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^
PUBLICATIONS
DE LA
SOCIETE POUR KETUDE DES LANGUES ROMANES
MONTIMîLLIEK, IMPRIMKHIE CENTRALE DU MIDI
(l{icatc-iui, liiuucliu ut Cio.)
PUBLICATIONS SPECIALES
DE LA SOCIÉTÉ POUR LÉTUDE DES LANGUES BOMANBS .
DEUXIÈME PUBLICATION
PROVERBES
DU PAYS DE BÉARN
ÉNIGMES ET CONTES POPULAIRES
BECUBILLI8
PAR V. LESPY
><-
MONTPELLIER
AU BUREAU DES-. PUBLICATIONS
CE I.A SOCIÉTÉ POUR L'ÉTUDE DES LANGUES ROMANES
M DCCC l.XXVI
J
T 5 . ■
L^^
PROVERBES
DU PAYS DE BÉARN
MONTPELLIER — IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI
(ricatbau, hameun et de)
PROVERBES
DU PAYS DE BÉARN
ÉNIGMES ET CONTES POPULAIRES
RECUEILLIS
PAR V. LESPY
PARIS
MAISONNEUVE ET C", ÉDITEURS
26, QUAI VOLTAIRE, 26
M DCCC LXIVl
PREFACE
Il existe un recueil de MM. Hatoulet et Picot, intitulé
Proverbes béarnais, qui fut publié en 1862 par M. Gustave
Brunet (Paris, A.Franck). Je fis remarquer alors dans la Re-
vue d'Aquitaine, VII, que la plupart des adages contenus dans
ce recueil ressemblent trop littéralement, mot pour mot, à des
proverbes d'autres pajs, publiés et connus depuis longtemps.
Sans doute, pour le fond, les proverbes sont de tous les pajs.
Ce qui en fait la propriété particulière de telle ou telle con-
trée, c'est la forme, le tour, qui leur sont donnés ; en d'au-
tres termes, on dit « en proverbes » les mêmes choses dans
tous les pays ; mais dans chacun elles sont dites, non pas
seulement avec des mots différents, mais d'une manière
différente ; chaque peuple y met le génie de sa langue, la
marque de son caractère, Texpression de ses habitudes, de ses
mœurs, de ses usages, les nuances de son esprit.
La plupart des proverbes recueillis par MM. Hatoulet et
Picot me paraissent être des proverbes enbéarnais plutôt que
des proverbes béarnais.
On en peut dire autant du plus grand nombre de ceux que
VI
M. Vignancour a insérés dans le second volume des Poésies
béarnaises (Pau, E. Vignancour, 1860).
Personne n'aura lieu, je Tespère, d'adresser un pareil repro.
che aux proverbes que je publie aujourd'hui : il me semble
que tous appartiennent en propre au pajs de Béarn.
J'ai classé à la suite de ces adages divers cris, jeux, énigmes
et contes béarnais, analogues à ceux qui ont été dernièrement
recueillis en Languedoc et en Provence*.
* Voy. Revue des langues romanes^ années 1873, 1874 et 1875; Armana
prouvençau, etc.
PROVERBES
DU PAYS DE BÉARN
ÉNIGMES ET CONTES
Proverbes des Pasteurs
!• A cade esquire soun bâtant.
A chaque clochette son battant. — Il faut bien assortir les
choses ; ce qu'on exprimait en vieux français par ces mots :
« A tel pot, tel cuiller. »
II. A la crabe et au moutou
Nou ba lou medix sou.
A la chèvre et au mouton — Ne convient le même son. —
« Donner à chaque bête de son foin i ; Prov, fr. — « Bride
de cheval ne va pas à un âne »; Paul Perny, Prov, chinois.
L'adage béarnais rappelle un passage de Longus, Dapknis et
Chloé : « Philotas fit voir comment il falloit souffler pour un
troupeau de bœufs, quel son est mieux séant à un chevrier,
quel jeu aiment les brebis et moutons: celui des brebis étoit
gracieux; fort et grave, celui des bœufs ; celui des chèvres,
clair et aigu » .
- 8 —
III- A petites oûlhes, petitz siuletz.
A petites brebis, petits sifflets. — Inutile de faire de grands
efforts pour peu de chose, a A petit chien, petit lien »;
Prov. fr, — « On ne tend pas un ai*c de grande dimension
pour tuer une petite souris »; Prov. chinois.
IV. A Sent-Miquèu,
La lèyt de baque puye au cèu ;
En abriu,
Que baxe coum u arriu.
A la Saint-Michel,— Le lait de vache monte au ciel; — En
avril, — Il descend comme une rivière. — La pauvreté de
rhiver, les richesses du printemps.
V. Bene-s la salière et la cape.
Vendre sa salière et sa cape . — Etre réduit aux dernières
extrémités. « Vendre sa chemise »; Prov. fr.
VI. Graha la betère per Idus pintous.
Saisir la génisse par ses petites mamelles. — Avoir bonne
chance dans une affaire.
Le pintou, au sens propre, est une petite mesure de capa-
cité : un demi-litre .
VII. 6oarda-s la baque et minja la lèyt.
Conserver la vache et se nourrir du lait. — Dépenser les
revenus sans toucher au capital.
VIII. Lou qui nou ha crabes et ben crabot,
Tira d'oun lou pot î
Il n'a point de chèvres et il vend un chevreau ; ~ D'où a-t-il
pu le tirer? - Un homme qui a des ressources de provenance
suspecte.
Le proverbe provençal analogue au nôtre, est plus expli-
cite : c( As ges d'abiho, e vendes mèu? — Sies un lairre, Mi-
quèu! »; Arm. prouv., 1860, p. 76.
IX. Qu'ha la crabe a la sau.
Il a la chèvre au sel. — Usité au sens de : Ses affaires vont
bien.
— 9 —
X. Moutous,
Pastous,
Tounutz loutz.
Moutons,-— Pasteurs, — Tous tondus. — Se dit quand il faut
payer l'impôt, qui, malheureusement, aujourd'hui moins que
jamais, ne peut avoir cure de l'adage : « Il n'est pas toujours
saison de brebis tondre, d
XI. Que * las poix * courtes.
Il paît (les herbes) courtes. — S'applique à tout individu
dont les affaires vont mal, qui est dans la gêne. ■
XII. Qiioand bed de bètz coulhous,
Que ditz qu'ey u marrou.
Quand il voit de beaux pendants, — Il dit que c'est un bélier.
— On se moque ainsi de a quelqu'un qui veut faire Thabile
homme sans l'être. »
Le français, qui a brave moins l'honnêteté », s'exprime au-
trement : c( Devin de Montmartre, qui devine les festes quand
elles sont venues. »
XIII. Tout so qui ey a la cour, qu^ey deu marrou.
Tout ce qui est au bercail est du bélier. — Is pater est,
quem, . . nuptiœ demonstran t .
* En béarnais, le mol que précède le verbe à toutes les personnes,
dans tous les temps : que souy, je suis; que seran, ils seront; que pour-
tahi, je portais; you que houy aco, je veux cela; tout coutèt nau que
'talhe,*Xout couteau neuf taille. On a dit que ce mouosyllabe, devant les
personnes de nos verbes, remplaçait les pronoms sujets. C'est une erreur:
on le voit dans l'un des exemples ci-dessus. Dans l'ancien béarnais on ne
trouverait que de très-rares exemples de l'emploi de cette particule de
vaut le verbe . Que précède le verbe des propositions principales; les pro-
positions subordonnées ne Tont jamais.
^ Le béarnais met x, ix, pron. ch, dans les mots dont les primitifs la-
tins ont S€. Ex : naxe, naître, de nasci ; pèixe^ paître, de pascere.
Agriculture
1. Aci, que y-ha trop de mes tes,
Dise lou harri débat Tarrascle.
Ici, il y a trop de maîtres, — Disait le crapaud sous les pointes
du sarcloir. — On est bien malheureux, et Ton ne peut qu'être
accablé, lorsqu'on a plus d'un maître à subir.
II. Aco n'ey pas pourga castanhes.
Cela n'est pas éplucher des châtaignes. — Se dit pour ce
qui n'est point aisé à faire.
III. A la Gandelère,
Toque lou c. a Tauque hère ;
Si ]*oeu nou ha.
Que l'habera.
A la Chandeleur, — Touche le croupion à l'oie belle;— Si elle
n'a l'œuf, — Elle l'aura bientôt. — Se rapporte à la ponte de
l'oie, dès les premiers jours de février. Vauque bère, l'oie belle,
c'est la couveuse ; on la garde jusqu'à six ou sept ans, sauf le
cas :
IV. A Sente Agathe,
Toque l'oeu a l'aucate ;
Si Yiou rha,
Hè-la tousta .
A la Sainte-Agathe, — Touche si l'oie a l'œuf; — Si elle ne l'a»
— Fais-la rôtir.
V. Amieyjenè,
Miey palhé ;
A miey heure,
Miey graè,
Et lou porc sancé.
A la mi-janvier, mi-pailler — (la paille réduite de moitié) ; —
- 11 —
à la mi-février, mi-grenier (à moitié plein), —Et le porc (la sa-
laison) conservé. — Ainsi pourvus à cette époque de Tannée,
les gens de la campagne ont, pour eux et pour leurs bêtes,
de quoi arriver aux mois où se renouvellent les provisions.
Ce proverbe est plus complet que les suivants, usités dans
la Vienne et dans les Basses-Alpes : « En février, moitié en
grange et moitié en grenier » ; — « En mitan février, mitan
grange, mitan grenier * . »
VI. Aquiu qu'ey Talh.
Là est l'ail. — S'emploie au lieu de : Voilà ce qui pique,
ce qui est cuisant ; voilà la diflSculté. « Aco's aqui lou pic delà
dalho », dit-on, dans le même sens à Colognac (Gard). Fes-
quet, Rev. des lang. rom,, VI, p. 119.
VII. A Sente Catherine,
Que lou Tournent sie roumerine.
A la Sainte-Catherine (25 nov.), — Que le blé ait germé, que
l'herbe commence à poindre. — a A la Sain cte- Catherine, —
Tout bois prend racine. » Pluquet, Contes pop. et Prov,,
p. 130.
VllI. A Sent Miquèu,
Lou brespè mounte au cèu.
A la Saint-Michel, — Le goûter monte au ciel. — Les journées
étant courtes, il n'y a plus de repas entre le dîner et le souper.
Un proverbe français constate qu'à cette date, l'hiver ap-
proche : « A la Saint-Michel, — La chaleur remonte au ciel. »
IX. A Sent-Miquèu,
Tue Tabelhe et taste lou mèu,
A la Saint-Michel, —Tue l'abeille et goûte le miel. — Dès la fin
de septembre, il faut extraire le miel des ruches. Variante :
Pelé l'abelke, etc.; Pèle l'abeille, etc. Le verbe « peler » n'a
là, évidemment, que le sens de « faire mourir. »
< Proverbes ]etlDictons agricoles^ de France (Paris, Berger-Levrault,
1872). — Il y aurait plus d'une inexactitude à relever dans ce recueil ; si
j'en juge d'après ce qui est relatif aux Basses-Pyrénées, il a attribué à
divers départements des proverbes qui ne leur appartiennent point.
I nm-Bf"*—
— 12 -
X. À Sent Miquèii,
La lyouse s'en tourne tàu cèu.
A la Saint-Michel, — La graine de lin s'enretourne au ciel. —
Si le lin n'est pas semé avant le 29 septembre, il ne peut sortir,
et la graine, la lyouse^ se perd.
•
XI. A toustemps da, lous cassouB que-s sequen.
A toujours donner (des glands), les chênes se sèchent.— On
le dit, pour refuser, aux personnes qui demandent encore,
après avoir déjà beaucoup reçu.
Mais, pour signifier que, seuls, les bienfaits de Dieu sont
inépuisables, le français s'exprime ainsi : « Les pommiers ne
vieillissent point pour donner des pommes. »
XII. Bouixa la rèe dab ue serbiete de mesplè.
Essuyer le dos avec une serviette de néflier. — Battre à
coups de bâton se dit aussi, en français, dans le langage po-
pulaire : « Donner une frottée » à quelqu'un, lui a frotter les
reins. »
XIII Bouta habes au toupii.
Mettre des fèves au pot. -- S'emploie pour signifier « pros-
pérer. »
XIV. Gade heretè
Plante soun beryè.
Chaque héritier — Plante son verger. — Celui qui hérite
s'empresse de faire acte de maître.
A Colognac (Gard) : « Chaco éritié — Tanjo soun escalié» ;
Chaque héritier — Change son escalier. Fesquet, Rev. des
lang. rom., VI, p. 126.
XV. ^ Da cuje.
Donner de la citrouille. — Renvoyer quelqu'un, sans lui
accorder ce qu'il demande ; c'est presque lui a donner un
camoufiet. »
So qui sou coo me puje,
C'est que m'hajen dat cuje,
Sa ditz Michel, a jou,
Dabânt la Gour-Majou.
X Navâbrot.
- 13 —
Ce qtiî me monte (ce que j'ai) sur le cœur, — C'est queron
m'ait donné citrouille,— A moi, dit Michel (c'est que j'aie perdu
mon procès), — Devant la Cour souveraine.
Notre expression viendrait-elle de ce que la citrouille est
d'une digestion difficile ?
Cuje, )ou, puje, sous-dialecte d'Oloron ; dans celui de Pau :
Cuye^ you, puye.
XVI. De Tarrague a la mesple.
Que troubaras qui-t neureixque ;
D'aquiu enla.
Que t'en eau cerca.
Littéralement : De la fraise à la nèfle, — Tu tfrouvtôras qui te
Aiourrisse; — De là en avant, — 11 faut t'en che'rohep.— Durant
la belle saison jusqu'aux premiers froids, on a de quoi donner;
il n'en va pas toujours de môme pendant l'hiver.
XVII. En tout chin lou soenhant,
Lou cassou que bad gran.
En le soignant lorsqu'il est tout petit, — Le chêne devient
grand. — Qu'on élève bien les enfants, on en fera des hommes,
à leur avantage et au profit de la société.
XVIII. Habédalhès.
Avoir des faucheurs pour la fenaison. — C'est-à-dire avoir
une affaire qu'on ne peut remettre à un autre moment, à un
autre jour. Il n'y a pas un instant à perdre, lorsqu'on fait les
foins, de peur d'un changement de temps.
XIX. Ha coiim qui escoude cerises.
Faire comme (celui) qui ôte queue aux cerises. — Agir sans
eflfbrt, avec la plus grande facilité, comme celui « qui enfile
des perles. »
XX. Ha purre.
On appelle purre, dans le béarnais d'Oloron, un mets com-
mun, une houle de farine détrempée, cuite à l'eau ; elle est de
la grosseur d'une pomme ordinaire ; on la nomme aussi mique,
miche. L'expression proverbiale ha purre, faire miche à quel-
qu'un, signifie : manquer à ce que l'on doit à son égard.
■ I I T '
— 14 -
Dans le langage populaire, en français, on dit un a miche »,
pour désigner une « dupe, »
XXI. Houtye-m, en quin temps que-m houtyes,
Mes en may que-m rehoutyes,
Que-t darey bii
Qui-t hara droumi.
La vigne recommande au vigneron de la bien travailler :
Bêche-moi, en quelque temps que tu me bêches; — Mais au
mois de mai rebêche-moi, — Je te donnerai du vin — Qui te
fera dormir.
On sait que Noé, ayant savouré le jus du raisin, qu'il avait
trouvé bon, s'endormit.
Quatrain analogue dans les Cévennes ; Fesquet, Rev. des
lang. rom., VI, p. 122 :
Poudo-mi davans que ploure,
Foi-mi davans que bourre,
Majenco-mi davans fleuri,
Ti farai heure de bon vi.
Taille-moi avant que je pleure, — Bêche-moi avant que je bourgeonne.
— Houe-moi avant que je fleurisse, ~ Je te ferai boire du bon vin.
XXII. La marie hè pourta Tagulhade d'aryent.
La marne fait porter Taiguillon d'argent. — La bonne cul-
ture enrichit. C'est le mot du laboureur de La Fontaine :
Creusez, fouillez, bêchez : ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.
Le travail est un trésor.
XXIII. L'an de la glandère,
L'an de la hartère.
L'an de l'esquilhoutère,
L'an de la misère.
Année qui produit beaucoup de glands, — Année d'abon-
dance. — Année qui produit beaucoup de noix, — Année de mi-
sère. — Hartère, de hart, rassasié; du lat. fartas, îdA^cï^ gorgé.
— 15 —
XXIV. Las briuletes deu cemitèri.
Les yiolettes du cimetière.— Les premiers cheveux blancs.
XXV . Laura dab l'os Bertran.
Laboarer avec Tos Bertrand (le coccyx). — Etre enterré
depuis lon^mps.
Loi Bet'trand est cité dans un étrange document béarnais
de 1545, publié par Laurent Joubert ; traité des Erreurs popu-
laireSy 1. v, ch. 4 (Bordeaux, 1570). — Voir Œuvres complètes
(tAmbroise Paré^ collationnées, etc., par J,-F. Malgaigne, III,
p. 666 (Paris, Baillière, 1841).
XXVI. Laura dab saumetes.
Labourer avec desânesses. — On lit dans VArmanaprouv.,
1862 : a Se laboures em'uno saumo, auras jamai un bon
gara », Si tu laboures avec une ânesse, tu n'auras jamais un
bon guéret.
Le proverbe béarnais s'applique aussi aux gens mesquins
dans leurs procédés.
XXVII. Lou boun Diu castanhes da
A qui ncu las se sap pela.
Le bon Dieu donne des châtaignes à qui ne sait se les peler.
— On le dit d'un homme qui est incapable de tirer parti de ce
qu'il a.
XXVIII. Loung coum la liami de luay.
Long comme la fin de mai. — Ce qui est importun, ce qui
gêne trop longtemps. Au mois de mai, la récolte est presque
épuisée; il tarde au paysan de faire la moisson.
Vers les premiers jours de juin, les Provençaux répètent :
a Entre la daio et lou voulam,— Lou païsan — Mor de fam.»
Arm. prouv., 1859.
XXIX. L'u que segouteix lou plèix,
Et l'aute qu'amasse las amoures.
L'un secoue la haie, — Et l'autre ramasse les mûres.— Raton
tire les marrons du feu, Bertrand les croque.
Les Italiens ont ce vieux proverbe : « Cavar le castagne dal
Aioco — Con le zampe del gatto ».
Les Provençaux disent : « Coulau bat lou bouissoun, e Tôni
pren la lèbre.» Arm, prouv., 1860, pag. 71.
— 16 —
XXX. Mey de bren que de harie.
Plus de son que de farine. — Plus de mauvaises qualités
que de bonnes. S'emploie aussi à l'adresse des gens qui don-
nent et plus de sauce que de poisson, o
XXXI. Min y a cou m « èaradè .
Manger comme un homme dont le métier est de creuser la
terre.—- Baradè, de barat, fossé.
XXXII . Nou eau pas trop usa ia haus,
Si bolin que coupe la touye.
Il ne faut pas trop user lafaux^ — Si Ton veut qu'elle .puisse
couper l'ajonc épineux.
Recommandation correspondant à celle d^i prov. fr. : « Qui
veut voyager loin ménage sa monture. »
XXXIII. *Oun y-ha rrouncxs, que y-ha estètèè.
Où il y a des troncs, il y a des copeaux. — L'homme riche
a toujours des ressources.
XXXIV. Plonra coum ue bit talhade.
Pleurer comme une vigne (récemment) tadllée. — Verser
d'abondantes larmes ; a pleurer comme une fontaine. »
XXXV. Qu*ha lou c. bou ta semia milh.
Il a le c bon pour semer du millet. — Se dit de quelqu'un
qui a peur ; comme en français : c( On lui boucherait le c.
d'un grain de millet, w Le Roux de Lincy, Prov. fr., I, p. 213.
!XXXVI. Que s'empleara mantuclotde marlère.
Il se remplira (d'eau) maint trou de maraièl»e.— lls'éoon-
lera beaucoup d'années.
XXXVII . Qu' ey a la caus .
ïl^st (il itmii) au Inpoiic. -'^ C'e6t*à-dire, avec les forts, les
puissants ; il est soutenu, appuyé .
XXXVIII. Qu'ha arraditz a la terre
Il a des racines en terre. — Celui qui « a des biens au soleil » ,
le propriétaire foncier.
- 17 —
XXXIX. Qa'habetz a respoune ad aco ?Ni hahes ni cezes^
Qu'avez-vous à répondre à cela? Ni fèves ni pois. — Rien
qui vaille.
XIj. Qu'ha castanhat.
D a récolté les châtaignes. — Il ne lui reste plua rien à
faire, ou il a tout dépensé.
La récolte des châtaignes est la dernière de toutes. Pour la
faire, on frappe les branches du châtaignier à coups redou-
blés, jusqu'à ce qu'il ne reste plus de fruits sur Tarbre.
Notre proverbe rappelle celui-ci : « Adieu, paniers, ven-
danges sont faites. )>
XLI. Qui-s bire de l'hort pouletz et clouque,
Ha toustemps herbes ta la soupe.
Qui éloigne de son jardin poulets et poule-mère — Atoujours
des herbes pour la soupe. - Qui sait prendre ses précautions
ne manque point du nécessaire. Par contre, qui n'a point de
vigilance se nuit. Les Provençaux disent: « Au bouié peresous
li garri manjon la semenço»; Au laboureur insouciant les rats
mangent la semence. Ar^in. prouv., 1867.
XLII. Sarrem lou brouquet.
Serrons la a broche », la petite cheville de bois qui bouche
le trou de la barrique. — Ne laissons plus couler le vin, au
sens de : « Arrêtons les frais » ; ou, pour toute autre chose :
« En voilà assez .»
Claudite jam rivos, pueri^ sat prata hiberunt.
ViiiG., Egl. III.
Fermez les canaux, jeunes pasteurs, les prairies sont assez abreuvées.
XLlIl. Semia agulhes.
Semer des aiguilles. — Se donner une- peine inutile, faire
un travail qui ne produira rien. En Béarn, comme dans la
Gascogne (Bladé, Prov.), on attribuait aux habitants de quel-
ques villages le fait d'avoir semé des aiguilles, dans l'espoir
qu'elles multplieraient comme du blé.
- 18 —
XLIV. Ta qui n'ha prues, lous aranhous
Soun bous.
Pour celui qui n'a point de prunes, — Les prunelles sont
bonnes. — Même signification que le français : a A défaut
de grives, on se contente de merles. »
Les Basques disent : « Il vaut mieux manger du pain de
son que de n*en manger pas du tout. » Oihenart, Prov,
XLV. Tiene-8 hort au pourè.
Se tenir fort sur le perchoir.— Se défendre vigoureusement,
ne pas se laisser ébranler : « Etre ferme sur ses étriers. »
XLVl. Unta-s dab oli de cherment.
S'oindre d'huile de sarment. — Boire au moment du départ;
prendre des forces avant de se mettre au travail. En français :
« Faire jambes de vin. » Laurent Joubert, XVI® siècle :
Qui boit bon vin, il fait bien sa besongne.
Olivier Basselin, V de V., 14
Les Provençaux ont aussi l'expression: « oli de souco »,
huile de cep de vigne, qu'ils emploient dans ce proverbe :
c( A mau de cor, ôli de souco. » Arm, prouv,, 1860, p. 70.
XLVII. Yèxin lous brocxs prumè que las eslous.
Les épines sortent avant les fleurs. — Souvent, on n'arrive
à la joie qu'après des peines. «Nulle rose sans épines. »
Mariage
I. Aste et Beou
Que-s mariden a lou.
Littéralement : Aste et Béon — Se marient chez eux. — « On
remarque qu'il est 'certaines communes, par exemple celles
d'Aste et de Béon (arr. d'Oloron), voisines Tune de Tautre,
dont les habitants s'allient presque toujours ensemble. » D' An-
gosse, Notices sur la vallée (tOssau,
Aussi honnêtes qu'avisés, ces gens ne veulent ni tromper,
ni être trompés, comme dit le prov. fr. du XVP siècle : « Qui
loing se va marier — Sera trompé ou veut tromper ; ce qui
est ainsi* traduit en béarnais dans le recueil de MM. Hatoulet
et Picot : Lou qui ha loenh mandat, — Si nou troumpe, qxiey
troumpat, A cette même pensée se rattache un vieux prov.
basque cité par Oihénart : « A Baïgorrj ( arr. de Mauléon ),
la vaisselle est de terre ; lorsqu'on parloit de m'y marier, elle
estoit toute d'or. »
Les pasteurs d'Aste et de Béon, dans le Béarn, ont les mê-
mes coutumes que ceux de l'antique Lesbos ; l'un de ceux-ci,
dans Longus, s'exprime ainsi au sujet d'un mariage : « Vous
êtes des gens de bien de préférer vos voisins à des étran-
gers. » Daphnis et Chloé.
II. Hilhe de boune maysou
Ha la camise mey loungue que lou coutilhou.
Fille de bonne maison — A la chemise plus longue que le ju-
pon. — Elle a plus de linge que d'affiquets. Le grand luxe
des riches ménagères était d'avoir des armoires remplies de
linge. Avaient-elles des filles à marier, elles leur préparaient,
plusieurs années à l'avance, celui qui devait composer leurs
trousseaux. Ce n'est pas le meilleur progrès de notre temps,
que les afficiuets, aujourd'hui, l'emportent sur le linge.
- 18 —
XLIV. Ta qui n'ha prues, lous aranhous
Soun bous.
Pour celui qui n'a point de prunes, — Les prunelles sont
bonnes. — Même signification que le français : a A défaut
de grives, on se contente de merles. »
Les Basques disent : « Il vaut mieux manger du pain de
son que de n*en manger pas du tout. » Oihenart, Prov.
XLV. Tiene-s hort au pourè.
Se tenir fort sur le perchoir.— Se défendre vigoureusement,
ne pas se laisser ébranler : a Etre ferme sur ses étriers. »
XL VI, Unta-s dab oli de cherment.
S'oindre d'huile de sarment. — Boire au moment du départ;
prendre des forces avant de se mettre au travail. En français :
(( Faire jambes de vin. » Laurent Joubert, XVI® siècle :
Qui boit bon vin, il fait bien sa besongne.
Olivier Basselin, V de V., 14
Les Provençaux ont aussi l'expression : a oli de souco »,
huile de cep de vigne, qu'ils emploient dans ce proverbe :
« A mau de cor, ôli de souco. » Arm, prouv,, 1860, p. 70.
XLVII. Yèxin lous brocxs prumè que las eslous.
Les épines sortent avant les fleurs. — Souvent, on n'arrive
à la joie qu'après des peines. «Nulle rose sans épines. »
Mariasse
I. Aste et Beou
Que-s mariden a lou.
Littéralement : Aste et Béon — Se marient chez eux. — « On
remarque qu'il est 'certaines communes, par exemple celles
d'Aste et de Béon (arr. d'Oloron), voisines Tune de Tautre,
dont les habitants s'allient presque toujours ensemble. » D'An-
gosse, Notices sur la vallée (TOssau,
Aussi honnêtes qu'avisés, ces gens ne veulent ni tromper,
ni être trompés, comme dit le prov. fr. du XVP siècle : « Qui
loing se va marier — Sera trompé ou veut tromper ; ce qui
est ainsi' traduit en béarnais dans le recueil de MM. Hatoulet
et Picot : Lou qui ba loenk mandat, — Si nou troumpe, qxjHey
troumpat. A cette même pensée se rattache un vieux prov.
basque cité par Oihénart : « A Baïgorry ( arr. de Mauléon ),
la vaisselle est de terre ; lorsqu'on parloit de m'y marier, elle
estoit toute d'or. »
Les pasteurs d'Aste et de Béon, dans le Béarn, ont les mê-
mes coutumes que ceux de l'antique Lesbos ; l'un de ceux-ci,
dans Lcngus, s'exprime ainsi au sujet d'un mariage : « Vous
êtes des gens de bien de préférer vos voisins à des étran-
gers. » Dapknis et Chloé.
il. Hilhe de boune maysou
Ha la camise mey loungue que lou coutilhou.
Fille de bonne maison — A la chemise plus longue que le ju-
pon. — Elle a plus de linge que d'affiquets. Le grand luxe
des riches ménagères était d'avoir des armoires remplies de
linge. Avaient-elles des filles à marier, elles leur préparaient,
plusieurs années à l'avance, celui qui devait composer leurs
trousseaux. Ce n'est pas le meilleur progrès de notre temps,
que les affi(iuets, aujourd'hui, l'emportent sur le linge.
— 2() —
III. Maridatye de yoenetyoene qu*ey de Diu,
De yoen et bielhe qu*ey d'arré,
De bielh et yoene qu'ey deu Diable.
Mariage de jeune homme avec jeune fille est de Dieu;
Déjeune homme avec vieille femme, rien; — De vieillard avec
jeune fille est du Diable.
IV. Nou plau pas a la bie
Autant qu'a la parguie.
Une fiancée est pressée de partir. On lui dit qu'il pleut beau-
coup ; elle répond : u II ne pleut pas sur le chemin — Autant
que dans la basse-cour. » 0^ emploie généralement ce pro-
verbe en parlant de toute jeune fille qui, peu satisfaite de sqi^
chez-8oi, a hâte de se marier, comptant qu'elle sera plus heu-
reuse dans la maison de son mari.
Bie e\; parguie ^ojxi deux mots tout latins : via^ voie, chemin;
parcm, parc, espace clos.
V. Nqu y-ey pas lou pèe-descaus,
Que nou-y sie la pèe-descausse.
Il n'y a jamais de va-nu-pieds, — Qu'il n'y aitwwe va-ni;-
pieds. — « Il n'y a si méchant pot qui ne trouve sqa cour
vercle. »
VI. Que hèn au cop de : Si at habi sabut!
Littéralement : Ils font aux coups de : Si je l'avais su ! -
Mari et femme qui sont aux regrets de s'être unis, et se jet-
tent réciproquement à la face ces mots : Si je l'avais su !
Animaux
I, Ay ! ay ! Pourcera n'ey pas berri.
Intraduisible en français. — Partunre non est cotre, 11 s'agit
de la truie et du verrat. On applique ce proverbe aux per-
sonnes qu'ont mises en peine des liens qui n'étaient pas ceux
du mariage. « Plesi d'amour -Fenisen plour », disent les Pro-
vençaux ; Armana 1860, p. 57. Je crois avoir vu, en vieux
français : u Plaisir d'amor — Finit en plors. »
II. Baque poumpouse, betèl cagarous.
Vache magnifique, veau foireux. — Belle nourrice, triste
nourrisson ; et, au moral, d'après le vers de Boileau :
C'est d'un tronc fort illustre uno branche pourrie.
III. Bene a carn de cas.
Vendre à (au prix de ) chair de chien. — Vendre à vil prix;
pour rien.
On trouve dans le Trésor des Sentences^ de Gabr. Meurier,
XVP siècle :a Char lie (bonne chair) de chien ne vaultrien.»
IV. Bètchibau, Moussu, si ère boste.
Beau cheval. Monsieur, s'il vous appartenait. - S'applique
aux gens qui affichent des prétentions que rien ne justifie.
V. Gambia a tout bire-coudet.
« Tourner à tout vent, comme une girouette. » — Tout bire-
coudet, littéralement : tout tourne -queue. Notre adage signifie
donc : changer aussi fréquemment que certains animaux re-
muent, tournent la queue.
VI. Goiim crabe, cagalhetes.
Autant que chèvre, du crottin. — Se dit par dérision de tout
ce qui se produit en grand nombre et n'a point de valeur.
2
- 22 -
VII . Courre coum la pèe-descausse .
« Courir comme un lièvre. » — Les paysans du Béarn ap-
pellent le lièvre « la pied-déchaussée » Al. Peyret, Countes
beames.
Dans la Provence, le loup se nomme « lou pèd-descaus ».
F. Mistral, Arm. prouv., 1874, p. 82.
VIII. En credent gaha la lèbe,
Que gaha lou lebrautou.
Croyant prendre le lièvre, — 11 prit le levreteau. — S'appli-
que à quelqu'un qui n'a eu que la moitié du profit sur lequel
il comptait.
Ce proverbe a donné lieu ou doit son origine à un chant
populaire cité plus bas. dans les Jeux,
IX. Fil coum ue laa de porc.
Fin comme une laine ( soie ) de porc. — Se dit à propos de
malices grossières, de « finesses cousues avec du fil blanc. »
X. Gaha la lèbe.
Prendre le lièvre. — Locution employée pour signifier: tom-
ber. Que déchûtes n'ont pas faites des chasseurs à la poursuite
du lièvre ! De là, notre proverbe.
M. A. Reville disait fort justement naguère, dans la Revue
des Deux Mondes, nov. 1875, pag. 181 : « Un proverbe est la
simplification, sous une forme incisive, d'une immense quan-
tité d'expériences. »
XI. Gourmand coum u gat de yudye.
Gourmand comme un chat de juge. — U semble qu'il y a
là un souvenir de Grippeminaud, « le chat fourré » , que Ra-
belais représente « portant gibbessière sus la bedaine » , dans
le Pantagruel, V, ii.
XII. Ha l'arride deu caa.
Faire le rire du chien. — Que l'on prenne garde : o II mon-
tre les dents. »
XIII. La qui n-ha habut deu bourricou,
Nou-n boù pas mey deu chibau.
Celle qui en a eu du baudet — N'en veut plus du cheval.
- 23 -
— On comprend bien qu'ici les quadrupèdes ne sont pas seuls
en jeu.
XIV. Lou caa de Truque-Martère
Que respoun quoand arres nou Tapère.
Le chien de Truque-Martère — Répond lorsque personne
ne rappelle. — Les mauvais témoins, toujours empressés de
dire plus de choses qu'on ne leur en demande, oublient que
la justice n'exige d'eux que « la vérité, rien que la vérité. »
Truque-Martère est un nom composé pour la circonstance; il
signifie littéralement : Frappe-Martère. Le chien qui vient
sans qu'on l'appelle est le témoin qui, de lui-même, se pré-
sente pour faire condamner, frapper, la personne contre la-
quelle il dépose. Ce proverbe rappelle celui qui, en français,
a un sens tout opposé : « Le chien de maître Jean de Nivelle
— S'enfuit toujours quand on l'appelle ». Un Jean de Mont-
morency, seigneur de Nivelle, aurait été traité de chien, pour
n'avoir pas voulu se rendre à un appel judiciaire devant le
parlement de Paris. Hilaire Le Gai, Petite Encyclopédie des
proverbes.
XY , Lou gat n'ha pas tout so qui gnaule .
Le chat n'a point tout ce qu'il miaule ( tout ce qui le fait
miauler ). — Tous les désirs ne peuvent être satisfaits.
XVI. Lou quiminye mesture
Qu'ha la came dure;
Lou qui minye paa
Qu'ha la came de caa.
Celui qui mange de la méture (espèce de pain de farine de
maïs) — A la jambe dure; — Celui qui mange du pain — A la
jambe de chien.
Navarrot, notre chansonnier, a cité une partie de ce pro-
verbe dans l'une de ses plus charmantes compositions, las
Tribulations d'u mou%suret qui hè Vamou, les Tribulations d'un
petit monsieur qui fait l'amour : — Quhabetz la came fine et dure;
Vous avez la jambe fine et dure, dit-il à une jeune fille qui
repousse, en riant, ses audacieuses façons ; elle lui répond :
— Aco qu'ey deminya mesture, Voilà ce que c'est que de manger
de la méture .
— ÎW —
XVII. Lou qui non pot nou pinne.
Pinne^ de pinna, sauter comme un cheval. — Que celui qui
ne peut ( sauter ) — ne saute point. — On lit dans les prov.
allemands d'Agricola: «Essoll keiner fliegen, die feddernsind
yhm denn gewachsen », ce que Glandorp, XVI® siècle, a tra-
duit et développé en ce distique :
Nemo volet prius ac pennas sibi senserit ortas,
Qui majora subit viribus, ille ruit.
Horace avait ainsi formulé ce principe d'antique sagesse :
Versate diu quid ferre récusent — Quid valeant humeri, — La
Fontaine a dit :
Où la guêpe a passé, le moucheron demeure.
Les Chinois ont ce proverbe : « La mouche voulant porter
une montagne. »
XVIII. Lous caas hèn caas,
Y lou gatz hèn gatz.
Les chiens font des chiens, — Et les chats font des chats. —
En fr. : « Tel père, tel fils. » En prov. : « Li chin fan pas de
cat », Les chiens ne font pas des chats; et en basque : «Quelle
est la pie, tel est son petit. » Oihenart, Proverbes basques.
XIX. Ni lou gat lèyt.
Ni le chat du lait. — Expression employée à Tadresse de
toute personne qui, ayant grande envie de quelque chose, dit,
par façons : Je n'en veux pas
XX. Quauqu'arré y-ha, quoand lou caa layre.
Il y a quelque chose quand le chien aboie. — a Jamais bon
chien n' abbaye à faulte ». Oudin, Curiosités françaises,
XXI. Qu'ha minyat crabot.
Il a mangé du chevreau. — Celui qui ne tient pas en place;
rhomme sautillant.
XXII. Que-s pause coum lou boeu, a Toumpre deu nouguè.
Il se repose comme le bœuf, à Tombre du noyer. — Un
— 25 —
homme qui travaille sans relâche. Le joug des bœufs est fait de
nojer.— Oumpre, pour oumbre, n'est usité que dans quelques
localités du Béarn.
XXIII. Qu'eu sab bou, coum au cbibau la cibade de hèr.
Il y trouve bon goût, comme le cheval à Vavoine de fer. —
Cela lui est aussi agréable que V éperon au cheval.
Sab bou, ancienne expression. — G. de Ross., v. 2811 : E
quan K. Vauzit, no Ihi saub bo, C. Chabaneau. Rev, des lang.
rom,^ VII, pag. 151, Citation suivie d'une note excellente.
Cibade s'emploie aussi métaphoriquement en provençal :
c< Lou pebre : la civado de capelan» . F. Mistral, Arm, prouv.,
1874, pag. 81.
XXIV. Qu'ey demoure au tusc hôre de lèbes,
Faute d^esta cassades.
Il reste au fourré beaucoup de lièvres, — Faute d'avoir été
chassés . — Beaucoup de filles ne « coiffent sainte Catherine »
que parce qu'elles n'ont pas été recherchées en mariage. Notre
proverbe va quelquefois plus loin : il exprime de la défiance,
un soupçon, à l'égard de certaines « vertus. »
XXV. Tau coum las gâtes
Soun t'arrata,
Tau las gouyates
Soun ta troumpa.
Comme les chattes — Sont pour prendre les rats,— De même
les jeunes filles — Sont pour tromper. «Souvent femme varie, —
Mal habil qui s'y fie . »
XXVI. Tua lou loup.
Tuer le loup. — Faire ripaille. Voici ce que l'on raconte au
sujet de l'origine de cette expression proverbiale. Les jurât s,
les conseillers municipaux d'Ossau, ne se réunissaient jamais
pour traiter des affaires de la vallée, sans se livrer avant,
pendant ou après la session, à quelque réjouissance, inter
pocula, La frairie était d'autant plus copieuse, qu'aucun d'eux
n'avait à se préoccuper, pour sa bourse, du a quart d'heure
de Rabelais. » Tout se payait sur les fonds delà communauté.
— M —
Mais, ces dépenses n'étant pas au nombre de celles qui pussent
être autorisées par les règlements et les lois, on les consignait
au budgetsous larubrique fallacieuse d\c indemnités accordées
pour destruction des loups.»
Oiseaux. — Insectes. — Reptiles
I. Aglenou s'abourreix sus luousque.
A.igle ne fond sur mouche. — De minimis non curât prœtor.
On ne voit pas un aigle attaquer une mouche
D'Andichon *.
En provençal: « S'es jamai vistleioun faire la casse i lèbre. »
Arm. prouVi 1859, p. 70.
II. An de glandère,
An de paloumère.
L'année où la glandée est abondante, — Il vient beaucoup
de palombes. — Le passage de ces oiseaux par nos contrées
a lieu en automne ; on leur fait la chasse de la Saint-Michel à
la Saint-Martin :
III A Sent-Miquèu,
L'apèu ;
A Sent-Luc,
Lou truc ;
A Sent-Grat,
Lou gran patac ;
A Sent-Marterou,
La flou ;
A Sent-Martii,
La fil.
Se dit pour la chasse aux palombes ; elle commence le
29 septembre : — A Saint-Michel, — Tappeau, — et finit le
11 novembre: — A Saint-Martin, — la fin. — Les joursles plus
favorables sont le 18, le 19 octobre et la Toussaint : — A
Saint- Luc,— le coup ; — A Saint-Grat, — le grand coup ; —
A la Toussaint, — la fleur (les meilleures).
* La Chasse aux palombes, par Messire Henry d'Andichon, curé-archi-
prôtre de Lembeye (xvra« siècle); Pau, Léon Bibaut, 1875.
>^»>. — ■■ m .w-
— 28 —
IV. Arroumerat coum u golitz.
Pelotonné comme un rouge-gorge. — Pendant Thiver, le
pauvre petit oiseau frileux se ramasse en forme de boule. On
dit aussi : Tourrat coum u golitz, Transi comme un rouge-
gorge.
"V. Cent esparbès nou-y gaharcn ])as ue laudele.
Cent éperviers n'y prendraient pas une alouette. — Des
terres misérables, des maisons complètement ruinées, a Là
où il n'y a rien, le roi perd ses droits. »
VI. Ha II tour a las sedadcs.
Faire un tour aux lacets. — C'est-à-dire aller voir s'il y a
des oiseaux pris. Sedades, du lat. seta, crin : lacets de crins de
cheval. Le proverbe s'emploie en parlant de quelqu'un qui
va faire sa ronde , lorsqu'est venu le moment qu'on appelle
« l'heure du berger. » On a dit plus d'une fois que l'amour
n'est qu'un piège. C'est bien là ce que signifie notre expres-
sion proverbiale.
Vn. Hardit coum u hazanhet deSent-Martii.
Hardi comme un cochet de Saint-Martin. — Oiseau de pas-
sage; perché sur le sommet des haies, toujours en éveil, il
est difficile à approcher. Il porte sur la tête une touffe de plu-
mes qu'il hérisse de façon à lui donner quelque ressemblance
à une crête ; de là, sans doute, le nom de hazanhet, diminutif
de hazaa, coq ; il paraît ^ans nos contrées avant l'hiver, vers
la Saint- Martin.
Cet oiseau, croyons-nous, n'est autre que a la huppe » ;
dans ce cas, « hardi comme la huppe » serait une antiphrase .
On lit dans le Monde des oiseaux, de Tou^senel : « La huppe
est le parfait emblème du parti des treijableurs ; brèves gens
qui relèvent fièrement la tête et parlent volontiers de couper
celle de l'hydre de l'anarchie quand le pays est calme, mais
qui rentrent dans leur cave pour peu que l'horizon se couvre
de nuages » .
VIII. Fii coum berdet.
Fin comme verdier (le bruant). — ; Cet oiseau est de ceux
— » —
que ron pe«t iè pins faeiiement premdre à la glu; falhre viteo^
coHime dit Yiitgile, Géarg. I.
IX . Langue d'aucat.
Langae d'oison. — Personne qui est importune par son
bruyant bavardage .
X- Plumât coum u merlou.
Platné comme un merle. — Quelqu'un qui a tout perdu,
que Ton a dépouillé, qui reste t nu comme un petit saint
Jean.»
On peut être, en béarnais, « plumé comme un mérie n , sans
aroif été, aifisi qu'^n le dit en français, « plumé comme un
pigeon ») : celui-ci est toujours «une dupe ; il n'en est pas de
môme de l'autre .
XI. Pressât coum lou conçut au mees de may.
Pressé comme le coucou au mois de mai. — Cet oiseau est
alors en quête de nids de rouges-gorges et de fauvettes pour
déposer ses œufs. Inutile d'expliquer l'allégorie du couplet
populaire :
XII. Si tous I0U8 coucutz
Pourtaben sounetes,
Haren mey de brut
Que mile troumpetes.
GhutI
Has-tu entenut
Canta lou coucut ?
Si tous les coucous — Portaient sonnettes, — Ils feraient
plus de bruit — Que mille trompettes. — Chut I — As^tu en-
tendu, — Chanter le coucou?
On en trouve une version languedocienne dans la Revue des
langues romanes, IV, pag. 575.
Xm. Qu'ha parratz au cap.
Il a des passereaux dans la tète. — Un individu distrait, un
peu fou, celui dont les idées se brouillent, comme se mêlent
— 30 —
souvent des volées de moineaux qui piaillent. En français po-
pulaire : « Il a une hirondelle dans le soliveau.» Alf. Delvau,
Dict, de la lang. verte.
L'expression provençale « Aver des garris en teste », avoir
de petits rats dans la tête, signifie aussi « avoir martel en tête.»
Etienne Garcin, Dictionnaire prov.-fr.
Xiy Qu'en abalaré coum u gay cerises.
Il en avalerait autant qu'un geai de cerises. — S'applique à
la personne qui est plus que friande d'une chose. Il n'est
point flatteur d'être comparé au geai, oiseau « exemplaire-
ment vorace.»
En français, et même en langue d'oc, on dit « manger
comme un oiseau », pour signifier «manger très-peu.» C'est
là une grande erreur, d'après M. G- de Cherville. « Je con-
nais, dit-il, peu de jolies femmes , — peut-être devrais-je
généraliser davantage, — qui, à table, résistent à la tenta-
tion d'avertir leur public qu'elles mangent comme un oiseau.
Quelques-unes, et ce ne sont pas toujours les plus diaphanes,
disent même comme un colibri. Ces dames ne se doutent guère
que cette assimilation gracieuse leur attribue les facultés
absorbantes d'un Gargantua.
, « En raison de sa puissance digestive, de la rapidité qu'af-
fecte chez lui la combustion sanguine, l'oiseau est, de tous les
êtres, celui qui , relativement à son volume , bien entendu,
consomme la plus grande quantité de nourriture. Il ne mange
qu'un grain de millet à la fois, il est vrai ; mais ces grains se
suivent presque sans trêve et sans relâche, tant que le soleil
est sur l'horizon. Il mange en sautant, quelques-uns mangent
en volant; il interrompt sa chansonnette pour croquer quelque
chose, et, s'il rêve en dormant, c'est à coup sûr de quelque
graine savoureuse, de quelque larve bien tendre.
» Je n'ai point expérimenté sur le canard, sur le dindon,
qui appartiennent cependant au règne de l'ornithologie, mais
que, par une de ces contradictions dont nous sommes coutu-
miers, nous avons choisis pour types de la voracité et de la
gourmandise: j'ai pesé les aliments d'un oiseau de très-bonne
compagnie, d'un serin ; j'ai également pesé, puis défalqué les
— 31 — .
épluchares des graines d'alpiste que j*avais servies à mon su-
jet, et j'ai trouvé qu'il avait absorbé, dans une journée, le
sixième à peu près du poids de son corps.
» U en résulte qu'une belle dame qui mangerait comme mon
oiseau, et qui, si vaporeuse que je la suppose, pèse encore
ses 40 petits kilogr., aurait à faire passer 6 kil. 66 de nourri-
ture dans son estomac de bengali, pour que sa prétention fût
justifiée. » Journal fe Temps , 8 mars 1875.
XV. Que-s semblen coum lou coucut et Tagasse.
Ils se ressemblent comme le coucou et la pie. - u 11 y a
autant à dire que du jour à la nuit » ; au XIIP siècle :
Villains vestu de gris entre les chevaliers
Resanble le cucu entre les espriviers.
Gbpfroi, Notices et Extraits.
XYI. Soubent bau mey piula que siula.
Souvent il vaut mieux piauler que siffler. — Aller à petit
train vaut mieux que faire grand tapage .
C'est en prenant encore les oiseaux pour terme de compa-
raison qu'on dit en béarnais : Mantu cop, lou qui piuk —
Biu mey que lou qui siule; Maintes fois, celui qui piaule — Vit
plus longtemps que celui qui siffle. — - Les personnes d'une
constitution délicate résistent souvent plus longtemps que les
autres, parce qu'elles se ménagent. « Les pots fêlés sont ceux
qui durent le plus. »
XVll. A la flou ba toustemps l'abelhe.
A la fleur va toujours l'abeille. — C'est le trahit sua quemque
voluptas » de Virgile.
XVllI. Bitzègues et parpalhoùs.
Choses légères, de peu de valeur, des riens, — La signifi-
cation propre du mot bitzegue nous est inconnue. Viendrait-il
de bit, vigne, et de sègue, haie, vigne sauvage, lambrusque?
Mais on dit aussi : Gritz et parpalkoiis, grillons et papillons.
Bitzegue pourrait donc être le nom d'une espèce de grillon.
-^ 82 -
XIX. Goum la pus, deu roc.
Comme la puce, du roc. — La citation qui suit fait com-
prendre ce que ce proverbe signifie : « Vers 1400, un gen-
tilhomme béarnais du bailliage de Navarrenx (arr. d'Orthez),
répondant au baile qui lui ordonnait de se rendre en armes à
Morlaas (arr. de Pau), lui dit. qu'il se souciait de son ordre
Coum la pus deu roc .» Arch. des Basses-Pyrénées.
XX. Escoupi-s aus digtz, ta gaha pus .
Se mouiller les doigts avec de la salive, pour prendre des
puces. — Ne rien négliger pour arriver à ses fins.
XXI. Neuri-s de gritz.
Se nourrir de grillons. — On le dit de l'avare; en français,
on le fait vivre de moins que cela, a de pelures d'oignon », ou
« de coquilles d'œuf. »
XXII. Que sera toustemps u pedoulh arrebestit.
Il sera toujours un pou vêtu. — Une personne de basse
condition qui, devenue riche, fait de l'embarras.
XXIII. Que-y counti coum sus u punh de pus.
J'y compte comme sur une poignée de puces. — Ce n'est
pas moins difficile à tenir qu'une poignée de fumée.
XXIV. Gras coum ue chichangle.
Gras comme un lézard. — C'est l'équivalent de « maigre
comme un clou. »
La chichangle est le petit lézard des jardins, des vieux inurs;
on rappelle encore singraulhete.
XXV. Qu'ey coum u escrèpi.
Il est comme un scorpion. — Un tout petit homme mé-
chant.
Météorologie locale
I: Bed ère hère, bed eth* hibèr,
Bed ère nèu darrè deu Bèr.
Vois la foire, vois Thiver, — Vois la neige derrière le Ber.
— Dès que vient la foire d'Oloron, 9 septembre, Thiver appro-
che ; la neige apparaît d'abord sur les sommets élevés, der-
rière le Ber, montagne du territoire d'Oloron.
II. Desempuixs la Gandelère,
Quarante die s d'hibèr que y-ha encoère,
L'ours alabetz qu'ey entutat ;
Si hè sourelh, aquet die, que pleure
Et ditz que Thibèr oy darrè ;
Si méchant temps hè,
Que ditz que Thibèr ey passât.
Depuis la Chandeleur, — Il y a encore quarante jours d'hi-
ver, — L'ours alors est dans la caverne ; — S'il fait soleil, ce
jour, il pleure— Et dit que l'hiver est après ; — S'il fait mau-
vais temps, — Il dit que l'hiver est passé.
« Le 2 février, jour de la Purification Notre-Dame, qu'on
nomme Chandeleur, on disoit en Bourguignon : — « Si fait
beau et luit Chandelours, — Six semaines se cache Tours. »
Ce que maintenant il faut rapporter au 12 février.
Si le douzième de février
Le soleil apparaît entier,
L'ours, estonné de sa lumière,
8e va remettro en sa tanière,
Et l'homme ménager prend soin
De faire resserrer son foin ;
Car l'hiver, tout ainsi que l'ours,
Séjourne ainsi quarante jours.
Ces pronostics sont tirés du Calendrier des bons laboureurs
* Dans une partie du Bôarn, l'article lou^ la (le, la), est généralement
remplacé par elh^ ère.
— 34 ~
pour 1618. Je n'ose dire : « prenez mon ours»; mais, dans le
pronostic béarnais, Vours entutat que ploure, Tours encaverné
qui pleure, a plus de sentiment que « Tours, estonné de la lu-
mière, se va remettre en sa tanière #»
Plus de deux siècles avant le Calend. des bons lab., Gaston
Phœbus avait écrit, dans le livre de la Chasse : « Les ours
masles demuerent aussi dedens les cavernes XF. jours sanz
mengier et sanz boire, fors qu'ils poupent leurs mains, et, au
XL* jour, issent hors. Et si celuy jour fet bel, ilz s'en retour-
nent dedens leurs cavernes, jusques à autres XL jours ; quar
ilz pensent que encore fera mal y ver et froit jusques à celi
jour. Et, si ledit jour qu'ilz issent de leurs cavernes fet let, ilz
vont hors, pensant qu'il fera beau temps d'ilec en avant. »
Gaston Phœbus a introduit dans le français de son livre le
moi poupent, sucent, qui est béarnais: poupa, ^ da.ns notre
idiome, signifie téter ; on appelle une nourrice may de poupe,
mère de mamelle . En fr., dans la Langue verte, on dit : « Ma-
man téton». Alf. Delvau, Dictionnaire,
III. Si heure ha de bères hilhes,
Martz que las y pilhe.
Si février a de belle filles, — Mars les lui enlève. — S'il
arrive qu'il y ait floraison en février, la brise de mars la dé-
truit.
IV. Heure qu'ha de bères gouyes.
Martz que las hè mouquirouses.
Février a (quelquefois) de belles filles* ; — Mars les rend
morveuses. Dans les Basses-Alpes, on dit proverbialement :
* Le mot gouye, fille, n'a plus aujourd'hui, en béarnais, que la signifi-
cation de servante ; on dit prov.: Gouye de gouye^ gouye deu diable^ ser-
vante de servante, servante du diable.
« Belle gouge », belle fille, se trouve dans Rabelais : « Grandgousier
espoQsa Gargamelle, fille du roi des Parpaillos, une belle gouge, etc. »
Cit. Gram. héarn., p. 36. (Pau, Veronese, 1858).
A la fin du siècle dernier, on employait, à Paris, le mot gouge dans le
sens de prostituée :
La nation esfc une gouge,
Un sot fanatisme la perd :
-- 35 —
« Quand février n'est pas rigoureux, mars écorche. » ProiK
et Dict. agricoles de France.
V. ^ Mountanhe clare, Bourdèu escu,
Plouye de segu .
Mountanhe escure, fiourdèu cla,
Plouye nou y-haura.
Montagne claire, Bordeaux obscur, — Pluie pour sûr. —
Montagne obscure, Bordeaux clair, — Il n'j aura pas de
pluie.
Le premier de ces deux prov. est usité aussi en Gascogne.
Blâdé, Contes et prov,
VI. Quoand hè tonnerre en Labedaa,
Pren lou coutèt et coupe paa.
Quand il tonne enLavedan, — prends le couteau et coupe du
pain. — Ce proverbe est usité dans la vallée d'Ossau, où ne
sont pas à redouter, pour les récoltes, les orages qui grondent,
à côté d'elle, dans la région lavedanaise (H.-Pjr).
VII . Sent-Yan brabe et prous ,
Sent-Pierre malacarous .
Saint-Jean est bon et doux, — Saint-Pierr3 acariâtre. — Il
résulte d'observations locales, qui datent de loin, que le plus
souvent il fait beau le jour de la Saint- Jean, et qu'il pleut et
grêle le jour de la fête de saint Pierre.
VllI. Si bié d'Aulet,
N'hayes met;
Si bié d'Ixaus,
Hè-t pèe-descaus.
Si ( le vent ) vient d'Aulet, — N'aie point de crainte ; — S'il
vient d'Isseaux,— Fais-toi pied déchaussé (déchausse-toi, fuis
au plus vite).
Elle arbore le bonnet rouge,
En attendant le bonnet vert.
Ce quatrain fut publié par le Journal de la Cour et de la Ville, lors
de la première apparition du « bonnet rouge. » Le mot gouge^ dans le
premier vers, est suivi du mot • proslituée », pour explication.
— 3d —
Aulet est un « écart» de la commune d'Accous ( arr. d'Olo-
ron), et, du côté opposé, Isseaux est une forêt sur la mon-
tagne appartenant à la commune d'Ousse. Dès que le yent
souffle du côté disseaux dans le vallon de Bedous, il faut se
hâter de cesser les travaux desi champs ; il est immédiatement
suivi de pluie.
XI. Tant qui ey boune la lue.
Tant qu'est bonne la lune. — Expression usitée pour signi-
fier : profitons de la circonstance, elle est favorable. Allusion
à la prétendue infiuence de « Tastre des nuits » sur notre
atmosphère.
Proverbes divers
I. A cade pic Pestère.
A chaque entaille le copeau. — On n'y va pas de main-
morte ; chaque coup produit son effet. Se dit aussi du railleur
méchant que Ton appelle « un emporte-pièce. »
II. A chrestiaa qui ploure, judiu qui arrit.
A chrétien qui pleure, juif qui rit. — Le méchant se ré-
jouit de ce qui afflige Fhomme de bien. — Dans Flamenca,
m. de Carcassonne, 681, f* 38 :
Per so fon dih ben a rason :
Autrui dol albadaliao son.
» C'est pourquoi Ton dit avec raison que le deuil d'autrui
n'est qu'aubades.»
III. Aco hè la pèt a la broyé.
Cela fait la peau à la pâte. — Voilà qui complète l'affaire;
c'est bien réussi. La hroye, pâte de farine de maïs, nourriture
très-commune dans les campagnes du Béarn, n'est arrivée
au meilleur degré de cuisson que lorsque la peau est bien
faite.
IV. A mieyes, coum lous cautères.
A moitié, comme les chaudronniers. — Se dit à propos d'un
partage fait ou à faire en deux parts égales; mais on ne sait
pas bien pourquoi les chaudronniers interviennent dans cette
expression. On prétend qu'ils exagéraient le prix de leur tra-
vail, et qu'en fin de compte ils le réduisaient à moitié .
V. Amicx de lacoexe.
Amis de la cuisse. — Honni soit qui mal y pense! — ce sont
les emprunteurs, les amis delà poche d' autrui. La culotte des
montagnards a sur chaque cuisse une vaste poche.
3
— 40 -
XIX. Bibe de croutz y badalhoùs
Vivre de croix et (de) bâillements. —Être oisif, paresseux,
ne faire que se croiser les bras et bâiller.
XX. Bisite de senhou,
Dab uel'an, qu'en y-ha prou.
Visite de seigneur, avec une dans Tannée, il y en a assez. —
Proverbe dont Torigine remonte à la féodalité. La Fontaine a
dit : « Notre ennemi, c'est notre maître . »
XXI. Birat s'es lou bent,
Niuete,
Birat s'es de l'autre estrem.
Le vent a tourné, — Ninette, — il a tourné de l'autre côté.
•— C'est-à-dire : « Il faut changer de ton. » Refrain que Ton
chantait à Orthez au XVP siècle, lorsque Tarride, chef de
Tarmée catholique, entra dans cette ville. » Nicolas de Bor-
denave, Hist, de Béam et Navarre, publiée par Paul Raymond.
XXII. Bire-t aquere.
Tourne (détourne) de toi celle-là (cette chose-là). — Gare-
toi, si tu peux. C'est le Dî talem avertite casum, transformé en
takm averte casum.
XXIII. Boun jour. Moussu, l'abat d'Aspeque-b salude.
Bonjour, Monsieur, l'abbé d'Aspe vous salue ! — Se dit pour
faire remarquer à quelqu'un, qui n'a pas l'air de s'en aperce-
voir, qu'on lui fait une politesse.
Aspe est l'une des trois grandes vallées du Béam : Ossau,
Aspe et Barétons.
XXIV. Bragant mey qu'u Cagot nou brague en hèste-ennau.
Plus fier qu'un Cagot ne l'est en jour de fête solennelle. —
Le sens général de ce proverbe, qui se trouve dans la Pas-
tourale deu Paysaa, la Pastorale du Paysan, de Fondeville*, est
facile à âaisir ; mais il n'est guère possible d'en préciser la si-
gnification particulière. Pour quel motif les Cagots, ces parias
' Pièce citée et aaalysée : Revue des langues romanes^ p. 561, D' Nou-
let, Histoire littéraire des patois du midi de la France.
— 41 —
da Béarn, avaient-ils sujet de montrer quelque fierté les
jours où l'Eglise célèbre ses grandes fêtes? Leur semblait-
il qu'ils étaient alors moins « maudits » que de coutume ? En
ces jours, j aurait-il eu, à leur égard, comme une « trêve
de Dieu» ? Ou bien, dans ces solennités, mieux vêtus que d'or-
dinaire, oubliaient-ils leur misérable condition et le témoi-
gnaient-ils par un contentement qui ressemblait à de la fierté ?
Point d'histoire ou trait de mœurs, il ne serait pas sans inté-
rêt d'être fixé sur l'origine du proverbe.
Braga, être fier. Dans le vieux français, l'adjectif a bragart»
signifiait «bien ajusté, hardi. » G. Hippeau, Glossaire^ XII* et
XIII^ siècles.
Chacun fait le bragart
Et chacun n'a pas un patart.
En présence de ce proverbe français de Gabriel Meurier,
XVP siècle, est-il permis de croire que celui-ci puisse être béar-
nais dans le recueil de MM. Hatoulet et Picot :
Tau qui hè lou bragard
N'ha pas Ihèu u patard.
Tel qui fait le hardi (le fier), — N'a pas peut-être un patard
(un gros sou).
Cet exemple et beaucoup d'autres du même genre, que nous
pourrions citer, montrent bien que MM. Hatoulet et Picot, et
avant eux M. Vignancour*, furent peu scrupuleux, mais sans
parti pris certainement, dans le choix des proverbes qu'ils qua-
lifiaient de béarnais.
Au sujet de hèste-ennau (pour annau)^ j'avais écrit, en 1859,
dsxisls, Revue d'Aquitaine, lll^i^. 553: «Les jours de grande
fête, à Pâques notamment, les Béarnais se revêtent d'habits
neufs ; aussi les grandes fêtes sont-elles appelées hèstesen-nau,
aieuf, c'est-à-dire que l'on célèbre en habit neuf. »
ie explication je crois aujourd'hui qu'il faut préférer
*a donnée M. Léonce Couture, dans le Bulletin de la
ecclésiastique d'Auch, III, p. 94 : « Hèste-en-nau, dit-il,
I
8 béarnaises, t. II (Pau, Vignancour, 1860).
— 40 -
XIX. Bibe de croutz y badalhoùs
Vivre de croix et (de) bâillements. —Être oisif, paresseux,
ne faire que se croiser les bras et bâiller.
XX. Bisite d e sen hou ,
Dab uel'an, qu'en y-ha prou.
Visite de seigneur, avec une dans Tannée, il j en a assez. —
Proverbe dont Torigine remonte à la féodalité. La Fontaine a
dit : « Notre ennemi, c'est notre maître . »
XXI. Birat s'es lou bent,
Niuete,
Birat s'es de l'autre estrem.
Le vent a tourné, — Ninette, — il a tourné de l'autre côté.
— C'est-à-dire : « Il faut changer de ton. » Refrain que Ton
chantait à Orthez au XVP siècle, lorsque Tarride, chef de
Tarmée catholique, entra dans cette ville. » Nicolas deBor-
denave, Hist, de Béam et Navarre, publiée par Paul Raymond.
XXII. Bire-t aquere.
Tourne (détourne) de toi celle-là (cette chose-là). — Gare-
toi, si tu peux. C'est le Dî talem avertite casum, transformé en
talem averte casum,
XXIII. Bounjour, Moussu, l'abat d'Aspeque-b salude.
Bonjour, Monsieur, l'abbé d'Aspe vous salue ! — Se dit pour
faire remarquer à quelqu'un, qui n'a pas l'air de s'en aperce-
voir, qu'on lui fait une politesse.
Aspe est l'une des trois grandes vallées du Béarn : Ossau,
Aspe et Barétons.
XXIV. Bragant mey qu'u Cagot nou brague en hèste-ennau.
Plus fier qu'un Cagot ne l'est en jour de fête solennelle. —
Le sens général de ce proverbe, qui se trouve dans la Pas-
tourale deu Paysaa, la Pastorale du Paysan, de Fondeville*, est
facile à Saisir ; mais il n'est guère possible d'en préciser la si-
gnification particulière. Pour quel motif les Cagots, ces parias
' Pièce citée et analysée : Revue des langues romanes^ p. 561, D' Nou-
let, Histoire littéraire des patois du midi de la France.
- 41 —
da Béarn, avaient-ils sujet de montrer quelque fierté les
jours où r Eglise célèbre ses grandes fêtes? Leur semblait-
il qu'ils étaient alors moins « maudits » que de coutume ? En
ces jours, j aurait-il eu, à leur égard, comme une « trêve
de Dieu» ? Ou bien, dans ces solennités, mieux vêtus que d'or-
dinaire, oubliaient-ils leur misérable condition et le témoi-
gnaient-ils par un contentement qui ressemblait à de la fierté ?
Point d'histoire ou trait de mœurs, il ne serait pas sans inté-
rêt d'être fixé sur l'origine du proverbe.
Braga, être fier . Dans le vieux français, l'adj ectif a bragart »
signifiait «bien ajusté, hardi. )> G. Hippeau, Glossaire^ XII* et
XIII^ siècles.
Chacun fait le bragart
Et chacun n'a pas un patart.
En présence de ce proverbe français de Gabriel Meurier,
XVP siècle, est-il permis de croire que celui-ci puisse être béar-
nais dans le recueil de MM. Hatoulet et Picot :
Tau qui hè lou bragard
N'ha pas Ihèu u patard.
Tel qui fait le hardi (le fier), — N'a pas peut-être un patard
(un gros sou).
Cet exemple et beaucoup d'autres du même genre, que nous
pourrions citer, montrent bien que MM. Hatoulet et Picot, et
avant eux M. Vignancour*, furent peu scrupuleux, mais sans
parti pris certainement, dans le choix des proverbes qu'ils qua-
lifiaient de béarnais.
Au sujet de hèste-ennau (pour annau)^ j'avais écrit, en 1859,
dans la Revue d'Aquitaine, III, p. 553: «Les jours de grande
fête, à Pâques notamment, les Béarnais se revêtent d'habits
neufs ; aussi les grandes fêtes sont-elles appelées hèstes-en-nau,
fêtes-en-neuf, c'est-à-dire que l'on célèbre en habit neuf. »
A cette explication je crois aujourd'hui qu'il faut préférer
celle qu'a donnée M. Léonce Couture, dans le Bulletin de la
province ecclésiastique d'Auch, III, p. 94 : « Hèste-en-nau, dit-il,
* Poésies béarnaises, t. II (Pau, Vignancour, 1860).
— 42 —
peui bien être une altération de hèate nnnnu, fête annuelle, qui
se trouve dans V Automne de J.-G. d'Astros, 1643 :
Moun Diu, lou boun oli I Mon Dioii, la bonne huile (le vin) I
Arregaiisi jou que m'(3n boli, J<î veux m'en régaler.
Au menses cade hèstc annau Au moins à chaque fôte annuelle.
c( L'expression de fête annuelle, pour solennelle, est encore
aujourd'hui consacrée par la liturgie, dans plusieurs diocèses
de France. »
XXV. Brut de canalhe,
Hoecde i alhe
Querelle de canaille, — feu de paille. - « La canaio es lèu d'a-
cord;La canaille est vite d'accord.» Arm, prouv.y 1874, p. 49.
XXVI. « Cadu que s'at sap. . » A tau dise
Lou qui lou c. cou sut habè .
a Chacun le sait pour soi.. .)> Ainsi parlait— Celui qui avait
le c. cousu. — Personne ne dévoile ses infirmités cachées.
XXVII. Ghapèu bourdat
Nou crob toustemps bon cap.
Chapeau bordé — Ne couvre pas toujours honnêteté. —
Le fabuliste a dit : « Belle tête, mais de cervelle point »; et
Oihenart, dans ses Prov. basques : « Jaurégui a son pourpoint
couvert de galons, mais le dedans n'est qu'estouppe. »
XXVIIl . Coo de canabèro :
Quoand te bey, que t'aymi hère;
Quoand nou-t bey,
Nou-y pensi mey.
Cœur de roseau (dit): — Quand je te vois, je t'aime beau-
coup ; — Quand je ne te vois point, — Je n'y pense plus. — Le
cœur léger, celui qui ne peut avoir d' affection durable, parle
ainsi. «Loing de l'œil, loing du cœur», J. Gruther, 1610(?) ;
MM.Hatouletet Picot, 1862,ont rais dans leur recueil, comme
un proverbe béarnais : Loenh de Voelh, loenh deu coo,
XXIX. Good'eschèu.
Cœur de sureau. — Celui qui reçoit aisément une im-
pression.
— 43 —
Le mot béarnais eschèu est le même que le vieux français
« séu, sehu. »
La rose laisse por l'ortie
Et 1 églantier por lo seu .
Barbazan, Cont. etFabl.
Dans le Glossaire roman-latin du XIV siècle, publié par
M. Em. Gachet, on trouve sehus pour samhucus. En Norman-
die, dans risère et dans la Meurthe, on àii seu.
XXX. Corde de laa.
Corde de laine. — Se dit d'un homme sans caractère.
XXXI . Courre Sagorre et Magorre.
Expression proverbiale qui a le même sens, mais se prend
en plus mauvaise part, que celle-ci : « Courir là prétantaine»;
— Hanter des lieux suspects.
Sagorre et Magorre^ employés sans le verbe, signifient en-
core : Assemblage de gens de mauvaise vie.
Mots étranges, dont la forme peut rappeler le verbe béar-
nais qourriy vagabonder, et le substantif espagnol gorron,
libertin, débauché. On remarque aussi qu'ils ont quelque res-
semblance avec les noms de Sodome et de Gomorrhe.
XXXn. Cousturère maridade,
Agulhe espuntade.-
Couturière mariée, aiguille épointée. — Il n'y a pas grand
mal, si la jeune femme n'a cessé de travailler de son état
que pour s'occuper de son ménage et s'acquitter de tous ses
devoirs à l'égard de son mari et de ses enfants.
XXXIII. Crapaut et bibe.
Crapaud et vivre. — La Fontaine a dit, dans la fable la
Mort et le Bûcheron : — <( PJutôt souffrir que mourir, — C'est
la devise des hommes. »
XXXIV. Da l'estrôyte.
Occasionner un saisissement de peur, l'effet d'une surprise.
Despuixs aqùere hôyte,
La hount qui tout bedon,
— 44 —
La houD,oun de l'estrèyiei
Bèt aute noum prengou ;
Entre las pastouretes
D'aquet gauyons contou,
Ere se mentabou :
Ma hount de las Poupetes.
Hatoulbt, Chans. inéd.
Depuis ce fait, — La fontaine qui avait tout vu, — La fontaine
où la surprise avait eu lieu, — Prit un autre joli nom ; — Parmi
les pastourelles — De ce charmant canton, — Elle fut appelée:
— La fontaine des Tetins.
Henri IV n'avait pas oublié Texpression proverbiale béar-
naise da l'estrèyte; elle se trouve dans son français. Il écrivait,
le 28 novembre 1590, au duc de Nevers : « Nous avons résolu
de partir demain du matin et nous trouver au rendez- vous...,
et là avec tous les gens de guerre et arquebusiers à cheval, es-
sayer de donner qvtelque estrette aux ennemis. »
XXXV. De la punhère biu Martii.
De la mouture vit Martin (le meunier). — En fr., d'après
saint Paul : « Le prêtre vit de Tautel. »
XXXVI. De l'homi maridat.
Nou-ny-ha que la mie y ta t.
De Thomme marié,— Il n'y en a que la moitié. — Dès qu'il
est marié, l'homme n'appartient plus tout entier à ses amis.
XXXVII. Dessus toutz qu'ha la clau.
Sur tous il a la clé. — Il a la supériorité. Dans le français
populaire : « A lui le pompon î » Notre expression pourrait
venir de ce que habé la clau, avoir, tenir la clé, est l'attribut
du maître de la maison. Mais, en français, dans le langage de
la chasse, on appelle « clés de meute » les meilleurs chiens,
ceux qui conduisent les autres.
XXX VIII. Deu peu rouye et deu Cagot
Saube-t si potz.
De (l'homme qui a les) cheveux roux et du Cagot — Sauve-toi
- 45 —
si tu peux. — Dansée homan de Cristal, f» 332, XIIP siècle :
« Entre rous poil et félonie — S'entreportent grant com-
paignie » ; Entre poil roux et méchanceté il y a de grands
rapports. Le Roux de Lincj, Prov, fr., II, p. 490.— On trouve
dans ces prov. le haïssable souvenir de Judas. On dit encore
en fr. « poil de Judas», pour signifier : cheveux roux, barbe
rousse. Par Cagot, dans notre adage, il faut entendre un indi-
vidu de la caste dont nous avons parlé plus haut, et qui était
en Béarn l'objet d'une publique réprobation.
Dans Voltoire, prov. 545, on lit :
Si lou gran are balen
È lou petit passion,
Lou rousseau leyau è boun,
Tout lou mound seré par ion.
Si le grand était vaillant -— et le petit, patient ; — Si le
«roux )) était loyal et bon, — Tout le monde serait pareil.
XXXIX. En boune maysou, paa du etlenhe seque.
En bonne maison, pain rassis et bûche sèche. — On n'a pas à
se procurer, au jour le jour, de quoi se nourrir et se chauffer.
XL. Eth crimalh qu'ey eth mèste d'ère maysou.
On n'est maître, possesseur de la maison, que lorsqu'on a eu
en main la crémaillère. — Allusion à un usage très-ancien et
fort peu connu aujourd'hui.
Dans un document daté de 1345, Archives des Basses-Pjré-
nées, E. 1916, on lit : a Lo beguer de Pardies baentrar aThos-
tau e ba prener lo crimalh e ba u meter a Bone en la maa,
en senhau que, per ^lom deu senhor, eig la mete en posses-
sion deudit loc, e totz soos bées, e causes, e de totes sas aper-
tiences dedentz e defiore, e la n ffe, e la n instituexs daune e
mayor e sobiraa » ; Le viguier de Pardies* entra dans la maison,
prit la crémaillère et la mit en la main de Bonne, pour mar-
quer qu'au nom du seigneur il la mettait en possession dudit
lieu, de tous les biens et objets en dépendant, dedans et de-
hors, et il l'en institua souveraine maîtresse.
Eth crimalh, appliqué à une personne, s'emploie encore
* Commune du canton de Monein, arrondissement d'Oloron.
— 46 —
comme synonjme de cap-mai/soau, chef de maison. On sait
qu'en fr. l'expression proverbiale « pendre la crémaillère » si-
gnifie : donner un repas pour célébrer son installation dans
un nouveau logement.
XLl. FadilFadoI
Cinq ath ' so.
Fat ! Fat ! cinq pour un sou. — S'applique à toute personne
qui n'a d'autre valeur que celle d'une toilette le plus souvent
ridicule par trop de recherche.
En français, on dit d'un sot bien paré : « Mieux vaut le
licol que la bête. »
XLII. Gaha lou quoate.
Prendre le quatre. — Au sens de « prendre le large », ou
« jouer des jambes », s'échapper. On ne sait quelle est l'ori-
gine de cette singulière locution; se trouverait-elle dans l'ex-
plication suivante : « Aller par quatre chemins »? On voudra
bien ne prendre ce rapprochement que pour ce qu'il" peut
valoir :
« L'expression aller par quatre chemins fait peut-être allu-
sion à ce qui se pratiquait chez les Francs, lorsqu'on affran-
chissait un esclave : on le plaçait dans un carrefour qu'on
appelait la place des Quatre-Chemins, compitum Quatuor-Via-
rum, parce qu'elle aboutissait à quatre chemins, et on pro-
nonçait cette formule : Quil soit libre, et qu'il s'en aille où il
voudra, » Quitard, p. 217.
XLIII. Gahe-t aco, boute-t-y sau.
Empoigne-ça, et mets-y du sel. — Locution employée comme
celle-ci, en fr.: « Attrape-toi cela », à l'adresse de quelqu'un
que l'on vient de châtier, ou à qui il est arrivé quelque chose
par sa faute.
XLIV. Gare a d'autes perulhes.
Littéralement : G^re à d'autres petites poires sauvages. —
Perulhes s'emploie au sens qu'a le mot a prunes», en français,
dans l'anecdote qui suit, empruntée au Dictionnaire de M. Aif.
* Article corrti^cté, du dialiacite ôloronais, pour a eth^ au.
Delvau : « Un jour, SuUj, accourant pour prévenir Henri IV
des manœuvres de l'ennemi, le trouva en train de secouer tin
beau prunier de damas blanc : — Pardieu ! Sire ! lui cria-t-il,
nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein
de vous préparer une collection de bien autres prunes que
celles-ci et un peu plus dures à digérer, o
XLV. Habé lou-toiipii malau.
Avoir le pot malade. — En français, ne fait-on pas à peu près
de même, du crâne humain, une « faïence », lorsqu'on ditpï*o-
verbialement : « Avoir la tête fêlée»?
XLVI. Habilhat de la pèt de Gouhet.
Habillé de la peau du Diable. — Un mauvais garnement. —
Le seul mot que nous ayons trouvé, pouvant se rapporter à
couhety diable, c'est l'espagnol cohechar, qui signifie suborner,
corrompre.
XL VII. Ha carbou
Nou hè cap deshaunou.
Faire du charbon - Ne fait nul déshonneur. — a l\ h'y a
point dé sot métier»; métier honnêtement pratiqué, bien en-
tendu.
XL Vin. Ha la camaligue.
Mot à mot: Faire la jarretière. — C'est, dans une lutte,
passer et replier la jambe derrière celles de l'adversaire, pour
le faire tomber ; au ^^, : « Donner le croe-en-jambe», au sens
de renverser les desseins de quelqu'un.
XLIX. Ha loù limasourd.
« Voltaire a dit au sujet de l'escargot et de la limace: Je
crois l'une et l'autre espèce sourdes; car, quelque bruit qu'on
fasse autour d'elles, rien ne les alarme. Si elles ont des oreilles,
je me rétracterai; cela ne coûte rien à un galant homme.
)) Voltaire u'est pas le premier qui ait observé cette surdité :
les Béarnais ont une ancienne expression qui le prouve , et qui
offre en même temps un terme expressif manquant à la langue
française. Ils appellent limachourt un homme rusé, qui feint
— 48 —
de ne pas entendre. Le colimaçon se nomme limac dans leur
idiome, et Itmac-sourd veut dire colimaçon sourd; de manière
que Ton compare, enBéarn, la surdité apparente de cet homme
à la surdité réelle du colimaçon, depuis plus de cinq cents ans.
Il fait le limasourd, prononcent les Béarnais, pour dire : Il
feint la surdité du limaçon, parce qu'il ne veut pas entendre.
» J'aime le dialecte de mon pays, et j'ai cru lui devoir cette
remarque. »
Ces lignes sont tirées du tome IV des Aventures de Messire
Anselme y ouvrage de notre compatriote Hourcastremé (Paris,
Lemierre, libr., 1796). — Pour mon compte, je n'y saurais re-
prendre qu'une chose au sujet de la locution proverbiale : Ha
hu limasourd. faire le sourd comme un limaçon. Notre Béar-
/ a
nais me semble être un peu Gascon lorsque, sans en donner
la moindre preuve, il affirme queTorigine du proverbe remonte
à plus de cinq siècles.
Dans Targot des voleurs, « lime sourde » signifie aussi un
« sournois. « Alf. Delvau, Dict, de la langue verte.
Le béarnais limasourd et le français in partibus « lime sourde »
n'auraient-ils pas une origine commune, se rapportant au
(( limaçon» plutôt qu'à la « lime » ?
Et, dans ce cas, l'expression «faire la lime sourde » ne
devrait-elle pas avoir une autre signification que celle qui lui
a été donnée par H. Le Gai, dans la Petite EncycL des prov. :
«Chercher, par des menées secrètes, à nuire à quelqu'un » ?
L. Ha puntetes.
Se dresser sur la pointe des pieds. — « Faire la courte
échelle à quelqu'un», pour l'aidera monter, pour lui faciliter
les moyens d'arriver au but où il tend. 11 y a une exacte cor-
respondance d'idées entre notre diminutif /^wn^e^es et la locu-
tien française ii courte échelle. » Il en faut dire de même de
9
l'expression employée par B. des Périers, iVowy.cvm : «L'un
des deux jouvenceaux se présenta au danger pour faire plan-
chette à la jouissance de son ami. »
LI. Hardit, Pèle! Pay qu'ey hart I
Hardi, petit Pierre ! Père est plein ! — Ainsi parle l'égoïsme
l'orsqu'il est repu, il croit que personne n'a rien à désirer.
Quand Auguste avait bu, la Pologae était ivre.
— 49 —
LU. Ha toupiis.
Faire des pots. — C'est-à-dire être mort : un pot cassé et
un crâne ont quelque analogie de forme.
LUI. Ha u pic au crimalh.
Faire un cran à la crémaillère. — On dit en fr. : a Faire
une croix à la cheminée », lorsque Ton a à constater une
chose peu ordinaire, un trait de générosité chez un avare, un
trait d'esprit échappé par mégarde à un sot. Hilaire Le Gai,
Petite Encycl. des prov,
LIV. Hayam bii, biengue d*oun bienguel
Ayons du vin, quelle qu'en soit la provenance ! — Nunc est
bibenduml disait Horace ; et lui, non plus, ne buvait pas tou-
jours du pur Falerne, du vieux Massique. Il écrivait à Mé-
cène, Orfexx, 1. 1, Vile potabis modicis Sabinum — Cantharis,.,
c( (Chez moi) tu boiras dans de modestes coupes un pauvre vin
du Sabinum .... »
En Béarn, des buveurs, moins modérés qu'Horace, ajou-
tent, le verre en main :
Pinta dinqu*a Nadau, et, lou qui pousque,
Dinqa'a Pentacouste ;
Si lou bii ey bou,
Dlnqu'a Marterou,
Et, si ey bou lou bii,
Dinqu'a Sent-Martii.
Pinter jusqu'à Noël,et, siTon peut, — ^Jusqu'à laPentecôte ;
— Si le vin est bon, — Jusqu'à la Toussaint,— Et, si bon est le
vin, —Jusqu'à la Saint-Martin.
LV. Hère manque, chic abounde.
Beaucoup vient à manquer, peu dure. — Souvent, les gens
qui ont beaucoup, hère, dépensent sans compter et se ruinent,
tandis que ceux qui ne possèdent que peu de chose, chic, en
sont ménagers et le conservent.
LVI. Hilh de la may,
Parent deu pay.
Fils de la mère, — Parent du père. —Il n'y a point là de quoi
— 40 -
être fier, eût-on pour mère une duchesse. — « Grant honte
feit à sa mère, — Qui ne resamble son père. » Proverbodu
XIIP siècle.
LVII. Hoec de palhe pot ahoega la maysou.
Feu de paille peut mettre en feu la maison. — De peti-
tes causes produisent quelquefois de grands effets ; il suffit
d'une étincelle pour allumer un incendie. «De petite scintille
s'enflambe une ville. » Gabr. Meurier, Trésor des sentences^
XVP siècle.
LVIII. Hoegeret d'abitalheles,
Neurit de brigalhetes,
Bestit de pedassous,
Aquet ha très grans doulous.
Avoir petit feu avivé avec des branchettes, — Ne se nourrir
A
que de miettes, — Etre vêtu de morceaux rapiécés, — C'est
avoir trois grandes douleurs.
S'applique aux malheureux dénués de tout. Aucune circon-
locution, en français, ne saurait rendre l'expression d'exces-
sive misère qu'il y a dans ces diminutifs : hoegeret, abitalhetes,
brigalhetes y pedassous,
LIX. Hort minya,
Hort tribalha.
Bien manger, — Bien travailler. — « Qui veult avoir bon
serviteur, il le faut nourrir.» Le Roux de Lincy, Prov. fr., Il,
p. 409.
Laurent Joubert, dans ses « Propos vulgaires », XVP siècle,
fait cette question : « Est-il vrai que ceux qui ne mangent pas
beaucoup ne sont pas robustes au travail ? »
LX. La bonne menatyère
Que hè la hilhe la prumère.
La bonne ménagère — Enfante la fille la première. — Elle
veut assurer la continuité de la bonne tenue de la maison.
LXI. La cautère qii'ey grane, qu'en y-ha u gahot ta cadu.
La chaudière est grande, il y a une cuillerée (de ce qu'elle
contient) pour chacun. — 11 y a tant de maux dans ce monde !
Chacun en a sa part.
- 51 —
LXII . La dent
Qu'ha talent.
La dent — A (bonne) volonté. — Ce n'est pas Tappétit qui
manque.
LXIIjL. La moiilhè nou t'haye la caiisçe.
Que ta femme ne te prenne point les chausses. — On ne
voulait pas en Béarn, paraît-il, de femmes qui «portassent les
culottes .» Précautions inutiles souvent, ici comme ailleurs.
On prétend que Caton TAncien disait: «Nous autres Romains,
nous gouvernons tous les hommes du monde ; mais, en même
temp^v ^o^s sommesHous gouvernés par nos femmes; donc,
ce sont les femmes qui gouvernent Tuniv^rai, qui sont les maî-
tresses .)) Le Gai, Petite EncycL des prov.
LXIV. La perne qu'ey minjade,
Tabee lou cambalhou,
La gounède coupade,
Et lou hourn que n*ey bou.
La pièce de lard (que Ton suspend au plafond) est mangée,
— Le jambon aussi, — La « gonelle » coupée, — Et le four
n'est pas bon.
Proverbe de la vallée d'Ossau. Se dit des gens ruinés; ou
bien, dans les circonstances où Ton a fait de la dépense, pris
beaucoup de peine pour n'avoir rien qui vaille. Employé dans
le premier sens, il se rapproche du prov. fr. du XVI° siècle :
({ Prodigue et grand buveur de vin, — Fait rarement four ni
moulin. »
l-XV. Leca-s'en lous potz.
S'en lécher les lèvres. — Savourer une chose, en jouir avec
délectation.
Henri IV écrivait à Sat-Q-eniès, fin de juillet 1585: « Je tra-
vaille plus qu'il n'est croyable à préparer des sauces à nos en-
nemis.que je m'assure qu'ils ne s'en lécheront point les lippes.»
LXVI. Lèd coum ii becut.
Laid comme un becut. — « Bécut » est le nom que l'on donne
à une espèce de loup-garou.
LXVH. Longue de quatourze.
Langue de quatorze, a Caquet-bon-bec. » Pareille langue est
— 52 —
deux fois plus vaillante que celle d'un de ces avocats qui
étaient jadis appelés : « Orateurs de sept heures. »
LXVIII. Lou cap qu'eu hume
Goum u toupii de caslanhes.
La tête lui fume — Comme un pot où Ton fait bouillir des
châtaignes. — C'est un évaporé.
LXIX. Lou bent de la bouque nou coste arré.
Le vent de la bouche (la parole) ne coûte rien. — Ainsi s'ex-
prime un ingrat, celui qui ne croit devoir aucune reconnais-
sance pour des paroles dites en sa faveur, et qui lui ont fait
obtenir ce qu'il désirait.
LXX. Lou bii qu'apère la cansou.
Le vin appelle la chanson. — « D'avoir beu, on chante
mieux. » Laurent Joubert, XVP siècle, Ei^eurs populaires et
propos vulgaires.
LXXI. Lou curé nou ditz pas dus cops la misse.
Le curé ne dit pas deux fois la messe. — Non bis in idem;
ou bien les personnes à qui Ton applique ce proverbe n'ad-
mettent point le bis repetita placent,
LXXII. Lou moulet qu'eu p rut.
Le mollet lui démange. — Se dit d'un individu qui éprouve
le besoin de marcher, de quitter le lieu où il se trouve. L'équi-
valent, en français, est : «Les pieds lui frétillent. »
LXXin. Marchand courtes
Groumpe a quoate y ben a très.
Marchand courtois — Achète à quatre et vend à trois. — Il
y a là évidemment une antiphrase : un marchand qui se mon-
tre (( courtois» au point de vendre moins cher qu'il n'achète
n'est qu'un imbécile ou un fripon.
LXXIV . Mey bau u gnac de caa
Qu'u pot de caperaa.
Mieux vaut être mordu par un chien que baisé par un
prêtre. — Allusion au «baiser de Judas. »
— 53 —
LXXV, Mey debot que lou boun Diu.
Plus dévot que le bon Dieu. — « Plus royaliste que le roi. »
Ne quid nimis, disait Térence; gardons- nous de Texcès.
Les Grecs avaient écrit, en lettres d'or, les mots Ovâkv ayav,
sur Tautel du temple d'Apollon, à Delphe$.
LXXVI. Mey lèu lou clôt que la despense.
Plutôt la fosse que la dépense.— 'Détestable souhait, expres-
sion du plus mauvais sentiment à Fégard des personnes aux-
quelles^ par un devoir naturel, par des obligations sociales* ou
légales, on est tenu de fournir la subsistance, des secours.
LXXVII. Minya dab lous Apostous.
Manger avec les Apôtres. — Se servir, pour manger, de
« la fourchette d'Adam . » On ne sait pourquoi Apostous est
employé, en béarnais, pour désigner les doigts.
Dans l'argot des voleurs, le mot « Apôtres » a la même
signification. Alf. Delvau, Dici, de la lang, verte.
En provençal, lidet ^ont ir cinq sardino.F, Mistral, Arm,
prouv., 1874, p. 81*
LXXVIII. Minya loupaa deu Rey.
Manger le pain du Roi. — Être en prison. « Les geôliers au-
ront leur recours par- devant la Cour en laTournelle, pour
être remboursés sur les deniers du fisc, du pain du Roy qu'ils
fournissent aux condamnés . » Privilèges et règlent, du pays
de Béam,
LXXIX. Minye-sentz etcague-diables.
Celui qui se nourrit de piété et déverse du fiel. — Virgile
a dit : Tantce^ne animis cœlestibus irœl Et l'auteur du Lutrin:
Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots î
a Manger des patenôtres et chier des ave, » Oudin, Curio-
sités fr,y p. 321 ; Le Roux de Lincy, II, p. 201.
LXXX. Nat dissatte sens sou,
Nade gouyate sens amou.
Aucun samedi sans soleil, — Aucune jeune fille sans amour.
4
— 54 —
— (( Nulsamedy sans soleil»; Gruther, 1610 (?).-- « Le soleil
par excellence, — Au samedi fait la révérence. » Calendrier
des bons laboureurs^ 1618. Dans la Haute-Saône, on dit :
En hiver comme en été,
Jamais samedi ne s*est passé
Que le soleil n'y ait mis son nez.
En Gascogne : « James beuso sens counseil, — Ni dichapte
sens sourcil ». Ms. Daignan; cit. Bladé, Cont. etprov. recueillis
en Armagnac»
Et dans TAveyron : « Il n'y a pas de samedi sans soleil, —
Ni de vieille sans conseil. » Prov, et Dict, agricoles de France,
LXXXI. N'ey pas coum Tabat de Garcassoune :
Qui ly preste, ly doune.
Il n'est pas comme Tabbé de Carcassonne : — Qui lui prête,
lui donne. — Un bon débiteur. Ce proverbe n'appartient au
Béarn que par Tusage qu'il en fait. Quel était cet abbé de
Carcassonne, qui ne rendait pas ce qu'on lui avait prêté?
LXXXII. N'habé ni hoec ni halhe.
N'avoir ni feu ni (bout de) chandelle de résine. — S'em-
ploie pour signifier : ne rien posséder, être dans la plus pro-
fonde misère.
LXXXIIl . N*habé ni coo ni courade.
N'avoir ni cœur ni « corée. » — C'est-à-dire, selon le cas,
manquer de cœur ou n'avoir pas de pitié, et quelquefois, tout
ensemble, être sans courage et sans commisération.
Corée ne se trouve pas dans le Dictionnaire de Littré : il était
usité au XVP siècle ; on lit dans les Contes, etc., deBonaven-
ture des Périers, Nouv, xxxvi (Paris, Gosselin, 1841): a Le
curé s'en va acheter force couvées de veau et de mouton, et les
mit toutes cuire dedans une grande oulle, délibéré d'en fes-
toyer son évêque. »
Ch. Nodier ajoute en note :« Couvées, ^onr co9'ées, comme les
Parisiens prononçaient alors ; c'est le cœur, le foie, la rate,
les poumons, soit du mouton, soit du veau. Le tout s'appelle
aussi fressure. »
- 55 —
LXXXIV. Ni pigue, niausèt.
Ni pie (?), ni oiseau. — Pigue doit être, ici, une altération de
peix^ poisson. Ni peix, ni ausèt ; ni poisson, ni oiseau ; comme
on dit en français : « Ni chair, ni poisson. »
LXXXV. Nou deshabilhetz sent Yan, ta habilha sent Pierre.
Ne deshabillez pas saint Jean, pour habiller saint Pierre. —
Ce que vous faites, ne vous avance guère. On dit, en français,
dans le même sens, mais pour un cas particulier : « Faire un
trou pour en boucher un autre. »
LXXXVl. Nou-n y-ha pas tau clôt deu caxau.
Il n'y en a pas pour le creux de la grosse dent. — Ces mots
rappellent ce que La Fontaine a fait dire au «petit poisson »:
qu'il ne saurait « fournir, au plus, qu'une demi-bouchée. »
LXXX VU. Nou-p tiretz u oelh, ta creba lou deu besii.
Ne vous arrachez pas un œil, pour crever celui de votre
voisin. — On dissuade ainsi d'entreprendre, de poursuivre un
procès. L'expérience a montré que souvent, dans le moins
mauvais, a On perd une vache pour gagner un chat. » Perny
(des Missions étrang.), Prov. chin.
On trouve dans YAt^mana prouvençau, 1862, pag. 64 : « N'i'a
mai que d'un que pèr embournia un enemi se crèbon li dous
iue »; et, à la page 34 : « Quau gagno un proucès, gagno uno
galino en perdent uno vaco. »
LXXX Vin. Nou s'en amassaré pas ta paga.
Il est si mauvais payeur, qu'il ne se baisserait pas pour ra-
masser de quoi acquitter ses dettes.
LXXXIX. Nou y-ha pas habut au raounde
Qu'ue boune raayrastre;
Lou loup que la s'ha minyade.
Il n'y a eu au monde — Qu'une bonne marâtre, — Le loup
l'a dévorée. — « Qui a marâtre — A le diable à l'âtre. — La
mauvaise réputation de ces femmes date de loin :
Pocula sœvm infecere novcrcœ
Miscuerunlque herbas et non innoxia verba.
ViRG., Gcorg. u.
— 56 —
« Les marâtres cruelles faisaient boire des breuvages em-
poisonnés en prononçant des paroles magiques. »
XC. Nou y-ha poudé coum deu qui pintre las mounyetes.
D n'est pouvoir que de Dieu ; littéralement : de celui qui
peint les haricots. Dans Racine : « 11 donne aux fleurs leur
aimable peinture.»
XCJ. Nou y-ha jamey nat hou ! hou !
Que n'y-haye u chou ! chou !
Il n'y a jamais de oh/ oh f — Qu'il n'y ait unchut/chutl — Il
y a toujours quelque chose à taire dans ce que Ton admire le
plus. « La perfection n'est pas de ce monde. »
XCII. Ouii eylou Rey,
Qu'ey lou carrey.
Où est le Roi, — Est le charroi. — C'est-à-dire, ajoute
M. Vignancour, p. 236, il y a grand mouvement, tout y abonde.
Voici, à notre sens, l'explication de ce proverbe : On lit dans
les anciens Privilèges et Règlements du pays de Béam : « S'a-
gissen de las réparations necessaris per lous Caste ts, Ediôcis,
Jardins deu Rey, lous carreys nou seran commandats que
dens l'estendude de dues lègues deus locs ond lasdites répa-
rations se faran Aucune communautat nou podera se
redimirdeusdits carreys»; — Au sujet des réparations nécessai-
res pour les Châteaux, Edifices, Jardins du Roi, les charrois
seront commandés sur une étendue de deux lieues autour
des endroits où les réparations devront se faire Aucune
communauté ne pourra se racheter de ces charrois.
XCIII. Paraule nou bau pape.
Parole ne vaut papier. — Verba volant, scripta marient.
XGIV. Paraules pègues a bouxètz.
Paroles sottes à boisseaux. — Que de gens « caquetant au
plus dru » , comme dit le fabuliste, parlent de tout et ne sa-
vent rien ! « Le sage parle peu ; le grand parleur ignore beau-
coup. » Prov, chinois.
— 57 -
XGV. Part au sac, part à la manche.
Part au sac, part à la manche. — Un escamotage. Se dit de
quelqu'un qui fraude, à son profit, en faisant pour autrui les
parts d'une chose.
XGVI. Parti sentourete.
Tourna putete.
Partir pèlerine, retourner petite p . . . — Sentourete, pèle-
rine; un pèlerin, dans notre idiome, s'appelle u sentourè, celui
qui va vénérer les reliques des saints. — En français, au
XIIP siècle, on disait des pèlerins : « Qui bon i vont, mal en re-
viennent. » Les Espagnols répètent en communs proverbes : «Si
fueres a buscar novia, — Que no sia en romeria »; Si tu veux
chercher une femme, que ce ne soit pas dans les romerias (pèle-
rinages) ; « A las romerias y a las bodas, — Van locas todas »;
Aux romerias et aux noces vont toutes les folles. Baron de
Nervo, Dictons et Prov, espagnols.
Dans Tune des Romances du Cid, on trouve : « Las romeras
aveces — Suelen fincar en rameras i); Les pèlerines parfois —
Deviennent des prostituées. Damas-Hinard, Romancero espa-
gnol, II, p. 50 et 66.
XGVII. Pèc coum ubriac.
Sot comme un (homme) ivre . — Celui qui est « bête comme
un pot. »
XGVIIl. Peresse, bos soupe? — Oui, pay .
Bè-n cerca l'escudèle. — Nou-n bouy pas.
Paresse, veux-tu de la soupe ? — Oui, père. — Va chercher
récuelle ? — Je n'en veux pas.
En provençal : « Pereso, vos de soupo? — 0. — Fai-n'eû.
— N'en vole ges)).Arm,prouv., 1874, p. 107, d'après de Sau-
vages, Dict, langued,
XGIX. Porte uber te goarde may sou.
Porte ouverte garde maison. — La confiance est quelque-
fois la meilleure des sûretés. Ce n'est point l'avis de Lafon-
taine :
Deux sûretés valent mieux qu'une,
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.
— 58 —
G. Praube coum la lèni.
Pauvre comme la lente. — « Dans Targot méprisant des
bourgeois, Thomme pauvre est traité de «pouilleux», Alf.
Delvau, Dictionn, de la lang, vertCm
CI . Quoand tout seré binagre !
Quand tout serait vinaigre ! — S'emploie au même sens
que : « Ce n'est pas la mer à boire ! »
GII. Qu'ayme tant lou trilialh, que s'y couchare dessus.
Il aime tant le travail, qu'il se coucherait dessus. — C'est
« l'ami des œuvres faites. »
GIII . Qu'ha came dinqu'au youlh.
Elle a la jambe jusqu'au genou. — Se dit d'une personne
dont on exagère les qualités, mais qui n'a rien que n'aient les
autres.
GIV. Quauqu'arré bee y-ha,
Quoand la camise au c. s'esta.
Pour que la chemise se colle quelque part, il faut bien
qu'il soit resté là de. ... la colle. Sans descendre si bas, on
dirait en français : Si son mouchoir a de la morve, c'est qu'il
en avait au nez. — « Il n'y a pas de fumée sans feu. »
« Sans le c.., la chemise ne serait breneuse». Le Gai,
Petite EncycL des prov .
GY. Que craque aberaas.
Il fait craquer, il croque des noisettes. — Celui dont on dit,
en français, lorsqu'il raconte ou qu'il écoute ce qui plaît à sa
méchanceté : « Il boit du lait. »
G VI. Que ditz misse baxe.
Il dit messe basse. — S'applique à quelqu'un qui grom-
melle; on l'entend murmurer "comme le prêtre disant bas la
messe.
GVII. Que hè méchant ha dab bèstis.
Littéralement : Il fait mal faire avec (des gens) bêtes. —
Travaillent-ils pour vous, ils gâtent la besogne ; avez-vous des
relations avec eux, ils vous compromettent.
- b9 —
CVIII. Que-m hètz arride lous caxaus.
Vous me faites rire les grosses dents. — Pour signifier:
(( Vous me faites crever de rire. » On le dit aussi, sur le ton
de rincrédulité, au sens de : c< Vous me la donnez belle. »
GIX . Qu'en ha de pregoun .
Il en a de profond. — Il est riche. C'est ce que signifie pa-
reillement le français populaire : « Il a le sac », ou a II en a
dans la profonde (la poche). »
GX. Que s'ha perdut lou bounou.
Il a perdu sa bonde. — Il a un flux de ventre ; et aussi : « Il
a peur. »
GXl. Qu'ey u capit.
Un homme grossier. — On appelle capitj en béarnais, la
partie la plus grossière de Tétoupe,
GXII. Que y-escoupeix,
Goum u aboucat sus u escut de seix liures
Il y crache dessus — Comme un avocat sur un écu de six
livres. — L'individu de qui Ton parle ainsi accepte avec em-
pressement ce qu'on lui offre.
GXIII. Qu'eu prut l'aurelhe.
L'oreille lui démange. — Il est inquiet; « Il a la puce à
r oreille. »
GXIV. Qu'haboutos.
Il a bonne auge. — Il est bien nourri. Un gaillard dont on
admire l'embonpoint.
GVX. Qu'ha cargat de tort.
Il a chargé de travers. — Ivrogne qui, sous le poids du vin,
fait des zigzag.
GXVl. Qu'ha dues poumes,
L'ue a la bouque, Taute a la potye.
Il a deux pommes. Tune à la bouche, l'autre à la poche. -
Ce proverbe est usité dans les environs d'Orthez, au sens du
« poung sarra » des Provençaux. Et Garcin, Dict. prov.-fr.
^ 60 —
GXVII. Qu'ha lou hitye nègre.
Il a le foie noir. — Se dit d'un homme veuf de deux femmes
mortes en couches.
Dans le nord de la France, « Avoir le foie blanc » signifie
manquer de courage.
Je ne rapproche ces deux façons de parler que pour en de-
mander l'explication à qui saura et voudra bien me la donner.
GXVflI Qu'ha près bouridé.
Elle a pris du levain. — Malheureuse la jeune fille de qui
Ton parle ainsi !
GXIX. Qu'ha ue hère mèusse.
Il a une belle rate. - Le nonchalant, celui qui a ne se foule
pas la rate. »
GXX. Qu*ha mey de bente que de cap.
Il a plus de ventre que de tête. — En fr. : « Ventre trop
gros et trop gras, — Subtil esprit n'engendre pas. »
GXXI . Qui arré nou risque
Arré nou pisque
Qui rien ne risque — Rien ne pêche (ne gagne). — Ce prov.
n'est autre que le provençal : « Qui noun s'arrisco noun pren
pèis. » Armanaprouv,, 1867, p. 82. Pour la rime, on a mis
pisque pour pesque, qui est le véritable mot béarnais, signi-
fiant a pêche », prend du poisson.
On lit dans H. Estienne, Préc, du lang, fr., édit. Fougère,
p . 244 : (( Il faut perdre un véron pour pescher un saumon »,
ou (( Il faut despendre (dépenser), qui veut gangner. » On peut
user aussi de ces mots de Plante, Asin^ I, m, 65; Necesse est
facere sumptum qui qucerit lucrum, »
GXXII. Qui au bosc deu senhou pren u aglan,
Qu'eu deu u cassou au bout de cent ans.
Celui qui dans le bois du seigneur prend un gland — Lui
doit un chêne au bout de cent ans. On disait en fr., XV' siè-
cle : « Qui mange de l'oje du roi — Cent ans après en rend
la plume. » Le Roux de Lincy, II, p . 494. Ce que le provençal
— 6i —
a traduit ainsi ( à moins que le fr. ne le lui ait pris ) : « Quau
manjo Tauco dôu segnour, o lèu o tard raco li plumo » ; Ar^
manaprouv,y 1860, p. 93.
GXXIll . Qui boû esta drin plaa serbit
Nou deu pas trop crida la gouye.
Celui qui veut être un peu bienservi — Nedoitpas trop crier
la servante. — « A bon maître, bon serviteur». Crida, chez
nous, a le sens de gronder, qu'avait aussi autrefois le français
« crier», comme on le voit dans Molière, Étourdi, II, 14:
Tu ne me diras pas, toi, qui toujours me cries,
Que je gâte, en brouillon, toutes tes fourberies.
GXXIV. Qui ha cou n science, qu'ey gus.
Qui a de la conscience est gueux. — La bonne foi ne mène
pas à la fortune. On voit tant de fripons qui se sont fait de
belles rentes. . . . Mais, grâce à Dieu! il y aura toujours plus
de gens qui préféreront Thonnêteté, si pauvre qu'elle soit, à
la richesse mal acquise.
GXXV. Qui ha mau, qu'eu se bouhe.
Littéralement : Qui a du mal, qu'il se le souffte ( qu'il se le
fasse passer ). — « Qui a fait la faute, qu'il la boive. »
GXXV bis. Qui no-ù counegue, qu'eu se croumpe.
Qui ne le connaisse point se l'achète. — En s'exprimant de
cette manière au sujet de quelqu'un, on donne à entendre
qu'il n'a point les bonnes qualités que d'autres lui prêtent.
GXXVI. Quin se porte loucaddet?
— Que demande toustemps tribalh.
Comment se porte le cadet? — Il demande toujours du
travail.
Se dit du nouveau-né dont on entend les vagissements :
Quehal Queha / Sa.ns onomatopée, ces mots signifient : Que
faire ! Que faire I
GXXVIl. Qui peyrouteye,
Amoureye.
~ 62 -
Variante :
Qui yete peyretes,
Yeteamouretes.
Qui lance des petites pierres — Fait Famour. — Expressions
employées au sujet des agaceries que se font les amants.
Malo me Galatœa petit, Virgile. — « Tantôt ils s'entrejetoient
des pommes. » Longus, Daphnis et Chloé,
M. Milâ y Fontanals a bien voulu me communiquer la ver-
sion catalane : « Qui tira pedretas — Tira amoretas. »
GX XVIII. Qui tau fara tau prenera.
Celui qui a fait une faute doit en porter la peine.— Fara pour
hara indique que ce proverbe est ancien. Voir les Fors de
Béam, XIIP siècle, art. 118. Le faussaire était condamné à
passer d'un bout de la ville à Tautre, portant le faux a cloué»
sur le front, et le crieur public répétait ; « Qui ainsi fera,
ainsi recevra. »
GXXIX. Reliyouses de Sent-Augustii,
Dus caps sus u couchii.
Religieuses de saint Augustin, — Deux têtes sur un coussin.
— On répond cela aux jeunes filles que Ton ne suppose point
bien sincères dans le désir qu'elles ont exprimé de renoncer
au mariage pour se faire « sœurs » .
Les Augustines, on le sait, sont des religieuses qui sui-
vent la règle donnée par saint Augustin à un monastère que sa
sœur avait fondé à Hippone. Elles se vouent à la garde des ma-
lades dans les hôpitaux. En citant notre proverbe, on ne sau-
rait oublier le respect qui est dû à de saintes femmes . Saint
Augustin, non plus, ne figure ici que pour la rime, à moins
qu'on ne veuille y voir — ce qui nous semble bien forcé —
une allusion à ce fait, que, dans sa jeunesse, le fils de sainte
Monique ne passait pas ses nuits sur une couche solitaire.
GXXX. Riche marchand ou praube pouralhè.
Riche marchand ou pauvre poulailler. — Mot de l'ambi-
tieux jouant son va-tout. « Roi ou rien. »
Si seâor, hai yauna, oui moussu,
GXXXI. Qu'ey tout u.
Que l'on dise : « Oui, Monsieur », en espagnol, en basque,
— 63 —
en béarnais, les mots diffèrent, mais le sens est le même :
« c'est tout un. » Proverbe usité dans les cas où Ton dit en
français : « C'est blanc bonnet ou bonnet blanc. »
a
GXX^II. Siule, mouliè, l'aygade arribe.
Siffle, meunier, Fondée arrive. — Ce qui signifie : soyez con-
tent, voici une bonne aubaine. Beaucoup de moulins chôment
souvent, Tété, faute d'eau. Aussi les appelle-t-on mouliis cfes-
couteplouye ; moulins où Ton écoute si la pluie tombe, afin de
profiter en toute hâte de la première qui viendra donner aux
ruisseaux le courant nécessaire pour mettre la meule en mou-
vement.
GXXXIIL* So qui en Paradis entre jamey nou-n sort.
Ce qui entre dans le Paradis jamais n'en sort. — « Nous
sommes bien, restons ici. »
C'est le « Chi sta bene non si muove » des Italiens, et le
« Quau es bèn que noun bouge » des Provençaux. D' Espa-
gne, Prov» et Dict, pop,, pag. 12; Mistral, Arm. /jroMV., 1864,
pag. 45.
GXXXIV. Sns lou douché que y-ha u prat.
Sur le clocher il j a un pré. — On montre, en parlant ainsi,
que l'on n'est pas dupe d'un mensonge qu'on vient d'entendre:
(( A menteur, menteur et demi. »
GXXXV. « Te rogamus, audi nos »;
A you la carn, a tu lous os.
Te rogamus, audi nos ; — A moi la chair, à toi les os. —
« Charité bien ordonnée commence par soi-même »; mais Dieu
n'exauce point ceux qui se conduisent d'après l'odieuse ma-
xime : ({ Tout pour soi, rien pour les autres. » Il faut rappro-
cher de notre proverbe l'adage de l'ornithologie populaire :
(( Le Compère Loriot — Gobe les cerises et laisse les noyaux. »
Les mots Te rogomus, audi nos sont bien mieux em-
ployés dans le département de l'Hérault, arrondissement de
Lodève : « Te rogamus, audi nos; — Las cerieiras metou
close. » D'Espagne, Revue des lang, rom,, IV, p. 615.
— 64 —
GXXXVI. Tlenô-8 coum la pegue.
Se tenir comme la poix. — Être unis; mais, le plus souvent,
au sens défavorable de: « S'entendre comme larrons en foire. »
GXXXVII. Tira pexic ou pelade.
Tirer profit d'une chose d'une manière ou d'autre. — En
fr. : « Tirer d'une chose pied ou aile; en tirer aile ou plume. »
Le pexic béarnais est le pezucs du Donatz proensals, Gues-
sard, p. 57 : Sûricûura facta (à la peau) cum duobiis digitis, et
pelade signifie littéralement : une pincée de cheveux.
Pexic ou pelade sont employés dans plusieurs expressions
proverbiales du Béarn : Touma-s^en sens pexic ou pelade^ S'en
retourner intact ; Ba pexic ou pelade, Faire à quelqu'un un
mal ou autre, lui prendre de sa peau ou de ses cheveux.
Ainsi s'expliquent bien mieux, croyons-nous, que dans Mis-
tral, les mots de « la vieille narguant Février », (Mmb, notes
du ch. VI, p. 492) : — « Adieu, Fébrié ! 'Mé ta febrerado, —
M'as fa ni peu ni pelado »; — Adieu, Février ! Avec ta gelée,
— Tu ne m'as fait ni peau, ni pelée, M. Paul Meyer {Romania,
avril 1874, p . 294) a rappelé cette note de Mirèio^ sans faire
la moindre remarque sur ce qu'il y a de singulier dans la
traduction : « ni peau, ni pelée. »
GXXXVIII. Tu hort et you mey.
Littéralement : Toi fort et moi plus. — Se dit dans une que-
relle, pour signifier : Tu es entêté, je le suis davantage. Va-
riante : Tu gran et you maye. Toi grand et moi plus grand.
Dénominations
1. Bourrigue, bourraguiel
C'est, en béarnais, à propos de la langue des Basques, ce
que Ton dit, en français, du langage des gens d'Auvergne :
« Un charabia ! »
« Toutz lous Bascous angueran au cèu ; lou diable et mémo
enten pas arré a ço que dison »; Tous les Basques iront au ciel;
le diable même n'entend rien à ce qu'ils disent. Bladé, Cont.
et Prov. popuL, etc.
II. Capdecuye.
Tête de citrouille. — Crâne affligé de calvitie. En fr., dans
la langue verte : « genou. »
III. Cap de marrou.
Tête de bélier. — Un homme bourru, grossier, toujours
prêt à frapper.
IV. Gap d'Espanhoù.
Tête d'Espagnol. — « Tête de mulet.» L'Aragonais o clava
un clavo conlacabeza », enfonce un clou avec la tête. Nervo,
Prov. esp.
V. Gap demesture.
Tête de méture. — Grosse tête, tête commune. La a mé-
ture » est une espèce de pain de farine de maïs, que Ton fait
cuire dans de grandes terrines.
VI. Gharoc.
De l'eau répandue sur un plancher. — Appliqué à une per-
sonne, ce mot a le sens de a souillon. »
VII. Hartdebade
Littéralement : rassasié de naître. — Terme de mépris :
avorton. »
- 66 —
Vni. Lou catsé de Nadau.
L'oreiller de Noël. — La grosse bûche qui entretient le
feu toute la nuit de Noël, lorsqu'on chante :
Gantem Nadau, maynades;
Cantem Nadau, au corn deu hoecl
Minyem quauques iroles,
Bebiam bèt goutet !
Chantons Noël, fillettes ; — Chantons Noël, au coin du
feu 1 — Mangeons quelques châtaignes rôties, ~ Buvons une
bonne petite goutte 1
IX. Lou dimenje de las briuletes.
Le dimanche des violettes. — On désigne ainsi commu-
nément, à Oloron-Sainte-Marie, le deuxième dimanche du
carême. Ce jour-là, il est d'usage que les jeunes filles des
villages voisins viennent danser aux abords du chef-lieu d'ar-
rondissement.
George Sand aécrit quelque part: « Les violettes sauvages,
au premier jour tiède, au premier rajon de soleil pâle qui les
convie, ouvrent leur calice d'azur sur la mousse desséchée. »
Mais celles-ci, comme la modestie dont elles sont l'em-
blème, ont pour devise : a II faut nous chercher. »
Il n'est pas hors de propos de rapprocher de cet usage
oloronnais ce qui se faisait ailleurs à la même époque : «Dans
plusieurs villes de province, le dimanche des brandons, pre-
mier du carême, on élisoit à chaque fille un valentin; galant
ou prétendu, et la fille étoit sa valentine. Il était tenu de lui
faire un présent avant la mi-carême, sans quoi la fille brûlait
un fagot de sarment, et l'accord étoit dit rompu. » De l'Aul-
naje, Glossaire ; t. III des Œuvres de Rabelais, p. 381 (Paris,
Louis Janet, 1823).
X. Lou tabard deus limacxs .
Le tambour des limaçons. — Le tonnerre. Les limaçons se
a a
montrent en grand nombre, comme pour un rassemblement,
quand le grondement du tonnerre annonce la pluie.
XI. Marie-brasoc.
Femme, jeune ou vieille, qui ne quitte pas le coin du feu,
-~67 —
qui est toujours sur les tisons , à remuer la cendre, brase.
Espèce de « Cendrillon », au sens de servante malpropre.
XII . Minye quoand n'has.
Mange quand tu en as. — Un bohème, celui qui ne peut,
et pour cause, faire ses repas à heure fixe.
XIII. Moussu de Tard-Arribe.
Monsieur d'Arrivé -Tard. — Quelqu'un qui a la démarche
lourde, qui se remue avec peine ; un goutteux.
XIV. Padère.
Poêle à frire, à fricasser. — Tout ensemble gourmet et
gourmand.
XV . Perigle d'homi .
Homme étonnant. - - Un a foudre. » Perigky de perxculum,
signifie en béarnais : tonnerre.
XVI. Peterrous,
Pieds-terreux. —Nom donné aux laboureurs: « Aquetz pay-
saas, peterrous aperatz »; Ces paysans, appelés pieds-terreux.
Nouv, Past, béarnaise,
XVII. Pimpim.
Se dit d'une personne qui fait la précieuse, une « mine-
pincée. »
On dit dans le même sens à Montpellier : Una pinpia.
XVIII. Pique-talos.
On nomme ainsi, dans l'arr. d'Orthez, à Salies notamment,
les ouvriers qui piochent^dans les champs. Le talos est le ver
de terre, le lombric ; les piocheurs en tuent plus d'un avec
leur outil, lou pic.
XIX. Pixe-courdetes.
Littéralement : un pisse-petites-cordes (goutte à goutte).
Qualification injurieuse à l'adresse d'un homme qui lésine,
qui montre de l'avarice jusque dans les moindres choses; un
a pince-maille», celui qu'en languedocien ou en provençal on
appelle cago-prim. En béarnais, on dit aussi : cagite-bèrmis
(.... vermiculos).
— 68 -
XX. Ploure-miques.
Le « pleurnicheur » ; celui, celle qui pleure sans cesse et
sans raison. Nous croyons que la première signification de
ce mot était celle du fr. « pleure-pain », employé pour dési-
gner l'avare qui se plaint la nourriture. Mique, en béarnais,
signifie, comme on Ta déjà vu, une boule de pâte, de la gros-
seur d'une pomme, que Ton fait cuire dans Teau. Nourriture
des pauvres.
XXI. 8aute-la-brouste.
Saute-la-branche. — Un homme sans la moindre consis-
tance, un « sauteur. »
;XXII. Sent-Pansard.
Voici rindividu qui est ainsi qualifié : visage rouge de vin,
grosse panse, démarche chancelante comme celle d'un Silène.
On donne encore ce nom à un mannequin fait pour représen-
ter Carnaval, que l'on va noyer le mardi-gras.
XXIII. Singraulhete.
Petit lézard gris. — Enfant, homme fluet, qui se fait re-
marquer par la vivacité de ses mouvements.
XXIV . Triste Jupitèri !
Triste ressource! — /wjoiVm s'emploie pour signifier: assis-
tance, secours. D'où vient ce mot? Serait-il Vadjutorium la-
tin, profondément altéré? On n'oserait s'arrêter à l'idée qu'il
pourrait rappeler un souvenir païen, « Jupiter », le dieu puis-
sant et secourable.
XXV. U bire-berret.
Un tourne-béret. — Une chose très-facile à faire.
XXVI. U bou bitou.
« Un bon vivant ». — La métaphore n'est point flatteuse :
bitou, dans notre idiome, signifie « pourceau. »
Me pinguem et nitidum bme curata cute vises,
Cum riilere voles j Epicuri de grege porcum.
UoK., Epil. IV, I. 1.
« Tu me verras gras, fleuri, bien en point, quand tu vou-
dras rire aux dépens d'un pourceau d'Épicure. »
— 69 —
XXVII. Umaucoeyt.
Un mal cuit. — Un homme qui a un mauvais caractère.
XXVIII. U pause-l'y tout dous.
Un pose-le-lui tout doucement. — Un hypocrite, « sainte
Nitouche » , le Tartufe de Molière :
— Que fait là votre main ?
— Je tâte votre habit : l'étoffe en est moelleuse.
XXIX. U charpantièd'estoupe.
On demande à quelqu'un de quel sexe est l'enfant d'une
femme qui vient d'accoucher ; « Un charpentier d'étoupe »,
répond-il, lorsque c'est une fille ; c'est-à-dire une future « fi-
leuse. »
XXX . Yan de Poupebii.
Jean de Suce- Vin. — Un amateur de « la dive bouteille. »
Un fief, comm. d'Orthez, portait, en 1385, le nom de Taste-
bii, Tàte-vin. Paul Raymond, Z)ic/iowna2Ve topogr, des Bas,-Pyr.
Henri IV écrivait à M. de Sainte-Colombe , octobre 1579 :
« Grand pendu, j'irai tât^r de ton vin en passant. »
Les dénominations suivantes servent proverbialement à dé-
signer des maisons :
XXXI. A nou s'esta.
La maison a à ne pas s'arrêter », dans le sens de : où l'on
est très-actif, où l'on travaille sans cesse.
XXXII. A porte-t-en-y.
Les hôtes n'y trouvent à manger que ce qu'ils y apportent.
Gris
I. A la garrapete ! — A Pesgarrapete !
Dans plusieurs communes du Béarn, au sortir de l'église
après un baptême, il est d'usage de jeter des sous, des noix,
des châtaignes. Des enfants, des pauvres, courent après ces
objets ; chacun s'efforce d'en ramasser, d'en prendre, arrapa,
le plus possible; on crie alors : A la garrapetel A tesgarra-
pete I Ces mots, dans quelques localités, ont pour synonymes :
Hourrete I Parraguete l
Pareille chose a lieu dans d'autres contrées. On lit dans le
Vocabulaire du haut Maine ^ au mot « Grappille »: — Jeter de
l'argent ou autre chose « la grappille ; c'est jeter ces objets à
la foule qui se rue dessus, comme aux baptêmes, etc.
Le chansonnier béarnais, X. Navarrot, disait, dans un cou-
plet satirique, au sujet de la distribution des croix de la Légion
d'honneur :
La garrapete de las croule
Pertoatbee rend Ion mounde hnrons
La distribution des croix a à l'attrape qui peut » ~ Par-
tout rend le monde heureux.
II. A tu, Pigou !
Dans nos montagnes, les bergers ont pour la garde des
troupeaux des chiens de haute taille, blancs, tachetés de noir
ou de fauve, qui sont presque tous appelés Pigou (probable-
ment de pigice^ pie). Au cri répété de : « A toi, Pigou ! », ces
chiens s'élancent, intrépides, terribles, contre le loup et contre
l'ours.
De même, dans le langage des disciples français de saint
Hubert, on excite les chiens courants à la chasse du loup, en
criant : « Harlou, mes beaux U On a fait de ce cri une devise,
que l'on trouve dans un ouvrage récent de M. le comte Le
- 71 —
Couteulx de Csmielexiy Races de chiens courants français^ etc. Il
serait peut-être plus correct d'écrire : « Harlou, mes bauds I »
Le livre d'un prince béarnais, la Chasse de Gaston Phœbus,
nous a transmisses cris^cynégétiques du XIV* siècle : — « Sa,
sa ! Tahou, tahou I — Hou I hou I Fy, fy ! A la hard, à la hard I
— Houhou I Fihou ! »
III. Au peu 1 Au peu!
Littéralement : Au poil ! Au poil I C'est-à-dire : Aux che-
veux 1 Aux cheveux ! — Farces mots, des boute-feux poussent
des gens qui se querellent « à se donner un coup de peigne. »
Tout autre est la signification de Au peu I Au peu I à Mor-
laas, ancienne capitale du Béarn, aujourd'hui chef-lieu de
canton, arr. de Pau. Là, certains jours de marché, des jeu-
nes filles de la campagne viennent vendre, pour quelque ar-
gent, leurs belles et longues chevelures *, à des « artistes »
qui crient : Au peu/ Au peu I
On raconte qu'un plaisant de Pau demanda un jour à une
villageoise de vingt ans : Oun has lous peus? Où as-tu les che-
veux ? — L'effrontée répondit, avec malice, sans le moindre
regret : Lhèu sus hu cap de boste daune, Peut-être sur la tête
de votre dame.
Rien de nouveau sous le soleil. Jadis à Rome, les. élégante s,
pour se faire de magnifiques coiffures, achetaient, près du
temple d'Hercule Musagète, de beaux cheveux du blond le
plus ardent, qui étaient venus des marchés de la Germanie .
VI. Bè, hou, bè ! — Sa, Rouyet 1 — Martii, bè I
Ce senties mots criés par les laboureurs du Béarn pour faire
avancer leurs bêtes; ils signifient : Va, ho, val — Deçà,
Rouget I — Martin, va !
Bè ne vient pas du grec, comme on l'a prétendu : c'est une
forme contracte du latin vade ; ve prononcé bè, à la béarnaise.
Rouyet et Martii sont des noms donnés aux bœufs .
* Pareil commerce se fait à Saint-Hilaire-da-Harcouet, dép. delà Man-
che, et dans quelques localités delà Bretagne; du Maine, de l'Anjou et de
la Vendée. — A. Ganel, Histoire de la barbe et des cheveux en Normandie.
(Saint -Germain, imp. E .Heutte, 1874.)
— 72 —
En voici d'autres trouvés dans des textes béarnais du
XV® siècle (Archives des Basses- Pyrénées) : Caplat, Herram,
Bermelh, Boet^ Castanh, Caubei, Colom, GaUiat, Johan, Johanet,
Lauret, Martinot, Poquet, Remat^ Saubanh, Saubanei. On ap-
pelait les vaches : Caplade, Haubine, Arrouyete, Rouyete, Bar-
bole, Bermelhe, Castanhole, Caubine, Galhate, Martiole.
L'auteur de la Nouvelle Pastorale béarnaise^ dont M. le doc-
teur Noulet a dernièrement entretenu les lecteurs de la Rev, des
lang, rom,, fait dire par son bouvier :
Bé, Lauret ; bé, Haubine I
Tiratz, au noum de Diu l Sus, anem, Gastanhine l
Sus, sus, au noum de Diu I Bé, ha ! bé, tu. Lauret !
Et bé-t-y, tu, Harram, inqu*au soum deu coustet l
Haubine, tourne aci, et tu tabee. Caplade î
« Va, Lauret; va, Haubine ! — Tirez, au nom de Dieu ! Sus,
allons, Castagnine ! — Sus, sus, au nom de Dieu ! Va, ha ! va,
toi, Lauret ! — Et vas-y toi, Herram, jusqu'au haut du coteau !
— Haubine, tourne ici, et toi aussi, Caplade ! »
Plusieurs de ces noms sont usités encore aujourd'hui; ils
sont significatifs et se rapportent, la plupart, à la couleur
du pelage des animaux : Bermelh, Castanh, Rouyet, Arrouyete,
Castanhine, etc.
Voyez, à ce sujet, Duval, Proverbes patois, dans les Mé-
moires de la Société des lettres^ sciences et arts de VAveyron,
V, p. 475, les noms de vache d'une vacherie du Rouergue. Il y
en a soixante-quatre en tout.
Dans le Poitou, c'est l'habitude générale que les laboureurs
chantent, pendant le travail, des refrains à l'adresse de leurs
animaux. Voici l'un de ces refrains où se trouvent des noms
de bœuf :
Levreâ, Noblet, Rouet,
Herondet, Tournay, Cadet,
Pigeâ, Marlecheâ,
Tartaret, Doret,
Eh I eh l eh l man megnon !
Oh 1 oh l oh l man valet < !
' Nous avons pris ce couplet dans le Glossaire des Nouvelles Récréations
et Joyeux Devis de B. des Périers (Paris, Jouaust, 1874).
~ 73 —
V. Haut ! Passe-carrère ! Haut I
Haut (allons) ! Passe-rue ! Haut (allons) ! — A ce cri, gar-
çons et jeunes filles commencent un jeu tout particulier à la
vallée d'Ossau. M. le comte Casimir d'Angosse a décrit ainsi
cet amusement* : « Deux bandes de jeunes gens, de Tun et
l'autre sexe, marchent en groupes séparés dans les rues des
villages, s'arrêtent et chantent alternativement des chansons.
Quand la première bande a terminé son couplet, elle avance
plus loin à une certaine distance pour recommencer, et elle
est remplacée au point qu'elle avait occupé par un second
groupe, qui s'arrête pour y chanter à son tour. »
Comme ce jeu se prolonge, le soir, l'expression proverbiale :
Qu'ha trdp hèyt passe-carrère. Elle a trop fait passe-rue,
n'est pas un renseignement qui prévienne en faveur d'une
jeune fille.... « Elle aimait trop le bal.... »
VI. Hiu! Hau!
Eres iroles de Nadau I
A Oloron, le matin du jour de Noël, des enfants courent
par les rues, un petit panier à la main, et crient; nBiuf Bauf
Les châtaignes rôties, ères iroles, de Noël I » La veille, ils
ont fait entendre ces autres cris :
VII. Ahum l Ahum ! Ahumalhe !
Poumes y esquilhotz !
Bouharoc ! Coc, coc !
Poumes y esquilhotz I
Il n'y a là que quelques mots de signification précise:
« Pommes et châtaignes ! Pommes et noix ! » De toutes les
maisons où il y a des enfants encore au berceau, on jette aux
petits coureurs qui répètent ces cris, des sous, des fruits, le
plus souvent des châtaignes. On prétend que cet usage pro-
vient d'une ancienne superstition qui vit encore' dans beau-
coup de localités du Béarn, et qui consiste à croire que des
sorcières chercheraient à pénétrer dans des maisons, la nuit
et le matin de Noël, pour enlever les tout petits enfants ou
* Notices sur la vallée i'Ossau (Pau, E. Vignancour, 1838).
— 74 -
leur jeter des sorts. On est persuadé qu'elles s'éloignent aux
cris de : Hiu I Hau I Ahum I Ahumf etc.
Dans la Flandre française, le cri Ahu I AhuI qui semble être
le même que notre Ahum I Ahum I est usité ^ouv huer les
ivrognes et les personnages excentriques des rues. L. Ver-
messe, Dictionn. du patois de la Flandre franc.
Au lieu des Hiuf Hau/ etc., des petits garçons oloronais,
les enfants d'Orthez criaient :
Ptcahoû I Hou I Hou l
En 1873, on a cru devoir interdire cet usage. Voici en quels
termes, et avec quelle expression des meilleurs sentiments, un
journal de la localité a déploré la suppression de l'ancienne
pratique :
(( Praube Picahoû, que-m hès doii I Non eau donne pas mey
bede yeta, en arrident, per las frinestes, per mile maas be-
royes et poulides, las poumes, las castanhes et lous esquilhotz!
Aquere hèste en l'haunou deu maynatye qui bien de bade, que
ba donne esta pergude ! Et non sera pas mey permetut a l'an-
youlin, dab las soues petites manetes innoucentes, tiengudes
per la familhe countente et reyouide, de yeta lous sos ans sous
rays badutz mey malhurous qu'eg I . . , Et nou calera pas mey
amuxa au bersoii la caritati . . »
Pauvre Picahoii, tu me fais deuil ! Il ne faudra donc plus
voir jeter, en riant, par les fenêtres, les pommes, les châtai-
gnes et les noix, que tenaient mille jolies et charmantes
mains ! Cette fête en l'honneur de l'enfant qui vient de naître
va donc être perdue I II ne sera donc plus permis au petit
ange, avec ses petites mains innocentes, tenues par les pa-
rents, contents et réjouis, de jeter les sous à ses frères nés
plus malheureux que lui ! • . . Il ne faudra plus enseigner au
berceau la charité !
Il n'est guère possible de dire exactement ce que signifient
les mots Picahoû I Hou I Hou I On croit que l'usage de ce cri a
la même origine que celui de Hiu I Hau I à Oloron.
VIII. Biahore I
Cri d'alarme, d'affliction, appel au secours. On lit dans les
Fors de Béam, XIIP siècle, art. 169 : Informa lo senhor deu
— 75 —
crit et de biaffore. Informer le seigneur qu'il y a eu cri et
appel au secours.
Las gens qui seran ordenatz anar après lo dolj en speciau los qui
seran vestitz de nègre.,, totz temps cridan: Biaffore de itfoss./ Les
gens désignés pour former le cortège du deuil, et en particu-
lier ceux qui seront vêtus de noir... tous criant : Biaffore de
Monseigneur ! — Voj. Honneurs (service funèbre) d'Archam-
baud, 1414; Document tiré des Archives des Basses-Pyr.;
Revue d'Aquitaine, 1860 .
L'estoumac que-rn cridabe : Biahore I L'estomac me criait :
Au secours! X. Navarrot, Chansons (Pau, Veronese, 1868).
Montaigne a dit, Essais, II, 37 : «Nous avons beau crier :
Bihore, c'est bien pour nous enrouer. ...»
Les exemples béarnais que je viens de citer peuvent recti-
fier ou compléter la note suivante de Tédition de Montaigne
de J.-V. Leclerc (Paris, Lefèvre, 1844), note empruntée à
M. Eloi Johanneau, 1818 : « Bihore, terme qui se trouve
dans Cotgrave, et dont se servent les charretiers du Langue-
doc pour hâter leurs chevaux, répond à notre aîel et signifie,
à la lettre, vite, dehors; car je le crois composé de deux
mots latins: Via ei foras ou foris, » — Soit, mais gardons -nous
de traduire via par vite.
IX . Tout caut 1 Tout caut 1
Tout chaud ! Tout chaud ! — « Les marchandes de châtai-
gnes, ces bonnes paysannes qui font la joie des enfants, ta-
blier retroussé et panier sur la tête, ont jeté leurs premiers
cris » . Pau, Jouirai des étrange^^s, 2 oct. 1875.
Jurons.— Exclamations
I. Diu hibant !
Dans V Histoire des troubles survenus en Béatm, l'abbé Poey-
d avant dit que « la reine Jeanne, étant à la Rochelle, rendit
une ordonnance concernant la manière de prêter serinent en
justice. De temps immémorial, on y avait procédé, enBéarn, en
mettant la main sur la croix et le missel. En 1569, on abolit
cette formalité, qui fut remplacée par celle de lever la main
et de jurer au Dieu vivant, fovmule qui, selon les apparences et
Fobsepvation des auteurs, fit naître Thabitude des jurements,
qui, depuis cette époque, devinrent si fréquents en Béarn. »
Voici le serment prêté par Henri IV, le 2 avril 1581 (Prt-
viléges et règlements du pays de Béarn) :
« Fens la gran sale de notre Castet de Pau, Havem Ihebat
nostre man drete en haut, teste nud, prometut et jurât, au nom
de Diu vivent*, que nous seram fidel senhor et judgeram
dreytureramentz au praube com au riche. »
II. Cap de Diu I
Tête de Dieu ! — Pour ne pas mettre le nom de Dieu dans
une locution irrrévérencieuse, on dit, en altérant la pronon-
ciation : Cap de Biu I comme en fr. : « Corbleu » pour « corps
de Dieu » . Voy. Littré, Dictionnaire,
III. Per cap de tau !
Par la tête du taureau! — C'est ainsi qu'a traduit M. Vi-
gnancour. Quel taureau? Le signe du zodiaque ? A notre sens,
cap de tau signifie « tête de tel » ; euphémisme, pour tête de
Dieu.
IV . Per Diu !
S'emploie pour donner de la force à une affirmation. — En
français, on dit : « Pardi. » M. Aug. Scheler, dans son Dict.
(Tetym. franc,, tire ce mot de l'italien « Per Dio ». C'est une
* Vivent, proa. bibent, est remplacé aujourd'hui par bibantj mot fr
« vivant », proa. à la béarnaise.
— 77 —
erreur ; il était anciennement français, « d'une des lisières du
pays. » On le trouve dans Tidiome du Béarn, Récits d'histoire
sainte, ms. du commencement du XV® siècle : « Per I)iu, ditz
une femna a Nostre Done, bone fust nascude enter las autres»
molhers, que tant benediit filh exi de ton bentre ! » Par Dieu,
dit une femme à Notre-Dame, vous naquîtes heureuse entre
toutes les femmes, vous dont est si béni le fils sorti de vos en-
trailles !
V . Tripes de Diu !
Juron de colère et de violence, usité dans le cant. de Salies,
arr. d'Orthez. Il est Téquivalent du fr. : « Ventre bleu », pour
«ventre de Dieu. »
VI. A Diu me dau I
A Dieu je me donne ! On s'écrie ainsi après un récit surpre-
nant, ou dans le désespoir. Variante : Diu me dau I
A Diu me dau I quine galère, — D'esta moussu ta ha l'amou l
X. Navarrot
A Dieu je me donne (mon Dieu !), quelle galère — D'être
monsieur pour faire l'amour.
VIL Bouhe !
Souffle ! — On le dit, par exclamation, à celui que l'on met
au défi de faire ce qu'il avance, ou dont on n'écoute pas les pa-
roles, qui fait de vains efforts pour convaincre. Dans ce même
sens, en fr., on s'écrie: «Chante! chante! » Le bouhe I béar-
nais pourrait bien ne pas être sans rapport avec le buégo cé-
venol. Fesquet, Rev. des lang, rom., VI, p. 104.
VllI. Malayel
Expression de regret ; malédiction. — Despourrins a dit :
Malayel quoand te bi, — Trop charmante brunetel Mal ait (mau-
dit le jour) î quand je te ris, — Trop charmante brunette ! —
En vieux français: « Mal ait vos cuers convoitons — Qui m'en-
voia en Surie ! » Q. de Béthune.
IX. Pet de perigle !
Coup de tonnerre! — Marque l'étonnement. Comme en
provençal : Tron de l'èr !
Provocations
Ce qui s'appelle bravada, en languedocien et en provençal,
Rev. des lang, rom., IV, p. 295, était très-commun dans le
Béarn. Ici, comme dans les autres contrées du Midi, et même
partout en France, de village à village, de ville à ville, de
pays à pays, on se provoquait en se lançant de l'un à l'autre
des moqueries, des injures, souvent exprimées par un seul
mot, un sobriquet, et quelquefois par des rimes telles que cel-
les-ci :
I. Bearnes,
Faus et courtes.
Béarnais, — Faux et courtois. — Les gens du Béarn préten-
daient que leurs voisins du pays de Bigorre avaient, par mal-
veillance, dénaturé le vrai dicton : Bearnes, — Feau et courtes,
Béarnais, — Fidèle et courtois; et àleur insulte ils répondaient:
II. Bigourdaa,
Pire que caa.
Bigourdan, — Pire que chien. — MM. Montel et Lambert ne
me sauront pas mauvais gré, je l'espère, d'avoir ainsi recti-
fié la version suivante, qu'ils ont publiée dans la Revue, IV,
p. 296 : « Bigordan, — Pir que quant ; Bigourdan, le pire (de
tous les hommes). »
A cette époque de rivalités et de haines entre les populations
d'une même contrée, les Béarnais disaient aux Basques :
III. Bascou, carriscou, carrascou,
Minye lous oeus de Pascou,
Et, si nou-n has prou,
Minye lous oeus de Marte rou.
Basque, carrisque, harrasque, — Mange les œufs de Pâques,
— Et, si tu n'en a pas assez, — Mange les œufs de la Toussaint.
Ainsi accusés d'intempérance, les Basques ripostaient dans
un langage qui n'est point du pur « euskara » :
— 79 —
Beames,
Tripak-es;
Tripa-bai, tripakoik-es.
Béarnais n'a pas de boyaux; — Il a des boyaux, mais il n'a
pas de quoi les remplir .
Autre temps, autre dicton ; la différence des langues que
parlent les deux peuples en est le sujet :
IV. Bearnes et Bascou
Que s'entenin en jougant deu flascou.
Béarnais et Basques s'entendent en jouant du flacon. —
Oui, sans doute, mais à la condition qu'ils ne s'échauffent pas
trop à ce jeu :
Impium
Lenite damorem, sodales^
Et cuhito remanete pressa.
HoR., Od. XXVII, 1. t.
« Amis, étouffez ces clameurs impies et restez le coude
appuyé sur la table. »
Bai, es, qui suivent tripa, sont dans la langue « euskarienne »
les mots de l'affirmation et de la négation, oui, non.
Qusiiii kcarriscou, carrascou, ils me semblent être un dédou-
blement allongé de riscourascou, employé dans un autre dicton
béarnais qui est aussi relatif aux Basques. II serait possible
que ce mot, peu honnête, fût le même que celui de Rabelais
« ricqueracques )) {Pantag,, prol.*).
Sans revendiquer ce terme pour le béarnais, je constate
ici que Rabelais a fait plus d'un emprunt à notre idiome.
MM. Montel et Lambert ont aussi remarqué, avec raison, qu'il
a pris beaucoup de mots au languedocien, ^ev. deslang. rom.,
VII, p. 237. Tous ces emprunts ont été relevés dans un glos-
* A Montpellier et dans le bas Languedoc, on qualifie de barriscou--
barrascat ou bien de barrisca^arrasca, un ^mme dont le langage est
grossier ou incompréhensible. w
Je dois ce renseignement à robligeance de M. Alph. Roque-Ferrier. Le
concours de mon honorable confrère m'a été fort utile pour la publication
des Proverbes du pays de Béarn^ je lui en témoigne toute ma reconnais-
sance.
'— 80 —
saire général qui se trouve à la suite des Œuvres de Rabelais
(Paris, Louis Janet, libr., 1823). Malheureusement, dans ce
travail, il n'y a, à côté de chaque mot cité comme langue-
docien ou béarnais, aucune indication de livre, de chapitre
ni de page, qui permette de recourir au texte. Reste donc,
en lui donnant plus d'étendue, le desideratum de MM. Montel
et Lambert : qu'a il j aurait à former un glossaire curieux des
mots » qui, dans Rabelais, appartiennent à la langue du midi
delà France.
Jeux
Pour le jeu de cache-cache, les enfants S6 mettent en
queue, et celui qui est en tête dit :
1. Part, part, mourilhou;
Saute crabe, saute bou;
Lou darrè que s'en ane.
Pars, pars, morillon (?); — Saute chèvre, saute bon; — Que
le dernier s'en aille ■
II. Pimpim Charabay.
Mots prononcés en jouant à a pigeon- vole ». On ne sait
d'où ils viennent ni ce qu'ils signifient.
m, Pouriquete, pouricou,
Sa-bietz dab you ;
Si-b hètz enla,
L'esparbè que~b minyara.
Petits poulets, — Venez avec moi ; — Si vous vous éloignez,
— -L'épervier vous mangera— Voici en quoi consiste le jeu où
ces paroles sont répétées : Des enfants sont rangés à la file, se
tenant Tun l'autre ; le premier simule la poule qui défend ses
poussins ; le dernier doit être pris par celui qui, faisant l'éper-
vier, rôde autour de la couvée.
Petit poulet, poussin, se dit en béarnais pouric, d'où les
superdiminutifs pouricou^ pouriquete, qui seraient exactement
traduits par poussinet, pomsinette.
IV. Une, midune, mitrene, miclau,
Sancete, pourrete, castère,
Chibau,
Beyre, seyre, madame lichère,
Flic, flac.
Tout die, dac.
Ces mots, dont la plupart ne signifient rien aujourd'hui, et
— 82 —
qui par conséquent^ dans leur ensemble, ne peuvent avoir
aucun sens pour nous, se disent dans un groupe d^enfants
rangés en cercle pour jouer à un jeu convenu, et correspon-
dent à un, deux, trois, etc., jusqu^à seize. L*un des enfants les
dit, en touchant^ à chaque mot, ses camarades Tun après
Tautre ; celui sur lequel tombe le mot doc sort du cercle et
commence le jeu.
V. Au hoec ! Au hoec I
A la maysou de Gapulet !
Que-s bruUe Gapulet 1
Gourretzl Gourretz!
Au feu ! au feu ! — A la maison de Gapulet ! — Gapulet se
brûle ! — Courez ! Courez !
C'est le « Au secours ! « des contes populaires du Langue-
doc : (( Foc, foc, foc, à la cougo dal loup » ; V. de G. Gleizes,
Bev. des lang. rom., IV, p. 581.
YI. Saute la brouste,
Saute qui pousque;
Saute, Margot;
Saute qui pot.
Saute (par-dessus) la branche, —Saute qui puisse; — Saute,
Margot; — Saute qui peut.— On le dit en faisant sauter un en-
fant.
La nourrice, tenant Fenfant sur ses genoux, le fait sauter
vivement, en chantant :
Vil. Harri l Harri I Ghibalou I
Segouteix la proube ;
You m'en bau ent'Olourou,
Lous autes que s'en tournen.
Au trot ! au trot ! au trot !
Au galop 1 au galop ( au galop !
En avant ! en avant ! petit cheval ! — Secoue la poussière ;
— Je m'en vais à Oloron , — Les autres s'en retournent. —
Au trot ! etc. — Au galop ! etc.
La Revue des langues romanes ^ dans la livraison de janvier
1874, a publié de petites pièces du même genre, qui sont po-
pulaires en Provence et dans la Catalogne, sous le nom de
— 83 —
nenia et negna. Celles-ci* et la nôtre expriment au début la
même idée ; elles ont même tour et même mouvement ; elles
ne diôèrent que par le détail de la fin. Il est évident qu'elles
ont une origine commune, mais il n'est point facile aujour-
d'hui d'en déterminer le lieu.
YIII. La sère, la bride, lous esperous I
Candale qu*ey mourt, courrem-y toutz !
La selle, la bride, les éperons ! — Candale est mort, cou-
rons-j tous ! (courons à son enterrement). Ce Candale, pour
l'enterrement duquel on s'apprête à partir avec joie, en chan-
tant, n'est autre probablement que le a Candelas » de la ne-
gna de voyage catalane, que M. Pin y Soler a transmise à la
Bev, des lang. rom., livr. de janv. 1874 : — « A qui enterran?
— A Candelas. » — Qui enterre-t-on? — Candelas.
C'est une allusion au conte si connu de l'enterrement du
chasseur par le gibier. En Catalogne, on appelle ce chasseur
Candelas^ du nom d'un célèbre bandit.
Voici d'autres petites pièces populaires que l'on chante, en
Béarn, pour faire sauter, pour amuser les enfants :
IX. Margalidete deu peu rous,
Quoant de filhetes habetz-bous ?
— Cinq à la guerre,
Cinq débat terre,
Cinq a marida !
Houp i Ha 1 La-la !
Petite Marguerite, aux cheveux roux, — Combien de fillet-
tes avez-vous? — Cinq à la guerre, — Cinq en terre, — Cinq à
marier ! — Houp I Ha ! La-la ! — Pour le refrain La- to, voir les
notes savantes de MM. Montel et Lambert, Revue des langues
romanes, VH, p. 238.
X. Yan de Libère qu'habè u porc,
Per la coude qu'eu tienè hort ;
Aquiu qu'habè la toubaquère,
Harri ! Yan de Libère î
^ a Arri I arri ! monn chivau 1 — Que deman anan à Sault » Nenia
prov.— « Arri I arri I cavallet I — Anirem à San-Benet. » Negna cal.
- 84 —
Yan de Libère qu'habè u caa,
Qu'en boulé ha u caperaa ;
Nou sabè pas lou Nouste Père ;
Harri î Yan de Libère !
Yan de Libère habè très chibaus,
U d'arranc et l'aute raalau,
L*aut non poudè pourta la sère,
Harri ! Yan de Libère !
Jean de Libère avait un porc, — Il le tenait fort par la queue;
— Là, il avait la tabatière; — Va ! Jean de Libère !
Jean de Libère avait un chien, — Il en voulait faire un curé;
— Il ne savait pas le « Notre Père » : — Va ! Jean de Libère !
Jean de Libère avait trois chevaux, - L'un boitant, l'autre
malade, — Et le troisième ne pouvait porter la selle ; — Va!
Jean de Libère !
XI. Bos dansa, berouyine?
— Pasdab tu, laganhous.
Trobi lou renard et lou loup et la lèbe;
Trobi lou renard et lou loup dansa.
Veux-tu danser, joliette? — Pas avec toi, chassieux. — Je
trouve le renard et le loup et le lièvre; — Je trouve le renard
et le loup danser (qui dansaient) .
Le lièvre, sans doute, après avoir refusé « l'invitation à la
valse )), avait fait « quatre pas », comme dit La Fontaine :
J'entends de ceux qu'il fait lorsque, près d'être atteint.
Il s'éloigne des chiens , les renvoie aux calendes .
XII. Peyroutou s'en b'a la casse,
Tout soulet, sens coumpanhou,
Lou Peyroulou, lou Peyroutou,
Lou praube, praube Peyroutou!
Que credè gaha la lèbe,
Que gaha lou lebrautou,
Lou Peyroutou, lou Peyroutou,
Lou praube, praube Peyroutou l
Au loc d'ana-s'en a case,
S'en ana ta Gurmensou,
Lou Peyroutou, lou Peyroutou,
Lou praube, praube Peyroutou î
— 85 ^
Le petit Pierre va à la chasse, — Tout seul, sans compagnon;
— Le petit Pierre, le petit Pierre, — Le pauvre, pauvre petit
Pierre !
Il croyait prendre le lièvre, — Il prit le levreteau, — Le petit
Pierre, etc.
Au lieu de s'en retourner chez lui, — Il s'en alla à Gur«nen-
çon, — Le petit Pierre, etc.
Gurmençon est un village voisin du ch.-l. d'arr. Oloron-
Ste-Mai .
XIII. L'aute die, pay d'eth chin
Que Mené de la Gloriete;
Que rencountra Marloulin,
Qu'eu de bère tarteiete,
Pay d'èth chin,
Marioulin,
Datz-m'en drin,
De la tarteiete
De pay d'eth chin.
L'autre jour, père du chin (petit enfant) — Revenait de la
Gloriette; — Il rencontra Marion, — Lui donna belle tartelette.
— Père du chin, — Marion, — Donnez-m'en un peu — De la
tartelette — Du père du chin .
Gloriette était le nom d'un quartier de Sainte-Marie, où
les gens d'Oloron, jadis, allaient danser les dimanches.
XIV. Au pourtau de Sent-Guili,
Tout près de l'espitau,
Que yhabè ue bielhe
Qui droumibe dab lou hau.
Zoun, zoun, zoun !
Maridem la bielhe.
Zoun, zoun, zoun!
Maridem-la dounc I
Au portail de Saint-Gilles, — Tout près de l'hôpital, — Il y
avait une vieille — Qui dormait avec le forgeron. - Zon, zon,
zon! — Marions la vieille! — Zon, zon, zon! — Marions-la donc!
Une rue d'Orthez porte encore aujourd'hui le nom de Saint-
Gilles; c'est là qu'était anciennement l'hôpital.
6
— 86 —
XV. Tin-ti-rin-tin
Que goardabc las auques;
Tin-ti-rin-tin
Nou las goarde pas mey.
Tin-ti-rin-tin — Gardait les oies; — Tin-ti-rin-tin — Ne les
garde plus. — Ce n'est là probablement qu'un refrain. Où est
la chanson?... Ici, comme ailleurs, on a oublié tant de cho-
ses qui avaient égajé Tenfance de nos pères !
Quand les premières dents tombent aux jeunes enfants,
on les leur fait jeter sous le lit, et ils disent :
XVI . Dent de souritz !
Qu'en dau ue de las bielhes,
Ta que m'en tourne ue de las nabes.
Dent de souris ! — J'en donne une des vieilles, — Afin que
j'en aie en retour une des neuves.
Pour que les enfants n'aient point peur du loup, on chante:
XVII. Au biroulet, qu'han gahat lou loup,
Dab bère camaligue;
Au biroulet, qu'han gahat lou loup,
La loube v tout.
Au piège on a pris le loup, — Avec une belle (bonne) jarre-
tière ; — Au piège on a pris le loup, — La louve et tout ( les
louveteaux).
Littéralement, le biroulet est une espèce de fermeture que
l'on met aux portes: un petit morceau de bois ûxé par un clou,
de manière cependant qu'il puisse facilement tourner, bira.
Ce chant d'enfant, au biroulet, est devenu proverbial ; on le
répète souvent à l'adresse des gens dont on a pu déjouer des
tentatives insidieuses.
XVIII . Que-b béni Mouricou ;
Si Mouricou
Se mou,
Garcou 1
Je vous vends Moricou (?) ; — Si Moricou — Se meurt, —
Charge ! — Les enfants se passent de main en main un fétu al-
lumé ; à celui qui le laisse éteindre, on dit : CarcaPasou! Char-
— 87 -
ger râne. Il se baisse, et les autres lui mettent sur le dos tout
ce qu'ils ont sous la main.
Le jeu si connu dans le Languedoc, la Provence et la Cata-
logne, lous dets, les doigts ( Rev, deslang. rom.,IV, p. 121;
V, p. 116). est aussi très-usité en Béarn. Notre version se
rapproche le plus de celle de M. Albert Arnavielle, d'Alais.
Ainsi qu'on Ta déjà dit, aux deux premières lignes on trace
légèrement un rond sur la paume de la main de l'enfant, et,
prenant ensuite, l'un après l'autre, chacun de ses doigts, de-
puis Vindex jusqu'à Yauriculaù'e, on répète chez nous :
XIX. Per aquere carrerete
Que passa la pourcerete :
Aqueste que l'espia,
Aqueste que la gaha,
Aqueste quelapela,
Aqueste que la minya,
Aqueste que dise : Piu 1 Piu!
Datz-m'en drin per Tamoii de Diul
Par cette petite rue — Passa la pourcelle: — Celui-ci la
regarda, — Celui-ci la saisit, — Celui-ci l'écorcha, — Celui-ci
la mangea, . — Celui-ci disait : Piul Piu! — Donnez-m'en un peu
pour l'amour de Dieu !
Cette finale, plus touchante que toutes les autres, si j'ose le
dire, appartient, je le crois, au béarnais seul.
On joue encore aus digtz, aux doigts, de la manière sui-
vante :
L'enfant se tient courbé, le visage sur les genoux de la per-
sonne qui parle ; celle-ci a les mains sur le dos de l'enfant, et
lève les doigts, par un, deux, trois, etc. On demande à l'en-
fant combien il j a de doigts levés, en disant :
XX. * De coulin, de coulan,
De las crabes d*Aleman ;
De cisèl,
De pourrèl,
Quoant de cornes has darrè ?
De coutin (?), de coutan (?), — Des chèvres d'Allemand ; —
De ciseau, - De porreau,— Combien de cornes as-tu derrière?
— 88 -
L'enfant répond: une, deux, trois, etc. S'il n'a pas rencon-
tré exactement, s'il a dit trois, au lieu de quatre, par exem-
ple, qui était le nombre juste, on ajoute :
Minye cibadel
Si habès dit quoate,
Non patires pas autant
Goum haras d'aci en dabant !
Mange de l'avoine ! — Si eu avais dit quatre, — Tu ne souf-
frirais pas autant — Que tu vas souifrir d'ici en avant/
Et le jeu continue ainsi par la repétition des mêmes choses,
jusqu'à ce que l'enfant ait indiqué, sans se tromper, le nombre
de doigts levés.
Quelques-uns de ces mots n'appartiennent pas à l'idiome
béarnais : coutin, coutan, cisèl, pouiTcL Ce genre d'amusement
doit donc être chez nous d'importation étrangère ; mais il m'est
impossible d'en dire quoi que ce soit de plus, n'en ayant encore
trouvé trace nulle part.
Enigmes
1. Acera,
Hère, hère loenh,
Au Bernataa,
Que y-ha u trounc ;
A d'aquet trounc que y-ha u brounc
D'aquet brounc sort u peu,
Qui hè mey grans brametz que nat boeu ?
— La campane.
La haut, — Bien, bien loin, — Au Bernataa, — Il j a un tronc ;
—A ce tronc, il j a un nœud ; — De ce nœud sort un cheveu —
Qui fait plus grands beuglements qu'aucun bœuf? — La cloche.
IL A nouste, que y-ha u barricoutet
Qui n'ha ni cercle ni brouquet ?
— • L'oeu.
Chez nous, il y a un tout petit baril — Qui n'a ni cercle ni
fausset? — L'œuf. — Dans le Languedoc, l'œuf est « Una pi-
chota boueta blanca, — Que s'oubris e noun se tança », Une
petite boîte blanche, qui s'ouvre et ne se ferme point. Roque-
Ferrier, Rev. des lang. rom,, VII, p. 331.
111. A nouste que y-ha u gouyat
Qui ha lou pot arrebirat ?
— Lou crimalh.
Chez nous, il j a un garçon — Qui a la lèvre retroussée ? —
- La crémaillère. Crimalh est du genre masculin, en béarnais.
Variante :
U houmiot,
Bielhot, bielhot,
Qui arreguiche lou potT
Un petit homme, — Vieillot, vieillot, — Qui relève la lèvre ?
IV Blangue coum la nèu, nègre coum la cheminèye,
Que parle sens lengue,
Qu'arrit et ploure sens bouque ni oelhs?
— La letre.
Bl.-iiKîlh» comme la iMMp\ — Noin» comme la chominée, —
Kilo juirlo sans langue, — Elle rit et pleure sans bouche ni
jeux ? — La lettre.
Il ne semble point que Ton doive ranger cette énigme parmi
celles (jui ont un caractère rustique bien marqué.
V . Coude de paloume.
Houdet de moulii :
Quc-tdan tout Bayoune,
81 t'v esra'lz tau matii?
— La padcre
Queue de palombe, - Petite roue de moulin : — Je te donne
tout Bayonne, — Si tu trouves ce que c'est d'ici à demain
matin ? — La poêle.
VI. IJamisèlo barrade hens ii coumbent,
Nou bod ni plouyo, ni benc,
Et qu'ey miilhade toustemps ?
— La longue.
Demoiselle enfermée dans un couvent, — Ne voit ni pluie,
ni vent, — Et elle est toujours mouillée ? — La langue.
VIL La damisèle qu'ey sus lou boec,
Moussu la houruque au c,
La damisèle qu'eu pixe dessus ?
— lia toupie.
La demoiselle est sur le feu, — Monsieur la /bwtV/e par des-
sous, — La demoiselle lui pisse dessus? — Le pot au feu (la
marmite).» Que damoussa sou fioc, quand n'o trop », dit-on en
pajs languedocien. Revue, VII, p. 337.
VIII. Lou soer que l'habilhen,
Kt loumatli qu'où deshabilhen ?
— Lou lioec.
Le soir on rhabille, — Et le matin on le déshabille. — Le
feu (de râtre). On le couvre le soir, on le découvre le lende-
main, pour le rallumer,
IX. Lous corns au c. et la coude a la bouque ?
— Lou sac.
I
^ 91 "
Les cornes au derrière, — Et la queue à la bouche? — Le
sac (lorsqu'il est plein et noué).
X. Penderilhabe que penderilhabe,
Gnicou-Gnacou que Tespiabe ;
Penderilhete que cadou,
Gnicou-Gnacou queThabou'?
— L'aglan et lou porc.
Une petite chose qui pend, remuait en pendant; — Celui qui
(en mangeant) fait gnic-gnac la regardait ; — - La petite chose
qui pend tomba, —Celui qui fait gnic-gnac Tout? — Le gland et
le porc.
Ainsi que Ta fait remarquer M. Roque -Perrier, dans un
article de la Revue des lang. rom,, VIT, p. 321, cette même
énigme a été recueillie par M. le professeur Gianandrea,
bien loin du Béarn, dans le pajs d'Ancône et de Fermo, Canti
popolari marchigiani . Il est curieux de rapprocher les deux
versions italiennes de celle que nous venons de transcrire
en béarnais :
Pendoli che pendolava, Dormicolo dormia,
Rosichi che rosicava, Pendicolo pendia:
Soi non era'l pendoli, Cascô pendicolo,
Se moria rosichi. Svegliô dormicolo.
GiAN., 297.
On trouvera peut-être que : Penderilhete que penderilhabe^
— Penderilhete que cadou, est plus imitatif et plus imagé que
Pendicolo pendia, — Cascd pendicolo. En faisant cette remar-
que, je ne cède, qu'on veuille bien le croire, à aucun sentiment
d'étroit patriotisme.
XI. Pèt mourte, saute baraf?
— Lou souliè.
Peau (cuir de bête) morte, saute fossé ?— Le soulier.— On
dit aussi :
XIL Eth die, que-s harle,
Era noeyt que hè gaute ?
Le jour, il se repaît; — La nuit, il fait bouche béante? —
C'est la même que celle du Languedoc, Rev. des lang, rom.,
VII, p. 337 :((Tout lou jour manja de car— E la nioch bada.D
— 92 —
XIII. Peu dehore, peu dehens;
Lhèbe la came, hique-l'y dehens ?
— Lou baix.
Poil dehors, poil dedans; — Lève la jambe, mets-Fy dedans? —
Le bas. — La Revue, VII, p. 337-38, a donné plusieurs versions
de cette énigme. La nôtre ne diffère do la version catalane de
M. Pin y Soler et de celle des Cant, pop, marckigiani que par
l'emploi du substantif /?ew, poil, à la place des adjectifs pelut,
pelosa, poilu. Les trois sont bien préférables à celle-ci :
XIV. Per taa haut qui sie, qu'ey toustemps baix?
Pour si haut qu'il soit, il est toujours bas. — Il y a là quel-
que chose de trop recherché.
XV. Qu'ha cinq aies et cinq os
lit nou pot boula tau bos?
— La mesple
Elle a cinq ailes et cinq os, - Et elle ne peut voler vers le
bois? — La nèfle.
XVI. Qu'ha la rée dabant et lou bente darrè ?
— Lou moulet.
Il a le dos devant et le ventre derrière ? — Le mollet.
XVII. Qui ha u cors sens ame, bras sens cap ?
— La camise.
Qui a un corps sans âme, (des) bras sans tête ? — La chemise -
XVII l. Qui lèxe, a cade passet,
U cagalet ?
— L'agulhe
Qui laisse, à chaque endroit où elle passe, — Une... trace de
mouche? — L'aiguille. Voici, sur le même objet, une autre
énigme plus forcée : Barre de hh% coude d'anyèle ? Barre de
fer, queue d'anguille ?
XIX . Quoand s*en ba tau bosc, qu'espie ta case î
— Lou bros.
Quand il va au bois, il regarde du côté de sa maison? —Le
char à deux roues, ouvert à Varrière.
— 93 —
XX. Quoate corns, u milieu de tripes?
— Lou catsè.
Quatre cornes, un million de tripes ? — La couette. Voir
dans la Revue, VII, p. 335, Ténigme languedocienne qui s'ap-
plique au même objet; le mot tripes y est employé aussi au
fig., pour signifier les entrailles de la couette (les plumes).
XXI. Quoate damisèles qui toustemps courren
Et jamey nou s'atenhen ?
— Las arrodes.
Quatre demoiselles qui courent toujours — Et jamais ne s'at-
teignent? — Les roues d'un chariot. — Ces quatre demoiselles
courent fort loin; on les rencontre dans la Vénétie; là, elles
se disent « sœurs », et ce n'est pas sans raison : c( Mi gô
quatro sorele : tute le se core drio, e nessuna se ciapia.» Ber-
noni, Indovinelli pop, veneziani ; cit. Rev, des lang, rom., VII,
p. 318.
Dans le Béarn, la même énigme concerne aussi une espèce
de dévidoir, barèu, de bara, tourner, celui que les Catalans
nomment dabanelL Les Catalans ont vu dans les quatre lattes
minces de cet objet quatre étudiants ( Revue, VII, p. 322) :
(( Quatre estudiants van per un cami, — Y no's poden acon-
seguir. » A ces quatre étudiants il faut préférer les « demoi-
selles » béarnaises, et, ce qui est mieux encore, les « qua-
tre sœurs » vénitiennes.
XXII. Quoate pèes ha
Dab ue aie,
Et nou pot ana
Ta la haie ?
— Lou cibadè .
Il a quatre pieds — Avec une aile, — Et il ne peut aller
— A la halle ? — Le coffre où Ton met l'avoine.
XXIII. Rey, sens habé la couronne,
Qui hâtant de hemnetes, sens esta mandat?
— Lou hasaa.
Roi, sans avoir la couronne, — Qui a tant de jeunes femmes,
sans être marié ? — C'est bien là un coq du pajs qui a vu
- 91 —
naître le Vert-Galant. Henri IV fut, un temps, roi de France
sans en porter la couronne; et qui ne sait ce que furent pour
lui Fleurette, Corisande, Gabrielle, etc.? Dans un indooinello
de la Sicile, le coq n*08e se dire roi, bien qu'il se vante de
porter la couronne ; il est plus réservé au sujet de ses « liai-
sons», et Ton s'aperçoit aussi, à son langage, qu'il vit tout
près des fjens d'église :
'Un è re avi l<'rrnnï,
*Un ô campt-ri o avi «prana,
'U è saristaniH^ sona a matiilimi.
ce II n'est pas roi et il porte la couronne, il n'est pas che-
valier et il porte l'éperon, il n'est pas non plus sacristain et
cependant il appelle à matines .» Pitre, Chants pop, siciliens;
cit. par M. Roque-Ferrier, Rev. des lang, rom., VII, p. 319.
On dit encore en Béarn : — Qui ha la couronne et Vesperou^
— Sens esta rey ni barou ? — Lou hasaa ; Qui a la couronne
et l'éperon, sans être roi ni baron ? — Le coq.
XXIV. Torte, galitorte,
Que passe per débat la porte;
Qu'ha mey de poli
Au hasaa
Qu'au caa ?
— Lou talos.
En se tordant et se repliant, — Il passe so us la porte ; — Il
a plus de peur — Du coq — Que du chien ? — Le ver de terre
( lombric ) .
On ne sait quelle est la signification du préfixe gali dans
r adj e ctif galitorte .
XXV. — Torte, torte, oun bas-tu ?
— Gap pelât, que-t hè a tu*?
Tant qui torte serèy.
Mey que tu que courrerèy ?
— L^aygue et lou calhau.
Tortueuse, tortueuse, où vas-tu? — Tête pelée, qu'est-ce
que cela te fait? — Quelque tortueuse que je sois, — Plus que
toi je courrai ? — L'eau et le caillou.
— 96 —
XKVI. UeauelhG
Caiiiade, camude,
Berrade, berrude.
Que vs'lia hèyt ue aahère,
Gamade, camude,
Berrade, berrude.
Que la s'ha escounude ?
— La bit et Tarrasim.
Une brebis — bran chue, — verruqueuse, — A produit une
agnelette — branchue, — verruqueuse, — Et se Test cachée?
— La vigne et la grappe de raisin sous les feuilles.
Camade, camude et berrade, berrude, viennent certainement
de came, jambe, et de bourrugue, verrue ; il ne nous était
guère possible de traduire ces mots autrement que nous ne
Tavons fait par a branchue et verruqueuse. »
XXVH. Lie cause qui ey toute de pedas?
— Lou teyt.
Une chose qui est toute rapiécée ? — Le toit. Datis le Lan-
gue loc et en Catalogne, c'est une « côte, un champ labouré,
sans que la charrue y ait passé. » Revue, VII, pag. 333.
XXVIII. Ue damisèiequi n*ha qu'u peu sou cap?
— L'agulhade.
Une demoiselle qui n'a qu'un cheveu sur la tête? — L'ai-
guillon. Agulhade, en béarnais, est du genre féminin.
XXIX. Ue damisèle qui ha la carn dohore
Et la pèt dehens ?
— La candele.
Une demoiselle qui a la chair dehors— Et la peau dedans ? —
La chandelle. — La Revue a publié, VII, pag. 336, trois ver-
sions de l'énigme sur la chandelle, qui ont cours dans diverses
contrées de langue romane.
XXX. Ue damiselete
Nou bed ni noeyt ni die hens sa crampete?
L'aberaa .
Une petite demoiselle — Qui ne voit ni jour ni nuit dans
sa chambrette ? — La noisette.
— 96 -
U houmiot
XXXI. Qui s'emporte sa maysou darrè deu cot*?
— Lou carcolh.
Un petit homme —Qui emporte sa maison derrière le cou? —
L'escargot. — Même image dans La Fontaine, qui fait dire à
la tortue : — a Que serait-ce — Si vous portiez une maison ? »
On pourrait appeler, ce me semble, les endeblnalhes qui
suivent, les énigmes de Tarithmétique des enfants :
XXXIL Centchibaus,
Herratz de nau. . .
Quoant de claus,
Eus eau*?
— Nat.
Littéralement: Cent chevaux, — Ferrés de neuf... — Com-
bien de clous — Leur faut-il?— Aucun.
Celle-ci se dit au coin du feu, en traçant sur la cendre, avec
un petit morceau de bois, des lignes verticales :
XXXm. Crabe, | Chèvre, |
Es crabe *? | Es-tu chèvre ? |
Si souy crabe î | Si je suis chèvre*? |
0, I Oui, j
Que souy crabe. | Je suis chèvre. |
Has corns? | As-tu des cornes*? |
Si èy corns ? | Si j'ai des cornes *? |
0, I Oui,
Qu'èy corns. | J'ai des cornes. |
Quoant n'has? | Combien en as-tu ? |
Quoant n'èy ? | Combien j'en ai *? |
Si countes plaa, | Si tu comptes bien, |
Tretze que n'èy. | Treize j'en ai. |
Il y a, en effet, treize lignes tracées sur la cendre ; on les
fait remarquer à l'enfant, qui, au sujet d'une chèvre, ne pou-
vait songer qu'à deux cornes.
Aurost
Dans les vallées du Béarn, et particulièrement dans celle
d'Aspe, une vieille femme accompagne les convois funèbres en
chantant des rimes de sa façon. Ces improvisations, qui s'ap-
pellent des aurostz (les nœniœ des Romains), sont ici, le plus
souvent, un mélange d'éloges et de critiques, d'élégie et de sa-
tire, un « désordre » qui n'est point « Tefifet de l'art », comme
on peut le voir dans V aurost de Marie Blanque (la Blanche),
publié par MM. Rivarès et Vignancour*. En voici un, inédit,
qui a plus de retenue dans l'expression :
Ayé I may !
B'èy gran chagrii !
Nou bey las peyres deu camii,
Ni las pèyres de la carrère ;
Tout que-m hè grand oumprère.
Ayô 1 may !
Moussu Gurè, b'ètz bous hurous :
Quoand bous cantatz, nous qu'èm en plous 1
Ayé ! may !
Si habetz besounh do nade gouyete,
Que p'embierèy Gatherinete ;
Si n'habetz prou de Gatherinete,
You p'embierèy Gecilou,
Ta tiene lou candelou,
Ta 'ntra a la glori deu Senhou.
Ayé 1 may !
Aïe ! mère! — J'ai bien grand chagrin î — Je ne vois pas les
pierres du chemin, — Ni les pierres de la rue ; — Tout me fait
grande ombre... — Aïe ! mère, — Monsieur le Curé, vous êtes
bien heureux : — Quand vous chantez, nous sommes en pleurs!
— Aïe ! mère ! — Si vous avez besoin de quelque petite ser-
vante, — Je vous enverrai la petite Catherine, — Et, si vous
n'avez assez de Catherinette, — Je vous enverrai Cécilon, -*-
Qui tiendra le cierge, — Pour entrer dans la gloire du Seigneur.
— Aïe ! mère !
* Chansons et airs populaires du Béarn, 2» ôdit. (Pau, Veronese, 1868.)
— Cansous béarnaises, 3» édit (Vignancour, 1866.)
Contes
MM. Montel et Lambert, à qui la Revue des langues romanes
doit tant de curieuses communications, nous ont fait con-
naître deux Cacaraca [R, IV, p. 120 et 576), V. de M.Roque-
Ferrier, de Montpellier, et de M. Gleizes, d'Arles. Cette espèce
de conte était, aussi, populaire dans le Béarn*.
CACARACA !
1. Qu'has-tu, hazaa?
— Red au pèe.
Bè-u-te cauha
Enso deu curé.
— Non gausi pas.
* En béarnais, les contes, comme les énigmes, commencent presque
toujours par cette formule : Ue cause berdiuse, berdause; Une chose vraif ,
vraie (?). Notre étrange qualilicatif n'est usité que pour cet emploi parti-
culier.
Parmi les contes béarnais, de forme littéraire, il faut citer ceux de
MM. Peyret, Hatoulet et Picot ; ils sont en vers:
Peyret, ia Casse deu rey Artus; Angélique, ou lou Counle de la bar-
guère, tciJlagc; Acencam de Bournos, ou lou Counle de las brouxes,
sorcières; imprim. en Amérique, Gonci3i)Lion de l'Uruguay, 1870.
Hatoulet, Margalidet.
Picot, las Abentures de Berthoumiu; louPaysaa d'Ossau; lou Paysaa de
Saubole.
L'Armana prouvençau de 1861, pag. 63 et 100, a publié deux pièces de
M. J. Azaïs ( de Béziers ), intitulées: Margarideto tt lou Pastre d'Ou-
largues. La première avait paru, eu 1842, dans l'Indicateur de l' Hérault ,
et l'autre porte, dans VArmana prouvençau, la date do 1853. Elles sont
de tout point analogues, quant au fond, à idi Margalidet .(\e M. Hatoulet
et au Paysaa d'Ossau de M. Picot. Or ces deux contes béarnais font par-
tie du volume de Poésies, pag. 225 et 192, imprimé à Pau, en 1827, par
M. E. Vignancour, éditeur. 11 y a donc lieu de croire que les pièces lan-
guedociennes sont des imitations de la Margalidet do M. Hatoulet et du
Paysaa d'Ossau de iM. Picot. Il faut ajouter qu'en imitant les auteurs
béaruaio, M. J . Azaïs a su faire, comme eux, deux charmants petits chefs-
d *œr.vre.
— 99 -
Que rhas
Panât?
— U sac de blat.
OunThas pourtat?
— Au marcat.
Quoant n*has lirat?
— U escut.
Saute, coucut!
Coquerico ! — Qu'as-tu, coq? — Froid au pied. — Va te le
chauffer — Chez le curé. — Je n'ose pas. — Que lui as-tu —
Volé?— Un sac de blé. - Où Tas-tu porté? Au marché. — Com-
bien en as-tu tiré (r as-tu vendu)? — Un écu. —Saute, coucou!
Le saute coucut ûnol ressemble au coucou qui termine la ronde
du branle de Lilleto, ., si connue en pays cévenol et à Mont-
pellier [Revue des lang. rom,, VI, pag. 104).
CACARACA !
II . Qu'has-tu hazaa? — Mau de cap.
Qui-u t'ha dat? — Lou renard.
Oiin ey lou renard ? — Débat la sègue.
Oun ey la sègue? — Lous boeus la s'han minyado.
Oun soun lous boeus ? — Quehèn lou milhoc.
Oun ey lou milhoc? — Qu'eu s'han minyat las pourcs.
Oun soun las poures? — Que hènToèu.
Oun ey l'oeu? — Qu'eu s'ha minyat lou caperaa.
Oun ey lou caperaa ? — Que ditz la misse.
Enta qui ditz la misse? — Taus mourtius.
Va tout qu'ey finit aquiu !
Coquerico! — Qu'as-tu, coq? — Mal à la tèio.
Qui te Ta fait? — Le renard.
Oii est le renard? — Sous la haie.
Où est la haie ? — Les bœufs l'ont mangre.
Où sont les bœufs? — Ils font le maïs.
Où est le mais? — Les poules l'ont mangé.
Où sont les poules ?— Elles font Tœuf.
Où est l'œuf? — Le curé l'a mangé.
Où est le curé? — Il dit la messe.
Pour (jui dit-il la messe? — Pour les morîs.
Et tout est fini là !
— 100 —
Dans ces deux pièces et dans celles du même genre que la
Revue a déjà publiées, on trouve le même procédé de compo-
sition : demandes et réponses. 11 n'y a qu'un trait qui soit com-
mun au Cacaraca de Montpellier et à Tun des nôtres : dans
chacun d'eux, le coq «a volé un sac de blé». Ce qui distingue
particulièrement les deux petits contes béarnais, c'est une
pointe de malice à l'adresse du caperaa,
III. Marie Ghourre etYan Pinsaa
Que boulèn ha nouces doumaa ;
Mes n'hahèn natboucii de paa,
Tahee qu'at haboun a lexa.
Marie Roitelet et Jean Pinson — Voulaient faire noces de-
main; — Mais ils n'avaient pas le moindre morceau de pain,—
Aussi ont-ils eu à le laisser (ont-ils dû renoncer à leur projet
de mariage).
Marie Chourre et Van Pinsaa furent plus sages que les gens
qui ne craignent pas de marier la faim avec la soif.
IV. Oun soun las betères? *
— Au soum de la serre.
Qui l'has goarde ?
— Lou loup et la lèbe?
Oun ey la lèbe ?
— Lou loup que la s'ha minyade.
Gourretz, Pay-bou,
Dab u bastou!
Gourretz, May-boune,
Dab ue houne !
Où sont les génisses? Au sommet de la colline. — Qui
les garde? — Le loup et le lièvre. — Où est le lièvre ? — I^e
loup l'a mangé. — Courez, grand-père, — Avec un bâton ! —
Courez, grand'mère — Avec une fronde (afin que vos génisses
ne soient point dévorées comme le lièvre) !
V. U cop, que y-habè u pedoulh et ue pus.... — Et après ? —
Nou-n sey pas plus..
Une fois, il y avait un pou et une puce.... — Ensuite ? —
Je n'en sais plus.
— 101 —
VI. U cop, qum y4i«èè «e pîguoetiscoucbas.... — Et après? —
Aquiu qu'at bas.
Une fois, il j avait une pie et un corbeau.... -^ Ensuite % —
Là, ta as (le eonte).
YIl. U cop, que y-habè u bomi et uebemne qui baraben hens u
tembou.... — Et après ? — Quoate crabes, sedze pèes, et très de
cbibau que hèn dètz-et-nau.
Une fois, il y avait un bomme et une femme qui roulaient
dans un crible.... — Ensuite? — Quatre chèvres, seize pieds,
et trois de cbeval font dix-neuf.
YIII. LA griâulhe et la lâbe
Perquô la lèbe ba lou pot benut. — U cop, loungtemps ha, la
griaulbe et la lèbe debisaben amasse tout près de la gourgue d*ue
marlère. Entertant qui n'anaben au claquet de loenguetes, plouye
miude que cad. — « Hè lèu, sa ditz la griâulhe, pèe-descausse-t,
et hoey tau yas , you m'assoubaqui... » Et, cloup ! d'u saut
qu*ey au houndz deu clôt. — Pegasse, ditz la lèbe ; que-s yete a
Taygue, ta nou-s mulhal » E que se-b boute ad arride, tantqu'eu
se benou lou pot. Despuix labetz la lèbe qu'ha lou pot benut.
LA GRENOUILLE ET LE LIÈVRE
Pourquoi le lièvre a la lèvre fendue. — Une fois, il y a
longtemps, la grenouille et le lièvre devisaient ensemble tout
près de Teau croupissante d'une marnière. Pendant qu'allaient
les caquets de leur langue, de la bruine tombe. — « Vite,
dit la grenouille, déchausse-toi, et fuis dans ton gîte.... ; moi,
je me sauve à l'abri... » Et, cloup! d'un saut elle est au fond
du trou. — c( Quelle pécore, dit le lièvre ; elle se jette dans
l'eau pour ne point se mouiller! Et il se mit à rire de telle
façon, que sa lèvre se fendit. Depuis lors, le lièvre a la lèvre
fendue .
Ce conte n'est-il pas l'histoire de « Gribouille, qui se jette
dans l'eau de peur qu'il ne se mouille » ? Il faut remarquer
aussi, comme une coïncidence curieuse, que les mois griâulhe,
grenouille, ne sont pas sans ressemblance avec celui de a Gri-
bouille. »
— 102 —
XI. LOU HASAA ET LOU RENARD
U cop, dalhès que bin u renard entra hens ue parguie. — « Hou i
paysaa, si-s bouten a crida, lou renard que t'ha las poures ! » Es-
baryat, l'auyami que hoey, non pas soulet : qu*habè poudut arrapa
lou hasaa, et qu'eu s'en amiabe catsus, la dent sus la plume....
Aus critz deus dalhès, lou hasaa qu'eu ditz : « Respoun qu'en han
mentit.» Lu renard qu'at boulou dise Lou hasaa qu'eu cadou
deus p*otz.... et s'assauba.
LE COQ ET LE RENARD
Une fois, des faucheurs virent un renard qui entrait dans
une basse-cour. — « Ho ! paysan, se mirent-ils à crier, le re-
nard a tes poules ! » Effrayée, la bête s'enfuit, non pas seule :
elle avait pu saisir le coq, et l'emportait « au haut », la dent
sur la plume. Aux cris des faucheurs, le coq dit au renard :
a Réponds qu'ils en ont menti.» Celui-ci voulut dire ces mots....
Le coq lui tomba des lèvres. ... et se sauva.
X. l'aBESQUE ET LOU MOULIÊ
« Bam, caperaa, que m'han dit que n'ères passabi; n'at crey pas,
mes que m'en bouy assegura. Sa-y me bede doumaa, et, si-m
respounes a so qui-t demandarèy, de segu ta you, que t'haberan
boulut ha deu tort. »
Lou caperaa, a qui parlabe atau Tabesque, que s'en tournabe
ta case, tout empensat. « Moun Diu ! sa-s dise, que-m ba poude
demanda Tabesque ? Quin harèy-you ta respoune ? Et si nou-m
trobe qu'unèsci, que hara de you ? «
Tout en caminant, cap baix, arroumegant, que s'en ba tuma lou
mouliè, qui passabe per aquiu. . .
— Abisatz-p-y donne, Moussoii Curé! Si p-y èretz taa mau
escadut sus u arbe coum sou me nas, ya bee seretz escamusat. . .Et
qu'habetz dounc, ta nou bede oun p-en batz ?. . .
— Lèxe-m esta, si-u ditz lou caperaa; nou sèy so qui-m cap-
bire; que-m eau doumaa ana bede l'abesque, et respoune a so qui-m
demandara. . . At sabes, tu, so qui-m poudera dise?
— Nou pas nou, Moussoii Curé; mes, si n'oy qu'aco qui-p hique
parratz au cap, qu'eus p'en bau tira, you. . . Disin catsus et cabbat
quo-ns semblam, bous et you, coum mieyous ; prestatz-me dounc
boste bestidure, et lexatz-m'anaper bous enso de Mounsenhou;taa
plaa serèy countent deu bede de prés, adayse, you qui au mouli
souli bede mey d'asous que d'abesques. . .
— 103 —
Tau dit, tau hèyt. L'endoumaa, lou raouliè que se-p besteix de
nègre, et qu'arribe a l'oustau de ^Mounsenhou.
— Qu'es aquiu, caperaa, si-u ditz l'abesque. (Lou rnouliô qu'ère
lou caperaa tout natre.)
— Obio, Mounsenhou.
— Respoun dounc a so qui-t bau demanda.
— Si a Diu platz, Mounsenhou.
— Quoant y-ha d'aci au sourelh deu cèu ?
— U cop d'oelh.
— Quoant pèse la lue ?
— Ue liure, puixsqu'ey de quoate quartz.
— De qii'ey la pregoundou de la mar ?
— D'uyet de peyre.
— Quoant de toumbaroïis caleré ta pourta tout lou sable de la
mar?
— U soulet, si ère prou gran.
— Et bee t'en tires coum u demoun, caperaa! Tè, aci dilhèu
que sera ta tu lou perhoc ; respoun : quoant bali, you ?
— Bingt-et-nau dinèrs.
— Soun qu'aco, Moussoii Caperaa I !
— Obio, Mounsenhou; lou Hilh-Diu, Jésus, que hou benut per
trente: bee p'èy dounc hèyt bonne payère.
— Dab tu, qu'at bey, nou y-ha pas a moule. • .
— Mey que nou credetz, Mounsenhou.
— Ditz-me dounc, et qu'en demouraram au hèyt, ditz-me so qui
pensi adare.
— Que pensatz au curé, et nou pas au mouliè qui-p parle.
— Qu'es tu. mouiiè ?
— A boste serbici, Mounsenhou.
— Eh dounc, si-u digou l'abesque, d'are-en la, que seras, tu,
lou curé de la paropi...
Atau que-s sab quin d'u mouhè se pot ha u caperaa.
l'évêque et le meunier
« Voyons, curé, on me dit que tu ne sais pas grand' chose ;
je n'en crois rien, mais je veux m'en assurer. Viens me voir
démain, et, si tu réponds à ce que je te demanderai, je serai
convaincu que Ton aura voulu te nuire. »
Le prêtre à qui venait de parler ainsi Tévêque s'en retour-
nait chez lui, tout pensif. «Mon Dieu, se disait-il, que va pou-
- 104 --
voir me demander Tévêque ? Comment ferai -je pour répondre ?
Et, s'il ne trouve en moi qu'un niais, que fera-lril de moi ? »
Comme il cheminait, tête baissée, ruminant, il va frapper
de la tête contre le meunier qui passait par là...
— Prenez donc garde, Monsieur le Curé ! Si vous étiez
aussi mal tombé sur un arbre que sur mon nez, vous seriez
déjà camus.. . Qu'avez-vous donc, pour ne point voir où vous
allez ?
— Laisse-moi tranquille, lui dit le prêtre; je ne sais ce qui
me tourne la tête : il me faut demain aller voir Tévêque et ré-
pondre à ce qu'il me demandera .... Le sais-tu, toi, ce qu'il
pourra médire?
— Non, certes. Monsieur le Curé; mais, si ce n'est que cela
qui vous mette des passereaux dans la tête, je vais vous les en
tirer, moi.... On dit par haut et par bas que nous nous ressem-
blons, vous et moi, comme jumeaux ; prêtez-moi vos vête-
ments, et laissez-moi aller, à votre place, chez Monseigneur ;
aussi bien serai-je content de le voir de près, à mon aise, moi
qui 2ti coutume de voir au moulin plus d'ânes que d'évêques...
Ainsi dit, ainsi fait. Le lendemain, le meunier, vêtu de noir,
se présente chez Monseigneur.
— Te voilà, curé, lui dit l'évêque. (Le meunier était le por-
trait tout craché du prêtre. )
— Oui, Monseigneur.
— Réponds donc à ce que je vais te -demander.
— S'il plaît à Dieu, Monseigneur.
— Quelle est la distance d'itîi au soleil du ciel ?
— Un coup d'œîl.
— Que pèse la lune ?
— Une livre, puisqu'elle a quatre quarts.
— Quelle profondeur a la mer ?
— Un jet de pierre.
— Combien de tombereaux faudrait-il pour transporter tout
le aable de la mer ?
— Un seul, s'il était assez grand.
^ Eh ! tu réponds comme un malin, curé 1 Tiens, voici
peut-être où sera pour toi la difficulté ; réponds : Qu'est-ce que
je vaux, moi?
Vingt-neuf deniers.
— Rien que cela, Monsieur le Curé ! I
— Oui, Monseigneur : le Fils de Dieu, Jésus, fut vendu
pour trente ; je tous ai donc fait bonne mesure. ...
— Avec toi, je le vois, il n'y a pas à moudre. . . .
— Plus que vous ne croyez, Monseigneur.
— Dis-inoi donc, et nous en resterons là, dis-moi ce que je
pense en ce moment ?
— Vous pensez auxniré, et non pas au meunier qui vous
parle.
— Tu es le meunier, toi !
— A votre service. Monseigneur.
~ Eh bi«n 1 lui dit Tévêque, à dater de ce jour, tu seras le
curé de la paroisse.
Ainsi Ton apprend comment d'un meunier se peut faire un
curé.
Ce conte, très-connu dans les vallées d'Aspe et de Bare-
tous, nous a été dit à Oloron-Sainte-Marie. Le fond eoi est-il
béarnais ? Je ne saurais l'affirmer.
On y trouve trois des Enigmes populaires du Languedoc, ré-
cemment publiées par M. Roque-Ferrier. Ce senties énigmes
relatives à la hauteur du soleil, au poids de la lune, à la pro-
fondeur de la m«p. [Revue des lang, rom., VI, p. 326-27.)
M. Cénac-Moncaut, qui eut toujours la main si malheu-
reuse, lorsqu'il toucha aux choses historiques et littéraires du
midi de la France, a écrit à sa façon, dans le livre Littérature
populaire de la Gascogne^ etc., p. 50, un conte analogue, et,
sans la moindre hésitation, il l'a attribué à son pays : c'est
le conte où un mefunier, Bemichou, répond aussi, à la place
d'un prêtre, aux questions que lui adresse M. le marquis de
Loubersan ; — a Quel prix vaut ma personne? demande, entre
autres choses, M. le marquis. » — Et le faux prêtre, le meu-
nier, fait à peu près la même réponse que le semblant de curé
du Béarn à son évêque, qui lui avait pareillement demandé
ce qu'il valait, lui. Monseigneur.
D'après le Cascarelet deVArmana prouvençau, 1874, p. 33,
c'est à Mgr de Mazenod, naguère évêque de Marseille, qu'il
avait été ainsi répondu par le jardinier Mèste Mauchuen, tra-
vesti en curé. Dans ce cas, à la vue du conte attribué à la
— 106 —
Gascogne et de celui de notre pays, il faut reconnaître qu'en
adressant les questions embarrassantes, Mgr de Mazenod, à
qui la plaisanterie n'était point désagréable, la galejado noun
desplasié, n'aurait imaginé que ce qui avait été déjà inventé
depuis longtemps.
Le conte béarnais confirme la justesse d'une remarque de
M. Roque-Ferrier, Revue des langues romanes, VII, p. 325 :
c'est que les énigmes populaires ou les questions énigmati-
ques ne se disent pas toujours isolément, mais que « elles se
compliquent et fournissent quelquefois matière à conte. »
Elles sont au nombre de six dans notre récit ; trois sont ré-
pandues dans le Languedoc, une autre est connue en Pro-
vence et dans la Gascogne. La réunion qui en a été faite ici,
jointe à certaine forme vive, alerte, ne constituerait-elle pas,
pour le conte béarnais, comme une espèce d'originalité ?
En terminant ce travail sur des proverbes et sur quelques
autres minimes productions de l'esprit populaire, je crois
devoir répéter ce que j'ai déjà dit : je me suis efforcé de n'in-
diquer dans ces notes que ce que j'ai cru être particulier au
Béarn.
Mais, quelque soin que j'aie mis à n'attribuer à notre pays
que sa part, je ne suis pas bien sûr que l'on ne puisse pas trou-
ver encore dans son petit lot des choses du bien d'autrui.
Le cas échéant, que chacun reprenne le sien ; ce sera
bonne justice, au profit d'une meilleure répartition parémio-
logique à établir entre les divers pays de langue romaue.
•- cii'-DLœ y^T"-^ -
ADDITIONS ET NOTES
Je donne ici, en suivant la classification du recueil, ce que
je me suis rappelé ou que Ton a bien voulu me communiquer
pendant l'impression .
I. Quin t'en ba Taulhade, aulhé ?
Comnïent va le troupeau, berger? — Se dit communément
au lieu de : Comment vont vos affaires ?
II. Goelhe l'arrague
Cueillir la fraise. — ? Prendre ce qu'il j a d'excellent, de
meilleur; on dit en français : « prendre la fleur d'une chose.»
Nav^rrot, qui sut employer dans ses couplets populaires
tant de locutions proverbiales, n'a pas oublié celle-là. Il chan-
tait, un jour de noces, au départ d'une belle épousée :
Que phan rabit l'haunou d'Ossau ;
Gn-aute maa que la p*ha coelhude
L'arrague de bosle casau .
On vous a ravi (celle qui était) l'honneur d'Ossau; — Une
main étrangère vous a cueilli — La fraise de votre jardin.
III. Hod-me pregoun,
Talhe-m ardoun,
Tire-m la mousse,
Que-t plearé la housse.
Houe-moi profond, —Taille-moi rond, — Ote-moi la mousse,
— Je te remplirai la bourse.
Voj., p. 14, ce que la vigne recommande au vigneron.
IV. Qu'en sort boune harie.
Il en sort bonne farine. — Pour exprimer que la chose dont
il s'agit produit un bon résultat.
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V. Trop punxe Tagulhade.
Trop point Taiguillon. — Au sens de : C'est trop fort, c'est
trop (( poignant. »
VI. Lous estournugalhs a troupes
Nou baden pas gras.
Les étourneaux en troupe — Ne deviennent pas gras. — Se
dit lorsque, dans un partage, les part prenants sont trop nom-
breux; il n'j a pour chacun que bien peu de chose. En français
populaire : « Il n'y a pas gras. x>
VII. Que l'aynat de la coade
Porte la cleque y Tesperou !
Que l'aîné de la couvée porte la crête et l'éperon ! — Qu'il
naisse un garçon ! souhait à la jeune femme qui va devenir
mère.
VIII . A las très que soun lûtes.
— Une fois, deux fois, passe encore ; mais « à la troisième,
il faut que cela finisse.» Après la troisième fois, c'est la lutte.
(V. Rev, deslang. rom., IV, 585.)
IX. Bère esplingue tau cabés.
Belle épingle pour le devant de chemise. — Locution usitée
lorsqu'il arrive à quelqu'un un avantage inattendu.
X. En parlant, loung camii s'abraque.
En devisant, long chemin s'accourcit (Lacontre, Reclam
de Mountanhe, p. 14). — En français: « Compagnon bien par-
lant — Vaut en chemin chariot branlant » ; ce que Publius
Syrus avait dit: Cornes facundus pro véhicula est in via. (H, Es-
tienne, Préc, du lang, fr.; édit. Fougère, p. 226.)
XI. Miscap trop lèu abise.
Mal trop tôt avise (avertit). — « Trop tost vient qui maie
nouvelle apporte. «(Awr*. Prov,, ms. XIIP siècle. Le Roux de
Lincj, 11, p. 430.)
Miscap est le « meschef ou méchef, qui signifie mal et désor-
dre, pour lequel nous n'avons pas d'équivalent, que nous per-
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dons et que les Anglaiaont consevyé^mischief. (Littré, ffist de
la lang. fr., I, p. 391.)
XII . Noudigues coeytes au hourn.
Des « ne-le-di^^pn^ » cuits au four,-^ On répond ainsi à Fin-
discret qui cherche à être informé de ce que Ton ne veut pas
lui faire savoir.
XIII. Nou mhiyen pas la coque
Toutz lous qui hèn au hourn.
Ne mangent point le gâteau — Tous ceux qui font ( qui ont
pétri et mis la pâte ) au four. — Ce proverbe s'applique aux
personnes qui ont pris de la peine pour rien.
n est d'usage en Béarn, toutes les foi^ que Ton fait la four-
née, d'j mettre une espèce de gâteau, coque, quç Ton se par-
tage immédiatement après la cuisson.
XIV. Paresse, bos soupe ?
On a vu parmi les a Prov. divers » ceux qui, dans notre
pays et dans la Provence, sont relatifs à « la paresse. » Les
Hindous en ont aussi un, à ce sujet, qui est très- caractéris-
tique :
« Si je puis trouver des mangous au pied du plantain, pour-
quoi irais-je en chercher sous le mangoustan? »
J'ai pris cet adage dans un article très-curieux et très-bien
fait que le Journal des Débats vient de publier sur les « pro-
verbes des habitants de l'Inde anglaise » (21 janvier 1876).
XV. Qu'ha pegue aus digtz.
lia de La poix aux doigts. -^ Il est enclin au vol. On dit en
français: t II a les mains crochues.» Dans la langue verte, «le
poisse» est aussi un voleur, et «poisser des philippes» signi.
fie dérober des pièces de cinq francs. (Alf. Delvau, Dict.j etc.)
XVl. Qui hiale nou pot gusmera.
Qui file ne peut dévider (mettre le fil en peloton, gustnet), —
En français, dans les Prov. communs du XV® siècle : a On ne
peut pas courir et corner», et dans le recueil de Gruther :
(( On ne peut souffler et humer ensemble. »
8
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XVII. Yentz de senhou,
Nou y-ha qui- us s*ainigalhe.
Gens de seigneur, nul ne peut se les rendre amis. — Lacon-
tre, Heclam deMountanhCy p. 11 . — a De valletqui commande...
libéra nos, Dominp, » (Gab. Meurier, XVP siècle.)
XVlll. Trique-Triquot.
L'âne, dont le train a aussi, en béarnais, le nom très-imita-
tif de Tnque- Traque :
XIX. I/asou bou marcbur
Tricote, sens parla, soun balant trique-traque.
L'âne bon marcheur — Trottine, sans parler, son yaillant
trique-traque.) Lacontre, RecL de Mount., p. 14.)
Pareille onomatopée existe en français pour désigner un
jeu bien connu : « Trictrac, anciennement tictac, à cause du
bruit (jue font les dés quand ils retombent. » (Brachet, Diction-
naire étymologique,)
XX . D'oun ey ?
De Minye-quoand-n*ha,
A rrape-quoand-pot.
D'où est-il?- De Mange-quand-il-en-a, — Saisit quand-
il-peut.
Se dit d'un vaurien, d'un vagabond. — La dénomination
« Manjo-quand-l'a » est usitée aussi dans la Provence. (y4r-
mana prouvençau, 1876, pag. 93 . )
XXI. Bibant!
Vivant ! — On emploie ce mot au lieu de « Diu-bibant. »
XXll. Ta simple maynadot ue hemne pot ploura,
Mes, bibant! ta-d'Henric proumetz-me de canta.
Pour un simple marmot une femme peut pleurer, — Mais,
Dieu vivant ! pour Henri (quand tu l'enfanteras), promets-moi
de chanter. (Vignancour, Poés, béarn,y II, pag. 16.) L'auteur du
poëme sur V /infance de Henri IV a. commis là un anachro-
nisme : le mot bibant n'était pas encore usité, comme il Ta
employé, à l'époque où naquit le Béarnais,
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Ce juron a plus d'énergie lorsqu'on dit : Double Diu hibant!
Le fréquent usage en a fait : Double bant!
XXIII. Diu sab si-p quiten, Double bant!
Dab quauques aunes de riban . ;
X. Navarrot.
Dieu sait s'ils vous tiennent quittes (de toute récompense), —
Avec quelques aunes de ruban (rouge).
Diu bibos! et Diu bibostesf sont moins irrévérencieux; l'un
et l'autre se trouvent dans les couplets de notre chansonnier :
XXIV. Diu bibos, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou !
Dieu vivant, Marion, je n'ai point vu ta pareille! {f Après
Soupa deupresbytèri.
XXV. Maie espine te pique !
Mauvaise épine te pique ! — C'est l'équivalent afiaibli du
« Que le mau lubec vous trousque ! » imprécation qui revient
souvent dans Rabelais, et qui est familière aux Languedo-
ciens.
XXVI. Digue —Dogue.
Des enfants, jouant des noix ou des billes, en mettent une
par terre ; pour avoir gagné, il faut qu'en quatre coups de
doigt, ils l'aient fait arriver du but dans une fossette; ils
disent à chaque poussée : a Digue, — Dogue, — Sabat, —
Au sac x>.
ERRATA
P. 8, lig. 30, lairre, lisez: laire.
P. 30) lig. 4, des garris, lisez : de garris.
P. 36, lig. 7, XI, lisez : IX.
P. 44, lig. 4, gauyons contou, lisez : gauyous cantou.
— lig. 6, Ma hount, lisez : La hount.
P. 63, lig. 19, Sns lou, lisez : Sus lou.
P. 72, lig. 10, 12, 13, bé, lisez : bè.
P. 73, lig. 23, Poumes y esquilhotz, lisez : E^oumes y castaiihes.
P. 75. lig. 23. Tout caut 1, lisez : Tout cautl
P. 91, lig. 3, Penderilhabe que penderilhabe. lisez : Penderilhete
que penderilhabe.
P. 94, lig. 10, *Uè, lisez: 'Un è.
P. 99, lig. 23, oèu, lisez : oeu.
P. 102, lig. 7, lu renard, lisez : lou renard.
P. 108, lig. 2, point, lisez : poind.
TABLE
Préface V
Proverbes des pasteurs 7
Agriculture 10
Mariage , . . . . 19
Animaux 21
Oiseaux, insectes, reptiles. 27
Météorologie locale 33
Proverbes divers . . • . 37
Dénominations 65
Cris 70
Jurons, exclamations .... 76
Provocations 78
Jeux 81
Enigmes 89
Aurost 97
Contes 98
Additions et notes 107
Errata 110
Table . 111
MONTPELLIER, IMPHIMERIE CENTRALE DU MIDI
(RiGiTBic, Eamblin BT G*/
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