(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments"

.ni ;■'■'>- 


■C''...[ .',>-■-, m"- :._ 


}"'"';•■ 


",*.'■*." i",.;^.'':;''.^ _' 


il 




■ 


t:y:;v.f:-^^-..;.;. 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/pt1dictionnaired03dare 



DICTIONNAIRE 



DES ANTIOIITÉS 



(;ki:(:oles et romaines 



Dictionnaire des antiquités grecques et romaines. Ce Dictionnaire se composera d'environ 
40 fascicules grand in-'». Chaque fascicule comprend 20 feuilles d'impression (160 pages). ^ 

Les vingt-sept premiers fascicules sont en vente. Chaque fascicule o fr. >• 

TOME I, Pkemière partie (A-B). 1 vol. in-4, broché 23 fr. 73 

TOME I, Deuxième PARTIE (C). 1 vol. in-4, broché 29 fr. 30 

TOME II, Première partie (D-E). 1 vol. in-4, broché 30 fr. » 

TOME II, Deuxième partie (F-G). I vol in-4, broché 24 fr. » 

TOME III, Première partie (H, I, J, K . 1 vol. in-4, broche 27 fr. 30 

La demi-reliure en chagrin de chaque volume se paye en sus 3 fr. 



I»l( TlON.NAIIii: 

i)i:s ArNiioriTi:s 

(iiîKCoi i,s i;t I!().\iaim:s 

I) Ai'UKs LES il \ii:s i:i ij:s monuments 

i:<>.\Ti':.\A\ r i.'KxiM.K. \ I i<i\ diis ikiimks 

^m SB HAPI'IIBTKST AUI McEUKS, AUX INSTITUTIONS, A l-A KKIJGIO.N, 

AUX ARTS, AUX SCIKNCKS, AU COSTUJIK, AU MUIIII.IKII, A LA lîUKIllllî, A I.A MAIIINK, AUX MÊTIKRS, 

AUX MuNiNAlKS, l'OIDS F.T SlKSIltKS, ITC, KTC. 

KT K.\ «ËNfillAI. A I.A VIK IM'III.I(,I('I': HT rilivrci': DKS AN'CIKNS 

OUVUAC. K It Kl) Ii; K 

l'AK UNE SOCIIÎTR DIÎCHIVAINS SPÉCIAUX, 1> Alit:ilK()l.()(}Ui;s HP DK PROFKSSEUKS 

sous I.A DIIIKCTION l)H 

MM. <:ii. i)Aiu:Mni:i{(; kt i:i)M. saglio 

AVIOi; LK C.ONCOUHS 10 K M. I] D M . IMJTTIKIÎ 
ET ORNÉ DE PLUS DE 6,000 FIGURES D'APRÈS L'ANTIQUE 

DESSINÉES 1' A 11 H . S K 1. 1. 1 K H 



TOME TROISIEME 
Première partie (H, I, J. K.) 




PARIS 

LIBRAIRIE HACHETTE ET C "^ 

79, BOULEVARD S A I N T - G ER M A I N , 79 
1900 

Uroiu de Irailucduii al do rofiioUuctioii rfici><K 



/;^5^^ 




r 

'1)5 
V.<5/, 



llICTKINNAIIiK l»KS ANTIQIITfiS r.|{Kr,QlII<;S IIT ItIhhINKS 

l-UnUB sous I.A IllltKCTKIN 

iJii MM. Cil. DAi{K.\ii{i;u(i i;r i:. saclk» 



TABLE DES MATIÈRES PARTIELLE 

(F ii Ji 
HÉIIIGÉK l'AK .M. E. l'OTTIRR 



Alliances. — Ka'Jus, Jusjuramlum. 

Ambassades. — Fœdus. 

Arbitrages. — Jusjuiamlum. 

Archives. — liisi'ii|ilioiios. 

Asile Droit d'). — Finliis. 

Assemblées. — Ilali.i, Ilaliaslai. 

Associations et Collèges. — IKHairiai, llc- 

t.iiiiii, Jusjiiraiulum. 
Cité Droit de). — Isopoliteia. 
Classes de citoyens. — Gens, Gi'omoroi, 

t"iiirl> iiioriim lii-'i's. Gymnésioi, Hektémoroi. 

Ilololae, Ilippubolai, Ilomoioi, IIy|i.'kûoi. lly- 

pomeioncs. 
Dispenses. — Isotcloia. 
Eaux (Service des . — Fon«. 



INSTITUTIONS GRECQUES. 

Élections. — Gérousia. — Voy. Assemblées, 

MagistraU. Sénit. 
Enfants. — Infanliciilium. 
Esclaves. — lltlolae, Hieroduli, llypcrétès. 
Étrangers. — llospitium. 
Exil. — IlLispiliiim. 
Femmes i Condition des;. — GyiuTceum, Gy- 

n.fk.iiKiiiKii, Uiiro.luli. — Voy. le § III. 
Finances. — Helli'notamiai. 
Hilotes. — Gyniiii'sioi, Helolae. 
Hospitalité. — Hospiliiiin. 
Impôts. — llikato-ti'. Ilellénotamiai, Isoteleia. 
Ligues et Fédérations. — Fœdus, Hégémo- 

iiia, Hypékuùi. 
Liturgies. — Gymnasiarcliia, Hestiasis.Hestia- 

torion, Ilospilium. 



Magistrats et Fonctionnaires. — Galatarclia, 
GiTousia. Grammatcis, Gyninasiarcliia, Gyna- 
kcMiomoi, Harmosiai, IK'liaiiodikai, Ilelléno- 
tamiai, IIen(léka,Ili(Totliy(i'S, Hyloroi, Irénar- 
rlia, JusjurandiiMi. 

Police. — Hendi'ka, Ir.'narclia. 

Peines et supplices. — Hcndéka. 

Récompenses officielles. — Hiérolliytcioa, 
Isolelela. 

Sénat. — Gérousia, Grammateis. 

Serfs. — Voy. Hiloles. 

Serments. — Fredus. 

Textes de lois. — Inscripllones. 

Traités. — Fœdus, Hospitium. 

Tributs. — Fœdus, Hypékooi. 

Voirie. — Ilodopoioi. 



II 



INSTITUTIONS ROMAINES. 



Actes publics. — lusoriptiones. 
Alliances. — Fœdus. Jusjurandum. 
Ambassadeurs. — Felialos, Forum. 
Amendes. — Fiscus, Funus. 
Amnisties. — liiihi[ïoiilia. 
Approvisionnements publics. — Frumenla- 

riae lofies, Frumenlum eniluui. Ilorreuni, 

Indidio. 
Assemblées. — Fasti, Flaim^n, Forum. 
Assistance publique. — Frumentariae leges. 
Associations et Collèges. — Gladialur, Fabri, 

Falirii'a. Flauioii, Juveues. 
Classes de citoyens. — Fabri, Gens, Ilones- 

titpii'S. llonorali. Incola, Ingenuus. 
Clients. — llospitium. 
Consuls. — Impi-rium. 
Déclarations de guerre — Fetiales. 
Dispenses. — Iminnuitas, Indulp^nlia, Jus 

italii-um. 
Distributions publiques. — Fisous frumen- 

lariiis, Frunicutariae leges, Kninientum 

emluin. 
Domaine de l'État. — Fiscus, Ilortus, Insula. 



Eaux Service des). — Fistula, Fons, Fossa. 
Empereur. — Fisrus, Flamen, Flavialis, For- 

(una. Forum. Genius, Hortus, Hymnodus, 

Imago, Imperium, Judicia publier. 
Enfants. — liifaiitiriiliiim. 
Etrangers et Barbares. — Fimbriae, FohIus, 

Glailiator, llospitium, Hostis, Incola, Inqui- 

linus. JuJaoi. 
Femmes Condition des). — Flanion, Fla- 

minira. Guia'ci'ura. — Voy. le § IV. 
Finances. — Fiscus, Imperium. Ilypothora, 

liidulgonlia. — Voy. Impôts. 
Impôts. — Fiscus, Fiscus liberlatis, Foricula- 

rium, Frumentum eratum, Gleba, Indiclio, 

Inlercessio militaris. 
Inscriptions publiques. — Fislula. Forma, 

InscriplioUfS. 
Ligues et Fédérations. — Fredus. Jusjiiran- 

iluni. 
Magistratures. — Fetiales, Honos, Illustres. 

Impi lium, Inlerregnuni Jusjurandum. Juris- 

ilictin. 
Hunicipes. — Flamen, Fundus, Jus ilalicum. 



Patriciens. — Flamen. Forum, Interregnum. 
Peines et supplices. — Fidicula, FlageUum, 

Forceps, Forum, Furca, Fustuarium, Gladia- 

tor. Gkadius, Ilomicidiuni, Incestum, Injuria. 
Plébéiens. — Forum, Frumentariae leges. 
Police. — Frumentarius, Hastiferi. 
Préfets. — Fabri, Jurisdictio. 
Prestations. — Honoraria summ.a, Hospitium, 

Jugum. 
Préteurs. — Honorarius, Inlerdictum. 
Provinces. — Jus italicum. 
Questeurs. — Fiscus. 
Rébellions. — Hostis. 
Récompenses publiques. — Funale, Funus, 

llnniiiarius. Hunos, Illustres, lllustratus. 
Royauté. — Imperium, Interregnum. 
Sénat. — Forum, Glelta, Judicia publica. 
Textes de lois. — Inscriptiones, Jurlsconsulti, 

Juiisdictio, Jus. 
Traités. — Fetiales, Fœdus, Hospitium. 
Tribune aux harangues. — Forum. 
Tribuns du peuple. — Intcrcessio. 
' Voirie. — Gompluis. 



— 4 



\ 



Actions. — (jraphè, llnrpa^Hs frrapliè, lli'irirmnii 
(fraplir, IlélairésiVis pruplir, llii'rdsjlia-i fra- 
pliA,' Hybrfi'is praplié, llypolioli'-s praplié. 

Adoption. — Gortjniorum lf;n;s, HyiothOsia, 
ll\ (hiIioIps praplic. 

Adultère. — <jorl}iiionini loges, Graphe, llrir- 

};iniHi i;r:t\i\)i\ 

Amendes. — Gorlyniorumieges, Graphe, fi) ny- 

knlliililcii. 

Attentats à la pudeur.— (jorl>nioriim \ot:r>. 

Ihtain-scAs graphe. H) liréùs graphe. 
Bornages. — Horos. 
Contrats. — Fœnus. 
Coups et blessures. — ll.vl.nVis graplu^. 
Dettes. — InirlMiiiiruiii Icgis, Firmis. 
Dommages. — Gorlviiioniiii leges. 
Donations. — Gorlvnioruui leges. 



III 
DROIT GREC. 

Enfants. — lifus, llypoholés graphe, liifanli- 

''iiliiirii. 
Esclaves. — (idrlyninnini legi's. 
Faux. — ralsiiiii. 
Femmes Condition des. — Gorlynlnnim 

li';.'is, (ly iiina^iarrhia. Gy iiiiiaslii'aars, Gynae- 

i''iim, Gy ii.rkiinninni. 
Fraudes en justice. — l!ra|ili('. 
Héritages. — liorly niiruiii leges. 
Hypothèques. — Horos. Ilypolhrea. 
tncendiairss. — Inreiidiiiin. 
Inceste. ■ Ince-sliiin. 

Injures. — llyliréos graphe. ' 

Juges. — GiTousia. Ilélia'a. Ilellaiiodikai, Jus- | 

jiir.'iiiiliiin. I 

Locations et Fermages. — Hektémoroi. l 

Mariages. — Gorlyniorum legcs, Iliéros ga- 

nios, Inceslum. 



Meurtres. — Graphe. 

Parjures. — Voy. Serments. 

Prescription. — Graphe. 

Prêts. — IVeniis. 

Propriété. — Gens, Géomoroi. Gorlyniorum 

l 'U'is, llrklémoroi, Horos, Hypotheca. 
Rapts. — Ilarpagés graphe. 

Religieux (Droit). — lliéra Gérousia, Iliéro- 

syli:is ;;ni|ilié. 

Séquestrations. — Heirgmou graphe. 

Serments. — Jii«jiiranilum. 

Témoignages. — .lusjurandiim. 

Tribunaux. — Voy. Juges. 

Usure. — Kii-nus. 

Ventes et achats. — Ilypotlicca. 

Vols. — llar|i.ig<s graphe, Iliéros) lias graphe. 



IV 



Actions. — Fiolio, llnnorarlvini. Injuria, 1ns- 
lilorla aciio, Juilex, Judioiuui, Judiralum, 
Judiria pubMca, Judicium domeslicnm, Jur- 
giuni. 

Adjudications. — Hasia. 

Administratif :Droit\ — Juriseonsulli. Juris- 
diclicp. — Voy. Il, Texti's de lois. 

Affranchissements. — KIseus liherlalis. Ingé- 
niais. — \'oy. Esclaves. 

Amendes. — Judioatuni. 

Appels. — Inlerressio. 

Banqueroutes. — Fomius. 

Bornages. — Finium regundorum aetio. 

Cautions. — Inlcrcessio. 

Citations. — Jus. 

Civil Droit . — Jus. 

Commercial 'Droitl. — liisiitoria aclio. 

Compétence. — Jurisdictio. 

Complicité. — Faulor. 

Contrats. — Fiducia, Ftpnus, Ilypolhena. 

Coutumier Droit). — Jus. 

Crimes et délits. — Injuria, llomlcidlum. 

Déchéances. — Infamia. 

Délation. — Index. 

Délégations. — Jiirisdielio. 

Dénis de justice. — Jurisdictio. 

Dettes. — Fœnus, Intereessio, Hypotheca. Jus- 
jiirandum. • 

Domicile. — Inmla, Jurisdirlio. 

Émancipation. — Ingcnuus. 

Enfants. — Gens, Infans. 

Enquêtes. — Judicia puhlica. 



DROIT ROMAIN. 

Esclaves. — Gladiator, llasta, Infans. 

Extradition. — Feliales. 

Faux. — Falsiiin. 

Femmes (Condition des . — Gyna?ceum. 
Ilypollieca, Judieium domesllcum. 

Fidéicommis. — Fideicommissum. 

Folie. — l'iiriiKus. 

Gestion. — Gestio. 

Grâces. — Indulgentia. 

Héritages. — Familiae erciscundae aetio. Fidei- 
commissum, Funus, Gens, Gestio, Gradus. 
Ileriiliuni. llcres. Ilonorarius, Hypotheca, 
liifans. 

Honoraires. — llonorarium. 

Hospitalité. — Hospitiuni. 

Incendiaires. — Incendium. 

Inceste. — Incestum. 

International (Droit). — Jus. 

Interrogatoires. — Jus. 

Juges. — Fetiales. Iniperinm, Judex, Judi- 
cium, Judicia puhlica, Judiciariae leges, Juri- 
diciis, Jusjurandum, Jus. 

Jurisconsultes. — Jurisconsulti, Jus. 

Locations et fermages. — Inquilinus. 

Mariages. — Flamen, Impuhes, Incestum, In- 
famia. 

Meurtres. — llomicidium. 

Naturel Droit!. — Jus. 

Nullités. — Jus. 

Obligations. — Ilonorarius, Judiralum. 

Parentés. — Familia. Gens, Gradus. 

Peines et supplices. — Gladiator, lufamia. 



Personnalité juridique. — l'ictio. 

Perte des droits civiques. — Infamia. 

Prêts. — Fonus. liypotlieia. 

Privé (Droit). — Jus. 

Propriété. — Fons, Fundus, Intcrdictum, 
Familia, Fiducia, Gens, lleredium, Hcrcs, 
Hypotheca. infans, Insiila, Jurgium, Jus. 

Provincial Droit . — Jus italicum. 

Public iDroit . — Jus. 

Réhabilitation. — Indulgentia. 

Religieux (Droit). — Gentilcs, lla!relici, Ju- 
daei, Jus. 

Sentences. — llonorarium, Judex. Judicium, 
Judicatum, Judicia puhlica, Judicium domes- 
ticuni. — Voy. Juges. 

Serments. — Jusjurandum. 

Servitudes. — Fons, llasta. 

Suspensions et Renvois d'affaires. — Jiisti- 
liiini. 

Témoignages. — Faisum. 

Testaments. — Faisum. — Voy. Héri- 
tages. 

Textes de lois. — llonorarium. — \oy. Il, 
Textes de lois. 

Tribunaux. — Forum. — Voy. Juges. 

Tutelle. — Gestio, Ilonorarius. — Voy. En- 
fants, Femmes. 

Usure. — Foenus. 

Ventes et achats. — Hasia. 

Vols. — Fures balncarii, Fures nocturni, Fur- 
tum. 



V 



MYTHOLOGIE GRECQUE ET ROMAINE. 



Mythologie grecque. 



Forluna (Tvché) 



Furiae lErinyes.Eumenides ,Gigantes, Glau- 
cus, tjlykon. Gorgones, Gratiae, Gryps et 
Gryphus, Harpocrates, llarpyia, Iléhé, Hé- 
cate. Ilelena, Hercules. Hermae. llermapliro- 
ditus, Ileros, Uippaleciryou. llippocampus, 
llonionoia, llorae, Hygea, llymen;eus, lac- 
chus, llithyia, Inferi, Ino l.eiicothea, lo. 
Iphigenia, Iris, Isis, Isodaités, Ja.son, Juno 
llira .Ju|ii|.r Zeus), Juslilia i Diké.Tliémis). 
Mythologie romaine. — Fama, Fatum, Fau- 



nus. Febris, Februus, Fccunditas, Félicitas, 
Feriae, Feronia, Fides. Flora, Flumina, Fons. 
l'ornax. Forluna, Furiae, Fiirin;;, Genius. 
Gratiae. Har|ioirales, Hercules, Hermae, Her- 
majdiroiliiiis, llilaritas. llonos, Horae, Indi- 
gilanienta, Inferi, Ino Leucothea, Isis, Italia. 
Janus, Juno, Jupiter, Justifia, Julurna, Ju- 
rent as. 

Apollon. — llyaclnlhia. 

Bacchus. — laçchus, Hermae. 

Cybèle. — Gallus. 



Esculape. — llygoa. 

Hercule. — Hébé. 

Isis. — Fortuna. 

Janus. — Forum. 

Juno. — Iliéros gamos. 

Jupiter. — Feriae Latinae. Fulmen. 

Minerve. — Gorgone^. 

Parques. — Fatum. 

Pluton. — Inferi. 

Rome Culte de). — Flamen. Fortuna. 

Vesta. — Forum. 



K — 



\ I 



RELIGION, CULTE ET FÊTES. 



Abstiiisiioti. — Kiilia. 

AJininiatratioii raliijiAUse. — llii'i'ii^ii'iinisia, 

Ile liMlllh'lIlnlIi''., lll<'l>i|Miliil, l|il'l<>tll\ li'4. 

Aiuiilettef l'^i'ii'iiiiiiii, (iciiiiiiai', (ilailialor, 

(•ni';.'!'!!)'^, Ilar|iiii'i'alis. 
Aiaociationa i-oliyieiises. - l''i'riai\ I'uiiiia, 

ll.ii>is|ih'. >. ILi-illlrii, IIniiiiiiiiIiis. Juilai'i. 
Attributs religieux. — l'Vnila, l'ialii'lliiiii, 

ri.i;:rlliiiii, l'iiliih'ii, (l(ir}!uiu'4, (iryp't, llasla, 

lli'rniai', liifiila. 
Auspices liiaii..'iii'atii>. 
Cérémonies religieuses. — ramiiii, \',\\. 

IVriai', l'iri.u' l.aliiiac, Krlialrs, FiMliis, 

llarus|ii(TS, IIith'^, IImiiiiu^, luau;;iiralii>. 
Croyances religieuses. llii'n'iiii, Inrcrl. 
Doit'icatiou. I l:iui<'ii, l'Iatialis, Héros, Ini- 

|ifi'iiiiii. 
Divination. — l'iilnu'ii, lluriisiiici's, Iriau^'ii- 

i.iliK. Iticiihaliii. 
Famille (Cultes deV - I'uiiik, Ciciis, lloros, 

Imai:». 



Fêtes grecques. — lialaviit, Caliiitliiadia, Hii- 
liiiui^niiii, (ii'iaislia. li\iMiii>|iaiiljai. Ilaliiia, 
llaliia, llaliilia, ll<'kali'-.la, llrkali.iiiliiu.i, lli' 
kaliiiii|iliiiiiia, lli'li'iici|ili<ii'ia, lli'li.i l'.Mliia. 
ilrlliilia, ili'liiria. M>'|iliaisl<'ia, lliriia. liera- 
kic'ia, llcriiiaia, lii-iniliia, lliriiis.Iir'Iairiilria, 
lliirus piiuiis, lli|i|M>ki'ali'ia, lloMinliiia. Ilci- 
raia, ll)ai'inlliia, Ilvlirislika, ll>(lrii|ili<iria, 
ll,Miiiiia, ll>|i>'rljoia, Ilic-ia, liiacliia, lulauia, 
Islliniia, III aia, llunla. 

Fêtes romaines. — h'asli, Faunus, l'cralia, 
l'iiia.', l'.riai' l.aliiiac, l'idf's, l'Ioralia. Kor- 
n;i<'ali;i. I''iirriiialia, lla<lriaii('la, Juvcnalia. 

Fétichisme. — l'asi'iiiiini. l'Iiiiiiiiia, l'iiliiii'ii. 

Funéraire iRoligioni. — Héros, Inr.ii, lus 
(■ii|iliiini's. 

Hérésies. - llaiolici. 

Jours fastes et néfastes. — Fasii, Fcriac, Fu- 

l'.us, llii-i'Hiiii'iiia. 
Libations. - Fiiniis. 



Magie et Soroalleria. — l'aM'iiiuui, Gemmae, 

II" Mh', IniliKilaiiiùnla. 

Malédictions. — Fa^'inum, Juiijnranduni. 

Mystères. — IiiFitI, M*. 

Offrandes. — Favinaai', FunuH,-U»li':i, liluljus, 
lilciMiiis, liuaKO. 

Oracles. — Inrnlialin. 

Organisation des fêtes. — )i>iiiii.iMarcliia. 

Proiros et personnel religieux. — FlanuMi, 
l'Ianiiiiii-a. li.il.jlaii'li.i, (Malins, lii'tvirai, Ha- 
riis|ii('i's, lli'sliai'i'ljcis, llrsM'Iiiilai, HiiTciiluli, 
IliiTuinrirnKini's, llliropoini, llymiKidus, Im- 
pirium, JudaiN. 

Prières. — l'iiiius. 

Prodiges. — Fiilnwii, Haruspices, Inculiatio. 

Purifications. — Fehnius, l'iinus. 

Sacrilices. — Fcriae l.atiiiar, Flaiiicn, Fiuius, 
llanispiccs. Ili'kaloniliaia, llckatoiiipliotiia. 

Temples. - - Faniini, IVriau, Haruspices, flor- 
ins, liiaiiiriiialio. 



\ Il 



CONCOURS. JEUX PUBLICS, THÉÂTRES. 



Acteurs. — (^alear, llislrin. | Choeurs. — Furiiis, llislrio, IIvuhkhIiis, llyni- 

AfficheS. — Cii'pliyrisiiuii. (iUulialur, hisciiii- nus, Ilypori-lirma. 

h, .Iles. Cirque (Jeux du). — Fala, (llmlialor, Hippo- 
Amphithéâtres. — tiladiaUir. (iioiiuis. 
Athlétique. — G.ilerus, Gyninasiarcliia, Gyni- Comédies. — llisliio. 
uasiuiii. (iyninaslés, Gymnaslira ars, Hallor, I Concours et luttes. — Fiiiuis, Gipliy rismoi, 
Jaculiini. Gymnasiariliia, Gymnastica ars, llalter, Hel- 
Bateleurs. — Grallator, Kalims, Fuiiani- i laiiodikai, llémiToilronioi, Hippolronios, llo- 



Ijiilus 



I ploinacliia, Jaculum. 

YIII 

BEAUX-ARTS. 



Escrime. — Gladiator, lloplomacliia. 

Gladiateurs. — Fuiiiis, Galua, Gladialor, llo- 
plomacliia. 

Organisation des Jeux. — Gladialor. Gym- 
na>iarc-liia, llcllaiiinlikai, llislrio, Ilonoraria 
sumiiia. 

Récompenses. — Gladialor. Imago. 

Tragédies. — Hislrio. 



1° Alir.lUTECTURF.. 

Appareils de construction. — Farlura. 

Arcs de triomphe. — Forum. 

Bains. — Gymnasium. 

Basiliques. — Forum. 

Bibliothèques. — Foruli. 

Boutiques. — Forum. 

Colonnes. — Forum. 

Égouts. — Forum. 

Exédres. — llemioyclium. 

Funéraires Constructions'. — Funus, Ileros, 

Inia.L'o, Insi'riplioiiis, J.uiua. 
Hydrauliques i^Travauxi. — Fislula, Fous, 

Forma, llortus, Ilydraulus. 
Machines de construction. — Fon-pps. 
Maison et parties de la maison. — Feneslra, 

Foriia, F'oricarius, F'oriculariuni, Forii'ula, 



Fumarium, Granarium, Gynieccuni, llclio- 

l'aminus, Ilesliatorion, Hibernaculum, lloi- 

roum, Ilorlus, lusula, Janna. 
Murs. — Forma. 
Palestres. — Gymnasium. 
Places publiques. — Forum. 
Plans. — Forma. 
Portiques. — Forum. 
Rues. — l'orum. 

Temples et Chapelles. — Héros, Hiérolliysion, 
Termes. — lieruKe. 
Théâtres et lieux de représentations. — 

Foruli, llipp.iilronios. 
Vitrages. — F'enestra. 
Voûtes. — Fornix. 

î" PKINTL'RE. 

Céramique peinte. — Figlinum opus. 



Mosaïque. — Favus. 

Tableaux et fresques. — Imago. 

Technique. — Forma. 

3° SCUI.PTUUE. 

Céramique. — Fis.'liimui opus. 

Glyptique. — Gemmac, Imago. 

Moulages. — Forma. 

Orfèvrerie et bijouterie. — Forma, Gemmae. 

Statues et reliefs. - Funus, llermae. Imago. 

4° MUSIQUE. 

Airs chantés. — Funus, Ilymnodus, Ilymnus. 
Danses. — Funus, llyporclièma. 
Instruments. — Fidieula, llélikon, Ilydraulus. 



IX 



SCIENCES. LETTRES, ENSEIGNEMENT. 



Astronomie. — Fasli, Ilorolo^dum. 
Cadrans solaires. — Forum. 
Discours publics. — Epilaphia, Funus. 
Division du temps. — Fasli, Feriae, Horo- 

loL'ilUU. 

Éducation. — Fascia, Ferula, Flagellum, Gco- 



grapliia, Geonielria, Gyninasiarcliia, Gymna- 
sium, Gymnastes, Gymnasiica .ars, lliacae 
tabulae, Juvenes. 

Géodésie. — Gcodesia. 

Géographie. — Forma, Gcogr.apliia, Globus. 

Jurisprudence. — Voy. IV, Juiisc(^niultes. 



Mathématiques. — Geonielria. 

Mécanique. — llorologium. 

Médecine et Chirurgie. — Fascia, Ferula, 

Forceps, llaller, Infurniliulum. 
Professeurs. — Gyninaslés.— Voy. /?rf«Cfl/iOK. 
Tableaux scolaires. — lliacae labulae. 



X 



Mesures de capacité. — llokicus, Ilomikoiy- 

11. III. Ih'iiiiiin. 
Mesures de longueur. — Geograpliia, ll.xa- 

LTiiiiniMn, lli|ipik-oii. 
Mesures de poids. — Cramma. 



POIDS ET MESURES, MONNAIES 

Mesures de superficie — <;><■. Ju^orum. 



Monnaies grecques — llikh'. lliMiiiilion, III'- 
iliiil.nh'iiiii, H'iiiiliiktiju. Ili'iiiililriin, llrinin- 
boliiim, lli'iiiioholiiini aiiri. Iliniitiililo^, 



lli'nii^tali'r, MiMiiilartémorion, Iléniilr'larti^, 
lluxailraclimoii, llexas, Incusi nummi. 

Contremarques sur monnaies. —Inrusa signa. 

Monnaies romaines. — l'ollis, Forma. 



XI 

CORPS SIMPLES, MATIÈRES FABRIQUÉES. 



Acier. — Kcrniin. 
Argile. — Fi^'liiiura opus 
Céréales. — Frumenla. 
Chaux. — Fornax. 
Colle. — Glulcn. 



Coton. — Goss) pion. 

Cuir. — Forma. 

Eau. — Fons. 

Émail. — Figlinum opus. 

Fer. — Fcrnini. 



Laine. — Fulloniia. 
Mercure. — llydrargyrum. 
Osier. — GiTron. 
Pierres précieuses. — Gemmae. 
Plâtre. — liypsum. 



XII 



AGRICULTURE, COMMERCE ET INDUSTRIE, METIERS. 



Agriculture. — Frumenla, Granarium, Ilor- 

nuiii, Irpcx, Jugum. 
Banques. — Falsum. 
Basses-cours. — llara. 
Cadastres. — Forma. 
Canaux. — Fossa. 

Céramique. — Figlinum opiis, Funna, Fornax. 
Chasse. — Fonda, Jaculuin. 
Commerce. — Fœdus. — Voy. IV, Commei-- 

ciiil lii-oit), Venles el oclials. 
Corporations. — Hermaistai. 
Élevage. — llara. Ilippobolal. 
Fermages. — Ilckti-moroi, Inquilinus. 
Horticulture. — Ilortos. 
Irrigations. — Fossa. 
Isthmes Percements d'). — Fossa. 
Marchés. — Fcri.io, F'orum. 
Métallurgie. — Ferrum, Forma. 



Mines. — F'crriim. 
Navigation. — Fossa. 
Salines. — Fossa. 

PllOPESSlO.NS ET MKTIEnS. 

Armuriers. — Fal)ri,Fabrica, ttalca, Gladiarius. 

Arpenteurs. — Géodosia, Géomètres. 

Boulangers. — Fnrnus. 

Céramistes. — Ficlor, Figlinum opus. 

Charpentiers. — Fabri. 

Chasseurs. — Funda, J.aculum. 

Cochers. — Flaf;ellum. 

Colle Fabricants del — Glulinarius. 

Cordiers. — llidciarius. 

Cordonniers. — Forma, Gallioa. 

Doreurs. — llydrargyrum. 

Faux (Fabricants de;. — Falcarius. 



Forgerons. — Ferrum, Incus. 
Fossoyeurs. — Fossarius. Funus. 
Foulons. — Fullonica. 
Ingénieurs. — Géoméirés. 
Jardiniers. — lloriulanus. 
Maçons. — Gypsiim. 
Marchands. — Hermaistai, Inslilor. 
Menuisiers. — Inte.slinum opus. 
Mouleurs. — Gypsum. 
Orfèvres. — Fabri. 
Ouvriers. — F'abri. 
Pâtissiers. — Ficlor. 
Paveurs. — Fistiica. 
Pleureuses. — Fiinus. 
Sculpteurs. — llemiae. 
Terrassiers. — Fossarius. 
Tisserands. — Gvnaceuni. 



XIII 



1° .«RUÉE GRECQUE. 

Cavalerie. — lilppagogi, Hipparchos, Hippo- 

loxùlai. 
Corps d élite. — Ifélairoi. 
Courriers. — lirméroilromoi. 
Gardes du corps. — llélairoi. 
Garnisons. — llarnioslai. 
Guetteuis. — IlénuToscopoi. 
Officiers. — llarnioslai. llipparebos. 
Serment militaire. — Jusjnrnndum. 
Tributs de guerre. — llcllénolaniiai. 

2° ARMÉE KOM.MNE. 

Administration militaire. — Faliri, F\al)ric.i , 

l'°niNii-iil:iriiis. Inipi'iiiini. 
Ambulances — liiiiicdinunla. 
Approvisionnements. — Frumentarius, Fru- 

ini'iiliim emlum. llurreuni. Impedimenta. 



ARMEES ET ARMEMENT. 

Arsenaux. — Fabrica. 
Bagages. — Impedimenta. 
Camps. — Forum, lllbernaiiilimi. 
Capitulations. — Fiedus. 
Cavalerie. — lienllles, Jumeiilum. 
Colons militaires. — Genliles. 
Corps de troupes. — Fabri, F'erentarii, Fos- 
sarius, liiTUiaili. 

Déclarations de guerre. — Feliales, Janiis. 
Dispenses. — lunnuiiis. 
Enseignes et Étendards. — luingo. 
Gardes du corps. — Gtrmani. 
Logements. — llosjiilium mililare. 
Milices municipales. — llasliferi. 
Munitions. - liiipfiliminta. 
Neutralité. — FohIus. 
Officiers. — Imperium. 
Punitions. — Judicia publiea. 



Récompenses. — Hasta. 

Sapeurs. — Fossarius. 

Serment militaire. — Jusjurandum. 

Signaux. — Fax. 

Solde. — llonorarium. 

Trêves et sjspensions d'armes. — Fo'dus. 

Trophées. — l-Vn-ubim, l'oruni. 

Valets d armée. — Galeaiiiis, Impedimenta. 

■i" .\RMES ET M.VCHI.NES DE GUERRE. 

Arbalètes. — Gaslrapliélés. 

Casques. — Galea. 

Épées. — Gladius. 

Faux. — F'alx. 

Frondes. — Funda, Inislibalus. Glans. 

Javelots. — Falariea, Ga>sum, Jaculum. 

Lances. — llasla. 

Machines de guerre. — Fala, llarpago, Incus. 



XIV 



Équipages. — Fabri. 

Navires. — Gaulus, llenuolu Hippagogi,Horia. 



MARINE 

Officiers — Guliernator. 
Pilotes — Gubernator. 



Soldats de marine. — Hypérètés. 



\'V 
VIE PRIVÉE. 



Alimsiitation. — h'alia, Karrimni. i''uri.i|;ii, 
Karlor, Kiirliir.i, Kivii't, Kruiiifiita, tiariiiii, 
lllir.iiiuiii, (iiaii.iniiiii. 

Animtiux iilir:iriiiiii, Jiinii'iiluiii. 

Aiiiiivaiiairef. — l''iiiiii'>. 

Bains — KoiiM. 

Bauquats — Kiiiiii>. 

Boisisani. - llMiroiiii'li. 

Châtiments corporels - hVriiUi, h'Iacolluni 



Cbaultage l'cn-ui, llypiH'aiflii, lly|ioraiH- 

luiu, U'iiiuria. 
Caisinc — l-'urns, riiriiia, l''iini>i'iuin, (jaruin. 
Deuil l''iiiiii'<, Jii>tiliiini. 
Éclairags - l'.ix. l'iiiiiili', Fiinali». 
Cqiiitation llilnii;! 

remmes ,Vie des . - I'umi», lilomus, lijna- 

cnim. — V.,y. 1, II, III. IV. 
Funérailles. — l-'al'a, Kcralia, l-'iTolrum, l'Ia- 



lii'llum, Krititarlut. Kunui, (ilarJiatur. Inuiin. 
J«ui et divertissements. - ria^i'lliini. Kri- 

hllii-., i.ii|iliii~, lliriiailmi, lllniaiil>'li(:nio«. 
Mariages. ~ llyiiiinH'Ui. — Voy. III il IV, 

Mitrimji'S. 
Serviteurs. — Karlor, l-'lalivllum, lliirlulanu«, 

ll\ |Miili'*, Jaiillor. 
Tesséres. — ll»s|iiliuiii. 
Vacances. — l'uriai-. — Voy. \\,Jouri failet. 



XVI 



MOBILIER. USTENSILES, OUTILS. 



Bassins. — ll"lriic«s. 
Briques et tuiles. — Kigliauni opus. 
Briquets. - l;;iiiaria. 
Brûle -parfums. — Knous. 
Ciseaux. — Kurfix. 
Civières. - l-Vivuliim, Kerclrum. 
Cordes. Cordages. — llilcluni. 
Cornets à dés. - Krililliis. 
Crochets. — llarpago. 
Enclumes. — Incus. 
Entonnoirs — Inriindihiiliim. 
Éventails. — KlalMlluiii. 
Faux. — Kal\. 
Fontaines. — Kuns. Konim. 
Forges. — Ferruiii. 
Fouets. — Flagellum. 
Fourches. — Kuroa. 
Fourchettes. — Kii>riuiila. 
Fours et fourneaux. — Forrum, Figlinuni 
opus, Focus, Korna.v, Furiius. 



Foyers. — Focus. 
Fuseaux. — Fusus. 
Harnachements des chevaux. — 

Froiilali', llahi'iia. 
Jetons. — Forma. 
Jougs. — Jiigum. 
Lampes. — Figllnum opus. 
Lits — F.isria. 
Mortiers. — lluhnos. 
Moules. — Fi^.'linum opus, Forma. 
Moulins. - llytlral.-lfs. 
Paniers. — FiM-.'Ila, FiM-iis. 
Pèche Ustensiles de . — llnmus. 
Pinces. — Forcops. 
Plateaux, i- (iustatorium. 
Plats. — Gabala. 
Pressoirs. — Gcmellar. 
Puits. — G\rj;illus. 
Réchauds. — Focus. 
Sacs. — Hippoiii'ra. 



Sceaux et cachets. — Gommae. 
Seaux. — llaina. 
Fromiui, ! Séchoirs. — Fiiniariiiiii. 

Soufflets. — Ferruni, Flalullum, I-'ollis. 

Supports de vases. — liicitcga. 

Tenailles. - l'uiccps. 

Tours. — Fi^'liiiiiiii (i|>us. 

Treuils. — (j.\r^'illiis. 

Tuyaux. — Fistula. 

Vanneries. — Fiscella. 

Vases. — Fi;;liiiiini opus. 

Vases à boire. — Gaiilus, Gyalc, Ilirnca. IIol- 

iiins. l-.tlinii'.tn. 
Vases de capacité. — Gaslrum, Gaulus, Gillo, 

llnlkinii. Ilvilria. 
Vases à parfums. — (julius. 
Vases à puiser et à verser. — Fulis, Gultur- 

niiim, Giillii^, llyilria. 
Vases récipients. — Fidclia, Fulilc, Galcola, 

ll_\r li.\ lixsliakon. 
Véhicules. — Funus, Fiirca, llarmamaxa. 



XVII 



COSTUME. TOILETTE. BIJOUX. 



Agrafes. — Fibula. 
Bandelettes. — Infula. 
Boucles d'oreilles. — Inaures. 
Ceintures. — Fascia. 



Chaussures. 
Impilla. 



Coiffures. — Fascia, Flamen, Forfe.K, Funus, 

Galonis. 
Colliers. — Isllimion. 
Corsages. — Fascia. 



Fascia. Forma, Gallica, Ilosa. i Cravates 



Focale. 



Épingles. — Fibula. 



Étoffes et tissus. — Fascia, Fullonica, Gau- 

sapa. 
Franges. — Fimliriac. 
Postiches. — Galerus. 
Rubans. — Instita. 
Togo. — Flamen. 



CoaBtiL. — Impriaieiic Ed. CntiÊ. 



L) I c il \ \ A I m: 

DKS AXTIOUITKS 



(;i;rr.()n:s r;r komainks 



H 



II.VItKX.V. — Corde ou couiToie, iailc le plus souvent 
pour tenir ou fixer un objet. 

1° r,vt'a) courroie ou lacet de cuir destines ii maintenir 
la chaussure autour du pied [Crei'Ida, solea]'. 

2° Courroie de fronde [kunda]-. 

3" Courroie adaptée au javelot pour en faciliter le jet 
[amentum] \ 

A" Jui^ulaire fixée aux deux côtés d'un casque et pas- 
sant sous le menton [oalea] *. 

o" licoute d'une voile de navire ; dans ce sens le mot 
est tout à fait synonyme de pes'\ 

l)° Lanière de fouet ; on s'en servait également pour 
exciter les chevaux et pour châtier les esclaves. Le même 
mot désignait aussi le fouet, avec lequel les enfants fai- 
saient tourner la toupie, que nous appelons un sabot 

[^•LAGELLL•M^ TURBO']. 

1" (v-'a, ■T^•^io•^], relie, guide aboutissant à lextrémité du 
frein avec lequel on condui t un animal. En général habena, 
comme ■/■.v'z, dans ce sens, est employé au pluriel, parce 
que la main du conducteur, tenant le milieu de la cour- 
roie, la divise en deux parties égales tendues de chaque 
côté de l'encolure ; on distingue la rêne de gauche et la 
rêne de droite *. Mais il ne faut pas oublier que les anciens 
n'ont connu que très tard le mors de bride ou mors à 
branches, si même ils l'ont jamais connu [frenum] ; ils ne 
faisaient usage que d'un simple filet et par conséquent 
le cheval monté n'était jamais, comme chez nous, pourvu 
à la fois de rênes du mors et de rênes du filet. Cette dis- 
tinction est postérieure aux temps classiques ; les monu- 
ments qui nous en restent ne nous montrent jamais de 
cavalier tenant en main deux sortes de rênes pour une 
seule bête. On pourra voir dans les articles qui concer- 
nent les chevaux [eouitatio, équités, equus, etc.] un grand 
nombre de figures où sont représentées des rênes; c'est 



UABENA. I Arislopli. Ecct. 508 et Scliol. Ad h. l. ; A. Gell.XUl, 21, 4.-2 Liican. 
Ul, 710; Val. Place. V, 608. — 3 Lucau. VI, 278 ; elle porte encore le uom de /(ajreWum 
dans Virg. Aen.VII, 731. — 4 Val. Place. VI, 365. — 5 Ov. Fast. III, 51)3 ; Val. Place. 
1V,679.— 6Hor. £/)i5(. 11,2, 15;0v. tfcroïd. I.X, 8t:IJ.Curt.lV. 15,33; Dig. XXIX, 
5, 1, 33. — ■> Virg. Aeii. VII, 380. - 8 'H,;» ij-.jr:}», Sopb. El. 713. — 3 La Cg. de 

V. 



toujours une courroie unique, dont les deux bouts sont 
fixés aux anneaux de l'embouchure'. Mais en revanche 
il n'était pas rare que le cavalier, outre les rênes, eût en 
même temps à sa disposition une longe (loium, p'jt-/,o, 
àfiay^iiç, puTaycoYîûi;) ; seulement celle-ci était fixée par 
une seule extrémité, et non pas à l'embouchure, mais à 
un anneau placé soit sur la muserolle, soit sur la gour- 
mette. Quelle était, dans l'usage, la différence que l'on 
faisait entre ces deux sortes d'aides, c'est ce que nous 
montre très clairement le passage suivant de Xénophon : 
« Sur le point de monter à cheval, le cavalier doit avoir 
prête, dans sa main gauche, la longe (çj-aYw-j-cû;), fixée 
à la gourmette ou à la muserolle, ayant soin de tenir cette 
longe assez lâche pour ne point tirer, soit qu'il s'enlève 
en prenant une poignée de crins près des oreilles, soit 
qu'il saute au moyen de la pique ; de la droite il saisira 
près du garrot les rênes {ration) et la crinière ensemble, de 
sorte que le mors n'agisse en aucune façon sur la bouche ; 
après quoi il s'enlèvera'". » Il est possible aussi, comme le 
pense Courier, que dans le combat le cavalier se servit 
de la longe entortillée autour de son bras gauche pour 
ne pas perdre toute action sur son cheval, tandis qu'il 
laissait tlotter les rênes sur le garrot et qu'il maniait ses 
armes à deux mains. Xénophon recommande que le pa- 
lefrenier, quand il est à pied, ne mène jamais le cheval 
par une seule des rênes, soit celle de droite, soit celle de 
gauche, car cela gâte la bouche " ; évidemment Xénophon 
veut que l'animal, en pareil cas, soit mené par les deux 
rênes à la fois, ou plutôt par la longe, qui ne peut avoir 
aucune action sur la bouche. De même quand on exerce 
un cheval à sauter, il faut, s'il se refuse à franchir l'ob- 
' stacle, quitter les rênes, mettre pied à terre, saisir la 
longe et le tirer à soi '-. La figure 3(589 est prise sur 
une ciste en bronze, découverte à Préneste, qui peut 



Ginzrol, Wagen uni Fahrwerke. 1. Il, pi. iiiii, 7, estfplus que suspecte ; il n'en 
indique pas la provenance. — ^^ \ca. De re equ. \\\, I, Irad. de P.-L. Courier. 
Les auteurs latins, les poètes surtout, ont souvent emplo) é, sans aucune distinc- 
tien, comme termes absolument synonymes, habenae et tora. V. Virg. Aett. V, 
146. — Il .\cu. I. c. VI, 0, avcclcsnolesdeCouricretdeJacobs. — 12 Xea.l.c. VIII, 3. 

1 



IIAD 



9 



IIAE 




Fig. 3689. — Ràncs et longe. 



dater du u' siècle avant notre ère; on y voit Aj;i\, tenant 
deux chevaux en main; la longe si; distingue très nette- 
ment des ivnes (jui llot- 
lenlsur le garrot'. 

D'après Xènoplion, les 
rênes qui conviennent 
au cavalier doivent être 
parlai Icment èj^ales et 
scinliiuljlesl'uneàrautrL' 
des deux côtés de l'enco- 
lure (''lat); ilfaut(iu'elles 
soient faites d'une ma- 
tière résislante, telle que 
le cuir ([ay, àcOevst;), 
qu'elles ne puissent pas 
glisser dans la main (ixy, 
oXicOfifat), parce que la 
sécurité du cavalier en 
serait compromise et 
qu'il serait sans cesse 
obligé de les égaliser 
avec la main droite; 
enfin elles ne doivent 
pas être trop épaisses (jxti ita/Eïai), en sorte, ajoute Xéno- 
phon, ([ue la main gauche suffise à les contenir et puisse 
même y joindre la lance à l'occasion, si dans le combat 
on a besoin de rendre à la main droite sa liberté ^ 

Les rênes des animaux montés ou attelés étaient géné- 
ralement en cuir de bœuf^; mais les riches se plaisaient 
à les couvrir d'ornements comme les autres parties du 
harnais [frenlm]; dès les temps homériques ils y appli- 
quaient des lames d'ivoire colorées de pourpre', ou 
bien ils les revêtaient de feuilles d'or, d'oii l'épithète. 
de /p'jij/|Vioç donnée à certaines divinités telles qu'Ares et 
Arlémis; on disait de ces rênes elles-mêmes qu'elles 
étaient ypii(7ovo)Toi^. 

Les Grecs appelaient Y|Vio:roioç le sellier fabricant de 
rênes, et T,vtû:tot£ïov son atelier^. Georges L.\faye. 

IIAI>i;S flNFEni, PLUTO]. 

II.VDIU.V.N'EIA ('Aosiivs'.a, 'Aoiiiv.x, 'Ao^iavi). — Jeux 
célébrés en l'honneur de l'empereur Hadrien. Les plus 
importants, ou les mieux connus, avaient lieu à Athènes' , 
peut-être pendant le mois 'Aopixvu.Jv- ; ils comprenaient 
plusieurs séries de concours gymniques, pour les enfants, 
les rL';vii:o: et les hommes' : xâÀY,, TrayxpxT'.ov, CTToioîOv, 
SixiiXo;, oo)a/ci;, otiXov, )ir,p'jx£ç, et des concours littéraires: 
7ro!Ti[Aa, ÈYxwatov '. Bien que ces jeux ne nous soient 
guère connus que par des textes éphébiques, il est diffi- 
cile de croire qu'ils fussent particuliers aux éphèbes^ 
Le Synode des artistes dionysiaques y prenait part". Il 

1 Mon. ileir ht. areh. di Roma, IX (1S70), lav. XXII-XXIll, 2; cf. Kôrte dans 
VArch. Xeit. XXXVIII (1880), p. 179, iiolc 14; voy. aussi eocitatjo. fig. 2717. 
— 2 Xcn. (. c. VII, ;>, avec les noies de Jacobs. — a Hom. //. XXIII, 3i4. — ■• Ibid. 
V,Î26, 583; Hcsiod. Scu/. i/erc. M. — ■Hom. //. VI, 203; Orf. VIII, 285; Soph. Aj. 
8»7 el l.obcck ad. h. l. ; Eustetli. p. 637, 19 et 583. 43; Acliill. Tat. I. M; Ov. Met. 
Vi, 233. — «> Xcn. Mem. IV, 2, 8. — Bibliographie. Ginzrol, Die 'Wagen vnd 
Fahrwerke der Griechen und Borner, Munich, 1817, t. II, p. 422, IHe Zûgel; ' 
Schlicbcn, Die Pferde des AUerthums, Leipzig, 1867, p. 141. 

lIADniANEIA. — I Corp. inser. grax- 246,248,2746.283, 1720, 3208, 3674, 
5913; Jnscr. graec. .Sicil. et liai. 739, 1102; Corp. inscr. ait. III, 1114-1202, 
passim. — 'Corp. inscr. att. II!, 1114; c'est le gymnasiarquc en cliarge au mois 
'.vSoiavtùvqui est agonolliiïte des Hadrianeia. — 3 76. 1129, U47. — ^ Ib. — » Du- 
mont. Essai sur Vèphébie attigue, I, p. 214, 300, 303 ; cf. Ditteuberger. Eph. attic.\ 
Neubauer. Comment, epigr. — 6 Corp. inscr. att. III, 20; cf. l.iidcrs. Die Diony- 
sischen Kîtnstler, p. 176, n» 81. — 7 /ft. G82. — « lleyderaann, Marntor-Bitdwerke 
zu Athen, vignette de la p. 1, et p. 317, note 1 ; cf. Herttberg, Gesckichtc Grie- 
chenlands. II, p. 337. — 9 Pliilosir. Vit. Sopliisl. 330; Corp. insa: gr. 3174. 




ne semble pas qu'il y ait lieu de distinguer des 'ASptâveia 
les IcÇàiretï '.XSpîâvta, mentionnés par un texte épigra- 
phique '. On a trouvé 
il Athènes, une mon- 
naie de bronze, frap- 
pée à l'occasion des 
//a(/Wwe;o«(lig.3r,!)()). 

Les Hadrianeia 
étaient encore célé- 
brés : à Smyrne, oii 

Hadrien était adoré comme un des dieux de l'Olympe '•' 
el où la fêle reçoit les dénominations de '.\5fiavetx 
'OÀ'J[ji7iia"',etde !£ib; àyciv " ; à fiphèsc ('.\5ç,!ive;a, '.\3fti- 
vE'.a 'CXûairta), oii il y avait peut-être, à cAtê des fêles 
annuelles, une fête quinquennale'^; à Hadrianée de 
Bithynie, où le culte d'Antinous était associé à celui 
d'Hadrien el où des jeux solennels furent institués en 
l'honneur de l'empereur el de son favori"; à Héraclée 
Ponlique, où les jeux étaient organisés à l'imitation des 
jeux actiaques''' ; à (]y/.U[ne ('ASpiàvéïa ' Olù^-nim.) , où la 
gloire du temple d'Hadrien et l'éclat des grandes fêtes 
pentélériques du culte irnpéi'ial attiraient la foule'-'*; 
enfin à Rome, Naples et l'ouzzoles"^^. 

Les Hadi-ianeia de Pou/.zoles sont surtout connus 
sous le nom d'Eusebeia''' ; ces jeux quinquennaux 
avaient été fondés par .\ntonin le Pieux en l'iionniiur 
d'Hadrien ". Par analog-ie, il est permis de penser que 
les Eiisrbeia de Naples", ou ày^vei; Tri'ot-", étaient aussi 
des fêtes en l'honneur d'Hadrien. Louis Couve. 

IIAERF/riCI. — Les empereurs chrétiens s étaient 
réservé, depuisConstantin, lahaute police des cultes', qui 
avait toujours appartenu à leurs prédécesseurs. Hs l'exer- 
cèrent soit dans les conciles auxquels ils prirent souvent 
une part prépondérante, soit en usant de leur pouvoir 
législatif pour frapper ceux qui s'écartaient de la foi 
orthodoxe, haeretici. Les orthodoxes seuls jouirent d'une 
capacité civile et politique complète'. Il arriva dès lors 
que, sous ce prétexte, les empereurs ariens ou héré- 
tiques eux-mêmes persécutèrent les orthodoxes. Nous 
renvoyons aux articles jldaei, pagam, apostasia, l'exposé 
des mesures prises contre ces hétérodoxes, pour ne 
parler ici que de ce qui concerne les hérétiques propre- 
menldits, c'est-à-dire ceux qui interprétaient faussement 
ou bien modifiaient les dogmes admis par l'Église 
catholique, « qui vel levi argumento a jiidiciu calholicae 
religionis el iramile detecti fuerint deviare ^ ». 

Déjà Constantin avait, en 326, interdit toute réunion à 
ces sectaires, en les dépouillant des privilèges réservés 
aux catholiques *. Cet exemple fut suivi par ses succes- 
seurs jusqu'à .lustinien, notamment par Théodose P'', qui 

_ 10 Corp. inscr. gr. 3208, 5913 ; Inscr. gr. Sicil. et /t. 1102; Corp. inscr. 
att. III, 127, 129. — Il Corp. inscr. gr. 3148. — 12 Ib. 1713, 2810, 3208, 34J8, 
5913,5916; Inscr. gr. Sic. et II. 739, 1102, 1113; Corp. inscr. att. III, 129; cf. 

Corp. inscr. gr. 2987 6; à^uvoOtTr.i t>T;v i*£Y«>.wv '.\Sptav£it.i'< t»;; Stu-rc^a; KtvTiTr.st- 

5„.. _ 13 Bull, de corr. hell. IX, 1883, p. 68-70. — il Ibid. — IS Corp. 
inscr. graec. 3065, 3675; Bull, de corr. hell. XIV, 1S90, p. 517-541 (Th. Reiuach). 
— I<> Corp. inscr. gr. 247, 3208 ; Corp. inscr. att. III, 1Ï8. — 17 Corp. inscr. gr. 
1068, 1720, 5913 ; Inscr. gr. [toi. el Sicil. 737, 739, 1102; Corp. inscr. ait. III, 
129. _ 13 Sparlian. Vit. Hadr. cli. XXVII; Artemid. Onirocr. I, 20. — 1» Corp. 
inser. gr. 247, (720: Corp. inscr. att. III, 128. — 20 Coiyj. inscr. gr. 5810. 

H.4ERETICI. I Cod. Theod. XVI, 3, 1 cl s. ; Ch. Giraud, Essai sur l'histoire 
du droit. Paris, IS46, I, p. 297 et suiv. ; Serrignv, Droit public romain, I, 
p. 379 et suiv.; l-asauli , Der Untergang des Bellenismus, Mûnch. 1854. 
—2 Rein. Privatrecht der Borner, p. 102. — 3 L. 2, § 2 ; Cod. Jusl. De Haeret. 
et Manichaeis, I, 5 ; c. 28 Cod. Theod. XVI, 5, De haeret. el Godefroy, 
yld /. — * C. 1 c. Theod. eod.; Euseb. Vit. Constant. III, 63-66; Amm. Marccll. 
XV, 13. 



MAI 



— 3 — 



MAI, 



onliMMiii i-ii :iH() A t<>ii<i !<>•« sujets tli< IVmpirn 4li< |)ralii|Ufr 
lu loi i|ui' II- iliviii api •II')' l'ii'i'i'c a Iraiisiiiisi'uux Kniiiaiiis ', 
1^1 par Ari-adiiis ri lluiinriuH ^ Dans d<>s coiiHlitutioiis trop 
iiiiiiiliri'usi's pour iHiv analysées ici, les priiliiliiliiiDHaiili'- 
rit'iirt's fiiri'iil souvfiil riMiDiivuli-fs i-l i-iuiliriiii-i-s par îles 
saiirliniis pi'iiali's |)lus sôvùrt's. Du roslo, ct'llos-ci variaient 
avec la nature des lierésios, et selon le furaelère de 
l'ouiperenr, ou les eirconstances politi(|ues '. Ainsi 
Viiiiiiliiipiisiiti' lut proscrit, et les priHres qui délivraient 
une seciuiile fois le haptiMne, l'rappi's do déposition par 
une loi de ValentinienI" remlue on 37K '. Ilonorius pro- 
nonça la ciinliscatiou des jïrnprieti's de ('eu\i|ui recevaient 
clie/ eux les anabaptistes pour les liaptiser do nouveau ' ; 
les complices encouraient une amende ". IMus lard, la 
pénalité s'éleva jusqu'à la depoi'tation pour les prêtres, 
et la conliscatiou pour les propriétaires qui avaient prête 
leurs maisons''. En ii;{, Ilonorius frappa lo ministre et le 
Iiaptisé du dernier supplice ", peine renii)lacée en AiH 
par l'exil et une amende, en vertu d'une constitution de 
Gratien, Valentinien III et Théodose ', laquelle étendit 
lo mémo châtiment au jug<' trop indulf^ent. l'n grand 
nombre d'autres sectes sont mentionnées dans les cons- 
titutions impériales, notamment les suivantes : Ai'iani, 
Apolliiiiiriaiii, Apolfiliclae, Doualistaf, Ihicratllac, f^uno- 
mifini, Kiitychiaiti, tJi/droparaslae, Maiiic/iaei, Macedoniani, 
Moiitaitistae, Nesloriani, Novatiani, Phryges, Priscillia- 
mslae, Pneumatomachi, Safibatiani, Saccophnri, Valcnii- 
iiiani*". Quelques-unes d'entre ellesétaient plutôt schisma- 
liqucs, c'est-à-dire qu'elles s'écartaient moins du dogme 
que des règles du culte ou do la discipline ecclésiastique. 
Néanmoins, les empereurs traiteront les scliismaliquos 
avec une égale rigueur ' ' . L'arianisme fut une des hérésies 
les plus persécutées par la plupart des empereurs chré- 
tiens, et les plus persécutrices sous Constantin, Valens 
et Valentinien II. Il est nominativement frappé '- dans 
un grand nombre de constitutions impériales. 

Voici un résumé des dispositions qui sont générale- 
ment appliquées aux hérétiques par ces lois du bas-em- 
pire. 1° Le séjour de Rome ou de Conslantinople et des 
villes leur est interdit ; ils doivent demeurer dans leur lieu 
de naissance (autre qu'une cité), sans pouvoir y posséder 
d'église, ni former aucune assemblée religieuse '^ ; 2" ils 
sont atteints d'une espèce d'infamie, entraînant la dé- 
chéance de plusieurs droits civils, et particulièrement de 
la teslami'iili faclio^', et même, en certains cas, du jus 
commerça ''; 3° en général, ils sont incapables de toute 
fonction publique, ainsi que du service militaire'"; 
4° leurs réunions illicites entraînent une amende'" qui 
varie de 5 à 100 livres d'or, avec confiscation du lieu de 
l'assemblée, et châtiment sévère pour le propriétaire du 



I Cod. Jusl. I, 1. 1 ; cf. c. 6 à 24, Cod. Tlieod. De liaeret. XVI. 5. — 2 C. 
26 à 56 C. Theod. eod. — 3 On en voit uu exemple daus la loi tio, Cod. Theod. 
De Aaeret. .\VI, 5. — 4 C. 1 Cod. Tlicod. XVI, 6 ; c. 1 Cod, Jusl. eod. 1,6. 

— 5 C. 2 Cod. Theod. XVI, 6.-6 C. l et 3, eod. — \C. 36. § 6 Cod. Tlieod. 
XVI, 3 ; c. 7 Cod. Theod. XVI. 6. — 8 C. 2 Cod. Jusl. I, 6. — » C. 3 
Cod. Jusl. eod. — lo Laciaul. fnslit. IV, 30; Tert. De praesc. haeret. ; Gode- 
froy, A.d Cod. Theod. XVI, 5, p. 116 cl s. — n C. 1. 63 el s. Cod. Theod. hoc 
tilul.; c. 4 Cod. Theod. XVI, 6. — )2 c. 6 Cod. Theod. De haeret. XVI, 3; adde 
Consl. 8, 11, 12, 13, 16,59, 60, 63 et 66, eod. — 13 C 12-15; 18-20, 24, 29-32; 49, 
62, 04 Cod. Theod, hoc tilul. — u C. 17, 18, 23, 23, 27, 36, 54 eod. — I3 C. 40, 
48 eod.— iC C. 29, 42, 48, 58, 61 eod. — '^ C 21,52, iieod. — '8 C 2, 4, 12, 21, 
33, 34, 43, 32, 37,38,63 eod. — 19 C. 34, 31, .36, eorf. — 20 C. 30 à 36, 32 à Si eod. 

— 21 C, 63 eod. — 2» c. 12, 24, 30, 40, 43, 46, 52, 65 eod. — 23 C. 3, 7, 9, 18, 
35, 40, 63, eod. — 2ï c. Il, 12, 19 Cod. Jusl. I, 5. — 2i Cod. Jusl. I, 3 cl Nov. 
109 et 132. — 20 C. 4, § 15; c. 17, .^ 1 ; c. 22 Cod. Jusl. De haeret. I, 5 ; Nov. 
CXIV, c. 1 ; Nov. CXV, c. 3, § 14. — 27 c. 12 Cod. Just. V, I, — Bibl[ocb»phic. 



locul " ; 5" I lieri'(i,|ui. qm |,,. ^,. conruriiie pas a I onlre dis 
l.nnniKsi-meiit des villes, encourt la peim- de mort el la 
conliscatiou ; ilen est de ini^mo pour ceux qui, persévérant 
dans leur erreur, clierchenl ensuite à se réunir ";«• le» 
piètres subissent le lianiiissumeiit ou la di-porlalion '". el 
leurs loinplices sont punis sévéremenl" ; oiiliii on liappe 
d'une amende ou même d'un clifttiiiiont plus Ki'-'ive les 
gouverneurs, juges ou fonctioniiaires" (jui négligent 
d'appli(|uer les lois aux hérétiques. Kn général, les ma- 
nichéens iMANiciiAKij étaient l'objet des plus rigoureuse» 
pénalités", et .lustinien lui-même prononça contre eux 
la pi-ine de mort-', mais il conlirma ou renouvela la 
plupart dos dispositions antérieurement édictées contre 
les hérétiques en général =^ C'est ainsi notamment qu'ils 
demeurèrent incapables de tester ='■, et d'être institués 
héritiers ou de recevoir un legs, même dans lo testament 
d'un militaire, exclusde tout emploi public et du service 
militaire^', etc. (i. IIcmiieut. 

II.VLIX [GAUUMj. 

IIALIA ('AXi'a) et II.VLIASTAI (WÀtaîTr:)- — Dans 
beaucoup d'Etats grecs, les mots àÀ-x et iÀiY, étaient 
employés pour désigner l'Assemblée du peuple; ils équi- 
valaient donc aux mots ciTZilli'^ et ÊxxÀY,<Tia, le premier 
en usage à Sparte, le deuxième à Athènes. A Corcyre, 
l'Assemblée portait ce titre oniciellement, puisque, dans 
les décrets, la formule consacrée : « Il a paru bon au 
sénat et au peuple », est ainsi conçue : « Il a paru bon 
au sénat et à l'halia, r?, 'xliy.- ». Il en était de même, on 
Sicile, à Gela', à Agrigente ■ ; dans la Grande-Grèce, à 
Regium'', à Héraklée'', etc. D'autres républiques, tout 
en restant fidèles à la formule ïooU t.ù oy;ij.(.) ou -m îkaci, 
disent que les décrets ont été adoptés àv t?, iXia; c'est 
ce qu'on observe àByzance'. Toutes les fois qu'Hérodote 
parle de la réunion d'une assemblée, il écrit à/,iV,v -oi£iv 
ou (juÀXévsiv ^ Le mol àXiairjAa se rencontre, dans les 
inscriptions de la Grande-Grèce et de la Sicile', comme 
synonyme de ■yi,-j,:<7ixoL, pour désigner les décrets qui ont 
été votés par l'Assemblée du peuple. Il semblerait dès 
lors naturel que les a),..xîTa' fussent les membres de 
l'Assemblée, de même que, à. Athènes, les r,À!2(jTa; étaient 
les membres de r-;iX-.a;a ou tribunal populaire. Mais le 
seul texte dans lequel il soit question d'-Aix'i-ai nous 
montre les citoyens qui portent ce titre investis d'attri- 
butions qui ne conviennent qu'à des magistrats. ATégée, 
en Arcadie, les àXtacxai sont chargés de recouvrer les 
amendes encourues par les entrepreneurs de travaux 
publics, qui se sont associés, en plus grand nombre que 
la loi ne le permet, pour l'exécution d'un ouvrage. Ce 
sont aussi les âXtacTtxî, qui, à la condition de se mettre 
tous d'accord, peuvent autoriser un entrepreneur à se 

GodcfrO}, Ad Codicem Theodosian. XVI, 5, t. VI, p. 113-212, Mit. Rillcr 
P. B. Gcrdeit, De poenis haeret Icorum, GrypIi. 1724 ; F. A. von dcn Marck, De oaria 
haeres. sign. ejusque poena, in ejus lect. academ. Il, 1, p. 142 el suiv. : C. W. 
s. Walch, Hist. derHetz. Spalt. Leipzig, 1762 et suiv. XI ; Giblioii, Histoire de la 
décadence et de la chute de l'empire romain, c. 21 ; Biîrard, Commentaria. Venet. 
1778, t. IV; Plalncr, (Juaes/ioiifs de y«re cnmin. l'Oman. Marburg, 1842, p. 252, 
i 264; Rein, Dos Criminalrecht der Rimer. Leipz, 1844, p, 892 i 896; Serrigny. 
Droit public et administratif romain, Paris, 1862, 1, p. 379 et s. n"' 464 à 473 ; Wal- 
ter, Ccschichte des râyn. Uechis, I, n"' 339, 420, 3« dd. Bonn, 1860 ; Rein, Das 
Privatrecht der Borner, p. 162, I.eipz, 1858. 

IIALIA el IIALIASTAI. 1 Gilberl, Staalsatterlhamer, II, p. 309, noio I. 

— - Bôckh, Corp. inscr. gr. II, n" IStl à 1844. — 3 Eod. loc. III, n» 5473; 
/n.icr. Sic. n» 256, — * Biickh, Corp. inscr. gr. III, n» 5491 ; fuser. Sic. n' 932. 

— ô Inscr. Sic. n" 612. — G Bôckh, Corp, inscr. gr. III, u" 3774 el 5775. — 7 De- 
inosth. De corona, § 90, Reiske 255, — 8 Herodot, I, 125 ; V. 29 et 79; VII, 134, 
et. Diog. Laërt. 1, 99. — 9 Inscr. Sic. n" 236, 237, 012, 932. 



DAL 



4 — 



HAL 



charger simuUanémenl de plus de deux travaux '. 

L"r,Xta;a ilT^pidaniiic, dont parle Aristole-, devait être 
une asscinl)léc générale de citoyens, l'iÀiï hahitui'lle des 
cités doriennes, tandis que l'àXiata d'Argos ■' pourrait 
bien être, comme V'r^luxix des Athéniens, un Irilninal 
populaire. K. Caiu.emer. 

ll.\Mi:iA,IIKLIElA('AXi£!a, "AXeia, 'llXfe-.a'). — I. Fêtes 
rhodiennes on l'honneur du Soleil, dont le culte était le 
culte national des Rhodiens. Ces fêtes étaient fameuses 
dès le m" siècle av. J.-C.*, et nous en suivons la trace 
jusqu'au m" siècle de notre ère\ Elles se célébraient 
autour du grand temple du Soleil dans la ville de 
Khodes ^ Il a été démontré récemment (|u'elles avaient 
lieu tous les cinq ans dans le mois intercalaire Ilivx- 
ixoç p'; on les appelait pour celte raison Ai7:avâ[ita 
'AÀiE'.a"'. La fête commençait par une procession solen- 
nelle et un sacrilice'''. Les jeux proprement dits compre- 
naient : 1° des concours gymniques : TraïSaç irâXT,v, âvSpaç 
:t£vT3cOXov'; 2° des courses de chevaux et de chars : Ï-ttoç, 
aoua -(i)X'.xdv, aijxot tsXsiov*; 3" des concours musicaux et 
littéraires'. La couronne du vainqueur était en peuplier 
blanc, cet arbre étant spécialement consacré au dieu du 
Soleil'". Comme c'était l'usage dans toutes les grandes 
fêtes de la Grèce, on proclamait à l'issue des jeux les cou- 
ronnes honorifiques accordées par des villes à des Rho- 
diens". Les JJalivia étaient fameuses au loin; nous voyons 
Eumène, roi de Pergame, y envoyer une théorie sacrée '-. 

II. On célébrait aussi, en l'honneur du Soleil, des 
fêles appelées Haleia, à Philadelphie, au moins à 
l'époque impériale (NsydcXa "AXeia, Asîa "AXeta, Me^âXa 
Asïï "AleiT.y-'. On trouve enfin la mention d'une fête ana- 
logue, à Traites, au iii° siècle de notre ère (ô tôsôç àyôjv 
Tôiv AÀcîojv)". Louis Couxx. 

HALOA ("AXoia). — Fête atlique célébrée en l'honneur 
des divinités Éleusiniennes \ en particulier de Démêler 
'AXioaiY, ou 'AXtoiç, déesse des aires-, et de Dionysos, 
dieu de la vigne-' ; à ces divinités était associé, par une 
procession spéciale, Poséidon «tuxiXjA'.oç '. C'était donc 
essentiellement une fête agricole, la fête des paysans, 
qu'on devait célébrer à la fois dans tous les dèmes de 
l'Atlique, autour des aires °. Elle était pour l'Atlique ce 
qu'étaient les Tn.\LYsiA pour d'autres parties de la 
Grèce''. Elle avait lieu annuellement, au moment de la 



1 Voir Fo u car t, Voyage archéologique, t. Il, n" 34ûc, § 4, p. 202. — 2 Politica, 
V, 1, §0.-3 Gilbcrl, Staatsallerth. II, p. "9 et 80, noie 1. 

IIALEIA. 1 La forme ''AVeia ne se trouve que dans les textes de l'i'iioque impé- 
ri.-ïle, et la forme 'MÀûia est propre aux textes attiqucs. — 2 Istros (/-V. hist. (fr, 
I. fr. 60, éd. Didol), cité par le scholiaste de Pindare, Olijmp. Vil, 1-16 ; cf. BtdL 
de cori'. hell. 1S90, p. 276 ; 'AAût* Tà-çà-a -ïôî'vTa. — 3 Les textes principaux sout 
les suivants : Atlienae. .\Ill. 561 E ; Appian. Maced. XI, 4 ; Julian. Orat. IV, 156 E ; 
Xcnopli. Ephes. V, 11, î [Erotici script, éd. Didot) ; Corp. inscr. gr. 3208, 5913 ; 
Inscr. gr. Sicil. et Jtal. 739, 1102; Corp. inscr, att. II, 13G7 ; Inscr. grâce, insni. 
I (Rliodos), 12, 57, 58, 72a, 73, 74, 75, 730, 935; cf. Ross, Inscr. graee. ined. III, 
n" 277. 285 ; Hellenika, II, n» 23 ; Reisen, III, 100; IV, 59 ; Newton, Inscr. in the 
Britisli Mus. II, 348 ; Foucart, Inscr. inéd. de lifwdes, et Itev. arcftéol. XHI, 1866; 
Lœwy, Arch. epigr. Mitth. ans Oesler. Vil, 1883 ; Inscr. gr. Bildh. n" 188, 201 ; 
Hirsclifeld. PItitol. XXIV, 1866, p. 384; Hcrmann, Gr. Alterlhûmer, § 13, 10 ; 07, 2 ; 
Welcker, Gr. Gàttertehre, 1, 410. — ^ Xen. Eph. l. c. ; Arch. epigr. Mittheil. ans 
Oesterreick, 1883, p. 96, n*" 2. — ^ Dittenberger, De sacris li/tod. comm. I, II, 
Ind. lect. aest. Batens., 1886-1887; Hiller von Gacrtringen, Hermès, 1894, p. 16. 
— G Xcn. Epit. l. c. ; Appian. /. c. ; Aristid. I, 547; Diog. Epist. 37. — 1 Inscr. 
graec. insul. I, 73, 74. — « Ib. I, lia, 58, 935: Bull, de corr. hell. 1890, 
p. 276. — 9 Corp. inscr. ait. Il, 1367. — 10 Prellcr, Griech. Mythol. Z' éd. 
I, p. 351. — " Bei: arch. 1866, p. 158, n' 10. — 12 Appian. Maced. XI, 
4. — " C. inscr. gr. 3410, 3427, 3428. — " Ath. Mittheil. VIII, 1883, p. 332, 
n° 12. 

HAI^OA. ' Les principaux textes à consulter sont : Scliol. Lucian. Dial. meretr. 
VII, 4; Kolide, Bhein. Mus. XXV, p. 557 ; Foucarl, Bull, de corr. hell. 1883, 
p. 387 et 313; 18S4, p. 201 ; 'E». Ao/. 1883, p. 114, 119; 1884, p. 136; 1887, 



récolte des fruits (ÉTtî euyx.o^i.iZr^ xaîTtùiv) et des vendanges 
(£7:i TV, Toay, tY|; àaTréXo'j xat t7, -(eùnii toû oîvo'j) ', dans le 
dernier mois de la cinquième pry tanie, le mois Poseidéon ; 
celte date, déjà indiquée par un historien ancien, est au- 
jourd'hui conlirmée par les découvertes épigraphiques'. 

Nous n'avons aucun détail sur les fêtes locales des 
difl'érents dêmes. La fête principale durait évidemment 
plusieurs jours, car elle commençait à Athènes, se pour- 
suivait et s'achevait à Eleusis'. En tant .que fêle des 
paysans, c'était une fêle gaie, occasion de réjouissances 
populaires et de grande liesse '". Maisc'étail aussi une fête 
religieuse ; la procession sacrée partait d'Athènes, por- 
tant les àTTïp/ï; il Klcusis, où les sacrifices solennels 
étaient ofTerts"; alors aussi avait lieu la iiocsiowvo; 
TroiAitY,. Puis venaient des mystères, avec la cérémonie 
d'initiation à laquelle présidait la prêtresse de Démêler 
et Coré'-. C'est sans doute aux Haloa qu'il faut rappor- 
ter un texte de Pholius, qui dit que la prêtresse chargée 
d'initier les mystes aux fêtes de Démêler et Coré à 
Eleusis était choisie dans la famille des <I>iXXEîoai, car 
nous savons que, pour les Grandes Éleusinies, les prê- 
tresses appartenaient aux familles des Eumolpides et des 
Kéryces ' '. Il semble d'ailleurs qu'il y eût plusieurs prê- 
tresses désignées pour les Baloa''\ et d'après une ins- 
cription, malheureusement mutilée, on a supposé qu'une 
d'entre elles était choisie dans la famille des Lycomides'". 

Aux Haloa, la prêtresse avait, à l'exclusion de l'hiéro- 
phante, le privilège de présenter les olTrandes""' ; seule 
aussi, elle initiait les mystes. Quant aux mystères eux- 
mêmes, nous en savons peu de chose. Les femmes seules 
y étaient admises; elles échangeaient entre elles les 
propos les plus libres et portaient des emblèmes licen- 
cieux; puis elles s'asseyaient à des tables chargées de 
toutes les productions de la terre et de la mer '^ à l'ex- 
ception de celles qu'interdisait une raison mystique, 
comme la grenade, le miel, les œufs ". 

Enfin les fêles se terminaient par des jeux solennels ", 
dont nous ne connaissons pas le détail. La désignation 
de Trà-p'.o; àyojv, qui accompagne en général la mention 
de ces jeux, indique sans doute que nous avons ail'aire à 
des solennités purement éleusiniennes, par opposition 
aux jeux qui étaient communs à tous les Athéniens ^''. Il 
résulte d'un texte daté du règne de Commode qu'au 



p. 5; 1890, p. 127; ToepfTer, Attische Généalogie, p. 93. Depuis la découverte 
des scholies nouvelles de Lucien et les découvertes épigrapiiiques récentes, il ne 
reste presque rien des hypothèses et conclusions de : Mommscn, Beorlologie, 
p. 320; cf. Id. Delphika: Sclioeraann, Griech, Alt. II, 3- éd. p. 486, 540; Her- 
mann, Gr, Alterih. Il, § 47 et 57; Alirens, Ilhein, Mus. XVII, p. 332. — 2 Nonn. 
Dion. XXX, 68; Orpli. ffymn. XL, 1; Tlieocr. Idi/l. VII, 153; cf. Preller, 
Gr. Myth. l. f. 633 (3" éd.). — 3 Himer. Orat. VIII, 3; Schol. Luc. ûial. meretr. 

VII, 4; Eustatli. m Iliad. IX, 530. — 4 Euslalh. (. c. : Bekker, Anecdota, p. 384- 
385 ; ToepfTer, Attische Généalogie, p. 30, 252. — li Eustatli. l. c. ; Himer. /. c. ; 
ISlym. Mag. s. ». ; Maxim. Tyr. Dissert. III, 10; XXX, 5. — c Eusth. l. c; cf. 
Preller, Gr. Myth. 1, 632-633. — 7 Bekker, Anecd. p. 385 ; PliilocLoros [Fr. hist. 
graec. § 101, éd. Didot), cité par Harpocrat. s. ».; Suid. s. !>. ; Eust. l. c; SchoL 
Lucian. i. c. — » Pliiloch. l. c: cf. '£=. 'Ao^t. 1883, p. 119, et Foucarl, Bull, de 
corr. hell. 1883, p. 515. — ' Hesych. s. c. : lofA, "AS^vr.ïi ; Eust. /. c. ; Alciphr. 
Epist. II, 3. — " Eust. (. c. ; Alciphr. I, 33, 39 ; 11,3; IIL 39 ; Lucian. Dial. Me- 
retr. I, 1 ; VII, 4. - Il Eusth. l. c; 'Es. 'Af/.. 1890, p. 127. — 12 Schol. Luc. /. 
c. ; •Eç.in 'Af/.. 1890, p. 127; Rohde, Bhein. Mus, XXV, p. 557. — 13 Phot. 
Lexic. s. V. <t>i7iîii?Sa-. ; cf. Tocpffer, Attische Généalogie, p. 93; "Es. 'Aj/. 
1883, p. 119. — " Rhodc, /. e. — i^ Corp. inscr. ait. III, 895; ce texte est 
de l'époque des Flaviens. Cf. Mommsen, Heortologie. p. 321 ; Bocckh, Staatsh. 
Z' éd. II, p. 123: Keil, Philol. XXIII, p. 613, et surtout Tocpnèr, Op. /., p. 213. 

— i<'* Demoslh. Adv, Neaer. § 116. — 17 Scliol. inéd. de Lucien, Rohde, /. c. 

— is Ilomer. Hymn. in Cerer, 373 (cf. les notes de l'éd. Baumeister); Diog. Laerl, 

VIII, 33; Plutarch. Symp. Il, 3. — 10 'Es. 'Af/.. 1884, p. 136, 1. 29; 1887, 
p. 5 ; Ath. Mitth, XIX, 1894, p. 177. — 20 Foucarl, Bull, de corr. hell. 1884, 
p. 201. 



MM. 



.•S — 



IIAL 



iiKiiii'^a ri'|iiii|iic iiii|>i-i'iiilit li's i'pIuMh's iiviiit'iil li- ilt'vtiir 
(lo l'itin* une liunuiKUc purliculiùrr aux /AiAxi'. 

Il t'il sii|ii>i'llii d'iiisislt'i- sur les l'tMiiiiiogii'S tudliii- 
sislcsilu 1111)1 A/.|ia i|u'iiiil priipiiMT-i II'-, au leurs ancicus; 
la seule vraistMiililable (<st colle i|ui l'ail des UAi.iiA la 
fêle (le- aires*, l.iiniti CniivK. 

IIAI.o'liA ("AXiiTii). — KtHe eéléhréo il T»^gée, dans le 
sUule, on suuvoiiir ilo la capture de prisonniers de guerre, 
dans une vieloire renipnrlee ^ur les Lact^démoniens '. 
Kilo ni'>l l'iinuue ipie jiar un texte dt! l'ausanias -'. 
Sclioeniann et lleruiaun ont émis l'idée (lue, peul-ôlre, 
'AX...TIX n'était autre eliose (|u'une forme dialectale arca- 
dienne de 'KXXotix' ; les uki-lotia étaient la grande fêle 
d'Alliena, i\ C.oriutlie. I,iiuis Couve. 

M AI.TKK (ïXtyip). — llallùre, masse pesante qui ser- 
vait à donner plus d'élan aux sauteurs. 'A),T-f,f.ta ', 
iÂTT|ioGoX;i ^, saul acc()m|>at!;né d'haltères. 

Si le saut, clie/. les Grecs, remonte aux temps les plus 
reculés^, il n'en est pas de même des haltères, dont nous 
ne trouvons pas trace dans les poèmes homériques. Mais, 
lorsqu'à la IS' olympiade le Pentathlon est installé à 
Olympie, les hallères sont forcément inventées, car 
l'iXTYipia fait dès cette époque et fera toujours partie inté- 
j;rante du ouiNOUEnTiuM. Les haltères seraient par suite 
antérieures au vu" siècle avant notre ère'. L'innovation 
devait être rapidement adoptée, car, quelle que fill 
l'espèce de saut qu'on pratiquât en hauteur, en distance, 
en profondeur), les hallères étaient d'un grand secours. 
Une de ces masses dans chaque main, l'agonisle dépla- 
çait comme à volonté son centre de gravité: il pouvait, 
on rejetant ses bras en arrière, puis en les portant vive- 
ment en avant, doubler et tripler son élan % de même 
([u'au moment de retomber sur le sol, il évitait, grâce 
à ces balanciers, les inconvénients d'une chute trop 
rapide. Jamais, quelques restrictions qu'il faille d'ail- 
leurs apporter à ces chiffres '', Phay llos de Crotone 
n'aurait pu sauter ce saut prodigieux de 33 pieds 
(16™, 936) ", ni le Lacédémonien Chionis la distance 
presque égale de 32 pieds (lO^.OSi) *, si l'un et l'autre 
ne s'étaient servis d'haltères. Ni le tremplin que les 
anciens paraissent avoir connu', ni la hauteur dont on 
suppose qu'ils se seraient élancés '", ne leur auraient per- 
mis d'approcher, même de loin, de ces chiifres fabuleux. 

Les monuments, surtout les vases peints, permettent 
de suivre les différentes phases de riXTr,pi'a. L'agoniste 
ou l'éphèbe est souvent représenté en plein repos, avant 
ou après l'exercice du saut. Sur une coupe de Douris, il 
lient les haltères d'une même main " (fig. 3079). Sur 
un vase, il porte d'une main les javelots, de l'autre 
une seule haltère, comme s'il entrait seulement dans 
la palestre'^. Ailleurs il a bien les deux haltères et 
chacune dans une main différente, mais tantôt il se 
tient les bras tombants ou mollement infléchis '\ tantôt 
il converse tranquillement avec l'un des assistants'"'. 

1 Corp. inscr. attic. III, lliT; cf. Dumont, Essai sur i'éphèhie attique, I, 
p. 245^ — 2 Eekker, Anecd. p. 208 et 384 ; Phiioclior. /. c. ; Scliol. Luc. (Rolide, /. c). 

HALOTIA. 1 Pour le fait, Herodot. I, 66. — 2 Pausan. VIU , 47, :i. — 3 Sclioe- 
mann, Gr.AUerIh. II. 3" éd. p. 476; Hermmn, Gr. Allertk. II, §.ïl, 19. 

HALTER. 1 Hesych. s.v. — SArleniid. Oneir.l, 39; Janiblicli. De i i(. f i/(/i. 21 . 
.— 3 Odyss. Vill, 103, 128. — * Cf. au contraire, Krause, Gymnastik u. Agonistil: 
d. lfellenen,\,iSi. — » Aristoph. nssîZMMï Trofua;, 3 ; riooS/.. 5, 8; Theophr.fle ca.'î- 
sit. 16, p. 804, Schneider. Philostrate, De gymn. 16, ajoute que les haltères donnent 
un appui solide et bien marqué sur le sol, ce qui était exigé pour mesurer le saul. 
— <> K.-ause, O. /. I, p. 387, n. 13. — 7 Aristoph. Acharn. 213 ; Eustalb. in Odyss. 
VIII, p. 1.591 ; Aniltol. Palat. H, 297. — « Euseb. Xjov -E\\. '0\. p. 40 (African.). 



(;'i!sl sans doute au même inonienl (|u'il faut atlrihuer 
les peinlures ofi l'on voit les bras comme |iarlaj,'és do 
droite et de gauche, l'un en avant, l'autre eu arrière du 
cuips. Les haltères eu ellel soiil avant tout des contre- 
poids: les bras qu'elles cliarf,'enl doivent, au moment di- 
l'action, être parallèles et d,. nième sens, sans (|uoi l'ell'il 
des masses se neutraliserait et le sauteur se trouverait 
arrêté dans son élan, l'ar suite, là où les bras sonl de 

sens dilléi l, l'éphèbe i-st sûrement au repos ". Si, sur 

(|uel(iues monuments"', la direction des jambes semble 
indiquer un mouvement, c'est qu'il a dû prendre du 
champ avant de sauter et iju'il court afin d'augmenter 
son élan. Il p(!ul le fain; les bras n volunlr, car il n'y a 
rien lA qui ressemble au saul véritable. Lorsqu'il appro- 
chera du point de départ, pa-v; s ", il devra ret'lifier sa posi- 
tion et partir les bras, sinon les jambes, de même sens. 

L'altitude classique, celle qui est le préliminaire véri- 
table du saut, est celle du gymnaste debout, les bras 
plies au coude et tendus également en avant. Suivant 
([u'on le lai-ssait prendre du champ ou qu'on lui imposait 
un départ sans élan, il a les pieds plus ou moins rap- 
prochés, mais rarement sur la même ligne. Le plus sou- 
vent, le pied gauche est en avant"*. La raison n'en est 
pas la vieille superstition dont les « Apollons » de bronze 
et de marbre ont longtemps gardé trace ", mais une 
cause toute physique dont il est aisé de se rendre compte. 
Après un élan rapide, le départ sur la jambe droite aurait 
fait dévier le corps et l'équilibre à l'arrivée n'aurait pas 
manqué d'en souffrir. 

Que le départ eiit lieu sur une jambe seulement ou 
sur les deux réunies, de toute manière, au moment de 
bondir, le sauteur prenait un temps d'arrêt. Il ramenait 
le plus vivement possible les mains derrière le corps : 
les bras chargés décrivaient un demi-cercle en arrière, 
puis, comme des leviers puissant, se détendaient brus- 
quement en avant, en même temps que le corps quittait 
le sol, augmentant à la fois et réglant son élan. Plus 
rapide avait été le jeu des muscles, plus violente était 




Fig. 3691. — .Saut avec les haltères. 

l'impulsion. Ces mouvements si soudains devaient sem- 
bler disgracieux aux anciens. Rarement ils ont essayé 

— 3 Mus. Ckius. II, pi. cxxxu = Krause, 0. t. pi. ix c, fig. 23 ï. — 10 Krause, 
O. l. II, 882. — Il Arek. Zeit. 1883, pi. i-ii = Furtnaengler, Beschreib. der Vasens. 
11, p. 569, 2383 A, 2 et 4: cf. Passeri, Pitt. d. vas. Etr. 1, 82. — 12 D'Hancarville, 
Ant. Etrusq. I, pi. Lxvm = Krause, 0. l. pi. xni, f. 47. — 13 Gerhard, Antik. 
Bildw. 1, 4, 67 = Furtwaengler, D. der Vasens. It, 2325 a ; Babelon, Calai, des 
Bronz. d. ta Bibl. nat. 921, p. 403. — «4 Furtwaengler, O. l. II, p. 832, 2980 A = 
Krause, II, p. 908. — 15 Mus. Chius. II, 124 = Krause, O. l. IX c, 25 g. 

— 16 Hartwig, Meislerschaten, p. 573, fig. 65e.— " Pollui, III, 151 ; cf. Krause, 
0. l. I. 393. — 13 Disque d'Égine {voy. plus haut, p. 278, fig. 2462); Tischbein, 
Vases d'Hamillon, IV, 41; Laborde, Vases de Lamberg, I, i, pi. vu = Krause, 
pi. vui, lS-9. — 19 Bull, de corr. hell. 1894, p. 414. 



IIAL 



IIAL 



do saisir In sauteur une fois qu'il a quitté le sol. Cepen- 
dant le peintre dune belle coupe que l'on a attribuée à 
Euphronios ou à Douris y a pleinement réussi (lit;. 3091) '. 
Un vase atlico-corinthien du British Muséum donne au 




Fig. 3692. — Saul avec les haltères. 

problème une solution moins heureuse (fig. 3002)-. 
A l'arrivée, le sauteur retombait sur les deux pieds ou 
sur la seule jambe droite '. Le choc brusque des pieds 
sur le sol eilt pu le faire tomber, si un nouveau mouve- 
ment de va-et-vient, analogue à celui du départ, mais 
moins prononcé, n'avait rétabli l'équilibre. Tel était, au- 
tant que nous pouvons le reconstituer, le saut en distance. 

Le saut en liautimr • devait lui ressembler beaucoup. 
Seulement, comme l'élan devait être différent, les bras, 
au lieu d'être plies au coude, étaient relevés également, 
tandis que le corps fléchissait sur les genoux : le point 
d'appui devait en effet être cherché plus bas et les leviers 
humains, lorsqu'ils faisaient leur demi-cercle de révolu- 
tion, n'avaient |.;uère à remonter que jusqu'à hauteur 
des jarrets. Telle est l'attitude d'un bronze inédit trouvé 
sur r;\cropole d'Athènes '. Les bras en sont cassés, mais 
l'attache permet d'en voir la direction et tout porte à 
croire que les mains tenaient des haltères. 

Du saut en profondeur nous savons heureusement 
davantage. La forme, ovale ou ronde, des entailles et 
des fonds de coupes est souvent la seule cause de l'atti- 
tude courbée des personnages, mais trop de monuments 
représentent le sauteur le haut du corps penché en avant 
pour qu'il n'y faille pas voir un geste traditionnel de 
l'athlétique ancienne ^ Le sauteur tendait en avant ses 
bras chargés, les mains tombantes presqu'à toucher sol. 
L'une des jambes fléchie se portait en avant, l'autre en 
arrière servant de point d'appui. Comme il était impos- 
sible de prendre de l'élan, peu importait que la jambe 
gauche'^ ou la droite' fût en avant. Le corps, entraîné 
par le poids des haltères, se portait de lui-même vers le 
but. Mais il y avait danger, s'il arrivait ainsi courbé près 
du sol, que le sauteur ne tombât face contre terre. Aussi 
prenait-il soin, à mesure qu'il se rapprochait du sol, de se 
redresser peu à peu. Ici encore les haltères devaient 
jouer leur rôle. Portées vivement en arrière, elles fai- 
saient brusquement contrepoids et le sauteur arrivait 
sans encombre sur le sol. Comme on mesurait la dis- 



I Mus. Cliius. 11, 132: Arch. Zeil. IS84, pi. jvt, 2 li = Klein, Euphronios, 
i' td. p. 280 ; Girard, lEducat. athén. p. SOI. — 2 Jahrbuch, V, p. 243 = B, 43 ; 
cf. Mus. Gregoriano, 11, pi. lix, 26 ; cf. mon Catalogue des Bronzes du Polytech- 
neion, 909-910. — 3 D'tlancarville, Anliq. Etruaq. pi. cixiv ; Mu3. Chius. Il, 
pi. ci.ixsv (Krausc, 0. I. pi. ix, 22; Xïiii c, 36 b). — > Krausc, O. l. pi. ix, 23-5. 
— 6 Journ. uf hell. slud. 1888, p. 2C8-9 = n« 750 de mon Co^aJ. des Bronzes 
de l'Acropole (1410 de l'inv. de l'Acropole). — c Krausc, O. l. I.V A, 25 c, 
25 m ; Furlwaengler, B. der Yasens. 2268, 2319 ; Harlwig, Meisterschalen. 
46 pi. LXiii; pi. i.xx, p. 4-5. —^ Harlwig, O. I. p. C3-2 ; Krause, O. (. pl.ix b, 25 e. 



tance à l'empreinte laissée par les talons, il y avait à la 
fois avantage et sûreté à porter les pieds le plus possible 
en avant. Une peinture de vase nous montre le moment 
où l'agoniste va toucher terre et permet déjuger de. la 
succession des mouvements'. 

La forme des haltères a, comme il est naturel, varié 
suivant les ('poques. Nous commençons ])ar écarter les 
sacs remplis de sable ou de son '", que l'on rencontre sur 
un vase peint". Ils n'étaient sans doute employés qu'à 
défaut des haltères véritables. Pausanias parle en deux 
endroits '^ des haltères de forme antique, i'ATïipai; àp/a'o'j;. 
qu'il voyait aux mains des statues d'athlètes élevées à 
Olympie. Il est permis de rapprocher ces textes d'un 
passage précédent où il décrit les haltères de l'Agôn 
dédié par Mikythos, tyran de Hhegion et de Zancle '^ : 
s'il l'a fait aussi longuement, c'est qu'elles se distin- 
guaient des haltères usitées dans les palestres impé- 
riales. Le Périégète les a par suite traitées d'arcliaïques. 
L'Agim de Mikythos avait des haltères, faites d'une 
demi-sphère irrégulière et de forme allongée, x'JxÀou 
TrapaiJLfpSTTspoj y.a: oùx. s; to otzo'.Sé'j-ay.ov 7:£i!'i£ioï/ç... vlfAiiru. 
Klles étaient par suite de forme ovale et Pausanias nous 
apprend de plus que les doigts y entraient comme dans 
les courroies d'un bouclier. 

Quatre haltères de pierre ont été trouvées dans ces 
dernières années, dont la forme est exactement celle 
décrite par Pausanias. Les deux premières, en pierre 
noire, ont été découvertes près de Corinthe et appar- 
tiennent au Musée cen- 
tral d'Athènes". Elles 
font paire et chacune 
d'elles pèse exacte- 
ment 2018 grammes. 
L'haltère de la main 
gauche est reproduite 
de face et de profil 
(fig. 3093). On voit com- 
ment la paume de la 
main s'encastrait exac- 
tement dans une cavité ménagée à cet effet : le pouce et 
les autres doigts, dont le moule semble avoir été pris, 
tellement ils s'adaptent aux parties rentrantes de la 
pierre, saisissaient de droite et de gauche la poignée de 
l'haltère. Il serait difficile d'imaginer un ajustement plus 
parfait et qui soit mieux en main. L'haltère d'Olympie '^ 
(de la main droite) est en diorite vert du Taygète et pèse 
4629 grammes. Un autre fragment, trouvé au mémo en- 
droit, porte l'inscription Twoiaç '". Le poids de pareils ins- 
truments semble indiquer qu'ils servaient uniquement 
à l'entraînement des athlètes. 

Cette forme d'haltères est celle dont on trouve le 
moins d'exemples sur les monuments''. La forme de 
beaucoup la plus fréquente dans la céramique attique 
se rapproche davantage des haltères modernes. Elle se 
compose essentiellement de deux masses réunies par 



|il. XVI, .ÏC. — 3 Krausc. 0. I. pi. xvl, 56. — 9 Mus. Chius. Il, 125 = 
Krausc, 0. /. pi. ix c, Bg. iâ f. — 10 PoUui. III, 151. — " Mus. Chius. H, 
124 = Krause, 0. l. pi. ii c, Hg. 2ôg. — laPausan. V, 27, 8 ; VI, 3, 4. — " Paus, 
V, 26, 3. — Il Mjlonas, 'Esr.i». '.Vf/aiol. 1883, p. 103-6, fig. 1-3, p. 101. — «5 Furl- 
waengler, Olympia, t. IV, Die Bronzen, llOI, p. 180. — 16 Corp. inscr. gr. ait. 
5G0. — 17 Voy. cependanl Furlwaengler, B. der Vasens. 11. p. 543, 2268 (= Krause, 
pl. IT b, 25 c) ; N.des Vergers, l'Étrurie, pi. xxxvui : Murray, Designs of greek Va.^. 
pi. I, 2; Klein, EuphrouioSj p. 306; cf. au Musiïe du Papa Giulio. Olympia, t. IV, 
p. 180; Arch. Zeil. XXXIX, pl. ix. Cf. CTliNASllCA, fig. 3082. 




Fig. 36'.'3. — llaili^rcs de pierre. 



IIAI, 



— 7 



il A. M 




unii tiKi- nui' l'im saisissait A |inij;m''('. Lu souif ilin'crciici- 
i<sl(|Ui- la liaiTi* iii'tuclli' i->t ilroito, taiulis(|Ui' l'ancioiiiii- 
t>tuit (-«iiiil)L-, riiislruiiii'iit l'iiliei- allitctunl uni* rnriiii- 
il'arf. I.i' plus siMivi'iit lc> cxlrcinilcs soiil dillVreiilcs. 

1,'imi', iclli' i|iii se porte t-n 
avant ri lUiiit le poiiis de- 
vait iHro icjîrrotiiciil supé- 
rieur, est plus lar^o ((l dé- 
ciiupiM' par une seclidii en 
l'oriue de i)arallélonrainiue. 
Deux hulti"'res pendues au 
nnir à l'iiilfrieur d'une 
eiiupe de Douris ' [cvmnas- 
ïiCA, lij;. 3(178], montrent 
i|iii'llr l'st exaelenient la 
IdiMii- ilr ces hullères. Ce 
>(inl elles ([ue piuienl le 
sauteur (le la li^'ure .■((ill'i, 
i.^, .,,,1 la slaluetle t'lrus(|ue du 

Cabinet des Médailles '' et 
une foule d'autres a^onistes^. Le musée de Copenhague 
possède deux iialléres de celte tonne, en plomb, chacune 
d'elles ayant une marque de fabrique ". 

Sur un certain nombre de monumiuils, le i)lus sou- 
vent de style postérieur ou d'exécution moins soijînée, 
les deux masses semblent égales 
(fig. 3694) \ Les haltères se rap- 
prochent alors des instruments 
employés dans nos gymnases mo- 
dernes, mais la tige intermédiaire 
demeure toujours un peu courbe ^. 
Mentionnons enfin des haltères 
semblables, mais avec une courroie 
où l'on passait les doigts" (plus 
haut fig. 3692). D'autres ont l'aspect 
des équerres à niveau (tig. 3693)*. 
Tous ces instruments étaient en 
plomb ''. Les haltères votives de Co- 
rinthe et d'Olympie (voy. fig. 3693), 
semblent àcetégard une exception. 
Les vainqueurs étaient souvent représentés tenant 
en main des haltères. Pausanias nous apprend qu'elles 
servaient à reconnaître les statues d'athlètes couronnés 
aux jeux du Pen lathlon ' " [quinouertlumJ . Hysmon l'Éléon , 
dont le sculpteur Kléon avait dressé l'image, tenait 
aux mains des haltères du vieux modèle (fig. 3693) ". 
La statue que Myron avait faite d'un vainqueur au 
pentathle '- devait sans doute avoir les mêmes attributs. 
Malheureusement les monuments figurés ne nous ont 
conservé que très peu des types que la statuaire avait 
consacrés. J'ai mentionné plus haut un bronze trouvé 
sur l'Acropole d'Athènes'^ et qui représente le sauteur 
au moment où il prend son élan et va bondir au-dessus 



1 Arch. Zeit. XXXVl, pi. xi. — s Babelon, O. /. 3Î1 , p. 403 ; cf. ci-dessus, note 13, p. b. 
— 3 Krause. 0. l. pi. i\ b, 25 d, 256 ; Furtwaengler, B. der Vasens. 2325; Arch. 
Zeit. \\\W, pi. IX, 1 ; Gerhard, Auserl. Vas. I, 30; Mus. Gregor.ll, pi. lxxvii; 
BuUet. Napolet. 1S57, pi. xii, etc. ; Hartwig, Meisterschaten, pi. xxi, i; lxiii, 2, 
etc. — ^ Olympia, t. IV, Itie Bronzcn, p. 180 {Furtwaengler). — ^ Gerhard, Auserl. 
Vas. pi. ccLX. — (i D'Hancarville, Antiq. élrusq. U, pi. xxxvin ; Monum. d. 
Insl. 1, 22; Krause, 0. L IX, 20, 22 ; IX b, 26 m; IX c, iSf; XV, .54-5; voy. 
cependant A/onum. d. Inst. 1846, pi. xxxiir. — "î Laborde, Vases de Lamberg, 
I, I, pi. vu (Krause, pi. viu, 13). — 8 Tischbeiu, Ane. vas. Hamilton, IV, 41 
(Krause, VUI, 18). —9 I.ucian. AnacA. 27; Senec. Ep. 50, 1 ; Quintil. Inst. or. XI, 2, 
42; Cœlius .\urel. Arton. V,'.i, p. 561; ce dernier par le d'halti'^res en cire ou en bois 
dans lesquelles ou mettait du plomb, probablement pour la gyuinastitiue nnidicale. 




Fig. 3693. 



du robsliicli-. l ne ntaluetle élriis(|ue, irouvc^O près 
d'Aro/./o el eonservéi" au Cabinet des Médailles'', r()|)ro- 
duil l'altitude classi(|in- di; I' u Apollon >< archaïque au 
repos. L'un lies pieds est legèreiiienl en avant, le?» bras 
pendant, llechis aux cuudeK, tenant les Iialléres. lùilln 
un liriin/.e, venant d'.Mlièni.'s, acquis par l'Antiquariuin 
de lierlin, représente l'agoniste dans la pose polyclé 
téciine, le poids du corps sur la jambe droite, le pied 
gauche en arrière. La main droili; c!st levée, la main 
gauche pendante tient une haltère de lormo commune '\ 

Les anciens n'avaient pas 6t6sans rcmarr|uer (|ue ces 
masses [lésantes étaient singulièrement [iropriîsaux exer- 
cices d'assoui)lissemeiit. Sur une cou|)e du musée de 
lierlin"', on voit un athlète qui tend de ciMé son bras 
gauche chargi' d'uiu! Iiallère : la ligure de lu-ofll est en 
repos et l'agoniste ne s'occupe <|u'à exercer el assouplir 
ses muscles. Qu'îl'c <|ue fût la spécialité que ion cultivât, 
1(! travail pré]iaratoiri; des haltères n'était inutile à au- 
cune des catégories d'athlètes. Aussi, (luoique restreintes 
dans les jeux au seul pentathlon, elles étaient d'un 
usage constant dans les i)alestres. 

La plupart des médecins grecs faisaient, on le sait, 
grand cas de l'athlétique. Hysmon l'Eléen avait été guéri 
d'une arthrite par l'entraînement auquel il s'était volon- 
tairement soumis : les exercices préparatoires au pen- 
tathlon avaient si bien assoupli son corps qu'il fut plus 
tard vainqueur à divers jeux '^ Parmi ces travaux, celui 
des haltères ne devait pas être le moins salutaire. Il y 
avait certaines maladies, surtout les affections du foie, 
pour lesquelles il était réputé souverain*'. Les exercices 
étaient réglés d'une manière très stricte et qui paraît 
sévèrement étudiée. L'un des plus efficaces consistait à 
poser sur le sol deux haltères distantes d'une brasse : le 
patient se mettait au milieu, prenait avec la main gauche 
l'haltère placée à droite, avec la main droite l'haltère 
placée à gauche, soulevait les poids et remettaitle tout en 
place. Cet exercice souvent répété devait mettre en mou- 
vement les muscles du corps entier, car défense était faite 
de remuer les pieds et le buste seul se penchait en avant". 
Ou bien on se bornait à porter les haltères à bras tendu 
en exerçant divers travaux d'assouplissement -", sur le 
détail desquels nous sommes mal fixés, mais dont l'effica- 
cité nous est garantie par le témoignage des médecins. 

En Italie, surtout à l'époque impériale, les haltères ne 
servent plus guère que d'instrument de gymnastique 
médicale -'. S. ce titre elles sont toujours en usage dans 
les palestres et des haltères sont représentées sur la 
célèbre mosaïque d'athlètes qui décorait les thermes de 
Caracalla-^. A. de Hidder. 

IIAMA. — Seau en général, et plus particulièrement 
seau à incendie ' [vigiles]. 

HAMADRYADES [nymphae]. 

HAMAXA [plaustrdm]. 

— 10 Pans. V, 27, 6. — H Id. VI, 3-4. — 12 Pliu. .34, S, 10. — 1.1 N'» 6614; 
V. plus haut, note 5, p. 6. — !'• Babelon, Catal. des Bronz. de la Bibl. nation. 321, 
p. 405. — lî> Invcnl. 6300. — m Furtwaengler, B, der Vasens. 11, 2343; cf. Bullel. 
d. Instit. Seziono rom. 1888, p. 202. — 17 Paus. VI, 3, 4; cf. Krause, O. l. I, 495. 

— 18 Antyllos d'Oribas. VI, 33; Coel. .\urel. De morb. V, 2, 38. — '» Galen. De 
val. luenda, i. 10, 11. — 20 Qrib. VI, 33; PauU. Aeg. 4, 1. — 21 Senec. Quinlil. 
;. l ; Juven. III, 421 ; Martial. VII, 67 ; XIV. 49. - 22 Au Latran ; cf. Blouct, Res- 
taiir. des Thermes de CaracuUa, pi. iv-v, xiv et Secchi, // musaico Antoniniano, 
Rome, 1843. — Biiii.iocnAfBiE. Krause, Die Gymnastik UH'I Agonisli/c der Hellenen, 
Leipz.lS41,II, p. 387-400 et passim.; Furtwaengler, Wi/m/iia, t. IV, /JieA'ra«;:eii, p. 180. 

U.4MA. 1 Cato, Ue re rtist. 133, 2; Plin. Ep. X, Si, 2 ; Juvou. XIV, .'lOô ; Digest. 
1, 15, 3, et .XXXllI, 7, 12, § 12, 21. 



IIAM 



IIAIl 



IIAMTS. — Ce mot, dans son sens le plus général, 
s'appli(|uc à toute espèce de croc ou de crochet'. 

1° (aYX'.oTfov), liamcron. — L'hameçon dont se servent 
les pêcheurs à la ligne [piscator] était déjà connu au 
temps d'Homère". A la fin du u° siècle de notre ère, on 
en faisait encore en bronze'; cependant il y en avait 
aussi en fer ' ; on en possède, dans nos musées, des exem- 
plaires de l'une et de l'autre sorte. Les anciens distin- 
guaient dans l'hameçon la tige (xa^Xoç)', le crochet 
(YÉvjç)''',lapointc(ai/|j.-i5 0u àx(.)y.r|)''et le barbillon (y sïXoç)*, 
qui empêche le poisson, une fois pris, do se dégager. 
Naturellement la grosseur et la force de 
l'engin étaient proportionnées à colles 
des poissons qu'on se proposait de pê- 
cher". On lui donnait aussi, suivant le 
cas, des formes difl'érenles. La figure 3()96 
reproduit la plus simple, d'après un ori- 
ginal en bronze, trouvé sur l'agora à 
Mantinée (Arcadie) '°. On avait soin que 
la tige fiU courte et la courbure du cro- 
Fig. 3606. -Hameçon ghet très acccntuée, quand on avait 

simple. /« . , 1 > ï . 1 

affaire à des espèces de poissons dont 
les mouvements étaient particulièrement brusques et 
violents". 

On faisait des hameçons à branche double ; on les em- 
ployait notamment pour la pêche de l'espadon et des 
cétacés'-; le musée de Naples en possède un 
semblable, de petit modèle (fig. 369") '^ Plu- 
sieurs hameçons pouvaient se trouver réunis, de 
façon à former une pièce unique (7ro)>j7.YX'.<iTp&v)''', 
comme le montre la figure 3698 d'après un ori- 
ginal conservé dans le même musée ; il se com- 
pose d'une tablette carrée, en plomb, portant à 
chacun de ses angles un hameçon de bronze''; 
cet engin, parait-il, ser- 
vait à pécher surtout le 
renard cl le mélanure. 






Fig. 3697. — Hameçon double. Fig. 3698. — Quadruple hameçon. Fig. 369'i. 

Pour prendre le calmar on avait inventé une sorte de 
:roXu(XYX!(TTpov, dans lequel tous les hameçons étaient fixés 



IIAMUS. I Ainsi .'i l'épine des buissons (Ov. jVux, 115) ou au.K serres de l'oiseau 
de proie (Id. Met. XI, 312). Inversement Oppien, fialieut. III, 33.), appelle l'Iiarae- 
ron fijr,;, t'pinc. — 2 Honi. Od. IV, SO'.i. XII, 332. — a Oppian. Op. cit. 1, 54, 68 ; 
III, 285. Sio ; IV, 230, 443. - * Jbid. III. 283 ; Aelian. Nul. anim. XIII, 16 ; Hesycb. 
s. V. —5 Oppian. Op. cit. III, 148 et s. —6 Ibid. I, 68; III, 133, 539 ; IV, 230, 439; 
V, 334, 355. — " Ibid. I, 216; III, 128, 533 cl III, 137, 283. — 8 Jbid. I, 55; IV, 
447. — 3 Sur les hameçons de la plus forte taille, v. Oppian. Op. cit. IV, 220 ; 
Aelian. Nal. anim.l, 23; XIII, 16; XIV, 23. — 10 Dessin coramuniqui! par notre 
eollaborateur, M. Fougères ; d'autres tout semblables au Musée de Naples ; v. aussi 
Cochet. La Seine-Inférieure histor. et archéol. p. 249; et Afim. de la Soc. arch. 
de t arrondissement de Dieppe, 1827, p. ts. — " Oppian. Op. cit. 111, 128: 
c'est là sans doute ce qu'il faut entendre par les â^itrE^a m^ftyi'JX^ de Plut. De 
Solert. anitn. 24, 8. — 12 ''AYxi<r:f.>v 5i-'Af.çtv Axa;()iÉvov tfxnotXtv at/[x%Tç, Oppian. Op. 
C'(. III. 533; cf. v, 133. — 13 D'après un dessin communiqué. — 1^ Aristot. Uist. 
aniin. IX, 37, 3: Oppian. Op. cil. III, 78, '170. Le xiOi:..; d'Oppicn, III, 77 cl 139, 
semble n'être autre chose que l'hameçon ordinaire, plongeant tout droil au bout de 
la ligne, par opposition au c'.^jipi^jovllottant, qui est décrit dans IV. 439 et suiv. 
Le sens qu'Ameilhon donne au mot xieiT,; est inadmissible. — l" Dessin com- 
muniqué. — 16 0pp. Op. cil. IV, 439 et suiv. — n Plin. Ilisl. nat. IX, 17, 1; 
Opp. III, 147. — 18 Dessin communiqué. D'autres hameçons antiques sont 



en forme de couronne sur une planchette, qu'on laissait 
flotter à la surface de la mer"''. On pourra voir, ii l'article 
PISCATOH, comment l'haineçoii était allaché à l'extrémité 
de la ligne. Nous noterons seulement ici que quelquefois 
il était surmonté d'une chaîne en métal, qui empêchait 
le poisson de le détacher par des secousses et des mor- 
sures; c'est ce que Pline appelle hamus calcnatus'''. 
L'exemplaire reproduit dans la figure 3099 fait partie de 
la collection des bronzes du musée de Naples". 

2° Barbillon placé horizontalement à la base d'une 
pointe de flèche ou de javelot [jaculum, saiiiti'a] " comme 
le montre la figure 3700; elle reproduit une 
pointe de javelot en bronze, trouvée à Athènes 
dans l'Ilissus -". On a aussi appliqué le mot 
hamus à une dent qui se dressait sur le tranchant 
de l'épée appelée Itorpr^' [kalx]. 

3° Crochet qui unissait à ses voisines chacune 
des écailles d'une cuirasse [lorica] ^^ 

4° Fer d'une lance fichée en terre sous les 
murs d'une place et servant de chausse-trape 
pour arrêter les assiégeants [muniïio]-'. 

o" Séran pour peigner le lin [linum]^'". 

6° Celso parle - ' de crochets mousses (hamos pjg jjqq^ 
retiisos), servant à écarter les lèvres d'une plaie. 

7° Sorte de pâtisserie ainsi nommée à cause de sa 
forme ■^. Georges Lafaye. 

11 ARA. — Ce terme chez les Romains désigne : 

1° Une partie séparée de l'étable à porcs [suile]. Les 
agronomes latins qui se sont occupés de l'élevage en grand 
font tous les mêmes recommandations pour la porcherie. 
La truie, lorsqu'elle arrive au terme de la gestation, doit 
être isolée : elle courrait de grands dangers en restant 
avec le troupeau'. Les petits, pendant la période d'al- 
laitement, seront enfermés avec leur mère, sinon elle 
nourrira indifféremment tous ceux qui se présenteront, 
et les porcelets des différentes portées se mêleront les 
uns avec les autres- ; il faut empêcher cette confusion 
et en même temps faciliter les soins et la surveillance. 
C'est d'après ces vues qu'était dirigée la construction 
des étables séparées, harae. Elles étaient placées les 
unes à la suite des autres sous une galerie ouverte ou 
hangar, porlicus, et adossées au mur qui soutenait le 
toit^ Les animaux étaient mis ainsi à l'abri des vents 
froids et de la pluie. La clôture de chaque étable devait 
être assez élevée pour empêcher la truie de s'échapper 
ou de se blesser en l'essayant' : Varron conseillait une 
hauteur de 3 pieds (0°',887) '•, Columelle de 4 pieds 



mentionnés dans S. Reiuacli. Calai, du musée de Saint-Germain, p. 91, 03, 136, 140, 
143 (lacustres et gaulois); Friederichs, liteinere»Kunst u. Industrie im Alterth. 
0." 1209 à 1212; Gonurmoni, Antiq. du musée de Lyon, n" 664 et 685; Baudry 
et Ballereau, Puits funéraires galto-rom. du Bernard ( Vendée), p. 90 et 223 ; Pot- 
lier et Reinach, Néci-opole de Myrina (1887), p. 85, 205, 580 ; Musée de Itave- 
stain, n* 1071 ; Schliemann, Jlios, trad. franc, p. 645 ; Maspéro, Catat. du Musée 
de Bouiaq, w 4747 ; L. Marchand. .Vo^f sur des hameçons en bronze trouvés dans 
ta Satjne, Paris, Dijon, 1870 ; de Morlillet, Origines de ta navigation et de la 
pêche, 1867, p. 34. Des hameçons votifs sont mentionnés dans XWnthol. Pal. VI, 
4, 5, 23, 27, 28. — 15 SagUtae hamatae, Prop. II, 12, 9 ; cf. l'Un. Bisl.nat. .VVI, 65. 

— 20 Stuart et Rcvctt, Aniiq. d'Athènes, t. III, p. 67 et pi. iv, lig. 5. Voy. deux 
autres trouvées en Grèce, Bronzes nntiq. de la coll. Gréau, 1885. n" 711. — 21 Ov. 
Met. IV, 719. —22 Vil?. Âen. III, 467; V, 239. — 23 Caes. Bell. Gall. VII. 73. 9. 

— 21 Plin. ^Hisl. nal. XIX, 3, 3. — 2S Cols. VII, 7, 15. — 26 Apul. Met. X, 
p. 245. — BtBLtocnAPiiiE. Anieillion, Becherches sur la pèche des anciens, dans 
les Mémoires de l'Institut national, Littérature et beaux-arts, t. V (an XII), 
p. 359 à 363. 

UARA. i Colura. VU, 9, 9 ; l'allad. III, 26, 4. — -' Varr. IX, 4, 13 ; Colum. Vil. 
9, U ; Pallad. .'. (. — 3 Colum. Vil, 9, 10. — * Varr. Il, 4, 14 ; Colum. Vil, 9, 13. 

— o Varr. l. l. 



Il m; 



— 9 — 



IIMt 



^I'",IH)'. l.'/i<ii''i n'i'tuil |Miiiil riiUMTtf : on poiiv.-iil duiir 
uisi'iiiiMit \i)ii- i|iuiiul Ifssdiiis lie priipi'cto tUuiciil iieci-s- 
suiros, iliiiiiicr lu iimirriliiri', t'm|nH'lii'r k>9 pelits d'élro 
«^iTiistw par la iiu'i'c ini h-* i'iiIi'mt i|ii»ii(I ils (•tait'iil 
morts-'. La pm-li-, i-lulilii< ilii ci'>[f uppusi' un iiiiii' de la 
^ult'rit", l'tuil pluooi' uu-ticssus d'iiii si-uil iU(!vi'' »riiii pi(îd ol 
d'une pal mi'0'",;Ui!l' : les petiN ne pi nu aient done le IVan- 
eliir liii'S(|iie la niére siirlait |iiiur aller lioire nu paili-e*. 

•J." Le mot /lum '- ne se trouve clioz les clussi(iu('s que 
dans la prérédenle acception. Il fut cependant applii|ni'' 
à une partie du poulailler aux oies [clieiKiliosn'nn], lorsiiue 
1 eleva^îe de ces volatiles réclama les mômes précautions 
i|ue l'élovajçe des porcs. 

Vers la lin de la ltépulilii|ue, la basse-cour devint un 
des produits les plus importants do la Terme. De grands 
personnajîes, i-oninie .Meltdlus, Scipion, Seins, eurent 
d'immenses troupeaux d'oies''. Il l'allul isoler les mères 
au moment de l'inculiation ', les petits tant qu'ils étaient 
faibles et sans défense*. Pour les premières, f)n cons- 
truisit, avec du ciment ou des briques'', des cellules 
(jui devaient avoir deux pieds et demi (()"", 7!V.)) dans tous 
les sens, suivant Varron'"; 3 pieds (0"',887), suivant 
Columelle ". Chacune était munie d'une porte solide afin 
<rempècber toute évasion'-. Elles étaient disposées sous 
un hangar, pnrlicus, et appuyées contre un mur en 
pierres sèches qui avait 9 pieds de hauteur (:2°',()6)'^. 
Pour les petits, on se contentait de construire un réduit 
soit sur terre, soit sous terre " (Varron appelle ce der- 
nier du nom caractéristique de spelunca '^) où on les par- 
([uail par t^roupes de vingt""'. Quelle que fAl la forme de 
Vltara, on veillait à ce que le sol filt bien sec et on le 
couvrait de paille ou de foin''. Emile Jullien. 

ll.VR^I.VXIAX.V i ipu.àu.a;2\ voilure de voyage, afTectée 
chez les nations asiatiques, notamment chez les Perses', 
au transport des personnes. Les Grecs virent ce véhicule 
pour la première fois à l'époque des guerres Médiques'^; 
ils le désignèrent par un mot composé, rappelant à la fois 
leur char léger (âpfjia, currus) et leur chariot pesant (aj^a^a. 




Fig. 3701. — Harmamaxa, 



rL.\isTRUM). On pourrait se demander comment ces deux 
éléments étaient conciliables; la figure 3701 le fait com- 



t Colum. VU. il, 10. — 2 Varr. II, 4. 14; Coluni. Vil, 0, 10 -.Pallad. III, 26, 4. 
— 3 Varr. /./. — * Ibid. ; Colum. VII. 9, 13. — ô Cic. In Pison. .\VI, 37 ; Ovid. 
Uerold. I. 103. — c Varr. III, 10, 1. —7 Id. Ihid. 3; Colum. VIII. 14, ,ï; Pallad. 
I, 30, i. — 8 Colum. /. ;. 8. — 9 Colum. Vlll, 14, i. — «Varr. III. 10, 3. —H Co- 
lum. ma. — 12 Ibld. — 13 Ibid. — 11 Varr. III, 18, ^. — 15 Ibid. 6. - «6 Varr. 
III, 10. 4; Colum. VIII, 14, 9. — 17 Varr. III. 10, 3 el 4 ; Colum. VIII, 14, 9. 

IIARMAMAXA. 1 Uu vi^hicule analogue (^-tait en usage chez les Scylhes (Ael. 
Aristid. 1, p. 203) ol dans le royaume du Bosphore (Diod. XX, 25). — 2 11 n'y a pas 
de lùmoignages plusaneicns que celui d'Hi^Todote. VII, 41 et 83 ; IX, 76. — 3 Ranlin- 
son, The five great monarchies of the aitcient Eastern World, 3» 6d. (1873), l. I, 
p. 588. — 4 Aristoph. Acharn. 70. — s Xcnoph. Cyrop. VI. 4, Il ; Diod. XI, 5C, 7; 
XX, 25; Plul. Themisl. 20; Cliaril. V 2 cl 3 — G Plut. Arlax. S lieg. el imp- 

V. 



prendre de la façon la pluH claire ; «Ile reproduit un bas- 
relief assyrien, conservé au musée Rrilaimifjue'. Le véhi- 
cule qu'on y voit représenté se compose de deux parties : 
le train d avant, portésurdeux petites roues, devaitavoir 
une forme demi-circulaire; il était découvert el fermé par 
devant; ici il semble entouré d'une Horte de IreilliH; il 
servait de plate-forme au cocher, (|ui pouvait s'y tenir 
debout; comme on voit, c'est exactement le petit char 
dont les (jrecs se servaient dans les combats et dans les 
courses Cï.:|xa). Le train de derrière est beaucouj) plus 
volumineux; il re|)ose sur deux roues d'un plus grand 
diamètre que celles de devant; il est quadrangulaire, 
couvert, entièrement fermé, el dépasse la hauteur d'un 
homme debout sur le plancher; c'est ce train (|ui est pro- 
prement le chariot, l'anaïa, où se tiennent les voyageurs. 

\j7ifiriiiamu.ia des riches el des personnages de haute 
condition était généralement de dimensions beaucoup 
plus considérables; plusieurs personnes pouvaient s'y 
couchera l'aise'. Klles étaient cachées à tous les yeux 
par des courtines et des tapis hx-r^Yr^, t.:i'^-j.t.=.-.-j.>:^x-.%, 
aùXaiï'.) ', que l'on pouvait tirerdu dedans'''. La caisseétait 
ornée d'applications de mêlai, quelquefois d'or ou d'ar- 
gent'. Ces véhicules splendides servaient surtout aux 
monarques el aux grands seigneurs de l'Orient pour 
transporter leur harem avec le personnel d'cunu<|ucs et 
de servantes qui y était attaché; c'est ce qui explique 
qu'ils fussent si jalousement défendus contre les regards 
indiscrets". Pourtant les hommes se faisaient aussi voi- 
lurer dans l'iiarinamaxa quand ils accomplissaient un 
long voyage. La coutume chez les Perses était d'emmener 
avec eux à la guerre, dans le plus grand apparat, ces 
énormes carrosses chargés de leurs femmes légitimes, de 
leurs concubines, de leurs enfants et de leurs domestiques. 

Le char funèbre qui transporta de Babylone à Alexan- 
drie les restes d'Alexandre, était construit sur le modèle 
de l'harinamaxa orientale ; il faut on lire la description 
dans Diodore; c'était un véritable monument; ony attela, 
pour l'amener jusqu'à Alexandrie, soixante-quatre mu- 
lets à la fois. On lui avait donné la forme d'un temple 
péristyle; quoique les motifs de la décoration paraissent 
avoir été empruntés en majeure partie à l'art grec, il 
devait rappeler l'harmamaxa des Perses par l'agencement 
des pièces du train et par la splendeur de l'ensemble^. 

Les Grecs et les Romains ne semblent pas avoir adopté 
Yharinamaxa en dehors des pays où elle était d'un usage 
séculaire; Quinle-Curce écrit encore : « quas [Persae] 
armamaxas appeltanl '°. » Cependant à partir du temps 
des Autonins, ce mot est appliqué par quelques auteurs 
aux chars de parade qu'occupaient les images des dieux 
et les ministres de certains cultes dans les processions 
religieuses". Lucien s'en sert même pour désigner les 
brillantes voitures des riches particuliers ; il semble le con- 
sidérer comme tout à fait synonyme de carpentum'^. On 



apophth. |i. 173 F. — 7 Diod. XVll, 35; Luciau. Episl. Siiliirn. 29. — 8 W notam- 
ment Diotl. XI. 56, 7 et Plut. Thetnist. 26. Voy. pour Xerxôs et sa cour, Herodol. 
vu. 41 ; Id. vu, 83 ; IX, 76. Pour Darius, Q. Curl. III, 3, 23: Diod. XVll. 33; v. en- 
core Xcnoph. Cijrop. III, 1. 8 et 40 ; IV, 3, 1; VI, 4, Il ; Plul. Alex. 43; Diod. 
XX. 25. —9 Diod. XVIII, 26-28; Atheu. V, p. 206 e ; Aeliaii. V. Hist. XII, Cl. V. les 
restitutions de Caylus, Hist. de IWcail. des inscr. XXXI (1763), p. 86; Ouatrcmôro 
de Quincy, .^/ém. de l'Inst. roy. IV (1808), p. 315; Mon. reslitttés, 11, p. I ; cf- 
Saiute-Croix, ICxam. crit. des histor. d'Alexandre, p. 511. — 1" U- Curt. lil, 3, 23. 

— Il Dio Cass. l.XI, 16 ; Tertull. Spfct. 7 (Rome) ; lleliod. Aethiop. III, 4 (Delphes). 

— 12 Lucian. Episl. SaUtrn. 29. — BiBLiocitArniE. — Schcffer, De re vehiculari 
velerum, L'psal, 1671 ; II, p. 226, Ginzrot, Die Vi'agen und Fatirwer/ie der Grie- 
clien und Jiômer (Munich, 18l7j, 1. 1, p. 453, chap. i.ii. 

2 



IlAIl 



10 



IIAR 



ne peut nier du reste que l'Aormamaxa présentât des ana- 
logies avec le carpcnlum des Romains. (îeuih.es Lafayk. 

IIARMOSTAI ('ApixotTTai). — Les haniiostes étaient les 
chefs militaires, les commandants de garnisons, auxquels 
Sparte confiait la défense et la surveillance dos villes sou- 
mises, en dehors de sa confédération du l'élopoiinése. Le 
mot et la fonction d'harmoste avaient sans doute existé 
de tout temps dans le droit public de Sparte ; une scholie 
do l'indarc parle des vingt harniostes lacédémoniens' : 
daulre part on envoyait tous les ans à Cylhère un ma- 
gistrat appelé Ku0ï,po5;y./,;, chargé d'administrer l'ilc et 
d'en commander la garnison- et qui est peut-être iden- 
ticjue à l'àfjA&cT/iÇ que mentionne une inscription de Cy- 
thère'. Schœmann^ a donc conjecturé avec assez de 
vraisemblance ' que les harmostes primitifs étaient des 
fonctionnaires Spartiates envoyés dans les villes des 
périèques pour les surveiller, tout en leur laissant leur 
indépendance municipale, et représenter l'État souverain. 
C(jmme l'indique i'élymolugie du mot i ipy-o^Eiv), les 
harmostes étaient théoriquement des conciliateurs, et 
c'est sans doute avec intention que Sparte avait choisi 
ce litre, moins suspect que celui dos fonctionnaires 
analogues, qu'Athènes envoyait parfois aussi dans les 
villes sujettes, des èzicxonot " ; mais, en (ait, les harmostes 
ont été avant tout des chefs militaires. Les délinitions 
des scholiastes et des grammairiens indiquent à la fois 
le sens étymologique et le sens réel'. On trouve les deux 
formes, âpaocTi-ç, la plus usitée, et ■iGij.oaz-f^ç,''. Les har- 
mostes apparaissent, pour la première fois, pendant la 
guerre du Péloponnèse, en 'fH, en Thrace dans les villes 
d'Ainphipolis et de Torone, récemment conquises par 
lirasidas'. Le chef qui commandait une garnison Spar- 
tiate àThyreîo, dans la Cynurie, en 425, ne parait pas avoir 
été un harmoste permanent'"; nous en voyons d'autres, 
après l'expédition de Sicile, en U2, en Eubée et à Lesbos, 
quand ces pays se sont séparés d'Athènes " et vers la 
même époque à Thasos, à Héraclée Trachinienne '-, 
en ilO à Chalcédoine et à Byzance d'où les expulse Alci- 
biade". Mais c'est seulement en 405 après sa victoire 
d'Aegos Potamos que Sparte généralise l'emploi des 
harmostes pour soutenir son hégémonie dans la Grèce 
propre, les iles et les villes grecques de l'Asie Mineure. 
C'est Lysandre qui est chargé par les éphores, directeurs 
de cette nouvelle politique, d'établir dans la plupart des 
États dépendants des garnisons Spartiates commandées 
par des harmostes et en même temps des oligarchies 
indigènes, recrutées surtout parmi les associations poli- 
tiques, les ÉTatp'xt et dirigées par des commissions de dix 
personnes, des oî/.xsy'ai ou ocy.zoas/ioit '". Démosthène 
dit'' que les Spartiates entourèrent alors l'Attique d'un 
cercle d'harmostes et de garnisons, qu'il y en eut dans 
l'Eubée, la Béotie, à Mégare, à Egine '% à Cléone, dans les 
îles. .\ Athènes même l'harmosle Callibios soutint pendant 
quelque temps la tyrannie des Trente avec une garnison 

IIIVHMOSTAI. 1 Ulymp. ti, loi. — 2 TIluc. 4, 33. — ^ Al/i. Millhciliing. V,p. 231, 
239. — ♦ Griech. Alterth. 13, p. 21C. — ^ Celte coujeclurc a ûtô adoptée par Curtius, 
Uisl. grccq. Irad. Bouclié-Leclercq, t. IV, p. 7. — C Suidas et Harpocration, s. h. v. 
assimilent ces deux sortes de fonctionnaires. — ■• Lex. Seguer. 206, IG ; 2tl, 7; 
445, 29; Suid. Harpocr. Hesycli. s. v. âfiJL'.sTai; Scliol. Aescli. ùd. Didot, p. 504, 
77. —» Ath. Mitth. I. c. ; Xeu. Hell. 4, 8, 39. — » Ttiuc. 4, 132. — lo TUuc. 4, 57. 
— Il Tliuc. 8, 5. — '2Xen. Hell. I, t. 32; 1,2, 18.— 13 Diodor. 13,66,2-5 ; Xen. 
Uell. 1, 3. 5 et 13. — Il Plut. Lys. 13. 5; 14, 2; 3, 4; Xen. Hell. 3,3, 12; 6, 3, 
7-9 ; Isocr. 4, 117 ; 5, 95. — 1" 18, 90. — 10 Cf. .Ven. Hell. 5, 1, 1-9. — lî .\escbiu. 
2. 77; Xen. Hell. 2, 3, 1314 ; Diodor. 14, 4. — '8 Xen. Hell. 4. 8, 3-5. — 19 Xen. 
Uell. 3, 2, 20; 4, 8, 5 cl 39. — 20 Ainsi ClCarque à btzancc, IlercjUidas à Abidos 



de sept cents hommes'". Nous connaissons d'autres har- 
mostes à Ai)ydos, à Sestos", dans les villes grecques de 
l'Asie Mineure et de la cote de Thrace". 

La durée des fonctions des harmostes était indéter- 
minée: on les laissait longtemps dans les villes impor- 
tantes'"'; ils ne dépeiidaiontpas des rois, mais des éphores 
pour le compte desquels ils avaient à surveiller les gé-né- 
raux-'; revêtus de pleins pouvoirs, ils exerçaient à la 
fois l'autorité militaire et l'autorité civile; aussi on choi- 
sissait pour ces fonctions des hommes d'âge mi'ir ; Thu- 
cydide signale" comme une dérogation à ce principe 
l'envoi en Thrace de jeunes gens comme harmostes, 
mais il n'y avait peut-être pas assez do citoyens pour 
remplir toutes ces places, car un texte parle de l'envoi 
d'hilotes comme harmostes". Les harmostes se condui- 
sirent généralement en tyrans. On a de nombreux témoi- 
gnages sur leur dureté, leurs violences, leur cupidité". 
Plutarque loue la conduite des harmostes Gylippe, Bra- 
sidas, Lysandre, Callicratidas, mais ces personnages 
n'ont pas été des harmostes au vrai sens du mol". Rien 
ne contribua plus que ces excès des harmostes et des 
oligarchies des Dix à faire détester l'hégémonie de Sparte 
et à opérer un prompt revirement des esprits en faveur 
d'Athènes. Entre 399 et 390, les éphores supprimèrent les 
commissions des Dix dans les villes grecques de l'Asie 
Mineure-'', etcette mesure amena sans doute le rappel de 
plusieurs harmostes; mais ils furent vraisemblablement 
rétablis par les campagnes d'Agésilas en Asie en .'i9U-395. 
Rappelé en Grèce en 39i, Agésilas laissa en Asie Euxène 
avec une armée pour proléger les villes grecques avec 
le litre d'harmoste - ' . En 39 4, après leur victoire de Cnide. 
Pharnabaze et Conon expulsent les harmostes des iles et 
des villes maritimes-' ; en 39U et 389, Thrasybule dégage 
Lesbos, Iphicrate Abydos, Chabrias Égine-''; en 387, à 
la paix d'Antalcidas, Sparte rappelle ses harmostes de 
l'Asie Mineure, mais les maintient malgré ses promesses 
dans beaucoup de villes grecques^", en établit à Thèbes 
en 383, après la prise de la Cadmée^', un peu plus lard 
àThespies, à Platées'-; en 374, elle promet de nouveau, 
dans un traité conclu avec Athènes ^^ de retirer toutes 
ses garnisons, mais les harmostes ne disparaissent défi- 
nitivement qu'après la paix de Sparte et la bataille de 
Leuctres en 371 '•. 

Xénophon donne abusivement le titre d'harmostes à 
des chefs militaires d'.\thènes, de Sinope, de Thèbes'^; 
Lucien à des gouverneurs romains"^. Cii. Léc-.rivain. 

HAIIPA [lyra]. 

II.VRP.VGÉS GRAPIIK ('AsTravr,; YÇ-xvr,). — Lucien, 
dans un de ses premiers opuscules, suppose qu'un procès 
s'est engagé, sous l'archontat d'Aristarque, entre deux 
consonnes, le siymael le tau, à raison d'une spoliation 
violente dont le tau s'est rendu coupable au détriment 
du sigma. Le tau, qui a décidément à conir de remplacer 
toutes les autres consonnes, veut dépouiller avec violence 

(Xen. Hell. 1, 3, 15 ; 4, 8, 3). — 21 Thuc. 4, 132. — 22 Jbid. — 53 Xen. Hell. 3, 3, 
12. — 2i Diodor. 13, 66, 5; 14,3; Xen. Hell. 3, 5, 12; G, 3, 7-9 ; De rep. Laced. 
14, 2; Plut. Amator. narrai. 3, 10; Lys. 13 et 19; Isocr. 4, 117; Pausan. 5, 18, 
3; 9, 32,8. — îi Plut. Lyc. 30, 4. — 26 Xen. Hell. 3, 4, 2. — 27 Ibid. 4, 2, 5. 

— 2S Ibid. 4, 8, 1, 8. — 29 Ibid. 4, 8, 29, 39; 3, 1, 1-9. — 30 polyb. 4, 27, 5, 

— 31 Xen. Hell. 5, 2, tt ; 5, 3, 9-26 ; Diodor. 13, iû, 2-3. — 32 Isocr. 14, 13; Xen. 
Hell. 5, 4, 15. — 33 Diodor. 15, 38. — 3'. Xen. Hell. 6, 3, 18 ; Pausan. 9, C, 4. 

— 3o Xen. Hell. 4, 8, 8 ; 7, 3, 4 et cl 19 ; Anab. 3, 5, 20. — 36 De mort. Peregr. 9 ; 
Toxaris. 17. — BmuuiiBAi'Uie. — Pauly. ItealEncyclopaedie, t. III, p. 1009-1070; 
Herniann-Tliumser, Lelirbuch der griecttischen Antiguitâten. StaaUalterlltùmer, 
§ 39 ; Uilbert, Handbuch der griech. Staatsaltertbùmer, î' H.' t. I, p. 39 et 95. 



Il m; 



— Il — 



il Alt 



Iti 5(i/i(i'i (l<> i|iii'li|u>'>> iiiiil'^ i|iii lin M|i|Kirlii-iiiii-nl onrorc, 
t<t(-i> ilcriiii'i' riiriiiiili' sfs ^ricN (li'Miiil iiii ti-ilmiial rnriiii' 
iltissopl voyi'llcs. L'iu'liitri iiilt'iilci'csluiin kpTt«Yfi« y?*?''i ' • 
V a-l-il ou rc^'llfiiienl , c'ii ilrnil alli(|iu', une nclioii, 
ii(iiiiiiM>i< i;Ttïvf|; yai^Y,, poui" urrivi'i' ;\ la n-pix-ssiiin de i 
rfiil('>v(>uu'nl aM'c violt'iico (jutï pt'a; àç«t'pe«i«) d'un" |>''r- [ 
soiiiii' ciu d'uni' cliiigi' ? 

I>c iiiiiiilxruv loxlcs prouvent i|iii' ri'niiAcini'iil avci- 
violcnci' d'une pi'rsDnnr aiilnri^ail la mise t>n niouve- 
iniMil d'une action privéi», la iiiaion iiikk, dont nousavons 
précodcninicnt parle |t. I, p. "()(>). Mais la peine pécu- 
niaire de l'enlèvement avec violence d'une l'emme lilire 
pouvait paraître insul'lisante, eu éj^ard A la gravité de la 
faute. I, ordre social exigeait aussi quelquefois que toute 
personne fi'il atlmise ;i poursuivre la rr'pi'(î>;siiin du di'lil. 
l'ne action pulilique était, sinon absolument nécessaire, 
au moins très utile dans beaucoup de cas. Mais fallait-il 
ajouter une Vr^'r^' ]'*>'"lfint "" "om particulier, à toutes 
les yiïii; existant tlejiV.M/'jftpsc.xîYpa^Yi ne sut'Iisait-elle pas 
p(Uir arriver au but que l'on désirait atteindrc?Gràce aux 
termes trèscompreliensifs de la loi sur Tuêp'.; '•', l'auteur du 
rapt pouvait être condamné à une peine très sévère, même 
à la peine de- mort'. Une action spéciale, dite xa-mt'irfi 
Ypaif,, n'eût pas rendu de grands services à la société. 

Si des personnes nous passons aux choses, nous devons 
reconnaître que les Atiit-niens n'ont jamais confondu le 
vol simple (xàotty,! avec le vol accompagné de la circons- 
tance aggravante de violence {ip::^-;/,). L'antithèse entre 
les deux délits est nettement marquée par Aristophane ' 
et par Platon-'; ce dernier applique à chacun d'eux un 
qualiticalil' dilTérent. Mais il ne s'ensuit pas qu'il y eût 
à Athènes, à côté de la xXoTt-fi; 8(xr,, tendant à la répres- 
sion du vol simple, une ip-ix-rï,; Ypxi/,. tendant à, la ré- 
pression du vol avec violence. Jamais les orateurs ne 
font allusion à une action publique ainsi nommée. Quand 
ils veulent opposer aux voleurs simples, aux -/.aitz^x:, 
des voleurs avec circonstances aggravantes, ils appellent 
ces derniers MoTzoo-Jrx.:^, et l'on peut en conclure que le 
vol avec violence donnait ouverture à la Xmzoojt'xç ou 

Ces éliminations faites, on doit se demander à quels 
actes s'appliquerait bien ripTavriÇ -'pa-ir,. Le législateur 
athénien avait-il institué quelque action spéciale pour 
punir le citoyen qui se faisait justice à lui-même en 
dépossédant violemment un autre citoyen d'une chose 
sur laquelle il croyait avoir des droits préférables à ceux 
du possesseur? Reprendre son bien par violence, au 
lieu de s'adresser à la justice, n'est-ce pas troubler gra- 
vement l'ordre public et renoncer à un des bienfaits de 
la civilisation pour ressusciter un régime de guerres 
individuelles? Voilà pourquoi Louis IX, dans son ordon- 
nance de 1270, édicta des peines confri' les spoliateurs, 
même quand ils étaient légitimes propriétaires de la 
chose enlevée, lorsqu'ils s'avisaient de reprendre, les 
armes à la main, leur chose entre les mains du détenteur, 
si peu digne d'intérêt que fi'il ce délenteur, lors même 

IlAHl'ACÈS CiRAPHJi. I Luciau. Judic. Vocal. 1 cl s. — 2 Aescii. C. Timarch. 
IS, Didot p. 32; Demoslli. C. Midiam, §§ 43 el s. Rciske 328 et s.;— 3 Tlionisscn, 
Le droit pénal de la Rêpnbl. nthéii. p. m. — <• Plutiis, 372. — 5 Leges, XII, 
911 b. D. p. 480. — Antiphon, De cxde Herodis, 9, D. 23; Isocrat. De Per- 
m;t. 90, D. 212; Aescli. C. Timarch. 91, D. 45; cf. Poilus, VIII, 102; Xen. Me- 
morab. I, 2, 62. —1 Lysias, C. Pancleon. Il cl 12, D. p. 199; cf. Plat. Leges 
XI, 914 e, D. p. 462. — 8 Meicr et Scliôraaiin, Atlische Process, éd. Lipsius, 
p. 437 et 646. — 3 Platncr, Process und Klagen, 11, p. 177. — 10 Plut. Solon, 18. 



qu'il ertl été un ellroiite larron, «liKiie du K'bel. On 
admet généralemi>nt i|ue la iii.^i<'» iukk etail bien sul'li- 
sanle pour réprimer touHlesaliUH comiiiisdunH l'exercice 
d'un droit", et l'on écarte encore, comme ne répondant 
pas a une réaliti' du droit athénien, la Yr"?'! ip't*','',; de 
Lucien'. Nousavons déjà l'ail observer que, de même 
((u'il y avait, à Rome, à cùti- de l'action privée vi bonn- 
ritiii niploitim, une action publique fondi'-e sur le crime 
de violence, de même il pouvait y avoir, ii Athènes, à 
côté de la piaiciv ôîxy,, une action publique fondée sur la 
violence, celte flia; xai ap:taY''i« V?»î''i. dont Lucien a 
parh-''. La ilii;ilité d'actions lendant à la répression de 
faits de violence; devrait d'autant moins surprendre qu'on 
rencontre pareille dualité pour le cas de vol et pour li; 
cas de voies de fait. Solon iivait voulu, ilit IMiitarque, 
que les citoyens, membres d'un même corps, soulfrissenl 
tous du mal d'un seul; lorsque l'un d'entre eux a 6lé 
victime d'une violence, les autres doivent sentir l'injure 
aussi vivement que la victime et peuvent en poursuivre 
la réparation'". Nous devons toutefois reconnaître que 
notre argumentation n'a pas convaincu M. Lipsius. Le 
texte même de Démosthène, qui oppose le cas où une 
personne a suivi la foi d'une autre au cas où cette per- 
sonne a soulTert d'une violence, el qui veut que dans le 
second cas la défense ait un caractère public qu'elle n'a 
pas dans l'autre hypothèse", ne lui semble pas favorable 
à notre opinion'-. E. Caillemeu. 

II.VRP.VGO ("ApTra;, âpTri^r,, xps-ivpa, Xûxoç, è;a'j<i-yip). 

I. Orift'e, instrument muni de crochets'. On en possède 
de semblables, généralement composés d'une tige qui est 
terminée par une douille destinée à recevoir un manche 
en bois ; cette tige fait corps avec un anneau central - 
autour duquel sont disposées des dents recourbées, en 




Fig. 37112. — Barpago. 

nombre impair, généralement cinq, quelquefois sept. On 
adécouvert beaucoup de ces crochets dans les nécropoles 
des environs de Bologne et dans l'Étrurie proprement 
dite; ils sont le plus souvent en bronze, mais on en a 
trouvé entièrement en fer ■'. Quelquefois les deux 
métaux sont employés dans un même instrument, la tige 
et l'anneau central étant en bronze et les griffes en fer''. 
Ces crochets sont souvent ornementés ; la tige torse 
est réunie à la d(niille par une tète de serpent, et à 
l'anneau central par une gueule de lion; la base des 
grifïes est formée d'une tête de serpent'. D'autres 
crochets, qui paraissent d'époque plus récente, portent à 
l'extrémité de la tige, voisine de l'anneau et perpendicu- 
lairementà celle-ci, une baguette terminée parun crochet, 
un anneau ou une pointe, et garnie elle-même d'une ou 
plusieurs dents plus petites ^. 

— Il licmoslh. C. Mid. 45, R. 328. — '- Lipsius, Al tiscUe Process, p. 646, note -MS. 
IIAKPAGO. I ExsCToï ï/n {fx'fmji.Scliol. Eurip. Cgcl. 33; llesych. s. V. i^-i-i-r,; 
cf. Anlliol. Pal. VI, 101 : j,5,f»S«»îiX,.,. — 2 Quelquefois cet anneau est remplacé 
par un disque plein ; voy. Furlwaengler, Dronzen von Olympia, n' 119". — ■' W. llol- 
big, l'Épopée homérique (trad. ïrawinsiti), 1894, p. 453. — » Baliclon et Blaiiclint. 
Calai, des bronzes de la /libl. nalionate. p. 599, n» 1499. — 5 Ibid. — « Raoul 
Rochelle, Troisième .1/cm. sur les anliq. des catacombes, pi. vu ; W. Holbig, 
Ope. p. 457 ; Babelon et Blanchet, Op. c. p. 598, n" 1497. 



iiAi; 



— 12 — 



Il ai; 




Fig. 3703, — Crocliel à viande. 



On allril)ue plusieurs dcslinalions à ces crochets. 
L'opinion d'aprèslaqucllc ils auraient servi d'instruments 
de supplice pour déchirer les chairs des martyrs chrétiens 
est généralement abandonnée. Alessandro Castellani a 
rapproché ces crochets des fourchettes dont se servent 
les pêcheurs napolitains pour pécher à la lumière, en 
plaçant de l'otoupe enflammée entre les f^riiros'. Mais 
c'est pluli'il dans l'intérieur des terres (ju'on trouve ces 
crochets, et on les rencontre pres(|ue toujours à côté d'un 
gril, de pelles, de pincettes, etc. (;'est pourquoi Schulz, 
dès 1S3.">, considérait ces crochets comme des ustensiles 
de cuisine - et plusieurs savants se sont rangés à cet 

avis '. Des textes 
où des crochets 
ou fourchettes à 
viande sont appe- 
lés xp£«Ypa, ài- 
-â-Y'ii '■ûxt';, peu- 
vent être cités à 
l'appui •. Le crochet servait soit à maintenir la viande 
au-diîssus du gril, soit à l'enlever, soit à retirer du 
chaudron les morceaux qui étaient cuits. Un vase à ligures 
rouges du style sévère, conservé au musée de Berlin % 
confirme cette explication. Il représente ffig. 3703) Médée 
rajeunissant, en présence d'une fille de Pelée, un bélier 
haché en morceaux et contenu dans un chaudron; la 
magicienne tient de la main droite baissée un crochet 
à cinq dents. On voit encore nettement l'usage de la 
xsïiypa sur une ciste de Préneste ". On y remarque plu- 
sieurs personnages occupés à faire la cuisine et l'un d'eux 
tire d'une marmite, au moyen de la y.ùei-fZT., un morceau 
pour le placer sur un plat qu'il tient de la main gauche. 
En faisant observer que les crochets trouvés en Italie 
ont généralement cinq dents, M. Helbig a rappelé un 
l'urieux renseignement, donné par Eustathe, d'après 
lequel les fourchettes à viande dont se servaient généra- 
lement les Grecs avaient trois dents, tandis que celles des 
Cyméens éoliens en avaient cinq'. Or, Cumes en Cam- 
panie passait pour être une colonie fondée en commun 
par les Ioniens de Chalcis et par les Cyméens d'Éolie *. 
M. Helbig considère aussi que le crochet à cinq griffes 
est le -£u.-(ôë(iÀov dont on se sert dans -les sacrifices décrits 
par Homère ^ Cette opinion n'est pas partagée par 
M. Engelmann '", qui, s'appuyant sur un texte d'Hésy- 
chius", considère le /lempobulon comme une sorte de 
fourche à cinq dents droites. Pour les fourchettes plus 
petites à deux ou trois dents, voy. fuscinula. 

La y.sôiyp à une griffe ou croc, que l'on appelait des 
mêmes noms '-, servait à retirer les cruches et autres ré- 
cipients ou tous autres objets tombés dans un puits. 

I Vo). Fricdcrichs, Kleinere Kunsl uiid liitlmlrie, p. 338. — 2 Bull, dell' Iiisl. 
1636, p. 73 ; 1810, p. 59. — 3 Raoul Roclicllc, p. 31 et 158; Uennis, The ciliés and 
cemeteries of Etruria. 1878, 1, p. 411; Fricdcriclis, /. c. — l Allieii. IV, 169 B; 
Arisloph. Eq. 772 (782), Schol. ; Pollui, VI, 88; VII, 23; Hcsvcli. s. ». «oii-,.,»! 

— I> Furlwacngler, Deschr. rier Berliner Vasensammliing, p. 510, n» 2188 ; 
W. Helbig, p. 459, fig. riî. — f: L. Uuvau, dans les Mélanges d'archéol. de f École 
de Home, 1S90, 1. X. p. 300, pi. vi. — 7 EusUlh. Ad H. I, «3, p. 135, 40. 

— » Slrab. V, p. 243; W. Helbig, p. 460. — » II. 1, 463 ; Od. III, 460 ; cf. Apol- 
lon. LeT. hom. p. 129, 29 ; W. Uclbig, p. 4Si. - 10 R. Engelmann, dans le Jahrhuch 
des deutsch. Imt. 1891, t. VI, p. 176. — 11 Cf. Apollon. Lex. hom. p. 129, 29. 
— 12 Arislopli. Eccl. 1037 et s. ; l'ollui, X, 3 1 ; Iles; cli. s. v. àfîràyr,, \i%«i et U.ijiTKp , 
Isid. Orig. XX, 13. — 13 Liv. XXX, li); Fronlin. Slrat. Il, 3; Caes. Bell. Gai. 
Vil, 81 ; BM. Citt. I. 57; Curt. IV, 2 ; of. PUn. VII .57, 17; Atlien. p. 208 d. — 
BiBLiocBAi'iMK. — _ Raoul Roclicllo, Troisième Mém. sur tes antiq. chrél. trouvées 
dans les catacombes, 1838, p. 157 cl s. cl pi. vu ; Friederichs, Kleinere Kunst und 
Industrie im Alterthum, DHsscIdorf, 1871, p. 337 ; W. Helbig. Le Pempobolon, dans 
l'Épopée homérique l,\.ni. Trawinski), 1894, p. 434-460; Engelmann, Oas homerische 



II. Le nom de /irirpago, /larpax 'is^ia; i a été donné aussi 
à un pieu muni d'un fer recourbé dont on se servait 
pendant un combat naval ou un siège de ville". Cet 
instrument de guerre portait encore le nom de ferrea 
maniis. ,I.-.\iihii;.n Bi.ammiet. 

II.VHP.\ST(>.\, — Variété du jeu de balle [i'ILa]. 

irAiii'i-: lALv. 

IIAIti'OCItATICS (ApTroxiiTY,,-, Ai-o/i/TY,;, 'Aiipoxpi- 
TT,;), nom sous lequel le dieu égyptien Horus fui adoré 
à Alexandrie d'abord, puis dans tout le monde gréco- 
romain, à côté d'isis, de sérai'Is et d'ANUBis'. Ce nom 
n'est qu'une forme hellénisée des mots égyptiens Har-pa- 
khrat, qui signifient « Horus l'enfant ». 

Dans la religion pharaonique Horus représentait le 
soleil levant; la victoire qu'il remporte chaque jour sur 
les ténèbres de la nuit avait inspiré un mythe où se 
mêlaient des idées morales et mystiques; on racontait 
que le dieu suprême Osiris avait été mis en pièces par 
Set, son éternel ennemi, et que celui-ci avait dispersé 
ses membres pour l'empêcher de reparaître. Mais bien- 
ti'jt Isis, épouse d'Osiris, eni'aiifail Horus; le jeune dieu 
vengeait son père et se rendait maitre de Set, sans ce- 
pendant parvenir jamais à l'anéantir. Ce drame divin 
symbolisait, en même temps que la succession alterna- 
tive des jours et des nuits, le perpétuel antagonisme du 
bien et du mal, de la vie et de la mort dans la nature 
et dans l'humanité. Horus formait avec Osiris et Isis 
une triade dont il était la troisième personne; on le 
représentait sous la figure d'un enfant, portant sur un 
côté de sa tète rasée une longue boucle de cheveux, à 
la façon des enfants égyptiens, et tenant entre ses lèvres 
l'index de sa main droite, geste familier au premier âge; 
souvent il était accroupi sur une fleur de lotus, sym- 
bole de résurrection. On considérait aussi l'épervier 
comme son image -. L'Horus égyptien avait été, au temps 
d'Hérodote, identifié par les Grecs avec leur Apollon ■', 
qui personnifiait comme lui le soleil et jouait sans doute 
un rôle analogue dans les mystères de Delphes et 
d'Eleusis. Après la fondation d'Alexandrie, Horus, hellé- 
nisé le plus souvent sous le nom d'Harpocrate ', reçut 
des artistes la forme qu'ils donnaient alors à Éros, celle 
d'un enfant aux membres potelés, aux longs cheveux 
retombant en boucles sur les épaules ; on lui conserva le 
geste qui distinguait ses images dans l'art égyptien, mais 
on attacha à ce geste un sens tout nouveau ; l'idée se 
répandit qu'en portant un doigt à sa bouche le dieu 
commandait aux initiés de garder le silence sur les pro- 
fonds mystères qu'on leur avait révélés. Catulle emploie 
par plaisanterie le nom d'Harpocrate pour désigner un 
personnage discret ". Parmi les figures d'Harpocrate ", il 

Pnnpobolon dans le Jahrbnch des trais. deu{sc>i. arch. Instituts. 1891, t. VI, 
p. 173-176. 

1I.\RP0CRAT£S. > On verra ù l'article isis commeat son culte se r^-pandit 
hors de l'Egypte avec celui |des trois autres divîait<'-s : leur histoire a C>ti'- la sienne. 
— 2 l'iul. De h. et Os. 12, 18, 19, 21, 22, 38, 40, 43, 50, 52, .'4 à 57, 60, 65, 68. 
Pierrcl, Dicl. d'arck. égypt. art. Uarpocraie et Horus-, Maspfro, Ihst. anc. des 
peuples de l'Orient (1875), p. 31 à 39 ; Ed. Mever, ap. RoscUcr, Lexik. der Myth. 
s. v. Les Égyptiens distinguaient deux Horus, l'aîné et l'enfant; c'est le premier. 
Horus Arouôris ('.\f&>,M;), que Plutarquc identilie avec Apollon. — 3 Herodot. Il, 
144. Le nom d'IIarpoeriitc semble encore inconnu au temps deTli(^-opliilc, poète de 
la Conn!*die moyeinie. Comte, attic. fragm, (KockJ, t. Il, p. 475, fr. 8, vers 6. — * Le 
nom d'Ilorus et l'identification avec Apollon subsistent en dehors de l'Egypte, même 
apri^s cette date, comme on le voit par l'iutarqne, /.cet par les monuments ; Corp. 
inscr. graee. 1800, 2230, 2293, 2297, 2302; Bull, decorr. hell. VI. p. 317. — 1 Ca- 
lull. 74, 4; Varr. Ling. lat. 5, 57; Ov. Met. IX, 691 ; Plul. Op. cit. 68. — « Nous 
n'avons pas à nous occuper ici de celles qui ont élé exêcul<5es en Egypte pendant 
la période gréco-romaine et qui n'en ont été exportées que dans les temps 



Il m; 



— i'â — 



Il M( 



litiit ilistiii^dor d'alioril ii-llcs où l'uu a vihililuiiiuiil iiiiid- i 
l'urt (>Kyplifii, soil i|u'i<llu8 uionl vlu l'vporliio» ilT.fiypli' 
tliiiis ruiitii|iiiti'. M)it (lu'oii l«s ait raiii'ii|iu''fs liiirsili- iw, j 
pays. Klli's ^onl i'\ci-uli'cs a\cc iiin' raideur «l um^ si-clii'- 
ii'ssi! NoiiliiL's ut l'Jlt's porlonl lies altriliuU cupii-s sur 
li>s iiioiiuiiicdIs (le ('•■".({ypti', li'ls iiiic lo psclit'nl et lu 
louft '. A Myiiiia (Asie Miru'uri'! on en a Iniuvc uni! en 
luri'o t'uiaillfr, charKOO d'iiicrnulyplics jau^'. Kii soconil 
lii'U virnnonl les li^uirs dont le style est eonloruie aux 
traditions de l'art f^ree; <|uel(|iies exemplaires, d'une 
facture liyl)ride, pourraient servir de transition iMiIre 
cette i-ate(;orie et la précédente. 

Dans les imagos i)ropreineiil gréco-romaines' le dieu 
porte sur le Iront, comme ses parédres Isis et Sérapis, 
une lleur île lotus ou uu croissant ^ Il est généralement 
nu comme T.ros, ou légèrement vêtu; parfois aussi il a 
des ailes derrière le dos ''. Un carquois rappelle ses 
attributions de divinité solaire idcnliliée avec Apollon ''. 
Par suite du rapport (pie sa destinée présente avec celle 
du Dionysos des Mystères ^hai;ciius\ il a le front ceint 
d'une couronne de lierre ' ; une néhride est jetée sur ses 
épaules'; sa main gauche lient une corne d'abondance, 
symbole de la fécondité de la nature, dont il personnifie 
les forces inépuisables', hlentilié avec Hercule, vain- 
queur des monstres, il est parfois 
armé d'une massue'". Il est probable 
qu'à l'origine les artistes ne donnèrent 
au jeune dieu alexandrin qu'un petit 
nombre d'attributs; mais la plupart 
des images que nous possédons datent 
de l'époque où le syncrétisme accumu- 
lait sur une même divinité les sym- 
boles les plus divers. On confondit 
alors dans la personne d'Harpocrate 
tous les types de dieux enfants, créés 
par les artistes antérieurs. Les Ro- 
mains ajoutèrent à ses attributs la bulle 
fBULLv], qui chez eux ornait le cou des 
petits enfants " ; on emprunta enfin à 
l'iconographie égyptienne l'épervier, 
qu'on plaça à ses côtés'-. La statue 
reproduite dans la figure 3704 est un 
des monuments qui représentent Har- 
pocrate sous la forme la plus simple et la plus achevée ; 
elleaété exhumée dans la villa d'Hadrien, àTibur'^. Une 
terre cuite de Tarse, en Cilicie (fig. 3705), nous montre le 

modernes ; il y eu a dans beaucoup de musées. Ce doit être, par exemple, le cas 
du monument de la lifiv. arch. .KXXII (1876), p. 196, pi. xvui ^= Ed. Mejcr. /. c. 
p. 27-i9). Il est douteux (|ue l'on trouve hors de l'Egypte la Ggure monstrueuse de 
l'Horus à tùte d'éperviur. — t V. notamment une statuette on bronze, avec inscrip- 
tion phénicienne, conservée à Madrid : Hiibncr, Ant. Bildw. iti Madrid^ p. 231 ; 
Zeitschr. d. Deulsch. Morgenl. Ces. .VXXVll. laf. 1; Ed. Mejer, (. c. p. 2747; ef. 
Lafaye, Hist. du culte des divinités d'Alexandrie, Catal. n"* io4, iâ6, 169. — - Bull, 
de corr. hell. 1885, p. 199 ; l'otlicret Reinacli, Nécrop. de Myrina (18S7), p. 239. 

— 3 Pour le type le plus géni!ral. v. lafaye, Catal. n" 15. 16, 65, 66, 68, 71, 74, 
78, lOi, 103, 112, 154, 155, 157,217, 224, 229; Babelon et m^nchcl. Bronzes anl. 
de la Bibl. Nat. n" 645 à 660 et 1585. — '* Lotus, Lafaye, Ibid. n" 65, 69, 75, 
112, 217, 224, 229; cf. fig. 3704; croissant, 66; cf. fig. 3705. — 5 Ihid. 69, 73. 

— 6 Ibld. 70. — 7 Ibid. 70, 95. — 8 Ibid. 73. - 3 C'est l'attribut le plus commun ; 
il orne la plupart des ligures citées dans la note 3. — *0 Lafaye, l. c. n"* 67, 101. 

— 11 Ibid. 70, 73. — 12 Ib. 69, 72, 104, 117. — « Ib. 65. Musée du Capitole, v. 
bottari, Mus. Capitol. III, lav. lx.xiv; Pii-anosi, Stat. ant. n" 23 ; Rigiielti, Mus. Ca- 
pitol. I, XVII. — 1* Lafaye, Catal. n" 75 et pi. in = Heuzey, Figurines ant. de terre 
cuite du Louere (1883), pi. 53,5.— 15 Lafaye, u« 79; cf. n" 80, 164 et 198; Andc/i. 
dî Ercolnno, Lucernc, pi. ii ; .Mittlteil. des deutsch. Inst. in Athen, 1885, p. 177. 

— IG Plin. Hist. nat. -XXXIll, .11. — n Lafaye, n»' 154 à 157, 163 à 160, 168 et 169. 

— "ilbid. n' 207 ; G. Jahu dans les Berichte d. Sâchs. Ges. d. V/iss. PMI. Iiist. Classe, 
1855, 51. — BtoLioGitAi-tiiR. V. celle de l'article isis, mais spécialement Cupper, Ilar- 




Fig. 3704. — Harpo 
erate. 




jiMinii dieu tenant ii la main la torche mysli«|iii' et porté 

sur le dos d'une oie, unimal que l'on sucrilluit h hiu". 

Sur beaucoup île iiioniiiiieiits, 

llar|>ocrate est réuni aux autres 

divinités alexundrines ; il lui- > 1^ 

porto seulement de noter ici 

qu'on le voit quelquefois sur les \ 

genoux do sa mère, Isis, (|ui lui y{{ ^^j 

donne le sein "'. - "' ' 

l'Iiiie l'Ancien nous apprend , 

que les lloinains de son temps 
commençaient'i porter au doigt, 
montées en bagues, les images 
d'Harpocrate et de ses paré- ' y 

dres"'; nous avons un grand , 

nombre de pierres gravées et de ^.^ii 

liguriiies de métal (jui ont servi f,g, 3,0;;. _ uarpocra^. 
à cet usage "; on leur attribuait 

une vertu prophylactique. Les mêmes types se voient 
aussi' sur des amulettes, que l'on suspendait ii son cou". 

Ukohoes L.\f.\ye. 

ll.\lll>YIA,"Apxu!a,leplus souventau pluriel, "ApTcut'/t'. 

1. Cnraclih-c et rôk. — Les Ilarpyies, dit Suidas, sont 
des démons ravisseurs, àoxxxTtxx! Ixdj.vit;-, des divinités 
ravisseuses, isTtaxTixaî ©sa! ; leur nom vient de 7.ç.:ro)'. 

Elles apparaissent déjà dans Homère et Hésiode. 
L' lliudi; et VOrli/ssiir ne disent rien de leur nombre et ne 
donnent le nom que de l'une d'entre elles, "Ap7rui-x 
Trooisyr, ^. Dans Hésiode, elles sont au nombre de deux, 
'AsXÀo') t' 'Q)cu7r;TY|V TE ■'. Avec quelques variantes, ces deux 
noms sont reproduits parles mythographes ".LesLatinset 
les commentateurs, à l'exemple de Virgile, en ajoutent 
souvent une troisième, Cetaeno, KeXxivoj, ou Acholoe''. 

Elles étaient, dit Hésiode, filles de Thaumas, né lui- 
même de l'union de Ponlos et de Gaia, et de son épouse 
Élektra, fille d'Okéanos". D'autres leur donnent pour 
père Poséidon' ou Typhon'" et pour mère Ozomène ". 

Elles habitaient tout au bout du monde occidental, 
sur les bords de l'Océan, suivant les uns'- en Thrace, 
suivant d'autres, auprès de Salmydessos'-', au fond de 
la Scythie '',00 dans les îles KâXuSvxi de la mer Sicilienne '•'• 
ou dans les îles Strophades de la mer Egée"'' ou dans 
une caverne de la Crète'''; quelques-uns même les 
attribuent au Péloponnèse '^ où le tleuve Ti'YpT,ç aurait 
pris d'elles son nouveau nom de "ApTcuç. 

Ces déesses rapides avaient enfanté les coursiers des 



pocrates (1687) ; Montfaucon, Antiquité explii/uée, t. II (1719), p. 300 à30S, pi. cxxn 
à cxxv ; Georgii, articles Barpocrates, Horos dans Paulys Real Encyclopaedie der 
Altertk. Wiss. (1846); Ci. Lafaye, ffist. du culte des divinités d'Alexandrie hors 
de l'Egypte [Bibl. des Éc. franc. d'Athènes et de Borne, t. XXXIII), 1883, p. 18 
et 259 ; Ed. Meyer, art. Horos, dans Rosciier, Lexikon der Gr. u. B. Mythol. (1890). 
HARPYIA. 1 L'orthographe A'A-jm-., que l'on trouve sur une peinture de vase, 
(voy.lafig. 3 706) avait été déjà notée. — 2 Suidas, *. ti. — i*Etym. Magn. f. v. — ^ Iliad. 
XVI, V, 150 sqq. ; MiUingen, Ane. uned. Mon. p. 43 ; de Luynes, Ann. de l'Inst. 
1845, p. 6, et d'autres après eux, ont émis l'idée que âj-vta doit élre ici une épi- 
tliète exprimaut la vitesse de TroSâf^r., qni serait le nom d'une jumeut, comme ail- 
leurs c'est le nom d'une cliicnnc (Hyg. Fab. 181) : Euslathe appelle roSapy'^î '® 
cheval d'Hector ; d'autres scholiastes affirment que toute bête de somme et de trait 
aux pieds blancs peut mériter ce nom. La légende homérique ne serait qu'une va- 
riante de la croyance ou du proverbe populaires sur les cavales fécondées par le 
vont (cf. Virg. Aen. III, 209; Serv. Ad Acn. 111, 269 sqq.). — s Hes. Theog. 235 
sqq. — C Apollon. 1, 9, 21 . — 7 Virg. Aen. III. 21 1 ; Tzetz. Ad Lycophr. 100 ; Hyg. 
Fab. 14; Bode, Script, rer. 7nyth. latini tres,l, lit. — 8 Hesiod. 'l'heog. 235 sqq' 

— 9 Val. Place. Argon. IV, 428. — 1» Serv. ad Aen. III, 241. — H llyg. Fah. X, 
^^. — ^illiad. XVI, 149 sqq. — " Apollon. Rhoil. II. 184; Apollod. I, 9,21. 

— !'■ Schol. Apoll. lîliod. Il, 28.Ï. — 15 Virg. Aen. 111, 209 ; Hyg. Fab. 14. — l« Pi- 
saudr. ap. Schol. Apoll. Rliod. H, i0S8. — n Apoll. Rhod. Il, 298. — is Apollod. I, 
9, 2t. 



IlAll 



— \'^ 



mai; 



héros. L'IUndc donne pour p('re aux chevaux d'Achille, 
Xanlhos el Balios, le vont Zéphyros qui avait surpris 
la Harpyie PodarRè ' dans les prairies d'Okéanos. Voss 
avait déjà rapproché, avec raison, somi)Ie-l-il, celte tra- 
dition homérique de la légende arcadicnne sur Poséidon 
Hippios ci Déméter-Érinys ^ A l'cxeniple d'Homère, 
Stésichore donnait pour mère aux chevaux des Dios- 
cures ta Harpyie i'odargè ', Nonnos la Harpyie Aello- 
pous au cheval Xanlhos et à la jument Podargè '. 
Arion, cheval d'Hercule, était né d'une Harpyie cl de 
Poséidon ou do Zéphyros ■' ; nous nous rapprochons de 
]>lus enplusde la légende arcadicnne, puisqu'Arion était 
né de l'union de Poséidon avec l'^rinys-Déméter. 

Les Harpyies sont, à l'origine, les messagères du dieu 
infernal, comme Iris, leur sœur'' l'est du dieu céleste. 
Ce sont les pourvoyeuses de l'enfer, qui viennent ravir 
les mortels et les emporter à l'extrémité du monde, vers 
le pays des Ombres ou les ilos des Bienheureux. >■ Et 
maintenant les Harpyies l'ont enlevé sans gloire », ces 
mots se trouvent deux fois dans YOdyssi-e, quand le 
poète fait raconter la mort d'Ulysse par Télémaque 
d'abord, puis par Ulysse lui-même'. Elles sont les 
fournisseuses des Érynies"; et quand les scholiastes el 
les arrangeurs de théogonies voulurent coordonner en 
système le chaos des légendes et des traditions, ils arri- 
vèrent à la combinaison triparlile : Furiae apud Inferos, 
Dirae npud Siiperos, i» medio flaiyyine^. Peut-être ce 
système contient-il une part de vérité : il faut, en tout 
cas, le rapprocher de la légende arcadienne sur les trois 
groupes d'Érinnyes, célestes, terrestres et infernales '". 
Mais dans la langue poétique (les Harpyies furent surtout 
une machine de tragédie ou d'épopée), Harpyies, 
Euménides, Érynnies se confondent". Furiarum ego 
maxima, dit Celaneo dans Virgile'-; 'AoTruiat KXwôiùeç 
àvT|Oô!'J/av-o ar/.a'.va'., ouvExi o'i TTxîoaç dit une épitaphe 
versifiée '•''. De proche en proche, on les assimila aux 
autres vierges divines de l'Occident, les Hespérides", 
ou aux autres monstres infernaux : Lucain '^ les appelle 
Slygias canes, el Hésychius ip-axT-xQÙi; jcûvaç "^; on leur 
attribua toutes les épilhètes el tous les synonymes néces- 
saires à la mesure du vers, [AsviAoïo Ato; Y.'n^.:,^' , famidas 
Jouis**, canes Jovis*^. 

II. Représentations. — Les Harpyies, disent les com- 
mentateurs, avaient emprunté leur nom à un oiseau-", 
car les Harpyies volaient à travers les airs et c'étaient 
des démons ailés. Homère ne nous parle pas des ailes 
des Harpyies. Mais, dans Hésiode, ce sont déjà des 
vierges à la belle chevelure qui, sur leurs ailes rapides, 
égalent les vents et les oiseaux -'. C'est ainsi qu'elles 
étaient représentées dans le tableau dont parle Eschyle : 
elles se distinguent par leurs ailes des Euménides non 
ailées, dit la Pythie^-. C'est ainsi que nous les représente 
un vase très ancien d'Egine (fig. 3700)-^ 

A l'origine donc, les Harpyies n'avaient du monstre 



I llind. XVI, ï. l.iO sqq. - 2 l'aiis. VIII, 23. 4.-3 Bcrgk. Poel. Lijr. 
Graec. 111^ p. 9"4 ; cf. Kosclicr, Leiic. Mytit. Ilarpagos. — ' Noiin. Dion. 
XXXVII, IS5. — '■> Eust. Comm. 1(151; Scliol. Jliad. 346; Quint. Sm;rn. IV, 
S70. _ G Odyss. I, 2-11 ; XIV, 372. — ' Odyss. XX. 77-78. — » Hesiod. Th'og. 
266.— OScrvius, ad J pu. III, 252. — 10 Paus. VIII, 34,4. — H Aesch. £■««!«« . 50. 

— ISVirg. Aen. II, 252.— n KaxhvX. Epigr. yr. 1046. — H Pliilod. xtj". ti^tS. 43. 

— 15 Phars. VI, 733. — 16 Hcsycli. s. ». — 17 .\poll. Rliod. II, 314. — 1» Valcr. 
Flacc. Argonaut. II, 428. — 1» Serv. Ad Am. III, 205. — 20TzcU. ad l.yfoplir. 
053 sqq. ; cf. Euslalli. 1144, 38 sqq. — 21 Hesiod. Theog. 267. — 22 Acscli. Eil- 
mcn, 40 sqq. oiS ' «^tï FooTEtoiffiy eîxùtu tJ-oi;' asTty^i ye jiT.v ^eTv oc^tai... — 23 Arch. 



que les ailes : .\poiloiiius et Virgile les peignent encore 
ainsi, en leur donnant toutefois des serres-', et le poèlc 




Fi?. 37.Jfi. 



Li^s Harp\ ies. 



ajoute -.pallida seinpcr orn fnmc. Peut-être, à son époque, 
le type de la Harpyie avait-il subi la même transforma- 
tion qu'on a souvent signalée pour le type des Gorgones 
el qui, de la Gorgone à face ronde, a fait sortir la Gor- 
gone au visage émacié, aux traits tirés par la faim [^gorgo- 
nes] ^^ Mais, l'amour du merveilleux et les versificateurs 
aidant, le type de la Harpyie se compliqua bientAl. On 
lui donna des oreilles d'ours, un corps d'oiseau et une 
tête humaine-'^. Comme on en faisait l'intermédiaire 
entre la Furie et l'Euménide et que l'une était oiseau et 
l'autre chien, on lui donna aussi ce double caractère ■". Les 
symbolistes se mirent au travail et prouvèrent que les 
Harpyies devaient être trois, et que chacune avait un 
visage de vierge, un corps emplumé et des ailes d'oi- 
seau ^'. D'autres en firent des oiseaux fantastiques, 
ayant la tête, les pattes et le plumage d'une poule, la poi- 
trine blanche, des cuisses et des bras humains". 

Tous ces attributs des Harpyies sont aussi donnés aux 
Sphinx, Gorgones, Sirènes, Hespérides et à une foule 
d'autres monstres légen- 
daires : il est donc fort diffi- 
cile de reconnaître les unes 
et les autres sur un grand 
nombre de monuments figu- 
rés et déjà les auteurs anciens 
les confondaient^". La confu- 
sion avec les Sirènes est d'au- 
tant plus facile que celles-ci 
sonlaussi des génies funèbres, 
des messagers de mort, et 
qu'elles devinrent un des at- 
tributs funéraires les plus usi- 
tés dans tout le inonde an- 
tique. Les archéologues sont 
d'accord pour reconnaître des 
Harpyies (lig. 3707) surle fameux monument de Xanthos, 
découvert par Fellows^' et transporté au British Mu- 



Zeit. XL, pi. IX. Cf. un vase de Naukralis ap. Flinders Pelrie, Xaukratis. I, pi. vm. 

— 2t Virg. Aen. III, 216 ; cf. Apollon. II. 267. — -"■> Cf. Furtwaugler ap. Rosclier, 
Lexic. Mylh. I. p. 1716 sqq. — 26 Tielz. ad I.ycoplir. 053. — 27 Serv. ad Am. III, 
209. — 28 On en donne les raisons suivantes (ap. Bode, Script. Jier. Afylft. III. 
p. 173) : «oTiuia rapina interpretatur : ideo virgines fingunlur quod omnis rapina 
sterilis et arida sil; ideo plumis circumdalae. quia raplorcs quidquid invaserint ce- 
lant; ideo volatiles, qnod omnis raplor post rapinam ad fugiendum sit celerrimus. 

— 29 Hygin. /■al). 14. — m Bode, Scripl. ri-r. mylh. II. 143 : T/clz. ad Lycophr. 
063; cf. Smilli, /ouni. of /lellen. Slud. XIII, p, 103. — 31 Cli. Fellows, A Jour 
nal ofan Exe. in Asia Alinor. p. 231 ; An Account of discoveries in Lycia, p. 140, 




Fig. 3707. — Harpyie funéraire. 



\i; 



_ 15 - 



IIAI 



si'Uiii : il t'sl connu miiU'% le nom ili' Mtinumcnl Jet Uni fiijiot '. 
MuiH (iiTliurd i-i'Muii'i|iiail (li-ji\ i|uu duus ci'S iiioiistnm on 
pouvait iius^i liiun voir tins Siriint-s', cl en lumi du Sirôniis 

rsl ii|i|)li(|Ui-, lin L'IVi'l, a di's 
l'c'iircscnlatiouH ubsoluiiUMil 
iili'nli(iui-s Mir les lonihcs ou 
dans le nioliiliiT luni'rairc 
lies nécropoles élrusqut's ' 
tiij. a:us. [siiik.nakJ. 

On no p(uil i|u'cnicllri' les 
uuMni's doutes sur cerluins types nionétaircs (|ue les 
uns allriliuent i\ la CnMe, d'autres à llarpa^'ia de Mysio 
li^. .•17()S)'. 

Il srniiile i|ii'a\ei' plus de raison on ijourrait recon- 
naître une llarpyii'dans le monstre à tète et hrasliuinains. 





Fig. 3709. — Ilarpyic. 

oreilles de bèlo, doubler paire d'ailes, corps, pattes et 
queue d'oiseau qui, sur un vase de Vulci ', s'envole en em- 
portant à lioul de hras deux tigurines humaines (tig. 3"U'.t). 
De même sur une sHula de bronze provenant du Pice- 
num ". Mais, à tous ces monuments, il manque toujours 
un indice certain et, comme Panofka le regrettait déjà 
pour les bas-reliefs de Xanthos', quelque inscription 
nous disant:" Ceci est uneHarpyieetnon pointune Sirène 
ou une Gorgone ». En l'absence de pareils indices, le 
départ est presque impossible. Dans un te.\te d'Eschyle, 
Gorgones et Harpyies vont ensemble *. Sur le coffre de 
Kypsélos et le trône d'Amyclae, elles se voyaient aussi 
côte à côte. 11 doit en être de même sur un grand 
nombre de monuments qui nous sont parvenus"; pour 
quelques-uns nous pouvons l'affirmer : tel le vase de 
la figure .'HOG avec l'inscription APGnTIA et des zones 
de palmettes et de monstres ailés. Peut-être, dans cer- 
tains cas, la présence du cheval pourrait-elle être un 
argument, à cause des légendes homériques sur les 
coursiers divins, fils de la Harpyie '". 

III. Légendes. — Les Harpyies apparaissent surtout 
dans deux légendes : la légende de Phinée et la légende 
des filles de Pandaros. 



' Cf. Kayet, Manvm. de l'art antique, I, pi. 13-lG ; Bruun-Bruckmaim, Mon. de 
la Sculpt. pi. cxLvi-GXLVii : Friedrichs-Wolters, Vers, der Gypsabg. p. 127- 
130. — 2 Arch. Zeit. I!I, p. 76; cf, Slephaiii, Comptes rendus Coin. ïmp. 1S86, 
p. 33. — 3 J. Marllia, Gaz. Arch. 1887, pi. xxxiv. — * De Luyncs, Ann. de 
l'inst. 1845, p. 7; v. Prokeich-Oslcn, Arch. Zeit. V, p. 148; pi. x, n" 24. 
— a R. Engelnianii. Jahrb. der deutsch. arch. hist. I, p. 'iiO. — »» Arch. Zeit. 
XXXV, p. 179. — ^ Arch. Zeit. I, p. 49. — 8 Eumen. v. 28-8»; cf. Virg. Am. 
VI, 289 ; Gorgones Harpyiaeque. — ^ Cf. Furlwaenglcr, Schûssel von Ae(/ina. Arch. 
Zeit. XL, p. 190; G. Uisclicko, Dreifuss ans Tanaurn, XXXIX, p. 30. — 10 Cf. 
Stephant, Comptes rendus Corn. Jmp. IS8G, p. j9. — o De Liiynes, Phinèe 
délioré des Harpyies, Ann, de l'inst. Arch. 1843, p. 1. — '- SLrab. Vil, p. 302 ; 
voir la réunion des textes dans l'article du duc de I.uyucs, .1h;(. de l'Jnst. Arch. 



I.a légende di- l'Iiinee ot deh Harpyies" (.dinpte parmi 
lus pluH iineionnes do lu (irèce. Hésiode daiiH son l'i,; 
l\i-J'j'j'j; l'avait deja traitée"; Escliylt!, puisSophocle, i|ui 
y l'uni allusion, dans d'autres pièces, l'avaient mise a la 
scène"; Antimachos et Pisundros lu reprirent". La 
version poetii|Ue d'Apollonios nous est seule parvenue' •; 
Valerius Maccus la traduit avec (|uel(|ues variantes'". Du 
ctHé dis historiens, commentuleurs ol mythologues, 
Denys de Milet, lli'llanieus, Pliérécyde ont été cités (m 
résumes par Diodore d(! Sicile et les sclioliusles ". D'au- 
tres variantes ont été rapjjortéespar Apollodore,Servius, 
llygin, Palaepliale, 'i'zel/.ès '" et d'autres encori!. Voici 
la version d'Apollodore : les Argonautes débaniuent 
à Salmydessos de Thrace, où règne le vieux devin 
aveugle Phinée : les uns U'. disent fils d'Agénor (Hésiode 
le dit fils de Pliu'ix, fils d'Agénor et de Cassiopée, Mlle 
d'Arabos, et frère de Cilix), les autres de Poséidon. Les 
dieux l'ont frappé de cécité pour avoir révélé l'avenir aux 
mortels ; ou pour avoir aveuglé lui-même les entants 
de son premier lit, Plexippos et Pandion, à l'instigation 
de sa seconde femme Idaïa, fille de Dardanos; ou pour 
avoir enseigné aux fils de Phrixos, malgré Poséidon, la 
route de Colchos vers la Grèce. Les Harpyies sont 
envoyées chaque jour par les dieux, pour enlever sur 
la table de Phinée les mets à peine servis ou les souiller 
d'excréments et d'infectes odeurs. Les Argonautes vien- 
nent demander à Phinée la route de Colchos. Phinée ne 
consent à les instruire qu'après sa délivrance : les deux 
fils de Borée, Zétès et Kalaïs, chassent les Harpyies. 

Cette légende était passée en proverbe, wc-ss n; àoTtuix 
xi criTca aùroO à(j)EXd|ji.£voç ". Les artistes archa'iques l'avaient 
déjà représentée sur le coffre de Kypsélos et le trône 
d'Apollon .\mycléen^"; Eschyle parle d'un tableau sur 
le même sujet-'. Une peinture de vase" semble direc- 
tement inspirée du texte d'Apollonios. En présence des 
Argonautes, descendus de leur vaisseau, les Boréades 
ailés, armés de l'épée et de la lance, poursuivent deux 
Harpyies : elles s'envolent, l'une portant un syphos noir 
à figures rouges, l'autre laissant échapper des morceaux 
du festin. Phinée aveugle, barbu, vêtu d'un costume 
barbare, s'appuie sur un sceptre et semble maudire 
les monstres. Un autre vase attique-^ représente peut- 
être le même sujet; c'est du moins l'avis de Millingen. 
Au centre Phinée, le sceptre en main, assis devant une 
table, semble apostropher deux Harpyies, femmes 
ailées et long vêtues, qui s'enfuient à gauche en em- 
portant des viandes et des plats ; à droite, l'un des 
Boréades brandit la lance ; une troisième Harpyie s'en- 
fuit derrière lui et laisse échapper un plat que l'autre 
Boréade(?) se baisse pour ramasser. Une représentation 
plus certaine (fig. 3710), de la même légende se trouve 
sur une coupe à figures noires provenant de Forli et appar- 
tenant au musée de Wurzbourg-'. Phineus aveugle est 



1843, p. 1-17. — 13 Acscli. Prometh. 725 ; Eumen. 30 ; Sopli. Ant. 9804; cf. He- 
sycli. s. V. xttTajpâKTïi;. — H Schol. AiioUon, Kliod. U, 296 et 1088. — lu Artjon. 
Il, 184 sqq. — i« Argon. IV. 4o0 sqq. — n Diod. Sic. IV, 43-44; Schol. Apollon. 
Rhod. Il, 207, 178, 181, 279. — 18 ApoUod. III, 9, 21 ; III, 15, 3 ; Serv. ad Aen. 
111,209; Hygin. Fa*. 14; Palaeph. 4- iot. XXIII ; Tzetz. ad Lycopli. 653. — 1» Dio 
Cass. 61, 16; cf. Plut. Lue. VII. —M Pans. V, 17, 4; III, 18, 9. - 21 Aesch. Emn. 
50 sqq.; cf. A. Flascli, Phineus auf Vasenbildern, Ai'ch, ^eiV. XXXVIll, p. 138. 
— 22 Monn. de t' rn.il. Arch. III, pi. xi.ix ; Ann, 1S43, p. 1-17. — 23 Millin- 
gen, Ane. uned. Mon. I, pi. xv, p. 40 ; Slackelborg, Grdber der lîellenen, 
pi. xxxviu. p. 32. — 24 Monumenti delV Inst. X, pi. vni ; Annali, 1874, p. 3; cf. 
deux anipliorcs à figures rouges du Musée Britannique, .Arch. Zeit. 1880, p. 138, 
pi. »„. 



HAR 



10 — 



mai; 



assis sur un lil; devant lui, uno table chargée de mets 
vers laquelle il tend les mains ; mais les Harpyics vien- 
nent la piller et s'enfuient vers la mer, (|uindi(|ue une 



ligne de Ilots et de poissons; Zétès et Kalaïs les pour- 
suivenl/cherchant d'une main à les atteindre et de l'autre 
brandissant l'épée. Tous les détails de la peinture repor- 




Ki,?. 3710. — riiim'p elles llarpvie>. 



tent à la période archaïque, et certaines parlicuiarilés, 
comme la présence des Heures, par exemple, pourraient 
taire penser à une origine attiquc. 

La légende des filles de l^andaros et des Harpyics nous 
est donnée par l'Odyssée' : « Privées de leurs parents 
par la volonté des dieux, les filles de Pandaros restaient 
orphelines dans leur maison. Aphrodite les nourrissait 
de lait, de miel et de vin parfumé. Héra les dotait de 
la beauté et de la sagesse par-dessus toutes les autres 
femmes. Alhéna leur enseignait les travaux merveilleux. 
Mais, en l'absence d'Aphrodite, montée vers l'Olympe 
pour demander en leur faveur au dieu de la foudre des 
mariages prospères, soudain les Harpyies ravirent les 
jeunes filles et les donnèrent pour servantes aux 
Érynnies. » Polygnole, au dire de Pausanias^ avait re- 
présenté cette légende dans la Leschè de Delphes. Cer- 
tains l'ont reconnue, sans bonnes raisons, semble-t-il. 
sur le monument de Xanlhos^ 

IV. Interprétation. — Les Harpyies ont prêté à un 
grand nombre d'interprétations. Los commentateurs 
anciens avaient remarqué déjà que dans V Iliade les tem- 
pêtes, Oij£ÀÀai, jouent le rôle des Harpyies dans VOdyssée. 
Ils en concluaient que les Harpyies ne son t que la personni- 
licalion des vents conjurés, ivîjxtov (rjcTfosat, des tempêtes, 
OûeXXai \ des vents violents et ravisseurs, xaTatyiSùJOEiç, 
ào-oty.T'.xo!". Certaines légendes, les enlèvements de vier- 
ges et d'enfants par Zéphyre et Borée, donnaient à cette 
explication une valeur apparente. Aujourd'hui encore, ces 
idées sont en faveur*"', surtout depuis les rapprochements 
qu'ont cru pouvoir établir certains mythologues india- 
nistes avec tels personnages de la légende védique. 

Suivant J.-F. Cerquand', les noms mêmes des Har- 

1 Od. XX, fiO sqq. — 2 Paus. X, 3C, 1. — 3 Cf. s. Birch, Archaeologia. XXX. 
p. 185 sqq. ; cf. Panolka, Arch. Zeit. I, p. 4G cl fw ; Braun, lihein. Mus. 111 (N. F.), 
p. 481. — ' Hesjch. .s. t). ".\fT:j«.. — 5 Eusl. Coifimcn/. 1414, 38. — CCf. Engclniann, 
ap. Koschcr, Lexic. Mijtli. 1, p 18 5. — " Rei>. arch. 18602, p. 369 sqq. — 8 Rig. 



pyies indiquent leurs fonctions: Aellù la tempétueuse, 
Oeypètè, qui vole vite, Nicothoô, la première à la course, 
Aellopous, aux pieds de tempèle, Podargè, aux pieds 
blancs, Célaïno, la sombre. Les Harpycs, filles de la Mer, 
parcourent l'espace avec une effrayante rapidité ; elles 
amassent les nuées dans le ciel ; elles soulèvent les flots 
du vaste Océan. Ce sont, en effet, des vents et les .Vnciens 
ne l'ont jamais ignoré. Pour expliquer les Harpyies, 
il faut s'adresser aux .Marouls védiques, qui apparais- 
sent en général sous la figure de guerriers forçant la 
nue à répandre ses trésors; cette lutte hostile se change 
quelquefois en une lutte amoureuse : c'est pourquoi les 
Marouts sont appelés les taureaux des vaches célestes. 
Ainsi s'expliquerait l'union de Zéphyros et de la Harpyie 
Podargè et la naissance des chevaux divins. La pluie, 
résultat naturel de l'union, principe de la fertilité, de- 
vient indifféremment, par un symbolisme transparent, 
chevaux, vaches, riz, or ou parfums... Les Marouts se 
montrent souvent portés sur des chevaux, pendant que 
les nues deviennent des cavales*. La mention de « la 
prairie qui borde l'Océan » rappelle encore les Marouts 
à la fois ravisseurs et bienfaisants. C'est là, en effet, à 
l'horizon lointain, qu'ils vont amasser, avec les vapeurs, 
les trésors dont ils chargent leurs coursiers et qu'ils 
répandront sur la terre pour le bonheur des hommes'. 
A côté de cette interprétation naturiste, les Anciens 
avaient inventé déjà une explication evhémériste : les 
Harpyies ne seraient que les deux filles du roi Phinée, 
Éraseia et Harpyia, qui, par leurs prodigalités, auraient 
ruiné leur inallieureux père et l'auraient ensuite lor- 
turé : d'où le nom de "xzizm-.x '" donné en proverbe aux 
dissipateurs et surtout aux ï-x'.yr. avides". 

V(5da, I, 387. 380; II, 49, 30. — 9 Cf. A. Maury, llist. îles religions de la Grèce aa- 
tiqup, Paris, 1857, ï, p. 168 et s. ; Roscher, Gorgouen und Verwandtes, p. tî3 sqq. 
— '0 Palacph. Oe incred. 23. — " Arisloph. Fax, 81 1 ; Plut. Vil. Luc. 7 ; Ilera- 
c\ic. De incred.i Huslath. Comm^/i/. 1712. 24. 



iim; 



n 



Il m; 



Les iiiiiiliM'iii's, A leur Imir, IniuviTciil iiiu' aiilri- i'\|ili- 
l'aliiiii i'\lii'iiiri'i>l(> : " l.i!s iMil('^V)'inciil>> il'litilimu'^ el ili< 
rcimiics alti'iliiii's aux llarpyics, lu (Icvastnlioii di's lieux 
iiii elles a|)|iai'aissuieiit, leur •m'Juiii- dans les lies tli' la 
(irèee, el leur uri^ine allriliuee a Iliaiuiius, Neptune nu 
l'onlus, les rupproclukieul sonsihlemenl des pirates (|ui, 
Mi^îiianliiu milieu de la leuipi^le et l'uyaiit sur la lueravec 
leur proie enunue si des ailes agiles les avaient euipnrti'-i, 
désolaient aulrelois les places liahiléos depuis le l'oul- 
lùuiii Ju^iiu".'i ri'îpiro » '. 

AUr.d Maurv, (lui a adopte celle inlerprélatiun -, 
avait d"abord [lonsé que les (îrccs avaient reçu les 
représentations des Ilarpyos de leurs voisins, lOpyptiens 
ou Sémites, et qu'ils en avaient seulement imaginé les 
légendes explicatives. Il rappelait particulièrement 
l'oiseau l'aliuleux des Arabes, VAulm, représenté 
l'omuu' la llaipye avec une léle humaine et qui se lient 
dans les montagnes du Kal" entourant l'univers. Lorsque 
les \rahes veulent exprimer qu'une chose a péri ou 
s'est anéantie, ils disent qu'.'liiAa Moij/ireb l'a emportée ^ 

Mais de toutes cestentatives d'explicaliiMi aucune peut- 
être ne mérite autant d'attention que l'explication 
d'K. Curtius \ si toutefois on la dégage de quelques 
fantaisies sur le symbolisme de l'o'uf '. Il semble que 
l'auteur ait raison de rapprocher des llarpyies ces oiseaux 
à tète humaine qui, sur les peintures égyptiennes, 
planent au-dessus des couches funéraires. V. Béhaud. 

ll.Vlirsi'ICKS. — Devins étrusques, ou appliquant 
les méthodes de ladiviualion toscane, el particulièremenl 
la divination parles cnirailles. 

H esl [U'olialile que leur nom, dont l'orlhographe est 
variable' el l'i^lyniuldgio douteuse-, est un mot latin qui 
signifie»' inspecteur d'enlrailles". Ccnoni commun, syno- 
nyme d'e.iiispi'x, rdtispicus , pouvait, par conséquent, 



1 De Luyncs, Ami. de Vtnst. 1S45, p. 12. — 2 Hist. des religions de la Grèce 
antique, Paris, 1357, I, p. 167 et s. -- 3 A. Maury, Itev. Arch. 18i7, p. 746. 

— ^ Arch. Zeit. XXVU. p. 11 et s. ; cf. Hcuzcy, Catalogue des figurines antiques 
du Louvre, p. 12. — i» Cr. Conzo, Arch. Zeit. XXVII, p. 78 et suiv. — Bibliographie. 

— Heync, Comm. ad Apollod. I, !>, 31 ; Voss, Mythol. Brigfe, XXXI, XXXII ; De 
I.uynes, Phinêe délivré des llarpyies, dans les Ann. de t'Insl. Arch. 1843, 
p. 1-17 ; Mémoire sur les llarpyies, dans les .inn. de l'Inst. Arch. 1845, p. 1-12; 
Monum. de l'Inst. .\rcli. III. pi. xlix; A. Maui-y, Personnage de la Mort, Jiev. 
arch. 1847, p. 742 si]i|. ; J.-F. Cerquand, Les llarpyies, Itcr. arch. 1S60 a, p. 3ô7 ; 
liev. Arch. 1861 «, p. 18 sqq. ; Preller-Robert, Griech. Mythol. p. 558; Roscher, 
Lexicon der Mythologie, SLTl. Harpyien; C. Smith, Harpies in Greek Art, Jom^n. 
of hellen. .Stud. Xill, p. 103. 

IÎ.\UUSPICES. 1 On rencontre dans les inscriptions harispcr {Corp. inscr. lat. 
V, 3294 ; VI, 2134, 2164, 2165 ; IX. 225, S22, 3903, 4622 ; XI, 633, 2303, 2343, 2385. 
313S,3139,339S;XII.3234-,XIV, 2!i'J2), /mrj,,<tpei(C./.X. XI, 1,335), //ariispex(C./.Z. 
III, 4S6S ; V. 5598, 6582, 6501 ; VI, 21G1, 2162 ; VIII, 2586 ; IX, 2087 ; X, 1895, 4721, 3420, 
7335; XI, 2935;XIV, 4178c;£/)A. £>i9i'. ill.p. 91-92; IV, 653; Orelli-Henzen,2301, 
3420, 6204. 6026 ; Wilinanns, 2280), ari^pex (C. /. L. V, 3704 ; XI, 3382; Orelli, 
2294,2302), arespex (C. I. L. VI, 2160), an-cspfx(C. /. L. XI, 2293, 2296), aruspe.r 
{CI. L. Il, 898,4311 ; X, 3680. 3681). Les formes aspirines sont les plus usitées 
{l'abréviation har. ne figure pas ici dans la statistique), et harispex ou arispex est 
peut-être la plus ancienne (ci-aprés, p. 31 , note 24). — 2 Etymologies proposées : de ara 
(cf. ^w;x'. Tzo^o ;); de t i jtt [dor. i«oà]. d'où ÎEooffxoTio; == haruspex, défiguré au 
moyen âge en ,r. ço»?»: d-^; = horarum inspector = haruspex. Les érudits modernes 
se rallient à une étymologie indiquée par Varron, Verrius Flaccus et Donat. et qui, 
parAarufftt ou hawiga, définie hostia cujus adhaerentia inspiciebantur exta {Fesl. 
Epit. p. 100 Millier), i-emontc soit à hara = étable à porcs (cf. ci-dessus haua, et ci- 
après, p. 20,3, hara interprété par avis) soit à hira ^boyaux (0. I\Itiller-\V. Deecke), 
ou à un radical de même sens* hara, d'où dérivent et /mryi(/a et harvina ou arvina 
= graisse, lard (M. Bréal). Le mot hariolus, que les anciens dérivaient de fari {fario- 
lus), doit être de même origine, bien qu'ayant toujours le sens généra! de « devin «. 

— 3 Haruspices Etrusci, Elii, Aegyptii. Poeni (Cic. {Divin. II, 12. — ■'► Ktruriae 
data disciplina {(lie. IJarusp. resp. 16) ; Etruscorum disciplina (Seuec. Quaest. nat. 
II, 50 ; Arnob. III, 37 ; Scrv. Aeu. I, 2, etc.) ; Etrusca disciplina (Liv. V, 13 ; Plin. 
Hist.nat. II, prooem.; Serv. Aen. IV, 166); Etruscae disciplinac (Arnob. III, 40 ; 
Fulgent. *. I'. luanales) ; Etruriae disciplinac (Arnob. V, 18) ; haruspieum disci- 
plina {Cic. Divin. I, 41); haruspicina (Cic. Ibid. II. 12. 18. 22); haruspicinae 
disciplina (Cic. Ibid. II, 23) ; haruspicium (Ccnsorin. 1 7, 6 ; Suet , Vesp . 5). — ô Cic. 

V. 



s'appliquer a Imi-, ceux qui pl'illiqiiaii'nl la diwiialiun 
par les eiitraille-^ ', el notummeiit aux U^oixôroi grecs, 
dont l'appellntioii se rupprocliu, même jiar lu conBoiiance, 
de son syniinwiie latin, dans ce sens lecliiiii|ue, le mol 
liufiiH/ir.!: ne spécitie ni l'origine de la niélliodi', ni la 
nationalité présumée de celui qui s'en sert. Il a même 
pris, piir une extension abusive, mais inévitable, le sens 
de .. devin ■■ en gi-ni-ral. Ces libertés de l'usage invitent 
il la prudence dans h; triage des lexlcs. Nous no devons 
nîtenir ([ue ceux (|ui visent les devins toscans, renvoyant, 
pour ce (|ui concerne les méthodes internationales, à 
l'article divi.vatio. 

Nous ne connaissons la divination élrus(|ue que par 
l'usage, ofliciel ou privé, qu'cîii ont fait les llomains, et 
par des renseignements dont les plus anciens datent du 
temps de Cicéron el de Varron, c'est-à-dire d'une époque 
où les traditions et la langue de l'Étriirie n'étaient plus 
connues que de rares érudits. Elle formait un corps de 
doctrine '', que l'on prétendait avoir été révélée aux lucu- 
mons étrusques par un génie autochlhone, le nainTagès\ 
et qui se trouvaitcimsignéo, avecdessuppléments émanés 
de la nymphe Vegone ou Begoe'"', sorte d'Égérie ou de 
Sibylle toscane, dans une compilation de livres hiéra- 
tiques, mentionnés, en bloc ou par parties, sous quan- 
tité de rubriques diverses ^ Celte collection d'arcanes fut 
traduite en latin, à partir du i'' siècle avant notre ère, 
commentée, découpée en extraits et analyses par divers 
auteurs, Tarquitius l'riscus, .\. Ca'ciiia, .Nigidius Figulus, 
Clodius Tuscus , Julius Aquila, (Sinnius?) Capito, l'mbri- 
cius Melior l'haruspice attitré de (ialba), enfin par 
Cornélius Labeo époque inconnue), qui, d'après un lémoi- 
gnagi! dos plus suspects', aurait « expliqué en quinze vo- 
lumes les doctrines étrusques de Tagès et de Bacchétis ». 
Tous ces commentateurs et vulgarisateurs' infusèrent 



Divin. Il, 23 ; Fest. s. v. Tages, p. 359; Ovid. Met. XV, 533-559 ; Ccnsorin. Se die 
nat. 4, 13 ; Arnob. II, 69; Serv. Aen. I, 2; II, 781, etc. La légende de Tagès était 
localisée à Tarquinies (Cic. Loc. cit.) ; celle de Vegoue, probablement à Faesules (cf. 
Sil. Ital. Theb.\'ni,Ul).— 6 Serv. Aen. VI, 72. 0. Muller identifie Begoé arec 
Eaccbétis, auteur dos libri Bacchetidis (ci-après). La leçon Vegone est confirmée 
par la mention des libri Vegonici dans Ammien Marcellin (ci-après). La nymphe 
passait pour avoir enseigné spécialement la science fuigurale, qui n'en est pas moins 
attribuée parfois aux révélations de Tagès (Arnob. il, 69 ; Amm. Marc. XVIÏ, 10, 
2). — - Désignations générales : Etrusci libri {Cic. Har. resp. 25; Ccnsorin. 17, G; 
Serv. Aen. II!, 337; VIII, 398) ; Etruscorum libri (Macrob. Sat. III, 7, 2; Serv. 
Aen. I, 42; Ed. IV. 43) ; Etruscorum scripta (Cic. Har. resp. 12); charlae Etru- 
scae {Cic. Divin. I, 12); Tuscorum interne (Plin. Hist. nat. Il, § i3S) ; Etruscae 
disciphnae volumina {Ibid. II, § 199) ; disciplinarum scripta Hetrusca haruspieum 
(Vitruv. I, 71; Tusci libelli {iiwen. XIII, 62); Oo Û!T»t« v yj à}i;xaTa (lo. Lyd. Ostent. 
cf. 71) : Tyrrhena carmina (Lucret. VI, 381) ; Tagetica sacra \carmina] (Macrob. 
Sat. V, 19, 13); praecepla Tagetica (Longinian. Ep. ad Augustin. 234): (jr-'yot 
TûYT.To^ (lo. Lyd. Ostent. 54); disciplinac etruscae Tagetiset Bacchetidis {Fu]geat. 
s. V. manales) ; libri Tagetici et Vegonici (Amm. Marc. XVII, 10, 2); Tarqnitiani 
libri {Ibid. XXV, 2, 7), libri reconditi (Serv. .4eii. Il, 649). Désignalions particu- 
lières. I. Sur la division de l'espace et du temps : libri rituales (Cic. Divin. I, 33 ; 
Fest. 5. y. rituales, p. 285 ; Ccnsorin, 11, 6 ; 17, 5); lib7-i fatales {Liv. Y, 15; Ccn- 
sorin. 14, 6) : fata scripta (Cic. Divin. I, 44) ; libri Acheruntici (Arnob. Il, 62 : à 
rejeter la correction Aruntii) ; sacra Acheruntia (Scrv. Aen. VIII, 398). IL Sur l'arl 
fulgur.al : libri fulgurales (Cic. Divin. I, 33 ; Amm. Marc. XXill, 3. 13) ; Iletrusci 
libri de fulguratura (Serv. Aen. I, 42) ; Ars fulguritarum (Serv. Aen. VI, 72). III. 
Sur la divination par les entrailles : libri haruspicini (Cic. Divin. I, 33): artis ha- 
ruspicinae libri (Serv. Aen. VIII, 398). IV. Uecueils dé prodiges : Ostentorium 
Tuscum (Macr. III, 7, 2), arborarium {ibid. III, 20, 3) ; cf. les chroniques ou Tus- 
cae historitie (Censorin. 17, 6). V. Guides professionnels : libri exerciluales {An\w. 
Marc. XXIII, 3, 10) ; cf. les /i6ri navales de Varron (Veget. IV, 41), rédigés pcul- 
ètre d'après Jcs livres toscans. A éliminer les comiiilations informes du Byzantin 
Jean de Lydie (vi*^ siècle), où figurent une ]i^nv-rji^'*-'.a soi-disant extraite des 
livres de Tagès par Nigidius Figulus {Dr ostentis, 27-38) el d'autres prétendus ex- 
traits tagéti<[ucs d'après Cupito, Fontoius, Vicellius, etc. Cf. Wachsmuth. Proleg. 
ad Lydum. p. 17-38 (Lips. 1803). Les haruspices, si l'on en croit Isidore {Origg. 
VIII, 9, 17), ont pu confectionner des alinanachs ou épliéméridos, à l'instar des as- 
trologues. Cf. ci-dessus, les Tusci tibelli. — 8 Fulgent. s. v. inanales. — ^ Voy. les 
références ici Irop encombrantes, dans Hist. de ta Divination ^ IV, p. 11-14. 



IIAR 



— i8 — 



HAR 



dans une Iradition déjà en partie apocryphe, artificielle- 
ment vieillie et surchargée, leurs idées particulières, les 
systèmes llièologiques, philosophiques, scientifiques en 
vogue de leur temps. De plus, il ne nous reste de leurs 
élucuhrations que des frai;menls dispersés, trop mutilés 
et trop inci)hérenlspour iiu"il soit possible de rclrouver, 
en les rapprochant par leurs parties communes, le fonds 
qu'ils ont exploité, à plus forte raison, de distinguer dans 
ce fonds les données purement étrusques des additions 
et adaptations d'origine exotique. Dans ces conditions, le 
plus sage serait de s'en tenir aux faits hisloriquesqui attes- 
tent d'âge en âge la pratique de l'haruspicine étrusque : 
mais ces faits eux-mêmes sont inintelligibles sans une 
certaine somme d'idées systématiques et dérègles géné- 
rales, dans lesquelles nous essayerons de les encadrer. 

H est inutile de chercher une classification qui suive 
soit le développement logique des principes, soit les 
traces historiques de leur application'. 11 n'y a qu'un 
point acquis, c'est que la divination toscane ne connaît 
pas la révélation intérieure, l'enthousiasme mantique : 
elle est tout entière inductive [divinaïio], uniquement 
occupée à interpréter des signes extérieurs -. Cette éli- 
mination faite, la logique voudrait que l'on commençât 
par les signes fortuits ou « prodiges », et que de ce fonds 
commun on vit se séparer peu à peu les méthodes régu- 
lières, l'art augurai et fulgural, la divination par les 
entrailles. Mais la séparation ne pouvait être et ne fut 
.jamais complète, si bien que la logique aboutirait ici à 
la confusion. D'un autre céité, l'histoire s'occupe surtout 
des prodiges et fait dans l'interprétation des prodiges 
une large place à la science fulgurale : mais elle permet 
aussi de reconnaître que la divination par les entrailles 
a été la forme courante et populaire de l'haruspicine. 
tandis que la science fulgurale n'a pris une place émi- 
nente que sur le tard, sous l'influence rivale de l'astrologie 
iMATiiEMATioij. Et cependant, l'art fulgural est, dans nos 
textes, étroitement associé à la théorie du » temple », qui, 
elle, est primordiale et domine tout l'ensemble de la divi- 
nation toscane. S'il est vrai que Rome fut fondée « suivant 
le rite étrusque ^ », c'est suivre l'ordre des faits connus 
que de commencer par la théorie du temple, laquelle 
implique un exposé des principes de l'art fulgural. 

I. Le temple [augurai et] fulgural. — Les signes exté- 
rieurs de la pensée divine, étant nécessairement situés 
dans l'espace, empruntent à leur situation par rapport 
soit aux régions du monde visible, soit à l'observateur, 
une notable part de leur signification. 11 faut donc, pour 
que la divination soit possible, que l'espace dans lequel 
doivent apparaître les signes soit divisé à l'avance en 

* Cicéron classe les livres en ftaruspicini et futgurales et rituahs [Divin. I, 33) 
et Iraile plus loin de extis (II, 12-16), de fulgtiribm (11, 17-31), de ostenlis 
(11,22-32). Voy. les essais de classilication faits sur les livres par 0. Mullcr 
(!• libri fatales; 2" libri Tagelici, Acheruiilici. Daechetidis ; 3» manuels : 
A. libri rituales; B. fnlgurales ; C Aaruspicmi ; I). oslentaria) et G. Sclimeisscr 
^^* libri rituales; A. fatales; B. exerciVua/«s; C. ostentaria; D. Acheruntîci ; 
2" libri haruspicini ; 3» libri fulyurales). Cf. ci-dessus, p. 1", note 7. — 2 Les 
liaruspices ne s'occupent mùme pas de l'oniromancie, malgré l'aflinit^' de ce genre 
de divination mixte avec la science des prodiges, .\insi, les consuls de l'an 430 
av. J.-C. ayant reçu tous deux en songe un m^mc avertissement, les haruspices sont 
consult<5s seulement pour savoir si extis eadem quaf somiiio visa faerant portendc- 
reiUur (Liv. VIII, 6). L'Iiaruspice v6ïen dinino spirilu instinctus (l.iv. V, 15) est poussé 
à divulguer ce qu'il a appris autrement, — 3 Varr. Ling. lut. V, 143; Liv. I, 44: 
Plut, llomul. 11; cf. Macrob. Sal. V, 19, 13. — » Sur les terramares et leur orien- 
tation, voy. les éludes de ti, de Morlillel (IS66) et \V. Ilelbig, Die Italilcer in der 
Poebene, Leipzig, 1870. — :> Limitttm prima origo. siculi Varro descripsit, a 
disciplina /Cirusra (Kroalin, p. 27 éd. I.arlm)ann). — 6 Fest. s. r. rituales, 
p. 285. C'est à une modîGcalion des tribus que s'oppose l'augure ou haruspice 



compartiments. Cet espace divisé est le temple [templu.m- 
AUGUREs, i)iviNAiio\ Aussi n'y a-l-il de propriété indivi- 
duelle que celle qui est limitée par un tracé conforme 
aux rites, et une cité n'est vraiment assise que sur un sol 
converti en temple par les cérémonies observées lors de 
sa fondation l'oMiatiU-M-AuspiciA^. 

Ces idées, communes, sous leur forme la plus rudi- 
mentaire, aux anciennes populations italiques', les 
Romains on rapportaient l'origine aux Étrusques ", et 
nous savons qu'elles avaient été appliquées par les harus- 
pices non seulement à la division du sol, mais à la répar- 
tition des membres vivants de la cité. Les méthodes à 
suivre pour ces calculs épineux étaient exposées dans 
les libii rituales. <■ On appelle ainsi >■, dit Kestus, << des 
livres étrusques oii il est prescrit suivant quel rite doi- 
vent être fondées les villes, consacrés les autels et édi- 
fices; quelle sainteté protège les remparts, quel est le 
droit applicable aux portes; comment doivent être dis- 
tribuées les tribus, curies, centuries, constituées et 
ordonnées les armées, et autres règles de ce genre con- 
cernant la guerre comme la paix" ». Les contemporains 
d'Auguste étaient persuadés que leur droit augurai et 
pontifical dérivait de la science antérieure et supérieure 
des Toscans, et que Tarquitius Priscus leur en enseignait 
les véritables origines '. Nous n'en éliminerons pas 
moins de notre sujet tout ce qui, en cette matière, nous 
est connu comme faisant partie des théories ou des pra- 
tiques augurales [augures, auspicia] et pontificales [po.n- 

TIFICES, CONSECRATIO, FANUM] . 

Il est probable qu'à l'origine, il n'y avait pas de diffé- 
rence essentielle entre le temple étrusque et le temple 
romain. Comme les augures, les haruspices, avec la 
main armée du lituus ', divisaient l'espace visible, ciel 
et terre, en quatre parties ou quadrants, en menant par 
les points cardinaux deux lignes droites, perpendicu- 
laires l'une il l'autre {cardo ou méridienne cl decumanus], 
qui se coupaient au lieu occupé par l'observateur 
{decussis). Celui-ci, dirigeant son regard suivant une de 
ces lignes, distinguait dans le temple la droite et la 
gauche (pars dextra-sinistra), l'avant et l'arrière {pars 
anlica-poslica) . Ces dénominations, se rapportant à 
l'observateur, se déplaçaient avec lui, et il parait que les 
rites toscan et romain lui imposaient chacun une orien- 
tation différente'. 11 semble bien aussi que le temple 
étrusque resta, en théorie, du moins, un cercle divisé, 
pouvant être représenté, pour les divisions tracées sur 
le sol, par le carré inscrit; tandis que les Romains adop- 
tèrent le carré inscrit, à l'exclusion de la forme circu- 
laire, et détraquèrent toute cette géométrie mystique en 

Attus Navius (l.iv. I. 30), et c'est sur le rite des comices que les haruspices pren- 
nent en défaut l'augure Ti. Cracchus (Cic. Divin. I, 17; II, 33; Nal. Deor. Il, 4). 
— 7 D'après l'inscription récemment découverte à Cometo (Tarquinics), Tarquitius 
Priscus enseigna, trente ans durant, le « rite des comices » etc. Voy. Borroann, 
Arch.-Epigr. Mittheil. XI ilSii7J, p. 103. — 8 On le trouve, sous le nom de scipio, 
dans la main de l'haruspice Olenus Calenus (Plin. XXVIII, § 13;. — » l.es augures 
romains ayaut pris lliabiluilc de regarder l'Orient, coté des présages heureus 
(l.iv. I, 18), le decumanus se substitue comme ligne principale au cardo ou ligue 
méridienne. Attus Navius. disciple des Étrusques (voy. ci-aprés), se tournait vers 
le s. (Cic. Divin. I, 17 ; cf. Plin. Il, S 142-143). auquel cas l'Orient, coté fa\orabIe, 
était à gauche. Jlais les Gromatiqucs disent que les haruspices étrusques plaçaient la 
pars dextra au N. et la gauche au S., ce qui supposerait lobscnatcur tourné vers 
l'Occident. Au lieu de l'observateur, les Gromatiques (p. 27, li.C, Lachmann) disent : 
quod eo sol et luna spectaret, ce qui est un ciuprunt fait aux astrologues iCf. Cleom. 
Cgcl. 1/ieor. I, 1. Serv. Aen. X, 27,3). En tout cas, il y a eu lutte entre l'orientation 
cosmique, qui place le côté heureux i l'E., fût-ce à la gauche de lobsenaleur, et 
l'orientation humaine, qui veut <iue le coté droit soit heureux et le gauche 
.' sinistre ». 



mai; 



— 19 



IIAIi 



ruinuill «li'H lij^ni'S ilili'ilriics iiun plll^ li-» clia^mialcs, 
liiuis Ifs a\i<s (lu cai'i'f '. 

L'orixiiiiilitr (lu Iriiipli- l'irusniii' lii-iil a uin' (lui'.sluiii 
de |ii-iiici|if. liiiiilis i|iu' les Uoui.mi>, Mm|ililiiiiit lu Ira- 
(litidii ou S(( rclusuiil i\ lu ciini|ili(iucr, Cdnsidciuicul 
Uuis les si^'ucs uppai-u-i dans le cadic ilu Icinpli' aunnial 
conuui' yiivi>)cs par Jupilcr seul -, les liaïuspicts avaiiiil 
lu prélcnlion d'onlrcM- en colloiiui' uvec plusieurs divi- 
nités cl de rcriiuuailrc lu main d'oii partaii'iil les signes 
rutidic|ues miiiiiifiiitf)\ Ils avaitMil ele amenés ainsi il 
situer dans les diverses parties de leur temple dilVé- 
ronles dix iuili's diuit le nonilire, et par suite le nonihre 
des parties du tem|ile, iie pou\uit i|u'augmenter il mesure 
(|U(> l'art divinaloiriî gagnait on pn^cision. Aussi, au 
temple (luadriparlite, autour dmiupl étaient rangés 
.lupiter. .Iiinon, Sumnuinus et Minerve, lamanl leurs 
foudres de leurs siùgos respectifs', voyons-nous suc- 
céder des temples ;i huit, dou/.o, seize secteurs. 

L'existence du temple à huit cases est postulée par 
celle, expressément attestée, du temple à seize compar- 
timents, le(]uel a d{\ être engendré, comme le pense 
Cicéron ■', par le doiihlomenl répété des parties du 
temple primitif. Peut-être faut-il rapporter il ce système 
lu répartition, plus tard inexpliquée, des foudres entre 
neuf divinités " et — puisiiue le temps se divisait comme 
l'espace — le tiundinum ou semaine étrusque, ainsi que 
lu succession des huit races d'hommes qui, au dire des 
haruspices, devaient dominer tour ;i tour sur terre '. 

t)n est en droit de supposer aussi un temple ii division 
duodécimale, imitation plus ou moins artificielle du 
Zodiaque astrologique, qui aurait servi de domicile au 
groupe des douze Consentes ou Complices*. Ces douze 
conseillers ou assesseurs de Jupiter auraient dil être 
armés de la foudre ' ; mais nous ne connaissons à leur 
sujet qu'une théorie à tendances monothéistes qui aboutit 
à réserver la foudre au seul Jupiter. Les Romains eux- 
mêmes, en matière de foudres, n'avaient pas poussé la 
simplification aussi loin, car ils attribuaient les foudres 
diurnes à Jupiter, les nocturnes à Summanus '". Les 
novateurs ne manquèrent pas de dire qu'ils restauraient 
sur ce point la tradition primitive". Il y mêlaient, en 
tout cas, des idées assez incohérentes. Suivanteux, Jupiter 
dispose de trois foudres [très manubiae). 11 peut lancer la 
première de sa propre initiative, comme avertissement. 
S'il frappe un second coup, moins inoffensif, il doit 



1 Sur toiiles ces questions insolubles, voy. Uist. de la Divination, IV, p. 21-23. 
L'evclu?iou du cercle (daus le temple terrestre) est marquiîe par le fait que IV/erfes Ves- 
tae, de forme circulaire, n'était pas un temple {V^arr. ap. Gell. XIV, 7, 7 ; Serv. Aen. 
VU. 133) et que la Rome du Palaliu était dite Borna quadrata (Varr. ap. Solin. I, 17; 
Fcst. p. 258, 5. y.) : l'usage antérieur, par l'élymologie vraisemblable iirbs de ùrbis, 
par la forme ronde des sanctuaires arcliaïques de Vcsta, des Pénates et Lares (Dion. 
Hal. IV, i), de Diane, d'Hercule, de Mercure (Serv. Aen. W, 40S), probablement 
de Dca Dia (fouilles de la Vigna Ceccarelli) et de Jupiter Keretrius. — ~ Cic. Divin. 
il, IS, 3-1. 35; Serv. Aen. I, 42 ; cf. l'art, aijguuks. — 3 Manubiae ne se dil que 
des foudres iTest. p. 129, s. v. ; Serv, Aen. I, 42; XI, 2à',l; Senec, Quaest. nat. Il, 
il ; .\mm. Marc. XVII, 7. 3), parce que la préoccupation exclusive de l'art fulgural a 
fait oublier le sens plus général du mot. G. Schmeisser réserve mémo le mot pour les 
foudres de Jupiter seul. — '► Summanus d'après Fest. Jipit. p. 75, s, v. Diuni ful- 
gui: Pl.n. Il, § 138 ; Serv. Aen. I, 42 ; cf. XI, 250 ; Augustin. Civ. Dei, IV, 23. 
Antre répartition : Jovi, Junoni, Marti et Austro vento (Serv. Aen. VIII, 429). 
— y Cic. Divin II, 18. — 6 C'est-à-dire huit sur le pourtour (Cf. le temple astrolo- 
gique de huit lieus, Octotopos dans Manil. II, 969), et Jupiter au centre, ou plutôt 
dans tout le temple {Jupiter jacit toto caelo, Serv. Aen. VIII, 429;, doctrine qui 
prépare la théorie des Consentes désarmés. On a songé aux dit iVovensides sabins 
el, en général, aux propriétés magiques du nombre 9, qui, d'après Varron, in movendis 
rébus potentissimus semper fiabeatur et niax i m us (\rnoh. Ibid.). — '' Plut. Sylla, 7 
(voy. ci-aMrès, p. 29). — ^ Arnob. 111,40 ; Augustin. Ci'y.ZJei, IV,23 ; cf. G. Schmeisser, 
De Etruscoruni deis Consentibus //ni dicuntur [Comm, in bon, ReifTerschcidii, 



prendre l'avis des douze CuinenU-s; ctilin, il ne doit et 
prol)uld(.>iuenl ne peut l'oudroyor pour tout de lion, un 
troisi(<mo coup, suns consullt'r les dieux ■■ supérieurs et 
voilés" ». C(fK six couples d'ussesseurs ressiMiihlenl î'i la 
fois uux OlvmjjienH et aux •< dieux conseiller» '< de la 
Chaldéf! '\ tandis (pii- les dii nupeviiire» ri inuolitli rappel- 
lent les .Mo'resgrec(|Ues (ju tieimenl la|ilu(-i- de rji[j.atp|xév?, 
sloïclenne. Mais celte théorie coinpli(|uée perdait de vui; 
les exigences de la pratique, ipii cherchait ii localiser les 
foudres dans le temple et s accommodait beauertiip mieux 
de divinités dilVérontes tonnant dans les divers domiciles. 
Les haruspices (|ui préféiraiiint développer la tradition 
nationale sur son propre fonds n'euri;nt qu'il multiplier 
le nombre des divinités fulminantes, en ajoutant il l'an- 
cienne liste à quatre places les noms de Vulcain"', de 
Mars "^, peut-être d'Hercule", el d'autres encore (pie nous 
ignorons. Us atteignaient ainsi, on l'a dit plus haut, au 
chill're de !). En combinant avec ce nombre de neuf divi- 
nités fulminantes la théorie susvisée des trois foudres 
attribuées à Jupiter, les Toscans arrivaient ù. compter 
onze espèces de foudres''. Ce système a-t-il été accom- 
modé ù la construction du temple à douze cases, dans 
lequel aurait été ménagée peut-être une place vide, cor- 
respondant à la région où, vers le solstice d'hiver, les 
foudres partaient non plus du ciel, mais de la terre (in/ijra 
fulmina]'^, on l'ignore. Ce qui est certain, c'est que le 
système des onze foudres coexistait avec le temple ii seize 
régions, le temple fulgural par excellence el le seul pour 
lequel nous possédions la garanlii- de textes formels"'. 

La répartition des divinités dans le temple ii seize 
secteurs nous est indiquée, mais par un auteur du 
x" siècle, Marcianus Capella, qui ne ci le pas ses autorilés -". 
Sa liste ne contient pas moins de (j'i noms de divinités 
ou groupes de divinités, et il nous avertit lui-même 
qu'elle est incomplète. Que l'astrologie ait collaboré ii 
cette mosaïque internationale, on n'en saurait douter 
quand on voit Fortuna el Valiludo occuper la même place 
(XP) que Valetudo dans le système astrologique des 
U sorts », Genius (V) et Genius Junonis Sospilae [W") cor- 
respondre aux « sorts » du mariage el de la progéniture, 
et Mai's-Quirinus remplacer le « sort » de Militia (IPj-'. 
Le temple à seize cases doit avoir élé imaginé par des 
haruspices préoccupés de lutter contre l'astrologie enva- 
hissante en lui empruntant quelques-uns de ses procédés. 

Ces diverses constructions géométriques ont eu pour 



p. 29-34, Breslau, 1S84). L'auteur pense que ce nom a été transporté par Varron des 
Consentes romains (Varr. Ji. rust. I, 1) à des divinités étrusques analogues, mais non 
identiques. Le nombre 12 avait aussi sa place dans les traditions nationales ; la 
fédération étrusque coraplait douze villes, et les Consentes pouvaient passer 
pour les patrons de ces cités. — y Ils en ont élé pourvus par la logiijue de quelque 
exégète, ut testanttir Etrusci tibri de fnlt/uratura in quitjus duodecim (jenera ful- 
minum scripta sunt (Serv. Aen. I, 42). — '» Fest. p. 229, s. ii. Provorsum. 
Plin. II. J 138; Augustin. Cir. Dei, IV, 23. — " Antiqui Jovis solius putaverunt 
esse fulmen (Serv. I, 42 ; cT. X, 177J. Il se peut que Servius vise surtout la tradi- 
tion grecque. — '2 Senec. Quaest. nat. II, 41. — '3 Diodor. H, 30. — !'• Serv. 
Aen. I, 42 (avec la leçon Vulcanum). — '5 Plin. Il, § 138 ; Arnob. III, 3S. — 16 Cf. 
0. Miiller-Deecke, Elnsker, Mi, p. 168. — '^ Plin. 11, § 13S. Jupiter, secundum 
haruspicum dicta, occupe les trois premières places (Acro ad Hor. Carm. I, 12, 
18). — 18 Foudres attribuées aussi à Saturne, par ceux qui ne croyaient pas aux 
foudres ascendantes (Plin. Ibid.). — l'J Caelum in sedecim partes diviserunt Etrusci 
'Cic. Divin. Il, 18). Jn sedecim partes caelum in eo spectu divisere Tusci, on 
allant du N. vers l'Ii. et considérant comme g.auclics les oc(o partes ub exortu, 
c'est-à-dire ou bien la moitié orientale, ou bien la partie méridionale, allant du 
point E. au point 0. (Plin. II, § 143). Dicunt physici (?) de sedecim paribus caeli 
jaci fulmina {Hery. Aen. VIII. 427). — 20 Marlian. Cap. 1. 13, extrait soit de Varrou 
(suivant Krahner), soit de Mgidius Figulus (Eyssenhardl), soit de Cornélius l.alico 
(Schmeisser). Reproduit et commenté par W. Deeckc, Etrusk. Forschungen, IV, 
Stuttgart, 1380. - -1 Voy. le système des sorts (à(i).a) dan Manil. Astron. 111, 96-159. 



II AH 



— 20 _ 



HAR 



but de fournir un cadre éliquclé à l'observation des fou- 
dres, et nous n'avons pu les décrire sans y niùler les 
premières notions de la science fulgurale. Toutefois, il 
est presque certain ((ue le temple primitif a servi long- 
lomi)s, comme chez, les Romains, à l'observation des 
auspices. Le type légendaire de l'augure romain, Attus 
Nnvius, passait pour avoir appris son art en Ëtrurie', 
et ni Pacuvius, ni Lucain ne croyaient commcltre d'ana- 
chronisme en représentant les haruspices comme aussi 
habiles à interpréter la « langue des oiseaux - » ou le 
" mouvement de leurs ailes^ >< qu'à scruter le foie des 
victimes. Mais cette branche de l'art avait été délaissée 
par les haruspices, précisément parce qu'elle était encore 
vivaceà Rome et que lus Romains ne leur demandaient 
pas de consultations de ce genre. Ils se bornaient, autant 
qu'on en peut juger, îi interpréter les actes insolites des 
oiseaux, comme des autres animaux '', ou l'apparition 
d'espèces rares, comme celles qui étaient dessinées dans 
certains ouvrages de « science étrusque ^ ». Autrement 
dit, Tornithoscopie atrophiée s'était réabsorbée dans la 
science générale des prodiges. L'art fulgural, au con- 
traire, dont la tradition tendait à s'oblitérer à Rome S 
prit en Étrurie un essor qui en fit, dans la science des 
prodiges, une discipline à part. Les haruspices obser- 
vaient ou interprétaient la foudre proprement dite (fid- 
men-fulmen caducum), l'éclair [fulgur-fulgiiratio-fulge- 
Irum) et le tonnerre [(onilvu). Quant aux météores de 
toute espèce, bolides, aurores boréales'^, arcs-en-ciel *, 
comètes ", c'étaient des prodiges tenus en dehors des 
classifications courantes, comme aussi les foudres, éclairs 
cl tonnerres observés par un ciel serein '". 

Que la foudre fût lancée parles dieux, il n'y avait pas à 
le démontrer. Ce postulat, commun à toutes les méthodes 
divinatoires, tirait ici une force singulière de l'embarras 
où furent toujours les physiciens d'expliquer comment 
le feu, qui tend par nature a s'élever, pouvait se préci- 
piter avec une telle violence dans une direction opposée. 

La première question à résoudre concernait l'origine 
de la foudre, et elle était à peu près résolue d'avance 
par la répartition des divinités fulminantes dans le 
temple. On tirait encore des indices supplémentaires de 
la couleur des éclairs, le rouge vif trahissant la main de 

' Ilioii. Hal. III, 70. — - Pacuv. ap. Cic. Divin, I, ;i7. — -i Lucan. Phars. 

I. 587. Etru&cus angur, dans Claudien (/;i JV consul. Honor. 145) n'est 6vi- 
dcmniciil qu'uuc périphrase, sans valeur comme argument. N. Perolti {Cornu 
copiae, etc. (!'d. Basil. 1526, col. 14) a lu dans un ms. de Servius : hara-avis 
ijuaedam anguralis, a qua haruspcx. — 4 In libris Etrttscis invenitur etiani 
equos bona auspicia tïare (Serv. Aen. III, 537). C'est un cas de symbolomancie, 
la divination « domestique » ou « viatique » des Grecs, la divination k ominalo " 
des Romains [DivrNATio, t. II, p. 296 6]. — 5 Plin. X, § 37. G. Sclimeisscr — qui 
lance vertement 0. .Millier pour avoir cru à l'art augurai des Toscans — suppose 
que CCS livres illustr(!>s avaient pour auteur L'mbricius Melior. haruspicum in nosO'o 
aeoo peritissimus, cité pri*-cis<''meut À propos d'ornitliotogie (Plin. X, § 19). Il est 
prudent de renoncer :i l'Iiypallii^se signalée ailleurs [divisatio, note 45], d'ajiri^s la- 
quelle les Etrusques auraient observé le vol d'oiseaux lâchés à fin de divination. 
L'interprétation de la fresque de Vulci (J. Martha. l'Art i'trusque, fig. 17i) eu ce 
sons est de pur arbitraire. On y verrait tout aussi bien un jeu d'enfant (cf. l'enfant 
à l'oiseau, dans j. .Martba, Jbid, fig. 342), ou une aliusiou aux pigeons voyageurs. 
comme ceux dont se servit un jour (l'haruspice) Ciecina, inlito victoriae colore^ 
pour annoncer à ses amis une course gagnée au Cirque (Plin. .K, § 71). — 6 Voy. 
ci-aprés les débris d'une tradition ancienne dans le culte de Jupiter Elicius et les 
expériences de Numa ou de Tullus Ilostilius. Les augures n'acceptèrent qu'à regret 
les signa px caelo. Ceux-ci étaient prohibitifs (à la façon des dirae), sauf le cas où 
cet auspie.ium maximum (Serv. Aen. II, 693) devenait optimum (Cic. Divin. II, 18); 
encore ce dernier mémo était prohibitif pour les comices [AUGDflGS-ou:«u^T)Aiiuj'. Ce 
ne sont pas des auspices réguliers, mais des simntacra auspiciornm (Cic. Jbid. 33). 
— 7 Cf. la liste de météores lumineux dans Senec. Q. S\'at. I, 14 et Plin. ffisl. 
nat. H, § 96-102. Le cliasma ou discesaus caeli (Sen. Plin. l. e. ; Cic. Divin, l 43 ; 

II, 28; Serv. Aen. IX, 20) parait être l'aurore boréale; on croyait voir, par la dé- 
chirure du ciel, les vagues de feu de l'empyréc. Le discessus est classé inter ûslenta in 



.Jupiter"; h; rouge sombre, celle de Mars'-; le blanc, 
plus ou moins livide, celle des autres dieux '^ ;de Vhcurc, 
diurne, nocturne, crépusculaire (pruvorsa fulgura)^\; 
ou de la coïncidence des foudres avec les fêtes des diverses 
divinités'' ; enlin, des r/fels produits, la foudre de Mars, 
pur exemple, étant connue pour son énergie combu- 
rante"^. Ce n'était pas seulement pour savoir (|uelle 
main avait lancé la foudre que les haruspices cherchaient 
à préciser son point de départ. Ils devaient noter la 
direction du coup, à l'aller et au retour, car les anciens, 
confondant des phénomènes mal connus même de nos 
jours '% croyaient que le plus souvent la foudre rebondit 
sur les corps qu'elle frappe, et va se perdre ailleurs ou 
même retourne à son point de départ'". Toutes les 
foudres célestes suivaient une direction oblique ; seules, 
les foudres parties de la terre [in fera ou inferna-ierrena) 
frappaient droit". Celles-ci étaient toujours funestes; les 
autres, de bon ou mauvais présage, suivant les cas. Les 
coups partis du premier quadrant du temple (entre le 
Nord et l'Est) étaient heureux, surtout si la foudre y 
retournait, le retour au point de départ étant toujours 
un signe favorable-". 

Les effets matériels de la foudre ne pouvaient manquer 
de fournir un moyen de diagnostic important, pouvant 
révéler non seulement son origine, mais l'intention dont 
elle était le signe. Les haruspices, un peu trop aidés 
dans leurs classifications par les stoïciens, admettaient 
trois espèces de foudres, térébrantes, brisantes, brillantes, 
celles-ci subdivisées en foudres qui noircissent [fuscant), 
c'est-à-dire qui altèrent {décolorant) ou changent(co/o)'a?i7) 
la couleur des objets touchés, et foudres brillantes 
proprement dites, qui grillent (a/y/anf) ou brûlent à fond 
[comburunt) ou enflamment (accendunt) lesdits objets-'. 

Cette trichotomie, symbolisée par les trois dards du 
foudre classique [fll.me.n], se retrouve dans l'analyse 
d'autres données ou procédés d'exégèse. Les trois foudres 
que maniait Jupiter, assisté ou non des Consentes et des 
Involuti (voy. ci-dessus), ne correspondent pas exacte- 
mentaux genres précités, car elles sont classées à la fois 
au point de vue des effets et au point de vue de l'inten- 
tion (avertissement, menace, exécution)--. Une autre 
ordonnance distinguait la foudre qui eflraye [ostenlato- 

uuguialibus libris (à corriger en fuli/urahbus libris, d'apriîs P. Regell, AuguruUa^ 
p. 64) dans Servius. — 8 Ilieu que Pline (II, § 150) classe l'arc-en-ciel extra mira, 
culum, extra ostentum, il lui attribue des propriétés merveilleuses (XI, § 37 ; XII, 
§ 110 ; XVII, I 39 ; XXIV, § 113), et Virgile {Aen. IX, 031) l'appelle fatifer. — 9 Sur 
l'interprétation des comètes, cf. Plin. H, § 8!i-9i ; Sirv. Aen. X, Ï72. — "> Cf. Virg. 
Cfiorj. 1,487; Horal. Carm. I, 34,7; Plin. Il, § 137; Ûbseq. 122; Dio Cass. XXX, 
25 etc. — 11 Acro ad llor. Carm. I, 2. 2 ; Claudian. liapl. l'ros. Il, 229. — 12 Obseq. 
1 12 ; Tcrt. De pnll. 2 : A/jol. 40. — " Acro, Ibid. — 'l Fesl. p. 229, s. r. Provor- 
sum. La procuration de ces foudres indécises visait â la fois Jupiter et Summanus. 
— '^ Ainsi, Minerve tonne à l'époque des Qtiinquatrus (Serv. Aen. XI, 259) ; Saturne, 
au moment des ■'Salunialla (Plin. II, g 139). — '6 Cf. Volsinies brûlée en 95 a. Clir. 
par la foudre de Mars (FMin. Il, ^ 139-140). — 17 La physique moderne parle encore 
non seulement des « chocs en retour » (foudres asccndanles ou terrestres), mais du 
'« tonnerre en boule », qui erre et ricoche avant d'éclater^ (Cf. H. de Parville, 
Journ. des Débats. 6 nov. 1805). — 18 Unde fulmen venerit, guo concesserit (Cic. 
Divin. Il, 20); Cf. Dion. Haï. IX, 6; Plin. II, g 143 ; Senec. p. .VaMI, 40; Lucrel. 
VI, 86 etc. — 10 Plin. II, § 138-139 ; Senec. Q. Xat. II, 49. — 20 plin. Il, § 143- 
144. — 21 £/a€C adfiuc Etriiscis cl philosophis communia sunt (Son. Q. Nat. II, 
10-41)', cf. Servius, Men. 11,049 {gund afftat, guod incendit, guod findit). Autre 
classification en quatre : di.ijiciens, trans/igens, corripiens, in figeas ilbid. I, 43). 
Ajouter à ces schémes la classification eu foudres xicca-bumida-clara. Le fulmen 
clarum, qni vidait le contenu sans endommager le contenant, était un prodige (Varr. 
ap. Non. Marc. p. 334; Plin. 11, S 137 , Sen. y. .\at. II, 31. 52). - 22 Cetto division 
liaraît identique à la suivante : fulmen guod terreat, guod afflet, guod puniat 
(Serv. Aen. I, 230). G. Schmeisser {De Ktr. diis Cons. p. 30) fusionne arbitraire- 
ment trois classifications. Il [admet Tidentilé de : .1* prima mannbia = f. guod 
terebrat = consiliariitm -^ î" secunda manubia = f. quod disculit ~ auctoritalis; 
3' lertia manubia = f. quod urit = f. status. 



ii\i; 



21 — 



IIAIt 



riuin], l'clli! i|iii pri-sa^t* O^dcsi/;/»/;/ ;, fi-llc (|Ui iIlIiuiI 
(liei-finptoi'ium) , division (|ui, ninsi r(>iiiiiciit'ii ', so rap- 
|iriiclii' <lo lu iiri'ffdi'iilc. 

Kiiliii, on ni' cMinsiili'i-ant c|ur li'^ inli-nlions, soil du 
niidfui- do la loiidro, Sdil du dosliiialaire, soil dos doux 
ousonihlo, ou alioulissait rt dos riassilicalinus psyoliulo- 
niqui's asso/ onoliovoiroi's, où so rolrouvonl dus syno- 
nymes dos ospi^fos précédonlt's. L(> dodo Ca'cina dislin- 
^uail trois ospt''cos do foinli'os : la l'oudro ronsoilloro 
[/'uliiini roimiliiiriiim), qui appniuvi! ou dosappi'oUNo un 
projet modilo par io doslinalaire ; la l'oudro de garanlic 
(iiiniinitulis), (|ui prosago les olVols lions ou mauvais d'un 
aelo aocompli ; ol la l'oudro d'olal (ahitus), sorlo d'apos- 
Iropho inatlonduo adressée aux gens dans lelat passif, 
(^olte dornic'ro pt'Ul tMro une menace, nue promossc ou 
un avorlissouHMil [f. iituiiiUirium)^. 

L'analyse poussait plus loin ses dislinclions. Les avis 
oéleslos peuvent être répétés (/". tcnovadva) '' et con- 
lirmés (allestaiwa-' attcslula)'^, ou, au contraire, annulés 
par contre-ordres [fieremptaiia)'' . Avis ou menaces, les 
foudres pouvaient présager des maux inévitables, parfois 
<léguisés sous la promesse d'un iionlieur apparent 
(/". fallaciii)", même l'exil ou la mort {pcsli/'era}'', ou 
des malheurs dont l'échéance pouvait être soit écartée 
(depri'caiiea), soit dilïérée Iprorogaliva)"'. L'épithéte de 
« prorogative » entre dans une autre classilïcation, tou- 
jours ternaire, faite au point do vue de la durée des 
présages. Les foudres sont ou perpétuelles, ou finies, ou 
prorogatives [perpelua-lhiita-pi-orogaliva) ". Les pre- 
mières, comme l'horoscope des astrologues, étendaient 
leur efl'et à la vie entière, soit des individus (/". fami- 
liaria) '-, soit des cités. Elles ne s'obsorvaionl qu'aux 
époques critiques, et les haruspices, soucieux de res- 
treindre la part faite au fatalisme, avaient limité le 
nombre de ces époques à une seule pour les cités (le 
moment de la fondation), à deux pour les particuliers 
(naissance et constitution d'une famille) '•'. Le pronostic 
tiré des foudres « finies » comportait une échéance à 
jour fixe''. L'échéance des « prorogatives « pouvait être 
différée durant un certain laps de temps, au maximum 
trente ans pour les cités, dix ans pour les particuliers '^, 
au moyen des « procurations » enseignées par les haru- 
spices, démarches dont l'efficacité pouvait aller jusqu'à 
transformer lesflnila en prorogativa, et celles-ci en depre- 
canea. Cette plasticité du Destin est un trait caractéristique 
des doctrines toscanes, comparées à l'astrologie '". 

On a supposé jusqu'ici que le destinataire des présages 
était connu. L'adresse des foudres était, en effet, indiquée 



1 Servius doime l'ordre suivanl : oufetitatomun, pem'nptûi'ium, praesnyum {Scrv. 
Aen. Vlll, ^120). Peut-éti-e Servius a-t il fait un conlrc-scns en entendant /jpremy}- 
torium autrement que pci'emptale, qualificatif noté ci-après. — 2 Senec. Q. Nat. 
H, 39. Servius (A.;/i. VUl. 524) reproduit les mûmes qualiiicalifs dans le même ordre: 
il semble que l'ordre status-consiliariiim-aucioritatis eût été plus intellis^iljle. 
Exemple de fulmen consiliarium d,ans .\mm. fliarc. XXXIII, 5, 13. Ci. Schmeisscr veut 
que les f, status bouleversent le status privatus et pubHcus. C'est mettre dans le 
texte de Séniique ce qui n'y est pas. — 3 Senec. Q. A'at. Il, 39. Terme di5taclii5 de 
quelque subdivision tripartile, omnie ostentatorium^ monitorium, praesagum, ou 
autre semblable. Les nionitoria supposent deux conditions : qu'il s'agit d'un péril à 
éviter (Sen. Ib. II, 49), et que la personne avertie n'y pensait pas (76. Il, 39). — '*Fest. 
p. 289, s.v. — à Senec. Q. Nat. II, 49. — Ibid. — c Fest. Epit. p. 12, s. n. — 1 Fest. 
p. 214 et 245, s. u. ; Sen. Ihid. ; cf. Plin. II, § 141. Une foudre peut être renovativum 
ou peremptale sans succéder à une autre, si elle réitère ou annule un présage obtenu 
par une autre méthode, quia quiilquidalia portendunt, inlenenlus futminis tollit 
(Senec. Ibid. II, 34). .\ ranger parmi les renovaliva les foudres obruta, quibusjamprius 
percussa nec procurata ferhmtnr {%encc. 11,49), quisonl en uiéme temps des;jos(i;- 
laria (ci-r.|irés;. — 8 Senec. Ibid. — 3 Fest. p. 24.5, i. t). — '0 Senec. Ibid. — n Sen. 
Il, 47-48. Termes impropres, suivant Scnéquc, toutes les foudres étant /tnitUt une 



par les oirconstaiicott do temps et de lion, l'oiir b-^lnudrert 
doinandooA, altonduoH, obsorvéuH, nul doute posHiblo. 
Mais cotait le i-uh le plus rare. Pour les autres, l'adroMBO 
so déduisait, soit do la |)rooccupulion présente du spoc- 
lalour, s'il y avait éclair saris foudre, Boil.ttvoc certitude 
absolue, du lion frappi' : les (iropriélés ou la personne 
inémt!, s'il s'agit do>, individus; les lieux el inoiiumonls 
publics ou les magistruls, s'il s'agit d'une cité. Dans une 
cité ri'qiiiblioaino, des coups poi'tant sur le Cmiiiliuin ou 
li!s lieux priiu'i{iau\ <> donnaient it la fois leur adresse 
et leur sens : ces foudres-prodiges présageaient des 
révolutions devant aboutir ii la monarchie (/". regailny . 
Les raisonneurs demandaient à quoi servaient les foudres 
tombées sur les res iiittlius, la mer, les déserts, la cime 
des montagnes; ils croyaient prouver par là (|ii(! la 
foudre ne parlait pas de la main des dieux'*. L'argument 
était facile i\ réfuter. Inaperçues, ces foudres n'existaient 
pas; observées, elles s'adressaient à ([ui en était témoin '''. 
Kn tout cas, ceux qui demandaient pourquoi la divinité 
loudroyail ses propres temples ■" avaient l'air d'ignorer 
que ces coups soi-disant fortuits étaient les plus signifi- 
catifs de tous. Les haruspices y voyaient d'ordinaire des 
postu/avia ou postulutoria (fulmina), enjoignant de re- 
commencer des cérémonies religieuses mal faites-'. 

L'art de l'haruspice « fulgurateur » -- consistait à 
appliquer les principes ci-dessus exposés à un cas donné, 
en poursuivant l'opération divinatoire dans ses trois 
phases, observation, interprétation, exoration ou procu- 
ration". Avec les combinaisons possibles entre tant de 
données, il était assuré de ne pas rester court. La théorie 
des foudres rénovatives, prorogatives et périmantes 
surtout prêtait à des raffinements bien propres à émer- 
veiller les profanes. « Dans l'interprétation des foudres », 
dit Pline-*, « la science s'est perfectionnée au point 
qu'elle annonce à l'avance s'il en apparaîtra d'autres 
à jour fixe, et si elles annuleront la destinée ou si elles 
ouvriront d'abord d'autres destinées restées à l'état 
latent; le tout confirmé par d'innombrables expériences 
publiques et privées, dans l'un et l'autre sens -■• ». En 
d'autres termes, étant donné une foudre reconnue pro- 
rogative, les haruspices se vantaient de savoir à quelle 
date la prorogation prendrait fin, date à laquelle le 
présage serait ou renouvelé, ou provisoirement remplacé 
par d'autres, ou définitivement annulé. 

Mais toute cette casuistique d'arrière-saison, bonne 
pour humilier les astrologues, importait assez peu aux 
clients des haruspices. Ce qu'on attendait des hommes de 
l'art, c'était l'indication des mesures à prendre pour éviter 



fols l'échéance arrivée. 11 oublie les deprecanea, que la trichotomic a fait écarter. 

— 12 Plin. Il, § 139. — 13 Plin. Ibid. — ''. Senec. Jbid. — '» Plin. ibid.; 
Sen. Q. \al. Il, 48 ; Serv. Ae». Vlll, 398. — i» Servius {Aen. VIII, 398) dit 
bien, en citant force livres étrusques, fala di/feruittur tantum, nunquain penilus 
immutanlur; mais c'est là de l'haruspicine qui a perdu sa souplesse au contact de 
l'astrologie. — n Sen. II, 49 ; 0. Miillcr (II, p. 1G4) accuse Sénéquc de contre-sens, 
le mot devant dater do l'époque monarchique. Ku tout cas, il ne manquait pas de 
prodiges présageant la royauté (cf. ci-aprés), et l'art fulgural devait eu fournir sa 
part. — 18 Cic. Diiiiii. II, (9; Lucret. Il, 1102; VI, 396; Senec. Q. i\nt. 11, 51. 

— 10 II se peut cependant que les haruspices aient fini par souscrire à la distinction 
indiquée par Pline (II. § 1 13) entre ces bruta fulmina et vana et les falidica. Cf. ci- 
aprés (p. 25,7) l'analogie des muta exta. — -» Lucret. II, tlOI ; VI, 417-420 ; Sen. 
fbid. Il, 42. — 21 Fest. p. 243, s. o. Poslutaria; Senec. II, 49 {postulatoria, gui- 
bus saci-iftcia iuiermissa aul }ion rite fada repeluntur). — 22 Fulguralor (Non. 
p. 63, 21), fulguriatoT (Orelli, 2301 ; Marini. Atti, p. H'iib, n. 47|. — 23 Sen. Ibid. 
II, 33. Dans ce passage, X'exoratio — ad propiliandos dcos — est synonyme de procii- 
mlio. — 21 Plin. II, § 141. — 25 Cicéron parait admettre in fulquribus obsen'atio 
diuturna (Cic. Divin. Il, 18), qu'il conteste formellement pour les exta (Ibid. 
11, 12). 



HAR 



22 — 



I1AI5 



toute suite fâcheuse, c'était le mode de procuration. 

Il faut distinguer ici entre la foudre considérée comme 
présage et la foudre considérée comme projectile céleste. 
La foudre-présage, qui pouvait être un simple éclair, 
devait être procurée par laccomplissemenl des volontés 
qu'elle signifiait', et il n'y a pas lieu d'anticiper sur ce 
qui sera dit plus loin de la procuration des prodiges en 
général. Par contre, la foudre offensive, qui laissait des 
traces matérielles de son passage, devait être procurée, 
indépendamment de l'interprétation, ou plutôt expiée - 
par des cérémonies spéciales. 

L'ancien rite romain, celui de Numa, ne connaissait 
qu'une expiation uniforme, appliquée par les Pontifes à 
tous les coups de foudre. Elle consistait en offrandes 
symboliques à Jupiter (Klicius?)^ Les l'ontifes recon- 
nurent eux-mêmes l'insuffisance de leur procédé national 
et finirent par se décharger tout à fait sur les haruspices 
du soin de purifier les lieux et objets frappés par la 
foudre. D'après un principe qu'on dit commun à la doc- 
trine « des pontifes et des haruspices », la foudre ne 
frappait jamais que des lieux entachés d'une souillure 
quelconque '. Rechercher la nature de cette souillure 
préexistante était affaire d'interprétation, et l'effacer 
devait être l'effet de la procuration ordonnée en consé- 
quence. Mais tout d'abord, il fallait conjurer l'espèce de 
maléfice apporté par la foudre elle-même au lieu frappé 
fulguritum)''. Les haruspices y pourvoyaient en enter- 
rant la foudre sur place. Il commençaient par " ramasser 
les feux célestes' », c'est-à-dire, les indices matériels 
de leur passage, et la foudre elle-même, qu'ils savaient 
trouver éteinte et solidifiée en pierre ^ Ils enfouissaient 
cette foudre ifulmen conderé) en récitant des prières 
lugubres", et immolaient à cet endroit une ou plusieurs 
brebis [bidentes), dont ils avaient soin d'examiner les 
entrailles pour être assurés du succès de ropération\ 
Enfin, ils faisaient enclore d'une barrière circulaire, à la 
façon d'un puits (pu/ea/), sans le couvrir'", ce tombeau de 
la foudre ou bidcnlal, désormais inviolable, inamovible, 
et classé, comme tous les tombeaux, parmi les lieux 
« religieux" » [BmE.xTAL — pute.^l — cf. fllmen]. 

S'il y avait eu mort d'homme, les haruspices « colli- 
geaient n aussi les membres de l'individu foudroyé et 
l'enfouissaient {condere) sur le lieu même, sans les rites 
consolants des « justes funérailles'- ». .Vussice genre de 
bidcnlal était-il particulièrement sinistre '^. On procédait 
d'une façon analogue avec les arbres foudroyés [arbores 
fulgorilne — fanalican)'', qui restaient debout, comme des 
stèles funéraires, isolés et redoutés. 



1 Cepenrianl, le pouplc se prémunissait coulrc les r-clairs, en faisant claquer la 
langue : fiilf/etrtu poppysmis adornre [au sens de exorare] consensus gentium est 
(Plin. XXVIII, g 26). — 2 Si3nèque emploie procuranda fulmina et expiationes 
comme synonymes (Q. JVal. 11. 36). Cf. Cic. /Jiiin. Il, 6:! Iquemadmodum eapro- 
curenlur algue expienlur). — :i Offrandes d'oignons, de cheveuï et d'anchois, 
d'apri-9 Plut. .ViiMO, 1.5; Ovid. FasI. III. 333-34». Le rite toscan passai! pour avoir 
été révélé par Régoé, guae artem scripserat fulguritarum apud Tuscos {Serv. Aen. 
VI, 72). A prendre ce texte à la lettre, il n'y serait question que des fuhjuritae ar- 
bores. Il y eut aussi, alors ou plus tard, un rite sabin, car on rencontre sous l'Empire 
une sodalité de sacerdotes liidenlates dévots à Semo Sancus (C J. L. VI. 568). 

— k Acro ad llor. C'nrm. I, 12, 60. — '• FcsI. Epil. p. 92. ». o. — Arunt 
dispersas fulminis iijnfs Colligil. et lerrae moeslo cum murmure condit (Lucan. 
l'hars. I, 603). — ~ Schol. Pers. Il, 26. Cf. la pierre et le couteau, ou briquet 
symbolique d'.\tlus Navius, enterré au puleal Xavianum. Sur les cerauniae, cf. 
Plin. XXXVII, § 132-135, et ci-dessus, les articles b\etvi.ia et fcluen. — 8 Lucan. 
loc. cit. —s Pers. II, 26. — lo Fest. p. 333, s. c. Scribonianum. — Il Fest. Epit. 
p. 92, ». V. Fulguritum. Cf. Amm. Marc. XXIII, 5, I3,d'aprè5 les fulgurales libri. 
Usage général d'ailleurs : en Grèce, les Ufi iiii; K«Toiie<iTou sont aussi Jea-ra. 

— 12 Sen. Clem. I, 7 ; Fest. p. 178, ». c. Occisum (d'après une loi de Numa) ; Plin 



L'observance de ces rites lit surgir bien des difficultés 
qu'eut à régler le droit pontifical. La théorie des foudres 
qui retournent sans demeurer sur place permit de 
réduire le nombre des bidenlalia, et peut-être fut-elle 
inventée pour cela. On n'enfouissait probablement (|ue 
les foudres restées en terre (/". atlerranea) '". Mais quand il 
s'agissait de personnes foudroyées, le cas pouvait devenir 
embarrassant. Si un individu était foudroyé dans un lieu 
public, le rituel toscanexigeait qu'il filt enfoui surplace et 
la jurisprudence romaine interdisait de convertir un lieu 
public en sépulture privée ""'. Que ce lieu public fût dans 
l'inlérieur de la ville, la difliculté était double, un article 
de la loi des XII Tables défendant d'ensevelir un corps 
humain m Urbe^'. Enfin, si l'individu frappé survivait? 
Fallait-il le retrancher de la société, ou l'enterrer en 
effigie, comme on faisait pour les individus « dévoués » 
[devotio], ou affecter l'optimisme et considérer comme 
une caresse un coup qui ne lue pas '" '? Même les végétaux 
fournissaient matière à scrupules. Le caractère « reli- 
gieux » des arbres foudroyés étant, en droit pontifical, 
incompatible avec le caractère « sacré », que faire si la 
foudre frappait un bois sacré ? En pareille occurrence, les 
Arvales eurent recours à quantité de cérémonies pour 
faire disparaître les arbres touchés et acquérir le droit 
de les remplacer par d'autres '''. Le végétal pouvait aussi 
survivre au coup de foudre. Sans doute, on n'en faisait 
pas alors un objet ■■ religieux « ; mais il était prudent de 
le traiter en suspect, et, si c'était un arbre fruitier, de 
ne pas offrir de ses fruits aux dieux. .Ainsi, au dire de 
Pline, il était interdit de faire des libations avec du vin 
provenant d'une vigne touchée par la foudre-". L'art ful- 
gural en vint, de cette façon, à dicter des lois aux arbo- 
riculteurs timorés. Sous prétexte que, pour un arbre 
greffé que la foudre viendrait à frapper, il faudrait autant 
d'expiations spéciales que de greffes, il interdisait certains 
mélanges d'espèces incompatibles '-'. 

Il reste encore, pour achever la table des matières de 
la science fulgurale, à parler de l'évocation et du ma- 
niement des foudres. C'était là un secret magique, dont 
l'emploi était dangereux pour les profanes (fulmina hos- 
pitalia)" et dont les haruspices eux-mêmes n'usaient 
pas volontiers. Ils vivaient sur les souvenirs légendaires 
de TuUus Hostilius, victime de sa témérité", et de Por- 
sena, qui avait jadis tué à coups de foudre le monstre 
Volta sur le territoire de Volsinies-*. Ils avaient si bien 
laissé oublier leurs talents en ce genre que, pour expli- 
quer le miracle de la légion Fulminante, sous Marc- 
Aurèle, Claudien songe non pas à eux, mais aux mages 



II, § I4!i. — 13 Hor. Ad Piaon. 471 ; l'ors. II. -M, bidental désignant, par métonymie, 
l'individu enfoui. — " Fest. p. 294 ; Epit. p. 295, s. v. .Striiffrtnrioi, et p. 92. s. n. 
Fanaticn. — 1" Xtlerranea, guae in inctuso fiunt (Senec. tj. Aaî. Il, G9i. Le sens, 
qui embarrasse les commentateurs, me parait être non pas •< dans uu puleal déjà 
enclos n, mais <■ dans un lieu (devant être) enclos ». — •'"' Cic. Legg. Il, 23. ^ .S8. 
Le cas s'était présenté pour un acteur foudroyé dans le Cirque, Les Pontifes, après 
ravoir enfoui sur le Janicuie, furcut obligés de rapporter ses restes sur le Vulcanal, 
et se tirèrent d'embarras en lui décernant une espèce d'apothéose (Fest. p. 290, s. t\ 
Statua), — 17 (jic. ibid. Il n'y avait dans Rome que des bidentatia puhVics, et en 
petit nombre : le puteal Xavianum sous le figuier Ruminai ; le Scribonianum, dit 
aussi Libonis ; plus uu lieu assimilé, le lacus Curtius. — "* Cf. le cas de tj. Fabius, 
pultus Jovis (Fest. p. 24-W245, s. v. : Aniob. IV, 26). Présage heureux, d'après Serv. 
Aen. II, 049. — <» Ad. fr. Arval. 224, 4. — M plin. XIV, S 119. —-'I Varr. H. rust. 

I, 40; Plin. XV, § 57 ; XVII, § 124. — 22 Senec. Q. Nal. II, 40. — 23 Liv. I, 31 ; 
Dion. liai. III. 35; Val. .Max. IX, 12, 1 ; Plin. II, § 140; XXVIIl. § 14. L'exemple do 
Tullus, qui s'était servi des recettes de Numa, servait surtout à montrer la supério- 
rité des procédés toscans. Cf. Arnob. IV, 12 (magi. haruspicutn fratres). — 2V plin. 

II. § 140 . C'étaient là sans doute et par excellence les fulmina auxiliaria, guae 
udvocata, sed advocantium bono reHiunf (Senec. Q. Aal. IL .VJ]. 



ii\i; 



— 23 



Il m: 



iii'ii'iil;iii\ '. (Il- ii'i'^l i|u'i\ lii lin ilu iii>iiii|<'iiii(ii|Ui',(-iiiiiiiii' 
nous le vcrriiiis pliii loin, i|Ui' l'on cul l'iili'i- du Il-s 
invitt'i- i» louincr l'ai ino oclcsle coiiUti li^s Uurbures. 

Aux l'onnulcs capiilili's (ratlirci' la foudru [rlicen-, 
cof/eie), If MilgaiiT ciU pit'l'i-ic II iou|) si\r di-s moyens 
dt' rt*carlor {fxormr). Muis si l'un dail diflicilo% l'aulri- 
iV'lail sans douli' davantaf,'!'. On disait hii'u (|Ui! Tarclion, 
le pri'uiitM- ilisiipli' df Taurs, a\ail picscrvé sa maison 
i«n l'onlouianl ili: icps lilaiics, ol qui- Ta^îès lui-nn"'ini' 
sVlail servi d'uni' liUc d'ftni? ceorclié pour l'aire fuir les 
orales' ; mais on ne voit i>as (|ue les haruspices aient 
Iravaille à rurélier la matière première de leur industrie, 
(hil-ils uu moins essayé d'arrêter l'elVel des l'oudres hri'l- 
lanles? IMine parle de formules éerilessur les murs pour 
écarter les incendies \ et une de ces formules ; Arse 
verse, nous est donnée comme d'origine et de langue 
élrus(|ue^. On n'en sait pas davantage. 

11. /fitruspicini' pvopirincul dite ou divinnlioii par tes 
enlrailles. — Avant d'acquérir le renom de fulgurateurs 
éméritos, les devins toscans passaient pour élre incom- 
jiarables dans l'art d'inspecter les entrailles. Leur nom 
usuel vient de 1;\, et celle partie spéciale de leur art 
remontailsans conlesleà'i'agès'', tandis que l'art fulgural 
procédait aussi, ou peut-être exclusivement, des révéla- 
lions de la nymphe Vegone. Une monnaie 
attribuée à Luna parait représenter Tagès, 
coiffé du bonne! des haruspices, et les in- 
struments du sacrilicaleur i tig. inil) '. 
Il l'aul la ra|)iii()Llu'r d'une statuette de 
bi'on/.e trouvée dans un tombeau voisin 





Fig. 3711. 



Mouiiaie de l.uua. 



Fig. 3712. — Haruspice. 



du Tibre, où l'on reconnaît généralement l'image d'un 
haruspice (fig. 37i2) ^ 

Ce n'est pas que l'extispicine étrusque eût des prin- 
cipes ou même des méthodes qui lui fussent propres. On 
s'accordait partout à penser que les victimes offertes aux 
dieux devaient être saines, bien conformées, et qu'une 
lare quelconque, extérieure ou révélée par l'autopsie, les 
empêchait d'être agréées. En outre, le sacritice est une 
forme de la prière, et rien de plus naturel que de cher- 
cher dans le sacrifice même la réponse des dieux. Les 
Romains, comme les Grecs de l'âge homérique, semblent 
s'être contentés longtemps de cette divination rudimen- 
taire, qui leur permettait de savoir, d'après l'aspect des 
entrailles, si le sacrifice était agréé [litare — perUtare — 
xaXXiepscv) et, par conséquent, la prière exaucée. Mais il 

* Chaldaea mago seu carm'tita ritii Arviaverc deos (Clauiliau, //; Vl cous, llonor. 
345). — 2 DifficilthnumçKf ex his etiam fulmina elici {l'iin. XXVIll,.^ 13; d". II, 
§140).— 3Colum. X,3M-3ili; cf. Pallad. H, 35, 16. — '• Plin. XXVill, .i; iO. — S Fest. 
Epit. p. 18 {\rse verse avevte ignem signi/îcat), — '"' Conditor arlis Tages (Lucaii. 
Phars. I, 6311), cf. Cic. Divin. 11, i3. — 7 Voy. Molcliiom. Bail. d. Insiit. di Corr. 
Ârch.. 1839, p. 1^2. — 9 Mus. Gregoriano, l, pi. xlui, 'i ; Helbig, l'ûhrer diirch 
die liff. Siimmlimgcn Ktiiss. Allerl/i. in Uom. 1891, t. H, p. 329. Martha, L'art 
Étrusque, p. 500. — Cf. T»;»/',. transformé en BaHirtai = Ou^avooi (Dion. liai. I, 30 ; 
Scrv. Aen. Il, 781). — 10 Pour Onosandrc (i" siècle p. Chr.), la OuTixi) Sià «liiYi'.vuv 
est de l'astrologie à>.>,oio|Aôp=t;i 0£^}oi« (Onos. X, 10). Aussi les Chaldécns envahissaient 



n y avait auruui' raison pour limili-r a une siiii|ile iillir- 
inution ou diMU'galion lu ri'|ionrii; der^ di<-u\. IK pouvaient 
accepter ou refuser huhh condilionti, ou demander autre 
chose, ou enlin et surtout adresser du IcMir propre ini- 
liulive des avis imprévus, promesses, menaces, repro- 
duis, elc. Va'XU'. porte uni! fois ouverte, la divination y 
passait tout entière, il sullisait pour cela i|ue le langagi! 
des signes convenus fût assez, riche et d'une interpréta- 
tion sûre, (l'est préciséim^nt la niulliplicilé des détails 
observés et la rir-hesso de Umr répertoire exégélique 
qui faisait en celle matière lu supériorité des Toscans' 
sur leurs rivaux de tous pays. 

Comme la scienci! fulgurale, l'haruspicine Unit par se 
charger de superfétations suscitées ])ar la concurrence 
de l'astrologie. Il fallut (|uç l'animal dissr'(|ué devint un 
microcosme '", et ses viscères un temple dans lequel 
étaient distribuées les influences des diverses divinités; 
ou bien le l'oie, l'organe fatidique par excellence, était ii 
lui tout seul un temple. Nous reproduisons ici, (;n plan 




Fig. 3713. 



et en perspective, un monument déjà visé ailleurs [divi- 
NATio, fig. 2-473] et qui paraît être une représentation 




Fig. 3714. 

schématique du foie considéré comme un temple à seize 
régions ' ' . Quand la magie et la théurgie furent à la mode, 
on imagina que les dieux, invoqués au moment de la 
consultation, venaient prendre place dans leurs domiciles 

le domaine propre des haruspices (Diod. 11, 30). — " liron/e intorpri!li5par W. Deecke, 
d'.abord Corinne temple ci^Ieste {Etrusk. Forsciningen, IV, Stuttgart, 1880), puis, 
comme temple hi'paticpic : Die Leber eiii Temjdum in Etr. Forsch. 1882), avec 
le luxe d'hypothèses familier i ce genre d'étuiles. Dans les deux ordres de cases 
(intérieures et marginales), on lit enviion 31 nom5, oil DcocUe retrouve une partie 
des 64 divinit(5s «numérées 'par Mareianus Capella (ci-dessus, p. 19. 20). Il dalo 
le monument, d'après la forme des lettres. « de la fin de la Képuhliquc ou du com- 
mencement de l'Knipire .1. Ce qui est certain, c'est que Pline dit, en parl.intdu fiel 
des taureaux: haruspices id Neptuno et liumoris polentiac dicavere{\t, ^ 195). 
C'est une case du temple hépatique. 



IIAR 



24 



II A H 



respectifs pour répondre aux questions '. Les vrais ha- 
ruspices toscans ont di*i écarter ou n'accepter qu'à regret 
ces théories suspectes. Ils admettaient i)ien, et rien ne 
les empêchait de faire cette concession aux raisonneurs, 
que les signes fatidiques ne préexistaient pas dans la 
victime, laquelle, par exemple, n'aurait pu vivre sans 
cœur ou sans foie; mais, pour imprimer les signes fati- 
diques dans les viscères, en vue et au moment de la con- 
sultation -, il leur suffisait de l'inlcrvenlion unique de la 
divinité à qui était offerte la victime''. 

Les haruspices appliquaient donc leur art aux vic- 
times immolées spécialement pour la consultation {hostiae 
consultnloriae) : les autres ne comptaient que comme 
vies offertes {hostiae animales), non comme instruments 
de divination'. Certaines espèces animales étaient plus 
sensibles à l'impression divine, avaient « le foie plus 
parlant ■ ». De là l'idée non seulement de disséquer 
toute espèce d'animaux, y compris, dit-on, l'homme'', 
mais encore d'adapter l'espèce au genre do consultation, 
en choisissant, par exemple, la colombe pour les amou- 
reux, et ainsi de suite. Mais il n'est question de ces pra- 
tiques qu'à propos de devins d'origine exotique ' : on 
ne nous dit pas que, comme les Cypriotes, qui imaginèrent 
de consulter les entrailles du porc, ou l'Iamide Thrasy- 
bule, qui le premier essaya du chien *, les haruspices 
toscans aient allongé la liste des animaux fatidiques. 

Nous ignorons également si le canon des viscères 
observables ou cxla {cTzli-c/yu.) , c'est-à-dire le foie, le 
co'ur, les poumons, l'estomac, la rate et les deux reins ', 
a été porté à ce nombre septénaire par les Toscans. On 
sait seulement qu'il était plus restreint à l'origine, et que 
les innovations faisaient événement. Pline a noté la date 
(274 a. Chr.) à laquelle « les haruspices commencèrent à 
examiner, dans les exia, le cœur'" ». Jusque-là, ils se 
bornaient sans doute à interroger le foie. Le foie n'était 
pas encore, au temps de Cicéron, le temple compliqué 
qu'il parait être devenu plus tard. Les haruspices le divi- 
saient sommairement en deux parties, ou plutôt en 
quatre, analogues aux quadrants du temple archaïque. 
Il leur suffit pour cela d'ajouter à la division naturelle 
de l'organe en deux lobes — droit et gauche — une divi- 
sion artilicielle en deux parties, antérieure et postérieure, 
dont lune était censée représenter les intérêts de l'ob- 
servateur ou de son client (yjars familiaris), l'autre, les 
intérêts et influences contraires \iiars hosliUs, inimica — 
!sçà TtfOTroXéjjna) ". Quant aux subdivisions anatomiques 
de ces parties, nous ne les connaissons pour la plupart 
que par la terminologie grecque '-, à laquelle ont peut- 
être collaboré les médecins et les grammairiens. Les 
Toscans observaient surtout les extrémités saillantes de 

) Amob. IV, 11-12 : imocali ab haruspicibus parent, et min accili nominibus 
veniunt et fiildia rcidimt responsa quaerentibus — in pulmonibus aut Jecusculis. 

— H'Àe.. Dicin. 1, !i2; II, 15. 16. — pecudum viscera sub ipsa sccuri formantur 
(Scnec. Q. Nal. Il, 32). — 3 Les licUc'nisanls attribuaient la iiroduction de 
tous signes, miime viscéraux, à Apollon [per le praesinlil haruspex, etc. Tibull. 
II, 5, 13). — 4 Macrob. Sat. III. ;i, 1-4 : Serv. Aen. IV, 50. — 6 Ej. le foie 
de coq : simt gui vel arguti.isima haec exia esse dicanl (Cic. Divin. II, 12). 

— c L'accusation d'immoler des cnfanls a c!té lancC-e de tout temps contre les 
"cns en butte à la haine populaire : jadis contre les tyrans, les haruspices et 
sorciers, les chrétiens ; aujourd'hui encore contre les juifs. — ' Armenius vet 
Commageniis linruspex (Juvcn. VI, 550). — 8 Pausan. VI, 2, 5. — 5 Liste donnée 
par Niccph. Gregor. ad Synes. Insomn. p. 35!i. — '0 Plin. XI, § 186. — 'I Cic. 
Divin. II, 12. 13; Liv. VIII, 9; Senec. Oedip. 363; Lucan. Phars. I, 021; Dio 
Cass. XLVI, 33. — '^ La liste extraite de Hcsych. s. u. ; Phot. Lex. s. v.: Porphjr. 
Abslin. II. 52; Schol. Slat. T/ieb. V, 176, comprend 21 noms. Cf. Hiil. de la 
Divin. IV, p. 70, t; — '3 Varr. L. lat. V, 13; Serv. Aen. X. 176; Geory. I, 120, 
_ 14 Cic. Divin. I, 52; II, 7. 12. 14. — Ij Senec. Oedip. 366; Lucan. Phars. 



l'organe [fibrae'^), et les fissures qui le sillonnent (/îssa", 
iimiles'''). Parmi les « libres », la plus importante était 
la tète {ca/jul, xEtpaXv,) du foie '°, laquelle pouvait être 
atropliiée ou absente'', turgide ou double", cohérente 
ou détachée {caput cansum)^", et, dans tous les cas, do- 
minait ou annulait la valeur des présages fournis par les 
autres régions. Certains praticiens [fissiculalnres) accor- 
daient une attention particulières aux fissures, compa- 
rables aux « lignes » de la chiromancie, ou aux combi- 
naisons des fissures et des veines-". Il va sans dire que 
les anomalies plus ou moins prodigieuses, foies doubles -' 
ou munis d'une double enveloppe-', ou logés à la place 
de la rate", double vésicule du fiel-'", etc., étaient no- 
tées avec soin. Après le foie, le cœur. U paraît (ju'un peu 
de graisse à la pointe était de bon augure-'. L'absence 
du cœur était un prodige plus rare encore que l'absence 
de tête dans le foie, et, s'il se peut, plus menaçant ; il 
figure parmi ceux qui annoncèrent la mort de César '""'. On 
comprend qu'il n'ait pas beaucoup effrayé le dictateur, 
qui tenait les prodiges pour des supercheries-". Le pou- 
mon méritait attention. Même si les autres cxta était 
favorables, un poumon « incisé » ordonnait de surseoir à 
toute entreprise '* . Des autres ex^rt inscrits au canon, nous 
ne savons rien, sinon que la rate changeait parfois de 
place avec le foie, ce qui était un prodige-". 

On ne saurait dire si c'est à l'haruspicine ou à l'astro- 
logie que les interprètes de songes ont emprunté les 
pronostics spéciaux qu'ils répartissaient entre les divers 
organes. Il est plus probable que c'est à l'astrologie, car 
la vésicule du fiel, que les haruspices disaient consacrée 
« à Neptune et à l'élément humide '" », concerne, chez 
Artémidore, l'argent et les femmes". 

Les haruspices se servaient des observations anato- 
miques pour amplifier et rectifier un pronostic général 
qu'ils liraient au premier coup d'œil de l'aspect des vis- 
cères encore chauds-'-, et même, avant l'immolation, de 
l'attitude de la victime. Sénèque et Lucain accumulent 
dans des descriptions prétentieuses tout ce qu'ils con- 
naissent en fait de présages fâcheux tirés de l'haruspi- 
cine internationale : victime récalcitrante; agonie longue 
et convulsive ; sang noir, coulant sans jaillir; teinte 
livide et taches sur les viscères hors de leur place nor- 
male et baignés de pus sanguinolent; bile répandue, in- 
testins déchirés et béants ; foie avec tête double et 
décollée, poumons engorgés, cœur fiasque, et autres 
particularités terrifiantes. 

Mais les observations envisagées jusqu'ici étaient plus 
ou moins communes aux devins de toute provenance : 
les divergences portaient sur l'interprétation^'. Ce qui 
caractérise spécialement le rite toscan, c'est le supplé- 

I, 622. — 16 Le capat doit ôtre le lohus Spiegeliidi"s analoniislcs, à rcxtrémilé du 
lobe droit. — 17 Cic. Divin. I, 52 ; U, 15 ; Liv. X.KVII, 26 ; XLI. 14 : Obscq. 0. 17. 
35, 47, 52 ; Plin. XI, § 189 ; Appian. B. Civ. H, 116. 152. — is Plin. Ibid. ; Val. 
Max. I, 6, 9; Senec. Oedip. 306; lacav. Phnr.'!. I, 622; Plut. Marcelt. 29.— 1» Plin. 
et Senec. Ibid. : Liv. VIII, 9 ; Ovid. Met. XV, 795. — 20 Visceriirr. venus (Stnec. 
Thyest. 758), — Aa-s onmes rétro prohibens reverti limes obtiquus secat (Senec. 
Oed,p. 366). — 21 Plin. XI, § 190. — 22 Amra. Marc. XXII, 1, 2. — 23 Plin. XI. 
§ 204. _sv Plin. XI, § 195. - 2ô Pliu. XI, § 186. — 2f. Cic. Divin. Il, 16 ; Plin. Ibid. 

— 27 A remarquer que l'on n'im(,ute pas aux Toscans de Iraudcs grossières comme 
celles des hii'roscopes grecs (Polyaen. Slratetj. IV. 29; Fronlin. Straleu. 1, 11, 
14-15; Hippol. llef. haer. IV, i, 13). Le jugement d'Orose {strncloribus fallucia- 
rum haruxpicibnSy V, 4, 19), à propos des prodiges de l*an 137 a. Clir., est d'un 
chrétien. — 28 Cic. Divin. I, 39. — 2» Ci-dessus, noie 23. — *> Ci-dessus, p. 23, 1 1 . 

— 31 Artemid. Onirocrit. I. 20. La plani'-te Vénus domine la z''*-^.* — **- Condition 
essentielle; spiranlia, trepidanlia exia (Virg. Aen. IV, 64 ; Ovid. A/et. XV, 576; 
Scnec. Thyest. 755-758; Oedip. 353-391; Luc.in. l'hurs. 1,587). — 33 x(ios enim 
videmus exia interpretari, necesse unam omnium disciplinam (Cic. Divin. II, 12). 



iim; 



— 2K — 



Il m: 



iiii-iit (l'iiirnnniitiitiis itlili-nu |>ar lu niissoii (li<s i-n(ruilifs. 
l.i's lirocs i'i-\i'iiiiii-iil viiliiiiticrs, ii|)ri'-, l'uiiloiisic, il li'ur 
i-ilcs (■iii|iM'iiiiiarilii|ui>s, olisorvaiil los iiiridi-nts tic la 
rdinliiisliciii lies l'iitraillfs cl chairs placées sur le foycM". 
Ils lii-Olaiciil la part îles dieux et iic riiisaiciil cuire i\ 
l'eau i|ue celle des lioiniucs'. Los Toscans, au coulrairc, 
uvaiil de cousiMuer les entrailles fatiiliipies ir.iin fioyi-'i- 
ccrc), les snuuiellaieiit à uue eliulliliuii priiInnKce. Il arri- 
vait parfois alors i|ue la lètc du Inie, ou nu^nie le l'oie 
tout entier, venait à se liissmidrc (jrciir rjliiliescil), ce 
t|ui était i\alurellcincnt [trodi^e l'unestc'. 

Los sacrilicos consultaloires pouvaient être oll'erts en 
tout temps, à la requête et aux frais de rKtat ou des 
particuliers. Les l'iuililes romains jugèrenlà propos d'ins- 
tituer, (Ml dehors des recours provoqués par des cas 
fortuits, des consultations ré^culières sans but précis, 
occasions olVertes aux diiMix de manifester leur bon 
plaisir. Huit fois l'an In ,| I i janv. — Iti et 2fi févr. — 
\'.\ niars — :22 aoiU — lioct. — l'idée.) étaient offerts 
di'S sacrilicos qui occupaient toute la journée, rinimola- 
lion ayant lieu le matin et la crémation des entrailles le 
soir. Le milieu de ces jours « entrecoupés » {/i-\dolcrcisi) 
était faste {inler hoslinm cacsam et exta porrccia)'; le 
matin et le soir, fériés [pastiJ. C'est une conjecture, mais 
voisine de la certitude, que lesdils sacrifices étaient offerts 
par les Pontifes assistés des haruspices, et que le laps de 
temps non férié élail consacré à la cuisson des entrailles'". 

L'interprétation dos signes se fondait, comme celle de 
tous signes quelconques, sur des associations d'idées 
soi-disant conlirmées par l'expérionce. Nous n'avons pas 
à faire ici plutôt qu'ailleurs l'inventaire de toutes les 
trouvailles dues à l'imagination des devins. Nous ferons 
remarquer seulement que les haruspices, cherchant à 
ramener leurs diverses méthodes à une doctrine d'en- 
semble, appliquaient ii l'cxtispicine des classifications 
connues par leur emploi dans l'art fulgural. Il y avait 
des exia }\'ij(ilia\ de mémo sens que les foudres de 
même nom, des e.rla adjatoria''', comparables aux fou- 
dres i> auxiliaires », et les exemples sont nombreux de 
sacrifices recommencés, soit pour obtenir que les en- 
trailles ne fussent plus « muettes » '', soit pour qu'on 
les vit confirmer ou annuler des présages antérieurs. 
Enfin, il se posait accidentellement, en extispicine plutôt 
que dans les autres méthodes, une question délicate, 
laquelle fut résolue de façon à encourager ceux qui 
voulaient tricher avec le destin. Les présages fournis 
par les exta s'adressant au propriétaire de la victime, 
cette adresse pouvait être changée par cas fortuit : par 
exemple, si, en temps de guerre, l'ennemi survenant 
s'emparait de la victime et faisait siennes les entrailles ^ 
III. Interprétation et procuration des prodiges. — 
Sans rivaux dans l'art fulgural, incomparables dans 
foxlispicine, les Toscans étaient encore passés maî- 
tres dans l'art d'interpréter et « procurer » les pro- 
diges, du moins aux yeux des Romains, auxquels ils 

Ml n'est pas question d'entrailles, mais dcxoEùv xu\ CSkto; dans Hérodote, et 
le prodige survenu n'est pas interpretiî par un liiéroscope assistant (Herod. Il, 59). 
— 2 Liv. XLI, 15 ; Obseq. 9, 35. On trouve aussi distabesnere, diffluere, ef/luere. 
.\utres |)roiiiges, V. jr. le fascinus apparaissant dans la cendre, sub otlula extorum, 
à Tana<|uil, Elruriae disciitlinnrnm perita {Arnob. V, 18). — 3 Varr. L. lat. VI, 
31. — » Un ignore !a date de l'institution des jours E.N. Celle dos 3G Jà'S a/n, 
en 385 a. Clir., fut provotjuée par riiarus|iice .Aquinius (Liv. VI, i ; Macrob. 5a/. 
I, lO, 2Î-24). - S Fest. Epit. p. 288, s. v. llegalia exta. — c Dans un texte 
restitui; [ad] jutoria de Festus (p. 137). — T Fcst. Epit. p. 156, s. v. Muta 
exIa.Ct ci-dessus (p. 21, 19), les bruta fulmina et vana, — 8 Liv. V, 21 ; Sael.Aug. 

V. 



élnieni devenus, pour cidle raison, indispensaldog. 
L'inlerpretutioii dos prodiges, on un saurait trop le 
répélor, n'ûluil pas, à vrai dire, une branclio spéciale de 
la divination, mais la divination inductive (imvi.natio! 
tout entière. Les méthodes aulouonies exposées plus 
haut n'étaient à rori^ine que dos applications de l'art à 
(MMtaiiis ordres de faits réguliers, prévus, et, en co sens, 
naturels : mais ces mémos faits n'en idaienl pas moins 
des .. prodiges », c'esl-àdire des signes démonstralii'8, 
produits et vctulus par des êtri-s pi-iisants, sans (|uoi ils 
n'auraient pas été susceptibles d'interpriHatioii divina- 
toire, divination et provision étant choses absolument 
distinctes. .\u temps oti l'idée de loi nalurelli!, d(; causes 
fatales et impersonnelles, n'était pas née, il n'y avait 
pas de phénomènes naturels, au sens actuel du mot : 
il n'y avait de forces agissantes que des volontés. C'est 
la conception religieuse di; l'univers, et aucune religion 
ne peut l'abandonner sans perdre du mémo coup sa 
raison d'être. Aussi, même lorsqu'il y eut des c physi- 
ciens )), les devins continuèrent à interpréter des phéno- 
mènes naturels, supposés produits par deux causes 
superposées, une cause naturelle ou einciente, une 
intention surnaturelle ou cause finale. F/idée de prodige 
s'attacha dès lors aux phénomènes qui paraissaient dus, 
principalement ou exclusivement, à, l'intention divine, 
comme étant plus ou moins contraires aux effets des 
lois natundles connues. Chacun mesurant le domaine des 
lois naturelles à l'étendue de ses propres connaissances, 
la limite entre les faits d'ordre naturel et les faits prodi- 
gieux restait pcrpiduellenienl llottante, mais elle ne fut 
jamais supprimée. Les haruspices maintinrent même la 
qualification de prodiges à une foule d'incidents fortuits 
qui figurent sous le nom de rrJaSoXa et d'omina dans la 
divination gréco-latine. Ainsi l'apparition d'un essaim 
d'abeilles en un lieu public était encore, au temps de 
Cicéron, un prodige menaçant, qui appelait l'interven- 
tion de la science puisée dans les « livres étrusques' ». 
Des boucliers rongés par des rats à Lanuvium furent 
déclarés par les haruspices un i< très grand et très triste 
prodige '" » ; en revanche, ce n'était pas un prodige 
qu'une truie dévorât ses petits ". 

Le prodige, de quelque nom qu'on l'appelle {prodi- 
gium, portentum, osientum, nwnstruni, miraculum) '-, est 
donc un fait qui ne saurait s'expliquer tout entier par 
des causes connues, susceptible, par conséquent, de 
révéler à l'homme de l'art sa cause inconnue. 

Les prodiges, étant toujours fortuits, ne peuvent être 
l'objet d'une observation voulue et préparée. La tâche 
propre des haruspices était de les interpréter, d'après 
leurs constatations ou les témoignages, et — si on le 
leur demandait — d'indiquer le genre de procuration 
appropriée. Ils avaient pour garantie de leur compétence 
une longue série d'expériences, consignées dans des re 
cueils spéciaux [osientaria). Cette masse de faits, recueil- 
lis dans un pays qu'on disait particulièrement fécond en 

PC. C'est une ri^gle générale. La légende attribue à l'Iiaruspicc Olenus de Calés 
l'idée de confisquer au profit de l'Étrurie, par un niojen analogue, le bénéfice d'un 
prodige beurcux (voy. ci-aprés). Les Romains reprennent de vive force les quadriges 
en terre cuite commandés à un artiste de Véi'es pour le Capitole (Fest. p. 274, s. v. 
Itatumena). -■ ^ Cic. IJar. resp. 12: l'Un. XI, § 55; adeo jninimis etiam rébus 
prava religio iuserit deos (Liv. XXVII, 23 : cf. XLIII, 13). — 10 Cic. Divin. I, 
H ; II, 27. — 11 Plin. VIII, § !Oli. — li Sur l'êlvmologic de ces mois et Timpos- 
sibilitë de les différencier en tenant compte des textes, voy. Hist. de ta Divination^ 
IV, p. 77-79. Le terme usuel était prodijmm = ^isa<;, d'où prodigiatorcs Itarispices 

(Fest. p. 2Î9, s. v.) = -Hf «lOCTXOSOl. 



IIAR 



20 



IIAI! 



prodiges', élail classée d'après les objets qui servaionl 
de inalière et de support aux prodiges. Du moins, on cile 
de Tarquitius, traducteur de l'Osteularium ï'tiscum, un 
Ostenlorium arborarium ' , et un livre, spécial également, 
où il était question de bélier à toison de ])Ourpre', 
c'est-à-dire des prodiges survenus dans le r('f;nc animal. 

Les Pontifes romains avaient aussi, dans leur Annnlex, 
un recueil de ce genre, qui s'accroissait de toutes les 
consultations soit révélées", soit demandées aux livres 
sibyllins et aux haruspices, consultations valables pour 
des cas identiques. Les Pontifes se jugeaient compétents 
])our procurer des prodiges aussi connus que le mouve- 
ment des « hastes » de Mars dans la Itegia ', les pluies 
de pierres ''', les vaches ou bœufs parlants', et même 
les tremblements de terre*. On les voit, en 207a. Chr., 
ordonner la procuration non pas d'un prodige seu- 
lement, mais d'un ensemble de prodiges, et ne recou- 
vrir aux haruspices d'abord, aux livres sibyllins ensuite, 
que sur l'annonce de signes nouveaux ''. Les Pontifes 
ne croyaient pas avoir besoin pour cela d'interpréter 
les prodiges, do savoir à quelle divinité on avait 
affaire et ce qu'elle voulait. La curiosité passait plutôt 
à leurs yeux pour sacrilège, et les formules vagues de 
leur rituel {si deus, si dea es — sive mas, sivc femina, etc.) 
leur permettaient de traiter sans indiscrétion avec des 
puissances masquées. .Numa les avait chargés non pas 
d'interpréter les prodiges, ni môme de les procurer 
tous d'après leur propres lumières ; mais de décider 
« quels prodiges, envoyés par foudres ou autre phéno- 
mène quelconque, seraient pris en considération et pro- 
curés" ». Un prodige étant annoncé, ils avaient à faire 
une enquête préalable leur permettant de juger s'il fallait 
accepter [suscipere) pour le compte de l'État le prodige, 
alors déclaré « public », ou le considérer comme s'adres- 
sant à d'autres". En cas de prodige public, ils avaient 
de plus à décider s'ils en ordonnaient eux-mêmes la pro- 
curation ou feraient appel à d'autres lumières. 

Us pouvaient faire consulter les Uhri fatales '- de 
Home, les livres sibyllins, par leurs interprètes attitrés 

[dL'LMVIRI, DECEMVIRI, QIINDECEMVIRI S. F., LIBRI SIBYLUNl] ; 

mais c'était un recours suprême, réservé pour les crises 
effrayantes'^, et qui offrait un double inconvénient : 
celui de coûter fort cher, les procurations sibyllines 
exigeant toujours un grand déploiement de cérémonies, 
et de ne pas renseigner sur les causes secrètes des 
prodiges intervenus". Aussi, dès qu'ils se sentaient 
perplexes, et surtout quand l'opinion publique exigeait 
que les prodiges fussent interprétés, les Pontifes priaient 

1 Cic. Divin. I, 42. C'est que la foi, mère des prodiges, /-tait particiiliiîrement 
vivace dans la ijenetrix et mater supevstitioms Elruria (Arnob. Vil, 26) 
— gens ante omnei' atias dedita relif/ionil/us (Liv. V, 1). — 2 >iacrob. Sat. III, 
20, 3. — 3 Macrob. III, 7, I. Ce prodige, et d'autres, comme l'essaim d'abeilles, les 
cornes au front, etc., devaient constituer une calt'gorie de pradigia regalia (il 
y en avait aussi dans le règne vèg<'*lal, cf. Suet. Yesp. 5 etc.). correspondant 
aux fulmina et exta regalia. — * -Aius Loquons avertit ut mûri rt porlae reficc- 
rentur : procuration de tremblement de terre indiquée par Junou Moneta (Cic. 
Divin. I, 45); voix fatidiques sur le mont Albain (Liv. I, 31), à Satricum (Liv. 
VI. 33): voix des I.are5 de Valesius (Val. Max. Il, 4, j), etc. Voy. /list. dt; la Diri- 
nation, IV, 131 sqq. — s Gell. IV, 6, i. — !"■ Liv. 1,31; XXVlï, 37 ; XXXVIIl, 3G ; 
Obseq. S, 3, 44. La procuration [sacrum n'ji'ém^/m/c) indiquée une fois pour toutes 
seu voce caelesti, seu haruspicum monitu (Liv. I, 31). — " Liv. III, 10; XXIV, 10; 
XXVII, Il : XXVIII, II; XXXV, 51 ; XLI, 17. 26; XLIII, 15, — guo nunliato se- 
natum sub divo haberi solitum (Plin. VII, § 183). — 8 Gcll. II, 28, en ayant Lien 
soin de ne pas désigner dedivinitè nominativement (Amm. Marc. XVII, 7,10). — 9 Liv. 
XX vu, 37. — tOLiv. I, 20. — n C'est le lieu qui indique l'adresse des prodiges. En 109, 
duo non suscepta prodigia. alterum quod in privato loco factum essel.... atterum 
guod in loco peregrino, Fregetlis in domo A. Atrei (Liv, XLIII, 13). Le droit pon- 
tifical, conmie le droit augurai, refusait de distinguer entre sol latin (Frégelles, co- 



le Si'nat de convoquer les haruspices d'Étrurie, et, au 
besoin, d'organiser entre eux un concours avec primes'^. 

Il est à remartiuer qu'à Home, les haruspices consultés 
par riîtat ne s'aventuraient guère à prophétiser l'avenir, 
ou ils ne le faisaient que si le Sénat leur donnait à com- 
pri'ndre qu'il désirait être aidé par des prédicti(jns intel- 
ligentes. Interprétées par eux, les exigences des dieux 
(/50s/i7îO)ips ""' — poslulaliones^') étaient presque toujours 
des réclamations et récriminati<jns rétrospectives. 
L'avenir n'est visé d'ordinaire qu'on seconde instance et 
sous condition, c'est-à-dire pour le cas où les réparations 
demandées ne seraient pas accomplies. Ils suivaient en 
cela le gortt de leur clientèle. Formalistes à outrance, les 
Romains étaient aisément convaincus qu'ils avaient dû 
commettre quel(|ue irrégularité. En outre, la faute une 
fois constatée, le remède était facile à trouver et d'effi- 
cacité sûre, tandis que l'avenir est un champ dans lequel 
on jugeait dangereux de lancer les imaginations". Avec 
les enquêtes rétrospectives, les hommes d'Klal romains 
gardaient un droit de contrôle sur les machinations pos- 
sibles de ces étrangers mercenaires, dont on avait sou- 
vent des raisons sérieuses de suspecter la bonne foi. Les 
liaruspices étant censés incompétents en matière de 
formalités suivant les rites nationaux, c'était aux théo- 
logiens et juristes romains de préciser le cas concret 
auquel s'appliquait le diagnostic des Toscans. Ce contrôle 
s'exerçait encore lorsque le cas était spécifié par le pro- 
dige lui-même et que l'interprétation allait jusqu'à in- 
diquer non pas seulement le genre, mais l'espèce de 
procuration. On vit un jour, chose étrange, des haru- 
spices mis à mort pour avoir ordonné une procuration 
qui parut absurde aux Romains, et qui, de l'aveu même 
des coupables, paraît-il, était absurde. La foudre ayant 
frappé la statue d'Horatius Coclès sur le Comitium, les 
haruspices en conclurent que le héros désirait changer 
de place ; mais ils conseillèrent de le reléguer à l'ombre, 
tandis que le bon sens romain, aidé peut-être par les 
dénonciations de quelque concurrent jaloux, voulait 
qu'il fût transporté dans un lieu élevé et ensoleillé". 
Ainsi, les Romains retenaient comme vraie l'interpréta- 
tion du prodige et rectifiaient la procuration d'après 
leurs idées propres. 

Interprétation et procuration étaient donc deux opé- 
rations distinctes, bien que connexes. La première for- 
mait l'objet propre des " réponses » [responsa] des ha- 
ruspices : l'autre, plus ou moins indiquée par la réponse, 
devait être ordonnée par décret pontifical converti en 
sénatus-consulte ^". La formule de réponse commentée 

lonie latine) et sol pérégrin. — 12 Liv, XXII, 0, 57; Vopisc. Aurelian. 28; Serv, 
Aen. 11, 140, — in guibus erant fata et remédia Itomana (Serv, Âen. VI, 72). 

— 13 Quod non ferme decrrnitur, nijii cum taetra prodigia nuntiata sunt (Liv. 
XXII, 9). Cf. Oion. liai. IV, 62. — li Ce n'est que par exception (cf. Liv. Ibid.), et 
?ans doute le plus souvent sur indications préalables des haruspices (cL Cic. Divin. 
I, 43). que les Decemviri S. F. risquaient une interiirétation sommaire, au lieu de 
s'en tenir aux remédia. Eu 172 a. Cbr., pour un prodige justiciable de l'art fulgural, 
le Sénat demande l'intcrprétalion aux liaruspices, la procuration aux Decemviri S. F. 
iLiv. XLII, 20). — li Obseq. 104. — 16 Varr. i. /ar. V, 148.— 1" Cic. ffar. resp.iO. 
Cf. \cs futffurapostularia. — 18 Les haruspices eux-mêmes croyaient oulaissaicnlcroire 
(|u'il y avait danger pour eux à révéler certains arcanes {secrela rerum, Serv. Ed. 
IX, 47), à divulguer la signification de certaines foudres (Plin. Il, ,S 144), sans doute, 
des fulmina regalia. Il est vrai que l'exception ; praeterguam hospiti indicentur 
mit parentiiVMn. Ibid.) n'était pas faite pour rassurer les gouvernements. — 19 Gell. 
IV, 5. Le fait peut dater de la secondc'guerre punii|ue, époque de méliance exaltée. 

— 20 CL Liv. V, 17 ; XXIV, 10 ; XXVIl, 37; XXX, 2 ; cf, Calilin. III, 8. Le plus 
souvent, les auteurs, ne s'occupant que de la procuration, ne distinguent pas, et se 
contentent des formules vagues : ex haruspicum respoftso, ou même liaruspices jus- 
scrunt. Ils ne disent pas non plus toujours ea ex SC. facta (Liv. XXVIII, 11), mais 
le sous-entendent. 



Il M 



27 — 



mai; 



par Cifi'i-dii ilaii^ sini ilisfmirs l>v luinispiniiii irspunsis 
110 i-onliiMil i|ui> les considi^rnnts ut rintiM'pn'-lation, Huns 
la priiciiratioii; rclli'-ci ilcvail iHn' llhcllfr plu> tard, 
apri''s fiuiui'U' sm- les laits si^naii-s par les tlr\iiis. 

I>r iiiiMiii' ^\^l<• les l'oups lie fmuirt' ■■ restés A terre •■ 
i-()iiipi>rlaii'iit iiiie i-\pialii)ii prcalaiile, inilépeiulaiite de 
l'inlerprelaliiiii, île mi'iiii' les pnuii^i's llxés dans un 
olijet matériel exi^euii'nl une opération analogiu-, iiiii 
consistait h débarrasser dn inunsire eu ([ueslinn le sol 
do la eilé. Comme on ne pou\ail, sans susciter de t|ue- 
relles, transporter eluv/. d'autres le signe — ol avec le 
signe le presat;e, — on le novail en mer ou on le détrui- 
sait par le l'eu. Kn :207 av. .l.-ti., un androgyno gros comnie 
un enfant de quatre ans étant né i\ Krusinone, les haru- 
spices décidèrent qu'il fallait le jeter en pleine mer, après 
l'avoir enferme dans une caisse, pour (jue la terre ne 
fût pas souillée jiar son contact sur le parcours. Cela 
fait, les Pontifes décrétèrent une procession expiatoire, 
qui est la procuration proprement dite'. Le code pénal 
romain, sorti tout entier de la théologie, traitait de la 
même façon les monstres moraux, les parricides. On les 
jetait à la mer, cousus dans un sac avec un chien, un 
coq, une vipère et un singe-. La mention du singe, que 
les Étrusques avaient pu rencontrer jadis aux îles Pithé- 
cusesC.", rapprochée de ce fait que Strahon connaît le nom 
étrusque du singe'', donne à penser que la loi romaine 
avait été formulée ou retouchée après consultation des 
haruspices. On peut soupçonner aussi la collaboration 
des haruspices au terrible règlement qui ordonnait 
d'enfouir vivantes les Vestales coupables d'inceste, leur 
faute ayant été de tout temps considérée comme un pro- 
dige '• [vEST.\LEs]. Les livres deTagès paraissent avoir assi- 
milé aux prodiges tous les crimes qui peuvent rentrer 
dans la définition du sacrilège. 11 y était écrit textuelle- 
ment, au dire de Servius% que la postérité des parjures 
devait être expulsée, ce qui suppose pour les parjures 
eux-mêmes une peine plus dure encore. La logique pou- 
vait mener loin dans cette voie, car la propriété foncière 
étant, d'après les révélations de \egone'^, instituée par 
Jupiter, tout attentat à la propriété était un sacrilège. 

Lorsque la destruction des objets prodigieux s'opé- 
rait par le feu, le feu lui-même devait être produit par le 
bois d'arbres « malheureux » '. En 193 a. Chr., un essaim 
de guêpes s'étant posé à Capoue dans le temple de Mars, 
" on les recueillit et consuma soigneusement par le feu* ». 
La Campanie étant la patrie de la Sibylle, on consulta à 
ce propos les livres sibyllins ; mais cette destruction 
préalable est bien conforme aux rites étrusques. 

Quant aux procurations proprement dites ou mesures 
prophylactiques destinées à prévenir tout effet ultérieur 
du mécontentement des dieux, elles étaient moins va- 
riées que l'interprétation, et ce serait peine perdue que 
de vouloir les mettre dans tous les cas " en rapport 
étroit avec celle-ci. S'il s'agissait de négligences ou 

1 Liv. XXVII, 37; cf. XXXI, il I Alite omnia alioininati seminiares jussique in 
mare extemplo deportari), etc. Au temps de Pline, il y avait des collectionueurs 
de monstruosités, et les Iiermaplirodites iolim in prodigiis, nuiic in deliciis habiti) 
étaient hori de prix ; (Plin. VII, § 34). — 2 Dig. XLVIII, U, 9, prooein. Cf. Cic. 
Pi-o liosc. Amer. 38. 63, et, pour la Cièce, Tliucyd. Il, 102. — 3 ï-i; siOt.xojî 
sa»; TOfiToT; Tjfpr.vft; àf iiiov; x«).tTïO«i (Strab. XIII. p. 626), Plinc (III, § 82) pro- 
teste contre rétymologie n 1 6 »] x o 0" «r « -. de t: 1 t. x o ; ; il propose - É o ; — a ftglinis 
doliorum. — '» La simple extinction du feu de Vesta était un prodige, et des plus 
effrayants (Liv. XXVIII, 11). — s Serv. Aen. I, 2. — 6 Cf. les menaces contenues dans 
le fragment intitulé Yerjoiae Arrunti VeUtjmno (in Grom. vett. p. 350, Laclimann : 
cf. p. 348), dont l'auteur a dû utiliser des noms fournis par la légende (Vegoia 



uinissioiiH dans le pusse, on recommençait 1rs ci'-ri'mo- 
nic8 onlaeliéos d'irrégulurilé, en ajoutant un supplé- 
ment d'olfrandes ou d<; priércfs. Si les prodiges n'i'-laient 
pas iiitei])reli'sel s'ils n'étaient pus di-jà relali-s dansh.'S 
.Aiiiuilfs, les Pontifes combinaient do jour mieux le souci 
de l'i-conoinie avet; la prudence, ordonnant l<? plus sou- 
vent des saeriliees iï/msliar nnijnm et des •■ supplica- 
tions .1 prolongées durant un nombre de jours propor- 
tionné au nombre et A l'intensité des prodiges. Lorscpn; les 
l'ontifes renvoyaient aux livres sibyllins, ils se trouvaient 
par là môme dessaisis au profit du collège compétent. 

IV. Siiérulalions hiolorjlques et rosmologifjues des hiini- 
spices. — Dans les moments de crise, la préoccupation 
intense des esprits multipliait les prodiges. La crise 
passée, h; vulgaire oubliait ses frayeurs et croyait avoir 
arrêté l'ell'et ou épuisé les conséfiuences des signes 
surnaturels. Mais la science des haruspices allait plus 
loin. Ils savaient (on l'a déjà vu à propos des foudres) 
distinguer le conditionnel de l'inévitable, et, dans l'iné- 
vitable, faire la part de ce qui pouvait être prorogé et 
de ce qui devait arriver à échéance immuable. Là où 
l'ignorant n'avait vu que des incidents fortuits, ils 
reconnaissaient de temps ;i autre une échéance attendue 
et comprise dans un plan d'ensemble, une étape prévue 
dansla viesoitdes individus, soitdes sociétés. Ces hautes 
spéculations, suggérées surtout par l'influence rivale de 
l'astrologie, étaient imputées, comme toujours, à Tagès, 
auteur responsable de toutes les fantaisies de ses disci- 
ples. Elles étaient consignées dans des li/jri falnles, qui 
devaient ressembler d'assez près aux livres sibyllins. 

En ce qui concerne les individus, la tradition toscane 
ou soi-disant telle ne pouvait évidemment fournir que 
des indications générales. C'est dans les Etrusci libii 
fatales que Varron avait trouvé un certain système bio- 
logique et Ihéologique dont il a peut-être dérangé la 
structure en y mêlant des calculs venus d'ailleurs. D'après 
l'extrait, incomplet et mutilé, de Varron, « l'existence 
de l'homme est divisée en douze hebdomades : les deux 
[**/aci((ie]. Il est donc possible, en employant comme prière 
les rites religieux, d'ajourner les choses fatales jusqu'à 
soixante-dix ans ; mais, à partir de cet âge, on ne doit plus 
le demander et on ne pourrait l'obtenir des dieux. D'ail- 
leurs, passé quatre-vingt-quatre ans, les hommes perdent 
l'esprit, et les prodiges ne se font plus pour eux '" ». 

Les chiffres 12 et 7 trahissent l'intrusion de l'astro- 
logie [matiiem.^tici], du moins, des idées astrologiques qui 
avaient cours en Grèce dès le temps de Solon". On sait 
aussi que le péripatéticien Staséas de Naples professait, 
en ce qui concerne le nombre des hebdomades et la valeur 
nulle de l'existence prolongée au delà du cadre normal, 
les idées attribuées par Varron aux Étrusques '-. Ce qui 
appartient en propre aux haruspices, c'est la théorie de 
la prorogation des échéances, et aussi probablement la 
mobilité des limites qui marquent les étapes de la vie. 

= Vegone ou Begoe). — " .Macrob. Sat. III, 20, 3, d'après VOslenlarium arboru- 
rium de Tarquitius. Cf. ci-dessus, p. 26, 2.-8 Liv. XXXV, 0. — » Les Annales 
maximi étaient surtout un recueil de prodiges. II en reste un ample reliquat dans Tite- 
Livc (voy. V Index au mol Prodigia), dans Julius Obsequcns {Ab L'rbe conditaDC 
prodigiorum liber [jusqu'en 7 12 U. C.)), et dans Valôre-Maxime (I, 6. De prodigiis). 
— 10 Censorin. 1 1, 6, éd. Hultscli. G. Scluneisser propose de corriger duodecim en 
decem et de comtder la lacune iiuaeduo"ad decies seplenos annosea lisant : atqiic 
diiabiis adjeclis ad decies, etc. — » SoUin comptait 10 hebdomades; Hippocratc, 
sept périodes, les unes de 7, les autres de 14 ans (Censorin. /bid.). — <- Censorin. 
Ibid. \ cf. Cic. Fin. V, 23. Un Carapanien était bien placé pour emprunter à la fois 
aux Grecs et aux Étrusques. Staséas était un contemporain, plus âgé, de Cicéron. 



IIAI 



28 — 



llAi; 



Ces étapes, que les astrologues grecs appelaient ■• cliiiia- 
tériques » et fixaient d'avance en mathématiciens, leurs 
rivaux toscans les reconnaissaient à cerlains prodiges 
que les dieux, maîtres d'avancer ou de retarder l'heure, 
envoyaient en temps opportun. Du moins, comme on le 
verra plus loin, ils appliquaient le système des époques 
variables à la vie des peuples, et il n'est guère probable, 
ennemis comme ils l'étaient de toute fatalité incondi- 
tionnelle, qu'ils aient appliqué à la mesure de la vie 
individuelle des principes tout dillV-reiils. L'idée origi- 
nale de considérer comme des morts ambulants les 
vieillards qui se permettaient de vivre en dépit des 
cliilfres doit être une transaction, imaginée peut-être par 
Staséas', entre l'astrologie et lliaruspicine. Le total 
des douze périodes étant lixé à H'i ans par l'astrologie, 
et l'haruspicine enseignant que les prorogations obte- 
nues par les particuliers valaient pour dix ans-, on 
en conclut qu'il était inutile de demander des sursis 
passé 74 ans, le reste de la vie suffisant tout au plus 
aux échéances des prorogations accordées dans les dix 
années antérieures. 

11 y a lieu de supposer que la doctrine usuelle était 
plus complaisante, et même qu'elle laissait reporter 
dans l'autre monde l'échéance de dettes contractées 
dans celui-ci. Ce que Jupiter ne pouvait plus accorder, 
on le demandait aux « Destins » ; or le pouvoir du Des- 
tin pénétrait Jusque dans le monde souterrain. On entend 
parler, à une époque, il est vrai, assez tardive, de 
« livres Achérontiques '■' •> ou de " livres d'haruspicine et 
rites Achérontiens, qui passent pour avoir été composés 
par Tagès », et où il était question de ces prorogations 
et recours en instance suprême '. Le nom de l'Achéron, 
que les Klrusques avaient dû rencontrer en Campanie, 
est à lui seul une étiquette significative, et il n'est pas 
impossible d'entrevoir le contenu probable de ces 
« Livres des Morts » ajoutés aux libri fainks. On a vu 
plus haut la distinction faite entre les hostiaeconsultatoriae 
et les hostiae animales qui comptaient comme " vies •■ 
[animae] ofTertes aux dieux. Or c'est un axiome applicable 
à l'histoire de toutes les religions que toute vie offerte 
aux dieux l'est comme équivalent et rançon de la vie de 
celui qui supporte les frais du sacrifice '. Tous les sacri- 
fices ordonnés par les haruspices pour détourner l'effet 
de présages funestes avaient donc pour effet de « déga- 
ger » leur client de l'étreinte du Destin [rèsolutoria sacri- 
fichi)^. Si le rachat par le sacrifice pouvait exempter 
des maux de ce monde, pourquoi pas de ceux d'outre- 
tombe? Ce i-aisonnement suffisait à ceux qui croyaient 
trouver dans le baptême sanglant des tauroboles et 
criobolesla « renaissance pour l'éternité » [taurobolium]. 
11 semble que les haruspices, au temps où les religions 
mystiques entraînaient à fenvi leurs adeptes sur le che- 

I l.a Uu'oric des siècles (voj. ci-aprt's) monlre que les liaruspiccs faisaient 
grand ;-tat des ccnlcnaires et des prodiges Ofirés sinon pour eux, du moins à 
cause d'oui. — 2 Voy. ci-dessus, p. 21, note 1.".. — 3 Arnob. II, OS. — i Uanc im- 
minenlium malorum dilalionem Jilrusci libri primo loco a Jovc dicunt posxe 
impelrari, poslea falis. Ces fala sont les VU involuli ou en tiennent la place. Sed 
sciemium secimdum arlis haruspicinae libros et sacra Achcrontin, quae Tar/rs 
eomijosuissi- dicilur, fata deeem nnnis qutidam ratioiie diferri (Ser\. Aen. VIII, 
398). — " I.Yqui\alenl le plus exact était une autre vie humaine. De là les sacri- 
fices humains, déguisés à Rome sous forme de consecralio cupilis et devotio. Il se 
peut <iue l'idée de la deiolia ail été suggérée au |jremicr Décius par Iharuspiccqui 
l'assistait de ses conseils (Liv. Vlll. 5). — G Soient enim et resoluloria sacrificia 
al) hanispiiilms fieri (Scrv. Aen. IV, S18). — 7 Arnob. Il, 65. On s'est flatté, en 
raisonnant par analogie, de posséder un fragment du « Livre des Morts •, étrusque 
dans le manuscrit sur bandes de toile enroulées autour d'une momie (cf. Krall, 



min de l'immortalité, aient mis une surenchère à ce 
concours. Les autres ne promettaient l'immortalité 
heureuse qu'à ceux qui s'y étaient préparés de leur 
vivant. L'efl'el des rèsolutoria sacrificia ne pouvait-il dé- 
livrer aussi les morts? <i L'Étrurie, dit Arnohe, promet 
dans ses livres Achérontifjues que,par l'oflrande du sang 
de certains animaux à certaines divinités, les âmes de- 
viennent divines et sont affranchies des lois de la mor- 
talité " ". Ce texte ne jn-ouve pas qu'il s'agisse de sacri- 
fices faits après la mort du candidat à l'apothéose; mais, 
à supposer même qu'il prouvât le contraire, il ne fau- 
drait voir là qu'une première étape de la ditctiine. Les 
haruspices finirent nécessairement par découvrir qu'ils 
pratiquaient de temps immémorial le moyen d'assurer 
le bonheur des défunts par des sacrifices accomplis 
après leur mort. Ou les jeux funèbres, dans lesquels 
coulait le sang humain [gladiatores — funus], n'avaient 
aucun sens, ou ils avaient pour but, dans la conception 
primitive, d'envoyer au mort des compagnons et des 
serviteurs, plus lard, de lui fournir des substituts'. Les 
dieux infernaux étaient censés accepter la rançon et 
donner la volée à l'àme rachetée '. Les haruspices 
n'eurent qu'à mettre l'apothéose à moindre prix pour 
élargir leur clientèle et faire entrer leur ministère dans 
la pratique courante, -\ussi TertuUien demande-t-il en 
quoi diffèrent l'einbauineur et l'haruspice appelés auprès 
des morts '". La réponse, qu'il feint d'ignorer, est que 
l'un s'occupait du corps ; l'autre, de l'âme. 

La doctrine eût été incomplète si elle n'avait trouvé 
un emploi pour les âmes divinisées. D'après Nigidius 
Figulus, qui " suivait les doctrines étrusques ", elles 
formaient une quatrième espèce de Pénates". D'autres 
en faisaient des Un viales (èvôSto'.). Cornélius Labeo, qui 
avait traduit ou extrait des livres toscans un traité spé- 
cial sur la matière, leur donnait le nom générique de 
Du animales '-. C'étaient autant de génies ajoutés à ceux 
dont les religions et philosophies à la mode " remplis- 
saient l'univers. 

Appliquées à la vie non plus des individus, mais des 
cités, les doctrines étrusques sont plus intelligibles, plus 
certaines aussi, car elles doivent aux Jeux Séculaires 
de Rome [ludi s.eculares] une notoriété particulière. 

Que les haruspices aient prétendu avoir dans leurs 
archives des prophéties concernant la destinée de cer- 
taines villes, on n'en saurait douter quand on voit les 
libri fatales'' ou fala scripta^'^ des Véïens spécifier les 
conditions auxquelles Véîes serait prise et annoncer 
conditionnellement, comme conséquence de la prise de 
Véîes, celle de Rome par les Gaulois. Les Romains, qui 
avaient acquis à beaux deniers comptants leurs livres 
sibyllins et les avaient mis sous clef, purent voir par 
cet exemple qu'ils n'avaient pas réussi à soustraire leurs 

Die etruskischen Mumienàinden des Âgramer National-Muséums in Denkschr. 
der Wien. Akad. XLI [1892], p. 1-70). — 8 La logique, trop bien suivie par les 
peuples primitifs, voulait que les sacrifices humains fussent les plus efficaces, 
comme fournissant des équivalents plus comparables. — ^ Dans ce système, les 
âmes allaient d'abord en enfer, chez Vedius. [Aussi voit-on la Philolosia de Marcia- 
iius Capella (11, 7) se féliciter d'avoir pu éviter cette étape préalable : quod nec 
Vedium cum uxwe conspe.rerit, sicut suadebat Etruria. — *f> Tcrtull. Apol. 13. 
Aussi les auteurs chrétiens parlent-ils de la <■ nécromancie étrusque « (Clem. Alex. 
Proirepl. p. 4 Sylb. ; Euseb. l'raep. £v. II, 3, 4 etc.). — " Arnob. 111, 40. — 12 Labeo 
in libris gui appelantitr de Ùiis animalibus... ait esse guaedam sacra qitibtts 
animae hnmanae vertantur in deos, gui appellantur animales, quod de animis 
fiant, m autem sunt dii Pénates et Violes (Serv. Aen. III, 168). — 13 Affinités 
symbolisées par la légende do Pytliagore Étrusque (Clem. Alex. Strom. I, 02, p. 129 
Svlb... - Il Liv. V, 15. — 15 Cic. Divin. I, 44. 



mai; 



— 29 — 



Il Mi 



socrt'ls il lu ciuiitsilc tli' Ifuis vi)isiiis. Aussi lirunl-ils 
gruiuli^ iiltcnlion i\ lu lliéuriu dfs siècle» •• nulurels », 
quo los 'l'osauis uvuifiil d'uhui'ti niiislruili' pmir eux — 
iluns It'S tibii ri/idi/cs ' ri MM-ilii'i' |>:ii' ii'iir propre 
histoire (7'uicae hiiluriaf 

(lu iisiiit (ioiii' iliiiis rc^ li\r<>. i|uf la vu- lit'S i-iU-s, i\ 
(lurtir ilii jour nii'iuc ilc Ifur luiKluliou, se i-oniple par 
siècles ou nènérulions', el (|Uf la durée dr ('lia(|ue 
sièeie ctail l'^'ulc i\ la duri'c di' la vie de celui des cilojens 
existant ;"i l'ouverture ili- celli^ période i|ui vivrait le plus 
lonf;teuips. Les points de repère étant inégalement 
espacés cl inipossihles à distinguer par des nioycns 
humains, les ilieux envovaietit des i)rodiges pour avertir 
que l'échéance était arrivée. En consignant les prodiges 
de cette espèce survenus clie/. eux, les haruspices avaient 
constate (jue les ([ualre premiers siècles de leur existence 
nationale avaient été de ItM» ans chacun; le cinquième, 
de l"2."{ ans; le sixième, de 118 ans; le septième, aussi 
de IIS ans. I, auteur des ïuscuf /li.tloi-iae, écrivant au 
cours du huitième siècle, ignorait la durée de ceux qui 
restaient A courir, mais il savait qu'il n'y en aurait 
pas plus de dix en tout, après quoi <> ce serait la lin 
du nom étrusque ' •>. Les Romains, suivant leur habi- 
tude, avaient adopté les idées de leurs doctes voisins, 
mais sans l'avouer et en essayant de se réserver la 
supputation de leurs destinées. Ils avaient transformé, 
sur l'ordre des livres sibyllins, de vieilles cérémonies 
expiatoires en Ludi Saecidares, célébrés à intervalles 
variables. A quelle étape en étaient-ils de leur carrière 
et sur combien de siècles pouvaient-ils encore compter ? 
Ils l'ignoraient, car un certain Vettius, contemporain 
de Varron, peut-être un haruspice amateur, disait que, 
si Romulus avait bien réellement vu douze vautours 
lors de la fondation de la cité, Rome durerait douze 
siècles ^ D'autres croyaient savoir que la Sibylle parlait 
de dix siècles ^ Mais la Sibylle était devenue un être 
cosmopolite ; fallait-il entendre par là des siècles de 
Rome ou des périodes de la vie du monde? Ou, les 
parties étant modelées sur le tout, la vie des cités 
n'était-elle pas divisée, comme celle du monde, en 
raison décimale, de sorte que la somme de dix siècles, 
fatale pour les Étrusques, l'était aussi pour les Romains? 

Les haruspices semblent avoir pris plaisir à tourner 
autour de celte question qu'on ne leur posait pas, et à 
inquiéter les Romains par des allusions équivoques, où 
il est inutile de chercher une logique que vraisemblable- 
ment ils n'y ont pas mise. Consultés sur les prodiges de 
l'an 88, ils annoncèrent " un changement de race et une 
transformation du monde », ajoutant qu'il « y avait en 
tout huit races d'hommes... à chacune desquelles la di- 
vinité a départi un laps de temps concordant avec la 



1 Censorjc. 17,5. — - Ibid. 17, G. — ^ Saeculum (cf. ïi>.ixia), de serere, comme 
semen (Bridai). Ouelque brouillon, en vue d'unifier la doctrine, aura imaginé pour 
les individus aussi des « siècles » de 30 ans (Serv. Aen. VUI, 308), ou environ 
30 ans. On fil efTorl, en tout cas, pour égaliser de pari et d'autre le nombre des 
hebdomades et celui des siccles (cf. les 10 liehdomades de Solon et les 10 siècles 
du nom étrusque, puis les li hebdomades et les 1^ siècles cosmiques]. ■ — ♦ Censorin. 
17, 5, d'après les riluales Etniscovum ttbri. La date des Ttiscae histariae d'après 
Varron. Cf. le fragment de Vcgoia, où il est question du novissimi prope ociavi 
saeculi. — ^ Censorin. 17, 15; cf. Sidon. Apoll. VU, 53, où le nom de l'auteur de la 
prédiction est remplacé par Tusais arus/iex. — G Cf. Serv. £!cl. IV, i. — '^ Plut. 
Syltat 7; Suidas, s. v. SjAÀaî (d'après Diodore et T. Live). Ici ^ivo; ne peut 
être sjnonyme de saeculum. Tout cela sent l'astrologie, et la ,( grande année » 
est un pur plagiat. — 8 Serv. Ed. I.V, 47. Ces textes, avec leurs dates de 
44 et 88 a. (;lir., ont beaucoup exercé les érudits en quête de points de repère 
pour la chronologie étiusrpie. On fait dire â Diodore (l'iutarquc) que le vni« siècle 



révolution d'une grande aiméo' ■>. Sans doute, cello 
unnée KH mur(|uuil lu lin de lu nulionulité éirusque ab- 
sorbée pur Rome, et le diagnostitr des haruspices pou- 
vait s'entendre uinsi; mais les prodiges visi-s s'éluienl 
produits sur sol romain et concernuient pur conséi|uenl 
Rome. Si l'on songe (|ue h^s Romains étaii*nl alors lu ra<;e 
dominante et murcliuienl ii la guerre civile, on presst*nt 
(|uelque perlidie dissimulée dans le galimatias d(fs haru- 
spices. A la mort de César, une comèli- ayant a[)paru, 
l'haruspice Volcatius déclara publii|ueuient ■■ (|ue ce 
signe annonçait la fin d'un siècle et l'entrée dans le 
dixième; mais ipie, pour avoir révélé le secret de la 
nature malgré les dieux, il allait mourir aussitôt : et, en 
ell'et, il s'alVaissa devant le peuple assemblé • ". Si 
l'Étruric avait achevé son cycle en 88, il ne pouvait être 
question que de la destinée romaine. C'est sans doute 
ainsi que l'entendaient Auguste, qui avait recueilli le fait 
dans ses Mémoires'', et Virgile, qui chantait, quatre ans 
plus tard : « Le voici venu, le dernier Age du chant 
Cuméen'" », ùge d'or et renouveau pour les Césariens, 
fin du monde pour les républicains. Ue toutes ces rêve- 
ries mystiques, le fondateur du régime impérial sut faire 
sortir une grande espérance. Auguste, nouveau Romulus, 
passa pour avoir régénéré la vieille cité et avoir fait en 
son nom un nouveau pacte avec la destinée". Les Jeux 
Séculaires de l'an 17 av. J.-C. tracèrent la ligne de démar- 
cation entre l'ancien cycle et le nouveau. 

Un a vu que, bon gré mal gré, les haruspices avaient 
étendu leurs spéculations de l'Étrurie à Rome, et de 
Rome au monde romain, lequel, un peu d'équivoque 
aidant, pouvait passer pour le monde entier. La théorie 
des huit âges parait être une application de la division 
de l'espace à celle du temps. Le cycle des dix siècles doit 
provenir d'une autre origine, du principe même de la 
numération décimale. On s'attend à voir paraître l'inévi- 
table division duodécimale, support de l'astrologie. 
Les Toscans firent ou laissèrent faire, sous leur nom, 
des combinaisons de toute sorte sur le thème de l'har- 
nionie préétablie dans l'univers. S'il y avait douze Con- 
sentes (ou douze signes dans le Zodiaque), n'était-ce pas 
que la vie cosmique comptait autant de périodes, et que 
chacun de ces dieux (ou de ces signes) présidait à son 
tour au branle universel ? Mais, le monde une fois arrivé 
à sa fin, que davenàient ces dieux moteurs, qui faisaient 
partie du monde? De là la doctrine d'après laquelle les 
Consentes naissaient et disparaissaient avec le monde'-, 
tandis que, sans doute, les DU superiores ou involuti as- 
sistaient à la palingénésie cosmique. Enfin, un anonyme, 
qu'on nous donne pour « un homme compétent, ayant 
écrit l'histoire chez les Toscans'^ », avait fabriqué, avec 
des bribes de la Genèse biblique et un peu d'astrologie, 

toscan expirait en 8:? ; à Servius, que le x« commençait en 44, et on disserte 
sans On sur ces icicompatibilités. Fréret, Niebuhr, 0. MûUer. X. Mommseu, d'Arbois 
de Jubainvillc, n'ont pas fait disparaître une équivoque originelle cl peut-être 
voulue. — 9 Hoc etiam Attgustus in tib. II de Memoria vilae suae complexus 
est (Serv. Ihid.). Ou peut soupçonner que Volcalius jouait un rôle convenu avec 
Antoine, et que, mourant par métiphore, il fut ensuite relevé du manquement à 
son vœu au moyen d'un ex-voto offert par souscription a Jupiter. Ou a une dédi- 
cace, C. Volcaci C. K liar. de stipe Jovi lurario (C. /. L. I, 1105). — '« Virg. 
Kcl. IV, de l'an 40 a. Chr. Ainsi, la Sibylle (Probus songeait aux quatre âges 
d'Hésiode de Kyme) et les haruspices sont d'accord. — " C'est la doctrine offi- 
cielle. Cf. le rcscril du proconsul d'Asie, où il est dit que César est venu « donner 
une seconde nature au monde prêt à subir la destruction •■ (Huit. Con: Hellen., XVII 
ri893], p. 316-318). — 12 Arnob. 111, -W. Cf. les Génies, nymphes ou dieux cos- 
miques decondilion mortelle dans Hésiode (ap. Plut. Def. orac. il) et Platon {Timée). 

— 13 Suidas, s. U. Tuçpr.vîa, 



IIAIi 



30 



FI A H 



une liisloire du monde à la lois rétrospective et prophé- 
tique. Suivant lui, la vie du cosmos se divise en douze 
périodes millénaires ; les six premières, employées à la 
création des diverses parties de l'univers, les six autres 
mesurant la durée assignée au genre humain. 

Le fait qu'un fabricant d'apocryphes de basse époque 
recourait encore aux « Histoires Toscanes .• pour accré- 
diter ses fantaisies témoigne de la vitalité dos traditions 
issues de l'Ktrurie, vitalité qu'elles devaient pour une 
bonne part à l'existence de corporations d'haruspices. 

V. Les collèges d'haruspices. — L'histoire intérieure 
de l'Ktrurie est un livre fermé. Il est prohahle que l'aris- 
tocratie des Lucumons détenait le dépôt des traditions 
sacerdotales, et, en particulier, les arcanes de la divi- 
nation révélée parTagés. Celte caste, au sein de laquelle 
les femmes, parait-il, participaient à l'exercice de l'art 
divinatoire ', dut ouvrir peu à peu l'accès des études 
th('ologiques et rituelles aux classes inférieures — même 
à des étrangers, s'il en faut croire la légende d'Attus Na- 
vius -, — s'en désintéresser de plus en plus à mesure que 
la pratique de la divination devenait un métier, et dispa- 
raître enlin, laissant à sa place des écoles ou corporations 
d'haruspices groupées autour d'un président d'âge ^. 

Les Romains ne savaient plus guère' à quel moment 
ils avaient pris l'habitude de recourir aux haruspices 
pour interpréter les prodiges, et la légende eut toute 
liberté pour reculer cette date du ciMé des origines. 
Denys d'Halicarnasse s'imagine que Komulus avait ins- 
titué des haruspices officiels, à raison d'un par tribu, 
« pour assister aux sacrifices'' », assertion qui compte 
parmi les méfaits de cet érudit. Numa, qui symbolise 
l'ensemble des rites nationaux, passe cependant pour 
avoir consulté les haruspices à propos d'un prodige qui 
relève de l'art fulgural, la chute du bouclier ancile''. 
.\vec les Tarquins affluent à Rome leurs compatriotes. 
L'haruspice Olenus de Calés cherche à transporter aux 
Toscans le bénéfice du prodige qui promet l'hégémonie 
aux possesseurs du Capitole*^. Ce qu'on peut inférer des 
traditions qui veulent que Romulus ait fondé Rome 
elrusco rilu, que Numa et TuUus Hostilius aient pratiqué 
l'évocation des foudres et qu'.\ltus Naviusait été disciple 
des Toscans, c'est que les Romains ont, durant un cer- 
tain temps, essayé de s'assimiler quelques procédés 
toscans et de les appliquer eux-mêmes ; cuis que, en fin 
de compte, ils prirent le parti de classer l'haruspicine, 
comme les livres sibyllins, parmi les compléments néces- 
saires de la divination nationale'. 

Au temps des guerres puniques, le recours aux haru- 
spices est entré dans les habitudes. Déjà, au siège de 
Véïes, les Romains avaient été enchantés de mettre la 
main sur un haruspice du pays, qui leur enseigna le 
moyen de prendre la ville '. En 385, ils avaient fait à 
leur calendrier une forte retouche, qui leur liait les mains 



I Cf. Taiiaquil perita, ut vutgo Etrusci^ caetestium proâigiorum mulier (Liv. I, 
34) : clic explique aussi le prodigium in reyia visum (1, 39). — 2 Voy. 
ci-dessus, p. 20. noie I . — 3 Induction fondée sur des expressions comme summus 
hant$pex (Cic. Divin, II, 24) — longaerus karuspex (Virg. Aen. VIII, 498) 

— quorum gui maj-imus aevû (Lucan. Phars. I, 580) — ô n^toSuTâ-ro; aitSv 
(Appian. û. Civ. IV, 4). — ^ Dion. Hal. Il, 22. La correction K-HaTzira pour 
àçoJçTiîïa n'améliorerait pas ce texle malencontreux. — 5 Serv. Aen. VIII, 661. 

— 6 plin. XXVIIl, § 13-17 : cf. Dion. Hal. IV, 59-61 ; l.iv. I, Ô5. — 7 La règle est 
fonnulée par Cicéron ; Prodigia, porttnita ad Klnisc/)s haruspices, si senatus jus- 
serit, deferunto (Cic. Legg. Il, 9 ; cf. Val. Max. 1, 1, I). L'interprélatiou des prodiges 
par la Sibj lie ou les haruspices forme, avec les sacra et les auspicia. le tiers de la reli- 
gion romaine (Cic. .Va/. Deor. 111. 2). — 8 Ci-dessus, p. 28, note 14 — 9 Ci-dessus, 



durant '.W\ jours de l'année, sur h; conseil d'un ha- 
ruspice ■'. Peut-être cependant ne renonçaient-ils pas 
à l'espoir de se suffire à eux-mêmes. Tite-Live a lu 
quelque part que, au temps des guerres du Samnium, 
les jeunes Romains de bonne famille apprenaient l'étrus- 
que, comme plus tard le grec, et étaient « versés dans 
les lettres étrusques'" ». Or, il n'y avait en Etrurie d'au- 
tres lettres » que les archives sacrées, et l'on n'y pou- 
vait guère apprendre que la divination ou l'arpentage 
fondé sur la théorie du temple. Mais si des notions 
superficielles pouvaient suffire à débrouiller les présages 
privés, ce n'était pas trop, pour interpréter les prodiges 
publics, de la science des maîtres. Que des cornes vins- 
sent à pousser tout à coup au front du préteur Génu- 
cius Cipus " parlant pour la guerre, ou qu'un pivert se 
posât en plein tribunal sur la tête du préteur urbain 
-^îlius'-, on n'eût pas su, sans les haruspices, que ces 
honnêtes républic-iins étaient en passe de devenir rois, 
s'ils ne prenaient le parti, l'un de s'exiler, l'autre de 
broyer entre ses dents la tête du malencontreux oiseau. 

Durant la deuxième guerre punique, les prodiges se 
multiplient, et les Romains sont d'autant plus inquiets 
qu'ils se méfient des Toscans. Aussiles voit-on feuilleter 
les livres sibyllins, et après Cannes, courir à Delphes". 
Les haruspices appelés de temps à autre risquent leur 
tête, si le soupçon prend corps". Cependant, les géné- 
raux, se trouvant insuffisamment avertis par les auspices 
de rite national, emmènent avec eux des haruspices 
pour consulter les exta et, au besoin, interpréter les 
prodiges. On en trouve auprès de Ti. Sempronius Grac- 
chus " en 212, de Q. Fabius Maximus"' en 209, de 
M. Marcellus ^' en 208. L'extispicine fait déjà depuis 
longtemps '*, comme divination à usage militaire, une con- 
currence victorieuse aux auspices ea;<;(/>ur/»'s [auspiciaI. 

Mais ces haruspices mercenaires, détachés de leurs 
corporations, n'avaient pas le prestige de ceux qui 
venaient en corps de rÉtrurie,à l'appel du Sénat. Leur 
science devenait une profession, la profession un métier, 
le métier une exploitation de la crédulité publique. On 
voyait s'implanter à Rome des charlatans de toute sorte, 
des haruspices de carrefour haruspices vicani) ou dimi- 
nutifs d'haruspices [hai-iolij qui, pour une drachme, pro- 
mettaient des monceaux d'écus, et « trouvaient plus 
d'esprit dans le foie d'autrui que dans le leur''^ >>. Les 
patriotes romains voyaient avec déplaisir cet engoue- 
ment. Caton tenait pour certain que ces gens-là se 
moquaient du monde, et s'étonnait que deux haruspices 
pussent se regarder sans rire-". Le père des Gracques 
traitait de << Toscans et de Barbares « des haruspices 
officiellement consultés-'. Mais le cas même de ce 
Gracchus, contre qui les haruspices avaient fini par avoir 
raison, ne put qu'affermir la foi en la divination toscane. 
Il fallait bien, du reste, que la place laissée vide par l'art 



p.2ô.notc4. —10 Liv. I.X. 36, adann.StOa. Clir. Mais T.Live ne lecroitguérc, et il 
signale lui-même, dans la guerre élrusfjue de 302, le légal Cn. Fulvius comme inca- 
pable de comprendre le toscan (.X, 4) . Cf. Em. Jullicn, f.es professeurs dans fan- 
cienne Jtome, l'aris, I8S5. p. 30. — •' Val. Max. V. 6. 3 ; Ovid. Mel. XV, .ï77 S(|i|. ; 
Plin. XI, § 123. — '- Val. Max. V, 6, 4. l'eut-étrc le juriste P. .Klius P.-rtus, pré- 
teur urbain en 203, Gcnucius Cipus est inconnu. Les prodiges visés sont de l'espèce 
des regaiia. — '3 l.iv, XXll, 57 : ,\X11I, il ; Appian, Anuib. 27. — '^ Ci-dessus, 
p. 26, 19. — «5 Liv. XXV, IC, — 16 Liv, X.XVIl, Iil. — 17 Liv. XXVII, 26: Plin. XI, 
.S 189.— 18 Cf. Liv. VllI, >.', adann. 337 a. Chr. — 13 Molsd'Enuiusct de Pacuvius 
dans Cic, Divin. I, 57-.ï8. Cf. la comédie de Na-vius (Hariolus ap, ticll, III, 4) et le 
mépris de Cicéron pour le métier [Ad Fam. VI, 18), quand il ne s'agit pas de Circina 
{liid. VI, 6). — 20 Cic. Divin. 11, 2i. — 21 Cic. A'n(, Deo". II, 4; Divin. 1, 17, 



Il m; 



3i — 



il AI 



aiimiral, imiM-rli Inul fiilicr l'ii iiuciuiismi' l'nrint'l. liU 
iircii|itM' par uni' aulni sourt-n de rfvflalion. 

I.c Scnal voiiliil Idiilaii iimins i|iii' la soiii-cc nii |iuisai[ 
I r.lal liU puiv. Au plus lorl de la ^uiirc, il avait ciiln'- 
piis di« « dùlivrer do sus Itu-reuis rolitçieusos •• le peuple 
allolf. I.c pivli'ur urhaiii cul ordre, en "JI.'J, de rcliriT de 
la cin-ulatiiiu l(iu> les livres de propliélii-s cl d'imaiila- 
liiMis, cl aussi " tiMilc mellidde ocrilii do saerilicr ' ». 
Apres avoir entrave de sou mieux les consultations 
privées, le Scnal se préoccupa di- chcrclicr des garanties 
pour les consullalionsol'liciollos.Loscundalc dos Baccha- 
nales \IS(; a. C.lir.l lui l'ournil l'occasion de l'aire une 
nouvelle chasse aux importateurs de superstitions étran- 
gùros. Comme le rito de l'inilialion bachiciue était venu 
de l'Rtrurie, on aurait pu melln- en cause à ce propos les 
Toscans. Aussi li- consul l'osluniius pril-il soin do mon- 
trer que la discipline l'trusque faisait partie des institu- 
tions des ancêtres et (luo, pour défendre la rclii^ion 
nationale, les d réponses dos haruspices » avaient tou- 
jours ajouté leur autorité ;\ celle des décrets pontiticaux 
el sénatusconsulles". Ouel rapport y avait-il d'ailleurs 
entre l'art savant des haruspices et les vaticinations de 
convulsionnaires exaltés par rorjj,ie''? Peut-être est-ce 
l'ostumius (jui su|j;j;éra au Sénat l'idée de former pour le 
service de l'iUat, non pas à Rome, mais en Étrurie, un 
corps d'haruspices authentiques, de bonne famille et 
versos dans la pure tradition indigène. 11 fui donc décidé 
que « entre les fils des premières familles, dix par chacun 
des peuples de l'I'^lrurie seraient mis d'onicc à l'élude, de 
peur qu'un art si important, tombé aux mains de petites 
gens, ne l'ùt délourné de son oflice religieux vers le 
Iralic et le gain ' ». Valère Maxime entend par là (jue dix 
jeunes nobles « seraient contiés à chacun des peuples de 
riîlrurie pour apprendre les choses sacrées^ ». S'il était 
prudent de se fiera Valère-Maxime, on pourrait conclure 
de là que chaque « peuple » toscan avait alors ses tradi- 
tions particulières, et que le Sénat voulait grouper en 
faisceau ces lumières dispersées. Un fait vient à l'appui 
de cette induction : c'est que, lors de la grande consul- 
tation de tÎD, il vint des haruspices « de toute TÉlrurie '' ». 

Nous ignorons si le SC. fut appliqué et dans quelle 
mesure il le fut. Cicéron le fait entrer dans ses Lois ', el 
Claude dit plus tard au Sénat que l'aristocratie toscane 
avait conservé la science nationale par tradition domes- 
tique, « soit spontanément, soit sous l'impulsion des 
sénateurs romains " ». Néanmoins, on ne trouve pas 
trace d'une corporation spéciale, distincte des haru- 
spices libres, telle que la'voulait sans doute créer le Sénat. 
Les haruspices que nous rencontrons au hasard près de 
Sylla', de Pompée'", de César", étaient des familiers 
de la maison : ceux que les gouverneurs de province 
(Verres, par exemple) emmenaient avec eux étaient com- 

' Liv. XXV, 1. — - Liv. XXXIX, 16. Les Po^luniii passaienl pour être originaires 
d'Ètrurie, où ils avaient encore des liomonymes. Cf. le pirate HoffToJ^io; ô 
Tj jpr.vô; de Diodore (XVI, S^) et l'haruspice de Sylla, C. Postumius (Cic. Divin. 
I, 33). Loin de faire de la propagande religieuse, les haruspices recommandaient 
ut suo ijnistjne ritu sacri/îcium faceret { Varr. L. laî. VU, 5). — 3 Viros, velut mente 
capta^ cum jactatione fanatica corpons vaticinari {Liv. XXXIX, 13). — * Cic. 
Divin. I, 41 (avec correction .Y ex, au lieu de sex, que donnent les mss., afin de 
mettre Ciciîron d accord avec Valèrc-Maxime). — ■> Val. Max. 1, 1 1. Sur le dt'hat 
coucernaiit le nombre et la nationalitt} de ces principes, romains pour .Niebulir, 
^trus(pies pour 0. Millier, et les raisons alli'gu<;es de part et d'autre, voy. Ilist. 
(If la Divination, IV. p. 107-108, et Jullien, Op. cit. p. 31-32, qui achiîve de 
ruiner la thèse de Niebulir. Mais l'autre lht>se a contre elle une objection sérieuse. 
A la datj probaljle du SLl., l'Elrarie ('•tait encore une nation autonome; comment le 
Sénat romain prétendait-il commander eu pays libre "? — Cic. Jn Catii. lU, 8. 



pris dans leur n coliorlo •>; tous olaienl dos pratioion» 
libres !•( Ml- reprosontaioiit qu'oux-iiiêinos. Co ({ui est 
eertitin, ccnI que si le Si'iial voulail se servir dos iiaru- 
spices pour des tins p(diliques, il fut servi (i souliail. 
Fidèles aux Iradilions do leur pays, les haruspices en 
service oflicicd mireiil toujours les dieux du côlé de 
l'idigarehie ri'publicaino en lutte contre les idoles de 
la démocratie ". On les reconiiail dans cos devin» qui, 
d'après les prodiges, dérlarenl funeste la cidonisalion 
di- Cartilage entreprise en 121 par (^. (iracclius '' ; qui, 
en 8", avertissent le consul Cn. Uclavius de ne pas se 
lier k Marius ", el qui, eu Hi, empêchent Carbon, l'ad- 
versaire de Sylla, de tenir des comices éliictoraux "'. Cicé- 
ron les oui pour auxiliaires dans sa lutte avec Calilina '° 
et contre Clodi us": enfin, ils encouragèrent de leur mieux 
Pompée et le Simat à abattre César'". Appien raconte (|uo, 
en il!, au moment où les triumvirs dressaient leurs listes 
de proscription, le doyen des haruspices mandés par le 
Sénat, « ayant dit que les royautés d'aulref(jis allaient 
revenir et riue tous seraient esclaves hormis lui seul, forma 
sa bouche etretinl son souflb; jusqu'à ce qu'il mimn'it"». 
Sous tous les régimes, la divination appliquée à la 
politique est un danger. Des gens qui avaient prédit à 
date fixe la mort de César et celle d'Auguste'-" n'étaient 
pas incffensils. D'autre part, la divination toscane étant 
depuis des siècles incorporée aux habitudes romaines, 
on ne pouvait traquer les haruspices comme les astro- 
logues et autres marchands de pronostics. Le Toscan 
Mécène, au dire de Ditm Gassius-', conseillait à .\ugusle, 
« attendu ([ue la divination est nécessaire », de nommer 
des haruspices et augures patentés, qui auraient seuls 
permission de frayer avec le public. Auguste se contenta 
de défendre d'une manière générale les consultations à 
huis clos el tout pronostic concernant les décès ^^ Tibère 
renouvela sa défense, en l'appliquant expressément aux 
haruspices-^, les seuls devins qu'il n'eût pas proscrits. 
Sous ce régime de suspicion, les haruspices authentiques 
avaient intérêt à se séparer de la masse des charlatans 
qui pouvaient usurper leur tilre. Il est probable qu'ils 
n'ont pas attendu l'initiative de Claude pour former un 
« ordre », dont les membres, en nombre limité, devaient 
se recruter par cooptation. Une inscription, qui, d'après 
la forme des caractères, parait dater du temps d'Auguste, 
mentionne un Jiaruspice, L. Vinuleius Lucullus, qualifié 
de «l'un des Soixante-'" ». Claude, le jour où il provoqua 
le SC. constitutif de l'ordre officiel des haruspices, n'au- 
rait donc fait que destiner au service de l'État une corpo- 
ration préexistante, laquelle garderait désormais intacte la 
tradition toscane, préalablement révisée parles Pontifes'^". 
L'ordre des haruspices ne devint pas pour cela un col- 
lège sacerdotal romain, accessible à tous les citoyens 
romains. L'haruspicine était toscane par définition et 

Rappelons que Tarquinics était la patrie de Tag^s, et F.TSules le lieu d'élection de 
l'art fulgural (ci-dessus, p. 17, note !i). — 7 Cic. Legg. Il, 9, § 21. — 8 Tac. Ann. XI, 
15. — 3 Cic. Divin. 1, 33. — 10 Cic. Divin. II, 2i. — H Cic. Divin. I, ni; 
Val. Max. V'III, 11,2; Suet. Caes. 81 . — '2 Surtout depuis la guerre Sociale, qui 
les nt citojens romains. Cf. Histoire de la Divination, IV, 111-112, et la diss. de 
G. Sclimeisser. En 400 a. Chr., les peuples de l'Ëtrurie refusent de reconnaître le roi 
que se sont donné les Véi'cns (Liv. V, 1). — 13 Appian. B. Civ. l, 24. — !■'• Ibid. I, 
71. — 1= Ibid. I, 78. — 10 Cic. In Catil. III, 8. — 17 Cic. De har. resp. — '» Cic. 
Divin. I, 24. — 10 Appian. B. Civ. IV, 4. Ce doit être une vei-sîon républicaine de 
l'incident Volcalius, relaté plus haut (p. 20, 8). — 20 Suet. Auy. 97. — 21 Dio Cass. 
LU, 30. — 22 Dio Cass. LVI. 23. — 23 Suet. Tiber. 03. — 2'. Bullett. délia commiss. 
Arch.comun. di lioma, 1890, p. 180. Cagnat, lier. Epigr., 1891, u» Uu.Ce nombre 
de 00 — moitié du chilTre proposé cn 180 — est encore un multiple de 12 (les douze 
peuples de l'Étrurie). — 2o Tac. .Ann. XI, to. De l'an 40 p. Chr. 



^^' 



\\ 



^ 



•.V 



1 

, \r\ 



J 



.y^ 



cA*- 



V 



]IAll 



— 32 — 



II. \R 



devait être pratiquée par des Toscans. Les membres de 
la corporation privilégiée sedislin^'uèrenl des autres par 
les titres de « haruspice de l'ordre des Soixante », 
« haruspice agrégé à Tordre », ou encore « haruspice 
des Augustes ' ». 

On connaît mal l'organisation inlirieure de l'ordre, où 
l'on rencontre des chevaliers romains ^ Il avait, comme 
toutes les associations, un président, qualifié de ■■ premier 
d'entre les Soixante », ou de « grand haruspice », ou de 
« maître public des haruspices ' », et une caisse com- 
mune'. L'histoire nous renseigne encore moins sur son 
rôle ofliciel. Tacile, relatant des prodiges survenus dans 
les dernières années du règne do Claude S ne dit mol 
des haruspices. 11 se contente de noter, à propos des pro- 
diges de l'an (ii, " l'interprélalion des haruspices "> », qu'il 
passe tout à fait sous silence quand il s'agit des prodiges 
non moins effrayants de l'an (i!» '. linlin, lorsque, en 70, 
on recourut pour diriger la reconstruction du Capitole 
à la science des haruspices, de peur de déroger aux tra- 
ditions du temps des Tarquins, l'historien ne s'inquiète 
nullement de la qualité des « haruspices rassemblés » 
par le préfet do la Ville L. Veslinus'. Suétone, les com- 
pilateurs de Ï/Jistoire Augusie, Hérodien, Ammien Mar- 
cellin, qui mentionnent tant de fois les haruspices, ont 
l'air d'ignorer l'existence de l'ordre. Lampride rapporte 
que l'omniscient Al. Sévère institua des cours d'haruspi- 
cine fréquentés par des boursiers de l'État " ; il ne dit 
pas que ce fiU pour utiliser ou recruter les haruspices 
ofliciels. Aurélius Victor ne songe pas davantage aux 
titres des haruspices dont Gordien aimait à s'entourer '°. 
Tout porte à croire que le projet de Claude n'aboutit 
pas"; que les haruspices ne voulurent ni de l'estampille 
officielle, ni d'un manuel expurgé par les Pontifes. 
L'onlrc resta ce qu'il était, une sorte d'académie libre, 
dont l'unité était idéale et les membres dispersés. 

Les Soixante n'auraient pas suffi, du reste, même avec 
des « adjuteurs '^ », à former aux saines traditions 
les haruspices qui pullulaient alors de par le monde. Il 
y en avait dans différentes villes, soit groupés en col- 
lèges, soit classés parmi les appariteurs '^ et qui exer- 
çaient l'art en bloc ou par spécialité" : il y en avait 
dans les légions, consultés dans les grandes occasions 
par les généraux, et à tout moment par les soldats'^. 
En Italie, la vogue de l'haruspicine passait celle de l'as- 
trologie "^. Pline l'Ancien constate que les « fibres et 
entrailles •> préoccupent une grande partie de l'espèce 
humaine''. Pline le Jeune a connu un avocat des plus 
retors, qui consultait toujours les haruspices sur l'issue 

I Haruspices dils de LX{C. I. L. VI, 2163, XIV, IIU. Eph. Epigr. IV, 853. Orclli, 
229J) ; ex ordine haruspicum i.Y (C. /. i. VI, 21 61, 81G2, XI, S.ISJ' , arespex ordinalus 
{C.-I. L. VI, 21116), harVLSpex Augg. (C. I. L. VI, 2161, 2163. X, 4721), lilrc qui 
parail avoir iXk un privilège personnel, et non commun au» a Soiiautc ». Cf. adjutor 
haruspicum imperalnns {C. I. L. VI, 2168). - 2 C. I. !.. VI, 2164, 2165, 2168. 

— 3War. prim. de LX (Orclli. 22'J2, à Lugdununi) — harispex maximus (C. /. L. 
VI, 2164, 2165) — magisler publicus haruspicum [Cl. L. VI, 2161, a Rome; XIV 
164, à Oslic). Cf. magisler ille antspicum Tagis (Laclanl. De mort, persix. 10). 

— 4 Cf. I.. Scïius CIcmcns, haruspice ex ordine arispicnn LX, curatori arcae (C. 
/. L. XI, 3382. àTarquiuics). Il rcslc un doulc sur celle arca, qui pourrai! iMrc une 
caisse municipale (Cf. BiM. deW Iiistit. 1873, p. 91). — 5 Tac. Ann. XII, 43. 64. 

— 6 T.1C. .411)1. XV, 47. — 7 Tac. Hisl. \. 86. — 8 Tac. Hisl. IV, 53. — » Lamprid. A l. 
Secer. 44 .cf. 27. — 1» Aurcl. Vicl. Ca«nr. 26, 4.— n Tacite dit simplement : fac- 
tum ex eo SC. vidèrent ponlifices quae relinenda firmnndaque haruspicum. C'iïtait 
enterrer la question. — 12 C. I. L. VI, SI6S. — '3 Haruspices .niunicipau\, à 
Miscne (AoriKpex 7<ii6/iC"S. CI. L.\, 3680, 36S1), YH-nit ml (publicus primarius. 
C. I. L. IX, 1540), des fabri lignarii de l.una (C. /. L. XI, 1355), à Toscanclla 
(decuriati.1. C.I.I.. XI, 2S55), Kavcnlia (Ilonzeii, 6025), Poitiers (i6, 6026), Nimes, 
C. I. t.. Xll,3254). Apuluru C. /. L. III, 1114-1115), Trêves (Wilmanns, 2280), 



de ses procès, et aussi sur les maladies des gens dont il 
espérait hériter". Ce furent des haruspices qui sou- 
tinrent longtemps, sous Maximin, le courage des défen- 
seurs d'Aquilée". L'haruspicine avait sur l'astrologie le 
double avantage d'être à la portée des petites gens et 
d'être protégée par les religions-". L'inspection des en- 
trailles se surajoutait d'elh\-mèmo au plus indispensable 
des actes religieux, au sacrifice. 

Mais ce qui avait été longtemps un avantage devint 
un prétexte à tracasseries sous les empereurs chrétiens, 
qui voulaient supprimer, comme empereurs, ladivinalion, 
et, comme chrétiens, les sacrifices. Constantin commença 
par menacer du hi'icher tout lKirus])iee qui pénétrerait 
dans une maison autre que la sienne, et de la relégation 
celui qui l'aurait appelé chez lui-'. 11 crut bon d'expli- 
quer, (|uelques mois plus tard, qu'il n'interdisait pas les 
sacrifices faits en public'--. Il entendait même autoriser 
et utiliser l'art fulgural, dont les haruspices avaient gardé 
le monopole-^. Les fils de Constantin veulent abolir la 
« folie des sacrifices ». Peine de mort, conlisciition me- 
nacent les délinquants et les fonctionnaires qui néglige- 
raient de les punir^'. Mais les « connaisseurs en pro- 
diges » n'avaient pas besoin de sacrifices pour faire 
entendre à Barbalion qu'un essaim d'abeilles posé dans 
sa maison lui présageait l'empire ". Constance, à ce 
propos, frappa pêle-mêle innocents et coupables, .lulien, 
à qui un foie à double enveloppe avait promis la victoire 
sur Constance-", v s'adonna à l'haruspicine » et employa 
à disséquer ses hécatombes des légions d'haruspices. Il 
les voulait d'origine et de science autlientiques; aussi 
les praticiens qu'il emmena en Mésopotamie s'étaient 
munis de livres sur lesquels ils appuyaient leur avis, 
souvent discuté par les philosophes jaloux de cette con- 
currence-'. Jovien s'abstint de réaction violente : il eut 
même soin, battant en retraite devant les Perses, de 
justifier sa résolution par les présages tirés des en- 
trailles-*. Valentinien, redoutable aux astrologues, magi- 
ciens, nécromants, et aux haruspices qui se mêlaient de 
politique^', rendit un édit, en 371, pour mettre à couvert 
ceux qui pratiquaient honnêtement l'haruspicine tradi- 
tionnelle ^°. Mais le zèle chrétien de Théodose se buta à 
l'idée d'abolir toute espèce de sacrifices, et, à plus forte 
raison, « l'inspection du foie et des entrailles ». Dès lors, 
les édits se succèdent, ridicules autant qu'odieux, car 
l'empereur, qui ne trouve pas de supplices trop doux 
pour les contrevenants, s'apitoie sur « les victimes inno- 
centes » immolées aux faux dieux". La procédure de 
lèse-majesté est appliquée à « quiconque osera consulter 



Maycncc (Hentcn, 60J4). Dans la charte de JuUa Gcneliva, ch. LXII (bronzes 
dOsuna, Eph. Epiijr. III, p. 91-96. C. I. L. II, Suppl. 5i39|, les haruspices sont 
classi-s à l'avant-dcruier rang des appariteurs. — I» Cf. hnruspex extispicus a Igu- 
Tium (Orelli, 2302) — haruspex fulgurialor à Pisaurum (Orelli, 2301). — '5 Cf. Vopisc. 
Aurelian. 7 ; hnriLipex [leg. lll Aug.\ C. I. L. VIII, 2586. — '6 Herodiau. VIll, 
3. _ n Plin. VIII, S 102. - I» Plin. Epist. VI, 2; II. 20. — IS Herodian. Ibii. 

— 20 G. Schmcisser comprend à tort les haruspices parmi les mathematici que 
visent les édits de proscription. Les haruspices figurent â côlé des malhi'maticiens et 
autres devins dans un le\te de Paul {.Sent. V, 21, 3), pour le cas spécial où ils 
seraient consultés de snlute principis.Lcs prédictions à iiiille ans de date (Vopisc. 
Ftorianus, 2) pouvaient passer pour inolTensivcs. — 21 tJod. Theod. IX, 16, 1. du 
31 janv. 319. — -'2 Cod. Theod. IX, 16, 2, du 31 mai 319. — 2-1 Cod. Theod. 
XVI, 10, 1, du 13 mars 321. — 2> Cod. Theod. XVI, 10, 2 et 4. do 341 et 340. Inter- 
diction générale en 337 cl 3.îs (/bid. IX, 16, 4 et 6). — 2o Amm. Marc. XVIll, 3. 1-4, 
de l'an 359. — 2« Ibid.XW. I, 1 ; 2. i. —27 libri exerciluales {Ibid. XXIII, 5. 10) 

— rarquitianilibrUWWi.li.-i» Ibid. XXV, 6, 1. — 2» Mi</. XXVlll, I, 19-21; 
1,8 el29. — 30 Cod. Theod. IX. 16,9 §10.-31 Cod. Theod. XVI, 10, 10, § 12, de l'an 
391 ; cf. Ibid. XVI. 10, 7 et 9, de 381 et 385. S. Augustin répond aui offres d'un ha- 
ruspice qu'il ne voudrait pas faire tuer une mouche {Conf. IV, 2-3). 



Il\> 



3,1 - 



II\S 



lits itiidaillcs |ml|)it!(iili>s, iitiiiic i|uuiiil il iruuiiiit rien 
iltMiuiiiili- iiiiilrt' ou sur la saulr îles priiK-t'S ' ». 

Ciis iMlils turiliuiuls .lunnl inlimidfr les huinispiees ol 
fuiri' i-t'iilrcr tlaiis l'iinilirr f(U\ qui \ isaliiil sur If puliiic. 
!>U n'slc, il y avait di'S cliiiticiis parluul, it la picsi-ucn 
d'un cliriHioii suriisait puur icndrt' Icsoiilraillosmui'llos'. 
Mais, s'ils piiuvaii-iil ciiliaviT rcxcrriic d'iiu nn-liiT, les 
cnipci-i'urs ni- [inuvaii'nl di-i-ai-iiu'i' une Iradilion lixéo 
dans di's livres, considi^riiu partout comiuo une sciunee, 
i>t, iMi Toscant', « (innni- un h^•rila^^l■ national. Dans cetto 
seioncf un''uii', il _\ avait une partit' <pu' l(!s édits impé- 
riaux n'avaient pas expressément visée, l'art rulj;uial, il, 
dans l'art l'ulgural, un cAté par où il se rapprochait do la 
magie, mais s'cloinuail de la divination, si redoutée du 
gouvernement. C'est en rjrurie, et comme possesseurs 
de recettes pour nianii-r la foudre, que nous voyons 
apparaître pour la dernière l'ois les haruspices toscans. 
Au momeni où les hordes d'Alaric approchaient de 
Home i-40S\ des .. p-ns de Toscane » vinrent apprendre 
au préfet de la Ville que Nepeto avait été sauvée des 
Harhares par « des tonnerres et éclairs elîroyahles, ;i la 
suite de vœux et cérémonies accomplis suivant les rites 
nationaux ». Us olïraient de défendre Rome avec ces 
armes célestes. Le pape Innocent consentit à l'essai, au 
dire de Zosime; mais les Toscans ayant déclaré ne pou- 
voir réussir si toute la ville ne sacrifiait en même temps 
aux dieux, on préféra traiter avec le Barbare". Les thau- 
maturges s'attendaient sans doute à être dispensés 
d'opérer le miracle à ce prix. 

Vraie ou légendaire, l'anecdote termine bien l'histoire 
des haruspices toscans • ; elle donne à penser que ces 
hommes de tant de science ne manquaient pas non plus 
d'esprit. A. Buuché-Leclercq. 

II.VSTA (Aopu), lance. — Parmi les armes offensives 
dont se servaient les Grecs, les Romains et en général 
tous les peuples de l'antiquité, les textes et les monu- 
ments nous montrent que la lance figurait au premier 
rang. II est souvent difficile cependant de distinguer avec 
précision les termes qui désignent les armes de hast de 
ceux qui s'appliquent aux armes de trait. Entre un long 
javelot et une lance courte, la différence est peu appré- 
ciable et souvent on combattait des deux façons avec la 
même arme. Nous nous occupons ici des armes de hast, 
tout en faisant la réserve que nous venons d'indiquer. 

La lance est essentiellement composée d'une longue 
hampe de bois à l'extrémité de laquelle est fixée une 
pointe de métal destinée à transpercer l'ennemi. 

La lance chez les Grecs. — Les Grecs désignaient la 
lance par un certain nombre de mots qui servaient 

' Cod. Theod. XVI, 10. 15, de l'an 392. — 3 Lactant. /nrt. Div. IV. 27; De mort, 
versée. iO. — 3Zosim. V. 41. — + Voj . quelques mentions d'haruspices, a^rf-s cette 
date, sans garantie do nationalité, dans Clairin, p. 82-84. — Bibmoghapbie. Pour 
les ouvrages traitant des antiquités étrusques en général, voy. l'article etblsci. Ou- 
vrages spéciaux ; H. Raven, Haruspices Boynae utt'um natione Etrusci an Bornant 
/■««l-l'nf.Gottingae, 1822 ; P. Frandsen, flarns/iires, Bcrolini, 1823 ; P. Clairin, Deharm- 
picibus apud Bomanos, Paris, 1880 ; k. Bouché-Leclercq, Histoire de la Divination 
dans l'atitifjuit'; [Divination étrusque, W, p. 1-1 15, Paris, 1882); G. Schmcisser. Quaes- 
tionesde Ktrnscii diseiplina, Vratislav. 1872; Dieetrus/cische DiscipUn rom Blindes- 
gejiûssenf:riei/ bis zuiii Vntergnnqdes Heidenthnms, Liegnitz, 188t ; De Etruscorum 
deis Consentibns i/ni dieuntur [Comment, in lion. A. Reiflorscheidii, p. 20-34. Vratis- 
lav., 1884); lieitrâi/e znr Kenntniss der Technik der rOmischen Haruspices. \. Zur 
Erklfirung und Deutung di'r Prodii/ien (Gymnas. Proi^r. Laudsherg a. \V. 1884). 

IIASTA. 1 //.ni, 348; V. 320; XVI, 503 etc. — 2 fl. XII, 45 ; XV, 5-2S ; Herodot. 
I. 214, 213; II, 106, 111 ; III, 78; V, 94; Vli, Cl, C9, 77, 78; Aescli. P«-s. 325; 
Xenoph. Cyrop. IV, 6, 4. — 3 //. XVI, 814. — '• Jl. II, 115; XII, 30; XXIV, 430: 
Od. V, 162, 370 ; VIII, 307; Aoscli. Siippl. 846, 1007 ; Sopli. Phil. 721 ; Eurip. Bel. 
1628. — t /;. II, 389; III, 135 ; VI, 319-320, clc. Ce ternie est parfois employé avec 



lanlul à indiquer une parlii- de l'arme, tantôt l'arme 
tout entière. Ce sont les suivants : 

Ai/jxY,, proprement lu pointe de la laniu; ', mais souvent 
la luiice elli--mèiiM- '. 

I6yt est le terme le plus usité. Il signifie pro|ireMieiiL 
le bois'; aussi les poètes l'emploieiit-ils pour désigner 
d'autres bois que celui de la lancr- ', mais dans les 
auteurs de prose il dé-signe toujours lu lance.- 
Ky/o;, fréquemment usité dans llomftrc '. 

Aôy/;'! dans Ib-rodotii dé'signe le fer de la lain-e, p;ir 
opposition au bois ((u'il appelle l^jarvi, tandis ipi'il 
nomme la lance entière ai/jj.-/, ". Le même sens est 
donné au mot Joy/'f, dans Xéno])hon '' et dans Sophocle ". 
Mais le plus souvent il désigne la lanc(^ mènK;". 

SudTov, objet poli, d'où le bois de la lance'"; par exten- 
sion la lance elle-même". 

ilï.ptTa ou i^àptiTa, lance macédonienne'-. 

Dans les fouilles d'Ilissarlil;, M. Sehiiemann a trouvé 
plusieurs pointes de lance en bronze. Les plus ancicsnnes, 
au nombre de treize, appartiennent à ce qu'il appelle la 
seconde vilh; préhistoriiiue. Elles 
ont la forme d'un triangle isocèle 
allongé et sont terminées au bas par 
une pointe destinée à entrer dans 



le bois ((ig. 3715) 



Leur 




Fig. 3713. — Pointes de lances 
en bronze trouvées à His- 

sarlik. 



varie de O"",!! à 0",31 et leur plus 
grande largeur de 0,°'0't à 0,"U0. 
Dans la partie inférieure se voit un 
trou dans lequel est encore sou ven t 
le clou i|ui assujeltissail le métal au 
bois. La plupart de ces lances sont 
dentelées des deux côtés en forme 
de scie, comme le sont certaines 
lances en silex '•''. Les tètes de lance 
d'Hissarlik n'ont donc pas de douil- 
les comme celles que nous verrons à Mycènes et le plus 
grand nombre de celles qui ont été trouvées dans le nord 
de l'Europe occidentale, notamment dans les cités lacus- 
tres de Suisse et dans de nombreuses sépultures d'Alle- 
magne, d'Autriche et d'Italie ". Elles ressemblent au con- 
traire à certaines tètes de lance trouvées à Chypre et 
conservées aujourd'hui au Musée Britannique et au Musée 
du LouvTe'". Dans la sixième ville, que M. Sehiiemann 
croit être une colonie lydienne, mais que l'on considère 
aujourd'hui comme la vraie Troie d'Homère, il a décou- 
vert une tête de lance également en bronze, mais ter- 
minée à sa partie inférieure par une douille, comme 
celles que nous verrons à Mycènes "". 
C'est dans le quatrième tombeau de l'Acropole qu'ont 

le sens d'épée dans Sopliocl. AJ. 286; OeJip. Tyr. 969, elc. el dans Euripid. />/n7. 
1413 ; etavec celui de javelot dans Eurip. Herc. fur. 1098. — Herod. VII, 69. — '' Hell. 
VII, 5, 20; Cyneg. X, 3.-8 TracU. 836. — 9 Batrachom. 129 ; Pind. Nem. VIII, 
30 ; Xenoph. De re eq. XII, 14; Anab. IV, 7, 16; Aelian. Hisl. nat. VIII, 10 ; 
Euripid. Troj. 1318. —10 Su^riv Sioj : Apoll. Rhod. II. 1062; Pollnx, Onom. 
X, 14i; Herod. 1,32; Eustath. p. 863, 'l. — " /;. IV, 46J; XI, 260, 564; XV, 677; 
Eurip. Hec. 908. Xénophon distingue les 5<;ja-:« des Mtto. Ojrop. VII, I, 33. 
— 12 Plutarch. Emnen. 14 ; Polyb. Il, 69 (XVIII, 9, 9) ; Pollux. X, 143. — 13 Sehiie- 
mann, llios. trad. franc, p. 507, 645 ; cf. fig. 867-869 et 1056. Le même auteur 
cite des exemples de haches dentelées en silex trouvées en Danemark, dans la 
Causase et dans d'auli-es pays. — ''• Ibid. p. 399. — « Ibid. Les fers de lance 
trouvés au Dipylon ressemhlout à ceux d'Hissarlik. Mittheilung. d. deutsch. arcli. 
Inst. in Alhen. XI, p. 21'J, pi. i, n» 16 : cf. p 24. En Allemagne et en Grande- 
Bretagne on a également trouvé des léles de lance semblables à celles d'Hissarlik. 
LeD'Vircbow en possède dans sa collerliou. Voir aussi Evans, Petit Album de l'âge 
du Bronze de la Grande-Iirelagne, I.ond. 1876, pi. xi. — "■' Sehiiemann, llios. 
p. 775, fig. 1320. Celle tétc de lance ressemble aussi a celles (pii ont élé trouvées 
) à Corneto et qui sont cnusorvées au Musée de celte ville. 



HAS 



— 3i — 



HAS 




Fig. 3717. — Guerrier arm»' 
delà lancesurun vaselrouvé 
à Jïvc6nes. 



été trouvées les pointes de lances mycéniennes. Toutes, 
ainsi que nous venons de le dire, ont une douille à leur 



Fig:. 37!G. — Lance de bronze Iroiivôc ;'i Mjri-ucs. 

exlrémilé iul'crieure (fig. 37IC). L'une d'elles ;i, par 
exception, un anneau de chaque côté. Ces anneaux, 
d'aprôs M. Scliliemann, servaient à assujellir au moyen 
d'une corde ou d'une lanière la pointe de la lance à la 
hampe, pour l'empêcher de tomber. A l'extérieur de la 
douille ou voit la tète plate d'un 
clou qui lixait le métal au bois'. 
Dos fragments d'un vase peint, 
trouvés à Mycènes mais peut-être 
de date très postérieure, nous 
montrent (fig. 3717) des guerriers 
portant la lance. A la hampe est 
allachc un objet de forme bizarre 
et dont jusqu'ici on n'a pas pu 
déterminer exactement la nature. 
Un second fragment du même vase 
représente d'autres guerriers bran- 
dissant la lance de la main droite, 
la pointe en bas, comme pour frap- 
per des ennemis renversés. La 
pointe d'une des lances, la seule 
visible, est foliiforme. Dans les 
deux fragments les lances sont 
très longues °. Une tète de lance 
en bronze, trouvée à Vaphio,et d'autres trouvées dans les 
fouilles de l'Acropole oiTrent des caractères particuliers 
(fig. .'niSV L'extrémité inférieure a été repliée et forgée 



Fig. 3718. — Lance trouvée à Vapiiio. 

au marteau de façon à former une douille ouverte au 
milieu \ 

ATirynthe, la seule pointe de lance qui ait été trouvée 
est en fer et de date plus récente '. 

Les guerriers d'Homère sont armés de la lance que le 
poète appelle ^yz^?' h'/.-^'i^ '^■'/.['■'h^ o6fu, [AsÀtT,. Le bois de 
la lance était généralement en frêne, d'où lui vient le 
nom de [jlsÀi'y, ou l'épithète [isiÀivov^. Le bois était muni 
à ses deux extrémités d'une pointe d'airain \ La pointe 
supérieure servait à frapper l'adversaire ; l'autre, appelée 
oùpiayo; ■ ou !7a'jfù)TYÎG ', servait à planter la lance dans le 
sol aux moments de repos. 

On suppose généralement que la hampe de la lance 
homérique était engagée dans la douille placée à la 
partie inférieure du fer. C'est l'opinion de Schliemann qui 



i Schliemann, Mycènes, Irad. fraiiç. p. 361, lig. 441. — 2 IL Schliemann. J/ycénf s, 
p. 211, fig. ÏI3: p. 217, fig. 214 = A. FurUvacngler cl J. Lœschckc, Mykmische 
Vasen, 43C-131 = Pcrrot et Chipiez. Hist. de l'arl dans l'antiquité, l. VI, p. 935, 
fig. 497. — 3 'Eçr,;.. àjyco).. 1889, pi. vin = Perrot cl Chipiez, Hist. de l'arl, 
t. VI, p. 977, fig. 552: A. de Ridder, Catalogue des bronzes trourés sur l'Acro- 
pole d'Athènes, n" 2(ÎG-2C7. — * Scliliemann. Tyrinthe, id. franc, p. 43 et 160. 
Cf., p. 97 et pi. XIV. — 5 y;. XVI, 143 ; XIX, 390; XX. 277; XXI, 162; XXU, 
133, 328 ; Od. XXII, 259, 276 etc. — 'Eh«; ,>>.,so.„ 4.«,.;^i.ov ;=£! z«'"Ç, Od. XX, 
127; Sifu .LofuS^iivoy /««o-, Jl. XX, 332; niMr, z««o8«fi-;, /'. XXII. 328; Od. 
XXII, 239, 276 ; Sija /«(.«oe.fi;. Od. XI, 332 ; cf. //. V, 145 ; VI, 742; XIX, 33, 
534; Od. V, 309 ; IX, 53; XI, 40; XIII, 267 ; XXII. 92. — 7 Jl. XIII, 453 ; XVI, 
612, etc. — 8 Jl, X, 153. — y "EYxtça/.o; Si z«f'«iÀiv àvÉSçajJLEv ê; ^TtiA^; tj aîna- 



traduit le mot zJÀôç par tube dans ce vers : « Et la cer- 
velle s'échappa de la blessure le long du tube de la 
lance ' ». M. llelbig adopte cette interprétation '". M. Leaf 
la rejette pour les raisons suivantes. Homère dit que 
dans la lance d'Hector, la pointe était maintimue par 
un anneau d'or, -ôçhy,;". Les éditeurs n'ont vu là aucune 
difficulté. Ameis, dans son commentaire, dit qu'on ajou- 
tait l'anneau pour plus de solidité. C'est aussi l'explica- 
tion (]ue donne M. llelbig'-. Mais en quoi un anneau d'or 
peut-il rendre plus solide une douille de bronze? M. Leaf 
propose plusieurs solutions A cette difficulté '^ La pre- 
mière est que si l'on maintient à aùÀoç le sens de douille, 
les deux procédés, l'emploi de l'anneau et celui de la 
douille, sont différents l'un de l'autre et usités séparé- 
ment. L'anneau serait employé dans le cas où le fer serait 
disposé comme ceux d'Ilissarlik et s'enfoncerait par une 
pointe dans le bois. Alors, en effet, l'anneau empêcherait 
le bois d'éclater. Ce qui paraît confirmer cette hypo- 
thèse, c'est que dans les passages où est nommé le rrocx-i-ç, 
il n'est pas question d'aùXo;. La seconde explication est 
que l'on s'est mépris sur le sens d'aùXoç. D'après M. Leaf, 
ce mot signifie ouverture. Axili; entre dans la composi- 
tion de l'adjectif aùÀ(o7:iç par lequel est parfois qualifié 
le casque dans Homère'' et dont la signification a été 
beaucoup discutée. Suivant les uns, il signifie : muni 
d'une pointe ou d'un tube portant un panache '■. D'autres 
au contraire traduisent : pourvu de trous de visière. 
C'est l'opinion qu'adopte M. Helbig'^, et c'est aussi l'avis 
de M. Leaf. Pour lui le vers d'Homère : kyy.i'j%j,oq oà 7:ap' 
aùXbv àvÉSpafjisv e^wTEiÀT,!;''' signifie que la cervelle passait 
à travers les ouvertures du casque. Un passage de 
VOdijssée donne, sans discussion possible, le sens de 
trous au mot aù'Aoç, c'est celui où il est parlé d'une agrafe 
à deux trous". Dans cette hypothèse, le fer de lance, 
terminé à son extrémité inférieure par une lame plate, 
aurait été encastré dans une fente pratiquée à l'extrémité 
supérieure de la lance et assuré par deux clous passant 
à travers le bois et le métal. L'anneau servirait, comme 
nous l'avons dit plus haut, à empêcher le bois d'éclater. 
II est fin cas, cependant, où l'emploi de l'anneau est 
indispensable même avec une douille, c'est celui où la 
douille est fendue comme dans la lance de Vaphio. 
Alors, en effet, si elle n'était pas maintenue par un 
anneau, la douille s'écarterait au premier choc. H existe 
au British Muséum un spécimen de ttôixtiÇ d'or trouvé 
en Étrurie, mais qui a servi à assujettir la lame d'un 
poignard '^ Il est formé de fils fondus de façon à faire 
une bande solide. On se servait du même procédé pour 
fixer les pointes de flèches -". 

Sur la forme de la pointe, Homère ne nous donne 
aucune indication. Était-ce une pyramide quadrangu- 
laire? Était-elle foliiforme et à deux tranchants? Nous 
l'ignorons. L'épithète àacit'yuoç qui est souvent donnée à 



■îiii;,. II. XVII, 297; cf. Jlios. éd. franc, p. 5'J9. De li IV'pithètc «oWjtauio;, Od. 
IX, 136. — 10 L'Épopée homérique, trad. fr. p. 436. — •' nûç'.tOt 8è "ki^-itt Sij- 

jî,; Il oI/.(ir„ jraÀKiîr,, iii\ 5i /.fû«io; «is -ipxriî, Jl. VIII, 495; cf. VI, 319. l'Ctite 

Jliade, frag. 5, dans Epicorum graec. frayni. éd. Kinkel, I, p. 41. — 12 Ji'p.,pée 
hom. p -136. — "/otii-n. of hellcn. tudies, t. IV, p. 300. — '» //. V, 182; 
XI, 553; XIII, 330; XVI, 795. — 1^ Ameis. I\'ene Jahrbûcher fur Philolo- 
ijie. 1873, p. 223 ; cf. Etym. Magn. p. 170, 3 ; Apollon. Lex hom. p. 47, 24 ; Scol. 
/(. V, 182; XI, 553 ; Eustalh. Ad Jl. p. 537, 2 et 849, 7 ; cf. Helbig. Épopée homér. 
p. 570, n. 5. — *ï> Épopée hom. p. 376, n. 3 ; cL Etym. magn. p. 170, 4, a'/h^-i',- 
xoiXôe9a)i;jiov; Hesycll. s. V. £Î5'.; T:s9ixie«À«t«ç -apaiJiT,»Et; l/o-jffT.î T«; Twv bçôaAji^v 
i-i-.— njl, XVII, 297. — 18 nsfiïr. ■zi-jv-', «iXot».» SiSJno.ci, Od. XIX, 227. 
— 1» Journ. of helt. slud. IV, p. 301. — 20 y/. IV, 153.. 



Il AS 



— as 



IIAS 



lu liiiifo ' lU' pcrmi'l pus ilc rt^soiulrt^ eu prolilùiiu-. Kii 
olïfl. 11" si'iis ilo if iiiul nsl UHst'z dillicilo h diUcrminor. 
lliTluiiis ('(iiiiiiii-nlaU-ui's, cumiiir Amcis' ot (Jd'lx-I ', l'oiil 
Iruiluil par : uiitii' de di'uv poiiilcs, l'uno nn liiuil l'autn' 
en Itas. D'uiilri'S, roiiniui Dowli-lL'in' ol U. Iti-rinaim ', 
ont un ciinlraii'i- traduit pur: adi'iix tranchants". M. Loaf 
pi'nsi' une l'c mol s'uppli(|no ii l'clusticile de l'acier'. 

I.u «arnilnre de l'extréniilé intérieure est désignée le 
pins souvent sons le nom iV'j'j-y.x/'jz. Le mol ijvjMri/j ne 
se trouve que dans nn passage conleslé". Les deux pas- 
sages do \'/li<iJf qui nous monlrenl des guerriers plan- 
lunl leur lance dans le sol ne nous indiquent pas s'ils y 
llchaicnt la pointe supérieure ou la pointe intérieure'. 
Le reste de Vlliude l'ail supposer que roùoi'ayo;, selon la 
remar(|ne de M. Leat' '", était plutôt une pomme qu'une 
pointe, (le serait, d'ajjrès cet arclicologue, (jnelque chose 
de semblnblt> à la partie inférieure des lances que por- 
laienl les gardes du corps du roi de Perse". Des pommes 
semblables apparaissent souvent sur les monuments 
ligures, nous le verrons plus loin (fig. 3730). En certains 
cas, ajoute-l-il, il élail nécessaire qu'il y eitt, à l'extrémité 
inférieure, un contrepoids suflisant pour que la lance pi'it 
être maintenue horizontale par le combattant : c'était 
quand celui-ci, pour frapper à une dislance plus grande, 
saisissait le bois à son extrémité inférieure. L'oùpi'ayo; 
élail ce contrepoids. L'utilité du contrepoids est incon- 
testable, mais il est également évident qu'une pointe 
inférieure semblable à la pointe supérieure aurait com- 
plètement rempli ce rôle, et il semble bien que cette 
pointe inférieure existe sur le vase de Mycènes cité plus 
haut (fig. 3716). 

11 n'est pas question dans Vlliadc d'une courroie pour 
jeter la lance. Cependant quelques archéologues ont cru 
en voir la représentation grossière sur le même vase 
peint de Mycénes '-. Si l'artiste mycénien avait eu l'inten- 
tion de représenter cet objet, il l'eût mis près de l'extré- 
mité inférieure, et non près de la pointe". 

Les lances homériques étaient très longues. De là les 
épithèles de -sÀcJpiov '•, de u.ixpov'% de odÀi/ov'^, enfin 
de oo>.t/o!7x;c,v,c"est-à-dire projetant une grande ombre'". 
L'Iliade nous donne même les dimensions de plusieurs 
lances. Celle d'Hector ail aunes ou coudées, soit environ 
5 mètres de longueur". Les lances dont se servent les 
Achéens pour défendre leurs vaisseaux contre les Tro yens 
sont de double longueur ". Celle d'Ajax, fils de Télamon, 
a 22 aunes, soit environ 10 mètres. Elle se composait de 
plusieurs morceaux reliés les uns aux autres par des 
crampons ou des viroles'". Ces dimensions paraissent 

I n.Xm, 147;XVI, 26;XV,J78, 586, 7I2;XVI, 63-;XVni, 731 ; Orf. XVI,474-. 
XXIV, 527. — 2 Arf Od. XVI, 474. — 3 De epilh. hom. m s,; desinentibus, p. -22. 

— * Hom. Glossariwn, I, p. 83, n" 120. — S Ad Sopliocl. Trachin. 502. — 6 Cf. 
Ilelbig, Epopée hom. p. 437, n. 3. — 7 Journ. ofhell. slud. t. IV, p. 302 ; cf. Tran- 
sact.of Cambridge Philotoij. Society, 1S83.— 8/;. x, 153..—»/;. 111,125; VI, 223. 

— 10 Jouni. of hell. slud. l.l. — H Herod. VU, 41. — 12 Voir note 3. p. 34. — IJLcaf. 
/. /. p. 302. La courroie ii"apparait pas dans le bas-rcIief de .Mtjcèttes, éd. franc, p. 155. 
lig. 141. — r./;. V, 594. — I5/(.VI11. 424; V, 45; XIII, 16S; XVII, 296.— la/i.iv, 533; 
vu, 255, etc. — 17 //. III, 346; cf. Ilesvcli., s. v. — I» II. VI, 310. — 19 //. XV, 
387. — 20 //. X V, 677. — 21 Riistow et KOcliIy, Geschickte des gvieck. Kriegswesens, 
p. 238; Kiicbly, Disserl. I, p. 0-11. — 22 Anah. IV, 7, 16. —23 Herod. Vil, 89. 

— 24 Od. I. 128; XVII, 20. On appelait aussi cette caisse SoçaToO^ixT; ou ij^iy-, Etym. 
MagD. p. 736, 9; Scliol. Hora. ad Od. I, 128. Aristopli. Acharn. 1120. — 25 Herod. 
VII. 224. — 26 Xenoph. De re eq. VIII, 10. — 2^ Carapauos, Dodone et ses ruines. 
pi. Lvui, 1 à 12 ; E. Gerhard, Âuserles. griech. Vasenbilder, pi. i, i.xni, cxvn, cxlii, 
ci.i, ccxxv ; Montim. de l'inst. arch. de Home, II, pi. xv, xvi, xxxv ; t. III, pi. liv; 
t. IV, pi. xvin; Monuments publiés par l'Assoc. des études grecques, 1872, pi. i. 
1875, pi. ict ii; Gazette archéol. 1880, pi. vni ; Alterth. von Pergamon, pi. xlvi,2; 
Archaeo'.ogia, t. XLV, p. 132; Mittheilungen d. deutsch. arch. Inst. in Athen, XI 
(1886), pi. I, 7,8, 11 ; XII, p. 208, etc. A. de Uidder, Àerop., H" 266-270. —28 Lance 



exagérées". Cependant les Cliulybes, d après Xéno- 
plion", 80 servuiful de lance» de plus de cin<| inèlros, 
et tflle l'tuit aussi la loii^'uiuir du la surisse macédonienne 
dont nous parlerons plus bus; enlin, inémi' à l'époque 
classique, on se servait, pour lu défense des vaisseaux, 
de lances do grande dimension qu'ilérodoli- appelle 

Dans le vestibule des palais il y uvuil, ji l'époque Ik»- 
inériiiue, une sorte d'armoire ou di.- nltelier placr- près 
des piliers et dans le(|ucl les étrangers serraient leur 
lance avant d'enlrer dans les pièces intérieures. Celle 
armoire s'appelait ôo'jpcôoxY,-'. 

A l'époque classique, la lance continua à. faire partie 
de l'armement des guerriers grecs. Elle figure parmi les 
armes des guerriers de Léonidas aux Thermopyles-'. 
Les cavaliers s'en servaient comme les fantassins"''. 
Nombreux sont les monuments de tout genre qui nous 
montrent les uns comme les autres ainsi armés. 

La lance continue à être formée des trois parties dont 
nous avons parlé plus haut : la pointe, la hampe, le talon. 

La pointe est de plusieurs formes. Tantôt elle res- 
semble à une feuille -■' allongée (fig. 3719), avec ou sans 
côte médiane, tantôt elle est à angles, à trois 
ou quatre côtés (fig. 3720) -*. Un certain nombre 
de peintures de vases donnent en- 
core aux pointes la forme de lo- 
sanges'-' ou de triangles^". Le pro- 
cédé à l'aide duquel la pointe était 
fixée à la hampe a varié. Le plus 
ancien est celui qui fut employé 
pour les pointes qui étaient ter- 
minées en bas par une soie en 
forme de langue, comme celles 
d'Hissarlik. Cette soie entrait di- 
rectement dans le bois". Elle était 
fixée par des clous '-, ou bien des 
deux côtés de la nervure médiane 
étaient percés des trous ou deux fentes dans lesquelles en- 
traient des courroies '\ « 11 semble, dit en les décrivant 
M. de Ridder, qu'on aitprotégé le haut du bois par une gros- 
sière douille de métaF'*. » De là à fabriquer les fers d'une 
seule pièce dont la nervure se continue par la douille, la 
transition était toute naturelle, aussi le fit-on dès l'époque 
homérique, nous l'avons constaté plus haut''. Presque 
tous les exemplaires qui se trouvent au Polytechnicon 
d'Athènes ont cette forme, de beaucoup la plus com- 
mune'*'. Nombreuses aussi sont les peintures des vases 
où elle apparaît^'. D'autres sont faites d'une tige en 

trouvée à Thespies, au Musée île Berlin, n° 7096. Autres, à Dodone, Carapauos, 
Dodone, pi. i-vm, n» 13, 14; Olyrapie : Arch. Zeitung. .XXXIII, p. 182; à Athènes, 
A. de Bidder, AcropoL, n" 277-297. — 23 Mon. de l'Insl t. VI, VII, pi. xxxvui ; 
Millingeo, Peint.de yase^ jrecs, pl.xxxvi ; Gerbard, Auserles. Vas. pl. ci., c.xci, etc. 

— 30 Gerbard. Ibid. pl. lxts, 1 ; cxiu ; Mon. de llnst. 1S.55, pl. xx. — 31 A. de Ridder. 
Catalogue des bronzes de la Soc. archéol. d'Athènes, W 491. Poiolcs trouvées à 
Amorgos. S. Millier, Irsprung und erst. Entwickelung der Europ. Bronzecultur, 
p. 27 : Ohnefalscb-Ricbter, Cypros, 1, p. 457. — 32 Mittheil. d. d. Inst. in Alhen, 
XI, pl. I, n" 7, 8 et il ; XII, p. 298. — 33 A. de Ridder, Soc. Arch. n" 492-494. 
Ces pointes ont été trouvées à Amorgos; cf. Sopbus MiiUer, /. /. — 31 Jbid. 

— 3j Ce procédé apparaît à lalysos, Myken. Vasen. pi. u, 12 et 17; à Cypre, 
Ohnefalscb-Ricbler, Kypros, II, pl. cxi.vi, B, f; à Olynipic, Kurtwiingicr, Olym- 
pia, Teilband IV, Die llronzen, 1035, pi. lxv. — 36 De Ridiier, Soc. Arch. n"' 495, 
498. Exemplaires d'Aniorgos, de lAltique. etc. Cf. l'.arapaaos, Dodone, pl. i.vn, 
7-9 ; Frieiiricbs. Kleinere Kunst und Industrie, t. Il, 1090-1100; Schumacbcr, 
Beschreib. der Samm!. antik. Bronz. zu Karlsrulie. n" 729-239, pl. xiv;.l/u- 
sée de IVaptes, n" 5720, 5809, 86136, etc. etc. — 37 Gerbard, Auserles. Vasen- 
bilder, pl. i, ixiii, cl, eu, cliixiv, ccxiiv, ccxxv ; Monum. de l'inst. t. il, pl. iiii, 
xv,iïi;t. IV, pl. vvui; Hartwig, Meisterschalen, p. 214, (ig. 9; 527, fig. 626; 551. 
fig. 64c. et. un bas-relief de Pergame, Alterth. von Pergamon, pl. xlvi, I. 




Fiï. .3719. 



Fig. 3720. 



HAS 



36 



UAS 



forme de pyramide simple' ou à quatre ciMes, qu'un 
départ relie à la douille (fig. 3721)-. Le fer est quel- 



Fip. 3721. — Fer de laiipc votif. 

quefois relié à la douille par un tore''. Parfois l'e.xtré- 
mité inférieure de la douille était fixée par des clous'. 
Au bas de certaines douilles, cm voit un anneau ; sur une 
douille de l'acropole, à mi-hauteur du tore est placée une 
boule de plomb lourde et côtelée, qui serval t à donner plus 
de si"ireté aux coups'. Kniin.sur quelques lances, le fer 
porte sous la pointe une barre transversale'"'. 

Pour le bois de la lance on employait diverses es- 
sences d'arbres. Le frèno était le plus fréquemment en 
usage à l'époque homérique. Xcnophon recommande le 
cornouiller'. La hampe faite de ce bois lui paraît plus 
solide que celle (|ui est faite de zaaa;". La lance des 
cavaliers macédoniens était également de cornouiller'. 
Pour préserver le bois, on le frottait d'huile. Une pein- 
ture de vase représente un guerrier occupé à dette opé- 
ration '". Le bois était souvent entièrement recouvert 
de lanières entrelacées ", parfois, au- contraire, elles 
formaient simpleinent une sorte de poignée destinée à 
donner plus de prise '^ On voit encore, sur un certain 
nombre, des anneaux placés de distance en distance, 
plus particulièrement vers les extrémités supérieure et 
inférieure '^. 

Les hampes de lance étaient quelquefois faites 
d'autre matière que le bois. Hérodote et Aristote signa- 
. lent notamment l'emploi de la peau d'hip- 

popotame ". 

Un grand nombre de lances sont représentées 
sur les monuments antiques sans talon'". Nom- 
breuses aussi sont les représentations de lances 
où un talon est figuré. La forme de ce talon varie 
beaucoup. Tantôt c'est une pointe semblable à 
celle qui servait à frapper, en sorte que l'arme 
pouvait être utilisée également par les deux 
extrémités "^.Tantôt, si la forme des deux pointes 
est différente (fig. 3723), elles sont néanmoins 
propres l'une et l'autre à transpercer". Ailleurs 
le talon est une pointe de dimension plus petite 
que le bois '^ Sur d'autres il paraît uniquement 
destiné k faire contrepoids ou à permettre de 
saisir solidement la lance par son extrémité in- 
férieure. Quelquefois un bouton est placé à la pointe" 
(fig. 3722). Le talon est alors plus ou moins garni d'an- 
neaux en saillie-". Des anneaux du même senre sur- 



Fig. 3- 



' s. Millier, p. 22. exemplaire d'Oljmpie.- — 2 A. de Ridder. Soc. Arch. n"* 499, 
500, Cf. KurtwSngler, Sronzefimde in Olympia, p. 77 ; S. Millier, (. /. p. 2î, 23 ; 
Arch. Xeil. XXXUI, p. 182; Buliet. des Anliguaires de France, 1880, p. ITH-7; 
Oeltion, 1890, p. 16i: Jour», of hell. stud. 1892-1893, pi. vii.n» 128.— :i De Ridder. 
Soc. Arch. n*'49y, jUO. Acrop., n"* 277-297; cf. Furtwiingler, 0/j/wîpm, Textbaiid IV, 
n"* 1052; Millingen, Peint, de vases grecs, pi. xxxvr. — * A. de Kiddcr, Soc. Arch. 
n'498; S. Millier, /. /. p. 23, fig. 26 et p. 2ti. — '■' Anneaux. AUert. von Perijamon, 
pi. XI. vt, 2 ; Gerhard, Trinkschal. und Gefusse, pi. iir ; Millin, Peint, de vases, II, (iS. 
Houle, A. de Ridder, Acrop., n» 291 (fig. 63). — Friediiinder, Mùnz. Cabin. zu Ber- 
lin, pi. m. n. 233 : Welcker, Aile Denkmaeler , 111, pi. xx. — 7 Xenopb. Cyrop. 1, 2, 
9; Uellenic. Ml, 4, 14 ; De re eq. XII, 12. — 8 //elt. ili. ; De reeq. ib. [f.qoites, p. 763, 
iiolel90]. — ' Arriao..-lna6. 1,15. — 'OGcrhard. Jus»/-/. Vos. fig. 269-270.— "^Uo/i. 
de VIrtst. I, pi. i.v : t. Il, pi. xv. — 12 Gerhard, Anserl. Vas. pi. ctxxxiv; .1/on. de 
fjml. t. II, pi. xiv-xvi; l. IV, pi. xviii, 1843; E. Hraun, Die Schale des Ko- 
dros, = Baumeislcr, Denlim. fig. 2148, p. 1998. — 13 Voir la note priîcédente. 
— I* Herodot. Il, 71 ; Arislol.ffi,!(. anim. Il, 4 ; cf. Pliii. Hist. anim. II, 4; cf. Plin. 
Hist. nal. .VI, 39 (93), 227. — 15 Gerhard, Auserl. Vas. pi i-vii, xiv, xvi, xixi, ixiv. 
ixiïi, XI VI, etc. ; Monum. de l'Insl. t. II, pi. ivi, t. VI, VII, pi. ixxrn; Tischbein, 
Vases d'Hamtlton, II, 24; K. Rochelle, Monum. inéd. pi. xx.xvii; MiUiii, Peint, de 



montent aussi quelquefois les talons du type précédent-'. 
Sur d'autres apparaît seulement une saillie de chaque 
côté'''. Enfin, sur une pein- 
ture de vase à figures rouges, 
une lance est terminée en 
bas par une sorte decrosse -•'. 
Les monuments figurés ne 
peuvent nous donner aucune 
indication précise sur la 
hauteur des lances. Elles 
sont, en effet, tantôt grandes 
et fan tôtplus petites. D'après 
de nombreux monuments 
qui représentent un guerrier 
debout appuyé sur sa lance, 
on peut conclure qu'elles 
avaient un peu plus de 
deux mètres-'; d'autres dé- 
passaient de beaucoup cette 
hauteur (fig. 3723)". Les 
passages de Xénophon que 
l'on cite d'ordinaire, comme 
donnant la mesure des lan- 




Fig. 3723. — Lance à double pointe. 



cesetdesjavelots-% ne nous renseignentguère. Iphicrale, 
quand il réforma l'armement, allongea la lance du double, 
d'après Cornélius Népos-', de moitié d'après Diodore de 
Sicile -*. Ni l'un ni l'autre ne nous disent si la nouvelle lance 
avait un talon. 
On ne sait si, dans la figure 3"2'i d'un homme armé 




Fig. 3724. — Lance à double pointe. 

d'une lance pourvue d'une pointe à chaque extrémité, il 
faut, avec Stackelberg reconnaître un peltaste ". 

La phalange Macédonienne fut armée par Philippe 
d'une lance plus longue encore". Cette lance s'appelait 
sarisse (c-ipt^da, lip'.tja). Au temps de Philippe elle mesu- 
rait, d'après Polybe, quatorze aunes, soit environ 7", 20. 
Cette mesure est répétée par presque tous les auteurs de 
rac/içMes^'.Théophrastelui donne cependant la longueur 
plus petite de douze aunes, 6", 30 ^- et Arrien celle de seize 
pieds, i°',80^\ Cette mesure est considérée par M. Droysen 
comme étant la véritable^'. D'après Riistow et Kochly, 

vases, pi. XIV, etc. — ic Benndorf, Griech. und stcil. Vas., pi. xxxix, 1 ; Gerhard, 
Auserl. Vas. pi. cli ; A. de Ridder, Acrop.. n" 298-308, fig. 63, 68 — 17 Gerhard, 
Ihid. pi. CI.XXX1V ; Mon. de l'Jnsl. l. I, pi. lv ; t. II, pi. xxxv ; l. III, pi. xi ; t. IV, 
pi. xvur; t. VI-VII, pi. xxxvui ; Millingen, Va.^es de Coghilt, pi. xtvu; Id. Peint. 
de vases grecs, pi. xxxvn ; Mon. de l'Assoc. des études gr. 1875, pl. i, ii; Mitiheil. 
d. deuisch. arch. Insl. Sez. rom. Il, pi. x. — '8 Mon. de l'Jnst. t. II, pi. xiv. 

— 19 Ephem. arch. 1883, pl. vu; A. de Ridder, Acrop., n" 304, 30S, Dg. 67. 

— 20 MillingCD, Peint, de Vases gr. pi. v; Visconli, Iconogr. grecque, pi. iii; 
Monum. de l'inst. t. VI-VII, pi. i,vi; Muséede F/orence (vase de Gubbio. n" 1308). 
Voy. aussi clu'Ei:^, fig. 1634. — 21 Millingen, /. /. ; Milliu, Peint, de Vases, II, 
68; Gerhard, Auserl. Vas. pi, ci.xxxlv; .Monum. de l'Jnst. t. VI-VII, pi. xxxvui. 

— 22 Monum. de l'Jnst. t. IX, pl. xvu. — 23 /àid. l. II, pi. xiii. — 21 Gerhard, 
Auserl. Vas. II. pl. rjtxxxix ; Beniulorf. Griech. und sicit. Vas. pl. xxxix. I . — 2;* Mus 
Gregor II, pl. i.viit. 3; Gerhard. Auserl. Vas. III, 184. — 26 Anabas. III, 5. 7; 
Ibid. IV, 2, 28; cf. Oiodor. Sic. XIV. 27; II. Drojsen, AVi«i/so/(er(A. , p. 18, n.2. 

— 27 Iphicr. l . — 28 Diod. X V, 44. — 29 Stackelberg. Gràber der Heltenen, pl. xxviu, 
4 fcLiPHUs, t. I, p. 1258, fig. 1664). — 30 Dioil. XVI. 3. — 31 Poljb. XVIII, 12; Aciian. 
Tact. 14; Polyen. 11,29,2; Léo. Tact.Vl. 3V. — 32Hist.Planl. III. Il, 2.-33 Arrian. 
Tact. XII, 6. — 31 Op. l. p. 19, u. 1. 



IIAS 



— :J7 — 



IIAS 



^al>^ If U'Xlf ili' I'dInIic tt dans i-.lui des aillcuis ilc 
'J'mli(/ii'S i|ui l'oiil copit-, il luiiiirait itMiipliiciT partout 
los iiuiii's pur (li's pii'eis. La sarissi- aurait cm, dans ci- 
eus, (|uatiii-/.i' pieds do longueur, suit \"',~Jtl'. Méniesi l'on 
udoptc la plus pi'lilo iiiesuro, il rsl l'vldent qui! soûls 
des liouiini's lrt>s vi^'oureux poiuairiil iiiann'uvi'iM- une 
uiuie aussi pesanti' el qu'elle devait élre iueouiniode |)our 
les évolutions, mais c'est précisément ce que les anciens 
ol)Sei-veiil (|uan(l ils parlent de la lanee phalannile '. (In 
trouve du reste dans les auteurs anciens uieiiliun d'autres 
lances de très grande longueur. Sans parler des lances ^ 
luiniériques de vin^t-deux aunes, il suflit tle rappeler 
celles des i;iialyl)es qui en avaient quinze'', el celles des 
Mossynùquos, qu'un homme pouvait dillicilement re- | 
muer '. Pour ce qui regarde les détails de la sarisse, la na- | 
luro du bois, la l'orme et la lon^^ueur du ler, etc., aucun 
renseignement ne nous a été laissé par les anciens. 

Quand l'iiilopcemen réforma rarniemenl des .\eliéens, 
il leur donna une lanee un peu plus courte que la surisse'*. 

\ l'exercice, les soldais grecs étaient habitués à ma- 
no'uvrer les armes comme les nôtres manceuvrent le 
fusil. Les auteurs de J'tictica nous ont conservé les divers 
commandements relatifs à ces manœuvres. « Portez 
armes » se disail : ïvw -k Sopara ; « déposez vos armes » 
xiOs; tî SoaaTï''. Dans les mouvements le mot Sôiu indi- 
quait la droite, par opposition au mot àuTrii; qui désignait 
la gauche. D'où les expressions : è-t Sopu xÀtv&v, oblique 
à droite ; èm 3opu fASTaêàÀXou, demi-tour à droite ; èTz\ Sopu 
k-tsrotoî, volte-face à droite; ètt! oôsu èxitsûifnta, conversion 
de trois quarts à droite, èti! oopu à.Ttox.T.Ti'jr-r^Tov, rétablis- 
sement à droite, Ix oopaTo;, par le flanc droit". On 
trouve aussi l'expression xataê^Àsiv -ri; (rapic^x;, croiser 
les sarisses *. Pour se rendre à l'ennemi, les Grecs 
levaient la lance, comme les soldats des armées mo- 
dernes lèvent en l'air la crosse de leurs fusils'. 

On se servait principalement de la lance pour frapper 
l'ennemi en gardant l'arme dans la main. Cette manière 
de combattre est celle qui est le plus fréquemment re- 
présentée sur les monuments '". Plus rarement et quand 
les nécessités du combat le demandaient, on la lançait 
contre l'ennemi". C'est sans preuves que Rûstow et 
Kôchly disent que les Spartiates ne se servaient jamais 
de la lance comme arme de jet'-. Quand les guerriers 
étaient armés de deux lances, la plupart du temps d'iné- 
gale grandeur, ils lançaient l'une contre l'ennemi et 



1 Geschichte des griech. Kriegswesens^ p. :i33 et suiv. C'est aussi l'avis de 
Guhl et Koncr, La vie antique, trad. fr. t. I, p. 347. Au contraire Grote, t/ist. de 
la Grèce, tr. franc, t. .WIII, p. M9, maintient le mot aunes. Voy. la mosaïque de 
Pompéi, Niccolini. t'ose di Pomp.. Casa del Fauno. vu. — 2 Jil. Liv. XX.\I, 39 ; 
XXXIII. 8, 9 : XLIV. 40, 41. — a Xen. Anab. IV, 7, 15. — '• Ibid. V, 4, 25. 

— S Plut. Philop.O; cf. Pausan. VUl, 50, 1. Polybe, XI, l(i, I; XVIII, 99, et 
Tite-Livc, XXIII, 10, appellent cependant cette lance une sarisse. Voy. le l>as-relief 
de Kleilor, Millheil. d. Arch. Iiist. zu Athen, 1881, pi. v. — c Arrian. Tacl. 
32 ; Aclian. 53 ; Léo. Tact. Vil, 15, 86-88. Cf. Rustow et Kôclily, Oesch. des 
griech. Kriegswes. p. 105-106. — ' Xen. Anab. IV, 3. 29; VI, 5, 18; Jiesp. 
Lac. 32; Polyb. III, 113, 9; VI, 40, 12; X, 21, 22; XI, 23, 5. On trouve aussi 
i.çi Sisj, Xen, Bell. VI, 3, 18; liesp. Lac. XI, 10. — 8 Polyb. XI, 16, 1.— » Id. 
XVIII, 9, 9 ; Til. Liv. X.XXIII, 10. — 10 Gerliard, Auserl. Vas. pi. vi, xxxi, il, 
L, Li, Lxiv, Gxvii, cxxu, cLxv, cLXvi, CCI. ctc. — ** Xcu. Helt. II, 4, 15; III, 
5, 20; IV, 0, il; V, 3, 42, etc. — 15 Gescli. des Kriegswesen.':, p. 41. Pline 
l'Ancien attribue l'invention de la hasta aux Laci^dômouiens, JJisf. nat. VII, 57, 

— 13 Xen. I)e re eq. VIII, 10 ; cf. Hell. IV, 3, 17. — li Xen. De re eq. XII, 12 ; 
Hell. III, 4, 14. — lo Voy. Monum. publiés par l'Assoc. des études grecques, 
11, pi. XI. L'ne peinture de vase représente un cavalier avec deux longues lances ; 
Hartwig, Meisterschalen, p, 409, fig ;J4. — 16 Barclay-Head, IJist. numorutn, 
p. 261. Voir la fig. 2730, au mot ByuiTES, p. 768. — H Monnaie de Peliuna, Bau- 
meislcr, Uenkmaeler, p, 2030, Cg. 2200 = Gubl et Kôncr, La vie antique, t. 1, 
p. 347, fig. 473. — 18 Iroliooff-Blumcr, Monnaies grecques, pi, c, 9 et 10, 



\i 




Kig, 372S. . 



Cavalier arind de la 
lance. 



frappai. nt avec laulro, dés qu'ils étaient à portée. 

\enrq)lion donne dcH règles précises sur l'emploi de la 
lanee dans la cavalerie, |.c cavalier doit «l'aboid lancer 
ses juvelols, et frapper quand il est arrivé à portée de 
lance, «i« «(Spaxo; KÀ'f,YV,v". Il considùro cependant la 
longue lance comme une arme 
infi-rieure aux javelots pour le 
cavalier'", l'n bas-relief altique 
représente un cavalier armé- 
de la longue lance '■ [iiyi;iTEs, 
llg. -ITM]. Les cavaliers Ihes- 
saliens s'i'n servaient également. 
Sur les monnaies de ce pays ils 
sont armés tantôt d'une lance 
sans talon'", tantôt d'une lance 
à talon ''. La même arme se voit 
encore sur des monnaies de Patraos, roidesPaeoniens", 
et de Cibyra de Phrygie (lig. 37-2.i) ''\ 

Divers corps de troupes tirèrent leurs noms de la lance 
dont ils étaient armés. Ces corps étaient composés de 
mercenaires et destinés à la garde des tyrans ou des 
rois étrangers. Tels sont les oop'jcpôpo!-^, les ;u<7Too(>poi^',les 
ÀoY/ooopo'. --. Les rois macédoniens el les Séleucides 
eurent des corps portant ces divers noms, mais ce sont 
des corps de cavalerie. On trouve dans leurs armées des 
doralophores'^, des xystophores-'', des contophores-''. 
Les (rxpicoîpopoi au contraire sont des fantassins-'. 

Les Grecs offraient souvent en ex-voto aux dieux des 
lances. Outre celles qui faisaient partie des panoplies -', 
les lances ou les fers de lance étaient souvent ofTerls 
seuls ^*. On lit sur un fer déjà cité (fig. 3721), dédié àZeus 
Basileus, les mots rtsdSwpo; àvÉOY,x£ paiiXsT ^', sur un 
autre trouvé à Olympie : MeOivio! x-'o Aaxeôa'.jxov'ojv ; 
enfin sur un fer trouvé en Béolie et dédié à Apollon 
Ptoieus : Toù IItoiÉw: npôv '". 

C'était aussi la coutume de placer une lance auprès 
des tombeaux de ceux qui avaient péri de mort violente ■'". 

Lances étrusoues et italiques. — Les lances des Étrus- 
ques ressemblaient à celles des Grecs. Elles étaient 
comme elles armées d'une pointe presque toujours folii- 
forme ''•'. Cependant le fer est quelquefois en losange ou 
terminé en bas par deux pointes formant crochets, l'un 
à droite, l'autre à gauche, comme l'étaient souvent les 
fers de flèches ^^. Une crde partage le fer par le milieu. 
La douille est généralement ronde^'", quelquefois poly- 



— '9 Britisk JUuseutn, Guide to the Coins, pi. lx6. — 20 Hcrodot. I, 39, 98 ; 
II, 168, etc. ; Thucyd. VI, 53; Xen. Cgr. Il, 2, 10; VII, 3, 84; Anab. V, 2, 4; 
Isocrat, p, 215 C; Aristoph. Eq. 447 ; Plat, Bep. p, 373 A; Tim., 70 B; Plut, 
Artax. 29, etc. — 21 Xen. Cyr. VU. 3, 41 ; VIII, 3, 16. — 22 Aristoph, Pac. 1294 ; 
Xen, Cyrop. II, 1, 5, - 23 Arrian, Tact. IV, 2. — 2'. Itid. ; Polyb. V, 33, 2 ; 
Diod. Sic. XIX, 27-30; cf. Hiistow et Kocbly, Gesch. der griech. Kriegeswesens, 
p. 370; Droyseo. Op. l. p. 13'i-133. — 2:i Arrian. Ibid. — 26 Ibid. 23, I ; 14, 2 ; 
Polyb. XII, 20, 2 ; Polyen. Il, 29, 2, — 27 Voir au mot dos»rium, p. 370, 
note 170 a, — 23 Voir Ibid. p, 377, lig. 2546, et les textes indiqués à la note 170/'. 

— 23 0. Ravet, JSu». de lu Soc. des Antig. de France, 18S0, p. 174, —30 0. 
Rayet, /, /. ; et. Ibid. 1881, p, 300, Voir encore Archaeol. Zeitung, 1878, pi, xvin, 
4; 1879, p, 160 = Baumeister, O. l. p. 2041, fig, 2228, 2229, Certains talons por- 
tent aussi des inscriptions votives. A, de Ridder. Aaop., n"^ 307 et suiv, — 31 Sui- 
das au mot Ê^îv:'p<£-v Sôj-j, Harpocration et X Etymologicum magnum reproduisent 
le même texte, — ^^ Monum. de l'Jnst. arch. X, pi. x ; Micali, Antichi monum. 
per sercire aW opéra intil. l'Ifalia avanti il dominio dei Jïomani, pi. xiv, 
1 et 2; XXXIX, li; Gerhard, Etrusk. Spiegel. passim; A'otizie dei Scavi, 1887, 
pi, vni, 3 = J. Martlia, l'Art étrusque, p. 213, fig. 164; p. 368, fig. 254, 2.35; 
cf. p. 554. fig. 377 ; p. 351, fig, 376, p. 554, fig. 377. — 33 .Micali, Op. l. pi. x.xxv ; 
Noiîl des Vergers, III, pi, xxi = J, Martha. Op. laud. p. 393, fig. 269; Concs- 
labile. Pitture murali, pi. x = Martha, Op. laud. p. 443, fig. 292 [amkxtum, 
fig, 255]. — 3i Beck, Oeschichte des Eisens, I, p. 480 = Baumeister, Denhn. 
p. 2046, fig. 2260. 



H AS 



38 — 



HAS 




Fig. 37J6. 



Fig. 3727 



Lances étrusques. 



gonalc ifig. ;n2(), 3727)'. Au milieu du bois se trouve 
souvent Vamcnium et par conséquent l'arme servait aussi 
de javelot'. L'extrémité inférieure est sur cer- 
tains monuments terminée par un talon de 
mêlai à pointe" pouvant servir 
à frapper, sur d'autres par un 
ferret ajusté à la hampe comme 
un bout de canne '. Parmi les 
bronzes de la collection Cas- 
tellani se trouvaient une pointe 
foliiforme, dont l'arètc se pro- 
longe en douille, une virole 
garnie de deux anses probable- 
ment destinées à tenir Vamen- 
tum, et le talon en forme de 
chapeau d'une lance trouvée à 
Cumes flig. 3727). M. Castellani 
croyait cette lance étrusques 
Les fouilles faites dans le 
Latium, sur l'emplacement 
d'Albe la Longue, ont amené 
la découverte de quelques fers de lance, tandis qu'on n'y 
a trouvé aucune épée". En efTet, les anciens mentionnent 
la lance comme étant l'arme par excellence des popula- 
tions du Latium et du Samniwn. Le mot quifis, origine 
très probable du nom de Quiriies que portaient les 
Romains, est un mot sabin''. 
C'est l'importance de la lance 
dans l'armement des peuples 
latins qui est la raison pour 
laquelle le dieu Mars portait le 
surnom de Quirinus*. L'image 
de ce dieu ou plutôt son sym- 
bole, dans un grand nombre de 
villes latines aussi bien qu'à 
Rome, était la lance sacrée. 
Quelquefois il y en avait deux, 
celle de mars et celle de ouirixl's, 
qui fut un dieu distinct avant 
d'être confondu avec Mars ". 
Les Samnites tiraient leur nom 
des hastes qui étaient leurs 
armes particulières'". Ces hastes sont représentées dans 
les peintures des tombeaux (fig. 3728)" et sur des vases 

1 Mon. de l'Inst. X, pi. x : I.iiidenschmit, ÂUert. uns. hcidn. Vorzeit, II, 4, 1, 
3, douille octogonale: J. Martba, Op. l. p. 61, fig. 45. — 2 Peinture de Caeré, au 
musée du Louvre; Afon. fie rjnst. 1850, pi. xvi; 1859, pi. xxx; J. Martha, Op. 

I. pi. i\, p. 4J9. Voir iMBNTiM, I. 1, p. 227, fig. 256; cf. 255. — :' J. Martha, Op. l. 
p. 88, fig. 84, seau en bronze de la Cert-tsa. — '* Ibid. p. 61, fig. 45 ; Monum. de 
Vlnst. 1883, pi. Lx, 4 ell8; A'o(i;. d. Scavi, 1882,pl. jii; cf. p. îi6. — -' Catalogue 
de VHist. du travail (Exposition de 1867), Italie, n" 20. — 6 Visconti, Lettera a 
Carnevali aopra aie. Yasi... pi. iv, 1 ; M. S. de Rossi, Seeondo rapporta sulle 
studie e scop. net bacino délie campagna rom. in Giorn. arcad. t, LVllI, N. s. 
p. 29 ; Hclbig, Die italiktr in der Poebene, p. 78 ; Garrucci, dans l'Archaeologia, 
t. XLV, p. 383. — 7 Festus, Kpi^t. p. 49 M : ci Curis est Sabine hasta, unde 
Romulus Quirinus, qui eam ferebat, est diclus » ; cf. O^id. Fast. II, 275; Ser\. 
Âd Aen. I, 232; Macrob. .Sat. I, 0, 16; Isidor. Urig. IX, 2, 81. — « Fcsl. ap. Paul. 
Diac. Il, 20 : I- Samnites nomen acccpere oiim ab liastis (juas ferre solebanl, 
quosquc Graeci lauvia appellant ». Cf. Sclmcider, De censione hastaria velentm, 
p. 2Ï. — 3 BnlUI. napolet. N. S. t. IV, pi. iv et s.; Mon. d. Inst. VIU, pi. xxt. 
— 10 Mon. de Vlnst. VllI, pi. xxi, 1 ; Millin, Peint.de vases, I, pi. xi-i ; FiorcIIi, 
Vasi Cumnni, pi. xn ; cf. Duruy. Hist. des Itomains, I, p. 93, 324. — H Ouruy, 
Op. l. p. 323 ; cf. p. 9i. - 12 Ibid. p. 326 ; Micali, O. l. pi. xxxix. — '3 Ovid. Fast. 

II, 277. — 14 Plut, llomul. 29; Aul. GcU. IV, G; Tit. Liv. XL, 19; ^^onuments de 
Vlnst. arch. IX, pi. Lvr ; Rubino, Beitrûge zur Vorgeschichle Italiens, Leipz. 
1868, p. 230; cf. Prellcr, Mm. Mythol. \\ p. 339. — K Scrvius, Ad Aen. VII, 
664 : <i Pilum propric est basta Romanonim, ut gaesa Gallorum, sarissae Macedo- 
Qum B. De même Festus, p. 326 M : ,i genus [hastae quod vauvia] appellant 

graeci ». — 16 5;"r, v^ç #^ -,„■> So^àtuv /g^at;, r, ;*•■/ ïx /.tiçô;, f, 5' ù»; saAToY; xa6â-£5 




Fig. 3728. 



bamnitc arnu'- de la 
lance. 



dont plusieurs sont au Musée du Louvre (voy. 1. 1, p. (i7.S, 
fig. 7'J4j. Elles ont ou dépassent quelque peu la hauteur 
d'un homme, sont munies d'un fer en forme de feuille 
ou à crochets, et souvent d'un nmenlum, et n'ont pas de 
talon'-. D'autres ont un fer plus large et en forme de lo- 
sange allongé. Ces derniers n'ont pas d'umen^Mm". Les 
cavaliers portaient la lance comme les fantassins". 

La lanck ciiE/. LES Romains. — La lance portait primi- 
tivement, chez les Romains comme chez les Sabins, le 
nom de quiris. Le mot hasta est employé pour désigner 
toute espèce de lance. D'après Servius, le pilum, Icgaesum 
et la SARISSA sont des haslae '^. Un passage de Strabon, 
ou tout au moins d'un recenseur ancien de Strabon, nous 
dit qu'il y avait deux façons de se servir de toutes les 
pi(|ues : l'une qui consistait à les lancer contre l'ennemi, 
l'autre à le frapper de près. On employait les deux ma- 
nières de combattre, aussi bien avec le pilum qu'avec la 
hasta'^'. Dans l'organisation de l'armée servienne, qui 
rappelait celle de la phalange macédonienne, les soldats 
des trois rangs avaient également pour arme la hasta. 
C'est ce qui résulte des textes de Tite-Live et de Denys 
d'Halicarnasse '''. Mais ce qui reste inexpliqué, c'est 
comment le second rang portait seul le nom de haslali, 
alors que le premier, celui des priticipcs, et le troisième, 
celui des triarii, étaient également armés de la haste. 

A l'époque de l'invasion gauloise (390 av. .I.-C), 
Camille, dit Plutarque, entre autres réformes, apprit aux 
soldats romains à se servir de la pique en la tenant à la 
main, ioiZxle -roîç Oîtcoîç jxaxpoî; ôtà ystpb; ypYjsôai, c'est- 
à-dire à parer les coups de la longue épée gauloise ". On 
a conclu de ce passage que Camille avait remplacé la 
hasta par le pilum. Sans doute le mot ixssoi; est le terme 
technique pour désigner le pilum, mais Plutarque a 
peut-être fait un anachronisme et il est possible que la 
hasta proprement dite, ou longue pique, fût encore l'arme 
des soldats de Camille ". 

Les indications que nous donne Tite-Live sur l'arme- 
ment romain au moment de la guerre Latine (340 av. 
J.-C), sont assez confuses. Le pilum est mentionné par 
lui comme étant l'arme de la prima actes-", tandis que 
les triarii sont armés de la hasta "', et il donne aussi pour 
armes aux troupes légères la hasta et les gaesa ". Les 
gaesa étaient des javelots [gaesum] et la hasta dont il 
s'agit ici est la hasta velitavis dont nous parlerons plus 

<ai o xovT'j; «li.oTÉ^a; Tàç X?^''^^ àîtoStSwfft* xal y«? ffjirrâSiiv xat xovToSoXtijvTuv ôntj 

xat ^ «râ^Lvcra S;jvkt«i xal ô Û770;, Strab. X, 12. Ce passage, regardé par Meineke 
comme interpolé, ne se rapporte pas à la suite du texte où il est questiou, non des 
Romains, mais des Eubéens ; mais c'est l'annotation d'un bommc très au courant de 
la manœuvre de la hasta et du pilum. — 1" Tit. Liv. I, 43 ; Dion. Haï. Ant. Rom. 
IV, 6. Ces deux auteurs sont d'accord sur l'armement des trois premières classes de 
citoyens, l'un et l'autre leur donnent la hasta. Sur la quatriènie classe, leurs renseigne- 
ments sont différents. Denys, Ant. rom. IV, 17, affirme que les citoyens de cette 
classe étaient pesamment armés, comme ceux des classes précédentes; Tite-Live, I. 
43,6, dit au contraire qu'ils n'avaient rien, ^racï^r /itts/am ef verulum. Les modernes 
adoptent l'une ou l'autre opiuion à l'exception de M. Mommsco, Bôm. Tribus, p. 138, 
noie 135, qui concilie les deu\ parties eu disant (|uc Icsciloj eus de la quatrième classe 
prenaient la hasta quand ils combattaient dans la pbalance au dernier rang, mais que 
souvent ils servaient comme troupes légères et s'armaient alors du verulum. Cf. J. Mar- 
quardt, L'ortjanisation militaire chez les Itomains, tr.id. franc. {.Manuel des Anli- 
t/uités. t. XI), p. 12, n. 2. — 18 Plut. Cam . 40.- l'J Cf. A. MUller, dans Baumeistcr, 
Dcnkmaeter, p. 2047. Le ;}tfi(m est cependant mentionné par Tite-Live à la date de 
494 av. J.-C. dans une guerre contre les Voisques (11, 30, 12), puis en 480, dans la 
guerre coutre les Hlrustiues (II, 40, 3). Si la terminologie est exacte, l'emploi du 
pilum daterait des débuts de la République. C'est ce (]ue semble dire Sallusle quand il 
fait tenir ce langage â César : <> Arma atquc tela mililaria a Samnitibus sumpsere », 
Catil. 51, 38. D'autre part, s'il en est ainsi, on ne s'explique pas l'embarras qui se pro- 
duit au moment de la rencontre des Romains et de Pyrrhus. Cf. F. Froblich, Dte Ue- 
dentiuig des zweiten punischen Krieges fur die Entwickelung des rôm. Ueerwesens, 
Leipz.l884,p.41. — 20Tit.Liv.VIll,8,7,8et6l.— 2IId.Vlll,8,IO. — 221d.VlIl,8,b. 



IIAS 



— :i9 



IIAS 



loin, ai (|ui oluit In'H ilisliiiitn du la /i(is<(i di's Iriuii'i's. 
iivs pri)liaiiloiiitjiil lus c-liiiiif;i>iiionts si> sont l'uiis puu à 
|i«u. A iiii'suro t|iu' ilt's f;uiTros ikuivi^IIi^s inoiili-aii'iit 
aux Humains l'avuiitu^i) do l'iTtaines armes dont leurs 
imniMiiis l'aisuiciit usuge, ils les adiipluienl eu\-mèmos, 
df iiK^iiii' i|ii'ils iiKidiliaiiMil la rorinaliiiii des );riiu|ies et 
des lignes'. Au temps de l'olylie, les triaires siintencoro 
iirnii^s de la liaste, Sopu'. Marquardt explique ainsi cotte 
dilTereiii-e d'arnienient : «c l'ne l'ois ipie l'on eut adoptt' 
la dispnsiliiMi en truis lignes, on plaea en première ligne 
les soldais armés à lu lûgùrc; la htista no ci)n\en;iil i|u'ii 
une Irunpe mareliant en rangs serrés; on la donna anx 
liiarii t\\\\, à la lin du eoMuhat, serrant les rangs, s'elan- 
t,'aipnl an pas de eliargcï contre reimruii ' •■. 

Marins snppriina reini)loi de la liasla dans les légions 
et arma tous les soldats du pilttm '. 

Les VELITES, c'est-à-dire les soldats aruK's à la légère, 
avaient aussi une arme appelée husUi. .Mais il ne l'aut 
pas se laisser tromper par la similitude des noms ; la 
liaste des vélites, hasta vetitaris, yaoa^foi, n'est pas une 
lance, c'est un javelot. Aussi est-elle quelquefois appelée 
jdctiliim ■'. D'après l'olylie, elle a dinix eomlées ou 
aunes de long, soit environ 0°',92, et un doigt d'épais- 
seur, soil O^.iy. La pointe a une palme, O'",?? et elle est 
tellement acérée et eftilée que, dès qu'elle a IVappé' la 
cuirasse ou le bouclier de l'ennemi, elle se recourbe et 
celui-ci ne peut s'en servir*^. Aussi les vélites portaient- 
ils plusieurs Imstnc'. 

Sous ri:mpire la hasta, d'après Tacite, fut l'arme des 
auxiliaires tandis (|ue \epilum demeura celle des légion- 
naires". Mais l'historien ne nous 
dit pas s'il s'agit de la hasta ve- 
litaris ou de la longue pique. 
Un monument découvert dans 
la liesse Rhénane, aujourd'hui 
au musée de Mayence % nous 
offre peut-être un exemple de 
la hasta portée par un légion- 
naire (fig. 37:29). Malgré les mu- 
tilations de la sculpture, on peut 
encore distinguer, au milieu de 
la hampe, Vamenttim, dans l'anse 
duquel un doigt est passé. Les 
monuments où sont représentés 
des auxiliaires les montrent por- 
tant à la main une ou deux piques 
dont le fer ne répond en aucune 
façon à la description de la hasta 
velitaris, telle qu'elle est faite par 
Polybe. Ces fers sont foliiformes 
et semblables aux deux hastae que porte un soldat de la 
cohorte des Raeti '", comme à celles que porte un Dalmate 
(fig. 3730) ".Les fers qui ont été trouvés à Alise-Sainte- 
Reine et sur les bords du Rhin ont, les uns la forme 
d'un losange dont la partie supérieure est très allongée, les 

1 J. Marquardt, Op. l. p. 21, n. 1. — 2 Polyb. VI. 23, 16 ; cf. II. 33, 4. — 3 J. 
Marquardt. Op. l. p. 53. — 4 Plut. Mar. 23. — 5 Polyb. VI, 22 ; Fest. p. 2S, s. v. 
advelilalio : Tit. Liv. XXVIII, 2, 1 ; cf. XXIV, 34,3 ; .VXX, 33, 15; Ennius ap. Macrob. 
Sat. VI, i, 32 ; Cic. De senect. ; De finib. Il, 30 ; Ad famil. V, 12, etc. — f' TU. 
Liv. XXVI, 4, 7. Cf. J. Marquardt, Op. l. p. 40, n. 5. — 1 Sept, d'après Tite-Livc, 
XXVI, 4, 4 ; cf. Fronlin. Stratag. IV, 7, 2'.l ; Val. Max. Il, 3, 3 ; cinq, dapri's Luciiius 
cité par Nonius, p. 532, 31 M. — 8 Tac. Aiin. .XII, 25 ; Hi.it. III, 17. — a Linden- 
schmidt. Op. 1. 1. 104, 1 = Baumoister, Op. l. p. 2053, llg. 2266. — iO Bonner Jahrh. 
I.XXVII, pi. Il, 1 = Baumoister, O. L p. 2054, fig. 2267. — 11 Musi!e de Kreuznacli, 
Undcnschmil, I, X, ,'io = baumeister. Op. l. p. 2050, fig. 2269; cf. Bontier Jahr- 




Fig. 3729. — Légionnaire ann*- 
de la haste. 



a.esL e% 



% 



ANX/.iv; l'H.--:;/'-.. t-U-./L".LV:jg;^;_J 

MILEV£0H'1I11-C€LMAIARVM 
AlHOUVl-SIlftlIO-XV 

ri-5-EH- P 




3730. — Auxiliaire armé de 

deux liastcs. 



antres celle d'une feuille. .Vu milieu se trouve une cote qui 
est kl prolongement de la douille ". Lu préaence de Vanifii- 
titin sur le bois d'une dos 
liaslos ainsi représentées, ot 
lo nombre de celles i|ui ont 
eir- retrouviM's, prouvent ee- 
p<,'ndant que celles-ci ehiinil 
dos armes de jet. 

Les renseignenienls qin' 
nous possédons sur l'arme- 
ment des prilnrii'iis m; sont 
pas 1res précis, l'ne pierre 
tombale, qui i^st au musée; 
du Capitolc, nous montre un 
prétorien armé du pilttm '■', 
mais le lermi! de ooiXTo&osot 
sous le(|iiel les désigne Hé- 
rodien '• prouvi; que de son 
temps ils porlaient la lance. 
Ils sont armés de la lance 
sur un bas-relief qui est au 
Louvre''. C'est pour cela 
que M. Mommsen croit (jue 
lo lanciavius mentionné dans 
une inscription esl un pré- 
torien '". 

Les speculatores de la garde prétorienne étaient armés 
de la lancea ''' ; ils sont ainsi représentés sur la colonne 
Antonine'" ; il est donc probable que ce lanriarius était 
un speculatov. 

Une inscription mentionne aussi une (rou[je appelée 
landaria, mais qui parait distincte di^s cohortes préto- 
riennes et inférieure à elles '". Les lanciurii figurent aussi 
parmi les gardes des gouverneurs de province^". Le nom 
de lanciarii fut donné plus lard à des corps particuliers. 
Ces corps sont mentionnés par Ammien Marcellin^' et 
par Zosime--. La Nolilia Dignilatum, en énumérant les 
troupes qui sont sous la juridiction du magister peditum 
presentalis d'Occident, indique parmi les légions pala- 
tines les lanciarii Sabarienses^^ , parmi les légions comi- 
tatenses les lanciaiii Gallicani Honoriani ^'', parmi les 
pseudoeoiiiilatenses les lanciarii Lauriacenses et Comagi' 
nenses-'- ; sous la juridiction du premier magister militum 
presentalis d'Orient, parmi les légions palatines, les 
lanciarii seniores -'' ; sous la juridiction du second magis- 
ter militum, parmi les légions palatines, les lanciarii 
juniores'-'; sous la juridiction du magister militum per 
Thracias, parmi les légions comitatenses, les lanciarii 
Stobenses -* ; enlin sous celle du magister militum per 
llhjricum, parmi les légions comitatenses, les lanciarii Au- 
gustcnses et les lanciarii juyiiorcs-^. Voyez plus loin l'ar- 
ticle HASTL^RII. 

Polybe nous donne des renseignements détaillés sur 
la lance des cavaliers romains. Primitivement la lance 
qu'ils portaient était mince et légère ; elle se brisait sou- 

bucli. LXXVII, pi. 11, 1. — 12 Lindeuscbmil, II, vnr, 4, 2-4. — 13 Philologus, XL, 
p. 231, n. 3. — H Herod. I, 2, 4. — lô Clarac, Mus. de sctdpt. pi. cccxiii, n. 416: 
ïoy. G»LEA, fig. 3429. — 10 Bullel. delV Inst. 1862, p 55. — " Suel. Claud. 33; 
Galba, 18. — 18 Barloli, Columiia Cochtis, pi. lv. — l'J Marini, Act. Fratr. Arv. 
p. 630 : " in lanciaria ann(os) V, in praetorio ann(os) Vn. — ^0 Act.SS. Tara' 
chiet Soc. 10 ; Ruinart, Act. Sine. éd. Ralisb. p. 472. — 21 Amm. Marc. XXI, 13, 
16 ; XXXI, 13,8.— 22 Zos. III. 22. — 2;i NoHlia, Kd. Bôcking, pars occid. V, 1 , 
6, p. 26. On voit aussi à la p. 21 , le bouclier des lanciarii (ialticani. — 24 Ibid, 
V, 1, d, p. 27. — 23 Ibid. — 20 IVotitia, pars Or. IV, 1, c. p. 19. — ^T Nolilia, 
ma. Il, I, c. p. 23. — 28 Ibid. VII, I, c, p. 31. — 20 fbid. VIII, I, d, p. 33. 



H AS 



40 — 



HAS 



vent avant d'avoir pénétré, par le simple mouvement 
des chevaux et comme elle n"élait pas garnie de fer 
en bas, elle ne pouvait servir dès qu'elle était brisée. 
Aussi les Romains empruntèrent-ils aux Grecs leur lance 
à talon de ter. plus solide, dont les coups étaient plus 
assurés et qui pouvait servir des deux entés'. Cepen- 
dant, au temps de César, nous trouvons encore des 
cavaliers armés dune lance légère, appelée tiagula-, qui 
pouvait aussi servir de javelot et était munie d'un 
amenlum'. 

Josôphe nous apprend que, sous l'Empire, les cavaliers 
légionnaires portaient dans la main droite une longue 
lance, appelée contus, jcovtcI;. et, dans un carquois, des 
javelots, au nombre de trois ou plus, presque aussi 
grands que la lance '. Arrien dit que la lance des cava- 
liers leur servait en même temps de javelot, mais il dis- 
tingue ceux qui étaient armés du contus, de ceux qui 
portaient la lance ordinaire, \'j-j/\'. Un cavalier repré- 
senté sur une pierre tombale du musée do Bonn et qui 
appartient à la legio prima [Germanica] porte une de ces 
lanceae à deux fins ^ Cette lance est également portée 
par les cavaliers auxiliaires". Les cavaliers prétoriens, 
au nombre desquels il faut ranger les spcculalorcs quoi 
qu'ils fissent souvent le service à pied, portaient la lance. 
Sur un monument qui est au palais Casali, à Rome, et 
qui représente un de ces cavaliers, la lance est munie, 
au-dessous du fer, d'un appendice qui a la forme d'un 
croissant dont l'extrémité arrondie est tournée vers le 
bas, mais dont il est difficile de déterminer la nature *. 
La lance était encore une des armes des équités sin- 
gulares, ainsi que nous le font voir les monuments'. 
Signalons parmi ceux qui représentent des cavaliers ar- 
més de la lance un bas-relief funéraire du musée de Lyon 
où est tiguré un centenarius des catapliractarn . Un des 
servants qui l'accompagnent porte la même arme '". 

Le texte d'Ovide, où il est dit que le frêne servait à 
faire la hasta, s'il n'est pas simplement un souvenir 
homérique, est le seul qui nous renseigne sur la nature 
du bois dont se servaient les Romains, du moins au début 
de l'Empire". Le passage de Polybe, que nous avons 
cité plus haut'-, nous prouve qu'ils avaient amélioré cette 
arme, et que primitivement elle était de bois fragile. Ce 
bois était muni à l'origine d'une pointe, mais dépourvu 
de talon. La lance des cavaliers eut la double pointe en 
haut et en bas, dès que les Romains eurent vu l'utilité 
que les Grecs en tiraient. Cependant sur la plupart des 
bas-reliefs les lances n'ont ni talon ni seconde pointe en 
bas. Les musées possèdent des talons de lance originaires 
d'Italie, mais nous ne savons s'ils sont romains, étrus- 
ques ou grecs '^ Parmi les pointes que possède le musée 
de Naples et qui ont été trouvées à Pompéi, il est pos- 

1 Polyb. VI, 25. L'nc monnaie de P. Crassus porte au revers un cavalier romain 
armé delà lance ; Habelon, Monnaies de ta Jtépiibt. rom. I, p. 131, n" 18 ; = Duniy. 
Bist. des Romains, 1. p. i03. Le curieux monumenl trouvé à Grumentum repri'— 
sentant un cavalier arni^. d'une lance n'est pas romain ; Mon. de t Inst. arch. V, pi. l ; 
cf. Annali. 1853, p. 113-116 = Duruy. Op. l. |, p. 595. — ^ Oeil. Gall. I, 79; V, 48. 

— » /bid. V, 48 : VIN, 48. l.c monument des Jules ne montre que le bois [cûuiTes. 
p. 783. fig. S736;. — i Joseph. Bell. Jud. III. 5, 5. — '- Arrian. Tact. IV, 7, 8 et 9. 

— ^ Donner Jahrb. 1S75, p. 177, pi. v; Lindenscbmidt, Tracht und Bewaffnunq., 
p. a. pi. vu. 1. Voir CQL-rres, p. 78.ï, fig. 27.17. — " Lindcnscbmit, O. t. III, vu, 4; 
Bévue arch. XIV. 1857. p. 305. Voir EQt'tTKS, p. 78G, iig. 2739. 2741. — SVoir b^jpitfjs, 
p. 787, fig, 2743. — 'J Frôhncr, Col. Traj. pi. i.x, xli. lxi etc. ; Gori. Inser. Et. 
m, p. 23 ; Corp. inscr. lai. VI, 3214. 3290; Hcnzen. Annoli, 18S0, p. 5 et suiv. 
Voir EQUITES siNGOi.ARBS, p. 790, 791, fig. 2746-2748. — 10 Catalogue xommaire des 
Musées de Lyon. p. 105, n* 81. V. eqiiitks. p. 789, fig. 2745. — " Ovid. Metam. 
X. 93. — 12 VI. 23. — 13 C. Friederichs, Berlin, aniik. Bildwerke, l. Il, Kleinere 




sible que quelques-unes soient des pointes inférieures. 
Leur aspect est en effet celui des pointes de ce genre 
dans certaines lances étrusques ou grecques ' \ 
Dans une tombe romaine de Suisse, on a 
trouvé un talon de lance romain qui a O^jlS 
de long et la forme d'une i)oinme emman- 
chée sur une longue douille, avec un anneau 
en saillie au milieu de la douille (lig. inSlj. 
11 parait être en fer recouvert d'une feuille de 
cuivre'\ Signalons encore un talon, simph; 
ferrure arrondie, trouvé dans le Caslellum 
d'Osterburken, poste du limes germanique 
occupé par la cohors III Aqmianorttm P/ii- 
lippiana "'. 

Le fer de la lance romaine ressemble à ceux 
que nous avons déjà vus sur les lances grec- 
ques. Tanti'd il est foliir<irine '', tanti'it c'est 
un losange allongé par le haut. Nous avons dit déjà que 
la lance servait souvent à deux fins, à frapper de près et 
à atteindre de loin comme un javelot; entre le long ja- 
velot et la lance courte, il est impossible de faire une 
différence. C'est ce qui explique pourquoi on voit Vamcn- 
tum sur des armes que leur longueur permet de classer 
parmi les lances. 

Parmi les lances dont se servirent les Romains, plu- 
sieurs sont d'origine barbare. Florus nous dit que les 
femmes des Cimbres combattaient, du haut des chariots, 
contre les soldats de Marius, armées de la lancea et du 
contus'*. Le contus est considéré aussi très souvent par 
les auteurs latins comme une arme sarmate ". Les soldats 
de Vitellius, qui étaient armés de la lancea et du contus, 
avaient emprunté ces armes aux Barbares contre lesquels 
ils avaient combattu^". La lanrea, d'après Varron, serait 
d'origine espagnole^'; elle aurait été empruntée aux 
Suèves d'après Sisenna ", aux Gaulois d'après 
Diodore deSicile ". Elle est reproduite sur les 
monnaies de P. Carisius (fig. 3732), frappées 
à l'occasion de la guerre contre les Can- 
tabres-', mais tantôt par un fer à pointe 
allongée dont le bas se contourne en volutes, tanlùl par 
un fer en losange avec double crochet à la base. Au 
temps de Domitien fut inventée une nouvelle forme de 
de lancea et Sallustius Lucullus, légat de Bretagne, fut 
mis à mort par ordre de l'empereur pour avoir permis 
qu'on donnât à, celte arme le nom de Lucullea. Suétone 
qui rapporte ce fait -" ne nous donne pas la description 
de cette lancea. 

Fabrication des lances. — Nous n'avons aucun rensei- 
gnement sur la manière dont se fabriquaient les lances, 
mais ]Si Nolilin Dignitatum mentionne une fabrique spé- 
ciale de CCS armes à Irénopolis en Cilicic-"'. Comme 

kunst. n"» Il 12 a, 1112 6. — 1^ Par exemple ceux qui sont ri-pri-scnti-s dans Bonstct- 
ten. AntiquHés de la Suisse, Suppl. pi. xxi, — •"' lionstcllcn. Op. t. pi. xv. 

— 16 O. von Sarwey cl F. Hcttner, Der obergermanisch. raelisclie Limes des 
Roemerreiches. 1895, 2* liv. pi. vu, ii"35. — 17 C. Friederichs; Op. 1. 1. II, n" 1091- 
1111 a. Ces pointes sont les unes en bronze, les autres en fer: Bonslelleii.jil. xxi, 9; 
suppl. pi. IV. 12: XXI, 2* Suppl. p. 9; Mtiseo Borfjonico, IV. 13 : 0. von S.Trwey et 
F. Hellner. Der obergemtaniscit.raetisclie limes des Rœmerreic/ies . Il' liv. p. 36.37, 
pi. VII, n* 15-27. H est Irrs possible que parmi ces fers quelques-uns app^irtiennent à 
des armes barbares. — i« Florus, Epil. III. 3. — l'J Val. Race. VI, 162 ; Tacit. 
Ann. VI, 35; Ilist. 1. 70; Slat. Acliill. 416; Sil. liai. Sili: XV, 687. etc. 

21 Tacil. Hisl. 1,41; III, 37. Le mot coiilus se trouve dans Virgile où il désigne 

un javelol. Aen. IX, 509. — 21 .\p. Aul. Gcll. XV, 30, 7. — «2 Ap. Non. XVIll, 26. 

— 23 Diod. Sic. v, 30, 4. l'Iine. Nist. .Va/. VII, 57, 9. dit qu'elle fut iiivcnt/'e par les 
Étolicns. — 2k Borghcsi, Œuvres. II, p. 336 ; liabelon, Monum. de la Républ. rom. 
I,p. 318. n» 14" et 16. — 25 Suetou. />omi/. 10. — iH Xolilia Dignitatum, pars Or. X. 




IIAS 



— il - 



MAS 



loulfH li-s iKili'i'S l'alini|iu>s, i-llr riait pluci-o smis la 
Juridiction du mntjiiter officiorum; aussi U>s luiu'os tigu- 
ritnt-i'lIcH parmi les iiisi^uos di* ci' ili^nilain'' < i'.miiiicaJ. 
Il u fil' ilil ailleurs [ikiiai.Kn, p. Iii'.i'.i coniuinil, dans 
lu corcuiiiiii"' qui prcccdait lu déclurulion de guorri!, 
uuc huslii garnie de (Vr ou bn'ilce par le bout el ensun- 
^luutei" /i(/.s7(( /'l'rntlii atil sdinjuiiieii /oKei/s/»*) était lun(!ée 
sur le territoire eiuieuii. 

ll.vsrA l'iiiA. — Les Itiiniains eurent de Ixinin' heure 
riialiitude de décerner des ri'coiupenses aux soldats et 
aux olliciers (|ui s'éluienl distingués par leur valeur. La 
plus ancienne do ces récompenses, dit l'olylic, était une 
hasle (Tc&Xijiiov Yaiociv); elle l'ut même longtemps la seule. 
On la méritait, non en tuant ou en blessant un ennemi 
dans une bataille ou dans un assaut, mais dans une 
escarmouclus ou dans cpKdijue action du mémo genre, 
lorsiju'il n'y avait aucune nécessité de comballri^ corps 
h cor|)s, et que l'on s'exposait volontairement, pour 
montrer son courage, l/bistorien semble dire que plus 
tard on accorda plus facilement cette récompense. On la 
donna, en ellet, à celui (jui avait blessé un ennemi-. 
Celte hasle s'appelait hasta pwa^. Cet usage persista 
sous l'Kmpire'. 

Le nombre des haslac i)urae, comme celui di's autres 
récompenses, ne correspond pas toujours à autant d'ac- 
tions d'éclat dilTérenles. Sans doute il en est ainsi dans 
certains cas, comme dans celui de L. Siccius Dentatus, 
qui avait assisté à cent vingt combats et qui avait reçu, 
entre autres récompenses de ses hauts faits, dix-huit 
liaslae purac\ C'est qu'au temps do la République la 
hasla pitra pouvait être accordée aux 
ofliciers subalternes, peut-être même 
aux soldats''. Sous l'Kmpire elle fui 
réservée aux centurions et aux su- 
périeurs : tribuns, préfets, légats lé- 
gionnaires et légats consulaires'. Rare- 
ment même elle était accordée aux 
centurions. Ceux-ci n'en recevaient 
qu'une". Les tribuns et les préfets en 
recevaient une' ou deux'"; les légats 
légionnaires trois"; enfin les légats 
consulaires quatre'-. Borghesi fait re- 
marquer qu'il n'existe pas, dans les 
inscriptions, de mention de la hasia 
pura après Caracalla, mais les auteurs 
en parlent encore au temps d'Auré- 
lien et de Probus'^ Aurélien reçoit de l'empereur Valé- 
rien dix hastes en même temps. 
La liasla pura, comme les autres récompenses mili- 

' ^'ol. Dign. Or. X, Occ. VIII; cf. fabric», l. II, p. 960, fig. 2860. — 2 Polyb. 

VI, 39, 3. — ;l Fcst. EpM. p. 62, lOi et 201 Mullcr; Serv. Ad Aen. VI, 700 ; 
Sallust. Jug. LXXXV, 29; Dion. Hal. X, 37; Aul. Gell. II, 11,2; Borghesi, 
Œuvres, II. p. 339 cl suiv. — * Res gest. Din. Aug. III. 5; Dio Ciiss. LV, 12, 1 ; 
Tac. Aim. III, 21 ; Suct. Claud. 28 ; Vopisc. Prob. V, 1 ; Aurelian. XUI, 3. 
— 5 Aul. Gell. Il, U ; Plin. Uisl. Nat. VII, 28 (29), 2. — c Uion. Hal. X, 37; Val. 
Maï. m, 2, 24. — ^ llenzen, / dont militari de' Romani, dans les Annali d. 
Jiisl. arch. 1800, p. 205 et s. — 8 Exemple dans Willinanns, 1598. — Co7-p. inn-r. 
lu. VI, 798; IX. 161.1; Orclli, Inscr. 3143. — ID Corp. inscr. loi. VI, 1449 ; X, 133; 
Willnianns, 1101. — H C. inscr. lat. III, 291 ; Muratori, 881, 2. — 12 C. i. l. III, 
14.Î7; V, 6977; VI, 1377; Vopisc. Awet. XIII, 3. Voir Henzcn, /. /. p. 2l(i ; 
J. Marquardl, Op. l. p. 329. — 13 Vopisc. Aurel. XIII, 3; Probus, V, I. — !'• Vo- 
pisc. Aurcl. XIII-XV. Cela avait déjà lieu à l'époque républicaine; Cic. /« Yerr. 
II, 80, 115. — li Eph. epigr. V. p. 42. — 1» Cf. Cohen, Mnnn. de la /lép. rom_ 
pi. vu, 1,2; liabelon, Alonn. de la lUp. I,p. 218; cf. Serv. Ad Aen. VI, 760; Zonar. 

VII, 21 ; cf. Norisius, Cenotaphia Pisana, p. 121. — " Eph. epigr. V, p. 42; cf. 
Baumeislor, 0. l. p. 2063, fig. S27S ; C. insa: lat. III, 0984. — '8 C'est ainsi que 
Iluschke, Die Miiitu und dus Sacramenlum, p. 22, eorapreud le texte de Feslus, 

V. 




Fig. 3733. — Lances 
données en réconi- 
pense. 




Fig. 3731, — llatta 
pura . 



taires (iioNA militahia), etail décornée dans un coniio. 
L'iMiiporeur ou lo néiiéral en chef, en présence do toute 
l'armée, faisait l'éloge des actions d'éclat par les(|uelleK 
uvaiiMit et"; méritées ccis récompenses ". Ces ri-coiiipensoH 
pouvaient élre renouvelées. Tel est, par exemple, le cas 
d'un praa/'fctin castroniiii de la li'-gion diiimii li-iiiit ijeminn, 
i|ui reeiit d(! divers empereurs, en plus d'un cerlain 
nombre de couronnes, cinq finslae, représentées sur son 
tombeau (lig. 'M'.i'ij ' '. 

\ai liustii pura était ordinaireim-iit dipoursue de fer. 
'l'ello on la voit clairement liguréo sur 
des monnaies de la gens Arria (lig. I)7:H), 
plus semblable à un sceptre qu'à une 
arme'". Cependant, sur le monument 
précédemnienl mentionné lescinq hastes 
en sont garnies '\ 

De même que le don d'une ou plusieurs 
hastae était une récompense, le retrait 
de ces mêmes hastae était une punition. Ce retrait s'ap- 
pelait censin hastaria'^. 

IIastah Mautiai;. — Les dieux grecs et romains qui 
présidaient à la guerre portaient la lance". Chez les 
Latins-" et ensuiti; à Rome, ce fut par excellence l'attri- 
but de Mars. Au temple de Mars, situé dans la Hegla, on 
conservait des lances consacrées à ce dieu qu'on appe- 
lait haxtar Martiae. Los pontifes avaient la garde de ces 
lances-'. Quand l'armée romaine partait eu campagne, 
le général entrait dans lo temple et agitait la lance de 
Mars on disant ces mots : Mars vigiln--. Si les liastic Mar- 
tiar. s'agitaient d'ellosinèmes, c'était le signe do grands 
malheurs ". E. Beuhlier. 

Hasta caelibaris [matrimonium]. 

La Hasta dans lk droit et la législation. — Dans la 
législation romaine, la hasta \oue un rôle symbolique ou 
réel dans trois cas : 1° dans les ventes publiques; 
"■1" dans la procédure de l'action de la loi par serment; 
'i" dans l'une des servitudes de passage {via). 

1. 1° Sous la République, toutes les ventes faites 
au nom du peuple romain avaient lieu sub hasta-'. Telle 
était, en temps de guerre, la vente du butin [praeda]. 
On en trouve des exemples dès le milieu du iv° siècle de 
Rome -% et l'usage est certainement plus ancien [mos... 
bona P or sennae régis vendendi-^). Quant aux prisonniers 
de guerre, ils étaient vendus tantôt sub hasta-', tantôt 
sub corona-^ [^'oy. t. I", p. 1.j37]. Avait également lieu 
sub hasta la vente des biens des citoyens condamnés ou 
proscrits =' [t. I", p. 1440]. 

La vente sub hasta s'appliquait ensuite aux adjudica- 
tions des vectigalia et des ullrotributa faites par les 

Ep. p. 54 M : u Ceasio hastaria dicebalur, cuin militi multac nominc indicebalur 
qiLot hastas daret ». C'est aussi l'opinion de Mommsen, Staatsreclit, 112, p. 380, 
u. 1. Schneider pense, au conlraire. De cens. hast. p. 21, que la censio hastaria 
était l'exclusion de l'armée et, par le fait niétne, de toutes les classes supérieures, 
de même que la concession de la haste équivalait à l'admission dans l'infanterie ou 
tout au moins dans les classes supérieures du cens. Cf. Marquardt, Op. l. p. 14. 

— 19 Ares, W. H. Roscher, Lexikon der Gr. und Rôm. Mi/thologie, I, |). 487 et 
suiv.: Alhénè, Ibid. p. 087 el suiv. — 20Tit.-Liv. XXIV, 10. — 21 Boucbé-Leclercq, 
les Pontifes de l'ancienne Home, p. 284; Jordan, Topographie der .Stadt Rotn, 
p. 271 ctsuiv. — 22 Serv. J(iATO. VIII, 3.-23 Tit.-Liv. XXIV, 10; Aul. Gell. IV, 
0, 2; Jul. Obseq.36 (96), 44 (104), 47 (107), 50 (110) ; Dio Cass. XLIV, 17.— 2* Fest. 
s. V. Hastae : ■> Hastae subiciebant ea, quae publiée veiuundabaut, quia signum prue- 
cipunm[bellil est hasta », — 2,. Liv, V, 16. — 20 Liv. Il, 14; Plutarch. Publicola. 

— 2" Liv. VI, 4 ; Kest. s. r. Gaelibari hasta; Dion. Haï. IV, 24 ; cf. W.illon, f/isl. de 
l'eselaoage, 2» éd. t. II, p. 30, 38. — 28 Varr. De re rust . II, 10, 4 ; Caes. De bell. 
gall. III, 16; l.iv. H, il; IV, 34; V, 22 ; VIII, 37 ; IX. 42; X.XIV, 42; cf. Caclius Sa- 
biiuis, ap. Gell. VII, 4 ; Fost. ,!. 1'. sub corona. — 2'J Cic. Pro Itnsc. Amer. 43 ; Philip. 
H, 26 ; Deoff. II. 8 : « Hasta cruonta, sceleratîor ». 

G 



H AS 



i') 



liAS 



censeurs'. Dans le principe, dit Feslus', la ccnsoria loca- 
lio rentrait dans la vente, quoU velul fruclus lovorum 
publicorum venibant (censores) [voy. t. l'', p. 10011. C'est 
à une époque ultérieure que la jurisprudence lit de la 
vente et du louage des choses frugifèros deux contrats 
distincts, soumis à des règles spéciales et entraînant 
des effets difTérents'. 

Sous rKinpire, on étendit l'usage de la vendilio sub 
hasta aux ventes faites par le fisc, et l'on imagina, pour 
les désigner, des mots nouveaux : subhastare', subhas- 
lalio'-, subhaslarin sofs^\ Plusieurs constitutions des iiT 
et ïV siècles de notre ère parlent de ventes habitis 
liastis', dccursis hastis ", de hastarum solemniias^, de 
hastae solemnis arbilrium '", de fiscales hasine^'. Au Code 
Théodosien " et au Code de Justinien '', il y a un litre 
De fide et jure hastae [fiscalis). 

Les successions vacantes attribuées au Trésor par la 
loi .Iulia De marilandis ordinibus [voy. t. I", p. 777], 
donnaient-elles lieu à des ventes sub hastal C'est l'opinion 
généralement admise, bien qu'il n'y ail pas de preuve 
directe '". 

2° La vente était dite sub hasta parce que, avant d'y 
procéder, le magistral faisait planter une lance sur le 
forum'' ou devant un temple "'•. Auprès de cette lance 
se tenait le crieur public'' et, tout autour, les assis- 
tants'*. Lorsque le censeur voulait retirer à un citoyen 
le droit de se porter enchérisseur, il rendait un édit 
pour le summovere ab hasta'"'. Tacite appelle j'ws hastae le 
droit pour un magistrat de faire mettre en 
vente les biens d'un débiteur du Trésor ^". 
L'endroit du forum, où l'on plantait 
habituellement la lance, s'appelait has- 
iarium-'. Sur un denier de Servius Sul- 
piciusGalba-- on voit, à côté d'un trophée 
naval, un prisonnier nu, les mains liées 
derrière le dos, devant une hasta dont le 
sommet paraît au-dessus de sa tête ifig. 3735). 

3° D'où vient l'usage de planter en terre une lance 
dans les ventes faites au nom du peuple? Il y a là, de 
l'avis de tous les auteurs, un de ces actes symboliques 
qu'on rencontre assez souvent dans les sociétés primi- 
tives et qui ne font pas entièrement défaut chez les 
Romains. La hasta, arme de guerre des Romains", est 
le symbole de la force, comme le capui est le symbole 
de la personnalité juridique, et la manus le symbole du 
pouvoir du chef de famille--. Faire une vente sub hasta, 
c'est une façon d'exprimer que le droit transmis à l'ac- 
quéreur est directement placé sous la protection de la 
force publique. A défaut de cette formalité, la vente ne 
confère la faculté d'invoquer la protection de l'État que 
sous une double condition : il faut que le vendeur ait ou 
le pouvoir d'aliéner ; il faut de plus, en général, l'accom- 

• Liv. XXIV, 18; Ovid. Pont. V, ep. 5, 19 : « Aul populi reditus positam componct 
ad liastam x. — 2 s. v. venditiones, — 3 Edouard Cuq, Institutions juridiques des 
Jlomains, l. 1", p. 6i6 et 6i8. —4 Anton. Carac. (211), C. Just. VII, r,3, 3. 

— r, Valcnl. Tlicod. Arcad. (3!ii), C. Just. IV, 44, 16. - o Honor. Tlieod. (417), 
C. Thcod. CXIII, ti, 9. — 7 Anton. Carac. (il3), C Just. X, 3, 1. — 8 Valent. 
Valons, Oratian. (370), 6 eod. — '■> Gord. (Î39), i eoâ. — lo Valent. Val. (iralian. 
(369), 5 pr. eod. — " Diocict. (ÏOO), C. Just. VIII, 852. — 12 Lib. X, tit. 17. 

— 13 l.ib. X, lit. 3. — 11 Cic. De o/f. Il, 8. — 13 Cr. Voigl, Rùm. Mechlsg/s- 
chichte, t. I, p. 469; Karlo>ta, Hôm. Becktst/escit. t. II, p. il. — 16 Cic. 
PItilip. II, 62 : n Hasta poslta pro aede Jovis Statoris ». — 17 Cic. eod. : a Boua 
Pompeii... >oci accrbissiniae subjecla praceonis ». — 18 Cic. eod. : u Cuni loi esscnt 
circa liaslam illlara ,.. — l'J Ut. XXXI.V, 44; XI.III, 16. — SO Ann. XIII, 28. 

— 21 Tcrlull. Apolog. 13; Ad nat. I, 10. — 22 Babclon, Monnaies de la Ilepubl. 
rom. Il, p. 4o4. — 23 Fcst. s. v. Caclibari hasta : « ... Hasta sumina armorum et 




Fig. 3735. — Vente 
sub hasta. 



plissement de certaines solennités, telles (pie celles de la 
mancipation -'•. Celle formalité de la vente sub hasta, si 
éloignée de nos habitudes modernes, s'explique aisé- 
ment dans une législation comme celle des Romains à 
l'époque antique : l'État ne protégeait que les droits repo- 
sant sur des faits faciles à vérifier : prononciation de 
paroles solennelles, accomplissement de certaines solen- 
nités, lance plantée sur la place publique-''. 

4° D'après Ciaius ^'' la hasta est un signe de la pro- 
priété [signum qunddam justi dnminiii. Celle conception 
remonte à l'époque où le louage était encore confondu 
avec la vente. Elle exprime le résultat pratique de la 
vente sub hasta : puisque«cette vente a pour effet de pla- 
cer le droit transmis sous la protection de la force 
publique, l'acquéreur est dans une situation analogue 
à celle d'un propriétaire. Mais cette conséquence cessa 
d'être entièrement vraie lorsqu'on eut distingué le 
louage de la vente. La lance ne fut plus dans tous les 
cas un signe de la propriété quiritaire, mais Vaddidio sub 
hasta eut toujours pour effet d'assurer, même à ceux qui 
prenaient à ferme les terres publiques, une protec- 
tion efficace contre tout danger d'éviction. Alors même 
que l'État aurait disposé d'une chose appartenant à 
un citoyen, l'adjudicataire n'avait à craindre aucune re- 
vendication. La partie lésée devait s'adresser aux repré- 
sentants de l'Étal, pour obtenir, s'il y avait lieu, la 
réparation du préjudice causé. 

o" Les adjudications sub hasta avaient lieu, en prin- 
cipe, aux enchères publiques, tantôt au plus offrant et 
dernier enchérisseur, tantôt au rabais à celui qui deman- 
dait le moins à l'Élat i voy. t. I", p. lUOl et 1002]. Il y a 
cependant des exemples d'achats ou de locations faits 
directement par les censeurs ^^ 

6' La vente sub hasta a toujours pour objet un en- 
semble de biens -\ Seuls, les prisonniers de guerre étaient 
parfois vendus séparément. Les questeurs ne font pas la 
vente en détail ; ils laissent ce soin aux seclores. C'est du 
moins ce qui est attesté pour la vente des biens des con- 
damnés et des proscrits, sur laquelle nous avons le plus 
de renseignements^". Le sec/oî- est un spéculateur •".U s'en- 
gage à payer au Trésorune somme'- représentant, d'après 
son estimation ", la valeur des biens qu'il achète en bloc. 
Mais il a soin de se ménager une marge suffisante pour le 
bénéfice qu'il espère retirer de la revente en détail". Son 
nom vient précisément de ce qu'il est autorisé à diviser 
[secare] les biens dont il se rend adjudicataire. Le magis- 
trat lui vend praedae ou bonorum seclionem^'", c'est-à-dire 
le droit de partager le butin ou les biens de telle per- 
sonne. Par suite la vente en détail, effectuée par le 
sector, n'a pas le caractère d'une vente privée; c'est une 
vente publique^" qui transfère la propriété à l'acheteur 
indépendamment de toute tradition. 

impcrii est «. Suivant Justin, XLIll. 3 : « Tro diis immorlalibus vcteres liaslas 
coluere; obcujus religionis memoriani adlmc dcorum simulacris Iiastae adduntur ». 

— 2'* Cf. Edouard Cuq, Instit. juridiques des liomain^, t. I^', p. 7i0. — 25 Varr. 
JJe re rust. Il, 10, 4 : k In emptionibus dominium legilimum sex ferc res pcrfi- 
ciunt : .... si ul dcbuit mancipio ab eo accepit, a quo Jure civili potuit n. — 26.Ëd. 
Cuq, Op. cil. p. 668. —2; Inst. IV, 16; cf. Juv. Sut. III, 30-33: " Maneallt... 
quis facile est ... pracbere caput domina vénale sub hasta ». — 2« Liv. XLIV, 16 ; 
XLV, 44. — 2'j [*s. Ascon. In Veri\ II, lib. I, 61 : « Bona condcmnatorum scmcl 
auclionabantur ". — 30 plaul. Capt. I, 2, 110. — 31 Ps, Ascon. ibid. : « Spcm 
'ucri sui scculi. » Cf. § 53. — 32 Ibid. 5â : « SenicI infert pecuniam aerario u. 

— 33 Ibid. : n Sectorcm... dicit aestimalorem •. — 3» Ibid. €1 : «.. Singulis postea 
pro conipendio suo siugulas quasquc res pccunia vendiluri «. — 3j Cic. De inv. I, 
45; c. Uull. ap. Gell. XIII, Î4, 6 ; Caes. De bell. gall. Il, 33. — 36 Varr. De re rusl. 
Il, 10, 4 : M Cum (scrvus).... in sectionc cujus publiée vcnit ». 



Il \s 



\'.\ — 



IIAS 



II. hitiis lii pi'iii'i'iluri- (Ir raclinii de lu lui par sor- 
iiHMit, la lutslii joutt l'^aii'iiii'iit un l'ôli; syiiibt>lii|iii-. Les 
t<>xtt<s 011 sigiiulciit li-ois appliculluns : 1° in jure, ou 
iiialii^i'i' nW'llc; -J" in jutlicio, yionv les alVaircs sdiiiiiist's 
au Iriliuiial dos o<'utuiuvii's ; :t" dans la procodui'i' |;i-a- 
ciouso, pour roalisor un alViancliissoinonl oiitro vils. 

I" l'aniii los soioiiuilis do l'aolidii roollo par sormont 
li^io'o un oiMuliat siuiulo. Cliacuii dos )ilaidoui's, avuii- 
^'»nt la main', saisit l'idïjol (ju'il revondiquo eoinino 
pour so l'airo juslioo, ot lo toiiolio a%oc uno fislitcn (jui 
roprosonlo la lanoo (iiuiisi hustar loro '■), comnio pour lo 
ilol'omli'o ci)nli-o l'alUKiuo do radvorsaire.C'i^sl cimiu'AuIu- 
(iollo' appollo vis frsliicitria. 

'i" Dovaiil lo lion où siôgo lo liilmual dos coiitunivirs 
(e'élail, sous l'iùiipiro, la basili(|UO Julia '), il olait 
d'usago do piauler uno lance'. L'usa}j;o do la lanco 
s'explique aisônionl par la nature des alVaires soumises 
;\ l'apprôoialiou dos oonlumvirs. lis ôtaiont cumpiHonls 
particuliùromenl ou matière do rovondioation. Or, dans 
los iiroci'S de celto espèce, la lance ou Ui fcsluca était un 
olomonl de la solennité accomplie devant lo magistrat. 
Il n'est pas étonnant ((u'on ait, lors do la création des 
centumvirs, transporté l'usage de la lance de la procé- 
dure in juif A la procédure iiijudicio, ot ([u'on ait planli' 
la haslu devant le tribunal comme pour dire : ici l'on 
juge les questions de propriété '^. l'ar extension, on 
appela /lasla clincune dos sections du tribunal des cen- 
tumvirs", ou mémo le triliunal tout entier'. 

Le préleur qui, depuis le commencement de l'Empire, 
présidait le tribunal des centumvirs' s'appelait proe^o;' 
/(rts/ar/)/s '*' ou pvai;(Of ad lia si as ". 

3° Dans la procédure gracieuse usitée pour réaliser un 
afTranchissement entre vifs, la Itasla est remplacée par 
une simple baguette {vindicla) queVadsertor libertalis et le 
maitre posent chacun à leur toursur la tète de l'esclave'-. 
L'emploi de la lance se justifie ici comme dans les procès 
relatifs à la propriété ; l'affranchissement par la vindicte 
consiste, en efTet, dans un procès fictif en revendication '^ 

in. La servitude de passage, désignée sous le nom 
de via, conférait le droit de hasiam rectain ferre. Telle 
était du moins l'opinion la plus répandue au m' siècle 
de notre ère '*. Certains jurisconsultes en disaient autant 
de la servitude à'aclus '\ L'expression hastam reclatn 
ferre est prise ici à la lettre et signifie que le titulaire de 
la servitude a la faculté de passer sur la propriété d'au- 
trui en tenant droit une lance et sans doute aussi une 



1 I*. Diac. s. i'. adserere mauum. — 2 Gaius, IV, 10, — 3 XX, 10. — V (Juin- 
til. XII, 5, 6 ; Plin. £p. V, 21. — ^ Gaius, IV, 10 : " Iii centumviralibus judiciis 
liasta pracponitur ". — 6 Éd. Cuq, Op. cit. p. 405. — ^ Ouintil. Il, 5, I. — *< Mar- 
tial. VII, 0.1, 7: Sueton. Oct. 30 : » Centumviralis Iiasta » ; Val. Max. VII, S, 1 cl 
4 : « Hastae judicium ... Pomp. Dig. I, 2, 2, 29. — aPIio. Ep. V, 21. — lu Corp. 
inscr. lat. vol. VI, n" 1303. — " Ibitt. vol. XIV, n. 3602; cf. Borghesi, Œuvres, 
t. V, p. 8 et 390. — 12 Cf. Edouard Cuq, Op. cit. p. 182. — 13 Ibid. p. 441. 
— li Paul. 21 ad Ed..î)\^. lib. VllI, 3, 7 pr. : « Qui viam liabent, euadi ageudique 
jus habent ; plerique, et trah*iadi quoque, etrectam bastani refereudi ... — 1j Ibid. : 
.< Qui actum habet et plaustrura ducere et junienla agere potest ... Quidam, uec 
Iiastam rectam ei ferre licere, quia ueque eundi, neque agcudi gratia id facerct, et 
possent fruclus eo modo laedi >■. — ^C Ibid. : <« Si modo fructus non Kiedat ... — ■ 
BiBLioGUAPHiE. W. Hclbig, V E popée homérique^ trad. Trawinski, Paris, 1895, 
p. 435-437 ; l.eaf daus le Journal of heltenic Sudies, l. IV, p. 299 et 5uiv. ; H. Droy- 
sen, ffeerwesen und Kriegsfiihrunfj der Gj'(>c/(eii, Fribourg-en-Br. 1S88, p. 17 et 
s. ; C. firote. Histoire grecque, trad. de Sadous, I8ÔC, t. XIII, p. 119 et s. ; Lebeau, 
Mémoires de l'Académie des Jnscriptio7is et belles-lettres, t. XXXIV, p. 478 et s. ; 
Schneider, De censione liastaria veterum romanorum, Berlin, 1842; L. Lindeu- 
schmit. Die Alterthûmer wiserer heidnischen Vorzeit, 1858-1881; Id. Tracht und 
Bewa/fiiuni/ des rOniischen Heeres wiihrend der Kaiserteit, Brauiischweig, 1882; 
A. Millier dans A. Baumeister, Denkmaeler des /classisckcn Altertums, t. lll, 
Leipz. 1889, p. 2017 et s. ; H. Schiller, Die rôm. Kriegsaltertliiïmer (ffandbucft 



l)orcbo iiu tuut uulro obji^l analogue, mais sous la condi- 
lion do 110 pas toucher aux. Iruils dos arbres"' Iskhvi- 
TUTKsJ. ÉiiouAiU) Cuq. 

lIASTiri'.lll. — Mol qui so rencontre sur ccrluine» 
luscriplidiis Irouvécs en (laule ou dans les contins ger- 
maniques. Vienne on Dauphiné', Caslel près Mayenco*, 
Cologne '. On n'est point d'aiMord sur la nature ' de ceux 
(|ui sont ainsi désignés. Certains voient dans les hasliferi 
une corporalion religieuse. Dans riini! de» inscrip 
lions (|ui los signalent'', disent-ils, on lit : .Montnii Vuli- 
i-niium Vftuslati: riiuliibsum resliluerititl haslifrri civiliilis 
Mnlliacurum ; or lo Mans Vaticanus était propre au cullo 
de la iJellono de Comama ". Dans une seconde inscrip- 
tion ■', ces hasliferi sont appelés liastifrrii (sic) iive 
paslores; do même dans les cultes orgiasliques de l'Asie 
Mineure, il est question de poOxo/.oi [boukoloi]. Knfin, ce 
qui est peut-être plus caractéristique (mcoro, la der- 
nière de ces inscriptions est dédiée le 24 mars, qui esl 
le jour le plus important des fêles de Cybèle, jour du 
sang*. 11 semble donc bien que les hasliferi aient eu 
«luelque attache avec le culte de la Mère des Dieux, ou 
avec celui de divinités asiatiques de mémo famille. Leur 
nom ne serait peut-être que la traduction latine du mol 
,grec " dendrophore ■• DE.NDKOonoRiA]. Mais, d'autre part, 
M. Mommsen '^ a émis l'idée que cette corporation for- 
mait une milice municipale; c'est ce que concourent à 
prouver différents détails : la latinisation du mot hasli- 
feri, qu'on a substitué avec intention évidemment au 
terme habituellement employé» dendrophore », l'idée de 
gens armés, que le terme choisi fait naître intentionnel- 
lement, et la présence de cette corporation surtout aux 
confins de l'empire, sur le limes germanique. D'autres 
que M. Mommsen ont admis cette conclusion '° et il n'y 
a guère moyen de la repousser. Les hasliferi auraient 
donc eu un double caractère : corporation religieuse et 
milice armée. L'un n'est point incompatible avec l'autre. 
M. Mommsen lui-même a rappelé, à ce sujet ", que les 
corporations romaines étaient utilisées dans tout l'Em- 
pire, par l'État comme par les municipalités, surtout à 
partir du m" siècle, pour des services publics'-; c'est 
ainsi que les cenlonarii et les fabri auxquels les dendro- 
phori sont très souvent associés [fabri] étaient presque 
partout chargés de l'extinction des incendies. Il ne serait 
pas surprenant donc que dans des villes frontières, ou 
même ailleurs, on eût eu recours à un collège religieux 
pour la police locale. On a remarqué même que celles 

des classischen .iltert/iùmerwisseiiscliufl d'hvan Muller, t. IV, ISS7, p. 741) ; J. Mar- 
quardt, /.'urganisation milituire; T. Mommsen et J. Marquardt, Manuel des Anti- 
quités, t. IX, trad. Brissaud, 1891, p. 12-14, 28, 41, 42, 51-53 ; 82, 150, 192, 320, 
327-329, 303: Le culte, t. Il (Manuel, t. Xtll), trad. Brissaud, 1890, p. 152 ; La vie 
privée, t. I [itfanuel, t. XIV). Irad. Henry, p. 35; J. Rabirius, De hastae et auctio- 
num origine (Graevii T/iesnurus, t. III, p. 19) ; Haubold, De hastae in jure Romano 
usH symbolico (Opusc. Acad. 1. 1, p. 685, éd. Wcnck) ; B. ton Brink, De hastae prae- 
cipun apud Romanos signo iniprimis justi dotninii, Groniugen, 1839, 

HASTIFERI. i Corp. inscr. lat. XII, 1814. — 2 Brambach, Instcr. Ith. 640 ; Kor- 
respondenzblatt der Westd. Zeitschrift, 1887, p. 180; 1889, p. 27. —i Korrespon- 
denzbltttt, 1893. p. 88. — ''Ilcnzen-Orclli, /HSCTi>^ 4983 ; .4nnaK. 1857, p. 16 ; Becker, 
.\nn.des Vereins fiir nassauische Alterthuniskunde,\[l, p. 44; Mhui, Philologus, 
1SS8, p. 487 et suiv. ; Korrespondenzbtatt, 1893, p. 144 et suiv. ; Hiibner, Bonner 
Jahrbuch, ^XXXVllI, p. 4i. — 5 Brambach, l. c. — Marquardt, Handbuch der 
rôm. Allerlh., trad. de Brissaud ; Le culte, I, p. 93 et note 7. — 7 Korrespondenz- 
blatl, 1S87, p. 180. — » Marquardt, Le culte. II, p. 71, — 'J Bcrichte der Sûchs. 
(lesellschaft, 1852, p. 197 Hermès, 1887, p. 557; Korrespondenzbtatt, 1889, p. 26 
et suiv. — 10 Hirschl'cld, Corp. inscr. lut. XII, p. 219 ; R. Cagnat, De municipati- 
bus militas in imperio romano, p. 80; Liebenam, Rôm. Vereinswesen, f. 30Ï ; 
Kisa. Korrespondenzblatt, 1893, p. 88. — " Korrespondenzbtatt, 1889, p. 27. 
— 12 Voir surtout Walt/.ing, Étude historique sur les corporations professionnelles, 
p. 133 ct2H. 



!IEB 



H 



IIEB 



des inscriptions relatives aux hastiferi, qui sont datées 
(années ;2-2i cl 230 de notre ère), se placent dans une pé- 
riode où les empereurs se préoccupaient d'assurer la 
garde des frontières germaniques'. R. Cacxat. 

IIArSTRl'M. — Auget, récipient d'une roue hydrau- 
lique [hota aquaria]. 

IIEBK ( 'n6v,). — La déesse Hébé est, chez les Orecs, la 
personnilicalion féminine ' de la jeunesse dans sa vigueur 
et dans sa fleur ^. Pindare, en parlant d'un héros qui 
allait arriver à Tàgc d'homme, dit ([u'il <• cueillit le fruit 
de la charmante Hébé à la couronne d'or » ' ; phrase qui 
montre bien l'idée abstraite de la jeunesse se transfor- 
mant poétiquement en une personne. Celte personne, 
qui est divine et qui habite le séjour des dieux éternel- 
lement jeunes, a pour caractère essentiel la beauté : c'est 
Hébé « à la belle ou à la blanche cheville, aux beaux 
membres, la florissante Hébé, la plus belle des déesses ", 
disent les poètes*. Sœur d'Ares et d'ililhyia'', elle esl la 
fille des deux grandes divinités de l'Olympe, Zeus et 

lierai Elle restera tou- 
jours intimement asso- 
ciée à sa mère. Dans 
l'Héraeon argien on 
voyait, à côté de la sou- 
veraine du ciel, une 
statue chryséléphan- 
line d'Hébé, œuvre de 
Naucydès ". L'Hèra de 
Manlinée avait égale- 
ment auprès d'elle sa 
fille Hébé, sculptée par 
Praxitèle '. Un vase de 
Pétersbourg, qui re- 
présente le jugement 
de Paris, nous montre 
les deux déesses ré- 
unies: Hébé, debout derrière Hèra, s'appuie familière- 
ment sur l'épaule de sa mère assise ' (fig. 3736). 

Chez Homère, Hébé est une déesse subalterne, qui 
remplit dans le palais divin certains offices de servante. 
Elle verse le nectar aux dieux dans leurs coupes d'or'", 
elle aide Hèra à, atteler son char" ; quand son frère Ares 
a été blessé, c'est elle qui le baigne et qui l'habille '^ 
Quelquefois, elle est plus noblement occupée, avec les 
Charités, les Heures, Harmonie et Aphrodite, à danser 
aux sons de la cithare d'Apollon et aux accents du chant 
des Muses '^ Mais, dans l'Olympe, Hébé est avant tout 
l'épouse d'Hercule, à qui Zeus et Hèra l'ont donnée, avec 

1 LîebcDam, yfôm. Vereinsweseit, p. 303. — Biuliughai'hie. Ilenzcn, Annali delV 
Instit. di corresp. nrck. 1857, p. 16; MommsCQ. Hermès, Vil, p. 325, noie 4; 
Berichte der Sfichs. Gesellschaft, 1852, p. 197 ; Korreapondenzblalt der Wt-s/- 
deutsch.Zeilschrift, 1887, p. 180; (889, p. ÏG cl suiv. ; cf. p. 5i; Maué, Philolor/us, 
I888,p. 487 cl suiv. ; Korrespondenzblatt, 1895. p. 144. 

IIEBK. 1 l"ne personniHcition masculine, d'une époque posléricurc, esl le dieu 
"HSwv, honoré en Cninpanie où, d'après Macrob. Sat. !, 18, il était identique à 
Bacclius. V. l'arlicle uebon du Lexikon de Rosclicr. — 2 Cf. les mots ijÇr, et f.Siv. 

— 3 Olymp. VI, 57-58. — i Odyss. XI, liU3 elffymn. Iiom. XIV, 8; Pind. Aem. 
I, 7; VU, 3; X, 18; Tlieocr. XVII, 32. La déesse est aussi xojffow-Lçavo;, Olymp. 
l. c. Chez Nonnus, Dionys. XIX, 4S el 216 ; XXVIl. 218, les épilhèlcs de yfj^iSjovo;, 
/çjff^eéStA'.;, xaV.AitOc.fa rentrent dans le niùtnc ordre d'idées. — « Theogon. 920. Olen 
ap. Pausan. II, 13,3; Pind. IVem. VII, 1-5; Uymn. Orph. Prooem. 13; Apollod. I, 
3, 1. — S Le vers 601 du XI* clianl de Yddyssée, (jui mcnlionne celte généalogie, 
a élé, d'après le scholiasle. interpolé par Onomarritc. Uicn que celle scholie ne rc- 
raonlc pas à Arislarquc (I.udwig, Arist. hom. Texikrilik, I, p. 593), il n'y a aucun 
doute sur l'interpolation. Ce vers dérive du vers 932 de la Théogonie llé^iodiquo, 
qui esl la source la plus ancienne de la généalogie eu question. — 7 Pans. II, 17, 5. 

— 8 paus. Vlll, 9, 3. — 3 L. Stcphani, Comptes rendus de la commiss. archcol. de 




Fig. 3736. — Hébé et Hèra. 



le repos de l'immortalité, comme récompense de ses 
longs el merveilleux travaux [hkrcl'lesj ". 

Le mariage d'Hébé et d'Hercule, qui avait fourni ii 
Epicharme l;i matière d'une parodie mythologique'-', fut 
chanté par les poètes, représenté par les artistes. 11 était 
figuré sur un autel d'argent de l'Hérieon, près de My- 
cènes '" ; on en voit aujourd'hui l'image sur divers 
monuments. L'interprétation de quelques-uns d'entre 
eux, il est vrai, n'est pas absolument sûre. Un cratère" 
parait représenter, non le mariage d'Hercule avec Hébé, 
mais celui du héros avec Mégara '*. On a peut-être eu tort 
aussi " de reconnaître, sur un bas-relief mutilé de l'acro- 
pole d'.\thènes, Hébé conduite vers Hercule par Nikè. 
Mais le célèbre puléal de Corinlhe -" ne laisse pas de 
place au doute: c'est bien Hébé qui, la tète tournée en 
arrière el pudiquement baissée, esl amenée à son époux 
par un cortège de divinités'^'. Sur les miroirs, la scène 
esl nécessairement moins développée. L'un d'eux nous 
montre le héros présenté à Hébé par ,\thôna, devant 
Apollon Daphnéplioros assis el Artémis debout, qui tient 
à la main un anneau. La jeune épouse, qui s'appuie sur 
l'épaule d'Athèna, n'a d'autre parure qu'un diadème et 




Fig. 3737. — Hébé et Hercule. 



un collier -^ (lig. 3737). Elle est aussi entièrement nue 
sur un miroir de la nécropole d'Arezzo, où on la voit 
s'avancer vers Hercule, qu'elle caresse légèrement de la 
main droite; elle y est en outre figurée ailée", el ces 
ailes qu'elle porte encore ailleurs-' pouvaient la faire 
quelquefois confondre avec d'autres déesses, telles 
qu'Iris, Éos et Nikè". Les artistes, surtout les peintres 



Pétersbourg, 1S6I, pl.in; 0. Benndorf, Wiener Vorlegeblûller, A, pi. ii. — 10 Jliad. 
IV, 2; cf. Atheo. X. 425 e ; Lucian. Dial. Deor. V. 2. — " Iliad. V, 722. 

- 12 Ib. 905. — 13 Hym. hom. in Apoll. 195, éd. Cemoll {Apoll. Pyth. 17). 

— H Odyss. XI. 603 ; Hymn. hom. XV, 8 ; Theog. 950; Pind. Nem. I, 71 ; X, 17-18 ; 
/st/im. IV, 39 ; Eurip. Ilerael. 913 ; Oresl. I68C ; Tlicocr. XVll. 32 ; Diodor. IV, 39 ; 
l,ucian.Z)ia/. mere(. XVI, 1. — lôAlben. 111,85 c. — l» Paus. Il, 17, 0. — n Gerhard, 
Apul. Vasenbilder, pi. xv; Fnrlwiingler, Berl. Vasensamml. u» 3257.— 18 C. Ro- 
bert ap. Preller, Griech. ilythol. 4- éd. I. p. 498, n. 5. — 13 R. Kékulé, Arch. Zeit. 
XXVIl (1869), p. 105 ; 1870, pi. ixiv. — 20 Sur l'histoire de ce monumeni, dont il 
ne reste plus aujourd'hui que quelques fraginenls, voir Micbaelis, Journal of hcll. 
Stud. VI, p. 46-49. — 21 Nous adoptons l'interprétation déjà donnée par Leake 
[ilorea, 111, p. 264) et conlirmée par Ovcrherk, Arch. Zeit. XIV (1836), p. 201 ; 
Plastik'i, 1. 142; cf. Gerhard, Antikc Bildwcrke. pi. xiv-xvi; Journ. of hellen. 
Stud. VI, p. 43, — 22 Micali, Atlas, lav. 49 ; Creuzer-Guigniaut. Belig. de l'Anliq. 
pl. ct.xxx, n*" G82. — 23 Annali d. Inst. arch. 1872, p. 287. Sur la planche 145 du 
t. IV des Etruskische Spiegel de Gerhard, la figure de femme ailée en face d'Her- 
cule peut représenter Nikè, cl non Hébé. — 2» Coupe de Sosias (Ant. Denkm. d. 
deutsch. Arch. Inst. I, taf, 9). — 2u Remarque de Gerhartl, Auserl. Vasenbilder, 
11, p. 5. 



iii:ii 



i.ï 



iiEf: 



lie vases, <<'i't;iioiit l'M'recs aussi à l'flrucj-r les Sfi'nos 
|ii'('liiiiiiiaii-i-s (tu iiiaria^i', ci'lltt en |iai'ticulii'r où llolio 
Mi'iil, uvi'i' lli'ra ol Allit''iia, au-dcxant du char d'Ilcr- 
culf liii^aiil •>iiii fiilrrc triouipliali' dans rolyiii|>i! '. Ils 
I avaii'iil iniiiUrec cgalouiiMil jiiuis>anl de la vio rt'lfsle : 
■-ui- la ciiupc d'Oitos cl d'Kuxilhéos^ dans l'asKt-nibli^c 
dos difux, lli'hé i>st assise ii côte d'IliTinès : clli- lient 
lie la main ^aticlie une Heur, et de la druilc une {loniuic. 
^ynibulu de lu fecundite du mariage'. 

l>e l'union d'Ilébé avee llereuie étaient nés, disail-on 
plus lard ', deux llls, Alexiurès et Anikî'los, dont les 
noms rappullcnl lu vuillanee de leur père. 

11 n'est j)as sur|>renanl que le culte d'Ilébé ait élé gé- 
néralement associé i\ celui d'Hercule, son époux divin". 
Nous en avons des preuves pour l'Alliquo où, dans le 
sanctuaire hérucléon du C.ynosarge, se trouvait un autel 
de la déesse": une inscription nous fait connaître aussi 
un sanctuaire des lléraclides où, avec un autel pour 
.\lcmène,on en avait élevé un autre en l'honneurd'llebé'. 
Quant h l'association du culte d'Hercule à celui d'Hébé 
dans l'ile de Cos. elle ne repose que sur le lémoignape 
douteux de Cornulus ". La déesse, en efl'el, comme le 
remarque Osann'-', a pu être confondue avec une autre 
épouse d'Hercule, cette fille d'Alciopos dont parle Plu- 
tarque'", et dont quelques monnaies de Cos, cjui portent 
au droit le type d'Hercule imberbe, rappellent, au revers, 
le souvenir, sous les traits d'une (igure de femme voilée ". 

Considérée isolément, llébé l'ut, dans certains cantons 
de la Grèce, une divinité importante, et même la divinité 
principale. Les pratiques de son culte, importé sans 
doute par mer à Sicyone. d'où il gagna, non loin de là, 
Phlionle, ne permellenl pas d'en douter. Dans la pre- 
mière de ces villes, elle avait un sanctuaire où elle était 
honorée sous le nom de Dia (Aia'-, qui la rapproche 
d'.Xphrodite, tille de Zeus et de Dioné ''. A Phlionle, elle 
portait encore un autre nom. « Sur l'acropole des Phlia- 
siens, dit Pausauias'', est un bois de cyprès et un sanc- 
tuaire très vénéré depuis une haute antiquité. La déesse 
à qui appartient ce sanctuaire a été nommée Ganymèda '^ 
par les plus anciens Phliasiens: leurs descendants l'ap- 
pellent Hébé. » Ce sanctuaire si respecté était en même 
temps un asile, et les prisonniers ou les esclaves libérés 
venaient suspendre leurs chaînes, en ex-voto, aux arbres 
du bois sacré. La Ganymèda de Phlionte était donc une 
sorte de déesse libératrice '". On célébrait en son honneur 
une fêle annuelle, celle des x-.crdoTdfjioi, ainsi nommée sans 
doute parce que, ce jour-là, on coupait le lierre destiné 



I Arch. Zcit. XXIV (1S66>, pi. 209; de WiUe, Cabinet Durand, n» 332. 

— - Monum. Iitsl. Arch. X, pi. sxiii-xxiv ; 0. Benndorf, ^"iener Vorlegeblàtter^ 
D. I. Cf. encore deus reliefs grecs, Arch. Zeit. 1S62, pi. 163. — 3 Ouant auv monu- 
ments où l'on avait cru voir autrefois Hébé caressant l'aigle de Jupiter ou lui pré- 
sentant le nectar, Stéphani a montré {Attsruhende Berakies, p. 42; Comptes ren- 
du.9, etc. 1867, p. 180) que les artistes ont \oulu figurer non l'épouse céleste 
d'Hercule, mais bien Ganyniède. Celle opinion est confirmée par Overbeck, Kunst- 
mythot. H, 547. — i Apollod. H 7, lin. — i> Mnascas, ap. Aelian..Va(. Anim. .XVH, 
46. — 6 Pans. I, 19, 3.-7 Corp. inscr. att. II, 581 ; "E^r./.. ijj.. 1884, p. 170, 
1. 58. .M. Jules Marllia. Sacerdoces athéniens, p. 168, pense que cett^ inscription, 
de provenance inconnue, se rapporte au sanctuaire du Cynosargc, tt doit être 
attribuée au dème de Diomêia, et non, comme Fa fait Koebler, à celui d'Aixonè. 

— « De nat. deor. XXXI, p. 183. — 9 P. 368 de son édition de Cornutus. 

— 10 Quaesl. gr. p. 304 e. — " Mionuel, Méd. ijr. et rom. t. III, p. 403, n. 20; 
p. 405, n. 44. — 12 Slrab. Vlll, 6, p. 382. — 13 Koscher {Juno und ffera.p. 25, 
84) la rapproche également de Pandia, fille de Zeus et de Séléué ; Welcker [Griech. 
Gôtterlehre, I, p. 370) de la Dea. Dia des frères Arvale?, déesse de la fécondité 
terrestre. Gcrliard [Griecli. Myth. % 559) voit en elle une divinité du printemps, 
analogue à Ivorè et à Aphrodite. — 14 II, 13 ; 3, cf. H, 12, 4. — lo A rapprocher de 
tJaD\iucde, écbausou des dieux. — 16 Est-ce en raison de ce caractère que, d'après 



il renouvider la eiuironne de la déesHe, Cel attribut, ijui 
curueleriso d'ordinaire les diviniléndu cycle dionysiaque, 
perinel-il cependant do conclura, mal|<rô le tsilence de 
l'ausanias, qu'Ilébé-Gaiiymèda était A Sicyone la compa- 
gne de hionysos" .' Kl, d'autre part, duit-oii reconnaître 
llébé dans toutes leK déesses jeunes, couronnées de 
lierre'.' Lue terre cuiti- du musée de Fterlin", ri'présen- 
lunt une déesse ailée i|ui lient le proelioos et la pliialè, 
et dont la léle parait couronnée do feuilles de lierre, est 
vraisemblablement une llébé; mais un monuiiienl ana- 
logue, provenant d'un tombeau d<; Mégare, ptjurrail être 
une image d'Ariane ''\ Les représentations d'Ilébé-Guny- 
mèda sont donc assez, difficiles .'i déterminer. 

La déesse de Phlionle avait, en outre, un caractère 
mystérieux. On ne lui avait érigé aucuni; statue, ni dans 
un lieu public, ni même dans un adijlon : un leooî Àoyo; 
donnait l'explication de celle absence d'image'"'. Les 
différents faits que nous venons d'énumérer laissent 
donc supposer que l'Ilébé-Ganymèda, dont on voit la 
léle sur quelques monnaies de Phlionle -', de même que 
l'Hébé-IJia de Sicyone, fut à l'origine une divinilé étran- 
gère, asiatique, confondue plus lard, en raison de quel- 
ques-uns de ses attributs, avec la déesse hellénique de 
l'éternelle jeunesse. 

Kn Atlique, on avait donné le nom à'Héùé à un vais- 
seau^-. P. Decharme. 

IIEC.VTE ('ExyTY,). — 1. GRÈCE. Il n'est pas question 
d'Hécatt! dans Homère. Elle a une place dans la Théo- 
gonie d'Hésiode, mais les critiques voient dans les vers 
qui lui sont consacrés une interpolation orphique. Ce 
n'est donc que peu à peu que s'est formé le type de cette 
divinité, et ce n'est qu'à une époque relativement récente 
qu'elle a dû être admise aux honneurs du culte. Par 
suite, il est tout naturel que la nature de la déesse soit 
très complexe, que l'on trouve dans son essence des élé- 
ments très variés et souvent en apparence contradic- 
toires, diflicilesà expliquer et à concilier. 

Les généalogies ne sont pas d'un grand secours; elles 
sont assez nombreuses, mais peu instructives. Le plus 
souvent Hécate passe pour la fille unique, lAouvoyévïiç ', 
du Titan Perses et d'Astéria, sœur de Lélo'; de là son 
nom très fréquent de nssis^V, ou llz'^rr^U ^- Quelquefois 
Perses est remplacé par Zeus '% ou même par de 
moindres personnages, comme .\ristaios°. Ce n'est pas 
tout : on lui a donné comme parents Zeus et Héra '', 
Zeus et Démêler', Zeus et Phéraia*. Enfin .\dmète a 
passé pour son père", et la Nuit pour sa mère '". Tout au 



Herodot. I.X, i'S, u Hébé >• fut le mol d'ordre donné par les Grecs aux ioniens'? Rosclier 
{Jahrb. f. Philot. 1879, p. 349) a proposé de lire dans ce passage "Uçr.; au lieu de 
"HSt,; . Peut-être aussi est-il téméraire de rapprocher, sur de légers indices, la déesse 
libératrice adorée à Sicyone, de la libeba de l'Italie méridionale. — 1' \^oy. bacchds, 
I, p. 634. — 18 Panofka, Terracott. pi. ix. — '9 Gazette archéol. II. p. 46, pi. xv. 
M. Clianot (F. Lenormanl) remarque qu'.-Vrtane, dans certaines terres-cuites de Tarse, 
a la Stéphane garnie de feuilles de lierre. — 20Pau3. H, 13, 4. — 21 Cette attribution est 
considérée comme très probable par Imhoof-Blnmeret Percy Gardner (jVumi.s»ï. com- 
ment, on Paiisanias, dans le Journal of hell. Stud. VI, p. 80). — 22 Boeckh, Att. 
Seewesen,X.6, 141. — HiBLioGBAeaiE.R.KékuIé, /?e6e, 1867; Welcker. Gn'ecA. Gôtter- 
lehre, 1, p. 369-371 ; Prellcr, Griech. Atythol. 4' édil. revue par G. Robert, 1, p. 498. 
nÉC.\TK. 1 Hesiod. Theog. 426-428; Apoll. R\\od.Arg. III. 1035. — 2 Hesiod. 
Theog. 409 sq. ; Uymn. Borner. IV. 24 sq. ; Apoliod. I, 2, 4 ; Lycophr. 1177; 
Schol. Apoll. Rhod. III. 200 ; Diod. IV, 45 ; Cic. De nat. deor. III, 18. — 3 Orph. 
Bym. I, 4; Apoll. Rh. III, 467, 478, 1035 ; IV, 1018; Val. Flac. VI, 495; Lycophr. 
Alaxnndrea, 1175; Non. Dionys. XIII, 535 ; Ovid. Met. Vil, 74; Sencc. .uêd. 814. 
— >■ Schol. Apoll. Rh. m, 407, 1035. — ■> Schol. Apoll. Rh. III, 467; cf. Roscher, 
Ausfùhrl. Lcxicon der iVythol. p. 548. — Schol. Theocr. Il, 12. — 7 Ibid. ; cf. 
Eurip. Ion, 1048. — » Schol. Theocr. II, 36 ; T/cli:. Lycophr. 1 180. — 9 Hesych. s. v. 
■AS;ir,roj xopr.. — 1» Schol. ApoIl. Rh. III, 467. 



IIKC 



40 — 



HEC 



plus pcul-on inférer de ces traditions, puisqu'on lui 
donnait la Nuit pour mère ( 'AçTï,p!a nVsl pcul-tHre 
qu'un synonyme de Xû; et divinise la nuit éloilée) 
qu'Hécate est une divinité dv la lumière nocturne, une 
divinité lunaire, et ])uis(]u'('lle passai! ])our lilic de Démê- 
ler, une divinité elillionienne. Cela n'apprend (pic bien 
peu de chose. 

Ilvcatc. simple. — Il nous semble qu'Artémidore, en 
opposant Hécate à un visayr, [j.cvc.7:ç.occ>:to;, i\ Hécate à 
Irais visages, Tsizposw^roç ', nous donne une indication 
plus précieuse. U y a en vérité deux Ilécates distinctes; 
que les textes anciens ne les confondent pas toujours, 
que les monuments ligures les séparent, cela va de soi. 
L'une, la [xovo^ipclTwTro;, a les rapports les plus étroits 
avec Artémis et s'identilie très souvent avec elle. Eschyle 
dans les Suppliantes, Euripide dans les Plahticiennes, 
pour ne citer que des classiques, ne laissent subsister 
aucun doute à ce sujet. Ce dernier appelle Hécate fille 
de Lélo ; cela correspond à la réalité même du culte dans 
beaucoup de villes, comme Athènes, Ëpidaure, Délos-. 
Les peintres de vases sont d'accord avec les écrivains : 
on voit quelquefois les deux déesses figurées à côté l'une 
de l'autre dans le même costume, avec les mêmes attri- 
buts', si bien que les commentateurs hésitent souvent, 
dans telle scène où l'une des deux déesses peut figurer 
avec autant de raison que l'autre, à se décider pour 
celle-ci ou pour celle-là, tant la ressemblance est grande • . 

Mais il faut bien remarquer que l'Artémis confondue 
avec Hécate n'est pas Artémis en général. On sait de 
combien de personnes diverses est formée la déesse que 
l'on désigne sous ce nom unique [diana]. C'est exclusi- 
vement l'Artémis lunaire, îaSo^opo;, porteuse de torches, 
ou çojccpôpoî, porteuse de lumière. On devait s'y attendre, 
puisque le nom même d'Hécate, "ExiTYi, n'est autre 
chose que le féminin d'^Ey.aToç, l'épithète ordinaire du 
dieu Soleil. 11 indique nettement qu'Hécate, comme 
Artémis, est une déification de la lune, étant donné que 
par une image de poésie populaire la douce et pâle 
lumière de la lune s'oppose à l'ardeur brillante du 
soleil, comme la grâce de la femme à la force de 
l'homme. Hécate, en ce sens, est comme un double 
d'Artémis. Rien d'étonnant à ce qu'elle se confonde avec 
elle, qu'elle ait des attributs communs, des surnoms 
communs, qu'elle remplisse souvent le même rôle, et 
qu'il soit parfois difficile, en étudiant les monuments 
figurés, de ne pas les prendre l'une pour l'autre. 

Ainsi l'une et l'autre portent soit deux torches, soit 
une seule torche, ce qui leur vaut à toutes les deux la 
même épithète de cfoxy^/opoç % et tantôt à l'une tantôt à 
l'autre des épithètes synonymes, comme treXao-cpopoç, 
oaSoû/oî, à|jLï/tiT'jioç '''. L'une et l'autre s'appellent ay-j'iÀo;, 
sans doute messagère du jour ''. Le rapprochement 
peut être poussé plus loin. Dans la Théogonie, à travers 
la litanie en l'honneur d'Hécate, dans l'hymne orphique 
qui lui est consacré, ailleurs encore, on relève de nom- 
breuses expressions qui toutes marquent le caractère 



1 Artemid. II, 37. — 2 Aescli. Suppt. 676; Euripid. Phoen. lit) ; cf. Roscher, 
/.exic. p. I09C, p. 57i ; Corp. iiiscr. ait. I, Ï08 ; •E=r,.». àf/a.o).., 1885, pi. il, n' 12. 

— 3 Voy. par exemple, De Wille et Lcnornianl, Élite céramogr. Ill, pi. tviii. 

— * Voy. p. e\. Iltid. III, pi. xxxvii. Les commcntaleur^ liiSsilcnt entre Cor»?, Arlémis 
et Hécate ; cf. pi. lxx. — i» Arlémis suct^ôj'.;, lùirip. IpUig. Taur. 21 ; l'aus. IV. 
31, 10 ; Hécate çw^sôçc;, Arislopli. T/iesm'iph. 85 ; Eiirip. Ifeletl. 569 : Schol. 
Theocr. II, 12; Corp. inscr. ail. Il, -132.— •Asisi-jfo;, Sopli. Trncfi. 214; cf. 
Oed. Tyr. 207 ; ci/.ai=Jj«;, Paus. I, 31,4; S«SoI/,o;, Schol. Theocr. II, 12. — 7 He- 



bienveillant de la déesse. Elle est dite expressément 
aimable, i-^xv^f^ ', et bonne, i'j/.oA(vr^ '. Or ce caractère 
est aussi très souvent celui d".\rlémis. Hécate, suivant 
Hésiode, reçut d'abord de Zeus puissance sur la terre et 
sur la mer'". Insistersur le premier point, et rapproclicr 
Hécate d'Artémis serait naïf, car alors il faudrait la rap- 
procher aussi de bien d'autres ; mais pour le second, il y a 
lieu de remarquer qu'Artémis fut très souvent adorée 
comme déesse marine; il suflit de rappeler (ju'elle pro- 
tégeait tout spécialement nombre de villes marines et 
d'énumérer ses surnoms, 'Ax-zix, Uixç,x>J.x, Aiiaîvoçkottoc, 
liùiropia, 'ExÊJtTYjÇi'a;, \y,?(I7ccùoç " . Hécate, elle aussi, pro- 
tégeait les marins et leur donnait de bonnes traversées 
sur la mer orageuse'-; elle se plaisait dans les ports, si 
l'on en croit son épithète de ZÉa ". En tant que TrpoTroXtç, 
de même qu'.\rtémis, elle protégeait toutes les cités". 
Qu'elle favorise un mortel, celui-ci l'emportera à l'as- 
semblée; mais Artémis inspire aussi les orateurs sous 
le nom d' y.-rop.(c/. ''', et les assemblées sous celui d'ài-.c- 
ToCoûXv,, de pouÀa''a '". Quilécate le veuille, elle donnera 
la victoire et la gloire; mais Artémis est souvent, elle 
aussi, adorée comme déesse de la guerre, ainsi que de 
la paix''. Hésiode semble cependant prêter à Hécate une 
bienveillance qui lui est spéciale envers les rois qui, à son 
gré, peuvent devenir des parangons de justice'* ; mais 
ce rôle, ne sommes-nous pas en droit de supposer qu'il 
rentrait aussi dans les attributions d'Artémis àptoroêoûX-r,? 
Hécate se montre encore favorable aux chasseurs, 
quoique parfois elle leur dérobe leur proie " ; elle devient 
elle-même chasseresse ; c'est la déesse qui pousse les 
chiens, xuvîycTixY, Oéoç, et l'on n'est pas trop étonné do 
voir, dans l'hymne orphique, qu'elle aime la solitude et 
les montagnes, et qu'elle se plaît à poursuivre les cerfs-". 
Rien que de tout naturel alors à ce qu'elle soit plusieurs 
fois représentée dans le costume même d'Artémis Agro- 
téra, robe courte, bras et jambes nus, hauts brodequins de 




Fig. 3738. — Hécate dans les Eorcrs. 



fatigue-'. La figure que nous publions, d'après un vase 
deCanosa qui représente une scène des Enfers (fig. 3738), 



sycli. s. i'. ; DIANA, lig. 2350.— 8 Hymn. Orpli. I, 1. — » Elym. Magn. s. v. ; cf. 
'ExàTr. ouTsîçr, (Steudingap. Roschcr, Lexic. p. 1886, 5 d et 1892,2). — '<• Hesiod. 
T/ieog. 411 sq. ; cf. Hymn. fh-pli. I, 2. — » diasa, p. 149. — «2 Hesiod. Ibid. 

— 13 Hesycli. s.v. — !'• l'rellcr, firiech. .Vytitol. 259, note 2. — lôSoph. Oed. Tyr. 161. 

— 16 Plut. Them. 22; De Herod. malign. XXVII : Corp. inscr. gr. n"- 112, 113. 

— 17 DIANA, p. 147. fig. 2382, 2383.-18 Hesiod. /. l. — 19 Ibid. — 20 Voy. Sleuding 
ap. Roscber, Lexic. p. 1897 ; cf. Orph. ffymn. I. v. 5, 'E. (n<jA«xTTt;, v. 4, oàtçTjnoî, 
V. 7, oioiaiaoTt.;, V. 4, «vailsni., iAùjot»!. — 2' Vov. Rosclicr, lexic. p. 1920. 



iii.i: 



i7 



IIRC 



.1 |iii iHi'f prisit |ii)ur unit P.riiiyo, iiiiiis m un la ci)iii|uirc i\ 
iiutt li^urii vuisino, (|ui coIIl>-Ii\ iu< peut-tHnt i|u'unu lUrinyo, 
on i'hI Iciili' tli- sniijîcr Ideii pluliM il iioti'c iltMisse, l'ur sou 
uttiluilit !'>( calnio, sou i'iimIuuic plus rii-lic, su chttvi'Iui'C 
plus n(il)l)>, L'I les torclius uut rt'inpiacé, dans ses uiuins, 
If l'iiut'l ri la laiiri' (|ui' l'I'lrinyï' liraudit cunlro Sisyplio '. 
Ou pi'i'lciid luihiic i|ii il \ a i|iii'li|ucs rcprcsculalinusd'llt^- 
i-uli'chnssorossi', purtaut Turc el lecanjunis'; mais M. l'c- 
lei-sou, ()tii a l'ait une t-ludc parliculière do rt'prcsiMita- 
liiius lij;urt't's d'Ilfcal»', aflinin' iju'il n'eu connail pas '. 

C'est ciuoi-i) on tant i|ue déusso lunaire qu'Hécate, 
aidt'e d'Hermès, favorise la naissance et la croissance des 
troupeaux, Ixeuls, moutons et chèvres'; c'est aussi 
■^ans doute comme ideiitiliëe avec Artémis, car Artémis 
sous sa l'orme de chasseresse veillait à la multiplication 
des aniujaux, surtout du ^ihior, et sous la forme orien- 
tale ir.\uaïtis, de l'ersi([ue, si l'on admel décidémenl 
1 Artëmis persii|ue aux honneurs du Panthéon ^rec, on la 
sait et on la voit sans cosse entourée d'animaux \ Il ne 
faut pas oublier sou nom de -oXySoix ''. Dans le même 
sens, à peu près, Hécate est dite, dans l'hymne orphique, 
protectrice des bouviers, pouxôXw EÙjtsvÉouiav''. 

Il y a plus, Zeus a fait Hécate y.cjpo-po^o;. c'est- 
à-dire nourricière, protectrice des enfants 'i c'était là un 
rôle cher à Artémis, comme en témoignent si nellement, 
en particulier, le culte de Brauron' el les épithètes 



si^nilicatives -nloixi: 



TX'.oorsoio;. x'>;'jOaÀÀ''z 



Hécate 



se confond même avec Eileithyia" et Génétyllis '-, et 
préside aux accouchements ; n'était-ce pas une des 
attributions préférées d'Artémis, que l'on invoquait sous 
les noms de XuotXwvoç ", de loytîx, jxoYoïrrôxoç, (jotoSiva, 
et qui elle aussi portait le nom d'Eileithyia'"? 

D'aulrcs faits viennent se joindre à ceux-là. De même 
qu'Artémis âvoSia [diana, p. 148], Hécate lvoo;a ou sivoot'x 
offre son appui secourable et sert de guide à qui voyage 

dans la nuit' ■; elle mérite alors 
un autre surnom, ouXax/j ou 




oûXaç, gardienne '°. C'est à ce 



titre, sans doute, qu'elle a soin 
d'éclairer la route de Déméter 
errant à la recherche de Coré 
ravie par Hadès'', et lorsque 
les Grandes Déesses confient à 
Triptolème la sainte mission de 
répandre à travers le monde le 
don du blé, elle est là, devant 
le char attelé de serpents, por- 
tant des torches enflammées 
pour dissiper devant lui les ténè- 
bres. Les peintres céramiques, 
qui si souvent ont traité ce 
sujet avec amour, n'ont eu garde 
d'oublier notre déesse que sa 
jeunesse, sa beauté, sa parure, sa naissance aussi, 
puisqu'on la dit fille de Déméter, font l'égale des divi- 
nités qu'elle accompagne (fig. 3739)". 



1 Milliii, Tombeaux de Cniiom, pi. m. — 2 Roscher, p. 18',)7. — 3 Pelcrscn, Die 
ilreigeslallige Hecati^, m JSlitlh. aus Oeslerreich, IV, p. 143. — * Hesioil. /. l. 

— 5 DIANA, p. 153. —OOrph. Uyma. XXXVI, 14; Callini. Uijmn. in Artem. 130. 

— I Orpli. Hi/mn. I, 9. — 8 Hesiod. Ibid. — 'J L'hymne orpliique (I, 6) appelle Hécate 
Tît'.taô-'iî.'i;. Or, on sait quels sont les rapports d'Artémis tauriqiie ou tauropole avec 
Arti-mis Brauiouia. — IOdiaxa, p. 141-142. — h Ovp/i. Hijinn. 11, Tsq. — '2 Hesycli. 
s. V. — n P'.ul. Quaest. com: 111, 10 ; Scitol. Apoll. Kh. 1, 288. — 1» dia.\-a, p. 134. 

— lô Paus. II, 30, 2; Bull. corr. hell. Vlll, p. 00, n" 14 (Phèrcs en Tlicssalie). 



Fig. 3739. — Hécate éclairant 
Triptolème. 



1,'idonlilicalioii d'Ilecalu avec Artémis entraîne uatu- 
rellemenl son assimilulion A <|ueli|Ui!H-uncii dos divinili'-s 

idenliliècs elles-iiiè s avct; la sd'ur d'Apollon, .\insi 

llè-,iiide prétendait qulpliigcnie fut cliangicpar Artémis 
en Hécate, lor8(|uelle fut soustraite au couteau de 
Calchas '"; mais Ipliigèuit; elle-même u'élait (|ueIqucfois 
(ju'uno forme d'Artémis ; Artémis Ipliigénie i-tail adorée 
à Hermiime, el Mésychius l'idcnlille avec Artémis Ortliia 
de Laconie '". 

A plus forte raison comprenons-nous qu'Hécate ail été 
confondue avec Séléné, i|ui était pour les (irecs la Lune 
sous sa forme la plus simple cA la plus pure". Artémis, 
Hécalo, Séléné, auxiiuelles on ajoutait parfois Mi-né, en 
arrivèrent à former une seule divinité en trois ou rjualre 
personnes étroitement unies ^-. 

Ces assimilations, ces combinaisons tic plusieurs 
déesses d'essence identique ne datent certainement pas, 
comme on le dit en termes trop généraux, de l'époque 
du syncrétisme religieux ; elles ne sont pas seulement 
l'œuvre exclusive des Orphiques. Dès la plus haute anti- 
quité, les cultes répandus dans les peuplades de la (irèce 
ont confondu leurs éléments communs; chaque ville a 
emprunté aux villes voisines des traits de leurs dieux 
pour les prêter au.x siens, et souvent môme, de bien 
loin, se sont introduits dans telle ou telle cité des dieux 
avec qui les dieux indigènes avaient des analogies plus 
ou moins frappantes. Il en a été ainsi pour Hécate. 

Il faut noltit, en particulier, avec quelle facilité et 
quel succès elle s'est introduile dans la religion éleu- 
sinienne, combien aisément elle est devenue l'amie, la 
suivante, même la fille de Déméter, et cela de très bonne 
heure, puisque déjà l'hymne homérique à Déméter lui 
donne un n'ile dans le mythe de l'enlèvement de Coré, 
le rôle d'-fiYetiovY,, conductrice. Plus tard, il fut fait 
un pas de plus; Hécate fut positivement confondue avec 
Perséphoné -^ et devint l'épouse d'Hadès -•. 

Nous avons dit avec quelle complaisance les peintres 
de vases ont représenté l'Hécate Éleusinienne, toujours 
sous la forme ulovottoôkottoç - '. Mais l'Hécate simple, pour 
l'opposer à la triple Hécate, a bien d'autres fois servi 
de sujet aux artistes. II semble que ce type soit de 
beaucoup le plus ancien. Pausanias mentionne un 
xoanon d'Hécate, c'est-à-dire une idole de forme très 
primitive dans le célèbre temple que la déesse avait à 
Égine; c'était l'œuvre de Myron ; il insiste sur ce fait 
qu'elle n'a qu'une tête et qu'un corps -^. C'était plutôt 
une image debout, les bras collés aux flancs, dont le 
corps raide était sans mouvement el sans vie, qu'une 
statue analogue à cette terre cuite trouvée à Athènes, 
qui porte une dédicace à Hécate -', et que rien, sans cette 
dédicace, ne distinguerait de toutes les figurines archaï- 
ques représentant des déesses-mères. C'est aussi à l'art 
archaïque que se rapporte une Hécate peinte sur une 
amphore à ligures noires du Musée Britannique. Derrière 
Hermès, à cheval sur un bouc, et devant lui sont deux 
femmes richement vêtues, la tête serrée d'une bandelette ; 



— Il' Schol. Tlieoc. 11, l:i; cf. Roscher, Lexic. p. 1801. — 17 Htjmn. hom. Drmet. 
Sisq. — '«il/onum. rfe/. /iw(. 1, pl.4,— lOHesiod. 'Hi.vt.i.rr. 103. —20 Paus. II, 33, 1; 
Coi'p, t'tMcr.gr. ÏI,p. 69; Hesycli. s. u. *I=iï£v£tK. — 2iÀ'c/io/. Theocr. II, 12. — 22Ros- 
clicr, Lexic. p. 1900. —^^Ibitl. p. 1898, II, 1. — 21 Soph. Xnliij. 1 199 elScliol. — 2i Ces 
monuments sont énumêrés eu particulier dans Roscher, Lexic. p. 1899-1900. Voyez 
surtout De Witle et Lcuorniant, Blile cèramogr. 111, pi. xxxvn, i.vh, lviu, lxix[, lxx 
(elle tient un seuMlauibcau de la niaiu droite. La scène représenterait l'initiation des 
Uioscures aux mystères d'Élcusis). — 25 paus. II, 30, 2. — STArch. Zeil. XL, p. 205, 



IIEC 



48 — 



Il KG 



elles porlcntcliacune deux courles torches. F^'une des deux 
au moins est Hécate'. Il n'est pas étonnant de la ren- 
contrer auprès d'Hermès qui, comme elle, s'est introduit 
dans le cycle éleusinien. Ce n'est pas du reste le seul 
monument où on les voit ensemble. 11 faut aussi recon- 
naître Hécalo dans la petite tlgure de dèes>e portant des 
torches qui parait en même temps qu'Hermès Cadmilos 
sur un certain nombre de bas-reliefs relatifs au culte 
d'Eleusis. Tanti'itelle est figurée sur un des pilastres de 
l'édicule où est enfermé le principal sujet, lantiH dans 
l'édicule même, mêlée aux personnages, ou à l'arrière- 
plan, présidant à leurs actes-. 

ÎS'aukvdès et Scopas avaient sculpté des statues d'Hé- 
cate, le premier de bronze, le second de marbre pour 
un temple de la déesse à Argos '. Ce sont les seules 
mentions de statues de ce type que fassent les auteurs 
anciens. De même les statues conservées sont assez 
rares ; la déesse y est figurée soit avec des torches, soit 
avec une phiale et une torche'". Cependant on sait que 
ce type ne disparut pas, et longtemps encore on voit 
Hécate simple sur des monnaies '. La célèbre peinture 
de Pompéi (fig. 2335), représentant les préparatifs du 
sacrifice d'Iphigénie, nous montre, dressée sur une 
colonne, entre deux chiens, Hécate simple, portant deux 
torches, dans une attitude archaïque ^ Quelquefois 
même, ayant à représenter Hécate dans une des attribu- 
tions qui regardent la déesse infernale et non plus céleste, 
les artistes lui donnent un seul corps et un seul visage. 
Ainsi, sur un beau miroir gravé de la Bibliothèque 
nationale, on voit Tantale assistant à la résurrection de 
Pélops. Le héros sort d'une chaudière dans laquelle 
Cérès, assistée par Hécate, lui a rendu l'existence. 
Hécate, sans attributs, ne se distingue de l'autre déesse, 
dont le costume est identique au sien, que par son 
diadème en forme de croissant renversé '. 

Hécate triple. — Le Grec, pendant la nuit, en proie à 
des terreurs subites, se croyait aisément victime des 
divinités infernales. Tout naturellement la lune, dont 
la lueur mystérieuse et pâle, laissant partout où elle ne 
pénètre pas des ombres noires et dures, la lune qui se 
cache, se voile, dont le disque semble une face rica- 
nante et qui a l'air, lorsqu'elle disparait, de plonger 
sous la terre, devait être classée parmi les dieux d'en 
bas. L'Hécate infernale, c'est l'Hécate Tstaos-yoç. Celle-ci 
n'est pas bienveillante, mais méchante. Elle s'identifle 
non plus avec la douce et bonne Artémis, mais avec des 
divinités farouches, le plus souvent venues des pays du 
Nord, où la religion est plus dure, et, si l'on peut dire, 
plus superstitieuse. Ainsi, en maint lieu, on la confondait 
de même qu'Artémis avec 'I'£pï;a, Boiaw et Bevoi; *, et 
avec ces épouvantails, "Eia:iou:;o[, 'Av-ai'a, 'Péa'. C'est à 
ce litre qu'on dresse son image dans les carrefours, ces 
Hécalaia où elle est représentée sous la forme triple, et 
auxquels on offre des repas et des sacrifices, pour 

1 Arcïi. Zeit. I8G8, p. 32 et pi. *} (Stark et Furlwaenglcr y rcconoaissent Hécate). 

— ^Arcli.ZeU. 1880, p. 'J, pi. ii (3 6, 4y); pi. m (3 o, 4ffa), pi. iv(3 j, Su), Conze, 
Hermès Cadmilos. — 3 Caus. Il, 22, 8.— » Voy. Petersen, /. f. p.|l42-l43 ; cf. Roscber, 
/. (. p. 1901 ; E. Miclion, dans les Mélanges d'arcti. et d'/iist. de C École française de 
Borne, XII, p. 408. Je note un fragment d'Hêc-ito •y.-4tT.'jlii,a-'.\ dans II. KaôSaSt'a, 
T\-iT.-.^ T^v I*vixoJ M'.-jç;îr,-j, n" 53 (statuette de marbre, trouvée à Éginu. Le bras droit 
el la tête mani^uent; lebra* ganclie, cpllûau corps, tient un long fragment de torche (?), 
le bras droit une phiale. I.e vêtement se compose d'une tunique talaire el d'un hima- 
lion). — s> Voy. Roschcr, Op. laud. p. 1901. — s dia.v», p. 135, note 134. 

— T De Wille, Bull, arctieol. de V Atltenaeum français, juillet 1855, p. 63 = 
Gerhard, /îtritsk, Spiegel, IV, pi. ccciii ; Babelon, Bronzes de la Biblioi. nat. 
p. 538. — 8 Koschcr, £cxic. p. 1897, 2.-9 lljid. p. 1898, 2. — W Steph. Byi. 



l'apaiser et se la rendre favorable. De là son épithète 
caractéristique, tç.'.o5!t;ç '". Ces cérémonies ont lieu au 
moment de la nouvelle lune; on les ap|)elle 'V.y.ârr^- 
oîï^Tva, 'ExzTaiï, 'Ex^ty^ïu " ; ils consistent en dons de 
pains, de gâteaux de miel, de poissons, surtout de ceux 
qu'on appelait T^l-fXxK ou -pivXsos; ou [AaiviOE;, et aussi 
d'œufs et de fromage'^. Les victimes qu'on lui immole 
sont des chiens '% parce que le chien hurle à la lune el 
qu'il est l'animal préféré do la déesse". On profilait du 
reste de ces cérémonies populaires pour purifier les mai- 
sons que l'on nettoyait et balayait, et dont on brûlait les 
balayures devant l'idole de la rue; c'était la cérémonie 
appelée o;'j'J0;jMaet-£&!'7Z'jÀay.!!7u.o;''. Le culte des Hécalaia 
était tout populaire et en quelque sorte domestique, 
puisque non seulement au croisement di; toutes les 
rues, mais presque devant toutes les portes se trouvait 
une idole de ce genre, à côté de l'Apollon 'AYuteûç". 
C'est sans doute cela qu'il faut entendre par les noms 
qu'on lui donne de -ioOuia'y. et, par suite de xÀs'îoj/c;, 
porteuse de clefs, bien que ce dernier la désigne surtout 
comme chargée des portes de l'Enfer, comme la portière 
d'Hadôs, une sorte d'Iris du monde d'en bas". La clef 
est un des attributs les plus fréquents que les artistes 
donnaient à Hécate. Nous en présentons ici un exemple : 




Fig. 3740. —Hécate gardienne des maisons. 

sur une lampe, on voit Hécate, entre Artémis et Séléné, 
portant une clef et une corde (fig. 3"40) ". 

Le culte que rendaient à la déesse des villes ou des 
États affectait tout naturellement une forme mystérieuse ; 
M. Steuding a relevé toutes les traces de ces cultes 
dans le monde antique : on le trouvait en Asie Mineure, 
à Stratonicée, à Lagina, à Héracleia du Latmos, à 
Aphrodisias, Antiochia, Tralles (où elle était réunie 
à Priape), à Cnide, en Carie; à Sidyma de Lycie, à 
Aspendos de Pamphilie; en lonie, à Milet, à Éphèse, à 
Colophon, à Samos ; en Phrygie, à Apamée,.Ezani, Appia 
(ou .\ria ?) près d'iEzani, à Cotiaeon; en Lydie, à Mas- 

s. !'. t;coSo; ; Athen. VII, 126; Plut. De fac. in orbe lunae, xxiv. — " Poil. I, 
37; steph. Byi. s. o. — '2 Aristoph. Plut. 594 sq. et Schol. ; Athen. XIV, 53 : 
Harpocrat. s. o. •ExàTr.; vij^o;; Athen. VII, liS. 127, 02; VIII, 57; Luc. iJial. 
mon. I, I : XXII, 3. — 13 Paus. III, 14, 9; Scliol. Tlieocr. Il, 12; Eusialh. ad 
Hom. Od. III, 274; Hesych. s. v. 'ExiTr.; iya'i.;» ; Tlicophr. Caraet. IC ; Julian. 
De mal. deor, 2 ; Plut. Qnaest. rom. lii el cii. — ''• Non. don. III. 14 

('E. =àoffaJA7.l); Orpfi. Hljmn. I, 5 («uVaicTTi;). Hcsychius, s. r. 'ExiTr,; S.-[9.'i.'^(i, 
dit qu'on représentait parfois la déesse avec une tclc de chien. — lî» llarpocr. 
Phot. s. i'. ôEjtin'.tt ; Poil. V, (1)3; Plut. Quaesl. cône. VII, 3. — l» Aristoph. 
Yesp. 804. — <■ Roschcr, Lexic. p. 1885, 2; cf. p. 1901. — 18 Passeri, Lucer- 
nae fictites, I, pL xcvii = MucIIer-Wieseler. Denliin. tler all*rn Kunst, II, 
n° S94 a. 



iiim: 



— il) — 



IIKC 



luuni, Suiynio ni Tliyiilirt'; fi» M\-<ii', A Cyziiiui-; iliiiis 
los C.ycliiUcs, il TluTii, llniuli>s-Nt^si)s, Di'liis, AiidniH; !i 
K(;ini'; il .\rp)s i-l l^pitlaure; l'ii Arcuilio, h Mi'lliviliiun 
(uni» i\ lli'rmùs) ; ii Ulympii", à Salaiiiiiiu', ii Atliiucs, 
Rlfusis cl Aurur; en Tliessiilio, ii I'Ikmcs; i\ SiiuiulliracL- 
ol il Hy/.aiuo; fii llaliu ii iariMilf, llip|ioiiium (dans le 
llnilliuin', i\ Syraiiisc; ciiliii en Miiiiiii', i\ C.yn'Mii', (mi 
Kgypic l't au nord du l'oiit-liuxiii, sur une iiii»iilat;ni! 
appolétt AXoo; 'KxiTï,;'. Ceux do eus eullcs (|U(! nous 
connaissons le micuv donnaiciil lieu à ilcs ccrciiioiiics 
niyslcricuscs. A Samolliracc on en célciuail en I lion- 
niHir d'ilccale, en nièni(^ temps i|u'en l'Iionneur des 
t:oryl>anlcs, dans une f;i-oUe, l'antre Zeryntliien -'. Le 
culte d'I'lgine, (jui passait pour institue par Orphée, 
était de même nature ', ainsi sans doule (|uc celui de 
i'ili' d'Hécate, près de Deios •, et c'étaient aussi des 
mystères ipie les l'èles de Lagina, en Carie, où Hécate 
avail un de ses sanctuaires les plus anciens et les plus 
révérés '. Comme il nous est bien connu par des décou- 
vertes récentes, nous en dirons ([ueUiuos mois. 

Laissons décote riiisloire du lemple, après avoir noté 
qu'il remontait à une très haute anti(|uilé, comme le 
prouvi'nl les réclamations des Layiniens en faveur de 
leur droit d'asile, lors de la grande enquête de Tibère', 
et que le culte y fut très longtemps florissant. 11 accueillit 
volontiers des divinités do tout ordre. .\ cùlé des mys- 
tères d'Hécate, on célébrait lii des mystères de 
Dionysos', et l'on voit le culte de la déesse uni d'abord 
il celui de la déesse Rome, puis ii celui des empereurs*. 
Le prêtre principal s'appelait tout simplement ispsiJ; ; il 
pouvait du reste s'associer des membres de sa famille; 
sous ses ordres ou à côté de lui était la prêtresse, îéps'.a, 
la xXs'.oosùGo;, ou porteuse de la clef, le néocore, le 
cosmophore, chargé de porter les ornements destinés à 
parer la statue d'Hécate, enfin le mystagogue, l'épimé- 
lèle des mystères, et le -xpaTroix-o;, dont les attributions 
ne sont pas bien certaines. Les mystères, pour la 
célébration desquels étaient institués les mystagogueset 
les épimélètes, étaient des fêtes annuelles, différentes 
de beaucoup d'autres célébrées plusieurs fois par an, et 
portaient le nom caractéristique de x.Xc.i.o6z ■ko^tz-^ ou kyotyr,- 
Il y avait, en outre, des fêles quinquennales, pendant 
lesquelles on offrait des jeux, superbes aux habitants de 
Lagina, de Stratonicée, et aux étrangers accourus en 
grand nombre. Les cérémonies proprement religieuses 
consistaient, outre la procession de la clef, en sacrifices, 
chants d'hymnes à la déesse, et sans doute aussi scènes 
d'milialion'. 

La triple Hécate était donc une divinité chthonienne ; 
de fait, elle reçut l'épithète de yOovfa '", et l'on voit 
l'importance du culte qu'elle recevait ii ce litre. Nous 

I Roscher, Lexic. p. )SS5-I888. — 2 Schol. Aristoph. Pax, 277; Slrab. X, 3, 20; 
Suid. s. V. Zt.jÙSiov. Voy. Rosclier, Lexic. p. 1893. — 3 Paus. II, 30, i.—' Dans 
celte ile, le culte d'Iris semble a\ûii- remplacé celui d'Hécate. Nous avous du reste 
vu Iris confondue a^ec Hécate, et l'épithète ^.\vve>.o; donnée à l'une et à l'autre. N'ou- 
blions pas non plus la place qu'Hécate tenait dans les mystères d'iileusis. — ^ MM. Gas- 
ton Deschamps et Georges Cousin ont donné (Bull, de corr. hell. XI, p. 373, noie 2) 
une bibliographie étendue du sujet. Les plus importantes découvertes à Lagina 
sont dues i MM. llauvcUe-Bcsuault et Dubois, Ch. Cousin et Cli. Diehl. alors membres 
de l'École française d'Athènes. — Tac. Xnn. III, 02; Dio Cass. XLVllI, 28 ; cf. 
Bull, decorr.heli. 18S5, p. 471 sq.— ''Bull, de corr. hell. 1890, p. 369.— ^ Ibid. 
1887, p. l!il. — ^ Ibid. p. 36 sq. — 10 Arisloph. fr. bOO Kock; Thcocr. Il, 12; Plut. 
De def. oracul. 13; Kaibel. Epirjr. gr. 1136, 5. -— " Koscher, Lexic. p. 1893, 2. 
— 12 Schol.Theocr. (. ;. ; Hijmn. //ow. V,440: cf. Orjili. Hymn. I, 3, TjfiS.Siv — " Si 
l'on veut prendre au pied de la leltre l'expression de l'Iiyninc orphique (I, 3), *ru/aV; 
vi.Ouv pii™ ii«x/.tj^iaav. — C'Eurip. Helen. 500 sq. ; Orph. Argon. 398 sq. — lôHesych. 

V. 



avons signalé en passant hos rapports avec lludès. Kilo 
est lii porlièri! de riiiilcr; elle esl lu gardienne de (ler- 
bèro " ; clic a alïiiiro aux morts, iiuisqu'on l'appi'lli! 
vsiTStiiiv ::p'JTïvi; lUI àvïiiï ", qu'elle eelélire des orgioH 
avec eux''', et qu'eUe pi'ul r;iirc apparailri' h'urs ;'imi's 
sur la lerre ". 

Mais, l'Il tant i|Ue dlVllllt<' ilUlIlile, i-lle e^tencore plus 
importanle. A celte coneeplion se rallaclie un grand 
nombre de ses atlribuliuns. lleini! des carrefours, où 
les voyageurs hésitent sur leur route, en proie aux 
mauvais esprits, tandis qut; la simple Hécate les (micou- 
rage et les guide avec bienveillance, la triple Hécate 
leur envoie les fantômes et les monslriis lorrilianls de la 
nuil, lùnpousa'', Antaïa"', avec qui nous l'avons d'ail- 
leurs vue se confondre, et les 'Kxaraia '^ des géants à 
tête de serpent '". tous les démons '''; c'est elle aussi qui 
envoie les mauvais rêves ■". 

Quelquefois c'est elle-même qui apparaît sous le nom 
d'Kmpousa-', en prenant mille formes plus cU'rayanles 
les unes que les autres, chienne véritable, femme ii 
lête de chien-, ou bien lionne, cavale, vache", vieille 
femme géante, des serpents dans les cheveux, les 
jambes terminées en queue de dragon, brandissiuil 
une grande épée ou des torches ^■•. Le tonnerre l'accom- 
pagne ; sa voix se mêle aux hurlements des chiens ■'', 
par exemple de Cerbère qui la suit". C'est le plus 
affreux des épouvanlails. Heureux ceux que de telles 
visions ne rendent pas fous ; comme nous, les Grecs 
croyaient aux Lunatiques -'. 

Une telle divinité n'a pu mettre au monde que des 
êtres redoutables et malfaisants comme elle. De son 
union avec Phorkys, ou Phorbas, est née la monstrueuse 
Scylla-', qu'on nomme aussi Cralaïs ; de son union 
avec Zeus, la farouche Britomarlis-V Ceux de ses en- 
fants qui ne sont point aussi terribles sont des magi- 
ciens : comme épouse d'Aiètés, elle devient mère de 
Circé et de Médée ^''. 

Elle-même esl la magicienne par excellence et elle 
aime la magie. Pour calmer une telle déesse et se la 
rendre favorable, il n'y avait que les incantations. On 
croyait qu'elle habitait dans un angle du foyer des magi- 
ciennes^'; pour la faire apparaître, ce qui était le but 
idéal, il fallait l'appeler sept fois'^'; les torches", la 
toupie^', servaient en particulier d'instruments aux sor- 
tilèges, avec toutes sortes de plantes et d'ingrédients 
mystiques. On peut voir dans Apollonius de Rhodes 
la description de toutes ces pratiques, dont le détail 
sera mieux placé ailleurs" [magica aks]. C'était Hécate 
qui les avail apprises aux magiciennes , ses tilles , 
ses prêtresses ou ses élèves^''; elle connaissait toutes 
les conjurations amoureuses ^', tous les poisons et 

s. 0.-; Etym. luagn. 336, 39-44. — ^ù Hesycll. s. i'. — " Schol. ApoU. Rh. III, 801. 

— 18 Suid. s. 1). 'ExiTr,,. - 1» Arlemid. 2, 37. — 20 Dio Chrys. Or. IV, 168; 
Hippocr. De morb. sacr. I, 392, éd. Kuhn. — 2' Hesych. s. v. — 22 Hcsych. s. i>. 
■Exi-/.; iY«'ï'«- — -^ Porphyr. De absthi. III, 17; IV, 16 ; Hesych. s. v. 'E»i-:r.; 
âl«).iLa; cf. Lucian. PIMojis. 14. — 2'. Lucian. P/iiio/iS. 22.— 2iScnec. iUerf. 840 ; 
Oed. 369. — 20 l.uciau. Pkilops. 14. — 27 .Schol. Arisloph. .Vi(6. 397. — 28Apoll. 
Uhod. Argnn. IV, 827-829. Cf. de La Ville de Mirniont, Les Argonautiqiies (Irad. 
franc.), nol. ad IV, v. S2G ; Rosclier, Lexic. p. 1899. 3. — 2'J Etgm. tiiiigii. 214. 26. 

— 3o' Diod. Sic. IV, 45 sq. ; Schol. Apoll. Rh. lll, 242; Klijm. magn. .il3. 11. 

— 31 Eurip. lUed. 394, •Exirr.v jii/oi; vm'ouanv «iirtt'a; i^f,;.... — 32 Schol. ApoU. 
Rh. III, 861. — 33 Luc. Nelnjimt. 9. J- 31 Roscher, Le.vic. p. 1893. — 35 Apoll. Rh. 
lll, 912-1145; cf.de LaVillo do Mirmout, Apidlaiiius de Bhodes et Virgile, ch. iv, 
tes Tilans et la miigie. — ■"'• Ovid. Melam. XIV, 403 ; VII. 74, 174, 194, 241 ; 
Apoll. Rhod. lll, 231, 478, 529, 738, 842 sq. 915; Schol. Apoll. Rhod. III, 478. 

— 3; Theoc. Il, Schol. urg. et v. 09; Ovid. Heroid. XII, 168; itelam. XIV, 4-1. 



HEC 



— r;o — 



HEC 




Fig. 3741. — l.a Iriple lli'ralo. 



tous les philtres ', toutes les métamorphoses- et laii 
de la vengeance '. 

A cet ordre d'idées se rapporte une série de documents 
curieux, des pierres gravées d'ordinaire, où apparaît la 

triple Hécate magicienne, 
souvent avec une inscrip- 
tion gnostique '. Ici Hé- 
cate est liguréc^ avec trois 
tètes et six bras; deux des 
mains tiennent de courtes 
torches deux des fouets et 
deux des pointes de lance, 
les têtes sont coiffées 
du polos; une inscription 
gnostique se lit sous les 
pieds (fig. S'il)''. Ailleurs 
les fers de lance sont rem- 
placés par des serpents ; 
ù droite et à gauche d'Hé- 
cate se trouvent deux petites figures, à gauche Pallas, 
à droite Némésis ". 

Reste ;i savoir pourquoi l'Hécate infernale et lunaire 
est appelée la triple Hécate, pourquoi elle a trois tètes et 
trois corps, et mérite le nom de toîiaocsci;, ToiTroostDTtoç, 

La plupart des auteurs anciens cherchent une explica- 
tion mystique. Les trois faces d'Hécate, pour les uns, 
signifient les phases principales de la lune, la lune nais- 
sante, la pleine lune et la lune finissante', ou bien, 
avec plus de précision, le premier quartier, la pleine 
lune, la demi-lune. Lorsqu'elle a trois jours, dit le scho- 
liaste d'Euripide, la lune s'appelle Séléné ; à six jours, 
Artémis ; à quinze, Hécate'. Pour d'autres la triple 
Hécate n'est autre chose que la réunion des trois princi- 
pales divinités lunaires, Artémis, Séléné, Hécate'"; pour 
d'autres encore la forme triple indique le pouvoir de 
la déesse sur le Ciel, sur la Terre et sur la Mer, à 
laquelle on a substitué les Enfers ". Enfin, et c'est l'opi- 
nion qui nous semble la meilleure, si Hécate a trois 
corps, c'est qu'elle est la déesse des carrefours. Comme 
elle doit présider à la fois à trois routes, il faut que ses 
regards puissent se porter de trois côtés à la fois ; pour 
que vraiment elle protège ou effraye les voyageurs attar- 
dés dans la nuit, il faut que ceux-ci l'aperçoivent devant 
eux, bien en face, de quelque route qu'ils arrivent. Et la 
forme même de la déesse, par son étrangeté, doit ajouter 
à l'hésitation, à la frayeur superstitieuse de l'homme. 
Celte explication n'est-elle pas la plus naturelle et la plus 
satisfaisante? La triple Hécate est une création de l'ima- 
gination populaire, et le caractère de la déesse et de son 
culte s'accommode bien de cette simplicité. 

L'art s'est emparé de bonne heure de la figure de la 
triple Hécate; il trouvait dans ces 'Exa-ata un motif ori- 
ginal et pittoresque. Si l'on en croyait Pausaaias, Alca- 

1 q.ij^a,,, Hcsycli. ». V. iTTUTifi;; Sencc. Med. 833; cf. Ov. Met. VI, 139; 
Apoll. Rh. III, 529. — 2 Apul. îfel. .\I, 2.-3 Serv. ad Virg. Aen. IV, 609. 

— k Sal. Kciiiacli, Pierres gravées, pi. i..\xxix, n* 68 (Mariette]. — & Amulette en 
pierre noire du Louvre, publié par E. Miclion, Mélang. d'arcfi. et d'hisl. XII, 
p. m, fîg. 6. — C Arch. Zeit. 11^37, pi. xci\ ; cf. un amulette du môme genre, 
plus grand, publié sur les mêmes planches et reproduit dans Rosclier, Lexic. 
p. J909. — '• Roscher, Lezic. p. 1889, 3.-8 Comul. De iiat. deor. 34. 

— 9 Schol. Eurip. Med. 396; Serv. ad Virg. Aen. IV, 511. — 10 Voy. p. 47, 
note 22. — n Euseb, Pracp. evang. IV, 23 ; Plut. Le defect. oracul. XIII ; 
Plut. De Isid. et Osir. XLIV; Virg. Aen. VI, 247. — )2 Paus. II, 30, 2. Sur 
la façon dont on peut se Ggurer la statue d'Alcamènes, voir la discussion de 



-cC±. >^"V 'J^^ .-TU ^/"^ 




Fig. 3742. — La triple Hi''calc'. 



mènes le premier aurait représenté Hécate avec trois 
corps accolés et trois tètes, et cette idole décorait, à. 
Athènes, le bastion du temple de la Victoire sans ailes''. 
Il est certain qu'il ne faut pas prendre cette assertion au 
pied de la lettre. Peut-être seulement Pausanias a-l-il 
voulu dire que l'Hécate k-KiT.w^y.oio:. est le premier Héca- 
taion signé d'un nom célèbre. Dans tous les cas, on 
connaît au moins une série; de triples Hécates qui est 
antérieure à l'u'uvre d'Alcamènes '^ 

Il est d'ailleurs téméraire, dans le nombre très consi- 
dérable d'ilécataia que 
M. Petersen a récem- 
ment énumérés et étu- 
diés ", de vouloir re- 
connaître ceux qui ont 
été directement ins- 
pirés par l'œuvre du 
grand sculpteur atti- 
que. Sans doute ce- 
lui que représente la 
figure 3742 est un des 
plus beaux, de grand 
style et d'excellente 
époque ''' ; celui du Mu- 
sée d'Amiens ne lui 
cède pas beaucoup "', 
et l'un et l'autre sont 
traités avec un soupçon 
d'archaïsme qui con- 
viendrait assez bien à 

Alcamènes; mais que peut-on affirmer, et qu'a-t-on le 
droit de supposer de plus? 

M. Petersen est sur un terrain plus solide lorsqu'il 
groupe toutes ces représentations, dont quelques-unes 
se distinguent assez nettement des autres. Dans un pre- 
mier groupe il place des figures en marbre blanc, hautes 
en moyenne de 0'",35. Les trois déesses sont placées dos 
à dos, les bras collés au corps, tenant des torches, la 
tête surmontée du polos ou du calathos, des chaussures 
aux pieds. Quant au vêtement, il se compose presque 
toujours d'une tunique talaire que recouvre une tunique 
plus courte, avec une ceinture nouée sous les seins, et 
plus haut relevée au milieu du corps que sur les côtés. 
Presque tous ces monuments sont d'origine attique. 
Tantôt les trois figures sont identiques, tantôt un peu 
différentes; par exemple, quelquefois une seule main 
porte une torche ; l'autre saisit l'étoffe de la robe comme 
pour la relever, ou bien, repliée contre la poitrine, porte 
un fruit; souvent cette main, au contraire, tombe natu- 
rellement et tient une phiale. Les attributs changent 
très souvent ; à côté des torches, des phiales, des vases à 
verser, des fleurs, des fruits, on voit les poignards, les 
fouets, etc. A côté d'Hécate paraissent d'autres person- 
nages, Pan, les Grâces dansant autour d'Hécate réduite 

Petersen et Reinacli, Alàum arch. des Afus. de prov. I, p. 107. — 13 n. KaS6aSra. 
n.jrT«. T'.j tûvixoî MojCTti'.j, n" 116-125. M. Petersen ne ferait pas rentrer ces dii 
statuettes dans la série dérivant, selon lui, de l'œuvre d'Alcamènes, mais elles n'en 
prouvent pas moins qu'AIcaménes n'a pas créé le type. lillcs sont d'un caractère fran- 
cliement arcliai'que. affirme M. Cavvadias. — 1' Petersen, Die dreigrstaUiije Hécate 

{Arch. Milth. mis Oeslerreirh. IV. p. 140 sq. et pi. v, v. Vl. vu, cl V, p. 1 

et s. pi. I. n et Ml ; cf. Sal. Reinach, Triple Hécate, marbre du .Musée d'Amiens, 
dans Album archéol. des .Vus. de prov. I, pi. xiiu ; E. Michon, Groupes de 
la Iriple Hécate au Musée du Louvre dans les Mélanges d'arch. et d'hist. de 
VÉcole de Rome, XII, p. 407-42*. — 1= Petersen, /. /. IV, pi. m. — 16 S. Rei- 
nach, /. /. 



iiKi: 



51 - 



IIKC 




KiR, 3713. -- LcH (irti-t'S d 
tfturilo la Iriple MiVatc 



A la loriiM- (J'Ilfiiin-s Inii'pliali- lij;. ;i7i;») ', <>ii vnil 
i-nlri' li's li>;urt<s priiicipuU's ili-s chiens, doH rterpinits. 
M. l'i'lfi'Si'ii a cliulii' (If livs prt'is 
tous <-)-s attriliiils ; (|iirli|ui.>s-uiiH 
s'o\|ilii|Ufiit il'fii\-int>iiiU8, lu toirlic, 
le riiiicl, alli'iliuts de la tpuii^opo; rt 
tli' la •^•.X'vTxjXi;; les poignards syiii- 
ludisi'iil le caraclèro l'urouclic di- la 
di'cssi- iiircrnalc , (iiic li' scrjuMit 
ari'Diiipa^iio iialurclIt'iiiLMit, cuinini' 
11' cliifii ; If vasi! ii verser et la 
pliialf. il laquidle le chien semidc 
souvent iioire, l'uni allusion sans 
(joule à la rosée noelurne ou ii la 
Iraielieur nourricière des plantes ; 
les tleurs el les fruits exprimenl les 
mêmes idées de lecondilé ; Fan et 
les(îri\ces sont des divinités de la na- 
ture agreste dont le rapprochement 
avec la déesse vivilianle est l'orl 
fiimpreliensihle. Dans un second groupe, M. i'elersen 
lait rentrer les statues et statuettes de la triple Hécate 
l'H |>ierre, en hron/.e, les bas-reliefs (sauf celui ((ue repré- 
sente notre ligure 3742), les monnaies, les pierres gra- 
vées. Ce groupe est beaucoup moins nombreux, mais ne 
manque pas d'intérêt, parce qu'il contient des œuvres 
Iraitées avec beaucoup plus de liberté que les précé- 
dentes, et de provenances très variées. Hécate est toujours 
une en trois personnes, mais ces trois personnes semblent 
souvent plus indépendantes les unes des autres; leurs 
attitudes sont plus variées; leurs attributs aussi; on 
trouve par exemple la clef, el la corde ; les coiffures 

changent ; à côté du polos 
parait le bonnet phrygien ; 
les tètes se couronnent de 
feuillages, de fleurons, de 
rayons (fig. 3744) -. Ou bien 
au contraire les trois corps 
se resserrent, s'enferment 
dans une gaine qui se couvre 
de bas-reliefs variés ^ Hécate 
devient une sorte d'Hermès à 
triple tête. Nous connaissons 
même une Hécate non plus 
triple, mais double, qu'on 
pourrait à la rigueur ajouter 
à cette série ', dans laquelle 
rentrent aussi les images 
gnostiques dont nous avons 
reproduit un exemple. 

Après cette longue énumé- 
ration de monuments qui sont d'ordinaire plus intéres- 
sants pour l'archéologue que pour l'artiste, il faut faire 
une place à part à l'image d'Hécate sculptée sur la frise 
des Géants de l'autel de Pergame. La déesse est triple 
sans l'être ; on ne voit qu'un corps, presque qu'une tête, 
et peu de bras. L'artiste, en montrant Hécate de dos. 

I Pelcrscii, /. (. pi. IV. — 2 Ibùi. V, p. 65, AA, a = Rosclier, Lf.rir. p. 1905- 
1906; Righciti, Campidoglio, pi. cxi.iii ; Armcllini, Scult. d. Campid. pi. ccïciv. 
M. Miclioi) a publit^ une (riple Hécalc du musée du Louvre qui so compose simple- 
ment d'une slele Iiermaïquc surmonléc de Irois làtes appuyées contre une colonne 
(/. /. fig. 3). — ^ l'erlersen, pi. i, ii. — i E. Hûbncr. Anlike Bildii'erke in 
Madrid, u» 95. — 5 Overbeck, Griech. Plastik. t» éd. Il, fig. 198 c. Cf. cic.wies, 
fig. 356.'. — 6 piin. .Va(. Hist. XXiX, 58; cf. de La Ville de Mirmont, Op. laud. 




Fig. 3744. — I.a triple Hécate. 




11 réussi a la rendre i\ peine monstrueuse Deux de» 
tètes se perdent, usse/. vugueH, uu ttocond plan, i<l la 
plupart dr-s liras sont ca- 
chés pur le cur|is >'l 1» 
iMiuelier (lig. 3745)». 

11. lto.Mi:. — lli'cale n'a 
pas dans lu mythologie 
romaine lu même iin|icM'- 
lance que dans la mytho- 
logie grecipie. Nous ne 
savons pas si vraimenl, 
comme on l'a dit, lorsque 
Ir-s idées et les croyances 
griicques entrèrent en 
contact avec les romaines, 
Hécate se confondit avec 
la vieille divinité italiote 
Mana-tJénèla''. Le nom de 

Mana, qui se rapproche du Pig. .3-45. - Hécate dan^ laCigantomachic. 

grec Mtjv et Mv'-r,, ne ntius 

semble pas une raison sul'lisante, non plus que ce fait 
qu'on sacriliait des chiens à Mana-Génèta. Des mytho- 
logues font d'elle une déesse de la naissance et de la mort, 
une sorte de Vénus Libitina, plutôt qu'une déesse lunaire". 

Dans tous les cas, en pénétrant à Rome, Hécate n'y 
pénétra que sous sa forme de déesse lunaire et de déesse 
infernale*. Elle est, dit Virgile, puissante dans le ciel et 
dans l'Érèbe". Les poètes la confondent sans cesse 
avec Diane'"; elle est pour eux la fille de Latone ", la 
sœur d'Apollon, ayant avec son frère des temples et des 
prêtres communs'-; il n'est plus aucun souvenir ni de 
sa généalogie ni de sa descendance ; son père Perses et 
sa mère Astéria, les autres dieux ou héros que les Grecs 
lui donnaient pour parents sont oubliés; la monstrueuse 
Scylla n'est plus sa fille ". 

Hécate, d'ailleurs, n'apparaît plus que sous sa triple 
forme et les épithètes qui accompagnent son nom sont 
presque toujours triplex^', triformis '^ , tergemina'^, 
triceps ". Les chiens sont, comme en Grèce, ses animaux 
familiers et ses victimes de prédilection '*. Son culte, 
célébré dans les carrefours, lui vaut l'épithète très ordi- 
naire de Trivia^'^. Il est même intéressant de noter que 
ce mot est employé couramment tout seul pour désigner 
Hécate, mais aussi Diane, si bien qu'il est souvent diffi- 
cile de dire s'il s'adresse à l'une ou l'autre divinité. Ainsi 
des critiques regardent comme particulièrement dédié à 
Hécate le bois sacré et le lac de Némi, tandis que 
d'autres en font un sanctuaire de Diane. C'est que le 
nom officiel était simplement Triviae nemits et Triviae 
lacus [DIANA, p. 154]. Enfin, détail bien curieux, à une 
date assez basse de l'Empire, nous remarquons que le 
mot Trivia s'est employé au pluriel. On a retrouvé une 
dédicace Triviis quadriviis celcrisque dtbus -". Est-ce à dire 
qu'on rendait dans les carrefours, en même temps qu'à 
Hécate, un culte aux démons malfaisants, aux fantômes 
que l'imagination populaire lui donnait pour cortège et 
divinisait à côté d'elle? Le culte des carrefours était 

p. 117. — 7 preller-Jordan, Hoem. Mijlh. 11, p. 71-72. — s Apul. Met. XI, i. 

— OVirg. Aen.W. 247. — 10 Virg. Aen.VW, 774, 778; .XI, 666, 836, 843; VI, 511. 

— 11 Id. XI, 534, 557. — '2 Virg. Aen. VI, 35 ; X, 537, 9-13. — 13 De La Ville do 
Mirmont, Op. l. p. 117. — H Ov. Fast. 1. 387; Episl. XII, 79. — >5 Hor. Od. 111, 
xsn, 4; Ov. Met. VII, 94, 177. — icvirg. Aen. IV, 511. — " Ov. .Vet. VII, 194. 

— is Virg. Aen. IV, 609. — '9 Virg. .len. VI, 35; X, 537, etc. — 20 Corp. inscr. lat. 
V, I, 1863 ; cf. I, II, 5798, Triviae, quadriviac. 



HEG 



— 52 



Il El 



aussi répandu dans le inonde romain que dans le monde 
grec. Les paysans célébraient là, en l'honneur d'ilécale, 
des cérémonies mystiques, mêlées de hurlements el de 
lamentations'. Son image, sous la forme dun Hécataion, 
s'y dressait en bonne place, quelquefois avec des inscrip- 
tions dont quelques-unes semblaient réduire la déesse à 
des r<"iles assez humiliants-. 

Les auteurs latins nous montrent surtout dans Hécate 
la déesse infernale. C'est vraiment la reine des royaumes 
d"en bas, elle domine les ombres, les réfrène et prépose 
des gardiens aux portes des Enfers, par exemple la 
Sibylle, dans VÉnéidc. Rien d'étonnant à ce qu'elle se 
confonde étroitement avec Proserpine'. Mais à ce titre 
elle est avant tout la déesse de la magie. On sait com- 
bien les Romains étaient superstitieux, comme les pra- 
tiques de la sorcellerie furent anciennes che/. eux, et 
comme les pouvoirs publics el les hommes de bon sens 
avaient de la peine à réagir contre les charlatans de 
de toute espèce \ .\ussi n'esl-il pas étonnant que le 
culte d'Hécate ait fait dans le monde romain de rapides 
progrès. Parmi les Hécataia conservés jusqu'à nous, 
beaucoup sont de l'époque romaine et ont été trouvés 
dans des provinces même reculées. Les inscriptions nous 
apprennent que le culte d'Hécate fut surtout répandu 
sous l'Empire et prit à peu près la même extension que 
les cultes orgiastiques venus de l'Orient. Hécate est très 
souvent jointe, dans les dédicaces, à Liber ou Dionysos '', 
à la grande Mère des dieux, au dieu Soleil Mithra, k 
Athis Mèn Tyrannus, à Isis et Sérapis " ; les prêtres de 
ces divinités sont souvent ses prêtres. Mais quelquefois 
ils prennent pour la servir le titre d'hiérophantes', ce 
qui prouve bien que la religion de la déesse avait con- 
servé la forme mystérieuse qu'elle avait en Grèce. Du 
reste, on sait que Dioclétien institua à Antioche un 
culte souterrain d'Hécate; on le célébrait dans une 
crypte où l'on descendait par un escalier de .'56.1 mar- 
ches". C'est peut-être en souvenir de quelque fondation 
impériale de ce genre, qu'on trouve une dédicace, en 
Norique, en l'honneur d'Hécate Auguste ', el qu'à Pré- 
neste un personnage important consacra dans le temple 
de Junon, avec les images d'Antonin (le Pieux?), d'Au- 
guste, d'Apollon, d'Isis Tychè, de l'Espérance, de Mi- 
nerve, de la Fortune Primigena, une statue de Trivia '". 

Pierre Paris. 

HEDXA [dos]. 

HEGEMOIVIA {'il'fi<xv/ix . — Ce mot désigne chez les 
Grecs la prépondérance politique et la direction militaire 
qui appartiennent à la ville principale dans une confé- 
dération permanente ou dans une ligue temporaire. Dans 
le premier groupe nous connaissons l'hégémonie de 
Sparte dans la ligue Lacédémonienne, celle de Thèbes 
dans la ligue Béotienne, celle d'Athènes dans les deux 
confédérations maritimes qu'elle a successivement diri- 

1 Sciv. ad Virg. Ed. iC-27. — 2 Voy. par exemple. Corp. iitscr. lai. I, n, 1966. 
— J Scrv. ad Virg. Aen. IV, 511: VI, 118 ; Xpu]. Me(am. \l, 2. Ccpendaul Lucain 
{{•hors. VI. 700) semble dislingucr les deux dfcsses. — ' De La Ville de Mirmont 
Op. laud. p. U8-I40. — S Corp. inscr. lai. VI, 500, 505, 510, IfiTS. Dans une 
inscription de Dacie on trouve friformi Liberac. S'agit-il d'Hécate ? (Corp. 
iiiscr. lat. I, II, 1093). — f. Corp. inscr. lat. VI, 500, 504, 510, 1675. — ^ Jbid. 

504, 510, 1675. — 8 Preller-Jordan, lioem. nvjthol. Il, p. 4:!5. 9 Corp 

inscr. lat. I. ii, 5119. _ 10 IbUl. .XIV, 2867. — BiDi,ioi;B*pniF.. — S:lioeniann, 
Df Hécate Hesiodea, in Opusc. academ. Il, p. 215 cl s.; Ratligelier, Annal. 
d. Inttit. arch. XII, IS40; Welcler, ('•riecli. Goltcrlehre, I, p. 502 et s. ; II, 404 
et».; Proller-Robcrt, Grieeh. Myihol. I, 321 et s.: Millier- Wiescler, henkmàler 
d. ait. Kunst. II, pi. ixx, lxxi: E. l'clcrsen, Dk dreiyeslallige Uekate dans 
les Archaeotogische epiijrapliisclie Mitlheilungen aus Oesterreich, IV (1880), 



gées [foedus, p. 1200-120i, boeoticum FoiiDUs]. Dans le 
second groupe les principaux exemples qu'on peut citer 
sont les suivants : la confédération de l'Isthme établie 
en 481 après Marathon, renouvelée en 479 après Platées, 
était sous la présidence de Sparte; cette ville eut de nou- 
veau pendant quelque temps l'hégémonie de la Grèce 
après la bataille d'Aegos Polamos ; de 341 à 338, avant 
la bataille de Chéronée, dans la coalition qui réunit 
presque toute la Grèce et les pays voisins contre Phi- 
lippe, l'hégémonie appartint à .Athènes sur mer, à Thèbes 
sur terre ; enfin le pacte fédéral imposé à la Grèce en 
338 à la Diète de Corinthe par Philippe, et renouvelé en 
33ti par Alexandre, donnait l'hégémonie politique et 
militaire au roi de Macédoine [foedus, p. 12001. 

Dans le sénatus-consulte de Lagina, ■\fe.\i.oi\7L désigne la 
souveraineté de Rome sur la Grèce'. Ch. Lécriv.\in. 

IIEGETORIA îplv.nteria]. 

IIEIRGMOU GRAIMIÈ (EtfYfi^oû Ypa?"»!)- — Pollux, dans 
une énuméralion des délits qui ont un nom spécial sans 
qu'il y ait dans la langue grecque un mot particulier 
pour désigner le délinquant, cite r£tpY(ji.d;, c'est-à-dire le 
fait de tenir injustement en charlre privée un homme 
libre et même simplement le fait de lui enlever tempo- 
rairement l'usage de sa liberté individuelle'. C'est ce délit 
que commit Alcibiade, lorsque, après avoir attiré chez lui 
le peintre Agatharque, il l'y retint de force pendant quatre 
mois, l'obligeant à décorer sa maison de peintures -. 

H y avait un cas dans lequel le législateur athénien 
autorisait un simple particulier à en détenir un autre de 
son autorité privée. Quand un mari trouvait sa femme 
en flagrant délit d'adultère, il avait sur le complice de 
la faute un véritable droit de vie et de mort. Il pouvait, 
à son gré, ou bien le tuer, ou bien lui infliger quelque 
supplice humiliant, ou bien exiger de lui une promesse 
d'indemnité pécuniaire. Dans cette dernière hypothèse, 
le séducteur était le plus habituellement privé de sa 
liberté jusqu'au payement de sa rançon, ou jusqu'à ce 
qu'il eût fourni des sûretés pour en garantir le paie- 
ment (£!p/0?,vaL (Ij; [AOi/ov)'. L'sfsYjAoç ne constituait 
pas alors un délit. Il ne serait tombé sous le coup de 
la loi pénale que si le mari se ftU rendu coupable de 
quelque fraude, par exemple en attirant dans un piège 
le prétendu complice de l'adultère, ou bien si la femme 
eût été notoirement une prostituée, ou bien encore si le 
délit eût été commis dans un mauvais lieu '. Dans toutes 
ces circonstances, Vv.-^'(\t.6q cessait d'être juste, et la 
victime de la séquestration arbitraire pouvait intenter 
une action publique, appartenant à l'hégémonie des 
thesmothètes, la Yp^iv, àît'xcoç £(py6T,vat w; txo'.yov. Si la 
YGaç./i était reconnue bien fondée, le plaignant était 
naturellement libéré des engagements qu'il avait pris ; 
ses cautions étaient déchargées '% et, suivant toute vrai- 
semblance, une pénalité, que la loi n'avait pas déter- 

p. 140-174; V (1881), p. 1-84; Rosclier, Ausfilhrliches Lexikon iler yriecfi. und 
rôm. Mythologie^ I. p. 1888-1910; S. Rcinach, Triple //écate, marbre du .Musée 
tl'Àmiens, dans l'Album archéologique des Alusres de prorince, 1, p. 102-108; 
K. Michon, Groupes de la triple Hécate au Musée du Loucre^ dans les Mélanges 
d'archéologie et d'histoire de l Ecole française de lt<>me, -MI (1892), p. 407-424. 

IIEGEMOM.\. ' Bull, de corr. helt. ISSi, p. 443-446 .\, I. 4 et D, I. 32. 

UEIRGMOU GRAl'HÈ. I Onom. VI, 153. — 2 Andocid. C. Alcib. S 18. Didot, 
p.8S; Plularch. Alcih. 10; cf. l'Iict. Lexicon, éd. Porson, p. 670, 9. IK'mosthènc, 
C. Midiam, § 147, Rciske, 562. dit toutefois que le peintre Agatliarriue n'était pas 
exempt de faute; ce qui signifie, d'aprùs le scholiaste de Di'nioslli^ue, 562, 12, D. 
p. 685, qu'on l'avait vu courtisanlunedesmaitressesd'Alcibiade.VoirlIenrj Iloussave, 
Hist. d'Alcib. 1873, t. I, p. .'Î07. — 3 I.ysias, De caede Erat. g 29. D. p. 95; De- 
moslb. In Neaer. § 65, R. 1367. — 4 Ib. %% 66 et 67, R. 1367. — '.> lb.% 66, R. 1367. 



IIKI 



sa — 



III. K 



iiiinét), nuiis ijiu) lus jum's proporlioniiiiifiil u lu ^ravili^ 
do lu l'u\itu, ittikil u|>|ilii|Ui'i' au iiiaii riiupuiili- il aviiir, 
coiilraii'ciiii'iit a lu ju^licn, fait usanc tic Ttif-Yao; 

l.aissaiil iiiaiiili'iiaiil di^ vMv U' cas d'udiilti'i'i-, iinu^ 
piiuvdiis diiv i|un lu stujueslraliini ou iliHeiiliciii arl)i- 
Irnirt" d'uni' |)rrsi»iii)o cluit uu di'lil. Mais i-c di-lit 
dontiait'il nuvri'luri' A uni- action |)ulilii[Uo ou à une 
action privcc? Les opiitions sont 1res divisées, flans 
rcnumiTalion de l'olliu', Wr^fiioi liguro uu milieu 
d'inlrailions dont les unes donnent cerlaineiuenl nuis- 
sance A une yiaïf»;, tandis (|ue pour les autres il y a 
simplomenl àt'xr,. Weslerniann ', Otto ', Tlionisseii • par- 
lent d'iipYlAO'i l^'Y'r Lipsius ■, s'appuyaiit sur l'autorité 
d'un vieux lexico^rajjlie qui a consacré un article i\ 
l'eisYlioO S'.xr, ", dit (|ue l'action est simplement privée. 
Meier pensait qu'elle était tout i\ la lois publique et 
privée". Nous sommes enclin à croire qu'une détention 
arbitraire devait être sévèrement jugée et punie dans une 
ville comme .\thènes, qui attachait le plus grand prix à 
la liberté individuelle, et nous concluons à une Ypa'fV). 

Il y aurait un argument décisif en ce sens dans une 
condamnation, que rappelle Uémosthène ', si elle avait 
été, comme le dit .M. Thonissen, prononcée pour un fait 
d'ïtpYjxo;''. Un minotier, Ménon, fut mis à mort, parce 
qu'il avait détenu dans son moulin un jeune adolescent 
de condition libre. Mais il est bien vraisemblable que 
l'action intentée contre .Ménon fut motivée pluli'it par 
quelque crime contre la morale que par une simple 
séquestration, et que la peine capitale fut prononcée 
contre l'accusé à la suite d'une {iSpio; Yp2o/| '". 

A défaut de cet argument, on peut raisonner par 
analogie de ce qui avait lieu lorsque la séquestration 
pour cause d'adultère ne se produisait pas dans les con- 
ditions légales. L'action intentée contre le mari qui avait 
injustement employé \'d-^yii.6q était une action publique. 
Pourquoi n'y aurait-il pas eu également Yp^-,;/, dans toutes 
les autres hypothèses d'difiioi illégitime? Aussi l'auteur 
du discours contre Alcibiade, attribué à Andocide, 
s'étonne-t-il de ce que la séquestration d'Agatharque, 
cette séquestration qui, aux yeux des censeurs, n'était 
pas, comme le dit Démosthène", une peccadille, mais 
était une grave atteinte à l'ordre public, ne donna lieu 
ni à une poursuite publique ni à une poursuite privée '-. 

Si l'on admet avec nous l'existence d'une ypacpr,, il faut 
reconnaître que la peine dut être abandonnée à l'appré- 
ciation des juges. La criminalité varie, en effet, suivant 
les mobiles qui ont fait agir le coupable, suivant la 
durée de la détention, suivant les égards que l'on a pu 
avoir pour la victime, suivant le préjudice qu'on lui a 
causé ". E. Caille.mer. 



1 VI, 153. - 2 In Paul; s Reat-Eiicijklopaedie, III, p. 1095. — ;i De Athéniens, 
actionibus forensibus publias, p. 67 ; cf. Platner, Process und Klatjen, II, 169. 

— * Le droit pénal de la Rép. athénienne, p. 294 et s. — î» Attische Process, 
p. 409. — G Pliol. Lex. (Jd. Porson, 670, 9.-7 Att. Process, p. 332 ; voir VV. Wachs- 
muth, Melt. AUerthumskunde, 2' éd. p. 219 et 235. — » C. Mid. § 147, R. 
562. — ^ Le droit pénal de ta Rép. ath. p. 295 ; Meier, Att. Procès^, p. 332. 

— iO Lipsius, Att. Process, p. 410, liolc 615. — H C. MiJ. § 147, K. 362. — 12 An- 
docid. C. Alcib. g 18, D. p. 88. — a Voir Tlioaissen, loc. cil. 1875, p. 295. 

HEKALESIA. 1 Loeper, Die Trittyen und Demen Attikas, Ath. Mitth. XVII, 
1892, p. 384. — 2 l'iularcli. Thés. 14; Callim. 'E^iÀr, ; Schneider, Caltimachea, 
II, p. 171; Couat, Poésie alexandrine, p. 356; Suseniild, Oriech. Litter. I, 
p. 355, — 3Suid., Hesjcii., Slepli. Byz. 5. t;.; Sckol. ad Aristoph. .Xcharn. 127; 
cf. Prellcr, Gr. .Myth. 3' éd. II, p. 292; Schoemaun, Or. Altfrth. I|3, p. 541 ; 
Hermaun, Gr. Alterlh. § 62, 26; Roscher, Lexicon, s. v. 

IIEK.*.TO.MBAIA. 1 Bokkor, Anecd. p. 247; Plut. Thés. 12. — 2 Etyni. niag. 
p. 321; Monimsun, Ileortolorjie, p. 105; Hermana, Gr. Alterth. § 54, et 7 ; 



IIKK.VI.ICSI.V {'\U^\■r^<n1). — Kôlo ulliquo célébrée pur 
le dùmo d'Ilékulé ', on souvenir de riiéroïne de ce hmim, 
(|ui avait doiini' l'Iiospilalili- li Thésée uu moinenl mi il 
|>artail pour lutter ci.nlre le taureau de .Marulliim '. Il- kale 
avait lait vii-u d'oll'rir un sucridce h. Zous si le héros 
revenait sain et sauf de son expédition, mais elle mourut 
avant son retour, iliésée victorieux institua lu l'été des 
iii;kai.ksia ii lu fois en l'honneur d'Ilékalé ol do Zeus 
lli'kaleiDS '. L. (J.DVK. 

IIKIi.X'l'O.MIt.VI.V ('IîxaTO|xGata). — Ce nom s'applique 
en général i'i toutes les offrandes d'hécatombes. Les prin- 
cipales fôles grecques, comportant une solennité de ce 
genre, sont les suivantes : 

I. Les llckattjmbaia apolliniens [ai'Olloj, qui se célé- 
braient il Athènes pendant le mois hékalombaion, 
auquel ils ont donné leur nom ', en l'honneur d'Apol- 
lon 'l'V.zToaÇaîo; -. De la nature do ces fêtes, on ne sait 
rien. A l'imitation des llekaloinbaia athéniens, des sa- 
crilices solennels à Apollon Hékatombaios étaient offerts 
;l Myconos, où l'on immolait un taureau et dix agneaux'; 
à Amorgos, sans doute au temple d'.Vpollon Délien de 
Minoa, où le sacrifice était accompagné de concours mu- 
sicaux '; enfin chez les .Knianes, où l'on offrait une héca- 
tombe à Apollon en même temps qu'un buiuf à Zeus ''. 

II. Les Hekatombaia athéniens, en l'honneur d'A- 
tliéna Polias. Ce n'était point une fête distincte, mais 
une partie de la l'ète des Panathénées, au mois héka- 
lombaion [minerv.\, panathènaia]'^. L'hécatombe était 
offerte à, la fois aux grandes et aux petites Panathé- 
nées '^ ; le sacrifice, qui suivait la grande procession, 
avait lieu au grand autel d'.Uhéna Polias, où toutes les 
génisses étaient sacrifiées, sauf une qui était réservée 
pour l'autel d'.\théna N'iké"; un repas religieux suivait 
le sacrifice, et les viandes étaient alors distribuées au 
peuple. Les colonies d'.\thènes participaient aux frais 
des hécatombes"'. 

III. Les Hekatombaia argiens. Ici encore nous n'avons 
pas affaire à une fête indépendante ; l'hécatombe solen- 
nelle n'était qu'une des parties importantes de la grande 
fête de la Héra d'Argos, les heraia '" ; les textes marquent 
le lien étroit qui unissait les différentes solennités : pro- 
cessions, sacrifices, jeux ". A une certaine époque même, 
les deux termes, Heraia et Hekatombaia, ont été syno- 
nymes '-. A l'imitation d'Argos, Égine avait aussi ses 
Hekatombaia, fêtes d'Héra '^ Enfin Strabon signale une 
fête analogue, portant le même nom, annuelle, à Lacé- 
démone '*. Louis Couve. 

HEK.\TOMPHOiVIA ( 'ExaToa^ovia). — Fête célébrée en 
Messénie, et consistant en un sacrifice solennel : elle avait 
été instituée par Aristoménès', vainqueur des Lacédémo- 

Preller, Griech. Myth. ¥ ti. I, p. 256 et 263. — 3 Dilleubergcr, Sylloge, 373 ; Bull. 
de corr. hell. XII, 1888, p. 461. — i Weil, Athen. Mittheilung.l, 1876, p. 337 iBuH. 
decorr.hell. VIII, 1884, p. 441. - »Plularch. Quaesl. graec. 13; Ilcriuaun, Gr. Alt. 
Il, §6», 23. — 6 Momnisen, Heortolugie, p. 195; Hcrmann, 0. c. Il, g •■>4, 17. 
— 7 Corp. inscr. graec. 147. 157 ; Corp. inscr. ait. II, 163 ; 741 a, I. 36, — » Corp. 
inscr. att. Il, 163; Rhangabé, Antii/. hell. Il, 814, p. 439 ; Ditteiiberger, Sylloge. 
' n" 380 ; Boeckh, Staatsh. II, 3° éd. p. 8, 121 . — 'J Aristoph. Schol. A'Ké.385 ; Riiangabé, 
Antii/. hell. 11,783 4. —10 Pind. iVeni. X, 22 et Schol. Olymp.Xll, 83; Hcsvch. s. i'. ; 
Schoemaun, Gr. .Uterth. I|3, p. 515 ; Hcrmann, Gr. Alterth. Il, § 32, 1 ; Prellcr, Gr. 
.Myth. 4< éd. 1. p. 160, 16S. — " Corp. inscr. gr. 1515, 1715; Corp. inscr. att. Il, 
1367. Ou trouve les deux orlhograplies : '.ita-'rxfittXt et éxk-:o;jiSoïr. — 12 pind. Schol. 
aiymp.Wl, M. — là V'md. Sehol. Pi/lh. VIII. 113; Hermaun. O. c. II. §52, 20; Schoe- 
maun, Gr. Alterth. 113, p. 313 ; Otf. Mucller, Aegin. p. MO, 148. — M Strab. VIII, 
4, 1 1 , 362 ; llermanu, O. c. II, § 33, 38 ; Le Bas-Koucart, Inscr. du Pétop. I, p. ICI. 
UEKATO.MPIKima. 1 Paysan. IV, 19, 3; Plularch. liomul. 23,4; Moral. 159 e, 
060 /; Poijacn. 2, 31, 2. 



ilEK 



— 5i 



HEK 



niens. Les ailleurs anciens, inlerprétantic mol, yvoyaicnl 
un sacrifice oll'erl pourccnl cniicinis tués, et admiraient 
qu'Aristoménùs l'eût célébré jusqu'à trois fois. 11 parait 
plus vraisemblable, suivant l'explication de Clément 
d'Alexandrie, ([u'il s'agissait du sacriljce de cent vic- 
times '. Ainsi les //ekatomphonin, qui n'ont laissé aucune 
trace dans l'histoire, auraient le même sens et le même 
caractère que les cérémonies célébrées dans différentes 
parties de la (îrèce, sous le nom de houpuoma et d'iiEKA- 
TO.MBAïA. Suivant Pausanias, les Hekalomphonm étaient 
dédiées au grand dieu de Messène, Zeus Ithomalas, en 
riiimncur de qui se célébrait aussi la fêle annuelle des 

ITlIOiMAlA -. 

On retrouve en Crète, et peut-être à Athènes, des so- 
lennités analogues, portant le même nom, sur lesquell(!s 
on n'a aucun détail ; c'étaient des fêtes guerrières, con- 
sacrées à Ares ^ L. Couve. 

IIKK.VTOSTK 1 'Kx.aT07-T;). — Le mot ÉxaTouTYÎ désigne, 
en droit grec, un impôt, une taxe, une contribution 
de 1 p. 100, perçus à l'occasion de certains actes; il 
corrcspimd assez exactement à ce que nos anciens 
auteurs appelaient le centième denier. Aristophane pré- 
sente comme une source féconde de revenus pour l'État 
les centièmes qu'encaissait le Trésor athénien '. 

Malheureusement, nos renseignements sur ces ïax- 
■co(Jtxi sont bien incomplets. 

Il est probable que, indépendamment du droit d'oc- 
troi [diapylion], que payaient les marchandises intro- 
duites dans .Vthènes, il y avait un droit de marché payé 
par toutes les marchandises vendues sur la place pu- 
blique [agoraia telè]. D'après Harpocration et Suidas, 
ce droit aurait été d'un cinquième (tj rciix.TiTr,), c'est- 
à-dire de '20 p. 100. Une pareille taxe nous semble bien 
peu vraisemblable. Lorsque, dans des circonstances 
très critiques, les Byzantins exigèrent la dîme du prix 
des objets vendus, l'opinion publique jugea cette pré- 
tention exagérée -. Comment aurait-elle accepté avec 
résignation une taxe normale deux fois plus forte? 
Mieux vaut s'en tenir à la définition de l'un des lexiques 
de Séguier, qui dit que les ÈTrwMta étaient des ixarocTOLi ^ 

Xénophon parle d'un centième qui était perçu dans 
le Pirèe (kxiToi7TY| r, èv netiatEî; ■'. Ce centième, dit-il, 
donne des recettes plus fortes depuis que les alliés sont 
obligés de venir plaider devant les tribunaux athéniens. 
Était-ce un droit d'entrée ou de sortie frappant sur les 
personnes? Pesait-il sur les bagages ou autres objets 
que les voyageurs portaient avec eux? 

Sans aller jusqu'à soutenir qu'il y eut à Athènes de 
véritables livres fonciers '% sur lesquels un fonctionnaire 
mentionnait toutes les mutations de propriété, on est 
au moins forcé de reconnaître que les Athéniens don- 
naient une certaine publicité aux ventes ayant pour 
objets des immeubles, ou des esclaves". Non seulement 
l'aliénation était annoncée par voie d'affiches, apposées, 
soixante jours à l'avance, dans les lieux où siégeaient 

' Clem. AI. Pfotrept. cli. in; Unger. l'Iiilohgits, XXV, p. i. — 2 Paus. /. c. ; cf. 
IV, 33, 3; Le Bas-Koucail, Jnscr. du l'éhp. n" 314, 3i8 a; cf. Preller, Gr. Myth. 
4'i'-d.l,ii. 3i2;Schocmaiiii, Gr. AUerth. 113, ,,. 250; llcimann, Gr.AUerth. II, § 48, 
3; 53, 3. — 3 Stepli. B;7.. s. v, Kîf/Vi; ; Fulgenl. /Tj^/î. serni. antitj, p. nSO ; 
A. Schacfer. Philoloijus, XXIII, p. 56i ; Unger, /. c. 

IIKKATOSTÉ. I \'es,i. 038. — 2ps. Arislol. Oecon. II, 2, J, § 3. — 3 Bekkcr. 
Anecdola gracca. 1, |t. 2-i5, I. — ' Alhen. Itesp. I, J". — -J Voir noire Ktude sur 
tf contrat de vfnte a Athènes, dans la Hecue de législation^ 1870-1871, p. 646 
el s. — 6 Tlialhcim, Rechtsalterth. 2" Cd., 1895, p. 86, I ; cf. Darcsle, La science 
du droit en Grèce, ii03, p. 3U6. — 7 Thcophr. ap. Slob. /■'toril. 44, 22. — 8 Arislol. 



' les prineipaux magistrats", mais encore elle était enre- 
gistri'e par un l'onctionnaire. 11 y avait certainement, à 
Athènes, comme dans toutes les républiques bien orga- 
nisées, un magistrat qui inscrivait sur ses livres les 
conventions tles particuliers et les jug(!ments des tribu- 
naux '. Ce magistrat recevait de l'acheteur un droit égal 
à la centième partie du prix de la vente, et mentionnait 
sur ses tablettes ce payement d'un centième. 11 constatait 
par cela même que le bien avait changé de maître, 
qu'une mutation venait de s'opérer. 

On a retrouvé, sur l'Acropole, quelques inscriptions 
du i\' siècle avant notre ère, relatant ces enregistre- 
ments : « Lêontios, fils de Kalliadês, du dème d'Épike- 
phisia, a vendu un fonds de terre situé dans le dème de 
Colhocides; l'acheteur est Mnésimaque, fils de Mnéso- 
chos, du dème de Colhocides; le centième est de deux 
drachmes et trois oboles ' ». Nous avons ainsi le nom 
du vendeur, celui de l'acheteur, la désignation de l'objet 
vendu et, indirectement, le montant du prix, deux cent 
cinquante drachmes. Sans doute, renonciation relative à 
l'immeuble vendu est bien sommaire; pour éviter toute 
confusion, on aurait pu, comme on l'a fait dans d'autres 
pays, indiquer plus soigneusement ses abornements. 
Mais, si succinct qu'il fût, l'enregistrement suffisait pour 
éveiller l'attention des tiers et pour leur inspirer quelque 
prudence, s'ils traitaient avec l'aliénateur '". D'un autre 
côté, le payement de I'éxoctot-tj était pour l'acheteur une 
preuve de son acquisition ; la mention sur les registres 
du versement de ce centième denier était, en quelque 
sorte, un certificat de propriété ". L'acquéreur était 

11 est naturel de supposer que rêxzToijT-f| était perçue 
par un représentant du Trésor public. Cependant 
M. Kohler " et après lui M. Frœnkel '* sont portés à 
croire que les centièmes de prix de vente versés par les 
acheteurs, d'après plusieurs de nos inscriptions '" rela- 
tives à des ventes d'immeubles par des communautés 
ou par des associations, appartenaient à un temple ou à 
une divinité. On lit dans une inscription que les tréso- 
riers de Minerve ont fait fabriquer des vases d'or, en 
consacrant des kxïT07Tat'àcet usage "^ ; c'est bien, dit-on, 
la preuve que ces centièmes étaient devenus la propriété 
du temple. La conclusion ne s'impose pas nécessaire- 
ment; il pouvait très bien y avoir des ÉxotTOdrai' perçues 
par les temples et très distinctes des îxxto'itdii payées 
par les acheteurs '". 

Le droit perçu à l'occasion des ventes a-t-il toujours 
été exactement de 1 p. 100? M. Kohler croit que, à l'ori- 
gine, le droit, au lieu d'être rigoureusement propor- 
tionnel, fut gradué '*. Le receveur percevait : de un à 
cinq drachmes, une obole ; de six à cinquante drachmes, 
trois oboles; de cin(|uante et une à cent drachmes, une 
drachme ". A d'autres époques, sous l'empire de néces- 
sités budgétaires analogues à celles qui font augmenter 
nos droits de mutation, l'impôt fut élevé de 1 à 2 p. 100. 

Polit. VI, s, § 4. — '■> Corp. inscr. ntt. Il, n» 783; cf. Bôckli. Slaalshaushalt. 
3' éd. Il, p. 310 et s. — '0 Voir notre Étude déjà citée sur te contrat de vente à 
Athènes, p. 648 et s. — *' Guiraud, La propriété foncière en Grèce, J893, 
p. 294. — 12 Arg. Oral. Demosth. C. Pantaenet. Uciske, 903. — 13 K6hler, C. iiucr. 
ntt. Il, 2, p. 135. — H Kraonkel sur Bœckh, Staatshaush. der Ath. note 
536, p. 77 ; cf. Basolt, Itec/itsniterth. i' éd. 1892, p. 295. — 15 C. inscr. ait. 
H, 2, n" 781 à 788; cf. 1. IV, S, a' 788 Ij. p. 194. — 16 C. i. att. Il, 2, n» 721 A, 
col. I, 10-12, p. 77. — " Gilbert, Handbuch, I, 2' *d. p. 393. — 18 C. i. att. 
I, n"* 274 à 281. — i!> Cf. Tliurnser, D; civittm .Athéniens, muneribus, 1880, 
p. 13. 



Mil 



— K5 



iii:l 



\insi, iipivs lu mifirt' liii i'clii|mn.'!M', lu veille il un bien 
\alaiil iiuiili-e eeiil ili\ iliai lune-, (Iniiiia lieu i\ la percep- 
tion il'uii droit dt> niiuf dniclimes '. 

|)un>i l'exposi' (|ui prérède, iidus avons eonsidi^re 
rkxiToiTf. couune un droit leguli. r de mutation, coninie 
uni' espiV't» d'èit<oviov, l'iitiùviov tarifé A I p. l<Mt, par 
opposition ;\ la 7r£vTf|Xt,aT/, ou jt:c"V!'jv de 'i p. HM). Nous 
devons toutelois reconnaître (lue plusieurs des récents 
historiens du droit grec, M. Kohier ', M. Lipsius ', 
M. l'nenkel \ établissent une ligne do démarcation très 
nette entre TixaTosTr, d'une pari et rÎTriùviov d'autre part. 
Ile seraient, i\ leur avis, deux droits tout il l'ait indé- 
pendants l'un de l'autre, ayant chacun une sphère 
d'application particulière et calculés d'après des règles 
dilVerentes. Mais celle Ibcse, qui va à l'enconlre du 
témoignage très précis d'un ancien lexicographe, repose 
unitiuemenl, à celle heure, sur de simples inductions 
tirées d'inscriptions assez, vagui^s. Jusqu'à ce que de 
nouvelles découvertes nous aient mieux renseigné, 
rixotTo-rrr, reste pour nous une taxe perçue au prolil de 
rP.lal sur les aliénations ;\ titre onéreux, taxe corres- 
pondant il nos droits de mutation '•. K. Caillemeh. 
IIKKTÛ ("lixTT,). — Pièce d'or grecque (fig. 3746) va- 
lant I (i du slalère et éfiuivalenle en 
poids à deux oboles d'argent ' [sta- 




TKlt 



F. Le.norma.nt. 



Fig. 3746. — IIpUlI 
d'AUi^nes. 



1IKI;T1';.MOKOI('R>:ty;u.osc.i'). — Dans 
un rapide exposé des institutions d'A- 
thènes antérieures à Dracon, Arislote 
dit que la propriété foncière élail alors concentrée dans 
quelques fainilles privilégiées de la Torlune. Les citoyens 
pauvres, non seulement n'avaient pas de terres, mais 
encore vivaient, eux, leurs femmes et leurs enfants, dans 
une véritable servitude à l'égard des richesf èoojÀîuov toTç 
^tXouot'oti;), obligés qu'ils étaient, pour gagner leurs 
moyens d'existence, de cultiver les immeubles de ces 
derniers. On les appelait -zav-x: ou ixTr^aoso'.. Ce dernier 
nom fait allusion à la redevance moyennant laquelle ils 
travaillaient aux champs des riches^. 

Ces kxT/,u.oso'. étaient-ils des tenanciers payant un 
sixième au propriétaire, ou bien ne gardaient-ils pour eux 
qu'un sixième'? La question esl depuis longtemps con- 
troversée. Le texte d'Aristote que nous avons cité ne la 
résout pas aussi explicitement que le laisseraient sup- 
poser les traductions françaises de M. Reinach et de 
M. Haussoullier : Les ïx.-yj.oaoi cultivent les champs des 
riches « à la condition de leur payer les cinq sixièmes 
de la récolte' », ou bien « à la condition de ne garder 
pour eux qu'un sixième des fruits'" >i. La phrase origi- 
nale, beaucoup plus ambiguë, ne précise pas si la aicOcoo-tç 
d'un sixième, qui a donné son nom aux pauvres, est le fer- 



1 Ci. tttL II, n" 777; T hurasep, j^oc. cit. p. 6. — 2 J/ona/iieric/i/e de l'Académie 
de Berlin, 1865, p. 541 et s. — ^ Jahresbericbt de Bursian, t. I, p. 1403 et s.; cf. 
Attische Process, i" éd. p. 713, noie 608. — ^ Annot. sur B'ickli. Staatx/iaitshatt. ifer 
Ath. 3= id. Il, note 336. — ô Thumser, De Athen. muner. 1880, p. 12. noie 3; 
Gilberl, Handbuch, I, 2' éd. p. 393; Tlialhcim, Hechtsalterth. éd. isn.î, p. S6. 

IIEKTic. 1 Hcsjch. s. V. 'E,-T,: Boeckh, Coi-p. inscr. qr. n» 150; B. Rhangabé, 
Aut. hell. n" 836, 837 el 838 4. Voy. Oiiil. de corresp. hellèii., VI, p. 210. 

HEKTÉMOROI. 1 On trouve aussi ■ExTr.^jLowoi; Pollux, IV, 165; Plutarcli. Sol. 
13. — 2 Arisiot. Constitution d'Athènes, c, 2. — 3 Th. Reinach, ta République 
athénienne, 1891, p. 7. — i Haussoullier. Constitution d'Athènes, 1891, p. 7. 

— ô plutarch. Sol. 13 ; cf. Hesych., s. u, 'E-JriojTn, éd. Alberli, p. 1369. 

— G Isocr., Areop., § 32. ûidot, p. 93. — '< Voir en ce sens Pastoret, Histoire de la 
législation, t. VI, 1824, p. 171 ; Hcrraann, Privalallerth., 2' éd. 1870, p. 518, note 7. 
Bôckh avait primitivement enseigné celte opinion {Kleine .Schriften, t. IV', p. 43) ; 
mais il l'a plus tard abandonnée i^Staatsh. der Athener, 2" éd. 1831, I, p. 643; 



mage de la tern-, ou le pnx des services du cuitivaleur. 

l'Iutarque dit expresseiniMil (|Ue les llietes devaient 
payer aux maitrcH deH fonds par eux cultivés le sixième 
des fruits : Ïxtï tcôv •'''''<'•«'""'' Tt/.o'ïvTt; '. Iledevanci- 
inodi({Ue, sans doute! .Mais précisément Isocruti.-'' vante 
la modération dt; l'arislocralii! foncière dans la di-U-rmi- 
nation du loyer des immeubles'. 

Si-homann a, dès IHl'.l, très justement lait .idiserver 
que, si les éxT/jiAooot avaienl gardé pimr eux les cinq 
sixièmes des fruits, il n'y aurait pas eu de bonnes raisons 
pour s'apitoyer sur leur sort. Quand bien même ils 
auraient di'i si; procurer il leurs frais tous les instruments 
aratoires nécessaires pour l'exploitation des fonds, leur 
condition aurait élé bien meilleure que celle de la plu- 
part de nos fermiers*. 11 est beaucoup plus probable ipie 
les cultivateurs pauvres étaient appelés £xtï|jj.o^'v. parce 
qu'ils ne gardaient pour eux qu'un sixième desproduits\ 

C'est bien là ce (|ue disent, en elTel, plusieurs rhéliîurs. 
Aussi la plupart des liislori(;ns contemiiorains adhérent 
à l'opinion de Schdmann '". Plutartiiii; se trompe, dit 
M. Ernest Curlius;Schomanii a donné re\i>Iicalion vraie". 
Plularque a été induit en erreur ])ar l'ambiguïté des 
sources qu'il avait à sa disposition el il suflil de lire en 
entier le texte d'Isocrale « pour se convaincre que 
l'auteur parle en rhéteur plutôt qu'en historien'-' ». 

Les sxT-/î[jLopc,'., (jui ne payaient pas au maître du sol la 
redevance à laquelle ils étaient astreints, étaient conlrai- 
gnables par corps, eux el leurs enfants {;j.-(m'(:\i.'j'. -/.-ù 
xÙTol xai ot TtaïÔEi;). Les réformes de Solon eurent précisé- 
ment pour but d'améliorer leur condition ''^ 

Pour beaucoup d'entre eux, la terre qu'ils exploilaienl 
en qualité de colons partiaires devait avoir une valeur 
d'affection, parce qu'elle leur avait appartenu autrefois 
en pleine propriété. 11 arrivait souvent, en effet, ((u'un 
citoyen, grevé de dettes qu'il lui était impossible de 
payer, était obligé, pour désintéresser ses créanciers et 
échapper à leurs redoutables voies d'exécution, de leur 
abandonner tout ce qu'il possédait, sauf à reprendre 
ensuite comme simple tenancier les biens dont il s'était 
dessaisi. E. Caillemer. 

HEKTEUS ('ExT£Û,-). — Dans le système allique des 
mesures pour les denrées sèches, \'ï-/.ivk est la sixième 
partie du médimne ; il représente environ 8', 754. Il 
vaut deux fiixtEXTx, huit /ot'v.zs;, 32 xotûXï'., 192 xJxOoi. 
Dans la série des mesures de capacité gréco-romaines, 
l'ExTsûç est égal à l'unité romaine pour les solides, au 
modïus. 11 vaut donc 2 semimodii, 10 sextarii (en grec 
«■iTTi;), ^'2.heminae,(j'tquartarii (en grec T=Taç,Tc.v),128 ace- 
tabula (en grec ô^ùêaaov), 192 cyoihoi^. Ch. Léi:rivai.v. 

IIELCIUM, HELCIARIUS. — Trait ou corde servant à 
tirer. C'est à un cordage de sparte {helcio sparteo) qu'est 

3" éd. I, p. 578). — 8 V. cependant Filleul, Siècle de Përiclès, I. p. 43. — 9 Schômann, 
De Comiliis A(/iraiensi«m, lireifswald. 1819, p. 364; cf. Antiquités greciiues, trad. 
Galuski, I, 1884, p. 371. — '» Phot., Lexicon, s. v. -siiTa-.. éd. Porson, p. 407, IS ; 
Hesych. s. D. ixr.i^opo„ éd. Alberli, p. 1 152; Eustath. ad. Od.. .KIX, 28. — " Uist. 
grecque, t. I, p. 383. — 12 Cf. tiilbert, Handbuch, I, i' éd. p. 129 et note; Busoll, 
Rechlsalterthùmer, 2' éd. p. 136, noie 3 ; Thumser, S/(ia«u//«r(/iûmer, 1892, p. 333; 
Thalheini, liechlsalterlh.. 1S93, p. 92, note 4. Grote, Hist. de la Grèce, IV, p. 143, 
note, et Buchsenschûlz, Besil: und Erum-b, 1868, p. 49, note 2, n'osent pas se pro- 
noncer ; cf. Gompari. Schrift von Slaalswesen der Athener, p. Il, 45 et s. — "Pau 
Guiraud. La propriété foncière en Grèce, 1893, p. 422. 

HEKTEL'S. 1 Cf. Bflckh, Metrologische Untersuchungen iiber Gewichte, 
Mûnzfasse und Masse des Atlerthums in ihrem Zusammenhange, Berlin, 1S38; 
IlullscU, Griech. und rom. Métrologie. Berlin, 1862; .Veirologicoram scriptorum 
reliquiae, Leipzig, 1S64; Hermann, /.ehrbuch der griechischen Antiquilâten, IV, 
Die griech. Privatallertlmmer (3" éd. liliimuer, p. 438-445). 



H EL 



.-iG — 



IIEL 



atlelé l'une des Métamorp/ioses d'Apulée', forcé de tour- 
ner dans le manùf^c d'un moulin. Martial appelle lielcia- 
rii les haleurs qui aidaient les bateaux à remonter le 
Tibre'. E. S. 

IIELKXA ( 'EÀïvy,;. — Hélène, la femme du roi Ménélas, 
ravie à son époux par Paris, fils de Priam, est surtout 
connue par cet enlèvement qui fut la cause de la guerre 
de Troie. Nous n'avons pas à raconter ici son histoire, ni 
à étudier le riMe que lui font jouer d'abord les aèdes du 
cycle troyen, puis les poètes dramatiques. Mais Hélène 
était de naissance divine, et les (jrecs ont cru qu'elle 
avait pris rang parmi les dieux. Elle a sa part dans le 
culte de quelques villes, et c'est à ce litre que nous 
nous occuperons d'elle. 

Sur l'origine d'Hélène il y a trois versions. Pour les 
uns (et c'est l'opinion ordinaire elle est née des amours 
de Zeus transformé en cygne et de Léda'. Elle est 
sortie avec PoUux, fils de Zeus comme elle, et Castor, 
(ils de Tyndarp, mari de Léila, do l'œuf dont Léda est 
accouchée après cette union. Pour d'autres, elle n'est pas 
liile de Léda, mais de Némésis^ d'où son nom de 
'i'au.vouiji'ç''. La déesse, poursuivie par Zeus, se change 
en cygne ou en oie ; mais le dieu se métamorphose aussitôt 
de même, et parvient à vaincre celle qu'il aime'. On ra- 
contait aussi que Zeus avait fait appel à. l'aide d'Aphro- 
dite; mué en cygne, il feignait de fuir devant la déesse qui 
avait pris la forme d'un aigle et se réfugiait ainsi dans le 
sein de Némésis ^. Bref Némésis met au monde un œuf, 
qu'un berger trouve dans un bois et porte à Léda; celle-ci 
le met dans un coffre et le garde jusqu'à l'éclosion, puis 
s'intéresse à l'enfant qui en sort, Hélène, etlélève'. Il y 
a quelques variantes à ce récit: ou Némésis donne son 
œuf à Tyndare, qui le conhe à Léda' ; ou bien Hermès 
le jette dans le sein de Léda, qui le faitéclore*, ou bien 
tout simplement, l'œuf tombe du ciel', ou plutôt de la 
lune (on voit là le souci d'expliquer le nom d'Hélène)'". 
Enfin, suivant le scholiaste de Pindare, Hésiode faisait 
d'Hélène, non plus la fille de Léda ou de Némésis, mais 
d'Océanos et de Téthys". 

Dans les deux premières versions, lesplusimportantes, 
un fait reste immuable. Hélène est issue de Zeus. Aussi, 
au moment de sa mort, son père ne voulut pas lui laisser 
subir la destinée commune. Il la mit au rang des héros 
divinisés; il en fitlaparèdre d'Héra et d'Hébé, et comme 
ses frères. Castor et Pollux, devinrent deux astres bril- 
lants, elle aussi devint une étoile '-. Euripide prétend 
que, comme les Dioscures, Hélène-étoile était secou- 
rable aux marins '% mais une croyance plus répandue 
voulait au contraire que son astre fût un astre malfai- 
sant, hostile aux navigateurs perdus dans la tempête". 
Isocrate raconte que si les Dioscures furent divinisés et 
changés en astres, ils devaient cet honneur à Hélène 
qui, divinisée avant ses frères, voulut leur faire par- 
tager son immortalité '°. 

Les détails de cette histoire sont peut-être assez ré- 
cents, mais le fait même de la divinisation d'Hélène 
doit remonter assez haut, ou pour mieux dire Hélène 

nÈLCICM, IIELCIARIVS. 1 Mêla m. IX. |i. 2ii et S27. — 2 Mart. IV, 64. ii; 
cf. Sid. Ajioll. Ep. II. 10 : '■ curvorum cliorus liclciariorum ». 

IIELENA. 1 Hom. /(. III, 426; Od. IV, 184, 219, 569. —S Allieu. Vlll, 334c; 
l'aus. I, 33,7, — 3 Callim. Hymn. Dian. iZÎ. — * Apollod. 111, 10, 5. — à Hyg. 
Astron. II. s. Pour les nionuincnU figurés, voy. FurlwaoDgler, CoUcct. Subouroff', 
note compK'meulairc à la pi. i.xxi, 2. — 6 Apollod. III, 10, 5 ; cf. Schol. ad Callim. 
l. /. — 7 Schol. Lvcoplir. Al. S9. — 8 Hyg. Asinn. /./. — » Plut. Symp. Il, 3. 



n'est pas une héroïne divinisée, c'est plutôt une déesse 
transformée en héroïne. La meilleure élymologieque l'on 
ait encore donnée de son nom est celle ([ui le ratlache aux 
mots f éXat, éclat, rayonnement, et f éXe'.v, briller, et le 
rapproche de i^éXa;, éclat, et de '^î.X-r^^-r^, la brillante, la 
lune'". Hélène est donc probablement, à l'origine, une 
personniiicalion locale, sans doute laconicnnc, de la lune. 
Elle fait partie de cette pléiade de jeunes héroïnes mys- 
tiques dont les noms indiquent l'essence lumineuse, 
.Eglé, .Ethra, Auge, Elcclra, d'autres encore, et les Leu- 
cippides, Phœbé et llilaera, dont les rapports avec les 
Dioscures sont bien connus [diosclri, p. 251]". 

On peut dire que le culte d'Hélène, sans être jamais 
de très grande importance, serépandit un peu dans tout 
le monde grec. La puissance qu'on lui attribuait n'était 
pas réduite à son inlluence d'étoile favorable ou funeste ; 
sil'on encroitson panégyriste Isocrate, Stésichore l'ayant 
insultée au début d'un poème, elle le rendit aveugle et 
ne lui rendit la vue qu'après qu'il se fût rétracté dans 
une palinodie célèi)re '". Elle se montra la nuit à Homère 
et lui ordonna d'écrire la guerre de Troie, et c'est même 
pour cela qu'elle a dans VIliade un r(Me si favorable, et 
que le poète montre pour elle toute sa prédilection". 
Comme elle est capable de châtier et de récompenser, de 
faire le bien elle mal, il faut que les gens qui le peuvent 
ne négligent pas de se la rendre propice par des sacri- 
fices et des offrandes-". 

Mais tout cela n'a rien que de très général : à Sparte, au 
contraire, nous voyons le culte nettement constitué. Il 
y avait dans la ville même un hiéron consacré à Hélène, 
près du tombeau d'Alcman-'. A Thérapna» on l'adorait 
dans un temple où son tombeau se trouvait, disait-on, à 
côté du tombeau de Ménélas". C'était elle, du reste, qui 
avait déifié son époux, comme ses frères". Les jeunes 
filles Spartiates, parce qu'elle conduisait les chœurs de 
danses des vierges de son temps, se rendaient à son 
temple dans des voitures couvertes qu'on appelait 
xâvvaOpa*'". Les fêtes d'Hélène s'appelaient 'EÀéveta''^. 
Hélène, la plus belle des femmes, devait naturellement 
protéger les jeunes filles. Celles de Sparte, dans leurs 
chants de noces, célébraient Hélène et Ménélas ; elles or- 
naient de couronnes et parfumaient d'huile un platane 
qui lui était voué -'^. Hérodote raconte qu'autrefois une 
nourrice portait au temple de Thérapnœ une petite fille 
très laide et demandait à Hélène de délivrer l'enfant 
de cette laideur; un jour, elle rencontra une grande et 
belle femme qui lui demanda de lui montrer ce qu'elle 
portait. La nourrice lui fit voir l'enfant, et la femme, qui 
n'était autre qu'Hélène, lui caressa la tête de ses mains 
et corrigea si bien sa laideur qu'elle devint la plus jolie 
créature de son temps ^'. 

Des fouilles ont été faites au Ménélaion. sur la colline 
de Thérapna;,en 1833-1834. Parmi les objets découverts 
quelques figures de femmes en bronze ou en terre cuite 
peuvent se rapporter au culte d'Hélène. Elles sont par 
malheur très mtttilées; la robe ample et très décorée, 
quoique d'ornements primitifs, a comme un caractère 

— 10 Athcn. Il, 3T. — 11 Schol. aj Pind. jVera. X, 150. — I2 Eurip. Or. 1629, 
1684. — 13 Ibid. 1031. — " Schol. Eurip. Or. 1632; Plin. Xal. hisl. Il, .vxxvii. 

— 15 lâocr. Helen. Encom. Cl et >. — 16 Prellcr, Griech. iîythol. Il, 114. 

— lï Gerhard, Griech. Mylhol. 470, if. — » Isocr. Helen. Encom. 64. 

— 19 Ibid. 65. — 20 Ibid. 66. — 21 Paus. II!, 15, 3. — 82 Paus. III, 19; Herod. VI, 
61 ; Isocr. Helen. Encom. 03. — 23 Isocr. l. f. 61. — 2i Hesych. s. i>. — 2i Hcsych. 
j. 0. _ 26 Theocr. Id. XVIII. — 27 Herod. VI, 61. 



Mil. 



— ?i7 



lll'l 



oi-ii'utal, sillon iiiM'ciiit'ik. Ci'S li^iiniu's sont in'iil-i''lr(' 
ili's ini;i(;i'-< ili' la iUm'ssk', 

On li-(>ii\c' (It's li'aci's du ciilli- irili'li''m% jninlr non 
plus à Mi'Mclas, niais aux Hinscuri's, a Allii'riL's*. A lUimlos 
l'Ili- l'tail liiiiiori'ti siius II! nnui tic AiVjpfTiç. l'ausaiiius 
ii\|ili(|ut> ainsi ci'lti' appcllatiDii. I.i-s lils do Mi-nidas, 
Niciislnilii-^ l't Mi'^apciillics, clia-^si'-i-iMil lli'li'm' <|ui se 
^l'^u^ia A Itlnidi's, aupi'ùs di' l'olyxu, son uniic. Mais 
l'idwu, pour SI* senjji'rtlo ce que son époux élail mort i\ 
la nuiTiv de Troie, luii'iivoya. tandis i|uVlle se baignait, 
uni' di' ses servanles di'f;uisec en jù'inye. Ili'lèni', do 
Irayi'ur, se pendit ;\ un arbre'. 

Kn K^ypto, à Meni|)liis, on est plus étonné d(^ rencon- 
Irer un culte d'Ileièiie'. Mais il ne l'aiit jias oulilier (|Ui', 
suivant une version de la leneiide d'Hélène, aecrédilée 
|ieiit-étre par Slésidion* el acceptée jiar Kuripide, la 
l'euiincî de Ménélas serait restée en ICpypte, où l'aris 
l'avait conduite au cours doses pi-régrinations, <'l d'où il 
n'aurait emporté à rroie qu'un vain simulacre à la place 
de son amante ^ Hélène, du reste, n'avait pas été 
lieur<'use à la cour du roi Tliomis, qui s'éprit d'amour 
pour elle et voulut lui l'aire violence. l'4)ouvanlée, Hélène 
se confia à Polydanina, femme de Thomis. Celle-ci, la 
redoutant lï la l'ois et ayant pitié d'elle, l'exposa dans 
l'ile de l'haros, inl'estéede serpents; mais elle lui donna 
une plante dont l'odeur écartait les reptiles. Hélène la 
planta pour se préserver: c'est V/t(H'h)io)i, qui depuis lors 
pousse à Pharos '■. Quoi ((u'il en soit, il y avait à 
Mempliis, dans le (luarlier des Tyriens, un temple 
d'Aphrodite Z-;vr,, étrangère, que les prêtres égyptiens, 
au dire d'Hérodote, confondaient avec Hélène ^ Pline 
r,\ncien confirme le l'ait et ajoute que les honneurs y 
soûl rendus en même temps à Ménélas'. H est probable 
enlin que dans plus d'une ville 
où fleurissait le culte des Dios- 
cures, Hélène était jointe à ses 
deux frères. Cela est à peu près 
certain pour Termessos, car sur 
une monnaie de cette ville on 
voit Hélène debout, à demi nue, 

tenant d'une main une lance ou 

Fis. 3747.- iiLiùnediifiéecutie une torcho, de l'autre une sorte 

les Dioscures. i i i t , t^. 

de bandelette, entre les Dios- 
cures. Sur sa tête est posé un croissant renversé qui ne 
laisse aucun doute ni sur soti identité ni sur son essence 
lunaire (fig. 374") \ 

De même, en différents lieux du monde antique, on a 
trouvé des monuments, des bas-reliefs, où, entre les 
Dioscures, apparaît une femme que les archéologues 
hésitent à nommer Déméter ou Hélène, mais en qui, 
pour notre part, la rapprochant de la monnaie de Ter- 
messos, nous reconnaissons volontiers cette dernière, 
puisque nous savons d'ailleurs que les artistes aimaient 
à représenter ce trio, ainsi que le prouvent la repré- 
sentation du coffre de Cypsèlos et des peintures de 
vases. Un de ces bas-reliefs a été reproduit [fig. ii42, 
DioscuRi]. Sur un autre, trouvé aussi ii Sparte, Hélène 
apparaît dans la même attitude de caryatide, avec une 

Mrc/i.2'f(7. 1834.p.2l7(l(oss)cl|il.r.\,9, 12,13. — 2Eusl.adHoni.p. 14^3,62.Pin- 
l^a^e,(0/.I, Ij.unit lesTjudarides et Ilélèiieàpropos desTliéoxénies. — 3Paus. 1(1, 19, 
10. — iUerod. Il, 112 et s. j cf. Strab. XVU, 807; Hor. Od.lll, 26; Plut. De fferod. 
maliQii. \ii. — Ë» Roscher, Lexi/con dur Myt/t. p. 1940. — *"' Ael. Nat. anim. IX, 21. 
— 'Hcrod.ll. 112.— » Plin. iVa/. /ii.jMl, 101.— '-i Imhoof-Blunier, Choix de monn. 
grecques, i,\-i. — 'OAimalid. Instil., 1861, tav. D, p. 39 B; cf. 38 A. — " Jflev. 




longue robe a nianilies courtes; mais ;iu lieu que HOS 
mains ]ieiidniites tiennent des Kiiirlandes, elles hou- 
tiennent seuleniimt les plis arcliuiques de la robe". 
A Sijiolo, M. Ileu/ey a trouvé un bas-relief venant de 
Slobi, où, entre les Dioscures i\ cheval et «alopanl vers 
elle, est une (grande ligure .b- femme vue de lace, velue 
d'une robe longue et d'iiii manteau, et tenant contre son 
épaule gauche un fragment di- torche ou de lance'-'. Knlin, 
dans les fouilles de Carnuntuin, on a recueilli deux cu- 
rieux monuments (|ui ont quel(|ue rapport avec les pré- 
cédents. Sur l'un, bas-relief di' travail très grossier, on 
voit deux cavaliers marchant vers une petite ligure de 
femme placée entre eux, et qui sembli! tenir dans chaque 
main une auge dans laiiueih! chaque cheval mange ou 
boit. Derrière le cavalier de droite se trouve un person- 
nage indistinct, Itivant le bras droit; dans le champ, 
des bustes informes et un long serpent; la femme 
peut être Hélène. Nous le croirions d'autant plus vohm- 
tiers que dans l'autre bas-relief, où se retrouvent les 
cavaliers, la femme et le serpent, quatre étoiles sont 
semées dans le champ, entre les personnages''-. 

11 ne nous reste plus qu'à mentionner deux légendes, 
d'invention récente, ou tout au moins post-homérique. 

La première donnait une vie éternelle à Hélène, réunie 
à Ménélas, dans l'ile des Bienheureux '\ D'après la 
seconde, Hélène, rendue immortelle, habitait l'île de 
Leucé, dont Achille, devenu son époux, était le roi". 
C'est peut-être ce mythe qu'illustre un beau miroir 
étriis(iu(> du Cabinet des médailles à Paris'\ On y voit, 
sur un premier registre, une assemblée de dieux, parmi 
lesquels Zeus [Tinia) et Hercule {Hnrcle). Au-dessous 
(fig. 3748) Hélène [Elenai) en riche costume oriental, 



«< < < < c < s <<<<': <<<<<<<<<<.<< -: y < <■ 




Fig. 3748. - Apothéose d'Hélène. 

coiffée d un bonnet phrygien, est assise sur un trône ; 
elle tend la main à Agamemnon {Achmemrun); près 
d'eux est Ménélas (Menlp.) et de l'autre côté se grou- 
pent Paris [Elrhondre, Alexandre), un dieu ailé, Méan, 
et enfin Ajax [Aevas). Ce curieux document, a donné 
lieu à bien des interprétations"''. Malgré l'absence 
d'Achille, on a voulu placer la scène dans l'île de Leucé, 
sous prétexte que dans les monuments étrusques Ajax 

arch. 1873, 11, p. 10 (Mission de Macnlnine, p. 337) ; cf. Arch. Zeil. 1849, pi. vr, 
fig. 9, où la divinit(' féminine est représentée assise. — 12 Arch. epigr. Mittheil. aus 
Oesterreich. 1887, p. 14. — 13 Luc. Vnr. Ilist. 11. S, 3-25. — li AcHiLLES.p. 27.— IS Ge- 
rhard, ^frus/f. Spiegel,\\,\%\ ; Babelon cl Blanchet, Dron:. antiq. de la Bibl. nat., 
n» 1287. — liîRoscher, Lexilcon, p. 1974 sq. — Binr-iofinAr-HiE. — R. Ëngelmann, dans 
\c Lexikon deryr.und rùm. Mythol. de llûscher, I, p. 1928-1978. 



HEL 



— S8 — 



H KL 



supplante souvent Acliille ; mais il nous semble plus na- 
turel de reconnaître ici la réunion d'Hélène et de Ménéias 
dans nie des Bienlicurcux, sous TumI bienveillant des 
dieux qui ont accordé celle faveur aux deux époux si 
longtemps épiouvés et séparés sur la lorrc. I'. l'vnis. 

IIELKXOIMIOIUA. — Fêle alliquo, tirant son nom, 
d'après Pollux, de ce fait que les jeunes filles et les 
femmes y portaient en procession des corbeilles sacrées, 
appelées ïlivx: '. 11 paraît évident que la procession 
des hclrnophoria n'était qu'un épisode des fêtes d'Arté- 
mis Brauronia, célébrées au mois Munycbion, originai- 
rement au bourg de Brauron, et surtout sur l'Acropole 
d'Athènes [diana, bh.m roniaj '. De ce que le poète co- 
mique Diphile avait intitulé une de ses pièces : 'E/>£vt,ço- 
çûûvTSî ', il ne ressort pas nécessairement que les 
hommes prenaient pari à l;i procession ài^?> helenophoria , 
cérémiinic essenliellenient féminine '. L. (Iouve. 

ilELKI>OLIS [torhis]. 

HELIA rYTIIIA. — Jeux célébrés à Émèse de Syrie, 
en l'honneur du dieu Soleil Élagabal IelaoabalusJ. Le 
nom n'en est connu que par les monnaies de cette ville 
qui représentent ;\ l'avers la tète de Caracalla ou d'Hé- 
liogabale et au revers une urne de jeux entre deux 
palmes ou deux branches de laurier, avec l'inscription : 
"H),ta IIùOix '. Les jeux étaient célébrés avec éclat, au 
moins avant qu'Héliogabale eiU transporté à Rome la 
pierre sacrée et avec elle le culte et les fêtes du dieu ; ils 
consistaient surtout en une procession solennelle que 
conduisait le grand prêtre d'Élagabal, vêtu d'un costume 
éclatant de pourpre et d'or, couronné de pierres pré- 
cieuses; le cortège faisait le tour des autels sacrés, accom- 
pagné de musique et de danse -. L. Chuve. 

IlELIAEA ('lIXtat'x). — Le mot r^MjJ.-x, dans le langage 
courant des Athéniens, désignait tanlnt l'ensemble des 
juges qui étaient appelés à statuer sur une affaire, 
tantôt le lieu dans lequel se réunissaient ces juges'. Si 
l'on connaissait bien l'étymologie de ce mot. on arrive- 
rait peut-être à déterminer quelle est la plus ancienne 
des deux acceptions. Mais les philologues modernes, pas 
plus que les philologues anciens, n'ont encore réussi 
à s'entendre ^ Les uns font venir le mot de /ÎXt&ç, soleil: 
l'héliée est un tribunal qui siège en plein air ({iTratOiov), 
dans un lieu éclairé par le soleil. D'autres le rattachent 
à l'idée d'assemblée (àXîa, iXi'Çeiv, iXiÇEcOat) '. Quelques 
rhéteurs anciens indiquaient déjà les deux étymologies 
sans oser faire un choix entre elles'. Récemment M. Curt 
Wachsmuth s'est demandé si la vraie forme du mot ne 
serait pas r^liciix et si elle ne pourrait pas être rattachée 
à "H).'.; et à à'Xo;. L'Êliée (et non plus l'Héliée) serait alors 
le tribunal qui siège dans un bas-fond, -co otxa<7T-/,p!ov èv 
zoi'Ào) Tiv! To-o), le tribunal d'en bas, zh y.x-w, par oppo- 
sition au tribunal qui siège sur une hauteur, èv 'Ar^M 
Xôço), l'Aréopage, le tribunal d'en haut, -b avto, rb ÊTrivo) 
ôixasTYipiov'. 

L'héliée, avons-nous dit, est un Iribunal. A première 



HELE\OPnORIA. 1 Pollux", X. KH. — -' Hcrmann. Gr. AU. Il, § 62, )C; 
Mommscn. Heorlologie, p. 405, HO; Prellcr, Griech. Myth. II, 3' fâ. p. 109; I, 
4- M. f. 312. — 3 Alhen. VI. 1, —1 Mommsen. /. c. ; Prcller, /. c. 

HELIA PVTIIIA. I llioiinct, Desci: des mon. l. V, p, 230, n" CI0-6II; Suppl. 
t. Vlll, p. 157 cl 158, n" 1112, 16t-16S. — 2 liprodian. V, 3. C ; i-f. Prellcr, Dotm. 
ilylh. Il, 3* éd. p. 350; Mommscli-.Marquardt, //<i/irf«u/;/i, Irad. fr. I. XII, p. 101, 
412; Studniczl(a,.4rcA. epigr. Millheilung. aus Oeslerreich, Vlll, p. 04; KoscLer, 
Lexikon der Mythologie, s. v. Elagabal. 

HELIAE-^. 1 A Argott, le lieu où ko réunissait le tribunal populaire élait appelle 



vue, il semblerait plus naturel que ry,>,ta!':t d'Athènes eût 
été, comme l'/Zia ou iXtaia des cités doriennes, l'assem- 
blée du peuple. Plusieurs conjectures ont été émises 
pour rattacher le plus important des tribunaux de 
l'époque classique, V'r^).:j.{% du v" et du iV siècle, à une 
ViXiaix plus ancienne, (jui aurait été l'assemblée du 
peuple. Celle dernière, par exemple, aurait donné son 
nom au lieu où elle siégeait habilucllemenlsur l'ancienne 
Agora. Lorsqu'elle se déplaça pour aller siéger sur 
le Pnyx, le lieu par elle abandonné garda son nom et le 
transmit au Iribunal qui vint s'y i-lablir. Il n'y a rien 
qui confirme ces suppositions; des faits bien observés 
leur sont même di'favorables. 

Quelque opinion que l'on ail d'ailleurs sur ces ques- 
tions de nom ou d'étymologie, ii l'époque classique, 
l'héliée était très distincte de l'assemblée ou ekklesia. 
Mais il est bien probable que, à l'origine, la distinction 
était moins sensible : le tribunal n'était, suivant toute 
vraisemblance, qu'une délégation de l'assemblée. D'après 
la constitution de Solon, l'asseinlilée du peuple est 
appelée non seulement à voter les lois organiques et ii 
délibérer sur la paix ou la guerre, mais encore à statuer 
sur toutes les questions qui se rattachent à la re.sponsa- 
bilité des magistrats. A ce point de vue, elle joue le rôle 
de cour suprême et peut être appelée à reviser les déci- 
sions que les intéressés soumettent à son contrôle. Seu- 
lement cet office de cour suprême ne sera pas rempli 
par le peuple tout entier; il sera confié à une délégation 
d'hommes milrs, élus par l'assemblée et assermentés. 
Ces délégués de l'assemblée, constitués en tribunal, pro- 
nonceront en son nom le jugement définitif. L'appel 
étant devenu de plus en plus fréquent, le rôle des ma- 
gistrats se borna peu à peu à l'instruction des procès; le 
jugement fut rendu par les citoyens qui avaient prêté 
serment de bien rendrela justice, lesjurés, leswfjL&jioxoTeç'^. 

L'héliée se rattachait par tant de liens à l'assemblée 
du peuple que, même au iv' siècle, à une époque où 
toute confusion était impossible entre les deux pou- 
voirs, il arrivait aux orateurs, devant un tribunal d'hé- 
liastes, de parler comme ils auraient pu le faire devant 
le peuple réuni en erklesia. « Vous m'avez élu, citoyens 
juges, d'abord phylarque, puis hipparque'. » Or il est 
bien évident que ce n'étaient pas les jugesqui nommaient 
aux fonctions militaires ; stratèges, taxiarques, hippar- 
ques, phylarques,... étaient choisis par le peuple votant à 
mains levées". De même, ce n'est pas aux juges que 
Démosthène s'adresse, c'est aux membres de l'assem- 
blée, lorsque, devant des héliastes. il dit : « Les rap- 
ports des ambassadeurs sont la base de vos délibéra- 
tions'.... Eschine, dans son ambassade, ne s'est pas 
conformé à vos instructions*". » On pourrait multiplier 
les exemples". 

L'héliée était de beaucoup le plus important des tri- 
bunaux populaires d'Athènes; c'était le tribunal par 
excellence, xaT' èçoyiîv, si bien que les deux mots juge et 



T.Ataia ou en dialeclc rloricn. «*,;«:«; Mullcr, Frag. histor. graec. III, p. 24 ; cf. 
C. Wachsmulli, Die Slaitt Athen, I. 1874, p. 4%, — 2 Scliol. Demoslh. 7CC, Didol, 
p. 717. — 3 Scliol. Arisloph. .Vu6m. 802, Vesp. S8, Av. 109, D, p. 119, 138 et 213. 

— ' Bekkor, Anecd. 1. p. 310 et s. — :> Die Sladl Athen in Allerihum, II, 1, 1890, 
p. 364. — t» Voir DiKAfiTAl, p. ISG et s. ; cf. Curtius, Hist. grect/ii^, I, p. 413 et 418. 

— 7 Ilyperid. Pro f.ycophr. § 13, Didot, p. 417 ; cf. Demoslh. C. Boeotum, II, § 34, 
Reiste, 1018; C. Afid. § 171, Reisle, 370. — 8 Aristot. Constil. Ath. 61, §§ 6 et 7. 

— «Demoslli, Defalsaleg. §3, R, 342. — iO£'orf. /. §8,R.343.— " Voir Fraenkel, 
Atlischen Geschwornengerichte, 1877, p. 53 et s. 



Il Kl. 



— S!» 



IIKL 



lidliiisti' l'Iiiicnl il peu |iri'"« synciiiyiiii's. |,c vii-ii'k Pliilo- 
i-lt'Dii, (|iii' 11' litisiii-tl appt'Iait t\ sii'ncr aussi liicii «liiiis le 
Kiiv.v ' c|iii' iluiis rin-licc, se (|iialiliail d'iifliaslf et |>im- 
tuit II' litri' dans ^oii cnlimi-ani' '. I.c l'ail ili- iriidn- la 
juslici', l'ii i|iu'l(|ui^ liiMi (|iic Cl' lill, l'iail fX|>iimr par 
•i|XiïC««'*»i '. t'I '•' salairi' dos juKus clait (|iii'li|ucriiis 
appflf {'r^XinTixi; ulitOo; \ (IkUi- idi'ulilifalion l'sI In-s 
aiit'ii'iiiif ; car uni' vieille k)i de Soloii, dont Lysias nous 
aeonsei'M' le texte original, pailc d un enipi'isouneinonl 
de ('ini| jiiur> i|ui peut être prononce à litre de peine; 
supplenieulairi' par les ju^es : iiv :t;ciiTijjiy,ir/-| r; r^hxix'. 
Mais, en prenant le mol dans un sens strict, pur oppo- 
sition à d'autres Iriluinaux dans lesquels se réunissaient 
enaleuienl les o'.xïitï'., le lUpiouii-ov, le 'l'piYi'ivov, le 
l!ïTia/iouv, le 'l'ûivixio'jv, etc., riiéliée est, comme le dit 
l'ausanias, le plus );rand des triltunaux, celui dans leiiuel 
on réunit les ju^es lors(iu'ils doivent être Irùs nom- 
lireux ", grflce ;\ la réunion de plusieurs sections, par 
exemple au nombre de mille ou de quin/.o cents ". 

l>ans tiuelle partie d'Athènes se trouvait l'héliée, on 
ne peut pas le dire avec certitude. Il est toutefois pro- 
l>al)le ciue, comme presque tous les autres tribunaux, 
elle était dans le voisinage de l'.Xgora. 

C'est par erreur que quelques historiens ont donné 
aux héliastes comme lieu de réunion le 'l'hesmothcsion. 
On trouve bien, il est vrai, dans un traité conclu, en 
■iiti-i4.T, avec Chalcis ", la mention d'une -r^lixioi twv 
OiTiAGOîTiôv, devant laquelle devront être portés les appels 
des jugements rendus à Chalcis. Anliplion parle aussi 
d'une OiaaoOsTiov ■'r^lixx.r^ ■'. Mais ces textes visent incon- 
testablement le tribunal des héliastes, siégeant sous la 
présidence des Thesmothètes, sans faire allusion au lieu 
où il se réunissait '". On peut on dire autant du o'.xa- 
(TTr'iiov Tôiv 0;7[xoO£Ttov dout parlc Ândocide ". 

On a dit que l'Aréopage était le seul tribunal dans 
lequel la justice était rendue en plein air, ù-ko -w-'r^XU-) '-. 
Mais il semble bien que les juges, lorsqu'ils étaient 
réunis dans l'héliée, siégeaient à ciel ouvert. Ce ne doit 
pas être sans motifs que les grammairiens anciens ont 
pu voir une corrélation entre v^X'.aiï et fjXtoç, et qu'ils ont 
qualilié d'uiratOpov le lieu où siégeaient les héliastes. 
Aurait-on pu d'ailleurs trouver dans la ville un lieu clos 
dans lequel place aurait été faite à quinze cents juges 
siégeant simultanément? C'est parce que les membres 
de l'héliée, comme les membres de l'assemblée, sié- 
geaient en plein air, que l'on observait, les jours d'au- 
dience, si les pronostics célestes, les oioar^iLsîx, étaient 
favorables ou défavorables, et que, lorsqu'ils étaient 
mauvais, on congédiait les juges '^. On a bien cru trou- 
ver, dans un discours d'Antiphon, la preuve que les 
héliastes ne siégeaient pas à l'air libre. L'orateur, qui 
parle devant des juges, reproche à son adversaire d'avoir 
commis une grave irrégularité en n'observant pas la loi 
d'après laquelle, dans les procès d'homicide, l'accusa- 
teur ne doit pas se trouver sous le même toit que le 

I Arisloiih. Vesp. iîO.— 2 Euil. l. (35el206.— 3 Arisloph. Eq.TiS ; cf. Demoslli. 
C. Timocr. § 50, R. 716. — * Aristopb. Nub. 863; cf. Sclirtni<inn, Opiisc. acad. I, 
p. 221 et s. — 6 Lysias, C. Tkeomn. I, § 16, D. p. 135. — 6 l'ausan. I, 28, 
§8.-1 Uarpocr. s. v. r'kw.M. — >* Corp. inscr. atlic. IV, fasc. 1, p. 10, n« 27, 
a, ligne 73 et s. — » Super Choreula, § 21, D. 42. — •» Foucart, Mélanges d'épi- 
i/raphie, 1878, p. 16; Lipsius. Attische Proceas, p. 176, note 69; C. Wachsmutli, 
Die Stadt Athen, II, 1890, p. 339 et s. — " De myslei: § 28, D. p. 52. — 12 pcr- 
lot, Le droit public d'Athènes, p. 220. — 13 Follin, VIII, 124. — Il Antiph. De 
nece Hrrodis. .!; 1 1 , D. p. 2.ï. — 15 Harpocr. s. v. naçiSairTov, éd. Bekker. p. 146. 

IIÉLIKUN. 1 liarmon. Il, 2, p. M-ïi de Wallis, éd. in-f°. — i De musica. 



iiieuilrier '•, .Mais il n'est pUK cerlaiii que le discours 
ail été pronoucf^ «lans l'Iiéliéu ; il est possible (|ue le 
procès il I occasion diii|uel le discoiirH a été composé fi1t 
jugé dans le llni/C'jijTov, i|ui exiHlait déjà au temps 
d'.Vnliphon ' . K. Cmlliimi;». 

lli:i.ll>o\ ('KXixc.'iv). — Instrument destiné A mesurer 
les eonsonancos. Il a été décrit par Clauile l'toléiiiée ' 
et, peut-étn- antérieurement, par Aristide (Juiirtilien -. 
l'orpliyre ' a eommente la description de Plidémée ; 
(ieorges l'acliymère ', au commencement du xiV" siècle, 
l'a reproduite presiiue mot pour mol. .Nous allons en don- 
iiei' nue traduction française accompagnée des ligures 
([Ml' l'iiii trouve dans les manuscrits ''. 

ihi peut encore rapporter le diapason (l'octave) au 
canon oclacorde en s'y prenant d'une autre façon, au 
moyen de l'instrument appelé //t'/ifon, que les mathéma- 
ticiens ont construit pour faire connaître les r;ipporls 
qui résident dans les consonances. Voici comment ils 
procèdent. Ou installe un clifissis quadrangulaire AH(jl). 
On partage en deux parties égales les côtés AB, BD, 
en I-; et en Z. Ou joint \'A el HIKi, et l'on mène, parallè- 
leincml à AG, la ligne li(-)K, puis, passant par le point H, 
la ligne LHM. Par suite, la ligne AG est donnée comme 
dcuible de chacune des lignes HZ, Zl), el par suite aussi, 
chacune de celles-ci est double de li<-), puisque .\B est 
double de AE " : de sorte que AG est quadruple de E0 
et sesquitierce de <->K, reste (de EK). Or il est démontré 
que la ligne MH est double de LH, puisque DB est à HM 
comme DG est à G.M'' et comme BA est k .AL*; c'est- 
à-dire encore que BZ est à LH comme DG est à GM '', 
et par suite BZ est à LH comme BD est à HM '"; et 
réciproquement MH est à LH comme BD est à BZ ". 
Donc la ligne AG est sesquialtère de HM et triple 
de HL. Ainsi donc, si l'on prend quatre cordes d'égale 
tension, placées dans les mêmes positions que les droites 
.\G, EK, LM et BD, et que l'on y applique une réglette 
(curseur) dans la position de la droite ZHWA, en faisant 
correspondre à la ligne AG le nombre 12, à 0K9, à AM 8, 




$\ & 



r u t,\ 



■t£pi. 

H 

o' 



M.^ 



Fig. 3749. — llélikon. 

à chacune des lignes BZ, ZD 6 ; puis à LH 4, à EH 3, on 
obtiendra toutes les consonances et l'intervalle de Ion. La 
consonance de quarte sera établie suivant le rapport ses- 
quitiers (i), existant entre les droites AG et 0K, HMetZD, 

III, p, 117-118 de Meibom; p. 71 d'Albert Jahn. —i Inharm. Plolem. Il, 2, p. 333- 
336 de Wallis. — * Partie de son Quadrivium consacrée à Pharmonique, publiée 
par A. J. H. Vincent dans les Notices et extrait des manuscrits, t. XVI. H» partie, 
p. 476 et suiv. — 5 Nous donnons les figures contenues dans le ms. grec 2450 de 
la Bibliothèque nationale, exécuté au xiv» siècle. — s En effet, si Ton considère les 
deux triangles rectangles AZB, AeF, on a BZ : Et) : : AB : AE : : 2 : 1 . Une scholie 
du nis. 2430 renvoie aux Éléments .rEuclide, IV, 6. — ' L'auteur considère ici le 
triangle rectangle BGU. — » Dans le triangle rectangle BAZ. — » En effet BZ : LH : : 
DG (= AB) : GM (= AL). — '« On obtient cette proportion en considérant les deux 
triangles rectangles AZB, BGD. — " Même observation. 



UEL 



— 60 — 



HEL 



LH et Et); ia consonance de quinte suivant le rapport 
sesquialtère (l), exislanl entre AO et IIM, hK et ZD, HZ 
et LH ; la consonance d"octave suivant le rapport douMe 
(f), existant entre AG et ZD, HM et LH, BZ et wK; la 
consonance d'octave et quarte (11*; suivant le rapport 
de 8 à 3, existant entre IIM et HE ' ; la consonance d'oc- 
tave et quinte (12') suivant le rapi)ort triple {]), existant 
entre AG et LH, wK et (-lE; la consonance de double 
octave suivant le rapport quadruple ({), existant entre 
AG et EH; enlin le ton, suivant le rapport sesquioctave 
(I), existant entre WK et IIM. 

« A côté de cet instrument, établissons simplement un 
parallélogramme ABGD, et considérons les côtés AB, GD 
■A titre de supports des cordes et les côtés AG, BD, au 
point de vue des sons extrêmes de l'octave. Ensuite après 
avoir prolongé GD d'une longueur égale DE, fractionnons 
le côté GD, en guise de réglette (monocorde) suivant les 
rapports propres des genres, en posant le bout aigu (du 
curseur) sur le point E ; puis au moyen des sections 
elVectuées sur ce (côté GD), tendons également des cordes 
parallèles à AG. Cela fait, si nous plaçons sous les cordes 
le curseur qui leur sera commun dans la position de la 
droite qui joint les points A, E, c'est-à-dire de la 
ligne AZE, nous obtiendrons de nouveau des longueurs 



Ar'i^ 




Fig. 3750. 

de cordes conformes aux mêmes rapports (que précé- 
demment), de sorte que l'on pourra faire une (même) 
évaluation des rapports accordés avec les genres, puis- 
qu'il y aura la même proportion entre les lignes menées 
de E en G,D et les lignes menées à travers leurs limites 
parallèlement à AG jusqu'à AZ. Ainsi, par exemple, GA 
est à DZ comme EG est à ED. C'est pourquoi ces cordes 
produisent l'octave, vu que leur rapport est double -. 
Mais maintenant, si nous retranchons GH de GD, ce qui 
réduit -la droite GE d'un quart, et G0, ce qui la réduit 
d'un tiers, et si nous élevons par les points H et y les 
cordes HKL, WMN, de même tension que les premières, 
de façon que la corde AG soit sesquitierce de HK et ses- 
quialtère de (-).M et que 6M soit sesquitierce de DZ et HK 
sesquialtère de cette corde, et enfin que HK soit sesqui- 
octave de 0M, il s'ensuit que ces cordes produiront 
entre elles des consonances conformes à ces rapports. Il 
en sera de même pour les sections établies entre deux 

1 Ici le malliémalicieu Ptolémée scsi^pare des pyUiagoriciens qui rcjclaient celle 

cousonance, comme ne comporlaiit p»!> uu rapport super-parliel -' mais poly- 

8 
ipiroèrc{p. ex. -(Tliéoii de Sinynie. Connaissances mathématiques utiles pour la 

lecture de Platon, p. 128-129 de Véi. gr. fraDç. de M. Jean Dupuis). — s En elTet 
GE = 2 GD par coastrucUou. — 3 Voir dans noire IraducUou d'Arisloxcnc, Élé- 
ments liaiinonigues, Paris, 1870, les tableaux relatifs à ce passage. 

IIELIOC.UIIMJS. I l'Un. Epist. Il, 17. — 2 Corp. inscr. graec. n' 3148. — 3 LI|. 
pian. Dig. VIII, i, 17. 

■■ELLA.\oniliAI. I Lcx. Rhet. ap. Bekker. Anead. rjr. I, p. 248, 3i. —2 Scliol. 
l'ind. O/. III, 10, p. 93 lî. Malgré- le nom de â:'./^//.: qu'IK-sychius attribue encore aux 
Ucllanodikcs, il est dirOcilc d'accepter l'explication ingénieuse (ZtCi; *£>.'ak-.i'.;) pro- 



létracordcs d'après les rapports existant entre les (sons) 
évalués. .. 

Suit une comparaison des deux espèces d'hélicon au 
point de vue des avantages et des inconvénients que 
présente chacun d'eux. 

La description de l'hélicon (première forme seulement) 
est plus sommaire chez Aristide Quintilien ; mais elle 
nous apprend en outre que la première corde sonne le 
proslambanoinène (soit /a„), la plus grande section de 
la seconde corde, la diatonique des hypates [ré ,) ; la 
plus grande section de la troisième corde, l'hypate des 
moyennes (mi ,), et la moitié de la quatrième, la mèse [la ^]. 
Nous pouvons en déduire ce fait que la plus petite section 
de la seconde corde sonnera la^, et la plus petite section 
de la troisième corde, mi^. Les six consonances ainsi 
déterminées, il suffira, pour compléter l'échelle métho- 
dique, de se reporter au passage important des Elément); 
harmoniques où Aristoxène traite de « la fixation des in- 
tervalles dissonants au moyen des consonances » (p. 55 
de l'éd. Meihomj ^. C. E. Buelle. 

HELIOCAMIXUS ('H).!oxâ(A£tvoç). — Chambre ou gale- 
rie destinée à recevoir et à concentrer la chaleur du 
soleil. Cette pièce ne devait se distinguer des autres que 
par son exposition à l'ouest et au midi. Vheliocaminus 
construit par Pline le Jeune dans un pavillon de sa villa 
de Laurentum avait en effet une double exposition, 
l'une et l'autre au soleil et communiquant avec d'autres 
pièces'. On peut supposer, quoiqu'aucun texte ne nous 
l'apprenne, que Vheliocaminus avait de larges ouvertures 
vitrées. Nous savons, par une inscription grecque de 
Smyrne, qu'on en construisit un dans le gymnase de cette 
ville-. Une disposition du Digeste^ défend de planter des 
arbres là où ils pourraient jeter de l'ombre sur Vhelioca- 
minus ou le solarium du voisin. II ne faut pas toutefois 
confondre Vheliocaminus avec le solarium, qui était, sui- 
vant le mode de couverture des maisons, ou une terrasse 
supérieure, ou la pièce immédiatement placée sous la 
toiture en tuiles. H. Théde.nat. 

HELIOS [sol;. 

UELL.VXODIKAI ('EÀÀïvooi'zai). — Magistrats dont 
l'autorité s'étendait sur tous les Hellènes assemblés 
dans les jeux olympiques. Leur titre faisait allusion à 
cette juridiction universelle' et à la règle qui repoussait 
des concours tout autre que les Grecs-. 

Le nombre des Hellanodikes varia suivant les vicissi- 
tudes de l'État éléen ^ A l'origine, Iphitos, le fondateur 
des jeux olympiques, en fut le seul ordonnateur'. 11 
légua ce privilège à son -^évoç, celui des Oxylides''. Selon 
Pausanias \ on attendit la L'= olympiade fo80 av. J.-C.) 
pour nommer deux Hellanodikes, pris indistinctement 
dans les grandes familles d'Élis''. Mais l'innovation doit 
être rapportée au temps où Élis partageait avec Pise la 
direction des jeux* : dès la XXVIII"' olympiade (668) 

posée par \V. WachsniuU», U'^llen. AUertbumskunde, I, i,p. 109. — 3 VoirScliùmauu. 
Orieclt. AUerth. Irad. Galuski, 11, p. 64 ; Ad. BôUiclicr, Olijmpia, 2' éd. p. 146-147 ; 
Laloux et Monceaux, /testaur, d'Olympie, p. Iî>7 ; H. Forstcr, De ffcU'inodicis Ohjm- 
picis ; E. Curlius _ Z/o* Si/nokismos fon Elis, dans les Sitzungsberichlf d. /Jert. Aknd. 
l8!»S,p.795s.— W'aus.V.n, 4; 4, 5: 20, I ; l'ind. OMII. 2i ; Pblcgon Trallianus, fr. t 
(/''ragm.hist. f/rAU, ]t. 604); Arist. ap. ['lut. Xyc. t ; Eplior. ap. Slrab. Vlll, p. 3oS. 
Voir Forstcr, Op. cit. p. 6-9. — î» Paus. V, 9, 4; Arislot. ap. Harp. s. v. 'E'/.'».îf/'.- 
Sixai. VoirFSrsler, Op. cil. p. 17-18. — 6 Paus. /. c: VI. 22, 2-4; Arist. (. c. ; Elym. 
MagQ. p. 331, 24 s. ; Hcllanic. et Aristodem. ap. Scliol. Pind. 01. l. c. — 7 Pau- 
sanias dit qu'ils étaient pris parmi tous les Êlécns : mais il oppose évidemment le 
nouveau mode de nomination au privilège des Uxylides. — 8 Clinton, Fasti Hell. 
I, p. 190, 192,232,236; Wcissenborn, Hellcn, léna, 1844. p. 13; E. Curtius, Pelo- 
pon. Il, p. 23. 



Mil. 



— «M — 



lll.l. 



l'iuiruiic ilr-.ilrii\ villes lui l('|iri'si'rilic u (IImii|iji' |iai' ' 
lin prosulciil '. I))' la 1." ulympiaili* liulunl scuIlmiiciiI 
l'ii\('liisi(ii) ild l'isc' ft II' iiiiiiii>|iiilr des Klt'i'ii». Pour 
la 1A\ V'' iilviiipiaili< 1 180! mi iniiniiia iiciirikiilaiiiiiiikcH^ 
Ils l'i)ii('lii)iiiiaieiit par groupes de Irois : on supposiM|Ui! 
ce noiiilirc de Iriiis corri'spundail A latlui des Irihns 
patroiiyinii|iios dans un U;uips où l'I'^lidt' tUuit doiiiinéo 
pur rarisloi-ralii' '. Iluil ans api-t'^s (ITri, on ai-rixa au 
nomlui' df dix '. (îoiiimi' fliaqui- llelUinodiki' '•lait alors 
sans nul tloulf li^ ilclcgué il'uno tribu", il faut croiro 
ijuo U's Rli'iMis vcnaiiMit Ai- sulislituiT dix trilius locak's 
aux trois lril>us rclitçieusesctaccoinuiodaic'iilii'ursiiistilu- 
tiuns udininistralivcs aux besoins politi([ues de la diMuo- 
cratie'. Dans la C.lll" olymiiiade (."IllH), les Klt'cns divisè- 
rent leur pays, aj^randi par la contiut'le, en dou/.e tribus 
et le nombre des Hcllanodikes fui porté ii dou/.(î '. Con- 
traints de céder aux Viiadieiis un(! partie de leur terri- 
toire % ils ne foriuaienl plus, dans la CIV' olympiade 
(364), que huit tribus: il n'y eiil plus t\\u' huit lleliano- 
dikes'". Mais dès iaC.VUl' olympiade iM'iH) on rétablit h; 
nombre de dix tribus et de dix llellanodikes ".Ce chan- 
gement fut le dernier. 

Les llellanodikes conservèrent longtemps ou toujours 
queliiues attributions qui rappelaient la royauté dont ils 
étaient primitivement investis. Un voit, d'après une 
vieille inscription'^, l'Hellanodike intervenir dans des 
sacrilices olïerts par les lîléens. Ainsi s'explique que les 
Hcllanodikes aient de tout temps procédé ù des purifi- 
cations '^ et reçu des serments devant l'autel". Un autre 
document '*, qui remonte à la lointaine époque où il 
n'y avait encore qu'un Hellanodiko éléen "', nous le 
montre à la tète du tribunal constitué par les démiurges : 
il iniligo l'amende légale aux rois des tribus et au ma- 
gistral suprême pour irrégularité dans la procédure in- 
troductive ; il prononce la sentence d'après le verdict 
rendu ; s'il ne le fait pas, il est passible d'une amende 
au double lors de la reddition des comptes. Voilà l'ori- 
gine des peines corporelles" et pécuniaires " qui sanc- 
tionnèrent de tout temps l'autorité des Hellanodikes. 
Enfin, ils ne cessèrent jamais de porter dans les céré- 
monies la pourpre, insigne de la dignité perdue '". 

Depuis que le privilège des Oxylides avait été aboli, 
tous les Éléens pouvaient prétendre à la charge d'Hella- 
nodike-". Mais, en fait, le tirage au sort"' portant sur les 
candidats désignés par le peuple " devait écarter qui- 
conque n'était pas issu des familles nobles et riches". 

1 Slrab. VUI, i, p. 335; cf. Fiirster, Op. cit. p. 1018 ; Gilbert, Handb. d. i/riec/i. 
Staatsalterth. 1, p. 97, n. :!. Cette couclusiou n'est pas accept(!'e par K. Wer- 
nicke, Olymp, Beitvàge, dans le Jahrb. d. deutsch. arc/t. Inst. I.\, 1894, 
p. 132, n. ; voir encore Busolt, Forsclt, zur f/riech. Gesch. p. ;ili s.. — 2 C'est 
ainsi qu'à l'époque du condominium Pise avait une fois exclu lîlis (Paus. VI, iî2, 2). 

— 3 Paus. V, 9, 5 ; cf. Arislot. (. c. ; Lex. Rhet. /. c. ; Etym. Magn. /. c. 

— 4 D'après Aristole, Polil. VIH, C, 8, p. 1300 a. Voir Scln'miann, /. c. ; Fiirster, 
Op. cit. p. 'i4-i6. — 5 Paus. ;. c. ; cf. Hellanic. Z. c. — li Scliol. Pind. /. c. ; llarp. 
l. c. — ^ Eplior. ap. Strab. VUI, p. 336 et Diod. Sic. XI, 54; cf. [''ôrster. Op. cit. 
p. 26-â7 ; K. Curlius, /. c. p. 793-798. — » Paus. l. c. : cf. Fiirster, Op. cit. p. 28- 
29 ; K. Curtius, /. c. p. 79-9. — 9 Xen. Hell. VII, 4, i9 s. ; Diod. Sic. XV, 78. 

— Il) Paus. V. 9, 6 ; cf. VI, 4, 2 ; Etym. Magn. /. c. Voir Fiirster, Op. cit. p. 29- 
30.— 11 Paus. V,9, 6; Aristodem. /. c: Ilarp. /. c. ; Les. Rliet. l. c. ; Philoslr. Vit. 
Apolt. 111, 39. — 12 Insclir. aus 01. n" 381 (Arcli. Zeit. XXXIX, 1881, p. 77 = 
Rôlil, Insci: gr. uni. add. n» 113 a = CoUitz-Blass, Satnmt. d. iji-iixh. Dialekt- 
Inschr.w 1169). — " Paus. V, 16,8. — II- Ibid. 24, 9. — H Inschr. aus 01. n» 362. 
(Arc/i. Zcit. XXXVIII, 1860, p. 60 = Comparetli, Atti d. Accad. dei Liiicei. Me- 
morie, VI, 1880-1881, p. 70 s. = Caucr, Delect. inscr. gr. 2- M. n» 2S3 = Collil/.- 
Blass, n» 1132).— 16 Les objections de Tb. Bergli, Ilbein. Mus. XXXVIII, 188.3, 
d. !i3b, n. 2, et de Coraparetti, l. c. p. 77-78, n'ont pas grande valeur. Il serait diffi- 
cile que l'iiiscriptiou fût antérieure à 608; mais on comprend (|u'uno loi élécnne no 
parle (juc de l'Hellanodike éli'ren dans l'intervalle de 068 à 580. — '^ Paus. VI, 2, 2. 



iiii prelVu'iiit suiiH doute les aiiiuleiirs d'oxercicos gym- 
niques id de ehnvuux ; nouH connaiHHuiiK un llidlunodike 
iiui, eiil'anl, avait riMiiporté un prix aux jeux olympiques 
et qui Noyait son iioiii sur cette lihle de vainqueurs qu'il 
faisait mettre .'i jour". LeH IlellaiiodikeK étaient iioiiiniéH 
tous les quatre ans, pndiableinent au début de la ipia- 
Irième année de l'olympiade, puisiiu'ils entraient en 
l'onctioiis dix mois avant les fêtes''. Mais on ne saurail 
dire si, les fêtes une fois terminées, ils conservaK'iit trois 
ans un titre sans attributions. 

Le collège des llellanodikes se partageait en trois 
commissions qui se chargeaient respectivement d'orga- 
niser et de surveiller les courses de chevaux, le pen- 
tathle et les autres concours. Ces commissions, ch;ieune 
de trois membres, avaient été instituées à l'épofpie où 
le collège comprenait neuf magistrats -". Klles conti- 
nuèrent de fonctiimner, quiind hrs Hellanodikes furent 
au nombre de dix : on en voit une -"aux courses de. la 
XCVl" olympiade -" (396). Peut-être est-ce le président 
d'une de ces commissions (]irune inscription menliimne 
comme << épimélète des concours hippiques ■■ -'. Quant 
au dixième llellanodike, celui qui ne figurait pas dans 
les commissions, il avait la présidence de tout le col- 
lège^". Dignitairi! éponyme'", il faisait fonction d'athlo- 
thètc'-, c'est-à-dire distribuait les prix '■'. 

Il y avait à Élis un local affecté aux llellanodikes, 
l'Hellanodikéon •''. Ils y demeuraient dix mois. Là, sous 
la direction des nomophylaques, conservateurs des rè- 
glements, ils apprenaient les devoirs de leur charge. 
C'est que les règlements étaient singulièrement com- 
pliqués. Le fonds primitif remontait à Iphilos et se lisait 
sur le fameux disque de l'Héraion ": il laissait sans 
doute aux llellanodikes un pouvoir large et vague comme 
celui des fesymnètes phéaciens dans VOdi/ssce. De 
bonne heure, il s'était augmenté d'articles nouveaux, 
puisqu'on racontait que les Éléens avaient, sous le règne 
de Psammis, soumis aux sages de l'Egypte la législation 
olympique'*. Chaque siècle y avait ajouté son contin- 
gent, et les Hellanodikes devaient avoir fort à faire pour 
débrouiller une jurisprudence aussi touffue. 

De leur demeure, les Hellanodikes avaient vue sur 
l'agora, d'où les séparait une rue '^ et cette rue les 
menait directement à une porte latérale du gym- 
nase, entrée qui leur était spécialement réservée. Hs 
allaient au gymnase avant le lever du soleil, pour sur- 
veiller les courses ; ils y retournaient à midi pour le 

— l«ld.V,,2l, 2-18.— lOEtym. Magu.-s.t'. ; cf. Slrab. XIV, I, p. 633. — 20 L'in- 
tcrprétatiou queKulin, Ueber die Entstchung der Stddte der Alten^ p. 86 (cf. E. Cur- 
tius, Pelopon. Il, p. 98, n. 21) applique de force au passage de Paus. V, 9, 4, n'a 
pas sa raison d'ôtre. Voir Fiirsler. Op. cit. p. 18-19. — 21 Paus. V, 9, 4; cf. Pbi- 
lostr. Vit. Apollon. III, 30. Voir E. Curtius, Dcr Sgnok. v. Elis, l. c. p. 799. 

— 22 Schol. Pind. ai. III, 22, p. 94 B ; cf. Paus. VI, 24, 3. — 2'i Voir Scliomann, 
l. c. p. 6i-63; Fiirster, Op. cit. p. 19-20; Laloux et Monceaux, Op. cit. p. 197. 

— 21 Paus. VI, 8, 1. — 25 Jbid. 24, 3. — 26 |d. V, 9, S. — ^^ là. VI, 3, 7. — 28 u. 
VIII, 45, 4. — 20 Insi-.hr. aus 01. n" 4 (Arch. Zeit. XXXIII. 1873, p. 183), I. 34; 
cf. art. icriMBLETii, p. 678. Si ce personnage était un membre quelconque de la coni- 
missiou, comme il semble à Kircbholf [Arch. Zeit. l. c.) et à Fôrster (Op. cit. p. 31- 
32), le décret ne pourrait pas cbargcr de la dédicace Tôy iî;i[ji£j.Ti-àv xàv 'itctiwv. Il ne 
faut pas confondre cet epicnéléte avec les autres ([u'ou voit fouctionner à Olympie 
{Arch.Zr.it. XXXV, 1877, p. 193, n» 92 ; XXXVI, 1878, p. 89, u" 14S; p. 97, n" 100; 
XXXVII, 1879, p. 50, n» 236 ; cf. art. lpimeletai, p. 677). —'M Voir Fiirster, p. 31- 
34. D'après E. Curtius, /. c. p. SOO, ce président existait déjà quand le collège com- 
prenait neuf llellauodilies. Philostrate (Vit. Apol. VI, 10, 2, p. 110) ne dit pas 
i|ue' le président fût le doyen d'âge. — '■il Iiischr. aus. 01. n» 4 (Arch. Zeit. XXXIII, 
1875, p. 183) ; n» 18 (Ib. XXXIV, 1876, p. 140). — 32 Pans. V, 9, 0. —33 Pind. 01. 
111,11s. (LXXVI» olympiade = 476) ; cf. Philoslr. /maff. 11,6, l,p. 817. — 31 Paus. 
VI, 24, 1. — 35 Id. V, 20, 1 ; 4, 4-5; Plut. Lyc. 1 ; Pbleg. Trallian. ap. Fraijm. 
hisl. gr. III, p, 003. — '36 llcrod. Il, 100. - 37 paus. VI, 24, 3. 



IIFL 



fi2 



HEL 



penlallile et les autres exercices de fond'. Au vieux 
gymnase, dans le l'Iélhrion, ils classaient les concur- 
rents par f^enre d'exercices et par âge-. Ce classement 
était bien plus difficile à établir (|u'il ne sembli-rail. 
L'ambition précoce essayait de surprendre une admis- 
sion prématurée^; les concurrents de Tàge intermé- 
diaire entre celui des enfanis et celui des adultes tâ- 
chaient de se glisser dans une catégorie où ils avaient 
une supériorité trop facile '. Pas d'acte public pour fixer 
une date d(^ naissance : les Hellanodikes devaient aller 
aux informations, ol surtout voir les jeunes gens à 
l'œuvre, pour se rendre compte de leur force réelle. Il 
y avait souvent contestation : Euripide, par exemple, ne 
lut pas admis aux concours définitifs de laLXXlX" olym- 
piade, parce que, pendant les exercices préliminaires, 
il ne s'accorda pas avec les Hellanodikes sur la caté- 
gorie qui convenait à ses dix-sept ans^ Au sortir du 
gymnase, les Hellanodikes allaient à lagora : ils y pas- 
saient la plus grande partie de la journée, dans le por- 
tique Sud, celui qui était coupé en trois nefs par des 
rangées de colonnes doriques et occupé par des autels 
de Zeus: de cette place, ils assistaient à l'entraînement 
des chevaux sur les pistes aménagées entre les por- 
tiques''. A 1 Hellanodikéon, au gymnase, à l'agora, par- 
tout ils achevaient d'acquérir les connaissances théo- 
riques et l'expérience dont ils avaient besoin pour classer 
hommes cl chevaux et devenir de bons juges du camp. 

Quelque temps avant les fêtes, ils partaient avec les 
athlètes pour Olympia. A quel moment? Nos documents 
n'en disent rien. Peut-être en était-il à Olympie comme 
à Delphes, oii la présence des ambassadeurs sacrés se 
constate déjà un mois avant les fêtes pythiques. On 
comprend, d'ailleurs, qu'après un long voyage, une rude 
traversée, il fallait aux chevaux un bon repos, des soins 
continus et un entraînement méthodique. Pour le voyage 
solennel, les Hellanodikes ne prenaient pas le chemin 
le plus court, celui qui traversait la région monta- 
gneuse; ils suivaient la voie sacrée qui longeait le lit- 
toral. Le premier jour, ils faisaient halte à la source 
Piéra, sur l'ancienne frontière d'Élis et de Pise. Là 
avaient lieu les cérémonies purificatoires, sans lesquelles 
nul ne pouvait exercer de fonction sur le territoire de 
lAltis : ils immolaient un porc et accomplissaient les 
lustrations avec le sang de la victime et l'eau de la 
source '. Ils passaient la nuit à Létrinoi. Ce n'est que dans 
la seconde journée qu'ils faisaient leur entrée à Olympie. 

A Olympie, ils avaient leur local, comme àËlis. C'était 
sans doute * un des édifices situés en dehors de l'Altis 
et voisins de la porte par laquelle entraient les cor- 
tèges \ \ peine arrivés, ils se rendaient au Bouleutè- 
rion, devant l'autel de Zeus Herkeios. Ils sacrifiaient 
un verrat. Debout près des chairs de la victime, ils rece- 
vaient les serments des concurrents, de leurs parents et 



1 Paus. t. e. ; cf. Philoslr. VU. Apollon. VI, 6. — 2 Paus. VI, 23. 2. - 3 Ibid. 14, 1 ; 
cf. 3, I ; 7, 3. — ' Schol. Pind. Nem. VI, 104, p. 473. — s Gell. Nocl. att. XV, 2». 

6 Paus. VI, 24, 2. — *• Id. V, 16, 8, — ^ K. Lange, Verhaiidl. d. SI* Versamml. 

deuisch. Philologen in Dessau, 1884 ; Laloui et Monceaux, Op. cit. p. 198, Ijcnnent 
pour le Léonidaion. D'après Flascli (C«n*mi!(ei- de Baumeislei-, II, p. 1071. 1104 Jl, 
cYlailUdificc Irouvi! au S.E. de l'Altis : d'après Robert («crmes. XXIII. p. 4:i;i 5.1,1a 
Proédrie dont parle Pausaiiias (V, I5,4)clqui devailàtre située au S. de l'Altis. K. 
\Vernickc(Wymp. BeilrBge. dans le Jahrb. d. deutsch. arch. Insl. IX, 1894, p. 129- 
1 34) a prouvé que les Hellanodikes disposaient à Olympiede deu\ locaux, dont l'un pour 
leurs archives et leur trésor, l'autre pour leur habitation. Pour leurs arcliiics. ils pap- 
lagérenl d'abord le liouleutérion avec le Conseil olympique, puis, à partir de la I.XXV' 
olympiade (480), occupèrent tout seuls la l'roédria. Pour logement ils curent l'édifice 



maitres, qui lous s'engageaient à ne point commettre d(! 
fraude '". ,\ leur tour, ils juraient déjuger en toute ('quité, 
ilr ne jias se laisser corrompre et de garder le secret sur 
les motifs de leurs arrêts ". Ils avaient à prendre des 
mesures pour remettre en état le gymnase", les cons- 
tructions et les champs de course abandonnés depuis 
près de (|iialre ans. Ils accordaient probablement les 
autorisations nécessaires à ceux (\u\ voulaient taire des 
discours ou des récitations pendant les l'êtes '^. lis 
exerçaient une surveillance plus rigoureuse que jamais 
sur les exercices des jeunes gens et des chevaux ''', avant 
de dresser les listes définitives des concurrents''. A ce 
moment, le jeune homme qu'ils rejetaient de la classe 
des enfants pf)uvait encore demander son inscription 
dans celle des adultes"'; le propriétaire dont la bête 
était reconnue trop âgée pour courir comme poulain pou- 
vait encore se décider à la faire courir comme cheval en 
pleine croissance''. Les Hellanodikes étaient tonus 
d'exclure les esclaves et les barbares", les repris de jus- 
tice condamnés pour homicide ou sacrilège ", les indi- 
vidus qui n'avaient pas acquitté une amende prononcée 
contre eux à Olympie et les citoyens des États qui se 
trouvaient dans le même cas-". Ils refusaient d'admettre 
quiconque ne s'étaitpas présenté dansles délais légaux-', 
n'avait pas accompli le stage obligatoire de trente jours" 
ni prêté le serment exigé. 

Durant les fêtes, les Hellanodikes étaient partout au 
premier rang. Au moment même où le soleil se lève, 
salués par un coup de trompette, ils s'avancent à pas 
lents et majestueux", vêtus de pourpre, et derrière eux 
s'allonge la file de ceux qu'ils vont juger-*. Ils entrent 
dans l'Altis par la porte voisine du prytanée. A travers 
des flots de curieux, ils se dirigent vers l'allée souter- 
raine, la Crypte, qui fait suite à la rangée des zanes et 
mène au remblai du stade-''. Par ce chemin invisible ils 
gagnent l'estrade officielle. Leurs sièges élevés domi- 
naient l'extrémité du stade vis-à-vis de la borne. Ils en 
avaient d'autres à l'entrée de l'hippodrome -*. .\utour 
des Hellanodikes venaient siéger les prêtres et les magis- 
trats d'Élis, les députés des cités, les hôtes publics. 
Comme les simples particuliers de chaque nation avaient 
leur place marquée autour de la piste, une place près 
des Hellanodikes était un honneur très recherché : la 
vanité mondaine intriguait pour obtenir la satisfaction 
de se pavaner dans la tribune réservée^'; heureux les 
étrangers qui avaient pour proxène un Hellanodike-' et 
le connaissaient personnellement! 

Les Hellanodikes font un signe : une fanfare retentit, 
puis ce cri lancé par un héraut : « Que les coureurs se 
présentent I » Les juges font procéder à l'appel des con- 
currents. Chatjue nom est proclamé tout haut : docimasie 
suprême, où l'on invoque le témoignage de la foule. L'un 
des Hellanodikes adresse aux candidats quelques mots 



S.-E. jusqu'à l'époque de Néron, et, depuis, une partie du Théékoléon. — 3 Paus. V. 
15. 2. _ 10 Jbid. 24. 9. — Il Ibid. 10. — 12 Id. VI. 21, 2. — 13 Cf. Meicr, art. 
Olympische Spiele, dans l'Âllgem. Encykl. de Erscli et Gruber, Itl, 3, p. 309 ; 
Krause, Olympia, p. 138. — ''• Jnschr. aus 01. n" 147 a (Arch. Zeit. XXXVI, 
1878, p. 91), I. 8-9 ; Paus. VI, 2, I ; cf. 12, 3. — 15 |)io Cass. LXXIX, 10. — 16 Paus. 
VI, 14, 2. — "/*. 2,2. —<8 Scliol. Pind.O/. III, 19, p. 03 B; llerod.V,2i; Aeschin. 
C. TimarcI'. 138 ; Dion. Hal. Ârs rhet. 7 ; Sext. Enipir. Pyrrhon. hypotypos. III, 
24. _ 19 Dem. C. Aristocr. 40, p. 633. — 20 Thuc. V, 49; Paus. III, 8. 3; VI, 2, 
2 ; v, 21, 5. — 21 Paus. V, 21, 13-14. — 22 Ihid. 24, 9. — 23 Cf. Philoslr. Vil. 
Apollon! VI, 10, 2, p. 110. - 21 Paus. VI, 20, 8.-25 md. — 26 /j,j. )o. 

27 Lucian. Hermot. 39. — 2» Jnschr. aus 01. n' 61 (Arch. Zeit, XX.VV, 1877, 

p. 96). 



III.L 



(in — 



IRL 



il'i>iii'iiui'ii);<<ini>ii( ' ol iinloiiiif une lU'rnit^ri' fois uux 
liiiliKiii's lin sf ri'lirer. Sous lo C(tnli-i'ilt> dos pri'*ideuls, 
ral>lari|Ui- fuit lircr un sort Ifs coureurs, pour li-ur ussi- 
gncr li-ur placi'. Kiiliit un r<iu|i ili- tniuipi'ttr iloiiii)' li- 
signal tlu di'|iarl -'. I.a Imrur si'rl toujours de Imt : dans 
la oours(> siinplf, ou part de l'iiulrc (tout du studc : daus 
la coursr douille, ou par! lii-s Iji-llaiiodiki's pour revenir 
à eux. Ile tous les eoiuciur>, e'esl la course simple qui 
excite le plus d'éuiotiou et demande clie/. Iesju(;esla plus 
scrupuleuse alletiliou : celui qu'ils proclamenitit vaiu- 
i|Ueui' dotiiii'ra ->i>n iioui à l'olympiade. Pour la lulle, le 
pu^ilal et le |i,im iMcc. le lira^i' au sort exi^e une sur- 
xeillaiiie minutieuse : il s'agil d'apparier les athlètes. 
.V chacun d'eux les présidents altaclnMil un al\le, i|ui 
l'empêche de rejçarder la lettre ipiil a prise dans l'iiriie 
de /eus : il faut allendre que tous aient retiré leur jeton, 
pour que ral\lar<|ue ou l'un des llellanodikes vienne ac- 
coupler les adversaires d'après la le lire qu'ils ont amenée^. 

Les juj^es avaient l'enlièro direction des concours. 
L'ordre des épreuves élail peul-èlrc déterminé par le 
rèplemeut ou par l'usage; maislesHellanodikes pouvaient 
y ap])orler i|uel(|ue chan|;emenl. Dans la C'.CXLll'' olym- 
piade (188 ap. J.-l'.. I, ils décidèrent que le pancrace pré- 
céderait exceptionnellement le pugilat, pour permettre à 
un candidat i|ui se présentait aux deux concours de 
prendre part au premier en l)onnc forme'. Surveillant 
toutes les phases des concours, les llellanodikes notaient 
toutes les inlractions au règlement. Ils déclaraient dis- 
qualilié tout concurrent qui avait porté un coup déloyal^. 
Si l'on se montrait notoirement inférieur à soi-même, ils 
appréciaient si ce n'était pas l'efïel d'une complaisance 
vénale : une victoire achetée ne comptait pas. Ils n'ac- 
ceptaient pas non plus comme valable la victoire acquise 
à la lutte ou au pugilat par la mort de l'adversaire '^ ; ils 
pouvaient, au contraire, faire couronner le cadavre de la 
victime''. .\près chaque concours, les Hellanodikes fai- 
saient proclamer par un héraut le nom du vainqueur % 
de son père et de son pays : l'athlète ou le maître du char 
venait recevoir de leurs mains une branche de palmier '. 

Le dernier jour des fêtes avait lieu la distribution des 
prix. Devant les députés de la (irèce entière qui se pres- 
saient dans le grand temple de Zeus, le président des 
Hellanodikes posait sur le front des olympioniques les 
fameuses couronnes'" cueillies sur l'olivier sauvage d'flé- 
raclès" et ornées de bandelettes. Puis les juges se 
mettaient en tète du cortège officiel qui se rendait aux 
autels des douze dieux pour un sacrifice solennel et au 
prytanée pour lo banquet de clôture '^ 

Pour assurer l'exécution de leurs ordres et faire la 
police des jeux, les Hellanodikes avaient à leur disposi- 
tion des agents armés de fouets. Ces rhabdouques ou 
mastigophores s'appelaient alytes. Hs étaient commandés 
par l'alytarque '■'. Ce préfet de police, haut magistrat 
dont le zèle était souvent récompensé par une statue ", 
était chargé par les Hellanodikes d'opérer les tirages au 
sort, pour placer ou apparier les rivaux, et de faire res- 
pecter les barrières par les curieux. Aidés des alytes, les 
llellanodikes faisaient prévaloir en toute circonstance le 

> Dion. Hal. /. c. — 2 Paus. VI, 13, 0. — 3 Lucian. Hei-mnt. iO. — l Paus. 
VI, 13, 4-5. — o Ibid. 10, i; VllI, 40, 2. — c Ibid. VI, >J, li. — T Ibid. Vlll, 40, 2. 
— 8 Ibid. — 9 .Veliaii. Var. hist. XX.VI. 9. — 10 pi„d. 01. III, 11 ; cf. Pliilostr. 
Imag. Il, li, 1, p. 817. — H Paus. V, 13, 3; cf. Weniger, Der heilige Œlbaum, 
VVeimar, 1895. — 1- D'aprùs Mcier, /. e. p. 315, les Hellanodikes présidaient 
ce banquet. — <^ Eljni. .Magii. s. o. iluTif/i^;. — e. Jnschr. aus 01. n' 44, 



rè(;lenient. De par la loi, ils interdisaient uux fiMnines, 
sous peint» de mort, d'assister aux jeux et inèmi; do tra- 
verser l'AIpliée pr'udant les fiHes '* ; ils exigeaient, pour 
faiililerla surveillance, que les maîtres des concurrents 
lussent nus poursuivre les exercices"'; ils ne toléraient 
aucune manifestation contre leurs arrt^ls. 

Les llell,'iiiodiki-s exerçaient une juridiction discipli- 
naire. Le L:ti'edi-moni(!n Liclias lit courir son char sous 
le lemi clii |)eup|i' tlii'baiu, i\ uiKf épixpie oii l'accès des 
jeux ol\mpii|ues était interdit à ses conipalrioles ; mais 
quand son cocher fut vainqueur, il coiiriil le ceindre 
d'une li-nie, pour faire voir à qui était U: char primé. 
Les lli-llanodikes lui indigèrenl la peine du fouet ''. Kn 
général, ils condamnaient à jiayer des amendes au dieu. 
Ils avaient souvent à réprimer des actes de corruption '". 
La première fois (lu'ils eurent à sévir contre ce didit, ce 
fut dans la XCVIlf olympiade C.iHH), oii un pugiliste 
thessalien avait acheté trois de ses rivaux ". Ils punirent 
pour le même motif, dans la CXII" olympiade (U3'2j, un 
athlète athénien et ses complices-"; puis deux fois, à 
une date inconnue-' et dans la CLXXVIll" olympiade --' 
(08 av. J.-C), des lutteurs rhodiens ; dans la CXt^ll' 
olympiade (12 av. J.-C), les pères de deux lutteurs qui 
avaient conclu une entente; frauduleuse au nom de leurs 
fils "; enfin, dans la CCXXVP olympiade (1-J4 ap. .I.-C), 
des pugilistes égyptiens -'. D'autres fois, leur juridiction 
élail mise en mouvement par des voies de fait. Dans la 
CCXVIII' olympiade (92 ap. J.-C), Apollonios Ithantès 
d'Alexandrie avait été forclos, aux termes du règlement. 
Son concurrent lléraclide, n'ayant plus d'adversaire, 
obtint la couronne sans lutte. Au moment où il allait la 
chercher, Apollonios, les mains armées du gantelet de 
combat, se précipita sur lui et le poursuivit jusqu'auprès 
des Hellanodikes. Cet emportement lui coûta cher--. Il 
arriva une seule fois qu'un athlète fut condamné pour 
lâcheté : ce fut un pancratiaste d".\lexandrie, qui, dans 
la CCI" olympiade (ri4 ap. J.-C), s'était sauvé de peur 
la veille du concours-''. Les Hellanodikes étaient encore 
très sévères pour toute manœuvre déloyale. Dans la 
LXXV olympiade 480 av. J.-C), Théagénès de Thasos 
concourut à la fois pour le pugilat et le pancrace. Au 
pugilat, il l'emporta sur Euthymos. le vainqueur de la 
précédente olympiade; mais, déjà battu par son rival 
dans la lutte, il ne pouvait remporter le prix du pan- 
crace. Les Hellanodikes, considérant qu'il ne s'était 
présenté au pugilat que dans l'intention de faire injure 
à Euthymos, le condamnèrent à payer deux talents, l'un 
au dieu comme amende sacrée, l'autre à l'offensé comme 
dommages-intérêts -'. 

Les amendes prononcées par les Hellanodikes ser- 
vaient à faire fondre ces statues de Zeus en bronze que 
les Éléens nommaient za>ies. On en voyait toute une 
rangée dans l'Altis, au pied du mont Kronios,le long de la 
terrassedes trésors-'. Sur les piédestaux, des inscriptions 
rappelaient le châtiment et l'équité des juges. On a re- 
marqué, par l'exemple de Théagénès, que les Hellanodikes 
exigeaient des coupables de fortes sommes ; leurs sen- 
tences en matière de corruption rapportaient toujours 

46 (Arc/i. Zeit. XXXV, 1877, p. 41). — <ô Paus. V. 6, 7-8 ; Aelian. Var. hist. X, I. 

— I« Paus. V, 6, 8. — !• Ibid. VI, 2, 2; Tliuc. V, 50; Xeu. Hell. III, 2, 21 ; Plii- 
lostr. Vit. Apoll. V, 7, p. 192; Dion. Hal. /. c. — 18 Paus. V, il, .1-17. 

— 19 Ibid. 3. — 20 [bid. 3. — 21 Jbid. S. — 22 Ibid. 9.-23 Jbid. iG-)7; cf. VI. 
23,4. — r.Ibid.V. 21, 13. —2i Ibid. 12-14. — 26 /J,rf. 18. — 27 Ihid. VI, 6, 5-C; 
114. _ a Ibid. V, 21, 2: cf. 15, 17; VI. 23.4. 



H KL 



— CI 



Il EL 



;'i Zeus au moins deux slalues ' cl parfois six'. Ce qui 
donnail a ces jugemenls une très grande aulorité et en 
rendait l'exécution obligatoire, c'est que les villcsétaient 
solidairement responsables des amendes inQigées à 
leurs citoyens. .\u x' siècle, si TlK'-agr'nès n'avait pas 
désintéressé Zeus, ni lui ni aucun autre Tliasien n'aurait 
pu désormais prendre part aux concours olympiques '. 
.■\u iV siècle, Athènes voulut protester contre une con- 
damnation encourue par l'athlète Calippos: elle envoya 
Hypéride soutenir sa réclamation. Les Kléens furent 
intraitables, Athènes s'entêta ; mais, exclue des jeux 
olympiques et pressée parmi oracle de Delphes, elle dut 
s'exécuter '. Plus lard, les Rhodiens se le tinrent pour 
dit : ils se hâtèrent de payer le prix d'une fniude com- 
mise par un de leurs ulhlèles '. 

L'impartialité des llellanodikes lut longtemps prover- 
biale'"': ils la défendaient ;\ coups de fouet contre les 
lentaliv<'S de corruption. Les concurrents lésés avaient, 
d'ailleurs, un recours au Conseil olympique. On a pré- 
tendu" qu'il était impossible d'en appeler d'un arrêt qui 
avait lixé la victoire : en cas de prévarication, dit-on, le 
Conseil pouvait allouer des dommages-intérèls au rival 
injustement évincé, mais non le faire proclamer vain- 
queur; il punissait les juges convaincus d'avoir accepté 
de Tarifent, mais sans casser leurs décisions. La seule es- 
pèce qui nous soit connue ne semble pas enfermer la juri- 
diction d'appel en d'aussi étroites limites. Dans la XCV1° 
olympiade " (396), les trois Hellanodikes qui avaient 
présidé la course n'étaient pas tombés d'accord : deux 
d'entre eux avaient accordé la palme à l'filéen Eupolémos, 
le troisième à l'.Xmbraciote Léon; Léon accusa devant le 
Conseil les deux Hellanodikes dont l'avis l'avait emporté ''. 
Voilà tout ce qu'on sait sur ce procès. Si Eupolémos 
conserva le titre d'olympionique '", on doit simplement 
conclure que le Conseil donna tort à l'étranger et rendit 
hommage à l'intégrité des Hellanodikes. On avait une 
telle confiance dans l'équité de ces juges, que jusqu'à 
la Cil'' olympiade (372) ils pouvaient eux-mêmes con- 
courir dans les jeux olympiques. Mais, à la suite de 
courses hippiques oii l'un d'eux remporta une double 
victoire, une loi leur rendit l'imparlialilé plus facile en 
les mettant hors concours ". 11 faut arriver à l'époque 
impériale pour constater des défaillances chez ces juges. 
Dans une course, Néron tomba de son char et faillit se 
faire écraser ; il n'en fut pas moins couronné : il lui 
en avait coûté 2ot) 000 drachmes, que le sévère Galba fit 
restituer par les Hellanodikes '-. 

.\près les jeux, les Hellanodikes n'avaient plus qu'à 
faire graver les noms des vainqueurs sur le catalogue 
officiel des olympioniques, quiétait exposé au gymnase ". 
Ils pouvaient être chargés par le Conseil de dédier 
quelque décret honorifique dans le temple de Zeus ''. Ils 
pouvaient encore, seuls ou conjointement avec le 

t Paus. V, 21,8, 15, 17; cf. VI, 23, 4. — 2 /4,V. V, 21, 3-4: S-T. — 3 /J.'rf. VI, 6, 6. 

— * ibltl. V, 21, 5. — 5 md. 8.-6 Piod. 01. m, 12 ; Pliiloslr. Jmag. li, 6 ; Plut. 
Lyc. 20, 30 ; Schol. Pind. 01. VIII. 1, p. 188 B. Ccpeiidaul les Élicns, en gcnLral, 
avaient une r^-putation de trompeurs (Kpliippos ap. Euslath. Ad 11. XI, 879, 38 s.). 

— ' Ad. BOIliclier, Olympia, p. 149. — 8 paus. VIII. 45, 4.-3 Id. VI, 3, 7. — <0 Id. 
VIII, 43, 4. — Il Id. VI, I, 43. — 12 Dio Cass. LXIII. 14. I. — 13 Paus. III, 21, 1 ; 
V, 21, 9 ; VI. 2, 3 ; C, 3 : 8, 1 ; 13, 10 ; cf. Dionys. Hal. /. c. — l> Imch: mis 01. 
n» I, (Areh. Zeit. .\XXIII. 187.Ï, p. 181), I. 34 s. — lû/éirf.n» 18 (XXXIV, 1876, p. i40i. 
— 16 Ibid. ; cf. n» 4. /. c. — '^ Lucian. Pro iinaij. 11. — 1"* Inschr. aus 01. n" 238 
(Arch. Zeit. XXXVII, 1879, p. ;i6). — '» Ibid. n» 61 (XXXV, 1877, p. 90). —20 Cf. E 
Curtius, Griech. Gesch. Ipad. Bouclié-Lcclorcq, I, p. 281. Ce n'est pas l'avis de E. J. 
Broiclier, />!• sociis Lacedaemoniorum . diss. inaug. Bonn, 1807, p. 7. — îl .\en. Rfsp. 
Lacfd. XIII, 11 . — 22 Cor/i. inscr. gr. n" 1126. — 23 Cf. Corsiai, Diss. agon. I, 12, 



Conseil '•'', voter l'érection d'une statue en l'honneur de 
l'alytarqiie, d'un magistral, d'un prêtre ou d'un athlète "^^: 
ils avaient un droit de contrôle sur les statues ter- 
minées '". Parfois on les jugeait eux-mêmes dignes 
d'une statue consacrée à Zeus Olympien et drossée dans 
les lieux qui les avaient vus à l'o'uvri' : c'était tantôt la 
famille qui perpétuait un souvenir glorieux '", lantiM une 
ville étrangère qui témoignait sa reconnaissance à un 
juge imparlial doublé d'un proxène obligeant'''. Kn tout 
cas, quand les Hellanodikes rentraient dans l'ombre, 
ils pouvaient. diri! que pendant un, deux ou trois jours, 
ils avaient fait obéir à leurs lois tous les Hellènes. 

L'institution des Hellanodikes se retrouve ailleurs (|u'à 
Olympie, toujours imitée, à ce qu'il semble, de l'institu- 
lion olympique. Spart(,', dès qu'elle fut à la tète d'une 
confédération péloponésienne, fit régler les litiges sur- 
venus entre citoyens de villes différentes par des juges 
qui empruntèrent aux Hellanodikes éléens leur nom et 
leur droit primitif de juridiction civile-". A l'époque 
classique, ces Hellanodikes Spartiates statuaient sur les 
affaires contenlieuses pour lesquelles le roi recevait en 
campagne la demande en introduction d'instance-'. Une 
inscription d'Argos -^ mentionne douze Hellanodikes : 
c'étaient probablement les présidents des jeux néméens. 
Enfin certaines villes qui reproduisent sur le tard les 
jeux d'Olympie" n'eurent garde d'oublier les Hellano- 
dikes : Antioche en eut à l'époque impériale". G. Glotz. 

IIELLE.VOTAMIAI ('EXÀY,voTau.ta;). — Ces personnages 
ont constitué une des principales magistratures finan- 
cières d'Athènes, au V siècle av. J.-C, pendant toute 
la durée de son premier empire maritime. Leur histoire 
se divise en deux périodes, la première qui va depuis la 
fondation de la confédération de Délos jusqu'à la trans- 
lation du trésor fédéral de Délos à Athènes vers 334 ; la 
seconde depuis cette époque jusqu'à la fin de la guerre 
du Péloponèse. 

Ce fut immédiatement après les batailles de Platées et 
de Mycale en -470 qu'.\thènes jeta les bases de son pre- 
mier empire maritime; les stratèges péloponésiens vou- 
laient alors abandonner l'Ionie à la Perse, en en trans- 
portant les habitants dans la Grèce. Ce plan ne fut pas 
accepté ; les iles de Samos, Chios, Lesbos et les autres 
lies qui avaient pris parti pour les Grecs contre les 
Perses furent admises dans la confédération hellénique ' 
et les Ioniens du continent furent vraisemblablement 
confiés à la protection d'.Vthènes. Après le retour dans 
le Péloponèse du roi Léotychidas et de ses alliés, les 
Athéniens et les Ioniens allèrent de compagnie assiéger 
et prendre Sestos en M8-. Cependant, dans l'été de 
cette même année, le roi de Sparte, Pausanias, dirigea 
encore la flotte confédérée qui s'empara de Chypre et de 
Byzance ^ ; mais l'orgueil de Pausanias, ses relations 
avec le roi des Perses, détachèrent définitivement de 

p. 20 ; Krausc, Olympia, p. 202-23.1.- 2'. Aristid. Or.^n(iocA.(-d. Reiske, t. I.p.364; 
cf. Krause, Op. cil. p. 207-210. — Bibliographie. Peir. Fabcr. Agonisticon, 1580, I. I. 
c. 18 (dans Gronovius, Thés, graec. aniiquit. VIII, p. 1867 s.), c. 19 (/bid. p. 1871 1 ; 
1. II, c. 27 {Ibid. p. 2031 s.); I. III, c. 17 {Ibid. p. 2195). c. 18 (Ibid. p. 2201). 
c. 23 {Ibid. p. 2219-2224), c. 24 {Ibid. p. 2224-2225) ; Anl. van Daie, Dissert. l\ 
antiquitalibus illustr. Araslclod. 1702, p. 508-509; 515-529: M. II. Ed. Mêler, art. 
nlympischeSpiele.AMKlAllg. £'ncyA-(.d£rscIi etGruber, t. III, 3, 1832. p. 309-311 ; 
J. H. Krause, Olympia, Wicn, 1838, p. 12H43; Scliômann, Griech. Allerth. trad. 
Galuski. t. II, p. 63-67 ; Hugo Fûrslcr, De hellnnodicis Olympicis. diss. inaug. Lips. 
1879; Ad. BûUichcr, Olympia, das fesl und seine Slûtle. Berl. 1886, 2' *d. p. 146- 
151 ; Laloin el Monceaux, Reslaur. d'Olympie, Paris, 1889, p. 197-202. 

HELLENOTAMIAI. I llcrodot. 9. 100. — 2Thucyd. 1, 89. 2.-3 Thuc. 1, 94; 
Diodor. 11. 44; Plut. Aristid.i.i. 



Il il. 



— (i!î — 



III. h 



Sparto los \illi-. iiiiiritiiiivs ' ol, ou t"7, riialiik-li' il Xvi^- 
liiK« «I ilii Dimnii iiiiuMi» It'S Ioniens ol les P.oliens A 
icfiniiiallrt' rin'n<'iiii>iiii' irMIiirics •. Cr lui Aristiiir i|iu 
ooiislitiiii la (•»iiil'»'ili>ralion '. Ivlle coiiipril suus iluulf 
«lus I.' (Ii'litit nuire SaiiKis (iivi'c AiunrKos), Cliio», l.oshos 
(uvei- Aiilamlfiis, lllioilcioii, iNesos), les Cyiludi'S 
ioniennes, les \illes eiilieennes Siiiif tlarystua, les villes 
«le rilellespont el de la l'rtiponliile, réccmuienl tl« li- 
M'i'es, sauf Hy/anee, el la |ilu|iail des villes ioniennes el 
eolieniies de la vnU- d'Asie Mineure; |ieul-èlre y eul-il 
dt^s le deliul, nu i"u de temps apivs, nue division en 
li-ois dislriels : Innie, llellespout, Iles. Le bul pHniilif 
des eonledéi-es etail de se prulé^er récipr(>([ueinenl 
eonlro les Perses'; c'esl ce ((uindiiiuail lu sermenl qu'ils 
se prèlèrent el «lui eonstiluail uni! îjaaï/ta " ; il l'allait 
doue eousliluer une IloUe el uiu" caisse l'édérules. Il est 
prohaMe ipr()u détermina dès le début quelles seraient 
les villes (|ui rouniiraieiil de l'argent, (|uplles seraient 
«elles qui r«)urniraienl des vaisseaux «'«[uiiiés' ; quelques- 
unes purent sans iloute l'ournir à la l'ois les deux genres 
de conlril)Uli«)ns ". Ce l'ut Aristide qui estima la l'ortune 
des confédérés et qui lixa la quote-part de chacun d'eux, 
le oopo; ". Nous ne savons pas exactement quel fut le 
chiffre total de la première contribution fédérale; la 
somme de 400 talents que donne Thucydide ' parait 
Inip élevée pour le début; peut-être se rapporle-t-elle à 
une époque un peu postérieure '", mais le chillre pri- 
mitif a dû grandir rapidement par suite de l'admission 
d«' nouveaux membres et de l'autorisation donnée à 
beaucoup de villes de fournir de l'arj^ent au lieu de vais- 
seaux. Les confédérés gardaient leur autonomie; leurs 
délégués constituaient l'assemblée fédérale qui se réunis- 
sait à Délos, dans le temple d'Apollon " ; il est probable 
«]ue les villes, au moins les plus importantes, disposaient 
chacune d'une voix '-. C'est également dans ce temple 
qu'était la caisse fédérale, administrée par les 'EXXr,vG- 
Tia'.z:, les trésoriers des Grecs, pris exclusivement parmi 
les Athéniens. D'après Thucydide '^ ils avaient été créés 
en même temps que la ligue. Un peut donc les faire 
remonter à l'année 477. 

Nous n'avons pas d'autres renseignements sur ces 
fonctionnaires de 477 à io4. Dans cet intervalle la ligue 
de Délos se développe et se transforme graduellement. 
En 47G Cimon s'empare d'Éion et forme dans les cam- 
pagnes suivantes le district de Thrace '■; en '(08 il s'em- 
pare de Scyros et ses conquêtes dans la Lycie et la 
Carie amènent la création du nouveau district de Carie. 
Sa victoire sur les Perses à l'Eurymédon all'ermit la 
domination athénienne. On a exposé ailleurs le change- 

lTlmc.1,93-, 1,130, 1-2; 1, liS, 3 ; Herodot. 5, 32 ; 7, 06 ; 8, Ufi-129; 9, U, 
.i8, 0«!, 70, 77, 89. — 2 pl„t. Ciin. 6; Aristid. 23; Tlaic. 1, 93; Diod. 11, «. 
16-47. — 3 .\ristot. Ath.pol. 25, 3 (sous Tarchoulat de Timosthône, iHjl). — ^ Tlm- 
ryd. 1, 9, 13; 10, 3, li. — :i Aristot. l. c. 23, 3. — C Tlmc. 1, 96, 1. — 7 Pliil. 
Cim. 11. — 8 Aristot. l. c. 23, 4-5; Plut. Aristid. 24; Xepos. Arist. 3; Diod. Il, 
47; Thuc. 5. 18, 5; Dem. 23, 209. — 'J I, 96; cf. KircUliofT, Hennés, 11, .10. 
— 10 Glassen .1 conjoncture que ce passage de Tliucj dide était une interpolation tiri^e 
d'Epliore (KritiscUe Bemerk. zum ei-sten Bûche <l. Thncyd, p. 282). — H Thuc. 1, 
■16-97. — 12 Thuc. 3. Il, 3. —13 Thuc. 1, 96. —H Thuc. I, 98. — lo /6. ; Plut. Cim. 
12 ; Diod. 11, 60-61. — 16 La date n'est pas absolument certaine. D'après Justin, 3, 
6 et Diod. 41 , 78, ce serait la date 459/8 ; Théophraste met la translation du vivant 
d'Aristide (Plut. Aristid. 25). On accepte généralement aujourd'hui la date de 454 
l)roposée par Kuhler {Ceber den delisch-aitijic/u Uund, p. 106), pour la raison que 
la Iranslalion du trésor a dû coi'ncider avec le pi-emier versement du soixantième 
■ |ue font les logistes au trésor d'Alhéna, en 434 {Corp. inscr. atl. I, 260). — 17 pjQt. 
.irist. 23. — 18 Cf. Ilarpocr. s. v. ; Suidas copie Thucydide (I, 96): il y a une 
incillcure déOuition dans Hesych. s. c. — 19 8, 1 14. 11 y a de simples mentions dans 
Andocid. 3, 38; Antipli. 3, 69; Xonoph. De redit. 5, 3 {'E'i.\r,;'>-'i-i.'<A:). — 20 Corp. 

V. 



meiil i|ui s «ipére en même temps dans lu curaclére el lu 
eunstilution de lu conlédi^rulion [Ki»;i)US, p. 1201 j. C'eitt 
maiiileiiunl l'i-mpire il'Allièni's; vtM-s 4.^i, se produit un 
l'ail caruclerisli(|ue, la Ininslulion du Irescir fédéral de 
Délris A Athènes "-, Hur lu pr<q)osilion des Saniions '*. 
I.e CDiilri'ile des alliés sur remploi des Iriltuls di;vient 
alors purement illusoire el l<!s helli-iii>tumcs ne sont plus 
en réalili- (|ue des magistrats athéniens. 

Dans cette secondi- pT'riode nous ne les connaissons 
guùri- (|ue par l('sinscri|)li(ms; les lexicographes donniml 
sur eux peu de renseignements'''; Pollux les confond 
avec les ïtaix.'jt.'j'! et les ixMj-(e'.<; '". Leur mode de nomi- 
nation est inconnu; ils étaient annuels'''; on pi;ut 
admettre avec Bieckli qu'ils se recrutaient, comme les 
trésoriers d';\théna, dans la classe des ])entacosiorn6- 
dimnes; ils étaient ])robahlemenl au nombre de dix'"; 
chaque tribu en fournissait sans doute habituellement 
un-', mais ce n'était pas une règle absolue^-. Chaque 
hellénolame avait son assesseur, son Tripeopc.; ". Les 
hellénolames constituent un collège qui a son scribe, 
■'ç.aîA|x:tT£Ûç -' : a-l-il à sa tête un prylane, comme les autres 
collèges"? C'est peu vraisemblable ; la formule habituelle 
des versements faits aux hellénolames, t(ô ôcîvi xz't 
•j\>^iiù-/ou<::-'\ indique simplement le membre du collège 
qui a reçu directement l'argent; plusieurs inscriptions 
portent les noms tantôt de deux -'', tantôt de tous les 
hellénolames -' ; cependant les inscriptions des comptes 
des logistes, qui sont comprises entre 442 et 427, ne 
mentionnent qu'un seul hellénolame qui joue peut-être 
alors le rôle de chef du collège -'. En tout cas, il faut 
admettre que les hellénolames, ayant beaucoup d'attri- 
butions, se les répartissent entre eux. 

Leur principale fonction consiste à recevoir dans le 
Sénat et à enregistrer les tributs -'' que les alliés envoient 
régulièrement à .Vthènes, aux grandes Dionysies au mois 
Élaphébolion ". Ils disposent à cet efTet d'une caisse 
spéciale ''. Ils versent immédiatement au trésor d'Athéna 
Polias la soixantième partie des sommes reçues, une 
mine par latent, à titre de prémices, à"y.-y.Y/-r^ ^^ : ce ver- 
sement a lieu sous la surveillance et le contrôle des 
Àoyicxa; et c'est à cette opération que se rapportent les 
listes des tributs que nous avons ^'. Les logistes font 
prélever le soixantième même sur les sommes que les 
hellénolames ne reçoivent pas à .Athènes, mais délèguent 
pour la solde de troupes en campagne^'; quelquefois 
les hellénolames versent le soixantième, non pas direc- 
tement aux trésoriers d'Alhéna, aux Tï;j.''at xtôv îîptov 
/sT|[AâT(uv TYiÇ 'A6Y|Va;3tç [tamiai], mais à des fonctionnaires 
chargés d'exécuter quelque travail pour la déesse, par 

inscr. att. I, 273, 1. 26. — 21 La présence d'un onziijrae personnage ap. C inscr, 
atl. I, ISS, peut s'expliquer par un cas fortuit, tel que le remplacement d'un mort 
ou par une confusion entre un hellénotame et un -koîSoo;. — 22 C. i. atl. I, 259, 
J60. — 23 Jb. 188. — 2'. /é. 188-189; 1. 26; 180, 1. 1-9, 10-14; 183, 1. 6-8, 9-10, 

17.19. 25 76. 315, 238, 260. — 20 On trouve cette mention surtout à partir de 427 

(/6. 180,1. 1-9,10-14,17-20; 183, I. 9-19: 273,1. 2-6. — 27iA. 180, i. 10-14. — 28 {b. 
237-272. — 29 Jb. 238, 240, 224, 247. — 30 Thuc. I, 96; Hesych. s. v. 'E W v«-:«i»;«. ; 
C. inscr. ail. 1, 38, c <i. — 31 Xcnoph. Ath. pot. 3, 2; Aristoph. Acharn. 503- 
306 et Schol. ad 378 et 504; C. i. att. 1, 38, fr. c ei d. — 32 Cela paraît prouvé 
par Corp. inscr. att. I, 32, 1. 6-7 (Diltenberger, Syll. 14). — 33 C. i. att. I, 
226-272 et 315, 316. En tûte de la plupart de ces inscriptions est mentionnée une 
macislrature. une ài/V.. qui poi-te un numéro dans une série qui commence à 431, 
année de la translation du trésor à Athènes et du premier versement du soix.nn- 
tième à la déesse Athéiia ; cette magistrature est évidenmienl celle des Xoy.iTa-: qui 
étaient sans doute alors au nombre de 30 ; cf. C. i"scr. tilt. I, 2i'0, 1. 7 ; et:'. -f,i 
TiTifTTiî xal Tj-.KXocT»;; à5/.i!; •)■ tji«x»vi'/. C'est à tort que Chris! {De publicis populi 
Atlien. ralionibus, Groifswald, 1879, p. 28) voit dans cette magistrature, non pas les 
lo"istcs, mais les hellénolames. — 3'> C. inscr. ail. I, 200. 

y 



UEL 



— 6G — 



II KL 



exemple les Propylées, qui devaient orner l'Acropole 
consacrée à Alhéna '. Après le prélèvement du soixan- 
tième, quel usage font les hellénolames du reste des 
tributs? Ce point est encore très obscur. Cependant il est 
vraisemblable que les liellénotames fournissaient eux- 
mémos, directement, sur leur j)ropro caisse, les sommes 
nécessaires d'abord pour les guerres et les fêtes fédé- 
rales, puis, de plus en plus et cela au grand méconten- 
tement des alliés ', pour les besoins propres des Athé- 
niens, pour leurs constructions ^ leurs fêtes, leurs 
distributions publiques. Mais en temps ordinaire il y 
avait des excédents qu'on utilisa de la manière suivante 
pour constituer ce qui avait manqué jusque-là à 
.\thènes ', un trésor de guerre : les hellénolames remet- 
taient les sommes restantes soit dans le courant, soit à 
la fin de chaque année aux trésoriers d'Athéna qui les 
gardaient et les administraient, en même temps que le 
trésor particulier de la déesse, dans leur nouveau local, 
l'opisthodomos du temple du Parlhénon \ Les deux 
trésors étaient-ils entièrement confondus ou avaient-ils 
seulement un local et des administrateurs communs? 
Il est difficile de répondre à cette question ''. 11 parait 
cependant probable que le trésor de l'État était abso- 
lument confondu avec celui d'Athéna qui comprenait 
ainsi, outre ses ressources personnelles, telles que les 
produits du fermage de ses biens, la dime des biens 
confisqués et le soixantième des tributs, la réserve de 
l'État formée des excédants soit des tributs, soit des 
autres revenus. L'emploi des sommes ainsi incorporées 
au trésor d'Athéna était subordonné à certaines forma- 
lités ; le citoyen qui voulait faire voler par le peuple une 
dépense importante, payable sur ce trésor, devait préala- 
blement obtenir l'autorisation spéciale dite ïos;^''. Les 
versements ainsi obtenus étaient des prêts à intérêt que 
l'État devait régulièrement rembourser*. Les trésoriers 
d'Athéna remetlaient les sommes votées par le peuple 
aux différents magistrats compétents, par exemple aux 
stratèges", et surtout aux hellénolames qui à leur tour 
les utilisaient selon les besoins du moment, en parti- 
culier pour les frais des campagnes, la solde des troupes, 
la triérarchie, l'entretien, en temps de paix, des chevaux 

1 C. i. att. [, 3i.ï: cf. buckli-Frankel, Staalshnushait. der Athener^ 3' *;d. noie 
311. — 2 plul. ArixI. 24; Pcricl. 12. — 3 On disUnguc les versemeuls des tréso- 
riers et ceux des hellénotrtincs dans Ci. att. I, 301. 30'J. 310, 312, 315, 31 G. .ailleurs 
on emploie l'argent des liellt^'nolames à rembourser des emprunts faits au trésor 
des autres dieux {Jbid. I, 32, A, 1. 5-8| ; ils pavent la gravure de styles {Ibid. I, 
59, 61 : IV, pars 2, 1 b.) — i A l'époque des guerres Médiqucs, Atbênes n'avait 
pas encore de trésor d'Ktat (Aristot. Alh. pol. 23. I; ; on distribuait sans doute les 
excédants ,-iu peuple, puisque Tliémislocle s'opposa à la proposition faite en ■'t83/2 
de distribuer de cette manière les cent talents qui provenaient de la vente des 
mines d'argent à Maroneia (Aristot. /. c. 22, 7). — 5 C'est en ce sens que nous 
entendons avec Thumser {Bfrmann's Griech. antiq. Staatsalterth. G* éd. p. 630. 
note 1), le fragment mutilé du C. inscr. att. I, 32, B, I. 18 : [U Si -r-r-v e&pujv xa-zo.- 
Tt^Évat x[a TàTbJv èvi«y-iv -v, É5(à['TT0T£ yïvi>[Aîv« -asàl To]r; Ta;ji-'«ffi T-ôv -f.^ '.\6V.>«»«; To j; 
*£)LlLT,vo[Ta;Ata;]. Il nous Semble impossible de voir dans ce passage soit le moulant 
total des tributs (opinion de Kirchlioff, Abh. d. Uerl. Akad. 1S7G, p. 21 et suiv.), 
soit les prémices du soiiantiéme (opinion de Holwcrda, .Mnemosyne, 188G, p. 103). 
— 6 l'our la séparation des deux trésors cf. Kirclihoir, /. cii., Friinkel (P/ii/. xi. 
hisl. Axifs. fur E. Curtias. 1881, p. 48; Boeckli, (S/, d. Alh. 3- éd. noie 268); 
Tliîimser (/. c. p. 630) ; pour la confusion totale des deux trésors tiennent Beiocli 
(/î/.ein. M<is. 39, 49 et 43, 114), Holwcrda {.Vnemosyiie, 1866, p. 103), Gilbert 
{Uandbucli d. griech. SlaalsaUerHi. 2' éd. p. 373-377). — ï C'est indiqué dans le 
décret du peuple qui est sans doute de 435 4, C. inscr. att. I, 32, B, 1. 15-19; et 
Ibid. 180-183. t>pendaut nous avons des exemples de versements faits |)ar les tré- 
soriers d'Athéna où l'i^sta n'est pas mentionnée {/bid. 1, 177 ; 11. 739 ; IV, 17t) a-d ; 
188-180); il est probable ({u'il s'agissait des sommes non encore dépensées dans 
l'année courante et qui s'appelaient W.i-f.v (Ibid. 188-189, I. 4). — 8 C. i. att. 
1, 32, .\, I. 2-6 ; 273; 183, I. 0-8. L'Etat fournissait sans doute une reconnaissance 
pour chaque emprunt (C. i. ail. I. 32. A, I. 10-14). — 9 7*. 1, 177; 188-189. I. 
7-10; 1S3. I. 17-19; 273,1.16-23. —10 76.1, 180,1. 1-9, 10-14, 17-20; 183, I. 9-19: 



des chevaliers [aï-oi;) '", l'indemnité des athlothètes des 
Panathénées", la distribution de la diobélic pendant 
les fêtes '^ En somme la plus grande partie de l'argonl 
dépensé pour la guerre et les fêtes devait passer par 
les mains des hellénolames ''. A certaines époques de 
détresse financière les trésoriers d'Athéna leur remet- 
taient même des objets précieux pour les vendre et en 
affecter le produit aux opérations militaires '". 

Les hellénolames subsistent jusqu'à la fin de la 
guerre du Péloponèse ; en 411, au moment du coup 
d'étal des Quatre-Cents, ils figurent dans le plan de la 
nouvelle constitution parmi les magistrats qui devaient 
être nommés par le Sénat ''■"; ils disparaissent avec le 
premier empire maritime d'Athènes et ne. sont pas réta- 
blis dans la seconde confédération"^. Cii. Lèchivain. 

IIELLOTIA ('E/.ÀoJ-'.z). — I. Fête annuelle de l'Europe 
Cretoise [f.uropa], unie à Zeus sous le platane de Gor- 
tyne, par le ispoç -cinLo^. Nous n'en savons que ce que 
nous raconte Athénée' : l'épisode principal était une 
procession dans laquelle on portait une guirlande de 
myrte colossale (vingt coudées de tour), qui portait le 
nom d'Hellotis, comme la déesse elle-même ; la guirlande 
était censée renfermer les ossements d'Europe. L'origine, 
peut-être phénicienne, du nom lui-même reste obscure-. 

11. Fêle d'Athéna Hellotis à Corinlhe. C'était une fête 
importante ; Pindare célèbre un athlète qui y a remporté 
jusqu'à sept victoires'. Elle consistait surtout en une 
course aux flambeaux pour les jeunes gens '. Les anciens 
ne s'accordaient pas sur l'origine de ces jeux ; les uns 
la rapportaient à la victoire d'.\lhéna sur le cheval de 
Bellérophon, Pégase; les autres rappelaient la légende 
d'une jeune Corinthienne, Hellotis, briilée vive dans le 
temple d'Athéna, lors de l'invasion dorienne : un temple 
nouveau aurait été alors consacré à .\lhéna Hellotis, et 
des jeux solennels institués'. Enfin, d'après une autre 
inlerprélalion, Athéna Hellotis serait d'origine phéni- 
cienne'^; le culte d'.Mhéna Hellotis serait venu de Crète; 
cette déesse, comme l'Europe de Gortyne elle-même, 
serait une personnification de la lune; et la course aux 
flambeaux rappellerait précisément le mythe lunaire '. 

m. Athéna Hellotis était adorée à Marathon, où il 

273, I. 2-G, 23-29; 188-189, I. 3-3, 7-12, 21-27. — " 74. 183, I. 0-8. — 12 Ib. 188- 
189. 1. 10-14, 21-27. — 13 yuelquefois leur rôle est purement fictif; ainsi en 410/9 
une somme, qui n'est pas entrée réellement au trésor d'Athéna, est donnée par délé- 
gation à un stratège et les trésoriers d'.Alhéna la portent sur leurs comptes comme 
versée aux hellénolames (/A. I, 188-189, I. 13-20). Mous ignorons le sens exact 
de certaines rubriques de revenus, par exemple de l'argeul qui provenait de Samos 
(t'à ex -â^oj, Ib. 188-189, I. 21). Dittenberger conjecture qu'il s'agit du revenu 
de terres confisquées sur les Samiens après leur révolte de 440 et données à 
Athéna Polias [Sytloge, n" 4i, note 13). — IV C. inscr. ait. I, 140. — 1» Aristot. 
Alh. pol. 30, 2. — Il"' L'hcllénolame banni après les Trente (Vi/. A'. Oralor. p. 841 Al 
devait élre un ancien hellénotamc. — Biuliocraphie. Barthélémy, Mémoires de 
l'Académie des Inscriptions. XLVIII, p. 337 et suiv. ; Kochler, Untersucnungen 
zur Oeschiehle des delischattischen Bundes, Berlin, 1869; Christ, De publici.^ 
popnli Atheniensis rationibus, Diss. i;iaiij.. GreifswalJ, 1879; Fellner, 2w Ge- 
schichle der attischen Finanzverwaltung im ô und 4 Ja/irhunderte {Der. d. Wien. 
Akad. d. Wissensc/i. XCV, 1879. p. 383-444); Uuiraud, Sur la condition des alliés 
pendant la première confédération athénienne, Paris, 1883 ; Bûckh-Frankel, 
.Staalshausallung der Athener, ■>• éd. Berlin, 1886, I, p. 217-221, 468-475 : 
II. 312-348; Nûllie. Der delische Bund, seine Einrichtung und Verfassung, Magde- 
bourg. 1889 ; Hermann. Lehrbuch der griech. Antiquittïten, Staatsalterthùmer, 
0' éd. 1892, p. G29-G30, 602-664 ; Gilbert, Handbuch der griech. Staatsaltherthimer , 
i' éd. 1893. I, p. 271-272, 478. 

IIELLOTIA. I Allicn. .VV,67So; Hesjch. s. v. ; Steph. Bj/.s.r. Tofijv. — 2Eljm. 
Magn. s. «. : Prellor. Griech. Myth. il, 3» éd. p. 1 13 ; Schoemann, Gr. Alt. 11, 3» éd. 
p. 476; 0. Jahn, Wien. Denks. 1870 ; Hermann, Gr. Atterth. Il, §67, 30 ; Rosckcr 
Lexicon der Mythol. s. v. Europa. — 3 Pind. Oltjmp. XIII, ^i^i; Allien. .XV, 678 fl. 
— VSchol. Pind. Olymp. Xlll, 30. — S 76i'(i. ; Preller, Gr. Mylh.i' éd. Il, 81 . — 6 Etym. 
Slag. -ç. V.; Tseti. Ad Lycophr. 658. — ~ Schoemann, O. c. II. 476 : Hermann, Ù. 
c. Il, § 32, 27 ; 07, 30: Preller. Gr. .Myth. 4- éd. I, p. 191; 3» éd. Il, 115. 118. 



iii:l 



— «n - 



iii.i. 



sciiil>l)< i|U(' ili'sjcuv uirnl l'ii- ct'li-lii'i's i-ii sou liiiiiiuMir '. 

IV. On a siippnsc i|ut*li|ucruis i|u<* l<* mot 'AÀkit'.x, t|ui 
■ li^si^iio lins fiMcs on l'Iiniiiirur ir.\ltK-ii!i Alt^u do Tém'i', 
ii't'lail i|iriim' variiiiitr ilu mol 'I'IXXi.itix ; mais l'Iiypo 
llu'^st» t'sl liusanli'i' iiai.otia] ■'. Loiis Couv»:. 

IIKI.OKIA. — Fi'Ui sicilienne, i|ui n'esl connue (|ui' 
par une mi'nlion ilu li>xiro|;ra|ili»' lli^sychius : éXiôpi'j; 
ivo.v". l'illc SI' colt'lirail sur les liortis ilii llciivi^ lk'lorus% 
sans iliiuli' près do la ville ilii nièine noin^, au sud do 
Syracuse. Peul-i'Iro laul-il idenlilior cellu fiHo avec 
celle do I'asi.n.mua, insliluéo par les Syrucusains en sou- 
venir do leur victoire sur Nicias il.'t av. .I.-(M, près du 
lleuvo .\sinaros '. L. Chuvk. 

IIKI.OT.XK. — Le servage do la glèbe a joui' nu rcMe 
impiU'Iaiil dans uu grand nombre do cilès lielleiiiiiues 
on il a conlribué îi assurer et ù. maintenir la supériorité 
militaire et politiiiuo île l'aristocratie. C'est dans les pays 
dorions i|u'il a élo le plus solidement (-labli a[)rès la sou- 
mission des populations indigènes et i|u'il a eu la plus 
buigue durée. 

Dans la Crète il y avait deux catégories de serfs de la 
glèbe, les Mvi.iîtï! ou MvùJTai sur les domaines do llîtat 
el les KÀiiioTï! ou 'Acf:(u.iioTa'., (|a'on [leul ideiitilier avec 
les oixsî; de la loi de Cortyne, sur les terres des particu- 
liers. La condition dccosserl'sa été exposée aux articles 

.\1'HAMI0T.\I, GORTY.MORUM LEGES (p. 11133, Col. 2 et 1034). 

Ajoutons seulement que le servage do la glèbe existait 
encore en Crète à l'époque d'.Aristotc, mais qu'il ne sur- 
vécut sans doute pas à la domination romaine '. 

Dans la Laconie nous trouvons, depuis l'époque la 
plus ancienne, la classe des hilotes, EïXiot:; (quelquefois 
IvlXwTai) -. Quelle était l'origine de ce mot? Il y avait déjà 
désaccord à ce sujet chez les auteurs anciens ; ils font 
venir pour la plupart hilote du nom de la ville de "EXo; ^ ; 
cette étymologie n'est pas très satisfaisante; le mot "EXo; 
aurait pluti'it donné "EXsïo'. ' ou 'EXeâ~ai ^ On a cherché 
d'autres étymologies. La racine àX donnerait le sens de 
prisonnier de guerre '"'. Comme les hilotes ont été établis 
dans la vallée profonde de l'Eurotas, on a songé aussi au 
mot sXo; qui signifie marais, lieu humide et boisé ". Le 
sens primitif du mot n'est donc pas absolument certain. 
Oltfried Muller * a émis l'opinion que les Doriens avaient 
trouvé dans la Laconie une classe de paysans lélèges, 
déjà réduits en servitude par les Achéens. C'est une 
pure hypothèse, en contradiction avec les témoignages 
anciens qui ne font remonter ce genre d'esclavage 
qu'aux conquêtes thessalienne et dorienne '. Il n'y en a 
aucune mention ni dans Homère ni dans Hésiode. On a 
soutenu aussi '° que les conditions économiques et 
sociales ont pu spontanément donner naissance en Grèce 
à des tenures serviles : par exemple, dans V Odyssée ", 
l'esclave Eumée dit que si Ulysse était revenu de Troie, 
il lui aurait donné une maison, une terre et une femme, 
récompenses qu'un bon maître donne à son serviteur ; 

1 Scliol. Piu.i. (Jlymp. XIII, 56: Nonn. Dionijs. XXXVII, 14i;, iVJ; llermaun, 
<). c. U, i 03, 10. — 2 Hcrmann, § 31, 19. 

IIELOniA. < .y. V. : r*..'.ji!i; àY"'' ■'O.ùi'^in; t-'i 'El,:,oifj a:tiTa|»oï. — 2 Steph. 
Bjz. s. 1'. ; Herodol. Vil, 154; Tsetz. ad Lykophi: 1184; Pind. Nein. IX, 40 et 
Scliol.; Tilucyd. VI, 70; VII, 80. — 3 p|i„. Hist. nat. XXXII, 16; III, 89; Ael. 
Nat. anim. 12, 30. — i Plut. Nicias. 28, 1 ; Pausan. VII, 16, 5; Poppo, Prolegg. 
in Thucyd. I, 2, p. 515, 523; Hei-mann, (iriech. AlteHh. Il, § 68, 30. 

IIELOTAE. I Strab. 10, p. 481. — 2 Euslalli. ad lliad. 2, 584 ; Tlieinislocl. Ep. 
5, p. 21. Ou trouve aussi les mots iIUit:;, femme d'Iiilolc (Plut. Jyes. 3),-:i i\Kua-.:ti', 
signifiaul la masse des hilotes ou la conditiou d'hiloles (Pausan. 4, 23, 1; Pliotius, 
ter. p. 426). — 3 Pausan. 3, 20. 26; llellauic. l'ragm. uHHislor. graec.ii. Uidol,I); 



Lunii Ml (lom: rlr un allraiiehi altaclu' a la lerrc- ; s;i 

situation n'aurait guèio dilleré de celle d'un serf do la 
glùbe. La concession des icrre» à des pauvres, (i des ban- 
nis aurait ])U créer aus>,i une condition analogue. Nous 
n'a\ons nialheurousoiiKMil pas de textes positifs a l'appui 
do ces hypothèses, (tn a vu aussi une cause de la for- 
mation du servage dans l'obligation iinposèo aux débi- 
teurs de rester sur les terres des créanciers; cette 
opinion est i)eu vraisiMiiblablo ; à Athènes le Ihèle 
insolvable devient, encori; à l'é-poquo historique, l'esclave 
du créancier et peut être viMidu au dehors ; sa condition 
dilVèro essenliollomont de cidle de. l'hilole; si les dettes 
avaient amené le servage de la glèbe, Athènes aurait eu 
aussi ses hilotes '''. En tout cas, s'il a pu y avoir û, 
répo(iiie primitive quel(|uos serfs do la glèbe isolés, c'est 
la conquête dorienne qui a créé dans la Laconie la classe 
des liilotes. Nous n'avons guère sur l'établissement des 
Doiiens (|ue des récils légendaires et nous ne voyons pas 
nettement ([uolle fut la raison du partage de la popula- 
tion primitive, sans doute achéenne, en deux groupes 
très différemment traiti's, les périèques " et les hilotes. 
Grote ''" voit dans les périèques l'élément urbain, dans 
les hilotes l'élément campagnard. Cette distinction n'est 
pas fondée, au moins pour les origines. Les historiens 
anciens atlrii)uaient avec plus de raison cette dill'érence 
de traitement à la résistance plus ou moins longue 
qu'offrirent les villes de la Laconie et à une aggravation 
graduelle des rigueurs de la conquête. D'après Ephon; ' ' 
les Achéens s'étaient d'abord résignés à la condition de 
périèques et au payement du tribut que leur avait imposé 
Agis, fils d'Eurysthène, mais les habilanls d'ilélos se 
révoltèrent ensuite et après leurdéfaite furent réduits en 
servitude; d'après Pausanias '" ce fut à Hélos que les 
Achéens livrèrent leur dernier combat contre le roi Spar- 
tiate Alcamène et cette ville fournit les premiers serfs de 
l'État ; ce nom d'hilotes devint plus tard le nom commun 
de tous ceux qui furent soumis à la même servitude, 
même des Doriens de Messénie. Plularque met le même 
événement sous le roi légendaire Socs, fils de Proclès '". 
Ces récits indiquent un fait certain : la transformation 
d'une partie des anciens habitants en hilotes à la suite 
de la conquête. La classe des hilotes fait partie intégrante 
du système social dans la constitution dite de Lycurgue 
qui représente les plus anciennes institutions de Sparte. 
Ils exploitent, aux conditions qu'on va voir, les lots dis- 
tribués aux Spartiates dans la région appelée TroXixtxvi 
/(usa, qui comprend essentiellement la vallée de l'Euro- 
tas. Les guerres de Messénie amenèrent la formation 
d'un second groupe d'hiloles. La première guerre (envi- 
ron 713-728) '* enleva aux Messéniensleur indépendance 
politique ; ils devinrent la plupart périèques, durent 
jurer de ne jamais se révolter, de prendre part, en cos- 
tume de deuil, avec leurs femmes et leurs enfants, aux 
funérailles des rois de Sparte et des principaux magis- 

Etym. m.ign. .ç. />. r. ; Eust. ad lliad. 2, S84 ; Bekkev, Anecd. 246, 16; Stcph. 
Byz. p. 269; ScUol. Plat. Alcib. 1, p. 4S0, 46; Theopomp. Fraym. 15 (Uidot, 1, 
p. 280).— l Ephor. Fraijm. 18 (I)id. 1, p. 237-238). — = Theopomp. L L —^ U y a 
ce sens dans Etyni. magn. s. h. v. ; Scliol. Plat, ad Alcib. I, p. 480, 46. — " Suidas, 
Uo; SîuTiov S'iTo; ; Etyra. Uud. 'jt^ii »'«'. S«t1; to-o; ; Eust. ad. lliad. 2, 584, ad Od. 
IS, 7.-8 Dorier, 2, p. 29 et 34. — 9 Plin. Hist. nat. 7, 36, 9; et les textes qMs 
plus bas. — 10 Voir Guiraud, La prnprit'dr foncière en Grèce, p. 122-125. — n 14, 
62-64. — 12 Voir rupATRCDES. — !•* Pour les péi'iùques nous renvoyons aux articles 
spABTANouuu ResruriLicA et pBRioEci. — '* Hisl. grecf/ue, Irad. Sadous, 3, p. 298- 
306. — I' AV. 18. — 16 3, 2, 0-7; 3, 20, G. — n /.yc. 2, |. _ 1» D'aprùs Pau- 
san. 4, 5, 10. 



ui:l 



— 68 



UEL 



Irais Spartiates; ils gardèrent la possession do leurs 
terres, moyennant le payement d'un Iriliut ét;al à la 
moitié des récoltes ' ; peut-être réserva-t-on aux Spar- 
tiates une partie de la Messénie, en particulier les terres 
dont les possesseurs s'étaient enfuis de différents entés. 
à Aryos, à Sicyone, à Eleusis, en Arcadic \ Une tradi- 
tion attribue en effet la création de trois mille lots nou- 
veaux à Polydore, fils d'Alcamène'; mais aucun texte 
ne dit comment ils ont pu être exploités. Celle situation 
parait avoir duré environ un siècle '. La révolte des Messé- 
niens amena la seconde guerre, qui se termina cette fois 
par l'assujelissemenl complet des vaincus; les Messéniens 
perdirent leurs terres et furent assimilés aux hiloles laco- 
niens^; quelques villes entières gardèrent seules leur 
condition de villes de périèques. Ce sont les Messéniens 
qui vont constituer désormais la grande masse des 
hiloles. Nous ne savons pas si on établit des hiloles sur 
les terres enlevées à Tégée '''. 

Le nombre des hiloles paraît avoir clé considérable ". 
Vers 241, les Étoliens emmenèrent hors de la Laconie 
30 000 hommes parmi lesquels les hilotes devaient être 
en majorité " ; vers la même époque Cléomène trouva 
(jOOO hiloles possesseurs dune fortune de cinq mines ° ; 
mais il est impossible d'arriver à une évalution précise ; 
les chiffres qu'on a obtenus de différentes manières sont 
absolument hypothétiques '". L'hilole a une situation 
intermédiaire entre l'homme libre et l'esclave " ; il ne 
fait pas partie du corps des citoyens 'S il n'a aucun 
droil politique. Sa condition est issue de la conquête et 
il relève à la fois d'un maître particulier et de l'État. 
C'est avec raison que plusieurs textes les appellent 
esclaves de la communauté '^ L'État peut seul les affran- 
chir'"; et tous les affranchissements que nous connais- 
sons ont eu lieu de cette manière, en masse, comme 
récompense de services militaires ". C'est l'État qui sur- 
veille les hiloles, qui a fixé leurs devoirs, leurs obligations 
et aussi leurs droits à l'égard des propriétaires. On a 
même soutenu que, pour cette raison, chaque citoyen 
pouvait se servir, en cas de nécessité, des hiloles d'au- 
Irui comme des siens, mais les textes de Xénophou et 
d'Aristote ne s'appliquent probablement qu'aux esclaves 
véritables "^.îs'ousne savons pas si l'État avait des hiloles 
sur ses domaines. Il ne semble pas que les hiloles fus- 
sent occupés aux services domestiques '". Ils devaient 
uniquement exploiter les terres des Spartiates, soit dans 
la Laconie, soit dans la Messénie '*; ils ne cultivaient 
sans doute pas les terres des périèques ". D'après les 
sources que suit Plutarque, ils devaient pour chaque lot 
ixÀTi^o;) une redevance invariable dont la loi religieuse 
garanlissaillafixiléparuneimprécalionsolennelle contre 
le propriétaire qui l'augmenterait "-". Celle redevance 
était de 70 médimnes d'orge pour le propriétaire, de 
12 pour sa femme et d'une quantité correspondante de 



vin et d'huile-'. Ces médimnes étant ceux du système 
éginétique •-' et valant 78 lilres SO centilitres, c'était un 
total d'envii'on tii hectolitres de blé et d'une quantité 
de vin et d'huile f|u'on ne peut apprécier. Nous ignorons 
quel était \(' rapport de cette redevance avec le i)roduit 
total et l'élendue de chaque lot; mais le prolit des 
hiloles était assez considérable puisqu'au ni' siècle, 
pendant la révolution tentée par le roi Cléomène, on 
trouva (iOOit liilotes qui purent acheter leur liberté moyen- 
nant cinq mines par tête ". Qu'arrivail-il quand il y 
avait plusieurs enfants dans une famille d'hilotes? Se 
partageaient-ils l'exploitation du même lot ou l'État les 
Iransporlait-il sur les lots vacants? Nous manquons de 
renseignements sur ce point. Nous ne savons pas davan- 
tage de combien de familles d'hilotes disposait chaque 
Spartiate; le nombre des serfs devait sans doute être en rap- 
port avec l'étendue des propriétés de chaque citoyen ; on 
voit dans Hérodote -* qu'à la bataille de Platées chaque 
hoplite avait sept hilotes à son service : c'était donc 
peut-être là le chiffre uioyen des serfs attachés alors à 
chaque domaine. L'hilole, lié à la terre, ne pouvait être 
vendu par le propriétaire -'' ; il avait le droit, comme on 
l'a vu, de posséder des biens mobiliers. C'est tout ce que 
nous savons de sa condition juridique. On peut admettre 
cependant, d'après la ressemblance générale du droit de 
Sparte et du droit crétois, que sa famille avait la même 
organisation que celle du serf de Gortyne. Comme autre 
devoir de l'hilole à l'égard du propriétaire, signalons 
l'obligation d'assister à ses funérailles ^''. 

La condition des hilotes, à Sparte, était très mauvaise. 
Toute l'antiquité a été unanime à blâmer la cruauté des 
Spartiates à leur égard -'. On ne saurait la révoquer en 
doute, quelque part qu'on fasse à l'exagération des his- 
toriens et au caractère légendaire de certains récils; Plu- 
tarque essaye en vain de l'atténuer en ne la faisant dater 
que de la troisième guerre de Messénie -*. D'après Myron 
de Priène -', on infligeait chaque année un certain nombre 
de coups de fouet aux hilotes, uniquement pour leur 
rappeler qu'ils étaient esclaves; on tuait ceux d'entre 
eux qui étaient trop vigoureux et on infligeait une 
amende aux maîtres qui les avaient trop bien traités ; 
ils portaient un costume spécial, bonnet et vêlement de 
peau ^": l'usage des armes leur était interdit "; d'après 
Plutarque, on obligeait des hilotes à s'enivrer et à se 
livrer ainsi, dans lessyssilies, à des chants et à des danses 
déshonnêles pour dégoûter les jeunes gens de l'ivresse ; 
on leur interdisait les chants et les danses des hommes 
libres'-. Enfin on avait institué contre eux la y.yjTirdx: 
les témoignages anciens sont en désaccord sur l'origine 
et le caractère de cette institution. D'après le récit de 
Plutarque ^', emprunté à Arislole, les éphores décla- 
raient tous les ans la guerre aux hilotes, à leur entrée 
en charge, pour qu'on eill le droit de les tuer, sans 



• Pausan. », l-i, 4-5 (Tîrl. /'>. ti, {-d. licrgk.). — 2 Eplior. /'V. j3. — '•' l'Iut. Lyc. 
8 ; Apophth. 231 E. — ^ La dale de la seconde guerre est incerlaiiie (Tyrt. a|i. 
Slrab. 8,4,10; l'ausan. S, 15, l-i). Cf. Busoll. Oriech. Geschichte, I, p. 115. 
iiolc 3. — s Paus. 4, 23, I ; Tliucjd. 1, 101 ; Tlieoponip. Fr. 15. — c Ucrodot. 
I, 60 ; Slrab. 8, I, 12. — ' Plat. Alcib. 1. l»,p. 12i 0: Tliucyd. 8, 40. — 8 Polvb. 
4, 34, 3 ; Plut. Clenm. 18. — » Plut. Cleom. 23. — lo par eiemple 175 000 dau;- 
Clinlo» [Fasl. hellen. 2, 421); 224 000 dans Millier (flon'er, 2, 41); 220 000 dan» 
Wallou {/Jisloiie de l'esclavage, 1, 111). — H PoUui, 3, 83. — '2 Tliuc. 3, 64; 
Hcrod. 9, 28. — l-> Paus. 3, 20, 6; Eplior. Fr. 18. — H lliid. — t^ Tliuc. 4. 26. 
80; 5. 34; Xenopli. Uell. 6, 5, 28; Plut. Cleom. 23. — •!"■ Xen. Laced. pol. 6, 
3 ; Aristot. Pot. 2, 2. 5. — '" Gilbert iHandbiicIt, p. .34, note ïi leur altribuc 
à tort le serviee de la table: dans Plut. .V(i»i. et Lyc. comp. 2. 4, c'est l'afTaire 



des esclaves ordinaires. — "* Lix. 34, 27; Corn. Nep. 4, 3. G ; Plal. Lei/. 7, 
806 d-e; Aristot. Pol. î, 2, 11 et 13. — l'J II n'j a rien a tirer de .Xeuopli. IJell. 
I, 2, 18. — 20 Plut. Lyc. 8; Jitsl. lacon. 41 ; Myron, Fi: I (Didot. 4, p. 461). 

— 21 Plut. Lyc. 8,4 et 24, 3. — 22 Uicaearcb. Fr. 23 (2, p. 212): Plut. 
Lyc. 12; cf. llerraann, Lehrbueh, Die griech. Priiatatterlli. p. 443 (3" id.) el 
llultsch, Griech. uiid rôm. Metroloy. p. 200. — 2^ Plut. Cteo.n. 23. — 21 9, IS 
cl 28. — 25 Epbor. Fr. 18. — 26 Aelian. Yar. hisl. 6, 1 ; Paus. 4, 14, 5. 

— 2; Tlieopomp. Fr. I. l. ; l'Iat. Leg. 0. 770 c-d\ Plut. Lyc. et Num. comp. ), 8. 

— 2» Lyc. 2S, 8. — ^' Fr. 4 (Didot, '4, p. 461). Cf. Eust. ad Odyss. 17, 146. 

— M Mjron, Fr. 4. — 31 .Ven. Laced. pol. 12. 4. — 32 Plut. Lyc. 28. 5-8 ; 
Demetr. 1, 2. Voir une autre anecdote à ce sujet dans Aelian. Var. hist, :i. 20. 

— 33 /,yc. 28, 2-5. 



Il Kl, 



— tl'J — 



III L 



«.'exposer au\ priiics ll'^lllus ; A fcrlaim-^ r'pin|iu's du 
I iiiiiiKo, h'S ji-mies S|iurlialt"», les plus vinouri'itN, miiiùs 
«le poi^iiiii'ds cl poiicviis lie i|iii>li|iii's \ivn'S, cliiiciil rr- 
pards dans la caiiipa^iif, si* cucliuii'iit pi-iidaiit l<' jiuir 
i-t luuiuiit la nuit tous les liilolcs surpris sur lus clicuiins ; 
souvent Miènie ils aliiiienl insi|Ui' dans les i>\ploilalions 
rurult's tuer les plus robustes. Ileraelide ' altnliut!, 
comme Aristote, eette institution i\ LycurKUU et lui 
donne le nièuie caractère. l'Iatou se borne i\ dire (luu 
eel exercice lialutue les jeunes >;ens îi la l'atit^ui^ ■'. Sans 
prendre ces ti'nioijînages lui pied de la lettre, on doit en 
admettre le sens m'-néral : les jeunes Spartiates étaieiil 
sans doute churges, comme les éplièl)(!s d'Allièiies, de 
l'aire des rondes île jour et surtout de nuit dans la 
campagne et principali'inenl dans la régi<m monta- 
j;neuse. (.'.'était à la l'ois pour eux un exercice de ^ym- 
nastique et une pré|»aration i\ la guerre ". Ils avaient en 
même temps à surveiller les liilotes, à leur interdire les 
reunions nocturnes et pouvaient, le cas écln'îanl, surtout 
aux époques troublées, les mettre à mort. Nous savons 
d'ailleurs que les jeunes j;ons formaient un corps qui 
pouvait être réuni A. l'armée : sous Cléomènc 111 nous 
trouvons h la bataille de Sidlasio un commandant de la 
xp'jTTTsii '. Cette cruauté des Spartiates A l'égard des 
Idiotes s'explique par les inquiétudes perpétuelles que 
ceux-ci leur causaient. Les Spartiates et les hiloles 
se considéraient réciproquement comme des ennemis 
naturels. Leshilotes, beaucoup plus nombreux que leurs 
maîtres, Doriens en grandi' partie, ne pouvaient oiililier 
leur ancienne liberté ni se résigner à leur condition et 
constituaient un danger permanent '". Aristote nous les 
représente, guettant toutes les occasions et surtout les 
malheurs de Sparte pour s'insurger '"' ; et, de l'ait, l'his- 
toire de ce pays est remplie de leurs révoltes et de leurs 
conspirations ; ils ont pris part à la tentative du roi Pausa- 
nias ■ qui leur promettait pour prix de leur concours la 
liberté et le droit de cité, à celle de Cinadon sous Agé- 
silas '. Une tradition les montre associés à la révolte 
des Parlhéniens après la première guerre de Messénie ''. 
La troisième guerre de Messénie fut provoquée par le 
soulèvement des hilotes de la Laconie après le tremble- 
ment de terre do iM '■" ; les Mcsséniens, réfugiés sur le 
mont Ithome, résistèrent pendant dix ans et obtinrent 
par une capitulation le droit de se retirer librement avec 
leurs femmes et leurs enfants, en jurant de ne plus ren- 
trer dans le Péloponnèse ";mais, d'après Diodore'-, les 
hiloJ,es, chefs de la sédition, furent exécutés, les autres 
transformés en véritables esclaves. Dans le traité conclu 
avec les Spartiates en 421, les Athéniens s'engageaient à 
les secourir de toutes leurs forces, en cas d'une révolte 
des hilotes ".Pendant la guerre du Péloponnèse il y eut de 
fréijuentes défections d'hilotes '*, surtout lors de l'occu- 
pation de Pylos par les Athéniens : c'est pour les pré- 
venirque les Spartiates se débarrassèrent traîtreusement 

1 /-r. 3 (Oidot, 2,p. Slo).— -' i«/.1,033f. — 3 Scliol. Pliil. /,«/. p. 260,29. Dans 
ses Lois (6, 763 a-c). Platon confie ù ses cinq plirourarques ou agronomes (qu'il appelle 
aussi xsjrro:) el à leurs soixante jeunes collaborateurs un service de surveillance dans 
la campagne analogue à celui des jeunes Spartiates. Cf. .MiiUer. Dorier^ 2, 37. — * Plut. 
Cteom. 28. — '-^ Tliuc. 4, 80; Plat. Leij. 6, 777c; Libanins. De servit, p. 86. 

— G Pol. 2, (i, 2. — " Tliuc. 1, 132; Aristot. Pol. 5. 6, 2; Corn. Xepos, Pttusan. 
3. C'est probablement du mîïmc Pausanias qu'il s'aj^it dans Aristot. Pol. .'>, 1, 5 et 7, 
13, 13. — 8 Xen. Heil. 3, 3, G ; Aristot. Pol. 5, 6, 2. — » Epbor. Fr. 53. 

— 10 Thuc. t, loi et 4, 56; Pausan. 4, 23, 5; Diod. H, 63. 4; 11, 64, 1-4. 

— 11 Thuc. 1, 1-J3; Pans.™. 3, 24, 3. — 12 11.84, 8. — 13 Thnc. 3, 23. — H Thuc. 
3, 14, 35, 50; 4, 41 ; Xen. Uell. I, 2, 18. — lo Thuc. 4, SO ; Diod. 12. 07, 4. 



de deu V nulle liilutes qu'ils uvulent fait seinbluiil d'alfraii 
cilir pour l'i'compunser leur viiillaucc- Ix la ^çuerre '". 

Le gouviMiienient île Sparte n'en ilail cependant pas 
moins obligé, en raison du petit nombre des citoyens, 
d'utiliser do plus en plu» lus apliludus mililairos des 
hilotes. Tyrtée conseillait déjii aux Spartiates dans un 
combat de remplacer leurs morts par des hilotes "■. On 
les employa d'abord comme valets, Hervants d'armes : 
OepïTTOvTe;, '", oTtXotpofoi, ï|j.7tiTTï'.£; '•, pi'obablement aussi 
'jTrauTtiTrat '"; puis comme inl'anli.'rie lejjùre : à Platées les 
.')()()() hojjlitcs Spartiates avaient avec euxa.'iOOOliilotes"; 
plus tard, jiendant la guerre du Péloponnèse, ils fournirent 
lies rameurs et des soldats de marine -', peut-étri! sous 
le nom de oEU'jrtxitovïOTa'. --', et même fréquemment des 
hoplites"'. On leur promettait souvent la liberti; pour 
les enrôler ou on la leur donnait comme récompense de 
leurs services -''. Deux textes parlent d'hilotes nommés 
harmostes ■ '. Il est encore question des hilotes ix l'époque 
du roi Cléomène III comme on l'a vu, de Philopoemen 
qui en vendit 3000-'', du tyran .Nabis qui en aflranchit un 
grand nombre -''; d'après Straboii ils subsistèrent jusqu'à 
la domination loinaine -*. 

En somme, le servage de la glèbe a procuré à Sparte 
de grands avantages, mais il lui a causé aussi beaucoup 
d'embarras et de maux. Les hilotes ont débarrassé les 
Spartiates de i>res(iuc tous les soucis matériels -% leur 
ont permis de se consacrer entièrement à leurs devoirs 
politiques et militaires; ils ont facilité le maintien de 
l'aristocratie de Sparte ; mais en revanche les Spartiates 
se sont déshabitues du travail, ils sont restés campés au 
milieu d'une population ennemie qu'ils ne contenaient 
que par la terreur; rien n'a plus contribué que ce régime 
à la décadence politique et économique de Sparte. 

Les hilotes affranchis par l'État forment la classe des 
v£o5a[xtôo;t; ^° ; ils apparaissent durant la guerre du Pélo- 
ponnèse et on connaît surtout leur ri')le militaire. Ils ser- 
vaient comme hoplites ^' , en nombre considérable puisque 
Thimbron en emmena 1000, Agésilas 2000 en Asie ^-. Ils 
avaient sans doute les droits civils, mais ne possédaient 
certainement pas les droits politiques, malgré leur titre 
de nouveaux citoyens et il faut rejeter le texte de Télés 
d'après lequel tout individu étranger ou issu d'hilote 
qui aurait rempli les conditions nécessaires de fortune 
et d'éducation, aurait pu devenir citoyen '^^. Ils pouvaient 
avoir des propriétés foncières, puisqu'on en voit, dans 
Thucydide, qui ont été établis à Lépréon, pays récem- 
ment pris aux Éléens '■^''. Il est probable qu'on leur assi- 
gnait leur résidence, car on distingue des simples néoda- 
inodes les Bpc:;5sto., c'est-à-dire les hilotes qui, après 
avoir servi sous Brasidas dans la Chalcidique, avaient reçu 
avec la liberté le droit de s'établir où ils voulaient ^^ 
Les néodamodes réclamaient une condition meilleure 
puisqu'on les voit participer à la conspiration de Cinadon 
avec les hilotes, les périèques et les citoyens de rang 

— li'i Paus. 4, IG, G. — 17 Slepb. Byz. .•!. c. x;o;. — 18 Hesycli. s. h. v. - '» Xenopli. 
Helt. 7, 1,12. — 20 Herodol. 9, 10, 28. — 21 Xenoph. ffell. 7, 1, 12. — 22 Mjron, 
/■V.l 2 (Didot, 4, p. 401); Eust. ad Iliad. 13. 431. — 23 Thuc. 4, 8, 20, 80 ; 5, 31, 
64; 7, 19, 58; Diod. 12, 67, 3. — 2'. Thuc. 4, 26, SO; Xen. Hell. 6. 3, 28; Diod. 
15, 65, 5. —25 Xen. BeU. 3, 5, 12; Isocr. l, 111. — 26 Pausan. 8, 51, 3.-27 I.i,. 

34, 31-32. 28 8, p. 305. — 29 Plut. Lyc. et -Vimi, comp. 2, 4. — M Hcsjcli. 2, 

667; Poilus, 3, 83; Mjron, Fr. 2 (Didot, 4, p. 401); Thucyd. 7, 58 (la définition 
des niSodaniodcs est sans doute une glose introduite dans le texte). — 31 Thuc. 
7, 19, 38 ; Xen. i/ell. 1, 3, 13; 3, 1, 4 ; 3, 4, 20; 3, 2, S4. — 3S Xen. ffell. 
3, 1, 4; 3, 4, 2 ; Ages. 1, 4; Plut. Ar/es. 6. - 33 Slob. A'erm. 40, S. — 34 Thuc. 
5, 34. — 3^ Id. 5, 31 et 67. 



IIKI 



70 



HEL 



inférieur '. Ils ne sont plus d'ailleurs mentionnés dans 
les textes postérieurs à Xénophon. 

Il y avait encore à Sparte une classe particulière 
d'affrancliis, les M'JOxx^;. On appelait ainsi des enfants 
de condition servile, élevés avec les jeunes Spartiates 
selon les règles de l'éducation nationale ; chaque Spar- 
tiate avait ainsi, selon sa fortune, un ou deux ou même 
plusieurs compagnons -. Cette éducation équivalait-elle 
à l'affranchissement? ou bien y avait-il ensuite, à un 
cerUiin âge, un affranchissement régulier, ou, comme l'a 
cru Schoemann ', une adoption faite par un citoyen? Les 
textes sont muets sur ce point; nous savons seulement 
qu'ils étaient libres, mais pas citoyens; cependant 
quelques-uns obtenaient le droit de cité, puisque cette 
classe fournit des personnages tels que Callicratidas et, 
d'après une tradition, Gylippo et Lysandre ' ; peut-être 
ce privilège était-il réservé à ceux d'entre eux qui étaient 
des bâtards, issus d'un père citoyen et d'une femme de 
condition servile ''. Aucun texte ne dit précisément que 
les MôOxxEç fussent des enfants d'hilotes ; mais on doit 
l'admettre; les esclaves proprement dits n'étaient pas 
assez nombreux à, Sparte pour fournir tous ces enfants. 
Il ne semble pas qu'il faille distinguer des MoOaxsç les 
MoÔ(ov£; dont les grammairiens et les scholiastes don- 
nent à peu près la même définition ''\ Nous renvoyons à 
l'article epec.naktai pour les hilotes qui ont porté ce 
nom. Myron'' signale encore plusieurs variétés d'affran- 
chis, les ioi-oi:, les à.oirj-o-0'., les Èp'jzTY,i£;, dont nous ne 
connaissons ni l'origine, ni la condition. 

Les serfs de la glèbe dans les autres cités helléniques 
sont beaucoup moins connus : mais partout cette forme 
de servage parait avoir eu la même origine, la conquête. 
Il y avait dans la Thessalie la classe des Trivicrai. D'après 
l'historien Archémachos ', après l'invasion des Thessa- 
liens, une partie des Béotiens vaincus consentit à rester 
daus le pays, aux conditions suivantes : leurs maîtres 
ne pourraient ni les tuer, ni les chasser, ni les vendre 
hors des frontières de la Thessalie; en revanche les Béo- 
tiens devraient cultiver les terres des nouveaux proprié- 
taires et leur payer une redevance. Ils s'appelèrent pour 
cette raison [AEvÉcTa;, puis TTEvéc-ra'. '. Ils avaient donc à 
peu pi'ès la même situation que les hilotes, auxquels tous 
les textes les comparent '". Cependant ils paraissent 
avoir été mieux traités " et pouvaient devenir plus riches 
que leurs maîtres '-. C'est peut-être pour celte raison 
qu'ils se révoltèrent souvent, profitant surtout des guerres 
des Thessaliens avec leurs périèques, Achéens, Per- 
rhaebes, Magnètes '^. Ils fournissaient à l'État de l'infan- 
terie légère, des cavaliers et surtout des matelots ". 
Démosthène cite deux Pharsaliens qui envoyèrent au 
secours d'Amphipolis l'un deux cents, l'autre trois cents 

1 Xcil. Hell. 3, 3, 6. — 2 Phylarcll. /-V. 44 (M. Uidol, 1, p. 347); ,\dian. Vur. 
hist. IS, 43 ; Hesych. 2, 612; Xen. Hetl. 3, 3, 9. —3 Aiitiq. grecques, Irad. GalusU, 
|i. 225-230. — '• Aeliaii. Var. hisl. 12, 43 ; Xcn. Ilell. S, 3, 9, où k-s mois -i ,«V,.i 
paraissent désigner les droits i)0liti<|ucs (cf. Xen. Lac. pal. 3, 4). U'apiè-s une autre 
tradition Lysandre aurait été citoyen de naissance et de la famille des lléraclides 
(Plut. Lys. 2). Dans Thucydide (6, 93). Gv1i|i|jc est fils de Cléandridas, peut-être 
(ils adoptif. — " Xi-noplion (Z/e//. 5, 3, 8-9) distingue les -.^izi-/.t\ et les bâtards M'.,. 

— 6 Hesycli. 2, 612;Schol. Aristopli. Plut. 279; Harpocr. s. u. Cependant d'après 
Klym. magn. p. 590. ce seraient des esclaves nés à la maison. — 7 fr, 2. — 8 F,.^ 
I (Oidot, 4, p. 314). — 9 D'après Slapliylos. Fr. 4 (éd. Didot, 4, p. 306), ils s'ap- 
pelaient aussi ÔÉTTtt'AotxÎTat ; il y a le moi 6i~a'Aîxt«: dans Schol. Dem. 173, ti. 

— 10 Pollui, 3. 83; Callistral. ap. Atlien. 6, 263 e-f: Thcoponip. l'r. 134 ; Pliotius, 
/rfj-. p. 426: .\ristopb. Bjï. p. 434 (Miller, Mélaiiijes de littérature grecque); 
Ëuslalh. ad Iliad. 2, 384; Aristot. Pol. 2,2, 13; Suidas, s. u. K«V).i»Of.-.; ; Strab. 
12, 4, p. 542; Aristoiib. Vesp. 1270-1273 cl Scbol. — " Plat. Leg. 6. p. 776 ad. 



serfs ' '. D'après un fragment d'Euripide "^ et desversde 
Théocrite '', il y aurait eu aussi des pénesfes comme 
esclaves domestiques. Il est encore question de pénestes 
à l'époque macédonienne; .\gathocle, officier de Philippe, 
appartenait à cette classe "et Théocrite la connaît encore. 
Après la fondation de la colonie grecque d'Iléraclée 
sur le Ponl-Kuxin, les indigènes, les Mariandynieiis, con- 
sentirent par traité à servir à perpétuité sur les domaines 
des conquérants en leur payant une redevance, à la con- 
dition qu'ils ne pourraient être vendus en dehors du 
pays ". Plusieurs textes les appellent Sioposopo'., porteurs 
de présents ^", et ils sont toujours assimilés aux hilotes 
et aux pénestes-'. D'après Aristole -' ils fournissaient 
beaucoup de matelots à l'État; le tyran Cléarque les 
affranchit en masse au milieu du iv' siècle av. J.-C. " 
Strabon -• décrit leur condition d'après les historiens an- 
ciens; nous ne savons s'il yen avait encore à son époque. 

Les auteurs assimilent encore aux hilotes lesBithyniens 
indigènes asservis par les colons grecs de Byzance -% les 
serfs de l'Argolide qui fournissaient de l'infanterie légère 
et s'appelaient pour cette raison ru;j.v-f,T£ç ou I"u[j.v/-Î!jioi ^'', 
les Korynéphores (Kop'jvr,sÔGO'.) de Sicyone, armés d'une 
massue ", probablement identiques aux KaTojvaxosôpoi 
du même pays, serfs portant un costume bordé d'une 
peau de mouton °' et que Théopompe compare aux Épeu- 
nactes de Sparte -'. Dans la loi de la colonie de Nau- 
pacte qui est sans doute antérieure à -i55 ^"^ il est ques- 
tion de serfs, o\x.:xz-j.(, qu'on ne peut séparer, même en 
cas de confiscation par l'État, des lots de terres, pro- 
priétés héréditaires des conquérants; ces serfs de la 
glèbe étaient peut-être Lélèges d'origine ". Les Kalli- 
cyriens (Ka)>Xtxûptoi) de Syracuse étaient sans doute aussi 
des indigènes transformés en serfs de la glèbe sous la 
domination de la nouvelle aristocratie, des Géomores ; 
ils étaient plus nombreux que leurs maîtres et réussirent 
à les expulser à une date inconnue, avant 48.5 ^-. Gélon, 
tvran de Gela, ramena les propriétaires à Syracuse ; nous 
ne savons ce que devinrent les serfs ; peut-être eurent-ils 
alors le droit de cité ". Polémon dit ^'' qu'à Héraclée de 
Trachinie les Cylicranes ne faisaient pas partie du corps 
des citoyens et qu'ils avaient l'empreinte d'une coupe 
sur l'épaule. Ce traitement parait désigner des serfs. 
D'après Aristote '^ à Apollonie et à Théra, une aristo- 
cratie, issue des premiers colons, régnait sur une foule 
d'hommes non libres; Aristote n'aurait pas signalé cette 
particularité s'il s'était agi d'esclaves ; il est probable 
que dans ces villes les indigènes étaient devenus serf^de 
la glèbe. En dehors de la Grèce propre, les Ardiaeens, 
peuplade illyrienne, possédaient, d'après Théopompe '", 
300 000 TTp&TTTEÀiTa!, quî leur servaient d'hilotes. 

Voilà la liste des pays oii l'existence des serfs de la 

— 12 Archcniachos, /'r. I. — 13 Aristot. Po;. 2. C, 2;.\en. £fe«. 2, 3, 36. — I» .Ven. 
Hell. 6, 1, 11; Stcph. Bjz. s. v. x;-,;. — I- Dem. 13. 23; 23, 199. —16 fr.iîi 
(Didot). — " 16, 34-35. — 18 Tlicopomp. Fr. 136. — '9 Posidon. Fr. 16 (Didol, 
3, p. 257). — 2" Poil. 3, 83. — 21 Eust. ad //. 2, 584; Euphor. ap. Allien. 6, 
p. 263 e-f. — 22 Pot. 7, 5, 7. — 23 Justin. 16, 4-5. — 21 12,4, p. 342. — 25 Athen. 
6, p. 271 c. — 20 iîteph. Byz. .<. v. x:o;: llesycb: I, 449 ; l'oUuï, 3, 83: Elym. 
Trajecl. inUuliuken ad l'iat. Tim. p. 2!3. — 27 poil. 3, 83; Stepli. Byi. s. r. Xîo;. 

— 28 Poil. 7, 68; Hesych. 2, 450. — 29 /r. 195. — 30 Koclil, /nser. antiquits. 
n" 321 B, 1. 19-20; cf. Dareste, Haussoullier, Keiuich, Jiecueil des inscriptions 
juridiques grecques, n" 11, tcxlc et comracnlaire. — 3' Aristot. Fragm. 119 (éd. 

Didot, 2, p. 143). — 32 Suid. s. c. ; Phot.iex. p. 165 ; Hesjcii. 2, p. 260 cl Eust. 
ad H. 2, 584 (KiA'/.ixljtii); Heiodot. 7. 153 {Kj'û.if.r.t); Paroeiiiiograph.gr. i.lûO 
(éd. Leulsch et Schneidewin). — 33 Conjecture de M. Guiraud. (. c. p. 419. d'après 
Pliotius. p. 105. — 3V Fr. 56 (Didot, 1, p. 139) ; Hesycli. s. c. Kjiiirfiywy. 

— 3i Pot. 4, 3, 8. — 30 Fr. 41 et Alben. 6. 271 U. 



iii:m 



71 — 



Il KM 



^ll'•ln^ |i!ti'ait |irini\ri'. \oii«. lie >;imiii^ |i.is i|1ioIIc t^tnit la 
ciiiHliliiin ili' !■(■> l.i'lct;t's(nii,irapn''-, l'lii><liiricii l'liili|i|)f ', 
■■lui(>nt eiifttro Ioh escluv«is di's Caricns A I'oiukiiu- iiiuci'- 
iloiiitMiiio. (Vi'sl ;\ t(irl (jn'iin a vniilu tfouvi-r d('8 serfs ilt- 
1,1 \;\i'\h' iluKS ilaiili-cs pass ; par i.'xi-inpio, i\ llliins- ri 
a Flpidaiiiiio ■*, nous n'avons ijiu' di- vcrilahU'S osclavfs. 
I.cs kovÎTioô;; ( m'ns aux pifds puudi-ruN) d'Êpidaure • 
n't'taifiit i-vidt'Uinii'ul ipu- des campagnards ordin;iirfs. 
Nous savons soultMncnl des K'jvôtpïÀoi do llorinlli(! (|Ul' 
1 l'iail II- nom d'une tiiliu ". l.fs Cyrrhaoens et les Kiu- 
gulides de l)elphes lUaienl devenus de véritables esclaves 
aprùs la eonsécralion do leur pays à la divinité ". Les 
'rhél>!ij,'ènes, doul parle l-lphore ", étaient une parlie de 
la population lilire de la Méotie. Cn. Lèuiuv.m.n. 

III':.\II''.IU>IM(<)\I<M ■|l;xiGoSf,ou.O[, opOfJLOX-zîp'JXî;). — Les 
(irees appelaient ainsi des coureurs exercés ;\ l'ranchir 
un espace énorme en un temps très court'. Us ser- 
vaient de courriers aux cliel's d'armée. D'après IMiilo- 
slrale, le concours du dolique aurait d(\ son origine à 
l'institution des /jémJrorfcoynes [cursus]. 

Les auteurs anciens rapportent des exemples éton- 
nants de la rapidité de ces messagers, l'iiidippidès-, qui 
fut chargé de porter à Sparte la nouvelle de la victoire 
de Marathon, franchit en deux Jours un espace de 
IIUO stades environ :ill kilomètres et demi). Il fut de 
beaucoup surpassé par .\nystis, de Lacédémone, et par 
Philonidès, hémérodronie d'Alexandre' ; ces deux mes- 
sagers parcoururent, le premier eu un jour, le second 
en neuf heures, la distance d'Élis à Sicyone, c'est-à-dire 
douze ou seize cents stades ('220 à 240 kilomètres . 
.\près la bataille de l'ialées, Euchidas courut de cette 
ville à Delphes, chercher de quoi rallumer le feu sacré 
qui s'était éteint par suite de la guerre, et il revint le 
même jour, quoique la distance fût de mille stades 
(185 kilomètres . A son retour, il tomba mort de fati- 
gue*; la même chose arriva à Phidippidès^ Pline, 
comparant ces coureurs à ceux de son temps, atteste la 
supériorité de ces derniers; selon lui quelques-utis 
tirent dans le cirque une course de 100000 pas (237 kilo- 
mètres) ; et en 59 avant notre ère, un enfant de huit ans 
aurait parcouru en un jour et une nuit T.5t)U0 pas (environ 
111 kilomètres,. L'usage des coureurs se maintint, à côté 
de toutes celles qui constituaient le cursus publicus, sous 
les empereurs ; seulement les courriers se relayaient 
fréquemment". Bussemaker. 

HÉMÉROSCOPOI ('HfxepocrxÔTto!). — Guetteurs de jour, 
placés sur des hauteurs en avant d'une armée ou d'une 
ville, et chargés de surveiller les mouvements de 
l'ennemi. Les héméroscopes tenaient à la fois de la sen- 
tinelle, de l'éclaireur et de la vigie. Ils sont mentionnés 
pour la première fois dans la seconde guerre Médique. 
Suivant Hérodote, l'armée grecque concentrée à Chalcis 

' Fr. i (éd. Didot, 4, p. 473). — 2 Theopomp. Fr. )34; Stcpli. Byz. s. v. XU;: 
Thucyd. 8, 40. — 3 Aristot. Pol. î. 4, 13. — 4 Plut. QuaesC. gr. I ; Hesych. 2, 
313. — '■• Hesvcli. s. V. — IJ Acscbin. 3, 107-10'J. — ^ Fr. ÎH. — Bibliographie. 
Otirricd Millier, Die Dorier, t. 11, p. 28 el s. ; Lachmanu, Die sparlan. Ver- 
fassitng in ikrei' Entuiickelung, Brcslau. 1830, p. 113; Kopsladt, De rerum 
iMConicarum insliUUionis Lyourgeae origine, p. 3t ; Schûmaiin, Anliguités grec- 
ques, Irad. Galuski, t. I, p. 225-236 ; Grote, Hist. grecque, tiad. de .Sadous, t. III, 
p. 29S-30C; Fuslcl de Coulanges, la Cité antique, 3' éd. p. 307, et Droit de pro- 
priété à Sparte {Journal des Savants, 1880, p. 103) ; Wallon, Itisl. Je l'esclavage, 
t. I, p. I03-12U: Curtius, Bist. grecque, trad. Bouché-Leclercq, l. I, p. 228-2i9 ; 
illaudio Janiiet. les Institutions sociales el le droit civil à Sparte, Paris, 1876, 
p. 10 et suiv. ; Busoll, Griecli. Gescliichte Gotha, 1883, t. I, p. 103-103 ; Henuann's, 
Leitrbuch dtr griecltischen Anliquitâten, I, Slaalsalterthùmer (Tliumser), t. I, 
p. 123-127; Gilbert, Handbucli der griecli. Staatsallerlhilmer, i' éd. Leipzig. 



Iivnitp«sléde> lii'iiiero'-ciq)eH lur leMiioiila(;nesd'l'!ubée ' , 
el c'est piir eux ipielle apprit le désastre de la llolle 
perse, dispersée ol très multruilée par un ouragan a la 
pointe de l'.Arténiision'. Aux Tlierinopyl'-s, d'autres 
édaireurs descendent des haiileurs pour annoncer aux 
tirées le mouvement tournant des Perses'. Sous le nom 
plus court de uxoitoi, Thuiydidi; mentionne; des guetteurs 
analogues, qui de Lesbos et de la côte voisine surveillent 
la mer pour le compte d'un amiral athénien '. Chez 
Xénophon, un héméroscope joue le même rôle aux bords 
de l'ilellespont '. 11 n'est pas douteux qu'au v° siècle on 
n'eût riiabitude d'établir aussi des postes d'tjbservation 
autour des places fortes : car Kschyle et Sophocle nous 
montrent des héméroscopes autour de Thèbes', et Aris- 
tophane autour de sa ville des Oiseaux'. Suivant Tlnèe 
le tacticien, les héméroscopes allaient ordinairement 
par groupes de trois; et, s'il était possible, on leur 
adjoignait un cavalier pour le service des dépèches". 
S'ils étaient trop éloignés de la ville, on établissait des 
postes intermédiaires (ôtaSsxTvjpcç) qui transmettaient les 
signaux'. Paul Monceaux. 

IIEJII<;iH>.\('lla!/ov). — Nom que recevait quelquefois' 
la pièce d'or d'un demi-statère [stater]. F. Lesorma.m. 

lIEMiriIUYSUS 'nE.Ml5T.\TER] '. 

IIEMI<:y<:M('.M llatxJxÀ'.ov) — Ce nom, donnéà toute 
espèce d'objet en forme de demi-cercle, désigne parti- 
culièrement: l^une construction garnie d'un banc, élevée 
sur la voie publi(jue, dans un jardin ou à l'intérieur d'une 
habitation, d'une palestre, d'une lesché, afin que l'on 
puisse s'asseoir et converser à l'aise [exedra, lesché] ; 

2° Une espèce de cadran solaire hémisphérique 
horologium] ; 

3° Un décor ou un appareil servant au théâtre 
pour un changement de scène, mentionné sous le même 
nom par Pollux, dans un passage dont le sens n'a pas 
été fixé '. 

HEMIDAXAKIO.X [danakÈ]. 

HEMinARKlEM ("HaioapEixôv). — Ce mot, qui ne se 
trouve que dans Xénophon ', désignait une monnaie 
perse valant la moitié de la darique d'or [daricus]. 
C'était, plutôt une monnaie de compte qu'une monnaie 
réelle, et l'on parait n'avoir frappé que très rarement 
d'hémidariques. M. Brandis n'en a pas connu d'exem- 
plaires -. Le seul qu'il m'ait été donné de voir, en I8C2. 
chez un marchand de médailles de Paris, offrait par 
ses types et son style la plus étroite parenté avec les 
doubles dariques frappées sous Artaxerxe Longue-Main, 
et, pesant -is^lOS, il offrait le même affaiblissement du 
taux légal de la darique, affaiblissement dû aux échecs 
de la puissance Achéménide qui amenèrent la fameuse 
paix de Callias. F. Lexormaxt. 



HEMIUEKTOX i 11 a.sxrov, raiix 



I. Pièce d'or 



t893, 1. 1. p. 32-38; Guiiaud, la Propriété foncière en Grèce, Paris, i8«3, p. 74-77 
et 407-420. 

UÉMÉRODnOMOI. 1 T. Liv. XXXI, 24; Harpocr. et Hesych. s. ». ; Scliol. Plat. 
Prolag. p. 3 tS. — 2 Herod. VI, 103; Plia. yal. hist. VII, 20. — 3 Plin. (. /. et II. 
73; Solin. 1 ; Paus. VI, 16, 4. — l Plut. Aristid. l!i-21. — 5 Lucian. Pro lapsu in 
salul. S. — GSuet. Aug. 49 ; .Ver. 30. 

HÉMÉROSCOPOI. I Hcrod. VII, 182. — 2 Id. 192. — 3 Id. 219. — l Tliuc. Il, 
100 et 103. — j.Xen. fjell. I, 1, 2. —6 Aescliyl. Sept. 66; Sophocl. Antigon.iii. 
— ' Arisloph. Av. 1174.— « Acii. Tact. 6. — » Id. (;-7. 

IIEMICIION. i Hesych. s. v. 'H;*-.///. 

IlKMICIinvSUS. I Pollui, IX, 39 ; cL H. Stepli. Tkes. ling. graec. l. IV, p. 170. 

IIEMICVCI.IU.M. I Poli. IV, 131. 132; cf. Philologus. t. XXIII. p. 331. 

HE.MID.vniCUM. 1 Auabas. I, 3. i\. — i Das Mûn:-ifass-und Oewichtswesen in 
Vorderasien, p. 420. 



HEM 



— 72 — 



Il KM 



p;recque valant le douzième du slalère et équivalente 
''n poids à une obole d'argent ' [statebI. 

II. Mesure pour les denrées sèches valant deux hecleis 

UECTKL'S . 1". LliNoliMANT. 

IIEMIKOTYLIOX ['\\^'.y.o-:<'A>.m). - - Mesure équivalenlo 
;i la moitié de la cotyi.a'. 

ilEMILITIt<>.\ ('ll;A;'ÀiTiov). — Pièce d'argent en usage 
à Syracuse, Agrigente, Gela, Hliègiuin, Messine, Tarente, 
Héraclès de Lucanie, etc. Elle valait la moitié du num- 
mus syracusain ou de la lilra tarentine, c'est-il-dire le 
vingtième du diclirachme de poids allique ' [litra]. 

r. Lenormant. 

UEMI.VA ( "IIuLiva). — Mesure romaine de capacité pour 
les liquides et les matières sèches. Les Romains n'em- 
pruntèrent pas ce mol aux Grecs d'Orient; ce fut eux, 
au contraire, qui le portèrent vers l'Est quand ils éten- 
dirent de ce côté leur domination. En efTet, le mol 
•fjULÎva apparaît d'abord, vers la fin du v" siècle, chez les 
poètes siciliens Épicharme et Sophron '. En Sicile, son 
pays d'origine, il désignait, comme l'indique son sens 
étymologique (une 1/2), la moitié d'une unité de capa- 
cité correspondant sans doute au se.ktarius romain '. 
Introduit en Italie, il se substitua au mot cotyla, nom 
d'une mesure grecque de même capacité % et, de bonne 
heure, on le_, trouve employé couramment par les auteurs 
et les médecins comme nom du demi sexiaritis '. 

Pour les matières sèches, Vhemina équivalait à 1/2 du 
sextarius, 1/16 du semodius, 1/32 du tnodius. Pour les 
liquides : 1/2 du sextarius, 1/12 du congius, 1/48 de 
ïurna, l/9(> de Vamphora. 

Vamphora, d'après les calculs approximatifs de 
Hultsch, ayant comme capacité en litres 26,26, il s'en 
suit que la capacité de Vhemina était de 0,2736, un peu 
plus que le i, 4 du litre ■. 

Vhemina se subdivisait elle-même en 2 quartarii, 4 acc- 
inbula et 6 cyothi. 

Il existait plusieurs signes conventionnels ou nolae qui 
servaient à désigner Vhemina : G '', I ". ^ *, K° '. 

H. TnÉDEN.\T. 

IIEMIOBOLIUM ("HpioêôXtov, r,ixtoj6o),ov). — Pièce de 
la moilié d'une obole ou du douzième de la drachme' 
[dracuma] ; on disait en latin semiobolus. 
Ij'hémiobole était, des tailles monétaires 
inférieures à l'obole, la plus généralement 
usitée par tout le monde hellénique pour 
le monnoyage de l'argent. On voit ici 
{fig. 3751) un hémiobole d'Athènes, qui a pour signe la 
chouette de face, surmontée de deux croissants. 

En outre, on frappait très fréquemment des pièces de 
, bronze auxquelles on attribuait la valeur d'une demi- 

UEMinEKTOK. 1 l'ollux, IX, 62; Hcsycli. s. v. i.i^lixT.,». 

UEBllKOTYLIOX. * Voy. les lextes réunis par tiuUscli, Gi'iech. iind rôm. ile- 
troloyie. p. lOi; Mctrol. script. I, p. 7.5. 77. 

HEMILITROX. 1 Pollui, IV. 174. 

UEMIMA. I Allicn. XI. p. 479 6 et XIV, p. 6*8 d. — 2 Cf. Kr. Hullscll, Criech. 
und rœm. Métrologie (î' ta.), p. 103. — 3 Isidor. Orig. XIV, i-, et 26. cl 
Melrotogici scriptures, iâ. Hultsch, t. Il, p. 116, 18 et 122, 17 ; Galcn. l. XIX, 
p. 776, éd. Kiilin. — ' Fcstus, Excerpt. p. 100, (1 {M. Millier), ap. Metr. script, l. Il, 
p. 76, 23; Isid. Orig. XVI, 23; Metr. script. II, 117, 1 ; Varia fragm. ap. Metr. 
ftcript. II. 128. 21 ; 133, 4; cf. Ibid. 140, 27. Sur l'emploi du mol Hemina che/. les 
auteurs lalins, cf. Forcellini de Vil, s. v. Hemina. On le rencontre chez Piaule. 

— S et. Hultsch, Gr. und liom. Metr. lab. XI. p. 701. — 6 Volus. Marcian. Disirib. 
80, ap. Metr. script. Il, 71, 20. — '• Varia fragm. ap. Metr. script. i\, 128,18. 

— 8 Galcn. l. XIX, p. 751 (.5d. Kiihn); Metr. script, l. I, 221, 10. — 9 Isid. Orig. 
XIV, 26; Metr. script. Il, 122. 16; Jbid. Varia fra„w. 134, 18. 

nEMIOBOLICM. 1 Xcnoph. Anabas. I, 5, 6; Pollui, IX, 67 ; Suid. et llcsych. 
s. c. ; Ilcrodian. Epim. p. 201. — 2 Bocckh, Cor/i. inscr. graec. ii° 1690 



Fig.3731. — Uémi 
obole d'.\lhènes 



obole. Une inscription dt^ Delplies* parle de quatre hémi- 
oboles de cuivre, en employant la forme dialectique locale 
•/ilxioioeXoi;. La valeur de l'hémiobole est indiquée sur des 
bronzes de ("liios ' et d'.Egiuin d'Achaïe '. F. Le.nou.mant. 
IIK.MI<>lt<>Lli:.\l AnuClla'.cooÀiov/fjcoùv). — Monique 
recevait quelquefois ' le myskéiniheclon ou pièce d'or du 
vingt-quatrième du slalère [nitACUiMA auri, stater]. 

F. LE.Nnn.MAXT. 

IIKMloi(i;n»S('IIjA!<ûo£Ào; . — Synonyme dialectique 
d'iiEMionoi.iLiM dans une inscription de Delphes'. 

F. Le.vormant. 

llK.MHtM V 'IlfiioÀiï;'. — Ce mol désignait essentiel- 
lement, chez les Grecs, un vaisseau long et léger, la 
galère des pirates-; elle avait un rang entier et un 
demi-rang de rameurs, le rang supérieur étant réduit 
de manière à laisser plus de place aux combattants ; 
c'est là au moins l'interprétalion la plus vraisemblable 
des textes qui décrivent ce bâtiment dont nous n'avons 
pas de représentation figurée certaine ^ Il avait peut- 
être été créé par les pirates de la Carie'. Il y avait 
aussi à Athènes, à Rhodes, laTç.iT|U.;o/,!3i^ (ou TÇ!Y,|;v,iji.!&Xta) 
de type semblable, c'est-à-dire laissant un espace libre 
soit au milieu soit à l'avant ou à l'arrière du bâtiment : 
c'est ce que ne fixe aucun texte. Cn. Lécrivain. 

IIEMIPODION [PES]. 

IIEMISTATER ('IIp(7TaTr,p, r,iAi<;TâTT|pov). — Pièce d'or 
grecque valant la moilié d'un statère et équivalente en 
poids à une drachme d'argent' staterI. 

IIEMlTAUTÉ.MOKIOi\ ( 'H!X!TapTY,u.optov). — Pièce d'ar- 
gent valant 1/8 de l'obole, 1/48 de la drachme [drachma]. 
L'hemitartémorion, qui était de 0s%Û68o dans le système 
asiatique, de Os'',073o dans le système phénicien, de 
0s%088o dans le système attique, de O^^lOlo dans le 
système olympique, de O5'',113o dans le système baby- 
lonien et de 0^%122 dans le système éginétique, consti- 
tuait une monnaie dont la petitesse présentait pour la 
frappe des difficultés presque insurmontables. En même 
temps, dès que le monnoyage du bronze; eût été inventé, 
cette taille de l'argent devint absolument inutile, 
puisque le chalque la remplaçait avec une complète 
exactitude 'Cualcus], Par suite de ces causes et de la 
facilité avec laquelle une monnaie aussi petite se perd 
dans la terre, nous ne connaissons jusqu'à présent 
qu'un seul hemilarlémorion antique qui figure dans les 
collections de l'Europe. C'est une pièce d'Ëphèse, presque 
microscopique, qui faisait partie du riche cabinet de 
M. Waddinglon à Paris'. F. Lenormant. 

IIEJIITETARTÉ i 'IIu.!TcTipTf|). — Pièce d'or grecque 
valant le huitième du statère et équivalente en poids à 
un trihémiobole d'argent [stater^ F. Lenormaxt. 

— ^ Mionni'l, Descr. des mi-d. ant. t. III, p. 278. — ^ Eckhel, Doctr. nunt. vet. 
l. Il, p. 235. 

IIEMIOBOLICM Al'IU. I Corp. inscr. graec. n' 1.50. 

lll:.>lIunÉI.OS. I Corp. inscr. grâce. W 1690. 

liEMlOLIA. ' On trouve aussi la forme r.^jitoAtov (s. eut. ^A'^Tov. Hesych. et Etym. 
M. s. II. «.). — 2 Arrian. Anabas. 3, 2, 5 ; 6, I, 1 ; 18 7 ; Theophrast. Caracl. 25. 
1 : Diodor. 16, 61 ; Gell. 10, 20. — a phot. I, 51 ; Hesych. s. A. «.; Suidas, s. v. 
'Hi*ioAtaiî et ui;iftvVt'<'«i : Pol;b. 5, 101, 2; Etym. magn. s. v. 'n^tUlo^. — ^Lon- 
gus, 1 , S8 . — 6 Polyb. 16,2; Phol. (. c. ; Corp. imcr. atl. IV, 2, n" 1 359 6 (addenda) : 
Inscr. gr. insul. mar. Aeg. fasc. I, n" 43, 58. — Bibliucsaphis. Bayf, Annot. in. 
Icg. de captii'is^ etc.. in guib. tract, de re navtUi, Lutct. 1543; Saumaise, Obser- 
vationes ad jus atticum et romanmn, p. 702-717; Grascr, De veterum re navali. 
Berlin, 1864. 

UE.MISTATEn. 1 Pollui, IX, 62: Hesych. s. r. r,;ii/_«, 22; Lenormant, Herw 
lie uitmism. 1867, p. 348 ; Iltillsch, Griech. und rôm. Metrol. p. 181, n. 5 

.a 05:;. 

lIEMITARTÉMOniOIV. ' licuh'. Les monnnirs d'Athènes, p. 13. 



IIK.N 



— 7a — 



III \ 



IIKMM:!: \ *>■ IIvôkx . — On iluiiiiuil II' iiiiiii i\ lui 
riijii-gi' iji- iiiu^isli-uls uthi'uii'tiN iiiM'sli-. liiul à lu l'ois 
iraUriliulioiis iulmiiiislralivos «l. il iillril)ulioiis jiuli- 
ciairt"*. " lifs iiia^^istrats. ilil Ai-i^lnli-, muiI lll'^i^;m■s par 
11- sort. Ils ont la MUM'illainc- de la |iiisiiii. Ils iniiiis- 
M'hl lie iiiiii'l li'S viilriii-s i|ii'iiii aiiii'iii' ilfvuiil eux, lors- 
iiu'ils aMitiriil Ifur ci'iiiii'. l-.n rus ili- iliMif^aliiin, ils It's 
lnuliii-<i'ut ili'vanl un Iriliuiial; s'ils sniil uciiuilU's, il 1rs 
mclli'iil cil liltorti) ; s'ils soiil rocouuus coupables, ils 
les foui aii->itiM molliK A uioit. Les On/.e inlmduisent 
ile\aiil II' Iriliunal coiiiprli'iit les aeliinis relalivcs à di-s 
liiens i|ui auraicul ilù lUre compris dans une coiiliscu- 
liou. cl, si le droil de l'I^lat est reconnu sur ces liiens, 
ils les livrent aux polèles. Ils inlniduiseiil l'ualenicnl les 
îvoit';si( ; ces actions sonl de leur compétence ; loulel'Dis, 
pour ()ueli|ues Ivos';;;;, les Ihesmothèles sonl aussi 

riiUipellMllS '. '> 

Arislole vient de dire que les Un/.e sont des maj^istrals 
desi^;nes parla voie du sort". Pollu\ précise davantaj^e : 
le sort, dit-il, en désigne un par Irihu, et, aux dix ainsi 
nommés, on ajoute, pour arriver à on/.e, le '(■^:t<j.ii.%-e'J; 
du collège^. Ce renseignement est-il l)ien exact? On a 
ohjccté que les Athéniens faisaient une grande dilTérence 
entre les magistrats et les -'pauLanT;:;, et qu'ils devaient 
répugnera l'assimilation d'un grettier à un magistral'. 
Mais il est permis de croire que le secrétaire des Onze 
n'était pas un simple scrib(!, entièrement dépendant du 
collège, qu'il Jouissait, dans sa sphère d'action, d'une 
certaine indépendance, et qu'il était exposé à des respon- 
sabilités personnelles envers l'Elat et envers les parti- 
culiers". Même sous le bénélice de celle observation, le 
texte de Pollux a donné prise à des critiques que le témoi- 
gnage d'Aristotc ne fait ]>as entièrement disparaître ''. 

Les Onze avaient sous leur autorité la prison d'Athènes, 
le o£5jji.(oT-f|Ç!ov [cARCER, p. 917]. C'était entre leurs mains 
qu'étaient remis tous les individus qui devaient être 
incarcérés, condamnés, ou prévenus sujets à détention 
préventive, ou même simples débiteurs contraignables 
par corps. Us devaient personnellement veiller à ce que 
les prisonniers fussent dans l'impossibilité de s'enfuir''. 
(Vêtait devant eux que les entraves étaient mises ; c'était 
en leur présence qu'elles étaient ùtées. Le dernier jour 
de la vie de Socrate, ses amis ne furent pas admis à le 
voir d'aussi bonne heure qu'ils le souhaitaient, parce 
que les Onze étaient auprès de lui pour lui annoncer 
que le moment de mourir approchait et pour le faire 
débarrasser de ses liens'*. La responsabilité des Onze 
était sérieuse. Isée parle d'une condamnation à mort, 
qui fut prononcée contre tout un collège d'Evoïxa, qui 
avait arbitrairement ouvert les portes de la prison à 
quelques malfaiteurs'. 

C'était en qualité de directeurs de la prison que les 
Onze présidaient aux exécutions capitales '". Théramène, 
condamné à mort sur les instances de Critias, a cherché 
un refuge près de l'autel du Sénat; Critias appelle les 



UK.NDKHA. I CoiistiluliuH d'Athcnc^, c. 32. — ^ Cf. Bekkur, Anealotii. I, iaO, 
V. — ■* Pollux, VIM, 102. — » Lipsius, Attisclie Pfocess^ p. 81. — ■' Corp. inscr. 
atlic. Il, u» 811, col. C, 131 el 14:1, p. 237 et 261 ; cl', liœckli, Seeioesaii, p. 333. 
— 6 Thumser, Staatsaiterth. IS92, j». .Ïli7, note 13 ; voir ecpoiidaiit Busolt, 
Staatsallerlh. i' M. 1892. p. 2:i3, note 3, et Gilbert, Handhuclt, 2" éd. I. IS93, 
p. 285. — '> Diuarcli. C. Aristof/. ^ 1 1. Didot p. 170. Quand un prisonnier avait réussi 
."i s'échapper de la prison, les Onzes'elTorc-aiontdelc retrouver ; il y avait une certaine 
t'ublirilé orgeaiséc à cet effet. Ilonto.stli. C. Aristog. I, § 30, Rciske 787. — 8 plato, 
l'Iiae'h. 3, D. 13, 31. — 3 Isae. fl" .Wimsir. Iierud. S 28, II. p. 2C5 ; cf. Sclioernanii, 

V. 



Uii/i- et leur niiloiiUi' dr le sai>ir dr rin-rainéne, de le 
mener en prison i-l di- donnera l'allain' la hiiili- qu'iMIr 
ciimporte ". 

Il ■.einlili' liii'ii qui' li'S (lu/.c iii'i'iipaieiit, dans la liie- 
i-arcliif des iiiugislruls allii-nii-ns, nu i-aug assez, ideve. \-'.{ 
cependant Aristole ne doit pus avoir complèli-inenl lorl 
lorsqu'il écrit que les magislrals chargi-s de la gai-de di-^ 
prisonniers el de rexéitiitiun des rondamnutions' encou- 
rent l'animadversion générale. .. Si le prolil inhérent U lu 
fonction n'(!st pas considérabli-, dit-il, on ne (rouvf* 
personne pour la remplir, ou du moins pour la remplir 
honorablement '- ». Xénoplion avait déjil applique aux 
Onze des épithètes assez malsounanles'-'. M. Iluussoullier 
estime que l'observation d'Arislote est pluti'it vraie pour 
le régi mi! oligarchique ([ue pour le régi me démocratique''*. 
Aristole a d'ailleurs bien soin de faire remarquer (|ue les 
.\théniens avaient diminué ce que les fonctions des Onze 
auraient pu avoir d'odieux, d'almrd en séparant très net- 
tement la garde des condamnes de leur exécution ; les 
Onze étaient des gardiens et non pas des bourreaux. Ils 
('■talent aussi arrivi's au même ri'sultat en décidant que 
la magistrature chargée d'une fonction si nécessaire, si 
délicate, impliquant une grande honnêletô, ne serait ni 
contiée à un seul homme, ni perpétuelle. De nombreux 
citoyens devant être appelés às'ac(|uilter successivement 
et collectivement d'une pénible charge, l'animadversion 
devait forcément s'ail'aiblir (m se divisant '^ 

La haute direction ([ue les Oir/.tî exerçaient sur la prison 
d'Athènes peut expliquer le nom de Zzcii.ofjkay.t^ "' sous 
lequel ils furent parfois désignés. C'est pour avoir mal 
entendu et mal compris ce litre de îîtixo-^ûàx/.e; que des 
rhéteurs ont écrit que les Onze avaient été appelés 
OsffaooûXxxiç ", erreur qui a engendré une autre erreur 
plus grave encore : les Onze seraient identiques aux 
vo|j.otpûÀax£i; de Démétrius de Phalère " I La vérité étant 
aujourd'hui bien connue, il nous parait inutile de réfuter 
de pareilles aftirmations'''. 

La surveillance des prisonniers était si bien la fonction 
principale des Onze qu'on a supposé, avec beaucoup de 
vraisemblance, quel'édirice assigné à leurs réunions était 
dans le voisinage immédiat de la prison -". Aussi Socrate 
disait-il que les prisonniers sont dans une sorte de ser- 
vitude à l'égard de ces magistrats. « Vous proposerai-je 
de me condamner à une prison perpétuelle ? Mais je n'ai 
nul besoin de vivre toujours esclave des Onze '". » 

Les Onze avaient soiis leurs ordres un personnel assez 
nombreux d'agents subalternes et d'esclaves : d'abord 
les gardiens de la prison, ci roù oc(7ij.ojt-/)o;ou s.ûXaxîç -, el 
en particulier le geôlier, ô ôuptopôç, à qui devaient s'a- 
dresser les personnes qui désiraient voir un prisonnier'^. 
Lorsqu'ils étaient appelés pour arrêter un malfaiteur, ils 
se faisaient accompagner par des gens de service 
(ÛTtYipIrat), qui mettaient la main sur le coupable -'. Pour 
donner la torture, ils étaient assistés par des Ttapairràrx!, 
qui seuls jouaient un n'ile actif-'. Ils nolillaient bien au 



Isaei Orationes, p. 1«1. — m Lysias, AiU . J-'rument. § 2, D. p. 193; .\escli. C. 
Timai-ch. § 16, D. 32. — Xcnoph. Hist. gr. II, 3, 3i et 36. — '2 Aristol. Volit. VI. 
5, § 3, D. p. 398.— 13 Xen. Hisl. ijr. Il, 3, 34. — l'> Conslit. d'Atliciics. 1891, p. 77. 
note 2. — 1^ Aristol. Polit. VI, 3, §§ 6 et 7, I). p. 399. — Hi Scliol. in lloniostli. 
C. Alldrol. § 20, R. 001, 19,1). p. 701, et C. Timocr. § 80, R. 720, 8, D.p. 723. 
— nSchol. in Aristoph. Ve.ip. IIOS, D. p. 160. — 1» Pollux, VIIl, 102.— 13 Voir 
C. Wachsmutli, Die Stadt Alhen, II, 1, p. 386, note 3. — M Ibii. II, 1, p. 3S7. 
-'1 Plalo, Apol. Sacral. 27, 11. p. 30, 3 et s. — 22 Id. Crilo, I . D. 34, 4. — 2» |d. 
/'hiieJo. 3 D. 43, 32. — 2'. Xi'u. Mist. r/r. II. 3, 31. — 33 Bekker, Anecd. gr. I, 290. a2. 

10 



HE.N 



H EN 



condamné le moment où l'exécution devait avoir lieu ' ; 
mais ils laissaient à l'exécuteur des hautes œuvres l'ap- 
plication de la peine. Même quand il s'agissait seulement 
de présenter au condamné le breuvage empoisonné, ils 
se faisaient accompagner par un 'jT.-r^^i--r,q-. 

Les Onze n'étaient pas seulement chargés de la sur- 
veillance des prisonniers, ils avaient aussi mandat de 
protéger la république contre ceux que l'on appelait les 
xaxîiOpY^'' les malfaiteurs. Sous ce nom générique, on 
comprenait habituellement les Toi/wsûyo;, voleurs avec 
escalade ou efTraction, les xli--xi ou voleurs à la tire, les 
Xto:tt,5'JTa! ou voleurs d'habits, les àvopa-co!'7Ta!', voleurs 
d'enfants ou d'esclaves', etc. Les Onze devaient avoir les 
yeux ouverts sur les gens que leurs habitudes de vie 
rendaient suspects, et ils s'efforçaient de les prendre en 
flagrant délit pour en purger la société '. Aussi les 
appelait-on quelquefois oî i-!u.î),Y|-rï'! twv xixo'Jsyojv ■■. 

Lorsqu'un délit, rentrant dans l'une des catégories que 
nous avons indiquées, était commis, la procédure était 
assez simple et assez rapide. Les témoins du fait délic- 
tueux, quand ils étaient courageux et forts, s'emparaient 
du coupable et le traînaient devant les Onze: c'est la 
procédure de Iapagogè. S'ils se défiaient de leurs forces, 
ils appelaient les Onze, qui, assistés de leurs agents, 
procédaient à l'arrestation ; il y avait alors epuegesis'^. 
Inviolable pour les simples citoyens, le domicile du mal- 
faiteur était-il également inviolable pour les Onze, ou 
bien les témoins du délit pouvaient-ils, au moyen de 
rÈo-/,YT,'7iç, triompher de l'obstacle que le délinquant 
mettait à l'à-aycoY/, en se réfugiant dans sa maison ? 
Pollux semble bien dire que, dans le cas d'£isTÎYT,!7i;, le 
magistrat avait le droit d'entrer dans la maison du cou- 
pable'. Cependant Démosthéne fait un crime à.\ndrotiou 
d'avoir introduit les Onze dans les maisons des citoyens, 
les autorisant ainsi à regarder en quelque sorte la maison 
de chaque Athénien comme une annexe de leur prison*. 
Lorsque, devant les Onze, l'accusé avouait le crime 
qui lui était imputé, il était immédiatement, sans autre 
forme de procès, âv5'j xç.!'7£o)c, puni de mort'. Si, au 
contraire, il niait, il y avait lieu de soumettre l'accusa- 
tion au jugement d'un tribunal d'héliastes ". 

Provisoirement, l'accusé restait, sous la garde des 
Onze, en état de détention préventive; la mise en liberté 
sous caution n'avait pas é té autorisée pour un pareil cas " . 
Les Onzeinstruisaientle procès, et, lorsque l'instruction 
était terminée, ils soumettaient lafifaire au tribunal. Ils 
jouaient alors, tout à la fois, le rôle de présidents et 
celui d'accusateurs. On n'exigeait pas, comme pour les 
autres affaires criminelles, qu'un simple citoyen vint 
remplir une sorte de ministère public en formulant une 
plainte au nom de la société. C'étaient les Onze eux- 
mêmes qui requéraient la condamnation. 

Si, au cours des débats, l'innocence de l'accusé venait 
à être établie, les Onze lui rendaient la liberté '-. Si, au 
contraire, la culpabilité était démontrée, la peine de 
mort était immédiatement appliquée'^. 



< Plalo, Phaedo, 3. D. p. 46, 1. — 2 Ibii., 6o, D. p. 91. Il ; voir C. Waclis- 
inulli, Die Sladl Ath'n. Il, 1, p. 386 et s. — 3 Voir les textes cités suprà, s. v. 
apagocg: cf. pour l'alléralioD des poids et mesures, C. inscr. att. II. n" 476. 56 et s. 
p. 385. — 1 Isocral. De permut. % iil. D. p. 232. — o Antipb. De caede Herod. 
% 17, D. 27. — 6 Demostb. C. Androt. § 26, K. 601. — 7 Poil. VIII, 5C. — 8 Dem. 
C. Andrnt. % 52, R. 609. — » Ocra. C. Timocr. § 65, R. 721. — >0 Acscliin. C. 
rimorcA.SIIS, D. p. 49; Oem. C. iocri7.§ 47. R. !i40. —H Dem. C. rimoci-. § 1 1 3. 
K. 736. — li Aristol. Comt. d Athènes, 52.— la Xen. Memorab. I, 2. 62 : Ilar- 



Encore fallait-il, pour que la peine de mort fût appli- 
cable, que le délinquant tombAl sous le coup de la loi 
faite pour les xaz'yvipYO''"- H pouvait, en effet, très bien 
résulter des débats que l'accusé se fût rendu coupable 
d'un crime punissable, d'un <j.i-fi xïxo'JpY'iH-^i même 
d'unjX£Y!7Tov, d'un homicide, d'un sacrilège, d'un fait de 
haute trahison. Mais les Onze n'avaient pas qualité pour 
en poursuivre la répression : leur compétence était stric- 
tementdélimitéo, et c'était un droilpuurl'accusé d'exiger 
que le tribunal présidé par les Onze se dessaisit du 
procès et eu renvoyât l'instruction et le jugement aux 
magistrats et aux tribunaux autorisés par la loi à cet 
effet'^. 11 va de soi qu'il n'aurait pas suffi d'épiloguer 
sur les mots de l'accusation pour justifier un tel renvoi "'. 
Lorsque les Onzeexerçaient la présidence d'un tribunal, 
en quel lieu siégeaient-ils? .\ristophane prête aux juges 
ce langage : « Nous nous réunissons par essaims dans 
des espèces de guêpiers ; les uns vont juger avec l'Ar- 
chonte, d'autres vont avec les Onze dans l'Odéon '''. » 
On admet cependant généralement que les jurys présidés 
parles Onze siégeaient dans lelIapiêutjTov'*. Ce tribunal, 
d'après Pausanias, aurait été éloigné du centre de la 
ville ''^ et l'on a cru en retrouver des vestiges sur le 
versant nord de la colline des Muses -". Mais il est mal- 
aisé de concilier ce témoignage avec les renseignements 
que fournit l'un des discours d'.\ntiphon. Le discours 
sur le meurtre d'Hérode a été prononcé devant un jury 
présidé par les Onze, et il résulte du discours que ce 
tribunal était près du marché, âv x-?, -j-'^j'^i. Les juges n'y 
siégeaient pas à ciel ouvert, ÈvJTraiOpoj, comme l'.Xréopage 
et les autres tribunaux compétents pour les homicides, 
mais bien dans un lieu fermé -''. 

Le droit et le devoir pour les Onze de porter devant 
le tribunal compétent les instances relatives à des fonds 
de terre, à des maisons, qui, de droit, étaient confisqués, 
mais qui, en fait, étaient restés en la possession de sim- 
ples particuliers, ce droit et ce devoir nous avaient été 
attestés par l'auteur de VEtymologicon magnum ^-. Mais 
le témoignage de ce vieux rhéteur n'était pas admis par 
tout le monde. Quelques historiens l'avaient écarté, ne 
voyant pas comment la recherche et la découverte des 
biens soutraits au Trésor rentraient dans les attributions 
d'ailleurs bien connues du collège des Onze '-'. Depuis 
la découverte de l"AO-r|VaKov -^oMnlx, l'hésitation n'est 
plus permise, puisque VEti/mologicqn et le texte d'Aris- 
tote sont presque ab.solument identiques. Bockh avait 
donc raison de faire observer, dès 1840, que les Onze 
avaient les listes de tous les biens confisqués, non seule- 
ment des biens des condamnés à mort, mais encore des 
biens ne provenant pas d'une condamnation capitale^'. 
Nous savions déjà, par le témoignage de grammai- 
riens ^^ confirmé par deux passages de Démosthéne, que 
VïvZt:-:; , procédure criminelle applicable aux citoyens 
frappés d'atimie, qui exerçaient les droits civiques dont 
ils étaient privés, était dans certains cas de la compé- 
tence des Onze, dans d'autres cas de la compétence des 



pocrat. s. r. '.iySjiscSian;;, et Didot, Oratores Allici, 11, p. 364. — '• Isocrat. De 
permut. % 90, D. p. 212. — 15 Voir Anlipli. De caede Uerod. %% 9 et s. I). p. 25. 

— 10 Lisias, C. Theomn. I. S M. D. p. 134. — " Aristopli. Vesp. 1108. — 18 Le 
5ix«TT/,st'.> ->. najâS-jT-:--', est cité dans une inscription du Corp. inscr. att. II. n« 822, 
B, 12. — " Pausan. I, 2S, § 8. — 20 Kocliler, Uermes, VI, p. 96. note 1. — 2' Antipli. 
De nece Herod. ^ 10 et 1 1 , D. p. 25. — 28 338, 35. Voir mprà, s. ». apogiapuë. I. 
p. 310. —ii Perrot. DroitpubUc d'Athènes, p. 276 ; cf. I.ipsius, Att. Process, p. !^8. 

— 2'. Bœckh, Seeiresen. p. 535. note I. — 2i Bekkcr, Anecd. I, p. 25o. 10. 



iii:\ 



73 — 



iii:it 



(hf^iniitlii'los '. M 1,1' ili'liiii|iiuiit l'i'i^ l'ii lla^i-iuit (l<-lil 
soru (li'iiiiiici' uiiv l)ii/i> iiii l'diutuit (li'Miiil i-iix, piiiir 
i|u'ils s'iissurt'Hl lit) sa |i<'rs(iiiiiL> '. ■■ l,i?s pryliinos et 
I1-4 |irn(V(lr(*s i|iii iiiaiii|Ui'riint ii leurs dnviiirs ■< seront 
(le'iioiii'os iiii\ llicsmollii'li's, cil siiivanl les rôglns éilie- 
léos jiour lo cas où un ili'l)ilciir il 11 l'rcsor oxorcerail 
une nia^islruluri- ^ •• Aristole ni' nintredit pas ces 
ll■Ul(>i^lla^cs ; car, loiil en déclarant ([Utî lus ivSet;s!{ 
sont de lu coinpiHoneo des On/.c, il ajoute que les tluss- 
luiithèles sont cfîalcineni couipélents pour plusi(!urs 
■v5é;;îi; '. 11 est ri-Krellalili^ iju'il n'ait pas précisé dans 
i|Uels cas cxci'ptiiuinelsl"Évo£i;i; devait être portée devant 
les thesniotliéles ; mais, de son rapide exposé, il résulte 
liien (pie la rè(;le était la dénonciation aux On/.e'. 

Nous venons de dire quelles étaient, ;\ l'i'poque clas- 
sique, les attriliiitions des On/.e. 11 serait plus malaisé 
de déterminer l'épocjue à laiiuelh; l'ut institué ce collège 
lie iiiaj<islrals. Le mode de recrutement indiiiué par 
l'ollux, dix des l)u7.e étant les représentants des dix 
Irihus, autoriserait ;\ croire qu'ils se rattachent ii la cons- 
tiilion de ("lislliène, et (|u'ils ne peuvent être antérieurs à 
"lO'.l '■. In passaye d'Ileraclide, dont le texte varie sui- 
vant les éditions", a porté Ullrich à désigner comme leur 
créateur Aristide*. Mais, laissant de cAté la (luestion de 
recrutement, qui leur parait fort obscure, d'autres his- 
toriens sont arrivés à cette conclusion que les Onze 
existaient dès le commencement du vi" siècle", et cette 
thèse a trouvé un appui dans le résumé que nous donne 
.Vristote de la Constitution de Solon. « Ce législateur 
divisa les citoyens en quatre classes, en réservant exelu- 
sivementaux trois premières les magistratures, archontes, 
trésoriers. Onze, colacrètes'". » Ce texte n'est pas cepen- 
dant aussi probant qu'on l'a soutenu et la question reste 
toujours indécise ". 

On a quelquefois comparé les Onze d'Athènes aux 
Tresviri ou Triumv'irl capitales de Rome. Les triumvirs 
étaient, en effet, comme les Onze, chargés de la surveil- 
lance des prisons et de l'exécution des condamnations 
capitales. Comme eux, ils pouvaient recevoir la dénon- 
ciation des crimes et procéder immédiatement aux actes 
d'instruction nécessaires et à l'arrestation des inculpés. 
Le lieu ou ils siégeaient était sur le Forum, à proximité 
de la prison publique. Mais les triumvirs occupaient 
dans la hiérarchie des magistrats romains un rang beau- 
coup moins élevé que celui qui appartenait aux Onze 
dans la série des magistratures athéniennes, et cette 
différence est facile à justifier. Les triumvirs ne pronon- 
çaient pas de condamnations capitales ; ils exécutaient 
celles qui avaient été prononcées par les tribunaux, 
tandis que les Onze avaient la présidence d'un tribunal, 



1 Voir sitpi'H, s. V. ENriEiMS, [t. 613. — 2 Dem. C. Timocr. § 1-iG, U. 71fi. — ^Eod. 
loc. § Î2, R. 707.— •• Const. d'Ath. c. 52.— :> Cf. Scliol.iii Arislopli. Vesp. 1108, 
II. p. 100. — 6 Heimauii, Slaatsalterth. '6' éd. § 139. note 4. — ^ Politica, c. 1. 
— 8 UUricli, Eilf-Maeimee, p. 254. — 9 Meier, Attisclie Procès^, p. 71 et s. ; 
Schubert, De roman, aedilibm, 1S28, p. 94. — m Const. d'AtliOiies, c. 7. — <l Voir. 
«•11 sens divers, Lipsius, Serichtc de l'Académie des sciences de Saxe, 1S91, p. 53 
et suiv. ; llcadlam, Kieclion bij Lot. p. 1S5 et s. ; G. Gilbert, HaiMuch, 2" M. 
I, p. 283, note 3; Tliumser, Staatsallerlh. 1892, p. 367, note 12. — '2 Sur les 
Tre.ii'iri capitales, voir iMonimscn, Le Droit public romain, trad. Girard, t. IV, 
1894, p. 301 et s. — Bti3U0i:uaphie. Fr.-W. Ullricli, Vier platonisehe Gespraeche... 
mit Anhang iiber ilie Eilf-Mâimer zu Atlien, Berlin, 1821 ; Crome, J)e Uiidecimvlris 
.Xlfirniensium, Diisseldorf, 1628. 

Hi:i»IIAlSTEIA. t Moniinsen, Hcortologie, p. 311-313: Roscliei-, Le.ricon der 
Mglliol. ,s. i'. HepUaistos. — 2 Monimsen, /. l. ; Sclioemann, Gr . Allerlli. Il, 3' éd. 
p. 319 ; Hermunu, Gr. Alterth. II, | 30, 32; 62, 36 ; Prellor-Robert, Gr. .Myt/i. 
I, p. 180; Pcrvanoglu, Arcli. Zeit. 1870, p. 41 ; HandOudal'lvi. .Muellor, Sakral- 



I /YJu.ov!'ï v.nunri^i'ijj, i-l qii iU pouN aient niénu,' l'aire 
Illettré h iiicirt sans juKeiiieiil le» iiiulfaiteiirs, pris en 
llagranl delii, ipii avouaient leur crime. Il ne Heiiilde pus 
d'ailleurs que les (In/.eaii-nt jamais piM'SDiiiielleiinMit mis 
il mort les ciiiidamiies ; c'étaient, au contraire, les Iriuiii- 
virs qui procédaient en personne aux exécutions qui 
avaient li(!U dans l'intérieur de la prison, en particulier 
;\ l'exécution des fiMiimes et des personnages de distinc- 
tion ; on avait même donné, pour ce motif, à la strangu- 
lation dans la jirison, l(! nom de sni^plknnn Iniimvirulf ". 
Ces dilVerences devaiimt iniluer sur la consiili'ralion due 
aux iiiaKisIrats. K. Caii.i.icmeh. 

IIKIMI.M.sriCI.X ('II-.;,q(.,7t:!x, ' \l^a(azrx}. — Fête athé- 
nienne en riionneur d'iléphaistos [vulcanus]. Elle avait 
lieu au mois Fyanepsioii, nous ne savons pas exactement 
à iiuelle date, vraisemblablement entre les ai-aïliiia et 
les ciiALKEiA '. i^eut-ètre même ne faut-il voir dans les 
cérémonies dt's iii:iiiAiSTi:iA qu'un épisode de la fête des 
ChalUeia, dont elles auraient été comme le prélude -. Ces 
cérémonies consistaient essentiellement en une course aux 
tlambeaux rLAMPAiiÉeiiORiA', plus spéciahunent réservée 
aux jeunes gens' ; pourtant il semble que la fètc com- 
portùt aussi une course d'hommes faits'*, comme la fête 
analogue, mais distincte, des promktiikia. Comme à toutes 
les lain[iadépliories, l'archonle-roi présidait à celle-ci'^; 
la gymnasiarchie des llephaisteia est mentionnée par 
plusieurs textes ". La mention des chorèges dans un 
texte où les Hephaisteia sont associées aux Dionysia, aux 
Thargeiia, aux Panathenala et aux Prometheia, parait 
indi(juer que la fête comportait aussi des choiurs'^. 11 
est possible qu'il l'aille rattachera cette fêle la '.-TTooioaiz 
-où 'IIcpaiTTO'j, dont parle Dion Cassius*. L. Couve. 

IIERAIA C'ihaia, 'lliïîa). — Fèles et jeux en l'honneur 
d'Iléra [ju.xo]. Le culte d'Héra, la grande divinité fémi- 
nine du ciel, était célébré dans un grand nombre de cités 
grecques et donnait lieu presque partout à des fêles 
périodiques. Beaucoup de ces fêtes portaient des noms 
spéciaux, suivant le caractère particulier de la déesse 
qu'elles mettaient en lumière ou la légende déterminée 
qu'elles rappelaient. Ainsi, à Athènes et ailleurs, le culte 
grec célébrait le souvenir de l'union sacrée de Zeus et 
d'Héra, dans les cérémonies du niEROS gamos'; la fête 
des DAIDALA, célébrée en Béotie, en particulier à Platées, 
avait la même signilication, comme aussi celle des hero- 
PEANEiA, qui se confond peut-être avec la précédente - 
et celle des herochia de Carysto. Héra, modèle sacré de 
la femme et type divin de l'épouse, présidait aux unions 
légitimes et le mois altique Gamélion, dans lequel se 
célébraient les gamelia, lui était consacré. A Lesbos, un 
concours de beauté se rattachait à son culte ; on l'appe- 



alterth. p. 100. — 3 Karpocrat. s. v. Aaix-y.; ; Hesycli. et Suid. s. v. Aaii-âç; 
Ilerod. VlU, 98; Polluv, VIII, 00; Scliol. Aristopli. /(an. 131, 1119; Rangabé, 
Antiq. Hell. Il, n° 307 ; Bekker, Anecdota, 228; Curp. inscr. nttic. III, »' 111 ; 
'E=. 'Af/,- 1883, p. 167. — '■• Corp. inscr. attic. Il, 353 = Corp. inscr. 
f/raec. 213 = Uittenberger, Sl/(/oje, 420. — j Aristot. 'AD,-., n.,/,. §56. — 6 lielikcr, 
Aiiecdotn, 228, s. r. ■;j;v,«Ti'«py",i ; Andocid. Mijster. 132; Corp. inscr. attic. Il, 
1340: Bœckli, Staats/iamhalt. d. Al/ien. éd. Fraenkel, I, p. 331 ; Weckicin, Hermès, 
Vil, 1873, p. 437; Krause, Gymnasiik, I, 370; Sdimidt, Gr. Cliron. p. 280; 
Sclioell, Sitzunysb. der Bayer. A/cad. ISSJ, p. 1. — " Xenopli. De republ. Alh. 
3, 4. — 8 Dio Cass. 78, 23. 

IIERAIA. 1 Prcllcr-Iiobert, Gr. Mi/lli. I, p. 16.3 ; Sclioemann, Gr. Alt. 3' é I. 
Il, p. 514; Iwan Millier, Haiidbuch, p. 16.'); Decliarme, Mylbol. p. 67; Koerstcr, 
Die Hockzeit des Zeus und der Hera,]iKs\na, 1867; Overbeck, Griech. Kmislmyth. 
eh. Il : Rosclier, Lexicon, s. a. Hera, p. 2099. — 2 Le Bas-Foucart, Inscr. du 
Pélop. n» 42 b ; Jiliein. .Vus. XI, 1837, p. 336; Corp. inscr. Graec. .te/./. 
n° 48. 



iii-:i{ 



— 76 — 



HER 



lait KALLiSTEiA '. Laissant de côté toutes ces fêles, qui 
sont décrites ailleurs, nous ne nous occuperons ici que 
de celles qui portaient le nom de Herain. 

I. Les plus fanaeuses entre toutes étaient celles d'Argos 
qui se cél<''l)raienl tous les cinq ans-, en dehors de la 
ville, devant l'Iléraion, non loin de l'Acropole de 
Mycènes ". Klles avaient un éclat tout particulier, et la 
foule y accourait de tous les points de la (îrèce'. Ilygiii 
raconte ainsi leur origine': lors(|ne Uanaus mourut. 
Lyncée, son gendre, 'qui devait lui succéder, apprit 
riieureuse nouvelle par Abas, un tils qu'il avait eu 
d'ilyperuinestre ; comme il chercliait de riuelle façon il 
pourrait récompenser le jeune homme, il aperçut, sus- 
pendu au mur du temple, un bouclier qui avait appar- 
tenu à Danaus et que celui-ci avait consacré à liera. Il 
le détacha et en fit don à Ahas : en même temps, il fonda 
les jeux qui se sont depuis appelés 15-';; bi "Ap-'i-.. Les 
Heraia, que les textes désignent souvent aussi sous le 
nom d'HEKATOMBAiA''', se confondent en effet avec l'àd-';; 
iv "AoYii ' ; Hœckh avait déjà montré " qu'à ses yeux il 
n'y avait pas lieu de distinguer ces trois fêtes l'une dr 
l'autre: et. depuis, les découvertes épij?raphiques n'oni 
l'ail ([ue confirmer ces conclusions". Los fêtes, qui 



duraient plusieurs jours, commençaient par de grands 
sacrifices de taureaux (d'où le nom d'IIekatombaia), que 
suivaient d(;s distrihulions de viandes au peuple et un 
festin sacré '". La prétresse, qui présidait au sacrifice, 
arrivait au temple dans un char traim'^ pur des bo'ufs 
blancs" : c'est évidemment à cet épis(jde des lleraia que 
se rapporte l'histoire de Cléobis et Biton, s'attelanl 
au char où leur mère, prêtresse d'Héra, devait prendre 
place '-'. Il y avait aussi une grande procession solennelle. 
dans laquelle les hommes faits figuraient en armes '^ 
C'est qu(^ liera, l'épouse de Zeus, est en même temps la 
mère d'Ares ; et on sait la part ardente quelle prit aux 
combats engagés devant Troie. La procession d'hommes 
armés des Héraia à Argos, comme à Égine, en Klide, à 
Samos, rappelle ce caractère belliqueux de la déesse'". 
De même aussi les jeux, qui étaient la partie la plus 
importante de la fête, avaient un caractère guerrier très 
marqué. Sans doute, les concours musicaux y avaient 
leur place '" avec lesconcours gymniques et les diverses 
variétés de courses "'. Mais lesjeux guerriers dominaient ; 
c'était l'àç[Aa TioXejiKJTyiO'.ov '" ; c'était surtout la course de 
ràc;:t;ç, le plus fameux (les concours aux Iléraia". 11 faut 
probablement recunnaitre ce jeu dans une peinture de 




Fig. 37;iJ. — f,:i cours<' ilii l»oiiflioi-. ;iii\ Heraia d'Argos. 



vase(fig. 3752) plusieurs fois publiée'". ■• l'n bouclier est 
fixé à un(! grande haste fichée en terre ; les cavaliers 
doivenly plan ter leursjavelots en passant de van ta l'allure 
la plus rapide, ou peut-être renverser le bouclier. Le pre- 
mier cavalier a déjà lancé son javelot, qui s'est brisé en 
tonihant: deux autres cavaliers s'élancent à sa suite: 
au-dessus d'eux itlanenl dc'ux génies ailés, portant l'un 

' Scliol. Iliad. IX, lill; WeniiMm, Criech.AllerIh. Il,§(iti, 4i. — 2 Hjgio. fr. ITU. 

— :' l'ausan. II. 21, î: Slrab. VIII, 10; .\eufas Tact. c. 17; Pausaii. II, IT. 
I. — • l*arlhen, Narr. ch. XIII; Aoncas. Tact, 17; Plutarcli. Vit. Bemetr. â."-. 

— •■ lUgiii. fr. 170, 273. — '■' Hesycliill?, a. ï). 'Av,-..-/ y;«A,(tîr.; ; Scliol. Pind. Olyinjj. 
VII. S3. l-»i. — '> Wtmi tv ''Afyit ; Cot'p. inscr. graec. ii'JIS ; fttscr. graec. /t. ft 
■iicil. lloi. 'At::'.; U 'Ajp-'î : Corp. inscr. graec. iii. 1008, 1121. 2810, 3208.5801, 
r,9i:,. — » Co)-p. imcr. graec. 1124: HofckU, Ejplic. nd Pini. III. p. 173. — ' Corp. 
inscr. graec. 1121. 1122, 112-i, 1720; Le lias-Foilcarl. 7nsci-. ilii Piloii.n" 112", 
1 10, 120 ; Corp. intcr. Oraec. sept. 18 ; niiein. AJus. XI, 1837, p. 336 : /Ici: arrh. 
VXIV. 1872. p. 109; Dillenbcrger, Sylloye, 398, 0; Arcli. Zeil. XXXVIII, ISso. 
p. 3 t. 11» 337; 104, n» 306. — '» Palacphal. ch. 1.1 ; Euripid. Bled. v. 172; Ilmi- 
r«l. I. ?.\ : Schol. Pliid. OUjmp. VII, 83, 152; .V«». X, 22; l'arllien. Narr. ch. \.:. 

— Il l'ahiophal. 31 ; Hcrod. I. 31. - lillerod. I, 31 ; Koer>loi .lie/., /'■il. XXI\. 



une couronne, l'autre une bandelette. » Le vainqueur 
recevait en prix, outre une couronne de myrte, un bou- 
clier d'airain-". C'estsans doute un deces triomphateurs 
que représente une autre peinture de vase oii se voit un 
éphèbe debout devant un autel où il va faire une liba- 
tion; son bouclier est attaché à son bras gauche, et [il 
tient à la main le rameau de la victoire'-'. Rappelons 

1872, p. 124. — IJ Aoncas, Tact, l'oliorc. 17.— IV Prcller-Iinbcrl, Gr. Myllmi. 
I, p. 168 ; Docliarme, Mylliol. p. 68. — n lloeckh. Kx/ilic. ad Pind. III. p. 17... 
— 11". Diitenbergcr. Sylloije. 398, 6; Ilev. ttrcli. XXIV. 1872, p. 109. — 1' Le Bas- 
Foitcart, /user, du Pélop. n" 112 a. — l'' Pind. I\'em. X, 22 ; Zrnob. Prov. VI, :ii ; 
Hesycbius. a. i". if'"''' /.«'a^ï^^''; ; Laclant. ad. Stat. Tfi"b. Il, 258; Plut. Vit. Ctemtt. 
17. — *•' Wflckcr. Alte Denkmaeler. III. p. ;il4. pi. .wxv, 2; Millin, Peint, de vasrs 
(cd. .S. Kcinach, I. pi. xlv). Le mùme sujet est figuK' sur un arv balle â figures rouge- . 
iui-dit, du Musée d'Albi'nesin'lOSl ; cf. ii/.Tlo vi-,/a-.../.. 1802, p. 90, n"2i;). — -'OZenol.. 
Pror. 11,.'! ; Laitanl. .id Slal. Tlielj. II, 258; Sclioemann, ad Plul. Vit. Cleom. 17 : 
Sehol. Pind. Ulymp. Vil, 83, 132 ; Nem. X. 22; llygiii. Fr. 170. 273 ; Le Bas-Fou- 
carl. Inscr. du Pélop. n" 122; Itliein. lUiis. H48. p. 101 ; Arch. Zeit. 1844, p. 34:) ; 
Ross. Arcli. Aufs. II, p. 002. - 21 Millingeu. Vases Coyhill. pi. \i vu; Gerhard. 
Areli. Zeil. XI. 1853, p. 21. 



Ill.lt 



77 — 



IIKK 



l'Hcori' (|u'uii |»ro\i'i-l)t' l'iiiiii-u\ ilu'/ li-.-. dn-cs, ifioc i'. rJ,; 
;v "AfY" «'ii'à''». t'u'l i>i<il)al>lciiifi»l son «irigiiic au jeu 
i|ut' iitius \fiiiiiis ili- Uccriri' '. l iir iiiniiiiaii' d'AfK»» '■ 
i|ui porli! au rcvi-rs riuj<cri|>lioii III' \IA avec uni' puliin- 
dans uii)< l'oiirouni', nous ninnlri- i|u'a rt'|Mi)|U(' de 
S'plmii'-SfM'rt', li's Hi-niia il'Arnii>< u'uvaii'iil rifii pi-rdu 
ili- leur \o^Ul> '. 

II Les fi'los d'Ik'ia a Kniiif, imiUi-sdc cullps d'ArKus, 
|iortaiciit indilIVi-fuinit'iil li- ihhii iIi' lii'raia i-l ci'liil 

ll'aKKMtlMIlAlA •. 

III lu passade di- IMulai(|ut' , iclalil' à Tlii'lies, nieii- 
lioiiiii' ili's llci-aia avoc cnurst^s do i-licvaux ; niais il ne 
dit |>a-< rsplii-ili-nicnl nn'il s'anissi- dfjeux i-i'-lt-bi-fs à 
riii'bi'S niènic. 

IV. l.csIlfi-aiadfCdiuilliiclaii'nt la lï'li'd'llci-a 'Axiï'.a, 
dont II- Icniplf >L' U'ou\ail l'n dolnirs df la villi-, sur 
le proiniinloiro qui niar<|ue l'enlrée du goH'c de Lécliéf, 
en fat-o de Sirvone'. (l'était une fête auuucîlie, d'un 
i-aractèro expiatniro iirivOiuo;!, dont un scholiastc d'Ku- 
ripide" nous raronte ainsi l'orijîine : Médéc avait laissé 
SOS enfants dans le IciupU' d'iléra Acraea comme dans 
un asile invi(dal)le: mais les habilaiilsdu pays les mirent 
à mort, sans respecter le sanctuaire. Hienti'it après, une 
peste ayant atHij^é le pays, les Corinthiens reçurent de 
l'oracle l'ordre d'expier ce meurtre par des sacrifices et 
d'autres honneurs rendus aux enfants de Médée. On 
sacriliait des chevreau.^ à la déesse, et on lui consacrait 
sept jeunes gens et sept jeunes fdles, appartenant aux 
premières familles de la ville, qui devaient servir dans 
le temple pendant un an ". 

V. Les fêles d'Héra à Olympie étaient une des grandes 
solennités de l'F.lide. On racontait qu'elles avaient été 
fondées par llippoJamie, après son mariai^e avec Pélops; 
maison disait aussi une autre légende: Damophon, 
tyran de Pise, avait fait beaucoup de mal aux Êléens: à 
sa mort, les habitants de Pise prirent linitiative d'une 
réconciliation, en fondant un collège de seize femmes, 
choisies dans les seize villes de l'Élide et consacrées à 
Héra : elles furent employées à tisser un péplos pour la 
déesse, et la consécration solennelle de ce péplos fut 
l'origine des Héraia''. Quoi qu'il en soit de ces légendes, 
l'épisode principal des Héraia était en effet la consé- 
cration du péplos, que seize femmes choisies avaient 
tissé; la fête avait lieu tous les cinq ans. Elle se termi- 
nait par de grands jeux qui consistaient surtout en 
courses de jeunes filles '" ; les vierges qui y prenaient 
part couraient vêtues d'un chiton court, et les cheveux 
dénoués. Celles qui étaient victorieuses recevaient comme 
prix une couronne d'olivier et un morceau du bœuf qui 
avait été sacrifié à Héra avant la course; elles consa- 

1 Zenol). Pi-of. Il, 3 ; Bocckh. Explk. lut PimI. III, p. 17.i. — 2 Mionnel, Suppl. 
IV, p. 2i7, n*79 ; Arcfi. Zeit, !84:ï. p. I.-»I. — 3 Sur les Héraia d'Argos, voir; Pclio:- 
mann, Griech. Alturth. 3' éd. Il, p. iilo : Herinann, Gr. Alt. § 5i, I et 2 ; hvan Mûllcr. 
Handtiuch, p. 173; Preller-Roberl. Ci: Miilli. I, p. 160; Be)Uiger, Kunstmyth.W. 
p.280;RoscIier. /.ex/con.s. v. Hera, p. 2076: Panofka, Terracotten, pl.xi. I. — iSchol. 
Pind. Pulh. VIII, S3, 113; Hermann. /. c. § 52, 20; Sclioemann, /. c. p. 515: 
0. Millier, Aegiit. p. 140, 149; Le Bas-Foucart, Inscr. dn Pélop. n" 42 6 : Hhfin. 
Mus. 1857, p. 336. — ^ Plut. De gfuio Socr. 18: Rosclier, Lexicnn, s. v. liera, 
p. 2081. — « Slrab. VIII, p. 3*0 ; Til. Liv. XXXII, 23.-7 Eurip. .Mail. (i. Wcil. 
ï. 1370: Schol. Med. v. 10, 273. 1379. — S Scliol. Med. v. 273 ; Hcsycli. s. r. a-l ; 
-Veliaiï. Var. ffist. V. 21 : Zeuob. Prov. I, 27 ; Sclioemanu. /. c. p. 515. — 9 Pausa- 
iiias, V, 16, 2; VI, 24, S. — 10 Pausaii. /. c. : Viseonli, Mus. Pio Clem. III, pi. .wvii. 
— *i l'ausau. /. c. — 12 Schoemaiiii, l. c. p. 516; Hermann, /. c. § 51. 4: Iwan 
-Mûllcr, llaudbuch. p. 37; Preller-Robert, Cr. Mylh.l, p. 169,692, noie 2: Curliuf. 
Pehp. M, p. 24. 02; Weniger, Dos Kottcgium der 16 Frauen in Etis. Progr. Weimar. 
1883. — l^CVp. In.m: graec. add. 2264 /; Atli. Millli. I, p. 342: Bull, de corr. 
Ml.\\\. I88S, p. 229: \V. 1^91, p. :.9: : \V1. 1-.'ij. p. je* : Hermann. ',■)•. AU. S 63. 



truient liur jinrliail daiin le HUniluain- ' . C elun-iil iui!»»i 
dt'H rtniimiiM qui jouaient le rôle d'uKonolliél.-. den jeux ". 
N I. Iliiaelail la Kiauili- divinité d'Arcéhiné, nAinornoi»; 
elle \ asail s<> blc, pirindiquet», appelées lleraia, sur 
lesquelles uuuH n'avons aucun détail ". 

VII. Iles fêles solriiii.n.., d liera, Cl•lellr^•e^ u Cos, 

nous ne savons rim non plii^. ^luiiii qur b-s esclaves on 
riaient exclus'". 

NUI. Les lleraia (!.• >aiiii)^ ^onl niii-iiv connues. 
Citaient des fêles aiinurlles qui rappelaient le U'/o; 
•iar,; de Zeus cl d'Iléra", mais qui, en môme temps, 
avaient un caractère guerrier, commi' celles d'Argos". 
I.lles eiiiiiporlaienl d(!S sacrifices solennels et une pro 
cession à laquelle prenaient part tous les habitants de 
l'ile; les hommes y figuraient en armes, et tous les 
adorants se rendaient au temple, |)arés de colliers et 
de bracelets, à la mode ionienne, les cheveux tressés 
et tombants sur les épaules '■. Celle procession avait 
donné liiîu à un proverbe : pïîiîs;-/ 'Ihïîov i'XTtt-r.'/.ff- 
'd'ivi ". Puis venaient les jeux qui comprenaient des 
concours gymniques et des courses, une lampadédroinie, 
des concours musicaux, littéraires et dramatiques'''. 
D'origine 1res ancienne, les Héraia de Samos furent en 
vogue jusque sous l'Lmpire -" ; sous les Antonins, on les 
appelait : -% i>.ffilx ilïêaTri 'HsaTa^' ; il faut .sans doute 
leur rajiporler une monnaie de l'époque impériale ou 
est figurée Héra, vêtue d'un chiton court, tenant à la 
main une couronne et une palme ^'. 

Plutarque raconte qu'après la bataille d'.Lgos Potamos, 
lesSamiens renoncèrent au nom d'Héraia et donnèrent 
à leur fêle nationale le nom de lysandri.*, mais cette 
appellation nouvelle ne fut pas conservée longtemps". 

IX. Les Héraia de Carie, une des grandes solennités du 
culte stralonicéen, déjà signalées par quelques inscrip- 
tions do Laginaetdc Mylasa-*, ne nous sont bien connues 
que depuis quelques années, grâce à la découverte du 
sanctuaire de Zeus Panamaros*^. C'était une fêle penté- 
térique : "Ilpaia xari TTcVTaETv.pioz-" : elle se célébrait au 
sanctuaire d'Héra, à Panamara -'. Nous ne savons si elle 
avait pour principal caractère de rappeler le hçoi; yi^.!);: 
mais en tout cas, elle était présidée par le Uisùç toô Aiô; 
Toù nav-f,;xsp['ou '*, et, dans presque toutes les dédicaces de 
Panamara, Héra et Zeus sont associés -'. Les Héraia 
étaient marquées par des théories solennelles ; la céré- 
monie religieuse était suivie de distributions publiques, 
de repas et de réjouissances, en particulier de représen- 
tations théâtrales. Des mystères accompagnaient les 
cérémonies publiques, et il semble que les femmes v 
occupaient la première place; elles reçoivent leur par! 
des distributions dans le sanctuaire d'Héra, tandis que 

15. — li Athcu. 262 c, 639 d. — '- Laclanl. //W(. Christ. l. 17; Bôltiger, À'm«/»iy //. . 
Il, p. 235. — 16 Polyaeu. Sln.teg. I, 23. — 17 Atheu. p. 523 E; Polyaen. t. r. 

— 18 Bnttiger, /. C. ; Panofka, lies Sainiontm, p. 51 ; Terracotten, pi. .\i, 1 ; Het- 
mann. l. c. § 66, 20 ; Iwan Millier, Handbucli, p. 176 ; Stamatiades, Samiakii. 

— 19 Stamatiades, Samiaka. a' 44 ; Journ. ofHell. Slud. VII, 1 886, p. 147. — 20 Atl, . 
Mitth.lX. 1S84, p. 196, 256, 263; Stamatiades, .S'oniiu/tn, n° 38 : It:,.;-,ji»-.; i-, t~ Uç.:. 
Ti;; .Saffi^EÎ-i-j ôîà; ''Hoot; â-;wv. — 21 Stamatiades, Santiaka. a" 58. — 22 p. Gardner. 
Samos and Samian Coins, Numism. Chron. 1 882, p. 2S3, n» 2 1 , pi. ti. 5. — 23 Plut. 
Vit. Lysandr. IS: Journal of helt. Stud. 1886, p. 147. — 21 Corp. inscr. graec. 
2719, 2693 ; ce dernier texte se rapporte probablement aux Héraia de Stratonicéi-. 
bien qu'il provienne de Mvlasa : rien, en elTet, ne permet de supposer qu'on célébrât 
des Héraia à Mylasa. Cf. Le Bas-Waddington, Inscr. d'Asie Mineure, a" 474 ; l'attri- 
bution de ce texte aux Héraia est douteuse. — 25 Bull, de corr. helt. XI, 1887, p. 146. 
n'>46; p. 225-239: p. 373-391 ; XII, 1868, p. 82-104; 249-273; 479-490; XV, 1891. 
p. 169-209.— 20 BirH.rfs corr. /leW. XII, 1888, p. 86, 91 ; XV, 1891. p. 173. — 27Sb«. 
de corr. helt. XII, 1888, p. 100; XV. 1891, p. 190. — 28 Bull, de Corr. hell. XI. 
1*87. p. :!7S-n77. — 2;' ftllll. de corr. hell. XII, HSS. p. 249-269. passim. 



HER 



— 78 — 



HER 



les hommes se réunissent dans le Kciitôptov, temple de 
Zeus Ki.Ja'jpoç ', dont l'accès parait interdit aux femmes. 
Les Iléraia étaient X Stratonicée la fêle propre des 
femmes, comme les komyria étaient la f^-te des hommes-. 

X. Kniin, dans la Grande-Grèce, nous trouvons la 
trace de fêtes de Héra Aaxtvt'a, à Crolone et à Sybaris: 
elles attiraient de grandes foules et comportaient, au 
moins .'i Sybaris, des concours musicaux ^. C'est peut- 
être à ces fêtes qu'il faut rapporter une tessère de plomb, 
trouvée en Sicile, et qui porte l'inscription III'EA = 
"Hpi'.a'. Louis CoDVE. 

IIKnAKLKIA('HiixÀ£tï). — Fètes et jeux en l'honneur 
d'Hêraidês. 

I. Considéré comme protecteur des gymnases, Héra- 
Ulès fnERCULEs] était généralement associé à Hermès, et 
souvent les fêtes d'iléraklès se confondaient avec celles 
d'Hermès [hermaia]. Mais quelquefois les Hérakieia 
étaient des fêles distinctes, par exemple à Thèbes, centre 
du culte d'iléraklès, où les Hérakieia se célébraient dans 
le gymnase d'Iolaos et recevaient aussi, pour cette 
raison, l'appellation de iolaeia '. Les fètes duraient 
plusieurs jours et consistaient en sacrilices et en con- 
cours de diverses sortes : itÉvxaOXov, àywv yu|jiv!xôç, àyiov 
■.TTTf.icôi; ^. Le vainqueur recevait comme prix un trépied 
d'airain^. Nous savons aussi que ces fêtes comportaient 
des concours musicaux, auxquels prenait part le collège 
des artistes dionysiaques de l'ilellespont et de l'Ionie '. 

Des jeux du même genre avaient lieu à Thisbé de Béotie'. 

II. En .Mlique, oii le culte d'iléraklès était très ré- 
pandu, les fêtes portant le nom d'Hérakleia étaient très 
nombreuses". Les plus fameuses étaient celles de 
Marathon, où les vainqueurs recevaient en prix des 
phiales d'argent', et celles du dème de Diomeia, au Cy- 
nosarge, qui étaient connues autant sous le nom de 
nioMKiA que sous celui d'Hérakleia*. Nous n'avons pas 
de détails sur la nature de ces jeux. 

III. A Sicyone, Pausanias raconte qu'on offrait à Héra- 
klès des sacrifices, comme à un dieu plulrit que comme 
il un héros. Les fêtes duraient deux jours et prenaient 
le premier jour le nom d' 'Ovojjii-y., le second celui de 
'HpàxXeta''. 

IV. Des Hérakieia de Syros nous ne savons rien, sinon 
qu'elles comportaient une procession solennelle'". 

Y. En .\sie Mineure, nous trouvons la trace de fêles 
d'HérakIès, avec concours gymniciues : en Éolide, peut- 
être à Cymé " ; à Traites'-, à Iasos'\ à Attuda du 



Méandre, où les jeux, céli'brés à l'imitation de ceux 
d'Olympie, portaient aussi le nom d'A^'Ai-r^x, d'après 
leur fondateur"; à Téos, où le culte d'HérakIès était 
associé ;"i celui d'Hermès et des Muses '^; à Lesbos ""' et 
jusqu'en Phénicie, àTyr". 

VI. Les Hérakieia de Ces étaient importantes. Nous 
savons par plusieurs inscriptions'* qu'on offrait à Cos 
des sacrilices solennels en l'honneur d'iléraklès, en sou- 
venir des légendes relatives à l'arrivée du héros dans 
l'ile. Un décret, qui a pour but de rétablir la liste exacte 
des adorateurs autorisés d'Apollon et d'HérakIès au 
sanctuaire d'Ilalasarna fin'' siècle), mentionne les Héra- 
kieia de Cos et nous apprend que ces fêtes étaient desti- 
nées à rappeler la division primordiale de l'ile en trois 
tribus"; au jour des fêles, tous les assistants étaient 
répartis en trois groupes : Ilylléens, Dymanes, Pamphyles, 
dont chacun avait son prêtre particulier. Apollon y tenait 
la première place, comme étant le dieu dorien par excel- 
lence ; quant à Héraklès, il est le conquérant de l'ile de 
Cos et l'ancêtre légendaire desHylléens. Les Hérakieia de 
Cos comportaient, avec les sacrifices, un repas solennel ". 

VII. Enfin, àl'autre extrémité du monde grec, en Sicile, 
à Agyrion, Héraklès, associé à lolaos, avait aussi ses 
sacrifices annuels et ses fètes, avec concours gymniques 
et courses de chevaux. Les maîtres, en ces jours de fêtes, 
se confondaient avec les esclaves, et tous ensemble, nous 
dit Diodore, honoraient le dieu par des danses, des fes- 
tins et des sacrifices-'. Louis Couve. 

UEROl'LKS ('IIpazÀr,!;). — Comme la plupart des 
noms de dieux ou de héros, celui d'Héraclès est un 
problème. Et tout d'abord, c'est une question de savoir 
s'il faut y reconnaître le nom même du héros, ou un 
surnom qui recouvre une appellation primitive. S'il faut 
en croire Diodore de Sicile et Apollodore, le nom véri- 
table serait '.'^.JzstToç, auquel la Pythie ou les Argiens ont 
substitué celui d'Héraclès, qui a prévalu'. On peut re- 
marquer qu'Alcée rappelle Alcmène, le nom de la mère 
du héros, que le père d'Amphitryon s'appelait de même, 
et qu'enfin Héraclès a continué, dans la littérature, à 
porter le nom d"A/>x£!SY|Ç, qui en est une variante ^. 

Primitif ou non, que signifie le nom d'Héraclès et d'où 
provient-il? Les anciens l'ont interprété comme l'équi- 
valent de "Hsx; xÀÉoç, « la gloire de Héra ». Dans quel 
sens entendre cette étymologie? oti Si' "Hpav ï^/e xÀio;, 
dit Diodore, ce qu'il commente ainsi : le héros, ayant 
étranglé dès le berceau les serpents que la déesse envoya 



1 Bull, de corr. hell. XV, I8ai, p. 173.175. — 2 Bull. île con: hell. XU, 
1888, p. 486. — 3Slrab. VI, 11. § 261 ; Arislol. De mirab. auscull. 06; Dionys. 
Pcrieg. Orbit descriptio. \. 371 ; Allicn. XII, 521 e, S4I b; Aclian. Var. Iiisl. 
III, 43; Plul. De sera iium. vind. 12; Stcpli. Byz. ». v. Sj5c<f.;; Rosclicr, 
Lexir.on, s. v, liera, p. 2086-7. — ' Salinas, Annati, 1866, p. 19, 23, lav. d'agg. 
B, n» 7. 

nERAKI.EIA. 1 l'inH. Schol. Oli/mp. XIII, 148; Scliol. Pijlb.W, 156; /«Mm. I, 
'!); Netn. IV. 32; Plul. De fraterno amore. ch XXI; Corp. inscr. graec. I0U8; 
Corp. inscr. Graec. sept. 48, 49, 1857; Corp. inscr. allie. Il, 1323, 1358; III, 
127, 129 ; Archiv. des Missions, 1867, p. 533, n' 48 ; Jiliein. ilus. 1837, p. 336 ; Le 
Bas-Fourarl, Inscr. \\, M b ; Aristopli. Ac/iarn. 867; Krause, Gymn. u.Agon. p. 779; 
llcrmann, GrievU. Alterth. i' éd. Il, !• 63, 12; Scliocmann, Gr. Atl.U. 3- M. p. 535 ; 
l'rcllcr, Gr. Mytli. V éd. Il, p. 134: Bull, de corr. hell. 1879, p. 443. — 2pind. 
Schol. Islhm. 111, 114: liocckli, Explic. ad Piml. III, p. 175. — a Pind. Scliol. 
Olymp. Vil, 153. — '• Corp. imcr. ijraec. 3067, 1. 20; Bull, de corr. hell. IV. 
1680, p. 330. — 5 Pausan. IX, 32, 2; Pollui, Onom. I, 30; Krause, Gymn. u. 
Agon. p. 780; Herniaun, Gr.AII. § 63, 11. — Harpocral. i. v. ■lloà.ii-., ; Her- 
mann, Op. l. Il, S 62, 21 i 24; Scliocmann, Gr. AU. Il, p. 634. — 7 Pind. Schol. 
Olymp. IX, 95 et liocckh, £j;plic. III, p. 193; Dcraoslh. .AmAoj. § 60, 86, 125; 
llcrodot. VI, 110 : Arisloph. Ban. 651 ; Pollux, Onom. Vlll. 107; Rliaugabé, Anlig. 
hell. Il, 786, 799; Pausan. I, l.l, 4.-8 pi„d. Schol. Olymp. XIII, I4S; Atllen. 
VI, 76: XIV, 3.-9 Pau<an. II. 10, 1 ; Scliocmann, Gr. AU. Il, p. 334; Her- 



niann, Gr. AU. 11, § S2, 32; Kayser, Zeits. f. d. Al^ 1848, p. 306 ; Curlius, Pelop. 
Il, p. 585. — 10 Corp. inscr. graec. tUl c. 1. 49; llermann, Gr.AU.% 63. 14; 
Schoemann, Gr. AU. Il, p. 535. — •' Corp. inscr. graec. 3640. — ^^Corp. inscr. 
graec. Î936 : -ïtSio: 'HjaO.no;. — U Diltcuberger, Sylloge. 399 ; Bull, de corr. hell. 
V, 1881, p. 231, n" 20, 1. 19; lnscr.gr. Sicil. et /lai. u" 747 ; Corp. inscr. graec. 
5804 : 'Hpùx'^f.a Inivc'xiu a-JToxjiTop'.; Xtp'ija Tfottav.J. Kaibet suppose qu'il s'agit ici 
des Hérakieia de laso;t, mais ce n'est pas certain. — il Bull, de corr. hell. XIV. 
1890, p. 2i8. — 15 Corp. inscr. graec. 3044, 3039, 3088 ; Hcrmauu, Gr. Alt. | 66, 16. 
— IG Bull, de corr. hell. IV, 1880. p. 447. — 17 Corp. inscr. graec. 4472 : ■lloixi!» 
Ko;i;xi5ti«. — 'S Plul. Quaest. graec. 58 : BuU. de corr. hell. V, 1881, p. 217 ; Palon 
et Hicks. Inscr. o( Cos, n" 36, 39. — '» Bull, de corr. hell. VI. 1882, p. 259 et 
suiv. ; Caucr, Delectus, n° 161 ; Paton-llicks, /n^r. of Cos, n" 367. — 20 Bull, de 
corr. hell. VI, 1882, p. 255, face IV, I. 43 : -tôt; 'Hf»»"*:;-.!;, i:;i; «a ;iiX'Au>Ti uAi.'- 
v!»««i Tiiî sj«.iTai ; Dubois, De Co tnsula, p. 27 et 45. — 2' Uiod. Sicil. IV, 24 ; 
llermann, Op. l. II, S 13, 10 ; 68, 33. 

IIKItClLES. > Uioil. IV. 10; cf. I, 24, où l'on voit que cette tradition est cm- 
pruntée à Matris de Tliùbcs ; Apollod. Biblioth. Il, 4, 12, — 2 Wjlamowitz, Euripid. 
//erakli's, I, p. 2y.'î. Cf. dans le Lexikon de Koschcr les articles Alkaios, Alkeides, 
Alkeus, où l'on trouvera les r<ïf*;rpnccs aux textes anciens. '.x'Axti'îr.; est un nom 
propre, et non un patronymique : le patronymique tiré d'Alkaios est '.vVxîi-St.; ; Pind. 
01. VI, 68. Wilamowitz compare encort! Aikallioos. nom d'un Héraclès mégarieo ; 
ibid. p. 294, n. 47. 



IIKIl 



7'J — 



III. Il 



pour l'cliniHVr, c'est a lu ilécssc i'lli'-mi'iin', |>ur mjic ili' 
i-uiist>t|Ui'ii('t*, i|u'il dut su ^Idii'f '. L<>s iiiiidoriH's i|ui 
■«oiil ri'sli's lii|i''li'siU')>tl)>i>\|ilii-!ilii>ii liilinrifiiii*, cIiim'i-Iii-iiI 
ilu uiDiiis à iliiitiiur 11 rfl_viui)lot;n' un ><'n> plus accop- 
lalili'. l'uuf l'ivlli-r, lli^ruclùa, porsi-i-uU- par Ile la. rcsle 
iit'UMUiiiiiis rt'spi'i'tucux cnvors tiliii i-l lidi'lc il ses ordres, 
do ti'lii' MUli- ipn' ses exploits servent a ^lorilii-r la déesse 
i|ui, en retour, lui procuri'ra l'apollieost' après ses 
epreuNeN •'. Ile niènn', pour M. de Wilauiow il/, lli'raclôs 
est " la j;loiri- d'Ileru ■>, en ce sen> nu'il a illustré lu 
déesse iiulioiiale d'Argos, c'ost-i\-diru en déllnitivo Argos 
ituMne : iuterprelation ijui est d'accord avec sa théorie 
sur l'origine ari^ieuue du noui el des légendes principales 
d'lleraclùs\ D'après une autre théorie, "IhaxXr,; ne 
serait que la forme masculine d' llpa, et cette étymo- 
logie est liée à une eoiiceplion particulière des rapports 
entre les deux diviniti's". 

On a l'ait remar(|uer, d'autre pari, qu'il n'est point 
nécessaire d'idenlilier les deu\ premières syllabes 
d'Héraclès avec la dét>sse Itéra ; elles peuvent l'aire pen- 
ser aussi au radical de «iof); ■, qui comporte lui-même 
diverses dérivations , héros;. Le sanscrit si;arsignilie « le 
stdeil, le ciel lumineux »; le 7.end h va ri\ <i le soleil »; 
de telle sorte «lue le composé Héraclès pourrait s'en- 
tendre : « le glorieux du soleil » ou ■• du cii'l lumineux ». 
On peut encore rapprocher de yJ:io; cl de la première 
partie du n<im d'Héraclès le sanscrit scira, « force, 
vigueur ». Et celte dernière hypothèse aurait un carac- 
tère iraulanl plus spécieux qu'lphiclès, le frère jumeau 
d'Héraclès, et nuinifeslemenl son doublet dans la légende, 
où il s'est effacé devant lui, a sans aucun doute possible 
le sens de « glorieux par la force, par la vigueur ». Iphiclès 
et Héraclès seraient donc synonymes el tireraient leur 
nom de la vigueur qui est leur principal attribut ''. 

Il est inutile de rappeler ici les essais d'explication 
qui semblent aujourd'hui abandonnés''. Mais nous 
devons encore faire mention do certaines étymologies 
qu'ont imaginées les partisans de l'origine sémitique, 
comme celle de Héraclès = Harokel (le voyageur) ou 
.\rkhal (le fort vainc) *. Nous ne saurions y voir que de 
vaines analogies. Quelle que soit la nationalité primitive 
d'Héraclès, il ne semble guère possible de contester la 
physionomie franchement grecque de son nom. 

I. Origink et formation de la légende. — Cette variété 
d'étymologies répond à l'incertitude où l'on est sur le 
caractère primitif et l'origine du personnage et de la 
légende d'Héraclès. Il n'entre pas dans le cadre de cette 
étude d'entreprendre l'exposé des systèmes entre lesquels 
les savants sont partagés, encore moins d'en faire la 
critique. 11 suftira de quelques indications très sommaires. 



* Diûd. loc. cit. Déjà Pindare avait expliqué ainsi le nom : Prob. ad Verg. 
Eclog. \ II, 61. Cf. encore Etym. Magn. s. v. 'HoaxXi^;. — 2 Preller, Griech. 
Mythol. II (3' M.), p. 158. — 3 Op. cit. I, p. 293 ; cf. Pape-Benseler, Wôrterb. 
d.gr.Eigenimmen, s.». 'Hj»»),^;. — 4 Tiimpel, Philol. L (1S91), p. Sl'J. —5 Article 
Héros dans le Lexikon de Roscher, p. 2441 . L'idée de rattacher Hérakles 
ù Héros a été émise par llartung, Reîig . und Mytfiol. der Griechen. II, p. 192. 
n. 335. mais il rapproche à tort ce mot de herus et de Herr. — 6 Tiele, Rcv. de 
l'hist. des relig. H (I8S0), p. 142, n. 4. — " Par exemple, celle de Creuzer {Symbol. 
11, p. 244, n. 304) reproduite par Maury : .( la gloire de l'air », Helig. de la Grèce, 
I, p. 366 et 526. Voy. encore VVelcker, Griech. Goetterte/ire, II, 754. — 8 Movers, 
Die PAoeniiier, I, p. 432 sqq. ; Raoul-Rochelle, Mém. Acad. Inscr. XVII, p. 14; 
Pauly, Meal-Encyclop. art. Hercules, p. 1188. En dernier lieu, Bérard, Origine 
des cultes arcadiens, p. 257, qui compare l"Aj/«"^£J; de Gadès et r"ApYa/.o; de La- 
conie. — 'J Her. Il, 43 ; Diod. I, 24. On a d'ailleurs incvacteraent interprété la pensée 
d'Hérodote, qui ne conclut pas â ridentité des deux Héraclès; il les distingue au 
contraire très ueltemcnl, mai? croil ;» uu emprunt du nom au\ Égypliens. Sur le 



.Nou-. ne dirons ru-n du nip|iroclieiiient ((u'Ilerodole 
et. lu'uucoup plus turd, Kiodon- de Sicile ont lait entre 
Héraclès et une iliviiiité analogue qu'ils attribuent au 
panthéon égyptien'. Les moderne» mit renoncé à cher- 
cher duns celle voie le» origines du Ik^tos grec. Ses 
uttaches avec Sundoii, di\iiiiti' stdaire assyrienne, phéni- 
cienne ou plus probableiniiiit cilicienne '", introduite 
jilus tard en Lydie, sont également fort hypothétiques, 
et, entons cas, il semble (pi'il faille écarter toute idée de 
liliation de l'un ti l'autre ". 

Les analogies avec Meikart, le dieu phénicien, sont 
beaucoup plus sensibles. Fondateur de Tyr et seigneur 
d(! la ville, iMelKiirt est sans doute une des formes du 
l)ieu-l''ils des i'héniciens; c'esl '< le dieu fort qui par- 
court la terre, domptant les fauves et civilisant les 
hommes, le dieu savant (|ui di'couvre et enseigniî les 
arts utiles, le voyagi^ur el le marin qui va fondant les 
colonies"' ».Son culte fut tout naturellement transporté 
dans les établissements que les Tyriens semèrent dans 
la Méditerranée el en Grèce même. Les Grecs, en contact 
avec eux, apprirent par eux à connaître Melkarl ; ils 
remarquèrent les rapports qui l'unissaient à leur 
Hi;raclès, ils les idcntitièrenl. Sur un point au moins, 
celle assimilation nous est attestée par un témoignage 
formel. Pausanias parle d'un Héracléion à Erylhrae, oii 
l'on aurait adoré une antique idole phénicienne, venue 
miracuh^usement de Tyr par mer". Le renseignement 
qu'on trouve dans Hérodote''" el, sans doute d'après lui, 
dans Pausanias'", sur l'existence d'un sanctuaire d'Hé- 
raclès tyrien à Thasos est beaucoup moins concluant, 
et paraît même prouver que ce n'est pas le Melkarl 
tyrien qui était adoré à Thasos, puisqu'on trouvait à Tyr 
même un sanctuaire de l'Héraclès thasien, ce qui indique 
que celui-ci était distinct de la divinité poliade "'. On 
peut croire aussi que les Grecs firent passer dans la 
légende d'Héraclès bien des traits qu'ils empruntèrent à 
celle de Melkarl. Mais sur l'importance de ces emprunts 
les érudits sont loin de s'accorder : tel mythe qui semble 
aux uns d'origine authentiquement phénicienne a pour 
les autres un caractère hellénique indéniable. En tous 
cas, même si quelques adaptations sont plausibles, il ne 
s'ensuit nullement que, comme on l'a soutenu", la 
légende tout entière d'Héraclès sur le sol grec soit, dans 
ses grandes lignes et dans son essence même, un simple 
ressouvenir de la légende lyrienne. On peut même dire 
que l'identification faite par les Grecs d'Héraclès el de 
Melkarl ne serait pas, à elle seule, une preuve décisive 
de la parenté qui unissait les deux divinités. L'histoire 
est pleine d'identifications semblables imaginées par les 
anciens entre des dieux nationaux et des dieux étrangers. 



nom et la signification de celte divinité égyptienne très mal connue (.V.~,v dans 
VElym. Magn., Tiv-^.T.v ou Ti^'ôv dans Hésychius), voy. les opinions anciennes rap- 
portées dans l'art. Hercules de Pauli, Real-Encyclop. p. llS2etsuiv. — 10 Sur ce 
point, voy. Fnrtwaengler, art. cité du Lexikon, p. 2135 et suiv. — H Les références 
au sujet de Sandon sont données par Radet, La Lydie et le monde grec, p. 262, 
n. 7 : on peut ajouter F'reller, Gr . Mytk. 11, p. 165 et suiv. et Ilofiner. Gaz, archéol. 
1879, p. 178. Les premières conjectures sur Sandon ont été faites par 0. Millier, 
Sandon und Sardanapal, dans le Rhein, Museu/n, 1829, p. 22-39, suivi par Raoul- 
Uochelte, ilém. Acad. Jnscr. t. XVII, 2' partie, p. 256-28.S. — '2 Bérard. Origine 
des cultes arcadiens, p. 253. — '3 Pans. VII, 5, 5 et suiv. — 14 Her. II, 44. 
— 15 Paus. V, 25, 12. — 16 Furtwaengler, art. cité, p. 2142. A Délos, l'Héraclès 
tyrien est aussi l'objet d'un culte spécial, Corp. inscr. graec. 2271 ; cf. Bull. corr. 
hell. 1882, p. 143. — 17 Surtout Movers, Die Phoenizier, t. I, p. 385 et suiv. ; mais 
celte assertion a été souvent reproduite, soit explicitement, soit conmie une vérité 
acquise et qui n'a plus besoin de démonstration. Sur l'identité de Melkarl et du 
Méliccrté* de Béolie el de Corinthe. vo;. Bérard, Op. cil. p. 251-255. 



iih:i{ 



— Si» — 



iii:n 



el la scienci' inodeini' est en mesure de démontrer quf 
Ix^aucoup d'entre elles ne reposent que sur des analogies 
1res supiM-lirielles '. 

l/école de Kulin et de Max Millier a naturellenn-nl 
clien-hé des analogies à Héraclès dans les relif^ions indo- 
européennes; on l'a comparé, par exemple, aux diviniti's 
hindoues iiulra et Krichna, au Tln'ir des (iermains, ()ui 
sont ses parallèles à bien des égards, qui ont, cnmnn' 
lui, pour qualités dislinclives, la force, le courage 
liéroï(|ue; plusieurs de leurs exploits aussi ont une sin- 
gulière ressemblance-, /ib'raclès serait un dieu-héros 
préhellénique, antérieur à la <lispersion des peuples de 
la famille aryenne; son histoire a pris ensuite chez les 
(irecsune couleur locale et un développement particulier, 
et s'est mêlée de quelques éléments orientaux. Mais son 
caractère est essentiellement et originairement natu- 
raliste. Héraclès, le fort, le dompteur des monstres, le 
pacilicaleur du monde, c'est le Soleil, qui triomphe des 
ténèbres sous toutes leurs formes, de l'hiver, de la tem- 
pête et des nuages qui troublent le ciel, des rivières 
grossies el débordantes, des marais qui infectent l'air, etc. 
Sans vouloir discuter cette théorie, nous rappellerons 
que l'ensemble du système auquel elle se rattache, après 
avoir eu depuis le milieu du siècle une vogue extra- 
ordinaire, est de nos jours très vivement contesté '. 

Enfin l'opinion qui voit dans Héraclès un héros pure- 
ment grec, et particulièrement dorien, a trouvé dans 
0. Millier et plus récemment dans M. de Wilamowitz des 
partisans décidés et éloquents". Pour ce dernier, les 
mythes fondamentaux ont tous pris naissance parmi 
les populations qui se rattachent à la souche dorienne, 
Thessaliens, Béotiens, Argiens. Héraclès a ensuite suivi 
les émigrants doriens en Asie et en Afrique, à Cos, à 
Rhodes, à Cyrène, en Sicile et dans la Grande-Grèce, 
d'où un écho de sa légende est parvenu jusqu'à Rome 
(épisode de Cacus). Mais même dans ces contrées loin- 
taines, où sa légende continue à, se développer, c'est 
l'élément grec qui est le seul vivace et fécond; l'apport 
extérieur est insignifiant. Dès le principe, Héraclès est la 
personnification de la race dorienne. C'est le héros 
national, (jui fraye le chemin à son peuple. Il réunit en 
lui les plus hautes qualités d'endurance, de courage et 
d'énergief Ses exploits les plus significatifs n'ont été 
imaginés que pour le mettre aux prises avec les obstacles 
les plus redoutables que l'homme puisse rencontrer. 
L'immortalité qui lui est réservée est la juste récompense 
de ses efforts. Soumis aux plus rudes épreuves de la vie 
terrestre, il mérite l'Olympe par son abnégation et sa 
vertu. Tous ces traits, où se reflète une conception 
éminemment dorienne, sont pourtant d'une portée assez 
générale pour qu'Héraclès ait pu devenir l'idéal de 
l'hellénisme, puis celui de l'humanité tout enlièry. 

Quoi qu'il en soit de cette question relative aux ori- 



gines el à la signilicatiou originelle de la légende, ques- 
tion où, comme on le voit, l'accord est loin d'être fait, 
ce que l'on constate tout d'abord, quand on aborde 
l'é'tude de l'Héraclès hellénique, c'est l'extraordinaire 
richesse de ses avt^ntures. A cet égard, il n'est point de 
héros, il n'est jtas même de dieu dont l'histoire puisse 
être comparée à la sienne. Les anciens, frappés comme 
nous lie la multiplicité et de la variété de ses exploits, 
avaient d('jà supposé l'existence de plusieurs héros ou 
dieux de ci' nom, plus tard identifiés en un personnage 
unique qui a recueilli l'héritage de chacun d'eux. Héro- 
dote distinguait le dieu égyptien du héros grec"; Dio- 
dose compte trois Héraclès"'; Cicéron six''; Varron 
(}uarante-six " ; Servius, qui rapporte cette opinion, ré- 
duit le nombre à quatre. Il est clair que tous ces chiffres 
sont arbitraires. Mais il semble que nous puissions dis- 
tinguer, sur plusieurs points du territoire grec, des 
groupes de légendes d'un caractère nettement local et 
qui paraissent, pour une bonne part tout au moins, 
s'être développés indépendamment les uns des autres. 
Les Héraclès thébain el argien passaient, chez les anciens, 
pour les plus anciens ''. A Thèbes et en Béolie, on pla- 
çait l'enfance et quelques exploits du héros relatifs soit 
à sa jeunesse, soit à des événements de l'histoire natio- 
nale. En Argolide, il avait servi auprès d'Eurysthée : 
c'est la contrée d'où il rayonne pour accomplir ceux de 
ses exploits qui figurèrent plus tard dans le cycle de ses 
douze travaux. Mais parmi ces travaux, il en est deux 
seulement, le lion de Némée et l'hydre de Lerne, qui 
aient pour scène r.\rgolide elle-même ; trois autres, les 
oiseaux de Slymphale, la biche Cérynite el le sanglier 
d'Érymanthe, se passent en Arcadie : il est difficile de 
contester qu'ils y aient pris naissance, pour venir plus 
tardivement grossir le cycle d'Argos'"; un sixième, les 
écuries d'.\ugias, se rattache de même à des légendes 
propres à l'Élide". Quant aux six autres, c'est aussi une 
question de savoir où il faut chercher leur contrée d'ori- 
gine '-. Dans le Péloponnèse se placent encore (juelques 
expéditions (contre Pylos, contre Lacédémone), qui sont 
indépendantes de la tradition argienne el se rattachenl 
à la conquête des Doriens. La région qui avoisine l'Œta 
a été également le théâtre d'un cycle important d'aven- 
tures, distinct des précédents, el où 0. Millier voyait 
sans doute à tort le nuyau primitif de toute la légende"; 
Héraclès y apparaît surtout comme héros guerrier et 
conquérant (relations avec les rois .Egimios et Céyx de 
Trachis, Cycnos, prise d'Œcl^^lie. etc.) : c'est aussi 
sur l'ÔEla qu'était localisée l'unique tradition relative à 
sa mort ''*. L'.Vllique, où la légende a pénétré par Mara- 
thon et la létrapole dorienne, n'a guère fourni, comme 
trait original, que l'amitié de Thésée et d'Héraclès. 
L'Étolie en revanche a donné naissance à une série 
d'aventures, oii figurent Achéloos, Oineus, Déjanire, 



' Wildiiiuwil/, op. cit. p. i75-;i"6 : César cl Tacite n'iu'siloiit pas à idontiner les 
«lieux germains avec les ilieux romains ; les Romains procédùrent de même avec les 
• lieux grecs; llomi^re n'avait pas fait autrement pour les dieux troycns.ctc. — -Tiele. 
Hev. de Chist. tks religioti.\, 1S80. t. 11, p. 155 et suiv. - -i Par exemple, 0. Gruppe. 
Die fjrifch. Culte und Mythen. I, p. \'ii et sniv.; A. Lans, I.a Mythologie, trad. 
l'armentier, p. 35 cl suiv. etc. — > Bullmann di^Jà, Mythuiogns. I. p. f 16 et suiv.. 
avait fail d'Héraclès une créaliou sponlanéc cl exclusi\ entent poèlique de l'esprit 
grec. La théorie d'O. .Millier, qui n'a d'ailleurs la prélenlion que de donner une 
esquisse générale et l'indication d'une méthode à suivre, se trouve exposée dans le 
t. 1 de ses borier (2« éd.). p. -HD-tiil, ch. \I-XI1; celle de Wilamowitz dans Eu- 
l'ip. Herakle.i, I, ch. v, particulièrement p. -Iî9-î95. Les idées maîtresses de tons 
deux sont ;i peu de chose pré? les mêmes, mnis O. Millier insiste davantage sur les 



éléments historiiiiies t\ii'i uni contribué à former la Icgcnde, Wilamowitz sur le ca- 
ractère moral du type d'Héraclès. On aura peine à lui accorder que le liénïsgrec ré- 
ponde à une conception aussi mysliqueque celle qu'il développe (p. 2S7.200). Mais ses 
livnolhôscs sur la formation îles différentes légendes sont toujours très ingénieuses, 
et elles méritent de llxer l'atlention. Ou les trouvera souvent mentionnées dans la 
suite de cet article. — ^ Mer. 11. li-4t. — niod. 111, 73; cf. I, ii; V, 7», 70. 
— 1 Cic. i>e nut. deor. III, 16. — » Serv. ad Aen. VIII, àDi. — a l'iut. De Herod. 
mtilign. 11. — *0 Sur les légendes arcadiennes d'Héraclès, voy. liérard, Op. cit. 
p. 572-275. — " Wilamowitz, Op. cit. 1, p. 271 et suiv., attribue celte légende aux 
Kpéens, plutôt qu'aux Kléens. — >- Ibid. p. 300 et suiv. — 13 Horiei; I, p. 4l.i cl 
suiv. : cf. Preller. Onei'ti. .MythoL II. p. I7ii. — f» Wilamowilz, Op. rit. I. p. :!IS 
et suiv. 



mit 



— 81 — 



iii'ii 



.Nt'Hsos ' ; (>ci riii'-.|>rii|ii-, U-s Iraililiiiiis iiuMilioiinuitMit 
l'tt\|M'ditltiii l'iiiitri' l'.pliNi'ik. I.ik (ii'i-li', les L'uloiiics ^|-fi'- 
i|(ii>s d'Asii-, di- lu liniiuiit liivcf, do lu Sioili! cl d'ail- 
leurs mit ciiliii a|i|iii|-tr leur l'l>|ltill^l■llt pi'ii|iri' à ci-s 
||>^)>mll<>•, soifitl (|u'i'lii's aient di'\i-lii|i|)i' s|iiiiituiii-iiiiMil 
clii'/. t'Iics le thi'iiH' iiittioiial, suit i|u'cll<'s aii'iil siiia 
jiniti- ail l'iiiids ('iiiniiiuii des n'cils cxotitillfs rt'latil's a 
di's diMiiiti'S siiiiilait'i-s, asialii|ii('s, atVicaiiii's, celtii|Ui's. 
si'yllu's. C'i'st de t-i's dinVreiils i>ir>iiii>iils i|uo s'esl coiis- 
lillii' un rnsi'iniilc très ('i)ili|M)sili', nii la ci-itiiiuc s'i'ssayi' 
a\i'i- liifii ili's dillicullcs A ilislingiici' fi- nui l'sl vrainiiMil 
priinitir l't indi^iMic. haiis ci- travail de fusion, les rola- 
liiiiis de pi'uplt' a pcupli' ont cli' sans aui'un dont"' un 
lafli'ur livs ai'lil; mais il faut aussi lairc la pari do la 
lilli'rutnrt', poésie, histoire et pliilosopiiie, cl du synerc- 
lisuic des époques érudiles. 

Avant il'exposer la suite des aventures (|ue la lej^iMule, 
une fois sysléuialisee par les niytlio};raplies, attribue à 
Héraclès, rappelons encore, en (]uel(juos mots, comment 
elle s'est développée dans la littérature. Chez Homère, 
queliiues traits essentiels apparaissent déjà. \JHiade 
connaît l'intimité du héros avec Alhéné -, la haine de 
Héra ijui inlUie sur toute sa destinée', la servitude 
chez Eurysthéo qui lui impose comme épreuve l'enlève- 
ment de Cerbère ', le combat avec uu monstre marin 
devant Troie', l'expédition contre llion'', contre Pylos^ 
et contre Kphyra"; VOJijssée ajoute le meurtre d'Iphi- 
los' : on y trouve aussi la première mention de son 
immortalité et de son union avec Hébé dans l'Olympe'". 
La Tlu'ogome d'Hésiode reste fidèle à ces données; 
elle mentionne en outre le combat contre le lion de 
Némée et contre l'hydre de Lerne ", l'expédition contre 
tiéryon'-, les pommes des Hespérides", la délivrance 
de Prométhée'". Le Bouclier d'Héraclès est, comme on 
sait, spécialement consacré au combat du héros contre 
Cycnos'% épisode qui est un prétexte à la longue des- 
cription du bouclier; ou y trouve aussi la mention inci- 
dente de l'expédition contre Pylos"*. Nous connaissons 
fort mal les autres poèmes hésiodiques ou ceux du cycle 
épique : les Noces de Céijx. \\£gimios, attribué tantôt 
à Kercops de Milet, tantôt à Hésiode '^ : ce ne sont pour 
nous que des noms, comme la Prise d'Œchalia ou Hé- 
racléf, qu'on donnait sous le nom de Créophyle de Samos " : 
on entrevoit seulement que ces poèmes s'inspiraient de 
légende œtéenne, et on a fait la même conjecture pour 
une autre HéracUe du Spartiate Kinaethon '■'. 

Nous avons un peu plus de renseignements sur VHéra- 

iWilaniowilz, Op.c.p. 319 et suiv. — ^ II. VIII. 362-300. — 3 /;. XVIII, 119: XIX, 
97 el suiv.: et dans difTiTCuts épisodes, XIV, 553; XV. 27. — i VIII, 3CS. — â XX, 
I4Ï-U8. — 6 V, C38-6ii, 648-651 ; XIV. 250 et suiv. ; dans ce dernier passage, il 
est question de la tempête qui, au retour de Troie, jette le héros à Cos. 

— 7 XI, 689-693 : c'est dans celte circonstance qu'il blesse Héra et Piulon, 692- 
404. — 8 11, 657-660; V, 628, 639. — 9 Orf. XXI, 14-30. — <« XI, 602-603. 

— Il Theag. 313-332. — 18 287-294; 982-983. — 13 333-330. — H 521-531. — 13 Scilf. 
Herc. 57 et suiv., 320-473. — 16 359-367 : cette fois, c'est Arôs qui est blessé. 

— 17 0. Millier, Dorier, I, p. 29, 415. A. et M. Croisct, ffist. de la litl. gr. I, 
p. 578, n, 1. — 18 Strabon, XIV, p. 638 ; cf. Croisct, ibid. I, p. 453-434. Wilanio- 
witz, op. cit. I, p. 313, est di>posé â attribuer une grande importance â ce poème 
de Gréopbylos pour la constitution de U légende œtéenne. — 13 Scliol. Apollon. I, 
1357; d'où il faut peut-être rapprocber, ibvL I, 1165. — 20 Croisel. Op. cit. I, 
p. 456-457. — -l Wilamowitz, Op. cit. I, p. 309. n. 75. — 22 D'après une inscription, 
attribuée â Tbéocrite, et placée au ni' siècle av. notre ère sur le piédestal d'une statue 
que les Kliodiens élevèrent à Pisandre: Tiieocr. Epigr. XX = Anthol. Palat . I.X, 
598. — 23 Wclcker, Der epische Cgklus, I, 97 et suiv. et A7. Sehriften, I, 83 et suiv. ; 
cf. Wilamovvilz, iiid. — 2'* Suidas, v. n£;TavSo'.; ; Scbol. .\pollon. I. 1195. 

— 2-, Atbcu. Xll, p. 512 F; cf. Strab. XV, p. 088: lîratosth. Calasler. 12. — 26 Parmi 
les douze ou treize titres conservés, on trouve une Géryon^ide, un Ceibêre, un Cycnos. 
Vov. les fragtnents de Slésicliore et les textes anciens ,iui v sont relatifs, dans les 

V. 



f/cc de l'isandre, coinpimee Huit dans la seconde moitié 
du Ml siècle'", soit plutôt UU Vf ". Pisandre était lllio- 
di«n. Los IrudilionH i|ui rultacliuionl Héraclès A Kliodos, 
la patrie du poète, e\pli(|iirnt peut-être le choix de son 
sujet, l'ii des pn-iiiiers, \r premier Haiis doute, l'isandre 
eiitre|>rit de raconter, non plus un seul don épisodes do 
la vie d Héraclès, comme avaient fait les petits poèmuH 
hesiiidiqiies, mais la série complète do ses exploits". 
.Mais c'est par une conjecture absolument ^jratuile que 
W'elcUer lui alti'ibui; l;i première idi'-e du cycli' des dou'/.o 
travaux ''. C'est lui, ilit-on, (|ui illl;l^inil aussi de repré- 
senlt-r le héros, non plus sous l'équipement ordinaire 
des guerriers, mais avec un des insignes qui sont deve- 
nus traitilioiini'ls. la massiii! ■•. .Maison attribue d'autre 
part cette innovation à d'autres, par exemple à Slési- 
eliore-', i[ui, dans jikisieurs de ses grands hymnes 
inytliologiques, retraça i|uelques épisodes di'-lacliés de 
la légende-" [section VIII]. 

Le poète Panyasis, un Ionien d'Halicarnasse, qui 
vivait au v" siècle, reprit, dans un long poème qui ne 
comptait pas moins de quator'/.e livres et de neuf mille 
vers, le récit de la vie complète du héros : vaste compo- 
sition, intitulée Iléraclée elle aussi, qui devait réunir à 
peu près toutes les aventures importantes ainsi que 
d'autres jusqu'alors moins célèbres-'. Vers le même 
temps, la légende héracléenne prenait une place considé- 
rable dans les écrits des premiers logographes, surtout, 
parait-il, dans l'ouvrage de Phérécyde de Léros-*, ainsi 
que dans une Héracléide d'Hérodore ■'. 

On peut considérer qu'à partir de ce moment la 
légende est constituée dans la littérature, et nous 
n'avons pas à suivre, dans les auteurs postérieurs, tous 
les récils ni surtout les innombrables allusions qui s'y 
rattachent"'. Les onivres littéraires, comme les monu- 
ments figurés, nous montrent qu'Héraclès est resté un 
des types les plus populaires de la mythologie. La tra- 
gédie, la comédie, le drame satyrique le mettent cons- 
tamment en scène'' ; les philosophes cherchent dans sa 
légende une thèse morale'^. A l'époque alexandrine, 
elle est chez les poètes un des thèmes préférés'-'. 
Nous devons une mention spéciale au mythographe .\pol- 
lodore^' et à Diodore de Sicile '% qui restent pour nous 
les sources les plus complètes. L'ordre que nous adopte- 
rons, comme la plupart des mythologues modernes, est 
emprunté, pour l'essentiel, à ces deux auteurs. Ce n'est 
pas qu'il ne soit artificiel au premier chef; mais c'est 
une classification commode et claire, qui ne présup- 

Poetae lyrici deBergk. — 27 Suidas, v. riavûa^i;; Croisct, Op. cit. III, p. 661. Cf. les 
fragments dans les Epicorum graecorum fragmenta de Kinkel, et à la suite d'Hésiode 
dans la collection Didot. — 28 Croisct, Op. cit. II, p. S4S ; 0. Mûller, Dorier, II, 
p. 451 et suiv. — 29 0. Mûller, ibid. Il, p. 448 et suiv. Hérodore est intéressant 
surtout parce qu'il paraît avoir servi de source à Plularque, qui écrivit un traité eu 
quatre livres U-S: 'U-^'tx'i.Uj:;. Sur Ilellanicos et Hécatée, voy. encore 0. Millier, ibid. 
II, p. 433 et suiv. — 30 Eram. des Essarts, Du type d'Hercule dans la littérature 
grecque, Paris, 1871. — 31 Nous ne rappelons pas les diverses pièces conservées du 
théâtre attique où Héraclès parait. Mais nous mentionnerons spécialement la place 
considérable qu'occupait sa légende dans les comédies d'Êpicharme : voy, Denis, 
ffist. de la corn, yr., I, p. 86-91 ; voy. aussi les indices des Fragm. tragic. yraec. de 
Nauck. des Fraym. com. yraec. de Meineke-Bollic (Didot), et des Fragm. corn, 
attic. de Kock. — 32 Voy. plus loin, section VI. — 33 Theocr. Id. XXIV. XXVI, VIII ; 
Moschos, IV; épopées perdues de Diotimos, de Phaidimos, de Rhianos : Wilamo- 
witz, Op. cil. p. 310 ; Susemilil, Oesclt. d. gr. Literatur zu Alexnndrinurzeit, I, 
p. 401 et n, 132; II, p. 538-;>. — 31 Apollod. fliblioth. II, 4-7 (57-168 dans les J/y- 
thoyraphi graeci de U. Wagner, Teubncr, 1S94). — ^'■> Diod. IV, 8 et suiv. Il con- 
vient de citer aussi la grande inscription métrique publiée dans le Corp. inscr. yraec. 
n° 3084 (table Albani). L'inscription et le bas-relief qu'elle accompagne ont été le 
point de départ de l'étude de Stepliani, Der ausruhende HeratcUs. Cf. aussi 0. Jalin, 
Bilderchroniken, p. 6 et suiv,, 39 et suiv., 68 et suiv. 

11 



IIKU 



82 



HER 



pose aucune lhi>se sur la genèse des différents mythes. 

II. Lkgendi-: tiiébai.ne. — Aai^xance. — Hériirlès est né 
desamours de Zeuseld'AIcmùne, femme dAmpliitryon : 
fable célèbre que connaissent déjà les poèmes homéri- 
ques '. Alcméno, comme Amphitryon, descend de Persée , 
le (ils de Zeus et de Danaé, devenu roi de Tirynllie et de 
Mycènes, et ainsi c'est à /.eus encore qu'Héraclès se 
rattachait par sa mère-, L'a-l-on considéré (pielquefois 
comme hls d'Amphitryon lui-même ? Cela n'est pas 
certain, car les désignations d".4m/j/((7/-i/on(V/(to, de « lils 
d'Amphitryon » lui sont ap|)liquées ntème parles auteurs 
qui admettent d'ailleurs l'union de Zeus el d'.Mcmène^ 
\'.n tous les cas, c'est cette dernière tradition qui a pré- 
valu. On a précisé les circonstances K .\mphilryon, exilé 
de r,\rgolide ù la suite du meurtre involontaire de son 
beau-frère Êlectryon, se réfugie ii Thèbes avec .Mcmène. 
C'est pendant une expédition d'.Vmphitryon contre les 
'l'aphicns ouTc'léhoens que Zeus se présente auprès d'elle 
sous les traits de son époux •, lui offrant un collier qui 
est censé provenir de son butin et qui est un gage de sa 
victoire '^. Il prolonge son séjour auprès d'elle pendant une 
nuit dont il triple la durée^ Après son dépari, et pendant 
la même nuit, Amphitryon en personne revient auprès 
d'Alcmène et s'unit à son tour à elle. Des premiers em- 
brassements devait nailre Ht'raclés, des seconds Iphiclès. 

Cette légende donne lieu à différentes remarques. Les 
noms d'Alcmène, d'Amphitryon, qui est lui-même fils 
d'Alcaeos, d'Iphiclès, impliquent tous l'idée de force, de 
vigueur; ils traduisent donc une des qualités essentielles 
d'Héraclès, dont le nom même a peut-être le même 
sens*. D'autre part, Persée est considéré quelc|uefois 
comme un héros solaire; le père d'Alcmène s'appelle 
aussi Électryon, le brillant. On trouverait donc déjà dans 
cette généalogie les éléments qui sont, d'après la plupart 
des critiques, constitutifs du personnage d'Héraclès. 

En second lieu, il semble qu'il y ail là trace d'une 
fusion entre une version argienne et une version thé- 
baine. Amphitryon paraît être un héros originairement 
béotien ' ; il est le père d'Iphiclès, qui est sans doute 
l'Héraclès béotien et qui s'est effacé plus tard devant 
celui de Tirynthe, fils de Zeus el d'Alcmène. Les 
Dorions d'.\rgos avaient rattaché Héraclès au sang de 
Persée pour juslilicr leurs prétentions à la possession de 
l'Argolide : ils ne peuvent le faire descendre de Persée 
que par sa mère Alcmène, puisqu'il a Zeus pour père. 



I II. XIV, 3i3; cf. iîO; XIX, 'JS ; Od. XI, iCS, CJO;XXI, 20, 36. — 2 Voy. les 
arliclcs Atfcmeiie et Amphitryon dans le Lt'xikon de Uosclier. — 3 Dans l'Iliade, V, 
392, 396. à quelques vers de dislance, il est appelé successivement -'iï; *AiioiTfJuvi>; 
el uiô; A-.&;. D'où il ressort que les autres passaf^es où revient la prf nuèrc désignation 
n'excluent pas la légende des amours de Zeus et d'Alcmène. t^f. Catul. LVIII, 112; 
Vipg. Aen. VIII. i04. I.a nii*me confusion de patronymique, el ici elle est signillcative, 
se trouve chei Pindar. Islhm. V. 38 : cf. 01. VII. 23; Pijlli. IX. 83, etc. — i Le récit 
le plus ancien est dans le fragment des Grandes Ei}es d'Hésiode inséré en télé du BoU' 
elierd'Béraclès, 11-57. — ■'■ Piud. Acm. X, 13 et suiv. Ailleurs Tindare ima^-inc que, 
comme dans ses amours avec Oanaé, Zeus descend en pluie d'or auprès d'Alcmène, 
Islhiii. VI, 5. —'Sujet représenté sur le coffre de C.ypsélos, Paus. V, IS, I. D'après 
d'autres, c'est une coupe, xap/r.fftov, que lui offre Zeus, Plierecyd. t'ragm. hist. graec. 
I, p. "". On montrait à Sparte celte coupe olîertc par Zeus, Allien. .M, p. 475 H, 
d'après Charon île l.ampsaque. Le sujet est r«'présenlé sur un bas-relief archaï'quc 
de Sparte, Lœsclicke. De basi sparlana, Dorpal, 1879. Voy. dans l'arl. Amphitryon 
du Lexikon toutes les circonstances qui expliquent le subterfuge de Zeus el qui ne 
peuvent trouver place ici. --^ Apollod. Il, 4, 8; Diod. IV, 9, t\ llygin. Fah. 29; 
Ov. ^Imor. I, 13, 45; Sencc. Agam. 814 sqq. ; Luc. Dtor. diat. X, 1 ; Arislid. I, 
p. 53, De là l'épilhèle de T^-.t-rr.fs'-; >twv qui est donné à Héraclès par l.ycopliron, 
V. 33. — 8 Cf. le début de cet article; Prellor, Griech. Afythol. Il, p. I7G, n. 4. 
— 9 Wilaniowitr, Op. cit. I, p. 297, fait remarquer avec raison ijue bien des traits 
de la légende «l'Ampliilryon, son expédition contre les Téléboens el les iles des Ta- 
pliieos (à 1 occident de la Crècc), ses rapports avec Képhalos de Tlioricos, etc.. ral- 



C'esl ce héros tirynthicn que les Béotiens, peut-être par 
tin emprunt do poème à poème, transportent clie/, eux : 
ils le substituent à leur Héraclès national, qui était chez 
eux lils d'Amphitryon, héros indigène. Cette combinaison 
des deux légendes se trahit, dans la nouvelle version, 
par deux traits: la généalogie nouvelle imposée à Am- 
phitryon, qu'on stippijsa originaire d'Argolide, mais exilé 
à Thèbes, et la fable immorale de la double union, 
presque simultanée, d'Alcmène avec Zeus et avec Am- 
phitryon '". Quant à l'Héraclès béotien lui-même, il n'a 
pas disparu; il survit en Iphiclès, le fils d'Amphitryon, 
personnage écli|isé par son glorieux doublet, Héraclès. 
En effet, non seulement on retrouve peut-être les mêmes 
éléments dans les deux noms" ; mais d'autres traits 
montrent en eux des figures parallèles: ils sont braves 
tous deux; on voit Iphiclès associé à quelques-uns des 
exploits de son frère divin, il épouse la plus jeune fille 
du roi Créon, et Héraclès l'ainée ; il est, comme lui, 
pendant un temps, au servici? d'iïurysthée ; enfin il est le 
père d'Iolaos, le fidèle cotnpagnon du héros '^ 

Au surplus, la naissance d'Héraclès, fixée par la grande 
généralité des témoignages, à Thèbes, est supposée, par 
d'autres traditions, avoir eu lieu il Tirynthe même " : 
c'est une survivance de celle autre tradition, sans doute 
plus ancienne, qu'on trouve dans l'épilhèle de Tiri/nihius 
donnée quelquefois ii Hercule parles poètes latins ''*. 

Les circonstances de la naissance du héros indiquent 
aussi une influence de la tradition argienne. .Nous y 
voyons en efl'et intervenir Héra, dont la haine envers 
lui paraît d'un caractère nettement argien [section III]. 
Celle haine se manifeste dès avant la naissance. D'après 
le récit de V Iliade, au moment où Alcmène va être prise 
des douleurs de l'accouchement, Zeus annonce à l'as- 
semblée des dieux qu'il va naître de lui, en ce jour même, 
un rejeton qui sera le maître de tous les Argiens et de 
tous les descendants de Persée. Héra, qui a son plan de 
vengeance, lui fait confirmer cette prophétie par un 
serment solennel ; puis elle vole en Argolide, oii elle hâte 
l'accouchement de la femme de Sthénélos, un descendant, 
lui aussi, de Persée à la troisième génération el par con- 
séquent de Zeus : celle-ci met au monde un fils qu'elle 
portail depuis sept mois. Puis Héra relarde les couches 
d'Alcmène. Zeus est lié par son serment : c'est Eurysthée 
qui en bénéficiera, et Héraclès, pour remplir la prophé- 
tie, servira auprès de lui '\ 

taclienl ce liéros bien plus an cycle tbébain qu'à celui de l'Argolide. — 10 Le processus 
de la formation de celle légende sérail le suivant, d'après Wilamowitz (ibid.) : l" un 
poèm.^ argien ; ^'^ un ancien poème béotien dont il ne reste que quelques souvenirs : 
3" le fragment (pii ouvre le /Jourlii'r d' fltlraclès en serait une réminiscence; 4° c'est 
le sujet utilisé par Kuripide dans sa tragédie perdue A'.Mcmène. Sur le dénouement 
de ceUc tragédie d'après un vase peint, voy. Lngelmanu, Beitrâge zu Karip. I, 
Alkmiii.e, Berlin, ISS2 ; Decliarme, Euripide, p. 201 et suiv. Anipliitr\ou n'y appa- 
raît pas comme l'épouv résigné qui est devenu populaire. — '< Voy. p. 79 el note 6. 

— 12 Voy. l'art. Iphîk'e.^ dans le Lerikon do Uosclier. — 13 D'après Diodore. IV, 
lil, Ampbilrvon n'est exilé de Tirynthe qu'après la naissance d'Héraclès ; c'est aussi 
ce qui résulte du récit d'Apollodore, 11, 4, 0, 1. Une légende pliénéate, rapportée 
par Paus. VIII, 14, 1-2, supposerait même qu'Héraclès, exilé de rirynllie par Eurj'- 
stliée, ne serait parvenu à Tlièbes qu'à l'itgc adulte, el après un séjour à Pliénéos. 

— Ik Virg. Aeii. VII, 602. — 1^ U. XIX, 98-133. On peul se demander si. dansée 
passage, les mots ' \'t.x-^i;,r_ -iXitih'j.... . . v,\ 0y.6^ (v. 99) ne proviennent pas de la lé- 
gende postérieure qui a localisé la naissance à Tlièbes. La scène, lelle qu'elle est 
racontée après ces mots, est en elTel conçue comme se passant tout entière en Argo- 
lide. Il n'est pas dit qu'IIéra. après avoir liàté les couches de la fenmie de Sthé- 
nélos, se transporte à Tlièbes; cf. aussi lev. 122; Wilamowili, Op. cit. I, p. 296, 
n.50. Voy. encore Paus. IX, 11, 3; Diod. IV, 9, 4 ; Ov. Melam. IX, 283 et suiv. ; 
Héraclès allaité par Alcmène est représenté sur un miroir étrusque ; Gerhard, 
Etntsk. Spiegel, cxxv = B.ibelon el blanche!, Cutal. des bronzes delà Bibl. Nat. 
n- IJS4. 



lIKIt 



— 83 — 



iti'i; 




A'/l/(lil<v fl yi'ii/lfitc 1! t">l «■liriiii- lliTil i|lli t>IIVi)ic 

ili'ux si>i'|ii'nt> |Miui' l'IoiilVci' ll)M'iii'li'> (liiii-< Miii l)i>r('i<itu ', 
niyllii' ou l'iiii a pu ri'cniiiiaitrr iiuc s.irliiuli' llu*l>uiii(' dt; 
riiydri' (!)■ I.ci'ui- et l'iuia^c du |ii'iMuii-r ti'iiiMi|ilic du 
sidi'il, i\ XIII lever, sur les Irnelirc-. de la iiuil ', >>u i|ui 
est |ii>ul-cti'c lie, |iiiis>iiii|di'iiiciit, l'oiiiiiic ou l'a e\|dii|iii' 
livec iiiKi'iiidsitc, d'une inli'i-|iri'laliiiii de lerluines 
images e(;\|>lieiiiies '. On sail cniuiiieiit l'iiidaiv i-l ThéU' 
erile oui illuslie eelle l'aille dans de Irôs beaux vers ^ 
Lede\iu Tiresias, a|>|iele en <-iiii-;ullatii>n a|)rès l'oxploil 
du jeune enlanl, |iredit ses destinées KJorieuses. L'arl à 
son lour s'est oinpuré de le iiiolil', mais seulement à 
partir ilu v" sii^cle et l'a fréiiuemmenl re|)résenlé sous 
diverses l'oriiies. On le lioiive par exemple sur un beau 
vase allique de style sévère, où Alcmène emporte Iphi- 
elùs dans ses bras'. Ce même inolif avait inspiré le 
peintre Zeuxis dans un tableau dont l'iine nous a con- 
servé la description '■ : (l'ai>rès ces indications, on a 
pensé reconnaitre une imitation du tableau de Zeuxis 
sur une hydrie de beau style, qui a appartenu à la 
collection Caslellani ; Alcmène ellVayée s'enfuit ; Iphiclès 
lenil les bras; Héraclès, couché à coté de lui sur une 
klinè, étoutTe un des monstres dans chaque main ; 
Atliena assiste à la scène'. Sur les monnaies de Thèbes 

du \° et du iV siècle, Hé- 
raclès est seul, soit ac- 
croupi, soit agenouillé, 
étouffant de même les 
serpents dans ses mains 
(fig. 3753 I * ; un motif 
semblable se retrouve 
sur des monnaies de difTé- 
renles villes, surtout dans 
les îles de l'Asie Mineure '. C'est aussi celui d'un joli bronze 
d'Herculanum, conçu dans l'esprit des sujets de genre de 
l'époque alexandrine, comme VEnfani à Co>e : Héraclès 
enfant, dans la posture agenouillée, étrangle les ser- 
pents : il repose sur une base où sont représentés huit 
de ses travaux '". Citons encore un miroir corinthien 
du ï\' siècle"; entin, à l'époque romaine, une peinture 
d'ilerculanum '- et une patére du trésor d'Hildesheim 
(t. I", fig. 974). 

Un imagina, mais à une épo(|ue relativement récente, 
qu'Héraclès avait été allaité, mais seulement pendant 
quelques instants, par Héra elle-même, abusée par un 
complot de Zeus et d'Athéna. La scène se serait passée 
soit dans le voisinage de Thèbes '^ soit près d'Argos'S 

1 Apollod. II, 4. S; Diod. IV, 10. On trouve aussi rapportée dans le passage cite 
dWpollodore l'absurde inlerprétaliou de Pli<>ri-cyde, d'après lequel c'est Amphitryon 
qui aurait envoyé les deux serpents pour mettre à l'épreuve le courage des deux 
enfants et reconnaître parmi eux son fils vi'rilaljle. — 2 Decliarnic, Mylhol. grecque, 
[>. 477. — 3 Clermont-Ganncau, Myttiol. kouoijraphiijue, P;iris, 1878. Ce mylbe se 
ratlache d'ailleurs aux nombreuses légendes analogues qui mettent les héros ou les 
dieux aux prises avec des serpents ou dragons [dbaco, p. 403]. — i Pind. Xem. 1, 
39-66 ; Tlieocr. Id. XXIV. — b Gaz. archéol. 1875. pi. 14, p. 63 sqq. (Lenormant). 
— 6 Plin. XXXV. 6:i : « Hercules iufaiis dracones strangulans. Alcmena matre 
corara paveule et Aniphilryone. » Cf. Pbiloslr. jun. Imarj. 3. On ne sait rieu sur la 
date et l'auteur d'un sujet analogue que vit Pausanias à l'Acropole d'Athènes, I, 
-*' 2. — ■> Afoimm. deW Inslit. XI, pi. xlui, i. - 8 Meeue de numism. 1863, pi. ii, 
i ; P. Garducr, Types of greelc coins, pi. ne, 48 ; VII. 23 ; Brit. .Vus. Guide, pi. xu, 
ï"; Ilril. Mus. Calai. Vlll, pi. xii, 8.-9 Éphèse, Samos, Cnido, lasos, Rhodes, 
Lampsaque. Zacyudic, Crotone : Waddington, Mél. de imiuism. Il, p. 7 et suiv. ; 
Head, Hist. iium. p. 4!id 5t82; P. Gardner, Types of greek coins, pi. v, 10; pi. vui, 
I; Brit. Mus. Calai. X, pi. xix, 16; Brit. Mus. Cuide, pl. xsni, 34; Duruy, Bist. 
des Grecs, 1, p. 83. — lo Clarac, Musée de sculpture. V, pl. 783. 1935 A = Bau- 
mcistcr, Benkmaeler, lîg. 721. Autres statues ou statuettes dans Clarac. ibid. 1933- 
1960 ; Bahelon et Blancbet, Calai, des tirouzes de In DM. .Vation. a" 589-500; au 
a° 591, un remarquable bronze rcpréseulc Iphiclès ellrayé par les serpents = Gaz. 



Fig. 3733. — Hercule étoulTaut losserpents. 



siiitdiiiis I olMMpe, iiu Hermès aurait porté b; nourrisson 
il liera |ieiidiiiil son somiiieil ; mais lu déesse, lisoii réveil, 
aurait brusi|iieiiienl rojolé l'enlanl, ol du luil i|ui jaillit 
alors de son sein se serait tonnée la Voie Lactée '*. H 
>eiuble(|iiece ri'cil ail ele forge pour expliquer l'apotliéose 
tinaledii héros, qu<d(|ues gouttes du lait divin ayant sulli 
pour lui assurer riiiiiMortalile. I.i en ,.|l'i.i, un miroIrélruH- 




wmii 




^\S s' 
Fig. 3754. — Hercule allaité par Junon. 

que ('fig. 37oV) fait de l'Héraclès nourrisson un homme 
adulte et le suppose peut-être au terme de sa carrière 
terrestre""'. Homère ne sait encore rien de cette légende. 

C'est à Thèbes même que, d'après la grande généralité 
des légendes connues, se passent l'enfance et la jeunesse 
du héros. Comme .\chille. qui fut confié aux leçons du 
centaure Chiron '", Héraclès fut instruit dans la sagesse 
et la vertu par le pieux Rhadamanthe, et reçut des leçons 
de musique de Linos. Une coupe de Pistoxénos le repré- 
sente se rendant à l'école du chantre, sous la conduite 
dun pédagogue". 11 est clair que cette tradition est 
d'origine très récente ; elle doit peut-être sa naissance à 
la comédie et au drame satyrique d'Athènes". Cette 
provenance s'accuse surtout dans le trait de brutalité 
attribué à Héraclès, qui assomme son maître d'un coup 
de cithare, de plectron, ou de chaise -". 

Après ce meurtre, Amphitryon l'envoie sur le Cithéron. 
Il y vit parmi les bergers, comme Apollon chez Admète, 
et y développe ses forces au grand air. A dix-huit ans, 
il tue à la chasse un lion qui dévorait les troupeaux 
d'Amphitryon et de Thespios ou Thestios, le roi de Thes- 

arch. 1873, pl. 16. — u Alhen. MMheil. 1S7S, taf. X. — 12 Helbig, Wandgemaelde, 
r." 1123. Autres références dans Heydemann, Arch. Zeitung^ 1868, p. 33 et suiv. 
(pl. iv): 1869, p. 37; Mylonas. Ath. Mitih. 1878, p. 267. L'ne patère d'argent d'Hil- 
desheim, représentant Héraclès en buste étouIVant les serpents, a été reproduite, art. 
CAEUTUn.», fig. 974. — 13 Paus. IX, 25, 2. — l'> Diod. IV, 9, 6; cf. Lycophr. 1328 : 
Anthol. Palat. IX, 389. — !'■ Hygin. Poet. astron. II, 43; Eratosth. Calaster. 4). 
D'après d'autres, c'est Hermès qui fut allaité par Héra. .\ la môme légende se rap- 
porte peut-être le motif d'une belle hydrie de style sévère où Iris poite Héraclès en- 
veloppé dans un manteau, Gerhard. Auserl. Vas. 83. Représentation douteuse dans 
un groupe du Musée Chiaiamonti au Vatican, Baumeisler, Denkm. lig. 720; Hel- 
big, Fûhrer, 1, n" 78; Overbeck, Kunstinyth. Atlas, IV, 11. — Ï6 Gerhard, Etrusk. 
Spiegel, (26. — *7 La tradition donnait-elle :iussi à Héraclès Chiron pour maître ? 
L'ne peinture de vase â figures noires {.\rcli. Zeit. 1876, taf. XVU cl p. 199) peut 
le faire croire : sur une face, Hermès porte le petit Héraclès dans un manteau ; au 
revers, Chiron étend la main en signe de bienvenue. — 18 Annali, 1871, tav. F, ot 
p. 86 et suiv. ; reproduite dans Roscber, t. II, p. 2U59, et Baumeisler, Denkmaeter, 
III, fig. 2I3S. — 13 0. Jahn, Ber. der sâchs. Geseltsch. 1833, p. 143 et suiv., cité 
dans l'art. Linos du Lcxiko'i de Roscher. p. 2057 et suiv. Ou trouvera, dans ce 
dernier articîe, toutes les références à cet épisode. — 20.\pollod. H, 4, 9 ; Diod. III, 
67; Aelian. Var. Hist. III. 32. Voy. Héraclès assommant Liuos à coups de chaise 
sur le vase publié par 0. Jahn, /. c. jil. x. I, 



iii:ii 



sv — 



HER 



esMin.yensd-Or- ^// /// /// /// /Jl LU LU Ul LU U/ LU LU Ul LU U/ U/T/r/jT^ riante, rapportée 



pics: aventure qui semble calquée sur celle du lion de 
Néméc '. Tandis qu'il était Thnle de Thespios, occupé à 
guetter le lion, il s'unit en une seule nuit aux cinquante 
nilesdu roi-. On a interprété cet épisode d'une manière 
syuiholiquc: les Thespiades, comme les cinquante filles 
d'Endymion et de Séléné à Elis, seraient une ])ersonni(i- 
cation des cinquante mois lunaires du cycle penlélérique 
des Erotidia àThespies,fêles dont Héraclès fut considéré 
comme fondateur, et son union avec elles correspondrait 
à la division du temps, marquée à la fois par les révolu- 
lions de la lune et du soleil'. Nous croyons plutôt que 
celte fable est le souvenir, traduit en un langage popu- 
laire et grossier, d'une fusion entre deux nationalités à 
Thespies, où les familles nobles, les oaac-j/o!, prétendaient 
remonter à l'union des Thespiades cl d'Héraclès''. 

Un autre expldit de l'Héraclès thébain est associé à 
des souvenirs historiques. Il s'agit de l'ancienne lutte 
dcThèbes contre 
1 

chomènc. Depuis 
une vingtaine 
d'années, Thèbes 
payait à Orcho- 
mène, en expia- 
tion d'un atten- 
tat commis aux 
jeux de Poséidon 
à Onchestos, un 
tribut annuel de 
cent bœufs. Hé- 
raclès retournait 
à Thèbes, paré 
de la dépouille 
du lion qu'il ve- 
nait d'abattre, 
quand il rencon- 
tra le héraut du 
roi Erginos qui 
venait réclamer 
le tribut. Il lui 

coupa le nez et les oreilles\ et le renvoya les mains liées 
derrière le dos. Une guerre éclate: Amphitryon s'y distin- 
gue avec ses deux fils ; Héraclès, équipé par les mains 
d'Alhéna, défait les Minyens et les soumet à un tribut 
double de celui qu'ils exigeaient ^ D'après une autre ver- 
sion, il détruit la ville cl brùIe le palais d'Urchomène"^, 
soit après une victoire, soit en provoquant une inonda- 
lion du Copaïs, dont il bouche les dégagements". Am- 
phitryon périt dans la guerre. Le roi de Thèbes Créon ré- 
compense les deux fils de son allié en leur donnant en 
mariage ses deux filles, l'ainée, Mégara, à Héraclès, lu 
cadette, Pyrrha, à Iphiclès. 



1 Sujet d'un Lil.lcaii d'Kullijcralis, Plin. XXXIV, 66. — 2 Fans. IX, 27, S ; cf. Oiod. 
IV. 29 ; Aiiolloi, 11, 4, 9 ; AUicn XIII, *. — 3 Voy . sur ce point Prellor, (3r. Mijlliol. 
II, p. ISO et Dccltarnie, J/y//ioî. flr. p. Ï78. 0. MiilliT. Dor.er, I. p. 3iSsq. rappelle 
qu'.i Nt'niéc un honorait 360 compagnons d'lléracli>s (Aelian. Yar. Hix/. IV, ':> sqq.), 
qui représentent évidemment les jours de l'unnéc. — '► Wilamowilz, Op. cit. p. 279, 
n. 29. — "» Rosclicr, Leiikan, I, p. 1301. Devant une porte do Thèbes, on coDSa- 
craàliéraclés une petite statue, avec l'épithètc de j.;,',/'/*.-» j^rr.;, qui rappelait ce fait, 
l'aus. IX, 25,6. Unvase représcutclalulte entrelléraclèset Erginos, AtcIi. Zfitimg^ 
1873,20; I8-9, 186; cf. i<!xi*oil, ll,p. 1302. — «Aiwllod. Il, 4, II. D'après Wclcker, 
Ep. Cykliis, \, 253 et suiv., celte guerre e^t le sujet de la Minyaiîe. — ' lliod. IV, 
10, 3-5. — S Paus. IX, 36, 5 ; table Albani iVorp. imci: qraec. S9S4), 3-8 ; Diod. iV, 
18, 7.-9 Déjà nommée dans lOdijss. XI. 209. — lOV. 1002-1006. On montrait à 
Tlifbrs celle pierre, qu'un nommait Aî'fto; ouss'.viar^ç, Paus. X, 11, I. — H Ho- 



Ih'-mence. — La légende de l'Héraclès thébain se ter- 
mine par un accès de folie, qui lui est inspiré par liera 
et qui lui fait massacrer ses enfants à coups de flèches et 
de massue. Cet épisode a inspiré, comme on sait, la Ira- 
g(''die à'Ilérfflh furieux d'Euripide, qui d'ailleurs le 
place à une époque beaucoup [«lus avancée de la vie du 
héros, et qui tempère l'horreur du dénouement par 
rintervenlion bienfaisante de Thésée. Les détails diiïèrenl 
suivant les versions''. Dans Euripide, Amphitryon, dont la 
vie est prolongée jusqu'ici, échappe à la fureur d'Héra- 
clès par la protection d'Alhéna, qui arrête le héros en 
lui lançant une pierre en pleine poitrine '" : Mégara suc- 
combe avec ses trois fils. Dans tous les autres récits, la 
fureur d'Héraclès n'atteint que ses enfants ". Les repré- 
sentations de celle scène ne semblent pas avoir été fré- 
quentes : nous n'en connaissons qu'un exemple, celle du 
vase d'Astéas au iv" siècle (fig. 37.j.''ii, qui est conforme 

à une autre va- 




Fig. 37 



Hercule furieux. 



parApoUodore'-: 
Héraclès y brfile 
le mobilier de 
sa maison et va 
jeter dans les 
flammes un de 
ses fils ; Alc- 
mène, lolaos. 
Mania (la Fo- 
lie) assistent à 
la scène ; Mé- 
gara s'échappe 
épouvantée. 

Faut- il voir 
dans cette fable, 
comme on l'a 
voulu, une image 
de l'action per- 
nicieuse du so- 
leil, qui brrtle en 
été la végétation 
qu'il a fait éclore au printemps'^'? Nous pensons que, 
loin de traduire une des idées fondamentales du mythe 
d'Héraclès, cette légende, qui est d'un caractère parti- 
culier et qui détonne plutôt avec l'ensemble de ses aven- 
tures, est d'une invention assez tardive et n'a été ima- 
ginée que pour relier la jeunesse du héros à sa servitude 
auprès d'Eurysthée '". C'est en effet, à la suite de ce 
massacre, qu'Héraclès se rend auprès de la Pythie, qui, 
en manière d'expiation, l'envoie se mettre au service du 
roi de Tirynlhe. 

Ici s'arrête le cycle thébain. Si l'on défahiue les traits 
qui manifestement sont empruntés à Argos, ou ceux qui 



mûre ne fait p:is allusion à la démence; dans Od. XI, Mégara est présentée en 
des termes qui excluent l'hypothèse qu'elle a succombé sous les coups d'Héraclès, 
V. 270. Cf. Paus. X, 29, 3. D'après Pausanias encore. IX, 11, I, on montrait â 
Thèbes le tombeau des enfants seuls. De même Pindare. Isthm. III. 80. parle 
seulement de la mort des huit fils de Mégara; encore ne rappelle-t-il i)as les circoQ- 
slanccs de leur meurtre. Sur le nombre cl le nom de ces enfants, v. les textes cités 
par WilamOHilz, Dp. cil. I, p. 323, n. 109. — 12 Apollnclod. Il, 4, 12. Kavet cl Colli- 
giion, Hist. de la cvramiqiie grecque, fig. 113, frontispice du ch.ip. xvni; Mo- 
nnmenti, VIII, 10; lîaumeisler. Denkm. I, fig. 732. — 13 Preller, Op. cit. Il, p. 182, 
cl llecharme, Mtjtli. gr. p. 479. — Il WilamowilT,, Op. cit. p. 323-327. Il n'y a 
qu'une fausse analogie entre cet épisode et le meurtre accompli par ,\IcalIioos sur 
un de ses fils {Ibid. n" l ir, b). De même, il ne semble pas qu'on puisse établir, comme 
le x-eul Preller (II, p. 87), de rapprochement avec l'égarement de Belléroplion. 



iii:ii 



— HS — 



iiKi; 



siitil iiiiiiKiiics piiiii' siiiiiliT li'n tli'u\ l'i'cits, uti voit i|iif 
U'S uvi'iiluri'-. (liml le sit'm' csl à Tlic'lii's su ri'(iui<^i'iil à 
fiirl |i«u ili' uliost>, il i|iii'l(|ii)>s sci^ncs <r4'iiriuir« cl de 
jt'iiiu'ssc, ol i\ uno cx|)i-(litiiiii guiTrii'ri'. Iloniclt^s n'osl 
pus i\ 'l'Iit^lit^s iiii lii't'os (ranti<|Uf soiirlif indi|(ùni>; son 
culli* si'iiihlf y uvoii- l'ti' iiiipiirh' aiir("'s celui des licros 
vruiiiictit luitidiiiUix, lladiiuis, Scinde, lluriiioiiia '. Son 
souvenir |>oni-lant y éliiil lr(''s honoré ol Irùs vivant : 
l'indare \ rcxicnt sans cesse. Devant la porte MIectrae, 
et en face du sanctuairu d'Apollon Isniénien, on mon- 
trait i\ Tliùlies les ruines de lu maison d'Amphitryon, le 
nionutiienl ih'dii- aux lils de Mi'f^ara, cnlin riléraclt'ion, 
i|ui reiileruiait deu\ statues du héros, un antii|UO xoa- 
noM, o'uvre di' Dédale, et une autre plus l'éccnle. en 
inurhre lilanc, des 'l'iiéliaiiis Xénocrilos cl Kuhios, 
connu<' sous le nom d'ilciaclès Promaclios. l,a décoration 
sculpturale du li'iii|)le elail de la niaiu de Praxitèle-. 
.\ ce lempli' attenaieiil un gymnase el un stade aux- 
quels Héraclès avait éjj;aleinenl donné son nom''. 

Enfin c'est également de la légende Ihébaine que pro- 
vient le personnage d'Iolaos, le neveu el le fidèle compa- 
gi\on du héros, (|ui avait à Thèbes son héroon el y avait 
également donné son nom à un gymnase et à un stade K 
Fils d'Iphiclès et d'une fille d'Alcathoos, lolaos suit 
Héraclès dans un grand nombre de ses expéditions guer- 
rières; il conduit son char el combat à ses côtés. Il joue 
notamment un rôle important dans la lutte contre 
Cycnos, célébrée par le poème thébain du Bouclier 
d'Héraclès ''. Les légendes l'ont ensuite associé aux 
autres aventures du héros. Héraclès lui céda sa femme 
Mégara, et c'est lui qui lut, après sa mort, le protecteur 
des Héraclides''. 

III. Légende arcienne. — La servitude chez B'iinjslhée. 
— Héraclès, souillé du meurtre de ses enfants, dut aller, 
sur l'ordre de la Pythie, se mettre au service d'Eurys- 
Ihée ; l'oracle de Delphes assure ainsi les engagements 
pris par Zeus avant la naissance du héros. La haine 
d'Héra suit son cours ; c'est elle qui suscite les monstres 
qu'il ira combattre ; elle le harcèlera ainsi pendant sa 
vie tout entière, jusqu'au jour où aura lieu sa réconcilia- 
lion avec lui el l'admission d'Héraclès dans l'Olympe. 

Quel est le sens primitif de cette donnée? Les parti- 
sans d'une explication naturaliste y voient la traduction 
évidente de l'antagonisme entre Héra, la déesse jalouse 
et querelleuse, qui trouble le ciel, la mère de Typhaon, et 
le héros solaire qui doit dans sa course vaincre les nuages 
et les tempêtes ". D'après une Uiéorie récente *, il y a là 
une déformation, faite par les Grecs, d'un mythe préhel- 
lénique, qui admettait la subordination du dieu solaire 
;\ une déesse de même essence que lui. Ne faudrait-il 
pas voir plutôt, dans cet antagonisme, qui a, semble-l-il, 
son expression la plus nelte à Argos, la traduction d'un 



1 0. Huiler, Dorier. I. p. 432 ol suiv. _ 2 H;ius. IX, 11, 6. Il s'agit soit ilcs 
frontons, soit des métopes: Uvcrbcck, Griech. P/astik, 3* éd. I, p. 380; Murray, 
HIsf. of fjveek scitlpt. Il, p. 279 sq. — -i Paus, IX, H, 7. On peut citer comme un 
exemple signifioatifdu développement de la légende d'Héraclès ce fait (pi'on l'associa 
aussi â l'histoire d',\ntigonc. Il intercède auprès de Créon dans une scène qui décore 
une grande anipliore trouvée â Kuvo (fin du iv« siècle) ; Monnmenti, X, pi. xvi el 
Klilgmanii, Annati, lR76,p. 173-197; Rayet et Collignoii. fîist. de ta cn-am. pi. xu 
el p. 303 ; c'est peut-être la donnée de VAiitif/oiie d'Euripide. — '* Paus. IX, 'J3. 1. 

— ^ V. 90 et suiv. — G Voir, pour le détail de celle légende et les représentations 
(igurécs. Uosclier, Lexikon^ ait, lolaos. — 7 Decharme, Mythol. gr, p. 480. 

— 8 Tumpel, PAiWojJis, 1891, p. 610 et s. — Wilamnwil?., Op. cit. p. 29.5. 

— iO Prcller, 0/). <!i(. p. 18S; art. Eiiri/sl/ieus du Lexikon. Voy. Oïl. XI, 162; 
Scut. Hen. 91 ; Apoll. Rliod. 1, 1317; Àpollod. II, 5, I ; Diod. IV, 12 ; Nicol. Da- 



conllil cle deux cultes el di- deux ruces'.' Les enviiliisselirs 
doriens, adoraleius d'IlcracléH, se Honl introduits par lit 
i;on(|uéte au milieu dos populutiouK indigènes, dont 
Héra élait la divinité naliimule : l'Iioslilité des deux divi- 
nités se sera fixée dans la h'-gende avant la fusion des 
peuples''. Pour légitimer leur con(|uéle, les Doriens, 
Hiiiitres tl'Argos, ont raltaclu' leur IléTaclès, par sa 
mère Alcniène, Ji l'antique dynastie des l^erséidos; puis il 
a lallii explir|uer comini'iil il a éti- dépossi'-dé de son pa- 
trimoine, el soumis, pendant son existence terrestre, il 
un homme inférieur ii lui. La raison qu'on aura alléguée, 
c'est la jalousie furieuse de la diWîsse (|u'adoraient les 
Argiens. Puis l;i lilli''r;iture s'est cm|)arée de ce llième 
fertile de la uiarAtre vindicative et en a tiré de riches 
di'veloppemenls. Ce ([iii |iaraitrail donner quel(|uc vrai- 
semblance à celle dernière liypolhèse, c'est le c;ira<;lère 
sacrifié du personnage d'E-uryslIiée, traité de bonne lieure 
dans la légende dorienne d'Argos comme un être aussi 
li\che que faible. Il treinbh; devant le héros redoutable 
qui subit sa tyrannie; il évile son contact; il se cache 
dans une cuve, quand celui-ci lui rapporte, vivants, le 
lion et le sanglier; il a un serviteur aussi grotesque que 
lui, Copreus, c'est-à-dire « l'ordurier », qui sert d'inter- 
médiaire entre eux'". Cette caractéristique semble trahir 
une origine dorienne : on a ridiculisé l'homme au(|uel 
est asservi, par la fatalité, le héros de la race conqué- 
rante. En tous les cas, ce qu'il faut renoncer à retrouver 
dans cette donnée, c'est l'idée d'une purification im- 
posée à Héraclès. Cette dernière conception, associée à 
l'histoire du meurtre des enfants de Mégara, ne doit être 
qu'une inlerprétalion postérieure de la servitude". 

Le cycle des douze travaux. — De très bonne heure, 
parmi les exploits accomplis par Héraclès, la légende en 
a spécifié quelques-uns comme ayant été entrepris sur 
l'ordre d'Eurysthée. Parmi ces derniers, l'Orfi/ssée ne cite 
encore que l'aventure de Cerbère '" ; d'autres, comme le 
lion deNémée et l'hydre de Lerne, y ont été joints très 
anciennement '-^ Mais il n'est pas vraisemblable que le 
cycle complet des douze travaux, tel qu'il nous est donné 
par les mythographes, ait pris naissance primitivement 
à Argos, comme on l'a prétendu ''". Tout au contraire, 
on est frappé du lien très lâche qui rattache beaucoup de 
ces exploits à la légende argienne; la haine d'Héra et 
les ordres d'Eurystée n'interviennent d'ordinaire que 
comme causes déterminantes; il est tout naturel de 
supposer que la légende de chacun de ces travaux s'est 
formée dans la contrée même qui en est le théâtre, et 
que les difi'érents récits sont venus peu à peu se ratta- 
cher à la donnée qui leur offrait à tous un prétexte et une 
explication commune, la servitude auprès d'Eurystée. 

 quel moment ce cycle des douze travaux, désignés 
spécialement sous le nom d'iOXot '% a-t-il été constitué'.' 



masc. ap. Miiller, Frngm. hist. f/raec. III, p. 369. Copreus est déjà mentionné dans 
lliu'l. XV. 639 ; cf. Scliol. Ibid. — •' Cela résulte du récit do Vliiade, sur la 
naissance d'Héraclès, XIX, 1 1 7 el suiv., version qui ignore la folie. — 12 XI, 623. 
— );i lies. Theog. 313. 328. — !'• Wilaniowitz, O. (. p. 299 et suiv. Six des tra- 
vaux ont pour tliéAtro les environs immédiats d'.Vrgos el signifient l'assainissement des 
régions circonvoisines. la défaite des ennemis les plus proches {lion, hydre, biche, 
sanglier, oiseaux de Stymphale, Centaures du Plioloé) ; ipuitro étendent les prouesses 
du héros national jusqu'aux limites de l'horizon d'.^rgos : du Sud, Héraclès ramène 
le taureau, du ^ord les cavales, de l'Kst la ceintin'c d'Hippolyte, de l'Ouest les 
troupeaux de Géryon. Héraclès a ainsi terminé sa tâche terrestre (lc)i[xiç'~Tai yaTav) ; 
il lui reste à conquérir le ciel: c'est le sens de ses deux derniers travaux. Cerbère 
(défaite de la mort), pommes des llespéridcs (enti-ée dans limmortalité), — '^ Terme 
déjà employé par Homère, //. XIX, 133 ; Od. XI, 622. 



Il EU 



— 86 — 



HER 



Nous l'ignorons '.Il nest nullement prouvé, nous lavons 
dil -, i|uil faille rallrilnnT à VHihncPe de Ti^iindre. 
U'aprùs la description de l'ausanias, les (ravau.r restent 
encore confondus avec beaucoup d'autres aventures du 
héros ou d'autres sujets dans les motifs qui décoraient 
le Irone d'Amyclées ^; de même ils ne sont pas distin- 
gués dans la série des reliefs de bron/.e au temps 
d'Athéna Clialciœcos à Sparte '. Ces deux ensembles 
décoratifs, œuvres de Bathyclès et defiitiadas, datent du 
vr siècle"'. Il est assurément très digne de remarque 
que, dès la première moitié du siècle suivant, les douze 
travaux forment, a l'exclusion des autres aventures, le 
sujet des métopes du temple de /.eus à Olympie, sur les 
faces antérieure et postérieure des murs de la cella. 
Toutefois ce nombre de douze a pu être déterminé par 
la place dont disposait le sculpteur. Quant au choix des 
motifs, s'il est d'accord avec celui que nous trouvons 
dans les mythographes postérieurs, rien n'indique qu'une 
tradition ferme se soit déjà formée à cotte époque; s'il 
n'y a pas là une simple coïncidence, tout au plus peut- 
on conjecturer que les métopes d'Olympie ont contribué 
à lixer la tradition. L'ordre de ces travaux n'est pas con- 
forme d'ailleurs à celui qui a prévalu ". Au reste, ce qui 
prouve qu'au v= siècle ni le nombre ni la classification des 
travaux entrepris sur l'ordre d'Euryslhée ne répondent 
à une sorte de canon officiel, c'est qu'au Théséion dix 
exploits seulement sont représentés sur les métopes, et 
parmi eux deux ou trois qui ne font pas partie des 
aôXo! '. On en voit six réunis sur un vase à reliefs du 
même temps', et il est certain que de bonne heure on 
trouve groupés deux par deux quelques-uns de ces 
travaux qui ont paru présenter quelque affinité entre 
eux'. Dans les J'rachinieniies, Sophocle en a mentionné 
six ensemble'" et Euripide onze dvLusV Héraclès furieux ^\ 
mais sans suivre l'ordre des mythographes, et en inter- 
calant le combat contre Cycnos, qui est étranger au 
cycle. A l'Héracléiun de Thébes, Praxitèle, en représen- 
tant les mêmes travaux, en avait éliminé deux, qu'il 
avait remplacés par la lutte contre Antée '-. Nous ne 
connaissons que par une courte mention de Slrabon " 
l'ensemble décoratif exécuté par Lysippe pour l'Héra- 
cléion d'Alyzia en .\carnanie, et nous ne savons par 
conséquent ni si la série des douze travaux y était com- 
plète ni quels motifs il avait choisis. 

Ce qui résulte de ces indications c'est qu'au v" et au 
iV^ siècle, le cycle est en voie d'élaboration; il tend à 
se 6xer, et vers l'époque d'Alexandre il parait constitué, 
puisque Théocrite et .\pollonius de Rhodes y font des 
allusions précises". Dans la Bibliothèque d'ApoUodore, 

I Sur celle t|iic<lion, loy. Zocga, Uassirilievi, II, p. 43 et stliv.; Kliigiiiaiili, .lii- 
nnli. 186*. p. 30* cl suiv. : Mali, /4irf. 1868, p. iV) cl siiiv. — 2 Sccl. 1, sub fin. 
— 3 pausan. Ul, 18, sqq. ; !'.>. 1 sqi|. Voy. en dernier lied, l;i rccoitslilulion de Furl- 
waenglcr, Meistenoerke, p. 089 el s. — • Pausau. III, i", - ; T.'/tXi. (liv twv â6).wv 
'Hfa»ii-.j; ïoUà Si ««"t S> ittTi-.vTJ.î iaT"j«Mi7t. — '' Furlwaciiglcr, Op. cil. p. 718 
cl suiv. — G Oulre iliTcrses inleriersious, il Taut noter surtout que les «^-curies 
d'Augtatt sont à l'avanl-dcniiârc place, tandis qu'elles devraient occuper la sixième. 
On peut remarquer en outre (|uc les travaux classés les premiers dans le canon 
alexandrin se trouvciil sur la face occidentale, de sorte qu'on ne sait si l'artiste les 
a eu efTel considcr«'s comme leà premiers de la série. Il est très im|>nrlanl de rappe- 
l<>r que les travaux d'Héraclès ont occupî- aussi douic métopes du Trésor des Allic- 
nicus à Oelplic^, éditice dont la date est comprise entre 4'JO el *80. Mallicurcusemcul 
la mutilation d'une partie de ces mélopes n'a pas permis d'idcntilier tous les sujets. 
H. Ilomolle croit pouvoir recoiinailre dans celles de la face Ouest le lion de .Némée, 
Eurvslliéc, rliolos, Cycnos, liippolyte (?}, .\nléc, el sur la face Nord, la (jrryonie, 
qui se développait sur deux ou trois métopes; Coinjtt. rend, de VAcad. des Inscr. 
189*, p. 357 sq. : cf. Bull, de corr. hell. I»93, p. 6IÏ; 1804. p. lâi. On voit qu il y 
a quelque différence avec Olvmpie. Parmi ces métopes. M. ilomotle signale comme 



au II' siècle avant notre ère, nous trouvons pour la pre- 
mière fois une distinction explicite entre 1ns exploits 
(ju Héraclès entreprend spontanément et les épreuvesfiu' il 
all'i'onte sur l'injonction d'Eurystée, celles-ci au nombre 
de douze, classées chronologiiiuemenl, accomplies en 
huit ans cl un mois, occupant cnlinune place déterminée 
dans sa biographie ''. l'ius tard, le besoin croissant de 
systématisation amena à faire des distinctions nouvelles. 
Four classer plus méthodiquement toutes les légendes 
de la vie d'Héraclès, non seulement on surcharge;!, 
comme l'avait faildéjà ApoUodore, plusieurs des travaux 
du cycle (iOÀot) d'épisodes qui ne faisaient pas partie 
de la tradition primilive, mais on donna à ces épisodes 
un nom particulier, celui de -iosp-fa, quelqutisuns 
d'entre eux étant d'ailleurs aussi importants que les tra- 
vaux proprement dits; enfin tous les exploits qui 
n'avaient pas trouvé place dans cette classification 
reçurent le nom commun de Ttpâ^e'.ç ^''. 

Le nombre de douze n'ayant été arrêté qu'assez ré- 
cemment, il va de soi qu'il n'a aucune signification 
mythologique. Il a été suggéré peut-être par celui des 
douze grands dieux ; ce n'est qu'à l'époque éruditc qu'il 
a faitpenser aux signes du zodiaque'". Quant au choix 
des travaux qui y ont été compris, il n'y faut voir non 
plus aucune idée systématique; ils ne comportent pas 
tous la même interprétation, et chacun d'entre eux, 
comme aussi tous les autres hauts faits qui n'y sont pas 
entrés, doit être expliqué en lui-même. 

Dans l'exposé qui va suivre nous resterons fidèle à 
rénumération d'Apollodore, en intervertissant seulement 
le cinquième et le sixième travail, afin de grouper les 
trois aventures qui sont localisées en Arcadie. A chacun 
de ces travaux, nous joindrons aussi les épisodes (TrâsepYa) 
que les Alexandrins y ont surajoutés. 

1° Lion de Némée. — Cette aventure a sans doute été 
classée la première dans le cycle parce qu'on a supposé 
qu'elle procura à Héraclès l'insigne sous lequel on le 
représente d'ordinaire, la peau du lion qu'il venait 
d'étouffer : hypothèse d'ailleurs inexacte, nous le verrons 
plus loin, sur l'origine de cet attribut. Le lion a été ex- 
pliqué, soit comme symbole de la chaleur solaire, ce qui 
semble d'ailleurs contradictoire avec le caractère solaire 
qu'on attribue à Héraclès lui-même'*, soit comme un 
torrent qui ravage la vallée de Némée ", soit comme le 
tonnerre qui gronde dans l'orage'", et l'on cite à l'appui 
de cette dernière hypothèse la généalogie qu'on trouve 
dans Hésiode : le lion serait né de l'union de Chimaera 
(l'orage) el d'Orthros (la demi-obscurité) -' ; suivant 
ApoUodore, il est engendré par Typhon (la tempête)". 

parlicuUèremeul belle celle qui représente Héraclès menaçant Eurystliée, Compt, rend, 
de VAcad. 1894, p. 588. Cf. aussi Gabelle des beaux-arls, Ifi9.ï, l. XIII, p. 210 el 
SUIT. — 7 Lion, hydre, biche, sanglier, cavales. Cerbère, .\mazone, Cjcnos, Anlée, 
Hespérides. — " Furtn.iengler, Collect. Sabouroff, pi. lxxiv. — 9 tbid. Commen- 
Uirc, p. *. — '» Trachin. 109J et s. — " Herc. fur. 3*7 et s.; cf. 1Ï7I cl 
suiv. _ 12 Pausan. IX. 11. 2. — " SIrab. X, p. 459. — iv Theocr. XXIV, 80: 

Sw$Ex%... ]A'j/6'.-j; ; Apollon. Khod. I, 1318 : IxsÀ^va: ^lo^iovra 5'.(ÙJêx« -àvra; iîOAoj;. 

— tr, ApoUod. Il, 5. — Ifi Stcpiiani. Der ausruh. Herakîes, p. il*-215. Termino- 
logie indiquée dans Uiodnre IV, 28, surtout dans Hygin, Fab. 30-36, el dans la tahic 
Albani. Cf. encore l'énuméi-alion dans V Anthol. vet. II. p. 651 et suiv. Voy. des 
références sur différents cyrli-s cumplets ou partiels de l'époque alcxandrinc dans 
Preller. Grieeh. .Mythol. Il, p. 186, sur des sarcophages romains dnn; Slcphani, 
Op. cit. p. 199 et suiv. 21 i. i. )lômc après la constitution défmilivc du canon, les 
poètes usent d une certaine liberté en énuméraul les hauts faits d'Hercule ; Lucr. 
\,ii sqq.; Virg. Aen. VIII, 288 sqq.; Oïid. Melam. IX. 18i sqq. — n Maury, 
Helig. de ta Grèce antique, I, p. 536. — t8 Preller, Grieeh. Myihul. Il, p. 190; 
cf. Ilecharmp, .Vythol. ijr. p. 481. — 1^ Hursian, Geogr. Griechenlandu , II, p. 35. 

— io Scbwarlj, i^er L'rsprung der ilylhot. p. 215. — 2' Tlieog. 327. — 22 ||, s, |. 



Il Kit 



— «7 



iii:i( 



(!(> lion, li> >\>u\ iliiiil riiirttoii'i' li-^iMi<l:iii-i> inniitinniu' 
l'u\istt<iic(t t'ii (ii'i'i'i', t'sl l'viilciiiliifiit mu* iiii|)(ii'lali()ii 
il(< l'Oi'iciit ', t'ii (|ui ii'iiii|ilii|uiJ |iu.s iltiilli-urs ((uu l'iivi'ii- 
luro irilfrai'li's n'uil pas clf iiiiaxiiu-f pur les (irei-s tnix- 
iiitMiuvs. Klmc <-l lAi'lii' ilaiis lus prairi(>s par lliTa-, 
traiilrt"* ilist'iil liMulii- lio la lune', le l'aiiYt' n-sidail 
ilaiis lus mir«t's iltï iNfini^i' ; il l'Iail la li'i-rcui-ili! la i-cuioii. 
Ili-racliis rt'coil irHuryslIii'i' l'onlri' di' lui cii rai)pi)rliT la 
(li-pmiillc à 'rii'yiillK'. I.f Ihtos cssuyi' eoiilre Itii les 
llt'ciii's (II' son t'aripiois; rllf s'ciiuiussl'uI sur la pt^au ili' 
l'aiiinial, i|ui f^l iiiMilni'ralilc '. Héraclès pénùlru alors 
dans son anlri', l'i'IonlVc dans ses Iu'us, Ii- di-prcr i-l se 
l'int'-l de sa lii'poiiiili'. 'l'cl l'sl le ivcit sous sa l'orme la 
plus simple : il a ele surlunl illustré par la .viV /di/lli- 
de Tliéocrile. I,es poêles ale\;indrins el romains y uni 
ajoute l'épisode de Molorelios. Ce personna^'e, dont le 
nom signilie7((n/i»i(Vr, est un pauvre homme de la vallée, 
i|ui reeoil le héros avant el après son exploit. Molorelios 
elail sur le i>oin( île saerilier un houe, le seul (jn'il pos- 
sédât, (|uand son hi>ti' lui eonseilla d'allcndre trente 
jours, puis d'oll'rir un saeriliee soit à Zeus Soter, soit à 
lui-niènie s'il venait à suecomher. Le délai écoulé, 
Molorelios allait immoler la victime à Héraclès, quand 
eelui-ci revint \ielorieux '. 

De lionne heure, le eonilial eontre le lion est devenu 
un des sujets les plus populaires de l'art ^rec''. Faut-il 
voir le prototype de ce motif dans les nombreuses repré- 
sentations de l'art oriental qui montrent la lutte d'un 
homme armé contre un lion ", soit avec un sens symbo- 
lique, soit comme simple sujet d'ornementalion? Contre 
cette hypothèse, on peut alléf^uer que dans les plus 
anciens monuments de la céramique archaïque, Héraclès 
est représenté brandissant sa massue contre l'animal, 
molir qui est difTérent des sujets orientaux, comme il 
s'écarle de la tradition littéraire qui nous est connue". 
Tout d'abord le groupe formé par Héraclès et le lion 
est assez lâche'', puis il prend plus de cohésion, comme 
sur un relief de bronze d'origine péloponnésienne qui a 
été trouvé à Athènes ". Sur des monuments qui sont 
aussi très anciens, le héros, au lieu de la massue, est 
armé de l'épée, qu'il plonge dans la poitrine du lion". 
Sur les plus anciens vases attiques à ligures noires, on 
voitencorequelquefoisHéraclèscombattantavecl'épée '- ; 
mais le plus souvent Héraclès, se dirigeant vers la droite, 
étouffe du bras gauche le lion dressé devant lui ; le bras 
droit, quand il ne tient pas l'épée, s'associe au mouve- 
ment du bras gauche. C'est le molif d'un bronze d'A- 
rolsen publié i)ar M. Furtvvaengler ' ', et d'un groupe de 
bronze archaïque d'Étrurie qui ornait un candélabre, 

1 Maurj a élalli iiue le lion n'a jamais rt'siiU^ eu Grèce, Croyances et légindi s 
de l'aiïtiquité : le Lion de Né niée ; cf. aussi Wilamowitz, Op. cit. I, p. 290, n. 41. 

— 2 Hcs. Theog. 32B-3!0: Plut. De flnv. XVI, 4.-3 E|jim. ap. Aclian. ffistur. 
an'inat. Xli, 7 ; Herodor. Fi'a(/m. hist. graec. II, W sqq. — '* L'invulnérabilité 
ne semble pas un trait primitif. Elle est eu contradiction avec les plus anciens vases 
qui représentent Héracb^s perçant le lion avec l'épée ; cf. plus bas notes 1 1 et 12. Hésiode 
n'y fait pas allusion ; mais déjà Pindare, Isthm. V, 47, semble la mentionner («oçr.y- 
70V zji-A : Tbeocr. X\V, i74 sq.: Keiscb, Athen. Mitth. 1887, p. 121 et s. 

— '■' Apollod. /. c. : Virg. Georg. III, 19-, TibuU. IV, t, IS sqq. ; Martial. IV, 64, 
30; Stat. Theb. IV, 100, elc. — s On trouvera la plupart des références dans Mi- 
cliaelis, Aminli detl' Inslil. 1859, p. ilO el suiv.; Uciscli, Mitlheil. Athen. 1S87, 
p. 110 et s.: Kurtwaengler, art. cilé du Lexifcon, p. 219.) cL s. 2223, 22i.^. — 7 Opi- 
nion de Keiscb, art. cité, qui signale quel,|ues-uns des motifs orientaux les plus ca- 
ractéristiques, p. 121 sqq. — ^ rui-twacnglcr, /bid. p. 2195, — 'J Aimali, 1877, 
tav. CD, 2 ; /bid. 1859, lav. C, 1 ; Arch. Zeit. 1885, p. 250 (Nicosthénc). — 10 Cité 
par Rciscli, (. c. p. 124 ; AUf Denkm. I, 7,7 a. — o Reiscli, Ibid. p. 123, n. \, 
vases tcyméens?, de Florence, Mitthnt. liûni. 1887, p. n.j, n" 12-13; amphore du 
Louvre citée par Furtwaenglcr, /. /. ; A;in«/i, 1839, c. 2. — 12 Mitth. At/ten, 1887, 



et (|ui est au Cabinet des nodaille-,'- ; i e;,l ainsi eneoro 
qu il tant sans doute se repri-senler le même épisode sur 
le tri'ine d .\inycléeK'". 

Iles la lin du vi" siècle, lu seeiM- devient a la loi-, plus 
naturelle et plus vive, Héraclès «e jette sur le lion el 
l'eloulVe dans ses bras; il est debout ou agenouillé; 
d'ordinaire l'aninial pose sa patte sur la léle du héros. 
C'est le molif i|u on voit Iraili- sur les vas(?s.Ji ligures 
noires les plus récents el sur les plus anciiins vases il 
ligures nuiges '". (Jn le retrouve sur un beau relief de 
marbre atlique". Une amphore non signée d'Andoeidès 
présente la variante que voici: Héraclès est agenouillé, 
il a jeli' l'aninial sur son épaule ; de son bras gauche il 
lui eiiLiic II' CDU, cl de la droite lui saisit une patte'". 
l/arl griM-, à la belh; ('•[loqiie el jusqu'.ï la lin de la 
pi'riode gn-co-romaine, reste lidèle au thème qui avait 
déjà iirévalu dans l'archaïsme : Héraclès s'esl jeté sur le 
litm et l'éloiiffe. Il faut noti'r touti-fois que les vases 
attiques abandonnent ce motif. Les autres monuuienls 
continuent à le reproduire, en variant quelquefois les 
attitudes. Au l'in-séion, c'est la lutte du héros et du lion 
debout qu'on trouve encore ligurée ''. La rni'tope mutilée 
d'i)lyiii|iie a très heureusement innové en représentant 
la lutte aclievèt!, le héros aiqjuyanl le pied sur la bêle 
(|iril vient de terrasser, et posant sa tête lasse dans sa 
main, comme p;ir un sentiment de découragement à 
la pensée des épreuves qui l'atlendeiit encore. Parmi 
les nombreux monu- 
ments qui subsistent 
nous citerons encore 
un relief de bronze 
de l'ancienne col- 
lection Sabouroir^'', 
les belles monnaies 
d'Héraclée en Lu- 
canie (tîg. 3736) ^', 

les dioboles deTarente et de Syracuse--, enfin un certain 
nombre de statues ou statuettes d'époque romaine^'. 

2" Hydre de Lcine. — Dans la généalogie hésiodique-'", 
l'Hydre est fille d'Échidna et de Typhon. Elle semble 
personnifier un marais, dont les exhalaisons pestilen- 
tielles empoisonnaient la contrée de Lerne, sur les bords 
du golfe d'Argos; à moins qu'il ne faille reconnaître 
dans la lutte d'Héraclès contre elle une légende plus 
générale, ici localisée à Lerne, le triomphe du soleil sur 
les nuages, qui se retrouve dans celui d'Apollon sur 
Python, d'Indra sur le serpent Ahi ". En tout cas, un 
sens naturaliste parait ici clairement indiqué. On faisait 
de l'hydre un monstre à neuf têtes, dont huit étaient 

p. 123. I ; Berlin, Aiitit/uariii:)!. 1713, et sans doute aussi 1093: Gerliard, Aiiserlp.i. 
Vasenb. 93; Mus. Greg. II, 40, 1, 2. — 13 L. c, p. 2197. — ''. Cabinet des 
médattles^ n" 3464. Cf. un groupe de terre cuite arcliai'que, Mioervini, Terrecolte 
dt'l Museo Canipana, categ. 2, lav. 1. — la Paiisan. III, 18, 15 : ôÎï/uv -bv ï.£ovt'/. 

— IG Voy. les références dans Furtwaengler, /bid. p. 2197 ; nous citerons parmi les 
vases à figures noires, Gerliard, Aitierles. Vasenb. 11,93 = Baumeister, Detifcmaelet\ 
I, p. 053. lig. 722; Gerhard, Ibid. 238 (vase d'Ergolimos) : parmi ceux à ligures 
rouges. Munamenti delV In.ftit. VI, 27 A = Baumeistor, Jhid. p. 050. Sur plusieurs 
do ces représentations, la scène est complétée par la présence de personnages acces- 
soires, Athéna, lolaos (qui lient les armes du héros), la nymphe de Nérnée, Hermès. 

— n Miltheil. Atlu-n, 1887, pi. m, t. — IS Cit. Mn'. 68S fcité par Furtwaengler). 

— ii Monumenli.'H., 58, t. —20 CoUect. Saboiiroff, pi. cxi.vm. — 21 Gardner, 
Types ofgreek coins, pi. v, 6, 32; Arch. Zeit. 1883, p. 88 ; Head, Hist. mm. p. 59. 

— 22 Gardner, Ibid. pl. vi, 8; cf. Antiq. Ilosph. Cimm. pi. xx, 3; Head, Op. cil. 
p. 134, fig. 99. — 23 Glarac, .Musée de sculplim\ pl. 783, 1977; pl. 792. 1977 A, 
pl. 791, 1981 ; Babelon et Blanchel, Catal. des bronzes de la Bibl. Nation. n"5S3- 
583. — 24 Hes. Theog. 313 spq. —25 Sur les monstres analogues dans la mythologie 
grecque, voy. les articles dhacu, p. 403 et ecuih.na. 




Fig. 37.Ï6. — Hercule et le lion de Némée. 



lll'U 



— 88 — 



IIKR 



mortelles, une iinmorlelle. ICIle habilail le marais de 
Lenie, d'où elle s'élançail pour ravager les troupeaux 
de la plaine ; son souffle était mortel. Héraclès, envoyé 
par Kurvsllii'e pour en débarrasser l<;pays, arrive siirim 
char accompagné d'Iolaos. 11 sarrélo au pied dune 
colline, oii l'hydre a son repaire, non loin de la source 
d'Amymono. 11 descend de char et lui décoche des 
(lèches enllammées pour la déloger de sa retraite. Une 
lutte corps à corps s'engage ; armé d'une massue ou 
d'une sin-pe, Héraclès abat successivement les tètes de 
l'hydre, mais à cha([ue lois deux tètes ri-naissenl au lieu 
d'une. En même temps, un crabe sort de la mer voisine 
et attaque le héros aux jambes'. Héraclès l'abat, puis 
appelle lolaos à l'aide. C'.(!lui-ci met le feu à une foré! 
voisine, et avec les brandons (iullammés, brûle les têtes 
à mesure qu'elles tombent sous les coups d'Héraclès, 
lùilin la dernière est coupée. Héraclès l'ensevelit sous 
un rocher, il plonge ses llèches dans le venin de l'hydre 
et les rend ainsi mortelles-. 

Les plus anciens monuments ont représenté tantôt la 
lutte d'Héraclès seul contre l'hydre, tantôt la seconde 
phase du combat, celle où il est secouru par lolaos. Le 
premier motif est celui qu'on voyait sur le coffre de Cypsé- 
los\ sur plusieurs vases à figures noires' et que pré- 
sente aussi un fronton en tuf de l'Acropole^; dans ces 
monuments on voit Héraclès commencer le combat, 
soit avec l'arc, soit avec la massue, soit avec l'épée. 
Le crabe est ligure. Athéna assiste le héros; lolaos 
est resté sur son cliar. D'autres monuments (fig. 3757) 




lioraclùs vainqueur de riijdre. 



montrent lolaos aux ciMés d'Héraclès, tenant un tison et 
brûlant les blessures que vient défaire le héros; celui-ci, 
armé d'une faux ou d'une serpe, tranche les lètes'"'. 
C'est ce motif qui a été choisi pour la métope du Thé- 
séion, et aussi au temple de Delphes, s'il faut en croire 

' Panyasis ap. Eratostli. Cntaim-r. 1 1 : ApoUoJ. II. 5 ; cf. Merriam, ffercules, Bydra 
and Ceal, dans Ctassic. stiidies in Iwn. of H. Drisler, New-Vork, 1894. — 2 ApoII. 
/. c. D'après Fausan. U, 37, 4, c'est l*is:intlre qui aurait imaginé de donner ù 
l'hydre idusiC'urs lOlcs. Diod. IV, 11, 5-6; ilygin. Fali. 70—3 Pausan. III, 17,11. 
— * (jerliard, AuscrL Vas. Il, pi. xcv-xcvi; Hcydemann. Griech. Vas. pi. iv ; cf. 
Sludnicika, Jahrbucli, I, 87 sqq, — S 'E=r,'^. 4}/»ia. 1884, pi. vu; cf. 1885, p. i34 
sqq. ; Mitlheil. Alhen, 1880, p. 237 sqq. ; 33i sqq.; Jahrbuch, ibid.; Collignon, 
Scutpt. !)>■. I, p. 213, fig. loi. — 6 Roulei, JJulIcl. de VAcad. de Bruxelles, 
t. VII, II. 8; voy. encore deux vases corinthiens, Aicli. Zeit. 18:>0, pi. cixv; ilonu- 
meiiti, IV, pi. XLvi, i et tî ; et un beau vase atlique. Gerhard. Auserles. Vas. Il, 
pi. cxiïni. — 7 Ion. l'JO cl suiv. ; Honumenli, X. 38, i. — » Calai. Diit. Mus. 
IX, pi. XV, 3, 6, 8; Garduer, Types of yreel; coi:, s, pi. u, 7. Il semble que Cic<!- 
ron, De oral. Il, 16, 70, mentionne une statue de l'olycliMe représentant le com- 
bat contre l'Iivdre. — J Jamol, Bull, de corr. hell. 1894, p. 210. — 10 Statue 



la description d'f'àirii)id<''. Au temple de Zeus Olympien, 
Héraclès coinbatlail avec l'arc ; sur les monnaies d(! 
Phaestos du v" et du iv siècle, avec la massue". C'est 
aussi de la massue qu'il semble armé dans le molif d'un 
sarcophage trouvé à Thespies'. La période iH^lh'iiislique 
et romaine a reproduit les mêmes motifs"; elie n'a innové 
que sur la forme attribuée à l'hydre, qui l'st parfois 
ligurée soit comme une femme dont les jambes sont des 
serpents", soit comme un dragon à tête de femme'-. 

'A" litchi' Ci'ri/uitfi. — Cette aventure, comme les deux 
suivantes, est localisée en .^rcadii;, où le souvenir d'Hé- 
raclès est resté très vivant. 

La biche fabuleuse, aux cornes d'or et aux pieds 
d'airain " que le héros eut pour mission de rapporter 
vivante à Kuryslhéc, avait été consacrée à ,\rlémis par 
la Pléiade Taygété. Elh; habitait soilsurle mont Cérynée 
aux confins de l'Arcadie et de l'Achaïe, soit à l'Arténii- 
sion d'OEnoé, non loin du territoire d'Argos et de Man- 
linée. Héraclès la poursuit une année entière, îi travers 
monts et vaux ; d'après Findare, cette chasse l'entraîne 
jusqu'au pays des llyperhoréens '', puis l'animal revient 
en Arcadie, jusqu'au sanctuaire d'Artémis. Héraclès U' 
surprend sur les bords du Ladon ; il va l'égorger, quand 
Apollon et .Vrlémis interviennent et le décident à ra- 
mener la biche vivante à Tirynlhe'\ On a souvent 
interprété ce mythe comme une image de la poursuite 
de la lune par le soleil "■. 

Sur les vases attiques à figures noires, Héraclès a 
atteint la biche et la maintient par les cornes ; Arlémis 
accourt pour la protéger '". Une amphore du même style 
présente un motif particulier : la biche s'est réfugiée 
sous un arbre, auprès duquel se tiennent deux jeunes 
filles: Héraclès paraît vouloir l'attirer'*: peut-être ce 
motif s'inspire-t-ii de la légende (|ui fait parvenir la 




Fig. 3738. — Hercule et la biche de Ci-rynée. 

biche jusque chez les Hyperboréens, et faut-il voir dans 
lesjeunes filles desHespérides". L'inlerventiond'Apollon 

du Capilolc, fallal, Iloem. MMlieil. 1894, pi. x (Héraclès brûle les létes avec la 
torche), et p. 334 sqq. — " Zoega, Bassiril. II, Ci sq. — 12 Amiali, I86J, pi. u. 
Outre les articles cités, voy. encore pour les références, Welckcr, Annali, 18ii, 
p. 103 sqq. = Aile Dcubm. III, p. 277 sqq. L'exploit li'lleraclès se retrouve aussi, 
sous la forme ancienne, dans la série des travaux du héros qui proviennent de 
Martres-Tolosaue et que nous signalons ici une fois pour toutes i Musée lie Toulouse; 
inédits). — 13 Cette conception a peut-être été suggérée par le travail de l'orfèvrerie 
mycénienne et phénicienne, où les métaux précieux incrustés douiienl des tons variés 
aux dilTércnles parties des animaux et des objets: Uérar.l, Orig. des cultes arcadien.s. 
p. 274. — y* Olymp. III, 26 sqq. el Schol. — !■' .\polIod. Il, 5, 3; Euripid. Hère, 
fur. 373; Aelian. Ilisl. anim. VU, 39; Calliniach. In llian. 109, etc. — '0 Preller, 
Oriecli. ilyth. II, p 196. — '' Gaz. archéol. 1870, pi. ix et p. 2") sqq. (de Wille); 
Gerhard, A useWcs. Vaseub. II, 100. — HGcrhard, Itml. II, 99. — l'J Furtwaengler, 
Lexikun, I, p. 2200. 



mit 



- Hîl — 



lIKIt 



c\; 



a iii>|iir<' un ri'iUiiii iiiiiiilirc df ninniiiiii'iits ai'('liait|iios : 
«lus vHSi'H attii|Ui's i\ ligures imirt's Irailrnl n- llioino h 
pou [ïri''i couinitt lu dispute d'ApiilInti ol d'iltn-aclt'ts au 
sujol (lu Iri'pit'il '. Sur un cas(|Ui- ili- Im-ou/c l'irusquc, 
llcracli'-i, li'uaul l'animal ^arrnlti' à lt>rri-, hi'ùutlit sa 
uiussui» lonln» h' dieu, qui lui di'COfhi' di>s llùciu's". Suc 
It's lui'lcipi's d'()l\uipi(> l'Ulu 'rin'SiMoii, II- lu'ros maintient 
l'uninial par Iimtc, ii- gcnnu pose sur son dos, et (le ses 
niuiiis saisit lortcuicnl la ramure ■'. C.'osl U\ le motif qui 
prévaut ;^ partir de eetlc époque, et qu'on retrouve dans 
un lieau f;roupe de liron/c de l'ompei conservé à l'a- 
lerino ^lig. ;J7SS)'. Il l'aul remarquer (|ue les monuments 
ont sulislitué souvent un eerl' ;'i l;i iiiclie donl p;irl:iil la 
légende primitive'. 

•i° Sanglier d'h'ii/maii(/ir ; Criilituirs du l'holor. — Ces 
deux myllies sont cerlainement distincts ; mais, comme 
ils ont pour llie;\tre la 
même région, les my- 
Ihographes les ont as- 
sociés dans un seul 
travail. I/Krymunlhe 
est un ariluent de 
droite de r.\lphée,qui 
descend d'une mon- 
tagne du même nom ; 
en hiver et au prin- 
temps, grossi par les 
neiges et les pluies, ce 
lorren t ravage l'é troi le 
vallée de Psophis : le 
sanglier n'est peut- 
être pas autre chose 
que le torrent lui- 
même^. On a pourtant rappelé que d'autres mylhologies 
font du sanglier le monstre de l'orage, et qu'en Grèce il a 
quelquefois ce sens'^ : de sorle que la victoire d'Héraclès 
sur le sanglier d'Érymauthe pourrait être, ici encore, le 
triomphe du soleil sur la tempête. Enfin on a rapproché 
aussi du mythe grec celui d'Adonis chassant le sanglier 
d'Ares, près de Byblos, et tué par lui*. En Grèce, lâchasse 
du sanglier de Calydon par Méléagre est évidemment une 
légende analogue. Héraclès poursuit l'animal dans un 
précipice rempli de neige, l'attrape dans son filet et le 
rapporte vivant à Mycènes''. 

Les représentations figurées de cet épisode offrent peu 
de variantes. L'art n'a guère essayé de reproduire la 
capture même de l'animal'". Assez souvent, dans les 
monuments les plus anciens, surtout sur les vases à 
figures noires, Héraclèsporte le sanglier sur une épaule " ; 
il faut aussi citer, du même motif, un joli bas-relief 
archaïque du Musée national d'Athènes'-. Mais, dès 
l'archaïsme, c'est un autre motif qui s'annonce et finit 
par prévaloir : le héros tient le monstre, au bout de ses 
bras tendus, au-dessus d'une grande citerne ou d'un 
pithos fiché en terre où il va le précipiter. Très souvent 

* Gerhard, .A«$er/. Vasenb. U, 101 ; ]iou]ez, Choix de vases peints, ^.31. — 2 Qver- 
hec\i, Kiinstmythologie,\l\, p. 418, fig. 23. Voy. aussi un relief de bronze archaïque 
Cretois, Aniiali, 1S30, tav. T, p. 214 s<|q. ; Milchboefcr, Die Aiifmiige lier Kimst, 
1). 169. — ^ Monumenti, X, 38,3. — 1 3Jonumeiiti, IV, G-7 (cf. lùid. IV, S) = Bau- 
mcistcr, Denhniieler, fig. 72S ; Clarac, pi. 794, 2C06 A; cf. aussi Babclon et 
Blancbet, Catal. des h'omes de la BibL Xation, w o8G = Duruy, Hist. des Jio- 
mat'ns, VII, p. 494. — û Jahn, Archaeol. Beitrâlje, p. 226; cf. encore Pallat, 
Roem. Mitlh. 1894, p. 343 sqq. - c Preller, Op. cit. Il, p. I9i. — ' Les rappro- 
chements indiqu<f'S dans Decharme, Myt/iol. gr. p. 496. — ** Bérard, Op. cit. p. 272. 
— Apollud. II. ■', i; Paus. VUI, 21, 2. — "> Ou trouvera une liste des vases 

V. 




Kig. 3759. — II<^racIès rapporlanl le sanglier d'Krynianllie. 



aussi, de ce pitliDS emerKciit la télé et les bras d'Eii- 
ryslhêe, (|ui n'y est Idotli plein dépouvante ". Ce motif, 
qui s'osl perpétué jusqu'à l'époque liollénislique et 
romaine, est celui des métopes d'Olympie et du Tliési-ioll. 
Voici sans doute comment il faut inlerpndor le sens 
de CC8 ditlérenles scènes. A l'arrivée du Iutos, portant 
In sanglier, Kuryslhée s'est caché de peur au fond (l'une 
citerne. Héraclès, ayant clierclii- inutilement le roi dans 
son palais pour lui montrer sa proie, se dispose, |Hiiir 
se débarrasser de l'animal, à le jeter précisément dans 
le même puits, et c'est alors (|u'lùiryslliée se dresse 
ell'aré A l'orilice. Voilà pourquoi, sur quelques-uns do» 
vases peints, le roi de Mycènes ne s'est pas encore 
montré; il est censé blotti liml au fond. Ou bien l'on 
peut supposer qu'Héraclès a été averti, sans doute par 
Athi'na, de la cachette ofi s'est réfugié Eurystliéc ". 

Athéna est souvent re- 
présentée auprès du 
héros, et quelque- 
fois Hermès; souvent 
aussi apparaît lolaos, 
comme dans d'autres 
aventures, portant les 
armesd'Héraclès'''.La 
belle coupe d'Euphro- 
nios qui reproduit cet 
épisode (fig. 3759) mé- 
rite une mention spé- 
ciale. C'est le même 
motif, mais l'artiste 
y a introduit deux per- 
sonnages, le père et 
la mère d'Eurysthée, 
qui accourent auprès du pithos où leur fils fait des gestes 
désespérés, et partagent son épouvante '". 

C'est pendant la poursuite du sanglier, d'après les 
mythographes, qu'Héraclès traverse le mont Pholoé, 
entre l'Arcadie et l'Élide. Il y reçoit l'hospitalité du 
Centaure Pholos. A la prière de son hùte, Pholos ouvre 
un pithos de vin, présent de Dionysos. Attirés par 
l'odeur, les Centaures du voisinage accourent, armés de 
rochers et de troncs d'arbres, et réclament leur part du 
régal. Une lutte s'engage entre eux et le héros. Celui-ci 
les couvre de traits, de tisons enflammés, en tue quelques- 
uns, poursuit les autres jusqu'au cap Malée. Quant à 
Pholos lui-même, il périt d'accident : une des flèches 
d'Héraclès, qu'il examinait, s'échappa de ses mains; elle 
lui blessa le pied: la plaie était mortelle. Héraclès lui 
rendit les derniers devoirs sur la montagne qui prit de 
lui le nom de Pholoé ''. 

Ce mythe, dont l'interprétation est subordonnée à celle 
qu'on donne des Centaures eux-mêmes (divinités des 
fleuves, des vents, des nuages ou des tempêtes '* }, semble 
avoir été très populaire dès la plus haute antiquité, si 
l'on en juge par les nombreuses représentations qu'on 

peints qui offrent ce motif dans Klein, Euphronios, 2" éd. p. 87 et suiv. La capture 
de l'animal n'est gui^rc représentée que sur de médiocres lécylhes (iv« classe dans 
Klein). — n Gerhard, Ausert. Vasenb. II, 97, 4. Cf. un bronze étrustpie, .Monunienti, 
VI, 69, ic. — 12 'E=>ii.. if/.c.t,/.. 1839, n« 294; Cavvadias, Catal. du Musée JVa- 
tional d'Athènes, n» 43. ^ '■* Par exemple, Gerhard, .Aitsert. Vasenb. II, 97. I 
{= Baumeisler, Denkm. fig. 723) ; Ibid. IV, 248, 4. — H Klein, Op. cit. p. 92-93. 
— lo Autres monuments : métopes d'Olympie et du Théséion ; .^fonumfinti, X, 38, 4 ; 
miroir étrusque, Gerhard, ICtr. .Spiegel, 339 ; peinture d'HercuIanum, flelbig, 
Wandgemàlde. 1125, etc. — 16 Klein, Op. cit. p. 89. — n Apollod. Il, n. i ; Uiod. 
IV, 12. — 18 Roscher, Lexikon, art. /{enlauren. 

12 



IlER 



— 90 — 



HRR 




en trouve dans larl le plus archaïque. Les plus anciens 
monuments (ii;urenl la lutte d'Héraclès contre un ou 
plusieurs Centaures. C'est à ce mythe que se rapportent 
déjà les motifs des vases h reliefs d'Italie'. Il se ren- 
contre aussi sur un relief archaïque en hron/.od'Olympir 
qui a été souvent reproduit- : le héros, dans l'attitude 
de la course agenouillée, poursuit un Centaure qui s'en- 
fuit en tour- 
nant la tête. Ce 
même motif se 
retrouvait sur 
\c coffre de C\- 
psélos ' , sur 
le trône d'A- 
myclées ' ; on 
le voit aussi 
(fig. 37G0) sur 
la frise d'As- 
sos ^. Parmi 
lespeinluresde 

vases, la plus ancienne est sans doute celle d'un lécythe 
« prolocorinlhien •> de Berlin •*. Les Centaures sont re- 
présentés, à la mode archaïque, avec les jambes anté- 
rieures à forme humaine. Ils sont plus ou moins nom- 
breux suivant la place dont dispose l'artiste; Héraclès 
d'ordinaire est armé de l'arc. Plus tard, et déjà sur les 
vases à figures noires, ce motif devient rare; le com- 
bat des Centaures et des Lapithes l'a supplanté '. C'est 
un second motif de la même aventure qu'on trouve 
représenté de préférence, l'accueil fait par Pholos à 
Héraclès : tantôt celui-ci persuade à son hôte d'ouvrir 
le pithos qui contient la précieuse liqueur", tantôt il y 
puise lui-même le vin'; tantôt on les voit tous deux, 
couchés côte à côte, dégustant le vin qu'ils ont tiré'". 

5" Oiseaux de Slymphale. — Ces oiseaux monstrueux, 
qui se repaissent de chair humaine", rappellent les 
Harpyes, personnifications de la tempête'-, lis résident 
dans la profonde vallée de Stymphale, où les eaux n'ont 
pas, au printemps, un écoulement suffisant et inondent 
le sol. Héraclès, pour les déloger des 
forêts impénétrables où ils se sont ré- 
fugiés, agite des castagnettes d'airain 
que lui. a données Athéna, et dont le 
bruit les etfraye ; puis il les pourchasse 
à coup de llèches'^. 

Les représentations de cet exploit ne 
sont pas très nombreuses. Des vases à 
figures noires montrent le héros se 
servant de la fronde pour abattre les oiseaux, qui vol- 
tigent en troupes serrées autour de lui'*, ou bien 



< Référence» dans Arch. Zeit. 18SI, p. 12; Ibid. 1883, p. 136. — 2 Eu dernier lieu 
dans Collignon, Sculpl. gr. I, p. 89, fig. 43. — 3 Paus. V, 10, 9. — » Ibid. III, 
18, 10. — '■> Clarle. Jmesligations at Assot, pi. xv, p. 107 = Collignon, /. l. I, 
p. 183, Og. 85. — 6 Arch. Zeit. 1883, pi. ii, 1, p. 153 sqq. Voy. encore Journal of 
hell. iludies, I, pi. i ; Antike Ùenkm. I, pi. vu, 7 ; Arch. Zeit. 1881, pi. xi cl xii; 
Ravel et Collignon. Hist. de la céram. gr. fig. 31, cl p. S8. — " Faut-il voir une 
parodie de cette légende dans la peinture de vase publiée .Vonum. Assoc. des 
études rjreeques, \i'6, pi. m? Héraclès, monté sur un char que conduit Niké et que 
traînent des Centaures. Peul-itre est-ce plutùt une parodie de l'apothéose ; cf. Ra\et 
cl Collignon, Hist. de la Ccram. gr. fig. 131 et p. 356. — 8 tierliard, Aiiserl. Va-^eiib. 
Il, 119-lîO. 7. — 1 laid. 3. 5= Baunieislcr, Denkm. fig. 736. — lO^lrcA. Zeit. 1863, 
pi. eu. 1. Voir en outre la bibliographie dans Stcpliani, C, rendu, 1873, p. 94 sqq. ; 
102 sq.; Puchslein, Arcfi. Zeit. 1881, p. i40 sqq. — n Paus. VIII, i2. 4 : ivSfo- 
«drou;. Cf. tout le contexte du même chapitre, et Servius, ad Aen. VIII, 300. 
— •• Roschcr, Lexikon, s. ». — '3 .\pollod. Il, a, 6; Diod. IV, 13. Généralement 
on attribue à ce mythe un sens naturaliste ; voy. une autre interprétation dans 



Fig. 3760. — Héraclès poursuivant les CenLiures. 




Fig. 3761. — Héraclès 
tuant les oiseaux de 
Stymphale. 



les assommant à coups de bâton, ou les perçant d'un 
dard, assisté par lolaos''. Sur une pierre gravée du 
Cabinet de France (fig. .'{"(il , sur un vase à reliefs de l'an- 
cienne collection Sabouroff, il est représenté tirant de 
l'arc, agenouillé"^. La métope d'Ulympie consacrée à ce 
travail suppose la chasse terminée : Héraclès rapporte à 
la déesse Athéna, assise sur un roclu'r, un des oiseauv 

qu'il vient d'a- 
battre ". 

(i" h' eu rie S 
d ' A uij ias . — 
Augias, II' 
« brillant », est 
fils d'iiélios"; 
dans yniade*', 
c'est le roi des 
fipéens d'Élis. 
Il a une fille, 
Agamédé, ([ui, 
comme Circéet 
comme Médée, connaît les vertus des plantes magiques, 
et paraît une personnification do la lune ". .\ugias, et 
c'est là un trait qui lui est commun avec tous les héros- 
solaires et avec Hélios lui-même, possède d'innombrables 
troupeaux, dont douze taureaux blancs comme des cygnes 
et consacrés à son père, et où il faudrait reconnaître les 
nuages ou les astres : l'un d'eux porte le nom de Phaé- 
ton et brille comme une étoile^'. Héraclès reçoit l'ordre 
de balayer en un jour, et sans aide, les étables du roi 
qui sont encombrées de fumier. Pour y parvenir, il 
ouvre une brèche dans les murs, et y lance le cours d'un 
fleuve qu'il a détourné, le Ménios, l'Alphée ou le Pénée, 
suivant les différentes versions-'. Héraclès jouerait donc 
ici encore le rôle du soleil purificateur. 

On ajoutait qu'Augias, après avoir promis au héros le 
dixième de ses richesses, refusa de tenir ses engage- 
ments, quand il sut qu'Héraclès avait agi sur l'ordre 
d'Eurysthée -■'' : circonstance qui se retrouve dans l'his- 
toire d'Apollon au service de Laomédon, et qui ici 
semble avoir été imaginée après coup pour motiver 
l'expédition d'Héraclès contre Élis. 

La première représentation connue de celte aventure, 
et la seule aussi de l'époque classique, est celle que 
présente la belle métope d'Olympie, d'un réalisme si 
hardi: Héraclès, armé d'un balai ou d'une pelle, refoule 
les immondices, en présence d'Athéna qui semble en- 
courager son protégé**. Quelques monuments, d'époque 
tardive, s'inspirent du même thème*", ou encore le 
montrent prenant et vidant l'ordure avec un vase*'^. 
7° Taureau de Crète. — Héraclès reçoit la mission de 



Bérard, Orig. des cultes arcadiens, p. 186. — IV Gerhard. Auserl. Vas. III, 324 ; 
Ga:. arch. 1876, pi. ui, cl p. 8 sqq. (de Wilte). Cf. Album arch. des musées de 
province, I, p. 92, pi. iix. — '5 Gerhard, (. I. 11. 105, 106. Monnaies de Stymphale, 
Head, Hist. num. p. 3S0; de l.amia. Bull, de corr. hell. 1881, p. Î91. — 16 Cha- 
bouillel, Catalog. n. 1771 : = Uuruy, Bist. des Grecs, 188S, t. III, p. 623 : Reinach, 
Pierres gravées, pi. xix. Lxxvt; Coll. Sabouro/f. pi. lxmv, 3; cf. encore Hillin, 
Peint, de tases, 1, 63 et Gai. mythol. 1 22, 441 ; Winckelmann. Monum. ined. pi. ixv, 
autres références, de Wilte,art. cité. — I^Collignon, Sculpt. gr. I, p. 433, fig. 223. 

— i« D'après ccrlaines traditions: .\poll. Rhoil. 1, 172; Theocr. X.VV, 54; Apollod. 
1,9, 16 ; mais il y a d'autre versions, Roschcr, Lexikon. s. v. Augeias. — '9 XI, 701. 

— 20 Preller, Gr. .Vylh. Il, ITO. — 21 Theocr. XXV. 118 sqq.; 138 sqq. — 2i Apol- 
lod. Il, 5, 5 ; Iliod. IV, 13 ; Paus. V, 1, 9-10. — 23 Mêmes IcUcs. — 2V Collignon. 
Sculpt. gr. I, p. 431, fig. 222. L'absence complète de ce niolif parmi les monuments 
figurés de l'époque archaïque et classique, et sa présence à Olympie, prouvent l'origine 
éléenne de l'épisode. — 25 Annali. 1868, tav. F : sarcophage représentant les douze tra- 
vaux. —2*^ Zoega, /îrt«çii'i'. 63;.Jn'ifl/'. ISei.tav. L' ;cf. p. 3(i9'Kliit: mann\ terre mile 



IIKIt 



— 91 — 



III.K 



ru|iturfi- II' tiuiri'iiii iloiini- ti Miiio^ pur l'nsfidon, cl i|ui' 
II* iliiHi avilit roiiilu l'urit<ii\ iiour |>iiiiir Minus dr w lui 
iiMiir |iii> sari'ilii' I aiiiinal, siii\uiit >.i proim-ssii. lli'M'ai'lè!« 
a((i'tt|if li> taiii'ouu iluiis un lilt'l, jiuis, li- cliurgi-unl sur 
SOS opaiili's, Inivorsi» lu luor'. A riryiillio, il le reiiiul l'ii 
lilturli' ; l'aiiiiiial liirieux ra\am^ lo l'tMo|)i)nnùse, et va 
à Maratlion, >>u Thi'si'i' l>' iluinpli; à sdii tuur' : l'Xpliiit 
i|Ui< la l0(;(Muli- atlit^nit'iino a cuipiunto ii culle d'Iléra- 
v\è-i'. lit* lauroau ilcsiunc-l-il l'oraniî nù de I» mor, d'où 
le siiloil (lli'i-arli'^s) le cliassi' vrrs li- Nord'? Faut-il voir 
ou lui If syuibiilc ili- quolquo torrent déchainé qui ra- 
vageait la Crète et (|ii'endif,'ue le héros'.' Nous signalons 
L'OS explications sans les diseuter. 

Les représentations de la lutte entre Ih'raclès et le 
taureau sont rréquentesel apparaissent déjà sur les vases 
attiques îi tij^ures noires, lie inotilen est assez varié. 
l'antiM Héraclès a saisi par une corne le taureau qui 
s'enluit vers la droite'' ; c'est un motif qui est répété sur 
des monnaies dcSélinonte qui datent du V siècle' : ici 
Héraclès liraudit la massue et appuie un genou sur le 
dos do l'animal. Tanli')t le héros a enveloppé le taureau 
d'un lacet; il le maintient agenouillé*. La métope d'O- 
lympie, qui est au musée du Louvre, s'est peul-élre 
inspirée de ce dernier thème, mais en changeant la 
situation respective des adversaires". On retrouve un 
motif analogue dans un relief en hron/.e de Dodone, qui 
liarait d'une époque voisine'", ainsi que dans d'autres 
œuvres postérieures". Les peintres des vases à figures 
noires ont encore imaginé une autre altitude : Héraclès, 
faisant face au taureau, lutte corps à corps avec lui, 
sans armes '^ On peut se demander quelquefois, quand 
aucun atlrihiil ne vient renseigner, si l'artiste a voulu 
représenter Héraclès ou Thésée '^ Et 
enfin il faut ajouter qu'à Tarenle, les 
peintres céramistes ont confondu le 
taureau de Crète avec Achéioos, el nous 
ne sommes avertis de leur méprise que 
par la présence de Déjanire''. 

Après la période classique, outre les 

réminiscences que nous avons signalées 

de la métope d'Olympie, quelques pierres 

gravées (fig. 37lî2) et des terres cuites 

romaines représentent Héraclès chargeant le taureau sur 

ses épaules '•". 

8° Cavales de Diomède. — Fils d'Ares, Diomède est 
roi desBistones, la plus sauvage des peuplades thraces'"; 
ses cavales, animaux féroces et si indomptables qu'il 
faut les attacher avec des chaînes de fer à leurs man- 
geoires d'airain, déchirent les naufragés que la tempête 
a jetés sur la côte, et se nourrissent de leur chair. 

' Apollod. II, 5, 7; Diod. IV, I.J. — 2 ApoUod. lbid.\ Pausan. I, 27, 9-10. 

— 3 Kleiu, Euphronios, 2« ùd. p. 209 ; Wilainowitz, Op. cit. I, p. 303. — t Dc- 
cliarnie, Oiwi-. citr, p. 489. — â Rayet, .Uonum. de Vart antique, I, pi. xwiii, 
commentaire. Ou a rapproché ce taureau de celui qui emporte Europe, du Mioo- 
taurc, de la vache lo. — 6 Benndorf, Griech. und sicil. Vasenb. pi. .vui, 3; 
Gerhard, Auserl. Vasenh. 98, i. —^ Gardner, Types of greek coins, pi. ii, 17 ; 
cl', la métope du Thi'séion, AVonum. X, 43, 3 (Thésée et le taureau). C'est aussi le 
sujet d'une métope de Séliuonte, très rautiléo; Monum, dei Lîncei, I, 957 sqq. et 
pi. Hi. — 8 Gerhard, Auserl. Vus. Il, 9S, 1 = Baumeister, Denkm. fig. 727 ; Lau, 
tiriech. Vaseii, XI, 2; Annali, 1S33, pi. c, 3. — 1 Rajel, loc. cil.; depuis, la 
métope a été complétée par d'autres fragments, Collignon, Sculpt. gr. 1, p. .131, 
II5. 224. — 10 Carapanos, Dodone et ses ruines, pi. xvi, k — 11 lughirami, Vasi 
filtili, 376 (cilé par Turtnaengler). — '2 Geihard. Auserl. Vasenb. Il, 98, S. 

— " Klein, Euphronios, p. 193 et s. — '• Arch. Zeit. 1883, pi. .vi (vase do Ruvo) et 
p. 262. — li> Gemme d'.Vutéros, et références dans Furlwaenglcr, Lexikon, 
[>. iii:i, Jchrbuch, 1888, p. 323 ; S. Reinach, Pierres gravées, iS'iS, p. 159; 
cf. p. 23. — I' Wilamowitz, Op. cit. I, p. 303, conjecture que la localisation delà 




Kig. 3762. — Héra- 
clès portant le lau- 



lleraelés, débur(|ui! dans !<• pays, les dompti', li". conduit 
aurivuRO, od il livre encon- liatuilleaux UistonesaccouruH 
de l'intérieur; il massacre leur roi el le livre en pftture A 
ses propres cavales". On a pensé que ces cavales san- 
K'uinaires représentaient les vagues qui brisent sur la 
cote thraee les vaissi-aux et les marins, d .luIliTuclés 
esUe Soleil (|ui apaise leur fureur ". 

Cet exploit n'a pas laissé dans l'art archaïque do mo- 
numents certains; quelques mots de l'ausanias donnent 
A croire (|u'il était au noiiihre des sujets du troue 
d'Amyclées". H ligure sur une métope du Théséion où 
Héraclès saisit un cheval à la bride el va peut-être lui 
asséner un coup di; massue-"; c'est sans doute ainsi 
qu'il faut restituer au.ssi la métope très mutilée d'O- 
lympie. Des monuments d'époque romaine présentent 
asse-/, souvent ce motif, qui est encore rr-produit dans 
un petit groupe en marbre du Vatican-'. 

y Ceinture d'fJip})o/i//e. — Ce travail, oii l'onacherché 
aussi un sens naturaliste, les Amazones étant une forme 
féminine des Centaures et la ceinture de leur reine l'arc- 
en-ciel qui suit la pluie", est devenu, chez les mytho- 
graphes, un des épisodes de l'expédition d'Héraclès en 
Asie. De nombreux guerriers y prennent part, Télamon, 
Pelée, Thésée el d'autres. C'est sur les bords du Ther- 
modon, près de Thémiscyra, que résidaient les Amazones. 
Héraclès reçut l'ordre d'aller conquérir pour Admète, la 
fille d'Kurysthée, la ceinture qu'Ares avait donnée à leur 
reine, Hippolyte ou Mélanippé. Après diverses aventures, 
l'expédition arriva au terme de son voyage. Hippolytn 
se disposait à céder volontairement la précieuse cein- 
ture, quand Héra, se déguisant en Amazone, répandit le 
bruit que des étrangers venaient enlever la reine. Les 
Amazones, accourues pour la défendre, sont mises en 
déroute par les Grecs ; Hippolyte succombe sous les coups 
d'Héraclès, qui la croit coupable de duplicité -^ 

Les vases attiques à figures noires et à ligures rouges 
jusqu'à la fin du vi' siècle n'ont représenté que le combat 
des héros grecs contre les Amazones; Héraclès apparaît 
dans la mêlée, saisissant une des Amazones en fuite ou 
tombée à terre ^'*. Tel on le voit encore sur un vase deDou- 
ris, au musée de Bruxelles-'; mais en général, à partir 
du v° siècle, c'est Thésée qui le remplace sur les vases 
attiques dans le même motif -^ Héraclès intervient, 
dans le combat contre les Amazones, sur les grandes 
frises monumentales de Phigalie et du Mausolée d'Hali- 
carnasse; il est reconnaissable à la massue qu'il lève de 
la main droite et à l'arc qu'il tient de la gauche ; c'est à tort 
que certains archéologues, sans doute par inadvertance, 
nomment à sa place Thésée -''. Pausanias nous apprend 
aussi que le même sujet figurait sur le trône du Zeus 

légende en Thraee pourrai! hicn être d'origine assez récente, et que le? Thraccs 
dont il s'agit seraient ceux qui élaicnl livés dans la région du Cithéron et de l'Hé- 
licon. Argos {-.r-Lov "Apyoi) tirait de là primitivement ses chevaux (Diod. iV, lo: 
A. Gell. IV, 19) : l'exploit d'Héraclès se ramènerait à la capture de quelques-uns 
de ces animaux. — I' Apollod. Il, 3, 8; Diod. IV, 15.— 18 l'rcllor, Griech. Myth. 
H, 201. — 19 Fausau. III, 18, 12 : AtonViS>iv 'HpaxX^'; tôv 0j«xa TtnujoûiJiev's;. 

— 20 Monmnenti, X, 58, 5. — 21 Clarac, pi. 797, 2001 ; Helbig, Fahrer, a' 164; 
Zoega, -Coisirii. 02-63. — 22 Schwarlz, Die Ursprung der Mijthol. p. 116-118. 

— 23 Apollod. II, .3, 9: Diod. IV, 16; cf. art aïia^ones et Rosclier, Lexikon, s. u. 
et Hippolyte; Kliigmann, Die Amazonen in der griech. Litter. und Kttnst, 
Stuttgart, 1875. — 2V Par exemple, Gerhard, Auserl. Vasenb. III, .111; Collection 
Sabouroff'fpi. xlix (cf. le conuiientaire) ; Monumenti, VIII, 6: I-X, U; XII, 'J. Voy. 
aussi, Annali, 1864, p. 304 sqq. ; ISfiS, p. 249 sqq. — 2a J^uove memorie del Instit. 
Il, 1865, pi. XI, p. 393. — 26 Sur des vases d'autres contrées, on le retrouve encore, 
ainsi Monumenti, X, 28 = Baumeister, Denkmaeler, l, p. 58, lig. 63. — 27 Frises 
plusieurs fois reproduites ; voy. la bibliographie dans Friederichs-Wolters, Gipsab* 
gussCf n"' 880-905; 1221-1239 ;ajoutcr pour la dernière, Antikc Denkm. II, pi. xvi-xvii. 



HER 



— 92 — 



Il EH 



d'Olympie '. Le combat sin(j;ulic'r contre Ilippnlyle se 
voit pour la première fois sur une des métopes inulilées 
d'Olympie, oii l'Amazone blessée gît à terre, Héraclès 
la saisissant aux cheveux. Une métope de Sélinonlc - et 
une du Théséion ont aussi choisi le motif du combat 
singulier'. On voit enfin apparaître à l'époque romaine 
le motif de l'Amazone tombée et (li''pouilléc par Héra- 
clès de sa ceinture '". 

10° Géryon. — Cet exploit, qui a reçu dans la légende, 
soit populaire, soit poétique, les plus riches développe- 
ments, est déjà rapporté, dans ses données essentielles, 
par la Théogonie d'Hésiode"^. Géryon, monstre à triple 
tète, fils de Chrysaor et de l'Océanide Callirrhoé, habite 
Tilc d'Érythie, <- au delà du fleuve Océan » ; il y possède 
de grands troupeaux de bieufs. Héraclès enlève les trou- 
peaux et les ramène à Tirynthe, après avoir tué Géryon, 
son chien Orlhros ou Orlhos et le berger Eurylion. On a, 
dans ces quelques mots, tous les linéaments du mythe, 
un de ceux qui ont paru les plus susceptibles d'une in- 
terprétation naturaliste. Dans Géryon ou Géryoneus, dont 
le nom rappelle le verbe y/ipûo), et signifie sans doute 
(1 le hurleur » '', on a vu la personnification de l'orage; 
dans Chrysaor, son père, celle de l'éclair, dans l'Océanide 
Callirrhoé, celle des eaux fluviales. La généalogie hésio- 
diquc fait précisément de Géryon un pelit-fils de la Gor- 
gone [gorgones], et par conséquent il semble qu'il y ait 
parenté de sens entre les deux mythes. Les vaches 
seraient, soit les eaux enfermées dans le nuage, soit les 
nuées elles-mêmes, et la victoire d'Héraclès représente- 
rait ou bien le triomphe du Soleil sur les nuées, ou bien 
celui du printemps sur l'hiver, qui délient les lieaux 
jours; peut-être aussi y aurait-il combinaison de deux 
mythes, à l'origine distincts, qui répondaient chacun à 
l'un de ces deux sens''. 

Comme le séjour des Gorgones, celui de Géryon est 
localisé à l'Orient ; le nom d'Érythie signifie l'île « rouge » : 
c'est le nom que porte aussi l'une des Hespérides', qui 
résident également au delà de l'Océan. Ce nom et la 
couleur éclatante des génisses' semblent rappeler les 
feux du couchant. D'autres traditions, sans doute d'ori- 
gine locale, situaient l'ile ou le territoire d'Érythie à 
l'ouest de la Grèce proprement dite, sur les bords de la 
mer Ionienne, près d'.\mbracie '" ou d'Apollonie en 
Épire", ou encore dans la région des .Knianes'- : mais 
de toute façon, comme on le voit, c'est l'Occident qui est 
le théâtre de l'exploit d'Héraclès. A mesure que s'éten- 
dait l'horizon géographique des Hellènes, la situation de 



1 Tausan. V, II, 2. — 2 Beniifiorf, Metop. von Selin. vu; Overbeck, Griech. 
PtasI, 3' ii. I, p. 439, et fig. 00. — 'i Monumenli, X, 50, 2. Pausanias mentionne 
aussi V, i'j, 6, un très ancien groupe en marbre, consacré comme ex-voto à 
Olympie, et représentant ce combat singulier. — V Atinali, 1868, tav. F : sar- 
cophage déjà cité, (jui contient l'ensemble des douze travaux, — '•> V, i87-294. 

— G G. Curlius, Grun'Iziige ticr griech. Htym. t' éd. p. 571. — " Decharme, My- 
tliol. gr. p. WS-W3 ; cf. liréal, Hercule et Cacus, cli. m ; Prcllcr, Griech. Myth. 
H, 203 et sq. ; les ouvrages cités ihitl. p. 202, n. I. et dans l'art. Oeryoneus du 
Lexikon, p. 1637. — 8 Apollod. 11, ii, 11 et d'autres; Roscher, Lexikon I, p. 2597. 

— 'J Apollod. Il, 5, 10 : loivuî; fOaî ; llccat. l'r. 343; Scjlax, Peripl. p. 20. 

— 10 Hccat. /•'!•. 310 (Miiller, Fragm. hist. gr.). — H Scylax. /. c; et. Hcrod. IX, 
03 ; Conon, 93 ; 0. Jliillcr, Dorier, 1, p. 427. — 12 Aristol. Alirabilin, 133. — l'J Ros- 
clier, Lexikon, art. Géryoneus, p. 1633-I6.'Î9 (K. A. Voigt). — IV Slrab. 111, US c 
= Borgk, l'oet. lyr. graec. fr. — '5 Prellcr, Griech. Myth. Il, p. 208 sq. ; Roscher, 
loc. cil. p. 1034 sq. — 16 Miillenlioir, Deutsche Alterthuniskunde. p. 65, 134 (cité 
dans l'art, de Roscher, Ibid.). — n Voy, les textes cités par Bérard, Orig. des 
cultes arcttdiens, p. CS-CO : on adore, dans le même sanctuaire, i Cadés, l'Héraclès 
grec et le Melkart tyrien ; celui-ci a dcu\ autels d'airain sans inscription, ni ligure: 
celui-là n'a qu'un autel de pierre, orné de bas-reliefs représentant les douze travaux 
{Vit. Apollon. V, 5, p. 107, éd. Teubucrj. Les deux divinités restent donc distinctes 



l'Océan, (leuve à demi iiiylliii|ui' dans Ibimère, se dépla- 
çait avec lui, de telle sorte (|u'en lin de compte il se 
trouva reporté dans la région des côtes ibériques, au delà 
du détroit de Gadès". C'est probablement le poème de 
SU'sicliore, la Grrijonide, qui lixa di'cidémeiil l'emplace- 
ment désormais traditionnel de l'île d'Érythie, en face 
des bouches du 'l'artessos ou (iuadukjuivir. D'après Sté- 
sichore, le géant lui-même, origiiiaiie de l'ile, résidait 
sur le continent, dans la Bétique'*. La raison qui pro- 
voqua cette localisation se trouve très vraisemblable- 
ment dans l'existence du célèbre culte de Melkart, le dieu 
tyrien, à Gadès '\ Le contact établi dès lors par la tra- 
dition entre l'Héraclès tyrien et l'Héraclès grec a fait 
penser que le mythe de Géryon, comme celui des Hespé- 
rides, était tout entier d'origine phénicienne"^. L'induc- 
tion n'est ni prouvée ni même vraisemblable, puisque la 
légende grecque primitive, celle d'Hésiode, est anté- 
rieure à cette localisation du mythe". Mais on doit 
accorder que certains traits, introduits dans le mythe 
grec, ont été empruntés à la légende du Melkart tyrien. 

Géryon est, dans Hésiode, un monstre à trois têtes'"; 
mais d'ordinaire on le représente comme un géant à trois 
corps, qui se soudentià un seul tronc (fig. 3'îG4) '° ou qui, 
plus fréquemment, sont tous complets et tiennent en- 
semble à la hauteur des hanches-". C'est ainsi qu'il faut 
entendre l'épithèle de Tpt(rw|jiaToç que lui donne Eschyle". 
L'évhémérisme expliquait cette conformation mons- 
trueuse en supposant qu'Héraclès avait eu à combattre 
successivement trois frères--; il est infiniment probable 
qu'on n'a voulu exprimer par là que l'idée d'une vigueur 
prodigieuse, qui se multiplie, et dont la défaite exigeait 
des efforts répétés". Stésichore lui donnait six mains et 
dix pieds et lui attribuait des ailes ^' : caractéristique 
qu'on retrouve sur des vases chalcidiens archaïques - '. 
R faut citer aussi, parmi les représentations très cu- 
rieuses du monstre dans l'archaïsme, des statues trigé- 
minêes trouvées à Cypre, qui présentent trois paires de 
jambes, les trois bras gauches armés de boucliers ornés 
de reliefs; dans l'une d'elles, les trois tètes sont barbues 
et casquées-'*. 

X mesure que la légende éloignait l'île ou la contrée 
habitée par Géryon, l'itinéraire suivi par Héraclès s'al- 
longea et fut varié au gré des mythographes, de manière 
à passer par différents endroits qui sont le siège de lé- 
gendes locales. Nous aurons à noter quelques-uns de 
ces épisodes tant à l'aller qu'au retour. Un trait commun 
aux anciennes versions, c'est qu'Héraclès, pour traverser 



à (jades même, où se serait faite l'assimilation. — f"* V, 287 : Ty-xf^aî-ov. — l'J Par 
exemple sur deux belles amphores chalcidienucs dont l'une est au Cabinet des Mé. 
dailles, Gerhard, Auscrîes. Vttseiib. Il, 10-i-loO; IV, 323. Voy. sur la première, .Milliet, 
Études sur les premières périodes de ta c'ramique grecque, p. 130-134; Roscher, 
Lexikou, l, p. 1631 ; Baumeister, Denhnaeler. III, fig. 2104; Milliet-Giraudoii, 
Vase-'! peints du Cabinet des .Médailles {photographies], t. I. pi. xix-xxii. — 20 Apol- 
loil. II. 5, 10. Cf. Arch. Zeit. 1876, p. 117. .\ ce signalement répond aussi la des- 
cription de Géryon sur le coffre de Cypsélos, Paus. V, 10. 1, et c'est probablement 
sous la même forme qu'il était représenté sur la métope d'Olympie. — 21 Agam. 870: 
cf. Lucr. V, 28 : • tripectora tergemini vis Geryonai » ; Virg. Aen. VI, 280 : « forma 
tricorporis umbrae >i ; Vll, 20, 2 ; llorat. Carm. Il, 14, 7 : Silius liai. I, 277. Ëxcep- 
tionnelleuienl, il est représenté avec un corps double seulemenl, Gerhard, Ayj»/. Vas, 
pi. X. — 22 Diod. IV, 17. Cf. les les autres textes cités par Uoscher, Ibid. p. 1630. 
— 23 Cf. les expressions analogues t^iyé^mv, Tptx-j:*:a. — 2V Bergk, Poet . lyr. graeci 
fr. 6. SurTépithèle 1\^-J9vr, '.t-zj'/.-r.-.'.h-t appliquée à Lamachos par Aristophane AcAarn. 
1082, v. Roscher, Ibid. p. 1632.— 25 Gerhard. Auserl. Vasenb. II. 105. 106 ;dc I.uyncs, 
Vas, antiq. pi. vni (Géryon est ailé). — 2: Mém. de VAcad. de Sarit-PtHcrsbourg, 
7' série, XIX, catalogue île Doell, n*» 187-188 el pi. vu {cité dans Roscher, Ibid. qui 
reproduit une de CCS statues, p. 1033) = cf. l'crrolcl Chipiez, f/ist. de l'art, IV, fig. 
388. Cf. hiiWmgen, Peint, de rases, p].\Kvir, Gaz. arch. 1S80, pl.xxii (bronze étrusque). 



lIKIt 



li.l 



IIKK 



l'Oci-aii, tMnjuuiitf >iti Suli-il lu ci)U|t>; sur Uii|m'llo iroliii- 
ri revii'iil, louU-s livs iiiiils, il'Occidoiil ou Oiienl'. l'ouï- 
l'i)hl<Miii-, lli'i-acli''s a ri'ciiurs à la violence : il uiuuucn de 
ses llfclics lu Soleil, qui lui tùUe sa eoupe'. lu locyllie 
aUii|ue il ligures noii-es se nipporle prohableinonl à cet 
épi.soile ' : ou y voit le lii^ros uienaicr lliliosdo su mas- 
sue cl dt! son arc. L'iulerieur d'une coupo i\ ligures 
roujîi's .lu \' siiH-le représenio (llf;. 'MiVA) Héraclès voguant 



^^^m 




Fijr. 37(i3, — Héraclès voguant dans la coupe «lu Soleil. 

sur l'Otean dans la coupe du Soleil •. Pendant la traversée, 
l'Océan devient houleux ; le héros l'apaise aussi en ban- 



dant son arc conlro lui'. Ouelques scarabée» étrusques ol 
un inunclie de miroir le monlreul voguant sur un radi-au, 
que soutiennent des umplioro» • : c'est suns doute une va- 
riuulo de lu même légende et (|ui u Iruit au même voyage. 

Les légendes de formation postérieure ont supposé 
qu'Héraclès passait d'abord par lu Crète, où il purgea le 
pays des animuu.K leroces qui l'inleslaienl, et rassembla 
une armée'; puis pur lu Libye, (|u'il colonisa et ou il 
fonda la ville d'Ilécatompjle '. Il se présente, dans ces 
Iraditions, sous les traits du héros colonisateur et clief 
d'armée do la l'hénicie. Au détroit de (jadés, il établit 
les colonnes d'Hercule'', colonnes ([ui ne sont pas autre 
chose sans doute que les simulacres de la divinité chez 
les Phéniciens '°, et dont les Grecs firent le terme extrême 
jusqu'où il était possible de s'aventurer ". 

La lutte même contre (Jéryon est e.\posée d'une façon 
succincte et pourtant complète dans le récild'Apollodore. 
Héraclès, parvenu dans l'ile d'Krythie, passe la nuit sur le 
mont Abas. Le chien du géant l'aperçoit, Héraclès l'as- 
somme d'un coup de massue, et après lui le berger 
Kurylion, qui veut le défendre. Héraclès emmène le 
troupeau le long du tleuve de l'ile. Averti par Ménoetios, 
qui paît dans la même contrée les troupeaux d'Hadès, 
Géryon accourt : le héros l'abat à coups de flèches. 

Les représentations ligurées concordent le plus sou- 
vent avec ce récit. On trouvait le motif du combat parmi 
les reliefs du coffre de Cypsélos'-, et d'assez nombreux 
vases archaïques le reproduisent, surtout des vases clial- 



r 




Fig. 37(U. ^ (lombat d'Héraclès el de Géryon. 



cidiens'^ (tig. 3764) et des vases attiques à figures noi- 
res, parmi lesquels il faut citer une amphore d'Exékias qui 
est au Louvre'*: Héraclès combat avecl'arc ou la massue, 
ou bien encore il saisit Géryon par le casque '^. Héraclès, 
vêtu de la peau de lion, dirige ses flèches contre Géryon 
qui est ailé ; entre les deux combattants, le cadavre du 
chien Orthros ''^. Derrière Géryon, Eury lion, étendu à terre, 
derrière Héraclès, Athéna plus loin. Sur l'autre côté de la 
coupe, le troupeau'''. Parmi les vases à figures rouges, il 



' .\lhen.XI, p.4ij3 sq.; Roscher, £exi7,oii, s. v. Hetios, \). 2013 sq. — 2Apollod.iI, 
b, 10. — ^ Stackelberg, GraeàvrderHeUcncn, XV, o = Lexilcon, p. 1993. — 4 Gerhard, 
Auseri. Vasenb. Il, 109 = £ea:iA-on, p. 2204. — ■'>Pherccyd. ap. .\then./. c. — '^ Mo- 
Hum, 1866. pi. xxxm ; Gerhardt Etr. Spiegel, 308. Courbaud, J/(î?a«^es de l'Ecole 
de Rome, 1892, p. 274 cl s. ; mais cf. Lexikon, p. 2238. — 7 Diod. IV, 17. — 8 Ibid. 
18. Diodore raltaclic à ce voyage les épisodes d'Antée et de Busiris. — 'J Ibid, 
Strab. 111, p. 168-170 ; Pind. Nem. 111, 20 sqq. — 10 Bérard, Oriy. des cultes arcad. ; 
p. 74 sqq. — o Preller. Op. cil. U, p. 211, et n. 4. — 12 Pans. V, 19. I. — 13 De 
Luynes, Vas. Antig. pi. vin. Voy. la liste dans Klein, Enphronios, 2' éd. p. 58-60; 
cf. Lexikon, p. 1637, 2203. — it Gcrbard, Auserles. VasenO. 11, pi. cvii ^ Rayet et 
ColligQon, Hist. de la cêram. ijr. fig. 168 et p. 172 sqq. ; Baumeister, De')kmaeler, I, 
lig. 729, Géryon a trois corps complets) ; cf. Gcrbard, Ibid. pi. clvii, 2, Monum. 



faut surtout citer une belle coupe d'Euphronios, qui pré- 
sente à l'extérieur le double motif du combat et de l'en- 
lèvement des troupeaux". Un relief archaïque de Cypre 
présente une variante à la scène traditionnelle (lig. .3765) : 
Eurytion, armé d'un tronc de palmier et d'une pierre, 
pousse devant lui les troupeaux pour les soustraire à Hé- 
raclès, qui vient de décocher une flèche au chien, repré- 
senté avec trois têtes". La lutte contre Géryon est aussi 
le motif d'une des métopes du temple d'Olympie : Héra- 



IX, pi. XI. — 1^ Lexikon, l. ctt. — 16 II est ordinairement représenté avec deux ' 
têtes. Voy. Klein, Euphronios, p. 545, et Mus. Gregor, II, 48, l. — n Parmi les 
représentations des vases arcbaïqncs, nous citerons encore une coupe du style d'Épic- 
tète, à ligures rouges, N. des Vergers, l'Etrurie et tes Étrusques, pi. xxivii. Le motif 
de l'eulèvement du troupeau est plus rare ; voy. les monuments cités par Klein, Ibid. 
p. 61 (le deuxième vase de cette liste est publié par M. Pottier, Album archéol. des 
Musées de province, pi. xvi) et les métopes du trésor des .\tliéniens à Delplies. C'était 
le motif traité sur le trône d'Amyclées, Pausan. lil, 18, 7 ; AI. Pottier a pensé en re- 
trouver une variante sur une coupe de style cyrénéen au Louvre, Butt. corr. hell. 
1893, p. 232. — 18 Klein, Op. cit. p. 54-55. — l'J .Mém. de l'Acad. de Saint-Pé- 
tersbourg, série VII, t. .XIX, pi. xi, 8 = Lexikon, p. 1356; Perrot et Chipiez, Bist. 
de lart, III, flg. 387. 



IIER 



94 — 



IIER 







(/ 



-,\\ 



^. 



dès se sert de la massue. Le même siijel ctail réparti 
sur deux métopes au Théséion ', sur deux ou trois mé- 
topes au Trésor des Athéniens à Delphes -. 

Four quitter l'ilc d'Rrythie, Héraclès s'embarque de 
nouveau, avec 
les bœufs qu'il a 
conquis, sur la 
coupe du So- 
leil, puis la rend 
après avoir 
abordé le con- 
tinent. Il conti- 
nue sa route à 
travers le conti- 
nent européen, 
poussant devant 
lui le troupeau ; 
il traverse d'a- 
bord ribérie, 
puis la Celtique, 
où Alésiaestune 
fondation du hé- 
ros'; dans la ré- 
gion déserte de 
la Crau, à l'est 
des bouches du 

Rhône, il a à subir une lutte terrible contre les Ligyens; 
ses flèches étant épuisées et lui-même sur le point de 
défaillir de fatigue, Zeus fait tomber une pluie de pierres 
(jui lui servent;! achever ta victoire '. Il franchit les Alpes, 
repousse en Ligurie l'attaque de deux fils de Poséidon, 
Alébion et Derkymos, qui veulent lui ravir ses vaches, tra- 
verse la Tyrrhénie, arrive à Rome, où il triomphe de Cacus, 
parvient dans la région de Cumes, où il soutient une lutte 
contre les Géants dans les champs Phlégréens, construit 
la chaussée qui séparait autrefois de la mer le lac des 
Avernes et des Lucrins''. Aux environs de Rhégium, un 
de ses taureaux s'échappe et l'entraine à sa poursuite 
en Sicile", qui est pleine de ses exploits et des souve- 
nirs qu'y laissa son passage. C'est en Sicile qu'il défit au 
pugilat le géant Éryx, fils de Poséidon ou de Boutés et 
d'Aphrodite ", puis Lakimios, tous deux pour lui avoir 
soustrait une partie de ses troupeaux. Il endigue, au 
Nord, le fleuve Tymbris, qui inondait les environs de 
Képhaloidion, dote les villes d'Himère et d'Égeste de 
sources chaudes, que les Nymphes font jaillir pour lui', 
fonde à Syracuse le culte des Deux Déesses auprès de la 
fontaine Kyané, à Agyrion des sanctuaires et des jeux en 
mémoire de Géryon et d'Iolaos, tandis qu'il y reçoit lui- 
même les honneurs divins', etc. Puis il retourne en Italie, 
contourne l'Adriatique, revient en lUyrie et en Épire ; 
auprès du golfe d'Ambracie, Héra envoie un taon à ses 
troupeaux, qui prennent leur fuite jusqu'en Thrace, où 
il les rassemble, puis il les conduit vers l'ilellespont, 
■ comblant en route au moyen de grosses pierres le Stry- 



I ' .Vonumenli. X, pi. ixix, 3 cl l. — 2 Bull, de corr. hell. 1603, p. fil3; 18'Jl, 
p. 182. — 3 Diod. IV, 19. l'iii! I^geniic fait aussi d'Héraclès le pfrc de Kcltos, époiiymc 
dos Celtes : F'arlhcn. Erolic. 30, — * Ilioiivs. Halic. I, 41 ; Mygin. Poel. asiron. 
Il, 6. l)'apr*à Pline, III, 33, 31 ; XXI, 37, il y avait autrefois uue ville d'Héracldia 
près de l'cmboucbure du Kliône. Voy. encore Strab. IV,p. 183. Gerbard reconnaitla 
lutte avec les Ligyens dans un beau bas.relicf d'une base de trépied,. Vi«. J'io Clément, 
V, 13 (Arc//. Zeit. 1861, pi. eu). —'- Voy, les telles dansPreller, Op. cil. p. 2l3 5q- 
— 6 Pausan, III, 16, ^. — ^ Paus. ibid. ; cf. Ilerod. V, 43 sqq. ; Apollod. Il, 5, 10 , 
Diod. IV, ii ; Virg. Aen. V, 410 sqq. Sur cet épisode, voy. Wilanio«itz, Eurip. Uer. 










Fi?. 3765. — Héraclès cl (e troupeau de (îéryon . 



mon (|iii barrait le passage '". Des légendes locales le 
font parvenir jusqu'en Scylhie, où il s'unit à ecdidnw, 
la vierge moitié femme moitié serpent, dont il a trois 
fils, Agathyrsos, Gélonos et Scythes, éponymes de la 

nation scylhe ". 
Enfin il ramène 
à Mycènes les 
vaches qu'il a 
conquises, et 
qu'Euryslhéesa- 
crifii! à Héra. 

1 1 ° Pommes 
des Ilespérides ; 
Triton ouNérée; 
Aniée ; Busiris ; 
Promélhée ; At- 
las. — La con- 
quête des pom- 
mes dor des 
Hespérides offre 
avec le mythe 
précédent une 
première analo- 
gie: c'est qu'il 
est localisé à 
peu près dans 
la même région. Comme dans le précédent encore, l'éloi- 
gnement a permis de situer sur la route du héros un 
certain nombre d'aventures, qui n'ont avec la légende 
principale aucune relation, et que les mythographes 
alexandrins ont groupées avec elle pour introduire un peu 
d'ordre dans la liste si extraordinairement riche des 
exploits d'Héraclès. Par suite de cet apport successif de 
légendes de toutes provenances, dont quelques-unes 
même ne sont pas d'origine hellénique, la conquête des 
pommes d'or a fini par ne plus occuper qu'une place épi- 
sodique dans ce très long voyage, chargé d'aventures. 

Quelques versions situent le jardin des Hespérides à 
l'extrême Nord, au delà de l'Océan qui baigne les monts 
Hhipées ; c'est la contrée des Hyperboréens '-. Mais la 
tradition qui a prévalu le localise à l'Occident, dans la 
région où le jour s'achève '^, par conséquent dans le 
voisinage de l'ile habitée par Géryon. On a même pu 
supposer que ce nouveau mythe serait né du précédent, 
par suite d'une confusion entre les deux sens du mot 
[iTiXa, qui signifie « pommes » ou « troupeaux »; les 
pommes d'or ne seraient pas autre chose que les bril- 
lantes génisses de Géryon, et le dragon Ladon, qui les 
garde, rappellerait le chien Orthros'* : hypothèse très 
contestable, car l'existence des Hespérides n'est liée 
qu'accidentellement à l'exploit d'Héraclès. Plus généra- 
lement, on admet que les pommes d'or du jardin mer- 
veilleux sont les symboles de l'immortalité et qu'il faut 
voir dans le travail d'Héraclès les préliminaires de son 
admission dans l'Olympe '\ Ce dernier sens est con- 



I, p. m sq. — 8 ['relier. Op. cil. p. ilb. — » Diod. IV, 13. — '" .\polloil. II. .i, 10. 

— Il Herod. Il, 8-10. — l^Apollod. II, 5, Il ; cf. Pbcrecyd. ap. Scbol. Apoll. Kbod, 
IV, 1396. Vov. aussi Roscher, Lcxikon. s. il. Uesperiden, p. 259S, et Allas, p. 708. 

— 13 Hesiod. Tkeog. 275, cf. 215, 518. — '• Ucmarque déji faite par Uiod. IV, 26, 
2: cf. Bréal, Hercule et Cacus, p. 115; Siepbani, Comptes rend. 1869, p. 40; 
Dccharrac, .hlythol. r/r. p. 496. — 15 Diod. IV, 26, 3; Wilamowiti, Op. cil. I, 
p. 301 ; voy. Ibid. Il, comment, au vers 394, l'inlerprétalion que le même savant 
donne des localisations successives des Hespérides et d'.Allas. Cf. encore l'interpré- 
taliuu proposée par Furtwaengler, Lcxikon, de deux vases alliques cités plus loin. 



iii:ii 



ii.'i 



lIKIt 



riiriiu), <Mi l'iVcl, A i-f i|iit< iiiitis siisons ilii iiiyllu- tli-s 
llespoi-idcs lui-iiu^iiu< ', I'iik uiu'i<>iiiir Inidilioii, (|ii(> iiduh 
ln>uv()ii-< iliiiis l'Iii'rtV'yilti*, vmiluit <|ui' li'S poiiiiiics il'dr 
oussciil t'tii un |ires(<iit fail par lu 'ri-ri'(> U tlt^ra lors do 
son union avoc /l'us uikhocamia , la déesse los aurail 
plantées dans le jardin des diens. sii|i|inse dans lo fiel ■*. 
l'nis (in inla^ina ipiir ce jardin celesle se Irouvail anv 
oxlreniilés occidentales de la terre, on Ton situait i*(;a- 
lonienl l'ile des Itienhenreux °. Les pommes il'nr Inrenl 
considérées comme les symholes de la lecondilé, de 
l'amour el de la lelicilé, el, en raison de la réj^ion on la 
li'f;enile les a\ail localisées, on leur donna pour f;ar- 
dienin'S les llesjierides, i|ui sont tilles de la Nuit ' ou de 
/eus el do Tliéniis" ou encore de Pliorkys cl de l\clo\ 
enlin d'Alias \ (les nymphes à la voix liarnionieusc" 
sont au ntimliie tlo deujv'", trois", ijualre'- ou cinq'^; 
les représentations figurées en montrent même souvent 
un plus grand iionjlire, jusqu'à sept" ou mémo onze '■'. 
Les anleurs el les vases peints leur donnent des noms : 
ceux qui reviennent le plus sont ceux d'.Eglè, d'Aré- 
Ihusc, d'ilespéris, d'i'lrylheia : les peintres de vases on 
ajoutent do l'anlaisie '". 

Le héros, parti de Tiryntlie, traverse la Macédoine 
et rillyrie, et parvient sur les bords de l'Éridan. Il y 
rencontre les Nymphes, qui lui conseillent de s'adresser 
à Nérée pour apprendre de lui quelle est la contrée oii 
il trouvera les pommes merveilleuses. Héraclès se saisit 
du dieu prophétique de la mer, et, le maintenant malgré 
ses nombreuses métamorphoses, lui arrache le secret 
qui lui importe'". A ce premier épisode de la légende se 
rapporteutun certain nombre de monuments très anciens, 
qui montrent Héraclès aux prises avec un monstre marin, 
àX'.oç Yiiwv, comme il est appelé sur un relief d'Ûlympie oii 
l'on voit précisément cette lutte '* : la partie supérieure 
de son corps est humaine: elle s'achève par une queue 
de poisson ; on reconnaît là un de ces monstres compo- 
sites si familiers à l'art 
oriental, ce qui n'implique 
pas, du reste, que la lé- 
gende elle-même soit de 
provenance asiatique '', 
Le motif de la lutte se 
trouve encore, au vit" el 
au vr' siècle, sur une 
pierre des îles-", dans la 
frise d'Assos (fig. 3766)-', 
dans le fragment d'un 
curieux fronton en tuf 

de l'Acropole d'Athènes-- : Héraclès a saisi le monstre 
par derrière et le maintient. Les vases attiques à figures 
noires montrent fréquemment ce sujet; les inscrip- 
tions donnent au monstre le nom de Triton ; Héra- 

1 Lexikon, s. w Hesperiden ; Baumeisler, Denkm. s.v. — 2 Fr. 33 et 'i'ia. — 3 BlCv 
:tf-.ai, Aiô; xf;-o; OU -iS-iv, -Hjk; ).£ta..'.v : voy. les lexles daus le Lexikon, v. Herit, 
p. 2102 et suiv. — ' Roscher, Juno wid Hera, p. Si. — '<• Hes. Theorj. 213 ; Serv. 
ad Virg. Aen. IV, 481. — 6 Phcrccyd. /. c — 1 Scliol. Apoll. Rliod. IV. 1399. 

— ilbid. Diod. IV, 27. — 9 Theog. 518; Kurip. Hcrc. fur. 394 sq. ; Hippol. 742 
sqq. - 10 Heydcraann. Vitsensamml. zu Xeap<:l, 288i). — H Apollon. Rli. IV, 1427. 

— '2 Apollod. II, 0, 11. — 13 Le groupe eu Iji-ouze do Théoclôs ù Olympie reprc- 
seulait cinq Hespérides, Paus. V, 17, 1. — !'• Vase dWrcLiïnioro^, cilé plus loin; 
cf. Diod. l. c. — is Vase de Ruvo : Bult. Najj. V, 13 ; Heydetuauu, IJumorîst, 
Vasenb. I. — 16 Voy. les référeuces dans le Lexikon, I, p. 2597 sq. — n Apollod. 
/. c. — 18 Aiisgrabungen, IV, pi. xxv B = (^oUignou. ^Jist. de ta sculpt. 
yr. I, p. 226, fig. 107. C'est évidemment le même dieu marin qu'Euripide 
appelle î:'.- îojAîSwrf, Hippol. 744 ; il personnilie les diriicullés de la navigation dans 
ces contrées lointaines. — i^ Miichliocrcr, Die Anfaenge der Knnst, p. 84 sqq. 



clés est (Ml croupe sur lui el l'elreinl do «os deux bras". 
n l'uut cit(>r, parmi les nionunienlsles plus reniar(|ualih>8 
de celte esp(k'e, deux liydries très Heinblables, l'une* du 
inusec de llerlin, l'autre du Louvre, signée Timagora, 
toutes deux d'un stylo large el puissant'*. I'Iuh lard, dans 
l'art altique, c'est Nérée, un dic'U à lornie tout liumaine, 
(|ui se substitue A celle ancienne représentation : Héra- 
clès le poursuit on levant sa massue contr<î lui i>u bien il 





Fig. 37G6. — HéracU's vainqueur de Triton. 



Fig. 3767. — Héraclès vainqueur de Nér<!'C. 

l'étreint (fig, 3767) '^^. M. Furtwaengler signale aussi, 
comme se rattachant sans doute au même épisode, le 
motif très particulier que présente un vase altique du 
v'' siècle : Héraclès exhalant sa fureur dans la retraite 
d'un dieu marin ^'^, 

.\ la suite de celle entrevue, Héraclès gagne la Libye-'. 
11 y rencontre le géant Antée [anïaeus], fils de l'oseidon 
et de la Terre, qui forçait tous les étrangers à se mesurer 
avec lui, et dont la vigueur se renouvelait à chaque fois 
qu'il louchait le sol. Pour le dompter, Héraclès le soulève 
au-dessus de terre el l'éloufTe dans ses bras. On a vu 
souvent dans cette lutte un mythe naturaliste, Antée 
personniliant les tourbillons impétueux du vent qui 
s'élèvent des déserts de la Libye et qui semblent, en se 

dressant vers le ciel, avoir 
leur point d'appui sur 
terre, tandis qu'ils s'a- 
paisent quand ce contact 
cesse -*. D'après une autre 
interprétation, il faudrait 
reconnaître à la légende 
un fondement historique : 
ce serait un symbole de 
la résistance opposée aux 
colons grecs par les po- 
pulations indigènes, ré- 
sistance (]ui reprend force en faisant appel aux iné- 
puisables hordes de l'intérieur des terres-'. Quoi qu'il 
en soit, c'est une légende où les Grecs ont vu de bonne 
heure le prototype et le modèle de la lutte athlé- 

— ^u Revue archéol. 1874, t. II, pi. .vu, 1 ; Voy. ccuuiB, lig. 3499. — 21 Au Louvre, 
Monuuienti, III, pi. 34; Clarac, Musée de Se. pi. 1167; Collignon, Sculpt. gr. I, 
p. 183, fig. 86 A. — 3- Mitlheil. Athcn. XV, pi. n, p. 8 i sqq. ; CoUignon, I, p. 207, 
lig. 98. — 23 .viaheil. Alhen. I. /.qui complète la liste de Petersen, .In/iaii, 1882, 
II. 73 sqq. — 2V Gerhard, Etrusk. und Kampan. Vase. pi. xvi, 3 ; de Witte, Étude 
sur les vasespcints, p. 71 ; cf. Hayet et CoUignon, Hist. de la céram. yr. fig. 37 ; 
Collignou, i'AreA. gr. lig, 112. Sur la signature Tiniagora, voy. Ilauser, Jahrbuch. 
1893, p. 157, n. 7. — 2i Par exemple Gerliard, Auserles. Vaseiib. 11.112= Baumeis- 
ler, Denkmaelr.r, II, lig. 1227; cf. Carapanos, />orfo«e, pi. xvi, 4 ; Prillei-, /^ertcAfe 
de Sachs Gcsellsch. su Leipzig, 1832, p. 93, pi, v ; Beundorf, Griech. und sicil. 
Vase. XXXll, ib. — H' Anuali, 1878, tav. E el p. 38 sqq. (Kliigmann). — 2' D'api-^s 
Panyasis ap. Atlicnac. XI, 38, c'est par l'entremise de Nérée qu'Héraclès obtient alora 
la coupe du Soleil pour continuer sou voyage. — -8 Lexikon^ I, p, 364, note de Roscher, 

— 2!) 0, Millier, Dorier, I, 434. 



HER 



— 96 



HER 




tique. On trouvera à l'article antakus l'indication des 
principaux monuments ligures et des textes relatifs à 
cette lutte'. Pindare place la patrie d'Anlée à Irasa en 
Cyrénaïque-; la tradition courante le fait résider soit 
dans le désert de I.,ibye, soit près de Tingis (Tanger) en 
Maurétanie, dont sa femme Tingé est éponyme\ On 
montrait là le tombeau du géant. A la suite de sa vic- 
toire, Héraclès aurait reçu le surnom de llaXaiiAojv 
(vainqueur à 
la lutte) ou de 
IloÀÉiAtov (le 
guerrier); sui- 
vant d'autres, 
Palémon est 
un fils qu'il 
aurait eu de la 
femme d'An- 
tée, après son 
triomphe ^ 

Un autre 
épisode est 
venu se gref- 
fer sur celui 
d'Antée. Hé- 
raclès, pen- 
dant le som- 
meil qui suivit la défaite du géant, est assailli par une 
multitude de Pygmées, nains minuscules, qui habitent 
des fourmilières dans le sable. Le héros, s'éveillant, 
capture leur troupe et la retient prisonnière dans sa 
peau de lion '. 

Le chemin suivi par Héraclès le conduit ensuite en 
Egypte, où il rencontre le roi Busiris, au sujet duquel on 
racontait la fable suivante : l'Egypte soutirait dune di- 
sette depuis neuf ans, lorsque le devin Phrasios, venu de 
Cypre, annonça au roi que, pour rendre la fertilité au 
sol, il fallait sacrifier chaque année un étranger à Zeus. 
Busiris, pour suivre ce conseil, fit de Phrasios la pre- 
mière victime. Depuis lors, tous les étrangers qui abor- 
daient en Egypte subirent le même sorf^. Que signifie 
cette légende? H n'y a jamais eu, en Egypte, de roi por- 
tant le nom de Busiris : il faut voir, suivant Preller ', 
dans ce nom celui d'Osiris précédé de l'article, et dans 
la légende le souvenir des sacrifices humains offerts sur 
son tombeau, sacrifices dont les étrangers faisaient sur- 
tout les frais. Cependant Hérodote nie que cette coutume 
barbare ait jamais existé en Egypte*. Peut-être n'y 
a-t-il dans celte fable qu'un récit dramatisé des dangers 
que couraient autrefois les Grecs jetés sur cette côte in- 
hospitalière'. Héraclès, à son arrivée dans le pays, est 
saisi, chargé de liens, et, la tète couronnée, va être 
offert en sacrifice, quand il se dégage de ses entraves, 

1 Voy. on outre l'article Antaios dans Roscher, Lexikon, p. 2£06-", 2230, 2243 
cl X Album arch. des mus. de prov., I, p. 95. pi. xsi. — 2 Pyili. IX. 103: rslhm. 
Il, 70. — 3 Plut. Serlor. 0: I.ucan. IV, 589 sqq. ; Pomp. Mêla. IH, 10: Sfrah. XVII, 
p. 829. Autre localisation dans Plin. V, 3: cf. Movers, Phoenizîpr, II, 2, 391 ; Keil, 
jVeiif /oAri. Suppl.Band. IV.Cil. — l Hesych. s. ». UiAiif^; : Eti/m. magn.s. ».: 
Tzelies. Li/k. 662; Corp. inscr. gr. sept. 2874. — " Philostr. Imag. II. 22; Zocgn, 
Bassiril II, 69; cf, 0. Jalin, Arch. Beilr. AU sqq, ; Stephaui, Comptes rend. 1865, 
119 sqq. — f' Apollod.ll, 5, H : Diod. IV, 18 ; Hygin. Fab. 3\ et 36; Dio Chrys. VIII, 
32; Scliol, Apoll, Rhod. IV. 1396. —^ Op. cil. Il, 219. —8 Herod. Il, 45,-9 De- 
cliarme, Op. cit. p, 497, Voy. les autres textes et interprétations dans Roscher, Lex. 
art, Busiris.— 1» Eurip, Trng. III, <<d, Nauck (Teubner), p, 77. — " Atlien, X,p. 411 
A. Isocrate, on le sait, a composiî une apologie paradoxale de Busiris. — 12 Millin- 
gen, Peint, de vasea, 28. — '3 Arch. Zeil. 1865, pi, cci, 2. — U Afonumenli,\Hl, 
16 (Aniia'i, lSi'.j,p. 296-307) = B.->umei5ter. Denkmaeler,\,p. 367, (îg, 394 a et*. Voy. 



Fig. 3768. — Héraclès et Busiris, 



massacre Busiris, son fils et sa suite. Busiris est devenu 
une figure très populaire dans lus traditions grecques, 
ainsi que la fable d'Héraclès. Kuripide Tamise à la scène 
dans un drame satyrique'" et Épicharme l'a également 
introduite dans une de ses pièces". Le sujet n'est pas 
moins fréquent sur les vases peints à partir de la fin du 
vi'^ siècle. Un vase lucanien du iv'' siècle représente Héra- 
clès se débarrassant de ses liens et menaçant Busiris"*. 

Sur les vases 
attiqucs à 
figuresrouges 
il est quelque- 
fois conduit 
au sacrifice'^; 
le plus sou- 
vent, on re- 
présente la 
lutte qui s'en- 
gage : il se 
précipite dans 
des attitudes 
diverses, sur 
la garde du 
roi, composée 
d'Éthiopiens, 
qui sont char- 
gés d'objets pour le sacrifice: il les frappe de sa massue, 
les perce desonépée, les étrangle, les assaille à coups de 
poing, etc. (fig. 3768) '•. 

Après cette aventure, il remonte le Nil, tue Ëmathion, 
fils de Tithon, et rétablit sur le trône son frère Memnon ''', 
pénètre dans les déserts de la Libye qu'il purge de ses 
bêtes féroces '°, parvient à l'Océan oit il emprunte de nou- 
veau la coupe du Soleil. De là il gagne l'Asie où il ren- 
contre Prométhée enchaîné sur le Caucase. U le délivre, 
en perçant d'une flèche l'aigle qui rongeait le foie du 
Titan ' '. Celui-ci, en reconnaissance, lui enseigne la roule 
à suivre pour parvenir jusqu'aux Hespérides : c'était le 
sujet du Prométhée délivré d'Eschyle". Cette rencontre 
avec Prométhée a également inspiré un certain nombre 
de monuments figurés dès l'époque la plus ancienne. 
Sur un fragment de vase très ancien de Phalère " et sur 
deux autres vases-", Prométhée est représenté empalé 
sur un pieu : Héraclès, arrivant dans l'altitude de la 
course agenouillée, perce l'aigle d'une tlèche. Un peu plus 
tard, on voit Prométhée attaché à son rocher, et racon- 
tant ses souffrances au héros, qui se tient debout devant 
lui^'. Plus tard encore, l'art représente de nouveau la 
délivrance du Titan, mais traite ce motif avec plus de 
pathétique, en rendant visibles, par l'attitude de Pro- 
méthée, les souffrances qu'il endure -'; quelquefois 
d'autres personnages sont présents^' [prometdeus]. 

encore une coupe d'Epiclclos, Micali, Storia. XC, t ; Duniont et Chaplaîn, ,Cérami^t(« 
de la Grèce propre, pi. xviii ; cf. p. 370et suiv. : Heydemann, Pariser Antiken, Halle, 
1887, p, 33, La popuI.Trit^' de ce sujet est encore attestée àl'époque romaine par levers 
de Virgile, Georg. III, 4 : .■ Quis illaudati nescit Busiridis aras? » — 'ôApoUod. l.c. ; 
Diod. IV. 27 ; Corp. inscr. graec. 5984 = lnscr.gr. Sic. et liai. 1293, 123131, etc. 
— icSchol, Apoll, Rhod, IV, I36C; Porphyr. Vit. Pythag.^y,. — ^^ ApoUod, l. c. : Pau- 
san, V, 11,6 (sujet point par Punaenos sur la balustrade du Zeus Olympien) , — 18 II eu 
reste un certain nombre de fragments : Nauck, Fragm. tragic. graec. 184 sqq, ; Wec- 
klein, éd, du Prométhe'e [i*). p. 121 sqq. — 19 Beundorf, Griech. nndsicit. Vasettb. 
I.IV. 2 (texte, p. 106). — 20 Arch. Zeil. 1838, pi. cxiv, I et 2 = Baumeisler, Denkm. 
III, fig. I36C ; Berlin, n» 1722 (cité par Furlwaengler). — 21 Arch. Zeil. 1885, p. 227; 
Gerhard, Elr. Spiegel, 139 ; Lrxikon, p. 2230. — 22 Milchhoefer, Befreimg des 
Promelheus, Winckelmanns-Progr. 1882 ; Lexikon, p. 2245 ; cf. une reproduction du 
motif de Pcrgame, Baumeistor, Denkm. Il, fig. 1431. — S' Arch. Zeit. HSS, CXIV. 4. 



IIKIi 



— 97 



llhii 



A l'i'lli» IruMTM'i' do I Asie, les iu\(lii)^i'U|ilios oui l'^u- 
li>iiioiit nittiu'litt roxpodiliiiii (rilfi-U(:li''H un Indu, t|ui :i 
pris, surtout apri^s Alcxitiulri', un dcM-luppi-inuiit ami- 
liigin- i\ i-clli' do llucchus'. Kniin, tra\i'rsanl iMii'orc Ir 
|>u\s dos ll\|iorliori'ons, le héros purvitMil ati lonni' ilo 
sou \o>am', aupri's di'> llosporidcs. I.'t'xlraordiiiairo in- 
l'ohi'roiu'o do tout ool itinorairo prouvo asso/. iju'il u olo, 
par une série »le remanieiiu'iils ol d'additions succossivos, 
t'(>niplii|uo ot allongoi\ plaisir; lalornio la plus aiu-ionne 
do la logondi' no oonnuissait aucun do cos ilotours. 

Nous eu soinnios venus à l'avonluro ollo-méuio, pour 
Lu|uollo nous trouvons aussi plusieurs vorsions paral- 
lolos. hau> la plus simple, c'est le héros qui va cueillir 
lui-même les pommes. Il pénètre dans le jardin sacré, 
lue le draf^on Ladiin (|ui on garde l'entrée ou qui défend 
l'approclio de l'arhre, et détache les fruits d'or-. Cette 
forme de la légende est-elle la forme primitive? N'ous ne 
savons, mais nous la trouvons déjà sur deux lécythos à 
ligures noiresqui re|)resenlent Héraclès cueillant les fruits 
à l'arbre •". Souvent il est entouré des Ilespéridcs", qui n(! 
jouent pas le rôle de gardiennes, mais deviennent ses 
complices : elles versent ;\ boire, pour l'endormir, au 
serpent pré- 
posé par Hé- 
la à la garde 



de l'arbre sa- 
cré, ou en- 
core elles 
cueillent les 
p ni m e s 
pour les re- 
mettre au hé- Jj 
ros, comme 
lin le voit 
sur un vase 
de .Midias 

(fig.3769)".C'estaussi, semble-t-il, la version suivie sur la 
métope du Théséion". La lutte du iiéros contre le serpent 
est aussi Ggurée sur des monuments d'époque postérieure'. 
De bonne heure, cependant, on voit intervenir dans 
cette légende le personnage d'.\TL.\s, dont quelques lé- 
gendes font le père, le grand-père ou l'oncle des Hespé- 
rides, et qui, en tous les cas, supporte le ciel auprès de 
la région merveilleuse où se trouve le jardin sacré. Hé- 
raclès ne va plus lui-même cueillir les pommes, mais 
persuade Atlas d'aller les chercher pour lui. Pendant 
que celui-ci s'acquitte de cette mission, c'est le héros qui 
soutient la voûte du ciel ^ Sur le coffre de Cypsélos, on 
voyait Héraclès marchant contre Atlas l'épée nue'. Une 
des métopes les plus connues d'Olympie montre Héraclès 



I Preller, Griech. ilythol. II, p. 220 et n. 4. — 2 Eurip. Berc. fur. 394 sqq. ; ApoU. 
Rhod. IV, 1396 sqq.: Diod. I\^ 26; c'est aussi uoe des versions dWpoilodore, /. c. 
Le dragon (voy. dans ce Dictionnaire, t. II, fig. 2594. et dbaco, p. 407) est ici 
cousid<!Té comme le gardien d'un lieu sacré. Son nom Ladou, qui rappelle celui 
de la rivière d'Arcadie, est une des preuves qu'on a alléguées pour l'origine arca- 
dieune du mythe-, Roscher, Lttx. I, p. 2598. — 3 Benndorf, Griech. und Sicii. 
Vasenb. pi. lu, 1 ; Braun, Zwôlf Basrel. vign. de la pi. xi (cilé par Furtwaengler). 
— i Ainsi sur le vase d'Arcliémoros, Gerhard, Gesamm. Abhandl. pi. ii = Bau- 
raeister. Denkmaeler, l, lig. 745 ; Roscber, Lexikon. I, p. 2599. Voy. sur les repré- 
sentations figurées d'Héraclès avec les Hespérides, Gerhard, O. c. I, p. 50 sqq. ; 219 
sqq.; Heydemann, Humorist. V'ose/iô. (Winckclm. Progr., Berlin, 1870); Ilelbig, Ponï- 
peian. Wandgem.n. 1127.. — » Gerhard, /6if/. pi. xiv = Lexikon, l. p. 2602 : cf. 
Gerhard, /6id. pi. xx, I ; MilUn, Galerie mytliol. CXIV, 444 (vase d'.Vstéas) = Decliarme, 
Op. cit. fig. 141 ; Zoega, Baxsirit. II, 64. — i» II semble qu'uue Hespéride tende à 
Héraclès un rameau, Monumenti, X, 59, 5. — 7 Déjà sur un vase à relief du v* siècle, 
Furlnarngler, Collection Sabouroff'. pl.T.xxiv: Amiali, ISCt, tav.U : Zoega, Hassiril. 

V. 




Fig. 3769. — Héraclès et les Hespérides. 



soutoiiaut le ciel; U ciMé do lui, une fiinnn-, o(i il faut 
roconnuitio soit une llo(»péridu,soit idutùt Athéna, l'aide 
a porter ce lourd fardeau; Allas revient présenter les 
trois pommes qu'il est ulle chercher '". Un conluil la suile 
de 1 aventure de fa(,-on plaisante. .Mlas, heureux d'êlre 
débarrasse du poids i|uo la destinée lui imposait a tou- 
jours, ulfro a Héraclès d'aller jusqu'à .Mycènes rapporter 
les pommes .'i Kuryslhée. Le héros feint d'entrer dans 
cette comliinaisoii, maisdemaiide à moltro un coussin sur 
Ses épaules pour les soulager. Atlas se laisse prendre a la 
ruse, décharge Héraclès, qui se hâte de gagner le large". 
Do retour i\ Mycènes, il remet lespommi-s ;\ Kurysthée, 
qui les lui rend, et Athéna les reporte dans le jardin des 
Hespérides, car elles ne doivent point rester ailleurs". 
Une variante, très remarquable, de cette conclusion de la 
légende, se trouve sur deux vases attiques du v" siècle : 
Héraclès apporte les pommes dans l'assemblée des dieux 
de l'Olympe'^. Celte version témoigne, plus clairement 
peut-être que les autres, du vrai sens de la fable : l'im- 
morlalitédu héros est liée à la conquête des pommes d'or, 
qui lui ouvre directement l'accès dans l'Olympe, d'où il 
est évident que le héros ne doit plus sortir. Aussi cel 

exploit est- 
il, dans quel- 
ques cycles, 
le dernier 
des douze 
travaux ; il 
clôt sa car- 
rière ter- 
restre". 

12° Cer- 
bère. — Le 
douzième et 
dernier tra- 
vail d'Héra- 
clès nous transporte dans la région mystérieuse des Enfers. 
Le chien Cerbère, fils de Typhon et d'Echidna, le redou- 
table gardien des Enfers, est-il, comme on l'a cru'^ une 
personnification du crépuscule, et faut-il voir dans la 
légende d'Héraclès qui le ramène enchaîné sur terre, 
l'image du Soleil qui sort le matin des ombres de la nuit'? 
On a donné aussi à ce mythe une portée plus haute : on y 
a vu le plus grand et le plus difficile des exploits d'Héra- 
clès, de l'homme-dieu, qui, ayant accompli toute sa 
lâche terrestre, ayant purgé le monde de tous ses mons- 
tres, n'a plus qu'un ennemi à dompter, la Mort, pour ga- 
gner l'immortalité : en ce sens, ce mythe précéderait 
logiquement et préparerait celui des Hespérides"^. 

H est déjà connu par les poèmes homériques ", qui 



II, 64 ; MiUin, Galerie myth. CXIll, 434 ; Arck. Zeit. 1874, p. 66 ; gemmes, etc. citées 
par Furtwaengler, Lexikon, p. 2228, 2244. — 8 Apollod. i. c. — ^ Pausan. V. iS, 4. 
Cf. l'art. ATLAS, p. 526-7 ; peinture de Puuaenos, Paus. V, il, 5. Ajouter les autres 
références dans Furtwaengler, Lexikon, I, p. 2227, et ibid. p. 2399-2601 . — 10 Col- 
lignon. Uist. de la scnlpt. gr. I, p. 430, fig. 221. — '1 Voy. l'inscription du coffre de 
Cypsélos, citée par Paus. V, 1S,4, et le miroir étrusque publié par Gerhard, pi. cxxxvii 
et reproduit t. I, fig. 612. — '2 Apollod. /. c. — '^ N'oi-I des Vergers, CÉtrurie et les 
Étrusques, pi. iv, et Annali, 1859, tav. G H (aujourd'hui au .Musée de l'Ermitage; 
cf. Annali, 18S0, p. 107, n. 4 ; Stephani, Musée de r Ermitage, n' 1641, et Furtwaen- 
gler, Lexikon, p. 2228). — l* Diod. IV, 26 ; table Fai-nèse, v. 354 ; cf. Bcthc, Quae.tt. 
Diod. mythogr. Gocttingeo, 1887, p. 43, n. 53. — 15 Preller, Op. cil. p. 222; De- 
charme, Op. cit. p. 500 et les références. — *•> Wilaïuowilz, Op. cit. I, p. 301. Sur 
les dilTérenles interprétations proposées de Cerbère, voy. Immisch, dans le Lexikon 
de Roscher, t. Il, p. 1127-1134 ; pour l'auteur de cet article. Cerbère est analogue au 
serpent qu'on voit représenté sur les lombes. — '" Jl. Vlil, 367 ; Od. XI. 623. Le 
nom luèrne de Cerbère ne se trouve pus dans Homère. 

13 



iir.u - !)s - 

y font allusion à plusieurs reprises : llerini'-s el Alhéna 
fîuidcnl le liéms jusqu'aux Knfers. il en rovionl liainanl 
Cerbère encliainé. La tradition la plus répandue fait des- 
cendre Héraclès dans le monde souterrain par un 
RoulTre près du cap Tènare' : d'après quelques auteurs, 
c'est au même endroit qu'il en ressort^ mais d'autres 
versions ont localisé la légende en divers endroits, à 
Hermionc', à Trézène ', ii Lapliystion en Hèolic ■, dans 
la Tliesprolide'\ à Héraclèe du Pont \ 

Très sommaire dans le récit d'Homère, l'aventure s'est 
enrichie plus tard de quelques épisodes. C'est sans doute 
à tort qu'on y a rattaché la mention, faite par Vltiade, 
d'une blessure inlli^ee ])ar Héraclès à lladès". Une tra- 
dition, qui acquit à partir du v" siècle une certaine noto- 
riété, c'est qu'avant de descendre aux Enfers, le héros 
se serait fait initier aux mystères des fileusinies. afin de 
se purifier du sang qu'il avait répandu, particulièrement 
du meurtre des Centaures, et de recevoir des divinités 
infernales un accueil favorable '. Mais il y a là sans 
doute une interprétationpostérieure de l'initiation d'Hé- 
raclès, les rapports du héros avec les divinités chtho- 
niennes étant attestées d'ailleurs par certains traits, et 
ne paraissant pas liées nécessairement avec la descente 
aux Enfers". Quand il pénètre dans le monde souterrain, 
la terreur que cause son apparition disperse les ombres; 
la Gorgone seule ne fuit pas; il veut la percer de son épée, 
mais son conducteur l'avertit qu'elle n'est plus qu'un vain 
fantôme. Mélèagre s'approche de lui et lui recommande 
d'épouser sa sœur Déjanire, restée seule depuis qu'il est 
mort. Près des portes d'Hadès, il rencontre Thésée et 
Pirithoiis, enchaînés à un rocher el qui tendent vers lui 
des mains suppliantes. H délivre Thésée", mais un trem- 
blement de terre l'empêche de rendre le même service à 
Pirithous. 11 dégage aussi .\scalaphos du rocher qui pèse 
sur lui. Pour donner à boire aux âmes des morts, il immole 
une des génisses d'Hadès. Ménoitès, le bouvier du trou- 
peau, l'ayant provoqué à la lutte, il le saisit par le milieu 
du corps el lui brise les côtes. Enfin il demande Cerbère 
à Pluton, qui le lui accorde à condition que le héros 
s'emparera de lui sans faire usage de ses armes. Héraclès 
ne garde que sa cuirasse et sa peau de lion, saisit le 
monstre par le cou, et le traîne à la lumière malgré les 
morsures que lui fait Cerbère avec la queue de serpent 
dont il est muni. 11 va le présenter à Eurysthée, puis le 
renvoie aux Enfers '-. 

Une des plus anciennes peintures de vase qui s'inspi- 
rent de cette légende est celle d'un scyphos provenant 
d'.\rgos et de fabrication corinthienne '^ Le motif n'a 
d'analogie avec aucune autre représentation connue : 
Hadès s'enfuit, Perséphone s'est levée de son siège; 
Héraclès se présente devant elle, armé et menaçant, der- 
rière lui est Hermès; sur la droite est représenté Cerbère 
avec une tète unique et des serpents qui se détachent de 

I Apollod. 11. S, 12-. l'ausao. IV, 23, 5 sqq. ; Sirab. VIII, 3C3 ; Eurip. ,. erc. 
fur. 23 ; cVtait aussi la donni'c ilc la pièce de Sopliocle, 'lljaxV.în 5 in'i Taiyajij^ 
Nauck, Fragm. tragic. graec. i' «cl. p. 178 el suiv. — 2 Senec. Herc. fur. 813. 
— JSlrab. /. c. ; Pausan. 11, 35, 10; cl. Kurip. Herc. fur. 615. D'aprCs Wilamo- 
wilr, Op. cit. Il, ad h. I. c'csl pcuWIre là la tradition primitive. — '• Apollod, 
;. c; Pau5. 11, 31, 2. — S Palis. IX. 21. 5. — « Pliilostr. Fragm. Iiist. graec. 1, 41 
cl 40 ; cf. 0. Mallcr, Varier, I. 123 : Ellig, Leipz.Stud. .Mil, 397 ; Hoselicr. Lexikon. 

11 p 1124. " ïlerodor. Fragm. hist. graec. Il, 25 ; Scliol. Apoll, Hliod. Il, 

334; Xeoopli. .Aiiaà. VI, 2, 2; Lexikon, ibid. — * II. V, 393 sqq.; cf. Lexikon, 
I, p. H2I. — 9 Diod. IV. 14; Apollod. /. e. arl. ilecsinu, p. .ï52; Lexikon, 
I, p. 2185. — '"Cf. infra, VI. scct. — " Outre Apollodore, Pau.«. X. 29, 4; Thi5s(!e 
et Héraclès aui Enfers, Zoega, Bassiril. Il, 103 = Baunieister, Ùenkmaeler, 



IIF.li 

son corps. L'enlèvement de Cerbère était figuré sur 
le trùne d'Amyclécs'*, sans doute conformément au motif 
qui se trouve d'ordinaire sur les vases à figures noires el 
aussi sur des vases à figures rouges: Héraclès sortant du 
palais infernal, qui est indiqué par des colonnes doriques, 
brandissant la massue de la main droite, et traînant avec 
la main gauche, au moyen d'une cord(î ou d'une chaîne, 
Cerbère qui a communément deux têtes et une queue 




Fig. 3770. — IlfTaclès et Cerbère. 

terminée en tête de serpent (fig. 3770)' '. 11 en a trois, 
avec une queue de chien, sur une hydrie ionienne, au 




Fig. 3771. 



ll(-raclè& ol Cerbère. 



Musée du Louvre, des serpents se déroulent autour de 
sa tête et même de ses pattes '"^ (fig. 3771). Cerbère suit 
le héros avec plus ou moins de docilité, et parfois 
résiste énergiquement'". D'autres motifs se rencontrent 
encore : Héraclès parlant au chien, ou cherchant à l'at- 
tirer'*; sur une amphore, au Louvre, il lui présente la 
chaîne". 

Les métopes d'Olympie*" et du Théséion -'qui représen- 
tent cet épisode sont très mutilées ; il semble que Cerbère 
n'y soit ligure qu'avec une seule tête ; de même sur une 
coupe à figures rouges du musée d'Altenbourg'". A partir 
de la fin du v- siècle, il a presque toujours trois têtes, et 



III, fig. 1880. — 15 A|K)llod. /. c. — 13 Arch. Zeit. 1859 pi. cixv = Lexikon. Il, 
p. 1121. — I'. l'aus. 111, 18, 9. — lu Inghiranni, Pillure'di casi, I, 40; II, I3U; 
Gerhard, Auserl. Va^enb. II, pi. cxxix-cxxxi, cxxxvi. Dans Hésiode, Cerbère est un 
monstre à cinquante tôles, Tkeog.m. — 1*» J/oHH»ien(i, VI, 36; 4»na/i, 1859, p. 398; 
Klein, Kuphronios. 2* éd. n. 2. — 1^ Schneider, Die zwôlf Kaempfe des Hera- 
ktes, p. 45-46; Hartwig, Die Beraufholung des Kerberos auf rothfig. Vasen, 
Jalirhuch. VIII (1893), p. 157 sqq.. Où l'on trouvera quelques reproductions, 
— is Mui. Greg. II. 32, 2 ; cf. Journ. af hell. slud. 1883, p. 107. Voy. aussi un 
vase à reliefs de Ténèa, Furlwaengler, CoUect. Snbouroff.jtl. lxxiv, 3 el commen- 
taire ; Raoul-Kochette, Monum. inédits, pi. xi.ix a. — 19 Citée par Furtvvaengler, 
C, Lexikon. f. 2203.— îOJlKÇrad. 1V,28.— 21 Stuart, An/ij. o/AI/ienj, IV, 2. pi. xii, 
el Momtm. X. pi. ui, 1. — ^Jahrbucli, Vlll, p. 163. 



iii:it 



— !)!» 



IIKK 



111 itiMiiil i-s( il arriH'il iiM'c l'f|iillii-(i- i|ii'il porto dans 
>iij>lu»i'lo ol iliiiii l'!ui'i|)i(li' '. .Ndiis MgiiuliTdiis, l'diimii' 
ass(t/. luirtifiiliiVt', la coiiriiriiialion du uos lotus sur un 
!iar('t>|ilia^it do Thi-spifs-. l/i'nlovtMiii'iit du Curlx'Tu se 
voil assi'/. situviMit sur lus vasus di- l'Italiu inùridiiiiialc 
ilu la lin du lysii^clu; il y l'ait partie du la rupréMunlalion 
Kunuralf du inundu inlurnaM i.mkiii . Parmi lus niunu- 
niunls puslurii'urs, luius uiturons unuoir lu caniùu liu 
MiosuKuridùs, (|ui su trouvu :\ Kui-linut dont il uxislu plu- 
>iuurs irpli(iuus : llùraclùs y uiuliainu Cerhùro ^ 

Si, coniniu on l'a (inulipiufois intiM'prûtt', cet épismlr di- 
lalu^c'iidi'd'llui"iulùsdiiils'uxpli(|uurconiniusonlrionipli(' 
sur la Mort, du puiit un rapprocliur d'autrus traits du sou 
histoiru i|ui iw nous sont guùru connus iiu(! par ilus 
inonuniunts, sa viuloiru sur Lii'ras, c'ust-;'i-diru sur la Viuil- 
lussuul sur kl Mort. Il un sera question plus loin [soct. VI j. 
Il y a là une conception qui est évidemment de môme 
nature que l'union du héros, ruçu parmi les immortels, 
avec llul)u, persunnilication de la jeunesse [sect. V]. 

IV. ExrÉDITlONS GLERRIÈBES ET LÉGENDES DIVERSES. — 

Même en Taisant entrer arbitrairumunt dans le cycle des 
dou/.u travaux un très grand numhru d'épisodes de la 
légende d'Héraclès, les mythographes ont laissé hors de 
eu cadre une multitude d'aventures d'origine trùsdiversc, 
dont heaucoup sont des traditions locales ou nationales, 
etd'autres des inventions postérieures de la poésie épique. 
Kilos se distinguent des précédentes par deux traits : elles 
ne sont plus provoquées par les ordres d'Euryslhée; ce 
sont des exploits qu'Héraclès s'impose, soit pour venger 
desinjures personnelles, soitpourdéfendredes opprimés. 
De plus, il y apparaît, à (juelques exceptions près, non 
plus comme le dompteur de monstres que nous a surtout 
représenté le cycle argien, mais comme un guerrier qui 
combat, soit seul, soit à la tète de troupes armées, ses 
nouveaux adversaires, des hommes pour la plupart. Entre 
toutes ces aventures on n'a pu établir d'autre suite ra- 
tionnelle qu'un ordre factice de chronologie. Comme 
précédemment, nous suivons dans ses grandes lignes 
celui que donne Apollodore. 

Euriftos d'Œchalia, Ipkitos, lob'. — Trois villes légen- 
daires portaient le nom d'Œchalia : une en Thessalie, 
dans la région deTriccaet d'Ithome^, une autre sur les 
frontières de la Messénie et de l'Arcadie, à peu près à 
l'emplacement où se trouva plus tard .\ndanie '', la troi- 
sième en Eubée, non loin d'Érétrie '. Toutes trois reven- 
diquaient l'honneur d'avoir été la ville d'Eurytos"; il 
est difficile de dire oîi la légende était localisée primitive- 
ment. D'après Preller, c'est dans celle du Péloponnèse 
qu'il faut en chercher l'origine ', puis l'action a été 

1 bophorl. Trach. 1098; Eurip. Herc. fur. (il). )278 (xji.favov «Ov»). — ^ISuU. 
Je COÏT. hell. 1804, p. ei2. — 3 Wiener Vorlegebl. série E, pi. i, 2, 3, C ; Moiium. 
VIII, 1) — Raumoister, Denkmaeltr^ HI, fig. 2012 A et B ; Rosclier, Lexikon, I. 
p. 1326 := II, p. 1126; et Decharmc, Mythol. gr. fig. 142. — + Furlwacnglcr. 
Juhrbuch, III (1888), p. 106 sqq. pi. m, 1 [gemjiab, p. 147", n. S]. Autres ruoiiu- 
niciils : Zoega, Bassiril. II, 58, Clarac, 800, 2010, etc. — 5 /;. II. 729 sq. ; cf. 
Si'liol. et Euslath. ad.l; cf. Pausan. IV, 2, 2. Strabon parle d'une (£ctialia dau^ 
la contrée de Trachis, X, 2, 10 ; une inscription, Corp. inscr. lat. III, 1. 506. 
Irotivée entre Lamia et Hypata, mentionne un monumentum Euryii. — ^ Pans. 
iliiJ. cl IV, 33, ,1 ; Strab. Vlll, 3, et 25 ; 4, S ; IX, S, 17. C'est de cette (Echalia 
c|u'il est question dans Hoin. It. II, 596; Od. XXI, init. (la ville n'est ]ias 
noinmi'-e, mais le meurtre d'Iphilos s'accomplit en Messénie}; cf. Pherccyd. ap. 
Schol. Soph. Ti'ach. 334. — ■; CréopUyle et Ilécatée, cités par Paus. IV. 2, 2 ; 
version suivie par Sophocle, et par les auteurs postérieurs, Schol. Apollon. 
Hliod. I, 87, etc. — 8 Voy. les autres textes dans Miillcr, Dorier, I, p. 416 sqq. ; 
Lexikon, art. Eurylos. — 9 Oriech. Mythol. Il, p. 224 sq. — 1» Soph. Tracli. 
.151. — 11 m. VIII, 227; Hygin. Fab. 14. — 12 Od. XXI, 27 sqq. : .L iyî (.!■«„,. 
C'est le sujet d'une coupe du v*^ siècle, qui est au Louvre ; Furtwacugler, p. 2234, 



transportée dunscullu d'Eulnu pai' lu pouto Créophylo.s. 
EurytoH, roi d'dl'lclialia '", est un habile arclier; il a reçu 
les leçons d'Apollon lui-niéino. l-'ier de son talent, il 
aurait, suivant lu rucit du VOili/sn'r", provoqué lu diuu a 
su mesurer avec lui, (!t Apollon irriti; lu l'i'a|ipa iK; mort 
dans sa propre maison. La version lioméri(|ue ne met pas 
Héraclès un contact avec Eurytos liii-méine, mais avec 
son (ils Iphilos : le héros l'assassine traltrcuscmiuit dans 
sa maison'-, u'esl-i\-dirc A. Tirynthe où il lui donnait 
l'hospitalité et parciMpi'Iphitos lui réclamait des juments 
ou des boiul's qu'Héraclès lui avait volés avec la eompli- 
uiti' d'Autolycos, lils d'Ilurmùs'^. D'après Pliérécyde, 
lldiilos lut précipiti; du haut d'une tour ". Héraclus, pour 
si'purilier de ce meurtre, se rendit auprès du dieu de 
Delphes, qui l(! condamna à se mettre en captivité pour 
un an '"; Hermès si; charge de le vendre à (Jmphale "'. 

Suivant la tradition que mit en honneur Créophylos " 
ut que suit Sophocle, Kurylos, roi d'Œchalia, est père de 
quatre lils, Ipiiitos, Dé'ion, Klylios et Toxeus, qu'il a ins- 
truits dans son art. Il promet la main de sa hlle, la 
blonde lole", à (pii le surpassera, lui et son hls, au ma- 
niement di^ l'arc. Héraclès, qui se pose en prétendant, 
triomphe à ce concours et réclame le prix de sa victoire. 
On le lui refuse; il entreprend alors, avec l'aide d'une 
armée, le siège d'(Jl"khalia, prend la ville et la détruit, 
massacre Eurytoset ses fils, emmène lole captive". Une 
variante de cette môme version, c'est qu'Héraclès ré- 
clame lole, non pour lui, mais pour Hyllos, le lils qu'il 
a eu de Déjanire '■"'. Hyllos du moins l'épouse après la 
mort d'Héraclès, survenue peu de temps après ^'. Comme 
on le voit, le premier de ces épisodes, le meurtre d'Iphilos, 
a servi aux mythographes à justifier l'introduction dans 
la légende d'Héraclès, de la servitude auprès d'Omphale; 
la prise d'UEchalia nous ramène au contraire aux der- 
nières circonstances de la vie du héros--. 

Les représentations figurées qui ont trait à la légende 
d'Eurytos sont assez rares. Un cratère corinthien du 
Louvre, qui parait remonter k la première moitié du 
vi° siècle, montre Héraclès attablé avec Eurytos et ses 
fils; la jeune lole se tient debout auprès du héros : les 
personnages sont désignés par des inscriptions". La 
scène paraît être celle du banquet qui aura précédé le 
concours de l'arc. Le concours lui-même se voit peut-être 
sur une amphore attique à figures noires. Quant à la 
prise d'UEchalia, on ne la voit guère que sur un vase 
attique du style de Brygos ou de Douris, dont les frag- 
ments ont été retrouvés à l'Acropole d'Athènes '-'* et sans 
doute aussi sur un scyphos de Locride récemment publié ■'•'. 

Omphale, Syleus, Lityersès, Cercopes. — Dans la lé- 

Hoydemann, Pariser Antikeii, n" 76. — '3 Od. ibid. 22 sqq. ; Lexikon, s. i: Antolykos ; 
PrelIcr,Griec/i. .l/y(/i. 4»éd. I, p. 400, u. 1. — •• Pherecyd. /■>. 34; Soph. Tracli.lT.i. 
D'après une autre forme de la légende, Ipiiitos et Héraclès sont liés d'amitié, Héraclès 
commet son crime dans un accès de démence. — '■i Soph. ibid. 252. Les scholies 
ad h. l. disent qu'Hérodore parlait de trois ans; cf. ApoIIod. II, 6, 2. — '6 Apol- 
lod. ibid. Cf. en général, sur Ipliitos, l'article du lexikon, s. o. — 1' 0. MCiller, 
Dorier. I, p. 413 sqq. — '8 Hesiod. Fragm. 70, Gœttling ; t'.allimach. Epigr. 6 ; cf. 
/.rai/tOH, s. i'. — is Soph. Trach. iii sqq.; Lexikon, s. v. Eurytos. — ^o M'- scliol. 
Soph. Trach. 354. — 21 Soph. ibid. 1219 sqq. — 22 H est juste de dire que les my- 
thographes, comme Apollodore, l. c.,el Diodore, IV, 31, combinent ces deux légendes 
de diverses façons et ajoutent d'autres détails que nous avons dû omettre. Cf. encore, 
sur l'origiue et les transformations du mythe, Wilaniowitz, Op. cit. I, p. 317 sq. 
— 23 De Longpérier, Musée Aapoléon 111, pl. 22 et 34, 71 et 72: cf. .Monu- 
menti, VI. 33 ; Welcker, Atte Denkmaeler, V, pl. xiv, |x 201 sqq. ; Kayet et Colli- 
gnon, JlisC. do la céramique gr. pl. vi ; Minorvini, Itlustr. di un tioso rôle, rappr. 
Ercolepreso lafamigliadi Eurito. Naples, 1851 . — 2'> Winler, Jahrliucli.il, p. 230, 
232 ; cf. Lexikon, p. 2234. — 25 Potticr, Jlonum. grecs publiés par f.issoc. des et. 
gr. Il, pi. 14, et p. 41 sqq. Sur l'autre fuce, Jl. l'oltier croit voir le banquet choz Eurylos. 



//- 



I '•'»/>> 




BIBUOTHECA 



HER 



— 400 — 



HER 



gende telle que nous la trouvons constituée à partir du 
v' siôcle, Omphaio fsl une reine de Lydie, fille de lar- 
danos, femme de Tmnios, dont elle hérita la royauté; 
puis elle eut d'Héraclès, quand il vint se mettre à son 
service, un ou plusieurs lils, et c'est il cette descendance 
que se rattache la famille royale de Sardes'. La littéra- 
ture, surtout à l'époque romaine, a souvent parlé de la 
vie molle et elTéminée que mena Héraclès ii la cour de 
Lydie -. H emprunte les habits de femme d'Ômphale, 
qui se revél de la peau de lion ; il liie de la laine à ses 
pieds : légende qui s'établit avec d'autant plus de faci- 
lité, que l'art grec représente de bonne heure le héros 
se délassant après ses fatigues ol faisant bonne chère, 
aussi intrépide à l'orgie qu'à la lutte. Les monuments 
ligures de l'époque alexandrine et romaine confirment et 
complètent ce tableau. C'est un des sujets préférés des 




Fig. 3772. — Hercule cliei Omphale. 

peintures murales (fig. 3772) : Héraclès y est vêtu en 
femme, quelquefois ivre, portant le rouet ou filant auprès 
d'Omphale qui lui a emprunté ses armes et la peau de 
lion '. Cependant, même au milieu de ces délices, Héraclès 
ne reste pas inactif, et la légende lui attribuait plusieurs 
exploits, qu'il entreprit pour le service d'Omphale. C'est 
ainsi qu'il combat la peuplade des Itoniens, qui pillaient 
les frontières du pays', les Trémiles de Lycie ^, les 
Amazones, sur lesquelles il conquiert la double hache 
qui devint l'insigne des rois lydiens^'. 

D'autres contes, que l'on rattachait également au sé- 
jour auprès d'Omphale, ont acquis plus de notoriété. 

I Herod.I.7; Apollod. U.C. 3; Prcller, Op. cil. Il, 226-7; 283. — 2 Ovid. Fast. IJ, 
303-336; Clearch. ap. Alhcn. Kl], II: Slal. T/ieb.X, 640; Senec. Hippol. SI': 
Terlull. De pnllio. IV; Arislid. II. 568, ete. - 3 Raoul-Rochelle. Choix de 
peint, p. 239 sqq. : 0. Jalin. Berinhte d.sàehs. Gesells. 1835, p. 2l3sqq. pi. vi; Ste- 
phani, Compte r>-ii</H. 1870-1871, p. 187 sqq. ; Helbi^, Vi'andgemàHe. n" 1133 sqq. ; 
Lexikon, I. p. 2247-8. — ' Dioii. IV, 31. — s Sleplian. Byi. v. Tf.;»:ir,. — 6 Pjuiarch. 
Qunett. gr. 45 ; Radet, la Lydie et le monde grec, p. 87. — " Apollod. el Diod. I. c. : 
— 8 Nauck, Trag. graec. fragm. 653 sqq. = Euripid. Trag. M. Naiick (Teubncr) 
MI, Fy. 688 sqq. — » Arch. Zeil. 1861, I.î7 sqq. el pi. cxux, I ; Monumenti, XI, 
l'I. t; Annnli, 1878, lav. C. Annali, 1883, p. 59 sqq. '(Pelcrsen). Voj . encore 



D'abord celui qui est relatif à Syleus. Syleus, proprié- 
taire de vignobles, oblige les étrangers qui passent à sa 
portée à bêcher la terre pour son compte : Héraclès sur- 
vient, saccage ses domaines et le tue ainsi que sa lille 
Xénodiké'. Euripide, (jui a pris cette aventure pour 
sujet d'un drame satyrique, lui donne un tour quelque 
peu dilférent : Héraclès est vendu par Hermès à Syleus, 
comme dans la tradition ordinaire il est vendu à Om- 
phale. Syleus l'envoie travailler à sa vigne ; le héros 
arrache les plants et se goberge aux dépens de son 
maître ; par raillerie, il l'invite à faire bombance avec lui ; 
Syleus se fâchant, il détourne une rivière qui inonde 




Fig. 3773. — Héraclès el Sjlcus 



tout le domaine'. Le sujet est représenté sur des vases 
du V siècle (fig. 3""3j '. 

L'épisode de Lityersès ofl're avec le précédent des 
analogies frappantes : il est devenu le thème d'une chan- 
son de moissonneurs. Lityersès possède'" dans les envi- 
rons de Célènes de riches champs de blé. C'est un grand 
mangeur et un grand buveur. Comme Syleus, il fait 
main basse sur les passants et les enrôle comme mois- 
sonneurs; puis, leur tâche finie, il les décapite et les 
jette dans le Méandre. Héraclès survient et lui fait subir 
le même sort ". 

De toutes ces fables, la plus populaire dans l'art 
comme dans la littérature est celle des Cercopes, deux 
nains fripons et voleurs, qui cherchent à dérober à 
Héraclès ses armes pendant son sommeil, mais que le 
héros attrape et qu'il suspend, pour les punir, à une 
branche en les pendant la tête en bas; il les porte ainsi 
quelque temps sur ses épaules, puis, amusé par leur 
gaminerie, il les lâche en liberté '^ Ce conte est fort 
ancien ; on donnait sous le nom d'Homère un petit poème 
plaisant qui portait le titre de Cercopes'^. Plus tari la 
comédie grecque s'en est fréquemment inspirée ". On le 
trouve aussi représenté sur les monuments dès les ori- 
gines de l'art archaïque. Il fait le sujet d'une des œuvres 
les plus anciennes de la plastique grecque, une métope 
de Sélinonte'' : Héraclès tient sur ses épaules les deux 
nains suspendus, la tête en bas, aux deux bouts d'une 

Helbig, Bullett. delt Instit. 1871, p. lîO; Jahrbuch. M. p. 231. — lo Preller, Op. 
cit. II, p. 229-230 ; Lexikon. II. s. >■. Lityersès; Mannliardl, W'ald und FeUUlulte, H , 
p. 282-286. — Il C'est peut-(ître le sujet d'uii drame salyritiue d'Euripide, les 0i^;<r:«', 
Trag. graec. fragm. Nauck, p. 476. — 1- Lexikon. Il, s. c. Kerkopeti : voy. ibid. 
p. 1168, l'explicalion du i>roTerbe : ;ir. T:€piT^y,tTv i*iVa[*sjY.;> (surnom d'HéraclOs), 
— 13 Suidas el Harpocr. s. v. — *• Lexikon, p. H72. 11 y avail ù ,\lli(>nes une 
K£fx.i::uv &if,^'jL. Euslath. ad Hom. Od. M. 7; p. 1 I3i>, 32 : c'élriil un coin du marché 
où se Tendaient les objets provenant de vols: WaclismuUi, Die Stadt Athen, II, I, 
p. 498 cl n. 2. — '" Souvent reproduite ; vov. Collignon, Hisl. de la sculpt. gr. I, 
p. 24b, lig. 119. 



lIKIt 



KM — 



lIKIt 




FlK- 3774. — Hi^r:ii*U>!* ft li•^ Corcoj>es. 



|n'rclu'. l.i' iin'iiii' iiiotil M^ n-triiuM' Mir |i1uml'Ui> vusi-s 
nUiquo^ i\ limiic- Hoirt's cl à liguri'h rnuni's \{ig. 377 Ij'. 

lies divrrscs iiviMitun-s 
oui l'if };rou|)fi's par les 
iii\tlin^i'a|>hus (Ml un pelil 
cM'Ic tiii'ilt ruUaclii'iit un 
^l'joiir iroiiipliali- l'u \,\- 
ilic. D'après Ditidore, c't'sl 
^l'iiliMiii'iil apri's los scr- 
Mit's i|iriliTaclt"'s lui a rt-ii- 
«liis i|iu> la i-i'ini' apprend 
siiii noin et lui aci'orili' sôii 
Minour: cllf adc lui un (ils, 
Lunuis -. 

On fsl gc^néralenienl 
d'acford pour adaielln- 
ijue la tradition relative 
à la servitude chez Om- 
phale est d'orisj;ine asia- 
tique. On retrouve dans l'Héraclès lydien le dieu assy- 
rien ou ciiicien Sandon; dans Omphale, une de ces 
déesses de la génération et de la volupté (|ui, sous 
diverses formes, se rencontrent dans tout l'Orient, enlin 
dans l'asservissement du héros à la reine de Lydie 
une fable analogue à celle de Sanison et Dalila ^ 
M. de Wilamowitz a combattu cette interprétation par 
de très ingénieux arguments *. Plusieurs indices don- 
nent à penser, en etTet, que difTérenls épisodes de cette 
légende n'ont été localisés que tardivement en Asie 
Mineure, et qu'ils sont nés en Grèce même, dans celte 
région de l'Œla qui a fourni tant de traits à la légende 
héradéenne. Les Itoniens que le héros est censé com- 
battre en Lydie n'ont jamais existé dans cette contrée ; il 
faut les chercher sur les bords du golfe Malien, où 
Héraclès a défait Cycnos''. Les Cercopes habitaient près 
des Thermopyles, et c'est là que les mentionne Héro- 
dote''; ils apparaissent d'ailleurs dans l'art et la litté- 
rature hellénique avant qu'il soit question du séjour 
d'Héraclès en Lydie'. Syleus réside auprès du Pélion * ; 
Lamos, le fils qu'Omphale eut d'Héraclès d'après Dio- 
dore, est manifestement l'éponyme de la ville deLamia'; 
et quant à Omphale elle-même, c'est l'éponyme de la 
ville thessalienne ou épirote d'Omphalion'". 

Expédition contre /lion, Hésionc. — C'est après la ser- 
vitude chez Omphale qu'Héraclès, de retour en Grèce, 
entreprend sa campagne contre Ilion*'. M. de Wila- 
mowitz a encore expliqué, d'une manière très plausible, 
comment elle a été introduite dans la légende d'Héra- 
clès '-. L'épopée primitive avait fait de la conquête de 
Troie une entreprise éolienne et ionienne. Les Doriens 
de Cos et de Rhodes n'ont pu admettre que la défaite 
de l'Asie eût été consommée sans l'intervention de leur 



1 Par exemple, Gerbard, Auserl. Vasenft. II. iiO = Lexikon, ibid. p. Ilti". n* 2; 
cf. Bcnndorf, Metopen von Selinunt^ p. 46 ; Jaltrbuch, !, p. 282 ; Lexikon, l, p. 2214, 
22;(3. — 2 Diod. IV, 31. — i Maury, Heligions de la Grèce nul. III, p. I52-IS4; 
Preller, Op. cit. H, p. 165 sq.; 227. - ijiurip. HerakL\, p. 313-316. — 5.\pollod. 
U, 7, 7; Wilaraowilz, Ibid. p. 315, ii. 86. — G Herod.VII, 216. Cf. les autres lc\les 
sur cette localisation, Zex(A-o», II. p. 1169. — ■< D'après Wilamowitz, p. 314etn. 83, il 
faut chercher l'origine de cette U'geude d'Héraclès eu Lydie, dans les poètes ioniens du 
%* siècle. Ion cl Achacos, TraQ.gfacc.fr. Nauck, p. 569 sqq. 584. Les poètes delà nou- 
velle comédie, .\nliphanesetCratinos, l'ont reprise.Cependant elle devait être déjà popu- 
laire au v siècle, puisqu'Eupolis cl Cratinos la connaissent. Plut. Perict. 24 ; cf. Cauer, 
Rhein. Mus. 1801, p. 244 sqq. — « Couou, 17. — sSteph.Byz. s. v. B«9y«t« et Aâjjio-. 
— 1" Steph. Byz.5. y. llao'/ytttoi; Ptolcm. III, 14. Cf. encore sur le mythe d'Omphale, 
l'art, de Tûnipel,/'/iiio;oj/i«,L, 1801, p. 607-621 (Zu Koischen Mythen,l: Ompliale- 



hiros ualiDu.il. .Ni' puuvaul le luiri- participer u la cuni- 
pugne d'Agunicmuon, i\ cause de lu présence do Tlé- 
poliMuos qu'ils avaient dfji\ introduit dans la légende, 
ils lui ont allrihué une expédition antérieure, contre 
Ludiiiédon, le père de l'riam. Cette origine dorieniie hc 
reconiiail A la délivrance d'Ilesione, qui est une foriiio 
nouvelle (11- l'axenlure de l'i;rsée et d'Andromède, mythe 
argien. Puis ils oui relié l'expédition d'Héraclès contre 
Troie A des légendes nationales <|ui signalaient ses 
exploits ft Cos et fi Liiidos. linlln, quand I épopée, ainsi 
augmentée, |)assa en Grèce, on associa à. l'expédition 
tl'lléraclès d'autres héros, los fiacides. 

Le récit de la légende est déjà très circonstancié dans 
Vlliadv"; Pindare et les écrivains postérieurs mention- 
nent la présence de Télamon et ont rattaché à ce récit, 
outre ditl'érents épisodes, la conquèltï de la ceinture 
d'Hippolyte, et la Gigantomachie '". Laomédon, pour 
expier un parjure, a dû exposer sur un rocher sa fille 
llésione en proie à un monstre marin, envoyé par Poséi- 
don, et qui ravageait le pays. Héraclès survient et s'offre 
à délivrer Hésione. Laomédon lui promet, comme ré- 
compense, les chevaux divins que Zeus lui a donnés 
pour le dédommager de l'enlèvement de Ganymède. 
Héraclès combat le dragon, protégé par un mur qu'Athéna 
et les Troyens construisent pour lui servir d'abri. D'après 
des récils postérieurs, il pénètre dans la gueule du 
monstre et lui déchire les entrailles '^ 

La délivrance d'Hésione estle sujet de quelques monu- 
ments figurés. On voit sur une peinture de vase le héros 
pénétrant, en tirant son épée, dans la gueule ouverte du 
dragon '". Plus souvent, c'est la lutte ordinaire qui est re- 
présentée : ainsi sur quelques peintures murales de Pom- 
péi''^; sur une mosaïque de la villa Albani, le monstre a 
été abattu par les flèches d'Héraclès, qui regarde tranquil- 
lement Télamon occupé à détacher les liens d'Hésione ". 

Laomédon est intidèle à sa promesse. Héraclès, plein 
de fureur, retourne en Grèce rassembler une armée, met 
le siège devant Troie, saccage la ville, égorge le roi et 
ses fils, à l'exception de Priam qui avait plaidé sa cause, 
donne Hésione à Télamon. C'est après la destruction de 
Troie que se place le retour accidenté raconté dans 
r/Zî'arfe". Héra, détournant l'attention de Zeus par ses 
embrassements ^", déchaîne une tempête qui pousse le 
héros et ses compagnons dans l'île de Cos, où ils ont de 
nouveaux combats à soutenir-'. Enfin c'est à Cos 
qu'Athéna vient le chercher pour lui demander son 
concours dans la Gigantomachie^-. 

Gigantomachie. — Héraclès, comme Dionysos [bacchus, 
p. 610], fut appelé à prendre part à la guerre des dieux 
contre les Géants [gigantes] : on motiva leur intervention 
par un oracle de Gaia, qui aurait déclaré que les dieux 
ne viendraient pas à bout de leurs adversaires sans 



Uebe-Thrassa). — " Apollod. Il, 0,4; Diod. IV, 42. — 12 Op. cii. I,p. 2S0sq.— <3/;. 
V, 638 sqq. ; XIV, 250 sqq. ; XV, 18 sqq. : S.\, 444. — «' Pind. 01. VIII, 30 ; A'em. 

III, 36 sqq. ; IV, 22 ; îstkm. V, 24 sqq. — la Voy. les références dans Preller, ibid. Il, 
p. 234; Lexikon, art. Hésione. — 16 Monum. V, 9, 2; Welcker, Alte Denkm. III, 
pi. XXIV, 2 = Baumeister, Denkm. I, lig. 731; interprétation qui d'ailleurs n'est pas 
certaine. — '7 Helbig. Wandgemidde. a" 1129-1132 ; 1147 et 1IS4; Pitl. d'Ercol. 

IV, 61 et 02. Sujet peut-être d'un tableau d'Anliphile, Plin. XXXV. 114 ; voy. 
aussi Philostr. Itnag. 12 ; Gemme : Arcft. Zeit. 1849, pi. vi, 4 = Roscher, Lexikon, 
I, p. 2593. — 18 Winckelmann, Monum. ined. 66; Lexikon, p. 2234, 2248, 2593. 

— 13 XIV, 254 sqq. ; XV, 24 sqq. —20 XIV, 340-351. — 21 Preller, Op. cit. Il, p. 236. 

— 22 Apollod. 11,7, 1. C'est aussi pendant l'expédiliou contre Troie qu'Héraclès offre 
dans l'ile de Clirysé un sacrifice; Scliol. Soph. Philoct . 193 ; sujet d'un vase peint, 
Lexikon, l, p. 2233. Of. aussi Flasch, Angebl. Artjonautenbilder, p. 13 sqq. 



FŒR 



— 102 



IIER 



le secours des deux demi-dieux'. Toutefois l'inlerven- 
lion d'Héraclès a éli' imaginée la première, el son rnle 
csl demeuré le plus important. C'est dans Pindare- que 
nous en trouvons la première mention : Sophocle* et 
Kuripide '" y font éiçaicmcnt allusion. Cet exploit a été 
placé soit après l'expédition du héros contre Troie', soit 
à son retour de l'ile d'Erythie'. Le comhal contre les 
(iéanls est localisé d'ordinaire à Phlégra, dons la pres- 
qu'île de Pallène', quelquefois dans la Campanie, où 
l'on montrait aussi des champs Phlégréens", ailleurs 
encore'. Athéna va chercher le héros; il perce de ses 
flèches les géants déjii abattus par lesdieux. On lui donne 
quelquefois pour adversaire particulier Aleyoncus: et il 
aide aussi Héra à repousser l'attaque de l'orphyrion '". 

Les monuments figurés ont représenté de bonne heure 
Héraclès au milieu des dieux el des géants en lutte". H 
faut l'y reconnailre déjà sans doute sur le fronton du 
trésor des Mégariens, dont on a trouvé d'importants frag- 
ments, à Olynipie '-. Sur les vases attiques à figures 
noires, on trouve presque toujours le même type : Hé- 
raclès combat sur le char même de Zeus, tirant de l'arc; 
à côté du char se tient Athéna". Par exception, il est à 
pied, auprès du char de Zeus". Sur une belle amphore 
altique de la fin du V siècle'" Zeus est descendu de son 
char; au-dessous de lui, et à côté d'Athéna, Héraclès 
dirige une llèche contre un Géant déjà frappé du foudre '^. 
Plus lard, il combat aussi avec l'épée ou avec la massue. 
Sur un cratère du \' siècle il est seul au milieu des Géants, 
armé de la massue, tandis que les dieux combattent du 
haut de l'Olympe '■. Sur la grande frise de Pergame, 
il combat de même, assez, loin de Zeus el d'Athéna '*. 

Alajoneus. — La lutte d'Héraclès contre le Géant 
Alcyoneus est considérée soil comme un l'pisode de la 
Giganlomachie'% soilcomnieune aventure indépendante 
où Télamon est associé, et qui se place après l'expédition 
contre Troie'". Alcyoneus à plusieurs égards rappelle 
Géryon : il a enlevé à Érylhie les bœufs du soleil-'; 
d'autre part, comme Antée, il reprend ses forces à chaque 
fois qu'il louche le sol natal : c'est pour cela que, dans 
la Gigantomachie, .\théna le Iraine hors de la presqu'île 
de Pallène pour permettre à Héraclès de l'achever. Ces 
analogies avec Géryon l'ont fait quelquefois considérer 
comme le géant de l'hiver, réduit à l'impuissance, puis 
vaincu par le dieu solaire--. 

Lesmonuments figurés s'inspirent souventde ce mythe, 
à l'époque archaïque, .\lcyoneus, sur les vases à figures 
noires, est représenté à peu près comme Antée, avec la 

I Scliol. l'iod. .Vem. I, 67 sqq. ; Apollod. 1, 6, 1 ; Diod. IV, 15. — 2 Pind. iXem. 1, 67 ; 
vu. 90. — 3 Trach. 1058. — ' //erc. fur. 177, 853. 1193. Autres tcilcs, cicantes, 
p. 15.>S. n. 7. — ■'• Apollod. Il, 7, 1. — <"' Diod. IV. 21: le même auteur mentionne 
encore la GigaDlomacliie el la part qu'y prit Héraclès entre l'exploit du taureau de 
Crète et celui des cavales de Diomède, IV, 1 5. — 7 Preller, Grifch. Afyth. 1 {4' éd.), 
p. 75, n. 4 el 5. — 8 Jbid. n. 8. — ^ Lexikon, art. Giganten. p. 1649 ; cicastes, 
p. 1556. — 11» Apollod. /. C. — *1 Comme il ne s'agit pas ici d'un exploit indépen- 
dant d'Héraclès, on ne le voit jamais lultanl seul contre les Géants. D'après Pausanias. 
111. 18. Il, on le voyait cependant, au trône d'.Amyclées, en combat singulier contre 
le géant Tliourios. Voy. a ce sujet, Furtwaenglor, art. cité, p, 2211. — 1- .Aus//rn- 
bwigen, I, 18. 19 ; cf. Wolters, nipsatigiisse, n" 274-273. — 13 Overbeck. Kunstmy- 
thol. Atlas, pi. IV, 3. 6, 9 : 'E=r,^.ij/«i.,'n 1886, pi. vu, t ; Uus. Orey. Il, 7, 1 ; 30, 1. 
— !• De Witte et Lenorraanl, Elite Crramogr. I. 1. Cf. encore deux reliefs de bronze 
archaïques il'tlrurie. Mus. Oreg. I, 39; SI, Maycr, Giganten und Titanen^ pi. i, 
2, p. 339 î^pi- ; Furtwaeogler. Coït. Sabouroff. pi. XLix, 1 ; comni. p. 2. Héraclès à 
rôle d'Atliéna, surson char, M. Mayer, O. t. p. 304 sqq. — '3 Ibid. p. 35.-i. — '6.Vort«»i. 
de l'Afsoc. des il. gr. 1875, pi. i. — i" Ovcrbecii, 0. /. V, 4. — 18 Gigaxtes, p. 1558- 
1559. V, encore Arch. Zeit. 1881, p, 47 sq. ; 1881, p. 161 ; M, Mayer, O. /. p. 403 
(gemmes) ; Lexikon. I, p, 2211. 2232, 2246. — '» Apollod. I, 6, 1, Dans ce cas, la 
localisation se transporte avec la Gigantomachie, On supposa plus tard que le corps 
d'Alcyoncus était enfoui suus le Vésuve : Philoslr, Heroic. p, 671 ; Claudiau. Hapt. 



barbe et les cheveux longs. Héraclès dans la lutte, est 
assisté quelquefois par Athéna el par Hermès, souvent 
aussi par llypnos, sous la forme d'un petit génie ailé, 
qui maintient Alcyoneus endormi, tandis que le héros 
s'approche, armé de l'arc, de l'épée ou de la massue -'. 

k' .tpédilions contre l'I'Jlide, l'ytos, Lacédémone. — Nous 
retrouvons ensuite Héraclès dans li' l'iHoponnèse, où les 
légendes lui attribuaient un certain nombre d'expéditions 
guerrières, qui ont laissé quelques souvenirs dans la lit- 
térature, mais aucun dans l'art. 

Augias, le roi d'Élide, ayant refusé à Héraclès le sa- 
laire qui lui était dû pour le nettoyage des écuries, 
celui-ci entreprend une expédition pour le châtier. 11 
rencontre comme adversaires les deux Adorions ou 
Molionides-*, deux géants jumeaux, que l'on se repré- 
sentait soit comme deux personnes indépendantes, soit 
comme un monstre au corps unique, avec deux têtes, 
quatre mains et quatre pieds". On leur donne les noms 
de Ktéatos et d'Kurytos^'"' ; ils sont fils d'Actor, frère 
d'.\ugias, et de Molioné-\ ou encore de Poséidon et de 
Molioné^". On les a rapprochés des Aloades [aloadae], 
dont le nom peut avoir la même signification que celui 
de Moiionides"; mais une tradition, qu'on trouve dans 
Ibycos, fait d'eux des héros cavaliers comme les Dios- 
cures montés sur des coursiers blancs [diosclmij, el les 
fait naître, comme ceux-ci, d'un œuf d'argent *". Nestor 
raconte, dans VIliade, qu'il s'est mesuré contre eux à 
la guerre^', et dans une course de char où ils ont rem- 
porté le prix •'^. Héraclès leur livTe bataille, mais il est 
vaincu. Quelques années après, il les surprend dans une 
embuscade sur la route de Cléones, tandis qu'ils conduisent 
une procession d'Élis aux jeux Islhmiques ; les Molionides 
y trouvent la mort ". Héraclès engagea alors une nouvelle 
campagne contre Augias, qu'il perça de ses flèches ; puis 
il épousa la fille du roi, qui lui donna un fils,Theslalos". 

Les mylhographes placent après ces événements l'ex- 
pédition d'Héraclès contre Pylos^", à laquelle on donna 
pour prétexte le refus de Nélée de purifier le héros du 
meurtre d'Iphilos^*. Héraclès a pour principal adversaire 
le fils de Nélée, Périclyménos, un descendant de Poséi- 
don, qui avait la possibilité, comme beaucoup de dieux 
marins, de se métamorphoser àson gré : prenant la forme 
d'une abeille, il se pose sur le char d'Héraclès pour l'at- 
taquer à limproviste: averti par Athéna, celui-ci trans- 
perce d'une flèche Périclyménos et remporte ensuite la 
victoire'''. Une tradition groupe un certain nombre de 
grandes divinités dans cette rencontre auprès de Pylos : 

Pros. III, 184, — io Pind, \itn. IV, 23 sqq. : cf. Islhm. V, 32, et les sclioliastcs â 
ces deux passages ; ils uous apprennent (|ue la légende était aussi localisée à l'islhme 
de Curiulhe. On y montrait un énorme rocher, avec lequel le Géant assomma vingt- 
quatre héros, montés sur douze chars, de la suite du héros, — 21 ApoUod. l. c. ; 
Pind. Jsthm. V. 32 el schol. — 22 preller, op. cit. Il (3' éd.), p. 207; Dccharmc, 
Mythol. gr. p. 493 ; cf. Lexikon, s. v. — 23 0. Jahu, Derichle der sOclus. 
Gesetl. 1853, pi. v, 7-0, cl p. I3,Ï-14S; Koepp, Arch. Zeit. 1884, pi. m et iv et 
p. 31 sqq. ; C. Robert, Hermès. XIX, p. 473 sqq., d'après lequel la légende traduite 
par les monuments adnicltait qu'Alcyoneus succombe pendant son sommeil sous les 
coups d'Héraclès et de Télainou . — 2* 'AxTifiwvt et ,M'.i.-''.vî, ou a la fois \\r-.f,y.wti 
Mo"/.;.,,i, //. XI, 709. 73u: XXIII, 636. — 2i Voy. le schol. aux vers cités de VIliade. 

— 26 Apollod. 11.7, 2; Paus, II, 15, 1. —27 l'aus. V, 2, 2; VIII. 14, 9 : le nom do 
la mère y csl orlhographié .M'.'AÎvr. ; M'.înivr. ilans Apollod. l. c. — -8 //. XI, 7:tl, 

— 23 Max Millier, .Voute//M lerons. trad. fr. Il,p, 33; cf. Dccharmc, Op. ci/, p. 30.3; 
voy. le;* autres interprétations, L''xikon. s. r, Aktorion. — 30 Cité par Athénée, 11,30 

— 31 XI, 750-753. — 32 XXIII. 638-642, — 33 Pausan. l. c.\ Schol. l'iud. Oïl. X, 28 ; 
Schol. Plat. Phaed. 152, 16 ; Apollod. /. c. : Aelian. Var. hist. IV. 3, La défaite par 
Héraclès des Adorions était représentée sur le trône d'Amyclécs. [*aus. 18, 8, 

— 31 Diod. IV, 33 ; Apollod. /bid. et II, 7, 8. — 30 Apollod. Il, 7, 3. Légende déjà 
mentionnée dans VIliade, XJ, 689 sqq. —36 Diod. IV, 31, 4 et Preller, Griech. Slylh. 
H, p, 240, n, 3. — 3' Hesiod. ap. Schol. Apollon. I, 156; Schol. //. Il, 336. 



Ill'lll 



io:i 



iii.ii 



(lu cM>S dv^ l'> liens, l'uiciduii. A|«i||(iii, Ares, llini, 
limitas, lit) i(Me irilcmilt'is /eus fl Alhoiiii'. N«ilén suc- 
idliilia iiM'C oH/.i' lils; Ni'stiii-, le doii/ièliui, SUrviWrul si-iil, 
l'Iaiil ulistMil au lUDMii'iit du ronilial '. 

Cuis lli'raclùs fuil t;iunpai;nt' coulic lli|i|)ocoou ni ses 
HU, i|iii i-i'^ui-nt i( Liu'i-diMUiMU', suil |iart'i' (|u'ils onl 
M'ODUru les l'vlii'nsdaiis la dciMiiiTi- mici-i'c, sdil parce i|u'ils 
oui luil périr k' lils de Lieynmius. siui (>ncle\ lloraclùsesl 
\aiiii|ueur, massacre llipixieiiou el les llippoi-oonlidcs el 
relalilil sur le In'iiie TMidare, tiu'ils eu avaient chassé. 

Aiiijé, l'élèphf.— Dans celle dernière t,'uerre,lléracU>s a 
l'appui lies 'IVneales. C'est également .1 Ti'née (|ue se 
place une aveiilure cpii a eu iiuehiiie Inrtune dans la 
tradition lilléraire. Dans un monuMil d'ivresse, le héros 
déshonore Auge, lille du roi Aléos, (4 prêtresse dutemple 
d'Alhena. l'ar crainte de st)n jière, elle dissimule sa gros- 
sesse, puis cache renl'aul au(iuel idle donne le jour, 
'l'élèphe, dans le sanctuaire de la déesse. Ce sacrilège 
provoque une peste qui désole le pays : le roi découvre 
la cause du Iléau et l'ail exposer l'enfanl sur le nionl 
Parlliénios, où une hiche l'allaite; sa mère est conliée à 
Nauplios, qui doit la précipiter dans la mer, mais qui, 
louche de compassion, la sauve et lui l'ait gagner la Mysie, 
où elle épouse le roi Teuthras '. Le hasard l'ait quei'élèphe, 
parvenu à l'âge d'homme, arrive en Mysie où il délivre 
d'une guerre dangereuse Teulliras, qui, par reconnais- 
sance, veut lui céder sa femme Auge. L'inceste va se 
commettre quand, après bien des péripéties, Héraclès 
survient, révèle à Télèphe 1(> secret do sa naissance; 
après la mort de Teuthras, celui-ci hérite de la royauté". 

Les trois grands tragiques ont mis cette Table à la scène 
et l'ont enrichie et popularisée". C'est peut-être parieur 
inlluence', mais surtout à cause des traditions sur la 
généalogie des rois de Pergame, dont Télèphe était 
l'ancêtre mythique, quecelte même légende lit sonappa- 
riliou daiis l'arl. L'histoire de Télèphe est, en efl'et, le 
sujet de la petite frise qui décorait l'autel de Pergame et 
dont les fragments sont aujourd'hui à Berlin *. Le rôle 
d'Héraclès y était représenté dans deux épisodes : sa 
rencontre avec Auge et la découverte qu'il fait du jeune 
Télèphe allaité par la biche''. Ce sont là aussi les deux 
motifs qui ontinspiré les monuments d'époque romaine. 
Des peintures de Pompéi nous montrent Héraclès sur- 
prenant la prêtresse d'Athéna, occupée à laver son linge 
sur le mont Parthénios et cherchant à la saisir pour lui 
faire violence'". Le second motif, que l'on rencontre déjà 
sur des monnaies de Tégée auiV siècle", se voit sur des 
monnaies impériales de Pergame, de Tarse, de Cotiaeum, de 
Midaeum'-etsur une peinture d'Herculanum '^ Des terres 

1 C'est d.ins celte circonstance sans doute que fut lilessi- Uadi-s par le héi-os, Jl. 
V, 393. Pour les autres dieux, v. Hcsiod. Sent. Herc. 330; Panjasis, ap. Clcm. 
Alciandr. Protreptic. p. 31; Pind. 01. I.K, 29; Paus. VI, 25, 3; Arnob. IV, 25. 

— 2 Apollod. /. c. — -t Cexi/cott, art. Bippokoon et Likymnios; ApoUod. Ibid. 

— V Ii}id. II, 7, 4; III, 9. I. D'aprùs une autre tradition rapporli^e par Pausanias, 
VIII, 48, 7, c'est sur le moût Partli(5nios qu'.Vugi^ met au monde son enfant. Dans la 
version qu'a suivie Euripide, Aléos fait enfermer la mère et le fds dans un cofl're qui 
ont jeté à la mer et qu'.\tliéna conduit jusqu'auv bouches du Caïqnc ; Strab. XIll, 
p. 615. — i Cf. encore Pausan. X, 28, 3; Diod. IV, 3:1; llygin. Fab. 99-100 et les 
textes réunis à Tarlicie A t£.9c du /,e.TT/i'oa.Voy. les essais d'interprétation du mylhe, dans 
Preller, Op.cit.\\,f. 24U sq. cl Declmrme. Op. cit. p. ."jOô. —0 Eschyle dans les .Mu»»; 
et le ï;,/.t=r,; (fr. 141 sqq, ; 23ij sq.) ; Sophocle dans les Mjo-',; (fr. 33S-36S) ; Euripide, 
dans Aj-yj, et T,iiso',; (fr. 2li7-283 ; 1)97-727). — ' Polygnote avait représenlé Auge, 
à côté d'Iphimédcia, dans la I.esché à Delphes, Paus.X, 8. — 8 G. Robert, dans le 
Jahrbuch, II (I8S7), p. 241-259; III (1888), p. 45-03; 87-103; cf. Ovcrheck, Griech. 
Plustik. II (3' éd.), p. 2,ï4. — 'J Jahrbuch, l. c. — 1» Annali, 18S4, pl. ii-K, et 
p. 75 sqq. (C. Robert). Minerviui, Annali, 1851, p. 30 sqq., voit le même motif sur 
le couvercle d'uu vase de bronze de Capoue, publié Monuin. V, pl. xxv ; mais aucun 




-£ .y 

Fig. 3775. — II.T.iclésclTélftplie. 



cuites rejiroduisent lu niéuie scùne'^ lùilin l'on sait (|n'une 

dus helles slalut-s du musée Cliiuraii li a |ioiii ^ujel 

lli''raelès tenant dans hch brus le 
petit Telèplii- ilig. :t77ri '•. 

Li'genduH éloliemiux ; Achétuo», 
Oiin'iis, />éjiiniri\ .\l'ssus. — Nous 
arrivons au n'-cil des avenlui'cs 
qui onl préparé et ])récédé sa 
mort. Klles sont localisées en 
Elolie. Acliéloos, la |)ersonnilica- 
tion du plus grand lleuve de 
(irèce, (]ui sépare l'Klolie de 
l'Acarnanie, pn'-lend à l'hymen 
de Déjanire, la lille du roi Oi- 
neus, qui règne sur les Étoliens 
de Calydon el qui est père aussi 
des héros Méléagre elTydée. l'ils 
de l'Océan, Achéloos a, comme 
les divinités marines, la faculté 
de se métamorphoser. Pour sou- 
tenir ses prétentions, il aborde 
Oineus tantôt sous la forme d'un taureau, tantôt sous 
celle d'un serpent, lanlôt sous celle d'un homme à 
ligure de taureau, qui vomit à travers une barbe épaisse 
des torrents d'eau'". Héraclès, qui survient, délivre 
la jeune fille d'une union odieuse. U engage une lutti; 
terrible avec le monstre, (|ui use de ses artifices ordi- 
naires ", et il finit par briser une de ses cornes. Pour 
la recouvrer, Achéloos lui donne en échange la corne 
qu'il avait reçue d'Amalthée, et dont Héraclès à son 
tour fait présent à Oineus pour obtenir de lui la main 
de sa lille". D'après d'autres traditions, c'est à Zeus, 
aux nymphes ou à d'autres dieux que le héros remet 
cette corne merveilleuse, qui est devenue le symbole de 
l'abondance et de la fécondité ". On trouvera d'autres 
détails sur cette légende et sur ce symbole aux articles 
ACUELOus, tiM.'VLTUEA, coRNucopiA, et plus loin, sect. Vr-°. 

On a déjà cité, à l'article acuelous, plusieurs des re- 
présentations figurées de ce combat: nous n'ajouterons 
que quelques indications complémentaires. Sur un seul 
vase archaïque, signé de Pamphaios, qui est au Britisli 
Muséum, la lutte rappelle celle d'Héraclès avec Triton: 
.\chéloos a un corps de serpent ; mais une corne le dis- 
tingue du dieu marin [1, fig. 51]. D'ordinaire, il est repré- 
senté avec le corps d'un taureau et le torse, les bras, la 
tête d'un homme. Héraclès cherche à lui arracher sa 
corne ■■' ou bien, l'attaquant par devant, l'abat sur les 
genoux--. Plus tard, le dieu-fleuve n'a plus que la tête 
humaine, et Héraclès fond sur lui armé de la massue -'. 

attribut ne désigne Héraclès ; iM.l'urtwaengler recouuait là la légende de Cacus [sec- 
tion IX). — Il B. Ilead, Hist. niim.p. 381. — '2 Ibiil. p. 301, 567 ; iVIillin-Gui- 
gniaut, iXniif. galet-, tmjtliol. n" 809. — " Gemmes: Tôlten, IV, 118 (cité par 
Furtw'àngler) ; Helbig, W'andgemâlde, n' 1143. — " Campana, Opère in plastica. 
23. _ li. Miiseo Pio Clem. II, 9; lllarac, V, pl. 800, u. 2003; 302, 2002; Ilelhig, 
Fùhrer. n° 114; Furtwacngler. Meislmoerke. fig. 309 et p. 570. Voy. encore 
Frœhner, Musées de France, pl. xxvi = Collecl. Oréait, Rromos, 1883, pl. vin, 
„o 347. _ tr, Soph. Trach. 9-14. — '' Ibid. 307-522; Ovid. iletam. IX, 32-88. 

— 18 Diod. IV, 35. — '» CoHNutoi'iA, noies 1-0. — 20 Voy. aussi les articles Achéloos 
cl Amaltheia du Lexikon. D'après Wilamowitz, Op. cil. I, p. 272, Achelous est. 
dans le principe, la personnificaliou de l'eau eu général, el n'a été identifié qu'à nue 
époque postérieure avec le lleuve d'Élolie. C'est une auti-e forme de l'à'A-.o; yifwv ou 
Triton, dont nous avons raconté la lutte avec Héraclès, tlf. IbiU. p. 317, 319. 

— 21 Arch. Zeit. 1883, pl. vi ; Gaz. arc/:. tS75, pl. xx. — 22 Arch. Zeit. 1862, 
pl. cLvu ; Stcpliani, Compte rendu, 1807, p. .'i. Autres représentations citées par 
Furtwaenglcr : niormaie de Phasélis (.'), tiarduer. Types of greek coins, pl. iv, I ; 
grou|ie de bronze décorant un tl-é|iicil, .Monumcnli, VI, 69, 2 <(, — 23 Acuiîliius, 
p. 20. n. 30; cf. Lexikon, I, p. 2231, 22 i3. 



HF.K 



— \(\i — 



HEU 



Héraclès séjourne ensuite quelque temps auprès de 
son beau-père, qui lui olTre une large hospitalité : on a 
voulu voir dans le nom même d'OivEÛç une allusion aux 
fréquentes libations (oivcç, vini qui fêtent ce séjour. 11 
est possible aussi que Dexaménos', un nouvel hôte qui 
accueille Héraclès, et dont on fait un roi d'Olénos, ne 
soit qu'un doublet d'Oineus; on le donne en clfi't (luel- 
quefois pour le père de Déjani^e^ et les entreprises du 
Centaure Eurylion sur celle-ci, qu'on a localisées dans 
roiénos d'Acliaïc et qui coiUenl la vie au monstre\ rap- 
pellent l'aventure d'Acliéloos". 

C'est également avec le concours des Étoliens qu'Hé- 
raclès entreprit l'expédition contre les Thesproles 
d'Éphyra". On rattache au retour de cette campagne 
une scène qui se trouve sur un vase peint ^ : Héraclès, 
accompagné par Alhéna est accueillie par sa femme Déja- 
nire, portant le petit Hyllos, qu'elle a eu de lui. Enfin 
le séjour auprès d'Oineus prit fin à la suite d'un meurtre 
commis par Héraclès dans un accès de vivacité sur un 
jeune gari^-on, parent d'Oineus '. Il dut s'exiler et 
partit emmenant Déjanire et son fils. 

C'est au passage du fleuve Euénos que se place l'aven- 
ture de Nessos*. Le Centaure habitait sur les bords du 
fleuve et avait un droit de passage sur les voyageurs. 
Héraclès franchit le premier les eaux, confiant sa femme 
au Centaure. Au milieu du trajet, celui-ci tente de faire 
violence à la jeune femme; Héraclès, qui aperçoit l'at- 
tentat, perce d'une flèche le Centaure, .\vant d'expirer, 
Xessos engage Déjanire à recueillir le sang qui s'échap- 
pait de sa blessure et que la flèche du héros avait em- 
poisonné, et à s'en composer un philtre qui lui permet- 
trait de ramener à elle Héraclès s'il était détourné par 
l'amour d'une autre femme ' : présent funeste, dont 
Déjanire ne tarda pas à essayer l'elTei. 

Une amphore de Milo, récemment publiée'", a été 
interprétée par M. Pottier" comme représentant proba- 
blement Déjanire à côté d'Héraclès, sur un char attelé 
de quatre chevaux ailés. La lutte même entre Héraclès 
et le Centaure n'est pas rare sur les monuments. Elle 
figurait sur le trune d'Amyclées '^ Sur les vases les plus 
anciens, le motif qu'on rencontre est celui du héros me- 
naçant de l'épée ou de la massue Nessos, qui porte 
Déjanire en croupe '^ Quelquefois, mais surtout dans 
les vases à figures noires les plus récents, la jeune 
femme est descendue à terre, attendant l'issue du com- 
bat'-. A l'époque classique, ce motif disparaît de la 
céramique. On le retrouve dans une belle peinture 
murale de Pompéi'°, mais la scène est prise à un 
moment difTérenl, sans doute celui qui précède immé- 
diatement l'aventure : Déjanire, debout sur un char 
attelé de deux chevaux, va prendre le petit Hyllos qui 
joue sur l'épaule de son père; celui-ci, appuyé sur la 



1 Lextk. s. V. La dtTi\atiou de 5É//.^ot est lrans|iareiite. — 2 Apollod. 1, 8, i; 
Hygin. Fab. 429 ; Satyros iu Fragm. hist, ijraec. lU. p. 164, 21. — 3 Lexik, s, u. 
Eurytion^ 3. Sur les rcpK'ScuUtions de cel «•jiisode, v. Stcphani, Compte rendu, 
1865, p. 105 sqq. : 1873, p. 73 sqq. ; elles soûl contestées par Furiv>aengler, /. c_ 
p. JI55. — l Cf. cependant 0. llHIler, Dorier, I, p. 421 sq. — " Ibid. p. 432 sqq. : 
0. Mûller raliachc à celle expédition la descente aui Enfers, l'enlèvement de 
Cerbère, la plantation a Olympie du peuplier Idanc qu'Héraclès a pris dans les 
bosquets de Perséphone : /(. XIII, 389, et scliol. ; XVI, 482. — C Gerhard, Auserl. 
Vascnb. II, IIC ; cf. Arch. Zeit. 186G, p. 2o9, et 1867, pi. ccivui, 1. — 7 Apollod. 
II, 7, 6; Diod. IV, 36; Allicn. IX, 80. — * D'après Sophocle, Trach. 7. 537, 
l'épisode se passe dans les premiers temps de l'union de Déjanire avec Héraclès. 

— » Apollod. et Diod. /. c. ; Soph. Ibid. 535-377 ; Sencc. Uerc. (Et. 491 sqq. 

— 10 'E;r,^. «fx- IS94, p. 226 sqq. et pi. xii-xiu (cf. aussi tirage à part). 



I massue, écoute Nessos, qui s'est agenouillé et propose 
: sans doute de transporter les voyageurs i fig. :n7ti). 



O; 



â^: 










Fig. 3776. — Héraclès, Hyllos, Déjanire et Nessos. 

Légendes ihessaliennes el œtéenties. — Le nord de la 
Grèce, la Thessalie et les régions qui avoisinent l'Œlta, 
sont le siège ou l'origine d'un très grand nombre d'aven- 
tures d'Héraclès, dont quelques-unes seulement sont 
liées au drame final. 

Alceste. — ■ Dans la ville thessalienne de Phères, 
Héraclès rappelle à la vie .Mceste, femme d'Admète 
[admetus] : c'est le sujet, comme on sait, de VAtceste 
d'Euripide, qui fut précédée d'une pièce de Phrynichos'". 
L'épisode est lié par Euripide à l'expédition du héros 
contre Diomède ''' ; Héraclès lutte, pour reconquérir Al- 
ceste, auprès de son tombeau, contre Thanalos'*. D'après 
d'autres, il va la chercher jusque dans les Enfers". Des 
bas-reliefs de sarcophages romains représentent Alceste 
ramenée à la lumière par Héraclès-". On a cru recon- 
naître, mais sans certitude, .Mceste et Héraclès dans le 
monde souterrain sur un tambour de colonne d'Éphèse *'. 

Argonautes, Hylas. — Héraclès a pris part à l'expédi- 
tion des Argonautes, légende originaire de Thessalie 
[argonautae] ; mais il est probable que le héros n'y fut 
adjoint qu'après coup, une fois la légende constituée, el 
parce qu'il parut impossible d'admettre que cet impor- 
tant événement se fût accompli sans le concours du plus 
grand des héros-'. On lui attribue la construction du 
vaisseau Argo ■'. Tandis que certains, réagissant contre 
son intrusion dans la fable des .\rgonautes, niaient qu'il 



— II Jtevue des rt. grecques, 1895, p. 38S sq. — 12 Paus. 111, 18, 12. 

— J3 Gerhard, Âusertes. Vasenb. H, pi. cxvii.cxviii; Mus. Greg. M. 23, 2; Monu- 
menti, VI, 56, 4. — *'* Roulez, Choix de vases peints, pi. vni, 2 Ross, Arcfi. 
Aufi,àtze, II, pi. ir; Anlike Denkm. I, 57; cf. Lexik. I, p. 2195. — 15 iM«». 
Borb. VI, 36 = Baumeisler. Denkmaeler, I, (1?. 733. — !'• Fr. î et 3. — 17 .ilc. 
483 sqq.; 1021 sq. — 1*1140 sqq. — 10 Apollod. 1, 9, 15; Luc. Dial. 
Mort. 23; Hygin. Fab. 51. — 20 Gerhard, Antik. Bildw. 28. Voy. Dissel, Der 
Mythes von Adnwtos und Aïcestis, dissert. ïïrandenhurg, 1882, p. 12; cité 
à l'art. Aîkestis du Lexikon. — 21 c. Robert, Thanatos, 39" Winckelmanns- 
Progr.; Arch. .Maerchen, p. 170 et s. et pi. i; cf. Lexik. I, p. 2248. 

— 22 D'après Wilamowilz, Op. cit. I, p. 280, l'introduction du héros dans cette 
It^gende fut le fait des habitants d'Héracléc du Pont. — 23 Photios, Itibtioth. 190, 
p. 147,28. 



lll'Mt 



— lO.i 



lll'Mt 



mil t^li> au iniiuhi'i- dr-, hiTos ', il'uiiti-i's Iniil di' lui li- 
l'Iu'I'ilo l't'ulri'pi'isii ^ Il osl ualui'id iiiu- l'iudarit itit iin-u- 
lioiiiio lu prést'ncu ilu llls d'Alt int'^ne'. Il ucrupc la placi- 
d'IiiiuniMir au uiiliou dfs Iutos sur uu inaKiiilitjUi! l'rali'i'i' 
d ili'Mi'lii du lii'au slyli" aucicii, qui s'iuspirc sans ilnulc 
d'uni' pi-iulut-i- di> Mifiiri '. h'auti-r part un lui fuit i|uilt)'i- 
di-liiiiliviMUt'nl lo naviri' ii ditVci't'nts iMuIroils : lt»ul 
il'aliiu'd prfS(|iM' au point de di'parl, sur la ci'dt' tlt" 'l'Iics- 
salii-, au piu'l d'Aplu'la-, parci- que lo navire ni' pi'ul 
suppurtiT si>u poiils; puis à C.y'iiiui', à Kios, ;\ llùraeléi! 
du l'ont; ou hii'u il pai-viciil jusi|uï'ii Colcliidc". A Cy/i- 
qui', il rouillât lis (ii'auls, sust'ili'S par llrra, et conlrilini' 
a la victoire reiuiiorlée par les Argmiaules sur les Do- 
lions'' : dans eel en^a^enient, e'esl lui qui tue Cyzicos\ 
sujet qui est représenté sur un vase point*. 

C'est encore à Cy/.ique, ou un peu iilus loin, à Kios, 
que so passe l'épisode d'ilylas : légi'nile qui est proiia- 
lili'iiit'iil d'orijîiiie locale, mais (|ui a été développée sous 
l'iulluence grecque". Fils de Tliéiodamas, lo roi dos 
Hryopes qui succomba sous les coups d'Héraclès, aimé 
du licros, llylas l'avait accompaj^né sur lo vaisseau Arf;o. 
hoscondu à terre, il s'en va puiser de l'eau à une source 
dans la foret : la nymphe de la i'ontaino s'empare do lui 
et l'attire dans les eaux. Héraclès lo réclame on vain, 
puis il so décide il retourner à Trachis; mais, en s'éloi- 
^iianl, il ohiicnl la promesse que les habitants du pays 
conlinuerout à rechercher son compagnon. Kl c'est pour- 
quoi chaque année ils so rondoul on procession à la 
fontaine où il a disparu, lui offrent un sacrifice et crient 
par trois fois lo nom d'IIylas '". La littérature et l'art ont 
souvent traité le thème de l'enlèvement d'IIylas, surtout 
depuis la période alexandrine : on le voit notamment sur 
dos peintures de Pompéi ". 

.\près lo retour des Argonautes, nous rencontrons 
encore Héraclès assistant, en qualité de juge, aux jeux 
funèbres institués en l'honneur de Pélias par son fils et 
successeur Acaste : c'était un des motifs qui décoraient 
le coffre de Cypsélos'-. 

Céi/x, Aigimios. — De nombreuses traditions, dont la 
région de l'OEta est le centre, font d'Héraclès le cham- 
pion du culte apollinien et des populations doriennes et 
maliennes qui occupaient les contrées avoisinantes. C'est 
dans le poème hésiodique des Noces de Céyx" et dans 
une vieille épopée dorienne, Aigimios'', que ces tradi- 
tions semblent avoir pris corps. Héraclès, fuyant i'Étolie 
avec Déjanirc et le petit Hyllos, fait route à travers le 
pays dos Dryopes, le peuple ennemi d'Apollon et hostile 
aux Doriens, établi dans les montagnes qui séparent le 
Parnasse et l'Œta. Le héros rencontre sur son chemin le 
roi Tliéiodamas, conduit par un attelage de bœufs : ayant 
faim, il demande à manger, et comme sa prière est re- 
poussée, il abat l'un des bœufs et le dévore entier : ce 

1 Hi'rodore. cité par Apolloil. I, 'J, 19. — - Diod. IV, 41, et Dioiiysios de Mitylènc. 
cité par Apollod. Ibid. — -^ Piiid. Pijtli. IV, 17i. — • Monumenti, XI, 38-3!); C. 
Roberl. AmiaJi, 188^1, p. ^J73-289. — -i Témoignages réunis par .\poIlod. Ibid. ; cf. 
Ilerod. VII, 193; Scliol. Apollon. Rhod. 1, 11G8, 1289; Schol. l'ind. l.c. —'> Apollon. 
Rliod. I. 789-1011, 1040. - '• Orph. 522. — 8 Gerhard. Arch. Zeit. 1851, pi. xivn : 
la ligure d'Héraclès est reproduite art. a>coba, fig. 319. — ^ Lexikon, s. i\ Hylas: 
l'reller. Griec/i. Mijth. II, p. 328 ; Uolide, lier griech. Homan, p. 105; Kaemmel, 
lltracleolica, 1809, p. 25 sqq. ; Tuerk, De Hyla, Bresl. phitol. Abh. VIII, 4, 1895. 
— lOTheocr. IJ. XIII : Apollon. Rhod. I, 1207-1357 ; Schol. Ibid. 1351, 1357; Anton. 
Liber. Metam. 16, etc. — o Abconautar, p. 41 G, n. 55; cf. les i-éférences du Lpxiknn, 

I. p. 2796. — 12 Pausan. V, 17, 9; cf. un vase de Caeré, Monumenli. X, 4, 5 et 
Annali, 1874, p. 8"i sqq. ; Sludniczka, Ilerakles bei de» Leichensp. des Pelias, 
.lalirbi:ch, XIV, p. 51 sqq. — 13 0. Miillcr, Dorier, I, p. 29 ; l'reller, Griech. .Vijtli. 

II, p.247. — li0. Millier. /6id. p. 415 ; l'reller, /i/iJ. p. 252. - lii Le même trait dans 



qui lui vaut le sunioiu de lioz-^a/o; ". LesDryopos i'asRail- 
lenl ; il les repiiiiss<< avec I aide de Déjauire, i|iii s'arme 
pour le combat, lue Id roi ol eminènii avec lui son llls 
llylas'". Il arrive ensuilo clie/. Céyx, lo roi des MulienH de 
Trachis, juste au moment où celui-ci célèbre le niariaxe 
d'un de ses entants. Il reçoit de lui lo nioillour accueil 
et séjourne longtemps î\ Trachis, où Déjanire lui doniio 
doux autres lils, (ilénous et lloditès''. Il aide les Maliens 
i\ soumettre les Dryopes, dont il :tnni'\e h' territoire il leur 
pays'", et cisux-ci raccomi)agneronl plus lard dans son 
expi'dilion contre (Jl'xhaliu en Kubéo. 

Héraclès prête aussi son concours jiiix Dorions i'i l'épo- 
i|ue où ceux-ci occupaient le nord de la Thessalie, aux 
environs do l'Olympe, ou lo pays qui prit d'eux le nom 
do Doride, près du Parniisse '''. Il cfmibat et tue le roi 
Amyntor d'Urmànion, qui interceptait la route de Del- 
phes'". H secourt le roi des Doriens, Aigimios-', dans la 
guerre contre les Lapithes, dont lo chef, Coronos, tombe 
sous ses coups, et assure la comiuète de leur territoire. 
Aigimios, pour reconnaître ses services, lui donne le tiers 
de son royaume, et après la mort du héros, adopte son 
lils aine Hyllos. qui fut l'ancètn; de la dynastie royale 
des Doriens et l'éponyme d'une des trois tribus que l'on 
retrouve d;ins toutes les contrées où les Doriens se sont 
établis plus tard--. 

Cyciios. — Dans la môme région Héraclès combat et 
défait Cycnos, fils d'.^rès--', le guerrier insolent et cruel, 
qui se poste sur lo passage des pèlerins de Dislphes 
entre la vallée de Tempe et les Thermopyles -', pour les 
massacrer, les dépouiller et édifier à son père Ares un 
temple avec leurs crânes -■■. Le Bouclier d'/Jéraclf^s, qui 
figure dans les œuvres d'Hésiode, est consacré en grande 
partie au récit do cette lutte " : Cycnos est le gendre 
de Céyx, dont il a épousé la fille Thémistonoé ; assisté 
de son père Ares, il surprend et attaque le héros, dont 
le char est conduit par lolaos. Héraclès revêt les armes 
qui lui ont été données par les dieux, descend à terre 
avec lolaos ol engage le combat. Cycnos est tué, Ares 
blessé ne doit son salut qu'à la fuite, qui est favorisée 
par Phobos et Deimos. Céyx rend à son gendre les 
honneurs funèbres, mais Apollon fait disparaître le tom- 
beau de l'impie. Dans son poème Ci/cnos, Stésichore 
adopte une version un peu différente^', suivie aussi de 
Pindare-* : Héraclès recule d'abord devant .\rès et ne 
triomphe de Cycnos qu'après l'éloignement du dieu^'. 

L'épisode de Cycnos est, dès l'époque la plus ancienne, 
un des plus célèbres de la légende héracléenne. Il ne 
figure pas, il est vrai, parmi les métopes d'Olympie ; mais 
au Trésor des Athéniens, à Delphes, et au Théséion 
d'.Vthènes, il est intercalé dans la série des travaux im- 
posés par Euryslhée ; il tiguro également dans l'énumé- 
ration d'Euripide^". Sur le trône d'.\myclées, ce motif 

une légende rhodienne. .\poliod. II, 5, 1 1 ; l'Iiiloslr. Imatj . II, 24. — 16 Apollod. II,. 7, 
7; Schol. Apollon. I, 1212 ; Callimacli. In Dinn. 161. — H Lexikon, s.v. Keyx. Sur 
Céyx et ses relations avec Héraclès et sa famille, voy. Hes. Sent. Herc. 354, 476 ; Sopli. 
Trach. 40; l'aus. I, 32, 5 ; Apollod. (. c. et II, 8, 1 ; l)iod. IV, 36. — 18 Herod. VIII, 
43 ; Paus. IV, 34, 6 ; lliod. IV, 37. — 1» Herod. 1, 56; Eplior. ap. Steph. Byz. s. r. ia;ij».; ; 
Slrab. IX, p. 427. — io Diod. IV, 37. — 21 Lexikon, s. v. ; Apollod. /. c. — 22 Pind. 
Pyth. I, 62 ; V, 70 ; Eplior. llnd. ; Herod. V, 72. — 23 Lexikon, s. v. Kyknos. — 2'. Sur les 
din'érentes localisations du combat, voy. Preller, Op. cil. H, p. 250 s(j. — 25 Eurip. 
/Jerc. /■«)•. 391; Schol. Piud. 01. II. H7; XI, 19.- 20 V. 57-121 ; 314-180. —27Scbol. 
Pind. 01. X, 15. — 28 l'ind. Ibid. — 29 I.a mythologie coiinait un autre Cycuos, lils 
de Poséidon, vaincu par .\chille dans les mémos parages. Ou a supposé (jue c'est 
cette dernière légende qui a été attribuée i Héraclès : Wilaniowitz, Eurip. Her. Il, 
p. 73 et 127; cf. Lexikon, arl. cité, p. 1697; Preller, loc. cit., voit dans Cycnos 
(=: le cygne}, le symbole des flots agités. — 30 Herc. fur. Ibid. 

14 



iii<:n 



— 106 — 



HER 




Kig. 3777. — Hûraclès 
et Cjcnos, 



ptail représenté ' el nous le rencontrons très fréquem- 
ment dans les peintures de vases de Tarcliaïsme et de 
la belle époque-. Hésiode avait prêté A Héraclès, dans 
ce combat, l'armure complète de Ihoplite et l'engage- 
ment qu'il décrit est conforme aux règles traditionnelles 
du duel entre deux guerriers'', l'ourlant Hi'siode lui- 
môme n'oublie pas de mentionner qu'en s'éijuipant 
Héraclès jette sur ses épaules le carquois garni de 
llèches'. C'est avec l'arc qu'il combat dans Kuripide^ 
J.,es peintures de vases lui attribuent le plus souvent, 
comme Hésiode, l'armure de l'hoplite, l'épèeou la lance 
et le bouclier"; queiquolois il est armé de la massue', 
ou encore il lance une pierre, comme il arrive aussi dans 
les combats homériijucs *. 

Héraclès et Cycnos sont quelquefois représentés lut- 
tant seul à seul, comme sur un scarabée étrusque du 
British Muséum' : c'est le motif le 
plus simple (fig. 3""7). Le plus sou- 
vent d'autres personnages inter- 
viennent, ,\rès du côté de Cycnos, 
Athéna pour protéger son héros 
favori : dans ce cas, il n'est pas 
rare qu'Héraclès lutte directement 
contre le dieu, tandis que Cycnos 
s'affaisse ou prend la fuite'". Sou- 
vent aussi, à côté des combattants, sont figurés les chars 
qui les ont conduits et sur lesquels on voit lolaos et 
Phobos, ou encore les dieux qui assistent les héros. 
Une forme de la légende voulait que Zeus eût séparé 
Héraclès et Ares après la mort de Cycnos" : ce motif 
se retrouve aussi dans quelques représentations '^ 
On voit encore sur certains vases, parmi lesquels un de 
Nicosthènes, la lutte engagée du haut des chars entre 
Héraclès et Cycnos, les dieux servant de conducteurs ". 
La scène la plus développée est celle d'un vase de Col- 
chos au musée de Berlin'', oii les personnages, fort 
nombreux, sont désignés par des inscriptions. Sur un vase 
provenant de l'Italie méridionale, que M. Furtwaengler 
croit inspiré par un modèle attique du \' siècle '% nous 
trouvons, non plus le combat lui-même, mais ses prépa- 
ratifs, suivant une habitude familière à Polygnote '*. 
Signalons enfin un médaillon en terre cuite d'époque 
romaine, trouvé à Orange, où Ares arrive en provocateur 
pour venger la mort de son fils; trois divinités, Zeus, 
.\théna, Niké, assistent à ce colloque ''. 

Tunique empoisonnée, bx'tcher. — C'est également dans 
la région de Trachis et de l'OEta qu'est localisée la tra- 
dition relative aux derniers moments de la vie terrestre 
d'Héraclès. Exposée sans doute dans le poème de Créo- 
phylos, cette légende nous est surtout connue par les 
Tvachiniennes de Sophocle, dont le récit a été suivi par 
Apollodore " ; Diodore de Sicile présente quelques va- 



1 Paus. UI, 18, iO. Furtwaengler croit retrouver ce motif sur un vase clialci- 
dien de Municti, n" 1108; Lexikon, 1. p. 2210. Paus. 1, 27, 6. ineutionne aussi 
ce combat dans une œuvre de IWcropole d'Athènes. — 2 Voy. la liste donnée par 
Engelmann. Arch. Zeit. 187'.*, p. 185 sqq. et compléti^'e par Heydemann, Annali, 
1880, p. 80 sqq.; cf. M. Mayer, Giganlen und Tilanen, p. 3IS. — 3 v. 413- 
422. — * V. 129-131. — S z,oc. cit. — » Gerhard, Auserles. Vas. pi. i.xixiv, 
i.xxxv. — 7 Par exemple, Brit. Mus. n" 552, cité par Furtwaengler. p. 2210. 
— 8 Munich, n» 48, cité par Furtwaengler. — 9 Smith et Murray, Cataloy. 
n. 270; Annali. 1880, lav. M. 1; = Lexikon. II. p. 1002. — 10 Vase de Ca- 
miros au british Muséum, Journ. of philol. Vil, pi. b = Lexikon, II, p. 1093; 
Heydemann, Oriech. Vasenb. I, 4. Héraclès contre Cycnos et Ares, relief de 
bronze archaïque provenant d'un char et trouvé à Pérousc, Antike Denkm. Il, pi. 
XIV ; cf. Pelersen, Roem. Mittheil. 1894, p. 253-319. — " ApoUod. 11,5, 11; 



riantes'". La prise d'QEchalia, le massacre d'Eurytos et 
de ses fils, l'enlèvement d'iole, ne se placent, dans le 
récit des mythographes, comme dans Sophocle, qu'après 
le séjour auprès d'Omphale et les autres aventures, et 
ont précédé immédiatement sa mort. Avant de rentrer à 
Trachis, Héraclès veut offrir, snr le promontoire de Cé- 
naeon en Eubée, un sacrifice d'actions de grâces à Zeus 
, son père, et il dépêche à Déjanire son fidèle Lichas qu'il 
I charge de lui rapporter un vêtement de fête pour cette 
solennité. Par Lichas, Déjanire apprend l'amour qu'lole 
a inspiré <i son époux, et se souvenant alors des recom- 
mandations de Nessos, elle remet au messager la tu- 
nique empoisonnée du Centaure. Dès qu'il l'a revêtue, 
Héraclès sent l'effet du poison qui ronge et consume ses 
chairs. Déchiré par la souffrance, il saisit Lichas et le 
précipite dans la mer. 11 tente de se dépouiller de sa tu- 
nique et arrache en inênK; temps des lambeaux de son 
corps. On le transporte à Trachis, oii Déjanire se donne 
la mort, et, sentant sa fin venir, il confie lole à Hyllos, 
qui doit l'épouser un peu plus tard. Sur l'ordre d'Apol- 
lon, il gravit les pentes de l'CEta et, avec les pins et les 
chênes de la montagne, se construit un bûcher. Poeas, 
le père de Philoctète, lui rend le service d'y mettre le feu. 
La flamme consume le bûcher ; quant à Héraclès, une 
nuée vient le recueillir au milieu des éclairs et du ton- 
nerre et le transporter dans l'Olympe -°. 

On a depuis longtemps conjecturé que celle légende 
du bûcher d'Héraclès est d'origine orientale^'. Dion 
Chrysostome rappelle, en effet, qu'à Tarse on célébrait, en 
l'honneur d'Héraclès-Sandon, la fête du bûcher dont le 
souvenir s'est perpétué sur les monnaies de la ville ^-. 
D'autre part, cet embrasement du bûcher, qui couronne 
la carrière d'Héraclès, est un des traits qui ont paru 
trahir avec le plus d'évidence le caractère solaire du 
héros : c'est, dit-on, une image magnifique du Soleil qui 
se couche au milieu des nuages *^ Ce qui parait certain, 
toutefois, c'est que cette fable n'est pas liée nécessaire- 
ment à la légende la plus ancienne et la plus générale. 
C'est une fable essenliellement locale, particulière à la 
région de l'OEta. Les monuments archaïques ne s'en sont 
point inspirés. L'Odyssée et la Théogonie, qui parlent de 
la félicité du héros dans l'Olympe, semblent ignorer le 
bûcher-'*. L'apothéose d'Héraclès, comme nous allons le 
voir, est conçue d'ordinaire comme indépendante de 
cette fin tragique, et se rattache soit à la conquête des 
pommes d'or des Hespérides, soit à l'enlèvement de 
Cerbère, soit encore à la Gigantomachie^^ 

Un vase attique du beau style '" représente le dernier 
sacrifice qu'offrit Héraclès sur le mont Cénaeon. Quant 
à la scène du bûcher elle-même, la plus ancienne repré- 
sentation qu'on en signale est celle d'un scarabée grec 
du style sévère '' : assis sur les troncs d'arbres qu'il a 



Hvgio. Fab. 31. — 12 Annali, 1880, p. 08-91. - 13 Overbeck, Kunslmylhol. Atlas, 
IV, 7, 1. — n Gerhard, Atiserlea. Vas. Il, pi. cxxii et cxxiu = Lexikon, II, p. 1695. 
— 15 Arch. Zeit. 1856, pi. lxixvui. Cf. cependant Lexik. Il, p. 1694 (Héraclès et 
Erginos ?). — 16 Lexik. I, p. 2231. Voy. encore Monumenti, XI. 24. — 1" Gaz. 
archéol. III (1877). pi. xii, 1 = Lexikon, II, p. 1696. — '» II, 7, 7. — '9 IV, 37- 
38. _ 20 Cf. Preller, Op. cit. Il, p. 234 sq. — 21 Maury, IleHijinns de la Grèce 
antique. 111, p. 152 et n. 7. — 22 Orat. XXXIII. — 23 Max Miillcr, ilylhologie com- 
parée, trad. Perrot. p. 115: cf. Decliarme, J/yfAo/. gr. p. 508. — 2l Od. XI, 
000 el suiv. ; Theog. G49-954. — 2ô Preller, Op. cit. II, p. 253; Wilamowili, 
Earip. Her. I, p. 320-322. — 26 Stephani, Compte rendu. 1869, pi. iv, 1; 
1876, pi. V, 1 ; Furtw'ànglcr Lexikon, p. 2235 et s. — 2; Publié dans le Lexikon, 
1. p. 2241; cf. un relief plus grossier d'époque romaine, Annali, IS7!', lav. E2 
(fragment de sarcophage). 



III.K 



— 107 



lllvlt 



iMitasst^H, lu liiM'iis si'inlilo iitti-iuli-« uvpc ri'si(;iialion quo 
II' li'u vii'iimi II- i'()ii!iiiciii*r. Au reste, i\ luit-uiiu t«po(|Uf ce 
iiiolir iiLi suiiililo avoir t>te ri'i^i|iiciil, et toujours il esl 



UHSOcié A l'upollifose du lu'ros qu'un*" diviniti- amie, 
Athénu ou Niki-, enlevé ilans un quadrige; au-ilessous, 
l'oeas i|ui a alluuié le feu s'enTuit, de» Nymphes sont 



^, 



\t\. 




Fig. 3778. — Apotlifoso d'Héraclès. 



occupées à éteindre le bilchcr'. Tel est le sujet de plu- 
sieurs vases du iV siècle ou du v°(fig- 3778)-. 

V. Héraclès pans l'Olympe ; ses rapports avec les 
DIVINITÉS. — Introduction dans l'Olympe. — Nous avons 
indiqué et nous 
n'avons plus à 
y revenir, les 
circonstances, 
diverses selon 
les traditions, 
à la suite des- 
quelles Héra- 
clès fut admis 
parmi les dieux. 
Sa réception 
dans l'Olympe 
est un des su- 
jets de prédi- 
lection des 
peintures de 
vases et d'au- 
tres monu- 
ments dès la 
période archaï- 
que : c'était un 
des motifs de 
décoration exécuté par Bathyclès au InJno d'Amyclées; 
Athéna servait d'introductrice au héros '. Elle joue le 
même rôle sur une coupe altique signée de Phrixos : le 
héros est guidé par elle devant le trône de Zeus *. On 
voit assez souvent sur les vases archaïques, un défilé de 

' Monumenli, IV, 41 = Baumeister, Denkm. I, lig. 73 1, p. 669. — - Gerhard, 
Antike Bildm. 31 = Baumeisler, (). I. lig. 342, p. 307. Voy. encore Ànnali, 
1880, lav. :» ; Millin, Viw«s peints, I, 18; ArcA Zeit. 1856, pi. cxvii, 9; MilUngen, 
Peint, de vases, pi. xxwi; Welckcr, Allé Denkm. III, 298 sqq. ; Leiikon, I, 
p. 22*0; cf. Ovid. Metam. IX, 271. — 3 Paus. III. 18, 7. Mime motif sur 
l'aulel allenaot au trône : Ibid. III. 19, 4. — ' De Wille et Lenormant, Élite 
céramogr. I, pi. Lvi; cf. Gerhard, Auserl. Vasenb. II, 128. — ^ Par eiemple. 




Fig. 3779. — lÏLTaclès reçu dans l'Olympe. 



divinités devant Zeus assis sur son trône : Hermès pré- 
cède le cortège, Athéna vient ensuite, suivie d'Héraclès 
et d'autres dieux =. C'est la même scène que présentent 
les vases du beau style, parmi lesquels un magnilique 

vase de Bolo- 
gne (fig. 3779), 
et elle se per- 
pétue jusqu'à 
l'époque hellé- 
nistique, avec 
quelques va- 
riantes de dé- 
tail". Ladéifica- 
tion dlléraclès 
est tigurée en- 
core d'autre fa- 
çon dans les 
monuments, 
surtout par sa 
présence sur 
un char à côté 
d'autres divi- 
nités. L'art ar- 
chaïque a un 
goût très vif 
pour les pa- 
rades de chars portant des divinités, et, comme le re- 
marque M. Furtwaengler. il n'y faut pas toujours chercher 
de signification mythologique précise '. Athéna, par 
exemple, est une de celles qu'on voit le plus fréquemment 
guidant un attelage; à ses côtés*, ou à pied auprès du 

coupe de Rhodes, chalcidienne, ou atlique (Furtwaengler), Journ. of hellen. sliid. 

1884, pi. au. — 6 Mo?tumenli, XI, 19 = Lexikon. I, p. 2239; voy. ibid. 2218 
sq. ; 2238 sqq. ; 2250; cf. Gerhard, Auserl. Vas. 143 et 146; Arch. Zeit. 1853, 
pi. iLix, 1-3; 1870, pi. .ixxiu; Antik. Denkm. 1, 9 (coupe de Sosias i Berlin). 
— ^ Lexikon, p. 2218. — H Gerhard, Auserl. Vas. Il, 111, 136, 139; Mus. Gre- 
<jor. Il, 9, 1. Cf. une plaque votive de Scythes trouvi?c à l'Acropole ; 'Eçni»- i«- 

1885, pi. m. 



HER 



108 — 



HER 



char, figurent d'autres dieux, parmi lesquels Héraclès. 
D'autres fois, c'est Hcracli-s qui conduit le char, ou qui 
y monte, tandis qu'Iolaos tient les rênes; Alhéna ou 
d'autres dieux, se tiennent auprès'. 11 ne faut recon- 
naître l'apothéose que dans ceux de ces motifs où 
Athéna est la conductrice du char sur lequel est monté 
Héraclès-. Sur un vase à figures noires Héraclès, tenant 
une couronne à la main, vient de descendre d'un qua- 
drige conduit par lolaos; Athéna, Hébé et Héra ac- 
cueillent le nouvel immortel on lui pn'scntaiil des cou- 
ronnes'. C'est aussi probablement l'apothéose d'Hé- 
raclès que représente la frise ouest du trésor de Siphnos 
à Delphes '. 

Sur un cratère à figures rouges trouvé en Béotie, la 
déification est représentée avec plus de simplicité : 
Héraclès est assis, ceint dune couronne et lenanl en 



main les pommes des Hespérides: derrière lui s'avance 
Niké apportant une bandelette''. Sur plusieurs miroirs 
étrusques d'époque postérieure, on voit également NiUé 
couronnant le héros'''. 

Les poètes ont chanté à l'envi la béalilude du héros 
divinisé, qui se repose après ses fatigues, se réconcilie 
avec liera dont il épouse la fille unique Ilébè, la personni- 
fication de la jeunesse éternelle". Ce mariage est célèbre 
par les immortels dans un joyeux festin, où pour la pre- 
mière fois Héraclès gortte à l'ambroisie". De cette union 
avec Hébé naissent deux fils, Alexiarès et .Vnikétos, en 
qui revit l'Héraclès àlilUay.o^ et xaÀ)a'vtxoç'. La céré- 
monie nuptiale ou ses préparatifs sont les motifs de 
plusieurs monuments figurés : de deux beaux reliefs 
votifs de la lin du v' siècle'", d'une grande amphore 
apulienne du musée de Berlin (fig. 3 78(1", d'autres 




Fig. 3760. — Mariage d'Hdraclf-s et d'Hébé. 



encore'-. Rappelons enfin qu'au Cynosarges d'Athènes 
le culte d'Héraclès et celui d'Hébé étaient associés '^ 

Le héros divinisé figure sur un grand nombre de 
monuments, dans les scènes qui comportent une réunion 
de divinités et dont quelques-unes ne représentent pas 
d'action déterminée. On le rencontre surtout à proximité 
d'Alhéna et d'Hermès, souvent aussi de Dionysos, d'Apol- 
lon, quelquefois de Poséidon et d'Ares. Parmi ces asso- 
ciations certaines, sur lesquelles nous reviendrons 
sect. Vil, s'expliquent par des affinités de nature et 
d'attributions : ainsi celle d'Hermès et d'Héraclès, con- 
sidérés tous deux comme dieux de la palestre. Ajoutons 
qu'Hermès, messager et orateur des dieux, est tout na- 

I Klein, Meiitersifinaluren, 2" (d. \>. 90, 2 : Bcnmiorf, Grieck. und sicil. Vasenb. 
pi. III ; .Wi«. Grcg. Il, 7, 2. La parodie de ce motif se voit sur un cratère à reliefs du 
Loavrc : Héraclès, assis sur un cliar, est Irainé par deux Centaures barbus, qui ont 
les mains altacliècs derrière le dos ; Rayet et Collignon, ffisl. de la c'ramiqne gr. 
fig. 131 cl p. 3S6. Cf. le vase publié dans les Mon. grecs, 187(i, pi. m = 'Wiener 
VorlegebUlter, série E. vu-mi, 3.-2 Voj. Jahn, Areh. Aufsai:e, p. 00-101; 
Gerhard, Auserl. Vas. H. 137; cf. Jalirbuch, 1890. p. 173. Parmi les vases les plus 
remar>|uables se trouvent une superbe liydrie attiquc à ligures noires du Louvre, 
citée par Ravel cl Collignon, Op. cit. p. 1Î5, et une amphore de Vulci au Musée de 
Berlin, iind. pi. viii = lierliard, Etrusk. und Jiamitan. Vasenb. pi. xviii. Autres 
motifs cités par Furtwacngler. Lexikon. I, p. 2Î1S; Gaz. arck. 1881-i, pi. i-ji : 
Héraclès s'avance cl Zcus lui tend la main (silula étrusque en bronze'i. — 3 Arch. 
Zeil. 1866, pi. ccix, \. — * Comptes rendus de l'Acad. Inscr. 1804, p. 356 sq. ; 
Bull.decorr.hell. 1 891, p. 194; Goi. de» 4«aux-ar<», 1895, t. .Mil, p. 321 (frontispice). 

— 5 Dûment et Cliaplain, Céramiques de la Grèce propre, pl.iv et p. 377 sqq. 

— 6 Gerhard, Etrusk. Spieget, 14i, 143, 343. — 7 Od. W, 601 sqq. ; Hcs. Theog. 
930 sqq.; Hym. Homer. XV, 7-8; Pind. Nem. 1, 69 s<iq. ; X. 17 sqq. ; Isthm. III, 
77; Eurip. Ueracl. '.115 sqq.; Orest. 1086; Thcocr. XVII, 3i, etc. "HSa; 7i|.»; est 



turellement désigné, comme cela arrive si souvent, pour 
précéder Héraclès conduit par Athéna dans l'Olympe. 
11 a déjà été question, à l'article b.vcchus (p. 632), de 
l'intimité qui unit ce dieu à Héraclès, et dont on peut 
trouver la raison dans la conformité de leurs destinées ''•. 
L'exposé do la légende d'Héraclès nous a donné l'oc- 
casion de revenir, à différentes reprises [sect. U et IV, 
4ébut], sur la nature des rapports qui existent entre 
Héra et Héraclès. Sa haine, dès avant sa naissance, a 
fixé son sort; elle l'a poursuivi durant toute sa carrière, 
l'a asservi à Eurysthée, a suscité la plupart des épreuves 
dont il a eu à triompher. L'entrée du héros dans 
l'Olympe a mis fin à cette inimitié '\ 

le litre d'une comédie d'Kpicliarme dont il nous reste un long fragment, contenant 
la description d'une pèche miraculeuse de Poséidon et d'un banquet olympien : 
Miillacli, Frngm. philos, graec. I, p. 136. — *• Sapplio. Fragm. 51. — 9 Apollod. 
Il, 7, 7. — 10 Arck. Xeit. 1867, pi. xxiv, 1 ; Kcknlé. Rebc, pi. iv, 1 ; cf. Fricdcrichs- 
Wolters, Gipsabgiisse, n«» 1203, 1204, — " Gerhard. Apul. Vasenb. pi. xv (voy. auss. 
pi. xiv), — 12 Relief sur un autel d'argent à l'Iléraioii d'Argos, meolionné par Paas. 
Il, 17, 6; puléal arclitiVqne de Corinthe. 0\erbeck, (îriech. PlaUik, 3" éd. I, p. 142 
et Journ. of hctl. sludies, 1885, pi. lvi. lvii; cylix de Sosias, Gerhard, Trinksctia- 
ten. pi. VI, 7. — 13 Paus. I, 19, 3. A Cos également (Cormitus, 31), ainsi qu'à PUi- 
lonle {Aelian. Xat, anim. .Wll, 46). — !'• Sur les rcpréseulalions il'Héraclés dans lo 
cortège bachique, cf. sect. VI. — '^ Ou a voulu, mais à tort, reconnaître cette 
réconciliation, opérée par l'entremise de Xeus. sur un miroir, Gerhard. Etrtisk. 
Spiegel, 147 = Lcrikon. 1. p. 22o9 sq, Diodore, IV, 93. parle d'une adoption sui- 
vant toutes les formes. Menlionnuns encore, comme étajit relatif an rapprochement 
entre la déesse et le héros, le singvdier motif d'une coupe de Brypos au British 
Muséum (vers le début du v* siècle) : Héra, attaquée par des Silènes lubriques, est 
protégée par Hermès et Héraclès : Monumenti. IX, pi. xi.vi = Rayel et Collignon, 
Hist.de la cèram. fig. 77 et p. 195 sq. : Klein, .Mei^tcrsignaluren, p. 183, n* 8. 



lIKIi 



— iii;i — 



iii:it 



Ih^iitcWs il AlhtiKi. - Il finivifiit (l'iiisislcr, tl'imi' iiiii- 
iiuTu |iliis s|iiH'iuli>, sur les rappriiriiiMiii'iils l'iiliv IIitu- 
i'li>s fl ilt'ux iiiilrcs iliMiiilits, Allu'iui cl A|hiIIiiii, (|iii 
(K-i'U|ioiil mut |)liiL'(< iiii|)(irtiiii(i; diiiis lu lù^emlt;. Los 
dt'tiv (li\iiiili>s soiil olroiti-iiioiil iiittUtos jt son oxislunco 
li'iTfNtic ; ilaii> iraiitiTs eus, los cii'i;uiislauc(-s et le lieu 
(II- la sci-tiu ne stiul pas (li'turiiiinOs, ol l'on piMil iloulcr 
si llcrui-lùs osl cinivu, dans corlaines roprésonlalions, 
ciuiinie iliiMi ciu c'iinimc Iutds ; et, à vrai dins, les anciens 
n'ont pas distingue iiellenienl ces deux aspecls. 

Los IIlmis d'étroile aniilié qui unissent Alhéna et Hé- 
raclès -.'e\plii|uenl peut-être, tout d'aliord, par la con- 
liiruiite iirij;ini'lle de li'ur iialure, si Allieiia est liien une 
déesso de la clarté lumineuse ou di^ l'éclair, et Héraclès 
un liéros solaire. (In a aussi cherclié des causes his- 
torinues à ce rapproclieinent : ce serait le résultat 
" d'une conciliation entre le culte ionien, personnitié 
par l'oseidon et Atliéna, et le culte dorion représenté 
par Héraclès, le lieros légendaire du l'eloponnrse. L in- 
lluence do l'isislrato no l'ut pas étrangère ii ce con- 
cept où la polili(iue avait sa part, en faisant d'Athènes 
uu centre religieux où s'unissaient et se fondaient les 
deux cultes principaux des races helléniques ' ». ]j Iliade 
et VOdijsséi' connaissent pourtant celte protection exercée 
par Alhéna sur Héraclès ^ ; mais, comme les poèmes 
homériques ont été rédigés au temps de Pisistrate, on 
peut supposer là précisément la même intluence. Quant 
à la présence d'Athéna sur les métopes d'Olympie, (Buvre 
peloponnésienne, rien n'empêche d'y voir une donnée 
li.xée dans la tradition depuis de longues années par les 
artistes athéniens. Au reste, le développement pris à 
.Athènes par le culte d'Héraclès dans le cours du vr' siècle 
est attesté par les fragments de sculpture en tuf de 
l'Acropole [sect. VIII]. Telle est la raison qui explique 
que les céramistes d'Athènes ont très souvent fait tigurer 
Alhéna aux ciUés d'Héraclès ; il n'est pour ainsi dire 
aucun des épisodes de sa légende où elle n'intervienne : 
tantôt elle assiste simplement à l'action, sans y prendre 
part, tantôt elle joue un rôle actif et combat avec la lance. 

D'autres monuments, qui dérivent de la même inspi- 
ration, ont été interprétés comme exprimant des liens 
amoureux ou un mariage mystique entre la déesse et le 
héros : il faut y voir tout simplement la traduction des 
sentiments affectueux qui les unissent ^ Parfois, sur des 
vases à ligures noires, c'est un dialogue amical que l'au- 
teur a voulu représenter' ; d'autres fois, Alhéna offre à 
Héraclès une tleur, une couronne, un rameau S ou, in- 
versement, le héros présente une tleur à la déesse ''. 
Successivement, d'autres motifs, de sens analogue, appa- 
raissent : tous deux échangent une poignée de niain'^, 
ou encore Alhéna ranime le héros en lui versant à boire 
dans une coupe'; ce dernier motif se voit assez fréquem- 
ment sur des vases de la belle époque ' ; il se retrouve dans 



< F*otticr, Bévue archcol. 188!), 1. p. 35 sq. ; cf. Milliel. Études sur ta céramique 
grecque^ p. 105-107. L'olpé d'Aniasis, du Louvre, publiée à la pi. iv de la Heu. 
arck. L l. moutrc Atla^na en compagnie de Poséidon. Ilermcs et Ik'i-aclès. — - Jl. 
VIII, 36 i sqq. ; Od. XI, 020. — a Wclcker, Griecli. Goctlcrlehre, II, 780 si|.; 
Aniiali, 1854, p. 45-48 ; Uiltlicy, Arcli. Zeit. 1873, 83 ; 0. Jaliu, Archaeol. Aufsâtze, 
p. 83 sqq.; Lexilcon, I, p. 2216, 2236; Pottier, (. l. p. 36, n. 1. — » Gerhard, 
Amert. Vas. III, 246 ; cf. Il, 133, 134, 3 ot 4. — 5 Monumenti, 1854. tav. 5, 0; 
Annali, p. 46, 47; Duruy, llist. des Grecs, I, p. 86. — fi Gerhard, Oriech, und 
etrusk. Trinfischalfn, C. y; cf. ihid^i, 11, 13; Heydemann, Griech. Vas. pi. lu, 4, 
5. — 7 Gerhard, ibid. C. 8; Mus. Grerj. H, 54, 2. — « Benndorf, Griech. und sicil. 
Vas. XLII, 4. Dans le vase publié par Roulez, Choix de vases de Leyde, pi. vu, 1, 
Alhéna, qui tient le cratère, est st'-parée d'iléracliis par un autel : il s'agit peut-être 




un groupe architi'cloiiique en lern; ituilu peinte, pri'cieux 
moniiineiit de l'iirl l'irusque, au musée du Louvre"'; 
lolaos esl que|qui'l'oi>, 
associé il lu scène". Ail- 
leurs Héraclès usl enlre 
.\llii'-na et Hermès '-'. I)i's 
vases du iv" siècli; nous 
montn'iit aussi Héraclès 
au repos dans la so- 
ciété d'Atlii;na, de .Niki', 
de Héhé ". Un vase ar- 
chaïque offre un autre 
sujet encore : Héraclès 
conduisant à la déesse 
une victime pour le sa- 
crilice'". linlin sur deux 
vases atliques anciens, 
Héraclès et Ares assis- 
tent côte à côte, dans la société des autres dieux, à la 
naissance d'Athéna''. 

Héraclès et Apollon ; la dispute du trépied. — Héraclès 
a également avec Apollon des rapports très intimes et 
auxquels bien des traits font allusion dans la légende. 
Les monuments figurés ont surtout représenté la dispute 
du trépied de Delphes, qui, fait singulier, n'est guère 
mentionnée dans nos textes : nous savons cependant, 
d'après Pausanias '^, qu'elle avait été chantée par les 
poètes ''. Ces monuments sont particulièrement fréquents 
à l'époque archaïque. Le motif varie. Tantôt, comme 



L 



je 

Fig. 37iil. — 



éraclès et Ailiéua. 




Fi^. 3782 



La dispute du trvpied. 



c'est le cas pour un vase à figures noires de Naples que 
M. Furtwacngler croit de fabrication chalcidienne, le Iré- 



d'une libation doslini?e à 7,eus (Furtwacngler). — 9 Wiener Vorlegebl. sér. A, 
1 ; Wiackelmaïui, .Uonum. ined. 159 ; Ingbirami; Monum. elr. ser. V,37. — 'û Mar- 
tha, l'Art étrusque, p. 321. — " Gorbard, Etr. Spieqel, II, 154 = Babclou et 
Blanchct, Catal. des bronzes, n» 1288. — 12 Gerhard, Auserl. Vasenb. Il, 144. 
— !'•) Dûment et Cbaplain, Les céram. de la Grèce propre, pi. iv ; Coll. Sabauroff, 
pi. isvii; Annali, 1S32, tav. V. — <i iUus. Greg. Il, 31, I; E. Maycr, Giijanl. 
und Titan, p. 304 F et 307. — 15 Gerhard, .âiiseW. Vas. 1,5, 2; Monumenti, III, 44; 
cf. Schneider, Die Geburt der Alhéna, p. 9. — '>' X, 13, 4. C'était le sujet d'un 
groupe de marbre consacré ù Delphes par les Pbocidions; un autre élait 
consacré à Abae ; cf. Ibid. et X, 1 , 4 ; llerod. VIll, 27. — " Sur ces monumenU 
figurés, voy. surtout Slephani, Compte rendu, 1868, p. 31-51 ; Lexilcon, 2212 sqq. 
2232 sq. ; liaunieister, IJenkmaeler, I, art. Dreifussraub. 



HER 



lin — 



HEH 



pied est dresse debout au milieu de la scène; Apollon 
et Héraclès s'avancent pour le saisir chacun de leur 
cAté, et Athéna intervient pour séparer les deux rivaux 
et empêcher la querelle' ; ce même motif se retrouve sur 
quelques vases attiques- et sur des bronzes archaïques 
grecs (fig. ;t78i)ou étrusques \ Dans ces représontalions, 
les deux divinités sont probabioinenl considérées comme 
ayant des droits égaux sur le trépied. Tantôt, et c'est là 
la scène la plus fréquente, Héraclès est considéré comme 
ravisseur; il est poursuivi par Apollon, et une lutte est 
engagée ; d'ordinaire Athéna est aux côtés du premier 
et joue un rôle de conciliatrice, Arlémis ou Lalone ac- 
compagne Apollon ; Hermès intervient également. On 
voit ce motif sur le fronton du Trésor de Siphnos à Del- 
phes \ sur un bronze archaïque d'Olympie^, enfin sur 
de nombreux vases attiques à figures noires du style 
postérieur et à ligures rouges du plus ancien style ''. 
Quelques monuments archaïques représentent aussi 
Héraclès seul, emportant le trépied et fuyant à grands 
pas". La dispute apparaît encore souvent sur les vases 
attiques du beau style sévère', et sur des monnaies', 
puis on ne la trouve plus que dans quelques monuments 
de style archaïsant, par exemple sur la base d'un tré- 
pied choragique de Dresde, fréquemment reproduite'". 
Quelle est la signification originelle d'un épisode qui 
a joui d'une telle vogue dans l'archaïsme ? Il a sans doute 
été imaginé pour rendre raison de certaines attributions 
d'Héraclès qui rappellent d'une manière frappante celles 
d'Apollon. Sans parler de quelques analogies secondaires 
sur lesquelles nous aurons à revenir", Héraclès est 
comme .\pollon un dieu solaire'-; tous deux combat- 
tent avec l'arc sur les plus anciens monuments; Apollon 
est It; dieu-prophète, et le don prophétique est aussi 
attribué à Héraclès, au moins dans certaines traditions 
locales". Que le trépied soit simplement le symbole de 
la prophétie, ou, comme on l'a supposé, le récipient du 
feu'", à ces deux titres cet attribut peut lui convenir. 
Dans la suite, c'est le culte d'Apollon qui accapara cet 
attribut, et, pour expliquer (|u'Héraclès avait fondé cer- 
tains cultes analogues, on imagina, à une époque où le 
souvenir de cet ancien caractère s'était affaibli, qu'il 
avait dérobé cet attribut à son légitime possesseur. 
Depuis lors, il devint le serviteur fidèle et le défenseur 
d'Apollon dans la légende. A Thèbes, on racontait qu'il 
avait été, dans son enfance, daphnéphore dans le temple 
d'Apollon Isménien, et que, suivant l'usage, son père 
avait consacré au dieu un trépied commémoratif '^. De 
très nombreuses légendes historiques ont fait du héros 
le propagateur et le champion du culte d'Apollon. Il 
fonde pour lui un sanctuaire à Phénéos'% à Gythion", 

I Uxik. p. 2213. — 2 Mus. Greg. 11,31,1.-3 Olympia, pi. xxiii, 704; Carapa- 
uo», ÙoJotie, pi. XVI, I ; Journ. ofhell. slud. 1892-3, p. 264-7, (ig. 30 ; de Riddcr, 
Bronzes de l'Acropole, a' i9 ; Mus. Oreg. 1, 61, i. — l Bull, de corr. hetl. 1894, 
p. 195 ; Comptes rendus de l'Acad. des Inscr. 1891, p. 175 sq. — 5 Friedericlis- VVolters, 
Gipsabijùsse, n" 344. — 6 Ovcrbeck, Kunstmythol. Atlas, pi. xxtii, 9-11 : xxiv, 1, 2 
(amphore d'.\ndocidôs, à Berlin) ; 3 (cylix de Deiniadés cl de Fliintias à Munich), 4-7. 
10, M (cylix du Vatican), 12; Mûller-Wiescler. Oenkm. 1, 18, 95(= nTANx.fig. 2348). 
etc. — 7 Arch. Zeit. 1867, pi. ccxxvii; scarabée reproduit par Furtwaengler, 
p. 2212; gemmes citées xbid. — ^ Monumenti, I, 9, 3; Overbeck. Atlas, XXIV, 
8-9, etc. — 3 Lycie : Fellows, Coins of Lijcia, pi. x\ . 1 ; Thèbes : Guide British Mus. 
pi. XIII, 18. — 10 Ovcrbeck, /bid. XXIV, U; cf. supra, t. 1, fig. 376; Leiikon, p. 455: 
Baumeister, Denkmael. I, fig. 511. — it Héraclès jouant de la lyre, associé aux 
Muses, etc. voy. sect. VI. — li Outre certains exploits qui semblent dénoter ce 
caractère, rappelons la légende d'Héraclès voguantsur l'Océan danslacoupe duSoleil. 
Furtwaengler rapproche un vase attique du v« siècle, oii Apollon, assis sur le tré- 
pied, traverse la mer : âi'OiLO, lig. J70. — 13 A Bura, enAchaic, Paus . Vil, 25, 1». 
— 14 Schroeder, Zeitscbr. fur vergl. Sprachforsch. 1887, p. 197. — *=< Paus. IX, 



à Ambracie ", ailleurs encore '''. Les traditions doriennes 
du nord de la Orèce nous l'ont montré subjuguant ou 
exterminant les ennemis du sanctuaire de Delphes, les 
Dryopes, les Lapithes, Cycnos. Nous l'avons vu, en deux 
circonstances, se soumettre à l'expiation et à la purifi- 
cation (]ue lui impose l'oracle de Delphes, d'abord après 
sa démence, puis après le meurtre d'Ipliitos. Bref la 
légende, en se fixant, a fait de lui le subordonné du 
dieu, alors qu'à l'origine il était son pair et lui disputait 
certaines attributions essentielles'-". 

VI. CON'CKPTION HEUGIEUSE ET MORALE n'HÉRACLHlS. — 

Héraclès est considéré à la fois comme un héros et 
comme un dieu. Cette distinction, qui a tendu à s'effacer 
avec le temps, semble avoir été plus nette à l'origine. 
Hérodote donne à entendre qu'en plusieurs villes coexis- 
taient deux sanctuaires, l'un consacré à l'Héraclès 
Olympien, l'autre au héros-'. D'après Diodore, c'est à 
Oponte qu'on l'a honoré tout d'abord comme héros, 
immédiatement après l'apothéose : cet exemple fut 
suivi par Thèbes ; puis Léontini en Sicile, ou, d'après une 
autre tradition, Marathon en Attique lui aurait rendu 
pour la première fois les honneurs divins : c'est de 
l'Attique enfin que ce culte divin se serait propagé par 
tout le monde hellénique". A Sicyone, nous voyons 
s'opérer la transition de la première forme de ce culte à 
la seconde : l'Héraclide Phaestos, venu de Crète ^', per- 
suada aux habitants d'adorer comme dieu le héros qui 
était déjà l'objet de leur vénération-'. 

Quelle que soit, à l'origine, la signification mytholo- 
gique d'Héraclès, ce qu'il est devenu surtout aux yeux 
des Grecs, c'est la personnification de la force physique. 
La vigueur surhumaine qu'il déploie dans ses innom- 
brables travaux constitue le trait le plus saillant, le plus 
caractéristique de sa nature : c'est celui que son nom 
évoquait tout d'abord, et qui le distinguait même des 
héros similaires. Les représentations de certains de ses 
combats, comme celui d'Antèe, où il acquit le surnom 
de IlïXxcfiojv, sont conçues comme des modèles de la lutte 
athlétique". Aussi est-il, avec Hermès et Apollon, un 
des dieux de la palestre et du gymnase. A Thèbes, un 
gymnase et un stade, qui portaient son nom, étaient 
annexés à l'Héracléion -'. .\ Athènes, un des grands 
gymnases, celui du Cynosarges, lui est consacré-'; un 
autel s'y dresse en son honneur auprès de celui d'Hébé -' ; 
à côté se trouve un Héracléion^'. 11 a également son autel 
dans le gymnase d'Élis'". C'est sans doute en raison de 
ces attributions agonistiques que les jeunes Athéniens, 
à leur entrée daus l'âge éphébique, lui offrent une liba- 
tion de vin"; de même à Sparte, les adolescents qui 
parviennent à l'âge viril lui font un sacrifice '". De nom- 

10, 4 ; cf. Pind. Pyth. XI, 5 et Scliol. — 16 Paus. VIII. 15, 2 ; Plut. De tera num. 
vind. 12. — '7 Paus. III, 21.7. — i« Antonio. Lib. Metam. 4. — '3 Pro- 
bablement dans les villes qui prétendaient avoir eu Héraclès pour fondateur, et qui 
ont un trépied sur leurs monnaies, comme Crotone. — 20 Sur ces rapports entre 
Héraclès et Apollon, cf.. outre Stéphaiii, loc.cit., 0. Millier, Die Dorier, I, p. 418 
sqq. ; Preller, Griech. Myth. II. p. 162-164; Lexikon, I. 2189 sq. — 21 H. 44. 
.\illeurs, II, 145, Hérodote dit encore qu'Héraclès, Dionysos et Pan sont les dieux 
les plus récents des tirées. La conception d'un Héraclès mortel est très nette dans 
//. .WllI, 117. — 22 Diod. IV, 39 ; cf. 24 (pour Léontini). Sur ce processus, voy. 
WilamowiU, Eurip. Herakles, I, p. 282 sq. Sur le culte d'Héraclès â Athènes, cf. 
sect. VIll. — 23 Paus. Il, 6, 3. — 21 Ibid. Il, 10, I ; cf. aussi VI, 5, 3. — 2i Voy. 
sect. IV, les notes à l'épisode d'Antée ; cf. Plat. Leg. VII, p. 796 et aussi, sur le 
combat au ceslc avec Eryx, Virg. Aen. V, 392 sqq. — 2cpaus. IX, 11, 7. — 27 Paus. 
1. 19, 3. Il était dans le quartier suburbain de Diomeia. ainsi nommé, disait-on, d'après 
Diomos, qui fut aimé du héros [dioueia). — 28 Paus. /. cit. — 29 Outre les textes 
cités, cf. Herod. VI, 116; Corp. i/iscr. att. 1, 66, 1. 4,5, I4;n,604; Liv. XXXI. 24,17. 
— 30 Paus. VI, 23, 2. — 31 Hesych.s.c. olyirrf.j i« ; Athen. XI 88 . — 32paus. 111, 14,8. 



lIKIt 



ll< 



Il Kit 



lirctix li>xtos opiKi'U|iliii|ui>s, du toiiltiM pruvoiiancus, 
u(li'>tuiit su |>i>|iiiliiri(i' dans los gyiiiiiusus; c'est ù. lu 
lilif, 011 parliculicr, ijuc liiiil du dcilitaccH, uiix<|ut'll<'s- 
sKuvont t'sl iissiiL-it" lU'riiK-s, i)ui'l(|ui*rois Apollon, lui 
sont foKSurrfos pur des cplirhes, des ^ymiiasiarquus ou 
iraiitrcs pl'l'solnla^l■s, A AUm'Iii-s et sur lous Itîs points 
du luoudi- m-i'c'. On cili' l'uaii'iiifiil dcsbus-rfliuls votil's, 
ijui, sont di's hoininagos di- soplironisti's pour des vic- 
toires ircplii'lics •'. A Mi'ssi'Ui', un Icnipli' lui t;st di-dii- en 
coiuiiuin avec llcruics cl l'Iii-seï', tous trois \ clanl atlurcs 
coniiiii' patrons des exercices physiques^ 

Parmi li's liilïcrrntt's traditions sur l'oriniiu' des jeux 
OlNinpiques, l'une des plus anciennes et des plus accré- 
ditées en l'aisjUt une créalinn d Miracles •. Il les aurait 
celelires pour la première l'ois après sa victoire sur 
Au^'ias, donl ils de\ aient perpi'tutu' le souvenir. C'est 
lui, dit l'indare. ^ui institua les concours, en régla 
l'ordre, en lixa le retour périodique tous les cinq ans, 
lit de la couronne d'olivier la récompense du vainqueur, 
qui enlin, après son admission dans l'Olympe, conlia aux 
Dioscures la direction des jeux '. Il a fondé aussi quel- 
ques-uns des edilices sacres de l'Altis, les six autels des 
douze dieux ', il a inauguré le culte de Pélops", mesuré 
de son pied la longueur du stade*, rapporté de la Thes- 
protie le peuplier blanc ' et du pays des llyperboréens 
l'olivier sauvage, l'arbre dont le feuillage servait à com- 
poser la couronne des triomphateurs'". Enlin il fut aussi 
le premier athlète victorieux", et son fidèle lolaos rem- 
porta la preuiièrc victoire à la course des chars '- : tous 
deux étaient célébrés dans l'hymne composé par Archi- 
loque et qu'on redisait fréquemment à Olympie '^ On 
faisait également honneur à Héraclès de l'institution de 
la trêve sacrée ^Ix^/î-pix) qui était proclamée par toute 
la Grèce au retour des fêtes quinquennales '•. 

Héraclès, le patron des luttes athlétiques, le héros au 
cœur de lion'', est aussi le dieu de la guerre, que l'on 
invoque en allant au combat. C'est en rappelant son 
nom que Tyrtée enflamme les Spartiates "'; à Sparte 
même, une statue le réprésentait sous l'équipement 
complet de l'hoplite ". Xénophon rapporte qu'au moment 
où les Thébains vont engager la bataille de Leuctres, ils 
s'aperçoivent que les armes d'Héraclès ont disparu de 



« Corp. inscr. att. UI. 119, 123, H14 a (AUiènes); C. inscr. gr. sept. 223". 
(Thisbé), 2712 (Acraephiae) ; Bull, de corr. hell. 1891 , p. 231, 263 sqq. ; 1892, p. 159 
(Délos); 1883, p. 473(Andr05); Alh. Mittheil. XVllI, p. 6 (Aiidros); C. inscr. gr. 
1880 (Corcyrc) ; 2430. 2431 (Mélos) ; Kaibel, Epigr. gr. 948 (Ténos) ; Dillenberger, 
Sylloge, ÎU, 1. 62 et 78 (Sestos); Bull, de corr. hell. 1882, p. 483 (Samos) ; 1886, 
p. 520 (Tralles) ; p. 491 (Carie); 1890, p. 387 (l'orapéiopolis) ; Le Bas et WaddinglOD, 
Inscr. d'Asie Hin. n" 367 (Ujlasa). 488, 302 (Halicarnasse), 4882; C. inscr. 
gr. 2034 (Byzance). 5643 (Tauroménion), 4682 (Alexandrie), etc. ; cf. Preller. 
Gr. Myth. 1 (4' éd. ', p. 415, u. 4. A Héraclès et à Hermès, oa joint quelquefois 
les .Muses : Corp. inscr. gr. 2214, 1. C sqq. (Chios) =: Dillenberger, 350. 3059 
(Téosj = Bull, de corr. hell. 1880, p. 115, 1. 38 et Dillenberger, 349 ; cf. Paus. I. 
30, 2, et IV, 31, S. Sur Eres associé dans les gymnases à ces deux divinités, voy. 
Allicn. XIII, 561 D; cf. Kei\,Philol. Suppl.-Band. II, p. 571. — 2 Michaelis. Ane. 
sculpt. in Grent Brit. Oiford, 133: Bcocklesby, 28. — 3 Paus. IV, 32. 1 ; cf. Il, 34,1 
(Mélhana); VIII, 32. 2-3 (Mégalopolis , ; X, 32, 5 (Delpbes). Sur cette association 
d'Héraclès avec Hermès, voy. encore Pind. -Wm. X,53 ; Paus. II, 31, 10. Plusieurs 
miroirs étrusques les montrent réunis : Ge.-bard, Etr. Spiey. Il, 127-131 ; cf. Annali, 
1836, pi. r, 2,3 et 3. — '• Pind. 01. III, Il sqq.; X, 42 sqq. ; Lysias, Olymp. 1 ; 
Slrab. VIII, 3, 30 ; Diod. IV, 14. — = Pind. 01. III, 38. — 6 pind. Ut. V, 3; cf. 
Schol. ; Apollod. Il, 7, 2. —^ Apollod. /. 1. — S Gell. i\'ocl. AU. I, 1. — » Paus. 
V, 14. 3; Etyro..Magn. s.v. •A/tjui'; ; Schol. Theocr. H, 121, etc. ; cf. 0. .Muller, i>o- 
rivr, I, p. 424. — 10 Pind. Ul. III, 13 sqq. ; Paus. V, 13. 3 ; Theophr. Hist. plant. 

IV, 13,2; Plin. Hist.nat. XVI, 240. — " Slrab. VllI, 3, 30 ; Diod. IV, 14. — 12 Paus. 

V, 8, I. — 13 Le début en est conservé, Archil. /■>. 119, Bergk. — c. Polyb. 
XII, 26, 2. L'institution de la trêve est attribuée plus communément à Ipliitos. 
Nous ne rappelons ici que les traditions relatives à Héraclès, dont le rôle dans 
la fondation des jeus Olympiques atteste une influence dorienne. .Nous devons 



son templi- : c'est une preuvi! (|U<' le héros s'est ('■quipi 
ot un présage qu'il vu combaltre pour i^ux ". Il e«l llb 
ruclèH y,y{ui...v, celui (|ui guide le» armées dans les pas- 
sages dilliciles, qui niiiinc à lu victoire, et qu'on remercie 
après je succès par den sacrilices de reconnaissance, 
YjYeiA'iiuvï '■'. l'olyclèle avait fait une statue d'Héraclès 
iY-',T/,p, qui, du temps de l'Iine, se trouvait ii Home '". 

Ce n'est pas seulement ù lu guerre qu'il exerce .sa puis- 
sance et sa protection : il est devenu, dans un sens plus 
général, le dieu sauveur, to.t/,i"', le dieu secourable, qui 
écarte les dangers, conjure les mauvais destins, délivri! 
l'homme des maux (|ui peuvent l'atteindre, 'ù.i\iïi.r/.'K, 
à7Ta>,Àa;!Xïxoç--'. A cet ('gard, son ri'de |ieut encore être 
comparé k celui d'Apollon, le dieu de la iuinii-re, qui 
dissipe les ténèbres et le mal. Telle a été sa mission 
déjà pendant son existence terrestre ; il est né, dit 
Hésiode, pour devenir un prolecteur puissant tant des 
dieux que des hommes -^ De fait, c'est en celte qualité 
qu'il a combattu, exterminant les monstres, purgeant la 
terre de ses tyrans, des brigands et des impies, et c'est 
bien là le sens que les poètes attribuent à ses travaux '-'. 
11 a prêté son appui aux dieux mêmes, dans leur lutte 
contre les Géants, qui symbolisent les forces indiscipli- 
nées de la nature. Aussi est-il toujours adoré comme 
une divinité bienfaisante. Quand il apparaît, c'est pour 
présager quelque bonheur *^ L'exclamation 'IhixÀst;, 
i.j 'HpaxÀE!!;, qui est si familière aux Athéniens -", exprime 
souvent un simple étonnement: mais c'est surtout le cri 
qu'arrache une situation embarrassée, diflicile, péril- 
leuse-'. Cicéron cite une statue de bronze d'Héraclès à 
Agrigente qui s'était usée au contact et aux baisers des 
suppliants-'. On s'explique qu'il soit quelquefois associé 
au culte des divinités guérisseuses, ainsi à l'Asclépiéion 
de Trézène-', àl'Amphiaraion d'Oropos '°. \\ est médecin 
lui-même : à Hyeltos les malades vont chercher la gué- 
rison dans sou temple-": le rhéteur -Elius Aristide lui 
donne nettement le caractère de divinité médicale^-. 

A la même conception se rattachent certaines données 
de la légende auxquelles les textes ne font que des allu- 
sions, mais que nous entrevoyons par les monuments 
figurés; nous voulons parler de la victoire du héros sur 
les génies de la vieillesse et de la mort. Le premier de ces 



indiquer toutefois que, selon quelques versions, c'est, non pas le flis de Zens 
et d'AIcmène, mais l'Héraclès idéen qui était le fondateur des jeuï et le pre- 
mier vainqueur; Strab. /. c. Signalons aussi la légende d'après laquelle Héraclès, 
tourmenté par les mouches taudis qu'il offrait un sacrifice à Olympie, détourna ce 
fléau en sacriflant à Zii; i-i^-^-.'.i. Paus. V, 14, 2. — >5 0apio\|o,.,, //. V, 639; Od. IX, 
267 ; cf. Hymn. Bom. XV. — 16 TyrL Fr. 2 et 11, 1 ; cf. Pind. -Vem. X, 32 sq. Il 
est adoré à Sparte comme àj/r.véTr,; ; Xen. ffelt. V'I, 3, 6; Diog. Laert. I, 117. 

— n Paus. III, 15, 3. — i>iBellen. VI, 4, 7.— 19 Xen. Anab. IV, 8, 23 ; VI, 2, 13 ; 3, 24-25. 

— 20 Plin. XXXIV, 56. — 21 .Monnaies de Thasoset deTbrace, Head. Uist. num. p. 229, 
fig. 166, et p. 243; Mionnet, .t/erf. antiques. I, p. 433; cf. Pseud. Orph. Argon. 24. 

— 22 Au temple d'Héraclès qui se trouvait dans le quartier de Mélité à Athènes, ou 
adorait te héros sous cette épilhète d'x'AïHi'voixo;, et la statue lui avait été consacrée 
pendant la grande peste : Schol. .Vrislopb. Ban. 501 ; Hesych. Iv Meàîtt,; jxatrTtYta; et 
Mr.Àwv 'HoaxAiï;. L'épithète sc rencontre dans les textes et les inscriptions de toutes 
provenances : Luc. Alex. 4; Corp. inscr. graec. 3989; Bull, de corr. hell. 1882, 
p. 342 ; 1891, p. 671 ; C. inscr. gr. sept. 3416, etc. Cf. la dédicace d'une statue à 
Héraclès, Kaibel. n» 831 = Inscr. gr. Sic. et It. lOOï, 1. 13 sq. A Éphèse, Apollonios 
de Tvane était représenté en Héraclès alexicacos, Lactaut. V, 3, 14. Le surnom d-'Alt;,;, 
qui est donné au bérosà Cos, n'est qu'un diminutif d'à'AEÏtxaxo;, Aristid. i/t-rc. p. 60; 
Cornut. 31.— 23 Seul. Herc. iS s,q.; âo);; 4X«tî;j«. — S'Sopb. Trach. IO09 sq. :Eurip. 
fferc. fur. 20 et 223; cf. Diod. IV, 17, 3-4 et d'autres épisodes secondaires que nous 
n'avons pas eu l'occasion de citer, Preller, Op. cit. p. 273, u. 2. — 25 Artemid. II, 
37. _ 26 Aristoph. Acharn. 94, 284, 807, 1818: Nub. 184, 277, 814, 839, 1129; 
Pax, 298; Vesp. 420; Ecoles. 1068; Lysislr. 296, etc. — 27 Suid., Etym. Magn. 
Hesych. s. V. ; cf. WilamowiU, Eurip. Her. 1, p. 283. — 28 /„ Verr. IV, 43, 94. 

— 29 Bull, de corr. hell. 1893, p. 86 sqq. — 30 Paus. I, 34, 2. — 31 liid. IX, 21, 
3. — 32 Or. V, t. I, p. 32 Dindorf. 



IIEH 



H2 — 



IIFR 



deux motifs, qu'on a pensé reliouver dans un lias-relicl 
areliaïque d'Olympie'. ne nous est connu avec certitude 
que par deux vases altiques à (igures rouges du v' siècle : 
l'im.au Louvre, «|ui montre Héraclès saisissant rv,pïc 'la 
Vieillessej- par la nuque et prêta lui asséner un couji 
de massue'; sur l'autre, au musée Britannique, Géras 





lU'raclès vaini)iiciir de la Kûrc. 



Fig. 37K3. — M^-rarl^s vaiii(|iicur de G^-ras. 

s'enfuit poursuivi par le liéros (fig. 3783) '. Dans le df'- 
noucment de VAlcesIe d'Kuripide, Héraclès triomphe de 
la Mort, Tlianatos' ; tel est peut-être aussi le vrai sens 

do l'enlèvemenl de 
Cerbère. On trouve, 
dans un vers de Ly- 
cophron l'épithète 
de •/.Y|;a[A'jvTv;ç appli- 
quée au héros ^ Or 
on a sans doute 
le commentaire de 
celte expression 
dans quelques mo- 
numenlB, où l'on a 
cru reconnaître le 
combat d'Héraclès 
contre la Parque ou 
la K-/|û, figurée sous 
la forme d'un petit 
génie ailé (fig. 3784). C'est l'interprétation que donne 
aujourd'hui M. Furlwaengler du bas-relief d'Olympie que 
nous venons de citer, et qu'il rapproche d'une pélikè du 
musée de Berlin provenant de Thisbé '. 

Non seulement il préserve du mal et délivre l'homme 
des périls qui l'enveloppent, mais sa bienfaisance est 
féconde. Plusieurs des épisodes de sa légende expri- 
ment sa mission civilisatrice : ainsi les combats contre 
l'hydre de Lerne, le sanglier d'Érymanthe, les oiseaux de 
Stymphale, Achéloos, semblent signifier l'assainissement 
du sol et le dessèchement des marais. En Thessalie, de 
même, il creuse un canal pour drainer les eaux sta- 
gnantes qui recouvrent le sol*. A Céphaloïdium en 

1 Amgrabwtgcn, IV, 25 B, H et 4, el p. 18 ; int^rpriSlalion proposée par Loeschcke, 
Arch. Zeit. 1881, p. 40; cf. la bibliograpliie dans Frioderichs-Wolter?, Gipsa- 
bgaue. II" 341, et voy. aujourd'hui Olympia. IV. Hronzon. pi. xxxix, et p. 213, 
Nachlrai-gc la S. 10!, 4. - 2 l'crsonnififc dans Iles. Tlieog. îîâ. — 3 llartwig 
Phihlogut, 1891, pi. i et p. IS-I s<|q. — » C. Smith, Journ. of hell. stud. 1883. 
pi. III, p. 96 sqq. = Philologus, ibiâ. pi. u. Sur les autres cieinples alléguas 
à lorl. voy. le m«me arl. de llarluig, p. 186. — S V. 1 140 sq. — 6 V. C63 cl Scliol. 
ô -rà; xiîftt; ît»xwv ; iÂt^Va»-,; yà^. — ^ Arch. Anzeiger, 1895, p. 37 (Jaftrbucb, 
X); cf. Lerikon^ «. v. Keren ; l'auteur, Croslus, voit également une K/.p dans 
la petite figure ailée qui apparaît sur les représentations du combat d'Héraclès 
conlre Alcyoncus, Jbi'l. p. 1151, noie 2. A propos d'Héraclès, Furlwaengler cite 
encore, Hynin. Orph. ,\ll, 15 si), et rapproche le niolif qui ornait le tombeau de 
Coroebos, Ki:;<.ie^; e'.»cùuv T*.v H'-iviiv. Paus. I, 43, 7.-8 Diod. IV, 18; Lucan. 
Pbnrs. VI, 343 sqq. — » Schol. Thcocr. I, 118. — 10 Arislid. Hère. p. 02: Paus. 



Sicile, il endigue le fieuve rymbris". Il est encore le 
dieu des sources et des bains, et c'est pourquoi on le re- 
présente en compagnie des Nymphes '" : en maintes 
contrées, il a fait jaillir du sol les eaux rafraîchissantes 
ou thermales, légendes qui d'ailleurs se rattachent aussi 
à une autre conception, comme nous le verrons. On lui 
donne aussi la corne d'abondance, (pii est le svinbole de 
la rif'hesse el de la prospérité qu'il répand coii.nucoi-ia]. 
Par suite, il i-sl devenu, tout comme l'Alhéna guerrière, 
un dieu de la paix qui favorise la richesse; comme 
lc;l, on l'invoque sous le nom de 03!>,/,o'^(>ç.o;, qui est 
l'équivalent de celui de pacifer". Particulièrement, il 
est le dieu des laboureurs et d(!S paysans, et sa lutte 
contre Géryon est quelquefois motivée par l'intérêt qu'il 
porte aux troupeaux'-. Les légendes de Syleus el de 
Lityersès font de lui le patron des vignerons eldes mois- 
sonneurs [sect. IVj. Un récit qui a cours en Asie Mineure 
lui attribue, sous l'épithète d'tTroxTovo?, la destruction d'un 
insecte nuisible à la vigne; dansl'OJita, on honorai! ib'ra- 
clès xopvo'rttwv, l'exterminateur des sauttirelles'^. 

Dieu de la victoire, héros invincible''', qui a triomphé 
des plus rudes épreuves, admis dans l'Olympe où il jouit 
de la jeunesse et de la félicité éternelles, il mérite par 
excellence le surnom de za),À''v;y.oç, qui lui est fréquem- 
ment allribué par les poètes ou dans le culte "^. Consi- 
déré quelquefois comme un équivalent de l'épithète 
i.'/.zl(y.%/.rj; "\ ce surnom exprime aussi, avec son triomphe, 
les fêtes par lesquelles on l'accueille à son arrivée dans 
l'Olympe. C'est par un grand banquet, auquel participe 
Héraclès Kallinikos, que les dieux célèbrent la défaite 
des Géants'". C'est aussi Héraclès victorieux que repré- 
sentent les monuments où on le voit couronné par Nikè 
"sect. V]. Telle est aussi l'orisine, semble-t-il, des repré- 
sentations où Héraclès est attablé à côté des divinités, 
Hermès, Athéna, Dionysos, Apollon, Silène : d'ordinaire, 
il est couronné, tenant une coupe à boire el quelquefois 
aussi la massue" : c'est le héros goiltant, dans les de- 
meures célestes, la paix bienheureuse qui est la récom- 
pense de ses rudes fatigues ". 

Il est naturel que cette donnée d'Héraclès au repos, 
fêté, traité plantureusement par ses hiites, soit devenu 
le point de départ d'une conception toute nouvelle, celle 
d'Héraclès jouisseur, adonné aux plaisirs de la table, du 
vin, de l'amour. Il y a là, d'ailleurs, dans cette détente 
après l'cflort, comme un complément elune contre-partie 
très humaine aux récils de sa vie militante el laborieuse. 
Aussi la littii'ralure cl l'art ont-ils exploité avec une ex- 
trême complaisance ces diflerents thèmes, qui prêtaient à 
la grosse boufi'onnerie ; la comédie et les vases peints ont 
représenté bien des scènes qui montrent le héros sous 
ce nouvel aspect, intempérant, brutal, excessif, « joi- 
gnant des vices de satyre à ses vertus surhumaines » ^°. 

u, 32,3 (source découverte à Trézùne par Héraclès); Jahn, Areh. Seitr. Ci, 34; 
Harlwig, Herakle» mit dem FitUhorn, p. 15 sqq; cf. infra. — ** C. inscr. 
gr. 5985: cl. Slephani, Der auaruhende HerakUs, p. 181, el Compte retutu, 
1868, p. 33. — "0. Jahn. /. c. — " Eustath. //. 31, 25. — !'• Tyrt. Fr. Il, 1. 
— 13 Archil. Fr. 119; Kurip. Ilerc. fur. «80 : Et. 865; C. inscr. gr. 2338 
(culte d'Héraclès Kallinikos associé i celui de Zeus Basileus) ; cf. Panofka, Zeus 
Bas. u. Bcr. Kall. Berlin. 1847 ; Butl. de corr. hell. 1880, p. 159 (= Le Bas-Wad- 
diuglon. /ijjtr. d'Axie Min. 52). — 16 Uiog. Ijicrt. VI, 50 : inscription gravée par 
un jeune marié sur sa maison : ô -ro-î At^; s«T; «aVA.'ytxo; 'Hfaxiî;; r.ftâSe «aT^utr, 
l»».S!» iîiti'tm »a»«ï... Ibid. VI, 39; Clem. Alc«. SIrom. VII, 25; C. imcr. lat. 
IV, 733. — "Eurip. lier. fur. 180; Ilesjch. TiTfixuii',; ; Poil. IV, 99; Alben. XIV. 
9. _ 18 Gerhard. Auserl. Vasenh. Il, 103, 133-4, 142, cl les autres eiemplcs cités 
par Furlivaengler, Lexikon, I, p. 2217. — 1» Pind. Nem. I, 70 sqq. — 20 Cf. Preller, 
Gr. Mtjtli. II, p. 264 sq. et les leites qu'il cite en note : Ael. Var. hist. XII, 



IIKIl 



(i:i — 



lIKIt 



l'iusifui's traits (lu lu li-giMidc iiciusi'iit la viiruciti' du 
liériis : iiuus uNutis vu Isoeliun IVJ iiu'iiii Iriivi'i'siiiil le 
|)!i)s ili's |lr\ci|)i"< il dcvnrc cil l'iilii-r un dos liœiil's de 
ralti'liini' du riii Tlieiiidauias. (Ict cpisodo n'est pus Ir 
seul i|ui lui \;iiiil lo surniini do ^out^xydc; à Lindos, il w 
rctiiiUM' il |iru pri's idiMitii|Uc' ' ; dims lu Triidivli'-, il 
t'u^iini' avec l.i'pn'us un sini^ulicr i-oncuurs di' ^loulou- 
iiiM-ii', 1)11 It's deux advurstiiros lullont à i|ui li' premier 
\iendra à luuil d'un Imi-uI" entier •'. Il n'est pas néeessaire 
de eliereher à res l'aMes une origine allej<<iri(|ue, ou d'\ 
voir un(! allusion aux sucrilicos de taureaux ou de bœul's 
i|u'ou oll'rail dans eerlaines contrées A Héraclès : il était 
trop indicpie d'allrihuer au héros, i-oinuie cela s'est l'ait 
pour d'autres \ un appétit t|ui lui en rapport avec sa 
vif^ueur uuisculaire. C'est ainsi (|u'il est devenu, dans le 
drame satyrique el dans la comédie, une manière 
d'o}:;rc'. On se rappelle, dans VAIcesIe d'Kuripide, son 
arrivée à la cour d'Admète ' et la parodie des dreiiouillus 
d'Aristophane''. (JucUpies vers conservés du /iiisivis 
d'Ilpicharme décrivent avec une verve amusante l'alliludc! 
du héros à talde'. C'est encore la caricature de l'Héraclès 
.niouton que présente un cratère du musée de l'Iù'mila^e, 
i|ui provient de la drande-tirèce *. Le sujet est proha- 
lilement tiré d'un phlyaque, comme beaucoup d'autres 
qui proviennent de l'Italie méridionale, et dont queU|ues- 
uns s'inspirent aussi de la gourmandise d'Héraclès". 
Plus souvent encore, on représente Héraclès comme 
un buveur intrépide. Son goût pour le vin se trahit déjà 
dans l'aventure du Centaure Pholos '" [sect. 111], el 
dans son séjour auprès d'Oineus [sect. IV], dont le 
nom est signilicatif. Ce faible du héros, qui a fourni aussi 
de nondjreux Irailsau théâtre" est évidemment une des 
raisons ([ui l'ont rapproché de Dionysos et l'ont introduit 
dans le cortège bachique, dont il est un des adeptes les 
plus familiers. D'autres causes, d'ordre religieux ou 
mythologique, ont facilité aussi cette association, par 
exemple l'analogie de leurs destinées'- [baccuus, p. 632J. 
r)ans le groupement d'Héraclès avec d'autres dieux, on 
le trouve très souvent associé avec Dionysos sur des 
vases archa'i'ques '\ Un vase de Brygos au musée Bri- 
tannique le représente attablé à côté du dieu et entouré 
de Silènes'''. Mais c'est surtout à l'époque alexandrine el 
romaine ([ue la fusion se fait entre quelques-unes de 
leurs légendes et les rapproche. Les deux dieux combat- 
lent les Amazones et les Indiens '% et c'est en s'autori- 
sanl de cette tradition nouvelle que les monarques 
orientaux depuis Alexandre et les empereurs romains se 
Sont fait souvent représenter sous les traits d'Héraclès 
[sect. Vil et IX]. 11 figure quelquefois sur le char 
triomphal de Bacchus'", ou bien conduit un aulre char 

i.'i; Diod. IV. t4; Arislid. p. 61 ; Jalm, BihUrchronik. p. 4-2 sq. Sur la caracti'-ristique 
(l'UiSraclùs dans le drame saljriquc, A et M. Croiset. llist. de ta Ult. gi\ III, p. 404 
î^ijq. Cf. encore Des Essarts, /e type d'Hercule, cli. vni ; i'crrol, Monum. f/rers. 
t. 1, I87C, p. 23 el suiv. ; Potlier, Ibid. t. II, 1895, p. 44 sqq. — 1 Apollod. Il, S. 
Il; l'hiloslr. Imag. Il, 24. — 2 Paus. V, 3, 4; Allien. X, 2; Aclian. Yar. llisl. 
I, 2(1. — 3 Ainsi Idas, l'adversaire des Dioscures, Apollod. III, 11, 2. Il y a, de nu^nic. 
on .\rcadie, plusieurs hùros R'.j^àY'.-,, Paus. VIII, 14, 6 ; 20, 5 ; 27, 11. — 4 Ilesjcli. 
■pAio; 'Ilfax/ii;;; Schol. Arisloph. Lysistr. 9ii, Suidas; Athcn. X, 1, 2, 8 et 11 ; 
d'après ce texte, les Athéniens ont voulu, sous les traits d'MtîracIês, ridiculiser la 
prossiôrcté des Thébains ; Orpli. Ilymn. XI, 0; l'iut. Paraît, gr. et rom. 7. 
— ^Alc. 747 sqq. — CTÎan, 61-02; 803 sqq.; 549 sqq. ; et Aves, 1088 sq. —7 Trad. 
Croisel, 0/). cit. p. 439. Cf. quelques vases archaïques représentant Héraclès à laide 
cl cités, Lexikon, I, p. 2217. — ^ Monmnenti, VI, pi. xxxv, 1 = Rayet et CoIIignon, 
Hist. de la rèram. gr. fifj. 118 et p. 319. — 9 Une liste de ces vases est donnée par 
lleydeniann, Jahrbuch, 1880, p. 267 sqq. — 10 l.uc. Lapilli. 13, 14. — " liurip. 
/»/c.747âqq. 782 9qq.;.AristopIl. /(nii.SU. — 12 l'rellcr, op. cit. II. p. 207. — l:iacr- 
liard. Aaseri. Vascitti. :J9-C0, 07, 09-70, t. — 1'» Cité par Furlvvaengler, Lexikon, 

V. 





.Vllriljul* aiiioeii'» d'Ilérui'li' 
et de DionvnOM. 



ditrriére celui ci", ou encore se mêle un cortège ba- 
chiiiue qui accompagne à pied le Iriuinplialeur, recon- 
naissable au milieu de^ Satyres et des Sib-ncH «oit parce 
(ju'il occupe le centre de la scène, soit jmrco qu'il est seul 
ivre parmi ses conipugnons". L'intimité (|ui s'est établie 
entre Héraclès el Dio- 



nysos est encore nellr-- 
inent inarqui'e dans la 
réunion de leurs atlri- 
buls sur (iu(di|ues-unes 
des monnaies d'Asie Mi- 
neure appelées cislo- 
pliores îcisroi'iiOHiJ el 
qui présiMi lent(fig. 3785) d'un côté la massue el la dépouille 
du lion, entourées de ])ainpres, de l'autre une grappe de 
raisins sur une feuilh; de vigne'''. Dans l;i plui)ait des 
scènes où Héraclès ligure à côlé de personnages i)acbi- 
(|ues, il est ivre. Comme Dionysos lui-même, il appuie sa 
démarche chancelante sur quelque membre du Ihiase, 
satyre, nymphe, Pan, firos : c'est un motif qu'on voit en 
statuaire -", sur les sarcophages-', sur une mosaïque--, 
sur des miroirs étrusi|ues-^ sur des monnaies-''. I^a célè- 
bre patère d'or du musée de Rennes (lig. 072) le montre 
à côté de Dionysos, tous deux se portant un défi à (|ui 
boira le plus. Sur un vase de marbre ii reliefs, il participtî 
à un plantureux festin bachique; -'' ; sur un vase campa- 
nien Héraclès ivre, accompagné par des Satyres et des 
Ménades, a roulé devant sa porte, et une vieille femme 
répand sur lui une cruche d'c^au -". A l'époque romaine, 
l'Hercule biba.i; est devenu un des types préférés de la 
statuaire et surtout des œuvres de genre, gemmes 
ou petits bronzes, dont on a de très 
nombreux exemplaires. Le molif va- 
rie: tantôt le héros est debout el lève 
le scyphos, aussi fréquent chez lui 
que le cantharc chez Dionysos-', quel- 
quefois avec la démarche libulanlo 
d'un buveur pris de vin; tantôt il est 
mollement assis ou couché, quelque- 
fois la léte couronnée, tenant en main 
la coupe (fîg. 378G)". C'est à ce der- 
nier type que devait se rattacher le 
petit chef-d'œuvre de Lysippe, l'Hé- 
raclès épilraprzios, dont nous connais- 
sons l'histoire et l'altilude par Stace 
et Martial : c'était une statuette de 
bronze, faite pour Alexandre, qui 
passa plus tard à Hannibal, puis aux 
mains de Sylla et devint enfin la propriété d'un riche 
Romain, Nonius ou Novius Vindox. Elle n'avait pas un 

1, p. 2217. — lu Tac. Aim. III, III, 01. — M jl/i/,!. Pi; Clem. IV, tav. 20; Ingliiranii, 
Mon. etr. VI, lav. 0, 5. — 17 Wobtn'ii Abln}y Marbles. pi. vi. — 18 Voy. la lisle 
dos sarcopliagcs donnée par Stepliani, Ansruh. f/era/eles, p. 198 scp). — IS Cisioenum. 
n. 4. — 20 Clarac, 790 B, 1987. — 21 Gcrluard, Anti/c. IliUlmerke, 112. — iî Aniiali, 
1802, tav. Q. — 23 llcrliard. Ktr. Spieijel. 148, 149. 150. — 2'. Monnaies d'Klagabal 
cl de Valérien, à Alexandria de la Troade. ^ 2;i Zoega, Ilas.<irit. 71, 72. 11 faut rap- 
procher de ce bas-relief la fumeuse Table Albani. qui fait le sujet du nu'moire île 
Stéphani, Der ausru/iende Heraklos ; cf. 0. Jahn, BildercUronik. pi. v cl p. 39 sqcj. 
el Furtwaengler, art. cité, p. 2251. — 211 Bonudorf, Griech. und sic. Yasenb. pi. xi.iv. 
— 27 Macrob. Satura. V, 21, 10. 11 a aussi le cantharc. — 28 L'Héraclès ivre se voit 
déjà sur xnie terre cuite du IV siècle, Slepliaui, Compte rendu, 1809, pi. ii, 9 : il osl 
[nollemenl étendu, appuyé contre un tympanon. Cf. Jbid.yi. 158; Bazin, (laz. ar- 
c/ii'oL 1887, pi. XXVI ot p. 178 sqq. l'armi les bronzes, nous citerons celui de I*arnio, 
Monumenti, I. 44 c, cf. ibid. 1851, p. 114, pi. 34. La figure 3780 est tirée du Cabi- 
net des médailles, Babelon et lUanchet, Calai, des bronzes de la Itibl. nat., n» 505 ; 
cf. n"> 500-571. Cf. un bas-relief du Vatican, Mas. Pio.-Clem. V, 14. l'our les gem- 
mes, voy. les références de I''urt\vaenglor, Lexibon, I, p. 2181 , 

J3 




Fig. 3786. — Hercule 
biba.r. 



IIER 



— H4 — 



HER 



pied de haul ; le dieu était assis sur un rocher couvert 
de la peau du lion ; son regard était dirigé en haut; son 
expression douce et aimable sem- 






p» 



Jilait engager aux plaisirs di" la 




Fig. 3787. — H/-raclès 
Jipilrapéziûs. 




Fis. :)788. 



table ; de la main droite il levait la 
^^.^ /_.' * coupe et de la gauche tenait la 

N^^'' ;i massue'. D'après ce signalement, 

on a pensé retrouver une réplique 
de ce bronze dans une statuette 
dont l'original n'existe plus, mais 
dont un moulage est conservé à 
l'École des Beaux-Arts (fig. 3787) S 
p| dans f|uelcjucs autres œuvres qui 
ont justement le mouvement allri- 
bué à l'original de Lysippc''. 

L'Héraclès amoureux n'est pas 
moins souvent représenté par l'art 
et dans la littérature'. Aphrodite, 
tout autant que Bacchus, le récrée et le repose de ses tra- 
vaux ''. Sur un miroir étrusque, on la voit figurer entre 
le héros et la Victoire ^ Les scènes 
dionysiaques sont quelquefois aussi 
bien des scènes de libertinage que des 
scènes d'ivresse'. Sur les sarcophages, 
on voit fréquemment le héros lutinant 
une jeune femme, tandis qu'un petit 
Satyre ou im Éros lui porte sa massue. 
La belle gemme qui porte la fausse 
signature de Teucros (fig. 3788) le re- 
présente attirant à lui lajeune femme" : 
sur un relief d'argent qui se trouve à Cracovie, c'est elle 
au contraire 
qui cherche 
à l'attirer'. 
La vie molle 
et efféminée 
qu'il mène 
auprès d'Om- 
phale n'est 
en somme 
qu'une va- 
riante à ce 
même thème 
et un pré- 
texte à des 
scènes ana- 
logues [sect. 
IV] : le hé- 
ros revêt des 
habits de 
femme, tan- 
dis que la reine lui emprunte ses armes et son accoutre- 
ment. De même, il n'est pas rare que les Silènes ou les 

1 sut. Silv. IV, C ; Slarlial. Ep. IX, U et 45. — i Havaisson, Ca: . nrciKol. 1883, 
pi. VII {cf. pt. Tiii) et p. 28 sqq. Voy. Reinarli, dans la réf-dition du Voyage archéol . 
de !.<■ Bas, p. 1»3. — 3 Clarac. T9ûÀ. 1071 B : 705, I9S8; Ane. marhl. X, i\,Z:}oui-n. 
of hell. atud. i8S2, pi. xxv : von Sackcn, Bronzen in "Wien, pi. xxxvn, 1. Cf. la liste 
dress^'C par Ileydcmann. WinckelmaiiH-Protjr. 1887. p. 23 S(|q. reproduite el com 
pK'lée par Wcizsaeckcr. JahrbucK 186'.*, p. lO'J sq. {Ibift. pi. ui). — * .\risloph. 
liun. 515 sqq. — ^ Arislid. //crc. p. 01. — *"■ Babclon et Blanchct, Cat. des bronzes. 
n* I28C = Gcrbard, Elr. Spief/el, 11. 151 ; liiîraclès et Aplirodilc, Gciliard, Jbid. 
132.— " Gerhard, Antike Dildw. 112; Mus. Capil. IV, C.3 ; Zocga, Bassiril. H, 
67. — » Jahrbuch. 1888, pi. x, 13. — ' Gaz. arcli. 1880, pi. xxni. — 10 Sur deux 
va.ses attiques de la belle r*poquo, Héraclès se réveille et les Satyres s'enfuient : 
Millingen, Yasen tjr. pi. xxxv; Mus. Greij. Il, 13, 1 ; Philologus. XXVIl, pi. », 1 ; 
cf. Tisclibcin, 111,37. — " CtciDo, n. 240. — '2 Gaz. arch. 1880, pi. iix cl p. 178- 




Fig. 3789. — Héraclès partant Éros. 



Satyres s'emparent de ses attributs, la massue et la peau 
de lion '". On sait combien sont nombreuses, dans le 
même art alexandrin, les représentations d'Éros avec les 
armes et les insignes du héros (fig. 2183, 2192, 2ifl4) : 
dans certains cas, elles semblent avoir un caractère fu- 
néraire [cii'iDO, sect. X]. Mais on ne peut en revanche 
reconnaître qu'un pur badinage ou une allégorie facile à 
saisir dans les scènes oQ le héros est taquiné par les 
Amours qui lui enlèvent sa massue [cupido, sect. Vil] : 
c'est le motif de peintures murales", d'un médaillon en 
terre cuite du musée de Nimes qui a été souvent cité'- 
(fig.2184),d'undisque en bronzedu musée Britannique ''. 
Ce même motif est fréquent sur les gemmes : tantôt 
Héraclès est endormi, sa coupe auprès de lui, tandis 
qu'Éros s'envole avec sa massue; tantôt il est enchaîné 
par Éros ou par une troupe d'Amours; d'autres fois un 
Amour est monté sur son épaule ou sur son dos ". Sur 
le registre supérieur d'un miroir étrusque, dont le champ 
est divisé en deux bandes, on voit (fig. 3789; Héraclès 
présentant Éros à Zcus''. 

Les bains offrent à Héraclès un autre genre de délas- 
sement : il est naturel qu'il y préside et comme dieu 
bienfaisant el comme prolecteur des palestres. Plusieurs 
légendes l'associent, dans différentes régions, à la dé- 
couverte de fontaines ou de sources thermales : Alhéna 
fait jaillir pour lui une source d'eau chaude auprès des 
Thennopyles ''' ; les Nymphes lui rendent le même ser- 
vice à Iliméra et à Égeste en Sicile '". En beaucoup d'en- 
droits, des bains, 'IIoâxÀE'.a XojTsâ, lui sont consacrés'* 
[aouae, p. 334], ou bien son culte y est célébré. Le motif 
d'Héraclès au bain se voit déjà sur une amphore à figures 

noires"; on 
le retrouve 
fréque m - 
ment avec 
diverses va- 
riantes sur 
les vases 
peints de la 
belle épo - 
que , sur 
des miroirs 
étrusques, 
des scara- 
bées ita- 
liens. Tantôt 
il va puiser 
lui même de 
l'eau dans 
une am - 
phoro-"; tan- 
tôt il converse avec Hermès ou d'autres, le pied posé sur 
l'amphore -' ; on voit, au bas d'une ciste, un Silène cl une 

182 (Héron de Villefossc); Ravel et Collignon, Bist. de la céram. gr. fig. 132. 

— 13 Ibid. pi. Ti, cl p. 57 sqq. Voy. la bibliographie des sujets semblables Ibid. 
p. 179-180. cl ISS. — Il Lexikon, 1, p. 2249; S. Rcinacb. Pierres gravées. 1895, 
pi. su. 70, 90. — I . Gcrhanl, Elr. Sp. H, 181 = Babclon el Blanchct, Cal. des 
bronzes, n" 1287 cl Marlha, l'Arl i-lrusgiie, p. 349. fig. 373. — i'> llcrod. Vil, 170 : 
Slrab. IX, 428. — •' Diod. IV, 23; cf. les monnaies d'Ilimi'ra-Therniae [aocak, 
fig. 394] el une plaque de brome qui représeutciil Héraclès au l>ain, Babclon el 
Ëlanclict, Ibid. n» 57S. — '8 Hesych. s. o. ; Anlonin. Lib. Metnm. 4; l'apc, Wûr- 
terbueh d. gr. Eigennamen, 'ilfixV.noî. Sur deux bas-reliefs, consacrés aux .\> mphcs. 
Héraclès est présent, évidemmenl en sa qualité de patron des sources thermales, 
0. Jalin. Arch. lleilr. pi. iv, 1, 2 et p. 02. — 19 Gerhard, Aus. Vas. H, 13t. 

— 20 Annali, 1877, Uv. W. — 21 Gerhard, Elr. Sp. 127-129, 131. Cf. les sca- 
rabées de style sévère cités par Furlwacngler, /. c. I, p. 2237. 



III li 



— ii:; — 



iii:ii 



Icmiiu' iiili'i' i'i'|i,(ntiri> tilt l'cmi sur m'-. hh'iii lires fiili^Ui^s'. 
Oiiaiit a l'crliiiiis M'urulti'tts ih* l'Ilalii' iiii'ridiniiul)* nii 
Ih'rucitts sti rt'poso sur mit' runj;tW' irtiiiiplioroH, on n'osl 
|)as iruccoril sur U' stins (|u'il l'aul leur atlrihucr'. 

On |»iurrait filer il'iuilri'S circniislaiici-s oru-orn <>ii 
ll('rai'lt>s iisl rcprost'iilii Uiius sus liuuriis do lt)isir l'I cic 
riTri'aliiiu : ainsi iiu furit-ux vasu ar(-haV(|Ui' lu uionlrc 
i-ii i'iMii|ia^iiie (rilcrinr's cl do l'iiscidou, assis sur un 
rtiflicr ttl |n''chaul h la ligne'. Kl uniiu nous devons une 
lueiilioii particulière ii l'Iléraclùs jouant du la lliUc, ilu 
la l\re, nu de la cithare, qu'on voit sur un certain 
noniliru de vases peiiils' et ([u'on a voulu reconnailre 
aussi dans le fumeux ttu-so du Helv(!dt>n! '. C'est encore 
là un dus dùlassenu'uls du héros, el, avec Freller, nous 
ne pensons pas t|u'il l'aille chercher l'origine de ce niolil' 
ilans l'association qui est l'aile tiuelquelois d'Héraclès 
et des Muses comme présidant aux palestres " : l'Her- 
cule Musagèle ne se voit (|u';i répo(]ue romaine. 

Héraclès esl tiuelquel'ois associé aux divinités clitlio- 
nicnnes, Démêler el Coré. En Sicile, il aurait fondé leur 
culte <i Syracuse, auprès de la fontaine Cyané''; en 
Heotio, ;l Mycalessos, celui de Démêler"; à Mégalopolis 
en Arcadie, son image se trouve à côté de celle de la 
déesse'. C'est dans son intimité avec les deux déesses 
qu'il faut chercher l'origine do la Irailition qui a fait de 
lui, comme des Dioscures, un initié aux mystères, bien 
que les mythographes aient rattaché son initiation acci- 
dentellement à la descente aux Knf(!rs'". D'après une 
tradition, il se présenta un jour à .Mliènes pour être 
initié aux lUeusinies, mais la règle étant de ne; pas y 
admettre d'étrangers, les .\tliéniens instituèrent les 
petits Mystères à .\grae, où tout le monde pouvait être 
admis ".Une autre légende place la même scène à Môlitè '-. 
Un vase attique du iv° siècle jeleusimi.\, lig. WSOl s'ins- 
pire de ce motifs : Héraclès, outre la massue, tient la 
branche [bacchos] que portent les initiés. D'autres vases 
semblent placer cette scène à Eleusis même, comme 
le prouve la présence de Triptolème '''. Une tradition 
nous apprend en effet que les étrangers, une fois initiés 
aux petits mystères, étaient ensuite admis à participer 
aux grands mystères d'iîleusis'^ 

Dillérentes représentations tîgurées mettent aussi 
Héraclès en présence de Pluton. M. Furtwaengler, en les 
groupant, a essayé, avec son ingéniosité ordinaire, de 
reconstituer une légende dont il n'y a plus aujourd'hui 
Irace dans nos textes, et d'après laquelle Héraclès aurai! 
reçu du dieu souterrain la corne d'abondance qui est 
l'attribut des divinités chlhoniennes ". La corne serait le 
prix d'un service rendu par le héros qui transporta le 
dieu il travers l'eau, l'Âchéron ou l'Océan, jusqu'au 
monde supérieur. Cette scène se voit sur quelques vases 
attiques". La remise de la corne est le sujet d'un bas-relief 
votif qui aété trouvéaux environs de Thèbes " (fîg. 3790). 

' Mouumenli, VI, 64, 2. — - Purtwacngler, /. c. p. 2238, y voit le iiiùiiie niolif 
d'Ht/raclès au hain. — ^ Jilite crramncjr. fl[, 14. ■ — '* Motiumenli, IV, 1 1 ; (lerhard, 
Trinkachalcii, 13, 3 et 4 ; Auserl. Vasenh. I, 68; Roulez, Choix do vases, VII, 
2((; Ilejtli'maoïi, Griec/i. Vascnb. pi. m; Laborde, Vases Lamberg, \\,i)l, viu Deux 
.tçemmes sont citées par Stephani, Ausruh. Her. p. 151, n. 1. — î' Pcterseu, Annali. 
1867, p. 120; cf. cepeudant Friederichs-Wolters, GipsaOgiisse, 1431. — *J l'reller, 
Op. iaud. II, p. 270. — 7 IJiod. IV, s:j. — 8 paiis. IX, 10, 5. — 3 Ukl. VIII, 31, 
3; cf. Ilartwig, Herald, mit d. FiMhom, p. 23 sqq. — 10 Apollod. II, S, 12; 
Diod.lV, 23. — 11 Schol. ad Arisloph. Plut. 1013 ; Stcph. Bj/.. .5. r. 'Aïf». — '^ Schol. 
ad Arisloph. ftan. '.tù\ ; Wilamowitx, Kijdathen, p. 153. — 13 Cf. eleusinca, p. 352, 

II. 154; Duriiy, Uist. des Grecs, I, p. 777. — *!'> f.i.ecsima, il. 155 ; Élite céramogr. 

III, pi. Lxiiitt = Dui'uy, l. l. I, p. 781; l'urtwacngler, Lexikon, I, p. 2186, cile 
eucorc Musiie Jtavcstein, 235. — 1^ Dcltmer, De llerc. aliico, p. 05 sqq. Miîiiie con- 



KuMi nous ruonlre Héraclès 
iiii ■>» milieu des immoi'lulH 



T^X 



4^. /y. 



w 

m 




^X 



■ri 



iA 




^ 



Fif.-. 3790. 



lU-racItïs recevant la corne d'abon- 
ilance. 



l'jilln un vase Uuanien d.' 
un postiessiou de cul atlri 
(llg. l'JSKJ, lundis ^ 
que IMiilon esl X i^. 
su gauche avec h; ' 
sceptre surmonté ih 
l'oiseau jcuh.nucopia, 
p. i:il.'i|''. 

Cus relations avec 
les divinités chlho- 
niennes sont attri- 
buées par Pausanias 
A l'Héraclès idéen^". 
Il nous est difficile 
aujourd'hui de dis- 
cerner ce qu'il peut 
y avoir de fondé dans 
celle assertion (|ui, 
dans un cas tout au 
moins provient d'une 
impression person- 
nelle de Pausanias-' . 
Quoi qu'il en soit, 
l'Héraclès idéen esl 
distingué, dans certaines traditions, du fils d'AIcmène ; on 
faisait de lui un des cinq Dactyles pour lesquels on re- 
vendiquait quelquefois la fondation des jeux Olympiques 
[dactyliJ : à ce titre on donnait aussi à Héraclès, à 
Olympie même, le surnom de riapa(7TttTT|Ç, c'est-à-dire 
assisla7it, parce que les lutteurs invoquaient son aide 
pour obtenir la victoire--. Il est probable, sans qu'on 
soit encore fixé sur ce point, qu'il y a eu là une assimi- 
lation entre un héros d'origine étrangère, asiatique ou 
Cretoise (car les Dactyles vinrent soit de la Troade, soit de 
la Crète), et le héros de la tradition argienne et thé- 
haine, dont la popularité n'a cessé de grandir en Grèce, 
cl qui finit par absorber d'autres personnes légendaires. 
L'étude des conceptions philosophiques n'appartient 
pas au cadre de cet article; mais il est impossible do ne 
pas rappeler d'un mot la place considérable qu'Héraclès 
a fini par tenir comme exemple de moralité dans cer- 
tains systèmes. Par une interprétation arbitraire et ra- 
tionaliste du mythe, quelques écoles se sont habituées 
à voir dans les exploits du héros des épreuves libre- 
ment consenties, vaillamment soutenues, inspirées par 
un haut idéal. Héraclès est donc devenu le héros du 
devoir, de la force morale, du dévouement à l'humanité -'■'. 
Tel est déjà le sens de la fameuse allégorie qu'imagina 
Prodicos de Céos et que Xénophon nous a transmise 
dans ses Mémorables -'' : placé au début de sa carrière en 
présence de la Vertu et de la Volupté, Héraclès résiste 
aux séductions de cette dernière et choisit celle-là pour 
guide dans le chemin plus âpre et plus long qui conduit 

cliision à tirer de Xen. Hell. VI, 3, 6 (Furtwaeiigler, Ibid.). — 16 Lexik. p. 2186-9. 
Il faut peut-ôtrc reconnaître HiSracIùs, couché, avec la grande corne d'abondance, à 
côté de Dionysos chthonien, sur le revers du dernier vase cité ; Gerhard, Ges. 
Abhandl. pi. i,s.\i, 2 = Panofka, Cabinet Pourtalis, 17. — " Welckcr, Alte 
Dfnkm. III. 19; iMillin, Vases, II, 10; JJer. der sâchs. Gescllsch. 1SS5, pi. i 
(cf. 2, 2 et 3). — 18 Friederichs-Wolters, Gipsabij. 1153; Ilartwig, Op. cit. p. 62 
si|<|. Lexikon, I, p. 2187. Cf. encore; Ti.schbein, Vases Uamillon, IV, pi. vu. 

— " Annali, 1809, lav, GH. — 20 Faus. (. e. — 21 IX, 27, 8. — 22 Diod. V, 64; Paus. 
V, 7, 4; 8, 1; cf. aussi V, 14, 7; cf. Maury, Reliij. de la Grèce, II, 251 sqq. 

— 2:1 Nous négligeons quelques opinions particulières et divergentes, coinine le 
jugement de Platon dans' le Gorrjias. Voy. l'exposé des principales appréciations 
dans E. des Essarls, Du type d'IJercule, cli. ix, xii-\iv. — 2V Memor. II, I, 21 
sqq. ; cf. Conuiv. VIII, 27. 



HER 



— 116 



IIER 



au vrai bonlieur par la lulle et la souffrance. Cosl lii 
comme la première esquisse de l'Héraclès (iii'Aiili- 
slhùncs, le l'ondaleur de la secle cynique, proposait 
comme exemple à ses adeptes, qui se réunissaienl pré- 
cisément dans le Cjnosarj^es'. Et c'est aussi sous le 
même aspect et avec le même caractère (ju'il apparaissait 
aux yeux des stoïciens, pour lesquels il est devenu le type 
de l'homme vivant conformément à la raison-, tendu 
vers le bien, sacrillant les voluptés pasagères au culte 
de l'honnête, « expiateur du mal et de l'injustice, initia- 
teur errant, introducteur de la justice et delà sainteté ' ». 
Allribuls, viclimes. — Les armes ordinaires d'Héraclès 
sont, à l'époque archaïque, l'arc, les flèches, le car- 
i|uois, quelquefois l'épée; de bonne heure la massue s'y 
ajoute. Plus lard, l'arc et les ilèclies disparaissent; la 
massue, iô-a/ov [clavaJ, reste toujours son arme carac- 
téristique et son symbole. Cette massue n'est primitive- 
ment qu'un bâton noueux, celui dont les pâtres se ser- 
vent pour se défendre et que les Grecs employaient à la 
chasse. Dans la grande généralité des monuments, elle 
est renflée à l'extrémité et garnie d'aspérités sur tout 
le pourtour. 

La peau de lion fait partie de son accoulremcnl ca- 
ractéristique. Elle manque encore dans beaucoup de 
monuments archaïques; plus tard, elle est presque de 
rigueur dans les représentations ligurées. Nous revien- 
drons sur l'origine et la combinaison de ces attributs 
^sect. VIII. 

D'autres attributs, sans être d'un usage aussi universel, 
se trouvent fréquemment à certaines époques. Telle est la 
corne d'abondance, symbole des bienfaits que répand le 
héros [corm;copi.\ ; cf. sect. IV vÀsupra, sect. \'l] : elle appa- 
raît pour la première 
fois au v' siècle; tout 
d'abord elle est vide' 
ou bien on peut la 
supposer remplie de 
liquide '.puis elleest 
communément rem- 
plie de fruits et de 
feuillages NTig. 3791 ! 
par exception, elle 
contient des phal- 
lus, qui symbolisent 
encore plus explici- 
tement la fécondité 
à laquelle présidait 
Héraclès ".On a sou- 
tenu aussi * ([ue la 
corne d'abondance n'est que la transformation de lacoupe 
à boire, scyphos, rhyton ou canlliare que tient le héros 

' Diog. LacrU VI, 2, 13, IC, 18, 104, 103: Plul. De vil. pud. i8; Eraloslh. Ca- 
la>l. 40; Procl. ia l'Ialon. Alcili. p. 98 ; Zdler, Philos, der Griechen, II, l,p. J6I. 

— 2Cl(^anthc avait reçu le surnom de " second Héraclès » ; Diog. Laerl. VU, 5, 179. 

— 3 Epict. III. 26, :i3; cr. Zeller, Md. III, 1, p. 269. — l Monnaie de cuivre 
d'Alliênes, ap. Lexikon, I, p. 21:17 : nombreux lierroès alliques qui paraissenl remonter 
à un original du v siècle, Marlwig, Berakles mil dein Fûtlhorn, p. SO, et Furtwaen- 
gltT, /. /. ; mounaies d'Euagoras I de Cyprc, v« et iv« siècle, de Luyncs, .Xum. cypr. 
IV, -i-ll ; Hev. numism. li<S:i, p. i8i, pi. vi, 7. Cf. encore Cesnola,5a/(imin. p. lOi, 
fig. 197; Athen. Afitih. IX, p. 131, C, etc. — s Furlwaengler, ;. c. ; coesdcopia, 
p. 13IS. —6 Animli, I8(î9, pi. c. ii, Voy. roasucoei», p. 1516, noie 2.H. Une 
des premières ^représentations où la corne est remplie, est reproduite dans 
l'Élite céram. III, 58; licrmès de la villa Ludovisi, qui, d'après Kurlw.ïngler, est 
inspiré d'un original de la belle époque, Monumenti, X, 56, I ; — 7 Oa:. arcli. 
1S76, pi. iivi. — 8 Micliaelis, Annali, 1869, p. 201 sqq. — a .Monnaie de 
Crolonc, Ilcad, flist. nvm. p. 82, fig. 37 = P. Uardacr, Types o( ijreek ciins, V, 




Fig. 3791. — Héraclès tenant la corne d'aboudancc. 




Fig. 3792, — Héraclès au repos. 



dans beaucoup de représentations (fig. 378<)) et qui, à 
l'époque romaine surtout, est un de ses insignes de 
prédilection i^lig. :nîl:i) ■'. 
A la même époque, 
on lui met aussi fré- 
(|uemment dans une 
main les pommes des 
llespérides : on en peut 
citer comme exemples 
un des jolis bronzes de la Bibliothèque nationale '" 
et une statue colossale de bronze doré trouvée près 
du théâtre de Pompée (voy. plus loin fig. 380(1;". 
D'autres attributs, comme la lyre '- et la Artle '\ sont plus 
rares ou accidentels. Il faut enfin rappeler que de très 
nombreux monuments, dès une époque ancienne, mais 
surtout à l'époque romaine, représentent Héraclès ia 
teinte ceinte soit du bandeau, soit de la couronne de 
pampre, de lierre, d'olivier, ou de peuplier'' : nous n'in- 
sisterons pas sur ces insignes, qui se rattachent aux dif- 
férents aspects sous lesquels on envisageait le héros, 
Héraclès divinisé'^, Héraclès victorieux, Héraclès athlète, 
et à ses relations avec Athéna, Dionysos, etc. 

Parmi les viclimes consacrées à Héraclès, les plus fré- 
quentes sont le bœuf, le bélier et le porc"'. L'usage de 
lui immoler un bœuf ou un taureau nous est signalé en 




3793. — Sacrifice à Héraclès. 



diverses régions, par exemple à Athènes '\ à Ther- 
mydres, le port de Lindos '*. Sur un relief votif probable- 
ment attiquc, qui représente une offrande à Héraclès, 

29 (iv« siècle) : Stepliani, Ausru/t. ffer. p. 151 sqq., 195 sqq. — 'u Babelon et 
Blancliet, Catal. des ironies, ii' 549 = Clarac, pi. 788, n. 1974. — <i Monmnenli, 
VIII, 50; Amali, 1868, p. 195 (de Witte) = Lejcikon, I, p. 2179; et. Stepliani,/. /. 
— <2 Voy. p. 115, note 4. — 13 ^onumeii/i, IV, 11; flcrliard, Trinkschalèn, IS; 
Laborde, Vases Lainberq. Il, pi. vu. — J» Sur la couronne de peuplier bhtm-, voy. 
0. Millier, Dorier, I, p. 424; sur celle d'olivier sauvage, xé-rivc;, qu'Héraclès avait 
rapportée des bords de l'Istt^r et plantée à Olympic, voy. les références à cuhuna, 
p. 1529, n. 164 ; sur la couronne de pampre, Terlull. De coron. 7; Millin, Gai. mytft. 
n" 470. Sur le bandeau, qui est celui des atlilètes el de Dionysos, voy. Stepliani, 
Op. cit. p. 239, n. 1. cr. par ciempic, Monumenti. XI, 28 ; 38-39 ; XII, 9 : Urit. 
Mits. Guide, LU, 29; Lexikon, I, p. 215G. etc. — •■• Sur Héraclès reçu dans l'Olympe 
par des divinités <pii lui présentent di^s couronnes, couronné par Atliéna, .Niké, Hébé, 
voy. sect. V ; Héraclès se couronnant lui-même, Lexikon, I, 2180. — 'û Le chien 
est en ciécralion à Hcraclès, Plut. Quaesl. rom. 93. — 17 Tlieoplir. Chavact. 27 : 
Zenob. V, 22. — 1» Apollod. Il, 3, II. 



iii:i! 



I r 



III. Il 



lanuliMiM' par la pi'iiu do li«m, c'i'il un luinir i|u'iui Un 
uiiH-iio, «t il saisil l'aiiiiiial par une i-oriii' '. LitH vii'liiiMïs 
tiuiil un liclior ut un bu-ursur uu Ix-au lias-rulicf U'Itlio- 
nit' (IIk. M'J'J^) -. A Tliùlius el A Sicyoun ou lui sacrilit! d'or- 
iliimirc uu bolier\ i\ Opoulo uuo trillyo couipuséo d'un 
taurrau, il'un sanj;liL'ri«l d'un boui- \ Kiiliii le porc csl une 
ilos vii'liuu's t|u'i)n voit le plus l'ri'i|ui'uiuii'nt conduites au 
Iwinis sur des nionuiucuis votifs d'cpoijui) romaine''. 

VII. I,i; ivi'i: ii'lli:ii.M;uKS uans i.'.\iir. — Origiiirs et ar- 
Jtdisnif. — Qu'Héraclès soit ou non un dieu do prove- 
nance asialiiiue, il semble acijuis tout au moins que ses 
n'prcsiMitalious ligurécs eu (irèce n'ont pas eu leur 
prototype immédiat eu Orii.'nl. l'our .\plirodito, on a pu 
suivre depuis la Chaldée jusqu'à l'archaïsme grec un 
l\p«' d'idole qui se Iraiismel et évolue"; i)Our Héraclès 
il est impossible de retrouver un processus analogue. Le 
Meikarl phénicien n'était représenté à Tyr (jue sous le 
symbole île deux piliers"; dans les i)lus anciennes mon- 
naies de la même ville où l'on est autorisé à reconnaître 
son imago, c'est un dieu armé de l'arc qui chevauche sur 
un hippocampe *. Dans lorlaines contrées, comme 
Cypre, on voit des représentations de .MelUart très sem- 
blables à celles de l'Héraclès grec: mais elles sont d'une 
epociue où prédominent rintluoncc et le style helléni- 
ques; il est donc de bonne méthode d'en conclure que 
le type phénicien s'est modelé sur le type grec déjà 
l'ormé '. Même chose est vraie du Sandon de Tarse, qui, 
sur des monnaies du v" siècle, reproduit les traits de 
l'Héraclès hellénique '". Il reste possible et vraisemblable, 
comme nous allons le voir, que certains des attributs 
caractéristiques du héros soient des emprunts à l'Orient. 

Pausanias mentionne à Érylhrées une ancienne statue 
d'Héraclès, à laquelle il attribue un caractère égyptien ", 
c'est-à-dire que probablement c'était une œuvre phéni- 
cienne de style égyplisanl'-. On a pensé retrouver le 
souvenir de cette idole sur des monnaies impériales 
d'Érythrées ". Ce n'est qu'une hypothèse, et fort con- 
testable". Nous savons encore par Pausanias qu'à 
Hyettos on adorait le héros sous le symbole d'un k^yoç 
Xt'Oo;'^; qu'àThèbes et à Corinthe on conservait des ;oava 
représentant son image et qu'on attribuait à Dédale'"; 
celle de Corinthe est désignée parle périégète comme un 
;oavov y^javôv, ce qui semble indiquer que le héros y était 
ligure non seulement sans vêtement, mais sans peau 
de lion. 

D'oi;i lui sont venues les ditTérentes pièces de son ca- 
coutrement? L'épopée homériciue ne lui attribue que 
l'arc et les flèches, armes qui lui sont communes avec 

1 Friedericlis-WoUers, Gipsabg. a. 1134; la figure d'Héraclès dans le Lexikon, 
|>. 2138. — 2 Sclioene, Criech. Bel. pi. sxvii, 112. — 3 Pollux, I, 30; Paus. Il, 

10, 1. — ■• Diod. IV, 39. — i> Zoega, Dassiril. Il, 08; Mus. Pioclem. IV, 12, 
.Uns. Cliiaramonti, pi. \si; Helbig, WiviJgem. n" 69; Bircli, Bisl. of pottenj, 

11, fig. 190. — c Lexikon, s. v. p. iOli S(|q. Pour l'histoire du lype d'UiSraclès, 
il est presque supcrllu d'avertir que nous nous sommes souvent inspiré de l'article, 
fiéquemmcnt cilé déjà de M. Furtwaengler, Herakles in dev Kunst. — "' Ilerod. 
Il, U. — 8 lload, Hist. mm. p. 674, fig. 350; Brit. Mus. Guide, XXIX, 30. 
— 'J tes scarabées étrusques trouvés en Étruric et dont M. Courbaud a reproduit 
"Il spécimen agrandi, Mel. de l'Éeole de Borne, 1S02. p. 274, présentent le 
.Melkart phénicien traité dans le stjle grec. Une preuve de cette prépondérance 
croissante de l'art liellénicpie, c'est le terme où elle aboulit : les rois phéniciens 
de Kitiou à Cypre, entre autres, finisseut par emprunter, pour leurs monnaies, 
le type grec définitivement constitué d'Héraclès : de Luynes, iVnmism. des satra- 
pies, pi. xin = Pcrrot, Hisl. de l'art, III, fig. 297; P. Gardner, Ttjpes of greek 
coins, IV, 21-22. — 10 Des monnaies plus récentes de Tarse montrent le Saudon 
phénicien sous les traits d'un dieu velu d'une longue tunitiue, debout sur un 
lion cornu, avec tiare, hache 0, double tranchant, carquois : de Luynes, Op. cit. 
pi. vu, 8 r= Pcrrot, Op. cit. 111, fig. 2*3. — " Paus. Vil, S, 5. — 12 llelbig, 



.Vpollon. C'est avec l'urc qu'il IdesKe lier» ni lladès danK 
VIliHilv " ; ['(Jili/is r fuit lie lui et d'I'^urjtos les pluM émi- 
nenls archers du repo(|u<; liéroiquo '"; la .Xi'lujia iin'n- 
tionnu aussi ré|tée qu'il porte uvdc l'éiiuipeiiient de l'ar- 
cher". Le /Joiirlifr d'/Ji'iuvli^s le revêt di- l'armure com- 
plète de l'hoplite -", mais cetli; innovation roHlu isolée et 
nous ne savons si elle a eu des imitateurs : ce qui est 
sûr, c'est (|Uo les peintures do vases s'en sont inspirées 
sculiiment dans li; combat contre Cycnos [sect. IVj. 
Beaucoup de monuments arcliaitiues restent lidèles au 
contraire ii la donnée homérique qui semble la plus an- 
cienne. Il apparaît souvent sans peau d(! lion et sans 
massue, simplt.'ment avec l'arc et le caniuois, auxquels 
s'ajoute aussi l'épée. Sur une gemme « des Iles », qui 
n'est pas postérieure au vii° siècle, il ne porte que le car- 
quois-'. La Irise d'Assos le représente deux l'ois (plus 
haut, lig. 3760), dans sa lutte avec le monstre marin el 
avec les Cimlaures, armé de l'arc seul^'. Des vases peints 
de la .période la plus ancienne lui donnent le même 
équipement : nous citerons, par exemple, un lécythe 
« protocorinlhien » où, dans une Centauromachie, il est 
agenouillé, tirant de l'arc, vêtu du chilon -^ Dans le 
même motif, sur un relief archaïque en bronze d'Olympie, 
il conserve cet armement avec cette attitude, et de plus 
il a l'épée au côté -•. Un vase de Corinthe lui donne aussi 
le carquois, l'épée el le chilon". C'est avec l'épée qu'il 
combat, le carquois et l'arc au côté, et en ce cas sans 
massue, dans un grand nombre de scènes, particulière- 
ment contre le lion, contre l'hydre, contre r.\ma-/.one, 
contre Géryon, contre Âlcyoneus, contre Nessos, etc. -'^ 
D'après des écrivains anciens, c'est Pisandre qui lui 
attribua le premier la massue "; d'autres font remonter 
à Stésichore l'invention de la massue el de la peau de 
lion, qui s'ajoutèrent à l'arc sans le supplanter ^^ Ces 
assertions sont sans doute exactes, en ce sens que Pisan- 
dre et Stésichore popularisèrent les premiers dans la 
littérature ces nouveaux attributs; mais l'art les avait 
antérieurement prêtés au héros. La massue apparaît la 
première, ce qui prouve que les deux insignes ne sont 
pas nécessairement inséparables. Elle est aussi l'insigne 
ordinaire, en Egypte, du roi qui marche en la brandis- 
sant : c'est une analogie à signaler, sans qu'on puisse 
établir un emprunt à l'art égyptien. Sur un vase à par- 
fums de très ancien style, trouvé à Corinthe, le héros, 
complètement nu, lève la massue^' ; c'est aussi son arme 
dans le combat contre le lion que représente un relief 
péloponnésien en bronze du vi" siècle, trouvé à Athènes'". 
Dans le combat contre Ihydre qui décore un des fron- 



Hom. Epos, 2» éd. p. 41 S ; Courbaud, /. c. p. 282. — 1^ Lexikon, L p. 2137 ; cf. 
P. Gardner, Op. cit. XV, 8. — 1'» Courbaud, t. c. n. 2. Le dieu tient de la main 
gauche uu objet de forme allongée et mince, que M. Furtwaengler considère comme 
une lance, et t[ui n'est probablement que la gaffe avec laquelle il guide son radeau. 

— 15 IX, 24, 3. — "î IX, 40, 3 : 11, 4, .S. Imhoof-BIumuer et Gardner, IVum. comm. 
on Paus. p. 112, ont pensé que nous avions conservé le type de celle idole dans des 
monnaies de Tliébcs (Gardner, Tijpes of greek coins, III,- 45) qui représentent 
Héraclès nu marchant, portant la massue et l'arc. — 17 /;. V, 395. — 18 Od. 
VllI, 224. — 1'^ Od. XI, 603. — 20 V. 122 sqq. — 21 Milchhoefer, Ânfûnye der 
Kunst, p. 84. — 22 Colliguon, Bist. de la sculpt. gr. l, fig. 83 et 86 .\. — -'3 Arch. 
Zeit. 1883, pl. x, 1. Sur le sens de l'attitude accroupie d'Héraclès, qui représente 
la course rapide, ici comme dans beaucoup d'autres monuDients, voy. en dernier 
lieu Kalkmann, Jahrbuch, 1893, p. 63 sq. et 72, n. 103. — 2'> Collignon, 0. l. 
fig. 45. — -'i Moniimenti, 111, 46, 2. — 2G Xous renvoyons, pour les références, 
aux notes où il est question de ces différents exploits. Il est superflu de rappeler ici 
que, dans d'autres monuments (pii représentent ces mêmes motifs, le héros emploie 
aussi l'arc ou la massue. — 27 Strab. XV, p. 688 ; cf. Suidas, 5. v. IlîiffavS^'.;. 

— 23 Mcgaclid. ap. Athen. p. 312K; cf. Robert, Bild und lied, p. 173. — 25 An- 
uali, 1877, tav. CD, 2. —30 Cité par Reisch, Athen. Mittheit. XII, p. 124. 



riKR 



— lis — 



iii<:r 



tons en tuf de l'Acropole d'Athènes, il est armi'; de la 
massue et revêtu do la cuirasse, niais n'a point la peau 
de lion'. Enlin il se sert de la massue, portant lare et 
le carquois, toujours sans peau de lion, sur un vase 
probablement cyrcnéen ^ 

La peau de lion est si bien une invention indépen- 
dante, qu'elle a mis un certain temps à se généraliser 
dans les représentations figurées. L'art du Péloponnèse 
nolanuncnl a longtemps hésité à l'admettre; et même 
dans certaines œuvres de l'archaïsme avancé, comme le 
bronze Oppermann et jusque dans les métopes d'Olympie, 
elle n'apparaît pas encore. Cet art a pourtant connu le 
motif du combat contre le lion. Si donc il n'a pas revêtu 
Héraclès de la dépouille de sa victime, c'est que cet 
attribut a une autre origine ^ Cette origine, où la cher- 
cher? La peau de lion est déjà fréquente dans l'archaïsme 
allique à partir du vi' siècle; elle se trouve aussi, depuis 
la même époque, et presque sans exception, dans l'art 
cypriote ; et c'est là sans doute, dans certaines composi- 
tions qui sont intermédiaires entre l'Héraclès grec et une 
divinité phénicienne, que s'est constitué le type d'Héra- 
clès porteur de cet insigne. Sans admettre que l'Héraclès 
grec est une invention orientale, rien n'empêche de 
supposer qu'une fois formé, il s'est enrichi et complété 
avec des éléments fournis par un art étranger. MM. Heu- 
zey, Perrot et Furtwaengler, ont admis, après Raoul 
Rochette, que c'est au dieu égytien Bès, reproduit, 
transformé et popularisé par l'art phénicien, qu'Héraclès 
a fait cet emprunt'. A ce contact entre l'art grec et 
l'art oriental, Bès, le dieu grotesque et caricatural", 
s'est humanisé ; Héraclès a pris quelques particularités 
de sa physionomie et de sa légende. Tous deux sont en 
lutte avec des animaux, les prennent corps à corps, les 
maintiennent, les étouffent. Telle représentation, comme 
la statue colossale d'Amathonte qui est à Constantino- 
plc'' pourrait presque indilTèremment passer pour Bès, 
Héraclès ou Silène". Mais ce sont des artistes grecs, et 
non des phéniciens, qui ont emprunté à Bès, pour en 
revêtir Héraclès, cette peau de lion devenue depuis son 
insigne spécial : elle lui convenait en raison même des 
combats contre les animaux dont sa légende, dès ce 
moment, était si riche. .\près tout, dans cet accoutre- 
ment il n'y avait rien que de conforme aux habitudes 
guerrières qu'on trouve signalées dans Homère. La peau 
de bête est le premier vêtement et la première défense 
des populations primitives. Les gens du peuple vont au 
combat couverts de peaux de bêtes en guise de bou- 
cliers'; Paris s'enveloppe d'une peau de panthère, et 
Dolon de la dépouille d'un vieux loup* quand ils com- 
battent comme archers'". Cette habitude a pu frayer la 
voie à une invention qui aura pris corps quand les Grecs 

' Colligiioii, Op. cit. fig. lOi. — - Arch. Zeit. 1881, pi. xu, 1 ; cf. pi. xj, i. 

— 3 On p(;ul ajouter que sur ccriaiiis vases pcinU où le li<>ros lutte contre le lion, 
il est déjà revêtu de la peau, lioem. Mitlheil. 1887, p. 175, n" lï et 13. — '• Raoul- 
Koclictte, Mi:m. sur l'Herc. assyrien et phi'nicien ; llcuzey, Comptes rendus de 
lAcad.iti's liiscr. 1870, p. 1V2-U3; Cnl.orcA. 1880, p. 163 aqti. ; Bull, de corr. hell. 
IS84, p. 161 s<n. ; Perrot, Z/is/.rfe fart. [Il, p. SfiCsqq. -,610, eàSsqq. ; Furtw,iongler. 
art. ciliî. — ^ Voy. sur le Bùs (gyplicn, rétudc de J. Krall dans l'ouvrage de Bonndorf 
et Nicmann, Dos Beroon uon Gjoelbachi-Trysa, ii. 'i sqq. — C Gaz. arch. 1878, 
pi. «XI ; l'crrol, Uisl. de l'url, p. SC", fig. 386. — " lleuzey, Bull, de corr. helt. 
I88i, p. 162. — 8 Ce sont pcul-ùtrc ces |ieaux que le poète désigne parle terme de 
)i,ïi»,.«, //. V, 432; Reicbcl, Uom. Wa/fen, p. 65-69. — o //. m, 17 ; x, 45'J. 

— 10 Perroi, Journal des savants, 1895, p. 732 sq. — •' .ArcA. ZeiV. 1859, pi. cxxv; 
i88l.pl. XI, I; XII, 1; Aiinali, 1877, lav. CD, 2 ; yourn. o/' Ae//. stud. I, I. Dans le 
relief d'Olympie. Collignoti, Op. cit. p. 227, fig. 108. il n'est pas nu, mais porte la 
peau de lion; Rciclicl, llomer. Waffen, p. 68. — '2 Arch. Zeit. 1883, pi. x, 1 ; 
Eo. i}/.. 18Si, pi. vu; Monumenti, III, 46, 2. — U Gerhard, Aus. Yasenb. 103-100 



se sont trouvés en contact avec les représentations du 
Bès phénicien. 

Telles sont les différentes pièces dont se compose l'ac- 
coutrement du héros dans l'archaïsme. Comment se 
sont-elles combinées? Des monuments très anciens re- 
présentent le héros complètement nu " ; mais on n'a pas 
tardé à lui donner le court chiton et la cuirasse'-. La 
peau de lion, quand elle a été adoptée par l'art, ne s'est 
pas substituée à ce premier costume : elle l'a complété 
en s'y surajoutant. 11 est très fréquent, dans les vases 
attiques à ligures noires et rouges ainsi que dans la plas- 
tique, de la voir recouvrir le chiton et la cuirasse". Le 
plus souvent, le mufle de l'animal s'adapte sur la tête 
d'Héraclès et lui sert de coiflure'". Nous avons dit que 
l'épée est restée une des armes de prédilection dans un 
grand nombre de représentations, mais elle cède sou- 
vent la place à la massue, qui d'ordinaire ne coexiste 
pas avec elle. Au contraire, la massue n'exclut pas 
nécessairement l'arc, et il est très habituel de voir le 
héros, môme dans le feu de l'action, brandir de la main 
droite la première de ces deux armes, tandis que la 
gauche élève ou tend la seconde : dans ce cas, qui est 




Fig. 3791. — Héraclès combattant. 

celui d'une statuette (lig. 3794) de l'ancienne collection 
Oppermann, à la Bibliothèque nationale '% et de beau- 
coup de vases peints ou de monnaies"^, l'arc n'a gardé 
qu'une signification attributive '^ 

On sait que, dans l'archaïsme, les dieux, les héros et 
les guerriers portent communément la chevelure longue : 
elle est courte chez Héraclès. Cette particularité s'ex- 
plique sans doute, comme le remarque M. Furwaengler, 
par l'idée de force que le héros a incarnée : on l'a repré- 
senté comme un athlète que de longs cheveux eussent 
gêné '*. Pourtant, dans quelques très anciens monuments, 
il porte par exception une chevelure plus longue qui lui 

= Lexikon^ I, p. 1631 ; .Monumenti, IX. 11, etc. Cf. encore la statue d'Alliiruau. 
fig. 3795 ; le relief archaïque de Tliasos, Bull, de corr. hell. 1894, pi. xvi, etc. 
— 14 Cette habitude est tellement fr.'quente qu'il est inutile d'en citer des exemples, 
mais il faut noter quelques exceptions, comme Monumenti, W\t 9; Ingliirami, Vasi 
filt. IV, 301, et d'autres indiqnées dans le Lexikon, p. 2147. — 1^ Rayet, Monum. 
de l'art antique, I, pi. viii ; Collignon, I/ist. de la scidpt. I, p. 284 ; Rabelon et 
Blauchel, u. 518. — l*» Citons, parmi les monnaies, V. Gardner, Types ofgr. coins, 
UI, 43 (Thébcs, massue abaissée): IV. 19 (Cyiique); 21, 22; Duruy, flixt. des 
Grecs, II, p. 139 (Kilion). — >' M. Furtwaengler cilc des anomalies analogues, 
comme l'Apollon d'AmycIécs qui tenait à la fois la lance et l'arc, les dariques où un 
dieu ou un roi est pourvu de l'arc et de l'épée, le dieu égyptien qui tient quelque- 
fois l'are de la main gauche cl la massue de la droite. Le rapport de ce dernier 
Ivpe avec Héraclès est curieux, mais il n'y a sans doute lu qu'une coi'ncidence 
[Lexikon, I, p. 2139). — I» C'est par ce signe, la chevelure et la barbe courte, 
qu'il se dislingue de ses autres adversaires, par exemple d'Antéc sur la coupe d'Eu- 
plironios, amaeus, fig. 329. 



lll.U 



II'.) 



111.11 



I iiuvri* lu iitii|iio : c'est ainsi (|u'il appiiruil dans lu frise 
ilAs.siis, sur le ^;raiul ri'lii'f ilo iii-Dii/e il'l)i\iiii)i(t ' ol sur 
li> locvllic <' |ir<ttor(>riiitlii)'ti " i|uo imus avons rites '. 

lu seronil (•aruili''rt' ijui se rrlmuxc duns lu j;randL' 
gi^ucralitt* di's roprésonlatious nri'liuVtiut-s, c'osl qu'il fsl 
liarlm, |iiirlaiil la liarhr l'ourti' (-inniiir les chovuux. I.fs 
cM'Mipli's snut trop nouihruux sur los vases peints pour 
(|u'il suil nécessairo d'eu rappeler ici. C'est aussi l'Iléra- 
cli"i l)ari)U (|u'iinl li^uri' d'autres iminutneiits areliaïques 
eoniuie une grande ^atue cy|)riote d'Atliiéuau plus Iniu 
lij;uri'e, iiueli|ues listes arcliaïciues, on terre cuite, en por- 
celaine égyptienne DU en pierre, c|ui i m té té trouvées îiNau- 
cralis et ;\ Cypri' ', un relii'lile Tliasns ', des bronzes', un 
rnuitun en tuf de l'Acropole', nonihre do monnaies'. 
A cette rè^le j;enérale il y a cependant do noluMes excep- 
tions. L'areliaisnie a représenté ((ueliiuelois Héraclès 
imberbe, concurremment avec le type barbu, ol sans 
i|u'il l'aille chercher une lilialii>n ou une simple succes- 
siiin de l'un à l'autre. M. l'"url\vaengler remaniue que 
ce type imberbe s'est développé surtout dans les régions 
ioniennes ou (|ui ont subi l'inlluenco ionienne, confor- 
nienienlà la prédilection que les artistes de ces contrées 
ont manifesléc pour le même type juvénile quand ils 
ont représenté leurs aulre§ dieux ou héros*. Ce type 
iinlierbe se voit assez rarement sur les vases archaïques 
lie l'Altique', plus fréquemment dans des tètes du 
lii'ros ciui proviennent de Cypre ou de l'Egypte'", peut-être 
dans la frise d'.\ssos; on le retrouve dans la métope de 
Sélinontc qui a pour motif l'aventure des Cercopes ". 
Enlin dans l'ancien art étrusque, si fortement imprégné 
d'ionisme, Héraclès est presque toujours imberbe. 

Héraclès est certainement, parmi les dieux ou les 
héros, un de ceux qui ont été le plus souvent figurés, 
dès l'époque la plus ancienne, dans les peintures de la 
céramique. Dans la statuaire archaïque, nous n'en avons 
qu'un nombre beaucoup moindre de représentations. 
Nous venons d'énumérer, en étudiant diverses particu- 
larités, plusieurs de ces monuments, tètes, reliefs, 
bronzes, sur lesquels il est inutile de revenir'-. Rappe- 
lons seulement quelques-uns des types qui présentent 
le plus d'intérêt. Un des plus remarquables et des plus 
anciens est une grande statue trouvée dans l'île de Cypre, 
à Athiénau ; on peut l'attribuer à la seconde moitié du 
vr' siècle. Héraclès y est pourvu de son équipement 
complet (flg. 371)5) '-. C'est aussi à la fin du \V siècle ou 
au commencement du siècle suivant qu'appartient un 
bas-relief trouvé à Thasos '', et qui mérite d'être signalé, 
parce qu'il rappelle le type des belles monnaies de celte 

I Collignon, Op. cit. I, fig. 45. —^Arch. Zeit. 1883, pi. x, 1. SI. Furtwaengler cite 
aussi une statuette rautilc-e de Cypre au Brilish Muséum, où de la tête, couTertc de 
la peau de lioD, tombent de chaque côté' trois boucles sur les épaules. — 3 Flinders 
Pétrie, iVoiicrods, I. pi. xv, 7 ; Bei-l. Vasemamml. 1369 ; Gaz. arch. 1880, pi. \xvni ; 
lleuzey. Terres cuites du Louvre, pi. vu, 3; Perrol, Bisl. de l'art, III, fig. 503. 

— i Bull, de corr. hell. 1894. pi. sti. — " Bronze de Cassel, Lexikon, I, p. 214!1 ; 
bronze Oppcmiann (Dg. 3794), etc. — 6 Athen. ilitth. 1889, pi. lu. — 7 P. Gardner, 
Tijpes, 111. 10 et Brit. Mus. Catai, Thrace. p. 115 (Dicaea) : Ibid. p. 170 
Sclymbria). — 8 Relief de bronze d'Asie Mineure, Micali, Storia X.\X, 1 = Inghi- 
rami, .Von. etr. ser. IIl, IS, 2 ; cf. Joura. of hell. slud. 1883, pi. sxii, et le Idcytbe 
•< protocorintliien » d<?j.\ cité, A7-c/i. Zeit, 1883, pi. x, l,oùM. Furtwaengler voitéga- 
lemeut une influence ionienne. — £> Quelques exemples dans le /^.ri/con, l, p. 2153 ; 
en particulier Stcpliani, Compte rendu, 1807, p. 5 (Acliéloos). Depuis la lin du 
ve siècle, le type imberbe prévalut dans le combat avec le lion parce qu'on le sup- 
posa le premier en date et qu'on y voulut figurer l'Héraclès jeune ; Reiscli. Athen. 
Milth. XII, p. 130. — 10 Plusieurs exemplaires au Louvre, au Brilisli Muséum, à 
New-York; voy. encore Hcuzey, Gas. arch. 1880, p. 161; Iliid. 1878, p. 148: 
Cesnola, Snlaminia, p. 260 ; Stackelberg , Graeber der UM. pi. Lxxix. 1. 

— O Sur les rapports entre ces métopes et l'art ionien, voy. Lexikon, I, p. 1714. 

— 12 Autre-^ références dans le Lexikon I, p. 2140 ; Babelon et Blanchct, Catal. 




■'t\ 



Ile i|ui sont d'une date voiHinu .'(Ig. 3T.)fi) " : Héraclès 
buritu, lu tète et le dos couverts de la peau du liijn, lire 
de lare dans la posture uKenuuillée. 
Lt^s Tliasiens avaient également consai'ré 
dans l'Allis une grande slalue d'(Jnulas'* 
t|u'on a voulu retrouver ilans le bron/n 
tJpperinann déjà cité '' : la staluellc re- 
présente le héros barbu, complèteinenl 
nu, les jambes largement écarl(''es, bran- 
dissant la massue de la main di'oile, 
élevant l'arc de la gauche; l'œuvre est 
certainement d'origine jiéloponnésien ne, 
mais il semble dil'licile d'y cluircher un 
souvenir de l'œuvre d'Onalas, ce mou- 
vement animé convenant mal à une sla- 
lue de dimensions colossales, qui mesu- 
rait dix coudées de haut '". On s'accorde 
généralement à reconnaître un Héra- 
clès dans l'archi'r agenouillé du fronton 



oriental d'iîgine '''. L'identification se 



Fig. 3793. 
Héraclès Cypriote. 




Fig. 3790. 




Fig. 3797. 



fonde sur la coiffure du héros, oii l'on 

reconnaît le mulle du lion. C'est une erreur : cette coiffure 

est un casque, conçu comme étant en métal et dont la 

partie antérieure atTecte seule la forme 

du mufle [galea, fig. I3304J : l'Alhéna 

.\lbani en porte un analogue -". 

V° siècle. — Les deux types de l'Hé- 
raclès barbu et de riléraclès imberbe 
se retrouvent au V siècle comme aux 
époques suivantes, mais le second 
tend à prédominer depuis les environs 
de 4.50. Les métopes d'Olympie, à 
l'exception de celle qui est consacrée au lion de Némée-', 
présentent une série d'Héraclès barbus du plus beau 
caractère : la barbe y est courte et serrée. On peut citer, 
comme se rattachant à ce type, la 
tête d'une coupe attique du beau 
style sévère —, et de nombreuses 
monnaies de toutes provenances, de 
Thèbes -^ de Perdiccas II (fig. 3797) 
et d'Archélaos I de Macédoine -', 
d'EuagorasI de Cypre", de Lycie-'% de Cyzique-', d'Hé- 
raclée en Bithynie^% de Camarina^^ Le type jeune ou 
imberbe est représenté par une belle tête du musée de 
Berlin, qui est coiffée de la peau de lion et qui paraît 
être une réplique d'un original attique du style sévère'", 
par la métope de Sélinonte qui représente le combat 
contre l'Amazone ■'. On le retrouve, vers la fin du v° siècle, 

des bronzes, Q" 517. — 13 Gaz. aj-ch. 1S78, p. 146 sqq. et pi. xxvi == Lexikon, I, 
p. 2148 ; Cesnola-Stem, Cypern. pi. xxiii ; Cesnola, Antiq. ofCyprus, pi. lxxxvmi ; cf. 
lAirf. pi. Lxxivn, 574 et 580 (imberbe). — i* Butî. de corr. hell. 1894, pi. xvi, et 
p. 64 et suiv. (Joubin); cf. I.ecbat, Bev. des ét.gr. 1895, p. 408. — lil Voy. un spé- 
cimen sur la même planche du Bulletin ; cf. P. Gardner, Types, VII, I ; Head, flist. 
num. p. 228, etc. — 10 Pans. V, 25, 12. — n Voy. fig. 3793. L'hypothèse que nous 
indiquons, adoptée par Rayet, est empruntée à Friederichs, Kl. Kun%t, p. 422 sq. 
Rayet a publié également, sous le nom iTBéraclés tirant de l'arc, un très curieux bas- 
relief, d'origine et de date incertaines : le héros est imberbe, complètement nu, 
debout, tirant de l'arc ; à ses pieds est la massue, autour de laquelle s'enroule la 
peau de lion. — *** Furtwaengler, loc. cit. p. 2141-2. — 19 Rayet, ,\fon, de l'art, anl. 
1 = Collignon, Op. cit. fig. 146. — 20 Furtwaengler, Lexikon, I, p. 2153. — 21 Aus- 
grab. V. 16. — 22 Mus. Greg. II, 89. — 23 p. Garduer, Types of gr. coins, VII, 14 
(tête) ; III, 47 (Héraclès portant le trépied). — ^''Brit. Mus. Calai. V p. 103; Duruy, 
Bist. des Grecs, 111, p. 137. — 25 De Luyncs, ^''um. cypr. IV, 2, 3 ; Bec. num. 1883, 
pi. VI, 5 ; Lexikon, I, p. 2163. — 20 Gardner, Op. cit. IV, 38; Fellows, Coins of 
Lycia, VII, 1-4, 8. —iT Num. Chron. 1887, pi. m. 13. — 28 Lexikon, p. 2162. — 29 Gar- 
dner, Op. cit. VI, 12. —30 Verzeichn. derScutpt. n' 188; reproduite dans Furtwaen- 
gler, Meisterwerke, pi. vm; cf. p. HO. — 31 Henudorf, Metop. von Selin. pi. vu ^ 
Overbeck, Gricch, Plasl. 3' éd. I, fig. 96 ; Murray, Bisl. of gr. Seulpt. Il, pi. xiir. 



IIER 



- 120 — 



HKR 




l-ig. 3708. 
Ilérnclùs iinbcrljc. 



dans la frise de Pliigalie. Les vases atliques commencent 
à adopter ce type imberbe dans l'époque de transition 
(jui pi-éct'de le beau style ', et linule- 
nienlle choisissent de préférence. De 
même, à côté des monnaies qui sont 
restées fidèles au premier type, on en 
peut citer, de plus n()ml)reuses en- 
core, el en générai de date un peu 
plus récente, qui ont reproduit le se- 
cond : ainsi des monnaies de Slym- 
pbale -, de Cléones ■', de Thébes '', 
d'Euagoras I de Cypre ^ de Cama- 
rina" (fig. 3708], d'Héraclée en Lucanio', de Syracuse*. 
A l'exceplion des métopes d'Olympie, où, conformé- 
ment à l'ancienne tradition péloponnésienne, Héraclès 
n'a pas reçu la peau de lion, il a cet insigne dans tous 
les monuments du v" siècle''. 11 le porte encore souvent 
à la mode archaïque, comme une sorte de cape étroite- 
ment adaptée au corps, et la tête recouverte du mufle. 
Mais de plus en plus l'agencement en devient libre, la 
peau flotte plus dégagée sur les membres, suspendue 
aux épaules, ou enfin n'étant plus soutenue qu'au bras 
gauche. Le carquois, au lieu d'être fixé sur le dos, est 
porté au côté, et aflecte souvent la forme du corytus 
Scythe, qui conlientl'arc en même temps que les flèches'". 
L'altitude que l'art de cette période prête à Héraclès 
est encore conforme, dans quelques monuments, au 
motif de l'archaïsme ou le héros, les jambes largement 
écartées, tend d'une main son arc devant lui, de l'autre 
élève la massue", type qui, en Italie, est devenu très 
populaire et qu'on retrouve jusqu'à l'époque romaine. Au 
lieu de tenirson arc comme un symbole, il le manie aussi 
pour s'en servir, le bande ou tire une flèche : c'est le 
motif, en particulier, de diiïérentes monnaies '-. Plus 
souvent encore, le V siècle a représenté un Héraclès 
jeune, aux formes élégantes, debout et immol)ile, comme 
sur le beau vase où il apparaît, cou- 
ronné, au milieu des Argonautes, et 
où l'on a signalé l'inspiration de 
Polygnote" : quelquefois il est ac- 
coudé ou s'appuie sur sa massue 
posée à terre, dans un maintien tran- 
quille, la taille légèrement cambrée : 
c'est le motif précurseur de l'Hé- 




Fig. 3799. 
Héraclès jeune. 



raclés Farnèse". C'est également le 
V' siècle qui a imaginé l'Héraclès assis, fatigué et son- 
geur : type dont la statuaire n'offre pas encore d'exemple, 

I Gerhard, Auserl. Vasenb. cvxvi ; Mottwttenli, I, 3, 9; Beiindorf, Criech. u. 
SIC. Vas. XXIII, 4.-2 Jiril. .Vus. Calai. X, pi, xxxvii, 2, p. )G3 et 160. 

— 3JI)id. pi. xxis, 1-3. — i Biit. Mus. fiiiirfc, pi, xni, 16-17 {— Bril. Mut. Catal. 
Central Greece, pi. xi, ±, el Uuruy, Hist. des (irecs, 1, p, 518). — 5 Jbid. 
pi. XI, 41. — 6 Ibid. pi. XVI, 17; Gardner, Op. ci(. VI, 15 ; Num.Chron. 18S.Ï, 
pi. 1, 2. — 7 Bril. Mus. Guide, pi, xv, 5,-8 Jbid. pi. xvii, 93, — !' Cependant 
(pielques monnaies du v' siècle, de Tlièbes, de Cyzi<|ue, de Mùlaponle, le rcpré- 
scnlcnt encore complt-temcnt nn : Gardner, Op. cit. Il, 45-^7; IV, 19; A'um. 
citron. 1887, pi. m, lo; Lexikon, I, p. 2157. — 10 Sur une coupe de Brygos il a 
le costume complet de l'arclicr scytlie, Monumenti, IX, 46 ; une autre coupe, à Berlin, 
Furtw.icngler, Vasensammt. n"» 2203. — 1* Ânnati, 1830, tav. G ; Gerliard, Au- 
serl. Vas. cxxtv; Fellows, Lycîan coins, pi. vn, 5-6. — 12 Monnaies de Tlièbes : 
Jirit. Mus. Guide, xiii, 17; Catal, Vlll, pi, xn, 5; de Thasos, supra, fig. 3795; 
de Praesos en Crète, Brit. Mus. Cat., Crète, xvn, 5-7. — i:* Monumenti, XI, 
38-39. — IV Reliefs ; Zocga. Bassir. 103 ; Scboene, Gr. Bel. 1 1 2 (lig. 3703) ; Friedericlis. 
Wollers, Gipsabtj. n. 113t, el Lexikon, p. 2I5S ; monnaies d'Issos, Imboof-Blumer, 
iîonn. gr. pi. f, 21 ; de l'iiaestos, Brit. Mus. Calai. IX, pi. xiv, 15; XV. 1 cl S. 

— 15 Scarabée élrusque, Mieali, Storia, tav. UG, 5= Lexikon, p. 2IG0; mon- 
naies d'Abdère, Lexikon, p, 2161; de Cyzique, :V«m. Chron. I8S7, pi. m, 17. 

— Il"' îklonnaics de Crolone et d'Héraclée, V. Gardner, Types ofgreek coins, V. 20 ; 
Bril. Mus. Guide XXV, 10, 20. — 17 Pans, VII, il, 4. M. Furlwaenglcr con- 



mais qu'on trouve sur des gemmes et sur des monnaies '" 
un peu plus tard on l'y voit de même assis, non lassé, 
mais dispos, tenant dans sa main un rameau ou une 
coupe (lig. 3702, 3709) '\ 

Plusieurs des grands maîtres du même siècle ont en- 
trepris de rendre, en statuaire, le type d'Héraclès; on 
nous cite notamment deux statues d'Hagéladas : l'une, 
en bron/e, représentant Héraclès imberbe à yKgion'"; 
l'autre, un Héraclès Alexikakos, qui avait été consacré 
dans le Cynosarges d'Athènes". Myron avait exécuté, pour 
l'Héraion de Samos, trois statues colossales, réunies sur 
la môme base, un Zeus, une Athéna cl un Héraclès ". 
Cicéron mentionne, jiarmi les œuvres d'art volées par 
■Verres au Mamurtin Heius et transportées à Rome, un 
Héraclès de bronze qu'on disait être de Myron'". Enfin 
Pline nomme, parmi les œuvres du même sculpteur, un 
Hercule qui se trouvait auprès du Circus Maximus, dans 
le temple construit par Pompée''. Stephaniasoutenu, par 
des arguments assez plausibles, que ces deux dernières 
statues n'en font (ju'une ■-. Quant à celle de l'Héraion, 
elle en est manifestement distincte, puisque, enlevée par 
Antoine, elle avait été restituée à Samos par Auguste 
et que la seconde était à Rome du temps de Pline. L'an- 
tiquité avait donc au moins deux Héraclès de Myron -^ 

Il semble ressortir d'un texte de Cicéron, que Polyclète 
avait représenté un Héraclès luttant contre l'hydre-'. 
D'autre part I^line mentionne expressément, du même 
sculpteur, un Héraclès llagétèr-', « prenant ses armes », 
c'est-à-dire, selon toute apparence, portant son arme 
traditionnelle, la massue. M. Furtwaengler a signalé une 
gemme qui semble nous avoir conservé le mouvement de 
cette dernière œuvre '^ Le héros, jeune el imberbe, 
épaulant sa massue, s'y présente dans l'altitude du 
Doryphore. Nous citerons aussi une statuette de la liiblio- 
thèque nationale, de bon style hellénistique, où Héraclès 
tient les pommes des Hespérides, dans une pose visible- 
ment inspirée de la même œuvre de Polyclète -\ Enfin, 
et toujours d'après le même archéologue, une tête im- 
berbe d'Herculanum, ceinte d'un bandeau, et rappelant 
de très près celle du Doryphore, serait directement imi- 
tée de l'Héraclès cité par Pline -'. Il en existe un cer- 
tain nombre de répliques, toutes en buste". 

Rappelons enfin qu'une des plus admirables statues 
du fronton oriental du Parthénon a souvent été désignée 
comme un Héraclès : c'est la figure assise et accoudée 
de l'angle gauche. Mais cette dénomination ne s'appuie 
sur aucun indice probant^". 

jecture que cet Héraclès se trouve reproduit sur les monnaies impériales de Bura en 
Achaïc, Irnhoof-Blumer et Gardner, Num. comm. ta Pausan. pi. S. ui : le liéros 
lient do la main droite sa missue, pos'e sur l'épaule sur le bras gauche est 
jetée la peau de lion, — '8 Schol. ad Aristoph. Ban. 504. — '» SIrab. XIV, 1, Il ; 
on a pensé qu'il fallait reconnaître l'Héraclès de ce groupe sur des monnaies impé- 
riales de Samos ; CoUignon, Op. cil. p. 463, n. I , — 2" Jn Verr. IV, 3, 5. — 21 l'Iin. 
XXXIV, 57, — 22 Ausruh. J/er. p. 103 sq. — 23 M, Furtnaengler a pensé retrouver 
une réplique de Myron dans nn buste du musée Britannique. Meislerwerke, p. 354 
sqq. et fig. 47; Ane. Marbles, I, 12; .'ipecim. of anc. Sculpl. I, 9, 10 et une autre 
dans une statue colossale du palais Allemps, Matz cl Duhn, n" 123 ; Clarac, 801 
F, n. 1988 A, cf. 795 10S8; Petersen, Boem. Mitiheil. 1S89, p. 331 sqq, et 333, 
fig. 2 ; Furtwaengler, Meisterwerke, p. 391. — 2'. De oral. II, 16, 77, — 25 plin. 
XXXIV, 50 : hagelera : cette épilliéte ne fait pas allusion à une attitufic particulière, 
mais peut provenir de l'inscriplion dédicaloire ; Lexikon. I, p. 2157. li'aulres inlcr- 
préles, en poncluant difTéreinnicnt le texte de Pline, appliquent les mots hagelera 
arma sumenlem à une autre statue; Lexikon, I, p. 2946 A. — SC Cades, cl. HI A, 
110 = Furlwaengler, Meistenc. p. 450, fig. 70. — 2T Clarac, 788, 1974 = Babelon 
cl Blauehel, Catal. n' 549. — 28 Meisterw p. 428 sqq. cl fig. 65. L'Iiypallièse est 
lie B. Gracf, Boem. Milth. 1889, p. 202 sqq. 215 ; cf. P. Paris, Polyclète, p. 47. 
— 29 La lislc do ces répliques est donnée dans Meisterw. p. 429, n. 1 . — 30 Meis- 
terw. p. 218 sq. D'autre part, M. Furlwaenglcr veut rendre à Pliidias ou ii son in- 



iii;it 



— \2\ 



IIKII 



II- Mi'tii\ — l»f plii-i l'ii iilu--, il iiicsuri' t|u'iiii ii\;iiii-T 
(luii> riiisl4)iri' lit» l'iirl ^n'c, il si'iiililc (|u'lli'rui'li''s ilc- 
vitMiiic un iiKilildc prt'diloclioi). Ou eu Iroiivusurlos vastes 
|ii'inl.s, suc les monnaies, en stuluain', des rcpri^sonla- 
liiin-i |>n'M|ur iiiniiniliralili's jusi|u'i\ la lu'i'inilc i-oiuainc, 
où, du rosit", uiio (|uai)lité d'(i<uvrfss(Uil ciTlaincnient des 
rcpi'iidui'lions ou iinilalions d'orif^inaux plus ainML-ns. 

Nous aviiiis VU, au ^ii'ili' pi-i'cctlrnl, le lypc d'Iléracli's 
fouslilui' dans ses euriii'l(>i'os essentiels et avec la plupart 
di' ses attriliiils. Nous n'avons plus ii noter (|ue i|uel(|ues 
particularités secondaires. (Iimiuieà l'épociue antérieure, 
le lyjie jeune et iinlierix) s'est perpétué l'oncurreinuienl 
avec le type harlui. La peau de lion n'est plus guère qu'un 
accessoiri' : elle Hotte sur li^ bras gauclie ou est posée à 
coté du héros, ([ui d'ordinaire est couiplètemcnl nu : 
seules, les tètes du lu-ros sur les monnaies restent géné- 
ralement recouvertes du iniide de l'animal, emblème qui 
permellail de le désigner aisément". L'armement se sim- 
lililie aussi : l'éjjée a disparu, l'arc et le carquois devien- 
nent rares; la massue est restée l'arme caracléristique '. 

On peut citer, tout à la lin du V siècle ou au début 
du IV, un groupe d'AIhéna et d'Héraclès, œuvre d'Mca- 
mène, consacré dans l'Iléracleion de Thèbes par Thra- 
sybule après son retour ;\ .Xthènes'. Pausanias signale, 
au gymnase de Sicyone, un Héraclès en marbre de 
Scopas". Faul-il le reconnaître, avec .M. rurtvvaengler, 
dans la belle statue de la collection Lansdowne ■'"? L'at- 
liliule est, dans l'ensemble, assez voisine d«^ celle que 
Pulyclète donne à ses allilèles '', mais la lèle rappelle 
(lasse/, près celle de l'Hermès de Praxitèle. 

A Praxitèle même on altribuait la décoration sculptu- 
rale de riléracléion de Thèbes, qui avait pour sujet les 
ilou/.c travaux " ; mais aucun témoignage ancien ne cite 
de ce maître une statue isolée du héros. C'est néanmoins 
à lui que l'on a pensé pouvoir rattacher un motif qui 
paraît remonter au iv' siècle, celui d'un Héraclès qui 
se trouve à la villa .^Ibani'. Du bras gauche il soutient 
la massue, tandis que la main droite élève une coupe, 
l'ne statue du musée Chiaramonli^ reproduit le même 
mouvement; mais cette fois la massue est posée à terre 
et maintenue par la main droite, tandis que sur le bras 
gauche est assis le petit Télèphe (Voy. p. 103, Og. 3775) 

Le sujet d'Héraclès est un de ceux auxquels s'est 
complu le talent de Lysippe. Outre l'Épitrapézios, 
[sect. VII], outre les douze travaux que I^ysippe avait 
exécutés pour la ville d'Alyzia en Acarnanie '", les an- 
ciens citent de lui plusieurs statues du héros : un 
Héraclès de bronze qui était consacré dans Fagora de 
Sicyone", un autre dépouillé de ses armes par les 

tliience imraèdiale un aulre Héi-aclès, du palais Borghèse, ibid. p. 517 : Matz et 
Dulin, 9U : Winckeimann. AJonum. ined. 73. — * M. Furtwaeugicr ne signale que 
peu d'exceptions à cette règle générale : quelques monnaies de cuivre de Xaples, 
des monnaies d'argent de Crolone, Bril. Mus. Catal. It'iiij, p. 35j, où M. HeaJ, 
Hist. num. p. S3, voit un dieu pluvial : des monnaies d'argent roniann-campaniennes 
du même siècle, Babelon. Moun. de la rèp. I, p. 13: Brit, Mus. Guide, pi. xxxnt, 
o. — 2 Au IV' siècle se perpétue encore, sur des vases, monnaies, miroirs 
étrusques, le type de l'Héraclès debout et trantpiille, tenant la massue .ippuyé à terre, 
ayant l'arc dans la main gauche : Arch. /^>nt. 1847, pi. 3 ; Monumenti, X, 27; 
IX, 58, 59 ; Urit. Mus Cal. X. pi. ix, îi ; Gerhard, /ilr. Spiegel. 141, 150, etc. 

— 3 Paus, IX, 11, <î. — 1 Ibid. Il, fo, 1. - S Specim. of anc. sculpl. I, 40; 
Uarac, 788, n. 1973; Michaelis, Anc. sculpl. in Gr. ilritain, p. 451-61 ; Meisler- 
icerke. p, olG, fig, 92. Cf. une statue du Louvre, reproduite dans les lioen. 
Miltheil. 1889, p. 193 (Graef) et la tète, Ihid. pi. vui-ix; Meisterœ. p. 521, n. 1. 

— ^ MeiMerw. p. olS. — 7 Paus. IX, 11, 7 : il est question des fi-ontons. mais 
on s'est demandé s'il ne s'agissait pas des métopes; on a pensé aussi que l'artiste 
pouvait être Praxitèle l'Ancien, Ovcrbeck, Oi-ivcli. PUist. I (3* éd.) p. 380. 

— » Clarac, pi. SOI 1!. i007 A; llelbig, Fillirti; n. 833; Meisterw. p. 574, fig. 108. 



^'i 




Fig. 3800. 
Héraclès de fil; cou. 



Amours ', un llirucli-.-, culo.s.-ial de bion/e, erigc à lii- 
reiile, d'où il pii.siii à Itonie, puiH à Coiibtunlinople : le 
héros était représenté IriHlo ol Taligué, assis sur une 
corbiMlle renversée, recouverte de la peau dit lion'\ On 
n'est autorisé i\ retrouver aucune de ces ii'uvres dans les 
statues qui nous sont parvenues. 
Ln revanche, c'est l'opinion gi!'né- 
rale que l'on doit il Lysippe le 
typiî célèbre, déjti ébauchi' au 
siècle précédent, de l'iji-racles 
debout, dans l'attitude de la fa- 
tigue, et appuyé sur sa mas- 
sue, qui s'engage sous l'aisselle 
gauche, tandis que lu main droite 
est rejelée sur le dos''". L'Héra- 
clès Farnèse, à Naples ( lig. 3800), 
qui est la statue la plus connue 
de ce type, porte la signature de 
(Jlycon; mais l'attribution de ce 
motif à Lysippe se fonde sur 
l'inscription d'une réplique qui 
se trouve au palais I^itti, à Flo- 
rence". C'est une question très 
controversée cependant, de savoir dans quelle mesure 
ces répliques reproduisent l'original. H semble diflicile 
d'attribuer à l'auteur de VApoxyoménos une œuvre d'une 
inspiration aussi réaliste; tout au moins le copiste en 
a-l-il di'i alourdir et matérialiser l'etVet. Aussi se pourrait- 
il que d'autres exemplaires, qui 
reproduisent le môme motif avec 
des variantes, nous rendissent 
plus exactement, sinon l'atti- 
tude, du moins le sentiment et 
le style de l'original : ainsi une 
belle statuette en bronze du 
Louvre, qui provient de Pho- 
cide "'. Il y faut noter spéciale- 
ment le caractère de la tète qui 
se retrouve dans de nombreuses 
statues postérieures et paraît 
remonter précisément à cette 
seconde moitié du iv° siècle. 
A défaut de données précises, on 
a cru reconnaître, d'après le 
style ou l'attitude, la manière de 
Lysippe dans différents bronzes 
qui paraissent bien dater de la 
fin du IV' siècle : ils représentent le héros debout, dans 
une attitude alerte''. Un bronze remarquable, qui pro- 

— 9 Helbig, Fahrer. n. 114; Meisterw. p. 573, Og. 109 et 110. — lO Strab. X, 
p. 439. — 11 Paus. Il, 9, 8. — 12 Anthol. Pal. II, 255, 4 ; cf. Il, 309, 32. — " Voy. 
les textes dans Overbeck, Ant. Sc/iriflquellen, 146S-1 'i72 ; cf. Stephani, Jnsni'i- 
Berakl. p. 13', et suiv. : sur les reproduclions très douteuses de ce type, Ltxikon, 
I, p. 2174-3. — !•• Voy. la bibliographie dans Friedcrichs-Wolters, Gipsabij. n. 1205. 

— là Diitsclike, Ânt. Itddw. in Oberital. II, 36 ; Bennes, XXII, 153 ; Loewy, Inschi: 
f/r. Bildh. n. 50G. Pour les autres répliques, voy. Stepbani, op. cil. p. 101 sqq. 
Cr. encore les tètes publiées dans les Monumenli. VIII. 34, 1 et la, et dans MiiUer- 
Wiescler, Denkm. d. ait. Kunst, I, 153 ; le bronze reproduit dans la Ga:. arclt. 
1875, pi. xxxvc. Une monnaie quia peut-être été trouvée à Sicyone et qui présente 
précisément ce motif (iVum. chron. 1883, pi. l, 5) fait croire à M. Furtvvaengler que 
l'Héraclès Farnèse nous rend la statue qui ornait, d'après Pausanias, l'agora de 
Sicyone; Lexikon, I, p, 2174. — 1« Marllia. Monuments grecs, 1880, pi. i. Ce motif 
est encore esquissé sur les murs d'une forteresse dépendant d'Alyzia, Heuzey, Le 
mont Olympe, p. 413, pi. xi. M. Furtvvaengler cite encore une variante dans un 
bronze de la villa Albani, ibid. p. 2173. — 17 D'après Kurtwaengler, dans les 
œuvres suivantes : Clarac, 783, 1906; 788, 1975; 798, 2008; 802 E, 1909 li : quand 
la main lient les pommes, c'est une addition du copiste romain. 

10 




Fig. 3801. 
Héraclès en marche. 



IIER 



122 



IIER 



vionl de Macédoine el se trouve à Conslanlinople, 
offre une variante : le héros marche à grande enjambées 
(fig. :i801), la massue épaulée de 
la main droite; la tôte est ceinte 
d'une couriinnc do vainriiipur '. 

11 es( probable que le w siècle 
a imaginé également les Héraclès 
en forme d"hermès, ces licinifraclar 
[iiiiiiMAïC! que signale Cicéron à 
Athènes' et qu'on exposait dans les 
palestres et gymnastes. On en pos- 
sède à Sparte un bel exemplaire en 
marbre rouge (lig. :W0-2), qui parait 
dater des environs de l'année 'MO'. 
Sur les monnaies du iv° siècle, 
nous avons eu l'occasion do noter 
quel(]ues-unes des représentations 
complèles du héros en dilTérentes 
attitudes. Les tètes d'Héraclès y 
sont fort nombreuses aussi, assez 
rarement barbues', beaucoup plus 
souvent imberbes =. Nous mention- 
nerons, entre de nombreux exemplaires, celles de 
Philippe II de Macédoine" (lig. 3803, 3804). On sait 
qu'Alexandre a choisi ce dernier 
type comme emblème sur le re- 
vers de sa monnaie d'or el d'ar- 
gent : on en a vu reproduits 
plusieurs spécimens à l'article 
dr.\cuma' (fig. 2300-2566). On a cru 
que ces lètes d'Héraclès nous représentaient les traits 




Fig. 380i. 
Hrrculo en terme. 




Fig. 3803. 



mèuies du monarque 



L'st une opinion contestable. 




Fig. 3tlU4. 



attendu qu'elles perpétuent, avec un 
caractère un peu plus accentué, le type 
qu'on trouve à la période précédente '. 
Ce même type est ensuite reproduit 
à profusion, quelquefois avec de lé- 
gères variantes, dans la numismatique des successeurs 
immédiats d'Alexandre, des Épigones et de nombreux 
l';tats grecs, à la fin du iv' siècle et aux siècles suivants '". 
Il faut rappeler encore que c'est du iv' siècle surtout" 
que datent les peintures de vases représentant les 
travestissements du héros, sa caricature, ses aventures 
bouffonnes, surtout sa gloutonnerie et sa lubricité, 
sujets inspirés en grande partie, semble-t-il, par des 
scènes de théâtre, comédies, drames salyriques, phlya- 
ques, et qui attestent la popularité dont il jouit, notam- 
ment dans l'Italie méridionale '-. 

Période hellénistique et romaine. — L'immense majo- 
rité des représentations qui nous sont parvenues d'Hé- 

1 Monumenti, X, 38, et KliigmauD, Annaii, 1877, p. âOQ et suiv. : Rciuacli, Catal. 
tlu Musée de Conslanlinople, n» 5'.'G ; Bull, de corr. hell. 188 i, pi. xii, p. 3 li et suiv. 
(Meuzey). M. Ileuzey voit dans ce bronze une œuvre macédonienne, postérieure à Ly- 
sippe, M. Furt>vaeugler le place immûdiatcmcnt avant et cite, comme semblable, l'Hé- 
raclès publié dAns]Q lîulletl.detlacomm.municip. dilioma, 1880, pi. ix el x. — 2Cic. 
ad AU. 1, 10. — 3 Reproduit dans le Lexikon. 1, p. 2170; cl. p. 2176. — » Bril.Mus. 
Guide, XX, 36 (Cosl ; XX, 3;i (I.ycic) ; XXU, 13 (Amynlas, 111), etc. — = Bril. .^fus. 
Cal. Central Grcece, XV, 10 (oboles de Tlièbes) ; Head, Jlist. nuni. p. 54 (diobolcs 
de Tarente) ; Lexikon, 1, p. 2165 (Métaponlo) : Duruy, Hist, des Grecs, III, p. 178 
(Pliilippes), etc. —<• Duruy, ibid. III, p. 146, n" 2-4; p. 153 et 130. — 7 Mûller, 
Aumism. d'Alexandre le Grand, Copenhague, 1833, Atlas, pl. i-ii. — 8 Imboof- 
niumer. Porirûtkôpfe auf ant. Milnzen, p. 14; Fmerson, .iwtfîr. Journ. of Arch. 
111, p. 245 ot suiv. — S Lexikon, I, p. 2108. — 10 Duruy, Uisl. des Grecs. III, p. 332 
et 360, I el 2 (Cassaudre), p. 361 , 1 (Anligone). p. 393 (Sclcucus) ; /Iril. Mus. Guide, 
XXVII, 10; XXX, 9 (Philippe III Aridéc); XXX, 10, 11 ; XXXI. Iil4 (Polvsper- 
chon et Anligone) ; XXXI, 1--14 (Polysperchon el Anligone) ; XXXI, l.S (Lysimaque) ; 
XXIX, 30 (lléracléedu I'ont)cl32 (Cos) ; XXXIII, 13 (Tarente; ; XXXV, 36 (Cartbage); 




Fig. 3803. 



Hercule romain. 



raclés, en statuaire, est de la période hellénistique ou 
romaine : c'est par conjecture tju'on a pu voir, dans 
quelques-unes de ces œu- 
vres, des répliques plus ou 
moins fidèles de l'art grec 
classique. Celle dernière 
période a conservé, parmi 
les anciens insignes, la 
massue et la peau, celle-ci 
n'étant plus ((u'un acces- 
soire (fig. 3803)"; elle 
ajoute aussi fréquemment, 
dans les mains du héros, 
les pommes des Hcspé- 
rides, la couronne, la coupe 
à boire , quelquefois la 
corne d'abondance. C'est 
dans ralliliide debout et 
tranquille (juil apparaît le 
plus souvent. 11 épaule sa 
massue de la main droite 
ou de la main gauche"; 
d'autres fois, la massue est appuyée à terre et il y pose la 
main droite, tandis que la gauche lient les pommes, comme 
dans la slalue colossale 
de bronze doré (fig. 3806) 
trouvée à Rome au champ 
de Flore '■■. Souvent aussi 
la main gaticlie est posée 
sur la lumclie, tenant la 
massue levée, et la droite 
est tondue ouverte, en si- 
gne d'accueil'", ou bien elle 
présente quelque attribut, 
une coupe ou une cou- 
ronne : c'est le type de quel- 
ques monnaies d'Asie ''. 

L'Héraclès au repos el 
assis se trouve aussi quel- 
quefois, comme dans le cé- 
lèbre torse du Belvédère 
[sect. VI] et sur quelques 
monnaies ". Enfin nous 
avons dit que le motif de 
l'Héraclès biba.v ou ivre 

est un motif fréquent à i,... ,5..^. - ii,:É,.i„ ,„,.. 

l'époque romaine ". 

Vlll. Culte d'Héraclès. — On trouvera citées, à l'ar- 
ticle iiERAKLEiA, les différentes villes où l'on célébrait, en 
l'honneur d'Héraclès, des fêtes et des jeux. Sans nous 

4ET0I.ICIM FOF.D0S, fig. 167, clc. Cf. Lexikou, p. 2177. Depuis le m' siècle cependant 
le type barbu reparaît et sous l'Empire obtient décidément la prL*fér'?nce : voy. les 
exemples cilés, liirf. p. 2178. — " C'est déjà au V siècle que M. Furtwaengler attribue 
deux vases alliques, l'un que nous avons précédemment mentionné. Monumenis grecs, 
1876, pi. ni, cl une belle amphore à volutes de Naples,.\/o;l«men/i, 111, 31 = Wiener 
Vorlegebl. sér. E, "-S; cf. /.TiAon, I, p. 2191, — 12 Voy. le catalogue de Heydc- 
manil, Jahrbucli, 1880, p. 267 et suiv. (par exemple Duruy, op. cit. p. 307 el 318). 
Cf. encore Heydemann, /" Hall. Winckelm. Progr. 1882, pi. m, p. 21 sq.; Sle- 
phaiii, Comple rendu, 1809, p. 146 (terre cuite). — '3 Bronze de la Biblioth. natio- 
nale, Babelon et lilancllet, Catal. R. 519. Ouelques exceptions : Clarac, 790 B, 
1984 et 1984 A ; 802 D, 1904 C; 804 "A, 1996 A. — 1' Annali, 1863, lav. D, p. 158. 
- 15 Monumenti, VIII, 50; .4«na(i, 1868, p. 195 et suiv.: Duruy, Ilist. des Rom. 
VI, p. 533; Lexikon, p. 2179; cf. Clarac, 790, 1970; 792, 1983. — IC Clarac, 802 C, 
I984C; V. Sacken, Die ant. Bronzen in Wien, XXV, 1 ; XXXVIII, 13: XXXIX, 4; 
XLI, I. — " P. Gardner, Types of gr. coins, XIV. iC i-t 22 ; cf. Clarac, 786, 1997 ; 
S77. 1969, clc. — 18 Voy. les références dans le Lexikon, I, p. 2182; Chirac, 802 D, 
1989 A. — 19 Clarac, 790 B, 1987 ; 801, 2011 et 2012. 




lIKIt 



— 12:1 



Uhlt 



iistrolndro i\ donni'i- ici lu listo ciiiniiliHe do loutoH volltts 
ou iiotii >.iMiii'> iid'il rttiil I iilijt'l (l'un rilltr |>ul>lie, ou 
<|ui lonl pris pout- luiililùinu sur Itmrs uiunuuius, nous 
devons c|Ui-li|U)>s indii'iitions rapides A ei» sujet. Ilériielès 
esl le henis dont le eulle, sans doute dorien l\ l'oriKiue, 
a oie U> plus ^énérulouiont répandu dans lout(<s les par- 
ties du niondi> ((rec. Tiuit nalnrellenienl c'est auprès du 
tlieAtre uu^nie de ses exploits (jue son souvouir ost resté 
le plus vivant, par la raison toute simple (|u'en thési- 
générale ses aventures sont imaginées par les popula- 
tions i)ui haliitenl les régions où ollos s'accomplissent, 
l't qu'elles y presupjxiseul son culte. 

Par une auomali(> i|ui pourra semltler lii/arre, ii Argos 
même, dont les environs sont remplis de sa trace, nous 
ne suclions pas qu'il ail eu ilaus la relij;ion ofllcielle la 
même place tiue dans la légende, soil (|ue liera lui ait 
l'ait tort, soit que le hasard nous ail privés de rensei- 
j;nements sur ce point : ce n'est qu'à l'époiiue romaine 
que le motii' d'Héraclès apparaît sur les monnaies de 
celle ville '. Nous ne connaissons d'Hérficleion qu'à 
l'I^ine' et à Cléones, où sont aussi les tombeaux des 
Adorions^. A Sicyone, il a un sanctuaire; son culte y 
élail ancien ; Fhaeslos, venu de Crète, engagea les ha- 
liitanls à lui rendre les honneurs divins, mais il y était 
déjà honoré comme héros : à l'agora se dressait sa 
statue, œuvre de Scopas '. En Arcadie, il est un héros 
national'', son empreinte esl marquée, pour ainsi dire, 
sur tous les points de cette région. Slymphale avait per- 
pétué, sur ses monnaies, le souvenir de la chasse livrée 
juir lui aux oiseaux monstrueux dont il avait débarrassé 
le pays''. Il y a un lléracleion à Manlinée ^. Les Méga- 
lopolitains consacrèrent à Héraclès et à Hermès un 
temple commun ' et des thermes voisins, au lieu dit 
lleruiaion'; les Tégéates les adorent avec Poséidon'". 
A Psophis, son image figure aussi sur des monnaies". 
En Laconie, il faut signaler tout d'abord le sanctuaire du 
héros à Sparte'- et une ancienne idole, près du tombeau 
des Agiades, devant laquelle venaient sacrifier les Ssac.- 
pîîç 'j/^es exploits étaient représentés dans le temple 
d'Alhéna Chalciœcos'* et décoraient le trône d'Aniy- 
clées '^. Sur la frontière de l'ArgoIide, on voyait, non 
loin du sanctuaire de Zeus Scolitas, sa statue et un 
trophée qu'il avait dressé après sa victoire sur les 
Ilippocrontides "'. .\ Gythion, sa statue était consacrée 
sur l'agora, et la ville l'adorait comme oixiti-r,; en même 
temps qu'Apollon''; il figure quelquefois sur les mon- 
naies de l'époque impériale '^ La Messénie, comme 
l'ArgoIide et laLacouie, rattachait l'origine de sa maison 
royale à un Héraclide ". Pausanias y signale un très 

* Head, Hist. tium. p. 368. De même à Hcrniioiic cl à Trézc-ne. par exemple, 
où sont localisés difterenls épisodes dont nons avons parlé : Paus. II, 35, 10; 31, 
2 et 10; 3i, 4; cf. Wide, De sacfis Troezeniorum, Hermionensium^ Epidau- 
riorum, Upsal, 1SS8. — 2 Xen. iielL V. 1, 10; Bursian. Geogr. GriechenL II, 
p. 85. — 3 Diod. IV. 33 ; Paus. II, 15. 1 : monnaies avec léle d'Héraclôs barbu 
ilu v siècle : Head, Op. cil. p. 369. — ' Paus. II, 10, I ; Irahoof-Blumer et 
P. Gardner, N'imt. comment, p. 30. pi. vu — '■* Bérard, Orif/. des cultes arcad. 
p. 274 et suiv.; Immcrwahr, Die Kulte und Ali/then Arkadietts, p. 264 sqq. : cf. 
Uiod. IV, 36. — 6 Voy. p. 90, note 15. — T Tliuc. V, 64. — 8 Paus. VIII, 3i, 
3. — Ibid. VIII, 35, 2. Un autre temple d"Héraclès est nicnlionné dans Xeu. 
Ilell. VII, 1, 31. — 10 Le Bas et Foucarl, Inscr. du Pclop. 835 a. — » Head, 
l). t. p. 379. — 'î Paus. III, 13, 3 : c'est là qu'était la statue d'Héraclès CnXiw^vy'.^ 
[sect. Vr. Cf. Wide, Lakfm. Kulte, p. 298 et s. Sur l'association de Ménélas, 
Hélène et Héraclès, Ibid. p. 346. — 13 Paus. III, 4, 6. — IV Paus. III, 17, 3 sqq. 

— lii Paus. m, 18, iO sqq. — 10 Paus. III, 10, 6. — 17 paus. III, 21, 8. 

— 18 youivl. nf hell. stud. VII, 64; Uril. Mus. Cal. Lakonia, Gjthcium. n" 9. 

— "Piellcr, Griech. Mytii. Il, p. 282. — 20 IV, 30, 1 ; cf. IV, 8, î. — 21 Ibid. IV, 
26, 3, et 32, 1. — 22 sirab. VIII, 348. — 23 Paus. VI, 21, 3. Strabon, VIII, 350, 



ancien culte d'll(^raclèH qui avait un ^.inrluuire illustre 
dans la lorloresse dira'", el ce inènio culte s'est perpi.- 
lue il Mossèno A l'époque historique ". Sur Ioh frunlièros 
de la Messénie, en Triphylie, lléraclùs avail un sanc- 
luuiri^ près de Macistos'-'. A Olyinpie, il a un rôle impor- 
lanl dans la légende sur la fondation des jeux el son 
souvenir continue d'y être honoré ,si;cl. VI]. Pausanias 
mentionne encore un sanctuaire qui lui élail autrefois 
consacré dans la Pisatide -'. V.n Achaïe, près de Hura, il 
préside à un oracle, (jue l'on consulte par l'astragalo- 
mancie ^\ et on a supposé que l'Héraclès rpii ligure sur 
des monnaies de la ville est la copie de la statue qui so 
trouvait dans la caverne prophétique". 

A Thèbes, Héraclès est l'objet d'un des cultes les plus 
importants qu'il re(;i"it en (irèce, comme l'attestent les 
divers édifices auxquels son nom et les souvenirs de sa 
légende sont attachés [sect. II et passim], les fêles qui 
le t;élèbrenl [iiEUAKi.iiiAJ, ainsi que les nombreuses mon- 
naies, d'époques et de motifs diirérenls, qui reprodui- 
sent son image-'''. La Béolie accepta ce culte", qui lui 
venait sans doute de Thèbes-", el dont nous trouvons la 
trace en de nombreuses villes, à Orchomène, où il y a 
un lléracleion^', à Thisbé el à Tipha'", à Thcspies, où 
la légende des Thespiades indique qu'il est considéré 
comme l'ancêtre des plus anciennes familles^', à Coro- 
née'^ à Acraephiae'^, à Hyetlos, où on l'adora comme 
guérisseur''', à Oropos ", puis en Mégaride, à /Kgoslhè- 
nes, qui a également son lléracleion '*, à Pagac, où nous 
connaissons l'existence d'un collège d'Héracléistes^''. 

En Attique, ce même culte n'est pas indigène. Il y fut 
introduit sans doute par la Tétrapole : nous savons en 
effet qu'il existait fort anciennement à Marathon '', el 
c'est dans cette même région que les Héraclides, d'après 
la tradition qui a prévalu, reçurent accueil et protection 
de la part des Athéniens''. A Athènes, il s'acclimata 
rapidement, probablement dans le cours du \V siècle, et 
par l'influence des Pisistratides, comme en témoignent 
les nombreux vases peints de cette époque qui mettent 
le héros en rapports constants avec Athéna [sect. V] '". 
L'amitié qui l'unit à Thésée devient un des lieux com- 
muns de la tragédie et des orateurs. La découverte, à 
l'Acropole, des frontons en tuf dont les motifs sont em- 
pruntés à sa légende, parait indiquer l'existence d'un 
temple qui lui était dédié. On a aussi plusieurs fois ex- 
primé l'hypothèse que le temple communément appelé 
Théseion était en réalité consacré à Héraclès". Au Cy- 
nosarges, le héros est honoré d'un culte officiel [sect. VI], 
et sur différents points de l'Attique nous connaissons 
l'existence de sanctuaires qui lui sont affectés'^. 

mentionne aussi une vUlc d'IIéracléc en Pisatide ; cf. Paus. VI, 22, 7. En face do 
l'Élide, à Céphallénie, peut-ôlre la vallée de Racii conserve-t-elle le souvenir d'uue 
ville d'Héracleia ou d'un Héracleion, Bursian. Geogr. Griech. Il, p. 372. — 2* Paus. 
VII, 25, 10. — 2a Head. Hist. num. p. 348; Imlioof-BIumer et P. Gardner, Num. 
Comm. p. 89. — 26/é,'d. p. 296 et suiv. — 2; Plut. Amat. IX, 20. — 2j Ed. Meyer. 
GescA. d. Alterth. p. 255. — 29 Paus. IX, 38, 5 ; Bull, de corr. hell. 1895, p. 154 
sqq. _ 30 Paus. IX, 32, 2 et 3. — 31 Jbid. IX, 27, 6 ; Corp. inscr. gr. sept. 
1739. — 32 Ibid. 2874. — 33 Ibid. 2712. — i' Paus. IX, 24. 3. — 3i Ibid. I, 
34, 2. — 3G Corp. inscr. gr. sept. 213. — 37 Ibid. 192. — 38 Herod. VI, 108, 
116; Paus. I, 15, 4; 32, 4. — 33 PrcIIer, Op. cit. II, p. 280 et 281, n. 1. 
— VO La même association d'Atliéna et d'Héraclès se trouve dans un bas-relief qui 
surmonte un décrel. Le Bas, Voy. arch. éd. Reinacli, pi. xx.wn, I. - — 41 VVaclis- 
muth. Die Stadt Athen, I, p. 357-36,5 ; Cnrtius. Stadlgescliichte. p. 121-123 (cf. 
XLVlll-IL) : le Tbéseion serait le sanctuaire d'Héraclès alexicacos à Mélité. — »2 Detl- 
mer, De Hercule attieo, Bonn, 1869 ; Corp. inscr. ait. IV, S, 1099 A (Spala) ; Paus. 
1,31, 6 (Acharnes); Diog. Laert. III, 41 (Héphaestia) ; Plut. Themist. 13 (sur la 
côte), etc. Cf. 0. Millier. Dorier, 1, p. 441-2. Une tr,-idilioa curieuse, c'est que 
Thésée aurait consacré à Héraclès tous les sanctuaires, à l'exception de quatre, où 



Il Kit 



— 124 



iiKi; 



Nous avons exposé les légendes qui ont pmir siège la 
région voisine de l'Œla, <'l allcstenl la haiilc anlii|uilé 
du culle d'Héraclès dans ces parages. La ville de Trachis 
fui appelée, en mémoire du héros, lléraclée Trachinia' ; 
clic inscrit son nom en légende sur ses monnaies -. 
Celles des Ul-Uéens porleni aussi son image'. Les .Meu- 
ades de Larissa prétendaient descendre de Thessalos, 
qui est un lléraclide \ et qui fut l'éponyme de la Thes- 
salie'. En Locride, Héraclès avait aussi un culte très 
ancien'; on le retrouve en Phocide ", et à Delphes il a 
sa statue sous le nom de i:-Y|Àa!TT,;". Le port d'Alyzia, 
en Acarnanie, est appelé de son nom^ et l'on y cite une 
autre ville d'iléraclée '". lui Macédoine, il est probable 
que le culte dlléraclès est d'origine relativement ré- 
cente ", et que la dynastie royale d'.Egae et de Pella ne 
s'est forgée une généalogie liéracléenne que du jour où 
elle a prétendu entrer dans le concert hellénique : l'im- 
portance que Philippe et Alexandre ont attachée à cette 
descendance se trahit dans l'hahitude qu'ils ont prise de 
faire figurer la tète d'Héraclès sur leurs monnaies'-. 
Quant aux souvenirs de la légimdo liéracléenne qu'on 
rencontre sur différents points de la côte thrace, ce 
sont évidemment des importations de la colonisation 
hellénique'^. 

Thasos est le siège d'un important culte d'Héraclès, 
dont il a été question plus haut''. Ce culte existe aussi 
dans plusieurs des Cyclades, indépendamment de celui 
qui l'associe à Hermès : ainsi à Myconos'', à Délos"', à 
Ténos 's à Paros'". Mais c'est surtout le long du littoral 
de r.'Vsic Mineure que nous le trouvons répandu : un très 
grand nombre de villes ont fondé des jeux en son hon- 
neur". A Héraclée du Pont, colonie de Béotiens et de 
Mégariens, s'est élaborée une partie de sa légende -". 
A Cos, où les traditions doriennes font parvenir le hé- 
ros-', il a laissé un souvenir très vivant : une antique 
famille y portait le nom d'Héraclides; dans l'île, il est 
adoré sous le nom d' AXôçiç '-; les monnaies portent 
son effigie"; le culte qu'on lui rend-' s'y distingue 
par une parlicularilé dont on n"a pas l'explication : 
les prêtres, à l'imitation d'Héraclès lui-même, y revê- 
taient des habits de femme-''. A Rhodes, le culte du 
héros est introduit par Tlépolémos son fils-'*; on le cons- 
tate notamment à Lindos -". La dynastie royale de Sar- 
des prétendait descendre d'Héraclès -*'. Kn Crète, plu- 

il ilail lui-inOme l'objet d'un cullc : Plut. Thés. 35 ; Eurii). Hère. fur. 1333. Rap- 
pelons encore que le plus ancien Ltiiasc connu en ,\Uiquc était con?.icr(î à H<^ra- 
clès, I>ae. IX. 30. C'est ici l'occasion de mentionner un curieux bas-relief d'Athènes 
qui représente pcul-Otre un banquet d'initii'-s à un Ibiase d'Héraclès; Oumout, Mé- 
langes iTarchéol. p. lli cl suiv. ; l'onze, Areli. Zeit. 1871, pi. i.xix. — ' TImc. 
III, Vi : IV, 78 ; V, Si: .Xcn. Hell. I, 2, 18 ; VI, 4, 27 ; Diod. XV, 37 ; XII, 30, clc. 

— 2 llc.id, Hisl. imm. p. 2'rl2. — 3 JIM. p. 257; cf. Bull, de corr. Iiell. 1881. 
p. 141 sqq.; Slrab. Xlll. C13. — '• llead, iW<(. p. 253. — !i Preller, Gr. Myih. Il, 
p. 279 et n. 1. Dédicace d'un «oivV/ de Larissa à Héraclès, Dull. de corr. hell. 1886, 
p. 43S sqq. — r. Diod. IV, 39. — 7 Plut. De Pyth. or. 20 ; Macrob. Sal. I, 2. 

— » Paus. X, 32, 5. — a Strnh. X, 459. — 10 Slepb. By/.. s. v. ; Liv. XXXVIH, 
1 ; Plin. IV, 1 ; Bursian, Geof/r. Gricch. I, p. 111. — 1' Wilamowilz, Eurip. fier. 
I, p. 273. — 1* Dédicaces à Héraclès ft£%; ;t*ïi<rTi; en Macédoine, Heuzey, Mission 
de Macéd. n" 133, 141 ; cf. Annali.' 1877, p. 290 sqq. (Klii^rnann). Association de 
compagnons d^f/rraclrs à Tliessaloniquc, Bull, de corr. hell. 1884, p. 463. 

— l-i WilarnowiU, 0. l. p. 271, n. 15. — li Supra, p. 124. Ajouter aux références 
PoI},ien. I, 45, 4. — IS llull. de corr. hell. 1892, p. 497 sq. — 16 Ibid. 1883. p. 331 
cl 333; 18S4, p. lll;Corp. inscr. gr. 1270: sanctuaire d*Hcr,aclès distinct de celui 
des llcracléisles lyriens. — 17 Slrab. XIV. 637. — 18 Corp. inscr. gr. 235S. 

— ly HRnAKi.KiA, n. 1 1-16. — 20 Wilamowil/, Op. cit. I, p. 280. Héraclès personnilic 
la ville irllénclée sur le bas-relief qui couronne le décret tic provénie de Solinios. 
Scliœne, Griech. Bel. IX, 52; Le Bas-Rcinacb, Voy. Arch. pi. .36, H. —21 Preller^ 
Griech. Mijth. 11, p. 236 cl 279 ; /(. H. 676 sqq. — 22 Arislid. Herc. 60. — 23 Head! 
Bist. num. p. 535 sq. — 21 umiAhuiA, n. 18-20. — 2o l'iul. Qimest. rom. 58; Seliol. 
Theocr. Vil, 130; 0. Miillcr, Uorier, I, p. 452; Wclcker, Griech. Goellerl. 11. 



sieurs indices nous révèlent l'ancienneté de son culte ". 
A l'Occident, il fut importé par les colons grecs en Sicile 
cl dans la (Irande-Grèce, ([ui sont peupli'cs de ses lé- 
gendes et où nombre de villes, Camarina, lléraclée Minoa, 
Himéra, lléraclée de Lucanie, Mélaponte, Crotone, Sy- 
baris, Tarentc, le font fréquemment figurer sur leurs 
monnaies"". Knfin tout le monde ancien, depuis l'Egypte 
jusqu'au détroit de Gadès et jusiju'en (Jrande-Brclagne, 
est parsemé de villes, de territoires, caps, îles, 
ports, auxquels il a donné son nom, et oîi l'infUience 
phénicienne a dû jouer son rôle à côté de la colonisation 
hellénique"'. 

IX. HEncuLK A Home. — .Nous avons eu maintes fois 
l'occasion de suivre jusque pendant la période romaine 
les représentations d'Héraclès et de ses différentes aven- 
tures : c'est le type grec qui évolue jusqu'aux derniers 
temps de l'Kinpire ; ce sont les mêmes motifs qui se per- 
pétuent. L'assimilation s'est opérée complète entre l'Hé- 
raclès des Grecs et l'Hercule romain; ils répondent à la 
même conception et sont l'objet d'un culte semblable : 
on n'a plus distingué entre eux. 

On est aujourd'hui à peu près d'accord pour admettre 
que le nom même d'I/i'icules est identique à celui 
d"IIpcxxV?iç. La forme du nom en Italie est primitivement 
très flottante. Les inscriptions étrusques, surtout celles 
des miroirs, orthographient d'ordinaire Hcvcle, mais on 
trouve aussi diverses variantes''-. Les Osques pronon- 
çaient Hereclus et Hcrchis '', les Latins et les Romains 
Hcrcles, Uercoles^^ ; ce n'est qu'à partir du n' siècle avant 
notre ère qu'on rencontre la forme Hevculcs^'^. On a 
aujourd'hui abandonné l'idée, qui avait été proposée, 
de rattacher ce nom latin à un ancien verbe hercere de 
même sens que le grec ^y/.v.•l'^"^. 

Comment s'est faite l'importation de l'Héraclès grec 
dans le Latium ? Par la double influence des colonies 
grecques de l'Italie méridionale et de la Sicile, d'une pari , 
de l'Étrurie d'aulre part. Le retour du héros après son 
expédition contre (iéryon nous a déjà signalé toute une 
série de légendes où il joue un n'ile civilisateur en Italie 
et en Sicile; autour de Cumes, en particulier, sa trace 
est marquée par plusieurs épisodes [sect. III]. Or toutes 
ces légendes n'ont pu entrer dans ce récit, que si elles 
préexistaient au travail de systématisation qui a été 
opéré par les écrivains. Parmi ces écrivains, on doit 

p. 780 ; Tiimpel, Philologus, 1891, p. 614 sq. — 20 prcUcr, Op. cil. p. 278. — 27 Alben. 
Xll, p. 543 l'. — 2S Radet, /.a Lydie, p. 63 sqq. — 23 Diod. IV. 17 ; V, 76 ; ville 
d'Héraclcia en Crète, Sleph. liyz. s. v. — M VVilanjowitz, dp. cit. I, p. 273. 
— 'M Voy. Pape-Benseler, Wnrlerb. der gr. Eigennamen^s. v. 'ilpâx>.i>.a el 'IlpaicXj;;. 

32 Hcrcle, Ercle, llerriite, Hercele : on trouve aussi une forme hellénisée Hcrakle, 

Heracele, cl une forme latinisée, Ilcrcole : rf. Kexikon. s. v. Herkle. — 33 Mommseu, 
Unterit. Dinl. p. 121 s(|. Ce nominatif se tire par induction des cas indirects que 
présentent les inscriptions; les exemples sont réunis par Peler dans l'art. Hercules 
du /,cxi/,oil,p.22il),n.4. — 3k Corp. inscr. lai. I, 1500,1503,1175, 1145, 1538,813; 
IX, 4104, 6152, 6153, etc. Hercele ; Ibid. I, 56. Cf. les autres exoinpies dans le 
dernier article cité du /.e.Ti/:on, p. 2253 sq. La forme llcrcles s'est conservée dans 
les exclanialions hcrcle et mehercle. — 3^* Le plus ancien exemple connu est dans 
l'inscription dédicaloire de L. Munmiins Acbaicus, 145 av. J.-C. : Coi-p. inscr. lat. 
I, 541 = VI, 331. Huant à la forme llerc'dus, qu'on croyait allesléc par quelques 
textes littéraires (Varr. De ling. lai. Vlll, 26; Cal. LV, 13; Plaul. l'ers. î; Bud. 
822 ; Cic. .kcad. Il, 108; T.ic. Ann. Xll, 13), elle parait aujourd'hui douteuse ; Lexi- 
/:on, Ibid. p. 2254. — 3f. Cet ancien verbe, inusité, se retrouve dans le mol herctnm, 
enclos. Bréal, Dict. êtym. lat. p. 124. L'él; niologie proposée, qui tendait à voir dans 
l'Hercule latin un dieu prolcclcur des enclos, analogue au Zrj; 'laxif-^, est de .Mominsen, 
i'nter. Dial. p. 262 ; elle a été acceptée par M. Bréal, Herc. el Cacns. p. 52 sq., mais 
rcjeléc par son auteur lui-nH''me, Boem. (îesch. 6' éd. I, p. 178. Non seulement elle 
ue répond pas à l'idée rpie nous pou\ons nous faire de l'ancien Hercule latin, mais elle 
est contestable pour les raisons philolojiiques : Max Millier, La science du lang. trad. 
llarris el Perrot, 3'" éil. p. 114; Orassmann, ZeUschr. f. veryl. Spr.-Forsch. 1867, 
I p. 103 sqq.; Leiikon, I, p. 2209; Preller, Boem. Mylh. 3> éd. ll,p. 278, n. I, clc. 



mil 



— lifi 



III II 



••iiii>;rr Mirtniit au pot^lf Sti'><i('liiii-i', i|ui i<liiil li'Itiiin'i'U 
l'ii Sii'ilf l'I \i\ail h |irii in-t's un Irtiips ili' Soi'xiusTiilliiis ; 
Ml <»''/i/(in(i/f a tli'i lain» iiii<ntioii di- iilusiours îles i'|ii- 
siiilcs (|ui (iiil l'ik'i'iili'iil cl la (iraiulc-(iri'-(-(> |iiiiii' llicAIn-. 
Au [\' si«''(-li>, riiisliirii'u TiiiiL-f df iaunuai'uiuni ^l'llu|>a 
Imis li's tiails rrlatils à la im^uu! U'nouilo. Il luul ia|i- 
pt'lcr aussi (|ui> t-'fsl (If Cuinus qui- provciiaienl li's livrrs 
■<ili\lliiis -iur l'onlrc ilos(|ui'ls mi idl'ril A Hume, on l'au 
ll'.l'.» av. .1. C, un LKCTisTKiiNHM siiloniifl i\ six divinilcs 
lu>ll('iiii|ucs : au ni>int)ru île ees divinités se Irnuvail pré- 
liséuiuul lleiruie '. C'est dans eelte circonstance qu'il y 
reçut pnur la preiuière fois uu culte ot'Iieiel. 

L'iulUience étrusque, dans cette teuvre de dill'usion, 
n'est pas moins importante. Elle s'exerce à. la fois par le 
Niird et par le Sud-'. Par rT-Irurie, e'i'st encore la (Irècc 
qui agit. I.e culte d'Ileraclès y si'nilile une iinpnriation 
hellénique; ou a pensé qu'il y avait remplacé une an- 
cienne divinilr indigène ^ C'est pruliablemenl une com- 
liinaison erudilc (|ui donna pour ancêtre aux Klrusques 
l'yrrhénos, lils d'Iléraclôs et d'Omphale '. Néanmoins la 
pnqiagalion de ce culte en filrurie est 1res ancienne et 
y eut un rapide succès : témoins les nombreux monu- 
ments de tout genre, statuelles de bronze, miroirs, 
coupes, appliques qui reproduisent rimage du héros nu 
»es aventures ; témoins aussi les sanctuaires qui lui sont 
consacrés dans tout le pays. On signale un Ufov 'Iba- 
xÀiou; sur la côte entre Luna et les bouches de r.\rno, 
une st(itii) nd Hcrculem sur la voie Aurélienne au sud de 
Pise, un portus Hcrculis à Cosa; près de Caeré, une 
source lui est consacrée; à Surrina, un temple et une 
forteresse portent son nom ; à .\rrélium, à Vilerbe el 
ailleurs, il a des sanctuaires ; sur les monnaies de diffé- 
rentes villes, on voit son image ou ses emblèmes ■*. Nous 
devons ici noter en passant quelques particularités des 
représentations d'Hercule qui sont propres à l'Étrurie el 
qui n'ont pas encore été suffisamment expliquées. Très 
souvent on trouve, surtout sur les antélixes ou dans les 
petits bronzes qui servent d'appliques. Hercule associé 
avec Junon ou avec une autre divinité : tantôt les deux 
personnages sont dans une attitude amicale, marchant 
côte à côte, la déesse entraînant le héros ou conduite 
par lui*^; tantôt ils combattent de concert, ou bien 
encore ils luttent l'un contre l'autre '. En particulier, on 
voit souvent Junon participant k un des exploits du 
héros, à sa lutte contre la biche, contre le sanglier, 
contre Achéloos '. Faut-il chercher un sens particulier 
à ces motifs, une forme originale de la légende? JNous 
pensons qu'ils sont purement décoratifs, qu'il n'y a là 
que des applications du motif général, cher à l'art étrus- 
que, d'un groupe composé d'un homme et d'une femme, 

1 Liv. V, li; llionvs. Halic. XII, 0; Proiler, Ibi'l. I, 149 sqq. ; 11, isii. —2 Voy. 
sur ce sujet le n'cent arliclc de M. Graillot, Le temple de Conea, dans Mêlant/es 
de l'École d>; Itomc, 1S96, p. 164 sqq. — ^ Deecke, /i7r. Forsch. IV, (t. 7-V sqq. 
— ^ Dion. Hal. I, 28. — 'S Ces faits sont réunis par Dcccke, dans l'arl. fierkle 
du Lexikoii. Cf. Dennis, Ctties and cem. of Etr. 1, p. 154. — ^ Monumenti^ III, 
43; iliis. Ureg. 1, 56A ; Helbig, Fahrer. II, p. 31.5; Mus. etr. al Valu: I, 
83 h ; Annati, 18S5, tav. G H, 39 Isearabée). Quelquefois Hercule soulève la déesse 
el l'entrainc : miroirs, Gerhard, Etr. Sp. 150, 160, 344; scarabée: SVuove Mem. 
detl' Inst. II, pi. IV, 1 (la déesse est ici uoiiimée Turan). — "* Monumenti, V, 35 ; 
Uns. elr. I, 56 (attache d'une anse); une très curieuse peinture de vase de Caere 
(Archaeoloyia, X.XX (IS44), pi. .wrii) représente la lutte d'Héraclès et de Juno 
Sospita; l'allas (?) et Poséidon y assistent. M. Furtnaenglcr, Lexikon, I, p. 3221, 
rapproche le sujet d'une amphore de style ionien, (îerhard. Atts. Vasenb. pi. 127. 
Voy. UQ essai, très contestable, d'interprétalion par Keiirerscheid, An»m/(, 1867, 
p. 335 sqq. suivi par Peler, Li;xif:on, I. p. :Î204. — 8 Micali, Monum. ined. XXI, 
5 = Lexikon, I, p. 2i62; .Vomimenti, V, 52 = Lexilion. I, p. 2Î63, 2265; Babelon 
et Blanchet, Cat, des bronzes, u" 579. — 9 Voy. les exemples réunis par M. Graillot, 



ut se près, Ml, ml ,1.,,,., diviTse-. atllludo '. .\ii ^e^te 
c'est lA un llniiic qnu iT-trurie nu pas invente et qu'elle 
u emprunté A l'nrl ionien, avec lequel ollf h lanl d'afli- 
nités : il .se trouve en ell'el nur des monnaies de Thasun 
par e.\em|ile"', et dans la fri»' d'.Vssos ". 

C'est par cette double voie qu'Hercule u pénétré A 
Home. Néanmoins si l'on s'accorde aujourd'hui Jt diii! 
que son culte y est bien d'origine hell<'(iii|Ue el que son 
nom même n'est (|ue le vocable grec h peine modillé, on 
pense aussi généralement qu'il a absorbé à son profil un 
ou plusieurs personnages de la mythologie italique, 
dont les traits se retrouvent encore dans la physionomie 
de l'Hercule romain. Pour Preller, cette diviniti' italique 
in(^igône, ce génie ou ce héros auquel on l'a assimilé, 
était analogue d'une part au sf.mo sancus des Sabins, au 
Dius niius latin, d'autre part i\ sii.va.nus : c'était un 
génie lutélaire de la bonne foi et de la vérité ; c'était 
aussi un génie bienfaisant qui répand l'abondance el qui 
protège le foyer domestique'-. l'our HeitVerscheid '^, 
dont Peler a accepté les conclusions'*, cet Hercule latin 
primitif est aussi le gemus qui est préposé à l'existence 
de tout homme, qui est pour lui ce qu'est la juno pour 
les femmes. Ceci expliquerait que les hommes seuls 
jurent par Flercule ''", comme aussi ils ont seuls accès aux 
cérémonies de V.Ain Mai'nna; dans cette hypothèse, on 
comprend aussi qu'Hercule et Junon soient souvent 
associés comme divinités conjugales, particularité qui 
est exclusivement propre à l'art italien, et dont on cher- 
cherait vainement les antécédents dans le mythe grec". 
Deux textes anciens nous apprennent aussi que, dans la 
légende de Cacus, Hercule a pris la place d'un personnage 
nommé Garanus ou Recaranus ", noms qu'on a rappro- 
chés du mot kerus ou cents, qui a la même signification 
que genius'". Enfin on a voulu voir les vestiges d'une 
ancienne divinité indigène dans l'Hercule que les tradi- 
tions mettent en contact avec quelques personnages de 
la