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Full text of "Pythagore et la philosophie pythagoricienne: contenant les fragments de ..."

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IV 



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PYTHAGORE 

PHILOSOPfflE PYTHAGORICIENNE 



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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR : 

Lei principal da U loiaDce dn Baan. Paris, 1860, 1 Toit vol. 
in-B ,_ TTr-SO 

Oa U pajchologla de Flatoo. Ouvrage couroané par l'AcadimiA 
française. Paris, IS62, 1 toL in-8 i It, 

Tlsde Socrate- Pjrig, 1868, 1 toI. in-12 3 fr. 

La via at !«• ier^U de PUton. Paru, I8I1, 1 Tpl. ia-ll i fr. 



Typographie Ubure, rae de Flearuf, 0, à Paris. 



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PYTHAGORE 

PHILOSOPHIE PYTHAGORICIENNE 



LES FRAGMENTS DE PHILOLAUS ET D'ARCHYTAS 

Tndalti popr la premièn fois sa ftingab 



V^ 



A'YEDJ^HAIGNET 



PARIS 
DIDIEE ET C-, LIBRAIRES-ÉDITEUES 



1873 

Toai droit! ràurte* 



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PREFACE 



L^ Académie des eciences morales et politiques 
avait, en 1 868, proposé pour le prix V. Cousin la ' 
question suivante ; De la philosophie pythagori- 
cienne. L'ouvrage que je présente au public est la ré- 
daction nouvelle, corrigée et complétée, du mémoire 
qu'elleabien voulu couronner, malgré l'insuffisance 
de la partie historique, que son savant et bienveil- 
lant rapporteur a dû y signaler'. J'ai rempli les la- 
cunes qui m'ont été indiquées, sauf certains points, 
cependant, où j'ai cru devoir persister dans mon 
silence, parce que je n'ai pu reconnaître l'influence 
des doctrinespytbagoriciennes dans quelques philo- 
sophes qui m'étaient signalés comme l'ayant subie. 

Si l'Académie m'a pardonné cette insuffisance 
' grave dans l'Histoire de l'école pythagoricienne, 
c'est sans doute qu'elle s'est rappelé au milieu de 
quelles circonstances avait dû être poursuivi et 



I . On trouvera à la fin de ce volume le rapport tout en- 
tier de M. Nourrisson . 



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Il PREFACE. 

terminé mon mémoire. Le délai primitif du cou- 
cours était fixé au 1 " janvier 1 871 , et cette date en 
dit plus que toutes les paroles pour expliquer le 
découragement et la langueur qui s'étaient emparés 
de moi comme de tout le monde, pendant ces mois 
cruels, affreux, et qui ne m'ont pas permis d'ap- 
porter à mon ouvrage cette intensité énergique de 
travail, cette sérénité joyeuse et vigoureuse de l'es- 
prit, nécessaires pour l'amener à bonne fia, et lui 
donner le degré de perfection dont je suis ca- 
' pable. ' 

J'ai suivi presque pas à pas le plan simple, clair, 
complet, que l'Académie avait tracé aux concur- 
rents. 

Dans la Première Partie, j'ai raconté la vie de 
Pythagore, et fait l'histoire de l'Ordre à la fois reli- 
gieux , politique et philosophique qu'il a fondé , 
après avoir soumis à un examen critique les sour- 
ces indirectes sur lesquelles pouvait s'appuyer ce 
récit. 

La Seconde Partie est consacrée à l'examen criti- 
que des sources directes où l'on peut puiser la 
connaissacce des doctrines pythagoriciennes. Je ne 
me suis pas borné à discuter l'authenticité des frag- 
ments à un point de vue général; j'ai cru qu'un 
tel examen ne pouvait être fait qu'en détail , et je 
me suis décidé alors, pour rendre cette discussion 
plus claire et plus solide, à faire une traduction 
des fragments de Philolaiis et d'Archytas, traduc- 



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PREFACE. III 

tiou qu'accompagne, fragment par fragment, un 
commentaire critique, aussi court, mais aussi com- 
plet que j'ai pu. 

Le second volume contient d'abord l'exposition 
de la doctrine pythagoricienne, qui forme la Troi- 
sième Partie, à la fois la plus étend ue et la plus im- 
portante; la Quatrième Partie, celle qui a été com- 
plètement remaniée, suivant les conseils de mes 
juges, raconte les influences de cette école, et ex- 
pose brièvement les parties des systèmes philoso- 
phiques qui en ont été plus ou moins profondément 
touchés, et l'ouvrage se termine par une appré- 
ciation critique de la valeur de la doctrine, où je 
me suis efforcé de montrer la part de vérités et la 
part d'erreurs qu'elle contient. \ 

Ce serait m'exposer et exposer le lecteur à des 
répétitions inévitables et inutiles, que de vouloir 
ici résumer le jugement que j'ai porté sur la phi - 
losophie pythagoricienne, et ramasser les quelques 
traits qui la caractérisent. Mon intention , dans 
cette préface, est d'indiquer seulement dans quel 
esprit j'ai conçu et exécuté cette histoire de l'école 
pythagoricienne , et dans quel esprit , en général, - 
j'ai conçu l'histoire de la philpsopUie. 

Il suCBra d'ouvrir au hasard un de ces volumes 
pour remarquer l'étendue et le nombre des citations 
et des notes qui accompagnent le texte. Il ue fau- 
drait pas croire que ce soit là un procédé absolu- 
ment inusité. MM. Egger et Edelestand Du Mé- 



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IV PRÉFACE. 

ril, dana l'histoire littéraire, et M. Ravaiason 
dans l'histoire philosophique, pour ne citer que 
ces noms considérables, en ont depuis longtemps 
donné l'exemple. Mais il faut avouer qu'il a été 
peu suivi; cette sévère et utile méthode, qu'ont pra- 
tiquée tous nos critiques du seizième et du dix- 
septième siècle, n'est pas encore rentrée dans les 
hîdbitudes du lecteur français , et, pour la pouvoir 
pratiquer moi-même, j'ai été bien heureux de ren- 
contrer un éditeur assez libéral pour consentir à se 
charger d'un accroissement considérable de frais, 
sans compensation et sans profit. 

J'espère qu'on n'attribuera pas ce système au 
ridicule désir d'étaler un luxe inusité d'érudition. 
Le soin de réunir les textes, de ramasser les docu- 
ments originaux, de les disposer dans un ordre 
clairet méthodique, de les discuter brièvement, et 
deles citeret analyser suîvantles nécessités du récit, 
est une obligation étroite de l'historien, et un de- 
voir plus nécessaire que méritoire àremplir; il ne 
faut pas, pour cette érudition, si on veut l'appeler 
de ce nom trop flatteur, il ne faut pas des qualités 
d'esprit bien hautes et bien rares; il n'est besoin 
que de travail, de patience et de temps. Ce sont là 
des mérites très-modestes , accessibles à tout le 
monde , et il n'y aurait guère lieu de s'enorgueil- 
lir d'avoir rempli une condition à la fois si simple 
et si nécessaire. 

Car je ne puis m' empêcher d'insister sur ce 



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PRÉFACE. V 

point: c'est unu condition indispensable pour don- 
nera l'histoire uD fondement soIide;c'est une mé- 
thode dont on ne peut assez louer les modestes , 
mais utiles et sérieux résultats. 

Il ne suffit pas, en effet, comme oo le dit quel- 
quefois, que l'auteur se. soit livré personnellement 
à ces recherches ; il ne faut pas croire qu'il doive 
ensuite faire disparaître des yeux du lecteur tout 
cet appareil étranger à l'œuvre elle-même, comme 
on fait de ces échafaudages nécessaires- pour la 
construction d'un édifice, mais.qu'on enlève quand 
il est terminé, à la fois pour en faciliter l'accès, et 
pour le laisser voir dans sa forme et dans sa beauté. 

C'est confondre les genres que de demander à 
certains ouvrages des agréments qiji appartiennent 
à la poésie ou à l'éloquence , ou des qualités qui 
sont celles des oeuvres dont la valeur repose sur 
les idées elles-mêmes et non sur des faits. 

La science de l'histoire,, et l'histoire de la phi- 
losophie peut-être plus encore que toutes les au- 
tres formes de l'histoire, exige la plus entière exac- 
titude et la plus parfaite sincérité dans l'exposé 
comme dans l'interprétation des faits; car les faits 
sont ici des doctrines. Non-seulement il n'en faut 
' omettre ni dissimuler aucun, du moins aucun 
de ceux qui sont importants; mais il faut encore 
que l'opinion préconçue, le parti pris de l'écri- 
vain, ne le poussent pas, quelquefois malgré lui, 
à diminuer ou à grossir les choses , à leur âter 



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Tl PRÉFACE. 

cette vérité de proportion qu'un certain art d'ex- 
position, certaines habiletés de style peuvent si 
lacilement détruire. 

Ce danger est grand pour celui qui écrit une 
histoire générale ou particulière de la philosophie. 
Les faits qu'il expose sont des idées, ces idées ont 
presque toujours besoin d'une interprétation et 
d'un commentaire : ne doit-il pas toujours crain- 
dre de céder, dans cette interprétation, à sa pro- 
pre manière de concevoir les choses? Ce n'est 
pas seulement dans la proportion qu'il donne 
aux diverses parties d'un système, et dans la 
perspective où il en place, pour ainsi dire, les di- 
vers plans, qu'il peut se tromper sans le savoir et 
sans le vouloir, c'est dans la signification qu'il al- ■ 
tache à chaque détail , à chaque idée , presque à 
chaque mot. 11 ne faut pas trop se défier des hom- 
mes , même des philosophes ; il ne faut pas non 
plus avoir en eux une trop grande confiance. Il 
est plus facile de recommander l'impartialité que 
de la pratiquer. Il y a un polémiste dans tout es- 
prit philosophique, et la polémique philosophique, 
politique, religieuse, littéraire, engendre de tel- 
les ardeurs , de tels entraînements , qu'il est tou- 
jours sage de se surveiller soi-même et de se " 
protéger contre sa propre faiblesse. Les plus grands 
esprits succombentà ces tentations, et Aristote ju- 
geant Platon n'y a pas résisté. Que ne doivent' pM 
craindre les esprits médiocres? 



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PRÉFACE. VII 

Il n'y a qu'un moyen pour eux de ee mettre en 
garde contre eux-mêmea, c'est de citer textuelle- 
ment les plus importants des écrits qu'ils com- 
mentent et apprécient; si l'on s'impose cette salu- , 
taire et prudente obligation, si l'écrivain se repré- 
sente et se dit sans cesse que son lecteur et son 
, juge aura sous les yeux les pièces du procès, pourra 
contrôler les faits et l' interprétation qu'il leur 
donne, que le débat sera jugé non pas dans le si- 
lence et l'ombre du huis clos, mais dans la pleine 
lumière d'une discussion publique, il prendra le 
courage et trouvera la force de résister à ce cou- 
rant de partialité presque involontaire et incon- 
sciente, à laquelle aucun auteur ne se peut vanter 
d'échapper, comme il n'en est aucun qui puisse 
avoir l'impertinente prétention d'en être cru sur 
parole. 

Celte méthode prudente et sévère de citations 
multipliées, étendues , textuelles, met l'écrivain à 
l'abri d'une autre tentation non moins dangereuse, 
latentatio.n de la paresse; elle l'oblige, quoiqu'il 
en ait, à recourir toujours lui-même aux sources 
directes, aux ouvrages originaux, à les contrôler, à 
les vérifier. Lorsqu'on n'est pas obligé de fournir 
sa preuve, de produire ses autorités, on se contente 
souvent soi-même à peu de frais; on cite de mé- 
moire; on oublie, ou on ajoute, ou on change, ne 
futce qu'un mot au texte produit; on a recours à 
à des citations de seconde main, qui, elles-mêmes 



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VIII ' PREFACE. 

ont été peut-être déjà empruntées et altérées, et l'on 
tombe alors dans des erreurs de fait et d'Interpré- 
tation qui se propagent et se succèdent parfois in- 
définiment. Ajoutons qu'on se prive ainsi de cette 
force de conviction, de cette fraîcheur d'impression, 
de cette originalité de vues que le commerce direct 
des sources donne à la pensée comme à l'ex- 
pression. 

Ce n'est pas tout : ces pièces , ces documents , 
ces références, n'ont pas uniquement pour résul- 
tat utile de garantir la sincérité , l'exactitude de 
l'écrivain^ ils invitent, et pour ainsi dire obli- 
gent le lecteur à prendre une part plus active 
au travail de l'auteur, et cette participation même 
augmente le profit qu'il peut tirer de sa peine. 
On ne sait jamafs bien que les choses qu'on 
a refaites soi-même; on ne possède vraiment que 
les idées qu'on a repensées. Cela est vrai de la 
philosophie, comme l'a dit depuis longtemps Aris- 
tote , et cela est vrai de l'histoire de la philoso- 
phie. 

Cette histoire n'est jamais faite, elle est toujours 
à refaire; chacun de ceux qui travaillât à élever 
l'édiGce ne peut et ne doit avoir qu'une ambition, 
qu'une espérance : c'est d'apporter quelques ma- 
tériaux utiles à ceux qui, plus tard, demain peut- 
être, reprendront son ceuvre, afin de la complé- 
tT, de la corriger , de la contredire, quelquefois 
de la détruire. Que de fois il m'est arrivé, en li- 



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FRÂFACB. IX. 

sant soit l'Histoire de la littérature grecque, ou V His- 
toire de la littérature romaine, de Bernhardy, soit 
l'Histoire de la philosophie grecque, de Brandis ou 
de ZeUer, de me fonder sur les textes mêmes, si 
étendus et si aboodants produits par eux, sur ces 
extraits multipliés des sources, réunis avec tant de 
soin et de conscience, pour contredire l'opinion 
qu'ils en avaient tirée, et m'en former une toute 
personnelle. 

Oui, ces documents originaux, s'ils sont choisis 
avec intelligence, s'ils sont suffisamment complets, 
s'ils sont éclairés dans leurs points obscurs par 
quelques notes critiques, exciteot l'ardeur inlel- 
lectuelle du lecteur, qui doit, comme l'auteur lui- 
même, se défier de sa paresse, et, en même temps, 
lui mettent entre les mains des moyens faciles de 
contrôler les assertions, les interprétations dé l'é- 
crivain et de les rectifier si elles lui semblent mal 
fondées. 

Je suis convaincu qu'en fait d'histoire , et sur- 
tout d'histoire philosophique, c'est la seule mé- 
thode sûre et féconde, car elle provoque et aide à 
la fois les travaux postérieurs, et on peut dire, au 
moins pour les écrivains de second ordre, que les 
citations faites avec soin, avec mesure, avec intel- 
ligence , sont la partie la meilleure et la plus du- 
rable de leur oeuvre. 

On dira sans doute qu'il est bien ennuyeux de 
rompre ainsi à chaque instant le courant des idées 



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X PRÉPACE. 

d'uQ livre pour -se reporter aux notfs. Ennuyeux! 
que veut-on dire par là? Que ce n'est pas amu- 
Bant? Mais qui a jamais étudié l'histoire de la phi- 
losophie pour s'amuser, ou cru qu'on pouvait l'é- 
tudier en s'amusant? L'opinion puhlique semble 
disposée aujourd'hui à reconnaître, et pour moi il 
y a longtemps que je suis convaiocu, que l'heure 
est arrivée où il faut que la France sache s'en- 
nuyer, ait le courage de s'ennuyer. Elle s'est amu- 
sée assez longtemps, et quoi qu'on en ait dit cyni- 
quement, cela a duré trop longtemps. Il est temps 
de renoncer à cette littérature frivole, qu'on dit 
légère parce qu'elle est vide, et dont les procédés 
gagnaient peu à peu jusqu'aux genres les plus gra- 
ves. Chaque forme de la littérature a son plaisir 
propre : il n'y a pas d'art qui enseigne à appli- 
quer à des sujets sérieux une méthode qui ne soit 
pas sérieuse. Habituons-nous donc à savoir et à 
vouloir supporter les premiers dégoûts du travail 
sérieux, de ta pensée grave et méditative, de l'aus- 
tère disciphne de la science; au fond , ce n'est 
qu'une manière et non pas la moins belle de sup- 
porter le noble et sublime ennui de la vie. 

Et d'ailleurs, est-ce donc là un ennui? On con- 
naît la belle image de Lucrèce : il compare l'hu- 
manité à un enfant malade, la science, la phi- 
losophie, à un breuvage amer qui doit gué- 
rir sa souffirance et sa langueur ; la poésie à un 
miel délicieux qui , répandu sur les bords de la 



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PREFACE. XI 

coape, trompera par sa douceur les répulsions in- 
stinctives et les dégoûts sans courage du malade, 
et^ lui en déguisant l'amertume , l'aidera à boire 
la liqueur destinée à lui rendre la force^ la santé, 
la vie. 

« Nam veluti pueris absintlii& tetra medenteB 
Quiim dare conantur, priuB oras pocula circum 
Contingunt mellis dulci flavoque îiquore, 
TJt puerorum œtas improvida ludificetur 
Lalironim tenus ; interes perpotet amarum 
Âbsiothi laticem, deceptaipie non capiatur, 
Sed potius, tali facto recreata, valescat. » 

Si le rôle de la poésie est de contenir, d'enve- 
lopper, sous des formes charmantes , des leçons 
salutaires , ce n'est point ainsi que je me repré- 
senterais la science , mais plutôt je renverserais 
l'image. Il faut le dire : la coupe qu'elle présente 
à l'homme a les bords enduits d'un fiel amer ; mais 
s'il a le courage de vaincre les premiers dégoûts, 
les premiers ennuis, il trouvera au fond du vase, 
non-seulement un breuvage fortifiant et salutaire, 
mais un miel pur, une liqueur divine qui lui fera 
goûter une douceur qu'il ignore. L'activité est le 
seul vrai plaisir de l'esprit. Le plaisir est la fleur 
de l'acte. Tout genre d'écrits qui stimule l'activité 
inlellectuelle contient une source de plaisirs 
vrais et durables ; toute méthode qui diminue la 
part de l'activité, qui réduit le lecteur à un rôle 
purement passif, aboutit bientôt à ne lui inspirer 



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XII PREFACE. 

que la langueur et la paresse, causes certaines 
d'un incurable et véritable ennui. 

Après avoir chercbé à excuser la forme que 
j'ai donnée à cette étude d'histoire philosophique, 
il me reste à dire dans quel esprit je l'ai exécutée, 
el comment je conçois en généfal l'esprit de l'his- 
toire de la philosophie. 

On sait que Hegel a sur ce point des théories 
qui dépendent de son système général, et qui mé- 
ritent, sinon d'être approuvées, du moins d'être 
connues; on peut les résumer comme il suit' : 

11 n'y a d'histoire que de ce qui est passé, et 
par conséquent de ce qui passe; mais les faits 
que doit raconter l'histoire de la philosophie, et 
même au fond les faits que racontent toutes les 
histoires, sont des pensées. Les diverses philoso- 
Bophies ne sont autre chose que des productions 
de pensées, de systèmes de pensées. Or toute pro- 
duction suppose un produit antérieur que l'esprit 
d'une génération reçoit de la génération qui l'a 
précédée, mais qu'il transforme, s'assimile, re- 
nouvelle et féconde, avant de la transmettre à la 
génération suivante, qui agira de même à son 
tour. C'est donc une erreur, ' — si cette notion du 
produit est vraie, — c'est donc une erreur de se 
représenter les systèmes de pensées, et les philo- 



1. Voir Hegel'B Werke , XIII" Band , 1" Theil. Vorle~ 
tung. ûber d. Gtsch. d. Phitosophi'. EinUUung. P. 7-134. 



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PREFACE. ZIII 

sopfaies que nous rencontrons dans l'histoire, 
comme des choses passées et mortes. 

Rien ne passe, rien ne périt, rien ne meurt, 
et à plus forte raison la Pensée; la Pensée vraie, 
la Vérité, est l'être véritable, l'être en soi et 
pour soi, et, par conséquent, elle est éternelle. 
Tout se transforme et se renouvelle; mais dans 
ce renouvellement, qui constitue sa vie, l'esprit 
ne se sépare pas et ne peut pas se séparer de Iqi- 
ïnême; il reste ce qu'il était; il demeure iden- 
tique à lui-même; son développement ne détruit 
pas, mais achève , réalise, et par conséquent 
copserve sa substance, sa nature, son essence, 
qu'on retrouve à <fhaque phase, à chaque mo- 
ment du rhythme nécessaire qui en règle le 
mouvement. Le passé est présent; ce qu'on croyait 
mort est vivant ; bien plus, il est éternel. 

La pensée, la vérité n'a donc pas, à proprement 
parler, d'histoire ; elle ne peut être l'objet que 
d'une science, parce que la science a pour objet 
l'universel et le nécessaire. L'histoire de la philo- 
sophie n'est, au fond, que la science de la philo- 
sophie, c'est-à-dire la philosophie elle-même, qui 
se confond ainsi avec son histoire. Quel est le but, 
l'objet, la fin de cette science? On ne sait une chose 
que lorsqu'on l'a faite et pour ainsi dire créée ; on 
ne comprend un système , une pensée , que lors- 
qu'on soles est assimilés. Or l'assimilation d'une 
pensée par la pensée, c'est la pensée mème,'et la 



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peDBée eat essentiellement- activité , création. La 
philosophie est la penaée repensée, et pour ainsi 
dire recréée. Mais cette pensée^ qui est la seule 
existence réelle et concrète, se développe; sa na- 
ture, son essence est de se développer, et de se dé- 
velopper suivant son essence et sa nature, c'est-à- 
dire suivant les lois immuables, universelles et 
nécessaires qui sont constitutives de l'esprit. La 
Philosophie est le système des développements né- 
cessaires de l'Idée, et la connaissance du système 
de ces développements. 

On peut donc , et on doit construire à priori la 
philosophie en la déduisant de sa notion, la con- 
sidérer comme un tout organique et vivant , dont 
chaque système particulier, dans ce qu'il a de vrai 
et d'essentiel, est un degré, une phase, un mo- 
ment du développement total. L'histoire de la phi- 
losophie ne peut être que le système des déveiop-' 
pements nécessaires de la philosophie, le résultat 
et la totalité, le lien et l'unité de ces moments isolés, 
le développement logique entier des déterminations 
successives et partielles de Fidée. Ce n'est qu'en 
envisageant du hai^t de ce point de vue cette his- 
toire, qu'on pourra faire à chaque théorie justice, 
lui donner sa place, comprendre sa signification, 
sa valeur, son rôle; car chacune a été un degré 
préparatoire, un moment passager mais nécessaire 
du système entier. On ne peut, en effet, apprécier 
sainement, ni même comprendre une doctrine qui 



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PRÉFACE. rV 

n'est qn'une partie, bÎ l'on ne connaît son rapport 
au tout, sa place et son rôle dans le tout> et par 
conséquent, si l'on ne connaît le tout lui-même; 
or ce tout, c'est la philosophie, qu'il faut doue 
d'abord coastruire. 

C'est ea partant de ces principes que Hegel a 
jugé la valeur et le râle de la philosophie pytha- 
goricienne. 

L'école Ionienne, dit-il à la fin de son chapitre 
sur ces philosophes, a traversé trois moments que 
nous pouvons suivre : 

i" L'eau est l'être primitif; 2" l'être primitif est 
l'inûai, et dans cet infini, cet universel, insépara- 
ble de la matière réelle, mais distinct d'elle, puis- 
qu'il est négatif de toute forme et de toute déter- 
mination, il faut voir ce que nous appelons le mou- 
vement; 3° l'être primitif est l'air, qui joue dans 
le monde de la nature te rôle de l'âme dans notre 
corps; il se rapproche donc de plus en plus de la 
nature de l'esprit. 

Après ces déterminations de plus en plus voi- 
sines de la vérité, il était nécessaire que ie côté de 
la réalité devînt Idée; c'est dans Pythagore que 
s'effectue cette transition, à savoir que la réalité 
est posée comme idéale, et par ce mouvement, le 
philosophe affranchit, détache la pensée du sensi- 
ble, sépare l'intelligence du réel. Nous assistons 
donc ici à la phase du développement qui ti-ans- 
forme la philosophie réaliste en philosophie d« 



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XVI PRéFACE. 

Teeprit. Les Ioniens avaient dit que l'être, l'es^ 
sence , est une chose matérielle déterminée : la 
nouvelle définition de l'être sera donc la suivante : 

1° L'absolu n'est plus connu sous la forme 
d'une chose de la nature, mais il est placé dans 
une détermination de la pensée; 

2° Ce sont ces déterminations qu'il s'agit main- 
tenant de poser. Le Premier reste t'absolument in- 
déterminé'. 

On ne peut pas nier qu'Hegel n'ait, avec sa pé- 
nétration profonde, vigoureusement marqué ici les 
principaux fiaractères de la philosophie du nom- 
bre; mais on peut contester, d'une part, qu'il les 
ait obtenus par voie de déduction de ses principes 
à priori sur la philosophie et son histoire, et, d'au- 
tre part, que ces principes à priori soient fondés. 

Sans nier la force de ces pensées, ni la part de 
vérités qu'elles contiennent, il est impossible de 
ne pas voir qu'elles tournent dans un cercle vi- 
cieux, comme, au reste, toutes les philosophiea de 
l'absolu. Pour déduire la philosophie de sa notion 
et la construire sur cette notion, il est clair qu'il 
faut posséder cette notion tout entière, et comme 
il est de la notion, de l'Idée, de se développer par 
des mouvements successifs, supposer qu'on pos- 
sède la notion entière de la philosophie, c'est sup- 
poser que l'Idée a parcouru toute la série de ses 

1. HegeL Griteh. Philosophie, l" Theil. P. 227. 



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développenieats nécessaires, et que le système de 
ces développemeuts est clos; mais c'est là une hy- 
pothèse contradictoire à la notion même de l'Idée, 
qni est l'absolu. On n'épuise pas l'absolu, on ne 
totalise pas l'iaUai. La connaissance absolue. de 
l'absolu n'appartient qu'à l'absolu; ce n'est pas 
une science faite pour l'homme, comme le disait 
déjà avec une profonde sagesse le vieux Philolaûs : 
OiûcvTE xal oùx âv6(ici>irtvav it^iy^i-^tti ^vûciv '. 

n faut toujours en revenir à la maxime modeste 
mais prudente d'Aristote : il y a un point oîi il est 
nécessaire de s'arrêter pour attacher la chaîne, 

La constructioti à priori de la philosophie et de 
son histoire est donc à priori une impossibilité 
manifeste. Le système n'est qu'une illusion logi- 
que, parfois même sophistique, et les données de 
l'expérience viennent à chaque instant suppléer à 
l'impuissance du raisonnement pour créer la réa- 
lité. 

Mais il n'est pas moins manifeste, à posteriori, 
que le système ne peut se soutenir. 

Sans doute, la philosophie est une ceuvre de 
l'esprit, en même temps qu'elle est la science de 
l'esprit. Que l'esprit se développe, c'est encore une 
vérité incontestable et assurément une vérité don- 
née par l'expérience ; mais que la série de ses dé- 

1. Boeckh, Philol., p. 62. V. cet ouvrage, 1. 1, p. 239 



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XVIII PRÉFACE. 

Teloppemenfe Boit soumise h une loi nécessaire, 
déterminable à priori , c'est ce qui est plus que 
contestable. 

C'est l'esseace de l'homme d'âù?e libre, c'est 
aussi son honneur. II est beau pour lui de décou- 
vrir la vérité, précisément parce qu'il pouvait ou 
refuser de la chercher, ou refuser de la voir. La 
marche de son développement obéit dans une cer- 
taine mesure, et il en a conscience, à sa libre vo- 
lonté, et ne suit pas, comme le monde inconscient 
de la nature, le cours inflexible d'une loi néces- 
saire. 

Assurément on peut croire, et nous avons le sen- 
timent intime que cette volonté Humaine a ses li- 
mites, qu'elle ne peut pas franchir; mais d'abord 
elle se meut librement dans l'enceinte de ces limi- 
tes, et en outre ces limites elles-mêmes, variables 
et changeantes, nous ne les connaissons pas avec 
précision, noua ne pouvons pas les fixer avec cer- 
titude. Ainsi les grandes individualités, à quelque 
époque et quelque pays qu'elles appartiennent, ont 
des pressentiments sublimes, des profondeurs, et 
comme des écarts impossibles à prévoir, et qui 
font l'admiration et l'étonnement de la postérité. 
Il y a une inspiration philosophique, dont le vent, 
comme celui de l'inspiration poétique, souffle où 
il veut. 

Mais quand bien même la loi souveraine qui 
contient et soutient l'activité libre des individus 



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pourrait être auivie et fixée^ elle ne pourrait encore 
tout expliquer^ car elle est troublée et comme flé- 
chie par des causes insaisiasables. L'accident est 
la marque, la tache originelle et indélébile, le vice 
incurable de ce qui est individuel. La raison hu- 
maine, dont l'effort tend à l'universel, est encore, 
quoi qu'elle fasse, emprisonnée dans le particulier 
et dans le sensible, ><^ îw^of, comme l'appelle 
Aristote. Il y a de l'accident dans toute histoire, 
et jusque dans l'histoire de l'esprit. L'élément li- 
bre et l'élément nécessaire, le particulier et l'uni- 
Tersel forment, dans tout ce qui est du monde de 
la nature et de l'humanité, un tissu si serré, si 
mêlé, qu'on les peut à peine dégager l'un de l'au- 
tre. Il semble bien qu'une loi générale de mouve- 
ment se manifeste à travers les accidents variés et 
capricieux du cours des choses et des idées; mais 
en aucim point de ce développement, aucun nœud 
de la chaîne qui se déroule n'a élé ou n'apparaît 
comme nécessaire t tous les faits oîi l'Idée s'est 
successivement réalisée ont toujours été libres, ou 
du moins la liberté y a eu une part que nous ne 
pouvons mesurer, et celui qui croit la mesurer, ou 
qui l'élimine arbitrairement, afin de construire à 
priori le système de la philosophie, ne construit 
qu'un système d'hypothèses nans rapport à la réa- 
lité. 

Mais al<ffs ai l'histoire de la philosophie ne nous 
&it pas pénétrer le sens de la philosophie même. 



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quelle utilité peut-il y avoir à hire passer sous 
aos yeux cette longue suite de théories -qui se sont 
détruites l'une l'autre et qui avaient eu la préten- 
tion d'expliquer le monde de la nature et le inonde 
de l'esprit, de noQS faire comprendre leur rapport, 
de pénétrer dans l'essence des choses et dans l'es- 
sence de Dieu, de nous donner enfin l'inapprécia- 
ble trésor d'une science fondée sur la raison et la 
connaissance de la raison? Quel intérêt, du moins 
quel intérêt scientifique pouvons- nous retirer du 
tableau de si longs, de si énergiques efforts dont 
l'histoire ne vient attester que la fragilité et l'im- 
puissance? Ne devons-nous remporter de ce spec- 
tacle que les impressions de pitié et presque de 
terreur qu'on emporte d'une représentation théâ- • 
traie ? C'est en effet comme un drame vraiment 
tragique dont les héros, les philosophes, sont frap- 
pés par la loi inexorable du Destin, malgré leurs 
efforts sublimes et leur résistance courageuse, pour 
avoir méconnu l'incurable faiblesse de l'esprit bu- 
main, et voulu tenter l'impossible. On ne peut pas 
nier ce qu'il y a d'émouvant^ d'attachant; de pa- 
thétique dans cette tragédie douloureuse et su- 
blime de l'esprit cherchant à escalader le ciei et 
retombant toujours impuissant sur la terre. Mais 
je ne crois pas que ce soit là le seul, ni même le 
véritable intérêt de l'histoire de la philosophie, 
dont l'utilité pratique se réduirait alors à n'être 
qu'une leçon de modestie donnée à l'homme par les 



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PRÉFACE- XXI 

choses, et qui n'appreodrait à la raison humaine 
qu'à se mesurer à sa vraie mesure, qui est petite. 

Aristote, qu'il faut consulter toujours et qu'on 
ne consulte jamais en vain, nous a dit comment il 
comprenait l'utilité de l'histoire des systèmes, et 
il nous montre par sa pratique, quel usage on en 
peut faire. 

On sait que c'est son habitude presque cons- 
tante de mêler au développement de ses idées per- 
sonnelles, une exposition à la fois historique et 
critique du sujet qu'il va traiter. II semble con- 
vaincu que l'esprit humain, conduit et soutenu 
par la force des choses, -ne se consume pas, eu 
clierchant la vérité, dans un travail absolument 
stérile et vain, que le but qu'il poursuit sans ja- 
mais se lasser ni se décourager, ne lui échappe 
pas toujours, ni partout, ni tout entier, et enfin 
que l'examen attentif et consciencieux du dépôt 
des connaissances acquises et des efforts accom- 
plis fournit des points d'appui solides, d'où cha- 
que penseur doit partir, pour s'élever à un degré 
supérieur de certitude et de précision. 

C'est pour cela que dans presque tous s^ ou- 
vrages, non content d'énumérer les points douteux 
et particulièrement difficiles de sa matière, et la 
série détaillée des questions dans lesquelles elle se 
divise, il consulte sur chacun de ces points ce 
qu'eu ont pensé les philosophes antérieurs. 

Ce n'est pas de sa part une pratique instinctive. 



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XXII PRÉFACE. 

c'est une méthode raisonnée, réfléchie^ systéma- 
tique : « Dans l'intérêt de la science que nous cher- 
chons à fonder, dit-il *> il &ut que nous commen- 
cions par établir les doutes, les difficultés, les 
questions que nous devrons rencontrer; ce sont 
d'abord les opinions contraires à la nôtre, qu'ont 
eues sur le même sujet d'autres philosophes ; en 
second lieu, les points qu'ils ont omis. Celui qui 
veut s'affranchir de ces doutes, qui pèsent comme 
des chaînes sur l'intelligence, et ne lui permet- 
tent pas plus d'arriver à la vérité, qu'il n'est per- 
;nis à un homme dont les pieds sont attachés , 
d'aller là où il se propose, celui-là est tenu de 
prendre ces informations nécessaires, a Pour bien 
juger, il faut entendre les raisons contraires, 
comme on doit entendre dans un procès les ali- 
ments des parties adverses ; car, ainsi qu'il le dit 
excellemment dans un de ses plus beaux ouvra^, 
dont on a, bien à tort, voulu lui ravir l'honneur : 
«[ Nos théories n'en auront que plus de poids, si 
avant tout, nous appelons au débat les opinions 
différentes pour y faire valoir leurs prétentions : 
de la sorte nous n'aurons pas l'air de condamner 
des absents. Il faut que ceux qui veulent juger de 
la vérité se posent^ non en adversaires, mais en 
arbitres*. » 

1. Mel., tu, 1,996, a. 26. 

2. De Cœl.y t, 10, 278, b. 7. Voir encore PAj/j., iv, 10, 
et 1, p. SOS, ft. Zk. Ami. Pm., u, 3, 90. A. 37. 



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PitÉFACE. XXItl 

On voit donc se dessiner le caractère particulier 
de ces expositioQs historiques ; eUes n'ont pas pour 
but de dérouler le spectacle varié et confus, inté- 
ressaut et dramatique, mais triste au fond, des 
opinions et des eireurs humaines; elles servent à 
nous montrer de^comhien de questions partielles . 
se compose le problème entier qui noiis sollicite; 
conmient, par qui ces questions ont été posées, 
ou, ce qui revient au même, par qui ont été vues et 
découvertes tes faces multiples et diverses d'un 
même sujet; de plus elles nous montrent commmt 
les questions se lient, se multiplient, se complè- 
tent, s'éclairent, se grossissent pour ainsi dire en 
tout sens, en hauteur comme en profondeur, les 
unes les autres; nous assistons à la génération 
historique des problèmes de la science; nous sui- 
vons le cours et le développement progressife de 
la philosophie dans le temps '. 

On se convainc par cette étude que l'iadividu, 
quelque puissant que soit son génie, a besoin de 

1. Dans U Mitaphytique (TH. h. i. Init.) Ari&toteénu- 
mËre ainsi l'objet de U partie hÏBtorique de son ouvrage, 
lîlle nouB fait : 

l* bien connaître et concevoir dans son tout le problème 
posé; 

V éviter les erreurs commises , en en voyant la nature 
et rorigioe ; 
' 3° profit«r des vérités découvertes et démontrées. 

Conf. Met., xiu, l. 1076. a. 12; ii (n) 993. b. 13. de 
Cffi., 1, 10. S79. b. &-12. d» Anim., i. S. $ I. 



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s'appuyer sur tout le monde^ que le présent a ses 
racines, c*e8t-à-dire son point d'appui et son prin- 
cipe de vie dans le passé; que les efforts scienti- 
fiques forment une suite et un développement 
peut-être quelquefois interrompus, mais plutôt en 
apparence qu'en réalité; enfin l'Iiistoire de la phi- 
losophie rend encore an philosophe un service 
qu'il ne peut espérer que d'elle, et qu'Aristote a 
parfaitement reconnu et ùàt connaitre. 

En effet, c'est en vain que le philosophe veut se 
poser en juge impartial et en arbitre équitable. Il 
est lui-même et nécessairement partie au procès 
qu'il juge, et l'opinion particulière qu'il a adoptée 
sur ces problèmes ne peut manquer de te rendre 
sourd et aveugle à beaucoup d'objections et de rai- 
sons de ses adversaires ; il ne peut plus ni les 
écouter ni les entendre. 

«Nous avons tous^ dit Aristote, l'habitude de 
ne pas porter l'investigation sur la chose en ques- 
tion, mais de nous élever contre celui qui soutient 
la thèse contraire. En effet le philosophe continue 
ses recherches personnelles et directes jusqu'au 
moment où il ne trouve plus dans son propre es- 
prit d'objections à se faire à lui-même, eànhi îv 
oÛTÛ fLij^çiittç cet ou {JLTixfTt l-^ij ivTiXéfivt aùtàî oûr^. 
Mais il ^ut aller plus loin : il faut connaître toutes 
les objections qui naissent du sujet lui-même, si 
l'on veut en faire une étude sérieuse et complète : 
or quand on a épuisé les objections que nous trou- 



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PREFACE. XXV 

voua de noug-mème en nous-même^ il est utile de 
diriger nos regarda et notre attention sur les opi- 
nions contraires, sur les manières de concevoir le 
sujet opposées à la nôtre : car elles nous présente- 
ront des considérations qui, de notre point de vue^ 
ne se seraient pas présentées toutes seules'. » 

Aristote conçoit donc l'histoire de la philosophie 
comme un contradicteur sévère, inexorable, qui 
nous force de parcourir tous les aspects d'une 
question^ dont plusieurs auraient échappé certai- 
nement à notre perspicacité et à notre réflexion 
personnelles, et qui en outre nous fournit. l'occa- 
sion, tout en détruisant la thèse qui nous est con- 
traire, et précisément pour la détruire, de creuser, 
d'approfondir, de consolider, de compléter, et en 
un mot, comme dit Leibnitz, d'édifier la nôtre. 

Seulement il faut observer qu'Ariatote donne 
trop exclusivement un caractère polémique à ses 
expositions historiques : cette attitude de combat 
ne peut manquer d'avoir des inconvénients. En 
ayant toujours dans l'histoire, son propre système 
poui; objectif, Aristote sans doute éclaire sa mar- 
che et oriente pour ainsi dire la conduite de sa 
pensée : mais il est entraîné aussi à une certaine 
inûdélilé dans la reproduction de théories qu'il 
n'expose que pour les réfuter, et qu'il réfiite 
d'autant plus facilement qu'il les présente sous un 

l. De Cal., n, 13, 294. b. 7. 



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XXVI PRÉFACE. 

jour moios raisonnable, en exagérant leurs défauts 
et en diseimulant ou quelquefois en dénaturant 
certaines de leurs propositions*. 

Il me semble qu'en envisageant l'histoire de la 
philosophie comme l'a fait Ariatote, mais en la 
traitant pour elle-même et comme un genre à part, 
et en mettant de côté, non pas toute opinion phi- 
losophique, mais le parti pris de faire servir 
l'histoire à la démonatration d'une doctrine parti- 
culière, on peut en tirer, tous les avantages qu'il y 
signale, sans tomher dans les défauta qu'on lui re- 
proche. 

Ainsi l'histoire de la philosophie donne à celui 
qui l'étudié un ensemble d'idées et ouvre des aper- 
çus plus ou moins vastes et profonds sur chaque 
queslioo de la science, connaissances que nous 
n'aurions pas pu tirer de notre propre fonds ; elle 
sert de complément, de correctif, de soutien à la 
spéc^lation ; nous garde des erreurs déjà commi- 
ses, en nous montrant leurs origines et leurs con- 
séquences; elle repétrit pour ainsi dire les maté- 



1 . Les critîquea l'ont tous remarqué ; je n'en veux citer 
qu'un seul : Bonitz ad Met. Comment. , p. 66. « Nec uos 
f&Uers débet quod Aristoteles , quum rescissa sue ex or— 
dine et contextu veterum philoBophorum placita, in alie- 
uum inipiogit, et auum lu usum convertit, interdum a ye- 
ritate aliquantum deQectît.... >> Id., p. 79. « Aristoteles 
vero, qua est in judicandis oliorum philosophorum placi- 
tÎB levitate. » 



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PRÉFACE. ' XXVII 

rjaux fournis par ta tradition^ les éclaire d'un jour 
nouveau en les interprétant les uns par les autres; 
elle ramène sous nos yeux des questions que les 
contemporains oublient ou négligent, et dont l'o- 
mission compromet la vue d'ensemble de la phi- 
losophie, et ne permet pas de s'en faire une notion 
complète et vraie; elle aiguise, affermit, étend, 
fortifie le sens et l'esprit philosophiques, en obli- 
geant l'intelligence de pénétrer au cœur de toutes 
les idées et au fond de tous les systèmes; enfin 
elle nous montre comment ces systèmes naissent, 
s'enchaînent, s'engendrent, s'enveloppent et se 
développent les uns les autres. 

Sans doute pour assister à cette génération, 
pour saisir cet enchaînement, pour suivre le cours 
de ce développement de la philosophie il faut 
avoir au préalable une notion de la philosophie. 
Hais cette notion, il n'est pas nécessaire, et il 
n'est pas possible que .noas la possédions com- 
plète, parité, absolue. Nous savons ce que c'est 
que la philosophie, et nous ne le savons pas : nous 
en avons un pressentiment puissant mais vague; 
c'est comme une lueur incertaine et inquiète, mais 
pourtant une lumière, à l'aide de laquelle nous 
marchons dans la spéculation et dans l'histoire, 
éclairés à la fois par son éclat, et trompés par ses 
ombres. Cette histoire elle-même, qui nous fait 
repasser sur la trace des philosophes antérieurs et 
r^nser leurs pensées, nous aide à mieux voir ce 



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XXVIK PRÉFACE. 

qu'est la philosophie, en voyant ce qu'elle a été; 
car si le présent nous aide à comprendre le passée 
le passé nous aide à son tour à mieux comprendre 
le présent. Elle noua &it pressentir plus nette- 
ment ce qu'elle doit être, et donne une forme plus 
précise et plus pleine à cet idéal qui flotte devant 
nos yeux et qui noua inspire tour à tour un déses- 
poir étemel et l'étemel espoir de l'atteindre. 

C'est dans cet esprit qu'a été conçue cette His- 
toire de la philosophie Pythagoricienne, et si l'exé- 
cution n'a pas trahi l'intention qui l'a inspirée, ce 
sont là les résultats qu'on en peut attendre. 

Poitiers, 16 mars 1873. 



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PYTHAGORE 

BT LA 

PHILOSOPHIE PYTHAGORICIENNE 

PREMIÈRE PARTIE 

CHAPITBE PREMIER 

CASACTÈIŒ GfiNERAL DE LA DOCTRINE DZ PTTBÂGOHE 



Le trait le plus Frappant et le plus admirable de la 
littérature grecque, c'est son unité. Les genres divers 
) sont non-seulement liés entr'eux, mnis ils sont tons 
liés à la réalité et à la vie. La poésie dramatique naît de 
la poésie mélique, dont, au lond, elle ne difl^re, que 
comme le groupe diffère de la statue : celle-ci, de son 
c6té, pourrait bien n'être que le développement musical, 
ou le prélude lyrique de l'épopée, et l'on comprend 
que tes Grecs aient pu comparer Homère nu fleuve Océan : 
ils se le représeoleot comme la source uniqae d'où cou- 
lent toutes les formes de leur poébie et de leur littéra- 
ture, soutenant que les genres même de la prose 



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s CARACTÈRE GÉNÉRAL 

ODt , dans ses poëmes , leur origine et leur modèle. 
Jj'histoire, telle que l'a connue et exécutée Hérodote, sait . 
.iSvideminent les traces de l'épopée homérique; on nom- 
mait Homère le père de l'éloquence et de la rhétorique : 
c'est à lui que les sopbisles ramenaient l'origine de leur 
art dégradé, et Pbilostrate, jouant sur le sens primitif du 
mot, désormais déshonoré, appelle le grand poële la voix 
des sophistes, cpuv-îiv oo^ lorûv. 

Il n'est pas jusqu'à la philosophie qu'il n'ait, suivant 
quelques admirateurs enthousiastes, ébauchée ou fondée, 
en lui fouroissant sa matière , son cadre , son style. 
L'antiquité et les temps modernes fourmillent d'ou- 
vrages sur la philosophie d'Homère, et des eilrava- 
gants, dontSénèque se moque avec raison', discutaient 
gravement la question de savoir à la quelle des quatre 
grandes écoles il appartenait légilimt:meDt. Ce sont 
là des exagérations évidentes : mais il faut bien re- 
coiinallre qn'Arîstole maintient le rapport de la poésie 
homérique & b philosophie. Il voit dans Empédocle 
un philosophe, et en même temps il le qualifie d'ho- 
mérique, et nous ne pouvons nier, puisque nous en 
avons la preuve sous nos yeux dans leurs fragments, 
qu'Empédocle, Xénophane et Purménidc reproduisaient 
dans leurs expositions philosophiques la forme, le 
diaUcte, le stj'le, le rhylhme, le mètre, les épitbètcs 
d'ornements et jusqu'au merveilleux classique du 
poème épique. Aussi les plus graves historiens de la 
philosophie font-ils dans leurs ouvrages une place à 
Hésiode et à Homère. 



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DE LA DOCTRINE DE PYTHAGORE. 3 

Pythagore lui-même, qui donne à la philosophie, 
jusque-là mal définie, le nom qu'elle porte encore au- 
jourd'hui*, Pjthagore n'a pas pu secouer le charme, 
el le caractère poétique de sa doctrine reste ceilain 
et évident, malgré l'antipathie qu'on lui prête contre 
la poésie et les poètes. 

L'historien Hiéronyme de Rhodes racontait, dans ses 
Mémoires philosophiques et littéraires*, qu'étant des- 
cendu dans les enfers, Pythagore y avait vu l'âme 
d'Hésiode enchaînée à une colonne d'airain, et poussant 
des hurlements de douleur, tandis que celle d'Homère 
était suspendue i un arbre et entourée de serpents, en 
pnnition des mensonges sacrilèges qu'ils avaient tous 
deux proférés contre les dieux. Cette position hostile 
prise par la philosophie naissante contre la poésie 
est sans doute une réaction contre l'empire de la 
action mythique sur les &mes, et la protestation d'une 
autre forme de la pensée qui réclame une vie indé- 
pendante; mais elle atteste en même temps la force 
du lien qui les avait unies et presque confondues. 

La langue des vers a été longtemps la seule langue que 
les Grecs aient consenti à parler et k entendre, quand il 
s'agissait des grandes choses qui intéressent le cœur et 
la raison de l'homme, la patrie, la gloire, la vertu, la 
vérité, la vie, le monde, l'âme, Dieu : pour élever l'ex- 
pression à la hauteur de ces objets divins, il fallait une 
lai^e divine. Le vers a été longtemps pour la Grèce 
ce qu'a été pour l'Orient l'écriture, considérée comme 

1. Diog. L.,Fr(HBm., 12. Cic, TiMC, V,3- , 

1. Uog.L., VD, 31. CitâB soiu te titre d'finap'AïuiTa loTopixd, par 
Âthén., 5&T, c. 604, d. 



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4 CARACTERE GENERAL 

un art sacré, une forme vénérable de ce qu'il y a de 
plus ïénfrable et de plus noble dans la pensée. Le vers 
a été comme le vase mystique où l'on conservait en l'ex- 
priiiianl )a (lensée religieuse confondue avec la poésie. 
Aussi les premiers philosophes grecs sont des poètes*, 
k première philosophie n'est même qu'une poésie, 
c'est-à-dire un pressentimenl inquiet et obscur, mais 
souvent profond de la vérité. Ce caraelère de la phi- 
loEopliie, qui cherche son terrain, sa langue propre, 
et ne les a pas encore trouvés, n'a pas échappé au 
n.'gard perspicace et pénétrant d'Arislote, qui le si- 
gnale jusque dans Platon où il ne veut voir, à tort 
selon moi, que vaines images et poétiques métaphores. 
11 est impossible du moins de le méconnaître et dans la 
forme et dans le fond de ta philosophie pylhagoncieane, 
ella tradition semble l'avoir voulu marquer en donnant 
à son fondateur pour mattres à la fois Phérécyde, peut- 

1. Aristole les cite lui-même en têmuignage, et les appelle des Ihéo- 
logieiaiMtt., 1, 3 et suiv.). Tout en critiquant leur manière deconce- 
vgir et d'eiprimer les principes des cboscs sous !a forme àe substances 
divines, il discute leur opininn {Ket., Ul, 4). Il oppose les Ihéologiens 
et les physiciens, sinon comme deui Scoles, du moins comme deux 
tendances contraires de la pbilosoptiie (Met., XII, 10). Plutarque {De 
anim. gen., 33) eiprime encore plus neltement cette même pensée : 
■ Les anciens tbéologiens sont, dit-il, les plus anciens philosophes. ■ 
Hais qui sont ces anciens ihéulo(.'icnàT Les poules [Dt deffcl. orae., 
48) ■■ '<! p.'lv afàifx «alaioi fleoXoyixsi nomcaf. Platon {Tliewt., 701 , c.) 
Émet l'upinion que l'hypothèse d'Heraclite se trouve d^à dans Ho- 
mère. Noii-seukment les philosojihes, mais les législateurs, sont des 
poêles, lous ceui qui entreprennent de gouverner les villes, ou d'y 
rétablir la concorde et la paii, usent de ce grand moyen de dominer 
les âmes. Ëpiménide, le poniife inspiré, le prophète doué du don des 
miracles. Kmpédocle, Thalèlas, Terpandre sont des poètes : l'empire 
de la fobiio est aussi durable, aussi profond qu'il est universel dans Ia 



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DE LA DOCTRINE DE PYTHAGORE. 5 

êlre le premier prosateur grec, et Hcnnodamas ou Léo, 
damas , descendntits de Gréophyle , l'Hoinéride de 
Samos*. Aussi savail-il si bien par cœur le vieux poêle 
Ionien, i]u'il chnntait ses vers en s'accompagnant de la 
lyre, et s'était si profondément pénétré de certaines 
parties du poème, que dans ses rêves de métempsycose^ 
il prenait le rAle d'Euphorbe, fils de Panthoûs, vainqueur 
de Patrocle et tué par Ménélas'. L'auteur, quel qu'il 
soit, de l'ouvrage Sur la vie et la poésie SHorràre*, va 
bien plus loin et bien trop loin. Suivant lui, c'est i 
Homère que Pjthagore avait emprunté le dogme de 
l'immortalité de l'Ame, la théorie de ses migrations suc- 
cessives, la doctrine des nombres, où l'unité est le prin- 
cipe dti bien et la dyade le principe du mat, enfin la 
science de la musique, et l'art de l'employer à des in- 
fluences morales et religieuses '. De tout temps aussi, à 
l'imitalion de leur maître, les pythagoriciens n'ont pa^î 
hésité à se servir des vers du poète pour moraliser les 
imes, et à recommunder de purifier le corps parla mé- 
decine, l'âme par l<i musique. La musique s'unit à la 
poésie dans le chant, et le chant, pour les pythagori- 
ciens, est un des plus parfaits moyens de purification et 
d'édnciition*, une des formes les plus pures de l'exposi- 
tion des idées morales*: car la musique, suivant eux, 

1. I«mh1., Tit. PylA-î î. Porphyr., VU. Pylh., l.Suid., t. ApuU, 
fIond.,U, 15. 
5. lambl.. V. P., 63. Porph. , 7.P., 26. 

3. Hls ordinal rem GDl sous le nom Ae Plutarqua. 

4. fletrtf. etpots. Hom., e. 112, 125, 145, 147. 

5. lambl,, F. p., 154. Diog,, 1, VIII, )4 : ^îiîj xpfl»««' "pit >ûp«v. 
Cramer, Jnrcdot. Porù.,1, p. 217. Progm. Àriftox , 14. Wïtter, Hiil. 
Crax-.t. II, p. 280, 

6. Cic, Tiueul., IV, 2 : ■ Nam quum carmtnibus soliti ilti «s» ili- 



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6 CARACTÈRE GÉNÉRAL 

fait pénélrer dans l'âme et dans le corps, sa douceur, 
son harmonie, ses rhythmes, c'est-à-dire la santé et la 
vertu *. 

Enfin les VersiOr, qui ne sont pas de Pylhagore, 
miiis appartiennent certainement à son école, sont un 
témoig^nage immédiat et une preuve aulhenlique du ca- 
ractère poétique que conserva toujours la philosophie 
pythagoricienne, et qui se manifeste dans le fond de ses 
doctrines comme dans la forme où elles se sont déve- 
loppées. 

Mais la philosophie grecque, ft cette période de l'his- 
toire, est unie non-seulement & l'art, à la poésie, par 
conséquent à la religion, elle est liée encore h. la réalité 
et à la vie pratique. Pour un Grec, la vie humaine est 
essentiellement une vie sociale : en dehors d'une société 
organisée , régie par des lois , c'est-à-dire par des 
maximes rationnelles impéralires, c'est-à-dire encore, 
en dehors de la politique, il n'y a plus de place pour 
une société humaine, plus de place pour l'homme, et 
encore moins pour une étude et une science qui touche 
l'homme de si près. Toute conception des choses se lie 
à une conceplion sur l'homme, et celle-ci à une con- 
ception sur l'homme en société, ou à une conception 
politique; et comme 1h théorie, sous ce rapport comme 

canlur et pnecepta quaedam osoultjus irtdere, el menteB suas a cogi* 
lïtionum inlentione, canlu fldibusque »d tranquillitatsm traducere.. . 
{uod propnum ejus fuit, de qua loquoc, dUcipIina. ■ Conr. Quiotil., 
IX, 4, 13. 

I. HartianusCapïlla, IX. • Uembrisquoquelalenlesinterserers nu- 
méros non contempsi. Hoc etiara Aristoieous Pyihagorasrjue leslan- 
lur. • Porphyr., V. P., 30 : xnTExiftXei xal ^utrioT; va! fit.nn xal inylalt 



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DE LA DOCTBINE DE PTTHAGORE, 7 

SOUS tous les autres, ne se laisse pas séparer de la pra- 
tique, que la maxime des Grecs ' était au contraire de 
réunir toujours ces deux éléments qui se complètent, se 
limitent, se corrigent l'un l'autre, nous ne devons pas 
nous étonner de voir se mêler et presque se confondre 
une tentative de réforme religieuse, politique, morale, 
avec le premier essai d'un système spéculaliF et d'une 
doctrine vraiment scientifique qui se soit produit chez 
les Grecs*. 

La philosophie pythagoricienne se présente donc à nous 
avec des caractères multiples et divers qu'il est aussi 
nécessaire que difficile de saisir tous dans leur principe 
et dans leur unité : elle est poétique par sa forme et ses 
procédés d'exposition, religieuse et politique par son 
but, au moins par sop but procliain, mais rationnelle, 
spéculative et scieiilifïqiie par son principe cl ses résul- 
tats. Il me semble, et c'est ce que j'essayerai de montrer 
dans la suite de cette élude, que le trait caractéristique 
de l'entreprise de Pylhagore est celui-ci ; 

11 a vu qu'une bonne constitution de la vie publique 
et privée, que la saine morale et la vraie politique repo- 
sent sur une doctrine religieuse; et d'un autre cAIé 
il était convaincu qu'une doctrine religieuse, pour n'élre 
pas emportée avec le courant des superstitions vaines 
et des erreurs qu'elle charrie avec la vérité, doit s'ap- 
puyer sur une conception rationnelle de l'homme, îles 
choses, de l'univers tout entier, c'est-à-dire surune plii- 



t. AtiawuiuàxfATxw. 

2. ScbUterinach., EinteU. d. Plaî. Werkt. I, p. lî. ■ Dimala abw 
war auch die Philosophie mit politischen Absicblen und dis Scbul« 
mil einer pnkliscben VerbrQderung verbunden. ■ 



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8 ■ CARACTÈRE GÉNÉRAL, ETC. 

losophie : vaste dessein, dont la moitié au moins n'a 
abouti qu'à une déception cruelle, et disons-le , mé- 
ritée, mais qui n'en atteste pas moins l'originalité, la 
force et l'étendue du génie qui l'a conçu et osa essayer 
de le réaliser. 

Pour accomplir de pareils projets, et seulement pour 
les (enter, il faut non pas seulement des doctrines, des 
livres, des discours : il faut un homme, une volonté, un 
caractère dont l'ascendant personnel dépasse souvent, 
et de beaucoup, la valeur de ses conceptions et de ses 
idées. De là l'importance, la nécessité d'une biographie 
de Pfthagore, qu'eiigerait d'ailleurs à lui seul son rdle 
de réformateur politique. Avant d'expoaer ce que nous 
savons, ou plutAt ce que nous pouvons conjecturer de 
ses doctrines personnelles, nous devons donc raconter 
ce que les traditions interprétées avec nne sage critique 
nous rapportent de sa personne et de sa vie. 



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CEAPITRE DEUXIEME 



EXAMEN CninQUE DES SOUXCES INDIRECTES' 



Il nous resle trois biographies spéciales de Pytha- 
gore. 

La plus ancienne est celle de Diogëne de Liêrte *, qui 
semble avoir vécu à Athènes dans la Un du deuxième 
siècle après Jésus-Christ. Son ouvrage, divisé en dix 
livres, et intitulé : Histoire philosophique, ou de la vie, des 
opinions et des maximes des philosophes illustres, n'est 
qu'une compilation sans ordre, sans critique et sans 
style; mais 11 est encore une source précieuse et consi- 
dérable, parce que, outre son immense lecture, l'auteur 
a le goût dé l'exactitude, et produit à chaque Hgne, 
pour ainsi dire, les témoins qui autoriseni soit les faits 
qu'il raconte, soit les doctrines qu'il expose. 

Les auteurs qu'il produit dans la Vie de Pythagore, qui 
forme le premier chapitre et les cinquante premiers 
paragraphes du VIII' livre de son Histoire, sont au 
nombre de dix-neuf, et nous ne pouvons nous empé- 

1. Les sources directes seront l'objet du chapitre ii da b. seconde 
pallie, intitulé : Lei ÉeriU pylliagorkient. 

2. Laërie est une villa de Cilicia, dont on ne siit pas pourquoi il porte 



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10 EXAMEN CRITIOUE DES SOURCES INDIRECTES, 

cher de considérer a?ec quelque respect les témoignages 
de plusieurs d'entre eui, par exemple, ceux du pby- 
sicirn Heraclite, du philosophe Xénophane, presque 
conlempornins de Pythagore, d'Arislote, d'Aristoxëne, 
de Dicénrque, dont il nous a conservé des fragments 
importants, mais malheureusement peu nombreux et 
peu étendus. 

I^s renseignements d'Héraclile et de Xénophane se 
bornent à quelques lignes, et coux d'Aristole, du moins 
en ce qui concerne la Vie dePythagore, à presque rien; 
des nombreux écrits qu'Arislote avait consacrés au py- 
ttiagorisme et aux pythagoriciens, il ne nous reste que 
les titres que nous ferons plus loin connaître; tes ren- 
seignements contenus dans la Mitaphytigue , la Physi- 
que et ailleurs, ne nous apprennent rien sur Pythagore 
qu'il ne nomme, pour ainsi dire, jamais. Ceux d'Aris- 
tosène de Tarentc sont heureusement un peu plus 
étendus. Ce polygraphe célèbre , contemporain d'A- 
lexandre, disciple d'Aristote, philosophe et musicien, 
était l'auteurd'un recueil des doctrines pythagoriciennes, 
nuSayopixai iimtàasti, et de biographies, entre autres 
celles de Pylhagore, d'Archytas et de Xénophile. Sto- 
bée, Jean Dainascëne et Suidas ont tort d'en faire 
un pylliagoricten ; mais le titre de ses ouvrages et la 
précision de ses informations spéciales sur celle école, 
dont il a vu les derniers représentants, prouvent qu'il 
nvail eu avec eux des relations personnelles et directes, 
et donnent quelques poids à ses assertions. Malheureu- 
sement il est séparé par plus de deux siècles des évé- 
nements qu'il alLesle, ce qui laisse planer sur ses récits 
encore bien des incertitudes. Il tenait ses documents 



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EXAMEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. 1 1 

de Spintbnre, son père, contemporain de Socrate, de 
Xënophile, le pyllia^ricien, son ami et son mallie, 
qui d'après l'opinion, assarément fausse, d'Aulu-Geili; ' ' 
aïait vécu presque dans le mémo temps que Pytha- 
gore, de quelques autres personnes âgées qu'Aula- 
Gelle suppose aussi faussement avoir vécu à la même 
époque, et enfin de Phanton el d'fichëcrale, conlempo- 
niins de Platon'. Les fragments qui concernent Pytba- 
gore et les pythagoriciens sont au nombre de vingt- 
quatre, la plupart tirés de Diogëne, de Porphyre, d'Iam- 
blique'. 

Dicéarque de Hesséuie était lé contemporain et l'ami 
d'Aristoiëne, disciple comme lui d'Aristole, philosophe 
comme lui et de plus orateur, géomètre et grammai- 
rieu. C'était un homme instruit, l'auteur favori d'Alli- 
eus, et un écrivain très-fécond comme on en peut en- 
core juger par le catalogue de ses ouvrages, où nous 
trouvons une biographie philosophique dont il nous 
reste sur Pylhagore quatre fragments conservés par 
Porphyre, Diogëne, Anlu-Gelle et Phlégon. Lès éloges 
que lui donnent les anciens, qui l'appellent, les uns, 

l.IV, II. 

2. Cont. Halin, de Àriiloxeno. Suid., v. ^purrâ^cvoc- 

3, On les trouTe au deuiièmeTolumedesfYa^in. Bitl.Gr^e., édilii 
par U. Didot. U. Kriache attribue encore à Aristoxène le récit d'Iam- 
Mique, g 94-95. Or, Arisloxène n'est cité que >; l'ii, ei la phrase ix y* 
5v 'Apurroîe^o;, etc., ne se rapporte- qu'au fait suivant, comme le 
prouve la Bli du réi:it, S 337 : xal ivJTa (liv i 'Apioràftio;. De rnSme, 
au § 2ôl, apr&s avoir raconté l'eiil des pytbagoricieDS , iamblique • 
ajoute : Taûia (liv oiv 'Apia. SiiiyeiTai ; mais l'aulorilé du lÉmoignage 
d'Aristoxcne ne s'étend qu'à ce fait seul , comme le prouve la suite de 
la narration, ipii présente, d'après ?jicamachus, les raiU d'une façon 
diCTerenie. lamhiique die encore Splnlhare, au di. izxi, § 197, à pro- 
pos d'une auecdota sur Arcbjlas, 



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12 EXAMEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. 

doctisàmus, et ce mol a sa valeur dans la bouche de 
Varron *, les autres, toTopoKÈTarroç *, justifient l'impor- 
tance allachée à son témoignage,- que nous ne pour- 
rons malheureusement passouventinvoquer. M. Krische, 
dans son intéressante monographie, a tort de vouloir 
donner Tautorité de ce témoin à plusieurs des récits 
d'Iamblique *sur le simple fait de l'accord de cet auteur 
avec Porphyre, qui cite en effet Dicéàrgue, mais seule- 
ment en deux endroits '. Quant à lamblique, il pourrait . 
bien s'être borné' à copier Porphyre, ce qui est d'autant 
plus probable qu'il ne cite pas une seule fois, dans le 
cours de son récit sans^crilique, le nom de Dicéarque, 
et qu'en le nommant dans le catalogue des pythagori- 
ciens, il en fail indûment un Tarenlin. 

Héraclide du Pont, disciple de Platon, de Speusippe 
et d'Aristote, et peut-être même des pythagoriciens, 
avait laissé parmi ses nombreux travaux un livre Sur les 
Pythagoriciens, plusieurs fois cité par Diogène. Les frag- 
ments qui concernent les pythagoriciens £t Pylhagore, 
extraits de Porphyre, Clément d'Alexandrie, Suidas, Ly- 
dus, sont, dans l'édition des Fragments des historiens 
grecs* au nombre de quatre, et il est regrettable que 
H. K. MiJller ait omis d'y joindre le long fragment pro- 
duit par Diogène, VIII, 4-7, et qui concerne les mélerap- 



1. De BeruMtie., 1, 1. 

]. Cic., dd JUic, II, 6. Il l'appelle ailleurs: ideliclEe meie. ■ Tute., 
1, 31; CODf.de Off., 11, 5; nd^Kic, 11,3, 

3. De Soâet. a Pyih. amdit. tcopo, p. !1, parei. lambl-, 37, àO, 
Uî, 195. 

i. Porphyr., F. P., 18 et 66- 

i. T. II, p. 19T. 



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EXAMEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. 13 

Bjcoses diverses de Pythagore racontées par lui-même'. 
Hais quel degré de confiance mérite son témoigna^^eT 
Gicéron, sensible en véritable artiste, aux qnatilés du 
stjlc, !& célèbre comme un ■ vir doctus in primis *. > 
Huis il ne faudrait peut-être pas attacher k ce mol ta 
signi&catiGn d'ërudil, et surtout d'érudit critique et sé- 
vère; car Gicéron lui-même l'accuse d'avoir rempli ses 
ouvrages de fables puériles'. Plularque, dans la Vie de 
Camille*, citant son récit de la prise de Rome, appelée 
par lui une ville grecque, située sur la grande mer 
(l'Océan) et qu aurait prise une armée d'Hypcrboréens, 
le qualibe d'écrivain fabuleux et menteur : (luSûiii xal 
icXasp^Tt'av. Enfin, Diogène de Laërte ' nous rapporte sur 
cet écrivain l'opinion sévère de l'historien Timée, qui, 
contredisant plusieur» des assertions d'Hëraclide au sujet 
d'Empédocle, termine en disant : t C'estson habitude de 
raconter des faits merveilleux, et il est allé jusqu'à sou- 
tenir que l'homme est tombé de la lune sur la terre*. > 
Il ne mérite donc que bien peu de confiance, du moins 
lorsqu'il est seul à rapporter un fait, et nous devrons 
nous tenir en garde contre les récils d'un témoin si cré- 
dule, ou si peu sincère, ou si pea instruit '', Les Ata- 
So^al ^Sn fAoaiifbn d'Alex.indre Polyhistor, ont un peu 

1. CicéTon (nucul-, V, 3) donne Hëraclîde comme auteur du récit 
qui mel Pjlbagore en rapport avec Léon de Phliunte. 

2. Tmcvt; V, 3 ; «U Divin., 1 , 23. 

3. De Kat. D., I, 13 : • Et eadem Plalonis scbola HeraclJdes Pouti- 
eus puerilibus fabulîa refetsit liLrus. ■ 

t. Fii. Cani.,î2. 

5. Vit. Emped., VIH, 72. 

6. L. I. 'AUà ità navtoi istiv 'HfaiXuEii;; toidOid; napaSotoU^of, 

T. Lobeck, Agiaoph., 1. 1, p. 328, cM et traduit par KrUche, p. il, 



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14 BXAUEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. 

plus d'autorité, et ont droit à pins de créance. Ap- 
partenant à l'école de grammaire et de critique fondée 
à Pergame par Gratès de Malles, cet affranchi de Sylla 
dut son honorable surnom à une connaissance étendue 
de toutes les parties de l'antiquité. De sa Succession det 
philosophes, où il donnait une exposition de la doctrine 
pythagoricienne, qui n'est pas toujours exacte *, nous 
u'avoas conservé, en ce qui concerne notre sujet, que 
deux A^gmenlsdontl'unttrès-long, est cité par Diogène*; 
l'autre, court, est le résumé de l'opinion de quelqucspy- 
thagoriciens sur le mouvement et la position des corps 
célestes et se trouve dans le commentaire de Ohalcidius 
sur le Timée de Platon '. Il faut y joindre un court 
extrait de son ouvrage Sur les symboles pythagoriciens, 
tiré de Clément d'Alexandrie * , lequel ne donne 
pas une haute idée de l'esprit critique qu'il apporte 
dans l'histoire. C'est encore un témoin bien éloigné, et 
assez suspect'. Les faits attestés par les autres témoins 



'appelle : ■ Homo, et ad mentiendum paratissimus, et in odoraudii 
traudibus bebetissimus. ■ 

1. Il faut pourtant ajouter qu'il elle comme source ds son eipositioQ 
les Outrages pythagoricieni, nvHi^npivà Tnoij.v'^uaTa, où il prétend 
avoir trouvé tout ce qu'il reproduit. Diogène, L Vlll, 24, et VtU, 36, 
tlfirioe que les renieignemeuts d'Aristote élaient conrorme* i ceux 
d'Alexandre, 
a. VJU, Î2. 

3. Les deax «ont réunis dans les Ftagm' Bût. Crae., de Didof, t. III, 

p. au. 

4. Clem.AI.,$lr., I,xv, p. 131. 

6. U.Zelter (dit Phil.d.Grieek., t. V,p. 74) croit que toute l'expo- 
sition de la doctrine pytbagoricieono qu'on trouve dans Diogèaeest 
tiiée d'Alexandre, et a rapport à la doctrine néo-pytbagoricÎBnne, 
c'est-à-dire à la renaissance du pythagorisme au COmmeQCemant du 
l*' siècle avant J. C. 



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EXAUEN CRITIQUE DU3 SOURCES INDIRECTES. 15 

de Diogëne, n'ont pas une assez -grande iinporlance. 
pour exiger des recherches spéciales et criliques sur 
leurs auteura. 

Porphyre, né à Tyr en 233 après Jésus-Ghrisl, mort à 
Rome en 303, est l'auteur de la secoude biographie de 
Pythagore : élève de Loogin à Alhëned, de Plolin à 
Rome, il ne s'était pas renfermé dans la philosophie 
pure, et il avait appliqué son esprit, avide de savoir et 
de clarté, à la grammaire, k la rhétorique, à la géomé- 
trie, et à l'histoire. De ses nombreux ouvrages la plu- 
part et les plus considérables sont perdus : parmi ceux 
dont il nous est resté des fragments se trouvait une his- 
toire de la philosoplùe en dnq livres, dont le premier 
renfermait la vie de Pythagore qui nuus est parvenue 
presque complète'. D'après une citation d'Eusèbe*, cet 

1. Ce sont loQ de Chio (vojet sur cet auteur, ma Vie d# Soerate 
p. 8]; Aristippe de CfrËua [voy, ma Vit de Platon, p. &iO); Tlmëede 
Tsuroménium (Toy. Fragta. H. Gtxc., p- ÎH; Bayle, vol. IX, p. H6), 
bislorien psu digne de cocflaace; Aristopbou, poËta de ta ComMie 
moyenne, au (eui du nuBa-ropto-tiK {Fragn. Corn. Grxe.jjoi. I,p.410); 
Cntinus, auteur des Tapavrivoi et de la IIu6ayap((;oua« {Id., L 111,, 
p. 3T6) ; Unéslmachos (id., t. IIJ, p. &6T) ; Antîclides, auteur d'una 
biographie d'Aleiaudre; ZËnon de Cittium, auteur de Bvtitifapixé; 
Timon de PUJunte; Hi^ronyme de Rhodes (voy. ma Vit de Socrole, 
p. 9f ; Eralostliènes; Hermippe {voy. ma Yie de Platon, p. à3l); So- 
tioD atSatjTOs, auteurs d'un de ces ourrages intitulés Siaio;(aI toïv 
fiXaa&ftn {fie de Platon, -p. 537) ; Héraclide Limbus, fiUde Sirapion, 
qui avait résumé l'ouvraga de SotioQ et celui de Satyroe; Tbrasylle, 
PhavoriD (Vie de Platon, p. &38) ; Aoliphon ; ApoUodore [Vie de So- 
erate, p. ,10) ; Hippobolus, et Sosicrates. Je me réserve de donner sur 
quelques-uns de ce* écrirains, au fiir et à mesure que j'durai occasion 
de les produire, les renseignements critiques les plus essenlieU. 

2. Reines, cilé par Bemhardy [Suidas, t. napfûfio;), prétend que le 
leite syriac[ue du 1V> livre de celte hisloire, lequel traitait de Platon, 
uista encore. C'est sur le témoignage de Grég. Abulpliarage {du 
Xlil* hicle) qu'il avance ce fait qu'il serait intéressant de vériQer. 

3. Chrome., p. 139. 



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) CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. 

ouvrage Tisaît à ane- sévère exactitude chronologique, et 
mériterait une grande confiance, s'il fallait y étendre, — 
et ce ne serait que justice, — le jugement que le docte 
el judicieux M. Letronne portait sur un ouvraga spécial 
de chronologie, comprenant au moins douze livres, et 
qui était dû à sa plume. ■ Le fragment de cet auteur, dit 
dit M. Letronne S que nous a conservé Eusèbe, donne, 
comme on sait, de la dynastie des Lagidcs, Un tableau 
chronologique d'une exactitude qui ii'a été bien recon- 
nue et sentie que depuis la découverte de certains pa- 
pyrus grecs-égyptiens. Tous les détails de ce fragment., 
concordent merveilleusement avec les dates de ces pa- 
pyrus; et l'on ne peut douter que l'auteur de ce tableau 
n'ait eu sous les yeux, en les composant, une suite de 
documents originaux et contemporains. > 

Nous n'avons pas malheureusement la même certitude 
en ce qui concerne la Vie de Pythagore, et ne pouvons 
guère croire que Porphyre l'ait composée sur ■ ane 
suite de documents originaux et contemporains. • Néan- 
moins, U est évident qu'un historien qui a donné, sur 
un point quelconque de ses travaux, de pareilles preu- 
ves d'exactitude, de sincérité, de critique, mérite une 
large mesure de confiance qu'on ne saurait sans injus- 
tice lui refuser. D'ailleurs, si les auteurs sur lesquels 
il s'ap|iiiie ne sont pas contemporains des faits, du 
moins il les emprunte à des sources anciennes, telles 
que Arisloxène et Dioéarqne : cependant quelques-uns 
d'entre eux , entre antres Diogène qui avait écrit un 
livre Sur tes faits merveilleux, Nicomaque de Gérase 

I- Inscript, dt l'Egypte, p. 71. 



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EZAUEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. 17 

Modératus de Gadès, Apollonius de Tyane, sont à la Tais 
des témoins bien récents par rapport à la date des évé 
Déments, et bien suspects si l'on considère le caractère 
. merveilleux de plusieurs de leurs récits. 

Apollouius de Tyane qui vivait à l'époque de Vespa- 
sien et de Domitien, dans le dernier tiers du premier 
siècle de l'ère chrétienne, et qui avait, à la philosophie 
pythagoricienne, mêlé beaucoup d'idées néo-plaloniques 
et ta pratique de la maf^ie orienlule, était l'auleur d'une 
Vie de Pylhagore dont se sont servis Porphyre et lam- 
blique, etqne cite Suidas. Le caractère de cet écrivain, 
amoureux du merveilleux, enivré des visions théurgi- 
ques, aussi bien que le tour particulier de ses récits in- 
croyables, doit nous tenir en garde contre ses assertions ; 
il est pourtant.qnelques parties de sa narration pour 
lesquelles H. Kriscbe réclame plus de confiance et aux- 
quelles il accorde même une vraie autorité. Après avoir 
raconté, d'après Apollonius, et contrairement à la tradi- 
tion suivie par Aristoxède et Nicomaque, la ruine et la 
dispersion des confréries pylWgoricîennes de la Grande 
Grèce, lamblique ajoute un détail singulier sur la ten- 
tative de réconciliation faite par des arbitres choisis dans 
les cités voisines : il affirme que ces arbitres se lais- 
sèrent gagner par les adversaires des pythagoriciens, et, 
pour prononcer contre eux, reçurent de l'argent : « eu 
fait est attesté, dit lamblique', dans les registres des 
actes publics des Crotoniates, iv toïî tS» KpoToviârtov êtto- 
^r^fiam ivcc{é(faTrvai ; M. Krîscbc voudrait en conclure 



1. Fil. P.% 26Î. Diog., I. VIII, 24 et 36, ciie égtlemeBt des Tuonv^S 



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16 EXAMEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES^ 

qu'Apollonius travaillait sur des documents ofûciels, ori- 
ginaux, contemporains même : ce qui donnerait le poids 
d'un témoignage considérable à ceux de ses récits qui 
ne se délruisen t pas eux-mêmes par leur invraisemblance 
ou leur impossibilité. C'est peut-être aller bien loin : et 
je suis disposé \ plus de déflance envers un esprit si 
enthousiaste, et si porté au merveilleux. 

Hodératiis Ac Gadès, pythagoricien de l'époque de Né- 
ron, avait nxposé les principes de l'école dans onze livres 
intitulés Ix'^liti nue(tïopi)iii£, mis è profit par Porphyre, et 
dont quelques fragments nous ont été conservés par 
Stobée. Ces fragments ne contiennent rien qui ait 
rapport k la personne de Pythagore, et peut-être l'ou- 
vrage entier ne contenait-il rien de tel : ce n'est qu'une 
exposition et une interprétation libre de la doctrine, qui 
ne semble pas avoir une valeur vraiment historique. 
C'est le pylhagorisme tel que le concevaient les pylha- 
goricii'nsde ce temps, et il ne faudrait pas y voir l'image 
sincère et l'expression fidèle d« la pensée du maître ni 
de ses disciples immédiats. 

Enfin le dernier des auteurs importants et connus que 
produit Porphyre est Nicomaque de Gérase, dont tous 
les ouvrages philosophiques sont perdus, et dont il ne 
reste qu'un manuel sur la musique, publié par Heibaum, 
une Introduction à l'arithmétique, publiée par Ast, et 
un extrait fait par Pholius de ses Theotogoumma arith- 
metica, qui contient quelques lignes sur la vie de Pytha- 
gore*. 

1. S'ilMt vrtl toutefois qu'il faille lui attribuer l'ouvrage dont Pbo- 
tius, sans en nomnier l'auieur, a extrait cette expoution trèa-infidile 
de la doctrine. Coof. Photius, Biitioth. Cod. 3&9. L'arithmétique de M- 



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EXAMEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. 19 

A en juger par ce court extrait, l'auteur ne paraît 
guère iostniit ni du fond des idées pyttiagoriciennes, ni 
des bits historiques de la rie de Pyttiagore , et ce n'est 
pas l'autorîté de son nom qui garantira l'exactitade-des 
faits allégués par Porphyre et lamblique. 

Quant à lamblique, disciple de Porphyre, el qui a 
vécu 80U8 Gonslantin, du dernier tiers du troisième siè- 
cle au premier tiers du quatrième, il semble copier, en 
l'éleDdant el en la grossissant par des fables, la biogra- 
phie de Porphyre. Sauf Apollonius, qu'il suit sans doute 
partout*, il produit rarement un témoin, ne nomme pas 
même Porphyre, dont presque partout il se home à re- 
produire la narration. Cette Vie de Pythagore était con- 
tenue dans un grand ouvrage intitulé : Suvay*^ *ûv 
«jOecYOfuûv So^ttdv*, dont le premier livre traitait de la 
Vie pythagorique, xtpV luoOB-pp'»'*^ Bfoo. On y remarque 
tous les défauts de son esprit: un développement stérile- 
ment abondant, des répétitions incessantes, nulle per- 
spicacité, nulle profondeur, nulle critique dans l'érudi- 
tion i i, cAtê de la pauvreté des idées, l'enflure de l'ex- 
pression ; son goût pour les traditions anciennes et 
orientales le pousse à puiser aux sources les plus trou- 
bles et les moins sûres. Son ouvrage, qui a peu de va- 

oomaque avait £té traduite en latin pat Apulée, comoie noiu l'appren- 
neni Cassiodore (Oe matkem. diteipl., cap. de aTxthm.) el lùdore de 
SériUe (Orig., IIl, 2). Si c'est Apulée ds Uadaura, ce Tait aie la date 
de l'Époque de Nicomaque vers la moiiiâ du deuxième siècle de notre 
«re. 

1. Il cite une fais {§ 151) Aristoxène et Mcomaque^ Androcrde, 
dans aoD Uvre >ur ht Symbolet pi/thagorieiau (S '45) ; enBu un mot 
de Spiolbare, cité S 1B1, semble emprunté i Aristoiïue, ion fils. 

3. Qté par STTiam, mMetaphys.,&l,b,a3, b, 90. Cinq livres nuua 
en Mut paireaus. 



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SO EXAMEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. 

leur au point de vue philosopliique,ii'en a aucune, pour 
aÏD» dire, considéré comme document historique, sur la 
personne et les doctrines de Py Ibagore e( des premiers 
pythagoriciens*. 

Sur la doctrine elle-même, outre les renseignements 
épars dans tous les auteurs anciens, dont il serait Tasti- 
dieux et inutile de bire l'ënuméralion complète, nous 
avons à consulter les extraits de Slobée*, les citatloos de 
Sextus EmpiricuË*, les résumés de Plutarque, contenus 
principalement dans ses Placita Philosophorum*, mais 
surtout l'exposition sobre , pleine et proronde du pytha- 
gorisme, contenue dans le premier et le treizième livre 
de la MéUiphysique d'Aristote. 

Aristote avait consacré à cette école des recherches 
spéciales : Diogëne de I>aerte' et l'Anonyme de Ménage, 



1. Heinen, dîna son Bi*ioiTe dM tcienut, 1. 1,1. III, p. 191, s ana- 
lysé avec MiD les divtn auteurs auiquela Porphjre et lambliqtie ont 
emprunté teur récit, et apprécia par comparai son le de^^ de conlîanca 
qu'ils méritent. C'est un excellent morceau de critique historique, 
dont Kiessling, dans les notes de son édition de lamiilique, a donné 
quelques eitnits. H. Grote, à qui j'emprunte cette note, reproche 
seulement t Ueiners d'ajoutar trop de Toi k Aristoxène, qui virait, ainsi 
que Dlcéarque, deui siËcles après la mort de Pylhagore ; ils de parais- 
sent pas, dit-il, ni l'un ni l'autre, avoir eu à consulter d'anciens 
mémoires ni des sources d'informations meilleure» que les pythagori- 
ciens, leurs contemporains, dernjars représentants d'une secie ex- 
pirante, et probablement au nombre des moins eminents par rintelli< 
gence, puisque les philosophes de l'école socratique attiraient i eux 
les esprits fins et ardents. (Grote, Bisl. de la Créée, t. VI, p. Ï58, 
11.3.) 

2. Cest principal emenl W lui que nous devons les Tragments da Phi- 
lolaOset d'ArchyUi. 

t. Purrk. Byp., III, 15Î. Adv. Math., VD, 94; 1, 349. 
4. S'ilcnestvérJtablemeDt l'auteur 
6. Diog., I. V,25. 



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EXAUEN CRITIQUE DES SOURCES INDIRECTES. SI 

Alexandre d'Aphrudise S Simplicius*, Théon de Smjrrne 
nous apprennent les litres de ces ouvrages : 

C'étaient : 1* trois livres sur la philosophie d'Ar- 
diytas; , 

i* Un livre sur les doctrines de Timéé et celles d'Ar- 
cbytas; 

3* Un livre sur les pytha^riciens ; 

4* (Jn livre contre AIcméon*. 

Quand bien même ces trois derniers ouvrages ne se- 
raient que les truis parties du premier, et se confon- 
draient avec lui, il n'en est pas moins certain qu'ils 
attestent l'importance attachée par Aristoteau pythago- 
risme, dans lequel il a vu, avec raison, l'un des précur- 
seurs du platonisme. Il ne nous reste rien de ces tra- 
vaux spéciaux, sans doiite à la fois bistoriques et 
critiques, et nous ne pouvons plus consulter sur les py- 
tlwgoriciens que ta Métaphysiqw, et les renseignements 
dispersés dans les autres ouvrages d'Aristote et particu- 
lièremenl dans la Physique, la Météorologie et le traité 
du Ciel. Je u*ai pas besoin d'insister sur L'autorité de ce 
témoignage; mais il est regreltable qu'on ne puisse 
d'aucune manière distinguer dans l'exposition d'Aristote 
les parties de la doctrine qu'on doit allrlbuer à Pylha- 
gore lui-même, de celles qui ne furent que plus lard 
formulées et développées par Philolaijs et lesautres dis^ 
ciples*. 

1. .«(Iir«(.,l,5, 8, p.31. 

3. In Jriftot. de Cal., p. 491, a, 1. 26 ; .), 41 . 

3. Ttieon. Snifro., j4rîthin., p. 30. 

4, Cuiri cile encore te titre flrange : De arte potUta ueundum Py- 
Oiagoram tjutqii* ueMorei li'brt il. [BiVliotKeca amMoi-hùpana Et' 
«uriaJ, Uicb. Casiri, l. I. p. 30T,col. a.) 



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22 EXAHKN CRITIQI'E DES SOURCES INDIRECTES. 

QaanI à Plaloo, il nous laisse dans le même embarras, 
et nenous donne pas, à beaucoup près, les mêmes com- 
pensations. Malgré ses relations personnelles avec les 
pythagoriciens, malgré les rapports exagérés mais cer- 
litïns de ses doctrines avec les leurs, il ne nous parle que 
bien rarement de Pythagore cl des pythagoriciens, et 
plus rarement encore il en parle à un point de vue 
vraiment philosophiiiue*. 

On voit par ce qui précède que les sources où nous 
devons puiser une histoire de la personne et des doc- 
trines de Pylbagore* sont loin d'avoir les conditions que 
lu science exige. Nous n'avons que des fragments muti- 
lùs; les témoins sont tous très-postérieurs aux faits 
qu'ils attestent , et quelques-uns, par leur crédulité et le 
fanatisme de leui-s opinions, itéraient toute confiance à 
leurs assertions, si déjà les faits qu'ils racontent ne se 
détruisaient pas par leur incohérence, leurs contradic- 
tions, leur invraisemblance et quelquefois leur impossi- 
bilité, n nous faudra donc non-seulement mesurer sé- 
vèrement la pari de confiance que mérite chacun de ces 
témoins suspects, mais encore contrôler, en elles-mêmes 
et en les comparant entre elles, leurs narrations si sou- 
vent divei'g<jnics et parfois contraires. De cette critique 
nécessaire et des témoins et des faits, nous ne pourrons 
guère tirer plus qu'un récit vraisemblable, et dont bien 
l^eu de points auront la certitude et la clarté de la véri- 
table histoire 

1. Ph«(l,,ei, G!-; Gorj).,tg3. aeacore cepssMge; il est rapporté 
à Pbllo1*as par Théodorel, tirxe. Àffect. Therap., IV, p. Bîl. Hep., 
53U,(1;X, 60U. 

a. Dénioccileai»it,dil-on,écril un livre sur PylLagore. intitulé; IIu- 
•iTOpat, l\ KEpi iT|; to'j cDfoù iiaSéoio;. Diog., 1. IX, 46. 



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CHAPITRE TEOISIÈME 



TIB DE PTTHAOORB 



La Grèce , qui dut à l'Ioaie son graad poeie, lui doit 
aussi ries premiers pbilosoplies : cela n'est pas contesté 
de ces penseurs qu'on classe ordinairement dans l'école 
ionieuDe; mais on semble souvent oublier que Xéno- 
phane, le fondateur de l'école d'Élée, ville d'origine 
ionienne, est un Ionien de Golophon, et que Pylhagore, 
le fondateur de t' école italique, est né, a,été élevé, a 
vécu et probablemuut enseigné dans l'ionienne Samos, 
qu'il ne quitia qu'Ji l'âge de quarante ans, et, suivant 
une.autre tradition, à l'âge de cinquaiite-cinq ans. S'il 
ne taut pas conclure que le pyLbagurisuie, né en lonie, 
et cbez un Ionien, devait s'inspirer nécessairement des 
principes de l'école Ionienne, dont il s'éloigne cepen- 
dant moins que ne fait l'école d'Ëlée, 11 ne faut pas non 
plus s'empresser de conclure que la pbilosopbie de Pj- 
tiiJgore devait élre uue pbilosopbie doneane, parce 
que les Achéens du Pélupoonése, qui avaient colonisé 
Crolone, ou plulAt formé le noyau de la colonie très- 
mélaugée de cet Éiat, avaient dû y apporter quelques- 
unes des institutions dorieiines. L'identité d'origine 
n'implique ni n'exclut la diveràiié des peiisé''S, surtout 



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24 VIE DE PVTIIAGORE. 

chez les grands esprits, dont la grandeur consiste préci- 
sément dans la puissance d*ua développement libre, 
original, spontané, individuel, qui les affrancliit, plus 
que les autres, de l'action falale des causes extérieures 
et des faits du inonde physique. 

Nous venons de dire que Pyttiagore était né dans l'tle 
de Samos : c'est du moins la tradition la plus générale- 
ment adoptée et qui s'appuie sur les témoignages d'Her- 
mippe' et d'Hippobotus'. Mais nous devons ajouter 
qu'Aristo:féne, Théopompe et Aristarque le faisaient 
naître  Lemnos, d'une famille d'origine tyrrhénienne. 



I. DioK-, t. VIII, l.CïlécriTain, ipiwlépu'Atbénieai.&S.PKali- 
JiHiWixtiOî — disciple de Calliinaque.mortveriOl. 136 = 140 »ï. I.C.— 
& dû neurir 90U9 les PtolémÊe lU et IV . et prolonger sa vie au delà ds 
la mort de Chrysippe (307 av. J. C), menlionnée dans un de MS tag- 
ments. Il était de Smyrne, s'il hut le conrsndrâ avec l'Heraiippe da 
Smyme cité par AtlJénèe (Vil, 3!T, c). Son grand ouvrage, intitulé 
BÎM, sembla avoir été divisé en trois parties : les Légialat«urs, — lea 
sept Sagei, — 1» Philosophes, ou plus précisément lûv h naiSiif 
iuùati^ii-cim. C'est i cette dernière partie qu'appartenait la biographie 
de Pythagûre, qui comprenait au moins Jeui livres, dont nous avons 
encore huit fraRsienis, insérés au troisiime volume des F/açm. 
Hitt. Gtxc, éd. Didot, p. 41. L'autorité d'Heimippe a da être grande, 
car nous le voyons produit en témoignage \ chaque instant par Plu- 
tarque. Athénée, Diogtne et le^ant^tirs de Diogéne. Josèphe (c.ilpion., 
I, 1!) l'appelle très-illustre, et vante son exactitude bisiorique, «ipl 
liàaa.-i linapiccv tintu)i)ic, et saint Jérfime, dans la préface de son BU- 
toira tuMtiattiqyu , s'autorise de son eiempla : ■ Fecerunt quidem 
hoc apud^Grtecos Hermippus péri pale tiens. ■ 

3. Hippobûtus, cité par Clément d'Aleiandrie (Slram.,1, 119; Frogm. 
ItUt. GiTc, l. II, p. 171), par Diogène de Loèrie. V, 90, lamhlique et 
Porphyre, acait écrit une bislaire <les écolc^t <le philosophie, citée par 
Diigéne (Provm.. 19) sous le titre ; llipi alpintuv. Suidas, qui se 
borne à relevtr ce fait, ne donne aucun cktail ni «ur ses ouvrages, ni 
sur l'époque où il a vécu, ni sur son mérite et sa valeur comme bisto- 
riea. 11 est si obscur que H. K. UQller l'a omis dans ses llùiorieru 
grat, etb'apis recueilli ses maigres fragments. 



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VIE DE PyTHAGORE. 25 

comme l'élait toute la population de ceFte Ile, jusqu'au 
moment où elle fut occupée par tes Athéniens. Obligée, 
comme tous les habitants de Lemnos, de chercher uii 
autre asile, sa Tamille serait venue se fixer k Sainos, qui 
devint alors la patrie adoptive de Pythagore*. Cette opi- 
nion n'avait pas trouvé grande créance dans l'antiquité^ et 
le grammairien Théon disait qu'il n'était pas facile de 
prouver que Pylhagore' était un Tyrrhénien*. L'historien 
Lycus, cité par Porphyre', ajoute, sans citer ses auteurs et 
sans se prononcer lui-même sur une question qui lui pa- 
rait indifférente, que si les uns faisaient de Pylbagore un 
Samien, d'autres en faisaient un Phliasien, et d'autres en- 
core voulaient qu'il fût né à Métapontc. Cette dernière 
tradition, aussi bien que celle qui lui donne t'Ëtrurie 
pour pays natal*, semble une méprise évidente : l'autre 
a pour elle du moins quelque autorité, et peut en outre 
Se concilier avec la première. Pausanias raconte qi^e, 
d'après les Phliasiens, la fumille de Pythagore était de 

I. Climeot J'AIenindrie (Strom. I, p. 119). Théodore! (TMrop., I, 
p. 468) répètent le fait, mais au lieu d'Aristarque el de Tbéopompe, 
iU nomment, uns doute par erreur, Aristote et Tbéophr«ste. < liogèoe 
(1. Vlit, 1) n'allègue comme garants de cette tradition qu'Arisioxèoeet 
Cléamhe,missansdou(e pour Néanth 6s, Porphyre (F. P., 15) fait pro- 
bablement allusion a ces autorités, quand il dit que certains, tvioi, font 
de Pf tbagore un de ces tyrrhéniens qui avalent colonisé Lcmnos. Aris- 
tarque est te célèbre grammairien d'Aleiandrie, qui s'était occupé de 
lous les anciens, et n'avait pas dû oublinr Pjtbagore. Théopompe est 
l'historien, djsciple d'Iaocrala, auquel on reproche avec raison d'avoir 
souvent iotroduit la fable dans l'Msioire, mais dont Diodore de Sicile 
et Trogue Pompée ont Fréquemment emprunté les recbercbee. 

î. plut.. Symp.,VI11.8,2. 

3. V. p. b. Ce X-ïCua, qu'il faut distinguer de Lycus de Rbjgium, est 
cité eu outre par Athénée, X, 481), r, 418. Je ne sais absolument rien 

4. Plut, ^mp-i vm, T. 



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leur cité. A l'époque où l'arrivée des'HéracIides jeta le 
trouble dans tout le Péloponnèse, les DorienK d'Argos, 
commandés par Rhcgnidas, prêts à se jeter sur Pbliunle, 
consentirent à 7 laisser la population primitive, de race 
tyrrhénîenne pÉlasgique.à la condition d'un partage des 
terres. Cette condition, acceptée parles uns, fut repoussëe 
par les autres, qui aimèrent mieux s'expatrier, et èmi- 
grèrent dans les lies de la mer Egée, Lemnos, Imbros, 
Scyros, où les Pélasges tyrrbénîens chassés de l'Attique 
s'étaient déjJL réfugiés, et d'où ils furent ensuite expulsés 
par les Athéniens*. Parmi ces exilés se trouvait, au dire 
dePausanias, Hippase, arrière-grand-père dcPythagore, 
au dire des auteurs anonyines de Diogène, Gléonyme, 
grand-père de ce même Hippase. On voit comment la 
tradition qui fait de Pytbagore un Phliasien', peut se 
concilier avec celle qui le reconnaît pour Tyrrbénien. 
Krische veut même l'accorder avec celle qui lui donne 
pour véritable pairie Samos. A une époque contempo- 
raine de l'expulsion des Pélasges de l'Attique, des Sa- 
miens chassés de leur lie par Androclës et des Éphésiens, 
avaient cherché un asile dans ces mêmes Iles où s'étaient 
réfugiés tes Tynbéniens de Phliuiile, cl les deux races 
s'étaient confondues dans ces colonies. Il supjiose que la 
famille de lylhagore, Samienne d'ongiiie,L'Xiléc ctëmi- 
grée dans l'Ile de Lemnos, se confondit avec les familles 
tyrrhénicnnea qui l'iiabilnienl également : c'est ainsi 
qu'il explique l'opinion des historiens qui l'appellent 
Tyrrhénien. Hais puisqu'il fait, comme tout le monde, 

]. Aristoxèae. Diog., I. VIII, 1. 

3. Cicéroo (TvtttU., V, 3], et Diogibe (l. I, H) le meUenl ea rap- 
port avec LËoa, i^ran de Sicyone ou de PbtiuDte. 



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VIE de' PYTHACOHE.. S7 

rRvenir h Samos la famille de Pythagore,*je ne vois pas 
, la nécessité de supposer qu'elle en était partie. En effet, 
de Lemnos, où ses ancêtres avaient jusqu'à lui vécu, 
Mamarcus ou Mnésarchus, son père, alla se fixer à Sa- 
mos, où l'appelaient son commerce et son industrie, et 
oti il reçut le droit de cité ' . 

De tous ces récits, divergents dans les détails seule- 
ment, OD a le droit de conclure que Pjthagore ëlait cer- 
tainement un habitant de Samos, et qu'il appartenait 
peut-être par sa race aux Ioniens ' qui l'occupaient, ou 
aux Pélasges Tyrrbéniens qui avaient colonisé Lcmuos. 

Son père, Uamarcus ou Hnésarchus, qui avait deux 
autres iils, Euaostus el Tyrrhénus', était, suivant les 
uns, un graveur '.suivant les autres un rïdie marchand'. 



1. CMtparuD changement de lâsidenca, toodé sur lei mâmes ni- 
ions, qiia MéanihËs, qui bit natlre Pythagore i Tyr al le croit de 
ruaayrieDne, explique la présence de son père i Samoa. Ce NéanUièi 
de Cy^que était l'auteur d'une biogiaphie des hommes illustres, cit^ 
par BUeiue de fiyztnce, et d'une biographie spéciale dei pythagori- 
Cteus, k laquelle sont empruntés les quatre fragments conservés par 
Clément d'Alexandrie, Théodore!, Porphyre (K, P., où il faut lire, 1, 
NéauthAs au lieu de Cléanlhe) et Jamblique (J/iif. Grxc, t. III, p. 2). 
Quoique Pline {H\il. fiai., VIII, 34) l'appelle un écrivain recom- 
tnandable • ioler auctores GrKcix non spretus, • — compliment qui 
pourrait hlen être ironique, — il n'y a pas grand fond à faire sur 
ses rëcils. Ses nombreuses erreurs et sa crédulilé, remarquées déjà par 
Plutarque (Symp. , 1, 10), aia,ient suscité una réfutation aipresse de 
PoléiDon, il Toî; spic Nisv6iiy àriorpsfxïc. 

!. Ralbgeber en veut faire nèanmoius un. ËoHen de race, comme 
la population primitive de Phliunle et de Samos, oij il avoue cepea- 
daol que dominèrent bienlât les colons de race ionienne. 

3. Porph., ¥. P. 10. Porphyre, copié par lamblique, 4, est le seul 
qui nous fasse connaître le nom de sa mère, qui se serait appelée 
Pylbais, et serait descendue d'Ancée, fondateur de Is ville de Samos. 

A. Diog., 1. VllI, I, ôa>.Tu).iôi).«ço;. 

b. lamb. >'. P. â. Porph. V. P. 1. U. Rathgcber (p. IX) Imagine 



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S8 VIE DE PYTIIAOORE. 

C'est probablement la même cbose que les tradîtion.s 
expriment par des mois difTérenls. L'induEtrie du gra- , 
veur d'anneaux, qui touche à l'art, surtout chez les an- 
ciens, où il eu forme une branche intéressante i plus 
d'an titre, se lie nalurellement aussi et presque néces- 
sairement avec le commerce des pierres et des métaux 
précieux. Mamarcus pouvait donc être à la fois un fa- 
bricant, presque un artiste, et en même temps un riche 
négociant. Je. veux tout de suite faire remarquer à ce 
propos que la nécessité de se procurer l'oi*. les pierres, 
les métaux précieux, matières premières de son indus- 
trie, portait déjàje graveur vers l'Orient ; niais n'oublions 
pas que c'est dans l'Orient aussi que se trouvaient les 
premiers modèles et les meilleurs ouvriers de son art. 
Dans le travail des pierres dures qui servaient qux an- 
neaux-cachets, wfpvj'tSEi, dont l'usage était si rt^pandu 
dans l'anliquitë, ce fut sur les modèles et h l'imitalion 
des artistes phéniciens-babyloniens, qu'au lieu de cylin- 
dres grossièrement eniaillës, les Grecs commencèrent^ 
pratiquer la gravure en creux de figures entières'. Il n'f 
a donc, à priori, rien d'impossible, rien d'invraisem- 
blable dans les récits qui nous montrent Pyibagore en- 
treprenant dans sa Jeunesse, peut-être pour les besoins 
de la maison de commerce de son père, ce qui n'exclut 



que HnAMrque était allé fonder en Étrurie un Atelier de grtTure lur 
pierre et sur métaui, qu'il y resta douze ms et que c'sot ce fait qui 
eipli(]ue l'origine lyrrhéaienne qu'Aristoiàne donne à Pyihagore. 
C'eat pendant ces douze années qu'il aurait gravé sur un scnrabée Ips 
cinq héros éoliena. H. Raihgeber renvoie i deui de ses ouvra^çes que 
je n'ai pu me procurer, Arch-Tolog. Schrifl.,Th., l,p. 34S; Gouheiten 
<l«r^ioJ«r,p. 46(ietA61,6S1.66«, tiâS. 

1. Ottt. HQUer.ircA. de fart, $98,240 01343. 



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V[E DE PyTHAGORE. 29 

pas la cunosité scientifique, de longs voyages, et lui font 
visiter non-seulement l'Egypte, mais l'Orient, jusqu'Jt la 
Babylonie et aux Indes'. 

La dale de la naissance de Pythagore, comme celles 
de ses voyages, de son arrivée en Italie, de sa mori, ne 
peut êlre fixée que d'une façon approximative. 

DodwelP la fait descendre jusqu'à l'OI. 5!. 3 = 570 
av. J. G. : il fonde son calcul sur le fait, plus que dou- 
teux, de ta captivité de Pylhagore à Babylone,où il aurait 
élé emmené par Cambyse*, et sur la part qu'il aurait 
prise & la guerre contre Syracuse et Agrigénte*. Bentley 
a démontré l'erreur de ces calcula, et a proposé une 
autre date, fondée sur les témoignages d'Éraloslhëne et 
de PhavorinS qui rapportent que dans la !'■ année de 
roi. 48 = 589 av. J. C, Pylhagore ayant combattu 
aux jeux olympique», remporta tous les prix ; il con- 
fondait ainsi, comme lui répliqua Dodwell, Pylhagore 
l'athlète et Pylhagore le philosophe, confusion que n'au- 
(orise même pas le texte de Diogëne. 

La Nauze ' plaçait la naissance de Pylhagore en 640, 
ses voyages vers 622, son retour h Samos vers 600,d'où 



1. Suivaul Néaothès, HnÉsarque lui-mime s'était relire en Phé- 
DÏcie, à Sidim ou à Tyr, et c'est Jà que serait né le philosophe. Clem., 
(Strom., I, p. 351.) 

I. Dissert. III, de Veter Grxc. et Rom. Cyci., p. I3T-148. Conf. 
Krische, de SocUt a Pyth. conditx scopo, p. 1 et 3. Brandis, Getch., 
1 1, p. M2. 

3. lambl., % 19. Je ne yois rien, pu même le g 264, qui autorise 
H. Kriscbe \ aiimeUrB que ce récit a pour lui le témoignage d'ailleurs 
suspect d'&poUooius. 

4. Diog., I. VIII, 40, d'après Hermippe. 
i. Citis parDiog., l.VUi,47. 

G. Uém. der&cad.dasliucr., t. XIV, p. 396- 



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30 VIE DE PYTHACOHE. 

il le faisait repartir presque immédiatemeDt pour se 
rendre en Ilalie : établi d'abord à Crotone, puisàMéla- 
poule, enfin en Sicile & Agrigenle, il y meurt en 550. Fré- 
ret attaqua ces conclusions avec la rigueur et la précision 
de son savoir et de son esprit critîque.et montra qu'elles 
reposaient sur des faits absolument erronés, comme les 
rapports de Zamolxis et de Zaleucus avec Pythagore : 
l'illustre critique prend pour point de départ la mort, 
qui est nécessairement postérieure à ]a ruine de Sjburis, 
c'est-à-dire à l'année 510. L'époque de la naissance àé' 
pendra maintenant de la durée qu'on donnera à la vie. 
D'après Fréret, on peut Famener au plus vers 582 le 
commencement de cette période de la vie que les Grecs 
appelaient jjXtxCa. Cette période est fixée pour notre phi- 
losophe entre les années 576 et 532 par Cicéron, Dcnys 
d'Haï ica masse, T, Live, qui, d'un commun accord, font 
Pythagore contemporain de Polycrate, de Cambyse, de 
Servius Tullus.et deTarquin le Superbe. On peut reculer 
enQn sa naissance jusqu'à l'an 608. 

Nous avons adopté une chronologie quelque peu dif- 
férente, suivant ici les calculs de Krische et dll. Zeller, et 
nous plaçons la naissance de Pythngore vers l'Ol. 50, c'est- 
&-dtre de 580 à 576 av. J C. Cette date ne peut pré- 
tendre à une certitude mathématique, et, comme l;t plu- 
part des faits de cette Vie, de bonne heure défigurés par 
le merveilleux des légendes, n'a guère qu'un peu plus 
de vraisemblance que les autres. Aristoièoe, le plus an- 
cien et le plus autorisé de nos témoins, nous dit que 
Pythagore avait kO ans lorsqu'il aborda à Crotone*. 

1. Frtgcn. 4. Hwl. Orsc, i. Il, p. îlï. 



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VIB DE PYTHAGORE. 31 

Cicéron * et Aulu Gelle^, plaçant son arrivée en Italie 
dans la première année du règne deTarquin le Superbe, 
01. 62 = 532 av. J. C, font descendre par conséquent 
8a naissance à l'Ol. 5S = 573. Clément d'Alexandrie*, et 
d'autres auteurs qui le suivent', parmi lesquels Eusëbe, 
qui traTaillait sur la Chronologie d'ApoUodore', mettent 
à cette même date de l'Ol. 62 = 532 l'époque de sa cé- 
lébrité, iihula, que Oiodore de Sicile* fait remonter à 
roi. 61.4 = 53l,et DiogènedeLaerte'àr01.60=540, 
confondant sans doute cette époque srvec la date de son 
arrivée en Italie, qui a dA >a suivre d'au moins dix ans. 
Eosèbe Gxe la mort de Pythagore à l'Ol. 70. 4=497. 
SU est mort à 80 ans, comme le pré'end Héraclide Lem- 
bus', la naissance descendra à l'Ol. 50. k = 577; s'il a 
vécu 90 ans, comme le snuliennent le plus grand nom- 
bre des auteurs », elle remonlera à l'Ol. 48. 3 = 587, et 
elle remonterait bien plus haut encore si nous devions 
ajouter foi aux chiffres invraisemblables d'Iamblique ", 



1. Btp., II, IS. ■ Oljmpias enim 2* et 60* eadem Suparbi rsgni 
JDilium, et Pjrthtgone déclarai idredlum. • 

5. N. AU., IVII, îl. 

3. StnnH.,.1, 303, b et 333, a. 

t. TfttieD, Or. e. Gr»e., c. 84. Cyrill., adv. /ul., I, p. 13. 

a. Chrotâe., t II, p. IQl ; Prxp, Ev., X, p. 496. 

6. Fragm. du 1. X. 
1. Vlll, kS,. 

8. Diog-, I. Vin, U. Cet Héraclide Lembus avait, outra un grand 
ouvrage original d'bisiaire, abrégé les Généalogiet dti philoiophei 
de Solion, et lea Biographiti de Salyrus, Si c'est de lui que parle 
Denji d'Halica masse [de Comp. verb., c. 4), c'était uo écrivain né- 
gligé et sans arl, dont an ne pouvait supporter la lecture. Nous ne sa- 
vons rieo de sa véracité ni de son eiactitude historiques. 
. 9. Diog., I. Vlll, 44, ot KUiau(. 
10. V. Pylh., $ 365. 



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32 VIE DE PYTHAGORK. 

de Tzetzès', de l'Anonyme de Photiua*, de l'autenr d'un 
écrit pylbsgoriqae cité par Galien', qui le foot vivre 99, 
100, 104 et 117 ans. 

Antiloque, cité par Clément d'Alexandrie*, avec une 
précision singulière, fixe IVik(« de Pjthagore 3tS ans 
avant la mort d'Ëpicure, c'est-i-dire & l'OI. k9. S = 
583. Comme on ne peut pas donner moins de S5 ans à 
l'homme qui a atteint ce degré de célébrité et de renom- 
mée, il faut placer la naissance vers l'OI. k3 = 608. C'est 
la date adoptée par Fréret '. Bien plus haut encore Qons 
, ramènerait une leçon de Pline, si elle était certaine : 
parlant de certaines découvertes astronomiques, l'au- 
teur de l'Histoire Naturelle arrive k l'éloile appelée Lu- 
cifer, et dit : - quam naluram ejus (Lucirer) Pythagoras 
Samius primus deprehendil, 01. circiter XLII, qui fuit 
urbis Homœ 143. > Hais ces deux chiffres sont fort contes- 
tables et je lis dans mon édition, > 01. I.XII = 288 ab 
(Jrbe condita. » 

1. Chi(.,XI,g3: 100 ans. 

% Cod., Vit. Col., 1313 .' 104 ua. 

3. De rtmed. parab., l. XIV, p. 5fiT. 

4. Strcm., I, c. iti, p. 133. C'est le seul fragment comeiYé da cet 
ierinin dont on ne «ait, ou du moins dont je ne sais rien de plus. 
C'est peut être de lui que parle Deaya d'Haliccrnuse {De comp. vtrb., 
c k), et qu'il ligDilfl comme un écriiain incorrect. 

5. K. Fr. HermauQ , dxns ses StaaUaltrrthûmer, p. 338, &it dé- 
pendre rtpoque de la vie de Pyth&gore de celle de la tyraonie de Po- 
Ijcrate, qui l'aurait lorcé de quitter Samoa, sa patrie. C'ssl aussi le 
point de départ des calculs de Fil. I^parelli {Diaert. lopra la nitnone 
e la patria diPillagora, dans les Dissert, dell' Acad. di Corlona, VI, 
p. 81), et de Ottf. MOUer {di« Etnuker, II, p. 346). Hais que devient 
C« poiot d'appui, si Pjthagore n'est pas de Samos, ou si le fait quHl 
s'est eiil^ de u patrie pour fuir ta tyrannie de Polycrate n'est pa* 
certain : or il n' a guère pour lui que l'autorité de la ThéologU ariAmi- ■ 
tique,a. Ti, p. 41. 



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VIE DE PYTHAOORE. 33 

La tradition qui faisait de Numa un contemporaïD et 
nn disciple de Pytliagore ne nous est connue que par 
les auteui^ qui l'ont réfutée'. Le passage le plus caté- 
gorique est celui de Gicéron* dans la République, où il 
dit que cette opinion, toute répandue qu'elle est, estaoe 
erreur, et une erreur absurde ; car, ajoute-t-il, ce n'est 
que soos le règne de Tarquîn le Superbe, et dans la 
4' année de ce règne que nous voyons Pythagore se 
montrer à Sybaris, à Crolone et dans toute cette parUe 
de rilalïe. L'arrivée de Pythagore, qui coïncide avec l'a- 
vénement de Tarquîn , est de la M' 01. = 582, av. 
S. G. Il est facile de s'assurer, en comptant la durée des 
règnes, que Pythagore n'aborda guère en Italie moins de 
140 ans après la mort de Numa : c'est Ujine ,chose qui 
ne présente pas le moindre doute aux écrivains versés 
dans le calcul des temps'. Or, il est à pe^ près certain 
que pour toutes les questions chronologiques, Gicéron 
s'en référait, soit directement soit indirectement à Apol- 
lodore ^, et, par conséquent, son récit a pour lui l'au- 

1. C\aêTOu{d«OTat., II, 3T; ruwul., IV, 1; de BBp.,II, I5},T. Ijïe 
{I, 18; XI, M), qui ont l'»i rd'imputar celle erreur à Piaoa oui Valé- 
ribs d'Anttum, Pline (H. S., XIII, 37), Denys d'Halicamaue [Ànt. 
Mom., II, &9), Plutaïque (Num., c. i),qui imagine vivant t cette épo- 
que, 01. 16=718, un Pythagore de Laconie. 

2. DeSep.,ll,n. 

3. ■ Oui diligentiasime persecutl sont temporum anoales. > 

4. Gicéron, en effet, écrit k Alticus [XII, 33) : •■ Sous queUoonsuU 
Caméade est-il venu à Rome en ambassade? tu trouveras celte date 
dans ton litre d'Annales,, acriptum estin'Anoali tuo. • Qui était donc i 
ce montent à la léte de l'ËcoIeT quels étaient les hommes politiques 
célèbres d'Athènes? ta pourras, Je crois, trouver tous ces faits égale- 
ment dans Apollodore ; • quie te tUam iu Apollcdori put. passe luve- 
Dire. > De ce mol etiam, U. Kriacbei p. 9, conclut ingènieusemecit 
que VAnnalù d'Atlicus était un autre ouvrage que U Chronologie 
d'Apollodore. 



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34 VIE DE PYTHAGORE. 

torilë e^ave et considérable dans l'antiquilé, de ce savant 
chronologîste'. 

Comme tous les Grecs, Pythagore, dès son enfance, 
fui nourri de musique et de poésie et alla demander aux 
exercices du gjmnase le développement de la grâce et 
de la force corporelles, qu'ils ne séparaient pas d'une 
bonne éducation libérale '. L'un des maîtres de sa 
jeunesse fut Hermodamas ou Léodamas, surnommé 
Créopbyle, rejeton de ce Créophjle de Samos, qui avait 
eu pour hôte, suivant la tradition, le grand Homère, et 
qu'on considère comme le chef ou l'ancêtre mythique 
d'une des corpcrations de Rhapsodes et d'Homérides. 
C'est ce vieillard, qui habitait Samos sans doute, qui in- 
spira à son jeune élève cet amour particulier du vieux 
poète ionien', dont il se plaisaiti chanter les vers au 
sonde la lyre*. Nous n'en savons pas davantage sur 

1. Apollodnre d'AlhËnes est le grammairien célèbre, Sts d'AscU- 
piade, et disciple de Paatelius de ttlindes et d'Arislarc]ue d'Alexandrie. 
Outre la Biblioltùqur, dont nous STons conservé trois , ma.ii dont 
Photius connaît vingt-quatre livres, il avait écrit un ouvrage de chro- 
nologie, que Scymnius de Chic appelle une chronograpbie, V, 34, et 
qui était en vers ïambiques, [litpip Eà ïaÙTiiv inTiBivoi npoiiXiTO, T(p 
«ii|ux^ ti, \T\i «gfT|vtIgi( X^P'^i 1"^ Suidss, V. ïnoX).., qualifie, on ne 
sait trop pourquoi , de Tpaiissifoi. On en cite quatre livres (dont 
69 fragm. conservés, Fragm. Uisl. Grxe., t. I, p. 435), qui semblent 
être l'abrégé d'un ouvrage beaucoup plus étendu, si tel est bien Is sens 
du vers de Scymnius : Dàv^w jititoii'ftv tSv xûSnv tlpiipivwv. L'auteur 
anonyioe du petit ouvrage sur les Allégories d'Homère lui donne l'é- 
loge d'uD historien très-grave : itipl nâaav tsrapiai Sinôc. Nous sa- 
TO[is le cas qu'en falsaieul Cicéron et AUicus (ad AUic, ZII, 23), et 
nous le voyons produit ï chaque instant par DiogËue de Laërle, et sou- 
vent par Etienne de Byzance et Eusèbe. 

2. Porph. II, d( n KiSafimaù xal naiSoTpiSou un! ïiaYpifov. 

3. lamb., 260, i6v 'Osinpov psliiorii inanciv, 

4. lamb., 63 Porpbyr.,16. Apul. Florid., Il, 15. • Psailendi musi- 
coque omnis mullo doctissimus. » 



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VIE DE PYTHAGORB. 35 

réducation de son enfance : quant à ses maîtres dans la 
science, quant k son éducation philosophique, on peut 
dire que nous en savons trop, pour ne pas inspirer de 
légitimes soupçons : en effet, il n'est pas un seul des 
philosophes célèbres de son temps avec lequel on ne le 
mette en rapport. A Samos même, et, plus tard à Syros, 
ou suivant d'autres à Lesbos, il ayait entendu Phérécv- 
de, de Sjros, que plus tard il serait allé soigner dant 
sa vieillesse et dans une maladie, et auquel il aurait été ' 
rendre les derniers devoirs k Délos'. 

Phérécyde, contemporain de Thaïes, paratt avoir été 
le premier prosateur grec *, ou plutôt le premier philo- 
sophe qui, dans l'exposition de ses opinions, se soit af- 
franchi du joug du mètre et du rhylhme, sans renoncer 
cependant ni aux ornements ni au style de la poésie. 
Dans un ouvrage obscur, et à l'aide du procédé de l*in- 
terprétalion allégorique, il avait enseigné une espèce de 
théorie théologique, c'est-i-dire exposé une cosmogo- 
nie, où l'on aperçoit un effort pour distinguer entre eux 
tes différents principes matériels qui ont contribué à 
former le monde, et pour les distinguer tous delà puis- 
sance intelligente et divine qui les ramène h l'ordre*. > 



1. Diog. L. ,TIII, qui cite (1, 118), comma «es autsure Aristoz^e, 
et(VlIl,40) Héraclide, l'abréviateur des Vies de Satjnis. Porphyra 
produit le témoignage de Dicéarque (SG), et de Méantliès (SB), sur le 
même laitqoe le borasà répéter lamtiljque (II)). Cicéron (Tuic, I, 
16), dil égalemenl : ■ Pherecydes Syrius.... Hanc opinionem dûcipu- 
Itu ejus Pythagoras maiime canBrmavit. > Suid. v. ^p. iiiax^va' 
ti fut' afrieCi Uuïa^opiiv Is^d;. 

3. Suid. T. 4>tp. Plia., But. nal., VU, 56. 3trab., 1 , p. 18, a, b. 
IrisUt., ira.. £IV, c. IV. II mêla la philasopbie k la poésie, dit An*- 
iota. 

3. J'h«rwv<'' /'ivgin. Sturz. Leips., 1814. 



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36 VIE DE pyTHAGORK. 

Plusieurs écrivains le considèrent comme le premier qui 
ail enseigné l'immorlalilé de l'&me' et, du moins, c'est 
lai qui, en soutenant le premier la thèse de ta migra- 
tion de l'Ame', faisait de l'immortalité une consé- 
quence logique et un principe métaphysique nécessaires 
de sa doctrine. Il est prohable que celle pensée, qui naît 
si naturellement de l'horreur de l'être pour le néant, et 
qu'on attribue également à Pjthagore, est une de ces 
. vieilles opinions qui n'ont pas d'origine historique, ni 
d'auteur individuel, tant elles semblent jailhr du fond 
même de la nature humaine *, et qu'elle se trouvait déjà, 
enveloppée de symboles, dans les traditions mythiques 
des mystères. S'il n'est pas certain ni vraisemblable que 
Phérécyde en soit l'auteur, il parait probable qu'il l'a- 
vait adoptée, et il est possible qu'il en ait transmis le 
germe i Pythagore '. 

Non content des maîtres qu'il put trouver dans sa pa- 
irie, on veut qu'il ait été h Milet entendre Anaximandre 
qui lui aurait enseigné les mathématiques, et a pu 
lui faire goûter ce principe des Ioniens, que la matière 
des choses est l'infini ^ De là il se serait rendu en Crète, 
pour y voir Épiménide avec lequel, après avoirétéini- 
tié aux mystères des Dactyles, il serait descendu dans 
l'anlre de Jupiter Idéen ', et pour y étudier la législation de 

1. Cic, Txuc, 1, 16 : • Pherecydcs S/rius primum diiitinimos bo- 
ffltnum esse sempilernos : anliquus aane. • 

3. huià. V. «ip. 

3. Plal,, PAj'don, TOc. : Hslsiit t^v dSv Ioti ti; i&joi. 

i- De mAïue qu't Pyltiagore, on atti ibue à Phérécyde une puissancs 
miraculeuse et une science surnalurehe. Euseb., Pr.rp. ev., XIV, 13. 
Apollonius Dyscole, fli«. Commtni., c'. vi. 

5. Apul.,F(orid, II, 15. Porphyr., î.qui dite ApolloDius:Iaaiblique 
II, ajoute TbalËs 1 AnaximaDdre. 

6. Apul., I. 1. Diog. L., Vni, 3. 



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VrE DE PyrilAGORE. 37 

Minos, comme à Sparte pour y coanattre les inslUutions 
de Lycurgue'. Délos se trouvait sur sa route, il alla y 
adorer Apollou Gfuitor, et lui oETrir un sacrifice, sur celui 
de ses autels qui n'était consacré qu'aux offrandes non 
sanglâmes*. On peut douter de la réalité de ces Tojages, 
parce qu'on semble y découvrir l'intention d'expliquer 
par des faits historiques et des relations personnelles, 
certains traits des doctrines de Pylhagore et des pytha- 
goriciens, par exempleile principe de rinfini maintenu à 
côté du fini ; le caractère sévère et dorien de ses con- 
ceptions sociales et politiques; la défense de faire aux 
dieux des sacrifices sanglants. Hais s'il est impossible de 
démontrer historiquement la réalité de ces voyages, il 
-n'est pas plus facile d'en prouver la feusseté : car ils 
n'ont rien en soi que de vraisemblable, et il en est un 
au moins dont je ne puis croire que Pythagore se soit 
abstenu, c'est le voyage de la Grèce propre. Aussi j'en 
croirais volontiers Aristoxène' qui nous le montre à Del- 

1. limbL, 3^. H. Krisclie donne pour autorité au rAcit d'Iambliqoe 
le lémoi^ige d'Apollonius. Je>De laia sur quoi il se ronde; le leite 
dit d'une numière générale Uyiiai, et ce DomiDe personne. Justin, 
XX, 4. 

}. Diog. L. I, U8. Porpbyre, 16, place es voyage plus tard, i son 
départ définitir de Samos. Uiodura de Sicile {Excerpt. de Virt. et VU., 
forte e libro J, éd. Taucbnilz, t. VI, p. 31), qui le fait rester un asseï 
tongtemps à Uèlos, veut qu'il s'; soil rendu d'Italie. Porphyre (5â) 
constate en effetque plusieurs bïstoriens pla;aienl le voyage de Délos 
pendani la soulèvement populaire de Crolone. Uaid Dicëarque etd'au- 
iset auteurs, que Porphyre [&6J qualilie de plu9 eiacIs {àxfi€imip<n) , 
sHitenaient qu'à celte épo'jue Phârécyde élail mort. Pbcrécyde est 
mort en effet, d'après les calculs de Sttirz, p, 7, 01. 59^544; ce qui 
place le voyage de Délos avant l'arrivèf en Italie, lambllque (1H4 et 
!£>2),d'aprés Sotyrus, et Héraclide, le placent quelque temps seulement 
avant la mort de Pyùiagore. 

3. niog. L., VtII,8et3l. 



n,gti7cd3*G00glc 



38 VIE DE PYTHAGORE. 

phes en rapport avec 1a prêtresse Thémisloclîe, quePor 
phyre' appelle Arisluclie, et Cicéron, qui lui fait visite' 
Phlianle, berceau de sa famille, où il aurait eu, d'aprèi 
Héraclide du Pont, la conversation fameuse avec le lyrar- 
Léon'. La Grèce avait d^jà un élémentphilosophique en- 
veloppé, confus, mais actif, dans les enseignements des 
mystères et des associations orphiques : une telle source 
d'informations ne pouvait être négligée par un esprit 
aussi curieux. Hais l'époque delà formation scienliSque 
de la théologie orphique est trop incertaine pour qu'on 
puisse affirmer qu'elle a exercé une influence réelle et 
précise sur Pylhagore. D'ailleurs ses mythes sytnboU* 
ques, ses représentations fantastiques contiennent un 
assez petit nombre d'idées philosophiques, et n'en con- 
tiennent pour ainsi dire aucune qui ait rapport à lacon - 
ception originale de Pylhagore. 

Ce qu'il demandait aux voyages était sans doute autre 
chose qu'une 'doctrine toute faite, et un ensemble arrêté 
et fermé de croyances et de pensées. 

Je trouve, en général, qu'on oppose k priori aux voya- 
ges des anciens philosophes une incrédulité trop systé- 
matique etquejene crois pas légitime. Les Grecs étaient 
et sont encore des commerçants intelligents et entrepre- 
nants, de hardis et intrépides marins. De bonne heure, 
l' urs navires, qui n'étaient pas d'un tonnage inférieur h 
ceux du petit cabotage actuel de l'Archipel, battaient la 
mer Méditerranée depuis les cdtes de Syrie jusqu'aux ri- 

1. Porph.,41. 

}. Cicémn {Tuse., V, k ; Valère Uai., VIII, T) Is fait assister aux jeux 
otjmpiques à son retour de Lacédimone, et c'est là qu'il se serait 
donné le nom île philainplie. 



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VIE DE PYTHAGORE. 39 

Tages orientaux de l'Espagne. Ils avaient le génie dii 
commerce, et aussi le goût des aventures : ils étaient 
avides de voir et de savoir. Le commerce exige des 
voyages; mais de plusà celle époque les voyages étaient 
presque la seule source d'informations et un des meil- 
leurs procédés d'observations et d'expériences philoso- 
phiques '. Voyager, pour an homme d'esprit, c'est voir 
non-seulement les lieux et les choses ; c'est aussi et 
surtout voir l'homme, et l'étudier sous les aspects mul- 
tiplesdesa riche, ondoyante et mobile nature. 

Ulysse, le représentant siuon le plus héroïque et le 
plus aimable, du moins le plus vrai, le plus complet de 
la race grecque, n'est le plus sage des hommes que 
parce qu'il a beaucoup voyagé : 

IIoX)^)V S' àvOp(&n(uv fàtv aoTca, xetl \6ov îfva^, 

Oansunlempsoùihi'yavaitguëredelivres, la meilleure 
manière de s'instruire et de connaître le cœur et l'esprit de 
l'homme, était de l'étudier dans le grand livre de la vie 
et dii monde. Les pythagoriciens recommandaient ex- 
pressément cette méthode d'instruction philosophique : 
a II y a deux voies pour arriver h la sagesse, dit Archy- - 
tas : l'une est de posséder la science mathématique et - 
spéculative ; l'autre de voir le monde, de se mêler aux 
affaires, et de les voir, et de s'y mêler de sa personne 
même*, pourenrecueillir l'impression vive et fraîche. 
L'étude abstraite, sans la pratique de la vie et l'expé- 
rience des hommes', comme l'expérience sans la médi- 

1. Hom., Oit., 1,3. 

î. Stob. , Florid. , 1, 12-81 : tS jj^i oitiv îïivto. 

3. M., Id. : &Kpoa|iidTH<ri ôl koXJidIc ■»■ itft,i\iifie<iit. 



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40 VIE DE PYTIIA.CORE. 

talion spécalatÏTe, ne donnenl ni une vraie connaissance 
ni une vraie sagesse. On a l'esprit également aveugle, 
tantôt quaud il s'agit de juger les faits particuliers, 
tantôt quand il s'agit de s'élever aux idées générales. » 

Il n'est doDC pas étonnant que, comme tous les esprits 
avides de savoir, Pjthagbre ail entrepris ces grands et 
nombreux voyages dont on s'étonne et dont on doute 
trop volontiers. Il faudrait s'étonner plutôt qu'il 
n'eût pas obéi k ' l'impulsion naturelle qui entraî- 
nait, A cette époque, les intellieences curieuses, et 
qui foisait des voyages comme une préparation uni- 
verselle et nécessaire à l'étude et à la science *. On con- 
statait en effet, comme une chose bizarre, et comme une 
singularité de plus dans sa vie extraordinaire, que So- 
crate était le premier philosophe qui n'eût pas demandé 
au commerce des hommes et au spectacle des mœurs, 
des coalumes et des opinions étrangères, un complé- 
ment et peut-ëlre un correctif à l'observation interne et 
à la méditation solitaire. 

Mais en admettant que Pflbagore ail dâ,conime tous 
les philosophes de son temps, chercher dans l'expérience 
de la vie et du monde, dans ces observations qui nais- 
sent, pour ainsi dire, toutes seules de la vue des choses 
et de la pratique des hommes, un nche fonds de faits 
psychologiques, une maturité plus rapide', ou un déve- 



I. Istnbl., 28 :itàvti( ol Kporipov fiXavof^irovct; iaiUvautTii pio* 

1. Heraclite 1s Physicieii, qui ava.it «u pour maîtres, suivant Dlo- 
gine ds L., IZ, b, Mao^tane, contecaporain de Pytbagore, et Hip- 
ptsus, aon disciple immédiat, disait, pour prouver que la profondeur 
et l'étendue dea connaissaïues ne constiluenl pu une science saine : 
.iT(Du}«dil Hvil^zau loroplqv ^insi àvïpûxwv iiàlinnc irâvTMV 



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VIE DE PYTHAGORE. 41 

loppenient plus étendu et plus complel, de l'esprit, je 
suis bien éloigné de vouloir dire qu'il ait emprunté aux 
nations qu'il visita les idées qui sont caractéristiques de 
la doctrine connue sous son nom. Rien n'autorise cette 
opinion si répandue même parmi les anciens, que la 
philosophie, la religion et les arts en Grèce ont une ori- 
gine étrangère 'mais tout en reconnaissant le caractère 
original de la philosophie grecque et de la philosophie 
de Pylbagore en particulier, ce n'est pas non plus une 
raison pour nier absoluraenl des voyages qu'une tradi- 
tion constante lui attribue. Pourquoi Pythagore n'aurait- 
il pas ?isilé lu Phénicie et la Judée comme le disaient 
Hermippe et Alexandre Poiyhistor, cités par Origëne', 
Arislobule^, Josèpjhe, Clément d'Alexandrie*, Cyrille* P 
Sans doute bien des fables se sont méléesà ces récits, 
et l'imagination d'un cAté, de fausses inductions de l'au- 

- AÎDii voili attestée p&r un coalemporain uoe conauissance pratique 
proroDde des hommes, c'est-i-dire la réalilé des [lombreux Toyages de 
Pylttagore. Ion de Chloa, dans une fpigramiDa conservés par Dickens 
LÎerte, I, 110, djlde lui : EIsip nuSoréf ii: iiO|wi( i aofbi; nipîffirnwv 

I. Josî'pba, e ^pûtft., 1,11 : et On ne connaît, dit-il, aucun écritau~ 
Uienliquede Pytbagore, dont cependant beaucoup ont raconté l'his- 
toire, entre autres nilurlie et exact Hermippe. Or, dans le premier 
de ses livres sur Pjlhagore, il nous apprend.... (suit un récit sur les 
migrations de l'Ame) ... Ces croyances et ces opinions c'étaient, sui- 
vant Hermippe, continue Josèpha, qu'une rsproduct ion des croyances 
des Thraces et des Juifs, qu'il avait admises. » Bt JosËphe ajoute ; «Il 
est très réel qu'on dit que ce philosophe avait tiaosporlé tlana sa phi- 
losophie lea idées religieuses des Juifs. • Orig. c. Celt., 1, p. 13, éd. 
Spencer. Atr«Tw ai xaî *E(>|U]cna: iv tu npûriy nipl vo^<>efTfW loro- 
filiivst lluSoYOpav ■n\i iaMiov fCkaaoflav àsb louSiiù» tli *Ellf|vaï 

î. Aristob., Euseb., Prxp. ev., IX, 6, 8; Xlil, lî, 1. 
3. Strom., V, 560, a. 
A. CjriU., adv. Jtrf.,1,39. 



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ki VIE DE PYTIIAGORE. 

tre,on( malliplîëau delà de toute vraisemblance le nom- 
bre de ses voyages. C'est ainei que Cicéron < et Valère 
Maxime* le montrent en Égypie et en Perse; Strabon'el 
JusUn ' en Egypte et k Babylone ; Anliphon, dans sa Bio- 
graphie des hommes illustres citée par Diogëne*, et Néan- 
Ihès cité par Porphyre', en Egypte, en Chaldée, en 
Perse ; Alexandre Polyhistor dans son ouvrage sur les 
Symboles pythagoriciens cit6 par Clément' en fait le 
disciple de l'Assyrien Nazaralus, et veut, commeApoUo- 
Mtus ', qu'il ait en outre entendu les druides de la Gaule 
et les brolimanes de l'Inde. 

Il est bien probable qu'il n'est pas allé bI loin, et il 
est dînicile de démêler l'erreur de la vérité, dans ces 
traditions embellies. A défaut de preuves historiques, il 
serait périlleux de substituer la preuve par induction, à 
l'aide de laquelle Gladisch ' ramène la philosophie pj- 
Ihagoricienne h la morale des Chinois, comme la philo- 
sophie éléatique au panlhéisme des Indous". La réa- 
lité de toutes ces analogies forcées, pour la plupart , 
toutes très-vagues**, très-indéterminées et très-isolées» 

I. D# Fin., V, 29. 
î. V1I1,'8. 

3. X[V, 16. 

4. XX, 4. 

5. VIH,3. 

6 F. P. I et 7. . 

7. Clem. Alex., Sirom., I, 15. Alex. Pol., Sngm. 138, 

8. Philosl., Fil. ^potion., Vni, 34T. 

9. Die Religion u. die Philosophie, 1S&3. 

10. Hôlh {Cetdiiehu der unserer abendlândisehen PMlotophit, I, 
74, 341) soulient que c'est à la religion de l'Egypte que Pjthagore et 
tous les pbilDsophes grecs ont emprunté leur* systèmes, en y miUnI 
lesdoctrines.de Zoroutra. 

I I . Jl est cependant curieux d'en noter quelques-unes : Les Chinois 



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VIE DE PYTHAGORE. ^3 

ne résiste pas A un examen sévère; et, [lar exemple, 
l'opposition des contraires, dont on veut voir le J)rin- 
cipe dans le dualisme de la Perse, est thôologique chez 
les sectateurs de Zoroastre et purement mé(aphy8Î<îue 
chex les pythagoriciens, pour lesquels le mal, sans vertu, 
n'a qu'une existence négative. 

Hais quelque doute que l'on conserve sur la réalité 
àtt ces voyages, qnelque impossibilité que la critique 
éprouve de discerner les faits historiques des traditions 
fabuleuses et des embellissements légendaires, il en 
est un du moins qu'il est bien difScile de contester. 
C'est le voyage d'Egypte, sur lequel presque tous les 
auteurs s'accordent, comme ou a pu le remarquer plus 
haut : il est attesté Don-seulemeni par eux, mais encore 
p!>r Isocrate, Diodore et Platarque : et, si l'on n'a pas 
le droit d'ajouter à ces témoignages celui d'Hérodote, 
on peut dire du moins que le passage de l'historien 
auquel je vais tout k l'heure revenir semble sous-en- 
tendre le voyage qu'il ne rapporte pas. Il est vrai que 
tous ces écrivains joignent au récit des rapports de Py- 
thagore avec l'Egypte, des inductions sur l'origine de 
ses doctrines philosophiques, qui ont compromis l'auto- 
rité de leur narration. Isocrate, en effet, après avoir dit 
que Pylhagore alla en Egypte, ajoute q^a'il se fit le dis- 
ciple de leurs prCtres, et rapporta de là chez les Grecs 

nmènent l'ordre du monde à des rapports de nombres, voient dans 
l'impair la perfection, et da.ns la pair l'imparrail ; fondent la théorie 
arithmétique sir le système décimal, mesurant les intervalles des 
notas musicales par las oambre; 2 et 3 et leurs puissances. Cela 
prouve seulement combiea ces conceptions répondent à la nature des 
choses et à la nature de l'esprit, qui ne cbangent pas avec les temps et 
les lieu^. 



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44 VIE DE PYTIIAGORE. 

toute la philosophie'; Diodore rappelle que Lfcui^ue, 
SoloD, PlntoD ont fait entrer dans leurs législations les 
lois des Egyptiens, et que c'est également aux Égyptiens 
que Pytbagore emprunta sa doctrine sacrée, Up^ ''«r>*> 
la géométrie, l'arithmétique, la migration de l'&me dans 
toutes les espèces animales *. Plutarque ramène égale- 
ment à une origine égyptienne tous les symboles pytha- 
goriqaes, et répète avec Diodore que tous les sages de 
la Grèce, Solon, Tbiilès, Eudoxe, Lycurgue et Pyihagore 
ont visité l'Egypte et se sont mis en rapport avec ses 
prêtres*. Plutarque connaît le nom du maître persan 
de Pythagore qui, suivant lui, s'appelait Zaratas* et il 
n'ignore pas les noms des prêtres qui ont initié chacun 
de ces sages à leurs mystères religieux: Soion a eu pour 
maître Sonchis de Saîs, et Pythagore œnonphis d'Hé- 
liopolis. Voilà comment Plutarque explique le caractère 
mystique et la forme symbolique que le pythagorisme 
affecte, et qui donne & nés préceptes de morale comme 
l'aspect d'une inscription hiéroglyphique'. Hérodote, 
sans mentionner expressément le voyage d'Egypte, se 
borne à signaler les rapports prétendus des doctrines ; 

1. £Mir.,c. II. 

3. Diod. Sic, I, 98. D'après Diodore, la statuaire grecque n'est 
qu'une imitation de la, statuaire égyptienne. 

3. Plut.,Svmp,(îu.,VlU, 2.de Iti.clO. 

4. Dt anim. pToertal., 1, 3. Malgré lacesscinbtancedesooms, on ne 
peut guère admettre que Plutarque ait voulu parler de Zoroastre. qu'il 
raitvivrB{d«In.c. 46) cinq milleansavanllaRuerrede Troie. Aleiandre 
Polyhiitor, nous l'avons vu, racontait aussi que Pythagore avait été le 
disciple de l'Assyrien Zaralas, ce que reproduit un certain Diogiïne, dié 
par Porphyre, 13, qui l'appelle Zabratus, et donne pour lieu de ces 
rapporte, Babylone. 

ô. Plut., Symp. Qu., VIII, 6, 1 : Tiïv yàp xaXouiuvuv Ispo^Vuf iiâv 
Ypaqi|tânn aùiti dnoltinii là noXXà tAv nuSayiipiiiûv icap>Yy(X|iBTHV. 



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VIE DE FYTHACOIIB. ' 45 

k propos des vétemeats de laine, il observe qu'il était 
interdit aux Égyptiens de les porter dans les cérémonies 
religieuses, et de les employer comme linceuls, et il 
ajoute que, sur ce point, ils se rencontrent avec ce qu'on 
appelle les Orphiques et les Bachiques, qui ne sont au- 
tres, dit-il, que des Égyptiens et des pythagoriciens', 
c'est-Ji-dire qui en ont admis les coutumes, les rites et 
les croyances'. On peut même considérer comme cer- 
tain que c'esl&Pytbagore qu'il fait allusion, quand, sans 
vouloir expressément nommer personne, 11 dit en par- 
lant de la métempsycose, que cette doctrine avait élé 
admise chez les Grecs, par les uns il y a longtemps, 
par les autres tout récemment '. Certes on a bien raison 
de contester et les rapprochements hasardés et les indue» 
tions plus téméraires qu'on voudrait tirer de ces analo- 
gies douteuses. Le caractère symbolique et allégorique 
de l'eiposition et de l'enseignement, certains usages, 
certaines pratiques en ce qui concerne les vêtements et 
les aliments, enfin la doctrine de la métempsycose*, 
n'ont rien d'exclusivement égyptien. Ces usages et ces 
croyances paraissent avoir appartenu à tous les mystè- 
res, et du moins aux naysières orphiques. Alors même 
que la Grèce eties pythagoriciens les auraient empruntés 
& rfigypte, et que l'organisation des castes sacerdotales 

I. Herod.,U,81. 
I. Berod., II, 113. 

il. Dicéarque, ap. Porphyre, 19, s'exprime avec une certaine réserre 
au sujet lie l'origine égypIisiiDe de ce dogme : ■ l'yttiagore parait |fs(- 
vtiai] le premier qui ail apporta eu Grèce cette doctrine. ■ Je na Mia 
pu d'ailleurs jusqu'à quel point on a le droit d'attribuer à Dictarque, 
qui eslDommé seulement au S 18, Upbraw ioùdente que je viens de 



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46 VIE J»E I 

De suffit pas pour rendre invraisemblable la cooimuni- 
calion à un élranger des dogmes religieux et secrets, ces 
rapports n'dieraieut pas au pythagorisme son caraclère 
original et vraiment grec. Car ces rites et ces idées ne 
constituent pas l'essence diracléristique de la docirine, 
qu'il faut aller chercher précisément là où nulle analo- 
gie avec la théologie égyptienne ne se laisse apercevoir: 
je veux parler de la doctrine du nombre, du Cosmos, et 
du caractère scientifique et rationnel de l'exposition et 
des id^ *. 

Mais M. Ed. Zelkr ne va-t-il pas trop loin lorsqu'il 
pread pour certain précisément le contre-pied de cette 
hypothèse, et lorsqu'il soutient que toutes ces traditions 
au siget des voyages de Pylhagore en Egypte et ailleurs 
sont sans aucun fondement liistorique.el sont toutes nées 
de l'hypothèse, fausse d'ailleurs, de l'origine orientale et 
étrangère de ses principes pbilosophiquesl II est pres- 
que démontré que lus anciens ne s'expliquaient la res- 
semblance des opinions et l'analogie des doctrines que 
par des rapports réels et personnels ; là où od supposait 
les unes, en élail conduit à imaginer les autres. J'ac- 
corde que ce point de vue a pu introduire dans l'his- 
toire de Pylhagore bien des fables, qu'il est difHcile de 
séparer de la réalité; mais je crois que c'est aussi ua 
excès, et un excès de même nature, c'est-à-dire, de rai- 
sonnement, de prétendre que l'histoire des voyages de 
Pythngore D'est qu'une fable, et que Dicéarque, Aristo- 



1. A plus forte raison n'y ft-t-il pas lieu d'admettre cette origine 
égyptienne pour la philosophie de PJntoa, quoi qu'en dise Plutuque 
dt It., c, 4S. 



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VIE DE PYTHAGORE. ' 47 

xène, AntiphoD'n'avaieDi aucun document historique, 
et se fondent sur une pure induction , quand ils 
envoient Pylhagore l'un en É gjpte, et l'autre à Del- 
phes. Car on ne le remarque pas assez ; c'est en vertu 
d'une induction, qu'on ûle toute auturité è ces témoi- 
gnages de faits qu'on accuse de n'être fondés que sur • 
uneinduclion. J'ot)serve, enfin, igae si les anciens ont tous 
cherché à expliquer le rapprochement des idées par des 
relations personnelles, c'est qu'il était clair et certain 
pour eux que le grand mode de la communication des 
idées.étail la communication personnelle et orale ; c'est 
qu'eux-mômes sentaient, pour se mettre au courant 
des doctrines, la nécessité de ces voyages qu'on peut 
contester dans le détail, mais dont on a tort de nier - 
k priori la réalité historique. Ils étnient, suivant moi, 
une nécessité du temps, et les Grecs allntenl sussi na- 
turellement en Egypte* que les Romains allaient k 
Athènes, et que nos peintres, nos architecles, nos sculp- 
teurs, nos chanteurs et nos musiciens vont à Rome 
et en Italie. 

Je ne refuse donc pas toute autorité aux témoins si 
nombreux, qui nous racontent avec un accord unanime 
que Pythagore a visité l'Egypte. Samoa, ville mari- 
time, commerçante, industrielle, avait avec ce pays 
des relations commerciales qu'avait entretenues le 
tyran Polycrate ; celui-ci donna , même , dit-on , 



I. Diog. i.jvm, 3. 

s. Nous voyons en figvpM, Ters ce mSnie temps, Charasos, Mra de 
Sappbo (Hérodote, II, 134), Bt Alcée, son conlemporain. (AIcci rn.gin. 
103. Bergk. Str&b., 1, p. 63). Alc^ florissait van TOI. 41 (611 av. 
J. C). Supptio, pliu jeune, mût entre tes 01. 38 et 53 (638 568). 



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48 VIE DE PYTHACORE. 

k Pythagore une lettre de recommandatiOD pour le 
roi Amasis*, qui ouvrait à ce moment même l'Egypte 
aux aventuriers , aux mercenaires et aux négociants 
grecs'. Dans le grand comptoir qu'il permit aux neuf 
villes grecques de l'Asie Mineure de fonder et d'liat)iter 
h Naucratis, et qui s'appelait l'Hellétiion, Samos, comme 
HJlet et Ëgine, avait un-temple séparé et probablement 
un comptoir particulier*, comme dans l'Inde les facto- 
reries françaises se distinguent des factoreries anglaises 
et autres: cequi annonce des relations commerciales im- 
portantes et suivies. Enfin, c'est un marchand de Samos, 
Xanthès, qui conduit à Naucratis lu belle courtisane 
thrace nommée Ahodopis, qui, plus tard affranchie par 
. Cbaraxos, venu lui-même k Naucratis pour y faire le 
commerce de vins, tira parti pour son propre compte de 
sa beauté, et devint si riche que les Grecs d'Ëgyple 
lui attribuaient la construction de l'une des Pyramides*. 
Rien ne me parait plus vraisemblable que d'admettie 
le voyage en Egypte de Pythagore, philosophe, peul- 
filre en outre murchand de métaux précieux, d'anneaux- 
cachels, et de pierres gravées, comme nous sommes 
obligés d'admettre, sur l'autorité d'Hérodote, celui de la 



1. Porphjr., 7, el Diog. L., VIII, 3. Sur l'autorité d'Antiphon, r»m- 
bUque, 19, la fait rester vingt-deux ans en Egypte. Fait prisonnier par 
Cambyse et emmené par lui à Babylone, où il s'instruit de la religion 
des Higes, après un séjour de douze sns, il revient k Samo3 à l'&ge de 
dnquante-six ans. 

S. HÈrod.,II, 178 et 119. 

3. Hérod., Il, 78. 

4. Herod.,11, 134. Athénée (XIII, &%) l'appelle ^pn^, et mentionne 
une offcande faite par elle au dieu da Delpbes. Cf. Suid., v. 'Po&um, 
MOnfa. V. U. Giole, HUt. delà Gréix.t. V, p. S5. 



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VIE DE PVTHAUOBE. 49 

coartisane Rhodopb, du marchand de vins Gbaraxos, 
et dn poète Alcée. 

G'esl au retour de ces courses, entreprises pour les 
nécessités de son industrie ou pour satisraire le besoin 
plaa noble de voir et d'apprendre*, raison qui d'ailleurs 
n'exclut pas l'autre, que Pytbagore ouvrit dans son 
pays une école, dans un lieu qu'où appela l'Hémicycle, 
etqai servit plus tard de salle de séances aux assemblées 
politiques de Samos^. Outre cet enseignement public*, 

1. *iIo|i«6(b( x"?'*! comme dit Strabon, XIV, c, i, Qu'yaïait-il ap- 
pri$?qui peut le savoir? lambliquB seul, qui soutient qu'il en avait 
rapporté la science îles choses câleates, probablement l'astronomie, et 
de plus la géométrie. 11 est certain, du moins, que ces voyagQS ne pu- 
rent que bSter la maturité de son esprit, développer, étendre, fortifier 

3. ADiipbon ap. Porpbjr. , 9. lambl., 36. 

3. Hérodole, IV , %, raconte que Zamoixis avait été l'esclave de Py- 
Ihagore, HU de Mnésarque, un des plus grands sages, aO t$ (iotivc- 
min|> aoçioTig.quilui avaîl enseigné la doctrine de l'immortalité de 
l'âme. Il paraît démontré que ce nom est celui d'une divinité gèle, que 
la légende a transformée en une personne, pour eipiiquer par des rap- 
ports personnels les rapports supposés ou les analogies réelles des 
crofiDces et des idées. Mais la formation de cette légende elle-même 
ne suppose-t-elie pas que les Grecs de l'Hcllespont, qui seuls pouvaient 
connaître le nom de Zamoliis et de qui Hérodote l'a recueilli, connais- 
salent également celui de Pytbagore'? Or, il n'est guère probalile qu'il y 
ait été porté de l'Italie. Il reste i croire que déjï Pytbagore s'élait fait 
à Samoset dans l'Ionie, par son enseignement sur la migration des 
Imes, une renomtnée que les marchands grecs de l'Asie Mineure allé- 
rent transporter sur les riiages du Pont-Euiin. La tradition met égale- 
ment Pytbagore en rapport avec Abaris, et si ce récit a quelque fonde- 
ment historique, les faits qui y ont donné lieu doivent être rapportés ft 
l'époque oiî Pylhagore habitait encore Ssmcs. [lambl., 135, 140, 141, 
qui répèle Porphyr., 28.), Il avait donné l'bospilaiité au scythe Abans, 
prêtre d'Apollon Hyperboréen, qui était venu en Grèce faire une quSIe 
pourbïlir un temple. Ce personnage, devin et prophète, qui passaïtsa 
vie dans les temples, qu'on ne vil jamais ni boiru ni manger, qui 
écarta par ms prières une peste qui menaçait Sparte, possesseur d'une 
flèche d'or, grlce à laquelle il voyageait à travers les airs, et dont jl 



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50 VIE DE PYTHIGORB. 

il avait déjà, s'il faut en croire !e même auteur, en de- 
hors de la ville uoe retraite mystérieuse et cachée 
qu'Antiphon ou Porphyre appelle un antre. C'est là qu'il 
passait une grande partie de sa vie, dans une médita- 
tion solitaire , ou bien avec quelques disciples choisis 
qu'il initiait à ses pensées les plus intimes ou peut-être 
à ses secrets desseins. 

On ignore combien de temps il resta dans sa patrie, 
comme aussi pour quels motifs il se détermina à la quit- 
ter ' : les uns prétendant qu'il avait été dégolïlé par l'in- 
différence des Samiens, entraînés par le plaisir et la pas- 
sion de la richesse loiiî des études et des sciences *, les 
autres soutenant qu'il a fui le joug de plus en plus 
tyrannique que Polycrate faisait peser sur ses conci- 
toyens*. Des relations de commerce déjà longues et 

Dt présent i. Pythagore, Tint porter témoignage ds la nature mira- 
culeuse de son hAle, qui lui avait montré sa, cuisse d'or. HÉradote (IV, 
36), qui nous rapporte en en riant les fables concernant Abaris, ne 
noos parie pas de ses rapporta avec Pytliagore. Pausanias (llf, 13, 3] , 
e borne à dire qu'il vint à Sparle de chez les Hyptrboréens. 

1. H. Zeller'suppose qu'il cbercbail pour ses plans de rérorme un 
terraiu plus propice que l'iooieiine Samos, ei que ta dorienac Croione 
le lui ofTcil. Cette bypoihËse repose sur le caractère dorien de lacon- 
ititutioD crolouiale, qui est très-contestable. 

1. lambl., 38, que U. Ktiscbe anirme s'appuyer sur Apollonius, ce 
qui n'est qu'une conjecture. La dilËcultâ pour les professeurs des cours 
publics d'avoir des auditeurs était déji. si grande, que Pythagoré, pour 
en avoir un, fui obligé de le payer. 11 est vrai que le procédé lui réus- 
sit et que cet auditeur devint di assidu qu'il ne voulut plus quitter un 
maître si éloquent, et l'accampagiia, seul de tous les Samiens, ea 
Italie. — Cependant cet abandon ne s'accorde guère avec la suite du 
récit li'lambllque, qui raconte que Pytbagore fut chargé par ses con- 
citoyens de nombreuses magistratures el par 1 le ulièrement d'ambas- 
sades, et que c'est pour se dérober & ces foDctlona politiques qu'il 
quitta sa patrie, 

3. Arislox. ap.Porphyr.,9. Strab.,XlV, 638, cl. C'est ï ce momeni 



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VIE DE PVTHAGQRE. M 

intimes, qui s'étaient établies antre Samos el les colonies 
grecques de l'Italie méridionale ', le portèrent de ce cdié 
du monde ^rec ; ce qui prouve que ce courant étut 
iéjh suivi, c'est qu'au moment où Pythagore se fixait à 
Crotone, Xènophane, son compalriole, c'est-à-dire louien 
comme lui', s'exilant comme lui, vbnaît chercher un 
asile tour i tour à Zancle, k Gatane, et enSu s'établis- 
sait sur la côte occidentale de la Lucanie, & Élée, où 
bienlàt se forma, probablement à l'exemple et comme 
au soufQe du pythagorisme, un beau el puissant foyerde 
spéculelioo philosophique. 

De toutes les colonies grecques qui allèrent porter le 
commerce et la civilisation, les arts et les sciences par- 
mi les sauvages populations de l'Italie , les plus pro- 
spères étaient Sybaris et Grotooe, toutes deux sur le 
golfe de Tarente, toutes deux riches, puissantes, d'abord 
rivales jalouses, bienlôt ennemies implacables, quoi- 
qu'elles fussent également d'origine acbéenne: La lutte 
terrible qui s'éleva entre ces deux états et qui se termi- 
na par le désastre et l'anéantissement complet de 
Sybaris, n'était pas encore engagée, lorsque, l'an 536 
avant Jésus-Christ, Crotone vit aborder dans ses murs 



que StraboD place le toyage «d Ëg;fpte et k Babylone. Après une ab- 
sence dont la duiée est iDdélermiiiée, Pylhagora revient il Samoa, où 
il oe trouve aucune améliotation duis l'ëlal Aea aiïaices, et se dédde 
alon à faire voile pour l'Italie. Plitlarque {Placit. Phil., I, 3, 33) 
le borne i dire qu'il quitta m pairie, Tf nsÏLUxpdiouï tupawîS 
Suiapun^ooc . 

1. Porphyre dit qu'il avait déjà aoeompagoé sou père duu un 
Tojage à Crotone; Apulta(florfd., Il, 15], que ce fut un Crotoniate 
Dommi GiUuij qui le racheta de sa captivité en Perse. 

1. Xènophane fiait de Colophon. 



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£2 VIE DE PVTHAGORE. 

le Samn Pylhagore alors igë de quaranle ans*, e( sui- 
vant d'autres calculs, de 56 ans^. 

Crotone avait été fondée' à l'extrémité occidentale du 
golfe de Tarente^ eL près du promontoire Lacînien.dans 
un lieu célèbre alors par la salubrité de bob climat', par 
une colonie d'Acliéens de la cité maritime de lUiypœ, 
chassés par les Doriens du Péloponnèse. La colonie con- 
duite par Miscellus', peut élre un Héraclide', était en- 
voyée parPoljdore, roi de Lacédémone et successeur 
d'Alcamène^, Ce fait qui montre un élément dorien 
dans la population émigranle, joint au culle particulier 
que reçurent dans la nouvelle ville Apollon le dieu, et 
Hercule le héros dorien', permet de croire que les 
Doriens avaient conservé quelques droits de suprématie 
sur la colonie itahenne et qu'il pouvait en être résulté 
un tour particulier, et assez arisiocralique, dans 1^ in- 
stitutions qu'elle se donna. Mais pour ne pas s'exagérer 
cette influence, il faut se rappeler que cette population 



1. Arisloi-, fr(igm.,4, flirt. Grxe., t. II, p. 37!, 

3. lambl. r. P. 19. 

3. 01. 6.4 = 755, suivant Slrabon «t Paustnias; 01. IT.3 = 710, 
Buivant Denys Hd. (Il, b9), etsuiTaot Eusab,, Cad. Ann., 01., IS.I. 

ï. Plin., liât. S., segm. 9S. Strabon, VI, p. !G2. Liban., Epist., 
p. 386 et 1Î39. Grate (Htst, de la Grèce, t. V, p. 123) failobsecver qu'il 
« bien ch^ingé depuis. 

5. Slrab., VIII, p. 387, e. vu : "En Si iwv 'PunOv i^v 6 MOoxiïXo;'* 
KpDTUVO; oiicIirni(. ' 

6. Oïld,, Met., XV, 15. ■ ' 

7. Pausan., 111, 3, I : ïico(x(<iv ti £; 'liaïiav AaKiioituivioi t^v in 

8. Otlfr. Mûllar, thu Poriojw., l. I, p. 140. Grot., Mitl. de Crfee, 
t. V, p. 100. C'Ëtaitdan» le temple d'Apollon, à Croione, que Pbiloc- 
t^re ATBit déposa les flèches d'Hercule, Aristol., Mirab. Àvtmit., 



lyGOOgIC 



VIE DE PYTIIAGORE. * 53 

d'Acbéens et de Laconiens*, accrue probablement d'au- 
tres aventuriers grecs, se mêla rapidement aux habilants 
indigènes, et reçut ainsi une. infusion coDsidérabl*; 
d'habitudes, de mœurs et de sang étrangers*. 

Située h l'embouchure du fleuve £>aro3 et près du 
promontoire Lacinien, et s'adonnant avec intelligena 
et passion au commerce et k la navigation*, Crotone 
devint bienlftt l'une des plus florissantes et des plus 
populeuses elles deb Grèce*. Sa vaste enceinte était pro- 
tégée par des murailles dont le développement était de 
douze milles, et son empire s'étendit bienlftl dans toute 
la laideur de la péninsule de .la Calabre, d'une mer à 
l'autre. La salubrité proverbiale du climat, la richesse 
des habitants, le goût des exercices [ihysiques et la dis- 
cipline intelligente qui y était appliquée, avaient fait de 
Crolone une ville renommée dans les fastes olympiques, 
et i une seule olympiade sept des vainqueurs se trou- 
.vèrent appartenir à l'heureuse et fière cilé^ Elle n'était 
pas moins célèbre par 1a sévérité de ses mœurs, et un 
penchant marqué pour les sciences physiques et médi- 
cales : il s'y forma bientôt, en effet, un groupe de méde- 

1. Voir ce qui se passa à la tondaiion de tocres F.pizéphyrienae dans 
Arialoie. 

î. NiebOhf., Ilin. Rom., t. I, p. I6S, en AIL Ollfr. MûUer, 

3. Herodoi., VJII, 47. T. Liv., 2XIV, 3, 

4 Les chilTres donnés par les auteursà sa poputalioD sont si consi- 
dérables qu'ils ne méritent guère créance. i 

h. lamb., 44. On ne peut pas attribuer ces victoires à l'indueDce de 
Pythagore; car on lea voit se produire dés la W 01., o'est-à-dite avant 
la naissance du ptiilosojilie. Voir, sur les triompher olympiquesdes Cro- 
toniales, la force ei la beauté de leurs jeunes geûa, Cicéron, dt In- 
vtnt., Il, 1; Hérodote, V, 7; Diodore de Sicile, XU, 9; Pausanias, 
VI, c. Ilï. 



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54 VIE DE PYTHAGORE. 

cins dont la gloire balança la renommée des écoles des 
Asclépiades de Gos et de Cnîde*. 

Quel ëtait le gouvernement de cet Ëtat , sa forme précise, 
et ses tendances, c'est ce qu'il est diriicile de découvrir 
dans les récits des biographes et des historiens. On veut 
absolument que l'origine en partie dorienne de ta colo- 
nie ail fait pencher la conslitulion vers un gouverne- 
ment aristocratique : tout ce que nous savons, c'est qu'il 
y avait un conseil de mille personnes*; mais que celle 
assemblée fut exclusivement prise parmi les nobles et 
les riches propriétaires', c'est ce qu'on n'obtient que 
par les unalogies hasardées qu'on tirede l'organisation 
de ce même sénat des lOOO, dans les cités voisines de 
Locres et de Rhégium*. Il est propable que le pouvoir 
exécutif, quel qu'il fût, était soumis au contrAle et à la 
surveillance de ce conseil, qui, à ses allributions, joignait 
une autorité judiciaire'. Mais il ne paraît pas exact de 
dire qu'il décidait souverainement de toutes les affaires, 
sans la purticIpatioQ du peuple : on ne conçoit guère 
une constitution grecque qui ne fasse sa part, si petite 
qu'elle soit, à la démocratie , et par conséquent k la 
puissance des assemblées du peuple. Les Achéens, qui 
formaient le fond de la population émîgrante, avaient 
institué, dans toutes leurs cités de la Grèce propre, un 



1. Ueiumd., de Encom., p. 9G : 'Atvivuau; jicl iyaûiFiaTOBaitf le xai 

3, Porptyr,, 18, oïl je lis ipxsîov et non i^tiav, comme Krische. 
lamUique (4& el 260) l'appelle ouviSf tov ; Diod. Sic, XII, 9, fimlf, ri 

3. 01 ^Atiinoi, 

k. Otirr. MOlt«r, Tilt DnTians., t. Il, p. \Hb. 

h. Ceci semble prouvC par 1r Tait rapporté par lambl,, 116. 



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VIE DE PYTHAGORB. 55 

gonTerDement dont Polybe atteste la modération et la 
sagesse, mais dont il constate en même temps, comme 
Strabon, le caractère démocratîqne, qui se manifeste k 
deux traits distinctlfs, l'égalité des droits et la liberté de 
penser et déparier'. Ilest difGcile de croire qu'en s'ex- 
patriant, ils n'aient pas emporté ces traditions de la 
patrie, qui leur en rappelaient l'image morale et le y'ir 
Tant souvenir, d'autant plus que c'est à celte forme de 
gouTemement démocratique, sage et tempéré, que nous 
voyons les Croloniates revenir après le renversement de 
l'oligarchie aristocratique instituée par Pythagore *. 

Il est vrai que pour rendre Pythagore plus inléressant, 
sa Ra tragique plus sympathique, e( ses ennemis plus 
odieux, on veut qu'il ait trouvé la constitution de Grotone 
déjà aristocratique, et qu'il n'ait fait que la maintenir et 
faire cesser les discordes civiles qui l'ébraulaient. On 
se fonde sur deux choses : le respect des lois existantes 
que recommandaient expressément les pythagoriciens', 
et en second lieu une réponse des principaux de l'Ordre 
à une demande de révision de la constitution établie. 
Lorsque le parti populaire demandait : fia faculté pour 
tons les citoyens d'arriver aux magistratures et emplois 
publics ; i" la responsabilité réelle et efTective des ma- 
gisu-ats devant les comices du peuple; 3' le droit pour 



1, Polyh., II, 38 : tÏ); iw^opia; ul itjf friotaç xal xaBôXou Siinmipot- 
Tiii(. Strab., vnr, c. vn, p. Îl9. Tauchn. : «De TisamÈno jusqu'à 
Ogygcs ils eurent un gouïsmement monarchiqus, B(ta Sni'oxpaTii- 
0^((, TMroûtev ipiinxliiriiat nipi Ta; T[a).iTcia;.... 

ï. Slrab., 1. 1..,. 'Dirtt loin 'ItaXiWTOi, \i^ià T^v trticvi «pi; ïftf); 
nuB«T0pii8«î, tô jiii'ïTB Tûi vo|ili«i)v iiETiviTuaaflai "«fà t«ÛT«« 

3. Porphyr., 43 : xaù^voijav; |>>i XuiiiivcoElst. 



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56 VIE DE PYTHAGORE. 

tous ies citoyens de faire partie de l'assemblée, 4 jxidiiaîa, 
les pythagoriciens, Alcimacbus, Dimachus, MélhOD, 
. Démoclidès, résistèrent, se fondant sur ce qu'il était 
funeste de renverser une forme de gouverne,ment 
toute nationale, ou transmise paries ancêtres, Tj)v nÉTpti» 
«oXiTcfgn xatccXûtiv'.Krîsclie tire de celte réponse la preuve 
que le gouvernement de Crolone était déjà, avant l'ar- 
rivée et l'influence de Pythagore, entre les mains des 
grands. Mais c'est aller bien vite sur la pente des induo 
lions : car c'est supposer que la réponse des pythagori- 
ciens était fondée, et c'est ce qui n'est, ni dans le récit 
ni dans les téflexions qu'il fait naître, exprimé ou 
sous-entendu. On pourrait dire, au contraire, que cer- 
tains détails donnés par lamblique nous amënent h une 
conclusion très-opposée. lamblique, en effet, nous- peint 
Pythagore exerçant soit par lui même, soit par l'Ordre 
qu'il fonde, une influence privée et une action politi- 
que, xoivîj T^v mXiv eUavo(U(v *. Tant que dura la paix, 
tant que Pythagore fut là, la constitution de l'État qui 
avait été établie depuis son arrivée, [utô tm ouvoiKiir(ùv 
xi/,pov[s[ifini, quoique peu goûtée, avait subsisté. Mais 
& la prise de Sybaris, Pythagore s'éloigne : c'est l'occa- 
sion d'un soulèvement du parti populaire qui triomphe. 
De ce résumé il résulte que l'arrivée de Pythagore avait 
été la cause d'un changement dans la constitution de 
l'Élat , puisque c'est de \h. qu'on là date, (i(T4 riv owoixi- 

Tous tes historiens attestent que Pythagore exerça une 



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VIE DE PYTHAOORE. 57 

grïtode action sur la politique intérieure et étrangère de 
sa ville adoptive * : il uvait donc dû changer beaucoup 
de choses, et ces changenienis qu'on avait d'abord sup- 
portés et qui commeuçaient à déplaire, avaient un carac- 
tère tout à fait aristocratique'. Ne voit-on pas que ce 
serait singulièrement diminuer son rôle, que de contes- 
ter cette influence, d'ailleurs unanimement attestée? 

Pour soutenir sa politique, les pythagoriciens pré- 
tendent que c'est l'ancienne constitution de l'Étal : mais 
leur argument ne persuade personne; et j'incline à 
croire que c'est par la raison qu'il n'était pas exact. 
Quant h cette autre objection qu'on tire de sa recom- 
mandation de ne pas changer les lois, elle me touche 
peu. Les réformateurs ne se piquent pas d'élre consé- 
quents. Ceux qui ont commencé par violer la loi, piîrce 
qu'elle les empêchait d'arriver au pouvoir, quand ils ont 
réassi h le prendre, sont les plus ardents à recomman- 
der le respect de la loi actuelle, parce qu'elle doit le 
leur conserver, et l'obéissance au gouvernement établi, 
depuis que ce sont eux qui se sont établis dan^ le gou-: 
vernement. Le soulèvement populaire, dont nous aurons 
i raconter l'histoire, est dirigé contre Pylhagore; c'est 
contre lui, contre le régime politique qu'il représente, 
que se portent les violences et les colères. C'est donc lui 
qu'on considérait comme l'auteur de cet état de choses, 
et nous avons tout lien de conjecturer que, antérieure- 
ment & lui, une autre tendance avait régné dans le 

1. Cic. , TmcuI., V, 4: • Eiornavil eam Urject&m, «t privalim et 
publiée, prmuiiiliESilDis et iiuiitutis et anilju«. « 
3. Diog. L., VIII, 3 : ....*Û<rti ox**"* ipiotoxpiriov tïtat t^v iw- 



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58 VIE DE PYTRAGORE. 

gouvernement de Crotone, et qa'une démocratie modé- 
rée en était la loi, comme dans les autres cités achéennes, 
quand il y aborda'. 

C'était alors, nous l'nvons déjà dit, un homme d'une 
quarantaine d'années, d'une grande taille, plein de grâce 
et de distinction dans la voix, dans la physionomie, dans 
toute sa personne*, unissant à une beauté de visage qui 
le fit d'abord comparer, puis confondre avec Apollon', 
une gravité austère qui ne se permettait jamais le rire, 
ni la conversation enjouée, ni la plaisanterie '. Douéd'uoe 
rare éloquence, d'un beau génie, rempli d'une science 
profonde, étendue, sévère, qu'il avait puisée dans les 
livres et les entretiens des sages et dans le commerce 
des hommes ', Pyihagore essaya de réaliser dans Cro- 



I. C'est égileinenl l'opinion de H. Grate; mais j'ai contre moi tous 
les Allemands, K. Hermann, Krische, Zetler, Praatl, Bernhardy. 

î, Dicearch, ap. Porpîiyr-, 18 : 'A*Sfo; nùïun^àvou t« xai mpitroO 
xainarà Ti|v iîlav fiatv iin6 iflc luxait '^ iic/op>iinit<i'Du (t^v n "(àf 
iiiai tîïai lUvtjpiav, mi (tif »i'i X^P" ^' «Xliimi», XBi Ma|iov, M 
Tt tri; ^fB^fi; xnt Tov ^Oov^xai iiti tw« jXXmi inâvTwv lytrt) 

3. Diog. L., VIU, Il : (ii(iïoitpni£aT«to(, Apul., Flôrid., II, 15 : 
• Pulchiiliidine apprime insignis. » Apulée décrit une statue d'une 
beauté merveilleuse, qu'on admirait i Samos, et qu'on croyait, m^s t 
tort suivant lui, être ctlle de Pylliagore. H. Ralhg^ber {Grostfrtteherd. 
u. Pylhag., p. 603) prétend iToir trouvi^ au musée de Naples une lËle 
de bronze, qu'il aDirme être le portrait autbenlique de Pytbagore; 
œuvre de Lysippe, cette tËte reproduisait un module qu'avait dû laisser 
(le son fils le peintre el graveur Mnésarchoa, comme le père de U. Rath- 
geber, artiste aussi, a voulu laisser à la postérité l'imaga de son fils. 
Ce rapQrocliement «st de K, Halh^ielier, et il peint sur le lif la mo- 
destie particulière k la race gcrmnnique. 

4. Diog. L.,V1II,30. 

h. Heraclite (Uiog. L. IS. h) dit de lui, dans un esprit critique, 
qui reltre la valeur de l'éloge ; 'laxapiiy f,in»ioa àvBpt&nuv [làXitna 
nàituv, xsi ixl(Eii|UVO(Tiiùtgi<Tà( avyfpspà; jnai^aa^o iavtoù ooçir.v, 
iraïupa^Inv, vsicTi^^vinv. Ainsi TOilii attestés presque par un contem- 



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VIE DE FYTHACORE. 59 

tone un plaa systématique, un idéal de vie, une réforme 
morale, religieuse et politique qu'il avait £ans doute 
conçue antérieurement. Sa t^entative fut d'abord couron- 
née d'un plein succès. Quel qu'ait été postérieurement 
le caractère de l'^nseignemunl pythagoricien, on ne peut 
admettre que la prédication, grâce à laquelle Pythagore 
acquit à Crotoiie une si puissante influence, ait été se- 
crète et n'ait agi que sur un petit cercle d'intimes et 
d'élus. S'il faut en croire ses plus anciens^ biographes, 
il ébranle Ja foule, et opère sur ses sentiments et ses 
mœurs une révolution magique : il a le don de charmer 
les âmes '. C'est un apûlre éloquent et persuasif de I» 
sagesse et de la vertu*. Son premier discours, j'allais 
dire son premier sermon , convertit deux mille ci- 
toyens*. Déjà le sénat des mille était tout à lui. Bientôt 
et du cunscntenient, sur l'invitation même des magis- 
trats, il s'adresse & la jeunesse, qu'il ramène à la modé- 
ration et qu'il détourne des faux et funestes plaisirs. It 
réforme avec non moins de succès l'éducation de l'en- 
fsnce, et, chose nouvelle dans l'histoire de la société 
grecque, et on peut dire , de la société, il ne dédaigne 
pas de comprendre, dons son plan de réforme univer- 
selle, les femmes, auxquelles il fait des conférences pu- 



porain, 1* ses nombreui vojages ; 2* ses études dans les livres (ituy~ 
Y(>tEtii;]i 3* son génie; 4° sa sciencr élcndue et forte [iia},u|i,a4i>]), et 
en même temps les effets [unesles de tant d'heureuses qualités (xccxo- 

l. 'E'twxoïûïilffs. Diccarch.ap. Porphyr., \6.{Fragm. Bitt. Grxc, 
t. il, p. Î44. Porphyr.. ÎO ; lU wi'-ras iauTov iitéoTfiij«.. 

î. Justin.,, XX, 4 : • Populum in laaciviam lapsum 
ad usum fhigaljlatis revocavit : lauilabat quotidie rirlul 

3. N'icomach. *p. Forpli., 10- 



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60 VIE DE PYTHACOBE. 

bliqnes '. Les légendes merveilleuses qui de bonne beare 
entourent sa vie et sa mémoire et qui le iransrormeDt 
en un être divin et méme'en un dieu*, attestent com- 
bien son inOuence a été puissante et de quelle autorité, 
de quel ascendant il a joui *. Le misanthrope Timon re- 
connaît cette magique puissance de transformation, de 
réformalion morale opérée par sa vertu, sa science et 
sou éloquence : 

Xlv^ifjéfiiV Tf •joutai àmxlîvoEvt' iiù Séïai 
Ôïipil t' W â»8pii:rojv, stiivr.yiiflr^i Axfidvrfi*, 

Il n'enseigne pas : il guérit les âmes '. 

Il est évident que son mode d'action a dû être popu- 
laire, puisqu'elle s'est étendue h toutes les couches de 
la population. 11 ne s'est pas borné & une réforme de la 
morale sociale et privée: il entreprend également, ce 
qui était presque une conséquence nécessaire, une ré- 
forme politique. Nous pourrions le conjecturer avec 
certitude de l'examen des principes de l'institut qu'il 
fonda, et où la science politique' occupe une place im- 



1. Dicearch. ap. Ponih., 19 r YW'auûv oùUoyo! aùtii xatiffutuàsSii. 

2. Le fleuve du Caucase ou de Coja lui adresas la parois; il est 
tanlûÂpallon Hyperborécn, laniâi le IJIs de Mercure. Il a te don de 
romnipréseiise, et on le voit à la même heurs à IdèUponle et à Tau- 
roménmm. Ap. PorphjT..Î7et28. Diog. L., VIII, II. XI. Uia. V., 
Il, 26. 

3. Alciilama;. dans Arist. {Hhet, II, 23) : 'iTctiiùtainuSarrop» ètI- 
(XTiaav. D'après Pluiarquo (.Vunu, c. viii), et d'apris Pline {Hist. nat., 
XXXIV, Ë), OQ lui aurait élevé uue suiue à Rome, comme au plus i»gt 
de» Grecs. 

i. • Pjthagonmquc ad praestigiatorla Tainam inclinanlem allkiendis 
bominibus, mgguiloquum sodulem. > On irauvc piusieuri leçons de cm 
deux ver». Coar. Diog. l., VIII, 36. 

à. Xi., Uitt. V., IV, 17 : oùEiii&av, &^X' iarptûssiv. 



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VIE DE PYTIIAGORE. 61 

portante; mais nous n'en sommes pas réduits à des 
conjectures. Les faits attestent que l'entreprise qu'il 
tenta avait un caractère et un but politiques, en même 
temps que moraux ; car les anciens ne séparaient pas 
ces deux points de Tue, qu'on est peat-étre aujourd'hui 
trop porté k isoler. 

En effet, on lui oETre la présidence du conseil, et bien 
qu'il la refuse, le fait seul qu'on la lui propose prouve 
déjà l'inQuence politique de Pjtbagore. Il donne des lois 
aux ci^és de l'Italie'. Par lui-même et ses adhérents, il 
met en pratique la plus parfaite poiitiqoe et organise 
l'aristocratie, c'est-à-dire le meilleur gouvernement ou 
piuldt le gouvernement des meilleurs^, en prenant les 
mots dans le sens de leur ëtymologie, qui ne répond 
pas toujours à la réalité et à la vérilé des choses. Mais 
celte aristocratie, ce gouvernement des bons, n'est pas 
une lyrai;mie pure : ce n'est même, qu'un k peu près de 
l'aristocratie, comme s'exprime Diogëoe, ax.iSov, ungou- 
vernenaent modéré , quoique penchant vers la forme 
aristocratique. Si l'on pouvait attribuer quelque autorité 
historique aux fragments d'Archylas, et si l'on avait le 
droit de considérer les maximes politiques du philo- 
sophe de Tarente comme appartenant à Pylhagore, 
nous serions même conduits à reconnaître qu'il cher- 
chait ce milieu juste entre la licence et l'anarchie, qui 
garantit k la fois l'ordre, qui n'est qu'un mensonge sans 
la liberté, et la liberté, qui n'-est qu'un autre mensonge 



I, Diog. L., XllI, î : Nô[«ouî Bilî T0I4 'iTaXiiiTii;. 
5. M. , id. : 'pHeiêiiauv fpivia tb hbXitix^, ûot» axiîo* àpioi 
lin ilvou tijt naXttifn. 



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62 VIE DE PYTHAGOHB. 

sans l'ordre '. Mais là même nous voyons percer ce fève 
du prince parfait, du tyran juste, sage et modéré, dont ne 
s'atTranchira pas l'esprit de Platon, de ce prince, qui est 
le pnsteur et non le boucher de son troupeau '. C'est là 
une idée et une mëlaphore que ne godtaiont pas les 
Grecs. Ils n'ont jamais cru que leurs magistrats fussent 
d'une autre espèce qu'eui-mémes et qu'ils se trou- 
vassent réduits Tis-à-vis d'eux à la condition d'un trou- 
peau qu'on mène paître et qui n'a qu'à remercier si on 
le conduit dans un gras pâturage. Je ne pense pas que 
Pythagore ait jamais eu ces outrecuidants desseins, et 
celte comparaison même du prince et du berger, qui 
établit entre le magistrat et les citoyens la distance in- 
finie qui sépare l'homme de la brute, a un air si orien- 
tal et répond si parfaitement aux principes de la mo- 
narchie asiatique, qu'elle sufQt à M. Grappe pour rejeter 
l'aathenUcité des fragments attribués à Archytas, et pour 
en faire descendre l'origine plusieurs sièclos après l'ère 
chrétienne. 

Mais sans aller jusqu'à concevoir et à proposer, comme- 
la meilleure forme politique, le gouvernement absoln 
d'un seul, Pythagore, qui avait vu l'Orient et avait ha- 
bité l'Egypte, avait pu être, comme le furent beaucoup 
de ses compatriotes, séduit par cet ordre matériel, ga- 
ranti par une obéissance passive, silencieuse, sans 
limite, et dont le calme et l'immobilité étaient si oppo- 
sés anx orages des libres délibérations populaires et aux 
agitations tumultueuses des républiques alors naissantes. 

1. Frtgm. Archyl. : 'E« toO lupl v6)io«. Stob., Floril, XLUI, 139, 
131, 133, 134, et M., XL VI, 61. 

1. Stob., FlerU., XLVI, 61 : xoi|ûvce fnanitiiéawi. 



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VIE DE PYTHAGORE. 63 

n itail tout .naturel qu'il cherchât & faire entrer, dans 
la constitution de Crotone çu dans la pratique des lois 
existantes, s'il ne crut pas dévoir ou pouvoir les chan- 
ger, ces principes de stabilité, d'autorité, de disciphne, 
de foroe, que l'on confond encore si souvent avec l'idée 
de l'ordre; or, on suit quelle importance eut pour lui 
cette idée qui fait, comme nous le verrons, le caractère 
original et le mérite éminent de sa conception philoso- 
phique. Si on transporte, comme on est légitimement 
' et naturellement poussé par l'induction à le faire, si on 
transporte & sa conception politique les idées qui pré' 
stdent à l'organisation de l'institut qu'il fonda et aux 
maximes comme aux pratiques qui y régnent, 'nous y 
reconnaîtrons, avec l'influence de l'idée philosophique 
de l'ordre, les principes des institutions dorienncs qui 
le confondent avec la discipline extérieure. Comme 
elles, Pythagore se propose, dans la constitution, d'é- 
tablir entre tous les membres de l'Ëtat une commu- 
nion, une union intime, comme celle d'une -famille. 
L'esprit aristocratique domine également ses institu- 
tions. On en aperçoit le signe manifeste dans les repas 
communs, dans une vie qui doit être, en partie au moins, 
consacrée aux affaires publiques ; dans la sévérité de Li 
discipline morale, le règlement minutieux de l'emploi 
de chaque heure du jour, l'influence des pratiques exté- 
rieures, dans l'éloge de la beauté et de l'utilité morale 
de l'obéissance, dans la suppression de l'initiative et de 
la liberté individuelles; car toute la vie dupytliagoricien 
est soumise, dans le plus grand détail , à la raison su- 
périeure et à la volonté souveraine du maître ou magis* 
trat, dont la parole (ait loi et même fait la loi : aùnt If a . 



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64 .VIE DU PYTlfAGORt:. 

La contmunaaté des biens, si elle a élé, ce dont je doute, 
une njesure poliliqae, infime en la supposant exclusiTe- 
raent appliquée aux Frères de l'Ordre, aurait encore 
son modèle dans le système dorien d'égaliser les lois de 
terre. II ne faut pas se faire illusion ; il y a une idée 
communiste et E(^aliste dans l'orgaDisalion de l'État 
dorien, et celte idée je la retrouve dans la conception 
poUlique et sociale , dans l'organisation de la dté et de 
la société telle que l'a rêvée Pythagore. Hais ce qui élève 
la pensée pythagoricienne au-dessus de ce communisme 
grossier et qui la sépare du système dorien fondé uni- 
quement sur la discipline de la force et la force de la 
discipline , c'est d'avoir cherché à rattacher l'idée poli- 
tique à une idée scientifique, el d'avoir voulu faire de la 
société humaine comme une image affaiblie, comme un 
pendant en pet:t du monde et de l^univers, dont il fallut 
alors donner une explication rationnelle et scientifique. 
Pour Pylha'gore, noas le verrons, tout est ordre et 
harmonie ; Apollon, le dieu de la lyre, de la beauté, de 
la lumière, et aussi le dieu de l'harmonie, est le dieu 
pythagoricien^ La vie,et non-seulement la vie morale, 
mais la vie duns son principe et sa substance, l'Ame est un? 
harmonie ; l'intelligence n'est qu'une hurmonic du sujet 
et de l'objet ; le monde entier n'existe que par l'harmo- 
nie, n'est qu'une harmonie, et Dieu lui-même, à la fois 
cause et substance, l'Un Premier, n'est encore que 
l'harmonie suprême, l'harmonie du pair et de l'im- 
pair, de l'unité et de la pluralité, en un mot, l'accord 
dans l'unité des dissonances, des différences, des 

1. lunbl., s. 



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VIE DE PYTOAGORE. 65 

contraires. En un mot l'ordre n'est pas pour Pythagore 
ODiquement an rapport : il est l'essence des choses, et 
de toutes choses. Il est donc l'essence de l'Ëtat. Où il n'y 
a pas d'ordre, il n'y a rien, rien qu'une matière informe, 
le chaos. La cité où il n'y a pas d'ordre ne présente 
donc qa'un diaos social informe, un toarbîllon aveugle 
emporté par la violence, et qui, avâc l'ordre, Tait dispa- 
raître la liberté*. 

On comprend qu'en appliquant ces idées générales à 
la politique pratique, Pythagore put considérer comme 
une servitude cette orageuse liberté démocratique, ces 
débals passionnés de la place publique qui dégénéraient 
souvent en violences , et qui^ transformant les partis en 
factions, ensanglantaient les cités libres. Ce n'est que de 
cette façon qu'on peut interpréter ce que dit Porphyre < 
littéralement reproduit par lamblique' : Pythagore, sui* 
vaut eux, parvint à supprimer dans toutes les villes de 
Sicile et d'Italie où pénétra son influence, l'esprit de fac- 
tion et de discorde * : il rétablit partout l'autorité des 
lois, l'union et Tharmonie , en quoi consiste la perfec- 
tion de l'état politique*. Il décide un tyran sicilienàabdi- 
quer son pouvoir usurpé, et à renoncer à ses richesses 

1. Ce»t encora a.insi que PUton entendra la liberU {De legg., III, 
101, d, et 693, b]. Arblote critique vivement cette notion. Voir Petriizi 
Perip. Diteiut., p. 350. 

2. Potphyr., ïî. 

3. lambl., 13 et 34. 

4. lambl., 34 : 'kiiUt Si Sp9i|i Tt&an xnl SixoçuvCov , et 114 : Tjjv 
KapgnO)iiin noOuv Ctpiv Tl xotoXim». 

b. Id.. ùj. .- nD>>tE[a il pcU[aTi| »1 i|io9n|ila.... Id. , 130, 175. 
105. Stob., Floril, t. Il, p. 110. Heer. Il n'; s pu déplus grand mal 
pouruuStat que l'aDardiiB : tel eal le principe de I& politique pytha- 
ganeienne. 



inyGoogIc 



66 VIE DE PYTHAGORE. 

mal ftcqaises ; il souffle à toutes les villes un esprit gé- 
néreux d'indépendance e( de liberté, soit par lui-même 
soit par ses adhérents, et de sujettes qu'elles étaient les 
uneïdes autres, .les rend toutes indépendantes et libres'. 
Ce n'est pas seulement par une prédication éloquente, 
et l'ascendant personnel de son caractère, de sa science 
et de sa vertu que Pythagore cherche à opérer ces ré- 
formes politiques et sociales ; c'est par une organisation 
légale*. C'est par l'État , et par la constitution politique, 
que doit être réalisé ce rére d'une société parfaite, cette 
union intime de la cité, qui fera de tous ses membresau- 
tant de frères. L'État parfait repose sur trois choses : 

La morale, la vertu, dont la première est l'amitié, qui 
veut que tout soit commun entre amis, quel que soit 
d'ailleurs le sens qu'il faille attacher à cette maxime. La 
religion est la seconde, et la science la troisième el la 
plus haute de ces conditions '. 

I. Porphyr., 71 : 'Aï ■tatilatt itéXvt Ssîoviwiuv»; W i'rXiiXw.... 

«ÙToil , in^pieata xaX itivAipOi tnaniw. On voil ici : ]■ qu'il ne s'agit 
pa> da libertés intérieures, mais d'indépendance, d'autonomie natio- 
nale; 2* que lesSynedria pythagoriciens eierçaiehl une inHuence (ki' 
litiqae ; 3* qu'il* s'étalent propagés rapidement et répandus Tort loin. 
Haislamblique,314, donne un autre tour aui faits atlribuésà Pythagore, 
qui, suivant lui, « détruit les tyrannies, rétablit l'ordre dans les £tat^ 
troublés, et la liberté dans les villes lombées en esclavage, jXtuSipÎKv 
te inà SmiXeia; Ta!c Kâ^Em nopnJiioû;. ■ 

3- Porphyr. , 31 : Aii xal v6(iow( Hito. Il est évident que cela n'ei- 
clul pas l'influence personneUo. Aussi Porphyre raconte que deui 
mille eiloyetis Be Crotone renoncèrent à leur vie habituelle, eon- 
verita par son éloquence, et se réunirent pour vivre ensemble, 
avec leurs femmes et leur* eniants, apcâs avoir mia tous leurs biens 
en commun. Il est clair que l"0[uiio(9v pythagoricien n'est pas sans 
anaiogle avec le Phalanstère de Fourier , ou un couvent des Frères 
llonTei. 

3. latobl., 31. 



inyGoogIc 



VIE DE PYTHAGOBE, 67 

Pytbagore Toalant agir à la fois personnellement sur 
les ÏDtag:! nations et les esprits, et aussi par des disposi- 
tions législatives d'une manière plus générale, dut cher- 
cher des moyens d'accroître son influence, et d'ajouter 
& l'autorité de sa parole et de son caractère. Quelques- 
uns ne sont pas & l'abri de tout reproche. 

Sur le témoignnge d'Hermîppc, Diogène raconte que 
Pytbagore ayant fait répandre le bruit de sa mort, se re- 
tira dans'un endroit secret connu de sa. mère seule', et 
où elle lui faisait parvenir les nouvelles exactes des évé- 
nements qui âb passaient & Grotone. Puis an jour, il 
apparut au milieu de ses disciples, maigre et p&le, leur 
disant qu'il revenait des enfers, et, pour leur en donner 
une preave, il leur fit très- exactement le récit des faits 
que loi avait fait connaître sa mère. A cette résurrection 
miraculeuse d'un maître bien aimé, les disciples fondi- 
rent en larmes, le proclamèrent un dieu et, l'adorant 
comme tel, voulurent que leurs femmes elles-mêmes re- 
çussent ses divins enseignements '. Ce sont elles qu'on 
nomme les femmes pythagoriciennes*. Il y a bien, dans 
ce récit, une couleur chrétienne qui en rend l'authenti- 
cité suspecte : le rAle des femmes pythagoriciennes, res- 
semble trop à celui des Saintes Femmes du Nouveau 
Testament : et le récit de l'apparition de Pylhagore 
parait calqué sur celui de la résurrection du Christ ; 
mais deux choses, suivant moi, parlent en faveur de 
de l'authenticité ; la première, c'est que Diogène cite 

1. Il était donc vsnu de Sunos «rec sa famille. 

1. iosèphe (e. Apiim., 1, 22) rapportp, d'après Hermippe, qu'il avait 
commerce nuit et jour avec l'Sme d'un de aes disdples, et que os fut 
ce disciple qui lui proscrivit oertainea règles de vie. 

3. Diog. L., VIII, 41- 



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68 VIE DE PVTBAGORE. 

goD auteur, Hermippe, qui vivait 200 ans avant notre ère ; 
la seconde, c'est que cet. historien révèle lui-même la 
snpercherie et l'imposture du héros de l'aventure, et 
n'hésite pus à nous le montrer comme un charlatan. 

Le récit fait par lui-même de ses incarnations succes- 
sives, dont il avait conservé le souvenir', celui de la des- 
cente ans enfers, où il vit les ombres d'Homère et d'Hé- 
siode *, punies de cruels supplices pour avoir profané, par 
des fictions mensongères, la majesté sacrée des dieux, les 
légendes* qui lui attribuaient une naissance divine, une 
cutfse d'or, la faculté furnaturelle de guérir, à l'aide 
d'incantations magiques, les corps et les dmes malades, 
de converser avec les animaux, el même avec les fleuves, 
de dompter par la parole les bêtes féroces*, d'être 
présent à la fois en plusieurs lieux, d'entendre l'har- 
monie des sphères qui se dérobe aux oreilles grossiè- 
res des simples mortels ', le don de prophétie qu'il 
exerce plusieurs fois, l'épithèta de to'i.vrn , que lui ap- 
plique avec une intention railleuse le satirique Ti- 



t. Diog. L., VIII, 4, qui cite en témoignage Héraclîde du Pont. Por- 
phyr., Î6 et 45. ratnbl., 63. Aul. -Galle, IV, 11, qui ajouIe,_ d'iprtî 
Cléarqua et Dictfsrque, à 1ï série des eiislencea antérieures de Pjthi- 
gore, celle d'uoa courtisaoe célèbre par sa beauté. 

3. Diog. L. VllI, !l, d'après JérAme dé Bhedes. Ces desteoles aux 
entera {mHtami tt; '^Sou) étaient fréquentes dan« tes livres orpbi- 
plies. Clémeot d'Alex. (5irom., 1,333, a) cite ud ouvrage du pythagori- 
cieu Cercopi sous ce titre. 

3. Ce cOti merTeilleui de son histoire nous est rapporté par JElien , 
II, 56 ; Apollon. {MirabiL, c. vijjqui citent pour leurs auteurs Aristole, 
le lllï de Micomaque; Plularque, Num.,8. Diog. L., VIII, 11. Pûr- 
plirr., 3S. lambl., 90, 134. 

4 . Porph., 30. iambl., 65. Simpl., In ÀrUiot. de Cœlo, 113. Scbol. 
Bakk-, 4Î6, b, 1. 

i. Ptut., Ntun. , H. 



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VIE DE PYTHAGORE. 69 

mon *4 toat prouve qu'il n'a pas obligé ce mode d'ac- 
tion, d'autant plus nécessaire à son entreprise qu'il ne 
pouvait l'accomplir qu'en entraînant et la foule et les 
femmes, sur lesquelles le merveilleux exerce une in- 
fluence et un prestige également puissants, parce que 
seul il répond au caractère indéûoi deleurs sentiments 
et de leurs désirs vagues, obscurs, irréfléchis, mais 
généreux, passionnés, profonds. 

Mais il ne se contenta pas de ces moyens équivoques, 
TipanMiiç jni,(avoîç, comme les appelle Plutarqae', qui, 
grâce à la Taiblesse de l'esprit humain, lui Turent pent- . 
être plus utiles que sa vertu et son éloquence, il usa 
d'nn moyen plus avouable et non moins efficace. 

A côté des pouvoirs légaux, il organisa un pouvoir 
nouveau qui les dirigea et les domina: ce fut une so- 
ciété d'un peu plus de 300 membres', choisis on ne 
sait de quelle manière, qui formèrent une espèce d'Or- 
dre politique, religieux, scientiQque dont il fut le chef 



1. Il prMit des tremblemcnU de terre, des tempStes, des inooda- 
tioDs. Porphyn, 19. Il a aussi sa pécfaa miraculeuse. Id., 2&: 5 Ce 
n'Mt plus un homme, c'aii un être intermidi aire entre rhomme ella 
divinité, el pour quelques-uns c'est même un dieu, Apollon Pythien 
ou Hyperboréen. • Cmpédocle célèbre son g^nis en des termesqui sen- 
tent aussi l'enthousiasme et presque l'idolâlrie. (Pragm. t. VIT.) 

I C'était un homme d'une science profonde et du plus vaste et du 
plus puissant génie, versi dans tous les arts et toutes les sciences. 
Iiorsqu'il tandait les Torces de son esprit, son regard pénétrait et voyait 
cbacuna des choses innombrables qui sa manifestent dans une suite 
de dii, de vingt générations. » Ces vers sont cités par Porphyr., 30; 
lambl ,6T.Lesdeui derniers seulement,par DiDgène(VIiI, &4), qui dit 
que quelques auteurs les rapportent à Parménide, ce qui ne nous per- 
met pas de les interpréter dans le sens d'une science miraculeuse <( 
surnaturelle qui n'a pas été prêtée au philosophe d'£iée. 

3. Plut.Jfun., 8. 

3. Polyb., Il, 3^: £uveip(ii.lambl.,1S4 : iTaipciov, 



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70 VIE DE PTTHAGORE, 

avoué OU secret. Ces sociétés appelées en grecSuviM") 
'EnipMai, ae répandirent de Crotone, où était la société 
mère, dans presque toutes les villes de la Grande 
Grèce, où elles exercèrent une puissante action politi- 
que *. Les membres de chacun de ces clubs ou cou- 
vents affiliés, appartenant surtout à la classe noble et 
riche*, liés par une communauté de principes moraux, 
de pratiques religieuses et de sacrifices, soumis à un 
même genre de vie', et peut-être à un même costume, 
s'engageaient, envers le Mattre et envers l'Ordre, par 
un serment solennel et terrible, à un secret absolu *, 
conime on le pratiquait dans l'initiation des mystères'. 
Déjà séparés du reste de leurs concitoyens par la sévé- 
rité de leur vie minutieusement réglée, et peut-être 
par l'habit, -- ce qui ne s'accorde guère avec l'idée 
d'une société secrète, — ils avaient cependant des si- 
gnes de reconnaissance, des formes particulières de 
s'aborder et de se saluer, des espèces de jetons où 
étaient dessinées des figures symboliques de géométrie, 
par exemple, le penlngramme ou pentalpha*, lesquels 
ne pouvaient leur être utiles qu'cta cas où on les sup- 

1. Iimll., ihk : Konj rV m'i.n oUotoiieiv. 

3. Iiimbl.,m : 'Ex lûv ii toT: Huâtitif- xcii tbÎ( oùoisk «paixovta;. 
Plut. {Philotoph. cum prineip., I) : Ilfhncùovii; 'lialiioiiSv. 

3. Qui, en les unissant en Ire eui, leg diatinguait et les séparait même 
de leun concitoyens. Justin. , XX, 4 : • Separatam a céleris civibus 
eiercerent. • fambl., 2^3 : Ta noXlà.... îgt9a^(,v tlxt :»pi tdù< âXïou;. 

4. lambl., 304, 2G0. Luc, Titar. Auclxo, c. 6. Diog. L., VIII, 3. Justin, 
XXX, 4 : ■ Sodaliiii juris quodam sacrameuto neii. ■ 

t. Herod., (I, 81) Identifie les mystères iiylliagoricieiis, égyptiens 
d'origine,, avec les orpbiques et les bachiques, qui] qualille tous du 
mime terme i loûtuv iffUov. 

6. 5chol. Ari9toph,,adA'ufr.. 611. 'p avy£oioi iipit toù; i[ioSo{aii; 
lys&ixo. Luc, de Laptu, § 5, lambl., 337 et 238. 



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VIE DE PYTHAGORE. 71 

-pose confondus extérieurement avec les citoyens, et 
cachant avec soin le lien qui les unissait*. 

Ces sociélés politique!!, soumises à U discipline du 
sennenl, qui les engageait sans doute à autre chose 
qu'au secret, et par exemple, à l'obéissance envers le 
supérieur, et à l'amour envers tous lea frères, ne 
sont. pas un fait accidentel, étonnant ou même rare dans 
les États grecs. Thucydide les mentionne comme 
puissantes et nombreuses à Atbènt^s *, et Platon y fajt 
allusion*. Ge qui distingue l'organisation de l'Ordre 
pythagoricien, c'est son triple caractère : poliliqne, 
comme les premières, il a en outre pour objet un idéal 
de vie religieuse et morale, d'une part, spéculative 
et intellectuelle de l'autre. Au lieu d'être une entenle, 
et comme un comité de citoyens qui se réunissent pour 
s'aider mutuellement de leur argent, de leur inlluence, 
de leur talent dans la poursuite d'un butpolilicfne, par 
exemple : la brigue des magislratures, l'atiaque et la 
défense dans ces grands procès si fréquents chez les 
anciens, Pjthagore, sans négliger ce but, en a pour- 
suivi un plus noble, plus généreux et plus magnanime. 
L'Ordre est voué à la pratique de la vertu et à la re- 
cherche de la science. C'est à la fois une société pollli- 
que comme le seraient les Jacobins; un couvent de 
moims aspirant à la perfection religieuse et morale; 

-une académie de musique, une académie des sciences 
et une école de philosophie. C'est là qu'on surprend la 

I. On peul cependant en admetlra encore l'usage utile, quand iU 

YOyagesient. Cétait des signes franc- maçon niques. 

3. Thucyd., Vin, &4 : £wca|ioa(ai titi ôixat; -^1 jpx'^t °^°"- 

3. Plat. , Thr^ , 173, il : SnovSal ti liiipiiuv In* àpxà:- Conf. HQll- 

manQ, de AOunienttwn ouvaiiioaCsi;. 



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72 VIB DE PYTRAOORE. 

graDdeur de l'effort et de la concaptioa de l'œuvre de- 
Pythagore : il tente une- réforme de l'État et de l'indï- 
Tida, et une réforme complète de l'un et de l'autre ; 
c'est par ce caraclëre haut etgraod, par cette espérance 
chimérique et héroïque de réaliser dans la vie privée et 
la vie publiq[ue, an idéal de perfection scientiSqDeiDeot 
déterminé, que le pjtliagorisme enleva les Ames, parti- 
culièrement les jeunes gens et les femmes *, qui s'é- 
prennent avec passion quand on fait briller à leurs 
yeux la vision enchanteresse de l'inSnie perfection. Il 
est surtout un fût sur lequel on ne saurait trop insister: 
nous voyons dans celte tentative' de réorganisation so- 
ciale systématique, les femmes appelées à une vie et i 
une activité religieuses ^ ce n'est pas ce qui nous doit 
frapper le plus : car nous savons qu'elles jouaient un 
r61e important dans les sacerdoces des cultes antiques, 
et surtout dans les mystères. Hais nous voyons Pytha- 
gore établir, instituer des réunions de femmes : 
ffû^t&Xof YuvBixûvxtniffxitKÎriii*. 11 ne s'agît plus ici de cette 
vie en commun, que s'entendirent k mener plus de deux 
mille citoyens avec leurs femmes et leurs enfants': il 
s'agit d'une œuvre de conversion et d'éducation spé- 
ciales, ojl le Maître donne séparément à des femmes les 

1. Od Tolll chaque instut, d>Rsla,inbliqueet Porphyre, [a preuve 
de ce «Oin particulier d'agir sur les enfuits, les jeunes gens et lei 
ttminm, par ei. : Porphyre, 19: *E4^aïBT^Bi Euiliiztik toi; vioE^...' 
)UTà il TaÙTS ToTcnaishi, lîta t>T( Ywaii{iv. 

î. Porphjr., IB. 

3. Parphyr., 30 : 'Oiuxotev. l&mbl., 30, repaie le mot aouikTorme 
i)iaxBiiôv, qu'il interprète p«r le mot bien moderne de xoiiotîouï (39), 
cénobites. Je douterais tort de U réalité hiitorique du bit, s'il n'avait 
pour garani Dicéarque, très-antérieur au cbriitianisme. I a-l-il liune 
influence juive, une imilalioa de ht vieessénienneT 



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VIE DE PYTHAQORE. 73 

enseigïieineQts nécessaires à la pi^atique des vertus et 
des devoirs* de leur sexe. Le fait que les fenuacs pytba- 
goriques sti sont occupées des questions philosophiques 
est prouvé par les ouvrages mêmes qui leur sont, & tort 
ou à r^isou, attribués, et prouve à son tour que la 
philosophie et les sciences étaient comprises dans le 
cercle d'études imposées par le fondateur à ces Béné- 
dictines de l'antiquité païenne. Les femmes sont pour 
la première fois appelées à une vie politique et inlel' 
lectuelle, et elles ont leur place et leur rôle dans le pre- 
mier essai d'une philosophie scienUfique, et dans la 
première tentative de réorganisatioD sociale qui eut lieu 
chez les Grecs. 

L'Ordre pythagorique fil-il partie du gouvernement 
officiel î fut •il un rouage du nouvel organisme politique 
adopté sous l'influence de Pythagore? Il semble & peu 
près certain que non ; car les membres en sont accusés 
plus tard d'affecter de se séparer de leurs concitoyens , 
et déformer, poor ainsi dire, une société secrète *, en 
conspiration permanente contre la démocratie'. 

Les détails donnés par lamblique semblent prouver 
que leur ncUon sur le sénat n'était pas ouverte , consli- 
tulionnelle , ofiîcielle , publique , mais n'était qu'une 
influence personnelle , extra-officielle et pour ainsi dire 
latente. 

L'Ordre n'est pas sans analogie avec l'institut des Jé- 



I. JmliD, X, 4 : • HalrDDtium quoque separilim a virU ei puero- 
rum a paitotiba» àiKUmua frequenfer babuit. > 

3, Juitin, XZ, 4: ■ Ouum....sepiratam a céleris clnbusvilimeier- 
ureDl, qua«i ciBtum cluulestiDS conjurationis habereal. > 

3. Umbl., 160 : t^* tpi},a40f[av.... aviu\i.o^ia,i xatà tUfMÏiài. , 



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74 VIE DE PYTHACORE. 

suites, cotame l'a justement remarqué H. Grole , et il 
a eu comme lui ses adhérenis oxtérieurs, ot l;iu : il est 
une organisation des influences destinées à faire entrer 
dans l'ordre pratique et dans ta réalité, une conception 
sociale , politique, obtenue & priori par la spéculation , 
et dont il est lui-même l'image yisible et la réalisation 
la plus parraile. 

A plus forle raison devons-nous croire que Pylhagore 
lui-même n'exerça pas des magistratures politiques. 
Vaière Maxime raconte que les Crotoniates le prièrent 
avec instance de donner ses conseils à leur sénat : 
■ ut senatumipsorum consiliis surs uti paterelur'.>Mais 
cela yeut-il dire qu'ils lui offrirent la présidence, t itpi- 
Tovtï, du sénat ou de la elle , dignilé entourée, dans ces 
républiques, d'un grandpresllge et d'un grand pouvoir. 
Dans les rapports tnlernalionaux qui précèdent la lulte 
entre Sybaris etCrolone, on ne voit Pythagore user que 
de son autorité morale et non des liroits d'une magis- 
trRlure régulière. Cicéron, qui le réunit et le compare à 
Démocrite etAnaxagore, prétend qu'il renonça comme 
cui au gouvernement et aux magistratures pour se 
consacrer tout entier à la philosophie '. Ailleurs il rap- 
porte un récil d'Héraclide sur un enlrelieii in Pylhagore 
avec Léon , tyran de Phliunle , dans lequel il comparait 
la vie humaine aux fôles Olympiques, où les uns vien- 
nent pour acheter ou vendre , les autres pour disputer 
le prix de la force , de l'adresse et de la beauté , les au- 
tres enfin, simplement comme spectateurs désintéressés 

1. Val. Haz., Vm, 15. 

2. Cic, de Oral., III, 15 : ■ A. regeodis magistratibus lolos sa ad 
'cognitionetn rerum tranatuleruDl. ■ - 



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VIE DK PYTHACORE. 75 

et curieux ; îl terminait en disant que ceux qui se pro- 
posent sealement d'étudier les hommes et les choses , 
de regarder en curieux désintéressés le grand spectiicle 
du monde et les luîtes olympiques de la vit;, uniquement 
pour le plaisir de les voir et de les connaître, ceux-là 
sont les philosophes, et que c'est l'oecupalion la plus 
généreuse et la plus belle de toutes '. 

Il ne faudrait pas prendre à la lettre ces maximes : la 
philosophie pythagoricienne n'est pas exclusivement 
théorique et spéculative : elle est, au contraire, essen- 
liellement pratique. La politique indissolublement unie 
à la morale * a sa place dans le système, comme nous 
la verrons avoir son rang et ses heures même dans le 
plan des études et des travaux imposés aux membres 
de l'Ordre , qui devaient s'occuper tour k tour de la po- 
litiqae étrangère et de la politique intérieure '. Le 
philosophe , dit Plularque , peut servir son pays dans 
les affaires publiques, comme le Ri Pythagore '. 

Lestémoignagesabondentpourprouver que si l'Ordre 
pjthagorique ne fut pas une institution politique ; si 
Pythagore n'-occupa pas une magistrature dans l'Ëtat, 
leur influence politique n'en lut pas moins puissante ni 
moins générale. Par son action personnelle , par l'action 
de cette société riche, enlhousiasle, intelligente, disci- 
plinée, Pythagore apporta à la constitution légale de 
Crolone des modifications qui paraissent avoir été pro- 
Tondesj et en avoir altéré le caractère modéré et démo* 

1. Cic, Ttac, V, 3. 

S. Sur celle union des deui sciences, voir de Geor. de Princip. po- , 
lUU.Plat.,p. 126; Heeren, idffn (ur la pol., t. UI, p. !3S. 

3. lambl., 97 : Ta; i|<dnx&c»i Ta; (ivixdct. 

4. Plut., m ptiiloiophaTut. eum princip., c. i. 



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76 TIE DE PÏTHAGORE. 

cratique* . On n'a aucun renseignemeal précis sor cette 
réTortne aristocratique de l'État : je ne puis croire que 
Pythagore se soit borné à apaiser par son éloquence les 
dissensions intestines, k relever les coura^res abattus par 
U défaite qu'avaient infligée à ses concitoyens les Lo~ 
criens; à rétablir les mœurs, la prospérité, la conllance, 
l'aulorilé des pouvoirs légaux et des inslitulions éta- 
blies* : il changea la loi même, ou du moins il en chan- 
gea l'esprit. Il semble que, dans lu mesure où une telle 
conception pouvait être admise et réalisée dans ce temps 
et chez un peuple grec , il ail voulu établir une i^orte de 
gouvernement théocratique *, à ia tête, mais en dehors 
duquel se serait placé l'Ordre pythagorique* dont le 
règlement intérieur nous révèle clairement les ten- 
dances. 

Celte tentative eut un commencement de succès. C'est 
l'effet ordinaire de ces gouvernements de compression 
vertueuse et de tyrannie morale. Les Ames, éprises de l'i- 



1. Porphyr., 54 : OSrcat iiav^âI,Kto BÙTif t> val al owavric aÙT$ 
JTaïpai, û«Ti xal ta; iioliTi[a; toî( iai' oijtoû ÎKi^pémii Ttn iroXti;. 
Diog. L., VIII, 3 : Nôiiouc BtU tôt; 'Iiahâiau; «oEuoen sin toÎ( 
(loiSnTaï; aï icpi; iplit ■spixtouiovi Siti; 4"">^^I'°'^^ âpioTs ■ci xoyiiiKK, 
âaT4 vx.tiùv dpi^oxpATÏav eîvat TÏ)v icoïlicïkV' lambl., 33 ; Sii tAv 
ixoustùv. Porphyre et lambliqua [139] nous iiomizient les homniet 
d'Etat illustras aortanl de son École. Diog. (.., (VIll, UJ lui attribue 
l'instJtuIion des poids et mesures, ce qui veut dire saoa doute qu'il fit 
adopter le système dorien ou égîDélique, le plus usité et te plus com- 
plet. 

3. Justin, XX, 2 et i. Dion Cbrysost., Or., XLIX, nous petui la con- 
corde et la paix régnant dans toute l'Italie méridionale sous l'innueuca 
du pythagorisnie. 

3. On peut attribuer i la politique de Pyihagsre cette matime poli- 
tique de Platon : 4aû)<i( xpii^^t iravii; xb>oû irpâyiiato; ix^^>- 

4. Val. Ma., Vlll, 15 : • Crotooiata ab eo peiiemot ut senatum 
ipsorum coDsililïsuis utî pateretur, ■ 



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VIE DB PYTHAGORE. 77 

déal tnagniCque qu'on foit briller & leurs yeux , trans- 
portées pac la beauté même du sacrifice qu'on leur 
demande , renoDcent à la liberté du mal , p'our se sou- 
mettre à l'heureuse servitude du bien , oubliant que le 
grand principe du perrectionnement moral est un prin- 
cipe interne et dont la libre détermination fait toute la 
force et toute la dignité. Les esprits les plus fiers s'a- 
baissent & recevoir la moralité du dehors, Bupdtatv. Ceux 
que le Maître appelle les Bous sont rassurés; ceux 
qu'il lai platt d'appeler les méchants tremblent', et tout 
le monde obéit. 

Le succès des réformes politiques et sociales ne fut 
PQs borné à Crotone : des ramifications de l'Ordre se 
multipliant dans toute la Grande Grèce» en répandirent 
les doctrines ei les principes à Tarente, k Héraclée, & 
Hétaponte , à Tauromënium , à Rhégium , à Himëre, & 
Gatane, k Agrigente, & Sybaris, souillant partout la 
passion de la liberté et le renversement des tyrans. * 
Partout elles furent accueillies avec le même enthou- 
siasme, et adoptées avec la même ardeur. * 

Elles rayonnèrent même plus loin encore , s'il faut en 
croire Aristoxèoe. ' Les Lucaniens ', les Hessapiens , les 
Peucélîens, les Étrusques, les Romains eux-mêmes n'é- 
chappèrent pas k leur bienfaisante influence*. L'Italie 

1. Le mol ipparUeDt à Htrat, et il est tout à &it digne de lui. 

2. Porphyr., 56 el ïl. Diog. L., Vin, 40. Polyb., II, 39. 

3. Cic, Tiuc, 1, 16 ; •Teouit taigaam itlam GrKciam tum honore 
diiciplinE tum aoctorilate. • Id. , V,'4 : • Exoraavit eam Gneciam el 
privatim et publice, pnestantisaioiLS et instilulis et artibus. • 

4. Ap. Porphyr., M. lambl., 241. Oiog. L., VIII, 14. 

5. Cic., Tutcul., IV, 1 : « Quia est enim qui putet, quum llorerat in 
llali& GrMciaque potentissimls el matlmis urbibus e>, qu» magna 



,y Google 



tout enliëre la resserilil profoodémeat % et c'est de là 
sans doute qu'est née la Iradilion, fausse d'ailleurs, qui 
Taisait de Numa un disciple de Pjlhagore. Cicéron, qui 
relève plusieurs fois cette erreur, est le premier h re- 
connaître que l'esprit du pytlîagorisme a pénélré jusque 
dans Ronie, et que les principes en ont inspiré plu- 
sieurs des inslitutions de sa pairie'. Si le caractère 
romain se distingue en effet par la passion du com- 
mandement unie & l'instinct de la règle et de la disci- 

dicUest ; in hisque primum ipsius Pythagors, ileinde pasiet Pjtli»- 
goreorum tantum nomcn essel, coslrorum Iiominum &d eorum doctis- 
simai voces clausas fuisse? Ouin eliam arbiiror, propler Pj^bigarao- 
nimadiniraUoDem,Numaiii quoquc regem Pjtbagoreum a paslerioribiia 

eiisUmatum Id., Cic, de Orat., 1[, 37 : ■ Referta quoQdam Ila- 

lia Pylhagoreorum fuit. ■ PluWfquo (JVum., Vi, c. vcii) raconte, d'à- 
prài Èpicbarme le Comique, auteur tort ancien, obserre-l-il lui-même, 
et initié à la dorlrine pjtbagoricienne, que Pylbagore arsit reçu des 
Romains le droit de cité. 'Wecker [Klein. Schrift., I, 3&0}. 

1. Diog. L. (VIII JS) lai attribue d'avoir formé par ses enseignements 
lea grands lègislalRura Charondas de Catane, uX Zaleuooa de Locrai. 
Porphyre (21) nous transmet ce même renseignement, peut-être sous 
la foi de Nicomaque, et nous le trouvons répété dans Sénèque, Ep. 90. 
Diodore de Sicile, Zll, 30. lambl., 38, 104. 130, 172. 11 est évident que 
c'est une erreur semblable à celle qui fait de Numa un de ses disci- 
ples ; car ils sont tous deux antérieurs i Pythagore. Nous aTons tu 
pins taaut que les traditions faisaient de Pyttaagore un disciple des 
Druides gaulois; d'autres faisaient de lui leur maître. Diodore de Si- 
cile (V, 2R] , et Ammien Uarcellin (XV, 9, 8) rapportent que, c'est de 
Pjihagore qu'ils avaient emprunté leur doctrine sur la migration des 
tmes, que leur collège de prCtres c'était qu'une imitation de l'école 
pythagorique ; t quoi Origine ajoute (Phiioioph., p. 30) que c'est par 
Zamoixis le Soytbe qu'ils en auraient eu connaissance. 

1. Ttu«it.,]V, 1 : ' Pytbagorae aulem doctrina, quum longe lale- 
que pateret, permanavisse mihi videtur iu banc civiiatem. • SI le 
même ajoute plus loin (IV, 1) : « Uulta etiam sunt in nostris insli' 
tutisducta,abitlis. 1 cr.plusbau'l, p. 33. La statut? élevée ï Hytbagore, 
par ordre d'Apollon Pjtbien pendant la guerre des Samnites (vers 320 
av. 1. C.) comme au plus sage des Grecs, était placée & l'un des angles 
de la plac8 des Comices, faisant pendant à celle d'Atcibiade, 41eT6e 



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VIE DE PYTHACORE. 79 

pline, on peut dire que ces éléments caracléiisliques 
se relrouveot dans l'organisation de l'Institut py- 
thagoricien, où l'on apprend à obéir pour pouvoir do- 
miner. 

ToHtefois, si le sort de ces réformes socioles et poli- 
tiques, entreprises sous l'influence d'une puissante con- 
viction religieuse et morale, et exécutées avec énergie et 
intelligence, est d'avoir un succès rapide et brillant, il 
est également dans la nature des choses que ce succès 
soit peu durable. La nature humaine, qui, dans l'ivresse 
d'un beau sentiment de perfection, s'est crue capable de 
tant de sacrifices et d'un si sublime efTort, retombe hiru 
vile dans la prosaïque et vulgaire réalité. Certains sen- 
timents, comprimés an instant, reprennent leur empire, 
aussi bien dans l'individu que dans l'Ëlat, et la réaction 
commence. 

Elle commença, pour le pylhagorisme, à une époque 
que nous ne pouvons fixer, mais qui, suivant les plus 
grandes probabilités, peut être placée vers la fin de la 
vie de Pylhagore ; c'est-à-dire après l'année 510. L'em- 
pire qu'il exerça sur les e8prils,*les mœurs et le régime 
politique des cités grecques de l'Italie, n'aura pas duré 
moins de trente ans, et peul-étre de quarante : cela ex- 
plique comment le mouvement des idées qu'il imprima, 
put être à la fois si profond et si étendu. 

L'étincelle de l'incendie partit de Sybaris. Vers l'an- 
née 510, un soulèvement populaire, probablement, car 

dans les mfimes circaasUDces, comme au plus brave. Ce* deui monu- 
meiils subsistcreni jusqu'à ce que Sylla les délruisit ou les déplafa, 
tMur construire la Curie. Plin., B. not., XXXIV, 13, Î6: • Invanio 
M P7tlugorR«t Alciliiadi iacornibus Comitil posiUs assa statuas, etc. 



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tout e ,*''''l«*rwro«) eut Jieu dans 

sans ,^^*^ /ndostrieuse, puissante, 

fai' ^'y*'^ '^i/rt'»'' généralement dans les 

r' J^^^^i*''""^ ^"' "'*''^* '*^ quittermo- 

^ ''^''^ *!^û''î "^"^ "^^^ exilés Tinrent de- 
t>i^^'''^ec\ioa aux Crotoniales; c'étaient 
^î(f*** ïedu r*^" autorise celle hypothèse, des 
J^-^' *)^ '^^ l'Ordre pythagoriqne. L9 magis- 
^^^^ih '^ ^T*"* '^^''^ ^^^"^ faveur dans la cité 
,^(rf''^[^j„ja l'extradition des réfugiés, doutlapré- 
■ n«"^' -j, si faible distance de la frontière pouvait être 
dT»"* u pour la sécurité de son gouvernement et de 
"'^f^ {)n était disposé à recoDualIre la justice de sa 
^^lioo, et prêt à y faire droit, lorsque, sur les In- 
\~g^ personnelles dePythagore ' et malgré ia supério- 
té des forces militaires de Sybaris *, le Conseil des 
niille, qf''' dominait, se décida à refuser et à ne pas ]i- 
frer& leurs ennemis les malheureux su[^pliants.IS'; eut- 
]t, de la part de Pjtbagore, qu'un noble sentiment de 
pitié, ou sa sympathie élait-elle excitée ou échauffée 
par la communauté des idées, le respect des liens sa- 
crés qui unissaient entre eux tous les membres de 
l'Institut, c'est ce qu'on ne saurait dire avec certi- 
tude; toutefois, lamblique nous ouvre la voie d'une 
répODseprobahle, en nous rapportant que des adhérents 
de l'Ordre avaient été victimes du parti triomphant à 
Sjbaris '. 

1. Diod. Sie.,XII, B. 

2. On leur donne une «rmée de 300 000 hommeg, contra lesqueb 
les Croioniites ne purent en réunir que 100000. Ces cbilTres panl»- 
sent sutpecls. 

3. Umbl., 171. Diod. Sic, XI, 90; XII, 10. Slrab., Vj, p. 1S3. 



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VIE DE PYBTAGORE. SI 

Quoi qu'il en soit, la notoire favorisa cette résolution 
généreuse ou intéressée : malgré le nombre, les Syba- 
rites furent vaincus et écrasés ; leur défaite fut un 
désastre. La ville prise, saccagée, détruite de fond en 
comble, devint un désert jusqu'à ce que, soixante-dix 
ans plus tard, une colonie athénienne vint s'établir à 
quelque distance, k Thurii. Le succès de ses conseils dut ■ 
augmenter l'asceudanl de Pythagore, dont un disciple', 
Hilon, avait commandé l'armée triomphante de Crotone. 
Peut-élre en abusa-t^il, peut-être aussi l'organisation 
nouvelle avait -elle déjà trop duré. A ces causes géné- 
rales de mécontentement, s'en ajoutèrent d'autres par- 
ticulières.' 

Les membres de l'Ordre affectaient de se séparer de 
leurs concîtoyeus : separatam vilam exercèrent a aeteris 
eivibus*. Pjtbitgore, qui avait commencé par une propa- 
gande populaire et avait dû se mêler k tous ses conci- 
toyens, se retirait dans le sanctuaire de son école, cl 
n'admettait plus à l'honneur de ses entretiens que ses 
seuls disciples '. Ceux-ci en étaient arrivés k gouverner 
l'£lat et à vouloir y faire prédominer des mœurs, des 
idées nouvelles qui n'étaient pas dans le goût ni dans 
les habitudes des Crotoniates . 

Tout cela déplaisait, mécontentait,, irritait. L'ascen- 
dant de Pythagore, cependant, maintenait l'état dechoses 
qui s'était introduit depuis son arrivée à Crotone et qui 

1. SIrab., VI, c. 1. p. 363: '0[uli)dkc lï DutaYipou. 
1. JusIiQ, XX, A. lambl., SSâi Tàtilv itoUi aûiobc JXiimi,... 
If'Stfov ISiwi|u» (Ixc xlpl lotif fUaut. 

3. limbl., 1S4 : Mivait hvfff* '">'^ (latitToI;. 

4. Id. : nôlïiHt tiit <iOit if ToI( ffiian oOS' lcin|Biv)iaaiv ixtlvoïc 
iia]iitiuD|iiv)K> 



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SS VIE DE PYTIIAGORE. 

avait déjA pour lui la saoction du succès et du temps * ; 
mais il ne fallait qu'une circonstance favorable pour 
fiiire éclater le mécontentement qui couvait dans les es- 
prits *. Cette occasion se présenta I:|^entAt. 

Comme il t'avait dëjà fait à la suite de l'annexion du 
territoire de Siris, le peuple, après la prise de Sybaris, 
demanda le partage des terres conquises, éhiB$M|Mt '; une 
réaction démocratique, assez modérée d'abord, fut con- 
duite par Hippasus, Diodore et Théagès : on demandait 
une réforme de la Constitution, où s'étaient introduits 
des principes et des pratiques trop aristocratiques. Ap- 
puyés par les pythagoriciens, les grands résistèrent*; 
mais malgré leur opposition, le projet de ■:éforme fut 
adopté % un nouveau conseil fut institué par l'élection, 
qui eut pouvoir de faire rendre compte aux magistrats 
de la manière dont ils auraient rempli leur charge ; les 
magistrats descendirent ainsi du réle de tuteurs et de 
maîtres, au rélc plos humble d'exécuteurs des volontés 



1. Id. , mL .■ Auodpicnauiiivii . 

2. Cesl Missi la conclusion oïl arrite K. Fr. Herminn {Staalt- 
alferlhânwr, p. 157) : • Quoique lea pritealLons du peuplai se partager 
lesUireicoDquisas da Sybaris aient pu lui fournir l'occasion de Taire 
éclater son mautiiis vouloir, cepeudant il j eut une cause plu» génë-^ 
raie : ce Fui le seutimant de sa dignité, et le souci de sa liberté qui 
provoquËrent cette poursuite terriblD, dont Cylon fut le cber, et qui 
idala en 504 sur lea Pjlhagoriciens, . 

3. 11 semble que le droit de fiiive partie des assemblies politiques 
fût altachi i la poisessioo d'une propriété foncière : car on voit la que- 
relle commencer comme à Kome au sujet d'une loi agraire. 

4- Les principaui étaient Alclmaque, Dimachus, Héton et Démo- 
cidëa : ils repoussaient ces propesiiïons, en disant qu'il ne Tallait pas 
Obanger le gouvernement établi et national, t^v :iirpwv itaXnitav. 
ambl., 357. 

6. lambl-, 25T : 'Ëxp4triiiav ol «^ «J^Ssi au>ir,YOfoi}vt(;. 



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VIE DE PYTHAGOKB. S3 

dn peuple, qui se réserrait le droit de surveiller leur fi- 
délité dans l'accomplissement de leur mandat. Tons les 
citoyens furent désormais aptes à faire partie de l'Assem- 
blée et h exercer les magistratures *. 
Ces premiers changements' n'étaient pas de nature & 



1. lunbl., 3&T : nâvcat xoivuvtTv t^: iprîii xat Ti|f IxxIiivIbc. 

3- Il Mmbla du reste que la mouTemenl fut gënfrtl at proroiid, Lei 
circoDStancef qui kvaleut bvorisA tes premian auccèi de Pjtliagors 
étaient changées. 11 £taît arrivé i Crolone vers te temps où la prodao- 
tion des mjilhes, qui compaseot la légenda religieusa, et constituent 
comme les bits da l'Histoire sainte des Grecs, était tenginée, et OÙ 
l'esprit, calinfaligable ourrier.ie tournait vers l'élaboration des Idées, 
le déieloppement et l'eipiicution des sentiment» moraux et des prin- 
cipes raliounels déposés dans ces mythes par une imagination ccèa- 
Irice et ioconsciente. L'époque mythologique ast épuisée; l'époque 
théologiquE commence. Elle se caractérise par deux tendances : d'une 
put, un effort spéculatif et rationnel ; et de l'autre, une préoccupa- 
tion religieuse, une dispnsilioa presque mystique des espriu prêta à 
tout croire, et à croire surlout i'incroï8l)le, t^s âme» étaient ouvertes 
k fenthousiasme, au dévouement, K la foi naïve et confiante. La goût 
et le besoin du merveilleux étaient partout. Nous retrouvons ce carac- 
tère dans Epiménide que Selon appelle i Athènes pour y établir la 
concorde, el chei lequel il est tûen dirBcile de mieoanaltre, i cAlé du 
tage, un imposteur bien intentionné, qui abuse de la crédulité des 
toulei, croyant par li les servir. Empédocle paasera aussi pour avoir 
le secrat de dominer les forçai de la nature; tels aussi paraîtront 
Abaria, ZamoUis, Aristéaa, Fhérécyde. (Conf. Jambl., 13&-lil. PoT' 
pbyr.,lS). 

Mais ce mouvement des espriU Inclinant Ter» des doctrines qui 
choquaient le fond at l'essence de l'esprit, grec, amoureux da llberié, 
et surlout de la liberté de penser et de parler, n'eut pas une longue 
durée. L'époque où la tentative da Pythagore succombe est oalle oA 
les Sis de Pisistrale sont chassés d'Athènes, et où l'établit dans cette 
ùté un gouvernement démocratique libre. La plupart des États grecs 
reçoivent le eonire-coup de l'étincelle : et les cités grecques de l'Jlalie 
méridionale y échappèrent d'autaut moins, que la population y était 
plus nombreuse et plus mélangée. Aussi Polybe, II, 39, nous dit-il, 
qu'au moment de lacliute des Synedrtapythagoriques, ce mouveinent 
démocratique se répandit partout, et remplit Jn instant de discordes, 
de trouble et de sang les viltei gracques de cette partie du monde. 



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84 VlK DE PVTHAOOBE. 

plaire k Pythagore, dont ils compromettaient l'utopie : 
des inÎDiitîés privées, des haines personnelles, qui euve- 
niment toujours les divisions d'opinions, vinrent ajouter 
k cet élément de dissensions leurs fureurs et leurs pas- 
sions. Un des plus riches et des plus considérables ci- 
toyens de Crotone, Cylon, avait désiré être admis dans 
l'Ordre. Pylhagore, qui le recrutait avec soin et étudiait, 
dit-on, jusqu'il la physionomie de ceux qui sollicitaient 
cet honneur, le repoussa à cause de son caractère vio- 
lent, indiscipliné, impérieux'. Ce candidat évincé devint 
immédiatement un ennemi implacable et un adversaire 
dangereux. Aidé d'un nommé Ninon, il organisa un club 
opposé à celui des pyltiagoriciens, une grande société 
populaire *, et chercha à soulever contre le parti aristo- 
cratique les colères et les ressentiments de la foule. Les 
dispositions hostiles de cette action nombreuse et de 
jour en jour plus puissante, étaient de nature à avenir 
et à inquiéter Pythagore : aussi quelques historiens ra- 
content qu'il crut prudent de céder devant l'orage qui 
s'amoncelait ' , et qu'il se décida à se retirer à Méla- 
ponte, suivant les uns', à Délos* suivant les autres, au- 

1. Diod. Sic, trigm. da liv. X. 
3. Id-, «t. : "ETcuptUn f*TÀ)iip>- 

3. &p. PorphjT-, &&:01|Lfv, probablement Nianthès. Ap. D[og. L., 
VIII, 40, SatjrnustHèiaelideiap. lambl., 361, Nicamachua, 

4. Aiistoi., lambl., 248. fngm. II. C'est à Déloi qu'il reocontre 
Phtrècyde «pirant, auquel il rend l«s defolra de la lèpullure. Uae 
ioicription, rappoTtée par Douris.et qu'on avait gravés aur le tombeau 
da PtiirécTde, célébnit la grandeur du gânie de Pythagore ; 

nutoYipl iift TSiûS', .fil TCpùkoc iirivTCuv 
Ittxiv àv" 'EUiiia ifij-i. Diog. L., VIII, lîO. 

5. Nianthii, ap.Porptiyr.,&S, aulTia par Tbatniit. (Orot., lV,p.llXO. 



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VIE DE PYTIIAOORE. 85 

près de Phérécide, malade et monraiil. Dicéarque* pré- 
tend, au contraire, qu'il voulut faire face au péril, et resta 
à Grotone. En tout cas, dï les premiers succès qu'ils - 
avaient obtenus, nt l'exil volontaire de leur ennemi, s'il 
eut lieu, ne satisfirent les rancunes et les vengeances de 
Gjlon et d^ ses parlisans. Avant ou après son départ*, 
les deux chefs du parti démocratique * convoquent 
une assemblée du peuple, et là accusent formellement 
Pythagore, en lisant des extraits de son livre intitulé: 
'IipJK X<!y<x> IIb n'ont pas de peine k démontrer que les 
principes de ce catéchisme religieux et politique étaient 
attentatoires à la liberté, et que l'associalion elle-même, 
par son organisation, sa discipline, ses tendances, ses 



Ce9t i MD retour de Délo« qae, trouml M) unie morte, il te TStIra i 
UilajMDle où il se taiese p^rir de liini. 

1. D'eprii Apollonius (lambl.,3S4} ce n'esl pu iprSs la mort de Pj* 
tbagpre, comme le croit U. Zeller, mal» aprèi son djpait de Crûtone : 
'£«1 Si lûSapiv i)rttpiinanTDitiuïia(&iniîiBi. Il est vrai que ce dernier 
mot a quelquefois le sens de décatit ; mais il s'oppose deas la aiSme 
pbrase ï imi^iui, qui fixe sod sena d'une maniera certaine. Quoi qu'il 
en soit, d'aprËs la récit d'Apollonius, pour mettre fln aux dissensions 
entre les cylooiens et les pjthagoricieDS, & la suite desquelles plu. 
sieurs de ceux-ci, Démocédès entre autres, avaient été forcés de s'eii- 
ler, des arbitres tirés des citéa voisines, Tarente, Caulonia, Uétuponte, 
furent appelés i juger le difTérend. Gagnés par l'argent, comme cela 
est prouvé par les registres publics des Crotoniates, ils donnèrent gain 
de cause aux démocrates, et les pythagoriciens restèrent dans l'exil. 
On abolit les dettes,' et on fit un partage des terres (uns doute des 
terres conquises], ttiv •fyi ivôSavrgv iiceliivsv. Plus tard, itoUûv 
liâv. après de grands désastres militaires, qui leur flrent regretter 
leurs habiles généraux pytbagohcietis, eprËs la mort d'un des princi- 
paux chefs dn parti populaire, on demanda le rappel dee proscrit<:, et 
c'est alors qu'intervinrent les Achéens pour procurer lapaii et réiahlir 
la concorde. 

3. Parents et alliés, dit lamblique (35&), des pythagoriciens. 

3, rragm.,31. 



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S6 VIE DE PYTIIACORE. 

idées, était une conspiration permanente contre tes 
droits populaires *. La vénération qu'ils avaient pour 
leur maître, qu'ils adoraient presque comme un dieu, 
et leur obéissance absolue à ses commandements, leur 
affectation de se séparer en tout de leurs concitoyens, 
l'amitié indissoluble qu'ils se vouaient les nasaux autres 
et qui ne reculait devant aucun sacrince, le mépris et le 
dédain qu'ils témoi^aient à tous ceux qui ne Taisaient 
pas partie de leur association, tout fut relevé avec amer- 
tume contre eux. On rappela au peuple, qui avait été 
privé par eux du droit de juger et de décider, qu'il De 
leur devait pas la faveur de les entendre avant de les 
Trapper. Le mot d'Homère qu'ils avaient sans cesse à la 
bouche, et qui représente le prince comme uo berger 
de ses peuples, m(pivn Xaniv, montre que dans leur pen- 
sée les peuples n'étaient que de vils troupeaux, Soax-^funa 
Toù( SXkatt SvTUi. On l'invita & renverser cette pré- 
tendue pbiloaophie, qui n'était qu'une conspiration contre 
le peuple et une provocation incessante à la tyrannie *, et 
qui proclamait que, pour un homme, il valait mieux 
u'étre qu'un jour un taureau plutôt qu'un bœuf toute sa 
vie. Avant que ce procès pût avoir son issue légale, les 
esprits, enflammés par ces récriminations ardentes, pré- 
cipitèrent la crise. 

Quarante membres de l'Ordre ' se réunirent dans le 
lii:u habiUicl de leurs séances, situé près du temple 
irApollon, ou, suivant d'aulres témoigoHges. dans la mai- 

1. lustiD, XX, 4. 

î. Jambl., asa-ï61 : TupivïiiojipiytirtBi napœtnioOïtoî..., tin <nW 
oûçiav aitibi avmjt.oalKi ■œti i&i itoiX&v. 

a. t\> étaient soiianle, suivant Justin, XX, 4 : i In quo tumultu LX 
ferme periera ; oeteri ia exiilium prorecti, . 



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VIE DE PYTRAGORG. 87 

son de l'an d'entre eux, dn célèbre atblète et glorieux 
général, Hilon. Il n'est guère probable qu'ils s'y occu- 
passent de musique ou de mathématiques pures ; Âristo- 
lëne dit positivement qu'ils s'entretenaient d'aCTaires 
politiques ', c'est-à-dire, ce qui est bien naturel, qu'ils 
cherchaient sans doute à s'entendre ponr repousser le 
danger qui les menaçait, et pour résister à leurs enne- 
mis. Mais ils se trouvèrent bientAt cernés par une foule 
irrilée qui, ne pouvant enfoncer les portes, mit le feu 
an bftiiment*. Tous les afilliés réunis en ce moment pé- 
rirent dans les flammes, ou furent massacrés par la 
populace. Deux seulement, dit-on, échappèrent à ses fu- 
reurs : Archippe et Lysia ' , tous deux de Tarente, donl 
le premier se réfugia dans sa patrie, le second en Achaïc 
et de là & Thtïhes, où il eut pour disciple Ëpaniinondas. 
Les autres membres de l'Ordre et tous les ciloyens com- 
promis dans le parti arislocralique se dispersèrent dans 
la Grèce, emportant avec eux, gravées dans leur mé- 
moire, s'il est vrai qu'il leur fut iulerdit de les conser- 
ver par écrit, les doctrines de leur maître. 

1. Diog. L., VIII, 40. Iamb.,149. Duis un passage corrompa, on 
trouTe le mol navSaivlav, d'où l'on peut conclure qu'ils célébraieiit un 
repu commun. 

I. Il semble qu'Aristophane ait tiré parti de ce Mi ou de cette tra- 
dîtion dans la dernière scËne des Nvéa : elle n'en est que plus signifi' 
cative. 

3. Origène (Phil., p. 8) y ajoute Zamoliis. Au lieu d'Archippe, Plu- 
■arque {De genio Soer., 13} nomme Pbilolaaa ; mais ni FbilolaOs, con- 
temporain de Socrate (469-399), ni Lysis, contemporain d'Ëpamiuon' 
dss[4t2-3S3) ne peuvent avoirélâ les disciples immédiats de Pythagore, 
mort vers gOO avact J. C. Il faut donc ou admettre que les noms de 
PhlIolaQi et da Lysis ont été à tort introduits dans ces récits, ou 
qu'ils se npportent i d'autres personnages que ceui que nous con- 
natsions, ou que les faits où ils sont mêlés sont postérieurs à Pytha- 
gon. 



n,g:,-^cT:G00glc 



88 VIE DE PYTIIAGORE. 

Qoant à lai, la légende qui se forma de bonne heure 
autour de son nom, et qui entoure d'un voile épais les 
événements de sa vie, laisse dans une même obscurité 
les circoDStances et le lieu même de sa mort. D'après 
Aristoxène'.Pytbagore se voyant l'objet d'une aiiimosilé 
particulière de Gylon, s'était retiré à Mélaponte, où il 
finit tranquillement ses jours. Hais en ébranlant le crédit 
des pythagoriciens, ce départ et ces luttes ne l'avaient 
pas supprimé : ils étaient encore puissants, et les citoyens 
de Crotone voulaient les conserver aux affaires. C'est alors 
que Cylon provoque une sorte d'insurrection populaire, 
où la maison de Hilon est incendiée et où sont massacrés 
les pythagoriciens. 

On voit que, d'après ce récit, Pythagore était absent, 
et le temps qui s'est écoulé entre son départ et le mas- 
sacre de ses partisans n'est pas déterminé. M- Zeller 
pense qu'il fui considérable, et que les mouvements ré- 
votutioimaircs, qui agitèrent la ville de Grolonc et les 
autres cités, ses voisines, durèrent jusqu'au milieu du 
cinquième siècle, et, en tout cas, sont postérieurs à ta 
mort de Pythagore'. 

t. Pn^. 11. lambl-, 14S. Nicoinaque allait mSrne jusqu'i croire 
(lambl-, 251) que c«9 dispositions hostiles ne as manirestèrent qu'après 
le départ de Pytbagore. 

2. Le sarant historien en donne des' preuves qui ne manquent pas de ■ 
force, quoiqu'elles n'en aient pas pu assez pour me convaincre. Tous 
tes témoiDS sont unanimes sur le fait que les deux Tarentins ont feah 
échappé au massacre de leurs amis ; il est donc naturel de croire que 
Pythaftore n'otaîl pas avec eui. De plus, l'un d'eui est Ljsis, dont on 
dit qu'il fut le maître d'Épaminondas. Si cela est exact, et s'il n'y a pai 
confusion da noms, nous ne pourrions nous empêcher de placer l'évè- . 
nement au plus haut vers l'Oi. 85=^440. Car Épaminondas étant né 
01. 92 = 411, ion maître ne pouvait guËre Sire Dé plus haut que 
roi. 80 =460; et encore il n'aurait eu que vingt ans lors da t'inoendie 



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VIE DE PTTBAGORE. 89 

Dîcéarque ' croit, au contraire, comme nous l'avons 
déjJL dit , que le maître, assistait k la réunioD qui eut lieu 
dans la maisou de Uilon'. Hais il aurait échappé, comme 
Arcbippe et Lysis, aux 'meurtriers. Sauvé par le dévoue- 
ment de ses amis, qui lui firent un pont de leur corps, 
il réussit à gagner le port de Caulonia et de là Locres. 
Mais' les magistrats de cette ville, sana contester ni son 
génie ni sa vertu, s'empressèrent de lui faire savoir 
qa'ils trouvaient leurs lois bonnes , et n'éprouvaient 



de U maiioD de Hiton. Haïs que devient dons ce calcul Hilon, conlem* 
poT^in de Pjthagore, et dans ■■ maison duquel eut lieu l'événementT 
Que devient Cjlon, aon adversaire et sod eonemiT N'est-ce pas bien 
hardi de supposer que la maison de Hilon cootinua à porter le nom de 
ton propiiétaira cinquante ans apris la mort; et que le terme de ol 
Kuluratet, qui se rencoutre seul dans le récit d'Artstoxèhe , dé- 
ligne un parti comme celui des pythagoriciens, qui gardait le nom de 
MD chef, après l'avoir perdu. Un passage de Polybe, clti par U. ZeUer, 
ne parah pas contenir tout ce qu'il veut y voir. Au liv. Il, ch. ixxii, 
l'hislorien dit que les cités grecques de l'Italie méridionale, récon- 
ciliées par les Achéena, adoplèreni leurs mœurs, leurs lois, leura 
gouvernements, auxquels ils ne lenonctrent que contraiots par les 
attaques de Denys de Syracuse. Voici le texte : 'EnifldlavTe xpii>^' 
■si ôtoixaiv xatà toOtou^ rif RoliTcfav.,.. (iic6 Si xfn Aïowaiou Sum- 
«T(ÛK..-- i\i.'KiiSiaiirtn.... nai' ivdiY'^l'' aùt(l<i àirfn-niiniv. M. Zelier. 
Hnlerprèle ainsi: ils commencèrent (imSàiov, IniBiXoiio) Apraliquer 
oe gouvernement démocratique des Achéenj ; mais les attaques de 
Denys le tyran les en empécbèrent, et ils dirent obligés d'y renoncer. 
En sorts qu'il n'y eut qu'un commencement, un essai, qne les cir- 
constances ne permirent pas de réaliser. Hais c'est presser bien ri- 
goureusement le sens d'i«ttâXmTo, qui peut signifier aussi : ils se 
mirent k pratiquer et le praliqusreut en effet jusqu'au moment où les 
tiostililés et l'état de guerre les forcèrent d'y renoncer, sans qu'on puisse 
soupçonner dans les expressions de Polybe quelque allusion ï une 
durée plus ou moins longue de i;e5 nouvelles institutions. 

1. Porph., S6 et bl. 

2. £t il en lionne ht raison : c'est que le voyage à Délos auprts de 
Pbéréeyde n'a pas pu avoir lieu pendant le séjour de Pythagore à Cro- 
tone ; car Pbét^jde était mort avant le départ de Samos. 



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90 VIE DE PVTHAGORE. 

aucun désir de les changer. C'était safQsamment clair: 
mais dans la crainte de ne pas £tre compris, il lui 'signi- 
fièrent nettement d'avoir k quitter Locres, tout en lui 
offrant les secours dont il pourrait avoir besoin. L'in- 
fortuné réformateur essuya le même affront à Tarente 
qui repoussa sa dangereuse sagesse, et ne fut sans dente 
pas mieux reçu i Hètaponte où il se laissa mourir de 
faim dans le tem[)le des Muses'. 

D'autres auteurs, produits mais non nommés par 
Porphyre, prétendaient qu'il avait étû poussé à cet acte 
de désespoir, bien peu conforme aux principes de sa 
morale qui interdisaient expressément le suicide*, par 
la douleur d'avoir vu périr tous ses amis. Les bio- 
graphes de Diogène introduisent encore des variantes 
dans le récit. Échappé aux mains de ta populace de 
Grolone, il avait rencontré dans sa fuite un champ de 
fèves : pour éviter de fouler aux pieds cette plante sa- 
crée, i) fait un détour qui donne le temps aux meurtriers 
d'arriver et de le tuer, ainsi que quarante de ses amis*. 
Hermippe a encore une autre version : suivant lui, c'est 
, en Sicile, àAgri^ente, qu'est mort Pytha^ore qui y avait 
trouvé un nsile. Celte ville était alors en guerre avec 
Syracuse, et les réfugiés prirent naturellement le parti 
de l:i ville qui leur avait donné l'Iiuspitulili^. Dans une 
bataille où tes Synicusains furent victorieux, Pytbagore 
et Ceux (le ses amis qui cuiiibattaiiut & ses celés, fu- 
rent tués au moment où ils lonrnaienl, en fuyant, un 



|. DictBtrch., tragm., 31 et 31 ap. Porphyr., 56, ST. Themlst., Ont., 

xxiTi, p. ae. 

2. Pkt., Phmdon. 

3. Diog. L., T1I[, 39- 



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VIE DE PYTHAGOHE. 91' 

cbamp de fèves dont ils o'avaient pas voutu violer la 
sainteté *. 

Plularque a aussi sa relation propre; suivant lui, 
Pjttiagorea été brûlé vivant par la populace*, non pas 
à Crotone, mais à Hêt<iponte où les collèges pythagori- 
ciens, cliassés des autres villes, s'étaient réfugiés. C'est là 
qne les partisans de Gylon l'attaquèrent dans une maî- 
. son oti étaient réunis avec lui tous ses amis, incendiè- 
rent la maison et les tuèrent tous, sauf Philolaiis et Lysis 
qui échappèrent gr&ce à legr agilité et à leur vigueur. 
Pfailolaûs se réfugia cbez les Lucaniens, et Lyùs à 
Tbèbesoùle rencontra Gorgtas*. On voit que Plularque, 
qui d'ailleurs ne produit aucune autorité, brouille et con- 
fond les tbits, les lienx et les temps. Ainsi il met 
l'incendie A Hétaponte > fait de Cylon un Mélaponlin 
et de Philolaûs, qui a vécu au temps de Socrate, un con- 
temporain de Pylliagore *. 

De tous ces renseignements, divergents sur plusieurs 
points, concordants sur quelques autres, on peut ad- 
mettre comme le fait le plus probable que Pythagore 
est mort A Hétaponte, dùl'on montrait encore à Cicéron la 
maison où il avait rendu le dernier soupir, et le siège 



1. Diog. L., vin, 40. 

1. Plut., (1« 5fowor. repujrn., c. iiivn, p. lOSl. Ce reDgeignemeot 
Ml reproduit par Athehag. Ug. p. Chrvt., e. iizi; Orig., PKiUit., 
p. 8\ Schol. Plat., ad Remp., p. 600, br. 

3. Plut., Be çtn. Soer., c. iiii , p. gS3, a, b, e. Il faut dira que Plu- 
tanjue parle ici de mouTemeDb contre les socliléi pythagorïcieDdes 
en général, Initif liixtain »t «aià nôJii; fiai^iat tûv nuflaYopixûï 
«râoti xpaflrnuv, eCnoQ du fail particulier où Pytbagorc aurait suc- 
combé. 

4. Pythago» est morl vers la 70* 01, = BOO. Sooraie est né 
01. 71.3 = 469. 



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9S VIE DE PYTHAGOHE. 

OÙ il avait l'habitude de s'asseoir*. C'est là qu'élatt son 
tombeau, et les cendres de cet étranger» qui y étaient 
renfermées, attirèrent à celte ville plus de renommée que 
celle de ses plus illustres enfants*- 

Id date de l'événement, qui varie snivant celle qu'on 
adopte pour la naissance, peut être approiimativement 
placée vers la 70* 01. = 500-496 ans av. J. G-, puisque 
nous avons admis la naissance à l'OI. 50 = 580 576 av. 
J.-C, et que Solion, Salyrus et Héraclide lui donnent 
une carrière de quatre-vingts ans. 

La mort de Pythagore n'apaisa pas les haines qu'a- 
vaient suftitées ses lentaiives * de réforme politique et 
morale. A Grolone, comme dans toutes les cités oti 
s'étaient formés des collèges pythi^oriciens, des réac- 
tions violentes et cruelles, des guerres intestines et san- 
glantes s'élevèrent A Grolone, Démocédès, l'un de ceux 
qui s'étaient compromis en repoussant les proposilions 
du parti populaire, fut accusé ; on mit sa léte & prix, et 
il fut égorgé par un misérable qui réclama son salairt.'. 
Ge( état de désordres intérieurs, qui se compliquait de 
guerres et de rivalités entre les cités voisines , et qui 
comprontellait I^ur prospérité et leur puissance, dura 

1. Val. Kax., V:ll, T, 3. Justin, XX, 4. Themist., Orat., IV, p. 100- 
Clem. Alex., Slrom., 1, p. 301. Cic, de Fin., V,3 : • lUum locum ubi 
TiUm ediderat, sedenque viderim; • ce que' U. Grote a ton de tra- 
duire : < où j'fti vu SUD siège et son tombeau. ■ (Nul. de la Grèce, 

L VI. p. Î61.) 

î. V*l. Mai., VIII, 7 S ■ .Oppiiium Pythagorse qusni suorum ci- 
Derum Qobilius clïri usve moaucaeDio. ■ SuiTint le même auteur, qui 
e«( le Hut t nous donner ce lYDicIgDement (VIII, |S] , après sa mort, 
la Tille de Grolone. pour honorer sa mémoire. St de su maison un 
temple consacré ft Clièa : • Ouantumque illa afbs viguit, et Des in bo- 
1, et homo in Urx religions cullus est. ■ 



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VIE DE PYTUAGORE. 93 

uQ temps que nous ne pouvons apprécier, faule de reo- 
seignements. Nous avons ru plus haut que par des in- - 
ductions ingénieuses mais hardies, M. Zeiler le prolon- 
geait jusqu'au milieu du v siècle, et même jusque vers 
le commencemeol de la guerre du Péloponnèse, 01. 87. 

Quoi qu'il en soit, il est certain que les Achéens, af- 
fligés de la ruine prochaine de leurs colonies, naguère 
si brillantes, s'entremirent pour rétablir k concorde 
entre tes divers partis qui se déchiraient dans chaque , 
cité, et la paix entre les diverses villes. Ils y réussirent ; 
et toutes s'entendirent pour adopter les institutions et 
les lois, lé gouvernement tout entier de la mère patrie, 
fondé sur la liberté et l'égalité', auquel ils ne renoncè- 
rent que contraints par les attaques de Denys l'Ancien, 
tyran de Syracuse. Une des conditions de cet accord fut 
le retour des exilés et des émigrés. Les pythagoriciens 
rentrèrent doncdans 111alie*.-L'0rdre pythagorique, en 
tant que société politique, fat à jamais détruit, non- 
seuleroent & Grotone, mais dans toutes les villes où 
s'étaient constituées des sociétés affiliées. Hais ils eu- 
rent le droit, en tant qu'individas, de se mêler au gou- 
vernement et aux affaires publiques, de commander les 
années, et de prendre part aus grandes' magistratures 
de l'Ëtat : ce qu'ils firent souvent avec bonheur comme 
on le voit par l'exemple d'Archytas. De pluit, -ils purent 
reconstituer leur société, mais en en changeant ou en en 
modifiant la constitution et le but. Le réle du pythago- 
risme politique, dominant peut-être dans la première 

1. no^^ofan vst \aitf aplat. 
ï. Polyb., U, 39. 



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94 VIE DE PYTUAOORE. 

période de son histoire, fut terminé : il se relève comme 
société religieuse et comme école de philosophie, qui 
conserve son centre et retrouve sa splendeur dans 
l'Italie' , à laquelle l'école est considérée toujours 
comme appartenant si bien qu'elle en porte le nom*. 
Id persécution dont les membres de l'Ordre avaient 
été victimes, en les dispersant dans toute ta Grèce, 
favorisa non-seulement la diffusion; mais le dévelop- 
pement el le progrès de leurs idées; car les idées 
ne sont jamais plus fécondes que par le contact et 
même par la lulle avec d'autres idées. Nous voyons 
au temps de Socrate des pythagoriciens exposer'leur 
système dans des leçons, peut-être publiques, mais 
dont l'écho, fussent-elles privées, ne put manquer 
d'être entendu à Athènes. Les liens de la discipline 
étant nécessairement rompus par l'isolement, chaque 
pythagoricien retrouva son indépendance d'esprit et 
son individualité philosophique; chacun put suivre sa 
voie propre, et développer plus librement la doctrine 
du Maître, tout en restant fidèle à ses principes. Philo- 
laûs Ait, dit-on, le premier qui osa, malgré les règle- 
ments de l'Institut, écrire et publier les doctrines de 
l'école; j'ai peine & croire qu'il n'ait eu à se reprocher 
que cette seule infraction. 

1. kTht.,deCal.,lI, 13 : 01 cipl lialEiv, xaXo4tu«oi il Uuivfiy- 
ptlsi. Uc.,d«Scnnl., cm : .Italici philosophi quondam nominali. • 
Oiog. L, Proaem., 13 : 'Ani DuesTàpov 8ti là nliilcrta xiTà i^v lis- 
Xtoiï Si^pvt». Euseh., Pr^. en., I, 4, 4T1, b ; 'H xlufttïm 'lïaXm^ 
filoo-oçta T^î iiHUïUiilac ix ira «"» t^"' "iTaXiav BiaTpiSîi! ôEioifliîm. 
Cest mSme ce qui me Tait croira que le<i luttes intestines n'ont pas eu 
la durée que suppose 11. ZcJler; cai si les pfihagocicieas sTaient été 
eiilis pendant près de soixute-diz ans d« L'Italie, o 
l'Italie Mniit-il devenu ou resté attaché i leur école?] 



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VIE DE PYTHAGORË. 95 

En rentrant dans leur pairie, avertis par l'exemple du 
passé, contraints peut-filre pnr la loi, les pythagoriciens, 
dorent renoncer h une action politique collective et or- 
ganisée : ils purent alors se livrer avec plus d'ardeur et - 
plus complètement aux questions vraiment scientiSques 
et philosophiques. L'ëcole se maintint assez longtemps 
A l'état de eecle distincte et indépendante'. On lisait au> 
trefois dans le texte de Diogëne de Laêrte * qu'elle avait 
duré dix-Aeuf générations. Ménage, en rétablissant une 
leçon d'un manuscrit, a réduit cet espace considérable 
k neuf ou dix générations ; l'erreur, atténuée par cette 
correction ingénieuse, n'en subsiste pas moins. Arislo- ' 
xèoe dit avoir vu les derniers représentants de celle 
p^nde école qui disparut de son temps. Or Aristoxënc, 
disciple d'Aristote et de Platon, est le contemporain 
d'Alexandre, mort en 323, et de Denys de Syracuse le 
Jeune, détrôné en 343. Comment l'école pythagoricienne, 
dont le fondateur est mort en &00 avant J. G., aurait- 
elle duré 300 ansî II faudrait donc réduire l'espace de 
ta génération de 30 à 25 ans, et prendre pour point de 
départ la naissance de Pylhagore; nous arriverions pur 
ces données très-arbitraires à compter dix générations, 
soit S50 ans, pour la durée du développement histori- 
que de la philosophie pythagoricienne. 

Aristoxéne nous a donné les noms de ceux en qui 
elle s'éteignit : c'étaient Xénophile de la Chalcidique de 

1. Porphyre (53] «.ttribuait Ir disparition de la secte i trois causes : 
1* i l'obscurité de ses dogmes ; i' au dialecle dorique dans lequel ils 
ftaient Acriu; 3° au piUage audacieux de Plaion, da Speuaippe, de 
Xinocrate, qui lui aTiieut iirobé ce qu'elle avait de plus viai et de plus 

3. Diog. L., vm, 4&et4e. 



^^ïii^ 



n,g-,-^i-T:G0Oglc 



96 VIB DE PyrSAGORB. 

Tbrace, son ami et son maître ', Phanton, âchécrate, 
Potyouasle, Diodes, tous quatre de Phliunle, et disci- 
ples des Tarentins Philolaiis et Eurytus*. 

La vie privée de Pftbagore nous est absolument io- 
connae : suivant Porphyre , il se serait marié «n Crète 
arec Théano, fille de Pylhanaz ; mais cette Temme, cé- 
lèbre parmi les femmes pythagoriciennes, est, suivant 
d'autres, ou la HUe ou la femme de Brontinus, de Mé- 
taponte, d'après lambique*, de Crotone, d'après Dio- 
gène *. De son mariage il aurait eu trois ou quatre en- 
fants : un .fils nommé Télaugès, maître d'Em|)édocle, 
suivant les uns, Arimoestus, suivant Douris, dans le 
second livre de ses Annales', qui fait en outre de cet 
Arimneslus le maître de Démocrile, et deux filles, l'une 
appelée Damo, l'antre Hyîa, épouse de Hilon *. 

1. Aul.-G«ll., IV, c. a. Suid., T. 'kfi'TtH. ^ 

1. Diog. L., Vm, 45 et 46. Umbl., 148. Fragm. Axittoi., U et lî. 

3. luntil., 3S7. 

4. Mog. L., vm, 42. Conf. VIU, 83. 
6. Diog. L'., vm, 3 el 4. . 

5. NouB retrouverons parini les auteurs des Fragntna pythagori- 
ctnu, qui nous sont parvenus, ou dei ouTnges perdus, dont aoua au- 
roDi I discutar l'authenlicilé, encore deux temmes : Uélissa, qu'Iam- 
bliquB onblie dana aoa caUIogue, et dont nous avons cependant une 
lettre assurément apoct^piie, et Pèrictyoné, également oubliés par lui, 
quoique Stobée nous ait conservé d'elle quelques fragments d'un livre 
OH- la Sagtut, «pi n^IcK. 



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CHAPITRE QUATKJ 
L'ORDRE PYTHAGORICIEN 



SON ORQANISATIOK , SA COttSTITUTION , 
SON CAIUCTËR£ 



Nous avons tu Io société pythagoricienne se produire 
sur le théâtre de la politique, et nous savons mainte- 
nant déjà quels principes elle avait voulu introduire 
daoB la vie privée et publique : elle se proposait évi- 
demment un but politique, et en même temps moral, 
puisque la politique et la morale ne se séparaient pas 
chez les anciens. Uais c'est une erreur de croire que ce 
fût le seul objet qu'elle ait poursuivi '.Pythagoreavoulu, 
et c'est ce qui [^it à la fois l'originalité, la grandeur et 
le péril de sa tentative, Pythagore a voulu réformer 
non-seulement la vie morale, privée et publique, mais 



1. Kriicbe.p. lOt : • Societatlf scopus ftut mère politiciu. ■ Riiter 
(Bit. dt lu phil., t. I, p. 197) est d'un autre sentiment : • U ne lànt 
pas croire que les mystères des pythagoriciens fussent eicliuivement 
politiques. Les tnditiODs les plus vraisemblables noua autorisent, au 
contraire, à chercher le centre de vie de la communauté pytbagori- 
denne dans une doctrine religieuse secrète. > On verra que ce point 
de vue agrandi D'embrasse pas encore tout l'objet de l'Institut de Py- 
tbagore. 



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98 l'ordre pythagoricien. 

aussi la vie religieuse ; et non cooteot de ce projet déjà 
bleo vaste, i) a voulu fonder sa cODception religieuse» 
sur une doctrine rationnelle, scientifique, systématique, 
en un mot sur une philosophie. 

Cette philosophie, tout le monde le sait, se ramène à 
un principe qui s'applique à tout : l'homme et l'Étal 
doivent être ce qu'est le monde lui-môme : une har- 
monie, c'est-à-dire un reflet visible de l'harmonie su- 
prême , qui ne se tnanireste que dans l'unité parfaite, en 
Dieu *. Cette harmonie des choses, doit se retrouver et 
se retrouve en eS'et dans la conception qui cherche à 
les expliquer, et le lien qui les unit les unes aux autres, 
comme les divets rapports qui constituent celte har- 
monie, doit se retrouver entre les diverses connais- 
sances qui constituent la connaissance du tout. Naturel- 
lement donc et pour ainsi dire nécessairement, tout se 
tient dans la vaste conception de Pylhagore : lu politi- 
que et la morale s'unissent à la pratique et à la foi reli- 
gieuses, qui se lient elles-mêmes à la pratique des arts 
supérieurs de l'esprit, et à la connaissance scientifique 
de la vérité. 

Nous allons montrer comment l'Ordre pythagoricien, 
dans sa constitution et son organisation répondait à ces • 
trois buts, qui se coordonnaient et s'harmonisaient 
entre eux, comme les diverses parties d'un même sys- 
tème. 

D'abord que l'Ordre fût une institution politique, c'est 
ce qui résultedéjà cluiremenl du récit qu'on vient de lire. 
Sa chute, lesaccusationscontre ses membres, les haines ' 

1. DiDtj. L.j VIII, 33 : KsS' àpiievîav auvxrtinai ti IXa. 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 99 

popnlairessoaleTéesconlreeui.IesdisseBsion^intestimg 
et les guerres civiles provoquées par la lutte des partis, 
l'influence lointaine et profonde que l'Ordre exerça, ouest 
censé avoir exercée sur les institulions et les législations 
des cités italiennes où il avait pu établir des ramifica- 
tions *, le fait certain qu'& Crotooe particulièrement, il 
dominait directement ou indirectement le Conseil des 
mille * , prouvent que l'institution avait un but, un 
objet et an caractère politiques. A Crotonele mot ■ les 
pythagoriciens» ne désigne pas une école, il désigne un 
parti * qu'on oppose au parti contraire : les cyloniens, 
et les haines qui les animent sont si profondes et si 
Tivaccs, qu'elles durent jusqu'aux derniers temps du 
pythagorisme *. Leur passion politique est si ardente, 
qu'ils s'en méleitt même à l'étranger. Les pythagori- 
ciens échappés au désastre de leur parti à Agrigente, et 
réfugiés & Tareote, ne peuvent s'abstenir de politique: 



1. Le» IniditioTis ertOBéet qui hisaient de Chàrondu, de Ztleocus, 
deNunw, des ditciples de Pjithagora, prouvent m mains l'opiDioa 
qu'on u bisiit de t& tendance générale de ses idées, et l'importance 
que prenait la science du gouveniement dans la conceptioD qu'oD lui 
prttaiL Sénèque {ep. 90, sur l'autorité de Pasidoniua] noua dit de ces 
grands législateurs ; ' Hi non in Tara, nec in consultoram alrio, sed 
in Pjtba^rx tacilo illo sancloqua secessu didicerunt jura, qu« flo- 
rentl tune Sicilis et per Italiam Grœciœ ponerent. • lamblique cite en-. 
eore comme disciples de Pjthagore Théétëte, Bélicaon, Aristocrate e- 
Pbjtius, qui donnèrent des lois i Rhégium. Plutarqua [An eum prâi' 
tip. philoi.,l, p. 777) compara l'inQuence d'Anazagore sur Périclis, 
de Platon sur Dion, i cette de Pjtliagore surtaî; nputsâouviv 'Ira 

i. Val. Uai., VIII, 1& : ■ Bniio CrDtoqiatse studio ab eo petierunt u 
aenatum ipsonim conûliia suis uti paterelur. >• 
3. Porpbyr., b7 : nuts-rapiioi là ixl^ïnaav ^ oûaTaoK iamax 4 

i. lambl., 349 : tiixç'i r<!>i TtltuTuluv. 



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100 l'ordre PVTHAGOtlICtEN- 

ils organisent uncomplot contre le gouTernement, qu'ils 
tentent dereoTerser, échouent dans leurs desseins, sont 
arrêtés, condamnés et périssent par le feu*. Nous 
voyons par leur histoire dans quel sens s'est déterminée 
leur politique. L'idéal de cet ordre politique et à la fois 
religieus, se rapproche, par certains cdtés, du système 
de gouvernement propre aux Doriens ; mais je ne crois 
pas qu'il s'inspire de ce modèle, car il part de tout autres 
principes, quoique aboutissant & une certaine analogie 
dans les conséquences pratiques. La pensée dominante 
qui préside à la constitulion de l'État dorien ou aristo- 
cratique, c'est bien le sentiment de l'ordre ; l'Ëtal doit 
être considéré comme un être vivant ; l'unité est sa vie, 
et par conséquent, la nécessité de maintenir l'unité est 
la première loi de sa force et de sa»durée. De là cette 
discipline extérieure, minutieuse, sévère, armée d'une 
puissance capable de dompter les révoltes del'individaa- 
lisme, et de maintenir l'unité de la vie, des mœurs, des 
sentiments, des idées, du corps et de l'âme en un mot, 
entre tous les citoyens. L'obéissance envers le magistrat 
etenverslaloi est la première des vertus. G'estblenaussi ' 
le précepte de Pythagore : mais il faut à ce dernier, qui 
est un philosophe, un élément dont ne s'est pas inquiété 
Lucurgue: l'obéissance qu'il demande n'est ni passive, 
ai mécanique; c'e|t une soumission sincère de l'esprit, 
une obéissance provenant d'une conviction éclairée, 
raisonnable, volontaire, et non contrainte et forcée '. 
Pythagore, comme Platon, est d'avis que l'homme a 



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LORDRE PYTHAGORICIEN, 101 

besoin â'uD maître, oudumoinsd'ua guide*: il ne pent 
suffire à la conduite el au f^ouveriienient de loi- 
mëiDe >. Le plus grand des maux pour lui, et dans 
la vie privée el dans la TÏe publique, c'est l'anarchie *, 
car il est naturellement porté à l'eicès * , à Tincon- 
stance, & la mobilité : c'est un être qui change et varie 
sans cesse au souFtle de ses passions et de ses désirs. 
Non-seulement il faut obéir aux lois, il faut encore les 
respecter, les maintenir, ne pas les changer *. Ce n'est 
pas l'opinion du ^and nombre qu'il faut suivre, mais 
celle des hommes sages et expérimentés *. La foule est 
mauvais juge de ce qui est beau et bon ^. 

1. Hiracliuanit déjà dit : < La loi corniste i obéir i la volonté 
d'un seul. • rr. 34(38). 

2. ruDbl.,i[l. 

3. ImdH.. 1.1. et ni. 

i. td., 1. 1. : Ti WpiTcixiv-, ce qui dé[)a5SB la mesure ds set droits 
0l de sa pui&saace, tes lïmiles de s& oature. C'est par conséquoat un 
attentat contre Dieu, dont il usurpe le domaine. 

b. lambl. 1, 1. : [tiviiv jv toi; ««ploi; I9tai xxl yo\ûtt<n^, Diog. L., 
33 : Vo]u^ pnfltli, ivoiitqi icoli|uîv. — On trouvera, dam les Fragm. 
tTArchyUui, un admlr^le morceau sur la loi : 'La loi , sans laquelle 
le roi n'est plus qu'un tyran, le magistrat un usurpateur, le sujet on 
esclave , la sociéti uq troupeau de misérables. Il faut que la loi toit 
utile h tous, efflcacB, conforma àlanainredes choses, en barmonisavec 
las hommes qu'elle doit gouverner. Elle a unA puissance efScace,si elle 
Ml bien appropriée aux citoyens; elle ett couforme i la nature de* 
choses, si elle est l'imagedu droit naturel ;enSn utile à tous, si elle n'est 
pas monarcbique et ue constitue pas de privilèges. La constitution la 
jneilleure est uoe constitution mille, comme celle de Lacédénone. oiï 
les trois principes de gouvernement, monarchique, aristocraliqae, dé- 
mociatiquB, étaient iftiis dans un rapport harmonieux. Celui qui 
aapire ï commander Us hommes doit avoir la science, la puissance, 
et surtout la bonté : il est contradictoire qu'un berger haïsse son trou- 

6. Porph., X, p. VI. 

T. V. ^ut haut, p. T6, n. 3. Stob., XLVI, U, p. 330, t. Il i • Fais ce 



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103 l'ohdre pythagoricien. 

De quelque manière qu'on les envisage, od ne peut 
considérer comme absolument étrangëresi la poliliqae, 
ni l'institution des repas commans, ni la règle morale 
que tout est commun entre amis. 

L'bisloire de Daman et de Phinlhias, qo'Ajisloxène 
afllrme tenir de Denys Iui<mêmeS prouve évidemment 
que l'on pouvait atlhérer aux principes moraoi et phi- 
losophiques de l'Ordre, en être même un membre , du 
moins un membre extérieur, sans renoncer à la pro- 
priété individuelle. L'Ordre pythagoricien n'a pas, même 
& Grolone, absorbé l'Ëtat : il était seulement comme 
une imuge idéale, le modèle de l'État parfait; et la 
preuve, c'est que l'opinion publique se plaignait préci- 
sément de l'isolement où ses membres atTectaient de se 
maintenir, de cette hauteur d'attitude, de cette vertu 
orgueilleuse par où ils prétendaient se distinguer et se 
séparer de leurs concitoyens. Pythagore réunit, dit-on, 
beaucoup de partisans ' ; mais ce mot vague ne doit pas 
foire illusion;rar lamblique, qui l'emploie, le détermine 
par le nombre de 600, chîfCre assurément bien modeste 
dans une ville si populeuse. C'est même une des causes 
qui excitaient le mécontentement, de voir une minorité 
si Taible exercer une influence politique si considérable, 
et aspirer à changer et les institutions et les mœurs. 
Sans doute, la vie commune, le cénobitisme s'est intro- 
duit dans I;i vie pythagorique"; mais cette règle ne 

qus tu crois être bien, quand bien mfime il semblsnit aui uitres i]ue 
tu fais mil: f ivïo; -(àf xpÎTi]; navra; xnloù «pâ^iuToc ix^O( : A tU UÎS 
méprùer ses louanges, tu sauras mépriser son blïme. • 

l. Porphyr,, 59. 

t. lambl, 39. 

3. Umbl., ei : miiEiNoiv; IST. 168 : xMùtim. Diog. L., X. n. 



n,g:,-.-x-T:G00gic 



l'ordre pythaoor;cien. 103 

s'eit étendue ni à toas les temps ni à tous les membres ; 
* entre pythagoriciens tels queDamon el Phinlhias, il n'y 
a pas communanté de biens; ce n'est donc pas une 
règle absolue de l'Institut; h plus forle raison ne peut- 
on admettre qu'ils l'aient imposée à tous les citoyens 
et qo'ils en aient fait une loi de l'État. Dans les règle- 
ments que nous transmet lambllque sur la vie En- 
lime des pythagoriciens, nous voyons, après le repas 
da soir, chaque frère regagner sa maison et sa famille'. 
Cenx-là seulement, à qui convenait celle communauté 
d'existence*, abandonnaient à l'Ordre leur fortune per- 
sonnelle et vivaient des ressources de la communauté. 
Mais même ainsi restreinte, la règle qui se proposait 
comme un idéal, ne pouvait manquer d'avoir une in- 
fluence politique, et si elle était si parfaite dans les rap- 
ports d'une société particulLËre, on devait être tenté 
de la considérer comme applicable aux rapports de la 
société politique. 

Les repas des pythagoriciens ne sont pas proprement 
communs; ils ne mangent pas tous ensemble : au con- 
traire, il leur est défendu d'être plus de dix à la même 
table'. Ce nombre, sacré pour eux, estassez restreint; 
el par cette limite, déj& ces Syssities pythogoriques se 

Ëpicure ne roulait pu qne ses disciples missent leurs biens en com- 
mun, comme P^tbagora Conf. Diog. L, Vllt, 10 el 33; Apnl. . 
I, 9; Porphjr.. F. P., 33; Schol. Platon.. Phxdr •, p. Ï7B, o, lequel 
cite Aristote [Bthie. Nie., IX, 8] . Celai-cl ne considère la maiime que 
comme un précepte de morale, et Clcécon Is commente, en disant que 
Pythagore veut que l'amitié tasse un de plusieurs , Ht unut (lat <z 
pliinbiui,deUgg., I, 3 et d« OIT., I, IT). 

I, lambl., 100 : 'Aniivai luamov il; olcov. 

1. lambl,, 167, 168 : Ei |Uv ^pinura ^ «niuyi^. 

3- lambl., 98. Stnb., VI, c. i, p. 363. 



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104 l'ordre pythagoricien. 

rapprochent des "AvSptiB des Crélois ei des *tii>Ti« ou 
^iXtrta des Lac^démoniens, espèces de conseils secrets, *. 
limités k quinze membres choisis parmi les grands, et 
que Plutarque compare aux repas communs des Pry- 
tanes et des Thesmothètes, à Athènes *. 

Les uns et les autres avaient un caractère et une ten- 
dance politiques. Comme les An^tlais, les anciens ne 
dédaignaient pas de causer k lable ou après le repas, de 
littérature, de poésie, d'art, de sciences, de philosophie 
et surtout de politique. Les heures qui suivaient le repas 
du jour, Jptnov^ étaient, chez les pylhngoriciens, con- 
sacrées, par le minutieux règlement qui fixait l'emploi 
de toute la journée, aux affaires politiques, soil inté- 
rieures, soit internationales*. Toutefois, l'ordre dans 
lequel se succèdent les différentes parties du récit 
de lamblique, laisse possible la supposition que les 
Syssilies étaient différentes des repas politiques, lesquels, 
placés à )a fin de la journée et terminés par des liba- 
tions et des prières, précédaient immédiatement le repos 
de la nuit. 

Quelque intimement liées que soient dans l'esprit des 
anciens la morale et la politique, elles le sont, cependant, 
encore moins que la morale et la religion chez les pj^ba- 
goriciens. ' 

C'est même un trait caractéristique de la conception 
pythagoricienne, et qui lui est particulier, que cette pé- 



1. Plut., Qu. Symp., VU, 9. • Arrangeii upon arialocraticid princi- 
plea.... Ihe conversalion turnedupoD public alTairs. • (Ûttf. UQller, The 
Dorian*,t. II, p. 381.) 

3. AthflD., I, 19. itmiA; 97. 

3. lambl., l'd., 1. 1. : DipI tt tàï tEontxàt >al ti^ ïtvHà«. 



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L'ORDRE PYTHAGORICIEN. 105 

nétratioB intime de la rie religieuse et de la rie morale 
qae la philosophie tendait plutÀt à séparer. 

Il importe donc d'insister sur le caractère profondé- 
ment religieux des règles et des pratiques do pythago- 
lisme. 

L'époqne où a vécu Pythagore, c'est-à-dire le Ti* siècle, 
a ™ se produire, avec une grande intensité, un mou- 
vement d'idées et de sentiments religieux, et même 
une espèce de besoin théologique. Les poètes épiques 
qui ont créé, formulé,- enrichi la tradition sacrée de» 
mythes et le riche fonds des légendes divines ou hé- . 
roïqaes', ont terminé leur œuvre ; la veine créatrice des 
mythes est épuisée ; la source des récits légendaires est 
tarie. La -poésie gnomique qui a succédé k l'épopée, 
n'est pas en état de fonder la rie sur des principes suf- 
fisamment larges et élevés. Sa morale, toute humaine 
et toute pratique, n'a pas d'assez hautes risées ; les aspi- 
rations supérieures, sublimes, de l'âme éprise de la per- 
lection et de l'amour de la vérité, le ni^le et nouveau 
tourment de voii^ de savoir, de croire, ne trouvent pas 
en elle leur satisfaction et In réclament. La disposition 
générale des esprits, étendue autant que forte, est une 
disposition religieuse, qui se manifeste et par un goût 
de vie intérieure, de perfection morale, et par une ten- 
dance superstitieuse au merveilleux et an surnaturel, 
au mysticisme dans les idées, k l'ascétisme dans la pra- 
tique- 
Le sentiment religieux est à la fois un sentiment de 
terreur et presque d'horreur, et un sentiment délicieux 

1. Il faut distinguer les mythes thèologlquea, doDtl'épopéad'Héaiode 
est l'eipoiition, des mythes héroïques d'Homère, 



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106 l'ordre pythagoricien. ' 

d'&mour et de joie ineffable, qui tons deux nalasenl de 
la conscience de la vraie nature de Hiomme, subor* 
donnée, inférieure et, à la fois, semblable à la puissance 
suprême et invisible ; c'est la conviction profondément 
sentie de notre faiblesse et de notre grandeur. Ce senti- 
ment chercbe à se manifester ; cette conviction aspire à 
se préciser et à se formuler. En face de ces puissances 
suprêmes qu'elle ne peut s'empêcher de reconnaître, 
l'ftme, saisie du sentiment de sa faiblesse, conçoit Tespé- 
rance et bientêt s'atlri^ue la puissance, par des pratî- 
' ques extérieures ou intérieures, de conjurer la colère, 
d'attendrir la justice, de provoquer la faveur, la bonté, 
la gr&ce de ces dienx tout-puissants. La pensée que les 
dieux implorés et sollidtés par l'homme voudront el 
pourront changer en sa faveur le cours implacable et 
inflexible des loisnaturelles, constitue la foi au surnatu- 
rel. Hais ce besoin d'espérer el de croire n'étouffe pas 
dansl'espritdesbesoinsd'unautreordre et non pas moins 
exigeants. Une religion, et surtout la religion grecque, 
qui ne s'est jamais laissé emprisonner dans des sym- 
boles écrits el des formules fixées, une religion laisse 
toujours ouverte la voie d'une explication rationnelle, 
d'une libre interprétation de ces mythes, où l'esprit 
humain a comme personniflé sa pensée par lin travail 
collectif et presque inconscient. Ces mythes ne lui sus- 
sent pas toujours ; il vient un moment où non-s'eule- 
raent il veut se rendre compte du sens caché que con- 
tiennent ces faits merveilleux, mais où il conçoit le projet 
de réduire en un système complet, qui satisfasse la 
raison, toutes ces notions qui lui apparaissent flottantes 
et Tagues dans les visions du. mythe, et de les coor- 



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l'ordre PYTBAOORICIEN. 107 

donner Jans un toa( dont les parties se lient, se sou- 
tiennent, s'expliquent les unes les autres. C'est ce que 
j'appelle la tendance théologique. 

Ainsi, d'une part, un sentiment religieux, une préoc- 
cupation da somaturel ; de l'autre un effort spéculatif 
pour coordonner lescroyances en on tout systématique, 
et pour donner une explication rationnelle des mythes 
sacrés; ToiI& la douille préoccopatioa dont nous aperce- 
Tons des indices certains à l'époque de Pythagore. 

Nous les voyons apparaître dans les philosophes, les 
législateurs, les réformateurs qui précèdent Pythagore, 
comme dans les orphiques qui lui succèdent et relèvent 
de lui. 

Ëpiménide avait déjà essayé de ramener à une sorte 
de système Jes croyances mythologiques, formulées par 
Homère et par Hésiode, développées lentement, accrues 
et modifiées par le temps, mais dont le fond essenliel 
s'était emparé des esprits. D admettait deux principes, 
l'Air et la Nuit, qui en produisaient un troisième, le Tar- 
tare*. Engendrés par eux, deux autres êtres produisaient 
en s'uDissant l'œuf du monde, d'où sortent tons les êtres 
et toutes les choses de la nature. Je ne veux pas insister 
sur le fond assez insignifiant de ces idées. Ce qui im- 
porte à notre sujet est de mettre en relief le caractère 
sous lequel se présente le personnage et le rAle qu'il 
joue. Né à Phœstus en Crète, et vivant h. Cnosse, ce sage, 
appartenant à un ordre de prêtres qui s'entourent du 
plus profond mystère, serait resté oublié dans cette lie, 
alors presque inconnue du monde grec, si Solon ne 

1. OtuMsciiis, de frituipOi, 383. 



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109 l'ordre pythagoricien. 

l'avait pas tiré de Tobscurité et de sa retraite, consacrée 
à la méditatioD, pour utiliser son expérience morale, 
son art divinatoire et sa connaissance pratique des rites 
expiatoires '. C se présente comme an homme doué 
d'une puissance surnaturelle : après avoir dormi ua 
sommeil de cinqoanteHùnq ans, il parcourt, sans jamais 
prendre de nourriture, une vie de cent cinquanteàdeux 
cents ans, suivant les diverses traditions : il purifie par 
son art de xaSâprfit, Délos et Athènes, dans la 46* Olym- 
piade; il prédit aux Spartiates une débite qu'ils éprou- 
veront desArcadiens; il feint d'avoir succombé à la mort 
et d'être ressuscité. Comme il est le premier des Grecs qui 
ait connu et pratiqué la science de purifier les villes, 
les maisons et les champs, les falsiQcateurs des temps 
postérieurs lui attribtièrent des ouvrages en prose et en 
vers, d'un contenu épique, théologique et mystique, des 
XpivfMl et des xaOapiAot ^. On voit par le récit de Plutarque, 
que pour imposer des règles morales et une réforme por 
lilique, il s'est cru obligé d'avoir recours à des pratiques 
religieuses et superstitieuses. L'histoire caractérise en 
ces termes le personnage : liiiui H m Siax Sto^i^^t xal 

a^^itipl ta 6iTat^v jvBouaiaanic^iVxcil Tt)iertixj)v 7«f(av. C'est 

par cet art 0' exciter l'enthousiasme religieux et d'opérer 
des prodiges, qu'il Tail cessera Athènes les usages cruels 
et barbares des funérailles, qu'il rend le calme et la paix 
à l'État' troublé, et inspire aux citoyens le sentiment du 

1. Plut., SoJon., lî.Diog. L.,1, 109-11S; Pausan., II, 21,4; III, 
U, S; m, 12, 9 ; Clem. Al«i., Stnm., I, 399. 

2. Diog. L., 1, ni. La Gmiu de* Curèitt et dti CorybaïUet ; une 
TUoffoftieen ISOOOiers; un poB me épique sur l'expédition des Ar- 
gonMitet, en 6000 len; et en proie tataXiriiZni, ua poBme sur les 
leïsacriSces an Crète. 



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■.ORDRE pyrUAGORtCIEN. 109 

juste et l'amour de la concorde*. Mais pour que ces 
moyens fussent essayés, et pour qu'ils aient pu réussir, 
il fallait ud certain élat des esprits ; il fallait que déjà 
les Ames (tissent disposées & s'enthousiasmer comme & 
croire, et que l'imagination sollicitée par un tourment 
nouveau provoquât cel appel d'Épiménide au menreil- " 
leax, au prodige, au surnaturel. 

Nous avons vu qu'fipiménide avait été, par une tra' 
dition, il est vrai, suspecte, mis en rapport avec Pytba- 
gore : il y a moins lieu de douter des relations person- 
nelles de notre philosophe avec Pbérécjde, de l'île de 
Sjros, personnage qui se présente avec le même carac~ 
tère. Auteur d'uue théologie, la première, diton, qui 
fut écrite en prose ', nous le voyons comme Épimènide 
opérer des miracles, eL il possède également l'art de 
faire violence aux lois et aux forces de la nature, et de 
les obUger de céder à la science et à sa volonté. 

Aristéas de Procounëse, dont Lobeck parait nier à 
tort l'existence historique, et auquel, outre une épopée 
en vers sur les Arimaspes, on attribuait encore une 
théogonie en prose * , est un personnage du même 
genre. Prêtre d'Apollon, s'élevant par son pouvoir et sa 
edence magiques au-dessus des facultés de l'homme, le 
plus habile des enchanteurs *, il professait une doctrine 
de la migration des &mes assez semblable à celle de 

1. Plut., Sol-, 13 : IXaiivoïc fivl k>1 x9Sap[ia[( xol Upâvtoi xal xo- 
Top^i^mw uii xatsaxÂTiii; tiii niXn. Cf. Heiorich., Epimtnidti, Leips., 
1801. Hœck, Creta, lU, 246. 

Z. Diog. L., 1, 116. 

3. Suid. 

4. Strab., I, p. 33. Tuichniti : 'Av^p yitii il ti; SiXoç. PauMD., I, 
M, «; V.T.t. 



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110 L ORDRE PYTHAGORICIEN. 

Pythagore, et prétendait avoir accompagné Apollon en 
Italie sous la figure d'un corbeau *. Peut-être ce récit 
exprime-t-il seulement à la manière des mythes, c'est- 
à-dire, sous forme d'un Tait historique et de relations 
personnelles, les rapports commerciaux de Proconnèse 
et de Gyzique d'une part, avec les peuples qui habitaient 
sur les rives Beptentrionales de la mer Noire, et les cftles 
de l'Asie occidentale, et de l'autre avec les coloniesgrec- 
ques de l'Italie et en particulier Hétaponte. 

Cette même disposition des esprits à créer des per- 
sonnages fabuleux revêtus d'une puissance surnaturelle, 
ou à admettre facilement les prétentions des personnages 
réels quiusunwnt cette puissance, nous la retrouvons 
encore dansles temps qui suivent Pjthagore. Empédocle, 
UD philosophe, et peut-être pj'thagoricieD, ne dédaigne 
pas ce rftle ; lui aussi a ses xaeapiuf, sa science de pré- 
voir et son art de détourner les phénomènes de la oa- 
ure. On voit surtout la manifestation éclatante de l'état 
des esprits dans l'institution ou le développement des 
mystères orphiques, tous remphsdeprodîges, de visions, 
de miracles, et dont les rapports avec les Orgia pythago- 
riciennes soi^l démontrés par ce fait seul, que les pre- 
miers auteurs connus des poèmes orphiques, sont tous, 
à l'exception d'Onomacrite, des pythagoriciens *. 

Nous avions donc le droit de dire que le temps où 
Pythagore parut, inclinait les Ames h une conception 
théologique et à des croyances surnaturelles, à des pra- 
tiques, comme k des senthnents religieux. Hais cette 



1. Hwodot., rv, 13-U. ■ 

3. Cercops, Btontinus, Zopjra d'Bénctfe, Arignoté. 



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l'ordre pythagoricien. IM 

tendance générale des esprits qai provoque, développe, 
wcoDde les fortes individualités dans leur action, ne 
supprime pas la liberté de leurs moovements. C'est as- 
surément là un des grands mystères et une des grandes 
coQtradictioQs de l'Mstoiieet de la vie. Qui peut nier 
l'influence de la société, des circonstances, des temps, du 
monde extérieur, en un mot, sur le développement des 
individuBÎ Hais qui peut nier également l'influence de 
l'individu aui- le monde qui l'entoure, bien p'ns, sur le 
monde même qui le suivra. L'individu tantfit semble 
obéir h l'impulsion irrésistible, à ta pression fatale des 
forces morales ou physiques, au milieu desquelles il est 
placé : son action parait alors inconsciente, nécessa'ire; 
il n*est qu'un instrument obéissant, et comme une ré- 
sultante de forces étrangères. Mais tantôt aussi, nous 
▼oyons la parole d'un seul homme remuer des masses 
immenses, des couches profondes, ébranler toute une 
longue série de générations répandues sur les points 
les plus divers de notre globe; nous les voyons vivre de 
sa pensée, se nourrir de ses renseignements, obéir aux 
lois religieuses ou morales qu'il a dictées deux ou trois 
mille ans auparavant. Ce rapport obscur entre l'individu 
et rbumanité, entre l'universel et l'individuel, vrai pro- 
blème de la philosophie, n'est pas résolu par la théorie 
de la sélection, comme le suppose H. Max Uûller, 
même en donnant à la sélection l'attribut de ration- 
nelle. 

Car qui ne voit que si l'individu choisit dans les idées, 
les sentiments, les passions i^ue son temps lui commu- 
nique, celles qui sont conformes à ce que lui inspire sa 
propre rùson , c'en est fait alors de la sélection même. 



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112 l'ordre pythagoricien. 

L'individu agit en Yertu d'un principe interne, libre 

et propre. 

Toat ce qu'on pent dire, c'est qu'il y a concours de la 
liberté et de la fotalité, du monde et de l'individu, de 
l'homme et de Dieu, dans les grands événements de 
l'histoire des idées. L'homme jeté au milieu de la mer 
immense de l'être, plongé dans le vaste Océan de l'es- 
pace et du temps, ne s'y comporte pas comme un bloc 
de terre molle qui se dissout et perd son essence et sa 
forme ; ce n'est pas non plus un élément si résistant et 
si dur qu'il ne puisse être ni coloré, ni modifié, ni pé- 
nétré par ces flots qui battent continuellement sur son 
organisation tout entière. Peut-être, uu contraire, la 
mesure de la grandeur d'un individu, est-elle celle de la 
facHilé arec laquelle il reçoit les influences extérieures 
et étrangères, jointe à la puissance de les concentrer, 
de les développer, de les transformer suivant la loi 
dont le principe interne est en lui seul, et de les renvoyer 
ainsi agrandie et personalisées & la foule, d'où il les a 
reçues et (jui ne les reconnaît pas. Quoi qu'il en soit de 
ce problème, en montrant dans le vi' siècle av. Jésus- 
Christ, en Grèce, un mouvement général, une dispo- 
sition marquée des âines vers les croyances religieuses, 
des esprits vers les systèmes théologiques, je suis bien 
loind'aToirvouludiminueri'originaliléetlagrandeur per- 
sonnelle de Pythagore : il coopère librement, sciemment 
à une action qui d'ailleurs ne s'est -produite que 
sous l'influence de puissantes personnalités comme la 
sienne. 

Il est temps de montrer dans les constitutions de 
l'Ordre pythagoriqùe comment se révèle ce caractère 



inyGoogIc 



L ORDRE PYTHAGORICIEN. 113 

religieux et spéculatif, mystique et pratique, qui sollicite 
tous les esprits. 

Pour éclairer les intelligences, peut-être suftit-il d'ex- 
poser clairement des idées vraies; mais quand onTeut do- 
mioer les esprits, gouverner les àrnes, agir sur les mœurs, 
H faut un ensemble de moyens pratiques, une discipline, 
que nousalions précisément retrouverdans l'organisation 
de la ^ciété pythagoricienne, toute dirigée vers ce but : 
l'empire des âmes ^u nom des idées religieuses. Nous 
verrons que Plutarque a raison de dire, en rapprochant 
la politique de Numa de la philosophie de Pythagorr, 
que toutes deux respirent un profond sentiment religieux, 
^ irepi t1 Stïov df^LUTEia xai SiMpifini', Le sens poIitiquc 
se révéla dans l'organisation religieuse : on y voit un 
vrai gouvernement des idées et des sentiments, une 
discipline pratique, savante et trop souvent extérieure 
de la vie de l'âme : c'est d<ïjà l'Église romaine; et il 
semble que ce n'est pas une pure coïncidence qui les 
bit naître et se développer toutes deux sur le sol ita- 
lien. L'Ëglise romaine est, cqmme l'Institut pythagori- 
cien, une école de gouvernement, un centre de vie in- 
tellpctuelle et morale : seulement le fond de l'institution 
est si essentiellement religieux, qu'en perdant la puis- 
sance politique et sa force de vie intellectuelle, elle n'esL 
pas tombée tout entière, et a survécu comme société 
religieuse. Le pytbagorisme, au contraire, quand l'élé- 
ment politique de sa constitution eut été détruit, vit ses 
principes religieux absorbés dans l'orpbisme, et n'é- 



1. Num., S. Au lieu de i^trtHx, quelques éditions donnant > 



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114 l'ordre pythagoricien. 

chappa à une ruine complète qu'en se transformant en 
une école de philosophie : ce qui semble prouver que sa 
vraie essence, son principe réellement vivante! profon- 
dément vivace, était plutdl encore un besoin scientifique, 
st une tendance' philosophique qu'un besoin religieux. 

Néanmoins, dans la première phase de son dévelop- 
pement, cet élément jouait un grand r&le, et semble 
même avoir été non le but, mais le moyen dominant de 
l'institulton. On comprend dès lors tout ce qui nous est 
raconté suc l'organisation de la société pythagoricienne, 
traditions où il est impossible de démêler l'élément his- 
torique de la légende; mais qu'il est bon de connaître 
dans leur ensemble, parce qu'elles révèlent du moins ' 
l'esprit général des institutions. 

Le recru toment des membres de rOrdreétailfailavec un 
soin scrupuleux : Pyihagore, dit-on, étudiait sévèrement 
la vocation des jeunes gens qui se présentaient à lui; 
avant de les admettre aux premières initiations de cette 
vie nouvelle, il cherchait à lire sur leur visage, à de- 
viner dans leur démarche, dans leurs attitudes, dans 
toutes les habitudes de leur personne, les penchants de 
leur &me, le fond vrai de leur caractère, les aptitudes 
propres de leur esprit'. 

Une fois admis par le maître, dont l'école conserva 
toujours les habitudes*, les novices étaient soumis à des 

1. "EçuaiOïvuiiivH, Aul.-Gell., I, 9. lambl., 71, OrigJna (Philw., 
p. 6-9) Ta jusqu'à prétendre que Pythagore fut par là l'inrenleur de la 
physioguomonique. Cr. Luc, Fit. Auct., 3; Clem., SIrom-, Vt, 5S0, a. 
ApuL, de Xag.; p. 48. Bip. ; < Non ei omDi iigno, ut Pythagoras dicc- 
bat, debel Mercurius eisculpi. ■ 

3. Gell., I, 9: • Ordo alque ratio Pythagorie ao lieiDcepî femiliœ 



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l'ordre pythagoricien. m 

épreuves, SimtiTpa», dont la durée variable n'était jamais 
moindre de deux ans, et allait quelquefois jusqu'à cinq*. ' 
Elles consistaient surtout dans un régime d'abstinence 
séïère, et dans un apprentissage de toutes les vertus, 
parlïculiërement de celte qu'ils appelaient l'amitié, 
lambliqae parle d'épreuves physiques poussées jusqu'à 

la cruauté, puaâvou Tt Tcoixil^TSTat xa\ xaUuii^ xal ivoxoirif 

jTupi xal Œiôiîpip*, pour savoir de quel degré de courage 
les aspirants étaient capables : ceci paraît un embellis- 
sement destiné à rapprocher la société pythagorique de 
la pratique des mystères. Toutefois Diogëne de Laërte 
attesleaussi l'existence de ces rigueurs disciplinaires, aux- 
quelles il donne le nom de ntSofrSFv ou [letsfTÇv*. Ce qui 
parait certain c'est qu'ils étaient soumis k l'épreuve du 
silence, Jx*[jiuSîci, se bornant à écouter les leçons qui lear 
étaient faites, sans qu'il leur flït permis de demander une 
explication de ce qu'ils ne comprenaient pas, ou même 
de commenter par écrit ce qu'ils avaient entendu. Delà, 
le nom d'cUwtrttxof, donné à cette classe inférieure de 
l'Ordre qui constituait un vrai noviciat, comme l'appelle 
déjà Hiéroclés*. Ëtait-ce un silence absolu, comme celui 
qui est imposé aux trappistes, ou seulement leur recom- 
mandait-on de peu parler,leur enseignait-on la réserve, 
la modestie dans la discussion *î lamblique laisse sup- 
poser lesdeux interprétations ; ceux qui veulent assimiler 
complètement la congrégation pythagoricienne aux 

]. GeII., 1. 1. Dlag. L., VIII, 10. UmU., 73. 
3. ùmb., 68. 

3. DIog. L., VIU, 20- 

4. Comment, in Aur. Carm., c. uïvt, oI âpx^^***t auxquels il op- 
pose les TcUîai. 

b. lamU., y4 : Aîini^Dvt;. 



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116 l'ordre pythagoricien. 

initiés des mystères, voient dans la règle du silence la 
(UfOTixji vuÉinj, comme Us veulent que le rideau qui ca- 
chait à la vue des novices le niafire lui-même , repré- 
sente le icapan{TM|u, qui cachait aux profanes et aux - 
initiés du deuxième degré les mystères du sanctuaire, et 
ces tableaux sacrés où s'exprimaient en Images, 'pour 
les époptes privilégiés, les dogmes religieux'. 

Pendant ce temps d'épreuves, les novices n'étaient pas . 
admis en la présence de Pythagore, qu'un rideau déro- 
bait h. leur vue , peut-^tre, comme nous venons de le 
dire, par une imitation des rites des mystères, ni même 
admis en sa demeure*, ce qui leur fit donner le nom 
d'exotëriques, et ÏU, ou membres du dehors. 

Quand ils avaient satisfait à ces épreuves, ils passaient 
dans la classe des Mathématiciens, affranchie de l'obliga- 
tion du silence, et ils avaient le droit, peut-être le devoir 
d'enseigner à leur lour. Enfin, ceux d'entre les associés 
qui en étaieot reconnus capables, montaient au dernier 
degré, au rang suprême des Niysiciens, qui s'occupaient 
des phénomènes de la nature, de la recherche des prin- 
cipes qui constituent l'Univers, des lois qui le gouver- 
nent, des causes qui l'ont produit et le conservent. 

k ces trois classes de Novices, Mathématiciens et Phy- 
siciens, que nous décrit lambUque, nous voyons sub- 
stituée par Porphyre' une autre classification qui ne 
comprend que deux degrés: les Auditeurs ou Acouf^ma- 
tiques au degré inférieur, qui poriaient le nom de Py- 
thagorisles, c'est-à-dire aspirants au Pythagorisme, 

1. Lobeck. AgUoph., 1. 1, p. 6T et 59. 

1. Diog. L-, VIII, 10. Umb,, 12. 

3. Porpb., 37- Iimljl., SI, la reproduit également et U complète. 



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L ORDRE PYTHAOOHICIEN. ' 117 

Z-^utetç ; leç Hathématiciens au premier degré, appelés 
I*yUiagoréens. Ceux-ci seuls renonçaient & la propriété 
individuelle, mettaient toute leur vie en commun, ouftSE- 
•Mtv S[è navT^ piou* , et faisaient des vœux étemels. 
Ces deux degrés s'appelaient encore les Ësotériques et 
les Exotériqoes*. L'Anonyme de Photlus* distingue : t. 
Les Sébastici, adonnés à la contemplation, à la médita- 
tion, & la vie religieuse ; 2. Les Politiques ; 3. Les Hathé- 
maticiens qui s'occupaieni de sciences, ou les Savants. 
A cAté de cette division, il en produit encore une autre, 
fondée sur les rapports des disciples au matire. 1. Les 
amis personnels, les disciples direc[sdePythagore,s'ap- 
pelaient les Pylhagoriques; 2. Les disciples' de ces der- 
niers, les PylhagorËens ; 3. Enfin ceux qui nvaîent en 
dehors de la communauté, tout en s'efforçant d'en imi- 
ter la vie et les vertus, Tonnaient la classe des Pythago- 
risles. 

Quoi qu'il en soit de ces classifications, qui se conci- 
lient facilement, malgré leurs divergences, les unes avec 
les autres, il résulte clairement qu'une discipline savante 
et sévère présidait à l'organisation de l'Institut et réalisait 
un vœu, ou un idéal que reprendra plus tard, pour son 
compte, Platon. Les membres de l'Ordre avaient leur 
fonction propre, fixe, déterminée, d'après leur caractère 
et leurs aptitudes. Mais Ils n'en étaient pas moins soumis . 
à des règles générales et minutieuses qui gouvernaient 
tous les détails et tous les devoirs de la vie commune. 
Ces règlements, ces constitutions, ces lois, vô|Mt, étaient 



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118 * l'ordre pythagoricien. 

fixés par écrit; et Arrstote et Alexandre Polyhislor en 
avaient tous deux pria connaissaTice dans les nuecE^opixâi 
ûm^v^uaTa', terme qui désigne sans contestalioa un 
document écrit; ces règles é.laient vénérées par tous 
comme ayant un caractère sacré, divin : elles étaient con- 
sidérées comme inspirées par les dieux mêmes, ou même 
comme émanées d'eux* : il fallnit leur obéir sans réserve, 
sans discussion, sans murmure: Le maître lui-même 
avait parlé, ttinU îfx*. Dans ces règles vraiment mona- 
calesj souvent exprimées en symboles, on aperçoit le 
goût d'une discipline à la fois intérieure et extérieure, le 
hes^oin d'obéissance, d'oubli de soi, de renoncement au 
gouvernement de son &me et & sa propre conscience, 
(|ui va jusqu'à en remettre à autrui la direclioti, pen- 
chant funeste au fond, malgré tes vertus qu'il peut 
produire, puisqu'il va jusqu'à désintéresser l'homme de 
sa vie, et en rendant sa volonté étrangère à ses déter- 
minations, lui Aie le mérite de l'aciion, et l'élément 
même de la moralité. L'autorité supprime, quand elle 
s'exagère, l'ordre qu'elle prétend fonder : si du moins 
on entend par ce mot une notion morale. 

Le matin, au lever, après une prière pour bien dis- 
poser l'&me, on devait faire, dans le recueillement et !a 
iiolilude, une promenade qu'on dirigeait vers des tem- 



1. Diog. L., VIII, î4et36. 

!. Porph., 20 : Uftmiffuna, Avonei StEot (Jne^xoc. 

3. Cic, de Nat. D., I, & : c Quum ex lis quarerafur qusre Jta 
enet, responders soliios : ipss dUit. Ipseautem erai Pythagorss. Tan- 
tum optaio prajudicaU. poterat ut etiam sine ratione Taleret aucto- 
ritas. . Conf. Val. Mai., VIII, 15, Diog. L., VIH, 46 et Menag. ad 1. 1. 
Suid., T. nuB.CIam., StTom.,ll, 369 c. Pbibx., Qn.inGenei., I, 99, 
p. 70. 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN 119 

pies OU des bois sacrés : puis on préludait aux travaux 
et aux études de la journée, par des chants accompagnés 
de la lyre, des danses et des exercices gymnastiques, 
sans lesquels il n'y a pas d'éducation pour les Grecs. 
Le soir,on faisait encore une promenade, mais celle fois 
en compagnie d'un ou de deux frères; on prenait le 
bain; puis venait le repas en commnn, suivi de sacri- 
ûces, de libations, et de lectures faîtes à haute voix par 
les plus jeunes disciples, dirigées et commentées parles 
pins Agés*. 

Parmi les règles morales qu'on leur apprenait à pra- 
tiquer, et qui constituaient un plan et un régime de vie 
qui s'appelait la Yie pythagoriqucy il importe d'en men- ' 
tionoer quelques-unes : 

Au premier rang des vertus était placée, comme on 
peut le supposer, l'obéissance ; applicable à la vie poli- 
tique, cette règle l'était bien plus encore à la vie privée- 
Dès l'enfance, il faut habituer l'homme à l'ordre et à la 
modestie'. La chasse était un plaisir cruel interdit aux 
membres de celle associa lion, qui respectait jusque dans 
l'animal le principe sacré de la vie. D'après quelques 
renseignements, l'Ordre aurait adopté une sorte de cos- 
tume, la robe de laine blanche, qu'avait portée Pjlha- 
gore*. D'autres prélendcnt, au contraire, qu'ils ne por- 
Uient que des Tëtements de lin, et s'interdisaient la laine, 
qui n'était pas considérée comme pure*. Peut-élre l'ex- 



l. laiDbl., 96, 97, 08, 99. 

J. Arislot. Slob., Floril., XLIU, M: làÇKiai au[uiiTp(a. lambl., 
185, ÎOI, !03. 
3. Dtog. L., VIII, 19- 
\. lambl. , 149. Cepeadant d'aprËs Aristot?, cita par Diog. L. (VIII, 



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120 L ORDRE PTTHAGOAICIEN. 

clusion de la laine ne doil-elle s'appliquer qu'aux riteii 
de la sépulture, où ce tissu était interdit comme linceul, 
d'après l'usage orphique ', aussi bien que Tétait le cer- 
cueil de cyprès'. 

La chasteté n'était pas imposée; mais il était recom- 
mandé d'user avec modération des plaisirs de l'amoDr; 
car l'homme ne cède jamais à la volupté sans se sentir 
inférieur à lui-même. 

Quant au régime alimentaire, par où les ordres mo 
nastiques se sont de tout temps et en tout pajs distingués, 
si l'on en croyait absolument Diogène,Porphyre et lam 
blique, la ne pytbagorique aurait été une vie d'absti- 
nences sévères, de jeûnes fréquents, d'ascétisme rigou- 
reux, comme de chasteté parfaite et de renoncement 
entier aux joies de ce monde. Arislote et Aristozène ra- 
mènent ces préceptes à une mesure plus sage, et éloi- 
gnée de tout excès. Porphyre reconnaît lui-même que 
les pythagoriciens faisaient une place aux plaisirs élé- 
gants et honnêtes*. Quant aux détails du régime, les 
renseignements sont peu d'accord. L'interdiction de toute 
nourriture animale est mentionnée par Diogëne de 
Laérte, qui la dit fondée chez les pythagoriciens par l'o- 
pinion qu'ils soutenaient de l'identité de nature entre 
l'homme et la hèle, qui ont entre eux de commun le 
droit de la vie, xoiviv SimXo* *i[iïv t/â*vM ^yrn*. Xéoo- 

19), l'usage du lin n'aurait pas été conaudu temps de Pythagore : ce 
quB contesio Kiische (p. 31],s'apiiuyant surThucydid., 1, 6. 

1. Herodot., II, 81. 

3. Oiog. L., VIII, 10. lamb., lôk, loit parce que le sceptre de Ju- 
piter était supposé de cypris, soit par quelque taisoD mystique. 

3. Porphyr-, 38 et 39. 'EkI xaXoItiiaiSnaioit, d'après Arislotèoe. 

4. Diog. L., vm, 13. 



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l'ordre pytraooricien. 121 

pbane, en efifet, contemporain de Pythagore, dans une 
épigramme rapportée par Ûiogène*, dit que le philo- 
sophe ne voulait même pas qu'on frappAt les animaux; 
car, voyant battre un chien qui hurlait de douleur, il 
s'étaii écrié : < Arrête : ne frappe pas; c'est l'âme d'un 
' de mes amis que j'ai reconnu à sa voix. > Ce respect de 
la vie allait jusqu'à interdire sur les autels le sacrifice 
des victimes : il ne voulait adorer qu'un autel non san- 
glant, comme il l'avait fait à Délos, an temple d'Apol- 
lon*. Si cette règle d'abstinences est vraie, ce serait un 
nouveau rapprochement avec la vie orphique, qui per- 
mettait toute nourriture sans vie , et interdisait toute 
nourriture vivante'. Hais Aristoxëne, que cite également 
Diogène, dit que Pythagore avait permis toute espèce de 
nourritare animale, h l'exception du bélier et du bœuf 
qui l&boure*. Suivant d'autres relations, les pythagori- 
ciens n'excluaient de leur alimentation que les chairs 
des bêles mortes de maladie, ou déjà entamées par 
d'autres bëtes; en outre, te mulet de mer, le poisson 
nommé Oblade, les oeufs et les espèces ovipares, les 
fèves, et les autres aliments interdits par ceux qui con- 
fèrent l'initiation aux mystères*. Plutarque et Athénée 
rapportent que les orphiques e1 les pythagoriciens inter- 
disaient de manger le cœur et la cervelle : ce qui sup- 
pose la permission de manger les autres pariies de l'ani- 

1. Diog. L., VIII, 36. 

1. Diog. L., VIII, 19 : Bviiatc Tt 1x9^" ài^xoiii Vm , 32 : 'Avaf- 
liaxTDv pù|iav. Coof. VlU, 19. 

3. Plat , De Ugg., VI, 183 : AU' 'Opfixoi tivi; IiyV"»' p(oi.... 
à^vf&t lU-i IxM*^"' >&vTMi, iii^ni^âv toOvévnov nivTuv itcex^^uvoi. 

4. Diog. L., VlU,3l).AUion., X,p. 41Sc Aul.-GeIl.,IV, 11,$ 1, 6. 
a. Diog, L., vm, 33. 



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122 l'ordre pythagoricien. 

mal*. L'inferdiction des fèves, commune aux orphiques 
et aui pythagoriciens, ne peut être interprétée comme 
une défense de s'occuper de politique, puisque la poli- 
tique était un élément essentiel de leur institut: il vau- 
drait mieux l'entendre comme Aulu-Gelle, qui croit y 
voir un précepte de s'abstenir des excès de la volupté'. ■ 
Krische, ingénieusement, l'interprète commeune exprès- 
sion de la haine que portaient les pythugoriciens aux 
gouvernements df'mocra tiques, oil toutes les questions 
politiques, et particulièrement l'élection des magistrats, 
étaient résolues par les suffrages populaires*. Enfin, ce 
pourrait bien être simplement une de ces pratiques su- 
perstitieuses qui se mêlent aux conceptions les plus éle- 
vées, et paraissent fortifier les sentiments religieux en 
les soumettant & une discipline matérielle. L'instinct 
pratique des pythagoriciens épaisissait la religion pour 
empêcher qu'elle ne s'évaporât trop vite. Mais toutes 
ces manières d'entendre le fait, comme le fait lui-même 

1. Plul.,SjfMp.,Il,G35,c,Alhen.,n,S5,f, 6, f., Au].-GeU.,lV, 11,4, 
qui cite Arislole et Arisloièoe; ce dernier aunùt ténu ses ranseigTiemento 
de XAnophyle le pythagoricien et de quelques autres persounea Sgées 
qui auraient vécu presque dans le même temps que Pylhaaorc. Aulu- 
Gelie invoque le témoignage de Pluiarquc qui, dans son livre sur Ho- 
mère, aurait dit: ■ Aristole nous apprend que les pythagoriciens 
s'abstenaient de manger la matrice et le ccfur des animaux, l'ortie de 
mer, quelques autres b'élcs ; mais qu'ils Taisaient usnge de toute autre 
espèce de chair, ■ et d'après le mime Aulu-Gelle, Arisloiène raconlail 
même que Pythagore aimait les cochons de lait et les jeunes cbe- 

2. Greg. Naïianr.,Or.,XXlIl,&35, 0. Lobecit. Agiaoph., p.35î.AuI.- 
Gell., IV, II, sur ce Ters â'EmpJdocle, Aiiîol, nàuSiiloi, ludiiuiv àni 

3. Rriach., p. 35. Cf. Diog. L-, vni, 34. lambl., S60. Les pythago- 
riciens sont accusés de tot( xu^twit «oXituEv, <k ipjiif oï{ ^l•(6:^aa^ toi} 
xl^fw. Cf. Plut, De «duc. puer., p. 11, b. 



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L*ORDRE PYTHAOOBICIEN. 123 

de l'intordictioD des fèves, sont renversées par le lémoi- 
gDsge d'Aristo}(ëne, qui affirme, au contraire, que c'é- 
tait un aliment recommandé et employé fréquemment 
par Pytha^^ore, qui le trouvait digeslif et laxatif *. 

A ce régime plus ou moins sévère, mais qui s'écartait 
certainement de la vie ordinaire, il faut ajouter quelques 
prescriptions cérémonielles qui achèvent de marquer le 
caractère religieux de l'Associalion. Par exemple, il est 
interdit par les règles de l'Ordre d'entrer dans un temple 
avec des vêlements neufs; si le pavé du temple a été 
souillé par du sang, il faut le purifier avec de l'or ou 
de l'eau de mer; il est défendu aux femmes de faire 
leurs couches dans l'enceinte consacrée ; on ne doit 
pns, aux jours de fêtes, se couper les ongles ni les che- 
veux ; il est interdit de tuer même un pou dans l'inté- 
rieur d'un temple. II est défendu de brûler les morts, 
et prescrit de les ensevelir dans des hnges blancs.Quand 
il tonne, on doit toucher la terre. 11 ne faut pas quitter 
le lit avant le lever du soleil, ni porter l'image d'un dieu 
gravée sur son anneau.. Il est enjoint d'entrer dans les 
temples par la droite, et d'en sortir par la gauche'. 
Parmi les formes de purification, on recommande les 
ablutions et les aspersions*. 

On pourrait peut-être, si l'on n'avait que ces rensei- 
gnements, mettre en doute la réalité historique d'une 
discipline si savante, et d'un plan de vie si analogue au 
régime des ordres monastiques. Mats Platon vient les 
confinoer et atteste non-seulement que Pythagore avait 

1. Aul..Gall.,IV, 11. 

2. Iimbl., 153, 2âS- 

3. Diog. L. , VIII, 33 : liouTpûv xat «pi^^avtiipluv. 



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134 l'ordre pythagoricien. 

prescrit aux membres de l'iastitul des règles particulières 
de vie, nuftiT<f<M(a« Tp<(mï toù pîou, mais encore que de son 
temps il ; avait des partisans de la doctrine qui se dis- 
tinguaient par certains usages, et surtout par la sévérité 
de leurs mœurs. ■ Â-t-oo jamais prétendu, dit-il, que 
Homère ait présidé pendant sa vie à l'éducation- de 
jeunes gens qui se sonf plu k l'entourer, et qui ont 
transmis à la postérité un plan de vie Homérique, bH* 
Ttvtc pîou, comme Pjthagore, à ce qu'on dit, fut recher- 
ché pendant sa vie dans ce but, à tel point qu'on 
distingue encore aujourd'hui entre tous les hommes 
ccui qui suivent le genre de vie appelé par eux-mêmes 

pylhagorique«ot 6<TTipoi Iti xni vûv. (Iu9«Ydpiiov Tp^noviitovo- 

fui^/ynK -toû fttou* : • passage où l'on voit que celte règle 
était considérée comme ancienne au temps de Platon. 
Les fragments des comiques achèvent de dissiper les 
doutesquipourraientsubsister,etcomplètentletableauâe- 
cette vie pythagorique. 

« Boire de l'eau, dît Adstophon dans le Pylha- 
goriste', c'est le fait d'une grenouille; manger des 
légumes et des oignons, d'une chenille; ne pas se 
laver, c'est être sale ; passer l'hiver à la belle étoile, 
c'est vivre comme un merle; souffrir le froid, cau- 
ser en plein midi, c'est affaire aux cigales ; ne pas se 
servir d'huile, et ne pas même en voir> c'est d'un gueux; 
marcher pieds nus dès le lever du soleil, c'est d'une 
grue, ne pas dormir, pour ainsi dire, d'une chouette.» 
1,6 caractère d'abstinence sévère, et presque d'ascétisme 
de la secte, est relevé avec une insistance singulière par 



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LORDRE PYTHAGORICIEN. 135 

tous les comiques. S'agit-il de peindre un avare, Anli- 
pbaae dira que: « c'était un tomme d'une telle ladrerie 
qu'il ne Itùssait m£me pas entrer dans sa maison les ali- 
ments que se permettait te bienheureux Pythagore, 
&Tpiaixaxapi'-niï'.»S'il fallait en croire ces peinturescbar- 
géœ, mais où la charge même fait supposer un fond de 
réalité, le régime pythagoricien aurait, chez quelques 
fanatiques, dégénéré en une espèce de mépris des soine 
du corps, qui annonce et prépare la vie cynique, et celle 
de certains ordres monasUques, où la propreté person- 
nelle est considérée comme une volupté qu'il faut s'in- 
terdire sous peine de péché sensuel. Le pjlhagorîsanl 
ne mange rien qui ait eu vie, aucun aliment cuit; il ne 
boit pas de vin. Il se nourrit de pylhagorismes, de rai- 
sonnements creus, de rognures de pensées. Son régime 
quotidien est un pain sans levain, et un verre d'eau: 
un vrai r^ime de prison. Le menu du festin est quel- 
quefois un peu plus varié sans être beaucoup plus 
exquis : ce sont des poissons salés, qu'ils ramassent dans 
leurs besaces, des ligues sèches, du fromage, du marc 
d'olives, du pain noir dont la quantité leur est sévère- 
ment mesurée : une obole pesant, parrepas *. 

Ce n'est pas tout : le pythagoricien doit supporter le 
jeûne, la malpropreté, la vermine, le froid, le silence, la ' 
tristesse, ta privation de bains: ■ Au nom du ciel, croyez- 
vous vraiment, dit Aristophon dans le PythagorisUf que 
ce soit de leur plein gré que ceux qu'on appelle les vieux 
pythagoriciens', vivent dans celte crasse et portent ces 

V. Alhen., m, iOS. 

2. Arislopbuie, Alwcb,iUiu lih£D.,IV, IGl. 

3. Toiit ndOdi KMf.... Mhén. , IV, 161. A ces anciens et Bèfirea py- 



n,y:,-^cT:G00glc 



126 L ORDRE PYTHAGORICIEN. 

vêlements troués î N'en croyez rien: c'est par Décessité; 
comme ils n'ont rien, ils ont cherché de beaux prétex- 
tes pour donner aux gueux une règle de vie conforme à 
leur élat. Mais servez-leur des poissons de choix et des 
viandes délicates, s'ils ne les croquent pas jusqu'à s'en 
mordre les doigts, je veux élre dix fois pendu.* Diogène 
atlribue, d'après Sosicrate, l'invention du costume cyni- 
que' à Diodore d'Aspendos, qu'Athénée dit avoir été ou 
avoir passé pour être un pythagoricien. « Diodore d'As- 
pendos, a vécu voire vie cynique, portant les cbeteux 
longs, se complaisant dans la saleté, et marchant nu- 
pieds. » C'est de lui que vient, dit Hermîppe, l'hahttude 
de porter les cheveux longs, que d'autres disent pylha< 
goricienne'. Mais les poêles cités plus liaut, qui appar- 
tenaient à la comédie moyenne attique et aux dernières 
années du iv* siècle, signalant ces usages cyniques 
comme déjà très-anciens, il faut sans doute en faire 
remonter plus haut l'origine, et croire qu'ils étaient 
dans la tendance même de l'Ordre pythagoricien. Le 
caractère de toutes ces habitudes de vie, de ces prati- 
ques extérieures, est religieux: et l'élément religieux 
consiste d'une part dans la mortification des sens, le mé- 
. prisdu corps, de l'autre dans la Règle ; c'est-à-dire dans 
la vertu de l'obéissance par laquelle l'individu se soumet 

\ tiagoricieai élaieut opposés p&r le même Aristophon les Douveaui 
plui relichés. Diog. L., Vlll, 33 : • Us mangent des légumes et boi- 
vent de l'eau ; mais quant i la vermine, au manteau Iroué, i la priva- 
tion de » iHver, il n'en sst aucun, panni lesjeunei, qui voudrait s'y 
soumettre. ' 

1. Diog. L., VI, 13. 

3. AthéD., IV, 163.... lambliquB nomme Diodore un disciple d'Aré- 
MS, ce qui eal sans iloute une erreur, puisqu'il a vécu.d'aprËs Athénée, 
vert 300, et qu'Arésas était un des auditeurs directs de Pythagora. 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 127 ,' 

& ane loi extérieure, à la volonté d'aatrui, et lui sacrifie I 
la sienne. C'est l'essence de ta discipline monastique et] 
pytbagorique. V 

NousreirouTonsces mêmes usages^ en partie du moins, 
dans les orphiques qui ont avec les pythagoriciens des 
rapports diversement appréciés. 

Celte communauté de certains usages est attestée 
par Platon: les pratiques de vie orphique, dit-il, 
'Opifuoi Tivtï i£Y<>l**'*o' P'o'i commandent de s'abstenir de 
toute nourriture animée, et permettent toute nourri- 
ture qui ne l'est pas. Bien qu'appuyée sur des analogies 
entre les idées, pythagoriciennes el les idées orphiques, 
qui même se mêlent et se confondent, cette liaison n'en 
constitue pas moins un point obscur de l'histoire des 
pythagoriciens. 

Quoiqu'il soit assez étrange que les pythagoriciens, 
voués air culte d'Apollon', symbole de l'ordre, de la 
mesure, de la lumière, de l'harmonie, se soient unis ao 
culte sombre, sanguinaire, passionné, tragique de Bac- 
cbus, il n'est pas possible de mettre en doute cette liai- 
son*. Mais ce sur quoi l'on conteste, c'est de savoir si 
les pythagoriciens ont adopté les usages et les maximes 
des sectes orphiques, et toutenles transformant et |esap- 
profoDdissant, se les sont appropriés ', ou si, comma le 



1. Diog. L., vm, 37. Hnësimachue dans Jlcnueon, ■ BUirtnt le lite 

dts pyihagoricieos, nous sacrifioDS i Apollon, el na mtngeoiis ilen 
qui xit eu vie. <> 

3, Ellu est recDDDua par Zeller, Krische, Botckb, OUf. Holler, Fro- 
Ugg. :a ein Myth., Lobeck., Aglaoph,, 

3. C'est Is KQliment de Hoeckb, dans son livra suc la Crèle, t. III, 
p. 318 : • Das vortiandene Aile irard von ihnea aufgerasat, crweilerl, 
nod zuin Th«il mit Premdaitigea gemiacbC, allein, seiaer Bauptcich- 



inyGooglc 



ISS l'ordre pythagoricien. 

croit Lobeek, c'est de la sodété pTlhagoricienne que sont 
sorlisles sectes et les mystères orphiques; l'expositioD 
des faits mêmes montrera la difficulté de la solution. 

D'abord TaDliquité est muette sur rinfloeDce qu'ont 
exercée les pjtha^ridens dans la Grèce propre, et sur les 
pays où s'est répandue leur philosophie. Tout ce qu'on 
sait, c'est qu'on ne connaît aucun livre ni aucun nom 
d'auteur orphique avant Pjthagore. 

Ion de Chics' attestait que ce dernier avait composé des 
poésies qu'il avait Tait passer sous le nom d'Orphée *. On 
cite en effet deux Itpol i■ô^f)\ sou$ le nom de Pjtbagore* , 
l'un es prose dorique, l'autre en hexamètres. 

Hais on cite égalemenl un 'Iipk^^ocen 24 livres d'Or- 
phée *, d'oiï l'on prétend que Pylhagore tira toute sa 
philosophie des' nombres'. « Toute la théologie grecque, 
dit Proclus, est sortie de la mystagogie orphique. Py - 
thagore futle premier qui futinilié par Agiaophéinusaui 
rites divins, ti mpi 6iûv SffM-, Platon fut le second. » On 
sait eu effet que la légende se forma, à une époque qu'on 
ne peut préciser, que Pythagore avait été initié & la {"eli- 



tung, nicbt nmgevftndelt. Dis Pythagoreer biben mehr tod dem 
[rQhem OrpblscbeD Wesen sich ■ngeeignel, att in dasieUie hinein- 
getnig«D. 

k Diog. L. , VUI, 8. Oem. Alei. , I, p. 333. 

3. Duta-[àpa\ si; "Gpf in àvivcyioîv Ti«a. 

3. Nous ftTOoa des frigmeols de l'uD el de l'autre : du premier, dans 
UmU., F. P. J8,BtProcl., ad Euclid., p. 7, et rh«oI. anlhin.,p.irt 
du «ecoDd duii Diog. L., Vlll, l, qui cite le ven : 

*Q vlai, XiXà oieco6t itiS' fioux'f tdS* ndivta. 



4. Diog. L., vm, T. Oam. Àlei., 333. Suid., t. 
BibL Cr«c.,t.l,p. 161. 
&. UmU. r. P. 38 et Proclui, Theol. Plat., 1, 6. 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 129 

gïon orphique àLesbéthra par Aglaopbémus, qui en était 
le ^rand prêtre'. C'est là sans doute une fable dont l'ab- 
sence de fondement historique est démontrée par ce tait 
seul : c'est que tes 'Iipol Xvjoi^ attribués par Pythagorai 
Orphée onfpour auleurs connus, Onomacrile, le seul 
drphique qui ne soit pas pythagoricien, puis Zopyre 
d'Héraclée, Brontinus, un parent dePylbagore, Arigaolé, 
Théognète de Ttiessalie, Tbélaugès, Cercops, tons pytha- 
goriciens. Mais malgré les traditions fabuleoses qui al- 
tèrent ou exagèrent les faits, U reste peu de doutes rai- 
sonnables que les doctrines et les sectes pythagoriciennes 
et orphiques se rapprochèrent, si elles ne se confon- 
dirent pas, et ce rapprochement fut tel que nous ne pou- 
vons distinguer avec clarté ni fixer avec certitude ce qui 
est exclusivement pythagoricien, et ee qui est exclusive- 
ment orphique ; h laquelle des deux sectes appartient la 
priorité, et quel est celui des deux éléments qui conserve 
dans le mélange la plus g;rande importance. 

De même qu'Orphée était descendu aux" enfers, de 
même Pythagore y descendit en Crète, et parmi les 
poëmes orphiques attribués à Cercops, disciple de Pytha- 
gore, on signale également une Katti^aatc ; ces traditions 

1. lambl., F. P., 2S, 146, 161. Procl., tm Tim., 3, p. 291 1 Xbeol. 
Plot., I,6.Aead. deslnscript., U Barre, t. XVI, p. 24. 

î. Lw tiiKS conservés des ouvrages qui porleat ce oom générique 
ei formeat le noyau de toute la littérature orphique, ont um conlëur 
mystique, el semblent prouver que la contenu Atait un ritael hiéra- 
tique. Lobeck, De myrter. arg., 1, î, 3 : ■ Hierologias islu a pUilo- 
soptaia ïlienissimaa ac Tere totu ei Tabulari hisloria repeUtas fuisse; 
qufE autem hierophanlœ ferantur in mysleriia celebraodis loquutiesse, 
minime hue spactasse, ut initiatis sjmbulorum altiarem Intelleetum 
aperirent, sed fuisse narrationem d« ortu hujus wcri Miulote traditc , 
deque prima institutione. > 



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130 l'ordre pythagoricien. 

de descentes miraculeuses, illustrées par le grand peintre 
Poljgnote,témoignentd'uDsentîmentquipar&ttcommuD 
aux deux doctrines, et naissent d'une même concep- 
tion sur la destinée de l'homme. Pénétrer le mystère de 
l'autre vie; savoir & quelle loi elle est soumise; sans l'af- 
franchir d'une crainte salutaire, délivrer l'homme du 
désespoir infernal de supplices étemels ou du supplice 
plus infernal encore de l'anéantissement absolu ; endnte 
• consoler et le relever du joug de la mort, tels sont les 
points communs où ils paraissent avoir tendu tous les 
deux, et qui prouvent que tous deux ont essayé de s'in- 
troduire dans le cercle des croyances pratiques, de cons- 
tituer une religion et une théologie. 

Au temps de Platon on rencontre une secte de faux 
dévols, avec un régime de vie austère, de nombreux li- 
vres, des prophéties sur la vie future, qui porte le nom 
d'Orphéotélestes' : ce sont ces usuges orphiques qu'Hé- 
rodote appelle aussi bachiques, et qu'il rapproche pres- 
que jusqu'à les confondre avec les superstitions égyp- 
tiennes et pythagoriciennes". 

Outre ces relations réelles, les deux sectes avaient en- 
core dans leur enseignement des points communs qui ne 
s'expliquent que par des rapprochements individuels. 
Par exemple, et surtout dans la psychogonie, où cepen- 
dant les orphiques ne pénétraient pas plus loin que ne 

I. Plat,, nep., II, 364. *TÛpTai »ol iidvten, qui procédalenl i priï 
d'argent à des Suiriai; xctl Inuta?;, ijcajârfrui xai KaTdlSia{j.ai<, incoM- 
amentit et defixionibus magîcit. Euripid., Ilippol., t. 953. SInb., 
I, p. 474. Demosth., de toron., p. 313 (568 Tay!.), Diog. L., X, 4. 

a. Hérod,, II, 81 : 'OfioXvtioMin Si mûTa toïbi 'OprixoTot TutktofiÀ' 
•imvi x>i BixjFiKOÎai, joOoi îiAitVTnioiai xai ^^J(la]rap■(olal. Conf. Fré- 
rat, Acod. de^ Inscr., t. XXlll, p. 260. 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 131 

le réclamait le besoin pratique exigé par leurs xa^uffu^, 
ils s'occupaient du sort de l'Ame dont ils expliquaient le 
péché par des représentations mystiques, et dont ils 
montraient la présence dans le corps comme une pre- 
mière expiation : car se sont eux qui les premiers ont 
appelé le corps le tombeau de l'&me '. 

D'après la théogonie d'Orphée altribuéeàOnomacrite, 
l'âme détachée pur les vents de l'Ame du monde, dont 
elle faisait primitivement partie, est poussée et intro- 
duite par eux dans le corps sensible, est liée à la roue 
de l'ordre de la nature qui l'entraîne fotatemeDt 
dans toutes ses vicissitudes, et arrive soit au bon- 
heur, soit au chàlimeot. A ces idées se liait la maxime, 
enseignée comme un secret mystérieux', que les hommes 
sont placés ici-bas par les dieux comme dans une pri- 
son', propositioi^ orphique sans doute, comme le dé- 
montre Lobeck', mais qui fut philosophiquement dé- 



l.Cratyl., 300c.: AaxoQottiivroi tui |j.àXmaSii>6ai ot iiifl'Opç^ ' 
ToCtD là {vo|ui, &i SîxTiv StSaÛT/ti t^c 'V^X^ti ^ ^ hiui SiSaot. Cen 
est ts tombeau, iniiia, — la mauifesUtion eeusibU, et comme le signe 
visible o^ijd [de oniiaivu), — enfln c'en est le gardien, qui la coDierre 
et !■ Muvé : <Rl><r^. Hais la muime est également pytliagoricienne, 
comme la prouve le fragment de PhitolaQs, cité par Boeckh et tirt 
de asm. Alei., (Slrom., III, p. 433), et reproduit par Théodoret (Grec. 
ÀHect. Çur., V, p. 744). Le premier dit : «Il est boa de se rappeler le 
mot de ['hiloIaOs. Or voici ce que dit le pythagoricien : ■ Les anciens 

* théologiens et devins (PhtlolaQs ferait ici allusion Mil orpbiquet), 

■ disent que l'Ame a été unie au corps en punition de certaines fautes, 

■ et est pour ainsi dire ensevelie en lui comme dans un tombeau, ua- 

• WitEp il oûij«Ti toOtiu TJflttiTTai. ■ ].e second : i Philolaûs esl toul 
> lait d'accord avec ceiLo doi:lrine, ■ st il raprodujt la phrase de Clé- 
ment. Conf. Lobeck, iglooph., p. 765. 

3. "Ot il 9p<rfp7 XHi. rhxd., p. 63 b. 

\. JglaopA., p. 795; it s'appuie lur lambl. {Protreptic, 8, p. 134), 



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132 L ORDRE PYTHAGORICIEN. 

veloppée dans la métaphysique pythagoricienne, où elle 
aboutit & la théorie de la migration des Ames, en germe 
déjà dans l'orphisme. 

Je suis en effet convainca, quoiqu'on ne connaisse 
aucun écrit orphique antérieur à Py thagore, que l'idée 
d'une religioa orphique n'est pas l'œuvre exclusive d'O- 
nomacrile, et n'est pas née sous l'influence du pjthago- 
risme persécuté et dispersé dans la Grèce continentale. 
Gomment admettre que par une falslTication eflronlée, 
n'ayant aucune racinedans les croyances etles traditions 
poputahres, sans aucun antécédent historique, un poêle 
ait pu inventer un ensemhle de rites et de croyances 
qui ont si profondément pénétré dans ta vie pratique 
d'un peuple, et ont eu une telle durée et une telle in- 
fluence T Les témoins classiques attestent qu'Orphée, 
quel qu'ait pu être historiquement ce personnage, avait 
laissé un culte secret qui unissait des consécrations, des 
mystères et des prophéties avec un rituel correspon- 
dant, et que ce personnage avait le don magique du 
chaut et de la poésie*. Onomacrite n'a guère pu par des 
combinaisons, des rapprochements, des altérations, des 
falsiflcations, que réduire en un système lié et enchaîné, 
la mystique de cette religion qui admit, on ne sait à 
quelle époque, le culte de Dionysos Zagreus, et en fit 

el plus solidement rar le fragment orphique (dans 01;mpiodoi«, ad 
Ptuedtm., )16, éd. Wjttenbacb}, où on enseigne, comme l'avait bit 
Empédocle, un mouvement circulaire des flmes. Cent, les vera cités 
comme ûOrphèe par Clem. Alex., Strom., i. 673. Sur la migruion des 
Smes dans l'orphiiine, cont. Ed. Gerhard, ûber Orpheui und die 
Orphiker, Berlin, 1861, p. 6i. 

1. Les attributs d'Orpbée sont : 1* Hsvnia (Euripid,, Alt., 968) ; 
2* XpriavLoI, dont les pratiques sont: !■ Ks0apiinC,2* Ttlnot (Arislopb., 
Man., 1043). 



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l'ordre pythagoricien. 133 

)e infpcSptKdes deux Déesses qui présidaient aux mrstèrcg 
d'Eleusis et le centre des rites orphiques'. 

Le fait qae Pythagore attribuait à Orptiée ses propres 
ouvrages*, que PhiloIaQs par le mot : les anciens théolo- 
giens et devins, faisait allusion à ce personnage, l'ao- 
tiquité certaine des mystères orphiques, tout semble au- 
toriser l'opinion que Pythagore ou plutôt les pythagori- 
ciens dispersés dans la Grèce propre, obéissant h une 
impulsion primilive et au même esprit qui animait 
l'orphisme, ont formé Ifc de nouvelles associations, qui 
ont contracté un commerce intime avec les société or- 
phiques, ou peut-être tout en gardant une certaine in- 
dépendance, se sont affiliés avec la secte qui était déjà 
constituée et puissante *■ Ce qui n'empêche pas d'ad- 
mettre que Onomacrite ait pu profiter des doctrines 
pythagoriciennes, pour ses interpolations atldacieuses 
et ses falsifications effrontées des oracles et des poésies 
antiques. Le principe philosophique et scientifique 
qu'elles conlenaient lui permit de tirer, avec un art qu'il 
faut admirer, de la confusion des fables Dionysiaques, 
une conception systématique qui n'est ni sans grandeur 
ni sans profondeur, et qui contient la première tentative 
d'une théologie spéculative chez les Grecs. 

Ce n'est pas seulement avec les doctrines orphiques, 
c'est encore avec les doctrines et les pratiques de la 
secte juive des Esséniens qu'on signale des analogies re- 

1. Conf. sur l'orphisroe Kschenbach, Epigena, de potix Orphiea, 
Nurimb., 1101 Bode, dtOrpheo, I82i; GGtting. et son Histoire de 
la poéiie grecque, 1. 1, p- 87-190; mus surtout Lobeck, Aglaopham., 
Kônigïb., 18ï4; C. Eiclihoff, de Oiiomacrùo, Elberfeld, 1840, Progr. 

1. V. plus bftut, p. 13B, n. 1. 

3. Otif. HQllsT, Prolegg. ut tin. viUienteh. Mythologie. 



lyGOOJ^IC 



134 l'obi>he pythagoricien. 

marquahlee, d'où l'on a voulu conclure à des innuences 
directes et à des relations personnelles. JoBëphe nous dit 
en effet que les Esséniens suivaient un genre de vie qui 
avait étéinlroduit chez leî Grecs par Pythagore'. Greu- 
zer explique ces analogies par les sources où les Essé- 
niens et les pythagoriciens auraient également puisé, 
c'est-à-dire à des sources persanes*. Il repousse donc 
l'idée d'influences directes exercées sur des Juifs p»r 
les doctrines pythagoriciennes '. Hais quand bien même 
on ne pourrait les admettre comme un fait historique, 
ce qu'on ne peut mettre en doute c'est la très-frappante 
analogie des idées, des tendances, des pratiques. Le 
fondement de l'Essénisme est, il est vrai , dans une con- 
ception dualiste, qui est loin d'avoir cette clarté et 
cette importance dans le pythagorisme, où les principes 
contraires se concilient dans la synthèse du nombre. Il 
est vrai ansâi qu'on ne retrouve chez les premiers aucune 
trace des théories de la migration des âmes, et surtout 
de la théorie caractéristique des nombres. Mais sons le 
rapport purement religieux , quelles nombreuses et 
frappantes aftlnités 1 Ils rejettent également la nourriture 
animale, les sacrifices sanglants, les bains chauds ; tous 
deux placent l'idéal de l'homme dans une vie commune, 
avec une communauté réelle de biens', recomman- 
dent une obéissance absolue, le secret des doctrines, te 
respect et la vénération de ceux par qui elles leur ont 

1. Jnlt7., XV, 10, 4 - Knî Di niip'f||j.îv 'Esmiat xoloûiuvoi. Ti^az H 
toQt' i»n SioCtig x<iù|i4vov i^ Kop' *EXX(iinv Oui DutaT^pou imtoSi- 
Ii.T[iivig. 

3 Symbol., I, éd., IV, p. 433. 

3, RepouMée par Gwald, RUtchl, et adoptée parZeller et Bafler. 

4. Lu pyttiagoriciMis en sont protubleneot restés à la théorie. 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 135 

été transmises. Ce sont éfi^alement des sociétés fennéet<, 
où l'on n'admet de nouveaux affiliés qu'après des épreu- 
ves sévères, et d'où les indignes sont rigoureusement 
chassés. Les deux sectes honorent et adorent les élé- 
ments comme des puissances divines et donnent, pour 
ce culte, des prescriptions spéciales, dans lesquelles elles 
s'accordent d'une manière étonnante. Ni l'une ni l'autre 
De parait avoir dédaigné la magie et elles considèrent 
tontes deux comme le Fruit de la sagesse et de la piété 
le don de prophétie qu'elles accordent à leurs membres 
les plus distingués. 

Enfin dans les livres attribués à Nnma et découverts en 
181 avant Jésus>Gbrisl, on prétendait retrouver des in- 
fluences et même des idées pythagoriciennes. Varron, 
cité par saint Augustin *, se borne à dire que ces livres 
contenaient les raisons dcn institutions religieuses que 
1iumaa.\aH{oDàée»ySacrorumiTulitutorumeausXyCwquid- 
que in sacris fuerit imtitulum ; et il trouve en général 
que les mythes, les cultes, les rites, ont leur fondement 
dans une conception de la nature, dans des raisons 
purement physiques et philosophiques*. Hajs Tite-Live et 
Plutarque sont plus explicites : ces livres, que Plutarque 
qualifie de livres sacrés, écrits de la main même de 
Nuina,et qu'il avait fait enterreravcc lui, parce que, sui- 
vant la maxime pythagoricienne, il n'était pas couve- . 
nable de confier la garde d'une doctrine secrète à des 
lettres sans vie, et qu'il valait mieux en remettre la tra- 
dition fîdtie & la mémoire de ceux qui en étaient dignes, 

1, IH Civil. D.,vn,3h. 
3. Dt Civit. D., VII, IS sqq. 
3. Nima, 21. 



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136 l'ordre PÏTHACOmCIEN. 

ces lîrres étaient au nombre de £4, suivant PIularque,de 
IbsnivantTite-LWe. La moitié d'entre enx (12 ou 7) étaient 
consacrés au droit pontifical, et ëtaicot, suivant ce dernier, 
écrits en latin; l'autre moitié écrite en grec avait un objet 
et un contenu philosophique et Ihëologique'. C'était sans 
doute une explication rationnelle, une interprétation na- 
turelle des institutions religieuses, qui en leur Atant une 
origine et un fondement surnaturels, devait tendre à 
ébranler les croyances établies : dissolvmdarwn religkh- 
num pleraque esst. On comprend donc que le liénat sur 
la proposition du préteur les filbrûIer.Ce qui nous Inté- 
resse dans ce récit, c'est que Valérius Antias, auteur de 
T. Live et de Plutarque et probablement aussi de Pline 
l'ancien, qui contient le même renseignement, affirme 
que celte seconde partie des livres brûlés renfermait les 
doctrines pythagoriciennes : adjidi Aniias Yalerius 
Pylhagorieos fuisse vulgats opinioni,qua creditur Pythago- 
r» auditorem fuisse Numam, mendacio probabili accommo- 
data fide^. 11 n'est pas nécessaire que ces livres aient été 
réellement d'origine et de doctrine pythagoriciennes, 
pourlaconclusîonque nous en voulons tirer. Il est certain 
que les pythagoriciens, comme on le reproche à ces - 
livres^ expliquaient les dieux comme des forces physi- 
ques, et donnaient de la religion et de ses croyances 
une exposition rationnelle et humaine. En oult'e, la rela- 
tion entre les mouvements des opinions religieuses qui 

1. Plut., IT, d'après Vslérius Antias : AûScko (liv ilvai pieiiou; 
ItpoçBVTwàî, iiiSna Xi SlXaç iUïivmiî 9iJoa6f»u(. T.-Liv,, XL,39 : 
■ SsptBin X-atinl de jure ponlificto enat; septem Grieci de disciplina 
sapientiœ. ■ 

5. T.-Liï.. IL, 59. Plin., H. N., IIU, 37 : . Ubro» septem juris 
poDtiBcii, toUdeinque Pjthagaricoa Tuisse. ■ 



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l'oBDRE PYTHAGoaiCIEN, 137 

se sont prodaits à Rome, et les tentatives de réforme 
opérées dans ce même sens par les sectes orphiques, si 
intimement liées avec les pythagoriciens, est un fait his- 
toriquement démontré, ne fût-ce que par l'histoire des 
Bacchanales Romaines. 

Les cultes Bachiques qai se répandireirt à Rome au 
commencement du ii* siècle, donnèrent lieu à des pour- 
suites judiciaires qui nous eu montrent l'origine. Ces 
associations mystérieuses et ces cultes secrets rigoureu- 
sement persécutés par l'orthodoxie romaine*, venaient, 
il est vrai, en pnrtte d'Étrurie et de Gampanie: mais les 
recherches judiciaires en montrèrent un foyer ardent 
dans l'Apulie, dans toute l'Italie méridionale et surtout 
h Tarente, un des centres d'origine du pythagorisme*. 
Quelqu'opinion qu'on se fasse sur la réalité du fait des 
livres pythagoriciens attribués à Numa, la tradition qui 
se forme sur celte donnée atteste du moins l'aflinité des 
idées pythagoriciennes avec tous les mouvements des 
idées religieuses dans l'antiquité. Tous les phénomènes 



t. Voir le discours do Poslumiua cootre pravû «t eotfl-nit rcKpto-, 
nibui eapttu mentet, T.-L. , XXXIS, 1 5. 

3. T.-Liv.,XlXlX,9, IS, 41; XL, 19. On les appelait ■ cUndastlnie 
CDnjuraUoDfls. > On inatilua pour les juger des tribimauz spiciaui : 
■ QuiEstLDnes de Baccbanalibus sacrisque nocturnis extra ordinem. > 
On publia dans toute l'Itaii; un décret portant, entre autres prescrip- 
tions : • Bscas vir nequis adiese velet ceiTie roraanus ntve oominus 
latini. ■ On a retrouvé en 1691 en Calabre, gravé sur l'airain, ce ti- 
natus-eoQsuite de l'an 186 avant J.C., qui est le neuviËme monument 
conservé de la langue latine. Tite-tive ajouta : •!. Postumius Prte- 
lor, oui Tarentum pravincia evecerai, reljquias Bapchanalium quges- 
lionis cum omoi eiseculus est cura,» et dans le livre IL, 19; . L. Du- 
ronio pr»tori,cui provincia Apulia evenerat, adjeeta de Baccbanalibus 
qutestio est : cujus residua quaedain velul semina ex prioribua malis 
am priore anoo adparuerant. > 



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138 L ORDRE PYTHAGORICIEN. 

de cette nalare, tous les faits qui se sont produits avec 
ce caractère dans te monde ancien et on peut dire 
dans le monde moderne, se rattachent en quelque point 
au pythagorisme, et cette afïinilé prouve jusqu'à l'évi- 
dence ce que nous cherchons à démontrer en ce mo- 
iqent, c'est-à-dire, ie caractère profondément religieux 
du pythagorisme. 

La religion n'est pas pour lui simplement un mouve- 
ment libre de l'Ame qui s'élève vers l'idéal de perfec- 
tion que réalise et représente la divinité : on reconnaît 
facilement qu'il la considère comme un gouvernement, 
une discipline savante et forte des opinions et dos 
volontés, àes esprits et des &mes. Tous ces règlements 
minutieux, ces prescriptions cérëmonielles, ces pratiques 
extérieures absolument semblables à ce qni était usilii 
dans les mystères', dénotent l'instinct pratique du 
prêtre, qui sait par quels moyens on peut s'emparer de 
l'imagination, et réduire à une loi extérieure et à une 
discipline tes révoltes de la liberté humaine. 

Le caractère religieux de l'associatioD pythagorique 
se manifeste encore par d'autres faits non moins signi- 
' flcatife. Telle est l'admission des femmes *, qui chez les 
Grecs, ne se comprenait que pour des buts religieux. Un 
notis les roontreassistantaux conférences de Pylhagorc, 
et célébrant elles-mêmes les sacfiSces. Le maître, sur- 
prenant dans leurs Ames une tendance particulière vers 



1. Diog. L., Vm, 33 : Kal «3* SiXm 2« «pniulLnjoviai «al ol fit 
Tiliuric tv tbI( IipsTïimtllioûvttt- 

3. lamb., F.P.,&4 et iniv., et 170. PorpliTT., 4et 19. S. Jer6m..c. 
JoDin., I, ISe. Plat., Coii;.iycMpt.,31. Stob., Eelog., I, 302; Serm.; 
74,31; U, &5. S. Clem., SlTOffl., I, 309 c i IT, 531 d. 



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L ORDRE PTTHAOORICIEN. 139 

l'exaltalioD religieuse, s'efTorçail de trouver des analo- 
gies entre les noms qu'elles portent a.ux divers ^es de 
la Tïe, Ka'pi], Nûfifi], M^Tiip, M«ïa, et les nom» des 
grandes divinités téminines. Qu'elles aient participé aux 
enseignements scientifiques les plus profonds et les plus 
difficiles, comment le nier, puisque nous voyons de 
nombreux fragments de philosophie extraits d'ouvrages 
qui leur sont attribués? 

Tel est encore l'élément superstitieux, la tendance 
au surnaturel qui se.développe de bonne heure dans la 
légende pytbagorique et représente le maître comme 
vu être supérieur & l'humanité : tantdl comme un dé- 
mon, c'est-à-dire un être intermédiaire entre les dieux 
et les hommes, tantAl franchement comme un diea. 
Aristote, cité par lamblique ', considérait comme pytha- 
goricienne la division des êtres vivants en trois classes : 
!• le Dieu; 2- l'homme; 3" une classe intermédiaire i 
laquelle Pythagore appartenait, Hiéroclës dans son 
commentaire sur tes Vers d'Or ', disait : « La connais- 
sance de^ vertus de la Tétrade a été communiquée aux 
pythagoriciens par Pythagore lui-même qui, sans être 
fin dieu immortel, ni même un héros, mais simple- 
ment un homme, s'est rendu semblable aux dieux et a 
reçu des siens la vénération due à une image visible de 
la divinité. » Diogëne rapporte qu'on appelait ses dis- 
ciples : iwvrfaç e«p fwvaf', c'esl-à-dire les interprètes 
de la parole d'un Dieu ; lamblique et Porphyre, que ses 
sectateurs le plaçaient au nombre des dieux ou en fai- 

1. Iaiiibl.,31. 

1, C. M. 

3. Diog. L,, vm, u. 



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140 l'ordre pythagoricien- 

saîent une espèce de bon démon * ; d'autres plus enthou- 
siastes encore voulaient voir en loi Apollon, soit Apol- 
lon Pythien, soit Apollon Hyperboréen, soit Apollon 
PœoD ; ceux-ci le considéraient comme un des dieux ha- 
bitants de la lune, ceux-là enBo comme un dieu distinct 
des autres divinités de l'Olympe, descendu sur la terre 
pour apporter aux hommes le salut et la béatitude que 
peut seule procurer la philosophie*. Sans doute ce n'est 
pas ainsi qu'fiéraclite et Ëmpëdocle le jugent. Heraclite 
se borne à attester sa science profonde, variée, tirée k 
la fois des livres et du commerce des hommes, et loin de 
selaisserenlralaeràuneadniiration enthousiaste, estime 
avec une sévérité troiAe et injuste, qu'il a fait de toute 
cette science un mauvais usage ' . Les vers d'Empédocle 
cités par lamblique et Porphyre', le représentent 
comme un homme d'un génie supérieur, mais simple* 
ment comme un homme. 

« Parmi eux il y eut un homme doué d'un savoir 
immense, dont l'inlelllgence renfermait un vrai trésor 
de connaissances, et qui était profondément versé dans 
les sciences les plus variées. Lorsqu'il tendait tous les 
ressorls de son vigoureux génie, son pénétrant regard 
découvrait plus de vérités qu'il ne s'en révèle à une 
suite de dix, de vingt générations. » Mais si des esprits 
philosophiques, comme Empédocle, sceptiques et criti- 

I. Porphyr., 30 : MiTàTiSv Biûv xahipEIliioki. lambl., 30 : HcroTdv 
Siâv.... KoA)ipiè|iguv &; àifoSiv nva SsfiiovBi 140 : Oùx à nzùv, iiX 

3. lacnbl., 30. 

3. Diog. L, VIII, G : DaliuiuSbiv, iuhdtix'.'i''- 

4. Porph., 30. IsmbL, 67. Diog. L. (VUI.M) reproduil les deux 
pramiers, mais tout en rapportant qu'on les appliquait quelquefois t 
Parmènide. 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 1«1 

quea comme Heraclite, «it porté sur Pyth^ore qd juge- 
meat sain et froid , cela n'emptebe pas que ses ad- 
mirateurs n'aient pn aller jusqu'il une aveugle adora- 
tion. Quoique l'idée de faire un dieu d'un homme, soit 
peu grecque, quoique bien des expressious qui expri- 
ment une sorte d'apothéose n'aient eu peut-être, primi- 
tivemeDt, que la valeur d'une métaphore admiralive, il 
est difficile de douter que ses partisans n'aient voulu 
voir et laire voir en lui un être supérieur & l'humanité, 
par sa naissance, par sa vie, par sa science, par sa puis- 
sance. £lien, sur l'autorité d'Aristote', dit que les Gn3- 
toniates l'adoraient comme Apollon Hyperboréen, dont 
suivant d'autres traditions il aurait été simplement le 
fils*. Toutes s'accordent & reconnaître qu'il a possédé 
des dons surnaturels ; il prévoit et prédit l'avenir*, il 
opère des prodiges par l'art et la pratique des incanta- 
tions magiques; il entend - l'harmonie des sphères 
célestes ; il peut communiquer par la parole d'au cdlé 
avec les âtres inférieurs, de l'autre avec les êtres supé- 
rieurs de la Datuce. Les fleuves, les taureaux, les aigles, 
entendent sa voix et obéissent à ses ordres: U a lé don 
de l'ubiquité, le souvenir des nombreuses existences 
qu'il a traversées' ; il est descendu aux enfers et en est 
revenu. S'il faut en croire Hermippe, il se serait Ini- 

1. M., n, 16. u D'eat pu eert&in que Ml Ari«tot« goit l'auteur de 
ii-Métapityiique. Diog. L., VUl, U. Porpb., 26, 

2. Forph., 20. Itmb., 30, 15&. Diod. Sic, fragm., p. 554. 

3. Mon par le feu, il ett vrai, maia Mulement ptr lA* xXfSivuv te 
ul otavdv. 

i. m., U, as. Plut., Wuni., 8. Dlog. L., Vm, i, 8, 11, 31, 36, 3S. 
Porph., 13, IS, 38, 30, 34, 45. luobl., 90, 134, 140. Simpl., tn^rûl, 
(U Col , 113. ScholL Ar., p. 496 b. losefb, e. Apion,l, 33. AuI.'GeU., 
IV, il. 



inyGoogIc 



us l'ordre pythagoricien. 

même prêté & cette pieuse imposture, et n'aurait pas 
dédaigraé d'employer un artiflce assez grossier pour 
faire croire h une résurrectioQ \ Enfin sa doctrine n'est 
pas celle d'un homme : c'est une doctrine sainte et divine 
qu'Apollon lui a révélée par la bouche de sa prêtresse 
Thémistoclie, dans l'auguste sanctuaire de Delphes. 

Noos croyons de tons ces Taits pouvoir déjà conclure 
que le pythagorisme aspirait à renouveler les croyances 
pour les épurer, et pour cela voulait fonder, pour 
ainsi dire, une Ëglise ayant ses rites et ses sacrifices 
pftipres à constituer le lien extérieur et visible des adhé- 
rents. Hérodote donne le nom significatif d'or^iu, aux 
rites pythagoriques , comme aux rites orphiques et ba- 
chiques '. Le régime de vie, signalé par Platon , est une 
autre marque du caractère religieux de l'association 
qui se révèle encore dans la liaison , sinon dans la fu- 
sion du pythagorisme avecles sectes orphiques. 

Il n'est pas jusqu'au secret qui n'atteste son fonde- 
ment religieux. Sam aborder ici la question de savoir à 
quelles parties de la doctrine s'appliquait la prescription 
du secret, il parait certain qu'en tout ou en partie il 
était scrupuleusement observé et sévèrementcom mandé. 
Jusqu'au temps de PhilolatJs, les doctrines pylhagori- 
dennes furent tenues séantes,' et Arisloxène rapporte ta 
formule impérative de cette prescription: toutngdoii 
pas élre communiqué à tous '. Dans le récit d'iamblique, 

I. Diog.L.,VIIl,4l. On aUribuait à Pylbagore un écdl intitulé- 
Katatittu tk 'AGou, comme celui da Cercops. Clem., Strom., I, 33. 
H. Zeller veut voir dans l'ouvr&ge l'origine de la lègends.' 

1. Herod., U, 8t. 

3. niog. l., vm, 15. 

4. Oiog. L., YIII, la : H^ shn Rpi; itirOK «livra pi\xi. 



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l'ordre PYT^AGORICrEN. 143 

Cyton feint d'avoir eu connaissance des iid^^n de^ py- 
thagoriciens * ; ce terme est employé d'ane façon toute 
particalière dans une phrase de Diogène: énumérant 
les divers personnages qai ont porté le nom de Pytha- 
gore, il arrive au nôtre, oS çsihy tTvai ta sbro^T» tîÎî 
siImto^Cbï* : phrase qui peut signifier ou que Pythagore 
fit de la philosophie l'objet d'un enseignement secret, 
ou qu'il découvrit et enseigna les mystères de la philo- 
sophie*. Arislote dans son histoire de la philosophie 
pythagoricienne constate que la doctrine de la division 
des êtres raisonnables en trois classes t les dïeui , les 
hommes et une espèce intermédiaire, & laquelle apparte- 
nait précisément Pythagore , était au nombre de celles 
qui étaient gardées dans le plus profond secret : h toîc 
«mu JKo^pi^Toit*. La maxime que nul ne se doit donner 
la mort est produite par Platon comme une règle ensei- 
gnée dans les mystères : h àm^^'^-nii yiyot * : et les in- 

1. lamU., 168. 

1. Diog. L., vni, 46. 

3. -muis. GblL, X, 335 : 

'OpxuiYsp ^ Si£es4ii( nrï>Ta IIut«YDpiEoi{ 
'Ettipotf )i4 nuXiïotai Si Hviarfitftlart ^[ttXauc. 
Cf., sur 1« M»«t pythagoricien, PhiIo}trat«, Vied'ApolUm.,1. VI, 
c. vt. Dans Hitrodès {Commentaire lur la vert d'Or., c. XXV, v. 61 , 
66), on trouve une phrase qui semblerait s'y rapporter : OO yàp olav 
Ti «âncK i|uû fiXoija^aai. Mais 11 ne s'agit Ici que du petit nombre 
des Elus, de ceux qui savent user des dons de Dieu. Dans le e. XXVI, 
les prescriptions secrètes, Iv toI; Upolt iitof Wrtisnv h imop^T\Tif trop' 
stiSoTo, s'appliquent spâcialement aui abstiesnces. 

4. lambl., 31. 

5. Phxdon, 6! b. Cicéron, dans Cal., 10, attribue une pensée sera- 
blalde i Pytbagore, el Olympiodore (04 Plued., l&O) nous apprend 
qu'on la rapporUit il PliiloIaOs : ■ Pbilolaîls disait que l'homme ne 
doit pu ae tuer. > Il y a en elTel un piorerbe pythagoricien qui noua 
dit : N« dépoHi pu votre fardeau. 



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144 l'ordre pytlIAGORICIBN. 

lerprètes sont à peu près unanimes à reconnaître qu'il 
faut entendre ici les mystères pythagoriciens plutôt que 
les mystères d'Eleusis. Timée rapporte qu'Empédode, 
comme plus tard Platon et Hipparque, fut chassé de 
l'ordre pour en avoir divulgué les doctrines'. Néanthès, 
cependant, donne on tour un peu différent à ce tait. 
Jusqu'à Philolafts et Empédocle, dit-il, les pythagori- 
ciens avaient admis à leurs leçons tout le monde. Mais 
ayant vu le poète Empériocle les publier en vers, ils prî- 
rentle parti d'interdire decommuniquer leurs doctrines 
à aucun poète épique ■. Ceci est puéril : il est évident que 
si les poètes épiques étaient seuls exclus , il n'y avait 
plus rien de mystérieux. On pourrait, sur ce point con- 
testé , admettre l'opinion raisonnubli; d'Iamblique. Ce 
n'est pas, suivant lui, la doctrine entière, mait les prin- 
cipes les plus propres à l'école et qui contenaient le plus 
grand nombre des vérités qu'elle enseî^ail*, que les py- 
thagoriciens s'interdirent de fixeret de conserver par l'é- 
criture, et se réservèrent de transmettre de vive voix etde 
mémoire comme des mystères divins, ÔaiMp [wor^pw Oiûv 
La science n'est pas faite pour tout le monde ; . la vérité 
est un temple où il ne faut laisser entrer que des ftmes 
pures ou purifiées. De là le vers fameux * : 



1. Diog. l., VIII, 41, 54. n cite, comme lambl. , 75, une prétendue 
lettre de Lyiis à Hippirque, pour lui rappeler cette règle qu'il tttribue 
i Pjrihagore. Cf. Clem,, Strtm., V, et Orig., c. CeU., 1, III. 

1. Diog. L., VllI, 65. 

3. lamb., 2!6, ovviKiiwâraTs tûv iv aii^ Soyfiànn. 

4. Stob. {Fioril., XU) l'attribue à Pytbagore. Cependant, comme 
OD le trouve à peu prcs identique dans deux fragments orphiques : 

MctEo^lu oI; ii\ui; irsl' SûpB^ S' inHtaii pÊËiiioi Ou pitriXoK, 

Lobeck [Aglaoph., 453) le docue à Orphée. Olympiodore (Vit. Plat.), 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 145 

«Je T&is chanter pour ceux qui peaveDt comprendre: 
fermez les portes, profanes. » 

La règle du secret se lie, comiqe il est Tacile de le voir, 
à la règle du sileuce imposé aux jeunes novices, et dé- 
coule du même principe général : Il fout que l'bomme 
apprenne à se taire , et & ne pas répandre au hasard et 
comme un prodigue , les trésors sacrés de la science et 
de la vérité*. L'empire que l'esprit exerce ainsi sur lui- 
même, cette concentration intérieure de-la pensée, obli- 
gée de se replier sur elle-même, est loin de nuire k la 
force et à la profondeur de la méditation philosophique 
et de la médiL-itîon religieuse. Ne nous étonnons pas 
que Pylhagore se soit indigné de voir rendus publics ses 
théorèmes des lignes commensurables et incommensu- 
rables et de l'inscription du dodécaèdre dans la sphère, 
et que le frère reconnu coupable de cette indiscrétion 
géométrique ait été excommunié de la petite église, con- ' 
sidéré comme mort pour elle , et ait regu l'honneur 
douteux d'uD cénotaphe*. Le moyen Age, toutes diffé- 
rences gardées, eut aussi pour la science et la philoso- 
phie ce respect superstitieux et dédaigneux. La philoso- 
phie et la théologie étaient enseignées dans une langue 
savante, qui en fermait, pour ainsi dire, les portes aux 
profanes. Ce fut, comme on sait, un grand scandale 
quand Luther osa le premier profaner la sainteté des 

pulantde Platoo, la loue de n'avair point adopté l'orgue illeiue gra- 
TJIÉ des pjthBgorieieiu, ni leur habitude de tenir fermées les portes 
de leur école, ni la célèbre muime : • le maître l'a dit, aiitit If«. • 
Snr lea ini^^ts des pjtbagoricieiu, eont. Wyttenbacb, ad Fhtci., 
M34. 

1. Imnbl., 346. 

i. laobl., 1B9, 346, 147. 

10 



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146 l'ordre PYTHAGORICfEH. 

toitures parune tradacUon en langue vulgaire. Encore 
aujonrd'bui les offices de l'élise catholique se disent 
dans tous les pays de la communion romaine en latin ; 
ce n'est pas sans doule le secret absolu; mais c'est en- 
core quelque chose de mystérienz, c'est cet élément in- 
connu, cette vague perspective qui ajoute au prestige, et 
qui, pour un temps du moins, accroît l'autorité des en- 
seignements religieux. Enfln il ne faut pas ouhlier que 
les constitutions des jésuites, qui ont avec la société py- 
thagoricienne des rapports si frappants, sont tenues 
très-cachées et on peut dire secrètes. 

C'est à cet instinct sûr, qui devine dans le mystère un 
instrument puissant d'action sur les &mes, et une disci- 
pline de l'imagination et des idées, qu'il faut aussi rap- 
porter la division des disciples en es- et ex-otérîques, 
comme aussi lliabilude commune à tous les écrivains de 
la secte d'exprimer sous des formes symboliques , allé- 
goriques, énigmaliques même , et les doctrines méta- 
physiques et les idées morales etles-mémes. Le double 
sens figuré et littéral se montre également dans les 
livres saints de toutes les religions; 

Un fait très-étrange, et qui dut causer aux Grecs un 
sentiment tout autre que celui de la sympathie, c'est 
l'autorité que les pythagoriciens voulaient qu'on atla- 
chit à la parole du maître '. La parole d'un maître con- 

1. Cic, dtNat. V., I, & : > PytbagorBoi, A quid iJBriiHreiil in dis- 
putaiida, quum ex iis quEerarelur quant ila. esset, respondere mIIUm: 
ipso diiit. Ipse lutem erat Pytbagocss. Tuituio opinio priejudictta po- 
terat, ul stiam lioa rations nleret aucloritu. ■ Cf. Vaj. Uix., VOI, 
15, MeiMg. ad Diog. £,, VUl, 46. Olymp., Vit. Plat., p. 4, éd. Didot. 
S. Clem., StTim., U, 3es c Philo., Cu. tn Csn., I, 99. S. Greg. Nai. , 
.fntiMt. J in Jul. C;rill.,l. m, c.xuri, tn Isai. Suidaa iuterprËle laù- 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 147 

sidérée pour l'individu comme an motif suffUant de 
croire^ et se substituant à la conviction personnelle rai- 
soDDée et réflâcbie, cette discipline extérieure de la peu* 
sée qui se soumet à la pensée d'un autre, cette distinc- 
tion entre la foi, la croyance et la connaissance, chose 
bien nouvelle pour l'esprit hellénique, est encore une - 
preuve que Pytbagore dierchail à fonder une religion 
partîcnlière. 

Il fàulr'en dire autant des vœux étemels qui enchaî- 
naient les membres de lai société les nns aux aalres et 
tous à l'ordre entier, par un hen indissoluble*. Eofln ce 
qui achève de démontrer, non-seulement qu'un esprit 
religieux anime et pénètre les doctrines pythagoricien- 
nes, mais encore que llnstitul avait pour objet de con- 
stitiier une association religieuse, c'est à la fois le con- 
tenu, et la forme de ce petit catéchisme poétique qu'on 
appelle les Vers d'Or. Ce n'est autre chose qu'un déca- 
iogne avec ses formules impératives, de vrais comman* 
déments de Dieu, dont aucune comparaison ne peut 
faire p&lir la grandeur, la pureté, la siniplicité, comme 
on pourra s'en assurer par l'analyse que nous croyons 
ea devoir donner ici* : 
Avant tout vénère et adore les dieux, les héros, êtres 

lie Ips d'une singuliËre mulèra : > Pour doonar plu* d'BiUorili t M» 
BQseigneoieDts, Pjthagore prononçait aouient cas mots, commo tll 
eût Toulu faire entendre ceci : ce c'est pas moi qui tous dis cela, c'est 
la parois de Dieu m&me: <At i\UK,ii:ià loû OioS Xijof, 

1. Âpul., I, 9: •Coilialur socielas ineaparabilis tanquam iUodfuerlt 
antiquum couseilium qubd jure atque verbo Tomano eppellabalur 
crdo lumcilo. • 

1. V. pina loin ce qui coucerne rauUienticitd dn potme. Je complète 
•TM d'autres ranieiguemeDtf ce résumé de ,1a mocala religieuse pra- 
tique du pTibagorisne. 



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148 l'ordre pythagoricien. 

inlermécliaires entre les dieux et les homnws .: mais ne 
leur detnandc rien dans tes prières ; car tu ne sais pas 
toi-mëine, et seala ils savent ce qui festbon*. 

Respecte le Dieo du serment. 

Accomplis scrupuleusement les prescriptions rituelles 
des devoirs religieux. 

Honore ton père, ta mère, tes parents. 

Aime les honnêtes gens, sans faatr les méchants. L'ami 
est on antre soi-même : il faut l'honorer comme un 
dien. L'amitié est l'égaillé de l'harmonie*. 

Sois docile aux bons conseils. 

Modère tes besoins; maîtrise tes passions; la mesure 
est en toutes choses la perfection; ne commets rien de 
honteux, soit avec les autres, soit seul; respecte-toi toi- 
même. 

Ne goûte la volupté que lorsque tu consentiras A être 
inférieur à toi-même '. 

Ne prends pas les dieux à témoins; et fais en sorte 
d'être toi-même, et toi seul un témoin digne de foi *. 

Pratique la justice en paroles et en actions. 

Dans les relations sociales évite de changer les amis 
en ennemis; efforce-toi, an contraire, de cban^r tes 
ennemis en amis. Sois doux; ne ft-appe pas un animal 
inoCTensif ; ne brise pas un arbre domestique '. 

Habitue-toi k la pensée que la mort est la destinée 
commune et fatale*. ' 

1. Diog. L., vm. s. 

1. Diog. L., vm, 3S, d'aprta Aristote. Cf. luobL 

3. riog. L.,VUI,9. 

4. Diog. L., Vm, Î2. 
b. Diog. L., vm, 13. 

8. Diog. L., vm, 13 : furiv Jiiupov. 



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L ORDRE PYTHAGORICIEN. 149 

Ne fais ni trop pea ni trop de cas de la richesse. 

Sache supporter le lot qae les dieux t'oot accordé. 

Délihère, examine, réfléchis avant d'agir. 

Soigne ta sanlé. 

Chaque soir, avant de le laisser aller au sommeil, fois 
l'examen de ta conscience; reproche-toi les fa,utes et 
repeoB-toil Jouis du bien que lu auras fait. 

Cette vie vertueuse, il ne but pas seulement la mé- 
diter, la pratiquer avec réflexion : il fout l'embrasser 
avec amour. 

Chaque matin, avant de le mettre au travail, prie. 

Aie conscience de tol-méme et de ta faiblesse morale; 
reconnais que tu es incapable de te conduire seul et 
qu'il faut te soumettre à une puissance contre laquelle 
tu ne puisses le révolter. Mets-loi complètement et de 
cœur sous le gouvernement de Dieu, le maître du 
Tout '. 

Cette pureté de vie, celle sanctification pratique de 
l'Anie est le préambule nécessaire de la science qui t'ap- 
prendra ce que c'est que Dieu, ce que c'est que l'hoiame, 
ce que c'est que le monde et tous les phénomènes dont 
il est le théâtre. Tu sauras alors estimer toutes choses 
è leur juste valeur. Tu apprendras que l'homme court 
souvent au devant des maux qui le frappent, ne voit pas 
les biens que les dieux ont placés près de lui, ne. sait 
pas les remèdes des souffrances qu'il endure. Les 
hommes sont comme des viises cylindriques qui roulent 
BU gré du hasard. 

Pour toi,, aie confiance et courage, car l'homme est 
de la race des dieux. 

|. lambl.,lT4. 



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150 l'ordre pythagoricien. 

Abstiens-toi des aliments interdits; daos les pnriSca- 
tionsde ton corps comme dans celtes de ton &me, fais 
an choix raisonnable et sage : la Raison est le guide 
souverain et le maître absolu de la vie. 

Si tu obéis à ces préceptes, à l'Iieure où la mort déli- 
rrera de la prison du corps ton &me jusque-là captive, 
tu dépouilleras l'homme et tu deviendras un Dieu '. 

L'éloquent et pieux commeotatear de ce catéchisme 
pythagoricien , Hiéroclës, l'appelle une philosophie sa- 
crée, et y signale avec raison le caractère mystique et 
sacerdotal* . Le but suprême qu'elle se propose, dit-il, 
est de conduire, d''amener l'homme à ressembler & 
Dieu'. 

Toute la règle de la vie pythagoricienne peut se ré- 
sumer dans cette grande maxime : devenir d'abord un 
homme, puis ensuite im Dieu ; s'unir par un commerce 
intime avec Dieu; suivre, imiter Dieu*. Les formules 

1. Quldd., p. 319 : 

■ Corpora dapMÎto, qavm liber ad aethen pergei, 

■ Eïides hominem, bçtus Deiutethem ilmt. • 
Cf. ta €miMe.i,Z,2t : 

I Toici qus l'homme est derean, comme un de noui. ■ 

3. Crnnmml. in Aur. Carm., c. iin, p. 481, éd. Didot ; Xw^mccai 

T^ Tfiv Itpâ* Hxyv fi f iXoiroçEa. P. 481 : — ■ ToO; TiXfmxoùt mtap' 

3 Jd.,e.i, p. in : Tlfbi tV|v itiav i\u>luatv ivâr». 

4. UmbU, 13T : IlpOrov )Uv JvSpmirqv -fliiain, Kol TÂTt 6<iv.... 
npA; ti BttoY AtiiXEsc ... isaiouSiIv tc^ %t^. C'est i Pjltagora lui- 
mtme qu'appartenait la maxime, d'après Stobée (Ect., il, c. vi ; 
StgM, 3, p. 66} ' • Socrate et Platon, en disant que le but de la vie 
•(t l'imitation de Dieu, tAo; A^oluoiv 6eaû, ne fout que répéter Py- 
thigore.... Homère atail déjà, som Tonne ènlgmatique, donné la même 



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l'ordre pythagoricien. 151 

varient; mais la pensée reste constammctil la même, 
et qui pourra en nier la grandeur et la profonde vérité ? 
La vie parfaite n'est tt ne peut être qu'une imitation du 
parfoit, c'est-à-dire de Dieu. 

C'est encore un trait particulier et caractéristique de 
la morale pratique des pythagoriciens que ce goût des 
formes paraboliques, cet amour du symbole, ou plutAt 
de l'énigme, qui révèle à l'initié la pensée demeurée 
obscure aux profanes. La formule préférée est ce qu'on 
appelé les <(mi(i, les similitudes, où ils exposaient non- 
seulement âes règles, mais des réflexions, des médita- 
tions sur la vie, pCw etpamb. Sous cette forme brève, 
seoteocieuse et revètne d'une image vive et forte, la 
pensée pénètre profondément l'inteUigence frappée et 
s'y grave d'une façon durable. Les exemples suivants 
sufSrout pour en faire connaître la tendance et le tour. 
La science est semblable & une couronne d'or : n'est 
une parure, mais qui a en même temps une valeur 
précieuse. 

Les hommes vains et légers sont comme des vases 
vides : on les prend facilement par les oreilles. 

Le sage doit dorlir de ta vie comme d'un banquet, 
avec une attitude décente. 

prescriptioD (ni hommes : ■or' I^via ?xlvt ttoXa. C'est iprès lui que 
Pjthagore U reproduit sous celte forme : inou ïiû. Thémiste (Or. , 
XV) la die sans l'altribuer iPythagore, comme Flutarque {De «met., 
c. i). Cependant ce dernier rapporte {De dtftct. orae., c. tu) que Pj- 
tlUigore disait quelesliommesdeiienaieQl meilleurs qu'eui'm6ine9,Atiiv 
npi; Toiii Sioù; ^oiSi(»oiv. M&is C'est pGut-ctra aa peu forcer la teiis 
dai mots que de leur donner unn interprétaUoD si figurée. Clemeat 
d'&leiandrie {Slrom., V, &â9] cile d'un certain Eurysus, pythagoricien 
doDl Stobée a conserva un fragment sur la PoiCune (Ed., I, G.llO], U 
phrase suivante : tUovairpi;6iiv «nai àv^pûnouf, qui a une signiflca- 
tioD plu voisina. Cf. Clam., Strom., U, p. 390. 



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15S l'ordre pythagoricien.' 

Le port est le refuge du navire; le port de refuge de 
la -rie, c'est l'amitié '. 

Dans le drame de la vie la jeunesse forme le premier 
acte : c'est pour cela que tout le monde la regvde si 
attentivement. 

La valeur d'une statue est dans sa forme; la valeur 
de l'homme dans sa manière d'agir. 

La vie est semblable à une pièce de théâtre : ce sont 
les plus méchants souvent qui j jonent le plus beau 
rôle. 

La plaisanterie est comme le sel : il faut en user dis- 
crètement. 

La terre ne donne ses fruits qu'à un moment de 
l'année : l'amitié donne les siens à chaque instant de la 



1. Je n'*i atMlmeot ilen obiagé à cstte partie de mon mimoin : 
ftussi suis-jB surpris de lire dans le npport d'&illeurs si bienveilluit de 
H. Mourriison U remarque suivante '. > S'il rappelle que les pytbago- 
licienaae piaisaienti prâseiiter leurs préceptes moraui bous I& ronne 
de similitudes, JI[ioia, il ne produit de cetie littérature morale aucun 
échantillon. Il était pourtant facile de citer, et il o'éiait guère permis 
d'omettre tes 'Oiwia ou SimiiUwlet ds Dèmophilg. • Or les quatre 
premières Simittludn qu'an Tient de tire sont de Mmophile, et si je 
n'ai pas cité 'son nom, c'est que ce nom est plus que suspect; car on 
ne connaît aucun écriralu qui l'ait porté dans l'antiquité, sauf un ma- 
thématicien, qui avait ' commenté un ouvrage de Ptolémée, et un 
évoque de Conslanlinople, cité par Suidas. De plus, non-seulement 
on ignore la vrai nom de l'auteur de ces paraboles, mais ea personne 
n'est pas moins inconnue, et on ne sait dans quel temps il a 
vécu. II est pins que probable que nous n'avons ici qu'un recueil tra> 
ditionnel de proverbes et de maximes morales, qu'on ne peut ni ne 
doit attribuer k aucun individu ; et Orelii le considère comme un ex- 
trait d'tue collection beaucoup plus complète oii ont puisâ Stobée, 
Anton. Helissa et Halimus le Moine. L'édition de Holstein, que, cite 
M. Mouniason, a été suivie de beaucoup d'autres, qu'énumère Orelii 
dans la sienne, je crois la dernier*, et qu'il serait peu intéressant de 



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l'ordre PTTIUaORIClEN. 153 

Un rRpas sans conversaltoo, la richesse sans la vertu, 
pt»"!! toat son charme. . 

Le commencement est la moilié du tout. 

La vie de l'avare est comme an banquet funèbre : 
rien n'y manque si ce n'est un homme heureux. 

N'enlevez pas l'autel du temple ; n'Atez pas du cœur 
humain la pitié. 

Quelquefois en même temps que la formule devient 
plus impérative, la- pensée s'obscurcit et devient une. 
véritable énigme. 

Ne t'asseois pas sar le boisseau. 

N'attise pas le feu avec la lame d'une épée. 
Offre ton aide à celui que ta vois chargé d'un far- 
deau; mais ne va pas la lui offrir si tu vois qu'il veut le 
déposer. 



reproduire ici. Jen'il pu non plus mentionai, at on merireproebi, 
■ lea IWiuu xpOaai ou Stnltnea d'or de Démocrate, qui floHsu.it (ers 
la CI* Olympiade; les rvA|uiiou Stnltnat de Secundus, qui vivait 
sous AdriBD. • Je crains qlia le savant rapporteur n'ait atuohi trop 
d'importance aux conjectures hasardées par lesquelles Holstein restitue 
i la lefon Aikiox^Udu de Stobée la leçon Ariiinp^Tauc. Urelli n'a pas, 
1 ce sujet, le moindre doute, p. viii, 1. 1 : • Ipgiue philosopU Abderîtte 
Fragments esse tantum non omnia, qun nomine Democratis in.'scripta 
leguntnr in collectionibus Holstenii et Galei, nemo facile infiliat Ibit, 
quisquis senleatias basce penitus coosideraverit.... Quid qood Slobsus 
etiam,... omnibus Democrili nomeu adscripdt, adeo ut rero similli- 
mum sit Democratis nomen quod quum Cod. HSS. prcterunt, tum An- 
lonius et Haiimus citant, val nomen fuisse collectons, noaauctorlt 
liaruai senteotiarum, vel corruptum esse ei nomine Democrili. ■ Si 
Démocrate n'a pas eiisté, j'aurais eu mauviiise grlc« & le citer ; s'il n'a 
élè qu'un collectionneur et qu'un scribe, il ne méritait pas l'bonneur 
de QgureT parmi les Sattes pïtbagoriuiens. Quant i Secundus, qu'on 
juge si j'ai eu tort de le pa.i»er sous silence, par les termes dont le 
caraetArise OrelU : • Homo ineptissimus.-... eujus sentenlias aie toos- 
taa.... absurdissimas plerumque et plaue ridiculas libeos equidem ex 
haceoUectione eiulars jussisiem, nisi 



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154 l'obdbe PYTHAOOBICIEN. 

Ne porte pas d'anoeanoùBoit gravée nmage d'undien. 

Ne dors pas en plein midi. 

Ne romps pas le pain. 

Ne.relèTe pas les miettes tombées de ta table. 

Ne mange pas sur un char. 

Eabitne-toi à garder le silence. 

Ne t'arrête pas snr le seuil. 

Ne laisse rien au fond de la coupe. 

Ne taepàs le serpent qui s'est introduitdans tamaison. 

Quand le soleil brille, ne fais pas allumer de flam- 
beaux. 

Ne dors pas sur un tombeau. 

Ne touche pas à la lyre sans avoir lavé tes mains. 

Ne mets pas an feu un fagot tout entier. 

N'éoris rien sur la neige. 

La lettre T était un sjmbole usité par les pythagori- 
ciens pour représenter le cours de la vie humaine; 
chaque homme, après avoir traversé l'adolescence, ar- 
rive à un point où ta route se partage en deux : à 
droite, il trouve le chemin rude et escarpé de la vertu, 
au sommet duquel il goûtera le repos et le bonheur; & 
gauche ta voie large et douce du plaisir, au terme de 
laquelle il rencontrera les précipices et les abîmes. Nous 
en avons la formule dans des vers latins d'un auteur 
inconnu : 

Lltlera Pythïgone, discrimine secU bicomi, 
Hum&iue Tits speciam prefeirs Tidetur. 
Nain Ti& virtutls deitrum petit ardiu callem 
Diracilemque aditum primum specuniibus offert; 
Sed requiem prsbet (essis in Tsrlice lummo. 
HoUe ostendil iier via lat&, sed ultimt meU 
PiENipiia captai Tolvitque per ardu un ■. 
1. L*etuit.,De(Itti. ffur., 1. VI, cm. 



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DEUXIÈME PARTIE 

CHAPITRE PREMIER 
l'école philosophique 



Nous avons tu que Pythagore avait essayé de fon- 
der sar des principes nouveaux une société politique 
dont l'Institut reflétait l'image, ou plutAt représentait 
comme un idéal réalisé*. Un grand sentiment des besoins 
pratiques, un impérieux instinct d'ordre, de discipline 
et & la fois de gouvernement, ne se manifeste pas moins 
fortement dans la tentative d'organisation religieuse. 
L'Inslitul pyllwgorique n'est pas seulement une sociéli' 
politique, c'est une société religieuse, où l'on démêle très- 
nettement l'essai d'une hiérarchie et d'une discipline, 
c'fst-è-dire où se distinfciienl visiblement les Irails c»- 
raclérisiiques qui constituent une Ëglîbe. L'idée domi- 

1. la Bépublique de Pl^iUm n'eit guère que 17nitiVul pTlhtforiqnc 
■nruna plnt granda échelle. 



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156 l'École philosophique. 

nante de ces ébauches d'organisation est celle qui do- 
mine toales les doctrines pythagoricienhes, je veux dire 
l'idée d'ordre. L'ordre appliqué aux choses multiples et 
composées ne peut consister que dans l'harmonie des 
parties, qui représente dans le monde des réalités 
l'unité véritable, attribut privilégié du moude idéal. 
Appliqué à une association humaine, l'ordre se confond 
avec l'union, et cette union, pour être parfaite, doit 
s'étendre à la vie tout entière, à la vie politique, mo- 
rale, religieuse, intellectuelle. Les pythagoriciens n'ont 
TU d'antre moyen de réaliser cette union que de tout 
mettre en commua. Les travaux de l'esprit furent donc 
mis en commun comme tout le reste, et les doctrines de 
la secte doivent Être considérées comme le résultat du 
travail collectif, des efforts réunis de tous ceux qui eu 
font partie. C'est l'idée exacte et fondée que nous en 
donne Hiéroclès ', Ds ont une pensée comme une vie 
commune. De là le caractère presque impersonnel des 
doctrines que nous n'avons conservées malheureuse- 
menl que dans des fragments mutilés ; de là aussi la di- 
versité de tendances que nous apercevons entre les 
différentes |>iirtieâ du système, parce que l'uoité a pu y 



I. M Aur. Carm.j c. nviu On. : Oûx Ivic nvo; tAv nuSa^ifi'^ 
inopmiiiévtuiLa, Kou Si toû ((poii mjlUYou, xtH i>t aiieX itvattv, Taii 
itiotou K»iic iiTérSiTiM noLvàv. Lea Allemintlt Mint disposti aujatiT' 
d'tiui à croire que les poSmes homériques sont non pai, comme ils l'a- 
vaient penst d'abord, une eollaclion, un groupe de chants isolÊs, dua 
à des postes tris -dilTérents ou mË ma i l'iaspi ration populaire, maisdei 
compositions tailes au sein d'uQe École de chanteur» par des maint 
différentes, mais néanmoins soumises i uae mfime discipline et obéia. 
saal à un mime esprit : ce qui en expliquerait à la fola at l'unité et le* 
diiergences. Je ne crois pis ce point de tus eiacl appliqué à Homère; 
nuii Je l'appliquerais volontien à PjUuigore. 



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l'école PHiLosopniQnE. 157 

être désirée , mais n'a pa être réalisée , et que le libre 
esprit |B*rec a laissé chaque indiTidu apporler à 
rœuyre commune ses études, ses goûls personnels, sa 
maniérfi propre de sentir, de comprendre, d'exprimer. 
Cependant il est remarquable que dans une certaine 
mesure la personnalité des écrivains pythagoriciens 
s'est effacée. On aperçoit encore la trace de l'élément 
religieux dans ce sacrifice du moi ; pour mieux assurer 
ce sacrifice, la transmission des doctrines par l'écriture 
avait été longtemps interdite ; car l'écrivain est une per- 
sonnalité trop forte pour disparaître complètement. La 
tradition, œuvre collective et anonyme,Jnspiration obs- 
cure et commune," est plus humble, et peut-être aussi 
plus fidèle. La tradition répète , l'écrivain transforme et 
ajoute : il ne peut s'empêcher, même quand il le vent 
de mêler quelque chose de sa pensée h la pensée qu'il 
reproduit; du moins il ne la rend qu'en la faisant en- 
trer dans les formes de son propre esprit, en la teignant 
des couleurs de son imagination, eu la courbant sous 
les mouvements de sa sensibilité et de son éme. 

Plus tard, lorsque des nécessités extérieures ou des 
causes quelconques ont fait renoncer à ce mode insuffi- 
sant d'exposition, quand on sent la nécessité de formu- 
ler avec précision et de conserver avec exactitude les 
doctrines de la secte, les écrivains se soumettent en- 
eore, autant qu'ils le peuvent, à cette pensée, à cette 
prescription, qui leur commande le sacrifice de leur 
personnalité*. Les auteurs rapportent tout i leur 

1, lambL, 198 : MiiSiiucn npurauîatai Sitm Itfov èitA tôW tùfxo- 
xofiivtn, >t p.i Koù ti çnÙMWt' «dru fàf Ut mk tisiv Uhroi, in iJw 
IprKplUTu (iira|Lvt|una. 



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158 l'école philosophique. 

matire, qui représente et peraocoifie l'Ordre enUer. 
Quoiqu'il n'ait peul-étre rien écrit de n main, comme 
Socrate, on le considère et on le nomme comme l'au- 
teur, par exemple, des nombreux ouvrages d' Aston et 
de la Doctrine Mystique, 6 yumxéi Xôyoc, qui était, dit- 
on, d'Hippase ' : ce n'est pas peut-être une erreur 
complète, car il serait vraiment bieo étrange, s'il y a 
eu une philosophie pythagoricienne, que Pythagore n'y 
fût pour rien. Tout ce qui s'est produit de grand dans 
le monde est l'œuvre d'une grande personnalité. L'as- 
cendant personnel natt, il est vrai, de la supériorité 
du caractère, de certames qualilés de l'Ame, d'une cer- 
taine puissance communicative sur les esprits et les 
coeurs, autant que de la supériorité de l'intelligence. 
Hais quand il s'agit d'une impulsion pbilosophique, on 
est obligé de reconnaître chez celui qui l'a donnée un 
ensemble d'idées assez puissant et assez profond pour 
en expliquer la force et Ntendue. Or l'ascendant de 
Pythagore, dans l'École qu'il a fondée, a été considéra- 
ble, et le caractère ecclésiastique, TorgaAisation sacer- 
dotale qu'il lui avait donnés, n'ont pu que l'augmenter. 
Sans doute, comme le remarque Valëre Maxime, c'est 
un grand honneur pour un homme que sa parole suf- 
fise pour entraîner la conviction ; mais c'est en même 
temps une faiblesse. Car le cercle de ceux qui sont dis- 
posés à une telle confiance est nécessairement fermé*. 
Où trouver dans l'antiquité un autre exemple où l'au- 
torité du mattre a été un motif de croire si puissant, 
qu'il a rendu inutiles et le raisonnement et la raison, 

I. Diog. L., vra, T. 

3. Ta). Haï., VIII, 16 : > Ha^as honoi; Md scholt tenus. 



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L ÉCOLE PHILOSOPHIQUE. 159 

OÙ la doctrine a été fondée sur la (oi, c'est-i-dire sur 
nue disposition^urement subjective*! Ce n'est pas So- 
crate ni Platou qui auraient imaginé cela, eux qui en- 
gageaient leurs disciples à douter de toutes choses, à 
ne croire personne, pas même leurs maîtres, jusqu'à ce 
que la lumière de la raison eût dissipé toutes les om- 
bres, et montré la vérité dans sa clarté et dans sa 
certitude. 

Le caractère longtemps purement oral de la trans- 
mission des doctrines pythagoriciennes s'explique sui^ 
fout par la puissance de l'influence personnelle du maî- 
tre, qoi a pris la forme d'une vénération sacrée, et qui 
seule a pu garantir la sincérité et l'exactitude des té- 
moignages. Si c'était un crime, une impiété, une héré- 
sie de mettre en discuâsioa, c'est>à-dire en doute, la 
doctrine du maître, il devait être plus criminel et plus 
impie encore de l'altérer. Les preuves abondent pour 
attester, avec an étonnement plein d'admiration, la 11- 
délité avec laquelle avait passé de bouche en bouche le 
dépdt sacré des traditions pythagoriciennes, qui se 
conserva jusqu'à la disparition totale de l'école, an dire 
d'Aristoxène, qui la vit s'éteindre*. 

Un bon juge, du reste, nous suffît pour affirmer avec 
certitude que Pythagore est le véritable auteur de la 
philosophie pythagoricienne, et c'est Aristole. Au pre- 
mier livre du ta Métaphysique, cb. v, arrivant à AlçméoQ 
de Grotone, il observe que son système se rapproche 
beaucoup de celui qu'il vient d'exposer en l'attribuant 
aux pythagoriciens. * Cette ressemblance, ajoule-t-ii, 

|. Uobl., 199 : eau[ii&m là 1it1[ffiiia»1tièifxe4ia,^\. Diog.L. , 
TOI, 46. Porpkjt., hl. 



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160 l'École philosophique. 

peut s'expliquer de deux manières : ou les pythagori- 
ciens ont emprunté à Alcméon ses idées , ou il a em- 
prunlé les leurs, et les deux hypothèses se peuvent sou- 
tenir, mais surtout la seconde, puisqu'Alctnéon florissait 
pendant la neillesse de Pythagore : xal y^p t^i^tt» t^v 
^ixfov inl -fifarci TliAtejéfif. * Ainsi, du Vivant de Pylha- 
gore, il y a eu une doctrine connue sous son nom, et 
assez répandue, comme assez célèbre, pour qu'Ari^tote 
pense qu'un autre philosophe ail pu en emprunter les 
principes essentiels. C'est encore nommément à Pytha* 
gore qu'Aristote attribue le mérite d'avoir donné des dé- 
finitions uuiTerselles* et cherché à donnerun rondement 
scientifique à la morale*. Zeller veut que l'élément 
scientifique, philosophique de la conception pylhagort* 
cienne ait été postérieur à Pylbagore , et étranger & se-s 
vues personnelles et k son dessein primitif, tout prati- 
que, selon lui. Ce n'est pas tenir un compte suffisant 
des témoignages courts, mais précis et concluants, que 
que je viens d'apporter, et ce serait, en outre, détruire 
le Irait le plus original, le plus curactëràlique et en 
même temps le plus grec de sa tentative, qui a eu pour 
but d'unir la théorie et la pratique, wpâttdv n mI Uytn, 
et de donner à une organisation sociale et religieuse, 
pour principe supérieur et pour fondement solide, un 
système rationnel et scientifique, une philosophie. On 
voit dans sa légende même se peindre ce trait orignal, 
ce goût de spéculation, cet amour de savoir qui est ta 
philosophie même. Au Dieu (>ui lui offre de réaliser tous 
ses vœux, il ne demande qu'une chose, c'est de garder 

1. Ma., I, à ; XIU, 4 : K^iouv xaUlov ipCUaflai. 
3. Magn. Mot., 1, 1. 



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l'école philosophique. 161 

toujours le souvenir de. ce qu'il a vu, c'est-à-dire, en 
d'autres tennes, qu'il Ini demande la science*. Héra- 
clile qui Oorissait vers 500 av. J. G., et était, par con- 
séquent, le contemporain de Pythagore, quoique plus 
jeune que lui, atteste l'impression qu'il avait faite sur les 
hommes de son temps par l'étendue et la variété de ses 
connaissances ^.Xénophane, qui est tout à fait son contem- 
porain, puisqu'il est né comme lui vers 580, signale déjà la 
tbéorie de la métempsycose comme une doctrine person- 
nelle de Pjthagore : ■ Un jour, dit-on, passant li côté d'un 
homme qui maltraitait un chieb, il en eut pitié. Arrête, 
lui dit-il, né le frappe pas ! c'est l'Ame d'un homme qui 
a été mon ami ; je l'ai reconnu & la vois*. > Enfin Hé- 
rodote, antérieur .probablement à Philolaù8,etdn moins 
son contemporain, puisque ce dernier vivait du temps 
de Socrate, Hérodote permet de croire que le nom, la 
doctrine, l'influence de Pythagore avaient depuis long- 
temps pénétré en Grèce , et y jouissaient d'une assez 
grande célébrité puisqu'il compare ses enseignements 
aux doctrines orphiques, et les rapproche des croyances 
religieuses de l'Égyple, en grande vénération chez les 
Grecs, et pnrliculièreinent auprès d'Hérodote*. L'his- 
torien va plus loin en disant que les rites des mystères 
orphiques ont leur source dans les rites pythagoriciens : 
il raconte qu'il avait appris des Grecs qui habitaient les 
colonies du Pont et de l'Hellesponl , que le Thrace Za- 
mohis avait été l'esclave de Pythagore, qui lui avait en- 

I. Diog. L., vni, 4. 

î. Diog. L , VUI, fl- 

3. Diog. L-, Vm, 36. 

i. Hitodot., 11, SI. 



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des l'école PHILOSOPBIQtIB. 

êtàgaè la doctrine de l'immortaiité de l'ime*. Sans 
doute Hérodote lui-même n'ajoute pas grande conâence 
h cette tradition, puisqu'il observe que, suivant d'autres 
récits, ce Zamolxis était une divinité gëte, S«(|ww tk 
rtf^iit. Hais pour comprendre qu'une divinité gëte ait 
été, du temps d'ETérodote, transformée en un disciple 
de Pylhagore , on doit supposer l'intention d'expliquer, 
comme cela se présente si souvent, les analogies réelles 
ou imaginaires des doctrines pythagoricieDues et des 
croyances religieuses des Thraces par des rapports per- 
sonnels; et pour que cette tradition ait pu se former 
dans les colonies Thraces de l'Hellespont et du Pont, il 
a fallu tout au moins que le nom du philosophe fftt 
connu des Grecs, el qu'il leur rappelât la doctrine de 
rimmorlalilé de l'Ame. Soit maintenant que ces opinions 
sur les idées pythagoriciennes leur aient été apportées 
par leurs relations commerciales avec l'Italie du sud, 
ou bien qu'elles leur soient venues de Samos et de 
rionie, oà Pylhagore les aurait déjà professées, cetto 
connaissance atteste que le nom de Pythagore Jetait 
étendu aux extrémités du monde et de la civiltsation 
grecs, et qu'on y rattachait un ensemble de conceptions 
philosophiques. ËnBn il convient de remorquer d'avance 
que personne n'a jamais trouvé dans le p; thagorisme 
aucune trace de l'éléatisme, qui a cependant ioQué si 
profondément sur toutes les doctrines qui l'ont suivi. )e 
ne sais pas si on a le droit de dire le contraire, et de pré- 
tendre qu'au point de vue du. développement historique 
de la philosophie, l'éléatisme suppose l'antériorité du 

, 1. Hérod., IV, 95. 



n,g-,-^i-T:G00glc 



l'école philosophique. 163 

pTth&gorinne. Hais il me semble en tous cas nécessaire 
d'admettre qye Pythagore n'a rien reçu de Xénophane, 
et qu'il doit éta'e considéré comme le véritable auteur 
des doctrines qui portent son nom*. Les disciples qui 
lesontlransmises, ceux même qui plus tardles ont fixées 
par l'écriture, ont dû, par suite même de l'organisation 
de l'Ordre et des principes de la secte, changer peu de 
chose à la conception première. Le respect pieux, la vé- 
DératioD sainte pour la parole du maître, ont dû proté- 
ger, sinon contre toute altération, du moins coutre tonte 
altération profonde, ce dépôt sacré de vérités qu'ils con- 
sidéraient tous comme émanées de la bouche d'un Dieu, 

Un élément essentiel, et suivant moi l'élément princi- 
pal du pylhagorisme, a été d'ôtre une philosophie, c'est- 
&-dire une conception rationnelle et une expUcation 
scientiBqae des choses. Noas en verrons plas tard et 
nons en jugerons l'importance ; nous pouvons dès à pré- 
sent la deviner en remarquant que ce fut te seul élé- 

1. Arislote n'en doutait pas; car si l'on observe aTec TalMn qu'en 
«Xpogant eelts doctrine, il ne prononce qu'une ou deux toit le nom 
du maître, et qu'il disigne l'Ëcole 90ua toiu 1m nom» colieciib de ol 

xaloti|uvoi Duïirfôfiiaii {Mel., I, Ei); al nipi ItsIIhv iuii]loÙ|uvih, Qu- 
tfff6ptiai il (de Caei. , II, 13) ; tAv 'iTaliiuûv tivi; xbI xocXsûjuvot Du- 
IsToptioi, il est n£cesMire de ramarquer d'une part qu'il déaigne 
■OBTeat Platon d'une manière aussi générale; d'autre part que tous 
les^rils spéciaux qu'il Avait consacrés au pythagorisme sont peidus. 
Or, s'il but en croira Damascius, Aristote y citait Iréquemment Pj- 
tbagore. Coof. Damasc. : Hipiiâv itpwTuv&px<iv,p. 6i, 67, 11], 131, 
133. Plut., Plae. PhU., I, T, 11; 1, 11; U, 6. Alex.et Syriau., tnir«l,, 
XIV, 1. Damasc., dans les Crcmni Kehtem., t. I, p, tOS : 'kfwnarii.ii^ 
H h TOlf 'Xpïyi*'^'^ taiBpiî xbI DuBirfopoiv iWo tt|v CXtiv u^n . 

Alex. Sctaoll. Br., p. 8ï6, où U doctrine de Pytbagore est opposée t 
celle de quelque* pythagoriciens dissidents : t^ U nuSsY°P7l Ti- 
vin(ta*ipi6|iLÛvl9T»iKTaù itlL^av<....iUoiSiTav nuïayapiiuv.... 



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164 l'École philosophique. 

ment qui sorvécut au naufirage de tous les autres qui 

eniraîent dans sa vaste tentative. 

Pour see fins pratiques, une conception systématique, 
nn ensemble d'idées était nécessaire à Pythagore; mais 
un texte Qxé, une formule écrite, ne l'étaient pas. L'idée 
d'écrire son système a très-bien pu ne pas Tenir & Py- 
thagore, et ce qu'on raconte de son horreur ou de sa 
répugnance contre cette mémoire sourde et muette de 
l'écriture convient assez aux buts complexes de ce hardi 
réformateur. Gomme tous les uovatears, il devait désirer 
se laisser le champ libre, et ne pas enchaîner les déve- 
loppements postérieurs de sa pensée dans le cadre tou- 
jours étroit et souvent gênant d'une formule immuable- 
blement fixée par l'écriture. Il faut remarquer également 
que la science est au sommet de la conception pytbàgo- - 
ricienne, mais elle ne l'épuisé ni ne l'absorbe. Gomme 
pour tous les philosophes grecs antérieurs à Platon, la 
fin de la philosophie est pour Pythagore une fin prati- 
que. Si l'écriture est nécessaire à l'esprit dominé par 
le besoin spéculatif et théorique, ce besoin n'a que 
lentement gagné le terrain de la philosophie, et ne 
l'a jamais, dans l'antiquité, exclusivement occupé. 

On pourrait donc encore comprendre que Pythagore, 
comme Socrate, n'ait absolument rien écrit, et qu'il soit 
cependant le vrai fondateur de la philosophie pythago- 
ricienne. Mais, comme nous allons nous en assurer, te 
bit même qu'il n'a rien écrit est loin d'être certain. 



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CHAPITRE DEUXIÈME 

LIS ficRITS PYTHÂO0RICIXK3 



Les cilaQons el les fragments qu'oD a recadltis des 
écrits des pythagoriciens, et dont on ne trouve nulle 
part réunie la colleclion complète* , se rapportent A 
plus de soixanle ouvrages de quarante-trois auteurs 
dlfiërenls, sans compter un certain nombre de frag- 
ments anonymes. 

A Pftbagore on allrihuait plusieurs ouvrages dont la 
perte totale ne rend pas, comme on pourrait le croire, 
tout k lait oisieuse, la question de savoir s'ils lui appar- 
tenaient réellement. On comprend, en effet, que s'il 
avait formulé par écrit, tout en recommandant de les 
tenir secrètes, ses principales doctrines, la tradition 
fondée sur ce texte écrit, tout orale qu'elle ait été long- 
temps elle^môme, prendrait un degré plus élevé de pré- 
cision el d'autorité. Et d'abord si on doit admettre que 
Pythagore ait pu ne pas écrire, on ne saurait admettre 
qu'il n'ait pas pu le foire. L'interdiction imposée h ses 
disciples s'étendait-elle nécessairement i lui-même f 

1. Lea plui eompUlM MDt 1m édiUon* d'Orelli ; Opweula Crcoor. 
wMHMl untMtioM «I moraUa, t. U, at Ftagrit. Fhit. erjte., td. 



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166 LESȃCRITS PYTHAOOHfClENS. 

Les calculs longs el difQcUes, indispensables k ses dé- 
couvertes dans la musique, la géomélrie, l'astrono- 
mie, semblent eiiger l'intervention de l'écriture. Chez 
les Grecs surtout, où les procédés en étaient fort com- 
pliqués par suite de leur systèqie de numération, il est 
difficile d'admettre que de pareils calculs ont été faits 
de tête, et conservés de mémoire. Phérécyde, qu'on 
donne pour maître àPylhagore, avait écrit; Homère, 
qu'on entende par ce nom ou une personne, ou une 
École, Homère, malgré tout ce qu'on a pu dire, et de 
Taveu presque unanime de la critique un instant égarée, 
Homère aécrit. Heraclite, comme nousl'aYonsvu, signale 
le vaste savoir dePylhagore, et dit qu'il l'avait puisé dans 
des livres recueillis par lui de toutes parts, JxXiÇiî|xtvoc 
Toiireit -Ai svf]'p«f i< licoCt)atv Iwvroû oof (ii]v '. Comment un 
homme qui devait tant & la sd^nce des livres l'eût-il si 
profondément dédaignée qu'il n'ait pas voulu en faire le 
moindre usage î Diogëne parait entendre le passage que 
j'ai cité de livres écrits par le philosophe même, puis- 
que, combattant l'opinion qui refuse à Pylhagore tout 
Ouvrage écrit, ii prétend que Heraclite réclame à grands 
cris contre elle, ftovovouj^l xixfvft. 

En effet les anciens étaient partagés sur ce point : 
Plutarque*, Josèphe', Claudien Mamwt', Lucien*, pré- 



1. Diog. L., VIII, e et IZ, 1. 

3. Plut., De Àlen. fort., I, 4 ; Eaîtoi fi oMl OuSsr^pof irp'i'Jm e^ 
tb, comme Socrate, Arcésilas, Cvnitds. 

3. C. Apion.l. II. 

k. De *:oe. onim., 1. U, c. ixxi : . Pythagoiw tgitur, quia nihil ipse 
scripli lavent, a posteris qnfersDda est untentia. • , 

- 6. De kpnt tn salvt., □. 5 : '0 lOv y AdnUnix Ilue. il xal ^in 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 167 

teodaieot qu'il n'avait rien laissé d'écrit, contre le sen- 
timent d'Ëpictéte', Clément d'AleiandrieS S. Jérdme*, 
lamblique* et Diogëne de Laérte qui expose et discute 
la question, mais se contredit un peu lui-même. Car 
dans l'introduclion de son ouvrage, il compte Pythagorc 
parmi les philosoplies qui n'ont pas écrit*, d'après le 
dire de quelques critiques, nn^i tivb<, tandis que dans Li 
Vie de notre personnage, il considère cette opinion sou- 
tenue par quelques-uns, tvm, comme une mauvaise 
plaisanterie, AamdlovTiï*. 

Pour loi, il connaît et cite trois ouvrages de Pytbagore : 
l'uD consacré à l'éducation , l'autre à la politique, le 
trobàème à la physique, c'est-à-dire, d'après la notion 
qu'Aristote noua donne des doctrines pythagoriciennes, 
à la philosophie. Ce dernier commençait par ces mots : 
a Non ! par l'air que je respire, par l'eau que je bois, je 
ne laisserai pas attaquer cette doctrine. > 

D'après Héraclide Lembus, fils de Sérapion, et abré- 
viateur des biographies de Sotion, Diogène ajoute que 
Pythagora avait écrit deux poèmes philosophiques, l'un 
iolitnlé : de l'Univers, itt^ vS j^, l'aulre/hp^ l6fK, iooi 
il die on vers: 

o Jeunes gens, adorez dans un respectueux silence 
< toutes ces vérités *. * 

1. Hti.,IV,e.vi. 
3. Fmtoil., p. 164. 

3. C. Ruf; 1. 1- 

4. r»l. P., 146. 
&. pTOvm., % 16. 

6. F. Pylh,, I. vm, 6 et T. 

7. D. l., VIII, 7 : *Q vtoi, aXà àiSiaU imt* tiavjia^ tàii «évM. 
cr. Hieroclèi, Comm. in Aur. Carm., v. 47, où il dit que daoï'lltplt 
)ffIo;, altrilué & Pjthagora, Dieu était appelé 1* nomlireiieaDOinbral. ■ 



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168 LES ECRITS PYTHAGORICIENS. 

Ontre ce poème hiératique, lambliqne connall encore 
UD *Iipi( i.vjiK en prose dorique, dODt Proclus* et lam- 
blique nous donnent un extrait assez long et le com- 
mencement textueP : c'est de cet ouvrage qa'I&n de 
Ghios dans ses TptoiT[MC dit que, pour lui donner ptns 
d'autorité, Pythagore t'avait attribué à Orphée*. 

Un troisième ouvrage attribué k Pythagore avait pour 



1. ÀdMutlid.,^. l;TI>eol, arithm., p. 19. 

a r. p., 15Î et 146. 

3. On cite en effet, sous le nom d'Orphée, des lipoUÔTBi en XXIV 1',- 
TTCS, dont les auteurs paraissent tire Cercops, Théognète de Theisalic, 
Tiliugb, tous pytbagocicieus. Diog. L., VIII, 7; Clem, Alex., Stma., 
I, p. 333; Suid., v. 'Off. Arislobule interpola oulrageusemfnt ces II- 
ma dijfc apocrjphes d'où, suivant lamblique, Pytlisgore aTiil liti 
toute n philosopbie : tri; nutayopH^: '"■a-t' ifii6|iiv 6Eo)io7[a; mp£- 
Sti1|j;i ivap^C iittiii suc iv 'Offii. Proclus dit également (Throl. 
Plat., !,&}:• Toute la théologie grecque s été tirée de la. Mystagogie 
orphique d'abord par Pytbagora, iaitié à ces divins mysIËres par 
Aglaophémus, et ensuite par Platoo. • Lobeclc {De myit. arg., i, i, 3] 
[uroil que ces livres coctenùent Tort peu de métaphysique, et n'avaient 
guère rapport qu'aui légendes traditionnelles, aui rites, au culte, aux 
prescriptioDB cérémonie llei : • Rierologtasistasaphilosaphia aliealssi' 
mas ac fere talai ex fabularï historia, repetilas fuisse; quce autem 
hieropbant» ferantur in mysterils celelirandis loquuli ssse minime 
buo speotasse, ut initiatis symbolorum altiorem intelleclum (périrent, 
sed [uisse oarrationem de ortu bujus sacii fabulose tcaditu, deque 
prima inslilutione. • 

Proclus (ad Etui., p. 6) cite comme pythagoricien un kpin irùy-mn 
loia(. Cf. lambt., in Nie. .trtlhni., 8, 11. Syrian., ad Met. 
Aritlot., xm, 6. Schol. Br., p. 303, 31; 311, 1S. L'UpA; Uyo:, 
en prose, était attribué par quelques savants pythagoriciens a Télau- 
gès, qui l'aurait composé avec des documents laissés par Pythagore ï 
laQUe Damo, venus ensuite entre les mains de Bitala, fille de Damo, 
et enfin dans celles de Télaugés, fils de Pythagore , qui aurait épousé 
sanléce. Ces mémoires (Ù7iD[iv^|iat3j prétendus de Pythagore même 
sont encore mentionnés (Olog. L., VIU, ii) dans la lettre de Lysisé 

Hipparque, où il est dit que Damo, malgré sa pauvreté, refusa de lu 

vendre pour obéir sui prescriptions paternelles, qui porUient; M- 



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LES ECRITS PTTHAaoniCIBNS. 169 

sujet r&me; im quatrième, la piété; on daqnième, 
était intitulé Hippothalèt; un sixième, Crotone. Diogëoe 
de Laërte rejette le livre Mystique, et beaucoup d'autres, 
tels qu'un poème qu'il donne à Orphée, et l'ouvrage 
intitulé les Scopiades. Le livre Mystique, suivant lui, 
était d'Bippasus, les autres d'Aston de Grotone. Pline 
cite comme de notre philosophe un traité sur les vertus 
des plantes*; enfiji on l'a longtemps considéré comme 
l'auteur du petit poème qui porte le nom de Yert SOr. 
S. Jérôme dit en effet: ■ Cvijus tnim suni illa j^paa 
««i(KtTY*X(xan(î Nonne PytJiagorx* 1 Chalcidius dans son 
commentaire latin sur sa traduction de la première 
partie du Timée' n'hésite pas davantage : c Pyihagorat 
ttiam in tuis avreis versibus. ■ Galien * met dans l'expres- 
sion du même sentiment une réserve, qu'observe égale- 
ment Suidas '. Proclus les cite saos nom d'auteur, i im 
Xpwûv Iitiôv icoTi^p. Hiéroclès dans la préfKce de son 
beau commentaire les appelle -A JMvfapixh Imi, et les 
considère à la fin de son ouvrage non comme une œuvre 
individuelle, mais comme l'œuvre collective et anonyme 
do S icré Concile, de l'Ordre entier, toû tipcù «njiWiw, wS 
ifioxotou iravT^.Tandisque saint Clément et Stobée les rap- 
portent nettement aPïtbagore.Chrysippe' etPlutarque' 
se bornent à nommer les auteurs a\ Uuia^ifttot, et Arrien 
en cite plusieurs vers sans aucune désignation d'auteur'. 

1. Siit. Sut., XXV, 1, 13i XXIV, 17, 99. 

2. c. JItt/ln.. L I. 

3. P. 229- 

4. De dignate. aff., l. VI, p. 628 : ^ipsijivx 6(flv(. 
b. V> Dut. T»i; Si ivaTiBiastv bùt^. 

6. Cf. Ap. Gell.,ff. ^Hic., VI, 2. 

T. CoMol. odipoU., p. 116 e. ch. xnz, 

5. ^icl., m, 18. JtutiD Martyr, de MotutrOt., p. 81, du 1» *ert ds 



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170 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

La critique moderne les a toar & tour donnés à Lyns, 
Philolaûs, Bpicbariie, Smpédocle, mais toojours à nn 
pythagoricien. Toutes les autorités en reconnaissent 
l'origine et le caractère pythagoriciens*. Puisque CKry- 
sippe le mentionne'etlecite, le morceau est donc anté- 
rieur, dans sa forme Tersîûée, au m* siècle, et il ne peut 
passer pour une de ce? pièces fabriquées dont le premier 
siècle aTant Jésus-Christ fournit tant d'exemples. Oo 
n'y trouve ni dans le fond ni dans la forme rien qui 
s'écarte de la couleur antique, rien qui contredise les 
principes du pylhagorisme, tel que nous le connaissons 
d'ailleurs, et dont il donne un résumé d'ensemble, «ûvm{>v 
x«l iKiTot*)!, comme le dilHîéroclès, surtout, il est vrai, au 
point de vue pratique : car c'est un véritable manuel de 
morale et de piété. Le style, aux yeux de Mullach, semble 
indiquer, comme la date la plus probable, l'époque de 
la guerre du Péloponnèse*, c'est-à-dire le dernier tiers 
du T* siècle. Bemhardy conteste ce jugement, el quand 
bien même il consentirait & y souscrire, proposerait 
l'hypothèse d'une rédaction poslérîeure, qui explique- 
rait le tour trivial de l'élocution, contraire, dit-il, & la 
manière imagée et fignrée des pythagoriciens, et la. 
compilation des cinq vers de l'épilogue* en partie attri- 
bués par lamblique à Empédocla *. Iledemann considère 



PjthagDTe inr l'unité de Meu, qu'on Iroava dui Fragm. phOn, 
grxc. . éd. Didot, p- 300. 

1. Chryiipp., du» Aul.-G«ll., VI, 2. Plut., ad Apoli,,p. 116e;d« 
Placit. Phil., Il da Somer. poa. 

2. Fragm. phî{. ffrxe., éd. Didot , p. 40S *qq. 

3. GrwuIriM d. Gritch. lit., t. II, p. â3S. 

fc. Theol. arithm. Couf. Fibriciiu, ad Stxt. Anptr. ado. JtiUh, I, 
301, p. 383. 



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LB3 ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 171 

le podme comme l'œuvre de plusieurs mains, parce 
qu'il n'y a pas d'ensemble, ni lien ni transition dans 
la succession des prescriptions. Mon sentim«it est 
qu'au T' siècle, l'influence personnelle de Pythagore, 
conservée dans l'école par la nature et l'organisation de 
la secte, et la vénération attachée aux paroles du mallre, 
durait encore, puisque les derniers pythagoriciens n'ont 
disparu qu'au temps d'Aristoxëne. Il me semble que 
nous pouvons voir dans les Vers <fOr, non sans doute 
l'ceovre immédiate, directe du maître*, mais l'image 
exacte de son enseignement : ce qai n'empêche pas d'ad- 
mettre que plusieui-s vers ont été certainement inter- 
polés. D'ailleurs il est évident, et lambiique le recon- 
naît tout le premier *, que parmi les écrits qui circulaient 
de son temps sous le nom de Pythagore, il y en avait 
qui, du consentement unanime des critiques, ne lai 
appartenaient pas, mais que les auteurs, ses disciplesi 
hii attribuaient par respect pour sa personne, et par 
hommage à l'antorité d^ son nom. 

Mais néanmoins, malgrëces ouvrages supposés, mal- 
gré ces interpolations certaines, je ne puis m'empCcher 
-:. d'nccorder quelque poids aux affirmations si nettes, 
si précises qui lui donnent des écrits propres, et 

1. Le V. 4T iaraqae P^lhaROre. Lu Theolagoumtna arilhmttica, 

p. 30, Bout seuls i altribaer i EmpMocle cette formule «olanaalle du 
wrmBDt pfOidigorïeiea : 

Ma) ^Li TÏv ^jinjpif {"TCf xspalivni TfxpcnCv. 

et., tut celte formule. Plut., de Plaça. Phil. Sezt. Bmp., VU, 94. 
Umb., r. P., 150. Uacrob., Somn.Sdp., 1,6. Porpbyr., V.P., p. 30. 
Théon de Smyrae : Sontn qax in MaOïemaiitit ad Piatonii îccito- 
ncm vtitianM. (C. nxvjii.) 

1. lambL, V. P., 158 et 1&9. 



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17S LES ÉCRITS PTTBAOORtClBNS. 

en citent même des passages. Le toit que Pbilolafii 
'est considéré généralement comme étant le premier qni 
ail poblié un ouvrage sur la philosophie pjlhagoii- 
clenne, n'éqnivaut pas & l'aveu qu'avant lui, aucan py- 
thagoricien et Pfthagore lui-même n'avait rien écrîi. 
Les documents écrits pouvaient avoir été tenus secrets, 
et Philolaiis aura été le premier h divulguer le siec. 

. C'est tout ce que Diogène nous dit, si on vent peser avec 
soin les termes dont il se sert. ■ Jusqu'à Philolaiis on 
ne pouvait rien connaître de la doctrine pythagori- 
cienne : il fut le premier à porter à la connaissance 
de tous, i^vifxt, ces trois fameux livres qu'acheta 
Platon *. > N'est-ce pas aller bien loin dans la voie du 
doute sceptique et de l'interprétation arbitraire, que 
d'imaginer qu'en affirmant que Pythagore a écrit, les 
anciens attestent seulement qu'ils n'avaient pas d'écrits 
pythagoriciens remontant an delà de Philolaiis, et qu'ils 
en supposent uniquement parce qu'ils ne concevaient pas 
la communication et la production d'une doctrine 
philosophique sous une (orme purement orale? Je 
trouve ce dernier argument bien hasardé : chet un 

- peuple où louti: communication a été primitivement el 
longtemps orale, où la parole vivante a toujours été 
honorée d'une dignité supérieure à la parole écrite, 
squelette inanimé de la pensée, comment supposer 
qu'aux IV* et v* siècles avant J. C, au temps de So- 
crate, on ne pût concevoir ni l'enseignement ni la pro- 
pagation d'une doctrine philosophique sous forme 
orale? Mais l'histoire de la littérature grecque el de la 

1. DLog. L., VIII, i&. 



lyGOOgiC 



LEa ECRITS ^YTHAGORICUNS. 173 

pbilMophie SDrtoal, nous crie le contraire ; et si les 
{crivaiDs grecs attestent qu'il y a eu des écrits de Py- 
Ihagore, ce n'eut pas parce qu'ils ne pouvaient pas com- 
prendre qu'il n'f en eût pas, mais par une raison beau- 
coup plus simple, c'est qu'il ; eu avait et qu'ils en 
afaicDt. 

On tireunargumentcontreranthenticité du vers cité 
par Diogène, comme emprunté à un des ouvrages de 
Pylhagore, et par conséquent contre l'authenticité de 
l'ouvrage lui-même, do dialecte doriqne dans lequel il 
•si écrit : car, dit-on, Pythagore était Ionien. Eh bien 1 
Hérodote n'était-il pas un Dorieti î et cependant, par 
un sentiment délicat de convenance, il a choisi te 
dialecte ionien, qui lui a paru mieux approprié au récit 
historique. Pourquoi Pythagore, tout Ionien qu'il fût, 
a'anrai(-il pas choisi le grave et solennel dorien pour 
exprimer ses graves et solennelles pensées ? 

Toutefois il importe de remarquer que Porphyre et 
lamblique semblent se contredire sur ce point. Ce 
dernier après avoir fait le rédt de la persécution et de 
la mort des principaux membres de l'Ordre, ajoute que 
la doctrine de la secte foiîllt . alors périr avec eoi, 
parce que conservée jusque-là uniquement dans leurs 
Ames et sous le sceau du secret, i^^t», il n'y eut que 
quelques parcelles obscures et presque impénétrables 
de la doctrine qui furent conservées par les sectateurs 
du dehors, -nv n>o, comme des lisons refroidis et presque 
éteints. Les proscrits eux-mêmes, se voyant dispersés 
et isolés, craignant que ne disparût et ne fût complète- 
ment détruite avec eux,' la philosophie, ce don des 
Dieux, consignèrent dans des mémoires écrits, im^M^ 



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174 LES ÉCBITS PTTBAGORtClGNS. 

(MRS, les principes fondamentatix du pjlhagorisme, et 
pour composer cesrësumés, firent appel noo-seoleinent 
à lenrs propres souvenirs, mais encore réunirent et 
fondirent en un seul corps lesé4snU laissés paj-.les 
anciens , Tjt tûv npcoêuTtptav avyffaji.ii.xta , recomman- 
dant expressément à leurs fils, k leurs femmes, à leurs 
filles, de ne les communiquer à aucune personne étran- 
gère & la famille, fii^Sivl xSi imiç v^ç otxEat *. On voit 
donc lamblique, ici, soutenir à la fois que l'absence 
de documents écrits faisait craindre que la doctrine se 
perdtt, et que les premiers pythagoriciens avaient 
laissé des onvrages écrits : double asserlion évidemment 
ODtradïctoire. Porphyre, dont il suit jusqu'à la lettre, 
le récit pins précis et plus concis, se contredit moins 
fortement ': il nous dit en effet d'une part qu'il n'y avait 
pas de document écrit de Pylliagore, «Sri ^kf Toti IluSa- 
fôfvu aiifffv^^ V, et de l'autre qu'à l'aide des souvenirs 
desanciens membres de l'Ëcole, et de leurt écrits on fixa 
par écrit la doctrine*. La contradiction est ici moins 
directe parce qu'on peut entendre tes anciens, non de 
Pythagore lui-même, mais de Lysis^ Archippe, et 
d'autres disciples exilés. En tout cas, il y a peu de 
chose à tirer de renseignements où se trouvent réunies 
l'affirmative et la négative du même fait. 

L'Arménien David, commentateur d'Aristote, disciple 
de Syrien, et qui vivait au v siècle après Jésus-Chrisl, 
nous dît dans son commentaire sur les C<aégoriet* : ■ Il 
y a cinq causes qui ont produit des livres supposés; k 

1. lamlil., T. p., va, 153. 
a. Poiphjrr., T. P., 67 et 68. 
3. Jn CaUg. SchoU. ArUt. Br., p. 38, a. 1, 9. 



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LES ECRITS PTTRAQOBICIENS. ITEl 

première est le sentimenl d'affection des disciples pour 
leur maître, à qui ils ont attribué leurs propres ouvrages : 
tels sont les livres qui portuot le nom de Pjlhagore et 
celui de Socrale, et qui ne sont ni de Socrate oi de 
Pjthagore, mais l'œuvre de leurs auditeurs. La seconde 
cause est la vanité et la rivalité des princes. Ko effel, 
Juba, roi de Libye, s'élant mis en tËte de réunir les 
œuvres de Pylbagore, cumme Ptolémée celles d'Aristole, 
quelques individus firent commerce de ramasser au' 
hasard des manuscrits, et les frottèrent d'huile de 
cèdre teinte de rouge pour leur donner une apparence 
de moisissure, un air d'antiquité qui pût les faire 
prendre pour des manuscrits anlbèntiques. ■ Quelques 
pages plus haut, ce même scholiaste avait exprimé son 
(^iuion avec pins de dèlail. ■ Je ne puis, dit-il ', prou- 
ver ce que j'avance par des écrits de Pythagore, car 
Pythagore n'a laissé aucun écrit. Il disait : je ne veux 
pas coufier mes pensées, ii iiti, à des choses sans 
vie, mais & des êtres vivants, à mes disciples. Qu'on 
n'aille donc pas croire que les Yen d'Or sodI de lui : ils 
sont l'oeuvre de quelque pythagoricien, qui pour les 
recommander y a inscrit le nom de son maître, ■ Ce 
sont là des arguments généraux qui prouvent trop et 
ne prouvent rien. Il est certain que le siècle des Plolémées 
8 été Fécond en falsifications *. On a fabriqué des ma- 

1. $eholl.0r.,p. 13. 

1. Galeo., ad Hippott,, de nul. ftom., I, 43 ; nplv yip nù( Iv 
ÏUitsvipuf Ti xal nlf^i|^lf 7i>irtii paoïlnû M XT^iali piCkCan f liko- 

a<rn; 1fir\ KoXXà i|'*^'U; iTHffâ^niK Ix^u^. Oaat. Id. , Prxf, 
Cmhk., C, p.' lis ; "Ev T^ Mtà loin InoO^Ksif n xol llteX«|MUMO 



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176 LES ÉCRITS PYTUAaORlCIBNS. 

nuscrils de Pythagore; lambliqae le reconnaît lui-mAnie 
et ajoute qoe c'est ce qui reûd si obscures et L'histoire de 
Pylhagore et celle de sa doctrine ' . Mais on a fabri- 
qué également des manuscrits d'Aristote : si l'on ne 
peut conclure de ce fait qu'Aristote n'avait rien écril, 
comment pourrait-on le faire pour Pjthagore? U me 
semble, au contraire, que le seiù fait qu'un prince pas- 
sionné pour les livres, a vonlu aroir dans sa bibliothè- 
'que, rivale de celle d'Alexandrie, les oeuTres de Pytba- 
gore, proore que dans l'opinion générale, on admettait 
rexistencedetelsécrils. Gomment, en effct,tide8 critiques 
tels qu'Aristophane, Aristarqne, Gratès, qui fondaient . 
ces bibliothèques, anrait-ou osé présenter de faux ma- 
nuscrits de Pythagore, s'il eût été avéré qu'il n'avait 
rien écrit du tout? U fallait au moins que la question fût 
pour eux indécise : et elle doit l'être, ce me semble, 
aussi pour nous- 

Quoi qu'il en soit, et en admettant même l'existence 
d'écrits de Pythagore *, il faut reconnaître que le secret 



^aaMoi X9^''¥ *P^' illqXau; ivri^eritiauiuvau; v.içà iiT^inu; pi-' 

iviptïi IvSitu* <rû]7pa)i[iaTa. Coul. Cieric, Âri eritiea, lU, u, p. 106. 
Xlippel, dai iletandr. Muteum, p. 69. Heinen Getch. d. Wiuenek., 
1, p. &73. Biticbl. d. Aie*. Bibliolh., p. 10. K. BermaDD , Gtich. u. 
Sy$t. dtr Plat. Phil., p.316. 
. 1. 7.P., lelï: fiOiiffiTucaiviSoKaM-nlwiiliaoïv imoxiiïurtai. 

3. Alcmion est un coDlsmporaiu et peut-être un disciple ds Pitha- 
gore. Diogfine de L. (Vin, 83), elUmblique(F. P., 104) lui ittribneDl 
un ouvrage en prose nir ta ifolur*. On contestera l'autorilË de ces 
ttaioins;intis la manière dont t'eiprime Aristole (Jf«>., I, i>), en ei- 
poMQt M doctrine, semble prauver qu'il y aralt de cet auteur des 
écrits, et «lors pourquoi n'y eu «unit-il pas eu de PytbagoreT II est 
Tru que Grappe <p.5£J, pour se débarrasser de cette objection, affirme 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 177 

dans leqael on a voalu les garder, a été irop fidèlement 
observé, n ne nous est resté qne des fragments insigni- 
fiants, et tro^ lettres àÂnaximëne, àHiéron et à Télaugès, 
qui ontre leur insignifiance philosophique p&raissent Être 
l'ceuTre des soptiistes, qui se plaisaient h ces imitations 
comme k des exercices de stfle. D n'est pas doutenx 
d'ailleurs que la plupart au moïDS des ouvrages qni lui 
étaient attribués, étaient fabriqués. &n voici la liste è 
peu près complète : 

1, S, 3. Les trois ouvrages mentionnés par Dlogène 
de Laerte, YUI, 6, l'un d'éducation, l'autre de politique, 
l'antre de physique. 

4. IltfV Toù JIXi». 

5. Un Itfin Uyoc en hexamètres. Ces deux derniers 
d'après Héraclide Lembus. . 

6. Ud autre 'bpbt U^ot en prose dorique, cité par lam- 
bljqne *, et dont Syrianus'elHiéroclès donnent quelqnes 
petits fragments. Diodore, i, 48, prétend quePytbagore 
a emprunté aux Égyptiens les doctrines de ces espèces 
de bréviaires. 

7. Un Traité de Cdme. 
S. De la Piété. 

9. Eélothalès. 

10. CroUtne. 

Tous les quatre d'après Héraclide Lembus qui men- 
tionne en outre le Discowrs mystique qui appartient, 
dit-il, ftHippase. 

qoe tout le pusage d'Aristote nt interpolé : cala me puait on eipé- 
dieot «ibioie. 
1. F.P.,lWetfnVie. lnlhm.,p. 11. Tennul. 
. a. hn Met., Xin. Scbol. gr., Brand., 1S3S, p. 303. 

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178 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

1 1 . Siif Us effets des plantes ' . 

12. Un Discours à Abarit cité par Proclus *. 

13. Les npoTvamixi; ptSkln cités par Tzetzès '. 

14. Une histoire de la guerre des Samiens avec Gy- 
ms '. 

15. Une ioscriptioD sur te tombeau d'Apollon, à 
Délos •. 

16. Les 7erj cTOr. 

Les fragmenls tirés de ces ouvrages nous ont été 
conservés par Justin ', saint Clément ', Porphjre ', la 
Théologie arithmétique ', Syrianus ">. 

ÀTuit d'examiner avec le soin qu'elle mérite la ques- 
tion de l'aulheDlicité des fragments conservés de Phi- 
lol&ûs et d'Archytas, qui sont tes plus considérables des 
renseignements directs que nous ayons sur la doctrine 
pythagoricienne, il ne sera pas inutile de donner ici une 
liste à peu près complète des auteurs pythagoriciens 
dont noua avons quelques restes plus ou moins authen- 
tiques'. Il est quelques-uns de ces écrivains dont 



1. PUn.,!!. ifol., XXV, 2,12; XXIV, 17,99. 
3. In Tim., p. 141. 

3. Chil., U, Se2. Conf. Fabric, BiH. grxt., I, 7S6. 
t. Jeu Hal»U, 66 d. Cedrenus, m c. 
- 6. Porphyr., 16 "* 

6. Cohort., c. m. 

7. ProiMpt., il c. 

8. Dt abitin., IV, 18- 

9. P. 19. 

10. In Met:, XIII. Les vers atlribuéi i Pjrthagore pu lustin (de Mo- 
narch. , II, p. S!) paraisseol empruoléa à un pofime d'origine Juive, ou 
du moins interpolés par un JulF. lamblique (V. P., 139} cite deux rars 
d'nn polme épique, que les pythagoriciens disaient de Linus, mais 
qui, suivuntlui, étaient do leur propre cru. Dunascius (HipîTiôv npcS- 
1WV ifxAv, p. 64) laa donne t Pytlugore. I«s citationi de Stobée, du» 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 179 

répoqne nous est absolumeut inconnue, tels que Dius, 
Pempéius, Sthénîdas, et autres. On n'a donc pas te droit 
de les considérer comme ayant appartenu à la vieille 
école italique. Hais aussi de ce que les fragments de 
ces auteurs s'écartent des vraies doctrines pythagori-' 
dennes en y mélaDt un élément platonicien ou même 
péripatéticien, on n'a pas le droit de prétendre que ce 
sont des écrits supposés, pas plus qu'on ne peut le dire 
de ceux dont les auteurs sont plus connus. Nous savons, 
en effet, que les uns comme Arésas, Cliaias, Ëurytus *, 
Xénophile, Pbantoo, Diodes, Echécrate, Polymnasle, 
ont enseigné du vivant des derniers pythagoriciens de la 
vieille école, qui ne s'est éteinte qu'au temps d'Arislote 
et d'Aristoxène *, et qu'ils n'en sont pas moins appelés 
les disciples de Philolaûs*, le plus fidèle représentant 
de la secle. D'autres tels que firontinus, Hipparqne, 
Ouatas, Théano, ont vécu du temps même de Platon ; 
or, si, l'on réfléchit aux affinités des deux doctrines, 
aux rapports personnels des philosophes qui les ont 
adoptées, on admettra bien que tout en suivant une 
Toie à part et en maintenant leur originalité et leur 
indépendance, chacune a pu, a dA être influencée par 
l'autre. Si on admet que Platon, que Speusippe, que 
Xénocrate, que d'autres encore ont pu mêler & leur sys- 



lu 5«rm(>ner et les Etiogx, h rapportent sourent i Pythagote, nui^ 
nns M Kttadier à aucun ouvrage spéci&L Consulter sur la question : 
Zeller, t I, p. 109 et t. V, p. 8&, el Fr. BeckmanQ, Dt PythagoT. 
rdiquiû, Berlin, 1850. 

1. lambl., r. P., 366. 

3. Diog. L., VIII, 46. 

3. Diog. I.., VIU, i6 : IiXiuTaïai r^P tiiivno x&i Huloroeihiv nui 
xal ï|Hat6t(>«C (ISt.... ^Mv H ixpicnw MLoliou xal EâptiTÔv. 



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180 LES ÉCRITS PYTHAaOHlCIENS. 

tëme des opinions pyLhagortcteiines, sans cesser d'ëlre 
dm platoniciens, on n'a pas le droit de contester l'au- 
thenticité des fragments pythagoriciens, parce qu'on y 
trouve soit des formules, soit des idées platoniciennes, 
ou même péripatéticiennes. 

Mais il est un ouvrage que personne ne cherche au- 
jourd'hui à défendre, et où la Ëilsiflcation est si évi- 
dente à première vne, qu'il est inutile de recommencer 
i la démontrer longuement. 

Il est intitulé Ibpl ^iSi tuxt^ xa\ fimot et est attribué 
à Timée de Locres. Ce personnage célèbre était 
un pythagoricien, qui avait rempli de grandes ma- 
gistralnres dans sa ville natale, et était versé dans U 
philosophie et les sciences astronomiques '. Quoique 
Macrobe soutienne que Socrate et Timée n'ont pas 
vécu au même siècle *, il paraît certain par le témoi- 
gnage de Gicéron', de Valère Maxime ', de S. JérAme *, 
que Platon l'avait personnellement et intimement connu 
pendant ses voyages en Italie. Mais c'est seulement au 
II* siècle après Jésus-Christ que nous trouvons men- 
tionné par Nicomaque de Gérase, un Timée de Locres *. 



1. Plat., lïm., 30 s et 27 a. Synedus, De dono .4ttrolaMi, U. Pe- 
tau, p. 307 c. 

5. Satum., 1, 1 : t Inclytiim dialogum Socratsa habita corn Timvo 

disputatione consumil, quos constat eodem iscuta non Tuisse. > 

3. 0* Finit., V, 29 : • Cur Plalo *gyptum peragravi t... Cur ad re- 
lïquo! Pylhagoreos Ecbecratem, Timsuii], Acrionem, Locros. ■ J)t 
Rtp., I, 10 : < AudisM t« credo, eum (Platoaemj cum Arcbyta Tarea- 
tino et cum TimKO Locro mullum fuisse. • 

4. Vin, 7. 

6. C. Rujlii., c. IL, p. b67,£d.VaU. 
fi. Aorwon., I, p. 24. Heib. 



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LES ÉCRITS PTTHAâORICIENS. 181 

Ce rensei^ement est répété ensuite par S. Clément ', 
Eusèbe *, Théodore ni', au *, par Jambliqae *, et par 
Proclus *, au v*. Il sufBl de lire ce petit morceau en 
prose dorique, pour s'assurer qu'il n'est qu'un résumé 
sofGsamment exact et une copie du Timie de Platon ', 
d'une date très-postérieure. La question de savoir quel ' 
peut en être l'auteur, ne sanrait élre ici discutée, puisque 
la réponse n'aurait aucun intérêt direct pour le sujet 
spécial qui nous occupe. 

II n'en e$t pas tout k Tait de même du Trûté d'Ocellos 
de Lacanle intitulé Iltpl -r^t ^w mmU fiav^. Dans la ' 
prétendue lettre d'Archytas à Platon, et dans la réponse 
de celui-ci qui forme la 12' lettre, nous trouvons men- 
tionnés, outre cet ouvrage, trois autres traités, sur la Loi, 
tnr la Royauté, sur la SainUW. Si, comme le pense 
M. Grote, toutes les lettres de Platon, étaient authen- 
tiques, nous serions amené à reconnaître l'authenti- 
cité du Imité di la Génération ou delà Naivre du Tout; 
mais en admettant même que les deux lettres soient 
apocryphes, comme ThrasjUe connaissait 13 lettres 
de Platon, et par conséquent notre 13*, qui suppose 
celle d'Archytas, il est nécessaire de conclure que ces 

1. Strom., p. 6H, où est eitd on passage qui ne M tetrouTs pas lit- 
léralemeat du moios daiLS notre texte. 
1. Pr«p. Eii.,im,6eid. 

3. Thtrap., II, 3S. 

4. Ad Kieom. Ârithm., 148 b. Stob., Echg., p. 865. 
6. A) Tiin., p. 3. 

6. L'anthenticité a Mpcndant étâ admise mtmt par Brucker, Falirt- 
cius et Tiedemann; mais depuis TeDoemann {Syit. d. Plat. Philot.), 
qui adïKuté la question i, fond, personne ne la soutient : ni Soeher, 
ni Boeckb, ni Ritter, ni H. Th. Martin, ni Karl Hermaon. 

t. Diog. L,Vni,80. 



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188 LES ÉCRITS PTTHAGOItlCIBNit. 

deux pièceé et les quatre ooTrages qu'elles raentionnent 
eiietaient déjà depuis longtemps aa premier siècle de 
notre ère, puisque le savant graoïmairien et criliqae, 
contemporain d'Aoguste , avait admis l'anthenticité de 
la lettre de Platon , et n'avait pu être trompé sur son 
origine, que gr&ce & une espèce de prescription e( d'au 
torité déjà acquise. Il n'y aurait même rien d'étonnant 
qu'Aristophane eût admis cette inéme lettre dans sa col- 
lection , et alors nous serions autorisés à ramener la 
fabrication des ouvrages d'Ocellus, au moins vers le 
commencement du m* siècle av. J. G.' 

Les plus andens témoins, si l'on récuse les antres, 
sont Philon le Juif*, né vers l'an SO av. J. G. et Lucien*, 
né vers ISO après. I^s fragments conservés par Slobée* 
prouvent que L'ouvrage était primitivement écrit en prose 
dorique, et qn'il n'a été transcrit en langue commune, 
Koiti, comme plusieurs autres ouvrages* de.ce dialecte 
peu répandu , et de plus en plus ignoré, qu'à une date 
très-postérieure .et probablement an moyen âge. Même 
dans cette hypothèse, ce morceau a sa valeur, car il 
nous expose au moins ce qu'était devenue la philosophie 
pythagoricienne vers le premier siècle avant notre ère : 
et il se distingue par la prédsion des idées et la lo- 

t. Aristophane floriM&it ?Brs 264. 
3, Dt tnund. non întcr., p. 7!B. 

3. De lapt.in talut., c. v. CT. Censorin., de die IfaUd., ir. lamU., 
r. P. , c. xxivi. Syrian., in Jrwfot. Met., XIII, p. 368. Br. Prod., fn 
Tim., 1. in, p. IbO. 

4. Edog. ff^'-i l, c. niT,p. 33S; c. xi, p. 431 sqq. 

g. Par ei. : le TrattA de D^vocrite tur iAgricvHuTe, mis en langue 
commune par Cauianui Baxxus, sur l'ardra de ConaUatln Porpbjrog£- 
Dète, aux'aitele. Cf. MOU ach, (U 0«U. lucon. Fragm. Pha. Grxt., 
éd. Didol, p.SBSaqq. 



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LES ÉCRITS PYTHAGORTCIENS. 183 

giqae da raisonnement. La doctrine de l'éternité du 
~ monde, qui y est contenue, n'a rien qui soit contraire 
aux vraies doctrines pythagoriciennes ; et si les argu- 
ments produits rappellent Aristote et Parménide, non!: 
avons déjà fait observer que l'on n'en peut rien conclure 
contre l'aulbentictté du morceau , puisque l'école a 
vécu jusqu'au temps d'Aristoxëne, disciple d'&ristote. 

Gomme nous n'avons, des antres auteurs, conservi' 
que des fragments quelquefois très-courts, je vais me 
borner maintenant à une sitnple énumération des écri- 
vains et des ouvrages, avec indication des témoins qui 
les citent. 

' SyriauDS dans son commentaire sur la Métaphy- 
sique d'Aristote*, die, outre Philolaûs, trois pyllut- 
gorlciens, Glînias, Archénële, Brontinus. 

Clinias'de Tarente, musicien célèbre*, était un ami 
de Platon, qu'il empêcha, au dire d'Aristoiène, de jeter 
au feu, dans un accès d'indignation, les oavrages do 
Démocrite *. 

Archénète est si complètement incoimu que Boeckb, 
suivi par Harienstein et Grappe, ctiange, dans le passage 
de Syrianus, son nom en celui d'Archylas *. 

Brontinus de Cyzique, qu'on dit un parent ou un allié 
de Pythagore, et on contemporain d'Alcméon', fut 

1. ZIV, 1. Scliol. Br., p. 316, 326, 339. Ce dernier se trouve «gaie- 
ment SchoU. Bekk. , p. 800. 
3. Atheu., XIV, 634 s. 

3. Dios- L.,IX, AO. cr. Theol.Àrilhm.,éd. Art., p. IS. Orelli, Oput- 
tula Grme. vet., t. II, p. 324. 

4. La traduction latine de Syrianus, faite par Bagolinl (Venise, AM., 
156S, P102a), et que connaissait seule Boeclth, donnait Archénès. Cf. 
Boeckb, Phil., p. 149. Bartenatein, de Arthyl., p 115. 

5. Diog. L,, V1II,85 '. ' Fila de Piritbolls, comme il le dillui-m^nie 



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.184 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

UQ de ces pythagoriciens, qui avec Zopyre d'HËraclée* 
Prodicus de Samos.Tbéognètede Tbessalie.Nicias d'Ëlée, 
PenîauE de Hilet, ArigDOté, ïimoclës de Syracuse, Ger- 
cops, se mëlëreDt d'écrire des poèmes mystiques sous 
le Dom d'Orphée*. Ëpigëne, contemporain d'Aleiandre, 
lui attribue deux poèmes orphiques, sous les titres de 
néit>o( et de -ci <fwnxi '. Outre ces ouvrages.qui n'intéres- 
sent d'aucune façon la philosophie pythagoricienne, on 
a de cet auttiur nn fragment qui porte le titre de mpl «en: 
lutl SiovofcK, cité par lamblique*, Alexandre d'Aphrodise* 
et Syrianus '. 

au commeoMinmil d« son ouvrage ainsi cod^ : Alcméoa da Crohaie, 
flU ds PirithoOa, a écijl ceci pour BroDtinus, Léon et BathySe. • 
lambl. (F P., 3GT) rapproche aussi Brontious de LËon le Hâtapontin. 

Ce BrontinuB est dit aToir épousé Théano, qui pssse tantôt pour 
ta femme, l&ntBt pour la fille de Pythagora; loaii il passe aussi pour le 
contemporain de Léon, auquel Alcmëou, contemporain tui-mSme de 
Pylhagore, aurait dédié un ouirage, 

liais d'une part Thëano est nie i Thurii (Suld. , t.]i or, c'est Pin- 
clés qui a fondé, vêts l'OI. 84 = 444, cette colonie adiénienne '. donc 
elle a Técu bien longtemps après Pythagore, mort en 500. 

D'autre part, Léon est nommé par Proclus disciple de Néodidès, plus 
jeune que Léodamas ds Thaaos, et Léodamas, Archytas et Tbéélète 
sont considérés par Proclus comme contemporains de Platon et de 
Théodore de Cyréne. Procl., lib. H, in Euelid., i, p. 19 : IRAtuv U 
énl TovTou (ThécNlore).... Iv ti Toùrtp X9^'"f '"^ A*aSi{uic— ■ xgù %p- 
XOrof (tie) sm OiainiTOC.... AiuUtiavrac S) vtônpoc i KcoxltCïq; tti t 
TotfTOu (uA^mc Aiwv. 

Enfin on attribue un ouTfage de philosophie pythagoricienne 1 
Brontinns: Or, toute l'antiquité proclams que c'est i PhitolaQs qu'on 
doit les premiera ouTtages publiés sur ce sujet. 
. Donc Brontinus a dû vivre du temps de Platon, et on s'en apei^it 
bien aux Ihtgments qui nous en restant. 

I. Lobeck, Aglaoph., I, p. 340. 

3. Epieène, ap. Clem., Sirom., I, p. 39S. 

3. ViUois., Anecdot. U, 198. 
' 4. In Met., p. 800. 

6. in Met., XIT, 1. Schol., Br., 1837, p. 3Ï6 et 339, reproduit par 
Zeller, t I, p. 263. ' 



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LES ECRITS ETTHAGORICIENS. . 185 

lamblique rapporte qu'Uippasus de Hélaponte a le 
premier fixé par l'écriture quelque chose de la doctrine 
pythagoricienne dans an ouvrage de mathématiques, et 
qu'en punition de ce crime, il avait trouvé la mort dans 
la mer*. Hais Démélrius de Magnésie, contemporaiu de 
CicéroD, dans son livre Sur les poètes et la historiens 
qui ont porté le mime nom, prétend qu'Hippasus 
n'avait pas laissé un seul ouvrage écrit* : ce qui n'em- 
pécbe pas Diogéne, tout en rapportant l'opinion de Dé* 
métrius, d'attribuer ailleurs à cet auteur /« Liore Mysti- 
que, que d'autres donnaient à Pylhagore même*. 

Suivant une autre tradition c'est Hipparque qui, s'étant 
laissé séduire aux délices et aux voluptés de la Sicile, 
avait, conlrairemenl aux préceptes de la secte, com- 
muniqué aa public la philosophie pythagoricienne, 5ai- 
(100% f OuMOfn. Ce Tait est rapporté dans une prétendue 
lettre de Lysis, un des disciples immédiats de Pythagore> 
que presque tous les critiques s'accordent à considérer 
comme supposée : opinion qu'autorisent les différences 
entre le fragment cité par Diogëne et le texte complet 
de la lettre reproduit par lamblique *. Stobée nous a con- 
servé en outre un assez long passage d'un traité IIipl 



1. ViUoiion, Aiued. grxe. : lltpl nj; ko''^ (utriiiAnx^, t. II, 
p. Îl6. 

2. Dîog. L., vni; SjriaDus, àd Met., XIO, 6; Soholl. Bnad., 1838, 
p- 304, 313, et lunbliq., Y. P. , emprunient & «es récits des témoi- 
gnages lur û docirioe pjihagoricienne. 

3. Siog. L., Vni, T. Hippasus est citi pir Aristote , Met., I, 3- 
SeiL Bmpir., F^rrh., III, 30. dem., Strom., I, J96. Thaodor., Cur. 
Crxe. Aff., n, 10. Plnt., Plac. PhUos., I, 3. Boelh., tU Mu*., 
n,18. 

4. Diog. L., VUI, 42. iMObl., Y. P., .75. OreUi, tp. Soerat., 
p. 54. 



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180 LES iCRITS PTTHAOOiUCIENS. 

tôftufxhci, qui, par son coDtenn parement moral, in- 
téresse pea noire sujet 

Noas pouvons en dire autant des Lettres des Femmes 
pythagoriciennes : il y en a onze de Thëano, ooe de 
Hélissa, une de Hyia : Orelli* en a défendu l'authen- 
ticité, bien douteuse, à mon sens, contre les critiqnes 
de Heiners*. Le dialecte attique dans lequel elles sont 
écrites ne serait pas h lui tout seul une raison snfSsanle 
de les rejeter; car il a été démontré que souTenI, pour 
faciliter la lecture d'un ouTrage écrit en dorîen, les co- 
pistes changeaient le dialecte original*. 

Arësas de Lucanie qu'Iamblique nomme If quatrième 
successeur de Pythagore dans la direction de l'École ', 
était auteur d'un traité <fe la. Nature de Vhomme dont 
wn Ihigment nous a été conservé parStohée'. 

Archlppus de Tarente, cité par saint Jérôme' et 
Athénagore*. 

Arisfœon est cité comme l'auteur d'un ouvrage tw 
l'Barmonie, par Stobée*, la Théologie arithmétique " et 
Glaudien Mamert" :ces deux derniers l'appellent Aris- 
tœus. An dire d'Iamhliqae, il avait épousé la fllle de Py- 



1. Florit., 108,81. 

2. Bp.Sûer.,.p.3(yt- 

3. Eeteh. d. Wùienteh., 1. 1, p. 598. WleUsd le« s tradolies en al- 

lemajid dans son ouvrage intitulé : dû Pythagorvehen Frmmt. 

4. BsnUey, de Phaiar, Ep., 26. 
6. r.P,, S66. 

6. Eelog., I, p. 846. 

7. C. Ruf., ni, 39. 

B, Leg. pro Chritt., 6, 
9. Ed., I, 4Î8. 



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LES ÉCRITS PTTHAaORIClENS. 187 

thagore, Théano, et fat le successear immédiat de roiw 
Deau-père '. 

Atbamas dont Clément* reproduit un passage sacs 
indiquer le litre do livre auquel il l'emprunte. 

Bryson, fragment d'un oU(ivo|iWï cité par Stobée '. 

Buthérns de Cj'ziqoe, auteur inconnu d'un fragment 
assez étendu sur les nombres*. 

Griton auteur d'un traité de la Sagesse ;Ingmenlià.AHt 
Stobée % reprodtiits par Oreili*. 

Diodore d'Aspendus, ville de Pamphylie, fut le premier 
philosophe, d'après Sosicrate'', qui porta le manteau 
trôné, leliAton, la besace et la barbe longue, on plulàt 
le premier des pythagoriciens qui prit le costume cy- 
nique *. Car aVant lui les pythagoriciens osaient de vê- 
lements élégants, de bains et de parfums*. lambltquc 
le nomme disciple d'Arésas"; mais comme, d'après 
Athénée, il rivait vers 300 av. J. G., et qu'Arésas était 
au nombre des pythagoriciens qui échappèrent aux 
poursuites des partisans de Gylon, le renseignement 
d'Iamblique est évidemment erroné. U est cité par 
Théodoret" et Qaudien Hamert". 



i. 7. p., Î65. 

i. $trom., TI, 634d. 

3. Flora, 85, 16. 

4. Stob., Ecl,, I, p. 3, £d. Heineks. 
B. Bd.,U,3bO;FlorH.,2,'H. 

6. Ojnuc., l. U, p. 336. 
T. Diog. L, , VI, 13. 
8- Atheu.. IV, 103. 

9. Umbl., T. P., 366. 

10. Ath8n.,vm, 350c, 348». 
U. Samuel, I, Ou., 6. 

tl. De ttat. oruffl., fl, T. 



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188 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

, Diotogènes , auteur de deux traités , l'un tur Ut 
Boyai^, l'autre sur la Sainuti, produits par Stobée*. 

Dius, fragment fur .la Beauté*. 

Ecphautus de Syracuse, uo fragment sur la Boyauié *. 

Eromënës de Tareute , ud fragment cité par Claa- 
dien Hamert* et probablement emprunté à on écrit 
swr PAmt. 

Eubulidès, fragment cité par^ofiUiius*, et la Théo- 
logie arithmétique*, tiré d'un ouTrage sur Pythagore. 

Euryphamus, un fragment fur la Km dans Stobée ', 
reproduit par Orelli *. 

Eurysiis, un fragment fur la Fortune, dans saint Clé- 
ment* et Stobée". 

Earylus dont Aristole et Sjrianos " reproduisent les 
opinions sans citer le titre d'un ouvrage. 

Euxfthéus dont Athénée " cite l'opinion sur les causes 
pour lesquelles l'&me est enchaînée à un corps : sans 
nom d'ouvrage, 

Hippodama3'*que Zeller identifie avec Euryphamus et 
avec Gallicratidas, parce que les extraits donnés -par 

I. Floni., 48, 61. 

3. Slob., Flonl., e&, le. 

3. Stob., Floril., 47. 31. 

4. Dt tiat. on., II, I. 
i. Dt mm.. II, 18. 
6. P. 40. 

ï. Stob., nwfl., 103, 57. 

8. Opiue., t. U, p. 300. 

9. Stnm., V, p. 665. 

10. ïefeiî.,1, p.110. 

II. Mtl; XIV, &, et in Ket.Snhol. Br,, p. 343, 10. Sohall. Bekk., 
P.819&. 

13. Athen., IV, 157. 

13. Stob.,nora.,103,36etî7.0«U,p.3aî,otfIora., 43,93 ;98, 71. 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 1S9 

Stobée SOU8 ces trois noms sont, pour ainsi dire, iden- 
tiques. 

Lysîs do Tarente, auteur d'une prétendue lettre à 
Hipparque*, d'une définition de Dieu appelé Nombre 
îneETable , citée par Athénagore ■ et la Tbéolof^e 
arithmétique*, et d'un ouvn^ qu'il avait écrit sous 
le nom de Pythagore. 

H^pllus, fragment emprunté à un ouvrage sur les 
nombres et dté par la Théologie arithmétique. 

Métopus, fragment lur ta Vertu '. 

Onatas, de Grotoue, contempoi^n de Platon, auteur 
d'un ouvrage jur Dieu et le Divin*. 

Peaipélus, fragment moral tw les Parenu?. 

Pérïctjoné, plusieurs fragmenta sur la Sagesse et sur 
Vharmonie de ta Femme *. 

Phintys, Qlle de Gallicratidas, flragmentiur la Tempé- 
rance féminine *. 

Polus, fragment (ur la Jiùtiee". 

ProruSj de Cyrène, sur te Nombre'*. 



Slot, anim., II, T. 

3. p. 8. Au nom de Ljils s'en «Joule un tutre, eonompu duu le 
mu, 84«i, et dBDS lequel Heunîni ^evine OpsimuB, etZellerBIppasus. 
Ce dernier turait déSni Diéa : l'eicMint du plu» grand des nombres 
sur le Qombra le plus TOtsiD, l'eicAdiut de 10 lur 9, ou lutrement 
dit, ruuité. 

%. ntoL arithm.. p. 37. 

b. Siob., FIon(.,I, 64. 

6. Siob., Ed., I, 91. 

7. Siob., ^^or., 79, b2, duu Orell., p. 344. 

8. Stob., FloT., J, G2, T9, àO; 85, 19. OrolL, 3W. 

9. Siob., Flor., 74, 61. Oreil., 3S6. 

10. Stob., flor., 9, M. OieU., 330, 331. 

11. nMOl. orOkM., p. 43. 



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190 LES ECRITS PYTHAGORICIENS. 

Sthénidas, de Locres, sw la BoyauU^. 

Tbéagès, sur la Vertu '. 

Tbéano, fragments assez nombreux, sans titres d'ou- 
vrages, cités par Clément * et Stobée *. Clément ' dit 
que c'est la première femme pythagoricienne qui ait 
étudié la pbilosopbie et fait des vers. 

Théaridas, appelé par laniblique Tbéoridès, de Méta- 
ponto, auteur d'un erailé sur la Nature, àté par Clé- 
ment*. 

On a grossi celte liste des noms de Gorgiadès', 
Opsimus *, Empédotimus , Julien ', Panacès ", Andro- 
cyde". Enfin, on peut y ajouter les écrits anonymes in- 
titulés Ai«iîE*« n-ifloYopotaî , reproduits par Orelli" et 
Mùllacb'*, et lefi treize lettres attribuées à Pytbagore, 



1. Stob. [Flor-, 48, 63) raproduil dans les Fragm. PMlotoph.Grxe. 
HOllach., p. S36. 

2. Stob., Flont., I, 67. Orell., p.'SOS. 

3. SIrom., IV, b«3 et 619. 

4. Ed., l, 302. f Jon'I., 74, 31, 53, bS. 

6. Strom., I, 309 c. Orelli, p. 55. Cf. PluL, Conj. Prxc, 31. 
6. lambl., 7. P., 2S6. Pli]t.,D>o., c. fi. Clein., Strom., y, 611 c 
T. Claod. tfam. {Dt tWI. antm. , II, 7], qui J joint Epamiiiondu 
comms auditeur deLysis. 

8. Restitution arbitraire ds Heunius de 1> leçon {^«i, dtiu Athé- 
nag.fLtg.p.Clir., 6. ZeUer.t. I, p. 361. 

9. Suid., V., qui lei déliipie, evec le ptéeédeni, comioe prédéces- 
sears d'HâncIide du Poat et coiame auteurs d'une fusix^ ixpoaai(.Cf. 
Oljmpiod., in Mtteorol., I, 218. Gieg. Naz., Carm., VI, 281. 

10. Cité par Aristid. Quintil. {d» Kutte., I, p. 3], et dmigoé pv Pho- 
tiuB (Cod. , 167] comme une des sources de Stobée. 

11. Auteur d'un livra mr lei Symbole* pythagoricien*, cité par Nl- 
comach. Ârùhm.., p. b. Iimiil. V. P., l'Ai Theoi. Arilhin., p.41i 
aem., Strom., V,b68B.Tryptu)il, Ilipl Tpoicwv,4; Plia., Hùl. Nul., 
XIV, 6. 

II. Oputc., t. U, p.aio. 
13. Fragm. Phil., p. 544. 



lyGOOgjC 



LSS ÉCRITS PYTHAGORICIENS. I9L 

Lysis, Itiéano, et d'autres anonymes', ouvragées dont 
l'origine suspecte se révèle au premier coup d'œil. 

Les cinq disserlâlions, ftaU^K, sont d'un auteur in- 
connu *. Le traducteur latin, North, les crojait de la Gn 
du V* siècle, et s'imaginail avoir même trouvé la 
nom de l'écrivain dans la phrase : Mipxt il^f *. Hais 
Fabricius a fait Lomber cette belle découverte en resti- 
tuant le texte des manuscrits, qui donnent Fiûrrat. Orelli 
a démontré en outre que cet opuscule ne saurait être 
pythagoricien; U méthode qui y est employée, et qui con- 
siste à opposer sur chaque question l'antithèse & la 
thèse, est aussi étrangère que possible à la méthode 
dogmatique et affirmative des pythagoriciens. Grappe' 
les attribue' & l'aulenr des fragments d'Aichytas dont il 
rejette l'authenticité : mais la langue, où le dorien se 
mêle à l'atUque , n'a rien de commun avec le dialecte 
des fragments d'Archytas. On suppose qu'un sophiste 
est l'auteur de ces cinq pièces, et, quant i l'époque de 
leur composition , il faut la reculer au delA du m* 
siècle, puisque Chrysippe, mort en 208, est nommé 
dans la cinquième. 

Nous arrivons maintenant à Archytas. Stobée, et sur- 
tout Slmplicius, nous font connaître d'une manière as- 
sez complète, par leurs nombreuses et riches citations, 
et les litres et te contenu des ouvrages de cet écrivain 

I. Ep.Soer., p. 45, bl. 

3. Je n'ai point fui entrer duu ce catalogue lea SimiUtudei de T>é- 
mophjle, lea SenUncei ifor de Démocrate, les5*nlensei daSecuodus, 
dont le contenu appartient eicluaiTement i la morale pratique, et 
dont la date est tiop postérieure. 

3. 4* DiutTt. 

4. i;«(>er(liefy(Vm.(l.iifeftVt.,p. 126. 



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193 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS- 

dont Orelli, Hûllach nt Hartenstein ont recueilli les 
fragments sans parvenir à les réunir tous'. Les ouTTages 
d'Arcbylas qui nous sont connus par ces extraits sont : 
1. Dtpl ipfjk. 

5. Qipl jpxûv,, à moins qu'on ne doive confondre cet 
ouvrage avec le précédent. 

3. Hipl toû Srtot 

4. Ilfpl ■nû iiwn6i* OU kl Catégories, qui se pré- 
sente encore aous plusieurs autres titres' et qu'Har- 
tensteia * identifie avec le triùté précédent de FÉtre. 
Thémisle croyait que l'auteur en était, non le vieux ma- 
thématicien et astronome, élève ou maître de Philolaiis, 
mais UD përipatéticien beaucoup plus jeune': opinion 
qui paraîtra vraisemblable à quiconque lira ce livre, oiï 
est reproduite toute la théorie d'Aristole sur les catégo- 
ries logiques. Nous croyons utile de citer ici les passages 
de Boëce, où est contenu ce renseignement : « Inde etiam 

1. cr. Egger, Dt Àrchyta; Tarentini vita, Paris, iD-8*, 1833. 
Grappe : vber dû f^o^m. d.Archytiu, Berlin, 1840; Beckmtnn, De 
ffÛtâgoT. reU<iuiit, p. 31. 

2- Siviplic, adCot., I b; Pkj/He., 186 a. 

3. Siinplic , ad Cat.^6, 8 : mpt tûv xaWïou ^.6^m ; ld.,Id., 141 b : 
IIcpl Ytvuav,' Deiipp., ad Coteg., 43 b: nipl tûv itaâoluuiv Mttwv; 
David., ad Cal , 30 a. Adoq^ii]., p. 3! b : npà tûv tfintn. Ouin les 
morceaui itolia que nous donna Simplicius de cet ouvrage de Logi- 
que, Joach. CamerariuR, le premier sans doute [car an tient pour sus- 
pecta l'indication d'uoe édition antérieura attribuée i Dom. Pirimentio 
Vib., Venise, UfilouUTl), a puMiA-uo petiL recueil iotitulé V'Apj^v- 
nu ftpâ(M>ot Siu ]i£t°>i Le'pz.i 1B64, dédié i Michel Sophianus. Le 
manuscrit qui les contepaii, svpc d'autres pièces qui n'ont .pas plus de 
valeur, avaitété dunni 4 Jean Bratiator, probablement Jean Franken- 
■tein, le pramler docteur en tbéologie de l'académie de Leipzig, par 
Bessarion, qui le tenait en ne sait d'où. CL Hartenst., n, 41. 

4. P. 81. 

6. Fabrio., Bibl. Crxe. , 1. 1, p. B34. Ammon. Herm., in Porph|rr. 
bag., 1. 13. 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 193 

in Aristotelica atque Arcbyls (irius decem pnedîcamen- 
tomm descriptioDe, Pythagoricum denarium manifes- 
ttim est inventri. Quaodo quidem et Plalo sludiosissi- 
mas Pylhagorte secundum eam divisionenn divîdit, et 
Archylas Pythagoriciis ante Aristotelem, lîcet quidem 
quibusdam sit ambiguum , decem h^ec prœdicamenla 
conslitoit'. • On lrouvp,en eff:!(, dans Platon une indica- 
tion, mais sans caractère systématique*, des dix caté- 
gories d'Arislole, et l'on voit par Soèce, que c'est ce 
nombre de dix, qui, rappelant la décade pythagori- 
cienne, semble en révéler l'urigine '. 'Dans les Gommen- 
laires sur les Calégorki , Boëce revient sur ce sujet : 
" Archètes (sic) eliam duos composuit libros, quos xaftftou 
« liéTtMç inscripsit, quorum in primo haec' decem prœ- 
dicamenta disposuil. Unde posteriores quidam non esse 
Aristotelem hujus divisioois invcntorem suspicati snnt, 
quod Pylbagoricus vir conscripsisset : in qua sententia 
lamblichus philosophus est, non ignobilîs, cui non con- 
sentit Themistius, neque concedit fuisse Architem qui 
Pylbagoricus Tarentiousque esset, quique cum Platone 
aliquantulum vixisset, sed Peripateticum aliquem Archi- 
tem qui novo operi auctoritatem vetustate nominis con- 
deret. > Simplicius n'a pas, au contraire, le moindre 
doute : il aHribue cette logique à Archytas et tout son 
commentaire roule précisément sur la comparaison des 
catégories du pythagoricien avec celles d'Aristote, qui 
ne fait que suivre et reproduire la théorie de son pré- 

1. ilHIfttn., II, 41. 

Q. JVtin., p. 37 a. C'est PluUrque qui a fait le premier celte re- 
marque. 

3. P. 114,éd.BUe. 

13 



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1E>4 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

déct^sseur, itccn<rftfi TU 'Ap](ikf xciTaKoXouO«tv fi 'AptarorAiic 
^otiXo(ifv(i(' . Mais 4'autorité de c^tii-ci, dans ce qui COD- 
ceroe l'histoire de la philosophie et particulièreiDent 
celle de la lo^iqne, l'emporte sur lous ces témoignages 
si postérieurs : or, il nous apprend que Socrate avait le 
premier fondé une espèce de logique sur l'induction et 
la définition, et que les pythagoriciens s'étaient boniés 
à essayer quelques définitions où ils ramenaient les 
choses à des nombres. De dialectique, les philosophes 
antérieurs à nous, dit-il, ne se sont point occupés*. 

5. Ilipt TÛv dvcixdixjvwv, cilë par SimpUcius*. 

6. Iltpl fut<i*nU«tn, fragment cité par Stobée*, el 
qu'on trouve déjà dans Iainbliqne*et Porphyre', etplus 
complet chez ce dernier. 

Nicomaque, qui en donne le commencement, dit 
qu'il est emprunté à. un ouvrage intitulé CBa/rmoni- 
gue. 

7. De la Décade *. 

8. De la Raison et dr la Sensation*. 

9. Du Bien tt du Bonheur de l'Aotnnu". 

10. Delà Sagesse*', ouvc&ge que Slobée attribue & une 
femme pythagorideoDe, Périctyoné '*. 

1. Simpl, ad Cal«g., f. 3 b. 

3. Jfel., l, 6 : ol fif npâupu tfk IiaXnttixJiï nC (utt^av, et YH, 4, 

3. InCattg., 9ret 99. 

4. JtorO., 43, 135. 

h. Ilipl Kon. luS. (Villaii., Anecd., t. Il, m). 
6. In Ptolem. Harm., 336. 

I. Jtultful. ArUhm., I, ii[, p. 5. Atheii., XiU, 600e. 

8. Ttieou., jrat., U, 49, p. 166. 

9. Stob., £eL, I, 784. luubl., VUloii., ^nwid., U, p. 199. 

10. Stob., Flofii., I, nsl ; lU, T6, 116. 

II. Umbl., npotp., IV, 39. Porpb., ffarm. Ptoiem., 115. 
13. Slob., Ed., l, 92. 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 195 

II. De rÉducation morale^, t)robablenieiit le même 
oarrage que Philostrate cite sous le litre 8np nUuv 

18. De laLoi et delà Justice*. 

13. Dm Flûtes\ 

14. Deux Lettres, l'une & Denys, l'antre à Platon'. 
Stobée donneencoreunextraitixTwv 'Ap^ûnu StaTpiSSn', 

qai pourrait être considéré commele titre d'un ouvrage 
d'Arcbytas, jk moins qu'on ne l'entende d'un mémoire 
fait sur Archjlas. Aiîstote, à propos des différentes dé- 
finitions qu'on propose de la substance, dit : « telles 
sont les définitions que donne Archytas : elles portent 
snr l'ensemble de la forme et de la matière. Ainsi, qu'est-i 
ce que le calme 1 C'est le repos dans l'immensité de 
l'air; l'air est ici la mAiùre, et le repos, l'acte et l'es- 
sence. Qu'est-ce qne la bonace î c'est la tranquillité de 
la mer : le sujet matériel est la mer; l'acte et la forme, 
c'est la tranquillité ''. » Fabridus conclut de ce passage 

1. stob-, Fhr. , 1, 10. 
). V. AfwU.,Vl,31. 

3. Stob., Flortl, 1,43, W, 61. 

4. Altwn., IV, 184. 

h. Diog.L.,in,32;Vm,80. 

6. Ea.,i,n. 

7. Arist, Mtt., VIII, c. il On «d > une autre cit£« parAnslote 
(Hhel., m, 4), qui ippariisnt au geora de sentence : ■ l'aibitre ret» 
semble & un autel, tous ceux qui ont £té Tictimea de l'injustiee Tien- 
nent serilugier auprès de lui.> D'après un pauage de It tHtàpbyiique 
de Tbéophraate (Brand., p. 313, cité par Gruppe, p. 37), ■ Arcbylas se 
Aillait des définitions d'Eurytus, qui disait : tel nombre est l'homme, 
tel autre le cheval. Cf. AHst. , Jfel., XIV, 5. Les déhnitioni d'&rckftas 
itaieol autres.» On pourrait donc admettre que ses 'Opni sont authen- 
tiques. Ce genre d'ouvrages était fréquent dans les Scoles de l'anti- 
quité; on en attribua t Platon, â Speusippe, i. Secundus d'AIhtnes, 
Cf. firuppe, p. 38. 



cd'ayGoOglc 



166 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

qu'il exisl&it d'Archylas une, collection de déftaitions, 
'OpM, rormant un ouvrage semblable à celui qu'on at- 
tribue à Platon. Si on nt: veut pas l'admeltre, on est en 
tout cas autorisé, par la citation d'Aristote, à reconnaî- 
tre des ouvrages philosophiques d'Arcbytas qu'il consi- 
dérait comme authentiques : conclusion confirmée par 
une autre citation d'Aristote', une de Tbéophraste*, 
et une dernière d'Eudème*. 

Cicéron, dans son traité sur la VitiUesse, nous cite 
une longue invective d'Arcbytas contre la volupté dont 
la vieillesse seule apaise l'aiguillon dangereux : 'Acci- 
pite.... veterem oratîonem Arcby(œ Tarenlini, magni in 
primis et prœclari vîri, qvie mihi iradita est^, quum es- 
sem adolescens Tarenti cam Q. Haximo... », et il ter- 
mine par ces mots : ■ Hsec cum Pbntio Samnite... . loçu- 
tum Archytam, Nearcbus Tarentinus, bospes noster, qui 
in amicitia populi romani permanserat, se a majoribus 
natu accepisse dicebat, quum quidem ei sermoni inter- 
fiiisset Plato Atbeniensis^ ■ Plntarque reproduit le récit 
de Cicéron en ajoutant que Néarque était un pythago- 
ricien. Peut-on dire avec vraisemblance, après ces ren- 
seignements si précis, que c'est un personnage fictif? Il 

1. H. Zeller [t V, p. 90) cile le Detenm, c t, p. 44S a, IG. Il n'est 
pu questloii d'ArcbyUs, qui est nommé seulement, Frobl., XVI, 9. 
p.Slâ, aie. f 

s. ï«.,31î,15. 

3. Simplicius (in Fliyt-, 9B b, lûB a). Du premier de ces psissiges, 
Bnndis (RA«in. Jfui,, II, 211] veut conclure qu'Arcbytas ramenait 
l'idée du mou*smenticel1eâela limite; mais U est obligé de changer 
la leçOD. 

4. U. Grappe tire de li la condusion, que Cicéron n'avait que la 
IraditioD pour source. C'eaX serrer de bien prés le sens des mots. 

g. P« Senta., 13. Cf. De Amit., 13. 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 197 

est certain que l'entretien d'Arcbytas avec Pontius en 
présence de Platon n'a d'autre garant qu'une tradition 
de Emilie : maïs il est moins certain que le texte de 
cette espèce de leçon, de couférence morale, n'ait été 
transmis que par la tradition orale : tradita at , est 
susceptible d'un autre sens, et peut vouloir dire très- 
bien, communiquée; l'étendue de la citation conduit na- 
tnrellemeiit à admettre la reproduction littérale d'un 
texte écrit qu'on avait sous les }éux. M. Zellercitek l'ap- 
pui de celle opiuion un passage d'Athénée qui raconte, 
d'après Aristoxène dans sa Vie d'Arcbytas, qnePolycarpe, 
un ami de Denys, serait venu en ambassade à Tnrente, 
et aurait prngté de ce voyage pour fréquenter Archytas 
el plaider un jour devant lui la cause de la volupté*. Le 
savant historien en conclut que la citation de Gicéron, 
réponse évidente d'Arcbytas, devait faire partie de l'ou- 
vrage d'Arisloxène, et que c'est là qu'a dû la prendre 
le philosophe romain. Hais s'il a raison sar ce point, il 
me semble qu'il va trop loin en admettant qu'à son tour 
Aristoxène avait sous les yeux un ouvrage écrit d'Ar- 
cbytas. Pour qui connaît les procédés de l'École pylha- 
' goricienne , on peut très-bien admettre une leçon trans- 
mise et conservée de vive vois depuis Archytas jusqu'à 
Aristoxène. 

Il n'en est pas ainsi de trois autres citations, l'une, 
de Théon sur l'Unité ei la Monade*, et deux de Syria- 
nus; l'une de ces deux dernières porte également sur 
l'Unité et la Monade*; l'autre contient une définition 

1. Alhen., XII, 466- 

1. Arilhm., p. ST. Hartesst, It. 3, p. 13- 

3. /nir«l., XII, S. Hanenst., fr. 3> p. 13. Syrimus y distingue les 
uicisns pythagoriciens des uouveaui. 



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198 LSS ÉCRITS PyTHAGORlCIENS. 

profonde de Dieu, qui jetle un grand joursar la doc- 
trine; car il l'appelle la Cause avant la cause, et comme 
qui dirait: l'îia avant l'un, le nombre avant le nombre' . 
H paraît certain que ces citations se rapportent à des 
travaux écrits, mais on ne peut deviner quels ils sont, 
ni s'ils font ou non partie de ceux dont nous avons con- 
servé les titres ou les fragments. Nous sommes dans 
le même embarras au sujet d'un ouvrage dont Glaudien 
Mamert parle .en ces termes élogienx : « Ârchylas Td- 
rentinas, idemque Pjthagoricus in eo opère quod ma- 
gnificum de renm natwa prodidit, post multam de nu- 
meris utilissimam (ou subtilissimam) disputalionem. 
Anima, iuquit, etc...'> Il parait évident que Glaudien 
Hamèrt qui trouve l'ouvrage d'Archytas admirable, qui 
en donne le sujet et peut-être le titre, qui le cite tel- 
tueUemeat, l'avait écrit sous les yeux. Quel était cet ou- 
vrage ! Hartenstein suppose que c'est celui qui a pour 
titre lufi tM lamét et qu'il croit identique au ntpl 
coû SvTiK de Stobée. Zeller objecte que ce dernier 
ouvrage étuit ans exposition des catégories logiques où 
l'on ne Voit guère la place d'une philosophie de la Na- 
ture. Sans résoudre la question, il croit que c'est à ce 
livre, quel qu'en ait pu être le titre, qu'appartiennent la 
définition de l'Ame rapportée par Jean Lydus*, et sa di- 
.visiou en facultés rapportée par Stobée*. 

1. Il Taut, pour l'Ulribuer à Archjtaa, admttm U reilitutioD <te 
H. Boeckb {Phitol., 149), qui D'en coangiissait que le telle litin. 
Bnudis {De perd, lib., p. 36), Hartenstein <rr. 3, p. 12) oot donné la 
tBiIe grec. 

3. Destat.aniM.,11, T. 

3. Dt mauib., c. vi, p. 21. Harleotl., p. 17- 

4. Ed., l, p. 878. 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 193 

Fabrïcius atlribae à Archylas, nous l'avons vu, un 
traité tuT tel Flûtes cité par Athénée S Harlenstein et 
Gnippe ne veulent pas que ce soit le philosophe qui ait 
écrit UQ pareil livre, et pensent que c'est un musicien ' 
qui portait le même nom, et que mentionne Diogëne de 
Laene *. Mais je ne vois aucune raison à ces scrupules. 
Les pythagoriciens s'occupaient beaucoup de musique, 
et mal^ leur prédilection pour la lyre, ils ne négli- . 
geaîent pas la flAte. Athénée signale^armi les auteurs 
d'écrits sur l'Aulétique, Euphranor, Pbilolaûs et Archy- 
tas*. Ce dernier, qui dans la grande querelle des musi- 
ciens de l'antiquité, avait naturellement pris parti pour 
IcsHarmonictens*, était auteur d'un traité d'harmonie; 
c'est lui qui avait donné à la proportion harmonique le 
nom qu'elle a conservé'; enfin toute l'antiquité* atteste 
qu'il s'était beaucoup occupé de cet art éminemment 
pythagoricien ; rien ne s'oppose donc & le considérer 
comme l'auteur du Hep) aiiXûv. 

Diogène' cile le commencement d'un ouvrage de mé- 
canique d'Archytas que nomme également Vitruve*. 
Fabricius veut que l'auteur soit un architecte du même 
nom. Archytas, général habile, et savant géomètre pour- 



1. Athen-, IV, IM. 

3. D. L., VIII, 83. Alben., XIII, 600f. Huycti, v. Xpx^iac. 

3. Ptolem. Harm., 1, nu, p. 31. Porpb., In Ptolcin., p. 313. Boice, 
De Mut., Y, 16. 

4. Nicom., tnit. arithm., I, ni, p. 30. Ast. 

5. lunbl-, fn me. Intt. or., p. 141, la9, 163. 

e. Arisl., PolU., Vllt, 6. Sitid., T. 'Ap£. VitniTe, I, 1. QuintU., 
Imi. Ot., 1, 1, 7. Plut., ie Mut., p. tI4G. 

7. Vlll, 89. 

8. U VIII, Prmf. 



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200 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

rait cependant bien avoir eu quelque connaJàsanc« de la 
mécanique. 

Yarron' etColumelle' connaissent des ouvrages, sur 
l'agriculture d'un Arcbytas qu'ils disent tous deux Être 
le philosophe pythagoricien. 

Diogëne, se fondant sur Aristosëne, auteur d'ane bio- 
graphie d'Archytas', croit qu'il s'agit d'un quatrième 
écrivain du mtme nom. C'est une autorité respectable 
assurément, comme celle de Défiëtrius de Magnésie 
mr iet Auteurs Bomonyftitt, dont se sert fréquemment 
Diogène quoiqu'il ne le cite pas ici. Mais les témoigiiages 
de Varron et deGoIumelle ont aussi leur valeur, d'autant 
plus que l'agriculture et les arts mécaniques étaient loin 
d'être négligés par uue Ëcole qui s'occupait par système 
de tout ce qui intéressait la vie pratique *. Athénée % 
parmi les auteurs qui ont écrit des 'O+apiuTuté, nomme 
sans aucune désignation Archytas : lamblique * croit que 
c'est le nAlre, se fondant sur ce que la manière de pré- 
~ parer les aliments n'Hnil p^s sans rapport h l'hygiène» 
c'est'à<dire à la médecine. Harlenstein croit qn'il s'agit 

1. I>efl«JI.,I,i, 8. 
3. De le R., I, i. T. 

3. Atben., XII, S46. 

4. vu. Hu., IV, 1 : • Tarentjnus Archytas, dam se Pythagorn 
prsceptis Heiaponti penilus immergit, magno lahore longoque lem- - 
pore talidum opiu ioctrinx compkxvt, posiquam va patriam rever- 
titur, ac rura révisera cirpit, aiiimailiertit negligentia Tillici cor- 
rupta. ■ lambl. {V. P., I!>7) reproduit celte anecdote, et cile 
Spinlliare pour garsot. Anslote (Vol., VIII, G) attribue i, ArchyUs 
rinveotion d'une crécelle pour amuser 1«9 eiitauts. Sur les conoaii- 
sances malhématjqucs et mécaniques d'Arcbytas, voir Diog. L., VIII, 
83, 86; Plut., F. Marc, 14; Qua-tt. Sgmp., VIII, î; AuI.-ObU., ,V. 
Att., I, lï, 10; PmcI-, tn EucL, p. 119. 

b. XII, aie. 
8. r. p., Î44. 



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LES ÉCRITS [^HACORICIENS. SOI 

d'Arcbytas le Gourmancl, mentionné ullears par Athé- 
née*, ou pent-étre de l'auteur des Traités sur l'agiicul- 
tare. 

Quels sont parmi tons ces ouvrages ceux qu'on peut 
regarder comme authentiques, et dont on peut se servir 
dans une exposition de la philosophie pythagoricienne? 
Pour ceux dont nous n'avons que tes titres, la discus- 
sion manque de fondement, et au moins pour notre ob- 
jet d'utilité et début. 

D'abord il est certain qu'Archytas a écrit : nous avons 
pa Dons en assurer par les références d'Aristote qui lui 
fait l'honneur de le nommer plusieurs fois% honneur •< 
qu'il n'a fait à aucun autre pyUiagoricien*. Hais a-t-il 
écrit tous ceux que la tradition lui donne, et qui circu- 
laient dans l'antiquité sous son nom 1 Gruppe prend un 
parti extrême, il les rejette tous : il va plus loin, il rejette 
en bloc non-seulement les fragments des écrits d'Archy- 
las, mais tous les fragments pytliagoriciens à l'exception • 
de ceux de Philolaiis, et il les attribue tous sans distioclioa 
ni réserve h un même écrivain, qui les a fabiiqués pour 
les besoins d'un système, à uti juif alexandrin, d'ailleurs 
absolument inconnu, mais qui voulait soutenir les doc- 
trines de Philon, dont il était imbu, par des autorités 
respectables. 

Il résulterait de cette opinion qu'Archytas n'aurait 
rien écrit. C'est aller vite et bien loin : M, Gruppe croit 
pouvoir pronver son sentiment par les raisons sui- * 
Tantes : 

I. I, b, Suid. , V. Ti(iaxi5<K et ^Siofa-ria. Plut-, De vit. oecuU., 3. 
I. ProW., XVI, 9; Met.. Vtli, î; flft«l.,UI, II; Poiil., VIII, 6. 
3. Pyttugore, PhiloUtU, Eurytui, Alcméon ne sont dteignâ» par 



n,g,.;c)yGOOglC 



202 LE9 ECRITS PYTHAGOBICIENS. 

I. L'insigDîflaace des ft^gments : il ne sera pas né- 
cessaire de réfuter un pareil argument qui ne' repose 
sur rien ; un fragment parfaitement authentique peut 
être parfaitement insignifiant 

II. L'analogie des doctrines avec celle de Platon et 
même d'Aristote. Ainsi Aristote déclare {Met., I, 6) que 

> Platon a mis les Idées & la place des Nombres : donc 
partout où il sera question des Idées, dans un fragment, 
on est certain qu'il n'est pas d'origine pythagoricienne. 
Pytbagore a confondu, c'est encore Aristote qui nous 
l'apprend, la catégorie de la substance et celle de la qua- 
lité: donc partout où celte distinction se révële, il ; a 
^ apocryphie certaine. GnGn Aristote est le premier qui ait 
■^ fondé la morale sur le bonheur, et défini le bien: ce qui 
est en soi et par sol désirable ; donc partout où nous ren- 
contrerons ces définitinns, nous ne pouvons admettre 
l'authenticité du document. 

m. L'opposition des théories du prétendu Arcbytas 
avec celle de PbilolaûS : dans ce dernier, parfaitement 
d'accord avec Aristbte, on ne rencontre ni phiiosophè- 
mes logiques, ni une éthique systématique , mais une 
philosophie de la nature, et une morale fondée sur les 
nombres. Dans Archylas, on ne trouve ni feu central, ni 
ordre des planëles, ni l'Andterre, ni nombres harmoni- 
ques, nJGnomon, ni angles attribués aux dieux; au lieu 
de ce polythéisme, un monothéisme abstrait. 

IV. Enfin Archytds est antérieur k Philolaûs dont il a 
été le maître: or, Diogëne nous apprend que jusqu'à 
Philolaûs on ne pouvait rien connaître de la doctrine 
pythagoricieime ' : ce qui équivaut à dire qu'avant Philo- 

I. Qlog. L., VIII, li : Oix îfi ti fiûvti HuScrroptxiv Soteui. 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 203 

laûs aucun pythagoricien n'a rien écrit : donc Arcbylas 
n'a pas écrit. 

Je reprends ces arguments dans l'ordre inverse. A 
quelle époque a vécu Àrchylas ? Cicéron dit, il est vrai * : 
■ PhUolaûm Archylas itutitiàt ■ , et Diogëne de Lafirte dans 
ses biographies Je place avant Philolaiis, comme le font 
ensuite Théon de Soiyrne, Syrîanus et Théophylacte 
Simokatta. Mais quant à Diogëne, il ne s'agit que de l'or- 
dre dans lequel il place les auteurs : et qui peut assurer 
que dans un écrivain qui a si peu de méthode, cet ordre 
aune valeur chronologique d'une précision rigoureuse? 
Pour Gicéron, Orelli, d'après un Hss. de Wolfenbùttel, 
change la leçon et lit : ■ Philolaûx Archytam insiituit», et 
quand bien même on n'aurait pas l'autorité de ce ma- 
nuscrit, ne pourrait-on croire à une erreur de Cicéron, 
quand on se trouve en face de témoignages certains et 
contrairesT 

Philolaus vivait antérieurement i Platon, c'est un 
contemporain de Démocrite ' et de Socrate : car nous 
savons par Platon qu'avant d'entendre son mattre, Gébës 
l'avait entendu à Thèbes, où il a dû rester longtemps'; 
l'on ne sait même pas s'il est revenu plus tard en Italie*. 
Sa vie est donc placée entre les Olympiades 70 et 95, 
c'est-à-dire entre 500 et 400 av. J. C. Archytas au con- 
traire est uo contefuporain peut-ëtrti un peu plus Agé 



I. DeOrat., m, 34. 

3. Apollodora de Cjzigue se sert da mot «wffiYov^au IHog. h,, 
a, 38. 

3, Phad., p. 61 d : 'On iRip'^|tîv HgtiSTo. 
' 4. Diogcae est le seul qui nous dise (III, 6) que Plaion 1'» entendu 
en Italie. . 



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S04 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

de PlalOD : ce qui est attesté par les témoignages ' les plus 
autorisés qui les mettent en rapport personnel l'un 
avec l'antre ; on peiil placer sa vie entre les Olympiades 
95 et tOb, c'est-à-dire entre les années 400 et 365 : il n'a 
donc pD être le mattni de Philolaûs' dont il a pu être, 
et par conséquent dont il a été le disciple. 

Quant & l'opposilion des doctrines d'Archytas avec 
celles de Philolaûs et à leur analogie avec celles de Pla- 
ton et d'Aristote, c'est un argument qui n'est susceptible 
ni d'une démonstration ni d'une réfutation générales : 
c'est une question de fïtil, qui doit être discutée pour 
chaque fragment, du moins pour chaque fragmeui con- 
_^ lesté; Je me borne seulement ici à rappeler que l'École 
pjthagoricieoneavécujosqu'au temps d'Aristote,qu'Ar- 
cbytas et Eudoxe ont été intimement liés avec Platon, 
et ont dû l'être avec quelques-uns de ses disciples, qu'il 
est certain que du vivant de Platon, Aristote avait déjà 
essayé de'Caire on schisme dans l'Académie, c'est-à-dire 
assurément qu'il avait déjà adopté sur quelques poiuls 
des opinions personnelles et propres. 11 n'y a donc rien 
d'étonnant qu'on retrouve dans les opinions d'Archytas 
ni quelques idées ni quelques expressions qui appartien- 
nent soit au Platonisme soit au Lycée : cela prouve 



1. CiciroD (d« Fi'nA. , V, 19) tUt venir Platon i. Tarente, poury 
Toir Archytas, anc lequel il nous le moaire dan» des relaiioDS d'a- 
mitié intime [A«p., I, 10) : •CumArcbytaTarenlioo muttum ruisae. ■ 
Dam ce même voyage, Cicéroo nous ilit que Plalon aebela les livres 
de PhilolaQi : d'où l'on coQclut avec raison que PbilolaOs était mort, 
cr. Plul., Dion., c. zvin, ix la VII- Lettre de PlatoD; lambl., F. P., 
UT, qui dit que l'amîiië de Platon et d'Arcbylas était proverbiale, 
comme celle de PMnthias et de DamoD. * 

I. La démonstration de H. Boeekh sur ca point est péremptoire. 



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LES ECRITS PYTHAGORICIENS. 205 

seulement que les écoles rivales ont été inQuencées les 
unes par les autres, et nollement que les-fragmeuts où 
cette inQuence se révèle, sont dépourvus d|autheDticité : 
ajoutons enfio que quelques-unes de ces expressions 
peuvent être mises sur te compte de ceux qui ont rédigé 
les fragments; en effet, les écrivains qui souvent ci- 
lent de mémoire, abrègent, résument, Toat des extraits, 
enfin ne sont pas de simples copistes qui reprodui- 
sent un teste littéral. Involontdirem'ent même ils mê- 
lent leur propre manière de sentir, de comprendre, 
d'exprimer les choses aux doctrines qu'ils citent avec 
plus ou moins de fidélité ou de négligence. Il ne sufBt 
donc pas, pour démontrer l'inauthenticilé des fragments 
de prouver qu'ils contiennent des éléments étrangers, il 
faut prouver que ces éléments renversent les doctrines 
pi^thagoricieones, et c'est une démonstration qu'on n'a 
même pas tentée. On se borne en général k soutenir que 
les fragments d'Archytas contiennent les doctrines des 
nouveaux pythagoriciens, et non celles des anciens. 

Maintenant on ne peut cependant pas considérer les 
témoignages comme s'ils n'existaient pas. Attribuer à un 
juif alexandrin, inventé pour la circonstance, des ouvra- 
ges que des écrivains nombreux considèrent comme py- 
thagoriciens, est une témérité assez malheureuse. D'abord 
les fragments sont assez nombreux, et de doctrine, de 
style, de ton assez divers, pour qu'il soit hasardeux de 
les croire d'une seule main : en outre, il y en a, le frag- 
ment d'Onalas par exemple* contre l'hypothèse d'un 
Dieu unique, qu'il est impossible de croire d'un juif, 
même alexandrin. 

1. Stob,, sa., 1, H. 



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206 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

D'autre pari le recueil des éurits pytba^riciens a été 
fait pour le roi Juba Ml a été connu de Ghamœléon*, de 
Pbilon', de Valërc Uanme, qui prétend qu'Archytas 
avait embrassé la philosophie pythagoricienne dans un 
corps complet de doctrine, douE la composition lui avait 
coûté beaucoup de peine et de temps'. EnSn ce qui est 
plus grave encore, Athénée, Porphyre, lamblique, qui 
attribuent des écrits à Archytas, se fondent sur les bio- 
graphies d'Aristoxène qui était presque, et dont le père, 
Spinthare, était certainement son contemporain. Aristote 
avait laissé sur Archylasct sa philosophie des mémoires 
spéciaux dont les catalogues de Diogène ' et de la Vie 
anonyme d'Arislote* nous font connatlre les titres: . 

r Vêla philosophie (VÂmhylas, 3 livres; 

2° Les opinùms empruntées au Timie et aux livres d'Ar- 
ei^fios,-A U «Qû TifuiEou xaltùv'Apxunfiuv^: sans doute un 
extrait ou un résumé, en l livre ; 

3" Det Pythagoriciens, l livre. 

Pour lui consacrer des études spéciales, assurément 
il fallait qu' Aristote eût sous, les yeux des documents 
écrits et authentiques. Porphyre se prononce ouverte- 
ment en faveur de cette authenticité, déjà contestée de son 
temps ', et qui est indirectement appuyée par les éloges 



1. Jsvi«i,i»AriiLCattg.,n,l. 
1. AUien., tlU, 600 r. 

3. Dt mtem. vnmd., p. 48S. 

4. IV, 1. 

B. Oiog. L.,V,35. 
6. Ed. Did., p. 13. 

1. Damuciiu (jCreuter Meltt., t I, p. lOh) les cite se 
Apxârtia. 
8. in Ptokm. Barm., p. 226 : IIai(iax((iiew £t lutl v\ 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 207 

de Grégoire de Corintbe qaî, fort de l'opinion de 1. Phi- 
lopon et du grammairieD TryphoD, considère Archylas 
et Théocrite comme les modèles du dialecte dorien*. 

n est Trai que Grappe nie l'exactitude des catalo- 
gues, que Brandis cependant attribue non sans raison 
aux critiques Alexandrins antérieurs à Andronicus de 
Rhodes, el par suite il nie l'aulhenticité des ouvrages sur 
Archytas, que ces catalogues donnent à Aristote. U fonde 
son opinion sur deux arguments. 

1. DamasciuE donne des t^'Ap^ûrnsd' Aristote l'extrait 
suivant : Aristote dans ses 'Xf^^tM nous apprend que 
Pythagore appelait la matière lîUo : or, d'une part cela 
n'est pas conforme à ce que nous dit ailleurs Aristote, 
de l'autre ce renseignement a une simititnde suspecte 
avec les Plaàta de Plutarque*. 

S. L'ouvrage d'Aristote porta comme second titre xi 
ht iM Ti|w(ou : or ce Timée de Locres, auteur du pré- 
tendu traité de la nature de VAme, est un écrivain fictif 
dont le nom accolé & celui d'Archïtas 6[e toute valeur 
historique & la notice des catalogues. 

Hais on peat répondre que l'opposition entre les dif- 
férents renseignements d'Aristote sur la conception py- 
thagoricienne de la matière est tout à fait ima^naire ; 
en effet dans la Métapkysiqw, Aristote expose les diffé- 



Outra Porphyre, TbËon de Smyme et Hicomaque se aeneot sans 
scrupule des écrits d'Archylas. Ritter croit authentique ce qu'ils eu 
citsQl, etr^etta avec Trandeleubucg les fragments couservis par Sto- 
bie. Ritler, Geteh.i.Fylk.Phil,p. 69. Trondeleiiliurg, d«Arwlol. Ca- 
teg., BerliD, 1833, p. 11. 

1. Bt dwticcl. tmç, grxe., p. 6> 

3. 1,8 et 1,9. 



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SOS LES ÉCRITS PYTHAOORICIEHS. 

rentes manières dont les pythagoriciens eipliqoaient la 
matière : les uns l'appelaient l'inégal , -rô âvioov ; les 
autres ta plaralilé, tô Kiiffiot; les autres enfin l'ap- 
pelaient le différent et l'autre, -A tnptn et ■A CkXo* : 
et quant & l'analogie de l'extrait de DamasclusaYec les 
Placita, qu'a-t-elle d'étonnant si Plutarqiie a pris la 
définition dans l'ouvn^e d'Aristdte que cite Damascius. 

Venons à l'argument tiré du second titre: rien ne 
donne à la critique le droit de supposer qu'il s'agit du 
faux Tintée, auteur inventé du traité de la Nature : pour- 
quoi ne serait-ce pas le Tmée de Platon? et j'ajoute ici 
que le rapprochement du nom d'Archylas autorise la 
conjecture qu'Aristote montrait dans ce traité les analo- 
gies de doctrine des deux philosophes, et par conséquent 
les rapports mutuels et les influences réciproques des 
deux écoles. 

Archylas, tout en étant pythagoricien, semble en efl'et 
avoir cherché à concilier le platonisme ayec les doctri- 
nes de sa secte. Ëralosthène le compte comme un disci- 
ple de Platon *. L'auteur du discours Erotique attribué k 
Démosthëne constate qu'il s'était adonné à la philoso- 
phie de son ami, et même que c'est k partir de ce mo- 
ment qu'il jouità Tarente de cette considération si mar- 
quée et si-durable qui le fît six ou sept fois stratège '. Ni 



t. Met., XIV, 1. La «cholie d'Aleiuidra ne fait que reproduira le 
texte : 'Allai Si t&v tluBiiyapifuv ti iTipsv %aX ta ctXlo ibt |i{cn fùoiv , 
</\ni,v Si, -Kfii -ci I« ilJot àriTiUiait. 

3. Àp. Euitoc. m ÀTchim. de Sph^r. et Cyl., Il, n, p. 144. 

3. Diog. L.. VllI, 79. Elien, B. V., VII, li. Strab,, VI, p. 2B0, C'é- 
tait un homme d'iioe cbuteté eiemplaire, aimable, doui. bon jusqu'à 
jouer vree les eurants de ses esclaves, el il faisait de l'amitié un tel 
cas qu'il disait ce mot a4Eairable, rapporta par Cicéroa : ■ Si quii in 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 109 

Aristote, ni Théopbraste, ni Endème oi aucun des écrï- 
vaios antérieurs à Cicéron ne le qualifient de pythago- 
ricien : ce qui ne veut pas dire qu'il n'appjrlient pas à 
cette école, mais qu'il ne lui appartient pas ezclusive- 
meut, et qu'il y a marqué une tendance originale. C'est 
ce qu'on peut conclure également de ces deux faits : 
1° qn'Aristote lui consacre des études spéciales où il le 
rapproche de Platon ; a° qa'Aristoxëne, qui avait réuni 
sous un sei^ titre la Vie de Pythagore et celles de ses 
disciples ', avait écrit une biographie distincte d'Archj- 
tas', comme il l'avait fait pour Socrate et Platon. Un 
fragment de celte biographie nous le montre tenant 
pour ainsi dire une école séparée*, et les principaux de 
ses disciples Ëudoxe de Cnide, Polyarque d'Athènes, Ar- 
cbédèmo, Pontius le Samnite, sont en même temps dé- 
signés comme disciple de Platon*. 

Donc il est très-téméraire de soutenir qu'Arcfaytas n'a 
rien écrit, et que les idées et ezpressioas plalonicienoes 
que renferment ses fragments sufQsent pour en renver- 
ser l'authenticité. Ou ne peut juger cette question que 
par un examen critique de détail. 

On peut rapporter à quelques chefs principaux les 
fragments d'Arcbylas. 

Les six fragments métaphysiques forment le l''cha- 

ccelnm ascendisBet, naturmmque bondi et pulcbritudinem sidemni 
penpeiisset, iiuuaTem Ulam admiraiiâDam ei Tore, que jucundissima 
tuiswt, •ialiquemcui □■mret habulsMt. • Cic, d< jmic, 13; filien, 
H. F., XII, 15; tambl., V. P., c, xiu. 

1. Diog. L-, I, US. 

1. Athsn., XU, 546. 

3. Alhen., 1. 1. : Xu[inipii»iiïv tal; mpi tirt 'Apjiitwi. 

4. AUien. 1. 1. Diog. L. , VUI, 8$. Plut. , Dion., 18. Plat., Ep., Vil , 
339) II, 3â1. Cic, de Seneet., 13. 

14 



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210 LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

pitre de la collection d'Hartenstein. Le mélange des 
idées et des termes platoniciens n'est pas une raison 
pour moi d'en nier l'authenticité. Les fragments I, S, 3» 
roulent sur les principes et en établissent trois : la ma- 
tière, la forme et le principe du mouvement qui unit 
la farine à la matière : ce principe, supérieur h l'intel- 
ligence même, s'appelle Dieu, la Monade, llln, la Cause 
avant la cause. Oo les suspecte, moins à cause du food 
qu'à cause du langage; on ; trouve en eflét tes mots 
CXi), «b xii* n tivai, tTSof, "A xoBAm, qui semblent attester 
la connaissaDce et la pratique d'une langue philosophi- 
que qui n'a été créée que par Platon et par Aristote. 
C'est surtout Ibt^ ti iTvai qu'on ne peut guère attribuer 
à un pythagoricien; mais comme la doctrine ne s'éloigne 
pas de celle de Pbilolaûs, ce que prouve le fragment 3, 

j'incliaeraisàadmettre que l'auteur des extraits, en résu- 
mant l'opinion d'Ârchytas, l'a exprimée en des termes 
qui n'appartiennent pointàsonauteur.et l'a inclinée sous 
UD jour et ECUS des formes peu fidèles. Le daaiîsme 
; est plus tranché que chez les pythagoriciens qui, tout 
en distinguant la matière et la forme, car du nombre 

- est évidemment un élément formel ', disaient le nom- 
bre, l'essence inséparable des choses, et môme posaîeot 
ui) nombre étendu et corporel. 

Les fragments 4 el 5 contiennent presque littéralement 
l'analyse' psychologique des facultés de l'entendement 
telle que l'a donnée Platon. La détermination des spir^pia 
de la connaissance, la division de l'intelligence en quatre 

1, Aristote déclare ea effet qu'entre les nombres de Pythagore et 
es Idées de PUtOo il n'j a que le nom de dhuigâ : toùvo[ui (uteil- 



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LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. SU 

facultés : la pensée, VéniVf la science, l'opiDioD, la sensa- 
tion; la division des facultés de r&me en raison, cou- 
rage, ev]M<, et désir, les eipressions platoniciennes de 
& StaXtxTix j, les termes aristotéliquesdeTiMEOAtv.-t^ t( ird 
semblenten effet étrangers par leur précision h la langue 
des pythagoriciens; et si les fragments sont d'Archytas, 
ils attestent que ce philosophe avait connu et admis 
presque complètement sur la psychologie les opinions 
de Platon. 

Cependant il ne faudrait pas aller trop loin dans ceUe 
voie ; car nous savons par Arislote que déjA les pytha- 
goriciens avaient adopté une division et une classifica.- 
lioD des facultés de l'&me et de l'intelligence assez sem- 
blables k celle de Platon *. 

II. Harlenstein a placé en second lieu les fragments 
physiques et oiathénialiquès qui peuvent être considérés 
comme authentiques. Il y en a dix, du 7* au 17* de sa 
collection. 

III. Son troisième chapitre comprend les neuf frag- 
ments qui concernent la morale, du n* 17 au 27 exclusi- 
Tcment. 

On y retrouve l'influence manifeste des doctrines pla- 
toniciennes et des théories d'Aristote. 

Enfin dans une IV' partie Harlenstein a réuni les 
fragments logiques qui sont de tous les plus sus- 
pects. 

Hais, je l'ai déjà dit, on ne peut et on ne doit pas ju- 
ger d'ensemble la question d'authenticité. C'est par un 
examen de détail, c'est par la critique des fï-agments 

1. Arist., d« imm, 1,1, et Pbilopon., p. 3. 



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m LES ÉCRITS PYTHAGORICIENS. 

pris DQ à QD qu'on se lormera ane opinion précise, 
claire et fondée. J'ai cru donc ulile et nléoie nécessaire 
de joindre à ce mémoire une traduction des fragments 
d'Archytas, et de l'occcompagner des observations cri 
tiques relatives à chacun d'eax. C'est le même travail 
que j'ai entrepris pour Philolaùs, quoique la monogra- 
phie de H. Boeckh laisse peu de chose k faire à la cri- 
tique, et c'est par là que je vais commencer. 



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CHAPITRE TROISIE 



LES FRAOIfKlfTS DX PHIlOLloa 



Les rmseîgnements qai nous restent sur la vie de 
Philolaûs sont aussi incomplets qac peu sûrs. H est cer- 
tain néanmoiDS qu'il appartennit à l'École d'Italie ; si 
VoQ en croît lamblique, il avait entendu, jeune encore, 
Pythagora déj^ parvenu à la Tieillesse *. Il était de Ta- 
rente, d'après les uns', de Grotone d'après les autres*, 
où il aurait joué an grand rôle politique , qui aurait 
en pour lui nue issoe funeste. Nommé stratège de sa 
ville natale*, c'est-à-dire magistrat suprême, revêtu 
du pouvdr politique el du pouvoir militaire, il aurait été 
soupçonné d'aspirer & fonder un pouvoir monarchique, 
ou ane tyrannie, comme disent les Grecs, et sur cette 
accusation vraie ou fausse il aurait été mis è mort par 
ses concitoyens indignés'. Ce récit se concilie mal avec 
celui de Plutarque : à la suite des troubles politiques 



]. lïiobL, F. P., 104 : aUTXp0*>"(nn( tv HvÏkt^? cpuEûx^ vioi. 
3. Umbl., T. P., 165. 

3. Diog. L., vm, 84. 

4. STQwitu, De dono ÀMirolab., p. 307. 
b. Diog. L., vni, 84. 



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314 LES FRAGMENTS DE PHILOLAUS. 

qu'excilèrent les tentatives des sociétés pythagoricieimeg 
pour établir dans les villes de l'Italie méridionale des 
gouvernements aristocratiques, Pliilolaiis réfugié à Mé- 
taponte, et cemé, avec plusieurs membres de l'Ordre, 
dans la maison de l'an d'entre eux, échappa seul avec 
Lysis, an massacre de ses compagnons. I! se sauva en 
Lucanie *, peut-être à Hëraclée, où lamblique dous le 
montre avec Clinias, chef de l'École, comme Tbéoridès 
et Eurjtus l'étaient àMétapoute, et Archytasi Tarente'. 
De 14 nous le voyons à Thëhes, où U a fixé son séjour 
et oit il donne des leçons soit publiques, soit privées, 
auxquelles assistent Gorgias * et Cébès '. 

Pour admettre le récit de^Diogène, il fondrait donc 
supposer que, revenu dans son pays', et malgré la vio- 
lence de la persécution dont il avait failli être la victime, 
il s'occupa encore de politique active, et persévéra dans 
l'accomplissement de ses anciens desseins. Cela ne se- 
rait pas en opposition avec les faits attestés parPolyhe*. 
Les Achéens afQigés de voir leurs colonies dltalie, na- 
guère si florissantes, ruinées par la guerre et les discor- 
des civiles, s'entremirent pour rétablir l'union et récon- 
cilier les partis qni se déchiraient dans cbaqae cité, et 
ils eurent le bonheur de réussir. Toutes les villes grec- 
ques de l'Italie méridionale acceptèrent les institotions 

I. Plut., De gen. Socr,, c zxiu. 
î. iBinbl., r. P., 365. 

3. Plut, Dt gtn. Socr., z. m. 

4. put., Phxd., 61 d. 

E. Son retour eu Italie semble conQrmé d'ailleun par d'autres indi- 
catioiu. CébÈs dit dans Pliton [PJued-, G3a) : 'O» nop' V^i Ingrâto. 
II avait donc cessé d'babiier Tb&bes ï ce noinebt. 

6. Polyb., 11,39. 



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LES FRAGMENTS DE PHILOLAÛS, 215 

et les lots, en un mot ta forme du gouvernemeat de la 
mère patrie, qui était fondé sur la liberté et l'égalité. 
Une des conditions de cet accord fut le retour des exi- 
lés. Les pythagoriciens et PhilobUs purent donc renli'er 
en Italie: mais l'Ordre pyihagorique en tant que société 
politique Tut k jamais détruit. Cependant comme les in- 
dividus retrouvèrent leurs droits de citoyens, qu'ils pu- 
rent se mêler au gouTememenl, aspirer aux grandes 
magistratures, comme on le voit par l'exemple d'Archy- 
las, il n'est pas impossible que Philolaiis ait conquît 
une grande influence à Grolone, et que, malgré la 
dure leçon des événements, qui, & ce qu'il paraît, ne 
corrigent jamais personne, il aitj cherché k eu abuser. 
Ouoi qu'il en soit, il est probable qu'il n'est pas mort 
dans l'exil. Noos savons par Platon même, qu'au mo- 
ment où a lieu l'entretien du Phédon, c'est-à-dire 
en 399 avant J. G., Phiïolaûs avait cessé d'habiter 
Thèbes : son départ devait même être très-antérieur à 
la mort de Socrate. Est-il rentré dans son pajsf C'est ce 
que Diogène afflrme ; maïs il résulte d'un passage d'Iam- . 
blique, qui d'ailleurs lui donne Tarente et non Gro- 
tooe pour patrie, qu'il est mort à Hétaponle : ce qui con- 
tredit l'hypothèse qu'il ail été victime de ses projets et 
de ses tentatives de réaction aristocratique. En eflet 
Eurytus, qui était le chef de l'école pythagoricienne de 
Uélaponte, reçut un jour d'un berger la confidence 
qu'en passant auprès' du tombeau de Pbilolaûs il en 
avait entendu sortir une voix qui chantait '. S'il y a 
quoique chose d'historique k tirer de ce rédt merveil- 

I lunbl., 139, 148. 



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216 LE3 FRAGHEN'iS DE PHILOLAUS. 

leuz» c'est qae Philolaùs aurait terminé sa vie à Méta- 
ponte. 

Si nous ignorons les faits qui l'ont remplie, nons ne 
sommes pas mieux renseignés sur le temps précis où il 
fout la placer. Platon nous le présente comme on con- 
temporain de Socrale* ou du moins de Gébès , et Dio- 
gène comme un contemporain de Dëmocrile*. Si t'on 
admet, avec ce biographe, que Platon l'ait vu et entendu 
à son voyage enllalie ', que ce soit dePhilolaiis même qu'il 
ait acheté ou reçu, directement où par l'intermédiairede 
Dion', les trois Tameux livres pylhagoriuieiis, il Faut re- 
noncer à en faire un discipleiinmédiat de Pythagore, mort 
vers 497 ou, au plus tard, en 4B7, et, au contraire, si 
l'on en veut faire un contemporain de Pylhagore, il est 
impossible que Platon et diflicile même que Gébès 
l'aient entendu. Il sera même impossible qu'il ait élé 
en rapports personnels avec Archytiis, inlime ami de 
Platon. Entre ces deux assertions contradictoires, il 
vaut assurément mieux croirË au témoignage de Platon 
qu'à celui d'Iamblique, et le considérer alors comme 
un contemporain de Socrate et de Démocrile, qui n'a 
pu entendre Pythagore. 

Le fait le plus important que l'histoire relève dans la 
jie de ce philosophe, c'est d'avoir le premier violé le 
secret de la société pythagoricienne en publiant un ou- 
vrage <ur ia ATalure '; car il seœule vraisemblable, par 

1, SocrMaQéeii469; néinacriieeiitre4T0el46O. 
3. fijog. L., IX, 38. 

3. Diog. L., m. S. Ce ya;i^ est de l'ao 389. 

4. J>m. L. , VIU, 84 ; III, 9. lambl., 7. i:, 199. 

5. Ce reproche s'idresae également à Hippue, qui aurait publié le 
premier, dkos un traiti de mathématiques, quelques principes de la 



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- LES FRAGMENTS DE PHILOLAUS. ^17 

ruDaDÎmitâ des traditions, que l'enseignement pythago- 
ricien était surloui oral, et que les ouvrages écrits n'é- * 
taieDt communiqués qu'aux membres ou aux adhérents 
de l'Ordre *. Mais, d'une part, ies témoins ne s'accordent 
. pas à dire que ce fut Philolaûs lui-même qui les com- 
muniqua ou les vendit; de l'autre, en les mettant entie 
les mains de Dion et en celles de Platon, il pouvait les 
croire dans les mains de vrais pythagoriciens, et, au 
moins, en ce qui concerne ce dernier, il ne se serait 
guère trompé. 

L'authenticité des fragments que semblait avoir mise 
hors de doute l'étude de H. Boeckh, a été attaquée*, 
mais par des raisons trop négatives et qui auraient une 
portée universelle si on les acceptait. Ainsi de ce que 
Cicéron et Déméirius de Magnésie, son contemporain, 
sont les premiers qui mentionnent expressément les 
livres écrits de Philolans, «Philolai commentarios *■, de 
ce que Platon ne cite pas l'ouvrage de Philolaiis, d'où il 



ptkilosopbie pTthagorideniM. lambl., Dipi t^ xnvl); luAiDiottu^i. Tll- 
loti., ineed. Grsu., t. Il, p. 116. uâls Dfmétrliu, cité par Diogènede 
L. (VUl, 84), aoulient au contraire que ce mattiâmalicieii n'avait rien 
icrtt. Dans aa autre ourrage, lambltgue [V. P., 75-7S] reproduit une 
lettre de Ljsis ai il reproche à Hipparque de a'âtre laissé corrompre 
auidËlicsa de la Sicile et d'avoir philosophé publiquement, A lasulla 
de ces faits, Hipparque aurait été eicoEomunié, et on lui aurait élevé 
un tombeau, comme s'il était mort pour aes anciens ami* {Oem., 
StroM., V, p. ^T4). Mais la lettre, évidemment (kbriquée, de Lysia n'a 
auctm caractère ni aucune valeur historique. 

1. Diog, L-, VIII, 15 et 84. lambl., T. P., 199. 

}. Dit ançebliciie ScIwifltitUerti det Philolaût Schaanohmidl. 
Bonn, 1864. Ce critique bardi nia également l'auLhenticilé des Dialo- 
guti de Platon, tels que le SophUU el la Politique. 

i. De Bip., 1, 10. Diog. L., VIII, c. 8S. Démétrius fleurit vers l'an 
53 avant J. C 



n,y:,-.-x-.T, Google 



218 LES PRAQUENTS DE PHILOLAUS. 

tiré les Ihéoritis pythagoriciennes auxquelles il fait allu- 
sion ', comment conclure qu'il n'a rien écrit? Sans doute, - 
dans le Phédon, h propos du suicide interdit par Pbilo- 
laus et d'autres, Cébès répond à Socrate qu'il de lui 
avait jamais rien entendu dire de clair sur ce sujet, o£2iv 
asflï tlxiixifafuv, et 11 est clair que Cébès fait allusion ici 
à des conversations, k des entretiens, k des leçons ora- 
les, et non à des livres écrits par le matlre pjtliagori- 
cien. Il est vrai encore que la formule : fv tui ^poups 
hfU*\ n'est pas rapportée par Platon comme exlraile 
d'un ouvrage de Ptiilolatis, mais empruntée & l'enseigne- 
ment des mystères : h ino^^iÎTat^ ^7Ô(mvix, quoiqu'il im- 
porte de se rappeler ici que les pythagoriciens avaient 
aussi lears mystères. Enfin, ilestaccordéquelamaxlme : 
La vie est une mort et le corps un tombeau, citée par 
Hiéodoret comme tirée d'un écrit de Philolaùs*. est 
présentée par Platon d'une manière beaucoup plus 
vague : ■ l'ai entendu certain sage, ^wHxra tw wv ampûv, • 
dit Socrate*, et ce sage auquel il attribue quelques au- 
tres jeux de mois sur l'&mc, est désigné vaguement par 
des épiihètes : xo^ijAt 4»Jip, ïowç ZixiMï *« î| iTaXoHfc. 
U. Schaarschmidt ne veut pas admettre que cet homme 
habile, Sicilien ou Ilalien, soit de l'Éctile pythagori- 
cienne, par tes raisons suivantes : c'est que Socrate rap- 
porte la chose comme lui ayant été dite de vive voix, 
&« {fi) 6 np^ j)j.l X^v, et que Socrate n'a jamais été en 



I. Gorg., p. 493 ft. Plmd., 61 d. 
J. PJk«cl,,p. 62, S. 

3. GTxe.Af{eet. Curât., «d.Schuli, t IV,p.831. S.CUm. (Smm., 

p. 43M '^ donne k Pyth&gore. 

4. Gora-, 493 a. 



-cyGoogic 



LES PRAGMLNTS DE PUILOLAÛS. 219 

rapport personnel avec un pythagoricien*; de plus, ce 
personnage est présenlë comme jouant avec la mytho- 
logie, (wSoVrûv, ce qui ne s'iccorde guère avec la gra* 
viié relig;ieuse des doctrines de l'École italique ; enSn, la 
doctrine contenue dans ces formules est contraire à la 
migration des Ames, qui en suppose la vie éternelle et 
qui ne permet pas d'appeler du nom de tombeau le 
corps où elle se manifeste, ni du nom de mort une de 
ses manirestalions successives , une des formes përissa« 
bies, sans doute, mais nécessaires et éternellement repro- 
duites de la vie. 

Il est cert^n que la doctrine qui considère la vie 
réelle comme un supplice, l'incorporation de l'Ame 
comme un châtiment, qui élève ainsi les regards de 
l'homme et lui arrache comme un soupir d'espérance 
vers un monde supérieur, vers une rie absolument 
supra-sensible, vers l'invisible au delà, il est certain 
que cette doctrine ne peut pus se concilier avec l'ensem- 
ble des idées pythagoriciennes; mais l'eiposé de ces 
idées nous fera voir, au cœur même du système, une 
contradiction signalée déjà par Aristote, lorsqu'il dît 
que les principes des pythagoriciens vont plus haut et 
plus loin que leur doctrine. Cette coniradiclion n'est 
donc pns une ruison de nier l'authenticité; il faut per- 
mettre aux philosophes et aux hommes d'être inconsé- 
quents; ce n'est souvent pour eux qu'an moyen de se 
corriger, et de s'arrêter sur la pente des errenn. 



1. Pour que le rtisoiinement fût complet, il aurait fallu prouver que 
Platon ne pouvait pas, dans ses Dialogues, prêter i son mallre des rap- 
porta personnels qu'U c'avait pas aua rËellemeni. 



,y Google 



SSO LES FRAGMENTS DE PHILOLAÛS. 

Qoant mx autres ar^ments de M. Schaarschmidt, 
ils oDt moins de valeur encore. Les mots de ^xoum, de 
tfrif ne font pas entendre assurément un outrage écrit 
de Miilolaûs, mais ne l'excluent pas, quand bien même 
l'interlocuteur de Socrale, qu'il ne nomme pas, serait, ce 
)]ae prétend le critique, un sophiste del'écoledeGorgias, 
disciple, comme on le sait, du pythagoricien Empédocle. 
Mais ce qui est certain, c'est que ces maximes et ces 
symboles sont désignés par Platon comme appartenant 
au pythagorisme, car il ajoute dans la même page : 
■ Eh bien 1 maintenant, je vais (e citer une autre image 
empruntée à la même Ëcole que je Tiens de te faire con- 
naître, ix -CM oGtoù ft***''^ tîi vu*'. ■ Quel peut fitre ce 
gymnasP où Ton aime tant le symbole, rnllégorie, l'i- 
mage, et où ce goût est poussé si loin qu'il pouvait et 
devait paraître au bon sens ironique de Socrate un rafB- 
nement et comme un jeu mythologique? II faut l'aveu- 
glement d'une opinion préconçue pour nier que ce soit 
l'Ëcole italique, que désignaient déjà aux esprits non 
prévenus les mois de : SuuXix^ tu )1 ItoeXociSc, l'analogie 
de ces formuli^s avec celles du Phédon rapportées à Pbi- 
loluùs, et enliii les témoignages qui, dans les questions 
d'histoire, ^oiil (louiLml bien quelque chose. U n'est pas 
iTéci ssairc de rrlUler l'argument tiré par M. Schanrs- 
ctimidt de la difTérence des théories physiques du Timie 
de Platon et de celles des fragments de Philolaiis. Qui, 
si ce n'est Timon le Misanthrope, a jamais cru que 
Platon a copié dans son ouvrage les livres de Pbilolaus* 

1 Cor?., 493d. 

a, Cen'est pasH. Boeclh, qui(PhtloI.,p. lOT) ftv«itâil:iIiDTim»os 
keine Ubersimtimmung mit der Pbilolalschen Ansicbt lu finden. > 



-oc jy G bogie 



LES FR&OHENTS DE PHILOLAÔS. 221 

etacherchédanscetaudacteux plagiat la preuve de l'au- 
ihenlicitA de ces demiersT I^ division des facultés de 
rftme qu'oD trouve dans PhilolaUs n'est pas supérieure, 
camine on le dil, à Mlle de Platon i elle est plus univer- 
selle, en ce sens qu'elle enveloppe dans l'idée de l'âme 
des fonctions végétatives e( pby siologfqaes, telles que la 
^Pjoaii et la fiwi[a\i, que Platon ne lui attribue pas 
dans la Répvblique et le Phèdre , où il n'a en vue que 
r&me humaine, mais qu'il n'exclut pas^ et qu'il indique 
même dans le Timie. El si Philolaiis se rapproche sur 
ce point d'Aristote, il n'; a guère lieu de s'en étonner, 
puisque le pythagorisme est au Tond une physique, une 
théorie de la nature et de ses phénomènes. Le dualisme 
platonicien ne pouvait pas admettre l'animisme pytha- 
goricien, comme devait le Taire et comme l'a fut Aris- 
tole, et l'on ne peut pas dire que, si Platon eût trouvé 
dans Philokûs cette classification, il l'eût certùnement 
adoptée, et conclure dece qu'il ne l'a pas adoptée, qu'elle 
ne se devait pas trouver dans le philosophe Tarentin. 

L'exposition de la doctrine pythagoricienne par Aris- 
tote ne laisse pas supposer qu'il ait eu sous les yeux des 
ouvrages écrits; car il ne les mentionne pas, ne les cite 
pas, n'y bit jamais allusion, et il est très-probable qu'U 
ne parle que d'après des traditions orales. Il est vrai, 
continue M. Schaarschmidt, que cet exposé est conforme 
à la doctrine des fragments; mais c'est bien i tort qu'on 
veut trouver dans cette conformité une preuve de leur 
authenticité; car qui pourrait prouver que ce n'est pas 

SaufuiiMul poiDt, c'Mt qu'il y a dus l'un comma dans l'autre une 
ime dn monda, qui put du centre, et que nâuunajua le monde en est 
enTeloppé. Conf. &. 11, 



t: Google 



322 LES FPAGMENTS de PHILOLAÛS.' 

en prenant pour base celte exposition d'Arisfote qu'ont 
été fabriqués, après coup, les ouvrages auxquels sont 
empruntés les' fragments T 

En effet, qui pourrait prouver cela 1 Maisj aussi, qui 
pourra prouver le contraireî Quoi! c'est sur àe vagues 
traditions orales, que n'appu;ail aucun texte, qu'Aris- 
tole aura écrit non-seulement cet exposé de la Méta- 
physique, ces renseignemenls si précis de la Phytique, 
du Traité du Citl, mais encore les trois livres sur la 
philosophie d'ArehyUu,le livre sur les théories du Timée, 
ic livre sur les Pythagoriciens, le livre contre Alcméon'J 
Démétrius de Magnésie , qui vivait vers 53 avant Jé- 
sus-Christ, 'cite le commencement du Ilipi ^x^t de 
Pliîlolaiis '. Ob l'a-t-il pris 1 L'a-t-il inventé ou a-t-tl 
lui-même été trompé? 

L'analogie, la ressemblance quelquefois littérale des 
fragments avec des 'passager des écrits d'Ocellus, de 
Hodëratus, de Chrysippe, inspirent à M. Schaarschrotdt 
le soupçon que ces écrits sont tous du ipéme temps 
et tous également des œuvres falsifiées, des contrefa- 
çons hardies, qu'on a décorées du beau nom du pytba-, 
gorisme pour en assurer le succès; et s'il se présente à 
son esprit l'objection naturelle qu'Ocellus et Modéra- 
tus ont, au contraire, dû puiser aux écrits de Pbîlo- 
laiis ces théories qu'ils reproditiseot si fidèlement par- 
fois, il la repousse parce qu'il trouve dans tous les frag- 
ments les idées et le langage de la philosophie platoni- 



I. Il est vrai qu'oo peut se débarrasier de cette dernière partie de 
l'objection, en coniestant également l'autkenticité de ces écrit», et c'est 
ce que n'a pas manqué ds ^re U. Schunchmidt. 

% Diog. L-, Vm, 86. 



inyGoogIc 



LES FHAGUENTS DE PtIIL0LAU3. SS3 

cienne, même de l'aristotélisme, et les théories sfn- 
crétistes stériles et yides des temps postérieurs. 

Ici, le terrain se dérobe à la discussion : coniment 
empêcher M. Schaarschmidt d'appeler un syncrétisme 
stérile et vide, cette philosophie des fragments qu'Aris- 
loten'n pas cependant dédaigné d'exposer dans sa Jfé- 
tapftysiqut et dans plu<:ieurs ouvrages -malhearetisenn^nt 
perdus; car M. Schaarschmiilt a reconnu lui-même la 
conformité des doctrines philolaïques avec celles aux- 
quelles se rapporte l'exposition critique d'Aristote. 

Telles sont les réponses qu'on peut faire aux objec- 
tions générales de M. Schaarschmidt; qunnt aux objec- 
tions de détail, je me réserve de les discuter dans les 
notes de la traduction. . 

Je termine, en ajoutant seulement que le critique se 
donne beau jeu en prenant à la lettre l'affirmation de 
M. Boeckh, à savoir, que ces fragments formaient un 
ensemble d'idées si parfaitement liées et d'accord entre 
elles, qu'on pouvait être certain qu'elles appartenaient 
au même ouvrage A au même auteur. D'o6 il conclut 
qu'il suffit de montrer qu'un seul fragment est suspect 
pour suspecter tous les autres, et qu'en prouvant l'inao- 
Ihenticité de l'un, on a, par \h même, prouvé celle de 
tous. 

C'est aller trop vile, et l'argument serait, en tout cas, 
valable uniquement contre M. Boeckh, el à la condition 
que ce savant, que H. Schaarschmidt ne croit pas iu- 
•failliblc, puisqu'il attaque les conclusions de son livre 
soit déclaré infaillible quand il en expose les principes. 
Oui, on peut soutenir, et H. Boeckh l'a vigoureusement 
soutenu, qu'entre la plupart de ces fi-agmenis un sent, 



jyGoogIc 



S24 LES FRAGMENTS DE PHILOLAÛS. 

on voit une uoilé de sentiments et de conception, une 
identité d'esprit philosophique, et qu'il est permis de 
croire qu'ils sont nnpruntés à un même ouvrage. Hais . 
pour an, ponr deux Tragments, H. Boeckh se. serait 
trompé, il n'aurait pas discerné une interpolation dans 
l'un d'entre eux, une rédaction inexacte due à un copiste 
ou à un dtateur dan^ un autre, que cela ne dispense- 
rait pas de porter la critique sur- chaque fï^gmenl en 
particulier, et c'est d'ailleurs ce qu'a bit M. Scliaars- 
chmidt et ce que nous ferons à notre tour. 



VIE DE PHILOLAiîS' 

DE DIOGÉm DE LAERTE 

Philolaûs , de Grotone, pytliagoricien : c'est de lui* 
que Platon, dans une de ses lettres, prieDion* d'acheter 
les livres pythagoriciens. 



1. Ja fUs pr£uider la U«ductioD det Fragments de la Vie de Ptùli>- 
laOs pu Diogâne de Laene. Diog. L , VIII, c. vn, 84, SS. 

3. Ud peu plus loin, Diogèoe v& CDoer un renseignâmenl diSft- 
rent ; ce n'est pas de PbiloUOs même, nuUs de ses parents que Platon 
aurait tenu ces liTrea. 

3. Dana les lettres de Platon à Dion, réelles ou supposées, qui nous 
restent, nous ne trouTona riea de cela. DiogËne, dans la Vie de Platon, 
l'appuie sur le témoignage da Satyros pour certifier le fuit : • Quel- 
ques bistoriens, parmi lesquels Satyros, disent que Platon tcri?ft i . 
Dion, en Sicile, pour le prier d'acheter de PhilolaOs, au prii de 100 mi- 
nes, trois livres pythagoriciens. • Héoage serait assez d'avis de lire ici, 
au lieu de rpla flitXia, comme VIII, S4, t» ^iSXla; d'autant plus que 
dana ce dernier passage Diogène rapporte, d'après Hermippe, que 
Platon Bi±eta des parents de PbilolaOa le liire unique, iv, que celui-ci 



n,g:,-^i-T:G00glc 



LES FRAGMENTS DE PHIL0LAÛ9. ' 225 

. n périt accusé d'avoir aspiré à. M tyrannie. l'ai foit 
sur lui l'épigràmme suivante : 

* J'engage tout le monde & bien prendre garde d'être 
suspect ; même si tous n'êtes pas coupable et que vous 
paraissiez l'être, voua êtes perdu. C'est ainsi que Cro- 
lone, M patrie, fit périr Philolaiis, parce qu'il fui soup- 
çonné de vouloir établir la tyrannie. ■ 

Il enseif^ue que toutes choses sont produites par 
la nécessité et l'harmonie, e* il est le premier qui ait dît 
que la terre avait un mouvement circulaire*; d'autres 
soutiennent que c'est Hicétas de Syracuse. Il avait écrit 
un livre unique que Platon, le philosophe, venu en 
Sicile auprès de Denys*, acheta, si nous en croyons 
Hermippe, des parents de Philolaûs, pour la somme de 
ko mines alexandrines d'argent, et d'où il tira son 
Timée. D'autres prétendent qu'il les reçut en cadeau 
pour avoir obtenu la liberté d'un disciple de Philolaûs, 



avait écrit. Hais comme cet ouvrage tini'jue pouvait €tre diTîsé en trois 
livres, comme les mois Tp(a ^iCUci nufta-rop»' peuvtnt se rapporter à 
d'autres ouvrages que ceux de PbilolaQs, comme enfia Aulu-Gelle 
([II, 17) contient le mfime renseignement [irei Philolai Pyihagoriti) , 
ii vaut encore mieui ne rien changer. Cf. Tietzès, Cfiil., X, 79î; XI, 
1-38. ticer., de Rep., I, 10. 

1. C'est pour cela que Bouillaud a intitulé son ouvragn sur le vrai 
système du monde : Philolavt. Cf. Kragm. 13, b', n. 2. 

2. A.-GbU., N.Àttit., ni, n - • UËmori» mandatom est Platonem 
philosophum tenui admodiun pecunia. familiari fuisse; atque eum 
tamen très Philola! Pythagorici libros decem millibus denarium mer- 
calum. Id ei pretium douasse quidam scripsemnt amicun ejus Dionem - 
■yracusauuDi.. . Timon amarulentus librum maledicentissimum con- 
scripsil. qui £iX},« inscribiuir. In en libro Ptatonem pbilosophum, 
quem diieramus lenul admodum pecunia familiari fuisse, contume- 
liose appellat, quod impenso pretio librum pytbagoricK disciptjuie 
emis^ei, eique eo Tinueum noûlem iltum dialogum canltbuaaseï {ou 
mMiM contexuisset]. • Cf. ma Fm ((e Platon, p. U4. 



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Sis LES FRAGllENTS DE PHILOLAUS. 

que Denys avait ftiit mettre en prison. Démétrius, dans 
ses Eomonyma, prétend qn'il est le premier des philoso- 
phes pythagoriciens qui ont rendu public un ouvrage 
sur la Nature. Ce livre commence ûusi : ■ L'fttre qui 
appartient au monde est le composé harmonieux des i 
prinapes infinis et des principes finis : il eu est ainsi 
du Tout du monde et de toutes les choses qu'il ren- 
ferme. > 

FRAGMENTS DK PHILOLAUS 

Fr. 1. * a. L'être ' qui appartient au moude est an com- 
posé harmonieux d'élëmeals iuflnia et d'éléments finis* : 
il en est ainsi et du monde lui-même dans son tout, et 
de toutes les choses qu'il renferme *. 

b. Tous les êtres sont nécessairement finis ou infinis'. 



1. Ctal. Boeckh., PMI., p. ta j Stob., éd. Ueinelc, c. ui. Segm. T, 
t. l,p. 127. Dlog. L.,vm, 85. 

2. 'H fian. C'est ï'èttt luturd, l'être qui naît, qui se dèféloppe, qui 
devient, fûo|uu. 

3. L« mot KippUvovra signiSe i U fois M qui e»t en loi détsmuné et 
limita, et » qui détennina et limite : c'ert la forme informaote det 
Scolutiques. Stol>£e, I, ii, zu, p. 398, dit qna PliiloliQs l'ippeUit 
ausMiCommeplastaid Platon, ri' nfpof. 

4. Diog. L., VIII, S5, rapporte que, suivant DèniétTius, c'était U le 
commencement de l'ourrage de Pbilolafis sur la nature : ITipl fâsiut. 
II. Boeckh croit le passage corrompu, et voudrait en supprimer au 
commencement év t$ KioiU)) : c%st une erreur qui provient du buz 
uns donné i 4) fimt. 

b. On lit i la marge det manuscrits de Stobée : in ni) 4>i3ia),dlau «ipl 
xiot'B''. H. BoackliTOtt dansoefraïmentle cammen cernent du premier 
livre de l'ourrage de PbilolaQt et donoe & ce premier livre le titre : du 
ITonde. La citation de Stobéa présente le passage comme s'il formait un 
développemant suivi et continu ; mai* le peu de liaison des idéei y bit 
iaup;onDer par Baeren, Meineke et Boeckh des lacunes. Nicomaque, 
(fformon., p. 17. Heib.,} en cite la fin, et rapporte sa citation au pre- 
mier livra du D« nolurn de Pbilotads. Ailleurs (Artihm., U, p. bS), il cite 



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LES FRAGMENTS DE PHILOLADS. S27 

OU à la fois Snis et inâuia ; mais ils ne sauraient être 

tons seulement infinis* 

3. Or, puisqu'il est clair qoe les £tres ne peuvent pas 
être formés ni d'éléments qui soient tous flpis, ni d'é- 
léments qui soient tous inSnie, il est évident que le 
inonde dans son tout, et les êtres qui sont en lai sont un 
composé harmonieux d'éléments finis et d'éléments 
infinis*. C'est ce qu'on voit dans les onvrages de Fart *. 
Ceux qui sont faits d'éléments finis*, sont eux-mêmes 
Unis, ceux qui sont faits d'éléments finis et d'éléments 
infinis, sont à la fois finis et infinis, et ceux qui sont feits 
d'éléments infinis, sont infinis *. 



âgalemant cette proposition : ■ PhiloliOs dit : 11 est nécessaira que iM 
êtrei soient ou infini» ou finis, au i la fois l'un et l'autre. > Ceque 
Boèce traduit (Irtlhnt. , II, p. &3) : < PbilolaQs vero, Necssie ut, in- 
qtiit, omnia gun sunt vel Infinit* Tel flnita esse. ■ 

t. La preuve manque. H. Boeckti la retrouve dans ce punge d'iam- 
•' blique (Villoii., Àntcd. Grxc., II, p. 196) : > D'abord, d'après Phib- 
laDs, il ne saurait y avoir de connaissance, d toutes les choses étaient 
iDflnies, et 11 est cependant nécessaire de reconnaître chez les Mret 
l'existence naturelle de la science. • C'est ce que répète SyrieD, dans la 
traduction latine Ifui Ktt. , XII, p. 88] : • Ptincipio enim, ioquli (Pbi- 
lolaQs) Dullam erit cognitum omnibus infloltie eilslentlbus. • Le leiie 
du tragment était primitivemeiit : i^vov aux iil. Heeren y avait substi- 
tué six en cil), que Heinoke a corrigé en oC xa ili). 

3. C'est le grand principe pythagoricien ; l'être est un composé, nn 
rapport, la synthèse des contraires. Celte doctrine leur est encore ^tri- 
buée et particulièrement à Pbilolaûs par Froclus (Fini. TAmI. m, tu, 
p. 182), qbi dit : ■ D'après Pbilolaûs, la nature des êtres est un tissu 
formé d'àéments finis (au|m«X>T|iiviK) et d'éléments infinis; i et (ad 
Tim., I, p. 26) : • L'Être est un composé indissoluble, laiyntbèsedes 
eontridres, le fini et l'Infini, cooune le dit PbilolBtU, invovfjitn ip- 

3. '£pY<i paiticulièrement les ouvrages de l'architeeture « 4e la 
sculpture. , 

4. Quant l la dimension et au nombre. 

5. La comparaison eA loin d'éctaircir mè»\ car il n'est guère pas- 



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tz8 LES FRAGUENTS DE PHILOLxiJS. 

3. Et* toutes choses, celles du moins qui sont connnes, 
Dt le nombre : car il n'est pas possible qu'une chose 
quelconque * soit ou pensée ou connue sans le nombre*. 
Le nombre a deux espèces propres : l'impair et le pair, 
et une troisième provenant du mélange des deux autres, 
le pair-impair. Chacune de ces espèces est susceptible ' 



flbla da M reprfeenler uo ouvrage d'architecture dont les pierna 
n'kiani aucune Tanoe ni (ucun nombre. 

Le Bni pour les pythagoriciens était l'impsir, et l'iofloi Is pair. 
Conf. Ariit., Phyi., III, 4, et Met., 1, S. Syrianus (ad Mtl., XIV, texte 
latin, Boeckh, p. M; teite grec, Schol. Val. Âriâtt., Brand., p. 316, et 
De ptrdit. libr. ÀrUtt., p. 35) commente ainsi U penste de PhilalaOs ; 
■ Il no Taul pas croira que les pythagoriciens commencent absolu- 
ment pu les contraires : ils connaissiiect la principe qui aatplact bu> 
dessus de c«s deux éléments, comme l'atteste Philolails, disant que 
c'esL Dieu qui a byposUtîai le fini et l'influi [ti^pm xoù àiritpiccv ^»- 
snooK. Conf. Piocl., Thiol. Platon., III, vu, p. I3T, appelant Dieu 
sdpinot xai&niipiBcOnoindiniv); il montre que c'esl du fini, qui a 
plus d'aninité avec l'unité, que vient toute espèce d'ordre, et de l'in- 
fini que vient cet état da choses qui n'est qu'une dégradation du pre- 
mier. Ainsi, au-dessus des deux principes, et antérieurement k eiii, 
il posait une cause une, unique, séparée de toutes les autres choses, 
qu'Arcbéntna (M. Boeckh propose de lire irchy tas) disait être la eau 
avant la cause, et que PhilolaQs affirmait être le principe de Tout. 
Produs (Theot. Plai., I, t, p. 13) observe que Platon, dans [e Phi- 
Ubt, p. 16, rapporte aux pythagoriciens ces deux genres de causes 
premières, et il ajoute : • Sur ce sujet, Philolails le pythagoricien 
avait écrit deichosesadmiraUes,'et exposé avec d'abondants dévelop- 
pements camiAenl ces principes se développent et procèdent dans lea 
êtres, il; ti ivTa np6aSav, et forment la création distincte des cho- 

1. U est clair qu'il y a une lacune ici, et que ce qui suit ne se lie 
pas avec ce qui précède ; ce passaige forme le V fr. de H. Boeckh. 

3. Les manuscrits donnent Ati âv tt, que U. Boeckh a ingénieuse- 
ment changé en ixiâv olâv te. H. Heineke, moins bardi, supprime 
iiiAi, pnur ne laisser subsister qu'«tovti. 

3. On retrouve dans Epicbarme, pythagoricien d'après la tradition, 
k peu prb U mime pensée. Voy. plus loin Bût. de la phOotôphie 
pilfittij/oricitnne , Bpidturnu. 



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I 



LES FRAGMENTS DE PIIILOLAUS. 8S9 

de formes très-nombreuses, que chacuoe individuelle- 
nijent manifeste ^ 

M. fioeckh donne ici comme 3* frag^mént un extrait de 
Nicomaque, AriAm. II, p. 509, sur l'harmonie, ain^i 
conçu : ■ L'barmonie est universellement le résultat 
de contraires : car elle est l'unité du multiple, l'accord 
des discordances. • Il reconnaît cependant que personne 
ne cite ce passage comme de Philolaùs, auquel il croit 
que la suite des idées 'dans le texte de Nicomaque- 
oblige ou permet de le rapporter. 

k. Voici ce qu'il en est de la nature el de l'barmonie : 
L'essence des cboses est une essence éternelle ; c'est 
une nature unique et divine, et dont la connaissance 
□'appartient pas h l'homme ; et cependant il ne serait 
pas possible qu'aucune des choses qui sont et sont con- 
nues de nous, arrÎTBSseal à notre connaissance, si cette 
' essence n'était le fondement interne des principes dont 
le monde a été formé, c'eslA-dire des éléments finis et 
des éléments infinis*. Or puisque ces principes ne sont 
pas semblables entre eux, ni de nature semblable, il sé- 
rail impossible que l'ordre du monde fût formé par eux , 
si l'harmonie n'était intervenue, de quel que manière 

1. PuMge corrompu. Le9 levons des mainuscritt Tarient : les un* 
donnent ai ■niti Sii|uiCvti; les autres, au aixi. Seeran proposa aù- 
tonni n||i«lvii; Jtuwbs (Epitt. crit., p. 134), ûv htdna si tsM «o- 
BaiviTou, • quuum uiiBqu«que iterum eadem r&Iiona arScitur. • 

2. Le (Gîte n'eat pas lûr. Le manuscrit <1onne ta; IvtdCi;, que 
Cantar change avec Boeckh an aitài Mk, et ICeioeke en toc imoùç. 
Le sens est pour moi très-obscur : il me semble que l'auteur des Frag- 
ments reut dire qua l'essence an soi nous échappe, et que nous ne 
pouvons la connatlre que lorsqu'elle ^e manifeste dans le phénomène , 
dans le monde et le deTenir ; et toutefois c'est par elle que le devenir 
lui-mSma nous peut Stre connu. 



jyCoOgIc 



230 LES FRAGMENTS DE PHILOLAÛS. 

d*uUeurâ que cette interventioa se soit produite. En 
effet, les cboseç semblables et de n&ture semblable, 
d'ooI pas eu besoin d'harmonie; mais leschoses dis- 
semblables, qui n'ont ni une nature semblable ', ni ane 
fonction égale, pour pouvoir être placées dans Tensemble 
lié do monde, doivent être enchaînées pcir l'harmonie. 
5. L'étendue de l'harmonie est ane qnarte*. plus. une 
quinte*. La quinte est plus forte que la quarte de 9/8 * ; 
car il y a de l'hypate * à la mèse *, une quarte, et de la 
mèse à la ^lète'' une quinte : mais de la nète à la trite *, il 
y a une quarte, de la trite à l'hypate, une quinte. L'in- 
terralle placé entre la mèse et la trite est de 9/8; l'in- 
tervalle de la quarte est de 4/3*; celui de la quinte, de 
3/2; celui de l'octave dans le rapport double". Ainsi 
l'harmonie comprend cinq 9/8 plus deux dièses"; la 

1. loolix^Ii tv^'Hi Imrax^, Ivmtalii, telles Mntlu Ttriantes du 
munucrits et des éditions. 

. }. LvilaSâ, nom donné i la quarte, parce qae tfest le premier sjs- 
tème [vâUiii^iK) àei sons consonnant». 

3. At' éfiiuv, ou ilà nirrt. 

K. 'E%&jien, e'est-à-dire : i + un entier = | + f = |. 

b. Le corde grave du létrachorde tarérjeur. 

G. Ia corde eiguE de ce même tétricliorde. Dans la jonction dee 
deux tétrachordes, celte corde devenait la corde grave da tétrachorde 
nipérieuT, et occupait le milieu des deui systèmes : de là son nom. 

î. la corde aiguS du télrachordo supérieur, 

8. L'aaieur se place ici dans le système de l'beptacborde, où man- 
quait une corde, et où de la paraeèla à la corde la plus grave dn té- 
traetiorde supérieur, il n'y avait pas d'intervalle divise, mais un Inter- 
valle de trois demi-tons. Alors la corde, qui dans le système de 
l'oetochorde était et s'appelait la paramèse, devenait et s'appelait la 
trite, c'est-à-dire la troisiëms corde en partant de l'aigu. 

9. 'GnCTpiTov, un liera eu sus de l'entier. 

10- De I: 3 ou de} :4. C'est donc notre octifTe, mais autrement di- 
vlsde, tài inioâv. 
ll.Ceit iciundemi-tonmineur, 248 : U{>} le sens primitif est dlvi- 



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LES FRAaHKNTS DE PHILOIAUS. 831 

quinte tavis 9/8 pins un dièse ; la quarte deux 9/& plus 
no dièse'. 

6. ' Cependant Philolaùs le pythagoricien a essayé de 
diviser autrement le ton : il pose pour point de départ 
du ton le premier nombre impair qui forme an cube, 
et l'on sait que le premier impair était l'objet d'une 
TénératioD particulière chez les pythagOTiciens. Or, le 
premier impair est 3 ; 3 fois 3 font 9, et 9 multiplié par 
3 donne 27, qui est distant du nombre 24 de l'inter- 
valle d'jm ton, et en diffère de ce même nombre, 3. En 
effet 3 est la S» partie de 24, et cette 8* partie de 24 
ajoutée à 24 même, reproduit 27 cube de 3. Pbitoiaûs 
divise ce nombre 27 en deux parties, l'une plus grande 
que la moitié, qu'il appelle apotomé ; l'autre plus pe- 
tite que la moitié qu'il appelle dièse, mais & laquelle on 
a postérieurement donné le nom de demi-ton mineur. 
Il suppose que le dièse comprend 13 unités, parce que 
13 est la différeuce entre S56 et 343, et que ce même 
nombre est la somme de 9, de 3, et de l'unité, dans la- 
quelle l'unité joue le rôle du point, 3 de la première 
ligne impaire, 9 du premier carré impair. Apiis avoir, 
pour ces raisons, exprimé par 13 le dièse qu'on appelle 
semi-Ion, il forme de 14 unités l'autre partie dti nombre 

sion. Ce dfliii[-toii mfnsur porte ailleurs le nom de llmm» (lf[)>|ia], «t 
le di^ alon = 1 de toD dan* le geore chromaUque, i d« ton dans le 
genre en harmonique. 

1. Ici *e termine te long fragment de Stoltée, que H. Boecïh a par- 
tagé eu cinq parties. H. Scbaarscbinidt veut bien reconnaître que ces 
cinq fragments ne contiennent rien qui ne soil conrormeaui doctrines 
pythagoriciennes, telles que' nous les connaissons par ArisLole, 

2. Ca fragment est en laiin ei extrait de Boèce (de Jfutû. , lil, S), qui 
après avoir montré la divi^icn exacts et scientifique du ton, ajoute i 
Cependant PhiloUn*, etc. 



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33S LES FRAGMENTS DE PHILOIAUS. 

37 qu'il nomme apotomé * ; et comme la différence de 
13 h 14 est l'unité, il soutient que l'unité forme le 
comma, et que 27 unilég forment le toa enlier, parce 
que 27 est la différence de 216 à S43 qui sont distants 
d'on ton. 

7.* Voici quelles définitions Philolaiis a domiées de 
ces inlcrralles, et des intervalles encore plus petits. Le 
comnia*, dit-il, est l'intervalle dont le rapport 8 : 9 eicëde 
la sommede deux dièses, c'est-à-dire, la somme de deux 
demi-tons mineurs '. Le schisma est la moitié 
conuna; le diascbisma est la moitié da dièse, c'est-à-dire, 
du demi-ion mineur *. 

8. ' Avant de traiter de la substance de l'ftme, il 
(Ptiilolaiis) traite, d'après les principes de la géométrie, 
de la musique et de l'arithmétique, des meflures, des 
poids et des nombres, soutenant que <;e sont là les prin- 
cipes qui font exister l'univers^. 

1. Ce calcul de l'ïiwtomé est inexact, d'après U. Boeckb, qui le dé- 
montre &insi : t te limma ou dièse n'est dans le rapport 143 : 256 
quBsion pose le ton à 243 :1T3^; si au coq traire on le fait !I6 : 143, 
le nombre du limma est trop petit pour que la dilTérence an soit 13. 
De sorte que les différences dit tlmma et de l'apolomé, el le nombre 
du eomma sont faux dans U calcul de PhiloUfls. > Cf. Th. H. Hartln, 
Étudat. h Timii, t. I, p. 410. 

I. Encore eilrail de Boèce, de Vuric., III, S. 

3. n Taut lire ici comma, quoique H. Boeckh donne dietù. 

4. La lomme de deux demi-tons mineurs ou limmaa (que PhilolaQs 
appelle dièse) ne fait pas un ton. Le comiiu est ce qui manqne à deux 
limmai pour valoir un ton. 

5. Je ne traduis pas la suite du chapitre de Boèce, qui n'appartient 
pas à PhilotaQi. 

6. Après un fragment incomplet de Porphyre, où il semble dire que 
PhltolaQs étendait le nom d'excès, ùitipox'iii à tous les interralles mu- 
sicaux, H. Boeckh passa i un extrait lalin de daudien Hamert (df 
Stat. ontm., U, 3). 

7. Cf. dans la Bible le livre de la Sagesse, II, 31. 



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LES FRAGMENTS DE PHILOLAUS. S33 

9. * Quelques-UBS, suivant en cela Philolaùs, pensent 
qu« cette sorte de proportion est appelée harmonique, 
parce qu'elle a la plus grande analogie avec ce qu'on 
appelle l'harmonie géométrique : or, on appelle harmo- 
nie géométrique le cube, parce que tontes ses dimen- 
sions sont parfaitement égales entre elles, et par consé- 
quent en parfaite haraionie. £n effet, cette proportion 
s'aperçoit dans toute espèce de cube, qui a toujours 
IS cAtés, S angles et 6 surfaces*. 

Le nombre huit*, que les Arithméticiens appellent 
le premier carré en acte ', a reçu de Philol&ùs le pjlha- 
goricien le nom d'Harmonie géométrique, parce qu'il 
croit 7 retrouver tous les rapports harmoniques. 

10. *a Le monde est un : il a commencé \ se former à 
partir du centre*. A partir de ce centre, le haut est 
absolument identique an bas; (cependant on pourrait 
dire que) ce qui est en haut du centre est opposé à 
ce qui est en bas de lui ; car peur le bas, le point le plus 

1, TiredeNicomaq., irïchm.,II,p. T3. 

3. Dans ta, proportion harmonique, le mojen «urpus« chaqus ei- 
trEme, et est surpassé par chaque citrbne d'une mime rraction de 
chacun d'eui : c'est ce qui se présente dans la série des nombres 
11:8:6; c«rl3=:8-f 4, et 4eslle tienda 12; 8 = 6 +2, et lestle 
tiers de 6. Le cube contenant ces trois nombres est donc la type de la 
proportion harmonique. Boèce (An'Utm., II, 46) repn>duit la mSme 
théorie avec un peu plus de dëreloppements, mai» aans la rapporter Ik 
PhilolaQs. 

3. Tiré de Cassiodore (Expoi. in Piatm. IX, p. 36). 

4. C'est-&-dire le premier cube. j 

5. Fragm. tiré de Stobèe (Echg., I, c. iv, 7, p. 360), qui la cite 
comme faisant partie d'un ouvrage lie PhiloiaQs, inlilulé Bàn^»' 

6. Il est cerlain que la théorie de PtiilolaUs est que le monda s'est 
rormf d'un noyau central se développant jusqu'aux eilrémités oi 11 at- 
teint l'infini. On est donc obligé de donner ce sens aux mots ixp> ^^^ 



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234 LES FRAGMENTS DE PHIL0LAU3. 

bas serait le centre, comme pour le haat, le point le 
plus Haut serait encore le centre, et de même pour les 
autres parties; en eEFet, par rapport au centre chacun 
des points opposés est identique, h moins qu'on ne base 
.moilToir le tout*. 

b. Le Premier Composé*, Illn placé au milieu de la 
sphère s'appelle Hestia. 

11*. a. Philolaiis a mis le feu au milieu, an centre : 
c'est ce qu'il appelle la Hestia du Tout, la maison de 
Jupiter et la mère des Dieux, l'autel, le lien, la mesure 
de la nature*. En outre il pose encore un second feu, 

1. Le texte est det plus obseun ; il sembla que l'autsur a voulu dire 
que, dins uns spbârc, l'opposition du haut et du bas est simplement 
nlatife. Pu rapport au ceotre, tous les points de la circonférance sont 
Agilement en bas; en sorte que pour le bai, le milieu est le vrai bu, l'ex- 
trême bas, et de marne pour te haut : telle est du niolns l 'interpréta tia a 
de M. Boeckb, que j'ai adoptée dans ma traduction. H. Schaarscbmidt 
objecte qa'Arittôte nia que les pythagoriciens aient connu l'opposition 
du haut et da bas dans le monde, et qu'ils n'ont soutenu que ee]le de 
droite et de gauche. Boeckh avaii cité un passage d'une Iwbyuti) 0\i- 
eoTBpixfii produit parSimplictus (ScAoU. in icùtt:, p. 493, t. 47), cou- 
traire â l'userlion d'AristoCe; et U. Schaaischmidt triomphe, parce 
qu'entre ces deux aularitéi, on ne peut pas balancer à qui accorder la 
préférence. Hais si on relit It fragment avec attention, on voit que, 
pour l'auteur, il ne comprend pas l'opposition réellB du haut et du 
has, «t qae cette distinction n'a pour lui qu'une valeur tout & bit re- 
lative. Quant & la contradiction de faire le monde étemel, et cepen- 
dant d'en Indiquer le commencement et d'an décrire le développe- 
ment, on peut dire 'qu'elle se retrouve dans presque tous les lyalèmes, 
qu'elle est inhérente au problème philosophique, parce qu'il est 1 peu 
prâs également imposable de comprendre qu'il ait ou qu'il n'ait paa 
commencé, et qu'enfin on peut dire que cette description d'un com- 
mencement de l'étemel est faite EtSanvaXIsc; X'P'") conme le dit Arl- 
stote en parlant des pythagoricleo», ou comme le disait Pjrlhagore lul- 
mbns, xcn' iKivirfav (Stob., Bel., I, 21 , 6, p. 4&0). 

2. Tbufaam jptioirtiv. Fr. tiré de Stob., Ed., 1,31, 8, p. t68. 
S. Fcagm.' tiré de Sloh., JTcI., I, 21, I, p. tSS- 

4. Aristt. {Dt cœlo, II, 13) dit que les pythagoriciens aillaient le 



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LES FRAGMENTS DE PHILOLAUS. S33 

toot fc feit en haut, et enveloppant le monde. Le centre, 
ditr-il, est par sa nature le premier; autour de lui les 
dix f»rps divers accomplisBent leurs chœurs dansants' ; 
ce sont le ciet, les planètes, plus bas le soleil, au-des- 
sonsde celui-ci lalnne; plus bas la Terre, et au-dessous 
de la Terre, l'anti-Terrc*, etenân au-dessous de tons ces 
corps, le fea d'Heslia, au centre, où il maintient l'ordre. 
La partie la plus élevée de l'Enveloppant, dans laquelle il 
Iffëtend que les éléments se trouvent à l'état parbitemeiit 
pur, il l'appelle l'Olympe ; l'espace au-dessous du cercle 
de révolution de l'Olympe, et où sont rangés en ordre 
les cinq planètes, le soleil et la lune, Tonne le Monde, 
Cosmos; enfin au-dessous de ces derniers corps est la 
région subluoaire, qui entoure la terre, et oùse trouvent 
les choses de la génération, amie du changement : c'est 
le Ciel*. L'ordre qui se manifeste dans les phénomèues 



fra entrai la pMia de feilk (piXeodiv] de JnpiUr. Oui Proclni et 
Simplicim, lea moti Ai^ olxsv Mut rempUcés pu ceux de Xatbt 

1. La Urre M meut donc Cf. [dui loin fr. 13 , et Boackh, da Platon. 
SftUm., p. XT at XVI.. 

3. Astre inugioè par let pjrtbagoriùeDS, dit Ariatote (Mtt., I, 5, 
•t de Cal., U, 13, Cf. Stmpliciu», ad Àriit., de Cal, p. 114 b) ponr 
eomfJèler la □éw'e. 

3. PUton, dant le Phidre, dlattogne égilement trois diâOMme* : 
Van, Ompoupdviot; le moyen, qu'il ippatle la Ciel; le troidème est le 
monde lubloiuire. Le corpi de l'homme eil en ïfflniti itbc la troi- 
«lime; l'ime iTScle second j l'inieltlgence et les idées &Tec le pre- 
mier. Un anonyme, auteur d'une Ft« d« Pythagon (PhoL, BibliolH. , 
eol. 1313), donna une deKription différante du tystâme cosmologique 
dai PTthagorlcians, mais qui ne semble guire Bdèle, et qui n'est d'ail- 
leurs psB rapportée A PhilolaOs. Les objections contre l'autheaticilé du 
fttgment font tirées : I* de la dÎTision en trois parties, de perfection 
Inégale, ce qui est contraire A la notion du %6a^ot et i l'unité gui est 
le principe ptiikwo|ridqiie du sTstËme ; 2* de l'emploi des mots îlvii-' 



lyGOOgIC _ 



S36 LES^RAGUENTS DE PHIlOLAÛS. 

célestes, est l'objet de la scieace; le désordre qui se ma- 
nifeste dans les choses du devenir est l'objet de la verta : 
l'une est parfaite, l'autre imparfaite. 

b. ' Philolaiis, le pythagoricien, oiet le feu au oûlieu ; 
c'est la Hestia du Tout; ensuite l'Ànti-Terre; en troi- 
sième lieu, la terre que nous habitons, placée en face 
de l'antre, et se mouvant circulairemenl :^ qoi fait 
que les habitants de celle-l& ne sont pas visibles aux ha- 
bitants de la nfttfe. 

e. * Le principe dirigeant, dit Philolaiis, est dans le 
feu tout & fait central, que le démiurge a placé comme 
une sorte de carène pour servir de fondement à la 
sphère du Tout' 



wK, Oifttti(, xioftoc, (HiKpMfai S* de k plaw da fea central, qui 
paraît supprimé i là fin du fragment pu un feu euTelopput. Je ri- 
poDds qu'il oat Uut à fut conforme lox idéea pythagoriciennes de 
poser le premier prioeipe & le fois comme enveioppent et comme eo- 
leloppé; que l' inexactitude des termes, il elle est réelle, peut être «t- 
tribnie »u ciiaieur; et que la contradiction réelle que signale la pre- 
mière objection peut Ikire i'objel d'une critique foitdte contra le 
gjst&me, maie ne porte fw témoignage contre l'authenticité du tng-. 
meot. H. Scha&rscbmldteiplicpie d'une manière bien iDCompréhensiUe 
l'origine de ce paseege apocryphe - : L'auteur l'a commencé en ayant 
MUS lei yeui le leite du De Calo, II, 13 ; — puis, sans songer qu'il 
•Tilt pris le masque d'un ancien pythagoricien, il le conllnue en ex- 
posant las sentiments perliculien d'AriitOte. Voilt, sans mentir, un 
falsiScateur bien maladroit. Comment la conscience même de la 
fraude qu'il commelta,itDBrB-t-eUe pas mis en garde contre une si gros- 
sière combinaison d'éléments il diiparatesT Ceci est asiurémeul de 
toutes les possibilités la plus inTreisemblable et la plue incroyable. 

1. EKr. de Plut., Placit. Phùot., III, 11. 

1. TirédeSlob., Eei.,I,Sl,6,p. 46Ï. 

3. Les expressions té JiftiuviiiÂo et i Siiiiioûnoc, l'une stoïcienne, 
l'autre pUtonidenne, la doctrine d'un Dieu.sèpàré de l'Ime du monde, 
ont rendu suspMl ce fragnienl. Quant i ce dernier argument, il est 
* léfuU par notre exposition de la doctrine dee pythagoriciens, qui j 



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Lfifi FRAGMENTS DE PHILOLAÔS. S3T 

IS.* Philolaûs explique par deux causes la destruc- 
tion' : l'une est le feu qui descend du ciel, l'autre est 
l'eau de la lune, qui en est chassée par la rëTolution de 
l'air : les pertes deces deux astres nourrissent le monde. 

13.'a.Phîlolaûs*ale premier dit que la terre se meut 
en cercle; d'autres disent que c'est Hicétasde Syracuse. 

b. ' Les uns prétendent que la terre est immobile ; 
mais Philolaiis le pythagoricien dit qu'elle se meut cir- 
culairement autour du feu (central)* et suivant on 
cercle oblique, comme le soleil et la lune . 

U.'' Philolaûs, le pythagoricien, dit que le soleil est 

montra, maigri leurs tbéorieg toutes phytlquM, uno lenduiu et 
comme un soupir vers l'idéalisme. C'est une grande erreur de croire, 
comme H. Schaarsclimidt, qu'un esprit lensA n'a jamais pu admettra' 
la doctrine qui ^t de l'Un un composé, et de rejeter t'autbentieltd 
d'unfragment, parce que cette doctriae y est eiprimée. 

I. Eitr. de Plut., Plaeit. Fhùot,, il, h, et reproduit en partie par 
Siob., Ed., I, 31,1, p. 4&1. 

3. Map<tv. La destruction de quoi T Le titre aoui lequel est rangée 
celle propositinn, dans les Piaeita, est : UÉSiv Tpjçirai A x6ayj)i. He 
serait-il pas naturel de cbatiger alors dans le teite fSop» en tfaifAi T . 
La réponse serait plus cantorme k la question. 

3. Cf, Pragm. Il, b. 

i. Tiré de DiogènB de LaBrte, VIU, 8S 

S. TirédePlut.Ptoca.I*ftaoi.,m,-7. 

C. Il ne s'agit donc pas d'un mouTement de rotation sur son ue, 
ou de translalion autour Ju soleil. Cepeodant c'est la premier de ces 
mouTSments que Cîcéron, d'après Tfaiophrasta, croit avoir été décon- 
*ert par Hicétas. AcaJ. fu. IV, 3S. Cf. Copernic, Epiil. ad Pautum, 
m : • Reperi apud Ciceronem primum BiceUuD scripsisse lemm mo- 
veri.,.. Inde igituroccasionem nactus, crépi et ego de lernB mobilitate 
cogilare. ■ Sans nommer PhilolaQs, Aristote attribue également ■ aux 
pliïlosophss de l'Ecole Italique, aux pythagoriciens, comme on Ira 
nomma, ■ la doctrine du mouvemeot circulaire de la terre autour 
d'un centre. De Caio, II, 13 : «Ils diseoi que le feu est au milieu, que 
la terre eai un astre, et se meut circulairemeat autour de ce centre, et 
par ce mouvement produit le jour et la nuit. • 

7. Tiré de Stob., EeL, I, 3B, S, p. 530. 



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188 LES FRAGUENTS DE PH1L0LA.ÛS. 

DQ corps' vitresceot qui reçoit la lumière réfléchie du 
feu du Go&DOB, et noua en rearoie, après les avoir fil- 
trées^ et la lumière et la chaleur* : de sorte qu'on pour- 
rait dire qu'il y a deux soleils : le corps du feu qui est 
dans le Ciel *, et la lumière ignée qui en émane et se 
réfléchit dans une espèce de miroir. A moins qu'on ne 
veoille conàdérer comme une troisième lumière, celle 
qui, du miroir où elle se brise, retombe sur nous en 
rayons dispersés*. 

15.* De la forme apparente de la luoe. 

Quelques pythagoriciens, entre autres Philolaûs, pré- 
tendent que sa ressemblance avec la terre vient de ca 
que sa surface est, comme notre terre, habitée, mais 
par des animaux et des végétaux plus grands et plus 
beaux ; car les animaux de la lune sont quinze fois plus 
grands que les uAtres, et n'évacuent pas d'excrtoients. 
Le jour y est aussi plus long que le nAtre dans la même 
proportion*. D'autres prétendentque la forme apparente 
de la lune n'est que la rélï-aclioD de' la mer que nous 
habitons, qui dépasse le cercle de feu. 

~ 1. Un disque, luinnt Etuéb., XV, 23. 

2. Plutarque (fintil. Fhilor, II, 20) , Eusèbe et Stobte donnent b le- 
{OD SimBDÙvTa, que Boeekb remplace par la leçon meilleure SLTjtoûnn, 
quoiqu'elle foumiiM un sens acceptabie. 

t. Oiïp<n6e semble mis ici impropremenl pu l'auteur de l'extrait, au 
lieu de xéotiof. 

4. Il y a donc trois aoleiU : lef«u central; le soleil qui en reçoit la 
lumibre; et la lumière qui nous est renvoyée de ce dernier, et qu'on 
peut appeler un troislâme stdeil. Comne le dit Pluiarque (Ptonl., II , 
30) , en reproduisant presque intégralement ce passage, ce dernier eo- 
' leil eit l'image d'une image. 

6. Tir* doStob., Etiog., I, 26, 1, p. 562. 
' 6. loi s'arrite le texte de BoeoUu II ne dit pas pourquoi il ne donne 
pu le texte oomplet de Stob^. 



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LES FRAGMENTS DE PHILOLAOS. S39 

16.* D'après Philolaûs le pyOïagoricien, il y a âne 
année, composée de 59 années et de Si mois interca- 
laires* : l'année Datnrelle a, d'après loi, 364 jours et on 
demi -jour*. 

17.* Philolaûs dit qoe le nombre est la force sonve- 
raine et autogène qui maintient la permanence éter- 
nelle des choses cosmiques '. 

18. 'a G' est dans la décade qu'il faut roir quelle est dans 
sa puissance et l'efficacilé et l'essence du nombre : elle 
est grande, elle réalise toutesles fins, est cause de tons 
les effets; la puissance de la décade est le principe et le 
guide de toute vie, divine, céleste, humaine, à laquelle 
eUe se communique'' ; sans elle tout est infini ; tout est 



1. Tiré de CenMriniu.cb Dit natal., 18. 

t. La grande aimée ptalonique est de 10000 ans; mtis o'ertimt pé' 
riode' qui sembla toute mf thique. Ici nous avons affaire plulAl ft un 
vrai cycle aslioDomique, comme celui de Cléostiate de 8 us, de Xéton 
de 19, de Démocrite de 83 aonies solidres. Le cj^le ds E>9 ans est attri- 
bué par Stobée (Eclog., I, 8, p. 2U) à Œaopide et& Fflbagore. 

3. loi se termioenlles fragments qui, d'après H. BoacUi, ont appar- 
tenu BU premier livre de l'ouvrage de PbilolaQs, et qal traitait dB Cos- 
mos. Le second traite de la nature. 

4. laiDbl.,(i4 jrûomac. jlritAm., p. 11. 

B. S;rlanus {otUTst., XII, p. Tl b] a reproduit deux fois cetDorceaa : 
• PhiloUds auiem mundanorum atems petmanentisi Imperanteia et 
spimte genitam contineatiam (vui6)[i]v] numerum eue enuntlavit; > 
et plus loin, p. 85 b : nPhiloIaOs quoque affirmavit numemm esse 
continuation en) (T) atemte mundûorum parmauaitii! ex se genitam 
et Impsrnnteo). • 

G. Tiré de Stob., Ed., I, 3, p. S, où il a pour titre : • Dt PAtloIoo. > 
H. Scbarscbmidt, tout en ne croyant pas ce Tragment autbenUq;ue, n'y 
trouve rien qui ne soit pythagoricien. 

7. Passage Ibrt obscur, où H. Boeeklt soupçonne une lacune, et que 
je traduit comme s'il n'y en avait pas, en me bornant & supprimer un m1 
dana la phrase xowwvoûaa Bûw(U( [xsl] lâi Siuijot. Heeren propose 
de Un xeivdt -1bQ«b faivirat Uva|U( & vd; iniSot, qu'il traduit on 



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340 LES FRAGMENTS DE PHILOLAÎJS- 

obscur, et se dérobe. En effet, c'est la nature du nombre 
qui nous apprend h connaître, qui nous sert de ^ide, 
qui nousensei^e toutes choses, lesquelles resteraient 
impénétrables etinconnues pour touthomme*. Car iln'est 
personne qui pourrait sur aucune chose se feire une 
notion claire, ni des choses en elleE-mémes, ni de leurs 
rapports, s'il n'y avait pas le nombre, et l'essence du 
nombre. Hais maintenant le nombre par une certaine 
proportion qu'il met dans l'Ame, au moyen de la sensa- . 
tion*, rend tout connaissable, et établit entre toutes les 
chosesdes rapports harmoniques*, analogues & la nature 
du gnomon*; il incorpore les raisons intelligibles des 

peu tibremeot : • palet \im ejua omnibus prca^e. • Bulbam, dans aoD 
CommeDUÏiB sur le Pkilèbe ile Platon, p. 99, en propose une autre : mi- 
vwvîa; & iOvap.» i, iSi; SiasSo;, qui ne me semble pas nécessaire. JB 
crois que nDivuvaûaa peut très-bien s'expliquer tout seul. 

I. Badbam, 1. I., par conjecture, au lieu de novri, donoe lilejoa 
■n&çvni. Je crois que la ir^oa ordinaire est canHrmêe par la tuile des 
idiet, el par le mot mUii, qui ne fait guËre que répéter nsvii. 

3. La connaissance va du semblable au semblable; il faut donc qu'il 
y ait entre le sujet qai connaît, l'Ame, et l'objet qui est connu, ana- 
logie, rapport, similitude, barmonie. Le nombre, éunt l'essence des 
oboses, doit se trouver également dans l'Aine, si l'on admet que l'Ame 
connaît les choses. 

3. Le nombre est donc principe de l'être et du connaître. 

4. Le gnomon était une figure en forme d'équerre de même hauteur 
A l'intérieur qu'un carré et qui, ajoutée A ce carré, formait un second 
carré, plus grand que le premier de la surface de cette équerre, com' 

. posée de deux rectangles égaux et d'un petit carré. 

Je pense que PbilolaDs veut dire que le sujet doit envelopper, et en 
partie embrasser l'objet, comme le i^nomon embrasse et enveloppe eu 
partie leurré dont il est complémenlaire. De plus, le goomon, expri- 
mant la différence de deux carrés, peut, eu certains cas du moins, 
éire équivalent A un carré ; ainsi dans la proposition du carré de l'hy- 
poténuse Q' = (ji 4- c', le gnomon o' — b't= c'. Ainsi le gnomon 
eat non pas égal en dimension, msis équivalent en etpcce au carre 
dont 11 est complémentaire. Il est un carré en puissance, et c'est ainsi 
qus te sujet pensant doit être en puissance l'objei pensé. 



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LES FRAGMENTS DE PHlLOLAUg, 241 

choses, les sépare, les individualise, tant des choses in- 
Bnies que des choses finies. Et cen'estpasseulementdans 
les choses démoniqiies et divines qu'oa peut voir la 
nature et la puissance du nombre manifestant leur 
force, mais c'est encore dans toutes les œuvres, et dans 
tontes les pensées de l'homme, partout enfin et jusque 
dans les productions des aris et dans lamusique. La na- ' 
ture du nombre et rhannoui(; n'admettent pas l'erreur: 
le faux n'appartient pas à leur essence ' ; la nature in- 
finie sans pensée, sans raison, voilà le principe de Ter- 
rear et de l'envie. Jamais t'eireur ne peut se glisser 
dans le nombre; car sa nature y est hostile, en est 
renuemie. La vérité est le caractère propre, inné de la 
nature du nombre. 

(>*. La Décade porte aussi le nom de Foi, parce que, 
d*aprè9 Philolaûs, c'est par la Décade et ses éléments, 
si ou les saisit avec force et sans négligence *, que nous 
arrivons à nous faire sur le^ êtres une foi solidement 
fondée. C'est éj;a!cment la source de la mémoire, et 
voilà pourquoi on a donné à la Monade, le nom de 
Mnémosyne. 

c '. La Décade détermine tout nombre, elle enveloppe 
en soi la nature de toute chose, du pair et de l'impair, 
du mobile et de l'immobile, du bien et du mal. EUe a 
été l'objet de longues déçussions d'Archytas dans son 
OQvrnge sur la Décade, et de' Philolatjs dans son ou- 
vrage tur la Nature. 

I. Cf.Amtot.,Jno(v(. pr.,I,3î, p.4T«, 8. Sih. Affe., I, 8, p. 1098, 
b, II. 

!- Tiré des TheologowneiM, p. 61. 

3. Passage corrompu, su napip-r'^; xaTa)LB|iGsiva|iivai<. 

4. Tiré de Tli;oo de bmyne, Platon. Hathem., p. 49. 



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S43 LES FRAGMENTS DE PHILOLAUS. 

d'. n y en a qoi appelaient la Tétractys * le grand ser- 
meDt des pythagoriciens, parce que suivant eux elle 
constitue le nombre parfait, ou bien parce qu'elle est 
le principe de la santé : de ce nombre est Philolaùs. 

19 '. a. Arcbytas et Philolaiis appellent indiftéremment 
l'unité monade, et la monade unité. 

b*. II ne faut pas croire que les philosopbes commen- 
cent par des principes pour ainsi dire opposés ; ils con- 
naissent le piincipe qui est placé au-dessus de ces deux 
éléments*, comme l'atteste Pbilolaiis disant que c'est 
Dieu qui hypostatise' le fini et l'infini ; il montre que 
c'est par la limite, que toute série coordonnée des 
■ choses se rapproclie davantage de l'Un, et que c'est par 
l'infiaité, que se produit la série inférieure. Ainsi 
auniesâus même de ces deux principes, ils plaçaient la 
cause unique et séparée,~distinguée de tout par son 6X7 
cellence ''. C'est celte cause qu'Archénète ' appelait la 
cause avant la cause; et c'est elle que Pbilolaus affirme 
avec force ëlre le principe de tout, et dont Brontinus dit 
qu'elle surpasse en puissance et en dignité toute raùoo 
et toute e 



1. TltédeLucLCD, Pro topf. int«rntlu(.,6. 

1. La somma det pnmiera nombres forme la Dâcade ou grande Té- 

3. Titi de Théon de Smyrne, Plot. Jlath., 4. 

4. Tiré de Syrian. nibiDitio Gomment, in \. ïlV Keiaph.,Uii. Ut. 
de Bagolini (ad Arùt. ««t., Xm, p. 101). 

6. ZToixtiuv Quelijuea manuscrite donnent la le^on ouotbijiCuV' 
6. Leur donne une réalité substantielle, une liyposlase : {utoaxilaai, 
Cr. tngm. 1 b, D. 4. 
1. UiyTtti itipiiiiniv. 

8. Personnage inconnu : peut-Élre faut-il lire ircbytas, 

9. On reconnaK ici les tenue» mêmes de Platon : litixxiia oûoioE. 



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LES FRAGMENTS DE PUU.OLAUS. 243 

c*. Dans la formation des nombres carrés par l'addi- 
tion, l'unité est comme la barrière du diaule d'où Ton 
part, et aussi le terme où l'on revient ; parce que si on 
place les nombres en forme *d'un double stade, on les 
volt croître depuis i'unilë jusqu'à la racine du carré, et 
la racine est comme la borne du stade où l'ou tourne, 
et en parlant de là la succession des nombres revient à 
rnnilé, comme dans le carré 25*. 

Il n'en est pas de même dans la composition des 
nombres étéromèques*; si l'on veut, à la façon d'un 
gnomon, ajouter à un nombre quelconque la somme 
des pairs, alors le nombre deux paraîtra seul en état de 
r«cevoir et de comporter l'addition, et sans le nombre 
deux on ne pourra pas engendrer de nombres étéro- 
mèques. Si l'on veut disposer la série naturelle croissante 
des ^ombres dans l'ordre du double slade, alors l'unité, 
étant le principe de tout, d'apr6E Philolaùs (c^ c'est lui 
qui a dit ; l'unité, principe de tout}, se présentera bien 
comme étant la barrière, le point de départ qui en- 
gendre les étéromëques, mais elle ne sera pas le but, 
la borne où la série retourne et revient : ce n'est pas 
l'unité, c'estle nombre deux qui remplira cette fonction*. 

I. Tiré dlambl., ait Hic. ÀriOua., p. 109. Il n'y > rien dans ce 
bigmenl depropreàPhiloU&s,3i ce n'est lai citation bàpx^^^Mv- 



Dr 6 est la racine de 35, et Î5 e$t un carré obtenu par l'addition de ces 
Dsuf nombres. 
3. RectaDgles, plus longe dans un sens que dans un autre. 



il la somme da 34, nombre plan rectangle, dont un calé =■ 4, 



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244 LES FRAGMENTS DE PHILOLAUS. 

d*. Pbilolaûsconfirme ce queje viens dédire parles mois 
EUÏTanls : Celui, dit-il, qui commande et gouverne toul, 
est un Dieu un, éternellement existant, immuable, immo- 
bile, Identique à lui-même, diCTércnt des autres choses. 

e'. Pbilolaiis en disant que Dieu tient toutes choses 
comme en caplifité, montre qu'il est un et supérieur à 
la matière'. 

SO. *. Même chez les pythagoriciens nous trouvons 
des angles difTérents attribués aux différents dieux, 
comme l'a fait Pbilolaus, qui a consacré aux uns l'angle 
du triangle, aux autres l'angle du rectangle, & d'autres 
d'autres ajigles, et quelquefois à plusieurs le même. 

Les pythagoriciens * disent que le triangle est le 
principe absolu de la génération des choses engendrées 

l'autre = 6. Par étérom^ues, il hal doDO enlendre non des polygnnei 
dont la Dombre de cOtés s'augmenta sans cesse, mata des ractanglei 
doDtleicOt^s cïiangeiil sans cesse de dimension, ei où l'espteede la 
figura peut paraître coastamment modifiée, & chaque changement dans 
le rappondes cfitës. Cf. Aristot., Phys., III, 4 : 'aU« iiiv dtl -{iviaBdi 
ri ilSo;. Et Simplic, Seholl. Aristt., p. 36!I a. i. 3â : 'O Si lipriet 
1tpo(Tifli^>vo< dulTiji tiipsiûvii) jva)^)j(rl(i ti tlSof, ittpo^tixn xoiâv, 
dUkOit xnt' àUnv ^tXliJpaii napiTutil(iivoï. 

1. Tiré de Philon, Ve mundi opificio, p. 14. C'est toujours le même 
argument qu'on reproduit contre l'autbenticitè : Comment accorder ce 
monothéisme avec les autres doctrines de l'ËcoleTV. plus haut, fr. Ile. 

2. Tiré d'Alhenagor. , Légat, pro Christ., 6. 

3. 'Evfpoupcf, terme platonicien; CXi], terme aristotélique. 

4. Tiré de Piodiiî,.ad Eudîd. EUm., 1, p 36. 

fi, Id., mais plus loin, p, 46. U. Schaarschmidt pose en principe que 
la distinction de l'arithmétique et de la Réométria n'pst possible que 
dans les systèmes qui ailmetlenl la distinction de l'iiienl et du matéi ipI ; 
et il conclut que les pythagoriciens ii'ont pas pu employer des coji- 
atruclions géo métrique'! pour CKpIiquer le momie. Uab l'Iutarque le 
dit, et tl le dit sur rautonlé d'Ëudoxe, maihémaa ien savant d 
pythagoricien lui^niËmc, Vous croyez U. Schaarsclimidt embarras-*? 
Pas du tout I Plutarque s'est trompé ; ou bien c'est un autre Eudoïe ; on 



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LES FRAGMENTS DE PHrLOLAUS. 245 

et de leur forme ; c*est pour cela qîie Timée di( que les 
raisons de l'être physique, et de la formation régulière 
des éléments sont triangulaires*; en effet, elles ont les 
trois dimensions ; elles rassemblent dans l'unité les élé- 
ments eo soi absolument divisés el changeants; elles 
sont remplies^ de l'inGnité propre à ta matière, et éta- 
blissent au-dessus des êtres matériels des liens, il est 
vrai, fragiles; c'est ainsi que les triangles sont envelop- 
pés par des droites, ont des angles qui réiinissent leâ 
lignes diverses et en font le lien *. Philolaùs a donc eu 
raison d'attribuer l'angle du triangle & quatre dieux , k 
Gronos, Hadës, Ârès et Dionysos, réonissaut sous ces 
quatre noms la quadruple disposition des éléments, qui 
se rapporte k la partie supérieure de l'univers, & partir 
du ciel ou des sections du zodiaque. En effet, Gronos 
préside à toute essence humide et froide ; Ares à toute 
nature ignée ; Hadès erahrasse toute vie terrestre ; Dio- 
' nysos dirige la génération des choses humides et chau- 

hisD encore, ce qui est plus vraisemblable, Plutargue a emprunti bob 
renseigne menl à l'ouTrage d'un faussaire, qui l'a publié seua le Dom 
d'Eudoie. H. Schursctiniidt voit partout des faussaires : c'est une ma- 

1- Je suppose que celasignilie que les raisons séminales, ideutiGâw 
aux atomes, ont, comme dans Platon, les éléments primitifs , La forme 
triaogulaird. 

3, ïvaitiriiilavTai. Je ne vois pas d'autre sens que celui-ci; la réalité, 
suivant les pythagoriciens, est ainsi produite. Le point engendre la 
ligne ; la ligne entendre la surface; les surfaces ou plans soQl des li- 
mites enveloppantes^ mai.t vides, des formes sans contenu réel que 



3. Le leile ajoute (ïu'ia?)"" T*"'" tul^xilTOï otûrale,... napiïoiJ- 
loc, littéralement : .... •> des angles donnant i ces lignes un angle sup- 
plémentaire. >. Phrase ï laquelle je ne comprends absolumanl rien. 



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S46 LES FRAGMENTS DE PHILOLAÙS. 

des, dont )e vin , par $a chaleur et sod élat liquide, est 
le symbole- Ces quatre dieux séparent leure opérations 
secondes ; mais ils restent unis les uns avec les autres : 
c'est pour cela que Ptiilolaùs en leur attribuant un seul 
angle a voulu exprimer cette puissance d'unification'. 
Les pythagoriciens ' veulent aussi que , de préférence 
au quadrilatère, ce soit le télrafrone qui porte l'image de 
l'essence divine ' : c'est par lui qu'ils rxpriment surtout 
l'ordre parrait.... Car la propriété d'être droit imite la 
puissance de l'immuabilité, et l'égalité représente celle 
de la permanence, car le mouvement est l'effet de l'iné- 
galité , le repos celui de l'égalité. Ce sont donc là les 
causes de l'organisation de l'être solide* dans son tout, 
et de son essence pure et immuable.... liront donc eu 
raison de l'exprimer symboliquement par la figure du 
tëtragone. En outre Philolaûs, par un autre trait de gé' 
nie', appelle l'angle du tétragone, l'angle de Rhéa, de 
Déméter et d'Hestia*. Car considérant la terre comme 
un tëtragone, et remarquant que cet élément a la pro- 
priété du continu, comme nous l'avons appris par Ti- 
mée, et que la terre reçoit tout ce qui s'écoule de ces 
corps divins, et en même temps les puissances généra- 



2. H., M, p. 48. 

3. Cest-i-dire qu'une surrsce n'est pas un corps et qu'un solMe eu 
«9t un. Il s'agit donc ici d'angles tliôdres. 

4. L'essence liivine est dope encore considérée comme enveloppéa 
itai uD corps solide. Les tlicux ilcs pytha);i.ricieiis sont les astres. 

5. "EikSoîV. ' 

6. Plutarque (de U, et Ot., z. nj.) rapporte une autre distribution 
de ces angted, qu'il attribue a.ui pythagoriciens, sans nommer Philo- 
l»Qs, etsur la témoiBnage d'EudoM. 



n,g:,-^cT:G00gtc 



LES FRAGMENTS DE PIirLOLAÛS. S4T 

trices qu'ils conlienneiil, il a eu raison d'attribuer l'an- 
gle du (ëlragone à ces déesses qui engendrent la vie*. 
En effet, quelqin'S-uns appellent la terre Hestîa et Démê- 
ler el prétendent qu'elle participe de Rhéa, tout entière, 
et qu'en elle sont contenues tontes les causes linf^endrées. 
Voilà pourquoi il dit, dans un langage obscur*, que l'an- 
gle du tétragone embrasse la puissance une qui fait 
l'unité de ces créations divines. 

Et il ne faut pas oublier qne Pbilolaiis assigne l'angle 
da Iriangle à quatre dieux, et l'angle du tétragone à 
trois, montrant par là la faculté qu'ils ont de sepénétrw, 
de s'influencer mutuellement, et Taisant voir comment 
loutes choses participent de toutes cboses, les choses 
impaires des paires, et les paires des impaires. La 
triade et la tétmde, participant aux biens générateurs et 
créateurs*, embrassent toute l'organisation régulière 
des choses engendrées. Leur produit est la dodécade qui 
aboutit à la monade unique , te principe souverain de 
Jupiter ; car PliilolaOs dit que l'angle du dodécagone ap- 
partient à Jupiter, pané que Jupiter enveloppe dans 
l'unité le nombre entier de la dodécade. 

SI.' a. Après la grandeur mathématique qui par 
ses trois dimensions ou intervalles , réalise le nombre 
quatre , Phiiolaiis nous montre l'être manifestant dans 
le nombre cinq la qualité et la couleur, dans le nombre 
six l'âme et la vie, dans le nombre sept la raison, la 
santé et ce qu'il appelle la lumière ; puis il ajoute que 



1. Zuot6''oi:. 
î. Le grec dit ; 

3. Comme U.Boeckb, aulieudeK«atixûv,jelisiro»iiiK$v. 

4. Tirédu Theàlog. Arithm., p. S6. 



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348 LES FRAGMENTS DE PBILOLAUS. 

l'amour, l'amilië, la prudence, la réflexion, sont com- 
muniqués aux êtres par le nombre huit. 

b'. Il y a quatre principes de l'animal raisonnable, 
comme ledîl Philolaiis, riens son ouvrage tur la Xalure, 
l'encéphale, le cœur, le nombril, el les organes sexuels. La 
tête est le siège de la raison, lecœur celui de l'âme (ou de 
la vie) et de la sensalion, le nombril de In Tacultéde pous- 
ser des racines et de reproduire le premier être, les or- 
ganes sexuels de la facullé de projeter la semence et 
d'engendrer. L'encéphale (contient) le principe de 
l'bomme, lecœur celui de l'animal, le nombril celui de 
la plante, les organes fcxuels celui de tous les êtres, 
car tous les êtres croissent ex poussent des rejetons. 

c'. Il y a cinq corps dans la S|>hère : le feu, l'eau, la 
terre, l'air, et le cercle* de la sphère qui fait le cinquième. 

1. Theolog.ATithm.,f.'n. 

2. Tiré de Stob., Ectog. Phys., I, î, 3, p. 10. 

3. H. Schaarsehmidt propose Moràc ou 6 éyxoi au lîpu de ^ iixit ; 
j'adopte rJUKênieuse correclian de M«iiiekc : t xuii),i;. C'est l'ÉLher 
qui enveloppe comme d'un cercle la sphère entière. La quintessence, 
& laquelle il esl d'ailleurs fail nllusiou par Plalon {Tim., bh c, et Epi- 
nom., p. 9S4) n'est donc pas, comme l'a cru Ciceron , uoe découverte 
d'Aristole. M. Scbaarschmîdt conteste que par les rt>o(s, Iti Si sûsn; 
tunàaiu; |iiâ; icÉiinvr,; [Tim., Sa c), Platon fasse allusion i un cin- 
quième élément; il prétend que les pjtliafioriciens n'ont point connu 
la. théorie des corps élémentaires, el que eeui mÉnie qui la leur 
prêtent ne parlent que de quatre. Quant au sens du passage du Timit, 
celui qpje tout le monda adopte est au moins aussi vraisemblable et 
aussi autorisé que celui qu'invente H. SDhaarscbinidt. A moins de 
contester aussi l'authenticité des fragments suivants, M. Schaarschmidt 
sera bien obligé d'aSmetlre la ihénrie au moins de quatre éléments 
chez les pytliagoriciens. Vilruie, en effet, dit i Pjthagoraa, Empe- 
docles, Epicharmus-... hœc principia quatuor esse posuenmt. • 

Et Uénandre, fr., p. 196. MeineLe ;' 

'O piv "Enlxapfo; Toù; Seoù( tlvai îifti 
"Aïijiouî, Oîup, fîjï, ^Xiav, iiùp, iffripaf. 
Le Tail qu'Ëpicbarme croyciil à une divinité unique et supérieure au 



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LES f'hacments de prilolaus. 268 

22. ' De PbilolQùs le pythagoricien, lire de son livre 
sur l'âme * . 

Philolaûs soutient que le monde est indestructible : 
voici en effet ce qu'il dit dnns son livre sur l'âme : 

C'est pourquoi le monde demeure éiernellement, 
parce qu'il ne peut être détruit par un autre, ni s'anéan- 
tir de lui-même'. On ne trouvera ni au dedans ni en 
dehors de lui aucune autre force plus puissante qu'elle *, 
capable de le détruire. Mais le monde a existé de loule 
élernilé ' et il demeurera éternellement, parce qu'il 

inoDde, ne proure pas qu'il n'admettait pas, comme tant d'autres phU 
losophes grecs, une sorte de polythéisme. D'ailleurs, cette doctrine 
d'Épictiarme était exposée par Enuias (Varr. de L. L., IV, dt R.R,, 
1,4; Pdscien, VII). Or, Épicharme était pythagoricien (Plut., JVum., 
8 : riK wAvfvpmii JiatptgTi;, M lambl., Vit. Pyth., 36). quoique 
H. Welcker en. doute {M. 5chri'/)., p. 461). Uamlenant le pasMgede 
Stobee, I, c. iv, p. 357, oii renvuie H. Schaarscbmidt, dit tout le 
contraire de ce qu'il lui prèle : • Les pythagoriciens donnent au monde 
la forme sphérique, d'après la figure des quatre élément» ; seul, 
le feu supérieur, Ti ivoiroTO) itûp, a la forme d'un cflne. • Il est clair 
qu'ici il et l fait mention de cinq élLUienls, quatre donlla figure» im- 
primé au monde la forme sphi'rique, et un cinquième qui a la forme 
conique. Il n'y a donc aucune raison de douter de raulhenticité du 
fragment. 

1, Fragm. tiré de Slob., Eclog., I, 20, 2, p. 418. 

1. C'est ici que M. Boeckh fait commeucer le troisième liTre de Phi- 
lolaûs qui traitait de l'ftme du munde et <le l'âme de l'homme. Les ma- 
nuscrits portent en niiirge la glose suivante : <^i)La/.àau IfuflifDpiiDu ix 
■toi nisi +UXÎÎ;- 

X 'A:4a;.Tn; ni àxaTanovata;. Ce dernier mol exprime qu'il ne con- 
tient P.-1S en lui-même cet élén:ent de corruption, qui use la force et 
Sait par anédntir l'essence de l'éire imp^ifait. 

4. Que son Jime. 

5. L'étemilé du monde n'est pas, comtre U dit Zeller, une opinion 
propre à Arislote. Elle a été enseignée par Heraclite (Simplic, SekoU. 
Ariiiot., 48T II, 33 ■■ sXX'nv àel mi toiai inip àiti^av), et rien n'auto- 
rise i affirmer que TSme du monde était inconnue avant Plat«n. Il est 
éf ident que le Noûc d'Anaiàgore y ressemble beaucoup. 



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250 LES FHAGMEUTS DE PHILOLAÎJS. 

est un, gouverné par un principe doni la nature est 
semblable i la sienne, et dont la force est toute-puis- 
sante et souveraine'. De plus, le monde, un, continu, 
doué d'une respiration nuturelle, se mouvant éternel- 
lement' en cercle, a le principe du mouvement et du 
changement ; une partie en lui est immuable, l'autre est 
changeante : la partie immuable s'étend depuis YÀme* 
qui embrasse le loul, jusqu'à la lune, et la partie chan- 
geante depuis la lune jusqu'à la teire ; or, puisque le mo- 
teur agit depuis l'élernilé et continue éternellement son 
action, et que le mobile reçoit sa manière d'être du mo- 
teur qui agit sur lui, il résulte nécessairement de là que 
l'une des parties du monde imprime' toujours le mouve- 
ment, que l'autre reçoit toujours passive *; l'une est tout 



1. H. Boeckh supposa ici, sans nécessité et sans preuve, une 
laouDB. 
' 3. Ktee Ueinekf, je lis K aUla au lieu de içytilu. 

Z. L'Sma du monde t'enveloppe doqc, ce qui n'empSche pas qu'ella 
en pénètre toutes les parties, comme le dit Cicéron, DeTiiU.D.,l, 11 : 
• Animum esse per naturam rerum omnem iulentum et commean- 

k. Le texte dit tb pilv itixivKTov, ti £i àeinsSéC' Quoi((u'iI n'y ait 
pas de variantes dans les manuscrits, je Ils àcLKivouv, qui me secoble 
exigé par le sens. L'auleur du fragment distingue dans le Cosmos deux 
parties, l'une immuable, l'autre changeante-, l'une motrice, l'autre 
jnue. Or, si l'immuable n'est pas nécessairement l'immobile, ce p'esC 
pas cependant son caractère 4'^lre élerneUe ment mobile. Pour rétablir 
l'opposition, ilTaut ou lire àiioxivaTov ou itinivouv, et je cboisis ce der- 
nier. Cette opposition est uue des causes légilimes de J^oupçonner 
l'authenticité du fragment. Mais ce n'eit qu'un doute, et ne pourra 
jamais être qu'un doute ; car qui peut déterminer ce qu'il y a d'élé- 
ments transmis el pythagûriciens dans les doctrines platoniciennes, - 
En fait d'histoire, les arguments internes me scmLilcrit trop dangereux 
et trop arbitraires. Les laits ne peuvent être détruils comme conlirmés 
que par des faits ; et les Faits probants sont ici des témoignages : ils 
sont valables, tant qu'on n'a pas démontré l'impossibilité qu'ils ne le 



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LES FRAGMENTS DE PH1L0LAUS. 251 

entière le domaine * de la raison et de l'Ame, l'antre de 
la génération et du changement; l'une est antérieure en 
puissance et supérieure, l'autre postérieure et subordon- 
née. Le composé de ces deux choses, du divin éternelle- 
ment en mouvement*, et de la génération toujours 
changeanle , est l.e Monde. C'est pourquoi l'on a raison 
de dire qu'il est l'énergie étemelle de Dieu et du deve- 
nir qui obéit aux lois de la nature changeante. L'un de- 
meure éternellement dans le même état et identique à 
lui-même, le r^te constitue le domaine de la pluralité 
qui nallet qui périt. Mais cependant les choses mêmes 
qui périssent sauvent leur essence et leur Terme, grAce 
à la génération, qui reproduit la forme identique à celle 
du përe.quilesaengeqdréesetlesa façonnées*. 

S3. * a. L'Ame est introduite et associée au corps par 
le nombre, et par une harmonie à la fois immortelle et 
incorporelle.. .. L'Ame chérit son corps, parce que sans 
lai elle ne peut sentir; mais quand la mort l'en a sépa- 
rée, elle mène dans le monde (le Cosmos) une vie incor- 
porelle. 

b '. Platon dit que l'fime est une essence qui se meut 
elle-même; Xénocrate la définit unnombre qui sèment 



soient pas. Or, qu'j a-t-il d'impossible i ce que les pTthagoricJeqs 
aient été lès premiers & aoutenir cette dactriae T 

K '!lv»u|u, mot iacoDDU. 

1. T& (il* JÙi Stovrat flilw, jeu de mots qu'on relrauve dans le Cra- 
tyle, p. 397 d. 

'S. On reconnaît dans is[uoupTû. qui se rencontre également dans 
e frngm. 11 c, les formules platoniciennes : ce qui rend l'origine du 
fragment suspecte. 

4. Tiré de Claudien Hamert, De stalu anim., II, p. 7- 

5. Tiré de Hacrobo, Song. de Scip., 1, ii. 



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252 LES FRAGMENTS DE PHIL0LAÔ3. 

lui-même ; Arislote l'appelle une cnléléchie ; Pytliagore 
et Philolaiis une harmonie. 

c'. Philolaiis disait encore qu'il ne fallait pas se tuer, 
parce que c'était un précepte pythagoricien qu'il ne faut 
pas déposer son fardeau, mais aider les autres à porter 
le leur; c'est-à-dire t^u'il faut venir en aide à la ïie, et 
non s'en prendre à elle*. 

d'. Il est bon aussi de se rappeler le mot de PhiiolHiJs 
le pythagoricien qui dit : les anciens théologiens et de- 
vins attestent que c'est en punition de certaines fautes 
que l'Ame est liée au corps et y est ensevelie comme dans 
un tombeau *. 



1. Olynlpiod., ad PUn.Phxdon.,f, 150. 

2. CI. Flixd.,p, 62 b, Cral.,p.400d,GM-s., 493, où Platon fait allu- 
sion peui-étr« à PhilolaQs, mais sans le nommer. 

3. Clemenl. , Slrom., UI , p. 433. Tbeodor., CraK. Aff. CwM., V, 
p. «21. 

4. Platon, dans la Gorgiat, 493 a, semble ilé^gner PbilolaQs comme 
l'auleurde celte docli'ina pjthagoricicriae : que les vivinls eont des 
morts et que le corpaesl un tombeau : Tdûto ift ti; |j,u9a)ii>f ùv xa|i4^; 
àv^p, liiw( ZixtU; ii; ii iTal.ixo;. Un des motifs pour lesquels 
H. Schaarsctmidt reruse ilecroîre à l'aulheoticilé de ce passage,que sem- 
ble cependant sing ilièrement Confirmer Platon même dans le Çralyle, 
où il rapporte le mol aui ol i^i 'Opsia, c'osi qu'un tombeau donoe 
l'idée que ce qu'il reûferme n'est qu'un cadarm sans vie ; or, telle ne peut 
pasStre l'opinion des pjlba^orîciens. Hais H. Schaarschmidl est-il bien 
sûr que les anciens étaient persuadés que ce que reuferme un tombeau 
est ce je ne aais quai qui n'a de nom dans aucune langue bumainal' 
Ne sait-il pas que les anciens suiiposaicnt, au contraire, que l'ftme 
était enfermée dana cette caverne rie la tombe, qu'elle pouvait bien 
errar autour de celle horrible demeure, luala sans l'abandonner, sauf 
dans des circonstances particillières ; et que c'est cette supersliiion qui 
avait donné naissance auï Ombres, et auT Mânes, et â tout ce qu'on 
appelle la religion des lonibi^aui? En sorte que la via dans le corps 
pouvait bien âtra comparée i cette forme incertaine et Inquiète de la 
Tie après la mort. 



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LES FRAGMENTS DE PHILOLAUS. 253 

Sfa. * . a. .Gomme t'a dit Phtiolaûs , il y a des raisons 
plus fortes qae nous. 

b. *. J'aurai ailleurs une autre occasion de rechercher 
avec plus de soin comment, en élevant un nombre au 
carré, par la position des unités simples qui le com- 
posent, on arrive à des propositions é^dentes, na- 
turellement et non par la loi, comme dit Philo- 
laiis. 

25. *. Anaxagore a dit que la Raison en général est la 
faculté de discer^ier et de juger; les pythagoriciens disent 
également que c'est la Raison, non pas la raison en gé- 
néral, mais la Raison qui se développe en i'homme par 
l'étude des mathématiques, comme le disait aussi Philo- 
laiis, et ils soutiennent que si cetleRaison est capable de 
comprendre la nature du tout, c'est qu'elle a quelque 
atGnité d'essence avec cette nature , car il est dans la 
nature des choses que le semblable soit compris par le 
semblable. 

26î*. a, Phifolaiis a donc eu raison de l'appeler Dé- 
cade, parce qu'elle reçoit {3fx''l*«') l'infini, et Orphée de 
l'appeler la Tige, parce qu'elle est comme la tige d'où 
sortent tous les nombres comme autant de bran- 
ches. • 



1. Tiré d'ArJstot., Ethic. Eudem., II, S, où il traite des actes voIod- 
talres, non volontaires et forcés. 
1. Tiré d'iambl., in Sicom. Àrilhm., I, p. V>. 

3. •Kati osi où iô^. L'oppositioD de U nature et des lois conven- 
tionnelles aurait donc été connue de PhilalaQs. 

4. Tiré de SexL, Emp. ado. Math., VII, <n, p. 388. 

5. Tiré de Laurent Lydus, de Meni , p. 16. Cedreaus, I. I, p. 169 h, 
Etym. magn., t. I<k&;. , 



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ibk LES FRAGMENTS DE PRILOLAÛS. 

b: PhilolaOs a donc eu raùoD d'appeler sans mère le 
nombre sept. 
c*. Philolaûs a dODC eu raison d'appeler la Dyade 

l'épouse de Groaos. 

1. Cedreoiu, 1 1, p. T3. 
1, Cedreuni, 1. 1, p. 308. 



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CHAPITRE QUATBIEME 
LES FRAGMENTS D'ARCHYTAS 



VIE D'ARCEITAS 



DIOGEME DE LA£RTB> 

Arcbylas de Tarente, flis de Mnésagoras', ou d'Hesttée 
si l'on en croit Aristoxène*, était lui aussi pythagoricien. 
Ce fut lui qui, par une lettre, sauva Platon de la mort 
dont le menaçait Denys. H réunissait en sa personne 
toutes les vertus, en sorte qu'objet de l'admiralion de la 
foole, il fut nommé sept fois stratège*, malgré la loi qui ' 
défendait qu'on exerç&t plus d'un an cette magistrature. 

1. Diog. L., V11I, 79. Conf. A. Schmidii ditatrU de Artkyta for. 
IsD. 16S3'Bardili -.dtArehyta Taratfinodisquisitta,âuu tesNor.act. 
Socisut. LnL IBD. 1, p. 1. Joseph Navarra: de ÀTchyt. Tar. otts «( 
0pp. Hanot. 1820. Beotle; : Reip. ad BoyU Egger: de Jrchyl. vita. 
Paru, 1S36. 

3. Suid donne les TUianles : Hnésarque , UnuagËIe, Unaaagons. 

3. Qai aialt écritM vie, comme noiu l'arons vu plusbaut p. 309, 
ConT. Alben. XU, 13, M&, et Diog. L.. V., 3&. 

4. Cf. «1., Bitt. «or-, VU, 14. Sttab. VI. Sold. V. 



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256 ARCHYTAS. 

Platoa lui a écrit deux lettres', en réponse à la lettre sui- 
vaote qu'Arcbjlas lui avait le premier adressée : 
Archytas à Platon, salut*. 

C'est une chose- heureuse pour toi que lu le sois relevé 
de ta maladie : car je t'ai appris non-seuleuient de toi- 
même , mais encore de Limiscus. Je me suis occupé de 
c-8 mémoires écrits (tôîv vicon-Mmiiu») ', et je suis remonté 
en Luciiiiie où j'ai renconiré des dusccndanls d'Occllus. 
. J'ai en ma possession tes Traités sur la Loi et la Royauté , 
sur la Sainteté , sur la Genise du Tout, et je te les envoie. 
Les autres n'ont pas encore pu être découverts. S'ils se 
retrouvent , ils te seront adressés. 

A cette lettre d' Archytas, Platon répondit comme il 
suit: 

Platon & Archytas , salut. 

Je suis ra^ de joie d'avoir reçu les ouvrages que lu 
m'as envoyés, et je professe une admiration infinie pour 
celui qui les a écrits *. Il me semble qu'il est digne de 

1. Ce sont les latlres 9 cl 12 dont Diogùne ne reproduil que la, der- 
niire, Coiit. Vincent CanUi eiius : De auluis Arcliytce e( Platonis epi- 
stoliadans ses var. LecIJones IX, p. 4)4. 

3. Le texte des mes. de DiogbDe porte ùtis[veiv. Lucien , dans son 
traitidelapt.inl.talul., prétend que, d'après l'exemple de leur maître 
tous les pytbagoriciens, au lieu de la latmute ordinaire iJ spàrtiiv, 
se serTÙent entre eul, d&os leur correspODdsjjce, de la locution 

3. Ménage entend ce mot des ouvrages d'Archjtas même ; ce que 
Hmbleraieat confirmer \es titres cités, qui sont le^ titres de quelques- 
uns de ceuxd'Arcliytas. Uajs U suite des idées ne permet guère d'ac- 
cepter cette interprétation , el il est évident que l'auteur de la lettre, 
èridemment fabriquée par un écrivain fort ignorant, a cru ou vaulii 
faire croire que Pblon cberchait des'ouvrages d'Ocellus, qu'Arcbytas, 
son ami, étant remonié jusqu'en Lucanie, avait eu le bonheur d'en 
acquérir quelque. -uns de la main rnSme des descendants d'Ocellus, 
Bl qu'il ne désespérait pas Ue trouvi^r lus autres. 

4, toÛYpii4'>*to^' " ^' évident que la réponse de Piston est faite au 



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FRAGMENTS. 25? 

de ses antiques et glorieux ancêtres, qui, dil-oD, étaient 
Hyréens, et du nombre de ces Troyens qui émigrërent 
sous la conduite de Laomédon , tous hommes de bien , 
comme le prouve la tradition mythiq'ue. Mes ouvrages 
au sujet desquels tu m'écris , ne sont pas encore dans 
un état de perfection suffisante ; mais je te les envoie 
tels qu'ils sont. Nous sommes tous deux parfaitement 
d'accord sur la nécessité de les bien garder'. Il est donc 
inutile de t'en faire la recommandation. Bonne santé. 

Tel est le texte de ces deux lettres. 

Il y a eu quatre Archytas : le premier, celui dont nous 
venons de parler ; le second, de Mitylène, était un musi- 
cien; le troisième a écrîl sur l'agriculture; le quatrième 
est auteur d'épigrammes. Quelques-uns en comptent un 
cinquième, uu architecte, dont on a un livre sur la mé- 
canique , qui commence par ces mots : Ce livre con- 
tient ce que m'a enseigné Teuccr le Carthaginois. On at- 
tribue au musicien le mot suivant : un lui reprochait de 
ne pas se faire entendre : C'est mon instrument, dit-il, 
qui parle pour moi^. Aristoxène prétend qu'Archytas le 
philosophe ne fut jamais vaincu lorsqu'il commandait. 



mfime point de lue que la lettre d'Arcliytu , et «uppoM que ce dernier 
n'est pu l'auteur des ouvrages qu'il enioie à son uni. 

1. IIipl TÏKfulLaKÎit.J'eDtendseetlseipressioziiiisurSsuita et obscure 
sur laquelle Héosge ne se pronooM pu (ampd'tw eogitandu», dit-il ), 
dam le sens suiTant : il but reiller avac soin sur ces livres , noa pas 
dans la crainte qu'ils ne se perdaul , mais dans la crainLe qu'ils ne 
tombent entre les mains d'un indiscret qui les publierait. C'est lou- 
jouri cBtle fausse opinion d'un easeignsment secret, dont il est fait 
mention dans U lettre 11 de Platon, p. 311 e. Couf. Lett. XIII;'. i . 
Vit de Platon, p. lil sqq. 

i. DiogËne vaut dire sans doute que le musicien n'avait ptsds voii, 
et qu'il se vantait que son instiumeul chantait el pirlait pour lui. 



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358 ARCHYTAS. 

Une fois , cédant à l'envie,, il avait élé obligé de se dé- 
metlrc du commandement, el«e» concitoyens forent im- 
médiatement défaits. C'est lui qui, le premier , appliqua 
méthodiituement les prinàpes des mathématiques à la 
mécanique', qui donna un mouvement ot|;anique à une 
figure de géométrie*, en cbercbant par la section du 
derâi-cylindre, deux moyennes proportionnelles afin de 
doubler lecube'. Cest encore lui qui trouva les proprié- 
tés du cube par la géométrie*, comme le dit Platon dans 
la République *. 

1. HoBtucU, NM(l«iiratUM., 1,3, p. 145, 165. Asl. GsUe, Z. 13: 
Sod td qiiod Archylun pTthagoricnm commuilum esie Uqaa feeisM 
tndltur, neque minus idntirabile, a«que umsD taduid aque yiâeii 
débet. Nmd Bt plerique nobilium Grncorum, et Fivorinua pMlosopbiis 
momoriarum Teteram eisequentiisinius, «{firmatimme «cripMTUDt, 
siinulacfum columbœ e ligno ab Arcbjts ratioDS quidun diicipHoa- 
quB mechaniM tactjm, voUsse : iu er»t scilicel librimoûtis stupensum, 
et aura epirilua inclue alque oeculu concilum. Libet hercle super re 
tam sbhortenti a Bde, ipsius Favorini TWba ponere ; Xpx«Ta( T«p«v- 

[timi, fiïK ti «BTt xBBiaeiiï , wjxiri ivtoraTO. 

î. Vitrav,, Prxf. lib. IX. HwmBr, But. problsmol. d« CuW dupUea- 
tione. GoUiDg. 179S. 

3, Il m'est Impossible de comprendra le texte de Diagène de LaSrte : 
x(>i]aiv ipYBvixi4viisYP^I'l"''^'T'**t''>^P>i¥^p°«%'Ti>" ce n'est comme 
ilsuit : Arahytas, pour démontrar les tbâoràmes de giométrie, em- 
ploya le premier U méthode da rivohition, laquellu Tait mouvoir les 
SgurM géométriques comme si elles étaient des êtres organisés et 

4. Le cube n'est pas ici considéré comme Sgnre, m^scomme une 
puissance d'un nombre. Il s'agit donc de l'application de U géométrie 
i l'arithmétique. 

6. Suidas, y* %pxvi«C. et Aristote, Polil., VI», S, lui attribuent encore 
l'iuTantion d'une cràcetle pouramuser les petits enfanta. Il est loucbant 
ds voie un savant malhématicieiL , un grave et profond piiilosi^tie, un 
glorieux général témoigner d'une préoccupation si lendie des goûia 
et des Inatincta de l'enlance. Ceux qui ont vraiment aimé les hommes, 
ont aimé les petits enbûts. 



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riUGHENTS METAPHYSIQUES* Sfi 

PRElU&ItB CATÉGORIE fPR&GHENTS HiTAPtlTSIQDBS* 



n y a nécessairement deux principes des êtres, Vwn 
renfermant la série des êtres ordonnés et finis, l'antre 
ta série des êtres désordonnés et infinis. L'une sus- 
ceptible d'être exprimée par la parole , et dont on peut 
rendre compte, * embrasse les êtres, et en même temps 
détermine et ramène à l'ordre le non-être. 

Car toutes les fois qu'elle s'approche des choses dn 
devenir, elle les amène à l'ordre et à la mesure, el les 
bit participer à l'essence et & la forme de ruoiver- 
sel*. Au contraire la série des êtres qui se dérobent à 
la [»role et à la raison, porte atteinte aux choses or- 
données , détroit celles qui aspirent à l'essence et au 
devenir -, car tontes les fois qu'elle s'approche d'elles, 
elle les assimile à sa propre nature. 

Mais puisqu'il y a deux principes des choses de genre 
contraire , l'un principe du bien , l'autre prindpe du 
mal, ily a nécessairement aussi deux raisons, l'une de 
la nature bienfaisante, l'autre de la nature malfaisante. 

C'est pourquoi* et les choses qui doivem leur nais- 

1. Slobte, Bclog. Phyi., 1, 713. Heer. Heineke, 1. 1, p. IH dn Une 
)Mpl ^fxSiv...., du Prineiptt. 
3. X6^m Ixoioov, que Je crois mal traduit pir riUUmii portJMpf. 

3. Je lis avec Heineke tv ^u 'i^ de t6 xaB' S)iié. 

4. Ce Sià toûTo n'est juatifii pir rien, et sembla umoacer que ce 
morceau en composé de plusieurs fragmenta Juxtaposés, entre lesquels 
il ; « certaines lacunes. 11 n'y a pas de lien entre tes deux principes 
tncocét dani la l"* partie et les quatre Anoncés dans la 3*. 



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S80 âRCKTTAS- 

saoce à l'art et celles qui la doivent à la nature doiTent 
avant tdut participer de ces deui principes : la forme et 
la substance*. 

La forme est la cause de l'essence ; * la substance est 
le substrat qui reçoit la forme. Ni la sabstance ne [leal 
par elle-même parlïciper à la forme , ni la forme par 
elle-mfime s'appliquer à la substance ; il est donc né- 
cessaire qu'il y ait une autre cause qui meuve la substance 
des choses et l'amène i la forme. Cette cause est pre - 
mière au point de vue de la puissance, et la plus ei- 
cellenle de toutes. Le nom qui lui convient est Dieu. Il 
y a donc trois principes. Dieu , la substance des choses, 
la forme. Dieu est l'artiste, te moteur; la substance est 
la matière*, le mobile; l'essence est comme l'art et ce 
k quoi la substance est amenée par le moteur. Mais 
puisque le mobile contient des forces qui lui sont con- 
traires fi lui-même , — ce sont celles des corps sim- 
ples — et que les contraires ont besoin d'un principe 
qui établisse en eux l'harmonie et l'unité, il doit néces- 
sairement recevoir les vertus et&caces et les propor- 
tions des nombres, et tout ce qui se manifeste dans 
les nombres et les formes géométriques, vertus et 
proportions capables de lier et d'unir dans la forme 
les contraires qui existent dans la substance des choses. 
Car, par elle-même, la substance est informe : ce n'esi 
qu'après avoir été mue vers la forme, qu'elle devient 
formée et reçoit le rapport rationnel de l'ordre. De 

1 . Tôw ùslof est ici pria pour matière. 

3. AltCa ■ni tiSt ti ii»v ou il|ui, la quiddiU aristomique ; • L't 
certain qaid lit res. • 
3. Tàv i\M. 



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FRAGMENTS MÉTAPHYSIQUES. 861 

même, si le mouvement existe, outre la chose mue, il 
Tant qu'il existe un prem'ier moteur' : il y a donc né- 
cessairement Irois principes, la substance des choses, 
ta forme et le principe qui se meut soi-mâme, et qui est 
phr sa puissance le premier * ; ce principe non-seulement 
doit être une înlelligence : il doit être au-dessus de 
l'intelligence, et ce qui est au-dessus de l'intelligence, 
nous l'appelons Dieu*. 

Il est donc évident que le rapport d'égalité s'applique 
à l'être qui peut être défini par le langage et par la rai- 
son. Le rapport d'inégalilé s'applique h l'être irrationnel, 
et qui ne peut être fixé par le langage : c'est la sub^ 
slance; voilà pourquoi tout devenir et toute destruction 
se produisent dans la substance et ne se produisent pas 
saDS elle. 



Les philosophes, en résumé, ne commençaient que 
par des principe^ pour ainsi dire contraires, mais au- 
dessus de ces deux éléments ils en connaissaient un 
autre supérieur, comme l'atteste Philolaiis qui dit que 
Dieu a produit, fimirriirat, réalisé, le iini et finlln), et 

1, Le texte est comimpn. J'adopte [a restitution de UQllacb; celle 
de Hdneke, difTâreote dkn» les mats, doaae va sens ideotique. 

S. n ; a encore ici ane reatitution de Heineke, que j'accepte. Au 
lieud'iô|H(Toviûvaiu<i(Jacobs conjecture sans taiwa&apiaTBv), Heïneke 
Ut xal «pSTin, es qui me parait plus logique. 

3. Je auis euoore ici les ingénieusas et heureuseï conections de 
Heineke. 

4. Ap. SjTian., au comineDcemBDt de son comniBntaire sur la Mit, 
d'Arislole, Xll, p. 103. Boeckb (p. U9) ne couuaiisait pu le terte grec 
de ce ftagaieat. qui n'a été pubtii que par Brandii, De perditU 
Aritt. Hbrit, 1823 , p. 3â. U version latine de Bagolini (Venise, Aid. , 
I &E8, t. 201 a) est précédée de ces mots : '^ Substautianim enim piin- 
cipia super lulwlBntialia esse oportei. • 



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Ï6S ABCHTTAS. 

montré qu'k la limite se rattache tonte la série qui a 
une plQS grande affinité avec l'Un, el à l'infinité, celle 
qni est au-dessous. Ainsi, au-dessus des denx principes 
ils ont placé une cause unifiante et supérieure & tout. 
Cette caose c'est, dit Archénète', la cause avant la 
cause, «It(on> xpi tMaç, et, dit ^tlolaûs, le prindpe 
uiUTersel. 

mAOKniT 3'. 

De quelle unité venz-tn parler t est-ce de l'unité su- 
prême ou de l'unité infiniment petite qui se montre 
dans les parties t En un mot , les pythagoriciens distin- 
guent l'unité et la monade dont un grand nombre des 
anciens pythagoridens ont parlé, par exemple, Arcby- 
tas qui. dit : L'an et la monade ont une affinité de na- 
ture; mais cependant ils diffèrent entre eui. 

FRÂOMSNT 3 fitl*. 

Archylas* etPbilolaiis donnent indifféremment à l'u- 



1. BigoIiDi le Domme AreheneDii, et Boeckh propose de lire ir- 
chTtu. 

2. i>. Srrian., «I ¥«. Âritt., XIII, 8. 

3. TbKin. Smjm., Arilhm., p. 37. 

4. Slob.,Eci. PAyt., I,p. 58, répétant PluL, floe. na.,l,S'.tPj- 
thagoTS dit que les principes sont d'abord la monade, qui est Dieu, et 
la Bien (v6o;, Plularque donne : tsQ ivic], qui est l'essence de 
l'iDtetliSBncs même; et ensuite la dyade indéfinie, qui est nn dimon, 
le mal, et qui a rapport à U quantité matértalle. ■ Cependant Hiéoii 
de Smyrne [Àrilhm., p. !4) nous affirme que ce sont les prthagori* 
cieni postèrisurs qui ont usé de ces mots : la manads et 1» djada. 
Alexandre d'Apbrodise, dans Simplidus (tn Aràf. Phyi., f. 1H b) dit : 
m Platon posa comme principes de la dy^e l'Uu, el le grand et le 
petit. H prétendait que la dyade ludâSaie participait elle-même du 
graud et du petit. • Et un peu plus loin il ajotite : • Lea Dombres sont 



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PRAOHENTS MÉTAPHYSIQUES. 263 

nilé le nom de monade, et i la monade le nom d'onilé. 
La plupart cependant ajoutent au mot de monade, la 
détermination de première monade, parce qu'il y a une 
monade qui n'est pas première, et qui est postérienreà 
la mbnade en soi et à l'unité '. 

ntiSHnT 3 ter*. 
L'&me de l'homme, dit Pythagore, est un tétragone 
& angles droits. Arcbytas, au contraire, au lieu de don- 
ner la déSnition de l'&me par le tétragone, la mettait 
dans le cercle, par la raison qae l'ftme est ce qui se 
meut soi-même, et est, par une conséquence néces- 
saire , le premier motenr : or , le premier moteur est 
un cercle ou une sphère*. 

les prîncipât da loua laa êtrei : en sorte que ta principe de tout «$t l'Un 
et le giui4 st le petit, c'est-à-dire 1& dyade indéfinie ; car cbaque 
nombre, en tant qu'il se dÎTlte et ett une multitude, ^ipartient i 1* 
djade indéfinie. ■ 

Cf. Seit. Emp., Aiv. Math., X, 149-363, qui attribue ces termes et 
ce* idées h Pythagore. Ktles ne sont ni de lui ni de PUton : ellM pa- 
raiiMut être nies dans l'Scole des successeurs immédiats de PUton, 
qui tombaient dans le pytbagorisme. 

1. Il n'f a pas positiTement de contradicUon entre ces deux frag- 
ments. II résulte seulement de li que l'emploi des nwta était assaz 
libre, on, pour mieux dire, encore ngua. Arobjtas aamble avoir djs- 
Ungué deux sortes d'unités : l'unité s uprasensible, Dieu,laeatM«(it)iml 
laeautt; et l'unité réelle qui, envelappant eu elle l'inSni, porte à trois 
le nombre de ses principes ; i moins qu'on ne Teaille admettre que 
l'Unité suprême contient en soi les deux coatnires da fini et de lin- 
fini, du pair et da l'impsir. 

3. Job. Lydos, dt MiTUibut, VI, p. 21, éd. Scbow. 

3. Claudien Kamert,' de SuUu Anim., II, T : « Arobytai Tareotinua 
idemque PjrtIiagoricaB in eo opère, quod magnidonm de rarum natun 
prodldit, poit multam de numeris atilissimam (ou subtilïssimam) dis- 
puiationem, ■ Anima, inquit, ad eiemplum nnius composita est, qux 
■ sic illocaliler dominalur incorpore, sicut unus in numeris. ■ Plul., 



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FuetizHT 3 ^uotor >. 

Platon et Ardiytas et les aatres pythagoriciens pré" 
lendent qu'il y a trois parties dans l'&aie , qa'ils diviseot 
en raison, courage et désir '. 



Plac. Phi\., IV, 3 : • [>fthftgora dâSDissait l'ime : un nombra m mou- 
vant lui-mSme. II prend le nombre pour l'ime. ■ PluUrtjue [ds Ccn. 
itnitn., I]aUribue cette déSnitiau à Zénocrats. Clc. (d^Wat. P., I, 11 : 
• Pythagoras.... censuit animum esse per naturam rerum omnem in- 
lentum et comm«anlcm [mouvemeul}.... ei quo nostri animi carpe- 
rentur, ■ 

1. Stob.,Jd.PAv'-.I.P' 8T8. 

3, Cic, Tute., IV, S: ■ Vcterem illam cquidem Prlhagone primum, 
d«inde Platonls descriptionem sequar : qui animum induas partes di- 
ridunt : alteram rationia particîpem taciunt, aJteram expertem. ■ 

Plut., de Plu. Fhii., IV , 4 : ' Pythagore et Platon ont deux diTisions. 
Par l'un; , ils dÎTisenl rime en deux parties : l'une raisonnable, et 
l'autre iriBisonuable ; mais par uns analyse plus attentive et plus 
exacts, ils la divisant en trois, subdivisant la partie irr&isonnable an 
couraga et désir. • 

/d-, IV, 5, 13; > Pythagore place le principe vital au cœur; le prin- 
cipe intellectuel et rationnel dans la tSte. ■ 

Stobée (£clo0.,l, 848] attribue à ArËsas cette division de l'&me en vioc, 
qui produit la pensée et la science; en SO|iuai(, qui produit la puis- 
sance et la lorce; en lintu|j,ta, qui engendre l'amour et le goût du 
plaisir; et {Serm., I. p. 9) il la répète comme venant des livres de la 
pythagoricienne Tbéano. 

DJogènedeLierte,VIII, 30, dans son résumé de la doctrine pythagori- 
cienne , qu'il tire probablement d'AJeiandre Polyhistor, dit: • Ils divisent 
l'Ame de l'homme en trois parties : la raison, la pensée (al fpÉvtc), le 
courage. La raison et le courage appartiennent k toui les animaui; 
la pensée n'appartient qu'à l'homme. • Il résullerail de cette analyse 
que la raison aurait été mal distinguée de la sensation. Aristole dit, en 
eSét {Kagn. Moral., c. ii), que Platon est le premier qui ait distin^é 
(Uns la connaissance, la connaissance sensible et la connaissance ra- 
tionnelle et pure. 

Seil, £mp. (odti. Math., VII, 91) dit que la raison, qui vient des 
mathématiques, et qui est capable de connaltie la nature îles êtres, a 
été poar les pythagoriciens le xpiT^piov, o'esl-à-dire la source et la 
rfegle de la o 



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FRAGMENTS UÉTAPRTS1QUES. 



Le commeDcement de la connaissance des êtres, est 
dans les choses qui se produisent en eux. De ces 
choses qui se produisent en eux, les unes sont intel- 
ligibles , les autres sont sensibles ; celles qui sont in-* 
lelligibles sont imtçobiles ; les autres qui sont sensi- 
bles sont mues. Le crilérlum des choses intelligibles est 
le monde, 6 xAtjjwç*; le critérium des choses sensibles 
est la sensation. 

Des choses qui ne se manifestent pas dans les êtres 
mêmes , les unes sont la science , les autres l'opinion ; 
la science est immobile, l'opinion est muable. 

^1 faut en outre admettre ces trois choses : le sujet 
qui juge, l'objet qui est jugé , la règle d'après laquelle 
cet objet est jugé. Ce qui juge, est l'esprit (6 v^ï ), ou 
la sensation ; ce qui est jugé , est l'essence rationDelle , 
(&X^)>; la règle du jugement est l'acte même qui se 

I. Stûb., Ed., I, p. 7Î3. 

1. Jacobs cODJecIure, au lieu de lioivi;, qu'il faut lira 6 vàac, qui 
répODd mieui à oIo&qoK, Hais la leçon ordluaire, [ju'Orelli et Meioeke 
De peuvent digérer, suirant le mot d'HartoDstein, s'eipliqae cepeadant 
par la théorie pythagoricien ne. La monde est te principe et la rËgle 
de la connaissance, parce qu'en dehon de lui il a'j a nul ordre, Dulle 
détermination, nul nombre, nulle Bn, et que la connaissance eai tout 
cela. V.BoBckb, Philol., p. 49. 

3. C'est du moins ce que j'entends par le mot A 16r°ti 1"^ reçail 
âaL9 la phrase aiiivante un sens néces-ssirement diffèrent ; car Ici il est 
l'objet dujugement ; irnuptiii i-noiibi iô^m; et une ligne plus bas, 
il en est le sujet : inpi *ot|tûï imit(ûtit»i i iôyoc. Je croirais Tolontier» 
iune Tausse leçon, 'Harlenslein entend par li xpnâtuvav, non l'objet 
du Jugement, mais le jugement même, abstracLîon faite de son sujet et 
de Bon objet, le jugement logique, qui se diviserait naturellement en 
jugements ajant rapport aux choses inlellîgibles, et jugements Sfant 
rapport aui choses sensibles. 



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S66 ARCHTTAS. 

produit dans r£tre*, qui esl ou ialeiligible ou sensible. 
L'esprit est juge de l'essence , soit qu'il se porte vers un 
être intelligible , soit qu'il se porte vers un être sensi- 
ble. Lorsque la raison recherche les choses intelligibles, 
elle se porte vers t'ilément intelligible j quand elle re- 
' cherche les choses sensibles, elle se porte vers l'élé- 
ment des choses sensibles. Voilà d'où viennent œs 
fausses représentailons graphiques dans les figures et 
dans les nombres qu'on voit en géométrie , ces re- 
cherches sur les causes et les fins probables, qui ont 
pour objet les êtres sujets au devenir et les actes 
moraux, el qu'on poursuit dans .la physiologie ci 
dans la politique. C'est en se portant vers l'élément 
intelligible que ta raison conoall que l'harmonie* est 
dans le rapport double ; mais ce fait que le rapport 
double est consonnant ne nous est attesté que par la 
sensation. Dans la mécanique , la science q pour objet 
des figures , des nombres, des proportions, c'est-à-dire 
des éléments rationnels ; les effets sont perçus par la 
sensation : car on ne peut les étudier et les connaître 
en dehors de la malière et du mouvement. En un mot , 
il est impossible de connaître le pourquoi, St^ t( , d'une 
chose individuelle, si l'on u'a pas d'abord saisi par l't'S- 
prit l'essence de la chose individuelle , 10 t( ivti fxaorov. 
La connaissance de l'existence, ^ti fv», et de la qualité, 
o&n«c (ytt , appartient à la raison et k la eeâsation : à iîi 
raison, toutes les fois que nous exposons la démonstra- 
tion d'une chose par un syllogisme qui conclut néccs- 

I. En gfTet, k réaliU mSma, la nature ds* choses, esl la vraie mesure 
de Ja coimaiasanca. 
1. C'est, comme on lait, le doid grec de l'octave. 



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FRAGMENTS UéTAPBYSIQUES. i6T 

satrement ; à la sensation , tontee les fois que noas 
raisoDB attester l'esseace d'une chose par la sensation '. 



La sensation se produit dans le corps , la raison dans 
l'&me. L'une est le principe des êtres sensibles , l'autre 
le principe des êtres întellififibles. Car la multitude a 
pour mesure le nombre , la longueur , le pied , la pe- 
santeur et l'équilibre , la balance ; la règle et la mesure 
de la rectitade dans le sens verlical comme dans le sens 
longitudinal , c'est l'angle droit. 

Ainsi la sensation est le principe et la mesure des 
corps; la raison, le principe et la mesure des êtres Intel* 
tigibles. L'une est le prindpe des êtres intelli^bles et 
premiers par nature ; l'autre , le principe des choses 
sensibles et secondes par nature. Car la raison est le 
principe de notre &me ; la sensation, le principe de notre 

1. *Oxa l)[i|uifTup(i|uCla tiv Xijm Sa tôc olstdwto;. On poon^t m- 
tendre encore ; toutu lei fois que U smimUoq vient fourniT son tt- 
moignage i la raison. Le mot \6^ai est fréquemment smplayÉ dons ce 
passage, et soarent «Tec àea sens Irèi-diven. L'emploi du mot (jUo- 
giune, inconnu, dans M forme substantive et ion sens logique et lech- 
niqoe, mime i Platon, les quatre cautesd'ArisloIe qui se présentent ici 
avec sei propres formulei, prouvent évidemment l'origine postérieure 
du fragment. 

2. Ce fragment est composé de deux eitrails tirés, l'un de Stobée 
{Eel. Phyt., I, 784)-, le second, K partir des mots AiBxip &i Siï, em- 
prunté à l'ouTiage d'Iamblique, intitulé Ilipi isiviit )iiK(hq|t., se trouve 
dans las Antcdola graca de Villoison, I, II, p. 199. Cette deniiire 
partie n'est presque que la reproduction littérale d'un passage de la 
Bépttbliqw de Platon (1. VI, 509-^1 1) . Dans Stobée comme dans lam- 
blique, l'ouvrage d'Archylas, d'où le fragment est extrait, porte la titre 
identique : De la raUon ei dt la lemalion, dont l'objet, suivant lam- 
blique, éUit < de distinguer les critérium des êtres, et d'établir quel est 
le critérium le plus propre des matbématiquei. ■ 



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ARCHYTAS. 



corps. * L'esprit est le juge des objets les pins DcMes; 
la sensation , des plus utiles. La sensation a été crééff en 
vne du corps , et pour le servir ; la raison en vue de 
l'flme, et pour y faire naître ia sagesse. Ia raison est le 
principe de la science; la Beasation,de l'opinion, Sd^. 
L'une tire son activité des choses sensibles, l'autre des 
choses intelligibles. Les objets sensibles participent au 
mouvement et au changement, les objets intelligibles 
participent de l'immuabilité et de l'étemité'.U j a ana- 
logie entre la sensation et la raison : car la sensation a 
pour objet le sensible, et le sensible se meut, cbange, et 
n'est jamais identique à lui-même: &ussi, comme on 
peut le voir, il devient plus et moins, meilleur et pirt. 
La raison a pour objet l'intelligible : or l'intelligible est 
par essence immobile ; c'est pourquoi on ne peut conce- 
voir dans l'inlelligible, ni plus ni moins, m meilleur ni 
pire ; et de même que la raison voit l'âire premier et le 
paradigme, de même la sensation voit l'image et le se- 
cond. La raison voit l'homme en soi ; la sensation voit 
en eux et U cercle du soleil , et les formés des objets ar- 
tillciels*. La raison est parfaitement simple et indivisible, 
comme l'unilê et le point ; il en est de même de l'êlre 
intelligible. 
L'idée * n'est ni lu limite, ni la borne du corps : elle 



* ] . L« t«ite, tout fc bit mutilé, ne p«iit avoir de asQS qu'en rét»blu- 
UDt quelque! moti par pure coqjBcture. J'ii adopté 1» rettltution 
d'Heeren, aoceplèa par Hcineke. 
3. le suis Ui restitutioDi très-Intelligentes da Hsineke. 

3. Puaage mutilé, et qu'aucune restitution n'est parrEiiue k rendre 

4. Ou plutAt la forme ti illo;. On ne sait trop ce que Tleat Ikira 
cette dtllDiUoii d» l'tîSoc. 



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FEIACMENTS HÉTAPHYSIOUES. 269 

n'est que la Ugare de l'être, ce par quoi l'être est , 
taodis que la sensation a des parties et est divisible. 

Des êtres , les uns sont perçus par la sensation , les 
autres par l'opinion- > une troisième catégorie par Ha 
science , une dernière par la raison. 

Les corps qui offrent de la résistance sont sensibles ; 
l'opinion connaît ceux qui participent aux idées, et en 
sont comme les images Ainsi tel homme participe de 
l'idée d'homme , tel triangle de l'Idée de triangle. La 
science a pour objet les accidents nécessaires des idées; 
«nsi la géométrie a pour objet les propriétés des figu- 
res ; la mison connaît les idées elles-mêmes et les prin- 
cipes des sciences et de leurs objets , par exemple : le 
cercle, te triangle, la sphère en soi. Ilyade même en 
nous, dans notre flme, quatre sortes de connaissan- 
ces : la pensée pure , i vtfoc , la science , l'opinion , la 
sensation : deux sont principes du savoir : ce sont la 
pensée et la sensation; deux en sont ta fin : ce sont ta 
science et l'opinion. 

C'est loiyoars le semblable qui est capable de connat- 
tre le semblable ; ta raison sait les choses intelli^bles ; 
la science, les choses connaissables ; ropinioD, les choses 
conjecturales; la sensation, les choses sensibles*. 

C'est pourquoi ' il faut que la pensée s'élève des 
choses sensibles aux choses conjecturales, des choses 
conjecturales aux choses connaissables, des choses con- 
naissables aux choses intelligibles ; et celui qui veut 
connattre la vérité sur ces objets , doit réunir dans un 



1. Id M termine la citation de Stobie. 
1. Ici commence l'eztimit d'UcoUlqiie. 



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S70 ABCHTTAS. 

ensemble bannonienz tous ces moyens et objets de la 
coDDaissancA*. Ceci établi,' on peut se les représenter 
sons l'image d'oDe ligne divisée en deux parties égales, 
et doDt chacune de ces parties est & son tour divisée de 
la même manière: séparons donc ainsi le sensible , et 
divisoDS-le en deux parties dans la même proportion ;- 
ces deux parties se distingueront l'une par la clarté, 
l'antre par l'obscurité. L'une des sections du sensible 
renferme les images des choses , et celles qu'on a{>er- 
çoit dans les eaux, et celles qu'on voit dons les miroirs; 
la seconde section représente les plantes et les ani- 
maux dont la première donne les images. L'intelligible 
reçoit une division analogue où les diverses espèces de 
sciences représentent les images : car les géomètres 
commencent par établir par hypothèse l'impur et le 
pair , les figures . les trois espèces d'angles > et tirent 
de ces hypothèses leur science ; quant aux choses elles- 
mêmes, ils les laissent de côté, comme s'ils les con- 
naissaient , quoiqu'ils n'eu puissent rendre compte ni 
à eux-mêmes ni aux autres; ib emploient les dioses 
sensibles comme images, mais ces choses ne sont ni 
l'objet ni la Gn qu'ils se proposent dans leurs recherches 
et leurs raisonnements, qui ne poursuivent que le dia- 
mètre et le carré en soi. La seconde section est celle de 
l'intelligible, objet de la diiUccUque : elle ne fait pas vé- 
rilablement d'hypothèses : elle pose des principes d'où 
elle s'élève pour arrifer jusqu'k l'inconditionné, jusqu'au 



1. Le lelM de» aumuscrils (toSts Si ai>|ifHva «aniTà tiupo^jina h* 
bùtAw UdAiiov) m« p&nissaot [nintelligible, J'adopte 1& nititution d« 
HûllKb qui lit : imikt^b tuipsûma. 



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FRAGMENTS HÉTAPUYSIQDES. S?l 

principe aniversel : ensuite, par an moaremeol inverse, 
s'aftachant i ce priacipe, elle desceud jusqu'au terme 
du raisonnement, sans employer- un objet sensible, et se 
serrant uniquement d'idées pures. On peut aussi, par 
ces quatre divisions, analyser les états de l'ftme, et donner 
- le nom de Pensée au plus élevé, de Raisonnement an 
siecond, de Foi au troisiëme, d'Imagination au quatrième. 



Ardiytas, tout au commeDcemeot de son livre tur 
la Sageue donne ces conseils : Sons toutes les choses 
humaines la sagesse est aussi supérieure, que la vue est 
supérieure aux autres sens du corps, que l'esprit est 
supérieur & l'ftme, que le soleil est supérieur aux astres ; 
car la vue est de tous les sens celui qui étend le plus 
loin son action, et nous donne les idées les plus nom- 
breuses. L'esprit, placé au rang suprême, accomplit son 
opération légitime, par la raison et le raisonnement^ il 
est comme k vue et comme la puissance ■ des objets 
les plus nobles; le soleil est l'œil et l'ftme des choses 
de ta nature : car c'^ par lui qne toutes elles sont 

1. Tiré dlunlilique, IIpOTpmixiv, cap. IT, p. 39, -6d. Kiessl. le 
IngmnA est cité pir lamblique comme emprunté i un livre d'Archj- 
Us, intitulé Hepl oofioc; et c'est sons ce titre qua le diugne ég>l»- 

mentPorphjre, du» sou commentaire surrHormoni^uedePtoléméa, 
p. 315. Stobée (Smnon-, I, p. 63) ooiu & conaerri quelques extraits 
d'un ouvrage de la pjthaKoriciEmie Pértctjoné, qui porte le même 
titra et reproduit touvent le texte même d'Arcbytaa; mais te toui et 
l'ordre des idées n'ekt pas tout à fait celui que nous rencontrons dans 



3. Aù>a|U(. C'est la théorie d'Arislote : l'esprit est 
robjst même qu'il saisit et comprend, à moins qu'on n'aiine mieux 
voir, dans les mots è-^i xal Si}va|u(, la figure Iv Sià Ho», et les 
traduira ainsi : la faculté de voir. 



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S7S ARCUYTÀS. 

vues, engendrées, pensées; c'est par )ai que es éUes 
qui viennent de racines ou qui viennent d'ane semence* 
se nourrissent, se développent, et sont doués de la sen- 
sation. 

De tous les êtres l'homme estdebeaucoup le plus sage, 
car il est en état de contempler les êtres, et d'acqué- 
rir de loul science et connaissance. C'est pour cela que 
la divinité a gravé en lui et lui a révélé le système de la 
parole qui s'étend & tout, système dans lequel se trou- 
vent classés tous les genres de l'être', et les signifi- 
Cdtions des noms et des verbes. Car les sons de la voix 
ont pour sièges déterminés, le pharynx, la bouclie, le 
nez. De même que l'homme est naturellement organisé 
pour produirt; les sons, par lesquels s'expriment et se 
forment les noms et les verbes, de même il est naturel- 
lement destiné à contempler les notions que renferment 
les objets visibles : et telle est, suivant moi, la Sn pour 
laquelle l'homme est né et a été fait^ et pour laquelle il 
a reçu de Dieu ses organeâ et ses facultés. 

L'homme est né, il a été créé pour connaître l'essence 
de la nature universelle; et la fonction de la sagesse 
est précisément de posséder et de contempler l'intelli- 
gence qui' se manifeste dans les êtres. 

La sagesse n'a pas pour objet un élrc quelconque 
délerminé, mais absolument tous les élres, el il ne faut 
pas qu'elle commence à chercher les principes d'un 
être individuel, mais bien les principes communs à tous 
tes êtres, La sagesse a pour objet tous les êtres, comme 



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PRAaHBNTS PUVSIQOES ET UATHÉUATIQUES. 273 

la vue a pour objet toutes les choses visibles. Voir dans 
leur ensemble et connaître les attributs universels de 
tous les êtres, c'est le propre de la sagesse, et voilà com- 
nient la sagesse découvre les principes de tous les 
êtres. 

Celui qui est capable d'analyser tous les genres, et de 
les ramener et de les réunir*, par une opération 
inverse, en un seul et même principe, celui-là me pa- 
rait être le plus sage, le plus proche de la vérité: il semble 
avoir trouvé cet observatoire sublime du haut duquel il 
pourra voir Dieu, et tontes les choses qui appartiennent 
à ta série et à l'ordre du divin : maître de cette route 
rojale son esprit pourra s'élancer tout droit en avant, 
et arriver au bout de la carrière, en liant les principes 
aux fins des choses, et en connaissant que Dieu est le 
principe , le milieu, la Un de toutes les choses faites 
d'après les règles de la justice et de la droite raison *. 

FRAGMENTS PHYSIQUES ET MATHÉMATIQUES. 



Archjtas*, à ce que rapporte Eudëme, faisait cette 

1. Les manuscrits dooneDl auvapiflii^unaflai ; le fragment de Péric- 
.tyoni donne lùpuSittiniaSiii. MUllach corrige et lit (tuv>(i4|ji4oaa4ai,que 
i'ïdopta. 

1. L'élément platonique gui se manifeste i tous les yeui dans ce 
moiceau, ne sufBrait pasi en réfuter l'authenticité, puisqu'Archytas, 
contemporain et ami île Platon, a dû ne pas étrs étranger ï m» doc- 
trines. Mais l'élément aristotélicien, qui se révcle dans ta formul': 
toulB soolastiipie : ■ l'accident universel de l'Être, ■ ta xaBôlio nSoi 
fuiLEeCaxDia, ast une preuve irrélukible de la falsilicatïou. 

3. Tiré de Simplioius, in Phyt. Aritt., l. 108 a. 

4. Id commsuce le groupe de fragments que Uartenstein classe sous 
le litre de Fragntentt Pltyiiq\Mi a Mathimaiiqua. 

U 



,y Google 



374 ARCHYTA9. 

question : Je me suppose placé à l;i limite extrême cl 
immobile du monde; ponrrat-je . ou non étendre la 
main ou une baguette au dehors î Dire que je ne le puis 
pas, est absurde : mais si je le puis, il y a donc quelque 
cbose en dehors du monde, soit corps, soit lieu. Et peu 
importe comment nous raisonnerons i il reviendra tou- 
jours par le même raisonnement k cette limite; n s'y 
posera toujours, et demandera encore :'y a-l-il quel- 
qu'autre cbose sur quoi puisse porter la baguette? alors 
évidemment l'infini existe. Si c'est un corps, notre pro- 
position est démontrée. Est-ce un tien? Hais le lieu est 
ce en quoi un corps est ou pourrait être : et il faut alors, 
s'il existe en puissance, le placer au nombre des choses 
étemelles, et l'inQui serait alors un corps et un heu'. 



Le propre du lieu est que toutes les autres choses sont 
en lui, tandis que lui-même n'est en rien. Car s'il était 
dans un lieu, il y aurait un lieu dans un lieu, et cela 
irait à l'infini. Il est donc nécessaire que toutes les autres 
choses soient dans le lieu, et que le lieu ne soit en rien. 
Il est aux choses dans le même rapport que la limite 
est aux choses limitées : car le lieu du monde entier est 
la limite de toutes les choses. 



1. Les pythagariciens admettaient, cela est constant, l'itiflnl bon 
du moDde (Aristol., Phyt.,m, i). Aristote, dit Simplicius (1. 1., t. IQT) , 
dit bien que cet argument était très-ancieii : "0 Gi 'AfiiTitrtih\i &t 
àfx<K<itiçov \Li^yriTM Toû XÔTOu. ■ L'autorité d'Eudème semble garantir 
l'authenticité sinon du texte, du moins de l'argument, qui cependant a 
un tour bien aubtil et bien délié pour un vieui p^tbagoricten. 

2. lira de l'ouTrage DcpliaQ nvnii, et cité par Simplicius, in Cd< 
ttg. ÀTittott., 1. 135. 



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PtUOHENTS PHTSIQDES ET HATHEHATIQDES. ST5 
nuaimn 9'. 
Lésons disent que le temps est la spbère du monde : 
tel était le senti/nenl des pythagoriciens, d'après ce 
que rapportent ceux qaiavaieni sans doute entendu Ar- 
cfaytas donner du temps cette définition générale : Le 
temps est l'intervalle de la nature du tout. 

FHÀQHBNT 9 btS *. 

Le divin lamblique, dans le premier Uvre de ses Gom- 
meotaires sur les Catégories, dit qu'Archytas déQnissait 
ainsi le temps* : Le temps est comme le nombre du mou- 
vement, du en général l'intervalle de la nature du tout*. 

PBAOtOHT 9 ter ; 
II Taul réunir ces deux définitions en une seule, et 
foire le temps h la fois continu et discret, quoiqu'il soit 
plus proprement continu. C'est ainsi qa'Iamblique pré- 
tend qu'Arcbjtas enseignait la distinclion du temps 
physique et dn temps psycbique'.... C'est ainsi du 
moins qu'Iamblique interprétait Arcbytas; mais il 
fout reconnaître que là et souvent ailleurs, il ajoute 
beaucoup dans son commentaire afin de faciliter l'in- 
telligence des cboses '. , 

1. Citépïr Sitaplicius.tnPJivi. ini»., f. 1S5 a. 

1. Simpliciua repraduil dana le mËme ouvrage (f. 186 b} , niïia d'i- 
prisUmbliqae, cette mSme définit iop qu'il Ait pTécédér d'une autre 
tout ixistotAUqufl, qu'il attribue également à Archytas (f. 139 b). 

3. C'eat-JKlire Is principe de distinclion, de ditcrétion. 

4. Simpliclui aTQrme [tn Fhyt., I8E a) que te pythagoricien Ar- 
chjtaa est le premier philosophe connu qui ait chercha 1 définir l'es- 
lence du temps. La doctrine des pythagoridens, qui ramenaient les 
interrallea i des rapporta numériquei, permet de considérer ce tng- 
ment colnine aaibeotique. 

h. T4i 4iuz"^' 

G. Ce double tempa s'eiplique, disait-on, par ^ double infini, l'un 



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ARCBTTA3' 



10'. 



Le quand, et le temps, ont en général pour essence 
propre d'être indivisibles et insubstantiels. Car le temps 
présent, étant indirisible, s'est écoulé en même temps 
qu'on l'exprime et qu'on le pçnse : il n'en subsiste plus 
rien; devenant continuellemenl le même, il ne sub- 
siste jamais numériquement, mais seulement spécifique- 
ment. En eflèt le temps actuellement présent el le (uiur 
ne sont pas identiques au temps antérieur. Car l'un est 
écoulé et n'est plus; l'autre s'écoule en même temps 
qu'il est produit et est pensé. Et ainsi le présent n'est 
jamais qu'un lien : il devient, change et périt perpé- 
tuellement ; mais il reste cependant identique en son 
espèce. 

En effet, tout présent est sans parties et indivisible : 
c'est le terme du temps passé, le commencement du 
temps à venir : de même que dans une ligne brisée, le 
point où se produit la brisure devient le commencement 
d'une ligne et la fin de l'autre. Le temps est continu, el 
non point discret comme le sont le nombre, Ja parole, 
l'harmonie. 

Hiulble, raulr« iDtalllgilile,',qu'sdnettu«iit lai pythagaricieni (Sim- 
plic, inPhyt., 1Mb). «aisAristote (PftK«.,ni,4|, dinaat qua les py- 
tliagoriGiBna metlenl l'infini parmi les choses sensibles, — ce gui oe 
s'accorde guère d'iiUeurs avec son iaterprêUticn du pythagorisme, 
contenue dans la titaphysique, l, h, — ne juslifie pas oeUa upinion Je 
l'oppoîilion de ienx infims. Toutefois, ou semble apercevoir l'idée 
que l'espate Bile temps sont, en lanl que notions pures, infinis; et qoe, 
en tant que réalisés dans des clioses cjui coeiistent ou se succàdeat, 
its rentrant dans la catégorie du flni. 

I. Simplicius, inPAyi., f. 186 a, el in Caleg., f. 130 b, avec peu Je 
cbangement. On retrouve dans cà ria^ment suspect toute la théorie 
d'Ariitote sur la nature du iemps(PHy(., IV, U-ao). 



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FRAGMENTS PHYSIQUES ET MATHÉMATIQUES. 277 

Dans, la parole, les syllabes sont des parties, et des 
parties distinctes; dans l'barmonie ca sont les sons; , 
dans le nombre, les unités. La ligne, l'endroit, le lieu 
sont des continus : en efTet si on les divise, leurs parties 
forment des sections communes. Car la ligne se divise 
en points; la sur(ace en lignes; le solide en surfaces. 
Donc le temps est continu. En effet il n'y avait pas de 
oature, quand le temps n'était pas; il n'y avait pas de 
mouvement, quand le présent n'était pas. Mais le jjré» 
' sent a toujoure élé, il sera toujours, et ne fera jamais 
défaut; il cbange perpétuellement et devient autre sui- 
vant le nombre, mais reste le même selon l'espèce. La 
ligne diUère des autres continus, en ce que si l'on divise 
la ligne, l'endroit et le lien, les parties en subsistent : 
mais dans le temps, le passé a péri; le futur périra. 
C'est pourquoi ou le temps n'est absolument pas, ou il 
est & peine et n'a qo'une existence insensible. Car de ses 
parties l'une, le passé, n'est plus, l'avenir n'est pas en- 
core ; comment le présent sans parties, e( indivisible 
pourrait-il avoir une vraie réalité * 1 



Platon dit que le mouvement est le grand et le petit, 
le non-être, l'inégal, et tout ce qui revient à ces mêmes 
curactéres : il vaut mieux dire comme Archytas, que 
c'est une cause *. 

1. n sulfit d6 lire les cbap. iit-iz du TV* UrrB de la PItyiique d'Arli- 
toU pour rBJeter avec toute certitude ce fragment qui en reproduit et 
les idéeset les eipressians. 

3. Tirt d'Eudïme, dans Simplicius, in Phyc, f. 98 b. 

3. Les pytbagoricieDs s'étaient mds douta occupes du mouve- 
ment, puisqu'au dire d'Ariitote (Mit., l, 7) , SioUYO^tcu »il npanu- . 



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Pourquoi tous les corps naturels prenaont-ils la forme 
sphériqueî Est-ce, comme le disait Arch;tas, parce que 
dans le oiouTemenl naturel se trouve la proportion de 
l'égalité! car tout se meut avec proportion; et cette pro* 
portion de l'égalité est la seule * qui, lorsqu'elle se pro- 
duit, engendre des cercles et des sphères, parce qu'elle 
revient sur elle-même. 

PRAGHEKT 13*. 

Celui qui sait dpit avoir appris d'un autre ou trouvé 
seul ce qu'il sait. La science qu'on apprend d'un autre, 
eït,pour ainsi dire,GXtérieure: ce qu'on trouveseul, nous 
appartient h nous-mêmes et en propre. Trouver sans 
chercher est chose difficile et rare ; trouver ce qu'on 
cherche est commode et facile ; ignorer et chercher (ce 
qu'on ignore), est impossible *. 



nûavMt «(p) çdnùi ir^vra. Haia leun priDcipes ne l'expliquaient 
gair», comme le leur reproche Ariitolr. S'il I&ut en croire Eudème 
(Simpl., in Fhys-, 9S b), les pjlhagoilciens, comme Platon, 1b rame- 
naient à l'infini. Dâni ce eu, Archytu ae sera écirté des principes de 
l'École. 

1. Atist., Probl., XVI, 9. 

3. C'est peut-être en partant de ce principe à priori que les pythi- 
gorieiena sont arrivés i leur tbéorie de Ift sphire et du mouTcmenl 
sphérique. Cf. Boeckh, Phil., p. 94. 

3. Tiré de l'ouvrage Iltpl fia9rtfi.i-iiM xolvuv, cité par lambliqne 
(FilloiMn, Anecdot. grxe., II, p. !02}- Stobée le cite égaJemeui (Flo- 
n'(.,ZLIU, 135, t II, p. 140, Heinek.]. 

4. Stobie lie i ce tlragment une suite de réfleiions morales, qai 
n'ont pas imppoilaui principes poaés, et qu'Bsrtenitein ■ placées dûs 
ane autre catégorie de fiagments. 



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FRAGMENTS PHYSIQUES ET HATJIÉHATIOUES. 279 
FBJlOMENT 14 '. 

L'opinion (des pythagoriciens) sur les sciences me 
parait juste, et ils me semblent avoir porté un jugement 
exact sur l'essence de chacune d'elles. Ayant su se 
former une idée juste de Ja nature du tout, ils deviient 
également bien voir la nature essentielle des parties. 
De l'arithmétique, de la géométrie, de la sphérique, ils 
nous ont laissé des théories certaines et évidentes : il en 
est de même de la musique. Car toutes ces sciences pa- 
raissent £tre sœurs : en effet les deux premiers genres 
de l'être reviennent l'un sur l'autre *. 

FRAGMENT 15*. 

Les premières lignes reproduisent presque teituelle- 
nient le n*agment précédent : 

L'opinion (des pythagoriciens) sur les sciences me 
semble juste, et Us ont porté un jugement exact sur 
chacune. Ayant su se former une idée juste de la nature 
du tout, ils devaient bien voir aussi la nature essentielle 
des parties. Sur laviiesse des mouvements des astres, 
sur leurs levers et leurs couchers, ils nous ont laissé 
une science, ainsi que sur la géométrie, l'arithmétique 
et de même sur la musique : car ces sciences paraissent 
être SŒurs. 

]. Tiré de Nicomaque, Institut. ariihmM., I, 3, p. 70, éd. Ast. 

3. Tàv àvanpovàv l/ti. Dans lamblique {Villois., Aneed., p. .197), 

au lieu de ce (eite obscur, on lit : sont :<(eura et m tiennent 1«s 

un«s Ie9 autres comme les anneaux d'une chaîne. > Platon {Rep. , VII,. 
B30 d) atteste que cette image, qui marque si TJvement le tien des 
sciences, appartient aux pythagoriciens ; 'Q; ol tt Tlv9tc(ipiiol fooi* 
Kai Ji|iiE(. 

a.Tiréde Porphyr., inFlolem.Harmon. Wal1i3,0pp. Jrath.,lum., III, 
p. 336-Ï38, Oifoid, 1699. 



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280 AROHTTAS. 

D'abord ils ont tu qu'il n'était pas possible qu'il y eftt 
bruit, s'il ne se produisait un cboc de corps t'ua 
contre l'antre : il y a cboc, disalcnl-ils, lorsque des 
corps en mouvement se rencontrent et frappent l'un 
contre l'autre. Les corps mus dans l'air dans une direc- 
tion opposée, et ceux qui sont mus avec une vitesse iné- 
gale (il faut sous-entendre dans une même direction), 
ces dernier^ lorsque ceux qui les suivent les rejoignent*, 
produisent un bruil, parce qu'ils sont frapiiés. Beaucoup 
de ces bruits ne sonl pas susceptibles d'être perçus par . 
nos oignes : les uns & cause de la faiblesse du choc, 
les autres à cause de leur trop grand éloignemeut de 
nous, quelques-uns par l'excès mén^e de leur intensité : 
car les bruits trop grands ne s'introduisent pas dans 
nos oreilles, comme ou ne peut rien faire entrer dans 
les vases à goulot étroit, quand on veut y verser trop 4 
la fois. 

De ceux qui tombent sous la prise de nos sens, les 
uns — ce sont ceux qui nous parviennent rapidement 
des corps choqués — paraissent. aigus; ceux qui nous 
arrivent lentement et faiblement, paraissent graves. En 
eflet,si quelqu'un agite un objet lentement' et faiblement, 
le choc produit un son grave : s'il l'agile vivement et 
fortement, il est aigu. Ce n'est pas la seule preuve de ce 
fait, dont nous pouvons nous assurer encore quand 
nous parlons et chantons : quand nous voulons parler 
fort et haut, nous employons une grande force de 

1. Le texte ds HQIiacb et d'OrelU dilTtre sensiblement de celui 
d'HartéostelD. 

1. Nu6pâc, leçon d'Etienne dans les Opuicuta Âriiiot. et Thw- 
phraiU, P&ris, Ihbl, p. 80; au lieu de ipSâ;, que donnent Orelllet 
UQllacb, etdsâpeffic, que donne Wallis. 



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FRAGUENT3 PHYSIQUES ET HATHÉHATI0UB3. 261 

souffle. Il en est ici comme des traits qu'on lance : si 
on les lance forl, ils vont loin; si on les lance sans force. 
ils tombent près, car l'air cëite plus aux corps mus d'un 
mouvement fort, et moins à ceux mus d'un mouvement 
faible. Ce phénomène se reproduit également dans les 
sons de la voix ; car les sons produits par un souffle 
éoergique sont aigus, ceux qui sont produits par un 
souffle faible sont faibles et graves. Nous pouvons en- 
core reconnatirc la vérité de cette observation dan^ la 
force du signal donné d'un lieu quelconque* : si on 
prononce fort, nous l'entendons de loin, si on prononce 
le même signal bas, nous ne l'entendons pas même de 
près. Et encore dans les flAles, le souffle poussé de la 
boucbe et qui se présente aux trous les plus voisins de 
l'embouchure, produit un son plus aigu, parce que la 
force d'im:pulsion est plus grande; plus loin, ils sont 
plus graves II est donc évident que la vitesse du mou- 
vement produit l'acuité, k lenteur la gravité du son. 
La même chose se manifeste encore dans les toupies 
magiques * qu*on fait tourner dans les Mystères : celles 
qui se meuvent lentement font un bruit grave;^ celles 
qui se meuvent vite et fort font un bruit aigu. Citons 
encore le roseau : si l'on bouche l'extrémité inférieure 
et qu'on souffle dedans, il rendra un certain son* : et si 
on le bouche jusqu'à la moitié ou à l'extrémité antérieure, 
ce sou sera aigu. Car le même souffle en parcourant un 

I . Le texte eslaltéré : Ksi iMto voiTti&oiu; loxupy ^^V «>F>^¥- 
3. appelées *ussi npôfiSbt (/J,, XIV, 413] ou npôtilioi (Pl&t., Ugg. , 

rv,M6). 
3. Orelli et HQllach donnent, au lieu de tni, la conjecture ^- 

f lïm, qui an amenée pu la nécessité de l'opposition det ternes de 

l'eipérience. 



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S88 ARCHVTAS. 

plus long espace s'affaiblfl, el en eo parcourant un plus 
court reste fort. Et appès avoir-dëveloppé cette opinion, 
que le mouvement de la voix est mesuré par des inter- 
valles, il résume sa discussion, en disant : que les sons 
aigus soient le l'ésullat d'un mouvement plus vite, les 
sons graves, d'un mouvement plus lent, c'est un fait 
que de nombreuses expériences nous rendent évident. 

FRàOKEHT 15 W»'. 

Eudoxus et Archytas ont cm que la raison des sym- 
phonies* était dans les nombres; ils s'accordent à 
penser que ces raisons consistent dans les mouvements : 
le mouvement aigu étant vite, parce que l'agitation de 
l'air est continue et la vibration plus rapide; le mouve- 
ment grave étant lent, parce qu'il est plus calme '. 



Arcbytas s'expliquant sur les moyens, écrit ceci : 
Il y a dans ta musique trois moyens : le premier est le 
moyen arithmétique, le second est le moyen géomé- 
trique, le troisième est le moyen subcontraire qu'on 
appelle harmonique '. Le moyen est arithmétique lors- 

1. Tiré de Théon de Smyme, de Vurie., éd. Bouillaud, p. 94. 
3. Des sons qui sont entra eui dans un rapport cansonnant. 

3. Nicom. [Arithm., \. l., p. 70), comme on l'a tu, cite ce fragmenl, 
en le faisant précéder de ces mois : • Arcbytas deTarenteau commea- 
cement de son traité d'harmonie, dit il peu prés : oJiTid nû; lÉ^ci. • Por- 
pbïre l'amène par c«s mots : > Comparons maintenant la théorie d'Ar- 
cbytaa le pythagoricien, dont les écrit» passent en général pour être 
authentiques. ■ On voit que si le fond de la doctrine est pythagoricien, 
le texte de la rédaction pourrait bien appartenir à un auteur plus ré- 

4. Tiré de Porphyre, in PtoUra. Barm., p. 36T. 

h. Cr. Boeckh. Pliiiol., p. S4. lambl. (in Kicom., p. 141] dit que le 



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f RAGMENTS DE HORALE. 263 

que les trois termes sont dans an rapport analogae 
d'excédant, c'est'à-dire tels que la quantité dont le pre- 
mier surpasse le second soit précisément celle dont le 
second surpasse le troisième ' ; dans celle proportion, il 
se trouve que le rapport des plus ^ands tei'mes est 
plus petit, le rapport des plus petits plus grand '. Il y a 
moyen géométrique lorsque le premier terme est au 
second comme le second est an troisième * ; ici le rap- 
port des plus grands est identique au rapport des plus 
petits termes. Le moyen subcontraire que nous appelons 
harmonique existe lorsque le premier terme dépasse le 
second d'une Traction de lui-même, identique à -la frac- 
tion de lui-même dont le second dépasse le troisième : 
dans celte proportion * le rapport des plus grands termes 
est plus grand, celui des plus petits, pins petit *. 

FRAGMENTS DE UORALB. 

pBAfiKEirr 17'. * 

1 . Il ùait savoir d'abord que l'homme de bien * n'est pas 

nom d^harmonigne ■ été donné à cette proportion par Arcbytaa et Bip- 

1. PraportioDpardiffèrence: 6 : 4 : 9, oùl'on ■ 1 pour diffirence de 
6 & 4, comme de 4 i 2. 
3. Eneffet, l=i = l+i 

i = f = î, plus grsnd que l+'t- 

3. Proposition par quotient, où l'oa a les rapporte t = j. 

4. Soit lî, 8, 6. 

12 = 8-(-4 8 = 6-H 

4=1' ï-( 

h. EneflM, •fi- = l+i 

! = l + i,pl«s petit que 1+i. 
G. Cité par Stobée, Sermon. , I, p. 12, et tiré de l'ouTrage de Stoliée ; 
De l'homme de bien et heureux. 

7. Ce fragment, qui contient la preuve que l'auteur a connu !e!! d£- 



nvGooglc 



2S4 ARCHYTAS. 

nécessairement ^ar cela même heureux, mais que 
l'homme heureux est nécessairement un homm'e de 
' bien : car l'homme heureux est celui qui mérite des 
élogesetdes-félicltations; l'homme de bien ne mérite 
qae des éloges. 

On loue un homme à cause de sa rertn ; on le félicite 
à cause de ses succès. L'homme de hïen est' tel à cause 
des hiens qui viennent de la rertu ; l'homme heureux 
est tel h cause des biens qui viennent de la fortune. On 
ne peut enlever à l'homme de bien sa vertu : il arrive 
h l'homme heureux de perdre son bonheur. La puissance 
de la vertu ne dépend de personne, celle du bonheur, 
au contraire, est dépendante. Les longues maladies, la 
perte de nos sens lanent la fleur de noire bonheur*. 

S, Dieu diffère de l'homme de bien en ce que Dieu, 
non-seulement possède une vertu parfaite', pure de 
toute affection mortelle, mais jouit d'une vertu dont la 
puissance est indéfectible, indépendante, comme il con- 
vient à la m^jeïté et à la magnificence de ses œuvres. 

L'homme, au coniraire, non-seulement possède une 
vertu inférieure, à caus^ de la constitulion mortelle de 
sa nature ; mais encore tanlét par l'abondance même 
des biens, lantOl par la force de l'habitude *, par le vice 

fiuitioDs du bien et du mal des slolciens et des épicuriens, et où Àris- 

toteestlargemeot mis à contribution, eit évidemment tpodtypbe. 

I. Cette distinction, soutenue par les péripatéliciens contre les 
stoïciens, et marquée par les tannes subtilement opposés d'inalvirot 
etde (laxapKTii;, est empruntas à Arislote. (Elft. Nie., I, 12 ; Mafit. 
Mot., 1,1; Eth. £ud., Il, 1.) 

3. On sait que les stoïciens faisaient leur sage égal k Dieu : on aper- 
çoit donc encore ici l'opposition k leur doctrine. 

3. Ces mots ne se trouvent pas dans le leite d'Hartenstsin, ni dans 
celui d'Orelli qui, chose singulière, en donne cependant la traduction. 



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FRAGMENTS DE MORALE. 285 

de la nalore, par d'autres causes encore, il est inca- 
pable d'atteindre à la vraie periectîon du bien. 

3. L'homme de bien, suivant moi, est celui qni sait 
agir comme il faut dans les circonstances etIcA occasioDt 
graves ; il saura donc bien porter la bonne et la man- 
raise lorlune; dans une condition brillante et glorieuse, 
il se montrera digne d'elle, et si la fortune vient & 
changer, il saura accepter comme il faut son sort actuel . 
Pour exprimer ma pensée brièvement et la résumer, 
rhomoie de bieii est celui qui, en toute occasion et 
suivant les circonstances, joue bien son rAIe et sait non- 
seulement bien se disposer h cela lui-même, mais y 
disposer aussi ceux qui ont confiance en lui et sont as- 
sociés è sa vie. . 

k. Puisque parmi les biens les uns sont désirables 
pour eux-mêmes et non pour autre chose, les autres 
sont désirables pour autre chose et non pour eux-mêmes, 
il doit y avoir nécessairement une troisième espèce de 
biens, qui sont à la fois désirables pour eux-mêmes et 
pour autre chose * . Quels sont donc ces biens ' qui sont 
naturellement désirables pour eux-mêmes et non pour 
autre choset II est évident que c'est le bonheur; car 
c'est la tin en vue de laquelle nous recherchons toute 
chose, tandis que nous le recherchons uniquement pour 
lui-même et non en vue de rien autre- En second lieu, 
quels sont les biens qu*on choisit pour une autre chose 

]. Cette division eammune aux ptTipatèticiens et aux stoïciens, se 
trouve daits Arislote (Elhic. SU., I, â). Zeller, sur ce pa^sige, prétend 
qu'&Tislote !'■ emprunté aiu pythagoriciens : ce qui eat ditScile à ad- 

3. Les maniucrits donnent livuv £v, qu'on ne peut conitruire. Je 
lis, avec Kollacb, Tiva, 



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886 ARCHTTAS. 

et noa pour eux-niimes? Il est évident que ce sont ceux 
qui sont utiles ' et qui sont les moyeas de Dous procu- 
rer ' les vraid biens, qui deviennent ainsi les causes des 
biens en aoi désirables ; par eiempje les fatigues corpo- 
relles, les exercices, les épreuves qui nous procurent la 
santé; la lecture, ta méditation, l'étude qui nous procu- 
rent la vertu et les qualités de l'honnête bomme '. Enfin, 
quels sont les biens qui sont h la fois désirables pour 
eux-mêmes et pour autre chosef Ce sont les vertus et la 
possession habituelle des vertus, les résolutions de l'ftme, 
les actions et, en un mot, tout ce qui tient à l'essence 
du beau. Ainsi donc ce qui est & désirer pour lui-même 
et non pour autre chose, c'est ïk le seul , l'unique bien. 
Haiatenant ce qu'on recherche et pour lui-même et pour 
autre chose se divise en trois classes : l'une qui a pour 
objet l'Amej l'autre le corps; la troisième les choses ex- 
térieures'. Ia première comprend les vertus de l'àme, 
la seconde les avantages du corps, la troisième les amis, 
la gloire, l'honaeur, la richesse. Il en est de même des 
biens qui ne sont désirables que pour autre chose : une 
partie d'entreeux procure des biens & l'âme; l'autre, qai 
concerne le corps, des biens au corps; les biens du de- 
hors nous fournissent la richesse, la gloire, l'honneur, 
l'amitié. Que c'est le propre de la vertu d'ê^ désirable 
pour elle-même, on peut le prouver comme il soit : en 

1 . Cest-à-<Itis qui ont uo rapport 1 une fin. 

2. Hartensleln donne icpaaipcnni avec les muiiucriti, nuis ce mot 
s'explique mal. Canter lit noiTjiixii, qui présenta à peu près la infime 
idie que TcipexTixi, préféré par Uallacti. 

3. TOvxaXùv. ■ 

4. Cette divisiou ternaire se retrouve littéralement dam Arûtote 
(Sthic. Jïte., I, 8). 



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FRAGMENTS DE MORALE. 887 

' effet si les biens naturellement Inférieurs, je parle de 
ceux du corps, sont recherchés par nous pour eux- 
mêmes, et ai r&me est ipeîlleure que le corps, il est évi - 
dent que nous aimons les biens de l'Ame pour eux- 
mêmes et nuD pour les effets qu'ils peuvent produire. 

5. Il y a dans la Tie humaine trois circonstances : celle 
de la prospénté , celle de l'adversitë et une intermé- 
diaire. Puisque l'bomme de bien qui possède la vertu et 
la pratique, la met en pratique dans ces trois drcon- 
stances, à savoir : ou dans l'adversilé, ou dans la pros- 
pénté, ou dans une situation intermédiaire ; puisqu'en 
outre dans l'adversité il est malheureux, dans la pros- 
périléiil est heureux, 'dans l'état mixte il n'est pas heu- 
reux ; — il est évident que le bonheur n'est autre 
chose que l'usage de la vertu dans la prospérité *. Je 
parle ici du bonheur de l'homme. L'homme n'est pas 
seulement une &me; c'est aussi un corps : l'être vivant 
est un compose des deux, et l'homme également; car si 
le corps est un instrument de l'&me, il est aussi une 
partie de l'homme, comme l'&me. C'est pourquoi, parmi 
les biens, les uns appartiennent à l'homme, les autres 
aux parties qui le composent. Le bien de l'homme est 
le bonheur; — parmi ses parties intégrantes, l'âme a 
pour biens la {«"udence, le courage, ta justice, la tempé- 
rance ; le corps a la beauté, la santé, la bonne disposi- 
tion des'tnembres, l'état parfait de ses sens '. Les biens 

1 . c'est la déBDition rnSma rapportée t Arl^tote par Stobée (fc 1. , 
II, 70] : Xpîi'»; àffc9ti il pif TiXilu, et par Diogène de Laerte {VI, 1 , 
30) dans les mSmes termes. Arlslole lui-même [filAie. Nie, 1, 9) est 
moins affitmatit. 

2. Ce sont ï peu près les mfiiuM termes et Iss mêmes clatdflea- 
tloiu que Mlles que Stôbie extrait des platoniciens (il, 60) : DpOia 



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S88 AHCHYTAS. 

externes sont la richesse, la gloire, l'honneur, la no- 
blesse, naturellement avantages de surcroît de l'homme, 
et naturellement subordonnés aux hiens supérieurs. 

Les biens inférieurs servent de satellites aux biens 
supérieurs : l'amitié, la gloire, la richesse, sont les sa- 
tellites du corps et l'&me ; la santé, la force, la perfection 
(les sens sont les sateltiles de l'ftme; la prudence, le 
courage, la tempérance, la justice, sont les satellites de 
la raison de l'&me; la raison est le satellite de Dieu : 
celui-ci est le Tout-Puissant, le maître suprême. C'est 
pour ces biens que les autres doivent exister; car l'ar- 
mée obéit au général, les matelots au pilote, le monde 
à Dieu, r&me i la raison, la vie heureuse i la prudence. 
Car la prudence n'est ^ire chose que la science de la 
vie heureuse, ou la «cience des biens qui appartiennent 
à la nature de l'homme. 

6. A Dieu appartiennent le bonheur et la vie parfaite : 
l'homme ne peut posséder qu'un ensemble de la scienpe,. 
de la vertu et de la prospérité formant comme un seul 
corps '. J'appelle sagesse, m<fim, la science des dieux 
et des démons; prudence, là science des choses hu- 
maines, la science de la vie ; car il faut appeler science 
les vertus qui s'appuient sur des raisons et sur des dé- 
monstrations, et vertu morale, l'habitude excellente de la 



t' taxi lutta fiffiv ««pi |Uv t4 irffi[ia, M'î, »iw|01(, «X'^t^i Wp^eia, 60- 
vajiit, ipi|(«, bfwia, (9xù(< tùtît", lûaioBiiffloi, xàiio;, tôxo;, 4pti6- 
■Klt, «[ iti! ïuTix^ ipiiovioc itoiotnii;- mpl &t tïiï 'IwK'lï, 4tieiiïM(a, 
tùfiAa, pïoKovia, imiKU'ii, Hï^im, eà toùtoi; itipiixJ.joia. CepenJant 
il [nul bien reconnaître quelques nuances. Celte analjBe remoniail au 
moins à Socrate, et il n'est pas cerUin que ce no sonl pas les pytba)^ 
ticiend qui l'ont au moins ébaucliée. 
1. Stob., Ed., U, 114 : 'Ev <m(u Kâsii àpitai. 



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FRAGMENTS DE MORALE. 289 

. partie irrationnelle de V&me, qui nous fait donner le noni 
de certaines qualités correapoodantes à nos mœurs, c'est- ' 
à-dire les noms de libéraux, de justes, de teoipéranls; 
et j'appelle prospérité cette aHluence des biens qui Don9 
arment sans la raison, et sans que la raison en soit 
cause *. Puis donc que la vertu et la science dépendent 
de nous, et que la prospérité n'en dépend pas, puisque le 
bonbeur consiste dans la contemplation et la pratique 
des belles choses, et que la contemplation et l'action, 
quand elles rencontrent des obstacles, nous prêtent un 
appui nécessaire, quand elles vont par une route facile, 
nous apportent la distraction et le bonbeur; puisqu'eoâa 
c'est la prospérité qui nous donne ces bienfaits, il est 
évident que le* bonheur n'est pas autre chose que l'usage 
de la vertu dans la prospérité. 

7. L'honnête homme est dans ses rapports avec la pros- 
périté*, comme un homme d'un corps sain et robuste : 
car lui aussi est en état de supporter le chaud et le 
froid, de soulever un grand fardeau et d'endurer facile- 
ment beaucoup d'autres misères. 

8. Puis donc que le bonheur est l'usage de la vertu 
dans la prospérité, parlons de la vertu et de la pros- 
périté, et d'abord de la prospérité. Des biens, les uns ne 
sont pas susceptibles d'excès, par exemple la vertu; car 
il n'y a jamais d'excès dans la vertu, et on n'est jamais 
trop homme de bien ; la vertu, en effet, a pour mesure 

1. Le pïtMgoricisD ThêagKs, dont Harleoatein, par une siDgalièrc 
inadverUnce, qui ne sérail pu pardonnée à un Fruiçais, t fait la pir- 
Ihagoricieiine TbèagD, déSnil la rertu : l'harnionie des paniei im- 
tioDoelles de r&me&Teola partie raisonnable. (Stob., £«mi., A, p. 27, 
Hein.) 

2. ÉùTvx'ov- 1^ sem samblenil exiger àtux'"' 

10 



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390 arChytas. 

le devoir et çst l'habilude du devoir dans la vie pra- 
tique'. La prospérité peut pécher par excès et par dé- 
font; cet excès engendre certains maux, il fait sortir 
Vhomme de son assiette naturelle, de façon à le mettre 
dans un état contraire à la vertu ; et il en est ainsi non- 
seulement Ae la prospérité, mais d'autres causes plus 
nombreuses encore produisent cet effet, II ne faut donc 
pas s'étonner de voir dans l'Aulétique certains artistes 
Impudents , négligeant l'art véritable, séduire par une 
fausse image les ignorants ; mais croit-on que celle race 
n'existe pas en ce qui concerne la vertu? Au contraire, 
plus la vertu est grande e! belle, plus il y a de gens qui 
fblgnent de s'en parer, 11 y a en effet bien des choses 
qui déshonorent l'apparence de la vertu-: l'une est la 
race des gens faux qui la simulent; les autres sont les 
passions de la nature qui l'accompagnent, et parfois 
ploient en sens contraire les dispositions de l'&me; 
d'autres encore sont les mauvaises habitudes que le 
corps a enracinées ou qu'ont déposées en nous la jeu- 
nesse, ou la vieillesse, ou la prospérité, ou l'adversité, 
011 mille autres circonstances. De sorte qu'il ne faut pas 
du tout s'étonner si on juge quelquefois tout de travers, 
parce que la vraie nature de l'Ame a été faussée en nous. 
De même que nous voyons un artiste, qui parait excel- 
lent, se tromper dans les ouvrages exposés à nos yeux-, 
et de même le général, le pilote, -le peintre et tous les 
autres en général, se peuvent tromper, sans que pour 
cela nous leur enlevions le talent acquis; de 'même il 
ne fout pas compter parmi les malhonnêtes gens celui 

' t. la ntaB» ThA*Kès, oiU tiva htut, dUnlt ■tnsi ta verta : lïi{ -nt 
to5 îiovtiK. (Sloth., Serm. A, p. Î5, lleln.) 



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FEUGHENTS DE HORALR. S91 

qui a en un iostant de faiblesse, ni parmi les honnêtes 
gens celui qui a fait une seule bonne action; mais il faut 
tenir compte pour les méchants du hasard, pour les 
bons de l'erreur, et pour porter un jugement équitable 
et juste, ne pas regarder une seule circonstance ni une 
seule période de temps, mais la vie tout entière *. 

De même que le corps souffre et de l'excès et du dé- 
faut, mais que cependant l'excès et ce qu'os appelle les 
superfluités engendrent naturellement de plus grandes 
maladies; de même l'Ame souffre et de la prospérité et 
de l'adversité quand elles arrivent à contre-temps , et 
cependant les maux les plus grands lui viennent de ce 
qu'on appelle une prospérité absolue, parce que, sem- 
blable au vin, elle jette dans l'ivresse la raison des 
honnêtes gens. 

9. C'est pour cela que ce n'est pas l'adversité mais la 
prospérité qu'il est le plus difQcile de supporter comme il 
faut. Tous les hommes,' quand ils sont dans l'adversité, 
pour la plupart du moins, paraissent être modérés et 
modestes ; et dans la bonne fortime, ambitieux, orgueil- 
leux, superbes. Car l'adversité sait rabattre l'flme et la 
ramener eu elle-même; la prospérité, au contraire, 
l'élève et l'enfle; c'est pourquoi tous les misérables sont 
dociles aux conseils et prudents de conduite, le gens 
beureax sont hardis et aventureux. 

10. Il y a donc une mesure, une limite de prospérité : 
c'est celle que l'honnéle homme doit désirer avoir pour 
auziliiùre dans l'accomplissement de ses actions; de 
même qu'il ; a une mesure à la grandeur du navire, et 

1. C'est la mot cbarmant et si coddu d'Aiùtola : un feul beau jour, 
ou la première biroodellB ae [ait pas le priutemps. (Sifttc.A'iC., 1,6.) 



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S9S ARCUYTAS. 

k la lon^eur du gouvernail : c'est celle qai permet au 
pilote expérimenté de traverser une immense étendue 
de mer, et de mener i. bonne fin un grand voyage. 

L'excès de la prospérité fait que, même chez les bon- 
nètes gens, l'Amu n'est pas la maltresse, mais au contraire 
que la prospérité est la maîtresse de l'&me : de même 
qu'une trop vive lumière éblouit les yeux, de même 
une prospérité trop grande éblouit la raison de l'Auie. 
En voilà assez sur la prospérité. 

FRAOMraT 18'. 

Je soutiens que la vertu est suffisante pour ne pas 
être malheureux, que la méchanceté esl suffisante 
pour empèclier d'être heureux', si nous savons bien ju- 
ger du véritable état de l'Ame dans ces deux conditions ; 
car nécessairement le méchant est toujours malheureux, 
qu'il soit dans l'abondance * — car il sait mal en user, 
— ou qu'il soit dans l'indigence; comme un aveugle est 
toujours aveugle, qu'il soit dans la clarté et la lumière, 
ou dans l'obscurité. Mais l'homme de bien n'est pas 
toujours heureux : car ce n'est pas la possession de )a 
vertu qui constitue le bonheur, c'est l'usage qu'on en 
fait; en effet, celui qui a la vue ne voit pas toujours : si 
la lumière ne l'éclairé pas, il ne verra pas. 

Deux chemins sont comme percés dans la vie : l'un 
plus rude, que suivit le patient Ulysse, l'autre plus 
agréable où marcha Nestor : je dis que la vertu dé.'iie 

|. TiràdeSlob. (5«-m.,I,T0) sous le Utre : "Ex toO iMpi«aiaiwiw: 
ifitiÔK- (Mein., t.1, p.î8.) 

■1 él range, aln tx>l Okai. 



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FRAGMENTS DE MORALE. S93 

l'un, mais peut aussi suivre l'autre. Mais la nature crie 
bien haut que le bonheur c'est la vie en soi désirable et 
dont l'état est assuré, pnrce qu'on y peut réaliser ses 
desseins, en sorte que si la ne est traversée par des 
choses qu'on n'a p^s désirées, on n*est pas heureux-sans 
être cependant absolument malheureux *. Qu'on n'ait 
donc pas la hardiesse de soutenir que rtiomme de bien 
est exempt de la maladie, de la souffrance ; qu'on n'ose 
pas dire qu'il ne connaît pas lu douleur ' ; car si nous 
laissons quelques causes de douleur au corps, nous en 
devons laisser aussi & l'âme. Les chagrins des in- 
sensés sont dépourvus de raison et de mesure; tandis 
que ceux des sages sont renfermés dans la mesure que 
la raison donne à toute chose ' ; mais cette insensibilité 
tant vantée* énerve le caractère de générosité de la 
vertu, quand «Ue brave les épreuves, les grandes dou- 
leurs, quand elle s'est exposée k la mort, à la souffrance, 
à la pauvreté ; car il esl facile de supporter les petits 
malheurs. Il faut donc pratiquer la méiriopathie, de ma- 
nière à éviter l'insensibilité comme la trop grande sen- 
sibililé h la douleur, et ne pas enfler en paroles notre 
force an-dessus de la mesure de la nature humaine'. 



3. C'est ane éridenle allusioD à l'ipathie atolcieime : ce qui détniil 
l'autbenlidté du morceau. 

3. 'Opiifuv, pour ipinSoiv.... içllaw. 

4. XnfliU.... 

5. Malgré le carttctère suspecL de ce fragment, il faut cependaol re- 
connaître qu'il s'accorde parfaiiertient avee les fragmenta d'Hippoda- 
uiisdeThuriietd'Eurjphaniua. Conf. Stob., 5«rm., A, 103^ 2T, t IV, 
p. 10 et 103, M, t. IV, p. 6. 



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Od peut dire qne la philosophie est le désir de sa- 
voir et de comprendre les choses elles-mêmes, uni à 
la vertu pratique, inspirée par l'amour de la, science et 
réalisée par elle. Le commencement de la philoso- 
phie est la science de la nature; le milieu, la vie pra- 
tique ; le terme, la science même. C'est une chance heu- 
reuse d'être bien né, d'avoir reçu une bonne éducation, 
d'avoir été habitué à obéir à une règle juste, et d'avoir 
des mœurs conformes à la nature. Il faut en outre avoir 
été exercé à la "Vertii, avoir été entre les mains de pa- 
rents, de gouverneurs, de maîtres sages. Il est beau de 
s'imposer aussi à soi-même la règle du devoir, de n'a- 
voir pas besoin d'une contrainte, d'être docile à ceux 
qui nous donnent de bons conseils en ce qui concerne 
la vie et la science. Car une heureuse disposition de la 
nature, une bonne éducation, sont souvent plus puis- 
santes que [es leçons pour nous conduire au bien : il n'y 
manque que la lumière efHcacede la raison, que la science 
nous donne*. Il y a deux directions rivales de la vie qui 
se disputent la préférence i la vie pratique et la vie phi- 
losophique*. La plus parfaite de beaucoup est celle qui 
les réunit toutes deux et, dans chaque voie différente, se 
prête et s'harmonise aux circonstances. Kous sommes 
nés pour ane activité rationnelle, que nous appelons 

1. Eitnit de Siob., '5«rffl. Àppend., t IV,- p. 306. Hein, e nu. 
Flor. Jmd. namiscii, soi» U litre : 'En laû Ktpl naiSivoiut Jihxïlt- 

}. An lieu de tùv iv, tMf t^ imirsituf, que doDoeot les manutcrib 
et BàrteusteiD, je lis, aTec Ueineke, tÎv ivxiSiiti lt:uni\Lii. 

3. Ce soDt maaireslement ici des distiactions emprunléei i, l'Ecole 
, pirlpaUUciemie. 



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FRAGUENTS DE HOUALE. £95 

pratique. La raison pratique nous conduit h la politique; 
la raison théorique, & la contemplation de l'universalité 
des choi^es. L'esprit lui-même, qui est universel, em- 
brasse ces deux puissances nécessaires au bonheur, que 
nous déflnissons l'activité de la vertu dans la prospérité : 
cen'est exclusivement ni une vie pratique quiexclurai^Ia 
science, ni une vie spéculative qui exclurait la pratique. 
La raison parfaite incline vers ces deux principes tout- 
puissants, pour lesquels l'homme est né, le principe de 
la société et le principe de ta science; car si ces prin- 
cipes opposés paraissent dans leur développement se 
choquer l'un contre l'autre, les principes politiques dé* 
tournant de la politique, les principes spéculatifs dé- 
tournant de la spéculation pour nous persuader de 
vivre dans le repos, néanmoins la nature rapprochant 
les fins de ces deux mouvements nous les montre unis 
en un seul; car les vertus ne sont pas contradictoires et 
antipathiques les unes aux autres : nulle harmonie c'est 
ptusharmonieuse que rharmoniedes vertus. Si l'homme, 
dès sa jeunesse, s'est soumis aux principes des vertus et 
à la loi divine de l'harmonie du monde, il mènera une 
vie d'un cours iacile; et si, par son propre penchant, il 
incline vers le mal, et qu'il ait le bonheur de rencontrer 
des guides meilleurs, il pourra, .rectifiant sa courge, 
arriver au bonheur, comme des passagers favorisés par 
le sort achèvent une heureuse traversée, gr&ce au pi- 
lote; et l'heureuse traversée de la vie, c'est le bonheur. 
Hais s'il ne peut connaître par lui-même ses vrais inté- 
rêts, s'il n'a pas la chance de rencontrer des directeurs 
prudents, qu'importe qu'il ait d'immenses trésors; car 
l'insensé, eOt-il pour lui tontes les autres chances, est . 



inyGoogIc 



296 ARCRYTAS. 

éternellement malheareux. Et puisqu'en tQulc chose il 
faut avant tout considérer la fin — (c'est ce que font les 
pilotes qui ont toujours présent k l'esprit le port où ils 
doivent faire aborder le vaisseau, les cochers qui ont 
toujours l'oeil sur le terme de la course, les arcbers et 
tes frondeurs qui regardent le but — car c'est le but, où 
doivent concourir tous leurs efforts), il faut nécessaire- 
ment que la vertu se propose un certain but, un cer- 
tain objet, qui soit comme l'art de vivre: et c'est le nom 
que je lui donne dans les deux direclions qu'elle peut 
prendre. Ce but, c'est, pour la vie pratique, le meilleur ; 
pour la vie philosophique', le bien parfait, que les sages, 
dans les affaires humaines, appellent te tionheur. Ceux 
qui sont dans la misère ne sont pas capables déjuger du 
bonheur suivant des idées exactes, et ceux qui ne le voient 
pas clairement ne sauraient le choisir. Ceux qui placent 
le souverain bien dans le plaisir en sont punis par la 
folie, ceux qui recherchent avant tout l'absence de la 
douleur, reçoivent aussi leur châtiment, et pour tout 
dire en un mot, c'est s'exposer à tous les tourbilinns de 
la tempête que de mettre le bonheur de la vie dans les 
jouissances du corps ou dans un état de l'Ame où elle 
ne réfléchit plus. Ils ne sont pas beaucoup plus heureux, 
ceux qui suppriment le Beau moral, en écartant toute 
discussion, toute réflexion à ce sujet, et recherchant, en 
les honorant comme le beau rriéme, le plaisir, l'absence 
de la douleur, les jouissances physiques primitives et 
simples*, les inclinations irréfléchies du corps comme 

û li §(u le mot çdosôfu 
à profit et pris 1 partie 



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FRAGMENTS DE MORALE. 297 

de l'âme; car ils commettent une donble faute, en ra- 
baissant le bien de l'&ine et ses fonctions supérieures au 
niveau de celui du corpE, et en élevant le bien du corps 
au baut degré que doit occuper la jouissance de l'Âme. 
Par un discernemenl exact de ces biens, il Taut mesurer 
à l'élément divin et & la nature, à chacun sa part. 
Pour eux, ils n'observent pas ce rapport de dignité du 
meilleur au moins bon. Mais nous le faisons, nous, en 
disant que si le corps est l'organe de l'&me, la raison est 
le guide de l'Âme tout entière, la maltresse du .corps, 
cette tente de l'Ame, et que tous les autres avantages 
pbysiques ne doivent servir que d'instruments ii l'acti- 
vité intellectuelle, si l'on veut qu'elle soit parfaite en 
puissance, en durée, en richesse'. 



Voici quelles sont les conditions les plus importantes 
pour devenir un bomme sage : d'abord, il faut avoir 
reçu du sort un esprit doué de facilité à compren- 
dre, de mémoire et ami du travail; il faut ensuite 
exercer son intelligence, dès la jeunesse, par la pratique 
de l'argumentation, par les études mathématiques et les 
sciences exactes*. Puis on doit étudier la saine philo- 
sophie ; après quoi on peut aborder la connaissance des 
dieux, des lois et de la vie humaine. Car il y a deux 
moyens d'arriver à cet état qu!on appelle la sagesse : 
l'un est d'acquérir l'habitude du travail intellectuel et le 

1. Tout ce marceau est omis dans ]i collection de UQltach. 
a. Extrait de Slob., Serai., 9, T6, t. 1, p. 85. Hein. : "En to3 ncp 
àvBpic àfaftoO xal j45oU(tovoî. 
3. Kat'àxpiedon SioplEn;. 



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S98 auchytas. 

goût du savoir ; l'autre est de chercher à voir beaucoup 
de choses, de se mêler fréqueniment aux afTalres et de 
les connaître, soit direc:tement et- par soi-même, soit 
par quelqu'autre moyen. Car ni celni qui, dès sa Jeu- 
nesse, a exercé sa raison par les raisonnements dialec- 
tiques, les éludes mathématiques et les sciences eiactes^ 
n'est encore apte à la sagesse, ni celui qui a négligé ces 
trayaux et n*a fait qu'écouter les autres et se plonger 
dans les affaires. L'un est devenu aveugle, quand il 
s'agit de juger des faits particuliers; l'autre, quand it 
s'agit de saisir le général. De même que dans les calculs, 
c*est en combinant les parties qu'on peut obtenir le 
tout; de même, (tans la pratique des affaires, la raison 
peut bien vaguement ébaucher la formule, générale; 
mais l'expérience seule pout nous permettre de saisir 
les détails et les faits individuels. 

FRAGKEHT 91'. 

La vieillesse est dans le même rapport* k la jeu- 
nesse' La jeunesse rend les hommes énergiques, la vieil- 
lesse les rend prudents; elle ne laisse jamais échapper 
par imprudence une pensée; elle réfléchit sur ce qu'elle 
a fait; elle considère mûrement ce qu'elle doit faire, 
afin que cette comparaisun de l'avenir avec le présent 
et du présent avec l'avenir lui permette de bien se con- 
duire. Elle applique au passé la mémoire, au présent la 
sensation, k l'avenir la prévoyance; car notre mémoire 

1. Extrait de Stob., llli, 21, t. IV, p. 75, Usid. , du mSme ouvrage 
que le CragcaeDt précédent. 

3. Dont on & parla précédemment, duts una partie de l'ouns^e qui 
est perdue. 



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FRAGMENTS P0LITIQUS8. 599 

a lotijoafs pour ohjet le passé, I& prévoyance l'aventr, 
la sensation le présent. H font donc que celui qui veut 
mener une vie honnête et belle ait non-seulement des 
sens, de la mémoire, mais encore de la pi'évoyance. 

FRAGMENTS POLITIQDES^ 

TOAfMfKirr 22*. 

l.Aux lois* des méchants et des athées s'opposent 
les lois non écrites des dieux, qui infligent des manx et 
des châtiments terribles k ceux qui ne leur obéisseat 
pas. Ce sont ces lois divines qui ont engendré et qui di- 
rigent les lois et les maximes écrites qui sont données 
aox hommes. 

S'. Ia loi est, par rapport à Tâme et à la vie de 
l'homme, ce que l'harmonie est par rapport h l'ouïe et 
& la Toix; car la loi instruit l'Ame, et par là règle la vie, 
comme l'harmonie, en faisant l'éducation de l'oreille, 
règle la voix. Toute société, suivant moi , esl composée 
de celui qui commande, de celui qui est commandé et 
en troisième lieu des 'lois. Parmi les lois, l'une est vi- 
vante, c'est le roi; l'autre est inanimée, c'est la lettre 
écrite. La loi est donc l'essentiel; c'est par elle que le roi 
* est légitime, que le magistrat est régulièrement institué, 
que celui qui est commandé conserve sa liberté, que la 

1. Eitrait de Slobée, 43, 120, t. II, p. 135, Hein.; uns titre. — Le 
fragment I appirtienl probablement, comme les suiTants, & l'onvnge 
Inlitulé nipl >oitiHj xol SutBu>9vv7i;. II forme le n* 24 dans la coUectiOD 
d'Hartensiaia. 

1. J'bI ajouté au teite de Gaisford et de Heineke le mot vifei;, 
comme HDllach. 

3. Eitraii de Stob., 43, 132, t. II, p. 136, Hein., du inAma oii*n){e. 



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300 ARCHYTAS. 

communauté tout entière est heureuse. Quand eUe est 
violée, le roi n'est plus qu'un tyran, le magistrat est 
sans droit, celui qui est commandé tombe en esclavage, 
k communauté tout entière dans le malheur. Les actes 
humains sont comme un lissu mêlé et formé du com- 
mandement, du devoir, de l'obéissance el de la force 
capable de vaincre la résistance. Le commandement 
appartient essentiellement au meilleur ; être commandé 
est le fait de Tinférieur : la force appartient à tous 
deux ; car la partie raisonnable de l'âme commande et 
la partie irrationnelle est commandée : toutes les deux 
ont la force de vaincre' les passions. C'est de la coopé- 
ration hannoiiieuse de ces deux parties que naît la vertu, 
qui, en la détournant des plaisirs et des tristesses, con- 
duit l'âme au repos et à l'apathie*. 

3*. Il faut que la loi soit conforme à la nature, qu'elle 
exiTce une puissance effective sur les choses et doit utile 
à la communauté politique; car si l'un de ces carac- 
tères, ou deux, ou tous lui manquent, ce n'est plus 
une loi, ou du moins ce n'est plus une loi parfaite. Elle 
est conforme à la nature, si elle est l'image du droit 
naturel, qui se proportionne, et attribue à chacun sui- 
vant son mérite; elle est puissante, si elle est en har- 
monie avec les hommes qui lui doivent être soumis; 
car il y a beaucoup de gens qui ne sont pas aptes à re- 
cevoir ce qui est par nature le premier des biens, et 
qui ne sont en état de pratiquer que le bien qui est ea 



1. L'abMDcede douleurs. C'est le motet l'idée Blolcienae, que n< 
avoDS vus plus liaut critiqués. 

2. Eitrait de Siob., 43, 138, t. tt, p. 136, Heineke. Même liire qu< 
fragment précédent. 



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FRAGMENTS POLITIQUES. 301 

rapport avec eux et possible pour eax • ; car c'est ainsi 
que les ^ens malades et soufTranls doivent être soignés. 
La loi est utile & la société politique, si elle nVst pas 
monarcbtque, si elle ne constitue pas des privilèges, si 
elle est faite dans l'intérêt de tous, et s'impose égale- 
ment à tous. Il faut aussi que la loi ait égard aux pa;s 
et aux lieux, car tous les sols ne sont pas en étal de 
donner les mêmes fruits, ni toutes les Ames humaines les 
mêmes vertus. C'est pourquoi tes ans fondent le droit 
aristocratique , les autres le droit démocratique, les 
autres le droit oligarchique. Le droit aristocratique, 
fondé sur la proportion subcontraire , est le plus juste, 
car cette proportion donne aux plus grands termes les 
plas grands rapports et aux plus petits termes les plus 
petits rapports. Le droit démocrdlique est fondé sur b 
proportion géométrique, dans laquelle les rapports des 
grands.et des petits sont égaux. Le droit oligarchique 
et tyraonique est fondé sur la proportion arithmétique 
qui, opposée de la subcontraire, attribue aux plus pe- 
tits termes les plus grands rapports et aux plus grands 
termes les plus petits rapports. Telles sont les espèces 
de proportions *, et l'on en aperçoit l'image dans les 
coDslitutions politiques et dans les familles; -car, ou 
.bien les honneurs, les chAtimentâ, les vertus sont altri- 
baés également aux grands et aux petits , ou bien ils 
le sont inégalement, d'après la supériorité, ?oit en 

1. Passage trË»«bscur. 

3. Tal \dv oii tSiai -câ^ ivxiof^... Sur quoi HurUnstsia : • Idws 
quïdem ejiniDique imagines largimur ArcbïUs. An Plato cum eo sua 
oUter communicaverii. ■ Quel rapport ;a-t-ilentre les idées de Platon 
et ces différentes (ormes ou espÈoes de proportions T 



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30S ARCWYTAS. ' 

vertu, soit en richesse, soit ea puissance. La répartition 
égale est le &it de la démocratie ; la répartition inégale, 
celui de l'aristocratie et de l'oligarchie. 

4*. lia loi et la constitution la meilleure doit être un 
composé de toutes les aulres constitutions et avoir quel- 
que chose de démocratique , quelque chose d'oligar- 
chique, quelque chose de monarchique et d'aristocra- 
tique, comme cela avait lien à Lacédémone; car les rois 
y étaient l'élément monarchique, les gérontes y repré- 
sentaient l'aristocratie, les éphores l'oligarchie, les gé- - 
néraux de la cavalerie et les jeunes hommes la démo- 
cratie. Il faut donc que la loi soit non-seulement belle 
et bonne, mais encore que ses difiëreotes parties se 
fassent mutuellement opposition; c'est ainsi qu'elle sera 
puissante et durable ; et par cette opposition, j'entends 
qu'une même magistrature commande et soit comman- 
dée, comme âaas les sages lois de lacédémone ; car la 
puissance des rois y est balancée par les éphores, celle 
des éphorQs par lea gérontes, et entre ces deux puia- 
sances se placent les généraux de la cavalerie et les 
jeunes hommes ', qui, aussitôt qu'ils voient prendre trop 
de prépondérance à un parti, vont se porter de l'au- 
tre c6té. 

U fout que la loi statue d'abord sur ce qui concerne, 
les dieux, les démons, les parents, en un mot sur tout 
ce qui est honnête et estimable; en second lieu, sur ce 
qui est utile, il est de l'ordre que les règlements secon- 
daires viennent après les meilleurs et que les lois soient 



1. Eilrutd« Slob., 43, 131, t.n,p. 13B, Ueiaekt. 

2. Kôp*i. 



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FRAGUENTS POLITIQUES. 903 

JDScrites, non dans les maisons et sur les portes, mais 
dans les profondeurs de l'&me des citoyens. Car mftme 
& Lacédémone, qui a des lois excellentes, on n'admi- 
nistre pas L'État par de nombreuses ordonnances écrites. 
La loi est utile à la communauté politique, si elle n'est 
pt^ monarchique et" n'a pas pour but un intërAt privé, 
si elle est utile à tous, étend à tons son ohligation, et 
dans les cfa&tiDaeats vise à foire honte au coupable ei à 
le marquer d'infamie, plutôt qu'à lui enlever ses riches- 
ses. Si, en effet, c'est par l'ignominie qu'on cherche 
& punir le coupable,- lea citoyens s'efforcent de mener 
une vie plus sage et plus honnête, pour ne pas eocourii 
le cb&timent de la loi; si c'est par les amendes pécu< 
niaires, ils estimeront par-dessus tout les richesses, 
comprenant que c'est le meilleur moyen de réparer 
leurs fautes. La ndeux serait que l'Ëtat fût orga- 
nisé tout entier de telle sorte qu'il n'eût hesoiu en rien 
des étrangers, en ce qui concerne sa vertu et sa puis- 
sance, ni pour qnelqu'aulre cause que ce aoit. De même 
que la bonne constitution d'un corps, d'une maison» 
d'une armée, c'est d'avt^r en sol^ième et non en de- 
hors de sot le prindpe de son salut; car par li le corps 
est pins vigonreux, la maison mieux ordonnée, l'armée 
. n'est ni mercenaire ni mal exercée. Les êtres ainsi or- 
ganisés sont supérieurs aux autres; ils sont libres, 
aOhm^is de la servitude, s'ils n'ont pas besoin, pour 
se conserver, de beaucoup de choses, mais n'ont que 
peu de besoins belles à satisfaire. Par là l'homme ri- 
goureux devient en état de porter de lourds hrdeanx , 
l'athlète de résister au froid ; car les événements et les 
malheurs exercent les hommes. L'homme tempérant, 



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aOfc ABCHYTAS. 

qui a mis & r^preure son corps et son àme, trouve 
agréables, toute nourrilure, tout breuvape, inÊme un lit. 
de feuilles. Celui qui a mieux aimé vivre dans les délices 
cl comme un sybarite, Unit par dédaigner et rejeter loin 
de lai,méaie la magnificence du grand roi. It faut donc 
que la loi pénètre profondément dans les âmes, dans les 
mœurs des citoyens; elle les rendra contents de leur 
sort et donnera k chacun, suivant son mérite, ce qui lui 
nppartient. C'est ainsi que le soleil, en parcourant le 
cercle du zodiaque, distribue k tout ce qui est sur la 
terrp la génération, la nourriture,* la vie, dans la me- 
sure qui convient, et institue cette sage législation qui 
règle la succession des t^atsons. C'fst pourquoi on donne 
à Jupiler les noms de No^ttot, de Ne,uiîïo« , et on appelle 
Noutût (p&lre), celui qui distribue leur nourriture aux 
brebi8;\'est pourquoi on appelle NôjMt les vers chantés 
des cilharëdes, car ces vers mettent l'ordre dans l'imc, 
parce qu'ils sont chantés suivant les lois de l'harmonie, 
du rhythme, de la mesure, i. 



ht vrai chef doit non-seulement avoir la science 
et la puissance de bien commander, il faut encore qu'il 
aime les hommes; car il est contradictoire qu'un ber- 
ger haïsse son troupeau et soit animé de sentiments 
hostiles pour ceux qu'il. élève. Il faut, en outre, qu'il 
soit légitime; c'est seulement ainsi qu'il pourra sou- 
tenir la dignité du chef. Sa science lui permettra du 

I. Extrait de Slob., 46, 61, t. Il, p. 22T, Uein. 



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FRAGMENTS POUTIQUE3. 805 

bien diseeraer, àa puissance de punir, sa bonté de bire 
du bien, et la loi de tout faire suivant la raison. Le meil- 
leur chef serait celui qui se rapprocherait le plus de la 
- loi, car il n'agirait jamais dans son intérêt et toujours 
dans l'intérêt des autres, puisque la loi n'existe pas 
pour elle-même, mais pour ceuï qui lui sont soumis. 

FRAOMENT 24. 

V. plus haut : Fragm. 22. 1. 

FRAQMSNT 25*. 

L'art de réfléchir, quand on l'eut découvert, a fait cesser 
les dissensions et augmenter la concorde; lorsqu'on le 
possède, l'orgueil de la prédominance fait place au sen- 
timent de l'égalité. C'est par la réflexion que nous arri- 
vonsà nous réconcilier dans les conventions à l'amiable; 
car c'est par elle que les pauvres reçoivent des riches, 
que les riches donnent aux nécessiteux, chacun ayant 
confiance qu'il possède l'égalité des droits. 



La réflexion est comme une règle, qui empècbe 
et détourne les gens qui savent réfléchir de commettre 
des injustices, parce qu'elle les convainc qu'ils ne pour- 
ront rester ignorés s'ils exécutent leurs projets; et la 



1. Stob.,43, IBS, I. II, p. 140' Ueineke met ce fragment et le soi- 
T&Dt i la sutte de celui qui forme le d- 13 dan* la collection d'Harten' 
(teio, et n'en fait qu'un seul sous le titre Oipi [ui4ii|iâtuv. Barten- 
•lein les aèpare, trouvant que le commencemeDl s'en lie mai avec le 
milieu et la fin. C'est, en effet, un lien Lieo eitârîeur que celui qui 
tonne le mot tiptïti;, qui rappelle l'iEsupévta du o* 13. 



nigti/cdavGoÔglc 



306 AHCnYTAS. 

peine qui frappe ceux qui D'ont pas su s'abstenir, les tait 
réfléchir et les empêche de récii^Ter*. 

FKAGUENTS LOGIQUES. 

FBàGUENT 27*. 

La logique', comparée aux autres scieaces, l'emporte 
de beaucoup sur elles, et réussit mieux même que 
la géométrie à démontrer ce qu'elle se propose; là où 
la démonstration géométrique échoue, la logique y ar- 
rive; et, en outre, la logique, si elle traite des genres, 
traite aussi des accidents du genre*. 

FRAOllENT 28". 

C'est, à mon sens, une erreur complète de soU' 
tenir qu'il ; a suc toute chose deux opinions contraires 
l'une h. l'autre et qui sont également vraies. Et d'abord, 
je considère comme impossible que, si les deux opiotous 
sont vraies, elles soient contraires l'une à l'autre, et que 
le beau soit contraire au beau, le blanc au blanc. Il n'en 
peut être ainsi; mais le beau et le laid, le blanc et le 
noir, voilà des contraires. De même, le vrai est contraire 

1 . Les ft'ïgmenb politiques n'ont rien de suspect ni dans le taoû, ni 
dans la forme. On pourrait s'Élonner peut-être do la préciaiou technique 
da I& classification des trois formes politiques j mais fondée sur les pro- 
priétés essentielles des trois Termes de proportions, elle s'eiplique, et 
il sertit difficile qu'elle ne fût pas d'un pytliagoricien. 

3. Extrait de Stoliéa,£cl.Ph^i., 1,4, p. 12,)Ieic.p. 3,»usle titre'Ex 

3. JB lis Idyik^, au Iteu de Xsyiarixdi, qu'on pourrait d'ailleurs con- 
server en lui donnant le sens de logique. 

4. Tout ceci est peu clair, et encore on n'obtient cette obscure clarté 
qu'avM des hardiesses d'inlerprètatioD dangereuses, et qu'il est de 
touta nécessité de eonfebser. 

i. Extrait ds Slob., Ed. Bih., II, 4, p. 24, Uein. 



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FRAGMENTS LOGIQUES. 307 

au faux, et l'on ne peut pas produire deux opinions 
(contraires) ou vraies ou fausses : l'une est vraie, l'autre 
est fausse. Bd effet, celui qui loue l'Ame de l'homme et 
accuse son corps ne parle pas du même objet, à moins 
qu'on ne prétende que parler du ci<>l, soit la même 
chose que parler de )a terre. Mais non, ce sont là deux 
termes et non un seul. Que veux-je donc ici montrer T 
C'est que celui qui dit que les Athéniens sont des gens 
habiles, de beaucoup d'esprit, et celui qui dit qu'ils ne 
sont pas reconnaissants, ne soutiennent pas des opi- 
nions contraires, car les contraires sont opposés l'un & 
l'autre sur un même objet, et ici il y a deux objets' 



Les dix notions universelles d'Ârchytas'. — D'abord 
toute espèce d'art porte sur cinq choses : la matière, 
l'instrument, la partie, la déiinition, la Un. La première 
notion, la substance, est une chose existant et subsis- 
tant par soi-même, et n*a pas besoin d'une autre chose 

1. n n'y a rien qui puiase Faire suspecter ces deux fragments; et la 
mot d'Arislota {Mel., I, 6). que les philosophes «nténeurs & Ptalon ne 
s'étalent pas occupésde dialectique ne surfit pas pour en Taire rejeter 
l'aulbenticité. Ce n'e^t pas ici une ttiéorie systématiqua : ce sont des 
remtrquesetdes observaliocs assez générales pour aTOirpuBtretailea 
par les pythagoriciens. 

3. On cite une édition de Venise, 1561 eu ISTl, sous le titre : Àr- 
ekyUe dee«m prxdUamenta Dom. Fitimentio Fib. inltrprdc, dont 
l'existence m^oie est mise eu doute. Ce texte a été pul>lié par Caméra, 
rius, Leips., IUi4, «ous le litre : 'kyf<nrr^ fipSiuvoi Ibut Vrtoi lufioXi- 
ïoi, sur un nmnuacrit donné par Beaaariaa il Jean Bcasialor [J. Fran- 
kenslein, le premier docteur en tbéotogia (UlOJdaLelpsig). Comment 
Bessarion en élall-iL devenu possesseur? c'est ce qu'on ignore. Aucun 
dei andena ne mentionne l'ouvrage, et historiquement, comme au 
point do vue critique, on n'en peut soutenir un instant l'authenticité. 



InyGOOgIC 



306 ARCHYTAS. 

pour son essence, quoiqu'elle soit soumise à la gënë- 
ralion, en tant qu'elle est une chose qui naît; car le 
divin seul est incrëé et vénlablement subsistant par lui- 
même; c'est parce que les autres uotioas sont considé- 
rées par rapport à la substance que celle-ci, par op- • 
position à elles, est dite une chose subsistant par 
elle-même; mais elle ne l'est pas par rapport au divin. 
Les neuf notions paraissent et disparaissent sans entraî- 
ner la perte du sujet, du substrat, et c'est là ce qu'on ap- 
pelle l'accident, l'accident universel. Car un même objet, 
qui devient grand ou petit selon la quantité, ne perd pas 
pour cela sa propre nature. Ainsi, un trop bon régime 
donne au corps un développement et une grosseur ex- 
cessifii; la sobriété et la privation de nourriture l'amai- 
grissent; mais c'est toujours le môme corps, le même 
substrat. De même encori;, les hommes qui de l'enfance 
passent à la jeunesse sont toujours les mêmes quant &la 
substance, et ne diffèrent que de quantité. Le même 
objet qui devient tantêt blanc, tantât noir, change pour 
la vue de qualité', sans changer d'essence. Le même 
homme, tantAt mon ami, tantôt mon ennemi, change 
dans ses dispositions et dans ce qu'on appelle la relation, 
mais ne change pas dans son essence; être aujourd'hui 
& Thèbes, demain k Athènes, ne change rien à l'être 
substantiel. De même encore, ou reste aujourd'hui le 
même, sans changement quant à l'essence, qu'on était 
hier : le chungement n'a eu lieu que dans le rapport dn 

1. n y a dans le texte nooâTaTi que coniervent Orelli, Ranensteb, 
UOll&ch : c'esl éTidemmenl une rrreur de copiste, imenée par le na-, 
a&iati delà ligne pr4eéilenttt. Je lis ici noiÔTUTi, ou pljtdt Koâran, 



n,y,.;c)yGOOglC 



FRAGMENTS LOGIQUES. 309 

temps'; l'bonime qui est debout est le même qui était 
assis, il n'a changé que de situation* ; Être en armes, 
être sans annes, n'est qu'un changement de possession ; 
celui qui frappe et qui coupe est toujours le même homme 
quant à l'essence, il n'a changé que d'acte ; celui qui 
est frappé ou coupé — ce qui appartient i la catégorie 
de la passion — garde, sans changement, son essence. 

Les différences des autres catégories sont plus claires ; 
celles de la qualité, de la possession, de la passion pré- 
sentent quelques difScultës dans les différences; car on 
hésite sur la question de savoir si avoir la fièvre, fris- 
sonner, se réjouir appartiennent à la catégorie de la 
qualité, de la possession ou de la passion. Il faut distin- 
guer: si nous disons, c'est la fièvre, c'est le frisson, 
c'est la joie, nous exprimons la qualité; si nons disons, il 
ala fièvre, le firisson, il a de la joie, c'est la possession. 
La possession diffère h son tour de la passion, en ce que 
la possession peut se concevoir par elle-même sans 
l'agent. La passion est un rapport à l'agent et ne se 
comprend que par celui qui la produit; si nous disons, 
il est coupé ou battu, nous exprimons l« patient; si doqb 
disons, il souffre, nous exprimons la possession. 

Nous disons qu'il a dix notions universelles et pas da- 
vantage', comme on peut s'en convaincre par la divi- 
Mon suivante : l'être est dans un sujet (une substance) 
ou n'est pas dans un sujet; celui qui n'est pas dans un 

1, UHéralemeot du quand, toû ndrt Ifrrou. 

3. To3 xiEirtai. 

3. Arislote n'i jsmais fixé C8 nomtîre , qu'il ne produit pas toujours 
complet, comme une Loi nAcessaiie de l'entendement. Cest une eiagt- 
ration qui lèTile le fanatisme d'un disciple. 



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sqjel forme la substance* ; celui qui est dans nn sujet oa 
est CODÇU par lui-même, ou n'est pas conçu par lui- 
m£me; celui qui n'est pas conçu par lui-même constitue 
la relation, car les êtres relatifs, qui ne sont pas conçus 
par eux-mêmes, mais qui amènent forcément l'idée d'un 
autre ôtre, sont ce qu'on appelle les rapports, ajitnii. 
Ainsi, le terme de fils amène forcément la notion de 
père, celui d'esclave celle de mattre, et de même tous les 
êtres relatifs, npift ti, sont conçus dans un lien nécessaire 
avec autre chose, et non par eux-mêmes. L'être qui est 
conçu par soi-mêine ou bien est divisible, et alors il 
constitue la quantité; ou il est indivisible, et alors il 
constitue la qualité. Les six autres notions sont produites 
par le mélange des premières. La substance mêlée à la 
quantité, si elle est vue dans le lieu, constitue la catégo- 
rieduoû; si elle est vue dans le temps, constitue celledu 
quand. Hêléeàla qualité, la substance, ou bien est active 
et forme la catégorie de l'action, ou elle est passive, 
et forme celle de la passion. Combinée avec la relation, 
oo bien «Ile est posée dans un autre, et c'est ce qu'on 
appelle la situation, on elle est attribuée à un autre, et 
c'est ce qu'on appelle la possession. Quant à l'ordre des 
catégories, la quantité est placée après la substance et 
avant la qualité, parce que, par une loi naturelle, toute 
chose qui reçoit la qualité, reçoit aussi la masse, et que 
c'est d'une chose ainsi déterminée' qu'on peut affirmer 



1, II est sujet, substrat, suLstance lui-inSme. 

2. Cesl-i-dire quo dans l'ordre logirjue des déterminations de l'es- 
Mnce, il but, pour qu'une cbose ait qualité, qu'elle soit déjà placée 
dans Ucatégorie da la quantiié. Cet ordre est tout » fait étranger t 
Aristote, qui n'en donne et n'en lait presMOtir aucun, sauF pour la 



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FRAGMENTS LOGIQtlBS. 311 

et exprimer la qualité. A son tour, la qualité prâcëde 
la relation, parce que l'une est par soi-tnâme, l'autre 
par un rapport ; et il faut d'abord conceToir et exprimer 
une chose par elle-même, avant de la cODcevoir et de 
l'exprimer dans un rapport. A la suite de ces universaux 
viennent les autres. L'action précède la passion, parce 
qu'elle est une force plus grande; la catégorie de la si- 
tuation précède celle de la possession, parce que Être 
'posé est une chose plus simple qu'être attribué, et qu'on 
ne peut concevoir une chose attribuée à une autre, sans 
concevoir la première comme posée quelque part. Celui 
qui est posé est aussi dans une situation, dans une situa- 
tion quelconque, soit debout, soit assis, soit couché. Le 
propre de la substance est de ne pas admettre le plus et 
le moins, — l'homme n'est pas plus animal que le cheval 
par la substance, — et de ne pas admettre les contraires. 
Le propre de la qualité est d'admettre '_\e plus et le 
moins, car on dit : plus et moins blanc, plus et moins 
noir. Le propre de la quantité, c'est d'admettre l'égal et 
l'inégal, car la palme n'est pas égale k l'arpent, et trois 
fois quatre doigts' valent la pulme; cinq n'est pas égal 
à dix et deux fois cinq est égal i dix. Le propre de la 
relation est de réunir les contraires, car s'il y a un père, 
il y a un tits, et s'il y a un maître, il y a un esclave. Le 
propre du où est d'envelopper, du qu(a\d de ne pas de- 
meurer, de la situation d'être posé, de la possession 

sabslauce, qui occupa nécessairement el nalurellement toujours la pro- 
mlËre place daui les passages oii il éoumère les catégories. Hegel aenl 
a essayé d'eipoier ia génération k la fois logique el réelle des catégo- 
ries, qui, dans son ayitème, sont à U fois les genres de l'Stre et les 
genres de la pansie. 
I . nalitotat, petite palcqe de quatrs doigts. 



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SIS ARCHYTAS. 

d'être attribué. Le composé de la substance et de la 
quantité est antérieur au composé de la qualité ; le com- 
posé de la substance et de la qualité est k son tour anté- 
rieur à celui de la substance et de la relation. Le où 
précède le quand, par ce que le où suppose le lieu qui a 
fixité et permanence ; le quand se rapporte au temps, et 
le temps, toujours en mouvement, n'a aucune fixité, et 
le repos est antérieur au mouvement. L'action est 
antérieure à la passion, la situation k la possession. 

1. Catégorie de la substance. 

La substance se divise en substance corporelle et sub- 
stance incorporelle; la substance corporelle en corps 
animé et corps inanimé; les corps animés en corps 
doués de sensation et corps privés de sensation; les 
corps doués de sensation en animaux et zoophytes, les- 
quels ne se divisent plus par des dilTérences opposées*. 
Cependant l'animal se divise en raisonnable et irraison- 
nable ; l'animal raisonnable en mortel et immortel; le 
mortel dans les subdivisions enfermées sous l'espèce, 
telles que homme, bœuf, cheval et le reste. Les espèces 
se divisent en individus qui n'ont aucune valeur propre '. 
Chacune des sections que nous avons obtenues plus haut 
par des divisions opposées est susceptible d'être éga- 
lement divisée à son tour, jusqu'à ce qu'on arrive 
aux individus indivisibles et qui ne sont d'aucun prix*. 

I. 81 je comprends bien aux ivTiJic»poO|ttvov |iiv, cela veut dira 
qu'on De p«ut plus diviser ce genre en espaces ; cir c'est l'espèce qui 
divisa le genre par des différeoces opposOïS. 

3. L'espAce demeure el subsiste ; les individus meurent et disparais- 
sent. 

3. Il n'y a ici, comme on le Toit, aucune discussion sur la nature de' 
la substance : c'est une simple partition des catégories, iclaircie par 



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FRAGMENTS LOGIQUES. 313 

2. Catégorie de la quantité. 

La quantité se divine en sept parties : la ligne, la sur- 
face, le corps, le lieu, le temps, te nombre, le langage, 
lia quantité est ou continue ou discrète ; il ; a cinq quan- 
tités continues et deux discrètes, le nombre et le lan- 
gage. Dans la quantité, on distingue celle qui est com- 
posée de parties ayant position les unes par rapport aux 
autres ', (elles que la ligne, la surface, le corps, le lieu ; 
et celtes dont lej parties n'ont pas de position, comme le 
nombre, le langage et le temps ; car, quoique le temps 
soit une quantité continue , cependant ses parties n'ont 
pas de position, parce qu'il n'est pas permanent, et que 
ce qui n'a pas de permanence ne saurait avoir de posi- 
tion. La quantité a donné naissance à quatre sciences : 
la quantité continue immobile constitue la géométrie ; 
mobile, l'astronomie; la quantité discrète immobile 
constitue l'arithmétique; mobile, la musique. 

3, Catégorie de In qualité. 

La qualité se divise ' en manière d'être, f^iv, et affec- 
tion, Sié6t<jvt, qualité passive et passion, puissance et 
impuissance, figure et forme. La manière d'être est 
l'affectioa à un état de tension énergique, c'est la per- 



do âiemples. Ces rlivîsions se trouvent déj4 dans Porphyre, Itttrod. 
àl'Organ, d^Arùtole, c. lu. 

l. Tout ceci est tiré d'Aristcte, catég. VI : • lAquaalitË est discrète 
ou eoatÎQue : l'une est composée de parties qui ont uae position les 
une» par rapport aai aulrea ; l'autre, de parties qui n'en ont pas, L» 
quantité discrète, c'est par exemple le nombre et le langage; la quan- 
tilé continue, c'est par eiemple la ligne, la surface, le corps, etc. > 

a. Les manuscrits donnent âiaxilTui, que conservent Orelli «t Har- 
leoeleia. Il me parait évident, comme i HQllacti, que c'est uns erreur 
de copiste pour SiwptÏTai. 



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314 ARCHYTAS. 

manence, la fixité provenant de 1» cootinuilë et de l'éner- 
gie de l'affeclioD ; c'est l'afTecliop devenue ponr ainsi 
dire la oature, une seconde nature enrichie. On appelle 
aussi manière d'être, les qualités que la nature nous 
donne, et qui' ne viennent ni de l'afTcctiûn, ni du pro- 
grès naturel de l'être, comme la vue et les autres sens 
La qualité passive comme la passion, est accroissement, 
inlensilé, affuiblissement. Ou npporte & la qualité pas- 
sire et à la passion, la colère, la Iraine, l'intenapérance, 
les autres passions vicieuses, les affections maladives, la 
chaleur et le Troid : maistanlfit on les range dans la 
catégorie de la manière d'être et de l'affection, lanl6l 
de la qualité passive et de la passion'. On penf dire 
qu'en tant que l'affection esl communicable, ou peut 
l'appeler manière d'être ; en tant qu'elle cause une pas- 
sion, on peut l'appeler qualité passive, mot qui se rap- 
porte ft sa permanence et à sa fixité. Car une modifica- 
tion renfermée dans la mesure s'appelle passion, it^ot- 
Xinsi, de celui à qui elle est communiquée, la chaleur 
tirerait le nom de manière d'élre : f^n; ; de la cause qui 
produit la modification*, on dira que c'est la qualité 
passive ou la puissance de la passion, comme lorsqu'on 
dit de l'enfant: qu'il esl coureur en puissance, philosophe 
en puissance, et, en un mot, lorsqu'à un moment 
donné l'être n'a pas la force d'agir, mais qu'il est 
possible qu'après une période' de temps écoulée cette 
puissance lui appartienne. L'impuissance c'est lorsque 

1. Toulea cea définitions sont lirèes des Catégories i'knslote, cral. 
2 Hflltacb aubïiitue sang oéce-uité UXoiuWvnx à U leïon des nu- 
Quscrits iUoioûvToc. 
3. Je lis tuftH^K au lieu da voipiSoïc, que je ne puis compreDdK. 



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FRAGMENTS LO^GIQUES. 315 

la nalare se refuse à la possibilité d'accomplir certains 
actes, comme l'homme est impuissant k voler, le cheval 
, & parler, Taigle à vivre dans l'eau, et toutes les impos- 
sibilités naturelles. 

On appelle figure, une conformation d'un caractère 
déterminé; forme, laqualitéseraoïilrantexléricurement 
par la couleur, ou la beauté ou la laideur se montrant à 
la surface par la couleur, et, en un mot, toute forme ap- 
parente déterminée sautant aux yeux. Il j en a qui li- 
mitent la figure aux choses inanimées , et réservent la 
forme aux êtres vivants. Les uns disent que le mot fi- 
gure donne l'idée de la dimension de profondeur; et 
que la forme ne s'applique, qu'à l'apparence si^tierfi- 
cielle : mais vous avez été instruits de tout cria '. 

4. Catégorie de la relation. 

Les relalirs se divisent d'une manière générale en 
quatre classes : la nature, l'art, le hasard, la volonté. 
C'est une relation de nature que celle du père au Sis, 
d'art que celle du maître au disciple, de hasard que 
celle de l'esclave au maître, de volonté que celle de l'ami 
à l'ami et de l'ennemi à l'ennemi, quoi qu'on puisse 
dire aussi qu'elles sont toutes naturelles*. 

5. Catégorie du où. 

La division la plus simple est en six : le haut, le bas^ 
en avant, par derrière, à droite, à gauche. Chacune de 
ces subdivisions a des variétés : ainsi dans le haut, il y 

1. HE[M9iixaT(. Ce mat, comme quelques autres qu'on rencoatren 
plus bas, sembla prouver que nous n'avons ici qu'une compilation de 
prafesseur, destinée & servir de cenevas à dei leçons. 

2. C'est encore la Ihéorie d'Aristote, Cat., c. tji : ■ Les relatifs sem- 
blent en mSme temps être oaturitls, ei si cela n'est pas exact da tous, 
cela l'est de la plupart > 



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316 AHCHYTAS, 

a de nombreuses différences, dans l'air, dans les astres, 
jusqu'au pAte, au delà du pâle; et ces diSérences se ré- 
pètent dans le bas; les lieux eux-mêmes infiniment di' 
visés sont soumis en outre à une infinité de différences : 
mais ce point très-ambigu sera expliqué* . 

6. Catégorie du quand. 

Le quand se divise en présent, passé, futur. Le pré- 
sent est indivisible, le passé se divise en neuf subdivi- 
sions, le futur en cinq : nous en avons parlé plus haut*. 

7. Catégorie de l'action. 

L'action se divise eti acte, discours, pensée; l'action 
en œuvre des mains, œuvre des broches ' et outils, œuvre 
■ des fùeds ; et, chacune de ces divisions se divise elle- 
même en œuvres propres qui ont aussi leurs parties. Le 
langage se divise en langue grecque, et langue barbare, 
et chacune de ces divisions a ses vnriélés, c'est-à-dire 
ses dialectes. La pensée se divise en un monde infini de 
pensées qui ont pour objet, tes unes le monde, les au- 
tres, les choses hypercosmiques. Le langRge et la pen- 
sée appartiennent vraiment à l'action*, car ce sont des 
actes de la nature raisonnable; en effet si on nous dit : 
que fait un telî nous répondons : il cause, il converse, 
il pense, il réfléchit et ainsi du reste. 

8. Catégorie de la passion. ■ 

La passion se divise en passions de l'&me et passions du 
corps, et chacune en passions qui proviertneût de l'ac- 
tion d'un autre, conime par exemple lorsque quelqu'un 



1 et 2. Ces mots confirment l'obserration déji fuite, p. Zlh, 

3. Al' iSUtuy.... Hf)rtensleiu propose ingénieusement 5ii)bn 

4, Js lia ToO KOiitv oSoiv au tieu de ii^cip toO. 



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FRAGMENTS LOGIQUES. 317 

est frappé; eten passions quinaissentsansTinterveDlion 
active d'un autre, lesquelles reçoivent mille formes di- 
verses. 

S. Catégorie de la situation. 

La situation se divise en trois : être debout, assis, 
couché* ; et chaque division est à son tour subdivisée 
par les difTérences de place. Car on est debout ou sur 
ses pieds, ou sur le bout des doigts; ou le jarret tendu, 
on le genou courbé ; la station diffère encore soit que les 
pas sont égaux, ou qu'ils soient inégaux ; qu'on marche 
sur ses deux pieds ou sur un seul. Être assis a les mê- 
mes différences ; car étant assis on peut être d^oil, pen- 
ché, renversé ; la position des genoux peut faire un an- 
gle droit ou un angle obtus; les pieds peuvent être 
posés l'un par-dessus l'autre, ou autrement. Être couché 
de même : car on est couché à la renverse, la tête pen- 
chée en avant, ou de côté, le corps étendu, ou présen- 
tant soit une Sgure courbe, soit une figure angulaire. 
Ces divisions sont loin d'être uniformes; elles sont au 
contraire très-variées. La position est encore sujette à 
d'autres divisions : car un objet peut être répandu 
comme le blé, le sable, l'huile, l'eau, et tous les autres 
solides, susceptibles de position, et tous les liquides que 
nous connaissons. Cependant être étendu appartient & 
ta position, comme la toile et les filets. 

10. Catégorie de la possession. 

Avoir, se dit des choses qu'on met sur soi, comme se 
chausser, s'armer, se couvrir; des choses qu'on met 
dans d'autres, et on l'applique au boisseau, à la bouteille, 

1. CesaDlansù tefieiemplesd'Arislote, Catég. T. 



n,g:,-^cT:G00glc 



318 ARCHYTAS. 

aux autres va^es ; car on dit que le boisseau a de l'oi^e, 
que la bouteille a du vin ; il se dit aussi de la richesse, 
des possessions ; on dit : qu'il a de la fortune, des 
champs, des bestiaux el autres choses dé même nature*. 



L'ordre des catégories est le suivant : au premier 
rang est placée la -substance, parce qu'elle seule sert de 

I, Cou[. Arist., CaUg, 1S. Si Doua n'avions que ce Mite âTÏdsmmeDt 
TtlslSé , nous n'aurions aucun doule sur la priorité d'invention et d'ai- 
potition systématique des dix catégories. Ua.is Simplicius et lambti- 
que, en affirmant qu'Archylas en est Je premier auleur, font naître dei 
soupçons plus justifiés, d'auMnt plus que le premier cite des frag- 
menta détachés de l'ouvrage du pythagoricien, qu'il acalt certaine- 
ment sous les yeux et dont il nous fait connaître le titre : > Archytas, 
dit-il, — et cela dans son Commeutaire sur les Catégoriel d'Ariitoie, 
f.lb, — Archytas a distingué les dix nations générales premiËres dans 
le lirre intitulé Qcpl toQ nnvTÔ; ; il a ëclairci la théorie par des exem- 
ples, montré l'ordre daos lequel elles sont les unes par rapport aux 
autres, les différences spéciflques de chacune d'elles, leurs propriétés 
coDununesel propres.... lamblique, aux endroits nécessaires, a cité 
l'ouvrage d'Arcbytas, a réuni avec intellif;ence les fragments dispersés, 
et en a fait ressortir l'accord avec la théorie d'Aristote. Les diffé- 
rences, — ei elles tiesont pas nombreuses, — ont été mises pac lui sous 
iMjeux du lecteur.... On peut donc dire que partout Aristote n'a 
voulu que suivra les traces d'Arcbytas. • On ne peut pat nier qu'on 
relfouve dans Platon quelques traces des catégories; mais s'il les 
avait connues dans ce développement, et avec cette précision techni- 
que, il est difficile de croire qu'il ne noua l'eût pas laissé voir. Il est 
certain, du moins, qu'au temps d'iamblique, l'ouvrage passait généra- 
lement pour être d'Arcbytas, et jouissait d'une grande autorité, puisque 
lui et SimpUcius lui font l'honneur de le comparer i celui d'Aristote; 
et assurément l'autorité de ces deux écrivains considérables mérite 
quelque respect. La question est donc moLns certaine qu'on ne le sup- 
pose ordinairement, et il reste encore dans l'esprit du critique impar- 
tiai quelques doutes trâs-légitimes. C'est le sentiment où persiste le 
savant H. Egger «1 qu'il avait déjà'soutenu dans sa théae, citée plus 
haul,p. 192, n. 1. 
î. Simpl. , m Caleg. , f. !8 a. 



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FRAGMENTS LOGIQUES. 319 

substrat k toutes les autres, qu'on peut la concevoir seule 
et par elle-mëiue, et que les autres ne peuvent 6tre con- 
çues sans elle : car tous les attributs ont en elle leur 
sujet, oa sont afSrmés d'elle. La seconde est la qualité : 
car il est impossible qu'une chôac ait une qualité âuis 
avoir une es^nce. 

THAGMENT 31*. 

Toute substance physique et sensible par sa na- 
ture même, doit, pour être conçue par l'bomme, ou bien 
être placée dans les catégories, ou être déterminée par 
elles, et ne peut être conçue sans elles. 

?IUI»[ENT 33*. 

La substance a trois différences : l'une consiste 
dans la matière, l'autre dans la forme, la troisième dans 
le mixte de l'une et de l'autre '. 

FRAGUEHT 33*. 

Ces notions, ces catégories ont des caractères com- 
muns et des caractères propres. Je dis que ce sont 
des caractères communs k la substance, de ne pas re- 
cevoir le plus et le moins ; car il n'est pas possible qu'on 
soit plus ou moins homme, Dieu ou plante ; de ne pas 
avoir de contraires; car l'homme n'est pas le contraire 
de l'homme, ni le Dieu d'un Dieu ; il n'est pas non plus 
contraire aux autres substances, d'être par soi, et de 



1. Simpl., in CeUeg., (. 38 b. 

3. Simpl., in Catt§., t. 34 a. 

3. C«st la théode n connue ei si originale d'AriauU. 

V SiiDpl.,{nC<U«(r., f. 34 b. 



,y Google 



3x0 ARCHVTAS. 

ne pas dire dans an auU'e, comme la couleur glauque 
ou bleue est le propre de la substance de l'œil, puisque 
toute substance est par soi. Toutes les choses qui lui ap- 
partiennent intimement, ou les accidents sont en elle 
cane peuvent être sans elle.... à la qualité conviennent 
plusieurs des caractères de la substance, par exemple de 
ne pas recevoir le plus ou moins- 

FRAGMENT 34*. 

C'est le propre de la substance de rester identique 
à elle-même, nue en nombre, et d'èlrc susceptible des 
contraires. La veille est contraire au sommeil, la len- 
teur à la vitesse, la maladie à la santé; et le même 
homme, un DUiiiériquement, est susceptible de toutes 
ces différences. Car il s'éveille, dort, se meut lentement 
ou vile, est bien portant, malade, peut, en un mot, 
recevoir tous les contraires semblables, pourvu que ce 
ne soit pas en même temps. 

PHAOUKMT 35 *. 

La quantité a trois différences : l'une consiste dans 
la pesanteur, comme le talent; t'aulïe dans la gran- 
deur, comme la double coudée ; l'autre dans la mul- 
titude, comme dix. 



La substance est nécessairement première, ainsi 
que ses accidents : — et c'est ainsi qu'ils sont dans un 

1. Sitapl, in Categ., t. 43 a. 

2. Simpl., in Categ-, t. 48 ». 

3. Simpl., m Cattg., f. ô8 U " ^ 



n,gti7ct.T:G00glc 



FRAGMENTS LOQIQD&S. 



ceilain rapport & autre chose; après la substance TieQ- 
neot les rapports des qualités accidentelles'. 



Une propriété commune qu'il . faut ajouter à la 
qualité, c'est d'admettre certains contraires et la priva- 
tion.... Larelation reçoit le plus et le moins; car c'est 
être plus, que d'être plus grand et plus petit qu'une au- 
tre chose, et cependant l'être reste toujours le même; 
mais tous les relatifs n'en sont pas susceptibles*; car 
on ne peut pas être plus ou ifioins père, Trère, tils; par 
où je n'entends pas exprimer les sentiments des deux 
parents, ni quel degré de tendresse les êtres du môme 
sang et les Sis des mêmes parents ont les uns pour les 
autres* : je veux parler nuiquement de la tendresse qui 
est dans la nature de ces rapports- 



La qualité a certains caractères communs, par 
exemple, de recevoir les contraires et la privation : le 
plus et le moins se retrouvent dans les passions. C'est 
pour cela que les passions sont marquées du caractère 



1. Les accidenta esaeniiels sont susceptibles île rapports; mais lia 
ne peuvenl eltoIt da rapports qu'en tant qu'ils appartiennent à la sub- 
slance, (nvunâf^avioi. — Outre les accidenta essentiels, it y en a d'accï' 
dentels à la substance, lirixniTa, qui évidemment ne peuvent venir 
qu'en aeconde ligne. 

3. Simpl., 1,1., r. 61 a. 

3. Le texte dit; àXhùimin ixinav. Il me paraît nécessaire délire, 
comme dans la ligne précédente : mi' àiXo ic^ ijôviuv. 

4. Au lieu de icdt' iXl-im, que Je ne puis entendre, je tii itn' èJr 

5. SitapL, 1. 1, r. 106 tt. 



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3X2 ARCHYTAS. 

de riDdélenDination, parce qu'elles sont dans une me- 
sore indéterminée plus ou moins forte. 



La relation est susceptible de conversiou, et cette 
conrersion, est fondée ou bien sur la ressemblance, 
comme l'égal et le frère, ou sur la dissemblance, comme 
le plus grand et le plus petit.... II y a des relatifs qui ne 
se convertissent pas, par exemple, la science etla sensa- 
tion; car on dit* la science de l'intelligible, ta sensation 
du sensible*; et la raisofi, c'est que l'intelligible et le 
sensible peuvent exister indépendamment de la science 
et de la sensation, et que la science et la sensation ne 
peuvent exister sans l'intelligible el le sensible.... Le 
propre des relatifs, c'est d'exister simultanément les uns 
dans les autres, el d'être causes les uns des autres : car 
si le double existe, nécessairement existe la moitié ; si la 
moitié existe, nécessairement existe le double, cause 
de la moitié, comme la moitié est cause du double. 

FRAGHENT W. 

Puisque tonte chose mue se meut dans un lieu, 
que l'action et la passion sont des mouvements en acte, 
il est clair qu'il (ciut qu'il y ait un lieu premier dans le- 
que\ soient et l'objet agissant et l'objet patient. 



1. Simpl.,1. l., f. 68 b. 

3. Il faut Mus-entendre : sana pouvoir renTerser et Morertir le* 
Urmes. Coof. Fragm. 49. 

3. Je lis encore ici tsO ctlofliitaij au lieu de t5( sïoAcimot. 

4. Simpl.,1. I.,t. 108 b. 



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FRAGMENTS LOGIQUES. 323 

FRAOIIKHT 41*. 

Le propre de l'agent est d'avoir en lui-mâme. la 
cause du mouvement ; le propre de la chose faite, du 
patient, est de l'avoir dans un autre. Car le statuaire a 
en soi la cause de faire la statue, le bronze a la cause de 
la modiQcation qu'il subit, et en lui-même et dans le 
statuaire. Il en est de même des passions de l'ime : cor 
il est dans la nature de la colère qu'elle s'éveille k la 
suite d'une autre chose, qu'elle soit excitée par une au- 
tre chose externe, par temple par le mépris, le déshon- 
neur, l'outrage ; et celui qui agit ainsi envers un autre, 
a en lui-même la cause de son action. 

FBIQHIKT 43*. 

Le degré le plus élevé de l'action est l'acte : il y 
a trois différences k observer dans l'acte : car ou il s'ac- 
complit dans la contemplation des astres; ou dans le 
foire, min, comme de guérir, de construire; ou dans 
l'agir, TTpdlavfv, comme de commander une année, 
d'administrer les affaires de l'Ëiat. L'acte a lieu même 
sans raisonnement, comme dans les animaux sans rai- 
son. Ce sont 1& les contraires les plus généraux. 

VRAGHENT 43'. 

La pasûon diffère de l'état passif; car la passion 
est accompagnée de sensation, comme la colère, le plai- 



1. Sinipl.,).l.,r.il6b. 
I. Simpl., 1. 1., t iieb. 
3. Siiapl.,L l.,r. 121b. 



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sir, la crainte ; tandis qu'on peut souffrir quelque chose 
sans sensation : par exemple la cire quand elle se fond, 
la -boue quand elle se sècbe. De même Tœuvre faîte dif- 
fère aussi de l'état passif : car la chose faite a subi une 
certaine action ; mais tout ce qui a subi une certaine ac- 
tion, n'est pas une cbose faite : car une chose peut être 
dans un état passif par suite de mauque et de privation. 

FIU.GIIEIJT kk'. 

II y a d'uD cAté, l'agent, de l'autre le patient ; par 
exemple, dans la nature. Dieu est l'être qui fait ; la ma- 
tière l'être qui souffre: les éléments sont l'un et l'autre. 

FRAGMENT 45'. 

Le propre de la possession est d'être une chose 
adventice, d'être une chose corporelle séparée de l'es- 
sence : aîtisi la voile, les chaussures sont distinctes de 
celui qui les possède ; et ce ne sont pas \h. des propriétés 
naturelles, ni des accidents essentiels, comme la couleur 
bleue des yeux et la raréfaction : car ce sont là deux 
propriétés incorporelles, tandis que la possession se 
rapporte à nue chose corporelle et adventice. 

tHAlBtEBT k6*. 

Puisque les signes et les choses signiâées ont un 
but, que l'homme qui se sert de ces signes et de ces 
choses signifiées, doit remplir la fonction parfaite du 



1. simpi., 1. 1., r. m b. 

1. Simpl.,1. 1., f. 13&b. 
i. Simpl-, 1. 1., r. 140 (u 



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FRAGMENTS LOGIQUES. 385 

discours, acheroos ce que nous avons dit en établis- 
sant, que l'ensemble harmonieux de toutes ces catégo- 
ries n'appartient pas à l'homme en soi, mais k un cer- 
tain homme déterminé. Car de tonte nécessité c'est un 
homme déterminé et qui existe quelque part, qui a qua- 
lité, et quantité, et relation, et action, et passion, et 
situation, et possession, qui est dans un lieu et dans un 
temps. Qnant à l'homme en soi, il ne reçoit que la pre- 
mièi% de ces expressions : je veux dire l'essence et la 
forme; mais il n'a pas de qualité, il n'a pas d'ftge, il 
n'est pas vieux, il ne fait ni âe souffre rien, il n'a pas de 
situation, il ne possède rien, il n'est pas dans le lien, il 
n'existe pas dans le temps. Tout cela ce sont des acci- 
dents de l'Aire physique et corporel, mais non de l'Être 
intelligible, immobile et enfin indirisible. 

FRAOUEUT kT. 

Paimi les contraires les uns sont dits opposés 
l'nn à l'autre par convention et par nature : ainsi le bien 
au mal, le malade à l'homme sain, la vérité à l'erreur; 
les autres comme la possession est opposée à la priva- 
tion : tels que la vie et la mort, la vue et la cécité, la 
science et l'ignorance; les antres comme les relatifs, 
ainsi le double et la moitié, celui qui commande et celui 
qui est commandé, le maître et l'esclave; les autres, 

1. Extrait d'un autre ouTMgB d'Archytas, que Simplioius intitule : 
nipi ivTtxiifiivtijv, et dDnl il dit, m Caleg., f. 141 b - > Aiiatote pa- 
rallcQcore.daDsce cbiLpili» sur les oppositions, acotr proËt£ du livre 
d'Archytas iulitulâSur l«f Oppoiit,(HiB celui-ci u'avait pas tonduavec 
le Tratl^ tur la eatégories, mais dont il avait Tait le sujet d'un livre k 
part, Voici quelle est la division que propose Axchytas : Parmi les 
contrains, «te. • 



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826 ARCMYTAS. 

comme l'affirmation et la négation, comme être homme 
el n'être pas homme, ôlre honnête et ne l'élre pas. 



Les relatif naiesent et disparaissent nécessaire- 
ment simultanément: il est impossible qae te double 
soir,, et que la moitié ne soit pas, ni que la moitié soil 
et que le double ne soit pas ; et si quelque chose devient 
double, il Enut qu'eu même temps la moitié devienne, et 
si le double est détruit, que la moitié soit aussi détruite. 

FRAOKem M*. 

Des relatifs, les uns se répondent l'un à l'autre 
dans les deux sens : comme le plus grand, le plus petit, 
le frère, le semblable : les autres se répondent, mais non 
pas dans les deux sens. Car on dit également la science 
de l'intelligible, et la sensation du sensible, mais on ne 
dîtpas la réciproque, l'intelligible de la science, le sensir 
ble de la sensation. La raison c'est que l'objet du juge- 
ment peut exister indépendamment de celui qui juge; 
par exemple, le sensible peut exister sans sensation, 
l'intelligible sans la science; ^tandis qu'il n'est pas pos- 
sible que le sujet qui porte un jugement existe sans 
l'objet dont il juge : par exemple, il ne peut y «voir de 
sensation sans objet sensible, ni de science sans objet in- 
telligible. Des relatifs qui se répondent réciproquement, 
les uns se répondent indiiTéremment, comme le sembla- 
ble, l'égal, le frère. Car celui-ci est le semblable de ce- 

1. SimpL, 1. 1., f. 143 a. 
3. SimpL, 1. ]., f. tu ■. 



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FRAGMENTS LOGIQUES. 327 

lui-tà, comme celai-là est le semblable de celui-ci, cc- 
loi-ci est l'égal de celui-IJt, comme celui-lft est l'égal de 
celui-ci. Il en est quise répondent réciproquement, mais 
jaon pa^ indifféremment : car celui-ci est plus grand que 
celni-lè, et cetui-lA est plus petit que celui-ci; celui-ci 
est le père de celui-là, et celui*là est le Sis de celui-ci. 

FRAOMaHT 50'. 

Ces opposés se divisent en espèces qui se tiennent 
les unes aux autres : car, des contraires, les uns sont 
sans terme moyen, df^uoci, tes autres en ont un. Il n'y a 
pas de moyen terme entre la maladie et la santé, le repos 
et le mouvement, la veille et le sommeil, le droit et le 
courbe, et les autres contraires. Mais entre le beaucoup et 
le peu, il y a la juste mesure; entre l'aigu el le grave, le 
consonnant ; entre le rapide et le lent, l'égalité de vitesse ; 
entre le plus grand et le plus petit, l'égalité dé mesure. 
Des contt^ires universels, il faut qu'il y en ait un qui ap- 
partienne à ce qui les reçoit : car ils n'admettent pas de 
moyen terme. Ainsi, il n'y a pas de moyen terme entre 
la santé et la maladie : tout être vivant est nécessaire- 
ment ou malade ou bien portant; ni entre la veille et le 
sommeil : il faut nécessairement que tout être vivant 
soit çu éveillé ou endormi ; ni entre le repos et le mou- 
vement : il faut nécessairement que toutétrevivantsoiten 
repos ouenmouvemenl. Lesopposésdontnil'unnirautre 
ni l'un des deux n'appartient pas nécessairement au sujet 
qui les peut recevoir, ont des termes moyens : entre le 
blanc et le noir, il y a le fauve, et il n'est pas nécessaire 

1. 31iDpl.,l.l.,l46a. 



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3S8 ^ ABCHTTAS. 

qu'UD animal soit ou blaacou noir; entre le grand et le 
petit, il y a l'égal, et il n'est pas nécessaire qu'un être 
vivant soit ou grand ou petit; entre te rude et lemou, il 
' y a le doux au toucher, et il n'est pas nécessaice qo*un 
être vivant soit on rude ou mou. Il y a dans les opposés 
trois différences : les uns sont opposés comme le bien 
l'est au mal, par exemple la santé à la maladie; les au- 
tres comme le mal l'est au mal, par exemple, l'avarice & 
la débauche; les autres, comme n'étant ni l'un ni l'au- 
tre ; par exemple, comme le blanc est opposé au noir, 
le pesant au léger. Des opposés, les uns ont lieu dans 
les genres de genres*; car le bien est l'opposé du mal, 
et le bien est le genre des vertus, le mal celui des maux. 
D'autres ont lieu dans les genres des espèces; la vertu 
est l'opposé du vice, et la vertu est le genre de la pru- 
dence et de la tempérance, le vice est le genre de la 
folie et de la débauche. D'autres ont lieu dans les espèces: 
le courage est l'opposé de la l&cheté, la justice dé l'in- 
justice, et la justice et le courage sont des espèces de la 
vertu*, l'injustice et la débauche des espèces du vice. 
Les genres premiers, que nous appelons genres de gen- 
res, peuvent être divisés : tes dernières espèces, qui se 
rapprochent immédiatement de l'objet sensible, ne sau- 
raient plus être genres et ne sont qu'espèces. Car le 
triani,'le est le genre du rectangle, de l'équilalère et du 
scatène.. .. * l'espèce du bien.... *. 

1. L'auteur veut parler des génies gënâralisaimes : npùia tUii, ou 

1. Au lieu de il té à Eixaioa^ot |iiv xai àSixIa tï; &ptin(,]e lis ; 
elSîi Si {(XAiavûva xai àiEptta. 
3. Toale celte ^éorie est d'Aristote, catég. VI et V. 



n,gt™-T:G00gic 



FEliUllIENTS LOGIQUES. 



51'. 



51. Les opposés diffèrent les uns des autres en ce 
que pour les uns, les contraires, 11 n'est pas nécessaire 
qu'ils naissent en même temps et qu'ils disparaissent en 
même temps. Car la santéest le contraire de la maladie, 
le repos celui du mouvement: cependant chacun d'eux 
ne natt ni ne périt en même temps que son opposé. La 
possession et la privation de la production dioireat en 
ceci : c'est qu'il est dans la nature des contraires qu'on 
passe de l'un k l'autre, par exemple, de la santé à la ma- 
ladie, et de la maladie & la santé; il n'en est pas ainsi 
de la possession et de la privation : de la possession on 
passe bien à la privation, maïs la privation ne revient 
pas à la possession : le vivant meurt, mais le mort ne 
revit jamais. En un mot, la possession* est la persistance 
de ce qui est suivant la nature, la privation en est le dé* 
faut, la défailiance. Les relatifs naissent et disparaissent 
nécessairement en môme temps; car il est impossible, 
que la double existe, et que la moitié n'existe pas; que 
la moitié existe et que le double n'existe pas: si quelque 
double vient à naître, il est impossible qu'il ne naisse 
pas la moitié, et si quelque double est détruit, que la 
moitié ne soit pas détruite. L'affirmation et la négation 
sont des formes de proposition, et elles expriment émi-^ 



1. Simpl., 1.1., r. 151b. 

1. Simpllciui {ad cap. iv des Catigoriet d'Aristote) donne une autre 
dédDltJon d'Arcbjlu : ■ C'eil pour cela qu'Arcti^Us, dans le passage 
où il Iraite avec une eiactituda rigoureuse du genre, dit que la poffe5~ 
sioa, c'est d'Stra mattre des attributs adventices,' Kpirqalv nia Ttïv 
iicaniftaN. ■ 



n,y:,-^cT:G00glc 



330 ARCHTTAS. 

nemment le vrai et le foux. Être homme est une propo- 
sition vraie, si la chose existe, fausse si elle n'existe pas. 
11 faut en dire autant delà négation : elle est vraie ou 
fausse suivant la chose exprimée ^ 

En outre, entre le bien et le mal il y a un milieu, ce' 
qui n'est ni bien ni mal ; entre le beaucoup et le peu, 
la juste mesure; entre le lent et le vite, l'égalité de vi- 
tesse ; entre la possession et la privation, il n'y a pas de 
milieu. Car il n'y a rien entre la vie et la mort, entre la 
vue et la cécité. A moins qu'on ne dise que le vivant qui 
n'est pas encore né, mais qui naît, est entre la vie et la 
mort, et que le petit chien qui ne voit pas encore est en- 
tre la cécité et la vue. En s'exprimant ainsi on répond 
par un terme moyen accidentel, et non suivant'la vraie 
et propre définition des contraires. 

Les relalifs ont des termes moyens : car entre le maî- 
tre et l'esclave, il y a l'homme libre, entre le plus grand 
et le plus petit, il y a l'égalité ; entre le large et l'étroit 
la proportion convenable: on pourrait trouver de même 
entre les autres contraires un milieu, qu'il ait ou n'ait 
pas de nom. 

Entre l'affirmation (et ta négation*), |1 n'y a pas de 
contraires, par exemple, entre être homme et n'étré pas 
homme, être musiden et n'être pas musicien. Eu' un 
jnot, il est nécessaire d'affirmer ou de nier. On appelle 
affirmer lorsqu'on montre de quelque chose qu'elle 
est un homme, par exemple, on un cheval, ou un 



]. Le texte est ÎDcertain, le sens plus incertain encore- On retroura 
ici des redites, des puérilités, du moins apparentes eu on ne peut 
gaiie juger de ces fragments ainn détachés el isolés. 

3. Uot i^uB j'ajoute pour compléter le sena. 



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FRAGMENIS LOGIQUES. 331 

attribut de ces êtres, comme de l'homme, qu'il est mu- 
sicien, du cheva], qu'il est belliqueux; on appelle nier, 
lorsqu'on montre de quelque chose qu'elle n'est pas 
quelquechose, pas homme, pas cheval, ou qu'elle n'a pas 
on attribut de ces êtres, par exemple, queThomme n'est 
pas musicien, que le cheval n'est pas. belliqueux; et, 
entre cette affirmation et celte négation, il n'y arien. 

FHAOUERT 53'. 

La privation et è|re privé est pris dans trois sens : 
car ou l'on n'a pas du tout la chose, comme l'aveugle 
n'a pas la vue, le muet la voix, l'ignorant la science ; ou 
'bien on ne l'a qu'en quelque sorte, comme l'homme qui a 
l'oreille dure a l'ouïe, l'homme qui a les yeux malades 
a la vue; ou bien on peut dire qu'en quelque sorte on 
ne l'a pas, comme on dit d'un homme qui a les jam- 
bes torses qu'il n'a pas de jambes, d'un homme qui a 
une mauvaise voix, qu'il n'a pas de voix. 

1 Siinpl.,1. L, 165 k. 



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APPENDICE 



RA P PORT 

A L'ACADÉMIE 



CONCODRS OUVERT DANS U SECHON DE PHILOSOPHIE 

P«ar lt> Prfx Vletw C9IWIII ■ 



Duls votre séance du 36 décembre 1868, sur ta proportion 
ds Totro section de pbilosaphie, vous aviei mis au coDconrs 
pour le prii Victor Cousin & dëcenier en 1871, la question 
suivante : De la Phihtopkie pythagoricienne. Vous avei rap- 
pelé aussi, qu'eu égard aux circonstances, vous avies prorogé 
au 1" juillet 1871, la date de clAlure du concours, qui primi- 
tivement devait expirer le 31 décembre 1870. 

Le sujet que l'Académie avait adapté se trouïvt en ontrs 
déterminé par un programme dont il convient de reproduire 
expressément les articles : 

1 1° Soumettre à un examen critique les traditions que l'anti- 
quité nous a laissées sur la personne et les doctrines de Py 
thagore; 

3° Expliquer et comparer entre eux tons les fragments qui 



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334 APPENDICE. 

nous restent de ses disciples immédiats) en discuter l'authen- 
ticité, en montrer les reasenibluices et les différencae, en dé- 
gager le fonds commun ; 

3° Rechercher l'inQuence que le pythagoriime a eiercé snr 
les autres systbines philosophiques de l'antiquité grecque, par- 
ticulibrement sur le platonisme et le néoplatonisme ; 

V Suivre la tradition pythagoricienne à travers le moyen 
Ageet la philosophie de la Renaissance ; 

5° Faire la part de la vérité etde l'erreur dans la philosophie 
pythagoricienne ; montrer l'influence qu'elle a eue non-seule- 
ment sur la philosophie, mais encore sur les sciences. > 

Évidemment il suffit de jeter les yeux sur ce programme 
pour reconnaître l'importance, l'attrait, mais aussi les délica- 
tesses extrêmes, on dirait hien les embarras inextricables que 
présente un semblable sujet. Dégager d'une légende qui date 
de plus de deux mille ans-les parcelles de vérité historique qui 
peuvent y être contenues, sur la base étroite et instable de 
textes rares, épars, mutilés, interpolés, contestés, asseoir l'ex- 
position d'nne doctrine qui appartient aux mythes presque 
autant qu'aux systèmes, lui restituer néanmoins, sans rien 
donner à la fantaisie, sans tomber ' dans les anachronismes, 
sans ta teindre de couleurs étrangères, sa physionomie propre 
et son caractère original ; rechercher quelle influence cette 
philosophie a pu exercer sur les théories les plus considérables 
qu'ait enfaetées l'esprit humain, et suivre à travers les siècles 
le cours d'une tradition souveot interrompue, quoique sans 
cesse renaissante, plus encore que d'un enseignement conùs- 
tant et nettement déSni; enfin, d'une main ferme à ta fois et 
exercée séparer de l'errenr, de t'illnsion, delafa^Ie les données 
impérissables, qui, au souHle du temps et du génie, ont fécondé 
toute les parties de la connaissance humaine ; voilA en effet la 
tAche qu'il fallait remplir pour répondre au programme que 
vous aviez proposé. Programme vaste, assurément, et qui était 
dénature à séduire autant qu'b rebuter; programme plein d'in- 
térêt et qui répond, il n'eu pas douter, aux vœux les plus cherg 
de l'illustre H. Cousin I car pénétrer au «sur du pythagorisme, 
n'est-ce point pénétrer au plus intime de cette antiquité greo- 



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APPENDICE. 335 

que qui recèle dans son sein taat d'inestimables trésors? Ajou- 
tons d'ailleurs que les travaux innombrables que le pjtbago- 
risme a déjà suscités soit à L'âtrangor, soit parmi nous, deve- 
naient ici, en quelqne sorte, un obstacle plus encore qu'un 
secours. Si effectivement c'était une obli^tion étroite que de 
les connaître, il devenait indispensable de les dominer. L'é- 
rudition la plus consommée n'était donc qu'une condition se- 
condaire, quoique nécessaire, de réussite. Ce qu'exigeait prin- 
cipalement une pareille étude, c'était la sagacité, la rectitude, 
l'élévation d'esprit d'nn philosophe. Aussi, et en raison des 
difficulléfl même du sujet mis au concours, l'Académie regret- 
■tera sans doute, mais ne s'étonnera peut-être pas que son appel, 
surtout au milieu des angoisses de la patrie et de l'horreur des 
armes, n'ait été que peu entendu ou écouté. Un seul mémoire 
a été déposé eo temps utile au secrétariat de l'Institut. Heu- 
reusement, malgré d'assez graves lacunes et des imperfectiona 
inévitables, ce mémoire se trouve 6tre d'un ordre supérieur 
et semble digne sous beaucoup de rapports, Messieurs, d'ob- 
tenir vos suffrages. Tel est du moins le sentiment auquel s'est 
aiTétée votre section de philosophie : 

Le Mémoire inscrit sous le n"!, et qni a pour devise ce verset 
de Job (v. 7) : ■ L'homme eil n^ pour travailler comme Totieau 
pour voter, i se compose de deux volumes petit in-'t°, dont le 
premier comprend 268 pages et le second 289 pages d'ans écri- 
ture ordinaire ; le texte j est, do plus, accompagné de notas 
mDltip1iées,qui attestent le scrupule de l'auteur à ne rien avan- 
cer qu'il ne prouve, qui toutes offrent d'utiles points de repère 
ou de précieux éclaircissements, dont quelques-unes même 
forment à elles seules autant de petites dissertatioua ; qui, par 
leur anccession, en un mot, au lieu d'être comme trop souvent 
il arrive, une surcharge pédantesque, constituent pour tout 
l'ouvrage un commentaire perpétuel et lumineux.' G'e.it pour- 
quoi il est impossible de n'être pas frappé dès l'aboi'd de la 
solidité de cette composition. Or, à mesure qu'on en parcourt 
les détails, cette premiire impression se fortifie, loin de s'affai- 
blir, et ai certaines parties, traitées sans doute trop \ la h&te, 
paraissent demander des remaniemebts ou des additions, ou 



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■ a'sssure que l'essentiel du travail n'est point à reprendre et 
qne l'ensemble reste s&tisfaisant 



Nous ne sEtTOns rien de certain touchant Pyttiagore, si ce 
n'est qu'il a existé: le lieu et la date de sa naissance, le lieu et 
la date de sa mort, les événements qai ont rempli sa vie et 
qoi l'ont terminée, les voyages qu'il a faits, les réfonnes qu'il a 
opérées ou les prodiges qu'il est censé avoir accomplis, l'orga- 
nisation, le r6le, les vicissitudes suprêmes de l'Institut qu'il 
avait fondé; tout uat demeuré d'une obscurité impénétrable, 
ou devenu un thème de discussion, une légende, presque un 
sujet de roman. C'est arec une rare patience d'investigation 
que l'auteur du Mémoire n° 1 s'est appliqué k déterminer sur 
ces différents points non pas le vrai (il euttenté l'impossible], 
mais le vraisemblable. Après des considérations générales, re- 
latives aui œuvres du génie grec, où il marque eu particulier 
la place de l'œuvre de Pjthagore, il affirme de cette œuvre 
qu'elle fut poétique par sa forme et ses procédés d'exposition, 
religieuse et politique par son but, spéculative et scientifique 
par sou principe et ses résultats déSnitifs, se posant ainsi en 
quelque iagon un théorème dont son travail tout entier est des- 
tinéàfoumirladémonstratioD.Il l'observe d'ailleurs justement. 
Pour concevoir ua aussi grand dessein, sinon pour l'accomplir, 
< il fallait non-seulement des doctrines, des livres, desdiscours, . 
mais un homme, une volonté, un caractère, dont l'ascendant 
personnel dépassât souvent de beaucoup la valeur théorique de 
ses conceptions et de ses idées. De Ut l'importance, la néces~ 
site d'une biographie de Pythagore qu'exigerait à lui seul son 
rAle de réformateur politique '. t 

De tous les écrits que l'antiquité avait spécialement consacrés 
au sage qui, le premier, décora l'université du nom de Cosmos 
et prononça le mot de philosophie, nous ne possédons plus que 

1. T. I,p.8l. 



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APPENDICE. 337 - 

trois bibliographies proprement dites ; ce sout celles de Die 
gèoe de LaSrte, de Porphyre et de Jamblique, auxquelles on ' 
joint d'ordioaire les courts fragmeals d'uQ anonyme qu'a re- 
cueillis Pbotiue. L'auteur du Mémoire commence par soumettra 
ces documents k une critique sâvère, mais non point excessive, 
et ce n'est qu'après les avoir discutés, qu'il les emploie, en les 
contrôlant on en les complâtant les uns par les autres, i tra- 
cer de la vie de Pjthagore le crajoa le moins imparfait qui 
apparemment en ait eucore âté donné. Aucun des textes an- 
ciens, presque aucune des dissertations des modernes, rien à 
peu près de ce qui pouvait contribuer à illustrer ces biographies 
n'a été par lui négligé, et il n'y a qu'à le féliciter de ses efforts 
pour se représeoter, telle qu'elle a dû être, cette eibtence 
extraordinaire, mais si souvent transËgurée ou défigurée. On 
. eût désiré toutefois qu'il tint plus grand compte de Pbêrêcjde 
qui passe pour avoir été le maître principal et comme le pré- 
décesseur immédiat de Pytbagore ; de même que l'on voudrait 
qu'il eût encore plus fortement accusé le rOIe d'ioitjation et le 
caractère thêocratique qui semblent avoir appartenu au chef 
de l'école italique. Il y a, en effet, pour répéter de Pjtbagore 
ce que disait Pascal en pailaot d'Archimède : ■ il y a des gens 
d'esprit dont ta grandeur est invisible aux rois, aux riches, 
aux capitaines i et qui cependant servent mieux la cause de 
l'humanité que ne le font t tous ces grands de chair. > Ce sont 
eux qui rapprochent les peuples par la diOusioa des idées plus 
encore que les conquérants par la violence. Tel parait avoir 
été le rôle de Pythagore. Homme de l'Occident, il y a apporté 
les lumières de l'Orient, ofi l'ont conduit incontestablement sas 
voyages, quelque terme qu'on doive leur assigner Ce n'est 
point un pur Grec, comme Socrate, pir exemple, ou oomme 
Ëpicure, qui n'ont jamais quitté le sol de leur patrie. C'est 
aussi un Asiatique. Car c'est nn hiérophante, un mystagogua, 
presque un thaumaturge, un enthousiaste, nn inspiré; c'est an 
moins un ardent propagateur du régime thêocratique, lequel 
s'efforce même par l'artifice, d'implanter l'idée d'ordre mais 
d'aristocratie sur une terre de démocratie et de liberté. Ainsi 
s'explique notamment, malgré l'admiration dont il est saisi, son 



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338 APPENDICE. 

a'ntipaLhie déclarée contre Homère, dont les poSmes ironiqaes 
et sublimes protestent, au nom de la libre activité grecqne, 
contre la tyrannie des Dieux. II est probable que c'est là 
mdme qa'il faut chercher le secret de la persécution implacable 
qni, dans la grande Grèce, s'éleva contre l'Institut pythago- 
rique et qui alla jusqu'b l'anéantir aprËs l'avoir dispersé. 

L'histoire de cet institut se trouve inséparable de l'histoire 
même de Pjthagore. Aussi, l'auteur du Mémoire n" 1 n'a-t-il 
en garde d'omettre d'en présenter le tableau. C'est avec l'érB- 
dition étendue et discrËte que j'ai déjà signalée, c'est avec le 
mSroe vouloir, en un sujet tont conjecture, d'approcher de U 
vérité, autant que le permettent la critique des traditions et 
la comparaison des textes, qu'il nous eipose jusque dane les 
pins minntieni détails ce qu'étaient l'organisation, la constitu- 
tion, les réglementa de l'ordre établi par Pjthagore en même 
temps qu'il en marqua eipressâment le caractère' politique, 
mais pina encore le caractère moral et religieui. Et, assuré 
ment, on doit lui savoir gré de l'insistance qu'il met à faire 
comme revivre sous nos yeux une réalité disparue depuis tant 
de siècles. Cependant, comment ne pas regretter que ce désir 
de restituer le passé emporte par instant hors de mesure un 
esprit ordinairement si juste ? Ainsi, de tonte évidence, ce n'est 
que par une exagération, qui n'est même pas exempta de bi- 
«arrerie, qu'apr&s avoir essayé plusieurs-rapprochemenis in- 
génieux, il en vient à se fignrer et sa laisse aller â prétendre 
qne l'institnt pythagorique « c'est déjï l'Église romaine'. • 
Qnoi qu'il eu s(^t, ce que l'Académie demandait, avant tout, 
c'était une étnde de l'école philosophique de Pythagore, par 
l'étnde même des fragments pythagoriciens. Or, c'est précisé- 
ment dans l'interprétation de ces textes, sinon toujours dans la 
discussion de leur authenticité, que l'auteur du Mémoire n** 1 
fait paraître un mérite vraiment supérieur. 

1. T. I, p. 113. 



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APPENDICE. 



u 

Pfthsgore s-t-il écrit? on bien l'enseignement qnH doutait 
à Grotone âtait-il un enseignement parement oral en même 
temps qu'essentiellement secret, de telle façon que d'inâdbles 
disciples l'auraient aenls divolgué dans les ouvrages qu'on a 
mis soQS le nom de lenr maître, on qui ont paru sons lenra 
propres noms? Dans quelle proportion Torphisme et le pytha- 
gorisme ont-ils influé l'un sur l'antre, et quelle part convient' 
il de leor assigner daos le mouvement des idées à dater du 
ùxiëme siècle avant notre are T Qnelles sont les compositions 
rapportées à l'école de Pythagore que l'on est autorisé à con- 
sidérer comme authentiques 7 Ne découvra-l-on point dans les 
Yen d'Or, au milieu d'interpolations de provenance peut-être 
cbrétienne on du moins néopjthagorique, un fonds de pjiha- 
gorisme primitif 7 Tandis que l'ouvrage prétendu de Timée de 
Locres n'est qu'une pâle imitation de la manière et de la doo- 
trina pythagoncîennes, n'y a-t-il ancnn crédit à accorder an 
Traiti du Monda par Ocellus de Lucanie? Surtout, quelle est 
la valenr des fragments attribués à Archytos et ï PhilolaOs, et 
jusqu'à quel point peavent-ils être éclaircis par les principaux 
dialogues de Platon et par la Métapimiique d'AristotaT Tous 
ces problèmes se posaient ici, ou, pour mieux dire s'imposaient 
comme d'enx-mèmes. L'auteur du Mémoire les a tous résolu- 
ment abordés, et ce n'est que justice de louer le tact, le savoir 
avec lesquels il les a pour' la plupart résolus. Néanmoins, à cet 
éloge se mêlent des restrictions de plus d'nne sorte. £n pre- 
mier lieu, l'auteur n'a pas suffisamment établi l'autbonticité 
desfragments de PhilolaQs, contestée en Allemagne récemment 
encore. D'un autre cdté, s'il rappelle que les pythagoriciens 
se plaisaient b présenter leurs préceptes moraux sous la forme 
de similitude 'Ojuia, il ne produit de celte littérature morale 
aucun échantillon. Il était pourtant facile de citer, et il n'était 
guère permis d'omettre les S^w ou Similit^a de Démo- 
phik, dont la date,quolque anoienne, est iDoertaine; les TvC^ 



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340 APPENDICE. 

Xpuaal OU Sentmeei d'or de Démocrate qui fioiissait vers la 
CS' Olympiade; les Fvûp^i on Sentmea de Secundns qui 
TiTait aous Adrien; tous les trois philosophes pythagoridens, 
et dont Lucas Qohteniug notamment a publié le texte en 163S 
{Romx] avec une traduction latine en regard. Enfin , l'auteur 
du Mémoire n" 1 ne s'en prendraqu'à lui-mâme, si nous avons 
à lui adresser relativement à cette partie de son travait un 
dernier reproche. Effectivement, en terminant l'examen des 
écrits pythagoriciens, il ajoute ; i On ne pent et on ne doit 
pas juger d'ensemble la question d'authenticité. C'est par un 
examen de détail, c'ett par la critique des fragments pris un k 
un qu'on se formera une opinion précise, claire et fondée. J'ai 
cru donc utile et même nécessaire de joindre à ce Mémoire 
une traduction des fragments d'Arcbytas et de l'accompagner 
des observations critiques relatives à chacun d'eux. C'est lo 
même travail que j'ai entrepris pour PbîloLaOs, quoique la mo- 
nographie de M. Boeckh laisse peu de chose à faire à la cri- 
tique '. • Or, on éprouve une déception presque chagrinante i 
ne point trouver joint au Mémoire n° l un complément si con- 
sidérable, quoique si modestement annoncé. 

La base d'expositiou qu'a établie l'auteur n'en est pas moins, 
malgré tout, aussi sûre qu'on était eu droit de l'espérer ; il lui 
a même donné, si je ne m'abuse, une consistance qui ne se ren- 
contre dans aucun des travaux antérieurs dont le pythagorisme 
a été l'objet. 

L'exposition elle-même, qui s'étend de la page 332 k la page 
366 du premier volume, et qui occupe les 182 premières pages 
du second volume se partage en huit divisions : 1° Le nombre; 
2° les éléments du nombre ; 3° le monde ; k' le système des 
nombres dans le monde ; 5° l'harmonie; 6° l'harmonie céleste ; 
7* la vie du monde, les éléments, l'espace^ le temps; S" l'Ame, 
la science, la morale, l'art. 

11 ne serait guère possible d'analyser, sans les reproduire 
presque intégralement, ces deux cent vingt-huit pages d'expo- 



t répondu i ces objec 



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APPENDICE. 341 

sition, tellement les textes originaoi j ont été eoDdiniés par 
ODe main maîtresse de sa matière ; si étroit est l'enchaînement 
qui j relie estre elles les déductions^ si abstruses sont les 
doctrines qu'il s'agit de mettre en pleine lumière 1 il f&ut lire 
ce morceau capital. 

Sans doute la perfection n^ règne point d'un bout à l'autre. 
On s'y heurte à bien des problèmes qui attendent encore une 
solution, ou parfois encore, on s'y meut péniblement à trarers 
bien des obscurités. D'autre part, on regrette que l'auteur, cé- 
dant au naturel embarras qu'il éprouve à Qxer par des termes 
précis des idées vagues et fuyantes, applique trop souvent 
en un sujet tout grec les formnles du langage hégélien. Q y a 
Ui en effet disparate et anachronisme. Mais, an demeurant, 
quelle connaissance de certaines parties de l'antiquité 1 Quelle 
conscience scrupulenie dans la critique I Et comme tous les 
lieux communs qui ont cours sur le pythagorisme s'évanouis* 
sent à mesure que se dËpIoie celte savante exposition 1 Le 
pythagorisme n'est-il qu'un indiscret mélange de conceptions 
vaines, qu'nn système mal digéré, d'iocobérentes abstractions, 
qu'un amas confus de métaphores étranges et d'allégories raf- 
finées? Ou au contraire le pythagorisme recèlerait-il une doc- 
trine d'une portée souveraine, et dont les ténèbres accumulées 
par les ftges nous empêcheraient senles d'apercevoir l'incom- 
parable splendeur? Entre ces deux opinions extrêmes, sans 
engouement, mais sans prévention défavorable, aussi peu dé- 
sireux de rabaisser le pythagorisme que ds l'exaitAi, unique- 
ment préoccupé de constater ce qni est et non point d'ima- 
giner ce qui aurait pu être, l'auteur du Mémoire n° 1 a en tenir 
un milieu, d'où il semble que se découvrent au vrai, comme 
d'un centre de perspective, la force surprenants et la faiblesse 
irrémédiable, les défectuosités choquantes et les poétiques 
beautés des différentes théories dont se compose cetta antique 
philosophie. Qu'est-ce que le nombre? i la mesure, la limite 
des contraires, le point où pénètrent et se réalistnt les con- 
traires, principes nécessaires de toute existence et de toute 
pensée'. > Que sont les nombres? les rapports des choses et 

1. T. i,p. sse. 



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342 APPENDICE. 

les choses elles-mêmes, car les choses ne vontpss'sass les rap- 
ports, nonplus que les rapporta nn vont sans les choses. Qu'est- 
ce que l'harmoDieî la mesure des rapports par les DOmhres, 
et ainsi l'harmonie de la flûte dn panvre berger est la mdme 
que celle qui retentit dans Jes profondeurs immenses du Ciel '. 
Qu'est-ce que le monde? un système de rapports qoi déter- 
minent les nombres, une anprSme harmonie. Qu'est-ce que 
l'Ame ? un nombre qui se meut, nne harmouie qui se dispose 
elle-même *. Qu'est-ce que la vie de l'àme ou la yie du monde ? 
eucore une mesure de rapports par les nombres, c'est-à-dire 
encore une harmonie. La physique, la musique, l'astronomie, 
la médecine, la morale, la politique, la religion ne sont que 
des expressions diversifiées de l'universelle harmonie. Et enSn 
qu'est-ce que DieuT « l'Un premier qui attire à soi et absorbe 
en soi l'infini et dâveloppe de soi le 6ni ; t le nombre avant 
le nombre, l'unité d'oà procèdent et i laquelle se ramènent les 
nombres sans qu'elle cesse d'être unité ; tétractys on décafe 
comme principe des nombres, et comme principe de tonte har- 
monie, ineffable nnité où se concilient tes contraires, unité in- 
séparable peut-être, quoique distincte des nombres. Qui ne 
croirait, à parcourir ces propositions dont le Mémoire n" 1 
comprend te complet et systématique exposé, qoi ne croirait 
que la philosophie pythagoricienne est, je ne dirai pas uns 
philosophie spîritualiste, mais bien une espèce d'idéalisme 
transcendant? Cependant ce. serait se méprendre, car il faut 
poursuivre. Le nombre est-il ou n'est-il pas? et s'il est, qu'est- 
il? Est-il matière ou est-il esprit? Pour les pythagoriciens, le 
nombre est, et il est corps, sans qu'ils prennent souci d'expli- 
quer comment par le nombre se produisent les vivants, s'indi- 
vidualisent les êtres, se réalisent l'étendue et toutes les autres 
propriétés qui appartiennent aux corps. Mais à ce compte, l'Ame 
est corps, puisqu'elle est un nombre, et dès lors l'immortalité 
de r&me ne se réduit-elle pas à l'immortalité du nombre, de 
même que la doctrine de la métempsycose ne se trouve être, 
à l'interpréter exactement, qu'une théorie de la transformation 



-x,y Google 



APPENDICE- > 363 

des corps par la transformation dea nombres. Il y a plus; au 
sommet est l'Un antérieur et anpérienr aux choses, mais père 
du Dombre coucret, de la monade, du ^erme, de m6me que 
l'Un nombre est le père des figures. Celte unitA, d'où procè- 
dent et & laquelle se ramènent les nombres,- par cela m4me 
^'elle est le nombre avant le nombre, n'est-elle pas consé- 
quemment le corps avant les corps? Quoique l'Un père du nom- 
bre et le nombre on soient parfois distingués, ces deux unités 
pour l'ancien pjthagorisme ne se confondent -elles pas en une 
seule? Et de la sorte toute la philosophie pythagoricienne 
qui par certains eûtes donne ouverture au dualisme, ne se 
résout-elle point en un panthéisme indécis, panthéisme mé- 
canique tour à tour et dynamique? C'est qu'en effet lors- 
qu'on est parvenu i. toucher le fond du pythagorisme, on 
demeure convaincu qu'en dépit du mystère où elle s'enveloppe 
et des maiime s brillantes qui en dissimulent la matérialité, la 
métaphysique pythagoricienne n'est qu'une physique. Aussi 
bien le moyen qu'il en fût autrement d'une doctrine qui repose 
tout entière sur des conceptions arithmétiques et géométriques ' 
ou qui du moins s'y termine? Comme si l'arithmétique et la 
géométrie, la science de la quantité et la science de l'étendue 
étaient susceptibles d'avoir ailleurs que dans le monde des 
corps leurs apphcationsl Pythagore a indubitable ment préparé 
l'avènement du spiritualisme et de l'idéalisme. Mais Pythagore 
lui-même n'a été, en définitive, qu'un philosophe de la nature, 
qu'un pur et simple physicien. Ce sont là les conclusions qu'a 
excellemment justifiées par les textes l'auteur du Mémoire n"]. 
Comment du reste ne pas le reconnaître? En ramenant i. 
leurs termes véritables les théories pythagoriciennes, on n'en 
met point ï néant l'importance, et la réalité qui subsiste dans 
cette philosophie, après qu'on l'a dégagée d'apparences trom- 
peuses, conserve encore asses de grandeur pour qu'il soit aisé 
de comprendre que le pythagorisme ait exercé sur les autres 
systèmes philosophiques do l'antiquité grecque une iuQuence, 
ou perpétué à travers le moyen ftge et la philosophie de la Re- 
naissance une tradition qui demandent à être expressément si' 
gnalées. 



r),gt™-T:GoOglc 



APPENDICE. 



ni 

Soit qu'il K sentit fatigué par on long effort, soit que le 
défaut du temps ne lui ait pas permis de pousser à bout son en- 
treprise, soit enfin que son érudition ne s'étende pas & toute 
l'bistoire de la philosophie (et qui pourrait se flatter de ne rien 
ignorer danslHmmensité des doctrines philosophiques?), l'auteur 
du Mémoire n° 1 s'est montré inrérieur à lui-même dans l'ac- 
complissemeut de cette partie nouvelle de sa tâche. Est-ce à 
dire que l'histoire qu'il retrace des influences du pytbagorisme 
se trouTe absolument dénuée da mérite ou qu'elle manque 
d'eiacUtude ? Nullement, mais elle n'offre ni originalité qui 
attache, ni étendue qui suffise, et ne porte pas même sur tous 
les points qu'il eût été nécessaire d'eiplorer. Ainsi, c'était asaez 
certainement de mentionner comme l'a fait l'auteur, les disci- 
ples immédiats de Pythagore, Alcméon de Crotone, HIppase de 
MétapoQte, Ecphante de Syracuse. Mais suffisait>il, relative- 
ment k Xénophane, à Heraclite, k Empédocle, & Anaiagore, de 
quelques mots jetés en passant? Qu'on 7 songe, Xénophane et 
Heraclite étaient les contemporains de Pythagore ; Empédocle, 
à tort ou à raison, passe pour s'âtre formé à son école 1 Anaxa- 
gore, Tenu peu après le chef de l'école italique, est le premier 
philosophe ionien qui ait reconnu dans le monde la présence 
d'un principe intelligent. Dès lors, quel intérêt n'y avsit-il pas 
à rechercher arec détail, en confirmant les teites, en interro- 
geant les traditions, quels pouvaient avoir été les rapports du 
philosophe de Samos avec de tels émuler, ou en quoi avaient 
pu relever de lui de tels successeurs! Manifestement d'ail- 
leurs, l'intérêt allait croissant lorsqu'il s'a^ssait de rappro- 
cher de Pythagore, Platon et Arislote. Aussi l'auteur du 
Mémoire a-t-il ici beaucoup plus insisté. Toutefois, même 
6n ce qui regarde Platon, il a été trop succinct. Peut-être 
en effet ne l*a-t-on pas assez remarqué. Ce n'est pas sans une 
espèce de monotonie qui tourne au détriment de l'artiste, que 



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APPENDICE. 346 

dans ses- dialogues iaimitables, Platon introduit presqne tou- 
jonn la inâme peraonuage dominant, le personnage de So- 
crate, par où il donne à entendre qne Socrate a été son 
oniqoe maître. Que n'a-t-il aussi parfois évoqué sur la scène 
philosophique, la grande figure de Pytbagorel L'égolsme de la 
gloire chei Platon a fait tort k son divin génie, et si je l'ose 
dire, il a manqué d'art parce qu'il a manqué de reconnaissance; 
car s'il ne doit pas tout k I^thagore, que ne lui doit-il pas I 
Ce n'est pas seulement ea physique et dans le Timie qae Pla- 
ton pjtbagorise. Sa politique, sa morale, sa psychologie même 
Ini viennent de Pytbagore plus encore qae de Socrate, et si 
le mODTement ordonné de la dialectique, si le vol de l'amour 
relèvent en métaphysique à des régions où Pythagore n'a pas 
eu accès, n'est-ce point à Pythagore qu'il emprunte la base 
d'où it prend son élauT Nous en avons pour garant la parole 
irrécQsabie d'Aristote : les Idées de Platon, ce sont les nombres 
d« Pythagore. 

Aristote est effectivement un des témoins les plusautorisés 
auxquels on se puisse adresser quand on cherche à pénétrer 
le sens des théories pythagoriciennes. L'auteur du Mémoire l'a 
donc très-souvent et très-utilement consulté. C'est pourquoi on 
s'étonne qu'b fréquenter Aiistote, il n'ait pas à remarquer da- 
vantage comhien le Stagirite lui-même procède de Pythagore. 
Platon et Pythagore, voilà les deux hommes contre lesquels 
Aristote a dipgé avec le plus de persistance les traits de son 
ftpre critique, et conséquemment, c'est devenu un lieu commun 
qne d'opposer Aristote à Platon, ïinon i Pythagore. Néanmoins 
plus on y regarde de près, plus on se convainc que c'est Pla- 
ton qui, en grande partie a fait Aristote, de même que plus on 
se persuade qu'il eiiste d'intimée affinités entre la métaphy- 
sique de Pythagore et la métaphysique d'Aristote, qui elle- 
même, par plus d'un endroit, n'est eu réalité qu'une physique. 
Ce qui prouvejnsqu'à l'évidence que des liens étroits rattachent 
an Pyûiagorisme les théories de Platon et d'Aristote, c'est 
qu'entre les mains d'interprètes inSdèles ou de disciples rétro- 
grades tels que Speusippe, dont l'anteur du Mémoire a remar- 
quablement disserté, ces doctrines se résolvent successivement 



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346 APPENDICE, 

en deux ajncrétisnies, qui, nonobstant des dÏTergeDcas profan- 
des, offrent ca caractère commun d'ôtre, par dégénérescence, 
comme un retour oa plutôt comme un recul vers le pTthago- 
risme. Ce sont le Stoïcisme et le Néoplatonûme. Or et les rap- 
ports du stoïcisme et ce&i du Dêoplatonisme avec le pytfaago- 
rinme, quoique indiqués par l'autenr da Mâmoire n* 1, l'ont été 
d'une manière beaucoup trop rapide, partant incomplète. En 
tout il n'a point pris asse^ da soin d'Étudier le jeu secret d'oil 
résulte la pénétration des philosopbies les unes par les autres 
et qui détermine, avec leurs développements à trayers les Ages, 
leur influence sur la vie et sur les mœurs. Ainsi, nul doute 
que ce ne soit, avant tout, l'esprit étrusque qui ait été comme 
rime des cboses romaines. Comment croire néanmoins que la 
pbilosophie qui, au sixième siècle arant notre ère, occupa toute 
l'Italie, soit restée étrangère à des institutions qui nous appa- 
raissent' d'abord assises sur la triple base de l'aristocratie, du 
pontificat et du droit? * Le jurisconsulte Paul, écrivait Mon- 
tesquieu *, dit que l'enfant naît parfait au septième mois et que 
la raison des nombres de Pytbagore semble te prouver. Il est 
singulier qu'on juge ces cboses sur la raison des nombres de 
PyÔiagore». La jurisconsulte Paul est du troisième siècle d.e 
notre ère et a laissé entre autres écrits, un petit recueil intitulé 
Sententiarum rKeptarum Hbri quiuqiie, qui renferme les élé 
mants du droit romain suivant l'ordre de l'Édît perpétuel. Le 
détail étrange que relève Montesquieu atteste de quelle em- 
preinte durable le pfthagorisme avait marqué l'esprit romain. 
Il est fftcbeuz que l'auteur du Mémoire quiatouchâ & cet ordre 
de considérations ne s'; soit pas arrâté davantage. Il est fâcheux 
également qu'il n'ait fait qu'à peine articuler le nom du philo- 
sophe pythagoricien SeaUius, dont les Smttnett sont parvenues 
jusqu'à nous, qui vivait aous Auguste, et pour lequel Pline 
l'Ancien professait une estime particulière et auquel Sénèque, 
un de ses admirateurs, accordait cette louange qu'il avait écrit 
en grec, mab qu'il pensait en Romain : < Sealium tcct maxime 
lego, tnrum acrem, Grxcis verbi$. Romanis moribus philoiophan- 

1 . Stprit det Loi*, llv. XXIX, ch. xu. 



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APPENDICE. 347 

iem'. «N'était-ce donc point une bonne fortune que de rsn- 
conbvr en plein monde romain, dans ce monde génâralement si 
paarre en philosophes, un représentant assez accrédita des 
doctrines pjthat^oriciennes ponr aToir donné naissance à une 
secte, à ta secte des Seztiens? 



IV 

Il serut fastidieux d'insister sur tont ce que la partie histo- 
rique du Mémoire n" 1 laisse à désirer. On ne pent s'empêcher 
néanmoins d'observer que l'auteur ne remplit pas mieux notre 
attente, lorsque de l'antiquité il passe au moyen Age et i. la re- 
naissance. Si, en effet, il rappelle des doits où saint Augustin 
pythagorise, il omet les six livres de son traité dt Mwica. S'il 
croit devoir, i. propos des rapports de la Kabbale avec le pytha- 
gorisme, citer en même temps que le De arts Cabalittica,\e De 
Verbo mirifico, par Rencfatin, il néglige d'indiquer ce que con- 
tient de pythagorisme ce dernier ouvrage, dont l'auteur n'hé- 
sitait point à y proclamer que Fythagore n'a pas eu de supé- 
rieur, qu'il n'a pas eu d'égal, c qui prionm nonvidit, teamdum 
non luAtt '. > S'il s'occupe entre autres novateurs, d' Agrippa 
de Nettesheim et de Cardan, il oublie presque entièrement 
Raymond Lulle et Campanella. Si enfin il entre, en parlant de 
Jordano Bruno, dans quelques développements, il nous avertit de 
s'en tenir presque toujours à des analyses de seconde main. Mais 
de toutes les lacunes i^e nous avons à indiquer ici, il n'y en a 
pas de plus regrettable que celle qne l'auteur a, en quelque 
sorte, volontairement créée. EfTectivement tandis que le pro- 
gramme proposé par l'Académie limitait à la Renaissance l'étnde 
de l'influence que le pythagorisme a exercée, l'auteur du Mé- 
moire a cherché les traces de la tradition pythagoricienne jusque 
chez Hamaon, cbeï I4oTalis,chez Hegel et surtout ches Schel- 
ting qu'il nomme le grand et vrai pythagoricien moderne- Dès 

I. Epittola ad Lwiliwn, Epiit. Seneex ad Lueilium qwtitiowim 
lib. va, eq>. mn. 
J. Ub. I. 



inyGoogIc 



348 APPENDICE. 

Ion on se demande comment il se fait qa'i) ne s'arrâte point à 
Leibniz dont à la fin de son travail il est conduit à prononcer le 
nom. Car pour peu qu'on j réQêchîsse, le théoricien de la Mona- 
dologie et de l'harmonie préâtablie ne mérite-t-il pas à plus 
juste titre que l'auteur da dialogue intitule Bruno, l'appella- 
tioD sinon de vrai, du moins du grand pythagoricien moderne? 
Et si trop souvent encore un pjthagorisme chimérique se 
rencontre chei l'auteur de la Théodicée, n'a-t-on poiat à admi- 
rer souvent chei lui un pythagorîsme rectifia? Écoutons Leibnii 
lui-même i Uaxima apud me Pythagorx exislimatio est, ëcrit-il, 
tt partim abett gain cet^ît vettribus philotopkit poliorem cre- 
dom, eum et Mathesin et icitntiam ineorporalium jpropemodum 
fundarit, inventa hecatomba digno et prœclaro illo dogmate, quod, 
omtiM animx sint inêxtinclx. Et ailleurs : c/ta guod in Pytha- 
gora, Plalone, Arittotelê aliisque veteribus optimum est, relineo 
omniaque certis ralioni6ui tnCer te connecte'. > De semblabUs 
paroles voulaient être mëditëes. 

En somme, toute la partie historique du Mémoire n° 1 a be- 
soin d'âtre soigneusement révisée et complétée. 



Peut-être serait-on porté ï se montrer moins eiigeant envers 
l'aulear, si son mérile même ne donnait le droit ou plutAt 
n'imposait le devoir de l'être beaucoup. Aussi l'auteur re- 
prend-il ses avantages, quand il en vient h faire ta part de la 
vérité et de l'erreur dans la philosophie pythagoricienne. 

Ce n'est pas que dans ces pages mêmes qui terminent son 
Mémoire, l'anteur ne noas cause aussi un assez vif désappoin- 
tement : qu'on en juge : lA cêté et au dessous des services ren- 
dus à la métaphysique, il faut encore, écrit-il, rappeler que la 
doctrine pythagoricienne, a, la première, cherché à fonder 
scientifiquement la politique et la morale et par ses tendances 
propres, fait faire d'immenses progrès aux sciences mathëma- 

.. V, p. 31U. Sptrtola 



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APPENDICE. 349 

tiques qui comprenaienl alors la musique. > Qui ne s'&tteti- 
drait, après na pareil énoncé, à Toir ëdaircies, confirmées par 
des preuves lés différentes assertions qu'il renferme? Or il n'eu 
est rieu. L'auteur n'ajoute pas un mot. Cependant n'j avait-il 
donc aucun intérêt i. examiner ce que valent les concepiioas 
politiques qu'on attiiboe i Pythagore? Ce système théocrati- 
que qui peut sembler menaçant pour la liberté, mais qui tend 
& substituer à l'ordre de ia force la force même de l'ordre, 
parce qu'il assigne à la loi un inviolable principe, » régime 
aristocratique, que d'ambitieux rbSteurs ne cessent de décrier 
et affectent de maudire comme un attentat contre l'égalité, 
mais qui, bien entendu, se trouve être au contraire la démo- 
cratie véritable, puisqu'il prend chacun à sa mesure et décerne 
l'empire au plus digne; cette doctrine de communauté, où 
risque, par le communisme, de s'abtmer la personnalité de l'in- 
dividu, mais qui n'en porte pas moins en elle la vraie notion 
de la société et de l'état, où doivent rester inséparables, sous 
l'égide de la fraternité humaine, les intérêts de tous et de 
chacun? en d'autres termes, il s'agissait de discuter la tbbse si 
ancienne, mais toujours si nouvelle, des rappports de la poli- 
tique avec la religion et la morale. D'un autre cdté, l'auteur 
du Mémoire a témoigné en maints endroits de son ouvrage, 
de son admiration sans boroes pour la. morale pythagoricienne, 
dont ■ aucune comparaison ne saurait suivant lui, fkire pâlir la 
grandeur, la pureté, la simplicité. > Il n'oAt pas été hors de 
propos, peut-être même n'oùt-il pas été très-facile, en ue cher- 
chant d'ailleurs que dans l'antiquité des points de comparaison, 
de justifier, en un système pauthéiste tel qua le pythagorisine 
un aussi magniSque éloge. Enfin tous ies écrivains qui ont traité 
de l'histoire des sciences et des sciences mathématiques en 
particulier, depuis Uac-Laurin et Montucla jusqu'à Bossut et 
M. Libri sont unanimes à reconnaître combien les théories 
pythagoriciennes ont contribué à l'avancement de ce genre de 
connaissances, t Presque tontes les parties des mathématiques, 
écritBoasut, ont à Pythagore d'immenses obligations, i C'est là 
une affirmation dont le programme proposé par l'Académie 
appelait le développement : l'auteur du Mémoire ne parait paa 



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350 APPENDICE. 

mSme y avoir songé. Mais cb qui nichËte chez lui des omissions, 
qui d'ailleurs ne compromettent pas le fond de son travail) c'est 
le jugement impartial qu'il porte, jugement probablement dé- 
finitif sur la métaphysique pythagoriciemie prise en elle- 
même, et dont il a d'abord restitué l'ensemble caduc à la fois 
et majestueux. Si en efTet, on ne peut lui coocâder à tous 
égards que le Pythagorisme soit eomme il l'avance, t une 
conception d'nn caractère parfaitement Grec, ■ nul sans doute 
n'a mieux démontré que .Is pythagorisme présente l'essai 
d'une vaste et hardie synthèse, qui comprend l'explication 
de ta nature, de l'homme et de Dieu, et oii la politique se rat- 
tache étroitement & la morale, la morale à la cosmologie; 
nul n'a démSlé avec une pénétration plus grande, & rencontre 
de l'opimoQ communément accréditée, qu'au lieu que Fytha- 
gorefbtparti desmathématiques, c'était aui mathématiques que 
l'avait amené la poursuite de l'immuable ; nul enSn n'a mieux 
fait voir comment au milieu de propositions insoutenables et 
contradictoires, sous un formalisme t qui n'explique réellement 
ni la substance, ni te mouvement, ni la vie, • parmi des abs- 
tractions qu'on dirait quintessenciées et qui pourtant en elles- 
mêmes ne nous tirent point des ténébreuses régions du sen- 
sible, le sage de Samos, par un prodige de son poétique génie, 
avait proclamé, au début de la civilisation et de la science, 
■ que le nombre est la mesure, l'harmonie, la beauté, que le 
monde est un système de rapports, qu'il est l'ordre, et que 
l'ordre est non-seulement sa qualité, sa loi, mais son essence, 
sa substance > : posant ainsi, il est vrai, les prémisses d'oii 
pourra sortir un jmir la doctrine de l'identité absolue, mais 
introduisant dans la philosophie la notion souveraine de la 
cause anale. 

En résumé, de ces rapides indications, il résulte que Fauteur 
du Mémoire n" 1 a abordé avec compétence toutes les par- 
ties du programme , mais qu'il les a traitées inégalement. 
Son étnde sor^ la vie de Pythagore et l'Institut pythagoricien, à 
quelques détails près, n'est pas seulement suffisante : elle sa 
recommande par la sûreté, par l'ampleur, par la précision de 
la oritiC|ne; son exposition des doctrines pythagoriciennes, quoi- 



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APPENDICE. 851 

<[u'il 3 manqua le oomplâment qu'annongut l'autenr, est neaTs 
à force d'eiaotitade. C'était là, après tout, la pièce capitale da 
travail qoe réclamait l'Académie, et nous n'hésitODs pas à dé- 
clarer que c'est en maître que l'aataur du Uémoire l'a eié- 
cutEe. Aa contraire son historique des inQuences da pjthago- 
tbme est superficiel, ou même prËsente des lacunes asseï 
graves. Enfin les appréciations de l'autour, répandues sans 
doute comme ï l'avance dans les autres parties de son ouvrage 
ne laissent pas que d'être incomplètes, et ne répondent point à 
toutes les exigences légitimes du lectear. Cependant, ce qu'il 
resterait & faire pour que ce Mémoire parût entièrement à son 
avantage sous les yeux du public ne saurait se comparer à ce 
i^e l'auteur a déjà &it. D'autre part, on n'aurait point apprécié 
àsa juste valeur cette remarqu^le compositiou, si on ne disait 
ausù que la profonde et solide érudition qui en est comme la 
substance, reste fine érudition toute frang^se, qui n'Ate au 
style de l'écrivain ni la clarté, ni l'élégance, ni l'éclat. Il serait 
facile de citer des pages entières oîi ces qualités se manifestent 
à un rare degré. Ce sont Ik d'ailleurs comme autant de mani- 
festations de l'esprit et de l'àme tnéme de l'auteur, esprit 
ferme et curieui, àme généreuse, noblement éprise des hautes 
pensées. 

Je conclus : il eût été certainement fort à désirer que ce 
concours eût produit un plus grand nombre de mémoires. Car, 
à tout le moins, celui que je viens de chercher à faire connaître, 
s'il n'avait été surpassé, aurait gagné à la comparaison. Toute- 
fois, tel qu'il est et à le considérer uniquement en lui-même, 
votre section de philosophie, Messieurs, le juge digne d'être 
couronné par l'Académie. Elle vous propose donc de décerner 
à l'auteur du Mémoire n° 1 , le prix Victor Cousin. 

HOUBIUSSOM. 
Fin DD FUXIBS TOLDMB. 



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TABLE DBS MATIÈRES 

DU TOME PREMIER 

PrUue. I — zith 

PREMIERE PARTIE 

CHAPITRE PRUOEK. 
Cânctire ginénlcle I> doctrioa de PTthagora..... 1-8 

CHAPITRE DEDXIÈHE. 
Ammen criliqne dM KurCM indirectes 9.J! 

CtUPITRE TROISIËHE. 
ne de PTilugare 3341 

CBU-ITRE OUATRISHE. 

Uotin pTilugoneien. — Son organisatioD, u coiutitDUoii, 
wi règtementi , ion caractèr* 97-164 

DEUXIÈME PARTIE 

CHAPITRE PREHIKR, 
L'école pbiloaopUqoe. - 165-lS 

CHAPITRI DEDXIKHE. 
Lee fente pyOugorideiu. Consldéntion» géaénlee rat l'u- 

theoOdU de CM écrite 1C5-U4 

33 



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3!)4 TABLE DES tUTIÈRES 

CHAPITRE TROISIÈME. 
Lm fragments ^e PhiloUG^ 113-254 

CHAPITRE QUATRIÈME. 
Let tagmenti d'ArcbyUs !^333 

APPENDICE. 
Rapport de H. Nourrissoii à l'AcadémiB dei sciences morales. 333 



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1Ï714 — TIPOGRAPHIK LAHUHE 
Rue de Fleunu, 9, à Paris 



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PYTHAGORE 



PHILOSOPHIE PYTHAGORICIENNE 



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OUVRAGES DU BlÊBffi AUTEUR : 

iM principtf dt te tdaiM àm Bmu. Puis, 1860, 1 fort vol. 
iii-8 7 fr. 50 

D» la piyoliologI« da ?lBtOli. OuTrage couronné par l'Académie 
tanfaiiB. Paris, 1863, 1 vol. in-8 6 Ir, 

Tla da SoeraU. Parii, 1868, i toI. in-ls 3 fr. 

La vta et lai rMU da FUton. PariB, 1871, t lol. ia-13 4 fr. 



TjpograpUe Labute, rue de Fleurus, 9, 1 Parif . 



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PYTHAGORE 

ET LA 

PHILOSOPHIE PYTHAGORICIENNE 



LES FRAGMENTS DE PHILOLAtJS ET D'ARCHYTAS 
Traduits pour la proniin fois sn rnn^i 



A. ED. CHAIGNET 



PARIS 

DIDIER ET C", LIBRAIRES-ÉDITEURS 

1873 

Tans droits tétetiés 



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PYTHAGORE 

ET LA 

PHILOSOPHIE PYTHAGOIUmENNE 

' TROISIÈME PARTIE 



EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

DES PYTHAGORICIENS 



C'est on fait constant, et par les fragments qui dous 
restent, et par les témoignages des biatorieas, et du 
plus 'considérable de tous, d'Arislote, que, jnsqu'k So- 
cnite,' la philosophie a été presque exclusivement une 
ph jsique *. Pythagore et les pythagoriciens, malgré le 
but pratique et politique qu'ifs se proposent, malgré 
l'inspiratiou profondément religieuse qui pénètre leurs 

1. Àxiit., De partit, antm., 1,1. p. 10, Taucha. 'Les moljfiqui ont 
reUrdi les progr&s dans cetia partis de la Hcience, dit Ariatole, c'est 
qu'on ne cherchait pas à dÉBnir l'essence, Ta t( ^v tïvai. DémMrtte 1« 
premier s'en occupa, mais sacs considérer ce point comme nécemire 
h une thènrÎB de la physique, t^ fuaw; Bewpia. C'est arec Bocrala que 
ta philosophie ceiie d'dtudier la nature, el se tourne ven la morale et 
la politique. » 



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s EXPOSITION DE LA ttOCTBINE PHILOSOPHIQUE 

maximes morales, n'ont pas Tait perdre à la partie scien- 
UQqne de leur vaste conception le caractère que tes 
Ioniens avaient imprimé fc la philosophie naissante. Eux 
andsi ne discourent, ne traitent que de la nature. Leur 
système n'est qu'une cosmologie, ou une conception du 
monde '. Ils ne cherchent à expliquer que la Traie na- 
ture, la vraie essence des êtres sensîhles, des corps ma- 
tériels et pttjsiques; ils n'ont d'autre objet que le ciel, 
a nature, le monde *. Ge sont donc des physiciens, et 
comme ils sont les plus savants et les plus proronds, ce 
sont les Trais physiciens *. 

Et en effet, tandis quêteurs prédécesseurs aTaient été 
préoccupés de découvrir quelle était U substance et la 
matière des êtres de la nuture,les pythagoriciens, par un 
coup d'oeil plus profond et par un instinct plus stïr de 
la Traie question philosophique, ont porté leurs recher- 
ches sur le pourquoi, le comment des choses el des 
phénomènes. • 

1. Jfat., 1,8, p. 989 b. Bskli. : SiolirovToi lUnainal Kpocnumvav- 
nu mpl fv«(BK it£*ia. U., XIV, 3 : 'Emiii) xosiionsioOsi mU funoAc 

3. Ari'lt., JTct., Xni, 6:0inu«.... TÔtalohiTgKoAsiac cniiirnivai.... 
Id, : "El tûv ipiSiuâv évuROfx&vTuv Sïia Ta aUBuTci.... XIII, 8 : Ti 
«(■lUTa ii àpil|iâv auTU'Iuva. . . . XIV, 3 : DoliSÀ tiïv àpi9|iùv «dhi 
<niiX'nta toï( al»WiT0i( «wfiaai»..., IIsieW K ipiBfm» ïi <fvatxà 
'0Ù|iaTB.... XIII, 6 : Ils ne séparent pu tes Dombres des cboses, bi»is 
iU les placent i« tsI( sIsS^tok.... Tov film o-jpavi* xKTgMxcuitiau-' 
an,... 1,8: Le nombre dont e*t lait le monde, i{ o^svWottixiv ix6a- 
poc De cal., Ul, l : T*( fian oufiotS»»..., 'M ipiSiuùï wn^Mnai 

3. Sezt.E[iip.,iMlti. Phifttc., X,4, p. 73& : 01 bnirni(LovliiTaToiTAv 
«vniOv.... ToiiifivTHC 4v«iKaù{,... 0>eit ce que tous les écriTaiua 
postérieurs ripètent. Themist., Or.,XXVI, 317 b. Orig., PAiI.,I, p. S. 
Bmab., Prjirp. Et.,XIV,i*, 11. Pbot-, Cod., 149, p. 439 a, 33. Gilen., 
sut. fM, iitil. 



invGpoglc 



DES PYTHAGORICIENS- 3 

Soit qu'on la considère dans les êtres particoUers et 
périssables, soit qu'on l'adinire dans son vasle ensemble, 
tout dans la nature, et la nature elle-même obéit à an 
ordre, & une loi, aune harmonie, dont le nombre est la 
forme et la mesure. Qui peut ne pas être ^ppé des ana- 
logies que les êtres et les propriétés des êtres présen- 
tent avec les nombres et les propriétés des^ombres'l 
Le nombre se manifeste et manifeste sa présence active, 
■A* Savait», dans les mouvements des corps célestes et 
divins, dans l'ëlre de l'homme, dans sa vie et dans tout 
ce qu'il produit, dans les arts, même manuels, mais 
surtolit dans les belles proportions, dans ces rapports 
harmonieux de la nmsique qui ravissent tous les hom- 
mes*. Ni la substance ni les propriétés de la terre, du 
feu, de l'air, ne rendent compte de celte harmonie es- 
sentielle et universelle des choses, et puisque cet ordre, 
se manifeste dans les nombres, et que d'un autre cdté, 
il est l'élément persistant, conslaut, universel des cho- 
ses, comment ne conclurait-on pas que l'être est identi- 
que au nombre, qui par tout en lai se révèle, le domine 
et le gouTeme. Tout est £iit de mesures ', de poids, de 

1. Mtt., I, i : tu leti ipiB|ioîi ISexoiJi Oiupilv i\iaiu]unx noUà 

"Eti Si tHv &))iiovi((^ il àpiS|iai( 4pw<Ti( ta ndSii xat Toii( iirjvi^.,.. 
là |ÙT iiXa Toîc &pi6|iDÎ( if iIxTO Tr|V fùmv difugwûirflii nâiav. 
3. PhiIoL fr. 1S. Boeckh, p. 139 : KiiBiluiui'ioùpiivtMXBlilvtpMiiUu, 

tâàpiSfiâ fÛ7iv XEtl làv Sûva|tiv laxiovaai, iXiA isi h tqk 
dlv6pt4ici>ni; lfi<m xol Votok nio' navià xal natà, lin Sa[i>Bupifiat tic 
itXvnàt nàaa( xal «aïà Tav [louaixtiv, 

3. Claud. Uim., De itat. anim., Il, 3 : ■ De mensuris, ponderibut, 
et Dumeris juiU geometricam, musicam, atque BritbmelicBm niirtflee 
ditpuUi(Pbilul»û9). > Id., II, 7: > Muacad Philoliiuoredso.... qui in 
lartio folumiiium quK ^utiiâi xbI ^ipttv iimnoUt > C'en certaioe- 



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4 EXPOSITION DE LA. DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

Dombres : cette loi constante qui se manifeste en tout 
ëlre, et dans tout phénomène naturel, qui en est la con- 
dition nécessaire et uoiverselle, peut et doit en être la 
cause, le principe, la substance, l'essence. Pytbagore 
réalise, faypostatisc le nombre, comme Platon réalisera 
et hyposlatisera l'idée. L'être vrai des choses est ce 
principe interne dont le nombre est la forme. Toute 
chose n'er^t donc qu'un nombre : l'être sensible et indi- 
viduel est un nombre ; le monde est un nombre ; la 
substance, la matière, les qualités aclives ou passives 
des choses, les élres concrets et les êtres abstraits, 
l'homme et le cheval, comme la justice et l'occasion, 
l'ftme, la vie, la sensation, la pensée, tout est un nom- 
bre. Or comme tout nombre est engendré par l'Un, pèr^ 
du nombre ', on peut dire que l'Un est le principe uni- 
versel tv ifiH itjynuv'. Si toutes choses sont des nom- 
bres, la science des nombres est donc la science des 
choses, et la philosophie, d'après la conception des py- 
Uiagoriciens,se ramène A une mathématique de la na- 
ture * . La nature est l'objet de la science; mais les ma- 
thématiques seules en donnent la méthode, la forme, la 
solution. Les physiciens deviennent des mathématiciens*. 

meot i PbilalsQB et «ui pylhagoricleDS que Platon hit allusion, quknd 
il criiigue l'oplaion de ixa habiles gens, qui croient que ^ lutpnfiirq 
Mpt ndvT' idil tk i'iYVÔ|itva. 

Plat., Cfol., 400 d ; < Les habiles daas t'astroDomie et U musique 
disent que Dieu a tout Tait avec harmoaie. ■ 11 s'agit ici des pythago- 
riciens, comme l'a prouvé Ruhniten, ad rim., p. 161. ConT. dcéty 
Song.deSeip., c. v; deNai. D., III, U. 

1. Mtt.,S.Ul, S : 'Affilé a^iûi (les nombres) iIvaiaûroTo Iv. 

î. Jfel., X1!I, 6 ; To iv ototxtiov xai Af/in çnjiv (tvsi tûv iviuv. 

3. Arist.. Jfe,'.,l, 7 : X«ÂaYifi>'S^I'''^l'^T<>"< toî; vùv itfxXa^t^i'. 

4. Se». Emp., IV, 1, p. Ul ; 01 Ans tû« M.aan|ûtwv- 



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DES PYTHAGORICIENS. * 

Avant d'établir que (elle est bien la doctrine des 
pjthngoricieos, je crois utile d'aller au-devant d'une opi- 
nion généralement acceptée, parce qu'elle nous vient 
d'Aristole, et qui atlribuè ta solution mathéinatique du 
problème philosophique aux prescriptions et aux préju- 
gés inspirés aux partisans de celte école par leurs 
études favorites. 

■ Ceux qu'on nomme pylhagoriciens.ditArislotc, s'ap- 
pliquèrent d'abord aux mathëmaliquea.et firent avancer 
celle science. Nourris dans. cette étude, ils pensèrent 
que les principes des mathématiques étaient les princi- 
pes des choses, et crurent apercevoir une foule d'ana- 
logies entre les nombres et les êtres '. > Ainsi, dans 
l'opinion d'Arislote, l'élude des mathématiques n'a pas 
été, chez, les pythagoriciens, l'effet de leur manière de 
concevoir les choses, elle en a été la cause. Leur esprit 
obsédé par la considération des nombres, de leurs com- 
binaisons et de leurs rapports, n'a plus su voir autre 
chose dans la nature. Ce fui comme un éblouissement, 
qui, grossissant hors de toute proportion les objets habi- 
tuels de leurs méditations, les aveugla au point de 
leur faire confondre la réalité avec le nombre, l'ordre 
abstrait avec l'ordre concret. Hais je ne sais pas com- 
ment Arislole est arrivé à cette affirmation assez peu 
bienveillante '. Il est très-diflicite de deviner par quelle 
inspiration intime, par quelle recherche lente ou quelle 
intuition rapide, le génie arrive à se poser certaines 



1. Mtl.,\,à. 

2. Que dite de ceui qui supposent que It lapersliiion des nombres, 
tidla isignaler dans les religions antiqUM, et mima dans Hésiode, ■ 
pu mettre Pytbagon sur ■■ voie de cette gnode pensée T 



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6 EXPOaiTIOK DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

questions, et & en conceToir la réponse. Oui croira qae 
la chnta d'ane pomme ait inspiré & Newton I9 système 
de la gravitation ? Que de gens ont vu tomber des pom- 
mes, que de pommes Newton lui-même a vues tomber 
ftans 7 penser? Concevoir les propriétés des nombres, 
c'est le fait du mathématicien, mais apercevoir et alar- 
mer le rapport du nombre avec l'être, n'est pas son af-? 
faire. Or c'est là le caractère de la conception pythago- 
ricienne. Les mathématiques ne portent pas l'espnt vers 
les problèmes de la nature- et de l'être, elles les renfer- 
ment dans le monde abstrait. Les pythagoriciens au 
contraire sont éminemment .des physiciens, préoccupés 
de l'être, de ses principes, de ses causes, de ses lois. 
Ils aboutissent aux mathématiques : ils n'en partent 
pas. Je croirais plus Volontiers — car il est permis 
d'opposer une hypothèse à une hypothèse, — que si 
la philosophie s'est confondue avec les mathématiques, 
si les pythagoriciens se sont occupés avec tant d'ardeur 
de celte science qui leur doit de grands progrès, 
c'est qu'une observation attentive et une vue de gé- 
nie leur avaient montré partout, dans la nature, dans 
les œuvres et dans les pensées même de l'homme, 
l'influence merveilleuse du nombre *, et qu'alors les 
mathématiques durent contenir , à leurs yeux , le 
secret de l'explication des choses, dont le nombre - 
est le principe. Assurément ce n'est pas un mathémati- 
cien enfermé dans le cercle étroit de ses études, c'eA nn 



1. Philol., Fr. 18. Boeckb, p. 141 : 'liai; 6i xai oii |iivov {< toK 
lox^sw*! àMA xai if tsTc iitpwniKQlc (proi; xal iA'jmi nâot, iranâ . 



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DES PTTHAOORICIENS. 

tnélaphTsicien et un métaphysicieD de génie qui est 
nrriTé à celte conception hardie e( profonde de l'univers, 
et k n'y voir qu'un syslëme de rapports et de nombres. 

Il ne s'agit pas en ce moment de porter un jugement 
sar la solulion pythagoricienne, et de savoir jusqu'A quel 
point lus mathématiques, qui ne se proposent pour ob- 
jet que l'élément intelligible de laquantilé, abstrait des 
réalités sensibles, peuvent rendre compte des phéno- 
mènes de la nature, c'est-à-dire de l'être et du mouve- 
ment : nous devons commencer par établir sur des 
teiti's la doctrine de notre école, et ensuite chercher h 
en comprendre le sens obscur. 

Pour les pythagoriciens, le nombre est l'être dans 
toutes ses catégories. Aristote le constate en des termes 
d'une précision énergique, et à plusieurs reprises : 

< Sur ce point que l'unité est l'essence, et qu'on ne 
peut donner le nom d'être qu'fc ce qui est un *, 
Platon est d'accord avec les pythagoriciens ; il admet 
encore comme eux que les nombres sont causes, 
causes de l'essence des autres êtres'..., La différence 
entre e'ix vient de ce qu'il pose les nombres en dehors 
des choses, comme' îles êtres intermédiaires entre les 
réalités sensibles et les Idées, tandis qu'eux soutiennent 
que tes nombres sont les choses mêmes *. Voyant dans 
les choses sensibles se manifester de nombreuses pro- 
priétés des nombres ', saisissant ou croyant saisir entre 



1. Met., I, 6 : Kal |i^ Iiip6v ti tÏ tv Urtatiu t^vai. 
3. Mtt , I, 6 : ToO; jpiï|iov; sEiloui ilvt» toit dUoit rilc oiaiax. là-, 
XIV, b : aItisi tAv lAaitn xti TeO lîvat. 
3. Mtt , 1, 6 ; 01 3' ip(6|ia<i; livai fanv oCrà ù ii|>£7|un>. , 

i. MtU, XIV, 3 : HoUA Tâi if [(|>Àf tcâJh\ bxdpx'n toÏ< odstignl;. 



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8 EXPOSITION DB LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

les nombres et les choses de frappantes analogies *, ils 
ont conclu que les êtres sont des nombres mâmes, ipi- 
6[Mtiï imdimtv tk Sn» * ; ils composent les êtres de nom- 
bres, l\ ipi^xûv tk Srm; ils Composent de ces nombres 
toutes cboses, même les corps naturels, les essences 
physiques. Le nombre et les propriétés et combinaisons 
du nombre sont causes de tout ce qui est et de tout ce 
qui devient, de tout ce qui a été et est devenu dès l'ori- 
gine, de tout ce qui est et devient aujourd'hui. Le monde 
lui-même, dans son unité, est constitué par te nombre, 
et il n'y a pas de nombre en dehors de celui qui consti- 
tue le monde. La pensée, l'occasion, l'injustice, la sépa- 
ration et le mélange, l'homme et le cheval *, chacune 
de CCS choses est un nombre : le ciel ou le monde, 
commel'appelaientles pythagoriciens, est uneharmonie, 
c'est-A-dire un nombre*. Le nombre est l'être même '. 
Il est l'être dans toutes les catégories de l'être : il est 
l'élément matériel, &< Vh^i ; il est l'élément formel, &i 
lei^ Ti xal Stm ; il cst Cause, ahCau< * ; de toutes façoos 
il est principe ; et comme tous les êtres dans lesquels il 
se trouve ' sont des êtres de la nature, c'est-à-dire 



1. Mit., I, S : naUi ipoiû|i«Ta. 

2. Met., IIV, 3. 

3. Met., ZIV. S : 'Api«iLi(.... «il pi-i Mpûnou iil li Ihitdu. 

4. MtL, XIV,3; XUI, 6 : *Ek tdCcom Tdi« nta^^TiK oialsj; tnvsmi- 
VBL, et un peu plus btut : .... Les nombres sont dans tes choses sen- 
sibles mfniei, Ivunap^jvnn toI: alaii\to^i,,., riv ^àp iXav oùpivi» 
«aîamuvàCouoiï U àptBiiûv.... Met., I, T ; — I, 6 : Tiv iXov o4p»vtv 
if\iMia* iIvBt xbI àpill|iôv.... Id., XIII, 8 : TAv àptS^i&v -ci Svioi Xtjm- 
n«. CT, De cal-, III, 1 ; T^v çûoiv K àpiBitûv ouvivrâviv. 

b. Met., 1, b; III, 5 : T^v oiiaioi xa! ta Iv. 

6. Mtt.,l,S. 

7. »«.,!, 6. 



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DES PYTHAGORICIENS. d 

matériels et doués de monvement, il est à la fois leur 
sabslance, leur matière et le principe de leur mou- 
vement comme de leur forme '. Ces priocipes sont dans 
les choses, tnmif/ti*, et puisqu'ils en sont à la fois et 
la forme et la madère, il est clair qu'ils en sont insépa- 
rables. Mais, quoique inséparables, les nombres sem- 
blent distincts des choses : car ils sont antérieurs aux 
choses, antérieurs & tout être de la nature*. Ils semblent 
donc à la fois transcendants et immanents. > 

Mais alors s'ils sont antérieurs aux choses de la na- 
ture, n'en diffèrent-ils pas par essence î ne doivent-ils 
pas être des principes immatériels et incorporels? ou, 
au contraire, ont-ils une grandeur étendue, et une si- 
tuation dans l'espace T Le nombre est-il le principe abso- 
lument sfmple et un du multiple et de la diversité, le 
principe purement intelligible du sensible et du réel! 
Sur ce point capital, nos renseignements, jusque-lA 
d'accord, se contredisent les uns arec les autres, et ceux 
même d'Aristote se contredisent entre eux. 

Constatons d'abord les points sur lesquels ils s'accor- 
dent. Philolaus dit : Toutes les choses, du moins toutes 
celles qui sont connues de l'homme, ont le nombre ; 
car il n'est pas possible que quoi que ce soit puisse être 
ni pensé ni connu sans le nombre*. Voulez-vous voir 
quels sont les eflets ' et l'essence du nombreî Regardez 
la puissance qui se manifeste dans la décade.... Sans 

1. Jfel., 1, & : Tôv ivTMv ifxfK itivTtov. 
3. Met,, I, 5 ; Tovtuv iwmpxévruv. 

3. JM., I, 5 '■ 01 &pi4|ta) «voii «pùtoi.... itiatii t^; fûsiu; Tcpûcoi. 
XIV, 3 : Où xwpwceix ii- 

4. PhiM., Fr. 3. Boeckh, p. 58, et Fr. 18, p. 139. 
6. IpT"— 



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10 EXPOSITION BE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

elle tout est indéterminé, tout est obscur, tout se dé- 
' robe. 

La décade donne la forme finie, parfaite, au nombre ; 
Tout être réel, tout nombre est décadtque, parce qae 
la dt^cnde renferme en goi tout élre, irSnv ^ûmv, parce 
qu'elle renferme le pair et Timpaîr, le fini et l'infiDÎ, le 
bien et le mal. 

La nature du nombre est de donner à tout être une 
loi, un guide, un maître^ C'est lui qui nous enseigne ce 
que nous ignorons, et dissipe nos incertitudes*. Car 
personne ne pourrait tien connaître des choses avec 
certilude, ni dans leurs rapports à elles-mêmes, ni dans 
leurs rapports les une^ aux autres, si le nombre n'exis- 
tait pas avec son essence. Hais maintenant le nombre 
établissant l'harmonie dans l'&me, rend tout connaissa- 
ble 6 la sensation, et forme entre les choses, les unes 
par rapport aux autres, une correspondance semblable 
au Gnomon : le nombre réalise dans des corps, il isole 
et divise les raisons d'être*, il individualise les êtres, et 
ceu\ qui sont infinis, el ceux qui appartiennent & l'ordre 
du fini. On peut voir rfgner la naUire et 1» puissante 
' du nombre non-seulement dans les êtres démoniques 
et divins, mais encore dans toutes les œuvres, toutes 
les pensées, toutes les productions des arts, parlicu* 
lièrement dans la musique , et en un mot par- 
tout. 

L'Un est le père des nombres, et par conséquent le 



1. Frdg. Il, p. 146. 

}. fiotckb, p. 141 : Aijnvxolinà tdS ixapouiUvw *a.-nii «i 



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DES PTTHAOORICIEINS. .11 

père des êtres, le père et le démiurge du monde'. Cest 
lui qui par son unité efficace et éternelle maintient éter* 
neliement la permanence des choses et des élres de la 
nature *. Il est donc, et cela va de soi, le principe d'unilë 
des choses. Ce qui doit paraître an premier abord plus 
étonnant, c'est qu'il est en même temps principe de 
rindividualilé. Hais cette contradiction n'est qu'appa- 
rente : car puisque tout être est un, et que l'être est un 
tout, c'est l'un qui fait le tout, c'est-à-dire l'unité des 
parties de chaque être, comme il fait l'uniié du fout lui- 
même. Nous le voyons, dans ce passage, principe de 
Têlre, principe du connaître, principe d'unité, principe 
d'individualion : nons le voyons même principe de 
mouvement; car c'est l'Un qui incorpore dans une ma- 
tière les raisons, td&i; Ioyouc, c'est-à-dire les éléments 
idéaux des êtres: c'est-à-dire, si j'interprète bien le pas- 
sage, c'est l'Un qui fait l'unité de la matière infinie et 
du principe intelligible ou lini, raison idéale de toat 
être. 

Ce passage de Philolaiis, où l'Un est considéré comme 
la-puissance qui, par un acte spontané, nÙTàpyoc réalise 
l'être dans l'individualité', et lie la raison d'élre & un 
corps, codQfme la doctrine semblable reproduite par 

1. Philol, Fr. îï. BMcItb, p. 169 : Tv ^«viiiiiïvTi naripi «ol î»- 

2. Philol , Fr. 3!. Boeckh, p. 137 : Tfe tûv kOoiukOv almla( îw- 
(iovJl( t^ KpeniTtiuovsav xal aÙTo^ciii svvox^v. Syrian., ad Àritt. 
Met., XII, 71 b : ■ PhiloliQs autem mundanorum Eeternse p«rmaiieiiti« 
imperaniem et sponle genitacD numerum esse eaunliavit. • Cr. id., 
p. 85 b. 

3. Scit. Emp., Mil). Math., X, 161- Pythagore a dil que le principe 
des êtres est U monade, par participation de laquelle cbaque tire e>l 



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'2 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

Archytas avec une précision et dans des termes qni 
révèlent sans doute l'influence des idées platoniciennes 
et aristotéliques, mais n'en détruisent pas l'authenti- 
cité et l'origine pytliagoricienne. 

Ni la substance, dit Archytas', ne peut par elle-mftme 
participer k la forme, ni la forme par elle-même s'ap- 
pliquer à k substance : il est donc nécessaire qu'il 7 ail 
une autre cause qui meuve la substance des choses et 
l'amène à la forme. Cetti: cause est première au point 
de vue de la puissance, et la plus excellente de toutes. 
Le nom qui lui convient est Dieu. Il y a donc trois prin- 
cipes : Dieu, la substance, la forme. Dieu est rartiste,le 
moteur; la substance est la malière,le mobile; l'essence 
est comme l'art et ce à quoi la substance est amenée par 
le moteur. Hais le mobile contient des forces contraires: 
or les contraires ont besoin d'un principe qui établisse 
en eux l'harmonie et l'unité; il doit recevoir nécessaire- 
ment les vertus efficaces et les proportions des nombres, 
capables de lier et d'unir dans la forme les contraires ' 
qui eiislent dans la substance. 

Car les pythagoriciens ne commençaient pas, tomme 
on l'a dit, par les contraires : au-dessus des contraires, 
ils posaient un principe supérieur, comme l'atteste Phi- 
lolaûs, qui dit que Dieu liypostalise le fini et l'infini, et 
qui a montré qu'au fini se rattache toute la sftrie des 
choses qui ont une plus grande affinité avec l'Un, et k 
l'inflni, les autres. Ainsi au-dessus des deux principes 
contraires, ils ont posé une cause unifiante* et supé- 
rieure à tout. Cette cause c'est, d'après Archytas, la cause 



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DES PYTHAGORICIENS. 13 

oTant la cause, d'après Philolaûs, l'Un, principe de lout, 

Cv ApX^ KttrTM* '. 

Ce Dieu, cause avant la cause, est le nombre même, 
mais le nombre ineffable, ou irrationnel'; c'est l'excès 
du plus grand des tiomfares sur le nombre qui s'en rap- 
proche le plus, c'est-à-dire l'Ua, principe de tout, parce 
qu'il donne à lout l'unllé, parce qu'il concilie dans l'u- 
nité de l'essence les contraires, parce qu'il réalise, sub- 
stanlialise, byposlatise les contraires : nîpsTotxal (bctiffoc 

De ce qui précède nous serions autorisés à supposer 
que les pythagoriciens admettaient deux sortes d'unité, 
l'une immanente aux choses, constituant leur essence et 
leur être, en tant qu'elles appartiennent à la classedu floi, 
l'autre transcendante, antérieure, extérieure, supérieure 
& tout être naturel, cause de celle unité, puissance qui 
la dépose dans les cboses, en établissant entre les prin- 
cipes contraires qui les constituent un rapport harmo- 
nieux. Or c'est ce que nous affirment plusieurs témoî- 



1. Syriao. , ai Ma., XIV, I, p. 32&. Schcl. min. Arcbftas, Itagm.l. 
Harlentt. : HapTuptl 4>0.é).aa( ti* 6tiv Xifuv irfpat xal intipicn iico- 
nllaoïL, Sià (Uv toO irfpoiof -rili t$ ivt ffuyjivéoïipai iïΣiiiïiJ(Uvot 
«ÔQBv irvtnaixiav, 6\k SI Tij; ài»ip(a{ 'riiv TaÛTVK {ifHiiitilv, xal iii Kpi 
tiv *ùo ifxûï T^i i>ui«ivalTiav,.,. fl» 'Apx«Cvnoï [leg. 'ApxuTa<) [liv 
■dtiav Kpi altiw ilvoi fqiri, 4i}iôXaoc Eà tûv siiTuv dipxn ilvst iitoxu- 

Ft. 19. Phtlo{., p. 151. Boeckh Deconnaisiaitâereitrait deSïm- 
nuï que la Iraduction latine de Ba^lini,... Il produit, en outre, 
d'Iamblîque le passage suivanl : 'H iiiv (lovo^wsâv 4px7] oloanivioiï, 
xatà^iï *ilo).«Oï' O'j ïàp, iv, çT|iii"'i ipX» ««"v- 

3. Allieaag., £«jf. p. Chritt. : 'G piv (nom mutilé) àpiS|iiv i^^a> 
Apt^iiai -tiï 84ÔÏ, t £1 toÙ (MTlfrrou (»ï âpi«tudv tJIk irapà tbû àTT'- 

3. Prod., ThMl. Plot., UI, T, p. 136. 



n,y:,-^cT:G00glc 



14 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

gn.iges.Eudore, cité par Simplicius', noua dit: «Pris dans 
son sens éininent el supérieur, l'Un est, pour los pytha- 
goriciens, le principe universel ; mais il a un autre sens : 
en effet les choses produites ont deux principes : l'Un, 
et la nature contraÎFe à l'Un. > Cette nature contraire à 
l'Un, c'est l'autre, -rà <OX<i: tel estlenom quePylhngore, 
d'après Aristote*, donnait à la matière, parce qu'elle de- 
vient incessamment autre, et est soumise au change- 
ment. 

Il 7 a donc deux sortes d'unités, auxquelles, dans l'é- 
tat flottant et imparfait de leur langue philosophique, 
■ Archylas et Philolaijs donnaient iadiflércmment le 
même nom, appelant l'Un monade, et la monade, Un, 
quoique cependant la plupart des pythagoriciens ajou- 
tassent au mot monade rallribul de première, parce 
qu'il y a en effet une monade qui n'est pas première 
et qui est postérieure à la monade en soi, à la vraie 
unité » *. Syrianus contredit un peu ce témoignage, car 
il demande & son interlocuteur réel ou supposé, « de 
quelle uniié veux-tu parler? est-ce de l'unité suprême, 
ou de l'unité intlniment petite qui se produit par la di- 
vision des parties? En un mot les pythagoriciens distin- 
guent l'Un et la monade, dont un grand nombre des 
anciens de l'Ecole ont parjé, par exemple Archytas, qui 
dit : rUu et la monade ont une affinité de nature, mais 
cependant diffèrent entre eux'.... » 

Ils ne diffèrent en effet que comme le Tout diffère de 

1. InFhyt.,t.39i. 

3. Dans ses 'Ap/u^iïi, fr. lira de Dunasciiu, publié pu Creuzer et 
Gruppe, Vtber 4- Fragm. d. Àrdtytiu, p. 79. 

3. Theon. Smyra., Ptac. Math., 4, p. ÏT, cité pu Gruppe, p. 113. 

4. Sjt., ad Met., XIII, U, fr. i. Hutenst. 



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DES PYTHAGORICIENS. 15 

a partie de ce Tout : l'Un étant le nombre du Tout, la 
monade étant k molécule indivisible, fntome, La dis- 
tinction établie ici n'a donc pas la valeur d'une distinc- 
tion d'essonce entre les deux sortes d'unités, comme la 
pose Proclus dans le passaf^e suivant : 

■ Le premier principe, d'après les pythaf^oriciens, est 
l'Uii^T^lv, qui s'élève au-dessus de touâ les contraires; le 
second la monade intelligible, ou le fini; et enGn la 
dyade indéfmie ou l'illimiié'. ■ Naturellement alors, 
comme le dit Oamascîus, l'Un précède la monade*. 

Il s'agit bien ici d'une distinction d'essence, et le pre- 
mier principe, qu'on l'appelle l'Un ou la monade, serait 
an intelligible transcendiint; le second seul serait im- 
manent et constituerait la substance des choses* : le 
premier serait le nombre des nombres, le second, le 
nombre des choses nonibrées. 

Si nous pouvions avec certitude attribuer aux premiers 
pythagoriciens cette doctrine qui ferait de la monade 
vivante, on du nombre concret, un intermédiaire entre 
le nombre intelligible, ou Dieu, et la maliëre indéfinie et 
sans forme, bien des obscurités et des contradictions 
disparaîtraient du système , et bien des difficultés se- 
raient évitées dans l'exposition que nous avons à en 
bire. Malheureusement il n'en est point ainsi. Nulle 
part Aristote ne leur attribue une définition de Dieu, et 
ne fait atlusioD à des principes purement tliëologiques. 
Il est possible, il est probable, et nous en avons des in- 



1. Jn7im., Md. 

2. Deprineip., c, nni, m,vi, p. 115, lai. 

3. S. JvsL, Cohort., e. ta; Pbot., Cod., 149, pi 138 : Ti|v ith |io- 
lUm lv«elt voqtnh iIvbi, t6 U tv Iv toI( ifJtfAU (ttg. &(iiB|ilii*K}. 



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16 EXPOSITION DE LA. DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

dices signiGcatiEs, que les pythagoriciens ont eu le près- 
sentiment d'an ordre d'existence supérieur h. l'existence 
de l'être physique ; ils ont entrevu que le inonde sensi- 
ble ne s'explique pas par lui-même, et qu'il implique, 
qu'il atteste l'existeDce de son contraire ; mais ne se po- 
sant pas d'autre problème que celui de la nature, ils s'y 
sont renfermés, et ils y ont renfermé leur Dieu Ce sont 
des panthéistes, avec quelques lueurs d'une doctrine 
supérieure que recueillera le génie de PtatoQ. Toute 
, chose est un nombre; le nombre est l'essence imma- 
nente, ivuKcîpxuv des choses, et puisque le nombre est le 
principe souverain, supérieur, parfait, c'est-à-dire Dieu, 
Dieu est en tout et est tout. Mais néanmoins que telle 
est bien la pensée des pythagoriciens, c'est ce que nous 
ne pouvons pas &cUement prouver. 

Aristote qui a pris aussi souvent à partie les pytha- 
goriciens que Platon, dislingue leurs doctrines par trois 
différences : 

I. Platon, au lieu de laisser à l'infini le caractère d'u- 
nité, comme l'avaient conçu les pythagoriciens, le fait 
double. 

s. Il met en dehors des choses, et constitue & l'état 
d'essences séparablcs et séparées, les nombres, que les 
pythagoriciens considéraient comme l'essence insépara- 
ble des choses. 

3. I] place entre les nombres sensibles et les nom- 
bres idéaux, des essences intermédiaires, ce que ne font 
pas les pythagoriciens qui n'admettent qu'une seule 
espèce de nombre, le nombre mathématique'. 

I. Mti.,p<uiin n xiu, e. 



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DBS PVTUAGORIClBNg. 17 

Partoul Arislote dans' sa critique &it ressortir les 
absurdités qui résultent, pour les pylliagoriciens, de 
n'admettre que le nombre malbémalique, et de vouloir 
composer avec lui le monde des êtres sensibles et 
doués de DQOuyemenl. Il n*; a donc dans la doctrine des 
p7tbagoriciens qu'un seul nombre par lequel ils veu- 
lent tout expliquer, et c'est précisément aux yeux 
d'Aristote le caractère qui les distingue des platoni- 
ciens. Aristole n'est pas le seul k interpréter ainsi leur 
pensée : ceux même qui leur attribuent la doctrine de 
deux principes ne leur attribuent pas celle de deux 
sortes de nombres : P;thagore, dit Plularque % pose 
deux principes, la monade, ou Dieu, — que Plutarque 
identifie i tort avec le Bien — et la dyade indéfinie, 
le mal, d'où naît la pluralité et le monde sensible. Ho- 
dératus, qui, d'aillei^, pour éviter les conséquences du 
système, n'admettait qu'une interprétation purement 
symbolique, reconnaît également deux principes. «Qoel- 
ques-uns ont considéré comme principes des nombres, 
la monade, et comme principe des choses nombrées, 
l'Un, T& iv, ce dernier étant pris pour le corps résultant 
d'une division poussée k l'infini, de sorte que les choses 
noinbrées différeraient des nombres, comme les corps 
des choses incorporelles. Lci modernes, ot viûrtpot, ont 
pris pour principes la monade et la dyade; mais les 
pythagoriciens trouvaient les principes dans ce que pose 
la définition des nombres , qui ne sont conçus que 
comme pain) et impairs*. > 



1. PUtc Pha., I. T. Stob., Bel. Phyt. , I, p. &S. 

3. Slob., Ed., I, p. 30. PasMge obscur : Al tAv ipAv IxUmk Si'&v 



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16 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

' Ainsi il n'y a qu'un nombre, et ce nombre est le nom- 
bre mathématique', car il est conçu comme le genre des 
espèces du pair et de l'impair, et tel est le principe su- 
prême des choses'.. Il semble donc que nous pourrions 
et que nous devrions nous arrêter à cette conclusion, 
que précise le passive suivant d'AristoIe : 

* Les pylbagoriciens ne parlent que de deux princi- 
pes, comme les physiciens d'ionie. Mais voici ce qui leur 
appartient en propre : le fiai, l'infini, et l'unité, ne sont 
pas, suivant eux, des natures à part (c'est-à- dire des £tres 
ayant nne existence propre en dehors des sujets où ils 
se trouvent), comme le sont le feu ou la (erre, ou tout 

•I Ipnai xal m(xnol vaoQvrai. • Seniiu mihi videtur eise, Pfthtgo- ' 
rtco* Don mODsdem et djidem, ted ommno pirem aique impaiem nu- 
mtronim rationem pro priDCipiii habuisse. ' Heeren. 

1. C'eat la conclusion où nous condaisênt égalemenl les passages 
saÎTinls : Alax., in Met., 1, B. SchoU., p. 640 b, 10 : • Les pylhagori- 
cieiis appalaiânl l'espril, It monade et l'Un, > oe qui prouve l'idenlUè 
de sens des deux termes. Sjrian., ad ife(., XIV, 1. Scboll, rainor., 
p. S36 : • n est iDtèressaiit de comparer & ces doctrines celle de Cli' 
nias le pytbagoricieu, qui, célébrant L'Un, th Iv, le proclame le prin- 
cipe des êtres, la mesure des choses intelligibles, incréË, éternel, uni- 
que, souverain, se manifestant lui-même. ■ Id., p. 330 : • Platon et 
BrontiQus le pythagoricien disent que le Bien est l'Un, et a sa sub- 
stance dans l'unité, oitriumii Iv t^ iv ilvai, ■ el un peu plus haut i 
' Chez Platon, l'Un et le Bien sont au-dessus del'ËIre (tiKifoiaMi) , 
comme aussi chei Brontinus le pjthagoricien, et pour ainsi dire chez 
tous ceui qui sont sortis de l'Ëcole pythagoricienne. ■ liudors disait, 
d'après Origène (PhfCof., c. VI], que le nombre, c'est-i-dira l'Un, est 
le premier principe, indéterminé (c'est évidemment une erreur d'Ori- 
gèna), incompréhensible, contenanLen lui-même tous les nombres qui 
peuvent aller jusqu'i rinHme multitude. Le principe des nombres est 
double : quant i l'hfpostase, ivii' fijcinumv, c'est la première monade, 
mïle, engendrant i la façon du père; et en second Ueu, la dyade, 
nombre femelle. 

2. PMiol., Fr. 1 i 'O Y* V^'' àpiSiiè; lyu Sûo )iiv iiia sISii «Iftatai 



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DES pyTHAGORIClENS. 19 

antre élémenl analogue. L'infini en soi, wjrà -A dîittipov, 
et l'Un en soi, aârà th h,, sont la substance m£ine, 
o£«Cav, des choses sensibles, auxquelles ils sont donnés 
comme attributs'. ■ Par conséquent le nombre est bien 
la substance des choses; car en dehors du nom- 
bre, qui est le rapport du fini et de l'infini, rien n'a 
d'essence, pas même le fini et l'infini, qui n'ont pas une 
existence indépendante et n'existent que dans leur rap- 
port, c'esl-à-dire dans le nombre,dans l'Un, oCx iX^ tnX 

Le nombre Tient de l'unité : l'unité et le nombre se 
confondent donc dans leur essence : ils ne sont tons deux 
qu'un rapport : ce rapport suppose au moins deux ter- 
mes ; A, en effet, tout être est l'unité inséparable *> le rap- 
port, le nombre des deux termes, le pair et l'tmpaîr, 
le fini et i'inÛDi : et voilï pourquoi l'un est k la fois 
pair-impair*. 

Maisde quelle nature est ce rapport? Faut-il dire avec 
H. Cousin qu'en lui s'éfonooit la réalité des termes qu'il 
pose, unit, concilie, et que la conception mathématique 



1. JW., I, & : Aûri ti £iiiipm xctl sOtï ^i 1< tiiaUa iIyoi toùmv 
iy xsnrfDpa&vTU. M. Zeller (t. I, p. !4T), traduit : ■ Dieu Eollen nicht 
Mos Eigenschaltan eiuer dcitteo Subsûm, soadern uamiltellur m 
tieit lelbst Subat&nzsn sein. ■ Ce qui me parait tout i fait un contre- 
tect. L'iniipof et le t& Iv, identiBé duia ce ptsuge i li sipac, ne sont 
pudw lubitaneei, moia la lubilancn dêi thotei, «ialwi; ce qui est 
tout le contraire. Wel,, I, G : TA (livioi f* <1vsi xal ]i^ hipiv it ti Iv 
yiftttttii ihoi. CoDf. IX [X), 2; Il (111), 1 at 4 : (Kx Inpôv -h h, oOU 
ii Iv, iXtà loûTO «irtn t^v fi«n (Îvbi, liic oAiriK tïit oAolat Toâto li 
Iv ilvot, xal Ev Tt. 

2. Alenadre,SchoH.Jrùt.,p.639b, 19. 

3. Procl., ThetÀ. Plat., m, IT, p. m. PAflol., Fr. 1 b, p.48rîni 
;u«vp<ricn ijl^xm H bicnftn awunfimn. 

4. Mtt., l, 6 : %r>M<pt«n»> Pflilot., fr. 3. . 



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SO EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

est si exclusÎTCment subjective et logique qu'elle va jus- 
qu'à reconnaître pour substance, essence, principe de 
forme et de mouTemeot, de devenir et de gëDératt«n, 
ce qui n'H ni mouvement, ni forme, ni essence, ni siib- 
itance, un rapport purement subjectif, mental, abstrait, 
c'est-i-dire quelque chose d'alra)lument vide et mort? 

Je ne le pense pas : car 1* Anstole critique l'inconsé- 
quence des pythagoriciens, qui, malgré la tendance de 
leurs principes, n'ont rec<ninu que des êtres physiques, 
et ne sont point allés jusqu'à l'idéalisme qu'ils conte- 
naient logiquement' . Donc t'Un des pythagoriciens, tout 
rapport qu'il est, n'est pas un rapport abstrait, idéal, 
subjectif. 

S* Aristote reconnaît en effet qu'ils sont si lotn d'a- 
boulir à ce vain formalisme, & cette mathématique pu- 
rement abstraite, qu'ils arrîvent,au coulrairo, à confon- 
dre la pluraUté avec l'unité, TnUè th tv înm x^xiivoK 
ouv JSdivt *, 

S* Aussi raconuatt-il également que le principe py- 
thagoricien, l'unité, iv rapport numëriqae des contrai- 
res, a une grandeur étendue, et que cette monade con- 
crète, ce rapport réel, substantiel, est le germe, germe 
quePhilolaûs appelle )^a;, posant ainsi ponr principe, 
non le bien, le parfait, mais l'imparfait, théorie dont il 
fait sentir l'insuffisance et l'inexactituile *■ 

Hais n'est-il pas absurde de concevoir ainsi un rapport 
réel ot substantiel, et n' est-il pas téméraire d'en suppo- 
ser aux pythagoriciens la penséel Téméraire, peut-être; 

t. AI., I, 7. 

2. Met., 1, b. 

3. Met., XIV, 4 et â ; XU, 1. Voir plus loio. 



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DBS PtTHAOOmCIBNS. 21 

car palld part ils n'oDt donné d'explicalion sur la natara 
de ce rapport ; mais sit règne à cet égard une confasion 
dans leurs esprit&,on doit se rappeler dans celte période 
dé la science le penchant à tout objectiver, à tout réa- 
liser, plutôt qu'à tout réduire en unités abstraites. Le 
moment de l'idéalisme est pressenti, il est appelé : il 
n'est pas venu. Hais qu'il y ait une notion du rapport 
qui l'ëlère k «ne réalité vivante et concrète, c'est ce que 
la philosophie elle-même nous apprend. 

Le rapport n'est, en effet, qu'une limite, et la limite 
D'est pas une notion vide, mais au contraire une notion 
pleine d'être, car c'est en elle que les termes relatirsont 
leur réalité et leur substance : ils ue' s'évanouissent pas, 
en effet, dans le rapport ; Us y pénètrent, s'y pénètrent 
l'un l'autre et, pour ainsi dire, s'y identifient. 

Qu'on ypense.enefTet. Tout être n^st autre chose que 
le ra{iport d'une formeetd'one matière. Il en est l'unité. 
Sans doat*. il est possible, il est nécessaire de concewir 
une forme pure, un acte pur, un étre^ parfaitement 
simple que la notion de rapport lui soit contradictoire ; 
jnats les pythagoriciens ne se sont'pas élevé» jusqu'à ce 
monde inteHigibleausenildoquel ils se sontarrëté^lais- 
saot ài*laton la gloire d'en^onter l'éblouissante cl vté. 

Hais dans le monde des choses cosmiques, pour me ^ 
«ervir de leurs termes, où ils se sont renfermés, tonte 
cho^ est vraipient an r»pp«rt, une limite, un nombre : 
et je itoDve qu'on n'a pas vsscz reconnu la profondeur 
et la justesse de cette observation. 

Lorsque les pythagoriciens définissent l'homme, l'har- 
monie d'une àme et d'Un corps*, il est clair que cette har- 

1. Stob., Flora., I, g 76, p. 43, Giisf. ; '0 tè MfnuK ^x ^ 'Wx.^ 



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29 EXPOSITION. DE LA I>OCTtUNE PHILOSOPBIQOE 

monie couBtitae toute la réalité du corps et toute la réalité 
der&nie,puisque,diseut-ils,iiilefinimriaGDiQ'ontd'exi- 
steoce par soi, et qu'ils n'existent que dtns le rapport où 
ils se pénètrent et se soutiennent. Lorsqu'Arislofe* 
d'accord avecPlaton,déânitta sensatioo, lecommerc«, le 
contact, le rapport du sujet sentant et de l'objet senti, 
rapport' qu'il appelle leur acte commun, la fonne, le 
point, la limite où ils ne font plvs qu'un, ne dit-il pas, 
comme P;thagore, que-cet acte est un nombre et en 
même temps une réalité T Aristote va même jusqu'il 
appeler harmonie cet acte du sensible et du sentant, et 
A rappeler que pour qu'il y ait sensation, il ne faut pas 
qu'il y ail disproportion entre eux'. 

Nous pouvons donc donner ce sent au nombre pytiia- 
goricîen sans absurdité ni invraisemblance, et nous ne 
serons p9s obligés pour sauver la vraisemblance et le 
bon sens d'avoir recours, comme les pythagoriciens de 
la^ecoude époque, A une interprétation purentnt sym- 
bolique et allégorique du mot. Hais nous sommes loin 
de prétendre' que nous ne rencontrerons pas dans le 
développement et l'exposition de leur doctrine la coÉfU- 
sion .et la contradiction, inhérentes au problème lui- 
même, et surtout A la solutiqp imparfaite et incomplète 
qu'ils lui ont donnée. Sachons cependant reconnaître ce 
qu'il y a de profond et de beau dans cette concepUon^ 
qui fait du nombre le rbythme univeysel de la vie, 
^fUt, êpiB(x^, la loi, VaCte du développement des rai- 

MpiMoï. C'est le mot même de FlttoD. Fkmdr., 243. rux<t mI «Oiui 
KJTiv. Ph«dm.,p. 79. 
1. DtieHM,U,xn, 23. 



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DES PYTHAGORICIENS. 23 

sons séminales contenues dans l'unité', et qui, allant 
plus loin, confond celte notion du rhylhme mesuré, dans 
le développement du principe rationnel qui fait le fond 
de toute existence, avec l'ordre, et l'ordre même avec la 
substance de l'être. Et en effet, comme nous le verrons, 
la loi de la vie est le développement progressif. L'être 
. part d'un germe imparfait et réalise le nombre* qui est en 
lui, c'est-à-dire, l'ordre, c'est-à-dire encore, le bien, par 
une série de développements progressifs : et comme c'est 
dans sa fin qu'il obtient la perfecUon de son essence, et 
que cette fin est le nombre, les pythagoriciens ont raison 
de dire que le nombre, l'barmonie, l'ordre, c'est-à-dire 
le Bien, est l'essence de l'être. Rt comme ce qui faitl'es- 
seDce 'd'une chose est l'être vrai de celle chose, encore 
^u'on autre élément s'y puisse mêler, le nombre peut 
être dit la chose même. C'est ainsi que Platon dira que 
l'esseoce de l'objet sensible, et par conséquent son être 
vrai est l'Idée: ce qu'il y a de réel dans l'être, c'est le 
rationnel, le Xô^o;. Mais le nombre pythagoricien est-il 
on élément purement rationnel, idéal, intelligible? 

Ici règne une confusion dans nos fragments, une 
contradiction entre eux qui se reproduisent jusque dans 
les renseignements d'Aristote et qui sont telles, quenouç 
craignons bien de n'y pouvoir porter ni la clarté ni la 
précision suffisantes. 

I. Définition du nombre, d'aprii quelques pjtbftgoricieng, dtés par 
' lambl., in ÂrUhm. Nieom., p. U : IIpoitsSi«|iiv i-ni ffaiiiti iieriSii 

3. Philo)., Fr. 18: £s|uni3vioù{UY<"t- ^-l- Boeckb, p.&4.Bniid., 
Deperd.lib, ÀTUt.ff. iâ : nipatuit&nuplav bnooTiiaai, d'où Pro- 
dus {Theol. Plat., 111, T , p. I3T) appelle Dieu on le nombre des nom- 
bres, «jpstoc xal im^piat luroniniv. 



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ik EZPOSITtON DE LA DOCTRINE PaiLOSOPHIQDB - 

Il semble en effet que la pensée des pjlhagorici 
s'est troublée devant celle grande idée de l'être snpn- 
sensible. Gomme ils ne reconnaissent p.is une existence 
réelle en dehors des choses, comme ils déclarent l'intel- 
ligible inséparable du sensible, ils sont portés à les 
confondre, et il semble qu'à force de les unir ils les 
identifient. Cependant leurs principes protestent, et 
contiennent en germe le plus pur idéalisme comme 
le reconnaît Ariatote lui-même. 

Essayons donc d'en suivre la trace, et d'analyser,. 
dans toute sa signification complexe et profonde, l'idée 
pythagoricienne du nombre. 

Ht d'abord, dit-on, le nombre ne peut être un élément 
purement idéal et intelligible, parce qu'il n'est pas simple. 
Ce nombre, principe de l'essence, a lui-même des prin- 
cipes, ou au moins des élérnents : et de ces éléments l'un 
est le pair, l'illimité» la matière, l'autre est l'impair, la 
limite, -A nipat et k la fois ti Kimpao^iivov. Si l'on veut re- 
monter plus haut encore, et considérer l'unité elle-même 
qui engendre tous les nombres, on verra qu'elle-même 
est un composédu pair et de l'impair*. Ainsi, detoule fa- 
çon, la simplicilé.manqueau nombre et&l'unité qui l'en- 
gendre, et parlant elle n'est pas un élément idéal de l'être. 

« Le monde de la nature, dit Pbilolaiis, est un com- 
posé harmonieux des principes infinis et des principes 
finis, il iiceîpwv m\ mpaivDvTuv ; et il en est ainsi du monde 
dans son Tout, et de chacune des choses qui sont en lui. 

V En effet les choses sont ou finies, ou infinies, ou un 
composé de ces deux espèces. » 

Elles ne sauraient être toutes ânies, car l'élément in- 

1. Ariit., Ktî., I, 6. Philot., Tr. 1. 



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DES PYTHAGOBICIENR, 25 

Qui qu'on observe dans la réalité n'aurait plus de cause 
□î d'explication', elles ne sauraient être toutes infi- 
nies, car l'infini ne peut éire connu*; il n'y aurait donc 
plnsaocune chose connue.tandis que nous sommes obli- 
gés d'avouer que la science et la connaissance existent. 

Donc, puisque les choses ne peuvent être ni toutes 
Gnies, ni loales infinies, il est nécessaire que le monde 
dans son Tool, et dans chacun des êtres qui sont en lui, 
soit ancomposé harmonieux* du fini et de l'infini, ee que 
nonsalteslentd'atlleursrobservation et l'expérience*. Or 
toutes ces choses, celles du moins que nous connaissons, 
ont le nombre, iy^om im ipiSp». Car il n'est pas possible 
de connaître ni de penser quelque chose qui soit privé du 
nombre*, qui est lui-même pair ou impair, et provient 
de l'unité qui est k la fois l'un et l'autre. Le monde est 
donc bien fait, comme le dit Nicomaque, à l'image du 
nombre, et l'un n'est pas moins que l'autre nn composé 
dafliii, et de l'infini*. 

Vais on ne remorque pas dans cette exposition, d'ail- 
leurs assez confuse, que les choses sont dites ouotr le 
nombre, et non pas être absolument identiques à lui ; 
c'est ainsi qu'Aristote dira : le nombre a grandeur, Ix«, 
et non est grandeur. 

VoiU comment je m'explique l'apparente contradic- 

1 . J'&joute cette puti« du raisoniument au fngniBiil mutilé, qui U 
mfannalt Décesstiratneat. 

3. eut 1& tnaiima qu« répète» Aiiitotê, et dont il fem le principe 
de H Logique : on ne peut pu remonter à l'inflnl U léria des ruMM 
et des CU1K9, Afd'p») m^vcu, 

3. Xwapti^h;. 

i. Philci., Yi. 1. 

b. PhiloL, Pr. 3 b, p. 58. 

fi. irilkii.,n, p.369. 



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SB EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

tioa d'Aristote, qui, après nous avoir dit qne les nombres 
sont lesétres mëDies, clpiO(iDÙ( -rk ïvra, ajoute dans le môme 
chapitre que les nombres sont antérieurs à tout être na- 
turel de l'ordre du devenir, nXnit tpûmwï icçwcot ', queles 
choses sont des imitations, 6ixoi(ô)jtaTa, des nombres, et 
que les êtres ne sont, n'existent, ne subsistent que par une 
imilalion, fupLiisii, dont la participation platonicienne 
reproduit sous un autre nom toute la nature*. C'est par 
lapnrlicipation, ixiSe^it, que les cboses sensibles sont ho- 
monymes aux idées ; mais cette théorie de la participa- . 
tion n'appartient pas h Platon ; elle appartient aux py- 
thaf^riciens qui disent que les êtres sont ou l'imitation ou 
par l'imitation des nombres. 

J'entends donc que, sans les séparer, les pythagoriciens 
distinguent l'élément idéal et rationnel, fini et limité des 
choses, le Xityot, comme l'appelle Philolaiis, et l'élémeat 
matériel, qui lut donne un corps, une réalité sensible, 
ots{iuiTÛv, OmvT^aat. Arislote nous dit et Thilolaiis noua 
fait entendre qu'il y aurait trois choses : le fini, l'infini, 
et le rapport on l'unité, tôïv'. Mais quelques lignes plus 



1. On p«ut encore entendre que les Dombras sont l'élément premier, 
primitir, et par conséquent vrai el esaentiel de la rialilé. Arlstota em- 
ploie id npwTo; dana le sens logique qu'il lui adonné souvent, et non 
dans le sens d'une antériorité cbronolog^que. Car, dans sa ftoaée, ee* 
deui ordres sont sourent contraires : ce qui est premier «pic fipÈï, est 
postérieur dans la nature des choses, xat' obià. 

2. Met., I, S et 6. Au lieu de iJ.[|j.T|«n -rà Evra «nat, on lit dans Bekker 
la leçon que j'adopte, inii^ni. C'est précisément parce qde les cboses 
«ODt des nombres, qu'elles leur ressemblent, et c'est précisément cette 
ressemblance des nombres mathématiques et des nombres concrets 
qui tait affirmer aui pythagoriciens leur identité : ils assimilent les 
choses aui nombres, & cause des ressemblances qu« l'observation ré- 
vèle entre enz et elles 

3. am., I, 6. 



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DES PYTHAGORICIENS. 27 

loiD, Aristote réduit ces principes & deux, l'Un et l'in- 
fini ; mais alors l'Un n'est donc plus le rapport du fini 
et de l'infini T Si vraiment I et voici comment je m'expli- 
que le fait. Dans le monde, ni le fini ni l'inQni n'ont 
d'existence réelle en dehors du sujet un en qai ils s'n- 
nissent, et qui en est la synihëse. Mais en dehors du 
monde, et au-dessous de lui, pour ainsi dire, l'infini, la 
matière sans Torme, le vide immense a une sorte d'exis- 
tence '. L'être réel, l'Un, n'est primitivement qu'un ger- 
me : et ce germe est l'unité vivante et concrète du nom- 
bre et de la matière, et précisément parce que ce germe 
contient le nombre et la limite, il est de l'ordre des 
choses finies ; il est fini. Hais comme le mouvement de 
l'dlre est progressif, ce germe a besoin de se dévelop- 
per, et comme il a la vie, il ne peut se développer que 
par les fonctions vitales dont la respiration ou plutôt 
l'aspiration est la principale et la plus caractérisiique. 
Par l'aspiration, le .fini se met en rapport avec l'infini 
qa'il absorbe, qui s'introduit en lui, mais qui, en s'intro- 
duisant en lui pour 7 développer les raisons séminales, 
Be transforme, s'assimile ti lui, ou plutAt à l'élément su- 
périeur qu'il renferme : c'esl-Mire que l'infini se 
transforme en fiai en s'ïntroduisant en lui, prend la 
forme et le nombre en pénétrant dans l'être ^1 a i^'à /e 
nombre. Car le nombre est non-seulement l'essence, il 
est la cause de l'essence nttio; t^ aùaîa; ' ; il est le prin- 
cipe actif et interne de l'ordre, la cause efficiente et en 
même temps finale du développement mesuré et har- 
monieux de l'être, qu'il ne peut produire qu'en se met- 

1, PAyt-. ^, ^■ 



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S8 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

tant eo rapport avec l'inSni. Le noiribre qui produit 
ce rapport, en même temps le mesure, le limite et te 
constitue. Il est ce rapport non pas causé, mais cau- 
sant, un rapport vivant, actif, cause, ipxifAi; «Itioc. 
Il résulte de cette interprétation, si elle est exacte, un 
point de vue profond, mais dont la profondeur même a 
pu produire la confusion dont nous nous plaignons. Ja- 
mais l'infini n'envahit le fini ; c'est tout le contraire, la 
^e est l'assimilation éternelle de l'infini par le fini, qui 
l'absorbe, le transforme, et pour ainsi dire, le supprime. 
Le dualisme des contraires, si fortement prononcé au dé- 
but de la doctrine, se trouve combattu par le sentiment 
non moins fort de l'unité. En effet, qu'est-ce que le 
monde et le nombre? C'est le fini; mais qu'est-ce que 
le finîT c'est l'infini flnifié; c'est le ti iUo ramené au -ri 
?v, puisque ce -rb fv ne se nourrît que del'autre. Les deux 
principes donc se pénètrent en pénétrant dans la limite 
qui les unit et tes sépare, les distingue et les identifie. On 
comprend alors que lenombrese confonde non-senlement 
avec l'essence, mais avec la substance, l'hypostase des 
choses ; et les expressions d'Aristote ne sont que les àé^ 
terminations complexes d'une théorie obscure, mais pro- 
fonde et riche; et non d'inexplicables contradictions. 

Il n'est donc pas nécessaire, pour sauver les inconsé- 
quences de la doctrine et les apparentes contradictions 
d'Aristote, d'avoir recours JL l'hypothèse gratuite des in- 
terprètes n£o-pythagoriciens. 

Hodératus', Ammonius*, Asclépiade*, n'ont attachée 

1. PorpJi., y. P., 48. 

3. SChoU. ÀTitU, p. &&9. 

3. Scholi, Aria., p. MO. Tbéuio, dans un fngmeDt pau .autheo-. 



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DES PYTHAGORICIENS. S9 

la définition pythagoricienne de l'être par le nombre 
qu'un sens allégorique. Les nombres ne sont qu'une al- 
gèbre symbolique et représenlalive. « Impuissants k 
rendre,& l'aide du langage, les notions délicates d'idées, 
de formes incorporelles, de premiers principes, les py- 
thagoriciens ont , comme les géomètres, recours aux 
nombres pour exprimer et figurer leur manière de con- 
cevoir les clioses. C'est ainsi que la notion d'unité, 
d'identité, d'égalité, du principe qui cause, dans l'univer- 
salité des êtres, cette attraction mutuelle, cette sympa- 
thie qui en assure la conservation, en un mot la notioD 
de ['être absolument et éternellement ideutique,avait reçu 
le nom de l'Un. -A &, parce que, en efTet, dans les êtres 
particuliers on irouve l'unité dans l'unification et le rap- 
port mutuel des parties, produits par la cause première. > 
■ De même encore, ils exprimaient aumojen des nom- 
bres, et d'une manière figurée, l'élément de diversité, de 
mutabilité que présentent les choses, cette nécessité 
pour elles d'avoir un commencement, puis une fin, 
qu'elles ne peuvent réaliser qu'en traversant un milieu, 
un état intermédiaire. Si la décade était pour eux le 

tique, cité pu Stobée (£«!., 1, 302), dit : • Ja sais que la plupRrtdc* 
Grecs eout persuadés que Pyihagors & enseigni que tout oaltdes 
nombres, tandis qu'il a dit, non pas que touto cbose vient du nombre, 
mûa est form* suiiant le nombre. • C'est encore i celle iclerpréCalian 
que'se rittacbe un fragment d'un Ispi; Ijyo;, attribué à Pythagore 
par lambliiJuB [in Nie. Àrithm., p. U), et lylé par Syrianus (in Met., 
Zin, 6; Seholl.minar, p. 303 et 312), où la ûambreest appelé la me- 
sure eC la nd»an qui dirige l'art de Dieu daua la formation du monde. 
Bippase, lui aussi, d'après lamblique et Syriaous, 1. 1., et Simplisius 
(mPhys-it. 104), aurait appelé le nombre, le premier paradigrDe 
de la formation cosmique, et l'instrument intelligent du Dieu qui 
l'opère : IIapdt«tv(ui lEpûTov Ma|iosBi(a<, et Kpiintiv xosiuupYoû Stav 



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30 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PIllLOSOPmQDK 

nombre parrait, c'est que, assimilaat tous les rapports et 
les causes des choses h. des nousbres, ils représeataieot 
ainsi le rapport et la causé qui emhrasse, enveloppe 
contient tous les autres, comme dix lait k l'égard des 
autres nombres : Stxà; oXov ii-(ji^ *. ■ 

Telle est l'opinion de Modératus. Ce n'est pas & l'im- 
puissance de donner à leurs pensées par la parole une 
expression claire et adéquate, c'est àqu amour instinctif 
du mystère, au penchant orgueilleux pour une science se- 
crète réservéeauz esprits d'élite.quelasymboliquem&tbé 
matique des pythagoriciens est attribuée par Asclépiade. 
c Ils n'ont pas voulu, dit-il, profaner la science etla prosti- 
tuer à des savetiers. Voilà pourquoi ils l'ont transmise 
sous une forme symbolique, et se sont exprimés, comme 
les poëtes sous une enveloppe qui cache la pensée. 

■ Ce que les pythagoriciens désignent par les nombres, 
ce sonties idées physiques, -AttSn fuouuf , quidéânissent et 
déterminent la matière, comme les nombres définissent 
et déterminent les choses nombrées. 

■ Le nombre n'exprime pas la matière; car comment 
concevoir qu'on compose avec des nombres des êtres 
physiques * î » Cette interprétation remontait & Ammo^ 
mus, le m^tre d'Asclépiade, cité par ce dernier en té>- 
moignage*. Mais comme elle n'est nullement nécessaire 
pour donrier à la doctrine des nombres un sens philoso- 
phique, comme elle est contraire aux expressions préci- 
ses et claires d'Aristolc, dont les objeclionsdeviendruient 
alors ridicules, comme elle ne se montre d'ailleurs 



1. Modérai., dans Porphrie, T. P., 4M2. 
S. Seltoll. irtit., p. MO. 
3i SehM. àrUt., p. 659 b, 9. 



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DES PYTHAGORICIENS. H 

que cinq cents ans après Pjthagore, nous ne pouvons 
en aucune façon l'accepter : car elle n'est pas fondée 
sur les textes; elle est contraire à l'interprétaUon d'Ari- 
stote, et ne nous sert même pas à lever dans les rensei- 
gnëmentsde ce dernier une contradiction qui n'existe pas. 
Il en est une autre plus réelle et qu'il nous reste à 
exposer. Le nombre est-il un être étendu, une grandeur, 
une substance sensible et corporelle? 11 est certain qu'oa 
trouve dans Axislote, & cette question, les deux réponses 
contraires. . 

Les nombres, dit-il en effet, ont une situation dans 
l'espace : situation différente, plus haut ou plus bas, 
suivant leur place dans l'échelle qui leur est propre. 
Ainsi les pythagoriciens placent l'opinion dans telle 
partie du monde, iv t<jiS1 tû ii.jpit, l'à-propos dans telle 
autre, l'injustice un peu plus haut ou un peu plus bas, 
âvu^n'l) xâTii>eiv. Chaque point de l'étendue a donc son 
nombre et l'on doit dire comme Ammonius, mais en 
l'entendant au propre, tout est plein de nombres*. 
Mais, objecte Aristote, déjà dans cette même partie de 
l'univers occupée par un nombre , il y a une autre 
grandeur, puisque chaque point de l'espace est occupé 
par une grandeur : et alors que penser de ces deux élé- 
ments qui occupent tous deux le même point de l'es'- 
pacet Platon dit que le nombre est divisé en deux es- 
paces, l'une intelligible, l'Idée, qui n'occupe pas de lieu, 
l'autre le nombre sensible, qui est l'être étendu et réel; 
il échappe ainsi à cette difQcullé. Mais tes pythagori- 
ciens n'en peuvent sortir qu'en confondant le nombre 
avec le point étendu qui occupe l'espace; car ils procla- 

t. SchoU. iriri-, p. b&gb : Htmôc Inn A xia|M; iti^. 



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32 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

ment que le nombre est cause de tout ce qui est et de- 
vient, a été et est deveou, sera et deviendra, et qu'il 
n'y a pas d'autre nombre que celui qui constitue le 
monde *. Le seul nombre qui existe est le nombre ma- 
thématique, mais non ))as séparé; et ce nombre seul 
constitue les essences ou êtres senûbles. Le monde 
entier est fait de nombres ; mais ces nombres ne sont 
point des nombres monadiques * ; car ils prétendent 
que leurs monades ont grandeur et étendue, t&c 
(uvtfSuï Mi^^éntv Ix*» f^tj^m. Mais comment l'Un 
premier peut-il avoir grandeur T c'est une difficulté 
qu'ils De résolvent pas, à ce qu'il semble'; mais en affir- 
mant que l'Un est l'élément et le principe de tons les 
êtres, ils attribuent la grandeur aux monades. 

Ainsi le nombre mathématique est le seul que recon- 
naissent les pythagoriciens; mais ce nombre, toutma< 
thématique qu'il est, n'est pas monadique, c'est-à-dire 
composé d'unités abstraites, indivisibles et cotnbinables 
indifféremment entre elles ; il oi:cnpe un lieu san? qu'on 
puisse déterminer lequel*; il engendre les grandeurs, 

\. Ket., 1, T. 

i. Arïstote nous montra p&r là ce qu'il entend pu nooibre monft- 
diquB : ce sont des nombres abstriiu, sans griodeur, formel d'unités 
combioibles. Syriaous a donc commis une grosse méprise, en confon- 
dant !es nombres monadiques avec les iriiiSiiii'coi; c'esi tout le con- 
traire, cr. Treodei., de Ideii, p. T&-7T. Voila comment, un peu pins 
loin, vers la Go du ch. vi {Met., XIII), Àristote ajoute que, contraire- 
ment à tous les philosophes, les pythagoricien* n'admettent pas que 
les nombres soient monadiques, ixovsSnobt àpiinaiç. 

3. Utt., XIII, 6i XIII, 8. Les corps sont composés de nombres; et l« 
nombre composant est le nombre mathâmalique. C'est là ce qu'il j a 
d'impossible dans leur conception. 

4. Vidfl suprael XIV, 6: i La lieu aif propres auxitresindlTldueli, 
<^esl pourquoi on les dit séparés par le lieu {aautreinatKieT : ils sûnt 
en deborsles uns des autresj: 11 □'enestpasaiosidai êtres malhémar- 



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DES PYTHAGORICIENS. -33 

ti ^m icout, et l'Un est père de la pluralité sans qu'on 
nous explique comment '. 

Je ne crois pas que ce soit là la vraie objection à faire 
au système : comment leur unité concrète engendre le 
nombre abstrait et véritablement mathématique, voilà 
ce qu'ib n'expliquent pas, et ne pourront jamais expli- 
quer; mats comment leurs nombres produisent l'éteu- 
doe, ils n'en sont nullement embarrassés- Car leur unité 
est uncomposéjsoitdeplans, soit d'un germe, et elle a la 
puissance motrice et rivante d'attirer à soi, d'absorber 
ea soi, de s'assimiler les parties de la matière infinie 
qui l'entoure, et en transformant cet ioUni en fini, 
de trouver là comme un aliment à son propre dévelop- 
pement '. Au fond tes pythagoriciens sont éminemment 
des physiciens ; les mathématiques ne sont que la forme 
de leur physique, et je ne crois pas, malgré le témoi- 
' gnage de Stobée, qu'Ecphanlus ait été le premier de leur 
École qui ait considéré les monades comme corporelles, 
et ramené les principes des choses à des corps indivisés, 
((to(ia, et au vide*. Leur système ne serait-il donc qu'une 
reproduction de l'atomisme ionien, et du système de 



thiquei. El KDir dire qu'Ui soDt quelque pert, sans ajouter xt on lit 
Imv A xiwoi, c'est absurde. • 

1. XIV, 3 : Ta ïàp yx^i^ «oui..,. Il»; xal taÛT» nolli ta Iv. 

2. Mtt., XIV, 3 : Toi) i*i; miatoaiiioi;, H -a K hiidSwy dte fe 
XpOiSc, ihi ïi onlpiiaTOt,... iù6ii( tb tyYiara tov intipou Eti iTXiUTe 
Mal «ipsCvito (iici toO nipita:. Id., XIII, E. Le premier Un, lA npûtov 
Iv, B lui-ntSme grandeur, ovviani I^ov pittSai, D'ailleura celte fonc- 
tion mime d'aspirer le vide, qui suppose que l'Un sa remplit du Tide 
on de l'espaça, et qu'il l'enterme et l'enveloppe dans la limite de ses 
plans, marque fridemment un Être étendu et ph;sique. 

3. Slob., Eeloff., 1, p, 308. Lui-mbne nous dit ailleurs {I, 31, p.UO) 
que Pftluigore appelle les élémeats des fitres mathématiques. 



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34 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

Démocrite ' T Ce rapprochement peut-être exagéré s'au- 
torise du moins d'Aristote. 

Dans son traité de l'Ame, faisant l'histoire de la ques- 
tion, il aTTi?e à l'opinion de ceux qui prétendent que 
rame est un nombre, une monade qui se meut : il s'agit 
donc des pythagoriciens. Il ajoute que pour eux il ne 
semble pas y aToir de différence entre les mots monades 
et petits corps*, et d'un autre côté i! rapproche les ato- 
inistes des partisans de la doctrine des nombres. Sans 
s'exprimer aussi clairement que les pythagoriciens, ils 
veulent certainement, eux aussi, dire que les êtres sont 
des nombres et faits de nombres '. 

Nous n'aurions donc ici qu'une seule et même doc- 
trine sous deux formules différentes. 

Hais il s'en faut qu'Aristote soit complètement ici 
d'accord avec lui-même. Car après avoir autorisé te 
rapprochement des deux écoles, il en signale la pro- 
fonde différence. 

D'abord nous nous rappelons que les nombres sont 
antérieurs à tout être naturel, in!«t<; fiavK ff^m -, non 
pas, sans doute, dans le temps, puisque les pylhagori- 
i-iens disent que les nombres sont dans les choses sen- 
sibles, et ne sont jamais en dehors et séparés d'elles *, 
mais du moins les premiers dans l'ordre et la dignité de 
l'être, iEiw[iaTt Mil f<ÉEi(. Le nombre inséparable est donc 



1. U. Raviln., Mit. d'Aria., 1. 1, p. 3T2. 

3. r« 4mm.; I, c. IT : OOSlv Staffpiiv y.iiiiSai Uim ti mtyiria 

3. D« CaH., m, 4 : Kai aStoi vém tk hta. icoioùcnv IfiSt^oâ; Kai 1{ 

4. Jfrt., I, 6. SehoB. ArUt., p. 659a, 33 : TitottBtvtan toî.ï àp*- 
|iobt i* tÂt tUMmK «tvu Mil eiUitva iivt tOv aI«Mnn ivvKÔpx*'*- 



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DES PYTHAGORICIENS. - 3& 

distinct de i'ëtre seasible. C'est ce que aoos, allons voir 
plus nettement encore affirmé. 

< Ceux qu'on appelle les pythagoriciens, emploient les 
principes et les éléments d'une manière plus ^tnin^ 
encore que la physiciens : et cela vient de ce qu'ils ont 
tiré teuFB principes d'êtres non sensibles et sans 
mouvement, o&x aiab^tiat mI Jvcu 7uvf,ataiq. Or toutes leurs 
recherches portent sur les êtres physiques : et ainsi ils 
dépensent en pure perte leurs principes et leurs causes 
comme s'ils s'accordaient avec les physiciens à ne recon- 
naître que les êtres sensibles, enfermés dans ce qu'on 
appelle notre monde. Mais Icturs causes et leurs prin- 
cipes suffisent, selon nous, pour s'élever b. la concep- 
tion d'êtres hors de la portée des sens ,' et on peut même 
dire qu'ils sont pins en rapport avec ce monde supé- 
rieur qu'avec la science de la physique *. ■ 

Ainsi il y a dans les doctrines pythagoriciennes, mal 
dégagé, mal employé, mais réel cependant, un principe - 
supérieur, le germe fécond de l'idéalisme. Si elles ne le 
proclament pas, elles nous aident et pour ainsi dire nous 
obligent à concevoir un monde intelligible supérieur & 
a nature, et nécessaire pour l'expliquer. Ce principe 
c'est que l'essence de l'être sensible même est un nom- 
bre, c'est-à-dire une loi, un ordre, un rapport, c'est-à- 
dire quelque chose qui se conçoit comme distinct del'é^ 
lément changeant , variable de l'être , encore qu'on ne 
l'en puisse concevoir comme séparé. L'intelligible est 
l'essence du sensible. 

C'est peut-être entraîné par cette considération des 

1. Met., 1. T : *Iiuvà( xil ImnoSJIiai xol éxl tl Jrawtipu tAr 



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36 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

conséquences idéalistes que conlieDt logiquement Ja 
doctrine des nombres, qu'Arislote leur fciitdes objections 
qui conflrment ce que nous venons d'exposer. Gomment 
de ce qui n'a pas de mouvement, le mouvement pourra- 
t-ilnallreî Comment de cequi n'a pas d'étendue poarra- 
t-oneng;endrRr ce qui est étendu'? En supposant même, 
en leur accordant qu'on puisse tirer l'étendue de leurs 
principes, on n'en pourra du moins jamais tirer les 
propriétés secondes de l'étendue, par exemple : la légè- 
reté et la pesanteur. Et en supposant encore qu'on leur 
accorde ce dei^iier point, on ne pourra jamais expliquer 
les différences de pesanteur des c6rps sensibles, produits 
avec des nombres qui n'en ont aucune'. Le ciel et la 
terre qu'ils construisent ainsi ne sont vraiment pas notre 
terre ni notre ciel *. Alexandre, commentant et déve- 
loppant ce passage y voit Ja preuve qu'Aristote attribue 
aux pythagoriciens d'avoir pris pour principes des êtres 
incorporels et immobiles, ifx^j; iaiù\i.iiaDi xal lîxtv^^TMK *, 
et il ne faut pas trop s'étonner que Plutarque et Slobée 
nous disent que Pytbagore a tenu les premiers principes 



1, JTet., Xtn, e : Ta SI ta aâ\xaxa iE ifii\uiH iIvbi ovY^iiMvn, xat 
Kii ipiSfiiv toOiov BÎvBi '[iahi|j,KTii(âv &SÙVSTOV. De Cal., III, I : Ta 
|Uv làf fvai-tii «i^ioToi ^aivETai pâpo; fxovTS xai xauçôrriTaj Tà< SI 
(lovdScK oCt* uGii' *oi'tv olôv n svvTi6i{iÉva; oijti ^ifi Ix'iv. Hais 
l'objecUon que le nombre maibématique n's pas d'étendue n'est pas 
iLTée deria doctrine pythagaricienae ; c'est Aristote qui oppose cetle 
raison elcellente pour le sens commun, au système, et il leur répète 
coDslamoieiit : Ou la nombre a graiideur, et alors il n'est plus nom- 
bre; ou it n'& pas grandeur, et comment alors forme-t-il les choses 
éte;idues T Uais c'est ici un raisODoement et non ime exposition. 
1. Ifel., 1, 7. 

3. Met., Xir, 3 : 'iilov o4p£vau ickI tfu|uin>v 

4. Stboll , p. 558 t, IT. 



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DES PYTUAGOBtCIENS. 37 

pour incorporels ', puisqu'Aristote nous dit tuUmëme: 
■ On avait crn jusqu'alors que l'essence et Têtre étaient 
le corps, -A aZfxa : eux, plus profonds, soutinrent que 
c'est le nombre'. ■ 

Donc le nombre n'est pas le corps ni l'étendue. Le 
nombre c'est l'Idée de Platon : le nom seul est changé. 
Dobcle nombre pjthagoricien est d'essence idéale. Il est 
impossible de nier qu'entre les divers renseignements . 
d'Arislole surla nature du nombre pythugoricîen il n'y ait 
presqu'une absolue contradiction. Gomment se l'expli- 
quer? 

On a tort, dit-on', déconsidérer la doctrine pytha- 
goricienne comme un tout parfaitement uo , complet, 
achevé, dont toutes' les parties s'enidiataent, se soutien- 
nent, s'expliquent les unes les autres. Les pylh&gori- ' 
ciens, dont l'Institut avait un but spécialement pratique, 
s'étaient abandonnés, en ce qui concerne les opinions 
philosophiques, à toute sorte de tendances divergentes. 
-Chaque individualîté énergique traçait sa roule et obéis- 
sait à' son propre penchant. C'est ce qui rend précisé- 
mebt dimcile l'histoire du pjthagoitsme. L'absence de 
documents 'précis ne douS permet pas de suivre l'his- 
toire de ces divergences qui partagent l'ËcoIe et de re- 
monter jusqu'à leur origine. Ce que nous prenons pour 
des contradictions ne sont que des directions différentes . 



1. Plae. Pht'I., I, II, 3. Stob-i Ed., I, p. 33S. C'est ce qu^ eipliqu 
commsnt on Utribu«lt k Ecpbanthus d'avoir donné le premier une 
ffrandeor âlendue aux mocades pytbaKoricienuea. Stob., Bel, I, 
p. 308. 
. 3. Met., m, 6. 

3. Gruppe, aoerd. Fngm. d. Àreh., p. 60. 



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38 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

d'idées, que nous touIods, malgré elles, ramener à une 
seule. 

Il est bien difflcile d'accepter cetteinterprétation: nia 
discipline a dû exercer une influence dans une Ëcole 
philosophique, c'est assurément dans celle qui prenait 
pour règle de créance la parole et l'autorité du maître. 
Comment Arisfote, s'il eût eu conscience des tendances 
opposées qu'on signale chez les pythagoriciens, ne les 
eût-il pas signalées lui-même, et n'en eût-il pas tenu 
eompte ? Les textes sur lesquels Gruppe s'appuie sont loin 
d'avoir celle précision et ce sens exclusir et rigoureux '. 

S'il y a un point sur lequel les pythagoriciens ont été 
d'accord ou ont crul'élre, c'est sans doute sur les priu- 
ciptes caractéristiques de leur système. Ils croient et di* 
sentions que le nombre est le principe, l'essence, l'élé- 
ment vrai de la réalité. Parl&, il n'est pas possihle qu'ils 
n'aient entendu qu'un élément matériel et sensihle; car 
quel singulier élément sensihle et matériel que le nom- 
bre ! Us entendent donc nécessairement par là quelque 
chose de rationnellement et logiquement primitif, npwrot, 

1. Aneliip, Ti, Jr«t.,XIII, 1080 b, Arïitote dit bien: • Tout le moude 
s'accorde i reconnaître qut les nombrea sont monadiques, nlViv t&t 
nutxTop*'*'^ B>^>i excepU ceux dei pythigaricieu qui prennent pour 
«léioent et principe l'Un. • Au TrailA du Ciel, m, 1 : "Eviai -rip t^v 
fûviv ii &piS|uiv uuvmSaiv Annp tAv IIuSocTopiiuv Ttvic. VaiB il ne 
■'agit pas ici d'une partis disBldenle de l'École ; c'est oe que prouve, 
pour la premiire citation, le hit que l'Un a été, par tous les pytha- 
goriciens, considéré comme principe des Btres ; et pour la seconde, la 
phrase qui la précède, tdî; t{ &p<S|iâv avi-nttXai ^iv oOpaviv. Si les 
FragmenU d'Archytaa ont une tendance morale et malhémallqua, 
ceux de PhilolaQs un sensplutût mitaphysique, la doctrine attribuée 
à Alcmëon UQ tour empirique et physique, dans l'état actuel de nos 
ragments, cela ne prouve pas grand' chose, et quant K la question 
qui noua occupe, rien. 



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DES PYTHAGORICIENS. 39 

qui se distingue mais ne se sépare pas de l'élément 
inférieur et matériel avec lequel il s'unit pour constniire . 
le réel. La contradiction n'est pas dans les renseigne- 
ments : elle est dans les idées, et on peut presque dire 
dans la question elle-même. Quel est le primitif dans 
l'être? Est-ce le parfait on l'imparfait? Si c'est llmpar- 
fait, comment expliquer le parfait où il tend et cherche 
à se réaliser? Si c'est le parfait, comment comprendre 
le mouvement qui ne peut plus être qu'une déchéance. 
Les pythagoriciens croient s'en tirer en disant que l'Un, 
père des nombres, principe des choses, contient en lui- 
même le parfait et l'imparfïiit, c'est-à-dire la contradic- 
tion même qu'ils veulent résoudre '. N'oublions pas que 
nous sommes en présence de la première tentative d'une 
explication idéaliste du monde : la confusion non-seu- 
lement est dans la solution; elle est encore dansia ques- 
tion elle-même. 

Quel système philosophique aura plus le sentiment de 
l'unité que celui qui donne aux choses pour principe et 
pour essence, l'Unité mémel Mais & peine ont41s posé ce 

I. U. Zeller croît que \M pythagoriciens ne donnent i leur nombre 
ni nue sul»laace corporelle ni une aubsltoce immatérielle et spiri- 
tuelle, miis seulement uni intistance logique. C'est le vrai nombre 
■ritbmétique. Uon sentiment est que le point de départ, le geime de 
leur doctrine est la confusion du nombre arithmétique et de l'Etre ; 
mais, dani cette con[<uion, ila ne vont pas jusqu'il l'eicèi de ne voir 
dins rStre que ce qu'il y a dans le nombre. Ils font entrer dans le 
nombre les éléments de réalilf sensible qu'ils trouvent dans. l'Être, et 
composent par li un nombre cdncret, mais qui n'est plusmonodiqiM, 
comme le dit Aristote, c'est-i-direerlihmétlqùe^ et toutefois ils préten- 
dent que c'est encore le nombre matbématique. Ils ne veulent pas voir 
que ce mélange détruit ou le nombre ou l'être, et ils soutiennent, au 
!, que l'idée qu'ils s'en font par ce mélange est La vraie idée du 
a la fois de l'être. 



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40 EXPOSITION DE LA. DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

grand principe qu'ils le renversent : ils rétabliseent le 
' dualisme au sein même de l'unité. L'unilé se Irouve^ou- 
ble ; c'est un rapport, elleest paire, impaire, finie, infinie ; 
non-seulement elle est composée, mais elle est compo- 
sée de contraires. 

Et cependant au milieu de ces contradictions, de cette 
iocertitade, de cette contusion, se dégage le pressenti- 
ment inquiet, obscur, mais puissant, de quelques tM- 
tés qui feront la fortune d'autres systèmes, et on peut le 
dire, de la philosophie méme^ 

Jjfi principe des choses, leur essence, est une raison, 
Xi^ot, un nombre, c'est-à-dire un élément formel, ra- 
tionnel. 

Précisément parce qu'il est immanent aux choses, 
ce nombre, cette essence, ce rapport, malgré son unité, 
enferme la notion d'un autre terme ; et voilà déjà que 
s'annonce l'opposition du sujet et de l'objet, de la pen- 
sée et de la chose, de la matière et de la forme. 

Tout être est un : l'unité est la former la loi de l'être. 
Ce qui n'est pas un n'est pas. La loi, la beauté, l'ordre 
est constitutif de l'existence. Toutétre, par cela seul qu'il 
est, est dans l'ordre, c'est-à-dire, suivant leur langage, 
dans la monde ; ce qui revient à dire, qu'il renferme un 
élément de perfection. On peut donc dire que le mal 
n'existe pas ; car tout ce qui est tombé sous la loi du 
nombre, toute vie, tout être, toute chose, reçoit de lui 
une part quelconque d'ordre et de beauté. L'harmonie 
est universelle; l'univers n'est qu'une harmonie; le mal 
peut y paraître comme une dissonance; mais la dis- 
sonance est un nombre, et fait partie de l'harmonie. 

Il y a plus ; non-seulementl'étre est en soi rapport et 



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DES PYTHAGORICIENS. 41 

hannoaie ; mois la pensée n'est pas autre chose. L'intel- 
ligence ne pense que par la vertu du nombre : c'est-!k-dire, 
elle mesure. Hais pour mesurer, il faut qu'il y ait une 
unité de mesure, ce qui suppose entre la mesure et l'ob- 
jet à mesurer une communauté, ou analogie d'essence' 
La pensée n'est qu'une assimilation, un rapproche- 
ment, un rapport, simile simili cognoscUur. ■ Aucune 
chose ne peut être connue si elle n'a pas au dedans 
d'elle, lvTK&TOp]^oûoc(ï, l'essence dont se compose le 
monde, la limite et Tinflm, dont la synthËse constitue 
le nombre '. > Sans la décade en qui se concentrent et 
se réalisent toutes les vertus du nombre, tout reste 
dans l'indétermination ; tout est obscur, tout se dérobe. 
Lanaturedunombreestprécisémentde donner aux choses 
une loi, une raison ; de dissiper l'obscurité qui les enve- 
loppe, et de les foire voir à ceux qui les ignorent. Per- 
sonne ne pourrait rien connaître des choses ni dans 
leurs rapports internes, ni dans leurs rapports les unes 
avec les autres, si le nombre n'existait pas et n'existait 
pas tel qu'il est. Le nombre qui est dans l'Ame et à la fois 
dans la chose, peut seul établir entre elles cette har- 
monie, ce rapport, cette relation réciproque qui consti- 
tue la connaissance*. Si la raison humaine est capable 
de voir et de comprendre la raison des choses, c'est qu'il 
y a entre elles une affinité de nature et d'essence, ctuy- 
yniim Ttvct- car il çst dans la nature des choses que 
le semblable soit connu par le semblable '. Ainsi le 
nombre est le lien qui met en rapport le sujet et l'ob- 

I . Fhim., Fr. 4. BtBCkb, p. 61. 

^ PHioL, Fragm. 18. B., p. 140. 

3. Sext. Emp., adn. Kath., Vil, 92, p. 388. 



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42 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

jet ; et ce lien s'établit parce que le nombre est l'essence 
ialerne , bjoiffuia»; inôi, de l'un comme de l'autre ; il 
est la loi de l'être, comme la loi de la connaissance, qui 
va du semblable aa semblable, c'est-lt-dire du nombre 
an nombre. 

Principe de runiversalité des choses dansleor ensem- 
ble, puisqu'il est l'unité mâme, principe de l'être, 
principe du connaître, le nombre est encore principe 
d'individuation, et toujours pour la même raison, c'est 
qu'il est un rapport; non pas un rapport abstrait, 
causé, mais un rapport concret, elGcace, causant. C'est 
le nombre qui met en rapport l'iine et le corps, la 
raison séminale, l.irfo^, et l'infini, et qui par lit indivi- 
dualise les êtres. Le nombre divise *. 

Ainsi le nombre est tout : il est l'essence formelle — 
car le nombre est la forme* — il est l'essence formelle 
de l'universel comme de l'individuel, le principe idéal, 
la raison de l'être comme du connaître. 

n est tout et partout : dans le tout du monde et dans 
ses parties, dans les êtres supérieurs et divins, comme 
dans les êtres inférieurs et méprisables, dans les œuvres, 
dans les pensées de l'homme, et jusque dans les arts 
qu'il a découverts. 

Ce nombre, cet Un.lv ap^k itâvtuv, est-il à la fois im- 
manent aux choses,etlraasoendant? G'esl, je crois, une 
question que les pythagoriciens ne se sont pas posée 
avec une parfaite précision; et malgré quelques exprès- 



1. Fr. 18. BcBCkb, p. 141 : Itaiiiroiv vm «xlUtn toùc UfWt X'^pk 
Uârcouc C'eit l'ule d'Aii^lote. 
3. Arist, Met., ZIII, B : "O it (4p>e(ioc) A: tHos. 



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DES PYTHAGORICIENS. 43 

Bions contraires, et qui sont d'une source justement 
suspecte, j'incline & penser qu'ils n'ont pas séparé Dieu 
du inonde, pas plus qu'ils n'ont séparé la matière de la 
forme, le fini de l'inflni*. Gomme le dit énergiquement 
Alexandre d'Aphrodise, pour eux le causant et le causé 
ne font qu'une seule et même chose '. 

La cause idéale, la cause avant la cause n'est que 
logiquement antérieure k la réalité sensible': cette 
réalité sensible, ce icpûTov îv (t^eot t/ei*, enveloppe dans 
son être deux éléments, et son être consiste précisément 
dans le rapport et l'unilë qui les renferme tons deux. 
On pourra facilement déduire de là le dualisme platoni- 
cien, l'opposition de la substance et.de l'Idée, de la ma- 
tière et de l'esprit, maisle point de vue des pythagoriciens 
ne s'estpss élevé jusque là; l'être reste pour eux surtout 
unité. L'opposition de la forme el de la matière, est 
pressentie, indiquée ; mais elle n'a pas, dans leur sys- 
tème, de caractère métaphysique. 

C'est ce dont >ioas nous convaincrons mieux encore 
quand nous aurons examiné k question des principes 
du nombre. L'oppositioa des principes se dissimule à 

1. Aaclef., SehoU, iritt., p. 559 a. Ils paient les nombres comme 
cauiei 1 la fois matériBlles, formelles et efflcientei des choses, xsl 
bXixscjKal KoninKàl;, xal %\&ti-citàt. Arist-, Mel,, I, t : 'ApX^v hc^ û; 

3. SeheU. irùl., p. 560 a, 33 : Ti oùt^ oOTiAt i^T'inu xi nltiiv xt 
xal idxurtii. 

3. Il n'y aura donc pas de Dieu dans ce systâma ai religleui : c'est 
l'objection do BoecUi, aux interprétatiotii difTérantes da la sienne sur 
ce point. Pkitolam, p. HB. Uns faut pu damander aux anciens pytbii- 
goriciena une notion de Dieu lemblable i celles que te pLalonismaet la 
christianisme nous- en ont donnée. Le Dieu des stoïciens, mAli au 
monde et coofondu avec lui, qui inspire la magnifique morale da 
H.-Anrèle, leur surasail partulement 



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4& EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

leurs yeux dans le rapport qui les concilie dans l'unité 
de l'être. 

S s. LES ËLËMENTS DU HOUBRB. 

AriBtote nous a appris que le nombre est, à tous les 
points de vue, une cause, et la cause de tout. Il ajoute, 
d'une part, que le nombre vient de l'Un ; de l'autre, que 
les éléments du nombre sont le pair et l'impair dont 
l'Un se compose'; car l'Un est à la fois pair et impair. 

Le nombre, venant de l'Un, a donc nécessairement 
les éléments qui entrent dans l'Un lu)-mëme, c'est-&- 
dire le pair qui est l'infini, et l'impair qui est le fini *. 

Toutcequiest,est nombre; tout cequiest,estun: nous 
en sommes certains, parce qut c'est à cette seule condi- 
tion que la connaissance peut exister, et elle existe. C'est 
donc par le f^it de la connaisGance que nous ne pou- 
vons pas nier', que nous arrivons à ce principe. C'est 
encore le même fait psychologique, s'ajoulantà l'obser- 
vation et à l'expérience*, qui nous prouve que l'Un, le 
nombre, l'être, est un composé de deux principes; car 
il est nécessaire qae les choses soient ou toutes finies, ou 
toutes infinies, ou le rapport, l'unité, la synthèse de ces 
deux éléments. 



hItA nipiTTOv.'.. Td si év i( jifififfripiin.... lit i' ipiBfiïv ix toO ivot- 

% 11 n'y I. qu'un nombre, et c'est le nombre malliïmatique (ArisL, 

Met; XIII, 6 et 8 ; 1, g.) Or, le nombre mïtbémitique est pair ou im- 

plir, et l'unilâ est à la fois l'uc et l'autre. De plus, le pair pouvant m 

diviser & l'infini par deui est infim; l'impair, résistant au premier 

efTelde cette division, a une essence finie. Simplic, ad Phyf., t. lOS a. 

3. Phtl.gFr. l:%varx>iouSl£vTB(linaTiitiii; fOffiv ivopiiaSai.Fr.lS, 

p. 140. 

,4. Fr. 1 B, ^ 47 : A-nUX Si xal ta h i^V^ 



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DES PVTHAGORICIENS. 45 

Elles ne sont pas toutes finies* : elles ne sont pas 
toutes inûmesj car l'infini, par sa nature même, ne peut 
être connu ; donc elles sont le mixte de Tun et de l'autre 
ri biX â[xsx>TÉp<uv*.... (Fuvapjxôxifti *, absolument comme le 
nombre avec lequel elles se confondent, et non pas 
seulement i son image , comme le dit Nicoma- 
que*. 

Tout nombre et tout être est donc composé, continue 
Nicomaque, du pair et de l'impair, de la monade et de 
la djade, éléments qui expriment l'égalité et l'inégalité, 
l'identité et la différence, le déterminant et l'iafini, le 
limité et nilimilé '. 

C'est-à-dire tout nombre, tout être est une harmonie 
des contraires: en sorle que, rationnellement, les con- 
traires sont les principes des choses. Mais ce qui dis- 
tingue profondément la théorie des pythagorîciens de 
toutes celles qui admettaient également pour principes 
les contraires, c'est que pour eux ces contraires n'ont 
pas d'existence à part, indépendante, isolée; ils n'exis- 
tent que dans le rapport qui les unit, c'est-à-dire dans 
le nombre : et voilà comment on peut dire qu'il est 
substance, forme et cause de tout être *. Le nombre seul 

■ 1. Pr.l, ta preuve maniiiiB. 

2. Ket., I, b. 

3. PhU., Fr. 1. DEog. L., VIII, 85. Toutes ohoMs sont produites par 
la nécessité et rharmonie : 'Av^y^V ^"-^ iptimtg ^ivioBai; C'est-i-dire 
ont rbïrmonle pour principe, pour cause oâcessiiie. 

4. Àrithm., Il, p. h9 : Kht' ctxovi toù &pi6|ioû. 

5. irithm., II, B., p. 51 : Ksi fifi oï^o; aùjimi; i% (loviSs; xal 
SuiSo; vù>piiii<ii, àpTiDu te nai sepiTToQ, S 5^ lairniaiti xal ivivàni- 
I0( l(ifsmiià, TOUTiniti; i> tti htçàmitn^, jtEpaivovTâ; n xal ànei- 
pou, Apidiiivou Ti ■>! iopimou. Conf. Boetb., Àrithm., 3î. Boeckb, 
p. 61. Les Tragmeals d'ÀrcbiUs cootlenDenl la mâme doctrine. 

6. Met., I, h. 



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46 EXPOSITION DE LA. DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

bypostalise le Uni et l'infÎRi', c'esl-à-dire réalise la 
raison dans un corps et individualise l'être'. Mainte- 
nant que faut-il entendre par ces éléments contraires? 

«P;Uiagore,quilepremier8dannéàlascieDceIenoin 
de philosophie, pose corame principes, dit Slobée*, les 
nombres et les nipports réguliers qu'on y dëconvre, et 
qu'il appelle souvent harmonie ; puis les éléments de 
ces nombres composés de deux principes. Ces principes 
sont la monade et la dyade indéfinie. De ces principes 
l'un se ramâne k la cause efficiente et étemelle; c'est- 
Ji-dire à l'esprit ou DJen; l'antre h la cause passive et 
matérielle. > 

Ce ne peut £tre là qu'un développement postérieur et 
une interprétation un peu abusive delà doctrine; non 
- pas quant à ce qui concerne l'opposition des deux con- 
traires; mais quant au dualisme qu'on veut trouver 
dans l'un d'eux. 

Théon de Smyme nous dit positivement que le terme 
de dyade indéfinie, pour correspondre à l'infini des 
pythagoriciens, était une invention de la nouvelle école*. 

1. Il<pa« Ksl impfav bnaor^osi. Sfrian., ad Ma.. XIV, I. TelU 
latin, dans Boeekh, p. &4. Teite grec: Grupp-, Ftagm. d. irthyt., 
p. 11&; Brandis, De perdit, lib. Ârùt., p. 35, 36. 

1. B., p. 137-140. On remarque» bdlemeot l'analogiâ de cette doo- 
trine avsc celle du FhiUlw, 16 c : < Les anciens nos maîtres, pitu . 
rapprocha des Dieux que nous, nous ont transmis cette tradition, que 
les choses auxquelles od ddane loujoura le Domd'ilres sont compostes 
de t'Un et de la pluralité, et qu'elles renrerment immanents et innés 
en elles la limite et l'inflai. > Et plus loia, p. 33 c., faisant évidem- 
ment allusion à Pythagore, Platon ajoute : • Oui, nous pouvons 
le redire, c'est un Dieu qui nous a tiiili cette vârité, tïv ttiv lU- 
'jo|uv.... iEÎCai. • 

3. Ed., 1, 10, p. 300. 

4. Tbeon. Smjrn., I, 4, p. !6, cili par Grupp., p. 6S ; Ot [ib Goti- 
p«i f àat T^* |tewU« Mil r^v tviia. 



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DES PYTHAGORICIENS. 4? 

II D'appartient même pas i Platon, qui ne l'emploie ja- 
mais dans le sens mélaphysique, quoi qu'eu disent 
Aristote et Alexandre d'Aphrodise*. Ce sont ses succes- 
seurs, Speasippe et Xénocr^te, qui divisent le principe 
de l'iolini et en font le principe du mal. L'^^mipt» a 
été toujours considéré par les pythagoriciens comme 
quelque chose d'un, dit Aristote, et c'est en cela, suivant 
lui, que Platon se distingue d'eux : n S'âvrl toû dnttpou ibc 
{vît &ii&i miTîvsitt*; et d'un autre cAté la dyade étant on 
nombre ne pouvait, en tant que nombre, être indéter- 
minée, ni mauvaise. Tout nombre est déterminé. 

Il y a plus : la vraie doctrine des nombres supprime 
l'opposition des contraires, et la rend, dans le monde, 
dans l'existence réelle, presque impossible. En effet, 
tontes les choses qui existent sont des nombres : or il 
n'y a pas place pour un contraire d'un nombre & un au- 
tre. Ni deux ni trois ne sont les contraires de un, ni les 
contraires d'un autre nombre. Entre les nombres, c'est- 
à-dire, entre les choses, il n'y a qu'une différence pos- 
sible, une différence de degrés, suivant la place qu'ils 
occupeQt'dans la série. Le mal n'est donc qu'un moindre 
degré du bien. L'idée de faire d'un nombre, du nombre 
deux, ou dyade', le principe da mal ne peut pas être 

1. Àd Phyi,, t. 104, 6 : 'Kifunm tt tudla llefn vh^v i<a ^yiXw 
xa) [UKpaO [utixouvcn. 

3. JTcl., 1,6. 

3. Cest pourtant l'opinioii que, eous l'iuduence plus t&rd prtdomi> 
unie du Déo-pjthagorume, acceptent k plupart des àciivams. Seit. 
Emp., ado. Kath., X, 361 : 'O Hua. àpx^v iç^inv ilvai tiûv ivTu>v -h^j 
lurv^io.-. xbI tJiv xalou|iJvT;v iipiinov Suiia- Conf. Id., 376. Uoderat. 
Stob., 1, 300 : IIuBsYÔpic.... içx^i ''"''^ ipiSjiDÙc.... niXn Si -n^v |io- 
viiia Ksl T^v iipunov Su&Sn. Cf. I(L, Stob., 1, 58 ; Euseb., Prxp. Ev., 
XIV, 15, 9;GaleD., c. ti:i, p. Ml; Origeu.,PW(o*,, p " 

Polyb. dus Diog. L-, VIII, 34. 



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48 EXPOSITION DE, LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

d'origine purement pythagoricienne. ■ Le nombre et 
l'harmonie excluent l'erreur, te mensonge, le mal *.' » 
Toutes les choses sont des nomhres, et en tant que 
nombres elles sont bonnes, et d'autant meilleures qu'elles 
sont plus élevées, en allant de l'unité qui les engendre à 
la décade qui les contient et les absorbe dans une unité 
supérieure'. Nous voyons déjà se dessiner cette pensée 
pythagoricienne que formule avec plus de précision 
encore Philolaiis*. Il y a mouvement du moins au plas, 
c'est-à-dire développement progressif des choses comme 
des nombres. Si le parfait il' est pas à l'origine, confime 
le dit Aristote *, en attribuant la doctrine k Speusippe et 
aux pythagoriciens, puisque c'est la décade qui est le 
nombre parfait, on ne peut pas dire du moins qu'un 
nombre quelconque, et la dyade en est assurément un, 
paisse être considéré par de vrais pythagoriciens 
comme un principe du mal; et je trouve qu'on mé- 
connaît les règles d'un raisonnement sévère, quand de 
ce que les pythagoriciens ont placé l'Un dans la série ou 
systoichie des biens', on veut conclure que les autres 
nombres sont des maux: rien n'est plus contraire à 
leur principe. Tout nombre est un par sa forme, et bien 
plus, tout nombre réel, concret, hypostatisé, unité de 



1. Philol, Pr. 18. Boeckh, p. US. 

!. On peut dire que le Dombre, TudiIë, est comme la point de coïn- 
cideoce, où les contruires disparaissent ea se réunlstuit Le nombre 
□e 3ubil pas les contraires ; on peut dire mSma qu'il les eiclut. lia s'6- 
vanouisseat pour ne Uisser de réalité qu'au rapport qui les a absorbés 
et assimilés. 

3. B., p. 15T. 

4. Jf«.. XI, c. vu ; T4 dpmov xai'xàUwtov [ij) iv àpjfl «Ivai. 

5. Ethic. Nie., I, 4. 



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. DES PYTHAGORICIENS. «9 

l'inSni et du fini, tout nombre est décailiqae>, et par 
cela même tétradique. 

Que faut-il dune entendre par ces éléments du 
nombre, que Philolaûs appelle la limite et l'infini, et 
dont la synthèse inséparable, SrnHvt(r[lm ^ppiixtov, opérée 
par le nombre, constitue l'être, et se nomme ï'Ua, t6 
xpÛTOv » iyu» ixiffOof, ih «pStov ifUDnitiJ 

D'abord ces éléments sont contraires: et en dévelop- 
pant les oppositions que contiennent les deux premiers 
termes de cette contradiction, les pythagoriciens étaient 
arrivés à dresser une table de dix couples copjugués de 
contraires qu'ils appelaient ou que Aristote appelle des 
Systoicbies ou Coéléments*. Ils avaient donc ici, comme 
dans le système céleste, obtenu ce nombre dix qui leor 
paraissait la forme de tout être, et de la perrecU^o 
même. Voici cette table : 

I . Fini et infini — lUpvt % otnwpov, 
8. Impair et pair. 

3. Un et multitude, h, wiSfiat. 

4. Droit et gauche. . . 
b. M&le et femelle. 

6. Repos et mouvement. 

7. Rectiligne et curviligne. '. 

8. Lumière et ténèbres. ' - 

9. Bien et mal. 

1. Jean. Rtilop., inl. de An. C, p. 2. Biiai.,l>eptTd,lib.A.TÙt., 

p. 49 : Ti «ISii àfifyai lion, ipit^ol 31 SiiaitKoC lumm yàf tOt iI- 
Mi Ititiia Cktyai..,. Et plos bin, Brtnd., p. fil : 'Qamp fàç mU 
ipil^ol Ssxsiixal TiiiiiL. 

2. Met., J, & ; Tàc xnà maroijjay Xr]fD|iiva;. 

3. Ce premier terme a'appella quelquetois lunipaotiiiev, ijualquefoi* 
«tfaivav, jUniiitexprimelUfoia Ikllmiteet le rapport, puii UchoM 
ainsuie àcetteforme, puis le principe et U cause de ce rapport, 



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50 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PBELOSOPUIQUE 

10. Garréctéléromèque*. 

Celte table, premier, essai arbitraire et d'an caractère 
toat exceptionnel des catégories àc l'fitre, se retrouve 
avec quelques divergences dans les auteurs. Les pytha- 
goriciens, dit Plularque*, donnent de nombreux pré- 
dicats au bien: l'uil, le limité, l'immobile, tô fuvav, le 
droiti^biaoEi, l'impair, le carré, l'égai, l'à-droite, ■chSt^iév, 
le lumineux, et «i y comptant le bien, il conserre ainsi 
la décade des prindpes pythagoriciens qu'il change à 
peine. Simplicius'yajoutele tiaut et le bas, l'anléneur 
et le postérieur; Diogëne la réduit & trois membres, et 
Eudora à sept dont les noms sont sensiblement modi- 
fiés, comme on peut le voir par la nomenclature 



1. L'ordonné, ^h tnte^fUw*. 

5. Le limité, le défini,Tè£>pia|tJvov. 
9. Le connaissable, ti ^vû^rov. 

4. Le mAle, 
i. L'impair. 

6. L'à-droite, tô Si^idv. 

7. La lumière*. 

Quecette classification n'appartienne qu'aux nouveaux 
pythagoriciens, et point aux anciens, c'estune chose qni 
me paraît plus contestable qu'à Zeller : et je la conteste 
formellement. Arlstote d'abord, en nous la reproduisant 
au milieu de son exposition de la doctrine des anciens 

1. Quadrilatère irréguUer, ou, d'après S. Thomu, rectaagle comnifl 
opposé BU carré. 

2. De II. n Ot; e. iltiu, xatirropoûai. 

3. Scholl. AtUU, 491 a, 34. 

4. Eudor., dans Simpl., in PAyt-, f. 39 a, m. Porphyre, 7. P., 38, 
lei réduit i six : il supprime l'impair. 



lyGOOg^lC 



DES PYTHAGORICIENS. 51 

philosophes et des anciens pythagoriciens, ne nons laisse 
rien soupçonner de tel; en outre dans plusieurs autres 
endroits de ses ouvrages, il la confirme partiellement*. 
Enfln, après avoir Tait connaître les dix couples des 
contraires pythagoriciens, Aristote ajoute: c Alcméon de 
Crotone parait les avotr admis tels que nous venons de 

les exposer, Svnip opinât îoixt xa\ AXxfjiiifu» &i«)Xa&(«*. » Si 

Alcméon admettait cette tible, elle remonte assurément, 
au moins quant k sn. date,au plus vieux pythogorisme; 
puisqu'AIcméon est contemporain de Pytbagore, et 
cette origine ne serait pas moins ancienne, si, au lieu 
de l'avoir reçue des pythagoriciens, Alcméon était lui- 
même, si non l'auteur de la table déterminée, du moins 
l'inventeur du principe qui y a conduit. 

Si l'on regarde avec soin cette table, pour se rendre 
compte de la nature des deux éléments principaux dont 
elle n'est que le développement artificiel et arbitraire, 
on verra que la limité, qui est k la fois la chose limitée, 
li ittmfairiihoy. Cl l'a cause limitante, renferme en soi 
t'Un: ce qui est assez extraordinaire. Car il résulte delA 
que l'un, rà «p w-tov f>, est l'harmonie de ITn et de la mul- 
titude, qu'il est i la fois le rapport, l'un des termes du 
rapport, el la cause de ce même rapport. Eudore en a 
voulu conclure qu'ilyadeuxsortesd'unités: ■ car, dit-i), 
si l'unité est obligée de s'unir à la multitude pour pro- 
duire l'être, l'unité n'estplus principe universel, ni prin- 
cipe unique : et il fout dire qu'il y a deux principes : 



1. Ethie. Sic., Il, 5. Le mal appartient à l'iuflnl, diwnt les pytha- 
goriciens, st le bien m flni. EthU. Nie-, I, 4. Les pythagortcians met^ 
tent l'Un dans la aérie des Biens. 

1. Ket., I, à. 



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53 EXPOSITION I>E LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

1. L'Ua comme principe, s. VVa et la djade, réunis 
en une seule chose, el il est clair qu'autre chose est 
l'Un si on le considère comme principe de tout, autre 
chose si on Je prend pour contraire de la dyitde avec 
laquelle il forme ce qu'on appelle monade'. L'Un absolu 
n'a pas de contraire. 

Eudore en conclut que l'Un, principe universel, est le 
Dieu suprême, toûto SI ilvai lïv fmfi*ia 6(ôv , distinct de 
choses, Ittpay, c'est la Caflse avant la^cause'; la cause 
efficiente el formelle, la vraie nature de l'Uo, l'esprit*. 
C'est ce Dieu placé au-dessus et en dehors de ces élé- 
ments qui les rapprocherait l'un de l'autre, les amène- 
rait à l'unité, et créerait ainsi le monde ordonné. 

11 j aurait ainsi quatre principes : 

1. Eudor. dani Simplic, w Phyt., f. 39 a, m. : 'AUo fit Icrm Iv, 
4 èfylt iSv itdvtcoi, IXlo il ti T^ iiiiSi ivriitljuvov ï xi) (lovdia xa- 

I. AItCs Tpi ahia;. Uot mi.gniGque d'ailleurs, atlribui i Arché- 
nhte, personnage ÏQCoaDu, que Boeckh TempLace pirArchjtai. PkiM., 
p, &3. Brand., De perd. lib. ArùS., p. 36. 

3. llodsrat.,1,3, U.Slob., 1,10, 12300; 'B [ilv iiclTÔ notv^ruiiv altwi 
vu tlSixiv, 6nEp iaxl voù^ 6 8eAi, -^ ià IkI tA nabiTixtv sut iXixh, 
tnip loriv 6 ipatic xia|j,ot. Jd., I, 7, 14. Stob., 1, 58. Euwb., Prxp, 
En. , HV, 15, 6 : T^v \i.ii [lOviiiK fligv xai iToSiv f,\ui imhi i[ toû tvif 
fûmc, aÛTit & ooQc. Conf. Stob., I, 210. Kudor. (Uds Origen., PkU., 
p. Ë : (La nombre, principe premiar, ioGai, insaisissable, c'est l'Ua; 
le principe des nombres, quant k la substance, xali' iiicâorainv, eat I> 
première monade, c'est-à-dira la monade mâle, qui eogendteà la Rifon 
du p&re tous les autres nombres. Un second lieu, vient la djade, 
nombre femelle. ■ Déjà cette distinction entre l'Un el la monade italt 
attribuée i Arcbylas parmi tes anciens pytliagoriciens , et i Dératui 
(ne) etiNicomaqae parmi les noiiveaui. (Sjrian., in Mit., XIII, 8; 
BraUd., De perd. libr. àtUI., p. 36). 'Olut it Sioçopà; oû^; icif' oâ- 
TOî< ivoc uil ^sv&So;. Procl., in fint., 54d : ■ Le premier, suiTsnt 
les pythagoriciens, estrun, si Ev, qui domine toutes les oppositioDs; 
le second, la monade iatelligible ou le limilant; piusla djrade indéfl- 
nia. • Damasc., de Pritteip., c. iuu-ILVI, p. 115 : • L'Un, T&tv, prA- 



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DES PYTHAGORICIENS. S3 

1. L'Un principe ou Dieu, sans contraire, cause effi- 
ciente. 

S. La limite, l'Un élément des choses, ayani pour 
contraire, 

3. La dyade, rUIimitë, la matière. 

4. Les choses visibles , résultant du mélange opéré 
par Dien. < 

On pentdire qu'il y aurait trois unités. 

1. L'Unité absolue ou Dieu, forme séparée des choses. 

2. L'Unité élément, considérée comme forme insépa- 
rable des choses. 

3. L'Unité de l'être réel. 

Sans donte en approfondissant les notions enveloppées 
parles pythagoriciens dans leurs principes, on peut en 
développer et en dégager ces distinctions, et Proclus 

cWe Is iDODlda. ■ C'est le contraire du» Uod6rata«. Stob., 1,1, p. 30: 

< Quslques-Qna considéraient 1> monods comma le principe des nom- 
bres, et l'Un, Ti h, comme IB principe des nombres. Cet Un eit un 
corps putagd à l'iaSni. En sorte que lea choses nombrées diffèrent des 
nombres, comme les corps des choses incorporelles. Il fuit savoir que 
M sont les moderne* (peut-Stre Pl&ton?) qui ont introduit comme 
principes U monide et U dyade , taudis que les vrais pytbagoricieni 
ont considéra comme telles toutes lu positions succeisi>es de limites, 
. pir lesquelles on conçoit les nombres pairs et Impairs. •Pbotius, Ceci., 
249': • La monade apparteniil au monde des inlelligibles; l'Un existe 
dans les nombres. ■ Anon., Vit. Pyût., p. 44, Éd. Holst. : lUD'est pas 
possible d'accepter le rensei^emeot de Sjrianus {ad Met., ZIII, 6; 
Arist. et Tbeoph., Jfet.,Bd. Br., 312). • Pytbagare s'est exprimé sur les 
Etombres de deux manières difTéreoles ; lorsqu'il dit que le nombre est 
le déTeloppement et l'acte des raisons séminales contenues dans la mo- 
nade, il pose un nombre qui est sorli de son propre principe, en sa 
causant lui-même psr une génération sans mouvement, qui reste 
identique en lui-mtoie, tout en se divhftnt et se déterminant dans les 
espèces diverses. Mais lorsqu'il nous parle du principe anljiieur & 
tout, ayant sa substance (Ono^rd-,) dans l'esprit divin, par qui et de qui 
tout a reçu son ordre, sa place immuable, il pose un nombre para- 
digme, créateur et père des dieux, des démons et des bomnes. > 



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54 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHO/ISOPRIODE 

n'y manquera pas ; il posera avec toute la préciûon et 
la neltelé que le sujet permet: 

1. L'unité du multiple on du sujet participant. 

i. L'unité de la forme participée et participable. 

3. L'unité alisolue de l'imparticipable. 

Hais Aristote ne nous permet pas d'altribner an 
pythagoriciens un idéalisme si profond, un mcmo- 
théisme si pur, un dualisme si tranché. Gelai des frag- 
ments de Philolaiîa, qui semble contenir le pins 
expressément la notion d'un Qieu unique, est légitime- 
ment suspect, et il serait facile d'appliquer au monde 
les termes mêmes <iui paraissent exprimer l'idée d'an 
Atre d'une nature supérieure et étrangère aux choses, 
et si non au monde tout entier, du moins à ce f en cen- 
trai, & cet Un premier dont on peut bien dire afec 
Philon' citant Pbilolaiis: « Celui qui gouverne et com- 
mande tout, est un Dieu un, étemel, stable, immobile, 
semblable à lui-même, différent des autres choses. > 
Sans aucun doute il est ■ supérieure la matière',* comme 
le dit Athénagoras en interprétant un mot de Philolaûs, 
cité par Platon ; il lui est même antérieur, si l'on veot, 
pourvu qu'on entende par là logiquement, rationnelle- 
ment antérieur ; antérieur par la dignité de l'esSeâce, 
mais non dans l'ordre de la réalité et du temps. 

C'est avec ce feu central, cette monade première, vi< 
vante, concrète, harmonie elle-même des contraires, 
nptôtov àfjLoa6iv, dont la puissance est excellente el 
souveraine, que le monde, son ouvrage a quelque affi- 
nité; c'est grAce h elle,'qm le gouverne, qu'il est an 

1. Demund. optf.,p. 34B, p. 151. 

3. AtheD., Leg. p. CkrUt., p. 25. B., p. 151 : Xvht^ tv SXik. 



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DES PYTHAGORICIENS. 55 

comme elle, et comme elle aussi étemel. On peut con- 
sidérer cet Un comme ane &me du monde, mais à la 
condition que cette Ame formera avec le corps du monde 
ce rapport inséparable, celte onité indissoluble, cette 
harmonie nécessaire de tout a qui est'. Aristote nous 
le dit en termes dont nous ne pouvons méconnaître la 
force : ' Ni l'Un ni l'Infini n'ont d'existence séparée des 
êtres dont ils sont les attributs; le Uni, comme l'infini, 
n'existe que dans le rapport qui les lie, et qui concilie 
dans l'harmonie les oppositions, dans l'Unité réelle le 
dualisme apparent et logique des principes*. > 

On trouve dans Arislote l'expositioa d'une doctrine 
dont il ne nous nomme pas les auteurs qu'il nous laisse 
deviner. Après avoir rappelé l'opinion qui fait naître 
toutes choses de contraires, opinion pythagoricienne, ou 
le sait, il ajoute : < Les uns considèrent la matière 
comme un des contraires : ceux-ci opposent à l'Un qui 
constitue l'égalité, l'inégalité qui est l'essence de la plu- 
ralité, ceux-là Apposent directementài'Un la pluralité.... 
d'autres, enfin, opposent à l'Un ti (wpovtet ti «ftlo. '» 
Sur ce passage. Alexandre nous dit : ■ Pylhagore loi- 

1. Ai|iiaupT>j'^ âppriKtov. Clem. Alex., Pro(rfpl.,p. 47 : '0)iiv 6tA; 
(1{* oSto; Si oOx Ac tivi( ûnovaaûsiv JxT6t if^i Simoa\i.y\aiiii:, iXi' Iv 
BÛta SXa;< Dieu est tout enlier dftus les choses, et n'ssucune penon- 
naliié libre et indépeDduite. Galen., De hist. phiki., c. viii, p 3S1 : Uv- 
(teyipaî iï ïûv ipx"'' ^' M^* l*-o>«Sci flii» noi ti ày^^ôv iiiffii\, -(Stic 
JqtIv ^ toû itbi fiûui;, aÙT^c A voO;. C'est encore le sentiment de J. 
Bruno r ■ Deus in rébus. Ogni cosa bit la diviniU ktenle in se, > Hais 
Bruno, tout ec identifiant l'Un avec le Tout, le met cependant au- 
dessus du Tout. 

2. Kioom. , II, p. 69. Fragm. de Phtl, Boeckh. p, 51 : 'Apiiovio 8i 

îl)(ï ÇpOïïÔïTUV O0nçp«ffl(. 

3. Vd., XIV, 1. 



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56 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHlLOSOPaïQOE 

mAme soutenait la génération des nombres par la plu- 
ralité, ^ TÎvtsi; TÛv dpiQfxtâv Ix toù itX:^Bi)u;, tandis que 
d'autres pythagoriciens opposaient à l'un tô fnpov et 
■A £ULe confondus en une seule essence, &ç f^Utt 
f^iv ■. I La différence entre ces deux manières de 
concevoir le principe comme principe de la multiplicité, 
ou comme principe de la différence, de l'infini, n'est pas 
ici ce qui nous intéresse : je m'attache seulement à cette 
opinion de Pythagore qui fait naître les nombres de 
l'élément multiple : le nombre n'est donc pas on pur 
idéal. En tant qu'il se réalise et s'individualise, qu'il 
entre dans le devenir, l'Un naît de la pluralité, en ce sens 
qu'il est la synthèse de l'infini qui la représente, et 
du fini, de la limite, qui a la même nature et la m£me 
essence que l'Un'. 

Je répète donc que si l'on ne veut pas introduire dans 
l'blstoire des idées et des opinions philosophiques l'ar- 
bitraire des interprétations qui Ips éclaircissent , les 
complètent, les corrigent, qui y font enirer les consé- 
quences qu'on peut tirer logiquement des principes, 
mais que n'ont point formulées ni conçues leursauteurs, 
on sera obligé de reconnaître que les pythagoriciens 
. n'ont pas distingué plusieurs unités de iialAre et d'es- 
sence différentes. La limite, le noinhre, l'Un, n'a d'exis- 
tence que ditns les choses, et là ït ïoue à la fuis des 
fonctions fort diJIérenltis assurément, mais qu'ils n'ont 
pas conçues comme contradiclûircs ; car l'Un est,comme 

1. Scholl. Àriit. mtnor., p. 3!G, 1 et 18. 

1. Sjritn., ad Mrt., TLIU, p. 103. Harlanst., Fragm. Artk., p. 13 : 
Aw |iiv iDù TiipBToc i^v t^S fvi avrimni^ia ivEiixvâ|i.cioE nSsov 
ouotoixiB". ' pBr Boem quidem uai cosaatiorem asteadeof omiieiB 
coordiiMlioaam. ■ 



lyGOOgIC 



DES PTTHAGORICIEMS. 67 

' je l'ai dtt, dans le rapport qui conslilue l'èlre réel, à lu 
fois la forme, an des termes, la caase et le résultat du 
rapport; ou, comme dit Arislots, le nombre est la ma- 
tière, l'essenc^ la forme et toutes les propriétés de 
l'être. 

Le dualisme est d'ordre purement abstrait et mental, 
xat' iKivobv; l'Utiité est d'ordre réel; et c'est ainsi qu'il 
fbut comprendre ce qu'Aristole nous dit dans son Éthi- 
que : ■ Les pythagoriciens ont mis le mal dans la série 
de l'infini, le bien dans la série de la limite*. » Oui, 
dans l'ordre idéal, mental, l'Un est opposé à la multi- 
lode, comme le bien au mal, le Gni h rin&ni,mat8 duus 
l'ordre de la réalité cette opposition disparaît pour faire 
pla(:e & l'barnionie qui lie dans une unité indissoluble, 
par les liens de fer de la nécessité', le fini et l'infini, l'Un 
et la pluralité, la limite et l'iUimilé, le bien et le mal. 
Et comme le nombre est l'élément supérieur et idéale- 
ment antérieur dans ce mélange*, comme il donne aux 
choses leur forme et leur essence, el que le bien est une 
qualité qui lui esl propre S toute chose est plut6t bonne 
que mauvaise, en tant qu'elle est un nombre; et comme 
toute chose est un nombre, l'être esl bon.Nous sommes 

1. SthicSk., 1, 4; et II, &. Soiu celte rèserre, on peut accepter 
l'uithentlcitâ dei passages suirants : Syrian., ad Met., XIT, 1. Schott. 
«unor., p. 335. ■ Brontinus la pythagoricien (tll qaerUn l'emporta pu 

la dignité et la puiuanca de l'euencs et de l'etprit. > 

}. Aii(i(au(>YCaii iffrrcKxot.... Avifu-g. 

3. npârat, va., I, h. 

4. Arisloie (EfAic. Hie., U, 5, et surtout I, 4] dit peut-itre arec un 
peu de Diligence queles pTtliagoriciens ont placé l'Un, ta b, dans la 
i4rie des bieo*. Le Bten n'est pa« principe de aérie chei les pythago- 
ridens, qui auraient plutôt et antmeme placé, au contraire, le Bieo 
duu la syftoichie de l'Un (¥«1., 1,5). Gruppe déclare haidiment que le 
pattage de i'Ahtçw d Hiamaipit, I, 4, est inUqxilé. 



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58 EXPOSITION DE LA DOCTHINE PHILOSOPHIQUE 

loin encore du principe platonicien, qui fait du Bien la 
cause de l'être, et par conséquent l'élève au-dessus de 
l'être même. Mais toutefois comme c'est par son unité 
que l'être est, et par son unité qu'il est iioa, on aper- 
çoit le germe des {pendes doctrines de Platon, et !e lien 
de ces notions fécondes de l'Un, du Bien, de l'Être'. 

L'élément inférieur est Vintifm, l'infini, identique 
ou analogue au pair, à la pluralité, au sexe féminin, 
au mouvement, aux figures curvilignes et étéromèques, 
aux ténèbres et au mal. Nous avons dit plus haut que 
le terme de dyade indéfinie n'appartrent pas k la langue 
des anciens pythagoriciens; mais il est certain que dans 
la sphère tout idéale de l'opposition, l'infini représente la 
matière en face de la forme représentée par le nomb^ '. 
Tous les écrivains le reconnaissent d'un commun ac- 
cord* : c'est le principe de tout ce qui est désordonné, 
informe, itSva ttfnopffa, de tout ce qui n'a pas la me- 
sure, soit par excès, soit par défaut*. Les pythagoriciens 

1. L'idenfiti de l'ËIre et du Bien est attribuée i Brontinus le pytlw- 
gorlciea pir Syrianus et Alexandre d'Apbodiss; Syrian., in Met., 
XIV, 1. SehoU. fliinor., p. 339. ■ Platon si Brontinus le pythagoricien 
disent que le Bien est l'Un, et a md euence dani l'Unité, h i$ Iv 
iTvai.iEtun peuplua haut: > l'Un et le Bien sont au.d<ssus de l'essence 
(OsEpoûiTiov) pour Platon et Brontinus le pytliagaricien, et pour ainsi 
dire pour toufl ceux qui sont sortis de l'Ëcole des pythagoriciens. > 
Hais ce fragment, joint aux arguments de fait qu'on trouiera plus 
haut, montre que la doctrine en est postérieure au platonisme. 

a. Seit. Emp., Bdy. Malh., X, Ï61 : T4v iàtri! itBaxoOn^fOïlîtil» 
SuiSa..,.Porpbyr., 38. AuàSn.... ntpifiplf xai inpif£p6|uvQv. Hoddrat., 
I, 3, 14. Stob., r, 300 : Ti irefluTwiv iil tiixâv. Id., î, 7, 14 : Tf;v 
I' iépioTov iuéia.... «ipl )lv iaxt ti CiXivôv nXïiSot. 

3. Tbeophr., Ma., 9, qui attribue celte docirine k Ptatoa et va py- 
thagoriciens. 

4. Thtolûg. Arithm. Att., p. Il : '£Xlti4'i; 3c xai KUmaayAi.... Aià 
TÏ iiApffK xal sUmc «ai ApioiiaQ nvo< tmpî|aBai. 



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DES PVTUAQORICIENS. 59 

ne se sont pas 'probablement servis des termes qu'em- 
ploient, en reproduisant leur opinion, les écrivains qui 
ont traversé d'autres écoles, et qui en parlent la langue 
plus subtile et plus précise ; ils se seraient probablement 
' bornés à constatef qu'au sein de l'être individuel, comme 
de l'être universel, ouïe monde, qui sont, l'un et l'autre, 
un nombre, l'expérience et l'observation reconnaissent 
qu'il y a quelque chose qui se révolte contre cette loi du ' 
nombre, e( qui ne s'est pas laissé complètement enfer- 
mer dans la limite et ramener à l'Unité. C'est ce qu'ils 
appelaient l'illimité, l'intini. 

Nous nous trouvons encore ici en présence de certai- 
nes divergences dans les renseignements d'Aristole au 
sujet de la vraie manière d'être de cet infini. < Tous les 
philosophes, dit-il, ont fait de l'infini un principe des 
êtres; les uns, comme les pythagoriciens et Platon, cou- 
sidèrent l'infini comme ayant l'existence par soi, et non 
pas comme l'allribul adhérent, comme la qualité acci- 
dentelle d'une autre chose , xne'abri o^x ^ miiStSiixii 
Twi itipif, HXàii iAaia.1 aixh 3v th jmipov : ils consi- 
dèrent l'inûni même comme substance. La seule diffé- 
rence, c'est que les pythagoriciens posent l'infini dans 
les <êtres sensibles mêmes ; car ils ne considèrent pas le 
nombre comme séparable, et ils supposent que l'infini 
est ce qui est en dehors du ciel'. ■ 

Ce passage est en apparence'opposé & celui de la Jfô- 
taphyrque , où il est dit, au contraire, que ■ ni l'infini 
ni l'Un ne sont des êtres séparés (l'un de l'autre et des 
choses), comme le sont le feu, la terre, et tout ce qui a 
une existence distincte, tandis que l'infiDÏ et l'Un sont la 

]. Phvr., m, 4. 



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60 , EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

sabstance même des choses'. ^Mais en y regardant d'an 
peu plus près, celle apparente contradiction disparaît. 
Non, certes, l'infini n'est pas un accident de l'être; car 
11 en est l'essence oùsiai. Mais comment en est-il l'es- 
sence, la substance, puisque c'est le nombre qui l'est 
déjàt II en est précisément l'essence au même titre que 
le nombre; car il ne peut être dans les choses, Ivuxâp^uo, 
qu'A la condition d'avoir perdu sa nature, et pris celle du 
nombre, et de s'être Tondu avec lui dans une unité insé- 
parable. II 7 a plus : l'infini est, considéré logiquement, 
abstraitement, en soi, aiîTÏ tb i«E(pn, l'inflni est la 
source du nombre, puisqu'il en est un élément néces- 
Baire : ^i yhtiiK tÛ» ip\i\iJùii Ik toÛ itl'^Sooç '. 

Le point obscur et difficile de cette exposition est 
ailleurs ; L'infini assimilé, comme nous allons le 
voir, et éternellement assimilé par le nombre est la 
substance et l'essence du nombre. Ceci est clair; maïs 
ce qui l'est peu, c'est de placer cet infini en dehors 
du ciel. Car il est bien difficile de comprendre qu'en le 
plaçant en dehors du ciel, c'est-& dire du monde, ils ne 
l'en séparent pas, et ne lui» donnent pas alors une exis- 
tence substantielle indépendante du nombre et de ITn, 
qui est cependant l'essence de tout être. Mais cette Con- 
fusion est dans la question même de la matière, à la- 
quelle il est tout aussi difficile de refuser que d'attribuer 
l'être. Aussi, sans croire que les pythagoriciens ont 
voulu, en mettant l'infini en dehors du ciel, le mettre 
précisément en dehors de l'être, ils ont essayé de s'en 

1. Mtt-, 1, h : Th JmpDv xbI ti Iv «iix Mfi nvàc iJriJSiiaBv tlvai 
fimic olov nùp, 1i -fit, t Ti TOtoOtav iTtpov, ax' aixb xi fmpev, x«l 

S. SchoU, mûtor., Alei., p. 316, 3. 



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DES PYTHAGORICIENS. 61 

foire un peu matériellement une représentation qui, 
saos réduire l'inSni soit au véritable non être, soit à la 
pare possibilité d'être, notion à laquelle, certes, ils ne 
se sont pas élevés, diminu&t la réalité de cet élément 
obscur et insaisissable, qui échappe aux sens comme à 
la raison, et qu'on ne saisît, dira Platon, que comme un 
fantôme dans les visions d'un rêve. Les pythagoriciens 
ont cru caractériser cet insaisissable élément en l'appe- 
lant le vide, -c^ Miin. Rappelons- nous bien les propo- 
sitions pythagoriciennes : . 

Le nombre est l'être même : ce qui est en dehors du 
nombre est en dehors de l'être. L'infini est en dehors du' 
nombre : il en est le contraire logique ; il est donc en 
dehors de Tëlre, el nous allons voir cependant que ce 
non être a quelque être, et même a des fonctions essen- 
tielles dans le -développement, le mouvement et la vie 
des êtres et du monde. Chassé par la raison de l'Univers, 
il y rentre sans cesse, et sans cesse le nourrit.Hais n'an- 
ticipons pas sur l'ordre de notre exposition, si toutefois 
nous sommes parvenus à y mettre quelque ordre. 

■ L'infini, dit Aristole, est le pair; car c'est le pair 
qui, entouré et déterminé par l'impair, donne aux êtres 
l'élément de l'infini. Voici comment les pythagoriciens 
prouvent cette proposition : Dans les nombres, si l'on 
entoure l'unité de gnomons, ou que, sans Iradaire cette 
opération par une figure géométrique, on se borne à 
faire séparément le calcul, on verra que tantôt on obtient 
des ligures toujours difTt^rentes, tanICt une seule et même 
espèce de figure'. - 

Nous avons déjà vu en passant figurer le gnomon 

1. fhti; m, 4. 



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6i EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

dans Philolaiis : ce dernier affirme que la connaissance 
n'est possible que s'il y a, entre l'essence de l'âme et 
l'essence de la chose à connaître, un rapport, une pro- 
portion, uue correspondance de la nature de celle que 
manifeste le gnomon, itaxk yvÛ|iovo; ^ûtiv'. 

Il veut dire, je crois, que le sujet doit envelopper et 
pour ainsi dire embrasser en partie l'objet, comme le 
gnomon embrassée! enveloppéenpartielecarrédont il est 
complémentaire, et conserver avec son objet le rapport 
que les gnomons soutiennent avec leur carré. 

Nous sommes obligé, pour pouvoir être compris, 
d'entrer ici dans quelques détails. Le gnomon des an- 
ciens était une figure en forme d'équerre, de même 
haulenr à l'intérieur qu'un carré, et qui, ajoutée k ce 
carré, faisait un second carré plus grand que le premier 
de la surface de celte équerre, composée 'de deux rec- 
tangles égaux et d'un petit carré : 



I 



Si AB = a AC = b CB = c, 
on a a' = b'+2bc-|-c*, 
où 2bc -H c* = l& surface du gnomon. 
Arislote parle encore de ce gnomon dans ses Catégo- 
ries*, où il dit : « Quand on ajoute un gnomon autour 
d'un carré, ce carré est augmenté dans sa dimension, 

1. PftiV., Fr. 18, p. 151. Boackh. 
3. Ch. XIV, wgffl. 5, OU c. XI, 4. 



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DnS PYTHAGORICIENS. 63 

mais l'espèce de la figure n'est pas changée, c'est-à-dire 
qu'elle reste un carré. > 

De plus, le gnomon exprimant la différence de deux 
carrés peut être, en certains cas du moins, équivalent à 
nn carré pftrfait; ainsi, dans ta proposition du carré de 
l'hypolénnse a'=b' + c', le gnomon a' — b'^ c'. 
SiBA' = BA = c, CB = a GA=b. 
le carré de c + le gnomon CDE = b'. 
• Ainsi, le gnomon est non pas égal en dimension, mais 
analogue en son espèce, du moins par équivalence, ao 
carré doni il est complémentaire. 

Enfin, en aritfamétique, le gnomon avait la propriété 
d6 donner la formule des nombres impairs, So-{- 1, c'est- 
&-direque le carré de tout nombre impair est égal au carré 
du nombre pair qni le précède immédiatement dans la 
série naturelle des nombres, plus deux fois ce nombre 
pair plus 1. Car si a^n-|- 1, b^n^ c=l, 

on aCn + l)* = n*4-2n-f- l, expression 
dans laquelle le in+ 1 représente le gnomon. 

Or on voit îd se produire le fait que remarque Arislote 
dans ses Catégories : les nombres impairs ajoutés aux 
nombres carrés reproduisent toujours des nombres car- 
rés : l'expression de gnomon peut donc être considérée 
comme équivalente de celle des nombres impairs. 

Si, en effet, on ajoute & l'Unité, mère des nombreSi 
successivement chacua des noaibres impairs de la série 
naturelle, on obtient un nombre non pas pair, mais 
carré, 

Soit 3 — 5 — 7 — 9. 
1+3 = 4 = 2» 
l4-3 + 5s=9=3» 



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64 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

1 + 3 + 5 + 7=16 = 4' 

I + 3 + 5 + 7+9 = 25 =5' 

Et si l'on opère géométriquement la constraction, on 
verra que si au carré AC = 1 ' on ajoute les gnomons, on 
a la figure en équerre représentée d'abord par2bc + c* 
puis par2bd+d'; on aura de la sorte toujours des figures 
de dimension plus gnmde, mais toiijours de même espèce, 
tandis qu'au contraire si à l'Unité on ajoute successive- 
ment chacun des nombres pairs, et tous ensemble, on 
airiveà produire des nombres et des figures étéromë- 
ques, tous didérents entre eux. Qb'est-ce que ces nom- 
bres ëtéromèquesîNous en trouvons une explication assez 
obscure dans lamblique'. 

II j a, dit-il, une distinction & foire entre la formation 
des nombres carrés et celle des étéromëques, ou nom- 
bres plans oblongs'. 

Pour les premierSfOQ part de l'unité, et l'on y revient, 
en sorte que les nombres placéti en forme d'un double 
stade, vont en croissant jusqu'à la racine du carré ; cette 
racine forme conime la borne du stade autour de la- 
quelle tournent les nombres pour revenir en diminuant 
jusqu'à l'unité d'oji ils sont pa^s; ainsi : 
12 3 4 

5 = ^' 
12 3 4 
Dans la formation des étéromèques il en va tout autre- 

1. V. M. Boeclih, Philoi.. p. 149. 

2. 11 s'agit, dit U. ReDou.ïiar, t. I, p. 18&, d'un rectangle tel, que 
l'un des cdiésEutpiasesonadjaccDl d'une seule unité de longueur, ou, 
ariibméiiquemeDt parlant, d'un nombre produit de deux fecteun dif- 
férents d'une unité. 

3. Et 2b est la somme de ces neuf nombres. 



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DES FYTHAOORICIEMS. 65 

ment : 31 on veut ajonter, comme on le bit dans le gno- 
mûn,àun nombre la somme des nombres pairB,on ven-a 
que pour obtenir des étéromëqnes on est obligé de ne 
pas s'en tenir à runi!é,mais de prendre le nombre deus, 
et si l'on veut faire le niëme dîaule que précédemment, 
on peut bien partir de l'unité, mais on sera an retour 
obligé de s'arrêter à deux. 
Ed eSet la somme des nombres 
! ' 2 ■ 3 4 



donne S4, nombre plan rectangle, dont un cAlé est 4 et 
l'antre 6. 

Par étéromèque? j'entendrais donc non pas des poly- 
gones, dont le nombre de 'cfttés s'augmente sans cesse, 
mais des rectangles dont les dimensions des côtés dian- 
gent sans cesse, et où l'espèce de la figure peut paraître, 
à chaque cbangement dans le rapport des cAtés, con- 
stamment modifiée'. 

Hais quelle signification philosophique peuvent avoir 
ces observations curieuses sur les propriétés des nom- 
bres 1 II faut se rappeler qu'il y a eu dans l'esprit des 
pythagoriciens une confusion funeste da nombre mathé- 
matique et du nombre concret et réel. La génération des 
nombres devait donc leur apparaître comme la généra- 
Uon des choses, et les propriétés des âgnres e1 des nom- 
bres devaient manifester les propriétés des objets réels. 

Ils s'efforçaient ainsi, pour rendre compte de l'élO- 

1. Ctetce que dit Aristole, Phyt., 111, 4 : 'AUo ^ &ti -riviatai t» 
■tioti et peul-Ure ce que veut dire Simplicius, ScJioH. iln>t.,p.36ïa. 
L Ï6 : H) £k âpTiK «pOimMiuvac lil t^ titpccyûvcji haXkiaau iô 



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66 EXPOSITION DE LA. DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

ment mulliple et changeant des choses, que l'expérieDce 
atlrste, de munlrer ceite même mobilîlé incessante 
des figures et des nombres; ils opposaient à la cod- 
stance du rapport invariable des cdlés du carré, quelle 
qu'en soit la grandeur, l'iufiiiité des nombn's étéromè- 
qucs, tous différents entre eux, el ils s'efforçaient de 
montrer que le principe de la variabilllé est dans le 
nombre pair ■ qui donne aux choses, comme aux nom- 
bres, le cnriiclèrc de l'inOniié qui est'en lui, to5« ykf " 

2pTiav -nafi/H Tot; oustv tiy siriiffav'. » 

Le nombre deux, h dyade seule, peut produire cette in- 
cessante mobililédes figures ', et voilà pourquoi la'dyade 
fut pluff lard assimilée au pair etrësuma'enelleles carac- 
tèrfsde lamulttplicilé changeante et informe, inujoursea 
mouvement, en génération, eà devenir, tandis que l'im- 
pair n'est pas produit. « G'esl évidemment le pair*.* Il est 
évident que l'erreur du système fait éclaterici bien des 
contradictions dont triomphera facilement l'implacable 
bon sens d'Arlslote. Gomment peut-on dire que l'impair 
ne se produit pas, puisqu'il est un nombre, et que tout 
nombre vient de l'unité î Comment, d'un aulre côté, 
peut-on dire que le pair est l'inhni en soi et qu'il com- 
munique ce caractère aux choses où il pénètre; car le 
pair est un nombre, et rinllni n'a pas de nombrel On 
peut dire que les pythagoriciens ont assimilé ici l'impair 
avec l'unité ; et s'ils appellent le pair inflDi, c'est qu'il 
se divise en parties égales, et que l'infini se divise par 



1. Aitst., Fhv«-, m, 4. 

. lUDbl. Boeckb, p. 149 : 'H Suit tiivi) fav^nreu ivaSix«|iiivi). 
3. Ariat., JTel., XIV, 4 : Tait yii mpitroû ihtaa, oC fa«iv, in i%\in 



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■ DES PYTHAGORICIENS. 67 

deux en parties égales '. Si l'on objecte que l'iiiBni di- 
visé par deux n'est plus infini, on l'accordera; caries 
pytiiagoriciens admettent bien que l'iuâiii en soi, c'est- 
à-dire en detiora du monde et de l'ëlre ', n'a pas de 
nombre ; mais Us proclament aussi que cet infini se 
laisse assimiler par le fini, qui lui commiinique sa pro- 
pre forme, sans lui Ater absolument toute la sienne ; 
c'est ce qui fait que, même soumis parla vertu du nom- 
bre, il conserve et communique aux cboses son élément 
d'inSnité, c'est-à-dire de changement, de multiplicité, 
d'imperfection, ««pixii toït oZm t^a àituflai*. 

Le pair est donc ou analogue ou identique à l'infini *; 
mais il ne faut pas le confondre avec le nombre pair, 
qui, entant que nombre, est déterminé, mais, en tant 
que pair, conserve ut) prindpe d'indétermination que 
lui communique le pair qui entre dans sa composition. 

1. Simplic, in Phyt., t. {06 a : OiStoi SI tiv intipov ràt fipnav 
ipil(iiv Ûvtoi, Ità tÏ nOy [Uv £pTiov, û; foan dI i^r<1TBl, tl( Isa 
iuipi'î^lai, ti ii tU t'O Eiaipoû^av âtciipav xmà T^v Sij^oiajiiin. 

1. L'iDdoité da l'espace comme lieu èUit démoutrie d'une nmoEère 
origlnsle par Archytas, comme nous le Terrons plus loin, 

3. H. Zeller veut qu'on dlslingae le nombre pair de l'éltment pair, 
et le nombre impaJr de l'éliment impair : et il a ralsoa ea partie, 
quoiqu'il ne l'expliqua pas assez clairement; car, avant qu'il n'y ttit 
nombre, c'esi-i-dire unité et rapport de l'élément impair et de l'él^ 
meet pair des choses, il n'; a pas moyen qu'il y ait des nombre* pain 
ni impairs. 

i. Lldenlité du pair et de l'inftni est fondée mr ca hit que l'impair 
devient illimité et iofini, qaand il reçoit en soi le pair; car alors le 
nombre impair, en soi déterminé, devient indéterminé, t/, par l'addi- 
tion d'une unité, on en Ml un nombre pair; et tel est le sens que 
H. Zeller trouve au passage d'Aitstole, Phyt., UI, 4 : DtptT>»i|Uvav 
•(if iiav yviujiÀiidv ntpi li |v, xal xuplt, tn |ilv SXXn ylpioSai jà iT- 

liK, Eti iil<. Si à l'unité on ajoute les gnomons, ou nombres impaîn, 
tes nombres impairs détiennent pairs. Si on laisse iiolés, xupC<, l'unité 
et le* nombres impaiii ou gnomons, ils demeurent limités et Bnisi 



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66 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

Mais on comprend que te rapport change suivaut lu 
qaanUté des termes qui le coosUtuent, et si dans un 
nombre ou un fitre, le pair entre pour une pius grande 
part que l'impair, Je rapport s'en ressentira évidem- 
ment. Les pythagoriciens voulaient donc montrer, par 
ces formules mathématitiues, comment les choses et les 
nombre» participent tous du pair et de l'impair, et re- 
çoivent des propriétés différentes suivant que les élé^ 
ments du mélange, étant changés dans leur quantité, 
changent la nature du rapport qui les constitue. Mais 
tout nombre, tout élre réel, c'est-à-dire toute unitéf par- 
ticipe du pair et de l'impair, quoiqu'il ; ait des nombres 
pairs et des nombres impairs ; car toute unité concrète, 
ayant grandeur, th ■kçStw 8» /x"* Mï***ï» reçoit du , 
pair la faculté, la puissance d'une division à l'infini, à. 
laquelle elle résiste en réalité par la vertu de l'impair 
que son unité contient et exprime '. Aristote dit en effet, 
dans le Pylhagorique, ■ que l'Un participe de la nature 
des deux ; car ajouté au pair il le rend impair, et ajouté 
h l'impair il le rend pair, ce qu'il ne pourrait pas faire 
s'il ne participait pas des deux. C'est pourquoi l'Un était 
appelé pair impair, Btprvoicfpiiroov, opinion à laquelle se 
range également Archytas V > 

Voilà donc comment.on peut dire que l'Un est prin- 
cipe universel de l'universalité des choses. Pythagore 
disait que l'Unité est le principe ides choses, parce que 

1. Simplic, ad Phy)., II!, 4; SchoU. Ariit., 361 : Auvgc|ui ^àp oOk 
iïip-f«tll fxsi 104 TO(i,à( tà( in' dneipov. En effet, les corps sont bien en 
puissance, mis nou en réalité toujours divisibles psr deùi. 

2. TheonSmyrn., Arilhm., p. 30, éd. Bouillaud. Cf. NJc, Jrt'thni. 
Itag., I, 9, p. 12. Modérât, Stob., I, M. Philol., Fr. î. Stob., I, 
4i6 .ItLQibl., JnJTic., p. 39. 



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DES PYTHAGORICIENS. 63 

c'est par la participation x«tl («tox^, que chaque chose 
est dite Une chose; si dans cette Unité on ne pense que 
l'identité de la chose avec elle-même, on l'appelle mo- 
nade ; mais si on la conçoit comme ajoutée & elle-même, 
comme se doabtanl ou se dédoublant, c'est-à-dire sous la 
notion de la différence, xoB' freponiTa, elle produit ce qu'on 
appelle la dyade indéfinie. Avec la monade et «la dyade, ' 
c'est-à-dire avec l et 2, on engendre tous les nombres, 
tant les pairs que les impairs'. L'Un, pair-impair, fini et 
inGoi, engendre toutes les variétés des nombres *; il en- 
gen(lre donc iQutes les différentes choses, et est le prin- 
cipe de leur identité avec elles-mêmes, comme de leur 
différence avec les antres choses, parce qu'il est lui- 
même le rapport, la synthèse de ta différence et de 
l'identité *. 

Commentée produit cette génération des' nombres et 
des choses par l'inffni ou le pair ? 

Placé en dehors du monde qu'il enveloppe, principe 

1. Seit. Emp„ adv. Math., X, 361. Plus Urd protablament, od 
Toulul que la première forme du nombre fdt le point ; la deuiième, la 
Ugne.etc. Diog. L., Vin, 24 : 'Ex il tSi ifit^Ht oniuïs. 

2. Plal , Qv. Mom., 102 ■- ràvinocrdip ion i icipiTrac Eudor. Ori- 
gen., Philo*., p, 6 : • Le premier nombre, qui est l'Un, est principe : 
loSni, iouisUsable, iicLiàï-rinTOt, il compreod en lui-mËme tous les 

. nombres jusqu'à l'ioSni. • 

3. Seil. Emp., X, Î61 : Kat' aitfiTiiTa (il* iaut^; vooupivnv [lo- 
vMo.... laB' iTif ôniTa iï ineTiXiïv tf|v KaloupivTiv iuaia. 7 aurait-il 
là comme un pretsenliment de cette profonde soalïse, qui montre 
dans l'acte du moi, prenant conscience de lui-m£me, un non-moi, et 
qui nie la possibilité d'une peosêe où le moi se contemplerait lu i- 
mïme et lui seul, sansmSme s'opposer à luI-mémeT La monade a-t-etle 
la faculté de se penser d'une part comme identique à elle-même, de 
l'autre comme dilTérenle? Cette djfTérecce engeodre le nombre deux; 
«t, arec l'un et le deux, tous les nombres sont donnas, c'est-à-dire le 
moi et le non-moi. 



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70 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

de tout ce qui, dans les cboses, est indéterminé, inrorme, 
variable, rioQai était presque ideotiâé par les pytha- 
goricieas avec le vide, et était' appelé quelquefois le 
souffle inBni, tï imtfm miv[ia. Du moins c'est dans cet 
air infini que se produit le vida '. « Les pythagoriciens 
soutenaient l'existence du vide : selon eux, voici com- 
ment le Vide s'introduit dans le monde : oôpavô;*. » Le 
monde doit être considéré comme un grand Tout vi- 
vant ; il représente tout ce qui est organisé, et a, par 
conséquent, une forme, une niesurc, un nombre ; puis- 
qu'il vit, le monde respire, car la respiration est le phé- 
nomène primitif et le caractère le plus évident de la vie. 
En respirant, le monde aspire et absorbe en lui le vide 
.qu'il tire de l'infini *. Ainsi s'introduit le vide dans le 

1. Ariat., Phyi., IV, 8, n. 9, ou 6, n. 7, «uivant 1m éditioni. 

1. Le ciel, le monde, n'est qu'une partie de l'univers : c'est celte où 
tigae l'ordre et où m monlrs plus ou moins U limite rbarmonie, le 
nombre, A xo(r|io:. 

3. Arlsl., Phgt., IV, 6, n. T : *EiRiqU<ioii oOri t^ o£pgn$ Ix. toQ 
àstlpou KvtùiiBtoc ûi: &v ivaKvisvTi. H. BlTlhélemy Saint- 
Hilalra traduit lea moU soulignés par • l'aclion du souffle inGni. > 
Hais si iniù(ut, souflle, désigne ici la fonction mfime de la respi- 
ration, cette fonction ne peut Stre allribuée qu'au monde viTanl; or, 
il est contraire à la représentation pythagoricienne de donner au 
mond» fini une fonction inQnie. Si l'on conserve le teite, il faut don- 
ner A nviûiMi ici le sens de celte sorte d'espace inunenss, sans limite, 
non pas dépouillé deloute réalilé matérielle, mais n'en ayant qu'une 
Insaisissable, impalpable, comme on se représente un souine d'air. 
Tenneminn, lftil.de la phit., I,p. 110, propose de iire : • ix lov àitil' 
pou KYtûiia, ■ L'air alors, miùiia, serait attiré du sein de l'infini dans 
le corps du monde, et on aurait un sens satisfaisant. Il est Trai que , 
Stobée, en citant le passade d'Arislote, reproduit ei conlirme la leçrin 
«velJ|j.sTa(.Miis, dans un nuire endroit (£ct., I, 19, p. 380,362], il au- 
torise la correction heureuse de ïennemana par cette citation : ■ Dans 
son premier litre sur la philosophie de Pytbagore, Aristote écritque le 
ciel est un ; que de l'infini sont introduits en lui le temps , l'air et t't 
vide, qui détermine par une limite l'espace étendu qu'occupe chacun 



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DES PYTHAGORICIENS. ' 71 

monde; alors on peut dire que c'est parla qoenatt le 
monde, ou pluldt qu'il ee développe et se forme. Car le 
vide est cequi détermine, défliiilles Aires, puisqu'il sépare 
chacun d'eux de tous les autres, et, parcelle limite qui les 
distlitiEue, constitue leur vraie et proprenalure. En effet, 
le vide est une sorte de séparation, de limilation, de dis- 
crétion du continu. Nécessaire & la constitution propre 
des choses, le vide, l'inQui est donc, tout autant que 
le fini, un élément premier subsistant dans les nombres, 
c'esl-^-dire dans les êtres '. Ainsi le nombre n'est pas 
forme pure,en tant qu'être réel, concret, distinct, ayant 
sa nature propre et séparée; si l'essence pure du nom- 
bre a la vertu d'individualiser les êtres, en incorporant 
les germes rationnels *, si le Soi est premier *, l'infiDÏ 
est également premier; et de même que nous avons vu 
que le nombre vient de l'Un *, nous pouvons dire aussi 
qu'il vient de la pluralité '. Le nombre ou l'être n'est 

du ttm. *Eic<ta£Y<a<ia î" ix tou àmtpoo xp^o^ t» kbI ir<ir\t xal ti 
. Kivii, i iiof 1^1 ixdsftnTà; xifatiii. • Il tst tvideDt que niiri ait l'è- 
quirileal de intÛ|i.a, comme tlai-itai<u l' infmiiai, et qu'alors doui 
sommes autorisé i lerer La diFSculLë du passage de la Phyiique ptr 
une trîi'lJgËre correclioD. 

1. Arisl., Phyi., IV, 6, n. T : Eal ri uvov, S iiopll^i rie fûmii, At 
ivToc Toû xnoû jinipi ii|i(iû TivoE Tûv ifiEiic, xelI ■hk SiBptnu;' xul TaCr* 
(tvai spATOv il -iDÎ; ip[!!|j.o!c' ti fif xtvAv EiopiCttv TÎi TÙaai; sOrâii. 

Il y a UD* contradictioD ivideale et non résolue t faire du lids infloi 
le principe de la distinction, c'eit-i-dire de la limite deschoMs. 
3. Phi'kit.,F. 18. Boeckh, p. 140 : XpiBji'Jc xii & toOtu Ivols..;. 

3. Kel., I, 6 : 0( ipiS^ol fOoii TipâToi. 

4. Met., I, i : T6v i'à|i.fl(iii Ix toû ivO(. 

K. Mtt., I, 5': Ti il i> tE iiiçaT jpwi . ScAoU. Jriil. minOT., p. 33S : 
■ D'après Aiistole, Pjthafjore soutenait ^ tvitaii tùv àptl|iuS* li to3 
Kl^BoUv » Plut, Plac. PHI., II, 9 : "Ewif loù xôo|iou i4 xiviv «U î 
&TMniî & xioiiK xkI iî si. Le vide est aiasi coninie un gruxi rètw- 



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7S 



EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 



qu'un rapport, et nous pourrions exprimer cette propo- 
Bition sbus une forme plus moderne sans être plosclaire, 
en disant que, pour les pythagoriciens, l'être réel est le 
rapport de l'être en soi etdu non-ëtreen soi; formoleoà 
le ?ice de la doctrine est du moins mis en relief, puisque 
pour expliquer l'être, on est obligé de le supposer.etque 
le passage de la puissance à l'actualité est sans raison. 
Aristote reproduit dans la Métaphysiqve cette explica- 
tion impariaite ; mais il l'abrège tellement qu'il l'obscur- 
cit encore. ■ U est absurde, dit-il, de faire une généra- 
tion d'êtres étemels : c'est même une chose impossible, 
et cependant oo ne peut pas mettre en doute que les 
pythagoriciens ne l'aient entrepris. Car ils soutiennent 
évidemment que l'Unilé est composée, soit de plans, 
soit de la couleur (considérée comme expression et for- 
mule de la qualité première, de l'étendue en surface qui 
est seule visiblement colorée), soit encore d'un germe, 
soit enfin d'une autre maiiiëre qu'ils ne savent comment 
expliquer. Us ajoutent que, immédiatement après, la par- 
tie la plus voisine de l'infini fut attirée et déterminée 
par le Qui '. > C'est ce queNicomaque appelle la première 
séparation et distinction de la limite et de l'illimité *, au- 
trement dit, la première organisation du monde et sa 
génération. On a toujours ici la même représentation ' : 
le fini attire, absorbe, par sa vie et sa verlu, l'infini et se 

voir, d'où la monde puise, et auquel il realitue ataa cesse l'im <ks 
élémeitU de h vie. 

I. f«l., ZIV,3 : ToO Ivi; «uaiaetvtac, ctt'ft imnéSuv, tW U 
Xpelcc« (peul-itre une gtose] ih' i* aiiipimot.... E06ii4 ta lYTimi 
lot} teiîpDu, 9t( «nittio ■■: impatviTO <iiii toC «^porot.... 

1. Mie, iril/im., II, 8. 

3. Gamme dans 1s Phyi., III, i, le pair est tvano>«tiiavà|uvov xai 

■ >«4 HÉplITOÛ 1tlpllvd(l,lllOV. 



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DES PYTHAGORICIENS. 73 

rassimile : et ce mouTement de la Vie et de l'Être ', cotn- 
menneaussitôtfràeûtfquerUniIeGerineestformé.Orilest 
éteroel : du moins rien daos la docirine n'explique 
comment il aurait pu naître; car ii se pourrait naître 
que d'un autre germe composé comme lui, lequel à son 
tour réglerait sans causeetsans raison. Les pythagoriciens 
ne reconnaissent que l'élre relatir, composé, mobile : or, 
ce devenir et cette relation renferment une contradiction 
nécessaire, que pins tard montrera Platon, et d'ob il sor- 
tira, chose curieuse, par les principes mêmes des pytha^ 
goiiciens. 

Ainsi, au delà du monde organisé, existe un élément 
qui ne l'est pas, infini, sans forme, sans détermination, 
sans limite, sans nombre, principe de ce qui, dans lé 
moude, est marqué du caractère de la pluralité, de la 
différence, de l'infinité, de l'illimitation. Il n'est guère pos- 
sible de se faire de cet élément nne autre idée que celle de 
la matière, qui se manifeste, qui se réalise,' aussitôt 
qu'en vertu de la force d'attraction du noyau du monde, 
éternellement organisé, elle prend une forme, c'est-i- 
dire devient l'espace plein, limité, déterminé, divisé par 
' le vide. 

Pythagore a certainement connu la distinction de la 
matière et de l'immatériel. < Aristote, dans son traité 
SOT la philosophie d'Archytas, rapporte que Pylhagorc 
appelait la matière ti &Xo, parce qu'elle est soumise au 
changement et devient incessamment autre. Il est évi- 

1. Et on peut qjoDter de la pensée; car la pensée va du semblable 
au semblable; elle consisle, pour re9pril,qui est limite, nombre, flni, 
à unmiler 1 toi ce qui est illimité et inflni. Platon appellera cela 
reconnallre dans le« cliOKS, cette Idée, qui esl analogue, sinon iden- 
tique, & notre esprit. 



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74 EXPOSITION DE LA DOCTEINE PHILOSOPfilQDE 

deot que c'est de là que Platon a empniDtÉ sa défl- 
nilion*. » 

Mais il n'est pas moins certain que si Pylbagore les a 
distingués, il ne les a pas séparés. Comment donc a-t-il 
conçu cet infini, placé en dehors de l'être f Comme un pur 
non-élre î Hats comment l'être se nourrira-t-il, se dé- ■ 
veloppera-t-il en absorbant le non-ètre 1 N'esl-il que la 
possibilité, la puissance, que l'acte éternel de l'être orga- 
nisé réalise incessamment, le mal que le bien soumet et 
dompte, l'innombrable et t'illimilé que le nombre ra- 
mène insensiblement à la limite et au nombre ? Mais outre 
que rien ne nous autorise à prêter aux formules pytha- 
goriciennes un sens si profond, on peut dire que le prin- 
cipe même de la doctrine interdit une interprétation si 
idéaliste et si généreuse. Car cet Un premier qui réalise 
éternellement l'inSni, le contient par hypothèse éternel- 
lement. En sorte que le premier principe n'est pas acte 
pur, mais àla fois acte et puissance^ esprit et matière, un 
et multitude, fini elinBni. C'est toujours la mêmecontra- 
dictiouqui à la fois pose et détruit l'être, l'affirme et le nie. 

S 3. LI HOHDE*. 

Mais l'infini ne peut prendre une forme, c'est-à-dire 
devenir fini que par la vertu et la fonction supérieures 
d'un autre élément; cet élément est l'Un, c'est-à-dire le 
monde, considéré soit dans son ensemble un, ou ramené 

I. Fragment lire de Samascius, publié par Creuier et par Grappe, 
Veber d. Frag. Arthyt., p. 79. 

3. Le mot 6 xàii(ia( semtile avoir été appliqué ponr la premibre foia 
à l'Ensamble dea choses et i Ja cause de la beauté et de l'harmonia, 
qui se rèTble dans l'univers, par Pylhagore. Plut,, PIoc. Phii., 11, 1 , 
1. Slob-, I, C. m, p. 4BQ : 'O; xal icpâTO; ùiàfiaii i^v tûv {Xu» Kt- 
f (ox^v niattov Ix tiii Iv aOiî|i TiiiEuc. Il paraît dOQC probable que la gi- 
giificatioD première du mot a été lemblable & c«11e du mot latin tHMit- 



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DES PYTHAGORICIENS. 75 

à son noyau central, son germe composé, mais absolu- 
ment UD et premier. 

Ce point virant, ce Dcead Tilal de l'univers est le 
premier Un, formé par l'harmonie, situé au centre le 
plusinterue de la sphère du Tout, TonpùTov SpijuwS^v, ih h 
\m^iaif, TU) |ua«iTBT(j) tai; ff^ipaç'. Quand on se représente 
par la pensée, x<xt' imveîav, la formation successive et 
dans le temps, du monde, on doit dire que c'est de ce 
milieu, de ce centre, qu'il s'est formé et développé. Il 
est à la fois le centre et l'en-bas du monde ; car pour 
ceux qui sont situés à l'extrémité de la sphère, le point 
le plus bas est évidemment le centre '. Ce premier pro- 
duit de l'harmonie éternelle des deux élément» est un 
feu ; c'est le feu central, source de la chaleur, de l'ëire, 
de la rie, principe de toute imité, de toute harmonie, 
force directrice et souveraine du monde, espèce de ca- 
rène vivante, fondement du grand vaisseau de l'univers'. 
Dans leur technologie métaphorique, et toute pénétrée 
du polythéisme mytliologique, les pythagoriciens don- 

dui; mais on en ignore la. racine, et les étymologies de Bopp, de Pott 
et de Welcker sodI aussi peu soutenables les unes que les autres. 
H. G. Curtius a préféré s'en taire que de hasarder des bf poihèses 
ans foDdement. cr. la nets 27 du t. I du Cotmot de H. Alex, de Hum- 
boldt, trad. Fa^e. 

1. PhiM., Fr. 10, p. 91. Boeckh, et Fr. 11, p. 96. 

a, Id., H. : 'Hpîïto iiyiïVtoSai ixi» ^^ pf^ou xai ànè toO («ioou 
TOI &VIO. Le sens de £xp>> assez impropre, est iciairei par iiti, qui le 
répète, el par SchoU. Ariat,, 505 a, 9 : 'Ex viaev npic nv Eoyaiw, 
et par Plut., Wum., c, ii : Koinwu ai iiiaov ot DuS. ib nùp UpOoSoti vo- 

3. Id., tragm. Il : ^tïôXsot itSp Iv (liacp itipl xh xJvTpov.... Ti Si 

'AYi[ioviiiiv (4i),«)iao; Ifi^oiv) iv tS |icaaii^ie nupl, Snp Tpân)«>( SEinv 
>paùnEEi),)iia iïk toS navtic u^aipa; 6 Sii[u«upTO:. SchoU, ÀTÛt., 
p. bOi b : Ta xivTpov. tï ivàtaXnov xi\t t^i xai tcdmiDiaûv. 



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76 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

naient à ce feu central des noms divins et très-variés. 
La polyonymie était en effet un sigroe et une ex- 
pression de la puissance supérieure d'une divinisé. 

C'est donc la pierre du Foyer oji brûle le feu de la 
vie universelle, la Hestia du grand Tout, la Demeure, le 
Poste^ la Tour, le Trône de Jupiter; c'est la Mère des 
dieux, qu'elle engendre du sein de son unité; c'est 
comme l'Autel, la Mesure de la nature *, la force tonte- 
puissante et autogène qui contient dans Tunîté d'un tout, 
et fait persévérer éternellement dans l'être les choses 
individuelles du monde. C'est ici, qu'on le remarque 
bien, un point de vue astronomique tout &fait nouveau. 
La ferre el l'homme, cette plante de la terre, ne sont 
plus le centre du monde ; la terre n'est plus qu'un 
astre qui gravite autour d'un autre ; elle descend do 
rang suprême où la plaçaient la superstition et la phy- 
sique antiques; elle n'est plus qu'un instrument entre 
les mains d'un artiste, et cet artiste est le feu, qui 
échauffe la terre, y fait naître la vie, et y maintient 
l'ordre et la beauté '. 

l.PhiloI., Fr. ll.Boeckb, p-Qi : 'Eiirtav-caO scnT&f,... xalAii;o1i 
ul HriT^a tiâv, Pts|iâv ti xal ouvo^V Kai (ifTpov 4>(tcnu;.... M., Pr. 17. 

Boeckh, p. I3T .- Tîj;t(S* xaii|LiKÛv aiuvlo^ iia[i.a«^; t9|v KpaTiiTiûauo» 
IBvuÙTaTiviknivex^v. Canf. SyTian.,a<jiree.,XU,p.71b.Bago1lDi:i 
(Unorura xiern» permanentls imperacletn et sponte genium 
neDliam. ■ Arist., De cirl., II, U, a. ! : 'O Aii; fu>»iqv ivoaiCûun. 
' SimpUcius (ad ^riit., lib. De tœl., f. 12D-i!4; Scholl. Arùt., p. 505 a) 
répète cei dénominations, el y ijoute celle de Aii; Sfiovov, Zovif mif- 
101, qu'il déclare emprunter au Pythagoriqve d'Arislole. Proclui (ùt 
Tim., III, p. 172) reproduit ta dernière Tarmule, et Chaicidius celle du 
Traité du Ctfl, l'n Fim., p. 214 : • Plaçât quippe PytbagQreisignem, 
ut pôle maleriarum omnium prjncïpem, medieialem mundï oblinere, 
guam Jovis custodiaiu appeliant. > CI. Plut., Plae. Phit.,111, ii. 
2. SehcU. Arùt., 604 b, 43 : AiniiaupYniv.... xotl inM-xltti xat H»» 



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DES PYTHAGOHlCreNS. 77 

Ce qui n'est pas moins remarquable que cette con- 
ception môme, qui a renouvelé la cosmographie, ce 
sont les pnncipes qui y ont amené les pythagoriciens. 
C'est un principe k priori, une intuition, une hypo- 
thèse si l'on veut, mais une hypothèse nécessaire. Tout 
a sa raison d'être, et la raison d'âtre des choses, de 
l'état des choses, du ciel et du monde, et de l'état du 
monde et du ciel, est une ralsou d'harmonie, de pro- 
portion, de nombre, de beaulé. S'ils ont détrôné la 
terre de son repos étemel, et de cette place d'honneur 
qu'elle occupait au centre du monde, ce n'est pas par 
suite de l'observation expérimentale, c'est parce qu'ils 
cherchaient la cause de la situation des corps célestes 
dans l'espace, et que cette cause était pour eux une 
raison '. Or, il était plus beau, plus conforme à l'ordre, 
h la raison, au nombre qu'il en fût ainsi : il était donc 
aécessaire qu'il en fût ainsi ; et peut-6tre ce vague 
et sublime instinct des harmonies de la nature, de 
la valeur et de la signiQcalion esthétiques du mobde, 
a-t-il présidé à d'autres découvertes, et nos moins 
vraies que celles des pythagoriciens. Mais il est inté- 
ressant d'entendre ici le témoignage d'Aristote : > La 
plupart des philosophes qui croient que le monde est 
fini, ont placé ia terre au centre : d'un sentiment opposé 
sont les philosophes de l'école italique, qu'on appelle 
les pythagoriciens : car ils mettent au cenh-e le feu ; la 
terre n'est plus qu'un des astres ^ui, par sa révolution 



t. Arist-, IX Cal., II, 13 : ToIie Xitm^ xod Ti< aliCac ï»taQvii(.... 
Qpô( Tivo^ SoEw KB' ii^au; oùtAv (abiâv T) tk f cuvi|Mva npasAaovnf . 



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76 EXPOSITION DE LA DOCTRINE V^ 

oaient k ce feu centraUea noin.«| | 

La polyonymie était en effet i| | 

pression de la puissance supé-^ Ç "^ 
C'est donc la pierre du ^ 1 1 -^ 

Tie uniTerselle, la Hestia "^ | é ^. ï . 

Poste, la Tour, le TrÔr^- 1 -^ | % ^ 

dieux, qu'elle engen^; ^ | < ^ ^ ..mer 

comme TAutel, la M3 ; | V ^ ^ f^^^jg^ 

puissante etautogè. .. 1 y ^^ ^^ ^^j^^^^ 

et fait persévérer f ^^ q„j e^t ,g p,P, 

individuelles dj , > ^^ . j^ ^^^ ^^ ^^^ 

bien, un poin'^» f ^^ ^j^^^ ^^^^^^ ^^^ j^^ .^. 

U terre et . ^^^ j^ ^^^^f ^ ^^ j^.^^ j^^;^ 

plus le Cf- ^^^^ g.ggj gjj raisonnant d'aprèi 

astre qui ^ refusent de meltre la (erre au centre 

rang su ^^ ^jj,j|g prgfè,.çu( donner celte place an 

^"I"® .iiagoriciena donnent encore une autre rai- 
'^ ^ Mt, disent-ils, que le point le plus puissaol dn 
"•^ soit le plus puissamment soutenu et gardé ; or 
' _. point est le milieu : donc le feu doit occuper celto 
place qu'ils appellent le posie de Jupiter*. > Ainsi' le 
principe de cette physique mathématique est déj^lonl 
idéal, tout esthétique. Chaque chose est où elle doit 
être ; et elle doit être \h. où la placeson degré de beanté, 
parce que la loi suprême de l'être est la beauté. -Pour 
savoir où et comment sont tes choses, il sufHt donc âe 
siivoiroù et comment il est plus beau qu'elles soient. 
Assurément l'idée de la beauté n'est pas encore ceUe 4o 

i. Ariit,D«Ca)I.,II,13. 



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PYTHAGORICIENS. 79 

'''%. lonler de l'une i l'aulre: mais 

W "^^^j, ' Plalon dira que l'essence 

j ^% " -le dons ïa perfeclion el 

. '^. ■^ ''^ B'^ï'nde et maçni- 

■^ ^ ''î^ s : L'éire est la 

<s^'^%K.'^ *^ "^ iCilenombre. 

^ ^"^ '^^, * jées & ce feu 

' ■^ ^ j( bon de s'arrêter 

c^ ^ Mesure de la nature, 

uil-il mieux traduire de 

^ veut dire? Oii trouve dans 

.:nl du pythaf^oricien Giiiiias où ce 

..(: ■ l'Un, dit-il, est le principe desftlres, 

^es intelligibles ; il est incréé, éternel, unique,, 

.ain, et se manifeste lui-même *. > M. Zeller récuse 

,c lénoignage dont il nie l'aulhenlicilé, mais U la nie 

en ^Vlribuant au mot jxnpov vo<nô)v un sens absolument 

platonicien qu'il n'a pas nécessairement. Il est certain 

que si l'on veut voir dans l'Un le type des Idées ou êtres 

intelligibles, on a une proposilioti qui appartient exclu- 

ELrwment & Platon : mais l'expression est susceptible 

A.* un autre sens, du moins je le crois. 

L'essence en soi, la pnre essence des choses, dît Phi- 
\oIaiis, est dérobée à la connaissance de L'homme. Il ne 
connaît et ne peut connaître que leschosesde ce monde, 
uutes & la fois finies et infinies, c'est-à-dire mélange et 
rapport des deui éléments des choses. Et il ne peut les 
connaître que parce qu'il y a entre son Ame qui les 
conn&lt par les sens, et les choses elles-mêmes, une 

1. SfT-i ^ '"■> ^"i '■ StMl. muior, Br., p. 336 : 'Apx^ «Tvm 



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78 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQtTE 

autour de ce centre, fait le jour et la nuit. Ils ont 
même imaginé une autre terre placée à l'opposé de la 
DÛtre qu'Us appellent Aniichthone, car ils ne cherchent 
pas à plier aux phénooiènes les causes, et leurs théories 
rationnelles ; ils plient de force les phénomènes k leurs 
opinions et & leurs idées, et s'etTorçent de mettre par- 
tout l'ordre et l'bannonie, ituptûtuvot avjKniiu'v. Eux 
et beaucoup d'autres pensent qu'on ne peut pas donner 
k la terre la place du centre de l'univers, et ils fondent 
leur conTictioD, non sur les faits, mais sur des raisons, 
ix Tûv \i^v. Ils disent donc que ce qui est le plus 
beau doit avoir la plus belle place ; le feu est plus 
beau que la terre ; la limite est plus noble que les in- 
termédiaires, et la limite est le poinf ila fois dernier 
et central, toxmat xa\ (x^sov. C'est en raisonnant d'après 
ces analogies qu'ils refusent de mettre la terre au centre 
de la sphère, et qu'ils préfèrent donner celle place an 
feu. Les pythagoriciens donnent encore une autre rai- 
son. Il faut, disenl-ils, que le point le plus puissant du 
tout soit le plus puissamment soutenu et gardé ; or 
ce point est le milieu : donc le feu doit occuper cette 
place qu'ils appellent le poste de Jupiter '-> Ainsi Je 
principe de celle physique mathématique est déjà tout 
idéal, tout esthétique. Chaque chose est où elle doit 
être ; et elle doit être là où la place son degré de beauté, 
parce que la loi suprême de l'être est la beauté. - Pour 
savoir où et comment sont tes choses, il sufllt donc de 
savoir où et comment il est plus beau qu'elles soient. 
Assurément l'idée de la beauté n'est pas encore celle du 

1. Alift, Dt Cmt., II, 13. 



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DBS PTTHAflOniCIBMS. 79 

bîAn, il y it an pas pour monter de l'une k l'autre; mais 
U n'y a qu'un pas; et quand Plalon dira que l'essence 
▼raie d'un être ne se trouve que dons «a perfection et 
SOD idée, il ne fera que développer la grande et magni- 
fique proposition des pythagoriciens : L'èlre est la 
beauté même, c'est-à-diredans leur langage, le nombre. 
Parmi les dénominations qui sont attribuées à ce feu 
central, il en est une sur laquelle il est bon de s'arrêter 
an instant. Pbilolaïis l'appelle la Mesure de la nature, 
fiauM,' el peut-être Taudrait-il mieux traduire de 
l'être. Qu'est-ce que cela veut dire? On trouve dans 
Syrianus un fragment du pythagoricien Cliiiias où ce 
ibotest reproduit: ■ t'Un, dit-il, est le principe desëlres, 
la mesure des intelligibles ; il est incréé, éternel, unique,, 
suuveraiD, et ae manifeste lui-même '. * H. Zeller récuse 
ce témoignage dont il nie l'aulhenticité, mais il la nie 
en attribuant au mol ixrcpov vostôîv un sens absolument 
platonicien qu'il n'a pas nécessairement. Il est certain 
que si l'on veut voir dans l'Un le type des Idées ou êtres 
intelligibles, on a une proposition qui appartient exclu- 
sivement à PliUon : mais l'expression est susceptible 
d'un autre sens, du moins je le crois. 

L'essence en soi, la pure essence des choses, dit Phi- 
lolaiis, est dérobée à la connaissance de l'homme. Il ne 
connaît et ne peut connaître que les choses de ce monde, 
toutes h. la fois finies et inânles, c'est-à-dire mélange et 
rapport des deui éléments des choses. Et il ne peut les 
connaître que parce qu'il y a entre son âme qui les 
connaît par les sens, et les choses elles-mêmes, une 

I. Syt,,ad V«I.,X1V, 1. SdtoU. minor, Br., p. 33S -. 'Anit* iliat 



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80 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

harmonie, une proportioD.uDrapport.EllesonteD elles, 
comme -principe, quoi? précisémeot cet Un composé 
lui-même, et qui, principe de toutes choses, ne subsiste 
pas moins dans l'âme que dans les objets *. Cette uoité, 
ce germe, cette raison, tous termes pythagoriciens et 
pbilolalques, est donc réellement d'une part la mesure 
de l'être, et de l'autre la mesure de l'être compris, vmtûv 
(iiTpav, c'est-à-dire la mesure de l'iatelligence des êtres, 
•en tant que le comporte la nature humaine. Ce n'est 
pas l'individu qui est la mesure des choses, ni 'de leur 
être, ni de leur intelligibilité; c'est l'Un, l'Un qui leur 
donne la limite, le nombr», et qui, en leur donnant une 
mesure, constitue leur essence; en outre, il les rend 
intelligibles, et est 1» mesure de leur intelligibitité ; 
car pour qu'il y ait connaissance, il faut qu'il y ait 
entre le sujet et l'objet une mesure commune, qui 
soit à la fois dans les deui, et celte commune me- 
sure est l'Un ; car l'Ame doit avoir en elle les raisons 
des choses pour les comprendre, et participer à cet Un 
qui est leur raison dernière et suprême. 

Quoi qu'il en soit, cet Un, composé avec harmonie *, 
est la première monade, le principe de tout, ce par quoi 
tout commence *, quand on se .représente le monde 
comme commençant ; mais il n'est au fond, comme le 
monde, dont il est la raison idéale, le commence- 
ment xotT* ixiïOKiv, qu'un acte étemel du fini et de l'in- 
fini *. Sur lui reposent les fondements de l'univers; 

1. PWioi., Fr. 4. p. 62. 

3. npâiov iv àf]Laa9év, ou, comme dit Aristota : xi Iv ouffcaSc*. 

3. Plul., Plac. Fhii., II, 6, et III, Il : . Pïtlwgoro tUt commencer 
le monde par le feu et le cinquième éléntenl. > 

4. l'hilol., Fr. 32. p. 16S : 'EvipYiiav itStov. 



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DES PYTHAGORICIENS. 81 

immobile an centre ', comme l'immobile Hestia,,ce 
souffle de feu, cette flamme de lumière, de chaleur, de 
vie, pénètre la nature entière *, enveloppe et maintient 
le tout dans l'unité *, et du sein de son étemelle im- 
' mobilité*, commimique étemellement lemouTemetit ', 



I. Pftt(oI.p.94:Tii[Cp.,..iaTea<Tdïwlitixov. 

7. Philot. p. 167 : ^ou {lanviiiuva; xat inpiaTi£(mof (ixfiatW* 

3. Philol. p. 16T : 1â( xb filov npicxo^si^ ^xiç. 

4. K. Boeckh lui donne le mauvemenL spontané, n&ïs pour eiplî' 
qaer un teite de PbiloUilg très-altéré, et où il reconnatl lui-mâme la 
main TÏoIenta d'un ioterpotaleur. Dans ]a fragment 22, p. 167, il est 
dit que le monda est dirisÉ en deux parties, l'une i\uià6ka<noy, ou 
àiuTsCXanv Ou à|iiTiCo}iOT,c'est-i-dire Évidemment immuable, immo- 
bile; l'autre, lUTiCaUio, muable, mobile; l'une mouTant, l'autre mue; 
l'une toujours Identique à elle-mâme et âans ie mime état, Icatl Sia- 
fiini xaTs Ti aCti xal isancùnn Ixov, l'autre naissant et périssant 
BUS cesse. Pas de cUfSculté jusqu'ici; mais, dans ce même extrait, 
Tune de ces parties est appelée ii itixlvatov, l'autre iiuiaSiti ^ P'^- 
mière, à*l Biovco; Biiw, la seconde, ici lUTiEiUavrot. Ici les opposi- 
tions précédentes semblent disparaître, et H. Boeckb ne lËTS pas la 
contradiction eolre les deux moitiés du fragment, en proposant d'un- 
teodiB iaixiimm ptT diu'iich stelMbewegende, auquel correspondrait 
le àtt Biuv. Car, quand bien mfima on accorderait i H. Boeckb qu'il y 
1, dans U doctrine pythagoricienne, un Dieu spirituel, distinct du 
monde, comme le dit PhiloD, ce dernier témoiu et toute la doctrioe 
s'opposent i ce qu'on lui attribue le monTement. Car Philon dit de lui 
(fr. 19, p. 151] qo'il est ànCvaiac, |i6vi(ioc; Tbion de Smjrne {Piaf. 
Mathem., p. 49 : xivou|jiévou ti ia\ ixinitou), .comme Aristote, dans la 
table des Sj^ygies, pose comme contraires le mobile et l'immobile : le 
pr«iiûer, identifié au pair et i l'infini, et le second, k l'impair et au 
fini. L'Un est donc immobile comme la pierre du Foyer de l'univers. 
Je n'aurais aucun scrupule de cbanger la refoo d'un teite si cor- 
rompu el d'une origine si tégitlmemenl suspecte, qui en ferait dispa- 
raître au moins ies contradictions. Ja proposerais donc de lire : TA \iit 
iii iovTo; Stiu, dans un endroit, et tb |>lv àkivaiov (ou dwixivoûv] ii Si 
d<nuti(,dana l'autre. 

à. PhUol., Fr. 33, p. 168 : TA xlviov lï slOvot i<; cUd^ci icspiicolii. 
C'est donc non-seulemeat autour du centre que se ment l'onÎTers et U 
terre, mais c'est ce centre qui imprime le mouvement. Fr. U, p. 94 ■ 
Qipl tl nÛTo aûtunot tila xoptOuv. Arist., De tUxt., II, 13. 



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88 EXPOSITION DE LA. DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

il répand jusqu'aux extrémités du monde or^nisé et i 
la limite de TinSni où sa puissance expire, il répand la 
vie en travaillant et façonnant les choses, à la manière 
des artistes, et leur donne le nombre, lalimite,la me- 
sure, c'est-à-dire ia forme et l'essence. 

Cette force démiurgique, qui donne la vie et la con- 
serve ', est un souffle, une flme, et par conséquent, s 
.l'on veut et dans la formule des anciens, c'est un Dieu ', 
ou plutôt le divin -ri eeïov. < Pylhagore et Platon consi- 
dërent l'&tne (bamaine) comme impérissable; car 
lorsqu'elle quitte le corps elle rentre dans l'Ame du 
tout, tlï 'Hiv Toû «ctvTi(i|(u;(T>, parce que son essencx 
est de même nature i)MY»^ï>'*. «Il n'y a qu'un seul 
principe de vie, Cv Ëiriîpj^iiv m&fUL, qui pénètre & la 
façon d'une âme* l'univers entier, et forme ainsi la 
chaîne sans fin qui relie tous les êtres les uns aux 
autres, animaux, hommes et dieux '. > Celte force est 
d'une nature k la fois si subtile et si puissante qu'elle 
entre dans le tissu des choses, que dis-jeî fait la trame 
de ce tissu, et est présente en elles, indfifixt, et agis 
santé depuis le centre qu'elle ne quitte pas, jusqu'aux 

1. C'est Ift oa WmiurgB des fr. 11 fp. se) et 23 (p. 168], quele lé- 
duteuT, troubla par les idâes plataniciennes) a séparé à tort du fou 
lui-même. 

2. Simplic, >n lit). Ariit. de Cal , f. 114. SchoU., p. 505 a, 34 : Hûf 
(ùv év 1^ V^<!f Xi'iiouai riyi Sti|j,iaupTixf)v Bùva|j,iv TJIi ix [Uosu nâin 
■rit* ffrl t^iaoyoïoiatty xai xb iicK'^t^itm ceiIt^; ivctUdUksovocn..- Sdui. 
Antt., id-, p. 504 b, 43 : Oûp BriitiaupYixàv.... àvàBalicav,... bif 
imaQv.... fAiXarrav iioni«|i.ii|inv.... xài ^pouprinKàt iautî^ iuidiUKi* 
ToÛTMc (leg. toiJTtp) \Spifiiaki'. 

3. PhUol., Fr.l2,' p. 167 1 Tci<tiS).ov in(iiix(niaaï<|niX(!c- 

4. Plut-, PUk. Phil, IV, 7, 1. 

h. Seil.Enip.,<idti.lfaIh.,IZ, 127. SckoU.Antt.,f. 506 a, 9: Aiirat 
itXix9'lv«tï>i* to5k«¥t4( <ln»xfri i» lUoou «pitiiv ïox«t« eùpsuii. 



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DES PYTHAGORICIENS. 83 

extrémités du ciel où elle se répand. Cicéroa a donc 
bieD raisoD de dire < PylhagorasceBsuitaniniuin esse 
per naturam rerum omaem intentum atque com- ' 
meaDtem. >* Mais ce Dieu, cette Âme du monde, qu'adop- 
teront plus tard Speusippe et le^ stoïciens, n'allons 
pas croire que ce soit une substance pure de matière ; 
comme nous le verrons plus loin, l'&me humaine, qui 
n'est 'qu'un écoulement, une parcelle de l'&me du 
monde, l'&me, quoique principe du mouTement, est 
encore une nature composée et matérielle, d'une ma- 
tière plus pure, plus impalpable, mais réelle. C'est l'Un 
composé soit par mélange, soit par rapprochement *. 
C'est un germe, «ntfpfjKx, où les éléments composants 
se sont tellement pénétrés et modifiés qu'ils ne font plus 
absolument qu'un, ou bien c'est un corps formé par des ' 
plans rapprochés *. En mot, c'est un nombre, le rap- 
port premier, l'harmonie première du fini et de l'inSni. 
Gest par celte Ame que le monde vit, respire, est un, 
est éternel ; c'est par la vertu active et puissante de ce 
germe, qu'il s'assimile comme un être vivant, absorbe 
et transforme l'élément inâni, sans mesure et sans 
nombre, dont il vit. Mais ce mouvement, ce développe- 
ment de l'Un étant étemel, il en résulte que le monde 
est éternel aussi *, et il est éternellement un, puisqu'il 
est l'acte étemel de l'Un. 

1. DeiwM).,1, 11. 

s. AnM., Met., SIV, 3 : Toû iviî oucnsieéYTW. Id., XIV, 5 : Mfïii^ 

3. Jfe(.,.XIV, 3 ;ElT(mnnreSin»,...*itK Ix oirip[taTO(. 

4. Frag, 22. PM,, p. 167. B, : T4 xiviov iÇ olûvot U «^ûva «pixa 
Uï.... M., p. 165 : *AW^; iîi 4 k6<j|iO( iÇ oliû^o; xai ik olûva Siani 
Yii, El<{iiii i>i(,Tia («neviw »«l xçaiiaxia xai iiunipOmM ïutfipvûiia 
10t.-.. Id., 168 : Kôffiiov lîntv iïtpYi'nv itîiov Bilu t« mI yivéoioc. 



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84 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

H. Zeller contesie l'authenticité du ft-agment de Phi- 
lolaùs, qui a en effet, au moins dans la rédaction^ une 
couleur platonicienne très-prononcée; mais ses rai- 
sons pour en contester le fond ne me paraissent pas 
démonstratives ; il prétend d'une part que l'éternité da 
moûde est une doctrine postérieure & Aristote, et que 
l'Ame du monde est une idée toute personnelle à 
Platon. Hais ces assertions sont inexactes: pour l'éter- 
nilé du monde, Heraclite évidemment l'a enseignée 
longtemps avant les stoïciens et en termes des plus pré- 
cis : * ce monde, disait-il. n'est l'ouvrage ni des dieux 
ni des hommes : il a toujours été, il sera éternellement; 
c'est le feu vivant, éternel, eiXX' ?v iù ««l («ai irôp dai- 
Uv'. » Quant à l'âme du monde, AIcméon, dont les doctri- 
nes, Aristote le constate, ont une grande analogie avet 
les doctrines pythagoriciennes, AIcméon attrihuait lana- 
ture mortelle de l'homme A ce qu'il ne peut unir la lin 
au commencement; il n'a pas en lui, disait-il, le prin- 
cipe d'un mouvement circulaire, c'est-à-dire, éternel. 
Or, en refusant cette vertu à l'&me humaine, AIcméon 
reconnaît qu'il y a des ftmes qui ont ce don divin: et il 
donne une Ame éternellement motrice non-seulement A 
la lune, au soleil, aux astres, mais encore au tout de la 
nature, au monde entier*. Si AIcméon, ctHitemporain 
de Pythagore, probablement son disciple, admet une 
Ame du monde, quoi de plus naturel, et même de plus 
vraisemblable que celui-ci en ait fait autant. Aristote, 



1. Fragm. 25 d'Héracl. S. Clem. SInm., V, 659 b. Plut., de Gtn. 
,ln.,6,2. Simplic, inATùî.,dt CiEl.,L6Sb. ScholLÀHsi., p. 487b, 

33, 46. 
1. J.rist., de An., J, i, 14 : Kal t&i eùpui> S).ov. 



Dig^.-^r-jyGOOglC 



DES PTTBAGOHICIENS. 85 

d'ailleurs, non-sealement nous autorise &le croire, mais 
il ne permet pas d'eu douter. D'une part il appelle l'Un 
principe, un sperme, un germe ; c'est-à-dire quelque 
chose de rivant assurément-, or dans la langue des 
anciens, et dans leurs opinions philosophiques, quel est 
le principe de toute vie, végétatÏTe ou animale, si ce 
n'est r&tne î D'un autre c6të, il nous dit que le monde, 
dans le système des pythagoriciens, aspire et respire ; 
cette fonction éminemment ritale, par laquelle se produit 
l'alimentation du monde*, peut-elle s'accomplir sans la 
vie dont elle est la marque, et par conséquent sans une 
âme ? El cette âme du monde qui vit, respire, se nourrit 
et répare ses pertes, je la retrouve indiquée par Aristote 
jusque dans la théorie d'Heraclite*. 

Donc le monde a wie Ame, s'il faat entendre par 1& 
ce principe igné, cet éther, cette quintessence par 
laquelle les anciens atténuaient, exténuaient la notion 
de la matière sans la détruire. Les pythagoriciens vont 
jusqu'à lui donner la propriété presque immatérielle de 
la pénétrabililë : touten gardant son unité, tv mtûiMc, tout 

1. Phihl., Fr. 12. B. p. 111 : TpOfàt teij iua[iou àva6u(ud»n(i. 

i. ArisL, de An., I, 2, 14 : Ksi "Hçàv.Ui.TOi tl t^v ipx^v iTvciE ffm 
r^ "Wx^v, ititip T^> ivaBuliîaoïv. On traduit généralement ce demiar 
mot par éTapoiation; je crois qu'il marqua quelque chose t« plus 
viul ; c'est le mourement du cœur, qui palpite, qui s'ëlAvs et qui s'a- 
baisse. Gua l'interprète par reipiraliontm; et Budâe, rspprochaat it- 
{liit et ivatu(i(aaiv , traduit le premier par expirationem. Aristct., Dt 
têtu., c. Il fin: 'Bi'àaftii, K>ma>S4;Ti( àiaSutiiounc. Le sens de l'odorat 
ne peut itre une exhalaison. Lu racine, suivant moi, serait i^n-, et , 
non Bu-. Il est irai que G. Curtius les ramène l'une IL l'autre, et dérive 
(Ki)iâ; de BiJw (R. 6v), fermentET, bouillonner, s'agiler, bruire, et rap- 
proche tiu^à;, dU9Cr. dhûmas, laLfumui ; sensprimitir'. vapsur, fumée ; 
mais l'air chaud de la respiration, Tisiblo quand il fui froid, peut tris- 
bien avoir porté es nom, avant la vapeur noirltre qui s'élève des feuil- 
les ou des branches brâlées. 



lyGOOgIC 



66 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

en restant an centre, l'Un pénètre l'immensité du tout*, 
et s'étend du milieu qu'il ne quitte pas à l'extrêinité 
qu'il occupe' : l'âme est au centre et elle enveloppe le 
tout'. 

Cet autre feu, comme le premier, est la limite': 
c'est l'Olympe, qui contient k l'état pur'', c'est-à-dire 
sans mélange, tous les éléments, l'eau, la terre, Tair, 
le feu, et le cinquième qui constitue le cercle même 
de la sphère*, et qui n'en est pas moins l'élément par 
où natt et commence le monde'. Comme envelop- 
pante, elle est le lien qui fait un tout du monde; el elle 
est alors conçoe comme le principe efficace, et la loi, à 
laquelle rien ne se dérobe, de l'harmonie et de l'unité*. 

Entre ces deux points du centre enveloppé et de la 
sphère enveloppante du tout, se meuvent les sphères des 
êtres qui se sont plus ou moins laissé pénétrer par la 
limite, c'est-à-dire le monde même : d'ahord la région 
proprement appelée matuK, où sont les corps divins qui, 

1. Seit. Emp., IX, 117 : ^v miOiui tA Sià «mit toS xÔ9[uni Si^xin 
iJ.u][iK Tpiicov.... 

2. Simplic, Schott. Arùt., 505 a, 9 : UXt^S^'ai in toQ (itoou icplc 

3. Phil., Fr. 32 i Tâs t4 61oï jcip.ExoùoM iVuxSt. Fr. 11, p. 94 ; Kal 
itiiiv Bûp ÎTipoï itierà-zm tJ icipi();oï. 

4. Jtrisl,, de Cœl., II, 13 : T4 i' l<7i<rcin ko! to ji^nov it^poî. 

5. PM., Fr. 1 J, p. 94 : Eiimpivibv tûv otoizeiu". 

6. PM., Fr. îl, p. 160. J'adoptP, au lieu de la leçon de Boeckb : il 
é)iieà(Tâ; sfaEpac f^iinrav, l'ingénieuse correction de Ueineke,]^ xvxlà{, 

7. nni.,Plac.FhH., U, 16 : 'AnÙ m!ou (rroixeioy flpîaro noofto- 
■Kmtli i Btbc — nvba.'j&fai, intb mp4; lai tdû m'iimau aTOij;iiou. 

S. Plut., PUte. Phil., I, 25, 2 : llv6a^àp^ t/i-{x-r\<i lyn mpixtu^i 
t'^xéavjf. Cf. Stob., Ed., 1, p. 158. Theodor., Grxe. Aff. Cur., VI, 
13, p. 87. Diog. L , VIII, 85 : 'EBoxel oiTqi {PhilolaQs) TtivTii àviTxfl 
xat ifliovùf TiviaBii. PlatOD (Rcp., X, 617 b) mel sur les geiioui de U 
MAcsssité le fuseau laurnant, qui dans sa roUtioD fait tourner le 
monde. 



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DES PYTHAGORICIENS 87 

se mouvant de l'ouest h. l'est, accomplissent aatoar da 
centre leurs danses et leurs chœurs célestes ; au-dessous, 
i partir de la lune, est la région sublunajre, appelée pro- 
prement oâp«vi(, sphère des êtres et des choses sujets au 
devenir et au changement*. 

Mais quoique composé, quoique comprenant en soi 
une parUe où les individus changeants naissent et péris- 
sent, le monde en son tout et dans son unité ne sau- 
rait périr; car quelle caDse,soîtau dehors, soit au dedans 
de lui, pourrait-on trouver pour le détruire, qui fût plus 
puissante que ce principe interne de vie et d'unité, de 
mouvement et d'harmonie dont il est l'étemel produit. 
Ensuite, il n'a pas commencé, perce qu'il a en lui le 
principe du mouvement; il vit de sa vie propre, et se 
meut dés l'éternité de son propre mouvement*. Gom- 
ment alors les pythagoriciens peuvent-ils dire : « Le 
monde a commencé de naître à partir du milieu, ^p&tro 
a tifni^M^'i* C'est que Pythagore, lorsqu'il dit que le 
monde a été formé, l'entend non d'une formation dans 
le temps, mais d'une génération dans la pensée , 
oô xoii xP^"*» *<"' '"'^o'»**. et Aristote confirme 
celte réponse que combat cependant encore sa cri- 
tique. « Les pythagoriciens admettent-ils ou n'admet- 
tent-ils pas un devenir? il est inutile de discuter cette 
question ; il est certain qu'ils posent des êtres étemek, 



1. Ph»Iol.,Fr. ll,p.94. 

2. Phiiot., Fr. 22, p. 167 : 'Apx«v ^xyimot xal iTE^><cfiô|tivo< livpxy- 
a(u (ou àlSiu). Termll. {ApoloQ-, c. n), VaiTon, (d; Rt Rtul., II, 1, 3) 
rapportent également que la doclrins de l'éternité du monde est py- 
thagaricienoe. 

3. Pkû., Fr. 10, p. 90. 
t. Stob.,£cI., 1,450. 



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88 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

et qu'ils cherchent & en expliquer la fonnatioD : ce qui 
est sonveraïoement absurde, parce que c'estabschimeiit 
iinpossible^ Tous les philosophes disent que le monde 
a été produit, yivo[uvou ; mais les iins admettent en même 
temps qu'il est étemel ; et les autres en concluent qu'il 
est périssable'. » M. Zeller n'a donc pas le droit de pré- 
tendre qu'avant Aristote personne n'avait soutenu la 
doctrine de l'éternité du monde*. Gomment concilier 
l'éternité du monde avec tes explications données sur sa 
formation' t Aristote nous fournira encore la solution 
de cette apparente contradiction, et c'est celle que nous 
avons dëj^ trouvée dans Stobée. «Pour venir au secours 
de leur système, il y en a qui disent que cette génératiOD 
n'est pas réelle Dj dans le temps, od fv/afjivw itotj, mais 
qu'elle est imaginée pourreiplicaUon,Siîninuïl{açx«p»i'*-" 
C'est donc uniquement pour les besoins de notre esprit, 
dans l'intérêt de la science, et pour faciliter aux autres 
l'inlelligence des questions philosophiques, que Pylhagore 
considère le monde comme créé*. Cela revient à dire 
que pour comprendre la vraie nature du monde, on 
peut et on doit le construire successivement dans son 
esprit. C'est l'application instinctive du principe d'Aris- 
tote: on ne comprend que ce que l'on a créé et produit: 

L Met., XlV, 3. 

2. De Cari., I, 10, p. 79 b, lî. 

3. S'autanI plus qu' Aristote (Fhyt., VÏII, i, 260) attribue cettA opi- 
nion & Empédocle et & flèraclile : ït[ foioi* ilvai xtviia». 

4. T^v -fittavi ToO xéogiou. Plut., PIoc. PAtl., II, G, 3. 
6. DeCcri., 1, 10. 

6, Plut., Piac.i'ftii.,n, 4,1. 

I. Met., IX, c. IV Sn. C'est le Tand de la doctrine de Ficbte , et peut- 
£tre de Kanl. Nous ne pouvons comprendre un objet, qu'autant que 



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DES PYTHAGORICIENS. 89 

Essayons donc de nous foire une idée de la forma- 
tion de l'univers en le construisant mentalement : repré- 
sentation qu'on ne doit pas s'attendre à trouver parfai- 
tement raisonnable ni parfaitement claire, puisque c'est 
un point sur lequel, au dire d'Aristote, les pythagori- 
ciens ne savaient que dire, et sur lequel ils sont restés 
presque muets, eJiropownv ïImîï'. 

IiTJn premier est le principe de l'élément de Ions les 
£tres*. 11 a une grandeur; il occupe un espace, on lieu*, 
il produitla grandeur et l'étendue physique*; ilestcom- 
posé soil de plans, soit d'un germe ; il vit et respire ; en 
tant qu'uji, il est limitant et limité ; il est fini, il est 
générateur de la forme*. 

On doit se le représenter comme un point; mais 
comme un point ayant grandeur et vie; et il a déjà 
l'étendue dans les trois dimensions'. Si celte grandeur 
est composée de sur&ces planes, on peut donner à ces 
plans le nom de couleur, parce que dans les corps il n'y 
n'y a que la surface de colorée ; mauvaise raison d'ail- 

nous le vojons naître i nos jsui par la pensée, quaDd il est créa en 
quelque sorte par l'enteadement. C'est le sbds d'un mot Tanieui, qu'on 
l'est bSté de nétrir comme une impiété sacrilège, el qu'on aurait 
mieui Tail da cocaprendre. On trouve déji dans Vico [de Àntiqmtt. 
JIol.fopùTU.) : c Geometrica ideo demoaslramui quia facimus, Phy- 
tica si demonstrare possemus, faceremus. ■ 

1. Met., XIV, 3. 

2. Jfet., SIII, e : Ti ïv naixiTov xal ipx^'' foraiv slvai tûv Svruv. 

3. Met , XIV, S. 

4. XIV, 3 : Ti Y"P V-'f^H "«"'î- 

&. Simpiic.^ in Phyi., T. 104 b : Ti «Epaivov xsi! tiSonaioïv. 

G. Aristote, de Anim. l. I, c. ii, § 9, citant lui-tnéioe son Traité ncp! 
f [iLOacsEac, consacré i Platau et aux pythagoriciens, et faisant ailusion 
à ces derniers, «omma je le crois avec H. Darlbéletcy Sainl-Hllaire, 
dit : Aût6 p^v tô ^ov ix Tij; toO £>i( liSiat kbI toû nptÏTau p.1ixeut, xat 



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SO EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

leurs, comme le fail observer Aristole, puisque si le plan 
est la limite des corps, la couleur est daus cette limite 
même*. — Si cette grandeur est composée de surfaces 
planes, en vertu de sa puissance iateme, elle aspire le 
vide innni qui la gonfle, l'emplit, l'élend, et se dévelop- 
pant, pai'une génération qu'on peut s'imaginer succes- 
sive, dans les trois dimensions qui sont déjà en germe 
en elle, produit le solide. Car il semble que les pythago- 
riciens se soient figuré ce point comme une espèce 
d'outre ou de vessie extrêmement aplatie. Le^vide en 
s'introduisani entre ces plans superficiels les écarte et 
engendre des intervalles', qui, contenus dans une forme 
par l'élément limitant préexistant dans les plans, con- 
stituent le corps. Le vide fait plus : par une fonction qui 
semble contradictoire à sa nature, puisqu'il est l'infini, 
il divise, sépare, distingue les fitres les uns des autres', 
parce qu'il s'introduit non pas seulement dans l'inté- 
rieur de chaque être, mais circule en dehors de chacun 
d'eux ; c'est en effet l'espace vide qui est placé entre les 
corps, qui limite leur étendue et détermine leur être en 
lui donnant une mesure *. Par l'introduction du vide la 

1. Arist., (U San. tt lent., c. m. Stob., Ed., l, 363. Plut., Plu. 
Phii.,l, 15. Theol. Àrilhm., p. 10, 18. 

2. Aiaotq^aïa. Boetb. b. Àritûm., Il, 4. 

3. Arisl., Phyi., IV, 6 : Ti uvi« 3 eiapiïti là; çûsiic 

4. Il est clair que nous n'avans pas ici une eipiication scientifique, 
e( que les pythagoriciens ne nous disent pas comnenl. l'Un a produit 
la pluralité. L'inlerTenlion du vide ne sert à rien; car elle suppose d^l 
cette pluralité de iDonades; et Je vide ue fait que grossir les prapor- 
tioDs qui les séparent les unes des autres, comme celles de leurs di- 
mensions propres. Od ne petit guère distinguer le vide de l'inSni, puis- 
qu' Aristole (Phy*-, IV, 6} dit que le vide s'introduit dans le monda, et 
qu'il y est aspiré fac ToO &mipou. D'un autre côlé,Simplicius ladPhyt., 
153) appelle ce qui est en debors du monde, le vide, et Aristole, lln- 



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DE3 PYTHAGORICIENS. 91 

quantité continue est constituée en quantité discrète : 
et son premier effet est d'engendrer les nombres*, qui 
ne l'oublions pas, sont les choses mêmes ; et voilà com- 
ment les nombres qui ontl'Un pour élément et principe 
n'en sont pas moins engendrés par la pluralité*, ou 
l'élément infini qui la contient en puissance. 

Si on suppose que les pythagoriciens se représen- 
taient cet Un premier, non sous la forme d'une figure 
limitée par des plans, mais sous celle d'un germe, le 
même phénomène d'aspiration produira le même effet, 
c'est-à-dire que l'Un, à l'aide de l'infini, et en yertu de 
sa puissance interne de développement, engendre les 
nombres, discrets et à la fois concrets, c'est-à-dire les 
choses individuelles. Le point en s'accroissant porte 
nécessairement sa limite en dehors de lui-même , et 
comme il déplace sa limite, il crée un second point. 
L'Un, en se dédoublant, se double: un a produit deux*. 
Hais dans ce mouTement d'une limite à l'autre, le point 
a parcouru un intervalle, une distance : cette distance 
cstla ligne, représentée par le nombre deux qui la dé- 
termine. Par ce m6me mouvement tout idéal, on se 
représentera également la génération du plan par la 
ligne, et par la révolution des plans, la génération des 
solides'. Au fond de toutes ces représentations, je ne 

fini. On peut admettre, avec Hartenstein, que le même élËment porte 
le nom d'infini, laot qu'il reste en dehors du monde, et prend celui de 
ride, quajid il y est absorbé. 

1. Ariat., Phyt., IV, 6 : K«i tout' tlvon npûtov iv toÎ( àpiftjiol; ■ tô 
yip x4ve» Biopilti» ■rili çiioiv aÛTÛv. 

3. V. plus haut, tom. n, p. Tl, n. 6 : 'H féyMiit&i âpiegiûv tx toù 

3. Mtt., XIV, 3 : Tiv i^' ivéc SinXaai«ïâ|itv(n. 

4. 3 = la surface, parce que la premiÈre figura reciiligne est limitée 



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98 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

vois qu'une notion olucare mais vraie: l'èlre est fils de 
l'èlre ; deux est parcoDséqueot le produit de Wa . La vie 
a la puissance d'engendrer, et comme ce qu'elle engen- 
dre, touten sortant du genne, s'en détache.l'Un, qui seul 
est vivant, engendre la pluralité : d'un autre cdtÔ l'èlre . 
vivant ne nous est donné, que sous la notion d'nn être 
étendu, et par conséquent matériel ; pour vivre, et à plus 
forte raison pour engendrer, il a besoin de s'assimiler 
un élément étranger, la matière, principe de la plu- 
ralité infinie ; et c'est gr&ce h cette matière qu'il peut s'ac- 
crottre, se multiplier : donc les nombres ou les choses 
sont aussi le produit, indirect au moins, de la pluralité, et 
à son tour l'unité vient de deux, tï Si tv il iiuftntptai '. 
Les deux éléments des nombres sont donc, par rapport 
i, ce qu'ils constituent, comme le père et la mère, qui 
ne sont pas moins nécessaires l'un que l'autre k la gë- 
nération;«lenombreesl]epremierprincipe: c'est l'Un, 
indéterminé, insaisissable, il renrerme en soi tous les 
nombres jusqu'à l'inflni. Quant à l'hypostase, c'est-à- 
dire quant à la réalité, la première monade est mftie : 
c'est le père qui engendre tous les autres nombres. 
La dyade, qui vient en second lieu, est le nombre fe- 
melle*. 



partrois droites; i=:le cori», parce que le solide régulier le plus 
simple est limité pur quatre plans. 

1. Met.,I,i>. (hiMisit ici le tIcb incurable du syatËme. Rien n'f est 
vraiment premier ; car si, pour arriver à l'être, l'ioBni est conditionné 
par l'Un qui l'absorba et se l'assimile, l'Un lui-même, pour se réaliser, 
est oMigé da se mettre en relation aTec un élément étranger. Ainsi, 
l'un et l'autre se conditionnent réciproquement, jusque dans le aeio de 
i'Un piemier. 

î. EudorB,daa5 0riB.,PM*:oi.,p.6. Cf.Anatol-.danslalVieot.^rilhni., 
p. 34. Le nombre impair est mile, le nombre pair est femelle. 



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DES PYTHAGORICIENS. 93 

. Voili doQc conuDeot de l'unité naissent les nombres 
qui sont à la fois causes de l'essence ou substance, et 
causes de la forme des êtres, ot ctptajMi aUm tûv <Aa^, 
x^ç (jMpf^ïalTEOi*^ 

Gomme le point premier est étendu et substantiel, il 
eu résultait, d'après les pythagoriciens, que chacun des 
nombres issus de l'Un, chacune des figures engendrées 
du point, était quelque chose de substantiel el de réel ; et 
comme ils s'obstinaient k confondre le nombre mathé- 
matique avec le nombre concret, ils arrivaient à des 
conséquences f^éométriqueraent vraies, mais absurdes 
dans l'ordre ontologique. Aristote observe, en effet: 
« que quelques philosophes, ce sont les pythagoriciens 
évidemment, ont pensé que les limites du corps, par 
exempte: la surface, la ligne, le point ou la monade, 
sont plus véritablement substances que le corps et le 
solide*. Le corps est moins substance que le plan; le 
plan moins que la ligne ; la ligne moins que le point et 
la monade; car c'est par eux que le corps estdéterminé, 
et il est possible qu'ils existent sans le corps, tandis que 
le corps ne peut exister sans eux. Gomme le point est 
le terme de la ligne, la ligne la limite du plan, le plan 
celle du solide, quelques-ubs concluent que ce sont là 
des êtres naturels existant par eux-mêmes', et alors ils 
ne se gêneront pas pour composer de plans et résoudre 
en plans tous les corps *. > 

1. ilrist.,irel.,XIV, &,elXllI, 6. 

2. Met., vil, î, 1028 b, 15. 

3. jrrt.,in,5;XlV,3. 

4. D«C<»I., III, 1. Cf. les passages ciléa parBrand., Grteeh.u. Rom. 
PAi'Im., I, p. Vl\. Si quelques-uns le rapporteot i Platon, c'esl qu'A- 
ristote lui attribue une doctrine qui s'ëloigno peu, eu ce point surtout, 



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94 EXPOSITION DE LA DOCTMNE PHILOSOPHIQCB 

NoD-seulemeot le plan, la ligne et le point devaicn.f 
être des réalités, mais dans l'ordre de la génération 
mentale ' des nombres, ils devaient être antérieurs aux 
choses, et le point, l'Un, devait être le i^remier : ■ Pla- 
ton et les pythagoriciens faisaient des nombres les prin- 
cipes des choses, parce que le principe leur paraissait 
être ce qui est premier et indivisible. Or les surlacessont 
antérieures aux corps, parce que tout ce qui est simple 
et non composé est naturellement antérieur. Par la 
même raison les lignes sont antérieures aux surfaces, et 
les points aux lignes : ces points, artypif, que les mathé- 
maticiens appellent n^tuia, étaient nommés par les pytha- 
goriciens monades. Les monades sont des nombres, 
donc les nombres sont les premiers des êtres*. > 

Hais il importe de ne pas oublier que ces nombres 
n'étaient pas des nombres abstraits. « Les pythagoriciens 
n'admettaient qu'un nombre, le nombre mathématique; 
mais ils ne le considéraient pas comme indivisible et in- 
corporel, c'est-à-dire conune monadique : en effet, le 



de celle des pythagotidens, comme il la constats lui-mSme, d« Cal., 
m, 1 : • Cette rétutalioD, dit-il, relambe éf(a.\enieai sur ceux qui com- 
pcuent le monde des nombres,... comme certains pytbagoricîeos. ■ 

1. Cest &vec cette réserra qu'on doit admettre le témoignage d'Aris- 
tote. Et encore ses reoseigoemenls sont quelque peu contradlcloirea; 
eti il suppose que les pythagoriciens attribuent plus de sutalaDce, 
plus d'âlre, et p^r conséquent plus de perfeclion i la surface qu'ku m>- 
lide, à la ligne qu'i la surbce, au point qu'à la ligne. r{'est-ce pas 
dire que le point est toute la perfection de l'être? Uais, tout à l'iieure. 
Il ?s nous dire le contraire : à saioIr que les p^bagoriciens, posant 
pour principe le point, le germe, font commencer les cboses par une 
imperfection [>remiére, 'l'où elles ne peuveut sortir qje par uu mouve- 
ment progressif, qui crée posiérîaurement la perfection. Donc le palnl 
n'a pas plus de perfection que la. ligne, la hi^e que la surface, etc. 

3. Àleiand. ApliToJ., ad Met., I, 6. SehoU. Arift; P> 6&1. 



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DES PTTHACOHlCïENS. 95 

nombre moaadique est indivisible et incorporel. Uais ils 
altribuaient à leurs monades une grandeur étendue*. > 
Il réâulle de là que le nombre matbématique des pytha- 
goriciens n'est pas monadique, c'est-à-dire qu'il est 
peut 4lre indivisible, mais qu'il n'est pas incorporel. Aris- 
tote nous l'atteste lui-même : > Tout le monde admet 
les nombres monadiques, .excepté les pythagoriciens 
qui, soutenant que ITn est le principe et l'élément des 
êtres, sont obligés d'attribuer la grandeur aux mona- 
des.... Us forment le monde entier de nombres : seule- 
ment ce ne sont pas des nombres monadiques, puis- 
qu'ils imaginent que les monades sont étendues', > 
tandis que le nombre monadique est un point abstrait, 
n'ayant pas de situation dans l'espace, niYttJi ÂSi-tift*. 

Hais si les pythagoriciens ne sont pas assez insensés 
pour composer le monde de purs rapporta subjectifs, et 
de nombres abstraits, les analogies qu'ils ont aperçues 
dans les propriétés et les combinaisons de ces derniers 
les ont aveuglés au point de les confondre avec les cho- 
ses. Les choses sont des nombres, parce que les nom- 
bres sont des (dioses, U est alors indifférent d'étudier les 
unes ou les autres. Il y a plus : la science des nombres, 
ouïes mathématiques, étant plus facile et plus abordable, 
c'est par elle qu'on peut arriver à la connaissance de la 
nature, et l'on peut apercevoir et sùsir dans les pro- 
priétés des nombres et les rapporis mathématiques, dans 
ces belles lois et ces rbytbmes mesurés et harmonieux 

1. Sd>oll.Àritt., ad Met., Xm, fi, p. 723, éd. Boniti. 

1. Met., XIII, 6. 

3> Met,, XllI, g. Les abjections d'Aristolc portent sur lout es poini, 
que les pythagoriciens raisonaent sur les Unité*, comme si elles 
étaient monadiques, tandis qu'ils n'admettent pu qu'elles le soieuL 



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86 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

du développement des choses, non-seulemeaf le secret 
du mécanisme ou de l'organisme de l'univers*, mais, 
puisque la lot se confond avec l'essence, l'essence même 
des choses. 

% k. BTSTtME DES NOIdBRSS DANS LE UONDB.) 

Les nombres se divisent en maintes espèces : il y a 
d'abord les nombres pairs et les nombres impairs , les 
nombres linéaires, les nombres plans, lesquels com- 
prennent les nombres <^rrës, les gnomons ou étéromè- 
ques, les nombres triangulaires, les nombres polygoni- 
ques , les nombres solides , par exemple : les nombres 
cubiques, les nombres puissances et les nombres en puis- 
sance*. 

Les nombres pairs sont : 

1. âpttoxïf dC^uv, c'esl-à-dire ceux qui se laissent divi- 
ser par des nombres pairs en nombres pairs, jusqu'à ce 
qu'on arrive à Tunité, par exemple : 6^. 

3, L'impair-pair TtiptoooipTiov qui ne se laisse diviser 
en nombres pairs que par le diviseur 2, mais qui, par 
tout autre diviseur pair ne donne au quotient que des . 
impairs. 

3. Le pair-impair , ipvmifutan , c'est-à-dire ceux des 
nombres qui, même divisés par deux, ne donnent qne 
des impairs. 

Les nombres impairs sont : 

1. AJei. Aptira4., ScboU., p. 660 b, 25 : • Quuil à l'ardre de posiUon 
qu'occupaient les nombres dam le moadc, d'aprèt les pythagoriciens, 
il était exposé par Aristole dans son second livre aur le système pytha- 
goricien. • 

2. Alex. Aphr,, in Ket., I, 8, 990, 23. SeholL, 661 b, 5 : *H (Uv îu- 
vaiiivn, l'hypothénuse a, du triangle rectangle, al îè îuïwtïtu^tfïoi, 
lescAlés de l'angle droit, bet c, pucequéà'=^b'+c'. 



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DES PYTHAGORICIENS. 97 

1. L'impair premier et simple. 

s. 'impair second produit de plusieurs impairs, el 
qui re sont par conséquent pas divisibles, par exemple: 
9.15. SI. 85. 

3. Jjes impairs premiers entre enx'.... 

Hais h l'exception de l'identité que les pythagoriciens 
établissaient entre l'impair et le âni, d'une part , et la 
pair et l'infiDi, de l'autre, on ne voit pas quel rapport lo- 
gique ont ces Ihéorftmps d'arilhraérîqne avec leur con- 
ception philosophique. H. Zeller veut qu'ils soient partis 
uniquement des mathématiques pures et qu'ils s'y soient 
renrermés. La notion de l'infini pythagoricien est, croit- 
il, l'inâni mathématique, car ce n'est que ta faculté de 
certains nombres pairs d'être iuiiniment divisibles par 
deux, qui la leur a fournie. Il n'y a pour eux ni esprit ni 
matière, et leur nombre n'a ni substance suprasenaible, ni 
substance matérielle. Je crois avoir prouvé plus haut que 
les pythagoriciens n'ont pas ponssé jusqu'à cette folle 
absurdité l'ivresse des mathématiques, et que la pensée 
qui inspire leur système est d'un tout autre ordro : je 
n'en voudrais d'autre preuve que l'absence de rapport 
visible' eutre leurs théorèmes mathématiques et leur 
physique. Us transportent, eu effet, les données de l'ex- 
périence et de l'observation psychologique dans leur 
système des nomhres, encore plus qu'ils ne font le con-' 
traire, quoiqu'ils en aient d'ailleurs le désir. 

Nous allons nous en convaincre immédiatement. 
Tandis que les nombres abstraits sont en réalité inûnis, 
les pythagoriciens renferment dans une étendue Umi- 

1, Nicom., M«(.arïlhm„p. g. Tbeon., I, c nn. Z«ller, t. I, p. 290, 



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98 EXPOSITION DE LA DOCTWKE PHILOSOPHIOΠ

tée tout leur système Dumérique, et cette étendue est 
des plus reslreintei puisqu'elle s'arrête au nombre 
10. Ce nombre est parfait et sufflsaul; car il renferme 
en lui la nature et la puissaoce nctive de tous les 
nombres; il est le principe de tout élre, de toute 
\ie, de toute intelligence; il est la force interne et 
incréée qui produit la permanence éternelle des choses 
de ce monde'. H est vrai que pour le prouver, ils 
ont recours à un fait de pure arithmétique , comme 
nous le verrons plus loin*. Hais ce qu'il y a de re- 
marquable c'est que si tout être, par cela seul qu'il 
est, est décadique*, il n'est pas moins létradiqae', 
et de plus tout nombre tétradique et décadique est en 
même temps une unité. Ainsi chaque nombre est h la lois 
1, k et 10. Certes ce ne sont pas les nombres de l'ariUi- 
métique qui jouissent de ces propriétés, sauf peat-élre 
la dernière; car il parait bien certain que le nombre 
neuf répond & une notion parfaitement une, et très-dis- 
tincte de celle des nombres dont il est composé. En tout 
cas, les pythagoriciens auraient été obligés de l'admet- 
tre, puisque chaque être étant un nombre , ce nombre 
de l'être ne pouvait manquer d'être un. Cela revient peut- 
être à dire que l'unilé réelle et concrète doit enfermer 
les déterminations diverses, les qualités même opposées, 
tt comme ces qualités sont des nombres, que l'unité tout 

1. Philot.Bœcih,p, IS9. Ariat.., Met., l,b.Più\op.,inÀrùt.deÂnM., 
e. n 1 T(l4ln( T[àp ipie(i4( 4 îtia, mpuxii yip nivra àpiBfiin iv InuTy. 

5. Bisrocl., in Corm. aur., p. 166. HQiiach, àristot,, Phyt., UI, 6. 
Met., XII, 8; XUI, 8 : 'El |Uxp> iixàSoc à ipifljj^ 

3. J. Philop.. de ÂiUm. C, p. 3. BtMd., Ik ptri. m. Aria., 
p. 49 '. 'Ap>S)^oi il iiiisidto!. 

t. Pr^Lsément parce qu'il est décadique; eu 10 est U somm'a dM 
quatre premiers nombres. J. philop., Id., Id. 



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DES PYTHAGORICIENS. 9 

en restant uae, doit contenir d'au 1res nombres, c'est-lk- 
dire le multiple de ses détermiQ&tions et deses propriétés. 

Les dix premiers nombres, dont la décade est la. 
limite, suffisent, au dire des pythagericiens, pour expli- 
quer l'infinie variété des choses , depuis le brin d'herbe 
jusqu'au soleil , depuis la réalité la plus matérielle jus- 
qu'aux attributs, aux modes , aux propriétés des choses , 
et jusqu'aux dieux eux-mêmes*. Mais à mesure que le 
nombre s'élève dans l'échelle et se rapproche de la per- 
fection que la décade représente, l'être croit en beauté, 
en richesse d'attributs et de déterminations positives. 
Sans être vide, l'unité qui n'est que l'unité, repré- 
sente le germe premier, c'est-à-dire l'être à son état 
d'enveloppement, tandis qu'à mesure qu'elle s'éloigne de 
cette unité pauvre, elle se développe, s'achève, s'étend, 
se complète, s'enrichit. C'est du moins ce qu'on peut in- 
férer du passage suivant de Philolaûs, qui malheureuse, 
ment eslquelque peu contredit par d'autres applications 
du système des nombres aux choses. 

Si I est le point, 2 la ligne, 3 la sorface, k pourra re- 
présenter le premier et le plus simple des corps solides', 
composé d'un plan triangulaire à la base , et de trois 
plans triangulaires unis dans l'angle du sommet. C'est 
la pyramide, qui'esl le premier, et peut être considéré 
comme le type des solides, parce que tous les solides se 
peuvent résoudre en pyramides triangulaires. Pbilolaiis 
appelle les corps solides des grandeurs mathématiques, 

1. J. Pbilop., uM supr.,p. &0 : Hîvsioii Rt^t tàt ttipaStxit lotvrac 
ipX^ *'^^ loivii; iv xàLai loît oCai xgii (£[7, ul Iv n Tslf voijtetc xal tt 

2. SehoU. AHst. in Met., XIII, 9. Banltz. p. ISS : * Ut Dombres 
donnent donc aui grandours leurs tormes, ti ilhi. • 



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100 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

et il dit : < Après la candeur mathématique, limitée 
par trois surfaces et que représente le nombre 4', l'être 
montre la qualité et lacouteur dans le nombre &; la 
fcHiction de la vie animée, '^x"*^^^ ^'^^^ ^^ nombre 6; la rai- 
son, la santé, et ce qu'il appelle la lumière, dans le nom- 
bre 7 ; puis l'amuur, l'amitié, la prudence, la réflexion 
sont communiqués à i'étre par le nombre 8. > Là s'ar- 
rête, hélas 1 le fragment mutilé de Pbilolaiis, sur lequel 
nous reviendrons plus loin. Il suffit cependant d'une 
part pour prouver que Phîlolaûs ne connaît pas d'antre 
être que l'être physique*, J7rtSti£ot[uv7]( tr,ç fumut, et c'est 
pour cela qu'il trouve dans la sensation la condition né- 
cessaire et peut-être la forme unique de toute connais- 
sance *; de l'autre, pour montrer dans la série progres- 
sive des nombres la loi du développement progressif et 
sérié des êtres. Par où je ne crois pas que Pbilolaiis ait 
voulu dire que la nature est douée d'un mouvement de 
perfectionnement continu et progressif, par lequel cha- 
cun des êtres qui la compose cherche à s'élever dans 
l'échelie et & s'enrichir des qualités des êtres supérieurs ; 
mais seulement, si j'entre bien dans sa pensée, que tous 
les êtres sont distribués sur les 10 degrés de cette 
échelle, dont chacun représente une fonction supérieure 
par rapport à celui qui est placé au-dessous de lui , in- 
férieure par rapport à celui qui est placé au-dessus , en 

l.Phil., Tt. ll.Boeckh. p. 1S7 : Tpixîi Bia<rcàv i. Ttipiîi. 

1 En etfct, c'est toujouti le même 6tn, c'est-t-dire l'être physique, 
qui ajoute k la grandeur mathématique, successivement lei autres 
proprittéi et attributs. Car 6 contient d'abord 4, c'est-à-dira un corps; 
puis b, c'est-ft-dire la qualité physique, etc., tous les nombres supé- 
rieurs eontenimt en effet les nombres inKrleurs. 

3. Fr. 4. 



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DES PYTHAGORICIENS. 101 

sorte que le loDt, c'est-à-dire le monde, forme une pro- 
portion, une harmonie croissante, par degrés liés entre 
eux. En un piot ce n'est pas le mouvement rers la per- 
fection qui est indiqué par le passage, mais l'ordre et la 
beauté du monde tel qu'il est , ordre et beauté consti- 
tnés par la proportion croissante de la série naturelle 
des nombres. C'est un point de vue esthétique et mathé- 
matique. Le point de vue dynamique du développemeat 
réel ne pourrait être attribué aux pythagoriciens qu'a- 
vec la doctrine d'une production du monde dans le 
temps : or nous avons vu plus haut qu'il était pour eux 
étemel. Le monde n'aspire pas à l'ordre etklIiannoDie; ' 
il les possède; il est essenliellement l'ordre et l'harmo- 
nie même, BKôoixof . Mais alors s'il en est comme nous le 
venons d'exposer, si l'unité n'est que le germe imparfait, 
le noyau grossier, obscur, informe, d'où se développe 
idéalement la riche et croissante harmonie des choses, 
comment concilier cette thèse avec le râle supérieur et 
souverain de l'unité, et avec cette autre échelle qu'Aris- 
lote n'applique qu'aux degrés de la connaissance, mais 
qui repose sur un principe absolument coulraîre : car 
1 y représente la raison pure, 8 l'opinion, 3 h sensa- 
tion 't Ici, on le voit, & mesure que les nombres s'éloi- 
gnent de l'unité, ils représentent des choses qui dimi- 
naenl de perfection et de beauté. 

Si l'Un premier n'est qu'un germe, que le principe 
grossier des choses, c'est donc l'impar&it qui est & l'ori- 
gine. idéale des choses, et comment concilier cette im- 
perfection de l'Un avec toutes les perfections qu'ailleurs 

1. itiUot., diAnim. I, c ii, â9. 



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108 ËIPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

on lui donne T Faire un est l'œiivre de Jupiter le Dieu 
suprême, qui lie les parties dans le tout*> Les pythago- 
riciens, dit Aleiandre d'Aphrodise, appellent l'Un rai- 
son et essence, parce que la raison est une essence per- 
manente, absolument identique et souveraine*. C'est au 
moyen de l'unité d'angle que s'opère l'uniOcaliOD des 
corps*. La triade et la tétrade, participant aux biens gé- 
nérateurs et producteurs de la forme, enveloppent toute 
l'oi^nisation régulière des choses engendrées : elles 
produisent (par la multiplication) la dodécade, laquelle 
tend et aboutit à la mooade une, la puissance souveraine 
et suprême de Jupiter '. De quelque c6të que nous nous 
tournions, nous nous heurtons k des contradictions que 
n'ont pas résolues les pythagoriciens, et dont peut-être 
ils n'ont même pas eu conscience. 

Si nous faisons remarquer que l'unité accompagne 
chacun des nombres de la décade, 3, 10, aussi bien que 
l,il est difficile d'admettre que l'unité qui accompagne 
3 on JO soit l'unité qui constitue 1. Faut-il donc distin- 
guer l'Un du nombre 1 1 Mais s'il y a deux unilil's , ou 
l'une est dérivée, ou elles sont toutes deux primitives: si 
elles sont tontes deux primitives, elle^ sont deux, et l'Un 
n'est plus prmcipe universel. De plus, laquelle de ces 
unités sera le germe,' laquelle le principe universel î Le 
germe ne sera-t-il plus principe? Si elles sont dérivées, 

1. Proct., ùi Biiclid., p. 4B. Boeckh, Phil-, p. 151 : Katà y.iat 

2. SchoU. Arist., p. 540. 

3. Procl., in Eueliri., p. 46 : Kaià \i,ia.i oijtûv y^vCov cwdÎYtt ^,i 

4. Boeckb, Phil., p. ISG ; El; |il« iiov&Si, tiiv toû Aiic àfx^'' ^^"^- 



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DES PYTHAGORICIENS. 103 

assarëineDt c'est l'aaitA sapérieure qui aura engendré 
l'inférieure*, tandis qu'Arislote nous Tait entendre que 
les pythagoriciens metlaieot à l'origine et posaient 
comme principe unique, non l'acte riche de perfection 
et d'élre, mais la puissance pauvre et nne du germe 
imparfait, «ï xpSto* iv àffLoaUf. 

n Ceux qui pensent, dit Aristote, avec les pythagori- 
ciens et Speusippe, que le premier principe n'est pas le 
beau et le bien parTail, parce que les principes des plan- 
tes et des animaux sont des causes , et que le beau et le 
parfait n'appartiennent pas à ces causes, mais à ce qui 
provient d'elles, ceux-là se trompent. Car la semence 
provient d'un être parfait qui lui est antérieur, et c'est 
cet être parfait qni est principe et non la semence*.... 
Quelques théologiens ne regardent pas le bien comme 
principe* ; mais ils disent que c'est par une procession 
de la nature des êtres que se produit et se inanifeste le 
beau et le bien : iUJt icp«tXB<wï^t -rii; tài'Svvim ftSmoK mA 

Ces deux passages rapprochés l'un de l'autre prou- 
vent que les pythagoriciens mettaient k, l'origine des 
choses UDprindpe imparfait*, le germe, d'où sortait par 

I . Et alors le monde ne aéra qu'un dévslqipemeDt de Bieu duu le 
monde. 
3. Arist., Met., XII, T. 

3. Les pjIbtgoricJens sont appelAa ici tbiologiens, si le passige le 
rapporte à eui, comme nous le utontrerons tuut i l'heure. 

4. Ariit.,jr<l.,XlV, i. 

b. U' Bavaision, Spcutipp., III, p. 7 et S : > Scillcet Pyihagaricil, 
DOD ul Plsloni plocuerat, primum omaiuin priDcipium bonum ipsom, 

bonuDi per le eue Id., p. 8 et 9 : • Per Thcologos istos signiBcare 

ioù( mpi Ssaûmmiav.... Quin iata enim ipsa Speusippl verba tiic la- 
tereenididerim, taià uppiXSoûoiit, ab Arislutelico scribandi mare. 
prscipuein Hatapbysicis, laiisalieDa, «t platonicam quamdam iinfo^ 



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104 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

une force inlerne de déTetoppement progressif, la beaoU 
et la perfecUon des êtres. Il est vrai que sur ce dernier 
point, M. Havaisson, observant que cette phrase : 4Ui 
itfMktoicrfi VK iSt» Urnr» fw«iw{ kbI t& (tYstàv xol -A tuii» 
i^lJflthuAM, a une couleur et un mouvement emphaliqnes 
qui ne sont guère dans les habitudes d'Aristole, suppose 
qu'il s'afait id que transcrire les expressions mêmes de 
SpeuBÎppe. De plus comme l'idée elle-même d'un mou- 
vement progressif de la nature ne se montre ni dans les 
fragments pythagoriciens ni dans les renseignements 
qui nous ont été transmis sur leur doctrine philosophi- 
que, il conclut que c'est une proposition absolument 
propre à Speusippe, qui prépare et qui annonce la pro- 
cession alexandrine, mais en sens inverse. Hais quelque 
ingénieuse que soit l'hypothèse de H. Ravaisson, elle 
est difficile à défendre. Car ausaitdt qu'on suppose que 
les pythagoriciens ont admis l'imparfait comme prindpe 
et comme cause*, il n'a pu être principe et cause que du 
piir&il, ou du moins imparfait; et alors la notion d'an 
mouvement progressif de la natare vers une perfection 
toujours plus grande est logiquement donnée. Je ren- 
verse le raisonnement, et je dis : puisque ni les frag- 
ments, ni les témoignages, ni l'esprit de la doctrine, ni 
la vraisemblance historique ne permettent d'attrihuerau 



oiv ipirutia. Saliem qaum et in Pjthsgoreoniin sup«ni(ltibiu n*|c- 
menli» et in plurimis qu« de Pytbagorlca. philosophift hibemus testi- 
moDÎis, nihil piidquam de rcrum tuilura procem apportât, fuisEe 
id Speutippi proprium dogma credlbile est. ■ 

I. ld.,Id. • Verisl minimum la.men iilem Spsusippo ic Pjtbagorici» 
placuisse, Quippe ut hi, sic illa a planlis et animalibus eieicplum «u- 
mebit, quibus aeciiDa, unde iniliiiui hsbent, pulcbri bonlque cauue 



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DES PYTUAG0B1CIEN3. 



premier essai de philosophie systématique qui se pro- 
duit en Grèce, au sixième siècle, une idée si profonde et 
si grande, nous ne pouvons plus leur altribueE la pro- 
position qui la contient nécessairement, à savoir que 
l'imparfait est premier '. Dans leur conception des cho- 
ses il n'j a pas lieu de poser la question : car ce qui est 
idéalement premier, c'est l'Un, à la fois pair et impair, 
parfoitet imparfait. Les dis premiers nomt-res représen- 
tent dix degrés superposés, et toujours de plus en plus 
parfaits; mais chacun d'eux est un, existe de toute éter- 
nité, et de toute éternité existe avec la double nature en- 
fermée dans l'Un, c'est-à-dire à la fois parfait et impar- 
fait. Et même s'il était légitime, àl'aide de l'induction,-de 
séparer ces deux éléments l'un de l'autre, on arriverait 
certainement à la conclusion que l'élément parfoit im- 
pair du nomhre est antérieur comme il est supérieur & 
l'autre- Il ne faut pas croire que 10 existe après 1, et que 
l'unité de la décade soit postérieure à celle de la triade, 
par exemple : car la décade représente la vie divine, 
l'être dans sa perfection absolue ou relative; de quelque 
façon que l'aient conçue les pythagoriciens, certes ils 
n'ont pas fait nattre les hommes avanl les dieux. U n'y a 
pas plusieurs unités, il n'y en a qu'une, qui coexiste 
simultanément dans chacun des 10 nombres, et dans 
chacun des êtres dont ces nombres expriment les ca- 
ractères essentiels. L'unité qui fait l'unité du nombre l , 
est ciille qui fait l'unité du nombre 2, el par une excel- 
lente raison, c'est que 2 contient 1 ; de même que le feu 

1. L'Idëa que ce qui est simple et non composé est antérieuc réelle- 
meat, et non idéalement (xsi' iicivoitv) , qu'Aleiandre prête am py- 
thagoriciens, lui ippairtieiit eo propre. Y. plus baul, p. 94. 



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106 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

central est en mënie temps périphérique , qu'il est amû 
l'enveloppé et l'enveloppant, de même l'unité qui est en* 
veloppée dans la triade, dans la décade, les enieloppe 
également''; car 10 est non-seulement la somme de lo 
unités, mais l'unité de cette somme. Aussi Philolaûs 
nous dil-il que si nous voulons bien concevoir et la na- 
ture et la puissance du nombre, c'est-à-dire de l'Un, 
c'est dans la décade qu'il faut les étudier, car c'est li 
qu'éclatent surtout sa force supérieure et sod esEence di- 
vine. En un mot je' me représente les 10 nombres 
comme 10 degrés de l'être, disposés dans une échelle 
sériée et croissante de l'un à l'autre *. Il y a donc des 

1. C'est cette pénétraliililé, qui prépare la voit de l'idé« ^toni- 
cicDQe, qui est à la foii en elle-mfime, dans chaque chose et dus 
toutes. Le mot d'Arislola se véri'Se i, clmque pu de cette analyse: 
les principes pythagoriciens portent plus haut que It monde aensible, 
el coDliennent un idéalisme que leurs auteurs oot- peut-fitre entreni , 
pressenti, mais qu'ils n'ont pss fonnulé. 

2. le me rapr^nterais cette échelle, non pas en couobes boriran- 
tales, ni es colonnes perpendiculaires, mais disposées en un cercle, 
qui est pour les pythagoriciens la figure parfaite el la figure du monde, 
da telle sorte qu'il n'y ait pas, pour ainsi dite, de commencement 
entre les divers degrés. Or, on peut dire qu«le cercle se confond anc 
son centre, qui n'est que le cercle ramassé et replii sur liù-meme. 
Le centre est le cercle réduit et en quelque sorte renyersé; le cerclae^l 
le centre épanoui, dilaté ; ils s'enferment et se contiennent l'un l'aulr*, 
l'un est l'autre mais dans une puissance opposée; chacun sert a] lema- 
livementï l'autre, soit de premier principe el d'origine, soit de Go et de 
conséquence dernière. Le centie se confond avec le cercle; puisque 
san!i centre il n'y a pas de cercle ; sans cercle, pas de centre ; et puis- 
qu'il y a coïncidence, il n'y a pas de premier. C'est ainsi que Jocdano 
Bruno a con;u son ViniFRum et son ifazimtim, et la nature de leun 
rapports. C'est toujours l'idée pythagcricleune, que l'être ne ccnslste 
que dans un rapport oïl coïncident, coexistent et se pénétrent les 
deux lenaes contraires, p:încipe9 et éléments nécessaires de loutei 
choses. Aussi Bruno dil-il : • Minimum potentissimuiu est omnium; 
quippe quod omne momenlum, numerum, magnitudinem, claudit 
atque Tirtulem (de Ifintmo. p. 16)..-. Pf mimin., 1. IV, sub fin. Le 



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DES PYTHAGORICIENS. 107 

d^rés inférieurs et des degrés supérieurs de perfeclion 
et de beauté. Mais comme l'unité de ces dix degrés, la 
décade, coostilae le monde et que le monde est étemel, 
cette disposition ordonnée et symétrique est étemelle 
aussi : et le premier n'est pas principe d'un mouvement 
qui n'existe pas '. Les sons distincts des dix sphères ter- 
restres comme des dix sphères célestes se confondent 
dans un seul et éternel accord , duis une seule et éter- 
nelle harmonie, et celle élernelie harmonie c'est le 
monde- 
Dans la proposition pythagoricienne qui foit de l'Un 
premier, d'une part, un germe, de l'autre la perfection, 
il n'y a donc pas autant de contradiction qu'on pourrait 
le croire : car l'unité passant et pénétrant dans tous les 
nombres , c'est dans le nombre supérieur qu'elle mani- 
feste toute sa beauté et sa perfection. Mais je suis loin de 
prétendre qu'il n'y a pas eu dans l'esprit de ces philoso- 
plies ni confusion ni même contradiction". Ainsi il estcer- 
tain qu'Atistote ne fait aucune distinction quand il dit 
que 1 est la raison ou l'&me, et un peu plus haut, qu'elle 
est l'être vivant en soi, et ailleurs le point et le germe*. 

jrtntmwm est câ dont aucune partie n'est ce qu'eat une premi&re par- 
tie : • Est mloimam cuju^ pars nuUa est, prima quod pars est. In 
minimo auot nuiima qugeque..., {Id., p. 109.) HiDO optimus liai- 

mus, monadU nomiae celebratur (ld„ 10.) Ct. Ckritt. Barthol- 

mett, Jordano Bruno, t. 11, p. 107. 

1. Le principal défaut de la philosophie pythagoricienne, c'est de 
laisser sans Téri table eiplication le mouremenl, larie. Hegel, Jnafyn 
de WiUm, t. IV, lo. 

1. Met. Aphrod., inir«t., IllI, y, p. 756, 14, Boniti. • Ils ne sont 
paa d'accord sur la manière d'introduire le principe de l'Unité. • 

3. De Ânim., I, c. ii : NoQv ii.» t& Iv.. . (tovuxû; fàp if' Iv.,.. 
AiÔTà [iivT& (ûovlxTJl; TDÙiv6(U^at. Scfeoll., p. 540, Alel. : Nsùv ôi 
xaî oùiiiav iJcfov ti Iv. Asclep., p. 541 : 'EXi^ov oùv tJ|v |ioï«t^a ti 



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108 EXPOSITION DE LA DOCTRtKB PHILOSOPHIQUE 

Quoi qu'il en soit, admeltons ici que le nombre 
1 représente le point, mais le point vivant, ayant 
grandeur et vie, l'espace dans les trois dimensions, 
mais enfermées en un point indivisible*. Nous sa- 
vons que ]es nombres constituent les choses : Si l 
représente la raison pure', parce que c'est l'opéra- 
tion la plus parfaite de la pensée, — car l'Intelligence se 
confondant avec son objet, l'unité reste entière, fun^j^Sit 
^ip V'^i ~ deas, représenté par la ligne', exprimera et 
constituera la science*, ou l'opinion*, ou l'Ame; parce 
que la science est un mouvement qui va d'une chose h 
une autre différente, du sujet à l'objet, parce que l'Ame 
part des prémisses pour arriver à la conclusion, et par- 
court ainsi une ligne entre ces deux points*. Les pytha- 
goriciens avaient distribué dans leurs 10 nombres les 

wv*. Id., p. a41, le Cod. reg. , I. 39 : Neûv S) x«t 4^4* 3ù ri (wva- 
Sotiv Knl tvialov 'rilv (lovdlSot tix^tn, 

t. Se Ànim., 1, c. u : '£x ^( loO Ivit tifoK «al toO irpôïau (ii^xmic 
ml itXiiTOUC xal (diBovc. 

1. PhilolftQs U reprëssnte, au coDtr^ire, par le Dombre T. 

3. Arist., Uct., VII, Il ; Kcti YP'f'F)! '^ Xôrov Tiv tAv Mo iIvcU 

4. Arirt., dr- Anim. , I, e. Il, 59 : 'KnurniC^lï îl ti Wo. 

b. Alei., Stholl. Àritt., p. 540. LaSôdi est 2 Sià th ii^ £,ifu |U' 
ToSl'^v ilvni' lUrov Si xal xIvtjsiv aOt^v xal inlBiaiv. Elle ajouu, 
en effet, un attribut ï un sujet; et elle est diseuniTe. cr. Philop., in 
lib. de Anim., p. î. Brand.,. De perdit, itb. Arùtoi. , p. M : • î cont- 
tituB la science et les ebases susceptibles d'être eonaues par la sciencs; 
car elle se tient dans un espace déterminé, qui va d'uo point t un 
autre. La science, eo effet, est un passage d'une cbose ditermiaéek 
uns chose détermicée : en effet, elle n'est pas indéterminie. C'est 
mfime pour cela qu'elle est appelle en grec £sicrri(i,ii, parce qu'elle 
nous pousse et nous conduit au repos, inimiavi, que nous ne trou- 
vons que dana la pensée pure. > . 

6. Asclep., Schûll. Aritt., p. 541 : T^v 6i luéSa IXe^ov slvai Wiv 4v- 



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DES PYTHAGORICIENS. 109 

^enx comme les êtres ; et de mime qu'ils appelaient 
Apollon l'aDÏté*, ils nommaient Arlémis sa sœnr'la 
dyade, pent-6tre k cause de l'analogie d'd^pnof >. D'après 
Philolaûs, ce nombre était celui de Rhéa, la terre, réponse 
de Gronos, parce que la terre est le second corps ce- - 
leste àpartir do centre*. Plutarque enSn nous rapporte 
qu'il était attribué à la dispute et à l'audace, fpiv xaî 
TÔXjA'vrt, évidemment parce qu'elles séparent et dirisent 
les hommes*. Quoiqu'il règne déjà dans ces attributions 
diverses une liberté arbitraire évidente , Toici qui met 
le comble & la confusion. S est tout ce que nous ve- 
nons de dire et, de plus, la matière , parce qu'il est type 
da pair, principe de l'infini et de l'illimité de la division, 
qui s'oppose à l'unité et fait effort pour la détruire'. 
Mais nous avons déjjk eu occasion de dire qu'attribuer & 
OD nombre quelconque l'imperfection absolue était 
contraire k l'esprit de l'ancien pjthagorisme, et que la 
doctrine de la dyade indéfinie , qu'on ne trouve même 
pas dans Platon, doit appartenir àses successeurs pytha- ' 
gorisants*. 
1. Plut-, <fci«.,c.i; 

3. Hodarat dvi8 StobJe, 1, 10- Cf. Pragm. de Hodéralutdant Heur- 
tin* : dt Dtiuaio Pythog. tt. TMologit arUhmilique donne de nom- 
breux dtiails snr ce point. On retrouTe dans Bruno jusqu'i celte my- 
thologie des nombres. Il appelle la ligne Apollonjle trilogie, Uineire: 
le cercla, Ténus. Cf. Barlholmeai, p. 314. 

3. Ljdos, de Mentib.. IV, 44, p. 30B, td. Rôth. 

4. Plut., de II., c. Liïv. 

5. Allep., Scholi. Aria,, p. &41, ■, 3 : Ai& kbI t^* SudSoi Dirrov. 
M., p. 543, b, 18. Fragment mutilé, tiré de deuï outragea d'Arislote ; 
AOitn mpi ^Xonoftat (m. 1) xol Iv iaT< ittpl Oùpivou (m. 2) ai Hvia- 
^«piÎM lilixit* slticEv iTitivTo T^v Suila xal AkXOc ri âptiov. 

6. Et c'est aous l'influence dea idées platoniciennes et néo-plaloai- 
deuoM que s'ett introduite celte interprétation trop idéalisée du vieux 
pyttiagorisme. • Puisqu'il y a dans lea Sires uaité, ressemblance, 



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110 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PIULOSOPHIQDE 

3 est le nombre plan* ;etle nombre plan est la repré- 
sentation et l'essence de la faculté de la conjecture*, 
et l'essence des choses, objets de cette faculté, c'est-à-dire 
des choses physiques. C'est le premier nombre impair, 
le premier nombre parfait, car il est le premier qui ait 
commencement, milieu, fm* : il est ainsi le nombre de 
toutes choses et du tout, puisque le tout et toutes choses 
sont limités par trois, ont trois dimensions * ; il est donc 
nombre solide. C'est évidemment le nombre du trian- 
gle; mais il est de plus le-noœbre du cercle, figure par- 
faite, acheyée, entière, quia commencement, milieu et 
fin. Il est la forme informante', la justice', le mariage^. 
Parmi les dieux, il désigne Minerve qui porte, on le 

foree inronuante, idenilté, et qn'it y a entre eux diFTéreDce, dissem- 
blance, et te reste, les pythagoricien a disaient que la monade âtail le 
principe de l'unité, de la ressemblance, de la force inronoaDte, de 
l'identité, et en un mot de toutes ces propriétés qui contiennent et re- 
tiennent l'éira dans un tout organisé et un, viaiK awy(iiwi, et qne 
la d;ade était principe de la difléreuce, de la divisibilité, de la diver- 
^ ait^. C'est pour cela qu'ils appelaient la matière dyade, parce qu'elle 
est la cause de la division. ■ Asclep,, Schotl. Arist., p. 541 a. 

1. Aleiand., inMet., XIII, 9, p. TI6 : TpiiJ^ Bt Imnii^. 

2. Arisl., de Anim., I, !, 9 : Tin Si lOû InintSDU à(ne(iAv 36(av. Phi- 
lop. dans Brand., De perd, lib- Aiiit., p. âO : Tpiâ( il ni ^uaixi xsi 

3. Theon, Smyrn., p. 73 : TsJkiTot, licuSii npOn>( ipx^v, xal||tio« 
xll it(pii< t/_a. 

4. Arist., de Cal., I, i, 368 a, 10. Il est aussi le nombre de l'homme 
en sol, aiiti dinSpunoc ^ Tp>à( (ir«l., XIII, S). Du moins, c'est sur cett« 
définition qu'ArisIote fait porter la réfutation du système des nombres ; 
Si 3 est l'homme en soi, dit-Il, tous les autres 3 le sont aussi; car tous 
les 3 soDt semblables dans les mEmes nombres. Par conséquent, il j 
aura autant d'hommes en soi que de 3, c'est-à-dire une infinité; et de 
plus chaque 3, c'est-i-dire chaque individu, sera l'homme eosoi. > 

5. Sehoil. Jrùl. , p. 643 b. 
fi. Plut,. delt.,e. lhv. 

1. Theoi. Aritkm., p. IS. 



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DES PYTHAGORICIENS. lU 

sait , le nom de Tfitvfbnvi*. Comme tous les corps se 
peuvent résoudre en triangles élémentaires*, les p;(lia- 
goriciens disaient que le triangle est le principe de toute 
génération et de la forme de toutes les choses engen- 
drées. C'est pour cela que Platon, dnns le Timie, soutient - 
que les raisons de l'être physique et de la mise en œuvre 
des éléments sont triangulaires'. C'est donc avec raison 
que Phîlolaiia a atlribué l'angle du triangle k quatre 
dieux : Gronos, Hadès, Ares, Bacchus, réunissant sous 
ces quatre noms le quadruple arrangement des élé- 
ments. Car Cronos préside à toute nature humide et 
froide ; Ares à toute nature ignée ; Hadès embrasse tous . 
les êtres souterrains ^ Dionysos dirige la génération des 
choses humides et chaudes dont le vin par sa chaleur et 
son état liquide est le symbole. Tous ces dieux sont dis- 
tincts si l'on considère leurs secondes opérations ; ils 
n'en sont pas moins unifiés les uns aux autres , 4|vwvtai 
AXifXow, et c'est pour exprimer cette unité d'essence que 
Philolaiis tes confond dans un seul anf^le*. 

Philopon explique comment 3 répond à la conjecture, 
fi SoEci ; c'est que cette forme de la connaissance part 
d'un point, mais n'a pas de point précis oi!i se porter; 
elle flotte indécise et incertaine entre cette affirmation 
et cette autre. Telles sont aussi les choses auxquelles elle 
s'applique, c'est-à-dire les choses physiques, dont l'être 
est emporté par un flux perpétuel, h ftSmi t-frnt -A 
iTwi; qui ne sont pas absolument immuables, qui ce- 



1. Ptat.,1. L 

}. ThéodoiB d'Asina, dans Boeckb, p. 153. 

3. Procl., ap. Boeckh, p. 1^4. 

4. Procl., BoeeUi, p. 164 et Ibb. 



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112 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

pendant persistent et demeurent dans leurs formes , et 
ront, dans les changemenls qu'elles éprou?eul, d'un calé 
au cdté opposé, d'un contraire à l'autre contraire'. 

Si l'on résume ces attributions et si on les rapproche, 
on en verra l'arbitraire et l'inconséqueDce. 3 est tout à 
la fois le plan, le cercle, le solide ou corps, l'homme en 
soi, l'être physique, la forme , la conjecture , la justice, 
le mariage et Minerve. 11 n'est pas plus étonnant de 
voir le nombre du mariage attribué à la déesse vierge, 
que de voir le nombre 3 premier impair, supérieur au 
premier pair s , exprimer cependant une forme de la 
, connaissance, Ji S<j^ci, inférieure à la science, imar^fm. 

k, tout nombre pair qu'il est, est le nombre sacré : à 
lui s'arrête la progression des premiers nombres dont 
la somme fait la parfiitte décade , et qui contiennent et 
constituent l'essence de toutes les choses, h quelque de- 
gré de perfection qu'elles appartiennent. Dans son com- 
mentaire sur le Traité de l'âme, Phtiopon cite des frag- 
ments importants tirés des leçons d'Aristote sur le BUn: 
■ Les idées sont des nombres, les nombres sont loos 
décadiqoe^ car les pythagoriciens appelaient chaque 
idée une décade. En effet, les principes de ces idées (ou 
nombres) sont : 1, 3, 3, 4, parce que ces nombres addi- 
tionnés ensemble donnent 10 , -nombre parfait et qui a 
reçu son nom, Sexôt, de sa propriété de contenir tous les 
nombres, £ixâ<. Les principes soit de l'univers entier, 
soit des choses individuelles sont donc télradiques, parce 
qu'ils sont décadiques et réciproquement'. ■ 

1. Brand., De prrd. lib. Àriit., p. 50. 

i. Philop., dus Brand., De perd. lib. ATÙt., p. 49 ; 'lotapd oOy 
ixil (Àrislûleles) i» toi; mpl T'àïi6oû tnv IDiîtuvik xal tSv Dutare- 



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DES PyTHAGORICiBNS. 113 

Dans les choses seDsibles, je veni dire les êtres 
particuliers et individuels , nous trouvons le nom- 
bre 4. 

4 est d'abord le vivant en soi, itMCuw. Aristote nooi 
le dît lui-mime : « Dans les Leçon* tur la PhUotophie, on 
déSoil l'animal en soi par l'idée de rUo, plus la pre- 
mière longueur, largeur, profondeur et le reste k l'are- 
naol', ■ c'est-à-dire par le nombre 4.G'est,par exemple, 
le nombre da cheval on du blanc*. 

Gomme le semblable est connu par le semblable *, cl 
que le vivant en soi comprend le vivant intelligible, le 
vivant sensible, le vivant physique, l'&me qui connaît 
tous ces Aires doit être comme eux le nombre 4. De 
mdme aussi la forme ds'la connaissance qui lenr corres- 
pond, c'est-h-dire la sensation, sera 4 ; comme l'inluition 
pure est 1, la science discursÎTe S, l'opinion 3*. Il faut 
sans doute admettre ici quelques réserves : il y a corres- 
pondance et analogie entre l'esprit et la nature : la sen- 
sation est une tétrade comme son objet; cependant la 
connaissance parfaite estaussi une tétrade, parce qu'elle 
enveloppe et embrasse toutes les formes de la connais- 
sance, qui sont au nombre de 4. 

Dans les élres physiques, le nombre 4 se trouve dans 
les espèces des animaux : les espèces qui vivent dans le 

' pidov Kipl tS« tvTwi x<d tâv ipx^ 3£ïcn.... TA iIS)! iptl|ui tloiv' 
ipittiol 3t InmttxiÀ.... Xpx&( ^Sn (UAv Utrov ot II. n^v |Lnit«, tk 

vâ( Iv «On tdTc oSsi tiupiÎTBi.-.- Aexatii&t tk iXt-rov tlvoi tàï tlTpa- 
toÀç ntOrac &px^- 

1. D« Anim., 1, 3. 

3. Mtt., XIU, S. 

3. Ariit.,d«dn., 1,1,8, 

4- Pbilop.. 1. 1. 



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It4 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

ciel, celles qui virent dans l'air, celles qui vivent dans la 
terre, celles qui vivent dans l'eDn. 

Dans les èlrcs sensibles, oi!i l'unité est le point, 2 la 
ligne, 3 la surrace, 4 eet le solide. 

Le point est indivisible ; le mouvement du point hors 
de lui-même, ^iv, engendre la ligne, limitée par denx 
points; Sest la surface, parce qne-le triangle est la pre- 
mière figure, ou platdl par celte raison :'de même que 
le mouvement du point en dehors de lui-mAme produit 
dans le sens de la longueur un autre point, si ce même 
point fait un autre mouvement en dehors de lui-même 
dans le sens de la largeur, il produira un antre point, 
en sorte qu'il y aura 3 points, dont l'un est limite de 
la longueur, l'autre limite de là largeur, le troisième 
commun aux deux dimensions. Le point est ainsi père 
des figures comme l'onité est la mère des nombres. 

C'est ainsi que 4 est le solide, ou bien parce que la 
pyramide est la première des figures solides composée 
de 3 triangles, 6a bien parce que le point mû en lon- 
gueur engendre un autre point; mû en profondeur, un 
autre point, en sorte qu'il y aura 4 points. Donc 4 se 
trouve, ivuR^pY», dans tous les êtres sensibles. 

Puisque l'&me connaît tous les êtres, elle doit être com- 
posée des mêmes nombres; elle contiendra donc, 1* la 
raison, qui est l'unitA, et coimait par une intuition par- 
faitement simple, fecXij ifci&A^; S" le raisonnement dh- 
cuTSitjSmwlx; 3' l'opinion, qui hésite et balance, crée, 
pour ainsi dire, un chemin è deux routes, et n'est jamais 
sûre si la négation est vraie ou si c'est l'affirmation; 4* 
enfin, la sensation, qui non-seulement est la quatrième 
forme de la connaissance, mais est 4méme,parcequela 



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DES PYTHAGORICIENS. ll^S 

sensalioQ est la connaissance qui à le plus d'analogue 
avec le corps, et que le corps est 4. 

Pour le dire en passant encore udc fois, combien 
étranges sont ces applications et combien contradic- 
toires 1 4 est le nombt-e parfait, et 1c Toilà qai est la dé*- 
finition el l'essence de la plus liumble et de la plus !m- 
parfoite des formes de la pensée; 4 est l'Ame tout 
entière, et en tnéme temps une des parties : en sorte 
que la partie est égale au tool. 

Nous loucboDS vraiment déjà à l'idenlité des con- 
traires, el à la coïncidence des ternies opposés dans 
l'unité du rapport. 

Archylas voulait qae r&mé fût un cercle ou une 
sphère, parce qu'elle est l'essence se mouvant elle- 
même '. Sans lui euvier cette propriété, Pythagore vou- 
lait qu'elle fAt un carré ou un (élragone : car c'est dans le 
tëtriigone* que brille l'image de l'essence divine, que 
se manifeste l'ordre parfait. 

■ En effet, la propriété d'être droit imile la puissance 
d'être inilexible, dExXtTov, invariable, et celte d'être égal, 
imite la puissance d'être étemel. Car le mouvement est 
l'efTet de lluégalité, le repos de l'égalité. Donc il est 
naturel que les causes qui ont produit l'être solide dans 
son ensemble invariable et complet, soient exprimées, 
comme au mojen d'une image, parle tétragone. 

L'angle du tétragone est l'augle de Rbéa, de Déméter 
et d'Heslia. La terre est un tétragone. C'est de ces trois 
déesses génératrices des êtres vivants, raïï Cuoy^vdk Oioik, 
que la terre reçoit sous forme d'écoulement ses forces 

1. Ljd., de Mtntib., c. viii, p. 31. 
3. I>Mlol.,BMckb, p. 15S. 



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tl6 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

génâralrices, sa paissance de fËconditë, lo^fumi luvtîiuic. 
Aussi doune-t-on quelquefois k la terre les noms 
d'Hestia et de Démêler, et elle n'est pas sans participer 
i Rhéa; en elle sont toutes les cuues engendrées. 
L'angle du tétragooe, aous une forme obscure et symbo- 
lique, embrasse et exprime l'unité de ces productions 
divines*. 

U ne hut pas oublier ici quf Pbilolaûs, qui assigne 
l'angle du triangle à 4 dieux, assigne l'angle do tétra- 
gone à 3 déesses, montrant par Ik cetle pensée, qui se 
retrouve obscurément, mais partout indiquée, que les 
nombres se pénètrent réciproquement et mutuellement, 
que toutes choses participent de toutes choses, les im- 
paires des paires, les paires des impaires*. 

Ainsi 3 et b (larticipent aux causes génératrices des 
choses* et produclrices de leurs qualités : ces nombres 
embrassent toute l'organisation régulière des choses 
engendrées. En effet, c'est de ces nombres 3X4 que 
provient le produit 13, qui tend et aspire à la monade 
unique, la puissance souveraine de Jupiter*. 

L& ne se borne pas la vertu de la sainte Tétrade : il 
y a quatre principes de l'être pensant : l'encéphale, 
la tête, siège de la raison ; le cœur siège de la vie ; le 
nombril siège de la fncullé de pousser des racines et 
de germer; les parUes sexuelles, siège de la faculté 
d'engendrer et de concevoir; mais il n'y a aussi que 
trois genres ou régnes d'êtres; l'homme dont le prin- 
cipe essentiel est daus l'encéphale, l'animal dont le prin- 

1. PhiM., Boect^, p. ISS. 
3. PWtol., Boeclch.p. 156. 

3. J>hiIol.,BoBckli, p. 156. J'aimeraUiniBUi lire sltlHvqu'&TaBùv. 

4. Phttol., BoeckiL,p. 167. 



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DES PYTHAGORICIENS. 117 

dpe est dans le cœur; le végétal dont le principe est le 
nombril : car l'organe sexuel est commun & loates les 
trois classes'. 

4 est leDombre delajustice, dont lecaractèrecTigtinc- 
tif est de rendre la pareille, -A ivrim-mnOiç, et l'égalité 
absolnc. Or, 4 est précisément un nombre Imxiï fsot, ' 
c'est-à-dire un produit doot les deux facteurs sont ab- 
solument égaux ; c'est te nombre du carré dont tous les 
cAtés sont égaux '. 

Pythagore était invoqué comme l'inventeur de cette 
mystérieuse et sainte Télraclys : et c'était par elle et par 
lui que juraient leur grand serment les partisans de l<i 
secte et les membres de l'Institut. 

• Oui I je le jure I~ par celui qui a donné & notre âme 
la Télractys, qui contient la source et la racine de Té- 
temelle nature*. » 

C'est parce que k est le nombre parfait qu'il est le 
principe de l'éterneUe nature; c'est-à-dire qu'il ren- 

1. PhOol., Boecich, p. i5a. 

2. SthùU. ÀrUt., Aleiïndre it Asclapiad., p. 640 et &41. Cette al- 
tribution était uonteatés par la raison que facteurs et produit étaient 
de* nombre! pairs, ei que le pair apportienli la claue de la matiftre et 
de l'infini. Maia, comme aoui l'aTODS déji fait temarqner, Is pair n'est 
pu le nombre pur. 

3. Carm. Aur, v. 47 : 

NbI (lA xiv l(UT<pf ■l"'X9 trafoSôvro TtTpcnt<n 

La néologie ariihnétiqiu, p. 20, attribue cet deux wt k Emp6- 
dode, et ctiange, dans le premier, nal en Où, et complète le wcond 
par cet Ikimisiiehe : 

Boeckfa, p. 146 : • Il j en a qui appellenl la Tétrade le principe de 

la santi, comme, entra autres, PbilolaOs. • 



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118 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE .' 

feitne les raisons ou les lois rationnelles de la composi- 
tion de toutes choses*. 

Et comme il est la racine de l'fitre, Pythagore a pu 
l'appeler, dans un tcp^ ><Jrot qu'on lui prête, ■ le 
nombre des nombres el Dieu. >> En effet, le nombre par- 
' court une distance limitée, et la limite de cette distance 
cât )0; car au delji de 10 on est obligé de revenir à 
l'unité. Or toute In vertu de la décade est contenue dans 
la tétrade : elle en est la perfection ramenée à l'unité 
ivutUvn TiXti^f. 4 est le moyen arithmétique entre 
l'unité et le nombre 7 ; car il dépasse le premier terme 
du môme nombre dont il est dépassé par le dernier : 
ii=:l + 3;et4 = T — 3. Mais lesproprié tés de l'unité et de 
7 sont très-betleset très-bonnes; car l'unité principe des 
nombres les renferme tous en soi ; 7, nombre conçu 
sans mère, est le npmhre Vierge, puisqu'il n'engendre 
aucun des nombres contenus^ dans la décade et n'est 
engendré par aucun d'eux, tandis que 4 est le produit de 
2X2; 6 et Ssonl les produils, l'un de 3X2, l'autre de 
ZX3; to lui-même est le produit de 2 x 5. Maintenant 
4 étant moyenne arithmétique entre 1 et 7, renlerme 
nécessairement en lui les puissances des nombres qui en- 
gendrent et de ceux qui sont engendrés; car, seul de tous 
lesnombrescontenus dans la décade, il est engendrépar 
un nombre * , et engendre un autre nombre 8 (4 x 2J. 
C'est le nombre du premier solide, des facultés de 
l'intelligence, des éléments, des saisons, des &ges de 
l'homme, des formes de la société politique ^ Touldépend 

1, Seit. Emp-, ode. Ifolh., IV,ï, p. 332, et VU, 97: T4v Xârsv tnc 

2. C'est du moins le sens que j'attache il ouvsiiuaiuSv. 



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DES PYTHAGORICIENS. 119 

de ce nombre, tout y est attaché comme à son principe 
et à sa racine. C'est la cause etl'ouTriRrde l'unÎTers, le 
Dieo intelligible auteur du Dîea sensible'. Sa connais- 
sance a été réTélée aux pythagoriciens par Pylhagore, 
qni était lui-même nn ëire intermédiaire entre les im- 
mortels et l'hoiuanité, un homme revêtu de l'aulorîtô 
et de la sainteté divines, l'hiérophante de la tétrade'. - 
De même qu'ils appelaient 4, le corps , les pythagori- 
ciens exprimaient par b le corps naturel '; car 5 donne 
aux choses la qualité et la couleur, la forme extérieure 
et visible*. Les corps physiques ont cinq éléments, le' 
feu, la terre, l'eau, l'air et la quinte essence, ititutvn 
lAdi» ou élher'. Les corps primitifs sont, eux aussi, des 
nombres etsont constitués par des figures géométriques; 
le feu, qui affecte la forme d'une pyramide, est un 
tétraèdre; l'eau an icosaèdre; la terre un cube; l'air 
un octaèdre; l'éther, qui embrasse la sphère entière du 
mond* et ainsi tous les autres éléments, est un dodé- 
caèdre*, nombre de Jupiter. 
Le nombre 5 dispute k 3 comme & 4 le privilège d'être 

1. Cest una notion ajoutée par interprèuiion 1 la doetrins pu «on 
éloquent commenlateur Hiécoclès, Alexindriii si idéal et si pieui, qu'on 
l'a cru quelquefois chrétieD. 

2. Hierocl., M. Uullach., p. 464. 

3. Scholl. ^rût., p. 541 a : lii U ifsaapx àpi6(iâv tlcrov rà inl|j,a 
i^iAt, iài 3t idvTi ta çvmiiv aOiu. 

4- Philol., Boeckh, p. 157. 

5. Id., p. 160. Je lia : à tSa tr^ipK xvtXàt.... au lieu de iAxi^. La 
cinquième essence ne leraii donc pas, comniB le croit Cicéran {Ttue., 
1, 2) une découverte d'Aristole. On U voit d ailteun vaguement, il est 
vrai, indiquée dans PUtou {Tim., bi a), et confondue avec l'Élber 
ilani Épiaont., 9S4 b. 

6. nwol. Artihn., p. je, 30, 33. Aactepiad., Stholl. Aritt., p. &41 
■ ,6. 



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liO EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

la jastice, parce qu'il eit le milieu de 10 et que 10 est 
le loot ; donc 5, qui divise le tout en S partie* égales, Cijn. 
et qui rend à cbaqoe partie ce qai lui appartient, bit 
rraiment l'office du juge '. Il est aussi le mariage, mais 
ce n'est pat parce que le mariage réunit deux êtres 
égaux ; bien au contraire, c'est parce qne le mariage 
est le rapprocbemenl, la cohabitation du m&le, qui est 
impair, et de la femelle qui est pair; or 5 est la sodium 
du premier pair 8 et du premier impair 3*. Enfla il 
constitue lu lumière*. 

Si 5 est le corps physique, 6 est lecorpt vivant. Si j'en- 
tends ce que cela veut diro, la matière réduite à' 4 élé- 
ments 'ne constitue pas une réalité vraie et organisée : 
il tant une cinquième essence qui leur permette de l'ag- 
gréger et de se former, de se lier et de s'unir, parce 
qu'elle a pour effetdecontenlret d'envelopper, ^ausUt: 
et c'est alors seulement que la corps peut être visible*, 
c'est-k-dire avoir une couleur. Maintenant A ce corps 
organisé par & principes, 6 vient ajouter l'ime et la vie 
avec ses fonctions, ^um» '. La raison en est que 6 est le . 
premier nombre de la décnde formé parla multiplication 
de i par 3, c'est-à-dire du premier pair par le premier 
impair'. La vie n'est qu'une combinaison des deux 

1. SehoU. irirf., p. 641 : Ti (Uvm Ix» tafl «£vtm.... ko) SnwnJK 
IvTiûhv liftiai A ii^dEirr. 

1. Scholl. Jrùtoi., p. 540 b, 14. 

3. TbtoL ATiihm., 18. 

4. Il umblirait alors que 4 db détigne qu'une DUtiïra praïqDB in- 
forme, ce qui De ■'tecorde gutre btsc \m rartui marrelUeiiMt et dt- 
finee de la léinde. 

&. Philol. Boackh, p. 168. SehoU. Àriit.. p. &4I a, 34 : T& St S 1^ 
+UXW. 
6. SehoU. Aritt., p. Ul t. 



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DES PYTHAOORICIBNS. ISl 

contraires. Cest probablement par la mime raison 
qu'il exprime, lai aussi, le mariage et Aphrodite', ■ 
et encore la santé*. La santé, que noas venons de 
voir attribner à 6, la lumière, qui est attribuée 
i 5, la raison, dont le nombre était plus baut l'unité 
même, d'après Aristote, sont encore exprimées par 7, 
qui de plusest Minerve et l'occasion favurable et propice. 
à-propos, ( xoiféi *. En effet, 7 est la somme de 3 et 
de 4, dont on vient de voir les merveilleuses propriétés, 
et en outre il forme avec 4 an moyen arithmétique 
entre les deux extrêmes de la décade: 1 : 4 : 7 : 10. 
Les effets de ce nombre répondent à la puissante vertu 
de ceux qu'il réunit Les êtres naturels accomplissent 
leurs développements réguliers et parfaits, les phases 
propices de la génération et de l'achèvement de l'être 
sont mesuréespardes périodes de 7. Ainsi pourl'homme, 
il vient au monde après 7 mois de gestation ; et sa vie 
se meut par périodes de 7 années. Pendant la première, au 
terme d? laquelle il pousse ses dents, il n'est qu'un 
petit enfant, tf^t^t ^t niâiM; dans la seconde il est 
UQ enfant, «aie; dans la troisième, quivajusqu'à 31 ans, 
il est un éphèbe , un adolescent , t*([p«!xun>, et ta 
barhe lui pousse. Dans la quatrième, dont le terme 
est 28 ans, c'est un jeune homme ; dans la cinquième, c'est 
un homme, ^p. A partir de ce moment, il décline, et 
les phases de cette décadence sont soumises encore h la 
loi du même nombre 7*. 

1. PjUiagorf, d'après Hodératus. Slob., Ed., I, 10. 
J. Theol. Àrith., p. 38. 

3. Moilenktua dans Slob., I, 20. Seholl. Aria., 1, 20. SehoU. ÀrUt., 
p. biO t,n; âli] a, 10; b,31i Theol. Anthm.,f.i2. 

4. Sehnll.ÀTiit , p. &41 b. Cesdivisioni Mat d'Hippocnte ouout été 



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ISS EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

Le soleil, qui est la cause productrice de tous les Truits 
delà terre', ne possèiie cette puissance que parce qu'il 
est fondé sur le nombre 7 . 

Il a la septième place dans l'ordre général du monde; 
en cfTel, sa sphère vient après celle des 5 planètes et du 
ciel des fixes, que les Grecs appelaient inKatit, La looe, 
quand elle a 7 jours, est en conjonction quadrangulaire 
avec le soleil, et c'est pour cela que le T jour est cri- 
tique*. Nous avons déjà dit pourquoi on lui donne le 
nom de Minerve' et de Vierge. 

8 constitue dans les èlres l'amour, l'amitié, la pru- 
dence, la réflexion*. C'est le premier nombre cubique, 
et, comme tel, il représente la teire, dont Pluton, aussi 
exprimé par ce nombre, soutient et ébranle les fonde- 
ments *. 

Le grand serment et le monde étaient constitués 
par la grande Tétraclys, formée de S nombres; c'est-à- 
dire par l'addition de. la somme des 4 premiers impairs 
k la somme des 4 premiers pairs, qui donne 36. Dr ce 
nombre 36 est celui de la somme des cubes de 1, de S 
et de 3'. 

La justice, que nous avons vue constituée par tant de 



1. Hippolyte, Bef. Bxr., vi, elle comme une opinion pJflh«gori- 
denna cette penste : • Comms Démiurge de tout m qui oali, le soleil 
est le grand géomètre et le grand rnUbécisciclen, et il est placé au 
milieu de l'universcomme l'Ama dans le corps; car le soleil est de - 
teu comme l'flme; le corps est de la terre. • 

3. SchtÀl. ÀTin., p. 540 b. Il n'y aurait rien d'tltmnanl que ces super- 
stitions numériques eussent été créées pir les pythagoriciens i la fois 
médecins et mathématicien*. Elles n'ont pu encore disparu de la science. 

3. Fhilot. Boeckh.p. 158. 

4, Stob., I, 2U, io^iot, tMoXOt' Cf. i>lul., (t«/f.,o. 10. 
6. Plut., <U II., C. Uiv ; d» Cen. an., 30, 4. 



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DES PYTHAGORICIENS. • 113 

nomlves déjà, Test eocore par 0, parce que c'est le 
premier carré produit du premier impair 3 par lui- 
même'. Ritter, complétant par uoe iDduetion fondée le 
fragment de Pliilolaùs, qui laisse 9 sans attribulion, 
croit pouvoir lui donner celle de représenter la vie di- 
vine et snpérieure des planètes, comme 8 représente la 
vie humaine, 7 le régne animal et 6 le régne végétal*. 
C'est te dernier nombre de l'ordre des unités, c'est-k- 
dire des individualités; car 10 est le nombre parhit, 
navtAdtt, et universel ; il enveloppe en lui l'essence 
et la vraie puissance des nombres, comme le monde en- 
veloppe loutes choties, tous les genres, toutes les es- 
pèces, tous les individus, en un mot toutes les unités 
partielles*. C'est le nombre de l'univers et du monde. 
Il y a dix sphères dans le ciel et dix corps qui s'y 
meuvent; nous n'en voyons que 9; mais comme la na- 
ture ne peut être boiteuse et manquer dans son tout à la 
loi nécessaire de l'harmonie universelte, qui exige qu'il 
y en ait 10, il y eu a certainement un dixième qni est 
invisible, mais dont l'existence esl d'ailleurs attestée par 
certains phénomènes, tels que le retour alterné et ré- 
gulier du jour et de la nuit, qni ne penvent s'expliquer 
qae par lui. C'est le nombre des couples conjugués, 

1, LesScholi. iTirMl., p. 540a, 2S, donnent A npOra; <rtfpao:, le- 
çon fautive sans doute, nmis 9, lai^uelle Zeller, sans aucune explicatloo, 
subuiiue i KpOTo; ^ttf&twini. Cf. Thtoi. Arithm,, p. bT. 

!. Hitl., Bia. de la phil., t, I, p. 3.H6. 

3. Arisl., Met., I, b : Tikilov i\ itxà^,,.. xsl <iâirai> napiiiÀiiffwi 
■riiv Tùv ipifltiAv fû«iv. 5ehoIi. iriil., p. 541 tt, 43 : Tiv Uxs ifitjiiv 
ixÉlcn» làv xéoiiDv, ls(t (^«inp 6 ijia (ipi6|ii( JsxTixôc ia"n mvri; 
ipiSjUû, dOtu ibI i x6a\uii Siktihôc tm xdvtwv tAv iliftv. Philop. t» 
Ub. Arùt., De an., I, Z c. : Ttitîot -rip if i4|iA( i Sfxa , nipi^it ràp 



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'S4 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHtQDE 

des syzfgies de contraires qui président h la génération 
des choses'. C'est la limite de l'étendue que peut par- 
courir le nombre*. Il renferme en lui la nature de 
tonte chose, le pair et l'impair, le mobile et l'immobile, 
le bien et le mal, comme l'ont prouvé Arch;(as et Phi- 
lolaûs dans les traités qu'ils out consacrés & ce sujet*. 

Si l'on veut connaître et les effets et l'essence du 
nombre, c'est dans la décade, qui les réalise tous, qu'il 
faut les étudier : elle esi le principe, le guide excellent, 
parfait, tout-puissant de la vie divine, de la vie céleste, 
de la vie humaine. Elle se manireste dans l'intelli^nce 
qui veut se former une notion des choses, et y produit 
la foi, jj «((m«, c'est-à-dire une conviction inébranlable 
et une certitude absolue -, sans la décade tout reste dans 
l'infinf, dans l'incertitude, dans l'obscurité '. On pourrait, 
par lu même rnison aussi, y voir la mémoire, parce que 
la décade est stable et immobile, et garde, sans les 
changer, ni les perdre, ni les déplacer, les pensées que 
nous lui confions'. 

Comme la tétrade, elle est en toutes les choses, et 
dans chacune, dans les intelligibles, dans les sensibles, 
dans les objets purement physiques. Ainsi, par ex., dans 
la pyramide on trouve k plans et 6 lignes; total, lo*. 

1. Arùt., Jfrt., I, 5; XU, S; Xin, B : El |uxpiSi»Uot A ipieitA;. 
Phy*., m, 6. 

2. Hitroclia, in Corm. Jur., p. 166 : XoO SI ipil[wù xi «npav- 

3. TheoD. Smyrn., Platon. JToth., p. 49. Philol. Boeckh, p. 146. 

4. Ihtoi. Arilhm , p. 61. Philol., Boackh, p. 140. 

El, Phit., Doeckh, p. 140 : 'Af'&v ■■) |uin; (iviiiiaaùvii inOffiaii\. 

5. Jord. SruDO reproduit ce tableau numérique du monde. L'Un rat 
principe de tout, est tout La dyade est le prioclpe de l'oppoaJtEon et 
de la pluraliU. La triade ramène l'opposition k l'iiaimoiile. La tétrade 



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DES PYTHAGORICIENS. 12& 

' Maintenant, qu'y a-l-ildanscesattributioti33iarbitraires, 
d'oùl'on peut seulement retenir ceci, c'est que tout être 
esl soumis & une loi mesurée par le nombre dans toutes 
les phases de son dèreloppement, qu'y a-l-i) de vraiment 
pythagoricien T Faut-il n'y voir que des additions pos- 
térieures da Déo-pythagorisme, ou devons-nous admet- 
tre que l'ancienne école avait au moins semé le germe 
d'où est sortie toule cette symbolique de fantaisie? Je 
penche pour cette dernière altemalive, malgré l'opinion 
contraire de Zeller, et il me semble qu'Aristote m'y au- 
torise. «Les pythagoriciens, dil-il, ont les premiers es- 
sayé de donner sur quelques sujets desdéflnitions fondées 
sur le genre, I^xom xafiAou ip(&ii4ai<, définitions dont ils 
ramènent les termes à des nombres ; par exemple : 
ils définissaient r&-propos, le juste, le mariage*, et di- 
saient : Telle forme du nombre, tï -rotwSl tûv ifi^fu» 
Wkf, constitue la justice, telle autre, l'âme et la raison', 



est U partBotion eitreme. Lt penUde flgore les aana otérieun. 
L'bezsde, 3X3, repr^Malele» daui ftictonn daU gtatrttioa. L'hgp- 
tade, qui n'engendre rien, eiprims le repos et U solitude. L'oct&de est 
la justice et 1» Hlicité. L'ennétde a la même essence. La décade com- 
prend et rinime tous les nombres ùmples : I-(-9=I0i 8-t-! = 10i 
6-t-4=lDi Ei+&^10. La mûDada dei nomhrea est identique t la 
monada des choses ; seulement elle diflïre dans son mode : • Rationa- 
liter in numeris, OMeatialiier in omnibus. • loir Proam., cli, Thtta 
adv. Math. Mtmb. 

1. Les dix nombres, qui suffisent à tout ei pli quer, n'eipri ment donc 
que les genrti des c)ioses,et alors quoi de plus simple "qu'il n'y en ait 
q(ie dix. Cela lait tomber l'obJBClian d'&ristote (Jr«l., XIII, g) que s'il 
n'j a que dix ncmbres, las nombres viendront bientât t manquer aui 

2. Mtl., mi,K. Il est vrai qu'alors, comme la différence spécifique 
n'est plus ajoutée au genre, la définition reste trèa-rague, et esl plutAt 
une claisifloatioD générale. 

3. Met., 1, b. 



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1S6 BXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

telle antre, 3 par exemple, l'homme en soi ; telle autre,' ' 
le cheval ou le blanc*. Il est donc certain que lepytha- 
gortsme analysé par Aristote, comme celui de Philolaûs, 
avait poussé assez loin cette minutieuse et stérile appli- 
cation des Dombres aui choses. 

Nous avons dit plus haut comment nous étendions 
la proposition pythagoricienne : tout est un nombre. Le 
nombre est un principe interne, ayant grandeur, et 
principe de tous les développements des êtres, qui tous 
ont, comme lui, pour condition d'esislence, l'étendue et 
la limite. En terminant ce chapitre je veux mentionner 
une autre interprétation due à un pythagoricien, Eurytus. 
Aristote, dans la critique de la théorie des nombres, de- 
mande aux pytliagoricîens : ■ Comment les nombres 
sont-ils causes de l'essence et de l'être î Est-ce en tant 
que limites, comme les points, Umites des grandeurs, 
peuvent en être considérés comme les causes î Alors 
doit-on entendre, comme le voulait Burytus, qu'il Taut un 
nombre de quelque chose, ipi6fiô( tivoc; par ex.: ce nombre 
est le nombre de l'homme ; cet autre, celui du cheval. 
Car de même que les uns ramènent les nombres h des 
figures, comme le triangle et le carré, de même d'autres 
assimilent à des calculs, ijnf^ic, les principes du déve- 
loppement des plantes*. ■ Le sens de l'interprétation 
d'Eurytus serait assez obscur, s'il n'était éclaire! par le 
commentaire d'Alexandre. • Le pythagoricien Eurytu 
disait : tel nombre est la définition ou la limite, ifw, 

1. JTït., xm,8. 

3. Mtt., XIV, i : Ta; i^apiià; tOv ^urâv. Cette phnse est ïssai 
bnuquemeat iolroduita, et Zeller en est si itonnë, qu'il luppoae une 
interpolation dan» le texte d'une glose margiiialB. Cepaoduit AJaundre 
tluit le passage tel que nuus l'fttODB. 



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DBS PYTHAGORICIENS. 127 

du v^étal; tel antre, celle du cheval; tel aulre, celle de 
l'homoie. Hais il ne se bornait pas à dire ainsi d'une 
façon générale que les nombres sont les définitions (on 
limites, Sp») des Tégélaux, des hommes et des bœufs. 
De même que le mathématicien, lorsqu'il dessine le 
nombre 9, qui est un carré, écrit d'abord 3 unités sur 
une droite, ensuite 3 autres sur une autre, parallèle à la 
preniière, et achève par une opération semblable, sa 
figure parallèle; de même opérait Eurytns, lorsqu'il 
disait que les nombres sont les limites des choses. Sup- 
posons par exemple que la limite ou définition de 
l'homme soit ibO et celle du vé^lal 360*. Après avoir 
posé cela, le inathémalicien prenait s&O petites pierres 
i{nift5ci<, les unes vert tendre, les autres noires, les 
autres ronges, les autres de toutes les autres couleurs. 
Puis, enduisant la paroi du mur de chaux vive et dessi- 
nant au trait un homme et un végétal, il posait- ces 
pierres, les unes dans le contour du visage, les autres 
dans celui des mains, les autres dans les autres parties de 
la figure. 11 arrivait ainsi k réaliser la figure de l'homme 
dessiné, an moyen de ces petites pierres, dont le nom- 
bre était égal au nombrede monades qui, suivant lui, li- 
milailet définissait l'homme. Ainsi, après l'opération, Eu- 
rytus prétendait que, dé mémequel'hommedËSsinéétait 
formé de deux cent cinquante petites pierres, de même 

1. Eiuf tus «orUit donc da priDclps que le» dix . premier» nombre» 
SLitSseut 1 tout expliquer ; ou peul^itre l'entendait- il «insi : Le» dix pre- 
mier» nombres sulBient à tout expliquer, p^rce qu'il» surS»eDl pour 
produire la strie des nombre» quelconque» nécessaire» fc l'eipilcatioD 
de» choies. 11 est peu probable que le» pythagoriciens l'aient entendu 
■inm. Car ou ne s'eijdiquenit plu» du tout l'objection d'Arislole : • Les 
nombres vont tous iDtnquer si vous vous arrfitei i 10. ■ 



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128 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

l'homme réel est Tonné d'aa(anl de monades'. > Le nom- 
bre, pour EurytUB, n'était donc que la forme quantitative 
d'une matière * , et cette matière était la monade. 
Hais d'oil venait le nombre de celte monade, qui elle- 
même en tant que nombre doit renfermer la tétrade et 
la décade qui se pénètrent dans l'unité? Pour nous, 
nous pourrions admettre que chaque être est formé de 
nombres ; mais ce n'est pas une somme qui constitue l'ê- 
tre : l'êlre est un rapport, et an rapport harmonique. 
L'essence, la raison, le principe, la nature de l'être, 
est d'être une harmonie ; car l'barmonie ne fait qu'un 
seul nombre des nombres qui la constituent : l'har- 
monie elle-même est un nombre. L*être est donc un 
nombre de nombres, une harmonie d'harmonies*. 

SB. l'hakhomie. 
L'être n'est qu'un rapport, et quoi qu'en dise Aristole, 
on peut très-bien donner à ce rapport le nom de nom- 
bre *. Hais ce n'est pas toute espèce de rapport : c'est un 
rapport d'harmonie ; c'est une harmonie même. 

i. Alei. Apbrod., Seholl. Àritt., p. 819. 

3. C'Mlipflu prtt ainsi 4ua l'enteodsit Hodèrabu (Stob.,I,t,p.}0): 
■ La nombre est un tyslèma <le monades, ou biea une upaaiioD ds 

U quaatitâ commenfant par la monade, et uo retour de la quantité k 
la monade. C'est une quantité limilant les monades, KipaEvoua-i |iDié- 
io;. ■ Les monades ne sont plus alors que des atomes malériBls ; mais 
qu'est-ce qui leur a donué leur unité T 

3. Hierocl., Comment, in Aur. Carm., p. 464, éd. MQllacIi: )lpiB|Lii 
IpiS^uh. Arisl., Met., XIV, b : *0 Xôfat A witçtovii ipi6)iûv. Âlei., 
5(fMll., p. 8!9 a, 4E>: > Ce qui veut dire quelanison, ilLi-ro;, la forcs 
ralionnelli, suirant laquelle naissent les plantes, est une »'ymphonio; 
or, la sympbonie est produite par une disposition régulière déter- 
minée par le nombre, 4 Si aup^ftnla icrr' &pit)ii,oO oxisiv. • 

4. Iffl., XIV, &. • L'ess«nce est le rapport d'une telle quantité à 



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DES PYTHAGORICIENS. 1^9 

Les choses semblables, en effet, et de nature sembla- 
ble peuvent naturellement s'allier ensemble et sans au- 
tre condition que la similitade de leur nature, qni déjà 
pourrait être appelée une faannonie. Biais puisque l'ex- 
périence nous apprend que tonte cbose est un mélange 
formé de contraires*, et que les choses dissemblables et 
denaturedisse mbiable, qui n'ont pas une même essence, 
ne peuvent être unies qne par un principe qui les rap- 
proche. Il faut qne ce principe existe, puisque les choses 
réelles font partie du monde, où règne l'harmonie, x^- 
|ut L'harmonie est donc le principe nécessaire qui lie 
et concilie les principes contraires qui entrent dans la 
constitution de tout être ; elle est l'uniBcatiou des élé- 
ments multiples et mélangés qui le forment; elle est 
l'accord des éléments en discorde, la loi absolue et né- 
cessaire de l'ordre dans le monde physique comme dans 
le monde moral, dans les mdtvidus comme dans le 
tout». 

Toute harmonie est une proportion ; cette proportion , 

un« t«De quintiti des âimento qn] entrent duu le mèluge ; mais ce 
ii'«sl pu là an nombre : c'sat U raison d'être, 6 }l6t°C <Ii mélange 
de Dombree corporels. • 

t. Ariitote conitate cette opinion, qui tkit de l'être un mUange, un 
mixte, (lEEudc, Met. , XIV, &, et qu'on rstroufe dans la PhiUbt. 

3. SthoU. in n., p. 96 a, 33 : 'H tOv SXmv xé^i^. Diog. L., TOI, 33 : 
Kart' dpiuitai iroviorivai lii AXa. Id., Si : ndvra ii^Ym xol AptiovC^ 
TCv(attti.Nicom.,Jrt(hM., p.59.PhilDl.,BoBckb,p.6]: ïpiuvCitnoliu- 
(uiftwv tmmt *a\ ttffi f poviivcuv o{|if paat;.' Cf., Id. PMJoI., p. 63. 
Slob., 1, p. 468. Ari9t.,jr«l., I, S : Tiv Uov oOpcniv Ipv^vkv. SMb., 
U, 468 : KoS' &p(iev(av liv «oaiiii BvitTciyv foui. Athm., Zm, St2j 
IIvSa'fipBt.... uil Ti|v toû 'K&vTDc abalwi Sii iLOunxtit faceçaiiiatai 
Duyiu(|iivi|v. Theon. Smjn)., Àrith»., I. 1, p. 1& : 'EvavrtHv n*ap- 
[i6rnv sal tAv ilaUAi Ivuaiv x^ tm iixOffovaOvnn su)if p^ot*., . 
ïv (Muoixf , çaolv, 4 6iLivaia lâv «pa<r)itiT(M i<nl ko) ifvmxMottt 
vA iMtvrit* Kol y>P«Cti) iv %âB]itf [ih lp[imia, h %ii»i Si «ùva|»a, Iv 



lyGOOgIC 



130 EXPOSITION DE lA DOCTBINE PHILOSOPHIQUE 

la plus parfaite de toutes, se meut dans l'étendue de 
l'octave, c'est4-dire entre deux sons prodnits par des 
cordes dont le rt^port — soit de longueur soit de ten- 
sion, — est comme 1 : S ou comme S : 4. 

L'harmonie, dit Philolaijs, et tons les musiàeos grecs 
sont d'accord avec lui, est l'octave mAme, c'est-à-dire 
une quarte, rniXaSi*, surmontée d'une quinte, Stli «fvn 
ou St'iEt(MvM,a quinte est plus forte quela quarte de 
9/8' ; car il 7 a de l'hypate, la corde la plus grave du 
télracborde inférieur, à la mèse, la corde la pins aignô 
de ce même tétrachorde, nue quarte, et de la mèse à la 
nëte, la corde la plus aiguS du tétrachorde aigu, il y a 
une quinte. De même de la nëte & la trite il 7 a une 
quarte, et de la trite k l'hypale une quinte. L'intervalle 
qui sépare la mèse de la Inte, on le ton, est de 9/8 ; l'in- 
tervalle de la quarte est de 4/3 ; cdui de la qninte de 3/3 ; 
celui de l'octave est de l/S*. L'harmonie ou l'octave 
comprend donc cinq 9/8 ou cinq tOns, et deux dièses; 
la quinte comprenait trois 9/8 ou trois tons et un dièse , 
la quarte deux tons et un dièse*. 

1. C«it l'ftDciea nom ds la qiurts ; il loi fenait 4a ce qaa o'utls 
premier intervalle dee loiu coaunnantt. Nleom., p. 16. 

2. Ce second nom Tenait i la quinte de ce qu'elle est k Viig* de 
U qoarte. 

S. 'Eh^oov, c'est-k-dire 1 entier plua j. 

4. Lea deui tJttncbardes peuvent fitre jointe, c'eat-k-dire aroir nne 
corde commune, ou disjoints ; cela ne cbaoge rien ji la mesure des 
interraJlas. L'iaveDlioD de l'octocborde et de l'heptichorde était attri' 
buée à PytIjigorB, cumme aussi la déte nui nation dea rapports narné- 
riquM dei Intervalles. Ces calculs sont eiacts; mais comme noua m«- 
Mions les intervalles d'âpre les nombres deTibniii<Hu des cordée, il 
t«ai renverser les rapporu pour avoir ceux qu'avait oblenns Pytha- 
gote. cr. Nicom., Hamum., p. it. lambl., Y. P., c. ixn. Bryensitu 
Barmon., Bect.,p. 3Gâ. Aristid. Quintil.) de Jfiu., I, p, 1T> 

b. Les di&ses sont ici des demi-tons mineurs, uprinéi pu 1a np* 



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DES PYTHAGORICIENS. . 131 

Noos avons donc dans je système de l'octochorde le 
diagramme suivant : 



u 



Fannite. 

Trito. 

Fwmïse. 



Il 



S : 9. 



343 ! 1&6: demi-ton. 



MèM. 

LicbAU». 
Ptriiypftte. 
î " l Hypate. 

Dans le système de llieptacborde la paramèse man- 
quait; la trite en prenait la place, et la mèse du tétra- 
chorde des graves, qui en était la corde la plus aiguë, 
servùt alors en même temps de corde grave au titra- 
chorde des aiguës. 

n résultait de là qu'entre la paranëte et la trite il y 
avait un intervalle non divisé de 3 demi-tons *. Lors- 
port 3U : 256} le uaa primitif «t divUlon. Plus tiid la nom de 
li<ti|i> fut douDé I ce demi-Ion; et celui dedièie fut isigaé irinter- 
nllt du tiers de ton dans le genre chnnnatiqae, et du quart de ton 
dam le genre eubarmonique- 

1. SjitËmederiieptachorde, 

iNite. 
ParuiMe. 
Trite. 



I Uclunos. 
J PuhTpat*. 
Uypate. 



n,g-,-^i-T:G00glc _ 



133 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

qa'uoe huitième corde fût ajoutée, on dirisa cet inter- 
valle en deux tnterralles dont l'im fut d'un ton, et l'au- 
tre d'un demi-ton. La corde qui sBivit la paranëte s'ap- 
pela la trile, parce qu'elle était la troisième, et la corde 
snivanle s'appela ia paramèse, ou voisine de la màie. 
ODTOît donc commentidansle fragment de Philolaùs que 
Doosarons analyse*, il peut dire que de la trite à la 
mèse, il T a un ton, c'est-è-dire 9/8. 

On pent faire la remarque suivante: si on prend poor 
valeur de l'hypale 6, la nëte ser^ 13, la mèse 8, et la pa- 
ramèse ou la trite sera 9. Or la proportion 6, 8, IS, 
constitue ce qu'on appelle la proportion harmonique en 
arithmétique*, c'est-i-dire une suite de nombres telle 
que le moyen surpasse chaque extrême et en est surpassé 
de la même firaction de chacun d'eux ; en effet 8 = S 
-|-|;e|12 = 8 + V. • 

En géométrie nous allons également retrouver cette 
proportion et ces nomhres. Le cube a 6 plans on surfa- 
ces, Sangles, 18 lignes. 

Au lien du rapport9/8,Philolaûs d'après Bofice*,mul- 
tipliant les deux termes du rapport par 3, obtenait les 
nombres s4 : S7*, et par là il semble avoir voulu 
voulu constituer ainsi les rapports harmoniques: I, S, 
3, 4, 8, 9, S8. n avait ainsi l'avantage de faire entrer 
dans l'harmonie le nombre il, cube du premier impair, 
3, qui joue un rftie si honorable * et même si nécessaire. 

I. PhiM.. BoBCkh, p. se. • 

t. lunblique{inJT(COM., p. Ul] dit quû le nom dttrmanlqafl ■ été 
donnt k celte proportion par Archytu et Hippasoi. 

3. Dt Mia. , m, 5. Bocckh, Thiiol., p. T6. 

t. Nous ATonadit que las anciens, meiurml les tenaions etles longueurs 
au lieu de compter les vibntloiu, obtenaient det rapports Tenvenà. 

h. Boèce, UI, h. Boeakh, 1. U < PUlolitls rero Pythigorieni alio 



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DES PYTHAGORICIENS. 133 

Car ce nombre S7,cabiqQ^ lui était indispensable poor 
montrer que loal flans le monde s'explique par ces 
nombres del'harmonie;ortecube,quiest le corps, de- 
vait y tronrer nécessairement sa place ; en outre il for- 
mait une grande létractys* composée de deux propor^ 
tions géométriques partant toutes deux de l'unité, dont 
l'nne avait pour raison S, l'autre pour raison 3, soit: 
1. a. 4. 8. 

1. 8. 9. S7». 
Ces nombres, que Platon appliqua plus tard à la com- 
positîan de l'Ame, dont il fll comme une liaraionie de 
facultés, furent appliqués par les pytbagoriàens au sys- 
tème astronomique. Au point de me psychologique, Us 
se sont contentés de dire d'une Isiçon très-générale que 
c'est l'harmonie entre l'ftme et les cboses, entre le nom- 
bre de l'Ame et le nombre dans les choses, qoi rend la 
connaissance possible, parce que la connaissance va du 

modo lonum diridere teotant, lUtuio* icilicat primordinm loDi 
tl) oD uurntro qui primiu Gubnin a primo impari, qnod maiime «pnd 
PjthagDrico* hoDorabile fait, efBceret. • 

1. Diflïrente éridemmeut de celle dont nom ivoni padé plu* haut, 
mai* ea tant que tâlracly», Jouiuant des mimes proprléléi. 

2. Ce «ont les mBmes nombres qui diriaeut barmoniquemant l'Ime 
du monde daui le Timéi da Platon. 

Dam ces nombreg, les rapportai: 1;3 : 4 ; 4 : 8 rapréunteot l'ootara ; 
1 ; 3,1a qnioia; 3 : 4, la quarte; 8:9, ]a ton. Hais, pour bJre entrer 
dans cetteiériele nombre IT et le rapports: 17, ilbudraitadmettrela 
cnusoanuiee nommée Iià «ao&v usi Sià lU-m, o'est-i-dira la réplique 
de la quinte i l'octaTe supérieure ; or, cette coosonnanee, qui eiige au 
moins dflui ocIstes, eiistatt lutemps dePlalon, mili onn'aguèrele 
droildel'ttlribueriPhtluUtts. Sile nombre 31 l'introduit dans l'octave 
simple, comme un des termes du rapport qui exprime te ton 34 : 37, 
il faudrait alors Taire aussi au nombre Û une place qu'il ne peut 
«voir. Cette tétractys est donc uns hypotbiie peu jusUlUa de 
U. BoacUi. 



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134 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHlLOSOPaïQOE 

seitablablc au semblable. Par conséquent, si l'Ame D'élût 
pasaombreet barmonie, elle ne poifirail comprendre le 
Dombre et l'harmonie, vraie essence des choses. 

Avant d'en montrer les applications, nons dironsquel- 
ques mots sor l'origine de ces calculs. Ds appartienoenl 
certainement à l'école de Pytbagore, comme tonte l'an- 
tiquité l'atteste ', et le fragment de Philolaûs prouve 
qu'ils sontdus aux anciens pythagoriciens. D'après Nico- 
maque, lamblique, Gaudentius, Hafrobe, Boëce, Genso- 
rînus*, Pylhagore avait par hasard remarqué dans nne 
forge queles sons des marteaux produisaient des accords 
de quarte, de quinte et d'octave. Il eut l'idée de pe^r 
les marteaux el trouva que les rapports des poids dos 
différents marteaux étaient précisément les rapports 
numériques que nous avons reproduits. Il répéta l'ei- 
périence , cette fois avec des cordes de diamètre 
égal et d'égale longueur, mais teudues par des poids 
différents, et il trouva encore les mêmes rapports dans 
les poids ou dansles tensions. Montucla a fait remarqaer 
que ce théorème est faux, et que les rapports réels des 
sons ne sont pas ceux des tensions des cordes ou des 
poids des marteaux, uiais ceux des racines carrées des 
forces de tension. Ce n'est donc pas une expérience, du 
moins ce n'est pas l'expérience qu'on vient de décrire, 
qui a pu conduire Pythagore & ces erreurs. Gaudenttus, 
il estvrai, la rapporte anu-emcnl. Les cordes, dont se se- 
rait servi Pytiia^ore pour son expérience, auraient ét£ 
soumises à des tensions égales, mais les longueirs 

1. PbU.,dtGm.mim.,\0;diMut.,27.- 
3. Cf. Boeclcb, de Mitr. Pindar. Msrtin., Et. ntr h itmA, t-1, 
p. 38 . 



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DES PYTHAGORICIENS. 135 

uiraient ^ diOérentes, et ce sont les rapports des lon- 
gueun des cordes qui mesarèrent les rapports des Bons. 
Hais cette proposition n'est vraie et conforme aux Tails 
qae si on renverse les rapports donnés par les lon^eurs 
des cordes vibrante; : or on igoore si Pythagore et 
mftme Platon ont bu qu'il était nécessaire, pour expri- 
mer ea nombres les notes de l'octave, defairecerenver- 
sement. 
^'^La musique pjtbagoricienne était surtout une arith- 
métique: elle imposait des lois aux instruments et aux 
voix, et rejetait comme indigne d'elle d'en recevoir de 
l'expérience. La simplicitëdes rapports numériques, tels 
que la fait découvrir l'étude des propriéti^s des nombres, 
Toilà ce qui devait constituer la vraie harmonie. Tandis 
qa'Aristoxène et l'école des Organiciens faisaient appel 
à la sensation pour fonder la science et l'art de la roa- 
âqne, l'école des Rarmoniciens ne consentait i pren- 
dre les faits que comme point de départ, et soutenait que 
iaraison, une fois excitée, devait être seule maltresse de 
fixer les principes rationnels de cet art, d'après les lois 
généralesde l'ordre et des mathématiques, sans s'inquié- 
tfir de la sensation*."» Pythagore mourant fit entendra 
h ses disciples, en lenr donnant le conseil de loucher le 

t. Potphyr. , tn Ptoitm., p. 308. Uv9a-r6paA vol ol iiati!i|uvai TJiv 

■jm ix toitm Affiflircn xaï' tavràv spBYH^^'^'o^'i àitav^i,vn ^ 
idvtittuK. PluL, de JfiM-,c. 3T : • PylbBgore iTait rejeté le jugemanl 
ds l'oraille en ce qui concerne la musique; ce u'eat pu, suiTant lui, 
k la nnntion d'uu oigtne, mais i l'eiprit, que sa révîte la vertu de 
cet lit. Par coM^uent, ce n'éiaît paa par les impreisions de l'ouïe 
qu'il en -jugeait, nuiu «eulement par lljaimoaia proportionnelle de* 
inteniUea, qui n'est comprlae que par la nisoo : v^ ikf Iincr^i t^v 
vtArtn &pnj)v ifa«xiv ilvou. ■ 



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136 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

moDochorde, que la perEectioa de la nmnqoe ^aeqot- 
rait bien plulAt iDtelligibleraent par les nombres qoe 
sensiblement par l'ouïe'. » 

Vaut-il donc admettre que ces rapports, exacts pour 
la plupart, du moins en cequi concerne les sons fonda- 
menlaox de la gamme*, n'ont été découverts que par la 
voie du calcul abstrait, et que la théorie muùcale, du 
moins, n'était qu'un pur jeu de mathématiciais, ooe 
solnlion de problèmes exclusivement arithmétiques tels . 
que celui-ci : ■ étant donné le chiffre d'un intervalle 
consonnant, ledécomposer en un nombre déterminé de 
Encteors fractionnaires à termes entiers? > S'il en 
était ainsi, ce serait un ai^ment bien poissant en 
foveor de la méthode i priori d«s pythagoriciens, 
puisque, guidés par celte rèf^eunique, que les sons de la 
musique doivent présenter dans leurs rapports ces nom- 
bres simples qui sont comme les formules de l'ordre 
mathématique, ils sont arrivés & une théorie que l'ex- 
périence a corrigée dan^ ses détails, mais eu l'acceptant 
dans son fondement. 

Quelle est donc la valeur de cette théorie moâciUe? 



1. Ariitid. OutDt., d« ïïu*. Helb., p. 116, L 1. Aii wd nvtcripn 
f«sl.... At "ciit ispitirra -riiv h pouat>( vaiiTOc piUow ti' àfit^Sir 1i 

3. SvM doute leur gtnune était fkuite; lié n'aTtisot reconnu ni le 
Ion mineur 10/9, ni le deml-lon majeur 16/1^; par suite, noi deux 
tierwfl et no* deui aiitei leur mangnaient. Hais la gunme ast.elJe 
Tnlmant donnée par la naturel N'est-elle pu un air, une mélodie, 
que les eiicleg et lea peuples psrfeeilonDent lueceeaifement, et que 
nos Instrumenta t tempérament modifient encore de nos Joursf Le 
calcul rationnel n'a-l-il paa jm agir sur la sensation •tle-mtaie et 
l'habituer p«a à peu k goAiar des intervalles auxquels l'oreille aiait pu 
rester longtemps insenribleT 



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DES PYTHAGORICIENS. 137 

Les mnsîcienB modernes la raillent beaucoup, et Gr6- 
try, foisant allusion surtont aux genres chromatique et 
enharmonique qui employaient des intervalles de tiers et 
de quarts de tons ' que repousse notre oreille, et qu'elle ad- 
mettait marne difficilement chez les anciens*, Grétry dît 
qu'elle devait ressembler beaucoup au miaulement des 
chats. Je crois qu'en effet la musique ancienne difTérail 
beaucoup de la nôtre ; mais on la juge mal par cette com- 
paraison. La musique n'a jamais été chez les anciens 
complètement séparée de la poésie, c'est-i-dira de la 
parole et de la pensée ; sa valeur dépeudail moins de ses 
e£rets propres, que du relief qu'elle donnait àl'expression 
orale des sentiments et des idées. Ce n'était guère qu'une 
déclamation musicale et chantante, mats qui laissait tou- 
jours &]a pensée et à. la poésie le premierrang et la pre- 
mière place *. L'absence du ton majeur, du ton mineur, 
le manque de tonalité précise et peut-être de mesure 
sévire, n'avaient donc pas pour les anciens lesinconvè- 
nifnts qu'ils auraient pour nous. Quant au principe 
pythagoricien, exagéré suis doute, n'est-il pas cepen- 
dant en grande partie parfaitement exactî NoQ-senle- 
ment dans la composition de ses mélodies et de ses 
harmonies, mais même dans la composition de sa 

1, lUmetu anit cepmdaat écrit du» le senre enlurmoniqae un 
trio de Parqiàtt. Haû il na put trourar & Fuit Iroii cbauteuseï qui 
poMent sntonDsr Juila 1« quirt de ton. Aead. d. Ituer., t. XXXV, 
Mtm. dt Chobanon. 

3. Plutarque, de Mia., 3S, et Aristide Ouinlll., d« JTiu., I, 19, CoR- 
st&tanl celte rtiiitance des muticieiu exécutants contre la lyrinnie 
d'une théorie tout abstraite. Aristoi., fîannon , p. 19. 

3. AriMid. Quintil., de M*t., p. 76 : 'Celui qui étudie !& musique 
doit turtout ï'attaober à ceg quatre choses : une peinte convaneble, 
U dïctîoD, l'IiannoDie et te rhytlime. la. pansée est de beaucoup la plus 
Importante. • ' 



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138 EXPOSITION PE LA POCTRINE PHILOSOPHIQUE 

efamme, l'art musical, comme toaa les arts, reofennean 
élément rationnel et intelligible. Aucun art ne s'adresse 
exclusivement à la sensation ; le plaisir délideox qu'ils 
nous causent, cette joie douce et sereine, qui allège 
l'Ame*, n'est pas uniquement l'elTet d'une impression 
matérielle sur notre organisme physique. 

Ces sensations elles-mêmes, ces ébranlements du sys- 
tème nerreux, particuliers ft la musique, ne sont pas 
sans quelque élément rationnel. Chose curieuse, nos 
nerfs, et particulièrement ceux de l'organe auditif,rèpè- 
tent et reproduisent les vibrations des corps sonores; et 
les TÏbralions des corps sonores ne sont musicales, 
ne sont harmonieuses, qa'k certaines conditions qui 
se ramènent à des lois numériques*. Les .notes fonda- 
mentales de notre musique forment entre elles la pro- 
gression suivante : 

1 i f S 
ou I J î î 

c'est-à-dire constituent des rapports, c'est-à-dire des nom- 
bres simples, clairs, faciles. Le son musical lui-même est 
constitué par l'isochronisme prolongé des vibrations, 
c'est-à-dire parl'égalité de durée dechacune des vibrations 
pendantun espace de tempslongrelativementà la durée 

1. Xopiv UXotii.... MVftïraOn Fi«S'^i«v^(. Aiiit., Polîl., TIII, T. 

3. AriiL, Polit., Tin, S : "Eon U i\u>m^aaL h toÎ( ^|ieTï soi te^ï 
(Ulioiv. P]«l.,riin., p. SO : 'Oaoi fBâTT<»— . ''^ V^"* &vàp(iMTai fi- 
f)i|inot Sl' àvgiiBiiniTa -rrn i-t 4t>.îv lin' aÙTâv Ktvfjviwc, tixt Cl!|>fmoi 
Si' d|u)(iTii;Ta. '"est le nombre de l'ime qui entend et goûta le nombre 
da corps BDQora : ou mieux encore, l'ime, qui e*t un nombre, aniend 
leiOD qui est un nombre, et le mem« nombre. L'imei Mcvilirallons: 

Hou Gtrar «t an luth uipudo ; 
SlUt qa'oa !• lonsha, il rtoonn*. 



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DES PYTHAGORICIENS. l89 

da son. Cette ^tité, c'est encore une proportion etan 
nombre. N'a-t-OD donc pas raison de dire avec les 
pythagoriciens, que la musique ne dépend pas de la 
sensation en soi, et en tant que sensation; qu'elle ren- 
ferme UD élément intelligible qui domine l'élément 
physique; qu'elle peut être considérée comme une 
mathématique entendue, sensible, comme une combi- 
naison et un développement de rapports numériques, 
et, pour ainsi dire, une discussion et une résolijition 
d'éqaalions mélodieuses T Oui, Pythagore a raison : l'es- 
sence de la musique, et le principe de sa beauté est 
dans le nombre. Ptdehra numéro plaemt. RMio tétait nihU 
alittd sibi plaeere guam numéros, d^t saint Augustin', a 
demi pythagoricien, il, est vrai. Ces nombres, ces rap- 
ports doivent être entendus ; mais ils n'en sont pas 
moins intelligibles. L'oreille q'est ici qu'un intermé- 
diaire; la raison est le souverain juge, et la musique est 
un art intellectuel'S'G'cst par cecaractère qu'elle s'élève à 
la sérénité comme & la dignité, qui est la marque de 
l'art véritable, et qu'elle purifie, saucliâe le plaisir qu'elle 
nous donne. 

C'est surtoutparce principe idéaliste que les théories 
musicales des pythagoriciens ont une vraie valeur phi- 
losophique. Platon n'est pas le premier qui ait fait de la 
beauté une idée.ATantluiils en avaient fait une applica- 
tion directe à l'astronomie, &la médecine, à la morale. La 
musique n'a pas pour objet uniquement de régler les 
rapports des sons : elle régit et ordonne tout ce que la 

1. P« Ordin. 

3. Douillaud. Hmm Smym., p. 106. Aiislox., Bwmtm., 1, 3. Proel. , 
l'n Tim., p. 196, 14. 



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140 EXPOSITION DE LA. DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

nature eofenne dans son sein*. La philosophie, c'est la 
^nde musique*. L'astronomie et la musique sont deux 
sœurs*. La musique n'est que l'image de l'harmonie ce- 
leste. 

S 8. l'hABIIOMIB CiLSBTS. 

Noas avons déjà vu que de l'Un central se développe, à 
reitt*étnité du monde, une sphère enveloppant le monde, 
qui par suite est lni-m£me sphérique. Tous deux, et le 
centre et l'Olympe, c'estlenomde cette sphère supé* 
rieure, appartiennent à l'élément fini '. Hais le vide en 
entrant du sein de l'infini dans le monde, qui l'aspire 
en vertu de sa puissance vitale, y déploie l'étendue, et 
la divise en êtres individuels. Ces êtres placés entre les 
deux extrémités du monde, sont d'abord les astres, corps 
divii^, se mouvant de l'ouest à l'est, et accomplissant 
leurs danses célestes et leurs chœurs harmonieux au- 
tour du noyau igné qui sert de centre & ce mouvement 
universel. 

Tout l'espace interœédiaireest divisé en deux régions. 
Immédiatementau-dessousde l'Olympe, qui estla sphère 
des Fixes*, est la région supralunaire appelée le Cosmos, 
qui contient, en ordre, le scrieil, la lune, les cinq p'a- 
nètes, Vénus, l'Étoile da soir et en même temps l'étoile 

t. Un pytlugorlcian inconnu, olU puAriit. Quinl-, 1, p. 3: Ilévt' 

2. put. PhKil., Sla.Sbab., X, p. 117. • Platon ai, ■<'uit lui, Im 
pftbftgoridBns avaient appal6 la philoaopbie mudque. ■ 

3. put., Kep., VII, 630(1. 

4. Aiiat., de C«l., II, 13 : TAJI'fax'"^^ »1 ^i (ifaov iifpac, 
6. Que 1m ancieni appelaient inXn^c. '■ 



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DES PTTHAGORICIENS. 141 

du matia on Lucifer S placés, d'après les ancieas pytha- 
goriciens, entre le Soleil et Mars*; ensuite Mars, Jupiter 
etSatnme. An-dcssoos dn Cosmos, se trooreleCiel, Ou- 
ranos, sphère de tous les êtres soumis au changement. 
Bn considérant comme compris dans cette énumération 
le ciel des fixes, qui participerait ainsi an mouvement*, 
en y ajoutant la terre, on n'a qu'un total de neuf sphères et 
mobiles. 

Les pythagoriciens, obéissant h ce principe supérieur 
d'DD ordre parfnit que la décade seuleréalise, complétè- 
rent hardiOieut le système par l'addition d'un dixième 
astre, l'&ntichthOne, placée plus has encore qne la terre. 
Ainii, la terre n'est pas, comme les anciens philosophe» 
se l'étaient représentée, le centre immobile du monde *. 
La terre n'est qu'un des astres du monde, I* tMv ibtpwv. 
Elle est comme eux une sphère, se mouvant circnlaire- 
ment comme eux* autour du centre unique du mouve- 
ment. Dana ce mouvement de translation, que Monlucla 
croyait, par erreur, le mouvement de rotation autour 
d'an axe, la terre [u-ésente toujours au feu central et à 
l'Anlichlbooe le même cAté ; c'est pour quoi nous qui 
habitons le cAté opposé nous ne pouvons jamais voir ni 
l'un ni l'antre*, et nous ne recevons pas directement la 

1. Lldentlté ATilt «lé TKonane par PTthagoro. DIog. L , VIII, 14, 
«11,13. PlJn.,B.S., l.n, 8. 

J. [yi^rif Endémfl,SimpUciiuit( Jrùl., de Cal,, 11Gb. PIiii.,'II,8, 
M Cemotia, dt Die nol., o. 13, les plaçant entre le uleil et 1& terre; 
miû n'est an point de rue utronomtque pnetirieur i Pyttuigore. 

S. Ce Mtsit unnme an preuentimant de \t prècessioa des équinoiei. 

4. Ariit., 4t« Col., Il, 13 : Tâv nliEorD» Inl toù luaou xiiiriai Xi- 
fivna*.... IvmtMt ol mpl ItoXlin. Cf. Plut., piae.PAil., III, 7. 

h. Plnt., Plat. Phii., m, 7 : 'OiumKpÔKwt iiXiif xal mlivt. 

5. hiiiL, de C(*l., II, 13. SimpUc, f. 124. SthoU., UK *. 'H U &v- 



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168 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

cbaleoret la lumière du fencentral.qui ne dors arrivent 
qne par la réflexion et la réfraction du soleil, corps 
Tttrescent qni nous les renvoie, comme ferait un miroir, 
maisaprëslesaroiripourainsidire, âltrées*. 

Lorsque la terre se trouve du même cAté'da feu cen- 
tral qne le soleil, nous avons le jour; lorsque la terre 
est d'un côté de ce feu et le soleil de l'antre, noua avons 
la nuit. C'est .donc le mouvement de la terre qui, chan- 
geant la situation par rapport an soleil, fait le jour et la 
nuit*. 

Il est évident que nous devons voir ici le premier 
germe de la théorie cosmologique de Copernic et de Ke- 
pler; il suffira de transformer l'AnlidiUione en un hé- 
misphère terrestre et d'ajouter au mouvement de 
translation de la terre un mouvement de rotation sur 
son axe, pour arriver à la vraie loi du pbénomène.Co- 
pemic reconnaît lui-même que c'est aux anciens qu'il 
doit d'avoir pwté sur cette solution du problème toutes 
ses méditations. Il dit, en efTet, dans une lettre au pape 
Paul III : a Reperi apud Ciceronem primum Nicetam 
(legeHicetam'}scripsisseterrammoverï.... Inde igitur 

tif' ^|iâ*.... Plut-, PUtc Piyii., m, D, 3. 

1. Stab., I, &30 : TalHiiD riv llliai, Stx_6^im (Ov td9 h tia^i^ 
vufit ^ &VT«u'r*'(" Sni^vT« fit «pi; illfdi ti tt ffS; xal Hixi—i 
Boeckh, Phil., p. 13T. De sorte, ajoute PhiloUfi», qu'il ; a pour ainii 
dire dsui at mtma troU loleils : le corps qui ait dans le ciel, Is, lu- 
Biiire quieu émue, el cette autre lumitre qui, du miioit où elle m 
bfise, reiombe sur nous en rayon* dispenéi. 

1. ArUt., d» Cal., II, 13. Simplic, f. 114. SchoU., 606 a: TJlvSi 
'ffi* 6t Iv tOv finpwv oBa«* Mveu|u»|v «ipl xi fiam Mnà t** itpit rt 
^lioY »x<»n *4«" "il *t»*P"» iwniv. BoecUl, d»Haton, tgtUm , 

3. uog. L., vni, SS. 



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DBS PTTHA00RICIEN8. 143 

occaBionein Dactas, cœpi et ego de lerrse mobilitate co- 
gitare'. » Cet Hicéiss, dont on ignore l'époque, mais 
dont on peut sans invraisemblaDce croire qn'il était py- 
thagoricien, puisqu'il était de Syracuse, cet Hicétas 
est le premier qui ait parlé d'un raouTement de la terre 
antonr de son axe. Gicéron, comme le rappelle Coper- 
nic, dit en effet : « Hicetas Syracusius , ot ait Theo- 
phrastas, cœlum, solem, lunam, stellas, sapera denique ■ 
omnia stare censet, neqae prseter terram rem nllam in 
tnondo moveri, que quam circum axem se somma cele- 
litate converlat et torqueat, eadem effici omnia, quasi 
slante terra coalum moveatur. Atque hoc etiam Plato- 
- nein in Timso dîœre quidam arbitrantur sed panlto 
obscurius*. » 

Si Pfailolaâs a laissé échapper cette obserration, da 
moins il avait reconnu l'inclinaison du plan de la révo- 
lution de la terre, sur celui de la révolution du soleil, 
quoique (Hnopidës de Chio se soi t approprié cette décou- 
veile*. Cette inclinaison avait l'avantage d'expliquer la 
diversité et la succession régulière des saisons de l'an- 
née, la communication du feu central au soleil, qui 
sans cela eût été interceptée, enfin, parla rencontre aux 



1. Copara-, Btvolvtl. enlcft. Pnef. GuMudi, Vita Copem., p. S9T. 

3. Aead. , IV, 31. Hieétu, en tmuforinuit la mouvement de trus- 
l&tjon en mouTeraent de rotition, comme Hiraclide du Pont, disciple 
de PUioDjetlapjthagoTideD Ecphaniui, qb rimlTiit puis problème. 
Ceit Arijtarque de Samoi qui al&rn» les deux mouvemeots, et fut 
•ccneâ d'impîAU pour noir o»i déplacer Vesta, le smolutire et le* 
pénUss du monde. Plut, Dt fuc. in ori. hin,; QuKtt. Flut., VII ; PIo- 
ciLFha., 11,14. 

3. Plut., Ptae. Fha., III, 13 : .... Kâili^ mpiçipistai.... MEti xa^ 
xloO mvi. Id., II, 13. Il faut dire qu'on l'attribuait >uui t A: 
in. Plin., Bitt. ffol. , II, 8. 



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144 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHlLOSoraitiOG 

poinb de sectioa des deux plans, les éclipses de soleil et 
de lune. Il y a éclipse de soleil quand la lune se place 
entre la terre et le soleil, ou bien quand la lune ou la 
terre se placent entre le soleil et le feu central. Les 
éclipses de lune proviennent de l'interposition tanldt de 
la terre, tantôt de l'Antichtlione*. 

Le soleil et la tune sont des corps spbêriques* et vî- 
trescents '. Le soleil reçoit sa lumière du feu central, et 
la lune reçoit la sienne du soleil *. C'est donc du soleil 
que vient immédiatement ce rayon de chaleur et de lu- 
mière qui, traversant les couches épaisses, sombres et 
froides de l'air, pénètre les immenses profondeurs de 
l'espace, et répand partout la vie*. 

Tous les astres doivent èti^ considérés comme une 
lerrt enveloppée d'une couche d'air*. La lune surtout, 
est une espèce de terre, dont la surfitce est habitée par 
des animaux et des végétaux pins grands' et plus beaux 
quelesnôtres'.ns sont quinzefois plus forts et n'évacuent 
jamais. Le jour y est aussi plus long et dans la même 
proportion*. L'aspect qu'elle présente vient de la réfrac- 
tion de la mer passant h travers le cercle de feu. 

1. Doeckh, de Plat, tytiem., p. zxn. Âiist., dt Cal., II, 13 : Aii d|v 

IitM[(i6«»Ti<in i4; Y^c. Stob., I, aaS. Plut., Plant. Phil., n, 194. 
3. Slob.,I, bK : IIuOaY^ot-— a^faifmOfi t&v lilioy. 

3. TiJfliiMi. Stob., I, 530. M., I, B5I. Plut.. Plae., H, 3& : Kbto- 
iKpMiilt eii\ijx Tj)( otl^viic. C'est donc une erreur d'Etuèb«,P»!p. Ev., 
XV, 13, de lui donner la forma d'un diiqns. 

4. Diog. L., VIII, 37 : Sll^vriv ).à(iin<>eiii {if'^llou. * 

b. Diog. L., VIIl, !T : Ai^m n &ici nS iiXln incva, -mâniv H 
duTlio xttî il( là pivSii iùivBai xal Jtà toOtb ÏwokohTv itivta.. 

6. Stob., 1, 614 : OI nueofôptioi Ixaoïoï tûv Sorpwv *6a\km fuiâp- 
X«iv Tîiv I^ovra à£pm<. j 

T. PhiM., Boeckh, p. 134: n^faUtstiu Ti)v aiH'mv. 

8. n font ebleDdre, dit Boeckh, p. 133, qun iejour lamJDemdur* 



jyGtTOgIC 



DES PYTHAGORICIENS. U5 

La réTolotion du soleil autour du feu ceotral consti- 
tue l'année naturelle de 364 jours et l/S jour. La révo- 
lution 'inaperçue du ciel des fixes constitue la grande 
annéedelOOOOans, quînepeutètreattribuéeàPythagore 
que par des inductions un peu hasardées*. Hais du 
moins le mouvement du ciel des fixes, quoique contesté 
par Gmppe* est démontré parle psasago de Stobée, qui, 
énumérant les dix corps divins qui dauseot, x'f^^t au^ 
tour du feu central, nomme en premier lien O&ptm!;, qui 
ne peut être ici que le ciel des fixes*. Ce m£me monve- 
mentétait admis par Alcméon, le contemporain de Pytha* 
gore et paut-étre son disciple, et dont les doctrines avaient 
tant d'analogie avec la àenne *. 

Quoi qu'il en soit de cette grande année, Philolaûs et 
peut-être même Pylhagore avaient déjii calculé le grand 
cycle de 59 ans et 31 mois, afin de corriger les erreurs 
dans le calcul de l'année terrestre. 

Le moavemeDl de l'tmivers entraîne -l-il même le feu 
central! J'en doute, quant h moi. Le «ùp ^Jaw n'est pas 
nommé par Âristote dans la citation d'Alcméon; le tirag- 



quima jonn tarreatres, c'est-k-dira tranta Jonn en y cooipniitnt Ik 
nuit. Il M fonde sur c« que la jour de It bsures eat la menire dont m 
■ert PhiloUOi. Ce jour esl U durée de k révolution de li lem aatonr 
du feu MQtnI. Le jour lunaire est 1» rtvoluiiou de il, lune autour de 
ce mSme utre. Or, comme tt rtTolution de U lune eft de 39 jour» et 
demi, ou 30 jouis en nombres ronds, d'après PbilolaOs, le jour luntiie 
sera trente fois plus grand que le jour terreslre. Pour comprendre le 
chiffre lEi, Il but donc admettre que PhUolaOa a comparé la clarté du 
]our lunaire i du jours terrestres de 34 heures. 

1. Zellet, t I, p. 311. 

3. Frag». d. Archet., p. 70. 

3. Siob., I, US. 

4. AriSI., de Ànim., I, 2 : Ktviïoïai ykf «iv» xal xk Msvuvixa; 
iiL... Mdiiv oOpAiiv Sikov. 

Il -10 



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It6 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

ment de Stobée' commeace en disant ; « Autonr de «e 
feu se meuTent en chœur les 10 corps dmns. » Or, ces 
10 corps sont ; 1. le ciel des fixes, les 5 planètes; 7. le 
soleil; 8. la lune; 9. la terre; 10. l'Anlichtlione. H est 
bien clair qu'A moins de lui supposer nn mouvement de 
rolalioQ snr son axe, le feu central, gui porterait h. onze 
le nombre des corps mobiles, ne saurait se mouvoir autonr 
de lui-même. H est le principe immobile du mouTemenl; 
« n garde an centre le poste immuable confié à Heslia*.» 
On le comprend d'ailleurs, non-seolemenl en se plaçant 
au point de vue des superstitions religieuses des (kea, 
que les pythagoriciens — on le TOit aux noms qu'ils ont 
donnés k Hestia— ont respectées, mais encore dans l'es- 
prit même de leur doctrine philosophique. On se rappelle, 
en eflel, que le mouvement, dans la table des coniraîres, 
fait partie de la série inférieure. Mais on n'a pas le droit 
de dire que le mouvement est l'imperfection Absolue, et 
. de le ramènera l'infini pur*, et cela par plusieurs rai- 
sons. D'abord t'étre est un mélange du parfaitet de l'im- 
parfait, et par conséquent l'unité du repos et du.moure- 
ment. Les astres se meavenl; or, les astres sont des 
dieux» el Alcméon voit dans te mouvement circulaire la 
preuve de leur immortalité divine, et comme la marque 
du divin. Enfin, l'âme, pour les pythagoriciens, est un 
mouvement, ou un nombre en mouvement. On pour- 
rait donc admettre même le monvement du feu central, 
si l'on pouvait trouver une direction de ce mouvement 
conforme aux opinions pflhsgoriùennes. Rien de réel 

1. i,48S. 

3. Stob., 1, U8:Ti)[ûp "emiatUt ta xtvtfmtibv lutrin. 
3. ScboU. Arlttl.j p. 3S0 ■ : • Eudfeme ajonU qua lu pjthagori- 
deiu et Ptston ont nison de nmener rinSni ta mouTenHnt. ■ 



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DES PYTUAOORICIENâ. 147 

D'appanient exclusivement k l'ordre du flni ou de l'infini : 
toat ce qui est est i'unitë, le rapport, la synthèse du p^r- 
bit et deriçiparTait idéalement posés comme principes^ 
mais qui u'ont d'existence réelle que dans l'être un qui 
les contient tous deux. Donc le monvemeni ne peut , 
quoi qu'en dise Eudème, appartenir, dans l'ancienne doc- 
trine pythagoricienne du moins, h l'ordre de l'imparfait. 
On pourrait tout an plus dire qu'il y penche, et encore 
le mouvement divin de l'Ame et du ciel, semble contre- 
dire cette conséquence. 

Le fea central étant considéré comme immobile, il 
re«tfl donc dix sphères de monvement circulaire' Dans 
l'opinion des andens, le son n'est qne la totalité des 
impulsions de l'air, transmises dn corps qui les imprime 
à l'oreille qni les ressent. Ces impolsions ont des Titesses 
proportionnelles aux vitesses des corps qui ont mis l'air 
en mouvement. Ainsi les rapports des vitesses des corps 
en mouvement sont idenliques aux rapports des sons, 
et calculer les uns c'est avoir obtenu les autres. Celle 
théorie fausse, mais encore suivie par Aristote dans 
deux de ses ouvrages, est du pythagoricien Hippasus * ; 
et quoi qu'il faille en penser, il est clair qu'elle conduit 
h établir entre l'astronomie et la musique, des rapporis 
intimes, et & en faire^ comme disaient les pythagori- 
ciens, deux sciences sœurs \ > 

Puisque les corps célestes se meuvent dans l'air, il 
est dair qu'ils y produisent des impulsions, c'est-à-dire 
des sons; d'un autre cAté les vitesses des corps célestes 
sont différentes, donc ils produisent des sons différents, 

I. M. MartiD, iftud. (. U nmà,t. I, p. 393. 
3. Plit., Jlgi., VU, b30d. 



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UB EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

et puisque rbarinooie est la loi nécessaire et l'essence 
même du monde, il est certain que ces sons ne peuvent 
manquer de constituer dans leurs rapports entï« eux une 
véritable harmonie, et comme nu divin concert 

n 7 a plus : les rapports des distances relatives des 
astres sont ceux de leurs différentes vitesses, et les rap- 
ports des vitesses sont ceux de l'Iiarmonie : donc pour 
connaître et les distances et les vitesses des astres, il 
suffît de connaître les lois de rharmonie musicale. L'as- 
Ironoraie n'est qu'une musique céleste. 

Or nous savons que l'harmonie c'est l'octave; donc 
chaque astre doit produire un des tons qui constituent 
l'octave; donc les astres sont placés k des distances les 
ans par rapport aux autres, et ont des vitesses relatives, 
mesurées exactement par les nombres qui expriment 
les rapports des Ions de l'octave. 

« Il y a quelques philosophes *, dit Aristote, qui 
soutiennent que nécessairement le mouvement de corps 
aussi grands que le sont les astres, doit produire un 
bruit, puisque tes corps qui se meuvent sur la terre, et 
qui sont loin d'avoir ces énormes masses et ces vitesses 
énormes, en produisent un. Il est donc impossible que 
des astres en nombre si prodigieux *, et d'une masse 
si prodigieuse, emportes par un mouvement d'anesi pro- 
digieuse vitessi:,ne produisent pas, eux aussi, un bruit 
prodigieux. Supposant donc, comme prouvé, ce premier 

1. De Cal., II, 9, 1. Au % 3, on voit expressément qu'il «'agit des 
pTtbagoiiciails: Ti ^ip dmo^^nOèv Ksi noi^nv to{ii HutaTapiEau; 9&1K11 

1. TosoÛTu» ta itXT|flD(. Mouvella preuve du mouTsmeal du ciel dei 
fliss, car saiiB cela le nombn des astres eu mouvemeiit ce pourrait 
Atre appelé prodjgleui. 



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DES PYTHAGORICIENS. 149 

fait» et imagioant en outre que les viteBses tirent des 
distances les rapports symphonîqaes, ils ajoutent que le 
moufement circulaire des astres produit une toùi, nn 
chant enharmonique ; et comme il pourrait sembler 
bizarre que nous ne l'entendions pas, ils en donnent 
cette cause : c'est qu'il n'y a bruit (entendu) que pour 
les bruits qui se produisent à un moment donné. Le 
bruit n'est pas perçu, quand il n'a pas son contraire, le 
silence. En effet ce n'est que par rapport l'un à l'au- 
tre que nous percevons le silence et le bruit : c'est 
ainsi que les forgerons habitués an môme bruit finissent 
par ne plus l'entendre. » * 

D'après ce passage d'Aristote, il eei propvé que 
l'harmonie dessphèresD'élail pas pour les pythagoriciens 
une pure métaphore: elle est une réalité, et a toute la 
précision du plus rigoureux calcul mathématique. 
« Pythagorc, dit Pline, appelle ton la distance de la 
terre àto taoe; demi-ton, la dislance de celle-ci à, Mer- 
cure, et à peu près le même intervalle de Mercure à 
Vénns. De là au soleil il y a un ton et demi; un ton 
du soleil h Mars; un demi-ton pour atteindre à Jupiter; 
un autre demi-ton pour arriver h Saturne; enfin un ton 
et demi pour atteindre le ciel des fixes (« giguifenim Bou le 

1. AritL, dt Cal., II, 9. Hiraelite donna une autre explication 
{Alltgor. Bormr. , c. im) : c'est l'élolgnemeat considérable dea corps 
cèleftes ; dans l'equce immente ae perd le bruit. Simplldoi {SeboU. 
Arùt., p.49S b), aprèfl svoii lacontéque, d'apièl les pythagoricien a, 
Pythagore entendait celte barmonie dea spbKn» qua sa continuiti àé- 
tobe i DOS *ena, trouée que leur explication du pbÉnotnèae lêtuW 
l«ir récit. Le* pythagoriciens n'auraient pai itè, j'imagine, en peine 
de lui lépoDd/e, étant donnée la nature tuprahumaine de leur maître, 
dont les otgtmea snpérieun n'étaient pas, comme les n&tcea, pour ainsi 
dire anéutis par la continuité de la aeiuatiotu 



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150 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

zodiaque). Noos avoos donc ia gamme complète des 
sept tons que ce philosopheappelle l'harmonie SA iranM, 
c'est'A'dire l'harmonie universelle, « universitatem con- 
centus. » Saturne dans son mouvement suit le mode 
Dorien, Jupiter le mode Phrygien, et ainsi des autres, 
subtilités plus amusantes qu'utiles: «jucunda ma^s qoam 
necessaria utililate *. » U y a ici une erreur : car l'oc- 
. tave, ne comprend que sis tons complets, et non sept. 
Quoi qu'il en soit, on aperçoit ici tout d'abord une 
difScuIté. celle de concilier le système décadique des 
nombres, avec le système octonaire de l'octave musi- 
cale. Les anciens commentateurs l'ont bien aperçue, et 
ils ont proposé diverses manières de la résoudre. II faut 
d'abord se décider sur la question de savoir si l'har- 
monie des sphères se règle sur l'heptachorde ou sur 
l'octochorde. Dans les deux hypothèses il est nécessaire 
de supprimer le bruit, — et, qu'on y pense, rigoureuse- 
ment c'est en supprimer le mouvement,—- de deux ou trois 
de ces sphères : car dix corps en mouvement produiraient 
dix sons, nombre inconciliable avec l'étendue du double 
télrachorde, soit disjoint, soit conjoint. Si on admet l'oc- 
tochorde, on se bornera A supprimer le bruit de la teri% 
et de l'Antichthone, en conservant, comme l'a fait Platon, 
le mouvement du ciel des fixes ', ou il faudra supprimer 
celai de l'Anlichtbone el du ciel des fixes comme l'a fait 
M. Boeckh. Mais Censorin croit qu'il n'est question que 
de l'beptacliorde : « Pylbagoras hune omnein mundum 
i'nharmonion esse ostendit : quare Dorylaus scripsit : 
mundum organu'm Dei. Alii addjderunt esse id fmcU 



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DES PYTHAGORICIENS. }bl 

X«pSi» qoM septem sini -mget stell», qoie plnrimnoi 
moveanlnr. '» 

Il semblerait ainsi, d'après cette explication, qae le 
mouvemeot des planètes s'opère avec des vilesses plus 
grandes que celles de la terre, de l'Anticbthoneetdiiciel 
des fixes — <• quaiplurimummoTeantur'.» On pent donc, 
& cause de la lenteur de ces révolations, considérer 
comme nul leur mouvement et le bruit qui en devrait ré- 
sulter. On conceira alors ainsi qu'il suit la disposition 
de l'heptacborde céleste. 

Quoique les pythagoriciens plaçassent le Teu au cen- 
tre du Tout, comme principe de tontes les substances \ 
ils, ima^naienl un atitre milieu qu'ils donnaient au 
soleil placé au cœur dn monde % ou platftt an cceur du 
système planétaire *. On aura donc : 

1. Le F»u 1 \ ImmobilM on proqna 

1. L'AnUfilitlioiia st jmmobilM ui mcûai 

3- U TeiTB 9 ) il'iguddu m»u 

4. LaLuu« JT 

b, HercuK , . , , 81 

6. Luoifar ou ïAdus 243 

T. Soleil (au raillau] T29 

B. Mm aiST 

9. iopiter 6WI 

ID. Saturne 196S3 

1. CmioriTi,, de Dit nat,,e. 13. Vanrob., S.Seip., II, 1 f . e. 
S. Ou* devient klon la proporlloD de* vitanei kiu dinuiMsT 

3. Cf. ci-dessiu etProol., in Tt'n., lit, p. 1T3. Ctulctd., tu Fim., 
p. 114. ■ Plaçât qnlppe Pjth^oreia Ignsm, utpote miteilarum om- 
nium priocipem , mcdietatem mundi oïitiaerB. ■ 

4. FluL, Plue. : Tivi: U |i£aov nivTuv Tiv ^Xiev, comme la répï- 
tent Produi et Clialeidlus. Prooi., inXtoi,, III, p. 171 'Q( h lOicy 

Cbalcld., p. 155 ; ■ Scilieet ut later planetu lol nediui locatui, 
cordU, Inuno Titalium omnium pneatantlam oblinere intelligatur. 
i. Cbalcid., L I. : a Podtionem nm atcfue ordintm coUoeatiODis 



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15S EXPOSITION DE LA DOCTRINE PBlLOSOPHlQnB 

Les distances de chacun des astres relativesao centre, 
pria comme uoité, sont mesurées par mie série de 
nombres qui coostituent une progression géométrique 
dont la raison est S *. 

En ne tenant compte que de ces sept astres, que les 
pythagoriciens comparaient aox cordes de la lyre, on 
obtient les assimilations suivantes : 

3 La Lune. Nète dw coqjolnteh 

9 Véaus. P*ranète — 

Ç Herenra. Trilo — 

O IM Soleil. lA HtM — 

if Man. La Lichiiioi des MèiM. 

^ Jupiler. Parbypata — 

a Satuma. B}pate — >. 

Si l'on voulait absolument faire entrer huit astres dans 
le système musical, on serait obligé d'admettre un sys- 
tème qui s'étendit au double tétrachorde, senl connu de 
Pythagore.H. Boeckh ordonnerait, dans celte hypothèse, 
la série des notes et des astres, suivantdeoxgenres diffé- 
rents, comme il suit : 



+1/2 t- 



LALnuna* 



Nâle du dlijDiiitai. 


LeFtu. 


SxlnvDc de« di^ointai 








ï. Trilo — 


Jupiter. 


Enharmonique — 


3. ParuoèM. 


HtU3. 


ParamÈ», 


4. M6h. 


SoleU. 


MëM. 




Véniu. 




fi. Parhjpate - 


■ercura. 


Paihjpale - 


T. HyptM 


La Lune. 


Hïpate. 


8. DiatoDJqne des hypitei 


la Terre. 


DiatQDlque de» bypatM. 



globonun Tel ellam orblum, guibus coUocali fecuntur pltnetw, qui- 
dam ei Pjthagoreia bunc esse diierunt. ■ 

1. Plut., <U G«n. an., 31. Ici encore l'anatogie est rompue : lipro- 
greagion gîomdtrique, dout 3 est la raison, ne sutflt pas poar déter- 
mloer les iaterTallet conionnanu de llianaoïue, comme nous l'ayoni 
vuplusbaut, p. 111. 

J. BouiUaud, ad Theon, p.279.NicoiD,lfarm,, II,p.33et&I. Meib., 
r. Boeckh, <U Platon, tytitm,, XXHI. 



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DES PYTHAGORICIENS. 153 

HaÎBon voit que pour composer ainsi cet octochorde, 
M. Boeckh est obligé d'y faire entrer des noies appar- 
tenant àtroistétrachordefi, celui des disjointes, celai des 
mèses, celui des hypates. Or rien n'autorise k supposer 
du temps de Pythagore un semblable développement 
des iostraments et du système de musique chez les 
anciens. Les plus autorisés de nos renseigoements dc 
QOQS partent que des sept planètes accordées sur les 
sept cordes de la lyre *. 

On lit dans Cicéron : « Summns ille cœli steliifer cur- 
sus, cujus conversio est concitatior, acuto et eicîtato 
movetur sono ; gravissimo autem bic lunaris atque infi- 
mus; nam terra nona, immobilis manens , ima sede 
semper bœret. Uli autem oclo cursus in quibus eadem 
vis est daomm septem efBciunt distincios ititerrallis 
sonos : qui numerus reram omnium fere nodus est *. » 
On Toit que Cicéron s'est préoccupé de concilier les 
septnotes delà lyre avec le nombrede huit astres, enne 
dounant qu'un son à Mercure et à Vénus '. Gela oe 
supprime pas, comme parait le croire M', i. Girard *, 
l'octave, dans laquelle il n'est pas nécessaire qu'il y ait 
huit notes, et que les anciens appelaient d'ailleurs ou har- 
monie ou iti mwwv. L'octave existe du moment qu'on 
a les intervalles de quarte, de quinte, et la réplique du 

1. Alfliandre d'tpbiaa {illtg- Homer. d'HAncliU.c. m, p. 36). Ni- 
cottoqu», Barm.,&,33.Bobce,deMut., I, 30, 17. Celui-ci renverse l'or- 

drekocienfllhitdeULunelanâteoucordeaigue, et de .Siluroe l'bypale 
ou corde gme du ajBtème, comme Bryenalus, Harm.,tacl.l, p. 363. 
3. Stnnn. Scip., c. vin. 

3. Quelques Âdilioas ■jouteot mAme, apris duonm, let moU: Mtr- 

4. Notes sur l'édit. ds Déiobrr. 



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Ibk EXPOSITION DE LA DOCTRISE PHILOSOPHIQUE 

son initial; or de la lune au soleil il y aune quarle; et du 
soleil au ciel des fixes une quinte. Donc il y a une octave 
de sept notes entre lesquelles se distribuent les six Ions. 

Plularque ' et Censorin comptent la terre comme 
une note, et mesurent de la terre au soleil 3 tons 1/3, 
el du soleil au ciel des flxes S tons 1(2; mais ils renver- 
sent alors la quarle et'la quinte. En tous cas ions deux 
D'admelteot que sept cordes, comme Aristide Qulntilien. 
L'intervalle Siè muâv exprime le mouvement harmonique 
des planètes, «^ tûv itloviiiûv t)«|u>iîi ^iy^ati '. 

Hais maintenant ces sept ou huit notes sont elles sîmul- 
tanéesT Si elles sont simultanées et si on doities prendre 
dans l'étendue d'une seule octave, l'harmonie céleste ne 
constituera pas un accord, et ne ressemblera pas du 
tout, conlrair^nent aux principes du système, & l'har- 
monie humaine des flûtes, des voix et des lyres. Hais 
d'ailleurs comment ne seraient-ils pas simultanés? car 
aucun astre n'interrompt sa course, et ne suspend ses 
£hant8 : et cependant il est à peu près démontré que les 
anciens, du moins au temps de Pythagore, n'ont pas con- 
nu et ne pouvaient pas connaître la science des accords, 
puisqu'ils n'admettaient qu'une sorte de ton et qu'une 
sorte de demi-ton, ce qui les empêchait de connaître 
nos tierces majeure et mineure. Cependant on a voulu 
trouver des sons bannoniques ou consonnanis ' simnl- 
lanés dans la musique céleste; mais alors il a fallu em- 
prunter les sept notes de cet accord à un système de 

1. De iln. procr., 31. Censor., c. xai. Philohai (BoecLb, p. TOI m 
semble avoir connu que l'beplachorde, el c'est i celle ocUte que se 
bomail l'eDcien siMème, comme l'ttteste Ariitots, Probl., XIX, T. 

% Dt Jfiu-, m, p. 145. 

B. Adr^i au|ifgnt0v, comme les appelle Arittote, de Cml. , II, 9, 



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DES PTTHAOORICIENS. 1&5 

quatre octaves et une quinte *, ce qoi est on véritable 
aoacliroDisiiie. 

Hajs il paratt àpeu près certain que l'objectioa, tirée 
par H. Martin de la dissonance qui aurait été produite 
par la simultanéilé des sept sons di^ double tétra- 
chorde, ne s'est même pas présentée k l'esprit des 
anciens pythagoriciens. Une fois lancés but cette route, 
où llmagioalion tes conduisait, ils ont pu croire que les 
sons de la lyre céleste, tout en obéissant aux mêmes 
lois numériques que les lyres et les vois, des hommes, 
ne pouvaient en aucun cas éhre dissonants. Plus pro- 
bablement encore, ils n'y ont pas songé du tout : ils 
sont partis d'une notion philosophique, et ont poursuivi 
les analogies avec plus de détails que la chose ne le 
comportait, sans prévoir ni les diOicullés ni les objec- 
tions. Tout ce qu'ils voulaient dire, et personne ne niera 
que leur pensée est profonde et belle, c'est que, malgré 
les apparences, tout est ordre dans runivers,et qu'il n'y 
a qu'un ordre pour toutes les choses. Les nombres qui 
mesurent l'harmonie de la fiftte du pauvre berger, se 
reproduisent dans les harmonies des astres et retentis- 
sent dans les profondeurs immenses du ciel. Le monde 



I. Vaerob.^ Sdimi.,11,1 g. e. Anal(d., Thtol. aritk»., p. bS. Plut., 
de Gm. an., c. 31. Ptolem., Harm., III, 16. V. H. HuUn et Boackh, 
dt Mitr. Pi'nd. SuLTUit quelques miudcleai, Is* doibs des sept pUnètei 
iUleal cellaa des sept cordes immuables de It lyre à quinze cordet ; 
suivant d'ajlres, les dislinces des planètes étaient proportloaDelles 
Bui rapports des soas qui forment les cinq tétracbordes complets. 
Hais il a fallu, pour opérer cette riduclioD et D'avoir que cinq iatat' 
nllM, placer la Lune iune distance égale du Soleil, de Uercure aide 
Vénus. Cest saulemeni unsi qu'où a pu dire : Toii^ épttov-n; fâôrrauc 
là tiTp&x"p£si tivTtiv «XoiitaïUvuv Xà^ov i^iiv ànpûv. Plut., dt An. 
gm., c. 31. 



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156 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

est une harmoaie : il est un iDstrument barmomeoz : 
C'est la lyre dont Dieu joue, et qui rend entre ses mains 
divines des accords divins. Cette loi de l'ordre parfait, 
que nos yeux sont faits pour saisir dans le spectacle des 
corps qui reoiplisseot le ciel, nos oreilles sont faites 
aussi de manière fc la goûter et à la comprendre. L'as- 
tronomie et la musique sont deux sciences sœurs, 
elles K tienneut l'une l'autre comme les anneaux d'une 
chaîne*. 

S 7. U VIS DU MONDE. LU tLÉMMrS. l'SSPACE. LE TBHFS. 

Le feu central, principe du tout, est, dans l'hypothèse 
d'une formation réelle, comme dans celle d'une forma- 
tion idéale des choses, le noyau et le germe du feu exté- 
rieur, de la sphère de l'enveloppant, qui rassemble les 
parties du monde dans l'unité qui fait son ordre et sa 
vie. Cette sphère de l'enveloppant, étant le lien qui re- 
tient et contient tout dans l'unité, et l'unité étant la loi 
nécessaire de tout être, Pyttiagore apu dire que la néces- 
sité enveloppe le monde ', Ritier semble la confondre 
avec l'inQni, sans doute parce qu'elle le touche. Il fau~ 
drait aa moins dire qu'en s'approchant du feu central 
qui a la vertu d'une expansion immense, l'infini subit la 
loi fatale de l'harmonie, est absorbé par l'actitité de l'Un 
dont il a touché la sphère, et devient alors l'eavelop- 

I. Fragm. Arthyt., 14 et là : ToSta T^f n v.Mi\uxta tasovm 1)1- 
lUVKi iiSilfio. m^lwv U Ixivxya. ip6)iDv UOvwx xpixw Plat., Bep., 
VII, UO'. 'Û; npi( àoTpmoiilBv i|uu(T« irimrrtv, â; npô; ivKp|iiviow 
TOpàvÙTtc irfTcTiY'v, Ha! lOrai UIi^Iaiv iBiXfai tivtt al iiciini)|uu àlvBi, 

3. Plut., PhK., I, 25,3 :-nu9irripac ivi^poiv 1^ vipixaïofat t$ 



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DES PYTHAGORICIENS. 157 

pant; car il répugne à l'isfini, & rillimité de faire la 
fonction d'envelopper, c'est-à-dire de limiter. C'est au 
deli de cette sphère de l'enveloppanl que s'étend rinâni, 
■t^ imtfot, notion sous laquelle les pythagoriciens se 
représentaient vaguement et confiisément la matière 
sans forme, l'espace sans limite, le vide immense, peut- 
être mfime le temps sans &n : * et toutefois cet abtme 
de l'inflni sans forme et sans être est le réservoir éter- 
nel de la vie, de la forme et du mouvement. 

Arislote nous J'a dit déjk : l'infini est en dehors du 
monde; mais cet infini, ce vide, s'introduit dans le 
monde par l'air que celui-ci respire, et 11 y introduit en 
même temps la limite qui sépare, le temps, et la respira- 
tion ou souffle vital '. 

Ainsi le monde est on vivant, un être qui respire et 
aspire : il aspire .du sein de l'inflni le vide, l'air infini 
nécessaire & sa vie. Chose étrange, c'est cet élément illi- 
mité qui introduit la limite, et est comme la source de 
la vie du monde, mo^v. Mais il faut admettre pour cela 
qu'il se soit introduit lui-même dans le monde, et qu'il 
y ait dépouillé son infinité essentielle. 

I. Pinl., Plaeit. Pkil, 1, 11, foit oattra la temps de U sphtra d« 
l'ennkippuit. Subie, 1, SBï, ia ttit naître de l'iafini. 

3. Plul., Plue. PHi-, II, 9. AriBtol., Phyt., III, 4, el IV,6. La teite 
actoel doDne la leçon luiTtnle : tj^uaiiiai BÙnp tû <iipdni|i Itt toQ 
àmlpou «vïviwTO;, d>( âv àvamiovii. Hais, quoiqu'elle (oit reproduite 
per Slobée, I, S80, j'ti de la peine fc 1s croire e;i»cte. Le Tide, àtat la 
' penaée dei pylhagoricleDS, rapportée par Aristote, est identique 
au >viil|ut. Comment dita alon que le ride s'introduit par le 
nviSiui. On peut bcilement ou changer icv[û|i«TO( en nviOjui ou le 
■uppiimer tout & fait, ce que aamble autûriser la luite du passage de 
Stobée, I, 380 : *Ei> il t^ mpl t^i O. fiXaooçiac npinip tp<>T(i l^p-) 
tii oip««iv alvai ba, Ims^otai tu toi ictipau, xçàim n toi wmir' 



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15S EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

Cet air doit remplir deux fondions : il est à la fois 
l'espace vide et l'espace pleio : car, dit Aristole, ce vide 
sépare les Aires ' et est le piincipe de leur essence 
individuelle; iltransfoi-me l'étendoe continue en étendue 
discrète, et constitue l'être déterminé, -ers 5iopfoM«. 

Hais rinQni ne se borne pas à séparer les indJTidus 
les uns des autres : il entre et pénètre en chacun d'eux. 
Hestdans les choses, il en est un élément interne et pre- 
mier \ Il est donc k la fois dans les choses et hors des 
choses, d'une part comme étendue matérielle et réelle; 
d'autre part comme espace vide, comme limite, sphère 
enveloppante de l'être indlvidael. Il est dans le monde 
où il s'introduit, mais où il est assimilé par la vertu du 
nombre et de la vie ordonnée dont l'Un est le principe; il 
est en dehors du mondeoù s'étend son empire informe 
et vide. 

Hais de même que le monde emprunte à ce réservofr 
influi les éléments nécessaires & sa vie, mojpi xal 3i^t- 
«IV, de même il lui restitue ces mêmes éléments quand 
ils ne lui sont plus nécessaires,xn^ «ttS dvmwiTix^iMcxBl 
JE «E' . La vie explique en effet l'alternative étemelle de 
l'aspiration et de la respiration, et puisque le monde est ■ 
un vivant incorruptible, éternel, immuable en son tout, 
il ne peut ni diminuer ni s'accroître : il ne peut que se 
maintenir dans sa perfection, dans son unité, et cela par 
le jeu régulier de l'aspiration et de la respiration éter> 

1. Aristote dln, loi ausd : l'acta diTiM ; et qu'on Je remarque, c'est 
Men auesl ici l'uw qui sépare. Car le vide en acte, c'eat la Tle. 
1. P^V(., IV, 6: npâTovdvwJv nte àfOfjiii. El, 111,4: Tv toi, 

3. Plat. F(w. Phil., II, 9. Stob., 1, 18, p. 390. Galen., H, 9. Bn- 
leb., Prxp. Ev., XV, 40. 



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DBS PYTHAGORICIENS. 159 

nelles. n font qa'il restitue à l'infini ce qu'il loi a em- 
prunté. 

Cependant on passage obsoar des Placitaphilcaojduh- 
rutn de Plutarqoe nous parle â*un dépériSEemeni du 
inonde, auquel U assigne une double cause : « Il y a 
deux cansesde dépérissemeQt^fSofiiv, l'une quand le feu 
s'échappe du ciel (ou du monde), l'autre, quand ce feu, 
emporté par le tourbillon de l'air, se répand de l'eau de 
la lune : et les évaporalions de ces deux feux, for- 
ment la nourriture du monde '. » Hais de quelque 
manière qu'on entende et l'ensemble et les détails de ce 
passage obscur, il est certain que ce qui est perle d'un 
cdté, fS^, est nourriture de l'antre, tfo^iç, en sorte 
que le monde, en réalité, ne perd ni ne gagne rien. 

1. Plut, Plae. Phil., Il, h : 4tUlao;, ilzvnv iTvai Titv fSapiv tore 

TsO àipot inBxuMvioc ■ xal toûtuv iTvsi fit àiaSvfiiiatt^ ^po^ toQ 
)LisiiDu. Ce puuge est nprodtiit pir Stobée, i, 10, p. 418, et I , Il , 
p. U3. H. Boeckh proposa uns ioterpréUtiou qui db le silislait qu'& 
noiUi. Lodeux ciuses dedipérisMmeitt, sainnt lui, lOQt : 

1* Le feu, qui s'écoule du ciel ; 

3* L'esu, qui s'écoule de U lune. 
Le féu qui descend du ciel, ^ufna; l{ o&ponoO, produit les TSpeura 
tiriUantes qui dessèchent et détruisent; l'eau qui l'écoule de U lune 
unasse dans l'atmosphère des nuages eides vapeurs humides, qui ne 
sont pu moins fimestcs. J'oppose k cette interprétation l'irrégularité 
de U construction grwnmaticale qu'elle nécessite. La proUM est : kv- 
pi< ^vliTot It eOpdrau.... L'apodoae ne peut pas être f»api« i{ fiSa- 
1»;.... Ensuite comment, dans cette hypotbiee, la perla serait-elle 
l'alimentation même T Je aous-enlends mpït dans le second membre, 
comme il est exprimé daut le premier, et je construis : Kmtt (Ba- 
fà,t.... 1. nupdt pwJvTO( if oùpdvou. 1, Ôupi; àitoxuUvTOC iE ItSmat at- 
hrnéxmi. Le lïu central est principe de tout, substance de tout : il 
est dans l'eau de la lune, comme dans l'air, comme dans la terre. Hais 
pttiaqne le monde respire, il ne peut pas ue pas exhaler l'air qu'il a 
aspiré. Il l'exhale donc, et cela dans les deui parties qui le consti- 
tuent : dans la partie appelée proprement le ciel, et dans la partie 
subluuairet l'exhalation de ce feu,' que la lespiration bit sortir et 



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160 EXPOSITION DE LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

On pourrait cependant admettre que ce jeu de la vie , 
cette alternatÎTe réglée de la respiration du monde, laisse 
pénétrer l'accroissement et la diminution, le devenir et 
le changement dans les choses individaelles, placées dans 
la partie inrérieure du monde. 

Car, s'il feut en croire un fragment, d'une authenticité 
contestée*, il est vrai, Philolaiîs aurait reconnu que le 
monde se divise en deux parties, quoique tout entier péné- 
trénaturelIementdusoufUe vital qui lemeut dès l'éternité. 
L'une est immuable; l'autre- est changeante. La partie 
immuable s'étend depuis Vâme qui embrasse le tout * 
jusqu'à la lune; la partie changeante occupe la région 
placée entre la lune et la terre. De ces deux parties l'une 
est considérée comme principe moteur; l'autre comme 
siy'et passif du mouvement. Or, comme le moteur agit 
depuis l'éternité et continue éternellement son action, 
comme le sujet mtl est tel que le fott le moteur, &i tï 
xfviov ijn, qGtu $(at(et«Oai, il résulte de là que l'un est 
élemelleraent en mouvement', et l'autre reçoit éternel- 
lement le mouvement, que l'un est tout entier le domaine * 
de la raison et de l'&me, l'autre, de la génération et 
du changement. L'un est premier par la puissance e 
supérieur; l'autre estdernier et subordonné. Le composé 

du ciel «t du monde subluniire toul trampé de Tapeurs bumidM 
consUlue une perte, fSopàv; mais il retourne i U sphère de l'en- 
Teloppint, oi) le monde va le repreodre par uns autre upiration. 
Cette palpitation douille du monde, Ta; &va4u(iia(i(, coiulilue donc 
en n&ne temps et une perte et une ODurriture. 

1. Philol., Boeckh, Fr. 22. p. 164-167. 

2- La apbËre de l'enTeloppant, confondue «Tec l'Ame du monde. 

3. Il hiut eatendre mouTemeot tpoatanS, pour donner un wns au 
passage. 

4. Le teite douas ivâKN|iB, mot inconnu. 



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DES PYTHAGORICIENS. 161 

de ces deux éléqients. Tua divin, dans uo monvement 
spontané éternel, l'autre toujours changeant et devenant, 
c'est le monde. C'est pour cette raison qu'on peot juste- 
ment appeler le monde l'activité éternelle de Dieu et da 
devenir*. Par unede ses parties il demeure êtemellement 
dans le même état, identique à lui-même; la partie 
nmable constitue la pluralité, sujette au changement et k 
la destruction. .Mais cette destruction ne s'attaqne 
qu'aux individus. Les espèces survivent, et survivent 
invariables. Lies choses mêmes qui périssent subsistent 
dans leor essence et leur forme, grflce à la génération 
qui reproduit la forme, identique à celledn père qui les 
a engendrées, da démiurge qui les a façonnées. » 

Cest nne grosse question, et peut-être insolnble. que 
celle de savoir si ce morceau est authentique. La dis- 
tinctioD d'un monde supra et d'mi monde snb-Jnnairef 
l'an immuable, l'autre sujet à des changements, semble 
appartenir à Aristote, quoique ce dernier attribue aui 
pythagoriciens la distinction de la droite et de la gauche 
dans le monde *, et que nous sachions par la table des 
contraires que la gauche se rapporte à l'ordre de l'inSni 
et de l'imparfait. Hais quoi qu'il en soit, si le thigment est 
authentique, la dêctrine qu'il contient c'est que le chan- 
gement qui résulte de la vie du monde n'en atteint 
qu'Due partie, et ne compromet pas l'ensemble, qui reste 
éternellement lemonde, c'est-à-dire l'ordre et la beauté. 
Ce vide, cet espace n'est pas un accident, et un 
itimple attribut : c'est une substance, et un élément 
interne des choses ; seulement cette substance n'a de 



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162 EXPOSITION DE LA DOCTHINE PHILOSOPEIQUE 

réalité que dans son concours avec le fini, et est insé- 
parable des choses où cette coïncideace s'opère, et qui 
sont l'effet éternel de cette coïncidence nécessaire '. En 
entrant dans le nioode, le vide subît la loi du fini ; mais 
en dehors da monde il est vraiment inRnî. Arehytas le dé- 
montrait ainsi, h ce qae rapporte Eudème : ■ Je me sup- 
pose placé à la limite extrême et immobile du monde, t 
iiàm-^*. Pourrai -je on non étendre devant moi la maia 
on une baguette? Dire que je ne le puis pas est ab- 
surde. Mais si je le puis, il f a donc quelque chose en 
dehors du monde, soit corps, soit lieu. Et peu importe 
comment on raisonne, Arehytas reviendra par le même 
argument à une nouvelle limite, et demandera : Y a-I-il 
quelque autre chose où puisse s'étendre la baguette! 
Ainsi il est évident que cet espace est inâni. Maintenant 
est-il corporel t Alors notre proposition est jjémontrée. 
Est-ce simplement un lieu t Hais le lieu est ce en quoi 
un corps est ou pourrait être : or ce qui existe en 
puissance doit être placé au nombre des choses étemel- 
les : donc il faut considérer l'infini à la fois comme un 
lieu et comme un corps *. > 

1. Arist., Phyi., m, 4 : Ot yiv, i&nttp ot DuS.... xal'sbti, <Ax i>t 

B, il t6Î( «kWitoïc oi T«P xwf""*!' «"loOov ï4» àpiï|j.ov. 

]. Le ciel des Sies, dans 1* l&ngue utronomique des Grecs. On con- 
clut avic cerlituds de ce pissa^ que l'iaUai touche la ciel des Gibs 
ou ta sphère de l'euTcloppant. 

3. SimpHc, Seboll. Àrittt., p. 363 e,. A partir des mois il (iiv 
9fi)ia, il semble que la raisonnement appartienne i. Eudème : du 
moins, le tour aristotélique de Ik démonstration l'indique; mais II 
conclusion pourrait tire cependant d'Arcbyiaa. J'ai supprimé de cette 
analyse la définition du Heu, attribuée à ce dernier philosophe : ■ La 
propre du lieu est que les antres choses sont en lui, et qu'il n'est 
dans aucune autre chose; car li le lieu ttall dans un lien, cela irait I 



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■ DES PYTHAGORICIENS. 163 

Il D'y a qu'un moDde : l'Un domine tout, et réduit à 
sa forme l'élément infini qu'il admet en soi ; il trans- 
forme même ce qui le touche, si du moins on a raison 
de dire que la sphère dfi l'enveloppant est l'infini ra- 
mené à la forme et à la limite, pour 6lre à la fois le 
séïpur des fixes et le principe du temps. 

C'est là que sont placés les cinq corps primaii-es : 
le feu, l'eau, la terre, l'air et le cercle de la sphère qui 
tout en contenant )es quatre autres, forme le cinquième 
élément ■ . Comme les éléments sont assimilés à des fi- 
gures, ou ptulAt sont vraiment des figures solides, ap- 
pelées aussi mathématiques, la sphère contient le cube 
d'oii vient la terre, la pyramide ou tétraèdre d'où vienl 
le feu, l'octaèdre d'où vient l'air, l'îcosaédre d'où vien< 
l'eau, le dodécaèdre qui constitue la sphère du Tout *. ' 
Ce cinquième élément, celte quinte essence est l'Éther, 
où viveat et dont s'alimentent les astres lumineux, qui 



t'inSni. Le lisu, TeUlivement aui êtres, est comme 1> liinite ptr rap- 
port tvi ctaoaeB limliées; car le lieu du monde entier est la limite de 
runlTflrulilâ des ètna. • 11 n'est pas exact de dire, axec Gruppe, 
p. IfX.'Frag- d. Àrchyt., qus cette déSnition est de Zénan. Aristole, 
Phyi.jïV, 1 et IV, 3, rapporte eeulemenl l'argunienl reproduit comme 
une objection de Zenon contre l'eiletenea do l'espace ou du lieu con- 
sidécé comme un ttre en soi. Hais ce fragment itant emprunté au Dipl 
ton Koyxài, dont peraonne ne soulienl l'aulhenticild, j'ai cru devoir 
faire comme tout le monde; d'autant plus tjus l'argument alMUtlt à 
nier la réaliti de l'espace, ce qui me paraît aiipartenir aux doctrine* 
éltaliques plutdt qli'aui doctrines pylbagorideDnes. 

1. PhilaI.,Boeckh,p. 160 Kallvt^ a^ip^msiuaantrtiiin.... xal 
iia(a^Ipo^i(ÙKXa([Boeckb, iixd^ ni|iitTa>. Plularque, Placit. PhU., 
n, 6, 1, compte aussi cinq corps. 

J. Plut., Fiac Phil., 11,6, 5. Il faut se rappeler quePhiloIaQïCBoeckb, 
p. 1&6) attribue le dodécagone L Jupiter. Entre le dodi'cagone et le 
dodtcaâdie, il j a la diCKrence de l'angle plan i l'angle triËdre ou so- 



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164 EXPOSITION DE LA I>OCTRINE PHILOSOPHIQtJE 

semblent immobiles et comme axés à la voûte da Ciel' 
SoD essence incorraptible reste toujours identique h 
etle-méme. 

A qui appartient cette théorie des cinq corps premiers 
et sortout cette fameuse quinte essence, qui a joué un si 
grand rOle dans la physique des anciens et du moyen 
âge? 

D'abord quant aux quatre premiers, il est certain 
qu'on les Trouve dans Empédocle. « Empëdocle, dit Aris- 
tote, a admis quatre éléments : car il a ajouté h ceux 
qui ont été nommés plus haut (l'air, l'eau, le Teu) un 
quatrième : la terre*. * Clément d'Alexandrie cite trois 
vers d'Empédocle, qui les énumèreni : 

■ D'-abord, écoute-moi bien : il y a quatre racines de 
tontes les cboses : le feu, l'eau, la terre et les profon- 
deurs immenses de l'air ; c'est de là que naît tout ce qui 
a été, tout ce qui sera, tout ce qui est * . > Sextus Empi- 
ricus ajoute qu'Ocellus et Aristote en ont admis cinq. 



1. ITwol. JHthm., p. 38. Keiirsias, d« Denar. Pyth., 0pp., t. IV, 
p. 43 : Ti K^mov xol xaf >âTè TiTOfiiivav rroixilo* 6 gdtnp lunà 

3. Jfct., I, 3. Met., IT, p. 985 «, 31 : ■ Empédocle en le premt«r qui 
ait ftdmU quatre éléments matériels, 4c h û^nc lUii; maisil no w 
■art pai des quatre, mais de deui eeulemeot, la feu d'un cAté, et let 
troU autres qui lui Mmt opposé», et qu'il considire comme n'eu Iki- 
sant qu'un seul. ■ De Gen. tt Corr., II, 3, p. 330 : • Qualques-ons, 
comme Empédocle, en posent quatre; mais celui-ci las ramène à 
deux : car il oppose le feu & tous lesautres. ■ 

3. Clem. Alei., Sirom., VI, 6f4. Sext. Empir., adv. Ph^i., X, 685, 
change les deui derniers en ceux-ci : 

Ziùc ipT^t 'Hpi] n pspfoCio; ^ Itimtiic 
NJin{« i'ii Saxpvotc itri** Kpovvw|ta ^porslov 

Cf. Jd., IX, 630. Pyrrh. Byp., 1. m, c. 18 - 



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DBS PYTHAGORICIENS. 165 

Hais dément fait précéder les vers d'Empédocle de 
celte observation : * Athamas le pythagoricien a dit : 
« Voici comment le principe du tont procéda à la gé- 
nération des choses : il y a quatre racines des êtres : le 
fen, l'ean, la terre et l'air*. ■ Ainsi, l'école pythagori- 
cienne avait eu sa part dans celte doctrine, et Aristote, 
en disant qo'Empédocle a admis les quaire corps le pre- 
mier, ne nous dit pas que Pylhagore ne l'avait pas (ait : 
on sait qu'Empédocle est presque pythagoricien, el 
quoiqu'il ait fait peu d'usage de celte théorie, il a pu en 
faire beaucoup de bruit. Ses vers, plus répandus et plus 
populaires que les enseignements discrets, sinon secrets, 
des pythagoriciens, ont pu rattacher cette doctrine à son 
nom, quoiqu'il l'eût empruntée de ses amis ou de ses 
maîtres. Yitruve semble autoriser cette conjecture : 
■ Pythagoras vero, Empedocles , Epicharmus, aliique 
physici el pbllosophi, hœc principia quatuor esse Toloe- 
mnt *. > Car il t'attribue à tous les deux, mais en main ■ 
tenant la priorité du premier et du plus ancien. D'ail- 
leurs, on ne trouve dans les fragments d'Empédocle ni 
dans les renseignements des anciens rien qui fosse du 
nombre quatre un élément essentiel on important de son 
système. Au contraire^ ce nombre le gène tellement 
qu'il le réduit à deux , comme on a pa te voir. Il n'en 

1. L'alrestomi>d«Tigletelte<teréd. Moral ; maii il aetrouTediiuIa 
TUSion latine qui accompagne eelte édition, at dam l« texte grec de la 
belle «dliioD de Florence, de Ltur. Torrentiniu, IB50. 

3. Vitraie, lib. Vin, preer. Diogine, VIII, 2b, et Stobée, 1, 16, p. 356, 
ne meniionoent que quatre él^iaenti : ■ Prlbagore a nommé le 
monde une sphtri, d'aprtala forme dM quatre éléments, ntni o^^oc 
tAv ttasdpwv oTMXiCuv. > Simpliciiu, Stholl. Àrittt., p. &14 a, 46, at- 
tribne aoi pflhagoricieo» la doctrine des quatre corps, at, p. tTO a, 
36, oelle des cinq. ' 



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166 EXPOSITION DE LA DpCTRINE PHILOSOPHIQUE 

est pas ainsi des pythagoriciens, qui attachaient à-la 
Tétrade une vertu sacrée et divine et voyaient en elle la 
source, la racine de l'universelle nature : 

0«Yi;( «UmEou i^tioi fî^ufiaT' (;^ou«[v '. 

Mais s'il est difficile de décider, d'après ces renseigne- 
ments, si le nombre de quatre éléments est venu des py- 
ihagoriciensà Smpédocle ou d'Empédocle aux pythagori- 
ciens, il n'en sera pas de même du cinquième, quoi qu'eu 
diseCicéron, reproduit par Eusèbe. Dans les Tusculana, il 
nous apprend qu'AristoIe, après avoir adopté les quatre 
principes générauxd'où tout provient, estime qu'il y a une 
cinquième essence dont l'&me est formée, et qu'à ce cin- 
quième élément, il n'a pas donné de nom, mais qu'il a ap- 
pelé entéléchie, l'&me qui en lire son origine '. Il donne 
de ce cinquième'élémentuneidéeun peu différente dans 
ses il caddmiçuet.Aprèsavoîr rappelé les quatre premiers, 
il ^oule : > Qiiintuin genus, e quo essent astra menlesque, 
singulare, eorumque quatuor, qnee supra dlxi,dîssimile> 
Aristoteles quoddam esse rebatur'. > Hais à cette opi- 
nion du philosophe romain s'opposent d'abord le Trag- 
ment de Philolalïs, qui est contre elle l'argument le plus 
considérable ; puis le passage de lu Théologie arithmétique 
cité par Heursius; enfin le témoignage d'Hermias qui, 
dans son résumé de la philosophie pythagoricienne, nous 
dit: ■ Le principe de tout est la monade; de la monade 
viennent les figures, et des nombres viennent les élé- 
ments; etvoici comment chacun de ces éléments est formé 

1. V»ri rfOr., ï. 47. 

2. Tusc, I, 10 : ■ Ouintam quamdam Qaturam censeï esse .e qiu 

3. Icod., U, T. Cf. Euseb., Prxp. Éd., X, 7. Siob-, Meinek,, t. II, 



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DES PYTHAOORlCims. 167 

SOUS le triple rapport du nombre, de !& figure et de 
la mesore. Le feu est composé de 24, l'air de 48, l'eau de 
134 triangles rectaugles, l'étherde lï pentagones éqaila- 
téraux, la terre .de '48 carrés'. Simplicius, comme Her- 
mias, atteste que PlalOD avait emprunté cette théorie 
descorps élémentaires aux pythagoriciens*. Platon, en 
effet, dans le Timie, forme le monde de cinq corps 
ayant cîni] figures géomélriques différentes; le cin- 
quième, <Ajifi ijnioMit (itEE; nffiTtTiic, est le dodécaèdre 
régulier', c'est-à-dire ce même élément que Philolaus 
appelle la sphère du tout, et qu'Bermias et la Théologie 
arithmiiique confondent avec l'éther. Plalarque n'a donc 
pas tort quand il dit que dans cette com position du monde 
Platon pythagorise*. Que ce cinquième élément soit 
l'éther, c'est une chose encore démontrée par Platon ou 
l'autear pylhagorisant, quel qu'il soit, de VÈpinotnit. 
Nous voyons là, en effet, cinq éléments : la terre au 
plus has degré, l'éther au plus haut, et entre ces deux 
extrêmes les trois autres '. Telle était l'opinion de V]a- 
tou lui-même, et ce n'est pas seulement Simplicius qui 
le dit, comme le croit M. Th. H. Martin en l'accusant 
d'erreur, c'est Xénocrate qui le prouve : ■ Platon a posé 
cinq corps simples, suivant les cinq Qgures. Xénocrate, 
l'un de ses plus intimes disciples, suffit à le prouver; 
car dans sa Vie de Platon, il écrit : Il divisait les êtres 



1. Usnniag, Imrioti., o. 'm, à la suite du S. Jkutin. ParU, 1630. 
3. Seholl. Àritit., p. 614 a, 46. 

3, nm., 54B-â&L 

4. Plae. rha., U, 6, S. 

&. Epin., 984 b : T> Tpla t> pioa tAk ittnt,... atUf« |ii* y^ V*'^ 



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168 EXPOSITION DB LA DOCTRINE PHILOSOPHIQUE 

en idée et en parties', tSi» n xa\ (Mpii. Il pooasajt la di- 
Tision de ces dernières jusqu'à ce qu'il arriT&t aux élé- 
ments de toutes les choses, qu'il appelait les cinq corps 
on figures, c'est-à-dire l'étber, le feu, l'eau, la terre et 
l'air. Le dodécaèdre était, suivant lui, là forme du corps 
simple, le ciel^ qu'il nommait éiber*. Ainsi, la doctriDe 
du dnquième élément n'est pas d'origine péripatéti- 
cienne, puisqu'on la trouve dans Platon , cl comme on 
la trouve dans un ouvrage de Platon, où est manifeste 
l'influence pythagoricienne, on peut croire, a|Hrès 
toutes les preuves qus nous en avons données, que Her- 
mias * n'a pas tort de dire que Platon la tenait des py- 
thagoriciens. 

Ces corps élémentaires s'appelaient vntjtin, nom qui 
s'appliquait aussi aux sons élémentaires du langage. Les 
pythagoriciens en avaient profilé pour étahlir des ana- 
logies et poursuivre avec développement la similitude 
à laquelle les invitait l'identité de dëDominalion. Les 
vrais philosophes, disaient-ils, ressemblent h ceux qui 
s'occupent du langage. De même que ces derniers exa- 
minent d'abord les mots, parce que le langage se com- 
pose de mots; puis les syllabes, parceque les mots se 
composent de syllabes; puis les lettres ou sons élémen- 
laires dont les syllabes se composent : de méme-lcs py- 
thagoriciens, eu vrais physiciens, soutiennent qu'il faut 
d'abord étudier les éléments premiers dans lesquels 
l'analyse réduit toute chose *. 

1. C'esl-k-dir« qu'il ponit on principe Absolumeiit inditisible et spi* 
Ituel, Vtme ou l'idie,' et une mniière dont la proprUlé essaDtielle eat 
d'avoir des ptrtiet lai unea en dehon des autres. 

3. SduM. ÀritU., p. 470 >, 18. 

3. IrritùM., c. Tin. Vid. supr. 

4. S«t. Bmp., adv. Fhyt., X, 735. 



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DES PYTHAGORICIENS. 169 

Ces éléments, précisément à cause de Ja conception 
qui les réduit k des figures géométriques, semblent sa 
prêter à des modiflcations et h des permutations rëci- 
proqnes. C'est en efGat ce que nous disent quelques an- 
ciens. 

■ Pythagore, d'après on extrait de Stobée, et tons ceux 
qui admettent la passivité de la matière, admettent au 
propre des générations et des destructions des choses : 
la Gomposilion, le mélange, la confusion sont produits 
par faltérallon des éléments premiers, leurs oiodiGca- 
tiODs, leur dissolution *. • C'est pour cela qu'ils ne con- 
sidéraient aucun d'eux, pas même le feu, comme pre- 
mier, parce que le feu est composé d'eau et d'air, 
comme à leur tour l'air etTenu sont formés de feu *. Il 
n'e^t donc pas étonnant que Plutarque attribue aux py- 
thagoriciens l'opinion que la matière est sujette à toutes 
sortes de modiScalions', qui rendent possibles et en 
même temps expliquent la naissance et la destruction 
. des' choses. Les éléments se confondraient ainsi dans 
une notion commune, celle du changement, du prin- 
cipe incessamment changeant, «ô HXa, nom sous lequel 
Ârcbytas, au dire d'Aristole, aurait désigné ce que nous 

1. Stob., I, 414. 

3. Simpl., SOtoll ÀrisU., p. SU a, ÏG. 

3. PioC. PkH., 1,3, 2 : tpMPrti* xai àDiomT^v xai lUtafliirfn xai 
ft«cml|ïî)niïii'61ou. Jd. , 1, 14 :■ Pythagore otlous ceux qui consi- 
dËrEnt It matière comme passive, na&riniv, admettent aussi une 
gduèralioD et une destructiaa des choses, qu'ils eipliqueoipar &l),stû- 
«tuc uToytMm xai Tpmrilf x»l àvaXùoiu*;, CI. Slob., I, p. 394. M. Zel- 
ler, l. V, p. 119, croit que cette doctrine, tiès-posUricure, n'a èié 
adoptée que par les Nio-Py|hagoricieDs, tels qu'Ocellus, qui la trou- 
Tëceni dans Platon et dans Aristote. Cepeadsnt, Ariatote lui-mËme, 
("il but en croire Damascius (Grupp,, p. 19], npporte que Pythagore 
appeUit la matière tA SiXa, i cause de ses changements incessants. 



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KO EXPOSITION DE LA D0C1R1NE PHILOSOPHIQUE 

appelons la matière. Si l'on s'étonne de voir la matière, 
qui est certainement l'infloi des pythagoriciens, si elle 
est quelque chose dans leur système, si l'on s'éloane, 
dis-je, de voir la matière localisée dans l'Olympe, dans 
la sphère de l'enveloppant, il fdUlse rappeler qu'elle n'y 
est présente que aous la forme déterminée des cinq élé- 
ments, c'est-à-dire qu'elle a déj& subi la loi du nomhre, 
en s'inlroduisunt dans le moude par la vertu de l'Un vi- 
vant qui l'a aspirée, absorbée et assimilée. C'est ainsi du 
moins qu'on pent concilier les renseignements opposés 
qui aou5 sont fransmis sur ce point des conceptions py- 
thagoriciennes, et qu'on pourra concilier ceux qui con- 
cernent l'essence et l'orgine du temps, où'les contradic- 
tions et les obscurités ne sont pas moindres. 

Plutarque dit : < Le temps est la sphère de l'envelop- 
pant, T^v affûpm Toî «pttxovcoî'. > Cette sphère, nous 
l'avons vu, est le feu périphérique, identique ào feu 
central,quePhilolaâs appelle une âme, l'&me duTout*. 
Plutarque est d'accord avec la Physique d'Arlslote, con- 
tinuée par Simplicius : «Les uns disent que le temps est 
le mouvement de l'univers ; d'autres que c'est la sphère 
même de l'univers *. - Sur quoi le scholiaste d'Aristote : 
«Lesnosdisentque le temps est le mouvement et la révo- 
lution de l'univers : c'est l'opinion de Platon, si l'on en 
croit Eudème, Théophraste et Alexandre. Les autres di- 

1. Ploeit. Phi'I.,I, 21, 1, définition reproduite textuel lemaot par 
Stobée, 1, 8, p. 350; Gillen., c. i, p. 2à, où elle eat l«gèrement mo- 
difiée daus les termes : • Le temps est h. sphâra du oiel qui nous en- 
veloppe. > ' 

. 1. PMIot,, Boeckb, p. 161 : lit xi ilm «tpiix°<'«^ fn^x^- ^implic, 
SefioU. Arittt.. p. âOâ a : TJ|t tbû navTit ^nix^. 

3. Anat., Phj/t., IV, 10, 1, US a, 33. 



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DES PYTHAGORICIENS* 171 

sent qoe c^est la sphère mâme du moude : telle était 
l'opinion des pythagoriciens, de ceux du moins qui 
avaient entend» Archytas définir d'une manière géné- 
rale le temps : l'intervalle de la nature du tout, Sufir- 
T(i(Mi -nii tcîi wtvtlî fiavm ', » Ces[-à-dire, j'imagine, que 
le temps est cequi pose un intervalle, une succession d'ins- 
tants séparés, dans l'être, dans tout Être, et même