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Full text of "Précis historique de l'ordre de la franc-maçonnerie: depuis son introduction en France jusqu'en ..."

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HIIP.J > IW ■! 






PRÉCIS HISTORIQUE 



DE LA 



FRANC - MAÇONNERIE 

II. 



à 



PARIS. IMPRIMERIE DE CASIMIR, 

RUB DE LA VIIILLE ' MOnirAIB , K^ 12. 



^^}^4. è / i-ft'éi^/^W ^«^^^ ^^ '^ ^<- 



IPIEtiiB]l3 aris^MQVis 



DE L'ORDRE 

D£ LA 



FRANC-MAÇONNERIE, 

5 DEPUIS SON INTRODUCTION .EN FRANCE JUSQU'EN 1829, 



\ 



! ^2'»tt^ ^^sp^^v^^ ^^ ^^^(^^^ 



BZ Xi'ORBRS, 

LB8 PLUS CBLBBKES PAB LBUB8 TBAYAUX, 
' LBO&S BCBIT8, OU PAB LBUR RANG DANS LE MONDE, DBVCIS 

80V OBIGIRB jusqu'à NOS JOUES; 

/ ET D'UN CHOIX DE DISCOURS ET DE POÉSIES 



Pas 



J.-C. B''\ iu<2.^^^ 




TOME DEUXIÈME. 



PARIS. 
RAPILLT, LIBRAIRE, 

PASSAGE DES PANORAMAS. 

1829 



k 



DISSERTATION 

SUR LES BIOGRAPHIES. 



MoRERi, auteur du Grand Diction-' 
naire historique j etc., est le premier 
qui, dès 1678 , ait mis en vc^ue les Dic- 
tionnaires historiques et les Biographies. 
Le Dictionnaire historique et critique de 
PieiTC Bayle vint en 1697 rectifier les 
nombreuses erreurs de son devancier, et 
mériter le suffrage de tous les gens de 
lettres. Le roi littérateur, Frédéric II, 
disait que ce dictionnaire était le Bné-^ 
9iaire du bon sens. Voltaire a dit auàsi : 

Qu^a servi contre Bayle une infâme cabale? 
Par le fougueux Jurieu , Bayle persécuté , " ' 
Sera des bons esprits à jamais respecté. 

Moreyi ouvrit la carrière , mais Ba^le 



1 



2 DISSERTATION 

remporte par sa dialèctiqige , et se montre 
partout écrivairi au$^i io^truit (ju'indé- 
pendant. L*abbë Ladvocat , dans son 
Dictior\naire portatif des grands hom- 
mes^ en 1752, abrégea Moreri, et ne fit 
qu'un mauvais ouvrage, M. Ghaudon, 
aide ensuite de Delandine, donna un 
Dictionnaire historique y oiz marchèrent 
cote à côte quelques bops articlas et farce 
articles détestables. L'abbë Faller , co- 
piste et contrefacteur de M. Chaudo» , 
mit au jour^ en 1781 , un Di^iounaire 
kàtorigue qui n^ est qu'une apologie du 
corp&deMM. les jésuites dQutil&isait 
partie. MM. Michaud, sous, le] titre de 
Biographie moderne .( Leipzig - Paris ^ 
i^ab), imaginèrent de stigmatiser les 
contemporains vivants ou morts y et re^ 
produisirent cette conception , en pu- 
bliant en i8n \d^ Biographie universelle^ 
et en 18 î6 la Biographie de$ hommes 
vissants,. La Biographie unii^erselle se ter- 
raiiie aujourd'hui (1828) en cinquante- 



SUR LSS BIOOAAPHIES. ^3 

un volumes, qui auront vraisemblable- 
ment des suppléments nonkbreux. Elle 
fut sage el modérée au commencement : 
on était sous Tempire; mais^ depuis i8i4, 
elle a fourni sa carrière avec une partia- 
lité qui ne permet d'estimer cet ouvrage 
que sous les rapports littéraires. La Bio- 
graphie des hommes i^iuants est un libelle 
en cinq volumes contre les hommes de la 
révolution. Bruxelles, où se trouvaient 
une fouîede Français réfugiés ou bannis, 
ettt la Galerie des contemporains Ç1S16). 
Cette biographie offre des pages intéres- 
santes pour Fhistoire ; mais on ne doit la 
considérer généralement que comme un 
ouvrage oii respirent de douloureuses 
vérités et de sévères récriminations. La 
Biographie^ dite moderne (Ètnery y 1817) 
est d'une parfaite nullité. hsL Biogra- 
phîe noui^elle des contemporainSj far 
MM. Arnault, Jay, Jouy, Norvîns, elô. 
(vingt volumes , iBaO'-iS^S)^ est conçue 
dans des principes libéraux. Elle rend 



J>- 



\ 



4 DISSERTATION 

hommage aux hommes de mérite de tous 
les partis, et flétrit avec énergie les grands 
criminels des diverses époques contem- 
poraines. On y trouve des jugements lit- 
téraires qui mériteraient d'être plus con- 
venablement placés. Le Dictionnaire 
historique ou Biographie universelle^ par 
le général Beauvais, en un seul volume 
in-8'' (18265 1827, 1828), qui forme 
déjà six parties 9 est un abrégé de toutes 
les biographies des hommes morts. La 
Biographie unii^erselle et portatipe des 
contemporains j qui ne doit avoir qu'un 
vol. in-^"*, et qui en comptera quatre ou 
cinq, est une pâle contre-partie de la Bio^ 
graphie nouvelle des contemporains y de 
IVJM. Arnault, etc. Nous citerons, pour 
mémoire seulement et comme des modè- 
les, de mauvais goût, la Biographie des 
Conventionnels j 181 5. La Biographie 
des Pairs de France j i8i5-i8i6. LeDic- 
tipn^aire des girouettes; la Biographie 
à^^t)amcs de la cour ^ etc. , et cette foule 



SDR LES BIOGRAPHIES.' 5 

de biographies in-S!!, qui ^e semblent 
créées qu en'haine de la liberté de la presse, 
«t que pour déconsidérer un genre, d'his- 
toire recommandable et surtout très-utile. 

Nous n examinerons pas les ouvrages 
plus ou moins analogues aux recueils bio«- 
graphiquès publiés depuis la révolution. 
A chaque changement politique, quel- 
ques hommes ont prétendu faire de leurs 
opinions: individuelles oudeTopinion de 
leur parti TopinioB générale. Elle ne s'est 
point reconnue si mal représentée, et elle 
a laissé a leurs auteura toute la responsa*^ , 
bilité moi^ale qu ils ont assumée sur leur 
tête. Nous ne devons voir, et defaitnou^ 
ne verrons les Dictionnaires historiques 
et les Biographies ;, que daàs leur utilité 
historique , la seule poiir laquelle ils OQt 
été primitivement conçus. 

Certes, après l'histoire des choses^, 
c'est>à-diitedes événements, il faut l'his- 
toire des hommes qui les ont amenés ou 
qui y ont pris part j où pour mieux dire, 



P DISSSRTATIOn 

Thistoire pktoresqae de ce mélange de 
pensées^ de Tolontés et d'actions* L'his^ 
toird> générale, donne Tensemble , L'his^ 
loke des indÎTidùs donne les détails. Là 
dernière condoit à la parfsiite connais- 
sance des éYenements^ eteelie-ei apprend 
à mieux jnger les homines agissant par 
concours ou isolément. La méthode des 
Dictionnaires historiques ou des Biogrch 
phies est donc utile^ et nul doute que tant 
d'ouvrages spéciaux ne servent nierveil*- 
leusemen t à développerle j ngement d^his- 
torieps^ et à éclaircîrhîen de^ faits secrets 
quionten uneinfluonçe si puissante sur les 
plfis grands événements. Une seule cita-- 
tiûu : qui. se sez^ait janiais daaté ^ sans 
les révélations biographiques | que y lors- 
que la ibrreur était générale^ les inter- 
pellations adressées par une femme à des 
conjurés timides^ aient ameué la chute 
dùtyran le plufc sanguinaire delà France, 
et renversé taBt d'échafaadsf'?! 

* Les conventionnels cônjureV hésitaient à attaquer 



I 



SUR i%s biooRâPlïiiss. j 

Ce coup d'oeil rapide âuit le& biogra- 
phies ne parattra pas déplace sans dôme 
en tête d'une Biographie des Francs^ 
Maçons* 

Nous avons voulu laii^e ^^onuattre aux 
maçoûs, qui eu seront glorieux^ et aux 
gens du monde dont ia oiiriosîté n'est pas 
tout-à-£iit épiiisëe, les noms des princi- 
paux personnages qui ont appartenu ou 
qui appartiennent encor«^ à la franco 
maçonnerie. 

Qaels tableaux curieux vont s'offrir k 
tous les regards! Toutes les sommités 
sociales ont frappe à la porte du teniple. 
Toutes les classes plébéiennes ont SôUicilé 
l'honneur d'être adnâises parmi npiM. 
L'ordre maçonnique, qui ne donne ni 
pouvoirs, ni dignités, ni pkces, ni ri- 
chesses , â vu ses insignes briguas par une 
fonle d'aspirants, comme ils auraient 

Robespierre t M"* Tallien, étant présente, se lève avec 
indignatioii : « traffo. le tyran, dit-elle^ oa Je lui 
« porte vos noms. » Le 9 thermidor eut lieu le len- 
tt demain. 



8 DISSERTATION 

brigué un grade ^ une croix ^ un poste ho- 
norifique , des lettres de noblesse > ou des 
sinécures à la cour. C'est, peut-être un 
enfantillage y' mais quels sont leshom*- 
mes qui ne sont pas un peu enfants ! 

Depuis plus d'uuisièale^ dés souverains, 
des priuceSvdies hoitime&d'État, des pré* 
très 9 des hommes de génie , des philoso- 
phes , de simples citoyens, des hommes 
appartenant aux olassçs les plus obscures 
de la société , ont été protecteurs ou mem- 
bres de Tordre franC'-maçQnnique^ mais 
'comment les conoatjtre, çux , leurs bieq.** 
faiti^ , leurs vertus , leur dévouement, 
leurs ouyragçs, quand ce même ordre 
ne. peut présenter aucunç espèce d'an- 
Dales, aucune; histQire bipgrapbiqué ? 
. Cette lacune va être remplie par la 
Biographie des Francs-^Maçons. Nous 
avons pensé qu'on ne pouvait mieux 
terminer l'histoire des événenjents , 
qu'en donnant celle des hommes qui 
y ont figuré, et sous ce rapport nous 



"% 



SDR LES BIOGRAPHIES. . g 

croyons avoir fendu un service à Tordre 
en faisant connaître et mettant en évi- 
dence ceux dje ses membres qui se sont 
distingués par leurs travaux , et réunis- 
sant dans un même cercle oenx dont 
l'illustration a jeté de Téclat sur Tinstitu- 
tien elle-même , et ceux dont les vertus 
modestes et les talents aimables onl^ cobt 
tribué aux plaisirs comme au; bonheur.de 
leurs frères. .. .r /; 

Les notices partent de l'époque oh la 
maçonnerie fut introduite en France en 
I725. Elles ont pour objet Tbistoire des 
maçons^ chefs de sectes, créateurs: de 
rites 9 grands maîtres, dignitaires, offi-r 
ciers de Tordre, fondateurs ou régénérar 
teurs, présidents, orateurs et députés 
d'ateliers, écrivains maçons et frères dis- 
tingués dans la vie civile ou dans notre 
association. 

Il y a dans cette galerie des notices éten- 
dues et des mentions de quelques lignes. 
Les frères dont la vie est célèbre dans les 



lO DISSBRTAtiON SÙA LES BIOGRAPHIES. 

fastes profanes sont uniquement cites 
comme maçons. Nous donnons sur les 
frères beaucoup moins connus, avec des 
détails maçonniques , des détails sur leur 
camère publique, mais abrégés. Nous 
portons quelquefois des jugements sur 
les frères qui ont cessé de vivre, auteurs 
maçonniques ou autres. La maçonnerie 
a airssi sa littérature, et cette brancbe des 
connaissances humaines occupera bientôt 
le noble rang auquel elle a droit de pré- 
tendre. 

Enfin la passion ni l'envie n'ont point 
dicté nos jugements, et sur ce point déjà 
on pourr^ dire que nous offrons du nou- 
veau* 



PRÉCIS HISTORIQUE 



JD£ LA 



FRANC-MAÇONNERIE 



EN FRANCE. 



BIOGRAPHIE. 



A. 

Allemand (Zacharie-JacqMes-Théodore), 
coiDte , yieé*amiraly grand officier de la Légion- 
d'Honneur^ chevaHerdeSaint-^Louis, ete,, na- 
quit au PoiCt-Lotlia en 1 762 ; son père était lieu^ 
tenant de yaiisiaêau. Destiné w service maritifl^è^ 
le jeune AlLsm&nd ne Toulut devoir qu'à Ini toul 
sa fortune , et s'éobappant furtiveinent da sein 
de sa fanxillei il se fit mousse. Son activité ^ son 
zèle et j»es talents lui valurent un avancement 
assez rapide, et il servit comme officier auxU 
liaire soud: le: bailli ideSuffren^ de 1770 à 1785. 
Il fut nomDoié officrer de haut bord en ijg^% 



13 BIOGRAPHIE, 

et promu au grade de vice-atnîral en lÔio. liCS 
événements de la restauration | en i8i4^ le pri- 
vèrent de son activité. De cette. époque à celle 
de sa mort, arrivée en 1826, il se livra pltis 
particulièrement aux travaux maçonniques , et 
se fit même , sous le rapport des rites , une cer- 
taine réputation d'hostilité. Il fut un des pro- 
pagateurs du rite deMizraïm , qui fut détruit 
par le Grand Orient de France , et l'un des sou- 
tiens du suprême conseil écossais-américain, dit 
du Prado , qHe bouleversa le «y^ème écossais 
du rite anôien et accepté, dît de Pompéi, qui 
réunit ensuite à lui les meiïibres échappés à ses 
foudres très-peu fraternelles, puisque aucun de 
ces deux rites ne voulait reconnaître la puis- 
sance légale de l'ordre, le Grand Orient. 

ÂNTIGNAC (A.) f chansonnier de la société 
lyrique du Gai^eau moderne, naquit en 1770, 
à-Paris, où il mourut en ïBqS. Il fut presque 
Wte: «a vie employé à l'administra âon des 
postés*. Antignac, qui avait l'heureux talent 
de faire de la poésie dans la chanson, Contre 
l'usage de la masse des chansonniers, jouissait 
dei'esiime et de l'amitié de totis ses confrères. 
Il a publié en . 1809 des chansons et autres 
poésies , I voK in-i8/ Les recueils dii Caveau 
moderne ^ de V Épicurien et de la Lyre maçon* 



BIOGRAPHIE. l5 

nique y renferment un grand^ nombre de ses 
chansons et cantiques. 

ANTIN ( Louis-An toîne de Pardalllan, duc . 
d'), pair de France, lieutenant général, gou- 
verneur de la province d'Alsace, surintendant 
des bâtiments delà couronne, naquit en i665, 
et mourut le 2 décembre lySG. Les données 
historiques et maçonniques sur ce personnage 
sont fort contradictoires. Il n'y a qu'un duc 
d'Antin suivant les dictionnaires historiques ; 
et en maçonnerie , il n'y a qu'un duc d'Antin, 
grand maître des francs-maçons. Le duc d'An- 
tin des dictionnaires historiques cesse de vivre 
en 1736; le duc d'Antin , premier grand maître 
français de l'ordre maçonnique , est élu en i ySd, 
et meurt en 1743* Les biographies sont-elles 
dans l'erreur sur la date de la mort , ou y avait- 
il en même temps deux ducs d'Antin, ou bien 
ce duc d'Antin avait-il un fils qui aurait été' 
élu deux ans après la mort de son père , et qui 
serait lui-même mort cinq ans après? Enfin, 
peut -on regarder comme vraisemblable que 
l'ordre eût choisi pour son premier grand 
maître, après un noble anglais '{voj. .Har«- 
nouester) , le duc d'Anlin fils, personnage iur- 
connu, qui devait être.rempiacé par un prince 
du sang {vqy. Bourbon -Louis)? Malgré nos 



l4 BIOGRàPHIK. s 

investigations y nous sommes dans l'irapiris- 
sance de décider cette question vraiment inté- 
re3sante. .En attendant que de nouvelles re- 
cherches uoiis aient mieux instruits, nous 
allons ffi^ire connaître dans deux anecdotes ce 
qu'on pqut appeler un courtisan-modèle. Le 
roi vai3oycher à Petit-Bourg. Une grande ave- 
nue lui dérobe la vue de la rivière. Le roi le 
dit; le lendemain il demande où sont les ar-^^ 
hj!^^ : u Sire^ répond le duo d'An tin, ils ont 
« disparu; votre majesté les avait condamnés. >i 
Dans un voyage à iFontainebleau , le même mo^ 
narque témoigna la désir qu'on abattit un^etit 
bois. Le lendemain le monarque répète ce qu'il 
avitrit fait connaître la veille : « Sire , dit le duc 
(('d'Antin, ce bois sera abattu dès que votre 
ce majesté l'aura ordonné, r^ Vraiment, ré- 
H |H>ndit le roi , je voudrais bien en être défait. » 
Au même instant un coup de sifflet part, et la 
forêt s'anéantit comme par enchantement. Le 
due^QOurtisan avait, dans la nifit| fait scier tous 
Içs ftrbres, et plaoé derrière chacun d'eux un 
hoqfime qui devait renverser l'arbre au signal 
danné. La duchesse de Bourgogne présente à 
ce spÊCti^cle ^ s'écria , en s'adressant i^ux damea 
qui rquÊDuraient : ce Ah l mesdames , si le roi 
« avait demaqdé ilois tètes ^ M. d'Ântin les fe^ 
H rail tomber. ;de même, u Su digne courti*^ 



BIOGRAPHIE. l5 

san^ M. d'Ântîn prît cçla pour un QQmpUmemv 

ARCÂMBÂL ( le marquis d' ), maréchal de 
camp^ etc. , successivement président de la 
chambre dVdministration du Grand Orient de 
France, et grand conservateur de Tordre , fut 
l'un des auteurs du traité d'nnion entre le 
Grand Orient et les trois directoires écossais f 
établis > selon le rite de la maçonnerie réformée 
d'AIlemagnCi à Lyon , Bordeaux et Strasbourg. 
Substitut du vénérable de la loge de la Candeur ^ 
il présida en cette qualité les travaux d'adop-^ 
tion du nS février 1779, où furent reçues^ à, 
rinitiatipn maçonnique , m$idame la comtesse 
d'Âmbrugeac et plusieurs autres dames d^ la 
cour. 

ARNAUD ( FrançoisnTjiomw-Marie de Bac- 
culard d' ) , littérateur, d'une famille noble du 
comtat Yenaissin, naquit eu 1718 à. Paris, où il 
mourut en }8q5. Il fit de tréshbônnes études^ 
chez tes jésuites, et suivit par goût la carrière 
des lettres. A l'âge de dix«*sept ans il composa 
trois tragédies : Idomé^ée^ Dido^f et la Mort 
de Colig^ ou la SaSM-^Barthélemy. Elles ne 
furent point représentées , et il n'a fait impri- 
mer que la dernière en 1740* I^e Bacculard 
d'Arnau4 n'était pas riohe^ mais c'était un 



lO . BIOGRAPHIE. 

honnête homme, et il avait du talent. Voltaire 
l'aida souvent de sa bourse. Correspondant lit- 
téraire de Frédérîc-le-Grand , il fut aimé de 
ce prince, qui Taccueillit très -bien lorsque 
d'Arnaud se rendit à Berlin, qu'il quitta au 
bout; d'un an pour la légation de Dresde. De 
retour a Paris , il ne s'occupa plus que de litté- 
rature. Les Épreuves du sentiment ^ les Délas^ 
sements de V homme sensible^ les Loisirs utiles ^ 
sont des- nouvelles ou contes en prose qui eu- 
rent beaucoup delecteurs. Il donna, entre au- 
tres romans , les Mémoires de monsieur et de 
madame de Là Bédojère ou les Époux malheu- 
reux. Son théâtre se compose du Mauvais Riche ^ 
comédie; du Comte deComminges^ représenté 
en 1790 j SEuphémie ou le Triomphe de la jRe- 
ligion^ et de Fayel et Mérindaly drames, où 
malheureusement la prolixité fait tort à des si- 
tuations pathétiques; IL publia, en 1751, en 
S vôlw in- 12, des poèmes et autres poésies. De 
Bacculard d'Arnaud était, comme maçon ^ mem- 
bre de la loge du Point parfait , orient de 
Barîs. Oa trouve dans le Miroir de la vérité^ 
180Ï, vol. 2, pages.544 «t 545, un fragment 
élégiàqùe sur la vàovi d'un jeune frère. 

ASKEHI-KHAN, prince du sang impérial 
de.Fei^e, oncle de l'empereur régnant, et son 



BIOGRAPHIE. 17 

ambassadeur eii France sous le gouvernement 
de l'empereur Napoléon y fut admis à l'initiation 
maçonnique dans la Royale mère Içge écos^ 
saise^ sous le titre du Contrat socia][^et de Saiul-^ 
Alexandre d'Écôsse réunis^ ie 24 novembre i Sog* 
Cet illustre candidat, âgé de trente-cinq ans, 
répondit aux questions d'ordre qui lui furent 
adressées par le frère Thory , vénérable de la 
loge : « Monsieur, le ciel a bien pu m'accorder 
« quelque gloire et m'enorgueiltir d'une illus^ 
« tre origine ; mais , loin de me laisser éblouir 
(( par l'éclat d'une grandeur éphémère qui doit 
tf passer un jour avec moi dans le tombeau , je 
« désire acquérir une gloire plus solide et plus 
« vraie, celle de vivre dans l'estime des gens 
« de bien , et de partager avec vous la recon- 
(( naissance des hommes malheureux. On m'a 
w dit beaucoup de bien des francs-maçons; je 
(( désire appartenir à leur société, puisqu'ils se 
(c réunissent pour pratiquer les vertus et se^ 
« courir l'indigent. « Le prince, après la ré- 
ception , remercia ainsi l'assemblée : « Je vou^ 
i< promets Bdélité , amitié, estime ; souffrez que 
i< je vous fasse un présent digne de véritables 
« Français. Recevez ce sabre qui m^a servi dans 
« vingt-sept batailles; puisse cet hommage vous 
« convaincre des sentiments que vous 'm'avez 
c< inspirés, et du plaisir que j'ai d'appartenir à 






l8 BibGBAPHIB. 

« votre ordre ». La réception du prince Askeri- 
)(.han fut des plu8 remarquable^; rien de ce qui 
pouvait lui donner de l'intérêt n'ayait été né- 
gligé , les accessoire^ même excitèrent la sur- 
prise du néophyte. I^'appartement où il devait 
se reposer ét^it décoré dans le goût asiatique. 
S. Exe., après l'avoir examiné avec le plus grand 
soin^ dit : (f A la vue de cel appartement, je 
u me croirais en Perse; je vois bien que je suis 
i< au milieu de mes amis. » Le prince Âskerif- 
kban assista à l^fète de l'ordre, célébrée le ^28 
décembre au Grand Orient de France; il y fut 
accueilli de la manière la plus distinguée et la 
plus fraternelle , et il témoigna sa reconnais- 
sance avec une extrême sensibilité. 

ATTAIGNANT (l'abbé Charles-Gabriel de 1'), 
chanoine deHein^s, fut un des hommes les plus 
aimables et les plus spirituels, et parfois aussi les 
plus piquants de son siècle. Il naquit à Paris en 
1697. L'abbé deLaporte recueillit et publia en 
1757 les Poésies de V ^bbé deV AttaignarU^ 4 ^^l* 
in-i 2 ; il ^j\ parut un ciqqiiiième , aussi in-i 2, sous 
le titre à^ Chansons et Poésies fugitives ^ etc. 
Millevoye donna ep 1810, en i vol. in-i8, un 
Choix de Poésies de ce célèbre abbé; choix qui 
fut fait a^yec un goût exquis. Le chanoine de 
Reims se réunit à Fleury pour faire jouer un 



BIOGRA.PHIE. ig 

petit opéra comique, intitulé le Rossignol. Il 
parait que c'est là son seul essai dramatique. 
On dit populairement : « Quand le diable de- 
« vient vieux, 'il se fait ermite* » L'abbé de 
l'Attaignaut renonça sur «es vieux jours à la 
vie sensuelle, et alla mourir, le lo janvier 1779, 
chez les PP. de la doctrine chrétienne. Il était 
franc-maçou ; et l'éditeur de la Lyre maçon*- 
nique ^ années i8i5-^i8i49 a recueilli deux cou- 
plets de ce frère. 

B. 

BACON DE LA CHEVALERIE (N. ), colo- 
nel d'infanterie, puis officier général , s'est dis- 
tingué dans l'ordre maçonnique par son mérite 
et son zèle pour cette illustre association. Plu- 
sieurs de ses Discours et AllociUiofi^ ont été 
iinpriniés "dans les recueils des loges et dans 
Xétat du Qrand Orient. L'un dqs fondateurs de 
la célèbre loge de la Candeur ^ et successive- 
ment son aumônier et son maître des Gvîrémo- 
nies, ilfit, dans l'assemblée du i5 mjii i777> 
le récit de^ persécutions ej^ercées à Naples con- 
tre les francs -maçons, et des succès obtenus 
par la reine Caroline et le prince Alhqrt de 
Saxe, à qui l'on doit la fin de si cruelles pros- 
cdpuonsu^lQ^ns le. banquet qui suivit la >e<iue 



20 BIQGRÂPHIE. 

d'adoption de cette loge, il composa les cou^ 
plets que chantèrent le comte et la comtesse de 
Béthizy, analogues à la réception de la comtesse 
de Rochechouarty et qui ont pour titre : Dia- 
logue entre un maçon et un prosélyte. Il eut 
rhonneur^ à la séance du i5 mai 1779, de 
conduire, avec la comtesse de Folignac, la sé- 
rénissime grande maîtresse madame la duchesse 
de Bourbon dans la salle de préfiaration , et en- 
suite de l'introduire lorsqu'elle se présenta pour 
être reçue maçonne parfaite. Le frère Bacon de 
la Chevalerie a été grand orateur du Grand 
Orient de France. 

BÂILLEUL (Antoine), ancien imprimeur 
du Journal du Commerce et du Constitutionnel ^ 
est né à Bordeaux en Caux, près du Havre. 
Officier honoraire du Grand Orient de France, 
M. Bailleul a prononcé, soit comme vénérable 
de loge, soit comme président de chapitre, 
^oit enfin comme orateur, différents discours 
qui ont été imprimés. Il a traduit de l'alle- 
mand, et imprimé un ouvrage curieux inti- 
tulé Crata repoa^ ou Initiation aiix anciens 
mystères des prêtres de r Egypte, Paris , in-8** 
de ii4 pages, 1821. 

BAHRDT(Charle8.Frédéric), célèbre théo- 



BIOGRAPHIE. 2t 

k^ien protestant >. naquit dans la Haute-Saxe 
le i5 août 1741 ; y mourut en 1792- Ses ou- 
vrages , d'une philosophie supépîeure^ lui ont 
attiré mille chagrins, des perséeutions de totite 
espèce et une détention: de deux années dans la 
forteresse de Magdçbouirg, dont le roi de Prusse 
abrégea cependant la durée'..*Sb/ï £!smi dogàiar- 
tique biblique y son F'œUf du* Patriote miœtj ses 
nouvelles Révolutions ^ sa traduction du iVbu- 
veau- Testament y mn É dit de Religion <, «t sa 
brochure de VUnion Allemande , le tirent clas-^ 
ser par ses adversaires au nombre des athées; 
il est cependant connut qu'il possédait le 
déisme pur.. On ne lui pardonnait pas de nier 
les miracles; Bahrdt a écrit dans sa prison 
l'histoire de sa vie et de ses ouvrages. 11 s'était 
fait recevoir franc-maçon en Angleterre, et 
prétendait que c'était une société secrète de ce 
genre que Jésus^Christ avait voulu établir. 

BARON (l'abbé Olivier-Julien), prieur de 
la Croix de Corneillié, grand écossais, second 
surveillant, et l'un des fondateurs, avec le baron 
de WaUerstorflF(^'o^. ce nom), de la loge de 
la Réunion des étrangers^ orient de Paris, fut 
un des membres les plus instruits, les plus 
zélés de l'atelier. Le procès- verbal imprimé de 
la séance d'installation de la loge, présente ce 



% 



22 BIOGRAPHIE. 

passage Remarquable du, discours du frère slbbé 
Baron, remplissant d'office les foiUJrfons de pre^ 
mter surveillant ; « Le projet sublime des fon- 
ce dateurs de notre ordre fut de ne plus voir un 
u jour) dàûs les habitants des deux hémisphjè-^ 
i< res, qtiô les membres^ séparés d'un même 
w c6l:ps, d*uhe mèm^ famille; de les rappro- 
w cher et de les unir par les liens de la frafer- 
rf nité. Si ces principes naturels eussent été 
w gmvés dans tous les coeurs, on n'eût pis vu 
t( quinze millions d^ommes nouveaux dispa- 
<f raître de dessus le sol américain peu après 
(f la découverte da Nôti^teau-Monde ; la France 
a n'eût pas vu, pendant quarante années de 
te guerre civile , ses entrailles déchirées par les 
ce mains de ses propres enfants!... » Il est mal- 
heureux que les idibbés Lefranc, Barruel , 
Proyard-, et messieurs les Côngréganîstes du 
Médiateur et dé V Éclair ^ n'aient pas connu ce 
fragment ni celui du discours de l'abbé Denis 
(vojr. ce nom), qui datent de 1784; ils auraient 
décidé ab irato que leurs confrères étaient des 
révolutionnaires. 

BAZOT ( Etienne- François ) , littérateur, 
secrétaire général de la société générale de la 
ci-devant société royale académique des scien- 
ces , membre de l'athénée des arts , de Tan- 



BIOGRAPHIE. 25 

cienne société gralh^laticàle9 de racâdétnie de 
Mâcqn, etc., est né à Châteaii-Chinon (Nièvre) 
le i5 diars 178:2. II a suivi quelque temps la 
carrière administrative comme sous-chef de bu- 
reau^ et a été directeur de la Biographie nou- 
i^lle des Contentporains , par MM- A. V. Ar- 
nault, A^ Jay, de Jouy, de Noihrifti, etc., 
ouvrage en 20 volumes în-8^, où il a fourni 
beaucoup d'articles. Il a publié deux volumes 
de Contes pour rinstru'ction et Tamusement de 
la jeunesse; Contes et autres Poésies ; Éloge 
historique de r abbé de PÉpée^ fondateur de 
l'institution des sourds^muets. Comme membre 
de l'association maçonnique, où il a été admis 
en itJoS , Manuel du FYanC'Maçon; Morale de 
la Franc ^ Maçonnerie y etc.; Tuileur- Expert 
des ^"i degrés , avec notes et discours , i volume 
in-i3, servant de complément au Manuel du 
Franc^Maçon. Il a été vénérable et très-sage, 
pendant trois années consécutives, de la loge 
et du chapitre de la Bonnes-Union , de Paris, • 
el, pendant le même nombre d'années, prési- 
dent de la société de prévoyance de cette loge. 
Nommé officier du Grand OHcnt de France 
en 18:26, ce frère fut reçu en ïSay grand 
inspecteur général, 33' degré, au grand con- 
sistoire, et élu en 1828 en qualité de mem- 
bre du grand collège des rîtes. M; Bazot est 



24 KIOGKAPHIE. 

fondateur et conseil à vie d'une société de pré- 
voyance établie en 1817. Il s'est toujours fait 
remarquer par un grand attachement atix. bons 
principes maçonniques^ 

BARSE ( l'abbé Biaise ) , maître , membre de 
la loge de la Réunion des Étrangers , orient de 
Paris. ( P^oj, Walterstoeff, Baron ^ Dewis.) 

BEGUILLET (Édme), avocat, ancien no- 
taire à Dijon , correspondant de l'académie des 
inscriptions et belles-lettres de Paris, mourut 
dans cette ville en 1786. Il a publié plusieurs 
ouvrages intéressants sur l'agriculture, l'éco- 
nomie domestique, etc., entre autres : Traité 
général des Subsistances et des Grains qui ser- 
vent à la Nourriture de V Homme , 6 vol. in-S**, 
1782; Histoire des Guerres des deux Bourgo- 
gnes y sous les règnes de Louis XIII et de 
Louis XIV y 1772, 2 vol. in-12; Précis de^ 
P Histoire de Bourgogne y in-8**; Considérations 
générales sur l'Éducation y 1782, in-S**; avec 
Poncelin, Histoire de Paris et de ^s Monu- 
ments y 1780, 3 vol. in -8*; avec l'abbé Courte- 
Épée , Description générale de la Bourgogne , 
6 vol. in-8**. Beguillet fut un zélé maçon. Grand 
écossais d'Hérodom, il fonda, avec le baron 
, dç WaUerstorff ( twj. ce nom ) , la loge de la 



BIOGBAPHIË. 25 

Réunion des Étrangers. Lors de rinstallation 
de cette loge par le Grand Orient, en 1784^ il 
prononça un discours qui a été imprimé. La 
loge des PhUalètes {voy. Sa Valette de Langes 
et Court de Gebeun) le convoqua au couvent 
philosophique de lySS et 1787. 

BERCY (le marquis de ), càpitaihe de cava- 
lerie j était orateur de la loge de la Candeur en 
1779. Cette même année, cette illustre loge 
admit à l'initiation maçonnique les néophytes 
comtesses d'Ambrugeac, de Fraslin et de La 
Fare. Le marquis de âercy soutint avec autant 
de dignité que de talent l'honneur du poste 
qu'il occupait , et l'on accorda les plus justes 
élevés aux discours qu'il adressa à la sérénis- 
sime grande maîtresse , duchesse de Bourbon , 
et aux illustres initiées, 

BERNADOTTE (Jean-Baptiste Jules )> roi 
deSuède et de Norwége, sous le nom de Chables- 
Jean, est né àPau^ le 26 janvier 1764. L'un 
des plus illustres généraux de notre ancienne 
armée; il devint roi par le choix d'un peuple 
qui avait su apprécier ses talents et ses qualités 
guerrières; et aussi par la volonté de celui qui 
alors distribuait des couronnes. Il eut le mal** 
heur, en i8i3eti8iô, de faire partie delà coa-^ 



26 BIOGRAPHIE. 

lkk>a eiiropéeone contre là France. Franc- 
; maçon avant de parvenir au pouvoir suprénSe, 
: il aime les francs-maçons et protège une insti- 
tution ^ue chérissait son auguste prédécesseur 
' ( vof. Charles XIII ). Son fiU, le prince Oscar, 
est grand maître des loges suédoises. 

BERQUIN (Arnaud), UtiérateuV^ naquit à 
Bordeaux {tj^oj-. i 749) y et mourut à Paris le 3 1 
décembre lygi. Il e^t coimu pat ses ouvrages 
^ pour l'instruction et l'amusement de la jeunesse, 
qu'il avait traduits ou imités de l^allemand, de 
Weisse, mort en 1806. Berquin, par ses histo- 
riettes simples et dramatiques, toutes respirant 
une morale douce et pure, a mérité le titre 
A^ A m des Enfants. Il élait membre de là loge 
des Neuf Sœurs. 

BERTOLIO ou BERTHOLIO < l'abbé An- 
toîne-René-Constance ) , avocat au parlement 
de Paris, fut un des premiers de l'ordre ecclé- 
siastique qui , à l'époque de la révolution, ma- 
nifestèrent des sentiments patriotiques. Orateur 
d'une députation des détecteurs de Paris, en 
1789, il présenta aux états-généraux un rameau 
d'olivier, et rendit compte des efforts que les 
électeurs avaient fait pour pacifier les premiers 
mouvements insurrectionnels avant l'événement 



BIOGRAPHIE. :ij 

du 1 4 juillet. En 1790, ilfitTëloge des élec^ 
teurs de Tannée précédente , et publia un ' 
ultimatum adressé à l'évâque de Nancy ^ dont 
il combatiait les doctrines religieuses. L'abbé 
Bert6lio était patriote et non révolutionnaire; 
il recula devant les désordres du temps ^ et ne 
reparut qu'en Tan vu de la république , pour 
remplir à Rome lés fonctions de commissaire 
du directoire exécutif. Âpres la révolotion 
du 18 brlunaire an viir (1799)9 il fut nommé 
par le nouveau gouvernement grand juge à la « 
Guadeloupe» où il se rendit vers la fin de 180a. 
De retour quel([ues années a|irésv il devîht juge 
en la cour d'appel d'Amiens; il mourut le ^ jui^ 
i8t2. L'abbé Bertolio, franc-maçon depuis loti^ 
giies années^ fut nommé en 1776 substitut du 
marquis de La Rochefoucauld - Bayes , grand 
maître dans le rite philosophique en 1778; il 
était membre du Grand Orient de France , en 
qualité de député de la Ic^e dd Saint* Jean 
d'Ecosse du Contrat Social, orient de Paris. ' 

BESUqpETCJean^Claude), médecin, né à 
Boulogne près Paris, le i5 ckîiobre 1790. Chi- 
rurgien militaire depuis 1806 jusqu'en 1816, il 
parvint au grade de chrrurgien-majer de cava- 
lerie, fit toutes les campagnes actives de celte 
époque, fut deux fois porté sur les étals de 



a8 BIOGRAPHIE. 

promotion pour la croix de la Légion -d'Hon- 
neur, et reçut deux blessures, dont la dernière, 
en Espagne, 1q força de quitter le service actif et 
dé rentrer en France. Depuis son retour dans 
ses foyers il exerça la médecine, et a publié plu- 
sieurs ouvrages et mémoires, entre autres, un 
Traité de la Sjphilis , qui a été traduit en es-^ 
pagnol, et uoc Médecine domestique. Il est un 
des collaborateurs de V Encyclopédie moderne , 
grand ouvragç en 24 v<>l-V^ntM. Courlin est 
éditeur. M. Besuchet a été reçu maçon à Per- 
pignan ,^ lorsqu'il était chargé en chef du ser- 
vice chirurgical de l'hôpital militaire de cette 
place. Successivem^ent orateur et président du 
chapitre des Sept Ecossais réunis , vallée de 
Paris, l'un des fondateurs, puis grand^mailre 
du conseil des chevaliers Kadosch , formé dans 
ce chapitre. Il est devenu officier du Grand 
Orient en iSaS, puis membre du grand collège 
des rites dn Grand Orient, vénérable de la loge 
des Arts et de V Amitié* Président du comité 
des finances, et l'un des commissaires rédac- 
teurs des statuts généraux de 16:^6. Jl. est peu 
d'affaires fSn de discussions importante^ en ma^ 
çonnerie, depuis 1825 jusqu'à ce jour, aux- 
quelles il n'ait pris une part plus ou moin& ac- 
tive; plusieurs de ses rapports sur les finances 
et l^dministration de l'ordre sont imprimés. 



BIOGRAPHIE. 29 

BEURN0NVILLE(Pierre.Riel,marqui8de), 
maréchal et pair de France , naquit à Champi- 
gnole en Bourgogne , le 10 mai ij52. Il partit 
avec M. de SuflFren pour l'Inde, et devint ma- 
jor À l'île Bourbon * De retour en France, 8on 
ancien grade, son expérience et ses talents, le 
firent élever rapidement au commencement de 
la révolution au grade de général de division , 
et c'est en cette qualité qu'il suivit Dumouriez à 
l'armée. Il ne fut pas heureux contre les Autri- 
chiens. Nompaé ministre de la guerre en lygS, 
il fut ensuite envoyé avec plusieurs convention- 
nels en qualité de commissaire à l'armée de 
Dumouriez; celui-ci, qui s'était mis dans le cas 
de craindre les investigations, fit arrêter les 
comimissaires , qui furent ensuite enfermés à la 
citadelle d'Olmutz, En novembre 1795, Beur- 
nonville fut échangé contre Madame, fille de' 
Louis XVI. A son retour, il devint successive- 
ment commandant des armées dé Sambre-et- 
Meuse et de la Holland^e, inspecteur des armées 
sous le consulat, ambassadeur à Berlin et à 
Madrid sous l'empire, enfin comte, grand ofii« 
cier 4e la Légion-d'Honneur, etc* En i8i4> il 
vota l'établissement d'un gouvernement provi- 
soire et le rappel des Bourbons. Il dut au roi 
les titres de ministre d'Etat, de pair et de maré- 
chal , de marquis , la grande croix de la Légion- 



■^ 



5o BIOGRAPHIE. \^ 

d'Honneur et celle de commandeur de Tordre 
deSaiat*-IiOuif. Le maréchal Beumonville avait 
pratiqué la maçonnerie en différents pays. Il 
aimait cette institution et en, connaissait l'in- 
fluence sur Tordre social, lia chute du gouver^ 
Bernent impérial ayant privé l'association dé ses 
puissants protecteurs ^ le maréchal demanda 
directement au roi un aug^te protecteur pour 
Tordre. Louis XVIII répondit sans hésiter^ 
M (qu'il ne souffrirait jamais qu'un membre de 
« sa famille se plaçât à la tête d^ine association 
ic secrète quelconque.^^Sire^ répliqua le mare- 
a chai 9 s'il plaisait à votre majesté de m'autori- 
c( ser à diriger Tactive bienfaisance des maçons > 
tf je lui répondrais du dévouement de la société 
(c à votre auguste dynastie . — Soi t , j 'y consens , 
i4 répondit le roi. ^y Le maréchal Beurnonville, 
ayant pris cet engagement^ chercha des garan- 
ties' dans Tordre même. Il ne voulut pas éten- 
dre sa surveillance au-delà du Grand Orient , 
qui, étantàsesyeuxTautorité légale de Tordre, 
devait lui f répondre de toutes les associations 
maçouniques, et concourir de cette manière à 
Texécutiori de sa promesse. Ce corps, pour jus- 
tifier la confiance du premier de ses chefs, se 
tint en garde eontre toutes les innovations 
mystérieuses, ipôme celles qui se disaient ap-* 
; parlenir à Tordre. On a appelé cela de la tyran- 



BIOGRAPHIE. 5l 

nie, de la persécution; ceux qui s'exprimaient 
ainsi, avaient et- ont peut-être encore leurs 
raisons pour cela. Le Grand Orient^ d^ns sa 
haute sagjesse, n^oubliera pas les engagemenis 
que prit son. illustre- grand maître adjoint. Sur 
le principe d'unité de doctrines et de pouvoirs 
repose noar^cùleinefït la paix, mais encore 
rexistênce de l'ordre* Le maréchal Bçurnon^ 
ville , nous pouvons le dire à sa gloire, est, de 
tous le$ chefs d^ l'ordre, celui qui s'est le plus 
constamment occupé des dogmes^, de l'admi- 
nistration ^t du personnel. « INe reeôvez jamais 
« dans Tordre, disait-il^ <|ue celui qui peut 
« vous donner la main et non vous là ten- 
(( dre^» Met dont la profondeur égale la sagesse. 
Cet illustre frèi^ mourut au mois d'avril 1821. 
Le Grand Orient honora s^ mémoire par une 
pompe funèbre spéciale; le procès^ verbal eti a 
été imprimé et envoyé à toutc^ les loges. ( P^qjr. 

MlonONALD. ) 

BEYJSRLÉ (N* de), conseiller au parlement 
de Nancy^ membre du directoire préfectoral de 
Lorraine, commandeur de l'ordre ou rite de la 
stricte observance, sdus le caractéristique de 
Ècmes à Flore 9 est auteur de l'ouvrage intitulé : 
de Cojwentu gene^ali latamonim apud aquas , 
Vilhelmmiks jxrçpkhoMamam oraOîOf in-^% «ttns 



52 BIOGRAPHIE. ' 

date; il se livre à l'exameEi critique des opéra* 
lions du couvent tenu en 1782 à Wilbelmsbad, 
ouvrage qu^un anonyme attribue au frère Ë. A. 
Flore , ne sachant pas sans doute que tous les 
maçons. de la stricte observance recevaient une 
qualification cbevâleresque lors de leur admis- 
sion. Il est auss^ auteur des Essais sur la FranC'- 
Maçonnerie on du But essentiel et fondamental 
de la JF^aric^Maçonnerie, etc., 2 vol* in-S**; ou- 
vrage auquel, sur sa demande, souscrivit, en 
1785, la mère loge du rite écossais pbilosophi* 
que; enfin de la traduction du second volume 
de Touvrage allemand db. M. JVicolaî, sur les 
templiers. Membre du conseil des' Philalètes , 
il fut un des fi ères de ce régime qui provoquè- 
rent les couvents de 1786 et 1787 (voj. Sa- 
VALETTE DE fjAMGEs). Il était, cu l'abscncc du 
marquis ChefHebien, secrétaire du couvent 
lors de la correspondance établie entre la loge 
des j^ mis réunis, orient de Paris , et la mère 
loge égyptienne de la Sagesse triomphante, 
orient de Lyon, au sujetde Cagliostro. {Voj. 
l'ouvragd de M. Thory , ActalaXamorum , vol. 2, 
page 1 12.) 

BOISSI ( Louis^Laus de ) , ci-devant écuyer 
et lieutenant du siège général de la connétablie 
et maréchaussée de France à la ubte de mar- 



BIOGRAPHIE. 55 

bre du palais , rapporteur du point d'honneur 
au département de Choisy-le-Roi , naquit à 
Paris en 1 747 , et mourut il y a quelques années. 
Il était membre de la loge des JYeuf Sœurs. 
Boissi a publié un grand nombre d'ouvrages, 
mémoires, comédies , vers, etc., entre autres, 
les Mémoires de mademoiselle de Montpensiefr , 
corrigés et mis en ordre, 4 voL in-i:a, 1806, 
et Histoire des Amours de Louis Xlp^y 5 vol. 
ia-i2, i8i4« Ces deux ouvrages sont curieux. 

BLANC ( Antoine ) , dit le Blanc de Gdqxet, 
homme de lettres, naquit à Marseille le 2 mars 
1750, etmourut à Paris le n juillet 1799. ^^ ^^^^^ 
membre de la loge des Neuf Sœur s. Blanc, ancien 
oratorien, a publié Manco-^pacy tragédie, 
jouée en 1765; les Druides ^ tragédie , jouée 
en 1773; Lucrèce p traduction en vers, 2 vol. 
in-8% 1 788-1 791 , remarquable par le discours 
préliminaire et les notes; Tarquin ou la Ilojrauté 
abolie, tragédie , jouée en 1794- Planc appar- 
tenait à la société des Économistes , et était 
l'auteur de la plupart des couplets chantés dans 
les banquets de cette société; il a professé jus- 
qu'à sa mort les langues anciennes dans une 
des écoles centrales de Paris. 

BONAPARTE (Napoléon ), (voj. Napoléon.) 
II. 3 



54 BIOGRAPHIE. 

• BONAPARTE (Joseph), (voj. Napoléon - 

JOSEP^H. ) 

BONAPARTE (Madame), (vof. Joséphine.) 

BONDY (le comte Taillepied de), né à Pa- 
ris en 1766, d'une famille distinguée dans la 
finance y se disposait à suivre la même carrière 
lorsque la révolution éclata. Il fut nommé en 
1792 directeur delà manufacture des assignats ; 
mais il donna sa démission de cet emploi après 
les événements du 10 août de la même année. 
Jusqu'en i8o5, il resta inaperçu, et ne sortit du 
calme de la vie privée que sur les instances de 
son jeune et illustre ami, Eugène-Napoléon, qui 
le présenta à Tempereur, et obtint qu'il serait 
V attaché à la personne de sa majesté en qualité de 

chambellan. Maître des requêtes en 1809, puis 
comte de Tempire, M. de Bondy fut un des 
officiers de la maison impériale qui allèrent 
au devant de l'archiduchesse Marie * Louise ^ 
lorsque cette princesse vint en France épouser 
le plus puissant et le plus célèbre des potentats. 
Il joignit la princesse à Carlsruhe , et dirigea 
toutes les fêtes qui lui furent données sur la 
route. Nommé préfet du Rhône en 1810, M. de 
Bondy a laissé , par sa bonne administration , 
des souvenirs qui ne s'effaceront jamais; il sut^ 



BIOGRAPHIE. 55 

particulièrement ea 1812, préserver la ville de 
Lyon et le département tout entier de la disette 
qui $e faisait sentir dans le reste de la France. 
En 181 4 9 il organisa les moyens de résistance 
qui retardèrent de plus de deux mois la prise de . 
Lyon par les troupes étrangères. Les plus au- 
gustes suffrages le récompensèrent de ses pa«- 
triotiqùes efforts. Monsieur^ lieutenant général 
du royaume (aujourd'hui S. M. Charles X) , 
lui ordonna de reprendre la haute administra-^ 
tion du département du Rhône; cependant il 
fut rappelé quelque temps après , et reçut le 
titre de commandeur de la Lëgion^-d'Honneur. 
Pendant Les cent jours y en iQi^, Napoléon le 
nomma préfet du département de la Seine , et 
le département du Rhône le nomma membre 
de la chambre des représentants. Par suite de 
la seconde restauration ^ le roi Louis XVIII lui 
confia la préfecture de la Moselle; mais la réac*- 
tion royaliste arracha le bienfait des mains du 
monarque , et quatorze jours après , cette no- 
mination fut révoquée. Dans le procès du ma- 
réchal Ney, en décembre 181 5, il fut l'un des 
témoins à décharge. Le département de l'Indre 
nomma M. de Bomly membre de la chambre 
des députés en 1816, en 1818, enfin en 1831. 
Sa place fut toujours au côté gauche de la 
chambre ; ce digne magistrat fut aussi un bon 



36 BIOGRAPHIE. 

maçon. Il était, en 1789, membre du Grand 
Orient comme député de la loge de la Parfaite 
Union ^ orient de Montpellier, et en 1806, 
membre de la loge des Neuf Sœurs. 

BONNEVILLE (Nicolas de), historien et lit- 
térateur, né à Évreux le i5 mars 1760, a pris 
une part modérée à la révolution; il fut arrêté 
en 1795 comme aristocrate ^ et comme journa- 
liste royaliste, sous le gouvernement consulaire. 
De ses nombreux ouvrages, nous ne citerons 
que ceux qui ont des rapports avec notre asso- 
ciation : I* Les Jésuites chassés de la maçonne^ 
rie y et leurs poignards brisés par les maçons. 
La première partie est intitulée : la Maçonnerie 
écossaise comparée avec les trois professions ^ et 
le secret des templiers du i& siècle ^ in-8", orient 
de Londres, 1788; la deuxième partie; égale- 
ment in-8% même orient et même date , porte 
pour titre : des quatre Vœux de la Compagnie 
de Jésus ou de saint Ignace , et des quatre 
Grades de la Maçonnerie de saint Jean. Cette 
seconde partie a des exemplaires où le premier 
^titre ; Les Jésuites chassés ^ etc. , est remplacé 
par un carton portant ces|Jjfiots : Les Jésuites 
retrouvés dans les ténèbres y essais historiques ^ 
orient de Londres, 1788. 

Voici la dédicace de l'ouvrage , placée en tête 



mOGRÂPHlE. 57 

de la premièrerpartie ; w A la très-chère et très- 
« respeci$hle\oQe delsL Réunion des Étrangers, 
« orient de Paris. Cette histoire générale et corn- 
« plète du triomphe de la maçonnerie^ est très* 
u fraternellement dédiée par M. de Bonneville , 
« orient de Londres , 1788. » 

Le livre de cet auteur tend à prouver que la 
piaçonnerie aurait des supérieurs inconnus dans 
l'ordre des jésuites, qu'il accuse, d'après le 
capitaine Georges Smith, auteur d'une histoire 
de Forigine et de V antiquité de la maçonnerie , 
d'avoir introduit dans les grades symboliques 
de la maçonnerie , l'histoire de la vie et de la 
mort des templiers , et la vengeance de ce crime 
à la fois politique et religieux ; et de nous avoir 
imposé, dans quatre de nos grades , les quatre 
vœux de leur congrégation. Certes, M. de Bon- 
neville est étrangemeiit dans Terreur : les jé- 
suites se sont toujours fort peu intéressés à la 
mémoire des templiers, et l'on sait que dans 
leurs réunions secrètes, ils s'occupent de bien 
autre chose que d'une commémoration insigni^ 
fiante. Les jésuites ont pu se couvrir du man- 
teau de notre ordre, et c'est un fait; mais leur 
maçonnerie est loin d'avoir le moindre rapport 
avec la nôtre. L'ouvrage de M. de Bonneville 
renferme des recherches, et donne des expli- 
cations qui ne sont pas sans intérêt; 'mais, on 



38 BIOGRAPHIE.' 

voit que l'auteur, pour atteindre son but, s'est 
mis à là torture, et que dans cet ouvrage pres- 
que tout y sent le malaise, la gêne, l-interpré- 
tatiou forcée; le lecteur se dit à chaque instant i 
cela peut être ingénieux, mais cela n'en est pas 
plus vrai. -M. de Bonneville a fait la tradiïction 
de l'ouvrage posthume de Thomas Payne, in- 
titulé : de C Origine de la F^anc-Maçonnerie ^ 
în-8% Paris, 5i p. 

BOUILLY (Jean-Nicolas), homme de lettres, 
né à Tours en 1763, d'une famille de magistrats, 
fit de bonnes études, et fut reçu avocat au par- 
lement de Paris. Il traversa la révolutiott en 
homme sage et éclairé, et exerça plusieurs 
fonctions importantes, entre autres, celles qi^i 
tendaient à réorganiser l'instruction publique 
après le règne de la terreur. Préférant la car- 
rière des lettres, il débuta, comme auteur dra- 
matique, par la pièce lyrique de Pierre le 
Grand, musique de Grétry. Bientôt VÀbbé de 
rÉpée, drame en cinq actes, en prose, joué 
sur le Théâtre-Français, fut un beau tric/mphe 
et une bonne action , car il acheva de popula- 
riser le nom de cet immortel bienfaiteôt de 
l'humanité. On accueillit avec faveur les Jéiiéb 
Floraux à l'Académie de Musique , et à l'Opéra 
comique , une foule de drames intéressants ; 



BJOGRÂPHiË. 39 

Léonore ou l^ Amour conjugal y les Deux Jour^ 
neeSf la Famille américaine^ Zoé^ Héléna^ 
Françoise de Foix^ une FoUe^ V Intrigue aux 
fenêtres j Valentine de Milan ^ etc. Le théâtre 
(lu Vaudeville s'eqrichit aussi de ses produc* 
tiens. Entre autres : Haine aux femmes ^ Fan- 
chon la Vielleuse ^ Agnès Sorelj Florian^ 2V- 
mersy Bercjuin^ le Petit Courrier^ la Belle aux 
bois dormant , la Vieillesse de Piron , etc. 
Comme contçur moraliste y il a obtenu les plus 
grands succès. Les Contes à ma fille , les Con-- 
seils à la tnême^ les Jeunes Femmes ^ les Mères 
de famille , les Encouragements de la jeunesse , 
lui ont<4^alu Thonneur d^être choisi pour le con*^ 
leur des enfants de France. L'ordre maçonnic(ue 
ne pouvait manquer de voir parmi ses membres 
cet honorable littérateur. Il a été vénérable de 
la loge des Frères Artistes y et est aujourd'hui 
(1828) officier du Grand Orient^ grand ora- 
teur de la chambre symbolique. Des opuscules 
en prose et en vers sur notre belle institution, 
constatent le talent flexible et heureux de cet 
illustre frère. 

BOURBON (S. A. S. Louis de), comte de 
Clermont, prince du sang, quatrième* grand 
maître de l'ordre franc-maçonnique en France; 
il fut élu à cette dignité le 1 1 décembre 174^* 



4o BIOGRAPHIE. 

C'est SOUS le protectorat de S. A. S. que la 
Grande Loge^ qui avait jusqu'alors porté le 
titre de Grande Loge anglaise de France ^ prit 
en 1766 le titre de Grande Loge de France. Les 
commencements de la grande maîtrise du comte 
de Clermont furent brillants^ et la maçonnerie 
acquit une importance remarquable. Les enne- 
lïiis de notre ordre s'en effrayèrent et firent des 
efforts inouïs pour attiédir le zèle du grand 
maître; ils* y réussirent au-delà içème de leurs 
Tœux. Le comte de Clermont négligea nos tra- 
vaux, et se fit représenter par M. Baure, ban- 
quier. A son exemple , les premiers seigneurs 
de la cour, qui remplissaient des digniiés ma- 
çonniques sous le prince , se choisirent aussi des 
substituts. M. Baure, homme de finances, ne 
s'occupa point de l'administration de la Grande 
LogCj et cessa d'en réunir les membres» Les 
pouvoirs subalternes tendent toujours à s'éten- 
dre et à s'affranchir; l'insouciance des chefs ou 
l'anarchie sert merveilleusement cette ambi- 
tion , et l'on vit avec autant de douleur que de 
mécontentement de simples maîtres de loges se 
permettre de créer et constituer d'autres maîtres 
de loges, droit qui n'appartenait qu'à la Grande 
Loge de France. La maçonnerie se fit partout , 
chez les traiteurs, et jusque dans les cabarets. 
L^ chevalier Bea\ichaine, entre autres, avait> 



BIOGRAPHIE. 4< 

diîron, élu son domicile dans un cabaret de la 
rue Saint-Victor, et là il y donnait les trois 
grades à vil prix. Ces nouveaux maçons étaient, 
comme on peut croire , dignes de ceux qui les 
constituaient. Des représentations furent faites 
au prince par des membres de la Grande Loge, 
mais le prince, loin d'y avoir égard, nomma 
pour son substitut le nommé Lacorne , maître 
de danse; et Ton vit cet étrange ambitieux, chef, 
pendant quelque temps, de la Grande Loge de 

France {Voir dans Fhistoire, aux années 

1743 , 1744 ®t suivantes. ) Le comte de Cler- 
mout mourut en 1771. 

BOURBON (S. A. S. madame la duchesse de), 
grande maîtresse de Tordre des franc -maçon- 
nes d'adoption en Fraûce, présida en 1777, à la 
tète de toute la noblesse de la cour, frères et 
sœurs, la loge d'adoption de la Candeur^ où 
fut initiée la comtesse de Rochechouart. Dans 
la loge d'adoption de l'année 1779, il fut ques- 
tion d'admettre au grade de maçonne parfaite 
une soeur qui en avait été jugée digne par ses 
hautes vertus et son zèle remarquable pour l'art 
royal. La sérénissime grande maîtresse ne possé- 
dait pas ce grade , et la loge entière voulait le 
lui conférer Sans retard et sans déplacement. 
L'illustre grande maîtresse refusa cette faveur. 



42 BIOGRAPHIE. 

(f Je me crois obligée , dit S* A. S.^ de donner 
(c aux maçons et maçonnes l'exempk de la ré- 
a gularité^ et de ne prendre connaissance^ du 
<f grade de maçonne parfaite qu'après en avoir 
ce moi-même subi les épreuves comme une sim- 
i( pie maîtresse. » En effet, S. A. S., accompa- 
gnée de la sœur comtesse de Polignac, subit 
toutes les épreuves du grade. Tous les mystères 
de ce grade lui ayant été dévoilés', elle déposa 
son obligation dans les mains du vénérable, et 
reçut Vanneau qui resserrait le lien qui existait 
déjà entre Tauguste soeur et Tordre maçonnique, 
et qui mettait le comble à la gloire de la loge de 
la Candeur, Dans cette célèbre séance , madame 
la duchesse de Bourbon prêta une nouvelle 
obligation en qualité de grande maîtresse ina^ 
movible de la loge de là Candeur y à laquelle 
elle fit don de son portrait. Des circonstances 
politiques firent cesser ces grandes et solennelles 
réunions dès l'année 1780. 

BOURDOIS DE LA MOTTE ( N. ) , médecin 
qui €ut de là réputation en Bourgogne. Il était 
docteur en médecine , conseiller du roi , et , 
comme franc-maçon, vénérable, en 1777, de 
la loge de Y Aigle de saint Jean ^ ori^ent de Joi- 
gny. Son fils, qui vît encore, fut successivement 
médecin de monsieur le comte d'Artois , aujour- 



BIOGRAPHIE. 4^ 

d'hui Charles X, médecin de madame Victoire, 
tante d6 Louis XYI, médecin de l'aile droite 
de l'armée d'Italie, médecin des épidémies du 
département de la Seine , médecin, en i8i!i, 
du roi de Rome^ etc. 

BOURDONNAYE (le comte de La), membre 
presque sans interruption de la chambre des 
députés depuis i8i5, était, en î8î4> vénéra*- 
ble de la loge Saint-Napoléon , qu'il avait Con- 
couru à fonder en 1810 à l'orient d'Angers. 
L'avènement de Napoléon à l'empire fit sur ce 
bon royaliste l'effet <{u'èl fit sur bien d'autres : 
il s'attacha au parti du nouveau maître de la 
France; assez d'exemplesdece genre autorisaient 
sa conduite; c'était encore d'ailleurs, comme 
une foule d'aveux l'ont vévé\é depuis, servir la 
cause monarchique, que d'empêcher que les 
places ne tombassent en de méchantes mains. 
M. de La Bourdonnaye et ses nobles compéti- 
teurs furent donc conséquents. Ce cher frère 
n'aimait pas à suivre la route commune. Voici 
un fait qu'on lui attribue , mais dont d'ailleurs 
nous ne garantissons point rauthenticité : il 
conçut le projet de former- un grade supérieur, 
un cinquième ordre du rite français, les cZtew- 
Uers de Saint-Napoléon ; tous les membres rose- 
croix devaient justifier d'un' revenu de plus de 



44 BIOGRAPHIE. 

1 5oo fr. en propriétés foncières ; au nouvel ordre 
était attaché un serment de fidélité au prince et 
à sa dynastie. Nous ne savons pas si cet ordre 
de èhevalerie a été complètement institué; mais 
on assure que la proposition en a été faite par 
son auteur dans une tenue de la loge d'An- 
gers, au local du Père de famille, et en présence 
d'une réunion de près de deux cents maçons. Le 
président de la loge où parlait M. de La Bour- 
donnaye était le colonel de l'un des quatre ré- 
giments dé la jeune garde impériale, qui ren- 
dait, par une fête brillante aux maçons d'Angers, 
la fête qu'il en avait reçue précédemment. Sa 
position politique actuelle est assez connue pour 
que nous ne jugions pas à propos d'en parler. 

BOURGUIGNON (Henri-Frédéric), fils d'un 
ancien magistrat, est né à Grenoble le 5o juin 
1785. Il suivit lui-même la carrière de k ma.- 
gistrature , et fut nommé substitut du procureur 
impérial près le tribunal de première instance 
de la Seine, en 181 1. Il sedélassait de ses graves 
occupations par de jolis vaudevilles, et, comme 
franc-maçon, il a donné plusieurs cantiques 
charmants, qui ont été recueillis dans la Lji^e 
nuiçonnique. 

BRAZIER (N.), fil8 de l'auteur d'un Traité 



BIOGRAPHIE. 4^ 

de la Langue française f publié en i8i3 , petit 
in-â% estrunde nos plus féconds vaudevillistes; 
et il est peu de pièces aux théâtres du Vaude- 
ville , des Variétés et de la Porte-Saint-Martin , 
auxquelles il n'ait contribué pour sa part. Il a 
publié le recueil de ses chansons^ et enrichi, 
en qualité de membre de la loge de la Parfaite 
Réunion , orfent de Paris , les diverses années de 
IdiL/re maçonnique de cantiques rexnavqasihles. 

BUTTURA (Antoine), poète italien, est né 
à Vérone le 27 mars 1772 , et vint en France en 
1799, par suite de l'invasion de sa patrie par 
les Austro-Ru9ses. Il a publié une traduction 
des p^énitiens, tragédie de M. Amault, et une 
imitation d'un des plus jolis contes de M. An- 
drieux. On lui doit encore la traduction de 
Ylphigenie de Racine, et de V Art poétique de Boî- 
leau. Professeur de poésie italienne à l'Athénée 
de Paris, il y a fait un cours de littérature. 
M. Buttura a concouru au rétablissement de la 
loge des NeufSceurs^ en 1806. 



c. 



CABANIS (Pierre -Jean -Joseph), célèbre 
médecin, naquit à Cosnac, département de la 



46' BIOGRAPHIE. 

Charente- Inférieure, en 1767, et mourut à 
Paris le 5 mai 1808. Il était membre de la loge 
des Neuf Sœurs , orient de Paris, k Tépoque 
de sa fondation. Cabanis cultiva comme un 
heureux délassement les muses françaises, et 
entreprît la traduction de V Iliade d'Homère ; 
ce qui fit dire à de La Dixmerie, dans son Mé- 
moire pour la loge des Neuf Sœurs ^ in-4*> 1 779, 
et La nature donna au frère Cabanis le courage 
ic de vouloir traduire X Iliade en vers, et le 
a génie propre à réaliser cette vaste entre- 
tf prise. » Mais les véritables titres de Cabanis à 
l'immortalité, c'est de s'être élevé, dans sa docte 
profession , à cette haute philosophie qui a servi 
de guide aux Bichat, aux Corvisart, auxChaus- 
sier, aux Gall, etc. Câbani$ fut l'ami de Turgot, 
Malesherbc8,Condîllac, Condorcet, Mirabeau, 
Franklin, Thomas JefFerson, etc. Au com- 
mencement dé la révolution, il fut nommé ad- 
ministrateur des hospices de Paris, etsuccessî- 
' vement membre de l'Institut, du corps législatif 
et du sénat conservateur. Il avait épousé la 
sçeur du général Grouchy, belle-sœur de Con- 
dorcet. Ses Œuvres ont été publiées après sa 
mort, en 4 vol. in-S"*. 

CADET - GASSICOURT ( Charles-^ Louis) , 
avocat avant 1799, et depms pharmacien d« 



BIOGRAPHIE. 47 

Tempereur, chevalier de la Légionnl'Honneury 
naquit à Paris le 25 janvier 1769, et mourut 
dans la même ville le ai novembre 1821. Il 
était fiU de Cadet, pharmacien, membre de 
Tacadëmie des sciences. Jeune encore, et atteint 
par la {HX>8cription à cause de ses principes po- 
litiques, M. Cadet-Gassicourt rêva que les socié- 
tés mystérieuses, les illuminés, les templiers et les 
francs-maçons , étaient des sociétés effroyables, 
qui bouleversaientl'Europe et surtout laErance. 
Il écrivit, dans le délire de ses rêveries, la plus 
étrange brochure que pût enfanter un cerveau 
malade (/(0 Tombeau de Jacques Molajr); car il 
n'y avait point d'illuminés en France, point de 
templiers; quant aux francs-maçons, ils étaient 
réduits à se cacher. Ceux qui se cachent ne 
proscrivent guère; les frères Tassin et Roucher, 
entre autres, l'ont prouvé en portant leur tête 
sur Téchafaud à l'époque de la terreur. La 
brochure de M. Cadet-Ga^sicourt n'en fut pas 
moins lancée dans le public , et réimprimée plu**- 
sieurs fois; les abbés Barruel et Proyart ne la 
laissèrent pas échapper, et ils la citèrent avec 
délices. L'horizon politique s'éclaircit ;^ M. Ca- 
det-Gassicourt revint à lui; le bon sens l'éclaira 
et lui ejileva pour jamais le cauchemar qui 
l'avait si fortement oppressé ; il ne laissa plus 
réimprimer sa brochure, et fit lui - même 



48 BIOGRAPHIE. 

amende honorable à notre institulion ^ en $oUi^ 
citant la faveur d'en devenir membre ; il se fit 
initier, et devint, en i8o5, vénérable de la loge 
de V Abeille y orient de Paris; c'est ce que le' 
jésuite Froyart se garde bien de révéler dans 
les réimpressions de son libelle contre nous^ 
sous le titre de Louis' XVI détrôné avant d! être 
roi. M. Cadet-Gassicourt a dit quelques bonnes 
vérités dans un ouvrage qui d'ailleurs est plein 
d'erreurs; nous extrairons le passage suivant de 
sa brochure. {Tombeau de Jacques Molajy 
pages 1X2 et 117.) (c Ceux que l'étude a con- 
c( vaincus de la puissance et de la perfidie des 
fr jésuites (ceci est écrit en l'an v de larépu- 
cf blique), applaudissent à leur destruction; 
ir ils ignorent que la bulle de Ganganelli n'a 
« supprimé que leur habit, leur grand cha- 
« peau ; mais leur doctrine , leurs liaisons sub- 
tf sistent; il y a des jésuites partout, dans les 
tr conseils et près du directoire, dans les tri- 
if bunaux, dans les administrations, à la tète 
« des armées; il y en a dans le parlement d' An- 
ce gleterre, au Vatican, à l'Escurial Les 

m gouvernements les reconnaîtront un jour 

ce peut-être trop tard !..... » Qu'en pensez-vous^ 
nos chers contemporains de 1828 ? 

CAILHAYA ( Jean-François, homme de let- 



BIOGRAPHIE. 49 

très, naquit à Toulouse le 28 avril lySi , et 
mourut âr Paris le 2:^ juin i8i3. lia donné plu- 
sieurs comédies, et a publié d'utiles o^^eri^a^ib/z^ 
ou commentaires sur Molière. Ces différents tra- 
vaux lui valurent son admission à l'Institut , où 
il remplaça, au mois de germinal an vi, M. de 
Fontanes , qui venait d'être condamné à la dé- 
portation. Les seules fonctions publiques où 
Cailhava ait été appelé , sont celles de membre 
du collège électoral de Paris, en 1792. Comme 
maçon, il était membre de la loge des Neuf 
Sœurs. 

CAMB ACÉRÉS ( Jean - Jacques - Régis ) , 
prince et archicharfcelier de l'empire , duc de 
Parme, etc. , naquit à Montpellier le i5 octobre 
1753, et était conseiller à la cour des aides de 
sa ville natale au commencement de la révolu- 
tion. Il fut membre de la convention nationale 
en 1792, membre du conseil des cinq-cents par 
suite de la réélection des deux tiers convention- 
nels, ministre de la justice en 1798, second 
consul en 1799, et enfin archichancelier de 
l'empire depuis la fondation de la dynastie im- 
périale en 1804, jusqu'à la restauration de 
i8i4; il mourut en i824« Savant jurisconsulte, 
il a pris la plus grande part à la rédaction de nos 
codes. Comme homme politique, il fut cous- 

4 



5o BIOGRAPHIE. 

tamment au milieu des partis , et n'en affec- 
tionna peut-être aucun. L'illustre frère Cam- 
bacérés, devenu en i8o5 second grand maître 
adjoint de Tordre maçonnique en France, et 
grand maître de fait, s'est inontré zélé pour 
l'ordre; mais, soit que sa haute position sociale 
ait rendu son caractère pfus réservé, soit que 
ce célèbre frère ait été circonvenu par des 
influences profanes ou maçonniques supérieu- 
res, il n'a pas fait tout ce qu'il pouvait, tout 
ce qu'il devait. Il présidait les séances solennel- 
les du Grand Orient, se faisait rendre compte 
de l'administration et des travaux de ce corps, 
et assurait aux assemblées maçonniques le li- 
bre exercice de nos mystères. Nous dûmes à sa 
présence parmi nous l'initiation d'une foule 
de personnages marquants de l'État. Certes, 
sous ces rapports, il a mérité la reconnaissance 
des maçons, et elle ne lui sera jamais retirée. 
Mais l'ordre attendait davantage de son protec- 
torat. Le deuxième grand maître adjoint n'igno- 
rait pas combien l'unité maçonnique avait au- 
trefois souffert du schisme établi entre les deux 
grandes loges de France ; il savait très-bien que 
ks associations écossaises, voulant s'isoler du 
corps légal de l'ordre, produisaient un schisme 
beaucoup plus grave , d'une gravité telle que 
tant que ces associations resteront dissidentes , 



BIOGRAPHIE. 5l 

Kordre sera continuellement ébranlé, et tou- 
jours à la veille de sa perte. Les maçons sages 
s'attendaient que le prince Cambacérès ferait 
entendre à ces frères le langage de la douceur 
et de la persuasion , et que ce langage devenant 
insuffisant 9 il exprimerait avec fermeté celui 
de la r/ai^on d'État. Un mot suffisait : « Au nom 
« de l'empereur, qui vous aime et vous protège, 
w réunissez- vous, cessez vos vaines disputes, 
(c ou vos temples seront à jamais fermés. » On 
se serait réuni; les Écossais influents étaient 
courtisans avant tout, et ils auraient sacrifié 
leurs opinions dogmatiques à leur position so- 
ciale. Le peuple écossais aurait fait, par res- 
pect ou par crainte , ce que ses chefs auraient 
fait par ambition ou par prudence. Loin de là , 
le second grand maître adjoint de l'ordre semble 
se laisser couvrir avec complaisance des grandes 
maîtrises et des présidences d'honneur de tous 
les rites. Grand maître ou président d'honneur, 
il a traité chaque secte, chaque rite avec une 
tendresse paternelle, oubliant, au milieu des 
nuages d'encens, qu'un chef d'ordre doit voir 
le corps et non les individus ^^ et que son pre- 
mier devoir est d'assurer dans un centre com- 
mun le pouvoir légal. Il a fini par s'isoler de 
toutes les associations qu'il avait si bénévolement 
protégées; les circonstances politiques y ont sans 



5:3 BIOGRAPHIE. 

doute beaucoup contribué. A l'époque de sa 
mort, le Grand Orient ne le comptait plus 
parmi ses membres. Telle est la vie maçonnique 
de l'illustre frère Gambacérés ; il a fait du bien 
sans doute, mais il a souffert un mal qui peut- 
être sera long-temps à guérir, si même il n'est 
incurable. 

CASANOVA ( Jean-Jacques) fut successive- 
ment homme d'église, homme de guerre et 
homme d'État. Sa vie aventureuse était digne 
,des honneurs de la chronique contemporaine , 
et il s'y est lui-même prêté en écrivant les Mé- 
moires de sa vie, qui ont paru en 1828 , 4 vol. 
in-i3. Casanova, né à Venise en 1725, frère du 
célèbre peintre de batailles de ce nom, et fils 
d'un comédien, était originaire d'Espagne, de la 
famille des Falafox, de Sarragosse. Casanova, 
d'un esprit vif, d'un caractère mobile, a visité 
tous les royaumes de l'Europe, et a été lié avec 
tous les hommes célèbres du dix - huitième 
siècle. Crébillon lui apprit le français; le car- 
dinal de Bernis fut son protecteur, et il a con- 
versé avec Frédéric le Grand, l'empereur Jo- 
seph et l'impératrice Catherine de Russie. Le 
gouvernement français le chargea d'une mission 
en Hollande, qui avait pour objet d'y placer 
avantageusement le papier public tombé en 



BIOGRAPHIE. 55 

discrédit. Il fit adopter, comme moyen de ve- 
nir au secours des financés , la loterie royale 
qui ruine chaque jour tant de malheureux. 
Enfermé à Venise dans la prison dite des 
Plombs, par suite d'une liaison scandaleuse 
avec deux jeunes pensionnaires d'un couvent, 
il mit fin à sa captivité par des prodiges de 
patience et de hardiesse. Cet homme extra- 
ordinaire devint maçon lors de son passage à 
Lyon en lySy. Voici ce qu'il dit à cet égard : 
« Un homme fort respectable, dont j'avais fait 
<( la connaissance chez M. de Rochebrun, me 
« présenta à cette société. Deux mois après, je 
t< reçus le deuxième degré de l'ordre, et quel- 
« ques mois ensuite je fus promu au troisième, , 
« qui confère le titre de maître y et qui est le 
« plus élevé. Toutes les autres dignités sont 
« d'agréables inventions dont les ornements 
(f symboliques ne confèrent pas réellement au 
« maître une plus haute dignité. » Casanova 
jugeait sagement la valeur des grades maçonni- 
ques. Il ajoute plus loin et fort ingénieusement :l 
<f Le secret de la maçonnerie est, par sa nature 
<f même, inviolable; car le maçon dont il est 
« connu ne.peut que l'avoir deviné* Il l'a décou- 
w vert en fréquentant les loges,, en observant, 
w en comparant, en jugeant. Une fois parvenu 
« à cette découverte, il le gardera à coup sûr 



I 



54 BIOGRAPHIE. 

(c pour lui-même y -et ne le communiquera pas 
« même à celui de ses frères en qui il aurait le 
c{ plus de confiance; car, dès que celui-ci n'a 
« pas été capable de faire cette découverte, il 
(( est aussi incapable de tirer parti du secret 
« s'il le recevait oralement. » En Hollaude , il 
fut affilié à une loge d'Amsterdam, qui, com- 
posée seulement de vingt-cinq membres , pou- 
vait disposer par eux-mêmes de 5oo millions. 
Casanova a publié des ouvrages estimés sur les 
gouvernements de Venise, de Pologne et de 
Russie; une traduction en vers de huit syllabes 
de r///We d'Homère; un Icosaineron, solution 
du. problème héliaque, 5 vol., etc. Il mourut 
dans la famille du prince de Ligne, son ami, à 
l'âge de soixante-treize ans. 

CATHERINE II, surnommée Caïhei^jne la 
Grande, impératrice de Russie, défendit en 
1762, à l'exemple d'Elisabeth, reine d'Angle- 
terre ( voj. Elisabeth), l'exercice de la maçon- 
nerie dans ses États. Comme Elisabeth, elle 
revint à des sentiments plus généreux; et, 
rassurée sur les principes de nos associations, 
non-seulement elle révoqua les ordres qu'elle 
avait donnés éontre nous, mais encore elle fit 
venir d'Ecosse des maçons pour rétablir et cons- 
tituer des loges en Russie. Acette double faveur, 



BIOGRAPHIE. 55 

rimpératrice voulut joindre un bienfait qui 
tint immédiatement à Tordre; elle se déclara 
tutrice de la loge de CZ/o, à Moskou. En tySG, 
k maçonnerie était des plus florissantes dans 
tous les États russes. A Saint-Pétersbourg et à 
Moskou, les seigneurs de la cour, entre autres 
le comte de Strogonof, le prince Repnin, le 
comte Schouvalof, etc., font construire des 
loges dans leurs palais. Sur la fin du règne de 
l'impératrice , on essaya de transformer les 
réunions maçonniques en clubs politiques ; le 
fait n'est pas prouvé , mais sous le gouverne- 
ment despotique , le soupçon équivaut à la 
preuve, et les augustes successeurs de Catherine 
n'ont point continué cette souveraine, du moins 
à notre égard; nous sommes proscrits par le 
pouvoir absolu de ces contrées, comme en Es- 
pagne par le fanatisme et la superstition. Ca- 
therine mourut le 6 novembre 1796, dans la 
soixante-dixième année de son âge. 

CHAMPEAUX (l'abbé Guy de), vicaire gé- 
néral de Nimes, chanoine de Saint -Honoré., 
grand Écossais, membre en 1785 de la royale 
loge de la Réunion des Etrangers , orient de 
Paris. ( J^oj. Walterstorff, Barow, Dekis. ) 

CHAMPAGNE ( Jean-François), membre de 



56 BIOGRAPHIE. 

l'institut çt de la Légion d'Honneur, naquit a 
Semur en 1761 , entra dans la congrégation des 
bénédictins de Saint-Maur, où, pendant vingt- 
cinq ans, il fut élève, maître et supérieur de 
l'une de leurs maisons. Il fonda, en lygS, lors de 
la réorganisation de l'instruction publique, le 
Prjtanée français , depuis collège de Louis-le- 
Grand, et l'a dirigé pendant quinze années. 
Mis à la retraite en 1812, il mourut au mois 
de septembre 181 3. On lui doit la traduction 
de la Politique d^Aristote ; la traduction du 
Mare clausum et apertuniy de Grotius, et des 
J^ues sur V organisation de V instruction publi- 
que dans les écoles destinées à renseignement 
de la jeunesse. Il était, en 1789 , député de la 
loge de F Aimable Concorde ^ orient de Ville- 
neuve en Agénois, près du Grand Orient de 
France. 

CHAMFORt ( Sébastien - Roch - Nicolas ) , 
bomme de lettres, membre de la loge des Neuf 
Sœurs peu après sa création, naquit en Auvergne 
en 1741 . Enfant naturel, il aima et respecta tou- 
jours sa mère. Le docteur Morabin ayant eu 
occasion de le connaître, le prit en amitié , et lui 
fit obtenir une bourse au collège des Grassins. 
Chamfort profita de ses études; et, malgré 
une vie dissipée, au collège et dans le monde, il 



BIOGRAPHIE. 5j 

s^^est montré digne du rang qu'il occupe dans 
la littérature. Il concourut souvent pour les 
prix de FAcadémie-Française, et en remporta 
plusieurs. Sa tragédie de Mustapha et Zéangir^ 
jouée en 1776, à Fontainebleau^ puis à Paris, lui 
valut la place de secrétaire des commandements 
du prince de Condé; plus tard il dut au comte 
de Vaudreuil la place de secrétaire des com- 
mandements de madame Elisabeth, sœur de 
Louis XVI, modèle d'attachement fraternel. 
Membre de l'Académie-Française en 1781, il 
devint, pendarit la révolution et par la protec- 
tion du ministre Roland, bibliothécaire de la 
bibliothèque nationale. Il échappa à la faulx 
révolutionnaire quoiqu'il eût été arrêté, et 
mourut le i5 avril 1794. Ses Œuvres comT- 
plètes ont été imprimées en 1795, 4 vol. in-8°. 

CHANGEUX (Pierre-Nicolas) , naquit à Or- 
léans le 26 janvier 1740, et mourut à Paris le 5 
octobre 1800. Il est auteur, i"" âLXxn Traité des 
Extrêmes ou Éléments de la science de la réa- 
lité, 1762,2 vol. in-i2.Cette idée est neuve, bien 
conçue, forte de définitions exactes et claires, 
remarquable par des pensées ingénieuses et 
philosophiques. Le style manque de précision 
et d'énergie ; 2** de la Bibliothèque grammati-- 
cale ou Nouveaux mémoires sur la parole et 



58 BIOGRAPHIE. 

sur récriture y 1775. On y trouve neuf mémoi- 
res sur la grammaire générale , et paéthod^s de 
grammaire philosophique ou langue univer- 
selle. En accordant à cet ouvrage les éloges mé- 
rités par le Traité des Extrêmes, on doit faire 
observer qu'il manque de développement. Les 
mémoires sur l'art de connaître les hommes par 
leurs discours et ceux sur la prosodie sont pi- 
quants et curieux. Il a cultivé les sciences 
exactes , et a publié le résultat de ses recher- 
ches dans le Journal de physique de l'abbé Ro- 
zier, années 1778; 1780, 1782. Fondateur et 
membre de la loge des Neuf Sœurs, 0.-. de 
Paris, il prononça, en qualité d'orateur de cette 
loge, un discours sur la mort de Voltaire, dans 
la cérémonie funèbre par laquelle l'atelier ho- 
norait la mémoire du frère à jamais célèbre 
qu'il venait de perdre. 

CHARLES XIII, roi de Suède, grand maî- 
tre de la maçonnerie suédoise, lorsqu'il n'était 
encore que duc de Sudermanie. A son avène- 
ment au trône, en 1810, ce prince, voulant 
reconnaître publiquement tout le bonheur qu'il 
avait goûté dans les associations maçonniques, 
et donner aux maçons une marque de sa bien- 
veillance royale , créa en leur faveur, le 27 mai 
ï8ii, l'ordre civil maçonnique qui porte son 



BIOGRAPHIE. 59 

noai et dont il conserve la grande maîtrise pour 
lui et ses successeurs (tjoj. Charles -Jean). 
Rien n'est plus touchant, rien n'est plus flat- 
teur que les considérants développés par le 
prince dans son ordonnance d'institution. Les 
insignes de cet ordre sont une croix rouge de 
rubis, brodée d'or et surmontée d'une couronne 
d'or; on la porte dans un large ruban rouge; 
sur le ruban on lit d'un côté , sur un fond blanc, 
les initiales du fondateur, et de l'autre la lettre 
B au milieu d'un triangle. Il est inutile d'ob- 
server sans doute que l'ordre de Charles XIII 
ne s'accorde qu'aux maçons les plus illustres. 

CHARTRES (S. A. S. le duc de), depuis 
duc d'Orléans, cinquième grand maître de l'or- 
dre maçonnique en France, fut élu à cette di- 
gnité le 24 juin 1771 par la fraction bannie de 
la grande loge (vojr^ Bourbon-Louis), et ins- 
tallé par cette même fraction le 28 octobre 
1775, dans la petite maison du prince, dite la 
Folie-Tîton , rue de Mon treuil, faubourg Saint- 
Antoine. L'installation coûta à l'ordre une som- 
me de 3348 liv. 10 s. , outre une contribution 
de 3o liv., pour chaque frère qui prenait part 
à la solennité. 

L'intervalle, de plus de deux années entre la 
nomination et l'acceptation du grand maitreeut 



6o SfOGRAPHIE. 

pour cause la division qui existait enfre la 
grande loge et la fraction qu'elle avait bannie 
et qui luttait contre elle, l'interdiction des tra- 
vaux maçonniques imposée par le gouverne- 
ment à la grande loge , puissance maçonnique 
seule reconnue ou tolérée, et la révolution dans 
les constitutions de l'ordre opérée en 1772 par 
la fraction dissidente ou schismatique qui s'ins- 
titua grande loge nationale ou ùrand Orient 
de France. On doit encore ajouter à ces causes 
les sarcasmes piquants que plusieurs seigneurs 
de la cour se permirent sur l'élection illégale 
du grs^nd maître^ et qui firent principalement 
hésiter S. A. S. EnQn le prince se détermina 
sur les instances du duc de Luxembourg , chef 
actif des frères dissidents {vojr. Luxemboubg) , 
et que ce grand maître nomma son substitut, 
d'est le jour de l'installation de M. le duc de 
Chartres que fut donné, pour la première fois, 
le mot de semestre. Au titre de grand maure de 
Vordre maçonnique en France^ S. A. S. joignit 
celui de souverain grand maitre de tous les con- 
seils y chapitres et loges écossaises de France 
('z^ey^.PiRLEx); associations maçonniques écossai- 
ses qui s'étaient établies en France et qui don- 
naient ce qu'on appelle les hauts grades ou ma- 
çonnerie de perfection. La grande loge, que le 
Grand Orient schismatique n'avait pu détruire. 



BIOGRAPHIE. 6l 

végétait dans le silence; mais elle était encore 
pour une foule de frères la seule autorité maçon- 
nique. Le Grand Orient était plein de vie et do- 
minait Tordre. La révolution française arriva sur 
ces entrefaites : tout à coup on voit paraître dans 
le Journal de Paris ^ du dimanche 24 février 
1795 (an n de la république), une lettre 
du duc d'Orléans où ce prince répudiait' en 
quelque sorte la dignité de grand maître de 
l'ordre maçonnique en France. Nous en extrai- 
rons le passage plus particulièrement spécial à 
notre association. Le grand maître dit : 

« Dans un temps où assurément personne 
« ne prévoyait notre révolution, je m'étais at- 
« taché à la franc-maçonnerie, qui offrait une 
« sorte d'image de la liberté : j'ai depuis quitté 
« le fantôme pour la réalité. 

« Au mois de décembre dernier, le secrétaire 
« du Grand Orient s'étant adressé à la personne 
« qui remplissait auprès de moi les fonctions 
a de secrétaire du grand maître pour me faire 
ce parvenir une demande relative aux travaux 
« de cette société , je répondis à celui-ci, en 
ce date du 5 janvier : 

« Comme je ne connais pas la manière dont 
<c le Grand Orient est composé, et que d'ail- 
w leurs je pense qu'il ne doit y avoir aucun 
« mystère, aucune société secrète dans une ré- 



02 BIOGRAPHIE. 

(c publique, surtout au commencetnent de son 
« établissement, je ne veux plus me mêler en 
({ rien du Grand Orient ni des assemblées de 
« francs-maçons. » 

On voit, d'après cette lettre, que l'abandon 
de la grande maîtrise était un sacrifice aux 
^ événements d'alors. M. Thory rapporte dans 
Y Histoire de la fondation du Grand Orient , 
page 76, que le Grand Orient assemblé le 1 5 
mai 1795, déclara le duc d'Orléans « nôn-seu- 
« lement démissionnaire de son titre de grand 
^ H maître f mais de celui de député. » Il ajoute : 

^ (c L'épée de l'ordre fut, dit- on, cassée par le 

président , et jetée au milieu de la salle d'as- 
semblée. » 






CHAUSSARD (P.-J.-B. Publicola), litté- 
rateur, est né le 9 janvier 1766. On lui doit 
les Fêtes des Courtisanes de la Grèce et Hélio- 
gabale ou Tableau de la dissolution des empe- 
reurs romains , enfin le Nouveau Diable boi- 
teux. En traçant ces ouvrages, M. Ghaussard 
s'est placé au-dessus de ces hypocrites ména- 
gements qui cachent les vices de la société pour 
ne la présenter qu'avec des vertus factices : 
c'est aussi être moraliste. Dans ses poésies il 
déploie un talent vigoureux, sacrifiant quel- 
quefois le brillant, le poli de son vers pour être 



BIOGRAPHIE. 63 

vrai et énergique. Tous les hommes de goût 
ont remarqué sa belle Ode sur V Industrie et 
les Arts et son Êpître sur les Genres oubliés 
par Boileau. M. Chaussard est maçon ^ et Ton 
Irouve sur la franc -maçonnerie des réflexions 
importantes dans le Nous^eau Diable boiteux y 
que nous avons cité plus haut. 

CHAUSSIER (Hector), auteur dramatique, 
est fils du célèbre médecin de ce nom. On lui 
doit plusieurs romans, des comédies, des vau- 
devilles et des mélodrames. Membre de la loge 
des Frères Artistes y orient de Paris, dont il 
était le député au Grand Orient de France en 
1802. Il a fait insérer dans les recueils con- 
sacrés à cette institution dés cantiques où Ton 
retrouve l'esprit d'un auteur aimable et d'un 
bon frère. 

CHAZÊT (André- René -Balthasar Alissan 
de), littérateur, bibliothécaire du roi, cheva- 
lier de laLégion-d'Honneur, est né à Paris le 
25 octobre 1774» Vaudevilliste spirituel, poète 
gracieux^ il a souvent embelli nos réunions des 
heureuses productions de sa muse. En 1807, il 
était membre de la loge de V Amitié. Cette 
même année il remporta les deux prix propo- 
sés par la loge des Neuf Sœurs ^ par deux odes. 



64 BIOGRAPHIE. 

Tune sur le trai^ail, l'autre sur les vertus ou 
les lois de la maçonnerie. Dans la seconde 
partie du concours , il eut pour concurrent 
M. P. -F. Tissot, suppléant de l'abbé Delille , 
au collège de France, Son redoutable rival n'ob- 
tint que l'accessit. M. de Chazet se montra 
noble confrère et digne maçon. En partageant 
avec lui sa couronne , il lui adressa cet in- 
promptu : 

Quand j'obtiens un double suffrage, 
On croit que je suis trop payé ; 
Mais je prétends avoir un plus grand avantage , " 
Et de mon prix je vous rends la moitié 
Pour gagner encor davantage. 

CHOFFARD (Pierre -Philippe), dessinateur 
et graveur, naquit en ij5o et mourut en 1809. 
Ses premiers ouvrages sont deux gravures d'a- 
près Beaudouin, et sont très -recherchées des 
amateurs. Il a fait des culs- de -lampe et vi- 
gnettes pour les Contes de La Fontaine , YUis" 
toire de la Maison de Bourbon , les Métamor- 
phoses d^ Ovide y et les Préjugés militaires du 
prince de Ligne. En i8o5 il donna une très- 
bonne Notice historique sur la Gravure. L'an- 
née suivante il appartenait à la loge des Neuf 
Sœurs y dont il était un des membi:es zélés. 



BIOGRAPHIE. 65 

CHOISEUL (Claude-Antoine-Gabriel, duc 
de), pair de France, fut revêtu de cette di- 
gnité en 1787 , à l'âge de vingt-cinq ans. Colo- 
nel en 1792,' du régiment royal de dragons, il 
fut choisi, avec le marquis de Bouille et le 
comte de Férsen , pour préparer la fuite de 
Louis XVI. Arrêté avec la famille royale à Va-^ 
rennes, il fut emprisonné à Verdun et trans- 
féré ensuite à la haute cour nationale d'Orléans, 
pour y être jugé d'après le décret de l'assemblée 
constituante. Le roi ayant accepté la constitu- 
tion, M. de Choiseul recouvra la liberté. Au 20 
juin et au 10 aoûX, il ne quitta point la famille 
royale, et courut de grands dangers. Le roi étant, 
détenu au Temple, M. deChoiseul fut mis hors 
la loi et sa tête mise à prix. Un uniforme et un 
passe-port espagnols lui facilitèrent les moyens 
de s'échapper. Parvenu à l'étranger, il leva un 
régiment qui porta son nom, et combattit pour 
la cause royale. Fait prisonnier en 1795, il fut 
conduit à Dunkerque ; mais il se sauva de pri- 
son et retourna à l'armée. Les événements lui 
ayant démontré l'inutilité de ses efforta, il fit 
une capitulation avec le gouvernement anglais, 
pour passer avec son corps aux Indes orientales. 
Parti de Stades le 12 novembre 1796, il eut la 
douleur de voir trois des vaisseaux de ^escorte 
se briser sur la côte de Calais, et il n'échappa 
II. 5 



66 BIOGRAPHIE. 

lui-même à la mort qu'en 8e sawrant à la n^e. 
Mais il évitait un péril pour en éprouver un 
autre : arrêté^ il fut traduit à une commission 
militaire comme émigré rentré; cependant il 
fut acquitté. Le directoire exécutif attaqpa le 
jugement au tribunal de cassation et ensuite au 
corps législatif. Ce procès^ qui dura cinq ans, 
est deyenu justement célèbre sous le iitre des 
Naufragés de Calais^ La révolution du i8 bru- 
maire an vm (1799) adoucit la situation de 
' M. de Choiseul; il fut déporté en pays neutre. 
Il rentra en France en 1801 ; mais le gouver- 
nement le croyant initié aux machinations de 
Moreau et Pichegru , l'envoya au Temple, puis 
l'exila pendant dix-huit mois. Le gouverne^ 
ment impérial ne lu i fut pas toujours rigoureux- : 
il le laissa en paix à Paris ^ où M. de Choiseul 
a vécu en simple particulier jusqu'à l'époque 
du rétablissement de la dynastie des Bourbons, 
en i8i4* Le roi le nomma pair de France, et 
successivement. lieutenant général, comman^ 
dant en chef de la première division de la garde 
nationale, puis major général de la même garde; 
mais il se démit de cet emploi. Lors du procès 
de la conspiration du 19 août 18^20, déféré à 
la chambre haute, M. de Choiseul prit la dé- 
fense du général Merlin, dont le père l'avait 
proscrit; il avait refusé de voter la mort dans 



BIOGRAPHIE. 67 

le procès du maréchftl Ney (vof. Fowtaiîes). Il 
fait partie de l'opposition constiCntionnelle de 
la noble chambre. La vie politique de M. de 
Choiseul a éjté constamment grande et g«iné- 
reusç. Sa vie comme franc-maçon est honorable' 
et touchante. Sous l'empire il faisait modeste- 
ment , et comme simple propriétaire , partie dç 
nos loges , et depuis la restauration , il est de- 
venu un des grand» officiers d'honneur du 
Grand Orient. Cet illustre frère est aujourd'hui 
chef de quelques assodiations écossaises^ qui 
pensent qu'il n'y a de véritable maçonnerie que 
dans leur rite et que sous leur direction. Elles 
tolèrent les degrés subalternes des àutlres rites; 
mais, suivant elles^ à elles seules appartient le 
droit de dontier les hauts grades. .M. le duc de 
Choiseul est un homme trop sage et un trop 
bon maçon pour partager ces idées; maïs il Voit 
la confiance que ses frèries lui ont témoignée , 
il en est touché; et c'est à sa bouté naturelle, 
et non à un esprit d*exclu8ion, de suprématie 
ou d'opposition, que les frères dés associations 
écossaises opposées au Grand Orient de France 
doivent la haute faveur de le pos3éder. Ç^t illus- 
tre frère , qui a déjà secondé les efforts que des 
esprits sages ont faits pwar rétablir la paix au 
sein du monde maçonnique, usera, sans doute 
de son influence pour faire entendre raison à 



V 



G8 BIOGRAPHIE,. 

quelques obstinés; il est digne de lui de rame- 
ner la franc-maço^merie à ses vrais principes 
de fraternité ^ et bientôt , nous osons l'espérer^ 
l'ordre entier le teconnaitra pour un de ses ebefs 
et de ses bienfaiteurs. 

CIVIALE (Jean), docteur en médecine, né 
en 1793» est. connu par sa, méthode pour Te 
broiement de la pierre dan^ la vessie. Deux prix 
remportés à T Académie royale des Sciences, 
plusieurs médailles d'or décernées par des sou- 
verains étrangers, et surtout de nombreuses 
cure9,^r€içommandent le nom du docteur Civiale 
à la recoooaissance publique. L'ordre maçon- 
nique se. glorifie de compter parmi ses membres 
ce bienfaiteur de l'humanité. Présenté en iSaS, 
par. M. Bazot, à l'initiation maçonnique, il fut 
reçu par son présentateur, qui était vénérable 
de la loge et trés-sage du souverain chapitre 
de \b,. Bonne Union de Paris, aux grades sym- 
boliques et aux grades supérieurs* Â peine reçu 
maç(Hi, il trouva dans un membre de la loge 
l'occasion d'exercer son précieux talent avec 
un désintéressement digi\e de son cœur géné- 
reux ,et de son esprit fraternel. Puissent ses 
nom|;>reux travaux kie^pas l'enlever à nos séan- 
ces et à l'amitié de ses frères ! 



BIOG^^RAPHIE. 69 

COUPÉ DE SAINT-DONÂT (le chevalier 
Alexandre-Aiiguste-Donat-Magloire ), lîttëra* 
leur, est né àPéronne le 5 septembre 1775, iet 
descend, par sa mère, d^Engnerrand de Mari- 
gny, ministre de Philippe le Bel. Élève de 

I école d'artillerie de la Fère, î! entra dans- la 
carrière des armes en 1792, eii qualité dé sôus- 
lieutenant; passa, en 1794^ comme ingénieur, 
à l'armée de Sambre-et-Meuse j fut envoyé' eii 
Egypte en 1799, et?devintchef de bataillon, et 
fut nommé membre de la Légion-d'ÏIotineur en 
181 o. Deux ans après il eut le comm^nden^iËllt 
de la place de Varsovie. Blessé et fait prison- 
nier^de guerre par les Bavarois à h, bataille 
de Haguenau, il passa pour mort, et perdit 
ainsi le grlade de colonel pour leqfuei il était 
proposé. En i8ig il fut nomm^ chevalier de 
Saint-Louis. M. Coupé de Saint-Donat apublié 
en 1810 des fables que traduisit en italien Ca- 
millo Ugoni, et plusieurs d'entre elles reparu- 
rent en français comme traduites de l'italien. 

II en a donné une nouvelle édition en 1818^ 
On lui doit des Mémoires pour servir à ^histoire 
de Charles- Jean ^ roi de Suède et de Norwég&j 
a vol. in-8% auxquels M. de Roquefort a ajouté 
des notes sur les anciens Scandinaves et sur la 
littérature des peuples du Nord. Membre de la 
société lyrique dçs soupers de Momus, M Coupé 



^,p BIOGRAPHIE. 

de:Saint-DoQat montre beaucoup de. faci|iié 
pour .la chanson f et on trouve de lui» comme 
n^açon , un fort joli cantique datis la Lyre ma-- 

, : CÛRBIBR DE SAINtIfIRMIN ( l'abbé) , 
aqt^uride^fFérpnts ,4loges historiques > enAre 
Sk^Xv^^i^rfjQuiiS XZI f de Racine^, de^a Fon^ 
t(uni^f,)^jF^^f^el(m^ i'îfeluéuus et du Dquphin^ 
père dé X¥fU!is^^/*pv^^^,^^Xoluhisd^ns\B. loge 
4fs Mei^)St^uf^^ 9 dontM était Tun de^ Condar 
tn^â^^ëtruAides membiiës ks plus.2élés» Il.assiar 
lait à lairéoejDtion de.YoLXAiiuE; et loi*«que la 
loge rendît les ,h@nn6ur$ funèbres à r-^y^aZ/oT^ 
ïfhançaès^ ice:. fut l'abbé Cordîer de Saint-Fir- 
miâ ^ui fif oposa ^ pouTrrendre celte solennité 
^péoiâlemjeni )ihiilanthropique> de délivrer une 
^^dmuiie de cinq< cents livres au plus pauvre 
4és enfants quiinaitraient sur la paroisse Sainte 
Sulpice, le jour même où la reine accouche^ 
rait; Tenfâiit devait. être du sexe du. nouveaux 
né, prince, ou princesse. Le nom de^ l'abbé 
Cordier de.Saint-Firmin acquit une fâcheuse 
^t imméritée célébrité^ à l'occasion de la loge 
d^0,doption Ique dbniia la loge des NeufSoew^Sj 
le 9 mars '^^T^^^voj^ La1>ixmerie); Lejdiscours 
qu'il prononça ne fut pas écoulé et fut même 
iQterrompu tumultueusement (y av. Mémoire 



BIOGRAPMfï. yi 

pour la Loge des Neuf Soeurs ^ iïi-4% '779)' 
Ce discours, imprimé à la suite du Mémoire y est 
cependant digne d'estime ; mais ou voulait jsiu^ 
nir Tauteur d'avoir , dit-on , choisi et guidé une 
récipiendaire contre son gréj et de Pai^oir sé^ 
parée de sa parente. Le Mémoire justiGa la loge 
et en même temps l'abbë de Saint-Firmin. 

COURT DE GEBELIN (Antoine), de plu- 
sieurs académies, censeur royal, président ho- 
noraire perpétuel du Musée de Paris, naquit à 
Nimesen 1726. Par suite d'afiaires de religion, 
son père fut obligé de s'expatrier; il se retira à 
Lausanne, dont il devint pasteur, et où le 
jeune Coupt de Gebelin fit ses études. Â l'âge 
de sept ans , les organes de la psyrole étaient si 
peu développés dans cet enfant, qu'à peine il 
pouvait parler ; mais à douze ans il passait déjà 
pour un prodige d'instruction. M. de Gebelin 
le destinait à l'enseignement évangélique, et 
pendant quelque temps il fut ministre du saint 
Évangile; mais telle n'était point sa vocation. 
La carrière dés lettres le réclamait, et il se 
prépara à ta suivre par une ardeur sans égale ^ 
apprendre, u Histoire naturelle, dit M. le comte 
w d'Albon dans VÉloge de Court de Gebelin 
« ( in-4*î ^^ 44 pages. Amsterdam, lySS), 
ii mathématiques, langues mortes et vivante^;! T 



72 BIOGBAPHIE. 

i( mythologie, monuments antiques, emblèmes, 
w figures , hiéroglyphes , statues, médailles, 
« pierres, gravures, inscriptions, arts d'agré- 
er ment etd'utilité; ce fut alors «qu'il étudia et 
(c dévora, tout; que s'emparant, si je peux 
« m'exprlmer ainsi, du champ des connais- 
(( sauces humaines, il le parcourut en entier. 
(( Il perça la nuit des temps les plus reculés, 
c<' et s'enfonça chez les natioùs les plus aiicien-^ 
a nés , pour leur arracher le voile dont elles 
w étaient couvertes. Une vérité trouvée le con- 
« duisit à la connaissance d'une autre. Ainsi, 
« de degrés en degrés, il alla jusqu'à la source 
w des vérités primordiales, dont il forma quel- 
ce ques années après l'ensemble d'où résulte 
f( une lumière universelle. »' La mort de son 
père le laissant le maître de céder à son pen- 
chant, M voulut revoir sa patrie. Il quitta la 
Suisse en lyGS, faisant l'abandon à sa sœur de 
la presque totalité de ses droits au patrimoine 
paternel. Ce ne fut pas le seul acte de désin-^ 
téressement de toute prétention légitime. A 
Uzès, où, par un doux souvenir de sa mère, 
qui y était née, il séjourna quelque temps, on 
lui indique les moyens de se faire restituer les 
biens que, dans sa fuite précipitée, elle avait 
été forcée d'abandonner, cr Mais, dit Rabaut- 
(( Saint-Etienne ( Lettre sur la vie et les écrits 



.BIOGRAPHIE. 7? 

nde M. Court de Gebelihy adressés au Musée 
n de Paris, m-4**.de 28 pages, ^784)* il ne 
ce peut se résoudre à déposséder ceux qui étaient 
u accoutumés à en jouir. >i II vint à Paris avec 
plusieurs lettres de recommandation; par un 
hasard singulier, aucune des personnes à qui 
elles étaient adressées ne se trouvaient dans la 
capitale. Seul , isolé , ayant peu de ressources 
pécuniaires, il se.ser^it trouvé bientôt dans une 
situation déplorable, si sa sobriété et son antipa- 
thie pour toute espèce de plaisir, hors celui de 
l'étude , ne l'eussent mis tout de suite à la hau- 
teur de sa modeste fortune. Un rare bonheur 
l'attendait: M* Quesuay de Saint -Germain, 
conseiller à la cour des aides de Paris, dans un 
Discours pour servir à l'Éloge de M. Cow^t de 
Geheliny lu au Musée de Paris , et qu'il fit im- 
primer au profit de la famille de l'illustre dé- 
funt (Paris, 1784 9 20 pages in-4*') » signale ainsi 
ce bonheur : 

M Près de l'hôtel où il logeait, 4it-il/ vi- 
« vaient dans une heureuse médiocrité deux 
« demoiselles d'un âge mûr, et qu'une amitié 
a réciproque empêchait de songer à tout autre 
« lien. Leur manière d'être, qui les éloignait 
a du tumulte et de la dissipation extérieure ; 
« sympathisait trop avec le caractère de M. de 
n Gebelin pour ne p^s lui faire désirer de la 



^4 BIOGRAPHIE. 

« partager. Son goût exclusif pour Tétude ^ sa 
« candeur, sa simplicité , mais cette simplicité 
(f qui accompagne et décèle le génie, engagèrent 
tf ces deux estimables amies à le recevoir chez 
(r eHe$ et à lui prodiguer, sans relâche, tous 
« ces soins généreux d^ famille et d'amitié 
ù dont persoûtie, aprèd La Fontaine, n^eut un 
rt besoin plus réel que M. de Gebelin. L'une 
i< d'elles» M'**'' Linot, apprit exprès à gra- 
« ver pour l'aider djsms ses travaux; l'aDftre, 
c< M^"* Fleury, lui avança jusqu'à 5ooo lîv, , 
w pour l'impression du premier volume de son 
« grand ouvrage, /e Monde primitif comparé 
w avec le Monde moderne ^ 9 vol. in^"*. m Ce ne 
fut qu'après dix années de travaux et de médita- 
tions qu'il mit ^n ]OX\r\% prospectus de ce livre 
admirable. A la seule lecture du prospectus 
d'Alembert ne put dissimuler son qxtréme sur- 
prise, et deniandà s'il y avait quarante hom- 
mes pour exécuter le plan de l'auteur. Le 
Jouimat des Sa^dnls (novembre 1773) alla plus 
loin ; (c Dans le plan de l'ouvrage, dit le ré- 
ir dacteiir de l'article, on nd voit que des an- 
f( ' nonces et des promesses de traités difFérénls. 
a Pour les ex^uter» il faudrait une société des 
«r plus savants hommes de toutes les nations, 
a qui sussent toutes les langues, qui eussent 
K sous les yeux tous les monuments; nous dou- 



B|QGRAJPBJL£» j5 

« tons encore q{i'i)$ pu^scstït y réussir» » Court 

de Gebelin répondit i< <iu'il avilit ôette. sOcîélé 

(c dans sa bibUotlf èque^ » e.t Toui^Fage le prou* 

va» Il ne nou$ appartient pas^, moins Qncoiié 

par le cadre resserré de piotr^ JT^cuetl -, que ^ar 

notre insuffisant^e^ de. juger, une. si >hltute et 

immense matière; :i^ouS))i)erOASiïOu$: borner à 

des détails purement, bi9grapbit{U!6s» E^ciellent 

géographe ;, il a^ luï tmêiûiç^ . firesaé et !gravé 

ses cartes; il a aus^i dessiné etgrisivé plusieurs 

des planches de Son ouvrâgQ. PoUr suppléer à 

son manque de ftortune , il av^it copié un grand 

nombre d'qu orages r^i!^^;et:îlisq»')à des dic^ 

tionnaires entiers. Pendant cf a travaux^ eofermé 

dans les bi}>liothè<^ue9;. U^^e contentait/ pour 

toute nourriture, d'Un Oiorcoau dé:pain«.u. Sa 

mémoire était iugr^lbe, .« inais^ dit RaJohat Saint-» 

« Etienne: (ouvrage cité)^il.eut;aufiiuprÊmediB-> 

« gré cette étendue d'eâf^rit ;qui;émbré)sse à la 

« fois une multitude. 4'ol)gets; cette nettètô dé 

« conce^jtionqui les .meè éhaci^nà leiir. place > 

i< et ce cpup 4'œiL£e^me et sur ! qui lesralHë 

c( tans et les fait con^ei^get" en .un même, point. 

« La prenye de ce que J'avanbe est consignée 

(( dans ^QS écrits: Je.n^ oonftais aucun' ouvrage 

» qui embrasse autant d!objets que le sien; je 

« do|ite même que l'esprit JKumain puisse ja-» 

H maia aller, plus }oJA , et cependant il . règne 



^6 BIOGRAPHIE. 

« dans tout ce qu'il a fait la plus parfaite 
a unité. » Cotfrt de Gebelin fut honoré des 
suffrages des savants; plusieurs Font cité avec 
éloge ^ d^autres se sont appuyés de ses idées. Il 
avait Un accès facile chez les grands seigneurs 
et les hommes en place ^ qu'il n'importunait 
jamais dans l'intérêt de/sa fortune , mais bien 
dans l'intérêt de ses travaux, ou pour rendre 
avec la plus gratuite obligeance des services 
aux gens de lettres et à ses amis. c( On était si 
(c accoutumé à cet abandon de lui-même, dit 
M M. le comte (TAlbori (éloge déjà cité) , qu'un 
w homme éa, place le Voyant entrer chez lui, 
« prévint sa démarche en lui demandant quel 
« était le malheureu?^ dont il venait plaider la 
«r cause. » Le ministre de Berlin lui portait 
une rare bienveillance. Il Gt même venir de la 
Chine des monuments, dont l'explication devait 
entrer dans la suite du Monde primitif . Court 
de Gebelin fut le seul autéui', éditeur et cor- 
recteur de ce grand ouvrage, qui obtint plus 
dé douze cents souscripteurs , et qui est d'une 
telle correction , qu'à peine troiive-t-on deux 
ou trois fautes dans chaque volume. Mais nous 
n'avons jusqu'à j)résent considéré Court de Ge- 
belin que comme savant. Voyous -le comme 
franc-maçon. Il 'fut rtçu aux grades symboli- 
ques dans la loge dès J^teuf Sœurs , dont il 



BIOGRAPHIE. . 77 

fui ensuite secrétaire et députe. Le frère de La' 
Dîxmerîe , dans son Mémoire pour là Loge des 
Neuf Sœurs ^ in -4% i779> le signale en ces 
termes à l'estime de l'ordre entier : « Savant 
(( infatigable, dit-il, aussi hardi dans ses pro- 
(c jets que prompt et habile à les reinplir; qui 
a fouille d'une main ferme et sûre dans les 
(c débris du monde et des tçmps; qui nous fait 
cf jouir de ce qui a cessé d'exister, nous fami- 
« liarise avec ce qui n'est plus, et nous fait 
« mieux connaître ce qui nous environne, n 
Un jeune frère, également homme instruit et 
poète distingué. Guerrier de Dumast, a payé 
un noble et juste tribut d'admiration et de, re- 
connaissance fraternelle à ce contemporain, 
par l'instruction, le génie. et le talent, de tous 
les peuples et de toutes les époques. {J^oy. les 
notes du poème de la Maçonnerie ^ i vol. in-8®, 
Paris., i8ao.) Court de Gebelin porta dans lo: 
société maçonnique cet esprit investigateur qu'il 
avait déployé dans la société proTaue. Avec le 
frère Savalette de Langes {voj. ce nom) > il fut 
l'un des fondateurs du régime ou rite des Phi^ 
lalètes, on Chercheurs de la vérité ^ établi dans 
le sein de la loge des Jmis réunis. Il renouvela 
en 1777, V^isage de§ anciens couvents philoso- 
phiques destinés à professer^ la maçonnerie. 
Dans ses hautes vues et dans le courant de cette 



7$ ^ BIOGRAPHIE. 

année (1777)1 il fît en 7 leçons, un Cours des 
Allégories les plus ^vraisemblables des Grades 
maçonniques. Ces conférences furent suivies par 
tout ce que Tordre comptait de plus distingué 
panni ses membres. Elles^ se sont renouvelées 
presque sans interruption pendant neuf an- 
nées, de 1778 à 1789. Le frère Alexandre Le- 
hoir (i;o/. ce nomt) les a remises en usage en 
i8î:i et 181 5. Court de GebèKn mourut dané 
là ïluit du 9 au 10 mai 1784, chez Mesmer, son 
ami, qui Tarait appelé dans son hôtel pour, en 
le soumettant à un traitement dont il avait 
quelques années auparavant éprouvé les bons 
effets, lâcher de ranimer en lui les sources de 
la vie, épuisées par un long et continuel tra- 
yâil. L'art fut impuissant; Famitié, cette fois , 
ne piit qu'adoucir les derniers moments de sa 
vie. L'autopsié , faîte par MM. Mittié, Lacase, 
Dl Chaîgnevérd, Sue le fils et Lamotte, cons- 
tata, qu'un vomissement qui avait duré trois 
semaines consécutives, sans que le malade pût 
prendre aucune espèce de nourriture, était 
causé par' une complète désorganisation des 
reins, {yo^i Lettre sur la mort de M. 'Court 
deGebelin, in-8** dé 14 pages.) Ainsi s'éteignit, 
à peine âgé de 60 ans , un homme qui , comme 
savatit, n'avait point eu de modèle et n'a point 
laissé de sucôesseur, et qui s'est placé au pre- 



/ BIOGKAPHIE. Jig 

lïiier rang des sages , dés amis d^ la verlu et 
des plus dignes francs-maçons. « 

Son ami, le comte d'Albon', recueillit ses 
cendres et lès déposa dans un monument (gra- 
vé à la suite de l'élogè ) qu'il lui éleva dans sa 
terre de Franconville , (>ù Court de Gebelin 
aimait à s'abandonner à ses rêveries pbiloso-^ 
phiques. Ce savant si distingué , si doux et si 
modeste, n'a pas été à Tabri des coups de l'en*- 
vie : ils ne l'atteignirent point. Pressé de ré- 
pondre à plusieurs de ces attaques, il s'y re-* 
fiisa constaniment. « La république des lettres, 
(( disait-il, n'est point une arène, et nos plu- 
« mes des instruments de pugilat. Respectons- 
t( nous, aimons^nous, ^clairôns«-nou8 mutuel-^ 
(( lement, et au lieu d^ nous; écraser les uns 
(( les autres , élevons en société l'édifice de la 
(( vérité qui nous a été confié pour la félicité 
« générale. » C'est par ces belles paroles de 
notre illustre frère que nous terminerons* notre 
hommage maçonnique. 

CUBIÈRES (le chevalier de), qjtii , par ami-* 
tié pour Dorât, porta quelque temps le nomiib 
DorcU-Cubières ) et qui, pendant la révolution , 
prit le nom de CuiièreS'Palmézeaux^^éié un 
poète agréable à l'époque où Dôrat, de Pezai , 
Desmahis, etc. , faisaient les délices des salons 



8o BIOGBAPHIE. 

et des coleries littéraîreâ. Le genre fade et 
musqué de leur poésie est heureusement passé 
pour l'honneur du goût, et, quoique hommes 
d'esprit, ces malencontreux auteurs ne sont 
plus cités que pour avertir les jeunes poètes du 
danger de Técole qu'avaient formée ces poètes- 
chevaliers, ces faiseurs de bouquets à Chloris. 
Le chevalier de Cubières était membre de la 
loge des Neuf Sœurs. Il contribua à la former 
en* 1776, et à la^iréorganiser en i8o6.* Il assista 
à la réception de Voltaire dans nôtre ordre , et 
concourut à rendre les honneurs funèbres que 
la loge décerna à cet illustre frère, dans la 
fameuse fête d'adoption du 9 mars 1779 {voj. 
Li DiXKERiB et Cqrdier de Saint-Firhun) ; il 
prononça un discours ^ prose comme ministre 
de V Amour et au nom de cette divinité. Le che- 
valier de Cubières fut tendrement attaché à la 
comtesse Fanny de Beauharnais, tante de l'im- 
pératrice Joséphine, et occupait un appartement 
dans l'hôtel de cette dame , qui cultiva les Icrt- 
tres avec succès : il donna de longs et touchants 
regrets à sa perte. En 1814 il vivait à la cam- 
pagne. L'invasion étrangère apporta le désordre 
dans sa modeste retraite; il fut blessé pour le 
reste de sa vie d'une chute que lui occasionè- 
rent les mauvais traitements de ses hôtes forcés. 
Il mourut en 1820. Le chevalier de Cubières 



) 

BIOnGRAPHIE» 8l 

était un honnête homme , d'un commerce agréa* 
ble, et possédait la véritable insouciance phi- 
losophique dans tout ce qui lui était personnel. 

CUVELIER DE TRIE (Jean-Guillaume- 
Auguste ) , auteur dramatique , naquit à Bou- 
lognc-sur-mer en J766. Il fut d'abord avocat 
dans sa ville natale; puis, par suite de la révo- 
lution , il fut employé dans les administrations 
publiques > et entra comme hussard dans la 
garde du premier consul Bonaparte ; il parvint 
au grade de capitaine de première classe com- 
mandant des guides-interprètes. Sasanté s'étant 
affaiblie , il quitta le service et se livra exclusi- 
vement aux compositions drainatiqiies. De 1795 
à 18:34» ^1 ^ ^^^^ représenter cent dix pièces, 
comédies, drames, prologues^ pantomimes, 
mélodrames et ballets ; très-peu de ces produc- 
tions ont été faites en société avec d'autres lit- 
térateurs : le nom de Cuvelier e^t célèbre aux 
petits théâtres, où on lui a.donjié le surnom 
de Corneille des boujevards. C'était aussi uu 
homme d'esprit , et on remarque de jolies poé-- 
sies dans le recueil qu'il a publié. Fondateur et ^ 
premier vénérable de la loge des Frères Artistes^ 
en 1802 , il a rendu des services à l'ordre en 
consacrant un temple nouveau qui n'a pas ces- 
sé d'être remarquable , soit par les doctrines 
II. 6 



da BIOGRAPHIE* 

qui y sont professée», soft par les honorable» 
membres qu'il a admis à la lumière, ou affiliés. 
Cavelier est mort à Paris le a5 mai 1824* 



D. 



DAZARD (Michel-François), né k Château-- 
rfun (Eure-et-^Loire) le 2 mai 1771 f directeur 
des contributions directes à Périgueux. Véné-^ 
rabte de la loge des j^mis dU Nord y orient de 
Bruges, en i8o5, et de la loge du Père de Fa-- 
mill^ , orient d'Angers, en 1814; il a plusieurs 
fois présidé les chapitres de ces deux loges et 
celui des jdmis de Henri /F", vallée de Péri- 
gueux. M. Daîarâa puisé dans l'étude et la 
pratique des différents rites de la franc-maçon-* 
nerie des connaissances supérieures, et il en a 
donné une preuve remarquable dans la rédac« 
tibn d'une pièce importante, devenue fort rare, 
et qui a pour titre : Extrait des colonnes gror^ 
9ées du Père de FamiJUe^ Tmlléed^ Angers (in-8*^ 
de 48 pages, i8i:i). Cette pièce est un témoin* 
gnage honorable du courage et de Tindépen- 
'danee du chapitre, et du frère qui en fut 
l'organe. Elle dévoile , appuyée de pièces au- 
thentiques, les prétentions illégales du suprême 
conseil du S?"* degré du rite écossais ancien et 
accepté, et la fausseté du droit qu'il prétend 



BlOOHAPHIE. 83 

e'ailrogtr de régii^ exclusiTemeni ce rite en 
France. On ddit encore ati frère Bazard plu- 
sieurs didccrurs intëressanis dont quelqàés-^uns 
ont été livrés à Vimpre^sion. 

DECAZES (Élie, duc), pair de France, «é 
à Saint-Martin en Laie, le 28 septembre 1780) 
d'une famille bourgeoise, anoblie en i5g5 par 
Henri IV, dans la personne de Raymond De- 
cazes. tl épousa en i8o5 la fille du comte Mu- 
raire, dont il devint veuf Tannée suivante. 
Membre du tribunal de première instance du 
département de la Seine , conseiller en la cour 
d'appel en 1810, M. Decazes ne dut sa haute 
fortuné ^litiquëy tjue du reste il méritait par 
ses talents, qu'au rétablissement du gouverne-^ 
ment royal eh i8»4< II deviiit préfet de police 
en i$]5y conseiller d'État^ membre de lachiun- 
bre des députés^ et suceèsàivement ministre de 
la polide^ teiiristrè de l'intérieur, président du 
conseil dés miniitfes; et enfin comte ^. duc et 
pair de France. Il fait partie de la noble cham- 
bré ées r'oyaliétès èdnstîtritîonAels.- f ranc-ma- 
çoïi et Èhrcfiïibre en Qualité de maître de la loge 
A'jHàcrêm, e* î8ô8; an jdur dé 1« favêmr, 
M. ©ééâzès tf ôtïbMa J^s ées fiférës. Pfefnmé par 
lés ttieffibrtfe (te rite èèôss^^^ tré»-pàis«ant séu- 
vertitï , gr^ttd Ci^tojtoaûdeur , il préseôtn ai2 rof 



54 BIOGRAPBIB. 

Laui8 XVIII une.médailledoat la eoinpoftition 
est ingénieuse et patriotique. D'un côté cette 
médaille porle Teffigie du roi avec ces mots : A 
Louis xTUi> roi pE France , l'égossisub français 
RECONNAISSANT. Et de l'autre côté, en style la- 
pidaire , ces mots : 

Comte Decazes 

El.-, t.-. p.-. s.-, g.-. Cons.-. Titol.^. 

Temple inauguré 

G.*. L.*. installée 

Étrangers retirés. 

Octobre 1808. 

Le prince accueillit gracieusement l'hom- 
mage des maçons , et dit à S. Exe. ( M. Decazes 
était ^lors ministre de la police ) : ^ Je garderai 
K toujours près de moi une médaille qui me 
« rappelle d'aussi heureux et d'aussi doux sou- 
te venirs » (voy. Bibliothèque maçonnique , dé- 
cembre 1818, tom.I^ p. 39). M. le duc Decazes 
est grand officier dû Grand Orient de France. 

DELILLE (Jacques) , poète célèbre, fit des 
études ecclésiastiques y et porta long-temps le 
titre d'ABBÉ Delille. Il naquit en 1758 à Aiguë* 
Perse 9 dans la Limagne, et était fils naturel 
d'Antoine Montanier> avocat. au parlement de 
Clermont, qui lui laissa généreuseiiient à sa 



BiaGRÂPfilE. 65 

mort cent ëcm de pension viagère. L'abbé De-* 
liUe donna y en 176g ^ une traduction en vers 
des Géorgi'^ues de Vk'gile; traduction dont le 
mérite fut généralement senti, et qui fit dire â 
Frédéric II (Jue « c*était le seul ouvrage ori- 
« ginal qu'il eût vu depuis long-temps. » Il fut 
reçu membre de l'Académie-lFrançaise en 1 774 ; 
il a été depuis membre de l'Institut et professeur 
de poésie latine au collège de France (1^0/. 
P.-F. Tissot). Les Jardins, poème, parurent en 
1 782 . Sesautres poèmes, f Imagination ^V Homme 
des Champs, les TVois Règnes, la Pitié ^ le 
Paradis perdu, d'après Mil ton, sont en partie 
le fruit de son exil volontaire ; car l'abbé DelUIe, 
qui ne partageait pas les principes de la révo* 
lution , avait pris le sage parti de s'expatrier. 
De retour en France en 1801 , il y vécut en 
paix, et mourut universellement regretté le 
V^ mai 181 3. .Comme Milton, il était devenu 
aveugle. Les œuvres complètes d^ VirgHç fran- 
çais ont été recueillies et publiées par MM. Mi>-* 
chaud, en 16 vol. in-8^, 1824. La loge de» 
Neuf Sueurs eut là gloire de posséder l'abbé 
Delille parmi ses membres à l'époque de sa» 
reprise de> travaux en 1806. 

DENIS (l'abbé Pierre) , prîeurdeTaléïieux, 
maître, premier orateur de la loge de la Ré-' 



86 3fOGRAPqiE. . 

union des Étrangers p foQ4é^ ^^ 1784 i^T' 
Waltestorpp et Bahoh ). Dfl^ns le discours qu'il 
prononça lors de TinstalUtion de U loge , il dit : 
u C'est le «qrt de la vérité d'être combattue; 
n c'est le sort de la %'ertu d'être peraëeutée, 
H La maçonnerie a eu s^ lutter^ en Italie et dans 
(c quelques parties de rAUem^gne^ contre lep 
« ealomotes de l'igi^or§i|o^ f t du fanatisfi^e ; 
. (f mais une société qui a ppur principe l'utilité 
K publique^ pour \\y\% b. p^rf^^etÎQii de l'boqupf^ 
« et son ];>aubeur ^ ne auocetmb^Fa j^mal». ^ . 

ni;NIS (l'abbé ClwderMariç ), çb^mowe d^ 
Semur en firionai^ ^ oe^mpagnoUj membre dels) 
loge de la Réunion des J^tranger^ iM^* 

DURVENT-WATRRS (lord) le premier des 
deux gra^nds ins^Ures étrangers de la n^^içonne-' 
rie en France, ayant quc^ le duc. 4' An tin, troi-i 
gième grand maître^ , e\ \e pre^qie? grapd maîtire 
français, n'eut été él^yé h ce poste érninent 
pap les maçons de notrç patrie^ l^or4 Peryeut-r 
Waters introduisit parmi u(^us q^ttç ç^ociation 
éù iî;r25, de coiic^rt avec le chçv^Ue^ Maslçfil^ 
que , M. D'Heguelly çt quelque^ f^^^ft^urs aA- 
glais. Ils formèrent chez Hure, traiteur, rue des 
Boucheries, upe loge qui (^\ ^ij^tô^ sifjvîe de 
plusieurs autres , notamment ce)!^ qui se iulx^ 



BIOGRAPHIE. 87 

l^ur ia première fidis ea lySa , chez Laodelle , 
iraiteuiTy rue de Bttssy, et qui prit le titre de 
Loge d'Awfiontf parce que le due d'Aumont 
y avait reçu la lumière. On peut consulter 8ur 
l'existence de ces loges l'instruction historique 
donnée par la grande loge de France aux logée 
de sa correspondance y en 1783. La loge établie 
eu 17^5 par lord Dervent-Waters fut réguliè- 
remeni constituée par la grande loge d'Angle*- 
terre , à la date du 7 mai 17299 sous le nom du 
frère LebretoiQt, et sous le* titre de SairU-Tho^ 
mas. Cet illustre Anglais retourna à Londres 
ea 1 735 9 et y fut décapité le 1 9 décembre 1 746^ 
victime de son attachement à la cause du pré- 
temiant {"voj. lUaNpuESTER). 

DÉSAUGIERS (Marc-Antpine), auteur dra- 
matique , chevalier de la Légion-d'Honneur, a 
consacré sa vie entière à cetre littérature agréa- 
ble et facile , qui peint si bien le caractère des 
Français : l'amabilité et la gaîté. Il fut l'un de 
nos premiers vaudevillistes, et, par sa verve 
joyeuse et entraînante, notre premier chan- 
sonnier. Après avoir enrichi les théâtres du 
Vaudeville et des Variétés de ses productions, 
il est devenu, en i8i5, directeur de ce théâtre 
que Boileau a peint et prévu dans ce vers : 

Le Français , né malio , forma le 'vaudeville. 



88 BIOGR^^PHle. 

Cette direction cessa en 182a, parla volofité 
même de Désaugiers; mais il la reprit en 1825. 
Il était encore directeur quand il mourut y le 
9 août 1827 y des suites de l'affreuse opération 
que nécessite trop souvent la maladie de la 
pierre; il était né à Fréjus en 1772. Nous ne 
citerons aucun de ses vaudevilles^ connus de 
tout le monde; nous rappellerons seulem^mt 
qu'il a cj^éé, comme chansonnier, le person- 
nage grivois de Cadet Buteux^ auquel il a 
prêté une foule de' choses spirituelles et pi-*- 
quahtes :, qui n'a pas chanté les revues ou pots* 
pourris de Cadet Buteux sur la Postale y sur 
Artaxerxe et sur les Danaïdes ? Les Chansons 
de Désaugiers ont été imprimées- en 3 volumes 
in-8**; le premier en 1808, le deuxième en 
1812, et le troisième eh iQi6. Le libraire 
Ladvocat en a donné une nouvelle édition, 
eu 4 volumes in-i8, efa 1827. Désaugiers fut 
maçon excellent et joyeux. -Il appartenait à la 
loge de la Parfaite Réunion , orient de Paris , ' 
et Tordre lui doit sept cantiques qui font l'or- 
nement et le charme des recueils et des assem^ 
blées maçonniques^ 

pESÈZE (Romain), né à Bordeaux en 1750, 
était avocat avant la révolution , et avait acquis 
une honorable réputation dans son ordre, lorsi-^ 



BIOGRAPHIE. 89 

que la confiance du roi Louis XVI l'associa à 
ses défenseurs, MM. Tronchet et de Malesher- 
bes Ce choix immortalisait M. Besèze , qui se 
montra digne, par ses sentiments, de la haute 
mission qui lui était confiée. Si son plaidoyer, 
comipe ouvrage oratoire, n'obtint pas tous les 
suffrages, c'est qffil fallait plus que du dé- 
vouement et un mérite recommandable pour 
s'élever jusqu'à une si immense infortune, en 
présence d'une nation entière qui comptait de 
si beaux talents, et aux regards d'une posté- 
rité qui admire les Vertus, mjiis juge aussi le 
mérite. M. Desézç subit les rigueurs de la dé- 
tention, qui ne fut pas immédiate à la fu- 
neste catastrophe du 21 janvier 1795 j il sor- 
tit de prison après le 9 thermidor an 11 (1794)* 
Le seul Malesherbes ayait porté sa télé sur l'é- 
diafaud : depuis long-temps il avait le mal- 
heur d'être célèbre. Sous le gouvernement im- 
périal, M. Desèze resta inaperçu. En i8i4> 
Louis XVIII le nomma premier président de 
la cour de cassation , en remplacement de 
M. Muraire , et successivement comte, pair de 
France, membre de l'Âcadémie-Française , et 
chevalier des ordres du roi. M. Desèze mourut 
en 1827. Il étatt en 1806 membre de la loge 
d^s Neuf Sœurs. 



go BIOGRAPHIE. 

DIEULAFOY (H.)^ auteur fjp^maiique. 
Quelques vaudeyiHes et parodies l'ont signalé 
aux amis de la gaité. Les ge&s de goût n'ont 
point oublié sa jolie comédie en un acte en vers. 
Défiance et Malice , jouée au Théâtres-Français 
pour la première fois en 1801 /et qui est restée 
au répertoire. Il a donné , 1m i8oS^ au théâtre 
LouTois, le Portrait de Michel Cen^antes, co- 
médie en trois actes et en prose. L'Académie 
royale de Musique lui doit^ et à son collabora- 
teur M. Briffant, enS8i6^ les Dieux rivaux, 
opéra en un acte» musique de MM. Persuis, 
Spontini, Bertoz et Kreutzer^ et en 1820, Oty^m- 
^, opéra en trois actes, musique des mèmea,. 
^hors M» Persuis f il a> comme maçon , composé 
plusieurs cantiques. Dieulafoy est mort en 1823. 

DIXMERIË (Nicolas Bricaire de La), homme 
de lettres, paquit en Champagne, Ters 1731, 
et rnourut à Paris eu 1791. II a publié entre au- 
tres ouvrages des Contes philosophiques ei mo^ 
raux^ a vol., 1765; 5 vol.^ 1769Î l^s Deux 
Âges diif Goût et du Génie sous Louis XIK et 
soKfS Louis Xf^9 in*-8% 1769; le lutin, 1770^ 
iu*i3 ^ V Espagne littéraire, 4 ^ol. iu-ia, 1774» 
l'Éloffi^ analytique et historique de Michel de 
Montaigne, etc., in-12, i78o;fe Géant Jsoire, 
sire de Montsouris, 2 vol. în-ra, 1788, etc. 



> BlOa&APfilS. 91 

FraocrmftfûQ ei qiembre d^ la loge des Neuf 
Sœur^f il a Irendù à cette loge dçs services émi- 
nents. Fondée en 1776'^ la loge n'ayant pas 
cherché, contre Tusage, son patron dans la 
légende, elle n'obtint qu'à grand'peine, de la 
grande loge de France , les constitutions qui as^ 
suraient sa pégularité* Bientôt les modifications 
qu'elle apporta dans la réception maçonnique 
de Voltaire > plus tard les honneurs funèbres 
qu'elle rendit au prince de notre littérature, 
et que la grande loge trouva trop mondains , 
plaeèrent la loge des N^if Sœurs $&a% W joug 
de i^bitraire. SilSa local ordinaire lui fut in-r 
tepdit. Dans cette position, dont elle ne se plai«- 
gnit pas, saqs loeal fixe , elle excita le courroux 
de. quelques chefs de la grande loge, en don^ 
naut une loge d'adoption, le 9 mars 177g, dans 
le local dît du Cirque rojaL Cette tenue fut 
nombreuse et brillante, n^ais, comme toutes les 
réunions extraordinaires, un peu tumultueuse : 
là est le grief dont se servit la grande loge pour 
ladémolir, attendu querrl'assemblée aTait excité 
ce les justes plaintes des maçons et la okmeur ^ 
« publique. N Un des motifs particuliers est 
que l'un de ses membreis, l'abbé Gordier de 
Saint- Firmîn {voj. ce nom^, avait fait choîij; 
« d'une récipiendaire contre son gré , et l'avait 
(c séparée de sa parente. » La loge des Neuf 



ga BlOOKAPBIE. 

Sœurs f déjà fatiguée des persécutions ée fa 
grande loge, s'indigna d'une démolition qu'elle 
jugeait ne pas avoir méritée; elle chargea de 
sa défense trois de ses membres : les frères de 
La Dixtnerie, son orateur et député, Court de 
Gébelin, son secrétaire et député/ et le <ymte 
de Persan y son maître des cérémonies et dé- 
puté. Ces illustries frères publièrent un Mé^ 
moire pour la loge des Neuf Sœur^^ in -4^ de 
44 V^^^>^179> que rédigea le frère de La 
Dixmerie en qualité de rapporteur. Ce mémoire 
où i'ftuteur passe en revue les membre» de la 
loge, et fait connaître leurs titres à la cStisî- 
dération publique , est remarquable par la sim*- 
plicité avec laquelle les faits sont présentés, la 
force de la dialectique, et en même temps une 
énergie qui ne s'écarte jamais de la modéra-^ 
tion. II valut à la loge sa réintégration sur le 
tableau des loges régulières de France ; à la 
suite du Mémoire est le Discours que le rap- 
porteur avait prononcé en qualité ^orateur de 
la sagesse. Lors de la réception de Voltaire, le 
frère de La Dixmerie , inspiré par la présence 
de l'illustre néophyte, improvisa ce quatrain 
qui fut vivement applaudi , et dont l'aùgustQ 
vieillard Je, remercia avec sensibilité .\ 

Au seul nom de l'illustre frère , 
Tout maçon trîomplie aujourd'hui ; 



BIOGRAPHIE. 95 

Il re^çoit de nous la lumière : 
Le monde la reçoit. de lui. . 

Voltaire mourut quelques mois après à l'âge 
de quatre -vingt-- quatre ans. Le frère de. La 
Dixmerie, au nom de la loge^ rendit au grand 
homme, doi^t elle déplorait la perte, un éclatant 
hommage, en prononçant dans la <îérémonie 
funèbre Y Éloge de Voltaire (in-S^* de 1 20 pages, 
1779, Genève et Paris).. Ce discours, peut-- 
être trop littéraire pour la circonstance, fut 
néanmoins accueilli avec la plus grande fa- 
vetir (2;oy, Voltaire). 

DUFRESSE (Simon -Camille), maréchal 
de camp en retraite^ commandeur de la Lé- 
giop-d'Honiieur, chevalier de Saint-Louis, est 
né le a mars 1762. Ce frère qui , pendant trois 
années, remplit les fonctions de gouverneur de 
Valladolid, en Espagne, présida plusieurs fois 
les travaux d'une loge éliablie dans le local 
mém^ de TafFreux tribunal de l'Inquisition, et 
l'on entendit souvent retentir les coups du 
maillet mystérieux , emblème de charité , de 
tolérance et de fraternité ; là où le fanatisme 
avait , au nom d'un dieu de paix et de clé* 
mence, aiguisé ses poignards et multiplié le^ 
instruments de torture, où tant de victiriies. 



94 BlOORAPaiE* 

au milieu des eris de la douleur et du déses^ 
poir, invoquaient en Yain de Dieu au nom du-» 
quel on les assassinait. 

Dans eè hideux palais ée là mort, les ma-' 
çons hatiù^U, et dé§ ttëtèÈ édlAitês de Tfispa^ 
gtie mùltlplittiènt les àictêS dé biehfdèàlidé et 
lè^ exhoftatriôlid à la éonéprdè et à rhuf»à?llité 
pôut èecotirîr les victiines; qttî avaient iTdrtëcaf ^ 
et écilàil'èt* uti peuplé généreti!il que les ttlôiùéé 
avaient àbftiti.4..i Leimoineâ sotiti^eveniM^ et 
en 1824, les sept màdoùi de Gretiade tnis k 
mort ai^&c c/t^ai/te' (suivant la seritètice), et léurâ 
biens confisqués ont prou'vé (|ii'rl faut &ut sup- 
pôts du fanatisme la vengeance du sang et de» 
richesses. 

Le tvètt DufreSse^ est retii^é à )a Campagne^ 
à quelques lieUes dé Pari». 

DULAURE (JFàcqties-Arftâifte), historien , hé 
à Clermont (Puf-de-Doriie) lé 5 Septembre ij5ôf. 
Il se fit connaître en t^S'f, par wa^ Nouvelle 
Description de Paris y qui à été Torigine de Sôti 
HistoiPà physique^ cmle et frtôfale de Pàtls^ pti* 
Miée depuis le rétablissement dn gouveriiéinéilt 
royail en t8<4- M^^s l'ouvrage nouveau est deve- 
nu un monument historique du plus haut iiiité- 

t , tandis que? Foiivràge primitif n'était qu'un 
sfmpVe guide, une sorte de conducteur dans la 



^. 



capitale. M* Dolaure fut membre^de la con«' 
ventiod nationale et du eon$eil de8 ciiiq-^ents^ 
Là s'est bornëé sa carrière politique. CçUe de 
l'histoire, nous l'avons dit, s'est agrandie^ et 
il appartient maintenant à la classe de nos pre«> 
mier» historiens* Admis dansi l'ordre iiiaçonni«« 
qne^ il s'y est distingue; on Tpit figurer son 
nom stir un annuaire de iStùff comone l'un des 
fondateurs de la loge d'Osiris, orient de Sèvres^ 
prés Paris. Membre de la toge des ChevaUerg de 
la Cfôiac, il a été conduit naturellement à l'or^ 
dre du Temple qui a pris souche sur cette loge* 
M. Dulaure^ parle un pea légèrement de l'une 
et l'autre institution^ il critique surtout les tt-^ 
très, et les décorations maçonniques : nous 9ùm*' 
mes,, sur ce point , toutr-à-fait de son avis; mais 
ce n'est là qu'on travers qui n'empêche pas que 
l'institutioo, en dlel*-»mèdie, ne soit une des 
plus respectables paanni les înstilulions philan^ 
tbropiqnes. 

DUMAS (le comiei Mathieu), lieutenant 
général , membre de la cbsmbro des députés , 
est né k Montpellier le fi5 décembre 1758, et 
se consacra à la profession de» armes* Il fit la 
guerre de l'indépendance américarnef en qiia-^ 
Hté de càfpîtaine dans l'armëe dn général Ro- 
chambeati ; il fut, en 1785, mân?chal des logiit 



96 BIOCRAPRia. 

de Tétat- major général, et major en 178$^ 
L'année suivante il alla reconnaître l'étal mi- 
litaire des lies du Levant, et devint, en 178g, 
aide de camp du maréchal dé Broglie , puis du 
général La Fayette , commandant général de la 
garde nationale. Il fut nommé, en 1790 9 di- 
recteur du: Dépôt de la guerre, et chargé ea 
i7i9i^ à la tète desl gardes nationales de dif- 
férents départements , de ramener à Paris 
Louis XVI, qui avait été arrêté à Varennes. 
Le département de Seine^-et-Oi&e lé nomma la 
même année , membre de l'assemblée législa- 
tive. Suspect en 1792^ il fut néanmoins^ par 
le besoin que Ton avait de ses services , mis à 
la tête du Dépôt des plans de campagne, en 
qualité, de directeur^ Il reparut au corps -légis- 
latif en 1795, en qualité de membre du con- 
seil des anciens, où l'élut le département dont, 
en 1791,11 avait obtenu les suffrages. Ce fidèle 
f ami de la liberté légale fut proscrit par le di- 
rectoire exécutif, et il se retira à Hambourg. 
Le gouvernement consulaire le rappela, et le 
nomma bientôt pour réorganiser l'armée de 
réserve à Dijon. Il fit la campagne de cette 
année qui amena la paix de Lunéville. Devenu 
conseiller d'État il proposa, au nom du gou- 
vernement, la création de l'ordre de la Légion- 
d'Honneur, décrétée en 1802, et seçut, en 



BIOGEAPHIE. 97 

i8o5, avec le titre de grand officier de' cette 
légion^ le grade de général de division. Joseph 
Bonaj>arte, parvenu au trône de Naples,, le de- 
manda à Tempereur son frère pour le premier 
minisrère du royaume, et le général Dumas 
devint ministre de la guerre en 1806; en 1808, 
grand maréchal du palais et grand dignitaire 
de l'ordre des Deux-Sicîlës. Il fit , au mois de 
mai 1809, à la tête de l'ai'mée d'Italie, sa jonc- 
tion avec la grande armée , et se trouva au 
passage du Danube le /juillet, et à la bataille 
de Wagram les 5 et 6 du même mois. 

L'empereur le chargea de faire exécuter les 
conditions de l'armistice de Znaïm. Intendant 
général de l'armée dans l'expédition de Russie^ 
il fut fait prisonnier à la bataille de Leipzic, 
le i8 octobre i8i3. Il recouvra la liberté 
en i8i4; le gouverûement royal le classa parmi 
les conseillers d'État honoraires. Peu après, il 
fut nommé directeur de la comptabilité des ar- 
mées, et compris dans une promotion de com- 
mandeurs de l'ordre de Saint - Louis. Pendapt 
les cent jours, en i8ï5,il reprit ses anciens 
titres; après la seconde restauration, il fut mis 
à la retraite. 

Le général Mathieu Dumas a publié plu- 
sieurs ouvrages sur la science militaire; ce 
sont : Précis des événements militaires , ou Es^ 



II. 



q3 biographie. 

sais historiques sur la guerre présente ^ iSoo; 
Prépis des événements militaires^ ou Essais his^ 
toriques sur les campagnes de 1799 ^ i3i4> 
% voU in-8^. Membre de la chambra des dé- 
putés , en 1827- 1828, il ajoute de nouveaux 
titres à l'estime de ses concitoyens. Comme 
francHsiaçon 9 il était, en 1802, membre du 
Grand Orient de France , en qualité de député 
de la loge de la Constance éprouvée , orient d^ 
Paris, 

DUMERSAN(NO, dont le nom de famille 
est MARiON y est né au château de Castelneau , 
prèsd'Issoudun^ en 1780. Il fit de bonnes études 
«t fut employé, en 179^, au cabinet des mé- 
dailles de la Bibliothèque du roi^ où il est encore 
attaché en qualité de secrétaire de ce cabinet. 
Comme numismate et archéologue , il a publié 
plusieurs ouvrages utiles, et qui ont prouvé 
toute son aptitude à des travaux qui contras-^ 
tent singulièrement avec le genre de littérature 
qu'il a adopté. Il est l'un des plus féconds au-- 
teurs des théâtres du Vaudeville, des Variétés , 
de la Porte Saint^Martin, etc.; et son nom se 
trouve associé à presque toutes Içs pièces de 
MM, Désaugiers, Merle, Bra:çier, Jos, Pain, 
deRongemont, Dartois, Sewrin, Georges Du- 
val^ Gabriel, etc. Il a aussi publié quelques ro- 



BIOGRAPHIE. gg 

mans^ entre autres , le Soldat labourçur, Aeçu 
maçon à la loge de la Parfaite Réunion ^ orient 
de Paris, il a composé plusieurs cantiques qui 
se trouvent daûs leà recueils maçonniques. 

DUMOLARD (H.-F.), auteur dramjitique, 
a débuté dans la carrière des lettres par uii 
poème iixûivXé Fénehn au tombeau de hotrou. 
Il a fait seul ou en société, plusieurs comédien- 
vaudevilles , et a été Téditeur des Mémoires 
de Favartn On a aussi de M. Dumolard plu<- 
sieurs cantiques maçonniques. 

i ' _ . 

DUPATY (Charles-Marguerite- Jean -Bap- 
tiste^Mercier), naquit à la Rochelle en 1744^ 
et mourut à Paris en 1788. Il était avocat gé- 
néral au parlement de Bordeaux lorsque la part 
qu'il prit, en 1770, dans les discussions des 
cours souveraines^ le fit enfermer au château 
Pierre-en-Cise, à Lyon. La cause de Tindépen- 
dance de la magistrature qu'il défendait ayant 
triomphé, il fut rendu à la liberté, et bientôt 
agrès nommé président à mortier au même par- 
lement. Ce digne magistrat a jpul^lié, entre au- 
tres ouvrages, des Héflkxiotis historiques sur 
les lois criminelles qui sont estimées des juris- 
consultes, et qui ont contribué à la réforme du 
code criminel. Ses Lettres sur V Italie ^ mises au 



lOO BIOGRAPHIE* 

joijuren 1788^ et souvent réimprimées depuis; 
ont eu un succès populaire. La Harpe en dit gé-^ 
néralement du bien ^ et Voltaire traite cons- 
tamment avec estime un magistrat littérateur 
qui honorait sa profession et les lettres par ses 
talents, son courage, et un esprït ingénieux. 
Gomme citoyen , comme père de famille , c'était 
un homme doué des plus nobles qualités, un 
homme d'une sensibilité exquise. Comme ma- 
çon, c'était un excellent frère; membre de la 
loge des Neuf Sœurs ^ il a mérité cet éloge du 
frère de La Dixmerie, qui n'était dans son ju- 
gement que l'écho de l'opinion publique. Ma- 
gistrat respectable , aussi connu par son cou- 
rage que par ses lumières, digne à la fois d'être 
cité pour un modèle de conduite et d'élo** 
quence. 

DUPATY (Emmanuel), homme de lettres, 
chevalier de la Légion* d'Honneur, second fils 
du président Dupaty, est un des plus spirituels 
membres de l'association maçonnique, et il a 
embelli les fêtes de l'ordre de ses heureuses pro«- 
ductions. Réquisitionnaire, il servit dans la 
marine comme matelot, puis comme aspirant. 
n«e distingua au combat du 2 juin 1794* Du 
service de mer, il passa dans les ingénieurs 
hydrographes, et enfin dans le génie militaire. 



B10URJkPRIE« lOI 

Sa dette payée à TÉtat, il voulut serrir les 
muses, et devint im de leurs favoris; mais sod 
coup d'essai manqua de lui être funeste, poli- 
tiquement parlant. I^s Valets de rantiçJmm" 
bre, qu'il donna à l'Opéra-Comique, furent te- 
nus pt>ur une satire contre le gouvernement, 
et le téméraire chansonnier dut aller expier à 
Saint - Dominique la liberté grande de s'être 
moqué de gens qui se moquaient bien autre- 
ment du bon peuple français. 

On l'envoya d'abord à Brest ait on le tînt en- 
fermé; heureusement les juges se mirent à rire, 
comme feu M. de Francaleu, et il3 furent 
désarmés. On rapporta le terrible décret ; l'au- 
teur eut la liberté de revenir a Pjaris; les Va-- 
lets dans V antichambre reparurent sous le titre 
de Picatos et Diego : tout le monde fut con- 
tent^ et M. Dupaty ne fit plus d'allusions poli- 
tiques. Ses plus jolis opéras comiques sont le 
Chapitre' second, la Jqune Prude, Ninon che^ 
madame de Sévigné , Mademoiselle de Guise , 
V Intrigue aux fenêtres , Françoise de Foùc , 
le Poète et le Musicien, les Voitures versées. ' 
An^ Vaudeville il donna les Deux Pères on la 
Leçon de botanique, le Jaloux malade, la 
Jeune Mère , Jgnès SoreL II enrichit le réper- 
toirede Louvois à^ la Prison militaire , en cinq 
actes^. Le Théàtre-Francais lui dut /e Portraits 



lOa BIOGHAPHIE. 

d^ PréviUey Avis aux Maris ^ etc. Depuis les 
ftalets dans V antichambre ^ M. Dupaty a laissé 
en paix le gouvernement; chacun y a gagné , 
auteur et ministère; mais il est une classe d'in*- 
dividus qu'il a flétris^ en publiant une satire 
$ous le titre des Délateurs. En cçla il leur a fait 
trop d^honneur; car hommes de cette espèce 
.ne doivent être atteints que par les magistrats 
et l'opinioa publique, Cet ouvrage eutun^uc- 
ces de vogue, 

DUPERRON (l'abbé Jean-François-Reveché), 
vicaire général de Montauban^ ancien grand'-^ 
croix de Fordre royal de Saint-Louis, grand 
Écossais, membre de la loge de la Réunion des 
Étrangers y orient de Paris (t^o/. Waï.terstobff, 
Bakon, Dewis). 

. . DUPIN (André-Marie- Jean- Jacques ) , avocat 
et docteur en droit, men^bre de la chambre des 
représenta^nts en i8i5, et de la chambre des 
députés en 18:27-18:28, né à Varzy le i**" février 
1785, Il se fit remarquer par d'excellentes étu- 
des, un grand amour de sa profession, et sur-^ 
unit par un noble courage dans plusieurs grands 
procès pour causes^ politiques, I] appartient à 
l'ordre n>açonnique, où plus d'une fois il a fait 
entendre les plus beuréuses improvisations^ 



BIOGRAPHIE. lOS 

DUPIN jeune (Philippe -Simon), avocat et 
docteur en droit , frère du précédeîit , est né à 
Varzy le 7 octobre 1795. C'est sôiis la direction 
de son frère qu'il se présenta au barreau , où il 
se distingua dans plusieurs causes importantes. 
Membre de l'ordre maçonnique^ revêtu des 
plus hauts degrés de cet ordre, M. Dupin 
jeune , par ses brillantes improvisations , a at- 
tiré long-temps une foule de frères instruits aUx 
séances de la loge des Trinosophes. Les recueils 
maçonniques renferment plusieurs de ses dis- 
cours écrits.. Comme improvisateur, comme 
écrivain, il a ùh mérite unanimement re^ 
connu. 

EUE DE BEAUMONT (Jean-Baptiste-Jac- 
ques), avocat au parlement de Paris, naquit àt 
Carantan en 1732, et mourut en 1786. 11 est 
connu par, plusieurs Mémoires célèbres, entre 
autres, par le Mémoire pour les Calas y 1762,. 
in 4''. Élie de Beaumont était membre de la 
loge des Neuf Sœurs. 

ÉPRÊMÉN1L( Jean-Jacqués-Duval d'), con- 
seiller au parlement^ etc. , naquit à Pondichéry 
en 1746* Il fut envoyé à l'âge de. quatre ans à 



^to4 BIOGRAPHIE. 

Paris où il fit de bonnes études^ et acheta suc- 
cessivement les charges d'avocat du roi au Châ- 
telet, et de conseiller au parlement. Jeune et 
frondeur, il fut un des censeurs les plus sévères 
de la cour ayant 1789, etmoi^tra une opposition 
si vive à l'adoption des. édits sur Timpôt du 
timbre et l'impôt territorial , que les minis- 
tres donnèrent l'ordre de l'arrêter. Le mar- 
quis d'Àrgoust, chargé de cette mission, entra 
dans la chambre même où le parlement était en 
séance. M. 4'ÉpréméniI , un des plus zélés dé- 
fenseurs des privilèges des parlements, reçut 
dans cette circonstance des nfarques touchantes 
de l'afiFection de ses honorables collègues* Le 
marquis d'Argoust demanda plusieurs fois, Oà 
est M. d^Épréménil? et chaque fois on répon- 
dit de tous côtés : Nous sommes tous M. d^É-^ 
préméniL Un officier de robe courte, auquel 
M. d'Argoust s'adressa ensuite, se borna à dire 
qu'// ne le voyait pas; mais M. d'Épréménil 
se leva de lui-même, et fut enlevé. Il passa une 
année aux îles Marguerite. Ce célèbre magistrat 
remporta dans une autre occasion un triomphe 
que son cœur détestait peut-être en secret: 
M. de Lally, commandant des troupes du roi 
dans l'Inde , avait été condamné à mort par le 
parlement de Paris, comme traître à la patrie. 
M. de Lally fib voulut faire réhabiliter la mé- 



BIOGRAPHIE. I05 

moire de son père, et fit appel du jugement'. 
Cette afFaire fut renvoyée au parlement de 
Normandie ^ où M. d'Épréménil se transporta 
pour soutenir le bien jugé du parlement de 
Paris, et eut le malheur de triompher. La 
révolution éclata. Il fut nommé par la no- 
blesse de Paris, député aux états -généraux 
en 1789; il devint l'un des plus ardents dé- 
fenseurs des privilèges de la cour, et s'op- 
posa à toutes les décisions de l'assemblée 
constituante. Cette conduite fut trop remar- 
quée, et il faillit être victime de l'indignation 
populaire lorsque la foule le rencontra sur la 
terrasse des Feuillants, le 17 juillet 17^2. 
Couvert de sept blessures , il fut arraché des 
mains de ces furieux par l'énei^ie du chef d'une 
patrouillle de la garde nationale, l'acteur Mi- 
calef. Il se retira dans une de ses terres, jlrès 
du Havre, d'où il fut conduit à Paris. Livré 
au tribunal révolutionnaire avec sa femme, 
tous les deux furent condamnés à mort et exé- 
cutés le 25 avril 1794* M. d'Êpréménil était 
membre de la loge des Neuf Sœurs en 1778* 

EUGÈNE -NAPOLÉON (le prince), fils du 
général Beauharnais et de Joséphine Tascher 
de La Pagerie (voj\ Joséphine), et fils adoptif 
de Tempereur Napoléon (vojj ce nom), archi- 



I06 BIOGHAPHIE. 

chancelier d'État âé l'empire , vice-roi d'Italie. 
L'un dés plus beaux caractères modernes, le 
prince Eugène eut toutes les vertus d'un bon 
fils, d'un bon époux, d'un grand citoyen, tout 
le courage d'un héros, tous les talents d'un des 
premiers officiers de l'armée qui possédait tant 
d'hommes d'un mérite supérieur. Au faite des 
honneurs et de la gloii^è , dans les douleurs pu- 
bliques ou privées , il honora les fastes français 
de son nom immortel. C'est Eugène qiii, par 
un trait de caractère chevaleresaue, fut le pre-. 
mier anneau de la chaîné qui unii loiig-temps 
et qui aurait dû unir toujours le général Bona- 
parte et la veuve du général Beauharnais. 

Aprè^ le 1 5 vendémiaire an v ( 1 797 ) , le 
désarmement général des citoyens de Paris fût 
onlonné. Eugène, à peine âgé de quinze ans, 
se présente chez le général , et lui deq^ande , 
avec cette touohante fierté de la jeunesse, l'épée 
de son père. Le général ému lui présente la 
sienne et prend avec affection la main de ce 
noble enfant. L'entrevue, jusque-là différée , 
du général et de madame de Beauharnàis eut 
lieu dès le lendemain, et leur union en fut la 
suite. Napoléon adopta Eugène; mais de fu- 
nestes conseils portèrent l'empereur à se choisir 
une autre épouse. Joséphine et Eugène avaient 
une même âm^e : ils furent au-dessus de leur 



BIOGBAPHIB. 107 

malheur. £û 1814» la France est envahie par 
les puissances coalisées. Le traité de Fontaine-* 
bleau laissait aux souverains de Russie , d'Au- 
triche et de Prusse 9 le droit de disposer du sort 
d'Eugène , époux dé la fille du roi de Bavière. 
Ces monarques, demandèrent une entrevue à 
Joséphine. L'impératrice-reine était plongée 
dans un morne chagrin et atteinte d'un violent 
mal de gorge. Pour plaider la cause de son fils, 
elle surmonte ses souffrances. L'entrevue eut 
lieu; mais cet effort de rame avait épuisé la 
nature ; peu de jours après elle mourut. Eu- 
gène, devenu duc de Lenchlemberg, se retira 
dans les États de son beau-père, où il mourut 
en 1824. 

Le |irince Eugène aimait la maçonnerie; en 
i8o5 i! fut nommé vénérable d'hqnncur de la 
loge de Sainte-Eugène y orient de Paris. L'orient 
de Milan donnj^ le nom di Eugène à l'un de ses 
ateliers, et les maçons d'Italie ayant établi , en 
i8o5, un Grand Orient à Milati, il en fut nommé 
le grand maître et en même temps souverain 
commandeur du suprême conseil du 33* degré, 

EXPILLY (l'abbé Jean-Joseph d'), dont le 
nom est quelquefois écrit. Espillt, naquit à 
Saint-Remy. en Provence, en 1719, et mourut 
en 17^. Il fat secrétaire d'ambassade du roî 



103 BIOGRAPHIE. 

de Steile; examinateur et auditeur général de 
TéTéché de Sagona en Corse ; eufin chanoine- 
trésorier en dignité du chapitre de Sainte-Mar-* 
the, de Tarascon, L'un des écrivains les plus 
instruits ^ les plus laborieux , les plus féconds et 
les plus exacts en géographie; il a publié un 
grand nonibre d'ouvrages, qui ont un peu 
vieilli. Il donna entre autres livres utiles, en 
1757, in^i8, le Géographe manuel y souvent 
réimprimé; de la Population de la France y 
1765 > in-folio, et Dictionnaire géographique ^ 
historique et politique des Gaules et de la France , 
Paris, 6 voj. in-folio, 1762-1770, qui ne va 
que jusqu'à la lettre S. L'abbé d'Ëxpilly était 
membre du Grand Orient de France avaht la 
révolution. Le 12 juillet 1787, deux étrangers 
en cpstume musulman .s'étant présentés à la 
chambre des provinces assemblées, l'abbé d'Ex- 
pilly fut chargé de les tuiler et de les introduire. 
Ces deux frères, placés sur les collines, leur 
introducteur et truchement annonça que, voya- 
geant pour le commerce, ils venaient d'être 
victimes d'un naufrage qui les privait de tout^ 
et qu'ils sollicitaient des secours pour pouvoir 
se rendre dans un port de la Méditerranée. Ils** 
avaient été reçus maçons , l'un à Gonstantinople, 
et l'autre à Londres , et étaient porteurs de 
diplômes réguliers. Ces visiteurs étrangers ne 



BIOGRAPHIE. 109. 

parlaientni^ françah ni latin, mais ils exécu- 
taient très-réguIiérement la marche et les signes 
emblématiques de Tordre. L'abbé d*ExpiIly leur 
rendit toutes sortes de bons offices. C'était un 
maçon trés-éclairé et d'un zèle exemplaire aux 
travaux maçonniques. 

EYMAR (le comte Ange-Marie d'), préfet 
du département du Léman, fut élu en 1789, 
par la noblesse de Forcalquier et de Sisteron y 
député aux états-généraux^ L'un des premiers 
de son ordre, il se réunit au tiers^tat, et sou- 
tint avec honneur et sagesse les principes qu'il 
avait adoptés. Une biographie annonce que l'un 
des amis de J.-J. Rousseau lui fit décerner les 
honneurs du Panthéon. Nous aimons a croire 
à cette noble et éclatante justice, provoquée 
par un homme digne de la sentir et de l'expri- 
mer. M. d'Eymar échappa heureusement aux 
proscripteurs de 1795- Sous le directoire exé- 
cutif, il fut nommé ambassadeur à Turin. Sa 
mission est remarquable en ce que, feignant 
de savoir ce qu'il ignorait Iréellement, il fit 
avouer aux ministres du roi de Sardaigne que 
le prince avait conclu un traité secret avec les 
puissances coalisées contre la France. Cette cir- 
oonstance , où l'ambassadeur français fut aussi 
heureux qu'habile, amena le roi à quitter le 



IIO BIOGRAPHIJS^ 

Piémont pour se retirer en Sai^daigne, Le gon- 
verneinent consulaire , appréciateur des talents 
de M- d'Eymar, le nomma préfet du Léman. 
Son administration fut. belle ^ et a laissé de 
nombreux souvenirs; malheureusement elle fut 
courte : M. d'Eymar mourut à Genève le it 
janvier i8o3. Il a publié : i** Réflexions sur la 
nouvelle division du rQfàumùj iu-8'', 1790} 
:3t Anecdotes sur J^iotU^ in-12; S** Notice his^ 
torique sur la vie et lés ouvrages de Dolomiens 
c'était son ami et/ son compagnon dans ses ex«- 
cursions sur les Alpes. Franc-maçon , Mi d'Ey- 
ttiar étfi^it membre de la logesde la Fraternité ,' 
orient d« Genève* Le^s hommages de ses frères 
honorent sa mémoire. 

F. 

FABRÉ-PALAPRÂT ( Bernard-Raymond ) , 
médecin^ membre de la Légion-<l'IJonneur^ est 
ne à Coites, , près d'Alby, le 2^ mai 1775. Il a 
été plusieurs fois président de l'Athénée des 
Arts et de la Société royale académique des 
Sciences ^ et a fondé, avec plusieurs médecins 
et autres personnes honorables, la Société mé- 
dico-pbitanthropique, institution digne de son 
nom par le^zèlo. de «es membres et les secours 
de toute espèce qu'elle accorde aux indigents. 



BIOGRAPHIE. ttl 

M. Fabré-Palaprat vient de pdblicr (1828) un 
ouvrage sur le Gahanisme. Franc - maçon > 
M. Fabt»é-Palaprp.t devint le député ^ au Grand 
Orient, de la loge des Sbhceves Amis y orient ' 
de Paris, en i8oi> et a été Fun des fondateurs 
de la loge chapi traie des Chevaliers de la Croix^ 
même orient, en i8o5; il fut élu oflfiçier du* 
Grand Orient en 1808; mais entièrement coq** 
sacré à Tordre du Temple, <pii l'avait nommé 
son grand maître , il n'accepta pas l'honneur 
maçonnique qui lui était déféré. M. Palaprat 
jouit d'une estinae et d'une considération ju$«« 
temenw acquises» 

FALLET (Nicolas), homme de lettres, l'un 
des fondateurs de la loge des Neuf Sœurs ^ na- 
quit à Langres en lySS, et, mourut à Paris. en 
1801. 11 a publié, comme littérateur, Pkaéton^ 
poème hérqï - comique en six chants^ i775; 
Asfenjtures de Chœréas et de CaUhiroéy traduit 
du grec, 1775, 1776, 1784; Tibère eiSerénus, 
tragédie jouée sur le Théâtre-Français en ï 782 , 
dix i:eprésentations; Mathieu ou les dei^x Sou- 
pers, musique da Dalayrac, représentée à Fon<^ 
tainebleau en 1785 , et mise au Théâtre-Italien 
en 1784, sous le titre des D$ux Tuteurs; les 
Fausses Nouvelles, musique de Çbampein, re- 
présentées sur le Théàtre^Italien en 1786. Ses 



112 BIOGRAPHIE. 

poésies sont imprimées sous différents titres. 

FAUCHET (le baron Jèan^Antoîne-Joscph), 
ancien préfet ^ commandant de la Légion- 
d'Honneur^ est né à Sainte Quentin en 1765. 
M. Fauchet , dont l'éducation avait été trés- 
soignée^ se fit conriaitre en 1792 par une bro- 
chure intitulée la France heureuse par la Cons" 
titution. Elle lui valut la place dç chef dans 
les bureaux de la guerre , et il fut successive- 
ment secrétaire de la mairie de Paris, secrér- 
laire du pouvoir exécutif, et ministre pléni- 
potentiaire aux États-Unis, où il devint l'ami 
de Washington. Rappelé par le directoire , il 
refusa la place de commissaire du gouverne- 
ment à Saint-Domingue. Le premier consul 
.Bonaparte le nomma en 1800 préfet du dépar- 
tement duVar, et, devenu empereur, préfet 
de la Gironde; quatre ans après, en 1809, 
M. Fauchet passa à la préfecture de l'Arno , où 
il resta jusqu'en i8i4- Le :22 mars i8i5 il re- 
prit, comme préfet, ^'administration de la Gi- 
ronde , qu'il perdit par suite de la seconde 
restauration du gouvernement *royal. Les longs 
et importants services de M. Fauchet avaient 
été récompensés par l'empereur par les titres 
de baron et de commandant de la Légion- 
d'Honneur. Cet honorable citoyen se console 



BIOGRAPHIE. Il5 

en philosophe de l'oubli des ministres de la 
restauration et de leurs nombreux successeurs. 
MaçoD depuis trente ans ^ il trouve parmi ses 
frères l'amitié^ les plus doux égards, et il leur 
consacre,- comme orateur du Grand Orient en 
son suprême conseil des rites, le fruit, de ses 
studieux loisirs. Les procès -verbaux imprimés 
de l'ordre rappellent, sous le titre modeste 
àe discours, de précieux morceaux d'érudition 
et d'éloquence. 

FERNIG (Louis- Joseph-César, comte de), 
maréchal de camp, commandant de la Légion- 
d'Honneur, chevalier de Saint-Louis, est né à 
Mortagne le 12 août i7x4- OflBcier avant la ré- 
volution, il se distingua en. 1792 par un trait 
d'intrépidité. Devant Menin, à la tète de quinze 
hommes, il sauta dans une redoute défendue 
par les Autrichiens, et fut blessé à la poitrine de 
deux coups de baïonnette ; quatre de ses quinze 
braves, moins blessés que les autres, lui sau- 
vèrent la vie. Les Autrichiens furent tués où 
mis hors de combat, et faits prisonniers. Sa belle, 
conduite à Jemmapes lui valut le grade de ca- 
pitaine-adjoint à l'état-major du Dumouriez. 
Le 18 mars lygS, il mérita à Nerwinde les plus 
brillants éloges, et, quoique couvert de blessu- 
res, il ne quitta pas le champ de bataille. Il 
in. -8 



It4 BlOGRÀPklE. 

fut récompénèé pài* le grade dVdjudant géné- 
ral , lieutenant colonel. 

Enveloppé dans la disgrâce de Dumoutiez 
par suite de la défection de ce général , il re- 
fusa de pfendre du service à Tétranger, et lors- 
qu'il put rentrer dans sa patrie , il fit comme 
volontaire et officier d'état-major sans solde, lés 
campagnes des années républicaines vi/ tu ^ 
viM et VL, sous les généraux Hatry, Hoche, 
Jourdan, Masséna, Lecourbe, Moreau et IVfac* 
donald. Pendant qu'il combattait dans les ar- 
mées françaises il faisait réclamer contre Tins- 
eription de son nom sur la liste des émigrés. 
Justice lui fut enfin rendue, et il fut raye 
de la liste fatale. A la suite de la campagne 
dltalie, à laquelle il prii part, il fut chargé 
par les généraux de Pully et de Montrîchard 
de plusieurs commandements en Helvétie. Le 
premier consul Bonaparte le nomma, en l'an x , 
major du iia^ régiment qu^on organisait à 
Bruxelles. A la descente des Anglais en Zé- 
iande, il commanda une brigade d'infanterie, 
et passa en Espagne, où pendant deux années, 
à la tête du premier régiment , il fit une guerre 
de partisans dans laquelle il obtint des succès 
remarquables. A la bataille de Smolensk, l'em- 
pereur le chargea de dépêches pour le maréchal 
prince d'Eckmûhl, mission où il cpuru>les plus 



BIOGRAPHIE. ' Il5 

grands dangers, et qu'il eut le bonheur de rem- 
plir. Dans la retraite de Russie, il fit partie du 
bataillon sacré qui escortait l'ertipereur. Chef 
d'état- majof de cavalerie en Pologne, il fut 
toujours le sous-chef et souvent le chef d'état- 
major du vice-roi. Au combat de Magdebourg, 
le 5 août i8i5, il rendit d'importants services; 
et à la bataille de Lutzén il enfonça le corp§ 
de réserve des grenadiers russes et prussiens. 
 la bataille de Bautzen il mérita et reçut le 
grade de général de brigade. 

CommaiSidant supérieur à Hambourg pen- 
dant le blocus , il fut rappelé dans sa patrie 
par suite des événements de là première res- 
tauration. En i8i5 il devint aide-major géné- 
ral de l'armée organisée sous Paris, et â com- 
mandé une brigade dans la dernière campagne 
qni se termina par le désastre de Waterloo. De 
retour en France, le général de Férnig fut^mis 
en disppnibilité* Il consacra quelques-uns de 
ses loisirs à la société maçonnique, pour h^ 
quelle il montre beaucoup d'attachement. 

FLORI AN (Jean-Pierre-Claris, chevalier de), 
Tun des hommes de lettres qui ont le plus ho^ 
noré leur belle profession par Tboni^teté à^ 
leurs mœurs, est l'un de ceux dont la gloire, 
pour être modeste, n'en a pas moins de charmes. 



1^6 BIOGRAPHIE. 

Il naquit d'une famille distinguée dans les ar- 
mes, aii château de Floriàn dans ks Basses— 
Cëvennes, le 6 mars 1755, et mourut le i5 
septembre 1794* Dans ses jolis romans, qu'une 
femme d'esprit qualifiait de bergeries ^ et où, 
ajoutait^elle , il ne manquait qu'un loup y il 
peint avec un rare bonheur les mœurs des ber- 
gers et celles des anciens preux. Ce bonheur 
ne l'abandonne pas lorsqu'il invente en quel-* 
que sorte l'esprit, le caractère, les habitudes 
du héros bergamasqué y le principal personnage 
des pièces de son théâtre y composées pour les 
délassements du ducdePenthièvre, dontFlorian 
avait été page à l'âge de quinze ans, et dont il 
était devenu le gentilhomme favori, après 
avoir été, dans un régiment d'artillerie , suc- 
cessivement lieutenant et capitaine. iEnfia^, 
dans %e,% fables y il s'est créé un genre qui lui 
a valu tous les suffrages des mères de famille, 
et que le goût place immédiatement après le 
genre où La Fontaine a excellé. Ses OEuvj^s 
complètes ont paru en 16 vol. in- 18, en r8i2, 
et cette édition est généralement préférée. 
Florian était membre de la loge des Neuf-- 
Sœurs. Le frère de La Dixmèrie ( voy. ce nom ) 
juge ainsi cet excellent homme , ce parfait 
maçon : « Il joint à Tavantage d'être petit-neveu 



BIOGRAPHIE. 117 

If de Voltaire des talents que Thérédité même 
(c directe ne donne pas toujours. » 

FONTANES (le marquis Louis de), pair 
de France, etc., naquit à Niort en 1757, d'une 
famille de protestants, victime de la révocation 
de redit de Nantes; mais il fut élevé par sa mère 
dans la religion catholique. M. deFontanes dut 
sa haute fortune à lui-même et aux lettres quMl 
dédaigna au temps des grandeurs. Les ambi- 
tieux et les courtisans voient le point où ils 
sont, le point où ils veulent parvenir, et jamais 
celui d'où ils sont partis. La noblesse littéraire 
vaut bien, ce nous semble, la noblesse des 
grands coups d'épée , ou la noblesse acquise à 
Uœil de Acew/'ancien et moderne. 11 portait avec 
\m toute sa fortune j lorsqu'il débuta dans le 
monde littéraire par une traduction eq vers de 
V Essai sur Vhomme , de Pope ; le f^érger et le 
Jour des morts dans une campagne y poèmes, 
soutinrent le succès de V Essai sur Vhomme ^ 
et M. de Fontanes fut classé parmi les littéra- 
teurs qui donnaient de belles espérances., L'A- 
cadémie-Française honora le talent et les prin- 
cipes de l'auteur, en couronnant son Epîtreexx 
faveuiv di3 nos cathoUqiies. La révolution éclata. 
Au temps du danger on ne l'aperçut pas : le 
calme renait en partie; il fait, en 1794? ^^ 



Il8 BIOGRAPHIE. . 

Temple de Mars (l'église des Invalides), l'é- 
loge de Washington. Le directoire succède à la 
convention; il devient membre de l'Institut; plus 
tard, il est obligé de s'expatriep par suite de quel- 
gués démêlés avec Iç gouvernement directorial. 
Le gouvernement consulaire succède au gouver- 
nement directorial; M. deFontanes rentre dans 
$a patrie) et prend en i8o3 son fauteuil à l'Ins- 
titut. Le gouvernement impérial remplace dans 
le même chef le gouvernement consulaire , et 
M. de Fontanes devientle plus ardent louangeur 
de Napoléon. Dans le discours qu'il prononça 
. sur rinauguration de la statue du grand homme: 
H 11 n'a pris, dit-îl en parlant de Napoléon, 
(c la place de personne, et n'a détrôné que l'a- 
ce narchie. » Les fonctions de président du corps 
législatif, de grand maître de l'Université im- 
périale, de sénateur, le titre de comte de l'em- 
pire , etc. , iont placé M. de Fontanes dan3 cette 
heuxeuse situation qui permet d'être satisfait 
du présent. Mais le grand homme devint mal- 
heureux, et M. de Fontanes rédige le décret 
du sénat, du i" avril 1814, qui met Napoléon 
en déchéance. » 

Le roi notnmè M. de Fontanes membre de 
la chambre des pairs, puis le crée marquis. 

Au retoiir de nie d'Elbe, en i8i5, pn a prêté 
à M. de Fontanes la réponse suivante; quelqu'un 



BlOGRAf^HIlî. 119 

disait devant lui ; ^ Napoléon travôrsè en tri<?iii(i- 
« phe les villçs où sa tête est mise g prix; o^esi çkf- 
a freiwl — (y est superbe! dit M. de Fopiapçi^^ » 
M. de FoDtaoes appartenait avant la révolu- 
tion à Tordre maçonnique; et il 4tait ^i^riahre 
de la loge des NetifiScmrs en 1806. M- 4p 
Foatanes mourut le 17 mars 18:21. 

FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU (la cointe), 
membre de l'Institut de France, fut un d^s 
hommes dont la vie, toujours occupée ^ soil 
par l'étude, soit par Texercice de fonctions 
publiques^upérieures , devrait servir de mpdèl^ 
à iquiconque est appelé par ses talçints 00 p^r 
les événements à laisser après lui, avec un nom 
distingué^ le souvenir' de toutes Içs vertus pri- 
vées. Le rang de François de Neufçbàteau, 
comme littérateur , n'est pas en première ligne , 
sans doute; mais il çs^ distingué^ Qt c'est % ce 
degré flatteur qu'il s'est placé comme homme 
d'État, comme citoyen, cpmme maçon. Il était 
membre de la logé des NeufrSœurs\ et il con- 
courut avec son illustre ami, le frère comte de 
Lacépède, à relever^ en 1806,. le temple m4- 
çonpique que les Muses avaient érigé en Z77@« 
C'est à. lui priqcjpgîlemeut qu'est dû le régie- • 
ment qui, depuis cette époque, régit l'atelier 
des Neuf-Sofurs. l^e frère François de Neuf- 



120 BIOGRAPHIE. 

château^ autorisé par le parlement de Nancy, 
en 1777, à ajouter au nom de François^ trés- 
commun dans la contrée , celui de Nèufchateau, 
était né en Lorraine le 17 avril 1750. Il dut à 
la révolution ses dignités civiles, fut successi- 
vement membre, secrétaire et président de l'as- 
semblée législative, deux fois ministre de Tint^- 
rieur, membre du directoire exécutif, sénateur, 
comte de l^empire, grand officier de la Légion- 
d'Honneur, etc. Ses premières poésies ont été 
imprimées en 1765. Sa comédie de Paméla ou 
la Vertu récompensée^ en cinq actes et en vers, 
jouée sur le Théâtre-Français en 1795, fit ar- 
rêter à la fois Tauteur et les acteurs. Après une 
carrière honorable sous tous les rap{)ort«, il mou- 
rut au mois de janvier 1828, dans la soixante- 
dix-neuviènoie année de son âge. 

FRANKLIN (Benjamin), né à Boston, dans 
la Nouvelle-Angleterre, en 1706, d'une famille 
d'artisans, fut un de ces hommes supérieurs, 
malheureusement trop rares, dont le nom est 
devenu européen; hommes en quelque sorte 
cosmopolites par les grands services qu'ils ont 
rendus aux peuples en établissant leurs droits, 
et en posant les bases de toutes les libertés lé- 
gales. ' 

Franklin appartient plus à ^histoire du nou- 



BIOGRAPHIE. 121 

veau et de' ^ancien monde qu'à un recueil bio- 
graphique, et nous nous bornerons à le citer 
profanement par ce bel éloge d'un ministre 
philosophe /de l'illustre Turgot : 

JEripuU cϔofulmen sceptrumque tjrrannis. 

Il ravit la foudre au ciel et le sceptre aux tyrans. 

Ami et fidèle admirateur de Voltaire^ il fut 
un de ceux qui contribuèrent le plu^ à déter- 
miner le grand homme à se présenter à l'initia- 
tion maçonnique. Dans la séance, solennelle de 
la loge des Neuf^Sœurs où Voltaire fut admis à 
la connaissance de nos mystères , il était , avec 
Court de Gebelin, le guide de l'illustre réci<^ 
piendaire. Quelques mois après, dans la même 
loge, il déposait au' pied du cénotaphe de l'A- 
pollon français, la couronne que la loge avait 
décernée au législateur du Nouveau-Monde, 
donnant^ dans cette triste circonstance, une 
preuve de sa modestie et de son respect pour 
son illustre àmi. Avant cette époque, cette 
loge célèbre qui se glorifiait à si juste titre de 
compter Franklin parmi ses membres , lui avait 
fait les honneurs d'une galante hospitalité en 
lui donnant à Auteuil, chez la sœur Hel- 
vétîus, une brillante fête d'adoption. Comme 
maçon , le frère de La Dixmerie a payé à Fran- 



122 BIOGRAPHIE. 

klin un honorable tribut d'eatime. Il dit : 
(( Nous vîmes bientôt accourir au milieu de 
« nous cet homme célèbre, Fami du grand 
(c homme que nous regrettons (Voltaire); ce 
(( philosophe , que l'ancien monde envia long- 
ce temps au mondé nouveau, qui sut déconcer- 
<c ter à la fois les effrayants mystères de la na- 
u ture et de la politique, utile à l'univers par 
(( ses travaux, protecteur tit législateur de .sa 
« patrie par son courage et ses lumières, n 
( Voyez DixMERiE. ) Franklin mourut dans sa 
patrie, le 17 avril 1790. Le deuil y fut géné- 
ral, et en France l'assemblée natioirale or- 
donna un deuil public : touchante rivalité d'ad- 
miration, de reconnaissance çt de respecU 

• FRÉDÉRIC LE GRAND, roi de Prusse, 

Ce prince, n'étant encore que prince royal , 
avait souvent manifesté, à l'exemple du roi- 
Frédéric -Guillaume P**, des dispositions peu 
favorables à la franc-* maçonnerie. Le <;omte 
de La Lippe, qui était un des plus zélés francs- 
maçons, voulut détruire dans l'esprit du prince- 
cette disposition fâcheuse, et parvint avec 
adresse à déterminer Frédéric à se faire initier. 
La réception eut lieu à l'insu de Frédéric- 
Guillaume, dans la nuit du 14 au i5 août 1768, 
à Brunswick, dans le palais di;i comte de Korn. 



BIOGRAPHIE. 135 

Le secret lut recommandé et gardé fidèlement. 
Frédéric devenu roi, ne fit pi vis raysière de son 
agrégation à notre ordre, et pour lui prouver 
sa protection royale, il voulut tenir loge comme 
maitre en chaire. Cette tenue, qui eut lieu à 
Cbarlotenbourg, fut des plus brillantes, et. il 
donna de ses augustes maias la lumière maçon- 
nigueà son frère, le prinee Guillaume, et à quel- 
ques seigneurs de la cour; La guerre, eu îj56^ 
éloigna momentanément ces illustres frères de 
nos travaux, mais la maçonnerie continua ^'ê- 
ire [Protégée par le gouvernement. Le 3o no- 
vembre 1775, la grande loge provinciale d'Al- 
lemagne établie à SeHin ayant été reconnue 
par la grande loge d'Angleterre la plus un-' 
cienne de toutes ^ Frédéric délivra à la grande 
logé de ses États, des lettres-patentes sou» la 
date du 16 juillet 1774» par lesquelles il lui ac- 
cordait « sa trés^gracieuse protection, sauve- 
ce garde et faveur royale, ne doutant pas que 
w cette marque d^ faveur et de grâce spéciale 
w ne lui serve d'aiguillon pour redoubler con- 
« tinuellement de suèle, aux fins de l'avance* 
i< ment, du bien-être et de la félicité de la 
« société humaine. » Quelques auteurs prétend- 
dent que Frédéric donna en 1 766, Tannée même 
de sa mort, les règlements des suprêmes con- 
seils du $5^ degré, d'autres assurent qu'il a lui* 



1^4 B10GHAPHI£. 

même institué ce grade; on n'a aucune preuve 
historique de ces assertions. 

FRÉDÉRIC ^GUILLAUME III, roi de 
Prusse, protecteur des francs-maçons, écrivait 
à la loge royale Fb/^A: de V Amitié ^k Berlin, 
le 29 décembre 1797 : « Je ne suis poipt initié 
M comme chacun le sait... Je suis bien éloigné 
K de concevoir la plus faible méfiance dans les 
M intenftions des membres de là loge, je crois 
a même que ^on but est noble et fondé sur le 
H culte de la vertu ; que ses môyeùs sont légi- 
c< times, et que toute tendance politique est 

(r bannie du centre de ?es opérations Et 

« alors je me ferai un plaisir de manifester 
a dans toutes les occasions ma bienveillance et 
« mon affection, tant à la loge royale York 
u de r Amitié qu'à toute autre loge non sus- 
cr pecte de mes États» » 

Le 1" janvier 1798 ce prince écrit : w Je ne 
cr trouve aucun inconvénient à faire coiinai- 
« tre à la loge royale Vork de VAjnitié^ en 
« réponse à ëa demande du i^' janvier, qu'elle 
(c doit jouir, ainsi que toutes les loges qui lui 
u sont affiliées, de tous les droits qui avaient 
(c été précédemment concédés aux autres loges- 
ce mères de cette capitale par les diplômes de 
« protection qui leur avaient été accordés, etc. » 



BIOGRAPHIE. ia5 

Enfin, trois mois après, le 9 mars, Frédéric- 
Guillaume écrit au docteur et professeur Fess- 
ier, grand mai Ire de la loge York de V Amitié: 
a Docte, cher et fidèle sujet, les résultats que, 
« présente l'ouvrage que vous m'avez adressé 
d le 5 de ce mois, au nom de la loge royale 
K York y me sont principalement agréables, 
M parce qu'ils font voir qu'une société qui tra- 
« vaille avec tant de franchise et de publicité 
« doit avoir le sentiment intime d'un but et 
« de moyens nobles ; elle prouve, par là, qu'elle 
« mérite la confiance publique et la protection 
(( du gouvernement. Je souhaite le meilleur 
(( succès à ses efforts bienfaisants. » Far un 
édit du 20 octobre 1798 , ce prince défend les 
sociétés secrètes dans ses Étals excepté les loges 
de francs-maçons. Le 3i juillet 1800 il approuve 
la constitution et le code des lois revus par la 
grande loge de Berlin, et le 29 août j8oi , 
Sa Majesté ratifie l'élection du conseiller Kléins 
à la grande maîtrise de Tordre. 



G. 



GABRIAC DUSOUCHET (Paul), coutrô^ 
leur au Trésor royal, né au Cap -Français le 
5 juin 1762. 

Reçu maçon en i8a5 dans la logie de Sainte-* 



126 BIOGRAPHIE. 

Thérèse des Amis de la Constance ^ orient de 
Paris; I 

Grand inspecteur général, 55"**, du ri(e 
d^Hérodom, dernier grand commandeur de 
l'ancien grand Consistoire des rites près le 
Grand Orient de France ; 

Officier titulaire du Grand Orient, attaché au 
Suprême Conseil desi rites depuis le 4 décem- 
bre i8i6, secrétaire de cette chambre depuis» 
i825; 

Membre actif des ateliers du Phénix; 

Le frère Gabriac est l'un des maçons les plus 
instruits ; il possède la connaisssince exacte de 
presque tous les rites coilnus, tant sous le rap- 
port du dogme que dans la science pratique. 

Il est à regretter que lé frère Gabriac , ma- 
çon savant, et qui, par des travaux importants 
et curieux, s'est livré à des recherches infini- 
ment précieuses pour l'ordre en général, n'ait 
jamais voulu, par une modestie trop scrupu- 
leuse^ livrer le résultat de ces recherches à la 
curiosité et à l'instruction de ses frères. 

GARD ANE (Jacques-Joseph) ^ médecin du 
dix-huitième siècle, docteur- régent de la Fa- 
culté de Médecine de Paris;, fut reçu à Motit- 
pellier et se fixa dans la capitale, où ^ par une 
spécialité d'étude et de pi^atique, il a attaché 



BIOGRAPHIE. 127 

i Bon nom une juste célébrité. II introduisit 
un nouveau mode de traitement dans les ma- 
ladies vénériennes, fit assujettir les femmes pu- 
bliques à dçs visites périodiques pour arrêter 
profnpteraent les progrés des maladie» qu'elles 
pouvaient donner ou recevoir, et, membre du 
Bureau des Nourrices , il accrut la prospérité 
de cet utile établissement. On doit à M. Gar- 
dane , i® Conjectures sur l'Électricité tnédicalej 
Parts^ 1 768 , in - 1 2 ; 2^ Recherches pratiques 
sur les différentes manières de traiter les Ma- 
ladies vénériennes y Paris, 1770, lyyS, in- 8% 
traduites en allemand en 1771; Moyens cer-- 
tains et peu coûteux de détruire le mal véné-- 
rienf Paris, 177:1, in-8** ; 4** Manière sûre et 
facile de guérir le mal i)énérienj Paris, 1773 , 
in-i 2 ; 5* Détail de la nouvelle Direction du Bu^ 
reau des ^Nourrices; 6* Il a été, dé 1775 à 
1776, rédacteur de WGazette de Santé. M. Gar- 
dane fut un maçon zélé. Le Grand Orient de 
France l'admit, en 1775, au nombre de ses 
officiers j il était député de la loge de Jeanne 
éPArCy orient d'Orléans , et membre de la loge 
présidée par S. A. S- le duc de Chartres, grand 
inaitre de Tordre. 

GAUT (Nicolas-Gabriel -Marie), lieutenant 
au lOi* régiment d'infanterie, chevalier de la 



128 BIOGRAPHIE. 

Légion-^^Honneur, a «ervi aux armées d'Italie 
de l'an xiv à 1806; de Naples jusqu'en 1811, 
d'Espagne, de cette année à 181 S, et à la grande 
armée, en i8i4- C'est en Espagne, à la bataille 
des Aropiles, prés de Salàmanque, en 1812, 
qu'il reçut la croix de la Légion -d'Honneur 
après une action d'éclat où il fut atteint de 
trois balles. La. lumière piaçonnique lui fut 
' donnée à l'orient de son régiment, en 1806; il 
obtint les quatre x)rdres français au chapid'e de 
la Bonne Uniogb^ yalléle de Paris, en 1825, et 
fût nommé , par^ la loge de ce chapitre , en 
1828, son député au Grand Orient de France. 
Il est né en lySS, à FéroUes, département de 
Seine-et-Marne. 

GÈVRES (le duc de), grand conservateur 
de rôrdre, maçonnique en France*^ sous la 
grande maîtrise du duc de Chartres (^voj. ce 
nom) , présida un moment en cette qualité lés 
travaux d'installation de la loge de la Réunion 
des Etrangers, orient de Paris (vo/. Wai^ters- 
. torff). Un grand nombre de visiteurs assis- 
taient aux travaux, où, parmi les membres du 
Grand' Oriçnt, se trouvait le trés-illustre frère 
de La Rochefoucauld, grand maître des officiers 
d'honneur du sénat maçonnique. 



V 

BIOGRAPHIE. 129 

GEORGES IV, roî d'Angleterre, étant prince 
de Galles , fut, en 1787, initié dans l'ordre ma- 
çonnique par le ducde Cumberland, et élu, en 
1790, grand maître de la grande loge natio- 
nale d'Angleterre. Une médaille fut frappée à 
cette dernière occasion. Le prince de Galles n'a 
cessé de gouverner l'ordre qu'en 181 5, époque 
où il fut nommé régent du royaume. Un de ses 
frères, S. A. R. le duc de Sussex, qui, en 1790, 
avait été nommé député grand maître^ fut élu 
grand maître immédiatement après la démis- 
sion de S. A. R. le prince de Galles , devenu 
régent; et, à son exemple', il dirige personnelle- 
ment les travaux. L'ordre maçonnique e^t une 
des institutions les plus importantes et les plus 
respectées des Anglais : c'est pour eux un hon- 
neur insigne que d'y être admis. La liberté 
dont jouissent les maçons en Angleterre est 
telle, qu'en 1792 la loge deCiarence, à Londres, 
ayant décidé que , conformément aux lois fon- 
damentales de l'ordre^ elle interdisait à ses 
membres toute discussion politique dans son 
sein, les autres loges d'Angleterre, les loges 
d'Ecosse et d'Irlande , trouvèrent que la liberté 
nationale était blessée par cet arrêté, et cessè- 
rent toute correspondance avec la loge de Cla^ 
rence. 



l50 ^ BIOGRAPHIE. 

GINGUENÉ (Pierre -Louis), membre de 
l'Institut et de la loge des Neuf Sœurs y naquit 
à Rennes en 1748» et mourut à Paris le 17 no- 
vembre 1816. Il débuta dans le monde litté- 
raire par un opuscule charmant, la Confes-- 
sion de Zulmé (1768); il touchait à peine à 
son quatrième lustre. Le beau dévouement du 
prince Léopold, duc de Brunswick, qui périt 
en 1786 dans l'Oder, en voulant sauver de la 
mort de malheureux submergés, inspira la muse 
du jeune poète français; et Télégié qu'il publia 
à cette occasion justifia son début littéraire, et 
révéla son exquise sensibilité. Deux ans après 
il se fit connaître comme prosateur par V Éloge 
de Louis XII j avec Chamfort il rédigea la 
Feuille Villageoise; mais la proscription révo- 
lutionnaire qui frappait tant de notabilités so- 
ciales l'atteignit, et ii partagea la captivité de 
Roucher qui périt sur l'échafaud. Plus heu- 
reux , Ginguené recouvra la liberté à la chute 
de Robespierre , au 9 thermidor an n (1794)* 
La carrière des affaires publiques lui fut ou- 
verte sous un gouvernement moins sinistre. Il 
fut nommé ambassadeur près le roi de Sardaî-, 
gne, et négocia, en 1798, le traité qui rendit 
la France m^ tresse de Turin. Membre du tri- 
bunat, après la révolution du 18 brumaire 
an vm (i799)> il fut éliminé en 1801. Gingue- 



BIOGRAPHIE. l3l 

Dé ne voulait pas être un législateur docile au 
pouvoir qui déjà devenait despotique. 

Principal rédacteur de la Décade philosophie^ 
que y il se borna à la profession des lettres et 
publia en i8ii Ae% Fahles nouvelles ^ en 1812 
des Fables inédites et autres poésies, et ^nfin un 
beau moniimenl de littérature , V Histoire litté^ 
raire d^ Italie ^ g vol. in-S"*. Dans cet excellent 
ouvrage il analyse les principales productions y 
et quelquefois traduit les meilleurs fragments 
des auteurs italiens. 

GOUY (le comte de), capitaine de dragons, 
orateur de la loge de la Candeur. Au zèle . du 
vrai maçon il unissait le talent de l'homme de 
lettres. Parmi ses discours, celui qu'il prononça 
en 1775, en présence du sérénissime grand 
maître et de la sérénissime sœur grande mai- 
tresse (voy. Bourbon), est partie en prose, partie 
en vers. L'auteur y fait une ingénieuse allusion 
aux illustres et charmantes sœurs qui assistaient 
aux travaux , et dit , en s'adressant à la nou- 
velle initiée : 

C'est ainsi que la vérité 
A voulu parmi nous établir son empire , 
Et qu'elle a pris les traits de la beauté 
Pour nous charmer et nous instruire. 



l32 BIOGRAPHIE. 

Le comte de Gouy est l'auteur des couplets 
qui furent ajoutés à l'opéra comique de VAmi 
de la maison, joué par les sœurs comtesses de 
Brienne et de Salles, et par les frères vicomte 
de Gaud , marquis de Gaumartin et comte 
Maxime de Puységur^ à la suite du banquet où 
assistaient le grand maître et la grande mai- 
tresse. 

lia séance de la loge de la Candeur , du 1 2 
mars 1778, fut remarquable par cet incident ; 
le frère orateur donna lecture d'une lettre ar- 
rivée par la poste , datée et timbrée d'une 
ville à trente lieues de Paris, et portant pour 
suscription : A messieurs les francs -- maçons y 
aux Petites-Écuries du roi, rue du faubourg 
Saint-' Denis. Elle exprimait les besoins d'une 
famille entière. 

Aussitôt la marquise de Bercy, nouvelle ini- 
tiée, fit une quête qui fut abondante et que 
le frère baron de Béthune remit à cette fa- 
mille , après s'être assuré de la réalité de ses 
besoins. Déjà cette même loge avait fait re- 
mettre précédemment par Tentremise du lieu- 
tenant général de police de Lyon, président 
du grand directoire écossais, une somme de 
3oo liv. au caporal Vincent Bernin, qui s'était 
dévoué à la mort en se précipita'nt dans le Rhône 
couvert de glaces, pour sauver trois enfants qui 



BIOGRAPHIE* l53 

venaient d'y tomber^ 'et dont deux lui durent 
la vie. 

i 
GREUZE (Jean-Baptiste), peintre célèbre 

du dix- huitième siècle, naquit à Tournus en 
1726, et mourut à Paris le 21 mars i8o5; Issu 
d'une famille pauvre et obscure, il dut à Gran- 
don Lyonnais , bon peintre de portraits (beau- 
père du célèbre Grétry), son éducation comme 
artiste; le maître et l'élève se fixèrent à Paris. 
Greuze avait d'heureuses dispositions pour son 
art, et il y fit de rapides progrès; V Aveugle 
trompé lui valut , sur la proposition de Pigalle, 
son agrégation à l'académie, dont il ne devint 
jamais membre ^ par suite de la singulière va- 
nité qui le porta à refuser de composer un ta- 
bleau pour son admission, contrairement à l'u- 
sage que suivait tous les agrégés. Il a excellé 
dans les sujets de familles. Tous ses tableaux 
étaient dramatiques et touchants : le Père de 
famiUe^ le Paralytique , la Malédiction pater- 
ternelle^la bonne Mère^ V Accordée de village ^ 
le Père dénaturé abandonné de sa famille , le 
Gâteau des rois, la bénédiction paternelle, 
le Père de famille expliquant la Bible à ses 
enfants^ etc. ; tels sont les sujets qu'ib a traités 
avec succès , mais qui l'ont fait surnommer le 
La Chaussée de la peinture. Greuze, un peu 



lS4 BIOGRAPHIB. 

de vanité à part^ était un excellent homme. 
La loge des Neuf Sœurs l'a compté avec plaisir 
au rang de ses membres, et depuis l'époque 
de sa fondation. 

GROUVELLE (Pierre-Antoine) , correspon- 
dant de Vlnâtituty succéda à Chamfort dans la 
place de secrétaire des commandements du 
prince de dondé, qui la lui retira en 1789^ 
par suite de ses opinions politiques. Membre et 
l'un des fondateurs du club dit de 8g , il devint 
secrétaire du Consçil exécutif provisoire , et fut 
chargé, en cette qualité, le 20 janvier 179^, 
de se rendre au Temple, et de lire au roi 
Louis XYI l'arrêt de la Convention nationale 
qui le condamnait à mort, ce lecture , dit Cléry, 
« qu'il fit d'une voix faible et tremblante, d (1 
fut envoyé en Danemarck en qualité de mi* 
nistre plénipotentiaire de la république, rap- 
pelé en 1794» et envoyé de nouveau en 1796, 
puis rappelé en 1799. Devenu membre, en 1800, 
du corps législatif, il en sortit en 1802 et y 
reptra la même année. GrouveUe a été l'un des 
rédacteurs de la Feuille Villageoise ^ c^ qui a 
fourni à M"""" Rolland, femme du ministre de 
ce nom f l'occasion de le traiter assez durement, 
mais avec des expressions bien singulières pour 
une femme« Médiocre en poésie et en lîttéra'» 



BIOGRAPHIE. l55 

ture^ nous ne citerons de ses ouvrages c[ue les 
Mémoires historiques sur les Templiers ^ où Ton 
trouve des faits curieux et des détails intéres- 
sants. Il faisait partie de la loge des Neuf 
Soeurs en i8o6. 

GUERRIER DE DUMAST (Augùste-Prospei^ 
François) 9 avocat^ sous-infendant militaire ad- 
joint, né à Nancy (Meurthe), le 36 février 1 796. 
Il remporta bien jeune encore le prix proposé 
par l'académie de sa ville natale pour V Éloge 
de Gilbert. Sa Défense de la reine lui valut les 
suffrages de madame la princesse de Salm, 
quoique M. Guerrier de Dumast eût combattu 
les Théories littéraires de cette illustre dame. 
Une traduction de l'ouvrage romaïque connu 
sous le titre de Sàlpisma pàlemisterion y a été 
pour M. Guerrier de Dumast l'occasion d'uti 
nouveau succès. Les Grecs en le réimprimant 
ont traduit à leur tour la préface de l'auteur 
français. Il a donné dans des recueils périodi- 
ques différentes traductions de poésies orien- 
tales, mais son principal ouvrage est un poème 
en trois chants, avec des notes en plusieurs 
langues, intitulé la Ma^çonnerie; cet ouvrage 
d'un savant, d'un poète et d'un homme de ta- 
lent, valut à l'auteur, sur le rapport de M. Le- 
maire, professeur de poésie latine au collège 



l36 BIOGRAPHIE. 

(le France , une médaille d'or décernée par la 
loge des Frères Jrtistes, où M. Guerrier de 
Dumast avait reçu la lumière , et dont il était 
l'orateur adjoint. 

GUICHARD (Jean-François), littérateur, 
naquit à Ghartrette près de Melun, en lySi, 
et mourut au même lieu, où il s'était retiré 
dans le& dernières années de sa vie, en 1811. 
Guicbardse disait élève de Piron. U a publié, 
sous le titre de Fables ^ Contes et autres poésies , 
sûmes de quelques morceaux de prose ^ 2 vol. 
in- 12, qui reparurent en 1808 en un volume 
A^Contes^i en un volume Ae Fables. Guichard a 
donné plusieurs opéras comiques sur les théâtres 
de la Foire et sur les théâtres de province. Au 
théâtre Italien, à Paris, il fit jouer, en 1765, le 
Bûclieron ou les Trois Souhaits, dontÀl composa 
les paroles avec Cas tel , et que Philidor mit en 
musique. Guichard a fait un grand nombre d'^- 
pigrammes souvent acérées; et le fameux criti- 
que Geoffroy a été plus d'une fois blessé par 
celles qu'il a dirigées contre lui. Ce poète pi- 
quant était un excellent maçon. Il appartenait à 
la loge des Neuf Sœurs. Son joli conte de CJ- 
mour maçon est un chef-d'œuvre dans ce genre. 

GUILLAUME (Benoît-Marie-Joseph), phar- 



BIOGRAPHIE. 1*57 

macien^ membre de la Lég^lon-d'Honneur^ est 
né à Paris le 2 septembre 1774* ^ était officier 
dans la garde nationale^ et en a fait partie de- 
puis 1814 jusqu'à l'époque de son licenciement 
en 1836. M. Guillaume s'est montré, lorsque 
Paris était menacé par les puissances coalisées, 
un généreux citoyen. Son établissement, situé 
non loin de la barrière du Trône, a fourni à 
nos soldats blessés de prompts secours, j3ar la 
plus rigoureuse saison, aiî mois de février 1814, 
et son honorable propriétaire y ajouta, le 3o 
mars, une ambulance qui fut de la plus grande 
utilité. La récompense des braves et des hom- 
mes de mérite, la croix de la Légion-d'Honneur, 
lui fut donnée par le roi Louis XVIIL Le 3o 
novembre 1817, en deux heures dé temps, un 
affreux incendie réduisit sa pharmacie en cen- 
dres : c'était toute sa fortune et celle de sa fa- 
mille; mais ses confrères, et surtout les gardes 
nationaux vinrent spontanément lui ofiFrir les 
moyens de réparer ses pertes : juste récom-r 
pense de ses dignes services. Ce philanthrope 
citoyen appartient à la franc-maçonnerie^ Reçu 
en 18 18 dans cet ordre célébré par la loge des 
Sept Écossais y il est parvenu aux plus hauts 
grades et député de plusieurs loges ; il est offi' 
cier du Grand Orient depuis 18:26. 



l38 BIOGRAPHIE. 

GUYOT DES HERBIERS (N.), avocat^ juge 
au tribunal civil de Paris ^ membre du conseil 
des cincp-cents en 1798^ et membre du corps 
législatif après la révolution: du 18 brumaire 
an vin (1799). Depuis la restauration du gou- 
vernement royal 9 en 18149 il est avocat à la 
cour royale. M. Guyot des Herbiers a cultivé 
la poésie; on lui doit une foule de Madrigaux y 
un poème sur les Chats y et un poème sur les 
Heures. Il était membre de la loge des Neuf 
Sœurs à l'époque de sa réorganisation en 1806. 

H. 

^ HARNOUESTER ( lord comte d' ) succéda , 
en 1736, à lord Dervent-Waters {voj. ce nom) 
en qualité de grand maître de l'ordre franc-ma- 
çonnique en France. Son élection fut faite par les 
quatre seules loges qui existassent alors à Paris. 
Le docteur Ramsay ( voy. ce nom ) remplissait 
les fonctions d'orateur. Sur la fin de 1737 y lord 
d'Harnouester^ étant au moment de retourner 
dans sa patrie ^ convoqua les loges en une as- 
semblée générale pour l'élection de son succes- 
seur. Le roi en fut informé , et déclara que si 
le choix se portait sur un Français ^ il le ferait 
mettre à la Bastille. Le duc d'Antin fut élu; le 
roi ne réalisa pas ses menaces. ( Foj. Antin. ) 



BIOGRAPHIJ^. l39 

HÉCART (Gabriel^Antoine-Joseph), litté- 
rateur, secrétaire de la mairie de Valendennes, 
est né dans cette ville le 24 t^^^ lySS. Les 
biographies des Contemporains et des ffornmes 
vivants donnent, quoique d'une manière in- 
complète, la nomenclature de ses ouvrages, 
dont vingt-deux ont été imprimés et sont deve* 
nus très-rares. 

Il s'est beaucoup occupé, comme franc -ma- 
çon, de la société à laquelle il appartient; son 
porte-feuille est riche de n^atériaux sur cet ol\jet 
important, et il est à désirer qu'il les mette 
bientôt au jour. 

On doit à ce frère la découverte d'un docu-- 
ment historique curieux, duquel il résulte que 
vers la fin du mois de. février 1785, les francs- 
maçons de Yalenciennes ont donné une fête 
publique aux dames de cette ville, et que le 
6 avril suivant les citoyens donnèrent aussi une 
fête aux mêmes dames et aux françs<maçons qui 
les avaient devancés dans cet acte de galanterie.. 

HELVÉTIUS (Claude- Adrien),, fils d'un 
médecin , membre de l'Académie des Sciences, 
naquit à Paris en 1716, pt mourut en l'jji^ 
Fermier général pendant treize ans , il résigna 
son office , acte qui lui valut ce compliment de 
M* de Machault, contrôleur général : « Voua 



l4o BIOGRAPHIE. 

it r/êles*donc pas insatiable comme vos con- 
(f frères? » Four obéir au vœu 4e sa famille, 
il acheta la charge de maitre-d'hèt^l de la 
reine; mais cette fois, après un exercice de 
peu de durée, il fut obligé de s'en défaire, 
parce que son immortel ouvragé de l^ Esprit lui 
attira les censures de M. de Beaumont , arche- 
vêque de Paris, de S. S. Clément XIII, et du 
parlement; et même ce joli trait d'esprit de 
M. de Buffon , homme ordinairement grave et 
superbe, u L'auteur, dit-il, aurait du faire un 
m bail de plus avec les fermes et un livre de 
(f moins. » Avec tous les philosophes , Helvé- 
tius eut encore madame du Défiant, qui le ven- 
gea par un itiot qui circula dans tous les cercles : 
(c M. Helvétius, dit-elle, s'est fait des ennemis 
w pour avoir révélé le secret de tout le monde. >i 
On prétend que M. de Bufibn fut très^-humilié 
du rôle qui le plaçait au-dessous d'un« femme. 
Le livre de l* Esprit parut sous le voile de l'ano- 
nyme en 1758, in-4^ Il attira mille chagrins 
à son auteur, et força un honnête homme à 
trois rétractations : c'était la position de Gali- 
lée devant des juges ignorants. Ce livre cepen- 
dant porta le nom de son auteur dans toute 
l'Europe. Helvétius, s'étànt rendu en Angle- 
terre , fut accueilli avec distinction par le roi. 
Frédéric II voulut le voir, et le logea dans son 



^ BIOGRAPHIE. ^ l4l 

palais. Ce sage s'était marié à mademoiselle de 
Ligneville, nièce de madame de Graffigny, 
auteui^ des Lettres d'une Péruvienne. Jamais 
les vertus des deux sexes n'avaient contracté 
une «i heureuse alliance, et l'équitable posté- 
rité paie à ce couple parfait un égal tribut 
d'admiration. Helvétius se retira dans sa terre 
de Vozé. Il y fut le bienfaiteur généreux, le 
père tendre de ses fermiers : ireilcourage leurs 
travaux, fait fructifier l'agriculture, établit 
nne manufacture de bas, fixe près de lui, pour 
les malades, un médecin qui leur donne des 
soins gratuits, et leur distribue des secours et 
des médicaments; enfin il aide de sa bourse tous 
ceux qui souffrent des mauvaises récoltes ou 
éprouvent d'autres pertes. Sa société est embel- 
lie de tout ce que l'Europe a de plus distingué 
parmi les étrangers )et les nationaux; et, quand il 
meurt, l'amitié et la reconnaissance lui don- 
nent les plus touchants regrets. 

Helvétius était franc-maçon; il est l'un de 
de ceux qui ont fondé la célèbre loge des Neuf 
Sœurs. ( f^oj* Voltaire. ) 

HÉNIN DE CUVILLERS (Étienne-Félix, 
baron d'), ancien diplomate, maréchal de 
camp, officier de la Légion-d'Honneur, cheva- 
lier de Saint-Louis, membre de plusieurs so- 



lA2 BIOGRAPHIE. 

■ f 

ciétés savantes , est né à Balloy, département 
de Seine-et-Marne, le 2j avril 17.55. Le baron 
d'Hénin de Cuvillers, après avoir fourni hono- 
rablement sa carrière politique et militaire , a 
voulu cueillir les palmes des gens de lettres , et 
l'a fait avec un succès flatteur, en combattant 
le magnétisme et les jésuites, sur lesquels il a 
composé des ouvrages en assez grand nombre. 
Il a aussi écrit sur l'ordre du Temple et sur 
Tordre rnaçonnique, dont il est membre. Ces 
dernières productions se ressentent un peu de 
la précipitation que cet estimable chevalier et 
frère a mis dans son travail. Il le reverra dans 
de nouvelles éditions; et les deux associations 
n'auront qu'à se féliciter de compter dans leurs 
rangs un homme que recommandent son mérite 
et ses vertus. Il a été reçu maçon en 1779, rose- 
croix en 1780, 5i*en 1804^ etSn* en 18:27. 

HENRION DE PANSEY (le baron ) , conseil- 
ler d'État, premier président de la cour de cas- 
sation, commandeur de la Légion--d'Honneur et 
chevalier de Saint-Michel, est né à Pansey, 
près de Joigny, en 1752. Il fut reçu avocat au 
parlement; mais en 1775 il était encore sans 
clientelle. Jusqu'à cette époque , il avait cultivé 
les lettres comme une honorable consolation , et 
mit au jour YÉlogede Dumoulin et Y Éloge de 



BIOGRAPHIEé 1^5 

Mathieu Mole; il avait aussi publié un *Afe- 
moire pour un nègre qui réclamait sa liberté : 
travaux graves et dignes d'estime, mais qui ne 
le retiraient pas de cette obscurité si fatale au 
mérite, et qui a étouffé tant de talents divers à 
leur naissancTe. 

Elle cessa enfin. En 1775, son Traité des fief s 
fixa sur lui l'attention • et dès ce moment il fut 
surchargé d'affaires. Ce fut comme avocat con- 
sultant qu'il soutint sa renommée. La révolu- 
tion apporta quelques changements à ses tra- 
vaux ordinaires. Il devint administrateur de son 
département, et échappa ainsi aux grands mou-^ 
vements politiques. Le gouvernement consu- 
laire , qui recherchait tous les hommes de mé- 
rite, le plaça au tribunal, depuis cour de 
cassation, dont il devint un des présidents; 
l'empereur le nomma conseiller d'État; le gou- 
vernement provisoire, en 1 8 14 > ministre de la 
justice; le roi actuel, S. M. Charles X, premier 
président de la cour suprême , ^près la mort de 
M. Desëze ^ qui n'a précédé la sienne que de peu 
de temps. Après une longue et douloureuse ma- 
ladie, M. Henrion de Pansey est mort à Paris 
le ^5 avril de cette année (1829). 

U a publié, à diverse^ époques de sa vie: 
Traité de la compétence des Juges de Paix ; 
Traité de V autorité judiciaire dans les gour- 



l44 BIOGRAPHIE. 

i^ernements monarchiques ; Traité du poussoir 
'municipal avec les tribunaux; Traité des biens 
communaux. Membre de l'ordre maçonnique 
à celte époque où il cherchait dans la littéra- 
ture et les sociétés distinguées des dédomma- 
gements moraux à l'oubli de ses concitoyens^ 
il était, en 1774» membre du Grand Orient de 
France, en qualité de député de la loge des 
Frères zélés ^ orient de Lîgny en Barrois. 

HOUDON (N. ), sculpteur, membre de l'Ins- 
titut, chevalier de laLégion-d'Honneur, naquit 
à Versailles en 1741 f et mourut à Paris le 16 
juillet 1828. Le frère de La Dixmerie passant 
en revue, dans son Mémoire pour la loge des 
Neuf Sœurs , les principaux membres de cet 
atelier, dit, en parlant d'Houdon : a Moderne 
« Phidias, dont le ciseau magique imprime à 
(c son choix tantôt la mollesse et les grâces de 
(( la beauté , tantôt la vigueur et le feu du 
« génie. » Cet éloge, accordé par un homme 
de goût, et dont le temps a confirmé presque 
tous les jugements et les prévisions, est très- 
flatteur pour l'artiste qui , jeune alors , ne don- 
nait que de belles espérances. Elles se sont réa- 
lisées, et le nom du frère Houdon est depuis 
long-temps inscrit parmi ceux des sculpteurs les 
plus distingués de l'école française. Voltaire, 



BIOGRAPHIE.. 145 

Thomme du siècle^ à quatre-vingt-quatre ans , 
^Q illustre frère ^ a été pour lui , comme artiste, 
Uobjet d'une étude constantei II l'a représenté 
à tous les àgesy en buste , debout et assis; Le 
buste jouit d'une ré'putation universelle. Le 
petit modèle de Voltaire assis (on sait que l'ori- 
ginal en grand çt en marbre décore le péristyle 
du Théâtre-Français depuis 1781 ), est dans le 
cabinet de tous les amateurs. La statue en pied , 
qui parut à l'une des expositions du Louvre, sous 
le gouvernement impérial, n'obtint pas l'una- 
nimité des sufFrages; c'était plus la faute du 
modèle que celle de l'artiste. Tout est vérité 
dans cette statue; mais il faut avouer qu'un 
vieillard fort maigre , comme était Voltaire, ne 
pouvait être une représentation bien gracieuse ; 
aussi les artistes ont plus admiré cet ouvrage, 
que les gens du monde qui cherchent des formes 
agréables; 

Le détail de Ses nombreux ouvrages se trouve 
dans toutes les biographies, ce qui nous dis-^ 
pensera d'en parler. 

Il concourut, en 1806, à la reprisé des tra-* 
vaux de la loge des Neuf-Sœurs^ qui avaient 
cessé pendant les troubles de la révolution. 

HOUEL ( J.-P.-L.-L. ) , peintre et graveur, 
naquit à Rouen vers 1755 , et entraîné par son 

Il . I o 



l46 BIOGRAPHIE*. 

goût pour les beaux- arts^ alla les étudier en 
Italie. A son retour, il publia le fruit de ses 
études sous le titre à^ J^ojage pittoresque de 
Sicile, de Malte j et de Lipard^ renfermant deux 
cent soixante-quatre planches, dessinées et 
gravées par lui , et qu'il a accoiftpagnées d'un 
texte dont il est également l'auteur. Paris, 4 vol. 
în-folio, 1782-1788. 

Houel avait été reçu agrégé à l'acaclémie de 
peinture comme peintre de paysages. Il mourut 
à Paris le 14 novembre 181 ?• Cet honorable 
artiste était membre de la loge des Neuf- 
Sœurs. 

J. 

JAY (Antoine) , avocat et hon^me de lettres, 
est né dans le département de la Gironde, Iç 
20 octobre 1770. Il commença ses études chez 
les oratoriens, au collège de Niort, et les ter- 
mina à Toulouse. Sa carrière politique s'ouvrit 
en l'an iv de la république; il fut administra- 
teur du district de Libourne; mais bientôt il 
se rendit aux États-Unis d'Amérique, où il 
passa sept ans, et revint en France en 1802*. 
Fouché, ministre de la police, qui avait été son 
professeur au collège de Niort , lui confia la 
surveillance de l'éducation de ses enfants. Mais 
la profession des lettres était le but que se pro- 



BIOGRAPHIE. 147 

posait IVL Jay^ et il se fit connaître par le Ta^ 
bleau littéraù'e du dix-huitième siècle y Paris , 
1810, que traduisit en allemand^ uu professeur 
de rUqiversité dléna. Cet ouvrage fut suivi de 
\ Éloge de Montaigne. En. iSia, M. Jay devint 
rédacteur en chef du Journal de Paris, et pu- 
.blia, en 181 3, le Glaneur ^ ou Essais de JVico^ 
las Freeman, un volume ia-8®. La même année 
il fit un Cours d^histoire à TAthénée de Paris. 
En lôtS, il mit au jour Y Histoire du ministère 
du cardinal Richelieu^ d«ux volumes in-8° , tra- 
duite en allemand par M. L. A. Hesse. Pendant 
les cent jours (181 5) , le département de la Gi- 
ronde nomma M. Jay membre de la. chamhrie 
des représentants. Les principes constitutionnels 
que professa le nouveau député^ le firent re- 
marquer. Ses collègues le chargèrent de rédiger 
l'adresse que la chambre avait votée à l'armée 
française, alors campée sous les murs de Paris, 
et il fut l'un des membres chargés de la porter 
au quartier^général. Sous k gouvernement royal 
il concourut à la rédaction de la Mine^e fran^ 
çaise, et à la rédaction du Constitutionnel ^ à 
laquelle il est resté attaché. Il est l'un de$ qua- 
tre auteurs de la Biographie nouvelle des con^ 
temporainsj 20 volumes in-8°y 1820- 1825. Il 
avait publié, en 1817, J^oyage au Brésil ^ de 
Kosler, et en 1821 , Notice sur Fabbé Rajnal; 



l48 BIOGRAPHIE. 

l'un des candidats constitutionnels de Paris, 
aux élections de 1827, il s'est volontairement 
retiré pour faire porter tous les suffrages sur 
son compétiteur : désintéressement digne de la 
cause que M. Jay sert avec tant de zèle. Mem- 
bre, puis président de la loge du Mont-Thahor^ 
orient de Paris, il est depuis plusieurs années 
ofBcier du Grand Orient de France. 

JOSÉPHINE (Rose Tascher de La Pagerie), 
veuve du général vicomte de Beauharnais, 
première femme de l'empereur Napoléon, im- 
pératrice des Français «t reine d'Italie, naquit 
à la Martinique , le 24 juin 1763, et mourut à la 
Malmaison, près Paris, le ^ mai 1814, dans la 
tîinquante-unième année de son âge. Elle eut 
deux^nfants de son premier mariage, Eugène et 
Hortensèj qui, par les dons brillants qu'ils 
tenaient de la nature, ajoutèrent au bonheur 
de leur mère, et la consolèrent dans ses hautes 
infortunes. Le vicomte de Beauharnais avait, 
l'un des premiers, adopté les principes du nou- 
vel ordre de choses, et soutenait à la (été de 
l'armée du Rhin la gloire du nom français. 
Rappelé à Paris au plus fort de l'anarchie révo-* 
lutionnaire,'il fut arrêté avec sa femme et périt 
sur l'échafaud. Joséphine ne dut la vie qu'à l'é- 
tat de saisissement que lui causa cet événement 



BIOGBAPHIE. l49 

affreux. Tallien parvint à lui faire rendre la li- 
berté. Le i5 vendémiaire eut lieu. Le jeune gé- 
néral Bonaparte^ couvert des lauriers de la vic- 
toire, obtint la main de la veuve du général 
Beauharnais^ et la France entière approuva 
cette union; que n'a-t-elle été éternelle! Le 
général est nommé premier consul, et bientôt 
empereur. Mais privé d'un héritier direct, il se 
plaint à ses courtisans , et ceux-ci lui conseillent 
une nouvelle alliance; Napoléon repoussa long-r 
temps la funeste idée politique de se séparer 
d'une femme qui lui était toute dévouée ; « C'é-r 
« tait y disait ce prince , la plujs aimable et li^ 
« meilleure des femmes. » Mais, d'impérieuses 
et trop funestes considérations politiques brisent, 
des liens sacrés, et ce coup frappe autant celui 
qui l'ordonne que celle qui en est l'objet. La 
séparation est décidée, et Joséphine la supporte 
avec un courage héroïque. Ses enfants, qui 
avaient été généreux et désintéressés comme 
elle, la supplièrent de se choisir une retraite 
à l'étranger, et offrirent de la partager avec 
elle. « Non , dit Joséphine, le sacrifice ne serait 
f< pas assez grand : que Tancienne épouse de 
« l'empereur soit sa meilleure amie. » 

Retirée à la Malmaison elle érigèace beau lieu 
en temple des arts; elle y réunit surtout la plua 
belle cpllectiou. d^ plantes exotiques que la 



l5o - B10GRA.PHI^. 

France eût encore possédée. La haute estime 
dont elle jouissait n'était pas concentrée dans 
la France : le prince régent, aujourd'hui S. M. 
Georges IV, avait donné l'ordre, malgré la 
guerre qui existait entre l'Angleterre et la 
France, de laisser pa:sser tous les envois qu'on 
lui faisait des divers points du globe. Amie de 
tous les hommes de mérité , et surtout des sa- 
vants et des artistes'^ elle imprima dans tous 
les cœurs généreux des sentiments qui ne se 
sont jamais effacés : elle les retrouva fidèles 
au temps de ses douleurs domestiques comme 
dans les calamités politiques qui frappèrent 
la France, l'empereur ei ses enfants; noble 
échange de sentiments qui font leur«mutuelle 
çloîre, et consolent l'humanité si cruellement 
outragée dans les secousses fies révolutions, 
cf Joséphine ne se mêle jamais de politique , u 
disait Napolé(^n. En effet, elle ne se mêla ja- 
mais que de bienfaisance et d'humanité. Elle 
avait fait donner une pension ^à la nourrice du 
dauphin, et une pension alimentaire à Tallien, 
. qui était sorti pauvre des fonctions publiques. 
Elle fit aussi rendre à une foule d'émigrés leurs 
biens, ou leur fit accorder des secours considé- 
rables. Avant d'être proscrite avec son premier 
épdôx, elle arracha à la mort M*"" de Bethisy ; 
dans la conspiration contre l'empereur, c'est à 



BIOGRAPHIE. l5l 

JoséphiDe que MM. de Polignac et de Rivière, 
condamnés à mort avec Georges Cadoinjal, fu- 
rent de ne point monter sur l'échafaud. Dans 
la prospérité comme après son él^oignement du 
trône , elle accorda aux arts et à l'industrie les 
plus grands encouragements. Elle rendit^ au 
rapport de tous ceux qui l'entouraient , l'abon- 
dance aux premiers artistes^ aux plus humbles 
artisans; et Napoléon dit, en parlant des dé-* 
penses personnelles qu'elle faisait en leur fa^ 
veur : « 11 était impossible de fixer ses comptes; 
u elle devait toujours. » En 18149 les alliée 
étant maîtres de Paris , l'empereur Alexandre 
alla plusieurs fois à la Malmaison visiter l'im- 
pératrice -reine. Le- roi de Prusse s'y rendit 
aussi ..Le jour où le prince arriva, Joséphine 
était indisposée ; elle surmonta ses souffrances 
et parut, mais presque aussitôt elle dut se re** 
tirer. Il serait impossible de peindre le dou- 
loureux effet qu'avait produit sur l'âme de l'im- 
pératrice Joséphine la déchéance de, l'empe- 
reur : w Pourquoi, s'écriait- elle, dans une 
« sorte de délire, ai -je consenti à ce fatal di- 
te vorce? Napoléon est malheureux et je ne 
« puis l'être avec lui ! » Son cœur était brisé 
par les lâches calomnies des feuilles publiques 
du temps. ^ On l'accuse faussement, disait- 
H elle; qui peut savoir mieux que moi le con* 



l5il BIOGRAPHIE. 

« traire de ce qu*on lui reproche ? w CeUe 

qui montra tant de courage dans ses malheurs 
personnels ne put supporter ceux d*an homme 
qui lui avait toujours été cher. Son sang s'en* 
flamma^ les premiers médecins de Paris furent 
appelés; l'empereur Alexandre lui envoya son 
premier médecin : mais l'impératrice Joséphine 
était frappée au cœur!.... Elle succomba lé troi- 
sième jour de sa maladie dans les bras de ses 
enfants. Dans le délire qui précéda sa mort, on 
entendit pour toutes paroles : l'île d'Elbe.....! 
Napoléon ! La calomnie se tut : la France en-^ 
tîère pleura Joséphine; les habitants de Ruçl, 
témoins de ses vertus journalières, la regar-^ 
daient comme une autre Providence. Le ser-* 
. vice funèbre fut célébré dans l'église de cette 
commune. Un digne prêtre, monsieur l'arche-p 
vêque de Tours, prononça l'oraison funèbre en 
présence d'une foule de personnages distingués 
accourus pour lui rendre les derniers devoirs ; 
l'empereur Alexandre y assistait, représenté 
par le général Saken, gouverneur de Paris pour 
les souverains alliés. Un tombeau de marbre, 
élevé par ses enfants dans l'église de Ruel , 
atteste leur tendre piété, et rappelle à tous les 
cœurs généreux qu'il renferme les cendres d'une 
femme que l'on nomma si long -temps l'ange 
gardien de la France et la mère des mal heu- 



BIOGRAPHIE. l53 

reux^ Dans ce bien faible tribut nous avons es- 
sayé d'êlre les interprèles des francs-maçons de 
France dont Joséphine admira la noble institq-' 
tion. Elle les aimait et les protégeait. Joséphine 
est la première souverainie qui ait paru à leurs 
assemblées. Dans le voyage qu'elle fit à Stras- 
bourg en i8o5^ elle assista à la loge d'adoption 
que donita dans cette ville la loge dès Francs 
Cluevaliersy orient de Paris, réunie aux loges de 
Strasbourg. La loge était présidée par madame 
la baronne de Detrich, femme du maire, grande 
maîtresse titulaire. L.'impératrice vit admettre 
aux mystères de l'initiation maçonnique sa 
dame d'honneur, madame de Canisy, qu'elle 
avait elle-même désignée. Jamais., peut-être , 
loge d'adoption ne fut plus brillante; la ville 
entière prit part à cette solennité maçonnique, 
dont la partie mytérieuse lui fut seule dérobée. 
La loge de Sainte^ JosépJiine , orient de Paris, 
et la loge de Joséphine ^ orient de Milan, doi- 
vent leur nom à cette auguste sœur. 

JEANROI (Dieudonné), docteur régent de 
la Faculté de Médecine de Paris, et médecin 
consultant du roi, naquit à Nancy en lySo. 
Neveu d'un médecin distingué qui fut, avec 
Vicq-d'Azir et quelques autres savants, fonda- 
teur de la Société royale de Médecine, îlsui-^ 



l54 BIOGRAPHIE. 

vit 80US sa direction ses ëtudes médicales, et 
se distingua bientôt dans la pratique de cet art. 

Le gouvernement le chargea, en 1788, de 
se rendre à Dinàn pour y détruire l'épidémie 
qui s'était déclarée parmi les prisonniers an- 
glais qui étaient détenus dans cette ville. Il se 
rendit msiitre du fléau, mais lui-même en fut 
atteint. Paulet et Lalouette , ses confrères , le 
soignèrent et l'aidèrent dans ses fonctions dont 
la force du mal avait pu seule l'éloigner. Jean- 
roi était un praticien habile et infatigable. Il 
ne quittait pas le lit des malades , obtenait des 
cures jugées impossibles , et soignait les pau- 
vres avec une sorte de prédilection ; 

On lui doit, comme auteur, 1° Quœstio me- 
dicay an remediàrum etiam empiricorum adlù-' 
bitio dogmatica? 1774» in-4*'; 2** Premier mé- 
moire sur les Maladies qui ont régné à Dinan 
en Bretagne y en 1779, inséré dans les Mémoi- 
res de la Société royale de Médecine (1779); 
5° Observations sur ^Obstruction du pjlore ; 
4** des Expériences , des Rapports dans les 
Mémoires de la Société; 5° Enfin dans V Ency- 
clopédie méthodique , les articles Coqueluche , 
Croûte de laitj Achores ^ etc. Il mourut le 27 
mars 1816. 

Le docteur Jeanroi était en 177g, et suc- 
cessivement jusqu'en 1789, membre du Grand 



BIOGRAPHIE. l55 

Orient, en qualité de député de la loge de la 
Sagesse^ orient de Valence. 



L. 



LALANDE (Jérôme-Joseph Le Français de), 
membre de* l'ancienne Académie royale des 
Sciences et de l'Institut impérial , chevalier de 
la Légion-d^Honneur dès sa création > est né à 
Bourg en Bresse, le ii juillet 173:1. C'est l'as- 
tronome français le plus savant et le plus con- 
nu ; c'est un des maçons les plus distingués de 
l'orient de Paris, et Tun de ceux qui lui ont 
rendu la plus de services. 

La vie du savant, qui fut membre de l'Aca- 
démie royale des Sciences en 1753, n'ayant pas 
vingt-un ans, et qui devint membre de toutes 
les académies de l'Europe , n'est pas de notre 
ressort; celle du maçon, très-belle, très-remar- 
quable, pourrait fournir des développements 
que notre cadre trop borné nous force de res- 
treindre , quelque regret que nous en éprou- 
vions. Membre, puis dignitaire de l'ancienne 
grande Loge de France , il est l'un des fonda- 
teurs du Grand Orient, dont il a été successi- 
vement officier dignitaire et officier d'honneur. 
Il présidait la loge des Neuf Sœurs lorsqu'elle 
eut le bonheur d'initier Voltaire aux mystè^ 



il56 BIOGRAPHIE. 

res maçûiiDiques ; il présida la cérémonie fu- 
nèbre par laqlielle cet atelier se rendait Tor- 
gane du deuil général que causait la perte de 
ce grand homme. 

* Historien de l'astronomie, Lalande a été aussi 
notre premier historien comme maçon dans son 
Mémoire sur les progrès de U Ordre maçonnique 
en France; il est aussi l'auteur de l'article 
Franc-maçon dans V Encyclopédie y et ce fut lui 
qui y en qualité de grand orateur du Grand 
Orient dans sa chambre d'administration , pro- 
nonça , le 22 août 1774; le discours d'inaugu- 
ration du nouveau teçiple maçonnique de la 
rue du Pot-de-fer. En i8o5, cet illustre frère 
étant à Lyon , toutes les loges de cet orient se 
réunirent pour lui donner une fête brillante. 
Il mourut doyen des astronomes français , le 4 
août 1807. 

LABLÉE (Jacques), littérateur, est né à 
Beaugency le 26 août 1761 . Il était avocat au 
parlement de Paris, et comme il embrassa les 
nouvelles opinions politiques, toutefois avec 
modération, il devint, en 1790, officier muni- 
cipal et l'un des soixante administrateurs de la 
commune. En 179?, il fut nommé administra- 
teur général des subsistances militaires, et en 
1798, contrôleur général des services de la 



BIOGRAPHIE. 167 

guerre dans la S"" division militaire; il passa 
ensuite dans Tadministration des droitsf réunis. 
M. Labiée s'était déjà fait connaître par des 
poésies et des romans. 11 atteignit paisiblement 
la restauration royale^ et en 1814 il reçut du 
roi Louis XVIII la croix de la Légion-d'Hon- 
neur et une pension de 1,200 fr. pour avoir, 
étant président de la section du Luxembourg, 
dissipé un attroupement qui voulait se porter 
dans les appartements de Monsieur y depuis 
Louis XVIII , pour empêcher ce prince de 
quitter Paris. 

M. Labiée est maçon, et lors de la réunion 
des deux anciennes grandes loges de France , 
en^ 1799 , il se fit remarquer, à la fête qui eut 
lieu à cette occasion, par un cantique où se . 
trouvent plusieurs belles strophes. 

LACÉPÈDE (Bernard-Germain-Étîenne de 
La Ville , comte de) , naquit à Agen le 16 dé- , 
cembre 1756. Il voulut d'abord, par égard pour 
sa famille, embrasser la profession des armes; 
mais bientôt, maîtrisé par son penchant pour 
l'étude des sciences , il étudia l'histoire natu- 
relle et devint l'élève de Buffon et de Dâuben-' 
ton , qui le firent nommer garde des cabinets 
au Jardin du Hoi. La révolution le surprit dansr 
ce poste modeste ; mais déjà il avait acquit de 



l58 BlOQRAPHIEé 

la célébrité; et par plusieurs ouvrages, dont 
nous rappellerons les titres plus bas , annoncé 
que Buffon aurait un digne continuateur. Lan- 
cé dans la carrière politique, il y acquit aussi 
une bien honorable distinction. Membre de 
l'Assemblée législative , et son président le :28 
novembre 1791, il prévit les orages qui n'é- 
clatèrent que trop tôt , et après la session il 
retourna à ses éludes scientifiques. Il devint 
membre de l'Institut en l'an vi, et fut chargé 
d'organiser l'expédition du capitaine Baudin. 
Deux jeunes gens , qui depuis ont mérité une 
haute estime, MM* Bory de Saint-Vincent et 
Pérou, lui durent l'honneur de faire partie de 
l'expédition. A l'époque de l'établissement du 
gouvernement consulaire, il devint membre du 
Sénat conservateur, et en 1801, président de 
ce corps. En i8o3 il fut nommé grand chan- 
celier de la Lé^ion-d'Honneur; en 1804, titu- 
laire de la Sénatorerie de Paris; et en ido5. 
grand-aigle de la Légion. Membre du Grand 
Conseil et président du Sénat, il portait la 
parole dans toutes les occasions solennelles et 
fréquentes de l'empire, et, le 12 janvier i8i4, 
il eut le courage de faire entendre à Napoléon 
le vœu que l'empire formait pour la paix à 
quelque prix que ce fut. 
Le gouvernement provisoire, à cette époque 



BIOGflAPâlE. 169 

de revers , lui relira la grande chancellerie 
pour la donner momentauëment à M. de Pradl. 
Le roi le nomma, le 4 juin de la mèDàe année^ 
membre de la Chambré des pairs, où le main-^ 
tint IN^apoléon pendant les cent jours en i8i5^ 
et dont l'exclut l'ordonnance royale du 24. juil- 
let (i8i5), mais où il rentra ensuite. La vie 
de M. de Lacépède fut des plu» occupées. Il 
suffisait à tout y et ne négligeait pas, ^n faite 
des grandeurs, les sciences et- la littérature. 

C'était l'homme le plus désintéressé et le 
plus généreux. Légionnaires, veuves , orphe- 
lins-, il obligeait, il. servait tous ceux qui 
avarient recours à lui. Un employé de ses bur* 
reaux est en proie à une profonde mélancolie , il 
l'apprend, et lui fait remettre lô^coo fr. L'em- 
ployé, les larmes aux yeux,, vient le remercier, 
et lui demande à quelle époque il pourra s'ac- 
quitter. M. de Lacépède lui tend une main 
affectueuse , en lui disant ce peu de mots^ : 
« Monsieur, je ne prêle jamais..... >i . 

Dans ses ouvrages, M. de Lacépède montre 
constamment des vues profondes et un style 
élégant. Il n'a en quelque sorte ^échoué que 
dans deux romans où il avait peint les malheurs 
de quelques membres de sa famille : EUwal et 
Caroline f 2 vol. in-12 , et Charles d^EUival et 
Caroline de Florentino ^ 5 vol. in-î2. Ses prin- 



l60 BtOGRAPlilË^ 

cipaux ouvrages sont : i*" Essai sur VÉlectri^ 
cité naturelle et artificielle^ 1781 , 2 vol. in-S**! 
2* Physique générale et particulière^ 2 vol. 
ia-8% 1 782-1 784; 3** la Poétique de là musi- 
que , 2 vol. in-8**, 1785; 4** Éloge du duc de 
Brunswick f 1786; 5® Histoire naturelle dès 
Quadrupèdes ou Ovipares ^ in-4^ et 2 voL in-8**, 
178,8; & Histoire naturelle des Reptiles, in-4** 
et 2 vol. in-i2, 17819; 7** Éloge historique ' de 
Daubenton, 1790; 8° f^ues sur renseignement 
public, 1790; 9** Histoire naturelle des Pois- 
sons, 5 vol. irt-8**, 1 798-1803; lo* Discours 
d^ouverture des Cours du Muséum d^istoirè 
naturelle , formant un volume très-recherché; 
ti"* enfin une Histoire générale, physique et 
civile de V Europe , depuis les dernières années 
du cinquième siècle jusque vers le milieu du 
dix-huitième^ Paris, 18 voL in-8', 1826. Il a 
donné des Notices sur V ander monde , Montes-^ 
quieu , etc. ; composé des symphonies et des 
sonates ; travaillé au Dictionnaire des Sciences 
naturelles, au Magasin et à la Revue encyclo-- 
pédique, au Muséum d'Histoire naturelle, etC; 
Le comte de Lacépède mourut le 6 octobre 1825. 
Une édition des Œuvres complètes de M. le 
comte de Lacépède, 10 volumes in-8', dirigée 
par M. Desmarets, a été annoncée en 1826. Ce 
savant célèbre, cet homme de bien était franc- 



BIOGRAPHIE. x6i 

maçon. Il suivait les travaux maçomïiques avec 
zèle y et a présidé souvent des lojges de Paris et 
le Grand Orient de France, tant sous l'empire 
que depuis la restauration. 

LAGARDE (le baron Joseph- Jean)', né tt 
Narbonne, le îi mai lyBS, fut reçu avocat au 
parlement de Flandre en 1776, conseiller du 
roi au bailliage de Lille en 1788, et .exerça 
des fonctions publiques dans son départernént 
jusqu'au i5 brumaire an iv, époque où il de- 
vint secrétaire général du directoire exécutif. 
Ces fonctions ayant cessé par suite de rétablis- 
sement du gouvernement consulaire, M. La-' 
garde fut nommé, le ^20 brumaire an x, pré-* 
fet du département de Seine-et-Marne , baron 
de l'empire le i5 août 1809, ^^ i*évoqué de sa 
préfecture en 1810, par suite de prétention et 
de quelques intrigués qu'il n'a jamais pu dé- 
joaer. Il avait ét^ nommé membre de la Légîon- 
d'Honneur lors de la création de cet ordre. 

Zélé maçon, il a été pendant plusieurs années 
secrétaire de h chambre d'administration du 
Grand Orient. Les procès -verbaux imprimés 
renferment, outre ses comptes rendus , diverses 
piècesde poésies maçonniques de sa composition . 

LASALLE (Antoine-Charles-Louis, comte 
n. II 



]63 BIOGRAPHIE. 

de),généredde division^ grand officier dq la 
liégion^d'Honneup, chevalier de la Couroime*- 
de-Fer, cheyaUer.des ordres de Bavière^ naquit 
à MetZ; le lo mai ij55. Le plus beau caractère^ 
la plus héroïque bravoure, l'esprit le plus heu- 
FeuK, la.plus nùhhd et la plus vive sensibilité , 
rappellent daps le géniéilal Lasalle 1^ héros 
d'^pipère, les paladins de l'antique chevalerie, 
et cea guerrîersi illustres dont Plutarque nous 
a transmis les vies admirabbs. 

Lajsalle se distingua parmi le» guerriers fran- 
çais que 'l'Europe moderne a vus se dessiner 
taiit de fois poa.r réaliser les fictions des poètes 
et les mo^èjl^s posés pu rappelés par les-histo^ 
riens. L^ privilège de la naiâsance le place 
avant la révolution, à peine âgé de dix ans, 
cotome officier dans le régiment d'Alsace. La 
révolution détruit le privilège, et le jeune La^ 
salle perd avec joie \m titre iju'il ne dpit point à 
lui-même. Elle le voit entrer comme simple 
soldat dans un régiment de chasseurs; elle le 
voit, après une action d'éclat à l'armée du nord, 
repousser lesépaulettes qu'on lui offre; elle le voit 
enfin , à dix-neuf ans , accepter avec pudeur ce 
grade que lui oat mérité de nouveaux services î 
Dans la campagne d'Italie , à la bataille de Ri- 
voli , il enlève de vive force un plateau qui do- 
mine la plaine et que lui dispute sans succès une 



BIOGRAPHIE. l65 

foule d'ennemis. Rentré avec les étendards, 
gages de son courage et de son succès , il est en 
présence de ce général Bonaparte, qui commen- 
çait à ébranler le globe, w Reposez-Toiïs sur ces 
u drapeaux, Lasalle, vous l'avez bien mérité, 
i< lui dit le général en chef^ qui Savait si bien . 
(c apprécier les braves, n 

Pendant cette campagne , Lasalle , un mo- 
ment prisonnier de Wurmser , est brusque- 
ment questionné par le guerrier ennemi, u Quel 
M âge a Bonaparte? » Le jeune prisonnier, 
brusque lui-même dans sa réponse , dît : « L'âge 
ce qu'avait Scipion quand iHainquitÀnnibal. n 
U fit partie de l'expédition d'Egypte et était 
avec cette cavalerie française qui, sans le se- 
cours de l'infanterie^ se mesura pour la pre- 
mière fois au combat de Salahyen avec les M a- 
melucks. 

A cette -époque , le colonel d'Estrées, «on 
ami^ est blessé mortellement; ce colonel avec 
Lequel, lié de la plus tendre amitié, il mettait 
vingt fois par jour le sabre à la main pour l'at- 
taquer ou se défendre contre lui. Des^Arabes 
transportent ce blessé, et Lasalle a juré de ne 
le pas quitter. Un moment il est forcé de s^ab- 
senter : les Arabes le croient parti sans retour 
et se disposent à enterrer le moribond. Lasalle 
revient, les Arabes fuient; il court après eux, 



l64 BfOGRAPHIE. ' 

les ramène^ et seul, malgré leur nombre, illes 
force à reprendre leur précieux fardeau. Dans 
cette même guerre, mourant de soif, on lui 
apporté.une outre pleine d'eau; ses soldats la 
regardent d'un œil d'envie , il le voit et la leur 
distribue en refusant d'en prendre sa part. La- 
salle quitta l'Egypte après la convention d'El- 
Arych, signée par le général Desaix, et fit de 
nouveau la guerre en Italie. En Allemagne , 
après la bataille d'Àusterlitz, il est nommé gé- 
néral de brigade, et, à peu d'intervalle, général 
de division. Le 29 octobre ,1806, à la tète de 
deux régiments de cavalerie, il attaque la ville 
fortifiée de Stéttin , s'en empare , et,6,ooo hom- 
mes, 100 pièces d'artillerie et de^ magasins con- 
sidérables tombent ainsi en son pouvoir. Un 
acte personnel de bravoure le signale à la ba- 
taille d'Heilsberg. Le grand duc de Berg, Mu- 
rat, depuis roi de ,Naples, est entouré par 
douze dragons russes. Lasalle vole seul à son 
secours,, tue l'officier et met en fuite les onze 
dragons. Quelques heures se 'sont à peine écou- 
lées que lui-même se trouve dans une position 
aussi critique. Murât, seul aussi , le dégage, et 
en lui donnant la main, lui dit: cr Général, 
« nous sommes quittes. » Voilà les héros! 

Lasalle fut employé momentanément en Es- 
pagne, et appelé en 1809 à l'armée d'Allemagne 



BIOGBÂPHIE:. l65 

OÙ devait glorieusement se terminer sa vie. Au 
moment où la victoire se décida sur le champ 
de bataille de Wagram en faveur des Français ^ 
il est atteint d'un coup mortel. 

Et ses derniers reg^ards ont yu fuir Tennemi. 

Ce moderne Bayard était franc-maçon; il 
avait été reçu à Paris avant son départ pour 
rÉgypte. 

LAURISTON ( Jacques - Alexandre - Ber- 
nard Law, marquis de), maréchal et pair de 
France , etc. , second grand maître adjoint de 
l'ordre maçonnique en France , naquit à Pon- 
dichéry en i764« Fils du gouverneur général 
des établissements français au-dielà du cap de 
Bonne-Espérance, et petit-fils de ce fameux 
financier Law qui , sôùs la régence, bouleversa 
par son système tant de fortunes } il suivit la 
carrière des arjpes, et était, en 1784, colonel 
au corps royal d'artillerie , grade qu'il exerça, 
en 1795, au corps d'àrtillerje à cheval. En 
1800, le premier consul Bonaparte le nomma 
l'un de ses aides de camp, et M. de Lauriston^ 
qui avait coopéré à la défense de Copenhague, 
fut chargé de porter en Angleterre les préli- 
minaires de la' paix d'Amiens; le peuple an- 



l66 BIOGRAPHIE. 

glais l'accueiliit avec transport. Commandant 
de l'armée expéditionnaire embarquée en i8d4 
sur l'escadre de Toulon ^ il entra à Cadix après 
un combat avec la flottille du «contre -amiral 
anglais sir Rqbert Colder, et s'empara ensuite 
de Raguse , qu'il eut bientôt à défendre. Dans 
la guerre de Prusse il resta en Dalmatie pour 
conserver ce point militaire contre les Russes. 
Après la paix de Tilsitt, il prit possession des 
bouches du Cattaro, et fut nommé gouverneur 
général de Venise; en 1808, l'un des deux ai- 
des de camp qui accompagnèrent l'empereur 
à Erfurth ; il fui envoyé en Espagne. Il fit par- 
tie de la grande arinée en 1809 ' ^^ ^^ distin- 
gua à Iiaadshui« Par suite de la bataille d'£s- 
lii>g il fut chargé d'opérer la jonction de la 
grande armée lavec celle d'Italie au-delà du 
Zeimmeringberg. Son corps, réuni à celui du 
prince Eugène, prit une belle part à la bataille 
dé Raab, et s'empara de cette ville avec des 
forces peu considérables. A la bataille de Wa- 
gram, oommandanjt de l'artillerie de la garde 
impériale, il s'élança, au moment décisif ^ à la 
tête de son corps et ^» galop sur l'armée au- 
trichienne, et la fpudroya,à portée du pistolet. 
II accompagna l'archiduchesse JVIarie- Louise 
lorsqu'elle vint eu France s'unir à l'empe- 
reur NapoléoB. A 1^ suif.e de plusieurs missions 



tmftortanies it fb tuétoifié ambassaiieinr en Russie . 
En loi 5il eomiâÀibéa' un ooi^sâ'année d'obser-^ 
vation sur l'Elbe, jet prît là viHe de Leipzig le 
jour même de la bataille de Lirtses; à WàsAiig^* 
il battit les Russes et les Prussiens, et le len<- 
demain , à Bautisen , étant, à la tète de Textrétne 
gâUehe de l^arièëe ,- i\ débét^da l'ennérafi et^conii 
mença la retraite^ Blûcher Vàltê^daît sut les 
hduietips de Goldeberg; mais M. de LaurisCbti 
le bailitle idaoût ('t9>i5); et put, l^i 21V passer 
le Jfeber, et rempoHïer de nottyiËa^ic avantage» 
aux -Combats de Jauer etr de Waehau» Il dé- 
ploya de nouveaux talents à Di^sdie et à Lèîp*^ 
ug. he rgoetobre'Vjôur oà^Léi)kig*^t pri», 
il comptait contipiier sa retî*afte par le pont die! 
Liadeaaù; ce pMt étant- rqi&pu il traversa la 
rivière; mais à l'antre bord il futf^ît prisoti^ 
nter et conduit à Berlin ; il ne reeoiiivra la li- 
berté qu'après les événements delà restaura- 
tion royale ea i8i4* Pendant lès cent jour^^ en 
i8ï5, il vécut^r^tiré dans ses terres, et ne re- 
parut qu'apràs la secondé abdication de l'em- 
p«ôr^r. he roi Lbni^ XVIIt lui donna suceessi^ 
vement ïè titre de i|tarquis, le grand cofdoti 
de la Légion '-d'HÔTÀieur, le cordon de com- 
mandeur de SaintMLoilis, la direction d\i mi- 
nîstère de sa maison > enfin !e bàXion de mare* 
chai et là dignité de foir de^iFronce. M. de 



l68 «IftGRAPHIE. *^^ 

LauristQo a^aU/ éké ^dxaUisdsim Yôrdr^ maçon- 
nique ea 1807, à la loge du 6(firégimetit d'in- 
fanterie, alors. à Ragme {ivoy, Legouturikr ). 
Il mojirut eo 5837. . . , 
' . i ' ^ ^..- < .. r » . ■ ., * 

LAV ALLÉE (Joseph)^ wcim marquis de 
ÇfiJSrRcïBERT, j[^jipjtaine d'iofanieriè au régi- 
m^ni: de Champagne,, dut à là révolutioa s^ 
sQrtlei: de la Bastille, où> à 0a;u9!e des. éç^rAa;de 
sa jeunj^sae^ il avait éijé,aDfermé par. lettre dç 
cachet dâli;¥xée.sur Içs^n^tance^ de ^a famille* 
M. Lavallée , que le spu^^çi^ir de; cet acte, arhi- 
traircf animait 4'ua vif ressentiment, répudîdv 
sa noblesse hérédataîre. et adopta avec chaleur 
le$ nouveaux principes poli tiquesw *i s 

^ Homme instruit 5 et écrivant avec facilité, il 
attaqua dans divers écrits les abus de L'ancien 
régime, et se consacra ensuite à la Cjarriere dés 
lettres, où il a donné une foule d'ouvjatges, 
comme journaliste, voyageui', et romancier. An- 
cien maçon, il reprit au commencement jdu 
dix-^neuviême siècle la pratique de .la maçon- 
nerie, et fut successivement véoérable, et très-^ 
$age de Ja loge et du chapili^ du Mont^Tha-^ 
bor et officier du Grand Orient, ^uojquîe petit 
et contrefait, il présidait ai^ec;dignité et parlait 
avec éloquence! Il .devint l'ami du comte de 
Lacépède, qui. le -nomma ^éf de division dans 



BiboRAPBlE. 169 

les bureaux de la chancellerie de la Lëgion- 
d'Honneur^ dont cet illustre frère était grand 
chancelier. 

. La ^ chute du gouvernement impérial^ en 
18149 détermina M. Lavallée^ qui perdit sa 
place^ à s'expatrier. Il se retira à Londres ^ où 
la loge française de PEspérance lui donna tou« 
tes sortes, de secours , et le fit enterrer honora- 
blement lorsqu'il iàoiHiit> le \â8 février <r8 16. 
Durant sa carrière maçonnique il a-prononcé 
des discours et allocutions .qui ont été en^par-* 
lie imprimés dans lesr recueils maçonniques-du 
temps*- \ / 

LAVALLÉE (Louis -Antoine), fils adoplif 
du précédent , était maç6ti , et fréqueti ta avec 
assez de^zèle les ateliers'. Il mourut le 6 fé- 
vrier 181 8, après avoir recbpli pendant vingt- 
deux ans lés fonctions de' secrétaire général des 
musées du Louvre* 

LEBLOND (l'abbé Gaspard-Michel), biblio- 
thécaire du collège Mazarin, membre du corps 
législatif et de l'Institut, était aussi versé dans 
la science des mystères du paganisme que dans 
ceux de la religion catholique, dont il fut un 
des plus honorables ministres. Zélé pour |a 
franc ^maçonnerie, il a fait partie de la logé 



,170 BIOGnà.?HlE. 

' des Chei^aiiers deJaCmicài dan^ le ^ein de ki- 
quelle il a conèouru à> organiser . r:ordre ' 3u 
Temple. Les archives de ces deux sociëiés pos-* 
sédent des réglemeals ^ • des/cahiers dé grades 

, et atiibep ; travaux. /de. ca..g«Bœe, rédigés i et 
écrits pai? lui. lia pubHë plusieurs éeritssttr 
les aaliqiûcés; faals, dans «tn aceés4^tidélire 
causé ;]^ar; uae maladie :grav«^ il ai livre; aux 
flamiKies nne faule de maiMiserits précieux^ et 
eatre aiitres.de laborieuses recherches sur lès 
mystères^ chez lés différents peuples.* : \.. ' 
!. L'abbé Leblond , né àr Cacn ' le 24^ iiofrèm- 
bre/1738, mourut le 17 juin 1809, dafisîla. 

ville de l'Aigle, où, dit -on, il s'était retiré. 

• ■-••■»» 

. LEGLÂIR (l'abbé Fra,Bçôis), prêtre, b^ke- 

lier de Sorboane, grand écpssaisf, ru:n ^lesvfon- 

dateurs de la r&speQtAble loge de jn Réunion 

' des Étrangers , orienl de Paris. ( p^ojr, Wai^ 

TpiRSTOFF, Baron, Dekis.) - 

LECOUTURIER (Franç0is:G^r)va|f!^.Édoîia.çd), 
maréchal de camp, offîei^r de la Légionid^Hon- 
neur, chevalier de Ss^ijitr Loir(Sy.e^i iié à Fa- 
Jaise le i5 juin 1768. Des études, diistiaguées à 
l'université de Paris rayaiQn.(dé(iirmîitéÀ)Sii^?re 
la carrière de L'instruction >publiqujé; .ixâifs Jas 
événements de la révolution renlevéfent au 



BIPGRAPHIE. • 171 

collège de Louis^^le^rand , où il éiait maiii e 
d'études; modeste emploi qu'avait exercé l'abbë 
Delille et nombre d'autres hommes qui se sont 
illustrés depuis daus les lettres. M. Lecouturier 
i^çuCy le 3i mai 179a, le brevet de sous-lieu- 
tenant dans la légion de l'armée du centre , de- 
venue le 16'' régtmeni d'infanterie légère. Le 
i3 juin 1796 y étant capitaine d'une compih* 
gnie de carabiniers , }l fui frappé , devant 
Manheim^ d'une balle qui lui fracassa l'arti- 
culation du coude gauche , et le priva pour 
toujours de l'usage du bras. A peine rétabli , 
il reprit le commandement de sa compagnie , 
à la tête de laquelle^ le 1°' octobre 1800, il 
fut promu ^, sur le champ de bataille, sôus les 
murs d'Ancône, au grade de chef de bataillon, 
pour avoir, à la tète de denx cent cinquante 
hommes d'élite, enlevé une redoute défendue 
par cinq cents Croates, pris un drapeau et 
encloué neuf bouches à feu. Cette belle ac- 
tion, imputée par erreur au lieutenant du ca- 
pitaine Lecouturier, fut récompensée par lin 
sabre d'honneur et un brev^ d'officier de la 
Légion-d'Honneur. Le commandant Lecoutu- 
rier n'ayant pas voulu réclamer, ne reçut que 
la croix de légionnaire a la création de cet 
ordre, et n'en fut nommé officier que par 
Louis XVIII, en février i8i6> qui lui donna 



IJ2 • BIOGRAPHIE. 

à la 'même époque le brevet .de chevalier de 
Saint'Louis* 

Chef de bataillon en 1808 ^ colonel ^^en non 
activité ^^ i8i5, il reçut en 1822 le brevet de 
maréchal de camp; il comptait alors trente 
ans de service ^ ayant fait en personne les vingt- 
trois campagnes de la révolution ; il avait en- 
tendu tonner le canon de Jemmapes et celui 
de Waterloo. Le général Lecouturier, depuis sa 
retraite 9 a publié une réfutation du tome XI 
des J^ictoires et Conquêtes , ei^ ce qui concerne 
la défense d^Ancône , donné des Réflexions sur 
le corps rojral ifélfit-mafor, un dernier mot 

. sur ce corps y des Considérations sur les Retrait- 
tes militaires et Pensions des ^veuves , un Dic- 
tionnaire raisonné des Connaissances militaires; 
enfin, chargé de la partie militaire dans l'ou- 
vrage périodique de la Bibliothèque historique. 
M. Lecouturier fut reçu maçon à la loge des 
Sœurs Unies de Toulouse. 

En 1 801, chevalier Rose-Croîx dans le cha- 
pitre de rUe d'Oléron , et à son tour, en i8o5, 

• fondateur et vénérable de la loge des parais ' 
ji mis réunis , orient du 16® régiment d'infan- 
terie légère. . 

Il fonda et présida encore en 1807 la loge 

. Mu 6o« régiment d'infanterie, alors à Ragu- 
se, en Dalmatie. C'est à cette dernière loge 



\ 



BIOGRAPHIE. 175 

qu'il donna la lumière à M. de Lauriston, 
depuis maréchal de France et deuxième grand 
maître adjoint de l'ordre^ dont il était alors 
le premier aide de camp , ainsi qu'au général 
comte, et depuis maréchal Molitor. En 1616, il 
devint membre et successivement président des 
différents ateliers du Mont- Tkabor de Paris , 
qui lui conféra le 5o« degré. Officier digni- 
taire du Grand Orieiit de France, il y reçut 
les 5i% 32» et 35* degrés. Il vient (1828) d'être 
élevé à la présidence de la chambre de corres* 
pondance et des finances : une vie si bien rem- 
plie porte avec elle son éloge. 

LEFEBVRE D'AUMALE père (Charles- 
François -Félix), né à Aumale (Seine -Infé- 
rieure), le 24 juin 1764, gmnd inspecteur 
général , SS*** et du rite d'Herodom , membre 
actif des ateliers du Phénix^ dont il préside les 
travaux symboliques et philosophiques, cadet 
de famille de Picardie, était en cette qua- 
lité appelé à faire partie du sacerdoce, sui- 
vant l'usage de cette province (Picardie). 
Par obéissance pour son père, dont le vœu était 
très -prononcé à ce sujet, le frère Lefebvre- 
d'Aumale porta le petit collet jusqu'à l'âgé de 
dix -huit ans qu'il perdit son père. Quoique 
cette carrière lui offrît les plus grands avari- 



1^4 BIOGRAPHIE. 

tages, il n'hésita pas à Tabandonner pour se 
livrer au barreau j de bonnes études lui facili- 
tèrent ses sucôès. 

Avocat au parlement à Tâge de vingt- trois 
ans> ii est resté constamment attaché à ce siège 
jusque après sa destruction en 1790, après quoi il 
sacrifia pendant cinq ans son existence à son 
opinion '9 et ce n'est qu'à( son dernier écu qu'il 
a consenti, par nécessité, à accepter une place 
d'agent -chef d'administration dans les subsis- 
tances militaires ^ parce qu'alors la composition 
des tribunaux le repoussait pour suivre sa vo- 
cation; ce n'est que lorsque la tourmente ré- 
volutionnaire eut cessé ses ravages qu'il donna 
sa démission pour reprendre les fonctions d^a- 
vocat. Pour le récompenser de quatre années 
d'un travail pénible , le gouvernement d'alors 
lui accorda une gratification de 6,000 fr. en 
argent. 

Il s'était fait tant d'amis pendant ses fonc-^ 
tîons administratives, que tous ses anciens collè- 
gues s'empressèrent de lijii donner leur con- 
fiance pour suivre et gérer leurs intérêts les 
plus chers y ce qui lui valut > par suite aussi, 
une clientelle considérable et précieuse. 

Attaché particulièrement au tribuiial de 

première instance, en qualité d'avocat; le pré- 

.sident de ce tribunal ^ M. Berthercau, dit un 



BIOGRAPHIE. iy5 

jour en chambre du conseil , en parlant du 
frère Lefebvre-d'Aumale , que a si tous les dé-^ 
ff feoseors élaieni de son calibre, les juges 
c< pourraient vendre leurs robes , parce qu'ils 
(c n'auraient plus rien à faire, n 

Cette anecdote peint à elle seule le caractère 
du frère LeFebyre^d'Aumale, qu'il a constam-- 
ment soutenu pendant trente ans, que depuis 
il n'a cessé de montrer partout, même en ma- 
çonnerie, et particulièrement au Grand Orient 
de Fn^nce, auquel il appartient eu qualité 
d'officier titulaire, attaché au suprême conseil 
des rites depuis le 29 novembre 1817 , dont il 
a été l'orateur de 18^5 à 1824^ et qu'il préside 
maintenant depuis iSii4* 

Quinze inois de présidence continuelle pen- 
dant la discussion générale des nouveaux sta-* 
tuts, après avoir été l'un des membres de la 
commission chargée de leur rédaction , prouve 
suffisamment son zèle infatigable , son dévoue- 
ment exclusif au Grand Odent de France , ses 
principes invariables et son amour pour l'ordrb.. 

Grand inspecteur général , 33r"°% et du rite 
d'Herodom.; membre actif des. ateliers du 'Phé^ 
nix, dont il préside lès travaux symboliques et 
philosophiques, 

LEMAIRE (Nicolas -Éloi) , professeur d'é- 



lyÔ BIOGBIPHIB. 

loquence et de poésie laline à la faculté des 
lettres de TÂcadéiDie de Paris , est ne dans le 
département de la Meuse ; il fut envoyé au col- 
lège de Sainte -Barbe , où il fit de brillantes 
études. Il était ^ en 1792 , professeur titulaire 
aucoHégedu cardinal Lemoine^. lorsque , par 
suite des événements politiques , il devint juge 
suppléant au tribunal civil du sixième arron- 
dissement. 

Dans cette place il put sauver (le l'emprison- 
nement plusieurs hommes de mérite , entre 
autres l'illustre Daubenton , qu'il fit passer 
pour un simple berger élevant des moutons à 
Montbart. Réélu en sa qualité de juge sup- 
pléant, il donna sa démission, n'ayant pas l'âge 
requis, et ne reparut dans les fonctions publi- 
ques qu'en l'an vu, en qualité de commissaire 
du gouvernement près du bureau central de 
police, où l'avait fait nommer Baudin des Ar* 
dennes. 

11 fut proposé par la commission des inspec-- 
teurs du conseil des anciens pour le ministère 
de l'intérieur; mais cette nomination, annon- 
cée dans les journaux, n'eut pas lieu; le gou- 
.vernement ëonsulaire qui venait de s'établir, 
ayant entièrement changé l'administration, Lu- 
cien Bonaparte, devenu ministre de l'intérieur, 
le fit employer à ce même ministère. 



BIOGRAPHIE. . lyy 

M. Lemaire occupa momentanément son em- 
ploi , et se ren(}ît, en i8o3, en Italie^ où il 
donna le spectafcle nouveau d'un improvisateur 
latin. Son succès fut prodigieux à Milan et à 
Turin. 

De retour en ÎFrance, il tint la chaire de 
Tabbé Deliile pendant l'absence de ce célèbre 
professeur, et y mérita les plus honorables suf- 
frages. M. Lemaire est particulièrement connu 
par sa belle collection des Classiques latins ^ 
encouragée et soutenue par M. Laffite, célèbre 
banquier et membre de la Chambre des Dé- 
putés. La. loge Ae^ Artistes j orient de Paris, 
compte M. Lemaire parmi ses membres les plus 
distingués» 

LEMAZURIER (Pierre-David), littérateur, 
secrétaire du comité d'administration du Théâ- 
tre-Français , est né à Gisors, et s^est annoncé 
de bonne heure par d'agréables contes et autres 
pièces de vers insérées dans XAlmanach des 
Muses , et pour la plupart lues à l'Athénée des 
Arts et à l'Athénée de Paris, à la Société aca- 
démique des Sciences, et à la Société philotech- 
nique. Il a publié, en i8io, en 2 vol. in-8% 
la Galerie historique des Acteurs du Théâtre- 
Français ^ dont il prépare une seconde édition, 
et se propose de mettre au jour V Histoire du 
II. 11 



178 BIOGRAPHIE. 

théâtre et de la troupe de Molière. En 1806, il 
était, comme maçon , secrétaire de la loge des 
Neuf Sœurs f orient de Paris. 

LEMIERRE (Antoine -Marin), fils d'un 
éperonnier de Faris^ naquit en cette ville en 
1755 et y mourut le 4 juillet 1795. 11 fut mem- 
bre de là loge des Neuf Sœurs peu après sa 
création, et il assista à la réception de Voltaire. 

Malgré les avis paternels, Lemierre préféra 
la carrière littéraire, et se fit d*abord bien ac- 
cueillir de M. Dupin , fermier-général , homme 
d'esprit, qui le prit pour son secrétaire. 

Son début, en 1754^ fut un poème sur le 
Commerce^ ou il introduisit ce vers fameux, le 
vers du siècle ^ disait-il : 

Le trident de Neptune est le sceptre du monde. 

L'année suivante il publia un poème sur 
VUtiUté des découvertes dans les sciences et 
dans les arts sous le règne de Louis XV. Le 
siècle n'y trouva pas un pendant au vers for- 
meux; mais tous les hommes de goût y lurent 
avec plaisir cette juste et b^lle pensée : 

Croire tout découvert , est une erreur profonde , 
C'est prendre l-horiton pour les bornes du liionde. 



BIOGRAPHIE. l'J,^ 

Les tragédies d^Jffjrpermnestre , donnée en 
1755, àUdorqénéey en .1764, A'Artaxervce et 
de Guillaume Tell, en 1766, et de la f^euue du 
Malabar, en 1770, acquirent à Lemierre wn 
rang honorable parmi les auteurs tragiques du 
temps. Après vingt-cinq ans d'attente (et cette 
longue suspension par égard pour la mtiigon 
d'Orange), Fauteur vit enfin, en 1790, jouer 
son Bameveh. Il y a da^s cette'pièce un mou- 
vement sulflime : Barnevelt fils conseille- à sw 
père de se donner la niort , et dit : 

\ : ' 

Gaton se la doonii : Socrftte Tattendlt, . , 

répond le grand Barnevelt; et tous lef specta- 
teurs applaudirent le héros et sfon interprète. 

L€;mierre était d'une bonhomie unique et 
d'une naïveté quelquefois trésr-plaisante. Il ^ 
louait et s'applaudissait de bon aloi. « Ft}isg[i:(^ 
« je n'^i pas d&prône^rsi il faut ^ien q^e^ç 
« fa^e mes affaires n^oi-n^êpie; ^ eX le n^ot e§t 
resté. Il se présenta en 1779 ^ TAcad^ier 
Française pour succéder à Voltaire, et justi- 
fiait aihsi sea p)?éteaUons : fc N'est-^ce g%s -^iax 
« qui doit hériter des ^rrn^p d'AfibiUe ? » Pfl^^ 
fut préféré. L'année suiv^ntl^ il y eut pn(^.^iif](^ 
vacance : même présentation , miême éfihee. 
Chabanon entra. « Il n'est pas étonnant qu'il 



l8o BIOGRAPHIE. 

(( remporte, disait-il ironiquement, il joue du 
ce violon et je ne joue qu<e de la lyre. » L'année 
1761 lui fut cependant heureuse : on l'admît. 
Bepuis long-temps l'opinion publique s'était 
manifestée en sa faveur. La tragédie de Céra- 
/TIW, jouée en 1785, tomba durement» « Par- 
ce bleu , dit^il avec humeur en parlant du par- 
K terre, ne s'imagine- t-il pas qu'on lui donnera 
« tous les jOur3 une Vernie du Malabar l m 
Toutefois à une représentation de «cette ^veuve 
chérie, la salle était presque vide, et un mau- 
vais plaisant de ses amis le lui faisait remar- 
quer. Lemierre, toujoui;s intrépide dans l'oc- 
casion , répondit naïvement : ce II ne manque 
i< pas de monde , mais la salle est construite de 
fc manière qu'elle parait toujours vide. » Nous 
citerions vingt traits de cette force ; mais les 
dimensions de ce recueil ne nous le permettent 
pas. Ces tragédies, son poème de la Peinture 
et %^% autres productions ont été recueillies 
sous le titre à'Œuvres^ complètes y en 181 o, 
5 vol. in-80. 

LÉNEÂ (l'abbé), ancien docteur de Sor- 
bonne, employé à la chancellerie de laLégion- 
d'Honneur, l'un des fondateurs de la loge des 
Cormnandeurs du Mont^-Thahory orient de 
Paris. 



BIOGRAPHIE. ' l8l 

LENOIR (Alexandre), chevalier de la Lé- 
gion -d'Honoeur, ancien administrateur du 
Musée des monuments français, dont il avait 
été le fondateur et qu'il avait organisé, a fait, 
en 1812-181 5, en huit séances, un Cours sur 
les rapports qui existent çntre les mystères 
d'Isis, des Grecs et ceux de la frane^maçonf» 
nerie. Ce cours, qui eut lieu dans le sein du 
souverain chapitre métropolitain du régime 
écossais philosophique en France, était une 
imitation de celui qu'avait fait en 1777 Couvt 
de Gebelin {voj. ce nom), qui renouvela Tu- 
sage des couvents philosophiques créés dans 
rintérét des hautes connaissances maçonniques. 
Le cours de M. Alexandre Lenoir eut un très- 
grand succès et fit un égal honneur à son ins« 
truction et à son talent comme orateur. II le 
publia en 1814 «ous le titre de La Franc-Mor- 
çonnerie rendue à sa véritable origine y ou l'an- 
tiquité de la franc -maçonnerie prouvée par 
V explication des mystères anciens et modernes y 
avec dix planches. Cet ouvrage fut critiqué par 
M. H.... (Hoffraan ) dans le Journal des Dé- 
bats des i3, 1 5 et 19 février 181 5, avec une 
sévérité qui annonçait plutôt la haine que le 
journaliste portait aux doctrines philosophi- 
ques de l'auteur, que le désir de relever quel- 
ques erreurs échappées involontairement dans 



l82 ^ BIOGRAPHIE. 

nn ^ystéflàe auèsi vaste et dans un ouvrage d'une . 
si ion^e haleine. Peu après ^ M. Lenoir reçut 
par la poste un gros voL in-8^ imprimé en an-- 
glais et dont le titre avait été enlevé. Une note 
lécrite à la main sur le revers de la couverture 
annonçait que cet ouvrage avait été en Ângle- 
•terre l'objet d'une crititjtie aussi partiale que 
celle dont M. Lehoir venait d'être frappé. 
M. Lenoir a su depuis que M. le chevalier 
Drummond, auteur de l'ouvrage anglais , avait 
vc^lil 1% consoler par son exemple ^ mais sans 
f^e faire connaître^ d'une injustice dont malheu- 
reusement les exemples sont communs. 

LEROBGE (André-Joseph-Étiénne), né à 
Gommercy (Meuse) le ^5 avril 1766, ancien 
SQÙk-chef au ministère des finances, ancien dé- 
puté au Grand Orient^ a concouru à la rédac-- 
tîoti de V Hermès y ouvrage maçonnique en a 
Tol. in^% Paris, 1819, et aux Mélanges de 
philosophie j d^histoire et de littérature rnaçon-' 
rdqûef uii vol. in>^8'', publié à Ostende en 1832^ 
Ce frère "est connu des maçons par sa belle col- 
lection maçonnique qui a été fort utile à 
M. Thury pour l'histoire du Grand Orietit et 
VJcta Latamorum^ et à M. Bazot, pour la 
Morale de la frtmC'-rnaoonnerie , etc. , et la 
Biographie des fnmcs^maçons. Tous les deux 



BIOGRA.PHX£* l85 

doivent encore à M. Lerouge des noies intéres- 
santes. Comme bibliographe instruit^ il a quel- 
quePois fourni des renseignements utiles à 
M. Barbier. Ce frère s'occupe d'un tableau gé- 
néral des loges et sociétés secrètes établies en 
Jranqe depuis lysS, avec des reçiarques his- 
toriques sur ces ateliers, etc^ , 

LIOY ( N. ), célèbre avocat de Naplesy était 
girand garde des sceaux de la grande loge de 
cet Orient, lorsque l'événement rapporté' à 
l'article de Caroline {voy. c^nom) vint mettre 
son zèle maçonnique et ses talents à une dan- 
gereuse épreuve. Il fut chargé de justifier les 
doctrines maçonniques et la conduite .des francs- 
maçons. Les mémoires qu'il publia étaient rem- 
plis d'une logique si convaincante et si pure , 
ils établissaient avec tant d'énergie et de soli- 
dité le droit des gens et celui des couronnes, 
qu'en qntrainafit les suffrages de tous les bom-^ 
mes honnêtes et impartiaux, ils attirèrent sur 
l'auteur l'orage formé par nos ennemis. Un dé* 
cret le déclara criminel de lèse-majesté et con- 
damna ses écrits à être brûlés par la main du 
bourreau.. Il se retira à Venise , où la proscrip- 
tion allait l'atteindre s'il ne fût parti subite- 
ment pour Baie. De cette ville, il se rendit à 
Lyon. Bientôt il apprit qi^e la persécution avait 



l84 BIOGRAPHIE. 

cessé, que ïes persécuteurs avaienl été destî-^ 
tués de leurs emplois , et qu'il avait la libeHë 
de rentrer dans sa patrie. 

Il vint à Paris, où là loge de la Càhdeur se 
Fattacha en qualité ôt associé étranger; son por- 
trait fut gravé et distiribué aux différents ate- 
liers de Paris. Plusieurs prip<^es d'Allemagne 
lui adressèrent des lettres de félicitation. Le 
Grand Orient de Hollande le nomma membre 
honoraire et correspondant étranger, et lui dér- 
cerna le titre plus direct de second grand se-^ 
crétaire. A son relieur à Naples , il reçut de ses 
frères les témoignages les plus flatteurs de leu^ 
sensibilité et de leur gratitude. 

LOUPTIÈRE (Jean-Charles de Relongue de 
La), poète aimable et gracieux, naquit au châr 
teau de la Louptière, près de Sens, le i6 juin 
1727, et mourut à Paris en 1784. Ha donné 
des poésies et oeuvres diverses, Paris , 2 vol. in- 
là, 1768 et 1774. I^a Louptière appartenait à 
la loge des Neuf Soeurs On trouve dans le Mi^ 
rqir de la vérité ( vol. 2 , page 46 ) de jolis vers 
adressés à sa bien-aimée en lui faisant hommage 
des gants qu'il avait reçus le jour de sa récep-. 
Cion dans notre ordre. 

LUXEMBOURG (le duc de Montmorency-), 



BIOGRAPHIE. l85 

grand administrateur de Tordre maçonnique 
en France pendantVa grande maîtrise de S. A. S. 
le duc de Chartres, fut un des plus zélés pro- 
tecteurs de Tordre/ L'ancienne grande loge de 
France était encore sous le coup d'autorité ci- 
vile qui avait suspendu ses réunions, lorsque 
la fraction de ses membres, qu'ellp avait ban<^ 
nie par suite d'un schisme et qui formait une 
contre-puissance, élut pour grand maître M. le 
duc de Chartres. Le duc de Montmorency- 
Luxembourg, que cette fraction avait su ga- 
gner, présida la séance du n^ j^^^^ i77> où la 
nomination et la proclamation des grands maî- 
tres eurent lieu. Il servit l'intérêt de la frac- 
tion de tous ses bons offices près du prince, et 
se mit dès-lors à la tête des schisma tiques pour 
résister aux efforts de la grande loge. Le grand 
maître ayant accepté, le nomma son substitut , 
et le grand administrateur général présida les 
assemblées que la fraction tenait à l'hôtel de 
Chaulner, sur le boulevard. On a vu , à Tarticle 
Bourbon^Louis la marche et le succès de leurs 
eiforts, que le due de Montmorency-Luxem- 
bourg couronna par une fête brillante qu^il 
donna à cette fraction devenue Grand Orient 
de France. Cette fête, où se trouvaient quatre- 
vingt-un membres du Grand Orient, eut lieu 
le jour de la Saint*Jean d'été de 1773. Le grand 



l86 BIOGRAPHIE. 

mahre fut inslallé quatre moi» après ^ te 28 oc- 
tobre. La grande }ôge qnî se réunissail rue de 
TArcade de la Pelleterie , et que l'on désignait 
sous le nom de Grand Orient de Ciermont, se 
débattit en vain sous cette, puisssuiee de fait. 
Ses circulaires y sesdéltt>érations, ses écrits^ ne 
changèrent rien à Tétat des choses* Le grand 
administrateur général les dénonça au nouveau 
Grand Orient qui y répondit moins efficace- 
ment par les représailles ou décrets^qu'il ful- 
mina que par son activité , sea vues exeellentes^ 
et une parfaite réorganisation de Tordre. L'or- 
dre était dans touiTéclat du triomphé, lors- 
qu'il s'installa > le 12 août 1774 , dans la maison 
dite du noviciat des Jésuites, rue du Pot-de- 
Fer. Le nouveau Grand Orient parvenu à ce 
point, et les approches de la révolution s'é- 
tant déjà un peu fait sentir, le duc de Montrons 
rency-Luxembourg cessa d'être remarqué. 

M. 

MACDONALD ( Etienne-Jacques- Joseph- 
Alexandre), duc de Tarente, maréchal et pair 
de France, major-^général de la garde royale, 
gouverneur de la 21* division militaire, grand 
chancelier et grand'croix de la Légion-d'Hon- 
neur , grand'crc^x de l'ordre de Saint-Louis , 



BIOGRAPHIE. 187 

chevalier de l'ordre du Saint-Esprit , premier 
grand maître adjoint de Férdre maçonaique 
en France, est né à Sancerre, département 
du Cher, le 17 novembre 1765, d'une famille 
originaire d'Ecosse. Il annonça dès sa jeunesse 
des principes de sagesse et d'ordre légal^ qui 
présageaient qu'un jour on le compterait parmi 
les partisans de la liberté constitutionnelle, 
qu'appelaient de tous leurs vœux les philoso- 
phes et les hommes instruits, de toutes les con- 
ditions. Destiné, à la carrière militaire, il passa 
comme lieutenant 4!u régiment irlandais de 
DîUon, dans la légion envoyée pour apptfyer le 
parti patriotique dans fa révolution de Hol- 
lande. Employé comme cadet au 87' régiment 
d'infanterie; en 1787, il soutint noblement ces' 
principes quand tous les officiers à noms à 
particules désertaient les armées françaises. U 
mérita à Jemmapes le grade de colonel , et de- 
vint peu après général de brigade sous Piche- 
gru. Commandant l'avant-garde de l'armée du 
Nord , par un trait de courage inoui il facilita 
la conquête de la Hollande en passant le Vahal 
sur la glace, et malgré le feu meurtrier des 
batteries de Nimègue et de Koderdùm : c'est 
ce qu'ont prétendu dissimuler les admirateurs 
enthousiastes de ce général en chef. Le grade de 
général de division fut la récompense de ce 



l88 BIOGRAPHIE. 

fait d'armes unique dans les fastes militaires^ 
Il continua de s'illustrer dans les campagne» 
des armées du Rhin et dltalie, et fût nommé 
gouverneur de Rome, où sa parfaite modéra tio» 
a été unanimement appréciée. Forcé, devant 
quatre-vingt mille Autrichiens sous le com- 
mandement du général Mack, d'évacuer tes 
États romains, de concert avec Champiounet^ 
il défit cette armée formidable, et rentra ei> 
vainqueur dans cette Rome qui avait apprécié 
ses talents et ses vertus guerrières. Plus redou- 
table par ses succès, le gAéral russe Suwarow 
le mit dans la nécessité de se retirer de nou- 
veau; mais §a retraite^ dans un ordre parfoit, 
lui permit de livrer la sanglante bataille de la 
Trébia, qui dura trois jours, où il fut blessé , et 
à la suite de laquelle il put faire sa jonction 
avec Moreau. Rappelé en France, il comman- 
dait à Versailles à l'époque du i8 brumaire, 
an Tin (1799). Après la bataille de Marengo, il 
dirigea en Suisse une armée de réserve, et re- 
poussa en 1801, dans le pays des Grisons, sur 
une ligne de soixante lieues de montagnes, les 
troupes ennemies : il fut là ce qu'il avait été 
dans les États romains. 

Dans la même année il se rendit en Danemarck 
comme ministre plénipotientiaire, et revint 
en i8o5 à Paris, où, dans lu conspiration de 



BIOGRAPHIE. l8<J 

Moreau, îl prit la défense de ce général ^ et en- 
courut ainsi la disgrâce du chef du gouverne- 
ment. Cependant^ en 1809, il reçut le comman- 
dement d'une division en Italie. A la bataille de 
Wagram il enfonça avec deux divisions le cen- 
tre de rénnenrf. L'empereur l'apercevant sur 
le champ de bataille alla au devant de lui, et 
lui dit : « C'est à vous et à l'artillerie de ma 
u garde que je dois une partie de cette jour- 
<c née. w Bel éloge, qui fût suivi de la promo- 
tion du général Macdonald comme maréchal de 
l'empire. Commandant de Gratz, il lui fut 
offert par les États cent mille francs et un ri- 
che écrin pour sa fille : te Messieurs, dit-il aux 
« députés y le seul témoignage que j'ambitionne 
«. de votre reconnaissance , c'est de prendre 
n soin de trois cents malades que je ne puis 
« emmener avec moi. » On admire plus qu'on 
ne loue^tant de désintéressement et d'huma- 
nité. De retour à Paris, il fut nommé duc de 
Tarente. En 1810, il remplaça le maréchal Au- 
gereau en Catalogne; en 1813 , il prit le com- 
mandement du lo"" corps, composé en partie de 
troupes prussiennes, sous les ordres du duc 
d'York. La défection de ces troupes fut com- 
plète à la suite des désastres de Russie ; mais 
en 181 5, étant en Saxe, il vengea sûr ce même 
duc d'York et ses troupes leur lâche défection. 



igO BIOGRAPHIE. 

Le 2 mai ^ à Lutzen , il écrase la réserve en- 
nemie^ passe la Sprée, et aide puissamment le 
succès de la bataille de Bautzen. A Leipzig, 
les 18 et 20 octobre y il fit des prodiges de va- 
leur, et le pont de cette ville étant coupé / il 
passa à la nage l'Elster^ où périt Villustre prince 
vPoniatowski. Dans l'a campagne de 1 8x4» ^^^^^ 
de faibles débris , il résiste aux efforts de Blû* 
cher. Il avait suivi la direction de Tempereur^ 
et se trouva à Fontainebleau lorsque ce prince 
abdiqua. 

Fidèle au gouvernement royal , il fut pres- 
que inaperçu pendant les cent jours ^ en t8i5.^ 
Les rangs de la garde nationale parisienne le 
comptèrent coinme simple grenadier. Au se-*- 
cond retour du roi ^ il reçut le commandement 
de l'armée retirée derrière la Loire, et eut 
ordre d'en opérer le licenciement : nul autre 
que ce vieux brave n'aurait pu remplir cette 
terrible mission. 

Le maréchal Macdonald, aimé de tout le 
monde, chéri des francs-maçons, dont il fai- 
sait partie depuis longues années, fut nom- 
mé, avec le maréchal de Beurnonville et le 
général Yalence , l'un des trois conservateurs^ 
puis l'un des grands maîtres adjoints de l'or* 
dre. Il s'occupe avec un vif et touchant inté- 
rêt d^ la prospérité de notre belle institution , 



:9I06RAPHIE. igi 

dont les principes sont si bien en harmonie 
avec sa pensée et avec la noblesse de son âme. 

MÂLLÂKMÉ (Joseph-Claude) , ancien pré- 
fet , chevalier de la Légion-d'Honneur, étiit , 
avant la révolution , substitut du procureur 
général au parlement de Nancy^ et devint , en 
1790, procureur syndic du district* En 1795, 
il fut nommé^ par le département de la Meur-- 
the, membre du conseil des cinq -cents^ où il 
s'occupa avec succès des matières judiciaires; 
réélu en 1799 au même conseil , il passa , après 
^a révolution da 18 brumaire an vm (même 
année 1799)^ au tribunat, où il continua de 
s'occuper de la législation des tribunaux. En 
1807^ il devint préfet du département de la 
Vienne , et conserva ces fonctions , malgré les 
événements politiques de 1814 f jusqu'au 6 
avril i8i5/que Napoléon le nomma préfet de 
l'Indre. Depuis la seconde restauration du gou- 
vernement royal , il est sans emploi. 

M. Mallarmé fut nommé officier dtx Grand 
Orient le 28 décembre 1^98. 

MANGOURIT (Michel- Ange-Bernardde), an- 
cien lieutena^it criminelau bailliage de Rennes, 
ancien ^résident de France eit Valais, a rempli 
honorablement ces différentes fonctions publi- 



19a BlOGRAPHlEé 

ques^ et s'est distingué dans notre association 
par des créations recommandables* II est, de-^ 
puis long -temps, officier du Grand Orient de 
France : plusieurs fois il a occupé la double 
présidence de vénérable et de très-sage. de la 
loge et du chapitre du Mont^Thabor. On lui 
doit la conception d'un rite particulier, celui 
des Sublimes Élus de la vérité^ qu'il établit à 
Rennes, et qui avait pour objet de rapprocher 
quelques frères, d'opinions et de sentiments 
élevés, qui se trouvaient confondus dans une 
loge trop nombreuse. Ce système maçonnique, 
dont les règlements ont été publiés, paraît encore 
en vigueurdansle chapitre delà Trinité, valléede 
Paris. Il a aussi créé une société androgyné dans 
la loge chapi traie du Mont-Thabor ; le chapitre 
métropolitain des Dames-Ecossaises de l'hospice 
de Paris, colline du Mont^Thabor. £n qualité 
de chef d'ordi^e ou de fondateur, il en a rédigé 
les statuts et les cahiers, qui ont été imprimés 
en 181 2. Cette association a eu de l'éclat, mais 
elle n'est plus en activité depuis quelques an- 
nées. Enfin il a créé la Société littéraire maçon- 
nique des F.-. Pr, (francs-penseurs), composée 
de maçons distingués, et dans laquelle, pendant 
leà trois années de son existence, il a donné 
lecture d'un Cours de philosophie maçonnique ^ 
formant i vol. in -4° de S20 pages. Plusieurs 



BIOGRAPHIE. 193 

discours et rapports de cet illustre frère ont été 
publiés par lès loges des rites où il les pronoh- 
çaît : de ce nombre est une pièce devenue fort 
rare ; elle a pour titre : Les Écossais de France^ 
venant au secours de VUnion royale^ orient 
de la Haye, ou Fraternelles observations adres^ 
sées phr la respectable mère -'loge écossaise de 
France à la très- illustre grande loge de Mol-* 
lande f in-8" de 27 p. iSag, 

Ce digne frère, retenu depuis long- temps 
dans Tinaction du corps par suite de maladies , 
n'en chérit pas moins ses frères. Son cœur est 
aussi brûlant, son intelligence aussi vive et 
aussi saine qu'au printemps de sa vie. (Une 
dernière crise vient de l'enlever à ses amis le 
17 février 1829.) 

MARSY (Claude-Sixte-Sautereau de), jour- 
naliste et littérateur, naquit à Paris en 1740, 
et mourut le 5 août i8i5. Il était membre de 
la loge des Neuf Sœurs. Il a concouru àja 
rédaction de XAjinée littéraire; créé, en 1765, 
avec Masson de Morvilliers , VAlmanach des 
Muses f et, en 1778, les Annales poétiques , 
40 vol. in-i8. 

MARTINEZ-PASQUAtlS, présumé Portu- 
gais, et même juif, est un de ces hommes dont 

H. i3 



ig4 BlÛâHiJPHIB. 

le nom n'est révélé que par des causes acciden- 
telles ou par une célébrité qu'on leur donne 
quelquefois à leur insu. C'est ce qui arriva à 
Martinez-Pasqualisi par le zèle de Louis^Claude 
de Saint ^Martin (vojr. ce nom)^ avec lequel 
il a été confondu. Martinez-Pasqualis^^ chef de 
la secte des Martmistes, institua le rite caba-* 
listîque des Élus-Cohens (en hébreu, prêtres) 
dans les loges de Bordeaux , Marseille et Tou-* 
lonse. C'est à Borideaux qu'il reçut maçon, et 
dans sa secte, Saint -Martin, officier au régi- 
ment de Foix. Il apporta son rite à Paris, ^n 
1768, et, aide du célèbre peintre Van-Loo;, il 
le fit connaître dans la capitale en 1775. Mais 
l'inventeur disparut brusquement, sous pré- 
texte d'aller recueillir une succession, et partit 
pour Saint-Domingue vers 1778. Il mourut &u 
Port-au-Prince en 1779. Bacon de. la Cheva- 
lerie ( voj. ce nom ) fut aussi son disciple et 
son correspondant* La doctrine de Mariînez- 
Pasqualrs est la cabale des juifs, qui n'est autre 
que leur métaphysique, ou science de l'être 
comprenant les notions de Dieu, des esprits, 
de l'homme dans ses divers états : système mal 
expliqué par l'auteur et dénaturé par ses dis- 
ciples. Il avait composé pour eux un Traiié de 
la réintégration, où il expose sa doctrine; mais 



cet ouvrage est resté dans les maîas de rinvea<* 
tear et n'a jamais été imj^rimé; 

MATHÉUS (Jean), négociant distingué de 
Rouen, fut institué, en 17^6, par la grande 
loge royale d'Edimbourg, grand maître pro^ 
vincial de l'ordre d'Hérodom de Kilmnning 
pour tout le royaume de France. Le frère Ma- 
théus organisa, en vertu de ces pouvoirs, un 
grand chapitre; et transmit, dans la même 
année (1786), au Grand Orient de France, 
une copie des constitutions délivrées par la 
grande loge royale d'Edimbourg;^ il lui fit part 
en même temps de son organisation, et de l'in*- 
tention où il était d'attacher le chapitre à la 
loge de V Ardente amitié , orient' de Rouen. Le 
Grand Orient répondit qu'il ne reconnaîtrait 
pas le grand chapitre d'Hérodom, et défendit 
à la loge de Ijui donner asile. Nonobstaint la dé^ 
fense, la loge accueillit le grand chapitre, et 
fut, par ce fait, rayé du tableau des loges ré^ 
gulières. Elle fut rétablie sur le tableau de ^ 
correspondance du Grand Orient par suite du 
concordat de 2804* Le grand chapitre fit offrir, 
en 1807, au grand maître adjoint de l'ordre 
maçonnique en France, le prince Cambacérès, 
archi -chancelier de l'empire, la glrande mai-« 
trise d'honneur de Tordre d'Hérodom en France. 



f^ BIOGRlPHIB. 

lie frére Dubin , officier fdu Grand Orient , 
chargé de la négociation , obtint l'acceptation 
du prince, qui fut reconnu en cette qualité. 
Le Grand Orient de France professant mainte- 
nant tdus les rites, le rite d'Hérodom est une 
des secâons qui composent le grand collège des 
rites du Grand Orient. 

MBRCIER (Louis^Sébastien), ancien avocat 
au parlement, littérateur, membre de l'Insti-, 
tut, etc., naquit à Paris en 1740, et mourut 
dans la même ville le 26 avril 1814. C'est Mer- 
. cier qui a dit plaisamment, à l'époque de la 
restauration du gouvernement royal, a qu'il ne' 
« vivait que par curiosité. » Uj^n 244^ » le 
Tableau de Pétris, et quelques pièces de théâ- 
tre^ sont les ouvrages qui ont le plus contribué 
à sa réputation, assez médiocre en France, 
mais. grande en Allemagne. Mercier était mem-» 
bre de la loge des Neuf Speurs. Dans son Ta-- 
bleaude Paris ^ chap. 181, page 265, édit. de 
1782-*! 788, il présente, comme un témoignage 
de L'instabilité des choses humaines, l'établisse- 
ment du Grand Orient dans la maison de Van- 
den noa^iciat des jésuites, et s'écrie ^ « ren- 
c( versement ! le vénérable, asûs à la place du 
« P. Griffet, les mystères maçonniques rempla- 
« çant.;.. je n'ose achever. Quand je suis sous 



BlOORAPHIS. 1^7 

t< ces voûtes inaccessibles aux grossiers rayons 
u du soleil , ceint de Fauguste tablier^ je crois 
« voir entrer toutes ces ombres jésuitiques^ qui 
i( me lancent des regards furieux et désespé* 
« rés,.. Et là, j'ai vu entrer frère Voltaire, ciu 
u son des instruments, dans la même salle où 
« on l'avait tant de fois maudit thëologique- 
ic ment... » Mercier était un écrivain original ; 
il fut un des membres les^ plus modérés de la 
convention nationale, où l'avait nommé lé dé- 
partement de Paris, et il ne se montra pas 
moins réservé dans les jinnales politiques, ^qu*i{ 
rédigeait en société avec Carra». 

MERLE (Jean-Toussaint), neveu d'un con- 
seiller d'État de l'empire, M« Albisson, est né 
à Montpellier, le i6 juin lySS. Il fit de bonnes 
études, et fut employé successivement au mi- 
nistère de l'intérieur et à l'état- major d'un 
corps d'armée qui se rendait en Espagne. ,Un 
séjour de quelques mois au - delà des Pyrénées 
suffit à M. Merle pour apprendre la langue 
espagnole et le familiariser avec sa littérature : 
le résultat de ses études fut, à son retour dans 
sa patrie, une nouvelle édition de la Grammaire 
espagnole de Port-Rojal, à laquelle il joignit 
des notes, et un Traité iT orthographe espa^ 
gnole. Consacrant à une littérature facile des 



198 BIOGRAPHIE. 

talents qu'il aurait pu développer d'une manière 
distinguée, il se fit vaudevilliste , et prit part 
^ux comédies - vaudevilles de MM. Georges 
Duval, Viellard^ Ourry, Brazier, Dumersan, 
RbUgemont^ Moreau, etc. Il devint directeur 
jdtt théâtre de la Porte-Saint-Martin, et parait 
avoir pris du goût pour ce genre de direction. 
Successivement, avant cette époque , rédacteur 
au Mercure f à W. Gazette de France ^ au Jour^ 
nal des Jlpt$ et à la Quotidienne ^ il a publié , 
eti i8o8., un extrait des Mémoires^ de Bachau- 
mont, 5 voL în-8*; et, en 1809, ^^ choix du 
Mercure de France, 5 voL II fit, en 1819, une 
bonne action, rare encore à cette époque ; il 
écrivit une brochure en faveur des bannis. 
Membre de la loge de la P.arfaite Réunion, 
orient de Paris, il. a composé plusieurs canti-- 
ques, imprimés dans la Ljre maçonnique. 

MILUN DE GRANDMAISON (Aubin^ 
Louis), souvent désigné sous le nom de l'abbé 
Miixm, membre de l'Institut et de la Légion- 
d'Honneur, naquit à Paris le i4 juillet 1759, 
et mourut dans cette ville le 14 août 1818. Il 
embrassa l'état ecclésiastique, mais il y renonça 
bientôt. Partisan de la révolution , mais sage 
et modéré, il publia, en faveur des nouvelles 
doctrines ^ Lettre d^un empereur romain à un 



BIOGRAPHIE. igQ 

roi des Gaules; Lettres sur la censure; De la 
liberté des théâtres. Il rédigea ensuite avec Con- - 
dorcet, Rabaut^ Saint-Éiienne^ etc.^ la Chroni-- 
que de Parisy qui cessa en lygS. Effrayé du 
mouvement révolutionnaire^ il alla se cacher 
dans les transports militaires^ où it exerçait 
une modeste place d'employé. Arrêté bientôt^ 
il ne dut la liberté et la vie qu'à la révolutiof) 
du 6 thermidor an n (1794)- U a fondé le Ma- 
gasin encjrolopédique ^ qui a servi pendant vingt 
ans de lien de correspondance avec tous les 
savants de l'Europe. M. Millin avait succédé à 
l'abbé Barthélémy dans la place de conserva- 
teur des médailles et antiques de la bibliothè- 
que nationale. Ses ouvrages d'archéologie, etc., 
sont très-nombreux, et lui ont acquis la répu- 
tation de Tun de nos savants les plus distingi^és. 
Il fut admis dans l'ordre maçonnique, et, ei| 
cette qualité, il résulte, de ses différents di- 
plômes, qu'il suivait les régimes écossais prati- 
qués dans l'ancien atelier du Choix et dans la * 
Mère-iLoge du rite philosophique f orient de Pa- 
ris. Cet illustre frère ayant fait un voyage en 
Italie, en 1812 , reçut, comme marque d'estime 
de la loge écossaise de Y Étoile tutélaire^ orient 
de Naples, un diplôme écrit en langue italienne*. 
L'examen d'un grand nombre de pièces publiées 
par la loge du Contrat social, devenue mère- 



300 BIOGRAPHIE. 

loge écossaise, prouve que le frère Millin y a, 
tenu successivement le troisième et le deuxième 
maillet. On ne connaît aucun discours de ce 
frère. 

MILLY (Nicolas-Ciiristiern-de Taï, comte 
de), né en 1728, mort en 1784. Il a fourni 
avec honùeur la.* carrière des armes et celle 
des sciences. Il se retira du service avec le grade 
de maréchal de camp , et 6e fit connaître des sa- 
vants par plusieurs mémoires sur la physique et la 
chimie,, que l'Académie des Sciences s'empressa 
de recueillir parmi les mémoires dé ses membres 
ou associés ; elle lui avait décerné une marque 
flatteuse de son estime en l'admettant en qua- 
lité d'associé libre. Le comte de Milly devint 
victime de ses laborieux travaux. Ne se méfiant 
point assez des remèdes secrets /il les analysait 
et en faisait l'essai sur lui-même : c'est ainsi 
qu'il altéra gravement sa santé et hâta la fin 
de sa vie. 

Il fut reçu, en 1779, à la loge des Neuf 
Soeurs, qui, de son vivant même, lui a payé 
un juste tribut d'éloges dans le jugement de 
lia Dixmerie : « Le comte deMilly est un phy- 
4i sicien profond, «ans cesse occupé du soijj^de 
K rendre utile une science que tant d'autres ne 
K cherchèrent qu'à rendre curieuse. » Il a pu- 



BIOGJIAPHIE. !20I 

blié, en 1771, Vj^rtde la Porcelaine ^ qui a 
été traduit en allemand, et, en 1778, un Mé- 
moire sur la manière d^ essuyer les murs nou- 
vellement faits. . 

MOLITOR (le comte Gabriel-Jean-Josepb), 
maréchal et pair de France j» grand'croixde la 
Légion-d'Honneur, chevalier de Saint-Louis et 
de la Couronne-de-Fer, gtand cordon de Tordre 
.militaire de Bade, grand'croix de l'ordre d'Es- 
pagne de Charles III, etc^, est né dans le dé- 
partement de la Moselle y le 7 mars 177a; fils 
d'un ancien militaire, il commença la carrière 
des armes en se présentant comme volontaire à 
l'époque (1791) où la France appelait tous les 
jeunes citoyens à la défense des frontières. 
Fresque aussitôt il fut nommé capitaine au 4* 
bataillon de la Moselle. Il fit la campagne de 
cette année à l'armée du Nord, et celle de 1792 
à l'armée de la Moselle. Dès 1795, il était ad- 
judant général de l'armée des Ardenn6s. Etr 
1794, SOUS' Hoche, il commanda une brigade 
à Kayserslautern et une colonne à l'affaire de 
Wissembourg. De 1794 à 1798, il fit les cam- 
pagnes de la Moselle , du Rhin et du Danube. 
Blessé en 1795, à uiie attaque sur Mayence, 
il devint général d^ brigade en 1799, et fut 
employé à l'armée d'Helvétie. Il justifia la cpn- 



:202 BIOGHIPHIB. 

fiance deMasséna en poursuivant à outrance et 
jusqu'aux glaciers du mont Panix, Ip général 
russe SuvaroWy à qui il tua ou blessa 5^ooo 
hommes et enleva toute son artillerie. A l'ar- 
mée du Rhin y en iSoc, il passa le premier, à 
la tête d'une compagnie de grenadiei^s , ce fleuve 
entre Stein et Diessenhofen. Deux jours après ^ 
à Slotach, ilfit 5/5oo prisonniers, et le surlen- 
demain il prit^ l'épée à la main, la ville de 
MoQskirch. Dans le Tyrol^ un bataillon entier 
du 60* régiment de Hongrois tomba en son pou-< 
voir, gagnant aifisi le grade de général de di- 
vision qu'il reçut le6 octobre (1800). Après la 
pai|c il commanda la 7* division militaire à Gre- 
noble» Alareprisedes hostilités, en 1806, il se 
distiilgua dans toutes les campagnes de l'armée 
d'Italie fious Massëna. 

Le traité de Prèsbourg signé, il passa en 
Paloiatie^ où il commanda en chef les forces de 
terre et de mer avec le titre de gouverneur gé- 
néraji; attaqué sur mer; il dégagea Lezine, 
rapriU'Jlo de Carsola, débloqua Raguse , et avec 
1^700 hommes seulement défit 10,000 Monténé- 
grins et 3^000 fusses. Commandant en chef 
l'armée de la Pomérante suédoise, et gouver^ 
ijieur civil et militaire de cette province, il 
reçut en récompense des services qu'il rendit 
dans ce double poste, de 1807 à 1808, le titre 



de corn te de l'empire et une dotation de 5o,ood fr . 
de renies. 

En 1809^ sous Masséna^ en Allemagne, il 
effectua le passage du Danube à Ébersdorf , et 
â'empara de l'île de Lobau dont il chassa les 
Autrichiens, iiors de Iq. bataille d'Esling il sou- 
tint «eul, avec aa division, pendant plusieurs 
heures» le premier choc de l'armée Autri^ 
chienne; et au viU^ô d'Adarka, le jour de la 
bataille de Wagram, il résista au choc de tout 
le centre de cett^ armée. 

En 1 810 y il commanda en chef dans .lea'irilles 
anséatiques; en 181 1, il eut le même comman- 
dement en Hollande jiisqu'en 181 S. Sous le^ma- 
récbal Macdonald, il fit,i en qudlite.de oom^ 
mandant du ?t corps, la campagne de France, 
en i8i6. Il reparut sur un nouveau théâtre de 
la guerre, en i8a3. Le a* corps d'aripée decbPy^ 
rénées lui fut confié da|)d» la guerre d'Espagne : 
c'est à la suite, et sur la demande de S. A. R* 
monseigneur ^ duc d'Angoulème, qui dirigea 
l'expédition , qu'il reçut la dignité de maréchal 
de France par anticipation^ et les honneurs de 
la pairie. 

Le maréchal Molitor a été admis aux trois 
prei^iers grades de l'ordre maçonnique en 1807, 
à la loge du âo"" régiment d'infanterie de ligne, 
présidée parle frère Lecouturier.(^c>x. ôenom.) 



^o4 BIOGKÀJPHIE* 

MONET (N.}, de»inateuret graveur /connu 
par des ouvrages estimés des artistes et des amis 
des arts y fut un des membres distingués de la 
loge célèbre où Voltaire fut admis à l'initiation 
maçonnique. La Dixmerie , dans son Mémoire 
pour la loge des Neuf Sœurs ^ publie en 1779, 
passant en revue les principaux membres de la 
loge , s'exprime de la manière suivante en par- 
lant de Monet : s% Son crayon et son pinceau 
« sont également ckers à l'amateur , également 
« babile dans l'art opposé d'imiter et de pro- 
ce duire. » 

MORAND ( Pierre - Louis- Constance) , con- 
trôleur au trésor royal , né à Paris le 18 octobre 
1784, reçu maçfon en 1806 dans la loge de Jé- 
rusalem y à Paris 5 après avoir parcouru régu- 
lièrement tous les degrés maçonniques , il est 
parvenu au grade de 55', rite écossais ancien; 
il faisait partie du Conseil du Phœnix, chef 
d'ordre pour le rite d'Hérodom , lors de la fusion 
de ce conseil et^u rite au sein du Grand Orienta 
Successivement nommé membre du grand con- 
sistoire , puis du grand collège des rites, député 
admis en 1820, il fut nommé officier du Grand 
Orient en 13^4, et grand trésorier en i828. 

Ce frère s'est constamment montré maçon 
zélé et fort attaché aux bons principes de Tu- 



BIOGRAPHIE. :205 

nifé de Tordre^ Iravailléur infatigable, calcu- 
lateur précis et scrupuleux, son zèle pour les 
finances de l'ordre et son dévouement au Grand 
Orient, ont plus d'une fois été mis à l'épreuve. 
En 1828 l'inertie et le défaut de capacité des 
employés du secrétariat du Grand Orient obli- 
gèrent <le renouveler toute cette partie de l'ad- 
ministration ; les écritures, en ce qui concernait 
principalement les finances, étaient dans un dés- 
ordre impossible à décrire. Le frère Morand, 
avec une patience dont peut*- être nul autre 
homme n'aurait été capable, entreprit de dé- 
brouiller ce chaos ; il en vînt à bout, et fit à ce 
sujet plusieurs rapports et surtout des tableaux 
où se trouv,aient réunis un grand talent comme 
calculateur, et des idées fort justes en matière 
d'administration; il a, sous ce rapport^ rendu 
de grands services à l'ordre en signalant tous 
les abus et en introduisant l'ordre et la régula- 
rité dans la comptabilité du Grand Orient. 

MOREL (N.), comédien de Marseille, était 
franc-maçon, homme estimable, mais original ; 
il aivait captivé l'amitié et la faveur du public ; 
il jouait les caricatures et portait dans la ville, 
avec une imperturbable gravité, des bas rouges 
et ses habits de théâtre. Tout le monde lui 
faisait accueil; les enfants de la ville couraient 



ao6 BIOGRAPHIE. 

après lui et le rendaient la victime de mille 
espiègleries. Il ne se fâchait jamais^ conservait 
son flegme ordinaire, et donnait à ces jeunes 
étourdis les leçons les plus sensées du ton d'un 
magisterde village» Il dînait habituellement chez 
un modeste traiteur voisin du théâtre , qui met- 
tait toujours devant lui et sur son ordre deux 
couverts, dont l'un était pour le grand architecte 
de l'univers, à qui Morel faisait, pendant le 
repas, toutes sortes d'offres gracieuses en lui 
donnant en même temps des marques du plus 
profond respect. La présence des autres convives 
ne changeait rien à ses habitudes. A la fin du 
repas, debout, à l'ordre du grade d'app.-., la 
tète découverte et dans un profond recueille*- 
ment, il portait la santé du grand architecte 
de l'univers... 

Morel devenait vieux. Le directeur du théâtre 
voulut le mettre à la réforme ; mais les princi-* 
paux actionnaireset le publicen masse exigèrent 
qu'il le conservât. Cette marque d'attachement 
toucha vivement le cœur de Morel, et son re- 
inerciment au public fut p6ttl*«étre la scéM la 
plus singulière et la plus touchante qu'on eût 
jWais vue; on le couvrit d'applaudissements. 
Le directeur charmé lui-même de l'intérêt gé* 
mirai qu'in^irait ee comédien , voulut augmen* 
ter ses appèintemenu. Morel refusa. Je suis 



BIOGRàPHXE. !207 

content y dit-il: ^^iciofr. me suffisent ^ et avec 
eux je fais honneur à mes affaires et satisfais à 
mes besoins; eficouragez; avec le reste, un 
jeune artiste^ et que ce soit un maçon si c'est 
possible; il mourut au poste d'honneur ^ c'est- 
à*^dire au théâtre^ et fut généralement re- 
gretté. 

. MORIN (Stephen) , israélite^ était membre 
de la grande loge de France et des associations 
écossaises des plus hauts degrés. Le frère Ste- 
phen Morin^ appelé en Amérique par des in- 
térêts particuliers, désira établir, dans ces con^* 
trées, la maçonlierie des Grades supérieurs 
dite Maçonnerie de perfection. Une patente lui 
fut délivrée à cet effet. Les fragments que nous 
allons rapporter de ce |)ouvoïr feront connaître 
les qualités de ceux qui la délivrèrent, les titres 
et la mission du frère Morin. ir A la gloire du 
« grand architecte de l'univers > etc., sous le 
« bon plaisir de S« A. S. le très ^illustre frère 
a Louis de Bourbon, domte de Clermont, prince 
tf du sang, grand inaûtre et protecteur d^ tou*- 
cf tes les loges; à l'Orient, etc», le 127 août 
(c 1 761 : Idix esp teneiris, uniinSf concordia fra^ 
(i trunu Nous., soussignés > «ubstituts générauit 
« de l'art royal, grands surveillants de la grande 
(c et aouveraine loge de Saint* Jean de Jérusa-^ 



208 BIOGRAPHIE. 

u lem, établie à l'orient de Paris j et noiïs S.*. 
« grands maîtres du grand conseil des loges de 
(c France, sous la protection de la grande sou- 
« yeraine loge, etc., certifions que nous étant 
fc assemblés par ordre du substitut général, 
« président du grand conseil (voj. Pirlet), 
« une requête à nous communiquée par le frère 
« Lacorne, substitut de notre T.*. M.*.G.*.M.*« 
ce (voy. Bourbon -Louis, Chartres, Luxem- 
w bourg) , fut lue en séance. Que notre €.•. F.*. 
i< Stephen Morin, grand élu, parfait et ancien 
« maître sublime dfe tous les ordres de la ma- 
ff çonnerie de perfection, membre de la. loge 
« royale delà Trinité, etc., étant sur son dé- 
ut part pour rAmérique, et désirant pouvoir 
(c travailler régulièrement, etc. , qu'il plaise au 
« suprême grand conseil et grande loge de lui 
« accorder des lettres-patentes pour constitu- 
« lions, etc.; à ees causes, etc., donnons plein 
« et entier pouvoir audit frère de former et 
« établir une loge pour recevoir et multiplier 
« Fart royal des maçons libres dans tous les 
« grades parfaits et sublimes, etc.; de régler 
(1 et gouverner touà les membres qui compose- 
« ront ladite loge, qu'il peut établir dans les 
« quatre parties du monde où il arrivera ou 
ce pourra demeurer, sous le titre. de loge de 
a Saint" Jean f et surnommé Parfaite harmo^ 



BIOGRAPHIE. ^ 209 * 

V me; lui donnons pouvoir de choisir tels offi- 
K ciers pour l'aider à gouverner sa loge comme 
ce il jugera bon; le députons en qualité de notre 
a grand inspecteur dans toutes les parties du 
« Non veau -Monde pour réformer l'observance 
i< de nos lois en général; le constituons notre 
<Y grand maître inspecteur;^, lui donnons plein 
i( et entier pouvoir de créer des inspecteurs en 
u tous lieux où les sublimes grades ne seront 
t< pas établis. 

« En témoignage de quoi nous lui avons dé- 
« livré ces présentes, signées par le substitut 
« général de Tordre, grand commandeur de 
« Taigle blanc et noir, souverain sublime, 
fc prince du royal secret et chef de l'éminent 
u grade deJ'arti*oyal, et par nous grands ins- 
a pecteurs , sublimes officiers du grand conseil 
« et de la grande loge établie en cette capitale, 
ti et les avons scellées du grand sceau de notre 
ir illustre grand maître S. A. S., et de celui de 
« notre grande loge et souverain grand con- 
u seil. Au Grand Orient de Paris, lesditsjour 
(( et an , etc. Signé : Ghaillou de Joinville , 
a substitut général de l'ordre , vénérable mai- 
ci tre de la première loge en F|?ance, appelée 
(/ Saint-Thomas, chef des grades é.minents, 
« commandant et sublime prince royal secret ; 
(( prince de Rohan, membre de la grande loge, 
II. i4 



2IO BIOGRAPHIE, 

« X Intelligence^ le prince de la tnaçonnerie; 
c< LiàcoRîïE, substitut du grand maître, R.-. D.-. 
« maître de la Trinité^ grand élu parfait, che- 
w valier et prince maçon; Sa Valette de Boc^ 
«KOLY, grand garde des sceaux, grand élu, 
« grand chevalier et prince maçon ; Taopin, etc. , 
w prince maçon; Bkest de la Chaussée, etc., 
w G.*. E.'. P.'. M.-. 0.-., prince maçon; 
ce comte de Choiseul^ etc., prince maçon; Bocr- 
H CHER DE Cenoncourt , priucc maçou , par or- 
c< dre de la grande loge; Daubantin , G.'. E.-. 
crP.-. M.-., et C.-. P.-. M.-, et R.-. V.-, M.-. 
« dé la loge de Saint- Alphonse ^ grand secré- 
«^tàire de la grande loge et sublime conseil des 
u parfaits maçons en France, etc* » 

Ces hautes dignités de la maçonnerie écos- 
saise, aujourd'hui portées à trente -trois, n'é- 
taient alors (suivant les règlements arrêtés à 
* Bordeaux le sixième jour de la troisième se- 
maine de la septième lune de l'ère héfiraïque 
1762) qu« de vingt-cinq degrés, divises en sept 
classes : le vingt-troisième degré était le che- 
valisF du soleil (aujourd'hui le vingt -neuviè- 
me ); le chevalier K.*. D.*. S.*, (aujourd'hui le 
trentième); et le vingt- cinquième le prince du 
royal secret (aujourd'hui le trente-deuxième); 
la réunion dans ce vingt-cinquième et dernier 
degré de tous les princes du royal secret > qui 



BIOGRAPHIE. 211 

prenaient U titre de grand inspecteur général^ 
formait h conseil aujourd'hui du trente-troi- 
sième degré* Morin propagea en Amérique la 
maçonnerie dite de perfection. Il créa /député, 
inspecteur général, le frère Franklin à la Ja- 
maïque; celui-ci le frère Mozés Hyes, grand 
maître à Boston; ce dernier le frère Spitzer 
à GharlestowH. Les différents. inspecteurs géné- 
raux , réunis en conseil à Philadelphie , confé- 
rèrent les mêmes pouvoirs au frère Mozès Cor- 
hen, de la Jamaïque, qui constitua le frère 
Isaac Long; et celui-ci , à Chàrleslown, les frè»- 
res de la Hogue de Grasse, etc. (f^c^é Ghasse- 

TlLLY.) , 

MURAIRE ( Honoré comte ) , ancien premier 
président de la cour de cassation , né à Dra- 
guignan le 5 novembre lyôo, exerçait la pro- 
fession d'avocat avant la révolution. Député du 
département du Var à l'assemblée législative 
en 1791, membre du conseil des anciens en 
1795, membre et successivement président du 
tribunal, et premier président de la cour de 
cassation , il est devenu conseiller d'État en 
i8o5, comte de l'empire, et grand officier de 
la Légion-d'Honneur en i8o4- . v 

M. Muraîre, sou^ le gouvernement dir^to- 
rial , fut compris dans la liste de déportation 




.y^- 



212 BIOGRAPHIE. 

aux i8 et 19 fructidor an v (1797). ^^ parvint 
à échapper par la suite , et se rendit plus tard 
volontairement. Il fut rappelé après les événe- 
ments du 18 brumaire an viii(i799). Dépossédé 
de sa place de premier président de la cour de 
cassation en i8i4> il la reprit après le ^o mars 
i8i5y et la reperdit après le second retour du 
roi. Iln'a pointétéemployédepui8(t>q;^.DEsÈzE). 
Le comte Muraire est un homme fort instruit^ et 
ila rendu de grands servicessoit comme rappor- 
teur du comité de législation à l'assemblée légis- 
lative, soit comme chef de la cour suprême. 

C'était un des maçons les plus zélés sous 
l'empire ; c'est encore aujourd'hui un maçon 
très -zélé, taais ses doctrines ont pris ou reçu 
un caractère qui tendrait à rompre l'unité de 
l'associatipn maçonnique, si un petit nombre 
de frères schismatiques pouvaient donner la 
loi au corps entier. C'est là le côté faible de cet 
illustre frère, qui est, après M. le duc de 
Choiseul (voj* Choiseul), le chef des associa- 
tions écossaises. 

N. 

XNAPOLÉON LE GRAND. La maçonnerie 
sortait à peine des ruines où Tavaient plongée 
le régime de la terreur et de l'anarchie; lors- 



, . B10.GRA.PHIK. :2l5 

que le général Bouaparle^ premier consul , 
revêtit là pourpre impériale sous le titre de 
Napoléon I^'. Il passe pour constant que Napo^ 
léon^ allant prendre le commandement de l'ar-^ 
n\ée d'Egypte y fut admis à Finitiation maçon^ 
nique lors de son séjour momentané à Malte. 
Empereur, il se déclara le protecteur de notre 
association, et lui donna pour grand maître 
son frère aîné, Joseph Napoléon, roi d'Espagne ; 
pour second grand maître adjoint, son beau- 
frère, Joachim Mural, roi de Naples; et poiiir 
premier grand maître adjoint, le prince Cam-r 
bacérès, archichancelier de Tempire» L'impé- 
ratrice Joséphine (voj". ces quatre différents 
noms ) étant à Strasbourg, en i8o5, présida la 
fête d'adoption de la loge des Francs CJieva-- 
liers de Pari?, réunie aux Joges de Strasbourg^ 
Sous le gouvernement impérial , la maçonnerie 
fut belle et florissante , les ateliers magnifiques 
et nombreux , les frères presque tous distin- 
gués : princes, ministres, fonctionnaires pu-r 
blics, généraux, magistrats, jurisconsultes, 
littérateurs, artistes, toutçs les notabilités so- 
ciales se firent un devoir d'appartenir à l'ordre 
dans lequel, après la chute du trône du grand 
>mpîre, la plupart d'entre eux vinrent cherc^ef^ 
^ amitiés et des consolations qu'on leur^fu- 
^^^H)artout ailleurs. 



\ 



2l4 BIOGRAPHIE^ 

. Le8 maçons, fidèles à rattachement contracté 
au pied de Fautel de la fraternité, n'avaient 
point vu l'éclat de leur fortune : ils ne virent 
point l'humiliation de leur disgrâce. Aujour- 
d'hui que la maçonnerie n'est plus que tolérée , 
les courtisans et les hommes en place s'abstien- 
nent de prendre part aux travaux maçonniques : 
peut-^être Tinstitution y a-(-^elle gagné. La 
maçonnerie est devenue plu^ populaire; et si 
elle ne rappelle plus les puissances de la terre 
aux douces lois de Tégalité, elle élève les classes 
moyennes à la hauteur des grandes vertus : son 
succès est donc toujours le même, et le bien 
est pliis général. Néanmoins nous faisons des 
vœu* pour que le gouvernement, en protégeant 
la maçonnerie, qui soutient son rang avec tant 
dedignité dans les grandes institutions, rende 
à nos ateliers des frères qui deviendront les 
premiers organes de notre amour et de notre 
respect pour notre auguste monarque, et de 
nôtre; fidélité aux lois de notre patrie. 

NEVEU (Jean-Augustç), employé au mi^ 
nistère de la marine, naqiuit vers ij35; il était 
inembre des' ateliers à\x Phénix , orient de Paris, 
chevftlier K.*. D.;. S,*., et depuis 1808, chf^^ 
valier R.*. A.-, du chapitre royal -arc)^^ 



^ > - , BIOGRAPHIE. ai5 

sons le titre de \a. fortitude , orient de Birmin- 
gham , en Angleterre. 

Le frère Neveu fonda, en 1819, ^ Torient de 
Paris, la loge des imitateurs d^Osiris^ et en 
devintle premier vénérable. Çfi digne frère, qui 
pendant longues années fut prisonnier des An* 
glais, avait puisé dans l'esprit philanthropique 
des maçons de la Grande-^Brelagne, l'idée émi- 
nemment généreuse qu'il essaya de développer 
dans sa patrie; il proposa à la loge et aux autres 
ateliers de la capitale l'établissement d'une caisse 
commune de bienfaisance* Son prpjet, imprimé 
en 64 pages in-8", 1821, offrirait les éléments 
d'une belle création, si l'état politique de la ma- 
çonnerie en France permettait l'^pcomplisse- 
ment de si grandes conceptions. 

Le troisième ordre a plusieurs fois tenté sans 
succès ce que Je frère Neveu croyait pouvoir 
faire opérer sans entraves. Ce n'e.st point ici le 
lieu d'exaçiiner son plan ni les idé^s émisas avant 
ou après lui. Lsi tolérance dont ijous jouissons 
na sui^t jkis; il faut des sacriQfi^^ pécuniaire^ 
que tous les maçons ne peuvent pas s'imposer; 
la mobilité du caractère national iss^encore une 
cause, peut-ê(PQ la principale . cause «d'empê- 
chement. >. . . 

Les temps peuvent changer :eit l'avenir^»" 
se réaliser l'espérance de nos frères philaS^ro-r 



\ 



\ 



V 



!2l6 BTOGRABHiB. 

pes : alors les vues du frère Neveu deviendraient 
fécondes. Illi'a pas senti la défaveur de l'époque 
où il a écrit. Plein de feu, plein d'àme, plein 
d'une bonne volonté supérieure , il s'est découd- 
rage alors qu'il fallait de la résignation et de la 
patience ; on assure même que le chagrin de 
n'avoir pas réussi a ajouté au fâcheux état d^ 
sa santé dont on aura une idée dansJes réponses 
qu'il adressa à ceux qui l'accusaient avec peu 
de mesure de se passionner pour le système 
philanthropique des maçons anglais. 

« Ceux qui m^accusent d'anglomanie, dit-il , 
« savent-ils que pendant sept années j'ai sôuf- 
w fert cliez les Anglais une captivité que ceux-. 
w ci rendaient à chaque minute du jour plus 
c( affreuse par des tourments aussi barbares 
cf qu'injustes ? que je n'ai dû enfin ma liberté 
(T qu'au poisoq dont j'ai nourri mon corps en 
cf silence pendant six mois , pour lui donner une 
« apparence réelle de mort, que la mort seule 
w pouvait avoir, et que l'art d'Esculape, faus- 
i( sèment appliqué, rendait plus hideuse et 
w plus prompte ? w 

Ces plaintes d'un Français rappellent l'hor-r 

rible supplice des pontons anglais; et, si nos 

frères les insulaires l'emportent sur nos ma- 

""IçC^ . bienfaisance générale, félicitons-nous, 

romrafe nation, de ne point ressembler au peu^ 



BIOGRAPHIE. 217 

pie britannique. JLe frère Neréu mourut tn 
1 826. Le Grand Orient de France , dans la 
commémoration des membres qu'il avait per- 
dus dans l'année y rend un touchant hommage 
aux vertus de ce jeune frère, 

PAIN (Joseph), auteur dramatique, l'un des 
censeurs des journaux sous le ministère de 
M. le comte de Corbière > est né à Paris le 4 
août 1775. Seul ou en société avec MM, Bouilly, 
Dumersan, etc., il a donné plusieurs vaudevilled 
qui ont eu du succès^, et publié des chansons et 
autres poésies SLSsez médiocres. On trouve desca/i- 
tiques de M. J. Pain dans la Lyre maçonnique. 

PAGANUCCl (Jean), négociant estimé, 
instruit, et souvent pds, parle commerce et les 
magistrats, pour arbitre dans les affaires impcrr- 
tantes, naquit en ^729, à Lyon, où il a cons- 
tamment séjourné. Il est auteur d'un ouvrage 
intitulé : Manuel des négociants , ou Encyclo- 
pédie portative delà théorie et de la pratique du 
commerce. Lyon , 1 762 ; 3 vol. in-S**. Cet ouvrage 
est une espèce de dictionnaire qui renferme la 
statistique des principales places de l'^lurope, 
leurs changes, leurs usages, etc., et où se ren- 



2l8 SiOGRA^PHlS^ 

eontrent d'intéressantes recherches sur les pro-^ 
cédés emplayés dans diverses manufacturas. Son 
nevei^^ M. Boucharlat, s'est honorahleoient fait 
connaître comnoe poète eli comme mathémati- 
cien. M« Faganucci était un des zélés maçons^ 
de l'orient de Lyon, où il mourut en 1797. Il 
appartenait, en 1777, à la loge de la Bienfait 
sancCf en qualité de maître écossais, secrétaire 
général. 

PAÏNE ( Thomas ) naquit à Thetford, wmté 
de NorfoJk, le 29 janvier 1757, d'une famille 
dont le chef était fabricant de corsets, et qua- 
ker de religion. Thomas Paine fut successive- 
ment ouvrier chez sou père, matelot, fabricant 
de. corsets, employé de l'accise, jourualisie à 
Philadelphie, publiciste et homme d'État dans 
l'ancien et le. nouveau monde, ami de Franklin 
et de Washington; il se prononça pour l'indé^ 
p^daiice américaine en publiant » en «776,7^ 
Sens commun^ que Labaume traduisiie|i fran* 
çais en 179?, in-8^ * 

La guerre déclarée entre les colonies aug^laises 
et la mère-patrie, il va aux armées où il entre- 
tient l'esprit de liberté pa^mi les soldats en 
publiant des petites brochures patriotiques. 
£n 1779 , il est nommé secrétaire au comité des 
aifaires étrangères; en 1761 envoyé en France 



BIOGRAPHIE. 219 

avec le colonel Lawrence pour y négocier un 
emprunt. La France donne six millions à la 
nouvelle république , et cautionne le» dix mil- 
lions que 1^ Hollande a avancés. Âpres la ces* 
sation des hostilités entre l*Angleterre et TAmé- 
rique, Thomas Paine reçoit, en récompense des 
services qu'il a rendus à la cause nationale , des 
terres d'une valeur considérable. Il présenté, 
en 1787, à l'Académie des Sciences de Paris, 
un plan de construction de ponts en fer. Au 
commencement de la révolution française , il se 
lie avec Edmond Burke ; mais s'apercevant 
bientôt que le publiciste anglais est un homme 
dévoué au ministère de son pays, il cesse toutes 
relations avec lui, et. publie, en opposition à 
son ouvrage sur la révolution, une apologie de 
la constitution de 1791 , sous le titre de Droits 
de r Somme, dont Soûlés donne une traduc- 
tion en français. Les Droits de la Femme, 
seconde partie des Droits de F Homme, con- 
tenant la théorie et la pratique de ses principes, 
succède bientôt au premier ouvrage , et est 
pour Fauteur, alors à Londres, le sujet d'un 
procès politique. Le ministère le fait arrêter et 
mettre eu jugement, comme excitant le peuple 
anglais' à la révolte contre le gouvernement. 

Thomas Erskine, célèbre avocat, prend sa 
défense; on circonvient l'avocat, qui résiste. 



220 BiaGRAPBie, 

Paine est condamné > et Erskine perd Temptoi 
lucratif d'avoué général du prince de Galles w 
La société des amis de la liberté de la presse 
vole des remerciments au généreux défenseur. 
En France, Paine reçoit de rassemblée natio- 
nale le titre de citojen français. Libre de subir 
sa peine ou de s'expatrier,^ le publiciste atnéri-- 
cain se disposait à venir à Paris, lorsqu'il reçut 
une députation du département du Pas-de- 
Calais , qui lui apportait la nouvelle du choix 
qu'il venait de faire dé sa personne pour le 
représenter à la convention, Paine débarque en 
France, où on lui prodigue tous les honneurs 
civils et militaires. Dans le procès du roi, il 
vote successivement le bannissement, la déten- 
tion et le sursis. Jlobéspierre , indigné de ce 
vote modéré d'un homme connu pour un éner- 
gique républicain, le fait rayer par suite comme 
étranger, puis le £stit arrêter. Monroë, ministre 
américain, réclame et obtient sa mise çn liberté* 
Paine exprime à son courageux compatriote le 
sentiment de sa reconnaissance; mais, dans 
une lettre qu'il fait imprimer, il reproche dti^ 
rement à Washîngtoii, son ancien ami, son 
ingratitude et son indifférence politique. Il ren- 
tra à la convention en 1794» c^ offrit, en 179Ô, 
un don patriotique pour concourir à la des- 
cente en Angleterre. Après la paix d'Amiens, 



BIOGRAPHIE. 221 

il retourna aux États-Unis, où il mourut le 8 
juin 1809. Thomas Paine, que l'ordre^ maçon- 
nique comptait dans ses rangs , a publié un 
Essai sur la franc-maçonAeriey où il prétend 
que cette société nous vient des druides. La 
brochure de Faine a été traduite en français 
par M. Bonneville. (^Voj. ce nom.) 

PARNY (Évariste-Désiré Desforges, cheva- 
lier, puis vicomte de), le plus célèbre de nos 
poètes erotiques, naquît à TUç Bourbon, en 
1753, vint en France à l'âge de neuf ans, entra 
au séminaire, prit le parti des armes, et re- 
tourna à l'île Bourbon. Il y devint amoureux 
d'une jeune créole âgée de treize an3, nommée 
Éléonore. Aimé de cette personne charmante, 
il ne put Tépouser ; son père , qui s'était opposé 
à ce mariage, voyant l'état de langueur et de 
dépérissement où il était tombé , le renvoya en 
France. Le chevalier de Parny conserva, jusque 
dans.la vieillesse , un tendre souvenir de ses 
premières amours ; néanmoins cet amant si 
passionné refusa d'épouser Éléonore , qui, de- 
venue v^euve, lui offrit sa main. Il est vrai 
qu'Éléonore n'était plus jeune , et était mère 
d'une nombreuse famille. Parny perdit sa for- 
tune à la révolution : le général Macdonald 
l'aida discrètement dans sa détresse, et le 



22^2 BIOGHAPHIE. 

comte Fraoçai^ de Nantes, directeur général 
des droits réunis, lui donna une sinécure dans la 
place de chef de bureau dans son administra- 
tion. Ses amours, recueil élégiaqué, le firent, 
surnommer le Tibulle français ; mnis l'ouvrage 
qui a rendu son nom universel est la Guerre 
des Dieux, qui ne reconnaît de supériorité que 
la Pucelte de Voltaire. Il devint membre de 
rinstitut en i8o3. 

Comme franc- maeôn , il appartenait à la loge 
des Neuf Sœurs , qu'itconcourut à réorganiser 
en 1806. Lors du concours littéraire maçonni- 
que, ouvert dans le même atelier en 1807, et 
où brillèrent )comme concurrents MM, de Cha- 
zet et P. F, Tissot (voj. ces noms) , il composa 
une cantate dont le frère Rose fit la musique, 
et qui fut exécutée dans la séance où les prix 
furent distribués. L^ premier grand maître 
adjoint, le prince Çambacérés, archichancelier 
de l'epipire, présidait la séance. Le frère de 
Parny mourut le 5 décembre i8i4- 

PARNY (N.),, frère aîné du précédent. Sa 
vie est inconnue aux biographes; nous savons 
seulement qu'il fit au civil ses preuves pour 
monter dans les carrosses du roi, et en maçon- 
nerie, qu'il fut un des fondateurs de la loge 
des Neiif Soeurs y avec Fallet, Garnier, Chaa- > 



BIOGRAPHIE^ 223 

vet, Changeux, Cailhaya, le chevalier de Cu- 
bières; le curé Robin ^ et l'abbé Cordier de 
Saint-Fîrmin* 

PASTORET (Claude-Emmanuel -Joseph- 
Pierre, marquis de), vice -président de la 
chambre des pairs, est né à Marseille en ij56. 
Avocat, conseiller à la cour des aides de Paris 
en 1781 , membre de l'académie des Inscrip^ 
tiens et Belles -Lettres en 1785, ministre de 
l'intérieur en 1790, président du département 
de. Paris en 1791, puis procureur général et 
député à l'assemblée législative la même antiée , 
M. de Pastoret quitta la capitale après les évé- 
meots du 10 août 1792, qui mirent sa liberté 
et sa vie en danger. Il rentra après la révolu- 
tion du 9 thermidor an 11 ( 1794) 9 et fut nom- 
mé , en 1795, membre du conseil des cinq 
cents. Porté sur la liste de déportation au 18 
fructidor an y (1797), il se hâta de nouveau 
de prendre la fuite, et il ne reparut qu'après 
le 18 brumaire an viii (1799). H fut nonhné 
en 1804 professeur de droit, et en 1809, sena- 
teur et comte de l'empire, enfin membre de 
la Légion-d'IIonneur. Les événements de 18 14 
le trouvèrent prêt à appeler un nouveau gou- 
vernement et le rétablissement de la famille 
royale. Le roi Louis XVIÏI le nomma pair de 



2^4 BIOGKAPHIE. 

France et marquis. On doit à M* Pastoret : 
Éloge de Voltaire^ ^799» Discours en vers sur 
, V union qui doit régner entre la magistrature , 
les lettres et les arts, lySSj; Zoroastre, Con-- 
Jiicius et Mahomet^ comme sectaires, législa^^ 
teurs et moralistes; avec le Tableau de leurs 
dogmes, de leurs lois et de leur morale; seconde 
édition 1787; Moïse y considéré comme légis- 
lateur et comme moraliste, 1789; Traité des 
lois pénales, 2 vol. in -8**, 1790; Histoire de 
la législation y 4 ^^* in -8°. M. Pastoret a été 
membre, puis -vénérable de la loge des Neuf 
' Sœurs. 

PEYRILHE (Bernard), docteur en méde- 
cine , professeur royal de chimie, naquit à 
Perpignan , en 1735 , fit ses études à Toulouse, 
vint à Paris, et fut agrégé au collège et à l'a- 
cadémie de chirurgie en 1769. Médecin, chi- 
miste et botaniste, il vit dans cette triple science 
les moyenS; de rendre un plus grand nombre 
de services à l'humanité; et, en effet, il a laissé 
de longs souvenirs de reconi^aissance pour une 
pratique suivie avec persévérance, et des^vues 
générales qui ont sété appréciées par tous ses 
confrères. Son Mémoire sur le cancer, couronné 
par l'académie de Dijon, a été long -temps le 
seul estimé aur cette maladie. Les ouvrag;es de 



BIOGRAPHIE. 2:i5 

Peyrîlhe «ont : i** avec Dujardin, Histoire de 
la chirurgie j 5 vol. in-4*, 1774-1780; le troi- 
sième volume est de lui seul; 2** Essai sur 
Uàlkali volatil et son emploi dans le traitement 
des maladies vénériennes^ i vol. în-8®; 5® Ta^ 
bleau d^ histoire naturelle des médicaments, 
I vol. in-8**, 1800; M. Huilier en a donné 
une nouvelle édition avec des notes ^ 2 vol. 
in-8^. On doit aux sçins de M. Sue, son con- 
frère et son ami, la notice ou catalogue des 
ouvrages manuscrits de ce savant. Maçon plein 
de zèle et de dévouement à l'ordre , il devint 
officier du Grand Orient en X774- 

PHILIPON DE LA MADELEINE (Louis), 
littérateur, naquit en 1764^ et mourut en 
1818. Il fut avant la révolution successiyement 
avocat du roi à la chambre des coniptes de 
Besançon, et intendant des finances de M. le 
comte d'Artois, aujourd'hui S. M. Charles X. 
Sous le gouvernement directorial, il occupa 
l'emploi de bibliothécaire du ministère de l'in* 
térieur. Le reste de sa vie a été consacré aux 
lettres. Il s'associa pour la comédie -vaudeville 
avec MM. de Ségur et Le Prévost d'Iray, donna 
un recueil de ses Chansons, qui eurent quatre 
éditions, la dernière en 1810; écrivit sur l'édu- 
cation, et fit paraître : 1** Géographie élémen- 
_ II. i5 



226 BIOGRAPHIE. 

taire de la France, deuxième édittOD, 1801 ; 
2^ Homonymes français , troisième édition , 
iSi '^^ 5^ Manuel épisiolaire , septième édition , 
iSao; 4^ Grammaire des gens du monde, 
d.^QXÎëmë édition , 1807? 5" Dictionnaire por^ 
UUif des poètes français morts deioSo à iSo/^, 
1 8o5 } 6* Dictionnaire portatif des rimes , 
d<(tixijème édition^ ^ 1Ô06; 7** Dictionnaire por-- 
taiifde la langue française, troisième édition, 
i8ig; 8^ une édition des Voyages de Cyrus , 
pirlUftmsay^ etc. Philipon de la Madeleine 
était imémbré de l'asèociatiôn fraternelle, et on 
voit dans la Lyre maçonnique qu'il a payé son 
tribut à l'ordre. 

^PIÇCINI (Nicolas), célèbre compositeur de 
musique, membre de la loge dea NeufSosurs > 
naquit à Bari , dans le royaume de Naples, en 
1728, et mourut à Passy, près Paris, en i8oo, 
Piccini fut élèvç de Léo et de Durante. Il vint 
à Paris en 17716, et apprit de Marmontel les 
élétpeûts de la langue française. Lorsqq'il dé- 
buta sur la scène lyrique par son opér^ de 
Roland, le chevalier Gluck était en possession 
de& Cent 'boUches de la renommée , et Roland 
fut outrageusement sifflé. Sou malheureux au- 
teur' était aÉU; désespoir, lorsque la reine Marie- 
Antoinette b nomma son maître de chant; La 



1^11 té roysrle lui fit oublier la cruauté du par- 
terre; maîs^ sa majesté voulut, réconcilier les 
deux rivaux; la paix *ïi|:l<eB aom d'aussi aor 
gustes auspi^^^ L* lendeoiain / la guerif^ p^ 
commença avec [plus d'ach^rueiQgnt; elle .deh- 
vint générale, et Tempire (^usicaf^e pai:|{^e4 
etitre les gluckùte$ et, le$ pioGimstes. llfi^f/mt- 
pa»de sat^PépÀudu^ inais cette guerre fix^done 
£t^rce pamphlets, force injure ^^fore» ^pigrs^io-* 
mes, bonnes et niauvaise»^ ; : , 

Gluckquitta lai ïlraAdQ^^ttFîc^îni sgrait rfsté 
maître dé la^ci^e si Sa^cçhifii. n'était jV^U^ilu»- 
idisputerla palme* Lee detiX rivaux furent S9w-'- 
-gea ; : ila paj?tagèiwi.t le; (riç^p)»^ ^^ içt 1^^ tqp^pjLç 
dej'barmonie ne fut plus:ua tempb de. déar 
accords;:: . : 

Ficciûi diomx^. Mj^^ Didan^ Diane i^JEn^ 
dynUon , P4néhpe , e(c.^ et dçuxx)péras< coqi^ 
ques, le Dormeur :^éveiU4 et /» ifaifo: Xor^* 
Nommé en 1782 directeur de TËcole royale de 
chant ^ il retourpfitdaiis, sa.pjaL^riç çn 1791^ et 
revint à^^^ris en i7g9vLe gp^vernement lui 
accorda un traitement modique qui était son 
unique ressource.- • . -. 

PUS (Fierre*Aiitoine<-Aiigui^tii^ de), auteur 
dramatique et chansojôAiei!^ »en\bre de la L^r 
gion-d'Hoimeur, était, alitant 1^. |*éyolutio];^,.^t 



228 BIOGRAPHIE. 

dès 1784^ sectëtaire-interprète de M, le comte 
d'Artois (aujourd'hui sa majesté Charles X). 
Pendant la révolution il exerça^ entre autres 
fonctions publiques, celles de secrétaire général 
de la préfec^re dé police et d^archivisle de là 
même adîninistratioin. M. de Piis est^ avec 
Barré et Desfontaines, fondateur du théâtre du 
Vaudeville > où il donna, en société avec Barré, 
seize ou dix «- huit pièces charmantes ^ dont le 
souvenir est cher à tous les amis de la franche et 
spirituelle gailé. 11 fonda aussi en 1798, avec le 
chevalier de €ulHéres, le Pùriique républicain^ 
société lîuétuîre qui se soutint assez long-temps^ 
et où, singulière condition , on ne pouvait ad- 
mettre aucun membre de l'Institut. Enfin, il 
est fondateur, avec Désaugiers et d'autres chan- 
sonniers, du Cm^eau moderne. Piis a été convive 
des Soupers de Momusy académie chantante qui 
a survécu au Cadeau. 

M. de Piis étaijé membre, en 1809, de la 
loge des Neuf Soeurs ^ pour laquelle il a com- 
posé plusieurs cantiques maçonniques. 

PINGRE (l'abbé Alexandre-Guy), chanoine 
bibliothécaire de Sainte-Geneviève, chancelier 
de l'université de Paris , astronome-géographe 
de la marine, membre de l'anciemie Académie 
royale des Sciences , de l'Institut national , etc.. 



BIOGRAPHIE. 22g 

naquit à Paris le i4 septembre 17 ii, et mou- 
rut dans cette ville le f^ mai 1796. Élevé 
chez les génovéfins, il devint membre de cetle 
congrégation à l'âge de seize ans , et fui pro- 
fesseur de théologie à Fâge de vingt -quatre. 
Mais ses opinions dans les querelles du jansé- 
nisme le firent reléguer dans un collège obscur 
pour y enseigner les premiers éléments de la 
grammaire; singulière manière de redresser 
les opinions religieuses d'uu homme de mérite. 
Heureusement Le Cat, chirurgien célèbre et 
son ami y fonda l'Académie des Sciences de 
Rouen , et l'y fit recevoir comme astronome. 

L'abbé Pingre calcula Péclîpse de lune de 
1749 s. ^t donna un Almanach nautique pour 
faciliter aux voyî^geurs Fobservation des lon-p 
gitudes. Justice lui avait été rendue dç toutes 
parts. Le gouvérnemeiit lui fit' faire plusieurs 
voyages- sur mer dan* rintérèt de l'asttonomi'c 
et de la géographie. De retour, l'àbbé Pinçré 
publia la relation de ses courses scientifiques 
en deut volumes .in-4% 177 5*- 1778; • 

Son 'ouvrage le plus important est une €0- 
métographie ou Traité historique et théorùjue 
des Comètes^ 2 vol. in-4% 1783. Enfin on lui 
doit une Histoire de l^Astronormê dit âix-sep- 
tième siècle y i vol. in-4% i^*fi*'"'''^ ' ■ ' 

L'abbé Pingre' fut' un des plus zélés 'fi^iics- 



1 



aSo ' BteiOKAPHIE. 

maçons. Il préaida la loge de VE^oUe polaire ^ 
orient de Paris, fut député de plusieurs loges , 
ofl^cier du Graod Orieiit et di^Uxièii^e surveil-* 
Iwt de la chambre ;d«s {)rovinces. Sa retraite, 
annoncée par le Grand Orient dàils lés termes 
les p)ûS:boaoi!ables^ affligea tous les frères, tons 
dignefs appréciateurs de ses Càlents, de sonder 
vOuément à Tordre et de ses douces- vertus. 

PIRLET (N.)r tailfeujp d'habits , membre de 
la gratide loge de. France et du^ comeil des em-r 
p)8reurs4'<yrieiit et d'fcJécidéùt, Souverains prin% 
ces maçons,, fut constamment un frëre de parti, 
etildoft a ceopoîe asseiifàcheâx le |)efidexîélé-r 
brité maç(^nîqtiequi s'^st attachée à sou nom. 
(/^^. l'histoire aux années.) 

.piRON{,yeiaai-r3apti8te-Pi€kPrer Julien), ancien 
agent général;, aqcieû intendant desiinances, 
domaines, bpis çt ^apanage^ de M. le comte 
d^Àftpif, aj^JQurd'bui rS« M. Charité* X, sonve- 
raih grandh insp€;çt6ur général , 33f dçgré , ser 
C^air^, du «aint empire, grand opateur de 
<âvclas$($^\i,Qri^d Qrient dans;3Qn grand cha- 
jpjtre,^^oéjral|r)p;>embre;bonoraire,de tQiîtes Iftç 
loges. v^ .Chapitres, de France-,; grai^^d praléuT 
d'honneur des jç^^ Éços(^ni$0J^ du Tetnple d^s 
Muses,, . du^ C^ch onentat\ 4^s Phiïadefpbes 



BIOGRAPHIE. a3x 

des amis éproui^és, de Saint- Alexandre d^E-- 
cosse ^ etc. 

Tous ces titres fort pompeux décorent le nom 
du frère Piron/ mais n'empêchent pas^ qu'il 
n'ait laissé en maçonnerie des souvenirs peu 
agréables à causé de toutes les querelles aux-^ 
quelles il s'est trouvé mêlé. Les faits qui ont 
signalé la vie maçonnique de ce frère ^ et qui 
seuls ont pu lui acquérir quelque cëiébrité^ 
se rattachent aux. diverses discùssîops que le 
Grand Orient eut à soutenir contre les institu- 
tions écossaises. Nous les avons déjà consignées 
dans le précis historique. Des JBaits graves lui 
sont reprochés; mais nous ne possédons pas 
assez de preuves pour nou^ permettre d'en don- 
ner le résumé. 

Le frère Piron mourut en -ï 6^1. 

PLANE (J.-M.), littérateur, a publié r^i^^o- 
logie des Templiers et des Francs - Maçons y 
2 vol. in-.8^, 1797 (Neudon, imprimerie de 
Demailly). Dans cet ouvrage, l'auteur, après 
avoir avoué qu'il a partagé les préventions gé- 
nérales contre les chevaliers du Temple ^ en 
fait l'éloge et l'histoire depuis la fondation de 
Tordre jusque après le supplioe de Jacques de 
Molay;. j. i . ) 



3^52 ^ BIOGRAPHIE. 

POISSONNIER (Pierre- Isaac), célèbre 
médecin -chimiste, naquit à Dijon , le 5 juil- 
let 1720. Reçu' docteur à Paris, en 1746, il 
exerça, de 1749 a ^777 1 ^^^ fonctions de pro- 
fesseur de chimie au collège de France. Il sup- 
pléa le père de l'illustre Helvétius comme ins-» 
pecteur des hôpitaux militaires , et devini 
premier médecin des cent mille hommes qui 
servaient en Allemagne en 1757 et 1758. Ver» 
oette époque il partit , par ordre du gouveriie-p 
ment, pour donner des soins à la santé de l'im* 
pératrice Elisabeth; mais le but réel de son 
voyage était d'établir des négociations secrète» 
entre le gouvernement français et celui de sa 
majesté impériale. La .princesse, pour l'admet- 
tre à sa table, fut obligée de lui donner le 
rang et les insignes de lieutenant général de 
ses armées. Les négociations ayant été heureu- 
ses. Poissonnier, à son retour en France, de- 
vint conseiller d'État, reçut une pension de 
i3fO0o fr., et vit créer en sa faveur là place 
d'inspecteur et directeur général de la méde-n 
cine, de la chirurgie et de la pharmacie des 
hôpitaux ddius Les port& de France; place qui 
fut supprimée en 1791. 

On établit en 1768, sur sa proposition , de$ 
cours d'anatomie, de chirurgie et de botani-r 
que, et des concours dont il était juge. En 



BIOGRAPHIE. :233 

1779, il combattit y avec autant de science que 
de bonheur^ une épidémie qui s'était déclarée 
sur les flottes combinées, de France et d'Espa- 
gne. La révolution ne l'épargna point; il fut 
enfermé avec sa femme et son fils dans la pri- 
son de Saint - Lazare; mais le 9 thermidor leur 
sauva la vie et leur rendit la liberté. 

Poissonnier était membre de l'Académie 
royale des Sciences et de presque toutes les 
académies de l'Europe; mais il a peu écrit. On 
lui doit y en 1763^ un appareil distillatoire pour 
dessaler l'eau de la mer, qu'un Anglais, nom- 
mé Irwin, lui disputa impudemment, et qui 
valut au plagiaire une pension de son gouver^ 
Dément. Poissonnier, cependant, consei*va le 
mérite de sa création. 

Cet illustre ami de Bufibn , de l'abbé Bar- 
thélémy , de D'Âlembert, de Thomas et de Du- 
clos, était, en 1774* député de la loge de' 
^int-^Jean , orient de Chartres , près le Grand 
Orient de Franee. 

PONCE (Nicolas), graveur, homme de let- 
tres, correspondant de l'Institut, et chevalier 
de la Légion -d'Hoiineur, est né à Paris le 12 
mars 1746» 

Comme graveur on lui doit lefs Illustres Fian- 
gais ou Tabhàu historique des grands hommes 



2^4 BIOGRAPHIE. 

de la France^ Au rççueil des peintures antiques 
des Bains de Titus et de Lis^ie^ les principaux 
événements de Vindépendanee des États-Unis 
d'Amérique, avec Godefroy , les quarante -six 
estampes qui ornent la belle édition de ZV- 
rioste de Dussieux. 

II a concouru à toutes les estampes des édi-^ 
tions remarquables qui ont paru depuis soixante 
ans* Son œuvre est recueillie en deux grands 
volumes à la Bibliothèque du roi. , 

Comme littérateur , il a remporté un prix et 
trois mentions honorables à l'Institut. Il a im- 
primé : 1** Description historique , géographique 
et statistique des ports de France et de ses co- 
lonies, in-folio; a" édition française ^ des Prin-* 
cipes de la LithograpJUe de Semfelder, in -4* î 
5^ le Lamter historique des femmes célèbres , 
in-i8; 4^ des Causes qui ont animé V esprit de 
liberté qui s'est manifesté en France en 1789 : 
c'est l'ouvrage couronné par Ilnstitut ; 5*" des 
Causes de la supériorité des Grecs dans les 
beaux-^rts; 6® de V Influence jie la réformation, 
de Luther sur le système politique de V Europe; 
7** des Emprunts publics dans une république; 
8** Considérations sur le traité de Vienne en 
j8i5 ; 9^ des As^antages de la Charte constitua 
tionnelle pour tous les Français; lo"" Mélanges 
sur les beaux^arts ; ir'' prèsde deux cents ar- 



BIOGRAPHIE, 255 

ticles dans la Biographie universelle; 12** il a 
coopéré au Moniteur^ au Mercure ^ au Journal 
de Paris y etc., etc. 

Comme citoyen il était chef de bataillon dans 
la garde nationale en 1792, et par suite de 
l'absence du chef de légion , il commanda aux 
Tuileries le 5o juillet, jour de l'arrivée des 
Marseillais à Paris. 

Comme maçon, reçu en 1768, il fit partie 
de la loge des Neuf Soeurs en 1804, fut plu- 
sieurs fois son premier surveillant et ensuite 
son député au Grand Orient, dont il a fait par* 
fie pendant quatorze ans comme garde des 
sceaux de la grande loge symbolique. Plus 
qu'octogénaire, M. Ponce est, depuis 1826, 
officier honoraire du G^and Orient. 

Notre tendre amitié poiir ce respectable 
vieillard nous interdit de faire son éloge* 

POYET (Bernard), architecte, naquit à 
Dijon le 5 mai 1742. Élève de Wailly, il fit le 
voyage d'Italie, et à son retour il devint suc-r 
cessivement architecte du duc' d'Orléans , de 
la ville de Paris, de l'archevêché, "de l'uni- 
versité, du corps législatif et du ministère de 
rintérîeur; sur la fin de 3a carrière, qui se ter-» 
raina le 6 décembre 1824» il fut nommé menn 
bre de l'Institut, académie royale des beaux-. 



236 ^|06RAI»HIE. 

artsl C'est sous sa direction qu'a été transportée 
de la rue aux Fers au marché des Innocents' la 
célèbre fontaine ornée des sculptures de Jean 
Goujon j c'est aussi sur ses avis que l\>n a dé- 
moli les maisons qui encombraient plusieurs 
ponts de Paris. 

Il a fait assainir une foule de rues par d^u- 
tiles démolitions y et est auteur du frontispice 
du palais du corps législatif. Ingénieux dans 
ses idées ^ mais gigantesque, bizarre, chimé-^ 
riqu^y il a composé une foule de projets qui ne 
seront peut-être pas inutiles à ses successeurs; 
il a aussi beaucoup écrit sur son art. 

M. Poyet était, en i8og, membre de k loge 
des ^euf Sœurs, orient de Paris. " 

PROCOPE (Michel-Côltelli), médecin, fils^ 
de François Procope , noble de Palerme, qui le 
le premier établit à Paris un café, devenu cé- 
lèbre par la réunion qu'on y voyait habituelle- 
ment des premiers littérateurs de l'époque, 
naquit à Paris en 1684 > et fit des études pour 
être prêtre; mais bientôt il montra un pen-«. 
chant décidé pour la médecine, et fut reçu 
docteur en 1708. Un riche mariage le mit 
dans la position qui convenait à ses goûts : Ta- 
bondance, la société, le plaisir et le douxj^r 
niente du poète. On vit Procope plus souvent 



BIOGRAPHIE. 257 

dans les assemblées et au spectacle que dans les 
hôpitaux et au chevet du lit de ses malades. Il 
essaya même son talent pour les jeux du théâ- 
tre, en faisant représenter à Londres, en 1719, 
une comédie en cinq actes et en prose , intitu- 
lée arlequin balourd, et à Paris , en 1724, une 
comédie en un acte sous le titre de réassemblée 
des comédiens; en 1786, avec Romagnesi, les 
Fées; en 1741 f avec Lagrange, la Gageure; en 
1 745, avec Guyot de Merville, les deux Basiles, 
le Roman* A ces essais, dont la renommée ne 
lui a point survécu, paraissent s'être arrêtées ses 
prétentions au titre d'auteur dramatique. 

Il a donné, dans lies recueils du temps, diffé- 
rentes pièces de poésie qui ont été remarquées. 
Procope, médecin, a publié : i** Analyse du 
système de la trituration, 1712 , in-12; 3® Let^ 
tre sur la maladie du roi à Metz, 1744* in-8% 
critique dirigée contre La Peyronie, médecin 
du monarque; 3** l^Art de faire des garçons ^ 
Montpellier y 1748, Paris (sans datç), 2 vol. 
in-i:2. Dans cet ouvrage piquantet bien écrit, 
il examine les différents systèmes de la géné- 
ration; le moyen qu'indique en badinant le 
docteur Procope, a été pri^ au sérieux par un 
grave accoucheur, Millot, accoucheur de Mes- 
dames, qui a publié sur ce sujet fArt de pro-- 
créer les sexes à volonté. Procope a fait rire 



258 BIOGRAPHIE. 

tout le monde : Millot a fait un peu rire à ses 
dépen»« La Procopiade ou \ Apothéose du doc-- 
leur J^rocàpe est un poème comique en six 
chant»/ publie par Giraud. Ce médecin-poète 
et auteur dramatique a été un des plus zélés 
et des plus aimables francs-maçons. Son Apo^ 
logie des francs ^ maçons ^Vi vers est un opus- 
cule aussi bien inspiré que bien fait; on le 
trouve daas tous les recueils maçonniques* 



R. 



RAMSAY (le docteur), chevalier baronnet 
écossais ; était un mâçon distingué; il préten- 
dit, en 1728, réformer la franc -maçonnerie, et 
introduire trois nouveaux grades : YÉcossais , 
le Notice , le Chevalier du Temple^ Suivant 
Ramsay la franc -maçonnerie aurait été insti- 
tuée par Grodefroy de Bouillon , à l'époque des 
croisades, et la loge de Sainte André j à Édim-^ 
bour^, serait le chef-lieu de l'ordre maçonni- 
que; les maçons descendraient des chevaliers 
du Temple. 

Quoique les grades dé son invention aient 
été solennellement repoussés , lorsqu'ils paru- 
rent, par les grandes loges nationales d'Anr 
gleterre et de France, ils firent néanmoins, 
dans les deifx pays, un grand nombre de pro- 



BIOGRAPHIE. ^^^9 

sélytes. L'origine qu'il suppose à la franc-ma- 
çonnerie a encore des partisan». Le système de 
ses grades a été retouché; il a donné naissance 
au grade de Kadosh- Templier qui , pour être 
pratiqué en France est devenu Kadosh philoso- 
phique. C'est à Rainsay que les partisans des 
grands titres, des grandes décorations, les ama- 
teurs de chevalerie, de principauté, de sou- 
veraineté, font honneur de l'invention dé ce 
pompeux écossisme qui a trente-trois degrés, 
et qui fait regarder avec dédain le simple maU 
ire.... Voici ce que dit M. Thory {Acta lata^ 
morum, tome I**", page 55i) àl'occasion de l'in- 
vention des grades de ce célèbre Écossais : V On 
« prétend que l'ordre ou la société secrète de 
(c la Palestine existait du temps de Ramsay, 
m et que c'est dans ses dogmes que ce novaterii^ 
ir a puisé une partie de son système. » 

Raijsay mourut en 1743» à Saint-Germain- 
en-Laye. 

RAMPON (le comte Antoine •Guillaume), 
lieutenant général, pair de France, grand con- 
servateur de l'ordre maçonnique en France, est 
néàSaint-Fortunin, le 16 mars lySg. A seize ans 
il entra au service comme simple soldat. Lieute- 
nant, en 1792, à l'année d'Italie, il passa, en 
1793, à l'armée des Pyrénées, où il fut nommé. 



24o BIOGRAPHIE. 

sur le champ de bataillie, chef de bataillon, 
adjudant général, et dans la même année , chef 
de brigade. Le 24 janvier 1794, accablé sous 
les forces espagnoles, il subit le sort de la 
guerre, et ne recouyra la liberté qu'à la paix* , 
Il servit sous le général en chef Bonaparte à 
l'armée d'Italie , et mérita le grade de général 
de brigade à la bataille de Montenotte, le 
II avril 1796. Sa belle conduite au. combat de 
Lonatp, comme commandant de la 52% lui va- 
lut cet éloge dans le rapport que le général en 
chef adressait au directoire : (c J'étais tranquille, 
la 52* était làl » Pendant toute cette mémo- 
rable campagne le général Rampon se fit re- 
marquer; il commandait l'avant-garde lorsque 
l'armée passa l'Isongo et les Alpes italiennes; 
en Suisse il ne s'illustra pas moins sous le gé- 
néral Brune. Choisi pour faire partie de l'ex- 
pédition d'Egypte, à la bataille des Pyramides, 
il eoleva, avec ses grenadiers, les retranche- 
ments turcs, et résista aux nombreuses attaques 
des mameluks. Dans l'expédition de Syrie, il 
pénétra le premier à Suez, et à la bataille du 
mont Thabor, il commandait la droite de l'ar- 
mée. C'est eè qualité de général de division 
qu'il prit part aux batailles d'Aboukir et d'Hé- 
liopolis; il eut, sous Kléber, le commandement 
de Damiette et du Manssourah ; le commande- 



BIOGRAPHIE.. 241 

ment du camp retranché sous Alexan4ne lui fut 
confié. Après la capitulation, par le général 
Menou, il revint en France et entra au sénat 
conservateur. En i8o5, commandant çénérài 
des gardes nationales des départements du 
Nord , de la Lys et de la Somme , il organisa le», 
colonnes mobiles « Lors du débarquemeqt d^ 
Anglais, en 1809, dans l'île de Walcheren,.U 
conduisit ces colonnes à Anvers,, et, p^ le paxpp 
de défense qu'il établit, il fît échpuer les ten- 
tatives des troupes anglaises. Envoyé de nou- 
veau en Hollande en 181 3, et forcé de s'enfer- 
mer dans la place de Gorcum, il se vit contiaini; 
de la rendre, et demeura prisonnier de guerre 
jusqu'aux événements de la restauration, çi^ 
i8i4- 1^6 r^i ^P nomma membre de la chambra 
des pairs. Au retour de l'île d'Elbe, il fut main- 
tenu dans cette chambre que Napoléon recQijt^- 
posa. La seconde restauration Téloigna de la 
pairie qui lui fut renidue plus tard. Le général 
Rampon était l'un des plus braves guerriers 
d'une époque où il y avait tant de braves. C'est 
aussi l'ua des plus illustres maçons et l'up des 
plus fidèles à l'ordre : le Graml Orient l'a sou- 
vent vu présider ses travaux., 

REMI (l'abbé Joseph-Honoré), naquit à Rc- 
iniremont,en 17 58, et mourut à Paris en 1782. 
II. 16 



^4^ BIOGRAPHIE. 

Prêtre du diocèse de Toul, il fut ensttile avo<sat 
aa parlement de Paris. Il a publié : le Cosmo- 
polite , tyyo^ in-12; les Jours, pour servir de 
correctif aux I^iutÉ d'Youngy 1770. Uau.teuV 
▼î*è dans cet ouvrage à tourner en ridicâle 
Tangtotaïaiiie. Cb^($ des Français, 1772, 2 vol. 
în-ii; Éloge du chancelier de Lhopital, Cou- 
ronné par TÂcadémie-Française , en 1 777 , ïe 
j^iir même où le F.*, abbé d'Espagnac avait 
pt^Àoncé, le matin ^ devant la même compa- 
gtiie; le panégyrique de saint Louis. L^Êloge 
dû chancelier de Lhopital eut les honneurs de 
la* censure de Sorbonne. Il concourut pour les 
Éloges de Molière, de Colbert et de FéneiohJ 
Ce dernier obtint Taccessît. L'abbé Rémi était 
<^argé des articles de jurisprudence daiis' la 
l^ous^elle Encyclopédie. Cet excellent F.*, quoî- 
qUé^sabs fortune donnait beaucoup aux pau* 
Tfes; il consacrait ses veillés à la défense des 
opprimés, w La belle monnaie, disait- il, que 
« le grand merci d'un malheureux ! » 

•RICHARD (lean-Marîe), maître de pension^ 
est né en 1757. Il a puMé , en 1822 , un Nûu^ 
veau Théâtre à Fusage des collèges et pàn^ 
sions, 2 voL in-12. M. Richard a été vénérable 
de la loge de lia: Charmante Andtié, 0.*.*de 
Paris, à l'époque od ellfe' suivait encore îes'ban- 



nières ie la pui83an(^ l^gaje d^Fordre. Il fm 
admis en i8i4^ w Graud Orient, w qus^Uté 
d'ofiScier, et nommé ^ w 1,831 , oratem: dç 1», 
chambre d'admiw$t^*alioa , dçvenuç çhamhr^ 
de correspopdaace et de? ^naiiçe^^ fto^çtipi^^ 
(ju'îl pçcupe encore aujpurd'M (îÇ^q), et 
(jn'il rempUt avec dîrtiociion. 

ROBELOT (NO» ^incien avocat ^u p^irle- 
ment de Dijon, ^ été orat,-. de Jft mè^ÇTlQÇîR 
écossaise de France et §0» véq.-.^ çn lÔi^^ jÇ's^t 
en qualité d'orat,-, de cette Ji.*. qu'ij fit 1^ 
discours d'ordre lor§ de.l^ réception du pri^çç 
Askeri-^Khan (vaj. ce ^lom). L'ppi^ipn d§ 
M. Robelot sur l'origine de la franq-|naçpn:r 
nerie fut ingénieuse , et d'un à-propos- parfait;! 
si elle n'est pas historique. U ppnse qve )a v^B^f 
çonnerie vient de TOnent^, et que ZprpaBtre çt^ 
fut le fondateur. 

ROBIN (l'abbé) ^ curé de Saint-Pierre d'An^ 
gers, l'un des fondateurs de la loge des JVeuf 
Sœurs f comprit l'institution maçonnique com- 
me elle doit l'être par tous les hommes instruits,' 
et que, comme tels, doivent être les amis des 
lumières et de l'humanité : lorsque l'abbé Robin 
fut admis à nos mystères ^ un yoile épais cpuvrait 
l'origine et l'histoire de l'ordre. Il étudia la ma* 



i^4 BIOGRAPHIE.' 

cotinerie dans son institution actuelle et dans les 

*. 

institutions secfétes des'anciens peuples, et com- 
mtihiqua à la loge le résultat de ses studieuses in- 
vestigations, dans deux mémoires qu'il a réunis 
et pùbfiés sous le trtre de Recherches sur lésini- 
tiations anderines et modernes (i vol. id-i.iii 
1779, Amsterdam et Paris). L'ouvrage originaiU 
devenu rare, a été réimprimé en tête de \Encj- 
ctôpeaie maçonnique. Le travail de l'abbé Robin 
ri*à ^'ÎGïi éclairci en maçonnerie, puisque avec le 
dôctetit^Râmsay fel le baron deTschoudy (o^o/. 
xCès noms), il place le berceau de notre institu- 
tion danslç camp des chevaliers croisés; mais 
li'éanmoins ce travail est d^un homme instruit , 
r^partîaî, de bonne foi; d'un critique très-judi- 
ôîeiix,, d'un excellent' maçbn.'Lorsqu^on a lu le 
livre de l'abbé Kobih, les différentes produc- 
tions des abbés Baron, Pépin, Bertoliq, Cor- 
dier de Saint -Firmin, Chabouet, etc., et lés 
diatribes des abbés Pérau , Lefranc , Barruel et 
I^royàrt, oh se demande comment des hommes 
revêtus du caractère sacerdotal, qui supposé 
un esprit juste, un égal amour de la vérité, 
une même conscience à louer ou à censurer, 
peuvent différer si étrangement d'opinion et de 
manière de s'exprimer sur une chose! qui ne 
peut être à la fois bonne et mauvaise; comment 
les uns pourront honorer l'institution maçon- 



BiaGAA.PHlB. '%^5 

nique el les autres la déchirer avec fureur : 
dans rembarras oùnous plaoe cette divergéuce 
de sentiments el d^opihions, n({us n'âvcms pour 
nous «ider que la ressource naturelle dé ioui 
homme de sens; comparer la position des indl^ 
vidus dans la société profane. 

L'abbé Robin ëlait un prêtre selon l'JÉvan- 
^ile z il juge avec un esprit mûri par Tétiide et 
l'expérience , avec un cœur droit ; il trouve la 
maçonnerie bonne et utile. Tel n'était pajs 
l'abbé Férau dans le monde. Esprit inquiet et 
frondeur, il la trouve niaise; et bientôt le cen- 
seur devient méchant et diffamateur. Les abbés 
-Lefrane.^ Barruel etProyart, plus, rapprochés 
de nous puisqu'ils écrivaient en 1792, 1795'', 
se font hommes de parti, et accusent avec vio- 
lence la franc -maçonnerie d'avoir enfante la 
révolution française, qui détruit les abus, les 
préjugés, et surtout l'ignorance et le fanatisme 
religieux ; parce qu'ils savent que l'institution 
" maçonnique veut l'égalité selon la loi, laHberlé 
légale pour tous les citoyens, et le droit à 
chacun d'adorer Dieu selon sa croyance et son 
cœur. Certes , la maçonnerie est bien étrangère 
à la révolution, à laquelle une foule de ses 
membres ont donné des gages par leur mort 
sur l'échafaud révolutionnaire, ou laprosorip- 
lion qu'ils ont subi : mais, qu'importe 'auk boiA- 



mm que le délire transporte I La passion tue 
te jngettiënu C'est aives la passion, qu'ils jo^ 
geiit i ie ëiffaflMftion «I la oàicMaie en sont ks 
isoDséipienMSk Oublions nos ennemie, «t nsn^ 
tiens nû kemma^e fraternel i d'honorable F.*.. 
Robin, que l'ordre cîlera toujoors a?ee>or9«efl 
parmii ses Membres les pictfs dlîgiMi. Il faisait 
<enoore patlie de la liUge à l^peqne de sa t*éor'^ 
iganissoién iea iâo6. 

' ROfiTTIERS DE MONTALEAU (Alexandre- 
Louis D, 'siKÎème grand makre de l'ordre franc- 
naçonniqiie sèm le titt^ de grand vé^iérable, 
était conseille!* à la grande chambre^ ti joifiSr- 
saît comme magisti^ de la plus honorable ré- 
putation* Il avait adopté avec entliansia^sme les 
principes ma^onniqnea. Président de la chami- 
bre dea provinces du G.*. O.-., en 1787 > il 
auesoéda^ en lygS, an F.*. Tassin, en qualité 
de préaident de <la chambre d'administration.: 
le Fb*.. Tassin variait de périr sur l'échaCusd ré- 
volutionnaire ..Roettiers de Montaleam fat me* 
nacé du même sort; cependant il eut le bon- 
•heur, quoique ^iis/7^c/, de voir sa proscription 
se borner à une détention qui cessa en 1795. 
Son zèle pour l'ordre était tel> que du fond de 
soneaduot, il dirigeait les opérattions du G**. 
Ow-. Il y eut toutefois. un interstice de plu- 



sieurs années dans le mouvement de l'crdite 
mftçonaîque en France : les réunions peisiU^ 
des FF.', ne pouv&ient avoir lieu au milîdu^du 
délire des passions. En&n le ca)aie Mfisirafl. 
Roeitiers de Montaleau fut le premier k en pro- 
fiter pour ranimer le xële des mac.* «et des 
loges; il paya de ses deniers les dettes du, G»v 
O.*. : le feu saeré reparut à sa source. L'iugm- 
titude n^est pais le vice de3 maç.*. La grande 
maîtrise était vacante par suite de la lettte 
que le duc d'Orléans, grand maîfre de l'ordre, 
avait adressée» en 1795, au journal de Paris, 
et qui avait déterminé le G.*. 0.*« à déelarar 
démissionnaire ce prince naguère âdâe b i'elr- 
dre. £n 1796» le G.*.0.\ offir&tà Reettîerside 
Montaleau la dignité de grand maitTO; il la 
refusa modestement, et n'âceepta que le dtiie 
de grand vénérable, dont il se démît en; lâx^, 
assuré que Joseph Bonaparte , roi d'fispagin, 
frère de l'empereur, acceptait le pattonaC sA- 
prême. Il fut installé en qualité de représentant 
]^rticulier du grand makre. Le Grand OrieBt 
était la puissance reccmnue de l'ordre en Frài]icè; 
mais il existait encore des débris de l'aoeieiine 
grande loge de France, qui mmaçaient de faille 
\ixk schisme. Roettiers de Montaleau voirait la 
paix, l'union, ramîtië, et pour parvenir à ée 
triple bien , il rapprocha les esprits , confondît 



34^ BIOGRAPHIE. 

«n un seul tous les sysièmes^ et il eut la gloire^ 
par un concordat passé le 28 juin 1799 > ^^tre 
ces deux puissances^ de réunir au Qrand Orient 
l'ancienne grande loge. 

Une fête brillante célébra cette fusion long- 
temps inespérée. L'horizon maçonnique s^obscur- 
oit de nouveau par les prétentions de quelques 
frères au rite écossais ^ dit du 55* degré à éta->- 
blir une contre«puissance. Le prudent Roettiers 
de Montaleau vit le danger^ et résolut de le faire 
cesser* Far ses soins ^ son adresse , son esprit 
c<>nciliàteur et ses vues toujours si pures ^ il 
concilia toutes les opinions et obtint le concor^ 
dàt du 5 décembre 18049 qui réunit ce rite au 
jQrand Orient où il est depuis long-temps pro- 
fessé concurrenunent avec le rite françds. Cette 
belle vie de notre illustre frère cessa malheu- 
Kûsement le 5o janvier 1807; Roettiers de Mon- 
taleau fut regretté de Tordre entier. Le Grand 
Orient lui fit faire des obsèques magnifiques 
dans l'église de Saint-Sulpice ; il y assista en 
corps ainsi que les vénérables et députés des 
différents ateliers de l'orient de Paris. C'était le 
premier hommage de ce genre que le Grand 
Orient rendait à son chef. 

Les loges de Y Amitié et du Centre des ArriiSf 
dont il avait plusieurs fois dirigé les travaux en 
qualité de vénérable,et U loge àiAnacréon^ dont 



" BiÔâRAPHlË. , 2'49 

Il étalï membre honoraire , ont honoré sa mé-- 
moire par dés cérémonies funèbres qui ont mair<* 
que llans les fastes maçonniques. 

ROETTIERS DE MONTALEAU (Alexandre- 
Henri-Nicolas), fils d'Alexandre-Louis Mobta- 
leauy anciefn grand vénérable, représentant 
particulier du grand maître de l'ordre maçon- 
iriqne 'en Francfé, niaire adjoint du ii* arron- 
dissement, chevalier de la Légion-d'Hônnelfr; 
il fut initié par son père dans les mystères de 
Tart royal • 

Lorsque le frère Alexandre-Louis Roettiers de 
Montaleaù mourut, en 1807, son fils éCgiit eHéore 
bien jeune et n'avait donné à l'ordre aucune 
garantie qui répondit que l'honneur qu'on tui 
destinait en le nominant à la dignité qu'occu- 
pait son père, ne serait point une récompetise 
prématurée. Mais la magie du nom qu'il portait, 
une sorte de sainteté maçonnique attachée à ce 
nom, la confiance fraternelle si abondante, la 
prévention la plus favorable , déterminèrent le 
Grand Orient à céder au vœu qui se manifestait 
parmi ses officiers; et le 12 février 1807, le frère 
Roettiers de Montaleaù fut installé sous lés ausr 
pices du frère Cambacérès , prince archichan- 
celier de l'empire, grand maître adjoint de 
toutes les loges de France, 



25û BIOGBAPHIi:. ' , 

La séance d'inslallatioo fut solennelle, ei toiis 
les frères qui y prirent part se seutire&tdotioe- 
ment ëmus en écoutant le discours $age et iao>- 
deste qu'il prononça. Il exerça la dignité qui lui 
étêit, conférée îuiqu'ea i6i4f que les évéDemenis 
polUiquM.rieiidireait nulle par le i^us des firîfi- 
tcm de la famille royale à accepter le proteeto- 
rat de l'ordre* 
. Le i6 août de cette année, la grande maîtrise 
étaut vacante, le Grand Orient nomma, pour 
adaûiàîstrer l'ordre, les illustres frères Macdo^ 
nald, Beumonville et Valence (voj.a».nom%) 
sous le titre de grands conserwUeurs* 

Le frère Roettiers de Montaleau doTint leur 
représentant particulier. Le z^e de cet illustre 
frère Ue s'est jioint attiédi, et le Grand Orient, 
dont il préside souvent les grandes assemblées , 
Je voit toujours prêt à soutenir les principes ma- 
çonniques qui ajoutent au bonheur et au calme 
de sa vie privée* 

ROUCHER (Jean** Antoine), littérateur, 
naquit à Montpellier en 174^, fit de brillantes 
études chez les jésuites, qui voulurent l'attacher 
à leur ordre et l'envoyèrent étudier en Sorbonne; 
mais Roucher renonça à l'état ecclésiastique, 
devint, par la protection du ministre Turgot, 
receveur des gabelles à Montfort^l'Amavry, 



épousa 0NHieaioi8ell€^ Hachette qtii de^eéndÉii de 
l'héroltte de Beaurais , et euliiva excltlsiveiHent 
la littérature; membre de la loge des JVeuf 
Sœurs f que le frère de La Dixmerie, dans sou 
mémoire (voj-, LaDixmerib)^ nomme le Lucrèce 
françuis , il fut un des membros distingué» de 
cet atelier. 

Dtute la .ftémee oà k loge rendk «ux nàbes 
de V<il4ait^ de^s homtaages fhnèbret «dennels 
{^vojr. VotTAWiïj), W lut un fragment dé son 
poème des Mois (i 779) . La vigueur et Pà-propos 
de ce morceau de poésie excita l'enthousiasme 
cies. auditeurs^ qui en demandèrent^ séanc^ |,e- 
iiaJ9te, une seeonde lecture^ Ce ver»: 

Où repose un grand homme, un dieu doit hahiter» 

fut de nouveau accueilli par . un triple ap- 
plaudissement. Les ennemis de Voltaire et de 
l'ordre maiçooiiFique osèrent le tourner en lidi- 
cule. Pourquoi n'ont •- ils pas honoré de leur 
censure ces vers de 'madame de Boufflei^s^ rap- 
portés parGrimm (voy. Supplément à la corres-* 
pondance de MM. Grimm et Diderot ^ publié 
par M. Barbier, în-8<», 1814. 

Bien fait bien ce quM fait x lia Fontaine Fa dit. 
Si j Wais cependant produit un «ri grand œuvre , 



a5a BIOGRAPHIE. * 

Voltaire eut iconserré ses sens (et soa esprit; v 

Je me serais gardé de briseï: mou chei^'ogavi^i, , 

f ' ' • ... : 

Celui que dans Athène eut adoré la Grèce , 

Et qu'à Rome y à sa table , Auguste eût fait asseoir, 

Nos Césars d'aujourd'hui ne veulent pas le voir, 

Et monsieur de Beàumont lui refuse une messe. 

Oui y TOUS avec raison , mèssieuvs de Saîiit-«8ulpice ; 
Et pourquoi l'enterrer, n'est>41 pas iimnortel? 
.A ce divin génie, ou peut , sans ii^ustice > 
Refuser un tombeau, mais non pas un autel. 

Roucher pérît surTéchafaud révolutionnaire 
en 1794* Tous les cœurs sensibles ont retenu 
ce quatrain qu'il adressa à sa femme, à sa fa- 
mille et à ses amis , en leur envoyant son por- 
trait fait en prison par un de ses compagnons 
d'infortune, Leroy, élève de Suvée. 

Ne vous étonnez pas , objets sacrés et doux , 
Si quelqu'ait de tristesse obscurcit mon visage s 
Quand un savant crayon dessinait cette image, 
J.'attendaiS;récl4afaud et je pensais à vous ! 

KOZE (l'abbé Nicolas), çompositeuf de mu- 
sique, naquit au dioqèse cieGbàloi^, Ictj jan- 
vier 1745 , et mourut à Saint-Mandé prés Paris, 
le 3o septembre 1819. Au sortir de seis études 
eccléttastiques au séminaire d'Âutun^ il reçut 



les 4»rdre$! sacrés^ devint mahn de chapelle teit* 

l'ëglite diesSaints-lonocents ife i^aris^ en 1775 y > 

et de démit Je cet emploi en 1779 , n'ayaat ptt 

obtenir de faire partie de la> chapelle dui roi« 

Le8 $ttccèsdé Tabbé Rose étaient cependant po^, 

polaires ; il partagea son temips entre ses élevée 

et la eoiii{K>siliiM jusqu'à l'épocfpe du consul»!.; 

Le premier consnl> qui l'estiinait, lui offrit4!ètie; 

mftStre de sa chapelle V mais l^bM Rose refusa,) 

parce qu'il aurait été oblf]fjé de prendre là di-^ 

reetîoa' de l'Opéra. £ii 1807, il devint bibliothé^ 

caire du conservatoire impérial de musique; on 

lui' doit une méthode deplain^-tJumtqûe l'insti^ 

tut adopta y en i8i4 j pour les inaisons d'édii^ 

cation ; plusieurs môéeis y nviMi^aL pour les féte^ 

du gouvernement , une messe exécutée piour la 

première fois, en 1802,; à Sàiht^Gërvais^ nnb 

niesse à^rèquiem ^u'il fit entendre ien 1.81& ^ 

k chapelle des Quinze:- Kingts; c'est soû' cfai^lï 

d'œuvrel L'abbé .Roze était' snaaibré de laJogï 

des iVôo/^ABMr^, en 1809. :V \ \^ s 

.... : . . ' ' '' i-^. 

ROZIER (l'abbé Jeaû-Paptîlte-FraiïÇQf#:>> 
chevalier de l'église de LyoQ^ vill^pùil çA^HÎ!^ 
16 34 janvier 1754, des aèl^d^fx^çs roya,l§S:îdep 
sciéiïces, des iris et dqs tiieJ^s-leUres.de sAiYUI^ 
natale de Vilkfranche, de Ma<s^illÇ(»!.eta^j(;# 
lasociétërimpériate de pbysiqMeeit bo(aniq}|ti|e 



Ffor^noe^ ée la s#ciëÉë écoodmîqiie de Rofli^>' 
deèiitirfiaux d'agrvemlturede Lfon^ delâmi^^ed 
el 4'0riéan8y. lancien directeurde IMcole royale 
Télériaaire., étail Tiinde» huit enfants-d^ua né«« 
gwjaiiâ estimé» xtudis peu rîche. Il fût élevé «i 
colUlgiB des jéflirit(Hi de Villef ranche^ eu ilâvftît* 
pour par€otle>fMtee Mongi^i. llétat eœlûtiaAti^ 
^e.fiii poup lui une résâMnie qvit'aQoruft ni^ 
dettaiWBt la dArbetieâ.d'tia domAîne eh Dau^ 
fX&oàl qoL vaf»pi|nèaàHi à eoft frère aing , ftoh tl 
)^t ' a*esMiy»r . da^e . ia : ^ science agronomique. 
Ik^:u^cial , aon aad > psesant de la direoUo» de» 
yéoele. Yéi^iifltaire de Lyàn^ti'U d^^ititoïkdéém. 
i^iyk€til\ù d!Alfoirt> obtint qu'il soRM^t mmn 
fiikoé à la preftitéra pat Tabbé Rosiièr; mais à la» 
siirte de dÎBcosttens asaez futiles» il mil;. autant 
d8«oiB0 à la lui faire perdre qu'il en avait nM 
pour la loi assurer» et il evt le j^éfloe s«oeèfi 
dans Fnn et Tautris ca^.'L'abt^ Rezier vint à 
FSlrisy et bientÂt whèta'de Gautier d'AgoteaJe 
Journal de physique ,0t iF^hisÈoire naturelle anw 
quel il donna une grande célébrité. La fortune 
oé^MUdus fei^étali: passôn partage.. Heureùse- 
îàe0tf âtaiiids^-A*cigu$te» roi de Bologne'>>:Ie 
'fiit ëeu$ sa proiéetion et kii ^t obtenir ^ la 
eourdePradéè lé rSefaie prieuré de NanteiiiUe^ 
'lioUddttiB^'qtiifle mit enfin dains la îpoaition 
d^^iéhetè^» dsAls teireiivirons de Sea^iers » lindo^ 



nidfM *éi il établit «ne 9mttié^éi^\e à'Bg*k?ai^ 

tnté, €l où il ftcherà son Oou^s complet dAgri^ 

ctUtur&f 10 T^. îft-4*, queéon Juaft Atvarélii 

QuêCra ttaduisk en espàgnét/ •« que kf Tel 

d'Es^^efit répandre dau» ses colonies. L'aMié 

Rôzier pUblta> entre autres ouviragesy les ^m^ 

Mes des mémoires de l^Aèadémie des Saénk 

ces f' depuis sàfondation fusqu^en 1770V 4^H 

în-4'°^ J775- 1776. Zélé maçon y il suiv^rtaveb 

une ardeur remarquable les travaux maçonni^ 

ques et devînt ofl&eier du Grand Orientent 1 7741 

Les I5ip{>roch08 de la. révolution IWrayài^nl y #C 

il retourna à Lyon en ^778; Cdlte^éMlûtionriiii 

devint fmnéste. Pendant le siëge/le ^^^«éptem^ 

bre i7Çf3| un bombe tcmiba sur VappammeM 

qu'iloecfupaiietdisperéliéoii eorpr^n lambeamfV 

Telle fut rhorrible fin de eét homme déffié#M 

et de cet excellent frère. ' --Tc^ 

* / ' . . " . ., ' '\\ il 

■ " ' ^ i • ^^^ ' i-'-iO 

"• SiàlNT-MARTIN ( LouiV-Çlaude de),^offi-r 
der w rçç^ment de. Fpix, naquit à Âmboi^^ 
d'i^ne famille noble, Je 18 janvier ijj[4^; .«ot^ 
til,rf à.^ philosophe incowm apnpnpç qug ffpi* 
ne. 4^yons pQiiQt.renvi9ager d^nf ^^9) y ie poli ti^^^e , 



Fas9U£^if , 'd€»% le cbçf d'aoe maçfji^iieïie n^ys- 
tî§qf^,iQiil><lttHe'4«n6.1a franc- tti^onnerie de 
|^^€>ete4u /na^rtiffisme, créée par son 9^a^^]re^ et 
4wt' )es principe . autoriscmt les , croyances. les 
plli3 Uitaires ^ les superstitions les.pîus ^urt 
àfi^^fJtojré J>i/Ux^tiff^%^fxsqxikus). Saint •: Martin 
jlrQtçndi que }d|^ Qi^aç0Diierie est une ,çfaaa|]i,ation 
^/}fL4îVâni0 et qu'iiUe rraitmte ai -origine du 
nipode; noqsr yos:€;ns: là -iina opi/iion ;et non 
]L|ne^ e^(rayagaU0l^é Mais '^. où Saînt^Martiu 
"^' ' lions parait s^^îi?.<>ut^Qr passé ie^ droit d'iiq 
^c; K^fdraMieur , * çfesè lorsqu'il jsiiljjjiiituiç jui^ 
cb^oysies lespli^ siin^les iine.doptriais^iç^^'p^ p?ut 
llltÂâf^ii?^ |(^ iJ0i\ !S»0(H; e* qu'ifl pr^sc^fttç jsps^ idçf^ 
dawoKn atylfe qi|e V^i^ire. qualifiajut .d'f^rohigar 
l4piMttfL9«: I^diMÎ^jl^ frano-maçounerie.en dîx 
grades et les distribue endçpx teanples.; Le.pf e-^ 
mier temple renferme l'explication de sept gra- 
des : apprenti, compagnon, mottre, ancien mai-' , 
tre, élu j grand arcliitecie , maçon secret. Dans 
le^secoi^d,teqipl(Q qu grades supérieurs^ il déve- 
loppe' ie ' système *"âe niariinisrhe î ce ''sont' le 
prificè de Jénii^leml, ' lé cis^^liefjJ^^la^Pdlëi^ 
iinè "et fe chèûiilier K^adôs'k 6ti %'oMine saïnc 
Tbilt Cela eit 'dëvelôppé dans un mattiuSlcHrétt 
h vé\An-ti;i\MixAifVEco^ 
aiicunlibraît^'il^a Vclblii èbtrtprthdifè PfM|#ès- 



BrOGRABHI'S. aSj 

sion^ et qu'aucun maçon instruil n'a eu k oau«- 
rage de mettre en lumière. 

S^int-^Martin a fait peu de prosélytes, et a'étô 
obligé de se renfermer dans la maçonnene qviiA 
traitait de t^x^/i/re» et (^;nfenœains!îl étaic 
accueilii avec distinction , non à cause dé ses 
idées étranges ', mais pareç qu'on lui areconnais** 
sait du mérite et qu'il était un bonnète homme.^ 
Il fut convoqué au couvent philosophique qu& 
les Philalètes ou chercheurs de la vérité établi-* 
rent en 1785 et 1787, et qù furent appelés tou» 
les maçons distingués et les maçons ftôetaÎMs^ 
entre autres le comte, de Cagiioetv»(!'2«i;r.Stti(^àn 

LETTE BE LaNGRIS, CoURT DE GjEilEUN.CAeUOSffAo)^; 

Saint^rMartin refiisa d'assister au couvent et- dd 
priendre part à ses opératiàns. ha. philosophie 
mystique de Saint- Martin $6 trouve dàns; le 
livre des erreurs et de \la véfriùé , et-dans^le* 
autres ouvrages du Philosophe incanniuÇki^ loi 
doit la traduction d'une partie des cèavrèp de 
Bœhm^ philosophe , alle)nand. Sàintr'Martiil 
mourut à Aulnay près Paris^ le 1 3 octobre i8o5. 

SAINT-MARTIN (Loufe'-Pi^rre de ) ^ naquit 
à Paris le lô.janvier ijàS, eiAbrassa l'état eiqdlé^ 
siastique^ fut conseiller -clerc au Ghâtc^> en 
1781 y prêcha I en »i786, le panégyriqiue de 
saint Louis devant l'Académie^Francaise^ adq[Mt4 
II. 17 



!^ BiOGEJCPHIlB. 

le» prtAaipe8.de la.réfblution y se maria», devînt 
juge au tribunal de.oa^aalîon, membre du tri-^ 
bunsi xle.réviiioD étabkt à Trêves pour les qua- 
tre dépastemeuiB de^ la. rive gauche du Rhin ^ 
jugiô)eii la.itour:d'app6l j «i conseiller à la cour 
supéiâeom de Liège; il avait fait partie d'une 
eoùmisnoii .nommée pour recueillir les tnonu- 
menis dfes arts à. Rome et en Italie. On connaît 
de lui ÀmMéfiexioHS^ en réponse à celles de Vahhé 
d^.Espa^mCf toitehant Suger et les établisse-- 
mejits de, saint Louis , uvqc des notes ^ in-8^, ' 
1786;: ï^ Saint'^ Martin , zélé frane- maçon ^ 
mourut le iS jamrieiTiiôig, après avoir, demandé 
à èti« enterré dans le jardin de la loge des 
frisidosotnaçons de Liège. Les honneurs de Té- 
gliise ayant été refûkés à Saint- Maf*iin , les 
franoGMnaçonsle fireii't enterrer avec une grande 
pompe»/ La relation en a paru sous ee titre: 
Hènneuts Junèbpes rendus par la loge de la 
ffaFfaiiêlnteHigénàef à lu métnoiredu vénérable 
fi^t^SaiM^Méirtïn.îÀéQe,i8id, tâig.. 

SAISSEVAL ( le marquis de), capitaine de 
dragons^ yén.*^et fondat^uraveeleniarquiad'Ar- 
eambaJv <le dtt&de^uyAeSy iomarq^îade Bercy , 
le colonel Bacon de la Chevalerie, le courte de 
Giand^ le mai^quisde Caumartin, le docteur 
Ti9is6t et le comte de Ségur, de la loge de la 



BiQ6Ri»BiB« a59 

CandeuTi installée m 177^11 eut rhonneur de 
reeevoir aux travaux de cette loge le séréoiâsi-- 
me grand maître , duc de Chartres, et la ^éré^ 
nissime sœur d uchesse de Bourbon , grande mai*- 
ireeke des loges d'adoption de France. (J^Qj^ 
BoaRBoïc). 

U remplissait au Grand Orient de France , jen 
1778 y les fonctionè de représentant du gratid 
maître* Cet illustra frèfe s'est fait souveni.re- 
marquer par sçs disoQi^rs et ses poésies m^on* 
nkjues. 

Le marquis de 3aisseyal était fondateur de la 
Société phUanthropiçuef son vice^résident l'an- 
née même de sa fondation , en 1 780, puis ça 1 78 ^ 
et 1783, secrétaire en 1785^ et a* vice-pré3i- 
dent en 1789. 

SAVALETTE DE LANGï^S ( NO , adnHuis- 
tratenr du trésor royal , avec Court de^Gebelin , 
le président d'Héricourt , le vicomte, de Tavan? 
nés, le prince de Hesse, etc., Vim des dignitaires 
de l'ancienne grand'iBge de France, ibndateUiT 
du régime des Philalètes ou chercheurs de la vér 
rffe;i^bli dans la loge des j^nus réunis^ en 
1773. Les connais^Qces maçonniques ensei- ^ 
gnées dans ce rite on régime , é4:aient distri- 
buées en douzeelasses ouchambres d'instruction. 
Od désignait les six premières par peifte maçon-- \ 



â6o. BIOGRAPHIE. 

nericf et les six dernières par maçonnerie supé^ 
rieure. Ce n'était t|u'à la douzième classe que 
Ton ebtenak J'enftière connaissance dû régime 
de ces maçons philosophe». 

« En Ç782, dit le frère ThorjÇIlîsioiredeia 
« fondationdu Grand OrientdeFrancey p. 195), 
a vingt loges en France ou à l'étranger gui- 
ii vaient alors la doctrine des Philalètes^. En 
« 1785, ils conçurent le projet d'une réforme 
c< dans la maçonnerie , et convoquèrent les ma*- 
« çons français et étrangers à un couvent gé- 
(v néral à Paris. Quelques sociétés maçonniques 
c< y envoyèrent dès dépotés qui se séparèrent 
(( après quelques séances. Un autre couvent fut 
« convoqué en 1787; mais, comme le premier, 
(( il ne produisit aucun résultat. ^ 

Entre autres maçons systématiques appelés à 
ces célèbres conférences, Saint-Martin et Mes- 
mer rehisèrent par lettres d'en faire partie. 
Cagliostro, également appelé, accepta la con- 
vocation, et promit' d'y développer sa maçon- 
nerie égyptienne; mais||>ieotôt il :fau8sa ses 
promesses par ses exigences, ses prétentions 
incompréhensibles , tes difficultés de t^ute es* 
' pèce qu'il multiplia à rinfini..Cagliostro s'était 
aperçu qu'il ne trouverait pas dans cette insti- 
tution ce qu'il cherchait en maçonnerie : des 
prôneurs et des dupes. L'une des mortifications 



auxquelles il ait été le plus sensible , est celle 
de s^'étre aussi ayancé avea des hommes qui 
Yôulaient répandre la lumière maçoaoiqjua sur 
tous^ les s^tèmes. 

Savalette de Langes avait été élu président 
du couvent ^ et comme les conférences devaient 
avoir lieu en français et en allemand ^ le mar- 
quis Chefdebien fut élut secrétaire poun la lan* 
gue française , et le baron de Gleicheb pour la 
langue allemande. 

Le couvent avait jugé Cagliostro à Tavance ; 
mais pour le convaincre de nullité et surtout 
de mauvaise foi ^ il se prêta à toutes les demaur 
des acceptables. Il lui envoya des commissaires 
et établit une correspondance avec lui.et lajoge 
de la Sagesse triomphante ^ orient de Lyon, 
mére-logjB du rite égyptien, que Cagliostro 
avait fondée. La patience du couvent ne cessa 
que lorsqu'il eut mis l'intrigant jpogleur dans 
le cas de ne s'échapper que par l'absurde et la 
plus parfaite impudence. 

Le zèle du frère Savalette de Langes avait 
réuni à l'établissement des Philalètes yxït trèsT- 
beau cabinet de physique , une précieuse col- 
lection d'objets d'histoire naturelle, une riche 
bibliothèque, enfin des manuscrits et autres 
documents d'une grande importance. La mort 
de Savalette de Langes, arrivée peu après la ré- 



26a BIOGRAPHIE. 

Tolution française, et les événements politiques, 
dispersèrent les membres et amenèrent la perte 
de tanx de richesses. En 1806, la mère-loge du 
rite écossais philosophique , dous le titre de 
Saint* Alexandre ^Ecosse et au Contrat-^cial 
réunis y acquit de difFérentes personnes les dé- 
bris de cet ancien dépôt , qui furent confiés à 
la garde du frère Thory. (^07^. ce nom.) 

Le convent de 1777 a été immortalisé par le 
cours, en sept séances, qu'y fit Court de Gebelfai. 

SESMAISONS (le comte de), colonel au ré- 
giment de Royal-Roussillon, député au Grand 
Orient, et substitut de Torateur de la respec- 
table loge de la Candeur. Dans la séance du 
5 février 1778, il fut chargé de donner aux 
illustres sœurs des instructions sur Timpor- 
tancé et Tutilité des grades de la maçonnerie 
des dames. Cest dans le discours qu'il pro- 
nonça dans cette séance que Ton remarque cette 
idée gracieuse des vrais chevaliers maçons : 
« Nos constitutions imposent à nos sœurs trois 
cr devoirs pénibles : travailler^ obéir et se taire. 
ce Nous prendrons pour nous une partie de 
et leurs obligations : qu'elles travaillent à notre 
w bonheur; qu'elles o&e»^e/2fà nos cœurs ^ nous 
ce nous chargerons de nous taire. » 



STROGONOFF (le comte Alexandre de), 
d'une ancienne famille russe, naquit vers le 
milieu du dix-huitième siècle, et fut conseiller 
privé, chambellan de ^impératrice dé Russie, 
chevalier de» ordiiès'dë rAigte-filaBO , i^ Saitil- 
Anne et de Saint^StànlsIas. Une ^dw^attotî dis^ 
tinguée, le goût deè beanx^arts, les|>lus liéto- 
reuses qualités personnelles , dî^tiDgùârént et 
grand seigneur étranger, qui habita Ptfris pen- 
dant longuea années^ et qui fût lié avec tout ce 
que la cour de France et le monde littéraire 
comptèrent d'honimes distin^uéB^. ' ' 

De retour à Saint-Pétersbourg ri devînt pté^ 
sident die TÂcadémie des Beaux - Arts, let ftft 
chargé en 1802 , de la part dé son souverain^, 
d'annoncer à l'abbé DeliHe que Tempereur 
Alexandre acceptait la dédicace de sa traduc- 
tion de V Enéide. Il mourulà Saint-Féteiibour^g; 
le 27 ^septembre 181 1. * ' T 

Fendant son séjour dans notre patrie il fut 
reçu maçon dans la loge des Jl mis réunis •, Ot»i«?wt 
de Paris, fut zélé pour les progrès d^ Potd**^ 
et deviiit^ en 1774 > grand oflScier d'hohneur 
du Grand Orient, comme premier gfând'Sur-* 
veillant. Il était très-assidu aux travaux. 



a64 BIOGAA^HIS. 

.'•'•'. T. ' • 

TAEXJS ( Jean^Baptjiste-Antoine Joseph-Ma- 
fie),. p^inti^e et 8culptet}j*>ui8$e» chevalin de 
r(>r4re da.Christ^ e&t n^ vers 1777. Il paraît 
qu'H a'est pas bien assuré lyi-mème du lieu 
d^ sa naissance y car il se baroe à dire^ sans 
çxpriiper d'opinion personnelle^ que quelques 
aoiisi voulurent lui prouver (il avait alors dix- 
sepVans) qu'il était né à Plaisance ^ et avait 
été baptisé çatbolique. dana la cathédrale de 
cc|tte ville , <ou^ le nom de Vincent Tàssi^ nom 
qu'il porta /long:* temps 9 et sous lequel il fut^ 
en 1.802^ reçu franc-rmaçon^ compagnon et maî- 
tre à la loge de la Parfaite Sincérité ^ prient de 
Marseille. Affilié en 1806 à la loge impériale de 
Caroline f à Milan , il y reçut le grade d'élu; 
plus tard il reçut le grade de rose^croix à Lis- 
bonne f et enfin les grades -supérieurs à Lon- 
dres; c'est dans cette ville qu'il fut fait grand 
inspecteur général ^ trente-troisième et dernier 
degré du rite écossais ancien et accepté. 

Taexis quitta Plaisance , où , comme il le dit 
naïvement; il souffrait la faim ^ pour se rendre 
à Lugano ^ en Suisse : c'était au commencement 
de la révolution française. A Misoco on lui fait 
présent d'un passe-port qui Iiii donne la qua- 



BI06RAPBIE. ^ 265 

litë d'Helvédeii , né en Sut^e dans la capitale 
des Grisons ; il y est fils d'un négociant , et se 
nomme Taexis^ et non Tassi. Muni de ce passe- 
port il' vient en France en Tan vi, s'arrête à 
Lyon, établit dans cette ville une école de des- 
sin , et travaille à Tornement du temple déôar- 
daire. Il passe à Âmbériéui^ , département de 
FAin, sur la fin de celte année, et y reste jus- 
qu'à Tan yii; pendant ce temps il fait pour la 
commune une statue colossale de la Uberté. 
Ces différents travaux lui valent des certificats 
de civisme avec lesquels il se rend à Paris. 
M. Parseval-Grandmaison Taccueille avec |)ien- 
veilfence. M. de Bourrienne sachant quHla le 
projet de se rendre en Egypte lui donne des 
lettres de recommandation pour le général Klé- 
ber. A Toulon il s'embarque pour Alexandrie ; 
un vent contraire le fait relâcher à Naples d'où 
il passé à Malte. Avec Fappui et les secours 
d'un amateur des arts, il s'embarque pour Lon- 
dres, de là pour l'Egypte, et débarque à Alexan- 
drie : le général Kléber n'était plus. Taexis se 
rend en Syrie, mais il est pris par les Bédouins, 
vendu plusieurs fois par eux , conduit à Alger, 
puis à Bastion où un juif l'achète et le donne 
en cadeau au bey de Tunis. « Que ne dois -je 
« pas, dit cet artiste, à ce nouveau frère? 11 
« ioï'embrasse, m'occupe, me voilà libre et 



206 BjoQMkwuin. 

I 

« riche, éi èix mm aprèa ua eofigé meperoiet 
ic de paMtl'eii'Espftg^e!:»^ 

De Bareaionne il 9e rend-succeaglyement eu 
Amérique 9 eo Suède ^ en Italie. Canovas et Landi 
perfecticMCinent 8e» éiudea comaie statuaire; 
mais^ 8e semant bientôt à charge à ae» prptec-- 
leurs y il quitte Rome et vient en Franee, ^ ti^ 
yourne, où MM« François et Guebardy. sur la 
recommandation dn frère Gapi^aca, conseiller 
d'£tat et grand écuyer en Italie, k traitent 
eomme leur propre fils; ils le placent ensuite^ 
à sa demande , sur un vaisseau danois. Il se livre 
encore à son goût pour les voyagec^. . 

Après avoir essuyé plusieurs tempêtes, et 
tourné le cap Saint -^Vincent à la hauteur de 
Villa-Nova 9 il est pris par un corsaire de Ma-** 
roc. Délivré par un vaisseau portugais , il est 
conduit à Lisbonne. Le prince régent de Por-. 
tugal le créa chevalier de Tordre du Christ, 
directeur d'une école des stucs, et professeur 
de l'Académie de Sculpture, avec 1:3,000 franco 
de traitement. Sous le général Junot duc d'A*- 
brantès, gouverneur général, il est chargé dé 
la direction des beaux^^arts et des arts mécani- 
ques ; il fait un tableau de six pieds de large où 
il représente Ventrée des Français dans Lisr 
bonne* Après la bataille d'Ovieniera, les Fran- 
çais se retirent du Portugal ; Taexis est arrêté 



SIOGEA»HIK. 367 

edmœe {Mirtiten des Fiançais ^ comme franc- 
maçon eteoitime propagateur de la maçonnerie^ 
ayant fondé plusieurs loges à Lisbonne, Conduit 
en prison^ en ckemin il faitle «gne de détresse. 
Des Anglais reutendeoi et lé délivrent ;: le gé- 
néral Beresford lui accorde sa protection ; mais 
ce g^éral quitte le Portugal pour passer en 
Espagne. Alors Taexîs est arrêté une seconda 
fois et enfermé dans les cachots de l'inquisition.» 
Condamné à être brûlé vif ^ il demanda comme 
unique moyen de salut, à abjurer le luthérîa*- 
nisme que l'on savait qu'il professait pour em«r 
brasser le calholîcisme. C'est à cette circons- 
tance qu'est due l'idée du titre> de l'ouvrage 
d^où nous avons extrdt cette notice : Ls Suisse 
catAoli^ue deu:^ fois ^ etc. Savamment caté- 
chisé par un des premiers docteurs de l'Église 
portugaise, le P. P Filgaire, hminête homme 
^u fond, il voit hâter, dans sa prison à Bélem, 
à une lieue de Lisbonne, les apprêts de la cërér 
monie de l'abjuration. L'évéque de Bragance 
est son parrain , et il est baptisé le jour de la 
Saint-^ean d'été 1 810. Le général Wellesley, 
président de la r^ence portugaise, lui fit bieu^ 
tôt rendre la liberté. Il s'embarque sur un bà« 
timent aniéricain, et arrive à Bordeaux. A peine 
débarqué dans cette ville , il est mis au fort du 
Ha par ordre du commissaire;, général de la pa« 



lice. Les loges de Bordeaux s'intéress^esatàlm 
et lui accordèrent toutes sortes de secours, et 
enfin lui firent obtenir sa liberté. 11 vintàParis, 
où M. de Lally-^ToUendal: l'aida dans sa dé«- 
tresse. De Paris, Taexiase rend à Plaisance, où 
il devient professeur d'une école d'architecture 
fondée par le général Gazzola. L'ouvrage publié 
par cet artiste, sous le titre du Suisse cathotiqûe 
deux fois f ou Doctrine phihsophique ^ dédié 
aux vrais juges grands commandeurs philoso* 
[Aes initiés f et à tous les membres de t associa^ 
tion maçonnique (i vol. in^S*". Paris, Michaud, 
i8i4)i offre de nombreuses incorrection» sous 
le rapport du style j mais il est écrit aveo cha- 
leur, simplicité, et se fait lire avec intérêt'. 
Taexis est un homme trèsr instruit, très-^judi- 
cieux, catholique fort peu orirhodoxe, quoique 
catholique deux fois. Son but principal est de 
prouver que l'Ancien et le Nouveau-Testament, 
création, dieux, anges, événements, dogmes, 
cérémonies, etc., ne sont que des imitations^ 
des réminiscences plus ou moins heureuses des 
anciens cultes, des anciens dieux, dogmes, ce* 
rémonies dés Brahmes , des Égyptiens , des 
Grecs, etc. Il les rapproche, les compare, les 
détache, et s^appuie constamment des monu- 
ments de l'histoire des mythologies, de l'auto- 
rité des auteurs, tant profanes que sacrés. La 



seule t^uiioii <|iie;aoùa.ncHi8 pettnettrons* d'é-^ 
mettee ici , est que-oet oitvrage jnértte d'être lu 
et médité. L'auteur .aoaonce vobl nouveau livide 
qui a pour iitre : Le Siossè de retour dans ^a* 
patrie. 

. TARGE ( Jean-Baptiste ) , iprofe^seur de. ma- 
thématiques ; historien et lin4itMt«Hl*9!Qaq!aU'fi 
Paris vers 1720. De .boooes études et-d^s tal^i^fs. 
recommandahles le firent admettre çfxnmc^ pror 
fesseuc de mathématiques à V^^Éeole Royale mi-r 
U taire dés lafonmation de eette école > et porter 
au nombre des m^oubre^ corresf^oqdant^ di< 
l'Académie royale de Marine, Il m^uirut à Or- 
léans en 1788. En quialillé dç iraducteur, il\q 
publié : T^^d^çiioïi de Vffistôire 4' ^ngiE^f'^^îr 
par Smolett9.17.5gy 19 vol.; dç V'Histoire dçja 
guerre de r Inde depi^s.\y/^5f par 'Orme, ijQSti 
2 vol. in • ï 2 ; de ï Abrégé ohronologfque, -çu 
HîstQÙ*e des décous^ertes faites dan^ i^.diff^r. 
rentes parties du monde ^ par $arrow, 17^6^ 
la vol. En qualité d'bistorien^ il a do^qé : 
Histoire d^ Angleterre depuis le fr^iféd^Aix^lar 
Chapelle Jusqu'en 1763. Paris , 5 vol. in-^^^ 
3768 :.e'esjt tui^ continuation de, l'ouvrage jde 
SmoleU i jETiV/cMre de, Voi^énement 4p.M niaisç^ 
de, Bourbon au trçne d'Espagne f,&\çi, iuri;?» 
1772; enfin Histoire générale d'Italie depuis la 



2fO DrOORAlPHIB. 

dêchdencè de Vemfnre romain^ 4 ^ôL in- 12, 
1774. Targe était, en 1774 1 membre du 
Gi^aod Orient dû France ^ en quatité de dé- 
puté de la loge de Jeanne d'Ârc^ orient d'Or- 
léans. 

TISSOT (Pîerrq-Françoii), homme He lettres, 
slu{y^ëKtit4è l'bbbé Delille au collège de France, 
e«l^né à Versailles (Seîne-el-Oise), le ïo mai 
i'768. Sa traduction éii vers des BucoUtjues de 
f^irgile , proposée pour l*un des pt'iX' décen-* 
hàïix; la tpadùcâon, également en vers^ des 
ÉaiseH de Jean second ^ suivie de poésies éro<* 
tiqttés. L'éstime de Tabbé 0elilte^ dont il était 
le Suppléant, et qui Tavait désigné pour son 
streèesseur au collège de France, et auquel il 
succéda en effet, seis- principaux artièles de cri- 
tique littéraire dans nos plus reiàarqtiables 
journaux, recommandent le nom de M. Tissot 
à ia juste reconnaissance de toiis les amis des 
lettres.' Néanmoins un ministère antilittéraire, 
antilîbéral,'le priva, en 1825, delà chaire qu'il 
occupait , et lui enleva même la pricipriëté du 
Pdotè, journal qui ne devait son existence et 
son sucées qu'^a la faveur du public. M. Tissot 
est aussi iln honorable franc -^macok; «ucees-» 
sivement tùèmbre et orateur de la loge des 
Neuf Sœurs ^ il concourut, en 1807, pour un 



dès prbt de poésie que proposait cette respeo* 
table loge. Il n'obtint que Yaccessit pour la 
belle ode sur Y incendie de Copenhague par les 
Aurais. ' M* de Chazet fut- couronné au mèjme 
concours pour ses deux odes sur le tra^f^atl.pi 
sur le$*^^r^ii^y ou lés lois de la maçonnerie : le 
sujet était en effet plus spécial à notre: pndrç 
que l'épisode de M. Tissot ^ et c'est sans dpy^f^, çH 
qui détermina le suffrage d^:jiAg^9* On voit s^ 
l'article Chazet avec quelW graœ «t quf lie 
frateruitë cet aimable xÎYal égftlisa ,ies . rang^. 
Honneur à la maçonnerie^ qui de deux poQt^ 
rivaux fait deux amis ! M« Tissot ^ publié dançi 
des Études sur Virgile U résultat de ses leçons, 
au collège de France, . , 

TISSOT :(N.), maître es -arts en l'Univer- 
sité ^ docteur en médecine y chirurgien majoil 
du 4* régiment de cherau- légers , fut un de^ 
fondateurs et secrétaires de la célèbre loge de 
]9k Candeur, et député des Grands Qrienls 4e 
Berliii et de Hollande. En qualité de secrétaire 
de la loge de la Candeur^ depuis sa fondation j^ 
en 1775, jusqu'en 1779,^1 donna, dans deft 
esquisses remarquables, l'historique de la loge, 
soit dans ses séances ordinaires^ soit en pré- 
sence <lu sérénissime grand . maître duc de 
Chartres et de la sérénissime duchesse dt 



27a BIOGRAPHIE» 

Bonrbon , grande maîtresse de toutes lea loges 
de France, (yojr. Saisseval.) 

TRORY (Clatide-* Antoine), avocat, ancien 
^teflièr de la i^hambre criminelle du Châtelet, 
premier adjoint du msiire dû premier arrondis* 
sèment dé Paris, chevalier de la Légioù-d'Ebn- 
TÈéut, naquit dans cette ville le 26 mai iySg, 
et y mourut au mois d'octobre 1827, 

Un^gôùt prononcé pour l'étude de la bota* 
nique Técarta des alB^ires publiques et le sauva 
des proscriptions. Membre des anciennes loges 
dé Saint -- Alexandre d^ Ecosse et- àik Contrat 
Social^ il fut un des soutiens de la mère-loge 
écossaise formés de ces deux ateliers, et sans 
se mettre en évidence, il provoqua ou appuya 
diverses tentatives ayant pour but de itehveréer 
le Grand Orient de France, au profit' de la 
mére-loge écossaise. Il appartenait .aussi à plu«- 
sièuris loges de divers rites. Le Grand Orien^t, 
plus généreux que prudent, le plaça a\i nom- 
bre de ses o^fficiers, et le laissa, sans défiaéce, 
prendre communicktion des pièces originales 
déposées dans ses archives. \ î -î 

. ' La révolution française avait dispersé les 
membres du Grand. Orient et mis beaucoup.de 
désordre dans le riche. dépôt des pièces et titres 
de Tordre; M. Thory passe, sans doute inj us- 



BIOGRAPHIE* :^7.3 

ment^ pour cm avoir laissé égar^ plusieurs. Gfi^ 
qu'jl ya; <lé certain, c'est que ce frère a fonixé 
le< plus riche et peut-être l'miiqiie reéuitt de 
matériaux propres à faire;écrirb Thisioire de 
la maçoaAerle/ct il à toujours tëmoigiië l^'apP 
préheosion d'en voi^ Dhktoire tracée pai^-oiM 
autr^ mapo que k siemtiè. Il a'e^ essayé , «ai» 
sana^eiaqtitu^é et saiis impartialité , an rôle 
d'hifséôrien dans deux mivragias dont ilbtts pat^ 
leroos plus bas. FJééte à «soil systàmë de nè^ef**^ 
vancèr qu'à demi , il a soutenu > aus»i long^ 
temps qu'il l'a pu sans^se compi*omet^e , le frèvc} 
Piroh^2^; ce no^l), dont k conduite a 4té«i peu; 
convenable envers le GràndOrientde Frauce. 

Le frère ^hory fut vénérable , archiviste et 
trésorier dé la mère -loge écossaise* En cette 
double et dernière qualité il se fit autoriser à 
acheter, pour le compte ^ç la mère^^logè, les 
choses les plus rares et les plus précieuses en 
manuscrits, livres imipriméa, médailles, bi- 
joux, décors, sceau^v timbres, figi^nes dé broÔM^ 
et autres objists de frané^miaçofiûerie.! Uifii 
faiire un. catalogue de fontes ces^ curiosité»^* 
qu'il olassalui-ménie dans, iin local pàrtieih* 
lier , où lès maçons étrài%m et àutsres étaient 
admis à jours fixes. / ^' 

Dam un ; pacte spécial entre, les dssociaiièns 
du rite philosophique^ H Fut stipulé; que ^^ dans 
11. i8 



Hcd» ou b inéra^log&iéèassaiîtfafeinQDmajtrM^ 
tmtaiix (Hé le ;9onttlepuis i8a6)v li^piosiàn** 
ewniM'lâgedoiiiième JfU«;^ qpî seiiàit en apti^ 
tjtéy eoli^ï^aît jqh poMe^sîon de sei arohites.r 

Q^ii^ieetta-mahe coUédtio«; formée, ée^ deniers 
de^ niére-U>9e>'y M^ Tludry «avait ^ofuis pour 
8cM ciaipti^ ipc^aranfl divers iol3|ci8;prëoi«ix. 
Lfll dttibfae.ooUectHm refile dans lèstmatM^de 
ittlMkiiie Tboly; et^ à la.i$iod(i de mita danre^ 
Ury « tout à cnaâiiére que qea rièhesses, sî im^ 
porlantes pout la maçonnerie frdâçaJj»eviMi 
pajBfêiil damJes mains de c|uelque naoon étran* 
geryaioatew et jàloùsde ijous priver d'un trésor 
qu'il ne jsérail pUié possible de fomî'ek* «n Franfce. 
t.hes ouvrages que M. Thory a publiésaout 'fce 
voile de l'axiQityfBeiéoiut: v9jXstoire<deiaJoHda-' 
Uon du Grand \QAiehi *de France , etc, Pairis^ 
lÂi 2p \ vol: io^j Si!' AètA latiSBmort4m^ ou Chronth 
kgie de.P'hish9ire. dei la frano^maçonn&ie fnm^ 
çûUseetéiramgêfrà, eto/Paris) i8iS^ ^ arolviu*^. 
l4laA!desirédacteui«-de'/'iireit»^i> bu Archivés 
4e'ià'ilUaçormerîe,t*if pi dtgi^i^ekptimt àimi 
en-parlant de ViSa'sioiïtè 'duÙranfS Oriéki ^ << tl 
in t serait possible qM'l'ihîëtorien (le'fiièré Tke^ 
c( ry) n'eût pas toujours empidyé dtfôs^^se» Da- 
«MUieâiix le-erayMi d'une |évék*e<|mparfiailté. 
fa ll>8^)tipi»io depuis lon^^iiif9> ditHoUy àla 



iioaBÂFHiE. aj5 

m tèce de quelljues dëbria d^une insâtntion ma^ 
fr eoDBÎque qui, autrefois, eb^ d'ordre en 
u France, «e montra rivale dutfivaBd Oiisnil. 
H On ajoute que cet auteur n'a déposé la toge 
fc sénatoriale* maçonnique da eensisloire ban-* 
m ^is que dans une tracasserie qui a.eaUeii.eii^ 
N .trececDBsistoîreeC celui du ritè appelé aHoien 
fc et accepté. Il serait dofic aécess^ice qne son 
4c livre, pour deyenir une autorité , edc sfibi 
«r TeKamea d'une critique sévère, etjp ne sa- 
ie ehe. pa»qu'siicaa écrivain framçais s'en soit 
ne OCCUfié. n 

TSCHOUDY (le baron Théodore-Henri de) , 
généralement nommé T^cnooY, conseiller au 
pariemeni dé MeU, fils d'un cûnseîUer cheva* 
lier d^honneur au mèoici parl^meat , naquît ' 
en 1730^ dTuae faofiiUe originaire d|i cajkion 
de Glaris, en Suisse, mais établie, en France 
au commenceBlent;du seizième siècle. Le baron 
d« Tsofaoudy , comme membre ; de cour sfmre- 
Kame ( il 4iait oonseiller à ce patiement)^ Ait 
obligé- de soUiqiier du roi la permission die 
voyage 1^. I/ayatit obtenue il 9e. rendit » so«$ l» 
nom à^ chevalier da Lussy^ en Itaiie,, iQtt;il 
j^livouva d'assez vives persécutiotis pour avoir 
pubUéisofisIe titre du Vaiiean vengé (la Haye, 
17^3, în-i.S'»)/ iine apobgie des francs -«maçons 



aj6 BIOGRAàlPUIB. 

contre la bulle de Bendit XIV. Ça passion 
pour 1b8 voyage» le isonduisit ea Russie, où , 
lienÈÙt dàftuë de toales ressource» pécuniaires, 
il fut obligé Hle s'engager dans la troupe >de 
eomédiena eolretemispar rimpératrice Ëlisa-* 
bellu;Le favori^ de cette princesse^ IvanScheu'' 
valow, charmé ;peut- être moins du tal^it de 
l'autear improvise que de la facilité, qu'il 
avait de paiier plusieurs langues , iui fit obte^ 
mrla place de seoréiaire de< raoadémîe .de 
Mosooiii et se>l'attaoha «n qualité de seprétaire 
particulier y sous le nom de comte de Putelangé^ 

Le secrétaire de l'académie et du comte de 
Sbhouvali($W publia^ en lySS, le journal où Re- 
cueil français le Caméléou Utiér^urej dont H 
parut douze numéros. L'impératrice Elisabeth, 
èb^rmée de l'esprit , des manières distinguées 
et de la jeunesse du baron de Tschoudy, che- 
valier de Lussy ou comte de Futelange, le 
nomma gouverneur, de ses pages. 

Cette faveur tonte particulière attira au nou*^ 
veau. protégé de Timpéralrice des ennemis 
puissants^ Favort à son tonT, et sujet d'un 
prince étranger ^ U fut obligé de"* quitter la 
Russie,, et, de retour en France, il apprit 
que ses persécuteurs y avaient de rinfluencéi 
Arrivé à Paris il fut mis à la Bastille par ordre 
du gouvernement! Sa mère implora la protec- 



BIOCRAPHIS^ 277 

lion d'ÊKkabeih et celle du^rand duc (depuis 
^empereur Pierre III). 

Bien que ce prince n'aimât pas le baron de 
Tâchoudy, il ne put résister aui^ instances de 
rimpératrice Elisabeth , et il écrivit à madame 
de Tschoudy^ mère du captrfi^.que ce^/î/s chéri 
(ce sont les propres expressions* d\] gFand à\ïc\ 
\\i\ serait bientôt rendu. 

Libre , le baron de Tschoiidy retourna à» 
Me(Z| où^il ne parut s'occuper que de la franc- 
maçonnerie. Il revient à Paris> en 1766^ dans 
Vintention d'y réformer ks hauts grades et d'y 
introduire' des grade* nouveaux. Sous ce rap-^ 
port il a foit beaucoup dé mal à la simplicité» 
et à l'unilé du système maçonnique. Partisan 
de la doctrine de Ramsay {vof. ce nom), il 
fait remonter l'origine de l'ordre à Godefroy 
de Bouillon y c'est-à-dire à l'époque des croi^ 
sades^ opinion que l'abbé Robin {vojr. ce nom) 
a aussi partagée. 

Cette année même H publia l^Étoîle Jlam^ 
bayante , ou la Société des francs^maçons con^^ 
sidérée sous tous les aspects , Francfort et Pa-' 
ris, 2 vol. in -12, 1766, souvent réimprimé» 
format in-i8> en société avec Bardou-Duhamel, 
fils de l'auteur du Traité de la manière dé lire 
les auteurs a\?ec utilité, La même année encore 
il s'attacha au Conseil des chsQali^rs ^Orienty 



%j9 falOGRAPBlE). 

fraetiôn éû Conseil Ses empereurê d'Orient ei 
^'Occident, souverains prinees' maçons ^ dont 
uh laiHéui" cFhabits, le frère Piriet, s'était 
sëjparé pour créer le nouveau conseil. Le ba- 
ron de Tschoudy pnofita h^lbilement de l'in- 
explicable hardiesse du.sehismatiqae Firlet, 
pour tnetlre à exécution sou plan de réforme 
et sa création de quelques gradea dé haute ma* 
obnnerie. 

é 

Peu avant sa mort, arrivée en 1769, il lé- 
gua au Conseil des chevaliers d'Orient y ses ma- 
DÙscrita, entre autres celui dû grade écossais 
de Saint^Andréy qui entre dans la noÉiettcla-^ 
tlire des trente -trois grades du rite écossais 
ancien et accepté, sous la condition de ne pas 
le faire imprimer. Le conseil ne tint aucun 
compte de :1a Volonté du baron de Tschoudy, 
et rendit ce grade public (1780, in-*"^. 

U Étoile Jlqjnboyante ^ qtie Ton peut regar- 
der comme le propre ouvrage de son célèbre 
auteur dans ce qu^il y a de plus remarquable, 
offre une lecture intéressante : il y discute avec 
finesse, et plus souvent avec causticité les opi- 
nions de ses prédécesseurs sur l'origine de no- 
tice institution; mais il manque le but dont il a 
écarté Ses rivaux eik adoptant Topinion toute 
systématique de Ramsay. On lira donc avec 
fruit Fouvrage du baron de Tschoudy, si Ton 



ft'ttjrrètevà fMgp{M>s dana FÀdopUoii: dediopÛMOiit 
denT^Tie eBO»^ ^èice» .foa plus distiiigués. L« 
bwoa de IVchoudy maurtit^ le 2S maî^ >V^ 

Qft lu«>a«tiribu6 qudiqueg ixMliatisv'ep^ib^au^ 
ives^^éhaidé (Fhérès0 phiiosqph^. ;;! -t:/? 

TURFIN (;F^Mçois>^ Henri )^ histomjk^iWi^ 
aoBifllé peut *• élre un peu pôroplakammeat: le 
PlàiMqùefr^mçms^ naqtiil è Caeii verdij^^bgi 
el mourait à Parifr eo 1799^ ^^^ oavrage pi^inr^ 
cipal est la France iUusâre ou le Plutarquùfian^ 
çais, récit généralement bien fait ^ judicieux et 
attMhiuit» delavie de nos girands liomméé^ 7a^ 
ris,: 4^ol* in-^4^> '1775-178S. Cet oa»vca^»£ut 
l<Nié .OH tre mesure par ^abatieri,; ass^3& 'inàdvai;! 
jn^î. i»t Xraité fort sévèrement par La^ liar^efy 
qui edt excellent juge quand les passions >nkl!éi 
garent pas^ et malheun^usemem elles Fégàit^enlt 
tottvent i:\mj^ deux étaient à ootéde.iâ.vérti/^ 

La f^ie de Dugajr-rTrouùi^, Vmi des oroen 
iuenia de:Ce recueil, valut à soniaiuteut^deslet^ 
1res de citoyen de la ville de Saint r^MfiIoi^x^e 
témoignage de considération. en vaut biei^Min» 
auiK. Turpin a donné la ^ie de Mahomet^ 2ék 
gislàteur de r jgirahie f :2(VoUin-^i22 > ijij^^jslw 
Histoire des révolulio/^ d^jhigktet^e ^ d^viêSS 
à 1747 7^^ ^^i' in-i:i,, 17,86$, une Histoire civile' 
et imtuveUe du rojaume de Siam/ 1 7 70-1 7^ ^-V 



a\ voL .îft- »2jruqe' jBE^IoÂra du gofiaerrtmnmi 
dès .anciennes réptéhifuesy m-^i-a, 1769; use 
Jtist0ina,univer$eUe imùée des Angèais^ ete« 
Simple y modeste-, vépitable homme âf^ lettres, 
Turpin vécut loujoura dan» la médioeritë. £a 
J1795 le gouvernement lui accorda des secours, 
«t le laissa mourir dans la nisère à liage de 
^ ans. Il avait été , comme maçon > m^ mbm de. 
)% Ipge des NeufSœur^. Ses frères étaient abrs 
dôapersés, et les' loges étaient eoeore s^us le 
eoup des événements polîtiqueSi. 

TURPIN DE CRISSÉ (Laneelot , GO»te d^>, 
lieutenant général en 1780, commander de 
Tordre de Sainte Louis, et gouverneur du fovt 
d'Escarpe en 1781 , émigra en i79a , ei mou^ 
rut^ans l'exil { il était né en 1715. Le comte 
de Turpin-^Crissé devint membre 4e la loge des 
JVeuf Sœurs. Le frère de La Dixmerie rend 
hommage à son ipérite dans les termes suivants : 
ff U brille également soit qu'il fasse la guerre, 
(•soit qu'il écrive sur cet art terrible. ^) En 
effet;, cet illustre frère s'est plac^ parmi les tac- 
tîcigos célèbres, par des ouvrages dont nous 
allons c^ter les tilries : i* Essais sur VAri de la 
ùuârre^ 1754^"^ vol. in •^4**^; Commentaires sur 
les Mémoires de Montecuculli , 1769, 5, yoL 
ifi^4'^} 5^ CdmmeHtaires sur les institutions-de 



BIOGftAPHIfi. 28^1 

Végèc^y iq^Oy S. tdK :iii*^4*5 enfin) Cômmen-- 
taires de César y a^eo des Note^ historiques y 
cyitiques^eîmUiiaii'eSf 1785, 5 vol. iii-8*. 

USSIEUX ( Louis d' ), homme de ïettrfes-^ 
directeur et rédacteur du Journal de Paris: 
en 1777, naquit à Angoulême en 1747 > ^^ se 
comsâbçria entiér^meii^ a la littérature jusqu'à 
l'époque de la rév<dution. En 1795, le départe-» 
ment d'Eure-et-Loir le nomma membre du 
conseil des anciens; plus tard il devint membre 
de la Société d'agriculture , et mourut le m 
août i8o5. Il est connu comme agronome par 
plusieurs dissertations et articles insérés dans 
les recueik d'agriculture y et par rarticle ^vigne 
dans Iç cours de Tabbé Rozier ; comme littéra- 
teur, par le Déeaméron français , ou JVouueltes 
historiques, etc., a vol. in-8**, i774> ^^ iVb*/^ 
veUes françaises f 5 voK îYi-8*> 1776. 11 a donné 
une traduction du Roland furieux, 177^-1785, 
traduction faible et sans couleur; une Histoire 
abrégée de la découverte et de la conquête des 
Indes paries Portugais , a vol* in - 1 2 , 1 773 j 
avec Bastide aîné, une Histoire de la littérature 
française, iT] 2 f 2 vol. in-i!^; et entre autres 
pi^en de théâtre , la célèbre parodie de Ga^ 



irieUfid^ jPaiésfn^ x^Uiquâfiue H fpîrittiélie de 

D'VtMWi eut pour xcoUabohiteu^ doa^ . étui 
Imbert, franc-maçon; d'Ussieuxétait^ en 178g, 
membre du Grand Orient, en qnalifé de député ^ 
de la loge de la parfaite Chanté, orient de 
Beroayi. . / ^ 

VASSAL (Pieisf e^jréravd ) , dèetell^eA méèt^ 
Gtae, médecin de bienfaiaanee du 7^ arrQn€lis->^ 
semenl^ né le 14 octobre 1769^^, est auteur de 
différents oàivrages^ entre autres d'une Mono^ 
graphie sur la digitale pon/rprée ^ plante Aùûi on 
ne faisait, presque point usage en France* aiant 
lui , et au moyen de laquelle on guérk plti^eiirs. 
hydropîsiès, et quelques maladies du c^mir; et 
à^ un Mémoire sur P acétate de morphine, et lesi 
mojens de reconnaître ce poison après la mort. 
Ancien vénérable , très-*sage et président de la 
loge chapi traie et aréôpagite des Sept Êtàssais 
réunis, dont il a amélioré et soutenu l'admiâis" 
tration avec un zèle et une constance dignes des 
plus grands él(^es; il est depuis i8i5 officier du 
Grand Orient, depuis 1819 secrétaire général de 
cecorps^ et depuis 18:27 président du grand Col- 
lège des rites , qui fait partie du sénat maçon- 
nique, pour la collation des 5i ,-52, et 33^ de« 



BfOGTHAOPHiEft .3&3 

gpffës. 'Ml Vassal mt un naçon StyrliimtruU.et 
très ^laborieux* Se» conipies rendus^^* eomme 
fteorëcaire généritl, ont été gouv€^r remarqués ^ 
c'est un ée$ olEciers les plus zéMs et les plu^ ae-* 
tifs- du Grand Orient. 

VERNET ( Clauder Joseph ), eélébre peintre 
dû marine y naquit à Avignon en 1714^ et.tnôu«- 
rut à Paris en 1789. Il fat reçu membre de 
rAèadétiite des Beaux^Arts , sur la prélentaifoh 
de aod tableau ^ un port de mer pmr un sidefl 
couùhûntf et nomme conseiller de rAcaëëmie 
en 1766} il etil le bonheur de recenroir en 1787 ^ 
dans eet illustre corps ^ son fiïs Carie Yernet) 
après son tableau du triomphe de Paul^Émilck 
Joseph Yemet a produit un nombi*e eonsidéra*^ 
ble de tableaux ; il en peignit deux cents de Tan^ 
née 175^ à 1789^ et le Musée du Louvre e^ 
possède quarante^ huit y au nombre desquels 
sont quinte ;^orf^^ Prûnce^ exécutés par lui 
pour le compte du gouvernement. Il est le chef 
d'une famille dont le!s membres se sodt illustrés 
dans cet art sublime 



de parler aux ^ûx. 



Carie et Horace^ ses fils et petits -fils^ oni 
ajouté à la gloire de leur nom par une supérior 



rite* marquée daas les tidiieMiK: é» genre ; maiè 
Joteph est regardé , avee: raisôn^eomine le mo* 
déle que les: éléTes de l'écele française domnC 
étudier el ppendro pour guide lorsqu'ils veu^ 
lent^ soit reproduire TOcéan dans ses effels pii* 
toresques ou dans son agitation effrayante , soit 
tracer une^ ville mai»time, el donner le mouve- 
ment et la TÎe à tous les objets.qui concourent à 
VaniBU3r.^fi'habîlesipeintr£S%sesont fcNnmésà son 
éode, et parmi eux les amateurs des arts, oitent 
WAé, IIue>G«idin:et Isabey le fils» JosephViernet) 
membre de Ib loge des* Neuf Sœurs ^ était un 
de& frères, les.plus 2éUs de cet illustre ateUer^ 
qui. le reirouv<idt toujours lorsqu'il y asrait une 
bonne action à faire, ou des mesures maçenni^H 
ques sages et utiles à exécuter. Dans une sorte 
de galerie des membres de- la loge des Neuf 
Sœurs j publiée en 1779^, le frère de La JJixmerie 
s'exprime ainsi' en parlant de ce grand^ïeîntre : 
« Uest accoutumé à prendre la nature sur le 
n fait| à peindre^ avec une égale supériorité , 
a ses effets, le» plus terribles comme ses aspects 
a les plus doux. » {Voy. LA>DixHERiE.)r 

VIENNET ( Jéan-Pons-Guillaume), littéra- 
teur, chef de bataillon au corps royal d'état- 
major, chevalier de la Légion-d'Honneùr et de 
Saînt-rLouis, membre de la chambre des dépu- 



BIOGRAPHIE* â85 

lés' cliè[l«j» taLSémim.âe 1 8227^^828 ; eM fiU d'un 
afiekBn]légfeliuteur/ et tiev«eu Aei'aneteB c«ré 
db Saint- Méi^'dé'fail*is,:iyiexeeikiife» études ^ 
et le çaàt (}es^ciènces mflitairds/ lui 'promet-^ 
client tt»e carriàre briliftiff.e; ïnais il fdtmal-^ 
heureux. Pris en 1798 sur Y Hercule, il psnaa 
neuf mois sur les pontons d'Angleterre ; rendu 
à.lalibêlité^^ it(repHr>dhi Sé^içè^et fit brlHam-: 
ment lacampag^ d«;»l3i& dans F»rtiller«e é^ 
la nvarroie. Âuk &a!ai)les de Lutate 11 I3l>de Baut^ 
zen il gagila la croix delà la^ton*-d'Hofi&eur; 
mais il eut ^en^ere ^le malbeur d'être faît pri- 
sontiiér ati Diomeint méme<yà*Ie peut de Leipzig 
était mië en pièces. Les événements de 1814 iui 
permirent de rentrer dans ses foyers. Il futsaps 
emploi pendant les cent joiirs> en i8i5^ et ne 
signa pas f aeie additionnel a^us constilntions 
de r«mpire. Il fut nommé t^hef *de bataiikm au 
corps #oyal d'état- tnajor.€omme littéralear^ 
nous ne parierons pas de ses brochures politî-r 
ques7 il a publié umt^lume de poésies y un 
yohxm^^'épttrés ^WûL poème ^MituléjPA^^i^y q»i 
st été traduit en grec moderne; il k donfié à 
TÂcadémie royale de musique Asp^^meel Péri' 
clés, el au Théâtre-Français la tragédie de <>fo^ 
m. Il travaille depuis teng- temps à un poème 
en dèuze chants intitulé FrancuÉ, et a mis au 
jour, en iSïài^, ie poème fort* remarquable tle 



986 BIOGRAPHIE* 

l'ordre m«obniiiQ|ue> et y remplit les premier 

res digiikëft dfe rorcire. ShttinÉé niembre; Ae Ih 

ehanfaredes députés en^j^tfcSv sa plaée 9. tou** 

jours éfté pafoii i^s plna illustl^ déféflMURS.de 



- VILLETTE; ( madame la nUirqUM 4le % 
gnuda rattlî!ei«e delà bg« ëoeasni^ de BeUeei 
JSoahe^ (ûi l'iUuâtrehéivkliie tfe Ja fête d'aé^p-** 
tioib donnas dam ;8bQ hâlel^ me cb Vaugîrand, 
leQ févtfier.i8ig , et oà tous le$ a^rte semblàreiit 
fMè.rëuDii^ p<Mir hoi^or^r le; neble ec v^rtu^^ae 
darn^ i^qui Voltaire^ Ion d^ sa récepiion 9 en 
1.77a» fil hommage dei*ga«ts de femme ^ui lui 
furent <4)Pésenié$« : Parmi le» illastres frères et 
amurs on rematxfuait &« Ai S. le prince Paul 
de Wurtemberg ^ et ' lady : MorgÉia. he (tèi^ 
^Domte de Xaeépéde .aMÎ$<4t et pïésida un po* 
«sentVasacinUée comme rénérabl^ d'ho^ciénr; 
judame >k cei^ tasse •Ci«iUfiintnot: remp)is$^( i^ 
£ipçliona de msûr insfM^rtqe , jMdaôko la bar 
iroim^de Lft Roebefpiffîai^t é^t ;$9eiur déposa 
•taire. M% de J4yy> m«»bpe.d0 ll^stitot, e^mt 
:po3a des tiers^que véeii^ «dpad^Dao^iselle Puçbes-- 
nois , célèbre trfi^îemie du TJi^fttre^f ançais. 
Le bwte du^gf^and^bontm^fat eoIlfQn^4 par la 
grande ipaitresae eUe^méme; enfia la vëimioa 



9.IOGAAJPHIB. ^8^ 

fut 4^ plw soknMllaa at des plas briUàntes. 

VOLTAIRE (Arouet de)< me«ibfe:di»;hLloge 

de^JYe^f, Sœurs. Pop^er dea(dé(aife kiogrtpki«- 

q\ie& sur yol|aire> /ce semU.^iHMprendrelâ 

Çdoéalogie d'Hercule* Hercule a- 1^ il tbèMn 

qu'on fasse sa gêaéalogi^? yoliaire a-^'^il besoin 

j^u^Qf^ |e fasse ooa'oaMjare famé Tbistotre «k^ sa 

vieiei: de;|e8 ôqvpage$? Nbitt pe oimtiâèrêpons 

dtmc YojitairQ que cotomb fniiicimMon, et e'est 

?ç^iS| ^ rapport iqDQ lea plUs petits détails senmt 

du plqs h^ut intérêt c intérêt, ^^àiuant plàs 

réfi et pu>is^aal;>:qim bas détails âaii9 lesqni^ts 

nous allons entrer ne sont presque pas. cmims, 

et ^ç^oe ^e^ n'a pas été sans: rechen^hes et sans 

f^ink 'que: npus vuo^ les sommes precufés. 

. D^ns l'eApAOf^ d!ti» demi-râéele/ de 17^5 à 

1775 y les progrès do; la Sranbvmaçcmnerie en 

ï^rancei et particviU^emènit à Paris^ forent 

tçls, ^ue |aaaQbfe9PQ^-jU.tnagîsiratiire^ la haute 

bourgi^o^ie^ d^m^mbres^diatingHéedlaidej^^ 

et, les h^mineii d'iln taérirte.émibbnt dans ies 

^fepx^e^, les leUreis^et leé arts y s^ajent' Batii 

recevpjr fr^nos^-maçon/l etfbhd^^&t.deB logesi 

C'pst ainsi ;^ue furent érigées par les gens de 

lettres , m .1776 , ta: logé. des NearfSûeuH , et, 

eA i77i8i, i^f 14 eoiiPiet la hais4e iwiété, ia 

loflede laCfiwrfettn. î , • 



StèS BIOGaA^HIB. 

^ Hellriiius fut un des frères qni conçuretlt le 
projet d'offrir' ua asile fraternel aux gens de 
l6tti*6^ ëpard dans diverses loges ; mais il mou- 
rârtiaTSDt Tërection du Cémpie des N^trf Sœurs. 
La lege etiéëè enâti/ sa Veuve fit hommage â 
Tartelibr deâ-insignc$ maçonniques de l'iliusltre 
dëfoni.^ '■ 4i}eMe )og<è ( qtil êomfptait parmi ' ies 
meiiiibBes Franklin /Coii)^ dé <}ebe)tn , td Biitl-- 
nierie; Lafande, Tabbé Cordlét" dé Saint-Fii*- 
mia^ et. une foule dô frères .honorablement 
CMious dans le motfde profatlêpér leurs4alents 
eéleurrvisrius /briguait tn honneur qui devait 
rejaillir sur Vordre entier^ rhÀtmeùr dUhrtiér 

Bissiper tes ténèbres > dèti^uire les jpréjugés 
et les superstitions, gagner les cœurs à là vertu ^ 
attacher à la plus belle des institutions moitiés 
tmit ee qui peutiamendre de pitis en jplus re* 
eommaadàble et l'illustrer^ voilà le biit de la 
société desifranes-^maçoAs; but constant , uni- 
que, toujours vainqueur. Dé zélés et habiles 
frér«s,Tranklin, l'atmi de Vèl taire, Court de 
Gc3>elîa , pour la science , le contemporain de 
l'ancien montie, Lalande'qui possède tous les 
secrets de rorgairisàtioh fihysique du ciel, ap- 
pellenf l'attention et Tintèrét du.grafid homme 
sur rinsiiéulî<m mystérieuses dônt'fl a entendu 
parler, et à laquelle il n'a pas épargné ses re- 



BIOGRAPHIE. 28g 

doutables sarcasmes*.... Mais bientôt la puis- 
sance du plus caustique des poètes va échouer 
devant la simplicité, la grandeur des vues ma- 
çonniques. Franklin, Court de Gebelin et La-, 
lande, le pressent avec une vivacité qui Té- 
tonne; néanmoins il refuse, il parle de son 
grand âge, il craint le ridicule Homme ex- 
traordinaire ! pouvais- tu croire que tes amis, 
que tes admirs^teurs cherchassent à se jouer de 
la sainte amitié, à flétrir ta gloire immortelle 
en t'entraioant dans une fausse démarche? Le 
prosélytisme, qui comptait de tels organes, de- 
vait triompher de frivoles scrupules. Voltaire 
ne résiste plus, le triangle lumineux n'a pas 
remporté sur le génie de l'homme une plus 

éclatante victoire Mais écoutons le frère de 

La Dixmerie (voj. ce nom). 

i< Quelle époque dans les annales de la ma- 
({ çonnerie ! Quelle gloire, quel triomlphe pour 
w la loge des Weuf Sœurs ! Ce fut à l'âge de 
(t quatre-vingt-quatre ans que le Nestor du 
(( Parnasse français, ce vieillard, l'^tonnement 
H et l'admiration de l'Europe ; lui dont les 
« écrits, les actions, la personne même, étaient 
(( pour elle un spectacle toujours varié, tou- 
« jours intéressant, toujours nouveau ; ce. fut 
(( à cet âge que cet homme unique vint puiser, 
u dans la loge des Neuf Sœurs, un genre d'ins- 



:igO BIOGRAPHIE. 

u truction que plus de soixante ans d'étude 
a n'avaient pu lui procurer. Nos mystères lui 
« furent développés d'une manière digne d^eux 
fc et de lui. Il aima, il admira la sublime sim- 
« plicité de notre morale. U vit que l'homme 
M de bien était maçon sans le savoir. Il vit que 
n la loge des Neuf Sœurs joignait à tout .ce 
c< qu'elle a de commun avec les autres sociétés 
H du même genre un point de morale négligé 
H presque partout ailleurs , celui d^exciter l'é- 
« mulation, et de proscrire la rivalité; d'unir 
a ceux que des intérêts personnels^ un même 
« but ^ les mêmes prétentions pouvaient divi- 
tt ser ; de rendre l'émule utile à son émule; 
« 'de confondre même ce dernier nom dans les 
If noms les plus doux de frère et d'ami*. U parut 
i< ému , pénétré de ce <{u'il estimait peut"*être 
u moins lorsqu'il ne le connaissait pas. De notre 
ff côté nous crûmes être tout à coup rappelés à 
« ces temps si célèbres^ où Orphée, Homère,, 
(c Solon, allaient modestement se faire initier 
tt aux mystères d'Hëliopôlis. » 

Le 7 juin 1778, Voltaire, présenté par l'abbé 
Cordier de Saint^Firm^n , fut conduit dans le 
parvis du temple. Le soin de l'accueillir a son 
arrivée et de le préparer à l'imposante eérémo- 
nie de l'initiation maçonnique, était confié aux 
frères président de Meslay, marquis de Lort, 



BIOGRAPHJB. 291 

abbés Bignon et Remy^ Cailhava, Mercier^ 
Fabrony et Dufresne. Le chevalier de Villari 
l'introduisit eh loge; Lalande présidait. 

Appuyé sur Franklin et Ck>urt de Gebelin , 
l'auguste vieillard était entouré de plusieurs 
frères^ entre autres du chevalier de Cubières, 
dont nous tenons une partie de ces détails. 
Les épreuves^ on le conçoit, furent toutes mo- 
rales, et ces épreuves encore s'écartèrent des 
formes ordinaires ; les interrogeants s'instrui** 
saient plutôt qu'ils n'enseignaient : on n'avait 
pas besoin de connaître Voltaire, soixante ans 
de vertus et de génie l'avaient assez révélé. Sa 
réception fut un triomphe pour lui et un bon- 
heut* inappréciable pou i* ceux qui en -furent 
les témoins. Trente ans après, un des assistants 
n'en parlait qu'avec enthousiasme et les larmes 
aux yeux. 

Keçu maçon par une distinction unique da»s 
les fastes de notre ordre , Voltaire fut placé à 
l'orient. Lalande le complimenta , et l'on en- 
tendit successivement les frères dé La Dixme«* 
rie, Garnier (depuis comte et marquis), et 
Gron ville, payer en vers un tribut d'admira- 
tion à l'Apollon français. 

Une circonstance remarquable de la récep- 
tion ^st celle où Lalande décora Voltaire du 
tablier de maçon : ce tablier était celui d'Hel^ 



J2q3 BIOGRAPHIE. 

vétius : Voltaire^ par un mouvement spontané, 
le porta à ses lèvrei ^ donnant ainsi une mar- 
que de respect et de souvenir à Tun des plus 
célèbres philosophes et des plus vertueur ma- 
çons de la France. 

Cet incident fut suivi d'un autre qui ne fit 
pas moins d'impression sur tous les esprits ^ 
lorsque Lalande présenta à l'heureux néophyte 
les g^nts de femme qu'il est d'usage de donner 
à l'initié. Voltaire les prit, et se tournant vers 
le marquis de Yillette, les lui remit, en disant : 
u Puisque ces gants son t destinés à une personne 
c( pour laquelle on me suppose un attachement 
a honnête, tendre et mérité , je vous prie de les 
ce présenter à belle et bonne » (voj. Villette 
et marquise de Villette). 

La loge des Neuf Sœurs ne posséda pas long- 
temps sa précieuse conquête : six mois après , 
le 28 novembre de la même année, elle lui 
rendit les honneurs funèbres. 

Nous allons nous livrer à un pénible devoir 
en esquissant la cérémonie mortuaire. 

Lalande présidait l'assemblée , assisté des 
frères Franklin et comte de Strogonoff^ sur- 
veillant; le frère Lechangeux remplissait les 
fonctions d'orateur. Deux cents visiteurs furent 
admis aux travaux, introduits deux à deux et 
dans le plus grand silence ; l'orchestre était 



BIOGRAPHIE. 2qZ 

considérable^ et composé des premiers arlistes 
de la capitale; il exécutait par intervalles des 
morceaux tirés d-jlceste, de Castor et PoUux, 
et autres opéras. Pour évilér une affluence mon-* 
daine y la loge avait décidé que mesdames De- 
nis et marquise de Villette se présenteraient 
comme par hasard pour assister à la cérémonie; 
elles arrivèrent, la première conduite par le 
frère marquis de Villette , et la seconde par le 
frère marquis de VîUevieîllé. 

On arrivait à l'enceinte Funéraire par. une 
longue et étroite galerie ; la salle entièrement 
tendue de noir, décorée avec goût et simpli- 
cité, et ornée de cartouches où on lisait les 
plus belles pensées en prose ou en vers tirées 
des œuvres de l'illustre défunt,, n'était éclai- 
rée que par quelques lampes dont la pâle clar- 
té répandait un jour douteux; le mausolée de 
Yoltaire était au fond de la salle. 

Le discours du vénérable fut une sorte d'in- 
troduction à ce qui allait se passer. L'orateur 
lut un discours analogue à l'objet de la céré- 
monie; le frère Coron, orateur de la loge de 
Tludie, affiliée à celle des Neuf Sœurs j impro- 
visa une allocution qui fut écoutée avec le plus 
vif Intérêt ; enfin le frère de La Dixmerie pro- 
nonça V éloge de Voltaire y éloge académique, 
presque entièrement profane, et où il parle 



^94 BIpOAAP&Ifl» 

beaucoup de aes 4>avrage« et peu de m per- 
sonne, sans doute dans une cîrconstanee où Ton 
eût préféré voir Thomme et ses vertus , plutôt 
que i'homme et aon génie* Un beau mouve- 
ment, mais peut-être trop scénique, eut Heu 
vers la moitié du discours , au moment où l'o- 
rateur s'écrie , après avoir sqf>QStrophé les en- 
nemis du grand homme : a jEt si la voix de la 
(( Irrité ne peut pas eiieore étouffer'celle de la 
(( calomnie , je ne vois plus que la foudre qui 
ff puisse lui imposer silence » , le tam-tam se 
fait entendre, le mausolée disparait, et l'on voit 
un tableau représentant l'apothéose de_ Vol- 
taire. , . . 

Le frère de La Dixmerie ayant terminé son 
remarquable discours, le frère Coucher lut un 
fragment de son poème des Mois, cdiui de 
janvier, x)ù se trouve une tirade éner^que 
contre le fanatisme qui fit refuser les hoJOQeurs 
funèbres à Voltaire , tandi3 qu'on enaqcordait 
de scandaleux au cardinal de La Rocbe*AyQ^oi)| 
prélat hypocrite, et à l'abbé Terjray^ ministre 
conou^ioQoaire. 

Ce vers : 

Oo rc^eise ua gvaod hoiiFime un dieu doii hal^iter, 
excita l'enthousiasme; l'auteur fut obIig;é de 



BIOGRAPHIE. jàgS 

recottineacer U lecture du morceau enlier. ' 

Uûe agape ou banquet mystique suivît la> 
cérémonie. FTanklin j assista. 

Pendant la oérémoaie funèbre, au moment 
où les frères vont déposer le rameau myslërieux 
au pied du eéaotaphe, Franklin offrît , pour 
tribut de sa douleur fratemelle^ la cotirotine* 
qui lui avait été précédemment pr^lsentée au. 
nom de la loge par la sœur marquise deVilleiCi?;- 
il est impossible d'exprimer la profonde sensa- 
Hon que prodttiéit cette inspiration de l'amitié 
maçozuûque. 

w. 

WALTBRSTORFF (Etienne-Frédéric baron 
de) y pé'Vers 1756, chambellan du roi de JDan- 
nemarck , Tun de ses généraux , son ambassa- 
deur près de l'empereur Napoléon, membre 
de la loge de* Zorababelf orient de Copenhague, 
est fondateur et premier vénérable de la loge 
de la Béunion des Étrangers ^ constituée à l'o- 
rient de Paris par leOrand Orient de France 
en 17841 démdié en i8o5^^ par la même anto** 
rite, pour ca^se de prétentions schismatiques 
de la loge , et rétablie dans sa correspondance 
à la suite du concordat dé ?8o4 ftvec le régime 
éeossais. Le baron de WalterstoHF avait été 
nommé par la logé son vénérable d'honneur à 



:2g6 BIOGRÀPHIB. 

perpétuité; mai» oelte logç^ qui prit «i 1.811 
le titre de loge de Marie^Louise qux lieu, et 
place de celui de Réunion des Etrangers^y, est 
tombée eu sommeil en 181 8, et est eœore dans 
cet état. . . ' 

Par suite des:é?énemçDts politique» dé 1814^ 
le baFon die. WjaUei:storff fut rappelé dans sa 
patrie. Cet illusAi^e frère, ^rand élu écossais au 
momedt où il créa son atelier, y introduisit le 
r^ime de la sti^ote observance alors générale- ' 
men.t eft usagée dans ks loges dti^ nord. 11 est 
devenu depuis Ch.*. K*'. D,** S.*. P.*. de R.*. 
S.-. 

Washington (George^, généml et l'un 
des fondateurs de rindépeûdlince américaine, 
naquit dans le comté de Fairilix en Virginie , 
en lySa. 

Lors de la guerre des Anglais contre les 
Français dans le Canada, en 1754^ ces derniers 
ayant fait quelques ravages, sur les frontières 
de \^ Virginie, il réunit quelques troupes, se 
mit à leur tàte et.combattit avec courage, mais 
sans succès. Cepc^ndan^t il rempl^^a le général 
Braddock, dont il était Taide 4e camp, et fit 
une sage retraite quiJui valut le grade dç. ma- 
jor. Dans la guerre de l'indépendance il fut 
appelé par ses concitoyens au commandement 



BIOGRAPHIE. 297 

en dbef de l'isirn)ée> et presque toujours il 
triompha. On sait que bon nombre de gen-* 
tilshommes et de soldats français curent part 
à la gloire des Américain». La guerre tei^nlinée; ^ 
Washington fut nommé président des États- 
Unis. 

Il se conduisit dans ces hautes fonctions avec 
autant de fermeté que de sagesse^ et mérita ce 
bel et simple éloge d'uii antre fondateur de 
la cause commune > de Franklin t u Je lègue ^ 
«c dît-il dans son te^ament, au général Wash- 
« ingtony*mon ami et Tami de l'humanité , le 
H bâton de pommier sauvage dont je me sers 
ft pour me promener. Si ce bâton était | un 
« sceptre il lui conviendrait de même. » 

En 1797 Washington se démit de la présv* 
dence^ et rentra dans la vie privée. Il mourut 
le 14 décembre 1799. 

Quoiqu'il ne se soit pas toujours prononcé 
pour la France pendant notre révolution , le 
gouvernement con^ulaii^, Bonaparte alors pre- 
mier citoyen de la. république y fit prendn^ le 
deuil et prononcer l'éloge funèbre de Wash- 
ington par M. de Fontanes (^oj. Fkanklin, 

FoNTANES , PaWe). 

Washington était maçon , et avait été élu 
à la grande maitriee de l'ordre dans les États- 
Unis. En T797 les loges de la Fen«ylvanie firent 



agS biograpiiib; 

frapper une médaftle pour perpétuer le sduve- 
uir de èeCiCe' élection. 

WEISHAUPT (Adam), preTeweur de^ dit>U 
à Fmuverftité d'Ingolstadi, fimdateur, en 1776, 
de la secte des illuminés, fut reçu &ancHiiâf« 
çon en 1777 , éana la loge de Théodore du hon 
conseil^ orkut de Munieb ; depuis il se fit ad- 
mettre à tons les grades de rassecifttkHft maçilii* 
niqucé Le but de Weishaupt, en s'attacka&t 4 
la franc «r maçonnerie^ était d'attirer dana la 
secte qa'ii arait créée ton» les maçons qui pou^ 
vaient y par leur rang ^ leur nom , leur fortune 
ou leur influence > seconder ses vues dont. W 
secret n'était connu que d'im petit nomliK de 
%ft% affîdës. 

Il recommanda à tous les illuminés de se faire 
initier dans les associations maçonniques, de 
former des: loges pour y préparer des sujets, 
afin de fondre un jio«r;les' deux tnstiiutiènflf en 
une seule. Dans aoo piain génëral'cette fuskMi 
devait prendre, le titre à' Ordre illustre de la 
vraie.frdac^macamneriB. 

C'est sur. la Yo^^ét^Théodcire du tùh com^il 
qu'il essaya de greffer son système, cr, en 
1788, Bode et le baron de Busoh, au service de 
Hesse^Dârmstàdt, firent ks* plus grands effort» 
pour, l'introduire en France; ce fut sans suceés. 



Weishaupt n'était pat plus bettfeux de son 
côté : dès 1785 son souverain lui ajnit vedië la 
chaire de professeur en l'uniTersîlé, et, en 
1786, Télecteur de Bavière fit saisir ses papiers 
et les livra à Pimpressien : mis en jugement; 
il fut condamne à mort ; une prompte Atitë le 
sauva*' 

La régence de Ratisbonne lui donne asik et 
refuse son extradition ; mais' n'osant résister 
long ^ temps elle facilite son évasion. A Saxe-« 
Gotha où il se rend ^ il est nommé par Tékc** 
teur son conseiller intime. 

Ce célèbre et dangereux chef de secce mou-» 
rut en 181 1. 

X.' • . r 

XAINTRAILLES (madame de), femme eu 
général de ee nom , fut son aide de camp, et 
mérita que le premier consul Bonaparte la 
maintint dans les fonctions de son graide, etiui 
donnât un brevet de chef d'escadron. Elle aiait 
droit à ces distinctions extraordinaires pour 
son sexe par quelques faits d'aunes remarqua*^ 
bles et par plusieurs traits d'huimanité. 

Voici son histoire maçonnique. La loge des 
Artistes^ pitésidée par le frère CuveUer^ an-«- 
nonce une tenne d'adoption destinée aux dame» 
maçoDuea : l'usage est que les frères j avant 



300 B1061tA.PHI£*i 

d'eyyrir les l>arrière8 du jardin cTÉden, se réu- 
Bisaent ë0 travaux d^bommes. Madame de Xain^ 
traiUes, convoquée jpour fa. loge d'adoption ou 
elle derait éM:*e inkiée comme femme ^ arrive, à 
la loge kYheitète mi&Wre> c'est-à-dire à l'hteure 
fixée par la lettre de Gonvoeation. Les frères 
commençaient à peine les travaux maçonniques: 
on informerk' vénérable de laprésence, dans les 
PaS'Fèrdi», d'un dficier supérieur en grand 
costumé militaire. Le vénérable lui fait de- 
mander sjil est porteur d'un diplôme* L'officier 
supérieur qui. ne soupçonne pas que par cette' 
piéee oa entend un acjte qui constata sa quali- 
té de maçon ^ remet son brevet d'aide.da camp;, 
le frjère expert le porte sans l'examiner au vé- 
nérable qui en donne lecture à la loge; l'é- 
t0iiBci»enl;,<(st général. Le vâiérable, ancten 
militaire > auteur dramatique ^ maçon entliou- 
siaste, est inspiré par cet incident; il propose 
à la loge d'admettre cette héroïne dont il a plu-^ 
sieurs fois .entendu parler avec éloge , non au. 
premier grade maçonnique d^s dames, mais au. 
premier de nos gradés comme franc -maçon, 
faisant remarquer que si le premier consul a 
trouvé dans la conduite guerrière de madame 
deXaintraillés des motifs suffisants pour autori- 
ser la simulaiion de son sexe , la loge ne pourra 
être blâmée d'imiter le chef du gouvernement 



:biogbàphie. 5oi 

en transgressant I en faveur de cette damé, 
nos lois et nos usages. La discussion est vive ; 
le pour et le contre sont soutenus avec une 
égale ardeur. Une improvisation nouvelle et 
pleine d'éloquence du vénérable décide la ques- 
tion y et la loge se charge de justifier par de 
puissants motifs prés du Grand Orient l'inno- 
vation inouïe qu'elle se permet dans cette cir- 
constance. Des commissaires sages et prudents 
vont annoncer à madame de Xaintrailles la 
haute faveur dont elle est l'objet y et la prépa- 
rer à l'initiation des maçons , si elle accepte : 
« Je suis homme pour mon pays , dit-elle, je se- 
<( rai homme pour mes frères. » Elle se soumet 
aux épreuves que l'on modifie autant que les 
convenances l'exigent, et on la proclame apprenti 
maçon. Une demi-heure après les barrières du 
jardin- d'Éden sont ouvertes, et madame de 
Xaintrailles, annoncée officiellement dans sa 
qualité maçonnique , siège sur les bancs au 
rang des hommes. 



AVIS DE L'AUTEUR. 



Il nous était facile de donner à cette biographie une 
étendue plus conside'rable , en l'enrichissant de notices 
nombreuses sur une foule de maçons distingués de la 
capitale et des départements. Sans doute ce travail, 
pour un auteur qui a pris avec lui-même l'engage- 
ment de ne dire que la vérité , n'était pas sans diffi- 
cultés ; nous l'eussions accompli avec l'esprit d'im- 
partialité qui nous a conduit jusqu'ici. Mais une 
considération puissante nous a décidé à abréger la 
partie biographique de cet ouvrage; ne voulant pas 
dépasser l'étendue de deux volumes j nous avoùs senti 
qu'il serait important de le terminer par un choix de 
quelques productions de divers mérites , capables de 
donner une idée de la lliorale et de la philosophie de 
notre ordre. 

En effet , rien n'est plus propre à faire connaître l'es- 
prit d'une institution que de tracer l'opinion de quel- 
ques-uns de ses membres, surtout lorsqu'on publie 
des choses qui n'étaient destinées qu'aux seuls adeptes. 
La maçonnerie n'a rien à craindre d'une semblable 
indiscrétion , et sa morale peut être prêchée au dehors 
comme au dedans de ses temples. Nous avons donc 
pensé que nous devions sacrifier quelque chose de l'at- 



3o4 AVIS DE L^AUTEUR. 

trait de curiosité qui s'attache ordinairement aux noms, 
pour nous occuper d'objets plus utiles. Parmi les ma- 
çons qui reposent sous l'acacia , nous avons omis peu de 
noms dignes de figurer sur cette colonne funèbre , et 
parmi le petit nombre de contemporains , si nous 
n'avons pas placé les plus illustres, si même nous avons 
été obligé, par l'espace, d'écarter des noms dignes 
de figurer en première ligne sur le tableau de l'ordre^ 
du moins ceux que nous y avons placés , ont marqué 
leur place par des travaux utiles, et, sous ce rap- 
port, c'était une justice de les signaler à l'amitié de 
leurs frères. 



CHOIX DE DISCOURS, 

EXTRAITS, RAPPORTS, MORCÈAyX 
D£ POÉSIES, 

PBOKONCÉS PAH DIVERS OBATETIBS^, 



EXTRAITS TIRÉS DES OUVRAGES 

LC* rLO« IHTÉSESSàHV^ 8VE LÀ. MAgOHJlIBklB. 

DISCOURS DE RÉCEÏ^TION 

AU PREMIER GRÂDfi SYBIBOLIQUE, 

; ..... 

PtlONDRCéS A PARIS, EN l8l5, 1816 KT 1817, A Là LOCK 
DIS TRIROSOPHCS"*^. ' 

•. •• * •' ; .j 

) : 



' Frère nouvellement initié > 

Youd ayez désiré d'être reçu dans la société 
des francs-maçons : Vos souhaits sont accom- 
plis. Votre mérite, votre courage, vous ont ou- 
vert les portes de ce temple , où vous n'aper- 

^ Les cinq premiers discours de ce recueil ont déjà 
été' imprimés , mais ^ un petit nombre. d'exemplaires ; 
II. 20 



3o6 , çtioix M DïitouBs. 

cevez que des hommes de bien , qui vont vous 
"îdnitet^'vëiis chérir, et soHiciter pour Vouè l'a-- 
mour de tous leujfsfrèreâ, daus quelque con- 
trée que vous portiez vos pas. C'est la première 
récompérisè du ièle édalrê qui vous a conduit 
en ces lieux. 

Applaudissez-vous , mon frère , d'un tel avan- 
tage, et croyez que vous y mettrez plus de prix 
encDns à me^ufe qu6 vous avancerez dam les 
grades réservés à la sagesse et à la persévérance. 
• Mâîê qu*esC-ce que là tnâçonneHé? deman- 
derez- vous; quelle est sou origine ? ^quel est 
II./* ' '. 

ils sont peu coDBUjs hors Pacis. L'aute«iV| maçon aussi 
instruit que modeste , s'est toujours refusé à y placer 
WQSk nom y se faisamt uti . dâvoir d'instruire ses frères , 
sans rechercher la. gloire qui: Itti serait justement due 
pour ses intéressants travaux ; il e bien voulu nous 
autoriser à insérer en dMi^Hes cinq morceaux que 
nous donnons ici, et qu'un grand nombre de maçons 
de la capitale luj qui^iiiltrrftdu JJïVOWKcwrî* ftli'il en 
reçoive nos remerciments ; la noblesse des sentiments 
ij^e: foipisMi tsA pf oduc^ipil^ . égale U ^a^t^iiv de ses 
ïj^îs^^^p l|Lf^njCf|nafiQnîîeffû^ mais peut-être. a-t*îl par 
cd[a wême dépa^s^' son b^t ou. seulement ^eyanco notre 
époque ; nous ne sbmn^es pas , du moins le plus grand 
nôiiibi'éyé maçc^n^, àllt Itàùtéuf àelàpïilïds4)plïîe'sévère 
dont il s'est efforcé de nous tracer les principes : nous 
âîï'di/^ éfeûfèttient avécï TâUtear, qu6 làmafoniierle, bien 
voMpi^he', Wf-â^ôojdmïi Ife véritable lien des peuples. 



^ CHOIX. DSiDisGocas. So; 

son bttt? quek sont le$ rëëultaU de ses insdlu- 
iijOns ? que veulent dure les emfalémés et les alië^ 
gories dont elte s'eaTèloppe? 

Je vai$ essayer y tirèsrdxér frère , de satisfiure 
uae si juste curiosité /et de déToîIer à vos^eux 
une partie des m^^itërei qui couvrent œtte re« 
ligion^ trop peu. eonsoe/ trop peu appréciée ^ 
trop sloitvent c^domniée'; Buiis qui n'en est pas 
lni>ipii^ malgré tous les ^obslaclfQi , triomphante 
et f«^ilenniverâell[^/ 

it ne ibe vanterai point dp pouvoir fixef son 
origîoe. £lle se perd dans La nuit des temps,. ou 
plutôt elle ooïkimeoee avec, les homnies'UiérEies. 

Dès-qu'il y a eu désètressouffirants, îi ya 
eu desifiaçoits pour les sbukiger£diisi|u|iiry!ae9â 
des hommes injustes, il y a en des maçoôs pçi^* 
réparer les torts; dés qu'il y a eu des fdurbes, 
des oppresseurs , il y a eu des ' maçons poiïr les 
iiaîr , pour les combattre , et diminuer lés macax 
doDt iJbs désolaient la teVre. 
. En effet f. qù'e8t>^ce qu'un maçÔD? lis zéla^ 
tesir de la justice : è'estvune espèce 'dç eheva*^ 
lier de rhumauité , de conservateur du feu sMi^ 
de la vertu. C'est dire assez tout ce que ses 
frères ont droit d'en attendre et tout ce que 
laî-mème peut espérer de ses frères : mais c'est 
désigner aussi les ennemis qui l'attaqueront, 
l'accuseront, le persécuteront. 



3o8 GHOIX DE DflâCOt/tlS. 

"Des ht8(orfen8> des cammentateurs hasatr- 
deux ont placé la maçonnerie dans le pays des 
anciens Iduméens, soi^s le règne du 'troisième 
roi desisraélites Saiomon. Ils. supposent que le 
temple que Saiomon bail t donna lieu à ce ras* 
semblement d'ouvriers habiles dont le |iom ser- 
rait encore celui que .nous portons. 
' ie n'admettrai point ce système. Salom<>^ 
emprunta ses meilleurs ou vriers d'^r<zm / roi 
de Sidon. Il employa , selon les liv^res hébreux , 
' vingt ^uset cent quatre- vingt mille 'hommes à 
construi-re ub monument , dont les étroites, dt^ 
mensiôns n'annoncent le besoin ni de tantd-ahr 
nées.^ ni de tant de bras"^. Et si quelque gloire 
peut nâsuhet de l'érection d'un tel édifice/ eHe 
appar-tient au people industrieux dont on "em- 
ploya lé secours,, et non au fils de Bethzabé^ 
dont la renommée , cruelque grande qu'elle seit, 
ne peut faire oublier qu'il fut le meurtrier ÔlA^ 
donias, son frère ainé'^'^, à qui le trône appar- 
•tena^it; qu'il fut infidèle à son Bien, à ses lois, 
à sej9 sujets^ La maçonnerie, si elle avait pris ' 
naissance à l'antique Jérusalem, viendrait plu<- 

• / .' ^ » 

"^ Le temple avait soixante coudées de long (c[ua^ 
tre-vingt-dix pieds), viugt de large (trente pieds), 
trente-six de haut (cinquante-quatre pieds). F'ojrez\es 
Rois, liv. III, chap. vi. 
"** Roisj liv. III, chap. ii, v. aS. 



CHOIX DE DISCOURS. Sog 

tôt dés vengeurs qui durent s'élëvër alors pour 
piinn* la violation des ordres dur ciel , de»-droitS' 
du trône et des lois de Ia^nature«. 

Si vous, avez lu aveo attention , mon frére> 
lès annales que je cite, vous ne serez surpris 
d'aucune df» choses que je dis/ JSi vous les 
ignoriez, ouvrez le troisième Lwre des Rois, et 
vous reconnaîtrez la vérité des faits que j'é- 



nonce *; 



D'autres placent la maçonnerie en Egypte, 
au temps des r Pharaon, à Tépoque où parut 
Moïse, le législateur si fameux d'une' nation 
qui subsiste encore > quoique souffiranle el dis* 
persée dans tout l'univers. 

Ils disent que Moïse , élevé chez lés prêtres 
du pays, prit connaissance de leur^ divers se- 
crets, et qu'il s'en servit pour préparer l'obéis- 
sance de son peuple, lorsqu'il le tira^d'Égypte, 
et le força de s'emparer de la terre, promise, où 
régnaient trente et un rois, qui eu^ étaient les 
maîtres.. 

Mais je vois (rop de reilellions , trop dé sang 
répandu , trop de carnage durant cette merveil- 
leuse et terrible expédition, pour croire que le 
dogme de la bonté , de la pitié et de l'humanité , 
puisse sortir d'une semblable origine. Les livres 

* Rois, liv. m, ch^p. XI, 



de Moïse avouent fiusiig^ihuxeeni rmUe Israë* 
Utea VM à T^ôvK daas le dé^rt. Le livide de /o^ 
j£/e, son successeur, aiioonc^ plus de six mil^ 
lion$ d'imitants des contrées envahies,/ riâs, 
sujets^ femmes I eafaats> vieillards , immolés 
sap^ mis^|cQrde.»v.«. et ceU dans m» temps )où 
U religiop des véritables înitûSs de. l'Egypte dé^ 
fendait de tuer ^. même le$ animaux dont oa 
aurait reçu quelques services domestiques ! 

Et comment la maçonnerie aurait -elle pu 
entrer^ avec les. tribus hébraïques , dans la 
lié^re à^Chamaan i puisque les lois données aux 
Hébreux leur défendaient de fréquenter les na-^ 
tions étrangères y d^époumr leurs étante j de 
m^ger même d'un alimeni préparé dans un 
vase ^lii leur eût apparientt; puisqu'elles leur 
ordonnaient^ au contraire , de brûler leurs tem^ 
pleSf de renverser leurs jdieuXy d^extenmner 
leurs j^^tres et d^tÉnéaniir leurs villes ^; puis* 
qu'elles leur coinmandaient , enfin > une haine 
éternelle pour tout ce qui n'était pas- issu dfi 
«aug d:Israël? ^ 

* Nombres, chap. xxxi, v. i4, iS^, 17, 35 1 4e; 
cbap. XXX»! , V. 5i, 5», 54, 55, 56, 

Deùtéron., chap. 11, v. 34, 36; çliap. m, v.. 3, 

' 4,*5Vchâp. Yti, V. 1, 16; chap. xi, v. 24; chap. xiii, 

V. 6, 8, 12, i3, i4, i5, 16; chap. xvn, v. 2, 5, 6, 

•7; chap. XX, V. 10, i3, 16, 17; «hap. xxvinj v. 7, 23. 



ÇnOtX Dfi Di^GOUAS* 5ll 

A coup 9ÛrJa haioa , ni la veogeaocet le piU 
^ lag^, le meurtre, ni l'iBcendie, n'entrèrent ja^ 
mais dans le cœur des maçons. 

Je suis forcer de vqus le faire remarq^i^r par- 
licuUèremeut , mon fràre ^ deua: cent miie 
^ hommes mis à mon par ceUji qpi leur avait 
promis 1^ liberté et. le bonbeur ..*, par leur pro-^ 
pre chef ..-^ par leur îcomfatriote..... ! ^ mil-r 
lions d'hommes massacrés par des él;ranger8» 
qu'ils j^'avaient pas offenMs..*»J trente et un 
w^égorgés * eu moim de dixans par un wn- 
quéraiit^ révéré enccMre aii}Qi}rd'bâi , sont des 
événements qui ne peuvent être que le résuliat 
d'une législation toute -séparée 4es législations 
humaines^ et où^ par conséquent, nous ne 
pouvons trouver le type de nos institqtions fr^*- 
iernellei^. 

jVJon frère , je le répète, vous ne^onnaissU^ 
peut-être pas ces faits es^traordinaires, quoiq^ie 
le livre qui les coutieQt s^t dans vos mains 
depuis^ votre enfance : mais n'en soyez point 
humilié; peu d'hommes le iponnaissent; plus ^ue 
vous, pas même les docteurs chargés de l'^p^ 
seigner; et voilà pourquoi on les voit surpris, 
et comme étourdis des récits qu'on leur présente 
et des conséquences qui en Privent... I Maiç^lç 

/^ Josué, ckap. xu. 



3l3 CHOIX PE DISCOURS. 

maçon ne recule ppiat devant la vérité : !a cher- 
cher est son devoir ; la dn*e ^ la plus sacrée de «es 
obligations. 

Laissons donc le» conquêtes de Moïse et de 
Josue\ et revenons vers TÉgypte, d'où les Hé- 
breux se sont retirés-, vers ce berceau des scien- 
ces et des arts, et voyons sî nous y placerons 
rorigine de la maçonnerie, ou si nous irons la 
chercher sur les bords du Gange, aux rives de 
VIndus; ou bien si nous ne ta trouverions pas 
plutôt dans la patrie de Confucius, chez les 
'Brames, qui précédèrent les ^r^t/^e^ dé Mem- 
phÎÉ* 

Ici nos efforts restent encore superflus , et les 
doutes ne s'éclaircissent pas. Mais un dédom- 
magement se présente : en parlant de Tlnde et 
des bords du Gange , j'ai nommé des peuples et 
des climats, où la vertu et la science ont été 
enseignées de tout temps d'une manière si écla- 
tante, et pratiquées avec une constance si no-* 
He, un enthousiasme si beau, qu'ils sont deve-* 
nus à jamais la merveille et Texemple de tous 
les siècles. • < 

Eti effet, il y a plus de trois mille ans que 
Zoroastre a dit : Sùjez bons^ soyez doux, sojrez 
humains f ehariiables; aimez vos semblables,^ 
consolez les affligés ; pardonnez à ceux quivom 
ont offensés^ 



CHOIX DE DISCOURS. 3l3 

Zoroastre n'avait point inventé ces maxrmes;. 
il les tenait des sages qui l'avaient devancé. 

Il y a deuoo mille trois pents ans que Confit-^ 
dus a répété , d'après ses ancêtres aussi : Aimez 
votre prochain comme vous-même* Ne faites 
pas aux autres ee que vous ne voudriez pas qui 
vous fât fait. Pardonnez les offenses. Pardon^ 
nez à votre ennemi .;» réconcihez^vous' auec lui; 
sojreZ'-'lui secaurahle; in\K)quez Dieu en sa fa- 
veur^ 

Je ne sache pas qu^on ait jamais porté plus 
loin la.perfection de la plus auguste morale. 

Ljcurgucy Thaïes j Pytliagore^ n'ont point 
eu d'autre langage. Que dirai -je de Socrate? 
que dirai -je de Platon ? Ces grands hommes , 
que les maçons comptent au nombre de leurs 
maîtres, eurent pour disciples des rois, des 
princes, et ce qui est plus glorieux encore, de 
grands hommes comme eux et àe% peuples en* 
tiers. ' 

Les législateurs modernes n*ont donc fait que 
remettre au jour les maximes qu'ils avaient ap- 
prises des anciens : heureux quand ils ne les ont 
point affaiblies par des explications contradic- 
toires , ou enveloppées de paraboles dangereu- 
sement inintelligibles !... 

Depuis Zoroastre et Socrate, depuis les doc-* 
trines qui donnèrent au monde des Aristides ^ 



5l4 C901^ os OlfiCOURSy. 

de$ Titus p d/ss Caton > des Marc^-Aurèh % 9e 
nouvelles religions > des docirines nouvelles sont 
venues changer la faee de la terre. Les-di^ux 
anciens ont disparut. Constantin a fait montei? 
sur le tràne une religion qui lut doana des sol** 
dats, qui pardonna ses crimes, e( qm. afferniit 
sa puissance y en «Eiéoie temps qu'elle prosorîi^ti 
les dieux de Taugttste antiquité. 11 a quitta 
Rome et transporté 'le siège de son empire aui^ 
rives du Bosphore; là, ses successeurs passant 
tmis isiècles dans des. disputes ridicules autant 
que sanglantes , jusqu'à ce q^^ikXK simple Arabe ^ 
litahornetf prenant, comme tous le9^ novateurs , 
sa mission du ciel , vint avec la double puissance 
du glaive et de la parole , changer encore la face 
des choses, et renverser dans l'Orient l'ouvrago^ 
de Constantin. 

Ainsi le monde, comme une argile méprisa^ 
ble,, prend sous la main de ses maîtres toiites 
les formes qu'il plait à leur ambition d^ lui 
donner! 

Ainsi les hommes sont plongés sans cessQ dans 
un abime de maux et d'incertitudes ! 

Plus tard , les héritiers de Constantin veulent 
reprendre au:fc successeurs de Mahomet des con- 
trées où leur croyance a placé ce qu'ils ont de 
plus cher et de plus sacré* Alors s'engagéreut 
ces guerres nouvelles, connues sous le nom de 



Croisades,* guerre]» affreuses^ temps Traknent 
déplorables ^où la voix du fftpatisifiè appela tous 
les souyeraias et tous les peuples de TËurope à 
la conquête d'une terne, qui n'était point leur 
héritage I Entreprise insensée qui n'eut, comme 
on le sait, d'autres résultats que de laisser sur 
cette terre des montagnes d'ossements humains , 
qui purent le disputer en nombre aux ossements 
doht Moïse l'avait laissée couverte trente siècles 
auparavant ! 

lia maçonnerie, ou plutôt ui^e maçonnerie^ 
car il est' certain qu'il y en a eu plusieurs et de 
plusieurs espèces, a-t«-eHe pris naissance des 
croisades ? Oui , je le pense. Les croisés mâlheu^ 
reux , trompés par la folie de leurs chefs , envi- 
ronnés d'ennemis qui les exterminaient, durent 
se cacher ponr sauver leur vie cft pour célébrer, 
leurs mystères r ils durent inventer des signes ^ 
des paroles et des attouchements , qui ne fussent 
connus que d'eux seuls. 

La France aussi a pu voir naître des maçons. 
Vous n'avez pas oublié, mon frère, la fameuse 
et terrible. histoire des Templiers; vous n'avez 
pas oublié les accusations dirigées contre eux, 
ni leur supplice, ni le courage héroïque avec 
lequel ils ont enduré les.plus cruels tourmeqts. 

Si leur mort était iujuste, si elle était un 



Si6 CHOIX DE DISCOURS., 

crime 9 il dut s'élever des dtéfénseurs^ qui en 
appelèrent à Dieu çt à la postérité. 

On nous aoouse^ disaient les Templiers expi- 
rant dans^ les flammes, parce que nos richesses 
excitent l'envie.. On nous, fait périr pour nous 
ea dépouiller^ 

Exoriare^ afîquis. nostrU ex Qssiùns ullor!. 
Puisse naître de iu>$ ciendres un veugeur I. 

Caïn^ Caïn ! qu'as -tu fait de ton frère P" a^ 
diemandète Dieu de Moise. Ministres du même 
Dieu, qu'avez -vous fait des Templiers? qu-a- 
vez-Vous fait de vos frères?* Leur sang crie vers, 
nous I 

Exoriare aliquis nos tris ex ossibus uîtor! 

Mais les Templiers ne furent point vengés* 
Leurs meurtriers, semblables à CaXny avaient 
reçu une espèce de sceaaqui les mit à Tabri du 
châtiment. 

Laissons, mon frère, ces grandes iniquités 
couvertes du voile qui les dérobe à rindigna-' 
tion ; on ne gagne à le soulever que la crainte 
de les voir renaître, et peut-être d'en être les 
victimes. 

Poursuivons nos recherches; 

Outre la Palestine et la France, il est encore 
bien d'autres lieux et d'autres époques où Ton 



CHOIX DE DISCOURS. 5l'f 

pourrait chercher l'origine de la maçonnerie; 
mais c'est errer assez long- temps dans les con-* 
jectures. Je reviens à l'époque que j'ai désignée 
d'abord, et je disque la maçonnerie a commencé 
là où il y a eu un homme persécuté, là où s'est 
trouvé un homme qui a eu faim, qui a été dé-^ 
pouillé , qui a eu besoin du secours de ses frères* 

Voilà l'origine de la maçonnerie : c'«st vous 
dire^n même temps quel en est le but et quelle 
est la valeur de sas institutions^ 

Le but de la maçonnerie et donc de rendre 
les hommes meilleurs : mais quels sont ses 
moyens d'y parvenir ? 

Ses moyens sont de dissiper les ténèbres de 
l'ignorance, de faire naître toutes les vertus 
qui découlent de l'instructioq et de l'amouf de 
ses semblables. 

Décrirai-*je les résultats de l'ignorance? Non^ 
ce serait entreprendre lliistoire des malheurs 
du monde : ce serait retracer les effets du men- 
songe, de rhypocrisie, de toutes les espèces de 
tyrannies ; et j'en ai dit assez pour ceux qui ont 
pu m'en tendre. ^ 

Décriràî-je le plaisir et le bonheur qui nais- 
sent de la pratique des vertus, de la bonté, de 
la sagesse, de la charité, de la fraternité? In- 
terrogez votre propre cœur, il vous en dira plus 
que ma faible voix. 



3l8 CHOIX D£ DlSGOdHS. 

Otti) mon frère , dub^tiluer led connaissances 
solides à r%Qorânce et aux préjugés , appi^tidre 
à s*aimer^ à se secoarir mutuellement^ Toilà 
Toeuvre que m proposetiC les maeons; telle est 
U 'dootrine qu'ils enseignent et qu'ils prâti-- 
quenC. C'estparce moyen que \^ pierre brute se 
pcriit dans leurs mains , et devient un ornement 
de rédî€ce social. 

. Le nom àt frère a frsrppë vos oreilles. C^ëM le 
doux nom dont Rappellent les maçons i c'est de 
ce' nom que s'appelèrent y sans doute , les pre- 
miei^ hommed/ avant que les distinctions , les 
richesses et l'orgueil les eussent séparés; c^èst 
de ce nom consotacenr que s'appellent tous les 
preux qui s'enrôlent pour une même expédition, 
pour un même danger. 

Vous le savez, depuis que le monde existe , 
il n'a pas manqué d'époques où les hommes ont 
été épouvantés et comme enveloppés par des 
institutions subversives de la justice et dé la 
liaison; perséciités, poursuivis par des tyrans 
extravagants et cruels; alors ils durent fuir les 
villes où tout était péril pour la vertu. Us cher- 
chèrent leur refuge dans les déserts,. au milieu 
des rochers, et jusque dans les entrailles 4e la 
terre. Là, vivant des mêmes frayeurs et des 
mêmes espérances, mangeant le même pain. 



CHOIX DE DISGOU11&. 5tg 

trempé des larmes éommunes, ils se sont ^ppe^ 
lé^Ji^res...... et ils J'ont été véritablement; 

car rien n'ùait les hommes autant que le, mal- 
heur • Là , transportés de l'illusioû la plus douée , 
ils s'embrassaient; ils unissaient leur conragîey 
et sataient vaincre jusqu'à la persévérance de 
leurs bourreaux I 

Les maçotis ont eu aussi leurs persécuteurs , 
et ils en ont encore aujouJhuî. Prier le Otetï 
de vérité d*éclaîrer leurs entiemîSj voilà leur 
mantét^e de répondre aux coups dirigés contre 
eux ; et çrâce au Dieu de lumière , il est deveiîiù 
impossible désormais d'éteindre Fa maçonnerie. 

Levez les yeux , mon frère j et regardez tous 
ces emblèmes qui vous environnent. Ils disent 
assez, clairement sur quels fermes appuis repo- 
sent nos institutions. 

Voyez les nœuds enlacés qui parcourent cette 
enceinte et ne s'interrompent nulle part : voilà 
les liens qui unissent nos cœurs , et les tiennent 
enchainçs, pour le même but /dans le même 
gentiment! 

Yoyez ces instruments de la patience , de l'in- 
telligence et du génie, ces équerres^ tes com*- 

pas^ ces niveaux Quel initié ne comprend 

sur-le-champ tout ce que de semblables images 
disent à ^'esprit et au cœur ? 



3lO CHOIX DE DISCOURS* , 

Voyez ces lumières , ce feu multiplié ^ ce signe 
ardent, ce triangle unique, adoré de tout ce 
qui respire» Voilà l'origine de toutes choses ^ la 
source de la vie, le type de la nature agissante. 
Cesi le feu éternel, qui anime tout , qui âonne 
l'existence à tout : c'est Dieu sous son plus in- 
telligible symbole ; car sans le feu, sans la lu-* 
miére> il n'y a plus rien , le monde n'a jamais 
existé , le monde est impossible I 

Je m'arrête, mon £rère : il ne m'est pas per- 
mis d'aller plusjoin. 11 faut proportionner l'ins- 
truction à la faiblesse de votre premier âge. 
Fl^s tard vous entendrez d'autres paroles, vous 
comprendrez d'autres mystères. 

Jusque-là le temple de la science vous est 
ouvert. C'est à vous de le fréquenter souvent, 
d'en parcourir les avenues, de chercher la sa- 
gesse qui l'habite, et de vous rendre digne des 
trésors quMle procure. 

N'oubliez donc jamais les choses qui vous ont 
été dites, et pour les graver en peu de mots 
dans votre mémoire , retenez que rorîgine de la 
maçonnerie date du premier jour où il y a eu 
des malheureux , c'est-à-dire du commencement 
du monde. 

Souvenez -vous que son culte est Dieu et la 
vertu; 

Que ses dogmes sont le silence et le courage; 



CHOIX DE DISCOURS* Sai 

Ses mystères^ la lumière et la^raison; 
Ses préceptes^ la charité, rhumanité; 
Ses ministres, tous les hommes vertueux ; 
Et ses récompenses enfiu, l'estime de soi, et 
l'amour de tous les frères. 



II. ^ 21 



3aa CHOIX' de discours. 

GOiOPilSLAISON DE I.A JIAÇONNEBIE 

AYEC LE MONDE PROFANE. 



DISCOURS 

,/ 
PROHOaCB DAMS PLV8IEUES LOGES DE l'oRIENT DE PI RIS , 
EN iSlSy 1816, 1817, ETC. 



Depuis assez long -temps la maçonnerie est 
l'objet des sarcasmes et des mépris du monde 
profane, pour qu'il ne soit pas juste qu'une 
Toix s'élève enfin , qui la défende et la yenge 
de ses détracteurs. Le monde l'accuse , parce 
qu'il ne la connaît point, ou parce qu'il la juge 
d'après des abus que la négligence et l'impéritie 
de certains maçons auront laissés naître; mais 
il est facile de relever les erreurs du monde, 
en exposant la maçonnerie sous son véritable 
jour, en la montrant parée des attributs qui 
lui appartiennent, et qui, mieux connus, lui 
mériteraient de^ hommages universels. C'est 



CHOIX DE PISGOURS. S^S 

une tâche que je vàîs entreprendre, et qui me 
parait d'autant plus nécessaire , que les jeunes 
initiés n'ont qu'une connaissance imparfaite de 
l'état qu'ils ont embrassé, des obligations qu'il 
impose, et des avantages qu'il présente. 

Je dirai donc que je ne connais pas d'insti- 
tution plus propre a faire le bonheur du genre 
humain que la maçonnerie, parce qu'il n'en 
existe point qui renferme autaîit de moyens de 
réunir les hommes dans les doux sentiments de 
la concorde et de l'amitié. 

Le monde croit que nous exagérons , et que 
nous louons trop la maçonnerie en affirmant 
que son seul but est de conserrer à l'homme sa 
force et sa dignité, en disant qu'elle est un 
refuge assuré contre les vices qui souillent la 
société; et cependant nous n'avançons qu'une 
vérité , dont la preuve va ressortir de la com- 
paraison rapide que nous allons faire des insti- 
tutiotts et des doctrines du inonde, avec les 
doctrines et les institutions de la maçonnerie. 

En effet, qu'est «-ce que le monde, pris dans 
le sens moral ? Qu'èst-il relativement au bon- 
heur et au malheur de Thorome? Comment 
l'homme arrive«-t-il sur ce théâtre de troubles 
et de misères ? Quelles vérités lui apprend-on? 
Quels mensonges ne lui enseigne -t-«on pas? 
Quelles vérités ne sont point contredites, epn- 



324 CHOIX DE DISGpORS. 

testiez, combaUue8, immolées ?... Qaels men- 
songes ne sont point proposés, soutenus, exal- 
tés , récompensés , sanctifiés. . • • é ? 

Dés son entrée dans le monde, l'homme est 
reçu par les mains de Terreur. L'erreur le suit 
dans ses jeunes années; elle ne le quitte pas; 
eHel'aitoure, elle l'enveloppe de ses chaînes 
innombrables , et ce n'est que par une sorte de 
merveille, que l'homme, créé raisonnable et 
intelligent par l'auteur de toute lumière et de 
toute sagesse, échappe à la destruction de son 
intelligence, au naufrage de sa raison. 

Sa raison a été décriée, avilie; on la lui a 
présentée comme insuffisante , corruptrice , 
comme un fàn'al trompeur, propre à l'égarer...; 
et cependant cette raison était évidemment le 
seul, le véritable, le plus noble apanage que la 
divinité se fut plu à lui donner pour le distin- 
guer des vils animaux. 

Qui de vous, mes frères, n'est encore étonné, 
et comme effrayé, en se rappelant les pièges 
tendus^ sa jeunesse ; en se rappelant ces com* 
bats, ces indécisions qu'il eut à supporter , et 
cette multitude de fantômes ridicules, présen- 
' tés à son imagination comme des réalités d'où 
dépendaient ses destinées ? 

Voilà cependant, mes frères^ ce que le monde 
fait pour l'homme ! Voilà les semences funestes 



CHOIX I>E PISGOUirs* 32$ 

d'où naissent les peines de sa vie I Ce n'est qu'au 
bout de bien des années , après des courses in- 
^nieSy que, comme un voyageur fatigué dés 
vents et de la tempête , il commence à ouvrir 
les yeux, à connaître que la sphère où on l'a 
mis n'est point celle pour laquelle il était des- 
tiné /et qu'apercevant pour la première fois la 
lumière de la raison, il se résout enfin à la 
prendre pour guide, et à marcher avec elle 
vers le port consolateur de la vérité. 

Âlers il apprend que la vertu existe sur la 
terre, et qu'elle n'est pas la fille de l'imposture 
ni du mensonge ; il apprend que l'amour seul 
de rhùmanité peut lui donner l'existence. Il la 
cherche, il l'appelle; il tourne ses regards vers 
les lieux qu'elle habite ; il se présente à la porte 
de nos temples ; il y pénètre, il écoute, il s'ins- 
truit, et la paix commence à rentrer dans son 
cœur : alors il connaît l'intervalle immense qui 
sépare les institutions de la sagesse, des folies 
institutions du monde. 

Dans le monde , il a vu les passions présider 
à tout, tout édifier, tout renverser; il a vu l'or- 
gueil s'emparer des grandeurs, l'audace exiger 
les respects, Ta bassesse demander les honneurs, 
et les obtenir; il a vu l'insolence accabler là 
modestie, l'opulence insulter la pauvreté, Ti- 
gnorance persécuter le savoir; il a vu la vertu 



$a6 CH^IX DE I>I8GOURJIw 

l&éprîaée; et souvent putaie ^ il a vu des trahi*^ 
sons, l'ingratitude I les perfidies, les délations j 
il a entendu ce cri sans cesse répété : « Sois le 
(f premier, sois le plus fort , cherche les riches* 
(# ses, cherche le pouvoir; ren^^erse tes rivaux , 
u écrase tes compétiteurs. » 

Dites^le-moi y mes frères, la maçonnerie pré-* 
sente*t-^elle de pareils tableaux, de semblables 
malheurs ? Non , sanè doute ; et ses ennemis , 
qui savent la calomnier, n'ont point encore osé 
lui imputer de telles iniquités. 

Dans la maçonnerie , il n'y a ni premier ni 
dernier \ il n'y a ni forts ni faibles,, ni granda 
ni petits; il n'y a que des frères, tous égaux, 
tous voulant l'être , et se réunissant pour jouir 
du plaisir, du bonheur de Têlre. 

Il n'y a ni ambition, ni haine, ni jalousies; 
point de grandeurs à obtenir^ point de bassiesses 
à faire , point d'insolence à redouter, point d'i- 
nimitiés à craindre. Il n'y est question que d'ai- 
mer, de chercher la vérité ^ de chérir ses frères, 
de s^entr'aider, de se secourir, d'oublier, de par- 
donner les offenses. Les démêlés , s'il arrive 
qu'un zèle trop ardent puisse en e)cciter, dispa^ 
paissent bientôt devant l'amour du bien géné- 
ral ; et l'aveu des torts , la réconciliation qui 
s'ensuit , ramènent la concorde et la paix. 

Dans le monde, il y. a des factions, des par- 



CHOIX DB DISG0UE8* Say 

U8. L'un combat pobr. Matiw , l'au^ pour 
Sjr^la : ici , on donne le trône à César; là, c'esl 
à Pompée. 11 y a des bannières et des opinions ^ 
dont les couleurs ch^ngeut suivant le temps et 
les intérêts. 

Dans la maçonnerie y il n'y a ni Marias ni 
Sflla, niPompéeni César; noas n'avons qu'une 
loi, obéir aux lois; qu'une pensée, faire le 
bien; qu'une couronne, et c'est pour la vertu; 
qu'une bannière , celle de l'humanité^ 

Insensés I Marius ni Sjrlla n'existent plus ; 
leurs partis gisent dans la poussière , et vos 
projets aussi I 

Pompée et César sont tombés ; leurs eourti«* 
sans , leurs flatteurs ont disparu. Les siéeles 
ont roulé jusqu'à nous les souvenirs de leurs 
débats et de leurs crimes , comme pour nous 
dire : a Voilà les funestes résultats de l'ambi-- 
K tion , de l'abus du* pouvoir, de la bas- 
c< sesse et de la flatterie \ Voilà ce que font les 
fc hommes, quand ils oublient qu'ils sont bom« 
cr mes! » 

• Dans le monde , il y a des religions et des 
cultes différents. Ici, l'on adore Baal; là, 
Jéhovah. Le même pays a vu des veaux (Por et 
des serpents iV airain. Ici, Dieu défend les ima- 
ges ^ et on les brise; là, le prêtre les ordonne, 
et on leur élève des autels. Ici , il n'y a f^un 



5a6 CHOIX DB viscàVKs. 

Dieu; phis loin, on en compte mUle et dâyan-* 

tage. Ici Ton dit : 

Les prêtres!, ne sont pas ce qu'an vain peuple pense : 
Notre crédulité fait toute leur science ; 

Dans une autre contrée, le prêtre , entouré de 
bourreaux, dit : ce Crois ou meurs ! suis nospra- 
ce tiques, ou des bûchers ardents vont te dé« 
« vorerJ,*.. » 

Dans la maçonnerie , la violenee ni le men- 
songe ne dictent point la loi. Il n'y a ni veaux 
d'or ni serpents dévorants; chaciui célèbre la 
Divinité à sa manière. Il n'y a qu'un culte exi- 
gé, celui de la vertu ; et qui pourra dire qu'un 
tel culte n'est pas celui du véritable Dieu? 

Dana le monde ^ il y a des^èles e^ des infi-- 
dèles; il y a des croyances anciennes et des 
croyances mo^e/'ne^/ il y a de$ juifs, des pcuens, 
des mahométanSf des grecs, des protestants , 
des antiprotestants, et mille autres sectes , dont 
les prétentions effraient la pensée , et qui tou- 
tes, ennemies les unes des autres^ se sont égor* 
gées, pendant des siècles, au nom et pour les 
intérêts du ciel l 

Dans la maçonnerie , La Mecque et Genève , 
Eom^ çt Jérusalem sont confondues. Il n'y a ni 
Juifs, ni mahométans, ni papistes, ni proies^ 



CHOIX DE DiSGOUtlS. SsQ 

tants; il n'y a que des hommes ; il li'y a que 
des frères qui oui juré devant Dieu ^ le père 
cotnxnun de tous, de rester toujours frères. 

Voilà les principes de la maçonnerie; voi- 
là ce qu'elle enseigne et ce qu'elle pratique. 
Telles sont les différences qui existent entre 
ses institutions et les terribles institutions du 
moqde. 

Mais^ dira le monde ^ étes-vous recevables à 
vanter vos institutions comme vous le faites , 
quand les livides publiés par les maçons eux- 
mêmes, nous révèlent les bizarreries dont elles 
sont surchargées; nous révèlent ces usages, 
ces paroles, ces attouchements, ces signes ex- 
traordinaires; nous montrent ces cérémonies, 
ces eaux lustrales, ces t'cntures funèbres, ces 
tètes de mort, ces lampes multipliées; nous 
exposent ces décorations, ces grades, ces digni- 
, tés qui contrastent si fort avec l'égalké et la 
fraternité dont vous parlez sans cesse; nous 
font connaître cette hiérarchie, ces ornements, 
et tout cet attirail enfin qui ne convient qu'à 
des jeux de théâtre, ou bien aux pratiques des 
anciennes idolâtries? 

, Oui, j'en conviens, mes frères, le monde est en 
droit de nous adresser de tels reproches; et je 
n'en expose ici la série, que pour affiri^er en 
même temps que les vrai^ maçons ont toujours été 



33p CHOiSL QS DISCOURS. 

las^preoiîers à se plaiqdre de cette àcoumulalioa 
discordante de pratiques ^ qui semblent, pour 
la plupart, sortir des écoles de la magie^ ou des 
antres de la superstition , et pour déelarer qu'ils 
espèrent qu'avec le temps la maçonnerie saura 
s'en débarrasser, et rendre ses cérémonies aussi 
sensées, aussi simples que le sont ses principes. 
Mais le monde, à son tour, est-il bien fondé 
dans 0es critiques-, lui qui compté autant et plus 
de singularités peut-être que la maçonnerie ? 
N'a-t-il pas aussi ses usages inexplicables? N'a^ 
t<*il pas $es lampes, ses cierges, ses ossements 
humains, ses draps mortuaires, ses, paroles ca-t 
balistiques, ses gestes, ses mouvements de bras 
et de mains, ses eaux purificatoires, ses grades, 
ses hiérarchies , et toutes ees cérémonies enfin 
qui, sans aucune exception, sont copiées des ce* 
rémonies de l'antiquité, sont prises chez les In*» 
diens, les Grecs, les Romains, et autres peu-» 
[des qui valaient mieux, sans contredit, que 
Qos accusateurs , puisqu'au moins ils n'offraient 
que comme des symboles et des emblèmes ce 
que nos censeurs nous donnait comme des faits 
positifs et des vérités constantes'; et avec cette 
différence encore que jamais l'antiquité, pas 
pJus que les ibaçons, n'a persécuté m égorgé 
les peuples pour leur faire adopter ses récits et 
ses mystères? 



CHOIX DE DISCOURS. 33l 

Quant à V égalité ^ à hi fraternité qn^ le inonde 
nous reproche d'enseigner, et qu'il envisage 
avec tant de dédain, le inonde niera -t- il qu'il 
ait aussi ses livres, et ce sont les plus sacrés, 
qui les enseignent positivement, qui les ordon- 
nent dans toute la force et dans toute l'étendue 
de9: ternes; qui disent : // n^ aura parmi vous 
ni premier ni dernier ; celui qui voudra être le 
premier sera le dernier ? Le monde est obligé 
d'avouer que ces préceptes lui sont donnés; 
mais vous savez ^ mes frères, comment il les 
exécute; comment, surtout, ceux qui sont 
chargés de les faire conni^itre, les observent! 
Vous savez à combien de guerres et de massa-* 
cre3 les apôtres de la pauvreté ^ de Vhumilité, 
de la charité, ont donné lieu, pour être préci- 
sément les premiers, pour écraser leurs yrèr^^, 
et leur donner des lois du sein de l'optitence et 

des grandeurs! Vous savez ce qu'il en a 

coûté de larmes et de sang à l'univers, pour 
avoir essayé de rappeler ces frères dominateurs, 
ces serviteurs tout-puissants, à des principes de 
modération et d'humanité I... On eut dit qu'il» 
n'enseignaient leurs livres que par dérision, 
comme pour montrer, dans l'éclat du plus san- 
glant Contraste, toute la distance qu'il y avail 
entre leurs paroles et l'insolence de leurs ao- 
tions : et nous avons vu; l'histoire nous a mon- 



53à CHOIX DE DISCOURS. 

tré que V égalité^ là fraternité des docteurs du 
monde étaient, d'un côté, la misère et Tescla- 
vage; de l'auo'e, les richesses et la tyrannie; 
étaient, pour les uns , les privilèges de tous les 
vices et de toutes les jouissances; pour les au- 
tres , le deuil et les larmes, les cachots, les tor- 
tures, les malédictions, les bûchers et la mort! 
Quelle fraternité , grand Dieu!... que celle qui 
a inventé, qui a établi Thorrible, Texécrable 
inquisition!..* 

Voilà, mes frères, quelles sont les perfections 
du monde! Je les ai rapprochées de celles de 
la maçonnerie , pour que vous les compariez , 
pour que vous les jugiez. Voyez, et dîtes main- 
tenant auxquelles vous donnez la préférence. 

Aussi le monde , abîmé dans ses fausses doc- 
trines, enfermé dans ses éternelles contradic- 
tions, a toujours eu besoin de ressorts cachés, 
de moyens ténébreux , de ruses , de lâchetés , 
de cruautés incroyables, pour accomplir ses 
desseins. De là ces terreurs continuelles, ces 
inquiétudes, qui assiègent, qui bouleversent les 
esprits , et qui rendent le monde lui-même mar- 
tyr de sa propre malice. Il ose vanter ses grands 
secrets, ses hautes conceptions !... Hélas ! trom- 
per, diviser, mentir, voilà, en trois mots, tout 
le génie, tout le secret du monde... 

Notre secret à nous, mes frères, ce grand 



CBOIX DE DISCOURS. 333 

secrat si renomme^ si rechercha ^ si demandé 
par les profanes , est précisément le contraire» 
Notrie secret , c'est l'amour de nos semblables ; 
nos ressorts cachés, c'est la justice; nos ruses, 
nos complots , c'est la sincérité , c'est le bon sens 
et la raison; c'est l'étude et la science, non la 
science de ces savants que le monde emploie 
pour ses machinations , pour enseig^ner ses men- 
songes et louer ses perfidies; de ce$ savants, 
espèce d'instruments organisés pour tous les 
temps, pour tous les maîtres; raisonnant tou- 
jours à merveille dans les mains de toutes les 
tyrannies; de ces savants qui savent si parfaite- 
ment tourner les crimes en vertus , et les vertus 
en crimes, selon les besoins des circonstances et 
de leur intérêt personnel ; mais la vraie science 
de l'honneur, de la probité, de l'humanité : 
voilà notre secret, tout notre secret. Vous pou- 
vez le révéler, le répandre : puisse- 1- il être 
connu de tout l'univers! C'est avec une telle 
science, mes frères, que vous serez toujoiirs 
heureux et libres, autant qu'il est donné à 
l'homme de l'être sur la terre. On pourra vous, 
empoisonner comme Socrate, vous briser les 
membres, comme on l'a fait à Épîctète, vous 
enfermer dans les cachots, comme Galilée; je 
vous <lis' que vous serez plus heureux, plus glo- 
rieux que vos persécuteurs ; car vous aurez au 



3^4 CHOIX DE DISCOURS. 

moins la paix de Tâine ^ que les mëchantâ n'ob- 
tiennent jamais ; parce qu'ils ont le cœur rongé 
de craintes et de frayeurs. La vie n'est point 
quelques morceaux de chair animés; la vie, 
c'est la vertu. Est-ce que Socrate marche en- 
core dans les rues d'Athènes ? Non certainement; 
mais son âme immortelle plane sur la nôtre, 
BOUS enseigné encore, nous donne toujours des 
leçons. Ces trois cents Spartiates qui combatti- 
rent aux Thermopyles pour sauver leur pays, 
sont-ils morts tout entiers? Non, non : nous les 
voyons encore del)out, l'épée à la main, faisant 
trembler une armée d'esclaves! Leur image est 
devant nos yeux; elle est là qui nous crie i Pa- 
trie I ••• Patrie I... Il est doux de mourir pour la 
patrie. •• Codrus, Léonidas^ Aristide^ Maro* 
Aurèlef vivront autant que le Dieu qui les for^ 
ma; et leur immortalité devient le souffle divin 
qui nous anime à notre tour. 

Voilà, mes frères , la vie qu'il vous fout cher- 
cher, la vie que vous obtiendrez avec du cou- 
rage, et qu'il n'appartient pas à la malice du 
monde de détruire. 

Je m'arrête , j'ai rempli ma tâche. Je crois 
avoir répondu aux objections du monde; je crois 
lui avoir appris ce que nous sommes, et l'avoir 
fait souvenir de ce qu'il est. J'ai dû présenter 
ce tableau, pour instruire ceux d'entre, vous 



CROIX DE DISCOURS. 335 

qui demandaient à Fêlre , et rendre le courage 
à ceux que les sarcasmes du monde savaient in- 
timidés. J'ai du venger la maçonnerie des atta- 
ques de l'imposture et des calomnies de l'igno^- 
rance. L'ignorance et l'imposture , vouslesavez^ 
sont nos éternelles ennemies : elles s'agitent et 
se tourmentent sans cesse pour nous a(ccabler ; 
mais elles n'obtiendront peut-être pas les triom- 
phes qu'elles se promettent. La vertu aussi est 
une puissance, et Dieu, qui l'a mise en nos 
cœurs, qui nous a donné la raison et la vérité 
pour guides , qui veut que l'ordre et la justice 
régnent sur la terre, ce Dieu, dis -je, saura 
bien nous sauver, saura bien achever son ou- 
vrage. 



336 CHOIX DE DISGOUJflS. 



DISCOURS 



PROllONCi DAKS Lk COVril>iRATrON DES CRKVALIBIS KADOOBS. 



Il y a quelque téioérité à élever la voix dans, 
cette enceinte , où dés talents supérieurs se 
sont fait remarquer de tant de manières diffé- 
rentes; mais il vous sera facile de voir que cç 
n'est paà pour entrer en lice que je me pré- 
sente à la tribune. Je ne cherche point des pal- 
mes que je ne pourrais atteindre; le seul désir 
d'être utile à la maçonnerie m'encour^e à 
parler : je voudrais la faire connaître davan- 
tage^ la faire aimer plus qu'on ne l'aime, la 
tirer, s'il est possible, de l'état d'abaissement 
où la tient je ne sais quel système d'inertie ou 
plutôt d'oubli des devoirs qu'elle impose; je ne 
sais quel goût de prééminence et de domina- 
tion , quelle habitude de dispute et de contro* 
verse, qui l'avilissent , qui consument le temps 
des maçons, ne leur apprennent rien, finissent 
par les fatiguer et par leur faire déserter des 



^CHOIX DJÙ DISCOURS. 5X7 

temples où ils étaient venus cfaereber la sagesse 
et la lumière. 

Mes frères, je ne me dirai pas plus habile 
qu'un autre dans les conceptions d'ordre et de 
législation; mais je crois savoir autant qu'nrjL 
autre ce que c'est que le cœur de l'iromme») et 
quels sont ses besoins. Je crois savoir quelle 
haute idée la plupart de nos frères s'étaient 
formée de la maçonnerie avant qu'ils ne la con- 
nussent; quelle peine ils éprouvent de voir 
leur attente mal remplie, et quelle certitude 
ils conservent cependant, qu'on pourrait ren- 
dre ces institutions beaucoup plus profitables 
à la société. 

Qu'est-ce que la maçonnerie? N'est-ce pas la 
recherche de la science, la pratique de la ver- 
/tu-et la confraternité générale entre les hom- 
mes? 

Si cette définition est juste, il ne s'agira donc 
plus que de jpasser à l'application , et de tracer 
les moyens que nous emploierons pour remplir 
les vœux de la maçonnerie. C'est une tâche que 
nous ne devons plus différer d'entreprendre; il 
y va de sa gloire et de sa prospérité : du moins 
je me le persuade ; et c^est le seul motif qui 
me porte à vous prier de vouloir bien m'en ten- 
dre un moment. Je réclame votre indulgence, 
car je sens qu'elle me sera souvent nécessaire. 

H. 22 



SS8 GBOIX DI DISCOURS* 

. Pour nNittre quelque méthode dans ce dis- 
cours, je l'ai divisé en trois parties. Ne vous 
effrayez pas /chaque point sera. court. 

^ Le premier présentera des considérations gé- 
fiérales sur le but de nos institutions y et pla- 
cera nos esprits dans l'état où ils doivent être 
pour mettre nos travaux d'accord avec nos 
principes. 

Le second traitera de l'enseignement à don- 
ner aux initiés sur nos dogme$ et sur notre mo^ 
nUe. 

Et le troisième, dqs encouragements et des 
récompenses à établir pour les frères qui s'ea 
rendront dignes. « 

Je commence. 

Too^ les hommes sont nés pour la vérité et 
pour la lumière , quoi qu'en disent ceux qui 
voudraient cacher la lumière et la vérité; mais 
tous ne sont pas préparés à la recevoir, ni par 
conséquent à en faire un bon usage. Ils ont cette 
obligation à cette espèce particulière d'hommes 
qui s'imaginent que les autres hommes ne sont 
faits que pour l'ignorance et la servitude , et 
qui se sont arrogé le droit de les traiter d'après 
une opinion aussi insensée : je dis insensée , 
parce que , si l'on mettait aqtant de soin , si 
l'on eniployait autant de trésors à cultiver l'es* 
prit et la raison de l'homme, à lui faire com- 



CHOIX Dfi DISGOtlIiS. 5^9 

prendre U dignité de son être, qu'on en dé- 
petase à Tavilir, à le tromper, à le subjuguer, 
il n'y a pas de doute qné la congrégation ded 
hommes ne présentât l'aspect d'un bonheur 
général , n'offrît un tableau vraiment digne du 
Dieu qui nous a orées , et qui / certes , puisqu'il 
est bon et juste , ne nous a pas créés pour être 
ignorants et malheui^eux. 

C'est une vérité que vous ne pouvez refuser 
de reconnaître, puisque c'est d'elle précisément 
que la maçonnerie a pris naissance. 

ti Non , nous ne sommes pas nés pour être 
ic ignorants et malheureux. «Voilà les premiers 
mots qu'ont dû prononcer les premiers maçons, 
et ils en durent prendre Dieu lui-^même à té- 
moin. 

La n^açonnerie est donc destinée à réparer 
les torts des n^échants et de leurs fausses insti- 
tutions y et à tracer les règles nécessaires pour 
rendre à l'homme ses droits et sa dignité. 

Atissî met-elle au rang de ses premiers de» 
voirs la propagation des idées généreuses; et 
c'est ce qui lui attire, avec de nombreux enne- 
mis^ des partisans plus nombreux encore , mais 
dont malheureusement les qualités et l'esprit , 
quelquefois peu appropriés à ses vues , nuisent 
souvent à ses succès. 

Auséi la maçonnerie, envahie pour ainsi 



54o CHOIX DE DISCOURS. 

(dire , et. prise d'assaut dans ses premiers grades 
par le vulgaire ^ s'est réfugiée dans des grades 
supérieurs , dont elle rend raccès^plus dîMcile y 
et qu'elle va s'empresser de faire tourner à l'a- 
vantage réel de la société. 

Le grade de Ch.*. K.*. D.-.^ c'est-à-dire 
de chevalier sainte sanctus, qui est un des plus 
élevés, présente beaucoup de moyens d'atteint 
dre le but qu'elle se propose. 

Four parvenir à ce but , il faut moins s'occu- 
per de ce que la maçonnerie a été autrefois 
que de ce qu'elle çloit être aujourd'hui ; il faut, 
en quelque sor^e , renoncer au passé pour ne 
plus envisager que l'avenir. 

Nous ne discuterons donc plus sur son ori-- 
gine ni sur son histoire. Il est libre à chacun 
de lui supposer celle qui lui plaira , de la ti- 
rer de l'Inde ou de l'Egypte , de la faire naître 
de telle guerre , de telle secte , de telle révo* 
lution, de tel système astronomique ou rein 
gieux. Les Ch.*. K.-. D.*. abandonnent. un 
moment les plaisirs de l'érudition pour des 
avantages beaucoup plus grands : je veux dire 
l'application des principes de la maçonnerie; 
et c'est précisément pour remplir ce dessein , 
qu'ils ont établi la confédération qui nous l^as- 
semble. 

Déjà cette confédération s'est donné (les lois 



CHOIX DE D'tSGODRS, 54^ 

et des règlements ; elle est prête à commencer 
ses travaux. Elle éprouve le besoin de mettre 
enjeu ses utiles conceptions; mais presque aus-* 
sitôt votre désir de bien faire vous porte à vous 
demander à vous-même : w Gomment allons- 
w nous faire le bien ? Qu'allons - nous ensei- 
c( gner? » Étrange position^ qui révèle en un 
instant, et malgré qu'on en ait^ tous les obs- 
tacles et tous les embarras qu'éprouve là vertu 
sur la terre !..... 

« Qu'apprendt'ons-hous à nos disciples? 
« Quels seront nos dogmes ^ notre morale? Eii 
H un mot, comment allons -nous coopérer au 
« bonheur de l'humanité? » Car, vous ne me 
démentirez point, ce sont là tous vos vœux. 

Ces questions, mes frères, quelque impor- 
tantes et quelque nombreuses qu'elles soient, 
sont heureusement faciles à résoudre : vous 
n'aiurez que l'embarras du choix dans les moyens 
qui se présentent; et d'abord, pour vous met- 
tre plus vite sur la voie, je n'ai besoin que de 
vous rappeler une chose, c'est le serment que 
vous avez fait, et que nous renouvelons chaque 
fois que nous nous réunissons. 

Vous jurez de combattre le fanatisme et la 
superstition. 

Eh bien! mes frères^ c'est dans un ter ser- 
ment que vous trouverez la source de tous vos 



543 CnOlX t>S^DISGOUE«« 

devoirs , et la possibilité de les /remplir ; <'esi 
de là que Yoat découler les dogmes et la mo-« 
raie que vous proposerez aux adeptes dig^a 
de s'associer ^ vos^npbles travaux. 

Co0)baltre le fanatisme et la superstition: me 
semble uu des plus glorieux efforts de la vertu 
hu;naine; car une pareille entreprise ne pres- 
sente que peines et que dangers, sans* autre 
récompense que l'estime de soi /et Tapproba^ 
tion de quelques frères, qui fopt leur bonheur^ 
du bonheur des autres : il est vrai que cette ré- 
compense est la plus douce de toutes pour qui 
sait l'apprécier. 

Mais qu'est*ce que le fanatisme et qu^eat^ce 
que la superstition? vous demanderont pent-^ 
être de nouveaux initiés . Et comment pour- 
rons-nous les combatlre sans troubler les so- 
ciétés qu'ils infectent, sans nous attirer la 
vengeance de ceux que le fanatisme et la m-- 
perstition comblent de biens et de prospérités? 
(t Qu'est-ce que le fanatisme et la supersti-^ 
<c tion? I) Hélas I mes frères, je ne sais quel 
trouble et quel effroi cette seule question excite 
dans tout mon être : les dépeindre , c'est déjà 
s'exposer à leurs fureurs ; les nommer seule- 
ment, c'est les attirer sur sespas.... Toutefois, 
avant que de répondre, ne devrions -nous pas 
voiler le sanctuaire , et cacher le nom de l'Ê* 



ternel , qim.ces ««uU noms , souillent «t àéih0^ 
norent? 

L6 fao^ti^me et 1» suf>eFslitioil sont deoi 
ikionsires né» de. ee qu'il y a de plus Cupide ai| 
monde* rignOrance; de ce qu'il. y a de plus 
cruel , l'arpbitîoQ et la fourberie» Ce sont deuk 
hydres à cent têtes > à. mille. Ijkes^ toujoursr Fe<«^ 
naissante», toujours affatdée»^ qui.rëpandenjt 
partoiit le poison e( la.fladmtt/ qui dévorent 
k& hommes., les peuplés^ lest générations ^ et 
qui qi^ creusé, sur la (erre un. gouffre élernel«- 
lementoHvert pour engloutir encore des-géné*- 
rationa nivelles. 

Ah l m^s f pères ,. eu v^in voti>À esprit slëpui- 
serait à faire le cfkicul des maux^ qu'ite ont 
causés, à mesurer les lariDes^ et le sang qu^ik 
ont fait répandre : vous. tomberiez de lassitude 
avant que d'arVQÎr pu compter la moitié de lenr^ 
TÎctimes. 

Ce qui m'étonne, ce^que j'admire^, c'est le 
courage qui vous reste encore de eombattre un 
ennemi qu« nuUe p«tssance au monde n'a pu 
vaincre. 

Mais enfin voi» avez conçu quelque espoir^ 
et vous cherchez s'il est des. armes qui puissent 
servir votre courage. 

Oui, mea frères^ il en existe ; elle» sont prés 
de voua;, il ne tient qu'à vous^ de vous en saisir 



544 aaoïx de disxïours. 

etd'en faire usage; je les ai souvent indiquées 
aux vrais maçons : ces armes sont la seiénee , 
k viérilé, l'hiûiiamié. Le fanatisme nait de Ti^ 
gaoran€e;%*^/{A l'ignorance opiposez )e savoir, 
éclairiez ies> liobapies, enseignez la vérité. Aux 
lumières jotguee les vertus , et TUnivers est 
^6alLvé• Je fi^e connais pas d'arme plus sûre et 
plus i terrible que celle que je propose ; te eiel 
même ne yqu^ e» fournirait pas d^àutre». 

' lyiais le monstre nait aussi (fe ^ambition et 
de:lal6urbe^e.... Eh bien t la science, et la vé- 
pitë sont encore vôtre unique ressourcé. Prér' 
sentez , ne cessez de présenter à tous lés yeux 
lies funestes réràltats de là fourberie'et'de Fam- 
bition. ii'Eistoire du monde est là^ ^ui sera 
i^otre s^uxiliaire. Prenez -> y ]es exemples et les 
iaits les plu^ frappants. On écoute encore This- 
toire; elle parle du haut de soixante siècles de 
malheurs : elle parlera pour vous ; elle tou- 
chera les cœurs les plus durs /et confondra 
les plus pervers. Montrez la terre envahie , dé- 
pouillée, désolée; montrez ces champs engrais- 
sés de cadavres et ces montagnes dégouttantes 
de sang humain; montrez cette servitude éter- 
nelle devenue son seul héritage , et dans la ser^ 
vitude, les supplices, les gibets, les brasiers 
ardent». Il existe encore des débris de nations 
qui. rendront témœgnage.de ces épouvantables 



CADIX DR. DISCOURS. 345 

ealamitiés, et qui pleupeot encore fttijourd*hin 
sur leurs villes détruites et leur patrie au tdtn* 
beau. Iaterrogez4es^ interrogez ce malheureux 
peuple de Tldumée^ dont Israël' (ut l'ancien 
nom : il pourra, mieux que tout autre, vous dire 
ce que coûtent l'ignorance et l'ambition , et à 
quels excès dé^orables elles peuvent conduire. 

.Demandez -lui combien de millions d'hom- 
mes il a massacrés , combien de rois il a égor- 
gés, et par quels ordres 

Demandéz^ui pourquoi il brûlait ses enfants 
vivants en l'honneur de Molàchy le dieu même 
des peuples qu'il venait d'exterminer? 

Den^andez*^ lui. pourquoi ses prêtres détrô- 
naient, égorgeaient ses propres rois , et pour- 
quoi ses rois s'égorgèrent presque tous les uns 
les 'autres? . ' • 

Demandez-lui en quelle circonstance le frère 
était obligé de tuer sur^le--champ son frère, le 
père son fils, sa fille, sa femme, son ami le 
plus tendre ? 

Dans quelle circcmstance il fallait brûler 
toute une ville, exterminer les animaux, les 
, hommes, les femmes, les vieillards, et les en- 
fants sur le sein de leurs mères? 

Demandez aux Gaulois, nos ancêtres, pour- 
quoi ils brûlaient aussi des femmes et des en- 
fants en l'honneur de leur dieu Teutatès , et 



346 CnOlX QS DlSQQUMS^ 

çQQSu} taïaut l'avenir <kii* de»: efitrailiiss^ bun- 
luaiiies? , 

Descendez^ ehes& les peuples moéermés. De^ 
pand^3} quî: a causé la divisba et la ruine de 
l'empijre ro^iaÎD ? qui a» égorgé las Saxehsvks 
Yaudois , les Albigeois 2 qui a nassaoré les 
peuples, de TAmérique^ et la moitîé des pea-*- 
pies de r£urope.? JÉ^utea eetle éloche qui 
so^ne la Sain^*^arih^lemy !;..... • Parcourez ies 
rues de la ville cju. .oous vivons , et demûadez 
cpi les a jonchée^ de morts., inoàdées àa swag ? 
Voyez la iète du plus vertueux desiboiMtes^ 
l'aniiral Colley, et ditenr-noui^i ^ehi assassins 
Vqfhjt fait tomber]^ qui Ta envoyée est présent 
au gr£uul-prêtre de ilo«ie , pour en faire uii 
trophée dans les horribles joie» dn&Bsaujdéçs 
pour célébrer la plus horrible victoisie ? Qui 
donc a commis tous ces; crinoies^ toute» ces 
barbaries 2 Répondez :. n'est *-c« pas rafimbt- 
lion? n'est-ce pas le fanatisme et la supersti- 
tion? 

G'e^t done à juste titre que nous juroué; de 
les combat Ue et de les détester. L'histoire des 
n^heurs du monde nous absoudrait si ^igmi^ 
rance et l'imposture osaient nous accuser. 

Mais^ mes frères^, le ciel n*a pas refusé teut 
remède à des maux aua^ grauds i celui (fui a 
créé le soleil poi^r éclairer Funivera^ a aussi 



CHOIX DB D}0GQUil9. Z^? 

çré4' la r^aoff et la acience pour ooiIb gimltr 
dans ce dédale d'horreurs et de calamkéa. Si 
le fanatisme enfante des moasires^ le etel crée 
des hommes vei^tneux pour les combattre ; et 
chaque siècle , pour i^insi dire., a vu naître un 
réparateur à coté, d'un g^nie malfaisant. Des 
héros I des sages, dea amî^de rhumftnité, ont 
paru presque sttns interruptî<^ dans aous les 
âges^ pour éclairer ^ pour eonsoler la terre. 
Rassemblez teurs noms augustes; recaeillei 
leurs préceptes divipfs, leurs vertus, laursr ac^ 
lions snblimôs ^ et présentez -les sans cesse au 
souvenir de vos initiés^ : par là vous ramènerez 
l'espoir dans des cœurs éperdus, et vous prou-* 
venez que le bien qu'ils ont fait est encore pos- 
sible k faire. 

Citez souvent les préceptes de Zoroastre et 
de Confucius ; rappelés le dévouement de Co- 
drus et de Léonidas, les maximes et les vertus 
de Pythagore, de Socrate, de FUton, d'Épic* 
tète et de Marc-Aurèle* 

Dites avec Zoroastre : « Aimez vos sembla- 
«c blés , secourez - les , pardonnez à ceux qui 
« vous ont offensé, n 

Ne cessez de dire avec Confucius : « Aimez 
fc votre prochain comme vous-même ; ne fiaites 
H pas aux autres ^e que vous ne voudriez pas 
c< qui vous fût fait. Pardonnez à votre enne-^ 



548 CHOIX BEDI^COORS. 

«•mîj.réooncîliezrvoag arec lui, invoquez Keu 
ic en sa faveur. » 

« Honorez l'hotnme ; »é Tinsultez point, ne 
H l'outragez pas; car, après Dieu, il n'y a rien 
u de plus noble que l'homme. Il est écrit : Dieu 
ce a fait Fhomme à son image, m ' 

Faites remarquer que ces préceptes sont aussi 
anciens que le monde; qu'il» ont été communs 
à tous les pays , à tous les climats , et que les 
efforts des méchants n'ont* jamais pu les dé- 
troire; ce qui prouve qu'ils ne périront jamais. 

Les inkiés , préparés par de telles leçons , 
éclairés de si pures lumières, reconnaîtront fa- 
eilement que nous ne professons point d'antre 
sagesse que la sagesse de tous les siècles, et par 
conséquent la vraie sagesse donnée par Dieu 
lui-même. 

Ici commence naturellement Tinstructiôn 
particulière que vous pourrez présenter à vos 
initiés , et dont je vais faire la seconde partie 
de ce discours. 

Cette instruction sera simple ; elle se déduira 
évidemment des principes et des exemples que 
je viens d'exposer : il ne s^gira que de la di- 
viser en théorèmes, ou propositions faciles à 
comprendre, qui ne blessent en rien les doctri- 
nes du monde , et qui soient en même temps^ 
propres à satisfaire les Initiés; car, Vous le sa- 



yf^Zj il en. est pw qui ne s attendenl ^ lors- 
qu'ils montent en grade ^ à recevoir quelque 
lainière nouvelle sur les grandes questions de 
l'ordre moral, sur le^ dogmes et les lois qui 
gouvernent l'univers, w Qu'est-ce que Dieu? 
« Où est Dieu? Est -il séparé de la. nature? 
« Est -il la nature elle-même tout entière? 
« Pourquoi le mal existeH-il avec un Dieu juste 
« et bon?» . V . 

Toutefois, mes frères, vous ne croirez point 
que ce soit à des questions de cet ordre que 
nous nous proposions de répondre : nous ren- 
verrons toujours les nouveaux frères aux livres 
qui traitent de ces matières, et. nous ne preQ- 
dron3 point la responsabilité de fixer le^irs idées 
à cet égard. L'instructipn que nous donnerons 
est moins embarrassante ; elle est plus selon nos 
forces, et se place plus utilement dans l'u- 
sage de la vie maçonnique : elle serait le vrai 
corollaire de la morale universelle. Je vais 
donc essayer de l'exposer succinctement et 
avec clarté^ je réclame de nouveau votre indul- 
gence. 

Nos dogmes sont Dieu et la vertu. 

Nous honorons Dieu comme l'auteur de tout 
ce qui est bien , et la vertu comme destinée à 
conserver tout le bien que Dieu a fajit. 

Nous cultivons notre raison comme le moyen 



35ô CHOIX ut DlSGOtJt^K» 

le plua sÀr de pUira à la DiTJjnité^ et d'être 
utiles à nos semblables. 

Nous cultivons la science comme le plus sur 
moyen de rendre la raison pi^ofitablé, d'établir 
Tamour de Thumanitë, et de nous sauter^ par 
conséquent, des ravives du fanatisme et de la 
superstition. 

Nous jurons baine à la superstition et au fa-^ 
natisme , parce qu'ils sont la source des- pkia 
grands maux qui puissent affliger les bommes. 

Nous n'exigeons d'autres conditions pour être 
admis parmi nous que la probité et le savoir; 
nous recevons tout bommé honnête et instruit, 
quels que soient sa croyance, son pays et ses fois. 

Notre maçonnerie laisse en paix les opinions 
et les consciences : nous n'admettons dans nos 
assemblées aucune controverse religieuse , au- 
cune discussion politique. 

Là où la dispute politique ou religieuse com« 
mencéy notre maçonnerie cesse. 

Elle n'enseigne rien de caché, de douteux, 
de mystérieux, de surnaturel; elle ne s'occupe 
que d'idées positives et faciles à comprendre ; 
elle ne s'appuie que sur l'expérience, sur l'his- 
toire , et sur des faits prouvés et non contestés. 

Là où le mensonge, la ruse et la violence 
paraissent , notre maçonnerie* n'existe ^lus. 

Elle regarde comme mensonge tout ce qui 



CHOIX de'disgouis. 55i 

u*e$i pas conforme à la raison , 4iu bon sens et 
anx lois invariables de la nature. 

Comme violence , tout ce qui abuse de la 
force pour enfreindre les lois )ie la justice et 
de la raison. 

Gomme ruse, tout ce que réprouvent la fran- 
chise , la droiture et le cri de la conscience. 

Pour pratiquer la vertu y il faut du courage ^ 
il en faut toua les jours , à tous les instants; car 
le vice^ le mensonge et l'ignorance, veillent sans 
cesse pour attaquer ce qui est vrai^ détruire ce 
qui est bien , et régner à leur place* 
. Ainsi donc nous exigeons que nos initiés 
s'instruisent, afin que la science devienne pour * 
eux le moyen de combattre l'ignorance^ le vice 
et le mensonge; nous exigeons qu'ils soient at- 
tentifs, réfléchis, discrets, laborieux, et qu'ils 
aient toujours en vue le triomphe de la justice 
et de la raison. 

Tel est, mes frères, l'aperçu de l'instruc- 
tion que je crois nécessaire de donner à vos 
ioiliés : vous lui prêterez l'expression et le sen- 
timent d'une rédaction plus habile i mais il est 
indispensable que cette instruction soit de na- 
ture à fixer leurs idées , et à frapper leur es- 
prit d'une impression solide et durable^ qui tes 
rende capables d'être les coopérateurs du grand 
œuvre que vous entreprenez. 



552 GfiOIX DE DISCOURS^ 

r-Ii est.temps, mes frères, qu^ ce graudtsovre 
commence : les maçons le demandent avec ar- 
deur^ Tattendent avec impatience. Assez d'an- 
nées^ souffrez que je k dise, ont été employées 
en discussions stériles , en travaux de forme et 
de représentation. Ce n'est pas pour offrir au 
monde le vain spectacle de cérémonies futiles , 
que la maçonnerie existe; ce n'est point pour 
nous créer, des dignités oisives , pour nous cou* 
vrir d'insignes et de cordons , pour marcher la 
mitre en têle et le bâton augurai à la main ; 
ce n'est pas pour servir aucune secte ancienne 
ou moderne, pour venger d'illustres morts, ou 
rétablir des ordres éteints, ni pour retourner aux 
croisades, ni pour nous constituer les premiers 
parmi nos frères , que nous existons; mais pour 
enseigner la sagesse , le pardon , la concorde et 
la confraternité générale entre les hommes. 

Voilà pourquoi la maçonnerie existe et pour- 
quoi elle doit exister. Elle n'a point d'autre but, 
d'autre volonté; et je pense qu'il serait difficile 
d'en trouver de plus nobles et de plus sacrés. 

Annoncez ces principes à vos initiés : répan- 
dez-les chez tous les frères , et vous trouverez 
plus de vrais disciples que vous ne pensez. Le 
cœur de l'homme ne demande que justice et 
qu'amour. Fatigués des erreurs et des iniquités 
du monde , les profanes eux-mêmes cherchent 



CHOIX DE DISCOURS. 555 

le r^pbs. Vo\i8 les verrez accourir auprès de 
^ous, et se réfugier dans nos temples comme 
dans un, port de siailut et de tranquillité. Oui^ 
les hommes sont bons; les mauvaises institu- 
tions seules ont fait les méchants , et c'està la 
maçonnerie à les rendre à la vertu. 

Il ne me reste plus, mes frères, qu'à vous par- 
ler des récompenses et des encouragements : je 
souhaite que ce dernier point ne vous fasse pas 
oublier lés deux autres. Je terminerai ^ si voua 
le permettez, par quelques ob^rvations criti-' 
ques, que je crois nécessaires au bien commuta 
de la maçohnerieé Ne considérez pas si , dans 
ce discours , je conserve ou non l'unité de mon 
sujet : ce n'est point une pièce d'éloquence que 
je viens vous offrir, mais une preuve de zèle et 
d'utile sincérité. Parlons cPabord des récom- 
penses. 

Il n'est pas d'institution qui , quand elle pres- 
crit des obligations et des devoirs, n'établisse en 
même temps des récompenses et des encourage- 
ments; notre faiblesse humaine le veut ainsi; 
partout où il faut combattre, il faut encourager 
le soldat et récompei^ser le vainqueur. La récom- 
pense est le doux aliment de courage ; elle l'est , 
parce qu'elle prouve l'estime et le contentement 
de ceux qu'on a voulu servir. Le vainqueur mon- 
tre sa couronne ,> et chacun de ses compagnons, 

II. 23 



554 CQQIX DE PISGOUBS. 

en Vapçlaudwwt, dit ; f< DemaÎBjQ sçrai peut- 
te être au9$i couronné pa? mes frères. » 

J^es chey^liera qui veulent tenir leurs aer- 
meq($ , et qui sauvent cç que c'est qu'un ser- 
ment foit II Diçu et à la vertu i; ces chevalteTat 
dis-je, ont des devoirs longs et pénibles à rem- 
plir j ils ont des obstacles à vaincre , des erreurs 
à combattre , des adversaires à redouter», une 
guerre éternelle à soutenir contre le^ plua leiv 
riblesde tous? l'ignorance et le fanatisme. Un 
digne chevallier peut tomber dans les pièges 
d'4|n traître, sous les coups d'un délateur^ d'un 
méchant, d'un hypocrite; il peut être la vic- 
time de trop dQ confiance et de générosité; il 
doit s'attendre enfin aux persécutions réservées 
^ux zélateurs de la justice, aux ennemis du 
ngiensonge : alors n'a-t-il pas droit à la recon- 
naissance, aux hommages, à l'amitié, auxcon- 
soli^lions de ses frères ? 

, Il vous appartient donc de fixer par quels 
moyens vous honorerez ses efforts, vous ç^Wr 
ronnerez ses succès , vqus proclamerez^ s|i vertu ; 
par qnels moyeps vous consolerez se^ disgrâces 
et soulagerez ses infortunes; comment vous le 
visiterez dalns ses maladies et ses infirmités, 
^t , s'il vient à cesser d'être, commqitit'voUiS^ ré-. 
pandrez des fleurs sur sa tombe, et lui dîre^ 
le dernier adieu. 



GaOlX DE Dlf GQURS^ 355 

II; IIP popti»^ pour êncçurig&r sa viç ^ i|ue:yoits 
as8igniei; etiâsi de9 récoinpenBea à- aeé talenite^ 
Lestaient^ vitjQlbtd'éomtatiQn'; il.Enut insitkaep 
des eoncou|!)s 6t des piûi peur l«s* ouvrage» les 
mieuic &ît8/]e8 questions les mietix traitées : 
par ce moyen ^ vùus donnerez uii motif à son 
xé)e, et vous â^gmenteres& des luàQiiëres:cpti4>e«t 
jaillimnt sur: tqusi les frères; ; 

Mais il es.t tencore un genre d^encoyragem^nt 
plus propre que tous l^s autres à fortifier Time 
du chevalier, à lui donner de Ténergie : ce $&<- 
rait le tableau constant du zèle et de la bonne 
intelligence de tit)us les frères , dirigeant leurs 
pensées, leurs démarches et leurs eGPQrts vers 
un même but, qui serait le. bonheur commun^ 
la gloire et la prospérité de Tordre* Un tel acrt 
cord soutiendrait merveilleusement l'ardeu^^t 
le dévouement des initiés, parce qu'il offriimt 
le présent comme une sûre garantie d^ Ta v^^ii^* 
Ici nous sommes obligés de nous ariièt|ei?.«lti 
n^omeot pour nous demander jusqu a quel point . 
les maçons présentant uti tel spectacle à leurs 
frères^ ou pour rechercher quelle eaU^e «a*- 
lève à la maçonnerie uu attrait aus$i puis^ 
sant. 

Cette cause est facile à trouver, et je l'$i d^i 
indiquée au comp^eûcement de ce discours ; 
4:'est la tiédeur, c'est la. négligence et ToMbii 



556 CHOIX Dfi DISOOUIIS. 

du devoir; ee^sont les petites passions. qui; se 
glUâBealdans nos temples^ comme «i nous étions 
encore des profanes. Oui, mes frères^ c^est une 
remarque, ou plutôt, uû reproche que' 1»> plu- 
part des maçons ont la franchise de ^se faire eiix-* 
m^es.trop de fois pour qu'il ne soit pas per- 
mis de le répéter. c< On vit trop sèchement ^ di-* 
c< sent-ilsy trop froidenVént chfez le peuplades 
m maçons; on se porte envie, on travaille peu, 
t( <oii se querelle, et le bien public est oUbtié. 
(c Comme chez ces atieiéns célibataires qu'on 
ce appelait des moines (excusez la comparai- 
a son) , on se réunit , pour ainsi dire , sans se 
ff connaître, V)n vit ensemble sans s'aimer, et 
H Ton se quitte sans se regretter. » Voilà ce 
que disent des maçons, et voilà' véritablement 
ce qui enlève à la maçonnerie un grand nom- 
bre de prosélytes, d'autant plus regrettables ,- 
qu'ils étaient plus capables d'en connaître et 
d'en remplir les obligations. 

C^pendant^ mes frères, nous pouvons chan- 
ger de situation en changeant de. système : il 
ne tiendrait qu'à nous de mettre dans nos rap- 
piorts plus de cordialité, plus d'affabilité, plus' 
de douceur dans nos discussions, plus d'amé- 
nîtë dans nos manières : la politesse seule, si 
elle élAit soutenue et active,' fêtait le charme 
de nos relations. Je voudrais que les maçons s^ 



di# tinguii^atii ^il tam. par la déHcite^e, d^iLeu» 
nmmn ^moamispii^ y qiièpAr^m cooilaîssatoi^ 

^iftplkiG^ier dapsilea loges^ Ib ^votr-^iriyre dimf) 
tlfiCi^otainéi Qoèk usagpa dans, le moncléy > 
î YooA le (vo^yei.^ -caé» frère»^ jeiine^ $ui8|^U 
T'échu dei^rreprobbea qu\)a ii0U3 rudres^e;! îl 
{mti»tJk^ne. quelqti'ua.ifKMiA dise Qe« défauts 
wUnousi . viwIqiIs bous ; en* csèi^iger. iV^tre cen- 
^ewi!ji:^Mi;iiou$ honore, compte prèa^de treate 
annéiss dereampâçn^a.tnaçoonîques i vous, paiv. 
à^nwf^ oette Ubarté a m Jongas^rviee^^fre* 
surtout au désir ardeul i|u'il épi*6vv«> de ycir. 
la ^lA90^mrîe remplir epfifti «?sibautfia4ti*i- 
nées. Le temps des amélioralkmâr^ aii^ii^év ^ 
>q6 qtoU t<mteeiquejê:YyM^)el'4:oii< ce què^j'àn- 
tends chaque jour^i Le (ir$iOd: Ojd^t lui-^êms; 
yàu$ rappfeml ^ en soumetjtgiiatt ses pi^preâ.tié- 
glemeiHa à t^. pi^édi ta tion^. Bartagesc^ Mtlwàn. 
ses eiffprts. Laissez^^à les disputes du cérémo^* 
i}ial> des ^privilèges et de l'amour r propre : la: 
mîiçqfiinerie est l'amour de la'véjrijtô H^àt l'hu^ 
maaité;' partez de ce pirii^îpQ^'n'en ayezpotnt 
d'autre; qu'il soit la seule bouss4}e.;qui dilîge 
vos pensées. Ocoupez-vojusde' riristrucStiô-u H 
de la morale; simplifiez^i^^s «mbiêmes^ vosii- 
te9 ^tvos liturgies; dépouillez-les y s'il se pçul, 
de ce que le temps et la harbalrie leur ont don- 



3H^ 0W»X>O£( |»^GO>0']|l$i 

Mtol«'^ lift p]?^]ièiTde;la ickf^&suimtf rwea-* 
air^éJBicei 'progrès 'etolrar ènipûreiirrësisiibk:; 
^otUettrmtiagc»' ^ 'lëd catfteii t ^quelquefois i <tië 
▼ous dëdoirmgeiit points litt séfeît de^^kJ^iié 
diiâipém lesi nitpLgef t ^àrdB&-QA It^périaAdeY et 

I^iHgitidrê^y i^^<^^e^ les lo^mpvuifetiiiAÎPi^^ 
reif^8C^èâ4e9 ^ii(^nfiai>éfii de< ts tfsi^u tet db 
te- i^Yltér' Aé$t$t dVtftras ^nseigriem^ iesit^èbra» 

-iK%e2 padrc^it d^-vôà gtiadlbaPÂw«rt>@titë H 
de fctottiiêd tt^Jttotîd; ■ ■"•: î '^'ï ^^^ 

Hfiij^tiiej» déà céfém^mç^ lôiSdbâi^e^vM' des 
pwrôq^è» Wàiment îii8t>U€tive«. \ ' • ^ 

-2}ninol}Uii|e2 totut <$6 quë vous !ferè(îi; que le 
r»Kù«iHemeii( ^ ifde fc êilenbe ^ pfédideiit< à vo$. 
examem V ^à vos réceptions ; qti'isiâ initié ^ M^^* 
tant de i^oê matng:> ' dise : voilà de$ lioinmës I 
j'-0fi eh^èhàîlsr^ j'en ai trouvé! roilà -def lu 
8ôimqe:> de l'ordre/ de«f'iiimièrës^L;;. Qu'il mÀi 
gl^mux, qu'à se sente heurero^ d'entrer dans 
un tet ëtal de clioses^ et ^Iws il- aimera tons 
ceux qui Ty âuro^it mtrodult^ San âme s'élè-- 
vera>nos- institutii^Miaupont pour lui d»^ cbar- 
mea; il eélébréra teurs" bielifafls; et la maçon- 



nérie Yictorieuse de toutes les puissances ad- 
verses, deviendra le lien fortuné qui réunira 
tous les hommes en un seul peuple de frères. 

Un si beau succès, un triomphe si doux vaut 
bien la peine qu'on y songe, et qu'on s'occupe 
de l'obtenir« ^ 

je n'irai pas plus loin, mes frères, j'ai rçm- 
, pli la tâche que je m'étais imposée ; je vous re* 
mercie de m'avoir écouté. Je crois avoir oublié 
peu d'objets importants. J'ai montré le but de 
la maçonnerie; j'ai désiré son triomphf;; j'en 
ai indiqué les moyens; j'ai rappelé vos ser- 
ments; j'ai tracé nos devoirs; j'ai fait connaître 
nos ennemis; j'ai peint les maux causés par 
l'ignorance, le fanatisme et la superstition. Ces 
maux sont grands : s'ils ont louché vos cœurs, 
si vous partagez Thorreur qu'ils inspirent, c'est 
à vous d'agir maintenant^ et de chercher à les 
diminuer. Le remède est en votre puissance ; 
il ne s'agit que de s'àiiûèr et de s'instruire. Vos 
frères vous attendent ; ils vous écouteront, vous 
chériront : l'univers entier vous applaudira ^ 
car la terre a besoin de vertu; elle a besoin 
de paix et de consolation : voilà trop long-temps 
qu'elle est malheureuse '^. 

"^ Bonaparte venait de mourir quand te discoàl9 ftn 
prononcé. 



^6é . CHOIX A£ DlftCOVXS. 

» • ... 

FÊTE riTNÊBRE 

SU I.'4IOKHXUft 

DU MARÉCHAL BEURNONVII/LE, 

. i . GRAND ÇOBUIANDEUR miOMNEUR 

DD SUPRÊME CONSISTOIRE DES RITES; 

C^l^r<^e l« 36* jour du 5* mois 58ai, an Grand Orienf de France , par le» 
'<' troll pltt's.hadU grades de la maçonnerie de Porient dé Paris. 



DISCOURS DE LTÊPÉÈ* 



^iÊt cette épée Mut agiiuuile et rielorieiée r» 
leurs mal os! QuVIle cKawe les téoèbres, et 
faiise reculer la hideuse ignoraâce ! P. 368. 



Brave général Beurhonville , tu fus grand 
commandeur d'honneur du suprême consistoire 
des rites. Chacun des ordres composant les 

^ Ce discours a précédé le moment où Tépéede 
Tordre a été déposée sur le catafalque de Tillustre 
frère Beumonville. 

** V Oraison funcbre et le discours des Fleurs ont 



cHaiTCDB ]>rscoBiis. S6t 

hkiHB *gsades de ta maçonnerie a de» devoir» 
à. remplir enrers toi. Je viènd te sâityieir aii nom 
de Tordre austère des ckevalievs K.*.-H.*., is^esi* 
à-'dire deb'piu» 2élës déf^seurs de ta Vi^aie 
Itnniére y de ceux •* là 'dont l'^pée est coiîjour» 
leTëe^eqntreks enfieniis delà tëirité etled pro«- 
fMigàtfairs chi mensonge. > <* 

Deux espèces d'hommes te parlent pai^ mai 
iMMx : des oitoy;enis et<ies maiçons. Tif comman- 
dosi hp8> armées^ tu commasda^ nos colonnes 
maçonniques :.o'esi uq^double tijtre <piii 'te- vaut 
nos hommages. Déjà des onateursî habiles t'<mt 
payé le tribut de nôsrqgrels; Je n'aurais poi»t 
leur talent^ mais ce que jie dii^i.troiiTera grâoe 
flevant un gaeitrter* Que ton ombre ih'en tende 
lavoraUement. Un hasard q«i te plaira isana 
doute f une circonstance que nulle intei&tion 
n'a prépariée, et qu'aimcMK>nt' peut-^ètre les mfa* 
çons qui m'entourent j le b^ard» dis-je, fait 
que celui qui t'adresse ;Ia parole fut un soldat 
de ton armée y un siipple soldat, qui , coauae 
cent:mille autres, marcha volontairement ^^uh 
frontières en 179a; combattit à Valmy, à Jem<«- 
mapes, et prit sa part des premiers triom^bes 
obtenus par la cause» de la liberté. Ce soldat le 

été prononcés dans<la même «cérémonie par deux ofi» 
ciers du Grand OrieaA* 



36a CHOIX O-B: DittCOUASii 

<léi:l««ù lttbteiaènt»'éfia4ei|kroGaNbiài^e«i?dë 
Ml fnère^ qilâ smil dâQ» te -teinple'^ ei.tipr mi 
partagé- le .métaie iaxaDlage, FoecanoB ile Veti 
gWtîfi^t cdmma lut» Quand oa a eu iébeotteur 
étiMïi^v^^ t>au*{e ^ UeH dam d-éD xinH.vmH^ 
uké^ dchUAl 469 i^h^alkn^ do»! k ptmbfer 
mérite doit être de 8av.aîr:oe fiieiii^estj^'aQe 

'Bn«fe .çé^éj^al^ JQ.ue laMaîs |MâitM denRt 
taitooUiey nî penser à. tes. piraiiiMn espioiui^ 
taoséfrâiHver jia ]ièiisaii>quel ii^oufaie iMurmom- 
taUf ^aulBiéCrQ.etBaillî ^deiiAille wuwiiîra qui 
mÊéiWetgMQnt l4ut ee que- foreiit: leh Vrahoaû^ 
aaiQiQmenlt'iOÙiils !cQikrinreBl» aQx.ainB«v *m^ 
nfaBirappélec ce déToueBBélit> cet: enjthnwiiiatgië^ 
^«Ltbrûlaient lewvs qqmiy* / et xransfeIrtMMBt 
en. géants deS: hommes qui» peu d'instaots ao^ 
parafant» jHi?Âiç9l i .pêtiic|. s'ils étatfdnt des 
liato]»és. JL'ebuein) s'ayançait .9.00 lut araît 
Uiti^ nos* places fortes ; il désobtil nos. eanqaa^ 
gofis.; il menaçait la 'capitale :, ei prookMaait 
fli^gunUleusemenC le.^n des i^jus hombloB 
vftngi^ncesl... Que fallaÂl^l Taire? Noos ànons 
eaafBÎs. la liberté ^ ai nous sablons quel sort 
attiend 'les peùpieé qai redeviennent eselareëé*. 
On ne balança point : tout Français se fit sol- 
dai. Nous précipiter sur l'^nnenû^ lai faijne 
mordre la poussière , punir son orgueil ^ le 



çtM»i»I^J«r:Ç^p4e«^;Jttl Tafl^^ de 

JQfl rs,;î l^nt, iU i»t ;fticik î tfétrie îHbr e^ : qhfind^ iob 

. ,..J^]:ay«:Heur;i^o^]^.iU^ ^ t)i fus <i»a dfi^ gëèévauix 
qi^i^ j^^fifi 4^if^d\mif^t^t alors./ et «les fauiriear» que 

§MH^ 4«i ^inU«lt>i^ti te:p}miûQ8<f-ieip|it $uv U 

pitreM jft ]nûn4«x^lllftHt:<ii'^oiriiein£iUi)etbdte 

k9*^:Uv^^jàiU|)06ljiiMéid«aiA':tQQlrtteuaf éobrt 
et 4|^q» Idutei^ur i^randènr j eilè âUUl j|b»'trjl«» 

si|«ç|i^;Î3im)ydb|tS)*lIfiâki^ elle :ft!4î^iA»iii(iiioé 
ifV^lugtfKs L.« jCdAiyifâaa-ffiDBa en èii» iMiiqplav 
q)lM^ ^Wt^'ênp^ibU âi^iis^^ifiiabd UmCiida 
tr|E^^^A9i «tidjQ.lmfaetésioQaie» note en'ipnffsaW 
raient ?..« Ma>$ eUda dUanaai av^ee^pieUa çéiM 
Umw U0i\9.MQtX9iïiwrmoBiié tous; les ^faslaelès. 
^ ,fWi»^>d«s, fnam^j meiroefiakès ét^fcaorikgey 
d)fUneb€lnit à dé&gatwVhhioin, à déârli^ ta» 
y&fiiê i tn vaiâ ia batbae^ la j^^doiMiB^ le mèf^ 
songe ^ jbla9|4i^flMQii nolr^ çiolpti^msaumuléuV 
les t^Qèhreâ et les hi»postttres.pour<iaL flétrir: 
cf^ite gloire ne p^drti poldt^;eti.qitieUea 4^e 
soteQjl i^ps.4^iD^9a^i. Y^liir^ elle fei:aJe.dbiaTme 
d^s cQçurs .vertueux. .,;. 



^364 anoix d« oi-seoon^. 

d'ube gloire tdiîtixisuhé«; ïk làtliiet^^ët ta- li^^ 
hison ne!pësèfreiil fibidt loi ; • ÉlbUfi^ ^â'diiîihes éh 
BÙcelé à^ombre de tèsc'laiiimirft'^ lai^^moi 
iieysefmiaiuddoù&)iMttfiits deWs'pr^iùië^ aii^ 
/léof ;«:le8l>gueitrÎQi^ qui^fn'ietaténdënty ilë de* 
nandefi|fpaâ«^0uk^iiijde i^é^haufTer îèfr^âNfnè 
au feu saeré où s'alluma leur premier courage. 
OiS'niBop^ tte ^9MTieds<itwe()f^âé|it noiis^Mu- 
iéiôto:aiuiu}amlntif icôti^ëiit'v- qliictaÀI 'UifÊi 
pïiKi^r^mmjKnli§, tou$ le» plaisirs dé Û'V$ëy 
tiduè paffliiÉMtaarmili^idès {i^lai»ili»sébi^rii8 
«t deadiééédîcibii^ «mi^asclles:^ >êoihtiièilt«j |ed- 
Dftt^'MiiKuexpérieiifiÀv. fum^ epainyMal véMi^^ 
mandés .'ddi pluies eohiiîiuéllé^'^ 'ir0ii^]pèb^ j^iâr-* 
çe)ëp:;paff 'jd^ fterr0iii%-'yépa«fddes* a dessein^ 
n6u$^rmarcl]âopis,' inlaiôgables > joyeux ^ plc^ët 
d/efj|Mnr>et -d'ardeur,. nous* maTchion» en chan- 
i%nl, €U!iiqHs:€btêmonsi la tiôtoiris^ ' • 
> T'ermwfwms^tvL avec q%reil6«bôtm6 foi nous 
Toultonrle bofiheur de Isr ¥ràûct, avee^iftfeHe* 
bôonéifoi bous, cirôyidns à.i'hQ|piiuiup, à la Uliiti-^ 
Méides sqrmea&^i à la ^paierie ,rà la vertu 2 V^lis 
qui' m'entendez y VOUS' èoi6(AAjf«neihvous2 {, ' 
Alors, ces croire, ces cordônn que je votât iii^ 
pendus à t«a mausolée , n'étaieot pas tiëee$saires 
pour enflammer nos conmge^ : lès seuls Mg^ds 
de la patrie nous suffisaient. Nous- ne vôirilôns 



CHOIX i>& DiacouRs.. 565 

que vaincre ou mourir. Te souviens -«lii de de 
refrain sacré qui précédais \& baCailles : ; 

' Mourir pour h patrie. 
C'est le sort le plus l^^au , le phis digne d'envie^ 

. , . ■ t . , • 

Eh bien I mon général, soIdat.de mon payf^ 
dis->qous coi]{bien de jsiècles se sont. écoulés xle* 
puis cette époque incroyable, depuis.çes temps 
qu'on n'avait jamais vus, et qu'on ne reverra 
jamais.. 

Dis-nous quels sentiments, quelles volontés 
ont succédé à des volontés, à des sentiments si 
nobles. Apprends-nous par quelle terrible mer- 
veiiïe l'amour si pur de la patrie a pu faire 
place à ce qu'on appelle l'amour d'un maître; et 
comment ce maitre , sorti presque subitement 
des rangs de nos soldais, s'est montré tout à 
coup comme un dieu inconnu , armé de la fou^ 
dre, et lançant la foudre sur les siens, pur ses 
frères, sur des Français !... comment il fit ses 
soldats des soldats de la liberté ; comment il 
trompa les cœurs, séduisit les courages > chan* 
gea les résolutions, brisa l'honneur par l'hon-^ 
neur, les serments par les serments ; subjugua 
le pays 9 les armées, gagna tout> perdit tout, 
et nous perdit pour des siècles de siècles ! Dis<- 
nous... Mais non; garde le silence ^. il n'est 



556 GHOλ'»fe DiSC^tJBS. 

^S'.' C«fc9on8 cte -raccuseT ;• •ré8f)ectonë celui qlii 
ne respecta riôn. Il fti t '«Wèl* pmh tt tiôuë tàyiH 
notre patrie ; il est mort sans patrie : c'est le 
plus cruel des tourments, flëlas I il serait resté 
le maître' du monde,' s'il Mf voulu connaître 
la vertu! Il avait tout conquis, excepté nos 
cdeiiVi. 'Cette pierre angulaire manquait a son 
êdiBcé;'et'tou<rédiGce a croulé aur sa tétë;^ 
éxempïë' terrible, effrayant , qui montre iqiiè , 
sans râin6nr des peuples, les plus Gers poten-: 
tats ne sont que des roseaux que la tempête 
peut briser en un instant !^' ' 
' • Ce que j'ai dit , ' nous ert a.vons tous été les 
témoins ; j^e n'ai fait que rappeler tout haut 
nôtre histoire. Les nations souvent changent 
de face : il est des souvenirs utiles à conserver. 
C'est par de grandes leçonâ qu'on peut le mieux 
s'instruire, er je ne croîs pas qu'aucun siècle 
en offre de plus frappantes que le nôtre. Mais 
enfin la France nous restfe. Qu'elle soit heu- 
reuse, qu'elle soit libre, sotis des lois sages. et 
immuables; que le flambeau de l'expérience et 
de lu'philosophie dissipe les erreurs et les ténè- 
bres du passé î La philosophie seule peut cîvi- 
ïîserles peuples, leur donner la paix et le bon- 
heur : son absence , tu Tas vu , n'amène que 
folies , bouleversements , catastrophes. Sans 
elle tout est mensonge et violence ; les peuples 



CHOIX -CB 0l6GOnAS. ^ '3^ 

ne 80Ht {>las que <k^ sauvag^^ d«» ^barbare»; 
eti, ^e qu'il y a de{^lu8 vil au mG&4ey des esf- 
ckives. :...../.. 

Général Bôurnonville^ ton ombreuse réj<)U>ir^ 
d'eBte^dra quelque éloge de la ^hiiqsophie; 
toi «loi.lui dois les premières couronnes doM 
fut droé ton charderietoirê!. Las hommes peur 
ventchapger^ comme les nations; maisrlapia;!'*' 
losopbie, coipme la Divinité , neî ohatige>j{H- 
mais; L'bomme qui fut ton maître çt^celwi-de 
laFraaoé , Tavait aimëe^ lorsqu'il était pauvre 
et honnête; il l'abandonna quand il fut toj^t et 
puissant: il osa l'outrageri ta persécuter; vois 
ce qu'il est. devenu ! 

Adieu ^ brave .général BenamonTrlle : jecédp 
la frface à des orateurs chargés d'exposer lef 
détails de ta vie. Ceux-là etscore auront plus 
d'éloquence qu'un ancien soldat; mais ils n'au^ 
ront pas plus.de franchise, ni d'amoqr de leur 
pays. Adieu y nous n^oublierons jamais que tu 
guidas nos bataillona à la urictoire^ et que tu 
combattis pour la liberté; noqs n'oublierons 
pa» non plus qu^'oùtre. l'épée de la, patrie, tu 
portas le glaivq de notre ordre < Ce glaive aussi 
doit avoir sa puissance ^ et, plus que L'épée du 
guerner, être utilà au monde» On va te le rer 
' présenter pour la dernière fois., et l'attacher à 
Um trophée ) comme un emblème qui trace nos 



368 CHOIX DEi DI6G-OURS. 

devoirs : c'est Tépée de la parole et de la vérité. 
Tu Bs U guerre aux rois nos agresseurs; Jes 
chevaliers K.*.-H.*. ont jure de la faire aux 
plu» cruels ennemis des hommes , le ianatistoe 
etla supérsjUtidn. Que cette épée soit agissimte 
el; victorieuse en leurs.ma^ns; qu'elle chàs^ les 
ténèbres ^i et qu'elle fasse reculer la hideuse 
ignorance 9 cette fille de l'imposture, dont les 
vœux éternels ne tendent qu'à se gorger de l'or 
et du sang des nations t Tu combattis .avec le 
fer; nous combattrons avec l'arme de la science 
et de la philosophie. Comme grand commandeur 
d'hoqnetur, tu en avais fait. le serment : ce ser- 
ment, nous le renouvelons sur ta cendre, p^ce 
que nous savons tous que si les États périssent 
par l'ambition, ils périssent aussi par l'ignorance 
et le fanatisme , et que leur plus ferme appui , 
c'est la justice, c'est la science, c'est la vérité. 

Adieu pour la dernière . fois , toi qui fus le 
général de la plus hrave armée du monde, toi 
qui fujs le çoldat de la plus noble patrie. Les 
maçéns ne connaissant pais de titres plus beaux 
à te donner, et ton âme, dégagée des faiblesses 
de la terre, n'en accepterait point d'autres. 
Adieu : tu vas rejoindre les grands hommes et 
les philosophes de tous lés siècles. Porte -leur 
nos hommages : salue en notre nom tous les 
héros qui ont défendu et qui ont éclairé leur 



CHOIX DE BISGOUR^. SÔ^ 

pays ; salue surtout ceux qui sont morts pour 
nous^ pour notre chère France, et dis -leur 
qu'il existe encore des millions de Français qui 
sont dignes d'eux. • i 



/ 



' ' \ ■ ^^ . -• - - M-r 

■ ... . '.. . . ■ ' ... • -> ^{\\v ijïj 

ti: a4 



5jO CHOIX DE 918Q0tTK8. 

■ ■ I . I "" '"■ ■ ■ " " - /-r"^"! ' ' - 

DISCOURS 

SUR L'ÉTAT ACTUEL DE LA MAÇONNERIE 

DANS L'UNIVERS; 

,PR0N01I€B DinS LA LOGE DES TRINOSOPHES PAR SON VÉlf|- 
RABLE 9 LE 1 7 JANVIER I 824* 



C'est au moment où la maçonnerie est ca- 
lomniée^ persécutée dans plusieurs contrées de 
l'Europe, qu'il est bon de montrer quel rôle 
elle joue, et de quelle estime elle est environ- 
née dans les autres parties du monde. 

Je ne crois pas qu'en un jour de fête on puisse 
offrir aux maçons un tableau plus agréable et 
plus propre à les consoler des outrages que le 
fanatisme et la mauvaise foi leur-font endurer 
chaque jour. 

Que ces contrées, que je ne nommerai pas et 
qui se disent civilisées , semblent renoncer à la 
vérité , à la raison, c'est ce qui étonne, c'est ce 
qui a£Bige ; mais que des peuples lointains , que 



CHOIX DE DISGOIÏIIS. -571 

notre civilisation dédaignait , pour ainsi dire, 
nous tendent les bras^ cherchent la vérité , em^ 
brassent nos institutions^ voilà oe qui répare 
afliplemeiiitdfs.maux que nous méritions si peu. 

Que ces mêmes» pays^ que je n'ai pas nom-* 
mes, se trompent^ il faut^les plaindre : ils« en 
soufiriro&t les premiers; car l'eireur n'anméne' 
que désordres eii catastrophes; mais que le rsste 
du monde: mardbe'Ters la lumière et prenne 
goût à la fraternité^ à l'humanité , c'est un fait 
qui réjouit toute, âme honinète^ et sensible^ et 
c'est un fait. qu'on ne peut contester. 

Parcourez l'univers, marchez d'un pôle à 
l'autrey exècre» l'Asie, l'Afrique et l'Améri- 
que, vou« rencontrerez partout la maçonnerie 
florissante et^couvraIit ]a terrede ses^ bieni^its^ 
Tous les: maocnis. qui -voyagent l'attestent, et 
tous en sont; émerveillés. 

En Egypte, wi obus iavionsporcé, vous vous 
en souveoes peut-être^ nos armes,, nos étudesi 
et nos sciences^ on hirrètrouve teUé que nbus 
l'avoni *rétaMie*; jè dis rétablie, car vous savez 
que l'Êgypce possédait la' maçonnerie dés lé^ 
temps lesiplute reculés, avec cette ^diffiérence 
bien grande cependant , qu'elle restait entre les- 
mains des prôtT«s*et» des trois (^ qui l'employaient 
à un usage tout contraire a«n0tre, c^est^à-dire 
qu'ils s'en servaient pour tenir les peuples' dune! 



Syâ CHOIX DE DISCOURS. 

Vigiiorance et resclavage , tandis qu'elle n'est 
pour nous qu'un moyen de bienfaisance univer- 
selle. Notre maçonnerie donc console l'Egypte 
au lieu de V&sservir : elle ne construit point de 
pyramides où dorment en paix les oppresseurs ; 
mais elle étëve un édifice plus beau, plus noble ^ 
plus utile , le temple de la science et de la vçk'tu. 
Elle, tient une école à Alexandrie : elle à re- 
monté le Nil ; ^Ue a pénétré dans les terres , 
s'est fait entendre aux farouches Bédouins , aux 
Mamelucks ambitieux; elle a laissé des disci- 
ples au Caire ; elle a passé la mer Rouge, et s'est 
souvenue un moment du prodige opéré pour 
engloutir Pharaon et sonurmee; elle a contem- 
plé ce terrible désert où Moïse et les si«is sont 
morts , sans 'avoir pu voir la terre qui leur étaii 
promise, et elle n'en a éprouvé que plus vive-^ 
ment le besoin de réunir les hommes que ks 
croyances divisent, et d'éteindre les haines qui 
les font s'entr'égorger depuis tant de siècles. 

, Pleine d'une charité si vive et si nécessaire, 
elle est revenue côtoyer les plages orientales de 
l'Afrique, elle est entrée dans le grand Océan; 
elle a fondé des colonies à l'Ile de Bourbon , à 
l'île de France, et s'est établie triomphante à 
ce cap fameux, qui, depuis qu'il la possède, 
croit • mériter doublement le nom de cap de 
Bonne-Espérance. 



g CHOIX-, DK DISCOURS; 57? 

Là elle a des temples dignes d'elles^ un palais 
magnifique, des jardins majjBstueux, une iartil-^ 
lerie qui lui appartient, et au bruit de laquelle 
on salue , aux jours de fête , tous les maçons de 
l'univers 4 Elle a des cours, des esplanades, des 
portiques , et mieux que tout cela , des hôpi- 
taux fondés pour les malheureux. 

En Amérique, aux États^Uïiis, où toutes les 
religions sont libres^ elle est, pour ainsi dire, 
la religion préférée. Les maçons se reconnais- 
sent et s'avouent hautement. Dans les cérémo- 
nies , dans les pompes funèbres, ils se montrent 
en public, parés de leurs ornements, et la con- 
sidération qu'on leur porte s'augmente avec les 
grades qu'ils possèdent. 

Au Pérou, d'où l'on a tiré tant d'or pour 
payer tant de crimes, elle s'emploie à réparer 
une partie des maux que l'or a pu faire , et 
prouve que le plus sur, le plus précieux des 
trésors est encore la vertu. 

A Rio- Janeiro elle s'assied sur, le trône avec 

l'empereur du Brésil ; Pierre l" a été le chef 

de la maçonnerie de son empire; et sa loge, qui 

est française, a chaîné un député de demander 

. des constitutions au Grand Orient de France. 

Non que je veuille dire que la maçonnerie se 
mêle des révolutions qui changent la face des 
États; mais je signale ici l'hommage éclatant 



374 GftOiIX DE DJL9GOUA$.f ^ -^ 

rendu à nos' institutions par ceux qui Voulant 
s'attirer les suffrages des peuples , croient qu'il 
n'y a pas de meilleuir moyen que de st «ontret 
partisans, de la justice et de la raison ^ 

Si nous passoa» en, Asie ^ noue .verrons 4es 
tablesaux.enOore: plus satisfaisants : tOiiHes les 
mers de l'Inde honorent la maçpniîeirie. Les 
Aioglais L'oi»t établie danslèurs principaui comp- 
teurs; les Anglais y qui^ comme nant ^d'autres 
peuples I ont tant souffert , mais qui dii moins 
ont tiré quelque fruit de leurs malheurs , puis- 
qu'ik ont des lois et iiné patrie , les Anglais qui 
auraient pu faire et qui feraient encore) tant de 
bien aux hommes^ s'ils le voulaient, ont &it 
celui de fonder la maçonnerie dans unp grande 
partie de l'univers connu, il iai|t les en re- 
mercier; ils ont planté l'étendard du ealut du 
monde. ^ 

•Dire comment les Anglais ont établi la ma- 
çonnerie chez les étrangers , c'est laisser à juger 
quels hommages ils lui rendent dans.leùï pro^ 
pre pays. Aussi chez edk les mots honneur^ vé« 
rite, fraternité et maçonnerie ne fontqui'un, ils 
les confondent dané leurs pensées et dans leurs 
actions. Toutes les hautes classes de lasociéié^ 
sentent et s'expricoent de même sur ce point. 
C'est âqui briguera la faveur d^èbre admis tlans 
la grande famille : le prince méinéqQi régne 



aaoïx OB Disaooas. 5^5 

aujonrd'faui rétait h chef de fordpe,, avant ^u'il 
mofilAt sur ie trône; c'est hii < qui présidait Ik 
logèjdite de^jénàes du Roi, et son iilustre frért , 
le duc dé SuistXf '^e: fait gloire do le remplacer 
dans de si nobles fonctions. Les lords ^ les pairs, 
les membres du parlement iet- de la chambre 
des communes > sont pr^ue tous maçons:: les' 
magistrats^' les officiers de l'armée, les conuk- 
iaaUdantS'de terre et de medr «ont maçons]; ils 
€naïîmmnÈih signée 4au9eur des eAfmits de ta 
"veuw^ et'>sbnt fier^ do ^mériter leur part dans 
l'héritage sacirédes fils ^Hjram. J , 

'Ainsi doba ks Anglais n'ont eu rien de plhs 
à cc0Brt|ne.dè'i!ép8ndreau11oitt'des institutiobs 
qi; 'ils >i regardent ecmme le lien- commun des 
hmÊméè% JlâPiles ont portées dans tous les cli- 
mkis /dans t^^usdes pays > à Cantoti ^ à Calcutta, 
Madri^s , Chiînderna^g^^ Poodièhéry ; ils les ont 
£aiit compialtré à la côte du Malabar , à la côte^ 
Coromai^él, et pour que Id Méditerranée jouit 
des mêmes avantages que l'Océan , .otl.platât 
polir rendre la vie morale à cette viHe si fa- 
meuse qm la^^onna jadis- à Tunirers?^^ ils (mt 
établi une loge à Athènes^;-, une logé dans la- 
quelle on peut sé souvenir à: :son aise et sans 
dangers, je me trompe; au milieu iȎmei des 
plus grands dangers, des vertus et des grands 
etempleà de tons les héros de l'antiquité.^' ''■ 



(376 CHOIX' DB DI^COORS. 

Mai» d'autres que les Anglais ont. encore joiis 
la main à Foeuvre sainte et méritent l'hommage 
etila reconnaissance des gens dç bien. Les prin^ 
ces qui gouvernent la Suède et les Pays «- Bas 
ont montré qu'ils aimaient^ qu'ils honoraient 
les hommes, en aimant, en honorant ilos frères, 
eh .protégeant la lumière contre l'esprit de té- 
nèbres* jqui menace d'envahir la terr^.* 

.' Augmentons votre joie, mes frères : quittons 
J'Enrope; transportons -nous un moment aux 
vastes royaumes de l'Inde, dans l'empise des 
Mongols, à Dély, chez les antiques enfants de 
Brama et àe Conjuciusy que le soleil enrichit 
de moissons éternelles, et qui n'éprouvent plus 
"d'autres besoins, pour mieux goûter la vie, qqe 
d'apprendre et de sentir que tous les hommes 
soni frères : là nous verrons la maçonnerie ado- 
rée pour ainsi dire, copm^e on se figure qu'aux 
premiers âges du monde on adorait le génie du 
bien y le principe de toutes choses boniie^. et 
honnêtes. 

Là nos institutions s'établissent sans efforts, 
dans obstacles. . Elles apparaissent comme un 
nouvel élément dont on avait besoin, comme 
une nouvelle lumière qu'attendaient tous les 
cceura pour développer le germe de toutes les 
vertus. 

C'est une douce satisfaction de pouvoir vom3 



CHOIX DB DISCOURS. 677 

apprendre comment la maçonnerie a pénétré 
dans -ces climats heureux; comment les peu* 
ples; et leurs princes s'en sont laissé charmer. 
Si you$avez la bonté de m'écouter, mes frères, 
c'est un récit qui ne sera pas long et qui pourra 
vous causer quelque plaisir à vous-imèmes *. 

a II y a vingt et quelques années, l'ambas- 
sadeur d'une grande puissance de l'Inde, se 
trouvant dana une des principales yiUes de 
l'Europe, entendit parler de la maçonnerie 
comme d'uYié chose digne de son attention. Il 
savait qu'elle avait été tantôt favorisée, tantôt 
persécutée par les souverains, et qu'elle était 
répandue sur^presque toute la surface dû globe. 
Sa curiosité se sentit «xcitée : il s'adressa à un 
maçon qu'on lui avait désigné pour un homme 
studieux et attai de la vérité. - • 

« Il hii demanda ce que c'était que la ma- 
çonnerie. • 

« On ne dit pas quelle fut la réponse 'du ma- 
çon; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'au 
bout de quelque temps l'ambassadeur se fit 
recevoir, et qu'il prit successivement les grades 
de compagnon et de maître, conjointenoent 

•'• ^ i 
* Ce i-écit est tiré d'un ouvrage ayant pour- titre z la 
Maçonnerie rendue à ses vrais principes ; ouvrage beau- 
coup plus connu «chez l'étrai^en qu!en J!i:aocf . 



SjS GBOXX DB.DISGOUas^ 

avec plusieurs étrangersi de.^stmottoii. Ce,f|it 
le niiaçoti même auquel ^iiayëiU été iàdressé.qui 
dirigea 'les iûidatioBS. Les récipiendaires furent 
examinés et interrogés avec soin^ et presque 
tous répondirent avec une sincérité ^ une pré- 
sence d'tespmt et un talent qui firent une grande 
impressiQH sur l'assemblée. On n'avait point 
encore tù, dans Les tej^ps^ioind^nes/de-réoep^ 
âon oûindutte de cette maniéré/et chacnnrd&- 
meura convaincu que la maçonnerie, pratiqiiée 
eomnièi on venait de la faire, serait aussi âm- 
p<Di?tanle et. aussi utile qu'aucune autre insti- 
tution connue jusqu'alors. 

« L'ambassadeur retourna dans âonpay»*: 

I « Un ah s'était à peine lécoulé /qu'il .écrivit 
aa arénéffablefpar.liçquel iLavait été^reçu^ pour 
le prier de lui adrefi^r. uh recueil de piéees 
maçonniques :qii'il jugerait les plus propres à 
donner à ses amis, à son souverain mên^e'^ une 
juste idée de la.i|i9.Q0nnerke. ; .. t » 

(r^Il insista pour avoirles cahiers qai<^vaieiU 
sservlà^ses réceptions^ ainsi qu'à celles, de. ses 
çdmpagnbm.. 

l' ic' €e:nçpueiL luir.a été; envo.yéi, et il'ioa y a 

joint des instructions propres à le guider, dans 

l'installajtiondies logeai, qu'il fiie proposait de 

•créer. . . . ., r, .< ♦./- 1' • > ,.-. ^ . 

« L'cm^rage fut imprimé endiverses^ langues, 



exeepté en françàisl U parcoarltnaintemiatles 
vastes royaumes de Hinde, et 41 est possiMe qu'il 
en reTiènne un' jour, enrichi de nouyeaux pp6- 
ceptes^ de ^sagesse d'ivn peuple, dont les ancêtres 
furent de si grands législateurs et de si parfaits 
modèles dans toutes les espèces de sciences. 

w Voici la lettre qu'on lisait entête de Tou- 
vrage et quî Wï' serrait en quelque sorte de 
préfrfeè, 

AU PRtNCE..../'* 

« Illuspre^e^ vénérable frère ^ . . 

^ffjp ?ailS]4nyok le 9M^U!^ qiie-^ws m^Vee 
•ftemwdé. Faites- li^ii^r^jr au bien, de jvotre 
pays. La^flumièn^ .9<>Vs^ ^t venue autrefois de 
rOl'ienl; :.u$^is v<ws en restituons quelques 
ra^oQs,» ^çoffs^^çés-i d^ns. lia; /nuit dts temps ^ am 
;airilieiii4<^ Odr^^es quideviiievit ks^ étdindi^.ll 
ne tiendra qu'à voiM; d'^p Teooiàp^er le flamr ^ 
bedu doM lateisre a bescHti, iVépjundez » répan- 
4m la luQoidreML^s ténèbres ont causé trop de 
mal aux hommes. Vos ancêtres ont adoré- ^le 
s^bsil ooname l'ame <la l'univers ; adores la. vër 
riâé Qomme la.^ie de^ràme et la g^loire de la vie. 
u Dites à ivotpe.empeveur ee qtie o'iBsi q^eJa 



38o CHOIX DE DISCOURS. 

iDjaQdiiifterie. Montrez-la-lui telle qu'elle. est. 
Béfendêz-la contre les calomnies des insensés 
et des méchants. Il l'aimera^ car la vérité plaît 
et subjugue par ses propres charmes. Tous les 
sotiYeraîns devraient la connaître : elle leur 
apprendrait à rendre leurs peuples heureux et 
à rétrte éux-mémes. 

« Gb^rcheï les cœurs honnêtes et droits. C'est 
pour eux que la maçonnerie est faite. Évitez les 
ambitieux , les hypocrites. Défiez-vous surtout 
de ceux qui s'emparçnt des biens de la terre en 
promettant les richesses (f un monde qui n'est 
pas en leur pouvoir. Ceux-là sont les ministres 
àiArimane. Cie sont eux qui oAt tué notre maî- 
tre. Ils vous tendraient des pièges où vous trou- 
veriez voire perte. Ne vous adrèfescz (|u'aux 
esprits qui "tieulént la paix et le bonheui^ par 
la science et la vérité. Prêchez la paix et la 
justke; Enseignez l'humabité, t6ujôut*s Thu- 
«danité^ et tâchons de fefttier l'abîme d'erreurs, 
de mensonges^ et de cràkutés qui dévête les 
hommes depuis tant de siècle^. 

«: Adieu. Reinerciez le ciel qui vous adonné 
le pouvoir >et la volonté de faire le bien ; qui 
vous a fait aimer la vérité, quand presque 
toute la^ terre adore le mensonge. Continuez : 
ayez-boÀcouragei; vous serez inscrit sûr la liste 
de ceux dont les hommes bénissent la mémoire. 



CHOIX DE DISCOURS. 38l 

Il est si facile d'obtenjr l'amour d|E!S peuples , 
qu'on s'étonne que tous les souverains ne soient 
pas au nombre des dieux. Il ne tiendra qu'à 
vous devons rendre immortel, et da laisser à 
vos enfants un héritage de gloire qui ne périra 
jamais. » 

Après celte lettre venaient les dispositions 
générales pour l'établissement des loges^, le plan 
et la description des temples à construire, l'or-^ 
dre qu'bn y doit observer, la propreté, la salu- 
brité, les décorations, enfin le cérémonial en- 
tier qui appartient aux tenues de chaque grade. 

Les précautions à prendre à l'égard desnéor 
phytes, les qualités à exiger d'eux, tellçs que 
le savoir, k prudence et l'honnêteté. 

Viennent ensuite les qualités exigées des vé- 
nérables et de chaque officier en particulier ^ 
pour que la loge marche avec la dignité con- 
venable. , » . 

Le recueil se divise en douze. chapitres, où 
tout est prévu, tout réglé. L'in€én§( et l'ins- 
truction croissent à chaque grade. L'encou- 
ragement et la considération augmentent de 
même. Les récompenses des bonnes actions, 
les soins dans les maladies, les funérailles,. les 
aumônes*^ la conduite dajas les persécutions, 
s'il en survient, tqut est l'objet d'un article 
particulier, traité d'une manière simple, claire, 



38^ CHOIX DE DISCaUBS* 

facile à eomprendi!e, autant qu'agréable à pra- 
tiquer^ 

Nous^. eii' donneh)ii$ un exemple' dans deux 
chapk^ei , bien dîifénents pour la^ i^atièite , 
mai^ où i^gne le même esprit^ le ohaph^ede» 
fêtes et le chapitre des persécutions. 

Dfabocd' touies diseussions politiques et reli- 
gieuses soinr>âélen»lues. (f Ce» malières, estn-il 
dit^ tieniira^' de) trop'prés^emx passions; lien 
B^etigêcidre plus vite Ise discorde et la haine. 

r( On se^bèvtierâ dans les dôscoursilesoratirars 
et des rémpîë»daires aux^tl^èsesi d«^ priodpei^ 
aux .questiosis'V^aux TënilësT géuéf ries. On. fie 
s'weupepà uiidès pepifonnagês^ ni des ei^Teé^ 
ments mo^^rilér^' à^m<iiTiS')quMls..iie tieimeaty 
pardeseim}i»stahise8a|K)|ppakt^ cul^n- 

térèt diitect de la. maconinerf^i • 

a SouTedezMTOUS qu'il n^yr a'pmn^ de si bon 
gouvernement qui n'ait des ennemis^ point' de 
si détestable jqui^fi^srît des^parftisns> «t ce sont 
les plus achàrîiés; les plus icnieLsj » 

Arrivé le^éhapitre des 77er^^i^ïi»âK>n;f;> ^«^'^ 

« St vous, êtes persécutés 'y ne réponde pas, 
ne voiis^ venges pas. ■ ./>• . . 

« Vbus n'aurez jamais: que deux sortes d^ên- 
nemis , les méchants et les î^oranls. 

((' Tâchez de' les^ instruire; voilà tout. Faites 
debènnds^œuvresi. «^ 



CHOIX DS DISCOU'KS. 383 

f< L'épée de la parole est plus forte , plus 
durable que Tépée de'^fer. 

K Quand le inëcbanta la forée ^ tous savez 
ce cpfibpeut^ m qu'il ose; 

a Vous avez lu nos livms : souvenez-TOiis dé 
Prcfcuste et de son Ut de fer, 

« Souvenez-vous de ces monstres qui s'appe- 
laient J>%ére^ €!idigula yf Néron^ ^ 

w Souffrez^ taiisez--vous'y répandes l;a lumière 
et la véritéyjeomraeVil ne voUs était rien arw 
riwé. 

' («Si par. hasard, et si paP le eonseil de vos 
frèresv vous'ètes imtés de vëpondre à des ealon»- 
nies intolérables, que la décenee,4{ne lambda 
ration^ président à' vos. discours, et que vos 
preuves prennent lenr force de l'évidence des 
faits. 

ni Jamais, jamais de vengeance* » 

i *. 

Fêtes y Banqueté. > 

« Vous aurez deux fêtes par an, et vous les 
fixerez aux' époques pu le soleil présente chez 
vous les phénomène^ les plus remarquables. 
 ces fêtes on proclamera, on récompensera les 
belles actions^ on célébrera l'utilité et la, gloire 
de la maçonnerie. 

{\ yps temples seront ornés de fleurs, vous 



584 CHOIX' D-E^DISCOURS. 

aurez des instruments^ vous chanteret, tous 
vous réjouirez. 

u Vous ne souffrirez point d'excès ni de li- 
cence d'aucune espèce. L'honnêteté, l'urbani- 
té', la politesse la plus exquise, présideront à 
vos festins. Vous ne vous relâcherez jamais à 
cet'égardw , \ 

w Que ces jours^la vos'aumônes soient dou-- 
bléés/«t (|ue la joie ne votis fasse jamais* oublier 
qn'ilestjdes'malheureux qui souffrent. 

(i Du reste y il faut que les frère^ cherchent 
àrmanjger le plus fréquemment qu'ils ponrront 
les lins avec les autres. Les repas pri» ensemble 
rendent les hommes plus amis et ;nieillènrs. 
Tenez cela pour certain; mais bannissez le 
faste, afin de vous voir pins souvent. Souvienee- 
vous que vous êtes frères , et que la vie n'a de 
douceurs qu'autant qu'on observe lespjrficeptes 
de l'amitié et de la fraternité. » 

Voilà, mes frères, quels sont les préceptes 
et les recommandations générales de la maçon- 
neHe , telle que la pratiquent ànjôurd'hâi 'les 
Indîeiis; vous voyez qu'ils he diffèrent poînt 
de ceux que nous enseignons et que nous pt^- 
tiquons nous-mêmes. \ 

Aprè^ ces dispositions viennent les cahiers 
de réception aux grades d'apprentis , de -cohi^ 
pàgnons et'*dé mdtres^'dans toutes lés formes 



^ GHOrX DE DISCOURS. 585 

voulue» par les Grands Orienta d'Europe^ sans 
aucun changement; car \e% formes j les signes ^ 
les attouchements^ quelque étranges qu'ils pa- 
raissent, sont des choses de rigueur, auxquelles 
il ne faut jamais rien changer, sous peine de 
ne plus s'entendre en maçonnerie. C'est le lien de 
tous les maçons répandus sur les deux hémis- 
phères ; mais à ces formes on ajoute des ins^ 
tructions solides, des développements progres- 
sifs et raisonnes, qui portent l'homme à se 
connaître lui-même, à étudier, à estimer ses 
semblables^ à comprendre les mystères de leurs 
pensées, de leurs actions; à comprendre aussi 
les merveilles de la nature, la cause du bien 
et du mal , à mettre enfin toutes ces connais- 
sances à profit pour devenir meilleur et mieux 
chérir l'humanité. ^ 

Telle est la manière dont les trois premiers^ 
grades sont expliqués dans le recueil dont je 
parle, et c'est ainsi qu'ils seront donnés dans, l'a- 
telier des Trittosophes. Ceux d'entre vous, frères 
visiteurs, qui auraient le désir de les connai*-^ 
tre , sont invités dès aujourd'hui à nos séances. 

C^est une obligation que nous leur devrons , 
de venir écouter des choses^ qu'ils savent déjà: 
sans doute ; mais qu'ils aimeront et propage^ 
ront avec plus de zèle , si nous parveosons as 
toucher leur cœur. 

II. 25 



.58& CHOIX DE DI8COUBS. 

MaiBlenant, mes frères, puisque. idlas^jdeitt 
uoa dmtrioes, puisque la xuaçonnene n'a d'aur- 
an but par toute la terre que rettsoigQftmeBt 
et la pnUtqufi de la ukorale la plus pure , eom*- 
ment.se fait-il qu'elle soit, éternellemeot expo- 
sée aux persécutions des méchaots ? C'est un^e 
question que chacun de tous peiU se faire , 
et à lacfuelle il n'est que iJK^ facile de ré- 
pondre. 

Hélas I d'eat dans sa pureté même, c'est dans 
son G(xeeUence que réside la cause de ses maux» 

La maçonnerie ne vit que de vertus , et les 
vertps sont le supplice des méchants. 

La maç<H:inerie ne vit que de vérité, et la 
vérité est le supplice du mensonge. 

La maçonnerie ne vit que de science, de 
lumière, de tolérance; et la tokrance, la lu- 
mière, la science, sont le supplice des ignorants 
el4 des persécuteurs. 

Ainsi donc, lout ce qu'il y a de fourbes , 
d'hypocrites,, d'ignorants et deperv^ns, doivent 
ètjre les en&emis de la maçonnerie^ 

Mais il est une aut^e source des.mépris qu'on 
lui prodigue, et vous l'aliez reconnaître aisé- 
ment. La maçonnerie, l'austère nïaçonnerie 

ne: distribue ni rkhesses ni gFanc^cvft! • 

Elle: ne £%vorise ni la vanité m l'orgu^l; elle 
n'encourage ni l'ambition ni la cupidité! 



CHOIX DK> DaSG'X>ITIf6v 887 

Qâe si nous dispensions desleniptcMB y djesf^rë^ 
sors ; alors vous verriez ^ par un de ce» chdn^ 
^mients magiques^ que voue avez vur tantde 
fois^, vous verriez ces fiers ennemis tomber à 
no» pieds ^ ramper comme des esclaves,, et foire 
autant de bassesaes pour noue plaire, qu'ils eiï 
font pour nous insulter et pour nous perdre. 

Et encore, quel est leur aveuglement ? quelle 
est leur itoprudence ? Ils se constituent nos ju-» 
^s> nos accusateurs !«...« ils nous peignent 
cotome le flëau de la société , les ennemi» des 
lois et des souverains! 

Imprudents, pourrions-nous leur répondre, 
vous qui connaissez l-htetoire, où tronveriez- 
von% la preuve de Vos accusations ? Chercdiea^ 
consultez' vos propres annales; Esihce donc nous 
qui ienon» le gouvernail des spires y ettcon- 
duisons le vaisseau sur les écneiis? Est^enouéC 
qni\ pour paarler un Ifingage qui vous esticon^ 
n«i>, avons sacré' Saûl,' qui l'avons fait tuer en^ 
suite, et avons livré ses; sept enfenls aux Gâ^ 
baionitee , peur les mettre en) choîk'/v. .. . 

Est -ce noà^ qui avons divisé en deux le 
royauDtte de Satoition, et armé'Ies frëriss conirei 
lee frères ? 

EstHce nouiqttf , par norplriiÊfres,slvonif attiré 
la* famine tl ki> misèPe' ^ur leraêl ? 

BssÉ-oe nous qui avoue >livré Jérusarlem à Na- 



S88 caOIX D-Bf D.ISCOU'RS. 

buchodonosor, et fait traîner le peuple captif à 
Babylone ? « 

i Est ^ ce nous qui avons bouleversé , détruit 
l'empine romain, brulè les philosophes et leurs 
livrés V brisé les statues et les temples de la 
Grèce j et plongé pendant quinze siècles les arts 
et les sciences au tombeau?. 

Est-ce nous qui avons inventé les croisades 9 
institué V inquisition , comtuandé la Saint-^Bar- 
thélemjf opéré les dragonnades , les massacres 
des Cévennes, et l'extermination épouvantable 
de douze millions d'Indiens qui peuplaient 
l'Amérique ? 

Imprudents accusateurs!... est-ce nous enfin 
qui avons assassiné Henri III et Henri IV, que 
VOUS: faites semblant de pleurer aujourd'hui ? 

•Kous conspirons sans cesse ^ di tes r vous !..... 
Singulière conspiration, que celle qui ne de- 
mande que la paix et dçs lois, qui ne sait que 
gémîr.et se taire quand ses vœux ne sont pqint 
exaucés! Étrange conspiration, que celle qui 
embrasse toute la terre, que la Providence elle- 
même souffle au cœur de tous les humains, que 
partagent, les bons princes, les chefs dès ar- 
mées ,vles ministres, les savants, tout ce qui a 
tie l'âme,, de l'iatelligence et de la probité ! 

Le soleil au^si, sans doute, conspire, contre 
les. téoèbre», contre, les exhalaisons pestilen- 



CHOIX DE.DISGQU«Kâ. SSc^ 

tielle^* de la terre ; ; con tré là nmi é tern^lle . et 
l'aoéautissement de là nature L . . <>.,.' » 

Ahi! croyez -moi, loin dç nousycheixshof* des» 
crimes, tâchez de fajre ouMièr les vôtres» L^s 
vrai3 perturbateurs y les efineniiid des lob et des 
souverains; ce ne sont pas les knaçous ;; t^aiis. 
vous.^;.vo]as-inême«, que nous reconnaissioas 
toujours , sous quelque masque que vous vous 
dég^uisiezw Vos. propres annales ^ les annales dé 
tous les ,peuples., n'ont qu'une voix pour le 
prouver, pour vous confondre. . j, 

Vou^s. votez, mes frères, .combien il geraic 
£acile de réfuter, d'écraser nos calomniateur&y 
si l'on voulait sieulement employer contre eus 
les armes de l'histoire et de l'évidence. \\ 

Mais je préfère me souvenir, du précepte 
donné aux Indiens : « Si vous êtes persécutés; 
"T< calomniés, souffrez , taisez-vous; » le silencai 
de ceux qui souffrent • est l'effroi des tyrans 9 
c'est leur plus terrible punition. Aussi bien, 
mes frères , comment pourrions-nous répondre 
autrement que par le secours de la raison; et 
comment faire entendre la raison à ceux qui 
sont chargés de la détruire ? - 

Souvenons-nous du lit de Procuste.:... 

Ainsi donc, pardonnez si j'ai attristé un ins- 
tant cette solennité par des tableaux lugubres. 
On cède quelquefois à l'envie de regarder son 



SgO GHOIK DE Difi COURS. 

epneilû en fa;ce; dé lui moptrer qu^oale con*^ 
naît y qu'il est dea yeux cpiiom vu «es iniquitës, 
et kle8>madns courageuses, ca^iyles d'en laiéser 
k'^Yéritable histoire au monde. 

Dû reste , 4}U6 noo» importer lès <;ris^ et les 
suiEXiës: épii;^i¥Bères des ibéefaants? Qu'ite iiô«i?s 
p«pj(éoutent , c'est un carinae de plus , mais un 
erime inutile. Il 'ef^ bien établi maintenant que 
la> maçonnerie est 'forte ^t robuste , et qu^eSe 
ne périra -point sou^ leurs coups. Que siielle 
est obligée de fuir quelques climats envahis par 
If ignorance et le mensonge, vous l'avez vu, mes 
Ccères^ tout asile ne lui est pas interdit; elle 
nxouve^uie délicieuse hospitalité dans les con« 
trées les^fdus foitunées de IWivers. La terre 
est v^stç;^iet, igràce au Dieu de |u9i(^ière,, au 
Dieu de bonté, de vérité, qui est le^ véritable 
Dieu ^ il y a encore «de U ^ace ici--* bas pour le 
causage et pour la vertd. 



cfioix ixE ixiseo^R^. 591 



PaONONGÉ DA9iS LA LOGE DES ARTS ET DE L*ikMlTIB , P>& 
* " *' * ' " SON CRÀND OBATEUR. ^ 



. Ç'«sT .^V|BÇ ^ne,>riY§ éqjQtJon que j'élève ma 
.voix au :miliçu d'iifpi^ f^j^mbM^ 4gatemdnf iœ- 
4)o^a»<çpftf JlçRomfcre de^ fr/èroi qui Ift.compa- 
,SiQ|i)li^t'^aç IjîpBQépit^s ^îlçersîdç chacun d'eutre 
euiK:; mais x(^f^t uiv 4^voir qui m'est tutoie; et 
j$i u'béèite plks à le rêmpii;^. Je ss^is .d'ailleurs 
,qHe pli* le$ !hom<É^s oût de. lumière >j et, plus 
îb cNENt dHndulg^oeé.; ^dést^lors je. puis compter 
wr celle rd« loua hms: Auditeurs. : v »' 

Pour Voua. (tréaienter le résumé de* ^as'tra-i' 
viiuxîpdndaut i'pnuée qui vient «de s'éoârakf/' je 
,»ai4[tarft,iâkaif^tnbten vos tenues ont ét^ dëi- 
'CeUlfs^ co4uUaitlfe3 4îscu9si(mè y ont.ét» tout k 
k fois luiiuiQelises et amicales; enfin que vous 
ayez tOjtijours pivêseaté k fidèle image d^une 
assçmUléis de fa^'le. 

Trois occasions îmfKumiitea vous oi>t mis à 



39^ CHOIX JOX DdSGO.UJtS. 

même de déployer vos, sentiments humains et 
généreux* 

Le désastre du cirque de Franconi avait 
atteint un de nos.friàres» qui, flans un ipstant, 
vit sa fortune et Tespérance de sa famille de- 
venir la proie des flammes. Quoique le frère 
Kegnaut ne fit pas partie de la loge, quoiqu'il 
fût inconnu parmi nous, il yous suffit d'ap- 
prendre qu'un de vos frères avait besoin de vos 
secours, et vous vous empressâtes de les lui 
prodiguer. 

Cependant un malheur bien autrement con- 
sidérable avait dans peu d'instants fait dispa- 
raître du sol de lapatrie une' ville presque :en- 
tièrei Une nuit a su(fi pour priver plusiieurs 
milliers- de nos concitoyens, d'asile, de vête- 
ments,' de pain^ des vieillards, des enfants au 
berceau , des malades , de faibles femmes , 
errant pêle-mêle autour^des débris enflammés 
de leur demeure, sont réduits au dernier degré 
de l'infortune; car, hélas! ils n'ont plus même 
d'espérance. Mais je me trompe; ne font --ils 
{)as ïDartie de la ùoble et giénéreuse famille des 
«Français? Le désastre de Salins est à peine 
connu, que de* chaque partie du royaume on 
i(e .hâte de secourir ses malheureux habitants. 
Et vous, mes frères, vous croyant doublethent 
obligés, et comme Français, et comme faisant 



paierie «i^ne associat^ù spédalemént^buéé àù 
culte de la bienfaisance > vous vous empre^eï 
de faire part^èsiir ^ cette» pbpulaition désolée, 
avec vôtre offrande, la t<^uchante expression'de 
vos regrets. ' 

Dés cht'étietis, peut-être des maçons, i^siis 
et faible reste de cette nation ëtlairée, à qui 
l'Europe doit sa civilisation et le^'liîenfaîts qi^i 
en découlent, sefatîgueni enfin 4*êiré toujours 
esclave^pll^' aillent mieux mouri*' que soùflFrîr 
plus long- tèrilps tant d'abjections et tant de 
misères. Wé éh-'a^pfeltent au Bîeu (tes ôhrétiénis 
et à leur'êpée. Là lutte est- longue, sanglante^ 
terrible ; éWè intéressé totftë la chrétienté'. 
Cette poigtiëe^ de brèves K utïe coristàhce âTê- 
prèuve de toiit, eWepté â %elié de ïa fàim. 
Défenseui^s db Missôlôhghi î vous ne demandiez 
que du pain pour prolonger votre héroïque 
résistance jusqii^à la destruction totale de. yqs 
stùpides ennemis ! Faute de ce faitle secourg 
vous périssez ! et les débris de la cité qui fUit 
vçtre berceau, çinoLent^s par le sang=DpiusulD5ia% 
deviennei^t votre glorieux tombeau. I^'çxe.iï\p]§ 
sublinje de codage que ppada^tplus d'ufle 
anpée voi^s avez donaé au. monde, i.iUusllre à 
jamais notre .âge, et la postéritp adfpirçfa/,.yé-i 
nérera l<es. hérons. {Ip. Misâolooglji^ , ; comqae . no^id 



Mais guelqu?^ fi^iDm^'> qu^l^u^ ènfaDits ont 
échappé à 4aTit 4è cato«lrophe$ ; votre géné- 
reuse offrande ^ adressée au comité, grée > a eu 
apécialeaaen^.ppqr objipi jt)e secourir p0$ j^ltes 
îpfprtuués d'u;PQ . p^imlatipa 4oi^t la lii^éni^ife 

Pi8pa;:0^rp^lii[e. >. ;/.,; ;% ■;, ^ . : ■ 

,;;JLia:p?p^ réacftftt^ d'^m d^ .^08 frères les plw 
4ifl^i^gués a d<Hiloùreu8«i|i(eaÇa£E$^té1^os4S€^ûrs; 
ç)}e^ troublé .la: jqie que vous, om: f^t ép^ouypr 
|,^ PQittbreweâ a$l^ et i|qt4^ati^ns:qi|ii)nt 

ei^richi la loge peiidai^tk^^oure de cett^ anuée. 
J^ laisse à d^ bq\icjbes plqs élpq^e9tes ,1/^ sqia 
cije-Tpqf tTjfi^çer^ df^s u^e ;céwni,9p spéçiia^ejçftept 
consacrée ^ cet objets le tafatleau d^s r.arès vçr- 
tuSî, du noble çarac^èi^ de notre regrçtté fivère 
Cavïus. 

Ce lour, mes frères, n'est pas consacré à la 
douleur, .il doit éjLre donné tout entier aux 
êpanchements dé l'amitié et' à t'échange de ces 
doux sentiments qu éprouvent toujours les gens 
ék bien lorsqu^^ils se trouvent réunis/ Livrez- 
VOuS-y sans côiilï*âràtèV Nttbles visiteur^, rece- 
vez par mon orgkne Texpressiôii de la recon- 
iiaissance de tous les membres de la loge, pour 
hi'favétar 'Signalée que vous avez bien voulu 
létit* faire ; et vtHi^ , mes frères, membres de 



ce respectable atelier^ continuez ^ par la régu- 
larité de yxM 4ravaux , l'amënké 4e ^os «eeurs , 
et par votre g'aîté franche et cordiale /à mériter 
l'estime^ Tamitiéet lawfWpi^^GQ 0u Grand Orient 
de France, et de tous nos frères. 



£^ ««.■•< 



3g6 GHOIÏ HÉ DISGOORS. 



DISCOURS 

PRONONCÉ DANS LB 8BIN DE LÀ L06B DES ABTS BT DE l'a,- 

MITIÉ, PAR LIE, FRERE NEVEU, VENBRABLE DE LA LOGE 

DBS IMITATEURS d'oSIRIS. 



La loge des ^rts et de V Amitié , fidèle ou- 
vrière et fidèle amie, honore trop sincèrement 
et son titre et sa destination pour ne pas être 
au - dessus des éloges d'une sœur qui ne peut 
encore se glorifier que de lui avoir voué son 
admiration et son estime ; mais cette sœur a 
reçu d'elle des preuves d'un intérêt tout par- 
ticulier qui lui commandent des sentiments 
moins froids, et, aussi prompte à reconnaître 
qu'à désirer une bienveillance si fraternelle- 
ment témoignée à son jeune âge et à sa pros- 
périté, elle ne peut tarder plus long- temps à 
lui ofifrir un gage de son dévouement particu- 
lier, et surtout de son véritable amoui\ 

La loge naissante des Imitateurs d^Osiris 
nous envoie donc aujourd'hui en ' députation 
vers vous, mes frères, autant pour vous témoi- 



CHOIX DÉ PIS COURS. 5qJ 

gner sa ireconnai^ance des lumières et des 
exemples utiles qu'elle a eu l'avantage de pui- • 
se» dans tous ceux de vos travaux où vous lui 
avei^ fait la faveur d'admettre ses fds^ que pour 
augmenter encore cette dette , devenue un 
gage de son existence. Elle aspirait avec impa- 
tience à voir briller enfin ce jour, pour elle 
glorieux, où elle pourrait, sans contrainte et 
sans réserve, vous déclarer et son attachement 
et ses vœux. Vos âmes maçonnes et vos cœurs 
fraternels apprécieront , sans aucun doute , 
miQux que nous ne pouvons vous les exprimer, 
le charme et l'enthousiasme du. désir sincère 
qui lui fait chercher dans votre sein les mème$ 
sentiments que vous lui avez inspirés. . ^ 

Vainement voudrions- nous nous faire un 
mérite de l'accueil chaque fois plus flatteur que 
nous avons reçu de vous , et des motifs qui nous 
ont portés à distinguer, au> nombre de nos 
sœur^, quelques loges recomÂiandables surtout^ 
par la sage direction de leurs travaux, par leur 
régularité, et par le zèle. de leurs ouvriers à 
étudier comme à pratiquer franchement la 
douce morale maçonnique. Etre ainsi récom- 
mandable, et désirer se rendre telle, c'est k 
vrai mérite personnel auquel chaque loge doit 
aapirer afin d'être réellement ce qu'elle doit 
être; et ce mérite, tout honorable qu'il est, 



3g8 QBOÏX- D» Dr^GOûBs; 

eomme le nérite iotlividuel de Fhofitfme, llibfï- 
Beur, n'est que sa part naAorelle au bien géné^ 
rai de Fofdre^ san^ laquette 90n intégrité sertitt ' 
Gompromise^ son existence menaeée, et éés-lor^ 
aussr» l'iat^rité et l'existence de chaque làg^*. 

Mais'^ df^ tàèine que dans la ^oo^té génëi^ale/ 
les hommes se rechereiieiit et conttacteht entï^e 
eux un lièD plus étroit, par suite àë la ^ttii)[>^^ 
i;bie dé léifTS idées; de leurs gôùcs> de létifs 
sendments, de même* tes k^sv qu'on tie peut 
pas> ne pa» considérer comme ayâfnt chaiï^une 
des mœurs /uf» caraetère, des habitudes', qui' 
érad>U6sent et manifestent soti individualité, se 
reebei^henti aus9iiet s'uni^send pltid étroitèttiént 
par suite de semblaUiÈs» itfnpuhiomi 

Si nom a;^ouon», avee quelque fierté petit* 
ètvé, que nous sommes conduits a«iKi41iëii' de 
vous, mes fi^èms , par cette" impulsion* qu'il n« 
dépfend pas du> cœur de resefentir otr de^ n'ë^ 
prouter pas^ ; « sîf nous- nom enipreasocfi^V âë 
tOfatrifesCer respcÂt dont elle ilous flatYii^^ d'im^ 
bonheur p{us:g»and éi coinme hoEpilies et o^ittme^ 
maçon»; pwsqu!il s'agpt, pour nous, de doimer 
plus dSex tension àrtousikt! senlimeut» i^misqcri' 
assurent, éi.l^mei ses plus* doiièes jouiseaweesi, 
c'eso.qjne n0W> sommes bieneonimiuQU^'qu'éH 
doiinant à des frères^ etfac^mèmés si rrrlknemeof- 
péRétnéstdesisages'prinetpies de lâi morale: natti- 



CHOIX BK D1SOO0RS. 3Q9 

relie et de )a morale fnâçdfttiique^ ce t^SKin- 
gnage de notre affeietioft^ ih sfauront l'appré- 
cier, en en cherchant la vâletir réelle là où elle 
existe, et, sur ce point, une qualité essentiels 
lement maçonnique, dont nous aimerons tou- 
jours à faire pretive, nous interdit d'exciter 
davantage votre bienveillance* 

Cependant, me» frères, nous croirions ne 
satisfai^pe qu'insuffisamment notre ardent désjf, 
si, en adressant avec sollicitude à votre respec* 
table loge, la demande en affiliation de celle 
de^ Imitateurs d^Osiris^ non» omettions quelque 
moyen de captiver aussi votre confiante; et, 
.»fin de parvenir à ce résultat, si important 
pour le. succès de son vomi, nous regardons 
comme le plus digne de votre noble caractère, 
et comme le plus efficace, celui d'appuyer sa 
prière sur les mêmes considérations et da»$ les 
mêmes vues d'intérêt général, qui ont déter- 
miné sa création. 

Les fondateurs de la loge impéitrante ppès de 
vous , 86 sont dit : ^ 

Un demi -siècle d'une révoltition féconde un 
bien et; en mal, qui a boulerversé généralement 
l'esprit, les idées,, les mœurs, et toutes les ins* 
tituti<m0 des peuples, a vu disparaître de la 
société un grand nombre de préjugés, de cou- 
tumes , de masiimes et de lois contraires au 



400 CHOIX DE; DISGOU.BS. 

bien-être des hommes; mais en morale, coiQme 
en politique, toute réforme violente entraine 
après soi tle nouveaux abus, parce :que notre 
perspicacité n'a pu tout prévoir. . 

S'il est dans la nature humaine de cheminer 
à pas lents vers son perfectionnement, il n'en 
est donc pas moins vrai de dire qu'il est donné 
à la volonté de l'homme d'opérer, dans son 
esprit et dans son cœur, dans ses moeui*s et 
dans ses relations sociales , les changements 
que lui rend néces8p,ires le besoin du bonheur. 

Sans approfondir davantage, en. ce moment, 
cette question susceptible du développement le- 
plus étendu et le plus consolateur, l'îdëfe seule 
en suffit à l'homme sage, pour apprécier le 
devoir qu'elle lui impose, celui de contribuer 
die tous ses efiforts aux progrès des lumières 
morales. 

La franc-maçonnerie a ce but pour essence; 
cependant cette institution, d'une source, si 
vénérable, reproduite sous tant de noms et de 
formes, depuis l'origine des sociétés humaines, 
quoique de nature, par ses préceptes éminents, 
à être transmise d'âge en âge avec moins d'al- 
tération, a subi aussi, dans ses. principes et 
dans sa marche , des modifications que son 
histoire, chez les diverses nations qui ont peu- 
plé le monde, nous montrera tantôt propices, 



CHOIX DE DISCOURS. 4^1 

tantôt funestes à son existence^ mais sans par- 
ticiper également aux progrès des lumières; 
et, il faut même en convenir, il s'y est opéré, 
dans ces derniers temps surtout, au lieu d'une 
amélioration que semblaient lui promettre et 
son but et ses efforts de l'esprit humain, un 
relâchement que, sans hésiter, on peut dire 
destructeur de Tordre. En y réfléchissant, on 
est forcé die reconnaître que , soit par une com- 
plaisance trop facile, soit par une négligence 

plus condamnable encore, soit même dirai- 

je par une insouciance méprisable ? non ; mais 
j'oserai dire dans des vues qu'il serait trop pé- 
nible de qualifier, l'utilité si importante de la 
franc-maçonnerie, sa morale si sublime, ses 
charmes si réels et si doux, ont été ou méconiius 
ou sacrifiés. 

Quçl est donc l'homme sage, le maçon vrai- 
ment tel, dont le cœur n'a pas senti le besoin, 
n'a pas formé le souhait sincère de voir rectifier 
dés eri^eurs si préjudiciables, et qui doivent lui 
causer des regrets d'autant plus pénibles, qu'il 
est plus pénétré des bienfaits dont elles tendent 
à priver l'humanité ? 

Dans' cette pensée qui, pour nous, comme 

pour tous les bons maçons, devient. un devoir 

si imposant et si cher; dans l'intention bien 

mûrement réfléchie de ramener, de mainte- 

II. 26 



4oa CHOIX BB DISCOURS. 

nir la franc -maçonnerie à ses bases primilîves 
et à la haute sagesse de son institution ^ nous 
avons conçu et résolu le projet de fonder, sous 
le titre distinctîf des Imitateurs d^Osîris, une 
loge composée y d'abord, de maçons choisis 
comme fondateurs, et ensuite de membres dont 
les initiations et affiliations seront soumises aux 
examens et aux conditions les plus scrupu^ 
leuses , conformément au véritable esprit et à 
l'intérêt essentiel de l'ordre en tous les temps. 

Non pas que nous prétendions nous distraire 
de l'égalité fraternelle qui est vraiment aussi 
H Tun des premiers mobiles de tous les prin- 
u cipes de notre ordre; loin de nous encore 
« l'idée ingrate de faire schisme , le sentiment 
(f égoïste d'abandonner nos frères pour jouir 
u seuls des plus grandes douceurs que nous 
fc envisageons dans le succès de notre entre- 
¥ prise : non, des vues sages, tolérantes, phi- 
ic lanthropiques , guident notre volonté bien 
fc sincère, notre ferme résolution de nous met- 
u tre à l'ordre, et de marcher d'un pas assuré, 
« avec ferveur, avec sévérité, vers ce perfec- 
(c tionnement nécessaire que nous désirons de 
i< l'institution maçonnique , afin qu'elle puisse 
fc à jamais propager l'amour du bien , la véri- 
u té , la vertu I >i 

Tel a été le mot de ralliement qu'il a suffi 



CHOIX DB DISCOURS* 4^3 

de faire entendre à des maçons aussi zélés que 
bien intentionnés pour les voir, presque spon- 
tanément^ s'unir et fonder cette. loge dont les 
premiers travaux attestent également et la 
nature et la destination. Le nombre de ses 
membres s'est augmenté d'acquisitions qu'elle 
peut se faire gloire de citer, et c'est aujour- 
d'hui le vœu de trente-sept frères que nous 
avons la faveur de soumettre à votre délibé- 
ration ; ils vous demandent d'associer vos efforts 
aux leurs, afin d'assurer et de hâter l'œuvre à 
laquelle tous les fidèles ouvriers /rancs-maçons 
doivent coopérer. 

Quant à nom , très-chers et Crès-respedtables 
frères, quelle t[ue «oit votre détermination^ 
nous aurons toujours à nom féliciter autant de 
Faccuéil que voue nous avea fait, que du choix 
qui nous a valu le plaisir de le recevoir, et nous 
vous prions d'agréer, avec votre aménité accou- 
tumée , les signes et les acclamations de notre 
sincère reconnaissance. 



4o4 CHOIX DE DISCOURS. 



DISCOURS 

PfiOKOlICS DAVS LÀ LOGE DES ÀETs' ET DE L*AUlTlé , PAR SOH 
VBHÉBABLB LE FRERE NICOLLET. 



Très-chers frères y 

Le jour où vous avez daigné m'appeler pour 
diriger vos travaux, j'ai eu la faveur de vous 
annoncer que je désirais répandre quelque in- 
térêt sur nos réunions, en vous développant les 
points principaux de la science maçonnique. 
Mais avant de commencer la tâche que je me 
suis imposée, je dois entrer dans quelques con-^ 
sidérations générales sur notre atelier, :sur mes 
devoirs, sur les vôtres^ sur ce que nous faisons 
et sur ce que nous devrions faire. Cet objet 
important doit précéder toute dissertation sé- 
rieuse; je vais y consacrer quelques instants « 
et je m'estimerai heureux, si, en remplissant 
mes devoirs , je puis encore mériter votre 
attention et votre indulgence. 

Je saurai me renfermer dans le cercle qui 



CHOIX DE DISCOURS. 4^5 

m'est tracé par mes fonctions. Je me garderai 
bien d'anticiper sur le domaine de ceux à qui 
vous avez confié le ministère de la parole ^ et 
de faire naître une comparaison que je ne 
pourrais soutenir; je sais que c'est à eux qu^l 
appartient de faire comprendre la force , et en 
même temps la douceur du lien qui unit la 
maçonnerie; c'est à eux d'expliquer la puis- 
sance merveilleuse de cette institution , dont 
les principes portent les hommes à se rappro- 
cher^ et leur font trouver tant de plaisir à être 
ensemble; c'est à eux de vous montrer la science 
épurant k cœur, éclairant l'esprit, élevant 
l'homme au-dessus de lui-même, lui faisant 
aimer son semblable; c'est à eux enfin de vous 
la peindre resserrant toutes les affections so- 
ciales, et contribuant, avec les diverses insti- 
tutions civiles, au bonheur général.. 

Mais c'est à nK>i qu'appartient la tâche, moins 
brillante, de faire connaître les principes de la 
science, de la faire pratiquer par les ouvriers, 
de diriger ceux-ci dans leurs travaux, de re- 
chercher les vices ou les abus qui pourraient 
s'introduire parmi eux, afin de leur appliques 
des remèdes aussi prompts que salutaires. 

Disons-le donc, mes frères, avec les maîtres 
les plus instruits , l'édifice maçonnique est loin 
de sa peifection; et l'on ne peut s'en étonUer 



4o6 CHOIX DE DISCOURS. 

quand on réfléchit au peu d'ensemble , au peu 
d'accord et att peu de zèle que nous apportons 
dans une étadè audsi difficile et aussi longue 
que Test celle de la maçonnerie* Nous nous 
abusons, mes frères, si nous croyons être maçons 
parce que nou« assistons au spectacle d'une 
initiation, ou parce que nous partageons l«s 
délices d'un bdnqUet. Comme toutes les autres 
sciences, la maçonnerie âe dWise en plusieurs 
parties, qui tout classées par ran§ de difficultés 
et d'importance. Chaque grade, offrant des 
connaissances nouvelles, devient la récompense 
des travaux que l'on a faits dans celui qui le 
précède; tout dans cette science, d'une qiorale 
sublime > est coordonné de manière à piquer la 
curiosité, à exciter l'émulation et h augmenter 
les lumières de l'homme qui s'y livre. Par 
quelle fatalité la plupart dès nouveaux initiés 
se montrent-ils indifférents à suivre une car- 
rière aussi belle ? Far quelle fatalité se borafân^- 
ils à répéter des mots sans idées, et des s^des 
sans images pour eux? Par quelle bizarrerie 
leur première ferveur est*- elle paralysée dés 
leur entrée dans le sanctuaire ? Pourquoi leur 
esprit ne voit -il pas plus loin? Pourquoi leur 
cœur ne veut^^il rien de plus? Pourquoi, au 
moin^, la conscience ne retient -elle pas ces 
déserteurs de la foi maçonnique dans «ne cir- 



CHOIX DB DISCOURS* 4^7 

conspecUoa qui les empêche de mal interpréter 
des connaissances qu'ils n'ont pas voulu se don« 
ner la peine d'acquérir? Toutes ces questions 
sont déplorables^ mes frères; chacun de vous^ 
en secret, y répond avec douleur ; Je vous imi- 
terai sur ce point ; je ne révélerai point des 
maux sur lesquels, depuis long-temps, les' vé- 
ritables maçons gémissent ; je ne révélerai point 
des maux qui tiennent non pas à la nature de 
la science , mais à l'abus que l'on f^jit àe ses 
principes ; l'expérience d'autrui corrige peu , 
e\ je erms qu'il sera plus sage d'indiquer les 
remèdes qui doivent être opposés à une maladie, 
qui wms menace , que de décrire froidement 
les ravages qu'elle a produits chez les autres. Si 
nous voulons travailler à la propagation de l'or- 
dre; si nous voulons remplir les engagements 
que nous avons contractés comme maçons; si, 
enfin , nous avons à cœur de posséder une science 
qui renferme les éléments du bonheur, com- 
mençons par repousser au loin ces prétepdus 
maçons, qui, se dérobant aux regaràs de leurs 
frères et à la surveillance du Grand Orient, 
font, dans les lieux profanes ou même dans les 
temples consacrés^ un trafic honteux de la 
maçonnerie. 

Repoussons également ceux qui s'insinuent 
dans les ateliers pour le vU motif de l'intérêt. 



406 CHOIX DE DISCOURS^ 

OU par des spéculations mercantiles , ou qui ne 
voient daus la maçonnerie que le moyen de 
satisfaire deà goûts matériels. • 
. M'imitons pas ces. ateliers qui^ mus par le 
dé^ir de, répandre plus de charme sur leurs 
travaux , transforment les temples en cabinets 
de lecture 9 ou en salons de politique, ou en 
bureau de commerce ; ce n'est pas que la sévé- 
rité de morale maçonnique s'oppose à ce que 
les maçopis vivifient leurs réunions par l'attrait 
du plaisir; mais il esta craindre que dans les 
loges on ne finisse par s'occuper de toute autre 
chose que de la maçonnerie. 

N'imitons pas ces ateliers qui^ dans les ini- 
tiations, emploient ces formes trop peu propres 
à donner aux adeptes une idée juste de notre 
institution; nos maximes peuvent- elles rien 
avoir de commun avec des expériences de phyr 
sique ou avec des appareils dç chirurgie ? Si 
l'initié est un homme qui jouit des connaissances 
que procure une bonne éducation, quelle idée 
9e formera-t-il de notre ordre ? ne prendra-t-il 
pas en pitié toutes ces jongleries ? Et n'est- il 
pas à craindre que le mépris ou le dégoût ne 
soit le premier sentiment qu'il éprouve dès 90u 
entrée au milieu de nous? Rendons-nous dignes, 
de l'attention des hommes véritablement in8<^ 
trui ts. l»a société civile a^ dans son sein, des hom- 



CHOIX DE BISCOU&S. ^OQ 

meê remplis de lumière, di^ihgoés par leurs 
rangs et leurs qualités , essentiellement ver- 
tueux, et maçons par inclination; il ne leur 
manque que la régularité ; ils recherchent la 
solitude, la paix, les douceurs de l'amitié, et 
les occasions de répandre des bienfaits ; tâchons 
d'attirer leurs regards par nos mœurs ^ nos lu- 
mières, et surtout par ce dévouement fraternel 
dont l'homme a besoin à chaque instant ; nous 
le pouvons, nous n'avons qu'à le vouloir : choi- 
sissons-nous bien, lie soyons que sept, s'il le 
faut, mais soyons sept frères, et notre loge sera 
parfaite. 

Fuyons surtout ces ateliers où la voix de 
l'humanité sort de la bouche de Torateur, sans ' 
pénétrer dans le cœur des assistants, où la 
caisse de l'hospitalier est sans fonds , et l'hos- 
pitalier lui-même sans fonctions. 

Attachons-nous à ces ateliers qui travaillent 
en silence, qui ne visent point au bruit, à la 
célébrité, et qui, par cela même, sont les mo- 
dèles que nous devons imiter; c'est là que sont 
les vrais maçons qui aiment à se réunir pour le 
seul [Plaisir d'être ensemble, qui savent joindre 
les avantages de l'instruction aux charmes d'une 
parfaite amitié , qui vivent véritablement en 
frères, et sont toujours prêts à voler au secours 
lesuns des autres ; chez eux, point de jalousie^ 



4ip GttOiX 0E DISCOURS* 

poÎBt d^oBtenlation ^ ni aucutie de ceê f^iMsioM 
vileê et ii^éressées qui y tant ée fois, ont amchné 
la ruine des plus belles sociétés. Ces ateliers 
dont je parle, et dont je ne prétends pas faire 
un éloge qu'ils n'attendent de [Hersonne, pro^ 
fessent moins la bienfaisance qu'ils ne la pra-* 
tiquent } œ sentiment est regardé comme le 
premier de leur "devoir, comme la première 
charge de l'association qui est acquittée non-i 
seulement sar les offrandes volontaires, mais 
sur les cotisations nécessaires à la prospérité de 
leur atelier. 

Ainsi y mes frères, les écueijs sont signalés^ 
nos modèles sont choisis, notre bot est bien 
déterminé, la route pour y parvenir est bien 
tracée; livrons-nous donc à des travaux sérieux; 
propageons cette institution qiii travaille au 
bonheur de l'homme, qui s'allie sans peine ai^ec 
toiUes^>^les opinions f qui est de tous les temps ^ 
de tous les pays, dé toutes les conditions , cette 
institution qui fait du monde entier un seul 
peuple de frères, qui cache avec sincérité le 
bien qu'elle fait, et qai ne s'ingère en rien des 
affaires civiles ; cette institution enfin, qui ne 
coûta jamais de larmes à l'humanité , qui prend 
l'union et la vérité pour dogmes, la bîenfai*- 
s^ce et la vertu pour morale. 

Travaillons sans rdâehe; quel moment plus 



CHOIX 0Jft DISCOURS. 4^ 

iotéremant pourrions -nous choisir pour rani- 
mer notre ardeur^ que celtti où Tastre du jour 
regagnant notre hémisphère ^ va redonner aux 
champs leur paixire^ aux jardins leurs par- 
fumSy aux bosquets leurs concerts ! La nature^ 
sortant d'une îéthai^fe momentanée^ va par- 
tout reproduire une nouvelle vie ; renaissons 
avec elle^ et qu'une sainte amitié préside à tous 
nos mouvements I 

Amitié I divinité bienfaisante et consolatrice ! 
toi qui^ chez les anciens^ fis naître ces légions 
sacrées, ou la mort ne pouvait pas même sépa- 
rer les guerriers unis deux à deux par tes liens; 
toi qui fis naître tant de prodiges chez les 
hommes de tous les rangs, et de toutes les na* 
tions , descends au milieu de nous , anime les 
colonnes du temple de ton souffle divin ; que 
tout ici ressente les effets de ta magie; tu es le 
principal but de notre culte et l'objet perpétuel 
de nos hommages, tes sanctuaires sont dans nos 
temples, et tes autels dans nos cœurs. 



^12 GHOJX PE DISCOURS. 



EXTRAIT 

DES TRAVAUX FUNÉRAIRES 

DE LA R.'. l.f. CHAP.*. 

DES ARTS ET DE L'AMITIÉ. 



DISCOURS 

DD T.*. H.*. FBEBB GRAND O&ATËVA. 

Appelé par les devoirs de la charge hono- 
rable que je tiens de votre bienveillance , à 
vous entretenir du triste et douloureux sujet 
qui nous rassemble aujourd'hui, je laisse ce- 
pendant à un autrç le soin de vous retracer les 
talents et les vertus de Testimable frère que 
nous pleurons. Un savant *, également recom- 

* M. NicoUet, astronome à TObservatoire royal, 
chevalier de la Légion - d'Honneur, examinateur^ des 
Écoles de la marine royale. 



CHOIX DE DISCOURS. ^î5 

mandable par la perspicacité de son esprit et 
par la bonté de son cœur, depuis long -temps 
lié de la plus intime amitié avec le frère Gay- 
lus^ a bien voulu se charger d'être l'interprète 
de nos sentiments. Plus cette bouche amie nous 
donnera des détails sur la vie publique et 
privée du frère Caylus, et plus nous lui en 
aurons de reconnaissance; car, dans l'acca- 
blement 4'ùne douleur profonde , on aime à 
s'entretenir du malheur irréparable qui l'a 
causée. 

Quant à moi j mes frères , je me bornerai à 
vous présenter des considérations générales; 
elles seront graves comme le sujet qui les 
provoque. Vous ne les considérerez , je vous 
prie , que comme une introduction au dis- 
cours que vous allez entendre ; . il s'adressera 
à vos cœurs , je vais tâcher d'y préparer vos 
esprits. 

Dans tous les temps ^ chez les peuples sau- 
vages comme dans les pays civilisés^ la mémoire 
des morts a été honorée ; mais le deuil et les 
regrets publics se sont manifestés de diverses 
manières y selon les mœurs des peuples, et le 
degré de leur civilisation ; et la coutume de re- 
tracer par des discours les vertus et les belles 
actions des morts , n'est pas aussi ancienne 
qu'on pourrait le supposer. 



- ) 



4l4 CHOIX DB DISGOOflâ. . 

On céfêbra des jeux aux obsèques de Pat ré^ 
de y comme avait fait auparavant Hercule à 
celles de Pélops^ et nul éloge funèbre ne fut 
prononcé à Ces deux occasions ; ce n'est que 
bien postérieurement aux temps homériques que 
les Grecs ont introduit chez eux cette manière 
de rendre hommage à la cendre des morts. 
Thucydide, le premier, a parlé des oraisons 
funèbres qui furent prononcées (environ qua- 
tre cent trcïite ans avant l'ère chrétienne) en 
l'honneur des Athéniens tués au commencé^ 
ment de la guerre du Péloponnèse. 

A Rome, le consul Junius Brûtus, ce répu- 
blicain inexorable , tué dans une batafille con- 
tre les Étrusques , Tan ^45 de Rotne , fut loué 
sur la place publique par Valérîus Publicola, 
son collègue. Le peuple, attendri, cotnprit de 
quelle utilité il pourrait être pour la réptibli- . 
que de récompenser le mérite , en le peignant 
ainsi publiquement avec tous les traits de l'é- 
loquence ; il ordonna que cet usage serait ob- 
servé à la mort de tous les citoyens ayant bien 
mérité de la patrie. 

Parmi nous, il paraît que le vaHtant du 
Guesdin, mort en i38o, et dont les cendres 
reposèrent à côté de celles des rois , est le pre- 
mier dont on ait prononcé l'oraison ftinèbre ; 
cet usage s'est perpétué jusqu'à nos jours, et 



CUQUL B% DISOODII&. 4^^ 

il a tiré un grand lustre des orateurs du siècle 
de Louis XIV, qui se sont consacrés à ce genre 
d'éloquence. Qui n'a paâ présente à la mémoire 
quelques-uns de ces traits sublimes ou tou^ 
chants , répandus avec tant de profusion dans 
les oraisons funèbres de Bossuet , de Fléchier, 
de Mascaron ? 

Mais y dans le monde , mes frères , la pompe 
d^une oraison funèbre est réservée aux grands 
de la teifre ou à ces citoyens distingués qui , 
par des actions extraordinaires, se sont élevés* 
au-dessus de leurs semblables* Les morts vul- 
gaires ne reçoivent pas un pareil hommage; 
leurs yertus modestes ne sont célébrées que par 
les larmes de leurs proches , et des pauvres 
qu'ils ont secourus. 

Quant à nous , mes fràns f membres d'une 
société autôi ancienne que respectable , d'une 
société dont le but principal est de fortifier Ta- 
mitié , l'assistance mutuelle , et tous les senii^ 
ments qui ^contribuant à faire obserter ce que 
les hommes se doivent les uns aux autres; d'une 
société enfin dont l'égalité maçonnique est le 
fondement , nous nous faisons un devoir de ren- 
dre à tous les frères que nous perdons un égal 
tribut d'hommages eiàé regrets; et si l'orateur 
qui parle sur leur tombe n'a pas à nous en- 
tretenir de ces actions extraordinaires qui ont 



4l6 CHOIX DE DISCOURS. 

excité l'admiration ou Tépouvante ^ ses paroles 
nous rçtracenl du moins des vertus civiles et 
domestiques. Elles nous rappellent des exem- 
ples de courage et de vertu; et^ en nous fai- 
sant verser des larmes sur les cendres à peine 
refroidies d'un ami, elles nous excitent à res- 
serrer de plus en plus les liens qui nous. unis- 
sent. 

Je devrais m'arrèter ici, mes frères, pour 
laisser l'éloquent orateur qui doit me succéder 
satisfaire à la juste impatience où vous devez 
être de l'entendre ; je ne voudrais p^s retarder 
plus long-temps le douloureux plaisir que vous 
allez éprouver en écoutant l'éloge d'un ami , 
d'un Frère qui nous s^ été si cruellement et si 
inopinément enlevé. Mais je regarde comme un 
devoir de vous exposer les motifs qui ont enga- 
gé la loge, honorée par l'affiliation du frère 
Caylus, à s'abstenir d'orner la fête funèbre 
consacrée à la mémoire de cet homme de bien, 
des pompes extérieures que l'on voit quelques- 
fois dans de semblables occasions. 

Toutefois, j'ai besoin d'expliquer ma pensée : 
ces motifs, je n'ai pas à les rappeler aux mem^- 
bres de la loge; ils les connaissent, ils les ont 
approuvés : ce n'est donc qu'à vous , trés-no* 
blés visiteurs , que s'adresse cette dernière par- 
tie de mon discours. Ne pensez pas , respecta- 



CHOIX DE DISCOURS. 4^7 

bles frères, que les sentiments qui nons ont 
guidés dans cette circonstance soient itidignes 
du frère que nous)voulons honorer, indignes de 
nous, indignes de la société dont nous sommes 
glorieux de faire partie. 

Malgré la vive douleur que nous avons res-^ 
sentie , lorsque notre bien-aimé frère Caylus 
nous a été ravi, des circonstances tout-à-fait 
indépendantes de nofre volonté nous ont forcés 
à différer l'hommage funèbre que nous devions 
lui rendre. Dès-lors nous avons pensé que tous 
les simulacres que nous «pourrions rassembler 
sous vos yeux ne vous feraient plus illusion; 
que vous seriez trop avertis , par le temps qui 
s'est écoulé depuis le funeste événement, qu'on 
n'étalait à vos yeux qu'une futile représentation, 
propre , tout au plus , à satisfaire des oisifs in- 
différents, mais qui serait sans attraits pour des 
cœurs réellement contristés. Nous avons pensé, 
enfin, que la dépense qu'occasionnerait cette 
pompe vaine serait bien plus convenablement 
faite, si elle était appliquée à adoucir quel- 
que infortune , à arracher quelque maçon à 
la misère et au désespoir. En agissant ainsi, 
nous n'avons fait que mettre en pratique les 
principes que notre à jamais regretté frère 
Caylus a bien souvent développés devant ses 



4l8 CHOIX DS DISCOURS. 

amis^ toujours frappés de ht justesse de son 
esprit. ^ 

Des larmes versées sur sa tombe , et des au- 
mônes distribuées à nos frères les plus nécessi- 
teux^ voilà les hommages qui nous ont paru 
devoir lui plaire , et que nous nous empressons 
d'offrir à ses mânes. Puissent- ils en être con- 
solés ! 



CHOIX DE DISCOURS. 4^9 

^ i 

DISCOURS 

DU T.-. R. . FRERE NICOLLET. 



Mes très-ghers frères , 

Lorsque nous jetons des fleurs sur la tombe 
d'un frère , lorsque nous invoquons ses mânes , 
et que nous les arrêtons un instant sur la route 
de l'éternité pour leur adresser nos regrets et 
les accents de nos larmes, nos expressions et 
DOS" sentiments n'ont rien de commun avec ceux 
que les profanes prodiguent dans de semblables 
cérémonies aux illusions de la grandeur, à rof- 
gueil abattu, à la gloire éclipsée. 

Les enfants de la lumière ne recherchent pas 
les élans d'une vaine éloquence ; ils n'achètent 
pas l'éclat d'une pompe funèbre, qui est bien 
plus l'occasion d'un spectacle que le signe d'une 
douleur sincère; ils n'ambitionnent pas non 
plug ces souvenirs éphémères que des feuilles 
vénales recommandent à un peuple frivole qui 
veut bien consentir qu'on l'odcupe de nous , i 



420 CHOIX DC DISCOURS. 

condition qu'il exercera sa malignité et sa cen- 
sure. Les enfants de la lumière ^ plus vrais dans 
leur douleur, plus naturels dans les cérémonies 
qui la témoignent , s'enferment dans l'enceiRte 
étroite d'un temple modeste et sombre. Là, 
méditant sur le néant des vanités, gémissant 
sur la fragilité de la vie , ils confondent leurs 
soupirs , exhalent leurs regrets , et rendent 
gl^âce au grand Architecte de l'univers. La mort 
frappe-t-elle un enfant de la veuve, ils ne s'en- 
iquièrent pas du rang qu^il occupa dans le 
monde profane , de l'éclat q^'il y jeta par sa 
fortune, de l'usage qu'il fit de sa valeur, de ses 
talents ou de son intelligence, pour acquérir 
une gloire passagère et toujours contestée. Il 
fut maçon, c'était donc un homme de bien; 
il fut maçon ^ c'était donc un frère; et dès-lors 
sa perte en est une pour l'ordre entier. C'est 
une colonne du temple que l'orage a renversée; 
l'édifice en est ébranlé, les travaux cessent, 
l'autel se couvre d'un voile funèbre , et toute 
la famille est en pleurs. 

Dans ce jour de deuil, quel événement nous 
rassemble ! Un frère plein de vie , dans la vi- 
gueur de l'âge , est arraché de nos rangs par 
la mort. C'en est fait, Caylus n'est plus! l'art 
royal a perdu une brillante et solide lumière, 
la patrie un citoyen généreux et dévoué; notre 



CHOIX BB DISCOURS. 4^1 

atefier un de ses ouvriers le plus constant et 
le plus attaché à sa splendeur^ et nous tous le 
plus aimable comme le plus loyal des amis. 
Vous, bien-aimés frères, GuUerier, Parât, Re- 
gnaut et autres; vous qui avez été les téipoins 
heureux de son honorable carrière, dites-nous 
le» inoments pleins de eharmes que vous avez 
passés dans le commerce de sa douce amitié;* 
dites-nous cette ardeur qui Tanimait dans un 
service à rendre ; ces soins inquiets qu'il pro- 
diguait au lit d'un ami malade; cette égalité 
4'humeur qu'il apportait dans les entretiens ; 
cette gaité franche qu'if inspirait dans vos ré^ 
unions; ces vertus domestiques qui répandireni 
tant de bonheur dans sa famille. Parlez -nous 
de son cœur aimant, de son âme élevée, de son 
esprit euhivé , de la distinction et des succès 
qu'il obtint dans une science qu'il honora par 
son caractère et son savoir; parlez -nous sur- 
tout de cette politesse, de cette douceur et de 
cette délicatesse de sentiments qui faisaient 
naître le désir d'être un ami de Caylus quand 
on l'avait vu une fois. Nous comprenons et 
nous partageons votre douleur et vos regrets : 
au souvenir d'un frère qui fut doué de tant de 
qualités , nos cœurs sont émus, nos larmes se 
confondent avec les vôtres, et il est consolant 
pour nous< d'être admis à la faveur de rendre 



j^22 CHOIX DB DISCOURS. 

un touchant hommage à la mémoire d'un ami 
qui nous fut si cher. 

Mort cruelle I perte affreuse ! Ainsi donc le 
nuage qui porte le trépas plane incessamment 
sur la tète des humains^ et menace de les 
anéantir en un instant, sans égard pour la 
force , la jeunesse et la vertu. Animés par un 
souffle divin , agités un instant par les orages 
des passions et de l'adversité ^ nous rentrons 
aussitôt dans la poussière de nos ancêtres, que 
^ous foulions sous nos pas, pour être à notre 
tour foulés sous les pas de nos enfants^ Pleurer 
un instant les autres, être pleUrés nous-mêmes 
l'instant qui suit, voilà donc notre triste par- 
tage ! 

Mais que dis-je ? l'ami que nous regrettons 
est-il perdu sans retour parce que nous ne le 
verrons plus? Oh! combien le sentiment de 
trjistesse qui nous oppresse en ce moment me 
prouve le contraire I Douce et consolante phi- 
losophie, religion mélancolique des maçons, 
redis-nous que tout ne meurt pas; montre-nous 
l'essence divine de l'homme, quittant sa dé- 
pouille matérielle et s'élançant vers l'éternité. 
Explique-nous cet attachant spiritualisme qui 
fait d'une partie de nous-mêmes un être im- 
mortel et impérissable. Gaylus! digne et ver- 
tueux ami, tu ne partages plus l'erreur et l'obs- 



CHOIX DE DISCOURS. 4^5 

curité qui nous couvrent. Retiré dans le sein 
d'un Dieu juste et bon , tu souris de nos ter* 
reurs, tu as pitié de notre faiblesse^ tu inter- 
cèdes pour tes frères. Oui, prends pitié de 
nous f tristes navigateurs sur une mer battue 
des tempêtes , nous invoquons ton* souvenir , 
nous nous réfugions dans la science où ton 
exemple nous apprit à faire le bien; et, tandis 
que l'égoîsme glace tout ce qui nous environne, 
tandis que les agitations du monde accablent 
d'un froid oubli le profane que Ton vient de 
précipiter dans la tombe , toi , tu vis au milieu 
de nous , ton ombre erre dans le temple de Ta- 
mitié et recueille les hommages de notre res^ 
pect et de notre tendre affection. Tes frères 
affligés n'oublieront point les devoirs que tu 
leur inspiras et que ton absence leur impose; 
pratiqueront la bienfaisance et la charité ; ils 
porteront des paroles de consolation à ta veuve 
infortunée, et formeront autant de sentinelles 
vigilantes autour de tes jeunes enfants, afin de 
les rendre dignes de toi et de les soutenir sur 
le chemin de la vie. 

La nature a inspiré Tamitié aux hommes : tu 
nous montras que cette vertu n'est féconde 
qu'autant qu'elle se répand, et ta vie entière 
prouva qu'elle ne s'entretient que par la prati- 
que des actions qui honorent le plus l'huma- 



424 CHOIX DE DISCOURS. 

nité. Nous ne saurions donc méconnaître ,une 
vertu qui nous rendit heureux près de toi* Ce 
temple, consacré à son culte, ne nous verra 
jamais sans que ton souvenir préside à nos tra- 
vaux; ton nom ne sera pas écrit sur Tairainde 
nos colonnes : l'humilité de l'ordre ne le permet 
pas; mais il est à jamais gravé dans nos cœurs, 
et les hommes le trouveront dans la reconnais- 
sance des malheureux que ta bonté soulagea. 
Adieu, Caylus, notre frère, notre ami; puisse 
l'hommage que nous rendons à ta mémoire 
plaire à ton ombre révérée! Adieu, trois foi& 
adieu. 



CHOIX DE DISCOURS* 4^^ 

'.-■ ■ ■- - I - ,. • • 

STANCES LIBRES 

COMPOSÉES ET LUES PAR LE T.*, R,*. F.*. HAUMONT. 



Quel désastre nouTeaa vient troubler nos mystères? 
Pourquoi près de Tautel ce si^e inoccupé? 

Hélas ! du meilleur de nos frères 
Il ne nous reste plus que des cendres légères , 
Et dans l'un d'entre nous chacun se sent frappé. 

C'est donc Coi que^ la mort a choisi pour victime! 
Sous sa tranchante faulx je te vois ahattii , 
Toiy Gaylus, qu'entouraient notre amour, notre estime; 
Toi qui pour le bon droit as toujours combattu ; 
Toi de courage armé , de forces revêtu ; 
Toi qui vouas enfin toute ta haine au crime , 
Tout ton amour à la vertu ! 

Il est trop vrai : c'est lui ; je ne puis m'y méprendre. 

Bon père , bon époux , ami fidèle et tendre , 
Et modèle des vrais maçons, 
C'est de lui qu'on pouvait apprendre 

Vart de gagner les cœm*s par de douces leçons : 



426, CHOIX DE DISCOURS. 

Jeune, il eût dç ses pleurs humecté notrç cendre. 
C'est nous qui sur l&&ienne aujourd'hui gémissons. 

Je crois revoir encor cette lugubre bière 
S'avancer lentement vers le champ du repos ^ 
J'entends l'explosion de la salve guerrière , 
Dont le bruit solennel réveille les échos. 
Que n'avons-nous pu voir notre noble bannière 

S'incliner devant la poussière 
Des maçons vertueux dormant dans cet enclos ? 
Ah! reposez en paix, enfants de la lumière 
Dont la mort abrégea l'honorable carrière , 

Et dont la chair quitte les os. 
Du brave cependant un brave a fait l'éloge "^^ 
Et du parfait maçon nul encor n'a parlé ; 
Aux armes faut-il donc faire céder la toge ? 
Lève-toi, digne chef, ornement de ta loge, 
Dis par quelles vertus Gaylu$ s'est signalé i 
Besuchet improvise , et les pleurs ont coulé. 

Ce coup fatal , ombre chérie ^ 
Qui de notre union , rompt le plus bel anneau , 
Ce coup retentira 4ans mon âme attendrie , 
Tant qu'on verra d'Hyram flotter le vieux drapeau. 
Toutefois je ne sais à ton destin nouveau 
S'il ne faut pas porter envie , 
Puisqu'enfin ton âme affranchie 

^ M. Deveria, grenadier de la corapaguie de Cajlus, 
a iu, sur le bord de sa tombe, un discours en v^rs. 



CHOIX DE DlâCODBS. 4^7 

De l'obstacle grossier du terrestre bandeau, ^ 

Contemple en ce moment sans yoile , sans rideau , 

L'ineffable clarté de la p)iilosophie. 

Ah! si la vérité t'a prête' son flambeau, 

Laisse tomber sur moi cette lumière amie ; 

Je t'ose demander ce que c'est que la vie : 

N'est-ellci point pour l'homme un trop pesant fardeau ; 

Et les soins dont elle est remplie ■ 

Yalent-ils la paix du tombeau? 

Qu'ai -je dit? L'ombre courroucée 
Sur moi lance le feu d'un regard menaçant ; 
Ah! pardonne, ombre sainte, en disant ma pensée, 
Si ma langue a failli , mon cœur reste innocent. 

Je ne m'abuse point : de l'ami le plus tendre 
La Yoix a répondu , je crois encor l'entendre : 
<t Pour l'homme , a-t-eUe dit , c'est trop peu de mourir. 
« Se» premiers cris lui fopt comprendre 
H Qu'il est né pour vivre et souffrir. 
M La vie est un champ clos où Thomme doit courir ; 
« Il est fait pour lutter, combattre , se défendre ; 
« Sa condition est d'agir. 

« Oui , poursuit cette voix , la vie active et pure 
« A plus de prix aux yeux de la Divinité , 

« Qu'une mystique oisiveté 

H Opposée à notre nature. 

« Qu'importe à la société 

« La fastueuse austérité 



^28 CHOIX DK DlSCeURS. 

M Qu'un stupide faquir endure? 

« La froide insenMbilité 
^ Dont au^ yeux du vulgaire il tire vanité* 

« N'est qu'une grossière imposture ;. 

« Et la vertu ne se mesure 

« Qu'à la publique utilité'. 

t> 
M L'être insensible à tout, qu'autnn. désir n'exdte , 
« Que jamais n'ont touché les intérêts d'autrui, 
« Au banquet de la vie assiste en sybarite^ 
M Accablé sous le poids d'un dédaigneux ennui. 
« Et lorsque d'exister l'égoïste s'irrite , 
«< Il subit en mourant le tourment qu'il mérite ,. 
« Le tourment d'être seul et de ne voir que lui. ~ 

« Pour tout dire en- un mot. Ta tombe est un asile 

« Où l'homme n'a droit d'aspirer 
« Qu'après avoir payé par une vie utile 
« Ce délassement fixe et ce sommeil tranquille . 
M Que le ciel indulgent daigna nous assurer. » 
Ainsi parle la voix que je viens d'adjurer *. 

C'en est fait, affermi par ta raison sublime, 
O mon frère! j'abjure une fausse maxime. 
Qui de l'homme aveuglé placerait le bonheur 
Dans le. repos illégitime , 

* Nous n'avons fait que mettre en vers cette morale que 
le frère Gaylus nous a développée à l'occasion d'un triste- 
CTénement déjà éloigné de nous. 



CHOIX DE DISCOURS. 4^9 

Dans la srtërile paix d'un tombeau sans honneur. 

La mort volontaire est un crime ; 
Vivons : par le travail conjurons le malheur. 

Ainsi, plein de jours et d'années , 

Parmi les âmes fortune'es 

Caylus menta d^étre admis ; 

Et sa tendresse fraternelle. 

Du haut de la voûte étemelle , 

Veille encore sur ses vieux amis. 
O toi dont tout ici rappelle la présence , 
Quand la mort pour jamais te dérobe à nos yeux » ^ 

De ma juste reconnaissance \ 

Reçois cet hommage pieux. 
Mais puisque l'Éternel, jaloux de ta belle âme, 
Nous envie, 6 Caylus, ce dépôt précieux. 
Revole , ombre trop chère , au Dieu qui te réclame ; 

Emporte avec toi dans les cieux 
Nos regrets, nos soupirs, et nos derniers adieux. 



430 CHOIX DE DISCOURS. 



LOGE DES FIDÈLES ÉCOSSAIS. 



A PAILLETTE, pompier, et MATHIEU, charboswier, 

AD MOMBHT OÙ ILS SBCSTAIBITT LE »EIX SB TBETV *. 



Salut , hommes de bien ! salut , excellents cœurs , 
Aussi grands par yos faits que simples dans vos mœurs I 
Qui n'enyîrait l'honorable couronne 

Qu'on vous décerne en cet instant ? x 

Elle vaut bien les lauriers de Bellone 
Et ceux qu'on accorde au talent. 
Honneur à qui pour sa patrie 
S expose aux dangers des combats ! 

* Les deux pièces de vers que nous donnons ici nous ont 
été communiquées par le digne et respectable frère Bouilly^ 
la première a été prononcée par lui dans la séance si inté- 
ressante où la loge des Fidèles Écossais , présidée par le 
frère Chemin Dupontès , décernait pour la seconde fois des 
prix à des actes de vertu et de dévouement philanthropiques. 
La plus brillante réunion assistait à cette touchante solen- 
nité , et des pleurs d^attendrissement coulèrent de tous les 
yeux au moment oii les deux modestes héros de la fête reçu- 
rent la récompense de leur noble conduite. Paillette , chef 
des sapeurs -pompiers de la Yillette, déjà connu par plas 
d'un trait de courage et d'humanité , avait tout récemment, 



CHOIX DE DISGO0IIS. 45t 

Honneur à l'homme de génie 
Qui, prot^eant les arts et Tindustrie, 
Fait la prospe'rité, la gloire dek Etats!.... 
Mais résister aux pleurs d'une épouse chérie. 

Aux caresses de son enfant, 

A leurs yeux exposer sa vie , 
Pour arracher d'un gouffre empesté, repoussant, 
De pauvres ouvriers, victimes de leur zèle, 
« Ne possédant qu'un peu de pain , 
Et qui, pour prix d'une action si belle, 
N'ont, hélas! à donner qu'un serrement de main 

Mais briser la voûte de glace 
Qui du canal captif couvre les flots mouvants ; 
S'y jeter à la nage , y retrouver la trace 
De trois infortunés engloutis , expirants : 
Les porter sur ses bras à la rive prochaine , 

Et réchauffer de son haleine 



soustrait à la mort quatre individus engloulis sous la glace 
du bassin ; Mathieu , charbonnier, s'exposant à une mort 
presque certaine et s^arrachant des bras de sa femme qui 
cherchait en vain à le retenir, se fit attacher à une corde, pé- 
nétra dans une fosse d'aisance où plusieurs ouvriers venaient 
de tomber asphyxiés , et les relira tous de ce gouffre mortel. 
La seconde pièce de vers est adressée au fils du célèbre Le- 
gouvé à qui notre bon frère Bouiliy donnait la lumière ; il 
était son tuteur. On retrouve dans ces deux pièces de vers 
l'élan et l'entraînante sensibilité qui firent le succès de 
toutes les productions de l'auteur. Mais quel plaisir de l'en-^ 
tendre , et combien sa noble diction ajoutait au charme de 
sa [ioésie! Les dames ne se lassaient point d^applaudir celui 
qui venait de leur faire éprouver de si douces émotions. 



43:2 CHOIX DE DISCOURS. 

Leurs sens glace's, leurs membres palpitants 

Ce sont là de ces traits devant qui tout s'efiface , 

Grandeur, puissance , antique et noble race « 
Savant , poète , artiste et guerrier citoyen : 
Le plus grand est celui qui fait le plus de bien. 
O bon peuple français ! Et Ton te calomnie ; 
Et l'on te peint séditieux, cruel, 
' Armé , dans ta fureur impie , 
Contre les droits sacrés du trône et de l'autel! 
Confonds tes détracteurs ; cite-leur pour exemple 

Ces héros de l'humanité ! 
Jamais de la Sorbonne ils n'ont connu le temple ; 
Mais ils sont grands docteurs en fait de charité. 
Ils n'approchent jamais de la toute-puissance , 
Ne partagent point ses faveurs , 
Mais loin d'envier les honneurs, 
Ils aiment de leur sort la douce indépendance , 
Et bénissent le roi , dont l'auguste équité 
Maintient la sage liberté 
Si nécessaire au bonheur. de la France. 
Puissants du jour, cœurs vains, indifférents, 
Qu'éblouit un beau nom , qu'endurcit l'opulence , 

y ous qui nommez petites gens , 
Ceux qu'on voit chaque jour, par mille traits touchants, 
Vous surpasser en bienfaisance. 
N'accablez plus de dédains insultants 
Ces ouvriers, ces artisans paisibles , 
Courbée sous le fardeau de leurs travaux pénibles , 
Et qui, de leurs sueurs , nourrissent leurs enfants! 
Ils couvrent quelquefois d'une obscure enveloppé 



CHOIX DE DISCOURS. 4^3 

De rares qualités, de nobles sentiments; 
Et sont plus chers au cœur du pliilanthrope 

Que tous ces petits grands seigneurs , 
Elégants désœuvrés , dangereux séducteurs , 
Que ces dévots titrés , que ces francs hypocrites 
Qu'on voit en robe courte , et mondains cénobites , 
Au milieu des plaisirs prêchant l'austérité, 

Cacher, sous un regard farouche 

Les désirs de la volupté , 

Et , tout en lorgnant la beauté , 

Ne prier Dieu que de la bouche. 
Mais détournons les yeux de semblables portraits ! 
Reportons -les sur vous, dont la vue et les traits 
Calmant du désespoir les angoisses funestes , 

Deviennent déjà des bienfaits. 

( Aux six quêteuses. ) 

Beaux auges descendus des régions célestes , 
Allez , en avançant votre timide main , 
Allez quêter, vierges modestes , 
Pour celui qui n'a pas de pain. 
Demandez : la pitié sied si bien à votre âge ! 

Demandez : vous aurez A votre doux langage 

Qui pourrait opposer un refus rigoureux , 

Quand vous direz : « C'est pour les malheureux ! » 
Mais... comment le penser ? si quelque esprit rebelle , 
Fuyait le tronc du pauvre , à ses yeux présenté , 
Et se montrait, par une erreur cruelle. 
Sourd au cri de l'humanité 

( D£si){Dant PaiHette «t HatBiea ) 

Ah! dites -lui ce qu'ils ont fait pour elle. 
II. 28 



434 CHOIX DB DISQOOKS. 



A ERNEST LEGOUVÉ, 

LE JOUA OÙ JE LE REÇUS FRÀNG-MAÇON. 



Grâce à la divine lumière 
Qui fait les vrais amis et les hommes de cœur^ 

Te voilà devenu le frère 

De celui qui fut ton tuteur! 

Des maçons telle est la famille : 

L'un touche au déclin de ses ans, 

Tandis que chez l'autre encore brille 

Toute la fraîcheur du printemps. 
De notre ordre connais les rares avantages : 
L'e'querre et le compas nivellent tous les âges, 

Gomme ils nivellent tous les rangs. 
Mais c'est moi qui ressens, dans ce jour mémorable, 

Le plaisir le plus délectable. 
Par ton père mourant , chargé de ton bonheur, 
J'ai dû suivre tes pas avec zèle et constance, 

Non comme un austère censeur, 

Mais comme un simple et vieux conteur 

Ami fidèle de l'enfance. 
J'ai dû pour toi, fonder avec ardeur 
Cette honorable et chère indépendance 



i:hoix db discours. 45^ 

Qtu nous donne le droit de penser et d'agir, 
D'e'tudier et de choisir 
Tout ce qui peut charmer notre existence. 
Ah ! de n^es soins en ce moment 
J'obtiens la douce récompense t 
Naguère tu n'e'taîs qu'un simple adolescent, 

Qu'un lycéen obéissant , 
"Qu'entraînait le plaisir, qtte retenait la crainte , 

Et tu parais dans cette noble enceinte 
Homme libre, Français, citoyen, franc -maçon, 
Et bientôt digne du beau nom 
Qu'illustra ton excellent père. 
Poursuis sa brillante carrière ; 
Sois comme lui favori des neuf Sœurs , 
Charme nos sens, et porte dans nos cœurs 
Ces doux transports et ces brûlantes flammes , 
Qu'excitent les beaux vers inspirés par les femmes. 
Ton père les chanta, respecte -les toujours : . 
Nous leur devons la vie et nos beaux jours, 

La plus délicieuse ivresse : 
Dans l'âge mur des avis bienfaisants , 
Dans les chagrins des secours si touchants ; 
Ce sont elles encor , qui de notre vieillesse , 
Soutiennent les pas chancelants. 

Pour imiter enfin celui qui tè fit naître , 
Sur l'Hélicon garde-toi de paraître 
Avant d'être sur d'y monter. 
Malheur à l'impuissant qui veut ^'y présenter ! 



436 CHOIX DE DISCOURS. 

Il espère en vain qu'on l'accueille , 

Il croit s'élever en flattant ; 
Mais le laurier qu'on cueille en se courbant , 

Soudain se flétrit et s'effeuille , 
Quand celui qu'on obtient^ noblement disputé , 
Et reverdit, et passe à l'immortalité. 
Surtout n'imite point ces têtes éventées, 

Et ces petits frondeurs morts- nés 

Des célébrités méritées. 

Crois- moi , respecte^es aînés ^ 

Sois pour eux ce que fut ton père 
Pour Marmontel, Ducis, Bernardin de Saint-Pierre; 

L'homme de lettres qui sent bien. 

La dignité de sa carrière , 

Est , jusqu'à son heure dernière , 

Un. véritable homme de bien. 
Et c'est surtout, quand le. sort nous accable, 
Lorsque j>ar ses rigueurs on se voit opprimé , 

Qu'on. sent qu'il est doux d'être aimé^ 
Et de pouvoir compter sur un bras secourable. 
L'homme est né pour souffrir: c'est la commune loi; 
"Mms apprendre à souffrir est le secret du sage. 
Depuis trois mois, héla$! j'en fais l'apprentissage. 

Et j'aurais succombé sans toi 

A mon malheur, à ma souffrance "^i 

Mais si ma vieille expérience 

'^ L'auteur venait de perdre sa fille unique , madame Ro* 
chelle. 



CÇOIX DE DISCOURS. 4^7 

Pouvait guider ta jeune ardeur, 
T'aplanir le chemin qui conduit au bonheur, 
Hâter enfin le moment si prospère 
Où je Terrais couronner ton talent ^ 
J'oubllrais, s'il se peut, que je n'ai plus d'enfant, 
Et je croirais te rendre un père.. 



438 CHOIX SB DISCOUBS. 



EXTRAIT D'UN DISCOURS 

FBOHONCi DAV& LA LOGE DU FfliNIX^ LE a5 JUILLET tSsS » 
PAR LE F&È&B MOBBT , AYOGAT« 



Le respect du aux morte se retrouve chez 
toutes les oations parvenues à cette civilisation 
véritable, où la religion et la morale sanctifient 
riudustrie, les sciences et les arts. Des faits 
historiques multipliés^ des témoins nombreux 
dans Va^rchitecture et la sculpture ^ répètent 
cette vérité. 

Dans l'antique Egypte^ dans cette vieille et 
déplorable terre de Misraim , des villes souter- 
raines entières , rendues au jour dans nos der- 
niers siècles, nous ont révélé la réalité d'un* 
culte pour ceux qui ne sont plus. D'immenses 
excavations s'étendent dans tous les sens sous la 
chaîne calcaire qui borde le Nil , et les mer- 
veilles tumulaires enfouies dans la Nécropolis 
de Thèbes et de Memphis égalent les chefs- 
d'œuvre éclairés par le soleil sur les belles ri- 



CHOIX DK DISCOURS. 4% 

ves du fleuve. Les pyramides même, ces co- 
losses de rarchitecture, sont des temples érigés 
à la mort-, ces énormes ouvrages, montagnes 
élevées par la main de l'homme , portent jus- 
qu'à leur cime la douleur et les regrets des 
constructeurs, qui ont renfermé dans ces vas- 
tes sépulcres leurs bienfaiteurs , dont le front 
avait ceipt la couronne ou les bandelettes sa?- 
crées. 

De nos jours la commission de rixistitut, com- 
pagne pacifique de l'armée française d^Orient, 
les Toyages.de Burckart , Bancks , Belzoni , Sait 
et Caillaud, ont enrichi le monde savant de 
nouvelles découvertes. En ce moment où je 
parle, après M. deLaborde, que la confiance 
de ses compatriotes a surpris sur les bords de 
la mer Rouge, pour le rappeler dans notre 
chambre élective, son fils, continuant ses tra- 
vaux, a reconnu Pétra, dans la même Arabie,, 
et le pays des Nabathéens qui confine l'ancienne 
Palestine. Il a exploré avec admiration des tom- 
beaux creusés dans le flanc des rochers pen- 
dant l'espace de plus d'une lieue carrée. Ces. 
monuments de deuil, d'une grande élévation 
et d'une extrême profondeur, enrichis au de- 
dans et au dehors de tous les trésors de l'archi- 
tecture, rappellent aux vivants, dont le pied 
hardi et rare vient fouler cette ville morje, lac 



44o CHOIX DE DISCOURS. 

grandeur et la piété de ceux qui Tont habitée 
aux temps des Pharaons. 

Dans l'Assyrie et la Perse ^ les mêmes senti- 
ments ont laissé partout les mêmes vestiges. Â 
Ecbatane^ Babylone, Persépolis, les palais écrou- 
lés sont ensevelis sous une végétation vigou- 
reuse; les mausolées seuls sont encore debout, 
et redisent éloquemment aux générations ac- 
tuelles les vertus die celles qui ont passé. Alors 
même que les empires ne sont plus y que les dy- 
nasties sont éteintes, la tombe, qui seule a 
gardé ses honneurs et sa voix, nous révèle une 
double destruction, celle des lK)mmes et des 
nations. 

Dans l'Asie mineure on lit partout le même 
respect pour les restes mortels. Le tumulus d'A- 
chille domine encore le cap Sigée dans la plaine 
où fut Troie , et le faste des douleurs d'Arté- 
mise, dans la Carie, a éternisé son nom et ce- 
lui de Mausole. 

Dans la Grèce on retrouve le même génie. 
L'Eleusis de l'Attique était la fille et rhéritière 
de_ risis de Mîsraïm. Tout prouve la juste im- 
portance que les Athéniens attachaient à hono- 
rer les restes de leurs amis, de leurs guerriers, 
de leurs magistrats. La croyancedes âmes qui 
voltigeaient sur les bprds du Styx , lorsque leurs 
corps gisaient privés de sépulture; les funérail- 



CHOIX DE DISCOURE. 44^ 

les.de Pisitrocle, dans Homère; le sort des gé- 
néraux qui avaient néglige de rendre le dernier 
devoir à leurs soldats après une bataille ; la fa- 
ble , l'histoire ^ la poésie y unissent sur ce point 
leurs récits et leurs monuments. Le tombeau 
deâ ancêtres était le berceau de leurs derniers 
neveux^ tant que ceux-ci avaient des armes 
pour les défendre ^ et quelquefois aussi la cen- 
dre des aïeux protégeait à son tour leurs des- 
cendants. Il en reste un mémorable exemple : 
les habitants d'Athènes et de Mégare se dispu- 
taient la possession de Salami ne; les droits, 
étaient incertains , et les glaives étincelaient 
déjà ; mais les premiers ayant montré le 6om 
de leurs ancêtres gravé sur le marbre des tom- 
beaux dans la presqu'île^ la Grèce entière se 
soulève et prononce en leur faveur. Argument 
respectable, preuve touchante;^ noble triom- 
phe ! La politique fut désarmée par la piété ; le 
sanglant laurier s'inclina devant le religieux 
cyprès y et vous fûtes récompensés, ô Athéniens, 
pour n'avoir jamais dit jusqu'alors aux osse«- 
ments de vos pères : « Levez - vous et suivez- 
« nous sur une terre étrangère ! » 

Le sujet que je traite est si attachant qu'il 
m'entraînerait facilement. Après vous avoir en- 
tretenus des cadavres de villes tumulaires et 
des monuments particuliers fameux par leur 



44^ CHOIX DE DISCOURS^ 

«omptuofiité y ou célèbres par leur conéerratton 
historique, les pyramides des Pharaons, le tom- 
beau de Philopapus à Athènes , de Coecilia Me- 
tella, de Curtius^ le mausolée d'Adrien, deve-^ 
nu le château Saint-Ange, à Rome ^après avoir 
signalé toutes les créations du génie dues au ci- 
seau des artistes dans le moyen âge , j'arrive- 
rais jusqofà nos jours^ Je répéterais les splen-^ 
deurs de ce Panthéon à TEscurial , où dorment 
réunies , dans te sein du trépas, deux dynasties, 
qui vécurent ennemies ; je rappellerais les hon- 
neurs die Westminster, où rayonnent , jusque 
dans le tombeau, toutes les gloires nationales 
de la Grande-*Bretagne; je redirais les infor- 
tunes de cette abbaye de Saint «Denis, où les 
cendres de huit siècles de rois envièrent aux 
restes de leurs plus malheureux sujets le repos 

et l'obscurité Enfin, je vous transporterais 

avec moi , mes frères, à ce cimetière de' l'Est, 
à Paris, qui renferme dans une véritable cité 
de tombes un peuple de grands hommes ense- 
velis à rangs pressés* Mais je dois arrêter sur 
mes lèvres agitées des éloges contemporains. La 
politique a pénétré même dans notre dernier 
asile , et des bienséances maçonniques sévères 
me commandent une réserve douloureuse dans 
le moment où je serais heureux de payer à de 
pures renommées un tribut d'admiration et de 



CHOIX DE DISCOURS* 44^ 

regrets^ et de suspendre une couronne de chêne 
et d'immortelles à plus d'un mausdée l 

Mais ces cénotaphes y ces cippes^ ces urnes 
funéraires y sont l'apanage de la puissance et de 
la fortune. L'aristocratie de la vie règne encore 
parmi les morts. D'immenses cortèges suivent 
les corps des grands de ce monde ^ et le cèdre ^ 
le marbre et le plomb travaillés , attendent 
leurs illustres dépouilles. La pauvreté n'a point 
ces ambitions et ces honneurs par-delà l'exis-* 
tence. Au malheureux » un suaire ^ un cercueil, 
un peu de terre , suffisent. 

Qu'il me soit permis de mettre sous vos yeux, 
à ce sujet y une composition simple et tou*^ 
chante, dont le souvenir vit dans ma mémoire, 
et dont la simple image m'émeut et provoque 
mes larmes involontaires. Je veux parler de la 
gravure qui représente le Convoi du Pauvre. 

L'infortuné, dont les souffrances viennent 
enfin de cesser, s'est éteint dans l'abandon et la 
solitude. Il a fait entendre sans doute d'une voix 
affaiblie les souhaits que Gilbert, expirant à 
THôtel-Dieu^ formait pour ded indifférents en ces 
vers, dernière étincelle échappée au génie du 
poète, et dernier sentiment que son noble cœur 
ait laissé couler. Il s'écriait, en pardonnant aux 
ingrats qui l'avaient délaissé, et en regardant 
les cieux : 



444 CHOIX DE DISCOURES. 

Ah! puissent voir long-temps votre beau{^ sacrée , 

Tant d'amis sourdis à mes adieux ! 
0u'ikmeurentpleinsde jours, que leur mort soit pleure'e! 
Qu'un ami leur fernifs les yeux I. 

Dans la lithographie que je retraee ^ un mo- 
deste corbillard entre lentement dans l'avenue 
qui conduit aux portes du repos; un simple 
drap recouvre un corps vulgaire. Il est seul, 
point de femme et d'enfants en. pleurs. Point 
de parents ^ point d'amis en deuil dans son cor- 
tège Je me trompe, un ami tendre lui 

reste, qui, éloquent de douleur, la tête et les 
oreilles^ penchées, le suit et l'accompagne tris- 
tement. 

Ce fidèle animal, qui a partagé les bons et 
. les mauvais jours de son maître, lui rend un 
dernier témoignage d'affection. Son instinct 
égale notre raison, sa sensibilité surpasse notre 
intelligence,, et il représente au convoi du pau- 
vre, tout ce qui aima ce malheuret»x sur la 
terre. . 

Mais du moins, mes frères, le corps de cet 
infortuné a reçu dans l'humble demeure où a 
fini sa déplorable existence, un pieux office de 
la. main des hommes. Le chanvre et le lin de 
nos champs ont fourni un tissu qui enveloppe 
ses membres à peine roidis; les arbres de nos 



CHOIX DE DlSCOtJRS. 44^ 

fôréts lui ont donné leurs débris , enfin il a 
joui des tristes honneurs de la bière et du lin- 
ceul ; faibles remparts qui le protégeront quel- 
ques jours encore contre les vers , jusqu'au 
moment prochain^ où^ rendus à une décom- 
position rapide , ses restes formeront un je ne 
sais quoi, d'après l'expression énergique de 
Bossuet y qui n^aura de nom dans aucune hm^ 
gucy comme sa mémoire ne laissera de trace 
dans aucun souvenir I 

£h bien! mes frères, il est des corps plus mal« 
heureux encore, s'il faut le dire , et que la for- 
tune sacrilège outrage par-delà leur vie ! 

En France , dans notre belle France, dans 
une ville populeuse, au milieu de nos plus ri- 
ches provinces, dans le département du Nofd, 
à Douay, enfin, les soldats qui mouraient étaient 
privés du suaire et du cercueil, et, nus, ils 
étaient jetés dans la froide terre qui devait 
les couvrir. 

Que l'on ne vienne pas demander ici, par une 
ironie cruelle, s'ils la sentaient cette privation. 
Ah ! des guerriers , des braves qui versent leur 
sang pour leur prince et leur pays , doivent re- 
cevoir, comme les autres citoyens, les honneurs 
de la sépulture, de la tendresse' de leurs pro- 
ches , de la piété des fidèles ou de la reconnais- 
sance de l'État. Avec quel serrement de cœur 



446 CHOIX Dl^ DISCOURS» 

cenK^i leur survivent lesregardent->-ils dëshé^ 
rit'és de leurs habits de mort, et ne pensent^ls 
pas voir les mânes* de leurs camarades s'as« 
seok* plaintifs sur la fosse ^ et demander triste- 
ment un dernier tribut de douleur et de piété , 
comme les ombres des anciens qui faisaient rè^ 
tentir de leurs gémissements les rivea de TA* 
chéron^ et imploraient la faveur d'un tombeau! 

Grâce à la respectable loge de la Parfaite 
Union y orient de Douay, un spectacle aussi 
affligeant ne se reproduira plus. Un journal^ 
qui a dérobé le secret d'une modeste bienfai-* 
sance, m'apprend que cet atelier respectable 
fournira , pour l'avenir^ la bière et le linceul 

aux militaires sans fortune 

, Honneur, trois fois honneur aux dignes ma-« 
çons de la Parfaite Union! leur action e^l dés- 
intéressée > humaine^ religieuse et moralet 

EUe est désintéressée f CdiV le bienfaiteur ne 
recevra jamais les actions de grâce de l'obligé} 
jamais le corps ne se ranimera pour lui offrir 
un service de reconnaissance : ici, la récompense 
est dans le plaisir seul que donne la vertu. 

EUe est humaine, parce que la philanthropie 
en est le principe sacré. Aucun lien personnel 
n'attachait celui qui n'est plus et les donateurs 

* La Réunion i feuille du i5 juillet 1828. 



CHOIX DE DISCaURS. 44? 

qui lui survivent; aucun lien , si ce n'est le 

nom d'homme qui seul leur était commun. 

Elle est religieuse^ car les honneurs accordés 
aux restes de nos semblables dont l'existence 
nous avait été totalement étrangère , sont yxik 
hommage rendu à la pensée d'un autre monde. 
C'est la conviction que la mort n'est qu'un court 
milieu entre la vie terrestre qui finit et la yie 
céleste qui commence. C'est une idée confuse 
que l'âme veille toujours sur une enveloppe dont 
elle est à peine dégagée , se réjouit de la piété 
qui la respecte^ ou s'afflige du sacrilège qui 
l'outrage* 

Elle est morale 9 enfin, cette action , parce 
que le sentiment de l'immortalité est la sanc«* 
tiop des lois; et ce sentiment » au lieu d'une jus- 
tice humaine aveugle ou trompée » place dans 
notre cœur un témoin vigilant, un juge incor^ 
ruptible, et, dans l'espérance, nous montre 
des palmes pour la vertu ^ même au-delà du 
tombeau où tout finit ici*«^bas ! 

Honneur donc , je le répète , trois fois hon- 
neur aux dignes maçons de la Parfaite Union! 
Et vous, gens du monde, qui vous couvrez 
de la piété comme d'un manteau, qui cachez 
votre difibrmité morale sous le masque de l'hy- 
pocrisie; vous qui faites de notre religion sainte 
marchandise, commerce et monopole, cessez 



448 CHOIX DE DISCOURS. 

de calomnier la maçonnerie^ et que vos outra- 
ges s'arrêtent devant un suaire et un cercueil. 
Imitez ceux que vous insultez, et si l'on a moins 
de prédications^ on aura plus de bonnes œu- 
vres à l'avenir ! 

Et vous y puissants de la terre, connaissez en- 
fin notre institution. En attaquant les sociétés 
secrètes en Espagne, en Italie, en Allemagne, 
vous croyez frapper la maçonnerie : apprenez 
qu'elle est étrangère à toutes ces associations 
qui avaient revêtu quelques-unes de ses formes. 
Sa politique, c'est la charité ; sa religion , c'est 
la morale; ses mystères, c'est le secret du bien 
qu'elle répand. Connaissez cette réponse d'un 
monarque régnant, à qui l'on proposait de 
poursuivre nos frères : « Persécuter des maçons, 
« moi ! jamais ; ce sont les plus honnêtes gens 
(c de mes ÉtatSé » Magnifique éloge que nous 
travaillerons toujours à mériter. 



TABLE DES MATIÈRES 

CONTENUES DANS LE DEUXIÈME VOLUME. 



I 

PagM 

Dissertation siir les biographies i 

Biographie.' ii 

' '^ ' " .' A. _ 

A^Hemand ( Zacharie- Jacques-Théodore ). ...... i^. 

Antignac (A) la 

v^ An tin (Louis- Antoine de Pardaillan , ducd'). ... i3 

Arcambal (le marquis d*) , , i5 

Arnaud ( François-Thomas-Marie de Bacculard d*). ib. 

Askeri-Khan. . . .* . . , . ^ 16 

Attaignant(rabbé Charles-Gabriel de T) 18 

B. 

I Bacon de La CheTalerie (N.). 19 

Baiileul (Antoine) • ao 

Baron (Pabbë Olivier- Julien), ai 

Barse (Tabbé Biaise). . a4 

B|aaot (Etienne-François). ., .,•.•....<, • aa 

Beguillet (Edme) Ot. 

^- Bercy (le marquis de) a5 

^-^ Bemadotte ( Jean-Baptiste-^ales ) ih, 

Berquin (Arnaud). , « . . a6 

Bertolio ou Bertholio (Fabbë Antoiae-A^iu^-Goiistaoce). ib, 

Besnchet (Jean-Claude) • 37 

u- Beumonyille (Pierre-Riel, marqnis de) ag 

Beyerlé(N.de), . 3i 

BUop(Antoii]ie)... . , . , , 33 

Boissi (Louis-Limxle).^ . • • • « 3a 

. Qopaparte ( KapoléoQ ) 33 

Bopap^rtfi (Jiitepfa) 34 



45o TABLE 

Bonaparte (madame) 34 

Bondy (hrcomleTaillepied de). . , . . . ^ > » . v . ib. 

BonneTille ( Nicolas de ) 36 ^ 

BoaiUy (Jean-Nicolas^. 38 

-f^ Bourbon (S. A. S. Louis de) 89 

X Bourbon (S. A. S. madame la duchesse de ). . • • . 4^ 

Bourdois de La Motte (N.>! 4a 

y; Bourdonnaye (le comte de La ) % . 4^ 

Bourguignon (Henri-Frëdëric) 44 

Brazier (N.) ib. 

Buttnra (Antoine) > .c^ 4^ 

c. 

''' d£ f^' \iv Cabanis (t'ierre-Jean- Joseph) 4^ 

' ' '' f*^ \v , ^ / VCadet-Gassicouré (Charles- Louis) 46 

\f Cailhaya (Jean-François) 4^ 

'f' CambaccTrés (Jean-Jacques-K^gis) 49 

CasanoFa (Jean- Jacques). . ............. Sa 

jk^Catheâne II, impératrice de Russie. . . .^ 54 

. Champeaux (rabbe'Goy de) 55 

^Champagne (Jean-François). . . v . . \. v . . . . v . ib, 

Cfaamfort(Sëbastien-Roch-Nicolas). * > 56 

Ghangeuz (Pierre-Nicolas) . 57 

^ Charles Xm, roi de Suède 58 

^ Chartres (S. A« S. le duc de ) « . 59 

Chaussard (P.-J.-B. Publicola). :-.......... 6a 

Chaus8ier( Hector). T. .' «. .^ . . . . 63 

Chazet (Andrë-Renë-Balthasar-Alissan de) ib. 

Choffard (Pierre-Philippe) 64 

Choi8eùl( Claude -Aàtoine-Gabrîel y duc de) 65 

Cmale (Jean) 68 

Coupe de Saint«Donat (le cheralier Alexandre -Au - 

guste-Donat-Magloire ). 69 

; Cordier de Saint-Firmin (Tabbë). •. 70 

y'' ' ' ' Court de Gebelin (Antoine). ............. 71 

Cubiéres (le chevalier de). •. .' ^g 

CuYclier de Trie (Jean-Goillaume-Anguste) 8t 



Y' 

4< 



DES MATIÈRES. 4^1 

D. 

PagM 

Datard (Michel-François).. ^ . . 8a 

Decazes (Élie, dnC) 83 

Delille (Jacques; 84 

Denis (P^bb^ Pierre) 85 

' Penii (Tabbë Claude-Marie). 8& 

^ Dervent-Waters (lord).. . .. . ib. 

Dësaugiers (Marc- Antoine). . ^ 87 

Deséze (Romain). 88 

Dieulafoy (H.) . go 

XDixmerie (Nicolas Bricaire de La).. ,..«.. ib, 

Dufresse (Simon-Can&ille). .......... .^ ...... . 93 

Dulaure (Jacques- Antoine) • . •. 94 

> Pufaas (le comte Mathieu) 95 

Dumersan (N.) 98 

Dumolard (H.-F.) 99 

Dupatjr (Charles-Marguerite-Jean-Bapiiste-Mercier). ib, 

Dupatjr (Emmanuel). loo 

Duperron (Pabbé Jean-François-Rereche) 103 

Dupin( André-Marie- Jean- Jacques) îb^ 

Dupin jeune (Philippe -Simon) io3 

E. 

Élie de Beaumont (Jean-Baptiste- Jacques) io3 

ï^rëmënil ^Jean-Jacques-Duval d'). ib, 

Eugène Napoléon (le prince). . io5 

Expilljr (Fabbé Jean-Josep^d*) 107 

Çymar (le comte Ange-Marie d') 109 

F. 

Fabrë-Palaprat (BemardrRaymond) iio 

Fallet (Nicolas) m 

Fauchet (le baron Jean- Antoine- Joseph ) . iia 

Femig (Louis- Josepli-Ce'sar, comte de). . ii3 

Florian (Jean-Pierre Qaris, cheyalier de). ...... ii5 

Fontanes ( le marquis Louis de) • • . 117 

François dé Néufchilteaa (le comte). \ , . . 119 



y 



Page» 

Fi'anklin (Benjamin). ... « lao 

^» Frëdëric le Grand, roi de Prusse 12a 

Frëdëiic^Guillanme m , roi de Prusse. ........ ia4 

G. 



A 



Qabriac nusoachet. (Paul.).. * laS 

Gardaoe ( Jacques- Josepk). . 4 .....«« 136 

Gaut (NicolasrGabriel-.Marie)* «.•••. 137 

QeQrge? JY , roi d'AD|gleterre • lag 

Géyres (lé'dup de) ' ia8 

Giugpené (Pierre -Louis). ... ^ .....*... . i3o^ 

Gouy (le comte de) * i3i . 

Qrçu^e (Jean-BapUste) * * i3^ 

GrouTellej( Pierre -Antoine). i34 

Guerrier de Dumast ( Augoste-Prosper-Fran^ois). * * i35 

Guichard (Jean-François). ». i36 

Guillaume ( Benott-Marie-Josq>h ) i37 

Go/ot des Herbiers (II.). • x3S 

\ H. 

«^fiamonester (lord comte d') ^ i38 

Hecart ( GabrieU Antoine- Josepk) iSg 

^ HeNëtius (Claude-Adrien ) ih. 

Hénin de CnyiUers (Étienne^Fâix , baron d*). . . . . 141 

Henrion de Pansey (le baron) \^i 

HoadoQ (N.), r44 

Houel (J.-P.-L,-L.) 145 

J. 

Jay (Antoine) 146 

Joséphine (Rose Tascher de La Pagerie) 148 

Jeanroi (Dieudonnë) 1 . . • i53 

■ • • L.- 

•^Lalande (Jérôme- Joseph Le Français 'de) i55 

Lahlëe (Jacques) i56 

Lacëpéde (Bernard -Germain -Etienne de La Ville ^ 

comte de) 167 



DES MATIÈRES. 4^5 

Pages 

Lagarde (le baroo Joseph-Jean) ' i6i 

LasaUe (Antoine-Charles -Louis, comte de) ih, 

Laurisf on (Jàcques-Alézandre-Bernard Law, marq. de). i65 

Lavallde (Joseph).. 168 

Larallëe (Louis-^toine). « ^ 169 

Leblond (l'abbé (Sspard -Michel). ... ^ ..*... . ih. 

Leclair (Pabbë François). 4 170 

Lecouturier (François-Gervais-Édouard) ih. 

Lefeb-vre d^Aumale père (Gharles-Firangois-Fâix). . . 173 

Lemaire ( Nicolas-Éloi ) ..»•.«•.... 175 

Lemazurier ( Pierre Dayid ) .• • • • .177 

Lemierre (Antoine-Marin). ........«••..»,• 178 

Lënea (Tabbé). ..,,,..., ^ ,,,,, .^ 180 

Lenoir. (Alexandre). ......,,.. 181 

Leronge (André- Joseph-Etienne) < . . . . i8a 

Lioy (N.), ,,..., . i83 

Loaptiére (Jean- Charles de Relongue de La). . . • • 184 

Luxeipbourg (le duc de Montmorency). ........ ih» 



M. 



Macdonald (Etienne- Jacques- JoMph-Alesandre). . * 186 

Mallarme (Joseph -Claude). . • • • • . • » , 191 

Mangourit ( Michel- Ange7Bemard de) « .. , 16. 

Marsj (Claude-Sixte-Sautereati de). 19^ 

Martinez-Pasqoalis • ih. 

vMathe'us (Jean) * 19$ 

Mercier (Louis-SeluiBtien). . .^ Y 4 . . 196 

Mei'le ( Jean-Tounaint). * < < i • < . ^ . . « 197 

Millin de Grandmaison (Aabhi-Loms)» . . .^ . < « 198 

MiUj (J(iGolaa-ChristierndeThy,ooitot«de). ( . . . aoo 

Molitor (le comte Gabriel-Jean-Joseph).- .• . « . . .^^ soi 

MopQt ( N. ) .*.»»..;*«.* ao4 

Morand ^Pierre -Lovis- Constance) /. < ih. 

Morel (N.) i . ao5 

Morin (Stephen). ....*..... 307 

Moraire (Honoré, comte) / < 211 



xAi-'^.' 



454 TABLB 

i;Na|M>Uoii le Grand. ...,....«. aia 

INeYeu (Jean-Auguste). . ^ ......... . ai4 

P. . 

Pain (Joseph) , ^ 217 

Paganûcci (Jean). .;........., *b. 

Paine (Thomas). ... ^ ..... ^ .. , 31S 

Parajr (Évariste -Désire -Desforges, cheyalier, puis 

▼icomte de). . aai 

Pamy (N.) s^aa-. 

Pastoret ( Ghinde - Emman uel - Joseph - Pierre , mar- 
quis de). « aa3 

Peyrilhe (Bernard). i . .. aa4 

Philippon de La Madeleine (Louis) , aa5 

- Piccini (Nicolas) aa6 

Piis ( Pierre-Antoine- Augustin de) 337 

Piagrë (Pabbé Alezandre-Gny) -^ aa8 

.H^-Pirlet (N. ) a3o 

.->^Piron (Jean-Baptiste-Pi erre- Julien) « • . ib. 

Plane (J.-M.) a3i 

Poissonnier (Pierre-Isaao ) a3a 

Ponce (Nicolas). . , . ^ a33 

Poyet (Bernard) . ^ . a35 

Procope (Michel-Coltelli) ^ . : . a36 

^\ Hamsaj (le docteur). a38 

, Hampon ( le comte Antoine^Guillauvie ). . . . ^ . . . a39 

Rémi (Vahhé Joseph-Honorë ) a4i 

Hic^ard .( JeannMarie). . ^ . . . a4a 

r Robelot (N.). : 343 

.VRobin (l'abbe), * . ib. 

Roettiers de Montaleau (Àlexaudre -Louis ) • a46 

Roçttiçrs de Mootaleau (Alexandre-Hen ri-Nicolas). » a49 

Boucher. (Jean -Antoine) , . aSo 

Ilo?e (l'abbë Nicolas) ^ .......'. , a5a 



DKS MATIÈRES. 4^5 

Pagei 

Roûer (Fabbë Jean-Baptiste-François } 353 

s. 

-t^aint'Martin (Louis-Claade de) q55 

Saiiit-Marlia(Loui94Herrede) *k57 

SaisseYal(lemarqai8de) * 958 

Savalette de Langes (N.)* •••.•••.•.••*.»•. sSg 

Sesmaisons (le comte de). i6^ 

Taexis (Jean-Baptiste- An toineJoseph-Marie)^ .... 164 

Targe (Jean -Baptiste) 369 

Tissôt (Pierre -François). 370 

Tissot (N.;. : 37Î 

^^Thory (Glaude-Antoin*) ..*.... 373 

^^Tschoadjr (le baron Théodore -Henri de) 376 

Turpin (François-Henri ) * » . . 379 

Turpin de Griisë (Lancrelot, comte de) 380 

u. 

Ussient (Loaîsd') 3$i 

V. 

Vassal (Pierre -Gérard) 383 

Vemet (Claude-Joseph) a83 

Viennet ( Jean-Pons-Gaitlaame ) . .. 384 

Villette (madame la marquise de) '386 

Voltaire (Arouetde) 387 

w. 

WaIter8toriBr( Etienne-Frédéric, baron de). * . . . . 3g5 

Washington (Georges). . 396 

VVeishaupt (Adam) 398 

■ . X. , 

Xaintrailles (madame de), 399 



'456 TABLE DBS ÏHATIÈRES. 

'Page* 

Ayîs de Pauteur* « . 3o3 

Choix db discodrs, extraits, bipports, moeciâux di 
POB8IBS, prononces par divers orateurs. . ; 3o5 

Discours de réceptign aji premier grade sjrmboiique , pro* 
noQc^ à P^rjis. en ^8i5, 1816 et ]8i7,à Ja logedesTri- 
nosppheSj , t ,,,,,,, f , , ib. 

GomparaisQu de la l^açonnerie arec le Monde profane. — 
PiscQurs prononce dan^ plt^sieurs loge^ de TOrientde 
Paris, en i8i5, 1816, i8i7,etc # . Sas 

Discours prononce dans la confëdëration des cheraliers 
Kadbchs. . . . , 336 

Fête funèbre en Thonneur'du maréchal BeurnonyiUe. — 
Discours de VÈpée , prononcé par un chevalier Kadoch. 36o 

Discours sur Tétat actuel cle la- Maçonnerie dans TanÎTers , 
prononcé ^ans la loge desTrinosophes par son Vénérable, 
le 17 janvier i8a4 ^ . < 370 

Discours prononcé dans la loge des Arts et de PAmitiéypar 
•ou grand orateur , 391 

Discours prononcé dans le sein de la loge des Arts et de TA- 
mitié*par le frère l^ïeveu , vénérable de la loge des Imi- 
tateurs d^Osiris 396 

Discours prononcé dans la loge des Arts et de TAmitié, par 
son Vénérable le frère Nicollefe 4<>4 

Entrait des trayaux funéraires de la R.'.L*'. Gbap.*. des 
Arts et de TAmitié. -» Discours im T.*. R.*. frère grand 
orateur '..,..,.,•, 4'^ 

Discours du T.*. R.*. frère rficoUet, , 4^9 

Stances libres composées' et lues par le T.*. R.*. F.*. Hau- 
mokit. 4^5 

Loge des fidèles Écossais. — Prîl de Tertu 4^ 

A Ernest Legouvé, le jour ou je le reçus. Franc - Maçon , 

par H. Bouill/ 434 

Extrait d^un discours' prononcé dans la loge in Phénis^ , le 
a5 juillet i8a8,' par le frère Môrèt, avocat 4^^ 

FIN DE LA TABLE. 



■A 



Wù' 2 2 1941