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PUBLICATIONS 



f,., ..L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES 



II" SKltlE — VOLUME IX 



M i; r, A N (i V. si> (> B I K N ï A II X. 



Crêperai 



MÉLANGES ORIENTAUX 



TEXTES ET TRADUCTIONS 



PUBLIES 

PAB 

LES PROFESSEURS DE L'ÉCOLE SPÉCL\LE DES 
LANGUES ORIENTALES VIVANTES 

A L'OCCASION 

DU SIXIÈME CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES 

RÉUNI A LEYDE 

(SKPTKMBRK 1883) 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIUK DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 
DE L*ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, ETC. 

28, RUE BONAPARTE, 28 
1883. 



NOTICE HISTORIQUE 



.SUR 



L'ECOLE SPECIALE DES LANGUES ORIENTALES 

VIVANTES. 




L'ÉCOLE SPÉCIALE DES LANGUES ORIENTALES 
VIVANTES. 



'(^liezlfapfuplcsIespluséclwréadel'Europe, les langues 
orientales œciipeiit viii rang distingue dans tous les établisse- 
ments consacrés à la propagation des lumières. Ces langues, 
négligées en France depuis le commencement de ce siècle, 
ont été presqu'eiitièrement abandonnées pendant la révo- 
lution.» Tels sont les premiers mots d'un Rapport sur i 
langues orimUales, commerciales et diplomutiques, présenté 
à la Convention par le député Lakanal, et sanctionné, le 
10 germinal an UT (30 mars 171).')), par le vote du décret 
de fondation de l'Ecole des langues orientales vivantes. 

Cette eoustatation officielle de la décadence qui avait 
frappé les études orientales en France pendant le XVnr 
siècle, trouve peut-être sa confirmation la plus éclatante 
dans ee fait que, de IGDG -a 1779, il ne fut pas imprimé 
dans notre pays une seule ligne en caractères arabes. En 
IT."!!, à l'occasiiui de la naissance du duc de Bourgogne, 



~le ijuatiaiii suivant (juod non Ttircice scrim 

»Turcica Muiia »Set Nt, Priticepu optimr, eu 
IiitmtTitam : voluit plurima vtrba loifui. 
At ipmr dicU anior, memori traiumittere cJiart'M 
Nmi animfla typh, Gallka drxtra negat- 

Et sous les vers on peut lire cette note : NiM 
Turcice Arabiceve typis mandafur. Un effort col 
était nécessaire pour que ces études reprissent | 
le rang qu'elles avaient conservé ou conquis dail 
voisins. 

L'itlée de créer une nouvelle Ecole spécialeil 
sacrée A renseignement des langues orientales vin 
due à L. Langlè.1, qui la développa dès Tannée 1 
une Adresse à l'Assemblée nationale'. Partant d 
fisance des leçons données au Collège royal* fau 
Collège de France), " établissement d'o8tcntati( 
plus propre à flatter la vanité d'un roi qu'à remplii 
des hommes studieux,-- I.anglès proposait, dane 
du commerce, de la politique et de la scienee, d 

1. Vt CimpoTtanee de» langue» orienlalm pour Vexteravm du e 
prcgrit (le» îêUrt» tt dti tàence*. Adresse » l'AMemblée tintioi 

LknglëB, Ojjtâer du point d'hmmeur H Chaneur volontaire de la 

itale parîtimfie. A Paris, cliex Cliampigny, imprimeur- Mb mire, 
;g'fll»lly, il" 36, eL À Struboarg, ulii» Kenig, JJbrMr^l^^^ 



SUR L'EC-OLE DES LANliUES ORIENTALES. V 

Paris et à Marseille «une chaire d'arabe, uue autre de turc, 
et une troisième de pt^san. » Ces chaires ne devaient Être 
« confiées qu'à des savants, naturalisés parmi les orientaux 
par un long séjour en Asie.» Le plan d'études tracé par 
Tauteur du projet ne ménageait pas une sinécure aux «an- 
ciens drogmans » qu'on aurait appelés comme professeurs, 
car il leur aurait fallu donner «tous les matins des levons 
publiques de quatre ou cinq heures. î> Quant au chapitre des 
voies et moyens, Langlès voulait « employer à la fondation 
de ces chaires les revenus destinés à l'éducation des en- 
fantfi-de-langue, établissement trop mal conçu pour échap- 
per aux recherches de nos sages députés \» Un tel projet 
n'avait guère de chances d'être accueilli en 1790. La sé- 
vérité des jugements portés sur les écoles déjà existantes 
devait également blesser un certain nombre de personnes 
et priver son auteur de l'appui et des sympathies dont il 
avait besoin. La proposition resta donc dans les cartons de 



1. Par arrêt de la Cour de commerce en date du 18 novembre 1G69, ré- 
visé par un autre arrêt du 31 octobre 1670, le roi avait ordonné, sur la 
proposition de Colbert, que «< doresnavant les dropruemans et interprêtes des 
Echelles du J^evant résidant à Constiintinople ne pourroient s'immiscer à la 
fonction de leur emploi, s'ils n'étoient François de nation . . . que de trois 
en trois ans seroient envoyés aux dites Echelles de (-onstantinople et de 
Smyme six jeunes garçons de l'âge de neuf à dix ans qui voudroient vo- 
lontairement y aller et iceux remis dans le CVmvent des Capucins desdits 
lieiLX de ('(mstantinople et Smyme, pour y être élevés et instruits à la re- 
ligion catholique, apostolique et romaine et à la connoissance des langues, 
en sorte qu'on put s'en servir avec le temps pour interpréter lesdites langues. v 
Les enfants envoyés en Orient en vertu de cet arrêt reçun'ut à ('onstanti- 
nople le mmi de Jeunes de Langues ou Enfants de Langues, traduction 
littérale du turc rS'^^^ J^? ^^ ^^ gardèrent lors(|ue plus tard l'établissement 
fut transporté à Paris, au Collège Louis le Grand (1700). Voyez F. Masson, 
Le* Jettnea de LangucM, dans le Correspondant du 10 septembre 1881, p. 005 
à 930. 



NOTICE HISTORIQUE 



liscmbliie nationale. Mais Laiigiès ii'iitait pas homme à 

LaiBBer décourager par un premier échec. 

biielques années après, un moment plus favorable se 
Iseiita. A la suite des événements de la révolution, la 
Ipart des drogmans attachés aux postes diplomatiques 

Iconsulahes de la Barbarie et du Levant avaient quitté 

lervice. En même temps presque tous les élèves de l'E- 
; des Jeunes de langues avaient été retirés du Collège 
luia-lc-Grand, devenu le Collège de l'Egalité; il n'en 
Itait plus que deux en 1795. La pénurie d'interprètes 
lit devenue telle qu'on ne pouvait trouver de candidats 
lieux pour les emplois vacants. D'un côté, l'intérêt com- 
Ircial et politique du pays exigeait impérieusement qu'une 
leille situation ne se prolongefit pas; de l'autre, «l'éta- 

fesement des Jeunes de langues, qui n'admett:ut que des 
■ants en bas Age, n'otî'rait que des ressources bien lentes 
lir les pressants besoins de l'Etat.» Il devenait urgent 
I créer une Ecole dont l'enseignement, s' adressant Ji des 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. Vil 

le rapport de Lakanal dont nous citions tout à l'heure le 
début. Quoi qu'il en soit, dans un des moments les plus 
critiques de l'histoire de la révolution, au milieu des émeu- 
tes provoquées par la disette, la Convention, vers la fin de 
la séance orageuse du 10 germinal an lU (30 mars 1795), 
rendit le décret suivant qui est demeuré la charte constitu- 
tive de l'Ecole des langues orientales : 

La Convention nationale^ après avoir entendu le rapport 
de ses comités d! instruction publique et des finances, décrète- 



Article premier. 

Usera établi dans P enceinte de la Bibliothèque nationale 
tine école publique destinée à V enseignement des langues 
orientales vivantes y ditne utilité reconnus pour la politique 
et le commerce. 

IL 

U école des langues orientales sera composée, V d! un pro- 
fesseur d^ Arabe littéraire et vtdgaire; 2" d'un professeur 
pour le Turc et le Tartare de Crimée; 3^ d'un professeur 
de Persan et de Malais. 

IlL 

Les professeurs feront connaître à leurs élèves les rap- 
ports politiques et commerciaux qu'ont avec la République 
française les nations qui parlent les langues qu' ils seront 
chargés d' enseigner. 



'langues qu'ils enseigneront : i 
seront remis aa comité et instruction ■piibliqua 



Le vwde de nomination et le salaire des pM 
langues orientales, seront les mêmes que ceux dem 
des écoles centrales Instituées par la loi du 7 venM 

VI. 

Le comité d^ instruction p?iblique demeure charM 
ment de police de l'école des langues oriodales. 



Le rapport présenté à la Coiiveiirioii et imprin 

ordre en même temps que le décret ei-dessiis', f 

k montrer l'utilité que la diplomatie et le comm 

vaieiit retirer de l'étude des langues orientales; 

giiait soigneusement les langues orientales sa 

mortes des langues orientales vivantes, énumérai 

1 térisait à grands traits ces dernières en laissant 

lia création éveutiielle de uouvellea chaii'es, et ji 

Ices termes l'établissement de l'école projetée *i 

peinte de la Hibliotlièque nationale : > 

« Quelques-unes des langues dont noue venons 



SUR UÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. IX 

étaient enseignées dans le ci-devant collège de France; 
mais cette branche d'enseignement n'était pas convenable- 
ment placée : les manuscrits et les imprimés en langues 
orientales, d'une rareté et d'une cherté excessives, man- 
quaient également aux professeurs et aux élèves; les uns 
et les autres étaient privés des secours nécessaires au succès 
de leurs travaux. C'est dans la Bibliothèque nationale; c'est 
dans ce dépôt de tous les éléments de l'instruction en ce 
genre que doit s'élever le monument destiné à l'enseigne- 
ment public des langues orientales. » 

Les événements ne permirent pas à la Convention de 
mettre immédiatement en vigueur les nombreuses lois sur 
l'instruction publique qu'elle avait décrétées. Cette tâche 
fut réservée au Directoire exécutif et accomplie par son 
ministre de l'intérieur Benezech. Les écoles centrales, 
créées le 7 ventôse an ni (2 février 1795), ne purent être 
ouvertes à Paris que le l"""^ prairial an IV (20 mai 1796). 
Quant à l'Ecole des langues orientales, ses cours commen- 
cèrent le 4 messidor an IV (22 juin 1796) à la Bibliothèque 
nationale qui venait d'être réorganisée. L. Langlès, nommé, 
le premier en date, à la chaire de persan et de malais, avait 
déjà fait un certain nombre de leçons dans les locaux du 
Collège de France. 

L'affiche annonçant l'ouverture des cours de l'Ecole des 
langues orientales a été conservée dans les précieuses col- 
lections de la Bibliothèque nationale. Nous en donnons plus 
loin un fac-similé. Elle porte que les leçons de persan du 
citoyen Langlès et les leçons d'arabe du citoyen Sylvestre 
Sacy (sic) auront lieu les Duodi, Quartidi, Septîdi et Nonidi 



^ lïOU 
1101) 

(lé*! 

le • 

.. don 

P 



par (lu uouvclles .ifti(^^ties. H 

Les première» lc<;oim l'iirciit biuutot iiiteifl 
tances. La rentrée eut lieu le 21 bruuialiH 
Membre 179(i). Liiuglès profita de cette occi 
uoiicer un discours qui est uti excellent cl 
décret d» 10 germinal an 111, et oti il acceB 
le caractère pratitiue de reiiseigiicmeiit rjl 
donné. «Citoyeas,» dit-il eu couimcu(;-aut, M 
loi placée h la tète du programme de nos <l 
lez connaître quel a été le but des législJ 
;nt Y Ecoleqtécialedes langues orientales vim 
ilitêreconnue potir la politique et le commera^ 
est destinée à former promptemeut des drogi 
Ides de remplacer ceux<|ui ont abandonné le st 
patrie. Vous n'ignorez pas (pie ces hommes 
leurs connaissances, estimés jusqu'alors par de 
portants et par une fidélité héréditaire , ont f 
instant tous les droits qu'ils avaient à la recoi 
leurs concitoyens, ainsi que la considération < 
saient panni les diplomates asiatiques et eun 
qucs-uns n'ont pas rougi de s'enrôler au servie 
ennemies. Nos législateurs ont senti quel coup 
désertion allait porter i\ notre commerce du 
la Barbarie, si ou ne se hâtait de pourvoir à It 



SUB UÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XI 

tion dont il avait frappé quelques années auparavant le Col- 
lège de France, montre comment les cours de langues orien- 
tales donnés dans cet établissement viendront compléter 
l'enseignement de la nouvelle Ecole. «On sait, dit-il, que 
ce collège est consacré spécialement à renseignement des 
langues mortes et savantes. Ainsi, loin de voir la moindre 
incompatibilité entre son existence et V Ecole spéciale des 
langues orientales vivantes, je crois que ces deux établisse- 
ments doivent se prêter des secours mutuels. Après avoir 
étudié avec nous les idiomes vulgaires et diplomatiques de 
l'Asie, nos élèves iront se perfectionner au collège de France, 
en y apprenant les langues anciennes et sacrées de la Pa- 
lestine, que l'on y enseigne, celles de la Perse et de l'Inde, 
dont on ne peut se dispenser de fonder les chaires. Alors 
il existera dans cette branche de l'enseignement des degrés 
d'instruction qui manquent dans nos écoles centrales. Ainsi, 
sans prétendre porter la plus légère atteinte à un établisse- 
ment consacré par plusieurs siècles d'une utile et brillante 
existence, respecté par nos derniers Vandales, et dont la 
destruction serait l'opprobre de ses destructeurs, on a voulu 
en former un exclusivement consacré à l'enseignement des 
langues orientales nécessaires à la politique et au com- 
merce. » 

Rappelant ensuite que les professeurs de l'Ecole ne doi- 
vent pas se borner à exposer les principes et à expliquer 
les difficultés grammaticales des languies qu'ils enseignent, 
mais qu'ils sont aussi «chargés de développer les relations 
politiques et commerciales que nous avons avec les peuples 
qui parlent ces langues,» Langlès déclare qu'il ne négli- 



entre l'Araliie, l'Inde et la Tatarie, coii^f 

» 80118 la déiiomiiiation improiire de Perse, uH 

H'aiitiquité la jilus reculée, le^i natimis asiaH 

' Iran. • Il s'applatidit enfin du elioix qui a i^H 

bliothtque nationale jwur y plîieer l'Ecole ■ 

prouvé dés l'année dernière l'avantage deB 

uit par le nombre des élèves qui ont suivi M 

tcours, que par les secours littéraires que noi 

yés ici, et que nous aurioiiH vainement cher*» 

Ce n'est pourtant pas i|ue l'Ecole eût été! 

ment, ni même confortablenient, logée danel 

la Bibliothèque nationale. Depuis 179G jusqul 

n'eut d'autre local qu'une sorte de hangar, é 

manière insuffisante par d'étroites fenêtres, da 

cour, du côté de la rue Neuve-des-Petits-Cbai 

était près des manuscrits orientaux, et Langlèa 

été nommé conservateur, les mettait libéralem 

position de ses collègues. Il y avait \h une cm 

l'aspect misérable de la salle des cours. 

Dès la rentrée du 21 biiiraaire an V, Silvei 
commença à dicter une grammaire arabe dont ] 
mis au net par un de ses élèves, se trouve au} 
bibliothèque de l'Ecole. C'est la première éb 
célèbre Grammai-vp arabe publiée ; 



SUR L^ÉCOLB DES LANGUES ORIENTALES. XIII 

La chaire de turc, qui n'avait point encore de titulaire, 
était occupée provisoirement par Joseph Behenam, vieil- 
lard de soixante-treize ans, né à Mossoul, qui avait perdu 
pendant la Révolution sa place d'interprète à la Bibliothèque 
nationale et reçu en assignats la valeur d'une collection de 
manuscrits orientaux cédée au même établissement. Cette 
nomination par intérim avait donc eu lieu à titre de dédom- 
magement. Mais l'avis du ministre de l'intérieur était que 
« la place ne pouvait être bien remplie que par un drogue- 
man du Levant, > et on trouva bientôt un candidat qui sa- 
tisfaisait à toutes les conditions. C'était Venture de Paradis, 
premier interprète de la légation française à Constanti- 
nople; il fat nommé professeur et prit possession de la 
chaire de turc en 1797, à son retour à Paris oii il accom- 
pagnait l'ambassadeur ottoman Esseïd Ali-Efendi. 

Les trois chaires de l'Ecole des langues orientales eurent 
donc comme premiers titulaires : Langlès, pour le persan, 
SiLVESTRE DE Sacy, pour l'arabe, et Venture de Paradis, 
pour le turc. 

La brièveté de cette notice ne nous permet pas de don- 
ner la biographie de tous les professeurs qui se sont suc- 
cédés au diflférentes chaires de l'Ecole; mais nous croyons 
devoir faire une exception pour les trois que nous venons 
de citer en racontant sommairement leur vie jusqu'à l'é- 
poque de leur nomination. 

Langlès (Louis Mathieu), né àPérenne, près Montdidier, 
le 23 août 1763, vint de bonne heure à Paris terminer ses 
études qu'il avait commencées en province. L'état de sa 
santé ne lui permit pas d'embrasser le métier des armes 



!îlu(lc des lan^'ues orieutall 
! de France les levons d'anibc de Cl 

[ père et lea leçoim de persan de Raffiii. 

' en 1 785 lieutenant dans la garde du trilnil 
de France, et chargé en cette qualité d'el 
primer lea duels. Il ne cessa pourtant | 
ses études scieiitifiiiues, et se fit bientôt 1 
nombreuses publications se rapportant til 
Quand arriva la Hcvolutioit, il en adopta lesj 
tint en 1 7!)2 une des places de sous-garde dl 
la Bibliotb(\(pie nationale. Il put rester ît soin 
la TeiTeur et y rendit de réels services en] 
toute atteinte le dépôt confié !i ses soins. De 
du la commission temporaire des arts, adjoin 
vention nationale à son comité d'instruction p 
giès ac-quit assez d'influence pour faire rendi 
fondation de l'Ecole des langues orientales vi 
en premier lien, nommé professeur de langui 
désignant lui-même les rollègues qui devaie: 
joints, Silvestre de Sacy etVenture de Haradi 
talistes dont le savoir était bien supérieur au 
fit preuve d'une réelle abnégation et d'un vén 
ment aux intérêts de la science. 

Silvestre de Sacy (Antoine Isaac), n é à Pa 
tembre 1758. était le SI 



XV 



tandis (ine son frère aîné gardait seul le nom patronymique 
(le Silvestrc : la famille obéiaeait ainsi à un usage très fré- 
quent dans la bourgeoisie pariaicnne. Le jeune Silvestre 
de Sacy, qui avait perdu son père de bonne heure, fit d'ex- 
cellentes études elassiques sous la direction d'un précepteur 
et sans quitter la maison maternelle. Dom Uerthereau lui 
ayant inspiré le gofit des études orientales, il s'y adonna 
avec une ardeur peu commune, et apprît successîvcraent 
l'bébreu, le syriaque, le chaldéen, l'arabe et l'éthiopien. A 
l'rtge de vingt-trois ans, il adressait îi Eichhoni, au sujet 
d'un manuscrit syriaqne de la lîililiothcque du roi, une com- 
munication qui fut insérée dans le Jiepeiioriiimjfli- bibUsche 
mtd moryeniUindische LiUratur. Deux aus plus tard, eu 
1783, il publiait dans le même recueil le texte et la tra- 
dnctinn des lettres jadis adressées à Scaliger ]Hir les Sa- 
maritains. Le jeune savant abordait à la fois l'étude des 
langues persane et turque, acquérait une charge de con- 
seiller à la Cour des monnaies (1784), et était nommé asso- 
cié libre de l'Académie des inscriptions (1785), à laquelle 
il présentait bientôt des travaux remarquables sur les ]>re- 
niiers temps de riiistoire des Arabes et sur les antiquités 
de la Perse. En 1791 il devint l'un des commissaires gé- 
néraux des monnaies, et l'année suivante, membre titulaire 
de l'Académie des inscriptions qui fut dissoute peu de mois 
jjrès. Démissionnaire de sa charge de commissaire général, 
t se retira à la campagne et tit imprimer pendant l'année 
K793 ses Mémoires sur les ajitiqjiités de la Perse. Silvestre 
! Sacy passait donc déji\ pour un orientaliste éminent, 
Ipur un savant dont la réputation n'était plus à faire, quand 



g^îûësës deux collègaee, était né à MI 
1,739, (l'un père qui avait été eonsul dans la 
ftToir fait ses éludes k l'Ecole des jeunes dJ 
fenvoyé h Cnustantiiiojile pour se perfection™ 
naissance du turc et obtint le poste d"iuteil 
Ue là il passa en Egypte où il resta jusqu'eiw 
pagiia le baron de Tott, chargé par le roil 
Eclielles du Levant (1777), et, après un co] 
Maroc, fut nommé chancelier interprète dni 
Tunia (1780). Venture rentra en France en 1 
secrétaire interprète du roi e>t langues orientai 
tère des affaires étrangères, mais quitta de no 
rope pour aller remplir à Alger nue mission qt 
ans. Ce fut pendant son séjour dans cette ville q' 
sa Gi-amwaipp et son Diclwniiaire de la lam 
publiés plus tard par A. Jaubcrt (1844). Adj 
comme drogman îi deux ambassadeurs de la 
près la Porte ottomane (1793 et 1794), nommé 
ment consul général à Smyme (1794) et premif 
de la légation franvaise à Constantinople (179 
revint en France en 1797 et occupa iramédiatem 
de turc à l'Ecole des langues orientales. C'éta 
bablemeut que soug^eait déjà le n 



SUE i;ecoij: des langues orientales. Xvu 

bien mérité. Sa vie se confond maintenant avec l'histoire 
de l'Ecole. Dès les premiers mois de l'année 17il8, -le gon- 
vemement donne l'ordre au citoyen Venture de se rendre 
à Toulon pour partir avec une expédition secrète.^ Bona- 
parte l'avait choisi comme premier înteii)rète de l'armée 
d'Egypte. Il obéit sans mnrmiu-er et emmena avec lui, en 
qualité d'interprètes, trois élèves de l'Ecole des langues 
orientales, Amédée Jaabert, Raigc et Bellcteste; un qua- 
trième, Marcel , était nommé directeur de l'imprimerie du 
corps expéditionnaire, place déclinée par Langlès à qui elle 
avait été tout d'abord offerte. Ventnre et ses élèves ren- 
dirent à l'armée d'Orient d'éniiucnts services. Le journal 
d'Abd-er-Rahman Gabarti parle de lui en ces termes: «Ven- 
ture était un drogman du général en chef. C'était un homme 
éloquent et aimable : il possédait parfaitement le turc, l'a- 
rabe, le grec, l'italien et le français, s Quant à Napoléon, 
le témoignage suivant, extrait de la relation dictée par lui 
de la campagne d'Egypte, montre en quelle estime il tenait 
son interprète : * C'était le premier orientaliste d'Europe. 
Il rendait avec élégance, facilité, et de manière à produire 
l'effet convenable, tous les discoiirs du général en chef.» 
Malheureusement Venture, nomtné membre de l'Institut 
d'Egypte, ne put supporter les fatigues de l'expédition de 
Syrie. Il fut atteint de la dyesenterie au siège de Saint-Jean 
d'Acre et mourut, pendant la retraite de l'armée française, 
en mai 1799. Amédée Jaubert, un des élèves de l'Ecole 
qui l'avaient accompagné , lui succéda d'abord comme in- 
terprète en chef, puis, en 1800, après son retour d'Egypte, 
comme professeur de tm*c et secrétaire-interprète de la Ré- 



Trois ans après le grec vulgaire, nous vofl 
'gaire s'infroduii'e dans renseignement de I 
gués orientales. Dom Raphaël de MoiiachiJ 
copte, né au Caire, membre de l'Institut d'I 
avait rendu des services à l'armée français 
pédition, fut nommé professeur-adjoint' parlJ 
su], le 1" vendémiaire an XII (24 septembri 
mission de « donner des leçons publiques d'aral 
et de travailler à la traduction de ceux < 
cette langue déposés k la Bibliothèque, qui ren 
notions relatives à la littérature et à l'Iiistoir 
tion.» Ces tmductions devaient être entreprises 
de fournir des matériaux 5,1a commission qui r&è 
la grande Description de T Egypte dont le prêt 
fut publié en 1809. Sîlvestre de Sacy, qui m 
jiuurtant dans ses leçons que de l'arabe classîq 
la prononciation arabe, de l'aveu de tous, s'éc 
blement de la prononciation orientale, conçut 
assez vif dépit de se voir donner un adjoint, i 
contentement ne tarda pas à s'apaiser. Dora Rî 
professeur-adjoint d'arabe jusqu'au mois d'avi 

1. A une époque qu'il n 
tMenre A isls, les deux ehalrea- 



SUE L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XXI 

' donna alors sa démission et retourna en Egypte, ne von- 
I îant point accepter pour sa part une réduction de traite- 
Iment, conséquence des mesures générales d'économie dé- 
Icrétées sous le ministère de M. de Vaublanc. 

Eu transmettant au Ministre la démission de Dom Ra- 
■fhael, Langlès, administrateur de l'Ecole, proposait de le 
iiemplacer en faisant «donner des leçons d'écriture, de pro- 
inonciation et de conversation arabes» par Michel Sabbagh, 
*iitre réfugié égyptien, attaché à l'Ecole en qualité de co- 
toiate' depuis le 17 septembre 1810. Mais celui-ci étant 
mort presque immédiatement après (juillet 1816), le cours 
id'arabe vulgaire fut interrompu pendant trois ans. Le Mi- 
bistre de l'Intérieur décida, le *26 août 1819, que ce cours 
Bâevait être «de suite réorganisé,» et en chargea Ellioua 

1. Michel Salibttgh Kvuit été attacha h l'Ëcole dee lïngues onuotalee 

r la proposition de Silvestre de Sacy. Celui-ci, en le recoiDinandaDt au 

[lliniatre, B*expriiiiait ainsi sur Im obligations qui &llsjeut iocùmber uu co- 

9 (lettre du 3 sept, 1B07) ; «... Il y s longtemps que je df-elre que le 

p>avenieinHnr attache â son aervice un copiate pour les langues orientales, 

^«t surtout pour l'arabe. Ce copiste me paraîtrait devoir être attaché à l'E- 

Bole spéciale des lauj^es orientales vivantes et mis sous la dépendance des 

rofeBsBors, qui se concerteraient pour les travaux dont ib le chargeraient. 

) travaiu auraienl ^riucipalement pour objet les raauUBcrits empruntés 

i des Bibliothèques étrangères dont ou désirerait tirer des copies, et les 

Uïvere extraits k faire des manuscrits do la Bibliothèque impériale pour les 

c littéraires onlonnés par le gonvcmement. Pareillement quelques co- 

!S de maiinscrits demandées pur des gouvernements ou des savants étran* 

I, après que l'administration de la Bibliothèque y aurait donné sou eon- 

hentement, seraient confiées à ce copiste que l'on pourrait aussi employer 

1 copier les munuacrits qui viendraient â s'altérer par la vétusté. Ce serait 

} chose utile pour la littérature que de charger do ce travnil M. 

5chel Sabbagh, qui a une belle écriture et assez de connaissances litté- 

s pour s'en bien acquitter. M. Langlés, mon collègue, partage avec moi 

i dërir que Votre Excellence attache ce copiste à l'Ecole des langues. > 

jp'Ëlait donc surtout la Bibliothèque qui devait bénéficier des travaux du 

]n8t«. Un certain nombre de ninnnserils de la main de Michel Sulihai^h 

SDt cotuervéa aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. 



Te grec modenie, l'arménien, le i 
* persan, » recommamlations qui semblent iiM 
nisation (le l'Ecole qui n'admettait pas li'a 
d'élèves. On les comprendra peut-être mîeu J 
qu'il s'agissait alors, dans le but de «ccmn; 
tenir d'intéressantes relations,» de faire vel 
de Syrie pour étudier en France déjeunes J| 
raient été placés sous la surveillance du profl 
vulgaire'. Si le projet se fût réalisé, les oblil 
professeur seraient devenues tout autres. Quoi 
la chaire d'arabe vulgaire fut définitivement c 
thor nommé titulaire, par ordonnance du roi 
2 août 1820. En ouvrant sou cours le 8 déc) 
EUious Boctlior avait prononcé un intéressant 
la tâche du professeur d'arabe vulgaire et le ; 
proposait de suivi-e dans ses leçons ; 

«Quatre points principaux, dit-il, en feront I 
expliquer, parler, écrire; la lecture corapreudi 
dation ; dans l'explication, on fera voir les difféi 
tions d'un mot, son emploi, la manière de le t 

• Toutes ces données, qui nous conduiront i 
ront accompagnées d'exercices de calligraphii 
de bien former les lettres che: 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XXIII 

«Au lieu de donner une fausse théorie de la manière de 
prononcer un mot, comme on Fa fait trop souvent jusqu'ici, 
je le prononcerai devant mes auditeurs, en les invitant à 
m'imiter. 

«Les sujets des lectures ne seront pas pris dans les 
auteurs qui ont besoin de commentaires, ce qui n'appren- 
drait à un élève interprète, à un voyageur, à un négociant, 
etc., qu'à ne savoir parler avec personne : nous les choisi- 
rons dans les auteurs les plus faciles, et qui sont à la portée 
de tout le monde, et nous en avons heureusement en tout 
genre. » 

Bocthor n'occupa que peu de mois la chaire nouvelle- 
ment créée. Il mourut en septembre 1821, à peine âgé de 
trente-sept ans, laissant achevé et mis au net le manuscrit 
d'un Dictionnaire français-arabe que publia plus tard son 
successeur, Caussin de Perceval. Celui-ci, qui, de 1814 à 
1821, avait été successivement drogman à Constantînople, 
à Smyme et à Alep, fut nommé professeur d'arabe vulgaire 
le 13 décembre 1821, et resta en fonctions jusqu'à sa mort 
arrivée le 15 janvier 1871. 

Nous avons vu plus haut comment et pour quelles rai- 
sons le cours provisoire d'arménien avait été supprimé en 
1801. Dix ans après, Chahan de Cirbîed demanda à le 
rouvrii', alléguant ses « études continuelles dans la langue 
et la littérature françaises » . Langlès pensa également qu'il 
devait avoir acquis «la facilité d'exprimer et de communi- 
quer ses idées à ses auditeurs», et donna un préavis favo- 
rable. Le Ministre de son côté, estimant qu'il y avait lieu 



Cette fois Cirbied réussit, f^ 
8 élèves dont deux publièrent des tri 
un zèle qui lui valut d'être nommé professl 
décret impérial du 27 février 1812. 

Langlès mourut le 8 jauvier 1824, après a 
neuf ans à Ja tête de l'Ecole des langues orierl 
On a dit de lui beaucoup de bien et beaucol 
ne nous appartient pas de décider ici entre si 
et ses panégyristes, ni de peser la valeur dl 
scientifiques. Mais ce qui n'a jamais été nié et] 
faut retenir, ce sont ses rares qualités personi 
nérosité avec laquelle il mettait sa riche bîbli 
disposition des travailleurs, sou affabilité env 
breux savante français et étrangers qu'il recevi 
ment deux fois par mois dans sa galerie, et al 
activité, sa persévérance, et son dévouement in 
l'établissement qu'il avait été chargé d'orgai 
sait l'Ecole en pleine prospérité, avec six ch 
desquelles se réunissaient des élèves de tout 
la moitié au moins venaient de l'éti'anger. 

De Chézy, déjà professeur de sanscrit at 
France, fut nommé à la chaire c 



X^YNtîUES UKIKNTALE8, 



Paris, avec l'Ecole des langues orientales, le Collège 
de France et la Société asiatique fondée en 1822 soub le 
patronage de Silvestre lïe Sacy, était devenu le vrai centre 
des études orientales eu Europe. On en jugera par l'extrait 
suivant d'une lettre écrite à un de ses amis le 24 mars 1 828 
par un jeune orientaliste allemand : 

«Le gouvernement français fait et peut faire plus que 

1 tous les antres États pour l'érudition orientale. Imaginez 

' vous que dans la capitale de la France il existe deux éta- 
blissements distincts, nîi sont enseignées gratuitement la 
plupart des langues de l'Asie qui ont une littérature. Le 
plus ancien est le •Collège royal de France.» Outre les le- 

■ çons ordinaires sur la littérature classique, sur les sciences 
mathématiques, physiques et historiques, on peut y ap- 
prendre les langues asiatiques suivantes : Vhébrfiu-, le chal- 
déen et le syi-taqne. avec M. E. Qnatremère; Varnb*-. avec 

I M. Caussin; le tnrc, avec M. Kieffer; \e persan, avec l'il- 
lustre Silveatre de Sacy, le plus grand des orientalistes 
actuellement vivants, qui a reçu de Napoléon, en récom- 
pense de ses nombreux services, le titre de baron; le chinois 
et le manichoii, avec M. Abel-Rémusat, homme d'une vaste 
et solide érudition, qui explique cette année le texte chinois 
ieèDeux cojisiws, roman déjà traduit par lui; enfin le sans- 
crit, avec M. de Chézy, le mari de Helmina de Chézy, une 
de nos femmes poètes de l' Allemagne, qui montra un tel 
dévouement en soignant dans les hôpitaux du Rhin nos sol- 
dats blessés. 

«L'antre établissement est «l'Ecole spéciale des langues 

\ orientales vivantes, ' fondée pendant la Révolution par Lau- 



[T écurie, éclairée par de misér^H 
freaiix de vitre. Son directeur actuel est le^| 
(le 8acy, qui occupe en même tempâ la cli^| 
cien, pendant que M. Caussin de Perceval eH 
vulgaire. Le chevalier Jaubert, dont nous afl 
avec tant d'intérêt le voyage en l'erse, donnfl 
turc. M. de Chézy professe le persan, M. I 
Florival, Yarmênien, et notre eompatriote ail 
V^ grec madcT^ie, qu'il parle avec une merveill 
«Tous ces professeurs ont formé un nombre! 
' d'élèves dignes de leurs maîtres. Je ne voua cita 
de langue allemande qui suivent actuellemenl 
Pai'mi les auditeurs de M. de Sacy, le plus f 
contredit M. Fleischer, de Leipzig, que l'on vo 
ment travailler avec une ardeur peu commune i 
des manuscrits de la Bibliothèque royale. Pem 
Jour à Paris, il a copié entièrement le commenl 
dhawi sur le Coran, qui forme un énorme in-foli 
naissez l'excellente édition du texte arabe des 
Kuits de Abich ' ; Fleischer l'a collationnée avei 
crits de Paria et a réuni toutes les variantes. C 
vail gigantesque, qui remplirait au moins de 
in -8", et dont un spécimen a paru dans le 



SUR L'ECOIJ: des I,ANCiUE« (IRIENTALES. XWII 

qu'oBe telle collection de variantes serait trop ennnyense 
pour les lecteurs'. Après M. Fleiselier, la première place 
appartient à un Alsacien, M. Stalil, qui se distingue par la 
variété de ses connaissances bibliograpLîqucs. M. Munk a 
également fait de grands progrès en aralie, eii profitant 
de l'avantage que lui vant la connaissance de l'iiébren, sa 
langue maternelle. Vullers", dont vous possédez probable- 
ment déjà la belle édition de la MuaUakah de Haretb, avec 
les seliolies de Zouzeni, est de même nn des élèves les plus 
distingués de Silvestre de Sacy. Vous le connaissez, je 
crois, personnellement de Bonn. Le savant et sagace Ols- 
hausen a séjounié aussi un certain temps à Paris, etc.*' 
On vient de voir que le cours d'arménien était fait en 
1828 par I.evaillant de Florival. Chalian de Cirbied avait 
en etfet, en 1826, demandé un congé de trois ans «pour 
aller à Tiflis, où il était appelé par l'arclievêqne Nei-sès, 
afin d'organiser une école spéciale des langues européennes 
dans la capitale de la Géorgie. » Il avait en même temps 



1. Ahhinc annM octo in Dinrio Societatis asiatic» Parieiensis (Aon. 1827, 
mené. Oct., p. 317 w|q.) huic dJBScrtatioQi praclusî iittiuiadversioDes crilJCitit 
in primum tomum noctïum ab KHbithtio editarum, quai ab ejus ittirio per< 
tinent sd p. 36; plari-a dedisBem, aï edttores Diarii, qui tnm erant, bia lite- 
rie t'ovissent. Cf. Fleischcr, De glnn» Hahiddianin, p. 7. 

2. Parîsioe iro, Orientalium litteranim principem prfcceptorem naiifisci, 
ditÏMÏmoB bibliochecfc Régis PariBÎensîs theaanros perecnitari, summa Au- 
gustissimL, HunifieentiBrimique Régis nostri liheralitate tnihi conceHBum est . . . 
Vix ParieiiB consedenim, quum statira SUvutrum de Socy adii, ut et doctia- 
Bimariim doctoria eximii lectïonum perciperein fructuB, ot ipsa Vin Illnstiis- 
Mini consnetndine lilteraram, quos posaiddt, thesauroB prelioaissiinoa adeiindi 
copia oiihi darotnr. Humanissime ab illo exceptus, omni qua par est dili- 
gentia et ardorr per triennium fere doctiaeinias ejus Bcbolas freqiientavi. 

Thêta arntrooenit .. .qiau de/end^ loaQDeB VullerS. Halit Siuonimi, iS'60, p. 7. 

3. BrU/e aber den Forlgang der Âniatitcken Slndiea rit Parti, oon einem do- 
eriaUalûdteti Spraeken b^fUawnen jtmgen Detdnehen, Ulm, s. a., p. 5 ev. 



piration de son congé, on le considérai 
naire et son suppléant fnt nommé titula 
nance dn roi en date du 4 septembre li 
Florival resta profeaseiir d'arménien jus] 
vée le 20 janvier 1862'. 

Un nouvel enseignement fut introduit 
l'administration de Silvestre de Sacy, 
liindoustani, dont Langlès, en l'an VIII, al 
mandé l'étude. C'était pour un de ses éla 
Garein de Tassy, alors secrétaire du C^)lll 
que Silvestre île Sacy sollicita personnelle 
en 1828 la création d'un cours provisoire d) 
Un article parut à cette occasion dans le Mo 
1828), qui contenait les appréciations suivan 
d'une chaire d'hindoustani et les mérites di 
signé : 

« Un arrêté de S. Exe. le ministre secré 
l'intérieur, en date du 29 mai dernier, établ 
langne hindoustani à l'Ecole royale et spéciï 
orientales vivantes. Ainsi, en même temps qi 
au Collège royal de France la langue sa{ 
dont une chaire a été fondée en 1S14 ] 
de Lonia XVIU. on. 



^^^ ms LASOUES ORIENTALES. 

(luH spécialement consacrée aux langues vivantes de l'Asie, 
n idiome né du mélange de Tarabe et du persan avec le 
aoscrit, et qui, à pen d'exceptions près, et sauf certaines 
ariétéa propres aux diverses localités, offre le moyen de 
ommunleation le plus général avec les nations qui occupent 
la presqu'île de l'Inde. En effet, bien qu'on parle dans ses 

(différentes provinces dix ou douze idiomes différents, l'hin- 
^ustaui suffit aux étrangers pour se faire entendre dans 
presque toutes les parties de cette vaste contrée, depuis le 
cap Comorin jusqu'aux frontières de la Boucliarie, et des 
bouches de l'Iudus jusqu'aux rives du Bur-Campostor ou 
|(raIima-Poure .... M. Garciii de Tassy, que S. Exe. le 
liinîstre de l'intérieur a chargé de cet enseignement, avait 
i&}k obtenu le suffrage des liorames qui, en Angleterre, se 
int le plus occupés de cet idiôine; et les connaissances 
riées qu'il a acquises par quinze ans de ti'avail dans plu- 
iieurs des langues de l'Asie, et dont il a donné des preuves 
par la publication de divers ouvrages, ne permettent point 
de douter qu'il ne réponde à la confiance du gouvernement. • 
La publication de cet article souleva une polémique des 
1 plus violentes, que Sïlvestre de Sacy ne put apaiser en se 
l déclarant l'auteur des appréciations incriminées; les eri- 
Itiques les plus acerbes n'étaient pas toujours celles qui por- 
taient sur la matière du nouvel enseignement. Les adver- 
taires de M. Garcin de Tassy n'eurent pourtant pas raison 
bntrc l'administrateur de l'Ecole, et deux ans après, l'essai 
rant été jugé suffisant, une ordonnance du roi, en date du 
Idéeembre 1830, créa définitivement la chaire d'iiindous- 
Ce cours traversa bientôt une période brillante, et 



XXX 



NOTICE HISTORIQUIi: 



pendant plusieurs années attira h l'Ecole im nombre assea ' 
conaidérable d'élèves anglais qui se destinaient au service ^ 
de la Compagnie des Indes. 

En 1832 l'épidémie de choléra, qui frappa si erueliementJ 
le monde scientifique de Paris, enleva à l'Ecole deux dftl 
ses membres : Sédillot, secrétaire, mourut le 9 août, et DeJ 
Chézy, professeur de persan, le 3 septembre suivant. 

Une ordonnance du roi, en date du 14 novembre 1832, ' 
pourvut à la chaire de persan en y nommant M. Etienne j 
Quatremère, déjà professeur des langues hébraïque, chai- \ 
daïque et syriaque au Collège de France. 

Quant à la place de secrétaire, elle fut supprimée par J 
ordonnance du 28 août de la même année et les fonds aiorâ j 
rendus disponibles, employés à, parfaire le traitement de l 
M. Grarcin de Tasay, le nouveau professeur d'hindoustanL J 
C'est ici le lieu de dire en quoi consistaient les attributions! 
du secrétaire de l'Ecole, qiii n'avaient nullement alors lel 
caractère presque exchisivemeut administratif qui leur i 
été donné depuis. 

Le Directoire exécutif, * considérant l'augmentation daj 
nombre des élèves et la multiplicité des travaux des profes- 
seurs,» créa cette place le 23 fructidor an V (9 sept. 1797), ^ 
et y nomma le même jour «le citoyen Jean Jacques Em- 
manuel Sédillot.» Les fonctions que devait remplir le nou-^ 
veau titulaire n'étaient pas clairement définies dans l'arrGtél 
d'institution. Au commencement de l'année 1812, Amablel 
Jourdain, interprète du conseil des prises et un des élèveai 
les plus distingués de l'Ecole, fut nommé secrétaire-adjoint 1 
et ^spécialement chargé de copier et cataloguer les mamis-- 



suit L'Et-OLE HES LANUl'ES ÛRIESTAI-ES, 



XXXI 



ïrits arabeB, turcs et persans [de la Bibliothèque impériale]. 
'de remplacer les professeurs-adjoîuts' en cas de maladie 
et d'aider le secrétaire de l'Ecole dans ses travaux. • D 
semble que des conflits d'attribution ne tardèrent pas à se 
produire entre les deux secrétaires et le copiste arabe, car, 
le 30 avril de la même année, le ministre de rintérieur dut 
prendre, sur la demande de l'administrateur Langlèe, un 
crête déterminant les fonctions de ces employés et qui peut 
I résumer comme suit : «Le secrétaire en cbef, le secré- 

•e-adjoint et le copiste doivent se tenir à la disposition 
ï l'administi^ateur et des professeurs tous les jours de dix 

ires à deux; ils secondent les professeura dans leurs tra- 
[ littéraires, soit en transcrivant des textes orientaux, 

; en traduisant, en corrigeant des épreuves, etc.; ils 
dressent la table des cbapitrcs ou des matières des princi- 
paux manuscrits orientaux de la Bibliotbèquc impériale, 
et en traduisent les passages les plus importants, *de ma- 
nière à ce que ces traductions puissent faire suite à celles 
que les Jeunes de Langues envoyaient auti'efois de Cons- 
tantiuople;» enfin le secrétaire en cbef s'occupera encore 
«des détails d'administration et de comptabilité que l'ad- 
ministrateui- voudra bien lui confier.» Les secrétaires étaient 
donc affectés avant tout à des travaux scientifiques; l'admi- 
nistration de l'Ecole restait trop simple et trop peu cbargée, 
pour que la présence d'un fonctionnaire spécial fut jugée 
nécessaire. 

A. Jourdain, qui avait dfl à ses travaux le maintien de 
sa place, alors que M. de Vanblanc supprimait par éco- 

t. Voir pH^ XX, noie. 



naR^mjBiiii jtiovuoirê, sans iraitemeiit, le 
maû De {>amnt \taê à ee taire attacher défini 
t-ole. Le rrglemetit de 1812 tombait (lu restt 
déHQétntle. et quanii la place de secrétaire 
après la mort d'Emmanuel Sédillot en 183 
tions étaient réiInitcH à lu rédaction des pro( 
de la (.-«jrreHpondancc administrative couran 
Sédillot fils, secrétaire du (''ollége de Franc 
prêt à eontinner sans rémunération les fonct 
auparavant par «on père, et son offre fut acce 
«emblée de» profcsueurs le 24 novembre 183 

Depaia son organisation, TEcole des langQ 
avait dépendu du Ministère de l'Intérieur. Elle 
distraite en 1832, sous le ministère Casimir! 
être rattacliéc au I)é|)arteracnt du commerce et 
publics, mais cette situation dura à peine qu 
Une ordonnance du roi, en date du 14 novem' 
fit rentrer *avec les établissements acientitiq 
raire»,» dans les attnbutions du Ministre de 
pubiiciue (|ui était alors M. Gnizot. 

L'année suivante, l'Ecole quitta le pauvre lo( 
avons parlé plus haut. Une des pièces occupéei 
dans les bâtiments de la Bibliothèque national 
reaux de rindemmté Js^aÛitillUUiiWiili^iÉi 



SUE L^-OLE DES LANGUES ORIENTALES. XXXIII 

Silyestre de Sacy, baron de Tempire, Pair de France, ad- 
ministratenr du Collège de France et de l'Ecole des langnes 
orientales vivantes, etc. etc., moorot le 21 février 1838. 
Cette date est décisive dans Thistoire de TEcole. Elle marque 
la fin d'une période ou le succès de rétablissement créé le 
10 germinal an lU avait été sans cesse grandissant. Mais 
Fautorité qui s'attachait au nom de l'illustre orientaliste 
n'avait pas été sans rejeter un peu trop à Tarrière-plan la 
légitime influence de ses collègues. L*£cole des langues 
orientales s'était incamée, pour ainsi dire, dans la person- 
nalité de Silvestre de Sacy, et, lui mort, il sembla à plu- 
sieurs que tout croulait avec lui. Nous verrons tout à l'heure 
à quelles mesures on crut devoir recourir pour protéger l'E- 
cole. Mais revenons un instant en arrière pour apprécier 
le chemin parcouru, et nous rendre compte de la manière 
dont TEcole avait rempli les obligations qui lui incombaient 
de par le décret de Tan III. 

Dans l'esprit de ce décret, l'Ecole des langues orientales 
était créée pour former les interprètes dont avaient besoin 
les divers services publics et le commerce extérieur du 
pays. Si cette première obligation ne fat pas remplie aussi 
bien qu'on aurait pu s'y attendre après le succès des pre- 
mières années^ la faute n'en doit pas uniquement retomber 
sur la direction imprimée à l'enseignement. Les débouchés 
ne tardèrent pas en effet à manquer pour les élèves. Dès 
Fan YI, le Ministre des relations extérieures qui, pour des 
raisons trop longues à développer ici, tenait à avoir un éta- 
blissement dépendant directement de son département, ré- 
tablit dans le Prytanée français la «Chambre des élèves 



c 



NoTH-E HIS'I'IIHIIJCK 

■- les langues orientales, ^^ c'est-à-dire raiirieniie Ecoïe ; 
l.leiines de langues, oîi continuèrent i\ se recruter les 1 
pmans employés dans les Echelles tin Levant. On fit ( 

rarement appel pour ces fonctions h TEcole dea lan- 
s orientales vivantes. Mais il ne faut pas non plus se j 
nuler que sous la puissante influence de Silvestre de 
, le c»ité 8cientifi(jue de renseignemt'iit n'avait paa 
i à primer le ei'itti pratique. Silvestre de Sacy ne pro- 
i jamais que l'arabe dit litférnl. II n'avait point été i 
hrient et prononçait l'arabe comme il l'avait appris de | 
Imaître T>om Bcrttierean, comme on le prononçait alors * 
I* tontes les Ecoles de l'Eumpe; la pratique de la cxinver- 
I lui faisait complètement défaut. La plupart de ses 
l-gues commencèrent de bonne heure à modeler leur 
lignement sur le sien, et à négliger, — il serait peat- 
I aussi vrai de dire : à dédaigner — ce qui aurait dû 
Ile but immédiat de leurs leçons. On forma des savants, 
. N'oublions pas cependant que, lors 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XXXV 

chargés d'enseigner. » Cette prescription fut certainement 
observée pendant les premières années d'existence de l'E- 
cole; mais elle tomba pen à peu en désuétude, à mesure 
que l'enseignement devenait plus scientifique et littéraire. 
On arriva assez vite à ne plus faire qu'exposer la gram- 
maire et interpréter des textes. Il est même douteux que 
la chaire d'histoire et de littérature orientales qu'il était 
question de créer en 1 81 8 pour le secrétaire-adjoint A. Jour- 
dain, eût pour but de compléter l'enseignement des langues 
dans le sens voulu par la Convention. 

En revanche l'article qui ordonnait de composer en fran- 
çais la grammaire des diverses langues professées à l'E- 
cole, avait été ponctuellement exécuté. En 1838, les chaires 
de persan et de grec vulgaire étaient les seules où l'on ne 
pût employer de livre élémentaire «à l'usage des élèves 
de l'Ecole des langues orientales vivantes. » Les gram- 
maires rédigées pour les cours d'arabe, d'arabe vulgaire, 
de turc, d'arménien et d'hindoustani étaient publiées^ et 



1. Grammaire arahe à V image dejt élhves de V Ecole des Inngnes orientales 
vivanle»; avec figures. Par A. L Silvestre de Sacy. Paris, Imprimerie impé- 
riale, 1810, 2 V. 8". — Seconde édition corrigée et angmentée, à laquelle on 
a joint nn Traité de la prosodie et de Ja métrique des Arabes. Paris, Im- 
primerie royale, 1831, 2 v. 8**. 

Chrestomathie arahe, ou Extraits de divers écrivains arabes fanl en prose gu^en 
vers, à tusage des élèves de VEcole spéciale des languies orientales vivantes^ par 
A. I. Silvestre de Sacy. Paris, Imprimerie impériale, 180G, 3 v. 8°. — Se- 
conde édition, corrigée et augmentée. Paris, Imprimerie royale, 1826 — 1827, 
3 V. 8°. 



Eléments de la grammaire turke, à V usage des élèves de V Ecole royale et 
spéciale des langues orientales vivantes, par P. Amédée Jaubert. Paris, Impri- 
merie royale, 1823, in-4°. — 2" édit. 1833, 8°. 

Grammaire de la langue arménienne, rédigée pour les élèves de VEcole royàU 
et spéciale des langues orientales vivantes j par J.-Ch. Cirbied. Paris, Everat, 
1823, 8°. 

c* 



, et cliai'uu le reconnaîtra avea 
i langues orientales, pendant cette prB 
I son existence, accomplit sa mission danl 
qui était possible. Et ta, grâce aii\ condfl 
elle se trouva placée, elle ne donna pas | 
pratiques qu'on était en droit d'espérer, < 
moins largement ù entretenir et h augmeil 
nommée scientitique de la uation '. 



Silvestre de Saey était mort le 21 févrien 
uérailleafurentcélébrées en grande pompe, le 
Saint Sulpice. Dès le 25, c'est-à-dire deux joi 
semblée des professeurs se réunit sous la j 

Gramviaire arabe'vulgaire . iNinie tlt dinlogua, leltrtM, a 
dai tUvOÊ de VEvole royale tt ëpiciaU det tangiitt orienlaltà 

Caiiasiii du PercL'val. Puris, Dondey-Diiprù, 1834, iii-4', — 
3" édit. I8i3, 8"; 4" édit. 1858, 8". 

Eudiraent de ta langue hîndoiuiani, à l'image dit é/ioe» 
•ji^ialt de* langiifK oHenialeji vivante», \)ur Gni'citi de Tassy, 
royale, 182a, in-4". — 2' HH. 1BG3, 8". 

Nous omettons un certain nombre d'ouvrages de nu 
maù coiupoiiés pour satisfaire aux mËmes besoiua. 

I. «Sous le rapport scieutitîiiue , on peut dire avec 
des laug^ueH orii^ntalea u juté sur la France un rif éclat, 
Je pays qui nu nous envie eette belle instttution. 

• Depuis quarante années, en ciTel, c'est à cette Ecole ^ 
grands Etat» ilo l'Europe ont envoyé leurs ê 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XXXVII 

son doyen, M. Amédée Jaubert. Le procès -verbal de la 
séance, dans sa concision, trahit un certain effarement. 
M. E. Quatremère expose les motifs qui rendent nécessaire 
un règlement spécial pour l'Ecole. L'assemblée approuve 
à l'unanimité, mais «décide préalablement qu'il sera fait 
un Rapport des services rendus par V Ecole à la France 
dans ses relations politiques et commerciales avec V Orient. 
M. Quatremère est nommé rapporteur.» M. Quatremère 
donne ensuite lecture d'un projet de règlement déjà pré- 
paré et dont les articles sont successivement adoptés. Puis 
« l'Assemblée décide que M. le Doyen demandera une au- 
dience au Ministre, au nom de MM. les Professeurs, et 
que l'Ecole entière se rendra auprès de lui, afin de sou- 
mettre à son approbation le projet de règlement adopté, et 
demander que ce règlement soit confirmé par une ordon- 
nance royale.» 

Le 2 mars, le Ministre, M. de Salvandy, reçoit les pro- 
fesseurs de l'Ecole et leur promet de donner toute son at- 
tention au projet de règlement remis entre ses mains. Une 
ordonnance royale, en date du 25 du même mois, nomme 
M. Eeinaud professeur de la chaire de langue arabe en 
remplacement de M. de Sacy ; le 25 avril une autre ordon- 
nance confère à M. Jaubert le titre d'administrateur de 
l'Ecole ; enfin le 22 mai paraît une nouvelle ordonnance 
qui réorganise l'Ecole des langues orientales vivantes \ 

Nous ne connaissons pas le projet de «Règlement» qu'a- 
vait préparé M. Quatremère; mais il nous est impossible 

1. Le texte en est publié dans les Docitments relatifs à la constitution et 
à Vhiêtoire de VEcole des langues orientales vivantes, Paris, 1872, 4". 



' tiiiiverï^i taire qui iilaifiaît tant à lai]^H 
let : l'Ecole de» langue» orientales aura f^M 
aident, nommé par le roi. Ses élèves devro^B 
bacheliers- es- lettres et pourront recevoi^B 
échelonnés (couiuie le lpai'calauréat,la lirenc^J 
dont le dernier conférera le titre de -gradiH 
gueg orientales.* Nul ne pouiTa être nomni« 
n'est liceneié-ès-lettres et -. gradué '. • Un foniB 
rémunérer cenx des graduée français qui se vM 
pouillenient et h la traduction t\m nianusrritJ 
la Hildiotlièque du roi. i 

Tel» .sont les grands traits de la nouvelle oj 
devait disorniais régir l'Ecole des langues ort 
ne contenait rien sur la direction à imprimai 
rien sur l'avenir réservé aux élèves, ausquel 
guère d'autre perspective que celle de suc* 
maîtres ou de se partager une somme de 5000 
saut (les extraits des manuscrits de la Bibliol 



1. L'oritonnaDce du 22 miti introduit quelques modiâcatl 
des chaires de l'Ecole. C'est aiosi que In cbiùre A'ai-abe, 
par .Sitvusire Hv Sacy et A laquelle vi'uait d'Êlre nomué U.. 
nno chaite d'arabe liuéral, Im chsiro de grer vulgaire, crél 
ijiii l'orcupuil uncon-, in-eml le litre de clwire de gi-w tnd 
graphie grecque. 

S. C'a que l'on demandait au contraire depuis plusieai 
que le gouvernement voulût bien wecordev ans ^li^r^- ^ 
Kues udcntales certains u 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XXXIX 

tait la négation la plus formelle et la plus absolue du décret 
de la Convention. Et cependant, par une contradiction vrai- 
ment inexplicable, le Rapport au Roi, qui précédait l'ordon- 
nance, visait «rextension toujours plus grande de nos rap- 
ports commerciaux et politiques avec TAsie, la possession 
de rx\lgérie, la situation nouvelle de l'Egypte et de la Sy- 
rie, rétablissement régulier des bateaux à vapeur sur tout 
le littoral de la Méditerranée, enfin le mouvement scienti- 
fique qui tourne tous les esprits, autant que le mouvement 
commercial, vers les points de départ du commerce et de 
la civilisation.» 

Fort heureusement pour FEcole des langues orientales, 
Fordonnance royale du 22 mai 1838 se trouva inapplicable. 
L'assemblée des professeurs fit d'inutiles efforts pour en 
exécuter les prescriptions, rédigea des programmes d'exa- 
mens, présenta des élèves ponr l'obtention des diplômes, 
etc.; rien n'aboutit. La tradition de l'Ecole veut que M. 
Dulaurier ait obtenu le seul diplôme de «gradué» i\\\\ ait 
été alors délivré; nous n'en avons trouvé nulle trace dans 
les pièces administratives. L'ordonnance était déjà tombée 
en désuétude dès la fin de l'année 1839, et les 5000 francs 
alloués pour rémunérer les gradués, appliqués à la publi- 
cation de textes orientaux ^ 

A partir de ce moment l'Ecole vécut comme clic put, 
mais dans les plus déplorables conditions, c'est-à-dire avec 

1. C'est ainsi que furent publiés, sous le titre /[jfénéral de Chrestcmalhie/t 
orientâtes, un certain nombre de textes destinés à être mis entre les mains 
des élèves; en arabe, des ExlraU« du roman cVAiUar; en persan, ÏIIù<(mre 
de Djenghizkhan et VUintoirc des Sasttanides de Mirkhond; V Histoire des sul- 
tans du Khareztn, du même; les Prolérjonihies des tables astronomiques d'Olouif 
Ikfj (par M. Sédillot), etc., etc. 



nKiment si grande. Consultée par le Ma 

tnnité de créer une chaire de malais, ] 

I an décret d'inetitiition de l'Ecoie, mais (] 

I core étc enseignée, l'assemblée des prof J 

[ nanimité, le 8 novemhre 1839, un préavil 

( 13 décembre suivant, c'est un cours de clim 

i le même sort'. Mais le Ministre passe ol 

I le 4 mare 1841, MM. Dulaurier et Bazin à I 

le premier un cours de langues malaye et 1 

cond un cours de eliinois moderne. Ceux-ci dfl 

I leçons figurent au programme des cours; « 

I cidc f|ue cette demande, étant contraire au:^ 

précédents, ne peut être accueillie.» Cepend 

toute opposition, la chaire de langne chinoii 

définitivemeiit créée par ordnnnance du 22 

et M. Bazin nommé titulaire. Il en est de n 

tembre 1844 pour la chaire de langues m 

naise, dont est pourvu M. Dulaurier. D'ui 

Ministre de l'Instruction publique adresse, 1 

une lettre sévère au Président de l'Ecole 



1. Le projet (Il créer une chaire do langne berbère, ■ 
fois par le Ministère d( la guerre, tie fui )ma Bonmis s' 
l'usemblÈe des profeescurs Le tout se passa en poiirpari 
de vnes entre le Ministre de 1 Inslrncti on tiubl ia 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XLI 

sans lui en donner connaissance, un cours de langues turco- 
tartare professé par un savant étranger, M. Rœrig. 

M. Amédée Jaubert, président et doyen des professeurs 
de FEcole, meurt le 27 janvier 1847. Il occupait la chaire 
de turc depuis 1801, mais avait eu à remplir diverses mis- 
sions diplomatiques en Orient pendant la durée desquelles 
il s'était fait suppléer, d'abord par M. Sédillot, ensuite par 
M. Bianchi. M. Hase, professeur de grec moderne et de 
paléographie grecque, devient président de l'Ecole en vertu 
d'une ordonnance royale du 31 mars. La chaire de turc 
demeure vacante jusqu'au 23 janvier 1848; à cette date 
une ordonnance y nomme M. Mac Guckin de Slane, inter- 
prète principal de l'armée d'Afrique. 

Survient la Révolution de février. M. de Slane, à peine 
nommé, est considéré comme suspect de sympathies pour 
le régime déchu, et un arrêté ministériel du 20 mars 1848 
le remplace par M. Dubeux. Vers la même époque, M. Car- 
not, ministre de l'Instruction publique, reçoit une députation 
des anciens élèves de l'Ecole : ils venaient demander qu'on 
introduisît dans l'organisation de cet établissement des mo- 
difications propres à assurer aux élèves une carrière et un 
avenir, et à rétribuer enfin leurs travaux restés jusqu'alors 
sans encouragement. Entre autres vœux qu'ils émettaient, 
se trouvait celui de voir créer des places de répétiteurs, 
dont les uns auraient enseigné l'histoire et la géographie 
de l'Orient, les autres aplani pour les commençants par des 
leçons élémentaires les principales difficultés que présentent 
toujours au début les langues orientales. L'assemblée des 
professeurs persista à ne vouloir rien changer aux cadres 



lïïTeBsoiri.'. 

Maigre rctte rûsoliitioii ik- l'asiicmlil 
tient de l'KcoIe, demanda au Ministre 1 
la création d'nue cbairc d'iiistnîre et I 
taies pour M. SéiUllot, secrétaire de l'I 
et auquel avait été adjoint M. K. LatoJ 
30 mai ia48. L'examen de eette propl 
k nne •occasion favorable, • mais à 1 
touche, secrétaire-adjoint, rc»;ut l'autoriBil 
les él^ve8 une conterence préparatoire ain 
gaes de l'Orient. 

Après la mort de M. Quatremère (18 1 
M. Scliefer, premier-secrétaire interprète 
orientales an Ministère des Att'aires étrand 
professeur de la cliairc de persan par dé 
23 novembre 1857. Pour la première fois 
l'occasion d'exercer la prérogative qui lui 
dée par le décret du 11 mars 1852 de pré 
didats, pendant que l'Académie des Inser 
I^cttres en désignait également deux. Di 
lie la création de l'Ecole des langues orit 
nations avaient toujours été faites directe 
nistres, sans présentation d'aucune sorte. 

Jusqu'aux premières années de l'admin 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XLIII 

ne pourrait porter que sur des faits coiitemporaius et des 
personnes dont plusieurs vivent encore. Nous nous borne- 
rons donc à résumer rapidement, et en suivant Tordre chro- 
nologique, les principaux actes administratifs qui touchent 
à notre sujet. 

M. Levaillant de Florival étant mort le 20 janvier 1862, 
rassemblée des professeurs réunie le 1*' février demande 
à M. Dulaurier, professeur de malais et de javanais, de 
prendre par permutation la chaire d'arménien, à laquelle 
il est nommé par décret impérial du 19 du même mois. Le 
26 février, un arrêté ministériel charge du cours de ma- 
lais et de javanais, ahisi devenu vacant, M. l'abbé Favre, 
ancien missionnaire apostolique dans la presqu'île de Ma- 
lacca. M. l'abbé Favre ne fut nommé titulaire de la chaire 
que le 5 avril 1864. 

Le 30 décembre 1862, M. Bazin, professeur de chinois 
moderne, meurt à son tour. M. Stanislas Julien, professeur 
de chinois au Collège de France, est d'abord autorisé à 
faire gratuitement à l'Ecole le cours de chinois vulgaire 
(23 mars 1863), puis chargé du cours avec une indemnité 
égale au traitement des autres professeurs (6 novembre 
1863). Il ne devint jamais titulaire. 

M. Léon de Rosny, ancien élève de l'Ecole, est autorisé 
par arrêté du 20 avril 1863 à faire un cours public de 
langue japonaise, mais sans avoir droit à aucune rémuné- 
ration. 

Le 13 décembre de la même année, M. Barbier de Mey- 
nard est nommé professeur de turc, en remplacement de 
M. Dubeux, décédé le 4 octobre 1863. 



NOTICE HISTORIQUE 



ml. Mac-Guckiii de Slaiie, memliie (te rinstitiit, est aa- 
Ibc à faire un cours public d'arabe algérien, par arrêté 
Isi décembre 1863. 

n. Hase meurt le 21 mars 1864. Il cet remplacé comme 
feideut de l'Ecole par M. Reinaud (décret du 13 avril 
rant), et comme professeur par M. Brunet de Presle 
I «eptembrc). Un décret du 1" juin 1864 avait préalable- 
lit changé le titre de la «chaire de grec moderne et de 
Kographie grecque,v en la transformant en une «chaire 
^ec moderne. • 

. Sciiefer, professeur de persan, est nommé président 
l'Ecole, par décret du 16 octobre 1867, en remplace- 
lit de M. Reinaud, décédé le 14 mai précédent. 

I 7 avril 1868, l'assemblée des professeurs, considé- 
: rcxiguité du local occupé par l'Ecole dans les bâti- 
lits de la lîibliothèque impériale et sa complète insnffi- 

: pour les besoins actuels, décide qu'il y a lieu d'in- 
( de M. le Ministre de l'Instruction publique 



SUR UÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XLV 

la Bibliothèque rendaient désirable la séparation des deux 
établissements. 

Le 24 mai de la même année un décret supprimait la 
chaire d'arabe littéral vacante par suite de la mort de M. 
Reinaud, et y substituait une chaire de japonais à laquelle 
était nommé le même jour M. Léon de Rosny. 

Plusieurs enseignements nouveaux s'introduisent à l'E- 
cole en 1868 et en 1869 : M. Sandou est autorisé à faire 
un cours de tamoul (19 juin 1868); MM. de Slane et Feer 
sont chargés, le premier d'un cours d'arabe d'Algérie (15 jan- 
vier 1869) et le second d'un cours de tibétain (26 janvier 
1869). 

Cédant enfin aux vœux réitérés de l'assemblée des pro- 
fesseurs relativement au local, M. le Ministre de l'Instruc- 
tion publique met à la disposition de l'Ecole, qui en prend 
possession dans les derniers jours de l'année 1868, l'appar- 
tement alors inoccupé de l'Administrateur du Collège de 
France. Quelques travaux d'appropriation suffirent pour 
pratiquer dans cet appartement deux salles de cours et un 
bureau pour le secrétariat, ainsi que pour loger les livres 
et autres objets de collection que possédait déjà l'Ecole. 
L'éloignement de la Bibliothèque impériale faisait une obli- 
gation rigoureuse de constituer rapidement une bibliothèque 
orientale : en peu de mois, beaucoup d'ouvrages furent ache- 
tés, d'autres reçus en don de France et de l'étranger, et la 
place ne tarda pas à faire défaut dans un appartement re- 
lativement petit, qui du reste n'avait été accordé qu'à titre 
transitoire et pouvait être redemandé d'un jour à l'autre. 
Mais n'anticipons pas sur les événements et arrivons au dé- 



irt iiiivrc la troisième dans laquelle noiis 



Depni» plusieurs années le Itesoin < 
de l'Ecole des IttiigucH orientales était 1 
la plupart des ]>rofeH8eiir8. M. Hase avaiti 
mai» «ans succès, des démarches pour roi 
tion de l'Kcole dauFt nii local où elle étail 
tonte autre adiiiiiii^^tratton, non moins ql 
élèves qui augmentait sensiblement d'anin 
«lient, en lS(î9, nnc obligation sfriete del 
davantage une mesure aussi urgente. Le i 
uiHation fut donc rendu le 8 novembre 18 
suffiront à le caractériser : c'était nu reto 
à l'esprit et à la lettre de la loi du 10 ger 
préambule du décret le déclarait sans an 
déraiit qu'il est nécessaire de réorganiser 
rorriPTier à sa dcMlnattoH primitive. > 

Voici, rapidement esquissée, l'économie 
oiiiaiiisation : Aux neuf chaires déjà existai 
une chaire de langue annamite, destinée i 
cnitcinent du personnel administratif empl 
chinchine train^îiise. L'article 2 du décret 
termes la nature des études 



SUR LKCOLE DKS LANGUES ORIENTALES. XLVII 

renseignement : « Les cours ont pour objet d'apprendre aux 
élèves à lire, écrire et parler les langues dont rénumération 
précède, et de leur enseigner la géographie politique et 
commerciale des pays oii ces langues sont en usage. » Aux 
professeurs étaient adjoints des répétiteurs indigènes « char- 
gés d'interroger les élèves et de les exercer à la conversa- 
tion et à la lecture à haute voix. » Le décret portait égale- 
ment que des cours complémentaires pourraient être insti- 
tués au fur et à mesure des besoins. Des bourses étaient 
accordées aux élèves qui se distingueraient par leur assi- 
duité et leurs progrès. Enfin, ceux des élèves qui rempli- 
raient certaines conditions de scolarité et auraient achevé 
trois années d'études devaient subir un examen, à la suite 
duquel le diplôme d'Elève breveté de V Ecole des langue.^ 
orientales pourrait leur être conféré. 

L'Ecole était placée sous l'autorité d'un administi'ateur, 
nommé par le Ministre de l'Instiniction publique, qui devait 
convoquer et présider l'assemblée des professeurs. Le décret 
établissait aussi, près de l'Ecole, un Conseil de perfection- 
nement composé de neuf membres, délégués par les divers 
ministères qui pouvaient admettre dans leur personnel des 
élèves sortis de l'établissement. 

Des difficultés, provenant de l'insuffisance des crédits 
portés au budget, puis le passage temporaire de l'Ecole 
dans les attributions du «Ministère des lettres, sciences 
et beaux - arts , » empêchèrent d 'abord de mettre à exé- 
cution les améliorations introduites par le décret du 8 dé- 
cembre 1869 dans l'organisation de l'Ecole. La guerre et 
les désastres qui l'accompagnèrent, devinrent une nouvelle 



NitTICK HISTORIQUE 



pse d'ajournement'. Mais dta le début de l'année sco- 
1871 — 1S72 furent nommés, par arrêtés du 8 uo- 

liibre : M. Abel des Michels, chargé du cours de langue 
liamite; MM.Blancard, Soliman al-Haraïri, KourîMoto', 
létitcurs ponr les langues grecque moderne, arabe vul- 

[re et japonaise. Le 10 décembre 1871, deux décret» 

umaient également M. de Slane professeur titulaire de 
leliaire d'arabe vulgaire, en remplacement de M. Canssîu 
jrerceval, décédé le 15 janvier précédent, et M. le comte 

'czkowski, premier secrétaire -intei-prète du gouverne- 
liit pour les langues de la Chine, à la chaire de chinois 
Igaire, qui était restée sans titulaire depuis la mort de 
I Bazin. 

26 février 1872 étaient institués à l'étranger des 

mbres correspondants de l'Ecule des langues orientales 
iantes, et le 11 mars suivant fut signé le décret portant 
ilement de l'Ecole'' et complétant sous ce rapport le dé- 
|t de réorganisation. La même année le Ministre de Tins- 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. XLIX 

CH chargea M. Dugat (29 avril 1872), et augmenta le nombre 
des répétiteurs en nommant M. 0. Saghirîan répétiteur de 
turc (même date). Quelques mois après, un nouveau cours 
complémentaire d'histoire, de géographie et de législation 
des Etats de TExtrême-Orient, fut créé et confié à un sino- 
logue bien connu, M. Pauthier (8 novembre 1872). Presque 
en même temps M. A. des Michels était nommé titulaire 
de la chaire d'annamite (5 décembre). 

Ce fut à la fin de l'année scolaire 1872 — 73 qu'eurent 
lieu les premiers examens de fin d'étude donnant droit au 
diplôme d'élève breveté. Sept élèves en furent jugés dignes : 
MM. Huart, pour l'arabe et le grec moderne; Lorgeou et 
Hardouin, pour le malais et le javanais; Sarazin, pour le 
japonais; Meyer, pour l'annamite; Balluet d'Estoumelles 
de Constant de Rebecque, pour le grec moderne, et Bati- 
faud, pour le turc*. 

Cependant les collections, et en particulier la biblio- 
thèque de l'Ecole, s'accroissaient dans des proportions qui 
ne permettaient plus de les ranger convenablement dans 
l'appartement concédé à l'Ecole au Collège de France, ap- 
partement qui venait en outre d'être réclamé par le nouvel 
administrateur de cet établissement. Il fallait donc trouver 
un autre local plus grand, mieux aménagé, et où, cette fois, 
l'Ecole fût indépendante et chez elle. 

Un heureux hasard rendit vacant dans le courant de 
l'année 1873 l'hôtel occupé jusqu'alors dans la rue de Lille 
par l'Ecole du génie maritime. Il fut attribué à l'Ecole des 

1. Six de ces élèves diplômés furent admis presque immédiatement dans 
les services extérieurs du Ministère des Affaires étrangères. 

d 



NOTICE HISTORIQUE 



lanfpieH orientales qui y trouva des locaux suffisants pour 
ftCH HallcH de coure, ses collections et sa bibliothèque, et 
H'y itistalla au mois d'octobre 1873. Ou peut dire que c'est 
h partir de ce moment, et de ce moment seulement, qne le 
décret de réorganisation du 8 novembre 1869 et le règle- 
ment du 11 HiarK 1872 purent produire leur plein et m- 
tier effet. I>e clasHemcnt de la bibliothèque commença ira 
médiatenieiit sous la direction de M. A. Carrière, répétîteni 
à l'Ecole dert hautes études, nommé secrétaire -bibliothé- 
caire le 15 décembre 1873, en remplacement deM. SédilloJ 
nornmé «eerétaîre-honoraire, et de M. Latouche, charge 
d'une conférence préparatoire à l'étude des langues de l'O 
rient musulman. Les conditions d'âge et de scolarité fureol 
rtKoun^iiMcment exigées des élèves. Aucun empêchemeoi 
ne vint plus entraver la marche régulière de renseigne^ 
ment donné par les professeurs et les répétiteurs. Le nom 
hre des élève» et des auditeurs continua de s'accroître, € 
les Jeunes île langues, au lieu de recevoir, comme par 1 
passé, des le^'ons de langues orientales au Lycée Lonis-ld 
Ciraiid, commencèrent depuis ce moment à suivre les coiu 
de l'Ecole après l'achèvement de leurs études classiquej 

Le développement de l'Ecole des langues orientales s'eï 
opéré de|)uiH lors d'une manière constante et tout à fait nop 
malc. Dix ans se sont écoulés depuis la translation de cet éta 
blissement dans l'hôtel de la rue de Lille. Un exposé rapide d 
sa situation actuelle permettra déjuger des progrès aecon 
plis et des services rendus à l'Etat pendant cette périodefl 

Pkrfonnki, kt enseignement, m. Brunet de Presle, pr(^ 
fcBseur de grec moderne, décédé le 12 septembre 1875, i 



SUB L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. 



LI 



été remplacé par M. Miller, membre de l'Iiistitiit, iiommé 
19 février 1876. — Une chaire de langue russe et de dia- 
lectes slaves a été créée le 1" janvier 1877, et M. L. Léger, 
chargé d'un cours complémentaire depuis 1874, eu a été le 
même jour nommé titulaire. — M. de Slane, professeur 
d'arabe vulgaire, et M. Garcia de Tassy, professeur d'hin- 
doustaiiî, sont morts le premier, le4aoilt 1878, etlesecond, 
le 2 septembre suivant. La chaire d'hindonstani fut sup- 
primée le 12 avril 1879 et remplacée par la chaire d'arabe 
littéral, rétablie pour M. H. Derenbourg, qui était chargé 
depuis le 9 octobre 1875 d'un cours curapléraen taire de 
grammaire arabe. M. Cherbonneau, nommé à la chaire 
laissée vacante par M. de Slaue, le 15 mars 1879, est mort 
le 11 décembre 1882, et n'a point encore de successeur. — 
Un cours complémentaire d'Iiindoustani et de tamoul a été 
institué le 12 avril 1879 et confié à M. Vinson. — M. Du- 
laurier, professeur d'arménien, décédé le 2 1 décembre 1881, 
n'est point encore rcmjilacé ; M. A. Carrière, secrétaire de 
l'Ecole, a été chargé du cours. — Enfin, M. H. Cordier, 
depuis le 5 août 1881, est chargé du com's complémentaire 
dliistûire, de géographie et de législation des Etats de l'Ex- 
trême-Urient, et M. E. Picot, depuis le 31 décembre 1881, 
d'un cours complémentaire de langue roumaine qu'il était 
autorisé A professer depuis le 30 juillet 1875'. 

Scolarité. Les cours de l'Ecole ont été suivis pendant 
l'année scolaire 1882 — 1883 par 42 élèves réguliers et 81 



1. Ajoutons encore qu'en 1874 MM. de Ujf«lvy et Kochet lurent anto- 
ri>£« à professer à titre temporaire, le premier lu g6ograpliie de l'Asie, et 
te seconil, le Mandchuti et le Mungal. 



tiianilêK au Ministre de l'Instruction pubi 
plus de trente élèves de l'Ecole sont el 
vices extérieurs du Ministère des affaira 
Ministère de la mariue, et quelques- un J 
des functions élevées'. 

Bibliothèque. La Bibliothèque de VTA 
orientales, qui comptait à peine 4000volii 
possède aujourd'hui environ 20,000, se rapl 
lances et à l'histoire de l'Orient modcrni 
de nombreux textes arabes, persans, tureJ 
ponais imprimés en Orient, ainsi qu'une j 
d'ouvrages en grec nii)dcrne légnée par M. Bï^ 
Cette bibliothèque est mise tous les jours I 
des professeurs et des élèves de l'Ecole. 

l'UBLiCATioNs. Depuis 1875, des fonds i 
à l'Ecole des langues orientales pour la pq 



l 



I. I.'ailmiuiun do» âlËves de l'Ecole dans la carriën 
>li< l'inUirpr^tnriat a bti dAfinitivemeot réglée par le déev 
inHO, <iui (■oniiont lo« deux articles Buivanta : «Art. 8. — 
nomm^ droginaii ou interprète do !i* classe s'il n'a été an { 
tachf-, en qualité de dro^cman -adjoint on d'interprète-adjtûi 
iDHtiiiac 1111 consulaire. — Art. 7. — I^s drogmaiis-adJ« 
adjoints sont r«crut(s : 1° pnrmi les élèves drogmans et 
t(!« diplûmés, c'eat-A-dire parmi les anciens '•Jeunes de ] 
dljili^me dtt baelielier-ës-lcttres et qui auront eiiivi avec j 
rilcol» «p^'inle des langues uricntales viviuites-, 2°j 
fronçai* et diplilmés, de l a dite è. 



SUR L'ÉCOLE DES IJINGUES ORIENTALES. LIII 

vrages relatifs aux langues orientales et aux pays où ces 
langues sont pariées. La collection, qui fut immédiatement 
commencée et qui paraît chez M. E. Leroux, libraire de 
l'Ecole des langues orientales, comprend déjà les ouvrages 
suivants : 

Histoire de VAsie centrale, par Mir Abdoul Kerim Bou- 
khary, publiée, traduite et annotée par Ch. Schefer. Paris, 
1876, 2 vol. 

Ifelution de F ambassade au Kharezm de Riza Qouly Khan. 
Texte persan, et traduction française par Ch. Schefer. Paris, 
1876—1879, 2 vol. 

Recueil de pommes historiques en grec vulgaire, publiés, 
traduits et annotés par E. Legrand. Paris, 1877. 

Mémoires sur V ambassade de France en Turquie, par le 
comte de Saint Priest, [public par Ch. Schefer]. 1877. 

Recueil dJ itinéraires et de voyages dans VAsie centrale et 
V Extrême-Orient. Paris, 1878. 

Bag Bahar, le Jardin et le Printemps, poème hindous- 
tani traduit en français par Garcin de Tassy. Paris, 1878. 

Chronique de Moldavie depuis le milieu du XIV* siècle 
jusqu'à Tan 1594, par Georges Urechi; texte roumain avec 
traduction française par E. Picot. Paris, 1878 (3 livraisons 
publiées; la 4® et dernière est sous presse.) 

Bibliotheca Sinica. Dictionnaire bibliographique des ou- 
vrages relatifs à T empire chinois, par H. Cordier. Paris, 
1. 1, 1878 (le 2® vol. est en cours de publication.) 

Recherches archéologiques et historiques sur Pékin et ses 
environs, par le Dr. Bretschneider. Traduction française 
par V. CoUin de Plancy. Paris, 1879. 



SUR L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. LV 

nnscrit ouïgour de la Bibliothèque nationale; traduit et an- 
noté par A. Pavet de Courteille. Paris, 1882. 

Chrestomathie persane, parCh. Schefer. Paris, 1. 1, 1883 
(le 2* vol. est sous presse). 

Sont sous presse et doivent paraître incessamment : 

Chronique de Nestor, traduite du russe par L. Léger. 

Les maniùscrits arabes de VEscurial, décrits par H. De- 
renbourg. 

Histoire du bureau des interprètes de Pékin, par Devéria. 

Ousâma le Mounkidhite. Récit de la vie d'un émir syrien 
au Xn* siècle, par M. Hartwig Derenbourg. — Avec le 
text^ arabe de l'autobiographie d'Ousâma, publié d'après 
le manuscrit de l'Escurial. 

Ni-hon syo-ki, F un des livres canoniques des Japonais, 
publié et traduit par L. de Rosny. 

Le présent volume rentre également dans la collection 
des Publications de l'Ecole des langues orientales. 

Paris, 16 août 1883. 



*4# 




depuis sa fondation. 



Admii 



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1-^ 









OQ 



s 



0S 

ES 
C/2 



NAlAISnJATANAIS 

1844 


JAPONAIS 

1868 


ANNAMITE 
1869 


RUSSE 
1876 


i 


1 




1 










Diilaarier, c. a. 

(1841—1844) 

DULAUBIEB 

(1844—1862) 








abbé Favre, ch. 

(1862—1864) 

abbé Favrk 

(1864) 


L.de Rosny,c.a. 

(1863—1868) 
















L. DE ROSXY 

(1868) 


A. des Michels, c/i. 

(1871) 

A. DK8 Michels 
(1872) 


L. Léger, c. c. 

(1874—1876) 

L. Legku 

(1876) 



Air 



L) 



nis (les professeurs titulaires sont imprimés eu petites capitales. 



d 



EC 
LANG 



A LA B 



Portant quih 
nationale ,u\ 
des Langue 

Du 10 Cermii 

\—à K Convention nationau 



II» 



établi dans'l'aiceinic 



jiiliié 

1 1 L'Ecole des Linf>ucs 
Turc et te Tarurc de Crimée ; 

III. Le mo^e de numiiiiitioi 
des £cr.k<ict 

IV. Le Ctimiié (E'Insiructiuii 



CONFOBMÉMF.NT à 11 

commenteront le ^ Mcssid 

Le citoyen Lanclis, M 

avait commence au Collège 

( Tanicrlan ) , et passera en 

Chine , pour ôtabiir des rcL 

W donnera ses Leçons le 

Les mêmes jours , dcpiiÎ! 

arahc : aprè.s avoir dcvelonp ■ 

maïui.'^crites Je Kolcilah. 

Le Cours de Langue tui 



I 




LjUVGVëS 



AN 




Les Cours de lIÊCOLB Se 
utUiié reemume pamr la poà 



H RâaTWB DCREXBOORG. 



COIISD'AEABB 



Sfaacw de Hshh cmc k Ctmmmtain cAmm. pwSilv«lra de 
U cours aon ItM poor Iw êkm iê f ii^Ji n «HOe \m 

PMT i» 4IATCB de amute* «I a* (f1MI«*M Moéc. Im 

COUISD^AKABB 

M. n . • wt^iUÊÊWf* 
M. Aaom. NuAS Uiuii. r^< iti T wéj^<. < O ie igBa f i i« f 
ëk*m i la cMrrcmliM M an lyfa ipinaiiirt. i« UimIm 



comsDB 



M Ca SaSm. ffJîma v . Un npli^Mr Mt 4U*w dU 

■sMwM de dMtUat «I d« iroMtet MBé* la Jld 

livra d* rSMwi 5dbi^. 

La OMnMfsfa* i«> 



H. BASBia DC MEmOD 

Elc^ aaw k btra de M 
Let oBifi wraot Ikn k* 

H. O. Sachmam 

crcdn et «cadredis, i dcui h«orc>. 



alia«ad».i 

C0IIB8 DK 

fan aipliqaar aoa < 



aiMMdi». à 

kl dira» h b 



COUBS DE MALAIS 



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M. rafcbé FAVKE. fi^tmv. ttpoMra k» pnoàpa» da b gl 
la OaaaMA. kn btra <bi lliénc» et daa «cntoaa. cl 

Le eamn aara lica ka luadis. •crcradi* el vcndradts. k 



COURS D*Afi] 

UH .fnfftmmr. 

M A. CABIUÈRE. ttctUain i» reçoit. cAary* iacaan. es|pl 
«t fera IraJaira dn Ic&les kcik». ks loadu et veodredu. à cm 
dAxi i é a i a co ftnaa* csphqacr k pfVMirr ItTra de fHmimn 



€fiOttAPBIE, HISTOIRE ET LÉ6ISU 

H CssTiTi DUGAT. dtarfi 4m emn. tiailera de lliwloire a 
La eaw» aura iku k» luadi* et fcodradia. i du heorea du 

€fiO€RAPHIE, HISTOIRE ET É 
DE L*EXTRÊH1 



H HciM CORDIER. dk/ytf de eaan. cootioDera d'cKpoaar 

payi liftatairaa da Faapira dùaeia dapoia k eoaiiBeocaïaaiii 

La caan aara iiaa ka ■ar a ad i a al taadradia. i cpiatre bca 



Le Rcfklfe dca lascri 



U ttUiotli^qtte de réeole wrm 



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CBSTArc HMAT. 



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QUATRE LETTRES MISSIVES 



ÉCRITES DANS LES ANNEES 14t0— 1475 

PAB 

ABOÛ L-HASAN ALÎ 

AVABT-DKBHIBB BOI MORS DB GRBRADK. 



TEXTE ARABE PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS 
ET TRADUCTION FRANÇAISE 



PAR 



HARTWIG DERENBOURG. 



4 HARTWIG DERENBOURG- 

Nasritles' n'avaient pas encore été dépossédés et chassés 
de leur Alliambra; mais, affaiblis par l'hostilité de leur» 
voisins et par l'indiscipline de leurs sujets, ils ne possé- 
daient plus qu'une autorité de nom et de forme sur les cosas 
de Granadà*. Aboû 'l-Hasan'AH, VAUioace^i des clu'oni- 
qîies andalouses^ en était réduit à mendier des alliances, 
à désavouer ses généraux, à s'humilier devant ses vassaux 
et ses ennemis, à remercier avec etfusion les uns et les autres 
pour le moindre témoignage tle bienveillance, à leur pro- 
mettre et à leur oifrir même un concours sans réserves et j 
sans compensations. Les quatre lettres d'Aboû '1-Hasan, 
que nous publions, ont beau atfecter un stile pompeux et ] 
une forme déclamatoire. L'agonie de la puissance musul- 
mane en Espagne se montre sous l' aisance affectée du 
langage. En 1474, Isabelle la Catholique et Ferdinand V i 
montèrent sur le trône de Castille*, après la rédaction des 



1. La génÊalogie et l'ontri; de siicceBaion des rois No^rides ont été i«- | 
cnoilliB avec une parfaite exactitude par D. Fraocigco Javjer Simonet d 
la première édition do aa Dacr^Kkm del rtivo de Oranada {Madrid, 1960^ I 
Voir le tableau qui fuit face à lu pitgc S14. Il a été reproduit sans change-l 
ment par D. Francisco Codoru y Zaidio dans Bon Tralado de niminUUica^ 
arébigo-upanda (Madrid, 1879, in-8), p. 23S et 281— 3S9. 

3. M. J. Millier, Die UlxUn Zeitea vo» Oranada (Mlinchen, 18S3), p. &6. 

3. GayangOS, The kitlary of the Moliammedan Df/nailie» >n Spam (Londoo, I 
1810—1813, 3 vol. iu-4) II, p. G40. Ce même roi est appelé Abulkacen i~ 
la Cnmiea de lot rrtya eaUtiee* don fernando y dona ùabel de IleniaDdo Ai I 
Pulgar, publiée par H. J. Millier d'après le mannscrit III. Y. G do l'Eecn- T 
rial. Voir Op. taiid. p. 6», 83, SU, etc. A la fin du XVI" siècle, Luis do Harmoll 
le nomme Abil Baecen dana son Hùleria de la rebeUon y autigo de loe n»- m 
rùm: Cf. Simonot, Daeripdon, etc. (2* éd. Granada, 1872), p. S67 et 3 
Aboft '1-Ua«nn 'Al!, le dix-neuvième des rois Nasrides, occnpa le trûse del 
Grenade une première fois de 866 ti 887 de i'Hégire (1461—1*82 ap. J.-Ch.)^l 
une seconde do 888 à 890 {1483—1485 ap. .I.-Ch.). . 

t. Sur le régne de Ferdinand et d'Isabelle, on pent consulter le belfl 
ouvrage de l'américun Prescott : Ferdinand and ImM, pnbliâ pour ta pro-l 



QUATRE LETTRES MISSIVES. 5 

deux premières lettres, avant l'envoi des deux dernières; 
dans les premiers jours de 1492, le royaume de Grenade 
succomba définitivement*; son dernier prince, lefilsd'Aboû 
'1-Hasan, Aboû'Abd Allah Mohammad, plus connu sous 
son prénom défiguré de Boabdîly après avoir poussé « un 
dernier soupir^» prit le chemin de Texil^. Il mourut à Fez 
en 940 de THégire (1533 ap. J..Chr.)^ 

miére fois en 1838 (3 vol. in-8) et souvent réimprimé. Il en existe une tra- 
duction française par G. Benson, Bruxelles-Paris, 1861—1862, 4 vol. in-8. 

1. Ferdinand V fit son entrée à TAlhambra le 2 Janvier 1492. Cf. G. Weil, 
Geschichte der ùlamUiêchen Volker (Stuttgart, 1866), p. 295. 

2. Boabdil « a poussé hors de Grenade conquise ce gémissement historique, 
el ultimo tuspiro del Moro, qui a baptisé un rocher de la Sierra d*Elvire». 
Th. Gautier, Voyage en Espagne (Traa îoa montegj, p. 221 (édition de 1879). 
Le nom, que porte encore aujourd'hui ce point de la Sierra Nevada, a été 

seulement complété d'après A. Germond de Lavigne, Itinéraire général 

de V Espagne et du Portugal, 3** éd. (Paris, 1880), p. 604. Voir aussi L. Geley, 
L' Espagne des Qoths et des Arabes (Paris, 1882, in-12), p. 153. Je ne saurais 
trop recommander ce résumé, clair et substantiel, et je ne fais do réserves 
que sur Torthographc parfois défigurée des noms propres d*originc arabe. 

3. M. J. Millier a publié, d'après le manuscrit 1758 de TËscurial (Casiri, 
1753), fol. 83 r*», une lettre d'Ibn Koutiyya, datée do 806 de Tllégire (1491 
ap. J.-Ch.) sur la situation faite en Afrique aux émigrés de Grenade. Voir 
BeUrage zur Geschichte der westlichen Âralter (Miinchen, 1866—1878, 2 Hefte) 
I, p. 42-44. 

4. Al-Makkari, Analecies sur Vhistoire et la littérature des Arabes d'Espagne, 
publiés par MM. Dozy, Dugat, Krehl et Wright (Leyde, 1855—1861, 2 vol. 
in-4) II, p. A I £ ; cf. Gayangos, Mohammedan Dynasties II, p. 390. L'année 
1538, que, dans ce dernier passage, une faute d'impression a substituée à 
1533, a été repro<luite dans Weil, Islamitische V'ôlker, p. 296. Il suffirait de 
cette date incontestable pour détruire l'hypothèse de- M. C. Brosselard, qui 
a cru retrouver à Tlemcen le tombeau de Boabdil. L'épitaphe, qu'il a publiée, 
{Journal Asiatique 1876, 1, p. 159—197), n'est pas celle de Boabdil, le «dernier 
roi de Grenade », mais celle de son homonyme Aboii *Abd Allah Mohammad, 
surnommé Az-Zagal, le frère et non le fils d'Aboû '1-Uasan 'Alî. L'étude 
des documents, que nous publions plus loin, prouve avec évidence qu'à la 
ligne 10 du monument {ibid, p. 175) il faut insérer ^^^'^\ ^;^\ j^ ^^\. Un 
Arabisant de premier ordre, le sénateur D. Francisco Femandez y Gonzalez, 
a traité cette question avec ampleur et Ta résolue définitivement dans son 
important mémoire, intitulé : CcrreccUm à una noticia de el Diario Asiàtiço de 



6 BARTWK! DERESllOURG. 

Des quatre pièces diplomatiques, que je ferai suivre dans 
l'ordre de leurs dates, la première est conservée à l'Aca- 
démie de l'histoire de Madrid dans deux calques d'autant 1 
plus exacts qu'ils paraissent pris par une personne incom- 
pétente, qui ne possédait ni la science, ni la prétention d'ex- 
pliquer ou de contrôler sou texte. Si mes souvenirs sont I 
exacts, la charte elle-même appartient à l'archéologue 
D. Ignacio Tro. Les originaux des trois autres documenta j 
sont entrés successivement dans la Bibliothèque de l'Aca- 
démie de l'histoire, oii j'ai été autorisé & les étudier et à | 
les copier. La deuxième lettre a été acquise la dernière; 
elle a été longtemps déposée dans les archives du comte I 
d'AItamira. 

Si l'Académie de l'histoire de Madrid, qui en général j 
proscrit de ses acquisitions les manuscrits arabes', a admis j 



Parit, aeerca de una Idpiila iqiula-al hattada en Tremecen y alr^uida A Boabdil, I 
(iUintu r^ de Oranada. Vitir Botelin de la Real Âeadeiaia de la kùlarùt, tomo I — I 
cuaderno II (mayo I8TS), p. 110~15U. 

1, ËD dehors des quatre lettres d'Aboû 'l-Htigan, l'Académie de l'hiitcâre I 
ne possédait en ISSO que due briboe de manuscrits arabes : l° an frBjf- 1 
ment de poème espagnol en caractères arabes, copié sur lo manuBcrit Gg, f 
n° 214 do ItL Bibliotaca Nacional do Madrid (cl'. D. Eduardo Saavedi*, Diè- I 
eiirim, Madrid, 1ST8, in-8, p. ISC); T" ud traité incomplet d'astrologie, mis à l&l 
suite d'un calendrier turc; 3° doux talismans, dont l'un presijue effacé, oom- , 
mcnçant tous deux par le verset du Coran xvi, 100; 4° une liasse de n 
prises par D. Faustino de Bourbon, dit Muscat, en Février 1779 (cf. Oayaui^oa, J 
Mohammcdan Di/nailieê I, p. ix; Dozy, C'aCaleyiu eodiciim orienUUiiaii (iilw- I 
tkecae Arademiae Lmjduno Balavae I, p. 53, 9G et 9G); 5" des calquée <l'ill-l 
scriptione aral>es de l'Albambra, provenant de Casiri, J'autcur de la BSMol 
ÂriMco-Hiapana EicurialaitU j fi° une traduction espagnole de la •célèbre I 
inscription» du Sacro Honte, près de Grenade, par D. Faustino de Bourbon, f 
On lit en tCte de ce dernier manuscrit le titre suivant : • La Célèbre Imcrip- < J 
eion Oranattnie Que Iraduce nnevnniente y corrige del error ton que «n Docl« J 
la httilia tradiiddo D. Fautlino de MutaU y Gusmtm. AnmeiUadote un de/viu 
rontra loi que Iroduxeron mal etUm csrocleru y inlealanm de/ender ta Ira 

(ion Con lammat.t Le travail est dédié «al 111°'° S' D. Manuel dej 



QUATRE LETTRES MISSIVES, 



nne exception nnique en faveur de cette série précieuse, c'est 
qu'elle se proposait d'en donner des traductions espagnoles 
pour accompagner la CrÔnica latina de D. Enriqae IV\ 
Ce plan déjà ancien sera-t-il jamais exécuté*? Vers la tin 
de 1834, dans une séance solennelle, le directeur de la com- 
pagnie, en quittant le fauteuil de la présidence, parlait à ses 
confrères des trois chartes (on ne connaissait pas encore la 
première), traduites par D. Francisco Antonio Gonzalez*. 
Dans le cas où la publication annoncée, souvent reprise et 
non moins souvent interrompue, resterait à l'ordre du jour, 
l'Académie de l'histoire ne manquerait pas de provoquer 
un remaniement et une refoute des anciennes traductions 
qu'elle possède, afin de les mettre au niveau des progrès 
que les études orientales ont faits en Europe pendant ces 
trente dernières anuées. Un commentaire paléographique*, 
historique et géographique, où aucune source d'information 

Roda>. C'est nne des QombretiEes élucubrations, qu'ont snadtéee les plan- 
ches en écriture pseiidokoiifique, publiées h Gientide en 1682 pur de pieux 
myatificaleurs, qui ont intitulé leur étrange recueil : Liber mmaginta fitnâa- 
matlorum religionii Cbritlianae, filii Aaihar, diicipaii Jacobi Apoitoli. Ce livrC 

imprimé se compose de 16 puges iI:uih dea ccrcIcB. Il y en a nn exemplaire, 
égaré parmi tes manuscrits ar;ibes de rEscurial, aous lu numéro 1859. 

1. La cJironiqiic latine, qui doit eunstituer l'ouvrage {irincijial, est inti- 
tulée : Alphotui PalaUmi kùCorio^raphi gâta Jtiapanûntaia ex amialibm tiuimm 
itierut» mUigeiilit. Elle doit avoir pour ftp|iendice une CoUecUm diplomâtka 
de laCrimim de D. Enrique JV. A travers de nombreuses péripéties, Henri IV 
occupa la trône de Caatille depuis 14S1 jusqu'à sa mort en 1174. 

2. La direction de l'entrepriso est aujourd'lmi confiée à l'académicien 
D. Antonio Maria Fabîé. 

3. Diteurio teido à la Real Acadania dt la hùloria en jutita de 28 de Nit- 
ttiembre de IS34 per Su Viredor et Exemo Senoi- Don Atnrlin Fernande* de 
Navarrele, al ierminar et Crienio de ku direcekn (Madrid, 181)5, ln-8). On y lit, 
p. 7 : • estas Ires cartas traducidas por nnestro coapaîJcro D. Francisco An- 
tonio GoDzalcK.> 

4. L'écriture (ai-je besoin de le dire?) est l'écriture Mugrébine d'Espagne. 




/-J' a' 0^' j^' >■">!»- j.' •»'; r"^' J' 0^-'' >.l .«il j^ O" 

CM-1-1 jî'ji cri^' 

j^ c^ ji <i:<)i jc^5 JK^/" ^-^^ "li^ Oji (>j^l ùyj^' 

iJ<», -ÇBr j-3 l'i ijl>/ri oi.jUi; vj '^''li '-^ JS *» -^ s 
(-^"'rj (^ lH '^'"'5 ^'-'^5 c^.^" ''J^ V 6 

1. Je D'ui plis cru altérer la physioDomio rie ces docuiucnts, en ajoutant 
plus d'un UachiGd, qui ne M trouvait pas dans le nianuBcrit. C'est le seul 
cban^cmeot, (^ue je nie hoib cru autorisé fi faire; et les vojelles, que j'at 
donnÊes par ici par là, proTieuneut des originaux. 



^^^m 


HARTWIG DERENBOURG. ' ^^| 

J.I, i_^ t,u, ^. jj *;y j» i,jU ùi-.>iij ^\ ùji ùî 

^ f "I* ^s^j ù^j *-^ fW JjVi j-j ^^ j-tli [ j ■ 

' ycrao «e porte- pas d'adresse. ^^H 

copie porte ^\ ^>\j. ^^^M 
U'cBt l'orthographe des pièces III et IV. ^^^H 

• 1 


■ 



QUATRE LETTRES MISSIVES. 11 



II. 






a* 



.ô-iiiJl .'jJ^ ï4^\ c..jlJ-\ wiJ\ >5Î\ . -jUJl* <JiiH 



«,.^^-Li» ^^^tiuJb ^^J^j^\li\ ff'')\ wJU^\ ^^\ ^jliJl^ 3^JLi)\ w>-L-» 
ÎJÛiiL, <^\i O^^ i^^U^ ^L^j vl^C Ar-* ol^ A)i\ j^^jSl ,Jj^\^ vlU 

jJjî j._j^\j ^iiil Jl^JiJll ^jjj» -«u ôy^ ùi-^'j ^ r=^^ 





uartwk: dehekb(>[jrg. ^^| 

, ^;,.iJI, CU _,U. Jij, Ji-j J._iil .^U j^ .U. ^5i 
_i >> o,:,, ^> ^\ ^J^l Jl:^ JKl^l ^a:> 4l.^ 

- U- Jl. jlij ji^_ ^Jjî u.i;u ji .iji. »Bi |^/rû_i 
y gy cj^_--J^ Ç41 ^.ly.! ;_,.^ ^y .jj îJu tt' <i:j 

1 gjtiji, ^Wji, ù:^, 0^; |.;« ^ _;;^vi >- ^ j. 

J\ ,\j£\^ S'^'^ oL^Î ù^oi J« jj5^i ?=r-^i ^.jÎJ «-«JI5 



QUATRE LETTRES MISSIVES. 13 

*jj^\ LjidU» l^ LJL>.j ^jcjji li'a- ^ ;j^Lal\ éJuiUl li>^ éllc^- 
O^-^iu^^ âL ^ iJjUl ^j^\ ^>.j Jf»y j ^^ ll.lli ^ :>^\ 

7Z y avait un grand cachet sur de la cire rouge; il est 
presque entièrement détruit. On ne peut plus y lire que 4)4 \ 
ou 4ttli. Le verso ne porte pa^ d^ adresse. 

1. Uoriginal semblerait devoir être lu ^jcaJU, mais cela ne donne an- 
cun sens. 





HARTWIG DEKENBOUKG. ^^| 

1 

' >■' à' g'»^' a' ùJ-^i >•! 0-.' Ji-i-i a' ^^1 ^vi ^.1 
.; .^\ ^ji |.jî( ^jUi j; ._,^, .lij ._,-u, ^1 ,x\ j^ 



QUATRE LETTRES MISSIVES. 15 



Adresse au verso : 

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HAHTWIG DEHENBOL'EG. 



IV. 

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l/'jA-i .,f:'^ j:Ji Oi-VI, j^i, ^j^ tjSii ti ^J"^ l. 



(iUATRE LETTRES MISSIVES. 



Traduction francaisk 



I. 



Ati nom (VAlIiili le clément, le niiséricorclieiix ! Puisse 
Allàli répandre ses bénéilietinns enr notre maître MoLam- 
mail, sur sa famille et sur ses compagnons! Puisae-t-il leur 
donner la paix ! 

De la part dn serviteur d'Aliaii, émir des Musulmans', 
'Alî Al-Gàlib Billâh*. fila de notre maître, l'éinir des Musul- 

1. Le titrR d'*^mir des Miisiitmans» est une vsrînnte de ecluî d''6mir 
des croyanlai f ■ iri^,H r^), réserva aux khalifes de lltigdÀd. Il pan^ 
que ce litre fnt port^ pour la preuiière fois psr Yoûsoiif ihn Tâachnuflu, 
le deuxième des AlmoravidcB, en 479 de rHëgire (lOSG ap. J.-Cb.). Cf. Ibn 
Al'Albtr, Cfinmieon X, p. i .r; D. Francisco Codora, TittJat ^ tumbra propio» 
en laji monedai Anihigo-Eipaiiolai (Madrid, 1878, in-8). p. 31 et Buiv.; Tratado 
de numimuttiea. p. 191. Les rois Naarides de Grenade ont toaa adopta ce titre. 

S. Aboû 'l-llasau 'Al! était surnommai Al-OdUh BUlâh île vainqueur 
par AUàb >, comme le fondateur et 1a plupart dee membres de sa dyniistio. 

Cf, I1)B Al-Khattb dans CaHÎri, BitAiotheca Arabica -Hifjmna EtcuriaUruU II, 
p. 2G0; Journal Atialb/ue de 1876, ], p. 175. Ce suruom est rappelé par la 
devise de la dynastie, telle qu'elle se trouve sur les murs de l'Albambra 
et sur les monn;iica : iSi\ Vt s_^U V. Voir Codera, Ti-alado de numiimatica. 
p. 233. Mon ami, M. H. Lavoix,' m'apprend que le Cabinet des mëdailIcB de 
France possède une gmnde pièce d'argent inédite (voir la planche gravée 
dans le fleuron de la jm^e .1), où un carré inscrit dans nn cercle porte ta 
lëgendo suivante : 

^ >**:- ^ ^ Aij'b 

J-tU—1 ^ •-«-'si 

•y-aJ) a^^\ ajJ.l yai ^ 
Dana les segments du cercle, on lit la devise : .JJJl 1^1 u-Jli V Sur le revers, 
de méuie uu cercle, dans lequel un cam^ porte le vctâct du Ooran m, 100. 
Dana les qnatre segmenta du cercle Aill V*^r^ ~ aJiIJ^ — â.ô,X4J — ^^. 



QUATRE LETTRES MISSIVES. 21 

des Masolmans Aboû 1 -Walid« fil$ de Xasr (puisse AUàh 
le fortifier par son secours et Tassister de son indal^mee!\ 

EIntre Xous, d'une part, et de lantre le chevalier honore, 
estimé, considéré, glorifié, moiléle de fidélité. IXmi Diego 
Herrandez^ de Cordone, comte de Cabra, vicomte d*Iniajar, 
seigneur de Baena^ et gouverneur^ d'Alcala*: le chevalier 
honoré, estimé, considéré, glorifié, Martin Alfonso de Monte- 
mayor, seigneur d' Alcaudique ; enfin le chevalier honoré, 
conddéré, estimé, glorifié, EgasVenegas, seigneur de Luque 
et d'Albendin'^ (puisse Allah les honorer de sa crainte!) a 
existé une paix constante^ une amitié sincère et une affection 
pure^ dont témoigne un traité signé j)Our un tem j>s déterminé. 

Or, comme cette amitié entre Notre Majesté et les sus- 
dits chevaliers grandit chaque jour et à chaque instant^ et 
que Nous désirons la voir s'augmenter encore, Nous vou- 
lons aujourd'hui en renouveler Texpression, et faire entrer 
dans Notre alliance et dans Notre amitié les chevaliers 
honorés, Egas Venegas, seigneur de Luque et d'Albendin; 

1. Il ne faut i>as confondre ce Don Diego Hermuilez aviv 8ini fils, le 
maréchal de Castille, cité dans la première lettn», et dont il est de nouveAii 
question plus loin dans ce même morceau. 

•2. Les positions respectives de Cabra, Iznajar et liaena !H>nt indiquées 
par Edrisf, DescHplimi, etc. p. r.£ et r.o du texte; 251 et 252 de la tra- 
duction. Sur j^\ ^^«^ = Iznajar, voif aussi Simonet, />f^ri|H*h>M , etc. 
p. 4, 128. 

3. Dans l'arabe d'Espagne, jôU (espiiguoi alcaùie jJUJW signifie sur- 
tout un gouverneur militaire, plutôt un commandant de place qu'un général. 
M. Simonet, Deêcripcion, p. 17, en traduisant par *fféncral arahe* a exagéré 
une idée juste. 

4. Il s'agit d'Alcalâ la Real. Voir Simonet, ihUl, p. 222; M. J. Miillen 
Die letzten Zeiien v<m Granada, p. 121. 

5. Sur Luque, cf. Simonet, îAW., p. 4, 94, 129; sur Albendin, p. 299, 
peut-être aussi p. 107, où il est parlé d'Albondon. Luque (^XJ) est aussi 
mentionné par Yâkoût, Oeographiaches W'ôrterbuch IV, p. no. 



QUATRE LETTRES MISSIVES 19 

tîoii !). En réponse à votre salut, recevez nombre de salu- 
tations distinguées, que Nous vous avons adressées de notre 
Alhambra\ qui s'élève à Grenade (puisse Allah en main- 
tenir l'intégrité par un effet de sa faveur et de sa protec- 
tion! Gloire à Allah!). 

Et maintenant, sachez tous deux, ô chevaliers honorés, 
que votre écrit Nous est parvenu, que Nous avons compris 
tout ce que vous y avez mentionné, que Nous vous avons 
été reconnaissant de vos indications et de votre démarche, 
que Nous nous louons de votre amitié et de vos sentiments 
affectueux, et que Nous avons appris avec reconnaissance 
votre arrivée à Alcaudique et vos témoignages publics d'une 
affection pour Nous, que Nous ne mettons pas en doute. Vous 
aussi, Allah le sait, vous comptez parmi Nos plus fidèles 
amis, vous êtes l'élite de Nos familiers. 

Nous avons été informé que Don Alfonso avec ses ca- 
valiers, s'est rendu à la rencontre du vizir de Notre Majesté 
dans la direction de Guadix-, et que celui-ci s'est avancé 
rapidement; mais, de même que Nous n'avons encore reçu 
aucune nouvelle sûre, il n'a pu rien vous annoncer. C'est 

4 

1. On sait que TAlhambra signifie le Palais Rouge. Cette signification; 
dit M. Giranlt de Prangey, « serait parfaitement confirmée par Taspcct actuel 
de ses murailles et de ses tours construites en tapia, car le temps et le soleil 
les ont colorées de teintes admirables». Cf. Essai sur V architecture des Arabes 
et des Moresy en Espagne, en Sicile et en Barbarie (Paris, 1841, in-4), p. 124. 
C'est dans ce même volume que M.Joseph Derenbourg a donné «une ré- 
vision des inscriptions de l'Alhambra». Sur TAlhambra au XV° siècle, il 
faut lire les pages, qu*a consacrées à cette restitution archéologique le 
restaurateur habile et amoureux du passé, qui dirige actuellement les tra- 
vaux, D. Rafaël Contreras. Voir son Estttdio descriptîvo de hs monumetUos 
arabes de Oranada, SeviUa y Côrdoba (Madrid. 1878, in-8), p. 157—167. 

2. Sur ^Jà\ ^>\^ — Guadix, cf. Edrîsî, Description de V Espagne, 

p. ivo, T*T et r.r du texte; 209, 247 et suiv. de la traduction. 

2* 



QUATRE LETTRES MISSIVES. 25 

'1-Walîd, fils de Nasr (puisse AUâh le fortifier par son secours 
et l'assister de son indulgence !) au chevalier honoré, estimé, 
considéré, glorifié, modèle de fidélité, Don Diego Herrandez 
de Cordoue, comte de Cabra, vicomte d'Iznajar, seigneur de 
Baena et gouverneur d'Alcala (puisse AUâh l'honorer de sa 
crainte et le réjouir par sa direction!). En réponse à votre 
salut, recevez nombre de salutations distinguées, que Nous 
vous avons adressées de Notre Alhambra, qui s'élève à 
Grenade (puisse AUâh en maintenir l'intégrité par un eflfet 
de sa faveur et de sa protection ! Gloire à AUâh !). 

Et maintenant, sachez*, ô chevalier honoré et comte haut 
placé, que Nous avons reçu votre écrit, qu'U Nous a été 
remis par le gouverneur Juan Inâda*, que nous avons exé- 
cuté entièrement ce que vous y avez mentionné, et que nous 
avons ordonné au vizir de Notre noble Majesté (puisse AUâh 
le combler de bonheur!) de s'entretenir avec votre envoyé 
et de lui confirmer les intentions de Notre auguste Majesté 
(puisse AUâh la rendre plus auguste encore !), ainsi qu'U 
vous les exposera. 

Quant à ce que vous avez dit de l'excursion et du voyage, 
que vous projetez chez le prince de CastiUe^, Notre ami 
(puisse AUâh l'honorer de sa crainte!), puisque vous y 

1. Le pluriel est employé ici, bien qu'il ne s'agisse que d'un seul « che- 
valier >. A la première personne, une telle construction n'est pas rare; je 
la crois moins fréquente en arabe, comme exi)ression de politesse à l'égard 
de celui qui est interpellé. 

2. Tout en me bornant à transcrire ce nom, je me demande si l'on ne 
devrait pas le traduire par Ignacio. La companiison des chartes espagnoles 
contemporaines et une connaissance plus approfondie de l'onomastique ara- 
bico-espagnole peuvent seules donner la solution du problème. 

3. A ce moment, le «prince de Castille» était déjà Ferdinand V le 
Catholique. Voir plus haut, p. 4. 



QUATRE LETTRES MISSIVES. 27 



IV. 



Au nom d'AlIâh, le clément, le miséricordieux! Puisse 
Allah répandre ses bénédictions sur notre maître Moham- 
mad, sur sa famille et sur ses compagnons ! Puisse-t-il leur 
donner la paix ! 

De la part du serviteur d'AUâh, émir des Musulmans, 
'Alî Al-Gâlib Billâh, fils de notre maître l'émir des Musul- 
mans Aboû 'n-Nasr, fils de Fémir sanctifié Aboû '1-Hasan, 
fils de l'émir des Musulmans Aboû '1-Hadjdjâdj, fils de l'émir 
des Musulmans Aboû '1 -Walîd, fils de Nasr (puisse AUâh 
le fortifier par son secours et l'assister de son indulgence !) 
aux deux chevaliers honorés, estimés, glorifiés, fidèles, 
bien-aimés, Don Diego Herrandez, le maréchal de Castille 
et Martin Alfonso de Montemayor , seigneur d' Alcaudique 
(puisse AUâh les honorer de sa crainte, et les favoriser de 
sa direction !). En réponse à votre salut, recevez nombre de 
salutations distinguées, que Nous vous avons adressées de 
Notre Alhambra, qui s'élève à Grenade (puisse Allah en 
maintenir l'intégrité par un effet de sa grâce et de sa pro- 
tection! Gloire à Allah!). 

Et maintenant, sachez tous deux, ô chevaliers honorés, 
que Nous avons reçu votre écrit, que Nous avons exécuté 
entièrement ce que vous y avez mentionné, et que Nous 
vous avons été reconnaissant tant de vos intentions que de 
vos sentiments affectueux. 

L'envoi du sauf-conduit, que vous avez demandé, vous 
prouvera combien Nous vous honorons, et Nous avons 



TROIS CHAPITRES 



DU 



KHITAY NAMBH 



TEXTE PERSAN ET TRADUCTION FRANÇAISE 



PAR 



CHARLES SCHEFER 

MEMBRE DE LINSTITUT, PROFESSEUR A L'ÉCOLE DES LANGUES 

ORIENTALES VIVANTES. 




conservèrent toute leur activité jusqu'à l'apparition des 
escadres portugaises dans l'océan Indien. La découverte 
du cap de Bonne Espérance fut, pour le commerce des 
Arabes et par contre-coup pour celui des Vénitiens, la cause 
de désastres dont ils ne purent se relever. Le dernier prince 
de la dynastie des sultans mamelouks d'Egypte, Qançou 
Glioury, essaya vainement d'éloigner les Portugais de la 
mer Rouge et des mers de l'Inde. Sultan Stileyman vou- 
lut suivre la même ligne politique, uiais il dut renoncer à 
toute intervention armée après l'écliec de ses troupes devant 
Dîu (1538) et la tentative infructueuse de l'eacadre qu'il 
avait placée soua les ordres de Sidy Aly (Ifi^S — 1556). 

La conquête de la Perse et de l'Asie Centrale par les 
Arabes n'interrompit point les voyages à la Chine par la 
voie de terre. Dès leurs premiers pas dans la Transoxiane, 
les Arabes rencontrèrent des populations qui avaient des 
rappoi-ts constants avec l'Empire du Milieu; à leur entrée 
dans la ville de Kichch dans la province de Ferghanèh, ils 
trouvèrent, au rapport d'Ibn el Atliir, une grande quan- 
tité de vases eu porcelaine rehaussée de dessins d'or et 
des selles chinoises. Nerchakhy nous apprend de son côté 
que, lora de la prise de la ville de Bikeud par Qotaïbah, un 
certain nombre d'habitants s'étaient rendus en Chine pour 
les besoins de leur commerce. A leur retour, ils payèrent 
au vainqueur la rançon de ceux de leiU'S compatriotes qui 
avaient été réduits en esclavage. Il existait déjà, à l'époque 
des Samanides, une colonie de Musulmans dans la capitale 
de l'Empire Cbiiuiis, et nous voyons des produits de l'in- 
dustrie de ses différentes provinces figurer dans les inven- 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 33 

taires des trésors des Khalifes, et être cités parmi les objets 
que recherchaient les souverains et les grands personnages 
de l'Orient. 

Tous les géographes et tous les etlinograplies arabes et 
persans ont consacré des chapitres spéciaux à la Chine et 
aux différents peuples fixés sur son sol. Une histoire du 
Khita et des tribus mogoles et turques qui l'habitaient a 
été écrite, probablement au milieu du XP siècle de notre 
ère, par Medjd eddin Mohammed ibn Adnan. 

Lors de la conquête de l'Asie Centrale par les Mogols 
et de celle de la Chine par Qoubilay Khan, des savants et 
des artistes chinois furent appelés en Perse et des ingé- 
nieurs et des mathématiciens persans furent attachés à la 
cour de Pékin. Rechid eddin, l'auteur qui écrivait en 704 
(1304) une histoire de la Chine et dont Benakety donnait 
en 736 (1335) un abrégé dans son Raouzet ouWlelbab, nous 
ont conservé les noms des lettrés qui firent connaître les 
annales chinoises aux Musulmans et ceux des astronomes 
qui furent adjoints au célèbre Nassir eddin Thoussy. Les 
rapports commerciaux étaient aussi des plus actifs et nous 
trouvons, dans le chapitre relatif à la Chine inséré dans le 
Messalik oui Abçar d'Aboul Abbas Ahmed el Omary, les 
noms de négociants de Boukhara qui avaient visité la Chine. 

Le XV*" siècle nous a légué un document d'un très vif in- 
térêt; c'est le récit de l'ambassade envoyée, en 822 (1419), 
à la cour de Pékin par des princes de la famille de Timour. 
La relation en a été écrite par un peintre, Khâdjèli Gliias 
eddin, que Châhroukh avait attaché à cette mission et au- 
quel il avait donné ordre de noter par écrit, et certahicracnt 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 35 

OU adopté le surnom de Khitay (le Chinois). H acheva la 
copie de son livre à la fin du mois de Reby oui ewwel 922 
(avril 1516)\ 

Cette même année, le Sultan Sélim se mettait à la tête 
de son armée pour envahir l'Egypte et la Syrie, A son 
retour, Sélim se rendit à Andrinople; il en fut chassé par 
la peste et, après un court séjour dans sa capitale, il se 
remit en route pour revenir dans cette première ville ; mais 
la mort le saisit entre Tchourlou et Ourgach Keuy, et il 
expira le 22 septembre 1520, au lieu même où il avait livré 
bataille à son père Sultan Bayezid. 

Seyyid Aly Ekber n'eut donc point l'occasion de pré- 
senter son ouvrage à Sultan Sélim. H l'avait composé dans 
le but d'exciter le souverain de l'Empire Ottoman à faire 
la conquête de la Chine et à la convertir à l'Islamisme; il 
cite l'exemple de Timour qui, forcé par la maladie de s'ar- 
rêter à Otrar, avait, sur son lit de mort, exprimé le regret 
d'avoir versé le sang des Musulmans au lieu d'avoir tourné 
ses armes contre les infidèles du Tibet, du pays des Ouï- 
gours et de la Chine. J'ignore si le Khitay Namèh fut mis 
sous les yeux de Sultan Suleyman, mais Seyyid Aly Ekber 
remplaça dans sa préface le nom de Sultan Sélim par celui de 

1. J'ai fait faire, pendant mon séjour à Constantinoplc, une copie fort 
exacte de ce manuscrit. Il se termine par ces lignes : Ji ^c k^^\ Co» 

«Ce livre a été terminé par la main du faible esclave, Seyyid Aly Ekber 
Khitay, à la fin du mois de Reby oui ewwel de Tannée neuf cent vingt-deux. 
CTest à cette époque qu'il composa le Khitay Namèh dans la ville de Con- 
stantinople. » 

3» 



36 CH, SCHKFElî. 

son filfi, et il lui dédie une pitce de vers à In fin ilc laquelle 
il fait appel h sa générosité; j'en donne ici la tradvietîon. 

Pavéfjiiriqne du Sultan Suleipnan Chah. 

«Ta science est à la tête de l'armée des choses utiles; 
ton pouvoir est l'ancre tiui assure la stabilité au milieu des 
tempôtea. Dans tes paroles, il n'y a vestige ni d'erreur ni de 
légèreté; dans tes actions, il n'y a point de trace d'humi- 
lité ou de bassesse. Ton pouvoir met à néant la tyrannie, 
et il détruit même toute pensée de violence. Tes bienfaits 
ne permettent pas à l'ambition de se manifester. La for- 
tune propice a établi sa résidence sur la route par laquelle 
tu dois passer, et la mort a tendu ses embûches sur le cbembi 
de tes envieux. Tu personnifies l'assistance due à la reli- 
gion et tes étendards sont bénis par la victoire céleste. Ta 
es l'appui de l'innocence et la manifestation de la justice 
divine. L'empire ne peut être gouverné par un prince plus 
puissant, et la générosité ne peut reconnaître un chef plus 
magnanime que toi. O toi, qui domines l'univers! tu as 
fait briller de joie les yeux du monde. O Cbâh Suleyman! 
c'est toi qui mets les mérites en relief, c'est toi qui plonges 
dans la confusion, et l'injustice du siècle et son amour des 
richesses. Ton équité a donné une nouvelle force à Tlsla- 
misme; ta puissance a endormi la discorde dont le cœur est 
désormais sans force. Ta vigueur a décapité et fait rentrer 
dans le néant la tyrannie et l'oppression. Qu'est Djemchid? 
Un esclave à ta cour! Qu'est le Faghfour? Un valet en 
présence de tes grandes pensées. Toutes les largesses et 
toutes les marques de générosité sont, pour ton grand cœur, 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 37 

choses vaines et de peu de valeur. Tous les princes sem- 
blables à Djem ne sont que des esclaves lorsqu'ils sont en ta 
présence ; car chacun, selon son mérite, ses vertus, son esprit 
ou sa science, reçoit de toi des présents en or et en joyaux. » 

Le Khitay Nanièh a été traduit en turc sous le règne de 
Murad III (1575 — 1595) par un auteur qui n'a point fait 
connaître son nom et lui a donné le titre de Qanoun Na- 
mlhi Tchin ou Khita (Le livre des lois de la Chine et du 
Khita). Un cei-tain nombre de détails ont été retranchés 
dans cette version turque, et des plirases entières dont le 
sens était assez difficile à saisir ou qui contenaient des mots 
incompris du traducteur ont été passées sous silence. Cet 
ouvrage fut accueilli avec faveur ; on en trouve des copies 
dans quelques-unes des bibliothèques de Constantinople, et 
une édition en fut lithograpliiée en 1270 (1853) à l'impri- 
merie du génie militaire à Topkhanèh. On en tira un fort 
petit nombre d'exemplaires qui furent tous distribués en 
cadeau. En Europe, les bibliothèques de Dresde, de Leipzig 
et de Berlin possèdent chacune un exemplaire manuscrit de 
cette version. 

Hadji Khalfa a tiré de la traduction du Khitay Namlh 
et de la relation de Gliias eddin qui accompagnait l'ambas- 
sade de Châhroukh, tous les détails sur la situation inté- 
rieure de la Chine, sur son administration, sur les mœurs 
et les coutumes de ses habitants, qu'il a insérés dans son 
Djihan Numa^. 

1. La description du Khita s'étend de la page 166 à la pjige 189 du 
volume du Djihan Numa publié en 1145 (1732) par Ibrahim Efendy. Voici 
les paroles de Hadji Khalfa. État de Venipire du Khita : « Nous résumerons 
ici pour le faire connaître, la traduction du Qanoun Namèh et le journal 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÊH. 39 

Après avoir cité dans sa notice l'indication donnée par Ha- 
dji Klialfa dans son dictionnaire bibliographique (tome IV, 
page 601), M. Fleischer repousse avec juste raison' l'asser- 
tion émise par Hezarfenn Husseïn Efendy dans le VHP cha- 
pitre de son Tenqih uttewarikh. Cet écrivain, après avoir 
déclaré qu'il a puisé tous les renseignements donnés par lui 
sur la Chine dans le Djihan Numa, attribue la composition 
du Khitay Namèh à un personnage qui aurait vécu sous le 
règne de Sélim II, fils de Sultan Suleyman (1566 — 1574). 
M. Fleischer rejette également et avec autant de raison 
l'opinion qui donne pour auteur au Khitay Namèh le cé- 
lèbre Aly Qouchtchy : elle a pu naître de la lecture d'une 
phrase assez mal construite qui se trouve au commence- 
ment du récit de Seyyid Aly Ekber. « Ce qui m'a en outre 
déterminé à cela, dit celui-ci (il s'agit de la rédaction de 
son Khitay Namèh) ^ c'est que le Sultan défunt Oulough 
Beik envoya au Khitay le maître Mevlana Aly Qouchtchy 
avec un lion destiné à être oifert en présent, et il dit aux 
personnes qu'il avait désignées : « Consignez par écrit tout 
ce que vous verrez et tout ce que vous apprendrez. En eifet, 
tout ce qui a trait à cet empire doit être mis au nombre des 
merveilles. » Et notre auteur ajoute : « Rapporter ce qui est 
relatif aux infidèles ne constitue point un acte d'impiété. 
Le qalender racontera ce qu'il a vu, et, en vérité, son récit 
contiendra des choses surprenantes. » èji^\ jCcS^st^^ ^j> ^ 

OLi^ :>11m.^ lJ*-!^ ^SjP^, i/V (J^ ^'Xy ^^* r^v/^ ùLUi-' vlL 



40 



Une règle absolue établie dans les cours orientales oWî- ' 
geait les ambassadeurs à pr^-aenter, au retour de leur mis- 
eion, la relation de tout ce qu'ils avaient observé dans leur 
voyage. Cet usage a été suivi jusques dans les premières 
années de ce siècle, et des historiens musulmans nous ont 
conservé ces textes, soit dans leur intégrité, soit par frag- 
ments. On peut donc affirmer qu'Aly Qouclitcliy a rédigé 
une relation de son voyage en Chine; mais, à ma connais- 
sance, elle n'est point parvenue jusqu'à nous. Son petit-fils 
llafiz Jloliammed Tliachkendy l'a peut-être insérée dans 
son histoire du Kliita, publiée dans la première moitié du 
XVr siècle, et nous en eouuaftrons les détails si, un jour, 
ce livre vient à être retrouvé. M. Fleiseber, à la fin de sa 
luitice, tout en entourant son opinion des réserves les plus 
sages et les plus expresses, croit iwuvoir assurer que le 
}\}ùtay NavièJi a été éciit à ia fin du XV' siècle par un 
auteur ayant à sa disposition des documents anciens remon- 
tant à l'époque de Marco Polo et h. celle d'Ibn Batouta. 

L'existence du manuscrit autographe de l'auteur dans 
la bibliothèque d'Acliir Efcndy ne laisse plus subsister de i 
doutes, ni sur son nom, ni sur l'année pendant laquelle i! a | 
mis la dernière main à son ouvrage. Je ne croîs pas, en 
outre, qu'il ait connu d'autre document sur la Chine, que 
le journal d'Aly Qouclitcliy. 

Le récit de Seyyid Aly Ekber excite Tintérêt par son 
exactitude et par sa sincérité; mais le style est loin d'en être 
coiTect. La construction des phrases dénote la plume d'ua 
habitant de l'Asie Centi'ale, ayant plutôt l'habitude d'écrire ; 
en turc oriental qu'en persan. Les mêmes faits, les mêmes 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 41 

idées, les mêmes réflexions sont énoncés plusieurs fois dans 
un même chapitre; certains mots sont répétés dans une seule 
période; des expressions sont détournées de leur sens. réel; 
d'autres sont empruntées au dialecte vulgaire ou à la langue 
turque. La narration est quelquefois entrecoupée de cita- 
tions poétiques empruntées aux œuvres de Attar, de Saady, 
de Djelal eddin Roumy et de Mahmoud Chebistery. Seyyid 
Aly Ekber y a aussi intercalé des pièces de vers dont il se 
déclare l'auteur ; elles ne brillent, ni par la richesse de l'in- 
vention, ni par l'élégance de la forme. 

Malgré les défauts très réels du style, le Khitay Namèh 
n'en constitue pas moins le document le plus important qu'un 
voyageur musulman ait écrit, au XVI® siècle, sur la Chine. 
Sans parler du très maigre récit de Hadji Mehemet recueilli 
par Ramusio, ni de celui du derviche inséré dans une lettre 
de Busbecq, on ne saurait lui comparer ni l'opuscule de Seïfy 
Tcheleby, ni la relation rimée des aventures de Ghinay. 

Si la lecture de ces trois chapitres du Khitay Nainèh, ne 
semble pas dépourvue d'intérêt, j'entreprendrai plus tard, la 
publication du texte entier, et j'y joindrai les renseignements 
épars dans les auteurs arabes et persans. Ils démontreront 
l'activité des relations entre l'Orient et l'Occident de l'Asie 
et l'influence réciproque exercée sur l'esprit, l'industrie et 
les arts de ces vastes contrées qui furent, pendant si long- 
temps, le siège d'une civilisation raffinée et d'une prospé- 
rité qui excite aujourd'hui notre étonnement. 

J'ai reproduit le texte persan tel qu'il nous est donné 
dans le volume autographe de l'auteur; je l'ai traduit aussi 




CHAPITRE I. 

Dpii roules qui, des pays de l'Islamisme, conduisent au 
Khitay. 

I! y a trois routes de terre qui conduisent au Kliitay ; l'une 
est celle du Kachmir, l'autre celle de Klioten, la troisième 
celle de la Mogliolîe. Les routes du Klioten et du Kachmir 
traversent des contrées bien peuplées où Fou trouve en abon- 
dance de l'eau et des fourrages, excepté sur uue étendue de 
quinze journées de marclie; mais là même, à chaque station 
où l'on s'an-ête, on voit Jaillir l'eau, après avoir creusé le 
sol à la profondeur de la taille d'un homme, plus ou moins; 
en certains endroits, il suffit de faire une excavation d'une 
coudée. La route de la Mogholic, c'est-à-dire, du royaume 
de Djagliatay, est fort bonne. 

L'émir Tiraour avait l'intention de la suivre, et il avait 
donné l'ordre de construire, à chaque étape, un fort qui 



en. SCHEFEK. 



reçu nue garnison <le pliisienrs milliers d'hommes. 

olJats auraient cnltivé les terres voisines et amassé 

liprovisiouneraents de blé de façon à assurer la siib- 

ln:e des troupes de passage. La mort ne lui permit pas 

t-uter ce projet; à son heure dernière, il expiinia îe 

Il d'avoir négligé la conquête des pays occupés par les 

[les, tels que le Khitay, la contrée des Ouïgours, celle 

l>almaris et le Tibet, et d'avoir tiré l'épée contre les 

k'S musulmans. Il rendit l'àme en exhalant ces regrets. 

■.ttievtj. «Celui qui voyait le monde soumis aux ordres 

ts de son sceau, devint sous la teiTe une matière sem- 

!• à la toutia. Celui qui, assis sur la voûte du firmament, 

Idait le sang à flots, fut promptement anéanti sous la 

[iière du tombeau.» 

';uit truiii mois de marche pour arriver des rives du Dji- 
I aux frontières du Kliitay. Chaque jouniée de marche 
;entc uu menzil ou station qui formerait deux étapes 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 45 

on veut se rendre dans les autres villes ou dans les autres 
places fortes. C'est aussi là que Ton commence à rencontrer 
les tours de garde bâties sur les hauteurs et dans les terres 
basses, sur les montagnes et dans les plaines; elles sont en 
vue les unes des autres, et de nombreuses sentinelles veillent 
sur leur sommet. Si un ennemi vient à paraître, elles signa- 
lent son approche : pendant le jour, en faisant de la fumée, 
la nuit, en allumant des feux. On est ainsi informé en un jour 
de nouvelles qui, par un autre moyen, ne seraient connues 
qu'au bout d'un mois. Particularité singulière ! Les gardiens 
savent reconnaître à quelle nation appartiennent les gens 
armés qu'ils voient au loin. 

Si l'ennemi vient du côté de l'orient, ils allument un feu; 
deux s'il vient du nord, trois s'il vient du sud et quatre 
s'il vient de l'occident ^ 

L'empereur fournit les vivres à ces gardiens, et leurs 
provisions leur sont remises chaque- mois. Je parlerai de 
la situation de ces gens dans le chapitre consacré aux pri- 
sons. Des sentinelles sont de garde jour et nuit au haut de 
ces tours; elles font résonner des cloches, et elles battent 
du tambour. Ces tours n'ont point d'escaliers; on en descend 
et on y monte au moyen d'échelles de corde. L'ennemi ne 
peut rien contre la garnison, car elle est bien pourvue d'eau, 

1. L'usage de ces signaux en temps de guerre remonte, en Chine, à une 
haute antiquité. «C'étoit une coutume sous la dynastie des Tcheou, lorsqu'il 
arrivait quelque trouble considérable qui demandoit un prompt secours, 
d'allumer de grands feux sur les montagnes: on battoit la caisse partout 
jusque danj9 les plus petits hameaux. A ces signaux, les princes voisins, qui les 
communiquoient successivement aux plus éloignés, rassembloient des troupes 
toujours prêtes à marcher au premier ordre et se rendoient eux mêmes à 
la cour.» Histoire générale de la Chine on annales de cet empire, trad. du Tong- 
Kêen-Kang-mou, par le P. de Moyriac de Mailla. Paris, 1777, tome II, page 49. 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 47 

L'étendue des bâtiments fait ressembler chacun de ces lieux 
de détention plutôt à une ville qu'à une prison dont il porte 
le nom. A l'extérieur, se trouvent des tribunaux où l'on exa- 
mine et où l'on établit la nature du délit de l'inculpé ; on 
constate sa culpabilité, et on rédige un rapport sur les cir- 
constances qui ont motivé son arrestation; ce rapport est 
soumis à l'empereur et le coupable est incarcéré. 

Lorsque l'on arrive à la porte de la prison, on trouve, en 
outre des portiers, trois fonctionnaires qui prennent note, 
par écrit, des noms des criminels, des motifs et de la date 
de leur arrestation. Les Chinois ne connaissant d'autre 
empire que celui du Khitay, on demande au coupable de 
quelle province il vient. On consigne par écrit sa réponse 
ainsi que la date de sa naissance ; s'il l'ignore, on lui ouvre 
la bouche comme on le fait aux chevaux, et l'on établit son 
âge d'après l'état de ses dents; on lui applique ensuite sur 
la figure un sceau frotté d'encre, et on le fait entrer en pri- 
son. L'empire du Khitay se composant de douze gouverne- 
ments, la prison est divisée en douze sections dont chacune 
est assignée aux gens de la même province, et tous les indi- 
vidus arrêtés sont incarcérés dans la section portant le nom 
de la province dont ils sont originaires et qui forme un bâti- 
ment séparé et solidement construit. 

Si un individu se rend coupable d'un acte de violence, 
on arrête pour un seul délinquant, dix ou quinze personnes 
de ses parents et de ses proches, hommes et femmes, et 
on les conduit en prison, la chaîne au cou. Tout individu 
condamné par un tribunal quel qu'il soit ayant constaté 
une faute avérée, est conduit en prison, chargé de cliaînes : 



48 



CH. SCHEFER. 



lorsqu'il doit être remis en liberté, on le fait comparaître 
(levant ce même tribunal et on le relâche. C'c8t par troupes 
qne l'on incarcère les gène, et c'est par troupes qu'on les 
délivre de captivité. Dans tout l'empii-e du Khitay, aucon 
fonctionnaire ni aucun officier de police n'oserait exiger 
une seule pièce de monnaie au détrimentde l'empereur. Les 
amendes que l'on impose à un coupable consistent en riz 
blanc; Ica membres de sa famille et même les femmes 
doivent aussi donner quelques mesures de blé ou de millet. 
Telle est dans le Khitay la nature des amendes; il n'est 
point de règle de les taire payer en or. 

Lorsque l'on amène un coupable qui doit être empri- 
sonné, on lui demande de quelle province du Khitay il est 
originaire. Sur sa réponse, on le conduit il la section des- 
tinée à recevoir ses compatriotes. Les Ciunois s'imaginent 
que toute la terre depuis l'Orient jusqu'à l'Occident est sou- 
mise à l'autorité du Khàqan et qu'il n'y a dans le monde 
entier d'autre empire que le leur. 

Voici l'aventure qui nous est arrivée. Nous étions douze 
personnes qui noua étions rendues à Klifin Baligh auprès 
du Khâqan de la Chine. Un de nos compagnons, horame 
grossier, eut, par hasard, une rixe avec un Tibétain; on 
nous chargea de chatnes, nous tous qui étions innocents de 
cette faute, et on nous conduisit en prison. Par une grâce 
particulière de Dieu, on ne donnait pas la bastonnade ans 
étrangers et on ne leur appliquait pas la torture; on ne les 
condamnait pas non plus à payer des amendes. Quand ou 
nous mena en prison, nous qui n'avions commis aucun délit, 
on nous enferma dans la section réservée aux gens de la 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 49 

province de Cheng si. A notre entrée, on nous fouilla afin 
de .ne nous laisser ni or, ni argent, ni aucun autre objet. On 
nous dit que c'était une règle toujours suivie chez eux. On 
nous conduisit à celle des douze sections où nous devions 
être enfermés, et nous fûmes fatigués du chemin que Ton 
nous obligea de faire dans l'intérieur de la prison pour 
arriver à destination. Pendant le trajet, nous remarquâmes 
différents tribunaux ayant une double façade, et disposés 
pour recevoir les déclarations des inculpés. Dans chacun 
de ces tribunaux siégeaient trois mandarins de haut rang, 
l'un à la place d'honneur, les deux autres à ses côtés. Le 
premier procède aux interrogatoires : celui qui se tient à 
sa droite est Véinin ou assesseur et celui qui est assis à sa 
gauche est le divan ou greffier. Ces trois mandarins sont des 
personnages considérables, car ils doivent à leur science pro- 
fonde et à l'estime qu'ils ont su inspirer les fonctions qu'ils 
sont appelés à remplir dans les prisons. Tous ces tribunaux 
à double façade ont le même nombre de mandarins. 

Des jardins, des bosquets et des vergers dépendent des 
tribunaux. Ils sont réservés aux fonctionnaires qui passent 
quelques instants à se reposer, à boire et à se divertir dans 
ces parterres, à l'ombre des arbres. 

Chaque jour, le matin, à l'heure où l'audience de l'em- 
pereur est levée, tous jes mandarins dans l'empire du Khitay 
se rendent à leurs tribunaux pour prendre connaissance 
des affaires urgentes. Aucun d'eux n'oserait venir en retard 
ou manquer à ce devoir. 

Lorsque les mandarins des prisons, après être restés 
quelque temps dans les jardins, prennent place à leur 



50 eu. SCHEFER. 

tribunal, ils font comparaître devant eux, selnu leur àegri 
de cidpabilité, les accusés enfermés dans les prisons. Lei 
uns sont relâchée , les autres condamnés îi la torture ou i 
la bastonnade; quelques-uns sont chargés de chaînes bieid 
différentes de celles qui sont en usage dans ee pays-ci {lal 
Turquie). On passe au cou de certains d'entre eus des plar ] 
ques de plomb; on fixe au cou de plusieurs autres des 
planches comme celles d'un cercueil. On attache aux pieds 
de quelques misérables des entraves de plomb. On on voit ■ 
qui sont suspendus par les cheveux et dont les doigts de* 
mains sont appliques sur des plaques brûlantes, ou bieafl 
qui ont des clous enfoncés dans la partie interne des cuisse* 
D'autres reçoivent la bastonnade sur les deux côtés de»! 
cuisses, à droite et à gauche. La cruauté de ces supplices 
leur faisait perdre connaissance à tous, et nous supposions 
qu'ils avaient rendu le dernier soupir. 

Vers. « Si tu restes pendant cent ans eu enfer, tu n'éprou-J 
veras de la part de Malik que de mauvais traitements. J 
Puisque ce bas monde est une geôle pour les vrais croyants, J 
n'y séjourne pas à l'exemple des voleurs; puisque tu recon- 
nais que cette terre est une prison pour les fidèles, celui 
qui n'en fait pas l'objet de ses désù's est seul le vrai croyantJ 
Réfléchis à ton origine; tu dois comme nous désirer la vidj 
éternelle; voici la voie qui t'y conduira. Ce monde doit-î 
être ta patrie? mais tu n'y es venu que pour y travaillai 
pendant deux ou trois jours. Si tu crois qu'il est pour tcA 
comme le paradis, sois certainement convaincu que tu n'esJ 
qu'un infidèle et c'est la condition la plus affreuse. Si tu esl 
parvenu à la connaissance de la vérité, tu dois être persuadé J 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÈH. 51 

que tu es ici bas dans un cachot, les pieds chargés d'entraves. 
Fais tous tes efforts pour f échapper, car c'est dans l'autre 
monde que tu trouveras la vie. La connaissance approfondie 
de la religion sera pour toi la source de la vie de l'âme; 
si tu te rends compte de cela, tu sauras que la vérité est là. 
Personne ne peut se réjouir d'être enfermé dans un cachot; 
celui qui s'y plaît ne peut être qu'un ignorant. Si tu meurs 
dans cette prison, sans avoir connu tes devoirs, tu seras 
condamné à l'avilissement et au séjour de l'enfer. Fais tous 
tes efforts! tâche de sortir de cette geôle. Tant que tu seras 
plongé dans l'ignorance (des devoirs de la religion) tu gé- 
miras dans la captivité. » 

Nous autres qui étions innocents, nous avions le spectacle 
de ces tribunaux, de ces jardins et de ces vergers, et nous 
voyions les magistrats. Il passait devant nos yeux une foule 
de gens que l'on conduisait aux tribunaux ou que l'on en- 
traînait pour leur appliquer toutes sortes de tortures. Té- 
moins de ces choses extraordinaires, nous marchions tout 
tremblants et saisis de crainte. Nous comparûmes enfin de- 
vant un tribunal, le plus important de tous ceux qui étaient 
dans la prison, et les magistrats qui y siégeaient étaient 
considérés comme l'expression des paroles mêmes du Khâ- 
qan. Il était réservé pour connaîti'e des fautes commises par 
les officiers attachés au service particulier du Khâqan. Nous 
jouissions du même privilège qu'eux, parce que dans la salle 
d'audience du Khâqan, on nous plaçait non loin de son trône, 
et pour ce motif, nous étions traités comme ses officiers. 

Lorsque nous fûmes introduits dans le tribunal, nous 
nous assîmes en face des juges, parce que ceux-ci nous 

4* 



en. SCHEFER. 



(léraieiit comme dea gens grossiers et sauvages, et dea- 
l on ne doit exiger ni politesse, ni égards, ni respect, 
tervation des rites. A leurs yeiLx, leur paya est le seul 
[lit civilisé. On nous mit les fers aux pieds et aux mains 
■lie nous primes place; on nous conduisit ensuite à notre 
. A la porte, on nous fouilla encore; on examina nos 
lisures et nos manches, dans la crainte que nous n'y 
Ims caché quelque arme, de l'or ou des objets de prix. 
lent ceux qui entendent ce récit voir loin d'eux un pa- 

lalheur! Nous passâmes, lorsqu'on nous emmena, entre 

rangées de longues galeries couvertes et nous vîmes 
land nombre de malheureux plongés dans des cachots, 
liés sur le ventre et attachés sur des planches au moyen 
l;iti-e et cinq clous. Les chaînes dont leurs pieds et leurs 

H étaient i-bargés étaient, à leur extrémité, fixées à ces 
1: leur tête était assnjettie par leurs cheveux et de façon 

LMidre immobile; on avait fait passer leurs pieds à tra- 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 53 

elles sont très basses et très étroites; elles ont une coudée 
de hauteur. Grand Dieu! comment avait-on pu faire tenir 
ces misérables dans un si petit espace ! On enleva le dessus 
de Tune de ces caisses, et je vis un homme dont les mem- 
bres avaient été rongés par les entraves et par les chaînes : 
on avait usé de force pour le faire entrer dans un espace 
aussi resserré et pour l'y renfermer et faire tenir sa tête 
au niveau de ses membres; on devait croire que ses os à 
force d'être comprimés étaient devenus aussi mous que sa 
chair. Lorsque Ton ouvrit cette caisse, un homme chargé 
d'entraves et de chaînes se dressa sur son séant : son as- 
pect était si effrayant qu'il fit sur nous là plus vive im- 
pression. 

J'ai dit que l'on nous avait chargés de chaînes; nous les 
gardâmes pendant cinq jours. Au bout de ce temps, on 
apporta un rescrit du palais; l'empereur donnait l'ordre de 
nous les enlever et de nous en débarrasser complètement. 
«Ces étrangers, était-il dit dans ce rescrit, n'ont jamais 
subi un châtiment pareil et ils n'ont pas la force de le sup- 
porter. » On nous enleva donc sur le champ nos entraves et 
nos chaînes et nous eûmes, dans notre prison, la liberté de 
nos mouvements. 

On nous fit voir, par une ouverture semblable à une fenêtre 
grillée, les femmes qui étaient détenues. Nous nous infor- 
mâmes de leur nombre auprès d'un portier ; il nous répon- 
dit que le Cliin pou en renfermait quinze mille. 

Notre captivité dura vingt-six jours. Que Dieu préserve 
ceux qui m'écoutent d'un malheur pareil au nôtre! Pendant 
ce temps, presque chaque jour, on faisait sortir de nombreux 



CH, SCHEFER. 



iiniers : on les conduiBait dans les différents quarriera 

; on faisait une enquête sur leur conduite, et on 

Imissait selon le degré de leur culpabilité établie par 

libunaux. Nous étions témoins de la rigueur avec la- 

; ils étaient châtiés et je m'imaginais que nous aussi 

allions recevoir la mort dans cette prison. 

■âee à Dieu, nous ne fûmes ni bâtonnés, ni mis à lA 

ïe, car ou faisait subir ces supplices seulement aux 

tis que l'on amenait. Que Dieu noua en préserve ! 

l ville de Khan lîaligh est tellement gi'ande qu'il nous 

I niarclier une journée pour arriver au tribunal du quar- 

lîi avait été commis le crime (pour lequel nous avions 

IrÊtés); un jour fut consacre à l'enquête que l'on fit sur 

i')ini|)tc,ct niuis CHipluyànics une journée pour revenir 

■u'isoii. 

ir.squc le momciit de notre déli\Tauce approcha, on 
Itit comparaître devant des jugea qui siégeaient à l'iii- 
' Dieu me garde de les comparer 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 55 

avaient tous été arrêtés avec le criminel, enchaînés et em- 
prisonnés. 

Ces juges, que je suis loin de comparer aux nôtres, étaient 
des vieillards qui, après avoir rempli des emplois admini- 
stratifs, avaient été investis de ces fonctions à cause de leur 
complète et parfaite connaissance des lois et des règlements. 
Us devaient leur situation à leur science et à leur pratique 
des affaires. La plus haute fonction que peuvent remplir 
les magistrats chinois est celle de chef des tribunaux des 
prisons, car la charge qui donne le droit d'enchaîner, d'in- 
carcérer et de condamner à la peine capitale, est considérée 
comme la plus importante. C'est grâce à l'observation de 
ces lois qu'on réussit à gouverner le Khitay. 

Lorsque ces vieillards, remplis d'expérience et de matu- 
rité, eurent pris connaissance des papiers qui leur furent 
remis et qu'ils se furent rendus compte de ce qui nous con- 
cernait, ils nous dirent : « Vous êtes innocents ; mais votre 
compagnon a frappé à coups de bâton un Tibétain et a 
occasionné sa mort. C'est un méchant homme. Vous payerez 
chacun une amende de trois mesures de millet. Quant au 
meurtrier, nous lui appliquons, par notre sentence, la peine 
du talion. Il sera, au bout de trois ans, puni de mort, et 
jusqu'à cette époque, il sera retenu ici. Quant à vous, vous 
serez très prochainement rendus à la liberté. » Les juges 
rédigèrent leur jugement et l'expédièrent au palais de l'em- 
pereur. Le lendemain la réponse impériale arriva; elle or- 
donnait de détenir le meurtrier et de nous relaxer, car à 
Khan Baligh toutes les affaires de grande et de minime 
importance sont soumises au Khâqan. Dans les provinces, 



CH SCHEFER. 



lont porti^es devant les eumiqties qui en sont les gou- 
lirs. Si le cas a peu de gravité, ceux-ci en décident; si 
le est de grande conséqaence, ils en réfèrent au KLâqaa 

prend connaissance et on agit selon ses ordres, 
■sque les prisonniers sont sur le point d'êti'e relâchés, 
lavoir été longtemps encliainés et traités avec une ex- 
rigueur, on les conduit par troupes dans les marchés 
s les rues fréquentées. On leur passe autour du cou des 
s formés de plaques de plomb fondu ; on leur met ans 
I et aux pieds des entraves en fer, et ou les suspend 
l'ssous les aisselles, de telle façon que leurs pieds ne 
t pas la terre. On leur fait subir ces supplices pour 
y-r de la terreur au peuple : s'ils ont, pendant un mois, 
' de supporter ces touniients et de conserver la vie, 
rend la liberté après leur avoir donné cent coups de 
I sur les fesses. Les Chinois ont pour règle de donner 
Ifonnade aux hommes après les avoir dépouillés de leur 
ont battues, conservent 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 57 

Les amendes en Chine sont de la nature que je viens 
d'expliquer. Il n'est point de règle de les faire payer en or 
ou en argent. Lorsqu'on relâche des prisonniers, ils sont 
remplacés par d'autres auxquels on fait subir les mêmes 
traitements que ceux dont je viens de parler : il y a une 
grande variété de supplices. 

Dans toutes les villes du Khitay, dans les marchés, dans 
les carrefours, dans les rues et sur les routes, on voit des 
criminels qui sont enfermés et torturés dans les postes de 
police. Quand les prisonniers sont conduits au dehors pour 
subir ces tourments, ils en manifestent de la joie, car ils 
savent que le moment de leur délivrance est proche. 

Les prévenus qui sont incarcérés dans les grandes pri- 
sons comparaissent le jour même, sans qu'il y ait le moindre 
délai, devant les tribunaux : on fait une enquête sur leur 
conduite ; ils sont bâtonnés et mis à la torture et leurs aveux 
sont recueillis. Chaque accusé est soumis à son tour une fois 
par mois, à un interrogatoire (il se renouvelle donc douze 
fois dans l'année), et ses réponses sont consignées à ces 
différentes reprises par écrit. Au Khitay l'administration 
des prisons est considérée comme celle qui a le plus d'im- 
portance. Le Khâqan demande continuellement des ren- 
seignements sur l'état des détenus. 

Lorsque nous étions dans la prison de Chili pou, il y mou- 
rut, en un seul jour, trois prisonniers par suite du poids des 
chaînes dont ils étaient accablés et des mauvais traitements 
qui leur avaient été infligés. Toutes les fois qu'un prison- 
nier meurt, le Khâqan en est informé par un rapport. L'em- 
pereur envoya, en conséquence, un rescrit conçu en ces 



58 



t'H. SCHEFEK. 



termes : • La mort de ces trois personnes en uu senl jour 
doit avoir pour cause la négligence apportée dans Tadmi- 
nistration de la prison.» Les mandarins furent saisis de 
crainte; ils entrèrent tous ensemtjle dans les carliota et 
visitèrent tous les prisonniers; ils firent mettre k quelques- 
uns des cliaînes moins lourdes; d'autres en furent débar- 
rassés complètement, et d'autres enfin obtinrent une nour- 
riture plus abondante. 

L'empereur fournît une fois par jour un repas aux déte- 
nus; ceux qui ont des parents reçoivent de ceux-ci leur 
subsistance. Elle leur est apportée dans des corbeilles mar- 
quées de ceitains signes et portant une adresse écrite. On 
dispose ces corbeilles en tas au milieu de cliaque prison. 
Personne ne serait assez hardi pour commettre la moindre 
fraude, et celui qui ferait tort à un autre de la valeur d'un 
pois cbiclie serait considéré comme voleur et félon. Cliaque 
jour, on accorde par deux fois quelques instants de liberté 
aux prisonniers, pour qu'ils puissent satisfaire leurs besoins 
naturels et prendre leur nourriture. Il faut alors que cliacun 
reeonnaisse la marque et l'adresse mises sur chaque cor- 
beille et enlève la pitance qni lui est destinée. Le repaa 
terminé, on remet les chaînes aux détenus et on les recon- 
duit en prison. 

Le Khâqan est constamment mis au courant de la situa- 
tion de tous les prisonniers, car cliacun d'eux comparaît 
une fois par mois devant le tribunal pour y être l'objet 
d'une enquête. Un rapport rédigé par les greffiere et daiis 
lequel on rend compte de l'état de chaque individu, de ses 
aveux et de ses dénégations, est soumis à l'empereur une 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 59 

fois par mois : on y fait connaître le genre des tortures 
infligées, la durée de l'enquête, enfin tout ce qui est relatif 
au détenu. Cette règle permet à l'empereur de connaître le 
nom de tous ceux qui sont incarcérés, hommes et femmes, 
et d'être instruit et informé de tout ce qui les concerne. Les 
rapports et les registres des tribunaux extérieurs et ceux 
émanant des tribunaux des provinces de toute la Chine sont 
conservés dans le palais intérieur de l'Empereur. Grand 
Dieu! Quelles lois et quelle observation des rites! C'est au 
respect et à la vénération qu'ils ont pour les lois que les 
Chinois doivent, depuis des milliers d'années, la stabilité de 
leur empire; c'est grâce à ces sentiments qu'ils n'ont jamais 
été subjugués par leurs ennemis. Personne, ni enfant de 
sept ans, ni vieillard de soixante -dix ans, ni pauvre, ni 
prince, n'oserait transgresser la loi, ou apporter le moindre 
retard dans son exécution. 

Le Khâqan du Khitay tient tous les ans une audience pour 
examiner le procès des criminels qui ont mérité la mort. 
Les meurtriers, au nombre de plusieurs milliers, sont intro- 
duits, dix par dix, tenus par la main par les bourreaux qui 
les interpelle chacun par son nom; on les fait sortir après 
qu'ils ont fait l'aveu de leurs crimes. 

Ce n'est point commettre un acte d'impiété que de rap- 
porter ce que font les infidèles; je dois donc faire savoir que 
les païens du Khitay ont pour le souverain une telle véné- 
ration, qu'ils l'adorent comme un dieu. Us disent, puisse 
ce blasphème être détourné de ceux qui m'écoutent! qu'il 
y a trois cents dieux et que le Khâqan est l'un d'eux. Un 
Dieu unique qui est Allah a créé ces trois cents divinités. 



CH. SCHEFER. 



% sont leurs doctrines impies et mensongères. Cette 

ice au caractère divhi de l'empereur leur enlève toute 
lince pour mentir on nier leurs crimes. 
[st cependant avéré que le Kliâqau iic partage \)ss ces 

ices. Il n'adore qu'un seul Dieu unique ; quelques-unes 
i actions le prouvent et j'ai mentionné ce fait ailleurs. 
li aveux faits tons les mois par les criminels coupables 
lurtre ne leur permettent pas de nier les forfaits qu'ils 
Infessés devant les ti'ibnnaux dans les enquêtes faites 
liir compte dans l'espaCe de trois ans. Les rapports 
loumie au Khaqan qui connaît ainsi par leurs noms 
tinîncls qui sont en prison, et spécialement les assas- 
Ini chaque année ont comparu en sa présence, et lui 
lit l'aveu de leurs méfaits. A l'expiration de la pé- 

ile trois ans, l'empereur appose son seing à l'encre 
I sur les rapports qui lui ont été présentés pendant 
Ipace de temps. Lorsque cette période est arrivée à 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 6 1 

sages conseillèrent de procéder dorénavant aux exécutions 
capitales pendant la nuit, au lieu du jour. On inflige donc 
la peine de mort, en une seule nuit, dans toute l'étendue 
de la Chine, et particulièrement à Khan Baligh, à plusieurs 
milliers de criminels. Le matin, le peuple est témoin du spec- 
tacle de misérables dont tous les membres ont été coupés et 
séparés du corps; d'autres ont eu la tête tranchée et leurs 
corps ont été mis en monceaux; quelques-uns ont été dé- 
pecés en morceaux; d'autres ont été écorchés et pendus la 
tête en bas. Chaque catégorie de criminels subit un supplice 
différent. 

Une particularité des plus étranges est la suivante : après 
l'exécution, les têtes de plusieurs milliers de condamnés sont, 
après avoir été détachées du corps, serrées séparément dans 
de petites caisses, avec un écriteau faisant connaître que la 
tête est celle d'un tel, habitant tel quartier. On donne son 
nom, on indique ce qu'était son père; on mentionne le crime 
qu'il a commis et la durée de son emprisonnement. On fait 
connaître le nom des juges qui, tous les mois, ont procédé 
aux interrogatoires, ainsi que les aveux qu'il a faits, tous 
les ans, en présence du Khâqan. Cette pancarte, relatant 
tous ces faits, est attachée au cou du criminel, et après sa 
mort, elle est mise avec soin dans la petite caisse qui ren- 
ferme sa tête ; celle-ci est pendant trente ans gardée dans un 
magasin. Si, pendant ce laps de temps, quelqu'un fait appel 
en disant : Un tel, mon parent, a été injustement mis à mort, 
on tire , sur l'ordre du Khâqan , la tête du magasin , et on 
prend connaissance de ce qui est écrit sur la pancarte afin 
d'examiner sa réclamation. 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÈH. 63 

d'autre empire que le Khîtay et d'autres dignitaires que les 
leurs. 

Les gens qui viennent par terre amènent des chevaux 
et apportent des diamants, des étoffes de laine, du drap, 
c'est-à-dire de l'écarlate de Venise, du jade et du corail. Ils 
conduisent aussi avec eux des lions, des onces et des loups- 
cerviers. Toutes les marchandises que nous venons de citer 
sont de bonne défaite au Khitay. Les Chinois reçoivent 
aussi volontiers les chevaux de somme qu'ils donnent aux 
soldats chargés de la garde de la frontière. Les chevaux 
de prix sont conduits avec leurs maîtres à Khan Baligh^ 
On les fait accompagner par douze domestiques qui les 
mènent d'étape en étape, pendant une distance de cent 
journées de marche. Six de ces domestiques portent des 
lanternes de toutes couleurs, suspendues à l'extrémité de 
bâtons peints et couverts de dessins; ils marchent devant 
et derrière le cheval; des six autres, trois se tiennent à 
gauche et trois à droite. Un lion est conduit avec dix fois plus 
de pompe qu'un cheval. L'once et le loup-cervier ne repré- 
sentent que la moitié de la valeur d'un lion. On fait franchir 
ainsi à ces animaux la distance de cent journées de marche. 

1. Le Père Amyot, dans le tome XIV (p. 241—248) des Mémoires concer- 
nant Vhistoire, les sciences, les tarts^ les moeurs et les usages des Chinois^ a donné 
la traduction de quelques lettres présentées à l'empereur par des Musul- 
mans se disant envoyés par leurs souverains. Leur contenu confirme toutes 
les assertions de Seyyid Aly £kber Khitay. Ils offrent des chevaux Alou 
Kou (oulagh, cheval de poste) et des chevaux de TOccident; des pièces de 
Sou fou (sauf, étoffe de laine), des diamants, du jade, des lions, des léopards. 
Ils demandent en échange de leurs cadeaux, des pièces de satin et de bro- 
card, de la porcelaine bleue, du thé et des remèdes chauds. Je me propose 
de donner plus tard, le texte persan de ces suppliques tel qu'il a été tran- 
scrit par les secrétaires du bureau des interprètes de Pékin et de rétablir 
les mots défigurés par les Chinois. 



64 



CH. SdlEFEB. 



Oii reçoit en échange d'un lion trente caisses de marclian- 
dises : cLaqne caisse contient mille pièces d'étotfes, satins, 
velours et payberk, dca i-triers en fer, et des vÊtements en 
brocard d'or; on ajoute des ciseanx, des coutcavix et des 
aiguilles. Il y a un paquet de chacun de ces objets. On donne ' 
quinze caisses semblables pour mi once et un loup-cerWer, 
et, pour un cheval, le dixième de ce qui est accordé pour un 
lion. Les gens reçoivent, en outre, huit habillements doublés 
en soie et on revêt cliacnn d'eux de trois robes de différentes 
couleurs que l'on place l'une snr l'autre. Chacune de ces 
robes a une telle ampleur que l'on en pourrait faire deux. 
La largeur de l'étotïc employée est d'une brasse; on donne 
aussi des bottes et autres objets. Ces vêtements sont livrés 
en dehors du prix fixé pour la valeur des présents reçus. 
Ces cadeaux sont faits à chaque musulman par le Khàqan 
qui, de notre temps a, par la volonté de Dieu, embrassé 
l'Islamisme, bien que ses ancêtres, qui ont régné pendant 
des milliers d'années, fussent infidèles. Les habitants dn 
Khitay sont, en effet, des descendants de Qabil (Caïn). Le 
descendant de ICin Tliay Kltau, qui aujourd'hui est devenu 
musulman, vit en songe le prince des Prophètes lui arracher 
le cœur, le laver et réciter sur lui la profession de foi. Ce 
prince fut, en cet instant, converti à l'islamisrae. A son ré- 
veil, il vit sur le mur de Sii chambre les paroles de la pro- 
fession de foi tracées en caractères de couleur verte. A la 
vue de ce prodige, il la récita de nouveau et il informa de 
ce fait toutes les personnes habitant le palais. Un grand 
nombre d'entre les hauts dignitaires et les gens de basse 
condition suivirent son exemple, et embrassèrent l'Ishi- 



TROIS CHAl'lTRES DU KHITAY NAMKir. 



65 



misnie. Le Kliâqan rédigea ime missive pour infonuer en 
ilehore (hi palaia les grands et les jtetîts de la détermina- 
tiou qu'il avait prise. «Que direz- vous? écrivait-il : pendant 
plusieurs milliers d'amiées, les habitant» des pays de l'Orient 
ont été plongés dans les ténèbres de l'infidélité. La lumière 
de la foi a brillé, et seul entre mes pères et les descendants 
du Faghfour de la Cliinc, j'ai pu arriver au bonlieur de la 
connaître. Si vous avez naturellement en vous la science 
parfaite, il faut que vous embrassiez l'Islamisme'.» 

Lorsque les dignitaires et le peuple connurent le fait de 
la conversion du Kliâqan et la teneur de son rescrit, ils 
furent plongés dans le plus profond étonnement. Les man- 
darins exposèrent ce qui suit dans un plaeet: * Ancnn de 
vos aïeux n'a été Musulman et les lois du Kliitay ne per- 
mettent point à l'empereur de faire profession de l'Isla- 
misme. > Après avoir reçu cette réponse, le Khftqan con- 
voqua les dignitaires. *Ce que vous m'avez écrit, leur dit-il, 
me prouve que vous ne connaissez pas la loi. Nos ancêtres 



1. La crofimce qac l'empcrenr de la Cbino avait embrnâsé l'Ialainiittno 
Était répandiiG panni les Hahomâtans de l'Aûe Centrale, 

.Seïfy TcliélËby fait mention de ce fut dans son opuscule. SdIod cet 
autour, le cousin de l'cmperear Djindi [Kin ti) aurait vu en SGU (16S2) on 
songe pendant ta nuit le proplièto Mohammed qui lui aurait enjoint do se 
rendre sur le clutnip dans ses écuries où U devait trouver un palefrenier 
qui lui ferait réciter la profession do foi. Lo lendemain matin, l'empereur 
fit connatire sa convcraion ii ses ministres ot aux of&cicra de son palais et 
les engagea & suivre son exemple. Les uns y consentirent, d'autres s'y re- 
fusèrent. La mère de l'empereur résista i, toutes les Instances de son fils ijui 
prit le nom do Mohamroei Un individu venu do Biiukhara et nouunô Alid 
eus Samed apprit à l'empereur les principes fondamentaux de l'Islamisme. 
Celui-ci lui otfrit la dignité de premier ministre, mais Abd ons Samed la re- 
fufl» et se contenta de l'office de directeur spirituel. SeVfy ^'onto que lo 
nombre dos Musulmans est considérable on Chine, ot que de son temps, il 
y avait plus de trois conta mosquées où l'on faisut la prière du vendredi. 



en. SCDEFEE. 



l'ont i!'tablie pour les actes extérieurs, mais notre conscienci 
lui éelmppe. Que pouvez-vous sur mes sentiments intimesKi 
L'Islamisme est du domaine des elioses spirituelles.» Lesl 
mandarins et le penple ne trouvèrent rien à objecter à ce»! 
paroles et ils furent saisis de crainte. Ignorer la loi sur uni 
seul point constitue pour les mandarins une faute très grave. * 
Un grand nombre de fonctionnaires et de gens du peuple 
adoptèrent l'Islamisme, car les intidèlesde l'Orient, soit ha- 
bitants des villes, soit gens des campagnes, ont un peiicliant 
marqué pour cette religion. 

Lorsque le Khâqan l'aura pratiquée, une multitude de ] 
ses sujets suivront sou exemple, car ils poussent jusqu'à 1 
l'adoration le respect qu'ils ont pour la personne du sou- ( 
verain; ils se soumettent à tout ce qu'il dit. Quand ta lu- 
mière venue de l'occident devieutlra plus vive (dans les con- 
trées de l'Orient), les habitants embrasseront sans difficulté j 
et sans opposition la religion musulmane, car ils n'ont au- 
cun sentiment de fanatisme religieux. 

Lorsque le plus méritant des champions de la religion, le i 
plus glorieux des sultans du monde, l'ombre de Dieu sur la | 
terre, le sultan de Roum, aura, avec le flambeau de la foi | 
qui les guidera dans la voie droite, chassé l'obscurité de 
la nuit qui enveloppe les infidèles de l'Occident, et que ses 
troupes victorieuses auront réuni en un seul faisceau la , 
lumière de l'Occident et celle de l'Orient; lorsqu'il aura dis- 
sipé les ténèbres de l'erreur qui règne encore sur la surface | 
de la terre, alors les paroles de ce verset : « L'assistance 
vient de Dieu ainsi que la victoire, » seront complètement 
réallBéeB en considération du Prophète et de sa famille. | 



TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 67 

Nous jonissona encore de ses bienfaits et cependant il a 
quitté ce monde. Noos avons les yeux de l'espérance fixés 
sur tes grâces, ô notre Dieu! Accorde nous notre nourri- 
ture journalière! 

Distique : «ô toi dont le caractère généreux resplendit 
comme le soleil, tu vois clairement exposée devant toi la 
situation des malheureux. > 




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TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 



69 






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TROIS CHAPITRES DU EHITÂY NAMÉH. 



73 






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TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMEH. 



75 



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TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 77 

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TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 79 

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TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 



81 



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TROIS CHAPITRES DU KHITAY NAMÉH. 83 

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NOTICE 



SUB 



L'ARABIE MÉRIDIONALE 



D'APRÈS UN DOCUMENT TURC 



PAK 



A. C. BARBIER DE MEYNARD 

MEMBRE DE LINSTITUT, PBOFESSEUB A L'ÉCOLE DES LANGUES 

OBIENTALES VIVANTES. 




L'histoire de Sanaa et du Yémen à laquelle nous avons 
empninté le fragment qu'on va lire est un docunieiit d'une 
date récente' : il doit son origine aux événements dont 
l'Arabie méridionale a été le théâti-e, il y a environ douze 
auB. On sait que depuis la seconde moitié du XVir siècle 
l'autorité de la Porte sur ce pays est restée purement nomi- 
nale. Les tentatives faites pour l'y rétablir après la funeste 
expédition d'Ibrahim Paoha et, plus tard, sous le règne de 
Sultan Abd-iiI-Médjîd, ont été k peu près infructueuses et 
presque toujours suivies de révoltes sanglantes. 

C'est une de ces révoltes périodiques qui motiva une 
nouvelle expédition turque dans le Yémen, en 1870. Le 



. Le texte tare en deui voIuqub grand îii-8" a paru à Constantiiioplo 
février 187ô; imprimerie du journal lo Eagiret. 



BARBIKR DE MEYNAHD. 



gouverneur du Belad-Açîr, un certain Slehemet Pacha, ■ 
d'el-*Ayîz, ayant rt-iini sous ses ordres un parti considérable 
de Yéménites et de tribua nomades, réussit à s'emparer 
un moment de la ville de Ilodeïda. Il eu fut chassé, il est 
vrai, le 27 novembre de la même année; mais l'agitation 
que ce raouvement insurrectionnel avait laissée dans le sud 
de la péninsule et la crainte de le voir s'étendre jusqu'aux 
limites septentrionales du Ilédjaz, au grand dctriraent du 
pèlerinage, déterminèrent la Porte à agir plus vigoureuse- 
ment. Un corps d'armée, tiré de la réserve (ihtyoi), fut en- 
voyé au Yémen avec miasion d'y rétablir l'ordre et d'oc- 
cuper le pays définitivement. Les opérations militaires 
fiirent menées avec célérité et énergie : Mehemet Pacha 
paya de sa tête ses velléités d'indépendance, la province 
d'Açîr fut réduite et l'armée marcha ensuite sur Sanaa 
dont elle finit par s'emparer après une lutte opiniâtre. L'au- 
teui" de noti-e Chronique, Ahmed Râchiri , arrivé dans le 
Yémen avec le grade de chef de bataillon du ô"" régi- 
ment, dut à sa belle conduite d'être promu sur place an 
grade de colonel du 4"". Il séjourna dans le pays deux 
années encore après la pacification, et résolut de mettre à 
profit les loisirs qne lui laissaient sea fonctions militaires 
pour écrire le récit de l'expédition à laquelle il venait de 
prendre part. Mais, voulant faire précéder sa narration 
d'un précis de l'histoire politique et militaire du Yémen 
depiiia les premières expéditions turques (vers 1547) jus- 
qu'à l'époque actuelle, il fut frappé de l'insuffisance et des 
inexactitudes qui déparaient les Chroniques ottomanes en 
ce qui concerne cette période. C'était mie lacune à combler 



NOTICE SUR UARABIE MÉRIDIONALE. 89 

dans les fastes militaires de sa nation, et il se mit avec 
ardeur à l'ouvrage. Pendant son séjour à Sanaa, trois ou 
quatre documents de provenance indigène et rédigés en 
arabe lui furent communiqués. Il en donne la liste dans une 
courte préface. Ces documents, il est à peine besoin de le 
dire, ne peuvent être consultés avec fruit que pour la pé- 
riode musulmane et surtout pour l'histoire des trois derniers 
siècles. En voici les titres : V ^^J\ ^^j oIsT «le souffle de 
l'âme » suivi d'un complément (tekmileh); 2*" UXH ^^ oIsT 
« le parfum du Manteau » ^; 3*" ij^\ j^\ jL^L ^U « Recueil 
de renseignements sur le Yémen fortuné » ; 4'' J 0^\ l^ 
ijy^\ ^\ j\J-\ «Le charme des yeux ou Histoire du Yé- 
men fortuné». 

Tels sont les matériaux que l'officier turc a mis à con- 
tribution surtout pour la première partie de son travail, en 
y ajoutant pour le récit de la campagne de 1870 et l'ap- 
pendice géographique, ses observations personnelles et les 
renseignements qu'il a recueillis pendant son séjour au 
Yémen. De là une division tout indiquée : Le premier vo- 
lume comprend l"" l'histoire de cette contrée depuis la con- 
quête qui en fut faite par la dynastie des A'mirites, jusqu'à 
la fin de la domination ottomane (p. 6 à 253); 2^ le Yémen 
sous les imams arabes avec une notice sur les Yézidis et 
d'autres sectes musulmanes; 3*" essais d'occupation sous le 

1. Allusion au manteau dans lequel le Prophète aimait à envelopper 
ses petits-fils Haçan et Huçeïn, ce qui leur a valu, ainsi qu'à leur mère 
Fatima, le surnom de Ehl el-Kiça, comme nous dirions «la sainte famille». 
11 est singulier que parmi les chroniques locales consultées par l'auteur, 
on ne trouve pas mentionnée la fameuse compilation intitulée El Barq el- 
Yhmhny par Kotb ed-din, dont S. de Sacy a donné un long extrait dîins 
les Notices et extraits des Manuscrits, t. IV, p. 412 et suiv. 



90 



B^VRBIER DE MEYNARD. 



règne de Sultan Abd-ul-Médjid etc. {p. 257 à 322). - 
Tome second: rliécitde la campagne de 1870 (p. là239)J 
2" Organisation civile et militaire du Yémen depuis c 
époque; appendice géographique et descriptif (p. 276 i 
la fin). 

Le précis historique qui occupe la iilus grande partie Au 
premier volume est rédigé avec soin. L'auteur apporte dans 
l'examen et le coutrôle des différentes versions qu'il a sous 
les yeux une netteté et justeiise d'appréciation assez rares 
chez les liistorieiiâ ottomans. Il entremêle d'observations 
judicieuses le récit des événements depuis les premières 
conquêtes des Mamelouks d'Egypte sur les côtes du YémenJ 
en 1507, les apparitions des escadres portugaises devantj 
Aden, leur défaite eu août 1513, la lutte entre les Circas-I 
siens d'Egypte et ie Sultan 'AmJr, suivie de la déroute de' 
ce dernier près de Zobeïdah, en novembre 1517, et l'ex- 
pulsion des Egyptiens par l'Emir Cheref ed-dîn jusqu'à 
la conquête du Hédjaz par une armée turque sons Sultan 
Selim I"'. Sylvestre de Saey a exactement résumé cette pé- 
riode historique dans les premières pages de ses Extraits dn 
Barq yhthcni. »0n y voit, dît l'illustre savant, ce royaumw 
enlevé d'abord à une famille arabe qui régnait à Sanaa^fl 
devenir la proie de idusieurs usurpateurs circassiens; coa-] 
quis ensuite, comme par hasard et eu passant, par une arméi 
ottomane envoyée par Selim contre les Portugais, dont le»! 
établissements dans l'Inde causaient de vives alarmes au: 
Musulmans, et mis au nombre des grands gouvernements 
de l'empire turc, secouer le joug du Grand Seigneur pu 
une insurrection uuiverselle; résister pendant quelques] 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 91 

années aux eflForts des Turcs à la faveur de la mésintelli- 
gence de leurs chefs et enfin rentrer dans l'obéissance et 
chercher dans la paix un remède aux maux occasionnés 
par la guerre. » 

Cette paix ne fut pas de longue durée. D'incessantes ré- 
voltes fomentées par l'antipathie de race et le fanatisme 
religieux troublèrent le gouvernement des Walis que la 
Porte délégua en Arabie pendant un siècle environ, de 
1547 à 1636. L'incapacité politique du dernier de ces gou- 
verneurs Haïder Pacha et les intrigues de Kansou Pacha 
hâtèrent la fin de la domination ottomane. L'auteur n'essaie 
pas de dissimuler les fautes commises par les représentants 
du Sultan, mais l'insuccès final qu'il attribue presque en- 
tièrement à leur vénalité, se rattache à des causes plus gé- 
nérales par lesquelles il faut expliquer la décadence rapide 
de la Turquie depuis deux siècles. Son récit n'en conserve 
pas moins une valeur historique incontestable et mérite- 
rait certainement d'être traduit, ou tout au moins analysé 
en détail. C'est une tâche qu'il nous sera peut-être donné 
d'entreprendre plus tard. En attendant signalons au pas- 
sage ce renseignement peu connu. «Pendant la durée de 
sa suprématie sur l'Arabie méridionale, la Porte y entre- 
tenait une armée de vingt mille hommes, dont quinze mille 
Turcs et Circassiens et cinq mille Arabes. Le revenu de 
l'impôt s'élevait à cinq cent mille ducats d'or. Tout pré- 
lèvement fait pour la solde et l'entretien des troupes, le 
matériel de guerre et la réparation des places fortes, il 
restait environ cent cinquante mille ducats qu'on envoyait 
tous les ans à Constantinople. » 



BARBIER DE MEYNAED. 



L'iiistorique ou plus exactement le journal de respè-| 
dîtioii niilifaii-e ne peut entrer dans notre brève anaiyael 
du travail de l'officier ottoman. Il est écrit par un homme 
du métier et se recommande sans doute par des qualités qniï 
échappent k notre compétence. C'est un document dont 
l'histoire militaire de la Turquie fera son profit et qui fournit 
aussi au lecteur un véridique et tout récent témoignage de ee 
mélange de vertus militaires et d'incapacité administrative J 
qui caractérisent la race ottomane. 

C'est dans le dernier chapitre de son livre que nonsavon»! 
cru trouver les renseignements les pins dignes d'être tra- 
duits. Ahmed Râehid s'est proposé dans cet Appendice de 
donner la division géographique, la description du climat et . 
des principales productions, les mœurs, la population, etc.-j 
Sans négliger les sources imprimées et même les relations! 
des voyageurs européens (que d'aillem-s il ne cite pas dî-j 
rectement), il nous fait conuaîtrc surtout ses pro])rea ob-« 
servatious, les particularités qu'il a lui même relevées aa 1 
cours de l'expédition. Le pays qu'il décrit comprend, dans J 
l'Arabie méridionale, tout le territob'e qui s'étend entre! 
Abou 'Arich au nord-ouest, le Djouf au nord-est, et laJ 
régîoH d'Aden au sud. 

On n'iguore pas combien l'exploration de ces contrée»! 
offrait de dangers aux Européeus jusqu'à ces dernière* 
années. La belle expédition danoise, dirigée au sièclff 
dernier par Niebubr, dont la relation restera un modèle! 
du genre, semblait avoir frayé une voie qui mallicureuse-l 
ment s'est refermée presque aussitôt. Ali lîey, liurekhardtjl 
Seetzen, malgré leur profession de foi musulmane ont i 



NOTICE SUR L'AKABIE MERIDIONALE. 



Jeme soulevé un coin du rideau. Mais l'infiueuce irrésistible 
' quoique lente de l'Europe a fini par triompher des obstades 
que le courage individuel de ces vaillants explorateurs n'a- 
vait pu renverser. Ce n'est plus seulement la eôte occiden- 
tale de l'Arabie, mais l'intérieur du pays, l'Açlr, la chaîne 
des Serai qui se livrent à la curiosité ncieutitique de nos 
compatriotes. Cruttenden pénètre de Moklia à Sanaa par la 
route du nord ; Welsted s'aventure dans l'Oman ; Haynes tra- 
verse le Malira et nue partie du Hadramaut. Botta étudie la 
flore du Yémen entre Moklia et Hodcïda ; Fresnel et Aniaud 
interrogent les ruines de l'Antique Marieba. J. Halévy eutin, 
au lenderaai]! de l'expédition turque, seul et presque sans 
ressources, pénètre malgré les maraudeurs et la fièvre, 
jusque dans le Djnuf et y recueille les précieux débria de 
la civilisation sabéenue. 

A côté de ces grandes enquêtes scientifiques, le témoi- 
gnage d'un colonel turc paraîtra bien modeste et de peu de 
portée. Comme Listorien de l'Arabie anté-islamique il ne pou- 
vait qu'être récusé, son érudition ne dépasse pas celle d'Ibn- 
Khaldoun auquel il fait de nombreux emprunts. Mais comme 
observateur il mérite d'être écouté ; car il a vu avec atten- 
tion et il raconte avec sincérité. Momentané ou durable, nous 
n'avons pas k trancher cette question, le succès des armes 
ottomanes a partout facilité sa marche, même dans la région 
des Serai qui était restée jusqu'à présent inaccessible aux 
Européens. Nous avons donc pensé que ses notes seraient 
lues avec quelque intérêt après les relations européennes 
qu'elles confirment dans l'ensemble et qu'elles complètent 
sur certains détails. Le style de l'auteur ne se recommande 




NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 95 

tière du pays d'Aden, et se dirige du Sud au Nord pour 
aboutir à Taïef où le dernier contrefort de cette chaîne 
prend le nom de Djebel Fatq ^ J->-^ 

Le groupe de plateaux élevés qui s'étendent d'Aden 
à Djedda en longeant la côte sablonneuse de la Mer rouge, 
porte le nom particulier de Tihama. On trouvera plus loin 
les principales subdivisions géographiques du Sera. Quant 
au Tihama, il se subdivise aussi en plusieurs sections. On 
donne le nom de Tihama du Yémeii^ Tihama d!A^r et 7ï- 
ham^ du Hédjaz aux portions de ces trois provinces qui 
correspondent à la chaîne principale. 

La longueur totale du Tihama, du Sud au Nord jusqu'à 
Djedda, est de 400 lieues environ et sa largeur comprise 
entre la côte et les premiers contreforts du Sera varie entre 
40 et 25 lieues. La longueur totale de tout le groupe ré- 
uni sous le nom de Sera, du Sud au Nord jusqu'à Taïef 
dépasse 370 lieues. Les plaines et vallées situées sur les 
hauts plateaux de cette chaîne se dirigent de l'est et du 
nord-est à l'ouest, sur une étendue de 38 lieues au maxi- 
mum, et de 10 à 25 lieues dans leur plus étroit parcours. 

L'évaluation donnée ci-dessus n'est qu'approximative. 
Nous n'avons eu à notre disposition que des cartes impar- 
faites, la plupart européennes et rédigées plutôt d'après 
des informations indirectes que sur des relevés faits dans 
le pays. Ce que nous appelons «lieue» (saat) doit s'entendre 
ici de la marche moyenne d'un cheval de route (guidich) 
pendant une heure. H en résulte que cette mesure itinéraire 
varie en raison de la configuration du pays et les acci- 

1. Prononciation indiquée par Yaqout, Md*djem d-bouldan, t III, p. 851. 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 97 

JU. — 14. S. de Zahrân ù^^j •!/-. — 15. S. de Badjila 
4Uf, i]/^. — 1&: S. des Béni Chebabah et 'Adwân ^ l\j^ 
Ô*^J^^ <îLi. — 17. S. de Taïef «Juli» Sl^^; c'est là que finit 
la chaîne comprise sous le nom collectif de Sera. 



Nomenclature des Wadts qui se dirigent du versant ouest 

DU Sera sur le Tihama. 

1 . Le premier de ces Wadis est le W. Mawza' ^ et Chaqaq 
^\lLj ^jy ^^\^^ qui se jette dans le mer après avoir décrit 
une foide de sinuosités et donné naissance à plusieurs rami- 
fications. 

2. W. Rima' ^^.j ^^\^^. Ce torrent très étroit à Djoumrân 
qui est son point de départ passe par Elhân et Anes, aiTose 
les terrains labourés de Reïma, etc. et tombe dans le Ti- 
hama près de la mer. Dans son cours inférieur il reçoit le 
nom de Ghassan ù^--^- — W. Siham' ^l^ ^ù\^ qui suit 
la même direction et coule presque parallèlement au W. 
précédent. — 4. W. MaViq ^J^^/^ lS-^S; ce cours d'eau sort 
du Djebel Reïma et se joint au W. Bar' p^ ^^\y — 5. W. 

1. j^Matcza* localité du Yémen, sixième station des pèlerins qui viennent 
d'Aden; au-dessous est la localité nommée Torm ^^ -j*. » Mo^djern, t. IV, p. 680. 

2. On lit dans le Mo'^djem t. II, p. 817 : «Seion Ibn Domeïnah, après 
Wadî Zebîd vient W. Rima\ vallée très chaude et étroite. Ce cours d'eau 
part des hauteurs de Djoumrân à Touest de Dhou Khîchrân, se dirige sur 
le W. Chidjna laissant à sa droite la partie sud du W. Elhân et Anes et à 
sa gauche le Beled Djem^ et Seryeh, continue sa route sur Sihnân, passe 
entre les deux montagnes 'Arka et Reïma, arrose les champs de Fadhoual 
et se jette en suite dans la mer. Dans la partie inférieure de W. Rima' est un 
cours d'eau, nommé Ghassan. » On voit que le nom de ces localités est resté 
à peu près le même depuis le commencement du XI IP siècle. 

3. Le cours de ce Wadi est minutieusement décrit par Yaqout, Ibid, 
t. ni, p. 202. 

7 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 99 

voirs d'où ils se déversent dans la mer par infiltration. 
Plusieurs faits faciles à constater prouvent l'existence des 
gisements d'eau dont nous parlons. Ainsi nous avons re- 
marqué, pendant la durée de l'occupation militaire, que 
les points situés aux environs de Hodeïda, malgré leur peu 
de profondeur (ils n'ont guère plus de deux à trois brasses), 
ont toujours fourni de l'eau en quantité suffisante non-seu- 
lement pour les besoins de nos troupes campées dans ces 
parages, mais aussi pour la population de Hodeïda, laquelle 
n'est pas inférieure à 30,000 âmes. Une preuve du même 
genre se tire de l'existence des puits échelonnés dans les 
plantations de palmier à Djabana, à trois heures de Ho- 
deïda, ainsi que dans les plantations de Beït-el-Faqih et 
de Zebîd. C'est même à ces réservoirs en quelque sorte in- 
tarissables qu'il faut attribuer la réunion de toutes ces plan- 
tations dans le voisinage de la côte, et la fertilité qu'ils y 
entretiennent. Nous avons fait la même observation au 
campement deOumm el-Djarm ^^\ l\ près de Qounfouda, 
et nous devons ajouter que, tout le long du littoral, on ren- 
contre des puits qui ne tarissent pas et dont l'existence ne se 
peut expliquer que par les nappes d'eau souterraines que 
nous signalons. 

L'autre système de Wadis est formé par les torrents q\\i 
s'écoulent des montagnes pendant la saison des pluies, sil- 
lonnent les vallées des versants et se répandent ensuite 
dans le Tihama où ils se maintiennent à la surface du sol. 
Quelques-uns sont même assez larges et profonds pour qu'il 
soit très difficile de les traverser à gué. 



?♦ 



100 



BARBIER DE MEVSARU. 



Laeaisoii clesphiies estjuin, juillet et août et iliiremême 
jusqu'en octobre pour le nord du Yémen', et de novembre | 
à février pour la partie orientale de cette province. Le re- 
tour de la pluie et sa dnrée s'accomplissent avec nue grande [ 
régularité selon les différentes localités. Dans les unes, la 
pluie tombe depuis le lever du soleil jusqu'à midi; dans 
les autres, de midi jusqu'à l'o^r {trois heures de l'après- 
midi) et ainsi de suite pendant vingt-quatre heures. 

Comme nous l'avons dit, les Wadis formés par la [duie I 
à l'époque de la mousson se réunissent dans le Tibama j 
et le sillonnent eu tous sens. Ils remplacent ainsi pour cette 
contrée l'eau du ciel qui n'y tombe que fort rarement et qui , 
quelquefois même ne s'y montre pas pendant deux années 
consécutives. Grâce au nombre de ces Wadis et au sy- 
stème très ingénieux d'irrigation dîl Ji l'industrie des ha- 
bitants, le Tibama est d'une fertilité admirable et il n'est ' 
pas rare qu'on y fasse jusqu'il quatre récoltes par an. La 
campagne antonr de Zebîd n'a même pas besoin de ce drai- 
nage artiticiel : l'eau des Wadis s'y répand avec une telle ' 
abondance qu'elle monte quelquefois le long des remparts ^ 
de la ville, î\ la hauteur de cinquante centimt'tres*. 

Les champs de culture dans le Tibama ont ordinaire- I 
ment la forme d'un carré long; ils sont entourés d'un large ] 

1. Cf. Vr^taijeii d'Ihn Balimtali, iA\Û\m publiée ponr la Société aaiiitiqiii 
par a. M. DelVéïiierj' et .Snnguintrtti, t. II, gi. ITG. 

2. L'antenr répète lo mëiuc rensi'ÏRiieniL'nt duna l.t piirlii' IiiBlDriinie () 
son livre (p. 68 et eaj. 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 101 

fossé d'environ trois mètres de profondeur^ C'est dans ces 
réservoirs que viennent se déverser l'eau des torrents, celle 
qui provient des canaux artificiels et enfin, quoique plus rare- 
ment, l'eau du ciel. Pendant l'été, dans la période de chaleur 
et de sécheresse, ces fossés conservent encore une certaine 
quantité d'eau que la terre absorbe lentement, et le sol 
toujours maintenu dans un état d'humidité satisfaisante 
produit jusqu'à quatre rendements annuels. En outre, les 
cultivateurs utilisent les puits très nombreux répandus dans 
le pays et qui sont d'une profondeur très inégale, les uns 
à fleur d'eau, les autres descendant jusqu'à trente brasses. 

Climat et productions du Sera. 

On sait que dans le Yémen les saisons ne correspondent 
pas à celles de nos climats. Le printemps s'y montre en 
décembre jusqu'à la fin de février; l'été du mois de mars 
à la fin du mois de mai; l'automne y règne pendant les trois 
mois suivants et l'hiver commence en septembre pour finir 
dans les derniers jours de novembre. Il faut ajouter toute- 
fois que le cours des saisons y est soumis, comme en Europe, 
à certaines irrégularités et qu'il arrive que le printemps, 
l'automne, etc. y soient en avance ou en retard. Dans les 
hautes régions du Sera, pendant la saison chaude, le thermo- 
mètre varie, à l'ombre et dans l'intérieur des habitations 
construites en pierres de taille, entre 16^ et 22° Réaumur et 
pendant l'hiver, entre 10° et 16°. L'hiver y amène quelque- 
fois d'assez fortes gelées et de la grêle. Cette grêle couvre 

1. C'est ce que Niebuhr appelle des chaussées; voir sa Description de 
VArabie, édition de 1773, in 4% p. 137. 



IlAlUilt;ii UK UEYNAltD, 



là uuc épaisseur de plusieurs doigte et elle y séjourne 
le la ucige sui' Ii: sommet des montagnes'. Qiiaut à la 
(ille y est absoluraeut inconnue. L'air de ces hauts 
lux est pur et salubre et on y jouit, même pendant 
Id'une agréable fraîcheur. 

lisieurs plantes d'Europe jioussciit naturellement dans 

lllées de cette région inoutaguense.Tels sont le jasmiu, 

lvrcieuille,leframboi8ier, le rosier, le genêt, le tamaris, 

Irette (ambi'T tchitcheiji) et le genévrier. On y trouve 

lia laitue sauvage, la chicorée, lamauve, la menthe, le 

, l'asperge et la truffe. Ou peutjuger, par la variété de 

iiites, de la température modérée et de la fertilité du 

'. — Les montagnes du Sera sont riches en céréales. On 

live le froment, l'orge et une espèce particulière de blé 

|s habitants nomment V/'m ^_^, et dont chaque grume 

nue deux grains de jietite dimension. Cette espèce de 

niduit sjiécial des campagnes de Sanaa, donne une 



NOTICE SUR U ARABIE MÉRIDIONALE. 103 

que celle de la faséole ordinaire. Mentionnons aussi Isidourra 
ou grand millet, le sénevé et le maïs ou blé de Turquie. 

Cafeyer. 

L'arbre qui produit le café, ayant besoin d'humidité et de 
chaleur tempérée, ne réussit pas dans tous les districts du 
Yémen. Les terrains les plus favorables à sa culture sont 
les contre-forts des montagnes qui dominent le Tihama et 
les vallées d'une altitude moyenne et bien arrosées^ Grâce 
à leur situation, ces parages sont préservés à la fois du froid 
qui règne sur les sommets et de la température chaude et 
lourde du Tihama. Sans parler des sources et cours d'eau 
si abondants sur ces versants, il s'y forme de petits nuages 
blancs provenant de l'évaporation des eaux des régions 
basses. Ces vapeurs se condensent en brouillards épais et 
se répandent ensuite en une pluie abondante très favorable 
au cafeyer. Pour protéger les plantations de l'ardeur du 
soleil et aussi des ravages causés par les sauterelles, on 
les entoure d'un rideau d'arbres à feuillage touflfu, tels que 
le caroubier et autres essences du même genre qui garan- 
tissent la plante d'un excès de chaleur et entretiennent 
l'humidité du sol. Les avantages de cette clôture sont in- 
contestables : les plantations de café entourées de la sorte 
n'ont besoin d'être arrosées que tous les deux ou trois 
jours, tandis qu'il faut un arrosage quotidien à celles qui 
sont exposées aux rayons du soleil et au vent. D'ailleurs 
la qualité de l'arbre dépend beaucoup de la nature du sol 

1. «On le caltivc particulièrement à l'ouest des grandes montagnes qui 
traversent le Yémen. ^ Niebuhr, p. 127. Cf. S. de Sacy, Chreatom. arabe, 2* édi- 
tion, t. I, p. 480. 



; ses Draiiches poussent lioiizoutaM 
minces et d'une lougeur (Viiu mètre eu\fl 
sont pareilles k celles du eornouiller, maîsH 
cafeycr est trfca vivace; il vient soit patfl 
bouture. La eoiiue du café est d'abord veB 
nit et tourne au rouge; quand elle commeiB 
devient brune. Elle renferme deux grains I 
de cette coque, c'est ce qu'où appelle prl 
(café) taudis que le vrai nom de l'arbre m 
récolte du café varie selon les différentes zl 
des plantations de eafeyer daus presque toui 
raontagues, mais les plus estimées sont ce) 
Reïma, du Djebel Haràz et du Djebel Nadl 
aussi de bous produits dans la partie orieîï 
Ânes et dans quelques localités du district I 
autres districts donnent des cafés de qualité 
dire de certains voyageurs cités par les gé( 
rope, Beït-el-Faqîh produirait un des mei 
Yémen, mais c'est une opîmou sans fondemen 
localité est située au centre du Tihama, c'i 
une zone où le eafeyer ue pousse pas. Comr 
est reeberchée dans le monde entier, la cuitu 
été considérée comme une des principales 
richesse du Yémen. Malljeiireuaement les gi 



NOTICE SUK L* ARABIE MÉRIDIONALK 105 

à tribu et les événements politiques qui ont si souvent 
troublé la sécurité du pays ont fermé les voies et moyens 
de transport à l'exportation de ce produit précieux. Aujour- 
d'hui grâce à la tranquillité dont jouit le Yémen sous l'égide 
du gouvernement ottoman^ les habitants ont repris paisible- 
ment leurs travaux, et il n'est pas douteux que cette branche 
importante du commerce de la péninsule ne prenne bientôt 
un développement considérable. On peut en dire autant des 
autres produits agricoles, céréales, fruits, etc. qui viennent 
dans ce pays avec une merveilleuse abondance. Nous allons 
les passer rapidement en revue. 

Gomme; Indigo; Coton. 

La gomme arabique connue dans le monde entier est ori- 
ginaire du Yémen, et principalement de la province d'Açîr. 
L'arbre qui la produit (accacia mimosa) vient naturellement 
et sans avoir besoin d'aucun soin. La gomme qu'il fournit 
en abondance au commerce, se vend au prix moyen de cinq 
piastres l'ocque*. Il y aurait là un objet d'exportation aussi 
lucratif que le café et qui donnerait même de plus grands 
bénéfices, si la culture en était plus développée. 

L'indigotier croît facilement dans le Tihama; mais les 
habitants étant fort inexpérimentés dans l'art de préparer 
l'indigo, ils n'en fabriqueùt pas pour l'exportation et se con- 
tentent de l'employer à leur propre usagée Nul doute qu'ils 

î. Il ne faut pas oublier que Fauteur de cette relation est fonctionnaire 
ottoman et que son ouvrage est une sorte de rapport officiel. 

2. Soit un franc 16 c. pour 1 kilogr. 284 ceutigr. 

3. « Cette plante est très commune et croit très bien dans le Yémen, mais 
rindigo qu'on en extrait étant mal préparé n*a aucune valeur commerciale. * 
Botta, lUlatùm, p. 16. — Cf. Forskal, Flor. Aegypt. ar., p. 138 et passim. 



NOTICE SUR UARABIE MÉRIDIONALE. 107 

tinguent par leur merveilleuse richesse. Il n'y a guère que 
la cerise et la griotte qui n'ont jamais pu s'acclimater en 
Arabie. Il ne faut pas oublier non plus dans la flore du 
pays le caroubier. 

On trouvait jadis dans le Yémen douze espèces de raisin. 
Mais l'oïdium s'y est déclaré depuis quelques années et, 
comme les habitants ignorent l'art de le combattre, il s'est 
propagé et a détruit un grand nombre de vignes et de 
treilles. Il ne reste plus aujourd'hui que trois ou quatre 
espèces de raisins qui sont, il est vrai, très parfumés et 
très doux^ 

Parmi les fruits indigènes, il faut citer en première ligne 
le ' anha Luî (manguier) dont la chair est facilement diges- 
tible et d'un goût savoureux. Ce fruit qui a le volume et la 
forme d'un gros œuf est coloré de teintes jaunes, orangées et 
verdâtres. La meilleure qualité vient du Djebel Reïma. Une 
autre espèce nommée manguier dJInde Çanhai hindi) y réus- 
sit aussi, mais la première espèce, celle du Yémen, est de 
beaucoup préférable. On trouve également dans le pays trois 
ou quatre sortes de bananes plus délicates les unes que les 
autres, des melons et des pastèques. 

Le palmier dattier (phœnix dactylifera) ne se rencontre 
que dans certaines localités du Tihama. Les meilleures dat- 
tes proviennent de Zebîd, de Beït-el-Faqih et de Djabana. 



1. La culture de la vigne est fort ancienne en Arabie. On sait qu'une 
colonie militaire établie dans le Yémen avait fondé la ville d'Ampelone ou 
« le vignoble » àfiKeXwv. M. J. Halévy fait l'éloge des vignes de ce pays et 
ajoute que les juifs en tirent un très bon vin réservé à leur propre usage, 
car les prohibitions du Koran y sont observées plus rigoureusement qu'en 
tout autre contrée musulmane. Journal aaialique, juin 1872, p. 528. 



108 BARBIER DE MEYNARD, 

L'akUHE QÀt (CELASTtia EDULIb)'. 

L'arbre de ce nom, iiicoiimi ailleurs, vit dans la ré^on 
montagneuse du Y^meii et principalement dans le Djeliel 
Rcïma. Il croît volontiers dans les terroirs qui conviennent 
au cafeyer et il a besoin d'bumidité. A l'état sauvage, il 
pousse des branches minces qui atteignent un développe- 
ment de quatre raèti-es. C'est un arbre qui ne demande ni 
soin particulier ni culture spéciale. Par le troue et la cou- 
leur du feuillage, il rappelle l'cdivier, mais ses feuilles sont 
plus grandes; jeune et bien émoudé, il ressemble beaucoup 
k l'arbousier. On sait quel usage les Yéménites font de ses 
bourgeons qu'ils mâchent presque toute la journée. Nous 
parlerons plus loin de cette singulière coutume^, mais occu- 
pons-nous d'abord de ses propriétés. Les amateurs préten- 
dent distinguer trois espèces de qât selon la nature du sol 
qui le produit. L'une exerce siu- le cerveau une action plus 
énergique que celle de l'opinm ou du hacbicb, et peut déter- 
miner la folie; une seconde espèce moins violente produit 
seulement l'effet des spiritueux comme le l'ok/; enfin la 
troisième encore moins forte provoque seulement l'insom- 
nie. La mastication du bourgeon de qàt excite la soif et 
dessèche les lèvres, on prétend que l'eau prend ensuite 
un goût particulièrement agréable. Quoi qu'il en soit, ce 
végéta] est l'objet d'une prédilectio)i marquée dans tout 



1. Sur U culiuro do cet arbro et l'cffci exliiltirant produit par ses bour- 
geons, voir Botta, p. 46 et B8. Fresnel coufirnu; cstto description, dans 
rintèroBsnutO Tclittion qu'il a donnËo de l'Arabie en 1S37. Cf. Journal atïO' 
Uqtte, 1871, p. 13 ot Boiv. 

2. Voir ci-après, p. 112. 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 109 

le Yémen. Il n'y a pas d'habitant, si pauvre qu'il soit, qui 
ne ramasse quelque argent pour sa provision de qât. Un 
ouvrier qui se fait péniblement une journée de 5 piastres 
(1 fr. 15 c.), en dépensera quatre pour cette emplette^ En- 
fin quoique les droits du fisc sur cet objet de consommation 
soient des plus minimes, ils donnent cependant au trésor 
un revenu considérable dans certaines localités et tout par- 
ticulièrement à Hodeïda. 

Le tabac se consomme en grande quantité sur place; 
aussi tout ce qui se récolte de tabac dans le Yémen passe 
dans la consommation locale et il ne s'en exporte pas. 

Climat du TraAMA; productions naturelles, etc. 

On sait que les villes principales du Tihama, telles que 
Zebîd et Hodeïda, sont situées entre treize et quatorze de- 
grés et demi de latitude ; aussi n'y a-t-il dans ce pays, pour 
ainsi dire, que deux saisons. Pendant l'été, la chaleur est de 
30^à36®Réaumur dans l'intérieur des maisons; pendant l'hi- 
ver, elle varie entre 20® et 30^. Toutefois, malgré cette tem- 
pérature élevée, le climat est sain et exempt d'épidémies^. 

Bien que le Tihama soit impropre à la culture des cé- 
réales, cependant on récolte du maïs dans la région voi- 
sine du Yémen et des faséoles dans les vallées situées au 
pied du Sera et près de l'Açîr. La principale production 



1. «Dans le Yaman, un amateur aisé en consomme pour cinq ou six 
francs par jour. » Fresnel, ïoc. Inud., p. 14. 

2. Ceci ne doit certainement s'entendre que du climat des hauts plateaux. 
Au contraire, dans la région basse qui avoisine le littoral de la Mer rouge 
la chaleur étouffante et humide qui y règne pendant la plus grande partie 
de Tannée, en rend le séjour dangereux pour les étrangers. 



110 



BAKBIEIi DiC MKYNAIiD. 



da j)ay8 est la domra\ Ln tige et la feuille de ce végétal 
reaseniLleiit à cellea du maïs, mais l'épi en diffère lieau- 
eoup. Le gi-ain est une sorte de raillct uu peu plus gros que 
le grain de l'orge d'Europe. On connaît quatre espèces de 
dowira, deux espècee blanches, une ronge et nue autre 
tirant sur le jaune. L'une d'elles, si elle est convenable- 
ment irriguée, peut donner trois rendements par an. Le seul 
pain qui se mange dans le Tihama est fait avec la farine 
de dourra*. Le chaume et les feuilles se donnent aux bctea 
de somme. Cepeudant les montagnards, au lieu de pétrir 
cette farine, comme le font les Albanais et les Lazea avec 
la farine de millet, l'ajoutent à leurs aliments et la donnent 
telle quelle aux animaux. — Le sésame vient bien dans le 
Tîharaa. On y emploie riiuile de sésame à réclairage et 
parfois aussi à l'alimentation. Dans la région des mon- 
tagnes, on tire de la graine de moutarde une huile com- 
bustible. Quaud la récolte est abondante, ou exporte au&si 
l'huile de sésame au Hédjaz et sur la côte d'Afrique. 

Ditus les ))agGs snîvajitcB l'autour turc donuc quelques rcnseigntMneuts 
sommaires 8iir la division gÊograjthiquc He l'AçIr, mb prcxluctious, etc. Il 
dit im mot des salincB de la cOtc du YËmen, puis il nientionue tiiujoiifs 
tr6s Buccinctemcnt les races bovines, clievuiines, etc. du pnys, ses ])tltiirage8 
et ses richesses uiioËralcs. Dans le dernier paragraphe, il n soin d'avertir 
le leftenr qu'il ne parle que d'aprâs des informations peu ccrtulues. Les 
produits manufactures dont il donne ta nomenclature, sont de pcn d'impor- 



1. IMptu oïl Hoiyho, Domine anBsi graitd mUUl; voilii (lourquoi certains 
voyageurs lui donnent le nom l.nrc ilom. Sur la culture et la consommation 
de la dourra, voir Niebuhr, p. 45 et 135. Abd-el-Latif, Selalùm de tEgf/pU, 
p. 130. 

3. C'est pour cette raison iju'on le nomme ftjtt (n'am, c'est-à-dire 
«l'oliraent, la nonnitnrc», fi l'exemple des Kabyles qui appellent ainu lent 
consconiisou. Cf. Daumas, Vk aroLt, p, 254; Clicrbonneau, Joum. omo/., dé- 
cembre 1652, p, 503. 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 111 

tance et se limitent aux plus strictes exigences du vêtement et du logement. 
Il cite comme la meilleure toile du Yémen celle qui se fabrique à Beït- 
el-Faqîh où Ton compte plus de cent métiers. Il s*en fabrique aussi à Zebîd, 
Hodeïda, Sanaa et parmi quelques tribus nomades, mais de qualité moins 
belle. A propos du commerce de l'Arable méridionale, il donne les détails 
que voici: 

Dans les ports de la côte on trouve d'importantes maisons 
de commerce qui doivent leur fortune à l'échange des pro- 
duits du pays. Les habitants de Loheïa exportent des perles \ 
de la nacre et de l'écaillé qu'ils tirent de la mer. De la pro- 
vince d'Açîr on expédie au Hédjaz du blé, de la dourra, de 
l'huile de sésame et de la gomme. Le Yémen fournit aussi 
les mêmes articles auxquels il faut joindre le café. Cepen- 
dant on ne doit pas perdre de vue que la plupart des pro- 
duits indigènes, naturels ou industriels, étant absorbés sur 
place par la population, le commerce d'exportation est né- 
cessairement très limité ^ En un mot, on ne saurait mieux 
faire pour donner une idée exacte de la situation des Yémé- 
nites, sous le rapport de la richesse et de la civilisation, 
que de les mettre au même rang que les populations d'Asie 
mineure les plus éloignées de la côte. 

Le chapitre de la Chronique du Yémen relatif à la description des villes 
ne renferme rien de saillant et qui ne soit déjà connu. Après avoir rappelé 
les légendes locales sur le château de Ghoumdân et «le puits abandonné», 
légendes que les compilateurs arabes ont répétées à satiété, Fauteur constate 
que nulle trace des monuments antiques (adites, comme il les appelle) ne 
se retrouve à Sanaa ou ailleurs. Notons toutefois un renseignement curieux. 
Les habitants de cette ville sont unanimes à dire que les pierres d'assise 
de leur marché au fourrage proviennent du fameux palais de Ghoumdân. 
C'est là une indication qui, sans être prise à la lettre, mérite cependant d'être 

1. Cf. Botta, Rdatwn, p. 14. 

2. Dans un autre passage, Ahmed Râchid nous apprend que la seule 
monnaie ayant cours au Yémen est le risdale à l'aigle ou thaler royal 
d'Autriche. 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 113 

donnent rendez-vous pour y mâcher le qât de compagnie. 
Ils y font apporter par leurs valets le narguilé, le tombak, 
la provision de qât, d'eau ou de sorbets qui leur sont né- 
cessaires et ils passent là, entre amis, plusieurs heures 
chaque jour. Dans les mebrez publics Çoumoumi), espèces 
de cafés ouverts à tout-venant, on trouve des narguilés, de 
Teau et des sorbets, mais chacun doit apporter sa ration 
personnelle du précieux bourgeon. Pareils centres de ré- 
union se trouvent à Beït-el-Faqîh, à Zebîd, et jusque dans 
les bourgs et villages. 

C'est surtout du Djebel Reïma qu'on tire ce végétal si 
reclierché. Chaque jour, à la première heure, les chameaux 
chargés de la provision quotidienne arrivent à Hodeïda. La 
caravane n'entre pas en ville; la cargaison est déballée, 
exposée et vendue en un clin d'œil, sous les murs de la 
ville. Pour préserver la plante du soleil et de la poussière, on 
l'attache par bottes recouvertes de feuilles et d'herbe fraîche 
et enveloppées d'une couche extérieure de feuilles de ba- 
nanier. Les paquets sont liés avec soin afin de ne pas se 
froisser; chaque chameau en porte plusieurs cents. Le prix 
varie de 60 paras à 6 piastres (de 33 centimes à 1 fr. 35), 
selon .la grosseur de la botte. 

Dès que la provision est apportée au bazar, la foule s'y 
précipite comme les habitants d'une ville assiégée se ruent 
aux boutiques des boulangers. Tout est enlevé en un in- 
stant. La privation de qât est considérée comme une cala- 
mité publique, ainsi que je lai constaté à Hodeïda, lorsque 
les mouvements de notre corps d'armée retardaient les arri- 
vages quotidiens. La consommation du végétal en question 

8 



NOTICE SUR U ARABIE MÉRIDIONALE. 115 

Les tribus établies dans les montagnes de FAçîr et du 
Yémen sont d'humeur belliqueuse et presque toujours en 
guerre les unes contre les autres, ce qui rend le gouverne- 
ment du pays particulièrement difficile. Ces habitudes guer- 
rières sont aussi celles du Tihama. On cite environ quinze 
tribus qui se trouvent en état d'hostilité permanente; parmi 
celles qui se distinguent par leur caractère indomptable et 
perfide, il faut mettre au premier rang les tribus qui habitent 
les territoires nommés Dou Hoçeïn, Dou Mohammed, Ar- 
hab, Hâchid, Khawlân, Nehm, Yâm, les Béni Merwân et 
El-Hâdja^ 

Tous ces Arabes y compris les enfants sont armés de 
l'arme nationale, le poignard dit djanhya^. Ils ont aussi une 
sorte de lance courte ou javelot, terminée par une pointe 
acérée et que, dans le Tihama, on tient à la main comme 
un bâton. Les armes, les mousquets à mèche, dont ils font 
usage encore à présent, et la poudre se fabriquent dans le 
pays. On y coule aussi des balles grossières qui consistent 
en une feuille de plomb fondu autour d'une pierre. Les 
balles ordinaires leur viennent de l'étranger et coûtent fort 
cher. Aussi lorsqu'un Yéménite en possède une cinquan- 
taine a-t-il la réputation d'un Karoun (d'un Crésus). 

Dans les villes et les bourgades importantes, le costume 
des hommes, surtout des ouléma et des gens riches, se com- 



1. i^\L\^ o^Ar* <^ f^. f-^ a^^ «^^ ^-r^j^ ^>^^i> ^^^^;..^y>. 

2. jLy^JA. littéralement «Tarme du côté» parce qu'elle se porte à la 
ceinture. Il en est fait déjà mention dans Ibn Batouta, t. I, p. 353. Pour 
la description, voir Niebuhr, p. 56; Buckingham, t. II, p. 195. — M. Defré- 
mery a rapproché du mot ar^be le français jamhette qui désigne un couteau 
de poche; mais cette étymologie est incertaine. Voir aussi Dozy, Glossaire 

des mots dérivés de Carabe, p. 190. 

8* 



NOTICE SUR U ARABIE MÉRIDIONALE. 117 

un dicton populaire, on change de femme chaque jour. Chez 
les tribus nomades, les filles sont mariées avant même d'être 
nubiles et de grandes réjouissances accompagnent la céré- 
monie nuptiale. 

Toutes ces peuplades, aussi bien celles du Tihama que 
celles des montagnes sont très laborieuses. Les femmes 
travaillent aux champs comme les hommes et, dès Fâge 
de cinq ans, les enfants gardent les troupeaux. 

L'instruction n'est nullement négligée dans l'Arabie mé- 
ridionale et l'on trouve une école même dans les villages. 
On y enseigne le Koran et l'écriture arabe avec des carac- 
tères dont la forme diffère un peu des nôtres \ Beaucoup 
de paysans savent lire et écrire, mais tous ignorent le 
calcul et se servent^ pour faire leurs comptes, de signes 
conventionnels dans le genre de la taille des boulangers 
(tcKètèU). 

Une coutume qui mérite d'être signalée c'est la circon- 
cision telle qu'elle se pratique dans les tribus de l'Açîr. 
Elle consiste en une incision d'une nature telle ^ que les 
enfants ne pourraient la supporter; aussi cette obligation 
religieuse n'est-elle exigible qu'à partir de quinze ans. Il 



1. Botta, Und^ p. 66, explique très bien en quoi consistent ces différences 
graphiques. «Jamais, dit-il, ils ne marquent les points diacritiques; ils lient 
ensemble des lettres qui devraient être sépai-ées et groupent le tout en- 
semble ou le raccourcissent par des abréviations qui font ressembler en 
quelque sorte les mots à ceux de l'écriture cursive des Chinois. » La planche 
XIV de l'ouvrage de Niebuhr donne un fac-similé assez exact de cette écri- 
ture dont Taspect général l'appelle le divani des Ottomans; sa plus grande 
difficulté consiste en l'absence des points qui distinguent entre elles plu- 
sieurs lettres de l'alphabet arabe. 

2. La traduction ne peut reproduire les détails par trop techniques du 
texte turc. 



BARHIKH DE MEYNARD. 



S rare même que les jeunes gens meurent des suites 

•. (laiifïcreuse opération et que d'autres quittent le 

Ijilutnt que rie s'y exposer. La cérémonie a lieu en 

ikvaiit un g^rand concours de parents et d'amis. Les 

I vtes rouelles par terre subissent tour à tour la cruelle 

!■ (le la main du Itarljier diinirgieii qui jette, après 

■ montre aux assistants, le lambeau de chair qu'il 

(l'aiTacIier. Non seulement la douleur n'arrache pas 

; aux patients, mais ils ont encore assez d'énergie 

■liauter des vers en l'honneur de la tribu et des an- 

. D'ailleurs presque tous sont fiancés : leurs promises 

;i qui les observent; le moindre gémissement serait 

lli'rc ((unme un acte de lâcheté et entraînerait la rup- 

llii nianaf!;e jn'ojeté. Aussi tous les patients font-ils 

contenance tant qu'ils sont en public; mais dés qu'on 

■;nncnés au liigls, la nature reprend ses droits et on 

(d de tout cûté que des cris lamentables pendant deux 



NOTICE SUR U ARABIE MÉRIDIONALE. 119 

ceux qui sont domiciliés entre Abou Arich et La Mecque, 
aussi bien sur le littoral que dans les montagnes, sont or- 
thodoxes et du. rite chaféite. — Dans le Djebel Harâz, 
près de Sanaa, il y a aussi quelques Cliaféites, mais la 
majorité appartient à la secte des Ismaéliens. Presque toute 
la grande tribu de Hamdân professe aussi les doctrines de 
cette secte; on y trouve cependant un certain nombre de 
Zeïdites. 

Au Yémea, dans la province de Hodeïda, le rite cha- 
féite règne sans conteste sur toutes les localités dont les 
noms suivent : Djebel Reïma, Djebel Ber , Djebel Haffâch, 
Djebel Milhân, Djebel des deux Wassab le supérieur et 
l'inférieur, 'Outoma, Taaz, Hedjryè, Oudeïn, Ab, Djabola, 
Çahbân, Makhâdir, Béni Awad et Hobeïch. — L'hérésie 
des Zeïdites s'étend sur les localités suivantes : Yarîm, Dhi- 
mâr, Rida', Ânes, Amrân, Sa'da, Bart et Sanaa, ville et 
banlieue. — Dans le district de Yam , entre le Yémen et 
l'Açîr, on ne trouve que des Ismaéliens, et l'on peut affirmer 
que ce pays est le foyer de cette doctrine schismatique. On 
trouve encore quelques Wahabites, au moins de nom, dans 
la tribu de Mohammed ben Ayiz, qui habite l'Açîr. ALahdj 
et Aden, les deux tiers de la population sont du rite hané- 
fite et l'autre tiers du rite chaféite. En résumé, les doctrines 



le 8ud de la Péninsule. Cette secte dont les dogmes participent du Schiisme 
et de la doctrine ismaëlienne a été introduite dans le Yémen vers Tan 284 
de l'hégire (897 de J.-C), par Timam Yahya fils de ITuçeYn, huitième des- 
cendant d'Ali, qui réussit à soustraire ce pays à la domination des Khalifes 
Abbassides. Sur les dogmes zeïdites, on peut consulter le traité des reli- 
gions de Chahristani, texte arabe, 1. 1", p. 115; Sacy, dans les Notices et ex- 
trait», t. IV, p. 438 et suiv.; les Prolégomhnes d'Ibn KhaUloun, traduction 
de M. de Slane, t. I, p. 402 à 407, et Niebuhr, Description, p. 16. 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 121 

Les dépenses principales c'est-à-dire l'entretien des fonc- 
tionnaires de la Porte, de l'armée d'occupation, plus un corps 
de gendarmerie, s'élèvent à quatre-vingt-cinq mille bourses 
(soit 9,350,000 fr.); ce qui établit un écart annuel de trente- 
cinq mille bourses (3,850,000 fr.) entre les recettes et les 
dépenses. 

En présence d'un déficit aussi considérable, le premier 
devoir du gouvernement ottoman est d'aviser aux moyens 
de le combler et d'accroître la prospérité matérielle du pays, 
afin d'arriver progressivement à un excédent des recettes 
sur les dépenses. Voici les mesures qui nous paraissent le 
plus urgentes. 

Régulariser les opérations de recensement et de cadastre 
qui, jusqu'à présent, ne se font dans le Yémen qu'à des 
époques indéterminées et avec une grande négligence. 

En second lieu, prodiguer les encouragements et les 
subsides aux travaux agricoles. P^'avoriser spécialement la 
culture du café, du mûrier, de l'arbre à gomme et du co- 
tonnier. La fécondité naturelle du sol se prête admirable- 
ment à ces perfectionnements, et l'Etat sera bientôt dédom- 
magé des sacrifices momentanés qu'il devra s'imposer pour 
atteindre ce résultat. 

Les salines de Djezân û^^pr sont d'une richesse inépui- 
sable et telle qu'on ne trouve rien qui puisse leur être com- 
paré en aucun lieu du monde. Exploitées régulièrement, 
elles donneront donc un rendement magnifique. 

On a vu plus haut que le Tihama est sillonné par des 
cours d'eau qui pourraient y répandre partout la fécondité. 
En y établissant un réseau de canaux et de barrages, il 



122 



BARBIKR DK MEY'NARIi. 



sera facile ile maintenir à la surface du sol ceux de cet 
cours d'eau qni se perdent maintenant sous le sable. OvM 
déeuplerait ainsi les ressources naturelles du pays et on 1 
le rendrait aussi productif que l'Égj'pte. 

Il serait non moins urgent et utile de procurer à la poM 
pulation agricole les instruments de travail. Jusqu'à c# 
jour, le fer employé à la fabrication des outils de labour! 
est tiré de IVHranger. On trouve cependant daTis le district 
de Taaz des mines de fer et de houille dont l'exploitatioa 
ne présente aucune difficulté et dont le rendement dépas-l 
serait certainement les besoins du pays. 

Il y aurait aussi h ouvrir au commerce les voies de oom-J 
munication qui lui manquent, en créant des routes entr 
le littoral et l'intérieur du pays. La cftte du Yémen est,! 
comme on le sait, d'un accès dangci-eux pour les bâtimentaï 
de haut bord et même pour ceux qui font le service deal 
Messageries. Le point le plus accessible dans ces paragea,! 
Hodeïda avec ses trois havres naturels, présente encore d& 
grandes difticultés à l'enh'ée comme à la sortie des navires. . 
Il y aurait Iteu de cimimencer dès à présent les études né- 
cessaires pour déterminer dans lequel de ces trois havres 
on entreprendrait des travaux de nature à le convertir enJ 
\m port vaste, bien abrité et d'un accès toujours facile pou; 
le commerce étranger. 

Enfin la sécurité du pays, le dévclop])cment de ses ri- 
chesses naturelles et industrielles, la soumission complétai 
des tribus qui l'habitent, tous ces avantages et d'antrei 
encore dépendent du talent, de l'énergie et de l'honnêtel 
des gouverneurs à qui la Porte eu confiera l'adimuistration. j 



NOTICE SUR L'ARABIE MÉRIDIONALE. 123 

Si elle continue, comme par le passé, à laisser les destinées 
des ces belles contrées aux mains d'agents incapables et 
peu scrupuleux, non seulement il faudra renoncer à y réa- 
liser la moindre amélioration, mais l'œuvre de pacification 
obtenue au prix de sacrifices si onéreux, sera elle-même 
sérieusement compromise. Car il ne faut par perdre de vue 
qu'il n'y a pas de peuple plus facile que les Arabes à main- 
tenir dans le devoir, s'ils sont bien gouvernés, ni plus prompt 
à se soulever contre l'arbitraire et l'oppression. Baghdad, 
le Hédjaz et la Syrie sont là pour prouver combien cette 
assertion est fondée et quelle influence la nature du gou- 
vernement a toujours exercée sur les destinées de la race 
arabe. 




UINCENDIE DE SINGAPOUR 



EN 1828 



POÈME MALAIS DE ABDULLAH BEN ABD-EL-KADER 



TRADUIT PAB 



L'ABBÉ P. FAVRE 

PROFESSEUR DE MALAIS ET DE JAVANAIS. 




L'INCENDIE DE SINGAPOUR 

EN 1828. 
POÈME MALAIS 

DB 

ABDQLLAH BEN ABD-EL-KADER. 



Legproâactions de la littérature malaise sont encore peu 
connues eu Europe, malgré les savants travaux et les tra- 
ductions publiés principalement en Hollande et à Batavia. 
En Angleterre, Leyden et Marsdeu noua ont donné, le 
premier une traduction incomplète et défectueuse du iji^ 
w y^Sejaratmalayu, le second une traduction des Mémoires 
<I une famille malaise. Eu France, noua devons à M. Aristide 
Marre, outre des fragmenta importants du Sejarat maîayu, 
la traduction de --là ^ ^ Ij <■ K^ Hikayat raja^-raja pasey, et 
du - r\j jSw C)jC Makoia segaîa raja-raja, ouvrages malais 
dont la composition remonte à plusieurs siècles. 

Parmi les auteurs malais de notre temps, le plus remar- 
quable sans contredit, est le professeur Abdullali de Ma- 
lacca. Il a écrit sous le titre de OHj-c Cjjl\À Pe-layar-an 



AlîBE FAVB 



W/iMali, le récit de aoii voyage de Singapour à Kalantan 
I a L'té traduit par M. Pï. Dulaurier; et sous le titre de 

\j,^ -j <J)la^ ij S^ Tlikayat abdidlah hen abdelkader, des 

ioiresautoljiograpliiqucsruiieux, (juioiit été traduits en 
liais, eu 1874, par M. J. T. Thompson. II convient de 

i obsei-ver tout d'al)ord que le volume de M. Thompson 
fcoiitient pas intégralement l'autobiographie d'Abdullah, 
Iradueteur s'est contenté de mettre sous nos yeux les 

.agt'.s (ini lui ont jiaru particulièrement dignes d'atten- 

I, et lU- résumer les antres pour lesquels il renvoie le 

cur à différentes publications. 
Ruoi qu'il en soit, le livre de M. Thompson nous offre 

' reiirésentation vivante et vigoureuse des idées et des 
[liions d'un écrivain malais sur les événements qu'il ra- 
|t(' et dont il acte le témoÎTi. C'est sous ce rapport surtout 
ivrage de M. Tlionipson présente un grand intérêt. 

uma ainioiLs à csipércr que ce même genre d'intérêt s" atta- 







^ . i .I—ji il ^ ^ » *1J^ J ijj ji-l jSJjU 

i>^y iJV- <J^. é.-'V' * Ù-^='iA' ^. T <^j^' ^^' 

1^^.^ é-ji- ^-^a -^^5* « do^ùii^y3os*^*i-^^ 



L'INCENDIE DE SINGAPOUR. 



133 



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L'INCENDIE DE SINGAPOUR. 135 









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ABBE FAVBE. 
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L'INCENDIE DE SINGAPOUR. ' 137 

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L'INCENDIE DE SINGAPOUR 139 












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L'INCENDIE DE SINGAPOUR. 141 






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L'INCENDIE DE SINGAPOUR. 143 






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• — L* aUjL-a Oij ^.i.lC ^ f-'^'^ ^'"^ <-^^^* <3^ û^ 













SINGAPURA TER-BAKAR 

INCENDIE DE LA VILLE DE SINGAPOUR. 



ÉcoTitez, Messieurs, ce récit, 

Raconté par un humble fakir; 

Les vera en sont défectueux et laissent beaucoup à désirer, 

Car lenr auteur n'est pas un poète accompli. 

Toutefois, écontez avec plaisir, 

Ce poème composé par un enfant de Malaeca; 

n désire, autant que possible, vous divertir, 

S'il n'y réussit pas, veuillez ne pas vous eu fâcher. 

C'est, dis-je, la composition d'un fakir du Dieu très-haut, 

Personne pauvre du nom d'Abdullah, 

Qui espère que Dieu voudra bien lui pardonner 

Les erreurs qui pourraient s'y trouver. 

Excusez donc aussi, vous Messieurs qui écoutez, 

Les défauts que vous y trouverez, 

Ce récit serait long, aussi je l'abrège, 

Afin qu'il vous soit plus agréable de l'enteudre. 



UINCENDIE DE SINGAPOUR. 147 

Ceux qui auront entendu la lecture de mon poème, 
Sauront, comme s'ils l'avaient vu de leurs propres yeux, 
Tout ce qui s'est passé dans la ville. 
Car ils pourront accepter ce récit avec toute confiance. 

Je commence en parlant du nouvel an chinois; 
Un grand mouvement se faisait dans toute la ville. 
Partout on ornait magnifiquement les maisons, 
Chacun faisant de son mieux et selon ses moyens. 

Dans toutes les maisons se dressaient des tables. 
Sur lesquelles étaient entremêlés gâteaux et confitures; 
On échangeait les lettres selon l'ancien usage. 
Et de tous côtés on immolait poules et canards. 

On brûlait quantité de petits papiers ^ 
On faisait partir d'innombrables pétards 
Dont le bruit s'entendait de toutes parts, 
Tout se faisait en profusion et on n'épargnait pas la dé- 
pense. 

Chacun s'amusait et était rempli de joie. 

De tous côtés on entendait le bruit des instruments de 

musique ; 
Ceux-là seulement se taisaient et boudaient. 
Qui n'avaient pas d'argent dans la bourse. 



1. Brûler des petits papiers, usage superstitieux des Chinois : ces petits 
papiers se roulent d'une certaine façon, on en fait des tas par les rues et 
on y met le feu. 

10* 



Et Ton obtint du gouverneur rautoris 
De jouer pendant quinze jours. 

La joie des Chinois était indicible, 
Leurs visages respiraient le bonheur; 
Les uns se pavanaient en se promenai 
Tandis que d'autres allaient s'amuser 

On en voyait qui étaient ivres le long 
D'autres cherchaient querelle à leurs c 
Pendant que leurs effets se trouvaient t 
Enfin il y en avait qui se promenaient t 

Partout on voyait des jeux de hasard, 
On se pressait en foule compacte autour 
Ceux qui avaient gagné s'enfuyaient pr 
Tandis que ceux qui avaient perdu se U 

Je ne prolongerai pas davantage ces dé 
De peur, Messieurs, de vous ennuyer; 
Car chaque nation et chaque famille, 

tions, 
S'en donnait librement à cœur joie. 



LINCENDIE DE SINGAPOUR. 149 

On était arrivé au huitième jour du mois, 

Par un temps beau et parfaitement clair ; 

On se livrait à toutes sortes de jeux, 

Et les instruments de musique résonnaient de toutes parts. 

Deux troupes jouaient le sznga\ 
Où chacun faisait parade de son habileté; 
Il y en avait aussi qui jouaient au jeu nommé kun tau^, 
Et qui ensuite se prenaient de querelle et se boxaient sérieu- 
sement. 

Une troupe de tan H wei^, 

Dont le nombre était incalculable, 

Venait de tous les points de la forêt*, 

Portant des armes avec lesquelles ils jouaient en dansant 

Une autre troupe était composée de kwan tek hya hue^^ 
Ceux-ci ne paraissaient pas aussi nombreux ; 
Mais des gens de Malacca les renforçaient, 
Et mêlés avec eux, ils les commandaient. 

Les deux troupes se rencontrèrent aux quatre chemins, 
Également braves et habiles à manier les armes : 



1. Smga, signifie lion. 

2. Kun tau, selon Klinkert, ce serait un jeu de boxe. 

3. Pour tien tihoey, nom d'une société secrète; eu chinois ces mots signi- 
fient : la société du ciel et de la terre. 

4. Forêt signifie ici Tintérieur du pays. 

5. Kwan tek hya hue, nom d'une autre société secrète. 



L'INCENDIE DE SINGAPOUR. 151 

Cet acte religieux se nomme ti kong sé^; 
On voyait partout des vivres soigneusement préparés, 
Et des tables sur lesquelles des nappes étaient placées; 
Et dans des tassés on versait le tlié. 

On était arrivé au quatorzième jour du mois chinois; 
Par un temps parfaitement clair et serein; 
On se livrait partout à toutes sortes de jeux, 
Tout à coup un désastre se ti'ouve avoir lieu. 

Des cris lamentables se font entendre et arrivent jusqu'à 

moi, 
En ce moment Singapour était dévoré par le feu; 
L'incendie commencé dans la boutique d'un forgeron. 
Avait déjà réduit en cendres sa maison. 

Pendant que les gens festoyaient et buvaient chez eux. 
Les uns chantaient et jouaient du tambourin. 
D'autre, parfumaient leurs habits 
Avec des parfums et des fleurs. 

Les enfants s'amusaient à jouer avec des chevaux de papier, 

Tout à coup on entendit des gens crier au feu; 

Le forgeron sorti de sa maison et terrifié 

Se trouvait avoir bras et jambes comme paralysés. 

Les flammes s'élevaient au milieu de noirs tourbillons. 
Les sensations de l'âme étaient comme suspendues, 

1. Ti kong se, semble être une offrande faite à la terre. 



L'IXCENDIE DE SINGAPOUR. 163 

Le feu, avec un bruit ressemblant à celui de la tempête, 
Arrivait jusqu'à côté du marché. 
Alors tous grands et petits se mirent à courir, 
Poussant des cris comme des insensés. 

Tous ces gens couraient pêle-mêle. 
Quelques-uns cherchaient à gagner les chaloupes. 
Mais à peine arrivés à mi-chemin. 
Le pied leur manquait et ils tombaient à plat ventre. 

Baba Ho Sing se releva en pleurant. 

Et disant : cMes marchandises sont perdues, 

«Comment pourrai-je payer les Anglais, 

«Et mes dettes envers les Bouguis?» 

% 

Les rues étaient encombrées 

Des marchandises qu'on y avait entassées. 

Toutes sortes d'indiennes et d'étoflFes 

Se trouvaient parsemées le long du chemin. 

Les soldats arrivèrent en très grand nombre. 
Avec des canons et des fusils. 
Frappant et poussant tous ceux qu'ils rencontraient, 
Sans faire attention aux gens qu'ils bousculaient. 

Ils cernèrent les rues à droite et à gauche. 
Dans la crainte que les voleurs n'entrassent; 
Les marchands alors vinrent en courant, 
Montrant l'état d'épouvante dans lequel ils étaient. 




Is frappaient indistinctement sans conna 
Aussi chacun se sauva courant k tontes j 

Il y avait là un nombre iuor()yaljle de vo 
Qui venaient sons prétexte de porter seco 
Bs disaient : •Emportez vite ces effets, 
«Si l'on tarde ils seront perdu8.> 



Les assistants pensaient qu'ils disaient ^ti 
C'est pourquoi bon nombre de gens turent 
Pour moi, je connaissais leur ruse, 
Mais la peur m'empêchait de découvrir le 

Ils étaient nombreux les gens venus sous < 

rence, 
Et en réalité c'étaient d'affreux pillards; 
On les frappait jusqu'à les renverser, 
Et on s'emparait des objets qu'ils avaient 

Quelques-uns de ces effetu étaient empon( 
D'autres étaient jetés dans les puits; 
Il y avait des voleurs qui brisaient les cais 
Et d'autres furent chargés de coups et laist 



L'INCENDIE DE SINGAPOUR. 165 

Personne n'osait s'en approcher, 

Tant on redoutait d'être atteint par le feu. 

Des caisses d'opium avaient été jetées, 

Il y en avait que l'on brisait au milieu de la rue : 

D'autres furent emportées dans la forêt, 

Et d'autres enlevées par des gens qui se poursuivaient. 

La poudre à canon faisait explosion, on aurait dit le tonnerre, 
Les pierres et les tuiles volaient comme du sable : 
Personne n'osait approcher. 

Les gens se tenaient à l'écart et plongés dans leurs réfle- 
xions. 

Le bruit de l'incendie était tel que l'on aurait dit que le ciel 

allait s'écrouler. 
Les gens étaient épouvantés et beaucoup tombaient; 
Il y en avait qui fuyaient et d'autres qui étaient comme 

paralysés. 
Et sans se connaître on se bousculait. 

Beaucoup se tenaient à l'écart et pleuraient, 

En voyant leurs biens perdus : 

Marchandises et étoffes de toutes sortes. 

Toiles teintes, tissus croisés, étoffes écartâtes et Bouguis. 

Alors arrivèrent de nouveaux soldats avec des canons de 

cuivre, 
Les officiers ordonnèrent de tirer. 



On braqua les canons sur une maisoi 

du rotin, 
Et il se fit une fumée si épaisse ( 

rien, 
Et un bruit tellement formidable, 
Qu'on l'entendit jusqu'en pleine mer. 

On approcha des canons d'un plus foi 
Us furent braqués et déchargés du cô 
On voulait abattre une maison incendi 
Loin de l'abattre on ne fit qu'augment 

Tout le rotin ayant été enlevé, 
Les gens s'étaient enfuis en sautant; 
Quelques-uns s'étaient sauvés en criani 
De sorte que le bruit et le vacarme éta 

Hy eut certainement des gens qui s'emp 
Le faisaiçut-ils avec une intention coup 
C'est ce que je ne pourrais pas dire, 
Car je n'étais pas présent à ce moment 



La violence du feu augmentait foinnn 



vc 



LINCENDIE DE SINGAPOUR. 159 

En arrivant, il se précipita 

Pour aider à manœuvrer la pompe. 

Monsieur Armstrong arriva n'ayant que son pantalon, 
De toutes ses forces il jetait de l'eau sur le feu, 
n craignait pour sa maison qui était proche, 
Mais, malgré son aide, l'incendie gagnait toujours. 

Le feu arriva aux maisons des Indiens, 
On puisait de l'eau, on en jetait tout autour. 
Les Indiens qui se trouvaient là furent bousculés, 
n y en eut qui tombèrent et d'autres qui roulèrent. 

n se fit alors un grand tumulte dans la ville, 

Un grand nombre d'eflfets furent emportés par les voleurs; 

Les gens se sauvaient sans savoir où ils allaient, 

On aurait dit un peuple d'insensés. 

Les officiers couraient à cheval. 
Ordonnant aux cipayes de veiller. 
Car beaucoup de gens qui ne travaillaient pas. 
Etaient des pillards qui emportaient tout ce qu'ils pou- 
vaient. 

Les cipayes attrapèrent des voleurs par dizaines, 

Mais comme ils cherchaient à en prendre d'autres, ceux 

qu'ils avaient pris se sauvaient; 
Les poursuivant ainsi de côté et d'autre, 
Ils les voyaient et les effrayaient seulement. 



Mais elles étaient mauvaises et 8e roi 

Les Anglaia apportèrent encore des c( 
Ils ordonnèrent de les attacher à une lu 

encore incendiée, 
Puis se saisirent d'Iionimes qu'ils obtig 
La maison ne fut pas renversée, les pilit 

ébranlés. 

C'était un singulier spectacle, 
Beaucoup de personnes furent maltrait» 
Car les gens de toutes castes, 
Sans examen étaient arrêtés. 

Quant aux marchandises, toiles, draps.l 
Tout fut perdu et réduit eu cendre 
Combieu de centaines de mille? 
Je ne saurais en faire le compte. 

Les richesses qui furent perdues sont I 

Une partie avait été enlevée par les pu 

i.On ne pouiTait évaluer avec précision | 

lar peu d'objets furent sauvés et beaui 



L1SCEXME r*£ :i4Xit; Ai\< K. lli;i 

kns «effets ^melles avmietti nùs^ en pt^^ets^ 
fJki st wmwM tm ce fies et {ulemnietti. 



D T es aTuI qsi appdbiemi à gmnk cris lew^ iMiâuils. 
D'aam» pienaiefti em se ni}^]suit leur ttère: 
V^^ws^VMs proatH^^aient des imprêealiotts c\mtre lenï^ 



Le MMfable! > dksuent-elless. < est miHittille. lui. clieJL 



!> 



Cen qm ks eutendjJent se mettueul à rire. 

Mik ils k £ùsaieDt tool bas^ 

De peu- qa'oD s*en aperçût 

Us feignaient même d^être irrités. 



Un grand nombre d>ffets se trouvaieiil êjiarpiUès. 
Les bonebes ne cessaient de bavarder: 
Elt tons étaient dans on tel état 

Qa*Q n était pas sûr qa*ils eussent encon' leur juge- 
ment. 

Les uns disaient : < Nos biens ont été volés- > 
D'autres répondaient : < Eh bien, qu'ils soient penlus, 
c L'essentiel est que notre We soit sauve, 
c La perte des biens peut promptement se réparer. > 

Beaucoup de gens encore se lamentaient le long du chemiu. 
Parce qu'ils avaient été obligés d'abaudouner leui^s effets et 

leurs biens; 

11 



Ht sK-.»4^*i.x :3iKf 



I^ woÊÊÊÊ. mr M ^<?vt èr ims^ dfe& . a t ujiu gi ^m r m»î«^ 






^ Wk » OK^ "^ à: T^ ôf lass- iniirrs^ ^^'n. 



^.an^ "W TBfHfamffifTt VV*- ^f''^ ^WÎ>#i^^>^ jy-tttw Vun^iHK 



jâg&. -te Mwmrf >. Àfi^ lft»eï^ <^ À^ |4MeiMX 






PANTOIN. 

A soD nJeît de rinceudîe de SîiijriilHmr. AMulUh i^^mU^ 
on pantoon. 



ABBÉ FAVRE. 



!■ paiitmiii est um; sorte de poésie malaise que l'on poiu'- 

I appeler nationale. Le pantouii est composé de quati*e 

eii rimes croisées. D'après les grammairiens qui ont 

t sur la langue malaise, leS' deux premiers vers sont 

lioséfi être symboliques, et contiennent une ou deux 

;es détachées, tandis que les deux autres qui renfer- 

t un sens moral ou sentimental, sont supposés devoir 

[ir d'applieatîon à la partie symbolique. 

fuiitefoin, Abdullali dans la relation de son voyage de 

piponr il Kalantan {édition de Leyde, 18.55, p. 119), 

lie du pjintuun une autre définition : d'après lui, les 

premiers vers n'ont pas de sens (au moins de sens 

lit rapport aux autres vers), et ne servent qu'à poser la 

[ et la mesure, et les deux autres vers seulement ont un 

. Nous donnons le texte de eelni-ci en caractères latins, 

i[Ue le lecteur qui ne connaîtrait pas U'.s caractères 

les, puisse en juger ainsi que des rimes, 



I;1N(ÎEND1E DE SINGAPOUR. 165 

Hendak pulang jttga lagi ka-Malaka, 
Ber-temu dengan sohabat handey. 

gayang katupat di-atas haley, 

Rama-rama di Padang temtt : 

Hendak ber-temu dengan sohabat handey, 
Sebab lama-lah sudah tidak ber-temu. 

Rama-rama di Padang temu, 
Telôr balam daiam gragau : 

Lama-lah sahaya tidak ber-temu, 

Tidor malam ter-igau-igau. 



TRADUCTION. 

Haute est la montagne Indragiri, 

C'est le lieu où Ton joue le raga*; 
Heureux d'avoir conservé ma vie, 
Je veux encore retourner à Malacca. 

C'est le lieu où l'on joue le raga, 

Le riz est préparé dans la salle; 
Je veux encore retourner à Malacca, 
Pour revoir mes amis et camarades. 

Le riz est préparé dans la salle, 
Les papillons sont à Padang Temu ; 

1. Raga, signifie : ouvrage en osier; buah raga, boule d'osier servant à 
jouer; ber-mam raga, jouer avec une boule en osier qu'on lance avec le pied. 



INSCRIPTIONS 



D'UN 



RELIQUAIRE ARMÉNIEN 



DE LA COLLECTION BASILEWSKI 



PUBLIÉES ET TEADUITER 



PAR 



A. CARRIERE. 




RELIQUAIRE ARMENIEN 



COLLECTION RASILEWSKL 



Le connétable Sempad non« raconte dans sa Chronique, 
àrannce652 de Ttre arménienne (1 203), rorainentrévêqnc 
de Sis Jean, promu à la dignité de catlmlicos, détruisit, pour 
se procurer de l'arfïent et fortifier sa résidence, une partie 
des vases sacrés qui composaient le trésor de Hromkla. 
La liste de ces objets' est intéressante et monti'e quelles 
richesses pouvaient alors se trouver entassées dans les 
églises arméniennes delaCilicie, grâceàlapiété des fidèles 
et à la munificence des souverains et des membres du haut 
clergé. Tout cela disparut au milieu de» mines et des dé- 
sastres qui accorapagnèreut la conquête musulmane. A peine 
en reste-t-il quelques rares épaves, et le trésor du couvent 
de Sis, aujourd'hui métropole d'une fraction de l'église ar- 

I. Becutil du kitloriem liet Crotaadet. — Documents arméniens, t. I, p. 840. 



170 



liiéiiieniic, ne possède plus qu'un bien petit uonibre iVobjets 
lemniitant îi l'époque des rois rliréfiens (le la Cilirie'. On 
eu trouverait pi-obahlenieut quelques auti'cs dans les collec- 
tions europ^eiiues tant publiques que privées, mais, à ma 
couiiaissam-e du moins, aucun arcbéologue n'a dirigé ses 
recherches de ce côté. 

liC monument qui va nous occuper mérite certainement 
d'être classé au premier rang parmi les débris de l'art chré- 
tien du moyen âge dans la Petite Arménie. Il semble Être 
unique, et je n'ai rien pu découvrir qu'il fiit possible d'en | 
rapprocher. 

C'est un reliquaire en forme de triptyque, composé d'un 
bloc rectaiigulaii-c en bois revêtu de lames d'argent doré, 
avec des figures et de nombreuses inscriptions exécutées 
au repoussé. Les dimensions eu sont relativement consi- 
dérables, puisqu'il a 0,635 m. de hauteur, 0,355 m. de lar- 
geur et 0,075 m. d'épaisseur; les voleta ouverts, il présente 
mi développement de 0,Gi>5 m. La reproduction photo- 
typique jointe au présent mémoire permettra de s'en faire 
une idée fort exacte, et suppléera aux lacunes d'une des- 
cription naturellement très abrégée. 

Dans l'état actuel du monument, les volets ouverts dé- 
rouvrent un fond encadré dans une arcatnrc ogivale et 
composé de deux autres volets de même dimension que les 
premiers; un verrou semble les tenir fermés (pi. I); cepen- 
dant il n'y a point de charnières et ces volets intérieurs ne 
s'ouvrent pas. Chacun des quatre volets porte trois person- 
nages, une figure eu pied encadrée de deux médaillons; 

I. Laoïflws. l'o^/ast dniu la Cilii^. Paris, 1861. p, 3a9 BV. 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 171 

outre les noms des personnages, des inscriptions courent en 
bordure autour des volets. 

En refermant les volets extérieurs, on voit que leur re- 
vêtement externe a été enlevé et est remplacé aujourd'hui 
par une simple feuille de papier doré. 

Les tranches latérales portent chacune neuf médaillons 
avec le nom des personnages figurés, le tout exécuté au 
repoussé comme le reste du monument. 

Enfin la face postérieure du reliquaire présente une lon- 
gue inscription de qimrante- trois lignes comprenant cent 
quatre vers de huit syllabes. 

Nous aurons donc à étudier successivement les inscrip- 
tions qui se trouvent : 

A. Au revers des deux volets extérieurs du triptyque; 

B. Sur les deux faux- volets intérieurs ; 

C. Sur les tranches latérales; 

D. Sur la face postérieure. 

Avant d'aborder cette étude, il ne sera peut-être pas 
inutile de dire en quelques mots comment j'ai été amené à 
l'entreprendre, et dans quelles conditions je l'ai achevée. 

J'eus l'occasion de voir pour la première fois le reli- 
quaire arménien de la collection Basilewski il y a environ 
trois ans. Il avait été apporté et déposé dans une salle de 
la Bibliothèque de l'Ecole des langues orientales pour y 
être examiné et expliqué par le regrettable M. Dulaurier. 
Malheureusement d'autres occupations plus pressantes, et 
les soins que nécessitait une santé déjà ébranlée, empê- 
chèrent le savant professeur de donner suite au projet qu'il 



INSCRIFriONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 173 

s'occupent d'études arméniennes. Questionné par moi au 
sujet du reliquaire, le savant religieux mit la plus grande 
obligeance à me communiquer tous les renseignements qu'il 
possédait sur un monument national dont il avait perdu la 
trace, mais qui l'intéressait à un haut degré. J'appris ainsi: 

1*" Que le reliquaire en question était encore conservé 
vers 1830 dans un couvent de Cordeliers (?) à Alexandrie 
en Piémont; 

2** Qu'il avait été étudié à cette date par le baron Adeo- 
dato Papasiants, interprète de la légation sarde à Constan- 
tinople; que celui-ci avait livré à l'impression le texte qu'un 
heureux hasard avait fait tomber entre mes mains, mais 
qu'il en avait supprimé si rigoureusement les exemplaires ' 
que le P. Alishan lui-même en possédait seulement une copie 
manuscrite ; 

3*" Enfin, que Papasiants avait fait graver au trait quel- 
ques-uns des détails du reliquaire, et avait remis lui-même 
des épreuves de ses planches au P. Alishan à Turin vers 
1850. 

Voilà tout ce que pouvait m'apprendre mon illustre cor- 
respondant ; il ignorait si Papasiants avait laissé une ex- 
plication manuscrite du reliquaire et de ses inscriptions. 

Pendant ce temps j'avais arrêté ma traduction, fait pho- 
tographier le monument, et je m'occupais de préparer l'im- 

1. Le baron Papasiants avait certainement en vue la publication d'un 
recueil de pièces et documents originaux relatifs à Thistoirc d'Arménie. 
Seize pages seulement ont été imprimées vers 1830. Elles contiennent, avec 
rinscription du reliquaire, le texte arménien du privilège accordé aux Génois 
par le roi Léon III en 1288. Depuis les premières communications du R. P. 
Alishan, quelques exemplaires de ce fragment ont été retrouvés à 8. Lazare, 
et Tun d'eux m'a été envoyé. 



iu 



A CARRIKUK, 



pression du présent travail, lorsque je reçus de M. de Basi- 
lewski iiii extrait des Méniuires de l'Académie royale des 
scîenees de Turin portant le titre suivant : Hi-liguiarw ar- 
iiieno già esistente net conventn lUi Bnsco pj-esso Âlcssinidrht 
in Piemontc. Brevi cenni rf^Vincenzo Promis. Torino, Er- 
manno Loescher, 1883, 4", 8 p. et 5 pi. L'origine de ce 
mémoire était expliquée de la manière la plus nette. Le sa- 
vant bîbliotliécaire de la Bibliotlièque royale de Turin, M. 
V. Promis, avait trouvé dans cette bibliothèque le manus- 
crit et les enivres de Pa|)a8iant8 et mettait au jour avec 
un empressement très justifiable, étant donnée l'impoi-tance 
du monument, la traduction des inscriptions dn reliquaire 
accompagnée de quelques notes sommaires et de cinq plan- 
ches. Du texte arménien il n'était nullement question, et 
l'éditeur semblait n'avoir pas en connaissance de la pre- 
mière publication de Papasiants. 

Quoi qu'il en soit, mon travail était terminé, et ceux qui 
liront le mémoire de M. Promis verront qu'il ne pouvait 
m'ctre d'aucun secours pour l'interprétation du monument. 
Mais il n'en était pas de même quant à son histoîi'e, sur la- 
quelle je n'avais encore obtenu que de maigres renseigne- 
ments. J'ai appris ainsi d'une manière positive, par M. Pro- 
mis, que le reliquaire était conservé en 1 828, époque où il fut 
étudié par le baron Papasiants, dans un couvent de Domi- 
nicains du village de liosco, près Alexandrie; de plus, que 
ce couvent avait été doté par le pape Pie V (156G — IT^ïa), 
son fondateur, d'une ricliebibliothèquc et d'un grand nombre 
d'objets précieux, panni lesquels selon toute vraisemblance 
notre triptyque. Si la conjecture est fondée, on peut sup- 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 175 

poser que le monument aura été rapporté d'Orient, comme 
butin de guerre, par quelqu'un des nombreux corsaires 
chrétiens qui dévastaient alors les côtes musulmanes, ou 
bien qu'il provenait de Chypre et aurait été envoyé à Rome 
pour le mettre à l'abri des Turcs qui sous Pie V firent la 
conquête de l'île. 

J'ai pu constater également, d'après les notes et les 
planches de Papasiants, que le reliquaire tel que je l'avais 
examiné n'était plus dans son état primitif. Pendant le temps 
qui s'est écoulé entre son séjour dans le couvent de Bosco 
et son entrée dans la collection Basilewski, il a été l'objet 
d'une restauration barbare qui en a modifié l'aspect et dont 
je dois dire maintenant quelques mots. 

La PI. I nous représente le triptyque ouvert, dans son 
état actuel, avec le revers des deux volets extérieurs et les 
deux faux -volets qui forment un fonds encadré dans l'ar- 
cature médiane. En 1828, l'apparence eût été tout autre: 
le fond était alors une plaque d'argent doré portant un cru- 
cifix * travaillé au repoussé ; aux pieds du Christ, une tête, 
qui doit être celle d'Adam; dans le champ resté libre, des 
inscriptions devenues illisibles, au dire de Papasiants, et 
la trace des chatons qui avaient servi à enchâsser des pierres 
précieuses*. Cette partie du reliquaire devait être la mohis 
bien conservée. Elle fut donc enlevée à un moment donné 
et remplacée par les lames de métal qui recouvraient la 

1. Avec r inscription Qt %mfmt^^sfili O^^p Ar[^A^]' Jésus de Nazareth, 
roi des Juifs (Jean, XIX, 19). 

2. Promis, l. c pi. V. Un fragment de cette plaque existe encore et sert 
à dissimuler une déchirure du métal dans les faux -volets. On y peut lire 
les trois caractères -z^*». 






INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 177 

U'^ t-~* VJ/ -p /™--t™ v^^ •"ih'-e'if', Voici Vagneau de 
Dieu qui 6te les péchés du monde (Parolee de S. Jean- Bap- 
tiste, Jean, I, 29'). 

fji t^t.gi 'jt ^t j , Salut, toi qui es comblée de grâces, le Sei- 
gneur est avec toi; tu es bénie entre les femmes'; l'esprit saint 
descendra sur toi (Paroles de Gabriel à la Vierge, Luc. I, 
29, 35). 

l^,.p fj»«H^ t «t» f.Ami^tjy, ^«.f*s ^», Ecoule, ma fiUe, 
etvois;prête l'oreille (Psaumes de David, XLIV, 11 [hé- 
breo XLV, 11]). 

Les trois personnages que présente le volet droit sont, en 
les prenant dans le même ordre: 1° \]^ \]«,i^u.%««, S. Etienne; 
2" yifff, \i^, la Mère de Dieu; 3° ^ip,«.r /»™^™t«^ ^•yv S^- 
ikoum*^ roi des Arméniens. 

Les inscriptions sont disposées comme sur le volet gauche 
correspondant. 

lîJ/i Voici je vois les deux ouveiHs et lefils de V homme se tenant 

à la droite de Dieu (Paroles de S. Etienne, Actes VII, 55). 

l\^l~«fi i««r »i»ifc^i at. t^g'' fi.i p.u. fuiui. ^«u^, Voici, je 



1. Les indications de chapitres et Tersets sont données d'nprès la Bible 
armânienne de Venise, 1606, 4° (édition de Zulirnb). 

2. Les mots -■•7i<u.i>^ t. >;-<. 'p f-iif;. manquent dans la version ar- 
ménienne, dans les versions coptes et dans quelques manuscrits grecs im- 
portants du Nouveau Testament. Il est assez curieiis de les trouver ici, 
La Bible arménienne de S. Pétcrebourg, 1817, les ajouie en marge du texte. 

3. Lire ••i.kïi'; le premier >• est omis, nou pas efFacé, dans l'inscription. 

4. Hétlioum II, fila et successeur de Léon III, qui monta sur le IrOne 
en 1289. Voir la note sur le vers 25 de l'inscription D, p. 203. 

5. Leçon de l'inacriptioû ; la forme correcte serait ^ïAsJi; au lien de ^7^^ 
fii-i, Papasiants avait lu ijts/A. et n'avait pas tenu compte du i. 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 179 

un texte appliqué à rAnnonciation ^, fait face au roi Hé- 
thoum qui adresse une prière à la Vierge. 

B. Volets intérieurs. 

Le volet de gauche porte les figures de : l"" ||;^ ti\i^mf,»u, 
S. Pierre; 2^ lyt «Iv/f^"/» f'^'^j'bebû' ^ ^- Ghrégoire V Illumina' 
teur; S"" ||/^ \}mm^mi,nu, s. Stratios^. 

Celui de droite présente celles de : np ^i\u0.^s., S. Paul; 
II^F |c)i^fj&#Mf, S. Thaddée; |)^ i| «./.f^^, S. Vardan^. 

La symétrie constatée à propos des volets extérieurs 
existe encore ici. Nous voyons placés en regard les deux 
grands apôtres du Christianisme (S. Pierre et S. Paul), 
les deux apôtres particuliers de l'Arménie (S. Thaddée et 
S. Grégoire Tllluminateur), et deux saints gueiTÎers armé- 
niens (S. Eustratios et S. Vardan). 

La bordure des deux volets contient une inscription en 
seize vers de douze syllabes, divisée en deux strophes acros- 
tiches de huit vers chacune*. La première strophe est écrite 
perpendiculairement, les lettres superposées deux par deux, 
sur le bord droit du volet gauche et le bord gauche du volet 
droit; la seconde forme l'encadrement des deux volets ré- 

1. Didron, Manuel (Tiamoffraphie chréUenne, p. 147. 

2. S. StratioB, plus généralement appelé S. Eustratios, \f^mmm.mi*nfimuj est 
un des saints militaires de TArménie. Cf. Aucher, Vies des saints (en armé- 
nien), t IX, p. 481 8V. Le bras d*un S. Stradins était vénéré dans l'Eglise 
des ApOtres à Constantinople. Cf. Exuviœ sacrce Constantinopoîitanœ, t. II, 
p. 212. 

3. 8. Vardan est le héros de la grande lutte que les Arméniens sou- 
tinrent contre les Perses au V* siècle pour défendre leur religion et leur 
indépendance, et dont les péripéties ont été racontées par l'historien Elisée. 

4. Les noms produits par les lettres initiales sont, pour la première 
strophe, Z,f'R-»-»r f^» , le roi IléUimm, et, pour la seconde, ll*»•»m^i^^/^^, Coim- 
taniîn, le donateur du reliquaire; cf. p. 196 [Communication du R. P. Alishan]. 

12* 



INSCRIPTIONS DTN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 181 

Q-%»/ ^mb-p-Mt-tP ^ c/^/*^""/* ^tr%uii^ -^J'VS anfi\p\uft.q^i» 

c 

11/' |cl^'''9-^''" fnMruÊÊ P*^^/(r utu»Ê$b |^^«»|rMr^^ t 
^y^mun^tt /fV^^f itfuagf h <^u»Uê^^uu9 uâtêtinJtii i^tun.uig x 

1. P. cf^f^-iT; il faut évidemment suppléer un < et lire ct.A^^"*-'^' 

2. Le |t a disparu par suite d*une déchirure du métal. 

3, P. mp, 

4. p. ^rb\''v^ T' 

ô. Les mots placés entre crochets, depuis -»i^iH|fifr-»£_ jusqu'à «r^jr, sont 
écrits de droite à gauche, les lettres retournées. Il en résulte des difficul- 
tés de lecture, augmentées peut-être encore par quelques fautes de Tartiste 
qui n'était point accoutumé à figurer les lettres à Tenvers. 

6. P. \-,^ph\. 

7. If M>^%Mt^, lecture douteuse à cause de ronchevétrement des lettres. 
P. jim^»m'i^^ qui peut se lire également, mais ne permet pas de donner à 
la phrase une construction grammaticale. 

8. m m/,mg tumm'^ Papasiauts avalt renoncé à déchiffrer et à traduire ces 
trois mots. 

9. La lecture des derniers mots du vers est rendue difficile par Tenche- 
vêtrement des lettres. Papasiants avait lu ff»ffL /'^^» '^v"9- Le texte 
que nous proposons : fi»f»L,» fijjfm (pour AAflr*) '^^irâj semble mieux ré- 
pondre aux caractères de Tinscription. Le sens du reste est le même. 

10. ^f/^, omis par P. 



INSCRIFnONS DTN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 183 

pour moi qui vous ai ici placés dans un repos honorable 
et glorieux, 
1 5 demandez au Christ la rémission de mes péchés, 

et pour tous les Arméniens la délivrance de leurs épreuves. 



C. Tranches latérales. 

Les deux tranches, à droite et à gauche du monument, 
portent chacune neuf médaillons où sont figurés, avec leurs 
noms, quatre saints du Nouveau Testament, deux person- 
nages de FAncienne Alliance, et trois évêques portant le 
pallium. Les deux côtés présentent la même disposition. 



1. 

2. 

3. 
4. 
5. 
6. 
7. 
8. 
9. 



Tbanch£ dk gauche. 

V^ {\'«i»p"''t s. Jacques. 

j^ {Y^t^j, S. Jude. 

]p fiK)#<.«/^<», S. Thomas. 

\^ \y,j),A\ S. Simon. 

1p \f^"Uf S. Esaïe. 

Iff Xnh'v* S. Elie. 

l/r *\^n%k»/'»»' f S. Denis. 

\t,»,ft,ji,i, le Théologien (= S. Grégoire de Nazianze), 

1^ {\u^bpkpu.%\ s. Bouche d'Or (= S. JeanChrysostome). 



1. x^jî,u% et cy;*^.A (fonne d'origine syriaque) correspondent tous deux 
au nom de Simon. Comme plusieurs personnages de ce nom figurent dans 
le Nouveau Testament, il est difficile de préciser ceux de qui il est ques- 
tion. La forme ^j:»i.»$ est employée dans la Bible arménienne pour dési- 
gner un des prophètes et docteurs de Téglise d'Antioche (Actes XIII, 1). 

2. Aucher, Vies des samU, t. I, p. 289. 

3. Ibid, t VIII, p. 366. 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 185 

en u,%, où l'auteur, après avoir donné la date de la fabri- 
cation du reliquaire (v. 1 — 4) et esquissé l'histoire de sa 
propre vie (v. 5 — 30), nous raconte la prise de Hromkla 
par les Musulmans et déplore ce fait désastreux pour le 
peuple arménien (v. 31 — 52). Il nous expose ensuite com- 
ment il a été amené par ce malheur national à faire exécuter 
un splendide reliquaire (53 — 72), qu'il consacre à l'Incar- 
nation du Sauveur et dépose dans une église du couvent de 
Skévra(73 — 92); ceux qui le verront sont invités en termes 
pressants À prier pour le roi Héthoum (v. 93 — 104). 

Tel est le contenu de cette inscription, qui nous fournira 
l'occasion de traiter dans une série de notes les diverses 
questions relatives à l'histoire du monument, mais sans en- 
trer dans de trop grands détails, et en nous bornant, vu le 
peu de place dont nous pouvons disposer, aux observations 
les plus indispensables. 




INSCRIPTIONS DTN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 187 



L'an sept cents de Tère arménienne, 

avec un complément de quarante années 

et de deux autres encore, 

ce qui parfait le nombre. 
5 Moi Constantin, humble pei^sonnage, 

qui suis un serviteur indigne du Seigneur, 

j'ai été élevé au Château romain [Hromkla], 

où était le grand siège arménien; 

c'est là que le chef vénérable 
10 siégeait sur le trône patriarcal ; 

père de tous les Arméniens, 

comme vicaire de Jésus ; 

il succédait à la famille de S. Grégoire, 

rniuminateur de l'Arménie, 
15 depuis laquelle se sont succédé jusqu'à nous 

les saints Catholicos 

qui furent mes protecteurs, 

ayant pris soin de moi avec une tendresse paternelle. 

C'est là aussi que, malgré mon indignité, 
20 me fut confié l'honneur 

de m'asseoir sur le siège épiscopal 

avec le bâton du pasteur. 

Puis, par une dispensation divine, 

quand le moment propice a été venu, 

3. <<*^^.»%, pour <»/*r..«.^«A, comme au v. 28 <«.^cp/itA pour ^-{*>u0M.fêfié.%, 

4. P. J:&%b^%. 



INSCRIFllONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 189 

25 SOUS le règne du bou Héthoum 

qui est savant et saint, 

j'ai été rais sur le siège éminent 

comme abbé du monastère de Skévra; 

j'ai été préposé à l'administration de cette grande maison 
30 et des biens qui lui appartiennent. 

Mais plût à Dieu qu'ici 

se terminât mon récit! 

Hélas! quel immense désastre 

pour tout notre peuple arménien! 
35 L'année qui a précédé la date [ci-dessus], 

Hromkla a été prise; 

les habitants qui jadis y résidaient 

ont été conduits en captivité; 

ses églises, qui s'élèvent jusqu'au ciel, 
40 ont été foulées aux pieds par les infidèles; 

les vases sacrés 

ont été touchés par des mains impures; 

et les saints livres inspirés de Dieu 

ont été ignominieusement dispersés; 
45 le saint patriarche et les siens 

en 1828 quand Papasiants étudia le reliquaire; mais au lieu de sa lecture : 
.«â/L't^ •*•«.<•»£ , qu'il déclare du reste douteuse et dont le sens est peu satis- 
faisant (anni prima delV êra!)^ je propose comme correction •••/^•- ./««.-tf^, 
qui permet une traduction conforme à la vérité historique, Hromkla ayant 
été prise un an avant la date du reliquaire. 

8. Le pluriel me semble être une faute amenée par la série de pluriels 
qui précède. L'auteur de Tinscription avait dû écrire le mot au sin^lier. 
J'essayerai plus loin de justifier cette manière de voir. 

9. P. L "/• '/ i">/t, qui n'offre aucun sens; la traduction n'est pas plus 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 191 

ont été emmenés prisonniers au pays des Arabes. 

Hélas! Hélas! cri poussé mille fois 

au sujet des malheurs qui ont fondu sur nous. 

Je pleure au souvenir de ces objets sacrés 
50 au milieu desquels s'est écoulée mon enfance; 

ne cessant de les contempler dans mon esprit, 

je reste plongé dans un deuil sombre. 

Mais, comme je demeurais à Skévra, 

un vif désir m'a porté 
55 à placer ces reliques dans un reliquaire, 

dans l'espoir d'en retirer un grand bien 

et pour alléger cette tristesse 

qui toujours déchire mon âme. 

C'est pouiquoi cette belle châsse, 
(30 destinée à garder de saintes reliques, 

je l'ai fait faire splendidement^ 

comme il convient aux objets sacrés, 

avec de l'argent éprouvé et fin 

mêlé d'or éclatant; 
65 parée d'ornements merveilleux 

par un travail remarquable; 

ornée de pierreries enchâssées 

comme le pectoral d' Aaron ; 

lieu de repos pour les ossements 

4. ^iÊ$%^^mtn , utautt^mêX âiiâtgiSSkttj Ti"*s* Ciakcîak. 

5. luiQitu/ituh signifie pi'Oprement lieu de réunion, église, chapelle; il ne peut 
vouloir dire ici autre chose que reliquaire, châsse, et a peut-être été employé 
ù cause de la forme du monument. 

G. L'ordre des vers 61, 62 et 63 est interverti dans le texte de Papasiants. 

7. iMêiêqutimL, pour tniâê^uiêuL 




INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 

des saints qui sont ici recueillis; 

comme nn monument rationnel 

en l'honneur de la victoire des saints. 

Les saintes reliques ici déposées, 

dont rien au monde n'égale la valeur, 

sont des remèdes qui guérissent les maux, 

et un puissant secours pour la race humaine; 

elles menacent les mauvais esprits 

et appellent nos anges gardiens. 

En elles aussi mettant mon espérance, 

ayant construit ce modeste sanctuaire, 

aux saints présent agréable, 

pour moi signe de bon souvenir, 

ainsi que pour les miens qui m'ont engendré, 

et pour tout le reste de ma race, 

je le donne et le consacre 

à la gloire de rincariiation du Sauveur, 

dans son temple saint, 

le Saint-Sauveur de Skévra. 

Que le Seigneur garde longtemps ce [monaatèrej 

dans une sécurité inébranlable, 

et qu'il recueille toute l'Arménie 

dans son sein paternel. 

Maintenant, je fais entendre un vœu, 



6. P. i?r*i™ï- 

7. P. i- k. 

8. F. pt— „^. 

9. P. lAif,. 

10. Il faut certainement lire ,/»V-r^- Cf. l'inscription des voleta inté- 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 195 

j'exprime une prière, 
95 je m'adresse à tous 

et leur expose mon instante requête : 

Vous qui voyez ce reliquaire 

et approchez des saints qui y ont été placés, 

que grâce à vos prières 
100 et à vos supplications, 

Héthoum, le noble souverain d'Arménie, 

soit couronné avec les saints dans le Paradis, 

et reçoive la juste récompense 

des bienfaits qu'il m'a accordés. 

Amen. 



8ens de *^i^f^. Le R. P. Alishan aimerait mieux prendre A'Vfj m,^hmX 
comme synonyme de <i^«'fi'ifr«'ib et traduirait : roi de la ract arménienne, 

5. cV^ "é'i pour présenter ici nn sens satisfaisant, semble devoir être 
corrigé en «Vf. mm»^pm. 

6. P. fr|ti./.i./i^. 




13* 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 197 

sonne : il a été élevé à Hromkia (voir la note snr les vers 
7 — 10), dans la maison patriarcale et sous la protection des 
catholicos; puis il a obtenu les honneurs de Tépiscopat, 
mais il ne dit pas quel siège il a occupé; plus tard, sous le 
règne du roi Héthoum (1289 — 1305), à la suite de circons- 
tances qu'il semble ne vouloir pas préciser (vers 23, 24), 
il a été mis à la tête du monastère de Skévra (voir la note 
sur le vers 28). C'est dans ce couvent qu'il conçoit le pro- 
jet de faire exécuter un reliquaire (v. 53), à Toccasion des 
désastres récents qui viennent de fondre sur l'Arménie 
(prise de Hromkia, 1292). 

Trouvons-nous dans l'histoire de ce temps un personnage 
auquel ces divers traits puissent s'appliquer? Le baron Pa- 
pasiants ne le pense pas; il voit dans notre Constantin un 
simple évêque, sur lequel nous ne savons rien d'ailleurs, et 
déclare* qu'il faut se garder de le confondre avec le catho- 
licos Constantin II, nommé en 1287, déposé par le roi Hé- 
thoum en 1289, et rétabli en 1307 sur le siège patriarcal 
qu'il occupa jusqu'à sa mort (1322). Cette conclusion nous 
semble beaucoup trop absolue, et le résultat de nos re- 
cherches nous a conduit au contraire à regarder ce rappro- 
chement sinon comme tout-à-fait certain, du moins comme 
fort probable. Voyons les faits. 

Constantin II fut élevé à la dignité de catholicos dans 
un concile tenu à Sis et consacré la veille de Pâques de 
l'année 1287, sous le règne de Léon III, père de Héthoum II. 
Le lendemain, c'est-à-dire le jour de Pâques, le nouveau 
patriarche sacra Stéphannos Orbélian métropolitain de TE- 

1. Mém. cité, p. 4 et 8. 



198 



A, CARRIÈRE, 



glise de Sîonnie'. Ce dernier, au témoignage dnqiiel nous 
devons attacher une grande valeur, déclare que Constantin 
était auparavant supérieur du monastère de KLonn, en 
Cîlicie. Tchamitch nous appreud* qu'il était originaire dn 
bourg de Katonk {d'où son surnom de |,-.™.fA^}, et qu'il 
avait été élevé dans l'église de Sis (d'oit son surnom de 
|)«i;,yt) ; quant aux deux autres surnoms de Constantin II. 
Pronagordz {n^p^■i,^y.,p^. , tilcur de poil de chèvre) et Késa- 
ratsi {(|i««,fi»a/(, de Césarce), le premier n'a pas d'explîea- 
tion connue*, le second ne put lui être donné qu'assez tard, 
lorsqu'il fut évêque de Césarée, avant son rétablissement 
sur le siège patriarcal. J'ignore sur quelle autorité Tcha- 
raitch se fonde pour dire que Constantin a été élevé dans 
l'église de Sis, mais il n'y a pas contradiction entre cette 
donnée et l'affirmation de uotre inscriptiou sur l'éducation 
à Hromkla du donateur du reliquaire : les jeunes gens éle- 
vés dans l'entourage des Catliolicos vivaient probablement 
comme eux tantôt h Sis et tantôt à Hromkla. 

Les chroniqueurs arméniens ne nous apprennent rien 
sur la vie de Constantin II avant son élévation au patriar- 
ebat, sinon qu'il fut supérieur du monastère de Khorin. 
L'inscription est encore moins explicite; elle se borne à 
rapporter qu'il eut Flionneur de s'asseoir sur le siège épis- 
copal, avec le bâton du pasteur, ce qui était au-dessus de 

1. s. OrbÉIian, llûloire lU la Siounie, triid. Bn)saL't, ï" livr.. p. "iiSS, 243, 285. 

3. Hitloirc d'Amiinle {on «rinin.). t. III. p. 284; cf. ta Clirrmngraphle «le 
ShiduqI d'Ani, À l'année T37. 

3. Peut-êtrt' ce euniom lui fut-il donné nprès en dépontion, parce quo, 
B'6UDt dépouillé des omemeDU SHccrdutaiix, < il se fit apporter un cilie« 
noir, très grosBÎer, dont il bp couvrit, iiiti«t qu'im capuchon de crin, qu'il 
mit Bur sa tête.* 8. Orbélian. /. c. p. 244. 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 199 

ses mérites (v. 19 — 23); si nous pressions le sens de /«/. 
(v. 19), nous pourrions en conclure que c'est à Hromkla 
que Constantin aurait exercé les fonctions pastorales. Serait- 
ce une manière modeste de dire qu'il a occupé ' dans cette 
ville le siège patriarcal ? Cela n'est pas impossible. 

Dans tous les cas, Constantin II, après trois ans de pa- 
triarcat, «accusé par de faux témoins que l'on produisit 
contre lui^», fat déposé par le roi Héthoum dans un synode 
tenu à Sis. D'après Stéphannos Orbélian, la conduite de 
Constantin à cette occasion resta empreinte d'une véritable 
grandeur. Se soumettant au roi et à l'assemblée qui deman- 
daient sa démission, il se dépouilla de ses ornements sacer- 
dotaux, se revêtit d'un cilice et sortit sans mot dire du pa- 
lais épiscopaP. Mais la haine de ses ennemis ne le laissa 
point en repos; il fut arrêté, chargé de chaînes et enfermé 
dans la forteresse de Lambron. Peu de temps après, on lui 
donna comme successeur au siège patriarcal Etienne IV, 
originaire de Khakht dans la Haute Arménie, et surnommé 
HromMaietsi, sans doute parce qu'il avait été élevé, comme 
l'auteur de notre inscription, dans la maison patriarcale de 
Hromkla'. Il fut le dernier catholicos qui résida dans cette 
forteresse. 

1. Chronique de Sempad, à l'année 738 (1289). 

2. S. Orbélian, l. c, p. 243 sv. 

3. Tchamitch, Hùt. d'Arménie, t. III, p. 286. Etienne IV, qui mourut en 
captivité (1293) après la prise de Hromkla (cf. p. 208 sv.), eut pour succes- 
seur Grégoire VII d'Anazarbe (1293—1307), qui transporta à Sis la résidence 
des catholicos, et après la mort duquel Constantin II fut rétabli. Le P. Chah- 
khatounian, dans sa Description d'Edschmiadzin (en armén.), 1. 1, p. 207, ne 
fait figurer ni Etienne IV ni Grégoire VII dans la liste des catholicos légi- 
times, mais relègue en note la courte notice qu'il leur consacre. Pour cet 
auteur, Constantin II, qu'il fait mourir en 1323, aurait été le seul véritable 
patriarche pendant 37 ans. 



200 



A. (ARRIERE. 



Si, comme nous le pensons, l'auteur de Tiuscription et le 
catholicos déposé sont un seul et même personnage, Cons- 
tantin, après Hre resté prisonnier quelque temps dans la 
forteresse de Ijamhron, aurait été élargi et nommé supé- 
rieur du monastère de Skévra, qui n'était pour ainsi dire 
qu'une dépendance de Lambron (voyez la note sur le v. 28). 
Dans cette hypothèse, les vers 23 et sv., qui sont conçus 
en termes si vagues, prennent un sens assez clair. Les souf- 
frances qu'a endurées Constantin ne sont plus que l'effet 
d'une * dîspensation divine», tout ressentiment a disparu, 
et l'ancien Catholicos est devenu le plus reconnaissant, le 
plus dévoué des sujets du roi Héthoum'. Les malheurs qui 
viennent de fondre sur l'Arménie au moment où l'inscrip- 
tion a été rédigée ont pu amener ce changement, et il est 
également possible que Stéph. Orbélian, évidemment pré- 
venu en faveur de Constantin, n'ait pas montré toute l'im- 
partialité désirable dans son exposé des rapports du sou- 
verain avec le patriarche calomnié. Le même historien ne 
va-t-il pas jusqu'à nous représenter la prise de Hrorakla et 
les désastres qui l'accompagnèrent comme nu acte de la. 
justice divine, vengeant Constantin de ses ennemis et affir- 
mant son bon droit'! 

Il semble résulter de ce qui précède, sinon la certitude, 
du moins la probabilité que l'auteur du reliquaire et de 
l'inscription est l'ancien catholicos Constantin, devenu abbé 
de Skévra avant d'arriver au siège épiscopal de Césarée 
et d'être enfin rétabli dans la dignité patriarcale. 



. InBcript. B, V, 8; ïnscr. D, v. 97 sv. 

, L. t., p. 246, 217; cf. la Chnnii^'<e de Sempad, k 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 201 

Vers 7 — 10. La ville ou plutôt la forteresse de Hromkla, 
lyfMgji' ^n.,nruyu»^u»% et ^an^iH^uffi (vers 36), en syriaque ctsSo 
jzx-àiooS et v^oç? ]issm^ en arabe ^^J\ iJS, est plus connue au- 
jourd'hui sous son nom turc de -uiS ^^j, Roum Qalèh. Ces 
diverses appellations ont toutes la signification de «Châ- 
teau romain »,C(Cw^e//î^m romanum; on serait volontiers porté 
à y retrouver la traduction du grec PooiiavoTCoXiç, mais au- 
cune des Romanopolis à nous connues n'a occupé l'em- 
placement de la célèbre citadelle arménienne, dont l'origine 
reste jusqu'à présent obscure et le nom inexpliquée 
- Les ruines de Roum Qalèh, sur la rive droite de l'Eu- 
phrate, à l'O. d'Edesse, entre Biredjik et Samosate, sont 
toujours imposantes et justifient la réputation de place in- 
expugnable que Hromkla avait au moyen âge chez les chré- 
tiens et chez les musulmans*. M. de Moltke, qui les visita 
en 1838, déclare qu'à cette date, et malgré le délabrement 
des fortifications, Roum Qalèh était encore complètement 
à l'abri d'une attaque de vive force. Il ajoute : «Il est diffi- 
cile de dire où finit le roc, où commence le travail de l'homme. 
Le tout ressemble à un rocher façonné d'une manière par- 
ticulière, à un morceau de craie découpé^.» Ce rocher forme 
un promontoire escarpé qui surplombe à l'E. le cours de 
l'Euphrate, au N. et à l'O. la vallée d'un de ses affluents, 
le Marsifax, autrement appelé le Marzban. «Le quatrième 

1. M. le capitaine du génie Marmier, qui a récemment exploré les ruines 
de Hromkla et en a levé le plan, communiquera dans un prochain travail 
le résultat de ses recherches. H croit retrouver à Hromkla le site et même 
le nom de rOOpijjjia de Ptolômée. Cf. Rittcr, Erdkunde, X. Theil, p. 940. 

2. Abulfedœ Tabula Syriœ, éd. K(5hler, p. 126. 

3. Lettres du maréchal de MoUke sur r Orient, trad. par A. Marchand; 
2* éd. Paris, s. d., p. 174, 175. 



202 



A. CAIIRIÉRE. 



côté du cliâteaii, dit M. de Moltke, est le côté dangereux; 
ici le rocher se rattache [vers le S.] à un plateau qui le j 
domùie, et dont on l'a séparé par no fossé de 80 pieds de 
profondenr, taillé dans le roc'. > Cette gig^autesque coupure, ' 
pratiquée sans doute par les croisés du comté d'Edesse à 
l'imitation de celle du château de Sahioun*, en Syrie, ex- 
citait l'admiration de R. Pococke, auquel on raconta que 
le dessein primitif avait été de l'approfondir encore davan- 
tage pour y faire passer la rivière et transformer en île I 
l'éperon sur lequel est assise la forteresse; «chose moins dif- 
ficile, dit-il, que ce qui a déjà été fait ^ > Le château n'avait 
qu'une seule entrée défendue par six portes successives. 
Hromkla était donc la plus forte place de la région. Or, 
depuis la prise et la destruction d'Ani par le sultan Alp- 1 
Arslan, en 1064, les patriarches de l'Eglise arménienne 
étaient sans demeure tixe et séjournaient là où ils croyaient 
trouver le plus de sécurité. Ce fut avec un réel empresse- 
ment que le Catholieos Grégoire III Bahlavouui (1113 à j 
1167)acceptarofFi'edelaveuvedu dernier comte d'Edesse, , 
Josselin II le Jeune, qui lui projiosait de lui remettre Hrom- ' 
kla pour y établir la résidence patriarcale et lui céda hien- 
tôt la forteresse en toute propriété. Grégoire III y résida 
depuis 1147. Les onze patriarches qui lui sucrédèient con- 
sacrèrent leurs soijis k embellir et à fortifier encore le cliâ- i 
teau, et le «grand siège arménien' (v. 8) resta fixé à Hromkla j 
jusqu'à la prise de la ville en 1292 par le sultan d'Egypte ] 



1. Itid., p. 176. Il existe un plan rti' HroujklM dreml' fin M. ilr Mnllko. 

2. Roy. 1*1 PotonUi frmiquai de Si/rie, p. 17. 

3. A tlaeripti«n 0/ the Eatl, London, 17-13 — 45; vol. H, pMrt 1, p. 156. 



INSCRIPTIONS D UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 203 

el-Melik el-Aschraf Khalil* (v. 35 et sv.). En disant qu'il a 
été élevé à Hromkla (v. 7), Constantin nous apprend donc 
qu'il a passé sa jeunesse dans la maison patriarcale et dans 
l'entourage des Catholîcos (cf. les v. 6 — 18, 50 etpassim). 

Vers 13 — 16. Les patriarches de l'Eglise arménienne 
furent d'abord pris dans la famille de S. Grégoire l'IUu- 
minateur, et cela jusqu'à S. Sahak (Isaac), qui mourut vers 
le milieu du V^ siècle*. Mais peut-être aussi l'auteur de l'in- 
scription regarde-t-il encore comme des descendants de S. 
Grégoire les catholicos d'Arménie depuis Grégoire II Vah- 
ram (1065 — 1 105) jusqu'à Grégoire VI, dit Apirat, mort en 
1203. Voir ce que dit à ce sujet M. Dulaurier dans le Recueil 
des Historiens des Croisades, Docum. armén., 1. 1, p. LXiii. 

Vers 25. Héthoum II, fils et successeur de Léon III, com- 
mença à régner en 1289 (738 de l'ère arménienne), c'est- 
à-dire quatre ans avant la date du reliquaire. La situation 
du royaume de Cilicie était alors des plus critiques, et le 
nouveau roi, qui ne voulut d'abord prendre que le titre 
de baron, sentit le besoin de s'appuyer sur les Latins d'Oc- 
cident pour être en mesure de résister aux progrès toujours 
plus menaçants des musulmans. Mais ce fut en vain qu il 
s'adressa au pape Nicolas IV et fit des concessions au 
catholicisme. La première ferveur du temps des Croisades 
était passée, et aucun secours ne vint des pays d'outre-mer. 
Pendant ce temps le sultan d'Egypte el-Melik el-Aschraf, 

1. Cf. Weil, Qeêch, der KhaUfen, t. IV, p. 174—190. 

2. Cf. Moïse de Khorén, III, p. 68. 



204 A CARHIERE. 

fils de Kélaoun, s'emparait d'Arre et des côtes de la Syrie 
(1291); l'aniiée suivante il prenait Hronikla, siège des pa- 
triarches arméniens, et en 1293 Hétlioum se voyait forcé j 
de céder aux Egyptiens un certain nombre de places et 
de payer tribut. 

La composition de notre inscription esst contemporaine de ] 
cette période d'ahaissemeiit et d'humiliation de la puissance | 
arménienne. Héthoum, fatigué de la lutte, se retira dans ! 
une cloître, puis reprit les rênes du pouvoir deux ans pins < 
tard (1295). T^a suite du règne de Hétlioum TI, jusqu'à ^ 
son assassinat en 1.307 par un chef mongol, présente une | 
série lamentable d'événements funestes pour le roi et le I 
peuple arménien. Voir la notice détaillée de M. E. Dulaii- | 
rier sur le roi Hétlioum 11, dans le Recueil des Historiens \ 
des Croisades, Documents arméniens, 1. 1, p. 541 — 54!>. - 
Le roi Héthoum écrivit en 744 de l'ère aiménienne (1295), ' 
c'eat-à-dire deux ans après notre inscription, étant encore j 
probablement dans un cloître, un poème eu 226 vers, où il 1 
raconte sommairement l'histoire des rois de la Petite Ar-| 
ménie et déplore les récents malheurs de ce pays, en par-' 
ticulier la prise de Hromkla'. 



Vers 2G. La science et les sentiments religieux dti roi I 
Héthoum II sontgénéralemeut recoiuius. « Les témoignages 1 
contemporains, dit M. DiUauricr, nous apprennent que ce J 
prince, élevé dans la piété et la pratique de l'humilité cliré- 
tienne, faisait ses délices de la prière, de la lecture de j 
l'Ecriture sainte et de la société des moines et des ecclé- 

I . HecMil dei Jlitloriau dta Croùaiia, llticiinieuts Hnnénitii», t. 1, p. ÔJO ttv. 



"T'f 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 205 

siastiques^» La Chronique riraée de Vahram d'Edesse, 
écrite avant la mort de Léon III (1289), signale déjà le 
fils aîné de ce roi, Héthoum, comme un prince « versé dans 
l'intelligence des Saintes Ecritures et exercé à tous les tra- 
vaux scientifiques» (vers 1369 — 1372): 

Vers 28. Skévra est un monastère dont le nom se ren- 
contre souvent dans Thistoire de la Petite Arménie, mais 
dont la situation n'est pas encore exactement connue. On 
sait seulement qu'il était dans les environs de Lambron 
(aujourd'hui Nemroun)^ sur les pentes du Taurus, à deux 
lieues à peu près, vers le N. E., du château patrimonial 
des Héthoumîens. Aucun voyageur n'en a découvert jus- 
qu'à présent les ruines, qui sont vraisemblablement cachées 
au fond des bois. Le R. P. Alishan a réuni tous les ren- 
seignements qu'il a pu trouver sur ce célèbre monastère 
dans une Description générale de la Cilicie (en arménien), 
qui doit paraître incessamment. Grâce à une bienveillante 
communication de sa part, nous sommes en mesure de don- 
ner sur Skévra les détails suivants : C'était dans le monas- 
tère de Skévra que se faisaient enterrer les princes Héthou- 
miens de Lambron, comme les rois de France dans l'abbaye 
de S. Denis. Le monastère comprenait deux bâtiments prin- 
cipaux : l'un était le couvent proprement dit, l'autre un 

1. RectteU des HUtoriem des OroUadts, Documents arméniens, t. I, p. 641. 



206 A. CABBIÈBE. 

ermitage. L'église principale était celle dn convent, appe- 
lée Notre-Dame : elle avait été fondée par les premiers 
princes de Lanibron, rebâtie par Ocliin, père de S. Nersès, 
et riclienient dotée par Hétlioum, frère dn même saint. L'é- 
glise de l'ermitage portait le nom de S. Sauveur : d'après 
le vers 88 de Tinscription, c'est au S. Sauveur df Skévra 
qne notre reliquaire a été offert par le donateur. Deux 
autres églises ou chapelles faisaient encore partie du mo- 
nastère, la Sainte-Croix miraculeme et une église sous l'in- 
vocation d'un saint guerrier qne le R. P. Alislian croit être 
S. Georges. La bibliotlicque de la congrégation des Mekbi- 
taristes de S. Lazare, à Venise, possède deux manuscrits 
copiés au XII" siècle dans le couvent de Skévra. 

Vers S.% HO. Il y a un an que Hromkla (voir la note sur 
les vers 7 — 10) a été prise. En effet, notre inscription est 
de l'année 742 (1293), et les Egyptiens de el-Melik el- 
Aschraf s'emparèrent en 741 (1292) de la célèbre forte- 
resse qui servait de résidence aux Catliolicos arméniens. 
Cet événement, qui jeta la désolation dans l'Orient chrétien 
(v. 33, 34, 47, 48, etc.), remplit an contraii*e de joie le 
monde musulman', i Lorsque l'on reçut à. Damas, dit Ma- 
qrizi, les nouvelles de la prise de Kalat-armum, la ville fut 
décorée comme dans «ne fête.» Le siège avait duré trente- 
trois jours; el-Melik el-Aschraf était arrivé le huitième 
jour de DJoumaila second devant la place qui fut emportée 
de vive force le onzième jour de Redjeb 691 de l'hégire* 

1. Hùt. dn tuUant «lavdout:; triul. Qiintreinère, t. Il, i, p. 141. 
8. INd. Cf. Weil, Owft. der Khati/m, t. IV, p. 183 av. 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 207 

(29 juin 1292). Aboulféda, présent au siège où il comman- 
dait les contingents delïamah, nous donne quelques détails 
intéressants sur la résistance du château et la marche des 
opérations militaires \ Mais les chroniqueurs arméniens se 
bornent à enregistrer Tévénement, sans signaler d'autres 
particularités que l'enlèvement des reliques (entre autres le 
bras de S. Grégoire) et la captivité du catholicos Etienne. 
Stéphannos Orbélian est le seul qui mentionne au moins les 
diverses phases de la lutte : «Après un mois de siège, dit-il, 
la ville fut prise, puis la citadelle inférieure, enfin le réduit 
le plus haut, où le catholicos Grégoire avait fait construire 
une splendide église et une maison de plaisance pour les pon- 
tifes. Pris avec douze évêques, avec plusieurs prêtres et 
diacres, le catholicos Etienne fut présenté au sultan, la for- 
teresse ravagée, les églises pillées et dévalisées, dépouil- 
lées d'immenses richesses consacrées à Dieu et de toutes 
leur propriétés^.» Ce récit cadre parfaitement avec les ren- 
seignements founiis par Aboulféda et avec ce que nous 
savons de la disposition des lieux ; il ne s'accorde pas moins 
bien avec les données de notre inscription. 

Vers 39. H y avait à Hromkla trois églises qui étaient 

1. AnntUes muslemici, éd. Reiske, t. V, p. 104 sv. Aboulféda cite comme 
ayant alors commandé la forteresse de Hromkla ^^^ N\ iLft^JLÂi. ^^^5UftLU$, 
ce que Reiske traduit par Kinagicua, legatua Arment. H faut lire ^^^5UftlX^; 
c'est le mot CatholicM transcrit diaprés la prononciation arménienne. Aboul- 
féda en faisait évidemment le nom propre d'un vice-roi d'Arménie. Dans 
rédition de Constantinople des Annale d' Aboulféda (1286 = 1870), la faute 
est encore aggravée; on y lit ^^^JL^LU^ et ^JLsfttU^ (t. IV, page ta). 
£. Quat^emére a fait une correction analogue dans sa traduction de VHUt, 
deê sultan* mamlouka de Maqrizi, t. II, i, p. 209. 

2. L. c, p. 246. 



208 A. CARRIÈRE. 

encore debont, mais abamloiini'es, à la tin lîu eiècle dernier, 
S. Serge, S. Georges et H. NersèsCliiiorliali'. La plus grande, 
celle qui était consacrée à S. Nersès, couronnait le point 
culminant dti rocher, dans le réduit qui se trouvait à l'ex- 
ti'émité sud de la forteresse, à côté du palais des patriarches. 
Elle avait été bâtie en 1174, par le catholicos Grégoire | 
T'gha, sur le modèle des églises de la Grande Arménie'. 
Il n'en reste pins aujourd'hui que deux magnitiquee piliers. 
Vue du fond de la vallée, cette partie du château de Hromkla 
devait présenter un aspect véritablement imposant. Après la 
prise de la ville, les églises furent profanées et pillées, mais 
les édifices eux-mêmes restèrent intacts''; ils offraient encore 
de fort belles mines eu lî<39 lorsque Ibrahim Pacha, en 
canonnant la place pour en déloger les Turcs, vint achever 
l'œuvre de destruction commencée au XIII' siècle par un 
autre Egyptien, le sultan el-Melik el-Aschraf. i 



Vers 46— 4G. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, 
le pluriel •;.^^~.y1.^ doit être une faute du graveur; lea mots 
£ «pp \Hf„^,%, qui terminent le vers, demandent -{^pu..^^ au 
singulier, car le possessif )>"/.™/i> ne peut se rapporter qu'au 
patriarche, non pas à la ville de Hromkla dont il désigne- 
rait les habitants : la captivité de ces derniers a été en effet J 
déjà mentionnée aux vers 37 et 38. Il est ici question du 
catholicos arménien Etienne IV (p. 199), qui fut emmené pri- 

1. Iiidjidjinu , <léograp!iir modemr dr l'Arménir (eu Hrniéiiieo); Veuise, J 
ItlOU, p. 340. 

2. Clirmiograpliie de Samuel il'Àni, à l'aDu^e 1174, tlaiia le Uenuâl ■<•■ 1 
Hiitvrieia da CrtiUadai, Dwiiuieitla nriniiniens, t. 1, p. 4ri5, — Stéphanone Or> 1 
bélian, Hlsloire de la Simmie, tr;iii. CrusavI, 1'° livr., p. M6. 

3. StÉpLaiinoB Orljéliaii, le: .-. 



INSCRIPTIONS D*UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 209 

sonnîer avec tout son clergé * et, après avoir figuré à Damas 
dans le cortège du vainqueur*, fut conduit en Egypte où il 
mourut Tannée suivante*. L'auteur de l'inscription, qui écrit 
sous l'impression encore fraîche des tristes nouvelles arri- 
vées de Hromkla, ignore les événements survenus quelques 
mois plus tard. Il ne connaît pas la mort d'Etienne, qu'il 
aurait à coup sûr mentionnée. H ne sait pas davantage que 
le vainqueur de Hromkla, el-Melik-el-Aschraf, a été assas- 
siné en décembre 1293, par l'émir Lâdjin*; il n'eût pas 
manqué autrement de signaler ce fait comme un acte de la 
vengeance divine et de dire avec le roi Héthoum II, qui écri- 
vait en 1295, que le sultan d'Egypte «reçut le châtiment 
dont il était digne, comme ceux qui firent l'arche captive*. > 

n y a là une confirmation évidente de la manière dont 
nous avons entendu les vers 1 — 4 et le vers 35. 

Il est certain que les Arméniens et les autres chrétiens 
orientaux restèrent pendant plusieurs mois dans l'ignorance 
relativement au sort du Catholicos de Hromkla. Le passage 
suivant, extrait de la continuation de la Chronique syriaque 
de Bar-Hebrseus et écrit par un contemporain des événe- 
ments, est très instructif à cet égard : « Les Égyptiens . . . 

1. Chronique du royaume de la Petite Arménie , dans le Recueil des Hislo- 
riena des Croisades; Doc. arméniens, t. I, p. 654. 

2. Maqrizi, Hist. des sultans mamlouks, trad. Quatremère, t. II, i, p. 142. 

3. Chronographie de Samuel d^Ani, dans le Recueil, etc., p. 463. Stéphan- 
nos Orbélian, Histoire de la Siounie, trad. Brosset-, 1" livr., p. 247. 

4. Maqrizi, ilnd. t. II, i, p. 152 sv. 

6. Poème de Héthoum, vers 129 — 130, dans le Recueil, etc., t. I, p. 563. 

14 



210 A. t:ARHlÉttE. 

prirent le Catholicos arraénieii avec tous les religieux' qui | 
se trouvèrent auprès de lai; ils le conduisirent avec lion- 1 
neur h Jérusalem, où il arriva le samedi 28 du mois del 
Hezirân de la même année (1603 de l'ère des Séleucides:! 
A. D. 1292). C'est là qu'il serait aujourd'hui; mais d'autres | 
disent le contraire, affirmant qu'il a été crucifié et que ses 
eompagnous, après avoir été chargés de cïiaînea, ont été 
menés en Egypte. Ou ne sait encore l'ien de certain sur son 
sort; ce qu'il y a de plus probable, c'est qu'il est mort dans 
la misère étant prisonnier à Damas*.» L'opinion unanime 
des historiens arméniens est qu'Etienne mourut en Egypte. 

Fers G8, G9. Comme nous l'avons déjà dit, le reliquaire j 
est en argent doré. La dorure s'est parfaitement mainteime, 
sauf sur la face postérieure où se trouve la grande inscrip- 
tion. Un de mes amis, ingénieur à l'Hôtel des Monnaies, a 
bien voulu soumettre une parcelle du métal à une analyse J 
qui a donné les résultats suivants ; 

Argent 924 "/„ 

Or . . Il"/- 

Titre de l'alliage . 935. 



1. Quelques prEtres et religieux ayrieiiB étaient saiia doute venus clier- J 
cher uu refuge diuis la forteresse de Uronikla n côté Ues Anuùniens. Lt) 1 
manUBcrit syriaque CCXCV dit Musée Brittionique » appartenu à un car- I 
tnin Bonmoos, fils de Ruhtian Barsanma, chef des prÉtros de Ra'ban IviUel 
pou éloignée], de IlronikUi (Ii-»icoi w>Sji ), qui relate dan» une note 1»V 
dure captivité subie |ar lui oliea les Égyptiens. Cf. Wright. CatfU. 0/ tyriacm 

manutcriplt in the BrtiM Mmeatn, t. I, p. 331. 

3. Bnr-Hebneus, Clironifm n/riaerm. p. 596 : 1 — aA^<«.4a:^ ^oiaaioJsJ 

pgi>|o . en r^L \mo . (-^1) l^kl^^ oi^iu^ \i^ vr*}**^ -^= jl-a^ ^«0^0 I 



INSCRIPTIONS D'UN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 211 

Vers 67 y 68. D 'après le témoignage de Papasiants, les 
pierreries enchâssées se trouvaient sur la pièce centrale du 
reliquaire qui portait le crucifix et a maintenant disparu. 
Voir plus haut, page 175. 

Vers 88. Comme nous l'avons vu plus haut, p. 206, une 
des églises du monastère de Skévra portait le nom de Saint- 
Sauveur. C'est à cette église spécialement que Constantin 
offre le reliquaire dont il vient de décrire la fabrication. 

Vers 89y 90. Comparez le vers 6 de l'inscription B. 




14* 



L 



A CARRIÈBE. 



Nous n'iim'ioiiB pas relevé toutes les iuecriptîons du tri- 
ptyque ni uouâ ne signalions, eu tenniuant, quatre noms qui 
ont été gravés en creux et à la pointe sous les Jeux boites 
fennées par les uiédaillous de S. Paul et de S. Pierre, auï 
deux coins supérieurs du reliquaire, et sur les bords de 
l'arcature au-dessous de deux niches grillées. Ces nome, 
que je lis ■^^&^»», .»^^», •i.y..... et ^i» .... , n'appartieniient 
certainement pas au dessein primitif du monument, et sont 
d'une autre facture et d'une autre main que le reste des ' 
iuBcriptious. Après bïeu des Iiésitatious, je me suis rangé 
à l'avis du K. P. Léonce M. Alishan, qui, consulté par moi 
à ce sujet, ne doute pas que ce ne soient les noms des saints 
arméniens ^-^tr/ie-", HypÉricos\ ii»^^/(», Serge, et son 
compagnon ((v.)™,^™, Bagos'; il n'est guère possible de com- 
pléter le quatrième nom, les dernières lettres étant cachées 
sous la fenêti'e de droite qui remplace aujourd'hiu un gril- 
lage primitivement plus petit". Il est vraisemblable que ces 
noms ont été ajoutés au reliquaire eu même temps que de 
nouvelles reliques, qui auront été déposées dans les niches 
ci-dessus indiquées. 

Avant de connaître la publication de M. Promis, j'avais j 
auatii cherché et cru ti'ouver, comme M. Papasiants, la signa- 
ture de l'artiste dans le nom de ^/t^ipjf^J. La présence des ' 
autres noms, qui avaient échappé à l'attention de M. Pa- 
pasiants, m'a forcé d'abandonner cette manière de voir. 



1. Aueher, Pleura de la vit 

3. Aucber, ihid., p. 146. 

3. Comparer la l'enétru di" 

1. Pruiuis, mim. cit., p. T. 



1 (i'U armén.J, p. 1 
uiTea[)riinioiile, 



INSCRIPTIONS DTN RELIQUAIRE ARMÉNIEN. 



213 



P. S. L'impression de ce travail étant terminée, j'ap- 
prends, par une lettre du R. P. Léonce M. Alishan, qu'un 
des Pérès de la Congrégation de S. Lazare a transcrit, il 
y a bientôt vingt ans, à la Bibliothèque du Vatican, une 
ancienne copie, fort défectueuse du reste, des inscriptions 
du reliquaire, sans traduction, mais avec l'indication en • 
latin de la place occupée par les diverses inscriptions. Ce 
manuscrit, qui permet de lire t| «r^*.«, Varies^ , le nom resté 
ci-dessus incomplet, pourra être d'un certain secours, sinon 
pour l'interprétation, du moins pour l'histoire du monument. 

1. Aucher, Fleurs de la vie des seUnU, p. 279. 




BMMHP?HljjM||KHMMlBEtH BIi l^fcBMHHIttHPBtB 3" 



FRAGMENTS INÉDITS 



DE 



LITTÉRATURE GRECQUE 



PAR 

E. MILLER 

MEMBBE DE L'INSTITUT. 




On sait que l'ouvrage d'ÉlieD, intitula FlocxtÀi] tatoptct, 
Hùtoires variées, ne nous est pas arrivé en entier. Tel que 
nous le possédons il contient quatorze livres, mais on en 
connaît d'autres fragments cités pas divers écrivains. Cet 
ouvrage n'est qu'une compilation souvent curieuse, et il 
serait bien plus important si Elien avait indiqué les sources 
011 il puisait. C'est le plus ancien des ana connus et peut- 
être le meilleur. II a surtout cela d'intéressant qu'il nous 
fournit des renseignements précieux sur les personnages les 
plus célèbres de l'antiquité. 

J'ai découvert dans un manuscrit, il y a déjà un grand 
nombre d'années, des extraits de cet ouvrage, provenant 
de la collection alors qu'elle était complète, extraits parmi 
lesquels plusieurs sont inédits et très curieux. Le recueil 



218 



que j'ai trouvé n'est pas dû seulement à Élien. Beancoiip 1 
fi'antres eollectionneurs y ont contribué. J'ai dû faire de 1 
longues et nombreuses recherches pour découvrir les ex- 
traits déjà donnés par Stnhée, S.Maxime, Antonius Mélissa, 1 
Arsénins et par d'autres écrivains telsque Plntarque et Dîoa l 
Chrysostome. Ce qui rend ces recherches très difficiles, c'eat | 
que les mêmes faits sont attrihuéssouventàdes personnages \ 
diflférents. Aussi il pourra bien arriver que quelqnes-uns des | 
extraits que je publie ici comme inédita aient déjà paru ail- i 
leurs. Le mal no serait pas grand et on voudra bien me par- 
donner si le cas se présente; une reproduction a moins d'in- 
convénients qu'une omission. Je crois me rappeler en effet 
certaines réponses plus ou moins spirituelles qui figurent 
dans notre recueil, mais je n'ai pu retrouver les ouvrages ■ 
où je crois les avoir lues autrefois. D'autres peut-être seront 
plus heureux que moi. Dans tous les cas on trouvera ici 
des extraits curieux et tout à fait nouveaux. Plusieurs de | 
ceux qui forment le recueil complet présentent des diffé- 
rences de rédaction avec les textes connus; j'ai cru devoir ' 
les omettre lorsque ces différences ne modifient en rien le 
sens général de l'histoire. Ceux qui tiennent compte de tout, 
pourront recourir au manuscrit lui-même. 

A cette première collection vient s'en joindre une seconde 
qui provient d'un autre manuscrit. Je l'ai soumise an même 
travail de vérification et j'en ai tiré tout ce qui m'a semblé 
nouveau, en faisant bien entendu les mêmes réserves an 
point de vue des fragments qui auraient pani ailleurs. 

Quoi qu'il en soit voici ces extraits, Je leur ai donné à 1 
chacun un numéro d'ordre et j'ai ajouté à la suite du texte I 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 219 

grec la traduction française avec la correspondance des 
mêmes numéros. 



1. AT)[jt4i>vaÇ 1, àÇtouvTwv tivûv xpoTi|JLao6at 8ià tï)v tôv icpoYÔvwv ev>Y^- 
v£iav, cPeXoTov, Içy;, àXextpuovaç jjièv oî)x àiub tûv icpoY6v(i)v Soxi|JLflél^eo6ae 
61 eù^evetç, et y^^^*^®^5 *^^' *?' éaoTÛv, touç 8'àv6pii>7uouç àicb tûv icpo- 
Yévwv xp{v£aOac.» 

2. AtCY6Vt)ç xaXrjv ^uvaixa (xcxpàv îBwv, «Toute èoriv, eçt), to xaXou- 
ixevov iQ(jL{xaxov.» 

3. •A6(ÇavT6(; iuots oùto) «^vaixi tivoç utco TcoxajjLou ^epofJLévrjV xai etxév- 
Toç, «S(da(i){A£v aW)v>, çiQfftv, «T!a xb xoocbv éxeïvo xb ïcoXu6p6XXiQTOV^ 
fépeaOat uTcb xoxou xoxûç.» 

4. X) flàrbç lîtDv 7cap6évov yp^I^I^''^^ [AovOavouaav, «'Opô, J^, Ç{fOç 
àxovoûjjievov^.» 

5. AstTCVtîIovToç oî^rév tivoç xai [Aetà tyjv oÙTapxv) xpo^v eoôteiv* oùrbv 
eTCtTpexofxévou, «Oùx ^xw, çtjffiv • :^v ^àp eï^ov Tceîvav, eiciXéXowcé [Ae.> 

6. 4>auXou 8è (xeipoxiou etxévioç owtù), «Xatpe, Tcorep,» «"Oaov, eÏTcev, 
eXeXuJOetv èfjiaurbv )rpévov [jLO/6iQpou TuatSàç wv Tcan^p!» 



1. Ces extraits sont tirés dn Man. de Paris, Suppl, grec, n^ 134, fol. 232, v. 

2. On pourrait ajouter an Thésaurus la forme nouvelle jroXûOpuXXoç em- 
ployée par un anonjrme. Cod. Ven, ap, NarUan, fol. 164, r**: *H jîoXûOpuXXoç 

3. Comparez un fragment de Sapho en sens inverse. Lyric, éd, Bergk, 
fr. 68, p. 808. 

4. Peut-être ?ti èoOUiv. Le premier de ces mots aura été absorbé par le 
second. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 221 

îè 9iX(i)v Xe^ôvriov Srt i:Xéov tou Séovroç lîwxev^, «Ou^ Scov èxéïvoç 
5Çt6ç èoTi Xa^eiv Set oxoweTv, àXX' 5aov â^^ Couvai.» 

12. [*0] oÙTOç^ (Z(i)xpân;ç) tou ^i^Topo<; Auctou yPû^'^vtoç outg) àiro- 
Xo^tav àva^voùç Içt), «KaXbç 6 Xd^oç, a> Auoi'a, où [jltîv dipiAorrcov è{JLo{ * > 
^v -^àp ST)Xa$T2 Scxavtxbç, où ^ikàGOfO^. Tou S' eiTCÔvroç, «ncl)^, ei xaXbç 
6 X6yo;, oùx ov (7ot dip(x6TTy);» Içy], «Kocl \[imia xaXà xac ùicoBiJfjiaTa sfiQ 
à)f £{jLol àvipixocra.» 

13. 'Ev3 KÙTcpci) AiQfjiivoecaa Ye^si^fiVYj •^vi] xoXttxi^ te 6|xou xat vofAO- 
66Tixt], Tpeïç ToTç Kuxpfetç v6|jlouç I6t;xs • ttjv {AOixeuOeTaov xe(po(JiéviQv wop- 
V£U€a6at • ôu^aTYip aùriji; è[ji,ocx£66r|, xal t»îv xifAr^v aiçsxsipaTO xai eicop- 
veOexo * tov àiroxTeîvavra éouTcv, oraçov piwceaôat * xpiiov tov àTCoxîeivovra 
^ouv dèXXorptov, àxo6av£tv. Auotv S'oùty] xatScov àppévu>v Svtu>v, 6 [Aèv, iiri 
Tw ^ouv ûbcoxTeTvat, abcéôave, xbv 5' éouiov *• àwoxTeCvavra eux S6a^av. *H îè 
T6u>ç |Aèv èxapxspse, xal okatq ouaa xat vo{JLo66Touaa * tBou^a 3è ^v 2x1 
{Mo^ci) àxcXXu|Aëv(i> {Auxci)[ji,éyir]v, xat tJ)v éaui^ç sv a)vX(«) oufA^opàv Y^^pi- 
caaa, vfj^aaa (f. Oi^Çaffa) /aXxbv eiç aùrbv ^Xoro * ysvo[A6vou 8'àv8ptavToç 
67Ct TÔ) (Tuix^avct sx£YpâçiQ, 

SoçYj''^ |jLèv ^|xt;v, àXX' où xavia eùtu^i^ç. 



1. Dans uu autre manuscrit : IScoxaç, «Où tout^ (ae 8eT, ^^t), oxonelv oaov 

2. Suppl, gr, 134, fol. 234, V. Cette anecdote n'est pas nouvelle, mais je 
n'ai pas pu la retrouver. 

3. Voy. Élien, livre XIII, le chapitre qui est intitulé : «De quelques 
législateurs, pour qui les lois qu'ils avaient eux-mêmes établies, ont été 
funestes.» 

4. Cod. TOV h\ auTov — fOa^l^Ev. 

5. Cest un vers qu'il faut sans doute restituer ainsi : £09^^ (lèv I!(jj]v, oO 

Ta Ttàvra ô'eOtuj^i^ç. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GREC5QUE. 223 

20. 'E(j6(a)v xôiè Iffoxpchr;; xapà N'.xoxpiret^ tw KuxpCcov tupûtvvw, lupo- 
TpsTcojJiévwv auTw TÛv ::ap6vTU)v StaXsxOijvai, ïfti • «'Ev oTç [kh èr(^ îeivbç, 
oùjr 6 vuv xatpbç, âv oTç 8é y^ ^ vuv xatpbç, oùx èYc«) Beivoç.» 



21. *AvTto6ivY3ç2 «-fo^ jxsXXouciv c(î>Çeo6ae Içtq çiXcov 8eiv YVT)a((i)v ^ 
deonc6p(i)v Ix^pûv • ol jxèv -^àp vouôsTsûvreç tcùç «[xopTivovraç, ot 8è Xoi- 

SopoOvTsç àxorpéTcouaiv.» 

22. 'Kpu)v3 epw'nQÔetç tiç eùSaifJKov^ Içtq • «'0 xb jxèv ar(5[Jiât u^t^ïç, tyjv 
B'oWov eîSîcopoç, ty)v 3è çoaiv oùx àxatSeuxoç.» 

23. SwxpitTQç^ %aMfyon6 tivoç tûv auvi{ôa)V cçoSpérepov âv TaTç xpa- 
wsÇaiç BiaXe^ôfAevoç , xat ô IIXâTow, «Oux àfxeevov ijv, IfYj, tîta TowTa 
XeXéxOat;» Rai 6 Za»cpâcTiQ(;, <Zu 8', eT;uev, oùx dcfiieivov âv èxoCiQaaç i3{a 
i:pbç âfxè xauxa e(TC(«)V;> 

24. Meipax(o'j ttvbç xoXXà wapà îî6tov XiQpouVTOç xai [ayj Buvojjlsvsu 
GitùTzcb^ elxsv 6 Ar^pLoaOéviQç, «flcoç irop'ou IjjLoSeç XaXéiv, Tcap'aùrou c((i>7?av 
oùx l(jiaôeç;> 

25. X) oùrbç (SwxpaiYjç) IXe^e «Toùç uîoùç Soxouai (jloXXov à^*^^^ 
al jxtjTépeç àç Suvaixévou; oùtoÏç Poy)6eTv, ol 8è xorépeç xàç Ouy«t^P«Ç; 
wç S£0|JLévaç «ÙTûv pOYjOetv.» 



1. Ce prince s^appelait Nicoclès. Le manuscrit donne aÙTàî tcov tc. — 

2. 5i<jpp^. ^r. 134, fol. 250, v. Rédaction différente dans Plutarque (Opp, 
Mot, p. 82, éd. Paris, in fol.) qui applique cette pensée à Diogène. Voy. 
Orelli, Opttêc. gr, vet. sent, t 2, p. 259. 

3. /Kd., fol. 252, r. 

4. Ibid,, fol. 252, v. Plus loin le manuscrit donne Elnï où d', eTjcev. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 225 

32. AuxoupYO^ * icrjpwOelç (/ko Ttvbç tûv woXitûv xbv êrepov tûv i^aX- 
(juov, xai 9?apaXa^(ii)v xbv véov^ îricb tou ii^{Jiou îva Ttpuopi^oiQTai (bç ^06- 
Xerai, to6tou (Jièv àiréoxero, xatSeô^oç ik ocuxbv xai dbco^i^vaç £ySpa àYOcObv, 
xapi^oY^v e{ç Tb Oéotpov. 6au(iial^6vT(i)v Se tûv Aax£Sa((jLov((i>v, «Tourov 

xal icoXcT(x6v.» 

33. 4>G>x((i>v T^ç fjvatxbç owxou 7CpoKY)XoQtio6s(aifîç tocoutov èiénjcev e'pwt- 
XeTv xâ airpoin;Xax(9ânm, ûaie âiretSY] SeCaaç èxeTvoç TcpovijXôé xe xal ouff^cî)- 
[JWQV l^eiv ijÇiou xbv 4>(i)xi(i>va, çdoxcov T^Y^otjxévat Sri îjv èxe{vou ^wv^ stÇ flv 
âxXrj|A[JLéX£i, €*AXX' ^ ^e âjJLtj Y^^vij, 4>(i)xCu>v elxev, ouSèv ùxb cou icéwovÔEv, 
érépa 8é tcç lotaç, £>aTe oùS'â|Jiol xaX6v eort 9e dhcdcY^tv £iç xb Scxaontpcov.» 

34. Z(i>xpdTr)ç' 8iQ|jtoa{a XotSopYjOelç utc^ Aptaro^ivouç, ovx ^<«><; oux 
i^ovixTiQoev, ÂXXà xat êvTux<*>v otÙTo), i^^Cou ei xai xpbç dtXXo ti ^06X01x0 
xoioOxov xp^^^( ouxcô. 

35. 'AvYjp^ dÉvSpa îS(»>v àpYupiov àvaipou{/£vov xoXb, èSsTxo SavsTcaC ol 
eTci x6xci>, b Se oux âi:e{Ô£xo, 9ép<«>v Sa xaxop6Çaç dcxéOexo. Ka{ x(ç iS(i)v, 
u<pei>v6X0 • 6 Se xaxa6i|Aevoç wç oùx eSpTjxe xà y(jpr^i[L(xia^ àvwXoçupexo iwi 
XYj 9U{Jt^pa, xat 5x1 oùx êxpTjaev auxà £îît x6xci) • âvxuxt«>v Se xw Çyjxoûvxi, 
«'AxwXsxo, I9TJ, xb àpT^piov.» *0 Se auxbv lxéX£uc£ [à^ çpovx(Ç£tv, àXXà 
vo{Jiil^£tv éauxù) eTvai xal jjlyj dnroXcoXévai xaxaôé|A£vov X{6ov è<; xb auxb 
jrwpfev, «nivx(i)ç cùS'5x£ ijv cot â/pû outo), jjltjSI vuv àxoXécaç vf[jLtî^£ 

GXépEO^at |ArjS£Vbç,» £tTC(i)V. 

1. iWd., fol. 262, V. 

2. Ce jeune homme s^appelait Alcandre. Voy. Plutarque qui cite le fait, 
I, p. 182, 2. 

3. IM., fol. 263, r. 

4. Ihid., fol. 263, v. Comparez avec la fable 188 d'Ésope, intitulée <ï>iXap- 
yupo?, et celle de La Fontaine IV, 20. 

15 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 227 

yidû^orcoL Içt; * »*Opfltç, w tov, èç'i^fxtv âTCi t^v t6Xiv ^ù<% xat icoXoreXti 
eupCoxsiv. El jxèv -^kp ^o\jikoi[Li^a toîç TcoXureXéct xpTjcOat, xal aùrî] t^[xÏv 
[uzk TcoXuTeXeioç àicavn^ast, iljv yeureXéct, xal «ùty; xûtVTwç eîrceXt]ç Sorai.» 

40. Swxporr^ç ^ Sor/ôiTTïUYjç li^ç Y'^votxbç Tt;v xaX67c6TiQTa rpoEcoç êçspe, 
xoxsivtjç 3^(î)crjÇ oux âçpovTiÇs. KptToPouXou 8è etx6vToç, «nu>ç «véx?)? 2(î)- 
xpoteç, xauTTfjç cu[ji3'.oûaY;<;;» — «Owç îè où, s^, KpiTi^ouXe, tûv irapà 
Got xiQVÛv;» <T{ 5é [Ml [AéXei, çr^atY, ixe{v(ov;> KptxoPouXoç. — «OW Ijxol 
TOÛTTjÇ,» ô ZcoxpoTr^ç eTxsv, «àXX' àxouo) fi)9xep -/Ti^àq.* 

41. Swxpatou; '-^ zopstXrjçéToç 'AXxipiûtÎTjv èir* apicrov, wç âxetvY; TcopeX- 
Ooûca TTiV xpflbweÇov àvéxpstj/ev, ouîèv Seivo^oOi^ca; àveXéoOat xbv AXxt^ii^v 
xà TC£o6vxa âxéXeuae xai ê^tOéoSoEC tïj xpawéljrj • w; 8'èxeTvoç ou xpoGsT^ev, 
àXX' èYxaXwj/ifxevoç exotôr^xo, «npoi^copiev î^, ?^<ïÎv, IÇw * çaivexai y^P 
tIj Hav6{7ncrj cÇupeYiAia^ oicapûtoaeîv i^^fxaç.» *0 aîixbç jxex' èXC^aç i^pi-épaç 
apicrxôiiv îîap' 'AXxc^taBv], wç ^^ îpviç èicnrcaaa àvéxp£<J;e xov x(vaxâc, cirpia- 
XiKlaiAevc^ éxo^^xo xat oùx T^piora. *û; î' 6 'AXxi^tiSv;^ e^iXa xat ezuv- 
6av£T0 61 $'.à Touxo oùx T^^picxa 5x£ 5pvt; xaOïTcxâaa xbv zivaxa xax6paX£v, 
«"Oxi, çïjgi XcoxpoxY]^, ffù {/èv Tipwr^v SavOiTnnjç avaxpEtj/ûtay;? oùx £^06X00 
àpioxav, ifxà 5è ot£i otptcxav xyjç ïpviBoç àvaxpstj/aoTQç, ifj 3ia^ip£ev xi èx£tvrjV 
Spvtôoç xopu^(i>C7](; f^YTÎ ' <i^^à £Î fxèv uç, fr^fftv, àvéxp£<J;£v, oùx 5v wp^iÇou, 
£( 8è ';uvYj ùu)5iQç, wpYtÇou.» 

42. *0^ oùxbç Icoxpixir;; aptoxov cù xoxaXa^wv ^pîxo xr.v Hav8i7nn;v 

1. /WJ., fol. 269, V. Voy. le recueil d'Arsénius, p. 438, éd. Walz, où il 
y a une anecdote du même genre avec Aldbiade. 

2. Ibid., p. 270, r. Une anecdote du même genre dans Plutarque entre 
Socrate et Euthydëme. Notre manuscrit la donne également ailleurs fol. 29, v. 
en citant Ménèdème au lien d'Euthydème. 

3. Cod. oÇuEpEY{ji{a. 

4. Ibid., fol. 270, V. 

16* 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 229 

48. 'Avoxapoiç xà "^[Avaata tûv 'EXXi^vwv ôpûv IXe^cV wç laitv èv 

{jLépov, xal fopfxaxov & yiipi6[f.s^ot tv^v (xaviov xCvecv^ 

49. *0 2 oeÙTOç ('AXéÇavîpoç) eÎTcévroç oùtw xivbç, on Suvavrat al t:6- 
Xsiç cou xXstovaç aot icopéxeiv icpoaoîouç, £<py), «Kat xr^Tuoupbv {xtffû, tov ex 
^iÇûv Ti|JivovTa là X<i)rava.» 

50. X) aùxbç etTcovToç AvaÇifisvouç, «'Eàv raat icoXXà SiSo)^ ov>x EÇetç 
TOUTO irot^aai îtaicovrbç,» Içy; * <0u8é y^? ^àv 7cauu>[xai, jxovoç wivTa Ix^tv 

îuvT^oojxat xoXbv xp^vov.» 

♦ 

51. *0 aùrbç TcapoxaXoufxevoç Orb tûv <p{X(i>v )rpT^|AaTa ffuvaYeiv, sçtq, 
«Oùîèv o)^éXY]aev ouîè KpoTaov TcoXo^pu^ov '^çr(0^à^(x xat Seojxiov «Tcox^-^ût.» 

52. 'AvoÇoY^paç^ xpbç tov Sua^opoOvTa xai àvtu)|jL£vov 5Tt â7:t Çévr^ç 
epieXXe TeXeuTiv, crJovTox^^^^j* ^?^î «6[Ao(a eîç 'ASou xaOoîoç.» 

53. '. . . . xporcoûvTa * * touto îè aîrcbç xai èv Otuvco 68(8aÇev • éoTioOelç 
Yap icoT£ Tcapà SôXwvt xai xaS&uScov, û^Oyj Tt)v îe^iàv x^^* ^X**^^ ^::i Toij 
OTCixaToç, TYjv 8è àptffTepàv iiA tûv uxb Y^f^sp*» 

54. *0 oÙTOç (ApioTOTeXY;;) Ta; eùeiSeTç iTaipa; 8ava'(ji[jLOV eXe^s fxeX'!- 

XpOTOV £Wat. 



1. Probablement y-ivoOaiv. 

2. Cet extrait et les suivants sont tirés du manuscrit grec de Paris, 
SuppUm. 690, fol. 5, v. 

3. Attribué à Diogène dans Arsénius, éd. Walz, p. 209, avec une rédac- 
tion différente. 

4. Le commencement manque. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 231 

62. 'AXéÇovîpoç 6 PaatXeùç, tou xotTaaKércou XeYOvroç auT<5) irXctouç 
elvat Toùç TOU Aapeiou, eTxe, cKal xà ^cpé^ata icXe{ova Svra ûç' évbç ij 
Seutépou Xu)iou x^^pouvrai.» 

63. *0^ ouToç èp(«)Tr|6£tç Sti cIIûç TOdourwv êOvcov èv èXt^otç Iteciv 
sxpdTiQoa<;3» Ift], cMi^Sèv eiç Tijv oSpiov àva^aXXéfxevoç.» 

64. IIpaycoYopoç^ irotfXYjv àpvfov àrcoXsaaç yjuxsto Au, c'Eàv xbv xXéic- 
TTjV e5p<i)^ 6ua(i> Gro( xptév.» Kat Sç èXOà)v âv a7n]Xa{a) £upe Xéovra tov àp^o^ 
xoTEoBtcvra, jwtl eÎTcev, €'*û ÇsO, lupwt |jt.èv xptév aot irtreox^fJLiQV èàv tov 
xXéxTTfjv eî>pu), vuv 8è èàv xàç x^V*? ''^^''^ xXéxrou èxçuY**)) ^^'^'^ ^P^®^ Taup6v 
aot 9cpooevë-pui) (f, icpoaevsYxeïv).» 

65. Taù)v etç SeTicvov eÙTpewCÇeaôat [xéXXwv àicXtoaaç toç x:€puY«Ç sT^cev, 
«El |jièv icoXu xpéa(; 6paç {Jie Ix^uaov, ôuaov, ei 8è Ti) tûv aoripcov ^oextX^a 
xex69[jiv2(Jia(y feîoov aapxbç oXi^vj^ x6X0Gr|jiT](xévv2ç.» 

66. Apxt3ot[jioç 6 AaxeSat[Aov[(i)v ^aaiXsùç 6eaod{ji6voç Tbv TStov itaiSa 
^cpoiusTÛç (jiaxô[Ji.evov toÏç Aôtjvatotç eîirev, «'H Tt)V îuvafxiv xpooôeç ij to5 

6piffouç a^eXe.» 

67. AXéÇovîpoç Aapefou irpo:cé[JLi|/avToç aÙTw Téçov xat ^éXiQ xal /P^- 
(jouv oTéçovov IçY), «AéSeYfAOct tov îtoXejjLOv x«t Tt)v àicb tou woXé|jt.ou v(xt)v.» 

68. AXé^ovBpoç Aapeiou lupea^eu^apLévou T:po^ aÙTOv Scoaeiv ocùto) tv;v 
^ur^OLtépa aÙTOÛ irpbç Y^H*®^? *^' ^^* 'V (f« swiScicreiv) x^^* TdXavTa, êçr^ • 
«nauffiaOù) AapeToç Ta â|xà é[xoi x^^P^^^H^^^* * 

1. Ibid,, fol. 28, V. 

2. Ibid,, fol. 29, r. Cod. dpvstov et or.iXa^oj. Comparez avec les fables 
d'Ésope, éd. Coray, 2, 131 et 175, et avec celle de La Fontaine, VI, 1 et 2. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 233 

flWTW 8tà T^ç oTcouBijç icé[JL7C6tv(?), «Où (xéXXb), Içt), îoxfôetv toioutvîç TcaxpC- 
Boç èorepTQfJLévoç, èv ^ ol èx6patvovT6ç £Îal TOtoutot, ûore xat PoigOetv po6- 
Xeo6ai^» 

76. 'ApiOTiincoç 6 KupvjvaToç Xaix^oiveiv eXe^e |Jt.ia6bv uTcèp tûv (xocOy]- 
{xiTb)v, oî>x 5tc<*>Ç "^0^ P^®^ èwavopOcioY), àXX' 5toi)(;* dxeTvoi jxaOwaiv eîç là 
xaXà Boncavâv. 

77. *0 oÙToç àv6p<i>icou tivoç oùtgv àSiXKJaavroç xat îcepiçeuY^vroç xal 
dhcovrav 8eaTpe7co|i.évou auvTux^«>v &ta$ eTwev, «Où aè xpij è|jt.è ^eÔYsiv, àXX' 
è(xè aè 5vTa ^oOXov.» 

78. *0 aÙTOç nXiTb)voç eîdsXOévroç -repoç aùrbv àaOevouvTa xal tuuOo- 
[xévou xûç $tflCYOt, efY), tbv |ji.èv aTcouBatov xat nupércovTa xaX(î>(; £X^^^> '^®^ 
8è çaûXov xat 6^^*^'^^^* xaxûç. 

79. *0 aÙTOç eÎTcôvToç aùrcî) Ttvbç, «AaXeiç où OTub TOtouiwv Y^véwv 

80. AtOYevTjç xaTaixaôwv xtva twv Yvwpijxwv fjLoxôirjpotç àv6pa)7uotç c- 

lAtXoûvra, «*Ato7c6v ^e, eTicev, et wXeïv [xèv PouXofjievoi, aujxicXouv (f. auiA-ïcXeTv) 
PeXitoTOiç âmX€§(0(jt.€6a, PtoOv 8è èpSûç xpoatpoufjievot, xotvwvobç toO ^tou 
Toùç Tu/évraç alpvjaéfxeBa.» 

81. 'O aùrbç ôsaaotfjievoç étatptSoç utbv Xiôou; sic cyXov PaXXovxa, «Oùx 
eùXaPij, êçiQ, [xt^ aou tbv xatépa tcXt^Çyjç.» 

82. 'O aÙTOç ëçacxev t^Sovtjv àXiQÔiVYjv eTvat, to tyîv <]/ux^^ ^'' ' àiu^ta 
1. Je lirais xat ev dru^^ ^^ IXapoTTjn. 




FRAGMEXIS ISÊWTS DE LnT«L\n"BE «iREXXJIK 2;V» 
91. X> aàrà; l^am>feî; si; î» ÈÀix;?ta i;uçtz»» i vt^ ttst». »E 

93. 6£SKf r;»; t^ -^t EÏxivta wrô îtarî ^ x^eîm -^wtjrâu, ïf»; * 
«Tki èz« }ùï MÀi^ TÛ***- >>^t*^ Ê^ £Î it xjoùjv, xetv^.i 



94. Qîj^ar;^; ïvr, îî!> )ji2>.À:v ^y»;^'«rj(p( jî" «îw «jouï; 

-fi;»; f^îfrm?).» 

96. -O' 3Ù~; (KÀEivftr^) Taîve t:v îO,w Îeîv rUpvmîv i»!. N» 

I. Ij) fin »ii1emenl dniii' Arfit^iiiii». ^d. WhIz. p. :<:!^. Vi\v. mis^i p. Mi>, 



FRAGMENTS INÉDITS DE LIITÉRATURE GRECQUE. 237 

6. Un méchant garçon lui ayant dit : «Salut, mon père», 
«Comme il y a longtemps, dît-il, que j'ai oublié que j'étais 
le père d'un mauvais garnement!» 

7. Un astrologue traçait des astres sur la place publique 
et disait : «Voici les planètes.» — «Non pas, dit-il, effronté 
menteur \ mais bien ceux qui t'entourent, et qui te regardent 
avec stupéfaction, comme si tu étais descendu du ciel.» 

8. Il soupait un jour chez le roi Antigone. On apporta 
du parfum^; Diogène en enduisit ses genoux. Le roi lui en 
ayant demandé la raison, «Parce que, dit-il, en dormant j'ai 
toujours mes narines sur les genoux. » 

9. Antigone lui disait : «Si pendant ta vie, Diogène, tu 
as méprisé le luxe, ne crains tu pas après ta mort de de- 
venir la proie des chiens?» — «Et toi, répondit-il, est-ce 
que tu crois que je porte un bâton pour rien? Il sera placé 
auprès de moi, quand je serai mort, et j'en frapperai les 
chiens qui s'approcheront.» — «Mais comment le sentiras 
tu?» — «Si je ne le sens pas, que m'importe»? 

9 bis, Durior'^ Diogeues, et id quidem seutieus^ sed, ut cynicus, 
asperins^ projici se jussit inhumatum. Tuin amici^ Volucribusne, et 
feris? Minime vero, iuquit; sed baeillum propter me, quo abigam, 
ponitote. Qui poteris? illi. Non euim seuties. Qui igitur mihi fera- 
rum laniatus oberit, nihil sentientiV 

1. Dans Tautre rédaction Diogène lui dit simplement : -^Ne ments pas, 
mou ami», prj «tsûoou, îxaXpE. 

2. Sur rhabitude que Diogène avait de s'enduire de parfum, voy. Dio- 
gène Laerce, livre VI, § 38. 

3. Rédaction entièrement différente dans Cicéron, Tuac I, 43. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 239 

sée et reléguée parmi les prostituées. Sa fille s' étant rendue 
coupable de ce crime, subît cette peine. Celui qui se don- 
nait la mort, restait sans sépulture. La troisième loi con- 
damnait à mort celui qui tuait le bœuf d'autrui. Des deux 
fils qu'elle avait, l'un mourut pour avoir tué un bœuf, l'autre 
resta sans sépulture pour s'être donné la mort. Quant à 
Démanassa, étant restée sans enfants, elle continua ses 
fonctions de législateur. Ayant vu une vache qui gémissait 
sur la mort de son veau, et reconnaissant là son propre 
malheur, elle aiguisa une arme tranchante sur laquelle elle 
s'élança. Une statue fut élevée au sujet de cet événement 
avec l'inscription suivante : «Je fus sage, mais non pas 
heureuse en tout. > 

14. Un batelier du nom de Parias transportait pour des 
brigands un vieux prisonnier avec de la poix. A la prière 
du vieillard il acheta aux brigands cette poix dans laquelle 
de l'or était caché. Etant devenu riche, il sacrifia un bœuf 
à ce vieillard. D'où le proverbe : «Personne n'a jamais sa- 
crifié un bœuf à des vieillards, si ce n'est Parias. » 

15. Agésilas, général des Lacédémoniens, évita un très 
bel homme qui s'approchait de lui pour se faire embrasser, 
et dit : «Il vaut mieux se mettre au-dessus de pareilles 
choses que d'enlever de vive force une ville très peuplée, 
car il vaut mieux garder pour soi la liberté que de l'enlever 
aux autres.» 

16. Un des familiers de Démonax lui faisait des repro- 



240 E. MaLER. 

chea en lui disant : «Tu ne devrais pas Être l'ami de niou 
eunemi.» — «Mais toi, répondit-il, tu n'auraia pas dû de- 
venir l'ennemi de mon ami. > 

17. Quelqu'un avait prêté facilement à Demosthènes. Ce- 
lui-ci voyant que son prêteur en faisait de même avec beau- 
coup d'autres, lui dit : «Je ne t'ai point de reconnaissance, car 
c'est par manie et non par discernement que tïi agis ainsi. » 

18. Chrysippe disait que le feu est le meilleur des assai- 
sonnements. 

19. Euripide le tragédien était en train d'aclieter des 
vivres lorsqu'un individu le critiqua en lui disant que So- 
pliocle faisait faire cela par son esclave. «Sophocle, dit 
Euripide, mange les mets qui plaisent à son serviteur, et 
moi je mange ceux qui me plaisent.» 

20. Isocrate mangeait chez Niooclès tyran des Chy- 
priotes. Les assistants l'ayant prié de taire un discours il 
répondit : «Ce n'est pas maintenant le moment de s'occuper 
des choses dans lesquelles je suis liahile, quant k celles 
dont il faudrait s'occuper, je n'y ai aucune habilité.» 



21. Antisthène' disait: ^Pour se garder il faut des ami» 
vrais ou des ennemis ardents, parce qu'ils repoussent ceux 
qui commettent des fautes, les uns en les avertissant, le» 
autres en les injuriant. 

J-3fav. nlus haiiL n. 233. -, 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 241 

22. On (lemaudait à Hiéroii en quoi consiste le bonheur. 
Il répondit : «Etre sain de corps, avoir de la fortune et 
un esprit cultivé. » 

23. Socrate, eu discutant à table, assaillait un peu vive- 
ment un de ses fumiliers. <Ne vaudrait-il pas mieux, lui 
dit Platon, que tout cela eût été dit en particulier?» «Et toi, 
répondit Socrate, dis-moi s'il ne vaudrait pas mieux que tu 
m'eusses dit cela en i»articulier?» 

24. Un jeune homme en train de boire débitait un taa de 
sottises et ne pouvait se taire. «Comment, lui dit Démos- 
thènes, celui qui t'a appris à parler ne t'a-t-il pas appris à 
te taire?» 

25. Socrate disait que les mères paraissent aimer mieux 
leurs fils, parce que ceux-ci peuvent les secourir, et les 
pères leurs flUes parce qu'elles ont besoin de leurs secours. 

26. Alexandre, comme sa mère Olympias lui comman- 
dait quelque chose de pénible, lui dit : <0 ma mère, tu me 
réclames un dur loyer pour mon séjour de neuf mois.» 

27. Plusieurs pensant et disant que les affaires des Ro- 
mains seraient en sûreté, parce que les Carthaginois avaient 
été détruits et les Achéens réduits en esclave, Nasicas leur 
répondit : iNoua sommes en danger en n'ayant laissé l'au- 
tonomie ni à ceux que nous aurons à craindre, ni à ceux 
que nous aurons avilis. » 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 233 

owTW 8tà T^ç owouBijç icé|jt.'rc6tv(?), «Où {xéXXb), Içt;, îoxfuetv TotounQç TcorpC- 
Boç èaT6pTQ(i.évoç, èv ^ ot âxôpaivovxeç eïcrl totouTOt, (ùoxe. xal Por^Oeiv ^ou- 
Xeo6at;» 

76. Af(oTwncoç ô KupvjvaToç Xaix^oveiv eXe^e |Ji.ic6bv uTcèp tûv jxaOïQ- 
(xaTb)v, oî>x 5îcu)ç Tov p{ov èiuovopOcoov), àXX' 5toi)(;* dxeivoi ji.a6(i)aiv eiç xà 
xaXà Sonuavâr/. 

77. *0 owrbç àv6p<l^ou tivbç outgv àStxKJcrovTOç xal icepiçeuYO^oç xal 
dhcovrav îtaTpeTcojjiivou ouvruxwv &7caÇ eTicev, «Où aè xpYj éjjLe çeiyeiv, àXX' 
è(xè aè 5vTa ^oOXov.» 

78. *0 aÙTOç nXiTb)vo<; etdsXOévroç lupoç aùrbv «oBevouvTa xal tuuOo- 
[xévou Tcûç §tflCYOt, IçY), TOV |ji.£v oiTOuBaTov xa? icupércovra xaXwç s/eiv, tov 
8è çotuXov xat 0^^*^^®^* xonUoç. 

79. 'O aÙTOç eÎTcovToç oùrw Ttvbç, «AaXetç où dcTub toioutwv yo^swv 
Ysyovox;,» «'Aie' c|i.ou |ji.e, sfesv, àp{6pL£(.» 

80. AtOYévTjç xaTa{xaOh)v xtva twv Y^wptjjiwv [xoxÔTrjpoTç àv6p(iyn:otç c- 

fjLtXouvxa, «*Ato:c4v ^e, êTtcêv, ei wXsïv jxèv PouXofjievo'., aujXTcXouv (f. aujXTcXeTv) 
PcXTioTOtç éir(XeÇco(xe6a, Ptouv 8è ôpOcôç TCpoatpoujxevot, xotvtovoùç toO P'!ou 
Toùç Tux^vraç alpig(76[JLe6a.» 

81. '0 «ÙTOç 6sa(7a(jt.svo(; éxatpSoç utbv Xiôou; eiç cy^Xov PiXXovxa, «Oùx 
eùXap-^, £<pTQ, jjLui ffou xbv Tcaxépa tcXt^^tu^.» 

82. '0 ah-zhq êçaaxsv i^Sov7;v àXigôtVYjv eTvat, xb xy;v t]/u)(t)v ev ' àxuj^ia 
1. Je lirais xat sv àiu^ta èv IXaponjn. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 235 

90. *0 aÙTOç îîwv àxéXou6ov Ttvbç tûv yv^piV-wv |ji.€[xaGTtYW[Jt.£vov, «X)pà) 

91. *0 ahxoq êp(i)TY]6eiç irûç 5v iXdc/KozOL di|JiapTivoi ô véoç, sîxev, «Eî 

92. SéXeuxoç ipiùvffiei^ tcwç àvafjtiprrjToç y^voiTÔ tiç, s^t), «E! è^ôpouç 
l^ei icoXkoùq ' çoPoujxevoç yàp oùtwv làç rapaTcicretç >wtl tov IXe^x^v, 
oxovtwç âv :7eip(j)to To xaXûç exov vrcepPaCvetv.» 

93. BeéxpiToç ^cpbç tov etirôvta aÙT(^ SiatC oux oYSTai fuvaixa, 1^ • 
«tht èàv [xèv xaXYjv •rtfxo), xotv^v eÇw, ei Bè xoxïjv, luotvi^v.» 



94. SeoçpaoToç Içyj îeTv jxoXXov [AVY;|Jioveueiv 69' wv xaxâ)ç 
xal Y*P TO eùx^P'^^'^^ '^^'^ Ttfjiwpeîaôat PeXTiovoç ffiouq èorCv. 



95. *0 auTOç irpbç ibv Baxv6(xsvov â^ct xatç éourou àiJLapTCatç x«l |jt.€Ta- 
{xeX6|JLSvov, 2çYj, «Eî o&tw (xéXXcov ^cporceiv Ta çauXa èîaxvou, oùx àv wç 
Tcpaçaç ^[jLapT6ç(?).» 

96. *0* auTo; (KXeavôtjç) eki^s, Tbv ^(Xov Seïv euepYSTeTv àsl, îva 
jxaXXov çtXo; |xévy|, xat tov eyOpbv 6(ji.o{a>ç, ïva Y^vYjTai fîXoç, xai çuXaj- 
creoOat tûv jjlsv çtXwv tov ij;6yov, tûv Bè ex^pûv tyjv èTut^ouX^v. 

97. Kixspwv eTre xaXû; rceiv aicXîj sùspveaia èorî, Xéysiv Bè xal 

TTOtSÏV Bi-ïcXyJ. 

1. La fin seulement dans Arsénius, éd. Walz, p. 328. Voy. aussi p. 607. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 247 

laisser et garder le silence, «car, dit- il, mieux je jouerai, 
plus vous paraîtrez malheureux. » 

46. Les Athéniens très irrités contre Philippe avaient 
vidé des vases de nuit sur sa statue. Celui-ci l'ayant appris 
dit : «Quant à moi, je couvrirai leur ville de cendre et de 
poussière. > 

47. Epaminondas aimait beaucoup sa patrie et lui avait 
rendu de grands services. Comme un traître l'injuriait et 
débitait une foule de mensonges contre lui, il lui répondit 
en dialecte béotien : «Que Déméter te poursuive de son 
indignation ! » 

48. Anacharsis en voyant les gymnases des Grecs disait 
que dans chaque cité des Grecs on montrait un lieu dans 
lequel ils s'abandonnaient à la fureur, et un onguent dont 
ils s'enduisaient pour exciter cette fureur. 

49. Quelqu'un disait à Alexandre que ses villes pouvaient 
lui procurer beaucoup plus de revenus. «Je déteste, répon- 
dit-il, un jardinier qui coupe les légumes jusqu'à la racine.» 

50. «Si tu donnes beaucoup à tous, disait Anaximène*, tu 
ne pourras pas le faire continuellement.» Il répondit : «Si 
je cesse, je ne continuerai pas longtemps à être seul à tout 
avoir. 



1. Voy. la note au texte grec p. 229. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 249 

Pisidiens. Les Macédoniens voulaient les massacrer tous, 
parce qu'ils avaient eu souvent et beaucoup à en souflFrir. 
«Je ne ferai pas cela, dit-il, parce que je ne veux pas être 
appelé bourreau au lieu de roi.» 

59. Ses amis lui conseillaient d'amasser de l'argent. «Je 
n'en tirerais aucun profit», dit-il. 

60. Comme on lui conseillait de marcher contre les Ama- 
zones et de les combattre : «Il serait honteux pour moi de 
vaincre des femmes et encore plus honteux d'être vaincu 
par des femmes.» 

61. Voyant Darius tombé dans le combat et ayant le 
corps nu, Alexandre ôta son propre manteau et le couvrit. 
Comme ses amis lui demandaient pourquoi il agissait ainsi, 
«0 mes amis, leur dit-il, je ne cache point un corps, mais 
j'enveloppe une âme. » 

62. L'espion disait à Alexandre que les troupes de Darius 
étaient plus nombreuses que les siennes, «Les moutons, 
répondit-il, sont plus nombreux, et cependant ils sont pris 
par un ou deux loups. > 

63. Quelqu'un lui ayant dit, «Comment en si peu d'an- 
nées as- tu pu te rendre maître de tant de nations», il ré- 
pondit : «En ne renvoyant rien au lendemain.» 

64. Le berger Protagoras ayant perdu un agneau fit 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 251 

guerriers macédoniens, qu'après avoir vaincu des hommes, 
vous ne soyez vaincus par des femmes.» 

70. Ne crois jamais avoir un ami quand tu es heureux; 
si étant tombé dans le malheur tu en as encore, pense alors 
que tu as réellement un ami. 

71. Les amis qui ne sont point honnêtes, portent le nom 
d'amis, mais en réalité sont plus hostiles que les ennemis. 

72. C'est dans le malheur, que tu distingueras les bons 
et les mauvais amis. 

73. Démosthènes a dit que l'instruction ressemble à une 
couronne d'or, parce qu'elle est précieuse et honorable. 

74. Esope dit à son maître qui le conduisait au moulin, 
«Pourquoi me conduis -tu là»? — «Pour que tu te rendes 
utile.» — «Pourquoi alors n'y conduis tu pas tes fils?» 

75 exilé ^ de sa patrie en arrivant à Rhodes il se 

fit sophiste . : . . . l'embrassa et lui donna mille drachmes. 

En recevant cet argent il se mit à pleurer cherchait 

à le consoler lui faisant espérer qu'il lui procurerait son 
retour dans sa patrie. « Comment ne dois-je pas pleurer, en 
pensant que je suis privé d'une patrie où les ennemis sont 
tels qu'ils veulent même nous secourir?» 

1. Le commencement manque avec le nom des personnages dont il est 
question. V07. la note p. 232. 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 263 

sur la foule, «Tu ne crains donc pas, lui dit-il, de blesser 
ton père.» 

82. Il disait que le vrai bonheur était de maintenir son 
âme en gaîté même dans l'infortune, car sans cela les ri- 
chesses de Midas et celles de Crésus sont inutiles. 

83. Diogène pendant un ensevelissement vit la mère du 
mort s'arrachant les cheveux et s'écriant : « J ai perdu celui 
qui nourrissait ma vieillesse. » « Voyez cette femme, dit-il ; ce 
n'est pas son fils qu'elle pleure, mais son troupeau de bœufs. » 

84. Démosthène disait à un amateur d'agriculture : «Si 
tu ne perds pas ton champ, c'est lui qui te perdra; car l'ab- 
sence d'instruction est la raine des hommes. » 

85. Il disait : «Ce qu'il y a de plus difficile est de plaire 
à tous. » 

86. Il disait : «Supporter les maux est le fait des es- 
claves, supporter le bien appartient aux hommes. » 

87. On demandait à Démocrite pourquoi il avait peu 
d'amis : «Parce que je ne suis pas très riche», répondit-il. 

88. Il disait : «Celuj qui fuit un ami qui est dans la 
peine, n'est pas. digne d'en jouir quand il est dans la joie.» 

89. U disait : «Ceux qui soignent leur corps et négligent 



FRAGMENTS INÉDITS DE LIITÉRATURE GRECQUE. 265 

fautes et qui les regrettait, « Si au moment de les commettre 
tu t'étais chagriné ainsi, tu ne te serais pas rendu coupable. > 

96. Cléanthe disait qu'il faut toujours faire du bien à 
son ami pour qu'il reste encore plus votre ami, et agir de 
même envers son ennemi pour qu'il devienne votre ami; il 
faut aussi éviter le blâme des amis et les artifices des enne- 
mis. 

97. Cicéron disait : «Faire bien est une simple bienfai- 
sance, mais dire et faire est une double bienfaisance.» 



II. 

Éloge du chien par l'empereur nicéphore. 

Cette petite pièce est intéressante à plus d'un point de 
vue. Elle était inédite. Elle est intitulée Eloge du chien, 
èYX(6[iiov xovoc, et a pour auteur un empereur d'Orient 
nommé Nicéphore. Dans mon Catalogue des manuscrits 
grecs de la bibliothèque de VEscurial, où elle est conser- 
vée^ je l'ai attribuée à Nicéphore Phocas, mais je dois faire 
quelques réserves à propos de cette opinion littéraire. Dans 
le titre l'auteur est simplement désigné par les mots, de 
V empereur Nicéphore, xoô paotXéœç xopoô NtxTjçopoo. Il 
y a eu plusieurs empereurs de ce nom. Il n'est pas probable 



1. Cod. gr. II. V. 10, fol. 522, V. C'est du même manuscrit que j'ai tiré 
(fol. 84, r) la description d'une chasse à Tonce, publiée dans VAmmairt de 
V<U90ciati(m deê Étud, gr,, t, VU. 




[iapTijpaisaw t:«vt(i); t^bi vji't tÎ^v èvÉp^siav. "El 
xai çopétpav ■?, 'Aptei*!;, àW.à xoi xOvaq Sua! 
T3 TÎjÇ xuvi;yeik»ç' £vo(«( itpsceicnSoaTo. 'Eireî î' 
Xi<na, xai eiç cwrait; Vo irpiyiMi [WTontsçciTip 
Eca t^Eîà t:v scyOponrov - ^aiAeûci [tîv ôxpOK^vc; 
tva [lij X^Y"* *"' ""^ A017C0ÎÎ isicoi^ îp^ov 
I«êv è)^^v xJil Â2Y(i)ûv luii tûv Xoixûv xvti 
cTS([til^i ^(xciXix^ TpcncéCTi n â^p:!ictttov, ib Si 
EXEi "CTiV ïfffpTjOiv, ixisa !î) xaî tïjv Bpaotv. "Ex 
xal s£pi |*én]v î.oxi*ilv êx^^é^sutev, àXX' oûrw 
8iJ7«[jLiv içôaX[iwv, îià 3pu[jià TTJXvà^ xai SXïjv 
|AE*o; xa'i pivriXoTÙiv ôx; eoteiv ■ î",!!; H Ttou xa't 
voiî xotTÉXa^£, xai tM' i[i.oJ Xï;'Mia[«voç (iiva zi 
^i^ero ■ Etîov l-]fù) xai ttjv çOoiv oiTT,v aîrt'oM flio 
[EÏjXaiî £î:(ti6£|*£Vov. Oùx oTîe t:îv:ç Ï/îiv ■év I 
poJ|*Evsï, Tto™i;nÉpiov ■ 

.T£[«î.ûXt, fàp ë-ETai Biipii ->. 
xora tbv KO.txa Tcoir,T^ï', Dira*j îè xépïoç 

Bo6XEt xal w; Trivaxi tw Xs'ï<ii ri tf,); Oijpti; 
pETSi )J:àv 6 StipEun;; kxa![â(iiEvo;, Ê;;tS(>)6^uv Ta 
aÙTsv ci x^ve; T:apo|jiapT0Û3'iv, cia nEp'i crpanj-fi 
Ccjjiîvov sic irapàra^'v ' cm;vixa tav j^èv ï3i]( jcs] 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 259 

BoupLevov, xa( ti OcoiceuTixbv xpooxvuÇwjxevov • tbv 8* auôtç touç xéSaç Y^P^vi- 
Çovra xai xpbç érépouç xept xi^o^Ç dtv6a[xtXXaff6at çiXotijjlo6ijl€vov • ëiepov 
ToTç xepî Tbv xpdxtjXov àvaîéŒjxoiç licoYaXXéfxcvov xai xau; ijoQçîffi Youpoù- 
[X€vov ;jal xoTç yjp\JQO^ilé(Ji ^uxijpat evaPpuvdjjisvov, i^Setov &j;;v xoïç ôew- 
{jiévoK; 6? [XT^ xou xk; èÇ àSoEpLovroç Tt)V xopSC^v xs/dX^euTat, y^o^xt^ * '^s 
TOUTov Ixexe ^ikaoQtx. 'Exàv 8è xat xpb; ouxbv xbv x^; ^pa^ xdxov à^{- 
xwvxai, xsSiaîa xtvi çir;|xi 0iQpoxp6^ov ^ xou xu/bv xal àxpcopeiav, tan^oi 
[xèv xept ouxbv xouç xotvxoç ô ÔTQpcuxtjç (aoxyjç àxopYjxov évopoivxa^ • Ixeiô' 
ux; éx ^^X^îSoç àfei{Jievoi xtvo^, âxavteç àoXXéeç xepl xvjv t>XiQv epixi- 
xxouffiv • àXXà Y^p 5Xoiç jxoi xoï? ifOaXfJioTç xpbç Tïiv YP*f^^ èvaxiviÇe • 
et Bè xat (jly) "AxéXXijç xtç â^xtv ij xat IlpaÇixéXif}^ 6 ^a>Ypaf cov, xàvxeu6£y 
aùxbç (aiqB^v xt xûv yjpiùiuhtù'* xal x^ç TP«?^Ç <*><; àxexvou xpbç eù^po- 
ouvYjv àxévaio; To y^uv x^ç IffiopCaç aot y^*?"P^'' o^>^ àfxuîpàv eupTJŒet? 
xijv i^5ovT)v xpox6tv6[Jievov • 5pa Xotxbv xouç [xàv èXdçoiç èicstoxeaôvxaç, xat 
xepaïÇojiivouç xouxaç oùx Sr(v*^Cîiç^ ëxepov SXtjv çiXaYY* XaY<iMSv oruçsXi- 
Covxa, xat xbv ixCoxaxov aièv dcxoxxeivo^/xa, ëxepov yLch:pid xpuepco izpbq 
^lov 6xtxiOé(A6vov, xal xoiç iSoufftv d>ç Sépaaiv àxavioÉ^oôev xaxaBapBi- 
xxovxa, ixepov éxépotç a)ç ^"^s ou[AxXex6[A£vov • exàv 8é xoxe xal xaxa- 
Xuaai Siot xbv (ji^iQ9(jLbv xexopYjpLivsuç SiQÏoxr^xoç, 5pa xb nQvixauta Oéapia 
f^îtoxov ' oMéva xevbv èxavtovxa xat dtxpaxxov, àXXà xavxa xb Or^paOèv 
âfeXxcfJksvov xat i:phq odyzo^ xbv îeoxéxrjv wç çopoXéYOV èxoéYOvxa. Ouxw 
xovxa Xa{jixpà xal x«P-svxa, x5v [jiévov etç àxoY)v [jly) xal ty;v 5îj;tv aùxY)v 
YÊVT^ffOvxat xtvt xi xou xpoYtwtxoç • 5Xaç Ijxépou xY;Yàç xal [x<5vov (iva(7X0- 
jjLoT xb BiT^Y^ixa. Kal xaûxa [xèv xà SYjfjtiota xàv xoTç uxa{ôpoiç y'^'^H*''*? 
xà 8è xox* oTxouç xtç [xy) 0au{juxa£xai xal taûxa [xr|8èv xwv iÇo) xpbç t^Bovîjv 
àxoSéo'/xa ; 

TlÎY) [xèv o3v xpo^Oiaaç éSi^Xa>aa, [oùîevjcç àxûlvxwv Sja [xeià xbv ov- 

1. ^ow. /?. XVI, 45, où Patrocle dit à Achille : OOol Séxiç t^'l^P ' T^«yx»l 

17* 






■■ :i 



11 



it,;.;^. jjLèv vie •/p£;i.£T'caç y.a: ;j.jy.r,7i;jLîv:; ^c 

I • • • I • 

xal Tiç Ticôev ei^ exorrsv ::p5::£:7ï5p£T5. Ts: 

{JiiXe'.a, BéoTTCTa; T(; fj tûv ^tjawv ^rpcjc/r,, 
To xpbç Txjia îaî:avi;pcv; ptr^îév act tsjtwv j 
fjXa^d) X3! (i>ç Bcp'jçspcç zsp'.^psupif;;o). Te 
{jLora, ÇufJLjjLixxsv i^|îôvf| xal Tr,v £X';:Xr,5iv tsT: 
OuToç xat îTCtjJiva; Trpsjarwv xal ^^ûv xa: h 
Or;;, xat ^|p icfJLO/eîv svx à::a{$£UTc;, ti ptr, 
xal TuçXcu; bÎTi^ei xal ssOaXjjib; exsivs:; e; 
ân:ar:cr/67t 'izepi Ta^ Oupa; oprcv aiTK^îCVTa 
xoriX'jfjia. T{ TauTTiJt t^ç eùvciaç (f. Trpcvcîa; 
3 vàp pLrjîè ::p5î àXXtjXcuç avOpwxc». rpxr: 
àXoY^av Xa/bv, ::pbç tou; àvOpco'jbSuç èp^i 
xbv aùx-^* '^^'^ PouXciJL£vo'.; iJL£T' £ÙXa3£ia; 
'^ Te/vorai Se xi xal ^iSiTjjix E'j[X[A£Tpcv wç \ 

xa8uXaxTf^ffa& pièv xcu B£a::6xou, xbv Bè B£c 



FRAGMENTS INÉDITS DE LITTÉRATURE GRECQUE. 261 

jAàXXov 7i TYiv xupiav eùvoouaav eïvat irpbç ibv SearcéTYjv Bitax^pCaoTO, tcoXu 
Ti xal To5 i:aiYv(ou xpoasYXeflfpi^voç to) cnrouWafJLaTi • (TjpiixapTupet [xoi xb 
xpoYJjia xaî ib icep». xbv Nixtav êxsTvov ibv xuvtqy^tyiv ffu[A0£pyjx5(;. 'Exel 
Y^p IxeTvo; oncpoéTwTwç otiTw çepépievoç etç àvôpaxiàv xupbç Ottrcéfxoroç 
Ixixrev, 6pa xàvT0R>6a tou Çwou to çtXoSéoPTroiov • eOptjvTiae [xèv wç i^ çuoiç 
â8(8ou xà xpûra x6xX(i) x£pt tyjv xifxivov îtorpsxov xal xbv Ssoxottqv êxt- 
ÇtjTouv • âicet îè [XYjBév xi xal Spotaeiv Tcx^ffe xpbç t^îv cufjiçopàv, èxtxou- 
p(aç àv8p(i)x(vt)ç eTvat xb xaôoç êvopiiffev aÇwv xat xobç xopiévxaç xûv IjjLa- 
xîcov [ô8]àÇ âçeXxéfjLCvoç wepl xy;v xa(iuvov îjy^ ^*- "^^ cup-çopàv àvsîC- 
8aŒX£v. 0&c(i> f iXav6pù)icoxaxT)ç 4^^,^? xb Çûov xal |XY;8év xt xîjç [ipexîjç] 
àxoSeoOotjç 60X1. Tov 8è YTjpaXiov âxsTvov xuva xbv 'lôaxi^atov xou ÔT^aofJiev, 
S^ èx x^ç xou vT^pwç xaXatxwpiaç xovxy; {jiévcov àxCvijxoç, àXX' 5ijlci>(; piexà 
xbv etxoaaexTJ XP^^^^ âxxpuvaç ^ exavrjxivxa xbv 8eox6xY)v, èYvwpiae xal x6x6 
[Jiévcoç àvioxY) xaî xobç Ixetvou x6Sa<; i^arxûtÇexo; ôapiPouç îvxwç xb xpaY[xa 
xal xoXXtjç IxxXoÇecoç dtÇtov! Touxwv xb xixoç xapa^ufAvoûv PouXépievoç 
TOpLiQpoç àpyouç^ xoxovopLaÇet xoùxouç etpcovixcoxepov. Tt B^où/i xott TtjXi- 
(i^oç x'jva<; xept xyjv dcYopàv wç (puXoxaç xpooeçeîXxexoj Etxéxwç apa xal 
nXoxwv ffxpaxMjJxaç^ xouxouç èxiXs^s, xotç pièv otxs(oiç çuXoxxixob; xal [xet- 
Xt^foy^;, Toîç 8'àXXoxptoiç àvai8sTç xs xal ço^spoûç. Elxi jjloi poaç xal 
wntouç xoX|xa xtç è-Yxwfxiatîetv, xobç Oxb xuvbç àç Oxb çpoupiou çuXaxxo- 
[xévouç, <î)ç jjLtj 6T)p(3v cxapivjxaxa Yivotvxo, xal xtç xox* 3v xou ^uXaaaovxoç 
xpeïxxov sTvai çt^ot] xb çuXaxxéjJievov, e? ptr) xwv MeXtxtSou çpevûv xu^X^^^' 
8ia8oxo<;, xal xijç Kopot^ou fjKopiaç àvixXscix;^ *ûç lYcoye Oappouvxwç dcxoçr^- 
va(fjLY;v (iiY]8év xi xwv xap' àvOptoxoiç eTvai xt|x(o)v oaa ^ux^îç sùy^vouç Tjy- 
Xavsi pwpCafjiaxa, ê^* w jjly) xal xuvsç çiXoxtixiJwvxai. 

1. Peut-être lxpiv{<jaç. 

2. /Z. I, 60. 

3. Peut-être, le passage a-t-il en vue de Platon, Rep. III, p. 416. 



ciogp au cnienpari 



Je ne craindrai pas Momul 
du cliieti, car je ne me laîsseil 
nysos, au point de faiie un diJ 
déride pour nn sujet dVIoge,] 
l'objet choisi, avoir recours à Am 
ment on n'arrive pas à la pcrsl 
se moqner de ceux qui agisse! 
Syrie, ce bouffon, ce plaisant, < 
nysos conduisant dans 1( 
et Momus le persîfflant k cause! 
ne dis pas que cet animal est u 
est ami des dieux, j'aurai le c 
faveur. Artémis en effet porte i 
conduit en outre des chiens com 
reçu le nom de chasseresse. Co 
arrivent aux hommes par les di 
ensuite visiter ces derniers, jt 
ce qu'il y a de mieux après Thi 
le plus pur aux rois, pour ne 
qui la chasse est une affaire, 
les lièvres, et après les autres 



FRAGMENTS INÊD1T8 DE LI H'ÉRATLIRE GRECQUE. 263 



s'est sauvé ail milieu des boissons, le oLien emploie uiie 
autre puissance dans les yeux en allant à ti'aver» les bois 
épais et les forêts, quêtaut et suivant à la piste pour ainsi 
dire le gibier. Déjii il a pris le fugitif à ses petits eux 
mêmes et le saisissant comme une proie il l'a apporté tout 
fier à son maître. Je l'ai vu, moi, je l'ai vu foryant la nature 
elle même s'élancer contre les curapaguies d'oiseaux. La 
fatigue n'arrête point ce cliassenr sans foyer, se chauffant 
au soleil, agissant tout le jour; car la chasse procure plus 
de jouissance que île peine comme dit le poète de Cilîcie. 
Où il y a profit et plaisir, le mal et la fatigue n'existent plus. 
Si tu le veux, je te décrirai, comme dans un tableau, les 
détails de la chasse. Le chasseur part à cheval en criant, 
en chasse! Placés autour de lui les chiens suivent, comme 
autour d'un général une armée prête au combat. On voit 
l'un allant et venant autour de ses pieds et aboyant d'une 
manière caressante, l'autre sautant également et luttant 
de vitesse avec ses camarades, cet autre glorieux des atta- 
ches qu'il a autour du cou, se pavanant avec ses pierreries 
et fier de ses liens d'or, spectacle agréable k voir, à moins 
qu'on n'ait le cœur dur comme du diamant, ou qu'on n'ait 
reçu la naissance dans la mer verte. Lorsqu'ils sont arrivés 
sur le lieu de la chasse, je veux dire dans une plaine où on 
élève des bêtes fauves ou même sur le sommet d'une mon- 
tagne, le chasseur les range autour de lui, ceus-cî regar- 
dant tous avec des yeux insatiables de combat, et ensuite, 
comme d'une barrière, serrés les uns contre les autres, ils 
se précipitent dans la forêt. Mais observez très attentive- 
ment la peinture que je mets sou» vos yeux. Ou serait Âpelle 



I)ic.lic8 et les renversant courageii 
à la débantlaile une troupe de liî 
te dernier, celui-ià attatiiiant avt 
glier et le décliirant partout avec 
dards, celui-lii «'engageant avec d' 
fatigues de luttes ils doivent renc 
un Hpeetacle des plus agréables, 
à vide et «ans avoir rien fait, cht 
m ('liati»e et l'amène à aou maître i 
pots. Ainsi tout est brillant et aj 
qui n'en jouissent que par louïc et 
Buttit pour ouvrir toutes les soure 
est public et a lieu en plein air. 
pasHcnt dans la maismi, qui ne les 
ne le cèdent en rien ]iour le plaisi 
J'ai montré que le ciiicn pour li 
h aucun des êtres qui viennent ap 
vais dire maintenant non sculemet 
d'une manière plus exacte, mais m 
ment à ceux qui l'entetidront. De 
malbeur d'être privé» de raison, ► 
iMnnement, ne vous en étonnez )>a! 



FRAGMENTS INÉDITS DE LiriÉRATURE GRECQUE. 265 

en bêlant calculent ainsi sans raison qu'ils frappent l'air avec 
les sons insignifiants et inutiles de la voix. Celle du chien 
qui aboie, a une signification et annonce la présence des 
étrangers, comme s'il pouvait prononcer des sons articulés 
et dire à chacun d'eux, «D'où es-tu?» Je pense qu'il dit à 
son maître quelque chose dans ce genre là : «0 mon maître, 
quel soin prends-tu de toutes ces barrières qui sont à l'en- 
tour? Quelle attention prêtes-tu aux portes? Quel souci as- 
tu des clefs? Quelles dépenses fais- tu dans ce but? T'in- 
quiètes-tu de tout cela? Je te garde comme un portier et je 
te défendrai comme un soldat armé. » 

Telles sont les qualités du chien, qualités qui procurent 
à ceux qui sont capables de sentir un étonnement mêlé de 
plaisir. Cet animal habile à garder les troupeaux de mou- 
tons, de bœufs et de chevaux, est plein d'adresse pour com- 
battre les bêtes féroces. Pourquoi ne pas dire le plus étrange 
de tout? il guide même les aveugles et devient pour eux 
un autre œil ; il les conduit partout auprès des portes pour 
demander du pain et les ramène à leur logis. J'en prends 
les dieux à témoin, y a-t-il rien de plus grand que cette 
affection? Ce que les hommes ne supportent pas de faire les 
uns pour les autres, cet animal, auquel est échu le manque 
de raison, le fait pour les hommes. Il baisse timidement et 
humblement le cou sous la main de ceux qui le veulent, et il 
imagine d'adopter un pas mesuré pour ne pas paraître tirer 
violemment celui qu'il dirige. Si seulement il le voulait, 
rien ne l'empêcherait d'aboyer après son maître, de briser 
ses liens et de s'enfuir ; mais il se laisse battre et quand il 
est poursuivi, il ne se sauve pas. Il aimerait mieux expirer 



«inip i\v niisiiii a rnis en n-Ik-f 
s«ii Ottulc l>t'aii<.-Mti[i ilr lia<1iiiii 
l'-tiiit pins jiftVTtiitmuH' îi smi 
iiH'iiii'. J'irii tii'iivc nue |nviivr 
à Xii-ias, ce clmssoiir si oimni 
timitjL' il l'inijinivisti' daii-s U- 
i-liii'ii (ailmii'i'z rnniour de Tni 
cliit-11 su mit à jj;ômir, suivant 
natiirc; il founiit circula irenici 
ciiait ^oti iiinitre. Puis, eoniiiie 
mallieiir, il peiiea qu'iiiu' part: 
ueeutini Imiuaiii, il tirait nvei' 
leurs vêtements et les eomliiisai 
apprendre le malheur qui veuaii 
de cet animal, âme des ]dus idiil 
aucune qualité ne manque. Kt 
quelle place lui (loiuierons-uouf 
de la vieillesBC il restait toujon 
dant son maître étant revenu au 
eiHiiiut après l'avoir flairé. Alori^ 
lui léclier les pieds, acti<m vrainu 
niirati(pn. Homère voulant peiiidn 



FRAGMENl-S INÉDITS DE UTrKILVJLUîE liUKCyUK. 2(>7 

pour ceax de ]a maittoii, hargneux et terribles pour les 
étrangers. Qu'on ose me vanter les bœufs et les olievaux 
gardés par un cfaien corame dans une forteresse, pour qu'ils 
ue soient pas déchirés par les bêtes féroces. Qui viendra 
dire que le gardé est supérieur au gardant, à moins d'être 
un digne successeur de Melitîdès ou d'êti-e rempli de la folie 
de Corœbus? Aussi je ne crains pas d'affirmer que de toutes 
les qualités qui chez l'homme montrent une âme généreuse, 
il n'en est pas une seule dont les chiens ne soient doués. 





* » iE 

KO Zl Kl 



MÉMORIAL DE UANTIQDITÉ JAPONAISE 



FRAGMENTS EELATIFS A LA THÉOOÉNIE DU NIPPON 



TKADUrrS DU JAPONAIS ET COMMENTÉS EN CHINOIS 



LÉON DE ROSNY. 



m 



.il 










MÉMORIAL 



L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 



I. 

Nous possédons, depuis bien des années, des notions 
plus ou moins succinctes, plus ou moins exactes, sur le sys- 
tème théogonique des Japonais et sur la religion nationale 
des îles de l'Extrême-Orient dite Shtauisme ou Kami^o 
viiti; mais, jusque dans ces derniers temps, nous étions res- 
tés dans une ignorance à peu près complète des textes ori- 
ginaux sur lesquels reposent cette théogonie et cette reli- 
gion. Un des premiers, au XVII'' siècle, ie célèbre voya- 
geur Engelbert Kftmpfer, nous a donné i'énumération des 
principales divinités du panthéon japonais et de courtes 
notices sur les légendes populaires de la mythologie du 
Nippon. Malheureusement le travail de l'illustre voyageur 



allemand pullule d'inexactitudes : non seulenient'la plu- 
part des noms propres sout mal ortliograplùès et i)arfois 
même à peine reeonnaissables, mais il n'y est glissé de fA- 
clieiises confusions, et les questions les plus graves, les plus 
complexes, les plus incertaines y sont considérées comme 
des prolilèraes absolument résolus. Pour ne citer que peu 
d'exemples qu'on pourrait aisément multiplier, la Grande 
Déesse Solaire, Tune des divinités les plus importantes 
du sintauïsme, que Kampfer appelle Ama teru Oon gamP 
(au lieu de Ama-tfrasii oho-kamî)^ y est mentionnée comme 
étant un liomme; les souverains de la période semi-histo- 
rique de l'histoire de Chine, tels que Fvnh-hi, t'hïn-noung 
et antres, sont intercalés dans la généalogie divine et im- ' 
périale des souverains du Japou*; les sept premiers dieux 
sout déclarés des êtres absolument spirituels et libres de 
toute attache matérielle', etc. 

A une époque plus récente, Ph. Franz von Siebold*, eu 
Hollande, et Klaproth'', eu France, nous ont présenté de nou- 
veau un abrégé de la mythologie japonaise. La publication 
du premier de ces savants ne nous apporte que de maigres 

I. De Betclirffvini/ van Japan, É<lit. d'Amsterdam, 1733, în-fol, p. TO. — Ja | 
euia obligé de ciler de préférence rMition liolIuDdaisu û la tnuluetîoD franguee^ 
ciitte dcrniiTe étant eneons bien mitreiiient défectueuse que la précédente. 

3. Dt Bttnhryvmg iran Japan, p. 104. 

3 eene opvolging van Uemel«c)ie tieesten, van weieng, volslrek- 

telyk Try vun Hllerley soort van vormenging met ticfaaaiuelyke ztrlfstundig- 
lieden, etc. {De BeKhryving «an Japan, p. 09). 

t. Skîzzc des Knmidienstes (Sintoaj des ulten Ciiltiis der Etewoliner der 
jsiiaiii§chen Inseln, daiu ses Arekiii xur Betchmhuns i"»i Japon, partit' V, 

6. Âpei^u de l'histoire niytholof^que des Japonais, placée en tête de 
la triuluctiolt française des Ânnola da empcreun du Japon (Paris, IS34), 
faite pur laauc Titsingb avec l'aide des interprètes du cuuiploir liollandaÎH 
do lJé»iui». 



MÉMORIAL DE U ANTIQUITÉ JAPONAISE. 273 

indices sur les idées cosmogoniques des Japonais et ne 
nous parle guère du sintauYsme que considéré dans sa dé- 
générescence, tel qu'il Ta rencontré pendant son séjour dans 
leur pays. L'aperçu rédigé par Klaproth est plus explicite; 
mais il a le défaut de ne pas répondre d'une façon précise 
aux ouvrages où le savant sinologue dit avoir puisé ses 
renseignements et de n'en être qu'une paraphrase plus ou 
moins altérée au gré du traducteur. En tout cas, il est évi- 
dent qu'il ignorait l'existence des textes canoniques du sin- 
tauïsme, textes qu'il n'eût pu comprendre d'ailleurs, ne 
s' étant pas familiarisé avec la langue japonaise. 

Enfin, dans le courant de l'année 1864, un des fondateurs 
des études de philologie japonaise en Europe, M. le D' Au- 
gust Pfizmaier, a donné la reproduction^ de la plupart des 
légendes insérées dans l'aperçu de Klaproth, mais en joi- 
gnant à des traductions faites avec une remarquable con- 
naissance de la langue du Nippon les textes originaux de 
nature à nous permettre de contrôler l'exactitude de ses 
interprétations. L'éminent orientaliste ne possédait aucun 
des anciens ouvrages sur lesquels est fondée la mythologie 
sintauïste. Les deux seuls dont il rappelle le titre, le Man- 
yeô siû et le Ko zi ki, manquaient à la collection de la 
Bibliothèque Impériale de Vienne , et il a dû se contenter 
de recourir à un volume qui lui a paru renfermer la subs- 
tance des premiers chapitres du Ko zi ki et qui a été pu- 
blié en 1811 sous le titre de Kami yo-no maki -no asi- 
kàbi. Malgré l'intérêt des récits cosmogoniques contenus 
dans la compilation publiée par M. Pfizmaier, elle ne pou- 

1. Die Théogonie der Japaner (Wien, 1864). 

18 



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rial)le, iniisqu'elle nous i 
nnnuMit.s de la littérature < 
sur les(|uels est basée lei 



()n}::iue8. 



Mais ec ue sont pas sei 
ee (ju'on peut a])peler à ji 
Jajto)Hfh qui sont pan'emi; 
orientalistes, ee sont eneore 
et d'exéfcese entrepris par 1 
Tarcliipel asiatique pour întei 
chaque mot de ee qu'ils rejra 
sourees les plus préeieuses d 
traditions nationales. 

L'examen de ees documents 
nouvelle aux investigations d< 
leur assure les moyens d'étui 
dans ses plus vieilles manites 
tiges ([uî nous restent de ce q 
dehors de l'influence si prépor 
permet en outre, de pénétrer 
(jui doit aboutir à la restitutic 
obscurs ou absolument ;*- — 



T • 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 275 

que jusqu'ici les ouvrages livrés à la curiosité des japo- 
nistes ont été pour la plupart d'une valeur médiocre, du 
moins si on les compare à ceux que nous possédons dé- 
sormais. Depuis plus de vingt ans que la connaissance du 
japonais a commencé à se répandre parmi les orienta- 
listes, on s'est étonné qu'il n'ait pas paru de travaux de 
nature à produire une certaine sensation dans le monde 
savant. La situation s'est modifiée : les japonistes sont 
sûrs de trouver à appliquer leur savoir à des traductions 
d'un intérêt incontestable; et je n'hésite pas à prédire que, 
d'ici peu d'années, la littérature et l'énidition japonaises se- 
ront complètement réhabilitées dans l'esprit des hommes de 
science par les publications qui ne peuvent manquer d'être 
entreprises dans la voie que je me permets de signaler en 
ce moment. Il suffirait, pour se former une conviction à cet 
égard, de jeter les yeux sur la liste des sources originales 
de l'histoire du Japon que j'ai publiée et qui est encore 
bien loin d'être complète, quoiqu'elle nous garantisse déjà 
la matière d'une vingtaine de forts volumes in-S"". 

En présence des documents précieux qui m'ont été en- 
voyés du Japon dans ces derniers temps, je me suis trouvé 
embarrassé au sujet de l'ordre et de la métliode que j'a- 
dopterais pour en aborder l'étude. Jadis, en pareil cas, un 
érudit n'eut pas hésité à consacrer son existence entière 
à la lecture de ces documents d'un bout à l'autre, et à ne 
publier le résultat de ses recherches qu'après avoir passé 
de longues années à amasser des notes et des traductions 
dans le silence du cabinet. Les conditions sont différentes 
aujourd'hui, et le nombre sans cesse plus considérable 

18* 



•1 



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sure la clîvulgation des faits ( 
cueillir; et son întérOt Teugage 
(le consacrer ses instants si un 



^"1 

jfî:.,;| compli dans un temps assez cou 

deux côtés à la fois. Le champ 
et trop étendu, pour qu'il ne soi 
sieurs savants autorisés vienne: 
se plaçant les uns et les autres i 
Après avoir parcouru rapidem 
nante anthologie intitulée Man-y 
Dix -mille feuilles» et en avoir 
j'ai commencé la lecture du Ko zi 
niques de l'antiquité japonaise. 1 
reconnaître qu'il était nécessaire 
ment si non préalablement une ve 
hon SyO'ki qui n'est autre chose qn 
et à peu près contemporaine d'un 
et historique. 

Invité par M. l'administrateur 
Langues orientales à faire paraître 
SyO'ki dans le recueil des mémoir 
ment d'instruction publique, îe i 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 277 

de la grammaire et du vocabulaire de la langue Yamato 
dans laquelle sont écrits ces anciens ouvrages. 

Je me propose de présenter, dans les quelques pages 
qui ont été mises ici à ma disposition, un aperçu des re- 
cherches que j'ai dû entreprendre pour l'accomplissement 
de mon travail. 



n. 

Le nombre des ouvrages anciens que l'on peut considérer 
comme les sources authentiques de la vieille histoire du 
Japon, est probablement plus considérable qu'on ne l'a 
pensé jusqu'à ce jour. J'ai publié* une liste de 15 écrits de 
l'antiquité japonaise dont un savant philologue japonais, 
M. Kira Yosi-kaze^ nous a founii la précieuse énuméra- 
tion. Mais il reste encore beaucoup à faire avant que ces 
quinze écrits puissent nous apporter un contigent suffi- 
sant de lumière sur les périodes primitives des annales 
yamatéennes. D'abord aucun d'entre eux n'est parvenu 
jusqu'en Europe, et il est probable que les copies de la 
plupart sont fort rares sinon absolument introuvables au 
Japon même. Ensuite, il s'agira d'établir d'une manière 
définitive leur caractère d'authenticité. Nous savons déjà 
que plusieurs livres japonais réputés anciens sont seule- 
ment des compilations modernes publiées sous le titre d'ou- 
vrages perdus depuis longtemps. Et il ne faut pas oublier 
que presque tout est à faire pour dresser seulement le 

1. Dans les Comptes-rendiia des travaux de rÂcadéniie des Inscriptions et 
Belleê'LeUreê, 1882, t. IX, p. 113. 



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il : 



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j^oiiie et (le l'iiistoire i)riin< 

' '"• 4 Orient. Ces textes ne tanlen 

<)l)Jet (le pRMKH'Ujuition des » 

])iéter (les textes ja|)(niais; i 

mêmes, voyant l'importanec 

|ti- 1 attaehe à eet ordre de reelien 

) donner, dans de bien plus vi 

' [ • ])ass(!^, le coneoui^s de leur zeU 

En YiU\\ aetuel des i^tudes 

(|ue trois ouvrajjes auxquels ( 

de livres (*anonîqnes im elassi( 

riieure; ee sont : le -j^ ^ gg 

B I choses de Tantiquiti' , le 2fC 

«Livre (lîil)l(^) du Japon >, et le 

i Antliolofjie des Dix-mille feuil 

j T^c Afan-jjeô .svV/-, dont quelqi 

! 

• 1. QuffifUCM l'CUJtch/ufmeut^ sur Ir sinfan 

r. <U's 1iisorii)tions vi JJi'Ucs-Lcttri'îs (Paris, lu 

\ raOïre ths JojMmah (Kxtiait (II* la lietuif. 

j ccpt'iuluut iii('nti(»inh'i- une trv» rourto ma 

(le M. Addison van Nainr au Cowirhft intcm 

:• Pariî*, 1H7:J, t. I, ji. :l'2i)\ qui ai)polait il 

l*huiH)rtant problênu* i*xr*ji:«''tiqui' vt liisti 
«riiui. — Dans um» «•'■^ 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 279 

l'objet de traductions européennes \ est certainement une 
production des plus intéressantes pour l'étude de l'antiquité 
japonaise. On rapporte qu'un certain >f^ ^ ^ Tatibana- 
no Moroyey qui était ;i "^ K ^^dai-zin sous le règne de 
l'impératrice Kau-ken (749-758 de notre ère), avait amassé 
un grand nombre d'anciennes poésies populaires dans le 
but de composer une anthologie. Ce lettré mourut avant 
d'avoir achevé son œuvre, et ce ne fut qu'une quarantaine 
d'années plus tard qu'elle put être présentée au mikado 
Hei-zei (806-809). 

Ce n'est pas seulement au point de vue de la poésie et 
du langage que le Man-yeô siû est digne de fixer l'atten- 
tion des orientalistes. C'est encore et surtout parcequ'il nous 
fournit une source abondante de données sur les anciens 
temps de l'histoire du Japon, sur la mythologie, sur les 



de sujets». Suivant d'autres, le mot ^Ê y^ correspond à *|g^, ce qui ferait 
traduire le titre de la vieille anthologie japonaise par «Recueil de tous 
les âges>. Il en est enfin qui donnent à ^Ê yeô la valeur de 3t, et il 



faudrait alors interpréter ce titre par «Collection d'innombrables poésies». 
Le sens de jS wwn, vulg. «dix mille» n*est pas douteux; il signifie «un 
nombre indéterminé, une grande quantité». — Il est bon d'ajouter que 
Man-yeô aià est un titre chinois probablement donné après coup à la célèbre 
anthologie. Môme en lisant les deux caractères jS lÊ Man-rjeo en lan- 
gue yamato, c'est-à-dire ^ 13 y^ ^ y\ Yorodii-no ha, il faudrait encore 
y voir une expression empruntée à la littérature chinoise et dont Torigino 
étrangère serait peu douteuse malgré son travestissement japonais. Le ^p:^ 
dit : «Les sons humains s'appellent Sv ka. Ce mot ka — ^ipj ka «une 
tige, un tronc». De même que, dans les plantes et les arbres, ils forment 
des tiges et des feuilles». 

1. Dans mon Anthologie japonaise, Paris, 1871, partie I. — Cinq pièces 
ont, en outre, été publiées en français par M. Imamoura Warau, avec le 
texte original, dans les Mémoires du Conjrh international des Orientalistes, 
1" session, Paris 1873, t. I, p. 273. Voy. également Pfizmaier, Ueher einige 
Eigenschaften der japanischen Volkspœsie, et dans les SUzumjsberichte der Aka- 
demie der Wissenschafien, Wien, t VIII, 1852, p. 377. 



_ «. -yj l V- J 



irt encore a accomi)iir (i 
r ;i ji pour qu'on puisse en extraire 

:'.';| •: prendre sur les périodes si o 

^ i r ^ï^i Yamato. 

Le Ko zi h\ qui m'occupi 
rétat actuel de nos connaissa 
des monuments de Tantiquité ^ 
un de ceux dont l'autlienticité 
livre, néanmoins, eut à subir de 
rappellent le sort du plus célèbre 
Chinois, le Choû-kmg. Perdu dai. 
de Yiotrc ère, il ne put être reci 
pel aux souvenirs d'une femme oct 

pPf jfiê ^^*^? ^^ lUyeda, qui l'avait 
de la bouche même de Tempère 
comme le Chou-king avait été réi 
vieillard nommé Fou-song. 

Un livre recomposé de la sort 
voquer quelques scrupules dans 
la véracité de son contenu. Nul i 
5 haute antiquité du Chou-king don 

poursuivie avec une ardeur impla< 
H et par son mmistre Li-sse. Or 
quelles le Ko zi ki est nn r^r.^— • 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 281 

on se préoccupa des moyens de recouvrer les vieux écrits 
que le célèbre despote de Tsin avait espéré anéantir à ja- 
mais, la culture des lettres avait été désorganisée dans 
l'empire chinois, et le vieillard Fou-seng, qui avait con- 
servé le souvenir d'une portion importante du Chou-king, 
s'il était capable de la réciter de mémoire, n'était pas en 
état de la retracer par écrit. Il en est résulté de nom- 
breuses inexactitudes dont on parvient seulement aujour- 
d'hui, grâce aux progrès des sciences philologiques, à 
reconnaître les traces d'une façon, je crois, tout- à- fait in- 
contestable. 

Au Japon, au contraire, les lettres de la Chine, intro- 
duites déjà depuis plusieurs siècles, y étaient cultivées 
avec ardeur à la cour même des mikados, où pendant 
longtemps on s'occupa infiniment plus de littérature que 
de politique ^ Le Ko ziki avait été perdu dans l'incendie 
du palais de So-ga-no Yemisi, mais les troubles de cette 
époque n'étaient rien à côté de ceux qui bouleversèrent de 
fond en comble la Chine sous le règne du fils putatif du 
prince de Tsin. Enfin, on a pu sauvegarder un autre ou- 
vrage , plus moderne de quelques années que le Ko zi ki, 
qui en reproduit à peu près complètement la substance 
sous une forme plus parfaite et mieux coordonnée. Je veux 
parler du Ni-hon gij autrement appelé Ni-hon Syo-ki ou 
Yamato humi, rédigé par Yasu-maro, avec le concours de 
deux collaborateurs. 

H est bien évident que les Japonais possédaient à l'é- 

1 . Voy. à ce sujet mes conférences intitulées : La Civilisation japonaise 
(dans la Bibliothèque orientale ehévirienne de Ernest Leroux, ch. ix, p. 255). 



p 



^in..jiic uaiis les îles Je lAsi 
titnIO S ^ àffi ^« -'■ ''■'• '1"' 
d'uni' aiitlit'iitic-ilé (îoiitt'u.se, av 
dwumeiits'. Tous ces li\Tes é 
coiitcnnioraiiis; d'où il résulte i 
fut eu partie réparée par la c 
texte du Xi-/toii gi prouve d'ai 
tiré parti de tout ce *iu'il avai 
ments anciens sur le sujet dont 
endroit, il donne des extraits d 
mentionner le titre, il est vrai, 
peut laisser subsister aucun doui 
caractère*. 

Nous rencontrons ainsi , dans 1 
piété, vérifié on explîfiué par et 
ouvTage d'une valeur exceirtiouii 
giues religieuses et liistoriiiues d 
Il est donc opportun de l'examine 
l'interprétation. 

D'abord, en ((uels earactèi'es et 

I. I^ Kh :i l-i est un iiiivriit'i; eu dix 
priucc .Si/au-Uikii lai-ÊÏ; uuiiit plusii-im s:iviii 
ne lia» conBidércr r.>"i"— - ' 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 283 

originairement le Ko zi kî? Tel qu'il nous est parvenu, 
c'est un livre rédigé avec des caractères chinois, accom- 
pagnés de leur lecture japonaise juxta - linéaire en écri- 
ture vulgaire kata-kana. Le corps du texte, bien qu'en ca- 
ractères cliinois, n'est cependant pas composé en langue 
chinoise. De temps à autre, on fait usage de ces signes syl- 
labiques que les japonistes ont Tliahitude d'appeler Man- 
yeô kanaj parcequ'ils figurent fréquemment dans la vieille 
anthologie Man-yeô siû^ dont j'ai parlé tout à l'heure. Or 
ces signes ne sont autre chose que des caractères chinois 
employés pour leur son (^ ^), abstraction faite de 
leur valeur comme expression idéographique. On écrit, par 
exemple, ^ ^ "^ otoko «nu homme» au lieu de J|; ^ 
so «ce, cet» au lieu de ^y (so, sono); J:|î ^ ^ hitotû 
«un» au lieu de — •-, etc. Malgré cette apparence chinoise 
du Ko zi ki^ c'est en pure langue japonaise qu'il est seule- 
ment possible d'en faire la lecture, et la notation juxta- 
linéaire en lettres katakana hidique la manière de prononcer 
les caractères chinois du texte principal. 

Il reste toutefois incertain si le Ko zi ki a été primitive- 
ment écrit en caractères phonétiques, ou s'il a été tout d'a- 
bord rendu par les signes chinois de système mixte que 
nous y trouvons aujourd'hui. Les savants indigènes sont 
partagés d'opinion à cet égard. Moto-ori Nori-naga est d'a- 
vis que les Japonais ne connaissaient pas l'écriture .avant 
le règne (ÏAii-zin teti-ivau (270 à 312 de notre ère)'; les 
caractères sin-zi lui paraissent des inventions relativement 
modernes dont il est peu utile de s'occuper. Cependant les 

1. Motoori Nori-naga, Ko zi ki d&i, livre i, p. 25. 



^ 



puer dans le domaine de la i 
sade du royaume niréeii de , 
seiits à la cour du mikado Zio 
ère. Toujours cst-il géiiéralei 
Ni-Jion Si/o-ki, que l'héritier pi 
la 15' année du règne de ce p 
pour précepteur doux persoun 
5 ^ Wa-iii, qui lui appriren 
qu'à partir de cette époque Téi 
Chine ne eessa plus de se prop 
trême-Orîent'. 

On peut certainement voir là 
la théorie suivant laquelle le» a 
raient été écrits dès l'origine en ( 
nous les possédons de nos jours, 
daut pas décisif, car il est bien p 
réen avait été introduit au Japon < 
relations établies entre ce pays 
Cette dernière opinion est soute 
vants indigènes qui api)ortent à 
intéressants, mais sur lesquels 
une doctrine scientifique que lo: 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 285 

il est vrai, que les caractères de récriture étaient dési- 
gnés en japonais par le mot ^t na qui signifie «le nom> 
et non «le son», ce qui se rapporterait plus aisément à des 
caractères idéographiques qu'à des caractères phonétiques; 
mais le mot kana^ qui désigne les signes de l'écriture, est 
également ancien au Japon, et ce mot, que quelques éty- 
mologistes expliquent par kari-na, pourrait bien avoir été, 
comme j'ai eu l'occasion de le dire ailleurs, l'équivalent 
du nâgarî indien ou caractère dêvanâgarî (f|^^:^t dêva- 
nâgarîy. 

En attendant que la question des caractères sin-zi (|^:^) 
ait été définitivement résolue par les orientalistes, on peut 
toutefois reconnaître que ces caractères se prêtent bien 
mieux que les signes des syllabaires Man-yeô kana, Kata- 
kana et Hira-kana à la notation des mots de l'ancienne 



1. «La preuve que nous avions des lettres dans la haute antiquité, dit 
un savant japonais, se trouve dans la post-face du Ni-hon gi : A l'époque de 
l'impératrice Sui-ko ten-wau (593-628) , on a ajouté des lettres sin-zi à côté 
des livres des pays étrangers (c'est-à-dire des livres chinois) pour en faci- 

liter la lecture (î|^9:fcl|f^^^^ 9 i <1 à. 

^m\ ^f^O \ t i 1^: ^ % î'o ^ ^ ^ ^ \ 

^ ^ /\ ro Rtor ^ O , Puisque nous trouvons cette phrase, la preuve 

de l'existence de nos caractères est évidente. Pourtant, ces lettres, conservées 
dans les bibliothèques des temples de fife }t& Ka-zima, de ^£ np Mi-wa, 
de IW j^ Ya-hiko, du miya de Hali-^ian à |^ ^ Tûm-oka, du monas- 
tère -^ 5|5d ^^ ^ ^f Yamato-no Haukau zi, etc., n'étaient pas à la 
portée de tout le monde. Les gens qui les comprenaient sont devenus de 
plus en plus rares. Récemment, après bien des efforts et de comparaisons, 
on est parvenu à les déchiffrer {Dai Nippon koku Kai-hyakH iu-rai ki, Pré- 
liminaires, t. I, p. 8). 



n 



poil. I^'im <î'l'IIX il ]nil»lù'- uni 
«lu Ko zih! ilaiis ces carai-tt'r 
reiiseiiH'iit aliilialn'tiqucs' pai 
ont cxîstt" clicz les iiatitum <lc T. 
d'ex pli l'a tions sur la inotliiKle r, 
son texte, perd i)ar cela seul i 
tcrét. Elle suffit eejiemîant poui 
rait tirer de l'adaptattou de l'ai, 
travaux de philolofjie relatifs à 
Après avoir pris eoniiaissani 
dans eefi deniiere tenij)» sur les i 
l'histoire du Japon, j'ai été amei, 

1. LuN nl|ihjil)ctii inilÏLiis uiix-nK-in(<8 n'i 
les c-iiTifw)iiTK'A poiisidrix-M iilwtniotivvmi'i 
(l'niictinr voj'i-lle, vt W» mil ilfi t'iiirc \\9a.f?. 
iiior l'n iiilii''n'itt » cliiu'iiiic lU- Icim ciinm 
itiolÈc eu Paiisoril, il ii"j- a fiiioiiiic Ictfre 
Mlpic f>y]l»bi<iuf iini hu iironmicc nm, ot U 
lu Hii|iprcssk>ii lie l'n (^) iioiir {lanouiri 
no8 itiphabuts. Daiie l'ûcntiiro jii|ionni8o n 
\. = ti, l = t, etc.; t't »\ l'un veut Ocrlr 
Dicnt et Mui|i]eiiiciil un H » ces siflue:* ilu ■ 
nus Inn^neH ciiropéeniiea : Oh nia, Lh "«> 

ÏAi CAracttirc kamii-wi, ilonl j'ni éliiMi 
(II! l'Acadimie dft harripliima H Hfl/r-Lnin 
publicatinns) iK>urrnit être nvniitaçeiiBcmeii 
rnctËrcB divatiSgari, (linsï (|ii'i"> '■' ■" — 
J'«'-"i ' - 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 287 

et le Ni'hon Syo-kî, comme deux livres canoniques de l'an- 
tiquité japonaise. Convaincu de l'intérêt que pouvaient pré- 
senter ces deux livres qui, comme je l'ai dit, ne sont en 
quelque sorte que deux formes différentes d'un seul et même 
ouvrage, j'ai entrepris la traduction du second, le plus lit- 
téraire, le mieux coordonné, en le complétant par des ex- 
traits du premier. J'ai joint à mon travail un commentaire 
perpétuel, que j'ai en partie composé moi-même en chinois, 
en partie emprunté aux exégètes indigènes. On trouvera, 
dans les fragments du Ko zi ki reproduits ci-après, un spé- 
cimen de la méthode que j'ai adoptée, spécimen que je 
prends la liberté de soumettre à l'appréciation bienveillante 
des savants adonnés à l'étude de la langue et des antiquités 
des îles de l'Extrême-Orient. 



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TlUXSCRlPTio. 

Traduc 



premier livre de l'histoire 



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Commentai HE. 

Le A'i» zi ki débute par un paragraphe qui n'a pas sou 
correspondaut au commencement du Ni-hon Syo-ki. Ce pa- 
ragraphe, d'une importance exeptionnclle, plara, à l'origine 
de la tliéogénie japonaise, une sorte de trinité ou plutôt tie 
triade dont la première manifestation est un dieu numnié 
ïb d^ Naka'7iu^ii. 

Le Ni-hon Syo-ki, au contraire, et la plupart des ou- 
vrages dont il reproduit des extraits, ritout au coraraeuce- 
ment du monde un dieu appclc jg'^ji:^ Kum'-no toko- 
tati-no m/'koto. La rédaction du Ko zi ki me semble rejxtser 
Bur les données traditionnelles les }ilus anciennes de la 



MKMUKIAL DE LANTIQLITE JAPONAISE. 



m j^hologie japonaise, tandis que celle dn .SV/n-Av' paraît avoir 
été alKîrée avec l'hiteiition de la rapprocher des idées 
chinoises. La mention du principe mâle et du principe fe- 
melle primitivement confondus, puis séparés en même temps 
qne le Ciel et la TeiTe de la matière informe du chaos, est 
trop identique aux théories cosmogoniques de laCliine pour 
qu'on puisse y voir l'expression indépendante du génie des 
insulaires de l'Extrême-Orient. 

Il est évident qu'à l'époque où ont été reconstitués les 
textes du Ko zî ki et du Syo-k!, les traditions mytholo- 
giques de l'antiquité sintaumte n'existaient (léjii plus (|ue 
d'une manière confuse dans res]H*it des Japonais. C'est ce 
qui explique les nombrenses données conti'adictoires que 
l'on rencontre dans ces deux livres, données sur lesquelles 
il est bien difficile de se prononcer avec certitude. Le Ko 
zi ki est évidemment resté plus pnr (lue le Htfv-kt de ttuite 
influence étrangère; aucun ouvrage ne peut lui être com- 
paré en tant que canon religieux. Le Syo-ki, de son côté, 
est une véritable œuvre d'érudition, pour laquelle l'auteur 
a mis à profit, sans se prononcer sur leur valeur relative, 
tous les vieux documenta, tous les récits traditionnels qui 
existaient encore au Japon à l'époque où il a écrit. 



MEMORIAL DE L'ANTIQUITE JAPONAISE. 



293 



Il 1. — Traddction. 

A l'époque primordiale du Ciel et de la Terre, le nom 
cré du Génie qui se manifesta sur la voftte du Ciel suprême 
tAmé-no mi Naka-nousi-uo kami «le Génie maître cen- 
tral du Ciel», puis Taka mi Mousoubi-no kami -le su- 
prême Génie créateur», puis Kami Mousoubi-no kami «le 
Génie créateur des Génies ». Ces génies étaient des génies 
litaires et qui avaient un corps occulte. 



1, — Glosb. 



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MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 297 



1. — Commentaire. 

^ arae. Situé au haut du firmament (^ ^ ^ 7 soraj 
c'est-à-dire «le vide») est le royaume où demeurent tous 
les Dieux du Ciel (ama-tû kami-tati-no Toasi-masû mi hini 
nari). Comme, vu de loin, il paraît bleu, on l'appelle ^ ^ 
sau'ten. La forme du Ciel et de la Terre est semblable à 
un œuf (tori-no tamago-no gotoku). Le Ciel environne la 
partie extérieure de la Terre, qui en occupe le centre; sa 
substance est du verre azuré ( tf 1^ D bidoro). — Suivant 
le dictionnaire étymologique Gon gen tei^ y y ame vient 
de H^ ^^ ao-ma «l'espace bleu», et y 7 sora est le 
mot qui désigne le vide (^ i ^ft ^)- — Le grand lexique 
Wa-gun sivori fait observer que le caractère ^ qui est sou- 
vant lu ama^ figure avec la prononciation ame dans le Ko 
zi kij justement dans le passage qui nous occupe; cette 
forme représenterait le mot primitif (jfj ^ hon-go). 

jilj^ sert à transcrire le mot japonais ^y ^f^ tutt «la 
terre». Beaucoup d'auteurs croient que ce mot répond au 
chinois ^ i|^tow-^/ qui désigne également «la terre». Cette 
étymologie n'est cependant pas adoptée par tous les philo- 
logues japonais (Voy. le dictionnaire Wa-gun sivori, au mot 
.<> 1^ , etc.). 

^^^0 hazime-no tokij c'est-à-dire «au temps du 
commencement», est une expression qui se rencontre dans 
les textes les plus anciens, notamment dans la vieille an- 
thologie Man-yeô siû (27, 32), dans le Ni-hon Syo-ki (règne 
de l'empereur Kau-tok), etc. — 4^ JS ^^ Moto-ori 



298 



Nori-nagn-, un des commentateurs les pins estimés da Ko 
zi kî, qni tit paraître son œuvre pour !a première fois eu 
1798 eou8 le titre de Ko zi ki den (Voy. Comptes-rfindria 
des séances de l'Académie des Imcriptions et Belles-Lettres, 
1882, t. IX, p. 108), rappelle que dans les dictionnaires le 
mot ^ est expliqué par ^ 'se produire, surgir», et qu'on 
appelle, en conséquence, du nom de ^^ ofror/ l'origine de» 
choses (koto-7to hazime okori to mo iû). I 

^ 3C iS tnkama-no harn, littéralement «la plaine du 
ciel élevé» désigne simplement 'ïe Ciel» (takama-no kara- 
va, siinavati ame nari). Ce serait à tort qu'on croirait, par 
la présence du mot taka «élevé», qu'il s'agit d'un ciel su- 
périeur, situé au-delà du firmament ou du vide y ysora. 
Tnka est une expression lionorifique; il en est de même 
quaud on se sert de cette particule (makura kotoba) dans 
la locution taka-hikarv. «resplendissant en liaut> qui alo-i 
même sens que ama-terasû *(|ui Imlle au ciel». — Haro, ] 
que l'on traduit liabituellement par «plaine», est reudu par 
le signe chinois ^ j/ozwk .fondation, base, assise». Ce J 
mot kfira désigne un endroit large et uni, une plaine (kara 
va hirokii. taira narii tokurowo iû); c'est ainsi qu'on a formé 
les mots una-vara. «la plaine des mers», nii-vara «la plaine 
des champs», ka-vara «la plaine de la rivière», asi-vaj^ < 
■ la plaine du roseau (c'est-à-dire le Japou)». Dans XaMan- 
1/eâ siû, on trouve de même mentioimé le nom de kuni- 
vnra -la plaine du pays». C'est ainsi qu'il faut comprendre 
la formation de l'expression ^Ç //^ ama-no hara. Dans le 
chapitre du Ko zi ki oii l'on raconte l'histoire de la Grande 
Déesse Solaire Ama-terasft oho-kami se réfugiant dans une > 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 299 

grotte par dégoût de la conduite de son frère Sosa-no ono 
mikoto^ on se sert également de cette expression : Q ^ 

H^tffiAiilS^iiê^*^^ moment où je me suis 
cachée, le Ciel doit être dans Tobscurité». On rencontre 
aussi les mots ama-no hara, dans le passage du ser- 
ment, lors de l'ascension au ciel du terrible Sosa no o-no 
mikoto\ 

Un commentateur japonais croit trouver dans ce passage 
une sorte de contradiction. Du moment où l'on parle du temps 
où le ciel et la terre furent créés, comment pouvait-il y avoir 
déjà un Dieu au Ciel ? 

J^ a servi à rendre le japonais nari-maseru. Le sens de 
ce mot qui signifie communément «devenir», paraît difficile 
à fixer aux exégètes indigènes. En chinois J^ ching (tching) 
signifie «compléter» (|^), «achever» {^\ «finir» (jj||Ç); 
ce signe entraîne également l'idée de « prospère, arrivé à 
l'état parfait» (^), et de «bon, excellent» (^). Quant à 
-J- )L/ naru, les étymologistes japonais ne paraissent pas 
en connaître la valeur originale. L'auteur du Gon-gen tei, 
après l'avoir expliqué par ^X^naru «achever», donne le 
même mot naru rendu par le chinois ^ «naître», et tiré 
de §^ aru «paraître, se manifester» (comp. la forme T y 
y\ ^ aravasU «se montrer, faire connaître»). Naru, de la 
sorte,- aurait trois significations principales : 1"* «naître de 

rien, créé» (^ ^z i 4^ 9 ^"î ffi ^ iiT :e-), et c'est 
cette signification qu'il faudrait attacher à ce mot, quand 
on parle des dieux (kami-no nari-masu to iû va, sono kokoro 

1. Voy. Ko zi ki den, vin, p. 60, et le commentaire de Moto-ori, m, 
pp. 6-6. 



naka, et quelques pliilolog^iies japonais croient que les mots 
mi et ma étaient originairement employés intlifféreraraent, 
l'un pour l'autre (^-^^^IÇ^ = H- f^^^î", ete.). En 
tout cas, mi ne doit être considéré que comme une particule 
honorifique communément employée dans la littérature et 
surtout dans le style ancien. Quant à nnica, viilg. ^milieu», 
il entraîne, outre le sens de «central», une idée de perfec- 
tion, d'universalité. C'est avec cette même acception que 
les Chinois disent tchoung-kouph «le Royaume du Milieu>, 
pour «la Chine», c'est-à-dù-e «le royaume qui comprend 
l'univers entier» [tien-hia «tout qui est sous le CieU), le 
royaume qui n'a pour l'entourer, comme des satellites entou- 
rent une planète, que des contrées sans importance et insi- 
gnifiantes * . Le génie qui nous occupe est donc le Génie uni- 
versel, le Génie central, le Génie foyer du Ciel. J'ai d'ail- 
leurs trouvé une dénomination abrégée de ce dieu, Naka- 
gami, qui est rendue en chinois par les signes ^ — 1^ 
tien-yik-ckin «le Génie unique», ou plutôt «le Génie parfait, 
absolu du Ciel». — Nuxi signifie communément un m^tre, 
un chef, un homme de rang supérieur (;^ A)) l'^uteiu- du 
Gon-geti-tei le rapproche de ^ nanmi, ce qui n'expliqne 
rien; il est bien préférable d'y voir une contraction de 710- 
usi, comme le dit Moto-ori Nori-i>aga' (i^ '"^ ^A^A^ 

'■ i^ J§ *gt § Molo-ori Nori-naga est ilti comineDtateiir ti*ê csttuit 
du Ko ai ki. Sou œjivru a Été publiée en 1798, wiua le titre de Ko ri ti 
Jni. (Voy. ce que j'iii dit à l'occasioD de cet ouvrage, duos lea Cimiple»- 
rendui de fAcadintiii du Itucripliotu el Bella - lAitre* , 1SS3, t. IX, p. 105.) 
Dans tout le travail que j'ai entrepris sur le Kù à ki. J'ai fait df nuuibreua 
emprunts au lii-re de ce savant; je regrette de n'avoir pa en fwre iei des 
extraits plus eon sid Érables , mais mon cmunientiire déjà fort long, aurait 
prie une Étendue démesurée si je m'étiïs donné la lùclie de suivre MuIo-oH 
dans toutes ses discuseious philologiques et exégétiqaes. 



MEMORIAL DE L'ANTIQUITE JAPONAISE. 303 

d'ailleurs employé dans le sens de *maître>, notamment 
dans le Ni-hongi oii le père du 27^ mikado Kéi-td est dé- 
signé sous le nom de^^ i*'A^ ^. Hiko-itsi mi-ko, etc. ; 
on trouve également des noms de personnages historiques 
écrits tantôt avec le mot misi, tantôt avec le mot usi, et î! 
y a des raisons pour croire que cette dernière forme est au 
moins aussi ancienne que la première. En conséquence, dans 
le passage qni nous occupe, on veut dire que le dieu en 
question, établi au juste milieu du Ciel, est le mattre de 
l'univers (Ift, l^ï y ^ ff ^ ÎL/ ^ ^ b ^ X) 

ETl I L I ^ï-"* signifie «ensuite, en suivant, en con- 
tinuant > (^ S.'^^)^ comme un fils qui succède à son 
père, c'est-à-dire «après ce premier dieu». H y a cependant 
une difficulté à adopter ce sens, quelques exégètes japo- 
nais pensant qu'il s'agit, dans ce premier paragraphe, de 
Dieux existant simultanément. Dans ce cas, tiigi doit être 
traduit simplement par la conjonction «et, puis, avec». 

[hll-QI □TvTôlLili-QI Taka-mi MmSbi-no kami 
«n h □ I DTvTo I Li 1 h □ I ^""** Mîbsiibi-no kami. On re- 
marque tout d'abord la ressemblance presque complète du 
nom de ce second et de ce troisième dieu de la trinité pri- 
mordiale des Japonais. — f j-"] |- taJca <haut> doit être con- 
sidéré comme une expression de rhétorique (^ > ^^). H 
en est de même de Q I mt «auguste». En eflet /oAa se trouve 
employé de la sorte dans plusieurs noms honorifiques; et, 
en ce qui concerne le mot mi, on voit, dans le Ni~hon Syo- 
ki que le caractère ^ qui le représente dans le Ko zi ki 
pour désigner le dieu Taka-mi MusSbi-no kami est rem- 



1 

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304 



placé par le caractère ^<augu«tc»(j^* ^« M^M' ^)- 
— Mimibi, Tulg, *Iier» (jj§) désigne, par exemple, «un 
frailqni se noue»; ïhm^â signifie maître» (^5)* uotamment 
dans les mots J| ^ -^ => mum-ko » nn fils > , ^'^ -^ '* imisûme 
• nne fille » . Dans la vieil le anthologie intitulée Man-ym siû, 
on emploie de même rexpreesion ^^ ^a •^* ^r «les 
plantes ne poussent pas>.ll signifie ici «se produire, n^tre, 
apparaître» {J^ Jj[J narî-id'uru). Le caractère chinois ^ 
«se produire, naitre», dont on a fait usage, répond donc 
d'une manière satisfaisante au sens du nom ja]>onais. 

Le caractère l- bi du nom Musùhi, comme on vient de 
le voir, a été remplacé par le caractère ^, ce qui paraît 
d'ailleurs une orthographe satisfaisante, ce dernier signe 
signifiant «men'eilleux, miraculeux, extraordinaire > , no- 
tamment dans l'expression ^ ^ hisibi. Le sens de ee 
nom est donc le * Dieu puissance de la création >, expres- 
sion qui rappelle le rôle essentiel de créateur attrihué aux 
deux Mumhi-no kami. Quelques auteurs prétendent que 
les deux Musfihi étaient fils du Dieu primordial Naka-mm, 
et parfois on voit l'un et l'autre confondus dans le culte j 
des anciens Japonais. 

ôh vl ]l" ''«*■"■« «pilier, colonne» est un déterminatif 
numéral employé lorsqu'on compte des personnes de rang 
élevé, notJimment des dieux; au moyeu âge, on employa 
de la même façon, dans la langue vulgaire, les mots ^r 
— 'h^x ^ /uVo-A-fl/o «une personne>, ^t zl.%~^% ofuta- 
kata «deux personnes», etc. L'expression hasira viendrait 
de ce que, dans l'antiquité, les personnages de rang élevé 
(^_\J étaient comparés à des arhres (ifi), tatid 



MÉMORIAL DE I;ANTIQU1TÉ JAPONAISE. 305 

les gens de basse extraction (^ A) ^t^î^^* qualifiés d'her- 
bes. (Cf. l'expression chinoise ^ \ l^.-) 

^ doit être lu , suivant la forme ancienne [] | L h ^^'^a, 
et non narabi-ni. 

o I [il 1 1 1 D I hitori' garni ^ litt. « dieux uniques, dieux 
solitaires » . On veut dire par là qu'ils n'avaient pas d'épouse. 

D I D I ^i 1 hlTv I ^^ miwo kakmi. Cette expression pré- 
sente de grandes difficultés, et je ne suis pas convaincu que les 
exégètes japonaisl'aient expliquée d'une façon satisfaisante. 
Suivant Moto-ori Nori-naga, l'auteur duiTo ze A:e veutdire que 
les corps de ces dieux n'étaient pas visibles. Littéralement 
miwo kakusi veut dire « ils ont caché leur corps » ; mais le 
signe idéographique qui répondàA:aA:zm, ^ym, dont la forme 
originale était t^, entraîne en outre l'idée d'une chose obs- 
cure, occulte, que l'esprit humain ne peut pénétrer. Il in- 
dique aussi l'état de quiétude {= ^ Gyaku-hen). Je ne crois 
pas qu'on soit en dehors de la pensée de l'auteur en le ren- 
dant par « incorporel > ; en tout cas, je viens de m'expliquer 
à ce sujet, et chacun pourra juger de l'opportunité de traduire 
par « dieux au corps occulte », ou « dieux incorporels » , ou 
bien par « ils ont caché leur corps » (c.-à-d. «ils ont disparu»). 

2. — Texte. 

Le paragraphe suivant forme, en quelque sorte, avec le 
précédent une section particulière du Ko zi kiy dont on ne 
retrouve point l'équivalent dans le Ni-hon Syo-ki. Cette 
section est spéciale à une série de dieux essentiellement 
distincts de ceux qui constituent, d'après ce dernier ou- 
vrage et d'après la tradition populaire la plus répandue, 
le panthéon du sintauïsme japonais. 

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MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 



307 



Tûgi-ni kuni waJcaku uki-abura-no gotoku-ni site, kurage- 
nasii tadayoyeru toki-ni (m-kohi-no gotohij agaru mono-ni 
yorite nari-maseru kami-no mi na-va^ Umasi asikahi hiko 
di-no kami. 

Tugi-ni Ame-mo toko tati-no kami. 

Kono futa basira-no kami mo hitori gami nari-moMte, 
mi miwo kakusi tam^aiki. 



2. — Transcription dêvanâgarL 

« 

2. — Traduction. 

Ensuite le monde, à son premier âge, fut tel qu'un corps 
gras qui surnage (sur Feau). Pendant qu'il flottait comme 
une méduse qui vogue, un génie nommé Umasi-asi-kabi- 
hiko-di-no kami sortit d'une chose qui s'éleva comme un 
roseau. 

Puis ce fut le génie Amé-no-toko-tati-no kami. 

Ces deux génies étaient aussi des génies solitaires et qui 
avaient un corps occulte. 



2. — Glose. 



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MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 



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2. COMMEMTÂIRE. 

1 T L I ^^*^^- Cîe mot répond au chinois g| AoweA que Ton 
traduit communément par « royaume » ; mais il est évident 
que, lorsqu'il s'agit du moment même de la création, il ne 
peut être question de « royaume » . Bien plus, à la période 
primordiale que décrit ici le Ko zi ki, le Japon lui-même, 
c'est-à-dire «le monde» n'existe pas encore, car on verra 
que les îles de la terre furent créées plus tard par la 
déesse Iza-namL — Le caractère chinois employé dans 
la transcription du Ko zi ki est évidemment impropre : 



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...i.i«ciiii lu rr(^ /i7f/i SI von, le 

Av/////, dans le sens de ;J!g M i^ 
{çronper, rassemblerv ; et dans le 
est synonyme de ^ ^ rik-ka a « 1 

Im Ya-sima-iio kiud <cle Jajmn^. Le d 

Tj, 1 Goîi-geu-tei paraît adopter à peu prc 

p^^l lorsqu'il donne comme élément du 

I ^^ et J^^^ c'est-à-dire «les pays 

monde» (p. 28). 

I ^h Ih IT ^^<^^(^^h vulg- «jeune 

nois f^ tchi qui désigne «les poui 

^Ij Japonais emploient communément 1 

ce même sens, ou bien le signe ^ 

«tendre, faible, délicat >>. Il exprime 

kuni; voy. ci -dessus) à l'époque ( 

contre ce mot, avec le même sens, ( 

nique du Ni-hon Syo-kL (Livr. i, § 

I tliologie Man-yêa siûy on se sert de 1'' 

;jj| diiki pour désigner « la lune du trc 

^'^, c'est-à-dire «la nouvelle lune* 

livr. m, p. 20). 

oTl|o|-ÔT]Kili[ilTf^A>< 

teur ne veut pas dire que le monde 
semblable à de la graisse, mais qi 



L^i. 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 311 

pare la substance première du monde successivement à un 
œuf, à de la graisse ou à des poissons flottant et surna- 
geant (à la surface des flots), à de la neige qui se balance 
sans appui au-dessus des mers. Et, dans une des citations 
du Ni'hon gi (i, 1 a), on dit que cette chose avait une forme 
difficile à décrire. (Cf. Ko zi ki den, m, p. 21.) 

^ IS "F kurage, (1T]|"H) est un mot qui sert d'appui 
à ridée de «flotter» (^ {ÎË ^ ^ Ç^)- H désigne un pois- 
son également nommé |^ ^ «la lune des mers», et ;|c -^ 
«la mère des eaux» (méduse). On lui a donné ce nom parce 
que ce poisson ressemble à la lune dans la mer. Cette chose 
flottant dans la mer et ayant une forme qui rappelle l'as- 
pect blanc de la lune pendant la clarté du jour, son nom de 
«lune des mers» a été bien imaginé. On nomme également 
ce poisson j^ ^ «miroir des mers» ou ^ ^ «miroir de 
pierre» ; il est grand comme un miroir, de couleur blanche 
et tout à fait rond. 

LhôT ^^^^'^^ ^^^* ^^^ «comme» (gotoku). 

Moto-ori se demande où pouvait flotter cette chose. Dans 
le vide (sora), car, à cette époque primordiale, le ciel et la 
terre n'existant pas encore, il ne devait pas non plus exis- 
ter de mer. Cependant un ancien livre cité par le Ni-hon 
Syo ' ki dit que « lorsque le ciel et la terre n'existait pas 
encore, cette chose surnageait sur les mers, comme par 
exemple des nuages, sans que rien ne leur serve d'appui». 
Il n'est pas étonnant de rencontrer une pareille contradic- 
tion dans un ouvrage de cette époque traitant de questions 
cosmogoniques. Il y aurait peut-être lieu néanmoins de tenir 
compte de deux acceptions différentes du mot «ciel» (^Ç)? 



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vil* vi(Uv (^.-, .sv»v;). ^, form 
^, ost roni])Osr de deux éléni 
Avant la naissaïue des Dieux 
nient naissance aux continents et 
mordiaux de tous les êtres exist 
réther; le ciel ^ (fmc, de menu 
les {çénies J^ omi n'ont été erééfc 
ration des éléments c*(mtbndus da 

mm 

o h 9 1 1 h ô I ^^^'-^v'/>^ (M)' Les 
K ettbreent d'expliquer ce que pou^ 

lée (hsi'i/a i ou (m-kdhi, 11 est év 

en}fa}i:ée à ee sujet est du plus méd 

nymies modernes chinoises et japoi 

embarassantes Ji établir, et le plus i 

taines, parce que les espèces ont et 

minées par les botiinistes de TKx 

même nom a maintes fois servi à d 

férentcs. A pi us forte raison est-on e 

l)rc8quc toujours inextricables, ([uai 

respondance euroi)éenne d'un nom 

livres de la liante anti(iuité orienta 

synonymies qui nous sont donnée^^ 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 313 

Les deux signes réunis sont le nom de VArundo Indica. 
MaO'chang, auquel nous devons le texte actuel du Chi-klng 
(Livre sacre des Poésies), dit : «Ce roseau, à sa naissance 
s'appelle ^5 quand il n'est pas encore dans sa floraison 
"^ et lorsqu'il est arrivé à son état parfait ^.> {Ping-tsze' 
loui'pierij CLXXXVII, 2; Syo-gen'Zi-kaUj s. voc. dsi). — 
En somme, je crois suffisant de traduire asi par «roseau» 
(5|ÏI ^ Pï ^) 8^^^ s'attacher à une désignation botanique 
plus ou moins douteuse , et, en tout cas, assez indifférente 
pour l'intelligence du passage qui nous occupe. 

Le caractère ^, vulg. «dent», est employé ici pour ^ 
«bourgeon, pousse». Cette expression figure dans le f^ ^f^ 
^ Sîn-dai'ki, où elle signifie «un bourgeon de roseau» 
(asi-no mewo lu) (Wa-hm-sivorty s. v. asi-kabi). C'est du 
nom de cette plante qu'est venue la dénomination A^Asi- 
vara-no kuni donnée aux îles du Japon. 

Q I "I _[ hikoy mot qui se rencontre dans un grand nombre 
d'anciens noms japonais, désigne «un mâle». Suivant le dic- 
tionnaire étymologique Gon-gen-teiy qui l'explique ainsi, 
il vient de ^1^ ■^:' «un enfant du sexe masculin». Ce mot, 
écrit ^, paraît avoir été surtout donné aux personnages 
de rang élevé, aux génies, aux héros et aux princes, comme 
le mot ht -me y écrit jjS, est employé pour «une grande 
dame, une princesse». A l'origine même de la monarchie 
japonaise, sous le règne de Zinmou, nous voyons le titre de 
hiko attaché au nom du chef aïno Naga-sune qui tenta de 
résister à l'invasion japonaise. Ne faudrait-il pas attacher 
à hi'ko le sens de «fils du Soleil» ( ■^), et à hime celui 
de «fille du Soleil» (g ;;^)? L'auteur du Gon-gen-tei 



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nu'iit isole, mais en cimniositio 
l,!-„iiill -II* culte li» SoloiU; ^ 
Sulvil . \\%, a'apiTsU' Wi-H 
hiii, s. V. fii). Le Ciel ^ ne in 
to nio i' II), t't les empereurs di 
|M»ur titn^ •tîls du Soleil. (0 ^ 
vaut le dietioinmire ll'n kun sïvo 
li(>iiont1(|iie des mâles et se ratta 
Si)leilit. Moto-ori considère égale 
|iellati<m honorifique des mi\les; 
dans la composition du nom du gé 
ridtVde «miraenleux, extraordina 
même nom, dans le Ko zi ki a été ti 
imintre <|ue lu' signitie tout k la fois 
[ I (// veut dire «vénérable». 

"l-DHLi [ili [h[ILi Dr 

tio mikolo est le même dieu que ^ 
kolo. Interprété par les earactèrei 
ployés ]H>ur le transcrire, le nom < 
signifie « le vénérable éternellerai 
Le mot [J. T J. toko est expliqué p. 
logique Gon-gen td eomme étant i 
• temp8>, et de fj\^ ko «endroit, i 
la.le..'^- ^- ■ ■ 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 315 

A la fin de ce second paragraphe le rédacteur a ajouté 
une observation d'une importance considérable pour nos 
études, mais dont Tintelligence présente quelque difficulté. 
Cette observation est conçue en ces termes : 



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Kami-no kudari itii hasira-no kami-va koto ama-tû kami. 
En caractères chinois : 

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ÏH» * 3l 

C'est-à-dire : «Les cinq dieux mentionnés plus haut sont 
en particulier des Dieux du Ciel » . 

1J [|- ]| kudari signifie «cité, mentionné»; kami -no 
kudari «mentionnés ci -dessus». Ce mot kudari est encore 
employé de nos jours sous la forme ^^x kudan, par exemple 
dans l'expression ^ ^^ kudan-no gotosi (pour kudari- no 
gotosi), qu'on place notamment à la fin des effets de com- 
merce, des traités sous seing privé, et qui signifie « ainsi 
qu'il est dit plus haut». 

li [i ^^^^- ^^ ^^^1 rendu en écriture chinoise par JJ|J, 
a un sens qui a été très discuté par les exégètes japonais. 



c biiiiierai k ritcr le commentaire de Moto-ori (|ui mc- 
rotre re|innluit : 



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MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 317 

seulement songé à citer les dieux de notre monde (le Japon), 
a omis de mentionner les dieux du Ciel qu'il a considérés 
comme d'un autre ordre. Ensuite, dans une citation du Syo- 
kij on présente d'abord le dieu Kuni-no toko-tati-no mikoto; 
et, après avoir ajouté les mots « on dit aussi > , on cite les 
dieux du Ciel, l'auteur de cette citation considérant les 
dieux du Ciel comme des dieux d'un ordre particulier (koto). 
Il résulte de là que le mot koto n'a été employé que pour 
distinguer (d'une manière spéciale) «les dieux du Ciel» 
(Moto-ori Nori-naga, Ko zi ki den, livr. ii, p. 31*). 

3. — Texte. 

O O O AL 








1. Cet article était déjà en épreuves lorsque j'ai obtenu pour quelques 
jours seulement communication du -4^ ^r ^Ê ^ 2JJ gH Sen-dai Ku- 
zi hoii-ki, Tun des anciens livres canoniques de l'antiquité japonaise. Bien que 
je n'aie pu parcourir que très rapidement cet ouvrage, sur l'authenticité duquel 



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tama iki. -^ 

tofco-tatsi-no kami. P^i^ t 

^««-génies forent an«si des 
°n corps occulte. 

3. _ 

qn'on me pennethl T^. «"«««ées pan, 
1"« «e Air-*o« aJu s.'' !*.*^« '« Terre 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 



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hwii, — Dans la traditi( 
sur le texte du Ni-hon Syt 
du panthéon japonais, et 
moment où les éléments di 
Son nom signifie littéralen 
bout dans le pays». Cette ii 
d'être discutée, d'autant pi 
près les mêmes mots dans 1 
dansle^oj^;^A:^. Cet autre di 

CI-CI LiDniCi^"^«-««' 

Ame-no soko tati-no mikoto. I 
la variante toko ou sokoy que j' 
vaut Moto-ori ne fournît qu'u 

La différence sur laquelle doit 
ploi, dans le premier, du mol 
second, du mot g kuni «pay 
le premier est un dieu suprêi 
delà du séjour des humains, 1 
traire, est un dieu purement te 
du Japon. Cette explication s 
une phrase que j'ai d<^î^ - 



MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAPONAISE. 



321 



premiers dieux (au moins en tant que formant une série spé- 
ciale), dans le Ni-lion Syo-ki et dans les traditions populaires 
communément répandues chez les Japonais : dans ce dernier 
livre et dans ces traditions populaires, on ne s'est préoccupé 
que des dieux absolument nationaux et on a renoncé à parler 
d'une série qui répond probablement à la plus ancienne ex- 
pression de ridée religieusedanslesîlesderExtrême-Orient, 
mais qui n'est pas étroitement liée au sentiment national 
des indigènes et aux intérêt» dynastiques des Mikado, con- 
sidérés comme descendants directs, successeurs et héritiers 
des kami du sintauïsme. Quelques savante ont supposé que 
Ame-no toko tati-no mikoto était le même dieu que Kum- 
no tokotati-no mikoto; d'autres ont été jusqu'à vouloir iden- 
tifier Ame-no mi Naka-nvsi-no kami, premier dieu du Ko 
zi ki avec Kuni-no toko tati-no mikoto, premier dieu du Ni- 
hongi^. Moto-ori n'hésite pas à dire que c'est là une grande 
erreur, et la plus grave de toutes les erreurs. 







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{Ko zi ki défit ^ III, 33, Comm.) — Tout d'abord, dans le 
Syo-ki, on cite les dieux Kuni-no toko tati-no mikoto, puis 
Kuni-no sa-dûti-no mikoto, puis Toyo-kumii nu-no mikoto, 
d'après une tradition qui diffère de celle du Ko zi ki. Or, 

1. Notamment l'éditeur du Ku zi ki, I, 1. 



21 



si nous examinons qnelle a été l'origine et la succession 
des dieux depuis Knni-nn tobi tati-nu mikuto jusqu'à I-za 
nami-no kavù, nous voyons que deux de ces dieux Asi-fcalî- 
hiho-di et Aine-nu toko-tati sont des dieux < célestes > qiu se 
sont formés, à l'origine du ciel, en sortant d'une chose sem- 
blable à un roseau, tandis que les autres dieux qui ont paru 
depuis Kuni^o toko-tati-iio mikoto, tirent leur existence 
d'une chose analogue à de la graisse flottante qui doit con- 
stituer la terre. Dans la citatioji dn Ni-fimi y/', oîi l'on rapporte 
que, suivant un ouvrage, il y eut mie chose semblable à de la 1 
graisse flottante qui nageait au milieu de l'espace, etque cette J 
chose se transforma et devînt !e dieu Kuni-nv toko-tati-nu ml- 1 
koto, on a évidemment l'intention de mettre en parallèle les 1 
deux dieux Ame-nu toko tati et Kuni-no toko tail. Il subsiste 1 
cependant encore quelques doutes sur la manifestation dis- ' 
tincte de ces deux dieux (Moto-ori, Kozi ki deti, ni, 33). 

Ya^-vuiru, suivant l'usage, joignit au texte du Furu koto 
bmm (le Ko zi kï) qu'il présenta en l'an 712 à l'impératrice 1 
GeiMityau, une sorte de Rapport destiné à servir d'iotro- ' 
duetion à cet ouvrage. Ce mpport montre combien, à cette 
époque, les idées cosmogoniquea chinoises s'étaient infiltrées 
dans les traditions du sintaufeme. On y lit ee qui suit : 



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MÉMORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAIflNAIHE. 



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* Lorsque le chaos était encore confus, les formes (spé- 
ciales des êtres) ne s'étaient pas encore manifestées. Il n'y 
avait pas de noms, pas d'actions. Qui pourrait dire quel 
était alors l'état dea choses? Mais lorsque le Ciel et la Terre 
comiuencèrcnt à se séparer, trois dieux {^ ^jÇ) furent le 
point de départ (littér. tia tête») de la création. Le prin- 
cipe femelle et le principe mâle se séparèrent {voy. p. 291) 
et les deux 7-d devinrent les ancêtres de toutes choses. 
Les trois dieux (pkdiordudx) forent : Amp-im mi Naka- 
nusî, Taka-TiiiMUs'ubietKami-Musiibî. Or ce sont ces mêmes 

dieux qui apparaissent au début du Ko zi h' Les 

deux rei (ancêtres de toutes choses) turent '^ ^ 55 tfdfe 
Iza-naiji et la déesse ^ ^ jj|ï ^ Iza-nainî. 

4. — Texte. 



iaëSIORIAL DE L'ANTIQUITÉ JAI-ONAISE. 325 

di-no kami; tUgl-ni tmo Oko fo-nn he-no kami. — T&gî-ni 
Omo -daru-no kami; tûgi-ni t'mn Aya-kasUto ne-no kami. 
— Tiigi-ni Iza-nagi-no knmi; tftgi-ni. imo Iza-nami-no 
. kami. 

Kami-no kudari Kniù-no toku tati-nu knmi yri siinu, Iza- 
nami-no knmi mode, nvasete kami yo nana 9/0 to mausu. 

4. — TTlANSrRII^nON DftVAN.U-.A.:i. 

g^ ^ Ttft m^^ ^-Rft îfi ïft sn ^1 ai^VîîVîfr wmi i 
^ «ft ^ w^t^W^ ^ wm) Il ■m\ 'ft 5^ ^ ^ ^Tïft I 

jft I g^ îf^ Çlft Vt?tf f 1^> > ïft ^TF^ H g»ft îft ytTTt^T^ 
T-R^ ïft ^TWt I Wth ^ THT ÇJTTTnft sfï ^W) Il 

^rnft îfT ^^ttI ^"^ 'f[ îft^"^ îrnft 'ft ^tït^ ïïYt^ *î^ït"Y çm- 

ITfît 'ft ^FTïft TJ^ "WTrè'^ ^îTïft ^ Tpn ïft ïfî ïfrfl 11 
4. — Traduction. 

Ensuite le nom du gi^nie qui se manifesta fut le génie 
Dmlzini-no; puis sa compagne la déesse Sou-l>idzi-iii. Puis 
le génie Tsoimoii-gmii. Puis sa compagne la déesse Ikoii- 
gflui. Puis le génie Oho to-no dzi ; puis sa sœur la déesse 
Oho to-no hé. Puis le génie Omo-darou ; puis sa compagne 
la déesse Aya-kasiko-né. Puis le génie Iza-uagi; pnîs sa 
compagne la déesse Iza-iiarai. 

Les génies mentionnés ci-dessus, depuis le génie Kou- 
tni-no toko-tatsi' jusqu'au génie Iza-nagi forment ensem- 

1. Dana le texio publia par Arata Atutitn6, au lieu Ac Kuni-»o loto loti- 

oto, on lit Kiaii-no >olro tati-m mitolo (voy. Ko il den, livr. O, p. 8). 



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"TSI[I LILi uni V-!d.in;.n.,kami.°-\^\{,\ L|j 
LilhDI *''''* '''^//-w/-«" /.««i/. Les noms de rcsiteiix dieu; 
sont identiques à la seule différence près du premier ïu« 
qui entre dans lenr i-oinpnsitioii ; il est évident qu'il exista 
entre eux uu parallélisme dont il faut tenir compte. Da] 
le Ko zi ki, on ne s'est servi, pour les noter, que de signef 
cliinoisphouéUquesf^-' ^lî'^ lÊ*')®^. ^ ' J:!:-^ ^^Jl"> 
dans le Ni-hon Syn-kl. au contraire, on semble avoir voulu 
faire comprendre leur signification en employant des t* 
ractères chinois idé()grapliiques (H" ^^ ^^, jj?^ 4- jj 
:^=). Or oj « signifie <boues (ch. ^); c'est le même mot 
qu'on rencontre dans les poésies des âges postérieurs sous 
la forme $? ^ nki; le composé «■' i-il! signifie, de la sorte, 
«terre limoneuse». ÇJ s'û, transcrit dans le Ni-hov gi par 
jj? (vulg. isablei), indique de la terre et de Teau de ma 
qui, à la fin du chaos, commencent à se séparer, iûti-vo n 
dïi in wnkare-fni-u-wn ru, dit Moto-ori {Ko zi li dtm, livr^ 
m, p. 38). Suivant ce dernier commentateur, ]_ ) ni (JS=) 
répondrait à |^ nn (vulg. «champ.) du nom du dieu Toyo- 
^((^"-««-««/.■(^«(voy. plus liaHt,§3), et aurait lesens de* 
marais, un étang» ('^n). Ce même mot se rencontre dani 
plusieurs noms anciens; et, dans le St/n-ki. il est indiffé^ 



MÉMORIAL nr. L'ANTIQUITE JAPONAISE. 



329 



remment écrit ^li ni ou ^gn ne. Moto-ori dit que, d'après 
son maître, ^ " viendrait de ^^ uki {vnlg. » flotter»), 
et ^7 sii de "^^ sidit (vulg. •plonger»), par contraction 
i^'- M^ -''^ ^"^ <L ^\ ^ ^ ), et exprimerait l'état de 
la terre qui, au commencement du monde, était d'abord 
mêlée à l'élément liquide des mers et qui ensuite finit par 
se dessécher et durcir, de façon à former les continents. Dans 
ce cas, le mot ^= ni, oîi nous voyions tout à Thenre, nn 
équivalent du mot ^maraiss, devrait être rendu par «terre». 
Cette étymologie, qui semble peu probable au premier abord , 
prend quelque vraisemblance par snite des rapprochements 
philologiques qu'ont fait plusieurs auteurs japonais, et d'oîi 
il résulte que le mot ni est enti'é dans la composition de 
divers mots oîi il a évidemment la valeur de ".terre». {^'1 
hani, dans le Gon-gcn lui, p. 43; «terre rouge ou jaune», 
Wa kiin sivori, XXIV, p. 27; Si/n gen-zl kau, éd. lith., p. 14, 
1. 10; «la terre Ji l'état de mortier» ^^ J^^^, c'est-à-dire 
l'argile, dans l'état où il sert pour la fabrication des pote- 
ries tg, Wa-kaii ySan-sai du-ye, livr. LV, p. G; dans le Wa- 
myau-seô, la -boue» est appelée hidiriko; on dit également 
kdidi; en langue vulgaire >! □ doro.) 

[il I L I " I Di ^»5'-"' ''«f- Suivant Moto-ori, l'auteur 
du Ko zi ki s'est exprimé ainsi parce que dans les cinq gé- 
nérations divines qui suivent, on voit les deux sexes repré- 
sentés ; mais comme les dieux mâles vinrent les premiers, 
et les dieux femelles ensuite, on a employé le mot ^^ 
ttigi. Cette explication du savant exégète japonais est peut- 
être un peu forcée, et il snftirait probablement de voir dans 
le mot fîigi une conjonction indiquant la succession des 



330 DK ROSNY. 

(liviiiités éuuiicées an début du Ko zi. ki. et rien de plus. 
Imo désigne d'ordinaire « une sœur cadette »; mais le signe ^ 
^ signifie aussi • nne jeuue femme », et même une é[)ouse 
(^). Dans les temps anciens, on se servait indifféremment 
de imo lorsqu'il s'agissait de mari et femme, on de frère et ■ 
aœiir, on même vis-à-vis d'étrangers. Lorsqu'une femme,! 
par exemple, se trouvait avec un homme, celui-ci s'appe- j 
lait imti. Plus tard les femmes ont fait usage de la même ] 
expression en se parlant entre elles, et chacune, dans la i 
conversation, disait mo «moi, votre cadette-. Le rédacteur ' 
du Ko zi ki a fait usage du caractère ^ parce qu'il n'avait j 
pas de correspondant plus exact du mot o | [] J_ m», et comme | 
les dieux, jusqu'à Omn-daru Kasikn-iip-no kaini, nous sont 1 
présentés deux à deux, un dieu mâle et un dieu femelle, on I 
a donné aux dieux femelles le nom de imo. On aurait tort de j 
trop s'appuyer sur le sens du caractère chinois ^ qui pour- 
rait induire eu erreur. Enfin il faut hésiter à traduire imo I 
par » épouse » , car à cette époque le mariage n'existait pas I 
encore; ..... totÛgi-no koto va Imnda hadinwraznni tnki na- 
reba, ynme-no i'i-niva arazil (Moto-ori, Ko ziki dai. livr. m, | 
p. 41). 

[TLT ITâILi IhDI Tmm gui-no kami. - ÏHTl 
ITol Li 11"DI ^^'^ 3'('i->i^ kami'. — Tûnu^ forme an-| 
cieune de tuno, répond an chinois ^ qui signifie communé- 
ment « une corne » , et exprime ici quelque chose qui surgît, ] 
qni vient à poindre, comme « un hourgeon ». Suivant Arata 1 



1, D'iiprâs le Sen-dai Kn-zi-ki Attribué à S-iau-iokn lai-ti, CC3 (ieiiï gÉnii 
forment la troisiÉmc génération des dieiii; rtu Ciel, et celle de U'i-dini-i 
Irami cet considÉrëo comme la qiiHtrième. 



MÉMORIAL DE L ANTIQUITÉ JAPONAISE. 331 

Atutané, ce mot veut dire une chose qui naît, et n'a pas en- 
core de membres, tels que la queue, la tête, la main, le pied 
{Ko si den^ lîvr. Il, p. 5, et Ko ziki deii^ livr. m, p. 41). — Kui 
ou gui^ rendu par le chinois 1^^ «une borne agraire' >, 
doit être traduit, suivant le commentaire de Moto-ori, par 
« une chose qui commence à pousser > . Le nom de ce dieu 
signifie donc « le Dieu qui vient de paraître (comme le re- 
jeton d'un roseau) >. — Iku-gui s'explique, de la même fa- 
çon, par «prendre la vie et l'activité». 

oi ôi [ILi [ I Li IhD I Oko-to-no di^no kami. oiôi 
[J[LJ[ Q-| Li IhD I OhO'to-no he-no kami. Dans le nom de 
ces deux dieux, ]|^^ ^* oho est une particule honorifique 
(^ ^"01^ 9 )î ^'^* ^^^ orthographe phonétique du mot 
^ oho actuellement encore en usage chez les Japonais^. 
ip to est une notation phonétique de ^ i- « lieu, endroit * , 
en japonais moderne V* 3 D foA:oro. «L'expression to, pour 
désigner « un endroit * est très fréquente dans la langue an- 
cienne J^fli: ^ i^^ ^^*^3.^ \ (Wakimsi- 
vori, livr. xvm, p. 1). To est également transcrit par ^ i- 
«une porte» que l'auteur du Gon-gen tei^ donne comme devant 
servir à l'étymologie du mot tokoro^ équivalent de to «lieu». 
Le nom du dieu qui nous occupe en ce moment est, en eflfet, 
écrit quelquefois avec le caractère ^ b, notamment dans 
le Ku zi ki, livr. i, p. 3-4. — No est la particule du génitif 

(bI A ^^ ^ ^^i »2P "t ). — Mb^ di est le même 



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1. Arata Atutané écrit le mot gtêU avec le caractère ;^ qui, d'après 
le Choueh'wen, est synoDyme de ij^ (Ko si dm, livr. n, p. 1). 

2. Arata Atutané fait usage du caractère -ir pour écrire le nom du 

dieu Oho-to no di-no kami (voy. Ko si den, livr. ii, p. 1). — Dans le Ku-zi ki, 
ces dieux s'appellent Oho-toma-hiko-no mikoto et Oho-loma-be-no mikoto. 



332 



mot que nous avons déjà rencontré (§ 3) bous la forme jg*- 
dt, dans le nom du dieu Hiko-di-no kami; il exprime l'idée 
de ' mâle > , et a pour correspondant le mot he qui, dans le 
nom de la déesse Oho-to-iio he, est «ne appellation Lonori- 
fiqiie de « femme ». Ce mot di est probablement ta racine ' 
de /iV/"p6re», expliquée par j^+^. ^/-rf/ dans le diction- 
naire étymologique Gon-gen tei, p. 33. Quant au mot he, 
qui pourrait bien n'être qu'une transformation phonétique I 
du mot ^j* vie, le 6 et le m permutaiit fréquemment en 
japonais, il est considéré par l'auteur du Wa hm sivort 
comme une contraction de jj^'j^ h/me «princesse», dont on 
trouve beaucoup d'exemples dans le Ko zi h! et dans le 
l^ijn-ki 

olQi i\-'\MnYW\Omo-daTa-nokami. o|- ïj- Ihôl 
li HLl IhDI ■^U'^'-kn^'ko- ne-no kami'. — Omo-daru est 
rendu, dans le Syu-ki, par ^^, et veut dire «ce h quoi il i 
ne manque rien, qui est parfait» . — Aya indique *uue excla- 
mation*, et Â:(is(X'o «la crainte», d'où «une exclamation pous- 
sée par frayeur ». — Ne est donné comme une contraction 1 
de :^r_J(ji «^un aîné», expression honorifique également 
applicable aux hommes et aux femmes. Ces interprétations, 
données par les exégètes japonais, ne nous font guère com- j 
prendre d'une façon satisfaisante le sens qu'on a pu atta- 
cher à ces deux noms de divinités qui, malgré les efforts 
de plusieurs savants indigènes, demeurent assez obscurs ou 
tout au moins fort incertains. L'idée que par Ai/(i'ka.<:iko, 



. Aratn Aliitané supprime le i 



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1%4 



MOEIAL DE L'ANTIQUITE JAWNA18K. 



fB. voulu dire qu'à la vue de ce dieu ou était saisi du ti'rrcur, 
ne paraît pas satisfaisante. 

ï I Sh Lh mi Ih □ I /=<.-™,9<-"»Aa,„;. ïi o|. Lh D I Li 

"]|-Q|7;a-7^aTH/-»o kami\ La signification de itb noms est 
encore plus douteuse que celle des noms précédente. Il 
serait cependant fort intéressant d'en déterminer la valeur, 

I car il s'agit, eu ce moment, de deux des iliviiiiti-s les plus 
importantes du panthéon japonais, de deux génies que le» 
chrétiens du Nippon appelaient «l'Adam et Eve- de leur 
pays. Iza, suivant les principaux commentateurs, nigiil- 
fieraît «conduire, aller avec, tenter ^; et, de la sorte, Izn- 
nagi serait une abréviation de Iza-nai himl ' le seigneur 

k qui conduit, qui tente » , et Iza-vam! une abréviation de fza- 
nai-me-gimi • la dame qui conduit, qui tente • . Ces nom» «t; 
rattacheraient Ji nue légende qui se rencontre également 
dans le Ko zik! et dans le N'-hon Sya-ki, légende suivant 
laquelle ces deux divinités, dans le but de donner le jour 
aux îles du Jaiwn et Ix une foule des dieux nationaux de 

Lee pays, se seraient provoquées l'une l'autre |Kiur s'unir 
Hir les liens du mariage et se connaître. — ha, qu'on 

■écrit en caraftère« rliinois ^^ j|j, est une interjection qui w, 
runnnce dans le iiut d'exciter ou d'eneourager; on en a 
\ les verbes izawiu, izannyerit (^) «condnire, en- 

I. Kim Yoni-kaîir pré»eii(<> ka-niu/i r/mnne iin ilps wiiivcraina |»i 

In J.ip-rij, rt à pp titrfi Ifl AMgnc sons le mm ''<■ '§J '^ ^ ^^ 

! /w-jHiyt tmt-ffrut, (tans son ^Ikin critiqne de Vflgttû /ami, livr i, p. I. 

- iJnns It^ Sra-Aiii Ku si IH, on d(iniit< ^trol^in^nt û fta-nasfî ]e nim i\« ^ 

^ l|^ lit >">« *"rfn™ n fl-inw, <|e jî^îH mh\f 'Itwpnriii <Iit (VI-, rt t'i 

w«v.i <^ehl) -le 3Ç ^ 1^ U A^^f^i-uHan. mf ffaml. -k H.'u»- frmrih 

iwendii 'tu r*!>'l ■ I t's il'-i[\ iiiiiiiK toiil riHiipiHffl mui* rinHiii'ii'-.i iIm fiW 



334 



courager, causer une tentation », et aussi * pousser, sollici-^ 
ter, exhorter (siisfimu, sitMimei-uJ'y sens qui ronviennentJ 
assez bien aux noms îles dieux qui nous occupent (voy. TTo-l 
yon tei hcô-syn, p. 8; Wa kuu sïvor'i. t. III, p. 8). - — ^^a-^»l 
est considéré par les uns comme l'équivalent de ^r ^r 1 
« mon seigneur », autrement écrit en signes phonétiques ^ 1 
^, par !ea autres comme une contraction j^ ^ nandtm 
klin! (na-gi) «toi, seigneur»*. — Le mot mi. dans le nom de 1 
ta déesse Iza-imviî, a été évidemment mis en opposition I 
avec le mot gi. On y voit une contraction de ^^t ^r we-^ij 
« princesse » . Ces deux noms ont été encore interprétés dif- 1 
teremment. Dans le Ni-hov Syo-ki, on écrit le premier avec 
le caractère ^^. qui peut se traduire par < accéder, con- 
sentir», ce qui ferait allueîou au moment oïi le dieu mâlel 
cède à la provocation tentatrice du dieu femelle; mais com- 1 
ment expliquer le caractère ^:^ employé jiour le second! 
nom? Les wa-gaku-sya sont généralement d'accord pouri 
considérer ce problème jibilologique comme très embaraa- 1 
saut, pour ne pas dire tout-à-fait insoluble. 

Iza-nagi et Iza-nami terminent la série des Génies dnl 
Ciel (Ten-zin ou Ame-wi kavii), en dehors de laquelle Q'I 
faut placer la triade primordiale dont le Dieu suprême! 
J!^aka-7iim est la principale expression, et qui a été omise^l 
comme je l'ai dit, dans la rédaetion du N'i-hou Syu-kt, tan- 
dis qu'elle figure, au contraire, en tête de celle du Ko :i ki. 
Les dieux de cette triade sont spécialement désignés, dans ■ 



1. Et ftiisgi aa»ô -h 


LV-itur, pcrBu.idcrt {Ga-gen tiA-rrm, Uvt. i, p, 32). 


2. Le mot tiayi »i> i 


-encontrt- ilniiH (iliisitïiirs notiia nui^ieiis oA il est ord; 


^npbié de diverses m 


auières. ^ tI^. ^ ^, ^'tc (G.-^,. W..« 



MÉMUKIAL DE I.-AXTiyUr l'f; .lAhiNAISK. 'X\ti 

Ile Rapport iirésenté en 712 de notre ère i\ l'iiiiprnitiiiT 
[ Geii-myau, par Fuio-iio Yaaii-nwni, nous le nom ili' ^ 1||t|| 

\an-zm «les trois Dieux (par excellenee)», et U'm ileiu <\i'- 
Vme& Iza-iiayi et Iza-nami aeiw le titre île ;;;, jH ni-rvi • li*M 

Jieux priiieipea- vitaux (des titres)». 

J'ai dû abréger eoiiBidérablirmeiit le i-mniiifritHire et l'Iri 
Rer]>rétatîoii que j'avais cuiiipon^'H pour iiccitrupiiKtier le« 
jquatre fragment» du Ko zi ki reprodiiitH danN cette iiotlee, 
Afin de De pax trnp d^;piuwer le» liniiti;» MI:k% pour elwilfl 
' des mémoireH renferméit daiw ee vohinie. < V l'iiirt nyMnmi 
suffira, je l'eapère, pfnir donner une W-Àt du Imvnil i|ii« 
j'ai entrepris, dami le but de ne faciliter riiilellJffeii'T ilu 
Ni'htm Syo-kJ, l'an de» IJvreu Kai-réi de» Jii|>(fii«lii, t\*mï 
b tradDcti<m s'imprinie «u e#; nK/taratt et (jttj AiM [fttrtClUf 
dam le Recueil des pBUicatÎMH d« Vi^Att ti^rMf. At^n 



KIM VAN KIEU TRUYEN 



POËME ANNAMITE 



ÉPISODE DE Tir HAI - TUÏ KIÊH SAÏÏVCE DD FLEDVE 
(VERS 2164-2716) 



TRADUCTION 



A. DES MICHELS. 





J 




;■ tP9 ■B' av- SV'^-' e^- 



Kl M VAN KIEU TRUYEN. 



Introduction. 



^^1 Les épisodes qu'on va lire »oiit tiré» d'un {luùiuu dodt la 
traduction intégrale, aujourd'iiui entièrement terminée et 
80U8 preH8e, sera bientût livrée à la puldicité. Cette luuvre. 
qui est regardée comnie une deu pluii remarquablt*^ de la 
littérature annamite, fut composée houh le règne de l'em- 
pereur Gia long par \m haut foiietioiinaire du miniutère tlcH 
Rites nommé Ngnyht Du. SariH entrer ici dans les détaiU 
du sujet, dont la place est plub>l daii» l'introdutitun qui doit 
précéder ma traduetion complète, je dirai Heulemeiit |H>ur 
riutelligencc de ce qui va suivre que Tûy Kiêu. jeuruf fille 
belle et accomplie, se trouve oiiidamiiéc à expier par une 

prie de boute et de «oufTranc^ ]en fantes d'uni- exintvn'^c 
rieure. Aprèa s'erre vendue elle-même iKiur ol>t<rnir la 

■lîbératioii de son père arrêté comme iiuolvable, ellej 
trouve, par suite d'un mariage itimnlé, livrée | 
l'one mégère qui exploite un l)<^n infâititr. lùlln 



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A. DES MICHELS. 



r 1111 jeune liomme fjui s'est épris de ses charmes et de ses 

jts. Ce dernier la prend pour concubine; mais la femme 

litiine poursuit Tây Kiê,u de sa jalousie et l'accable de 

luvais traitements. La jeune femme n'échappe à sa per- 

lutrice que pour se voir de nouveau condamnée à trafi- 

|er de ses charmes. Elle se trouve une seconde fois ren- 

^ la liberté grâce à la pa;^sion qu'elle inspire à Tie Hâi, 

lerrier puissant qui a levé contre l'Empereur l'étendard 

I la révolte. l)n verra dans les pages qui suivent le parti 

; le poète cochincliinois a tiré de cette situation. 

La moralité de l'œuvre de Nguyên Du est sans doute 

1 d'èti-e irréprochable, quoiqu'il puisse en sembler aux 

tré.s (le l'Annaui, qui paraissent être, sur ce point, beau- 

lip moins délicats que noua; mais ou y trouve une grande 

i-iniilitc de pensée, et parfoi;* des seiitinients rcniai'qua- 

Imciit élevés. 



KIM VAs KIÉU TRUYÊN. 



Peu à peD le temps s'était écoulé, 

lorsque tout à coup uo étranger, (tcdu) de la frontière, 
arriva pour se divertir. 

Il avait la barbe épaisse du tigre, la lai^e mâchoire de 
l'birondelle; ses sourcils ressemblaient an Ngài^. 

Ses épanles étaient larges de denx coudées, et sa taille 
haute de dix. 

C'était an héros imposant! 

Au jeu dn bâton, à la manœuvre des poings, il surpassait 
les plus forts; il possédait, dans les Lum et les Thao, 
une science renommée. 

Il était puissant sur la terre! 

Son nom de famille était Tic, son petit nom Hài; il était 
originaire de Viët dông. 

Son existence se passait à faire du bruit dans le monde. 

Il brandissait son épée d'nne main; en s'aidant d'nne seule 
rame, sor les fleuves il naviguait. 

1. Insecte dont la fomie est très anslogne à celle du ver & soie, mab 
plus ondalée et tenuinèe en pointe. 



KIM VÂN KIÉU TRUYÊN. 343 

«qui m'aurait laissée, à mon gré, choisir Tor et laisser le 
» cuivre?» 

« Vos paroles sont sages ! » dit Tît; 

« elles rappellent à mon souvenir la phrase sur Binh Nguyên 

«Je suis venu ici pour vous considérer de plus près, 

«et voir si je puis avoir quelque part à vos faveurs.» 

«Que votre magnanimité se montre indulgente!» dit-elle. 

Le Chef de Tân Bwcmg a pu réussir dans ses entreprises^! 

«Soyez généreux pour l'herbe de la plaine! Ayez compas- 
»sion d'une humble fleur, 

«de ma chétive personne, qui, faible comme le Blo et la 
» mousse, n'ose s'appuyer sur vous, et tôt ou tard vous 
» pèsera!» 

En l'entendant, par ces paroles, accéder à son désir, Tit 
Hài secoua la tête. 

«Combien», dit-il en riant, «est-il de cœurs d'accord en 
»tous points? 

«Que vous avez des yeux charmants! 

1. ^^ 1^ 3* Binh Nguyên Quân est un personnage célèbre de Tépoque 
dite des guerres des royaumes (^^ H Chien quoc). Il avait une grande répu- 
tation d'hospitalité, et traitait magnifiquement ses hôtes. 

2. Ceci est une sorte de plaisanterie littéraire singulièrement cherchée . 
Tàg Kieu fait entendre à Tir Bai que la fortune le favorisera, dans les 
rapports galants qu'il veut avoir avec elle, comme elle favorisa jadis Bvang 
cao to, qui, de simple gouverneur du Quàn de Tân Btro^,- devint empereur 
de la Chine. 



KiM vAn kiéu truyçn. 345 

Ce héros, cette noble fille, 

Au gré de leurs désirs, s'abandonnèrent aux transports de 
l'amour. 

Leur feu dura la moitié d'une année; 

puis, tout à coup, le guerrier se mit à penser à la gloire. 

Les yeux dirigés vers l'espace , avisant le ciel et la mer 
immense. 

Il ceignit son glaive tranchant, il sella son coursier; puis 
sur le chemin droit devant lui il s'élança. 

«Le devoir d'une femme», dit Kiêu, «est de suivre celui 
» qu'elle aime. 

«Dans mon cœur, puisque vous partez, j'ai résolu de partir 
» aussi! » 

«A présent» lui répondit Tb;, «qu'intimement nous nous 
» connaissons, 

«comment n'avez-vous pas fui encore? car, ainsi, d'ordi- 
»naire, en agit le cœur de la femme! 

40 ^ j^ ^ Thiêt Lmh Ly porte une calebasse et une béquille. C'est 
le patron des magiciens. 

ô<> "Sf B| JB Tào Quffc Ctru, coi£fé d'un bonnet de mandarin, tient à 
la main des castagnettes. Il est invoqué par les bouffons et les comédiens. 

6° ^^ S -^ Trvrçng Quâ Lào tient une boîte à pinceaux en bambou. 
Il forme au beau style les écrivains et les lettrés. 

^** ^Ë 1^ "^ ^*^** Ttpang tà^ est représenté sous la forme d'un jeune 
homme qui joue de la flûte. C'est le patron des musiciens. 

8° Enfin 'fBjf f jlj ^ fl2i Tien Cffy génie du sexe féminin, se tient de- 
bout sur un pétale de fleur flottant sur l'eau. Elle a dans les mains une 
fleur de Lotus et un panier. On invoque son secours en matière de ménage. 
(V. le Dictionnaire de S. Wells Williams, au mot Sien.) 



Je iLe i-erâi «ii^TÎîuné «îti vtîI 

* ' En ce ini>ment. daife le mont 

>nne demeure! 

< Vous ne feriez, en me soîrant. 

> car on ponrriez tous aller? 

< VeniDez bien en ce lien m'atte 

'an pins tard, pendant nne ann< 
>nons presse! > 

Ils contiennent de leurs faits: Ion 

Ainsi font le vent et les nuages 1 
large. 

La jeune femme, isolée, dans sa 

Lentement les jours s'écoulèrent! 
tous. 

Sur la mousse de la cour aucun [ 
preinte. 



KiM vAn kieu truyên. 347 

Kiêu était émue en pensant à ses parents, qu'une immen- 
sité séparait d'elle, 

et au souvenir du pays, à la suite des nuages qui couron- 
naient le mont Tân, son âme au loin s'élançait! 

Combien elle souffrait de ne point voir son vieux père et 
sa vieille mère! 

Où pouvait-elle à ses regrets trouver im adoucissement? 

«Déjà plus de dix ans se sont écoulés», pensait-elle. 

«S'ils sont encore en ce monde, ils doivent porter le sceau 
»de la vieillesse; la neige a couronné leur tête! 

«Je les regrette, ces cœurs aimants que le hasard m'avait 
» donnés ! 

«Bien que nous soyons séparés, (à mon ami) toujours reste 
» attaché mon cœur! 

«Si de cette union ma sœur cadette a renoué les fils\ 

«Dans leurs bras ils doivent porter, embrasser un doux 
» fardeau!» 

En son cœur le souvenir du pays et la douleur de l'exil 

se trouvaient confondus ensemble. 

L'aigle avait tout à coup pris son vol à perte de vue! 



que Tarbre, en vieillissant, perd un certain nombre de ses branches; et réci- 
proquement cet éclaircissement des saules indique que le temps a marché. 
1. En se vendant pour payer les dettes de son père, Tvy Kiêu avait 
chargé sa sœur Tuy Vân d'épouser à sa place son fiancé Kim Trong, 



\, 



! ! esprit, 

I î ' 

; î. j tout à coup, dans un coin de 

d'une armée! 

- • i 

.:,^ |1 -, I Les vapeurs du massacre obsc 

de Kiêu tout devint confus! 

Les Kinh^ les Ngac^ remplissai 
étaient pleins de guerriers e 

Ses connaissances, ses voisins 

la pressaient de chercher quelqi 

«A attendre en ces lieux j'enga 

«Oserais-je, même au sein du péi 
»trefois?» 






vm. 



î 



t. 



Elle hésitait encore, indécise, 

Quand elle vit au dehors flotter 
le bruit du gong. 



P^ L'armée, s'avançant, entoura la 



et tous, d'une voix, demandèrei 
»chef?» 



KIM VÂN KIÊU TRUYÊN. 349 

déposaient leurs armes , dépouillaient leur cuirasse , et se ' 
prosternaient à Feutrée de la cour. 

Des filles d'honneur arrivèrent ensuite, 

qui disaient : «Nous attendons les ordres de Madame pour 
»la conduire à son époux!» 

Tout était prêt; les parasols superbes, les palanquins magni- 
fiques,' 

Le brillant bonnet qui flottait au vent, les splendides vête- 
ments brodés. 

On hissa le drapeau, le tambour résonna, et l'on se mit en 
marche. 

La musique allait, précédant; les palanquins dorés suivaient. 

Prenant les devants, un rapide courrier s'élança sur la route 
avec vélocité, 

9 

Tandis qu'au palais du sud, on entendait, dans la cour d'hon- 
neur, le tambour battre à l'assemblée. 

Sur les murs on hissait les drapeaux; l'on tirait le canon du 
rempart. 

Tît công sortit à cheval et alla recevoir en personne la jeune 
femme hors des portes. 

Son costume brillait, splendide; son bonnet et sa ceinture 
étonnaient les yeux de leurs riches couleurs; 

Mais il avait encore cette large mâchoire , ces sourcils de 
Ngài d'autrefois! 




iO A. UKH MKrnELS. 

riait. "Notre union sera fortHii('*t: ! ° liit-il. 

P^ous rappelez-vous les paroles iiuî jiidi» fnreiit pronou- 
*cée8? 

Jii cœur de liéros sait seul diBi^enier un cœur héroïque! 

V^'oyez maintenant! Pensez-vous que vos ilésirs soient 
«satisfaits?» J 

?auvre femme simple d'esprit», dit-elle, t 

Liane frêle, j'ai le bonheur de m'abriter sous Tombre d'un 
» arbre! ■ 

En ce jour enfin je vous retrouve ici; V 

nais mon cœur n'a point douté depuis le jour de la pro- 

» messe!' 

8 se regardent l'un l'autre, et tons deux ils rient aux éclats; 
lis. se tendant la maîn. djins une chiiiiihre ils vont s'aban- 



KIM VÂN KIÊU TRUYÊN. 351 

ce qu'elle souffrit à Vô tîch, ce qui se passait à Lâm tri; 
Comment ici on la trompa, comment, là, on eut pitié d'elle ! 
«Maintenant», dit elle à Tàr công, «mes peines ont disparu! 

«Mais il me reste quelque souci ! Quant aux bienfaits, quant 
»à la vengeance, rien n'a été réglé encore!» 

Lorsque Tî^ công fut au courant de tout. 

Il s'irrita. Sa fureur éclata comme le tonnerre! 

Le prince redoutable choisit des chefs qui devaient se tenir 
prêts à agir. 

Dans le camp un ordre fut donné; puis, tels que des étoiles 
filantes, ils partirent avec vélocité. 

L'armée hissa son brillant étendard. 

Un corps marcha sur Vô tîch, et l'autre entra dans Lâm tri. 

De ceux qui autrefois avaient agi méchamment 

L'on rechercha les noms; on s'enquit d'eux, on les saisit; 
ils furent amenés, on les interrogea. 

Une dépêche fut, en outre, expédiée avec des instruc- 
tions, 

ordonnant de faire garder à vue une famille du nom de 
Thûc sans attenter à sa tranquillité. 

Quant à l'intendante et à la bonzesse Giâc duyên, 

Un auti'e avis leur porta des nouvelles et une invitation à 
se présenter. 



KIM VAN KIÊU TRUYÊN. 353 

«Appuyée», dit Kiêu, «sur votre autorité puissante, 

«permettez qu'avec justice je paie de retour les services 
»et l'affection; 

«puis, après les récompenses, la vengeance aura son tour!» 

«Madame», répondit Tw, «agissez à votre guise!» 

Alors aux gardes armés, elle ordonna d'amener Thûc lang. 

Le visage de ce dernier était vert de peur! Il tremblait 
comme un chien près du feu ^ ! 

« Cet amour immense » , dit Kiêuy 

«Et les anciens jours de Lâm ^7•^, ne vous en souvient-il 
»déjà plus? 

«Si les étoiles Sâm et Thwcmg n'ont pu accomplir leur 
» union ^, 

«Une autre en fut cause! mais moi, pourrais-je donc ou- 
»blier l'ami d'autrefois? 

« Cent rouleaux de gâm, mille livres d'argent 

«Ne sont certes que peu de chose en retour de vos bienfaits! 

«Votre femme est douée d'une ruse infernale! 

«mais aujourd'hui le filou et la vieille se rencontrent! 



1. Thuc avait épousé Kiêu en qualité d'épouse de second rang; mais 
lorsqu'il la retrouva dans sa propre maison où sa femme légitime, après 
ravoir fait enlever, Tavait réduite à la condition d'esclave, il n'avait osé ni 
la défendre, ni même la reconnaître. 

2. Si nous n'avons pu être unis nous même. Les étoiles &i, 8âm et fra 
Thuxrng (Orion et Lucifer) ne peuvent jamais être vues ensemble. 

23 



KiM vAn kiéu truyên. 355 

«Mille onces de ce métal sont un présent bien ordinaire! 

«mais combien en faudrait-il pour faire contrepoids dans 
*la balance au cœur sensible de Phiiu mâu^^^ 

Les deux femmes la regardaient, immobiles et stupéfaites, 

Suspendues entre la frayeur et la joie! 

«Veuillez vous asseoir un instant», dit Kiêu, 

«et regarder pour bien savoir comment j'exerce mes ven- 
» geances ! » 

Aussitôt elle commanda aux chefs de faire comparaître les 
coupables, 

et d'introduire la cause des criminels qu'elle allait inter- 
roger. 

Au pied du pavillon se tenait un bourreau, sa lance nue 
dans la main. 

Le nom de la principale coupable fut appelé; c'était Kocm 



1. Cette ^S -Qr Phieu mâu blanchissait, comme le rappelle son nom, 
du linge au bord d'un ruisseau. Elle y vit arriver un malheureux nommé 
Hàn Tin exténué de fatigue et mourant de faim. Saisie de compassion, elle 
lui olïrit de la nourriture, et le soigna maternellement jusqu'à ce qu'il eût 
complètement recouvré ses forces. Ilàn Tin parvint dans la suite à de hautes 
dignités et commanda les troupes de l'Empereur. Se souvenant alors des 
soins qu'il avait reçus de la vieille blanchisseuse, il la récompensa magni- 
fiquement en lui donnant mille onces d'or, auxquelles fait allusion le pré- 
sent vers. Tûy Kieu veut dire par là que, de même que l'or de Ilàn Tin 
ne pouvait équivaloir aux soins maternels que lui avait donnés Phieu mâu, 
de même elle aussi ne saurait payer l'affection dont la vieille dame et la 
supérieure lui ont donné autrefois des preuves. 

2. L*épouse légitime de Thuc. 

23* 



KiM vAn kiéu truyên. 357 

« Aiijoiinriuiî je fais appel à votre cœur magnanime! N'an- 
»rez-vou8 point quelque pitié pour moi?» 

«Je reconnais, dit Kiêity combien est vraie cette maxime : 

«La s^iprême finesse consiste à parlet^ comme il convient!^ 

«Si je la laisse aller, cela me vaudra du bonheur en ce 
» monde ; 

«si je pousse l'affaire à fond, je montrerai peu de grandeur 
» d'âme. 

«Puisqu'elle reconnaît sa faute, tout est bien!» 

Puis elle ordonna aux gardes relâcher Hoan Tha sur le 
champ en sa présence, 

et la dame se prosterna dans la cour en signe de gratitude. 

Par la porte de Fenceinte on introduisit une file de prison- 
niers. 

«0 Ciel immense! Ciel élevé!» s'écria la jeune femme; 

«A qui nuit aux gens, on nuitt Y suis-je, moi, pour quelque 
» chose?» 

C'étaient d'abord Bac hanh, Bac bà; 

D'un côté Uhg et Khuyêny et de l'autre côté Sa Khanh; 

Enfin Tu bà et Ma giâm sanh'. 

Qu'allait-il advenir de l'examen de ces coupables? 

1. Gùic Duym, supérieure du couvent dans lequel s'était réfugiée Tûy 
Kiéu après s'être enfuie de la pagode où Pavait confinée Hoan Thor, crai- 
gnant d'attirer sur sa tête la colère de la gi-ande dame, avait confié la fu- 
gitive à une vieille femme nommée Bac bà, qui fréquentait la bonzerie et 



I? 



■ 



il' 



.! 



I^e Kaiifç coule sur le sol, et 

QiiîcoiK|iie est témoin de eel 

(/cla fait voir que parle Ciel t 

A qui trahit Ton doit veiigeaii 
sion ! 

Lorsque des créatures douées 

portent la peine de leurs méfa 
cris? 

L'armée entière se trouvait sur 

Le ciel était pur, le jour clair, 
ment. 

Dès que la jeune femme eut r 
était dû, 

Giâc duyên, en toute liâte, lui î 

«Pendant de longues années, n 
» qu'une rencontre! 



i 



qu'elle croyait honnête. Cette dernière, 
merco infamo, avait livrA p"-** 



KiM vAn kiêu truyên. 359 

«Ai-je donc, ô ma vieille amie! tant d'occasions de vous 
»v6ir? 

« Après cette entrevue, des cœurs, (un instant), réunis, vont 
»se séparer de nouveau! 

«Où rencontrer désormais le cygne (errant dans) la plaine, 
»la nuée qui flotte dans l'espace? 

« Cela » , lui dit la bonzesse, « ne tardera pas bien longtemps ; 

«et dans cinq années d'ici, nous nous retrouverons là bas! 

«Je me rappelle qu'un jour, étant allée quêter au loin, 

«Je rencontrai la bonzesse Tarn hiêp qui est douée du don 
»de prophétie. 

«Elle me dit les temps de notre réunion. 

«Cette année en est un, dans cinq ans doit venir l'autre. 

«Nous avons vu, réalisée, la première partie de sa pré- 
» diction. 

«Sur le passé, elle est digne de foi; elle aura dit juste aussi 
»sur l'avenir. 

«Des rapports d'affection doivent encore exister entre nous. 

«N'aurons -nous pas d'autres occasions? qu'avons - nous 
»donc qui nous presse?» 

«Au sujet du premier terme que fixa la prophétesse, 

«Ce que vous me dites», dit KiiUf «est exact certainement! 

«Si, quelque jour, vous la rencontrez, 



A. mes MI(rnF.I-'<, 



Uicîtez (î'ellp »|iielfiue3 mots sur la (kstiiié^* de ma vie 
i;ntitre!> 

c dnyèn le promit, fit ji la jt-iuif femme mille ret'om- 
laiidationB, 

congé, puis aussitôt vers d'antres rt^poiis die ptirta se» 



mis que Kièu avait justemeîit réglé ce (jui cmn-eniait 
es bienfaits et la haine, 

;Iiagriu semblait dans eon rœur avoir tait place à la joie. 

signe de reconnaissante, elle se prosli>rna devant Tfr 



I 



iBvre créature", dit-elle, «comment anraîs-jc pu prévoir 
ce qui se passe aujourd'hui? 

irtivcuieut, pour a^^îi'i Jl' me suis servie de la tondre, 

mou ànieest déliarrasséedu lourd t'ank-au qui l'aoeablait! 



« 
» 



KiM vAn kiêu truyên. 361 

«Alors qu'il s'agit (Vune affaire de famille, cela est bien 
»plus vrai encore! 

«Qu'avez- vous donc besoin de tant d'actions de grâces pour 
»me prouver votre reconnaissance? 

«Mon (îoeur souffre de voir qu'ayant toujours vos parents, 

Vous fûtes, jusqu'à ce jour, séparés les uns des autres! 

Comment, puisqu'ils sont si loin, former ensemble une 
seule famille, 

«afin qu'ils puissent me voir, chose bien douce à mon cœur?» 

Il s'empressa d'ordonner qu'au milieu du camp un festin fût 
préparé 

Pour la multitude des guerriers et les nombreux généraux 
qui s'étaient assemblés pour venger sa querelle. 

Grâce à eux le bambou s'était fendu, la pierre avait été 
réduite en poudre, 

et depuis lors sa terrible armée grondait partout comme le 
tonnerre ! 

L'Empereur était isolé, relégué dans un coin du ciel, 

et lui, vainqueur des savants et des forts, devenait le maître 
du monde! 

Plusieurs fois , comme le vent qui balaie , comme l'averse 
qui tombe, 

partout, au midi de l'empire, il avait saccagé huyên et cita- 
delles. 



If- 

•: !{= 

I 






u Qui l'erapêchait d agir en erape 

■ ,■ 

|- Contre ses étendards qui aurait 

Il tenait depuis cinq ans la cont 



i' . 



$ i * impérial, 

Ht 



?. 



r. 



Le mandarin gouverneur de la 



Nommé Hâ tông hi^n était un hoi 

Chargé par l'Empereur d'une mi 
monté sur son char. 

„ A sa convenance il dirigeait les 

%, dl les troupes en campagne. 



Sachant que Th: était un héros, 

et que Kiêu, qui l'accompagnait, 
conseil militaire, 

il fit camper ses soldats, feignit d 

et fit partir un envoyé chargé ci 
soieries, pour traiter de la sour 

Comme présent spécial destiné à 

P,nY Hmtronf/*« •>^'^~*- 



KiM vAn kiéu truyên. 363 

Ticcông réfléchit en son cœur. D était grandement indécis! 

Il avait, de sa seule main, constitué son héritage, 

et depuis longtemps, partout, impunément en maître il agis- 
sait. 

Si, se liant les mains lui-même, il se rendait à FEmpereur, 

sujet réduit et inactîf, que deviendrait sa position? 

«Là, tous», disait-il, «se tiennent ensemble comme liés par 
» leurs vêtements! 

« S'il faut se courber en entrant, baisser la tête à la sortie, 
»que sert d'avoir de grandes dignités? 

« Est-il rien de mieux que de régner entre ses propres fron- 
»tières? 

«Je suis fort, que feraient- ils tous ensemble contre moi? 

«Je puis transpercer le ciel et troubler les eaux à ma guise! 

«Je puis agir impunément! Qui donc est au dessus de moi?» 

La jeune femme, certaine de posséder sa confiance, 

lui opposait bien des raisons. Sa voix était douce ; ill'écouta, 
et facilement se laissa persuader. 

«Pensez», dit elle, «que nous sommes, comme le Bào flot- 
»tant sur l'eau. 



« 



« 



exposés à de nombreuses vicissitudes, en butte à bien des 
» malheurs! 

Si vous vous laissez maintenant imposer le nom de vassal. 



A /* 



KIM VAN KIEU TRUYEN. 365 

«Depuis la pacification de l'empire, cette longue série de 
» vertus, de bienfaits, 

«S'est, qui dira combien? épanchée sur la tête de tous! 

«Songez y! depuis que vous avez suscité cette guerre, 

«les ossements des morts forment un monceau toujours 
» croissant. Il atteint la hauteur de la tête! 

«Pourquoi transmettre aux âges futurs une mauvaise renom- 
»mée? 

«Qui a jamais, depuis mille ans, fait l'éloge de Hoàng 

^Sào? 

« Est-il rien de mieux qu'un bel apanage, qu'une haute di- 
»gnité? 

«Quel chemin mène à un but plus haut que l'honneur et 
»la réputation?» 

Les douces paroles de la jeune femme 

changèrent les dispositions agressives de Tîiren sentiments 
de soumission. 

On prépara en toute hâte les cérémonies pour la réception 
de l'envoyé impérial. 

On fixa un terme pour déposer les armes, et l'on traita de 
la reddition. 

Tir crut aux serments échangés au pied du rempart. 

Les étendards se balançaient avec nonchalance; le tam- 
bour des veilles languissamment battait. 



KIM VAN KIÊU TRUYÊN. 367 

chacun put le voir debout, les pieds plantés au milieu de 
Tarène! 

Immobile comme la pierre, et ferme comme Tairain, 

nul ne pouvait l'ébranler ni le faire changer de place! 

Mandarins et soldats se livrèrent au massacre, et longtemps 
poursuivirent ses troupes. 

Le vacarme était effroyable, les vapeurs du carnage obs- 
curcissaient le ciel. Qui aurait pu résister? 

Dans les fossés, hors des remparts, toute Tannée se dis- 
persa. 

Des soldats débandés prirent par les mains la jeune femme 
et l'amenèrent sur les lieux. 

Sur le champ de bataille où pierres et flèches volaient sans 
interruption. 

Elle vit Tw qui, statue immobile, se dressait encore dans 
l'espace. 

Elle pleura : «Intelligence et force >, dit-elle, «étaient en 
»lui plus qu'il n'est nécessaire! 

«Pour avoir écouté mes conseils, voilà où il en est ré- 
duit! 

«De quel front oserais-je sur lui lever ici les yeux? 

«Du moins je veux donner ma vie! Je veux que le même 
»jour voie notre trépas à tous deux!» 



Sa douleur s'épanche en un torrent de larmes; 




i A. DES MICHELS. 

î dit, et, la tête en avant, elle tombe & ses eôtéa. 

■ange! (mCme) après la njort, l'Ame de c* g^ucrrier à l£ 
iiennc restait unie! 

jeinc la jeune femme se fût elle prosternée, que sur Iftl 
;l)amp il tumlta sur le 8ol. 

lularins et soldats, gens qui venaient, gensqui passaient,. 

icnt émus de compasBioii. Ou l'eutrafua doucement; 

l'ameua au milieu de l'armée. 

■ a'mg, lorsqu'il la vit, la pressa de questîniis. 

auvre et belle fille!» dit-il, 

ombée an milieu du tumulte des armes, vous avez gran- 
» dément souffert! Aussi bien j'ai i^ompassiun de vous! 

i j'ai pu accomplir la mission cjue m'avait confiée la 
»cour, 



KiM vAn kiéu truyên. 36S 

«En long, en large il traversait l'espace! Impétueux il sil- 
»lonnait la vaste étendue des mers! 

«Confiant qu'il était en moi, il écouta trop mes paroles! 

«Après s'être exposé dans cent combats, il avait fait sa 
» soumission à l'Empereur, 

«et je m'attendrais à devenir la glorieuse compagne d'un 
» noble et puissant époux! 

«Qui eût pensé qu'en un instant ses os, sa cliaii- seraient 
»mis en morceaux? 

« Pendant cinq ans au sein du monde il avait agi en maître, 

«et voilà que dans ce combat il est venu chercher une fin 
» misérable! 

«Vous me comptez comme un mérite le mal fait à mon 
* époux ; 

«mais plus vous l'estimez haut, plus mon cœur souffre de 
> tortures! 

«En m'examinant moi-même, à côté d'un faible service je 
» rencontre une grande faute, 

«et, bien loin de lui survivre, il convient que je meure 
» aussi ! 

«Accordez moi un coin de terre propice pour la sépulture! 

«Elle y recouvrira ceux qui furent unis dans la mort 
» comme dans la vie!» 

24 




A. DES MICHELS, 

fiô ci'm'j, à ('.o« [lîiroles, fut ému de compassion; 

1 comiimnila que, iwiiir l'y enterrer provisoirement, un 
transportât le corps au bord du fleuve. 

.1 offrit à ses troupes un featiu de félicitations, 

!t, aux S0118 hamionieus de la soie et du bambou, officiera 
et soldats s'assemblèrent. 

Jn amena la jeune femme dans la salle pour qu'elle aa- 
sistât au repas 

)ù le chef, à moitié ivre, la coutraîgnît à le divertir en lui 
faisant de la rnuBique. 

'^Ue exécuta un air d'une tristesse lamentable, 

'uis quatre autres si lugubres qu'on eût dît cjue le sang 
coulait au bout de ses cinq doigts! 

"Ji le gémissement de la cigale, ni les chameurs du uin/w' 



1 



KIM VÂN Klêu TRUYÊN. 371 

«mais l'exemple de Finfortiine, vous l'avez aujourd'hui sous 
»les yeux!» 

Plus (H6) l'entendait, plus il se passionnait; et sa passion, 
en croissant, faisait, en lui, croître l'ivresse. 

Etrange! l'amour est capable d'amollir même un cœur de 
fer! 

«En ce qui concerne les devoirs des époux», dit-il, 

«Je veux enlacer quelqu'un dans des liens indissolubles.» 

«Pauvre créature abandonnée», répondit-elle, 

«Je pense toujours que, par ma faute, un homme a péri d'un 
» injuste trépas! 

«Que reste-t-il de moi? un fragment de pétale flétri! 

«Comme celle de l'instrument de Tiêu lân, les cordes de 
»mon cœur sont brisées! 

« Soyez généreux, épargnez les restes de ma beauté ! 

«Si, à mon dernier soupir, je puis y donner quelques soins, 
»je m'estimerai heureuse!» 

Dans ce festin des félicitations pour la victoire, tous étaient 
parvenus au dernier point de l'ivresse ; 

mais Ho công, quand vint le point du jour, se souvint de 
ce qu'il avait fait. 

D réfléchit que, grand personnage de l'Etat, 

il était en butte aux regards des mandarins supérieurs, et 
que, d'en bas, le peuple avait les yeux sur lui. 

24* 



KIM VÂN KIEU TRUYÊN. 373 

savait-elle ce qu'allait devenir sa cliétive personne? où elle 
allait mourir ou vivre? 

Quelle était cette union nouvelle? Qui lui fallait-il épouser? 

Qui la chargeait encore de cette dette de malheur? 

Comment en était-elle arrivée à ce degré d'infortune? 

C'en était fait! chaque nouveau jour allait lui apporter une 
souillure nouvelle! 

Elle ne savait point que la vie seule est une joie ! 

En attentant à ses jours, elle ignorait, pauvre femme, le 
mal qu'elle se causait! 

Isolée en ce monde, abreuvée de misère, 

C'en était assez! Elle n'avait plus qu'à briser son existence! 

La lune s'était abaissée derrière les cimes des montagnes, 

Et, cependant, dans sa solitude, se levant, puis se rasseyant, 
elle n'en avait point fini encore. 

Maïs voici que soudain le gi'ondement des grandes eaux 
s'élève! 

Elle s'informe et apprend que c'est le fleuve Tim dteàng. 

Les paroles de l'esprit qu'elle entendit en songe lui re- 
viennent clairement à la mémoire. 

Tout est fini maintenant, et c'est bien ici le terme de sa 
malheureuse destinée! 

A 

«0 ^am tien! M'entends tu?» s'écrie-t-elle; 



'4 A. DEE> mrmxa 

Vu me fixas ce mdez-vooR: »tta»d«-u« donc i 
>iiii(lc<i, piHir m'actraetUir!» 

rt« de U Unpe, juatement. m troavait une feaiUc de patpter. 

Ile prit ëuu pinceau, reofènna dam qaelqat» ligoes te» . 
derutèn» volonté», 

leva d'une main rapide l'écoutillu do navire. 

Il n'apercerait au loin que la vaste mer cl le cîel élevé. J 

rà cùtiff m'aTaît comblée de ses faien£ùt8>, iQt«Ile, 

!t pour nn faible intérêt d'État, je l'ai payé d'ingratîtnâe! 

>î, menrtrière de mon époux, je m'uoia&ais à on autre 
> homme, 

\v. f\\w\ front iiserais-je encore «iccuper une place en re 
» monde? 

j'en est donc: fait! je n'ai plus qu'à mourir! 



KiM vAn kiéu truyên. 375 

En proie à des malheurs sans fin, à des vicissitudes sans 
nombre, 

si elle eût attendu le terme de ses jours, que serait -elle 
devenue? 

Tout ce qui se passa durant les quinze années de sa vie 

doit servir aux jeunes filles et d'exemple et d'instruction. 

L'existence humaine en arrive à ces extrémités. 

Lorsque les malheurs sont finis, le bonheur vient; mais 
sait-on quand? 

Pourquoi, de tout temps, en ce monde, les amis de la justice 

furent -ils laissés si longtemps par le Ciel dans une situa- 
tion toujours plus lamentable? 

Depuis le moment où Giâc duyên avait pris congé de la 
jeune femme, 

Munie de sa gourde, et portant au bout d'un bâton son cof- 
fret de voyage, elle avait erré en tous lieux. 

Elle avait rencontré la religieuse Tam hap, 

Et l'avait, à son aise, interrogée sur tout ce qui conceniaît 
la destinée de Kiêu. 

«Pourquoi», lui dit-elle, «cette personne, si grandement 
» douée de piété filiale et de justice, 

«Voit-elle son existence en butte à toutes ces infortunes?» 

«Suivant ses lois mystérieuses, le Ciel», dit la bonzesse, 
i> distribue heur et malheur; 



A. r>Ks MTrnKLS. 
iB c'est dans notre cœur que tout a son origine. 




) ciiosea dépeudent du Ciel, mais elles viçiinent ans»! 
le soub! * 

vie religieuse est la source de la félicité ; les passions 
tout deâ Heu» qui nous cncliaîuent au malheur. 

y Ki^u CBf belle et sage; 

is rinfnrtune est le lot assijîné â la beauté! 

e a de plus été l'objet de l'amour des autres, 

;et amour en maître avait envalii 8on eamr. 

ces iiahires libres et vagabondes 

peuvent en paix séjourner nulle part, ni se fixer en 
uieun lieu! 

ê 
[■ voies et par cliemiiia l'esprit pervers les mène. 



KIM VÂN KIÊU TRUYÊN. 377 

«Devant la gueule du dragon et des poissons féroces, elle 
> s'est précipitée dans l'eau! 

tCes malheurs là sont toujours la suite de nos passions! 

«Seuls nous nous connaissons; seuls nous savons ce qui 
liions concerne. 

«C'est pourquoi, maltraitée pendant sa vie, après sa mort 
• exUée, 

«le destin vengeur la poursuivra jusqu'au terme de cette 
ï existence, qui sera aussi celui de ses malheurs. > 

A ces mots Gide duyèn trembla. 

ï Pauvre femme ! » s'écria-t-elle, «que te réserve encore la vie? 

«N'eu ayez souci, cependant!» lui dit alors la bonzesse. 

• Le bonheur de sou union future l'emportera de beaucoup 

»sur son héritage d'infortune. 
«En considérant le destin de la malheureuse Tûy Kiêu, 

«Je la vois désormais enlacée dans les liens de l'amour 
•conjugal; mais elle est affranchie de ceux des plaisirs 
s impurs. 

«Sa profonde aifection de retour sera payée. 

■"En se vendant elle a ému le Ciel, et son amour filial jus- 
»qu'à lui s'est élevé. 

« En causant la mort d'un homme, elle en a sauvé dix mille ! 

«Elle sait distinguer l'important du futile, et discerner le 
» droit de l'injustice. 



378 A. DKS MIcnET^'f, 

«Ses mérites, ses vertus, qui pourrait les égaler? 

«Elle a \a,vé jusqu'à la deniîère de ses taches antérieures. 

«Le Ciel, quand il y a lieu, vient aussi en aide îi l'hominel 

tEUe a eonipeiisé sa dette primitive par l'amour qui Va 
• suivie. 

<0 Giâc duyén! Si tu te souviens de votre atfection ma 
«tuelle, 

«Sur le Tien âicàng abandonne au courant une nacelle poui 
»la recueillir! 

«Tu auras ainsi accompli de point en point ta iiroraessel 

«Notrearaitié l'aura fait; mais le Ciel y sera-t-îl donc étraa^ 
.ger?. 

A ces mots Giâc duyêii en son cœm- se réjouit, 

et dirigea peu à peu ses pas vers !e fleuve Tien diefm^ 

Avec du cliaume elle tit une cabane, où elles s'installera 

au bord des eaux bleues, sous les osiers jaunes. 

Elle loua à l'année deux pêcheurs 

qui construisirent un bateau et attendirent près de la rivai 

après avoir tendu en travers du tleuve leurs deux filcl 

mis bout à bout. 
D'un seul cœur, sans s'épargner, ils atïrontèrent bien da 

fatigues! 
Si leur habileté leur donna le succès, la cause en fut auw 

dans le retour des chances favorables. 




KIH vAn KTKU riîUYÉN. 379 

Aprèsqiie A7ci( se fut préi^îpitée au sein des ondes argentées, 

Soudain un courant propice auprès de ce lieu la porta 
doucement. 

Les pêcheurs tirant leurs fileta la firent sortir de l'eau, 

Et Giâc dityên, en elle même réfléclut sur l'infaillibilité 
des prédictions de Tarn hap. 





J 



LA BULGARIE 



A LA FIN DU XVIII" SIÈCLE 



MÉMOIRES DE SOERONI EVÊQUE DE TRATSA 



TRADUITS SUR LE TEXTE ORIGINAL BULGARE 



L. LEGER. 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOU. 



Les mémoires de Sofroni évêque de Vratea en Bulgarie 
offrent un tableau curieux de l'état de cette province vers 
la fin du siècle dernier à l'époque oii Pasvan Oglou pacha 
de Viddin tenait en échec les troupes du sultan et se créait 
entre le Danube et le Balkan une principauté indépendante. 
L'auteur de ces mémoires joue d'ailleurs un rôle important 
dans l'histoire de la nationalité bulgare. 

Il était né en 1739 à Kotel, (Kazan). II mourut à Bu- 
carest vers 1815 ou 1816. On n'a aur sa vie d'autres do- 
cuments que ceux qu'il nous fournit sur lui-même dans son 
autobiographie- Elle donne des détails inédits non seulement 
sur les misères que les raïas avaient à souffrir de la part 
des musulmans, mais aussi sur l'oppression que le clergé 
fanariote* cupide et véual faisait alors subii- aux Bulgares. 
Elle ajoute en somme une page curieuse à l'histoire de 
l'empire ottoman et de la Bulgarie. 

I. Voir nies articles sur la reniiissiioce littôrairt) dw Uulgiiri'n duriH la 
OiUioOihqite UtâtierteUe, UvniisoDB de j&DVÏer et mars ISSO. 



^ofroiii fut le premier prêtre bulgare qui osa braver la 

aiinîc des fauariotcB et introdxiire la langue nationale 

[lis réglise slave. Pendant son exil en Valacliie il s'oc- 

|ut à rédiger ses sermons et les publia en 1806 àRjiniiik 

■■ titre que je traduis intégralement : « Kyriakodromion, ' 

st-à-dire livre dominical, instruction sur les évangiles 

tous tes dimanches dans les églises orthodoxes, avec 

lldication et commejitaire et récit édifiant pour les grandes 

■s du Seigneur et les fêtes des Saints. Transcrit du sla- 

lii et de la très profonde langue grecque en la simple 

igue bulgare par l'humble évêque de Vratsa, Sofroni, 

lur rintelligence du peuple simple. Avec la permission de 

isitliée métropolitain de Hongrie -Valaeliie, l'assistance 

vê(pies L't des ebrétiens pieux, publié maintenant, 

la tyi)iigni|)liie de Tévâ-hé de Kymnik, Xectaii'e étant 

lêqiie (tsiMIj,. 

/(iliinif ;i fit de].iiis (Unix nlitidits, riinc h X(i\i-Siid 



LA. BULGARIE SOUS PASVAN OGLOD. 



ï 1810 à 1802. Le manuscrit lui avait été communiqué 
par feu Victor Grigprovii^, professeur de langues slaves à, 
Kazan et à Odessa, qui en avait découvert une copie eu 
Russie (ut pj'ccKH-TO apxnuij, dans les arcbives russes, 
dit liakovski qui ne se piquait pas d'exactitude). Il est 
possible que Grigoroviô ait découvert ce document dans 
sou voyage eu Bulgarie. Quoi qu'il eu soit, il porte en lui 
tous les signes de l'authenticité. 

' Une nouvelle édition de l'autobiographie a été donnée 
ijpec introduction et commentaire par un anonyme (M. V. 
'. Stojanov) dans la Renie (lIepHo;(H'iecKu cuiicauie) pu- 
liée de 1870 à 1876 à Braïla par la Société littéraii'e bul- 
jttre (livraisons V et VI, année 1872). Une traduction russe 
iparu à l^etersbourg dans le CAaenHCKiù Côoptuim, (Tome II, 
née 1877.) Elle est fort négligée. 
La langue dans laquelle ce document est écrit est une 
rte de compromis entre le slavon de l'église et le bulgare 
Ikodeme; les mots turcs y sont encore fort nombreux. L'au- 
feuï les emploie généralement pour exijriraer des idées re- 
latives an commerce, à l'administration, aux choses mili- 
iaires. Quelques mots grecs se sont également glissés sous 
sa plume'. 

KJe n'ai aucun détail à ajouter à ceux que So&oui fournit 
1. Voici comme échanrilloa les premières lignes de l' autobiographie. Aaï 
aimni ah Hf.vjirbii'bxit ponHn, ce bu cejio KOrem on> oTqA ha&nacjmaA 
Tb HHTeps MHpmi u au.ioïKiLnH niipso une hoc Ctokkii, Kato citrb 6hjii> 
1 jrliTii, npHCTAuiLna ce imth moh h OTeub Moà DOMt flpyrj' weny, inTO 
De JiKira ii aasncr.'iHBa, h poA>L<Tb ciiCi Hetffi my^tecKoe ;i'bTe, n vhKMf) 
CBoc ^w rjOAUOio, Il nicHS OTpirrBame; u kutu 6txi> ^ssarb m 
Hn;{0Xjik fae Ha KHiuKuue yqeKiie; DOHsap'bAii se Ou dIiSiiokbo ff 
yncHUe, ao imo iiusuiue fiojieiii u BPHiHiiTeHi. ôtxb. 





«tr sa iMOgraplôe. Je BOCeni acalemeat en ttTaôoMit tfoe 
a TiUe de KoieL, sa p*tne, a rt^ od de« prîm-ipaiu foyi 
le la mtatasaBcc bolf^are. l>e tout tmip» rlle arsit 
«tu la il'imntatkm tnniac une ceftaine iiulépendai]<-e. 
Acfa p>rt«i*ni \t titre de ToïèTodea. LcsObidjuiIk n'arai 
)aiat le droit d'y rràîdï-r. Aasn la aatiimalité slave y était 
vetée plus vivacc que partiMit aîlteai^ KUc (at ao «i^cle 
lenùcr la réùdcoee da moîae PaÏBÎi ^ni érririt ilau» la 
an^e du pays la prenièiv bistorrv dv Hul^ne. Elle 
ni naître le médecin phiJocopbe Pierre Béma on Bérni-iti 
iakovaki ITiterorien eniboustai^te. Etienne Voçoridl pire 
gouverneur actuel de la Roomélie Orientale, Aleku Padui^ 



ni ({lie 

foyia^H 

raieiri^f 
pétait^l 

'de 
, la 

i 



VFMnIRFS IIF. SOFRIIM 



387 



philosophique (sic) en langue slave. Je coiumençai donc à 
étudier en grec et j'appris par cœur i'octoic^ Au moment 
où je commençais le psautier, arriva la nouvelle que mon 
père était mort à Constantînople de la peste, en 1750. Je 
restai donc aans père ni mère. J'avait alors onze ans. Mon 
oncle qui n'avait pas d'enfant, m'adopta pour son (ils et me 
fit apprendre un métier. J'étais dans ma dix-septième an- 
née quand mon oncle et ma tante moururent presque en 
même temps. Un oncle que j'avais à Constantînople mou- 
rut aussi; ils étaient tous deux marchands de bétail. Ses dé- 
biteurs et ses associés m'obligèrent à aller k Constantînople 
à la place de son fils, pour recueillir ce qui lui était dîl par 
les boncliers, suivant les habitudes de ce commerce. Mais 
les bouchers habitent en différents endroits à Constantînople 
et en Anatolie. Nous voulûmes donc un jour, moi et l'un 
des associés, aller en Anatolie; nous descendîmes au port 
pour y prendre une barque. Nous eu cherchions près des 
palais impériaux. Elles étaient près de Scutari, et nous 
autres gens simples, nous allions y descendre, quand tout 
à coup nous voyons dans un endroit une grande foule et 
deux lutteurs qui se battent. Et en haut il y avait des pa- 
lais élevés. Nous ne savions pas, mais 11 était possilile que 
le tsar- fût là en personne. Quand ils eurent fini de lutter, 
on les entraîna vers les palais impériaux. Toute cette foule 
et nous aussi, nous allâmes et nous nous arrêtâmes entre la 
porte impériale et Jali-Kiosk, là où étaient attachées les 
barques impériales. Nous étions là, nous < 




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nions snr nos pas, nous fûnie 
montaient la garde là et ils 
avoir passé avec cette foule. 

Nous réussîmes à leur écl 
et passâmes à Scutari. 

J'étais alors jeune et beai 
mites dès qu'ils me virent, s' 
texte de vérifier mon reçu ( 
n'était pas en règle et m'enfe 
din. Les Turcs qui étaient là, j< 
et se divertissaient dans une 
route. Je devinai pourquoi ils 
heur, il y avait une clef à Fin 
médiatement. 

Les sodomites venaient à 1 
vrir et me passaient par une fe 
quoi il s'agissait, je me mis à ( 
maisons juives. Des juifs vinrei 
«Pourquoi cries-tu?» Je leur d 
trouver mon compagnon, donni 
lecteur d'impôts et me délivré 

Nous recueillîmes tout l'arg 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGIX)U. 389 

quatre cents gros^ (piastres). On les passa à mon compte et 
je fus chargé de les payer. 

Mais pendant que j'étais allé à Constantinople, mes pa- 
rents avaient pillé les objets qui se trouvaient dans ma 
maison et les avaient cachés. Les créanciers de mon oncle 
vinrent avec un juge turc pour dresser l'inventaire de ce 
qui était dans ma maison. Ils trouvèrent naturellement peu 
de chose et s'imaginèrent que c'était moi qui avait caché les 
valeurs. Le juge ordonna de me battre la plante des pieds^. 
Mais le Knez ^ du village ne le permit pas. Car il savait 
que j'étais innocent. On m'enferma enchaîné et on me re- 
tint en prison trois jours. Quand mes parents eurent pris 
encore quelques objets, on me remit en liberté. On me fit 
jurer que je n'avais rien caché. J'allai ensuite à Schoumen 
(Choumla), auprès de l'évêque, pour me justifier; nous fail- 
lîmes être tués en route par les haïdouks*. Mais avant que 
ces créanciers ne se fussent mis à réclamer leurs créances, 
mes parents m'avaient offert de me marier; car il n'y avait 
personne qui s'occupât de moi. J'avais dix-huit ans; j'étais 
jeune, naïf; je ne savais pas qu'en fin de compte mon défunt 
oncle se trouvait endetté et qu'on mettait toutes ses dettes 
à mon compte; j'avais un peu d'argent; mais j'avais acheté 
la maison de mon oncle de son vivant; quand je me mariai, 
je dépensai ce qui me restait. Je comptais sur mon commerce. 
Mais après ce jugement, quand on eut mis la dette à mon 

1. Environ 5000 francs. 

2. Na falaga, avec Finstrument destiné à maintenir les pieds du patient. 

3. Maire, ou ancien du village. Mot slave. 

4. Brigands des montagnes. Ce sont les klephtes bulgares. Le mot est 
d'origine hongi'oise hajdu pi. hajduk. 



orgueilleuse. 

Je pensai à (juitrer ma niaiisoi 
Viiiller par U-s villafros, piuirga 
(les premiers t<'liiirl)ailji8appnroi 
m'appelèrent et me dirent : "N 
notre évéque doit venir ces jour 
te faire prêtre. > Le troisième joi 
présentèrent leur requête; il dit i 
sure le dimanehe suivant. Ils ht 
piastres; cela se passait le mcrcr 
rais pour le dimanche. Le vendr 
porter cet argent et me dit : « Sacli 
point prêtre; un autre a offert cent 
celui-là qui aura la tonsure.» Qti 
chagrin pour moi qui m'étais eonf 
avais reçu mon certificat, et qui î 
à qui dire ce chagrin? Je courus ai 
présenté la requête et offert l'arge 
vêque et donnèrent encore trente p 
sitiou des mains le 1" septembre 
savais un peu lire, la plus grande 
me portait envie. Car tous en ce t 
pies laboureurs. Et moi, dans ma 
ne voulais nas me -■"■ '■' ' 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOU. 391 

Or Tarchiérée avait pour protosyncelle un Grec ignorant, 
illettré; il me détestait, c'est une chose naturelle. L'homme 
instniit aime le savant, le simple aime le simple, l'ivrogne, 
l'ivrogne. Je passai ainsi dans l'agitation quelques années 
de ma vie. 

Pendant l'été de 1768 commença la guerre des Turcs 
avec les Moscovites. Comment raconterai-je de quelle fa- 
çon se conduisirent les cruels et farouches Agaréniens^, 
quel mal ils firent aux chrétiens! Tout ce qui leur vint à 
l'esprit, ils le firent. Combien ne tuèrent-ils pas d'hommes! 
Notre village est situé près d'un carrefour. Ma maison était 
loin de l'église et d'après nos usages je devais me trouver 
à l'église chaque jour pour les matines et pour les vêpres. 
Que de chemin je faisais pour aller à l'église et revenir à 
la maison! Que de fois ils me saisirent, me battirent, me 
frappèrent la tête, et cherchèrent à me tuer! Mais Dieu me 
conserva. 

Puis les pachas commencèrent à passer et me chargèrent 
d'écrire les teskeréspour les logements. Comme j'écrivais 
vite, et que leurs logements ne leur plaisaient pas toujours, 
ils revenaient [se plaindre]. Combien de fois n'ont ils pas tiré 
leurs pistolets sur moi pour me tuer! Un jour l'un d'entre 
eux se jeta sur moi avec une lance, mais heureusement il 
ne m'atteignit pas. Je me rappelle notamment l'illustre Has- 
san pacha d'Alger; il allait à Roustchouk et moi, comme 
d'habitude, je distribuais des billets de logement; l'un de 
ses hommes me saisit par la barbe et faillit me l'arracher. 

1. Les descendants d*Agar. Ce mot s'emploie fréquemment chez les 
Serbes et les Bulgares pour désigner les Turcs. 



. .: y.j.i contre les troupes; nous arri 



<: ^tf^ 



I jISjp pacha. Il nous dit : Asseyez 

'\ ■: savoir pourquoi le pacha vous 

.. r ^" cria après lui, et on le fit dég 

if fi 

[î \i nous, nous nous mîmes à fuir ( 

je passai en fuyant devant le 1 
que le pacha était assis en ha 
verrait. Dès qu'il me vit, il cri; 
sissez-le et amenez-le près du 
reur! H me demanda : «Pourquoi 
Je lui répondis : «Elfendî, nou 
avons peur de tout comme des 1: 
vu qu'on enlevait le tchaouch, n< 
nous sauvons.» H nous dit : «Q 
Je vous ai appelés pour vous de 
pacha était terrible, et il s'en ail 
En 1775 le Moscovite vainqi 
Danube. Il prit d'assaut Roustcl 
En ce temps -là siégeait dans n 
naute, il gardait le défilé pour ex 
fuir comme c'est leur usage. Les 
soubachas, étaient rénnîo oi.*--^- 



LA BULGARIE SOUS l-ASVAS OGLOV. SîKî 

nuit. Ce siège dura vingt- deux jours et on 6t la paix; les 
Moscovites s'en allèreut et abandonnèrent les pays tiires 
et valaques. 

J'allai ensuite à la Sainte montagne ' et j'y restai six mois. 
A mon retour, j'apprenais à lire aux enfants et je vivain 
plus heureux. Mais le diable qui est jaloux de tout bien, 
excita l'évêque. Il m'otfrit de me faire épitrc)])c-écc)niimc. 
Je gâtai mon heureuse vie. Il me fallut voyager an gré do 
l'évêque d'après la coutumeiles Grecs, imposer des anicndcM 
[à ceux qui se mariaient] sous prétexte de parente jinihilK-r 
ou d'autres choses. Je devins juge, mais surtont ponr do 
l'argent, non pas pour moi, mais pour être agréable h l'é 
vêque*. Le Dieu saint me traita en raison de mes univrim. 
Mais je dirai cela plus tard. 

Peu de temps après, il s'éleva une i|uen-,lb- [mruii Ir» 
agas d'Osman Pazar sur la question de wivnir qui hitiiII 
a/an' et le sultan de Verbitsa' établit un aïiiri, ri le viill 
n'en voulut pas. On fit venir Vekir l'adia d<t Hiliulrb' poni 
les mettre d'accord. En arrivant, tl tua Vn'fuu du milliui 
. Noua vînmes dix hommes de notre village ri 4ii» ntiti» 
imiKMi'rent comme il leur plut, une i-mitriUtitinu lU- ilt* 
bourses (cinq mille piastres/ ot le pa'-ha mil ti'ii't It'iiniit* » 
en prison. J'étais l'un d'entre eux. Il «nvoy» U» ihiImh 



I. ij- mnut Atlun. Il iMin*- ài-jà ff ii'iUi 'laf.' 

\at Kti^mpli- dabi» la (rhfMiiiiU'; raw «U S*-M 

'1. \^ ïMialifr s i^i; rrimuM- <>ii sait, mu i\i- 

3. Anpîrn. rw>f ant»-. 






tj 






du pacha au sultan. Mes comi 
rer à chaudes larmes. «Ah! 
Au bout d'une h(»ure à peine 
me dit: «Viens, pope, le pach 
tout bas de me pardonner m» 
perdu. Quand j'arrivai auprès 
vos hommes qui doivent appo 
pondis : «EflFendi, il y a trois j( 
ment auraient -ils pu en si pc 
d'argent, et l'apporter?» Il me 
vite et écris qu'ils ne demande 

Imais à certains négociants ; si d 
pas venu, je vous ferai couper 
double. » J'écrivis cela et nous i 
pacha. 

Trois jours se passent; l'argc 
comme des brebis attendant qu' 
jour le pacha m'appela de nou> 
fait désespéré. De terreur, je ne 
le pacha me disait. 11 vit que j 
me dit avec douceur : «Vos hom 
[i Je lui répondit : «EflFendi, vous 



•1 



LA BULGARIE SOUS PAS VAN OGLOU. 3ÎK5 

dyssenterie qui me vint de la mauvaise nourriture cpr«iii 
me donnait alors. Je demandai à m'en aller, main iU m* iiio 
lâchèrent point; ils m'injuriaient. La terreur et une rapti 
vite malsaine firent tomber tous mes cheveux. 

Après cet incident, je ne restai pas en rejK>>*; uihIm j'u 
chetai deux maisons près de Téglise; je len réparai cl j'y 
dépensai tout ce que j'avais d'arpent. Au bout d<* peu i|«> 
temps, je tombai malade; mais ce n'était pan une triHlfi«lic> 
à me faire rester au lit. J'avais une snifcumm' an fciMii ; )r 
ne pouvais demeurer en place le tempM de cornpfiM' jUMprà 
dix, mais je marchais comme un fou au l»ord i\v Vo^u H |i> 
pleurais. H me semblait que mon e^pur voiiImH mmii(i*» hiMM 
de ma bouche. Telle était l'anjçoiHHi' oij J*iii vi'cii |Mi>m 
me punissait à cause de ma folie, de TorifUi'il «pif iirfiVfiM 
donné ma qualité d'épitrope, de meM exiM*tiotiM lotMiuUi^ii 
au détriment des innocents. Et chez noiii^ il n'y hvmK imih 
de docteurs; quelques vieilles femmes faiMaii'iit «!•>« «oHI 
lèges et prétendaient me guérir, niai»^ hhuu t/piill«ii J nUftl 
à Constantinople et j'y dépensai heaiH'^Mip d'Nri^i>ol 

Ensuite vint la guerre des Tuh'h mviv Im MoAi'uvHi'u t*\ 
les Allemands \ Le vizir ÏKouf Pa^-lia paHM» riilv^» A Mona 
tchouk et mon fils alla en Valax'hi«' H ii<'lii>tfi fU*^ pr^iQ*. 
il perdit quatorze cents pLastren, (fmiit\ Il v\i rpif \u\m 
étions fort endettés, il alla au «nriip "t rlpvlnf a'tibp du 
Kasab-bachi. Au bout de \h*m de t^'irippi. ta popf*«fle (tua 
femme] fut malade pendant wx uioîm et mourut. NouRefiniew 
encore d'autres dépenses. D'un eôté il payait des trfMipi;« 

1. n s'agît de la guerre unira U TiirfjnJo ilnni» purf. lu Rumc et l'An- 
triche de Taatre, guerre qui m t4;rtfiifi« pur In irn\i6 do *Umy (1787-179ÎI). 



i ler, a cause des sortiio, 
suspendit pour trois ans 
(le reprendre mes fonetio 
pari'c que mon tilslui de 
pour de l'argent prêté. ■ 
pour que je t'accorde la 
gic. > Et il me suspendit ei 
je point alors à souffrir dt 
et m'humiliaient, rae refu 
quand ils me payaient ma 
rissons, me disaient-ils, c 
mes élèves! Je subis ces 
dant six ans. 

Tandis que le camp du 
bachi' envoya mon fîls ave( 
bler des moutons du côté ( 
Cet aga envoya mon tils av< 
et il en avait mis à part se 
vendit en effet plus tard. ] 
et Matei et livrés par eux 
Andrinople les vendre poi 
Quand ils furent arrivés à F 
de querelle et tuèrent l'un d 
les iit arrêter, les mit en > 



LA BULGARIE 80D8 PASVAN OOLOU. 



I pour garder les défik^s, afin d'empêcher les aoldatj^ hircs 
j de s'enftiii". Le sultan livra ces prisonniers au Bostandji- 
I bachi et nons, nous ne savions rien de tout cela. Un jour 
[ vingt Bostandjis vinrent dans notre village et demandèrent: 

*Qui a vendu ces moutons?» Nos anciens répondirent : 

«Ces moutons ont été vendns près de la maison du pope. 
[ Demandez-lui, qui les a vendus et aelietés. Il le sait; nous 

nous l'ignorons.» Ils m'appelèrent et me livrèrent à ces 
[cruels liostandji». On nous emmena tous les trois chez le 

Bostandji-bai^lii de Sliveu. Il se préparait ti partir pour 
j Kazanicuk et il nous livra à l'Orta-tcliaoucOi. Il nous em- 
L mena dans la direction de Korîten. C'était le 2,'î juillet; 

le temps était lourd et brûlant comme du feu. On nous lia 
l les mains par derrière et on nous fit aller à pied. Nous 
r marehâmcs environ deux heures; la clialeur nous accablait. 
L Nos guides étaient à cheval et nous à pied. Comment les 
tsuivre! Hadjï Vlasie, qui était le plus âgé, tomba par terre 
I et s'évanouit. L'Orta-tchaouch alla demander au Bostandji- 
l'bachi qui marchait derrière la permission de nous mettre 
Isur nos chevaux. Il répondit:- N'as-tu pas une masse d'ar- 
[ mes? Frappe-les pour les faire marcher. S'ils ne peuvent 
I marcher, cuupe-leur la tête et laisse-les là.» Quand nous 
[ entendîmes ces paroles, notre cœur défaillit. Noua ne sa- 
f vions que faire. Nous parlementâmes et nous promîmes au 
h tchaonch trente piastres. Car les Turcs se laissent facile- 
I ment gagner par l'argent. Quand nous nous fûmes un peu 
I éloignés, il nous mît sur nos chevaux; nous arrivâmes à 
I Koriten et nous y arrêtâmes. Au bout d'une heure environ 
l ou nous amena devant le Bostaudji-bacht et il me demanda; 



Tu m- siiU i)as. tiitrcmctteiii 
Jetii i'ac'c cniitie trrrc. troU 
fraiiiH'i'eiit iiic.< pivtls mis. ^ 
tdvaldo baî^ti'iiiiaili' inu- cclli 
liaient et me ili?>aieiit: Dii^coii 
Je n'en iMHivais phia : mon i-ivu 
dis ; « Lâflioz-nioi, je dirai tout, 
leur dis-jc, que le Kasalt-baelu 
à deux luarcliands de bétail; n 
je l'ignore.» 

Alors il cria : «Allez iniméd 
metteur.» Les Bostaitdjis metii 
je tirais de raoïi côté, eux du 
déchirèrent mes vêtement». J'oi 
leur. A ce mouicnt intervinrent 
auprès du Boetandji-bachi, et \U 
dit pas. On nous mit aux fers a 
ils étaient au nombre de vinjft-c 
ganes, surtuut des Aniautes qi 
quand elle avait été culbutée ju 
Il y avait aussi des Hadji-Valaq 
Chaque jour, devant nos yeux, oi 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOU. 399 

paler aussi. Ensuite nous suppliâmes les agas et ils obtin- 
rent notre grâce. Au bout de cinq jours nous payâmes une 
amende de quinze cents piastres. Le Bostandji-bachi nous 
mit en liberté, mais non pas les bergers. «Quand j'irai à 
Andrinople, dit-il, je les relâcherai.» Mais avant son départ 
pour Andrinople il fut destitué et ces bergers qui étaient 
de notre pays, restèrent en prison. Que n'eûmes -nous pas 
à souffrir des femmes des Turcs! Un pacha vint à passer 
par le village, et ces femmes coururent lui porter plainte 
contre nous. Que faire? Je me sauvai dans le bois et j'y 
restai deux jours jusqu'à ce que ce pacha fût parti. Et ces 
bergers restèrent en prison pendant trois mois. Ensuite le 
Kasab-bachi obtint un firman du vizir, fit mettre en liberté 
les bergers, prit les moutons au sultan, et se fit remettre 
par le Bostandji-bachi disgracié la moitié de notre argent, 
soit sept cent cinquante piastres. Ce Bostandji-bachi était 
de Karnobat et il s'appelait Serbez-Olou Mechmed. 

Cette affaire une fois terminée, je passai l'hiver dans ma 
maison. Mais l'évêque ne me donnait toujours pas l'auto- 
risation de servir la liturgie. Les prêtres m'abreuvaient 
chaque jour d'humiliations. Les anciens me livrèrent au 
Bostandji-bachi quoique innocent. On m'exploitait à propos 
de toutes les affaires du village. Que de fois je dus aller 
au divan du vizir dans l'intérêt des paysans! Pendant dix 
ans j'ai appris à lire aux enfants. Chaque dimanche, et 
chaque jour de fête, je faisais une instruction. En remercî- 
ment de tout le mal que je me donnais, pour tout le bien 
que je leur faisais, ils ont fini par me livrer au Bostandji- 
bachi pour qu'il me tuât. Par -dessus le marché les popes 



j..,.-, i-i me «oiiJia uiif parm 
y compris Karnobat. 

Jt- sHvaiii (|iu' Sorliex-Olo 
avait iiii|i(is(' une amcmlc <li>ii 
iîrniaii. MaÏR ji^ me t^vai» in 
ni aclieté cp» moutons; la ven 
ma maÏHtm. Quand j'arrivai là 
8C réjouirent et du mtiin de ni. 
vie en paix. Ce jour là vint un 
l)ez-( )lou Hostaudji-baclii. Il en 
11» me HaiMÎrcnt et me mirent de 
m'y retint quatre jours sans m'y 
alors la ff"te (panaïr) de Kamt 
avait un sultan ])our hùte: il hi 
me faire du mal. Nous étions q 
c-ourte; nous ne pouvions jias n 
Quand deux rtaientfoucliés, les 
JjC» Uostandjis venaient auprèf 
disant : «Dès que le sultan ser; 
Cela vous apprendra à reprem 
qu'il a perçue.» 

On ne laissait approelicr de i 
comme"" *"""^ - ■ 



LA BULGARIE SOL'S PASVAN OULOU. 



401 



Quand les Chrétiens apprirent cela, ils vinrent l'implorer, 
I ceux des villes et ceux des villages. Car c'était la fête et 
Lile étaient rassemblés. Les hommes s'adressèrent à un de 
Ises favoris, et les femmes s'adressèrent à sa mère. Elle 
I obtint qu'il me livrât à elle, afin que les Chrétiens ne fus- 
B Bent point affligés par ma mort. 

A force de prières on m'arracha donc à cette cruelle 
Imort. Et comme il avait juré de me tuer, ce jour là il fit 

■ empaler un criminel à ma place. Celui-là était un assassin. 
[Et l'amende qu'on lui avait reprise, il me la fit payer. 

Bientôt après cela, m'arriva une autre mésaventure plus 
f ten'ible, plus affreuse que la précédente. II y avait dans 
ma paroisse un village appelé Scheklari. Là vivait un sul- 
tan appelé Achmed Geraï. H avait pour femme la fille d'un 
Klian. Ce sultan devînt amoureux d'une jeune fille ehré- 
I tienne. Il voulut la prendre pour seconde femme. Elle était 
1 de ce village et fille d'un certain Juvan-tchorbadji appelé 
IKouvaudjî-Olou. La fille du Khan ne permettait pas à son 
t nrari de prendre une seconde femme. Il garda donc cette 
I jeune fille pendant quatre ou cinq ans sous sa surveillance, 

■ sans l'épouser lui-même et sans lui donner la permission 
Ide se marier. Un joiu- on m'appela à Kamobat pour un 
I mariage. Je demandai : >D'où est la jeune fille?* On me 
I dit que c'était celle que le sultan avait voulu prendre pour 
I seconde femme, mais qu'il lui avait donné la permission 
|de se marier. Je le crus et fis le mariage. 

Au bout de trois jours, j'appris que le sultan poursuivait 
Ile père de la jeune fille pour le tuer. Le père s'enfuit. Le 
I Bultan saisit son frère, le battit cruellement, le frappa d'une 



Piiul. Survint un homme nomr 
cher pour une affaire pressée. 
tiou8 noua mîmes en route avec . 
non loin du chemin, noua apt 
femmes qui faisaient la moisâon. 
auprès d'eux. Comme nous pa 
Nous approchâmes. Miloch me 
tu, me demanda le sultan, le p 
suis votre esclave», répondia-je 
qui a marié la fille de Kouvandji 
étranger, répondis-je; je suis ar 
quelle est la fille de Kouvandji. 
et me frappa deux fois avec la c 
il dirigea son pistolet sur moi. C 
je saisis le pistolet; il cria alors à 
une corde que nous pendions cet 
L'homme alla et prit la bridi 
double et la jeta autour de mon ci 
Il monta sur le saule et il me ti 
Mais, comme mes mains n'étaient 
par en bas et je suppliais le sull 
du haut de son cheval criait : < 
rable. > Miloch se mit à le suppliei 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOU. 403 

tan le frappa au visage avec le canon de son fusil et lui brisa 
la mâchoire. Alors le sultan se tourna vers le saule, diri- 
gea le fusil sur son serviteur et lui cria : «Pourquoi ne tires- 
tu pas la corde? Je vais te faire tomber de Tarbre.» Il ti- 

■ 

rait en haut et moi en bas. Pendant que le sultan tenait les 
yeux en l'air, Miloch s'enfuit. Il n'y avait plus personne 
pour m'enlever. Le sultan dît alors à son serviteur : «Des- 
cends; nous irons au village et nous le pendrons là, de 
façon à ce que tout le monde le voie.» Ils me mirent mon 
cheval en main et je le conduisais par le mors. Il me traî- 
nait, la bride autour du cou. Le sultan marchait derrière 
moi, m'insultait en disant: «Si je ne te tue pas, qui tuerai-je? 
Je t'apprendrai à marier ma femme avec un giaour. » Je 
me taisais; car j'avais renoncé à la vie. Ils me conduisirent 
à travers un champ. J'avais de l'herbe et des ronces jus- 
qu'aux genoux et ne pouvais marcher. Que de fois je tom- 
bai! II tirait la corde et manquait m'étrangler. Le sultan 
marchait derrière moi et me disait des injures. Une fois il 
lâcha le chien de son pistolet; mais le feu ne prit point. Il 
arma encore une fois et le feu prit; mais il ne m'atteignit 
point ou ne me visa point. Car il était ivre. Quand nous 
fûmes ressortis sur la route, il dit à son serviteur : «Arrête» 
et nous nous arrêtâmes. 

Alors il dirigea son fusil sur moi et me dit : «Giaour, 
hâte toi d'embrasser notre foi ; sinon tu vas à l'instant même 
quitter ce monde.» J'étais anéanti par la peur de la mort; 
mes lèvres étaient desséchées. Je ne pouvais parler. Je 
lui dis seulement : «Effendi, crois-tu que la foi dépende d'un 
coup de fusil? Crois-tu que si tu tues un pope, tu en auras 

26* 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOU. 405 

dans un monastère. En ce temps là Tévêquede Vratsa, Kyre^ 
Sérapliim, devint malade et mourut. Quelques jours après 
j'allai chez le protosyncelle de Trnovo, Kyre Grégoire, pour 
une affaire du monastère. H me dit : «Quitte le monastère; 
car nous voulons te faire évêque de Vratsa. » Je refusai me 
déclarant indigne d'un tel poste. «D'une part, disais-je, je 
suis trop vieux ; j'ai cinquante-quatre ans. D'autre part, j'ap- 
prends que ce diocèse comprend un grand nombre de petits 
villages et demande beaucoup de travail.» — «Nous vou- 
lons à tout prix te faire évêque,» répondit-il. Quinze jours 
s'écoulèrent. Le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix, vint 
dans notre maison l'archidiacre Kyre Théodose et il me 
dit : «Voilà, mon père, tant de jours que nous voulons te 
faire évêque et tu ne veux pas. Maintenant le seigneur mé- 
tropolitain (il s'appelait Mathieu) m'envoie; il y a chez lui 
quatre évêques avec leur conseil. Tous t'ont jugé digne de 
l'évêché de Vratsa; réfléchis donc et donne une réponse. 
Veux- tu ou ne veux-tu pas? Je suis venu expressément pour 
cela. Ecoute bien mon père, voilà vingt ans que je sers 
et je ne me crois pas digne del'épiscopat; et d'autres paient 
de l'argent, présentent des requêtes, pour l'obtenir, et toi, 
on te l'offre, sans argent et sans supplique. » 

Je réfléchissais, ne sachant que répondre. Mes enfants se 
mirent à me dire : «Pourquoi, père, ne veux-tu pas consentir, 
puisqu'on te le demande, pour que nous ayons, nous aussi, 
un père évêque?» Je me laissai persuader et donnai mon 
consentement. L'archidiacre me baisa la main et s'en alla. 
Ensuite on m'appela chez le métropolitain où étaient réunis 

1. Kup^oç. 



rojisai'iT (!'V("queeii I7i>4, 
v('ti.s, i|iiiiml on iiu' fit i'vêi| 
tiiit l'rvniiie Kyre (umIcoi 
mains 11 y ont li' Jonr tk> i 
dans la nu'tro|)(iiic tic Tri 
notre maison, l'nis je resti 
ce que j'eusse revu le firra 
tin(H)]c. Et je partis ponr i 
faisait de hi neige et un fi 
d'arriver à rnon évêeJié i>0Hr 
« l'IevcTi, les ('hrétiens s"ét 
pour Vratsa par un itaR-il tt 
("est là que j'a])pris la pi 
.le demandai : Quels sont ee 
On me (lit : «l'azvandji-Og^l 
aga et Hanianidji-Oglou. Il \< 
rassemidé ])our se battre eoi 
amantes. Mats l'amiée de P; 
dans le kaihh/k de Viddin, il 
tour de Vratsa. •> Comment ( 
Je restai à l'ieven. Nous repa 
v'oyai en avant des paysans. 



LA BULGABIE SOUS PASVAN OGLOU. 



407 



de PleveD. Vers le milieu de la nuit survinrent des hommes 
qui nous dirent que quatre cents paudours de Pazvandji 
étaient arrivés ïiu village de Branitsa; Branitsa est à une 
heure de Koïoulari. A ee nom de pandoura, nous ne savions 
plus que dire. La terreur nous saisit. Oii aller? J'envoyai 
dos hommes pour me chercher un iasakdja'. Mais vu le froid 
et la terreur qui régnait, personne ne voulut aller. Après 
le repas, personne n'arrive. Je craignais que les pandours 
ne survinssent; nous aurions été pillés; dès que nous eûmes 
rencontré un Turc, nous partîmes de ce village. En ap- 
i prochant de Vratsa nous vimes des troupes nombreuses qui 
ï sortaient de la ville et venaieut au devant de nous. Mais 
puons ne savions quelles étaient ces troupes. Quelle terreur 
' tandis que nous nous le demandions! C'étaient les gens de 
Vratsa; ils sortaient pour repousser l'auti'e armée qui ra- 
vageait et pillait les villages de Vratsa. 

J'arrivai donc dans mon évêché. Il ne valait gu^re mieux 
i qu'une prison. Soit! Les Chrétiens me reçurent avec joie, 
1 j'allais dans les églises les dimanches et je donnais les iu- 
Btrnctions dans notre langue bulgare; les Chrétiens qui n'a- 
f vaient point entendu les autres évoques parler cette langue' 
' me regardaient comme un philosophe*. J'allais par les vil- 
lages, je recueillais le tribut des tidèles, mais ou m'offrit 
bien peu de présents, d'aumônes, comme c'est la coutume : 
car cette année-là, il y avait une grande famine dans toute 



I. Sorte rie drogmim ou 
et les groa conimercaDts. 

3. Le clergé fanariotc 
langne grecque, 

3. Un savant. 



le en Turquie les évéques 
s liulsarcB Vusagi? de la 



LA KULliARIE SOUS PASVAN (KiLOU. 



409 



[ vint rae deniaiider des popes pour l'enterrer :,«Si tu n'en 
t envoies pas, me dit on, nous irons trouver l'aga (le gon- 
[ verncur) et noua nous en ferons donner de force pour l'en- 
t terrer. Us ont jnsqn'ici enterré tons les pestiférés, pourquoi 
^ n'entcrreraient-ils pas celui là?» Que faire? J'envoyai des 
I popes et ils l'ensevelirent. Le lendemain ils vinrent tous 
me trouver et je fis leur connaissance. Je servis la messe 
(pour qu'ils pussent communier, m'en remettant k la grâce 
[de Dieu. 

Nous quittâmes ensuite Pleven et nous allâmes par les 
villages; partont nous consacrâmes l'ean et Dien rae pré- 
tserva. Nous passâmes ainsi deux années. Avec ce que je 
■rassemblai, je payai k grande peine le tribut de l'évêque 
let les intérêts; je couvris mes frais, mais ne je pua me dé- 
Itarrasser de mes dettes. 

En 179G les liaïduuks de Pazvandji apparurent, ils rem- 
plissaient tons les villages et les villes; je ne pouvais plus 
( aller nulle part. J'envoyai des popes recueillir les coutrï- 

I butions des fidèles, mais ils reçurent à peine la moitié de 
ce qui m'était dû. Cette même année le gouverneur de la 
Roumélic, Moustapha paclia, marclia avec quarante mille 
hommes contre Pazvandji Oglou; il assiégea Viddin pen- 
dant longtemps, mais il n'obtint aucun résultat. Après le 
départ de Moustapha pacha les liaïdouks de Pazvanriji ra- 
vagèrent tout mon diocèse. 
En 1797 les I^rdjalis et les partisans de Pazvandji mar- 
'chèrent sur Vratsa et l'assiégèrent pendant liuit jours, mais 
ils ne purent y entrer. 
; Deux jours auparavant, je m'étais sauvé la nuit, pour 



I 



milif-iE rie (jiifllf- tnrrei 
Ar)iaiia.?i. j'y r«— rai un ji 
r'ii-.-i-iit r.-fir<'- -l'- ni^ii •■ 
Vrat.-a. 

Eu l Ty-* l'azvAiiitji 0^1 
lie Varna. Les tn.upes imi 
nnmbre entre lui. Le Ka 
de CV'iiJitantiiiriple avec ui 
aioâi (jue l'illustre Kara <! 
qnatre autres paelias. et toi 
mélie'. Trente mille lioramt 
liait — se réuilireiit aiitmir 
afjïïiégée pendant >is. m'-ij*. n 
Pendant ce tein|i.s là oh ne 1 
je me eaeliai viiijrt j-'iirs de 
ger. jusi^u'à ce «{ne la preni 
le calme fut im peu rétabli 
travers la forêt; les épines 
Je restai là deux mms et qui 
cha de Viddin je quittai Te 
arrivai à Pâques. En route 
me tuer pour un fait «l^-"* 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOD. 



411 



Ils prirent mes vêtements, tous mes livres et ibnîllèreiit 
[ cous toute ]a maison. Mes enfants s'enfuirent à Kotel et de 
[ là à Svichtov. Comme la guerre ne me permettait plus tf aller 
[dans mon diocèse, j'allai avec le protosyncelle de Trnovo 
^ quêter dans celui de Truovo. Je retournai ensuite à Svicli- 
I tov; j'y trouvai mes enfants ims, assis sur des nattes; je 

n'avais pas d'argent pour leur acheter des vêtements. Quel 

chagrin! 

Au mois d'Août j'allai dans mon diocèse; toutes les 
ï troupes étaient devant Viddi» et se battaient pour prendre 
I cette ville. Mais quelle terreur quand je traversais mon dio- 
l cèse pour recueillir le tribut. Les soldats turcs revenaient, 
(fuyant le camp; ils ravageaient les villages, dépouillaient 
[ les soitbocht's (administrateurs des villages) et moi, j'allais 

par les villages. Plus tard, quand Pasvan Oglou à la Saint 
I Dmitri eut dispersé l'armée impériale, je parcourais les vil- 
i lages; lesTurcsqui fuyaient devant Viddîn, se répandaient 
I par les villages; quelle fatigue et quelle terreur ne souflfris- 
I je pas, pour atteindre Vratsa! Quels bois et quelles vallées 
I n'eûmes-nous pas h traverser! J'y étais depuis quelques 
■ jours à peine quand j'appris qu'Ali pacha marchait sur 
t cette ville avec quinze mille hommes. Les fourriers arri- 
[ vèrent la nuit. Dès que je l'appris, je me levai à huit heures 
I pour m'eufuir de Vratsa. La nuit était sombre, le temps 
[pluvieux, la montagne âpre et haute. Que de fois je tom- 
[bai en route! J'arrivai enfin au monastère de Tehércpich 
imais nous n'y trouvâmes personne; les moines s'étaieut en- 
Ifuis, le couvent était fermé. Impossible de savoir oii ils 
Létaient. Tout à coup apparut un paysan; il savait ou ils 



.^.,»i |i»iii' iiiier nanti un a 
iliurî'si: tlv SciHa. .MaÎM il 
tiTS liantes. On ne jfont al 
saiciit mal; je ne pouvais) i 
montée et de descente. Tand 
en vérité, je |)IenraiB ma v 
là (inatorzc jonrs. Arriva m 
que le Kapitan jiaelia aval 
ili»]>ersé son année. Isonf 
prendre ses (piartiers criiive 
8C lait-il que le siéfie épiseop 
m'éerivait-on, est bon, vetuii: 
neifre était prot'oinU', l'hiver ' 
lie Vratsrt. Nous mîmes trois 
.l'y passai dix jours en pa 
rakK (t)atailI(Mis) d'Arnautes. 
vides |M)urIes lof^cr. Ils s'inst 
vêché; j'étais oblifçé de les no 
maison. — (Il y en avait biei 
l'avaient détruite.) ( "était i'iii' 
primitivement ectte maison i 
maison ct-elésiajstiqne on lo^e; 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOU. 



riers et directeur de la poste en ce temps là). Je pintais un 
kolpak vert. Ils rae demandèrent : *Qui es-tit?» Dire ; *Je 
suis révêque * , n'aurait servi à rien. «Je suis docteur,* ré- 
pondîs-je. Ils me demandèrent des remèdes et je leur ré- 
pondis comme je pouvais. Ensuite, quand vint le soir, j'allai 
chez un chrétien et il me reçut avec sa famille. Car il n'y 
avait pas d'autre maison où il y eût de la place. Et mes 
serviteurs qui restèrent dehors faillirent mourir de froid. 
L Je cherchai à sortir de Vratsa, mais les pachas amantes 
occupaient les portes et surveillaient qui entrait et qui sor- 
[ tait. Que faire? J'envoyai en avant un portefaix avec deux 
Turcs de la ville, j'enveloppai ma tête avec nn chftle 
(tchalma-poch), je pris en main un fouet; j'envoyai en avant 
l" nn piqueur et en prenant la qualité de tatar (courrier) du 
' pacha, je franchis rapidement la porte sans qu'on nie rc- 
I connût. J'allai au monastère de Tchérépich. Pendant ce 
temps \h les Amantes restJiient dans l'évêché ; lits, lég^imes, 
hié, orge, vin, ils consommèrent ou vendirent tout. Nous ne 
pûmes rester dans ce monastère et nous partîmes pour aller 
à un autre qui est plus loin de Vratsa. 

Nous arrivâmes le soir dans nn village. Les habitants 
étaient en fuite. Il n'y avait pas un seul homme, il n'y avait 
pas de pain, pas de vin. Le froid était terrible, la nuit longue. 
C'était en décembre. Nous crûmes mourir de froid. Le 
matin nous nous levâmes de bonne heure; il n'y avait point 
de route, la neige était profonde. Nous finies à peine quatre 
lieues en deux jours et nous arrivâmes an monastère de Kar- 
lionkav. Là nous restâmes cinq ou six jours et fêtâmes le 
Noël. Les Turcs de l'armée qui revenaient de Viddin corn- 



M 



quarante jours. Quelques 
février et me dire que les a 
venaient de partir de cette \ 
bre de deux mille. Je me n 
je ne tis pas attention que If 
dji pacha à Lom, et en Vala 
Hussein pacha. S'ils veiiaier 
rais-je? Certes je n'avais rii 
j'avais un titre élevé, celui d 
m'avait saisi, je ne me serais 
(cinq mille piastres.) Or je n'i 
Noua arrivâmes à Pleven le sa 
et je restai en paix jusqu'au 
maine du Carême. Ce jour-là 
soirée les deliis de Giorgi ps 
vinrent & notre maison; ils éta 
des chevaux, et nous, nous i 
paille, ni foin; nona lessupplii 
et ils allèrent dans une autre 
le lendemain Giorgi pacha 
hommes. Où fuir hors de la vi 
part. Impossible pour moi de 



LA BfUiARÎt: SOUS PASVAN OULÛIT. 



4] 5 



même où il partît, arriva Isouf paclia avec sis mille hommes. 
Ils ne laissèrent vide aucune maison, ni chrétienne ni turque. 
On n'entendait que des cris, des hurlements de kadouns 
(teraraea turques), mais qui y faisait atteuHou? Ils vinrent 
à noti'e konak, mais il n'y avait point d'emplacement pour 
leurs chevaux et il ne leur convint pas. 

Mais tandis qu'ils visitaient la maison [oii je m'étais ca- 
ché], je m'enfuis par suite de ma terreur chez la Kadouna 
elle-même. Suivant leur coiitume, elle détourna son visage 
du inieu pour que je ne le visse pas. Ce pacha resta douze 
I jours et moi, je demeurai dans le harem vingt-six jours. 
C'était pendant le Carême; il n'y avait rien à manger chez 
ce Turc; le marché était fermé. Chaque chrétien avait des 
Turcs dans sa maison. Chez qui aller pour le prierde m'ap- 
porter à manger? Les hommes de ce pays-là ne sont pas 
assez civilisés pour avoir leur archevêque en honneur. Que 
dire de leur nourriture? Je restai plusieurs jours même 
sans pain. Car ce Turc était pauvre. Tls ne mangeaient 
guère que du pain de maïs, avec un peu de chou aigre et 
pas autre chose. Quelle terreur j'avais qu'on ne dénonçât 
ma présence! Car les Turcs m'auraient demandé heaucoup 
d'argent et comme je n'en avais pas, ils m'auraient tué. 
Quand ils furent partis, je sortis de ma cachette et j'allai 
dans la maison de mon épitrope. Au bout de trois jours à 
peine, j'entendis un gi-and hrnit dans la ville. Nous deman- 
dâmes ce qui se passait. On nous répondit : «Les Kirdjalis 
sont arrivés devant la ville. Ils veulent y entrer à l'ins- 
tant. . 

Le» femmes turques et chrétiennes emportaient chacune 




L. LEGER. 

eau. Koos apercevons 11- village di'Koionlari, nonsrrions; 
18 le brait (le l'eaa empêche (Je nons entendre. Personne 
^parait; la nuit vient, la pluie cnmnience k tomber. Nous 
«Mm pan rin-r un coup de fusil de pi>ur ()ti'il n'y ait dans 
Ola^e quelques liaïdonki* de Pazvandji. Que faire ? Xooa 
a dé««*(ipérion«. Tout ù eonp nous a|>ereevon» uti berger. 
iun« reconnut, alla prévenir au village; on vint avee 
barque. Quelle barque! (.'"était nn iTai baquet. Elle 
soutenait que troi'« on quatre {Kriumue». lAtu elievaux 
ent traverser à la na^e. Mata quand nous voulôines les 
e mettre k l'eau, l'un d'entre eux «'enfuit dans les hoin. 
ornent faire? La tAte nous tournait, ('ouiment diri^yer 
oênie terap» les fugitifs et poursuivre le fuyard? Coin-' 
it passer cette périlleuse rivière la nuit dans l'obscurité? 
18 faillimes tous non» noyer. Mais Dieu nous secourut, 
ehe.val fugitif n'alla jms loin et revînt aupri's de ses 
patnitiiif' Quand nous eûmes travei-sè la rivière, uoa 
X comnifin-èrent il s'éclairer; car nous n'avions plus si 



â 



LA bul(;akie sous pasvan oglou. 



traverser et iiuus restâmes six joura à NJcopoli. Ensuite 
uoH» appnmes i{uc Gîavoiir Imam marchait sur Nicopoli. 
J'eus peur; je donnai beaucoup d'argent et on me tit tra- 
verser le Danube, mais avec quelle ten'eur! La glace se 
brisa; un cheval se noya; on attacha les autres et on leur 
fit traverser la glace. Mais avant d'amver à Zlmnitche, 
nous faillîmes mourir de froid. La Valachie est déserte; il 
n'y a ni t'hemin ni villages. Le trajet est de six lieues; 
nous mîmes près de trois jours à le faire. 

En 1800 les troupes impériales marchèrent contre Paz- 
vandji. Monrouz-bey de Bukarest l'attaqua par la Valachie 
et les pachas par la Turquie. Pour quelle raison, je vous 
le dirai. Il y avait un sultan du village de Verbîtsa (cercle 
de Preslav). Il était célèbre par ce qu'il avait vaincu les 
Allemands' à Giurgevo. Il s'enorgueillit à cause de cela 
et ne voulut pas se soumettre au vizir, lorsqu'il se trouvait 
à Schoumen avec l'armée turque; le vizir ordonna de dé- 
truire son palais. 11 s'enfuit en Moscovie et y resta sis ans. 
Ensuite il revint avec une recommandation des Moscovites 
à Constantin opte et l'empereur (le sultan) lui permit de ré- 
tablir son palais. Il rassembla une armée de Turcs et de 
r Chrétiens et marcha sur Viddin. Je ne sais ce qu'il négo- 
cia avec Pazvandji. Mais le bruit courut qu'il était con- 
venu avec lui que le sultan resterait empereur et que 
Pazvandji serait son vizir. Je ne sais au juste ce qui en 
est. Les troupes se mirent en marche contre Viddin. Que 
faire? Je n'avais pas d'argent pour mes dépenses et on me 
réclamait l'impôt. Que je retourne (en Bulgarie), c'est mau- 

. 1.63 Autrichiens. 



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'""hH on d^/T "'"'"<' 



LA I{UU;ABrE sous PASVAN OGl^U. 



trois mois ilaiis les églises. Le teskéré du paclia ]nntait(nu' 
les Chrétiens de Viddin avaient besoin de moi pendant quel- 
que temps pour la eélébration des offiees, et que je pour- 
rais ensuite aller dans mon diocèse. Quand je demandai la 
permission d'y retourner, survint un homme du pacha qui 
me dit : « Tant que Callinique ne sera pas évêque, il est im- 
possible que tu ailles nulle part.* Que faire? Malheureux! 
J'étais enchaîné iWiddin. J'y restai trois années; que n'eus- 
je pas à souffrir de ce moine Callinique! 

J'étais auprès de lui comme le deniier des servheurs. Il ■ 
voulait à peine me reconnaître pour homme et il me faisait 
remplir les fonctions d'un arclievêque! îl était d'accord à 
la fois avec les Turcs, et avec les liaïdouks de Pazvandji. 
Je n'osais parler à personne. li ne me laissait aller nulle 
part, si ce n'est Ji l'église, accompagné d'un de ses prêtres. 
M'eflt il laissé, j'avais les pieds malades et ne pouvais mar- 
cher. J'allais k l'église en eanosse. Viddin fut assiégé pen- 
dant deux ans et demi. Quelles terreurs j'eus alors, quels 
soucis, quels tourments! Puis vint le troisième siège de 
Viddin. Mais les Turcs se tenaient loin de la ville. A Ple- 
ven était établi Pliasa pacha avec quinze mille Arnautes, îi 
Berkovets, Giourdji pacha avec autant de ti'onpes; en Vala- 
chie Mourouz bey avec Ibraïl Nazare et Aïdin pacha avec 
autant de troupes. Les Kirdjalis de Pazvaudjî étaient ré- 
partis en trois corps : Manaf Ibrahim commandait deux 
mille Kirdjalis. Il vainquit Plîasa pacha, prit toutes ses 
munitions et les apporta îi Viddin. Pliasa pacha s'enfuit 
I aussi loin qu'il put. On amena h Viddin environ un millier 
L4e ses hommes. Pazvandji leur fit distribuer un pain par 




.....tKMiH.» lie l'azvniHiji ip 
l'iiniu'i.' (lu sultîUi et ne lui 
Vi<l<liii. Enfin, jivoc la [ii-ni 
lis |)asîs;'i'ciit on Viihicliie ( 
Iifam'uiip (If villa}4i'!i et tuè 
voile Slichel s'enfuit à lîm 
(le Hongrie -Valacliic, tous 
ques, tant ils avaient penr i 
la paix avec l'azvandji. 

Alors Pazvandji envoya C 
auprès (V Ypsilanti-Bey à Bh 
vf-que de Viddin avec la per 
son arrivée à Viddin, j'obti 
mon diocèse dont j'étais abs 
Kirdjalis étaient dans mon dii 
Je résolus alors d'aller à K 
j'avais beauoonp «ouftcrt à V 
de (juitter cette ville an plus ■ 
jours et j'y fus traité avec 1» 
makan (gonvenieur) KDstaki 
dans cette ville, survint un 
djalis maR^Iiaient contre clli 
s'enfuit, lekaïiuakan, lesboï 
le» ]H)pcs, je restai seul à i 



LA BULGARIE SOUS PAS VAN OGLOU. 423 

alors! Heureusement ils uc vinrent point. Ensuite tous les 
fuyards revinrent dans leurs maisons. Quand je vis que les 
Kirdjalis ne quittaient point mon diocèse, je quittai Kraïova 
et j'allai à Bucarest auprès de mes enfants qui étudiaient 
les sciences à l'Académie beylicale. J'allai présenter mes 
liommages au saint métropolitain de Hongrie -Valachie qui 
s'appelait Dosithée. C'était un homme âgé, savant, et re- 
nommé pour sa sagesse. 

Il m'accueillit affectueusement et me présenta au bey qui 
était le voïevode Constantin Ypsilanti et à quelques boïars. 
Il leur raconta comment j'avais séjourné à Viddin pendant 
trois ans et tout ce que j'y avais supporté de misères et 
d'angoisses. Il m'appela à la métropole, m'y donna une cel- 
lule afin que je résidasse auprès de lui, et m'invita chaque 
jour à sa table. Je lui exposai toute ma détresse; comment 
on m'avait d'abord dépouillé, trompé, comment on m'avait 
imposé un évêché coûteux de cinquante cinq bourses, com- 
ment je n'avais pas pu pendant quatre ans aller dans cet 
évêché, comment je n'avais pas reçu un para, ni payé ni 
mes contributions, ni les intérêts, comment j'étais devenu 
endetté de plus de quatre-vingt bourses. Mon diocèse avait 
été ravagé, mes villages étaient devenus déserts, avaient 
été brûlés par les Kirdjalis et les haïdouks de Pazvandji, 
les habitants s'étaient enfuis en Valachie et dans d'autres 
pays. Le synode n'avait pas voulu me croire; il réclamait 
tout de même ses contributions. Il ne m'était pas possible 
de me tirer d'affaire avec cet évêché et ces dettes. Le mé- 
tropolitain se montra généreux avec moi et pria le bey de 
me faire obtenir du synode que je fusse délivré de mon 



ijUf |)kMi lie iiio jiijri' i« 
jicaii l't l'avoir jihaiidoii 
je nv l'ai pas iil>ai)iloi)iu- 
suite lie ma déirosse et d 
me les a imposées, ees de 
iiieii le monde a été riivaj; 
est près deViddiii. C'est 
diMiks. 

Mniiiteiiaiit je travaille 
livres dans notre langue bal, 
rien entendre de ma bonelu 
moi pécheur quelque enscig 
éerits, qu'ils en profitent et 
moi indijrne, ([«'ils le prier 
<lc lu'aeeordcr le pardon en 
que nous puissions être assi 
ment terrible. Amen. 

C'est ee que nous nous soi 
wtyez iiidul{çeut.s pour celui 
bien. 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOU. 425 



INDEX GEOGRAPHIQUE. 



Anchiale, turc Akhîolou, ville d'origine grecque sur la 
côte de la Mer noire, au Nord de Bourgas. 

Anatolie, Asie mineure. 

Arbanasi, le village des Albanais, en turc Arnaout Keuï, 
village situé à trois kilomètres environ de Trnovo, sur la 
rivière Jantra. 

Berkovitsa, Berkovats, ville située au pied du Balkan 
sur la route de Lom Palanka à Sofia. 

Brasova, ville de Transylvanie appelée Brasso par les 
Hongrois et Kronstadt par les Allemands. 

Branitsa, village situé à une lieue de Koïonlari. 

Constantinople est toujours désignée par le nom slave de 
Tsarigrad. 

Fondoukleï, village situé près de lamboli (Roumélie 
orientale). Il servit de résidence à des sultans tatares. 



LA BULGARIE SOUS PAS VAN OGLOU. 427 

Kotel. Cette ville s'appelle en turc Kazau. Les deux 
mots, le bulgare et turc, veulent dire le chaudron et font allu- 
sion à la situation de la ville assise, dit Kanitz, dans une 
sorte de chaudron formée de hautes montagnes. Kotel fut 
autrefois un village guerrier commandé par un voïévode. 
(V. Kanitz, édition française, p. 393 et suivantes.) Elle est 
située au pied du Balkan entre Schoumen et Sliven. 

Kraliovo, forme bulgare du nom de Kraïova, ville de 
Roumanie. 

Lom. Appelée plus habituellement Lom Palanka, sur le 
Danube, un peu au dessous de Viddin; elle est la tête de 
ligne du chemin qui va de Sofia au Danube et a comme 
entrepôt de commerce une importance considérable. 

Matchin, village sur la rive droite du Danube, en face 
de Braïla. 

Markoutsa, monastère de Roumanie. 

Nicopoli, ville sur le Danube. 

Osman Pazar, ville de la Bulgarie danubienne, à mi- 
chemin entre Schoumen et Trnovo. 

Pleven; il convient de restituer désormais le vrai nom de 
cette ville généralement appelée Plevna et à jamais cé- 
lèbre par la capitulation d'Osman pacha. Le nom est d'ori- 



I nt'siav. Aiifieiine ru» 
cVliiiî niiiiL'c; elle est sit 
do Sclmuiimn (Clioiirala). 

lîickliovo (lîaliova, prn 
noisetiers), ville sur le l>a 
copoli. 

Sclicklary (C'iieklarc), v. 
I)a<1, lialiité au sièclu demie 
de Crimée. 

Sclioumen, nom bulgare d^ 

Slivcn, ville située entre Ii 
appartient aujounl'hui à la K 

Sviclitov (appelée dans les 
va), ville située sur le Danube 

Tchérépis, monastère sur 1 

Tetiiven (Tetéven d'après 
Nord du Balkan a» o ^ 



LA BULGARIE SOUS PASVAN OGLOU. 429 

cienne capitale des tsars bulgares. Cette ville est située au 
centre même de la principauté de Bulgarie à moitié chemin 
entre Svichtov et Kazanleuk. 

Vratsa, ville au Nord de Sofia. 

Zimnitche (Zîmnitsa), ville de Roumanie, en face de 
Svichtov. 



■«gs 




NOTICE 



BIOGRAPHIQUE ET BIBLIOGEAPHIQUE 



SUR 



NICOLAS SPATAR MILESCU, 

AMBASSADEUR 

DU 

TSAR ALEXIS MIHAJLOVIC EN CHINE. 



PAR 



EMILE PICOT. 



iii<|U(! iiKildave (le Jean N< 
lu vie lie KpDtai*. ainsi (ju'i 
i|ue [lOJisible de» oiivraf^es 
auteur. 



KicolaH Spatar naquit dai 
davie, vers 1 625. Sa famil 
dons pas de documents, pa 
Laeonie*. Tout ce que nom 



t. Les sources priiicipak's &uxqiic 
(lu l'étude dv M. Hft^deu, sont : lï-dit 
M. Arsenjuv, nue notice de Mgr. Fili 
<it Ùenùgmi, un article de M. N. Ke 
Citutrtielian publique de Siume, enfin d 
dont nous somineH rudevables h U. . 
Bibikithùqne impéri&le de Saiiit-l'Ëtei 
titres détHillés des diverses publieal 
iillusion, mais nous citerous dés maint 
Kamenitki, dont notre collègue M. Con 
exemplaire : ^HaaOHaTii<iecKue CoOpai 
cKiifli rocyjaiHrrnaaH ci llili» no 17!; 
Tan, xiHuiHutHHCa bi MitCKOnCKOMi 
HHOCrpniiHux'b Jt-ii, ht. I7!>2~lt<u^ 

CKnWb. Ils^ltHlIO Ul DUXBTb nCTCKO» 

CKHHi, Cl npH(iaii.ioHiflMU H^AaTcifl 

yuHuepcHTeTa, 1H8S, gi. in-)j de xij i 

2. Le titre d'un traité de SpatardoT 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 435 

de Nicolas s'appelait Gabriel* et que lui-même avait un 
frère, appelé Apostol, qui est resté obscur*. Le nom de 
Spatar était son véritable nom patronymique ; mais, quand 
il joua un rôle important en Moldavie , sous le règne de 
Glieorghifà, et qu'il compta parmi les boïars, il porta de pré- 
férence le nom de IViilescu, emprunté à sa terre de Mileçtï*. 
Nicolas Spatar quitta jeune encore la Moldavie et se 
rendit à Constantinople, où il fit ses humanités sous Ga- 
briel Vlasios *. Il dut aux leçons de ce savant maître ces 
connaissances étendues en théologie, en philosophie, en 
histoire et en littérature que possédaient alors beaucoup 
de Grecs. 11 continua ses études en Italie, où il se per- 
fectionna dans les sciences natureUes et mathématiques. 
De retour dans son pays natal, il se fit aussitôt remarquer 
par la solidité de son instruction; malheureusement cette 
instruction n'était pas la seule chose qu'il eût rapportée de 
Constantinople. Il avait puisé dans le commerce des Turcs 
et des Grecs du Phanar un esprit à la fois hautain et cau- 



1. £n Russie Nicolas porta le nom de Nikolaj Gavrilovic Spafari. Voy. 
Bantyâ-Kamenski, 23, 530. 

2. Codrescu, UriauHul, I, éd. a IL, 402. 

3. Frunzescu cite dans son Dicfionarû topograficû fi »tatUUcû. alu Bamâniei 
sept localités du nom de Mileçti; il n'en indique pas qui soit située dans 
le district de Vasluiù. Nous savons pourtant que la terre de Nicolas Spatar 
se trouvait dans ce dernier district (voyez le passage de la chronique de 
Neculcea que nous reproduisons plus loin). Le domaine dont nous parlons 
est mentionné en outre dans un chant populaire qui fait partie du recueil de 
M. Aiecsandri {toetii poptUare aie BomânUor; Bucurescl, 1866, in-8, 180). 

4. Nicolas nous donne lui-même ce renseignement dans son Enchiridion : 
< Sapiens vir ac plus Grabriel Blasius, meia oUm profusor in urbe imperatoria. » 
— Gabriel Vlasios était métropolitain de Naupacte (Lépante; et d'Arta; il 
est cité comme tel entre 1618 et 1632 (voy. Sathas, NioeXÀr^vuc^ <t>tÀGÀoy:a, 302;, 
mais ces dates ne sont pas les dates extrêmes de son apostolat Le séjour 
de Nicolas Spatar à CoD8taiitiiiO|ile ne HUinit être placé avant 1640. 

28» 



pi 



le montre sous un jour p 
au nionastt're de Tâzliln 
en Valachie pour la sonimi 
règne de Basile Lupul, et 
par ce prince édictait les 
ceux qui commettaient un cr 
vendu l'enfant on l'esclave 
vanx forcés dans les saline 
damné à la potence, si c'étj 
est vrai que la loi admettait n 
nnantes, qui sans doute étaie 
la pratique; aussi Nicolas ni 
suite criminelle. Le propre f 
briel, se contenta de lui transi 
cal la réclamation des moine 
à restituer le Tsigane ou sa i 
En 1653 Basile Lupul fi 
Etienne-Georges, qui réussit i 

1. KifTi ^Miiricn ai jinii-kT^ps 
in-fol.), fo). 19, v>, Art. 116; réimpreBf 

3. Od trouve 1c texte de ce documei 
1, 1, ISft. — Le personnage k qui l'heti 
le nom de Niailiu de VomIuH; mugi n 
soit notre Spatar, mais l'ideotifictitioii 
pièce, qui n'est pas datée, doit être e 
quelle Kicolss Spatar Doiivnit ~.— ■- -- 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 437 

sut gagner la faveur du nouveau prince. Sans être «secré- 
taire d'état», comme il se vanta plus tard à M. de Pom- 
ponne de l'avoir été, il occupa du moins un poste de con- 
fiance. Lorsque, en 1655, le prince de Valachie Constantin- 
Çerban, retenu prisonnier par les mercenaires étrangers 
(seimenï), implora l'assistance de la Transylvanie et de la 
Moldavie, Nicolas suivit Etienne - Georges en Valachie. 
L'armée moldave passa par le monastère de Niamj;, et Spa- 
tar, entraîné par son goût pour l'érudition, profita de l'oc- 
casion pour fouiller les archives du couvent. H y découvrit 
une importante correspondance échangée au commence- 
ment du XV siècle entre Jean Paléologue et le prince de 
Moldavie Alexandre le Bon. Ces pièces ne se retrouvent 
plus aujourd'hui, mais le métropolitam Georges nous en a 
fait connaître le sens général, en même temps qu'il nous a 
conservé le souvenir des études poursuivies, par Nicolas 
Spatar\ Aucun autre historien roumain du XVII® siècle 
ne semble avoir eu le souci d'interroger les archives na- 
tionales. 

En 1657, l'Albanais Georges Ghica obtint le trône de 
Moldavie; Nicolas trouva moyen d'être aussi bien en cour 
que sous les règnes précédents. Ce fut à lui, en effet, que 
Georges confia, en 1658, le commandement d'un détache- 

1. «Sous le règne du prince Etienne -Georges, il arriva que Nicolas le 
secrétaire, frère d'Apostol Milcul, se rendit an monastère de Niam^ (il s'agit 
du Nicolas à qui le prince Etienne fit couper le nez et qui traduisit la Bible 
de grec en roumain alors qu'il était à Constantinople qapi-kiaya du prince 
de Valachie Grégoire — cet ouvrage a été imprimé par ordre du prince ^er- 
ban Cantacuzène). Ce Nicolas le secrétaire, sous le règne d'Étienne-Georges, 

le 17 février 1665, lut les diplômes de l'empereur et du patriarche » 

Codrescu, UHcariul, I, éd. a IL, 402. 



,..>iii- remplacer l£nkû<'zi tn 
diivps seiiilileiit avoir t'-té lu 
XicMhis S|Mitar. qui /'tait i 
jias s'iissdcier aux actes de 
lesquels les Tares sipriialèrt 
il qu'il ne se lia ta pas de pi 
k peine entré dans le pays, 
pour se retirer*. De la sorti 
rendus responsables des lioi 
voisins. 

Sous le r^gne de Steftnità, 
plai,'» Georges Ghica vers la 
attei^it la plus haute faveur, 
prince, tantôt il expédiait les 
contraire il se chargeait de l'ai 
lui et s'asseyait h sa table. Ai 
d'un favori, menait grand tra 
équipages et se faisait prccéd 
ceux du chef de l'état. Mais, pa 
il fut pris de ce vertige qui pe 
tieux, et fut lui-même l'instrui 



1. On en peut lire le réeit dans F 
in Klein. IV. 287. 



NICOLAS 8PATAR MILESTII 



439 



Comblé tïe bienfaits par Steftnità, Spatar put croire qn"il 
n'avait plus rien à espérer d'un prince faible et fantasque, 
qni ne laissait anciine sécurité aux boïars et qui pouvait 
Ini reprendre le lendemain ce qu'il Ini avait donné la veille. 
Ce fut sans doute cette considération qui entraîna Nicolas 
[ à chercher un nouveau maître. 

Constantin i^erban, qui avait r%né en Valaehie de 1654 

fk 1658, et qni s'était vu enlever le trône par les Turcs à 

I cause de ses relations arairales avec Râkiirzi, vivait main- 

fctenant retiré en Pologne. C'était nn homme doux et bien- 

àisant, à qui ses qualités avaient acquis de nombreuses 

Dopathies et qni tâchait de les mettre à profit pour res- 

laiair le pouvoir en Valaehie ou en Moldavie. Il avait 

ichoné jusqu'alors, mais on [louvait croire qu'il réussirait 

It6t on tard. Nicolas du moins le pensa et ne craignit pas 

Id'entrer en relations avec le rival de Stefànîta. Suivant le 

œhroniqueur Jean Neculcea, Constantin i^erban ue voulut 

I devoir son succès à la trahison et révéla lui-même 

Kbu prince de Moldavie les manœuvres déloyales de son 

Iwicrétaire. Stet^nita, dans sa colère, fit appréhender Nico- 

llas et, sans autre forme de procès, lui fit couper le nez'. 

iDès lors Milescu fut ordinairement désigné par ses com- 

' patriotes sous le sobriquet de Nicolas Cîrnul, c'est-à-dire 

■le Caraard. 

Notre personnage dut s'estimer heureux de se tirer d'af- 

Ifaire à si bon compte. Le plus souvent les princes de Mol- 

■davie faisaient couper la tête à ceux de leurs hoïars qu'ils 

»upçonnaient de conspirer contre eux, et Spatar était sim- 

, Voy. le passage de NeciiIccH cilé en flppendjoe. 



■ 



v'uiisiammopie-. ii y av. 
Moldavie et de Valachie u 
Grégoire saisit avec empr 
gréablc à Stefiliiitii eit accc 
scrît. Nicolas ne montra mail 
ment ni de reconnaissance 
n'en avait montré envers I' 
le logothète Çerban Cantaca 
gogne Grégoire Ghica*. En 
Impériaux se faisaient une j 
cord avec les Cantacuzène, ■ 
unissait Grégoire aux chréti 
sans que sa chute profitât à 
instigateurs. Çerban Cantaci 
pouvoir pendant quinze ans. 



I 

n est difficile de trouver ui 
joué par Nicolas auprès de Gri 
près des autres princes qu'il 

]. La Neuville, lielalion de Mmene 



NICOLAS SPATAR MILESCD. 441 

"politique parait n'avoir été qu'un tissu d'intrigues, on n'en 
doit pas moins admirer le zèle avec lequel il s'adonnait à 
la littérature et à la science. Pendant son séjour t\ Conetau- 
tinople il dota la langue roumaine de la première traduc- 
tion complète de la Bible. Il existait déjà plusieurs versions 
des Évangiles, soit manuscrites, soit imprimées ; une version 
de l'ancien Testament avait été imprimée k Orestie dès 
l'année 1582; mais ces ditférentes traductions laissaient 
beaucoup à désirer. D s'agissait de les revoir, de leur don- 
ner l'unité de langue et de style qui leur manquait, sinon 
■même de les refaire entièrement. Tel fut l'immense travail 
Ique Nicolas exécuta dans un espace de temps qui paraît 
Lavoir été assez court. Le manuscrit original passa entre 
lies mains de Çerban Cantacuzène, qui avait sans doute de- 
linandé à Spatardemettreleslivres saints en langue vulgaire. 
I Lorsque .^erban fut monté sur le trône, il en tit faire à ses 
I frais une grande et belle édition; mais il se garda de citer 
fie nom du traducteur. Démètre l'rocopios' et le métropoli- 
tain de Moldavie Grégoire* ont seuls réparé cette omission, 
probablement volontaire. Nicolas Spatar semble, en effet, 
avoir abandonné le parti des Cantacuzène quand il vit que 
I leurs etforts avaient échoue et que le trône de Valaehio 
tétait donné à lîadu Tom^, c'est-à-dire vers la tin de l'an- 



' V&inB prétextes, le pMtclnie Constantiii C'antacunène, jtAre <1h l^rbHn. Dds 
Ion it étxit natnrel ijiie ^erlwii c<t Km Mn» fiMonl loua li.>iir« l'fl'iirl* )Hiiir 
venger lenr père (voy. Engel, Ot^thirhU lier MMan urul Wa/arAny, I, M»), 
Le rfile joué par N'koUs .Spatar il f^ooRrantlnuple mm pn>tiali)«tiii<iit Arlalrrl 
par les documente contenitn A»tui )s kci>iii1u partiv (lu Uimo IV <lu gnnA 

^ lecneîl «THurniQUchi. 

1. Ap. FabriciuB, Bi/JinOieea rp-aroa. II, TH9, 

3. Voy. le paeuge npporib d-deanu, |>. «ST, en iwtv. 



■ 



mu avec empressement iei 
oiers étrangers, était pour 
en effet, fort bien reçu parc 
à sa cour; mais, s'il faut en 
reçut du roi de Polog^ne dt 
râbles sur le compte de Spj 
Malgré ce nonveau revei 
fait dans le Brandebourg i 
avait eu l'occasion de perfe< 
toriques, théologiques et litté 
qu'il cnltiva le latin au point 
couramment. Bien que nous i 
études qu'il entreprit alors, ni 
ce fat en Allemagne qu'il c 
chronique roumaine que M. E 
coup de vraisemblance^. Le 
niqne que nous possédions es 
de la Dacie et ne contient pa: 
personnel; mais l'auteur témc 
die des historiens anciens et e 
devaient guère être accessit 
appareil d'érudition et les rc 
retrouvent dans l'introductioi 
ques années nln« «"•■'i — " 



NICOLAS SPATAR Mll.ESCU 



443 



nous parlerons plus loin. Aiicuii antre Iinïar roumain du 
, XVII' siècle ne possédait une science aussi vaste et aussi 
variée. Du reste, Nicolas semble s'être désig^né lui-même 
I dans un passage de la ehrouique, dans lequel l'auteur rap- 
pelle le temps oîi il était encore en Moldavie'. 

D'après Necnlcea, le séjour de Spatar à la cour de Fré- 
I déric-GuilIaume eut un résultat particulièrement important 
pour lui. Un médecin allemand, recourant aux procédés 
' modernes de la rhinoplastie, parvint à lui refaire un nez. 
Ainsi disparaissaient les traces les plus bideuses de la mu- 
tilation que Nicolas avait subie. 11 pouvait se présenter 
d'une façon plus décente pour un courtisan. 

En quittant le Brandebourg, Nicolas se rendit en Pomé- 
[ ranie auprès d'un de ses anciens maîtres, le prince Étienne- 
[ Georges, déposé par les Turcs en 1658, à la suite de l'al- 
liance qu'il avait conclue avec Râkôczi et avec les Suédois. 
I Maintenant Etienne- Georges vivait retiré à Stettin', à la 
- merci du roi Charles XI, qui lui avait abandonné quelques 
I terres. 11 crut que nul ne saurait mieux que le fugitif mol- 
I dave soutenir ses intérêts auprès de la cour de Suède et 
[ il le délégua comme son agent à Stockholm. Il lui donna 
[ des lettres de recommandation pour divers personnages, 

I Ail» ncHT u twHriiii PJkoiihuii. — Je lis ces mots dans la chronique moldave 
* qne j'ai trouvée chez looila Racovila, du Itmjm ijm j'élaâ cnrore en Moida- 
>.• CogMniceanu, Lti^tpUefe, éd. « H-, 1, 108. 
a. Étîeone-Georg«8, obligé de quitter 1» Moldavie, se rendit d'abord en 
1 Allemagne (des letlree publiées par M. Hftçdeu, Archiva itlorim a Somâniel, 
tOB, nous apprennent qu'il Était à Vienne au mois d'avril 16H0). Il 
la ensuite dans le Brandebourg (il arriva à Fraacfort-Bnr-l'Oder dans 
t les derniers jours du mois de septembre lGfl2) et s'établit, peu de lempa 
I tptéa, â Bt«tlin. Vny. Papîn UariM, Taauru de nitmtnamle ùloriee, lU, 76—104. 



p 



M. (le Pomponne, au in 
tiques qu'il poursuivait, s 
renseignements à son pèn 
onele, le grand Amauld, ai 
bait alors messieurs de Por 
ministre Claude pour combai 
chariatie, avait fourni aux c 
de défendre eontre les cal 
comme la foi constante de I 
& la rédaction duquel Ânto 
prenaient la part principale, 
par le nombre et la diverai 
M. Claude s'était fait une ar 
de foi attribuée an patriarche 
de démontrer que la Confess 
lat avait été rédigée par un a- 
produisait nullement la doctrîi 
Nointel à Constantinople , M, 
furent priés d'user de leur ha 
informations précises sur la 
Spatar, élève des écoles greet 
ducteur de la Bible, était pi 
guider M. dp Pa"»"" ' 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 445 

donnait raison aux catholiques. Comme le remarque M. Hàç- 
deu, trois personnages se distinguèrent au XVIP siècle 
en Moldavie par leur ardeur à combattre le calvinisme : 
Pierre Movila, métropolitain de Kyjev, qui composa une 
confession de foi opposée à celle de Cyrille; le métropoli- 
tain Barlaam, qui publia en 1654 un Anticatéchisme, des- 
tiné à réfuter les catéchismes répandus par Georges Ràkôczi 
parmi les Roumains; enfin notre Spatar, dont la science 
théologique séduisit M. de Pomponne. 

Une lettre adressée par ce dernier à messieurs de Port- 
Royal nous donne de curieux détails sur ses relations avec 
Milescu et sur la vie antérieure de Nicolas. 

« Le traité que le feu roy de Suéde, dit M. de Pomponne, 
fit avec le Ragotski, prince de Transylvanie, et avec le, 
prince de Moldavie \ cousta les estats à l'un et à l'autre, 
par l'opinion que conceut le grand seigneur qu'il y avoit 
quelque jonction résolue contre luy. Il déposa le prince 
de Moldavie, qui, ayant perdu ses biens et ses estats, eut 
recours à la Suéde pour qui il avoit esté chassé, et en ob- 
tint quelques terres en Pomeranie, où il a toi\jours demeuré 
depuis. Ce prince a envoyé icy depuis peu de mois pour 
ses interests un gentilhomme nommé le baron Spatari, i\\\\ 
avoit esté long-temps secrétaire d'estat lorsqu'il rojjfuolt, o1 
qui a depuis commandé les trouppes sous les deux priucoM 
que le Turc a tout de suite donnez à cette province. I) lo 
chargea d'une lettre qu'il me rendit. Je fus nurprU do trt>u 
ver un homme si voisin de la Tartaric autant hmtrult aux 
langues, et avec une connoissan(*e auHsi Kc^nontllo de toulcH 

1. Il s'agit d'Étienne-Gcorges, dépoik^ |mr Iom TiiriiM m MiftN. 



n 



ue 1 cgiise. Et, eoiiimu i 
sont entre noetre religioTi 
les luthériens et les cjilvii 
qu'liouime du monde de bi 
11 a esté loiig-tems mmiiiti 
c'est par là qu'il m'a expl 
Suéde mande de Moscou, 
venir, ne peut eatre, parct 
leurs sièges. Ce sont seulem 
pour appaiser le trouble que 
Moscovie avoit causé. J'ay t 
sa réponse, que je l'ay prié 
l'on veut eclaircir. Il y trava 
que de fermer mou pacquet. 1 
nous sur toutes choses et n'er 
du s. Esprit. Aussi vient-il 
chez moy, et, à l'exception ( 
Uoque, il n'y a pas un meille 

Les auteurs de la Perpetu 
produit cette lettre, ajoutent 

«Voilà l'histoire de ce seij 
que ces questions dont il pari 
mesmes que l'on verra impr 
dont on avr>if ^n>^—- ^ 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 447 

ques autres points. Ce fut à ces questions que ce seigneur 
entreprit de répondre et, pour cela, il composa un écrit en 
grec et en latin sous ce titre : Enchiridion, sive Stella orien- 
talis; id est senstts Eccledae orientalisy scilicet graecae, de 
transsubstatione corporis Domini aliisque controversiis, a 
Nicolao Spatario, Moldavolacone , barone et olim gênerait 
Wallachiae, conscriptum, Holmiae, anno 1667, mens.fehr. 
« On le peut voir imprimé tout entier en latin à la fin de 
ce volume, n'ayant pas cru qu'il fust nécessaire de le don- 
ner en grec, puisque le latin est aussi bien original que le 
grec, et qu'il le donna écrit de sa main à M. de Pompone 
en l'une et en l'autre langue ...» * 



m. 

Le prince Etienne-Georges, dont Spatar était l'agent à 
Stockholm, mourut au mois de janvier 1668; dès lors Ni- 
colas n'eut plus de motif pour rester en Suède. Il prit le 
parti de rentrer dans son pays natal. Depuis qu'il avait 
quitté la Moldavie plusieurs princes s'étaient succédé sur 
le trône : Stef&ni^ avait été remplacé par Eustathe Dabija, 
qui lui-même avait eu pour successeur son gendre Duca. 
Après un règne de quelques mois, Duca avait été déposé 
et le pouvoir était passé aux mains d'Élie, fils d'Alexandre- 
Elie (mai ou juin 1666). Ce fut auprès de ce dernier que 
Spatar chercha un refuge^; mais, vers la fin de l'année 

1. La Perpétuité de la foy de VÉgUae catholique touchant FEuchariêtie, def- 
fendue contre le livre du sieur Claude (Paris, Savreux, 1669, in-4), 404—406; 
éd. in-12, 692—594. 

2, Yoy. ci-aprés Textrait de Necttlcea. 



M 



jiiua loin', nous font croii 
cliie et qu'il y séjourna , 
règne d'Antoine. H tîcni; 
Mihajlovié; eu 1672 il et 
En arrivant en Russie, 
trouver deux paissants prol 
vie Golicyn et le boïar Artc 
sciences et des lettres ceci 
comme traducteur au burea 
npHRasi) ; Matvêev lui conti 
Dès lore Nicolas se mit à ci 
d'ouvrages didactiques, hisl 
traitainsi sa prodigieuse con 
européennes, fournissait à bg 
vail et trouvait le moyen dt 
dédicaces productives. 



I. Nous nonB écartflnB ici de H 
Spmtsr serait rentré ea Moldavie dii 
maÎB il aurait trouvé la situation inl 
qu'il avait connue boub les princes qt 
se livrer pour Bon compte à de noui 
tranf^r, et ce serait alors seulemcm 
serve que VEnchiHdim fut composé 
que les relations de Spatar avec H 
doute à quelques mois, et que, d'au 
U principauté de Moldavie que vers 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 449 

A Moscou , Spatar avait en quelque sorte renoncé à sa 
qualité de Moldave et se laissait confondre avec les Grecs, 
alors fort nombreux dans cette capitale, où renseignement 
était en grande partie entre leurs mains; aussi la littéra- 
ture grecque devint-elle dès lors le point de départ de ses 
études. 

Le premier ouvrage dont il s'occupa, fut un Dictionnaire 
grec'lati7i'i^sse, auquel il travailla dès les premiers temps 
de son séjour en Russie, mais qui, à ce que nous croyons, 
ne fut pas 'achevé. Il rédigea ensuite une Arithmétique^ 
qu'il termina au mois de septembre de l'année 1672. Sous 
un titre qui indiquait un simple manuel de l'art du calcul, 
il avait, en s'inspirant des petits traités en usage dans les 
écoles grecques, rédigé une sorte d'encyclopédie mathé- 
matique, religieuse et philosophique. Les citations de l'E- 
vangile, des Saint-Pères et des auteurs profanes de l'anti- 
quité servaient d'aide-mémoire aux étudiants. La dernière 
partie, consacrée à l'éthique, était composée d'exemples 
empruntés aux vertus impériales. 

M. Kedrov, auteur d'une notice sui- Y Arithmétique^^ a cru 
pouvoir la comparer au San-dze-king des Chinois, livret 
qui contient en 168 vers un résumé de toutes les connais- 
sances humaines*. On trouve de plus dans l'ouvrage de 
Spatar des groupements de chiffres qui attestent le goût 
de l'auteur pour la science cabalistique. 

Le même amour pour les sciences occultes se remarque 
dans un ouvrage beaucoup plus considérable qui porte la 

1. HCypHajTB MHHHcrepcTBa uapo^piaro npocsto^eHU, 1876, I, 1-31. 

2. Voy. L'Enipire chinoUj par le P. Hue, 2» éd. (Paris, 1854, in-12), I, 126. 

29 



..i-î iir *»r rjtinia j-ji* au 
'.u'j] •:Jiri'Lii i-Ti;.'-iiiaI irr 
J'a:m!..;.a.Min-ii-.M.H. 
-h;.'!; f-liitiià IVrii-U- 'II- 1 : 
li:niiliti"ii 'itr ^[larar tt 'iai 
le l'ratriiieiit lie rliri.'niiiue ; 
tMule (l'auteurn aïK-îeiiri «t u 
tgateiiieiit i-urieu!ie : la ]ir< 
Le C/irhmo/'j^t: fut eiitr 
Mihajlovif : on voir que Spa 
à la cour. l'our répondre à h 
participa à la rédat-tiuii (l'uii : 
des souveraine de la Rmtsie <■ 
dernes. répertoire dentiué à l'i 
dore, et composa seul, «ouij 
chronologie des principaux e 
ordre d'idées différent, il «e pi 
tradition» de l'antiquité claiiij 
un Recueil de passages des a 
Muses et atix sept arts libérau. 
petite encyclopédie qu'il aval 
métiyue. 

Dan» le cours de l'année 1 
une traduction du Livre dex S 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 451 

charge ne lui permirent pas d'achever le Chrèsmologe. 
Nous ne connaissons en effet qu'une première partie de 
cet ouvrage, qui est loin de contenir toutes les matières 
annoncées sur le titre. L'original grec oflfre deux autres 
parties dans lesquelles l'auteur, à la suite de l'interpréta- 
tion des visions de Daniel, rapporte diverses prophéties 
postérieures, relatives à la prise de Constantinople, à l'em- 
pire ottoman, etc. Nicolas - aurait eu l'occasion dans ces 
nouveaux développements de mettre à profit sa profonde 
connaissance des affaires orientales; il s'arrêta cependant 
après son premier volume. M. Hàçdeu suppose qu'il aura 
craint de se compromettre dans les querelles théologiques. 
Il est vrai que, depuis la déposition du patriarche Nicon 
(1667), l'église russe montrait une intolérance extrême et 
suspectait d'hérésie tous les étrangers, surtout lorsqu'ils 
abordaient les matières religieuses; mais le Livre des Si- 
bylles, qui suivit le Chrèsmologe, n'était pas moins de na- 
ture à inquiéter les timides représentants de l'orthodoxie. 
Il nous paraît donc plus simple de supposer que le temps 
seul manqua à l'auteur pour achever son œuvre. Deux no- 
tices détachées que nous possédons, une courte Descrip- 
tion de Sainte- Sophie de Constantinople et un Traité des 
hiéroglyphes, étaient peut-être destinés à entrer dans la 
seconde ou dans la troisième partie. 

Nous ne nous arrêterons pas à la traduction d'un Dis- 
cours prononcé par F ambassadeur de Pologne le 18 septem- 
bre 1674. Une pièce de ce genre rentrait dans la tâche jour- 
nalière des interprètes du bureau des affaires étrangères, 
et Spatar ne devait pas y attacher grande importance. 

29* 



F 



imjigures, traduit de Al 
Ce prélat, t\\.\\ était verni 
née lOfiG, avait pria part . 
avec lui des relations per 

L'ancien boïar raoldav 
triutes par un luxe insoh 
travailler pour vivre; sa 1 
besogneux. Comme le fait 
à rappeler, dans l'introduct 
sites d'Alexandre envers P 

Nous ignorons si Âlexii 
prendre ces allusions tran 
ment que, au mois de septei 
à fixer son domicile en Rut 
dorée'. Vers le milieu de 1 
Matvêev lui valut une distiii 
d'une ambassade en Chine. 

Alexis Mihajioviiï poursui 
persévérance les efforts tent 
pour nouer des relations sui 



1. Sathas, NtatXXijvii^ qtiXaXorfs, 
'i. Il eit à remarquer que tous 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 453 

centrale et de TExtrême Orient. En 1669, il avait chargé 
Pazukin d'une mission à Khiva ^ ; en 1670, il avait envoyé 
en Chine Daniel ArSinski, accompagné d'Ignace Mîlovanov, 
d'Antoine Filev et de Grégoire Kobjanov*; enfin, en 1674, 
le boïar Ivan PorSennikov et deux négociants, Eustathe 
Filatjev et Gabriel Romanov, avaient repris par son ordre 
le chemin de la Chine ^. 

L'ambassade confiée à Spatar avait un double but. Il 
devait tout d'abord se rendre auprès de Gantimur, prince 
tongouze qui en 1667 était venu en Russie avec quarante 
des siens, s'était converti au christianisme çt, depuis lors, 
s'était fixé à Nerëinsk, en Sibérie. La Chine ne cessait de 
réclamer ce personnage qu'elle considérait comme rebelle; 
il s'agissait de le fortifier dans ses bonnes dispositions et de 
l'assurer que la protection du tsar ne lui ferait pas défaut. 
A Péking, Nicolas devait naturellement plaider la cause 
de Gantimur, mais les instructions qui lui étaient données 
avaient surtout un caractère commercial. Après avoir réglé 
l'importante question des titres que les deux souverains de- 
vaient se donner mutuellement et déterminé la langue qui 
serait employée pour la correspondance entre la Russie et 
la Chine*, l'ambassadeur devait s'occuper de la rédemption 
des captifs, s'il s'en trouvait dans le pays, puis demander 
certaines concessions propres à faciliter les échanges. Che- 



1. Travaux de la troisième fte»»ion du congrhê international den orientalistes. 
St. Pétersbourg, 1876, I, 595—604. 

2. Bantyâ-Kamenski, 18—22. 

3. Ibid., 23. 

4. Chose curieuse, les Russes proposent aux Chinois d'employer le latin 
ou le turc. 



Iiréimratifs de l'exin'ditid 
les lettres adres^sôes au F 
tar (jiiitta M(i.sciiii. Su si 
qui avaient [iris du servi) 
syn (îrefaiiiii et Tliéodori 
attache» 811 l>iireau i\e» am. 
et Ivau Favorov. A Tobc 
s'adjoignit six. nobles du pa 
composé d'un aumônier, d'i 
cosaques à pied ou à cheva 
L'ambassade dut attemli 
mois d'avril la fonte des gl 
en route que le 2 mat. Elle 
plats le cours de l'IrtyS, de 
villes de Surgut et de Nar. 
Jeniseisk. De cette ville S] 
ses compagnons, Ignace Mi 
demment pai-tie de la mîssic 
tout droit Xerfinsk et Pckï 
continua lentement sa route 
nombre possible de docume 
rait. 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 455 

par TAngara et le lac Bajkal. Le 4 décembre, il atteignit 
enfin Nerëinsk, qu'il quitta le 19 du même mois. 

A partir de Nerëinsk, il faudrait une carte très détaillée 
pour reconnaître les villes et les fleuves que Tambassade 
traversa; nous ne pouvons ici les énumérer. Cette portion 
du voyage de Spatar est pourtant la plus intéressante à 
cause des détails qu'on y trouve sur un pays jusqu'alors 
si peu connu, en particulier sur le fleuve Amour, dont il 
constata la haute importance pour le commerce avec la 
Chine. La publication de M. Arsenjev permet aujourd'hui 
de suivre pas à pas l'explorateur. 

Le 13 janvier 1676, l'ambassade franchit la frontière 
chinoise; elle se dirigea vers Péking, où elle fit son entrée 
le 15 mai. Spatar se mit aussitôt en relations avec le jé- 
suite Ferdinand Verbiest, qui enseignait alors l'astronomie 
et la géométrie à l'empereur. Par sa connaissance du pays 
et de la langue, par l'accès facile qu'il avait au palais, 
Verbiest pouvait lui rendre de grands services. Le 15 mai, 
Spatar eut audience du Fils du Ciel, qui le reçut avec de 
grands honneurs et auquel il n'épargna pas les protesta- 
tions d'amitié. 

L'ambassadeur russe passa trois mois et demi à Péking; 
il s'y lia d'amitié avec les jésuites qui avaient toujours accès 
au palais et servaient d'interprètes à l'empereur pour les 
langues européennes. Il se mit lui-même à étudier le chinois 
avec la merveilleuse facilité dont il était douéV 

Le 1 *' septembre 1676 Spatar quitta Pékmg, porteur d'une 

1. M. H&çdeu, qui n*a jamais achevé son travail sur Milescu, nous a 
dit avoir des renseignements sur une traduction que Tancien boïar mol- 



..^*»%*jKk., M-J^ I lUllI 11 ClAll < 



. i,^. ■ ^; il était de retour à Moscou 



•■■■* : ■ ... .1 



V 



' ï 



aii8 moins deux mois. 



I 



Pendant Tabsence de Nico 
s*était produit: Alexis Mihajiov 
à son fils Théodore (1676). Il g 
qnérir la protection du fils cou 
du père. Pour témoigner du zi 
quels il avait rempli sa mission 
bureau des ambassadeurs son j< 

Ce journal, qui vient d'être j 
comprend que l'itinéraire en Si 
coup la partie la plus importai 
était en effet le premier expl( 
immense pays une reiconnaissa 
approfondie. Une pareille recon 
médiatement des résultats pratiq 
avec la Chine ne pouvaient se d 
nir plus ou moins éloigné. 



A^- 



NiœLAS SPATAR MILESCU. 457 

Pour faire suite au journal de Tobolsk à Xeréinsk et au 
fleuve Amour, Spatar entreprit aussitôt une Description de 
la Chine. Il avait été précédé dans cette contrée par une 
foule d'explorateurs de tout ordre; il voulut mettre à profit 
leurs observations; aussi ne composa- 1- il pas uniquement 
son ouvrage sur les notes qu'il avait recueillies lui-même; 
il y fit entrer un grand nombre de renseignements emprun- 
tés à ses devanciers. On aura une idée de la promptitude 
avec laquelle il travaillait si l'on songe que ce dernier ou- 
vrage, qui ne contient pas moins de 59 chapitres, fut achevé 
le 13 novembre 1678. 

La mission de Spatar ne donna pas et ne pouvait donner 
de résultats politiques, mais elle eut une réelle importance 
par les notions nouvelles qu'elle fournit sur les routes à 
suivre pour gagner l'extrémité orientale de la Chine. A 
ce point de vue, M. de Sabir, auteur d'un travail sur le 
fleuve Amour, nous paraît injuste quand il dit que l'ambas- 
sade confiée au boïar moldave n'eut aucun succès' T^r 
contemporains furent, au contraire, remplis d'admiration 
pour le hardi voyageur, surtout ceux que l'habitude des 
explorations mettait le mieux à même d'apprécier les diffi 
cultes de l'entreprise. Un agent français, M. de La Neu- 
ville, envoyé en Russie, dans le courant de l'année 1689 
pour se renseigner sur les négociations poursuivies entre 
le tsar, la Suède et le Brandebourg, eut l'occasion d'y voir 
Spatar qui fut chargé, lors de son arrivée à Moscou de lui 
faire compliment et de lui tenir compagnie. Il fnt tellement 

grecque vulgaire, m, nxiy ' ^'^- ^'^'^^^, RUMclhique 



iiiculiiiement a profit les o 
protégé pour développer 
l'Asie. 

'Spatarus. Valat|iie de 
avoît été eliasBC de son |»a) 
coupé, pour avoir déeouve 
secret que l'hospodar de ^ 
avec le roi de Polog^ie. et 
de cet hospodar, qui est pi 
Pologne, réduit à nne pem 
l'électeur de Brandebourg, 
parce qu'il étoit fort sçavai 
grec et italien; mais, le roi 
de son infidélité à monsieur 
de sa cour, et, ne sçachant 
Galîschin le reçut fort bien 
Quelque tempe après, il l'ei 
Chine, pour découvrir les 
commerce de ce pays là pai 
dans ce voyage et eut de j 

1. Relation curieutr et aoueelle <le 
empirt, Ui expédiiioju det MoKovUet t 
reedalionii, leuri maurt et leur relinio 



5IC0LA5 SPATAR MILESCU. 40» 

mais, comme Q a b€aiio>ap d'et^prit. il remarqua ;» bien 
rétat des lieux «>à fl passa qu'il tir espérer, à soq retour^ à 
Galischin que, dao.^ un see«Hid voyage, il mettroît lets choises 
en état de poaroîr aDer daiH ee pay^-Ià aiLs»î £iu.*^îlemeiit 
qae dans on antre. Gaiisehm ct>nimem;a. sur ces aâ^orances. 
à Élire chercher nn chemin aa.^ comm^>ie que coart« ponr 
le transport des marchandise», et. après ravoir trooré* û 
songea aux moyens dV établir des Toîtnres^ qui furent de 
faire bâtir de Moseon à Tobolk. capitale de Ziberie. de dix 
lieues en dix lieues, quelques maisons de bois« d\ mettre 
des paysans k qui fl abandonna le domaine de plusieurs 
terres, k condition seulement d'entretenir dans chaque mai- 
son trois chevaux. qu'O leur fit donner la première ti>is^ avec 
droit d'exiger de ceux qui vont en Ziberie et eu vîemieiiU 
pour leurs profres ai&ires. trois sols par cheval )H>ur dix 
vœrstes de chemin, qui sont deux lieues d\\Ilemajr)H>x U 
avoit aussi sur cette route, comme par toute la M^v^hwh\ 
fait planter des pieux pour marquer les vœrstes cl li^ ch^*" 
min: et. dans les lieux on la neige est si hauh^ qu^" t^ 
chemin en est impraticable aux chevaux, il a>\vil i^l^hh 
des habitations qu'D avoit donné à des gens iH^ndMUii^^ ^ 
l'exil perpétuel, ii qui fl faisoit fournir de Tarj^MU ^^l \l^ 
vivres, avec de gros dogues pour tirer, au lî^>w d<^ oW 
vaux, les traisneaux sur la neige: et à Tobolkx vUl<^ *^"V 
tuée sur ce grand fleuve Irstik. que 1 on nomme ùniMXx^Mîv 
ment Oby, parce qu'A s'y décharge, il av\Mi ^laUU ^l<^ 
grands magazins remplis de vivres, et fait bàlir d^ jf^xv^^^ii^^ 
barques^, sur lesqueUes la caravane remonnni \y^ tl^^^w 
jusqu'à Keaflbas, lac scitué au pied des m\\ni^w^ )N^ 



^.. < iiciiiin (laii» son net 
avei' autant (lu commodi 
Europe. .l'aiirois fort «oi 
(lire toutes les particulari 
prendre rte lui les noms • 
par où il avoit paasé; ma 
et retenu à toutes les quei 
pris très bien que, s'il ne 
toit que la crainte qu'on 1 
rela vcnoit à être 8<;ft, en 1 
une cliose laquelle ils veu 
toutes les autres nations, et 
voit avoir pour moi en m'ii 
demandois, ne lui attirât qti> 
czars, lesquels, quand il leui 
timent personne, de qnelqii 
puisse être, depuis le moini 
Il esperoit, à ce qu'il me fi 
un chemin plus court et aie 
pretendoit faire. » 

Un autre voyageur frauda 
qui se rendit en Russie, acc< 
y étudier les routes conduiss 



NICOLAS SPATAR MILE8CU. 461 

par teiTC, et, après avoir fait connaître les quatre premières, 
il ajoute : 

«La cinquième est celle qu'a tenu Spartarius, envoyé 
de Moscovie à la Chine. On passe par la Sibérie pour se 
rendre à Nerczinski, qui est sur le fleuve Szilka; on va 
ensuite à Dauri, peu éloigné du fleuve Naîunaj, d'où Ton 
continue sa route jusqu'à Cheria, qui est à l'entrée de la 
Chine. Il y a une égale distance de Nerczinski à Dauri et 
de Dauri à Cheria. 

«Si nous en croyons cette relation, dont j'ay fait jusques 
icy une fidelle copie, cette route est aussi sûre qu'elle est 
courte, parce que depuis Nerczinski jusqu'au fleuve Argus, 
qui se jette dans le fleuve Yamour, on trouve toujours des 
Yachutehiki, c'est-à-dire des Moscovites qui chassent aux 
zibellines, et, au-delà de ce fleuve, on passe par les terres 
de certains Monguls qui craingnent extrêmement les Mos- 
covites. Mais il y a apparence qu'on ne trouve pas mainte- 
nant toutes les sûretez qu'on trouvoit auparavant chez les 
Monguls qui sont de ce côté-là, puis qu'on prend plus haut 
par Albazin et qu'on fait un grand tour pour aller de là à 
la Chine, ou bien plus bas, en passant depuis Szelingui 
sur les terres du Taïso Bechroesaïn \ » 



V. 

Le chroniqueur roumain Neculcea, dans le passage cité 
plus loin, raconte au sujet de Spatar diverses particularités 

l. Avril, VoycKfe entrepris pour déœuvrir un nouveau chemin ii la Chine 
Paris, 1692, in-4), 173. 



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et aurait été chargé (Vune n 
que Spatar re(;ut du Fils d 
prix dont il fut dépouillé, i 
Moscou. Malicieusement d( 
la liberté qu'à Tinterventio 
Nous supposons qu'il y 
le Grand, né le 10 juin 16 
leçons de Spatar avant le di 
on a vu, au contraire, qu'ur 
bora était destiné à l'éducs 
Quant à la condamnation pri 
les autorités de Moscou, il s' 
pour sorcellerie dans lequel 
avons déjà insisté sur le goi 
les prophéties (le Chrhnwlo 
font foi); aux yeux du clergi 
genre ou des traités tels que 
valent aisément se confondre 
Ces ouvrages avaient été coi 
vêev; maintenant cet ancien f; 
loi que la poursuite principa 

1. N. Novikov, HcTOpifl o hcbui 
Fbesa; hs^. 2-e (MocKsa, 1785, in-8), 
— Nous empruntons p*» ronv^î .'. xr v 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 463 

Spatar eut la chance de se tirer heureusement du procès ; 
il put même bientôt reprendre ses fonctions au bureau des 
ambassadeurs. Nous trouvons en effet son nom au bas d'une 
lettre du 2 juillet 1679, accompagnant l'envoi d'une grati- 
fication de 60 roubles accordée par le t»ar à l'interprète 
Simon Lavrecki pour services rendus à l'envoyé russe à 
Vienne, Jean Vasiljevié Buturlin^ 

En 1680, Nicolas était encore à Moscou, d'où il corres- 
pondait avec le jésuite Ferdinand Verbiest, l'ami qu'il avait 
connu à Péking. Il s'agissait d'obtenir des renseignement» 
sur les Tatars*. On voit que Spatar ne perdait pas de vue 
la Chine. Cependant il cultivait encore la théologie; aussi, 
le 17 mai 1681, est-il appelé par le tsar à l'aider de ses 
conseils pour statuer sur une question délicate. Deux sa- 
vants grecs qui venaient d'arriver en Russie pour enseigner 
à l'école de Moscou, les frères Lihoudis*, se trouvaient en 
conflit avec un théologien russe Jean Bêlovodski au sujet 
du sacrement de l'eucharistie; Théodore ne dédaigna pas 
de se faire juge de la querelle*. L'auteur de V Enchiridioit 
était plus apte que qui ce fût à l'assister de ses conseils. 
De plus, il devait d'autant mieux connaître la doctrine des 
frères Lihoudis qu'ils s'étaient rendus en Russie à la solli- 
citation de Païsius Ligaridis, avec qui lui-même était lié 
depuis longtemps. 

1. IlaMflTHHKH ^qiILl. CHOUI. Jf^. POCCÎH Cl» Jlfi^lKhBBMH MHOCTpaHHUMH, 

IV, 893. — NouB ne connaiMons à Paris aucun exemplaire de cette collec- 
tion, que nous citons diaprés M. N. Kedrov. 

2. Legrand, BibUoihkque grecque vulgaire, III, 4Uk 

3. Voy. Sathas, NeoiXXr^vwf, ^iKoXo^ia, 358—371. 

4. OnHcame pysoiL Mock. chhoa. 6h6x, II, 3, n'' 299; 466, n" 388; hih, 

n*^ 339, etx;., ap. N. Kedrov dans le SKypuajrb mhh. Hap. npocB., 1876, I, 12. 



ÉMIl.K IMUiT. 



Le24jaiivier 1 684, Spatar traduisit, l'Oiieurremmentavi 
deux auties interprètes, un uiémoire adressa au bureau ilea I 
ambassadeurs par un secrétaire autrichien, Jean Eberliardt 
Gobi. Maijfré son babïleté pour cette sorte de travaux, il 
ne parvint pas à satisfaire Gobi, qui trouva que les mots 
latins de l'original étaient exactement rendus, mais que lej 
sens général était parfois altéré'. 

Nous ne savons rien de Nicolas enti'e le mois de janvier 
H\^i et le courant de l'aunée 1689. Nous supposons qu'il 
fit dans l'intervalle un second voyage en Obine. Ce serait 
alors qu'il aurait pu se perfectionner dans la connaissance 
de la langue chinoise et qu"il aurait rapporté les riches 
présents dont parle le chroniquenr Neeukea. 

Le récit de M. de La Neuville nous cx)nfirme dans cette 
opinion. Le diplomate français parle, en etfet, d'un der- 
nier voyage que Spatar aurait fait en cinq mois; il ne peut 
être question de son retour après son ambassade, retour 
qui ne dura pas moins de seize mois. M. Bantyè-Kamenski 
est muet à ce sujet, mais il n'a pas eu à parler des missions 
purement commerciales ou administratives qui auraient été 
confiées par la suite à l'ancien ambassadeur. 

La compétence particulière de Nicolas pour tout ce qui 
touchait les choses de la Chine était alors bien connue; c'est 
à lui que s'adressaient les hauts personnages qui désiraient 
se renseigner sur la situation de l'Extrême Orient. A la tin 
de l'année lfj89, peu de temps après le séjour de M. de La 
Neuville à Moscou, le patriarche de Jérusalem, Dositliée, 
écrivit à Spatar en le priant de lui envoyer la relation de sou 

I, lIllMflTHHKK ;(H[U,, VI, 317. 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 



465 



voyage dans le Céleste Empire'. Malgré la baute situation 
du personnage qui lui faisait cette requête, Nicolas ne se 
pressa pas d'y obtempérer. 

A partir de 1(189, noua n'avons plus sur la vie de Spatar 
qu'un petit nombre d'informations qui ne permettent pas de 
reconstituer sa biographie d'une façon suivie. 

En 1G91, il fut cbargé, de concert avec deux autres inter- 
prètes de la cour, de déterminer la valeur exacte du titre 
A'mtemonce porté par l'envoyé auti'ichien J. Kurte. Les 
ministres russes tenaient à être fixés sur le caractère attri- 
bué à cet envoyé pour régler le cérémonial de sa réception*. 

Au mois de juillet 169.'! Spatar, après un silence de trois 
ans et demi, répondit au patriarche Dosithée, en s' excusant 
de ne pouvoir lui donner que des renseignements sommaires 
sur la Chine, de peur lîe trahir des secrets d'état^ 

Beau<;oup d'autres prélats de l'église orientale étaient en 
relations suivies avec lui. Un de ses correspondants les plus 
intimes était alors l'ai'cbimandrite du Saint-Sépulcre, Cbry- 
sauthe Notaras. De ses conversations avec Spatar et des 
notes que celui-ci lui communiquait, Clirysantbe tira une 
relation historique sur ia conquête de la Chine par les Ta- 
tars {Kixâla. 5cu),EÛo'jaoL) '. Toutes les fois que le prélat était 
à court de documents, il faisait appel h l'inépuisable érudi- 
tion de son ami. Nous en avons la preuve dans un billet 



1. Voy. nn trspnent de la lettre de Dosithùo ap. Li>grau(i . FUtAioUi>^«e 
ffncQue vulgaire, III, xxxv. 

2. IlaiiflTn. flHiui., VII, GSi. 

3. La lettre de Spatar, tiiii est furt loiiguo, est. Écrite eu grec nncien. 
Voy. Legrand, lue. cit., xxxv— xxxviij. 

4. Ihid., S37-441. 

30 



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écoutr (le r^nidirioii en K 
riiper avec aâ2>i(luité de 1' 
Moscou. Il rédige dtrs alp 
mentaires. en dirige Timpre 
de correcteur*. 

Au mois de décembre 1( 
vreeki que les tsars Jean et 
dnire les lettres adressées \ 
pour la CQnclusion d'une ail 
Tatars de Crimée*. 

En 1 69 7, Spatar est appelé 
lion d'étiquette; c'est lui qui i 
vront donner au pape Innocei 

Au mois de septembre 169 
tion du volumineux Traité de 
doxe des Chrétiens, écrit en g 
de Thessalonique. 

En 1 700, par un ukaze dat^ 
introduisit en Russie renseigne 
Nous poiivouR croire que Spati 



i 

f ■ 



1. I^c^rnind, lor, rit., 417. 

2. Sniiniov, ÏIcTopifl Mook. r.i.-ri».-.ii 

/K>l)Ha.l'I> 3IHH. H»]). IipOTB., 1^70, I. 1 

3. IlnMHTII. ;iHii.i.. VII. lui 6 



tl • * 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 467 

mesure. Il jouissait de toute la faveur du tsar, qui lui con- 
fiait les travaux les plus secrets et, sans doute, prenait sou- 
vent ses avis. 

A la fin de Tannée 1 700 il remplissait encore ses fonc- 
tions d'interprète au bureau des ambassadeurs. Il fut no- 
tamment chargé, le 28 novembre de cette année, de tra- 
duire en latin une lettre adressée par Pierre le Grand au 
doge de Venise ^ 

Peu de temps après, Spatar eut à s'acquitter d'une tâche 
plus considérable. 

Un ancien secrétaire de l'ambassade de l'Empire en 
Russie, Jean-Georges Korb, venait de publier à Vienne 
un journal dans lequel il avait consigné une foule de dé- 
tails jusqu'aloi*s inconnus à l'étranger sur les premières 
années du règne de Pierre le Grand. Cet ouvrage causa, 
dès qu'il parut, une sensation des plus vives et faillit même 
amener la guerre entre la Russie et l'Autriche. Le prince 
A. Golicyn, ministre du tsar à Vienne, se hâta d'en en- 
voyer un exemplaire à la cour de Moscou , qui fit immé- 
diatement proscrire le Diarium. Il fallait cependant sa- 
voir quelles étaient au juste les révélations de Korb, et 
le latin n'était pas familier aux hommes d'état russes. Spa- 
tar fut chargé d'en faire une traduction destinée à rester 
secrète. 

Cette traduction est le dernier ouvrage de Spatar qui 
nous soit connu. Nous ne savons rien des dernières années 
de notre personnage, qui vécut longtemps encore, entouré, 
parait-il, d'une haute considération par Pierre le Grand et 

1. naMHH. AHim., VU, 1368. 

30* 



w. 



l^,uus venons de recone 
forces, la biographie de Mi 
laruncs qui pourront être c 
rons maintenant^ en forme 
chronique de Neenlcea anq 
renvoyé, et noua y joindroi 



NJCOLAS SPATAR MILESCU. 



469 



APPENDICES. 



I. — Extrait de la chronique de Jean Neculcea*. 



6pA o^H eoïlp, ÂnéMê Hh- 
np-k ^B&i^iT liJiï K&pTSpip, ui ji 

ipïÀ M^/ITf AHMEH: éANH^^ipi; 
CAOBfH'klIJf; rpCH'^IIJI liJÎÏ T8p- 

H'kiiJi; uiA épA M^HAP^ uiA 

HHHH ^HaHHTf A^MHfl|JH; K8 

B^3A^raHi \niî k8 niASiui; kS 

COAT^pi^ TOT CHpM%, AA KÀH] 
lUiî /I^H GTfi|^&Hlil^& fi^A% «f H 

éfih np'L AP^v" ujii/i i^HH'b np-k 

EHNI, UlA t6t AA AXÀCIk ^A 



Il y avait un boYar appelé Ni- 
colas Milescu Spatar, originaire 
de Vasluitt, homme très savant et 
très lettré, qui possédait un grand 
nombre de langues : le grec an- 
cien, le Slovène, le grec moderne 
et le turc. Il était riche et arrogant ; 
il n'allait que précédé de coureurs 
princiers, tenant des masses d'ar- 
mes et des sabres, les chevaux 
couverts de chabraques d'argent. 
Il était en grande faveur auprès 
de Stefâni^, qui le comblait de 
bienfaits et le faisait sans cesse 



1. La chronique moldave de Jean Neculcea 8*étend de 1662 à 1743. L'au- 
teur avait joué un rôle politique important de 1693 à 1711. H passa en 
Russie avec Démètre Cantemir, mais il ne tarda pas à se séparer de ce 
prince et séjourna en Pologne de 1712 à 1719. Il put alors rentrer en Molda- 
vie, où il vécut sur ses terres jusqu'en 1730. Il revint encore pour quelques 
temps aux affaires, puis retourna dans sa retraite, où il mourut en 1743. 
Pumnul, Lepturariû rumîneac, III, 166. 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 



471 



iintIl a8H; .f Kica H-k mhkx, 
LUH i8 née npi Ka/ix^ a< uS 

TXÏ^T Hac8A^ CKOl^HHA CtI- 

A( â^ T&î;^T KaaxSa nic^a, uiiî 
H^ i8 Rfiér cxa aicx ni Ka* 
ax^ cxA Tiïi Hic8a kS k8i^h- 
T8a a^A Kaai^; hi k8 y^^V^- 
p^a a^H Cxf^^xHiii^K B6ax âtf 

H8a iS ^^VHT ^ L^ipa Him- 
H'^cKX; luiî i^ rKciiT iKoad^ 
o^M A^4^Top A^fi '''^T caoKO- 
3ÏÀ cinifêM fi^ÙH WEfiii îuAa 

BOl^YÀ AA HiC; lUJi iluA AHH 

311 .f. 3H cÂH^iaf cf jfiKîrii, a^ 
â8 KpfCK^T Hac8a aa aôk a< 
ca^ T&M&A^i^'r; âfi, kxha i^ 
BfHHT aHM^k ^ i^ipx aa a^'^- 
HiA a^H Haifiu Boa^^ H^MaA 
A( iEÏÀ ca8 ^ocT K8HOCKKHA 

Hic^a KKH tkVàt. 

NéaiaH t6t Hi8 ujx3éT ^ 
uips a^éax a^ pSuiHHi; Hf ciS 
A^c aa IWàcK aa a^ipiaf ^nx- 

fiÀT AA UAi^m IWuxSHAOEH^k, 

AA Tixxa a^ipiatfH IlirpS ^• 



couper le nez [au coupable]. Il ne 
voulut pas laisser le bourreau se 
servir de son couteau à lui; ce fut 
le handjar du prince que celui-ci 
employa. 



Après cette [exécution], Nico- 
las le camard s'enfuit en Alle- 
magne; il y trouva un médecin 
qui lui fit constamment des sai- 
gnées au visage en faisant amon- 
celer le sang à Tendroit du nez. 
Par ce moyen le sang se coagula 
peu à peU; le nez repoussa et il 
guérit. Quand [Spatar] revint en 
Moldavie, sous le règne d'Élie, 
c'est à peine si Ton pouvait s'a- 
percevoir qu'il avait eu le nez 
coupé. 

Cependant il ne resta pas long- 
temps dans le pays, [ot il était 
poursuivi] par la honte; il se ren- 
dit chez les Moscovites, auprès 
du grand tsar Alexis Mihajlovié, 



■ . 1 ■ ;v . .'■• -, I • 



T(; mil êpA Aa <uipf hiihc 
; ?\ . . i.' mil Bor&HU. HIh aaS TpHiU 

•jLn&piTSA fiAf^iH MH)f«iHA 
BHHk céa A4 A^ipfAf .j^nsp^i 

iA KHXiHAIVP; mA A^^ATf A 
KpSpA A< A^Hpix i8 BK3éT / 
iH-k .j^nxp^KHif i KHTiHAWi 

mA âtf A^P^>^'>' ^ B^>^A ^^^ 
Af nTiTpi cK8A^ni mA oyH a^^* 
MiHT kA oyN ivtf A< nop^Mi 
lUA .j^TopKXHA^cf n( AP^^ 4* 
AnéA ciS TSA^nAix a*^^ ^^ 

pAx .j^nKpixSA M6cKtfA8H ÏÏÇ 
ixAfAÎ flAÎ^iA MH^iHAOBHHk 

âp cfHAx6piA fijtAà MécK a 
êmAx •'fxptf ^XH<unHHipf mi 
âs Atfix iH'^Ai A^P^pA mi 
xéx H-^S iB8x^ uiA AiS 4^2 
kSx cSpr^H AA Ghbiip, mA i 
mK3éx kkhAba ahA cSpr^H a 
GhbAp. 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 



473 



A8h HAigiH MHYaH/IOBHHk; Ki- 

fiîM i8 BfHHT aHH^ ^ i^aps 

T^Ph'ih aa IIp^T^ aa Gt&hh- 

iJ^HHSTSa OxaHioaSH; i^i^HcaS 
KÀpHSa AHH Ghehp kS KipHH 
aa AÀHcSa^ aa ^nsparSa IIi- 

Tp^ flaigÎŒHHk fi,î bS if^KK^T 

wù hÛm exTî c8pr8H. nT^HH'k 
ITfTpS HafgïfBHHk ^n&piT ^- 
AaTx i8 Kïf/uiT cfHaTépiH; iuh 
âS .fxpfEiT 3HKXHA: «OifHAf 
ëcT( A^^KaaSa MfS, nia ni Mis 

.^BI^Il^iT KipT(? UliéM KSpÂHA 

cÀa iA^HfUH. » IIIh «j^A^TK 
i8 p&n(3HT A^ ^aiK uiii aiS 

ni^paT^a MécK^aSA^ ^ Gt6- 
aHi^s; uiH aiS .fTpceir h^kS 
B&3ST lijA H'kS n&i^HT; iiiA 
«8 na&THT aSKpSpHaf rôàn 

ÂH'kM fi,ÎAA CfHaTOpH HfH a8- 

Àc% nzHX aa cyN Kin fi,î ai^x ; 
uiH A^A^iHTSa Hfa Mipi; ^- 
n&piT^, jijin% Hf aiS BX3éTy 
cas MHpiXy luji aiS a^^t ^ 



Pierre, fils d'Alexis Mihajlovié, 
de ce Pierre qui est venu ici chez 
nous, en Moldavie, et qui s'est 
battu avec les Turcs sur le Prut, 
à Stànileçtï, en aval de Huçï, dans 
le district de Ftlciû, [Nicolas] le 
camard parvint à faire passer, de 
Sibérie, audit tsar Pierre Aleksêe- 
vi5 des lettres dans lesquelles 
il lui racontait ce qu'il avait fait 
et comment il était exilé. Aussi- 
tôt le tsar Pierre Aleksêeviô man- 
da les sénateurs et leur posa cette 
question : «Où est mon précep- 
teur, celui qui m'a appris à lire 
et à écrire? Hâtez-vous de me l'a- 
mener.» [Ceux-ci] dépêchèrent un 
courrier, qui amena [Milescu] à 
Stolica, auprès de Pierre Alek- 
sêeviô. Le tsar de Moscou lui fit 
raconter ce qu'il avait vu et ce 
qu'il avait eu à soufirir, et lui ren- 
dit tout ce que les sénateurs lui 
avaient enlevé, jusqu'à une tête 
d'épingle. Le tsar fut saisi d'ad- 
miration en voyant le gros dia- 
mant; le camard en fit don au 
trésor impérial, et reçut quatre- 
vingts bourses d'argent. Le tsar 



-" -t API-W. „„■, .|; ,„,„, 
'"'' ■'■"• '* "f 'Hrum. mi, 
«»"A ■!« pic sAfSH, .|;n,piT»^ 

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U"A.+piT.A,c,fa,,J„,„,-, ,^.,. 



XICOLAS SPATAB MILEStl". 4 (5 

Heroniciftiae UipD Moadosil, nsBiikaTe aenr^ f n- 
"rolami da-r-b de M. Korsaniieans, H. lanriï, 1845, in-4, 

209—211.) 



II. — Bibliographie. 
I. 

EhB.iU II AJI.IKX. Il ;\8MHf3ÎUCK.t CKplilITt^llX || ÀAnitt RIKH 

mil .uiHCH HOJW ^-^Vf. TÔxrt \\ nii» caë TA..t'iHX<niT' x^inpt 
.\ÙA\EA éniiH-kcKA. ciipi .fHi.i'ki;fpii || .ui>iViiVt'i |iëiUKHfi|iii Kttno- 

pSHKJ rip-ll C8h8.1I$H Kp(i|lliHk, Il llll'l .l8.UHH.iT8/lt^ii A^'^Hk {j 
llViHK lllx^Bilik, KdT.tK03HHà R.KJpiKK lîOtBOAX || HH'l Ktf .i. 
AI.WHJp-k ,V*'M'M'kA8M [| KÔCTJ.V'i'"' KpXHKCIfllHSrtk MÂfltM A<t- 

f:a^ir\,. Il lUnOTk .\* (ôpk i.ik M%çriiH (sm, KâpfAt ,\I:Iiik iipt- 
■Miip-k iiicTSii .«jh || cSc ii«.wiHHT' aÔai'hS. IlSTlip'miK»,»!, 

A<WI3XS ,\tH .U-kl/tp-fl JTÔilTIH II lUPk plf.UA.Hn|IH. Ilpf ,0'H'H-k- 
aÎh .IdS K<ïp<9IUT' Kb .VOiHMi'A llll'l C1'XII>. Hiip-k irô^Tx 

nifA «TpcRrtjiifïm. IIIh ^rpn îhaiai M%pUH ei,u cis !| mK^p' 

lUHTk ilKTk A'HH3»CXk A»Kf». KéfitM IIIH TffJTX ,| KtA 
T»H.U N+. A»»Jhp'U]lfTk /«^y Wi» pXAHKiTk, J! TKASpllT»- 
f j8 ,f TXh ,^CKi!lll8Ak .WMT[»9n«AiiA fiSKKptlpHAd^k, 11^ 

nitTOfitfft llpi c4,Hi|HTtl4SA nspHNTf Krpk 
hAÔCÎI II MHTp«ll«.lHT»Ak UXpfH, lltH ^^âf j;9 Aâr9- 

Jl IIIh nÎNTp» ii ^i ikipi np?ifHiix, c^y ,t,%f9(iT\ 

H&llicKk 11 .»^ 4N».»k A«'»J ♦ilfp-fc A»«îft, 

B A"i OnxânlM a»mH,, ^y„„. ^^i„, ^^ft 



voït'V(Mlf, à riii«tiji:ati<>n 
veanii, prand l<)ji:()tliote. ik 
lequel, après la mort diidit 
santetleclioix de toute la A 
et maître de tout le pays 
'\i s-î de qui a été terminé ce sa 



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porté la dépense eonsidén 
• fois au siftfje de la uiétropol 

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l'. l de tirs saint phw mtssire 1 

et exarque ad lattis. Offert u 
, ; général, en Van IIHO de U 

. ; tion, le l(f jour du mois de i 

1 f. non cliiifr. 

:*.;: • T^ titre est imprimé ou rou*ce « 

V \ '' ' les annes de la Valachie accompa^i 

li^ '/i ' thète Rîulu [Greceami]. 

'/Î5'ft*. / (y^ connaît par les auteurs (lue 

*S; ' ' nom du vêrit<able traducteur, mais c« 

aucune autre partie du volume. Il es 

]- .Serban ('ant<acuzône s'est adressé, ] 

T^ |; versés dans la lanfjfutî p-ecciue : (lei 

ceanu], j^nd lo/^^ïtliéte, »Sorban [il 
enfin, après la mort de Germain, Mi 
personnages durent se borner à rev 
Nous connaissons des exemplaire 
nationale do Bucarest et à la ]M1)liotli 
Odobesco, chargé d'affaires de llouii 
quMl a bien voulu nous communique 
4/ Des extraits de la ïî'*ï»ï" .i 



•^ i- 



f 



•i 4 



1 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 477 



n. 



Cronica pre scurt a Bomîuîlor. 

Nous ne poeséclons de cette chronique qu*nn fni^rment relatif û Toripue 
des RonmAins. Ce fmj^ent a été imprimé pour la première fois dans le 
recneil intitulé : I»tnria Moldn-Romàniel . . . 'Bucuresol, Gei>rffe loanid. 18,i^, 
în-8j, I, 297—376. Il a été reproduit depuis par M. Cogàluiceanu (Cronirtle 
KfmiAnieî, *f*« L^^opùtfifU Moldaciel fi Vafahiei, a doua editiune, I, Sô— l^rt). 
Nous avons dit ci-dessus que l'attribution de la chronique à Nicolas Spatar, 
attribution proiM>sée par M. Ha:^en. nous paraissait fort pn>babli.*. M. Co;ràl- 
niceann pense au contraire que Fauteur de ce travail historit|iie était ori^- 
naire de la Valachie et ne connaissait p:is la Molda\ie. Cette opinion s*appuie 
probablement sur un passade de la p. 111 des J>topUt(e, où il est dit que sous 
le nom de Roumains on désigne, non seulement «ceux d'ici *, c*est-à-dire sans 
doute les habitants de la Valachie, mais encore ceux de Transylvanie et de 
Moldavie. Ce passage s'expliiiue tout naturellement en supposant qu'il aura 
été écrit pendant le séjour de Spatar en Valachie. Il est à observer que, quel- 
ques lignes plus bas, le chroniqueur i)arle des étrangers devenus Roumains 
par suite de leurs alliances et d'un I*ing séjour au milieu des R/iumains, 
dans des termes qui conviennent parfaitement à la famille de Spatar. 

Quant à la date de la chronique, elle peut être déterminée approxima- 
tivement à Taide de certains passages. L'auteur fait allusion ^p. 1(>8; au 
comis moldave Ioni(a Racovita: plus loin 'p. Iâ3/ il parle de Georges Bran- 
ko\ié, gentilhomme d'origine serbe, que le prince de Transylvanie Georges 
Rakoczi aurait chargé d'une mission en Russie en même temps que son 
frère, le métropolitain Sa va Branko^i*:. Il y a ici une emrur facile à rectifier. 
Sava II Branko\ic^ et Koreni*:. de Pcrigorîca, fut api^lé au siège mérrvipolitaiu 
grec-oriental de Transylvanie le i^ décembre ltt>6, et dé|Mwé le 2 juillet 
1680 (voy. Pope'a, Vechfa Meir^f^ÀÛM orfoio^ r^/ayma a Tr^ntiltarM; .Sabibiu. 
1870, in-8, 77). Ce fut en 1C$^. bf^ua likbe] Apafi et i^m s^/us Ge^^rges 
Rakôczi, qui avait été renversé en 1C&7 et éuiit lu^^rt eu lOt'jffj, qu'il m 
rendit en Russie, accompagné de vm frère ^^f^get. *Mm qui préti^ndit jJujb 
tard au titre de despote serbe et fut. par ordre de^ Juj^ria^ux. t:tif*:ni»tt à f ;heb 
(Eger) en Bohème, où il mounit vo> . •>af*Hk- O^^rlM^ji^, d^r tHdtOifrUtf,^ 
Literalnr, III, 130). Le voyage du prélat avait jy^ur but de i«:i;ueiJiir des 
aumônes en vue de reconstruire tsfm égiihe et ba r^ieu<>e que les 'I urc« 
avaient détruites. Il le renouvela en 1076 Jiiixtz. Ot^Jâ^J^. *Um ÈiùtUi^mM iU.r 
grieckisck-nichtunirten GlMtUnê^fytottfen im hi^jt^fMr'jtm ; \\s'^\wk\xia>\iiA\ . Jijf/j 
in-8, 26); mais on ne dit pas que Vj^n^^ BntJuk«Ai< J Vit ad-iffc iaA/m\AJ^Ju 
Les détails que nous venons de reievei wjut ]^HrMU\ â er'/ije que uj 
comme cela nous parait probable, le fr»gu,eirt d«. « iiioiû'iUi' «ut iouvi*' 
de Spatar, il dut en écrire au muios une parti*. îd*^, .^u ii i^stà^ ^-u Vid*^- bi*- 
n séjourna une première fois dansée payt vifu \W6 4:t y ,*;viot j^.„i m,,. 
avant de s'éUblir définitivement eu RuMk, eui/e JM;^; «-i \*At i^t^Uui h 
période de sa vie sur laquelle nous n'averti* aw;uii t^uMii^ui^unu^. 



m 



id est Sensus Eeclesiae ori 
aubstanriatione corporis D' 
colao 8padario /.f/c/, Mold 
iieraii Wallachîae conscrij 
febr. 

Im Perpétuai de la jo^ de VEgi 
due contre le litre du tieur Claude 

Paria, Savreiix, 1660, iii-4, II, ô(i- 
SchrUck (,Ckri*llUhe Eirchengeta 
IX, 78) cite de ce petit tnttè udc 
liolm en lUT. Cette citation repo 
KyKDt remû son manuBcrit à M. de 
k Paris, on ne voit pai comment 
primé en Suède. 



FpfKO-AilTHHd-PlJCCKH GaO 

niBse.] 

Cet ouvrage est mentionné par f: 
(V07. ^ODOJiHeiiie m, aicrairb HCropn 
VI, n" M); nous îf^orons s'il l'achei 



flpHeMOAoria, CHp'fciK <ihc<' 

HHCA'kHÏbHK WRHCltfTCA Riillll 



NICOLAS SPATAR MILE8CU. 479 

TpH HaCTH pa3A(^HCA, i^KAt nipR^A MCHMCAAITa RfL|JH OHHHX& HCI 
CàMOî CAarO^KICTRIHHOl RHCaHÏf î CRATaA UipkKORIK Ha8HaiT&, 

RHH]^1L 5KI HOHHfCKOf COA^pS^^HTCA O^HIMMI. — [A la fin:] G O- 
RfplUHCA H RpHRIA^^"^ HORaA CHA KHÎ^KHUa flpHOMO- 

Aoria IVT& m^ap^^w M8;Ka HHKoaaA Gnaif^apHA, RaiiTo 

,3pnâ, cinxTiRpMA k% ks a^""^ [Arithmétique, ou 

Livre de la science des nombres, dans lequel sont consi- 
gnées, à l'aide des chiffres, des choses merveilleuses et très 
utiles pour la conduite; ouvrage propre à la lecture et à 
l'enseignement pour ceux qui s'adonnent à la philosophie ; 
divisé en trois parties : dans la première sont enseignées 
l'Écriture sacrée et la sainte science ecclésiastique, dans 
la seconde les philosophes se livrent à l'étude de la philo- 
sophie, dans la troisième est contenue la science de l'é- 
thique. — Ce nouveau livre intitulé Arithmétique a été ter- 
miné et calculé par sage homme Nicolas Spatar en Van 
7 181 = 1672, le 26' jour de septembre . . .] 

Biblioth. de M. le professeur N. Kedrov, ms. in-fol. de 148 ff. — Biblioth. 
du monastère de Cudov, ms. n® 159. 

M. Kedrov a donné une notice détaillée et des extruts de son ms. dans 
le HCypHajTb HHHHcrepcTRa Hapo^Haro npocstn^eirifl, 1876, I, i— 31. — 
Le ms. de Cudov est cité par Farchevêque Filaret dans r063opi» pyccieoft 
ffyxoBHOfi JiHTepaTypH, 862—1720 (Xapi»KOB%, 1869, in-8), 361. Ce dernier 
auteur indique VÉlhique comme un ouvrage distinct de V Arithmétique, 



VI. 



XfiHCMOAorioHS, ciip-fc«ik KanTâ nfitfitHtt»eMtiujk, wr% np«- 

pOMfCTBa A'^HiNAORd CK43AHri CMtU HâK»X«A«H^9fiA; TâAU W 
H«Tljp«X» M0H4PX'mX^ KCiiUNMlA H W A«KN«Alft fl^^pM^ M4)f - 




fiA-iXbAMOTca,. Qts aP' 
f.A(tHH9-rp(HICKiA np(R(,v 

BfA'kHÏfiUX EAdr^HfCTHB-', 

AipWiiBHiiHuidrw roct>A<i 

tlAf^iA AVHJfdHAOBHSd, B 

AUA PociH caiMOA'f"Kua, 

Hl TOKiM« npfBfA'N'l, HO I 
nfl»CTfliHH4*TeAKeB<)HiA 

HÏfiHKnpHA^XfHd. Bw iiapi 
rp^A'k MecKB'fc, Bx A'fcTC 
WTX B6niioi|iiHiA Xf Eora 

pi4 B» 25 A*Hk. IleAAOKHTI 
CAaSHU* l^tpKBI H BAArOHKTI 

p43CM9Tp'fcHiio. [Chrèsmologc 
plication du songe de Nabuc 
niel; item des quatre monarc 
phète Mahomet et de son er 
empereur Léon et de plnsien] 
la prise de Constantinople e 
an temps à venir. Item de 1 
extraordinaires. Le tout di^ 
Traduit en langue slovène, 
grecs, «ur tordre de trh pie. 



NICOLAS SPAIAR MILESC^U. 4SI 

de Id'Blanche, par Nicolas SjMiiar; et mm aeui^aneui trti' 
duit, mais encore accompagné, à diaqne chapitre, dv nnu- 
mentaires étendus, qui oJit coûté beaitamp de peine ft <U' 
persévérance. Mi l'impériale et très renommée ville de Mos- 
cou, Pan de la crêatiojt du monde 718Î, de liticaruation du 
Verbe de Dieu 1673, le 26* jour du mois de janvier. Ce 
livre eBt soumis à la censure de l'église ortliodoxe et à 
l'examen du très pîeox empereur et autocrate-J 

La Bibliothéqae impériale de ijaint'l'étersbuiit^ puwètlu mi tuoiuB Imiii 
copies de cet ouvrage : ceJle qui faisait partie de lu eolluctiuu 'roliitiij, in- 
fo!, de I9ù ff. (yoy. Struev, OnKcaHie pytcouaccA rpa^a lUiCTtiuii; Miickwl, 
1825, io-S, I, o" &6h celle du comte HuidJodcuv, iD-t'ui. de 321 f[, {v„y_ 
Vostokov, Omcajaie pyccKBxi> h caobcucicm» pyiceuHceft i'yuaanoiiciatv 
Mysejxa; C-Dereptij-pr*, IW2, in-8, 7S0— 7ai), enfin celle de V.-JU. Un- 
doljski, în-fol. de 47« ff. (voy. CuraHO-PTCCiû PyicoiiHCH D. M. yu^oilb- 
CKaru; Mocua, imu, gr. in-t*, iW, d" 55Cj. 

Un impottant ma., qni pnnieDt de b bibliotbËciue du prince ti. V'MilJe- 
rié Golicyn et qui compte 357 ff., apputiént au monastère Antoiiiov ttiuki 
{a" fSj: a conoeai, oatre le HHtmcUgim, duq iiuviagti duDi il sera parlé 
Idns loin, «avoir le Lim t,ppdi V^,Molcgin. le f^W ,.„„^i d'aUrmU bm 
cWt la M./ Jr««>, U Daarijtitm Je CégH^ JiuioU-tktMt. h DUmur. t,n 
— rf P- r<».A«»iar de /-«i^ «. iGU et le Li^ hién^ii^i^ ^ ' 

Trois aotrea ni. exjrtaîeirt, ao commencement de ce «i*,-!; i , 
bibliothéqne du pnnee txal Demidov (Mmtaa, iMmid^ »« 

Mi. Mi,; enAa il exkte encore on eiempUire a« "- .■'-"'<='«. 



bCbtiodiipie rfn »ini xfat»i>t Je VoKon voy, (>,„kj JV^'^ ''■'** '» 
casde enaonxxa pyionnei «rw>j. LjfàknKwm n M,LlI!f """*' *^''*- 
AjontoM .inerinoodnctiondeapatirartéMbli;** 7^'- 
>), tes te Pyenit Btemn. ii 3M-*». ""'' >•' *•■ »'»te- 



yii 



*-^[I^v«,detatde,*>n,^.„^^^ 



Cette compilation fut faih 
part iinporfante. Voy. ^i.noj 
199, 217. - Pilan.,, yOTOpi. 
imroHfKiH (.-iiapxiajHmn Bt^ioi 



Khhp^ EacHAiwiierHHS 

AeEAICTBiHH-kâuiiH H HMfH 

[Livre appelé Vasilioloi 
Histoire de tous les emp* 
parmi toutes les nations, ( 
fameux, depuis le comm 
sent.] 

Ce traité est contenu dtuis )e 
avoM décrit ci-dessuB; it en oce 
copies séparée». 



KHHra H3Ep4HHdA ftKfiàTl 

traits toucliant Ipb npnf M 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 483 

6ililHHCKariV fi^^AMIiTà H'jCA'kfi.^RAHHhl Hd CAaRfHCKÏH 

ia3UKiL Hpf3z NHKOiiaA GnaeapÏA, AiiTA rocno^HTA 
^a)f or. [L'Intuition ou Description des sept arts libéraux, 
ainsi que ce que renferme chacun d'eux; recueil traduit 
de langue grecque en slovène par Nicolas Spatar, Van du 
Seigneur 1673.] Ms. in-4 de 12 ff. 

Le ms. dont nous venons de décrire les deux parties était conservé autre- 
fois dans la riche collection du comte Tolstoj (voy. Stroev, OnHcanie pyKO- 
nHceâ rpa«a TojiCTOBa, 377); il se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque im- 
périale de Saint-Pétersbourg. Le volume est supérieurement calligraphié et 
orné de figures coloriées d'après les dessins de Spatar. 

Une autre copie se trouve dans le ms. du monastère Antoniev Sijski, 
fol. 301—332. 



X. 
KHHra w Ghehaaax^. [Le Livre des Sibylles.] Ms. 

Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg (Rumjancov, n** 227). Cette 
traduction, dédiée au tsar Alexis Mihajlovié, fut commencée en 1673 et 
achevée dans les premiers mois de Tannée 1674. Voy. ^onojmeHÎe itb aK- 
Tann» HCTopHqecKHBTB, H3/^. apxeorpa«. Rosmcieio, YI, n^ 43. 



XI. 

QnHCaHÏI npiCiiaSHUA h npiBlAHKiA HipKBI HMlHORaHHUA 
GEATAJ9i Go^ÎA RZ KOHCTaHTHHOnOA'k/ GDKf MÎTKfifi Cîfi^MH 

H^fi,îc% KCMiHHUA no A^^i'^HHCTRb coHHCAAfTCA. [Dcscription 
de la très fameuse et très grande église appelée Sainte- 
Sophie, à Constantinople, laquelle est à bon droit comptée 
parmi les sept merveilles du monde.] 

Cette pièce occupe les ff. 333—348 du ms. déjà décrit du monastère 

Antoniev Syski. 

31* 



AUA H K-tiua Pcccm c, 

nonce devant Je grand ! 
xisMiLajIoiié. aatocratt 
de la Petite et de la Blar 
Swnael Vencsiavkoj, 1< 
septembre 7183 167^ 

C«ne piitK OMKpe les S. Z4 



HHCAIfHHAA, HKW IVEUKOUI 
HUiHS, HO XHKOnMdHifMX 
BKHTM BUC9K0W .M^pocTh 

hiératique, on de l'écritun 
les Grecs avaient contun 
et des emblèmes, i«înts 
hante sa^sse et leur hau 

Ce traité, (]Di cootribiia prtil 
ceilerie, se tnmw i I.. «.. .t.. .^ 



NirOLAS SPATAR M!l,ESCll. 485 

XIV. 

KHHr.l KX .IHI^il^K II ex (l(4(Hi'tiUX, COHHHtHHdA A\ JK.t|lï[.l(i;, 

' ndTpijp)f«.w« {lHTïw)fiHCKHAts. [Livre en fi>;urcs, avec un 
texte; eonipoeé par Macaire, patriarche d'Antioclie.] 

{'ot ouvrage, dati^ de 1674, est c!t6 par M. N. Keiirov (ÎKypHajn. nhii. 
HHp. DpocB.. I8Tii, I, 4) d'après N. Novikov (HcTOpia o HeBHHaon'h naTO- 
■leHiH AoflpBHK ApTcuOHn CcprioBn'ia MsTetcsa, «3H. 2-e; Hockbu, lTg5, 
in-8, 39). 



XV. 

I. KHHr.l, à R% m» lUKàH'i ntJTklIIKTKÏt l^dpCTSa CHBHpCK»rW 

WTx r9f9fi,i TcEffACK.) Il ,v« c.uiorw p!^ltiH;.l roctv^dpcTKa Kn- 
TdMCMrw, A-kraTlSS, M-kcAUd mai* ks ;îma'hi«. fi iihuiu 
et* KHHra, KerA<t no oi|'K.t38 atMiKArw r^cbA^pA, i^apA 

H KlrtHKdr« KHA3A ïl.lf^'k.ft AVll)f ai'l AOBIIHd, RCtà lîi.UI 
KÏA H iWâAtJlh. H R-k.1MA P«ciH CdAtOA>P>Klia, WTIl8l|lf H'k 
RU.iX ex M^CKKhl E-W lÎHTdHCKOf TCCtl A<ipCTR« HHKC.\aM 

OndOdpJH, A-kn 7183 lUdÏA bs 3-fl a*"''- [Livre dans 
lequel est décrit le voyage de l'empire de Sibérie, depuis 
la ville de Tobolsk jusqu'aux frontières du royaume de 
Chine, le 3 mai 7183 (lf;75). Ce livre a été écrit lorsque, 
par nrdrp du grand seigneur, tsar et grand privée Alexis 
Mihajlovic, autocrate de toutes les Russies : de la. Grande, 
de la Petite et de la Blanche, Nicolas Spatarfit le voyage 
de Moscou au royaume de Chine, le 3 mai 7183.] 

Le mB. orignal do cette relation est conservé aux archives du ministère 
des affaires étrangères, ii Mobcoii (Kiora KHTaâCRaro jtBopa, n" &). 

Le même Akpbt possède, sons les n"' 3 et 4 de la m€inc collr^tton, Ini 
instructions données â SpatAr et les correspond antres <)u')l »dresu pcmlant sa 
misffl'on su bureau des amhaesadeiirs. H, Bnnt^j-Kamenski (^lRn.ioiiame>- 
acoe Cofipauie, 23—36) a donné ({aolquee extraits de ces pièces. 



i^ 



^^.u K'. 1). jipccHbeiui. i.-Ji 
m i). MuH, 'PiiHaHconh, Ha ^^ 
vers la Sibérie, île Tobolsl 
Oliîiic, par l'ambasBadcur 
Journal de voyage de Spat 
notes par J.-V. Araenjev. , 
de Kirschbaum, hôtel du m 
la Cour, 1882.] In-8 de 21 

SannCKH HHnepKTOpCKsro pycCKi 
jiemio RTHOipa*!!!. Tovb X, sunyci 
géographique de Russie. Section d't 

H. Anenjev a fcit suivre le jou 
pièces également tirées des arcbivei 
instructions, notes, dépêches, etc. 

3. CKasanie o BejHsoIl pËKlt A 
CEoe cejeHie cb SHTafii^aHH. [1 
qai forme la limite entre le 
Chine.] 

BtcniHict Hmd. PycCK. Teorp. 
Ce récit, publié par M. Spasski). 
XVII* siècle, où le nom de l'auteu 
Spstar par M. J.-V. Arsenjcv (0 npou 
AKfpt. > OiffbjihBO OTneiaiauc u.ii 
XVIII (1882), in.8 de 10 pp.). 

4, BfpXo; Èv •§ ïé^paiTTai i 
27i[iin]ptou [xic] «TCO Tt,t %i 
r<tiv ôptov Wi Sa3i/.=io'j -f.c ' 



NICOLAS SPATAR MILESCU. 487 

7zdori<; McYdXïjc, Mupdç, t£ xal Asox-^çTcoaataç aotoxpd- 
topo(;, è'Tréji^pQYj à-rco r^ç Moaxoôai^ [xstà -repsaÔEiai; sic to 
paatXstov x^i^ Xif^vaç NtxoXaoç 6 S^aGdptoç. — [A la fin:] 
Mote^ppdoQT] èv ëtst 1693 à.Tzb Xptatoô Ysvvr^ascoç 
èv [lYjvi oxt(i)6p((p, èv tiQ [AsytaxiQ ^aoiXeooôor^ tco- 
Xst MoaxoCq:, Tcpoatd^st toO 7cavoat(i)tdtoo xat Xo- 
YKotdxoo dytoo àpxtjiavSptxoo x-^ç dYtaç xal XP^^" 
To6a8toToo TcoXscoç 'IspooaaXrjji, Tcapovtoç xat 
aÔToô èv fj [isytaxig xai Xa[i7cp(| icoXst taotig. Ms. 
in-fol. de 149 ff. 

Traduction grecque du journal de voyage de Spatar. 

Ce ms. a été vu dans la bibliothèque de feu M. Sophocle Œconomos, 
d^Athénes, par M. Sathas, qui en a donné la description (NeoeXXtivixtj 4>iXo- 
Xo-^iay 399). M. Emile Lcgrand a reproduit cette description (Bibliothèque 
fjrecqtie vulgaire, III, xxxiij) en rectifiant M. Sathas qui avait cru pouvoir 
attribuer à Spatar lui-même la rédaction grecque. La souscription reproduite 
ci-dessus porte simplement que la relation du voyage en Chine a été tra- 
duite par ordre de Tarchimandrite de Jérusalem, c*est-à-dire de Chrysanthe 
Notaras; d'autre part, une lettre adressée par Spatar au patriarche Dosi- 
thée en 1693 dit. expressément qu'il n'a écrit que le texte slovéno-nisse. 

Nous ignorons en quelles mains a passé le ms. de M. Œconomos. M. Spy- 
ridon Lambros, que M. Legrand avait prié de le rechercher, n'a pas réussi 
à le retrouver. 

5. 'OSotTcoptxov Ypa^èv otav xaxd 'TrpoataYirjV toô ^aat- 
Xé(oçT(oaataç AX£$tooMtxa7]Xo6ttC èicéji^GT] àTco T^(;M6a- 
^tLC, (jLStà TcpsaôsCaç sic to paatXstov x^ç Ktvaç Ntx6Xao(; 6 
SitaOdptoç, èv ëtst àico xttascoç xoajioo 7183 [1675]. Ms. 
in-fol. 

Biblioth. du couvent du Saint-Sépulcre à Constantinople, n® 575. 
* M. Emile Legrand possède une copie complète de ce ms. 




" "PON. KHT4lii 

'lonanes, du cli 

"n ri/umit nri 
""■■'lit. I,-, IJii,|,„r|„ 
'!"' ni! p„rt,.nf „i j 

L'n cxcmplHJrt! , 
trovKki, pmfcweur 
*|- V.-M. FJorcngki, 

roeiMki (p. fi2(i_629 
I* P'iw intém» 
•^••'iii qtii ftit Mppor 
«mmini-bur à In BiI. 
qui compt<- an (T p 

«NW nW*TMA «,„^ 

MSAiHU *«;« (^ j,g^^ 

"mî. par Ipr «oina de 
(wur^) rou^-e et nÉo-, 
Unnéodo la rMen.nt 
put (ips RnBaos), 

Sur le «tro rafme 
Mn(o par ordre rfn fr 
?? obwrvHtionB pc™ 
t'Oiivwp. compte M , 
w termine p«r une hi 
U-a ManutrHtt tlaee. d 
^tr^ tine simple tra.Tue: 
■'"^ "9"^' in 'p.c^i ,. 
l'» narration do Martini 
«• "ne érfi.ion française 




749 ff. (XVnr aie 

Itihlinthtqun des arcl 

Voici le titre complci 

S'jjiEÙv ) toô Vaxaptav | 

Tfl( [lAn]! ip^ffi t(3v Xpirri 

pluV tflt 'El»X)19(«4 II iuO.o 
p/ù>v tt lîtpi 11 ijp^uii xii ; 
SlpipÔlXtiai. Kaï Titpl ■riji 9 
nfçtut Li^Eolnv lp|j.i]-||yEfi 
OBV, »1 XITÎ Tf.a>v o^TKd 

npl TÛv I nipiEXTiUïni àpET) 
HftmpiAni ainv. Kil tcXe 
XoTiuriTou II Màpxou Eiftiaa 
VtMijnilwi. Il 'V/f' oTî i:(ii«i 
S«:ct<i]{ ToS ciaiitçimo cvB< 
xupfou lupfou 'Icuswou ^aiixa 

NoTopfou TiJ( [lEyâXqt || 'Kxx' 
^F.t TÎ] aESaajifa lIsTpisp; 
'Anoçdloiï Ti) x»lou(iiïJj 
Miivii 'nxt™6piov. Il 'Kv'r 

ivvou Aoûxs Bac6dvGa i: 
tâ-fioilî 'Oxpiilvi)(. 'Eniijui 
Iwttvvou MaX(65ou lou [Te 
Xôuafou xupfou Mi)Tpa?â 
lim., 391 pp. et IS fT. He t 

Le verso du titre est o 
vie. An-deBBOtiB do ce boie 

Le 2" f. contient une é 
prince Jean Dnca. Cette i\ 
3" f. est occupé pw nu av< 

Les i> autre» (T. lim. ro 

Biblit-fli, iiiit. de Pitris. I 



WITOLAS SPATAR MILESCU. 



XVIII. 



;\ïat)'i'ï'.ux iiAH noKCf ^HiKHCi fOnHCdHÏi nïTuifcTKÏA K& A\crRK-k 
acHiK(.\Mc>KHc>rw rccnoAHHj Iph^tia ?Ct)icTe^'î|).i uiAUXTiiMa 

/^IKB.ipïfHX H PaAilS, CKAI|liHHarW P^MCKdrW IiHllfpÏA H K»()0- 
AI8CTRA llfHrfpCK.trW KARAMfid, CKAI|IIHH.irW LltCdlKKCrW GmH- 
HKTKd MK-kTHHKJ ARCp^KOrW H KOfMNOrW, UT* JRr8CTMCH«-bH- 

ludrw H ii(itoB'k,\><-H'fcHiiiaruf PiiiUCKarw ï.un(|idTopa Aionoif.\a 

fl-rW KO npiCK-kTA-kHllirU!^ Il A'P^'lKNiiHLlKMl!! l^dplO H KiAHKOMU 
KKA3M M0CKCBCK0.Hb tttTfiS flrlf^'klKlIHIO A^kTA l<)98-rW IIOCAdH 

HHKJ Hpt33RM>iaHH^rw, onHCJHHCi WTX IwaHHd FfOprïA KopKa, 

CfKptTdpÏA nOCAdllHHSiCTKd I^CIpCKOrU'. llpH.1<>%INC> KX MMtS 

Bo38pai|i(HÎA (rw UapcKorw Kf.iiiiicrtij urrx t-KpoiitAcKHjfx 

CTpjHS KX CRiMUtS pt^BIHdtiUS, H E'k.VCTKtHH.irW «b^HT.! CTfrfc.l- 
IlOBS, H «^"NHHfHKOrW H.t HH)CX npHr>Mi<>pJ II es nCCA'kAël«i|IHiUK 

KpoR48MA\s HaKa3dHÏ{Atz, TdKXf If w EOAiuiiDfx ,vkaa)fx M«c- 
KOKCKH)fx n(pfHH«KaTC>( H iio^aiiNMOi ri>niicaNïf. G% npiiRHairîiMS 
CBAtiifHHorw <rw l^fcapcKcrw R(i\ii<iicTRa. tliHaraHa rk B'fcH'fc 
fttfcTpÏHCKOH nfiaTïM Aion9.iA^ ËOHKTa. rrnorpa^a aKa,v- 
MiAcKcrw. Ma. iii-fol. tic 208 ff., d'une belle écriture du 
XVm^ siècle. 

Bibliothèque impériale de Saînt-Pélerabourg, F. IV, n" 321. 

D'Hpréa M. ByOkov (llnrbMa IlcTpa Boamairo xpiuuiii(iHCJi bt, UiuteiM- 
TDpcKD& nyÔmnBuk Gi(6;iioTeirb; C.-IIeTepôyprB, IS7â, in-S, 138), cotte 
traduction porte le nom de Nicoins Spofari (ncj. 

Voici le titre de l'onvrage original : 

IMariiim itiopris in MoBcoviain Pcritlustris ac Hagniflci Dominî Igntttii 
Chriatophori Nubilis DomiDÎ de Guarient, & Rail, Sacri Romani Imperii. & 
Regni HungHriip Equilis, Sacrse Cfcsarcic Majeattitis ConBiliarii Aiilico- Bell ici 
ab AogiiEtiBBinio, & tnvictissimo Romanorum Imperatore Leopnldo 1. ad Sc- 
remesimum, tu* Potentisùmnin Tzarum, & Hagnum Hoscovlte Dncem Petnim 




„ ,^y * jfi»*m A^dcupvuu votffif Uftttfer. 

du 8 octobre 1700X in-fol. de 3 ff. li 
4 figg. (Biblioth. nat. de Paris, M. lli 

Il est établi aujourd'hui que Korh 
et que, loin d'avoir voulu dénigrer la 
véritable estime pour Pierre le Gran< 

Un ms. du texte russe, différent di 
(peut-être l'autographe de Spatar), e: 
cou. Voy. Minzloff, Pierre le Grand a 
bourg, 1872, în-8), 122—126. 

Une induction anglaise du Diarih 
trian SecreUury of Légation al the Coût 
/rom the original Latin and edited by the 

Brtdbary and Evans, 1863, 2 vol. ïn-i 




BIBLIOGRAPHIE 



PTHitS ES CUBE Plt LES EOtOPEEX^ 



AC xnr ET Ac xTnr siècle 



PAE 



HENRI CORDIER. 



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ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 497 

Foreign Bible Society in China. Slianghae : American Pres- 
byterian Mission Press, 1867, in-4. 

Mr. Wylie doune, pp. 140/144, au chap. des Misceîlaneotis Hériter», le titre 
d'im certain nombre des ouvrages qui nous occupent. 

— Catalogue of Chinese Printed Books, Manuscripts and 
Drawings in the Library of the British Muséum. By Robert 
Kennaway Douglas. Printed by order of the Trustées of 
the British Muséum. London : 1877, gr. in-4. 

La collection du Musée Britannique contient relativement peu des volumes 
qui nous occupent aujourd'hui. 

— Catalogus Patrum ac Fratrum e Societate Jesu qui a 
morte S. Fr. Xaverii ad annum mdccclxxii Evangelio Xti 
Propagando in Sinis adlaboraverunt. Pars prima. Shanghai. 
Typis A. H. de Carvalho. 1873, gr. m-8. 

Grâce à ce travail considérable dû à notre ami, le K. P. Pfîster, il nous a 
été relativement facile d'identifier les auteurs des ouvrages. Il est regrettable 
que les autres congrégations n'aient pas un semblable catalogue. 

— Catalogus librorum venalium in Orphanotrophio Tou- 
saî-wai, Zi-ka-wei, ex Typographia Missionis Catholicae, 
1882, pet, in-8. 

Ce petit volume dont la première édition a paru en 1876 nous a donné 
les dates d'un grand nombre de réimpressions. 



I. Aleni, Giulio, ^ i§| ^ ^9(^i Jou4io, S. J. 

Né à Brescia en ld82; arrivé en Chine en 1613; f à Foutcheou en août 
1649. 

Suivant le P. Foureau, le P. Aleni « a composé vingt-cinq (ouvrages). Les 
Chinois ont admiré non seulement sa science en fait de Chinois, mais encore 
sa sagesse et sa vertu. L'idée qu'ils eu avaient était telle qulls lui donnaient 
le nom de Confmius d'Europe. C'était beaucoup dire selon eux et c'est le 
seul à qui ils avaient donné pareil titre. Son nom sera longtemps fameux 

eu Chine, mais surtout dans la province du Fau-kien où il a demeuré.» 

32 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 499 

Fourmont CCXLI. — N. F. Chinois 3075, etc. — B. M., p. 69. Réimp. 
en 1847 en un vol. in-8. 






7—7. 

Cheng ti yao li. 

Catéchisme de la Sainte Eucharistie. 

N. F. Chinois 2896 *et 2896. Réimp. en 1881 en un vol. in-12. 

8-8. H ^ ^ 
Cheng mong ko. 

Traduction d'un dialogue de St Bernard entre une âme et le corps à 
laquelle elle appartenait. 

N. F. Chinois 2859 et 2860. 

9-9. m^n^u^ 

Cheng kiao se tse king wen. 

Catéchisme contenant en lignes de quatre caractères Texplication de 
Texistence de Dieu, de la création du monde, de Tincamation de N. S., les 
dix commandements, etc. 

N. F. Chinois 3263. Réimp. en 1856 en un vol. in-12. 

10-10. mp H :fê 
Hoei tsoui yao tchi. 
De la Contrition. 

N. F. Chinois 2924 et 2925. 



11-11. in^ n ^ 

Ki ho yao fa. 

Principes nécessaires de géométrie. 

Fourmont CCCXLVIII. N. F. Chinois 2957 et 2968. 

12—12. U^B^ 

Keou to je tchao. 

Réponses à diverses questions. 

Réponses des PP. Aleni et André Rndomina à diverses questions qui 
leur avaient été posées par des lettrés chinois. 
Réimp. en 1872 en 4 vol. in-8. 

32* 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 501 

Vie de Matteo Ricci. 

N. F. Chinois 2995, 2996, 2997 et 3090; ces ex. sont ms. 

20-20. ^it^nm 

Ngai sien seng hing choit. 
Vie du P. Aleni. 

. N. F. Chinois 2753 et 3084. Ms. Avec une giavure sur bois en blanc 
sur noir comme front, représentant le Père. 



II. Bahr, Florian, |% j^ ^, Wei Ki-tsin, S. J. 

Né le 16 août 1706; arrivé en Chine en 1739; f à Peking le 7 juin 1771. 

21-1. ^ ^ il ^ ?i^ ^ # 

Cheng jo-wang nie-po-mo tchoan. 
Vie de S* Jean Népomucène. 

Réimp. en 1871 en un vol. in-8. 



IIL Benevente, Alvaro de, }^ ^ ^, Pe To-ma. 

Augustin, né en Espagne; arrivé en Chine en 1680; év. d'Ascalon et 
vie. ap. du Kiang si. 

22-1. ^UMM 

Yao king lio kiai. 

N. F. Chinois 3371, 3372. 

Ce vol. montre avec quelle légèreté M. Julien a fait son catalogue. Le 
P. de Prémare écrit sur la couverture de l'ex. 3372 : Catechûmwf D. Episcopi 
Aêûalonerms; M. Julien transcrit sur sa fiche : Explication du Pater par 
révêque Akalmoukif! (Voir fiche 3371.) 

rv. Brancatî, Francesco, i^ B :)fe, Pan Kouo- 

kouang, S. J. 

Né en Sicile en 1607 ; arrivé en Chine en 1637; f à Changhai le 25 avril 1671. 

23-1. -i-mmm 

Che kiai kiuan luen. 
Instructions sur le Décalogue. 

N. F. Chinois 2774. Réimp. en 1869 en 2 vol. in-8. 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 503 

< C'est ... dit le P. Fourean, nn catéchisme par demandes et par réponses, 
où l'on traite des vérités eesentjelles au salut, mais il n'y est nullement 
question des Anges. Kous dirons dans un moment pourquoi le mot d'Anges 
se trouve dans le titre. Voici l'ordre de ce catéchisme. On y parle d'abord 
du Dieu étemel et créateur de l'Univers, de sa Justice eu récompensant le 
bien et punissant le mal, de la Trinité, de l'Incamatiou et de la mort de 
J.-Ch. pour tous les hommes, de l'&me destinée â être éternellement heu- 
reuse ou malheureuse suivant ses œuvres, enfin de la Beligion ehréUenne 
comme la seule véritable. Après avoir expliqué en abrégé ces six points 
fondamentaux, on s'étend plus particulièrement Bur la nature de Dieu, et 
sur celle de l'bomme. On traite des quatre fins de l'homme, de la contri- 
tion, du signe de la Croix, du Pater, de l'Ave, du Credo, des Commande- 
ments de Dieu et de l'Église, des Sacrements et des Huit Béatitudes. 

'Pour entcudre présentement le titre de ce catéchisme il faut savoir 
qae le P. Pantoja (le P. Foureau se trompe de nom) qui en est l'auteur et 
les antres missionnaires assemblaient de temps en temps les enfants des 
chrétiens afin de les mieux instruire. Ils en formèrent une congrégation à 
laquelle ils donnaient ce livre à apprendre, et pour attirer la bénédicHon 
du ciel sur cette congrégation, ils la mirent sous le titre des SS. Anges. 
Voilà tout le sujet du titre de ce catéchisme qui signifie nmplement Exercke 
ou O^ee de la amgrégotion dei Ângtt, • 

V. Buglio, Luigi, 5^ Hg ^, Li Lei-se, S. J. 

Né en Sicile le 29 janvier 1606; arrivé en Chine en 1637; f à Pebing 
le 7 octobre 1682. 

Il « est un de ceux qui ont le plus travaillé pour la religion. Il a com- 
posé 21 ouvrages dont il n'y en a que deux on trois sur des matières 
indifférentes.! (Foureau.) 

Tien tchou tcheng kiao yo tching. 
De la vraie religion. 

N. F. Chinois 3176, 3264, 3266. 

Tchou kiao yao tchi. 

Abrégé de la religion chrétienne. 

N. P. Chinois 3192, 3193, 3lBi. 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 



505 





40-10. atr^P 

/ ^vang tche je kotio king. 
Office des morts. 

N. F. Chinois 2928. 

41-11. m^Wi^ 

Cheng kiao h' en yao. 
Abrégé de la S*^ Loi. 

Founnont CLXXXVIII. N. F. Chinois 2813 et 2814. 

42-12. m^n.^m^ 

Chen tchong i ing li tien. 

Recommandation de Tâme et office des morts. 

24 ff. N. F. Chinois 2766 et éd. diff., phis petite de format, 2767, ff. 32. 

43-13. mWi^^ 

Mi sa king tsien. 

Sur le frontispice gravé sur bois et représentant un autel différent de 
celui du Bbéviaire et du Manuel : 



MissALE II RoMANYM || auctoritate || Pavli. V. Pont. M. || Si- 
nice redditiim || a || P. Lvdovico Bvglio || Soc. lesv || Pekinî 
In CoUegio ejusd. Soc. || An. m.dclxx. 

N. F. Chinois 3020 et 3021; ce dernier ex. est ms. 






44—14. g 

Je ko kai yao. 

Sur le frontispice gravé sur bois et représentant un autel, le titre sui- 
vant gravé : 

Breviabivm II ROMANVM || Sinicè redditum || a || P. Ludouico 
Buglîo II Soc. lesv || In CoUegio || Pekinensi || eiusd. Soc. || 
Anno 1674. 

N. F. Chinois 2931; cet ex. est ms. 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 507 

vni. Costa, Ignacio da, |R j^ jii, ^o Na-tsio, S. J. 

Né au Portugal en 1599; arrivé en Chine en 1634; f à Canton en mai 1666. 

49-1. M ^ iË ^ 

Youen jeu kouai i. 

Du péché originel et de son remède. 

N. F. Chinois 3381; ex. ms. 

50 — 2. Sapientu SiNiCA II Exponente P. Ignatio a Costa 
Lusitano || Soc. les. || à P. Prospero Intorcetta Siculo eiusd. 
Soc. Il orbi proposita. 

Fleuron avec /Jf iS et les noms chinois de Jésiu, Intorcetta, da Costa, etc., 
ainsi placés : 







Fleuron 



m 




4r 

Kién châm in urbe Sinarïï | Prouinciae Kiâm Sî. 1662 
Superiorum Permissu. petit in-folio. 

Nous avons examiné au British Muséum un exemplaire C. 24. b. 2. de 
cet ouvrage qui est fort rare; en voici la description : 

L*ouvrage se compose de 51 feuillets doubles : 

1*' feuillet, recto : Titre, ut supra; ce titre est encadré dans une bordure. 

l** feuillet, verso : Facultas R. P. V. Proïïlis . . . signée : lacobus le Faure. 

2' feuillet, recto : [Epistola] R. R. Patribus Extremi Orientis. Datée € Ex 
^ g Kién châm Vrbe Prouinciae |^ ^ Kiftm si^lS. Aprilis 1662. R 
R. W. Humillimus seruus Prosper Intorcetta. 

2* feuillet, verso — 3* feuillet, recto : Ad Lectorem. 

3" feuillet, redo jusqu au 4' feuillet, verso : Vita Confucij Principis Sa- 
piStiae Sinicae. 

5* feuillet, redo et verso : Missionarijs ad Slfnas pergentibus et Authori 
S. P daté : cFo cheQ fù 25. Sbris. 1660 Andréas Ferram Soc. les. : 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHŒ, ETC. 509 

pus Conplet Flandrobelga — Francisons Rougemont Flandrobelga — Cbri- 
stianus Herdtrich Austriacus recogiioverunt. 

Chaque nom est précédé des caractères chinois qui le représentent. 

— 3' ff. recto : 

Facvltas R. P. Vice provincialis. Ego infrascriptus Societatis lesv in Sinis 
Praepositus Vice provincialis potestate mihi factà ab A. R. P. N. loanne 
Paulo Oliua Praep. : Generali, do facvltatem P. Prospero Intorcetta ejusdem 
Societatis, Vt typis excvdendam curet Sinarvm Sdentiam PolUico-moralem : 
quod opvs primvm à P. Ignatio a Costa, deinde à P. lacobo le Favre, demvm 
à P. Matthia à Maya praedecessorib. meis approbatvm, & à dvodecim alijs 
Patrib. Soc**» nostrae in Sinis recognitvm, & pvblica Ivce dignvm judicatvm 
fvit. In qvorum fidem bas manu meà signatas, & sigillo officij me! mv- 
nitas dedi. In vrbe Quàm cheîï metropoli Sinensis pvinciae Quàm tvm die 
31. mensis lulij. Anni 1667. Felicianus Pacheco. 

— 4* flf. Ce f. est simple; il est de 2 pages à la manière européenne, tan- 
dis que les précédents sont doubles à la manière chinoise. Il contient Taver- 
tissement du P. Intorcetta au lecteur. 

— 13 feuillets doubles chinois contiennent le Tchoung y<mng; 1 f. est 
consacré au titre. 

— 14 feuillets simples, de 2 pages à la manière européenne, continuant 
le Tchoung young; les pages sont numérotées sur la tranche avec des chiffres 
chinois de 13 à 26; elles sont divisées en 2 colonnes; à gauche le latin; à 
droite le chinois. 

— 1 feuillet blanc. 

— 4 ff . simples : Confvcii Vita; au bas de la page 8, on lit : «Goae Iterum 
Recognitam, ac in lucem editum Die. 1. Octobris. Anno 1669. Svperiorvm 
Permissv. » 

En résumé, 36 feuillets dont 16 doubles chinois (1 blanc) imprimés à 
Canton, et 20 simples (1 blanc) imprimés à Teuropéenne à Goa. 

Cet ex. appartient à la Bib. nat. de Paris (F. Chinois 209); il provient 
de la collection de Rémusat, n°. 1696, vend. fr. 40. On verra qu'il est en 
tous points semblable à Tex. de la maison professe des PP. Jésuites de 
Païenne, passé dans la Bib. nat. de cette ville et décrit par le P. de Backer, 
et mieux encore, pp. 290/1, du Cataîogo ragionato^. 

D'après ce qui précède, on verra donc que le nom d'éditions de Goa 
donné à ces anciennes publications n'est justifié que par l'impression de 
l'avertissement d'Intorcetta, d'une partie du Tchoung yaujig et de la Vie 
de Confucius dans cette ville portugaise; que le reste du Tchoung young est 



1. Cat&logo ragionato dei Libri di prima atampa e délie edizioni aldioe e rure esistenti 
nella Biblioteca Nazionale di Palermo compilato dal Sac. Antonio Pennino, Assistente di essa 
Biblioteca. Vol. I, Palermo, 1875. io-B, pp. 2S4/302. 



ESSAI D^UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 511 

pang et imprimée en 1882 en un vol. in-8 sous le titre de ^f- Hj^ ^ J\ 
^m Hiu toi fou jen ichoan. 

X. Dentrecolles, François-Xavier, ^^^Jn 

Hong-siu. 

Né le 6 février 1662, à Lyon; arrivé en Chine en 1698; f le 2 juillet 
1741. 

55-1. ± «g ^ ^ 

Tchou king ti wei. 

Explication de l'oraison dominicale. 

Publié en 1743. N. F. Chinois 3196, 3197 et 3231. Réimp. en 1881 en 
un vol. in-12. 

56-2. mn&w 

I etU tchong yen. 

Paroles fidèles pour frapper les oreilles. 

Ouvrage composé de 4 livres sur Tutilité des persécutions pour la Foi, 
Texemple des S. Martyrs, etc. 

N. F. Chinois 3036 et 3037. Réimp. en 1873 en un vol. in-8. 



57-3. M^mw^m 

Mo kiu hiong ngo kiouen. 

Exhortation pour ne pas rester dans la société des hommes 
vicieux et méchants. 

N. F. Chinois 3030 et 3031. 

58-4. mmî^m 

Hiun wei chen pien. 
Histoire de Tobie. 

N. F. Chinois 2916 et 2917. Réimp. en 1872 en un vol. in-12. 

XI. Diaz (jeune), Emmanuel, SI ^i ^^ ^^^9 ^<^' 

no, S. J. 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 513 



64-6. m^w^'^ïEn 

Taiig king kiao pai song tcheng tsiuetu 

Explication de l'inscription de la pierre de Si-ngau fou gravée au Vil* 
siècle, et découverte au XVII*. 

Fourmont CCLXXVIII. Réimp. en 1878 en un vol in-8. 

- 65-7. >f^ j^ lÉ 

Tai i luen. 

Dissertation sur différents doutes sur l'incarnation. 

N. F. Chinois 3135 et 3136. 

66-8. |È3#0^ 

Sieou tchin je ko. 

Journée du chrétien. 

N. F. Chinois 3093. 




67-9. S iB: ^ 

King che kin chou. 

Livre d'or du mépris du monde. 

Traduction libre de V Imitation de Jésut-ChrUL Publié en 1640; réimp. en 
1815, en 4 vol. et en 1848 en un vol. in-8. N. F. Chinois 2979, 2980 et 2981. 
B. M., p. 254. 

« The style of this is unexceptionable to literary tàste. » (Wylie.) 
Une autre traduction plus exacte, mais moins littéraire de Vlmitatitm de 
Jéaus' Christ, traduction dont l'auteur est resté inconnu, a été réimp. en 1860 
en 4 vol. in- 12 sous le titre de : ^Ml "^p ^^ £§ Tauen tchou cheng fan, 
N. F. Chinois 3347. 

xn. Ferran, André, §R ^ tll, Lctng Ngan-tée, S. J. 

Né au Portugal en 1621; arrivé en Chine en 1659; f à Fou tcheou en 1661. 
Voir Costa, Ignacio da. 

XIII. Ferreira, Gaspar, ^ ^ l^.Fei Ki-kouei, S. J. 

Né au Portugal en 1571; arrivé en Chine 1604; f à Peking le 27 déc. 
1649. 

33 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 515 

72-1. ^mu 

Ming li tan. 

Recherches philosophiques. 

N. F. ChinoÎB 3028—3029. 

73-2. MMW^ 
Hoan yeou tsiouen. 
Du ciel et du inonde. 

N. F. Chinois 2919. — 6 vol. reliés en un. 

XVII. Gouvea, Alexandre de, franciscain, évêque 

de Peking. 

74-1. ^m%m 

Mé siang tche tchang. 
Guide à la méditation. 

N. F. Chinois 3013 et 3014. Réimp. en 1848 en un vol. in-16. 

XVin. Goiivea, Antonio de, jnï -jA: ^K ^^^ Ta-hoa, 
S. J. 

Né au Portugal en 1692; arrivé en Chine en 1636; f à Fou-tcheou, le 
14 fév. 1677. 



75 — 1 . Innocentia || Victrix || sive ]j Sententia Comitiorum 
Imperij Siiiici jj pro || Innocentia ||Cliristianae Religionis |j Lata 
juridicè per Annum 1669. ||dr*|| Ivssv R.P. Antonij de Govvea 
Soc'\ Il lesv, ibidem V. Provincialis || Sinico-Latinè exposita || 
In Quàm cheû metropoli provinciae Quàm tûm in Regno 
Sinarum. Il Anno Salvtis Hvmanae m dc lxxi. 



L'exemplaire que nous avons examiné est celui de la Bib. nationale où il 
est placé dans la réserve. Dans le nouveau catalogue, il porte le n** O^n, 36 1 . 
Il provient de la Bibliothèque de Falconet. Un autre ex. est manpié N. F. 
Chinois 3183. C'est un petit in-folio, imprimé avec des caractères en bois, 
à la manière chinoise, c'est-à-dire sur du papier plié en deux, le pli restant 
blanc intérieurement. Il y a 90 pages imprimées (45 ff.) : le f. 1 recto contient 

33* 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 517 

Né en 1603 en Sicile; arrivé en Chine en 1637; f à Tchang-chou le 
4 sept. 1662. 







Î7-1. fê jE 
Ti tcheng pien. 
•Considérations sur les différents mystères de la foi. 

Founnont CCIII. N. F. Chinois 3320. Réimp. en 1870 en 2 vol. in-8. 
78—2. 

Pien hoe luen. 

Petit traité pour dissiper les erreurs. 

N. F. Chinois 3057. 

XX. Greslon, Adrien, ^ # ^, Nié Tchong-sien, 

s. J. 

Né à Périgueux en 1618; arrivé en Chine en 1667 ; f à Canton en mars 1697. 

79-1. -^m^'M 

Kou cheng hing che. 

Vies des S^ Patriarches de l'Ancien Testament. 

N. F. Chinois 2985, 2986 et 2987; c^s ex. sont ms. 

XXI. Hinderer, Romain, ^ l|| ^, TéeMa-no, S. J, 

Né en France le 21 sept. 1669; arrivé en Chine en 1707; f à Nanking 
le 24 août 1744. 

80-1. ^mm^n 

Yu mi san kong tching. 
Méthode pour assister à la messe. 

N. F. Chinois 3389. 

Pai- ^ ïj^ ^ Hinderer et ^ tb i^ Mendez, Manoèl. 



XXII. Intorcetta, Prospero, |g ^^,In To-tsée, 
S. J. 

Né à Piazza, en Sicile, en 1626; arrivé en Chine en 1659; f à Hang tcheou 
le 3 oct. 1696. Voir Costa, Ignacio da. 



à 



'Ji 



^ Ahn'gé (le la S" Loi. 

r..un.i..nt CCLXMI. - N. F. ('Iiii.ois : 

Tchen fou tcho tclie. 
Livre de la vraie béatitude. 

Pub. (MI IG70 et non pas on 1G73, en 2 
complet; et 3154/3156. Fourmont C'CXVIII. 

83-3. # ^ ^ 1^ jE 1^ 
Clieng chetig fou tcliong tcheng 
Vrai chemin pour vivre bien el 

Foni-mont (^CII. - N. F. Chinois 2757 
C7 + 6 ff. prél. et 68. N. F. Chinois 2758, é(l 
2701/2762 et N. F. Chinois 2765, éd. diffère 
1853 en 2 vol. in-8. 

XXIV. Longobardi, Nîcola 

miriy S. J. 

Né en Sicile en 1659 : arrivé en Chine en 15 

84-1. M m 

Sse choue. 
De la mort. 

N. F. Chinois 3115; ex. ms. 

85-2- ^%mm 

Nim tchou kouei tching. 
Méthode pour méditer les inystc 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 519 






86—3. 

Ling hoen tao ti. 

N. F. Chinois 3001. 




Cheng kiao je ko. 
Journée du chrétien. 

Fourmont CCXXXI. — N. F. Chinois 2806, éd. diff. des suivantes ; 2807, 
2808, 2809, 2810, 2811, 2812. 

Cheng jo sa fa chi mo. 
Vie de S* Josaphat. 

N. F. Chinois 2796 et 2796. 

XXV. Mailla, Joseph Marie Anne de Moyria 

de, y|^ ^ jEî Fong Pi7i-tcheng, S. J. 

Né le 16 déc. 1669; arrivé en Chine en 1703; f à Peking le 28 juin 1748. 

89-1. m^Mm 

Pong lai tsi choue. 

Recueil d'entretiens d'amis, c'est-à-dire de Chrétiens qui 
se considèrent comme des amis. 

N. F. Chinois 3064 et 3066. 

90-2. m^Mm^ 

Cheng sin kouei tching. 

Méthode pour prier le cœur du Christ. 

N. F. Chinois 2882 et 2883. 

Cheng tijin^aî king kouei tiao. 

Exercices préparatoires pour recevoir le sacrament de 
l'Eucharistie. 

Publié en 1719. N. F. Chinois 2890 et- 2891. 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 521 

dont les choses matérielles sont composées, Tordre immuable des saisons, 
le cours réglé des corps célestes, etc. qui ne sauraient être que l'effet visible 
d'une cause invisible. A l'égard de l'existence de l'âme, il la prouve par 
ses facultés mêmes, et. par ces sentiments intérieurs de droiture, d'amour 
du bonheur, du désir de la gloire, etc. que nous éprouvons tous. 

Ce livre est divisé en deux parties. La première ne renferme que quatre 
preuves de l'existence de Dieu. La seconde en contient vingt-trois sur l'âme. » 




96-2. ii ^ 
Kieou yeou lun. 
De Tamitié. 

> 

N. F. Chinois 2977 et 29^8. 

XXVn. Mendez, Manoel, ^ ^ |^, Meng leou i, 

fe. J. 

Né au Portugal le 1" janvier 1656; arrivé en Chine en 1684; f * Macao 
en déc. 1743. Voir Hinderer, Romain. 



XXVin.Monteiro, JoâO,^ fUM^ Mmg Jou-wang^ 

b. J. 

Né au Portugal en 1603; arrivé en Chine en 1637; f aux Indes en 1648. 

97—1. 5^ ^ 1^ H 

Tien Mo lio i. 

Abrégé de la loi divine. 

N. F. Chinois 3223; ex. ms. 

98-2. %^mm^ 

Tien Mo pien king lo. 

Du culte vrai et faux et de l'adoration. 

N. F. Chinois 3059. 





99-3. ^ g 

Tchao mi king. 

Flambeau pour éclairer les ténèbres. 

N. F. Chinois 3147 et 3148; ces ex. sont ms. 



; ( 



l Sur les cérémonies du bapte 

; N. F. (^linois 2880. 

i XXX. Noël, François, ^ 

Né à Hcsdrud (Ilainaiit) le IH août 
en 1729. 




101-1. A P ^ 

Jen tsoui tche tchong. 

Livre sur la gravité du péché 

N. F. Chinois 2939; ex. ms. Réimp. e 

XXXI. Pantoja, Diego de. 

D. J. 

Né en Espagne à Valdemora, dioc. de ' 
en 1599; f à Macao en janvier 1618. 



Ye sou kou rian tao wen. 
De la passion de Jésus. 

N. F. Chinois 3377. 

103-2. ^^m^ 

Ouei lai pien luefti. 
Explication des choses à venir, 

Fourmont CCLIX. — N. F. Chinois 33» 

104-3. %±'umm 




ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 523 

Supp. au Tien tchou die i (par Ricci). 

K F. Chinois 3238 et 3239. 




105—4. ^ -^ Jl 

Pang tse i tsouen. 

Explication posthume du symbole. 

Fourmont CXCI. — N. F. Chinois 3010 et 3011. 

106-5. 4î ^ :^ ^ 

Tsi ko ta tsiuen. 
Sept Victoires. 

Les sept victoires = les sept vertus par opposition aux sept péchés capi- 
taux. Publié en 1614. Fourmont CCVI. Réimp. en 1873 en 4 vol. in-8. 

Ne pas confondre cet ouvrage avec le J^ "^f fi â(| T»i ko tchen 
hiun. Vraie instruction des Sept Victoires; réimp. en 1867 en 2 vol. in- 12. 

« Un chrétien, nommé Tsoui tchang, dit le P. Foureau, qui avait aidé le 
père en ce travail ( Jj ^£)> * ^'^ "^^ préface de sa façon à chacun des 
sept chapitres dans laquelle il a inséré plusieurs fables d'Esope, par exemple 
celle du Corbeau et du Benard contre l'Orgueil, celle de la Fourmi et de la 
Cigale contre la Pai'esse. Ce genre d'instruction peu connu des Chinois leur 
plaît fort. L'ouvrage au reste est rempli de beaucoup do raisons très per- 
suasives et à la portée de tout le monde. Du temps de l'empereur Rang 
Hi une de ses femmes qui était pleine de défauts et bien peu supportable 
pour le caractère, l'ayant lu, en fut. si frappée que, sans en venir à se faire 
chrétienne, elle se réforma beaucoup et son changement fut remarqué par 
l'empereur.» 

XXXII. Parrenin, Dominique, \^^Vfi,PaTo' 

ming, S. J. 

Né au Russey, dioc. de Besançon, le 14 sept. 1665; arrivé en Chine en 
1698; t à Peking le 27 sept. 1741. 





107—1. ^ 

Tsi met pien. 

Vie de S* Louis de Gonzague. 

N. F. Chinois 3339 et 3340. Réimp. en 1869 en un vol. in-12. 



' i-i 



il- 



"• '■ ^''""•^'■« 3206 et 3207. Réi^p. 

XXXm. Pereira. Thom^ 

Nan sien smg hing chou. 
Vie du P. F. Verbiest. 

^' F. Chinois 3033. 

XXXIV. Prémare. Josepl 

Né le 17 j„.„et ,666, au Havre de G,« 
a Macao le 17 sept. 1736. 

aeTz^ ^o-cA^ fc^^a„. 

pe de S' Joseph, époux de la \ 

. JounnoBt CCLXXVI. - N. F. Chinois 2. 

J^ang ki youen hing tsL 

Vie d'un chrétien chinois par de 

N. F. Chinois 3370. 

^^^^V. Rho, Giacomn îBz «u 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 525 

Suivant le P. Foureau, le P. Rho est Tauteur de dix-neuf livres diffé- 
rents sur la religion. 

112-1. ^^jjgjH 

Tien tchou king kiai. 

Explication de Toraison dominicale. 

Fourmont CXCVI. — N. F. Chinois 3291 et 3292. 



Tien tchou cheng kiao ki mong. 



N. F. Chinois 3264. 



114-3. m % 

Tchdi ko. 

Du jeûne et de la mortification. 

N. F. Chinois 3143, 3144 et 3146. 

115-4. :^l$^^g^ 

Ngai king hing tsiuen. 

Traité des œuvres de miséricorde. 

N. F. Chinois 3034 et 3036. Réimp. en 1873 en un vol. in-8. 

116-5. ^ Ift 

Kieou choue. 

De la manière de prier. 

N. F. Chinois 2962. 



117-6. ^ IB W W 

Cheng ki pei yen. 

Cent instructions spirituelles de S^^ Thérèse. 

N. F. Chinois 2803. Réimp. en un vol. in-8 en 1873. Cat. n"* 73. 

XXXVI. Ricci, Matteo, 5^ ï| g, LiMa-teou, S. J. 

Né à Macerata le 6 octobre 1662-, arrivé en Chine en 1683; f à Peking 
le 11 mai 1610. 



1 

'I' 



m; 



7] ^ ^'^^' ^'■^'"'t <^" liJandchou sous le titi 

1 ; •/'"*• '^'- 1-'. Chiijoi» 2748 et 2749. 

* '^'' ^'- •^"''^•» iial'Jiiiotti, jésuite de ] 
au Tonkiri, jx,ur la «econd^ foi.s, et il a.^ 
>tyl*- de ce eatéehiHme rontrilMiên-nt puis- 
tiouH dau« ce royaume. . r A. Héuiusat, : 



i 

« 



Les six premiers livres d'Eue 

N. F. Chinois 2959 et 2960. — B. M. 

M. A. Wylie a donné, en 1857, à Son;^- 
P^h une traduction des livres VII à XV 
traduction de Kicci. En 1865, le Vice-Koi 
mer Ricci et Wylie à Nankin^. 

120-3. ^ ^ 1^ 
Kicu) yemi luen. 
De l'amitié. 

N. F. (Jhinota 2971. l',,),. en 1693; cm 
Kian^r sî. 




121-4. ^^^;|§^ 

Timg wen souan tclii chong pm 
Traité général d'arithmétique. 

N. F. CLinois 8804. 

122-.5. B5 H IB ^ 

Si kouo kifa. 
Art de la m/mun'ivi 



ESSAI DUNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 527 








123-6. ^ ]^ 

Keou kou i. 
Des mesures. 

N. F. Chinois 2947. 

124-7. z: + 3l W 

Eal che ou yen. 

Vingt-cinq sentences morales. 

N. F. Chinois 2902. 

125—8. 

Hoan yong kiao i. 

Géométrie. 

N. F. Chinois 2920. 

126—9. »% A + 

Kijen che pien. 

Dix conversations sur des sujets de religion et de morale. 

Fourmont CCXXIII. — N. F. Chinois 2961 et 2962. Réimp. en 1847 en 
2 vol. in-8. 

Ki jen était Tun des hao (nom d'honneur) du P. Ricci; son autre heto 
était pt| ^K n tai, grand homme d'Europe, 

127-10. ^:5t^ ^4 

Siu koitang ki hing lio. 
Vie de Siu Kouang-ki. 

N. F. Chinois 3112; ex. ms. 

128-11. fg^ $ S jji 

Pien hio i to. 

Controverse avec les sectes idolâtres. 

Fourmont CCXLV. — N. F. Chinois 3054, 3055 et 3056. 

129—12. ^ il|l ^ 
Kien kouen H i. 




ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 529 

133-1. ^±mw:wm 

Tien tchou chetig kiao che lo. 

Véritable aspect de la sainte religion de Dieu. 

Fourmont CCXV. — N. F. Chinois 3249. 

« C'est, dit le P. Foureau, le premier ouvrage que l'on ait fait en faveur 
de la religion chrétienne, depuis qu'elle y est pénétrée dans le XVJ* siècle. 
Ce père [Ruggieri] était contemporain du P. Ricci, mais il l'avait précédé 
de quelques années dans la mission, et il composa ce livre la XIX" année 
de l'empereur Ouan li, qui répond à l'année 1584.» 

XLI. Sambiaso, Francesco, H^^ gj|, P/ Fang-tsi, 
S. J. 

Né à Naples en 1582; arrivé en Chine en 1613; f ^ Macao en 1649. 

134—1. ^ <g- 

Hoa ta. 

Réponses sui- la peinture. 

Fourmont CCCLXIII. - N. F. Chinois 3204. 

135-2. fe ^ n ^ 

Choui hoa eul ta. 

Traité sur le sommeil et les peintures allégoriques. 

Fourmont CCCLXIII. — N. F. Chinois 2897. 

136-3. MnÉSi^ 

Ling yen tchong tche. 
Sur Fâme. 

Fourmont CCXXI. 

L'auteur « appelle l'âme ya ni ma^ dit le P. Foureau, et c'est ce qui donna 
occasion il y a vingt-cinq ans à la conversion de San Kong ye, chef de cette 
branche impériale qui a presque toute entière embrassé la religion chré- 
tienne. On en voit l'histoire dans les Lettres édifiantes. Ce prince ayant par 
hasard aperçu dans ce livre ces mots ya ni ma, qu'il n'entendait point, et 
qu'il ne pouvait entendre, tout habile qu'il était, parce que ces trois sons 
ainsi réunis ne signifient rien en Chinois, il eut la curiosité de lire le livre. 
Il en fut si touché que s'étant instruit plus à fond dans d'autres ouvrages 

qui achevèrent de le convaincre, il se fit chrétien, et introdtdsit la religion 

34 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 531 

gratias agendas vehe-|| meiiter excitare possuDt. || [Vig.] || Antverpi», || Excu- 
debat Martinns Niitius ad ÎDsigne dua-|| mm Cyconiarum. Anno 1593. | pet. 
in-8, ff. 16 n. c. 

British Musentn 1369, ' 47. 




XLin. Schall von Bell, Johann Adam, ^ ^ 

Tang Jo-wang, S. J. 

Né en 1591, à Cologne; arrivé en Chine en 1622; f à Peking le 15 août 
1666 ou 1669; cette dernière date est la plus probable. 

« Ce père, bien connu en Chine, dit le P. Foureau, a composé vingt-cinq 
ouvrages différents, la plupart sur les mathématiques et quelques-uns sur 
la religion.» 

138-1. * It ^ # 
Tsong tchin li choîi. 
Sur les étoiles. 

N. F. Chinois 2906. 

139-2. Simmmm^ 

Min li tso pou tchou kiai. 

Réponses à des doutes posés à propos des Ephémérides 

N. F. Chinois 3026 et 3027. 

140-3. ±i[imm 
Tchou tchi kiun tching. 
Preuve que toutes choses sont dirigées par Dieu. 

Fourmont CCXIII. — N. F. Chinois 3200 et 3201. 

141-4. ±W:m^ 

Tchou kiao youen ki. 

De l'origine de la religion chrétienne. 

Fourmont CCXX. — N. F. Chinois 3195. 

142-6. ^^m 

Youen king choue. 

Des lunettes d'approche. 

Fourmont CCCXLIX. — N. F. Chinois 3382 et 3383. 

34» 



ESSAI UrSE BIBLI«»'EA7'F:I. i^ 

Dictionnaire de la prononriaiâ >i: ' lii« -i*^ *" ''^'-' 'i»*-^'» »•* 

N. F. Chinois 3087 et 3Ctȑ. 




■• tt- 



t 1 






148—3. iH 

Hoang i. 

Fables choisies d'EIsope. 

N. F. Chinois 2922 et 29Î3: t^ ô-ti *: *nr iî^ 

I^es fables d'Esope ont été d*^i.î.> Tmri --^ *n -iinfH îjji- î. • - 

Esop's Fables, written in fliîij*y^ V* -î»*^ .ki.-i»*'* ^" 
Mooy seen-shang, and compîlrfr^ îu :V'* ;r**^!" ' •" ' "' 
a free and lîteral translation l»v Li* j-i :• -^ ^' 

« mm 

. . . Printed at the CanUm Fr-M 0\n''^ \ ' '-r' ;•*" ' 
pp. XXI + 1 f. n. c. — pp. iT-1- 4. 

Notice : Chin, Bep., CL pç». s-'*! ^- mil *- ?^ ' V.'r»-' ' 
British Musenm 826. k. 33. 

*Esop's Fables: astran^^lat/rd ivv.» ^^yh*^*^ v; •' V ' •*' 
Esqr. rendered into the (yA\*^{Vt\x\ "f *h^ \f k *- '' - ;/ -r^ ' 
in the Department of Chian^-^-hiû. \h t?'*- ;^" . • ' * •*>;'/ 
kîen : and in the department f4Ti*:^hju m v.i j/" •• " 
of Canton. Part first. — Moh-h^f. iu-^^ p ::• yi i^f ///'/" 
pore, 1843. 

«The first part of thi$ w//rk. îl 0**: H'/Jc r^r 'o* ;.,,«-- - "' ■ 
the joint production of Messfïî. .S. J/y*^ »»*1 J *♦•'/*>«/*. *..4 /^ '//•-' • »i • 
Tie-chiu dialect, is entîrely th*- »ork '^f Mt '^fff a/». Ms,,, »,i l,»» f-li 
p. 106.) 

XLVII. Ursis, Sabbathinus d^% f^ j^ /// ///v 

San-pa, S. J. 

Né à Naples en 1575; arrivé im Chm' t-n if/ff, î ;# M^i^f'o )' j nmi i'.*'i 

149-1. ^ BS >K i* 

Ta/ si chouifa. 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 535 

Quatre choses les plus nouvelles (les quatre fins de 
rhomme). 

N. F. Chinois 3116. 

166-6. fllP IS $ 

Sieou chin si hio. 

De la bonne direction de soi-même, suivant la doctrine 
européenne. 

N. F. ChinoÎB 3091 et 3092. 

157—7. ^ ^ 
Pi hio. 

N. F. Chinois 3050. 

158-8. H ^ * # 
Li hio kou yen. 

N. F. Chinois 2994. 




159-9. ^sc^n 

Kiao yao kiai lio. 
Explication du catéchisme. 

N. F. Chinois 2965 et 2966. 

160-10. mwtM^ 

Cheng kiao kiai lio. 

Courte explication de la doctrine chrétienne. 

Réimp. en 1869 en un vol. in-8. Cal, n** 82. 

161-11. m¥ià^ 

Hoan yu chi mo. 

N. F. Chinois 2921. 

162-12. mnnw 

Cheng mou hing che. 

Vie de la B. Vierge Marie. 



HENBl fORniER. 
ir.ii( Ct'LXXI. - N. F. ChimiiH 2861, 2 



-13. jjiipj^li:^ 


,' h»œi trhcm; kl. 


les esprits. 


. Cliinoia 3781. 


-!*■ + M 


"lier. 


flix consolations. 


(.IhinoiB 2770 tl 278IJ; fMlitiouB riifférenifs. Ftmniionl (.fV. 


-is. ^iBitBAfiW 


•>■ tchtm ckeng kiao cheiiy jtjii. luwj rke. 


rrmimwit CLXIX. 


-i.i.t^itW 


.., //.■"" /,"i" //.., 


l\'i|l1c;i!ioii (h's Olifants. 



i 



lie la Ml-vk- a ^T^Tit-ri ■.-: 
nariû maj -ri., j 7r>«"— 'i-— 




Cabier rbîi^-is £7 — - ' ■ -»'• ■ 

Ik d»ie de l'îiq(r^«>-.t «r ■ ■" " 

rotés eo chlifÂ* *■-? !» -.•x'j-!- 

rbinoû sur la tr»w,i^. !-^ ;**'- • ■:" 

ljuBqn'à99. I-: ver-, ;:-. f :. --i;- .i 

en Mpa^noh — Iv ff. 'i''^'..T- •. v- 

cfaiffi«H anbes en h»-.- ■!■; .■-- - 

Metbod^-fi coDlei!«io:iiï ii-'r-. r. •_-■:*- > 

erudiendam iitiliï: ^h! ^ L-'-^-^rf . 

citins Poenitenrïa*.- ji**T*ti.ir:,T.;j i/ltui 

Bawlio i (ilemoiu Vicari'f Aj/j-t'.-H;-. Pr'Fitudu! Xjm ^ 
En tout 61 ff. double». — I^- i* f ^. [i ;rniiiuiiairD 
L'eï. que nous avons eiamiHr «t ttlui .1.- M. ■ 

dans une boite-livre demi-marmiuin rouge, il 




538 



HENRI CORDIKli 



muine l'un (U-n dcnx ex. ilo la grsmniitirp île Vuro <jiii ;ul pimi dm» le*^ 
vontps HepuJB im siècle. Sod histoire môritv donc d'être retncëe, ca 
bihliolhèquo de son poseeBScur dÊfiint ayant 6té disiioraËc suub Ih fou desl 
pnchères, nous espérions qu'il terminerait enfin ses [ifiV'^HHtions en entrant I 
soit k la Bibliothèque natiunslc, soit au Rritiah Muséum r>i'i il ne se trouve 4 
[MB ODcoro. Il n'en a rien été nialheiirciiseuient. Le propriélurt* le plus ancioa j 
H tracfr son nom • Philippi Tell! • ear le frontispice (verso du 1* f.). Ce TeJll 1 
étitit un miiBieicu italien (laïque) appelé en ebinoia 7V, envoj'f en Chine en! 
1720 pur lu l'ropOKnnde. Dans son oiiiTHge De SiudiU nnùû, p. Î2, Hontiicd ' 
dit qu'il possède un ex. de eotto f;nimniMre; notre ex. paratl. 6tre le rien, 
car sur la couverture on lit : ■Emptiim à Dom. A. Muntucci, II. J. v. KUp- 
rntb, Berolini, ï3. Feb. lHi2>, D'antre part, l'cx. ne figure pas au catalc^ue 
des livre» de Klapmth (Paris, 1830), et il porte sur le frontispice également 
le cacbel chinois muge d'Abel-Hémueatî il y a donc lieu de supposer que j 
l'ex. de Montufci acheté par Kliiproth aura été donné ou cédé par ce denier 1 
h Rémusat. Il n'est pas marqué mm plus dans le catalogue de vente de Ré- 
muBiit (1833) où l'on ne trouve qu'une copie (n° 476) vendue 32 flancs. 
Dans le catalogue de Landresse (1SSS), on le retrouve an n" 230, la des- 
cription de la reliure dem.-mar. rouge dans un étui ne saurait laisser sub- 
sister aucun doute à cet égard. Landresse avait collaboré au Catalogue de 
la Bibliothèque de Rémusat lAvo-L, p. 4); il était élève de ce sinologue 
dont il publia après la mort le fœ fawe-ih' (avec Klaproth); il est donc per- 
mis de supposer que l'ex. passa directement de la collection de Rémusat 
dans celle de Landresse. De celle de Landresse, il est allé â M. F. Villot 
qui a écrit une longiie note historique an verso de la couverture le 23 oc- 
tobre 1863, et des mains duquel il passa, par l'intermédiaire d'un libraire 
de Paris, entre les mnins de M. Tlinnnclier. Il a été revendu à la vente de 
ce savant (1522) au libraire dont nous venons de parler, M. Maisonneuve. 
de Paris, pour Fr. 615. Ce livre remis en vente par JI. M. pour Fr. 1500 
h été acheté l'année dernière (1882) par H. le D* Jiiliug PlatEmann, de Leip- 
zig, qui a fait en même temps k la même librairie potir Fr. 80, l'acqnid- 
tion de la copie de l'ouvrage faite pour Abel Bémnsat (vide infral. 

D'autres exemplaires de cette grammaire ont été connus, maie il Dons 
a été impossible d'en suivre la trace : 

1* Ainsi Founnont qui s'est largement servi de la grammaire de Varo 
pour son propre ouvrage, et lui a consiicré une longue notice {firammatùta 
daplac, 1742, pp. xxTJ-ixx); mais l'es, qu'il a eu entre les mains n'est paa 
le nfltre. car nous lisons après le titre espagnol de VArte de la Lenguo Mam-Î 
darina dans la Gtammalim dup/tj:. p. xivtj : -In quo etiam ad margîneafl 
invcni, eed manuBCriptum. Ad Mitiui R. P. Johannit. P. ah iliee, Uiirion. Ordiaà» I 
JUinorHm Sa^idi Franeûfi ., indication qui ne se retrouve pas dans notre ' 
exemplaire. Le paragriiphe suivant de la QrammiUiea nous apprend que 



ESSAI DTNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 539 

Foiirmont avait eu le sien du R. P. Eustache, Augustin, qui Favait ap- 
porté de Rome. 

.2** Neumann écrit dans une Note de la Préface de son CatechUni of the 
Shamans, 1831, p. xii : «Only three copies are known of thisgreat literary 
curiosity; one is in Rome, one in Paris, and ono îs now in my possession». 

3** A la vente de la Bibliothèque de M. De Guignes (1846), un ex. im- 
primé a été vendu 50 fr. (n** 501). Nous ne croyons pas quMl soit celui de 
Rémusat et qu'il ait passé à Landresse par Tintermédiaire de De Guignes. Il 
est broché comme le nôtre, mais Tétui de demi-maroquin rouge dont celui- 
ci est revêtu et qui paraît semblable à celui d'une copie de cette gram- 
maire dont nous parlerons plus loin, doit être de Tépoque de la Restau- 
ration. Il n'est donc guère permis de croire que Tex. de De Guignes sans 
étui serait passé à Landresse qui l'aurait fait enfermer dans cet étui. Il 
est plus probable que De Guignes, qui avait visité Peking avec une am- 
bassade hollandaise et avait été consul de France à Canton, aura rapporté 
son ex. de Chine. 

Outre son ex. imprimé de la grammaire de Varo, Rémusat en possédait 
également une copie manuscrite avec une d.-rel., dos de mar. r., fil. qui a 
figuré au catalogue de la vente de ses livres (n*" 476, vendu fr. 32). Cette 
copie a depuis appartenu à Landresse (n° 240 du Cat. de ses livres) à la 
vente duquel elle fut achetée en même temps que l'ex. imprimé par M. Villot 

Nous trouvons également au Cat. de Langlës, 1825, n** 1058, un vol. 
intitulé : «Arte de lengua mandarina. Addicion al arte de lengua man- 
darina» vendu 47 fr. La note ajoutée à cette description : «Ms. pet in-4, 
sur beau papier de Chine, qui paraît avoir été composé par quelque mis- 
sionnaire jésuite», semblerait indiquer que ce ms. ne portait pas de nom 
d'auteur. C'est peut-être néanmoins une copie de la grammaire de Varo. 

Chose curieuse, les PP. Quétif et Echard ne parlent pas de la gram- 
maire de Varo. 



L. Verbiest, Ferdinand, ^ '^jp, Nan Hoei- 

jen, S. J. 

Né à Pitthem, près de Courtrai le 9 octobre 1623; amvé en Chine en 
1669; t à Peking le 29 janvier 1688. 

Voir : GouvEA, Antonio de; Pebeiba, Thomas. 

169 — 1. ASTRONOMIA EUROPEA SUE ImPERATORE TaR- 
TARO-SlNICO CaM Hy APPELLATO EX VMBRA IN LUCEM REUO- 

CATA a P. Ferdînando Verbiest Flandro-Belga Bnigensi e 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 541 

173-5. mm^M 

Ht tchao ting ^an. 

N. F. Chinois 2907 et 2908. 

174-6. ^^Um 

Nien ti tou choue. 

Sur remploi du thermomètre. 

N. F. Chinoia 3039 et 3040; plaquette de 5 ff. 

175-7. i^ H g 1^ 

Kouen yu tou choue. 
Cosmographie. 

N. F. Chinois 2956. 

Dans le dernier vol., des grav. sur bois représentent les mei*veilles du 
monde : Colosse de Rhodes, Pyramides, etc. 

Kdo kiai youen ^. 

Du sacrement de la Pénitence. 

N. F. Chinois 2946 et 2946. 

Cheng ngo pao lio choue. 

Court traité de la rémunération du bien et du mal. 

N. F. Chinois 2766 et 2766. Réimp. en 1869 en un vol. in-8. 

178-10. mf^^m 

Cheng ti ta i. 

Réponses aux doutes sur l'Eucharistie. 

N. F. Chinois 2893 et 2894. 

179-11. it^^iSr 

KioA) yao su luen. 

Explication méthodique de ce qu'il y a d'essentiel dans 
la religion. 



ESSAI D UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 543 

Abrégé de la S'* Doctrine. 

N. F. Chinois 2829. 

185. ^ A H ^ 

Tching jen yao tsi. 

N. F. Chinois 3173 et 3174. 
Par 7^ ^ ^ Li Ngaii-ling. 

186. mw^^'B 

Cheng kiao wen ta. 

Petit catéchisme par demandes et par réponses. 

N. F. Chinois 2831. 

187. ait i^ fil 

Cheng kiao yao hiun. 

Catéchisme par un Franciscain. 

N. F. Chinois 2833. 

188. m^^^ 

Cheng kiao tsi yao. 

Abrégé de la S** Doctrine par un Augustin. 

N. F. Chinois 2823. — Réimp. en 1842 en un vol. in-8. 

189. mA^mm^ 

Cheng jen jo se tao wen. 
Litanies de S* Joseph. 

N. F. Chinois 2794. 

Cheng fou fang tsi ko hing che. 
Vie de S* François. 

N. F. Chinois 2792 en 3 vol. 

191. m-:^m^n^^m 

Cheng fang tsi ko ti san hoei kouei. 



ESSAI D'UNE BIBLIOGRAPHIE, ETC. 545 

& Il Detrimento Missi^pnîs. | Cômunicata Missionariis in Im- 
perio Sinensi. || Aimo 1717. [Canton.] 

Petit in folio, imprimé avec des caractères en bois, à la manière chi- 
noise : 94 feuillets numérotés sur la trancbe avec des chiffres chinois, plus 
1 feuillet pour le titre et 1 feuillet de caractères mandchous au commence- 
ment 

L'exemplaire que nous avons examiné est celui du British Muséum; il 
est semblable à Tex. de la Bibliothèque nationale de Païenne décrit par M. 
Pennino dans son Catalogo ragiotiato, 1, 1876, n° 629. — Et il porte le n** 4281, 
Grenville. Un autre ex. porte le n° C. **'^^ 13 et n'a pas le f. de caractères 
mandchous. 11 est relié avec : 

1" Copie [manuscrite] du mémoire [en latin] que M. Pediîni [lazariste] 
présenta à TEmpereur. C. '";'** ^^• 

2° Pièce d'un f. imprimé d'un côté relative à la question des rites; man- 
dement en latin signé ; Li nhig ceu, die 15" Febr. Awu) Dhi 1718 : F, Ber- 
nardinus ab Eccfa qui ttupra Epiêcopuê Pechinetisitt. Le P. B. ab Ecclesia a 
]\jouté son sceau et sa sign. manuscrite. C. j- ' 13. 

3" Pièce d'un f. imprimé d'un coté relative à VInfaniialio; mandement en 
latin signé : Lin nittg ceu, die 24** Seplenibris 1718. F, Bemardinua ah Ecdà 
qui supra EpTia rechinenns. Le P. B. ab Ecclesia a ajouté son sceau et sa 

g , '14. b. < ,» 

sign. ms. C. ^ 13. 

4* Pièce in-fol. imprimé contenant le décret du 24 janvier 1720 qui con- 
damne Vlnfomiatio. Homae, Ex typographià Keuerendae Camerae Apostolicae 
1720. C. **,'*-- 13. 

6* Pièce imprimée en rouge. C. — ^ 13 en chinois et en mandchou avec 
la déclaration en latin : 

«Nos Ytoury, Voamtaohoa, Tchaotcham, Aulae Ouintieti, et ejusmodi, ubi 
libri conticiun^tur, locorum Mandarini, obedientes reverenter Imperatoris 
mandato, ad omnes qui || ex Europa appulerunt, scribimus. 

Anno Kam-Hi 45**. PP. Ant". Barros et Ant". Beauvolier : anno Kam-Hi 
47**. PP. José". Provana || et Haymondus de Arxo de mandato Imperatoris 
in Europam missi sunt Multis ab hinc B annis non modo nullum responsuui 
venit, unde venim a falso discemi non potest, sed | etiam confusi rumores 
afferuntur. Idcirco Moscovotis rursus tradita est Epistola de-[jfereuda, quam 
verisimilo est pervenisse. Certè qiûdem cum homines a nobis mis-||si redie- 
rint, et negotia omnino clara fuerint^ tune adhiberi iides poterit. At ni- si 
homines a nobis missi revertantur, décrit verum fondamentum; et etiamsij 
quaecumque epistolae vel nuntia veneriut, omnino credi non potest. Et ve- 
riti ne lit-|terae penetrare non possint, has scribimus: his versio europaea 
adjiciatur : omnia | typis nuindentur : I^regis Cantoniensis sigillo muniatur: 
non autem claudan-jtur: plurimaque Exemplaria omnibus recenter advectis 

3ô 



r _ 



■tt, Sw. J. 
nvl, S. J. 



196. Grahmaibe chinoise et e. 
vrier de 1682. 

Teniitux-Compftns qui indique cet ouvra 
grammaire, qui ae trouve k la Bibliothèque 
posée par un relig-ienx de l'ordre de St. tVa: 

Hal^rè tous nos efforts, il nous a été imp 
nuùr«. 



Abrévutioni 

Fourmont, Bib. nat., Toîr p. ' 
K. F. Chinois, Bib, nal., voir p. ■ 
Cal., C'at. de Siu ca-we 

B. H., British Huseuni, C 




UN EPISODE 



DU POÈME ÉPIQUE 




I ndAm:^ni 



PAR 



JULIEN VINSON. 



8fi 




La place que l'on a bien voulu mettre à ma disposition 
(îane ce volume étant assez restreinte, j'ai dû me borner à 
ne donner un spécimen que de l'une dea deux langues dont 
l'enseignement m'est confié. Le tamoul et l'hindoustaui 
sont toutes deux fort importantes, à tous les points de vue ; 
j'ai choisi la première parce qu'elle est moins connue, moins 
cultivée, moins étudiée même et parce qu'elle est d'ailleurs 
historiquement plus ancienne et srïentifiquement plus inté- 
ressante, parce qu'elle est enfin plus proprement et plus ori- 
ginairement indienne. 

Je donne ci-après un épisode absolument inédit de l'un 
des poèmes tamouls les jdus aneiens. Le Sindâmanl est 
i'un des cinq ouvrages classiques recommandés par les 
grammairiens les plus estimés du pays. H remonte sans 
doute au huitième ou neuvième siècle de notre ère, et c'est 
probablement l'œuvre taraoule la plus vieille qui soit par- 
venue jusqu'à nous. On ne pourrait guère regarder, comme 



550 



JUURS VINSON. 



antérieurs que les recueils de sentences morales intitulés 
Kiir'aldeTh'uvalluva%iNâladiyâr; maïs, à mon avis, ces 
recueils, sons leur forme actnelle, sont des rorapilations 
relativement récentes. 

Le Sindâmani est peu connu, même dans l'Inde. II offre, 
en effet, cette particularité d'être en quelque sorte un pn- 
râna jainiste, d'être comme un livre de propagande rédigé 
par un hétérodoxe, et, n'était son mérite littéraire, il aurait 
été peut-être depuis longtemps supprimé. Il n'en existe 
qu'un petit nombre de copies, snr feuilles de palmier. Celle 
que je possède ne comprend mallieureusement que les liuit 
premiers cliants, les trois cinquièmes environ de l'ouvrage; 
mais j'espère qu'on voudra bien m'en envoyer de l'Inde le 
complément. En 1868, un missionnaire anglais, le rev. H. 
Bower a publié, à Madras, le premier chant (texte, commen- 
taire et sommaires; in-S" de xliii-157 p.); aucune autre 
partie n'a encore été imprimée : l'épisode ci-après est em- 
prunté au troisième chant. 

Une anti-e raison qui a fait un peu laisser de ctMé ce re- 
marquable poème, c'est l'extrême diftîcnlté qu'on rencontre 
à sa lecture. L'autenr a un style tout spécial; les formes 
anormales, irré^nlièrcs on archaïques abondent sous son 
stylet; il a recours à un nombre considérable de synonymes 
et, deux ou trois fois, en le lisant, j'ai trouvé en défaut le 
Dictiomiaire, si complet pourtant, des Missionnaires de Pon- 
dichéry. De plus, il fait souvent allusion à. des légendes, 
à des croyances jâina, fort peu connues; ou raconte à ce 
sujet que le commentateur dut refaire son travail qu'il re- 
connut, à la suite d'une étude plus approfondie, tont-à- 



UiN ÉPISODE DU SINDAMANI. 551 

fait insiiffisaiit. Ce commentaire, écrit en prose savante, 
n'est pas lui-même d'une lecture facile. J'ai pris le parti, 
comme je Tai toujours fait pour les poètes tamouls, de tra- 
duire directement sur le texte. Je ne prétends pas que ma 
traduction soit irréprochable, mais je crois qu'on n'y trou- 
vera pas de grosses erreurs. J'ai conservé la division du 
texte en strophes et j'ai signalé en notes certaines particu- 
larités grammaticales. 

Comme tous les poèmes épiques, le Sindâmani est en 
strophes de quatre vers soumis à la double règle d'harmo- 
nie que j'ai désignée par les mots consonnance et asson- 
nance. La consonnance (édugei) veut que la seconde con- 
sonne au moins des quatre vers soit la même; Yassonnance 
(mône?) exige la répétition dans le vers, au début du second 
hémistiche généralement, de la lettre initiale du vers ou 
d'une lettre assonante (a et â, i et % t et q, m et v, etc.). La 
mesure change après un nombre de strophes variable cor- 
respondant à notre division en paragraphes. 

n s'agissait ici d'un ouvrage pour ainsi dire de littérature 
supérieure. J'ai cru, par conséquent, devoir me conformer 
à l'usage des lettrés du pays : j'ai copié textuellement le 
manuscrit avec ses irrégularités et ses fautes; je n'ai pu 
par suite ni séparer les vers, ni séparer les mots, ni ponc- 
tuer les consonnes muettes, ni distinguer certaines voyelles 
brèves de leurs longues. Ces difficultés graphiques ne sau- 
raient embarrasser ceux qui sont en état de lire le poème. 

L'auteur du Sindâmani est inconnu ; certains philologues 
du pays disent pourtant qu'il se nommait TiruttaTckadeva 
et qu'il vivait à Mailâppûr (S. Thomé). Le commentateur 



552 



JULIEN VINSON. 



est le célèbre émAit Natchinârkkiniyâ, du Maduré, qui 
était Çâiva. On ignore l'époque de sa vie; elle doit ëtie 
relativement ancienne. 

Le Sindâvia-iH (ce mot n'est qne la transcription du sans- 
crit f^ïRTwfin) est la traduction ou plutôt, suivant l'ordinaire, 
l'imitation fort libre d'un ouvrage sanscrit dont l'original 
ne paraît pas avoir été conservé. II raconte, en 13 chants 
et 3145 strophes (12580 vers), la vie de Djîvnka, roi du pays 
fCKmavgadn qui avait lîAdjamâpnra pour capitale. Après 
diverses aventures et de nombreux mariages, il finit par 
renoncer an monde et à se consacrer uniquement, ainsi que 
ses femmes, à la vie religieuse. L'épisode ci-après est 
relatif à sa seconde femme, Gând/inrvndattâ, musicienne 
sans rivale qu'il put seul vaincre, que la destinée lui réser- 
vait et qu'une aventure miraculeuse (c'est celle qui fait 
l'objet du passage trjuluit plus loin) avait amenée dans son 
pays. 

L'ouvrage est, ainsi que nous l'avons dit plus liant, es- 
sentiellement religieux. 11 faut donc, pour en lire avec 
intérêt même un simple épisode, se rappeler constamment 
les doctrines fondamentales du Jâinisme. Je ne saurais 
m'y arrêter ici, je prierais seulement les lecteurs de vouloir 
bien ne pas perdre de vue ce point fondamental , commun 
d'ailleure à tenter les religions hindoues, que le but de la 
vie est non pas l'anéantissement, mais seulement la sup- 
pression de l'existence individuelle, le retour h la grande 
masse matérielle, la fin de l'isolement et de la pereomialité 
active. C'est là le vrai sens du nirvana bouddhiste, reli- 
gion matérialiste et scîentitîque au premier chef. 



UN ÉPISODE DU SINDÂMANI. 663 



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UN ÉPISODE DU SINDÂMANI. 555 






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L'X ÉPISODE DU SISDAmANI. 5&9 



UN ÉPISODE DU SINDImANI. 561 



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86 



UN ÉPISODE DU SINDAmANI. 563 



Les pieds d'Arhat nous protègent! 



2. L'éponx de Padmâ, la fleurie, dont la beauté immense 
resplendissait; le jeune homme issu de la race féconde de 
Yavadatta au javelot meurtrier; — Çrîdatta — c'était son 
nom — pareil à un lion guerrier qui demeure sur la mon- 
tagne où Tor abonde, [pensa] : 

3. «Les artisans eux-mêmes font fortune en amassant 
pour ainsi dire grain à grain de petites choses ; ils possèdent 
des éléphants. Les hommes se mettent sur le front un or- 
nement superbe, ils dissimulent, ils hésitent, ils s'humi- 
lient, ils tombent dans le péché et pour produire la vertu 
souffrent le mal de la naissance; ils éprouvent des répu- 
gnances et ont à lutter : de tout ceci l'intelligence 

4. «celui qui possède, qu'il fasse son devoir! En s'atta- 
chant à ce qu'un jour ses trésors ne diminuent jfas, s'il se 
conforme aux paroles des anciens sages, cela lui est doux 
comme la médisance aux calomniateurs. 

5. «Que chacun fasse fortune! Il n'y a point d'autre arme 
pour tuer ceux qui veulent nous tuer. Résolu à cela, on 
n'a point le doute qui ronge l'âme; les richesses obtenues 
sans feinte donnent le plaisir et la vertu; en dehors de 
celles-là, il n'y a pas d'autres richesses. 

6. «Comme les arbres antiques qui soutiennent les chau- 
ves-souris aux ailes engourdies, les héros nés dans la pé- 

36* 



564 



JUUKN VINSON. 



niteiice doivent smiteiiir dans l'infortune leur race jadis 
florissante. Courber la tête et s'éloigner devant les mau- 
vaises paroles, c'est le propre des lâches!» 11 dit et se 
leva. 

7. Il réunit sans s'impatienter un grand nombre d'objets 
fabriqués, et lui, dont la lai'ge poitrine, où reposait une guir- 
lande aux fleurs abondantes, était blessée par les glaives 
des yeux des femmes aux regards pleins de désirs, se leva, 
après avoir pris une décision irrévocable, et se mit en 
marcbe. 

8. Le héros dont la renommée s'étend jusqu'au ciel, gé- 
néreux comme les nuages qui donnent la pluie, iit présent 
de tout ce qu'ils voulurent à ceux qui étaient pauvres. Puis, 
ce [prince] aux cheveux parfumés et sentant le musc, monta 
[sur le navire] et dit : 'Qu'il coiu-re doucement, afin qu'on 
ne dise pas qu'il va raal!> 

9. Les jeunes gens s'empressèrent de hisser trois voiles 
sur les mâts dont les pointes étaient ornées de pavillons , 
agités; au bruit du tamboiu* recourbé du triple océan reten- 
tissant, brisant les coraux aux ramiiications étendues, [la ' 
barque] s'élança comme un éléphant rapide. 

10. Broyant les coquillages produit des vagues, rejetant j 
au fond de la mer les perles abondantes qui coulaient avec j 
la rapidité d'une flèche, fendant le triple océan comme si 1 
elle déchirait une montagne, [la barque] s'élançait vers les | 
rives d'une île florissante. 

11. Elle atteignit l'île qui produit le bel or superbe; là] 
abondaient agréablement et pleines de beauté des [femmeall 
dont la démarche gracieuse est comme celle du paon on diil 



UN ÉPISODE DU sindAmani. 565 

cygne, et qui ressemblent à des fleurs délicates, à de bril- 
lantes lianes fleuries et à l'éclair. 

(Autre mesure.) 

12. Le prince à la guirlande mielleuse descendit dans 
l'île. Il vit le roi, signalé par son joyau de pierres pré- 
cieuses et reçut sa grâce, et il demeura quelques jours à 
écouter les chants d'ambroisie des [femmes] aux seins gon- 
flés pareilles à la déesse de la fleur et à admirer leurs 
danses. 

13. Ne pouvant supporter l'absence de celle qui lui était 
unie, après êti'e demeuré six lunes avec celles qui ressem- 
blaient à la belle des belles à la démarche gracieuse et 
désespérante, il vendit tous les objets qu'il avait apportés 
et, ayant obtenu de grandes sommes d'argent, il mit tout ce 
trésor sur son navire et se prépara à revenir dans sa ville. 

14. Il vit le roi, il congédia ceux qui étaient venus le voir 
et s'embarqua un bon jour, à la vue de Rêvati, de Jupiter 
et du grand arc Horâ. Il courut rapide comme le vent, fai- 
sant pleurer la mer limitée et franchit un espace de cinq 
cents kâdam. Arrivé à un yôdjanâ de son pays, 

15. comme il était transporté de joie, alors, par un coup 
de vent, [tout] se troubla : les nuages pluvieux s'amonce- 
lèrent, l'obscurité épaisse arriva, les éclairs parurent sem- 
blables aux regards de la folie, la foudre retentit et éclata 
furieuse de manière à effrayer la mort [même] et à la for- 
cer à se cacher. Le prince : 

16. «Les vents des huit points cardinaux se sont réunis 
pour nous assaillir; comme s'ils soulevaient contre nous 



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f Us* yeax â ffl^ofer. Parez vuoa bfOà beilËitoeai <le 



UN ÉPISODE DU sindAmani. 567 

tèrent balloté le [héros] qui portait une fraîche guirlande 
mielleuse. 

22. «Va tout seul, traverse [1^ mer] pendant cette veille 
où sont absents ceux dont leur langue a causé la perte ; tu 
as pris les richesses pour le vrai bien ; tu les a faites jadis 
pour qu'elles causent ta mort; c'est le résultat de l'acti- 
vité». Pendant qu'il pensait ainsi, il arriva sur une terre au 
sable blanc battu [par les eaux]. 

(Autre mesure.) 

23. Dans une belle foret aux buissons pleins de fleurs 
brillantes épanouies où bruissaient le bourdon et l'abeille 
aux ailes rayées, où fleurissaient le cassfa et le caUophyUinn, 
le [prince] à la vaste poitrine superbe demeura souffrant, 
évanoui. 

24. Il demeurait, épuisé, sur le long terrain ardent du 
rivage maritime qui nourrît le crabe sans cesse en mouve- 
ment, roulé par les coups de pieds des vagues rapides, et 
ne voyait rien venir. 

25. Le [prince] au bras de lion se désolait dans le bosquet 
fleuri où il se trouvait, lorsqu'il aperçut un homme. Le fort 
alla à lui et lui dit : «Ecoutez! écoutez ce qui m'est arrivé! » 

2 G. Il raconta en détail à cet homme tout, comment il 
s'en était allé sur la mer sombre, comment il avait été tour- 
menté par la tempête, comment avaient été perdues les 
grandes richesses qu'il avait amassées et comment il s'était 
sauvé seul au moyen d'un morceau du navire. 

27. Le puissant raconta les malheurs qu'il avait éprou- 
vés, de façon à faire pitié même aux animaux; son cœur 




t'. - mtam ■■■ fc gnrir U 

D> gy ariwt k frtigBe mnc b rmfUSit im nage 
»d les lin: «i «e lAtnt paran k« «mis d'caa qw 
Uiem leon fisarx de fraichei gtwtta. ils arrÎTèreiit 

atiiKt de U tu-i-iita^e d«>nt lo ppoU» glis^ante^ mmt 
rl^it lie )xj>?<jOete sQi flt^ors frai<:i)«DtfDt épaDuoIeâ. 
[<,'ri(lanal t-ueillit des finit» «Qp^rU^» i^uj j.^rDdaienl 



UN ÉPISODE DU SINDÂMANI. 569 

meure du Seigneur; allons y; lève-toi» dit [l'étranger] et 
ils se remirent en route. Ils y arrivèrent. 

(Autre mesure.) 

34. Si nous décrivions la beauté de cette montagne d'ar- 
gent que cache aux hommes d'en bas un amas de nuages 
noirs, mais qui brille dans les airs, ce serait comme lorsque 
réapparaît en partie la blanche lune qu'a avalée un noir 
serpent glouton qui la guettait avidement. 

35. Nous pouvons parler un peu de la nature de la belle 
ville d'or resplendissant : on pourrait dire qu'un dieu, ayant 
mesuré toutes les habitations joyeuses qui sont dans le 
monde d'or étincelant, a construit heureusement la belle 
ville autour de laquelle il a élevé un [rempart], soleil rayon- 
nant. 

(Autre mesure.) 

36. Elle était telle que si c'eut été la ville d'or du dieu 
qui a reçu mille yeux brillants semblables à mille lotus 
superbement épanouis, descendue sur la montagne avec 
les [filles célestes] aux cheveux abondamment parfumés . . . 

(Autre mesure.) 

44. En voyant la belle ville, le prince se dit : «Un nâga 
y a donc pénétré? » ; ils descendirent tous deux et entrèrent 
dans une demeure d'or pur éclatant qui s'élevait jusqu'à 
pénétrer dans les nuages gonflés comme pour atteindre à 
la ville d'or. Puis, après avoir accompli les devoirs de 
l'hospitalité, l'hôte à la guirlande brillante parla ainsi : 

45. «L'épouse de Garudavêga qui est comme le milan 




Ml 

K, ksnii I 

e». m'ytaumiim,kmkm4 

'.'«iii'd etmmh* )c« lÉtra qmi covrcnt (Un* le cîe{ 
SMUte : «Ce ^m d«â «nvrcsir à celle t|tii est nabOe 

» rilU: <1<: Kà*ljaiiMpars>. 

Ayaut Ufoipri» tx durMin. te [irinire, tuidû ijoe le» 



UN ÉPISODE DU SINDAmANI. 571 

les nuages [vénéra] les pieds [du roi] ornés d'anneaux bril- 
lants d'or, rougis par la fatigue du poids des diamants vain- 
queurs des couronnes royales, et lui fit un compliment har- 
monieux. [Le roi] lui dit : «Prends place sur un siège!» 

51. [Avec une voix douce] comme une pluie d'ambroisie, 
à la honte des tambours dont le cri retentissant semble le 
mugissement qu'un taureau aux fortes épaules lance dans 
les airs, il l'interrogea sur son père, sa mère, sa femme, ses 
enfants tendrement aimés et sa famille; puis il dit ceci : 

52. «Les parentés d'aujourd'hui n'en sont pas; les nôtres 
deviendront les vôtres; les parentés existantes passeront; 
par le destin au lien de diamant, l'ignorance et la sagesse 
ne sont qu'une même chose; entre moi, roi, et toi, mar- 
chand, il n'y a pas de ditFérence; vois, ceci est ta maisou!» 
Il dit : 

53. Et Çrîdatta, épanoui sous la pluie des douces paroles 
du roi de la montagne comme le sandal- desséché qui se ra- 
nime, dit : «A mon père son père a parlé ainsi » et il lui 
raconta tout, ainsi qu'il l'avait entendu dire lui-même an- 
ciennement : 

54. «Si vous allez sur la montagne d'argent, dans le 
pays pur de Gândhâra aux haies de pandanus mielleux, 
dans la ville de Niçcâlôka aux fossés où se pressent les oi- 
seaux, regardez le roi des rois de la montagne, Garudavêga, 
au javelot d'argent 

55. «comme le dieu de notre race pareille à l'épanouisse- 
ment des blancs lotus qui fleurissent à la façon dont se bri- 
sent les coquillages; sachez-le, ô nos parents!» ont dit [mes 
pères] : aussi , ô toi dont la poitrine porte deux guirlandes 



jnUCH VIHSON. 



îuru parfumécEii, iiotrc faniitli- n'a <rutilru nuliit qu'ici 
tes pte(l»!> II ilit^ 

. Et le monarque an p-aiid mérite prit le braa orné 
bra<:elet ilt; {fraiid prix ilu <-nui|Wgiioii, rc^tit suu liotn- 
^ et l'amena pour lui montrer ses rieliesses. Comme 
réjouissaient de leur excellence, [Ua virent] une femme 
^eux noirs dont reiipleiidissaient les bijoux d'or, et [Çrt- 
.] s'écria : 

. * Cette belle liane unique, qui s'est élevée dans ce 
8 brillant aux pierrcricH éclatantes, est-ce nue liane? 
e un édairV est-te la créature forméed'une pierre pré- 
e, comme il l'avait écrit, par le roi des immortels?, et, i 
éclairer le prince qui considérait la liane suptrbe, le 
d roi dit : 

. iLV'lle qui se tient là, funiiiic IV't-iair, avec sa vaste 
eiure parfumée, sa bniiclic ruuge à la gorge de corajl, 
i beautés secrètes couvertes d'un voile épais; celle dont 



UN ÉPISODE DU sindAmani. 573 

61. [Le roi reprit:] «Même lorsqu'on a éprouvé un bon- 
heur toujours égal sur la terre à la joie tranquille, en être 
réduit à vivre seul est une douleur mortelle! Les femmes 
d'ici-bas, aux paroles douces comme des fruits mûrs, lors- 
qu'elles reposent sur le sein de leur bien-aimé sont heu- 
reuses commères dieux du vaste ciel d'où tombe la rosée! > 
Il dit et il ajouta : 

62. «Aussi, moi, qui avais pénétré le sens ténu des pa- 
roles que le Sage a mises dans son livre, je demeurais ferme, 
même quand une foule de rois armés de javelots tombaient 
à mes pieds et me la demandaient; quand le temps de la 
souffrance venait pour cette fille aux longs yeux rayés de 
rouge, aux regards vifs et aigus, pareils à des cyprins en 
lutte, les habiles devaient lui éviter cette douleur!» 

63. La [reine] à la chasteté inimitable consola sa fille et 
lui donna tout ce qu'il convenait de lui donner; puis le roi, 
dont l'armée irréprochable est l'efl^roi de la mort, lui donna 
aussi en abondance tout ce qu'il fallait et dit à Vînâpati, 
[la nourrice?] à la guirlande aux fleurs brillantes : 

64. «0 femme aux beaux bijoux, sois à la fois pour ta 
fille aux longs yeux père et mère pour la consoler de sa 
séparation d'avec nous, œil et bras [pour la protéger], et 
ne la quitte jamais, la suivant, de même que l'âme est unie 
au corps. Obéissez désormais à celui-ci dont le javelot 
meurtrit la guirlande fatiguée!» 

69. La [belle] à la bouche d'ambroisie parfumée comme 
le nénuphar, aux charmes secrets pareils à l'épanouisse- 
ment du serpent capelle, aux anneaux agités, se leva et vint 
saluer le roi , en faisant sonner ses divers bijoux , tandis 




pluienn nmwtec Icventsûent, tenant le parasol orné 
iems précânaca raymmant et li» paoarbea an boirt 
■ancbe* d'or. 

}. Elle nhn de la tête, semut les joyaux de sa con- 
e, les pieds de aoa père imcoroparable, faisant sonner 
tartbaat les ameau de ses jambes: plusîcani [f^tDnim 
niables & des] lianes on [à l'jérlair i>'afttigeaieiit; elle 
eora là dans la foule de sea rampaçnes. H'apjiruchanl 
e et l'embrassant, le roi, dan» sa gtcine, dit : 
1. <La perle produite par le coquillage ne |>orte au- 
profit atile si re n'est anx Iiabitaiits de la terre; il en J 
lingi de nos filles^ > A ces mots, son époase, à l'affection 1 
llente, chassa es donleur; ainsi parla le roi de la roon- 
e, orpneil de *a race. 

i. Entourée di-s gazelles qui regardaient troublées les 
L champs pleins d'or, de colombes, de paons tachetés, 
inffes noirs et roueres nrécieiis. la ieune fille dont le 



UN ÉPISODE DU SINDÂHANI. 575 



NOTES. 



8tn)phc 1. Padmâ, Ynvadafla, ÇAdaUa, — J'ai rétabli partout l'ortho- 
graphe sanscrite des noms propres, sauf en ce qui concerne le nom même 
du poème. Svtddnuiiii est la transcription tamoule du sanscrit f^Rmfif 
(C'intâmani) «^ joyau do la pensée», surnom de Brahmâ et do J'ina ou Ar- 
hat, dieu suprême des J'Aina. 

9. Otiiyadei «cela counit», avec ci explétif. 

10. Munnir, ou plus exactement munnXr «la mer, Focéan», c'est-à-dire 
'«la triple eau», formée de Teau du ciel, Peau de la pluie (productrice), Feau 
des rivières (conservatrice) et Teau de Tabîmo (destnictrice). 

Mémo strophe. — Kvyladu «il a déchiré», passé logique, mais irrégulier 
de kil «arracher, pincer, etc.»; la forme régulière serait killinadu, 

11. AnnavuHJinm «avec le cygne», forme irrégulière, pour annaUô^nm. 
Le suffixe est joint au nominatif et non à la forme oblique, adjective; c'est 
une preuve de Tindépendance du suflixe. 

2—11. Ces dix strophes sont sur la mesure suivante : 



12. Sarasvatî. 

14. Kâtiam, environ seize kilomètres-, i/ôdjmiâ, mesure qui varie suivant 
les localités, en moyenne sept à huit kilomètres. 

16. Kulangan'nùn î impératif pluriel négatif. 

17. Uf'uùgal; impératif pluriel affirmatit. 




Etiir, tSwnMi'n'îr. Cca denx fonnM de l'impératif pluriel «écoutes' 
iployécB ici respectueuBement pour Ih seconde personne du singiilier. 
lie à la strophe 2B nin'eiyan'mht' nv peosez pss- est pour «ne- 



', fnmif irrëfiiiliéii'. - 



UN ÉPISODE DU SINDAmANI. 577 

i7 <mm»)D>, qui C8t aoesi I'ud des anfBxcB dn locatif. — J'&ï (mduit par 
«destin» le mot flj, qui cet propramciit le karma, l'activité, le fmit des 
actes de U vie. — Emar, numor, <iniHrale*, vottrtUet*. 

&4 — 5û. n a été impossible de séparer conipléteiDCnt ces deux stropheii 
daas la traduction. J'ai reportiJ dans la première le verbe de la secoude 
kai34iF «vons avez ni' pris ieî pour «voyes». 

GJj. Namitraiigât, 'ô matrate»', voc. plur. nvec nn om (finale neutre) ex- 
plétif, comme dans Vaitaa de la strophe 62. 

03. Vilakkugit'pâr, nne de CCS formes verbales arehnïques qui alMUident 
dnns les vieux textes, et oA se combinent le snflixe du présent et celui du 
futur Aoristique. 

04. Irâmin' "demeurez'; c'est la fonue né^itive vulgaire «ne demeurez 
pns >. Son em[)toi positif ici conlinne la théiiric logique qui veut, dans les 
négAtif», la présence d'une particule négative. Irû «sois' est pour in, -|- â; 
ira «ne sois pas», est une cuntraetiou de ira, -^ al, -\- û. 

70. AlVakUMii, gérondif négatif, formé de rad.^'1'H ««niifrir, supporter», 
agii, fiiinle iufinitive ou génindive, il, négation, <), finale verbale, du, finale 
du gi-rondif psssé, canictéristiquc du jmssé. 




TABLE DES MATIÈRES. 



Notice historique sur l'Ecole spéciale des langues orientales vivantes. 1 
Quatre lettres missives écrites dans les années 1470—1475 |)ac Aboû*l- 

Hasan 'Alî, par H. Derenbodbg 1 

Trois chapitres du KhUay Namèh, par Cn. Scukfeb 29 

Notice sur T Arabie Méridionale, par A. C. Barbier dk Metnard 85 

L'incendie de Singapour en 1828, par Tabbé P. Favre 125 

Inscriptions d'un reliquaire arménien de la collection Basilewski, par 

A. Carrière 167 

Fragments inédits de littérature grecque, par K. Miller 215 

Mémorial de l'antiquité japonaise, par Li^oN de Rosny 269 

Kim Vân Ki^u 'lYuyên, par A. des Micuels 337 

La Bulgarie à la fin du XVIIF siècle, par L. Leqer 381 

Notice biographique et bibliographique sur Nicolas Spatar Milescu, par 

Emile Picot 431 

Essai d'une bibliographie des ouvrages publiés en Chine par les Eu- 
ropéens au XVir et au XVIir siècle, par II. Cordibr 493 

Un épisode du poème é))ique Sinddmairii, par Jitlien Vinbon 547