre, avait été conservé pendant de longues années dans 
la collection renommée d'un savant antiquaire ! 

Je frappais donc à toutes les portes; je répandais- des notices et des 
réclames ; je correspondais avec les antiquaires et m'adressais aux con- 
servateurs de collections, mais tout cela fut en vain et devait rester sans 
résultat. 

Tout en poursuivant mes recherches, les études pour le projet qui 
m'était demandé furent reprises et je dus me préoccuper des moyens 
d'exécution, que l'art et l'industrie modernes pourraient mettre à ma dispo- 
sition, pour l'exécution d'une œuvre à faire selon le mode en usage au 
quatorzième siècle. 

Toutefois, avant de prendre à cet égard une résolution définitive, une 
nouvelle démarche dut être tentée à Nancy, pour savoir si les traces du 
fragment étaient retrouvées ou avaient chance de l'être et obtenir en 
même temps, s'il était possible, des données plus précises sur sa nature 
métaUique. Je priais, à cet effet, le futur constructeur de nos portes, 
M. Chertier, un des plus habiles fabricants de grande orfèvrerie de Paris, 
que ses œuvres désignaient pour ce travail et que j'avais mandé à Strasbourg, 
de la faire lui-même à son voyage de retour; n'ayant pu voir iM. Beaupré, 
il en reçut, peu après, la lettre suivante, qu'il n'est pas sans intérêt de 
faire connaître, vu que le sujet représenté sur le fragment y est décrit 
d'une manière très-précise. 

• Nancy, le 23 février 1859. 

«Monsieur, le fragment de plaque que je possédais et qu'un échange 
«aura probablement fait sortir de mon cabinet, car il n'y est plus, offrait 
« en grand relief l'emblème de l'homme subjugué par la femme. C'était 
« Socrate et Xantippc ou Aristote et Laïs ou Phryné (autrement le lay 
«d'Aristote); en tous cas l'homme marchant à quatre et portant, assise 
«sur son dos, la femme armée d'un fouet, en forme de martinet. Le 
«fragment de plaque n'avait guère plus de 15 centimètres dans sa plus 
«grande dimension, son épaisseur pouvait bien être de 4 à 5 millimètres. 



— MO — 

«Le morceau entier étail-il en losange? je n'en sais rien: cassé irréguliè- 
« rement qu'il était et ne conservant aucune trace de rebord. Voilà, Mon- 
« sieur, tout ce que je puis vous en dire. 

«Agréez «Beaupré. 

«P. S. Le travail semblait remonter au quatorzième siècle.» 

Il restait donc peu d'espoir, pour le moment du moins, de retrouver 
le fragment; il fallait attendre sa découverte du temps ou d'un heureux 
hasard; mais une pareille éventuahté ne devait pas être une raison de 
l'émettre indéfiniment l'exécution des nouvelles portes; il me fallut donc 
procéder comme j'avais commencé à le faire, et avoir recours uniquement 
aux descriptions et renseignements que j'avais recueillis avant que son 
existence m'ait été révélée. 

Ce ne fut cependant pas, je l'avoue, sans une certaine appréhension, 
car malgré les indications si précises de la lettre de M. Beaupré sur le 
sujet comme sur l'épaisseur de la plaque, indications qui toutes deux ne 
permettaient plus d'admettre que le fragment ait appartenu à la décoration 
de nos portes, il y avait intérêt malgré cela à le connaître; c'était comme 
un témoin caché et douteux qu'il importait de bien interroger et au besoin 
de dévoiler et mettre hors de cause. 

Il résulta de cette situation une certaine hésitation, qui ne fit avancer 
mon travail qu'avec lenteur; mais comme un plus long retard n'était plus 
à justifier, il se faisait néanmoins. 

Les études en étaient terminées, quand, au commencement de 1869, sur 
une nouvelle et pressante lettre de rappel de l'administration, j'en fis com- 
mencer la copie et il ne restait plus que l'expédition des rapports et devis 
à faire, quand la guerre éclata et empêcha la présentation du projet. Par 
suite des événements et des circonstances extraordinaires qu'ils amenèrent, 
sa remise à la nouvelle administration fut forcément ajournée jusqu'à 
l'année 187:^, où la situation financière, rendue à l'étal normal, permit au 
Conseil municipal de statuer et d'en voter l'acceptation avec une allocation 
de crédit au budget de la même année. 

Les marchés cl mesures d'exécution antérieurement combinés ne tardè- 
rent pas à être présentés et leur autorisation régulière, au mois de janvier 
suivant, permit dés lors de commencer les travaux. M. Steinheil entre- 
prit immédiatement la mise à la grandeur d'exécution des compositions 
arrêtées au projet, pour les 108 sujets des arcatures et des losanges, ainsi 
(jue des 100 feuillages et verdures destinés anx j)artics inlcrinédiaires. 



— Ui — 

La confection des modèles en plâtre, faite sous ses yeux par son gendre 
M. Geoffroy, fut commencée bientôt après et continuée au fur et à mesure 
que les cartons s'achevaient; tout marchait avec entrain et avecl'enlcnte 
habituelle à ces éminenls artistes, lorsciue dans les premiers jours du mois 
de décembre un nouvel incident, mais celle fuis des plus heureux, m'obligea 
de tout arrêter: le f/-agment de plaque si longtemps recherché venait 
d'être retrouvé! La nouvelle m'en était apportée par M. lAlatuszinsky, ancien 
architecte de l'arrondissement de Strasbourg, établi depuis les événements 
à Nancy. » 

M. Beaupré fils, avec lequel, par une circonstance fortuite, mon hono- 
rable confrère et ami avait été mis en rapport pour affaires de bâtisses, 
l'avait retrouvé dans le déménagement du cabinet d'antiquités, délaissé 
par feu son honoré père et lui avait montré ce curieux débiis comme de- 
vant l'intéresser au double titre d'artiste et d'ancien habitant de Strasbourg. 

Bientôt après on eut l'obligeance de m'en envoyer un estampage et des 
photographies, qui me mirent enfin à même d'étudier cet intéressant 
fragment à tous les points de vue et principalement à celui concernant 
nos portes'. 

Que M. Beaupré me permette de lui exprimer ici mes sincères remer- 
cîments pour cette généreuse et courtoise communication et que M. Matus- 
zinsky agrée toute ma reconnaissance pour son attention et son obligeante 
intervention! 



Je n'ai pas à revenir sur la description du fragment, elle a été donnée 
sommairement mais très-clairement par la lettre de M. Beaupré et est 
complétée en outre par la gravure. (Planche I'''.) 

Elle sera faite d'ailleurs avec plus de détails dans le cours de l'examen 
et des études auxquels j'ai dû le soumettre. Mon but, en poursuivant pen- 
dant plus de vingt ans la recherche de ce rare débris, a été de gagner, 
pour mon projet d'abord et son exécution surtout, une pièce de conviction, 
qui, ajoutée aux autres données que nous possédons, devait servir de base 
à mon travail. 

Aujourd'hui qu'il n'est plus l'inconnu mystérieux, dont je tenais le témoi- 
gnage pour indispensable, et qui plus est, ne répond nullement à ce que 
j'attendais, je dois établir les motifs qui ont formé ma conviction à son 
sujet et développer les arguments sur lesquels elle est basée. 



1. Aussitôt que je l'ai pu , je me suis rendu à Nancy pour voir de mes yeux le curieux 
et probR-malique fragment. 



— 242 — 

En assumant la responsabilité d'une aussi longue temporisation, il m'im- 
porte de faire connaître dans tous leurs détails les causes qui l'ont motivée 
et doivent lui servir de justification. 

On reconnaîtra d'ailleurs que si dans l'origine on avait passé outre, 
et le fragment venant à reparaître, ainsi qu'il est arrivé, mais après l'a- 
chèvement des portes, je me serais trouvé en face d'une explication plus 
compliquée, vu que j'eusse eu à défendre une œuvre non conforme à ce 
qui a dû exister primordialement d'après le témoignage du fragment de 
plaque retrouvé et attribué à l'ancien état. 

Aujourd'hui, au contraire, continuant à poursuivre mon but, de faire 
une restauration se rattachant, comme le demande le programme du Con- 
seil des bâtiments civils, autant que possible aux souvenirs des portes qui 
existaient, je puis me prononcer en toute connaissance de cause et agis- 
sant en toute liberté, persister dans ce que j'ai la conviction et que je 
puis prouver être la véritable solution. 

Comme on possède maintenant sur nos anciennes portes des données' 
dont la plupart très-authentiques et faciles à vérifier, ce n'est que de 
l'accord avec elles que l'authenticité de l'origine du fragment peut être 
déduite. 

Il n'est, en effet, pas admissible que ledit fragment, qui en définitive 
n'est pas à l'abri de tout doute quant à sa provenance, puisse ne pas ré- 
pondre à ces données ou les annuler. 

En conséquence de ces considérations, les investigations sur le fragment 
de plaque du cabinet de Nancy portent sur les trois points suivants : 

1" Examen du sujet du bas-relief et recherche sur son analogie avec les 
sujets qui selon les livres et manucrits ont figuré sur les anciennes portes. 

2° Hlludes sur la dimension et le style des figures et comparaison avec 
les traces d'encadrement conservées sur les anciens vantaux. 

3" Comparaison de la nature du métal et de son poids avec les témoi- 
gnages et constatations de l'état du revêtement métallique à l'époque du 
dépouillement des portes. 

I. 

SUJET DU BAS-RELIEF. 

Le bas-rehef du fragment de plaque représente un homme âgé, vêtu d'une 
simple robe serrée aux reins, le menton garni d'une grande barbe, la tête 
coiffée d'un bonnet rabattu sur les oreilles, marchant à quatre pattes et 



1. Elles ont servi de base à la rédaction du projet du 3a juillet 1870. 




R A s - F^ F. 1. 1 E F E ^' BRONZE 
l'ii ( (t/>ini'/ (K^ M. lU'iiKfii'i' à Xtuui/ 

Ffai.ti'tir tJti i/roiiye <>"' /.y 



^/^ C. ^e/iâU-P,^. 



— 243 — 

portant sur son dos une jeune femme armée d'un fouet, formé de plusieurs 
cordes réunies, dont elle se sert pour activer sa marche. 

C'est évidemment la scène de dénouement du conte où la jeune fille, 
abandonnée par Alexandre sur les remontrances d'Aristote son ancien 
précepteur, se venge du philosophe en le séduisant lui-même et l'amène 
à lui donner comme preuve de sa subite passion de la promener dans 
cette posture dans un jardin où des témoins cachés assistent à sa défaite. 
Est-ce Arislote et la jeune Indienne du fabliau d'Henri d'Andeli {Recueil de 
Barbezan, t. III, p. 96), ou bien l'Aristote et Phyllis du poëme allemand 
(Gesammtabenteuer de F. H. von der Hagen, t. I, page 21)? 

C'est une question qu'il ne serait pas sans intérêt d'élucider, vu qu'elle 
permettrait de déterminer si le bas-relief est l'œuvre d'un artiste indigène, 
inspiré par le texte allemand, ou d'un artiste français qui connaissait le 
fabliau; toutefois, comme dans l'un et l'autre cas la scène est la même, la 
solution se donnera naturellement par l'étude du style et la facture même 
de l'œuvre. 

Pour le moment il suffit de constater, d'après son costume, que c'est le 
même illustre personnage et non un visir des contes arabes ou un roi des 
légendes indiennes; ce qui d'ailleurs est conforme aux représentations du 
même sujet que l'on retrouve en France et en Allemagne, tant à des 
édifices religieux qu'à des bâtiments civils ou à des objets mobiliers d'un 
usage mondain. 

Dans son Iconographie des fabliaux, insérée en 1847 dans le 6* volume 
des Annales archéologiques de Didron, page 147, M. de Guelhermy s'exprime 
ainsi au sujet de cette scène: 

«Le lai ou fabliau d'Aristote a joui d'une grande vogue pendant près 
« de quatre siècles, du treizième au seizième. Il présentait certainement un 
«sens facile et à la portée de tous, alors que les sculpteurs appartenant aux 
«diverses parties de la France le reproduisaient, comme un type populaire, 
« dans les cloîtres des couvents, aux façades des églises, sur les chapiteaux 
«des nefs, sur les stalles des chœurs et jusque dans la décoration des tom- 
« beaux. Nous connaissons des représentations sculptées du dénouement de 
«ce joli fabliau en Normandie, à Saint-Pierre de Caen et à la Cathédrale de 
«Rouen; à Paris sur des pilastres qui proviennent de l'église démolie des 
«Grands-Augustins; à la Cathédrale de Lyon; à l'ancien éghse abbatiale de 
«Montbcnoît, en Franche-Comté; au riche musée de Toulouse; dans le 
«cloître du monastère de Cadouin, en Périgord, et enfin dans la grosse 
« tour du château d'Amhoise. On nous en avait signalé un autre exemple 



— 244 — 

«aux stalles d'Amiens; nous nous sommes assurés par nos yeux que ce 
«n'élait là qu'une sculpture de fantaisie: un enfant qui marche à quatre 
«pattes y est figuré deux fois, portant sur son dos un de ses camarades i> 

M. l'abbé de La Rue, dans ses essais historiques sur la ville de Caen, 
signale le même sujet comme se trouvant à un chapiteau de l'église Saint- 
Pierre de cette ville en compagnie d'autres scènes ayant la même signi- 
ficalion, entre autres: 

Tristan de Léonois, l'un des chevaliers de la Table ronde, traversant la 
mer sur son épée, en guise de nacelle, pour aller trouver sa dame 

Virgile dans un panier suspendu à une muraille; mystification dont 
l'amour aurait été la cause 

Lancelot du Lac, autre paladin de la Table ronde, à la recherche de la 
reine Genèvre, mystifié par un nain qui lui fait traverser la ville monté 
dans sa charrette 

«Il ne faut pas blâmer rigoureusement de tels ornements dans une 
«église, ajoute M. de La fine. L'artiste avait certainement un but moral. 
« Ces traits de nos anciens romans montrent les folies de l'amour, et comme 
« dans les siècles de chevalerie on ne se nourrissait l'esprit que de la lec- 
«ture de ces ouvrages, l'architecte aura cru donner une leçon utile par des 
«représentations de cette espèce » 

On trouve en outre dans l'ouvrage de Montfaucon {V Antiquité expliquée, 
t. m, pi. 194) la gravure de quatre sujets taillés sur deux couvertures de 
tablettes à écrire, en ivoire, dont les deux supérieures représentent Hip- 
pocrate ou Virgile (la même aventure étant attribuée tantôt à l'un , tantôt 
à l'autre) suspendu dans un panieret Aristote marchant à quatre pattes et 
portant la maîtresse d'Alexandre armée d'un fouet, pendant que le roi et 
un courtisan les regardent du haut d'une tour. 

La provenance des tablettes n'est pas donnée, le savant jésuite se con- 
tente de signaler qu'elles appartiennent à l'abbaye de Saint-Germain-des- 
Prés. 

En Allemagne le même sujet paraît avoir eu non moins de vogue, mais, 
soit que les représentations sculptées ou autres aient été moins nombreuses, 
soiL qu'elles aient été détruites, les exemples en sont plus rares. 

Les investigations que j'ai faites à cet égard m'ont été rendues possibles 
et grandement facilitées par l'extrême obligeance avec laquelle monsieur 
le bibliothécaire en chef de l'Université et monsieur son adjoint ont bien 
voulu mettre à ma disposition les ouvrages, tant français qu'allemands, 
dans iesfjuels il est fait mention de la mésaventure du sage Aristote. 



~ 245 — 

Dans une dissertation lue à l'académie des sciences de Berlin en 1844 
sur l'imagerie des anciens poèmes lyriques allemands, M. F. II. von der 
Ilagen {Abhandlungen derK. Akademie der Wissenschaflenzu Berlin, 1 844, 
|). 310), signalant les sculptures de deux cassettes en bois , décrit de la 
manière suivante le sujet principal de l'une d'elles. 

« ^«^ Hauplbild anf dem. Derkel zeirjt wieder Frau Minne mit 

<i Flügeln, wie auf dem Elfenbeinbilde, aber nackt bis zur Scham. Sie 
a sitzt, anstatt des Thrones, auf dem Rücken eines auf Ellborjen und Knien 
n liegenden bärtigen Allen, der lüstern nach der Schönen emporschaut. 
((Hier ist zugleich Anspielung auf den bekannten Schivank und Log vom 
«Aristoteles, wie dieser Urweise seinem Zögling Alexander die Minne 
<i verbot, und die Schöne dafür den Weissbart zum vierfiissi gen Thier er- 
aniedrigte, und ihn verfüJirte, sich von ihr aufzäumen und reiten zu lasse7i, 
«■angesichts des jungen Welteroberers. 

«Diese, zumal im Mittelalter häufig in Sang und Sage ivic.derholte 
«Geschichte fand ich unter andern auch, auf ähnliche Weise, ivic hier, in 
«Holz geschnitzt, aber — am Chorstuhle des Münsters in Ulm' .... » 

TRADUCTION. 

Le sujet principal du couvercle représente de nouveau la déesse 

de l'amour avec des ailes, ainsi qu'elle est figurée sur l'ivoire, mais nue 
ius(ju'à la ceinture. Elle est assise, au lieu d'un Irône, sur le dos d'un 
vieillard barbu, accroupi sur ses coudes et genoux, qui regarde vers la 
belle avec lubiicité. Ici il est lait en même temps allusion à la farce bien 
connue et au lay d'Aristote, où ce grand sage ayant fait défense à son élève 
Alexandre de se livrer à l'amour, la belle pour se venger abaissa l'homme 
à la barbe blanche à en faire un animal à quatre pattes, le séduisit et l'a- 
mena à se laisser harnacher et monter par elle, à la \ue du jeune con- 
quéi-ant. 

Cette histoire surtout et souvent pioduite au moyen âge en chansons 
et en contes, je l'ai trouvée, entre autres encore, rcprésenlée comme ici, 
sculptée en bois, mais — aux slalles du chœur du dôme dUlnr'. . . . 

M. von der Ilagen traite encore le même sujet mais avec plus d'étendue 



i. Ce relief n'est pas reproduit ilans l'ouvrage Su?- les Sia/le.s dUlm, publié par 
J. 0. Eglé et C. Ricss, cl na pu être découvert par mon honorable confrère rarchitecle 
du dôme, à qui j'en avais demandé une photographie. 

2. Ibidem. 



— 2/t6 — 

dans une publication postérieuie {Gesammtabenteiter, SluUgard et Tubingue, 
1850, I, p. Lxxv et 17) et y donne en entier le poëme d'Arislole et 
Pliyllis conservé par un manuscrit de Strasbourg ' et de Ratisbonne 
remontant au quatorzième siècle {Gesammtabenteuer, Quell cnv er zeichniss, 
t. III, p. 42). Ce poëme, postérieur au fabliau d'Henri d'Andeli, en diffère dans 
quelques détails et surtout par la fin, mais lui est entièrement conforme, 
ainsi qu'il a été dit plus baut, quant à, la scène de la promenade repré- 
sentée par le bas-relief. 

Le même savant cite aussi une gravure delà même scène, faite au com- 
mencement du dix-septième siècle par Sprangel , peintre de l'empereur 
Rodolpbe II, mais qui est trop moderne pour nous fournir un argument. 

M. von der Hagen ne paraît toutefois pas avoir eu connaissance d'une 
œuvre plus curieuse et plus ancienne que cette gravure, représentant 
Aristote monté par Pliyllis dans une peinture sur verre du seizième 
siècle (1527) provenant probablement de l'école de Nuremberg. 

Cette peinture, entourée d'un encadrement très-remarquable en style 
de la renaissance, est la propriété d'un professeur de Zuricb, M. le docteur 
J. R. Rahn; elle a été publiée avec l'intitulé ((.Aristoteles von Phyllis ge- 
ri(le)iy> dans l'ouvrage n Kunsthandwerk de Kucher et Gnauth-i) {Stuttgard 
bey Spemann). 

Ces différents exemples doivent suffire à faire connaître la grande po- 
pularité dont jouissait au moyen âge, en Allemagne comme en France, le 
sujet représenté sur la plaque du cabinet de Nancy et à justifier au besoin 
la présence soit à l'intérieur, soit à l'extérieur d'un édifice religieux. Il 
aurait donc pu avoir sa place dans les scènes figurées sur nos anciennes 
portes avec les autres représentations qui, comme à la Catbédrale de Lyon 
et à l'église Saint-Pierre de Caen, devaient en compléter et exposer le sens 
moral. Cette supposition est d'autant plus admissible qu'à la Catbédrale de 
Strasbourg, en debors des sujets profanes, allegorifjues et satiriques que 
nous savons avoir été détruits, il en reste encore un certain nombre aux 
cbapileaux et frises et que dans les vitraux mêmes on voit figurer plu- 
sieurs fois Aristote, mais, il est vrai, à un autre titre que celui du fabliau. 

On peut donc admettre la possibilité du fait; reste à voir si les des- 
criptions qui nous sont restées de la décoration primitive des anciennes 



I. Il a dû se trouver dans la riche collection de manuscrits de notre bibliothèque jus- 
qu'au moment de son irréparable destruction. 



— Ul — 

puites, permettent également d'admettre la curieuse scène du fragment au 
nombre des sujets qu'elles mentionnent. 

A cet eilet il y a lieu d'en faire un examen et un compte rendu détaillé: 
Le plus ancien chroniqueur qui fasse mention de nos portes est Sébas- 
tien Biililer, cité par l'abbé Grandidier {Essais, page 237); toutefois il n'en 
dit pas grand'chose et se borne à consigner dans le 2° volume, p. 507 de 
son manuscrit datant de la seconde moitié du seizième siècle, que, deve- 
nues trop noires, elles furent nettoyées au mois de juin 1568 par Ilans 
Sommerantz, ainsi que cela se trouvait constaté par une inscription sur 
l'un des vantaux. Son contemporain Speckle n'en fait aucune mention 
dans sa volumineuse Chronique. 

Au siècle suivant Oseas Schadens, diacre de Saint-Pierre-le-Vieux, qui 
en 1617 publia son livre intitulé: Summum Argentoratensium Temphim, 
mentionne les portes de la manière suivante, à la page 54 (voir Planche II): 

<lEIi wir aber hinein gehen, sind zu observiren die zween ßügel der 
« grossen Mimslerihüren, so mit gegossenen Möss überzogen, tind darauf 
«.allerhand Sachen, sonderlich aber das End vieler Märtyrer Künstlich 
i( posiert und eingehauen; an welcher thüren rechtein ßügel ingangs oben 
« diese Schrifft stehet : 

ANNO DOMINI MGCGXXXXIII IN VIGILIA BEATI ADELPHI 

REAEDIFIGATA* SUNT IIAEC IIOSTIA. 

ORATE PRO NOBIS. 

« Tn der mitten aber stehet nocli ein Schrifft, so nicht wol zu sehen. 
« Unter dieser ist in einem Messinen Schild zu lesen: Hanz Somerantz 
(i. Schriibenmacher hat diese Thüren renoviert i508-.>^ 



1. Le mot RE.EDiFiGATA constate que les vantaux ont été refaits ou restaurés en 1343, 
ce que confirment les traces conservées sur le bois. Le vantail de gauche parait principa- 
lement y avoir donné lieu par suite de dommages qu'il a éprouvés; ce que Ton y a refait 
alors, l'a été dans le style du moment, soit selon le goût du jour. Il en est résulté des 
arcatures dans les deux frises (indiquées dans la gravure), tandis qu'il n'y en a jamais 
eu dans celles du vantail de droite ; à cette occasion, le compartiment à losanges du mi- 
lieu a été diminué d'une rangée et les deux vantaux sont devenus dissemblables. 

Gomme, à la lin du siècle précédent, la façade était arrivée à dépasser les voûtes de la 
haute nef, il est à supposer que dès lors le splendide portail d'Erwin a été muni de por- 
tes et que l'on n'a pas attendu tout un demi-siècle pour les faire (au moins celle du milieu). 

Dans la nouvelle réédification, j'ai dû me conformer aux traces les plus anciennes, à 
celles du vantail de droite, antérieures à l'année I3i3. 

2. Cette date est mal imprimée, la Chronique de Buhler et toutes les autres qui men- 
tionnent cette réparation portent celle de 1568. 

T. IX. —(M.) 17 



248 



TRADUCTION. 



Mais avant que nous pénétrions dans l'intérieur, il y a à regarder avec 
attention les deux vantaux de la grande porte de la Cathédrale qui sont 
recouverts de laiton fondu, sur lequel sont artistement taillées et gravées 
différentes choses, niais principalement la fin de beaucoup de martyrs; 
à ladite porte, au vantail de droite en entrant, se trouve au haut cette 
inscription : 



ANNO D 

ORATE PRO iNORIS. 

Mais au milieu il y a encore une inscription qui n'est pas facile à voir. 
Au-dessous de celle-ci il est à lire, dans un écusson de laiton : Hanz 
Sommerantz, faiseur de vis, a renouvelé ces portes en 1508*. 

Le docteur Heckler, qui doit avoir écrit, vers 1730 ou 1740, son manus- 
crit, autrefois à la Ribhothèque de la ville, donne des portes une descrip- 
tion plus étendue. Ayant fait dans le temps des extraits dudit manuscrit, 
je puis reproduire tout ce qu'il en a dit : 

iiSonsten mag die grosse Mimsterthüre, so imvendig von holz, aber 
« auswendig mit Melalischen Zing zerpr ecktet, in welche die Bilder der hei- 
« ligen Märtyrer gegossen mit Schrauben einverleibt, Martyr ologimn oder 
« Marterlich genennt worden, und schicken sich solche 

« Unierdessen wollen luier den Augenschein in schöner Ordnung eineh- 
« men ; was die Thi'tre in sich selbst hell, als erstlichen zu allroberst der 
« Tliür steht geschrieben : 

ARGENTINA RONA CUM SIS SPLENDORE CORONA 
LAETARIS PALMA QUAM VIRGINE DUGIS AR ALMA. 

^Dieser Schrift sind volgende Figuren, imten beygestütz, die Sonne 
« samt 5 Sternen mit dieser Unterschrift : 

SOL, LUNA, MARS, MERGURIUS, JUPITER, VENUS, SATURNUS, 

« dadurch nichts änderst als die Ordnung der Tag angepriessen wirdt. 
« Unter diesen ist noch eine Schrift wohl lesslich : 

ANNO DOMINI MGCCXXXXIIJ IN VIGILÏA REATI ADELPHI 
REAEDIFIGAÏA SUNT HAEG OSTIA ORATE PRO NORIS. 

1. Voir la note 2 de la page précédente. 



I 



— 249 ~ 

« Die vierdte Schriffl : 

QUOS CAPIT IJAEG VALVA DEUS OMNI TEiMPOIlE SALVA 
ALME DEUS. 

(L Endlich seindt auch dieser Münster thür einverleibt, 8 Bilder deren 
« Nahmen wiederimder geschrieben folgende sein. 

« Under der \ — S. Margaretha 4- S. Agnes -h S. Catharina + Ave 
«Maria Pala -h Dus lïlesus -h S. Pelrus AposlolusH- S. Paulus + S. Mi- 
« chael Archano-. 

« Es ist aber diese thür durch Hanz Sommer anz der Schraubenmacher, 
« mit Half etlichen persohnen so er bey ihm gehabt, ANNO 1568 PiENO VIERT 
dîuorden, wie die i8 Woche Rechnung solches ausweiset. Herbey ist nicht 



« zu. 



TRADUCTION. 

Quam à la grande porte de la Cathédrale qui est en bois à l'intérieur, mais 
couverte extérieurement d'une matière métallique dans laquelle les ima- 
ges des saints faites en fonte sont incorporées par des vis, appelées Marty- 
rologe ou Marlyrique, elle était disposée 

Maintenant nous voulons en prendre inspection en bon ordre; ce qui 
se trouve sur la porte même et d'abord ce qui est écrit tout en haut: 
ARGENTINA 

A celte inscription et au-dessous sont placées les figures suivantes: le 
soleil avec 5 étoiles ayant ces souscriptions : 
SOL, LUNA, 

qui n'expriment autre chose que l'ordre des jours. 

Au-dessous.d'elles il y a encore une inscription bien lisible: 
ANNO DOMINI 

La quatrième inscription : 
OUOS GAPIT 

Enfin 8 ligures, dont les noms écrits au-dessous sont aussi incorporés 
dans cette porte de la Cathédrale, ce sont les suivantes: sous la première 
S. Margaretha -h S. Agnes -h S. Catharina + Ave Maria Pata + Dus 
IHesus + S. Petrus Apostolus 4- S. Paulus + S. Michael Archang. 

Mais cette porte a été renouvelée en l'année 1508 par Ilanz Sommer- 
anz, le faiseur de vis, avec l'aide de quelques personnes qu'il avait chez lui, 
ainsi que le démontre le compte de 18 semaines. Ici il n'y a 



— 250 — 

Le Llocteur Behr, un autre médecin, autegir d'une description de la Ca- 
thédrale, imprimée en MWL {Strashurger Münster und Timm Buchlein) 
s'exprime ainsi à la page 41 : 

« Untenan diesem Portale luird die Kirche mit vier Thüren beschlossen, 
iizwey nemlich, so ausiverts sich öffnen, und nur von Dielen sind; und 
«.zivey, so einiverts auff<jelhan loerden, welche von Messing gegossen, und 
a mit vielen Bildern und ßguren geziert sind. 

üAiiff dein ßugel recitter seits sind vier AbtJi ei hingen; oben auf lieset 
« )nann di lateinische Werse: 

«ARGENTINA 

« Dabey siehet mann die sieben Planeten mit ihren Namen : 
((SOL 

<i Darauf folgen etliche Bildnisse der Heiligen, unter welchen di folgende 
« Worten zu sehen : 

«ANNOD 

i( Hernach sind unterschiedliche ßguren der GescJächten aus dem allen 
« Testament zu sehen. 

« Auf dem ßugel liucher seil sind obenher eben fais etliche Bilder der 
a Heiligen und unten an dieser Abtlieilung stehet: 

((RENOVATÜM1700. 

iiln den übrigen Abtheilungen werden vorgestellet: die Geheimnisse der 
aMenschenwerdung , Aufferstehung , Ercheinung und A^iffarth Christi; 
<L ferner die Martcn-pcinen der zwölf Ajjostel, des H. Stcphani, des H. 
(L Laurentius und H. Dionysii , wie auch etlicher anderer Bischöffe und 
<L Heiligen. Wie zu lesen in dem Römischen Marlijrologio und leben der 
« Heiligen. » 

TRADUCTION. 

Au bas de ce portail l'église est fermée par quatre portes, dont deux 
s'ouvrent vers l'extérieur, qui ne sont qu'en planches, et deux qui s'ouvrent 
vers l'intérieur, lesrjuelles sont fondues en laiton et sont ornées de beau- 
coup d'images et de figures. 

Sur le vantail de droite il y a quatre compartiments; au haut on lit les 
vers latins : 

ARGENTINA 

Auprès on voit les sept planètes avec leurs noms : 

SOL 



— 251 — 

Là-dessus suivent plusieurs figures de saints, sous lesquelles sont à voir 
les mots suivants: 

ANNO D ■ 

Après il y a à voir différentes scènes de l'histoire de l'Ancien Testament. 
Sur le vantail de gauche il y a au haut également plusieurs figures de 
saints et au-dessous de ce compartiment se trouve: 

KENOVATÜM 1700. 

Dans les autres compartiments sont représentés les mystères de l'incar- 
nation, de la résurrection, des apparitions et de l'ascension du Christ; 
après cela le martyre des douze apôtres, de saint Etienne, de saint Laïu'ent 
et de saint Denis et aussi d'auti'es évoques et saints. Ainsi qu'on peut le 
Ure dans le Martyrologe romain et dans la Vie des saints. 

Enfin, le savant abbé Grandidier, le dernier de nos auteurs qui ait vu 
les anciennes portes, en parle à son tour à la page 235 de ses Essais his- 
toriques et topograpidqucs publiés sur la Cathédrale en 1782. 

Quoiqu'il n'ajoute rien de nouveau aux descriptions de ses devanciers, 
dont il semble n'avoir fait qu'un court résumé, nous en reproduisons la 
relation identique suivante : 

«Au-dessous de ce grand portail est la poite qui comprend quatre bat- 
«lanls. Les deux qui donnent en dehors sont de planches, lis servent à 
«couvrir les deux autres qui s'ouvrent dans l'intérieur de l'église et qui 
«sont d'airain. Ces deux derniers battants sont ornés de plusieurs figures 
« et images de saints. Celui du côté droit contient quatre rangs de figures, 
«parmi lesquelles sont les sept planètes avec les noms des divinités qui 
«président à chaque jour de la semaine. On ht ces deux vers latins au- 
« dessous*: 

cARGENTINA 

«et au-dessous cette inscription : 

«ANNOD , 

« Et plus bas : 
« ÏIANSS 



1. Les vers et inscriptions, dont on n"a donné qnc le mot inilial tunl d;ins le texte alle- 
mand qnc dans les traductions et citations françaises, sont identiquement les nuMnci 
que ceux mis in extenso dans l'extrait du niiinuscrit de IkcKler. 



— 252 — 

« Le battant du côté gauche représente, ainsi que le battant droit, quel- 
ce ques figures des mystères de Jésus-Christ, des martyres des douze apôtres 
a et d'autres saints révérés dans l'Eglise avec ces mots au-dessous : 

«RENOVATUM 1700.» 

Ainsi les quatre auteurs, dans leurs descriptions variées, mais se com- 
plétant l'une l'autre, indiquent pour les petits sujets des losanges, des re- 
présentations des scènes historiques de l'Ancien Testament, des 'mystères 
de Jésus-Christ, des martyres des douze apôtres et de différents saints et 
évoques. 

Behr ajoute, pour en abréger la description : ainsi qu'il est à lire dans 
le Martyrologe romain et la Vie des saints, et Ilecklcr, pour caractériser 
l'ensemble des sujets, dit qu'on les appelait Martyrologe. 

Ce dernier donne en plus les noms des grandes figures qui ornaient les 
arcatures supérieures des deux vantaux. 

Tous deux sont d'accord avec 0. Schadens pour signaler comme sujets 
les plus caractéristiques et sans doute comme les plus nombreux, ceux 
représentant les scènes de martyres; ils se trouvaient, en effet, dans les 
deux compartiments inférieurs, donc les plus faciles à voir, et occupaient 
une trentaine de losanges. 

Et dans les descriptions faites par les quatre, aucune mention ni indi- 
cation n'est donnée, pouvant laisser supposer que des représentations 
autres et étrangères à celles qu'ils mentionnent aient pu se trouver parmi 
elles. 

A cet égard il ne peut y avoir de doute, car ces écrivains étaient des 
hommes érudits, auxquels n'auraient pas échappé des sujets profanes, 
ayant trait à des personnages de l'antiquité, et d'ailleurs plus dans le goiit 
de leur époque que les sujets religieux du moyen âge.^ 

D'un autre côté, si on considère que les sujets représentés sur le revê- 
tement en cuivre de nos portes étaient en harmonie avec les représenta- 
tions sculptées en pierre dans la voussure même du portail et en for- 
maient le complément essentiel, on reconnaîtra qu'il ne pouvait y avoir 
de place pour des sujets, profanes ou allégoriques, ayant même un but 
moral. 

Pour en avoir la conviction, il suffit de jeter un coup d'œil sur l'en- 
semble des sculptures de la partie inférieure de la façade occidentale; on 
trouve : 

1° Au portail du milieu: 

Dans la voussure: en 18 grüu|)es, la création jusqu'à la fuite de 



- 253 - 

Caïn; en 16 groupes, la vocation d'Abraham jusqu'à la conversion du 
roi Manassce; en 14 groupes, le maiiyre des apôtres et des lévites Etienne 
et Laurent; en 10 groupes, les miracles de Jésus-Christ; en dehors de la 
voussure, sur le gable du riche pignon qui la surmonte, des anges avec 
instruments de musique et au haut le trône de Salomon comprennent 
23 figures; enfin, dans le tympan môme, la partie la plus rapprochée 
des vantaux de la porte, quatre étages de bas-reliefs représentent l'enlréc 
triomphale à Jérusalem suivie des scènes de la passion jusques et y compris 
l'ascension de N. Seigneur*. 

Tout en bas iA grandes statues, représentant les prophètes qui ont 
prédit la mort du Christ, sont placées à droite et à gauche de la sainte 
Vierge portant l'enfant Jésus sur ses bras. 

2° Au portail du nord : 

Dans la voussure 34 anges entourent le tympan, où dans trois rangées 
du bas-relief sont représentés : la fuite en Egypte, le massacre des inno- 
cents, l'adoration dts mages et la puiification. 

12 grandes figures représentent les péchés capitaux et les vertus cardi- 
nales. . ■ 

S^ Au portail du sud : 

Dans la voussure se trouvent également des anges et dans le tympan 
est représenté le jugement dernier. 

12 grandes statues, représentant la parabole des vierges folles et 
sages, sont placées sur des piédestaux ayant dans leur partie supérieure 
de charmants petits bas-reliefs représentant des scènes des travaux et 
occupations aux différentes saisons de l'année. 

C'est donc, en résumé, un ensemble de 55 grandes et moyennes sta- 
tues, de 40 scènes diverses de grands et de petits bas-reliefs, de 125 
groupes de figurines isolées, formant un total de 220 sujets distincts et 
déterminés qui remplissent toutes les places pouvant recevoir des sujets 
de sculpture. 

Or, comme toutes ces sculptures sont anciennes, à l'exception des 
groupes et figures des voussures, refaites toutefois d'après des gravures 
antérieures à la Révolution, et qu'on ne saurait méconnaître qu'elles 
forment, avec les sujets indiqués par les chroniqueurs pour avoir existé 
sur la couverture métallique des anciennes portes, un ensemble rationnel 



I. Les scènes antcneures sont signalccs couinie s'otant trouvées sur les vuutaiix 
uicnies. 



— 254 — 

et harmonieux, qui ne permet pas d'en admellre d'autres pris dans des 
faits ou fables de l'antiquité, il est de toute impossibilité que des scènes 
ayant trait aux folies de l'amour aient pu se trouver mêlées aux sujets 
qui viennent d'être énumérés. 

IL 

DIMENSIONS ET STYLE. 

Le docteur Behr et l'abbé Grandidier, en parlant des anciennes portes 
de la Cathédrale, signalent tous deux qu'il y a quatre vantaux, dont deux, 
ouvrant à l'extérieur, sont des volets qui garantissaient la décoration 
métallique des véritables vantaux qui, eux, ouvrent à l'intérieur. 

Ces volets et les vantaux qu'ils cachent sont encore les mêmes de nos 
jours; la décoration métallique seule a été enlevée et remplacée dès lors 
par une tenture actuellement en piteux état. 

Sous ces tentures les trous des clous et les traces des feuilles, ou pour 
mieux dire des petits compartiments qu'elles formaient, se sont conservés 
depuis quatre-vingts ans très-nettement, au point d'avoir permis, à l'aide 
des indications de quelques gravures (voir, Planche II, une de ces gra- 
vures agrandie par la photographie), d'établir la disposition graphique des 
cadres qui entouraient les sujets et les autres motifs de décoration, 
en concordance avec les descriptions des manuscrits et livres qui ont été 
cités. 

C'est donc avec un de ces petits compartiments, dont la forme et les 
dimensions sont bien précises, que doit cadrer le fragment, si toutefois il 
a fait partie de la décoration. 

Dans l'état où il se trouve, sa forme est un triangle, dont les angles 
inférieurs sont irrégulièrement tronqués et celui du sommet arrondi; sa 
base mesure environ 13 centimètres et sa hauteur est de 15. Quant 
à ses contours, la photographie en montre les sinuosités, résultant évidem- 
ment d'une rognure maladroite. 

Sa matière est le bronze coulé en une plaque de 5 millimètres 
d'épaisseur, en moyenne aux bords, évidée à l'avers à la partie répondant 
aux figures, dont le plus fort relief est d'environ 2 centimètres. 

Dans son premier état, la plaque, si elle a été montée sur bois ou peut- 
être sur pierre, a eu à ses rebords des trous pour des clous ou n'importe 
quel système d'attache qui ont disparu jtar la rognure; de toute manière 
sa forme a dû être régulière et probablement carrée. C'est en en faisant 



I 



— 255 — 

un triangle que l'on a mis les bords et les angles dans l'état où ils se 
trouvent; ces déchirures n'ont pas une autre cause et ne sont pas à attri- 
buer, ainsi que l'on est tenté de le croire à première vue, à un enlèvement 
précipité et destructeur; d'ailleurs, si la plaque s'était trouvée sur nos van- 
taux, c'est le bois qui eût été déchiré et non le bronze; il eût gardé sa 
l'orme, comme le bois eût conservé ses déchirures. Or, nos vantaux n'ont 
pas de pareilles déchirures; on n'y voit que des trous indiquant de minces 
clous qui n'auraient jamais pu retenir des plaques de 5 millimètres 
d'épaisseur. 

Il nous reste d'ailleurs un exemple de portes couvertes avec de pareilles 
plaques de bronze à Saint-Zénon de Vérone, où l'on peut juger des 
moyens d'attache et de leur force. 

Une autre preuve de la malencontreuse rognure de la plaque se trouve 
encore dans le peu de champ entourant les figurines; l'auteur du bas- 
relief en avait donné davanlnge, on ne saurait en douter; si on admet 
une largeur même un peu plus considérable, le triangle devient trop 
grand et ne cadre plus avec les demi-losanges, seuls compartiments où il 
eût pu être adapté. 

Outre la forme de la plaque il est un point plus important à observer, 
c'est la dimension même des figurines qui y sont représentées. Les suj<ts 
qui se trouvaient dans les losanges devaient avoir une grandeur à peu près 
uniforme, autrement dit, être à une même échelle, etil n'est pas probable 
que pour les demi-losanges l'échelle ait été diflérente; or, en admettant 
que des sujets de semblables dimensions se soient trouvés dans les 
losanges, ils s'y seraient perdus; des essais faits surplace avec M. Steinheil 
nous ont démontré que des figures, pour être bien visibles et cadrer avec 
la décoration de l'entourage, ainsi que pour être en harmonie avec l'en- 
semble du j)ortail, devaient avoir des dimensions du double plus grandes, 
soit avoir en hauteur 23 à 24 centimètres, qui est celle des plus petites 
. figures du poitail; or, celles de la plaque n'ont que 12 à 1 4 centimètres. D'un 
autre côté, comme il n'est pas admissible que les sujets des losanges 
aient été à une échelle double de ceux des demi-losan£?es, il faut re- 
connaître que les demi-losanges n'en contenaient pas et n'avaient pour 
décoration qu'un feuillage ou ornement quelconque; cela est d'autant 
plus probable que dans un demi-losange, qu'il soit coupé dans le sens 
de sa longueur ou dans celui de sa largeur, un sujet de figure est difficile 
à loger. 

Ainsi, malgré la forme triangulaire, la plaque n'a pu faire partie de la 



— 256 — 

décoration primordiale' de nos portes, vu que les triangles qui se trou- 
vent aux bords des six compartiments ne devaient pas contenir de sujets à 
figures et en second lieu que la dimension des figures elles-mêmes est trop 
petite pour cadrer avec celles sculptées dans les voussures et le tympan. 

Or, c'est précisément avec les dimensions de ces dernières que sont en 
rapport les traces des losanges et des arcatures apparentes sur les anciens 
vantaux; il n'y a jamais eu de place pour des sujets de moindre dimension. 

Reste à examiner si comme slyle et exécution il y a plus d'accord ou 
de similitude entre la manière dont sont traitées les deux figures de bronze 
et celle de la sculpture locale et particulièrement du portail de la Cathé- 
drale. 

Un point important est que le bas-relief de la collection de Nancy 
appartient au treizième et non au quatorzième siècle, époque qui paraît 
lui avoir été assignée sous l'iufluence de la date de 1343, qui est celle de 
la confection de nos portes; l'élégante simplicité de la pose, la disposition 
des draperies, ainsi que toute la facture l'indiquent. 

II ne serait donc pas contemporain des sculptures de notre portail et 
pas davantage de celles qui se trouvent aux deux frises latérales des 
tours. 

Au moyen d'estampages et de photographies la comparaison est facile 
et il en résulte une impression saisissante, qui ne laisse pas de doute sur 
leur diversité typi(|ue. Cette impression est corroborée par l'analyse des 
détails et principalement par la mise en parallèle des attitudes, de la dimen- 
sion des têtes, de la forme des coiffures et des vêtements. 

Le philosophe Aristote, représenté deux fois dans nos vitraux avec un 
bonnet pointu semblable à celui des statues de prophètes du portail, porte 
dans le bas-relief de bronze une coiffure toute différente, rabattue sur les 
oreilles, et a pour vêtement une tunique presque collante et serrée aux 
reins, afin sans doute de mieux caractériser sa pose; quant à la coiffure 
de la jeune fille, nous n'en avons pas de pareille ni dans les sculptures, ni 
dans les vitraux, mais elle a de la ressemblance avec la femme israélite 
assistant à la prédication de saint Etienne dans le tympan de la porte méri- 
dionale de Notre-Dame de Paris. Pour vêtement elle a, selon le fabliau, une 
longue chemise ou peut-être une de ces robes bleues (jue portent encore 
de nos jours les femmes de la Palestine et du Delta. 



1. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne s'y est pas trouvée à l'époque où elle a été 
acquise [lar M. l'at^-^uault. 



— 257 — 

L'artiste a évidemment eu en vue de représenter une Orientale, la jeune 
Indienne du conte. 

Ces détails ne sont conformes, à bien prendre, ni aux sculptures de Lyon, 
ni à celles de Cadouin ou de Paris; ils en diflêrent même essentiellement 
ainsi que des couvercles de boîte conservés à Berlin et du vitrail de Zurich. 
Il y manque en outre la bride avec mors qui se Irouve à toutes les re- 
présentations de ce sujet; à quoi attribuer celte lacune ou suppression 
d'un accessoire caractéristique? Toutefois ce fait n'a pas d'importance pour 
notre question, vu qu'il est en désaccord avec les œuvres allemandes 
comme avec les françaises et reste en dehors de l'appréciation à en faire. 

Celle-ci reste donc subordonnée aux seules conditions de style et des 
autres détails qui, en raison de leur non-conformité avec notre sculpture 
locale, portent à conclure que par la facture le bas-relief en bronze n'a pas 
appartenu à nos portes et n'est pas l'œuvre d'un artiste de l'école qui a 
produit les autres sculptures de l'édifice. 

Au surplus, comme dans la poésie allemande la séductrice est une des 
dames de la reine-mère et que dans le fabliau français il s'agit d'une In- 
dienne, notre bronze reproduisant ce dernier type, il y a donc outre son 
style une grande présomption en faveur d'une origine française, d'autant 
plus que dans la peinture sur verre le costume de la donzclleest confoi'me 
à la poésie allemande et qu'il n'y a aucun doute sur Toi-igine de cette 
peinture. 

m. 

NATURE DU MÉTAL ET POIDS. 

La troisième et dernière question concerne la natui-e du métal de la 
plaque et fexamen de sa conformité aux descriptions et à la tradition, 
ainsi qu'au poids du métal provenant de nos portes et livi'é lors de leur 
dépouillement à l'Arsenal. 

Dans les manuscrits et livres dont des extraits ont été donnés plusbaut, 
les indications relatives au métal sont variées. 

D'après Ileckler les images des saints martyrs étaient fondues en un 
métal qu'il dénomme nietalische Zincj; cela veut dire en étain ou en zinc. 
Ou bien a-t-il voulu mQ,[\,YQ melalisches Zeutj, matière métallique, qui équi- 
vaudrait à ce que de nos jours on appelle une composition? 

Il n'est pas probable qu'il ait pris la matière dont était fait le revêtement 
de nos portes pour du zinc pur; d'ailleurs, de son temps le métal, quoique 



— i258 - 

découvert au milieu du seizième siècle, ne servait guère qu'à être mé- 
langé au cuivre pour faire du laiton; quant à l'étain pur, il n'avait pas 
assez de dureté pour une pareille œuvre. 

C'est donc bien un métal composé que le docteur Ileckler a entendu 
désignei' et qu'il jugeait assez maniable ou facile à la fusion pour avoir 
pu se prêter à la production de la grande quantité de sujets dont il donne 
la description. 

Oseas Schadens et le docteur Behr se servent d'une autre dénomination. 
Ils disent: in Möss ou Messing gegossen, coulée ou fondue en laiton, sans 
tenir compte que cette composition, très en usage de leur temps, n'était 
pas connue en 1343, année qui, selon l'inscription qu'ils signalent eux- 
mêmes, a vu établir lesdites portes. 

Le premier, ainsi que Ileckler, signale que le métal formait un recou- 
vrement, tandis que selon Behr les vantaux étaient en laiton massif. 

Tous les trois d'ailleurs y voyaient une production faite par la fonte et 
le coulage, ce qui impliquait une assez forte épaisseur dont ils ne se sont 
j)as rendu compte. 

Quant à l'abbé Grandidier, il écrivait dans son cabinet sur le témoignage 
de manuscrits et de livres, ainsi que le font encore beaucoup d'écrivains 
de nos jours, sans voir les monuments, et même sans vérifier les ins- 
criptions; son témoignage, dans le cas présent, ne doit être admis que sous 
toute réserve'; il a traduit la description du livre de Bohren mettant 
toutefois qu'elles étaient en airain; selon cet auteur nos portes auraient été 
semblables aux portes antiques et à celles que l'on faisait encore dans les 
premiers siècles du moyen âge et plus tard à la renaissance. 

En résumé, ces diverses descriptions ne fournissent aucune donnée cer- 
taine sur la matière dont était fait le revêtement de nos portes; il était 
métallique, c'est le seul point sur lequel elles sont d'accord, et si on n'avait 
d'auties renseignements, elles permettraient de l'admettre semblable aux 
fragments. 

Quant à la tradition persistant jusqu'à nos jours, que les anciennes 
portes étaient en bronze massif, elle ne peut avoir sa source que dans le 
témoignage de personnes qui ont vu et apprécié à la manière de Behr et 
Grandidier ou qui ont simplement redit ce que ceux-ci avaient publié dans 
leurs livres. 

Au surplus il ne doit pas être attaché une trop grande importance au 
sens littéral de ces descriptions, ni môme de la tradition, vu que tant que 



l. Voiries articles de L. Schnéegans dans la Revue d'Alsace. Années 1850 et 1852, 



— 259 — 

l'ancienne décoration métallique se trouvait en place, elle figurait elTec- 
tivement des portes en bronze massif, dont elles avaient l'aspect et dont 
en définitive elles n'étaient qu'une imitation. 

L'épaisseur du métal n'a été mise en apparence et n'a été constatée que 
lors de leur déplorable destruction. 

J'ai cité, d'après les récits de M. L. Schnéegans, le témoignage du serrurier 
qui avait assisté et coopéré au démontage du métal, mais qui malbeureuse- 
mentne paraît pas avoir été questionné sur son épaisseur; toutefois il s'est 
rappelé que certaines parties étaient massives et finement ciselées (les deux 
têtes de lion et les deux poignées ou barres, sans doute) et qu'il y avait des 
plaques en cuivre rouge et d'autres en cuivre jaune ; il doit avoir dit 
encore qu'elles s'étaient trouvées si soigneusement attachées qu'il a fallu 
employer beaucoup de force pour les détacher à l'aide du ciseau et du 
marteau et que l'on en a brisé un grand nombre. 

Tout cela est un peu vague, mais il en ressort cependant qu'il ne peut 
être question de plaques en bronze qui, à 5 millimètres d'épaisseur, 
n'eussent pas été brisées si facilement. Pourquoi d'ailleurs M. Sulzer se 
serait-il rappelé ou aurait-il signalé (ju'il y avait des parties massives, s'il 
n'y en avait eu d'autres qui ne l'étaient pas? 

Il est un autre témoignage d'un contemporain et spectateur de la des- 
truction, auquel j'attache plus d'importance, non-seulement parce que je 
l'ai recueilli directement, sans aucun intermédiaire, mais surtout parce 
qu'il émane d'un homme dont les contemporains appréciaient hautement 
l'esprit judicieux et observateur et dont l'excellente mémoire n'avait jamais 
été en défaut. 

Au lendemain de la séance où, en 1839, le Conseil municipal avait voté 
les 80,000 francs pour l'exécution de nouvelles portes en bronze pour le 
portail principal de la Cathédrale, le respectable M. Momy', alors un des 
doyens du barreau de Strasbourg et ancien adjoint au maire, critiquant haute- 
ment non le vote du Conseil, mais la dénomination de portes en bronze 
que portail la délibération: «On doit refaire, disait-il avec raison, ce qui 
« a été anciennement; or, ce n'étaient pas des portes en bronze qui ont été 
« détruites à la Révolution, il n'y en avait pas, c'était un revêtement, une 
« espèce de couverture en feuilles de cuivre, minces comme du papier 
« à lettre {Postpapier), que l'on a arraché des vantaux.... De portes en 
« bronze il n'y en avait pas » 



t. M. Momy, ne en 17G7, avait donc 2G ans en 1793 et 72 ans en 1839. 



— -260 — 

A ce souvenir alfirmatif, cette déclaration lormelle se trouve en effet 
corroborée par la découverte faite plus tard de parcelles de métal sur les 
anciens vantaux mômes et par la présence aux archives de l'Œuvre 
Notre-Dame d'un reçu constatant la livraison à l'Arsenal d'une certaine 
quantité de cuivre qui n'a pu provenir que de nos portes. 

Il est ainsi conçu : 

« Le citoyen Louis Klotz ' a remis dans les magasins de l'Arsenal de la 
« ville de Strasbourg la (juantité de cent trente-sept livres de cuivre dont 
« partie garnie en fer provenant de la cy -devant Cathédrale, dont décharge 
« i Strasbourg le 21 Frimaire l'an 2^ de la Républif|ue française une et 
a indivisible. Le garde d'artillerie — Jaquinot. » 

Ce poids de iSl livres répond à peu près au poids qu'a dû avoir le revê- 
tement en cuivre d'après les parcelles retrouvées et l'épaisseur indiquée 
par le mot si caractéristique de feu M. Momy: comme du papier à letlre^ 
wie Postpapier. Il s'agit d'établir le fait. 

C'est le 4 frimaire an II que les représentants Saint-Just et Lebas ont pris 
leur regrettable arrêté de faire enlever les statues qui garnissaient les 
nombreux pinacles, piédestaux, etc., de la Cathédrale, alors temple de la 
Raison. 

L'ordre de commencer cette opération a été donné le IV et il y fut 
donné suite le même jour dès raidi. 

Bien qu'il porte que les statues déposées seront placées dans l'atelier 
des tailleurs de pierre, dit Steinhauerhütte , et qu'il ne soit fait aucune 
mention des portes, on y a mis trop de zèle, et au heu de déposer les 
statues avec soin, on abattit à coups de marteau celles placées à de grandes 
hauteurs et qui auraient demandé trop de temps pour être descendues 
entières. 

Les portes furent comprises dans la même opération, et le métal qui en 
fut arraché put, dès le 21, soit six jours après l'ordre donné, être trans- 
porté à l'Arsenal. 

D'un autre côté, comme il n'y avait alors à la Cathédrale aucune décora- 
tion en cuivre qui ait pu produire une pareille quantité de métaP, relati- 



1. L'appareilleur de l'atelier de la Cathédrale, un parent de mon grand-père, rarclii- 
tecte d'alors. 

2. Se trouve aux archives de l'uEuvre Notre-Dame. 

3. Les monuments funèbres et autres qui ont pu ôtre revôtus d'ornements ou de figures 
en cuivre ont, en partie, été enlevés en 1530 sur l'ordre du magistrat et en 1G82 sur 
celui du prince de Filrstemberg. 



— 261 — 

vement cependant peu importante, il faut bien admettre que la (juantité 
de 137 livres, constatée par le reçu, n'a pu provenir que des portes. 

Quant à supposer qu'une partie plus importante ait été transportée à la 
Monnaie, aucun document ou menlion ne l'autorise; la Monnaie n'a reçu 
qu'un ancien boulon doré placé plus anciennement au sommet de la flèche 
et qui se trouvait au magasin parmi les objets hors de service. Une quit- 
tance en a été donnée le 10 novembre 1791, soit deux ans plus tôt'. 

Une autre démonstration à invoquer est celle de la comparaison du poids 
constaté par le reçu de l'Arsenal avec celui qu'a dû avoir le métal d'après 
l'épaisseur des parcelles retrouvées (soit d'un cinquième de millimètre). 

La pesanteur d'un mètre cube de cuivre laminé ou forgé étant de 
8,250 kilogrammes, une feuille d'un cinquième de millimètre pèsera 
*^°7«ooo = 1^650, soit la cinq-millième partie dudit poids. 

La surface des anciennes portes était, y compris un cinquième en sus 
pour le recouvrement des feuilles, de 30™%964; il s'ensuit que le poids 
du cuivre = 30,964 x 1,650 51 '',0906 

En y ajoutant pour les parties massives et les clous 15 ,9717 

on obtient poii^ poids total 07*^ 0623 

répondant à 137 livres. 

Si maintenant on fait le même calcul pour reconnaître quel eût été le 
poids total du cuivre détaché s'il eût été composé de plaques semblables 
à celles du fragment de Nancy, soit de l'épaisseur de 5 millimètres, la pe- 
santeur du mètre cube de bronze pour statues et œuvres d'art étant 
8,950 kilogrammes, on aura '''",oo = 44,500 X 30,964 . . . 1385\6390 
et en ajoutant pour épaisseur des saillies 290 ,9185 

on obtient un poids total de 1676'^ 5575 

répondant à 3,425 livres, soit donc un poids 25 fois plus fort que celui 
constaté par le reçu. 

Un pareil écart est bien trop considérable pour pouvoir provenir soit 
d'une erreur, soit d'un détournement; la constatation d'un pareil poids eût 
d'ailleurs été faite avec plus d'importance et de formalités, vu qu'il se fût agi 
d'un don de plus de 5000 fr. au lieu des pauvres 200 francs représentés 
par les regrettables feuilles de l'année 1343. 

Il faut donc bien admettre l'exactitude du poids constaté par le reçu 
de l'Arsenal et dès lors reconnaître que le cuivre arraché des portes était 
de simples et très-minces feuilles et non des plaques en fonte. 



1. Se trouve aux archives de l'Œuvre Notre-Dame. 



^62 



CONCLUSION. 

Il résulte des descriptions extraites du manuscrit de Heckler, ainsi que 
des difTérenls ouvrages imprimés et traitant spécialement de la Cathédrale, 
que parmi les sujets qui se trouvaient représentés sur les anciennes portes 
il ne pouvait y avoir aucune scène du genre de celle représentée sur la 
j)laque de Nancy. 

L'examen des sculptures en pierre ornant le portail et dont le relevé a 
été donné sommairement, ne permet pas davantage d'admettre qu'il ait 
pu y avoir dans leur voisinage, et notamment aux vantaux de la porte du 
milieu, des représentations de sujets pris en dehors de l'Ancien et du 
Nouveau Testament ou de l'histoire des saints. 

D'un autre côté, la comparaison de la dimension des figures de la plaque 
en bronze avec celle des champs et cadres où devaient se trouver les sujets 
de l'ancien revêtement métallique des portes, ainsi qu'avec la grandeur 
des figures de la décoration générale en pierre du portail, fait reconnaître 
que les figures du bronze sont de moitié trop petites et n'OTit pu faire partie 
de la décoration d'origine des vantaux; il a été signalé d'ailleurs que, comme 
style, le bas-relief, dont le sujet est emprunté au Lay d'Aristote, n'appartient 
pas aux sculptures de notre région. 

Enfin il a été étabh que des plaques en bronze de 5 millimètres d'é- 
paisseur n'ont pu former le revêtement ancien; la petitesse des trous des 
clous apparents sur les vantaux s'y oppose, ainsi que la connaissance du 
poids constaté du cuivre enlevé et livré à l'Arsenal, en dehors des autres 
preuves plus ou moins importantes qui ont été produites. 

En vue de toutes ces données et considérations, qui résultent de docu- 
ments et faits reposant sur des pièces existantes et faciles à consulter et 
contrôler, on est autorisé à conclure que le fragment en bronze contenant 
en bas-relief la scène d'Aristote et de Phyllis, conservé dans le riche ca- 
binet d'antiquités appartenant aujourd'hui à l'honorable fils de feu M. le 
conseiller IJeaupré, ne provient pas de la décoration métallique primor- 
diale, remontant à 1343, qui s'est trouvée jusqu'en 1792 sur les vantaux 
de la porte principale de l;i Cathédrale de Strasbourg, et dès lors que ce 
fragment ne peut ni ne doit servir de prototype pour l'exécution des su- 
jets de sculptures à faire pour les nouvelles portes qui, selon le pro- 
gramme, doivent autant (jue possible se ratlacher aux souvenirs des portes 
(jui existaient. 



— r!0;5 — 

C'est uu fait dont iion-suiilcment mes recherches et [nés études m'ont 
mis en position de contester la réalité, mais dont l'importance, au point 
de vue des conséquences qui en pourraient être déduites, m'impose l'obli- 
gation de protester de toute la force de mes convictions. 

Reconnaître à la plaque de Nancy sa provenance erronée, obligerait en 
effet à baser toute la restauration de nos portes sur la dimension des 
figures trop petites de la moitié et de faire des plaques coulées en bronze 
au lieu d'appliquer des feuilles de cuivre avec estampage; ce qui serait 
contraire au système du quatorzième siècle et à toutes les autres don- 
nées qui ont été retrouvées et dont il a été fait mention. 

Ces conclusions et principalement la non-admission de la pLique en 
question comme spécimen et type à prendre pour modèle de la déco- 
ration sculpturale des nouvelles portes, ontnon-seulement été acceptées avec 
grande satisfaction par mes honorables collaborateurs à l'œuvre de nos 
portes, mais avec une sincère et complète conviction, qui a permis de re- 
prendre nos travaux, forcément interrompus, avec l'espoir de n'avoir 
plus de temps d'arrêt à subir, mais surtout avec l'assurance de pouvoir les 
continuer dans la voie dans laquelle ils ont été commencés sans aucune 
appréhension qu'ils puissent être en contradiction avec une pièce typique 
dont on était, ne la connaissant pas, porté à s'exagérer la valeur et Tim- 
portance'. 

Toutefois si à l'égard de l'appréciation de celte pièce le buta été atteint, 
il ne reste pas moins à rechercher et à expliquer par quelle circonstance 
le fragment qui a fait l'objet de nos investigations a pu passer pour avoir 
appartenu à nos anciennes portes. 

Deux faits incontestables ont, en effet, été mis au jour par nos recherches, 
savoir: 1° que la plaque en bronze a été acquise à Strasbourg au mo- 
ment de l'arrachement de la décoration en cuivrede nos anciennes portes, 
et qu'elle a été remise à M. Beaupré comme en provenant; 2" que le sujet, 
indiqué par M. Sulzer, d'un bouc portant un homme en croupe peut se 
rapporter au sujet du bas-relief de la plaque. 

Pour que ces faits, l'acquisition d'une part et l'appréciation du sujet 
d'autre part, émanant de deux personnes entièrement étrangères l'une à 
l'autre, aient pu se produire, on est forcément obligé d'admettre qu'au 
moment des dévastations faites à la Cathédrale en 1792, et peut-être quel- 
ques années auparavant, ladite plaque s'est réellement trouvée à nos portes. 



1. L'exécution en sera terminée eu 1876, et les nouveaux vantaux seront mis en place, 
selon toute probabilité, dans le courant de l'année suivante. 

T. IX. -(M.) 18 



— 264 - 

Or, cette présence de la plaque, toute bétérogène qu'elle a dû être, peut 
s'expliquer parde nombreux exemples de raccommodages que l'on pouvait 
autrefois constater à d'autres parties de la Cathédrale, comme à bien 
d'autres édifices anciens. 

En effet, au siècle dernier et encore au commencement du nôtre, on 
était peu scrupuleux à l'endroit de certaines réparations ou raccommodages; 
les restaurations, telles que les pratique l'époque moderne, n'étaient pas 
alors d'usage; on se contentait de consolider et de fermer les brèches 
avec n'importe quels fragments, pourvu que les matériaux fussent de 
même nature; ainsi dans les vitraux peints une quantité considérable de 
fragments ou panneaux de verre des douzième et treizième siècles se sont 
trouvés mélangés aux verrières des quatorzième et quinzième siècles au 
point qu'en les retirant on a pu reconstituer les sujets primitifs dans leur 
entier, et en fait de sculptures, outre de nombreuses transpositions de 
statues, il y a eu bien des têtes, bras et jambes et autres détails qui ont 
mis des années à reprendre leur véritable place. Or il a pu en être de 
même de notre fragment; un accident ou un arrachement, fait soit par 
malveillance ou cupidité (car des déprédations ont certainement eu lieu, 
et la pose des volets extérieurs en donnerait au besoin la preuve), aura 
produit une brèche, que l'on aura trouvé très-convenable de boucher avec 
une plaque que l'on avait en magasin, et qui, à cette occasion, a reçu la 
façon triangulaire d'un demi-losange. Quant au sujet, on n'y a pas eu d'é- 
gard, mais on a sans doute été enchanté de n'avoir pas à mettre une plaque 
unie. 

Resterait encore à expliquer la provenance de la plaque, qui se serait 
ainsi trouvée en magasin et est présumée avoir été si fortuitement réem- 
ployée; je n'ai rien pu retrouver à cet égard, si ce n'est que Schadens si- 
gnale qu'il y avait autrefois au chœur de grands candélabres et chandeliers 
avec des bases en pierre qui ont dû avoir des décors en bronze, puis en- 
core que lors du débadigeonnage les murs et piliers montraient de nom- 
breuses traces d'attache qui avaient dû maintenir des dalles commémo- 
ratives ou autres, sur lesquelles pouvaient également se trouver des décors 
en bronze; dans ce cas ces objets mobiliers auraient pu être envoyés de 
l'intérieur de la France ou d'autres pays, ce que les relations de famille ou 
d'amitié expliqueraient du reste. 

Quant au fait que la même plaque ou fragment ail pu, pendant 80 ans, 
être attribuée à une origine erronée et la conserver si longtemps sans 
conteste ni même doute, il n'est pas déjà si extraordinaire; les musées et 
les plus riches colleclions contiennent maints objets de plus grande impor- 



— 265 - 

lance avec de fausses indications d'origine; d'ailleurs, ainsi qu'il a été dit, 
l'existence de notre fragment était inconnue '. Conservé dans une collection 
privée où sa provenance avait été tout naturellement admise et rehaussait 
sa valeur artistique, il n'avait donné lieu à aucune espèce d'investigation, 
et d'ailleurs dans quel but aurait-on dû en faire? 

Il n'en eût pas été de même si le remarquable fragment avait été connu 
des archéologues de notre ville, et principalement de MiM.Junget Schnée- 
gans; ces savants et zélés scrutateurs ne m'eussent pas laissé la tâche de 
démontrer la fausse attribution de son origine et d'établir que sa prove- 
nance ne pouvait être imputée à notre localité. 

Quant à son origine véritable, il n'entre pas dans mon but et il n'est pas 
de ma compétence d'en faire la recherche; je laisse à des voix plus auto- 
risées de la déterminer, mais non sans attacher le plus grand intérêt à ce 
qu'elle le soit et sans faire des vœux pour que le mystère en soit bientôt 
éclairci. * 

Ce vœu je ne saurais l'émettre sans remonter à la source à laquelle 
nous devons la connaissance du curieux et précieux fragment, et sans 
rendre un tribut public de reconnaissant hommage à la mémoire de l'ho- 
norable et distingué collectionneur qui, sur la foi de sa provenance de 
notre Cathédrale, l'a conservé comme rehque et l'a fait parvenir jusqu'aux 
jours où son témoignage, quoique négatif à la vérité, a pu être invoqué 
et a contribué à une solution qui, d'aucune manière, ne saurait être taxée 
d'arbitraire et encore moins de prématurée. 

Strasbourg, avril 1875. 

G. Klotz. 



l. Si M. de Guilhermy en avait eu connaissance, il en aurait certes fait mention dans 
l'article dont un extrait a été donné plus haut; il n'en eut pas méconnu la valeur ni, 
sans doute, son origine française, et eût signalé ce curieux bronze avec les exemples en 
pierre qu'il avait relevés. 



TABLE DES MATIERES DU TOME IX. 



PAGES 

L. Spacii. Emprunt fait à Strasbourg par les républiques de Berne et de Zurich, à 
l'occasion d'une guerre de Genève avec le duc de Savoie (1589-1590) l 

— Négociations de Strasbourg avec Zurich et Berne au sujet de la restitution 
d'un dépôt d'argent et de céréales (1 687-1 688) i\ 

V. GuEUBER. Coup d'œil sur l'Architecture religieuse l'égionnaire de France .... 43 

— Ruines de l'abbaye de Stürzelbronn 67 

A. Straub. Autels portatifs en Alsace. (Avec une planche photoglyptique.) 73 

— iNotes généalogiques sur une ancienne famille patricienne de Strasbourg. ... 80 

— La première pierre de l'ancienne église des Dominicains à Strasbourg. (Avec 
une planche photoglyptique.) 89 

— L'église de Vieux-Thann et ses vitraux. (Avec une planche photographiée.). . • 98 

D. Fischer. Notice historique sur le couvent de la congrégation de Notre-Dame 

de Saverne ; III 

Gvss. Note sur quelques monuments funéraires à Obernai lüO 

F. X. Kraus. Kpitaphe d'un général strasbourgeois enterré à Pise I2fi 

(Fries.) Eglise des Dominicains, aujourd'hui Temple-Neuf et Bibliothèque. (Avec 

trois plnnches lithographiées.) \2H 

]). Fischer. Notice historique sur l'ancien couvent des récollets de Saverne. (Avec 

deux planches lithographiées) 13.") 

C. Schmidt. Note sur un recueil d'inscriptions fait par Thomas Wolf, de Stras- 
bourg, au commencement du seizième siècle loG 

— Notice sur le couvent et l'église des dominicains de Strasbourg jusqu'au 
seizième siècle 161 

— Note sur l'emplacement où était situé le couvent des dominicains i2i 

E. Salomon. Notice sur l'ancien Temple-Neuf et l'ancien Gymnase de Strasbourg. 
(Avec des planches phologlyptiques) 225 

A. Straub. Poteries acousticjues de l'ancienne église des dominicains (Temple- 
Neuf) de Strasbourg. (Avec une planche lithographiée) 231 

G. Klotz. Recherches sur un bas-relief en bronze attribué aux anciennes portes 
de la Cathédrale, faites à l'occasion de l'établissement des nouveaux vantaux. 
(Avec deux planches photoglyptiques) 235 



TABLE DES MATIÈRES. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 

PAGES. 

Séance du Comité du 19 juillet 1871 1 

Séance du Comité du 18 octobre 1871 2 

Séance du Comité du 6 avril 1872 4 

Séance du Comité du 30 mai 1872 6 

Séance générale du 6 mars 1873, à Strasbourg 7 

Séance du Comité du 11 mars 1873 21 

Séance du Comité du 3 avril 1873 22 

Séance du Comité du l" mai 1873 25 

Séance du Comité du 5 juin 1873 25 

Séance du Comité du 11 juillet 1873 26 

Séance du Comité du 7 août 1873 27 

Séance du Comité du 13 octobre 1873 28 

Séance du Comité du 29 décembre 1873 29 

Séance du Comité du 2 mars 1874 31 

Séance du Comité du 13 avril 1874 34 

Séance du Comité du 11 mai 1874 •. 36 

Séance du Comité du 8 juin 1874 - 38 

Séance du Comité du 2 juillet 1874 39 

MÉMOIRES. 

L. SpAcn. Emprunt fait à Strasbourg par les républiques de Berne et de Zurich, à 

l'occasion d'une guerre de Genève avec le duc de Savoie (1589-1590) 1 

— Négociations de Strasbourg avec Zurich et Berne au sujet de la restitution 
d'un dépôt d'argent et de céréales (1687-1688) 21 

V. GuERBEu. Coup d'œil sur l'Architecture religieuse régionnaire de France .... 43 

— Ruines de l'abbaye de Stürzelbronn 67 

A. SxuAtB. Autels portatifs en Alsace. (Avec une planche photoglyptique.) 73 

— Notes généalogiques sur une ancienne famille patricienne de Strasbourg. ... 80 

— La première pierre de l'ancienne église des Dominicains à Strasbourg. (Avec 
une planche photoglyptique.) 89 

— L'église de Vieux-Thann et ses vitraux. (Avec une planche photographiée.). . . 98 
l). FisciiEu. Notice historique sur le couvent de la congrégation de Notre-Dame 

de Saverne 111 

Gyss. Note sur quelques monuments funéraires à Obernai 120 

F. X. Kraus. Epitaphe d'un général strasboiirgeois enterré à IMse 126 

(Fries.) Église des Dominicains, aujourd'hui Temple-Neuf et Bibliothèque. (Avec 

trois planches lithographiées.) 128 



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