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Full text of "Précis des leçons d'architecture données à l'École polytechnique"


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Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

Lyrasis Members and Sloan Foundation 



http://www.archive.org/details/prcisdesleon02dura 



LEÇONS 



D'ARCHITECTURE. 



ON TROUVE 
chez l'A U T E U R, 

E T 

chez BERNARD, Libraire , 

he Recueil et Parallèle des Edifices de tout genre f 
anciens et modernes f remarquables par leur beauté ^ par 
leur grandeur ou leur singularité , et dessinés sur une 
même échelle, 1 5 Cahiers contenant 9 2 Planches in-folio y 
par Durand, 1 80 francs pour Paris. 



AVISAURELIEUR. 

Il placera après le Texte les trente-deux planches (jui appar- 
tiennent à ce Volume. 



PRÉCIS 

DES LEÇONS 

D'ARCHITECTURE 

DONNÉES 

A L'ECOLE POLYTECHNIQUE, 

P A R J. N. L. p U R A N D, 

ARCHITECTE ET PROFESSEUR D'ARCHITECTURE. 

SECOND VOLUME 

CONTENANT TRENTE-DEUX PLANCHES. 

Prix , ao francs. 



A PARIS, 

l'A u T E u R , à l'Ecole polytechnique , 
j etBERNARD, Libraire de l'Ecole polytechnique, 
^ et de celle des Ponts et Chaussées , quai des Augustins, 
n.** 31 , au premier, près la rue Gît-le-Gceur. 

A^ XIII, (iSo5.) 



fsjû 



DISCOURS 



ERRATA. 

Page 1 5 , Ligne i o , bonnes , lisez, bonne. 
__ ig — 13, suscombinaison , lisez surcotnbinaison.' 

— 22 — i5, Siagone , lisez Sicyone. 

— 23 — 25 , redoute , lisez rotonde 

— idem — 27 , Cestins , lisez Ccstius. 

— 24 — 23 j remonter , lisez rencontrer 

— 27 — 2 , Oliverdikan , lisez Aliverdikan. 

— 29 — 23 , Bri;ikis , des Scopos , lisez Briaxis , des Scopas. 

— 3i — 4, cette décoration il'ordre corinthien consiste en un pilastre, 

lisez cette décoration consiste en un ordre corinthien 
pihistre. 
idem— 10, arcades- là sont, lisez arcades le sont 

— idem — 17, anse de panier pour, Usez anse de panier 3 pour. 

— idem — 18, décoration; dans, lisez décoration dans. 

— 34 — I» 5 placainsi , lisez place ainsi. 

— 54 — 24 , Orimanduée , lisez Osimanduée. 

— 59 — 9 , à découvert de tous cotés , lisez découverts. 

— 78 — 10 , une maison peut ne renfermer qu'une cour. Si le ferrein est 

petit, elle peut en avoir deux. Si son étendue est médiocre, 
lisez une maison peut ne renfermer qu'une cour si le 
terrein est petit ; elle peut en avoir deux si son étendue 
est médiocre. 

— 82 — 27 , ponts coupés , lisez pans coupés. 

— 97 — 8 j être , lisez être. 



DISCOURS PRELIMINAIRE. 

jLjES Ingénieurs étant chargés plus fréquemment que 
jamais d'élever des édifices importans, on ne saurait trop 
recommander aux élèves de l'Ecole pol) technique l'étude 
de l'Architecture, et en même temps leur faciliter les 
moyens de s'y livrer avec succès. 

Les elè\es sortent de cette Ecole assez instruits pour 
apprécier le mérite d'un édifice, et faire toutes les épures 
nécessaires pour l'exécution; on trouve même quelquefois 
dans leurs compositions, toutes rapides qu'elles sont, des 
idées heureuses, et rarement de ces fautes grossières que 
l'on remarque trop souvent dans des édifices même très- 
célèbres; c'est beaucoup sans doute pour le peu de temps 
qu'ils donnent à cette étude; mais à coup sur cela ne leur 
suffit pas pour remplir dignement les fonctions impor- 
tantes dont ils ne tardent pas à se trouver chargés pour la 
plupart. 

L'Architecture est tout à la fois une science et un art ; 
comme science, elle demande des connaissances; comme 
art, elle exige des talens; le talent n'est autre chose que 
l'application juste et facile des connaissances, et cette jus- 
tesse et cette facilité ne peuvent s'acquérir que par un 
exercice soutenu, par des applications multipliées ; on 
peut dans les sciences connaitre parfaitement une chose 
après que l'on s'en est occupé une seule fois ; mais' dans 
les arts on ne peut la savoir bien faire qu'après l'avoir 
faite un nombre de fois plus ou moins considérable. 

Pour qu'un projet soit bien conçu, il faut qu'il le soit 
d'un seul jet, ce qui ne peut se faire si l'on n'est familiarisé 
de longue main avec toutes les parties qui doivent entrer 

A 



2 DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 

dans sa composition, sans quoi l'attention partagée sur les 
détails se détourne de l'ensemble, et l'imagination refroi- 
die ne produit alors que des choses faibles, mauvaises, et 
souvent même devient incapable de produire quoi que ce 
soit. 

Nous invitons donc encore une fois les élèves à étudier 
le plus possible l'Architecture dans les diverses Ecoles 
spéciales où ils doivent passer au sortir de l'Ecole poly- 
technique; nous les exhortons à ne pas se reposer sur leurs 
connaissances, ni même sur le commencemîmt de talent 
qu'ils peuvent avoir, mais au contraire à revenir souvent 
sur chacun des objets dont ils se sont occupés, afin de se 
les rendre extrêmement familiers; enfin de les traiter avec 
méthode, seul moyen de travailler avec fruit. 

Or comme, malgré le peu de temps que ce? élèves peuvent 
consacrera l'Architecture dans l'Ecole polytechnique, la 
marche qu'ils ont suivie parait leur avoir été avantageuse, 
nous pouvons espérer qu'elle le leur sera encore lorsque 
dans les autres Ecoles ils auront plu"? de temps pour se 
li\ rcr à l'étude de cet art; nous croyons donc de\oir com- 
mencer le précis de la troisième partie de notre Cours, qui 
fait l'objet de ce second \olume , en leur rappelant la 
marche que nous avons suivie, ainsi queles principales idées 
de notre Cours. 

Ce Cours est divisé en trois parties. 

Dans la première i.ous nous sommes occupés des elé- 
mens des ediiices, qui sont les murs, les portes, les croisées 
et les arcades , les soutiens engagés et isolés, nommés pi- 
lastres, colonnes, piédroits; les planchers, les voûtes, les 
combles et les terrasses; nous avons examiné les divers ma- 
tériaux qui peuvent entrer dans leur construction, la ma- 
nière dont ils doivent y être employés; enfin les formes et 



DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 3 

les proportions dont clicicun de cejolémons est susceptible. 
Tous les objets qui peuvent entrer dans la compotilioii 
des edilices étant bien connus, nous avons cherché dans la 
seconde partie comment on de\ait les combiner entre eux, 
comment on devait les disposer les uns par rapport aux 
autres, tant horizontalement que verticalement ; lamiliari- 
sés avec CCS diverses combinaisons, nous les a vous employées 
à la formation des difTérentes parties des édifices, tels que 
les portiques, les porches, les vestibules, les escaliers, les 
salles de diverses espèces, les cours, etc. ; enfin combinant à 
leur tour les difTérentes parties des edilices, nous sommes 
parvenus à la composition de leur ensemble en général. 

Dans la troisième partie nous nous sommes occupés d'une 
manière plus spéciale de la composition de chaque genre 
d'édifice en particulier; nous avons d'abord jeté un coup- 
d' œil sur les abords des villes, sur leurs entrées, sur les 
rues, les ponts, les places publiques qui établissent une com- 
munication entre leurs différentes parties; ensuite nous 
avons passé en revue les principaux édifices publics néces- 
saires au Gouvernement, à l'instruction, à la subsistance, 
au commerce, à la santé, au plaisir, à la sûreté, etc. ; enfin 
nous avons porté notre attention sur ceux destinés à l'habita- 
tion, telles que les maisons particulières à la ville, les mai- 
sons a loyer, les maisons de campagne, les fermes, les hô- 
telleries , etc. 

Cette marche, comme on le voit, n'est autre que celle que 
l'on suit dans toutes les sciences et dans tous les arts; elle 
consiste de même k aller du simple au composé, du connu à 
l'inconnu; une idée prépare toujours la suivante, et celle-ci 
rappelle toujours celle qui la précède; nous ne croyons pas 
qu'en étudiant l'Architecture on puisse en suivre une autre, 
à plus forte raison que l'on n'en doiNe suivre aucune, ainsi 

A 2 



4 DISCOURS PRÉLIMINAIRE, 

que le l'ont beaucoup d'architectes, qui disent que les régies , 
les méthodes sont autant d'entraves pour le génie. Loin de 
partager une telle opinion, nous pensons au contraire 
qu elles en facilitent le développement et en assurent la 
marche; au reste la raison peut se passer du génie, tandis 
que celui-ci ne saurait l'aire que de faux pas, s'il n'est 
conduit et éclairé par la raison. 

Quelque avantageuse que cette méthode nous paraisse 
pour la rapidité de l'étude, nous Taririons cru insuffisante 
pour son succès, si nous n'eussions fait précéder la suite d'ob- 
servations particulières qu'elle nous offre, d'observations 
plus générales; si avant de nous occuper des elémens des 
édifices, de la composition de leurs parties et de leur en- 
semble, en lin mot de l'Architecture, nous n'avions pas su 
ce que c'est que l'Architecture, pourquoi nous en faisoufe, et 
comment en général nous devon.N la faire. 

Ilnousadojic paru indii-pensable de fixer d'abord notre 
attention sur la nature de cet art , sur le but qu'il se propose , 
sur les moyens qu'il doit em.plo}er; enfin de déduire de ces 
observations des principes généraux sur le.^quels pussent 
reposer solidement tous les principes particuliers. 

En examinant ces differens objets, nous avons remarqué 
que l'Architecture était l'art dont les productions exi- 
geaient le plus de peine ou de dépense, et que cependant 
c'était celui qui de tout temps avait été de l'usage le plus 
général. 

Que les hommes étaient naturellement aussi ennemis de 
toute e.'pèce de peine qu'acides du bien-être; qu'il falhiit 
par conséquent que l'Architecture leur eut ofl'ert de bit n 
grands avantages pour les déterminer à s'en occuper d'une 
manière aussi générale et aussi constante. 

Qu'en effet elle est de tous les arts celui qui nous procure 



DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 5 

les avantages le.s plus iinmédiats, le.^ pîu? importaiis et les 
plus nombreux; qu'à l'Architecture l'c-pèce humaine doit 
sa conser\ation, la société son existence, tous les autres 
arts leur naissance et leurs dé\eloppcmen? ; qu'à elle par 
conséquent rhommed(jit la somme de bonheur et de gloire 
dont la Nature lui a permis de jouir. 

Qu'au lieu de ces avantages inappréciables, si l'Architec- 
ture n'eut oflert aux hommes que l'avantage frivole de ré- 
créer leurs yeux, elle eut bientôt été forcée de céder la place 
à la peinture et à la sculpture, arts dont les productions 
faites pour parler non-seulement aux yeux, mais encore 
pour parler à l'ame, sont incomparablement plus faciles 
à acquérir. 

Que par conséquent l'Architecture ne peut avoir pour 
but l'agrément, mais bien l'utilité. 

Que quand même plaire serait le but de l'Architecture, 
l'imitation, moyen qu'on lui fait emprunter des autres 
arts, serait incapable de le lui faire atteindre; car pour que 
le plaisir résulte de l'imitation, il faut que le modèle qu'on 
se propose d'imiter soit un objet de la Nature, hors de 
laquelle nous ne connaissons rien , hors de laquelle rien 
par conséquent ne peut nous intéresser; il faut en outre 
que l'imitation de ce modèle soit parfaite : or des deux 
modèles que l'on offre à l'Architecture, l'un (la cabane) 
n'étant rien moins qu'un objet naturel , ne pouvant pas 
même être considérée comme un objet d'art, ne doit pas 
con.-équemment être imité dans ses formes; l'autre (le 
corps humain) n'ayant aucune analogie de formes avec 
un corps architectural, ne peut être imité dans ses pro- 
portions. 

Que quand même il y aurait quelque analogie entre les 
deux espèces de corps , toujours serait-il sou\ erainement 



6 DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 

ridicule, en voulant plaire par l'imitation, de choisir une 
imitation analogique, c'est-à-dire, éloignée, telle que les 
architectes prétendent le l'aire, au lieu d'une imitation 
positive et prochaine telle que les peintres et les sculp- 
teurs le font. 

Continuant nos observations, nous avons vu que, pour 
que le moyen employé par un art quelconque fut efficace, 
il fallait qu'il fut relatif à la nature de cet art et à notre 
organisation ; que l'Architecture est un art essentiel à notre 
existence et à notre bonheur; maïs qu'il nous vend chère- 
ment les avantages qu'il nous procure; que nous sommes 
amis du bien-être et ennemis de toute espèce de peine ; 
que conséquemment, en élevant des édifices, nous de\ons 
naturellement le faire de manière à nous procurer le plus 
d'avantages possibles a^ec le moins de peine ou de dépense 
possible; qu'il fallait pour cela que les édifices que nous éle- 
vons fussent disposés de la manière la plus convenable et la 
pi us économique possibles. 

Qu'ainsi la convenance et l'économie étaient les moyens 
propres à l'Architecture, et non l'imitation. 

Que pour qu'un édifice fut parfaitement convenable, il 
fallait qu'il fut solide, salubre et commode. 

Que pour qu'il fut le moins dispendieux possible, il fal- 
lait qu'il fut le plus symmétrique, le plus régulier, le plus 
simple possibles. 

Que lorsqu'un édifice .a tout ce qu'il faut, rien que ce 
qu'il doit avoir, et que tout ce qui lui est nécessaire se 
trouve disposé de la manière la plus économique, c'est-à- 
dire, la plus simple, cet édifice a le genre et le degré de 
beauté qui lui convient; que \'ouloir y ajouter autre chose 
que des ornemens de peinture ou de sculpture , c'est affoi- 
blir et quelquefois même anéantir son style, son carac- 



DISCOURS pri':liminaire. 7 

tère, en un mot toutes les beautés qu'on clierclie à lui 
donner. 

Qu'ainsi, sous quelque rapport que l'on (>n\isngo l'Ar- 
cliiiecture, on ne doit point eliercher à plaire au mo}en 
d'une prétendue décoration archiicctonique uniquement 
fondée sur l'emploi de certaines lormes et de certaines 
proportions qui, n'étant fondées elles-mêmes que sur une 
imitation chimérique, sont incapables de causer le moindre 
plaisir. 

Que la disposition est dans tous les cas la seule chose dont 
doive s'occuper l'architecte, pui.^que si cette disposition 
est aussi convenable et aussi économique qu'elle peut 1 être , 
il en naitra naturellement une autre espèce de décoration 
architectonique véritalement faite pour nous plaire, puis- 
qu'elle nous pi ésentera l'image fidelle de nos besoins satis- 
faits, satisi'action à laquelle la Nature a attaché nos plai- 
sirs les plus ^ rais. 

A chaque pas que nous avons fait ensuite dans l'étude 
de l'Architecture, nous avons eu occasion de nous con- 
vaincre de la vérité et de l'importance de ces observations. 

En examinant les diiTtrens matériaux et la manière de 
les employer, nous avons vu qu'ils différaient les uns des 
autres soit par la dimension, soit par la forme, soit par la 
couleur; et qu'étant employés convenablement, ils devaient 
naturellement contribuer à donnerauxedifices, ainsi qu'aux 
différente.'- parties de chaque édifice, l'effet, la variété, le 
caractère qui leur convient. 

Que parmi ces matériaux les uns étaient durs, difficiles 
à travailler , par conséquent fort chers, et les autres tendres, 
d'un travail facile, et par conséquent à meilleur marché; 
qu'il était naturel d'employer les premiers à la construc- 
tion des édifices publics les plus importans, édifices dans 



8 DISCOURS PRÉLIMINAIRE, 

lesquels les convenances doivent être parfaitement rem- 
plies, à tel prix que ce puisse être; qu'il l'était de même 
de faire usage des seconds dans les édifices particuliers de 
la dernière classe, où l'on est toujours borné par la dé- 
pense, et dans lesquels on doit se contenter de remplir les 
convenances le mieux possible , d'après la dépense fixée ; 
qu'entre ces deux genres d'édifices il y en avait une foule 
d'autres, dans lesquels il était naturel de faire usage des 
deux genres de matériaux tout à la fois. 

Que toutes les parties d'un édifice né fatiguaient pas 
également , qu'on pouvait par conséquent se contenter d'em- 
ployer les matériaux durs dans celles qui en composent 
l'ossature, tels que les angles des édifices, les piédroits des 
portes, des croisées et des arcades ; les chaines perpendicu- 
laires qui reçoivent la retombée des voûtes ou la portée des 
poutres; les chaines que l'on doit placer à la rencontre des 
murs de refend et des murs de face; les divers soutiens 
isolés; enfin les chaines horizontales qui, en reliant toutes 
les parties entre elles, en assurent la solidité, et faire en 
matériaux tendres toutes les parties qui ne sont que de 
remplissage;quedecettedisposition de matériaux naissaient 
une foule de décorations architectoniques différentes, toutes 
capables de satisfaire également et les yeux et l'esprit. 

Qu'il était par conséquent aussi ridicule qu'infructueux 
de chercher à décorer les édifices par des moyens chimé- 
riques et dispendieux, tandis que la Nature et le bon sens 
nous en offrent de si surs et de si simples, même dans la seule 
construction. 

De l'examen des matériaux et de la manière de les em- 
ployer passant aux formes et aux proportions des divers 
elémens des édifices, nous avons reconnu que si l'imitation 
de la cabane et du corps humain ne pouvait nous offrir rien 

de 



DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 9 

de satisfaisant sous aucun rapport, l'usage do ces divers 
elémenset la nature des matériaux qui peuvent être em- 
ployés dans leur construction nous indiquaient suffisam- 
ment les princip(.'S que nous devons observer à cet égard. 

Nous avons vu qu'un soutien engagé devait être quarré 
dans son plan, atin de se relier le mieux possible a\'ec les 
parties de remplissage qui l'avoisinent ; qu'un soutien isolé 
de\ait être en général cylindrique, Ibrme la plus propre à 
faciliter la circulation ; que les soutiens isolés devaient être 
élevés au-dessus du sol pour la salubrité; qu'ils devaient être 
reliés dans la partie supérieure par un architrave ; qu'ils 
devaient 1 être pareillement avec le mur par une seconde 
architrave que l'on nomme improprement frise ; que ces 
deux architraves, ainsi que l'espace vide qui reste entre 
elles, devaient être recouvertes par une corniche dont la 
saillie fut propre à rejeter les eaux loin du pied de l'édi- 
fice; que les colonnes devaient s'élargir dans la partie su- 
périeure au moyen d'un chapiteau pour assurer la solidité 
de l'architrave en en diminuant la portée, etc. 

Que dans les édifices les plus simples construits avec des 
matériaux peu résistans les soutiens quelconques devaient 
être courts, afin de conserver une solidité suffisante ; que 
dans les édifices les plus importans construits avec des ma- 
tériaux plus durs ils pouvaient être d'une proportion plus 
élégante ; qu'entre les deux extrêmes on pouvait intercaller 
autant de moyens proportionnels qu'il y a d'édifices entre 
le premier et le dernier. 

Que dans le premier genre d'édifices l'économie prescri- 
vait d'écarter les soutiens, le plus possible, pour en dimi- 
nuer le nombre dans un espace donné; que dans le second la 
convenance exigeait qu'ils fussent rapprochés , le plus pos- 
sible, pour assurer et prolonger la durée de l'édifice. 

Que dans le premier cas les architraves qui relient les 

B 



10 DISCOURS PRELIMINAIRE, 

soutiens, pour n'être pas sujettes à 5e rompre, doivent 
avoir plus de hauteur que dan? celui où les toutiens sont 
plus rapprochés j que les secondes architraves ou les frises 
doivent avoir dans tous les cas une hauteur égale à celle 
de l'architrave proprement dite, puisque toutes deux rem- 
plissent des fonctions semblables; que la corniche doit être 
plus ou moins forte, selon que 1 édifice a plus ou moins de 
hauteur; enfin que la saillie et la hauteur de la corniche 
doi\ent être égales, parce que moins haute que saillante 
elle manquerait de solidité, et qu'ayant moins de saillie que 
de hauteur elle ne remplirait pas son objet. 

Ayant ainsi reconnu les formes et les proportions essen- 
tielles de l'Architecture que dans tous les temps on a du na- 
turellement employer, nous avons examiné celles des édi- 
fices antiques adoptées généralement en Europe , et dont 
l'habitude nous a fait en quelque sorte un besoin; nous 
avons" remarqué que les formes et les proportions variaient 
sans cesse dans ces édifices; que les colonnes d'un même 
ordre n'avaient jamais la même proportion, et que les co- 
lonnes d'ordre différent avaient souvent une proportion 
semblable ; qu'il y avait des colonnes que nous appelons 
à! ordre dorique , telles que celles du temple de Coré, 
dont la proportion était plus haute que celle de cer- 
taines autres colonnes nommées par nous corinthiennes , 
telles que celles de la tour des vents à Athènes, du colisée à 
Rome, etc. (Foyez les planches 64 et 68 du Parallèle des 
edifices);qu'ily avait des colonnes ioniques d'une propor- 
tion égale à celle de ces dernières, et par conséquent moins 
hautes que celle des colonnes du temple de Coré, telles que 
celles d'un temple situé sur les bords de l'ihssus, etc. 
(Foyesla planche 64 du Parallèle). Nous en avons conclu 
avec un célèbre professeur, M.Leroy, que les Grecs ne re- 
connaissaient pas ces ordres distincts dans lesquels les mo- 



DISCOURS PRÉLIMINAIRE. n 

dernesroiitcon.^ister l'essence de l'Architecture et le prin- 
cipe de toute beauté en décoration; que ces peuples ne 
voyaient dans ce que nous appelons Les ordres que des sou- 
tiens et des parties soutenues, objets utiles qu'ils propor- 
tionnaient, non d'après l'imitation de quoi que ce soit, mais 
d'après les principes éternels de la convenance. 

Qu'ainsi l'étude des édifices élevés par ces Grecs si éclai- 
rés en Architecture ne pouvait nous être qu'extrêmement 
aAantageuse; qu'elle pouvait suppléer à l'expérience d'une 
foule de siècles qui nous manque, fixer enfin les idées peut- 
être trop vagues que la seule considération de la nature 
des choses nous donnerait relativement aux formes et aux 
proportions des elémens des edi lices. 

C'est en effet par la comparaison que nous a\ ons faite 
de tous les édifices antiques que nous avons décou\ ert les 
limites que l'on ne doit pas outre-passer dans les propor- 
tions des soutiens et des parties soutenues; que nous avons 
reconnu que le soutien le plus court ne devait pas avoir 
en hauteur moins de six diamètres et que le plus élevé 
n'en devait pas avoir plus de dix; que îa hauteur de l'en- 
tablement le plus fort ne devait pas être de plus du tiers 
de la colonne et celle du plus bas moins du cinquième; 
que l'entre-colonnement le plus large ne pouvait pas avoir 
plus de trois diamètres et demi et le plus étroit moins 
d'un diamètre et demi; systèmes entre lesquels on peut 
en placer autant d'autres qu'on le jugera néces.-aire et 
qui tous offriront des rapports aussi exacts qu'il est possi- 
ble entre les parties qui soutiennent et les parties sou- 
tenues. 

Des formes et des proportions générales des édifice? an- 
tiques passant à celies de détail , nous avons remarqué 
dans la plupiirt de celles-ci beaucoup moins de sagesse 
que dans les premières ; nous n'en avons pas moins été 

B 2 



12 DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 

persuadés cependant que l'étude et la comparaison des 
difFérens détails antiques nous seraient encore avanta- 
geuses , puisqu'elles nous feraient connaître ceux de ces 
détails que l'on doit adopter, rejeter ou simplement to- 
lérer; qu'il s'agissait seulement pour cela d'étudier l'an- 
tique avec les yeux de la raison, au lieu, comme on ne 
le fait que trop souvent , d'étouffer celle-ci par l'autorité 
de l'antique. 

Qu'au reste le préser^'atif contre l'admiration aveugle 
et l'imitation servile de quelques détails antiques que la 
raison réprouve se trouvait dans l'antique lui-même, puis- 
qu'à chaque pas il nous offre des détails de même nature 
traités d'une manière diamétralement opposée; qu'il n'y 
avait par conséquent rien de si facile que d'accorder la 
raison avec l'habitude que nous avons contractée d'admi- 
rer et d'employer des détails antiques. 

Qu'en effet si l'exemple de quelques édifices antiques 
a pu nous engager à donner des bases aux colonnes , mal- 
gré l'inutilité, l'incommodité et la dépense de ces mêmes ba- 
ses , non - seulement une foule d'exemples de colonnes 
doriques , mais quelques - uns même de colonnes corin- 
thiennes autorisent la raison à les proscrire. 

Que si la délicatesse et la beauté du travail de quelques 
chapiteaux ioniques a pu nous en faire adopter la forme, 
malgré son inconvenance et sa bizarrerie , la convenance 
parfaite du chapiteau dorique grec, l'usage presque gé- 
néral que l'on en a fait dans la Grèce, plusieurs exemples 
de son emploi sur des colonnes de proportion ionique, 
nous autoriseront de reste à rejeter pour toujours une 
forme de chapiteau aussi ridicule que celle du chapiteau 
ionique. 

Que si la grâce de la forme générale , l'élégance de la 
proportion du chapiteau corinthien nous a , en quelque 



DISCOURS PRÉLIMINAIRE. i3 

sorte, forcét; de le copier avec son tailloir IVêle et chan- 
tourné, et ses volutes en forme de coupeaux, l'exemple 
des chapiteaux corinthiens du tombeau de Mylassa et de 
la tour des vents où les tailloirs sont quarrés et où l'on 
ne remarque pas de volutes, les exemples plus nombreux 
encore de ces superbes chapiteaux égyptiens composés dans 
le même système sont des autorités bien capables de nous 
rassurer, lorsque nous voudrons oter au chapiteau corin- 
thien ce qu'il a d'insigniiiant et d'inutile, et que nous vou- 
drons lui rendre ce qui lui manque pour remplir parfai- 
tement sa destination. 

Que si les triglyphes qui ne ser\ent à rien, qui ne res- 
semblent à rien ou du moins à rien de raisonnable , se 
rencontrent presque toujours dans le, édifices doriques 
grecs ou romains , les edilices de ce genre offrent cepen- 
dant plusieurs exemples où les triglyphes sont supprimés, 
tels que la chapelle d'Agraule à Athènes, les bains de 
Paul-Emile et le colifée à Rome, l'amphithéâtre de Nismesj 
que de plus les Grecs n'ayant point connu de distinction 
d'ordre et n'ayant pointmisdetriglyphesdansles frises ioni- 
ques et corinthiennes où cependant ils auraient été aussi 
nécessaires, s'ils l'avaient été dans la frise de l'ordre do- 
rique, nous sommes fondés à les faire disparaître à jamais 
sans blesser nos habitudes ni le respect que l'antique a 
droit de nous inspirer. 

Ayant ainsi distingué parmi les détails antiques ceux 
qu'on doit adopter de ceux qu'on doit rejeter, nous avons 
jeté un coup-d'œil sur ceux que l'on peut tolérer, c'esf-à-dire, 
Êur les moulures et sur leurs combinaisons. Nous avons 
remarqué que les moulures ne servant à rien, ne ressem- 
blant à rien, ne méritaient notre attention qu'à raison de 
l'habitude que nous avons d'en faire usage, que d'après 



14 DISCOURS PRÉLIMINAIRE, 

cela nous devrions les employer avec une extrême sobriété; 
que leur assemblage ne pouvant nous causer aucun plaisir 
réel, nous devions nous borner à tacher qu'il ne nous 
déplut pas; qu'il Fallait pour cela qu'à l'exemple des Grecs 
dans leurs ordres doriques et ioniques et à l'exemple des 
Romains dans leurs ordres corinthiens, ces assemblages 
de moulures appelés propls eussent des mouvemens bien 
prononcés, que les moulures droites fussent mariées avec 
intelligence •a^'ec les moulures courbes; enfin , que des 
moulures fines offrissent une opposition sensible avec des 
moulures fortes. 

De tout ce que nous avons observé sur les formes et 
les proportions nous avons conclu que , quelques rai- 
sonnables que fussent celles qui émanent de la nature 
des choses, il ne fallait cependant pas attendre un grand 
plaisir de leur emploi; car pour que ce plaisir fut très- 
sensible, il faudrait que les unes et les autres se manifes- 
tassent de la manière la plus évidente, que l'œil put 
saisir leurs rapports avec la plus grande exactitude, ce 
qui ne pourrait être qu'autant qu'elles se présenteraient 
toutes dans un même plan \erticc".l,et coquine se rencontre 
jamais , ni ne peut jamais se rencontrer ; que ce que nous 
disions dos formes essentielles à plus forte raison devions- 
nous le dire de celles qui ne puitent leur mérite que dans 
notre habitude de les considérer, mérite qui n'en serait 
rien moins qu'un pour les peuples de l'Asie et de l'Afri- 
que ; qu'ainsi, en employant ces dernières, nous de\'ons 
moins chercher à satisfaire l'œil qu a ne le pas choquer, 
et qu'en employant les autres, nous ne devions avoir en 
vue que la convenance et l'économie qu'elles peuvent 
apporter dans les édifices ; bien persuadés que nous de- 
vons être , de quelque manière que nous envicagions 



DISCOURS PRF-LniIN AIRE. i5 

l'Architecture, qur tes beauté.^ pro\iennent moins delà 
forme et de la proportion des objets dont elle fait usage 
que de leur di.-po?inon. 

Passant des elémens des édifices à leur combinaison 
nous avons vu que dans un édifice quelconque les co- 
lonnes doi\ eut toujours être espacées également , ann de 
soutenir une égale portion du fardeau; qu'elles doivent 
être éloignées du mur au moins d'un entre -colonne, sans 
quoi elles ne serviraient à rien ; que cette combinaison 
de murs et de colonnes, bonnes pour des édifices peu 
considérables dans lesquels on emploi.c les soutiens les 
plus courts et les plus espacés , ne conviendrait pas à des 
édifices d'une très- grande importance dans lesquels on 
emploieroit des soutiens plus élevés et plus rapprochés , les 
portiques qui en résulteraient devenant trop étroits pour 
leur usage et pour leur hauteur; que pour rendre ces por- 
tiques convenables , il fallait , au lieu d'un entr'-axe 
entre l'axe du mur et celui des colonnes, en mettre deux, 
quelquefois jusqu'à trois. 

Que la nature de la construction de la partie supé- 
rieure des portiques donnait encore naissance à d'autres 
combinaisons; que, si un portique de plusieurs entr'-axes 
de largeur au lieu d'être plafonné était voûté, un seul 
rang de colonnes ne suffisant pas pour résister à la pous- 
sée de la voûte, il fallait en mettre un second sur l'axe 
suivant ; que, si cette voûte au lieu d'être cylindrique était 
en plate- bande , il fallait placer des colonnes sur toutes 
les intersections des axes. 

Que les pilastres n'étant que des soutiens engagés , des 
chaines de pierre qui entrent dans la composition de l'os- 
sature des édifices, leur place était fixée aux angles de 
ces édifices , aux endroits où les murs de refend se réu- 
nissent aux murs de face, et à la tête des murs latéraux 



i6 DISCOURS PRÉLIMINAIRE 

des porche?, ainsi que nous l'avons vu en nous occupant 
de l'emploi des matériaux; que les murs étant toujours 
beaucoup plus éloignés les uns des autres dans un édifice 
que les colonnes ou soutiens isolés qui s'y rencontrent > 
l'intervalle qui sépare deux pilastres ne doit pas être moin- 
dre que de trois entr'-axes. 

Que les murs de fece étant destinés à clore les édifices, 
et que la ligne droite étant la plus courte, ces murs de- 
vaient aller directement d'un angle à l'autre d'un édifice, 
ou de chacune de ces parties sans ressaut sans avant- 
corps; que les murs de refend étant destinés non -seule- 
ment à diviser les édifices mais encore à relier entre 
eux les murs de face , doivent s'étendre dans toute la lon- 
gueur ou la largeur des édifices; et que lorsqu'on est obligé 
de les .interrompre, on doit du moins opérer cette réunion 
dans la partie supérieure, soit par des arcs, soit par des 
poutres; que par la même raison, s'il ya des colonnes à 
l'extérieur de l'édifice, il faut que cesmurs correspondent 
à l'une d'ehtre elles. 

Que les portes et les croisées, pour donner un libre 
passage à l'air eî à lalumière, doivent se correspondre sur de 
nouveaux axes placés entre ceux des murs ou des colonnes. 

Nous avons vu ensuite que toutes les combinaisons ver- 
ticales possibles naissaient de ce petit nombre de combi- 
naisons horizontales et que de la réunion de ces deux 
espèces de combinaisons résultaient tout naturellement 
une foule de décorations architectoniques différentes, et 
toutes également satisfaisantes , comme étant le résultat 
exact de la disposition et de la construction. 

Qu'ainsi, lorsque l'on voulait exprimer graphiquement 
sa pensée en architecture, il fallait commencer par faire 
le plan qui représente la disposition horizontale des objets 
qui doivent entrer dans la composition d'un édifice ou d'une 

partie 



DISCOURS PRr^LIMINAIUE. 17 

partie d'édifice; ensuite, la coupe qui exprime leur dispo- 
sition verticale , et linir par l'élévation ; que de commencer 
par cette dernière, comme le font quelques architectes, et 
d'y assujettir ensuite la coupe et le plan, ce serait faire dé- 
pendre la cause de l'effet, idée dont il n'est pas besoin de 
démontrer l'extravagance. 

Qu'après avoir fixé rapidement, au moyen d'un croquis, 
une idée toujours fugitive, il fallait, pour rendre cette 
idée avec toute la facilité et la netteté possibles dans une 
épure, établir des axes dont la direction et l'intersection 
déterminassent la place des murs, des colonnes, &c.; que 
la position de ces objetsetant iixée dans le plan, il fallait 
déterminer leur hauteur dans la coupe , et d'après cette 
hauteur fixer la largeur ou l'épaisseur qu'ils doivent avoir 
dans le plan, les petites dimensions devant toujours être 
assujetties aux grandes; enfin que le plan et la coupe étant 
bien arrêtés, l'élévation n'était plus qu'une projection. 

Qu'en s'y prenant de cette manière, on ne courrait pas 
le risque de retomber dans ces combinaisons dispendieuses, 
inutiles, bizarres, inspirées par les préjugés de décoration, 
combinaisons que l'on remarque si souvent dans la plupart 
de nos édifices français, et dont l'effet est aussi faible, aussi 
monotone, aussi désagréable que celui qui résulte des 
combinaisons simples et naturelles dont les anciens, dont 
Palladio ont fait usage , est grand , varié et satisfaisant. 

Bien familiarisés avec les diverses combinaisons tant 
horizontales que verticales des elémens des édifices et 
avec la manière de les représenter graphiquement , bien 
pénétrés des principes généraux de l'Architecture, nous 
n'avons éprouvé aucune peine à former, au moyen de ces 
combinaisons, les différentes parties des édifices. 

En nous en occupant, nous avons reconnu que les co- 
lonnes ne devaient entrer dans leur composition que pour 

C 



ï8 DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 

diminuer la portée trop considérable des planchers , ou le 
diamètre, et par conséquent la hauteur trop considérable 
des voûtes; que dans l'intérieur des édifices, des colonnes qui 
ne servent à rien ne font pas un effet plus satisfaisant , 
même pour l'œil, que des colonnes employées inutilement 
à l'extérieur. 

Que, lorsque les voûtes portent sur des colonnes, il était 
quelquefois convenable et toujours économique de subs- 
tituer les voûtes d'arête aux voûtes en berceau : celles-ci 
exigeant des colonnes dans toutes leur longueur, les au- 
tres n'en exigent qu'à leurs angles; les premières ne pou- 
vant guère permettre d'éclairer les pièces que par les 
extrémités, les secondes offrant la facilité de les éclairer 
également par les bouts et par les parties latérales. 

Que, lorsqu'il est nécessaire d'augmenter l'aire d'une 
salle sans augmenter ses dimensions, on peut, on doit même 
employer deux rangs de colonnes l'un sur l'autre, malgré 
les préjugés de décoration qui voudraient s'opposer à cet 
arrangement. 

Que si dans le cas oi!T la convenance exige deux rangs 
de colonnes à l'extérieur , il est ridicule de les séparer 
par un entablement complet , la corniche n'étant faite que 
pour rejeter les eaux du toit; il l'est encore davantage de 
le faire dans un intérieur dont toutes les parties sont à 
couvert , que les corniches ne peuvent conséquemment y 
être admises, si ce n'est, lorsque diminuant la portée 
d'un plafond, elles font en quelque sorte l'office de cha- 
piteau. 

De la composition des diverses parties des édifices , 
passant à celle de leur ensemble, nous avons vu que les 
murs, les colonnes 5 les portes, les croisées, &c, , devant 
être placés sur des axes communs, tant dans la largeur que 
dans la profondeur d'un édifice , il s'ensuivrait que les 



DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 19 

pièces composées de ces divers elémens devraient a\'oir de 
même des axes communs. 

Que l'axe des différentes pièces ne devait jamais être 
le même que celui des colonnes , mais qu'il devait toujours 
se confondre avec l'axe des portes ou des croisées. 

Que ces nouveaux axes , que l'on peut appeler axes 
principaux , pouvaient se combiner entre eux de mille ma- 
nières, toutes différentes, quoiquetouteségalementsimples; 
que l'on pouvait appliquer à chacune des nombreuses dis- 
positions générales résultantes de ces combinaisons toutes 
les combinaisons élémentaires, et par conséquent obtenir 
par cette espèce de suscombinaison une foule de plans par- 
ticuliers diffèrens; qu'enfin adaptant à chacun de ces plans 
toutes les combinaisons verticales possibles , il en résulte- 
rait nécessairement un nombre de compositions architec- 
toniques incalculable. 

Nous avons terminé ce que nous avons dit sur la com- 
position en général en observant qu'il y a une quantité 
presque infmie d'espèces d'édifices ; que chacune est sus- 
ceptible d'une infinité de modifications ; que les conve- 
nances particulières d'un même édifice variaient suivant 
les lieux , les temps, les personnes, les ter rei ns , la dépense, etc. j 
que vouloir apprendre l'Architecture en étudiant successi- 
vement toutes les espèces d'édifices dans toutes les circons- 
tances qui peuvent les modifier, c'est une chose impos- 
sible j que quand même la durée de la vie permettrait de le 
faire, cette manière d'étudier serait toujours aussi infruc- 
tueuse que pénible, puisque tous les édifices différant les 
uns des autres par leur usage, plus les idées particulières que 
l'on aurait acquises en faisantleprojetdel'un,seraient justes, 
moins elles seraient applicables à celui d'un autre, et que 
par conséquent à chaque projet nouveau ce serait une 
ri0u^ elle étude à recommencer 3 que non-seulement cette 

C 2 



20 DISCOURS PRÉLIMINAIRE, 

manière d'étudier l'Architecture est infructueuse et pé- 
nible, mais qu'elle est même nuisible, sous quelque rap- 
port que l'on envisage cet art , parce qu'après avoir étudié 
quelques projets, la paresse ou l'amour-propre ferait con- 
tracter immanquablement l'habitude de certaines liaisons 
d'idées qui se reproduiraient ensuite dans tous les autres 
projets que l'on pourrait faire, même dans ceux auxquels 
elles conviendraient le moins, ce dont on ne voit que trop 
d'exemples. 

Qu'au lieu de s'occuper uniquement à faire des projets , 
si Ton s'occupait d'abord des principes de l'art, si l'on se fa- 
miliarisait bien ensuite avec le mécanisme de la composi- 
tion, on pourrait faire avec facilité, et même avec succès , 
le projet de tel édifice que ce puisse être, sans avoir fait 
préalablement celui d'aucun autre; qu'il ne s'agissait alors 
que de s'informer des convenances particulières de l'édifice 
dont on se trouvait chargé, puisque l'on avait pardevers soi 
tous les moyens possibles de les bien remplir. 

Qu'ainsi l'étude des principes et du mécanisme de la com- 
position était aussi propre à développer le génie , à enrichir 
l'imagination, que l'étude successive de quelques projets, 
lorsqu'elle n'était point précédée de celle-ci, était propre à 
resserrer l'un et à appauvrir l'autre. 

Aussi dans la troisième partie de ce Cours , dont nous 
allons donner le précis, nous sommes-nous moins attachés, 
dans l'examen des divers genres d'édifices, à faire connaitre 
les convenances particulières de chacun qu'à développer 
les principes généraux applicables à tou^ les genres, à toutes 
les espèces d'édifices, et à familiariser de plus en plus les 
élèves avec le mécanisme de la composition. 



TROISIEME PARTIE. 

EXAMEN 

Des principaux genres d'Edifices. 

PREMIÈRE SECTION. 

DES PRINCIPALES PARTIES DES VILLES. 



J.^ E même que les murs , les colonnes , &c. sont les dé- 
mens dont se composent les édifices , de même les édifices 
sont les elémens dont se composent les villes. 

Comme la disposition générale des villes peut varier à 
raison de mille circonstances différentes, comme l'on a 
rarement occasion de bâtir des villes entières, que d'ailleurs 
les principes que l'on doit suivre dans leur composition sont 
les mêmes que ceux qui doivent guiderdans la composition 
de chaque édifice, nous ne dirons rien de l'ensemble des 
villes. Nous nous bornerons , avant d'examiner les divers 
édifices qui forment cet ensemble, à jeter un coup-d'œil 
sur leurs abords, leurs entrées et les parties qui servent à 
la communication de toutes les autres. 

Des abords des Villes. 

Comment faudrait-il décorer les avenues des villes ? 

On pourrait faire cette question aux élèves pour les 
eprou\er : la réponse serait bien simple, si les villes étaient 
disposées convenablement, si les édifices qui ne doivent point 
être renfermés dans leur enceinte, tels que les hôpitaux, 



22 EXAMEN 

III. PART, jgg sépultures, &c., étaient relégués hors de leurs murail- 
■ *''"'°^- les , ces édifices aperçus à travers une ou deux rangées 
d'arbres plantés de chaque côté des routes pour défendre 
les voyageurs contre l'ardeur du soleil, soit qu'ils se des- 
sinassent sur le ciel, soit qu'ils le fissent sur des bois ou 
sur des montagnes, offriraient tout naturellement les ta- 
bleaux les plus ^ ariés , les plus magnifiques , les plus inté- 
ressans; la meilleure manière de décorer les abords des 
villes, ainsi que tous les édifices possibles, est donc de ne 
point s'occuper de leur décoration , et de n'avoir en vue 
que la convenance de leur disposition. 

C'est en effet à ce système qu'Athènes, Rome, Palmyre, 
Siagone , Pouzoles , Taorminum, &c. étaient redevables 
de la magnificence de leurs abords j c'était de cette multi- 
tude de monumens intéressans, répandus parmi des arbres, 
que le Céramique et la voie Appienne empruntaient toute 
leur noblesse et tous leurs charmes; c'est d'une semblable 
disposition que naissent les sensations délicieuses que l'on 
éprouve encore dans ces lieux du royaume de Naples , 
appelés Champs élysées , et qui sont situés sur les bords 
du lac Achéron. 

il ne serait rien moins que nécessaire pour la beauté 
d'une route que les monumens funéraires répandus sur 
ses bords fussent aussi colosseaux que les pyramides d'E- 
gypte , ni aussi pompeux que les tombeaux d'Adrien , 
d'Auguste et de Septime - Sévère, On ne peut à la vé- 
rité se défendre d'un sentiment d'admiration à l'aspect 
de ces étonnantes productions de la patience et de l'indus- 
trie humaines ; mais lorsqu'on vient à réfléchir sur l'insi- 
gnifiance de ces monumens, sur leur inutilité, sur le 
nombre d'édifices utiles que l'on aurait pu construire 
avec ce qu'ils ont du coûter , sur le degré de magnificence 
que des édifices plus nombreux auraient infailliblementpro- 



DES PRINCIPALES PARTIES DES VILLES. 20 

curé à ren;>embU; des villes, on n'éprouve plui que le regret ''^- ^ ^ ri . 
de voir les lacullésde l'homme si souvent mal employées. ^" '"""•'• 

Les monumens de même genre élevés par les Grecs 
étaient loin d'être aussi considérables et aussi magnili- 
ques que ceux dont nous venons de parler ; le tombeau 
de Thémistocle , élevé sur un promontoire voisin du 
Pyrée, n'était formé que d'une simple pierre; celui d'E- 
paminondas dans la plaine de Mantinée ne consistait 
que dans une seule colonne à laquelle était suspendu son 
bouclier. Les monumens élevés aux Thermopiles par 
les Amphictyons en l'honneur des trois cent Spartiates 
et de difFérenles troupes grecques n'étaient autre chose 
que des cyppes , dont des inscriptions telles que celles- 
ci faisaient tout l'ornement : « C'est ici que quatre mille 
Grecs du Péloponèie ont combattu contre trois millions 
de Perses; passant, va dire à Lacédémone que nous re- 
posons ici pour avoir obéi à ses saintes lois. » On sent 
que malgré leur extrême simplicité, ou, pour mieux dire, 
à cause de leur simplicité même, ces derniers monumens 
devaient faire éprouver des sensations aussi délicieuses; 
que celles que les autres font éprouver sont pénibles. 

Parmi les tombeaux qui borderaient les routes , les uns 
seraient pour dés particuliers , les auires pour des familles; 
ceux-ci pourraient a'soir la forme d'une tour quarrée 
comme les tombeaux palmvréens; celle d'une redoute 
comme celui de Plauzia et de iMetella; celle d'une pyra- 
mide comme le tombeau de Cestins: toutes les formes 
sont indifférentes dans ce genre de monument , excepté 
celles qui ne seraient pas simples. Pour avoir une idée 
de la variété des formes dont les tombeaux sont suscep- 
tibles, voyez la planche l'^ de cet Ouvrage, et les plan- 
ches 19, 20 et 74 du Parallèle des édifices. 



24 EXAMEN 

III. PART. 
I. SECTION. _ .ri -rr-ll 

Des entrées des Viues. 

Comment faudrait-il décorer les entrées des villes? Pour 
faire passer à la postérité le souvenir de leurs victoires, 
les Romains élevèrent des arcs de triomphe. Leur exem- 
ple a été suivi par la plupart des nations de l'Europe. 
Si, au lieu de placer ces monumens dans l'intérieur des 
villes , on les plaçait à leur entrée où ils seraient plus 
en vue que partout ailleurs, sans dépenser quoi que ce 
soit, ces entrées se trouveraient naturellement décorées 
de la manière la plus importante et la plus noble. 

Un arc de triomphe peut n'avoir qu'une seule ouver- 
ture, comme ceux d'Adrien à Athènes, d'Auguste à Ri- 
mini, à Suse et à Pola, d'Aurélien, de Gallien et de Ti- 
tus à Rome, de Trajan à Ancone et à Bénévent, de 
Gavius à Véronne; il peut en avoir trois, comme ceux 
de Marius à Orange, de Julien à Rheims, de Constan- 
tin et de Septime-Sévère à Rome; quelques-uns, comme 
ceux de Vérone, d'Autun, de Xaintes, n'en ont que deux; 
cette dernière disposition n'est point blâmable dans ces 
édifices qui sont moins des arcs de triomphe que de sim- 
ples portes de villes, parce qu'elle procure le moyen d'en- 
trer et de sortir sans rencontrer d'embarras; mais elle 
le serait dans un monument sous lequel peuvent passer 
des pompes triomphales, parce que venant à remonter le 
trumeau qui sépare les deux ouvertures, elles seraient obli- 
gées de se détourner pour prendre à droite ou à gauche. 

Dans presque tous les monumens que nous venons de 
citer on remarque sur les faces principales quatre colonnes 
appliquées contre le mur, de plus guidées sur de maigres 
piédestaux et ne supportant autre chose que des enta- 

blemens 



DES PRINCIPALES PARTIES DES VILLES. 25 
blcmens prolilés sur chacune d'elles; malgré le nombre '" f m*. t. 
de ces exemples, malgré le nombre plus considérable 
encore des copies quel on en a fait , nous persisterons tou- 
jours c\ croire que ces arrangemens insoutenables dans 
tous les autres genres d'édifices le sont encore davan- 
tage dans un arc de triomphe, monument dont toutes 
les parties doi\'ent contribuer à élever, à echaufFer l'ame 
du spectateur, en lui retraçant l'image de quelque ac- 
tion glorieuse. Car on ne nous persuadera jamais que 
d'inutiles et de froides colonnes puissent dire quelque 
chose à l'esprit, à plus forte raison qu'elles puissent 
parler avec plus d'énergie que des inscriptions et des 
morceaux de sculpture dont elles usurpent la place dans 
les arcs de triomphe. 

A tous autres égards, nous croyons qu'on ne saurait 
trop étudier ces monumens antiques. ( Voyez la plan- 
che 2 1 du Parallèle ; voyez aussi la planche première de 
cet Ouvrage). 

Des Rues. 

Comment faudrait-il décorer les rues d'une ville? 

Si, pour abréger le chemin, pour prévenir les embarras et 
les accidens qui en sont souvent la suite, pour faciliter 
le renouvellement de l'air, les rues étaient alignées et se 
croisaient à angle droit, si, pour épargner à ceux quiles 
parcourent les incommodités de la boue de la pluie et 
du soleil, elles étaient bordées de portiques, si ces porti- 
ques destinés à un même usage dans toute l'étendue d'une 
ville avaient une disposition uniforme; enfin, si les mai- 
sons particulières auxquelles ils donneraient entrée 
étaient disposées de la manière la plus convenable à 
l'état et à la fortune de chacun de leurs habitans et par 

D 



26 EXAMEN 

iri. PART, conséquent avaient toutes des masses difFérentes , une 
I, SECTION, ^ç||g ^,-jj^, ofFiirait le spectacle le plus ravissant et le plus 
théâtral. 

C'est de cette manière qu'étaient disposées les rues 
d'Alexandrie , d'Antinopolis bâties par Adrien , et d'au- 
tres villes antiques; c'est de cette manière que le sont 
encore les rues de Turin, de Bologne et de plusieurs au- 
tres villes d'Italie : aussi n'est-ce pas sans ravissement 
qu'on les parcourt ou qu'on se souvient de les avoir 
parcourues. 

Des Ponts. 

Comment faudrait -il décorer les ponts? 

Si dans leur composition l'on fait entrer tout ce qui est né- 
cessaire, si l'on n'y introduit rien d'inutile, si tout ce qui est 
nécessaire est traité de la manière la plus simple ; en un mot , 
si dans la composition des ponts on observe les principes de 
convenance et d'économie qui doivent guider d-ms la com- 
position de tous les genres d'édifices , les ponts auront toute 
la beauté dont ils sont susceptibles. Pour s'en convaincre il 
ne faut que comparer le pont de Neuilli avec celui ci- 
devant de Louis XVI. Dans la construction de ce dernier 
on a couru après ce qu'on appelle décoration ^ dans celle 
de l'autre on ne s'est occupé que de construction; cepen- 
dant l'aspect du pont de Neuilli est aussi satisfaisant que 
celui du pont Louis XVI est pénible et désagréable. 

La plupart des ponts sont découverts comme ceux dont 
nous venons de parler; mais quelquefois, dans les villes 
sur-tout, pour garantir ceux qui les traversent des incom- 
modités de la pluie et du soleil , on prend le parti de les 
couvrir par des galeries ou des portiques, soit en tota- 
lité, comme le pont d'Alexandrie en Italie, de Bassane 



DES PRINCIPALES PARTIES DES VILLES. 2/ 
sur la Brcnta, soit <mi partio, c'ost-ù-diie feulement les m-P-^f^T. 
trottoirs , comme au pont d'Oliverdikan à Ispahan , à 
l'ancien pont triomphal à Rome, Pour éclairer les ponts 
découverts pendant la nuit, on peut élever à plomb des 
piles, des colonnes portant des fonaux comme au pont 
Aélius, aujourd'hui St.-Ange. Dans les villes où l'on a oc- 
casion d'élever plusieurs arcs de triomphe, après en avoir 
placé aux portes, on peut en placer sur les ponts, soit 
que l'on n'en mette qu'un seul à plomb de l'arche du 
milieu, comme au pont triomphal de l'ancienne Rome, 
ou comme au pont découvert d'Auguste à Rimini, soit 
que l'on en place un à chaque extrémité comme au pont 
de St.-Chama en Provence. On sent combien de décorations 
architectoniques difFérentes doivent naturellement résulter 
de ces difFérentes dispositions. La décoration accessoire, c'est 
à-dire, l'emploi de la sculpture, peut enfin renforcer na- 
turellement l'effet de chacune de ces différentes décora- 
tions architectoniques; des trophées peuvent être con- 
venablement placés à plomb de chaque pile; des ran- 
gées de statues ne le seraient pas moins le long des pa- 
rapets. 

Dans presque tous les ponts antiques les arches sont 
en plein ceintre ; dans la plupart des ponts nouvelle- 
ment élevés elles sont en arc de cercle. Cette dernière 
forme est infiniment plus convenable, puisqu'elle offre 
à l'eau un passage beaucoup plus libre que la première. 
A l'ancien pont couvert de Pavie , bâti sur le Tessin par 
leducGaléasVisconti, les arches sont en ogive, forme à 
la vérité plus favorable que toute autre à la solidité des 
voûtes en général , mais en même temps moins propres 
à assurer la solidité des ponts, puisqu'à mesure que l'eau 
s'élève les piles présentent plus de surface, et laissent par 

D 2 



28 EXAMEN 

iii. PART, conséquent à ce fluide plus de force pour les renverser ; 
I. SECTION. qIIj^ d'éviter les inconvéniens de cette forme et conser- 
ver en même tems ses avantages , l'ingénieux auteur de 
cet ouvrage a extradossé ses arches et a laissé -vide la 
partie supérieure des piles comprise entre ces deux extra- 
dos, de manière qu'à mesure que l'eau trouve moins de 
passage sous les arches , elle en trouve davantage dans les 
vides triangulaires des piles. 

Ce pont , comme on le voit , n'a nulle analogie de forme 
avec les ponts antiques ; l'effet qui résulte de sa disposi- 
tion n'est cependant ni moins satisfaisant ni moins ma- 
gnifique ; ce qui contribue à prouver que les formes et 
les proportions influent moins sur la beauté de la déco- 
ration que la convenance et la simplicité de la disposition. 
Relativement aux ponts, voyez les planches 22 et 25 du 
Parallèle. 

Des Places publiques. 

De même que la décoration architectonique des rues ré- 
sulte des portiques et des divers édifices particuliers qui les 
bordent , de même celle des places publiques résulte des 
portiqnes et des divers édifices publics qui les environnent. 
Les magnifiques places des anciens en seraient la preuve, si 
elles subsistaient encore. Malheureusement le temps ne 
nous en a laissé presque aucun vestige ; nous ne pouvons 
nous en former quelque idée que par les descriptions que 
nous en ont données Platon, Xénophon, Démosthéne, 
Eschine, Pausanias et Hérodote. 

Selon ces auteurs les places publiques antiques étaient 
environnées d'édifices destinés, les uns au culte des dieux, 
les autres au service de l'état. On remarquait dans celle 
d'Athènes le métroon ou l'enceinte qui renfermait le temple 



1, SlCllOM. 



DES PRINCIPALES PARTIES DES VILLES. 29 
do la mère des dieux ; celui d'Eacus; 1^^" léocorion, temple '"• i' a ut. 
construit en l'honneur de ces iilles de Léos qui se sacri- " 

fièrent pour éloigner la peste j le palais où s'assemblait le 
sénat ; la rotonde entourée d'arbres où les prytanes en exer- 
cice venaient tous les jours prendre leur repas et quelque- 
fois offrir des sacrifices pour la prospérité du peuple; le tri- 
bunal du premier des Archontes placé au milieu des dix sta- 
tues qui donnèrent leur nom aux dix tribus d'Athènes ; l'en- 
ceinte destinée aux assemblées du peuple; le camp des 
Scythes que la république entretenait pour le maintien de 
l'ordre ; enfin les différens marchés où l'on trouvait les pro. 
visions nécessaires à la subsistance d'un grand peuple. 

Dans la place publique d'Halycarnasse , construite par 
Mausole roi de Carie et dont le terrein en pente se pro- 
longeait jusqu'à la mer, on voyait d'un côté le palais du 
roi , de l'autre le temple de Vénus et celui de Mercure situé 
auprès de la fontaine Salmacis; sur le devant les divers mar- 
chés publics qui s'étendaient le long du rivage; au fond la 
vue se portait sur la citadelle et sur le temple de Mars d'où 
s'élevait une statue colossale; au centre de la place les re. 
gards se fixaient sur le tombeau de Mausole en forme de py- 
rairiide, couronné par un char et décoré sur toutes ses faces 
par les chefs-d 'œuvres des Briakis, des Scopos , des Léocha- 
rès , des Thimothée et des Pythis. 

Dans la plupart des places publiques de la Grèce, au- 
devant de superbes édifices on trouvait de magnifiques 
portiques dont les murs étaient couverts d'inscriptioiis, de 
tableaux , de statues et de bas-reliefs de la main des plus cé- 
lèbres artistes. Dans l'un des portiques d'Athènes, appelé 
pœcile, les murs étaient chargés de boucliers enlevés aux 
Lacédémoniens et à d'autres peuples ; la prise de Troye; les 
secours que les Athéniens donnèrent aux Héraclides ; la ba- 



5o E X A M E N 

m. PART, taille qu'ils livrèrent aux Lacédémoniens à GI.noé, aux 
1. .FCTioR. pgj-ggg ^ Marathon , aux Amazones dans Athènes : tous 
ces evénemens y étaient représentés par Polygnote , Mi- 
con , Panenus et plusieurs autres peintres célèbres. 

La place d'Athènes et plusieurs autres étaient embellies 
par l'ombrage d'une forêt de platanes sous lequel on 
trouvait répandus une foule d'autels, de statues décernées 
à des rois ou à des particuliers qui avaient bien mérité de la 
République, decippes et de colonnes sur lesquelles étaient 
gravées les principales lois de l'état. 

Rien n'était plus magnifique que le forum ou marché 
de Trajan bâti par Apollodore de Damas. Au rapport de 
Pausanias, d'Aulugelle, d'Ammien, on y voyait des édi- 
fices d'une grandeur et d'une magnificence étonnantes^ 
une basilique dans laquelle les consuls donnaient audience 
au peuple; un temple superbe en l'honneur de Trajan; 
une bibliothèque entourée d'un péristyle dans lequel tous 
les gens de lettres célèbres avaient des statues de bronze; 
des arcs de triomphe, de magnifiques fontaines, des rues 
entières ornées de statues; enfm la belle colonne élevés 
après la victoire que Trajan remporta sur les Daces, 

Si l'on voulait décrire quelques-unes de nos places mo- 
dernes, on pourrait le faire non-seulement d'une manière 
moins vague, mais même de la manière la plus complette 
et la plus détaillée, puisque nous les avons sous les yeux. 
S'il s'agissait, par exemple, de faire la description de la 
place Vendôme, on pourrait s'exprimer ainsi: Cette place 
faite sous le règne de Louis XIV , époque à laquelle tous les 
arts éclipsés depuis vingt siècles avaient enfin repris le 
degré de splendeur dont ils brillaient sous Auguste; cette 
place offie dcins son plan un parallélogramme de tant de 
toises de long sur tant de large ; les angles de ce parallélo- 



I. «ÏCTiO.V 



DES PRINCIPALES PARTIES DES VILLES. 5l 
gramme sont ecliancrés en forme de p;in coupé; elle est en- '"• paht. 
tourée de toute part, excepté à ses deux entrées, de divers 
bàlimens particuliers, tous assujettis à une hauteur et à une 
décoration uniformes. Cette décoration d'ordre corinthien 
consisteen un pilnstreelevésur un soubassement dont la hau- 
teur est les deux tiers de l'ordre. Ce soubassement est décoré 
à son tour par des arcades feintes, dans lesquelles sont en- 
cadiées les croisées qui éclairent en même temps le rez-de- 
chaussée et l'entresol; les piédroits des arcades sont ornés 
de refends et les clef^ de ces arcades-là sont avec des mas- 
carons : l'ordre qui s'élève sur ce soubassement embrasse 
deux étages. Il est couronné par un entablement dont la 
hauteur est entre le quart et le cinquième ; son profil est 
celuideVignole; au-dessus on aperçoit un grand comble, 
lequel est couvert en ardoise et percé de lucarnes diverse- 
ment ornées. Toutes les croisées de cette place sont en 
anse de panier pour donner du mouvement et de l'effet à la 
décoration ; dans le milieu de chacun des deux corps des bà- 
limens qui bordent cette place on a pratiqué un avant-corps 
formé par quatre colonnes engagées dont l'entablement 
est couronné par un fronton dans le tympan duquel est 
un cartouche supporté par des génies. Au milieu de cette 
place s'élevait la statue du monarque. 

Quelle sécheresse cette description d'une de nos plus 
belles places modernes ne laisse-t-elle pas dans l'ame malgré 
son exactitude .'quelles émotions délicieuses et sublimes au 
contraire ne font pas éprouver ces descriptions des places 
publiques des anciens malgré le vague qui y régne ! A quoi 
tient la différence de ces impressions.^ à ce que dans le pre- 
mier cas il ne s'agit que de décoration et que dans l'autre il 
s'agit de la disposition d'objets du plus grand intérêt, delà 
plus grande importance. 

On nous dira peut-être que, si nos places n'ont pas la 



32 EXAMEN 

m. PART, beauté de celles des anciens, c'est parce que nos usages 
I. sECT.oK, ^>y opposent, et que nos facultés s'y refusent. Si d'après 
cela on ne peut dans leur composition introduire une 
décoration réelle, il est raisonnable d'y suppléer du moins 
par une image de décoration. L'examen de la place 
ci-devant de Louis XV, celle de toutes nos places dans 
laquelle il semble que l'on ait le plus visé à l'économie , 
puisqu'elle ne présente des bâtimens que d'un seul côté, 
va répondre à ces différentes objections. 

La ville de Paris exprima le vœu d'élever une statue à 
Louis XV, La coutume était de faire une place pour chaque 
statue. La villedeParisremarquantque,si elle élevait encore 
quelques statues , elle ne serait bientôt plus qu'une place 
elle-même, jugea fort prudemment qu'il fallait commen- 
cer par reléguer celle ci hors de son enceinte. L'architecte 
non moins conséquent que la ville, pensant qu'une place 
publique située dans la campagne ne devait pas avoir au- 
tant de magnificence ni coûter autant que celles qui 
sont renfermées dans les villes , trouva qu'il était conve- 
nable de n'élever des bâtimens que d'un seul côté. A la 
vérité cette disposition ne formait point une place ; mais il 
trouva bientôt le moyen d'en former une. 11 ouvrit de 
larges et de profonds fossés , dont il environna un assez 
grand espace de terrein. Cette enceinte aurait rendu la 
place de Louis XV inabordable ; mais l'architecte remé- 
dia à ce petit inconvénient en construisant six ponts en 
pierre de trois arches chacun par le moyen desquels la 
communication entre cet espace de terrein , appelé place , 
et les terreins avoisinans , fut rétablie. Les fossés lurent 
ensuite revêtus d'un mur épais; et comme il s'agit moins 
en architecture de faire un mur ou autre chose que de le 
décorer, une somme à peu près égale au tiers de ce que 

le& 



DES PRINCIPALES PARTIES DES VILLES. 33 

les murs et les ponts avaient coûté lut employée à embellir 
le tout par des corps de reiend, des tables saillantes, des 
avants-corps, des arrières-corps, des balustrades, etc. î/oycz 
planche 2, figure 1. 

Malgré tout ce luxe de décoration cette place ne pro- 
duit aucun effet lorsqu'on la traverse, et par conséquent la 
dépense que l'on y a faite, quelle qu'elle soit , est en pure 
perte, même pour la décoration. 

Si dans la composition de cette place, au lieu de s'occuper 
de formes, de proportions, etc., enfui de toutes ces puérili- 
tés par lesquelles on prétend décorer et faire du beau , on 
se fut appliquée la disposition, aux convenances, en un 
mot à tout ce qui mérite véritablement le nom d'architec- 
ture; si l'on eut fait attention que cette place était située 
entre deux promenades très -fréquentées, que souvent au 
milieu du plus beau jour la sérénité du ciel était troublée 
par des orages qui forcent ceux qui se promènent à cher- 
cher promptement un abri, que souvent une place publique 
est le théâtre des fêtes les plus brillantes et des cérémonies 
les plus pompeuses; qu'en conséquence on eut environné 
celle-ci de vastes portiques qui, dans les mauvais temps, au- 
raient offert une promenade couverte, et dans les temps de 
fêtes des places commodes pour tout un peuple; que pour 
rafraichir l'air , on y eut placé d'abondantes fontaines, etc; 
Quel magnifique spectacle n'eut pas offert cette place dont 
les immenses portiques se seraient dessinés tantôt sur des 
arbres, tantôt sur le fleuve et tantôt sur les édifices publics 
élevés du côté de la ville! Voyez même planche, fig- 2. 

Et cette place si commode et si pompeuse , digne en tout 
de rivaliser avec celles élevées parles Grecs et les Romains , 
cette place, dis-je, aurait moins coûté que celle qui existe ; 
avec les murs intérieurs des fossés et le tiers des murs ex- 

E 



III l'ATiT, 
I, iccrioir. 



Ô4 EXAMEN 

HT. PART, teneurs on aurait pu construire les quatre rangs de co- 
. sECTiox. iQj-jj^gg nécessaires pour donner aux portiques une largeur 
convenable; les deux tiers restans du mur extérieur, ainsi 
que les avants-corps inutiles à l'enceinte de la place, ciu- 
raient suffi pour la con^truction des soffites ou plafonds de 
ces portiques ; la dépense que les ponts ont occasionnée au- 
rait suffi pour orner cette place de fontaines jaillissantes; on 
aurait pu décorer la partie supérieuredes portiques, etmême 
le tour de la place , de statues nombreuses et intéressantes 
dont l'exécution aurait encouragé la sculpture , et déve- 
loppé dans ce genre le germe d'une foule de talens : cette 
plaeain si achevée, il resterait encore ce qu'ont coûté la 
fouille et le transport des terres, somme énorme et plus que 
suffisante pour couvrir d'un portique le pont qui conduit à 
cette place. Voyez même planche, figure 5. 

11 est donc évident que, si nos places sont si éloignées 
d'avoir la majesté de celles des anciens, cette différence ne 
tient ni à nos convenances particulières, puisque dans un 
climat aussi pluvieux que le nôtre les portiques sont encore 
plus nécessaires que sous le beau ciel de la Grèce , ni à la 
médiocrité de nos moyens pécuniaires, puisque celle de nos 
places qui fut faite avec le plus d'économie, a bien plus 
coûté qu'une autre place quiegaleraitenmagnificencecelles 
de la Grèce et de R.ome ; mais cette différence provient uni- 
quement de cette manie de décoration qui nous fait dépen- 
ser des sommes énormes sans profit ni plaisir; manie funeste 
et détestable, puisqu'elle nous met dans l'impossibilité d'éle- 
ver une foule d'édifices de la plus grande importance; édi- 
fices de l'assemblage desquels nos villes recevraient le plus 
grand éclat et les plus précieux avantages. 

Quoique la plupart des plans deplacespubliques contenus 
dans les planches i5j i4) 16 et 4*^ du Parallèle ne soient 



DES PRINCIPALES PARTIES DES VILLES. 35 
rien moins qu'exacts, comme ils ont été tracés par des ar- "'• part. 
chitectes célèbres, pénétrés de l'esprit des anciens, nous ^- **"'"" • 
croyons qu'il sera avantageux de les examiner. 



DEUXIÈME SECTION. 

DES EDIFICES PUBLICS. 
Des Temples. 



XV AREMENT aura-t-on des édifices sacrés à construire," 
vu l'excessive quantité qui en existe partout. D'après cela, 
et considérant le peu de temps que les élèves ont pour étu- 
dier l'Architecture, il semblerait convenable de ne point 
nous occuper ici de cette espèce d'édifices ; mais comme 
notre but est moins d'enseigner à faire tel ou tel édifice que 
de développer les principes qui doivent guider dans la com- 
position de tous; comme l'examen des édifices antiques et 
la comparaison que l'on en peut faire avec les édifices mo- 
dernes est ce qui peut nous conduire plus directement à ce 
but; comme de tous les édifices antiques les temples sont 
ceux dont il nous reste un plus grand nombre, nous croyons 
devoir nous arrêter quelques instans sur ce genre d'édifice. 

La plupart des temples antiques, tant de ceux qui étaient 
répandus dans les environs d'Athènes, de Corinthe, de 
Rome, etc., que de ceux que ces villes célèbres renfermaient 
dans leur enceinte, étaient moins des lieux consacrés à 
l'exercice public du culte que des monumens destinés à rap- 
peler l'idée de quelque vertu dont la pratique put être utile à 
la patrie. Tel était le principal objet du temple de l'Hon- 

E 2 



!I 



56 DES EDIFICES PUBLICS, 

iir. PART, jieur, auquel celui de la Vertu servaitde vestibule; temple 
"""' que Marcellus, ce vainqueur d'Annibal, lit élever après 
ses victoires , afin que les troupes partant pour la guerre se 
rappelassent qu'on ne parvenait à la gloire que par le cou- 
rage, qu'on n'acquérait de l'honneur que par la vertu : tel 
était l'objet de celui que le tribun Flavius éleva à la Con- 
corde, après avoir eu le bonheur de réconcilier les difFérens 
ordres de la République. Le temple que Marc-Aurèle con- 
sacra à la Bienfaisance n'en avait pas d'autre que d'ap- 
prendre à ses successeurs qu'elle doit tenir le premier rang 
parmi les vertus d'un prince. 

Ces temples qui ne contenaient que la statue de la 
divinité à laquelle ils étaient dédiés , les trépieds nécessaires 
aux fumigations, les tables destinées à poser les offrandes; 
ces temples dans lesquels , ainsi que dans la plupart des 
autres, le prêtre ou la prêtresse souvent avaient seuls le 
droit de pénétrer, ne devaient pas naturellement être d'une 
grandeur considérable. 

En effet ils ne consistaient la plupart qu'en une seule 
pièce parallélogramique, d'une étendue assez médiocre, 
précédée d'un simple porche de quatre ou six colonnes au- 
quel on parvenait par des dégrés qui en occupaient toute 
la largeur. 

Dans les temples mêmes des divinités auxquelles on dé- 
cernait les grands honneurs du sacrifice, tels que les temples 
de Jupiter Olympien à Athènes, de Jupiter Capitolin à 
Rome, du Soleil à Balbek et à Palmyre, la cella, le sanc- 
tuaire; enfin le corps du temple n'avait guère plus d'éten- 
due, et cela devait être, si l'on considère son usage et le 
nombre d'objets qu'il devait contenir. Ce qui rendait ces 
derniers édifices plus considérables , c'était les parvis dans 
lesquels se faisaient les sacrifices, parvis qui tantôt précé- 



DES EDIFICES PUBLICS. 07 

daicnt les temples et tantôt les entouraient, c'était les por- 
tiques dont les parvis étaient environnés pour recevoir la 
foule du peuple qu'attirait cette partie du culte; enfin c'était 
les péristyles, tantôt doubles, tantôt simples que l'on faisait 
régner autour de la cella pour placer convenablement les 
ministres des dieux. 

Malgré tous ces nouveaux objets qui entraient dans la 
composition des grands temples, ces édifices n'avaient pas 
une étendue aujsi immense qu'on le croit communément; 
et d'ailleurs les temples de cette espèce n'étaient pas en grand 
nombre. 

On voit par le peu d'étendue que les temples des an- 
ciens occupaient en général, par le petit nombre des ob- 
jets qui entraient dans leur composition , par la simplicité 
avec laquelle ce petit nombre d'objets étaient disposés, 
avec quelle sévérité les anciens dans ce genre d'édifice 
même où il semble que la décoration dut avoir le plus de 
part, observaient les lois de la convenance et de l'écono- 
mie. On sait en même temps combien l'aspect de leurs 
temples était noble et imposant. A la vérité la décoration 
architectonique , résultante de la disposition de quelques- 
uns , était singulièrement renforcée par des objets bien 
propres à augmenter son éclat ; quoi de plus majestueux 
que ces bois sacrés qui ombrageaient les parvis des temples 
de Jupiter et de Junon, prés d'Olympie, celui du temple 
d'Esculapeà Epidaure, celui du temple de Jupiter Olym- 
pien à Athènes, etc.? quoi de plus magnifique que cette 
foule d'autels, de trépieds, de statues, de chars et autres 
monumens de reconnaissance dont ces bois étaient parse- 
més? quoi de plus propre à parler à l'ame que ces sublimes 
peintures dont les murs des temples et des parvis étaient 
quelquefois couverts, que ces superbes bas-reliefs dont les 



ni. PART. 

II. SECTIO^i. 



III. PART. 

II. SECTIOW. 



58 DES EDIFICES PUBLICS, 

frises et les frontons étaient ornés; enfin , quoi de plus impo- 
sant que les statues des dieux qui s'élevaient sur le faîte de 
leurs temples.^ 

Mais tous les objets qui ajoutaient si fort à la décoration 
n'étaient pas, comme on le voit, ce qu'on appelle de V Ar- 
chitecture , c'est-à-dire, des objets insignifians et inutiles, 
mais bien des productions de la Nature même ou des chefs- 
d'œuvres des beaux-arts, objets amenés d'ailleurs par la 
convenance. Au reste la plupart des temples étaient privés 
de tous ces ornemens, et l'effet qui résultait de leur dis- 
position était cependant tel que nous ne pouvons nous 
défendre encore du plus vif sentiment d'admiration au 
seul aspect de leurs ruines. 

Si dans les édifices dont nous venons de parler on ne 
s'est point occupé de décoration , on pourrait dire qu'on 
s'en est occupé encore moins dans les temples des pie- 
micrs chrétiens, Rç^eléè Basiliques , à cause de leur res- 
semblance avec les édifices de ce nom dans lesquels les 
anciens rendaient la justice. La basilique de Saint-Jean-de- 
Latran , l'ancienne basilique de Saint-Pierre sur le mont 
Vatican, celle de Saint-Paul sur le chemin d'Ostie , edi- 
fices que Constantin fit élever après la défaite de Maxence, 
ne furent construits qu'avec des débris de temples ou 
d'autres édifices antiques. Il n'y avait pas en quelque sorte 
deux des colonnes qui entraient dans la composition de 
leur intérieur qui ne fussent de matière, de dimension et 
de proportion différentes : pour mettre de niveau la partie 
supérieure des chapiteaux de ces colonnes , tantôt on sup- 
prima leurs bases , tantôt on les éleva sur des socles. La 
charpente, loin d'être revêtue par un magnifique plafond, 
comme à Sainte-Marie-Majeure , restait en évidence. Ce- 
pendant malgré la nudité qui régnait dans l'ensemble de 



DES EDIFICES PUBLICS. 09 

ces édifices, malgré le peu de symmétrie de leurs détails, ^"- pakt. 
leur intérieur n'avait ni moins de noblesse ni moins de "• "•^"°''- 
majesté que Textérieur des temples antiques : pourquoi 
cela? parce que leur di.^position n'était ni moins simple ni 
moins économique ni moins convenable. 

Le culte catholique consistant principalement en des 
assemblées nombreuses fréquentes et prolongées , exige.iit 
pour son exercice des ediiices dont l'inlérieur fut vaae, 
bien fermé et bien éclairé; rien ne pouvait mieux remplir 
ces convenances que les basiliques. L'église de Saint-Paul 
hors les murs à laquelle ressemblait parfaitement celle de 
Saint-Pierre qui n'existe plus, et celle de Saint-Jean-de- 
Latran que l'on a tout-à-fait défigurée en voulant la mo- 
derner, peut nous donner une idée de la disposition et de 
l'effet de toutes. 

Cette église est divisée dans sa largeur par quatre files 
de colonnes destinées à soutenir les murs sur lesquels portent 
les combles des cinq nefs formées par ces files de colonnes; 
la nef du milieu est plus large et plus élevée que les nefs 
latérales; enfin les deux dernières qui régnent le long des 
murs extérieurs sont encore moins élevées que celle-ci ; par 
cet arrangement toutes les nefs sont directement et parfai- 
tement éclairées par des fenêtres pratiquées dans les murs 
qui en forment la partie supérieure. 

Ces nefs dirigées du levant au couchant vont aboutir vers 
le fond de l'églite à une autre nef trans\'ersale qui s'étend 
du midi au septentrion ; et dans celui des côtés de cette 
nouvelle nef qui est en face de la nef principale on a pra- 
tiqué un hémicycle ou grande niche circulaire où sont les 
sièges des prêtres et de l'évêque. Au devant de cette basi- 
lique, ainsi que de toutes les autres, régne un porche qui 
prépare au respect que l'on doit témoigner en y entrante ' 



Il 



40 DES EDIFICES PUBLICS, 

m. PART. Telle est la disposition de la basilique de Saint-Paul; la 
'"''• vue que nous en a donnée Piranése suffit pour nous faire 
juger de son effet magnifique. 

La symmétrie ne régne pas plus dans les détails des 
églises appelées hm^Yopvemenx. gothiques que dans ceux des 
premières basiliques chrétiennes. Ces détails sont d'autant 
moins propres à rendre ces édifices capables de plaire, qu'ils 
n'ont aucune ressemblance avec les détails antiques dans 
lesquels on fait consister en grande partie l'essence de l'Ar- 
chitecture. A quoi donc attribuer les sensations sublimes et 
profondes que l'on éprouve en parcourant les temples de 
ce genre ? D'après ce que nous venons de dire on ne l'at- 
tribuera certainement pas à ce que l'on appelle décoration. 

C'est pourtant en décorant, c'est-à-dire, en accumulant 
dispendieusement inutilités sur inutihtés, insignifiances 
sur insignifiances, en sacrifiant toutes les convenances à 
cette décoration absurde , que les modernes ont prétendu 
l'emporter sur les anciens dans la composition de leurs 
temples : voyons s'ils y ont réussi. 

Un porche est, comme on sait, une partie essentielle 
d'un temple; on n'en trouve presque jamais dans les églises 
modernes; mais si les portails de ces églises manquent de 
porches , pour la plupart ils ne manquent pas de colonnes 
avec lesquelles on aurait pu en construire; au lieu dequatre, 
six ou huit tout au plus qu'il aurait fallu pour cet objet 
utile, on en remarque quelquefois jusqu'à vingt ou trente 
plaquées contre les murs, uniquement pour les décorer. Si 
cependant on compare la façade du plus petit temple an- 
tiaue avec le plus célèbre de nos portails modernes , celui 
de Saint-Gervais , il est facile de voir combien l'effet du pre- 
mier est satisfaisant et noble, et celui du dernier fatigant 
et mesquin. 

L'usage 



DES EDIFICES PUBLICS. 4I 

L'usage des églises modernes étant absolument le même '"• part. 
que celui des basiliques des premiers chrétiens , il n'y avait 
rien de mieux A faire que d'imiter leur disposition ; mais 
l'envie de faire du neuf engagea le Bramante, homme de 
mérite d'ailleurs, à imiter plutôt celle du temple de la 
Paix dans la composition de la nouvelle église de Saint- 
Pierre , bien que cet édifice fut moins un temple qu'un tré- 
sor destiné par Vespasien à renfermer les dépouilles de la 
Judée. L'envie de surpasser les anciens en rassemblant dans 
un seul édifice les beautés de plusieurs porta ensuite le même 
architecte à placer sur cet édifice, imitation du temple de la 
Paix, un autre édifice imité du Panthéon. 

Pour donner à cet édifice le dernier degré de beauté, les 
architectes qui' succédèrent au Bramante couvrirent les pi- 
liers et les murs de colonnes plaquées , de pilastres, d'entable- 
mens ressautés, de frontons de toute espèce, etc., et cet édi- 
fice ainsi décoré devint le modèle que l'on imita depuis dans 
la construction des églises les plus considérables de l'Europe. 

Il est facile de voir combien ces édifices sont moins conve- 
nables à leur objet que les basiliques. Dans celles-ci les murs 
et les colonnes n'occupent que la dixième partie de la super- 
ficie totale, et dans les églises modernes les murs et les pi- 
liers en occupent plus du cinquième. Les dimensions de deux 
églises étant les mêmes, l'aire de celle composée dans le 
dernier système est donc moindre de plus d'un neuvième 
que ne le serait l'aire de l'autre. Dans les églises modernes 
les piliers , quoiqu'en bien moindre nombre que ne le sont les 
colonnes dans les basiliques, occupent cependant plus d'es- 
pace. Ces églises offrent donc moins de dégagement. 

Si ces édifices sont moins convenables, ils sont en même 
temps bien moins solides. La preuve est dans les faits. Les 
basiliques subsistent depuis Constantin. Saint -Pierre bien 

F 



42 DES EDIFICES PUBLICS, 

II'. PART, postérieur ne serait plus qu'un monceau de ruines sans les 
■ """"^' réparations énormes que l'on y fait sans cesse et les cercles 
de fer dont on a été obligé d'environner le dôme. 

Ces édifices bien moins convenables et bien moins solides 
sont en outre bien plus dispendieux. Il est facile de i-'en con- 
vaincre : les massifs de ces églises sont le double de ceux des 
basiliques; par cela seul ces églises doivent coûter le double» 
Si l'on considère ensuite la dépense effroyable dans laquelle 
entraine la construction des dômes, celle que doivent oc- 
casionner tous les objets inutiles et insignifians que l'on ap- 
pelle de l'y^rcA/fec/i/re, et dont ces édifices sont remplis , on 
ne craindra pas de dire que la dépense totale doit être dix 
fois plus considérable. 

Est-il possible de faire à ce qu'on appelle la décoration 
architectonique des sacrifices plus grands et plus nombreux? 
et qu'y a-t-elle à gagner? Ne comparons point nos églises 
aux temples des anciens pour la beauté. Ne les comparons 
qu'aux basiliques, ou même, si l'on veut, qu'aux églises 
dites ^o/A/f/we^. L'impression que nous éprouvons en en- 
trant dans les unes approche-t-el!e seulement de celle que 
nous éprouvons dans les autres? 

Et comment cela pourrait-il être autrement? A grandeur 
égale de deux intérieurs, celui qui offre le plus de divisions 
parait le plus vaste; celui qui présente le plus d'objets à la 
fois parait le plus magnifique. Les églises modernes dont 
les nefs ne présentent à l'œil qu'un petit nombre d'arcades 
maussades et de piliers massifs, tandis que les basiliques et 
même les églises gothiques offrent une foule de dégngemens 
commodes et de soutiens elégans, sont donc bien moins 
propres que les dernières à frapper fortement noti'e ame 
par l'idée de magnificence et d'immeni ité. 

Quant aux dômes , à cette partie de nos églises dans la- 



DES EDIFICES PUBLICS. ^3 

quelle les yeux seuls peuvent pénétrer, édifices plantés sur "'• part. 
un autre de la manière la plus étrange et la moins solide, • *-<="°''" 
puisqu'ils ne portent que par quatre points sur les arcs des 
nefs, et que dans tout le reste de leur pourtour ils sont en- 
tièrement en porte à faux ; si leur objet , comme on le pré- 
tend^ est d'annoncer de loin l'opulence et la magnificence 
d'une ville, ils le remplissent bien mal; car en voyant ces 
édifices si dispendieusement inutiles, pour peu que l'on 
raisonne , on est naturellement porté à croire que la ville 
qui les renferme manque nécessairement d'une toule d'édi- 
fices essentiels dont l'aspect eut contribué infailliblement 
à sa magnificence et à sa beauté. 

Nous avons vu que les anciens , les premiers chrétiens 
et les chrétiens plus modernes qui ont élevé des églises 
gothiques, n'ont point couru après la décoration, n'ont point 
cherché à plaire, qu'ils ne se sont occupés qu'à disposer 
leurs édifices sacrés de la manière la plus convenable et la 
plus économique, et que ces édifices produisent les plus 
grands effets; que les modernes au contraire n'ont visé qu'à 
la décoration, qu'ils lui ont tout sacrifié, et que cependant 
l'effet de leurs temples est nul , s'il n'est pas désagréable : ces 
remarques ne sont-elles pas bien propres à convaincre de la 
vérité des principes que nous avons exposés et de l'impor- 
tance de leur application sous quelque rapport que l'on en- 
visage l'Architecture? 

Relativement à ce genre d'édifice, voyezles planches du 
Parallèle depuis i jusqu'à i5. - 

Des Palais. 

Un palais est un édifice destiné d'une part à loger un 
prince, et de l'autre à recevoir les personnes qui viennent 

F 2 



HT. PART, 

11. SECTION. 



44 DES EDIFICES PUBLICS. 

lui demander des audiences publiques ou particulières. Ces 
audiences ne pouvant être données à tout le monde à la fois ^ 
et ceux qui les demandent méritant de la considération , il 
faut, outre les appartemens du prince et de sa famille, les 
logemens des gens de sa suite et d'autres accessoires, faire 
entrer dans sa composition des portiques, des vestibules , des 
galeries, des salles dans lesquelles chacun puisse en toute 
saison attendre commodément et dignement le moment 
d'être admis à son tour aux audiences du prince : telles sont 
les convenances principales d'un palais. On voit que la ma- 
gnificence doit résulter naturellement delà disposition de 
ce genre d'édifice. 

Les palais de l'Escurial, de Versailles , des Tuileries et 
quantité d'autres ont une étendue immense; on a prodi- 
gué des sommes énormes pour couvrir leur extérieur de ce 
que l'on appelle Architecture. D'après les idées que l'on a 
vulgairement de cet art, ils devraient être de la plus grande 
beauté; rien cependant n'est plus trivial et plus mesquin 
que leur aspect. La plupart des palais d'Italie au contraire 
sont d'une petitesse extiéme, ne sont pas composés à beau- 
coup prés d'un aussi grand nombre d'objets, ont coûté con- 
séquemment infiniment moins, et rien cependant n'est plus 
noble que ces édifices. Pourquoi cela ? parce que dans les 
premiers on a totalement négligé la disposition et les con- 
venances pour ne s'occuper que de décoration, et que dans 
les autres les convenances et la disposition ont du moins 
été les principaux objets dont on s'est occupé d'abord. 

Les bornes de ce précis ne nous permettent pas d'exa- 
miner, l'un après l'autre , avec quelque détail les différens 
palais que nous venons de citer. Nous renverrons donc pour 
cet examen aux planches ^3, 45, 4^, 4l •> ^^^ ^^^ jusque 
et compris 6o de notre Parallèle, et nous nous bornerons à 



DES EDIFICES PUBLICS. -45 

quelques observations sur le Louvre, ce palais si célèbre. "'■ ^^^'^' 
Elles sufFuont pour achever de remplir le principal but que 
nous nous sommes proposés en traitant de ce genre d edi- 
lice. 

Dans un palais comme le Louvre, où les principaux 
appartemens sont au premier étage , la convenance deman- 
dait peut-être pour cet étage, ainsi qu'on l'a fait, une co- 
lonade d'où le prince qui l'eut habité eut pu jouir des f'ètes 
qui auraient pu se donner dans la place qui est au-devant de 
cet édifice; mais à coup sur elle exigeait au rez-de-chaussée 
une autre colonade pour recevoir dignement ceux que 
leurs affaires auraient pu conduire dans ce palais : or si le 
Louvre est admiré généralement par tous ceux qui ne con- 
sidèrent l'Architecture que comme l'art d'amuser les yeux 
à cause de la colonade que l'on remarque dans sa façade , 
n'est-il pas évident qu'il aurait excité uneadmiration double, 
si au-dessous de la colonade qui existe une autre colonade 
se fut présentée aux regards ? 

Les batimens qui environnent la cour du Louvre sont 
simples, c'est-à-dire, qu'ils ne renferment dans leur épais- 
seur qu'une seule pièce, disposition peu commode, puisque, 
pour parvenir aux pièce.- des extrémités, il faut traAerser 
Toutes les autres ou monter et descendre sans cesse des es- 
caliers qui interceptent la communication des apparte. 
mens. Une colonade qui aurait régné tout autour de cette 
cour, tant au rez-de-chaussée qu'au premier étage, ainsi que 
dans la plupart des palais d'Italie , en faisant disparaitre tous 
ces inconvéniens , n'aurait-elle pas ajouté considérablement 
à la beauté de sa décoration? Y a-t-il quelqu'un qui puisse 
disconveni r que des colonades réelles n'offrent un spectacle 
plus frappant que des images imparfaites et confuses de 



46 DES EDIFICES PUBLICS, 

III. PART, çgg lYi^mes colonades, telles que celles qui forment ladéco- 
II. SECTION. j.j^fJQj^ architectonique de la cour du Louvre. 

La colonade du Louvre est interceptée dans son milieu 
par un avant-corps énorme dans la partie inférieure du- 
quel est pratiquée l'entrée de ce palais; entrée, au juge- 
ment de tout le monde , indigne d'un tel ediiice. Si cet 
avant-corps inutile et incommode n'existait pas, si la co- 
lonade s'étendait, comme naturellement cela devait être, 
d'un pavillon à l'autre, cette colonade ne ferait-elle pas un 
effet infiniment plus imposant.^ Si de la colonade que l'on 
eut du placer au-dessous de celle-ci on fut entré dans un 
vestibule vaste par cinq entre -colonnemens; si par un 
nombre d'entre-colonnes semblables on eut passé de ce ves- 
tibule sous les portiques de la cour; si pour arriver au pre- 
mier étage on eut trouvé de grands escaliers à droite et à 
gauche du vestibule, l'entrée du Louvre n'aurait-elle pas 
été aussi majestueuse qu'elle l'est peu ? 

S'il est évident que la convenance eut procuré à cet édi- 
fice un degré de beauté bien supérieur à celui qu'il offre, il 
ne l'est pas moins que l'économie, loin de s'opposer à cet 
effet, aurait au contraire contribué essentiellement à l'aug- 
menter, 11 n'est pas besoin de calcul pour se convaincre 
que les dépenses occasionnées par les avants-corps, les fron- 
tons et une foule d'autres objets inutiles ou peu simplement 
disposés qui se rencontrent dans cet édifice, et que l'écono- 
mie et le goût rejettent absolument, n'eussent été plus que 
suffisantes pour la construction des objets essentiels qui lui 
manquent et desquels eut infailliblement résulté le degré 
de beauté dont il était susceptible. 

Le projet de palais que l'on trouvera planches 3 et ^ de 
cet Ouvrage est supposé élevé à la campagne. Comme dans 



DES EDIFICES PUBLICS. ^7 

ce cas le terrein est bien moins restreint qu'à la ville, comme "'• ^ ^ ^ f" 
l'on peut s'étendre en quelque sorte autant qu'on le veut, "' "'^""•'• 
nous avons cru devoir ne lui donner qu'un étage, d'une part, 
afin qu'il n'y eut point de logemens au-dessus des apparte- 
mens du prince, de l'autre, afin que de tous les appartemens 
placésaurez-de-chaussée,onput jouir plus facilement des 
promenades qu'offriraient les jardins. 

On remarquera que cet édifice exige quelques pièces 
assez vastes dont la liauteur doit par conséquent être plus 
considérable que celle de plusieurs autres dont l'étendue est 
moindre, et que de ces différentes hauteurs des pièces ré- 
sulte naturellement un certain mou\ement dans l'élévation 
de cet édifice ; que la convenance exigeant dans certaines 
parties de son plan des colonades qu'elle réprouve dans 
d'autres, cette différence introduit nécessairement dans l'é- 
lé\ ation,sans qu'il soit besoin de s'en être occupé, des avants- 
corps, des arrières-corps, des parties ornées et des parties 
lisses , ce qui donne à l'aspect de cet édifice le degré de 
variété dont il est susceptible. 

Quant au plan général de ce palais notre but n'a été , 
en le donnant , que de faire voir que , rapprochant les 
uns des autres des édifices qui ont entre eux des rapports^ 
et formant de ces édifices un ensemble, on peut, sans aug- 
menter la dépense , augmenter la magnificence des spec- 
tacles que l'Architecture peut offrir. 

Des Trésors publics. 

Les édifices de ce genre destinés, d'une part à renfermer 
une grande partie des richesses d'une nation , et de l'autre 
à les distribuer, à les répandre par divers canaux, doivent 
être disposés tout à la fois de la manière la plus sure et la 



48 DES EDIFICES PUBLICS, 

in PART, plus propre à rendre les différentes parties du service faciles 
. sECf.oM. ^j. {jjg^jj-,(3(gg^ L,g projet que nous offrons , planche 5, nous 
a paru remplir parfaitement ces deux objets. Relativement 
à la sûreté, le trésor proprement dit , placé au centre de 
tout l'édifice, est déjà défendu par les doubles murs des 
différentes pièces qui l'environnent. Il l'est de plus par 
ceux de l'enceinte, murs qui d'ailleurs ne sont percés d'au- 
cunes croisées, et ne le sont même que par un petit nombre 
de portes que l'on peut rendre encore aussi fortes qu'on le 
veut. Nous ne parlerons pas des corps-de-garde tant inté- 
rieurs qu'extérieurs placés aux différentes entrées. Quant à 
la facilité du service et à la distinction de ses différentes 
parties, rien n'est encore plus favorable que cette disposi- 
tion. Du trésor on peut aisément transporter dans les caisses 
placées à ses angles les sommes nécessaires pour les paye- 
mens journaliers; des deux vestibules qui le précèdent on 
entre facilement dans les quatre caisses; des salles destinées 
à l'administration, placées aux deux cotés du trésor et entre 
les diverses caisses, on est à portée d'exercer la surveillance 
la plus exacte sur le tout : enfin les bureaux où l'on doit se 
munir des pièces nécessaires pour être payé, étant relégués 
dans l'enceinte , étant séparés du principal corps de bâti- 
ment où sont placés le trésor et les caisses, il ne pourrait y 
avoir dans le service aucun embarras, aucune confusion. 

La seule inspection du projet suffit pour donner une idée 
de l'effet que produirait cet édifice. 

Des Palais de justice. 

Chez les anciens les édifices dans lesquels on rendait la 
justice et que l'on nommait basiliques ne consistaient 
qu'en une vaste salle, divisée de différentes manières par des 
tiles de colonnes, comme on peut le voir planche i5 du 

Parallèle 



DES EDIFICES PUBLICS, ^9 

Parallèle. Chez les modernes les édifices appelés Palais de "'• p^'^'^- 
y'w j//ce sont beaucoup plus considérables. Ils doivent renfer- 
nier plusieurs tribunaux, une grande salle qui leur sert de 
vestibule, et dans laquelle les avocats et les plaideurs se 
promènent en s'occupant d'affaires, des cabinets pour les 
juges, des greffes, des buvettes, des corps-de-garde et quel: 
quefois des prisons. 

Dans un semblable édifice, où se rassemble toujours 
beaucoup de monde, il faut que les issues soient faciles et 
multipliées. Il faut en outre que les pièces spécialement 
destinées à rendre la justice soient disposées de manière 
qu'aucun bruit extérieur ne puisse causer de distraction à 
ceux qui plaident ou qui jugent. Dans le projet de palais 
de justice que nous donnons, planche 6, toutes les conve- 
nances sont remplies parfaitement. Elles le sont en même 
temps de la manière la plus simple. Aussi , comme on 
pourra le remarquer, sa décoration architectonique a-t-elle 
tout le caractère, tout le style, toute la variété et tout l'effet 
que ce genre d'édifice comporte. 

Des Justices de paix. 

Un seul tribunal précédé d'un vestibule, accompagné du 
logement du juge et de quelques pièces accessoires, le tout 
environné d'une petite enceinte propre à éloigner le bruit , 
voilà à peu prés tout ce qui est nécessaire pour un édifice 
de ce genre; un tel édifice, comme on le voit , serait .natu- 
rellement bien moins considérable qu'un palais de justice; 
on peut voir cependant, même par le projet que nous of- 
frons, planche 7, qu'étant destiné à un usage analogue, s'il 
était traité dans le même esprit, il pourrait avoir autant de 
dignité. 



5o DES EDIFICES PUBLICS. 

m. PART. 

II. stcTioK. Des Maisons communes ou Hotels-de-Ville. 

Ces édifices peuvent être plus ou moins considérables, 
selon la grandeur des villes dans lesquelles ils sont élevés. 
Nous avons affecté ici d'offrir pour exemple une maison 
commune faite pour une ville de peu d'étendue, afin de faire 
voir, ainsi que nous l'avons fait dans le projet précédent, 
que , bien que la grandeur soit une des qualités qui nous 
frappent le plus en architecture comme en tout autre chose , 
un édifice dans lequel elle ne doit pas se rencontrer n'en est 
pas moins susceptible de beauté, si les convenances y sont 
remplies, comme elles !e doivent être. 

Outre une grande salle pour les assemblées municipales, 
outre difféiens bureaux, il faut encore dans un édifice de 
ce genre, quelles que soient ses dimensions , des portiques 
pour recevoir ceux que leurs affaires y appellent 11 faut 
de plus que de ces portiques on puisse parvenir facilement 
à chaque partie de l'édifice, il est facile de voir que le pro- 
jet représenté , planche 7, réunit tous ces divers avantages, 
et que, malgré sa petitesse, cet édifice offrirait encore dans 
l'exécution un aspect fort imposant. 

Les hotels-de-ville les plus célèbres sont ceux d'Amster- 
dam, d'Anvers, deMastricht,d'Oudenardeet de Bruxelles. 
Les trois premiers sont décorés d'ordres d'architecture. Les 
deux autres sont gothiques. Cependant leur aspect an- 
nonce bien plus évidemment un édifice public; ce qui con- 
firme ce que nous avons dit et prouvé plus d'une fois, que 
les formes et les proportions influent bien moins sur la 
beauté de la décoration que la disposition. 

On peut voir ces différens édifices , planche 1 7 du Pa- 
rallèle. 



DES EDIFICES PUBLICS. 5l 

m. PART. 

Des Collèges. u. «ct»o». 

Ces édifice?, destinés à l'instruction de la jeunesse, se nom- 
maient ^ymna^-ej chez les Grecs. Les gymnases étaient de 
vastes édifices entourés de jardins et d'un bois sacré ; on 
entrait d'abord dans une cour de forme quarrée dont le 
pourtour était environné de portiques et de batimens. Sur 
trois de ses cotés étaient des salles spacieuses et garnies de 
sièges où les philosophes, les rhéteurs, etc. rassemblaient 
leurs disciples. Sur le quatrième on trouvait des pièces 
pour les bains et les autres usages du gymnase. Le portique 
exposé au midi était double, afin qu'en hiver la pluie ne put 
pas être chassée par le vent dans sa partie intérieure. 

De cette cour quarrée on passait dans d'autres cours bor- 
dées de portiques sur leurs plus grands cotés et ombragées 
par des platanes. L'un des portiques de ces cours s'appelait 
^r/V/e. On avait ménagé dans le milieu de sa longueur une 
espèce de chemin creux d'en^ iron quatre mètres de lar- 
geur sur un peu moins d'un demi mètre de profondeur. 
C'était la qu'à l'abri des injures de l'air, séparés des specta- 
teurs qui se tenaient sur le bord do ce renfoncement, les 
jeunes élèves s'exerçaient à la lutte. On trouvait encore 
dans ces édifices un stade pour les courses. 

S'il est facile de voir que la disposition des gymnases 
était aussi commode, aussi salubre, etc. que la disposition 
des collèges de Paris l'est peu, il n'est pas plus difficile 
d'imaginer que l'aspect des premiers était aussi propre par 
sa noblesse, sa variété, son agrément à élever Tame des 
jeunes gens, à leur inspirer le goût de l'étude que l'aspect 
tritte et rebutant des autres est propre à faire un effet 
contraire. 

Le même esprit qui dirigea les Grecs dans la composition 

G 2 



III. PART 

IL SECTION. 



52 DES EDIFICES PUBLICS. 

de leurs gymnases se remarque dans celle des nombreux 
collèges renfermés dans les ^'illes de Cambridge et d'Oxford. 
Outre de vastes cours, des salles pour les divers genres 
d'études, des chapelles, des bibliothèques, des réfectoires, 
des dortoirs, etc., on y trouve des théâtres, des portiques 
sous lesquels on peut, à couvert, se livrer à divers exercices, 
des jardins rafraichis par des fontaines jaillissantes , enfin 
tout ce qui peut favoriser la santé et le développement de 
toutes les facultés. Aussi ces édifices excitent-ils une admi- 
ration générale malgré le style gothique dans lequel la 
plupart sont construits. 

Quoique beaucoup moins considérables, par leur étendue, 
que ceux d'Angleterre, quoique difFérens à quelques égards, 
quant à leur usage, le collège romain et celui de la Sapience 
à Rome, l'université de Turin, le collège helvétique de 
Milan et quelques autres collèges d'Italie ne sont pas moins 
célèbres, et ne méritent pas moins de l'être; traités d'après 
les mêines principes, ils doivent faire éprouver les mêmes 
sensations : on trouvera les plans de quelques-uns de ces édi- 
fices, planche 18 du Parallèle, 

Dans la composition du projet de collège que l'on trou- 
vera , planche 8 , on a taché de se pénétrer de l'esprit des 
anciens et de mettre à profit tout ce que les édifices mo- 
dernes de ce genre peuvent offrir d'intéressant. Nous n'en- 
trerons pas dans de grands détails à l'égard de ce projet. 
Nous nous contenterons de faire observer que les batimens 
destinés aux exercices de l'esprit, lesquels sont rangés au- 
tour de la cour principale, étant éloignés de toute part des 
rues qui environnent l'édifice, on y jouirait sans cesse de 
tout le calme nécessaire à l'étude ; que les cours accessoires 
étant placées dans les angles de la partie postérieure, le ser- 
vice des cuisines, des réfectoires, etc> se ferait avec la plus 



DES EDIFICES PUBLICS. 53 

grande facilité et sans causer dans les autres parties le 
moindre embarras ni le moindre trouble; enlin que le spec- 
tacle des jardins dont on jouirait de la cour des études, à tra- 
vers les vestibules qui y donneraient entrée, communique- 
rait à cette cour même un air de vie et de gaieté plus néces- 
saire qu'on ne l'imagine dans des lieux consacrés aux tra- 
, vaux de l'esprit. 

Des Edifices destinés à la réunion des Savans , des 
Hommes-de-Lettres et des Artistes. 

Dans la Grèce ainsi qu'à Rome il n'y avait pas en gé- 
néral des lieux spécialement destinés à cet usage. Lessavans, 
les philosophes s'entretenaient, tantôt dans les places pu- 
bliques, tantôt sous les portiques qui les environnaient , tan- 
tôt dans les exédres des gymnases , des palestres ou des 
thermes. Il parait cependant qu'à Athènes les diverses 
classes de savans s'assemblaient plus volontiers dans l'aca- 
démie, lieu ainci appelé du nom d'Académus , citoyen de 
cette ville, qui l'avait donné aux philosophes pour se ras- 
sembler et conférer ensemble. Mais ce lieu n'était point 
un édifice; c'était un terrein vaste, environné de murs, 
orné de promenades couvertes d'arbres, embellies par des 
ruisseauxqui coulaient sous leur ombrage, et sur les bords 
desquels on rencontrait, tantôt une statue, et tantôt un autel 
consacré à quelque divinité. 

Dans le beau climat de la Grèce rien n'était plus propre 
qu'un semblable lieu pour tenir de telles assemblées. Mais 
sous le ciel pluvieux de la France il faut des édifices clos et 
couverts pour la réunion, soit des savans, soit des hommes- 
de- lettres, soit des artistes. Ces différentes classes étaient au- 
trefois séparées sous le nom d'Académies. Depuis quelques 



ni. PAiiT. 

II. SECTION. 



II. «FCTION, 



54 DES EDIFICES PUBLICS. 

îii. p ART. années on les a réunies avec avantage sous le nom d'Insti- 
tut. C'est pour une réunion si intéressante que serait des- 
tiné l'édifice dont nous donnons le projet, planche 9. 

Il ne faut que jeter les yeux sur ce magnifique plan pour 
voir avec quelle exactitude et quelle simplicité toutes les 
convenances sont remplies, et pour juger en même temps 
du superbe effet qui résulterait de son exécution. L'Insti- 
tut est divisé en trois classes ; un corps de bâtiment est af- 
fecté à chacune; chaque classe est divisée en plusieurs sec- 
tions; chaque corps de bâtiment renferme plusieurs pièces 
qui ont chacune leur entrée particulière. Les diverses classes 
et les dixerses sections devant communiquer entre elles, 
et se réunir toutes dans la pièce centrale les jours d'assem- 
blée publique, une galerie intérieure leur en procure les 
moyens. Enfin le public doit se rendre à certains jours dans 
cet édifice; un corps de bâtiment semblable, à l'extérieur, 
aux trois autres renferme des vestibules propres à l'intro- 
duire avec dignité dans la salle d'assemblée qui est placée au 
centre. 

Des Bibliothèques. 

Les noms des bibliothèques de Jérusalem , de Luxxor , 
d'Alexandrie, etc. sont tout ce qui nous reste de ces magni- 
fiques édifices. On sait seulement que sur la porte de celle 
qu'Orimanduée roi d'Egypte fit construire dans l'édifice 
immense qui devait lui sei^ir de tombeau ces mots étaient 
écrits : Remède de l'ame , belle inscription reproduitedepuis 
par Muratori dans la bibliothèque de Modène. La plupart 
des bibliothèques existantes n'ayant pas dans l'origine été 
construites pour cet usage sont peu propres à nous donner 
dos lumières sur la composition des édifices de ce genre. 
Celle du Vatican, une des plus fameuses, n'offre de remar- 



DES EDIFICES PUBLICS. 55 

cjuable que les rangées de vases étrusques qui la décorent. '" i'Ar>T. 
Les bibliothèques de Médicis à Florence, de Saint-Marc à "" "•-"^■'• 
Venise, construites exprès à la vérité, la pren}ière par 
Michel-Ange, la seconde par Sansovino, ne doisent guère- 
leur célébrité qu'aux noms de leurs auteurs. La biblio- 
thèque d'Oxford dont le plan est circulaire, et celle de 
Sai^te-Gene^iève à Paris, disposée en forme de croix, aa 
centre de laquelle est une coupole, et qui est décorée de 
bustes de grands hommes, ainsi que l'étaient la plupart de 
celles des anciens , au rapport de Pline, méritent d'être 
distinguées. Mais elles ne donnent encore qu'une idée bieii 
incomplette de ce genre d'édifice. 

Une bibliothèque peut être considérée, d'une part comme 
un trésor public renfermant le dépôt le plus précieux, celui 
des connaissances humaines, de l'autre comme un temple 
consacré à l'étude. Un pareil édifice doit donc être disposé 
de manière à ce qu'il y règne la plus grande sûreté et le 
plus grand calme. C'est d'après ces observations que l'on a 
composé le projet de bibliothèque que l'on verra, planche i o. 
Une enceinte aux angles de laquelle sont placés les loge- 
mens des bibliothécaires, les eorps-de-garde et tous les autres 
batimens où l'on peut avoir besoin de feu sépare la biblio- 
thèque proprement dite, l'isole de tout autre édifice. Sa 
construction, toute en pierre, achève de la défendre contre le 
danger des incendies. A l'abri de toute atteinte extérieure 
par sa disposition générale, la disposition particulière des 
salles de lecture, tendantes toutes vers un centre où seraient 
les bibliothécaires, assurerait l'ordre et faciliterait la sur- 
veillance dans l'intérieur. Les jours qui éclairent les salles 
venant du haut, en laissant le plus de surface possible pour' 
les armoires qui renferment les li\res, seraient en même 
temps les plus favorables au recueillement dont on a besoin.^ 



5(5 DES EDIFICES PUB.LICS, 

in. r.MvT. Enfin les portiques qui environnent la partie principale de 

• """^''- l'édifice, ainsi que les arbres dont le parvis est ombragé, 

offriraient des promenades couvertes et découvertes dans 

lesquelles on pourrait méditer ou s'entretenir avec autant 

de plaisir que de tranquillité. 

Des Muséum. 

Dans les grandes villes il peut y avoir plusieurs mu- 
séum, les uns destinés à renfermer les productions les plus 
rares de la Nature, les autres à contenir les chefs-d 'œuvres 
des Arts. Dans les villes peu considérables un même mu- 
séum peut servir à !a fois à ces divers usages. On pourrait 
même, pour plus d'économie, y réunir la bibliothèque. 
Mais quelle que soit l'étendue de ces édifices , quel que 
puisse être le genre des objets qu'ils doivent renfermer , la 
conservation et la communication d'un trésor précieux 
étant toujours le motif qui les fait élever, ces édifices 
doivent être composés dans le même esprit que les biblio- 
thèques. Ce que nous avons dit de général à l'égard de celles- 
ci peut donc leur être appliqué ; la seule différence qui 
devrait avoir lieu dans leur disposition est que les biblio- 
thèques ne renfermant dans leur intérieur qu'un même 
genre d'objets , n'étant destinées dans toute leur éten- 
due qu'à un même usage , une seule entrée peut leur suf. 
fire. La sûreté même l'exigerait, tandis que les muséum, 
même ceux qui seraient uniquement destinés à renfermer 
les productions des Arts, contenant des objets de différente 
espèce , étant composés de parties destinées à des études 
différentes , doivent, pour que le calme qui doit régner dans 
chacune ne soit pas troublé, offrir, outre l'entrée principale 
autant d'entrées particulières qu'ils contiennent de parties 
distinctes. On nous dira peut-être que cette multiplicité 

d'ouvertures 



II. (ECTIOVi 



DES EDIFICES PUBLICS, 57 

d'ouvertures nuirait à la sûreté : on peut voir dans lepro- '"• p^i^t. 
jet, planche ii, comment au moyen de vestibules com- 
muns chaque partie serait parfaitement dégagée , sans qu'il 
fut nécessaire d'ouvrir un grand nombre de portes à l'ex- 
térieur. 

Des Observatoires. 

Ces édifices destinés aux observations astronomiques 
doivent être placés sur une eminence , et avoir une cer- 
taine élévation , afin que des terrasses qui les terminent on 
puisse découvrir un horizon très -étendu. Sur ces terrasses 
doit s'élever encore un donjon destiné à recevoir les 
instrumens d'astronomie. Le corps de l'édifice doit ren- 
fermer des salles pour l'assemblée des savans , une biblio- 
thèque, un cabinet de physique, des logemens pour le direc- 
teur j les divers savans et les artistes attachés à l'établisse- 
ment, un autre pour le concierge, des laboratoires, des 
atteliers, des magasins, etc. Celui de Paris bâti par Perault 
Éous le règne de Louis XIV offre un assez beau modèle en ce 
genre. Koyez le Parallèle, planche 18. On trouvera aussi 
dans ce volume une idée d'observatoire, planche 1 2 5 on 
verra dans l'un et dans l'autre que la construction fait tous 
les frais de la décoration. 

Des Phares. 

Un phare n'est autre chose qu'une haute tour bâtie sur le 
bord de la mer. On allume dans la partie supérieure des feux 
pour guider les vaisseaux pendant la nuit. Ces édifices ont 
ordinairement pour base une plate-forme sur laquelle sont 
placés de petits batimens destinés au logement des gardiens 
chargés d'allumer et d'entretenir les feux. 

Le plus célèbre est celui appelé la tour de CordouaUf 

H 



58 DES EDIFICES PUBLICS, 

jii. PART, jjati à l'embouchure de la Gironde par Louis de Foix en 
. lïCT.o!., j ^g^^ voyez planche 25 du Parallèle. Cet édifice est décoré 
de trois ou quatre ordres d'Architecture. Le projet de phare 
que nous donnons ici , planche 1 2 , n'offre à l'œil autre 
chose que l'apparence de sa construction. Que l'on com- 
pare ces deux édifices, on verra que le dernier a le caractère 
de ce genre d'édifice , tandis que l'autre n'en a aucun. 

Des Halles et Marchés. 

Souvent chez les anciens les marchésn'étaient autrechose 
que les places publiques mêmes, tels que le Forum Boarium, 
celui d'Auguste, de Trajan, de Nerva, etc. j quelquefois 
ils ne composaient qu'une partie de ces places ; mais dans 
tous les cas ils offraient des lieux vastes, aérés, plantés 
d'arbres, entourés de portiques, et dans lesquels d'abon- 
dantes fontaines entretenp;cnî ia fraîcheur et la propreté. 

Rien ne- ressemble moins aux marchés des anciens que 
les marchés des modernes. La plupartsetiennent dans les 
rues qu'ils embarrassent et qu'ils infectent. Les marchands 
et leurs denrées y sont exposés à l'injure de l'air, et se 
trouvent confondus pêle-mêle avec les voitures. Ceux 
même des marchés qui sont bâtis exprès sont si mes- 
quins, si mal situés, si peu dégagés, sont traités, en un 
mot, avec tant de négligence, qu'ils dégradent autant les 
villes que les marchés antiques les embellissaient. 

Tous les marchés modernes ne méritent pourtant pas 
ces reproches; il en est qui , à plusieurs égards, pourraient 
servir de modèle , tels que les halles d'Amiens , de 
Bruxelles, le marché au poisson de Marseille, ouvrage du 
célèbre Pujet , le marché de Florence , celui de Catane 
en Sicile; édifices dont on trouvera les plans, planche 14 
du Parallèle. 



PES EDIFICES PUBLICS, 5^ 

Quoique l'on se serve assez inditleremment des mots '"fART. 
déballes ou de marchés pour exprimer un lieu où l'on 
vend quelque marchandise , principalement des comesti- 
bles , on peut cependant entre ces deux espèces d'édifi- 
ces remarquer cette différence 5 c'est que les marchés des- 
tinés la plupart à la vente du poisson, des herbes, des 
fleurs, des animaux de toute espèce, objets qui, exha- 
lant plus ou moins d'odeur, ont besoin d'être très-aérés, 
et par conséquent à découvert de tous cotés, au moins en 
partie. Dans tous les cas ces marchés doivent être ouverts. 
Les halles au contraire destinées à la vente du blé, du vin, 
de la toile, des draps, etc., objets qui pourraient s'altérer 
à l'air, au soleil ou à la pluie, doivent toujours être coii- 
\'ertes et fermées. 

La halle la plus célèbre est la halle au blé de Paris ; elle 
mérite cette célébrité à certains égards; elle la mériterait 
encore plus, si l'on y avait mis moins de prétention. On peut 
&'en convaincre en la comparant au projet de halle que nous 
donnons, planche i3, dans lequel on n'en a mis aucune; 
en examinant ce projet, on remarquera un escalier qui 
de la partie inlèrieure destinée à la vente journalière con- 
duit aux étages supérieurs, destinés à emmagasiner les 
grains et farines pour quelque temps.Cet escalier est disposé 
de telle manière que quatre personnes peuvent monter 
ou descendre à la fois sans se rencontrer, et par consé- 
quent de manière à empêcher toute espèce de confusion 
et d'embarras. 

Des Boucheries. 

Cette espèce d'édifice appelé Macellum chez les Ro- 
mains est destiné à la vente de la viande. Une médaille 
de Wéron et les plans du Capitole sont les seuls monu- 

H 2 



II. SECTIOa. 



6o' DES EDIFICES PUBLICS. 

m. PART, jnens qui peuvent nous donner une idée de la manière 
dont ces édifices étaient traités chez les anciens ; encore 
cette idée est-elle bien faible, vu la manière imparfaite 
dont les édifices sont représentés sur les médailles , et l'état 
de dégradation dans lequel se trouvent les plans. Toute 
faible qu'elle est, elle suffit néanmoins pour nous faire 
connaitre l'esprit dans lequel les anciens composaient ces 
édifices. A coup sur ils ne s'attachaient pas à les rendre 
pompeux , et cependant on y remarque cette dignité de dis- 
position que l'on devrait rencontrer toujours dans les édifi- 
ces destinés à des usages publics. On y remarque des colon- 
nes, des portiques; la convenance les exigeait. 

Une chose bien importante que l'on peut remarquer 
encore dans les boucheries antiques, c'est que les tueries, 
au lieu d'en faire partie, comme on le voit souvent chez 
nous , en étaient absolument séparées. Dans le projet de 
boucherie que l'on trouvera, planche 14, cet objet n'est pas 
présenté. La propreté , la salubrité des villes et la sûreté 
même des habitans exigent impérieusement qu'elles soient 
reléguées à l'extrémité des fauxbourgs. 

Des Bourses. 

Ces édifices , que l'on nomme encore loo;e ou change , sont 
des lieuxoù s'assemblent les marchands, les agensde change 
et les banquiers pour le commerce d'argent et de papiers 
publics. Chez les anciens les basiliques en tenaient lieu , 
en réunissaient toutes les propriétés , et renfermaient tout 
ce qui avait rapport au ;égoceet aux gens d'affiires ; chez 
les modernes , c'est quelquefois une place entourée de 
portiques et plantée d'arbres , telles que la bourse de Loii' 
dres bâtie par Inigo Jones , et celle d'Amsterdam balie par 



DES EDIFICES PUBLICS, 6l 

Dankers, édifices qui méritent detre examinés à cause "'• i'art. 
de la simplicité de leur plan et du bon effet qui en résulte "" "-''"°'' 
pour leur décoration ; voyez la planche 18 du Parallèle, 
Le plus souvent ce sont des édifices consistant au rez-de- 
chaussée en plusieurs portiques , vestibules , corps-de- 
garde, salles et bureaux, tel que celui que nous offrons, 
planche 14 

Des Douanes. 

Ces édifices sont destinés à percevoir certains droits sur 
les diverses marcliandises qui arrivent dans un pays ou 
dans une ville , et à contenir quelques-unes de ces mar- 
chandises jusqu'au moment où le propriétaire vient les 
chercher. En conséquence il faut au rez - de - chaussée 
des corps-de-garde à l'entrée , des bureaux placés de ma- 
nfère que de ces bureaux on voye tout ce qui se passe dans 
la cour, des hangards sous lesquels on puisse à couvert 
faire la visite des ballots, au premier étage il faut des 
pièces pour l'administration, le logement du concierge, 
des magasins pour serrer les marchandises qui doivent 
rester à la douane un certain temps. La sûreté de ces 
marchandises exige que cet édifice soit entièrement voûté. 
De ce genre de construction, des diverses convenances qui 
exigent au rez-de-chausséedegrandes ouvertures , et au pre- 
mier des ouvertures beaucoup moindres , résulterait tout 
naturellement la décoration de ce genre d'édifice, comme 
on peut le voir, planche 14 

Des Foires. 

Les foires sont des espèces démarchés dans lesquels, 
pendant certains te'mp>de l'année, les marchands de dehors 
apportent leurs marchandises franches de droit. Les mar- 



62 DES EDIFICES PUBLICS. 

m. PAKT. chands des villes, dans lesquelles ou près desquelles se 
II. sLcuoK. tiennent les foires, viennent aussi y étaler tout ce quia 
trait à l'agrément et à la parure des femmes. Comme, parmi 
la multitude qui abonde dans ces lieux , il y a beaucoup de 
personnes qui ont de l'argent et du loisir, il s'est naturelle- 
ment introduit dans les foires des spectacles de toute 
espèce, des jeux, des cafés, des restaurateurs , etc. On peut 
donc considérer ces édifices comme des lieux destinés tout 
à la fois au commerce et au plaisir. 

D'après ce que nous venons de dire , un édifice de ce 
genre doit présenter trois parties distinctes. Premiè- 
rement des lieux propres à la vente des grosses marchan- 
dises, des marchandises purement utiles, tels que les 
animaux, les cuirs, les fers, les laines, etc.; en second 
lieu des endroits destinés au commerce des objets qui ne sont 
en grande partie que de pur agrément, telles que les clin- 
quailleries, bijouteries, orfèvreries , modes, etc. ; enfin ceux 
qui sont uniquement consacrés à l'amusement, tels que 
les vauxhalls,les théâtres, les billards, etc. La commodité 
des marchands qui, pour la plupart , sont loin de leur domi- 
cile, exige qu'au-dessus des boutiques il y ait des chambres 
pour les loger; et la sûreté de leurs marchandises exige 
également que toutes les parties couvertes de cet édifice 
soient voûtées. On doit encore avoir soin de faire entrer 
dans la composition des foires, ainsi que dans celle de tous 
les marchés , des corps-de-garde et des lieux où le magis- 
trat chargé du maintien de l'ordre se tiendrait pour ter- 
miner les différends qui pourraient s'élever. Il n'est pas 
besoin dédire que toutes les parties découvertes des foires 
doivent être plantées d'arbres , ornées de fontaines , etc. 

Dans le projet de foire que nous donnons , planche i5 , 
on a cru devoir préférer la forme circulaire comme la plus 



DES EDIFICES PUBLICS. 65 

favorable H l'espèce de promenade qui a lieu dans ces "'paut. 
edilicet;; l'emploi de cette l'orme n'ayant d'ailleurs aucun ''•»""«"• 
inconvénient dans le cas dont il s'agit; car le diamètre de 
ce cercle étant très-grand , et les di\'isions de la circonfé- 
rence très-nombreuses, les boutiques formées par ces divi- 
sions ne pourraient paraitre sensiblement irrégulières mal- 
gré la tendance de leurs murs vers le centre. 

Les bazards ou rues cou\ ertes bordées de boutiques et 
éclairées par de magniliques coupoles, édifices dont on voit 
un grand nombre dans les villes de Turquie, de la Perse et 
de tout l'Orient, peuvent, à plus d'un égard, servir de modèle 
dans la composition des foires. On trouvera le plan de quel- 
ques-uns de ces bazards , planche 14 du Parallèle. 

Des Théâtres, 

Les Romains, chez qui la passion des spectacles était por- 
tée jusqu'à la fureur, en avaient de plu.^eurs espèces, tels 
que les jeux scéniques, ceux du cirque et ceux de Tamphi- 
théatre. Les jeux scéniques, qui offraient le double avantage 
de charmer l'esprit et les sens, qui faisaient passer dans 
l'ame les préceptes de la sagesse par l'organe du plaisir, 
ces jeux qui, loin d'étouffer la sensibilité la portaient à son 
comble, étaient bien faits pour exciter le plus vif intérêt. 
Les jeux du cirque, consistant en des courses à pied, des 
courses de chevaux et de chars, précédées de sacrifices, 
annoncées par des pompes ou processions dans lesquelles on 
voyait successivement paraitre les images des dieux, les 
chœurs de musique qui célébraient leurs louanges, les dé- 
pouilles enlevées sur les ennemis, enfin les magistrats qui 
devaient présider aux jeux. Ces jeux étaient encore bien 
propres à faire naitre les idées les plus nobles et les plus 
riantes. Quant à ceux de l'amphilhéatre, qui consistaient en 



64 DES EDIFICES PUBLICS, 

in. PART, (jçc; combats de gladiateurs et de bétes féroces, ces jeux 
H. ji.ci.os. j-i'^tai(3Q^ guère plus propres à donner une heureuse idée de 
l'humanité et de la sensibihté des Romains que les combats 
horribles qui se donnaient quelquefois entre plusieurs galères 
dans l'arène humide et bientôt sanglante des naumachies. 

Quoi qu'il en soit de la nature des spectacles des anciens, 
toujours est-il vrai que les édifices qui servaient à leur re- 
présentation, destinés tous aux plaisirs d'un grand peuple, 
étant construits avec la plus grande solidité, et disposés avec 
la plus grande noblesse, ainsi que cela devait être, tous 
devaient nécessairement avoir du caractère en général; 
que chacun de ces édifices , destinés à un genre de spec- 
tacle particulier , ayant , comme cela devait être , une forme 
particulière, offraient naturellement un caractère diffé- 
rent; que tous enfin étant disposés de la manière la plus 
convenable à l'objet particulier pour lequel ils étaient cons- 
truits, il était impossible qu'il y en eut un seul qui n'eut pas 
son caractère propre. Voyez les planches Sy, 09 , 40 et ^i 
du Parallèle. 

Les représentations théâtrales étant les seuls spectacles 
en usage chez les nations modernes, nous n'en dirons pas 
davantage sur les amphithéâtres, les naumachies et les 
cirques. Nous nous bornerons à parler des théâtres, édifi- 
ces non moins fréquentés chez nous que chez les anciens. 

Consacrés uniquement au plaisir ces édifices doivent 
être si bien disposés , que l'on puisse goûter dans toute 
son étendue , et sans aucun mélange de trouble ni d'inquié- 
tude, celui que l'on y recherche. Les théâtre des anciens 
remplissaient parfaitementtoutes ces conditions; des masses 
de gradins disposés en demi-cercle et couronnés par une 
superbe colonade offraient une foule de places d'où 
chacun pouvait également bien voir et bien entendre ; 

un 



DES EDIFICES PUBLICS. 65 

un immense proscenium, placé en face, procurait par sa '"• paht. 
grande largeur les moyens de donner aux décorations "' ""'°''- 
toute l'illusion possible, et à la représentation des pièces 
toute la pompe imaginable; de vastes et nombreux esca- 
liers , placés sous les gradins, avec lesquels ils communi- 
quaient par des vomitoires, donnaient à trente mille spec- 
tateurs que rassemblaient souvent les jeux scéniques, la 
facilité de sortir tous, pour ainsi dire, en un instant. 
Enlin la construction de ces édifices, en pierre ou même 
en marbre, éloignait toute inquiétude du coté des in- 
cendies. 

Si dans les théâtres antiques on s'est efforcé de réunir 
tous les avantages, il semblerait que dans les théâtres mo- 
dernes on ait pris à tache de rassembler tous les inconvé- 
niens. Dans la plupart, un quart au moins des spectateurs 
ne voit point ou voit mal ; le lieu de la scène ou le théâtre 
proprement dit , quoique souvent plus profond qu'il n'est 
nécessaire, est toujours si restreint sur la largeur, qu'il n'est 
pas possible au décorateur de donner carrière à son génie , 
ni de présenter jamais aux yeux le spectacle de l'immen- 
sité. Enfin ces édifices dont la constrution est telle qu'une 
étincelle suffirait pour les embraser , offrent nécinmoins si 
peu de dégagemens , les escaliers y sont si rares, si étroits , 
si difficiles à trouver, qu'après le spectacle, il se passe tou- 
jours un temps considérable avant que la foule soit écoulée. 
Quels dangers ne court-on pas dans de semblables lieux, et 
quel plaiïir peut-on y goûter ! 

Si la disposition des théâtres antiques était aussi conve- 
nable et ausii simple que la disposition des nôtres l'est peu, 
de même, et par une suite nécessaire, les premiers avaient 
un caractère de majesté et de grandeur dont manquent ab- 

I 



66 DES EDIFICES PUBLICS. 

III. PART, solument les autres. On peut les comparer, planches Sy et 
II. sEco.. 5g ^^ Parallèle. 

Le projet de théâtre que l'on verra, planche 16, ne dif- 
fère essentiellement des théâtres des anciens qu'en ce que, au 
lieu d'être couvert par une simple banne comme l'étaient 
ceux-ci quand ils n'étaient pas entièrement découverts , il 
l'est par un comble en fer, genre de couverture qui ne se- 
rait rien moins qu'impraticable, nos plus grands théâtres 
ne renfermant jamais la sixième partie du monde que con- 
tenaient ceux des anciens , et n'ayant par conséquent pas 
besoin d'être à beaucoup près aussi vastes. 

Des Bains. 

L'usage des bains est aussi essentiel à la santé qu'à la 
propreté^ il est d'ailleurs infiniment agréable. Aussi chez la 
plupart des peuples anciens, outre les bains particuliers, 
trouvait-on , comme on le trouve encore chez tous les peuples 
modernes de l'Orient, une foule d'édifices publics destinés à 
cet usage. Dans la seule ville de Rome on en comptait jus- 
qu'à quatre- vingt dont quelques-uns occupaient un espace 
de plus de trente arpens.lndépendamment des bains chauds, 
qui firent donner à ces immenses édifices le nom de thermes ^ 
on y trouvait une foule de pièces destinées aux difFéren s exer- 
cices du corps , aux délassemens de l'esprit , aux amuse- 
mens du peuple. De tous ces magnifiques édifices les thermes 
. de Titus , de Dioclétien et de Caracalla sont les seuls dont il 
reste encore quelques vestiges. On pourra voir dans le Pa- 
rallèle , depuis la planche 3o jusqu'à la planche 36, les 
restaurations que Palladio nous en a données. On trouvera 
aussi à coté celles que nous avons faites pour notre étude. 
En comparant les unes avec les autres, on pourra remar- 



DES EDIFICES PUPLICS. 67 

querque,si les thermes des Romains, disposés en général m.i'AnT. 
avec tant de dignité, de noblesse, avaient été traités en "• "'^^■o". 
même temps avec plus de simplicité dans toutes leurs par. 
ties, ils auraient encore gagné du coté de la magnificence. 

Les bains dont nous donnons le projet, planche 17, sont 
supposées dans un vaste jardin , au bord d'une ri\ iére. Ils 
sont séparés en deux parties, l'une pour les hommes, l'autre 
pour les femmes. Dans chacune on trouve des bains cou. 
verts et découverts, publics et particuliers; au milieu de 
tousest une immense pièce d'eau pour les promenades sur 
l'eau, les joutes, les feux d'artifice. De tous cotés sont ré- 
pandus des cafés, des restaurateurs, etc. 

Qu'au lieu de bains ordinaires il s'agisse de bains d'eaux 
minérales, comme ceux qui s'y rendent, soit pour leur santé, 
soit pour leur plaisir, viennent souvent de fort loin et 
doivent y faire quelque séjour, outre les différens objets rela- 
tifs aux bains, il faudrait faire entrer dans la composition 
générale d'un tel établissement des corps de batimens desti- 
nés à l'habitation, un temple, une salle de spectacle, des 
salles de bal, de concert, de jeu, des cuisines, des écuries, 
des remises et autres accessoires. 

Des Hôpitaux. 

Il eu est de plusieurs espèces. Les uns sont destinés à con- 
tenir les pauvres, tel que l'Hôpital général; les malfaiteurs 
tel que Bicêtre; les femmes de mauvaise vie, les Enfans trou- 
vés, les fous, tel que la Salpêtrière,etc. ; les autres à rece- 
voir les malades de l'un et de l'autre sexe, tels que l'Hotel- 
Dieu, la Charité, les Incurables , etc. Nous ne nous occu- 
perons que de ces derniers, encore n'entrerons-nous pas 
dans tous les détails, ce qui exigerait un volume. Nous 
nous bornerons, ainsi que nous l'avons fait à l'égard des 

1 2 



III. PART 

JI. SliCTIOR, 



68 DES EDIFICES PUBLICS, 

autres genres d'édifice, à faire connaitre les convenances 
principales et l'esprit dans lequel ces édifices doivent être 
composés. 

De tous les édifices les hôpitaux sont ceux dans lesquels 
devrait régner le plus de salubrité ; de tous les édifices, ce 
sont cependant ceux dans lesquels, en général, on en rencon- 
tre lé moins. Dans la plupart toutes les salles réunies , tantôt 
auxanglesd'unquarré, tantotaucentred'une croix, forment 
des foyers d'infection, non seulement funestes aux personnes 
qui viennentdans ces lieux chercher du soulagement à leurs 
maux, mais encore aux habitans des villes dans lesquelles 
les hôpitaux sont inconsidérément renfermés. A l'égard 
de toutes les autres parties , ces édifices sont traités avec 
tant d'insouciance et de barbarie, et l'aspect qui résulte 
de la disposition du tout est tel, que le plus malheureux 
ne consent qu'à regret à se faire transporter dans ces 
lieux, qui semblent moins des édifices hospitaliers que des 
gouffres où vient s'engloutir l'humanité souffrante. Les 
hôpitaux de Milan en Italie et de Plymouth en Angleterre 
sont presque les seuls qui méritent quelques éloges. 

Dans l'hôpital de Milan, l'un des plus célèbres d'Italie , 
bâti avec magnificence aux frais de Cottoni, riche citoyen 
de cette ville, on remarque avec plaisir de vastes et nom- 
breux portiques soutenus par des colonnes de marbre qui, 
en établissant une communication entre les diverses parties 
de l'édifice, facilitent et assurent le service des malades, 
et procurent aux convalescens des promenades commodes 
et agréables , propres à hâter leur entier rétablissement. 
On applaudit au sentiment d'humanité qui dirigea le 
génie de l'architecte dans la disposition de ces différentes 
parties ; mais on regrette en même temps que les salles 
n'y soient pas mieux coordonnées que dans la plupart de« 



DES EDIFICES PUBLICS. 69 

autres hôpitaux, sous le rapport essentiel de la salubrité. "'• part. 

L'hôpital de Plymouth bâti avec non moins de soin par ' *"'"'*' 
Bovehad, en 1 766, est de tousles hôpitaux le mieux disposé. 
Il offre quinze pavillons, éloignés les uns des autres, réunis 
au rez-de-chaussée par une colonade qui règne autour 
d'une cour quarrée. De ces quinze pivillons dix sont 
pour les malades, les cinq autres pour le service. La dispo- 
sition de cet édifice est évidemment bien supérieure à celle 
de l'hôpital de Milan; mais elle est cependant encore loin 
d'être parfliite. Chaque pavillon renferme à chaque étage 
deux salles accouplées , dans le.-quelles par conséquent 
l'air ne peut pénétrer de toutes parts. 

Les hôpitaux de la Roquette et de Sainte-Anne, hors de 
Paris, composés par M. Poyet, d'après le programme de 
l'Académie des Sciences, édifices commencés en 1788, et 
presque aussitôt abandonnés , auraient été de véritables 
modèles en ce genre, s'ils eussent été achevés. Ces hôpitaux 
réunissenttous les avanges deceuxdeMilan etdePlymouth, 
sans en avoir aucun des inconvéniens. On en trouvera 
l'idée, planche 18. Chaque salle, tant celles qui d'un 
coté sont destinées pour les hommes , que celles qui de 
l'autre sont destinées pour les femmes, est affectée à un 
genre particulier de maladie. Chacune de ces salles a dix 
mètres de large sur environ neuf mètres de haut. Derrière 
les lits , placés sur deux rangs dans chaque salle, se trouve 
un corridor d'un mètre, servant à les isoler du mur, à en 
dégager le service, à masquer les garde-robes placées der- 
rière chaque lit dans le renfoncement des croisées, et dont 
le service se serait fait sans qu'il y parut dans des lieux 
d'aisance placés à l'une des extrémités de chacun de ces 
corridors. 

Au-dessus de ces mêmes corridors , qui n'ont qu'un peu 



JII. PART 



70 DES EDIFICES PUBLICS, 

plus de deux mètres d'élévation , se trouve de chaque coté 
un rang de croisées au moyen desquelles les salles seraient 
parfaitement éclairées , et l'air facilement renouvelé. 
Les voûtes en brique qui couvr^ent les salles sont ou- 
vertes à des distances convenables dans la partie supé- 
rieure. 

A l'une des extrémités de chaque salle sont les escaliers 
qui du portique conduisent aux salles, et à l'autre extrémité 
les pièces de dessertes. 

Le rez-de-chaussée , voûté comme les salles, serait des- 
tiné aux cuisines, offices , pharmacies , apothicaireries et 
autres accessoires, tels que bains, logemens et réfectoires 
des sœurs, des médecins, des chirurgiens , etc. Dans l'in- 
tervalle qui sépare les divers corps de bâtiment sont des 
jardins plantés d'arbres, les buanderies, les etuves, le ma- 
gasin aux huiles, la fabrique de chandelles, les boucheries, 
boulangeries, bûchers; en un mot tous les lieux destinés à 
renfermer une grande quantité de matières combustibles 
sont placés loin des salles, le long des murs d'enceinte de 
ces hôpitaux. 

Dans des hospices dont la disposition répondrait si par- 
faitement à l'importance de leur objet, on ne craindrait plus 
de venir chercher des secours. Leur aspect seul, sinon ma- 
gnifique, du moins noble et agréable , influerait sur l'effica- 
cité des remèdes. En entrant dans de tels édifices, où tout 
annoncerait le respect que l'on porte à l'humanité, et sur- 
tout à l'humanité souffrante, on se sentirait soulaf2;u du poids 
de la honte, fardeau souvent plus insupportable et plus ac- 
cablant que celui du malheur même. 

On pourra comparer ces derniers hôpitaux avec ceux que 
nous avons cités, planches 29 et 3o du Parallèle. 



DES EDIFICES PUBLICS. JX 

Des Prisons. 

Dans les grandes villes il dc\'rait y avoir des prisons par- 
ticulières pour chaque classe de détenus. L'humanité, la 
justice et sur tout l'iiuérét des mœurs ne permettent pas de 
renfermer dans une même enceinte, de confondre avec des 
criminels des hommes emprisonnés pour dettes ou pour 
quelques fautes de jeunesse. Loin de corriger ces derniers, ce 
qui est le but que l'on se propose en les renfermant, ce serait 
les exposer au dinger presque inévitable de devenir aussi 
méchansqueles scélérats avec lesquels on les mettrait en 
contact, et risquer de les rendre encore plus nuisibles à la 
société qu'ils ne l'étaient auparavant. Dans les villes de peu 
d'étendue , où souvent il ne peut y avoir qu'une seule prison , 
il faut du moins qu'elle soit disposée de manière que les 
différentes espèces de prisonniers n'aient entre eux aucune 
communication. Dans tous les cas les femmes doivent être 
entièrement séparées des hommes. 

Dans telle prison que ce soit on doit apporter tous les 
soins imaginables pour la rendre salubre, La perte, même 
momentanée, de la liberté est déjti un assez grand supplice 
sans y ajouter celui des maladies et de la mort qu'elles 
traînent souvent à leur suite, d'autant que parmi ceux qui 
endurent le premier de ces maux il en est souvent qui ne 
l 'ont pas mérité. 

Si la justice due aux prisonniers réclame ces attentions, 
l'intérêt de la société les commande impérieusement.. Qui 
ne connaît la maladie appelée fièvre des prisons, et &es 
effets funestes! Les seuls exemples que cite John Hovard 
font frémir. Aux assises tenues dans la prison d'Oxford en 
1577 tous ceux qui y assistèrent, au nombre de trois cent, 
périrent en quarante heures. 11 en arriva autant à Launton 



ni. p A n T'. 

n. iicrio.i. 



72 DES EDIFICES PUBLICS. 

îii. PART, gj^ j^3q^ Vingt-cinq ans après, dans Axminster, petite 
ville du Devonshire, un prisonnier absous infecta sa famille 
et la ville entière. A Londres en 1760 trois juges, le Jord 
maire et un nombre infini de personnes furent frappées de 
cette maladie et en moururent. 

Dans le projet de prisons que nous donnons , planche 1 9 , 
et que l'on suppose être pour une grande ville, on a taché de 
réunir la plus grande salubrité à la plus grande sûreté. Au 
moyen de l'enceinte qui éloigne la prison de toutes les 
maisons avoisinantes , elle se trouverait environnée d'une 
masse d'air considérable; les préaux seraient vastes, plantés 
d'arbres, rafraichis et lavés par d'abondantes fontaines; 
aucune chambre n'étant placée au rez-de-chaussée, entiè- 
rement occupé par des portiques , toutes seraient exemptes 
d'humidité. Les infirmeries placées dans des pavillons 
plus élevés que le reste de l'édifice et en outre ouvertes sur 
toutes leurs faces , ne pourraient causer aucune incommo- 
dité dans les autres parties. Les prisonniers n'étant réunis 
que pendant certaines heures du jour, soit dans les préaux, 
foit dans les ouvroirs ou chambres de travail, et le reste 
du temps étant renfermés chacun dans une chambre par- 
ticulière dont la croisée donnerait sur le préau, ne pour- 
raient former aucune entreprise pour s'échapper, et s'il 
s'en formait , malgré cela , quelqu'une , elle serait néces- 
sairement sans succès, vu la position des quatre corps- 
de-garde placés au rez - de - chaussée, de l'intérieur des- 
quels on pourrait apercevoir , pour ainsi dire , d'un 
coup-d'œil tout ce qui se passerait, soit à l'extérieur, soit 
dans l'intérieur , soit dans l'enceinte, soit sous les portiques. 

Des Casernes. 

Ce genre d'édifice , destiné au logement des gens de 

guerre, 



DES EDIFICES PUBLICS. JZt 

guerre, chez les anciens se nommait castrum , c'est-à-dire, m. p a r t. 
camp. Les Romains en construisirent un grand nombre, "'=■"'"'• 
tant à Rome que dans les diverses provinces soumises à 
leur empire; mais de tous ces édifices , le camp de Pompéïa 
enseveli du temps de Titus sous les cendres du Vésu\'e , 
ainsi que tous les autres edilices de cette ville et de celle 
d'Herculanum , et que l'on n'a découverts qu'à la fin du 
siècle dernier , est le seul qui soit assez bien conservé pour 
nous donner quelque idée sur leur disposition générale. 

Cet édifice avait la forme d'un quarré long. La cour ou 
place d'armes était environnée d'une galerie couverte , 
soutenue par des colonnes sans base. Cette galerie donnait 
entrée aux chambres des soldats , et servait en même temps 
de promenoir : derrière la partie du fond s'élevait un su- 
perbe théâtre. 

bi les restes d'édifices de ce genre que l'on voit encore à 
Baies et dans la ville Adrienne ( ruines que l'on nomme 
les cent chambres^ , si ces restes , quoiqu'encore très-consi- 
dérables , ne peuvent rien ajouter à l'idée que nous venons 
de nous former de l'ensemble de ces edilices , d'après la 
description du camp des soldats de Pompéïa, la restauration 
du camp prétorien à Rome que nous a donnée Pirro 
Ligorio peut y suppléer peut-être. A la vérité il ne reste 
plus maintenant de cet édifice- qu'un seul angle de son 
enceinte. Mais du temps de cet auteur il est possible qu'il 
en existât davantage; et nourri comme il l'était de l'étude 
de l'antique, il n'était pas besoin que cet édifice fut très- 
entier pour qu'il put s'en faire une juste idée. D'ailleurs on 
remarque tant d'analogie entre ladisposition des principales 
parties du camp prétorien et du camp de Pompéïa, édifice 
que Pirro Ligorio n'a pu connaître , ni par conséquent 
imiter, que cela seul sufiirait pour faire évanouir tous les 

K 



7^ DES EDIFICES PUBLICS. 

III. PART, doutes que l'on pourrait avoir sur l'exactitude de cette res- 



II. SilCUON. ^ 

tauration. 



Cet édifice aussi considérable par son étendue que le 
camp de Pompéïa Test peu , est composé d'une double en- 
ceinte; la première destinée au logement des soldats. La 
seconde au logement de leurs chefs. Au-devant des chambres 
sont des galeries servant de communication et de prome- 
nade. Chaque enceinte offre deux étages de chambres et de 
galeries. De distance en distance l'enceinte extérieure est 
flanquée de tours quarrées qui s'élèvent plus haut que la 
muraille , et dans lesquelles sont placés alternativement des 
escaliers pour monter aux chambres et aux galeries du pre- 
mier étage, ainsi que sur les terrasses , et des pièces qui ser* 
vaient vraisemblablement de cuisines, de latrines, etc. A 
l'extérieur de la seconde enceinte on trouve des exèdres ou 
lieux ouverts et couverts dans lesquels les vieux soldats se 
rassemblaient pour s'entretenir de leurs combats , de leurs 
victoires. Au centre de cette seconde enceinte s'élève un 
magnifique temple consacré à Auguste , et dans lequel le 
conseil tenait ses assemblées. 

Que cet édifice ait été disposé précisément de cette 
manière, ou qu'il l'ait été d'une autre, toujours est-il vrai 
que la connaissance de cette belle restauration ne peut 
qu'être infiniment avantageuse pour l'étude de l'architec- 
ture en général, et qu'elle donne en particulier d'un édifice 
destiné au logement des soldats une idée bien plus exacte 
et bien plus satisfaisante que celle que l'on pourrait s'en 
former d'après la plus considérable et la plus célèbre de 
nos casernes, l'hôtel des Invalides. Si l'on excepte la cour 
principale, laquelle est environnée de portiques assez con- 
venables , on ne trouve dans tout cet édifice , au lieu de ces 
galeries vastes et aérées du camp prétorien et même du 



DES EDIFICES PUBLICS. 76 

petit camp de Pompém, que des corridors étroits et d'une '" ^^^ r* 
longueur inlinie, compris entre deux rangs de chambres 
uniquement éclairés par les deux bouts, conséquemment 
obscurs, infects , incommodes et même dangereux. Quelle 
dilTérenee entre ces deux dispositions ! quelle diflérence 
aussi entre l'aspect triste et accablant de l'hôtel des Inva- 
lides et celui des camps des anciens, si propre par sa noblesse 
à élever l'ame, à entretenir le courage des guerriers, l^oyez 
tous ces édifices, planches 26 et 27 du Parallèle. 

Le projet de casernes que l'on trouvera, planche 20, 
composé en l'an VIII par un adjoint au Génie militaire 
chargé du casernement pour Paris (ces casernes étant desti- 
nées pour la cavalerie) doit présenter nécessairement uiie 
disposition différente de celle des édifices antiques dont nous 
avons parlé, qui, étant destinés pour l'infanterie, doivent 
offrir un tout autre aspect. Mais il est facile de remarquer 
que ces casernes étant exécutées dans le même esprit, leur 
aspect, quoique différent, ne serait ni moins imposant, ni 
moins noble. 

11 serait à désirer que les casernes, les prisons et les hôpi- 
taux fussent toujours placés sur le bord d'une rivière dans 
laquelle déboucherait l'aqueduc qui recevrait les immorir 
dices provenant de leurs différentes parties. 



TROISIEME SECTION. 

DES EDIFICES PARTICULIERS. 



JLjES édifices particuliers ne diffèrent des édifices publics 
que de la même manière dont un édifice public diffère d'un 
autre édifice de même genre, c'est-à-dire, par l'usage auquel 

K 2 



76 DES EDIFICES PARTICULIERS, 
m PART, on ie3 applique. Le but de l'Architecture dans la compo- 
III. stciio.w gifJQ,-, ^gç édifices particuliers est le même que dans la com- 
position des édifices publics , l'utilité. Les moyens qu'elle 
emploie pour l'atteindre sont encore les mêmes, la conve- 
nance et l'économie. Des elémens semblables concourent à 
la formation des uns et des autres. Ils doivent par consé- 
quent être traités tous d'après les mêmes principes , et le 
mécanisme de leur composition ne doit pas être difFérent. 
La distribution, que dans tous les cours d'Architecture on 
distingue, on sépare, on isole de la décoration et de la cons- 
truction (distinction qui, comme nous l'avons fait voir dans 
notre Introduction, est bien peu propre à former de bons 
décorateurs, de bons distributeurs, de bons constructeurs, 
et, à plus forte raison , de bons architectes ) n'est donc autre 
chose que l'art de disposer les édifices particuliers de la même 
manière dont doivent être disposés les édifices publics, c'est- 
à-dire, delà manière la plus convenable et la plus écono- 
mique possibles. Si l'on est bien pénétré des vrais principes 
de l'Architecture, si l'on est bien familiariséaveclesdiverses 
combinaisons des elémens des édifices, en d'autres termes, 
avec le mécanisme de la composition, on n'aura plus autre 
chose à faire, lorsqu'on voudra s'occuper des édifices parti- 
culiers, que d'étudier leurs convenances. On conçoit qu'on 
les remplira d'autant mieux, qu'après avoir bien étudié les 
principes, on eu aura fait des applications plus nombreuses. 
Cet exercice doit même être d'autant plus recommandé, 
que, si les convenances sont pluh uniformes dans les édi- 
fices particuliers, destinés à l'habitation, que dans les 
édifices publics, destinés à des usages différens, en re- 
vanche elles sont infiniment plus multipliées dans chacun 
des premiers , et cependant les moyens d'y satisfaiie ordinai- 
rement plus re.streiuts. Nous croyons donc devoir non seule- 



DES EDIFICES PARTICULIERS. 77 
ment faire connaître les convenances générales de ce genre "'• p ^ f^ t. 
d'édilice, mais encore fixer quelques instans l'altention des "' *""°'*' 
élèves sur les principales espèces d'édifices particuliers. 

Des Maisons particulières à la Ville. 

La plupart des édifices particuliers que l'on élève dans 
les villes offrent dans leur composition quelques difficultés 
que l'on ne rencontre que rarement dans les édifices de 
même genre que l'on construit à la campagne. Les terreins 
sur lesquels on élève ceux-ci, sont généralement plus étendus 
et plus libres. Rien n'empêche par conséquent d'isoler ces 
édifices, de les éclairer de tous cotés, de séparer les bati- 
mens accessoires du principal corps^de-logis, de disposer 
l'ensemble de la manière la plus simple en elle-même. Les 
terreins au contraire surlesquels on bâtit des maisons parti- 
culières dans les villes sont en général plus ou moins resser- 
rés, presque toujours compris entre deux murs mitoyens, 
souvent trés-irréguliers. 11 faut cependant que les conve- 
nances de ces édifices , lesquelles différent peu de celles des 
maisons de campagne, soient également observées. On sent 
que, pour y parvenir malgré ces obstacles, on ne doit 
plus chercher à disposer l'ensemble de ces édifices de la 
manière la plus simple en elle-même , et qu'on doit se borner 
à le disposer de la manière la plus simple possible relative- 
mentaux localités. Ces nouvelles dispositions peuvent varier 
infiniment 3 mais il suffira de faire connaitre les principales. 

Des diverses Dispositions générales des Maisons 
à la Ville. 

Selon les convenances et l'étendue plus ou moins considé- 
rable du tenein, une maison particulière à la ville peut 



78 DES EDIFICES PARTICULIERS. 

m. p ATT. n'être composée que d'un seul coi'ps-de-logis donnant d'une 
jii. «vcTioN. p^^^ g^j^. 1^ ^,^^^ ^g l'autre sur une cour; elle peut l'être d'un 
corps-de-logis sur la rue et d'un autre au fond de la cour ; il 
peut entrer dans sa composition une aile et quelquefois 
deux ; enfin la cour peut être environnée de batimens de 
toutes parts. 

Au lieu d'être placé sur la rue, le principal corps-de-logis 
peut l'être entre cour et jardin : à cette nouvelle disposition 
on peut joindre toutes celles que nous venons de faire con- 
naitre. Enfin une maison peut ne renfermer qu'une cour. 
Si le terrein est petit, elle peut en avoir deux. Si son étendue 
est médiocre , elle pourra en avoir trois , et même davantage, 
si le terrein est assez considérable. 

Des diverses Divisions des différens Corps-de-logis. 

Un corps-de-logis peut être simple , semi-double , double 
ou triple. Il est simple, lorsque dans son épaisseur il ne ren- 
ferme qu'une seule pièce, semi-double, lorsqu'il contient 
une grande pièce et une petite; double, lorsque son 
épaisseur se compose de deux grandes pièces; enfin triple, 
lorsqu'il se compose de trois. Les corps-de-logis principaux 
peuvent être divisés de toutes ces manières. Mais il est rare 
que les ailes puissent être autres que simples ou semi- 
doubles , étant presque toujours adossées à des murs mi- 
toyens dans lesquels on ne peut pratiquer que de faux jours, 
appelés y'ourj- de coutume , et dans lesquels même cela ne 
se peut souvent pas. Relativement à tout ce que nous venons 
de dire, voyez la planche 21. 

Des différens Apparteméns. 

Un corps-de-logis quelconque peut n'être composé que 
d'un seul appartement. 11 peut l'être de plusieurs. Un appar- 



DES EDIFICES PARTICULIERS. 79 

tement ordinaire, d'après nos usages, doit cire composé, "^- p^i^t. 
au moins, de cinq pièces, d'une antichambre servant de '"' "'•'"''"■• 
salle à manger,d'un salon de compagnie, d'une chambre 
c\ coucher, d'un cabinet et d'une garde- robe. Il en est 
d'autres dans lesquels la convenance exige un vestibule, 
plusieurs antichambres, les unes pour contenir les domes- 
tiques tant du dedans que du dehors, les autres pour rece- 
voir les personnes qui viennent visiter le maitre, une salle à 
manger particulière accompagnée d'une salle de buffet, un 
salon, une chambre à coucher, plusieurs Ccibinets suivis 
d'un arrière-cabinet et d'un serre-papier , des garde-robes 
de propreté, d'autres pour le linge et leshardes, un cabinet 
de toilette, un boudoir, des bains composés souvent, outre 
la salle de bain proprement dite , d'une petite antichambre , 
chambre à coucher, etuve, etc. Enfin il est des apparte- 
mens plus considérables encore, dans lesquels, indépendam- 
ment de toutes lespiècesdont nous venons déparier, il doit 
y avoir plusieurs salons, une galerie, une chambre de 
parade, une bibliothèque, ime chapelle, une salle de spec- 
tacle, une de concert, une de bal, des salles de billards et 
autres jeux , des cabinets d'histoire naturelle, de tableaux, 
d'antiques, etc. 

Telles sont les pièces qui entrent dans la composition des 
appartemens , et tel est, à peu-près , l'ordre dans lequel les 
plus usuelles ont coutume de se succéder. 

Tout appartement doit être dégagé, c'est-à-dire, disposé 
de manière que , pour ressortir, soit par le vestibule, soit 
par l'une des antichambres, on ne soit pas obligé de revenir 
sur ses pas et de parcourir une seconde fois la plupart des 
pièces que l'on a déjà traversées. Les chambres à coucher, 
les cabinets et les garde-robes senties pièces qui ont le plus 



8o DES EDIFICES PARTICULIERS. 

ni. PART, besoin de dégagement, La plupart du temps les garde-robes 

ni. SÏCT..B. g^ servent. 

Lorsque dans le même étage un corps-de-logis renferme 
plusieurs appartemens qui ont entre eux des rapports, tels, 
par exemple, que l'appartement du mari et celui de la 
femme, il faut que le tout soit disposé de façon que le ves- 
tibule, les antichambres et même le salon soient communs 
à ces divers appartemens. 

Lorsqu'un corps-de logis est composé de plusieurs étages, 
il faut nécessairement un escalier pour communiquer de 
l'un à l'autre. Lorsque cet escalier n'est pas placé dans le 
vestibule même , il doit l'être en face ou à droite de cette 
pièce. On le place à gauche seulement lorsqu'on ne peut 
faire autrement. 

Le levant est la meilleure exposition pour les pièces qui 
sont le plus constamment habitées. Le nord est la plus 
mauvaise. 

Des divers Accessoires des Appartemens. 

Dans les maisons particulières qui ne peuvent être com. 
posées que d'un seul corps-de-logis, on place les domestiques 
dans les combles , et les écuries , les remises , les cuisines et 
offices au rez-de chaussée. Quelquefois même on met ces 
, dernières dans un étage souterrain au niveau des caves. 
Dans les maisons où l'on peut pratiquerdes ailes ou d'autres 
corps de bâtiment , soit sur la rue , soit au fond de la cour , 
on y place ces différens accessoires , ou du moins ceux d'où 
il se répand un bruit ou une odeur incommodes. Enfin dans 
des maisons encore plus considérables on relègue les cui- 
sines et offices dans une cour particulière , les écuries et 

remises 



DES EDIFICES PARTICULIERS. 8 1 

remises dans une autre, aiin que la cour principale soit '"• p^'^t. 
toujours propre et libre. '"• ""'»"• 

A l'entrée de la cour principale on ménage un logement 
pour le portier. On place les greniers à fourrage, les cham- 
bres de cochers, palfreniers, etc. au-dessus des écuries et 
remises, les cui.'^iniers, les chefs d'office et la plupart des 
autres domestiques au-dessus des cuisines. Quant aux fem- 
mes-de-chambre et valets-de-chambre, on les loge dans des 
entre-sols pratiqués dans le principal corps-de-logis au. 
dessus des garde-robes et autres petites pièces. 

Les cuisines sont ordinairement accompagnées d'un 
garde-manger, d'un lavoir, d'un bûcher et d'un commun 
oij mangent les domestiques. Elles lesont même quelquefois 
d'une rôtisserie , d'une pâtisserie , etc. La meilleure exposi- 
tion pour les cuisines est le nord. 

L'office doit être accompagné d'une pièce où se dressent 
les desserts, d'un fruitier et de plusieurs autres piècespour 
serrer les sucreries, l'argenterie, les porcelaines. Les offices 
doivent être exposés au levant. 

Les écuries sont simples ou doubles. Une écurie simple 
doit avoir quatre mètres de largeur, Unedoubledoit en avoir 
un peu plus de sept j et quand elle a une certaine longueur , 
il ne faut pas lui en donner moins de neuf à dix. L'espace 
qu'occupe chaque cheval en largeur est d'environ un mètre 
et un quart. Les jours des écuries, pour être convenables, 
doivent tomber sur la croupe des chevaux, Lorsqu'absolu- 
ment cela ne se peut pas, il faut du moins que le bas des 
croisées soit élevé de trois mètres et un tiers au-dessus du 
sol de l'écurie. Dans les grandes maisons il y a plusieurs 
écuries , les unes pour les chevaux de carrosse, d'autres pour 
ceux de main, pour les chevaux malades, enfin pour les 
chevaux étrangers. Quel que soit leur usage , les écuries 

L 



S2 DES EDIFICES PARTICULIERS. 
cloi\ent être exposées au levant, du moins autant que cela 

111. SECTION, ^ -1 

est possible. 

Les remi.^es au contraire doivent être placées au nord. 
Il y a des remises simples ; il y en a de doubles. Les pre- 
mières doivent avoir trois mètres de largeur^ les secondes 
cinq et un quart. Quand on ne relève pas le timon, les re- 
mise.^ ont sept mètres de profondeur, et quand on le relève , 
cinq mètres : toutes doivent avoir quatre mètres de hauteur. 

Les écuries et les remises doi\ent être accompagnées 
d'une pièce pour serrer les harnois, d'une sellerie, d'une 
cour à fumier débouchant sur la rue. Enfin de latrines pour 
les domestiques. 

Nous n'en dirons pas davantage sur les maisons parti- 
culières à la ville. Les planches 22, 20, 24, 27 et 28 qui en 
représentent un assez grand nombre , di.^^posées de diffé- 
rentes manières, étant plus propres à familiarii-er les élèves 
avec cette espèce d'édifice que tout ce que nous pourrions 
ajouter. 

Des Terreins irréguliers. 

Souvent les terreins sur lesquels on doit élever des mai- 
sons particulières dans les Ailles sont irréguliers. L'irrégula- 
rité dans les différentes parties d'une maison serait non seu- 
lement une chose choquante pour l'œil, mais encore très- 
incommode pour l'usage. Pour éviter ces inconvéniens , 
après avoir pratiqué autant de parties régulières que l'irré- 
gularité du terrein le permet, on corrige l'irrégularité des 
parties restantes, soit par des ponts coupés, soit par des 
parties circulaires. Foyez la planche 26. 

Des Maisons à loyer. 

Les maisons à loyer sont destinées à loger plusieurs in- 
dividus ou plusieurs familles. Un propriétaire^ qui a sou- 



III. SfCTIOK. 



DES EDIFICES PARTICULIERS. 85 

vent sa maiton particulièie,ne fait guère élever celles-ci que '"■ p aivt. 
pour en tirer un re\enu. Pour que ce re^enu soit assuré, 
autant que possible, dans tous les temps et dans toutes les 
circonstances , il faut que ces maisons soient disposées de 
manière que toutes les pièces de chacun des appartemens 
qu'elles renferment puissent à volonté se louer ensemble 
ou séparément. Les deux projets de la planche aS et le se- 
cond de la planche 26 offrent cet avantage. On ne le trouve 
pas dans celui qui est à coté de ce dernier. 

Des Maisons de campagne. 

S'il est quelque lieu où l'on puisse se flatter de trouver le 
bonheur, c'est incontestablement dans une maison de cam- 
pagne agréablement située, loin du tracas des affaires, du 
tumulte des villes, des vices inséparables des sociétés trop 
nombreuses. Dans ces paisibles demeures on jouit du plus 
doux repos; on se livre sans distraction aux douceurs de 
l'étude; on s'abandonne sans contrainte aux charmes de 
l'amitié; on s'enivre avec délices du magnifique spectacle 
de la Nature. 

Aussi les Grecs et les Romains, ces peuples si avides de 
jouissances, et si capables de les apprécier, malgré leur pas- 
sion pour lesdifférens spectacles , préféraient-ils les simples 
amusemens delà campagne aux représentations théâtrales 
les plus pompeuses, aux fêtes les plus brillantes des capi- 
tales. C'est pourquoi autant leurs maisons à la ville étaient 
restreintes et négligées, autant leurs maisons de campagne 
étaient vastes et recherchées. Celle d'Hérode Atticus sur 
le mont Pentelique, de la cime duquel se précipitaient des 
ruisseaux qui, après avoir serpenté dans des bois, allaient 
se perdre dans le fleuve Céphise ; l'Arpinate de Cicéron , 

L 2 



84 DES EDIFICES PARTICULIERS, 

m. PART, élevé sur les bords du Tibre, dans l'endroit où ce fleuve 
II. sECTioK. £Qj.j^g ypg petite île, et d'où l'on aperçoit les plus belles cas- 
cades naturelles; son Tusculanum, qui avait appartenu à 
Sylla , maison ornée des portraits d'une foule de grands 
hommes et des chefs-d'œuvres de sculpture les plus rares de 
la Grèce; la ville Adrienneoumaisondecampagned' Adrien 
à Tivoli, dans laquelle il avait fait représenter en grand 
tous les édifices qu'il avait vus dans ses voyages ; toutes ces 
demeures étaient autant de lieux enchantés. Les unes ont 
entièrement disparu, les autres ne prébcntent plus que des 
monceaux de ruines. Les descriptions que Pline a faites de 
son Laurentin et de sa mai.'on de Toscane sont îes seuls mo- 
numens qui peuvent nous faire connaître l'esprit dans le- 
quel les maisons de campagne des anciens étaient compo- 
sées.Mais ces riches débris sont bien faits pour nous guider 
dans la composition des nôtres. 

P/ine à Apollinaire. 



« Rien de plus beau que la position du pays. Imaginez 
un immense amphithéâtre tel que la main de la Nature 
seule peut en former. Une large et vaste plaine est envi- 
ronnée de montagnes, dont le sommet est couronné par de 
hautes et antiques forets où l'on trouve des chasses de plus 
d'un genre. La seconde région est de bois taillis qui s'é- 
tendent sur le penchant de la montagne: ils sont entremê- 
lés de collines dont le sol est un terrein gras qui ne le cède 
point aux plaines les plus fertiles. Les moissons pour y être 
tardives n'en sont ni moins dorées , ni moins abondantes. 
Plus bas, et dans tous les sens, se déploient au loin de 
longs coteaux de vignes , dont la partie inférieure est bordée 
d'arbustes. Les champs et les prairies terminent l'horizon. 



DES EDIFICES PARTICULIERS. 85 

« Les pré.s sont emaillés de fleurs, remplis de trèfle et "'• part. 
d'autres herbes toujours fraiclies et toujours renaissantes. "'" ""'O"' 
Des ruisseaux intarissables y entretiennent une abondance 
perpétuelle. Cette grande quantité d'eau ne produit pour- 
tant pas de marécages, ce qu'on doit à la pente du tcrrein 
qui décharge dans le Tibre tout le superflu qu'il n'absorbe 
point. 

« Lecoup-d'œildetoutce pays du haut de la montagne 
vous enchanterait, La variété des point de vue, la diver- 
sité des sites, de tel coté qu'on se tourne , charment telle- 
ment les yeux, qu'on croit voir, non pas des terreins 
naturels , mais des tableaux où tout serait exprès composé 
pour le plaisir du spectateur. 

« Ma maison, quoique située au bas delà colline, jouiE 
de cette belle vue, comme si elle était au sommet On y 
arrive par une pente insensible et si douce, que l'on se 
trouve élevé sans s'être aperçu qu'on montait, L'Apennin 
est derrière elle à une grande distance. Par les jours même 
les plus sereins ces montagnes lui envoient des vents habi- 
tuels, maisdont lesoufle rompu et affaibli par l'éloignement 
n'a rien de rude ni d'impétueux. Sa principale exposition re- 
garde le midi. En été, vers le milieu du jour, l'hiver un peu 
plutôt elle semble inviter le soleil, qu'elle reçoit sous un 
large portique d'une longueur proportionnée 

« Ma maison est composée de beaucoupde corps-de-Io<^is • 
j'y ai jusqu'à un atrium ou vestibule, à la manière des 
anciens. En avanî du portique est un parterre entrecoupé 
de plusieurs allées et bordures de buis. 11 se termine par un 
talus en pente douce , où sont taillées en buis différentes 
figures d'animaux. Autour est une allée bordée d'une haye 
de verdure. De là on pa^se à la promenade couverte faite 
en forme de cirque. Il faut voir ensuite le tapis vert , aussi ' 



86 DES EDIFICES PARTICULIERS. 

j!i. p.AP.T. beau parla Nature que le reste l'est par l'Art, les champs, 
. sLouo», jgg vergers et les prairies adjacentes. 

« Pour revenir au corps-de-logis, l'extiémité du portique 
aboutit à une salle de festin dont les portes ont vue, d'une 
part, sur l'extrémité des parterres, et les fenêtres, de l'autre, 
sur les prairies et les champs. Elles voient encore les cotés 
du parterre et la cime des arbres dont est environné l'hippo- 
drome. A peu-près vers le milieu du portique est un appar- 
tement tournant autour d'une petite cour qu'ombragent 
quatre platanes, au milieu desquels est un bassin de marbre 
dont les eaux jaillissantes entretiennent, par une douce 
rosée, la fraicheur et la verdure des arbres et des gazons qui 
sont dessous. Cet appartement est composé d'une chambre à 
coucher, aussi impénétrableau jour qu'inaccessible au bruit, 
d'un salon d'amis dont on use journellement, d'un portique 
qui donne sur la petite cour, et qui a la même vue que le 
précédent, d'une autre chambre voisine de l'un des pla- 
tanes dont elle reçoit l'ombre et la verdure. Ce lieu est 
revêtu de marbre jusqu'à hauteur d'appui. Le reste des 
murs est orné de peintures qui ne le cèdent point à la 
beauté des lambris. Ce sont des feuillages au milieu des- 
quels se jouent des oiseaux de toute couleur. Le bas e^t 
occupé par un bassin. L'eau s'y répand d'une soucoupe, 
autour de laquelle sont disposés plusieurs jets dont la con- 
fusion produit un murmure des plus agréables. 

« D'un coin du portique on passe dans une vaste pièce 
qui est ^is-à-vis la salle à manger ; elle a vue d'un coté sur 
le parterre, de l'autre sur la prairie. Ses fenêtres donnent 
immédiatement et plongent sur un canal où se précipite 
en écume une nappe d'eau dont la blancheur se confond 
avec l'éclat du marbre qui la reçoit , et flatte à la fois l'œil 
et l'oreille. 



DES EDIFICES PARTICULIERS. P7 

« La pioccdont je viens de parlèrent excellente rhi\er, "^- ^ ■^^'^' 
parce que le soleil y entre de toute part Si le ciel est ' "'^""^" 
couvert, on echaufFel'étuvevoisinedontrinfluence remplace 
celle du soleil. 

« On trouve ensuite la pièce des bains qui sert à se dés- 
habiller. Elle donne entrée à la chambre fraiche où l'on 
trouve une vaste baignoire en marbre noir. Dans le milieu 
est creusé un bassin où l'on descend , si l'on veut, se baigner 
plus à l'aise et plus chaudement. A coté de la salle IVciiche 
est la salle tempérée que le soleil échauffe beaucoup, moins 
cependant que la salle chaude qui est fort en saillie. Au- 
dessus de la pièce où l'on se déshabille est le jeu de paume, 
où l'on peut prendre différentes sortes d'exercices. Près du 
bain est un escalier qui mène à la galerie souterraines , et 
auparavant à trois cabinets, dont le premier a vue sur la 
cour des platanes, le second tire son jour du coté du tapis 
vert, le troisième donne sur les vignes. Au bout de la galerie 
on a pris une chambre d'où l'on découvre l'hippodrome , 
les ^ ignés et les montagnes. On y a joint une autre pièce 
fort exposée au soleil, sur-tout l'hiver. Là commence un 
corps-de logis qui joint l'hippodrome au reste de la maison. 
Telle est la façade et son aspect. 

« A l'un des cotés qui regarde le midi se présente une 
galerie haute d'où l'on -Noit les vignes de si près qu'on croi- 
rait y toucher. Vers le milieu est une salle de festins qui 
reçoit de l'Apennin Tair le plus salubre. Elle a vue de toute 
part sur les vignes, d'un coté par ses fenêtres, de l'autre par 
ses portes. Mais au travers de la galerie , dans le coté qui n'a 
point de fenêtres, est pratiqué un escalier de dégagement 
très-commode pour le service de la table. A l'extrémité est 
une pièce à laquelle la galerie procure un aspect aussi 
agréable que celui des vignes. Sous la galerie précédente 



88 DES EDIFICES PARTICULIERS. 

III. PART. Yous en trouvez une souterraine qui est comme une véri- 
lu.sr.cT.oi. table grotte. L'air extérieur ne saurait y pénétrer ni en 
changer la température. Après ces galeries, et du point où 
aboutit la salle de festins , commence un portique où le 
soleil règne jusqu'à midi, ce qui la rend aussi agréable les 
matins d'hiver que les soirées d'été. Il mène à deux petits 
corps-de-logis composés de trois à quatre pièces, et qui, 
selon que le soleil tourne, reçoivent successivement de 
l'ombre et de la clarté. 

« C'est en avant de cette charmante façade que se pré- 
sente et se développe au loin l'hippodrome. 11 est ouvert par 
le milieu : en y entrant l'oeil en découvre du premier coup 
toute l'étendue. Son enceinte est formée de platanes entre- 
lacés de lierre, et entre lesquels sont des lauriers. L'hippo- 
drome est en ligne droite ; mais à son extrémité elle change 
de forme et s'arrondit en demi-cercle. Des arbustes en forme 
de bornes et des arbres fruitiers alternativement rangés en- 
vironnentles plates-bandes. Cette régularité de plantation 
se trouve ainsi interrompue par des arbres venus comme 
naturellement et au hasard , et dont l'heureuse négligence 
corrige la monotonie de l'art. 

« A l'extrémité une treille soutenue par quatre colonnes 
de marbre de garyste ombrage une salle de festin cham- 
pêtre dont la table et les lits sont de marbre blanc. De 
dessous les lits l'eau s'échappe en difïérens jets comme près, 
sée par le poids des convives ; elle est reçue dans un bassin 
de marbre poli qu'elle remplit sans jamais déborder, au 
moyen d'un tuyau de décharge invisible. Quand on mange 
dans ce lieu, les plats les plus forts et le principal service se 
rangent sur les bords du bassin. Les mets les plus légers se 
servent sur l'eau , et voguent autour sur des plats faits en 
forme de barques ou d'oiseaux. En face jaillit une fontaine 

qui 



DES EDIFICES PARTICULIERS, 89 

qui reçoit et renvoie sans cesse la mdme eau. Après s'être nf-PAi\T. 
élevée, celte eau retombe sur elle-même ; et parvenue à '"" ""'°''- 
des issues pratiquées , elle se précipite pour s'élancer de 
nouveau dans les airs, La salle champêtre et la pièce dont 
je viens de parler sont en regard , et s'embellissent de leur 
aspect réciproque. Cette dernière est très-belle et brille des 
plus beaux marbres. Les portes , les fenêtres sont de toute 
part couronnées de verdure. Auprès est un autre petit ap- 
partement qui semble s'enfoncer dans la même chambre , et 
cependant en fait partie : on y trouve un lit. Malgré la mul- 
tiplicité des fenêtres, le jour y est modéré, presque caché 
par l'épaisseur d'une treille qui monte en dehors le long 
desmurset arrive jusqu'au comble. Vous croiriez être ici, 
et reposer sous un bosquet avec l'avantage encore d'y être 
à l'abri de la pluie. Ce lieu a aussi sa fontaine, qui dispa- 
rait dès sa source; des sièges de marbre placés en divers 
endroits, ici , comme dans la pièce précédente, invitent à se 
délasser de la promenade. Auprès de chaque siège sont de 
petits bassins. Tout du long de l'hippodrome vous trouvez 
des ruisseaux dont l'eau, docile à la main qui la conduit, 
serpente en murmurant dans les rigoles qui la reçoivent , et 
sert à entretenir la verdure par des irrigations, soit d'un 
coté, soit de l'autre, soit partout à la fois. 

Pline à GalLus. 

« • . . . « 

« Ma maison est spacieuse et commode sans être d'un 
trop grand entretien. On trouve en premier un vestibule ou 
atrium, qui n'est ni somptueux , ni trop simple; ensuite une 
cour petite, mais riante, ornée de portiques circulaires. C'est 
un excellent abri contre les mauvais temps : on est défendu 
par des vitraux et encore par l'avance des toits qui la 

M 



90 DES EDIFICES PARTICULIERS. 

m. PART, couvrent. Du milieu de ces portiques vous passez dans une 
Jii. stcTioN. grande cour fort gaie et dans une belle salle de festins qui 
s'avance sur le rivage de la mer dont les vagues viennent 
doucement mourir au pied du mur. De toute part cette 
pièce est percée de portes et de fenêtres égales à des portes; 
de manière qu'en face et de deux cotés il semble que l'on 
ait vue sur trois mers différentes, A l'opposite l'œil re- 
trouve la grande cour, la petite environnée de portiques , 
les portiques de l'atrium, et dans le fond les forêts et les 
montagnes lointaines. A la gauche de cette salle, et un 
peu plus en retraite, est une chambre fort grande , suivie 
d'une pareille, percée de deux cotés de manière à recevoir 
les premiers rayons du soleil, et à jouir aussi de ses der- 
niers regards. De celle-ci on jouit aussi de l'aspect de la mer , 
de moins près à la vérité, mais d'une manière plus calme. 
Cette chambre et la salle à manger forment un angle où le 
soleil se concentre et double sa chaleur. 

« C'est l'endroit que mes gens fréquentent l'hiver, et 
dont ils font leurs gymnases. Ce lieu d'exercice ne connait 
d'autres vents que ceux qui , par quelques nuages, troublent 
plus la sérénité du ciel que le calme dont on y jouit. A 
l'angle est pratiquée une chambre ronde et voûtée dont les 
fenêtres suivent le cours du soleil. Dans l'épaisseur des murs 
sont des armoires en forme de bibliothèque, qui renferment 
une collection choisie de mes livres les plus usuels. De là 
vous passez dans des chambres à coucher par un corridor 
dont le plancher suspendu est formé de dalles. Par ce sou- 
terrain circule et se communique de toute part la chaleur 
du feu qu'on y entretient, et qui se trouve heureusement 
tempérée. Le surplus des chambres de cette aile ett à l'usage 
des affranchis et des e.-cKn e;- : la plupart sont d'une si grande 
propreté qu'on en ferait des chambres d'ami. 

« L'autre aile ett composée d'une fort belle chambre, 



DES EDIFICES PARTICULIERS. 91 

d'une seconde qui peut Faire une moyenne salle d'assem- '"• part. 
blée. Celle-ci reçoit la plus grande clarté des rayons du soleil "'• """"'• 
et de la réverbération de la mer. Vient ensuite une anti- 
chambre qui donne entrée dans une grande pièce très-ex- 
haussée, bien close, abritée, et par-là aussi fraiche l'été que 
chaude en hiver. On passe de là au bain l'roid. C'est une 
grande et vaste salle. De chaque coté du mur , et en face 
l'un de l'autre, sont pratiqués deux grands bassins circu- 
laires où l'on peut nager, si l'on veut, sans allerplusloin, Tout 
auprès est l'étuve pour se parfumer et la chambre tiède. 
Viennent ensuite deux autres salles plus élégantes que 
riches, et attenant à elles. Le bain chaud est si avantageuse- 
ment situé qu'en se baignant on découvre la mer. Assez près 
de là est le jeu de paumiC, exposé à la plus grande ardeur 
du soleil couchant. D'un coté s'élève une tour qui con, 
tient deux cabinets au rez-de-chaussée , deux autres sem. 
blables dans l'étage supérieur , et au-dessus une salle d'as, 
semblée, d'où l'on découvre la vaste étendue de la mer, 
toute la longueur de la cote et les charmantes maisons qui 
l'embellissent de l'autre coté. Une tour semblable contient 
une chambre percée au levant et au couchant, dans le haut 
une serre très-ample et un grenier qui occupent le dessus 
d'une grande salle de festins, où le bruit de la mer agitée se 
fait entendre à la vérité, mais bien affaibliparl'éloignement. 
«Cettesalleavuesurles jardins etsurles allées qui régnent 
tout autour. Les allées sont bordées de buis et de romarin. 
Un jeune plant de vigne ombrage la partie comprise entre 
les allées et le jardin fruitier. Un salon jouit de cet aspect , 
qui le cède peu en agrément à celui de la mer dont il est 
éloigné. Celui-ci est accompagné par derrière de deux pavil- 
lons dont les fenêtres donnent sur le vestibule de la maison 
et sur le jardin potager. De ce coté s'étend le chryplopor. 

M 2 



92 DES EDIFICES PARTICULIERS. 

m. PARI, tique ou galerie souterraine, ouvrage qui tient de la beauté 
. SEC, ION. ^^ j^ j^ magnificence des édifices publics. Il est percé de 
fenêtres des deux cotés, mais en plus grand nombre du coté 
de la mer que sur le jardin. Quand le temps est calme et 
serein, on les ouvre toutes. Si le vent donne d'un coté, on 
ouvre les fenêtres de l'autre. Un parterre parfumé de violet- 
tes est au-de^ ant de la galerie, qui , par sa réverbération, 
augmente l'ardeur du soleil qui s'y concentre , en même 
temps qu'elle le garantit des vents du nord. Aussi y fait-il 
aussi chaud par devant, que froid par derrière. Lèvent 
d'Afrique se trouve rompu par elle; en sorte que de tout 
coté elle vous offre un abri contre les vents différens. Tel 
est l'agrément qu'on y trouve l'hiver ; mais il est encore plus 
grand l'été. Car jusqu'à midi elle porte ombre sur le par- 
terre, et après midi sur les allées et les autres endroits du 
jardin qui s'en rapprochent , et l'on voit croitre et se rac- 
courcir cette ombre selon la longueur des jours. Cependant 
la galerie ne reçoit jamais le soleil dans sa plus grande 
ardeur, c'est-à-dire, lorsqu'il est à-plomb au-dessus du faite. 
Alors les fenêtres s'ouvrent et y reçoivent de toute part 
l'haleine des zéphyrs qui y renouvellent l'air et par une 
agréable agitation entretiennent sa salubrité. 

« A l'extrémité du parterre et au bout de la galerie on 
trouve le pavillon du jardin; c'est un petit bâtiment déta- 
ché qui fait mes délices. Là est une pièce dont le soleil , qui 
y entre de toute part , fait une etuve : elle a vue d'un coté 
sur le parterre, et de l'autre sur la mer. Son entrée répond 
à une chambre voisine , et une de ses fenêtres donne sur la 
galerie. Un cabinet particulier élégamment orné se joint à 
cette pièce du coté de la mer, de manière que, par des 
portes vitrées et des rideaux qu'on ouvre et qu'on ferme, 
tantôt le cabinet ne fait qu'un avec la chambre, et tantôt 
il s'en sépare. Il y a place pour un lit et deux chaises. Du 



DES EDIFICES PARTICULIERS, 90 

coté OÙ le lit est adossé, on voit les maisons de la cote. A 
vos pieds vous découvrez la mer, et du chevet les forêts 
voisines. Autant de fenêtres, autant d'aspects différons, qui 
s'unissent et se partagent comme l'on veut. 

« L'on passe de là dans la chambre de nuit destinée au 
sommeil. Rien de plus calme que cet endroit, La voix des 
esclaves ne saurait y parvenir. On n'y entend ni le mugis- 
sement de la mer, ni le siflement des vents, ni le fracas 
des orages. La lueur des éclairs ni la clarté du jour ne sau- 
raient y pénétrer, à moins qu'on n'ouvre les croisées. La 
raison d'une tranquillité si profonde, c'est qu'entre le mur de 
cette chambre et celui du jardin est le quartier des hommes, 
dont la cour assez spacieuse dissipe tout le bruit du dehors. 
J'ai fait pratiquer sous cette chambre une etuve fort petite 
qui communique et répand par une petite ouverture autant 
de chaleur que l'on veut. Enhn , l'on trouve une anticham- 
bre et une chambre fort exposées au soleil , qu'elles reçoi- 
vent depuis son lever jusqu'à midi, quoique obliquement. 

« Quand je me retire dans le local que je viens de vous 
décrire , j'imagine être à cent lieues de chez moi. C'est 
sur-tout dans le temps des Saturnales que je m'y complais. 
Tandis que toutp la maison retentit du bruit des fêtes et des 
cris de joie que la licence excite parmi mes domestiques, 
retiré là je goûte le plaisir de l'étude, sans gêner leurs 
divertissemens et sans en être gêné » 



On trouvera, planche 44 du Parallèle, un plan du Lau- 
rentin par Scamozzi, On trouvera aussi sur cette même 
planche et sur les planches 43, 4-5 et ^6 du même Ouvrage , 
divers plans de maisons grecques et romaines. Les différen- 
ces que l'on remarque entre ceux même qui devraient le 
plus se ressembler, ne préviennent pas en faveur de leur 
exactitude. Quoi qu'il en soit, les talens des architectes à qui 



94 DES EDIFICES PARTICULIERS, 
ju. PART, nous devons ces plans, la simplicité qui y régne, simplicité 
m. 6MTI0S. ^g^,g laquelle on doit tendre par tous les moyens imagina- 
bles , sont des motifs suffisans pour engager à les étudier. 
Quant aux maisons de campagne de l'Italie moderne et 
aux délicieux jardins qui les accompagnent, dont on trouve 
les plans, planche 62 Çbis) du Parallèle, en y jetant les 
yeux, on sentira qu'il n'est pas besoin d'en recommander 
l'étude. 

A l'égard des projets de maisons de campagne que nous 
donnons dans ce volume, planches 27, 29, 3oet3i , notre 
principal but, en les donnant, a été de faire voir de com- 
bien de manières différentes on pouvait disposer les maisons 
particulières , suivant les différentes circonstances , sans 
cependant blesser nos usages. 

Des Fermes ou Maisons inrales. 

Une exploitation de terres exige des batimens pour loger 
le cultivateur, sa famille et divers animaux, pour mettre 
à l'abri les instrumens aratoires et les divers produits du 
sol et du bétail , etc. 

Rien n'est moins commode et moins salubre que la 
plupart de nos fermes. Elles n'offrent qu'un amas de bati- 
mens , de fumiers epars , de mares infectes. Aussi voit-on 
souvent eclore dans ces lieux des maladies fâcheuses qui se 
répandent dans les environs. 

La grandeur et la disposition particulières d'une ferme 
doivent être relatives au climat, à l'étendue des terres, à 
la nature des produits, La variété de ces différens objets 
nous prescrit de nous borner ici à des idées générales. 

Le meilleur emplacement d'une ferme serait un terrein 
un peu élevé, où il n'y aurait point d'eaux stagnantes, oii 
l'on ne craindrait pas les débordemens des rivières, où l'on 
n'éprouverait pas de brouillards habituels, etc. 



DES EDIFICES PARTICULIERS. g5 

Pour éviter, autant que possible, le danger des incendies , '"• part. 
il faudrait que le logement du fermier ou du propriétaire fai- '"" "'^'""''* 
tant valoir fut séparé de tous les autres batimens, et que 
ceux-ci, de même, fussent isolés, les uns des autres.Pour faci. 
liter la surveillance, il faudrait que le tout fut disposé de 
sorte que de chacune des pièces du principal corps de bâ- 
timent, et d'un seul coup-d'œil , on put embrasser tous les 
batimensacces8oires, lllaudrait approcher, les uns des autres, 
ceux de ces batimens dont les usages sont analogues , et 
éloigner de ces derniers ceux dont les usages sont essen- 
tiellement différens. Les mares et les fumiers, placés ordi- 
nairement dans les cours qu'ils embarrassent et qu'ils in- 
fectent, devraient être rejet es dans une enceinteparticuliére 
placée au nord de cette cour. Tous les batimens destinés à 
renfermer des animaux devraient être placés de manière à 
avoir une issue directe sur l'enceinte des fumiers. Voyez la 
planche Sa. 

Si les maisons rurales, si ces habitations paisibles dans 
lesquelles, au sein de la Nature, on se livre aux soins les 
plus intéressans, aux occupations les plus douces, étaient 
situées et disposées comme elles devraient l'être, que d'agré- 
ment leur aspect n'ofFrirait-il pas ! Après la négligence im- 
pardonnable avec laquelle la plupart des mftisons rurales 
sont traitées, il ne pourrait y avoir qu'une recherche ridi- 
cule capable de les en pri\er. On ne remarque ni l'une ni 
l'autre, soit dans les maisons de ce genre bâties par Palla- 
dio sur les bords charmans de la Brenta , prés de Vicence 
soit dans une foule d'édifices destinés aux mêmes usages , ré- 
pandus dans toute l'Italie, et connus sous le nom de fa- 
briques. Au.-a tous ces édifices enchantent-ils les yeux par 
leurs formeo simples et agréables. Voyez les planches Ag 
5o et 5i du Parallèle, et les planches 5, 6, S et ig de la 
seconde Partie de cet Ouvrage. 



III PART. 

iil. SECTION* 



96 DES EDIFICES PARTICULIERS. 

Des Hôtelleries. 

Ces lieux, destinés à recevoir les voyageurs, ne sont dans 
la plus grande partie de l'Europe que des édifices particu- 
liers qui n'offrent pas, pour la plupart, plus d'ordre, de com- 
modité, de propreté que la majeure partie de nos fermes. 
En Orient au contraire ces mêmes lieux, nommés caravan- 
serais , sont des édifices publics bâtis et entretenus avec le 
plus grand soin par le Gouvernement. Ces édifices dispo- 
sés de la manière la plus simple, comme on peut le voir, 
planche 3o du Parallèle, offrent, au rapport de tous les 
voyageurs, le plus bel aspect. On sait combien celui de nos 
hôtelleries en général est ignoble et repoussant. Rien ne 
serait cependant si facile que de le rendre agréable. Il ne 
faudrait pour cela que donner à leur disposition la conve- 
nance et la simplicité qu'elles exigent. Voyez seulement 
l'esquisse que nous en donnons , planche 5a. 

De la marche que l'on doit suivre dans la composition 
d'un projet quelconque. 

L'examen et la comparaison que nous venons de faire 
d'un assez grand nombre d'édifices anciens et modernes, 
prés de cinquante projets (tous on ne peut pas plus simples, 
et tous cependant absolument différens) ont du donner une 
idée suffisante des convenances des principaux genres d'édi- 
fice, et jeter un assez grand jour eur les principes d'après 
lesquels tous les édifices doivent être traités. Pour achever 
de remplir le but que nous nous sommes proposés dans cette 
troisième Partie, il ne nous reste plus qu'à rappeler aux 
élèves la marche que l'on doit suivre dans la composition 
de tel projet que ce soit. 

Combiner entre eux les divers elémens , passer ensuite 

aux 



III, SLCTIUK. 



DES EDIFICES PARTICULIERS. 97 

aux difTérentes parties des édifices, et de ces parties à l'en- "'• part. 
semble : telle est la marche naturelle que Ton doit suivre 
lorsqu'on veut apprendre à composer. Lorsque l'on com- 
pose, au contraire, on doit commencer par l'ensemble, con- 
tinuer par les parties et finir par les détails. 

Avant tout il faut s'appliquer à connaître l'usage et les 
convenances de l'édifice dont on doit faire le projet; se bien 
pénétrer de l'esprit dans lequel il doit être conçu ; examiner 
quelle est des diverses qualités qui peuvent se rencontrer 
dans les édifices celle vers laquelle on doit diriger plus parti- 
culièrement son attention ; s'assurer si c'est la solidité, comme 
dans les phares; la salubrité, comme dans les hôpitaux; la 
commodité,comme dans les maisons particulières; la sû- 
reté, comme dans les prisons; la propreté, comme dans les 
marchés , les boucheries; le calme et la tranquillité, comme 
dans les lieux destinés à l'étude; l'agrément et la gaieté, 
comme dans ceux consacrés au plaisir, etc. D'après cela il 
convient de voir si l'édifice doit n'offrir dans son plan 
qu'une seule masse; si cette masse doit être pleine ou evidée 
par une ou plusieurs cours; si les différens corps de bati- 
mons doivent être continus ou séparés; si l'édifice peut don- 
ner sur les rues, ou s'il doit en être éloigné par une enceinte ; 
si tous les corps de batimens doivent avoir , ou non , un 
même nombre d'étages, etc. 

De l'ensemble passant aux différentes parties, il faut exa- 
miner quelles sont les pièces principales et celles qui leur 
sont subordonnées ; quelles sont les pièces qui doivent être 
rapprochées ou éloignées les unes des autres, et déterminer 
en conséquence leur place et leur grandeur; voir ensuite 
si les pièces doivent être couvertes par un plancher ou par 
une voûte; quelle espèce de voûte on doit préférer; si la 

N 



98 DES EDIFICES PARTICULIERS. 
III. PART, portée de ces planchers ou l'étendue de ces voûtes exige ou 
iii. stcTio.N. j^jg^jgg pj^g (jgg colonnes pour les diminuer, etc. 

Toutes ces observations faites et le croquis tracé en consé- 
quence, il faut déterminer le nombre des entr'axes de cha- 
que pièce et le chifrer sur ce croquis ; additionner ensuite 
tous les entr'axes , afin de voir en combien de parties on 
doit diviser le terrein. Le nombre total une fois reconnu , 
examiner si chacun des entr'axes n'est pas trop large ou 
trop étroit, relativement à l'échelle; et si cela arrive , di- 
minuer ou augmenter le nombre des entr'axes , soit dans 
toutes les parties , soit seulement dans quelques-unes, 

D'après le nombre d'entr'axes plus ou moins considé- 
rable des pièces , il faut déterminer l'ordre que l'on doit 
employer ; voir si le centre des voûtes doit être au niveau 
du dessus de l'architrave , ou s'il doit être placé plus 
haut , etc. 

Un croquis ou une esquisse étant arrêtée de cette ma- 
nière, on n'a plus à s'occuper dans l'épure ou dessin rendu 
que des différens profils et des ornemens de peinture ou de 
sculpture que l'on juge à propos d'employer. 

Il est aisé de voir avec quelle facilité et quel succès on 
parviendrait à composer tel édifice que ce puisse être , si 
étant bien pénétré des principes que la Nature suggère, 
l'architecte suivait la marche que la raison indique , tant 
dans l'étude de l'art que dans la composition des édifices , 
qui ne sont , l'une et l'autre, qu'une suite non-interrompue 
d'observations et de raisonnemens. 

Fin du second et dernier Volume. 



NOTICE. 

Recueil et Parallèle des Edifices de tout genre , 
anciens et modernes , remarquables par leur- beauté , 
par leur grandeur ou par leur singularité j et dessinés 
sur une même échelle. 

Par J. N. L. DURAND, Architecte etProfesseurd'ArchifectureàrEcole 
polytechnique. 



Une chose qui importe extrêmement aux Architectes, aux 
Ingénieurs civils et militaires, aux Elèves de l'Ecole polytechni- 
que destinés aie devenir, auxPeintres d'histoire et de paysage, 
aux Sculpteurs, aux Dessinateurs, aux Décorateurs de théâtre, 
en un mot à tous ceux qui doivent construire ou représenter des 
édifices et des monumens, c'est d'étudier et de connaitre tout ce 
qu'on a fait de plus intéressant en architecture dans tous les pays 
et dans tous les siècles. 

Mais les édifices qui méritent quelque considération se trou- 
vent confondus avec une foule d'autres qui ne sont remarqua- 
bles en rien ; outre cela ils sont dispersés dans près de trois cent 
volumes, la plupart t«-/o/io, dont la collection monterait à ua 
prix énorme , de sorte qu'il serait impossible aux Artistes de s'en 
procurer la connaissance entière par une autre voie que celle 
des bibliothèques. 

Ce moyen-là même exige un temps infini, et n'est d'ailleurs 
praticable que pour les Artistes qui habitent les grandes villes. 
De plus; quand ils seraieiat tous à portée d'en faire usa[^e,peut, 

N 2 



loo N O T I C E. 

être que les avantages qu'il leur procurerait ne les dédomma- 
geraient que faiblement de leurs peines. En voici la raison ; sou- 
vent un volume n'est composé que d'objets de différens genres, 
tandis c[ue les objets qui sont du même genre se trouvent dissémi- 
nés dans un grand nombre de volumes. Or on sent combien dans 
ce cas-là les comparaisons, qui seules peuvent amener à juger 
et à raisonner, doivent être longues, pénibles, imparfaites et 
peu fructueuses; la diSerence des échelles ajoute encore à ces 
inconvéniens. 

Dans cet état de choses, nous avons pensé que, si détachant 
des trois cent volumes dont nous venons de parler les seuls ob- 
jets qui sont essentiels à connaitre, nous les rassemblions dans 
un seul volume d'un prix tout au plus égal à celui d'un ouvrage 
ordinaire d'Architecture, ce serait ofïrir aux Artisfes en géné- 
ral, et aux élèves de l'Ecole polytechnique en particulier, un 
tableau complet et peu coûteux de l'Architecture, un tableau 
qu'ils pourraient parcourir en peu de temps, examiner sans peine, 
étudier avec fruit , sur-tout si l'on classait les édifices et les mo- 
numens par genres; si on les rapprochait selon leur degré d'ana- 
logie; si on les assujétissait de plus à une même échelle, et c'est 
ce que nous avons entrepris de faire. Pour arriver plus sûrement 
à ce but, nous avons rejeté de ce Recueil non seulement tous les 
objets qui n'offraient aucun intérêt en eux-mêmes , mais encore 
ceux qui, ressemblant plus ou moins à d'autres morceaux d'un 
intérêt majeur, n'auraient fait que grossir le volume sans aug- 
menter la masse des idées. 

Peut-être trouvera-t-on dans ce Recueil quelques édifices qui 
paraitront peu intéressans ; mais comme ce sont presque les seuls 
de ce genre qui existent, nous avons cru devoir les y placer, 
afin d'ap]3eler l'attention sur ce genre d'Architecture. 

On y trouvera aussi des restaurations peu authentiques, telles 
que celles des thermes par Palladio, et de plusieurs édifices de 
l'ancienne Rome par Piranesi , Pirro Ligorio , etc. Nous n avons 
pas voulu priver les Elèves ni les Architectes des beaux partis 



NOTICE. loi 

que ces restaurations présentent , et dont ils peuvent faire de 
fréquentes et d'heureuses applications. 

Mais nous nous sommes permis de les simplifier; nous y en 
avons même ajouté qui sont presque entièrement de nous ; et 
pour peu que l'on fasse attention que loin d'avoir voulu corri- 
ger ces grands maitres, nous ne nous sommes attachés qu'à ma- 
nifester d'une manière plus évidente l'esprit qui règne dans ces 
magnifiques productions, on nous pardonnera sans peine d'avoir 
osé nous ranger à coté d'eux. 

Cet Ouvrage est composé de quinze cahiers; chacun l'est de 
six planches. 

Le premier contient les temples égyptiens, grecs, romains et 
les temples de Salomon, de Balbek et de Palmyre. 

Le deuxième , les mosquées , les pagodes , les églises gothiques 
et les dômes les plus célèbres. 

Le troisième, les places publiques, les forum, les marchés, 
les halles, les bazars, les maisons de ville, les basiliques, les 
palestres , les écoles , les portiques et les bourses. 

Le quatrième , les tombeaux égyptiens, grecs, indiens, turcs, 
persans et romains; les arcs de triomphe, les ponts, les aque- 
ducs, etc. 

Le cinquième j les ports, les phares, les tours, les citernes, 
les puits, les châteaux d'eau, les caseriîes, les arsenaux, las 
prisons, les hôpitaux, les lazarets, les caravanserais et les 
cimetières. 

Le sixième , les thermes , les njmphées et les bains. 

Le septième, les théâtres antiques et modernes, les amphi- 
théâtres, les naumachies et les cirques. 

Les huitième, neuvième et dixième, les maisons, les châ- 
teaux et les palais tant anciens que modernes. 

Enfin, les onzième, douzième, treizième, quatorzième et 



102 NOTICE. 

quinzième cahiers offrent , développés en grand et sur une même 
échelle de module, tous les détails qui concernent les édifices, 
et qui méritent d'être connus. 

L'Ouvrage se trouve à Paris, chez l'Auteur, à l'Ecole poly- 
technique. 

Le prix de chaque cahier est de douze francs. Celui de l'Ou- 
vrage entier est de cent quatre-vingts francs. 



TABLE 

Des Matières contenues dans ce Volume. 

Discours préliminaire. P^g' i 

Examen des principaux genres d'édifices. 



PREMIERE SECTION. 

Des principales parties des villes. 22 

Des abords des villes. ibid. 

Des tombeaux. zS PL i 

Des entrées des villes. 24 

Des arcs de triomphe. ibid. r 

Des parties des villes qui servent à la communication de toutes 
les autres. 

Des rues. 25 

Des ponts. 26 

Des places publiques. 28 2 



' DEUXIÈME SECTION. 

Des édifices publics. 

Des temples. 
Des palais. 
Des trésors publics. 
Des palais de justice. 
Des justices de paix. 
Des maisons communes. 
Des collèges. 

Des édifices destinés à rassembler les 
Savans, etc. 63 



35 




43 


3 et 4 


47 


5 


4« 


6 


49 


7 


50 


7 


51 


8 



lOi^l TABLE. 

Des bibliothèques. P^S' 54 PI- lo 

Des muséum. 56 11 

Des observatoires. 57 12 

Des phares. ibid. 12 

Des halles et marchés. 58 i3 

Des boucheries. 59 i3 

Des bourses. .60 14 

Des douanes. 61 14 

Des foires. ibid. i5 

Des théâtres. 63 16 

Des bains. 66 17 

Des hôpitaux. 67 18 

Des prisons. 71 19 

Des casernes. 72 20 



TROISIÈME SECTION. 

Des édifices particuliers. 

Des maisons particulières à la ville. 

Des diverses dispositions générales de 
ces maisons. 

Des diverses divisions des dilTérens 
corps-de-logis. 

Des ditî'érens appartemens. 

Des divers accessoires des apparte- 
mens. 

Des cuisines. 

Des offices. 

Des écuries. 

Des remises. 

Des terreins irréguliers. 

Des maisons à loyer. 

Des maisons de campagne. 

Des fermes ou maisons rurales. 

Des hôtelleries. 

De la marche que l'on doit suivre dans 
la composition d'un projet quel- 
conque, ibid. 

Fin de la Table. 



De l'Imprimerie GALLETTI, maison des ci-devant Capucines, 
vis-à-vis la place Vendôme. 



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