(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Précis historique de l'économie rurale des Chinois [electronic resource]"

•^^ ■ , 



■^.- 



PRECIS HISTORIQUE 

DE L'ÉCONOMIE RURALE 

DES CHINOIS, 

Ptêfentê h P Académie Royale des Sciences 
de Suède Pan, 1754. , par M, Charles 
Gujîave Eckeberg ^ Capitaine c^ un vaif- 
feau de la Compagnie Suédoife des Indes 
Orientales , publié par M, Linnaeus , & 
traduit du Suédois par M. Dominique 
de Blackford. 




A MTLAN. MDCCLXXr. 



Chez les Frères Reycends 

Libraires fous les Arcades de Figini 

Avec approbation^ 



AVERTISSEMENT 
DU TRADUCTEUR . 



JuE petit ouvrage , dont on offre 
aujourd'hui la tradufîion au public , 
a paru à Stockholm l' an 1757. // 
tjï entièrement nouveau dans fon genre : 
en s' apperçoit aifément , que V Auteur 
n' e/î pas un voyageur ordinaire , à" 
qu il a vu avec jruit . // feroit à 
fouhaiter cependant , qu' il eut donné 
des explications plus parfaites de quel- 
que s produEîions naturelles . Le Tra- 
àuEîeur qui efi étranger ^ n' a eu 
d' autre but , que de rendre fidèlement 
fin original & d'être intelligible. 




I 

PRÉCIS HISTORIQUE 

DE L'ÉCONOMIE RURALE 

DES CHINOIS. 

L n'y a peut-être point de peuple, 
qui puifle fe vanter d'être affès riche 
en pro Ju£î:ions naturelles & de les pof- 
léder dans une variété afles grande , 
pour pouvoir fe pafTer entièrement 
des produ6lions étrangères . C'elt 
cette défeci:uofité 5 qui paroit être le lien gé- 
néral qui unit enfemble les fociécés civiles : 
mais la nature femble avoir fuivi une règle 
différente à l' égard de la Chine , elle peut 
le fuffire à elle même . 

Ce païs eil fi heureufement fitué , que 
les habitans de la partie feptentrionale le 
plaignent auffi peu du grand froid , que ceux 
qui habitent la partie méridionale , fe plai- 
gnent d'une trop grande chaleur. Le climat 
des païs intermédiaires eH: doux , égal & il 
eil: par conlequeat agréable pour la vie , 
commode à la fanté & propre à produire 
toute forte de plantes. 

Les vents aliiés , qui font propres à la 

partie méridionale & chaude apportent avec 

eu:: de grands avantages à ce climat, le vent 

^u nord purifie l'air , difTipaut toutes les 

A 



2 De l'Economie rurale 

vapeurs pemicieufes , que la chaleur e'iève 
fur l' atmoiphère , & le vent du fui tem- 
père réiTervefcence de la faifon chaude. 

La plus grande partie des frontières de la 
Chine eR mouillée par de vaftes mers, qui 
de didance en didance forment des golphes, 
où l'on eft entièrement à Tabri de tempêtes. 
Comme la nature femble avoir borné ici 
la navigation, elle lui a ouvert des nouveaux 
chemins par des rivières & des fleuves na- 
vigables qui fe répandent dans l'intérieur 
du païs. 

Le flux & le reflux de T eau , qui s'étend 
fort avant dans le païs & cinq milles Suédois 
au delà de la ville de Canton , facilite la 
navigation , & fait que les différentes con- 
trées peuvent fe communiquer mutuellement 
leurs productions ; ce qui aus^mente le com- 
merce & la confommation générale . 

Le fol efl fi fertile , que quelque mauvais 
que puîlTent être les marais & les hauteurs, 
ils récornpenfent cependant abondamment le 
travail d(.^s laboureurs j car le bled, les fruits 
^e la terre & des arbres , qui mûriffent ici 
parfaitement & dans une variété infinie, 
s'efforcent, peur ainfi dire, à Tenvi de com- 
bler leurs cultivateurs de confiantes moiffons. 

Les grandes & vafies forêts fourniffent, 
Cutre une quantité immenfe de bois de char- 
peite & d' autres bois propres à bien des 
iilages , plufieurs efpèces de bois fins & pré- 



DES Chinois. ^ 

cîeux, des fucs utiles, àcs gommes, des écor- 
ces & des feuilles. Ces forêts font d'ailleurs 
habitées par un graad nombre de bêtes fau- 
va^es qui fervent à la nourriture & à Fha- 
billement. Des métaux, ditierentes efpèces 
de pierre & de terre , des fels , du fable 
d'or, des perles, du corail, quoiqu'il ne foit 
pas de la meilleure qualité & une infinité 
d' efpèces de poifTons que le rivage frais & 
falé attire en quantité, font voir que la na- 
ture ne les a pas traité en marâtre non plus 
de ce côté là. La volaille, qu'on trouve 
ici partout en troupes fort nombreufes, flatte 
la vue, les oreilles & le goût. En un mot 
le règne de la nature eft dans la plus grande 
perfection à la Chine : elle offre les perfpe- 
ftives les plus m.agnifiques, des fituationsck 
des commodités de toute efpèce , aux quel- 
les ni l'invention ni l'art ne pourroit rien 
ajouter; & fi l'on excepte le fuperflu , dont 
on peut fe pafiTer, toutes les chofes nécef- 
faires à la nourriture & à l'habillement, fans 
qu'on ait befoin, d'avoir recours à l'étranger. 
Comme le bien être d'un païs dépend prin- 
cipalement du bon ordre & de l'induilrie 
de fes habitans , on peut dire que la Chine 
jouit particulièrement de ces avantages. Tous 
ceux qui ont fait des defcriptions de ce païs 
ont remarqué Tindufirie des Chinois & leur 
dextérité pour toutes fortes de métiers, & 
nous en voyons des preuves par les difilsrea- 
A z 



4 De l'Economie rurale 

tes marcbandifes , que nos vaiffeaux y vont 
chercher . Leur paï5 produit en quantité fuf- 
fîiante les matières crues. 

Je me fuis propoié , pour prouver l' indu- 
ilrie fingulière des Chinois , de raconter ici 
brièvement ce que j'ai obiervé pendant un 
féjour de quinze mois que j'y ai fait en trois 
fois différentes, touchant quelques dé'tails de 
leur économie ordinaire & habituelle. 

De r Agriculture , 

DAns îes parties méridionales de la Chi- 
ne, qui font frtuées fur la mer, le ris, 
efpèce de bled, qui profpère le mieux dans 
un fol bas & humide, eil comme prefque 
chés tous les orientaux la principale nourri- 
ture . Il eft des efpèces de ris , qui profpè- 
rent dans un fol fec & haut , comme T on 
voit par ci par là dans l'isle de Java, & 
d'autres terres hautes. Les provinces Chi- 
noifes qui ont un fol fec & inégal , fe fer- 
vent de ce ris : mais en Qiiantting ou dans 
ies provinces méridionales qui font balTes , 
on le femeroit avec perte, parceque fon grain 
clt petit, qu'il demande le double du tems 
pour mûrir, au lieu que le grain de l'autre 
ris eft plus gros , qu'il croît mieux & plus 
vite , & qu' il peut toujours être fous l'eau , 
fans être endommagé . De cette efpèce il y en 
a une forte inférieure, qui eit rougeâtre &: 



DES Chinois, 5 

^ont les gens da commua fe fervent, on 
s'en fert auifi , pour en faire une eau de vie 
qu' ils appellent Samfou . 

On m'a dit qu'à mefure qu'on avançoit 
dans la Chine , du midi au feptentrioa , la 
culture du ris diminuoit., & qu'on cultivoit 
à proportion plus de Teigle, d'orge, de fro- 
ment, de fèves, de pois &c. &que dans les 
provinces les plus feptentrionales , où l^ ris 
ne prend pas du tout , on entendoit p^irfai- 
tement bien la culture du blé. 

Néanmoins on plante auflfi du fronhent, 
des fèves, des petits pois & des lentilles dans 
les provinces méridionales , dont les habitans 
fe fervent en partie pour eux , & en partie 
pour les étrangers: Mais on fème beaucoup 
plus fréquemment du ris , dont je parlerai 
plus particulièrement, puilqu'on s'en fert aux 
environs de Canton au lieu de pain . 

On fçait que la Chine eft un pais extrê- 
mement peuplé. La plupart des provinces 
le font au point, qu'on eft étonné de voir 
<5[ue ce païs puilTe produire afles de blé pour 
tant de millions d' habitans, d'autant plus 
qu'à l'exception de quelques Tounques (*) 
venant de la Cochinchine & de quelques 
vaifleaux hollandois chargés de blé , ce qui 
n'arrive encore que rarement, ils n'en tirent 
A 3 



(*^) Efpéces de navires fort grands 



6 De l'Ecoî^omie rurale 

point de l'étranger: mais quand on fait at- 
tention à leur induflrie prelqu' incroyable à 
cultiver & à tirer parti de tout , à leur par- 
cimonie & extrême Ibbriété dans la vie or- 
dinarie , on efl convaincu qu'un païs qui a 
des pareils habitans, quelqu'en foit le nom- 
bre , ne peut prefque jamais manquer de 
leur fournir la nourriture nécelTaire: au con- 
traire c'eft plutôt la multitude de gens la- 
borieux , qui contribue à la richefle du païs 
& à la meilleure fubfiftance des habitans ; 
car chaque agricole laborieux tire toujours 
plus du fein reconnoiffant de la terre, qu'il 
n en peut confommer lui feul . 

Le degré de perfection , où l'on a pouffé 
dans la Chine l'agriculture Se particulièrement 
la culture du ris, ei\ le principal fondement 
de la félicité, dont jouit ce païs. L'écono- 
mie rurale eft auffî la profefTion , qu' on y 
honore, & qu'on y encourage le plus. Les 
empereurs mêmes pour mieux marquer 
combien i|s eftiment cette profedlon & pour 
donner à leurs lujets un exemple digne 
d'être imité , vont à la campagne à un 
certain jour de chaque année , accompagnés 
des grands de leur cour , prennent la charue 
à la main, préparent & sèment un diliri£t, 
& moiflbnnent enluite de leur propre maia 
le fruit de leur travail : mais il faut , que 
ie me borne aux côtes de Canton . 



DES Chinois. 



Du tenain. 



LE terreia aux environs de Canton e(l 
aufR varié eu égard à fa fituation , 
que dans d'autres endroits; tous les lieux 
bas fon; couverts de terre graffe & noire : 
mais à mefure que le terrain s élève , il fe 
revêt (' une terre jaune & rougeâtre mêlée 
d'ochr; & le fable & le gravier s'y trou- 
vent <n plus grande quantité, lorfque cette 
terre relie incuite pendant quelque tems, 
l'alteiiative de la pluie & du foleil lui 
donn une furface, pour ainfi dire pétrifiés» 
Néaimoins des pins & d'autres arbres réfi- 
neu} y ont pris racine & quelques plantes 
peu délicates , telles qu il en vient chés 
noi5 fur les vieux murs & fur les rochers, 
prcpèrent très bien dans les fentes; ce qui 
pr-uve que la terre expoiée fur des hau- 
teirs aux vents & à la féchereife, quoique 
If pluie enlève fes parties graffes, n efl ce- 
pndant pas impropre a produire des plantes. 
La rivière Ta ou Tahs , fe jette dans la 
lier au deflbus de Canton . Le flux & le 
cflux fait que fon eau e(t mêlée ici d'eau 
ilée. Elle partage le pais , à la diilance 
(e quelques miiits autour de la ville , en 
)lufieurs isles grandes & petites , dont les 
ivages font larges , unis & bas , de façon 
^ue lorfque l'eau mohte le plus haut, "ils 
A 4 



8 De l'Economie rurale 

reiïemblent plus à des grands lacs qu' à des 
champs. Cette humidité continuelle doit 
ne'celTairement rendre cette terre argileufe 
en elle même, bourbeute & maréca*eufe : 
auflfi les agricoles y enfoncent-ils jufcu' aux 
genoux 5 avant que d'arriver à un rerrein 
ferme . 

Il femble qu un terrain , qui e1 fous 
l'eau deux fois toutes les vingt quatre 
heures, doit relk-r privé de fes partis graf- 
fes, &c de tout ce qu'il faut pour pnduire 
du bled, & devient par là impropre i être 
cultivé, parceque l'eau emporte & enraine 
lorfqu'elle s'en va , l'engrais qu'elle peut 
avoir amené. Ces champs humides «fe- 
mencés de ris, ne reçoivent en effet p>int 
d' autre engrailîément , que le chaume du 
ris même mis dans la terre , qu on laiie 
pourrir : Malgré cela ils rendent tous \es 
ans une moiflon au centuple. 

Toutes les fois que l'eau inonde I^ 
champs, elle y laiffe quelques parties gral. 
fes & bûurbeufes , qui rendent la terre fe(. 
tile ; car l'eau de la marée, qui monte eï 
plus faltée & plus trouble , qu elle ne l'eÉ 
lorf^u elle defcend : outre cela elle defcenc 
au commencement fort lentement & lei 
champs au ris font déjà à découvert, lorfquâ 
la marée defcend avec véhémence ; ce qui 
fait que le limon falé, qui a coulé à fond 
& qui fait l'eagraiffement du champ n'ea 
peut plu£ être emporté • 



DES ChTN-OTS 



Des champs à ris ou rifi^res • 

IE5 champs à ris font fi moux ea qu?I- 
^ ques endroits , que la marée emporte 
la terre des rivages. Pour eViter cet incon- 
vénient , on y plante des cyprès , dont ïes 
racines s'entrelacent , & donnent de la fer- 
meté à la terre . Chaque champ de ris 
étant féparé de la rivière par de larges fof- 
fés , ces allées de cyprès plantées en lon- 
gues haies forment un beau coup d'oeil, 
particulièrement , lorique la terre ert Tous 
r eau . 

Dans des endroits plus élevés , qui ne 
peuvent pas être arrofés par la marée , on 
a planté une autre elpèce de champs à ris. 
Pour leur procurer une quantité égale d'eau, 
ils font une terraffe autour de chacun de 
ces champs de la hauteur de deux à trois 
pieds & dans le temps de la pluie, ils bif- 
fent augmenter les eaux , ou ils les laif- 
fent écouler , félon qa' ils le jugent à pro- 
pos . Dans le tems de fécherefle ils les ar- 
rofent ou par des conduits , ou en y por- 
tant l'eau. La terre de ces champs ell mê- 
lée d'une argile & d'une glaife ferme, & 
comme ils peuvent rendre le double de ce 
que les autres champs rendent , on les en-, 
graide de plufîeurs efpèces de fumier & on 
eu a plus grand foin . Les Chinois plantent 
A 5 



iQ De l'Economie rurale 

outre cela du ris dans des endroits bourbeux 
& marécageux ; mais comme il n' eft pas 
pfflible de les entretenir dans un degré 
égal d' humidité ians beaucoup de peine & 
de dépenies , ils manquent ordinairement 
dans les années sèches. 

Des Chinois dignes de fois m'ont rac- 
conté que dans la province Toc bien y la ri- 
vière qui le jette dans la mer près de 
Changekeu & ^mey formoit des grands ri- 
vages plats & que les habitans , mécontens 
de ce qu' un terrain fi étendu ne produit 
rien , faifoient des radeaux , étendoient des 
nattes defTus, y mettoient de la terre, & y 
plantoient du ris avec beaucoup de profit : 
qu' à la vérité ces champs flottans étoient 
quelques fois iujets à être endommagés par 
les ouragans , lorique les vents changeoient ; 
mais qu'on les regardoit comme fort lucra- 
tifs, parce que dans le tems iéc, aufll bien 
que dans le tems pluvieux , l'eau de dcf- 
fous leur coniervoit toujours une humidité 
égale, & que la pluie ne leur cauibit point 
de dommage puiiqu'elle s'écouloit bientôt, 
C'eft là une preuve de leur indullrie digne 
de confidération . 

On prépai-e tous ces champs , ou avec 
la charrue , ou avec la bêche , & comme 
tout fe réduit au but que le vieux chaume 
de ris foit retourné & mis dans la terre , 
l'une ou l'autre peut également i'ervir à cet 



DES ChtNOIS. II 

effet ; car le terrein étant toujours fi mou , 
comme nous avons déjà obfervé , que les 
laboureurs y entrent jufqu' aux genoux , il 
ert aile de le travailler . Leur charrue ei\ 
extrêmement (impie , & eft tirée par ua 
boeuf: mais avec la pioche , ils peuvent auffi 
fans beaucoup de peine remuer auQi profon- 
dément dans la terre bourbeufe , qu'ils le ju- 
gent à propos. A la première marée la terre 
ayant été inondée devient unie , comme fi 
elle avoit été applatie avec un rouleau, & 
comme T humidité continuelle empêche la 
terre de fe coller , ils n'ont pas beioin d'au- 
tre indrument d' agriculture . 

On traite de la même manière toutes les 
autres efpcces de terroir , choififTant peur 
cet effet le tems , où la terre efl le plus 
amollie par l'humidité, & coniéquemment 
facile à travailler. Ils engraiilent & labou- 
rent une petite partie d'un acre , plus ou 
moins grande d'environ Ibixante pieds en 
quarré . Il faut à la vérité qu'elle loit hu- 
mide & molle comme le reile. il ell: nécef- 
faire cependant , qu'elle foit alscS éloignée 
de la rivii-re , pour qu'elle ne puille pas 
être entièrement inondée par la marée, lors 
qu'elle monte. Ils enfemenccnt cette partie 
fort copieulémeat d'un ris, qu'ils ont laide 
auparavant s'imbiber d'une eau qui a reliée 
fur du fumier & de la chaux. Lorlque le 
ris commence à paroitre, ils tiennent l'acre 
A 6 



12 De l'Economie rub^ale 

fous Teau à trois pouces de profondeur; au 
bout de trente jours ces plantes font pro- 
pres à être transplantées dans des grands 
champs. LorfquMis les transplantent, ik ne 
fe Ibucient pas beaucoup qu'elles foient en 
lignes direftes. Ils ont foin feulement, que 
chaque plante ait une place fuffifante . La 
diftance qu ils laifTent ordinairement entre 
les plantes ,eft de huit à neuf pouces. Ils 
font cette opération comme toutes les autres 
fivec beaucoup de facilité, & de manière, 
qu'ils ôtent environ la longueur de deux 
pouces des pointes des plantes & mettent 
chacune en particulier , ou lorfqu'elle eft 
trop petite, plufieurs eniemble, dans la terre 
molle avec les doigts, afsès profondément 
pour qu' il y ait deux pouces de terre au 
deffus de racines . Quand le ris a été tranC- 
planté de cette manière , ils n'y font plus 
rien : ils examinent feulement , pendant que 
les plantes font encore délicates , ù elles n'ont 
pas été endommagées par les vers ou par 
d'autres infeftes ; & fi cela eft arrivé , ils 
mettent des nouvelles plantes à la place de 
celles qui ont péri , & jettent alors un peu 
de chaux fur le champ i ce qui chafie les 
infedtes • 



DES Chinois . 15 

Des vents variables & du cl'tmat , 

LEs vents variables qui fouflent dans les 
provinces méridionales de la Chine 
ficuées en dedans du tropique du cancer , y 
produifent de tels changemens dans le cli- 
mat qu'ils partagent l'anne'e en deux fai- 
fons, Tavoir : la laifon humide & la laifori 
sèche . Quand le foleil paOe dans le mois 
de Septembre de la ligne équino6liale vers 
le miidi , l'air devient peu à peu plus frais, 
& pendant le mois d' Octobre & une partie 
du mois de Novembre , il règne ordinairenùent 
des brouillards & des petites pluies : auiTi 
toutes les fois qu'un vent du Nord-e(l s' élè^e , 
l'air s'éclaire & refte ferein , juiqu'à ce qae 
ce vent d' hiver ait entièrement diiparn . 
Dans les mois fuivans le climat e(t pli^ 
ftable , plus fec & plus beau , juiqu'à ce 
que le foleil ait achevé de nouveau ion vo- 
yage d'hiver & ait paffé dans le mois de 
Mars, au travers de la ligne équino£tiale 
vers le Nord . 

L'air échauffé , qui a tiré peu à peu ea 
haut une quantité de vapeurs , les rend (uc- 
celfivement par des pluies plus fortes ik plus 
abondantes , qui dans les mois de May & de 
Juin deviennent toujours plus copieufes 3c tel- 
lement^ perfévérantes , qu'on voit fou vent 
douze à quinze jours de pluie fans dilcon- 
tinuité. De fortes tempêtes & des ouragans 



14 De l'Economie rurale 

accompagnent ordinairement les grandes plu- 
ies du Sud vers l'Oueft. Quoique le foieil 
commence dans le mois de Juin , à diriger 
fon cours de nouveau vers le midi , il lailTe 
cependant dans ces endroits une chaleur plus 
forte qu'elle n'étoit , lorique le (bleil y don- 
noit perpendiculairement : Le tems commen- 
ce pourtant à devenir plus (iable, & moins 
pluvieux , & des nuées baffes & des coups 
de vents font caule que la chaleur, qui a 
refté fe fait fentir pendant quelques jours 
plus forte qu'auparavant . Le mois d'Août 
eft plus tempcré , miais vers le mois de Sep- 
tembre le tems eil variable , tantôt lerein , 
tantôt ne'buleux , ce qui dure jufqu' à ce 
que l'autre vent s'établifTe. C'elt pour cette 
raifon que les mois d'Avril , de May , & 
df; Juin font appelles chés eux, mois de pluie ; 
car la pluie tombe alors plus fréquemment , 
& en fi grande quantité que l'eau fe jette 
i.ni grands torrents des endroits efcarpés , & 
ie forme de nouveaux canaux & de nou- 
veaux lits entre les rochers. Pour remédier 
ji la féchereffe qui pourroit avoir lieu dans 
les mois fuivants, les habitans conduifent 
cette eau dans leurs champs à ris . 

IL faut remarquer. ici que pendant l'équî- 
noxe , le chafigement de vents ell précédé 
ordinairement d'une efpèce de tempête vio- 
lente , qui f(3ufle quelques jours avant ou 
après ia pleine lune . L' air inférieur devient 



DES ChIKOIS. 15 

alors extrêmement épais & nébuleux . Ce 
brouillard, qui a caufe de la véhémence du 
vent , ne peut pas le transformer en pluie , 
eft furieufement agité. L'ouragan augmente 
à proportion qu' il va vers V Oueft , quand 
il eft de rOueft, les arbres & les maifons 
peuvent à peine lui réfifier : il abbandonne 
une région après l' autre , &c au bout de 
vingt quatre heures il commence à fe diiïi- 
per . Les champs & les bâtimens en font 
ordinairement endommagés: aulFi appelle t-on 
cet ouragan Taj/ , qui veut dire le grand vent.- 

Les Chinois fa vent tirer avantage , pour 
leur agriculture , de cet ordre fuccefîif des 
vents: ils labourent la terre, lorfqu'elle eft 
mouillée par le tems de l'automne & en- 
core afsés molle, pour y femer , ou pour y 
planter, pour l'hiver. Cela fe fait ordinai- 
rement dans le mois de Décembre , & comme 
Tair ei\ alors plus frais , l'eau ne peut pas 
afsts fecher , pour qu'elle ne contribue pas 
à r accroiffement & à la moiffon . Celle-ci 
arrive cent vingt jours aprcs ou dans le mois 
d'Avril: on engraiffe alors un peu, on la- 
boure & on prépare ce champ que la pluie 
a ramolli , pour y lemer ou planter de nou- 
veau . C'eli vers la fin du mois de May, 
ou vers le commencement de Juin , qu'on 
prépare ordinairement les champs à ris pour 
la féconde moiffon de la miême année . 

Qa ieroit tenté de croire que le change-- 



iS De l'Economie rurale 

ment de la pluie & de la chaleur facilîte- 
roit r accroiflement du ris plus prompteinent 
qu'à la première moiflbn ; cependant ils Ibnt 
oblige's d' attendre plus longtems cette ie- 
conde moiiron & il faut qu'ils comptent 
cent trente jours depuis l'enfemencement 
juiqu'à la récolte du ris. De là vient qu'elle 
n'arrive que rarement dans le mois de Sep- 
tembre . 

On met les plantes au ris dans les champs 
bas, vers la fin du mois d'Avril , ou vers 
le commencement du mois de May . Ces 
plantes demandent autant de jours pour mûrir 
que celles des autres champs & la moiflbn 
arrive ordinairement dans le mois de Sep- 
tembre: après cela on laiffe la terre en fri- 
che jufqu' au mois d'Avril ; pendant ce tems 
les chaumes & les racines du ris qui ont 
reflé, pourriflent, de manière qu'ils le con- 
fondent entièrement avec la terre quand on 
la laboure. 

Dès que le ris commence à blanchir , 
figne de fa maturité, on le coupe avec des 
faucilles à main , dont le tranchant eft den- 
telé comme une fcie ; on le lie en gerbe , 
& on le met dans un endroit fec & élevé, 
pour qu'il y fèche & qu'il y demeure 
jufqu' au tems qu on le bat . Le ris battu 
a encore fon écorce , & on l'appelle Paddi ^ 
on s'en fert en partie pour le femer , en 
partie pour en nourrir le bétail : mais avant 



DES Chinois. 17 

que les hommes s'en fervent, ils Tecrafent 
dans des mortiers de pierre avec des pilons 
de bois, après quoi on le vanne. 

Quelques œconomes , qui ont des champs 
trop étendus , pour qu' ils les cultivent eux 
rrêmes, en cèdent une partie à des pauvres 
g^ns , moyennant une certaine redevance . 
Ces fermiers font trop pauvres pour labourer 
les champs avec la charrue & des bœufs ; 
c'eft pourquoi ils fe fervent de pioches, ils 
achètent des autres, les plantes de ris, qu'il 
leur faut, quand le ris eft mûr , & qu'ils 
i'ont coupe', ils le battent fur quelque col- 
line , ou quelque rocher nud , & ils en payeat 
la redevance au proprie'taire . 

De f en^ra'fjfement des terres. 

UNe agriculture fi étendue exigeant 
beaucoup d' engrais , les pauvres gens 
gagnent leur vie à ramaffer dans les rues 
& aux environs des maifons & même avec 
des petites fampanes ou barques fur les ri- 
vages , toutes fortes de matières propres 
à engraifler, même les excrém.ens d' hommes 
& de bêtes ; ils les vendent à ceux qui en 
font un commerce particulier. Ceux-ci les 
revendent aux agricoles qui en ont befoin . 
Ils amalTent aufTi l'urine dans des vafes 
particuliers , qu ils tiennent dans les mai- 
ions. Quand U moilfon a été avautaseufpj 



i8 De l'Economie rurale 

un Fekul (a) de la première efpèce d' engrais 
coûte deux Mes {b) , & un Pekul de la der- 
nière ne coûte que la moitié : outre cela 
chaque œconome a loin que les excre^mens 
du bétail ne foient pas perdus dans les patis . 
on emploie des enfans ou d'autres gens qui 
ne font pas en état de s'occuper plus utile- 
ment , à les ramafler . Ils brûlent aufTi les 
oflemens qu' ils trouvent , & en jettent la 
cendre avec celle d'herbe & de bois brûlé 
fur les champs, pour les rendre plus fertiles. 
On engraiffe , on laboure & on applanit 
les champs qui quoiqu' humides , font dans 
une fituation plus élevée que ceux dont 
nous avons parlé jufqu' ici . Leur terre eft 
plus meublée : on enfemence fort copieufe- 
ment une portion d' un champ , d' un blé , 
qui a été trempé pendant quelques jours 
dans une fauce de fumier & on le tranfplan- 
te. Quelques fois on plante auffi le blé 
trempé de cette manière dans le champ pré- 
paré , de façon que les grains font à la 
diftance de quatre pouces l'un de l'autre, 
on preffe la terre autour de chaque grain . 
Dans une grande féchere(Te, on conduit une 
petite quantité d' eau fur les champs . Les 



(«) Un Peknl pefe environ cent quarante deux 

livres & demi poids de Suède . 
{h^ Un Mes y qui cft la dixicme partie d'un Tell 3 

vaut dix iols de France . 



DES Chinois. x^ 

profonds filions , qui fe font formés de la 
prefllon de la terre contre les grains, reçoi- 
vent alors l'eau & donnent de T humidité 
aux jeunes plantes fans les noyer. La véri- 
table raifon pour tranfplanter eft vers la fin 
de Décembre , quoique T air ibit alors fort 
frais & qu' il faite froid quelque fois pen- 
dant la nuit. La femence pouffe pourtant, 
& forme fa fouche au bout de quinze jours, 
dont chacune donne dans le mois de Mars 
fept à neuf tiges avec leurs épis , mais la 
paille efl: plus courte que chés nou^ , Le 
mois de May donne une mioiflbn abondan- 
te : On m' a afîiiré qu' un grain du bled , 
en donnoit cent vingt , ce qui recompenfe 
bien le travail qu'on y a mis. 

Comm.e le ris eft la principale nourriture 
des Chinois, puifqu' ils s'en fervent en guife 
de pain, on n'emploie qu'une petite por- 
tion du terrain pour le blé: Ils s'en fervent 
uniquement pour leurs ccnf:ures, dont ils 
coniomment une grande quanti :>"; à leurs 
joiKS de fêtes, pour leurs Pagodes & leurs 
offrandes . Ils en font auffi un peu pour 
eux mêmes ♦ Les étrangers en confomment 
la plus grande quantité; & comme le blé, 
que cette province produit, ne(t pas fuffi- 
fant pour eux , on en apporte en quantité 
des provinces feptentrionales pour leur ufage. 

J'ai vu dans un petit champ, de forge 
dans le mois de Juin , qui avoit très biea 



20 De l'Economie rurale 

pouffé: mais comme on Tavôit feme trop 
tard , la chaleur , qui étoit déjà brûlante , 
l'avoit fait monter fi vite , que la tige fe 
flétrit, avant qu' elle pût formier des grains, 
& qu elle ne contenoit dans fes épis confi- 
derables que des ecoffes vuides . Si on avoit 
fcmé cet orge , comme T on féme le blé 
dans un tems plus frais , il auroit fourni 
fans doute une riche moiffon . J'en con- 
cluois que comme ces elpèces de blé pro- 
fpèrent ,très bien étant iemées & tranfplantées 
dans un champ bien préparé & également 
humide , le tems frais eft: plus convenable à 
leur accroiffement que le tems chaud . 

Leur manière de battre le bled & le ris 
cft la même & fe fait comme chés nous 
avec des fléaux. Après que le bled eil bat- 
tu, on le fait pafTer par une macchine faite 
exprès pour le nettoyer , & qui en fait 
partir toute la pouiïière , avant que de le 
moudre. Si les moulins à Canton étoient 
auiFi comrTiOdes , que ces machines , pour 
netoyer , ils pourroient épàigr.er beaucoup 
de travail & de mains ; car la manière de 
moudre ici avec des moulins à main ell 
extrêmement pénible . Il eil étrange , que 
les Chinois , qui ont tant d' inventions in- 
génieuies pour faciliter des petits travaux , 
îaflent tout avec leurs mains dans les grands 
travaux , comme fcier , moudre & d'autres 
qui exigent plus de force , quoiqu ils ayenc 



DES Chinois. it 

afsês de facilité pour conftruire des macîii- 
nes tant mr les montagnes, que fur les ri- 
vières . 

Ainfi , comme nous venons de voir , ils 
emp'oyent à l'agriculture tous les endroits 
plats & bas & mettent peu de travail à la 
terre molle qu' ils tiennent entièrement égale. 
La récolte rend ordinairement au centuple : 
mais lorfqu' il furvient un tems déréglé, 
une trop grande fécherelfe ou une trop 
grande humidité , il y a de la flérilité ici 
comme ailleurs : & comme le païs eft pro- 
digieufement peuplé , elle a toujours des 
grandes conféquences : une petite augmen- 
tation du prix du ris fait murmurer les 
pauvres & les fainéans , & quand enfia 
d'autres s'attroupent avec ces raécontens^il 
en naît une révolte contre le gouvernement. 
tartare , ce qui arriva l'an. 175 i., la fami- 
ne étant accompagnée encore d'une maladie 
epidémique , qui enleva beaucoup de monde • 

Des champs fttués fur des hauteurs . 

DEs hauteurs & des pentes feroient im- 
propres par leur fituation à porter quel- 
que chofe l Dans les mois pluvieux : la pluie 
fréquente . noyeroit & emporteroit tout ce 
qu'on auroit iemé , ou bien les plantes, 
après que l'eau s'eil écoulée , fe trouveroient 
dépourvues de terr^ & expoiés^s ainfi à la 



22 De l'Economie rurale 

f^cherefTe & à la chaleur qui furviencîroit. 
Pour remédier à cet inconvénient , ils ont 
eu foin de changer les hauteurs en plaines, 
moyennant des terraffcs dont la hauteur 8c 
la largeur eft fuivant la pente. Ils employent 
ces terrades à différentes plantes, & donnent 
à chacune la place qui convient le mieux 
à fa nature . Celles qui fupportent le plus 
de fécherefle , ont leur place en haut , & les 
plantes qui font plus tendres , font placées 
en bas. Quand la pluie à mouillé la terre 
des terraflfes fupérieures, on conduit l'eau 
aux terrafe inférieures , par le moyen de 
filions: ainfi outre la pluie qu'elles ont re- 
f ûe , elles profitent encore de l'eau fuperflue 
des terraffes fupérieures . 

Les bords des terraffes qui font faites qua- 
tre ou cinq pieds l'une au deffus de l'autre, 
deviennent quelques fois fi durs par l'effet 
de la pluie & du foleil , qu' ils pourroient 
fubfifler nombre d'années: malgré cela ils 
y ont planté plufieurs arbres , dont les raci- 
nes entrelacées donnent de la confiiknce à 
ces bords. Les arbies mêmes garantilTent les 
plantes, de la chaleur du foleil & des vents, 
& font que les terraffes ainfi ornées offrent 
â la vue un fort bel afoe£l. 

Quand ils ont remtié la terre des terra fl 
fes avec une petite charrue , ou avec une 
bêche, & qu'ils l'ont applani avec un râteau 
au lieu d'une herfe, or^ lui donae quelques 



DES Chinois. 23 

/bis, pendant qu'on la laboure autant d'en- 
graifTement , que les plantes qu'on veut y 
mettre en exigent ', mais en cela aufll on 
obibrve une grande e'conomie : on trempe 
pour la plupart le fumier dans des trous 
ronds mure's dans la terre &: remxolis d'eau, 
on arrofe la lémence avec cette lauce, quel- 
ques fois en plantant ils mettent une poignet 
de cendre fur chaque grain, ils croyent , que 
l'engraifl'cment , qui tombe entre les plan- 
tes n'eft d'aucune utilité. 

On laifle à peine un mois de repos aux 
couches con (Imites fur les terrafles, ou autre- 
part, & dés qu'une produ£tion efl: mûre & 
recueillie, on les i^répare pour en porter une 
autre, ce qui fe fait trois fois par an . Quant 
à la faifon , les cultivateurs font attention 
à la nature des végétaux , & l' on donne à 
chaque plante, la failbn la plus convenable, 
félon qu'elle demande ou de l'humidité ou 
du froid ou du fec . Les racines feules ont 
pour partage l' automne . 

Les genres de fémences , qu'on plantoit 
le plus généralement fur ces hauteurs, étoient 
les fuivans : un genre de fémence grolTitre 
Q une plante avec une racine mince qui reÇ- 
femble pour les feuilles , les fleurs & les 
vaiiïeaux qui confervent la graine à nos radis. 
Le commencement de Décembre étoit le 
tems le plus convenable pour celle là ; on 
formoit dans la terre neuve liement labourée 



24 De L'Economie rurale 

des filions qui avoient un pied de large , 8c 
un demi pied de profondeur. Entre ces fil- 
ions il y avoit des longues couches étroites 
d'un quart d'aune de largeur : au moyen 
de ces filions l'eau trop abondante pouvoir 
de'couler, après avoir laifie une humidité iuf- 
fifante. on plantoit les grains à la profon- 
deur de quatre doigts & on leur laiiïoit lept 
à huit pouces d'intervalle , comme cela fe 
fait dans la faifon fèche , on les arrofe au 
commencement . au mois de février tout étoit 
en fleurs & dans le mois d'avril les vaifTeaux 
à femence devenoient jaunes ; alors on ar- 
rachoit les plantes, on les féchoit & on les 
battoit pour en avoir la femence abondante. 
De cette femence on tire une huile, dont 
on fe fert beaucoup dans le ménage parti- 
culièrement pour les lampes, & quand elle 
ei\ fraiche , on s'en fert pour préparer les 
mets. Cette huile eft fi graiïe , qu'on ne 
peut pas l'employer dans la peinture, parcequ' 
elle ne fcche pas afscs . Le noir de fume'e 
qui fort de ces lampes fait la couleur noire, 
connue ^ous le nom d'encre de la Chine. 

Ordinairement la lémence de Coton, qu'ils 
appellent Mi nfuy prend la place de la femence 
à l'huile . On prépare le terrain , comme on 
a déjà décrit , on plante aulTi la iémence 
dans des couches , auffi étroites , que pour 
la femence à l'huile à la diitance d'un pied 
l'une de l'autre . Il faut remarquer ^ que ie- 

Ion 



DES Chinois. 25 

Ion que les plantes font plus fortes ou s'éten- 
dent davantage, ils font les couches plus lar- 
ges ou plus étroites, plus eloigne'es ou plus 
rapproche'es l'une de l'autre. C'efl: dans le 
mois d'Avril, qu'ils mettent les grains dans 
la terre. Ils jettent fur chaque grain quel- 
ques poignées pleines de cendre de l'herbe, 
qui produit l'huile, ou d'une autre ;& c'eft 
là tout l'engrais qu'ils donnent pour cette 
fois à la terre . Juiqu à ce que la quatrième 
feuille pouffe, on l'arroie dans des jours fecs. 
La chaleur & la pluie font que les fleurs 
qui ont paru dans le mois de Juillet, fe chan- 
gent dans celui d'Août en fruits, qui mû- 
riffent dans un tems fec & s'ouvrent pour 
montrer le coton . 

Alors on les cueille , on fépare le cotoa 
& la lémence, qu'on garde pour l'enfemen- 
cement prochain. Trop d'humidité nuit à 
la plante du coton, pendant le tems de l'ac- 
croiffement& pendant celui de la maturité: 
auffi quand le tems pluvieux continue , le 
coton pourrit fur la tige ; ce qui fait que 
la récolte n'ell: que médiocre, en comparai- 
fon des autres. Les fouris recherchent extrê- 
mement cette fémence, non feulement lorfqu 
elle eft étendue après qu'on la cueillie, mais 
même quand elle mûrit encore dans fes vaif- 
feaux . 

Les patates qu ils appellent Faucty , font 
le troifieme & dernier fruit, qu'ils plantent 
B 



zô De l'Economie rurale 

fur les terrafTes : après le coton , ils remuent 
de nouveau la terre , & y mettent des pe- 
tits morceaux des patates coupées à la di- 
flance d'environ un pied. Comme ce fruit 
n'eft pas aulfi délicat, que le précédent, 
qu'il croît lentement , & qu'il réfifte au 
froid , ils lui laififent pour croître les der- 
niers mois de Tannée. Ces patates différent 
des nôtres en quelque chofe . Elles ont 
la pelure rouge , elles font plus longues , 
jaunes & d'un goût doux & agréable; mais 
l'herbe reflemble à celle de nos patates en 
Europe . 

Ils ne font pas toujours fucceder le coton 
à la plante , à l' huile , & les patates au coton . 
D'autres végétaux comme des lentilles, des 
fèves, des Locktau & des Calebafles pren- 
nent quelques fois la place du coton ; mais 
ordinairement ils commencent par la fémence 
à r huile , & ils finiffent de tirer parti de 
leurs terrafTes , pour l' année , par des patates . 
Ils préparent toujours le terrein de h ma- 
nière décrite & ils ne mettent point de fé- 
mence , qui n'ait été trempée auparavant 
pendant quelques jours dans de la fauce de 
fumier, ou dans de l'eau de chaux. 

Ils plantent & traitent comme les pata- 
tes, les Yams^ qu'ils appellent Utau: mais 
le terrain pour les Tam^ ell différent ; car 
on plante ces racines dans des endroits fi 
marécageux & Ç\ humides, qu'ils ne feroient 



DES Chinois, 27 

pas propres pour d'autres plantes, quelque 
fois aulfi dans un champ de ris, qui a déjà 
fervi uH'î fois dans une année , & qu'on 
n clHme pas afsès bon, pour fournir une fé- 
conde récolte . Plus on laifie ces racines en 
terre , plus elles deviennent grandes . ordinai- 
rement on les tire de la terre dans le mois 
de Novembre. 

Ils mettoient les racines coupées de la 
canne de fucre , dont chaque morceau avoit 
deux jets , dans la terre , à la profondeur 
de plus d'un quart d'aune, & ils laifToient 
deux pieds d'efpace entre chaque rang. Ils 
eraployent pour cela auITi bien les terrafTes 
les plusélevée^, que les endroits les plus ba-. 
Dans les mois de Mars & d'Avril, on la 
planta dans des endroits bas, & dans les mois 
pluvieux fur des hauteurs ; ce qui produifit 
une récolte différente . Lorfque la canne com- 
mençoit à jaunir , on la coupe ; car fi on 
lailfe plus long-tems , elle commence à pour- 
rir par la racine . Elle atteignoit la hauteur 
de quatre à fix aunes . Ils portent à un en- 
droit commode & fitué fur la rivière , quelques 
charges d'une fampane de Sucre, y conllrui- 
fent une maifon de Bambou & de nattes . 
à l'un des bouts de cette maifon ils font ♦ 
un four avec deux grands chauderons , qui y 
font murés ; à l' autre bout , il y a une aire 
fpacieufe g-^rnie de planches , fur laquelle 
deux bœufs traînent un roukau équarri fait 
B 2 



28 De l'Economie rurale 

d'un bois dur. La canne, qu'on avoit mis 
fous le rouleau par couches , étoit ecrafe'e 
de cette manière , & le jus qu'on condui- 
sit , moyennant un égout au bout de l'aire , 
s'y raiîembloit dans un grand vaKfeau. On 
mettoit la canne ainfi prefTee dans le cbau- 
deron bouillant pour en tirer tout le fuc . 
On le mêioit enfuite avec ce qui étoit déjà 
exprimé , on le faiibit pafTer par le crible 
& on le laiflbit bouillir dans l'autre chau- 
deron , jufqu'à ce qu'il prît la confiltence 
d'un fucre brun . 

Les feuilles & les cannes , qui ne conte- 
noient plus de parties fucreuies , fervoient 
pour fournir le feu nécelTaire. Quand il n'y 
avoit plus de provifion de canne dans un 
endroit , ils défaifoient dans la maifon , & 
emportoient les uftenciles. Ces rafineurs de 
fucre parcoure ient le pais & tiroient le fuc 
de la canne des agricoles . D' autres rafineurs 
l'épuroient après & en faifoient de la ca- 
ftonad€ plus ou moins fine. 

Des farâ'tns potagers , 

COmme à l'exception de quelques jardins 
imparfaits de ce genre, je n'ai pas eu 
occafion d'en voir , la dcfcription que j'en 
vais faire , ne fera pas aulfi complette que 
je le voudrois . Ce que j'en puis dire, eft 
qu'ils choififf^nt pour ces jardins ordinaire- 



DES Chinois. if 

ment des endroits bas Se argilleux & qu'ils 
n'y épargnent pas l'engrais . Les plantes 
connues e'toient de la Salade , des longs 
& des courts concombres , du Purjo , des 
oignons blancs , du célery , des épinards, 
des radis longs , des carottes , de l'arroche 
rouge , une efpèce de raves aqueufes , des 
melons d'eau & d'autres : Ils en ont reçu 
originairement la fémence des Portugais. 
On y trouve encore une grande variété de 
plantes , dont le nom & la figure nous e(l 
entièrement inconnu . Le Pourpier croiifoit 
fauvage ; mais ils ne s' en fervoient point 
& par coniéquent n'en faifoient point de 
cas. Ils avoient une efpèce grofTière a epr- 
nards aqueux dans des étangs , qui avoient 
une demi toife de profondeur . Il y étoit 
fi abondant, qu'il en couvroit la furface, 
ils en font un grand ufage dans leurs cuifi- 
nes . Ils plantent le gingembre par petits 
îsorceaiîx dans une terre gra/fe & argilleufe 
à la profondeur de quatre doigts ; ce qui 
is fait aux mois de Février & de Mars . Plus 
tard , la chaleur poufferoit trop la tige & les 
feuilles , la racine deviendroit fpongieufe oc 
demeureroit petite . Au relte cette plante fup- 
porte le froid & le chaud. 

Le Tabac chés eux s'appelle Tien. La 

culture de cette plante leur eft d'autant 

plus avantageufe , qu'ils en font cas à la 

Chine plus qu' en aucun lieu du monde • 

B J 



jO De L'EcOîfOMIE RUR.ALE 

Ils n*y épargnent ni foins ni bons terrains. 
On le plante le mois de mars , chaque plante 
à la diilance d' un pied & demi l'une de l'autre . 
Le mois d'Août on le cueille, on le lailfe refluer 
& enfuite on le travaille comme chés nous. 
Ce Tabac ne paroit pas être de la meil- 
leure qualité : il reflemble fort au nôtre ; 
mais l'odeur & le goût en font médiocres. 
Les Chinois lui donnent la préférence fur 
celui de Man'tlle & ^ Aynam ^ BréfiL Les 
feuilles derréchées& mifes en prefle les unes 
fur les autres, font coupées par bouts avec 
un inftrument de fer dans la même forme , 
qui elt ufitée chés nous, quand on le fume. 
Il dillille une huile gluante & d'une odeur 
forte. Coupé par morceaux plus gros, il fume 
mieux. Le débit de cette marchandiie eft fi 
confiderable , qu'on en apporte ici une gran- 
de quantité de toutes les contrées voifines . 

Ils diipofent par rangs fur de larges couches 
une plante, qui reflemble à la menthe, mais 
dont les feuilles font plus pâles. Ils l'appellent 
Focktyong . Le mois de Mars , elle a un pied de 
haut , Sa culture demande beaucoup de foins , 
on la feme dans le tems froid \ dans le tems 
de la chaleur, pour en prévenir les inconvé- 
niens,on la couvre & on l' entoure de nattes. 
Ils citiment beaucoup cette plante . La mefure 
d'un Pekel s'en vend cinquante Te'U C) oi^ 

(*) Un Tell vaut cent fols de Fiance . 



DES Chinois. ji 

la croit très bonne contre la confomption . 

L'arbre merveilleux ( Ricinus ) de la grande 
& de la petite efpèce à été apporté ici ^Ay^ 
nam» Ils en mettenjupartout & fans ordre 
dans leurs jardins"^ & particulièrement des 
petits. Le fruit fous le preflbir, rend une 
huile blanche & claire en grande quantité. 
Après en avoir ôté la graiffe par le moyen 
du minium , de la chaux vive & de la terre 
vitriolique , ils en font un vernis , qui fert à 
la peinture. Ce vernis fèche promptement 
& donne un éclat fort vif. 

Ils font ufage au lieu du chou , d'une 
plante , qui reffemble au glouteron par fes 
feuilles grandes & groffes , dont les pédicu- 
les épais fortent d'une racine mince. La 
fleur eft jaune, la tige contenant la graine & 
la graine même reflemblent à celles du chou , 
Comme ils l' employant journellement , la 
confommation en eil grande. Cette plante 
croît fort vite & dans toutes les faifons dès 
que la récolte en eft faite , ils en refsèment 
de nouvelle fur la même couche , on la cuit 
à demi & on la lailfe fécher, C'ed une de 
leurs provifions dans leurs voyages fur mer. 
Les Tartares ont apporté ici , de Pékin , une 
efpèce de chou blanc qui a la tête longue 
& étroite, il n'eil pas encore fort en ufage j 
ainfi il n'eil pas commun. 



B4 



SZ De l'Economie rurale 

Des Arbres^ 

QUoiqu' il y ait ici plufreurs efpêces de 
, bons arbres fruitiers , on ne remarque 
pas que les Chinois s'appliquent particuliè- 
rement à cette culture, i^armi la grande 
diverfité d'arbres, qui ornent leurs jardins 
ce leurs terraffes , il s'en trouve de cette 
dernière forte. Ils ont même de grands 
jardins tout plantes d' arbres ; ce qu' ils re- 
g<^rdeat comme une grande magnificence ► 
Ce il pourquoi les environs de lears pagodes- 
& de leurs maifons de plaii'ance en font dé- 
cores; mais la plupart de ces arbres nous 
font incon^nus. 

L'oranger, que les Portugais ont tranfplanté 
en Europe , porte ici de gros & bons fruits .. 
On dit que dans le canton AeFock'ien &dans 
ks environs d'amoy , ils font encore plus 
parfaits . Il y en a ici de différentes fortes : 
quelques uns font de la groffeur des noix de 
Galle; d'autres font comme des reinettes.. 
Il y en a qui ont la forme angulaire & la 
couleur rougeâtre &c. Il eft rare qu oa 
prenne ici un foin bien particulier de la cul- 
ture de ces arbres , & qu on leur donne 
même une certaine difpofition oc quelque 
arrangement . Loriqu'ils fe trouvent placés 
à r abri des vents violens , ils viennent fort 
bien d'eux mêmes 5c rapportent en abon- 
dance . Les provinces de Fockien &: de Quan-^ 



DES CîîIKOTS. 55 

tiC'i^ font obligées d'envoyer tous les ans 
une grande quantité de fruits à la cour de 

Le Letchi eO: un arbre que les Chinois 
paroiffent eilimer autant que l'oranger. Il 
y en a de d'iiïérentes efpcces , de gros , de 
petits , & de fauvages : les fruits font de la 
groiïear d'une noix mufcade , Ils font en- 
tourés d'une écorce rude, raboteufe & rou- 
geàtre , ils croiflént comme la vigne en for- 
me de grappe . L'arbre atteint la hauteur 
du poirier & eft garni de feuilles petites 
pointues & piquantes . Les fruits fe coafer- 
vent déHechés & ont le goût des raifias de 
Corinthe . Il femble prelqu' incroyable que 
les environs de Canton , qui qH le feul païs j 
où cet arbre vienne , produife par année pour 
cent mille Tell de fruits de Leichi délTechés . 
Le thé , qu' ils appellent Chia , & qui 
croît ici dans une isle vis à vis de Canton 
Qi\ en réputation pour fa vertu contre les 
maladies de poitrine . 

L' isle s' appelle Honam , & fon thé 
Thce d honam . L'arbulle qui ell: de la hauteur 
d'une aune ou d'une aune & demi, s'eltve 
par rangs fur ^es collines fèches & fablo- 
neufes . On ceuille les feuilles tendres & qui 
font d' un verd clair , le mois de Mars , on les 
rôtit drtns des chauderons de fer, & on les difpofe 
en forme de rouleau comme les autres efpèces 
de Thé j on néglige les feuilles dures & qui 
B5 



54 De l'Economie rurale 

font d'un verd plus fonce. Il paroit , qu'on 
ne prend pas grande peine pour la culture 
de cet arbre ; on en iaifle dépérir plus de 
ia moitié. 

L'arbre ^ Arec a ne croît pas loin de C^r^- 
ton , ainfi que je le conje£lure par des noix 
fraîches , que j'en ai vues ici . Il y avoit 
dans r isle ^ Aynam diveries plantations de 
cet arbre . Le terrain , qui le porte eft gras 
& humide . L'arbre refferable au cocotier, 
& a la tige droite. Lorfque le fruit eft mûr, 
Técorce prend une couleur jaune. La noix 
diffère peu de la noix mufcade. Elle fe fèche 
& s'envoie dans les provinces feptentrionales. 
La plante du Bêthel n'eit point délicate. 
Elle croit d'elle même fans culture , lorfqu' 
elle trouve un terrain propre . Ses feuilles 
frottées avec de la chaux & la noxyi^Areca^ 
font le Pinang fi connu que ces peuples 
& ceux des autres pais orientaux mâchent 
avec tant d'appétit . 

Le Manglier s'élève fort haut & porte 
des branches fort étendues comme le frêne . 
La feuille eft du genre de celle de l'aube 
épine & le fruit paffe pour un des plus fa- 
liibres des Indes . 

Le Fumpelmofe eft une efpèce de gros 
citron doux, l'arbre relTemble au citronier; 
mais les feuilles font plus larges . 

Ils ont de petits citrons aigres , des Lon- 
^ans & plufieurs autres fortes de fruits. Ils 



DES ChWOTS. j^ 

ont auiïi de VOtomchouy dont comm* nous 
r apprend le Comte , ils confervent la gomme 
pour leur vernis. 

Il leroit trop long de faire le détail & la 
defcription de leurs différentes efpèces d'oli- 
viers , de poiriers , de pommiers & de raifns . 
On ne peut-pas dire quils donnent quelque 
préférence à une culture fur une autre : ils 
les laiffent prefque tous fauvages . Ils font 
iifage du greffe pour quelqu efpèce d'arbres, 
& ils le fervent de cette méthode fort heu- 
reufement . 

Des Jardins de platfance . 

COmme le goût des Chinois diffère beau- 
coup de celui des autres nations pour 
les manières, l'habillement &c. cette diffé- 
rence n'elf pas moins remarquable dans leurs 
jardins de fleurs & de pur agrément . Ils fe 
foucient fort peu de parterres , de haies , 
d' allées couvertes & géne^ralement de la fym- 
metrie : une place nue , ornée de pierres de 
différente grandeur & couleurs , qui forment 
des figures de dragons &. de fleurs , leur plait 
beaucoup plus , qu' un parterre orné de beaux 
deffeins , dont les interllices font remplis 
d'herbe. Leurs allées ne font pas ouvertes, 
elles ont pour la pilpart des murs au'- otés, 
contre lefquels on a planté des vignes eu 
d' autres arbres qui graviffent le long des murs * 
£ 6 



:î6 De L'Economie hurale 



Ils les tirent moyennant des bâtons d' un 
mur à r autre & couvrent ainfi Tallce. Les 
bancs font pratique's dans des allées , qui n'ont 
point de rrjurs aux côtés & par l'arrange- 
ment des pierres , ils forment de nombreuibs 
cavités , où ils placent des vafes de diffé- 
rentes fleurs. Les allées font difpofées en 
courbures ; quelquefois elles fe prolongent 
au delà d'une petite place unie, garnie de 
pierres , & mènent à une maiibn de plai- 
jance découverte , fur laquelle il y a des 
vafes de fleurs . Quelquefois elles pafTent 
par des arcades formées , avec des Bambou (*) 
minces qui font doubles & arranges inéga- 
lement . Les intervalles font remplis d' une 
efpèce de pervenche qui les traverfe, & qui 
les fait afsès relTembler à un paroy , qui a 
un grand trou ; avec cela Ton trouve bien 
de la variété : des montagnes couvertes de 
broffailles , au pied defquelles coulent des 
ïuifîeaux . Ces montagnes repréfentent des 
déferts & font entourées d'arbres touffus 
(k ferres. Des bàtimens de trois à quatre 
otages , qui pour la plupart font ouverts 
d'un côté, des tours , des grottes, creufées 
obliquement , des ponts , des étangs , des en- 
droits femés de haricots , des bocages arrangés 
dans ie goût fauvage , des petits bois de 



(*) Bamhcu ef[)Cc; d'arbre 



DES Chinois. 37 

plaifance , & d' autres variations , qui for- 
ment une belle perlpeclive. Ils ont aulFi 
des tables de pierre , à T ombre de hauts 
arbres , ou dans des entroits élevés , dont 
la vue s'e'tend au loin. 

De leur bêtatî • 

AUx environs de Canton & dans les 
provinces fitue'es fur la mer , les ha- 
bitans s'appliquent fort peu au gros bétail, 
parcequ'ii n'elt pas auffi nécefTaire ici, qu'il 
i'eft dans les provinces contigues & Tepten- 
trionales. Car ils peuvent labourer leurs 
champs fans beaucoup de travail & fans le 
fecours des bétes, & leurs voyages & tranf- 
ports fe font par eau ; ce qui leur efl fa- 
cilité par la marée . Le bœuf n' elT: pas un 
met agréable pour eux & il efl: remplacé par 
lespoifibns, qui y abondent. A l'exception 
des Mandarins & des officiers de guerre, il 
n'y a que peu de perfonnes , qui aient àQS 
chevaux. Ils ne fe fervent pour l'agricul- 
ture que de bœufs & de bulles ; ce qui a 
particulièrement lieu dans les endroits éloi- 
gnés de la rivière : & ce n'cft que pour en 
conferver la race , qu ils nourriffent quel- 
ques vaches , parce qu'ils ne fe iervent que 
rarement du lait . Autrefois ils faifoient en- 
core moins , de cas de betes à corne. Ils 
ne fe font portés à élever plus de bœufs & 



58 De l'Economie rurale 

de vaches , que depuis que les Européens 
ont fréquente' le pais davantage , bc qu ils 
en coniomment annuellement une bonne par- 
tie , tant pendant leur féjour , que pour leurs 
prov i fions , loriquMls s'en retournent. 

Les moutons ne font pas fi communs aux 
environs de Canton , que dans les provinces 
adjacentes. On le lért de leurs peaux & de 
leur laine pour l'habillement dans les mois 
froids ; mais elles font aflès chères ; aulfi n'eft 
ce pas r affaire de tout le monde de nourrir 
du bétail particulièrement des moutons. 

On n' a pas autant d' ânes aux environs de 
Canton, qu'on en a plus loin dans le pais, 
où l'on fe fert d'eux pour le travail & pour 
voyager. Les Tartares trouvent tant de goût 
à la chair de cet animal , qu'ils ont intro- 
duit la mode de les tuer comme les chevaux 
Se d'en maneer . J'ai vu vendre de la viande 
d ane ici . 

Mais s'ils négligent d'avoir grand Join du 
bétail, dont nous venons de parler ,*ils font 
d'autant plus de cas des petites bêtes qu'ils 
nourrid'ent avec moins de peine & dont ils 
tirent plus de profit. Ils ont tant d'expé- 
rience & d'adrelfe pour cette partie écono- 
mique , qu'elle fournit une fubfiftance abon- 
dante à grand nombre de petites familles. 

Comme ils mangent journellement du 
cochon, en quantité & avec grand appétit, 
ils en ncurriiïent un grand nombre. La race 



DES Chinois, 5c? 

des cochons efl fertile ici & vient bien. Les 
truyes donnent des cochonnets , avant que 
d'avoir atteint un an. Au commencement 
elles n'en doaneat pas tant qu'à la troifie'- 
me ou quatrième portée, qui font ordinaire- 
ment de dix lept ou dix huit cochonnets & 
il en périt rarement. Les didillateurs du 
Samfti {a) ceux qui pilent le ris , & ceux 
qui ont des moulins , nourriffent toujours 
beaucoup de cochons. Les pêcheurs & ceux 
qui demeurent fur le rivage, en ont un nom- 
bre plus confiderable encore , parceque le 
poifTon dont ils les nourriffent, ne leur coûte 
rien ; ce qui leur donne cependant un goût 
huileux . Outre cela prefque toutes les petites 
familles , qui demeurent fur de Sarnpams {b) 
nourriflént des cochons , tant pour leur pro- 
pre ufage , que pour en vendre . Lorfqu' on 
voit combien de cochons tant crus que rôtis, 
ils portent par les rues, pour les vendre, & 
combien ils en confomment journellement, 
le lard coupé par morceaux faifant pour l'or- 
dinaire leur principal plat; qu'outre cela il 
leur faut de grands cochons, qu'ils rôtiflfent 



(^ci) Efpèce d'eau de vie diftillée de ris . 

(6) Sampane: c'eft ainfi , qu'on appelle les barques 
chinoifes lans quille, qui ont prelque la forme 
d'un auge, il y en a de différente grandeur, & 
de différentes efpêces . Elles font ordinairement 
couvertes & habitées. 



4© De l'Economie rurale 

tout entiers pour leurs jours de fête , & 
qu'ils en facrifient auffi beaucoup dans les 
Pagodes , on ell étonné , qu' il puilTe y en 
avoir un nombre fi prodigieux ; d'autant 
plos , qu'ils en employent beaucoup dans 
le-urs voyages de mer , & qu' ils en vendent 
aulii aux Européens. Les cochons de lait 
qui proviennent de la première & de la fé- 
conde ventrée de la truye refient petits , de 
même que les truyes qui donnent des co- 
chonnets , trop tôt. De là vient , qu'on 
châtre les cochons de lait deftinés à êtres tués. 

Ils nourrirent beaucoup de poules , plus 
cependant pour les étrangers, que pour eux 
iTiêmes. Ils lavent chaponner avec beaucoup 
de dextérité. Ils font éclore les petits pou- 
lets par les poules, & ils ne fe fervent point 
de fourneaux pour cela . Le climat chaud 
& le grand nombre d'œufs que font les pou- 
les , contribue beaucoup à leur propagation . 

Il y a des faiians aux environs de Ca-n- 
tcn^ mais ils n'y font pas fi communs, que 
plus avant dans, le païs, oîa on les trouve 
beaux & de différentes couleurs : aufii les 
porte-t-on à Canton comme de raretés , & 
ils coûtent cher . 

Il n y a point de cocqs d'Inde dans la 
Chine , & quoique les vailleaux en appor- 
tent quelques uns tous les ans de la côte 
de Malabar & de Coromandel , qui en efl: 
h véritable patrie , les Chinois n'ont pas 



DES Chinois. 41 

eiTayé, d'en introduire refpèce chés eu::. 

Des pigeons de différentes efpèces pro^pè-^ 
rent & ie multiplient très bien ici , de 
même que les oyes. Celles ci font plus 
petites, que les nôtres, & reffemblent à nos 
oyes fauvages , pendant que leurs oyes fau- 
vages ont de la reflemblance avec nos oyes 
domeftiques . 

Ils entendent parfaitement bien l'éduca- 
tion des canards . C eft après les cochons , 
ce à quoi ils s'attachent le plus ; Se com- 
me les canards font le plat prefque ordinai- 
re des gens qui font à leur aife , la grande 
confommation , qu'on en fait, exige qu'oa 
s'applique à faciliter la propagation de leur 
efpéce . Le climat qui eff conftament doux 
& le voifinage de la rivière y contribuent 
beaucoup, par la commodité de les nourrier 
de petits poiflbns & écrevifTes qui relient 
fur les chamjps à ris , après que i'cau s'efl 
ecouleé , & par conféquent à fort bon mar- 
ché. Bien des Cantonots ne vivent que du 
commerce des canards . Les uns achètent 
les œufs , & en font trafic , d' autres les 
font éclore dans des fourneaux , & d' autres 
encore élèvent les petits canards . Les four- 
neaux pour les couver font extrêmement 
fimples. On pofe une plaque de fer fur un 
foyer muré, on met fur la plaque une caif- 
fc de la hauteur d'un demi pied , remplie 
de fable , oh. on a mis les ceufs en rangs . 



42 De l'Economie rurale 

On les couvre d'un tamis , au deffus du 
quel on met une natte. Pour les e'chauffer, 
ils fe fervent de la braife d'un certain bois, 
qui brûle lentement 2c entretient une cha- 
leur égale . D' abord on ne leur donne que 
peu de chaleur, peu à peu on l'augmente, 
juiqu'à ce qu'elle devienne afsès forte, pour 
faire éclore les œufs . Si quelque fois ils 
augmentent trop la chaleur , les jeunes ca- 
nards fortent trop tôt, & meurent ordinai- 
rement au bout de trois ou quatre jours . 
On vend les jeunes canards éclos de cette 
manière , à ceux qui les élèvent. Ceux-ci 
e'prouvent de la manière fuivante , s'ils font 
éclos trop tôt : Ils prennent les jeunes ca- 
nards par le bec, lailTant le corps fufpendu. 
S'ils s'en dé^ndent , battant des pieds & 
des ailes ils font bien & duement éclos ; 
mais quand ils ont reçu trop de chaleur, 
ils retient tranquilles pendant qu' on les 
tient par le bec. Quelquefois ces derniers 
demeurent vivans , jufqu' à ce qu' on lailfe 
aller tous les jeunes canards à l'eau; ce 
qui arrive ordinairement environ huit jours , 
après qu' ils font éclos. Alors ils vacillent, 
fe jettent fur le dos & meurent après quel- 
ques convulfions. On les tire cependant de 
Teau & on les laifle fécher , puis qu'ils 
reviennent quelque fois ; mais lorlqu' ils Ibnt 
mouillés de nouveau, ils meurent fort fou- 
vent d' un pareil vertige . Quand i' eau s ell 



\ 



DES Chinois. 43 

écoulée , on ramaffe les petites écrevilTes, 
8c les crabes, on les fait bouillir & on les 
hache ; & au commencement on ne nourrit 
les jeunes canards que de cette pâture. Quel- 
ques jours après , on y mêle du ris bouilli 
& des herbes hachées. Quand ils font plus 
âge's , on les porte dans une grande Sam- 
pane dont le plancher fait de bois de Bam- 
bon , s' élève au deffus du niveau de T eau . 
Elle eft entourée d'une galerie & d'un pont 
qui s'abaifTe vers l'eau, on donne aux jeu- 
nes canards une vieille marâtre qui les 
mène , lorfqu' on les laifle defcendre le pont 
pour aller paître. La vieille canne efl tel- 
lement accoutume'e au cris qui vient de la 
Sampam , lorfqu' on veut les raflembler le 
foir , qu' elle y arrive , moitié en nageant 
& moitié en volant . Ils changent alors de 
place avec leur fampane , & abordent à un 
endroit, où il y a plus de nourriture pour 
leurs canards , & ils les laiffent aller jour- 
nellement au rivage fur les champs à ris . 
On efl étonné de voir ces fampanes entou- 
rées de milliers de canards grands & petits . 
Et ce qu'il y a de fingulier , c'eil que 
quand plufieurs Sampanes laiflent paître leurs 
canards au même endroit & qu' on les ap- 
pelle le foir , chaque canard fait retrouver 
la fienne. Les Chinois s'occupent confia- 
ment de la propagation des canards, excepté 
Ips trois mois d'hiver; & quoiqu'elle exige 



44 De l'Economie rurale 

beaucoup de foin , on ne voit pas que ce 
foin les fatigue beaucoup ; car dès que les 
jeunes canards ont atteint V âge de quinze 
jours , ils lont en état , de pourvoir à leur 
nourriture eux mêmes . 

Les vers à foye mériteroient par leur 
utilité' , qu'on en parlât ici , ainfi que de 
la manière dant on les traite ; mais comme 
on eu trouve des détails dans d'autres rela- 
tions , je les pafle fous filence , & je me 
contente de remarquer, que les Chinois man- 
gent ces vers avec beaucoup d'appétit, après 
qu'ils en ont dévidé la foie. Ils les font 
pouillier frais , ou ils les sèchent . un Cat- 
ù {a) de ces vers fechés vaut huit à neuf 
Candarins {b) , 

On prétend , que vers Cbîngek'tau il y a 
une efpèce de vers à foye fort gros , dont 
on tire une foie fi épaiffe , qu' elle reffem- 
ble d'abord à du chanvre. Les habitans en 
font cependant une efpèce d' étoffe qui , 
quand elle efl neuve a l'air d'une toile 
crue, mais par Tufage &: par un blanchil- 
liige répété, elle obtient du luftre , & fait 
un meilleur effet. Il femble que cette foie 
ne fe laiflfe par teindre, puis qu'on ne lui 
donne jamais cet apprêt , On allure qu elle 



(ri) Ua Catti fait une livre & un quart do nôtre 

poids . 
(h) Petite moniio le Chinois . 



DES Chinois . 45 

eil d'une dur^e incroyable. On l'appelle 
Chmchlati , de T endroit d' où elle vient . 

De la pêche . 

DA.ns ce païs dont la côte abonde en une 
grande variété de poiffons , le Taho , 
rivière longue & large à Ton embouchure > 
pafle pour être la plus fertile en toute forte 
de poiiTons . On feroit tenté de croire que le 
flux & le reflux empêcheroit la pêche , par- 
ticulièrement dans les endroits efcarpés & 
incommodes pour le filet ; cependant ils pren- 
nent une grande quantité de poiflbn de cette 
manière là . Voici leur manière la plus ordi- 
naire de pêcher : Ils mettent des longs bâ- 
tons ou paliflades dans les bancs de fable 
éloignés du rivage, à la diftance d'une toife 
l'un de l'autre. D'un bâton à l'autre, ils 
attachent des naffes teintes en noir & tri- 
cotées d'un fil fort. Cela fait que les poiC- 
fons , qui vont le long du rivage , s'y pren- 
nent. Cette pêche reflemble à nos nafles 
que nous mettons , dans les rivières . 

Ils ont aulfl une quantité de paniers, qui 
font faits de ferches de Bambou jointes à 
des branches d'oHer. Ces paniers ont une 
toife ik demi de longueur & reffemblent à 
nos naffes. Ils s'en fervent , quand l'eau 
monte plus haut, qu'à l'ordinaire. Ils les 
mettent le long du rivage , mais lis laiiTeni; 



4^ De l' Economie rurale 

des ouvertures aux deux bouts du rang de 
paniers. C'eil: là qu'ils fe tiennent tranquil- 
les avec leurs fampanes ou barques , afin que 
le poidbn , qui cherche le rivage, puifTe y 
entrer librement. D'abord qu'il y a paffé, 
il trouve un rang de paniers de Bambou , 
qui font dii'pofés à la traverfe vers le riva- 
ge, & qui lui défendent la fortle. Dès que 
l'eau commence à s'écouler, ils ferment l'efpace 
qu'ils avoient laifTé ouvert, avec de pareils 
paniers. Quand l'eau s'eft entièrement écou- 
lée, ils entrent en dedans de l'enceinte pour 
ramaffer les poiiTons. Ils fe fervent auflî d'un 
filer flottant attaché entre deux barques avec 
lequel ils fe promènent pendant le iiux , & 
prennent les troupes de poiffons qu'ils ren- 
contrent. 

Ils fe fervent également d'un grand filet, 
attaché entre deux bâtons de Bambou , avec 
•lequel ils pèchent, auiïi bien dans leurs voya- 
ges par mer qu'au milieu de la rivière. 

Ils attachent des vers & des crabes aux 
hameçons , dont ils prennent des anguilles & 
d'autres petits poiffons. Ils fe fervent auliî 
d'une efpèce àQ Sampayies ^ qu\ font longues 
& bafles & qui ont des planches teintes en 
blanc aux côtés. Ils entretiennent un petit 
feu dans ces fampanes pendant la nuit. Les 
poiffons que la lueur du feu ainre, fautent 
dans la Sampane . Ces Sampanes font pro- 
prement conftruites pour une efpèce de poif- 
fû.is- qu'ils appellent Muhttes, 



DES Chinois. 47 

Ils pèchent beaucoup avec le filet & l'ha- 
mecon entre les brifans & fur le rivage , 
5c prennent quantité de poiflbns j^ qu ils fa- 
lent ou qu' ils sèchent pour les vendre dans 
les villes & villages voillns. \ 

Parmi la grande variété de poiffons , il y 
en a qui reflemblent à des poiffons connus 
chés nous , comme les carpes , les per- 
ches &c. ; mais je ne puis pas dire fi ce 
font les mêmes efpéces. Ceux que je con- 
nois avec certitude , font les anguilles , les 
crabes, les civades, les huitres , les moules 
& les homards . De ces derniers on en prend 
de très grands dans les écueils prés de Ma- 
cao. Ils brûlent les coquilles pour en faire 
de la chaux & ils fe fervent des plus lar- 
ges , pour en couvrir leurs maifoas au liâu 
de tuiles. 



cv^^ 



V . V s