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KJJDING LIST APR 2 1923 



RAPPORT 



DE 



L'ARCHIVISTE 



DE LA 



PROVINCE DE QUEBEC 



POUR 



1920-1921 





Ls-A. PROULX 

IMPRIMEUR DE SA MAJESTÉ LE ROI 
1921 



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Province de Québec 



BUREAU DU SECRÉTAIRE 



Québec, 28 décembre 1921 

Au Très Honorable Sir Charles Fitzpatrick, 

CF., G.C.M.G., 
Lieutenant-gouverneur de la province de Québec. 

Monsieur le lieutenant-gouverneur, 

J'ai l'honneur de vous soumettre le rapport de l'archiviste 
de la province de Québec pour l'année 1920-1921. 

J'ai l'honneur d'être, 
Monsieur, 
Votre très dévoué serviteur, 

Athanase David, 
Secrétaire de la Province 



Québec, 28 novembre 1921 

A l'honorable m. Athanase David, 
Secrétaire de la Province. 

Monsieur le ministre. 

J'ai l'honneur de vous présenter mon rapport sur les archives 
de la province de Québec pour 1920-1921. 

Je ne me dissimule pas la responsabilité que le gouvernement 
de la Province a mise sur mes épaules en me confiant, le 1er sep- 
tembre 1920, le soin de ses archives historiques. En elïet, de 
l'aveu de tous les connaisseurs, ces archives sont les plus pré- 
cieuses de tout le pays. 

Pour n'en citer que cinq séries: les Jugements et Délibéra- 
tions du Conseil Souverain de la Nouvelle-France (soixante- 
quatorze cahiers), les Ordonnances des Intendants de la Nouvelle- 
France (quarante-quatre cahiers), les Pièces Judiciaires du régime 
français (soixante-dix liasses), les Jugements de la Prévôté de 
Québec (cent vingt-sept cahiers) et les Procès-verbaux des grands- 
voyers de la Nouvelle-France (vingt-huit cahiers) sont des docu- 
ments que tous nos anciens historiens ont consultés et que nos 
futurs historiographes devront étudier avec soin s'ils veulent 
faire avec compétence de l'histoire. 

Hôte assidu des voûtes du Secrétariat de la Province depuis 
vingt-cinq ans, je connaissais déjà assez intimement les intéres- 
santes archives qu 'elles recèlent lorsque vous les avez mises sous 
ma garde. Je m'étais attaché à ces vieux papiers jaunis, effacés, 
indéchiffrables pour les profanes, mais si éloquents pour ceux qui 
savent les faire parler. C'est vous dire que je veillerai avec un 
soin jaloux sur ces papiers, témoins véridiques de l'épopée fran- 
çaise sur les bords du Saint-Laurent. 



VI 

Garneau et Ferland ont tracé les grandes lignes de notre 
histoire nationale. Ils ont élevé un vaste et superbe édifice dans 
lequel il y a, je crois, peu de choses à changer. Il ne reste plus 
qu'à l'orner. 

La grande histoire ne peut s'occuper que des événements 
imporants, des personnages de premier plan. Elle glorifie sur- 
tout les chefs .Les soldats héroïques qui, par leur mort, 
font passer leurs généraux à la gloire, souvent à l'immortalité, 
sont enfouis dans la fosse commune. Sur le tertre qui les re- 
couvre, la grande histoire met une belle inscription, mais pas de 
noms. Ils ont le sort des poilus inconnus. 

Les Archives de la province de Québec, en donnant la place 
très large à ceux qui ont fait notre histoire, s'efforceront, si vous 
le voulez bien, de sortir ou de sauver les autres de l'oubli. 

Le 5 octobre 1731, l'intendant Hocquart adressait la lettre 
suivante au ministre de la marine, en France : 

"Il m'a été souvent représenté depuis que je suis en Cana- 
da, que les minutes des actes des notaires, les registres du Con- 
seil Supérieur et de la Prévôté ne peuvent être en sûreté dans les 
maisons particulières des greffiers où ces minutes et ces registres 
sont déposés, par les accidents du feu qui peuvent survenir et qui 
consumeraient les titres de tous les particuliers de la colonie. Ces. 
représentations m'ont paru, monseigneur, si importantes que j'ai 
cru devoir vous en faire part, et vous proposer pour la sûreté 
publique de faire construire un bâtiment à l'abri du feu pour 
contenir tous ces papiers". 

Ce bâtiment à l'abri du feu que réclamait M. Hocquart en 
1731 pour conserver les archives n'existe pas encore. Je veux 
bien croire que les voûtes qui contiennent nos archives sont à l'é- 
preuve du feu, mais ces reliques précieuses ne méritent-elles pas 
un abri plus convenable et surtout plj^s vaste ? 

A deux cents ans tout près d'intervalle, je me permets de 
vous renouveler la demande de l'intendant Hocquart. La pro- 



VII 

vince de Québec, qui a pour devise "Je me souviens", ne devrait- 
elle pas donner aux archives de la Nouvelle-France le temple 
qu'elles méritent? 

Croyez-moi, 

Monsieur le ministre. 

Votre très dévoué serviteur, 

L'archiviste de la Province, 

Pierre-Georges Roy 



4 



ERRATA 

Page 52, ligne troisième, lire 1708 au lieu de 1808. 

Page 146, ligne quatrième, lire 1759 au lieu de 1859. 

Page 158, ligne vingt-septième, lire 1759 au lieu de 2759. 

Page 236, ligne trente-neuvième, lire Sutherland au lieu de Kerallain. 

Page 273, ligne vingt-neuvième, lire soixante au lieu de soixante-six. 

Page 337, ligne vingt-sixième, lire paroisse au lieu de monastère ; même page, lign^ 
vingt-huitième, même correction. 

Page 345, lignes trente-deuxième, trente-quatrième, trente-sixième et trente-neu- 
vième, lire 1757, 1758, 1760, 1762 et 1764 au lieu de 1657, 1658, 1650, 1662 et 166 L 



<^ 



LE TESTAMENT DE SAMUEL DE CHAMPLAIN, 

PREMIER GOUVERNEUR DE LA 

NOUVELLE-FRANCE 



Dans les premiers jours de décembre 1635, Champlain, se sentant mortellement atteint, 
se décida à faire son testament. 

On suivait alors à Québec la Coutume de Paris, en autant qu'elle pouvait être observée 
dans un pays aussi éloigné de la France. 

L'article 289 de la Coutume de Pans reconnaissait trois espèces de testament: lo le 
testament solennel reçu devant un ttotaire et deux témoins ; 2o le testament reçu devant un 
curé et trois témoins; 3o le testament olographe écrit entièrement de la main du testateur. 

Par une singulière fatalité, Champlain ne pouvait remplir aucune de ces trois condi- 
tions. Il n'y avait pas de notaire régulièrement nommé à Québec. De plus, les Jésuites 
exerçaient bien le ministère paroissial à Québec, mais aucun d'eux n'avait pris et ne pouvait 
prendre le titre de curé. Quant à la troisième alternative. Champlain ne pouvait, non 
plus, la choisir. Perclus des bras, Champlain, avec beaucoup d'efforts, pouvait encore 
signer son nom, mais il était absolument incapable d'écrire son testament entièrement de 
sa main, ainsi que le voulait la Coutume de Paris. 

Sur les conseils de \icolas de la Ville, greffier de Québec, qui avait quelques notions 
de droit, le fondateur de Québec s'avisa de suivre, pour son testament, l'usage des pays 
de droit romain et d'appeler sept témoins mâles et pubères. 

C'est Nicolas de la Ville qui rédigea le testament, mais il fut signé par Champlain et 
les sept témoins appelés. 

Par son contrat de mariage pr.ssé à Paris, le 27 décembre 1610, Champlain donnait 
à sa femme, si elle lui survivait, la jouissance de tous ses biens. 

Dans son testament, soit qu'il fût affaibli par la maladie ou qu'il présumât que sa femme 
ne ferait aucune opposition à ses dernières volontés, Champlain mit de côté les clauses de 
son contrat de mariage. Il légua à la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance qu'il avait 
fondée tout le mobilier qu'il avait à Québec, trois mille livres placées dans les fonds de la 
Compagnie de la Nouvelle-France, dont il faisait lui-même partie, en outre neuf cents 
livres placées dans une compagnie particulière, et enfin quatre cents livres, c'est-à-dire qu'il 
instituait la chapelle de Notre-Dame de la Recouvrance sa légataire universelle. Dans le 
style naïf du testament, Champlain déclarait qu'il instituait La \'^ierge Marie pour son 
héritière. 

Hélène Boullé, veuve de Champlain, ne fit aucune opposition à son testament, et le 
prévôt des marcliands de Paris, à qui il fut présenté pour homologation, le confirma par sa 
sentence du 11 juillet 1637. 



^ 



Ce sont souvent les parents éloignés qui se montrent les plus revkhes lorsqu'il s'agit 
de succession. Champlain avait en France une cousine germaine, Marie Camarel, mariée 
à Jacques Hersaut, contrôleur des traites foraines et domaniales de iMRochelle. Elle avait 
entendu parler des conditions particulières dans lesquelles le testament du fondateur de 
Québec avait été fait. S'imaginant que ce cousin d'Amérique laissait une fortune consi- 
dérable, elle se décida à attaquer son testament devant les tribunaux. Son avocat, maître 
Boileau, invoqua surtout deux raisons. Il prétendit que le testament n'étant pas conforme 
au contrat de mariage devait, de ce seul chef, être annulé. Il ajouta que le testament avait 
été fabriqué, à cause de l'esprit de piété qu'iVrespirait, Champlain y déclarant qu'il instituait 
la Vierge Marie pour son héritière. 

Le procureur-général Bignon réfuta cette dernière allégation. Après avoir fait remar- 
quer à la Cour que madame de Champlain avait reconnu elle-même que le testament était 
signé de la propre main de son mari, il démontra que le style de cette pièce n'avait rien qui 
ne convînt à un acte de dernières volontés ni à la personne du défunt, que l'on sait, ajouta-t-il, 
"avoir été assez accoutumé à se servir de paroles bien chrétiennes pour avoir voulu, sur ce 
sujet, témoigner par exprès des sentiments particuliers d'une âme pieuse et catholique" . 

Sur le premier point cependant, le procureur-général Bignon se rangea de l'avis de 
l'avocat Botleau. Tout en reconnaissant l'authenticité du testament, il demanda à ce qu'il 
fût déclaré nul comme contraire au contrat de mariage. 

La Cour adopta les conclusions du procureur-général Bignon et annula le testament 
de Champlain par son jugement du 15 mars 1639. 

Le texte même dti testament de Champlain n'a jamais été publié, nous ignorons même 
s'il existe encore, mais dans le Recueil d'arrests du Parlement de Paris de Pierre Bardet, 
nous trouvons un résumé des plaidoiries qui eurent lieu lors du procès en contestation du . 
testament de Champlain. 

Sous le titre: Testament d'un Français au pays du Canada, en présence de huit 
témoins et le greffier du lieu, conçu à la première personne, non olographe, et celui qui 
l'a écrit n'y étant pas même nommé, est déclaré nul, Pierre Bardei écrivait: 

"Le sieur de Champlain étant allé au pays dît Canada, à présent appelé la Nouvelle- 
France, et étant dans la ville de Québec, capitale du pays et lieu de sa résidence, y fit son 
testament en la préserve de huit témoins et d'un nommé de la Ville se disant greffier de ce 
lieu. Par ce testament conçu en la première personne et écrit par un qui ne s'était nommé, 
le dit sieur de Champlain légua au collège des Jésuites de Québec tous et chacun ses meubles, 
et outre la somme de quatre mille livres à prendre sur ses immeubles. Après son décès 
procès se mut pardevant le prévôt de Paris ou son lieutenant civil touchant la validité de ce 
testament. Par sentence il fut déclaré bon et valable, et ordonné que délivrance de legs 
serait faite. Les héritiers du sieur de Champlain en interjetèrent appel. Pour eux, 
Me Boileau dit que ce testament est nul, n'étant olographe ni passé pardevant notaires, 
qui sont néanmoins les deux setiles formes par l'observation desquelles on peut rendre un 
testament bon et valable. Il n'est point olographe, et manque puisqu'il n'est point du 
tout écrit de la main du sieur de Champlain, testateur, mais de celle d'une personne inconnue 
et non nommée; néanmoins étant conçu à la permière personne comme si le testateur avait 



-^ 



parlé lui-même, il porte en cela la forme d'un testament olographe, et manque en toiil te 
reste, étant éait de main étrangère. Il n'est point passé pardevant notaires, puisqu'auctm 
de cette qualité n'y était présent. Ce prétendu greffier n'est point considérable, sa qualité 
n'étant pas suffisante pour autoriser un testament, qui est un acte important. Les appelants 
sont pauvres et leur cause favorable; et conclut au mal jugé, entendant que le testament 
soit déclaré nul. 

"Me de Montholon, pour les légataires, dit que le testament est bon et valable, soit que 
l on considère le pays où il a été fait, ou la forme en laquelle il se trouve. Le pays est étranger 
quoique sous l'obéissance du roi; ainsi ceux qui y habitent son' excusables s'ils ne savent 
pas les formes qui s'observent en ce royaume pour la validité des testaments, qui par la plupart 
de nos coutumes sont bons et clables faits en présence de témoins sans aucun notaire ni 
autre personne publique. Il est indifférent que le testament soit conçu en la première 
ou en la troisième personne. Nihil interest talem sermonemque verbonim usus profuderit, 
comme parle la loi, en cela suivie du droit canon. Le legs est modique et fait pour une 
cause si favorable qu'il ne doit être contesté et conclut au bien jugé. 

"M. r avocat-général Bignon dit que les testaments faits hors du royaume sont toujours 
suspects. Parm- nous la faveur des héritiers légitimes l'emporte sur les legs pieux, pour 
la validité desquels les mêmes formalités sont requises et nécessaires, que pour les autres. 
Le testament dont il s'agit est tellement hétéroclite qu'il y a plus d'assurance de Vanmiler 
que de confirmer la sentence". (1) 



(1) La minute même du testament de Champlain est disparue depuis longtemps. Il est certain, 
toutefois, que ce testament fut insinué quelque part en France. Jusqu'ici, malgré toutes les recherches et 
dé.Tiarchcs faites là-bas, on n'a pu retracer cette insinuation. 



ÉTAT PRÉSENT DU CANADA 

PAR 

Nicolas-Gaspard Boucault 

Nicolas-Gaspard Boucault vint ici en qualité de secrétaire 
de l'intendant Bégon. On sait que M. Bégon arriva dans la 
Nouvelle-France dans l'automne de 1712. Boucault passa-t-il 
ici en même temps que l'intendant ? Nous n'avons pu l'établir. 
Tout ce que nous savons c'est qu'il était déjà au Canada en 1721. 
En effet, en janvier et février 1721, le procureur-général Collet 
se rendait dans toutes les seigneuries de la Nouvelle-France afin 
de procéder aux procès- verbaux "de commodo et incommodo" 
pour la fixation et la limitation des districts de paroisses. C'est 
Nicolas-Gaspard Boucault qui lui servât de secrétaire au cours 
de cette intéressante tournée. 

Le 14 octobre 1726, l'intendant Bégon s'embarquait sur le 
vaisseau du roi VEléphant pour retourner en France, après un 
séjour de quatorze années dans la colonie. M. Boucault se 
trouvait donc sans emploi. M. Hamard de la Borde, procureur 
du roi à la prévôté de Québec depuis 1722, était retourné en 
France en même temps que M. Bégon. Boucault, qui se plaisait 
dans la colonie, résolut de demander la charge abandonnée par 
M. de la Borde. Et, pour avoir plus de chances de l'obtenir, il 
passa lui aussi en France dans le même automne de 1726. Ses 
démarches n'aboutirent pas tout de suite. Les ministres du roi 
n'allaient pas vite en besogne. Enfin, le 20 avril 1728, M. Bou- 
cault était nommé procureur du roi à la prévôté de Québec ^'^K 

M. Hamard de la Borde était également procureur du roi de 
l'amirauté de Québec. M. Boucault lui succéda aussi dans cette 
charge. Nommé par le grand amiral de France, le 4 mai 1728, 
le roi ratifia sa nomination le 18 mai suivant ^\ 



(1) Insinuations du Conseil Souverain, cahier 6; Edils et Ordonnances, vol. III, p. 98. 

(2) Insinuations du Conseil Souverain, cahier 6. 



2 ARCHIVES DE QUEBEC 

M. Boucault revint à Québec à la fin de septembre 1728, en 
même temps que M. Verrier nommé procureur-général au Con- 
seil Supérieur '^\ 

Les lettres de nomination de M. Boucault furent enregis- 
trées par le Conseil Supérieur le 4 octobre 1728. 

M. Boucault, évidemment, était dans les bonnes grâces de 
MM. de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France, et 
Daigremont, qui faisait temporairement les fonctions d'inten- 
dant, puisque,moins de deux mois après son retour dans la colonie, 
ils demandaient au ministre de lui donner une augmentation de 
traitement. 

Le 6 novembre 1728, ils écrivaient au ministre : 

"Le sieur Boucault, pourveu de l'office de procureur du Roy 
en la Prévosté de Québec, nous a représenté que ne jouissant que 
de trois cents livres de gages attachés à son office, et n'ayant 
aucune autre ressource en Canada, il ne luy seroit pas possible 
de s'y soutenir avec sa famille si Sa Majesté n'avait la bonté de 
luy accorder la même grâce qu'elle a faite au S. André, lieute- 
nant général, en conséquence des mesmes représentations, et à 
quelques Conseillers du Conseil Supérieur auxquels Sa Majesté 
a bien voulu accorder des gratifications par forme d'augmenta- 
tion de gages. 

"Le S. Boucaut a d'autant plus lieu. Monseigneur, d'espérer 
que vous voudrés bien luy procurer la grâce qu'il demande que 
c'est un ancien sujet de ce pays qui a servy sous M. Begon en 
qualité de secrétaire avec un grand désintéressement et dont on a 
toujours été très content. Nous osons nous flatter que vous 
aurés la bonté de faire attention à la recommandation que nous 
prenons la liberté de vous faire en sa faveur '^■." 

Le 30 novembre 1729, l'intendant Hocquart, par la commis- 
sion suivante, choisissait M. Boucault comme son subdélégué 
dans tout le gouvernement de Québec : 

"L'application que demandent de nous les affaires générales 
du service du Roy et de la colonie ne nous permettant pas d'en- 



(1) Rapport SUT les archives canadiennes pour 1904, p. 93. 

(2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 50, f 116. 



ARCHIVES DE QUEBEC 3 

trer autant que nous le souhaiterions dans le détail de plusieurs 
différens qui naissent entre les particuliers du ressort et gouverne- 
ment de cette ville et qui demandent d'être jugés sommairement 
et sans frais, nous aurions jugé à propos d'establir un officier 
public pour remplir les fonctions de notre subdélégué en cette 
partie, et pour connaître et juger les d. différents et étant informé 
que le S. Nicolas-Gaspard Boucault, procureur du Roy de la 
prévôté et amirauté de cette ville, joint la probité à la suffisance, 
et a la capacité nécessaire pour s'en bien acquitter, 

"Nous en vertu du pouvoir à nous donné par Sa Majesté, 
avons commis et subdélégué, et par ces présentes commettons et 
subdéléguons le d. S. Boucault pour en la d. qualité de notre 
subdélégué, entendre et juger tous les différens et contestations 
qui naîtront entre les habitans du ressort et gouvernement de 
cette ville, qui n'excéderont pas la somme de 100 1. et pour en 
outre connaître de toutes autres contestations et affaires plus 
importantes qui luy seront par nous renvoyées le tout sans frais 
et sauf l'appel pardevant nous, en témoin de quoy nous avons 
signé et fait contresigner les présentes par notre secrétaire et 
apposer à icelles le cachet de nos armes fait en notre hôtel à 
Québec, le 30 novembre g b y vingt-neuf *^\" 

Le 27 mars 1736, M. Boucault était promu lieutenant parti- 
culier de la prévôté de Québec pour remplacer M. Couillard de 
Lespinay, décédé ^\ 

Présenté au roi le 1er avril 1736 par le grand amiral de 
France pour succéder au même M. Couillard de Lespinay dans 
sa charge de lieutenant-général de l'Amirauté de Québec, il fut 
agréé et nommé le 1er avril 1736 ^^\ 

A l'automne de 1747, M. Boucault s'embarquait pour la 
France. Avait-il l'intention de ne plus revenir dans la colonie? 
Nous le croyons. Il est bien vrai que le 18 janvier 1748, le pré- 
sident du Conseil de marine écrivait à MM. de la Galissonnière 
et Hocquart que le sieur Boucault, loin de vouloir abandonner 
sa charge de lieutenant-général de l'Amirauté, avait demandé un 



(1) Ordonnances des Intendants, cahier 17, f(^o 20. 

(2) Insinuations du Conseil Souverain, cahier 11; Edits et Ordonnances, voL III, p. 103. 

(3) Insinuations du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France, cahier 8. 



4 ARCHIVES DE QUEBEC 

congé de deux ans ^'^ Nous croyons que M. Boucault, en 
demandant un congé, voulait tout simplement garder la place 
chaude pour son frère qui était venu le rejoindre dans la colonie. 

En 1750, M. Boucault se démettait volontairement de sa 
charge de lieutenant-général de l'amirauté de Québec. Il fut 
remplacé le 3 juin 1750 par Guillaume Guillemin. 

M. Boucault conserva cependant sa charge de lieutenant 
particulier de la prévôté de Québec jusqu'à 1757. M. Guillaume 
Guillemin lui succéda le 24 avril 1757. 

Nous croyons que Nicolas-Gaspard Boucault mourut en 
France peu après 1763. 

Le 15 avril 1723, messire Charles Le Moyne, baron de 
Longueuil, chevalier de Saint-Louis, gouverneur de la ville et gou- 
vernement des Trois- Rivières, seigneur de Longueuil et de Belœil, 
créait en faveur de M. Boucault, dans son fief de Belœil, sur la 
rivière de Chambly, un arrière-fief de six arpents de front sur 
cinquante arpents de profondeur. M. Boucault devait jouir du 
dit arrière-fief à toujours avec droit de chasse, pêche et traite 
avec les Sauvages, à la charge de la foi et hommage qu'il devait 
rendre et porter au principal manoir du fief de Belœil, d'y tenir 
feu et lieu, de conserver et faire conserver par ses tenanciers les 
bois de chêne propres à la construction des vaisseaux de Sa 
Majesté, de donner avis au baron de Longueuil des mines, miniè- 
res ou minéraux qu'il trouverait, et de laisser les chemins et 
passages nécessaires pour l'utilité publique, etc., etc. 

M. Boucault avait dû rendre des services importants au 
baron de Longueuil, car celui-ci lui donnait cet arrière-fief abso- 
lument pour rien ^^K 

Le 20 février 1732, M. Boucault se transportait au château 
du baron de Longueuil afin de lui rendre la foi et hommage qu'il 
était tenu de lui porter pour son arrière-fief. Le procès-verbal 
de cette curieuse procédure de l'ancien droit seigneurial rédigé 
par le notaire Raimbault a été conservé. C'est une pièce à lire : 

"Aujourd'huy en la compagnie et assisté du notaire royal 
de la Juridiction royalle de Montréal y résident soussigné et 



(1) Rapport sur les archives du Canada pour 1905, vol. I, p. 9 6. 
(2t Acte devant Louet, notaire à Québec, le 15 avril 1723. 



ARCHIVES DE QUEBEC 5 

témoins cy-bas nommés Mr M^ Nicolas-Gaspard Boucault 
Cons*"" du roy et son procureur aux sièges de la Prévosté et 
Amirauté de Québec s'est transporté au château de la baronie 
de Longueuil, et à la principale porte et entrée dud. château, 
où étant ayant frappé à lad. porte seroit à l'instant survenu 
dame Marguerite LeGardeur, veuve de feu Mon. Sr Le Baron 
de Longueuil, à laquelle mondit Sr. Boucault ayant demandé 
si Mons. Le Baron de Longueuil avoit quelques personnes chargé 
de recevoir les foy et hommages de ses vasseaux notamment 
ceux relevant de son fief de Belœil situé sur le bord de la rivière 
de Richelieu au (mot rayé) de Chambly, ladite Dame luy auroit 
dit que mondit Sr. Le Baron de Longueuil est absent et en lancien- 
ne france qu'il n'y a aucun établissement sis sur le domaine du 
fief de Bel Oeuil, quelle n'est point chargé d'aucune de ses affaires, 
ny dud. fief de Belœil, que cependant elle donnera avis à mondit 
Sr. Baron de Longueuil du sujet du transport de mondit Sr. 
Boucault et du présent acte veu laquelle réponse mondit Sr. 
Boucault auroit encore frappé par trois divers fois à lad. porte 
et principal entrée dudit château et a appelé à haute et intelligible 
voix Monsieur le Baron de Longueuil, et dit Mons. le Baron de 
Longueil je vous fais et porte la foy et hommage que je suis tenu 
de vous faire et porter à cause de mon fief de six arpens de terre 
de front sur cinquante arpens de profondeur situé sur le bord 
de la rivière de Chambly a prendre audessous du Domaine de 
votre terre et seigneurie de Bel Oeuil, appartenances et dépen- 
dances de mondit fief, relevant à titre d'arrière fief foy et hom- 
mage de votre dite terre et seigneurie de Bel Oeil, lequel fief de 
six arpens m'appartient au moyen de la concession que m'en a 
fait feu Mons. le Baron De Longueuil par contract passé devant 
Me Louet Nre Royal a Québec, le quinzième avril mil sept cent 
vingt trois, duquel expédition a été délivré à mondit feu Sieur 
le Baron de Longueuil, vous requérant me recevoir à lad. foy 
et hommage, à la charge de vous bailler mon aveu et dénombre- 
ment suivant la coutume de Paris suivie en ce pays. 

"Dont et de ce que dessus ledit Boucault, a requis acte audit 
notaire, a luy octroyé le présent pour luy servir et valoir ce que 
de raison fait comme dit est, à la Principale porte et entrée dudit 



6 ARCHIVES DE QUEBEC 

château de Longueuil lan mil sept cent trente deux le vingtième 
jour de février en présence et assisté des nommés andré dela- 
marre dit st andré habitant dud. Longueuil et Pierre Bourdon 
aussy habitant dudit lieu qui ont déclaré ne scavoir signer de ce 
interpellé suivant l'ordre et a lad. dame Longueuil douairière 
signé avec mondit Sieur Boucault après lecture faite ; et laissé 
copie alad. Dame Longueuil. 
Le Gardeur Boucault 

DE LONGUEIL RAIMBAULT, flls. 

Nre Royal ''\ 

M. Boucault ne fît aucune concession dans son fief. Il y 
avait vingt ans qu'il le possédait et il était encore en bois debout. 
Probablement pressé par les héritiers du baron de Longueuil de se 
conformer aux règlements du Roi qui obligeaient les seigneurs 
à défricher leurs terres et à y établir des censitaires, M. Boucault 
se décida à se débarrasser de son arrière-fief. 

Le 2 avril 1743, M. Boucault cédait, quittait et transportait 
à Antoine de La Corne, sieur de la Colombière, officier dans les 
troupes du détachement de la marine, l'ârrière-fief que lui avait 
concédé le baron de Longueuil le 15 avril 1723, pour en jouir ledit 
sieur de La Corne de la Colombière, ses hoirs et ayant cause aux 
mêmes conditions qu'il lui avait été accordé. M. Boucault 
donnait son arrière-fief "par amitié particulière" et à la charge 
pour M. de La Corne de la Colombière d'exécuter les conditions 
de l'acte de concession du 15 avril 1723 ^^K 

Le 30 septembre 1742, M. Boucault formait une société de 
commerce avec Pierre Angers. 

Le document suivant signé le même jour par les deux asso- 
ciés nous donne des renseignements sur leur société. 

"Aujourd'huy, trente septre mil sept cent quarante deux 
entre nous Nicolas-Gaspard Boucault et Pre Angers a été formé 
une société de commerce à moitié profit ou perte p. trois années 
à commencer de ce jour comme suit, sçavoir : 



(1) Archives judiciaires de Montréal. 

(2,' Acte de Boisseau, notaire à Québec, le 2 avril 1743. 



ARCHIVES DE QUEBEC 7 

"Que moy Boucault ay fourni et avancé à la d. société le 
batteau le St- Antoine avec ses agrès et appareaux tel qu'il est à 
présent en rade pour la somme de cinq mil deux cent quarante 
livres, en outre des effets et marchandises pour la cargaison et 
l'armement du dt. batteau montant le tout ensemble suivant 
l'état de nous arresté double à la somme de neuf mille sept cent 
quarante quatre livres dix neuf sols six deniers ; 

"Que je fourniray pareillement les autres années et sur les 
retours qui seront faits et profits les marchandises qui seront 
nécessaires pour continuer le d. commerce, suivant les mémoires 
que me donnera le d. sr. Angers aux prix courants ; 

"Que moy d. Angers irai avec le bâtiment et carguaison au 
Petit Dégrat ou dans tous autres ports trouvés bons pour y 
négocier. 

"Pourra vendre ou échanger le d. batteau, et en achepter un 
autre. 

"Remettra le d. Angers à moy Boucault les retours de ses 
gestions jusqu'au parfait payement des d. batteau et carguaison 
pour après les profits estre partagés par moitié. 

"Le d. Angers sera nourri pendant le d. temps par la société 
et ne payera les marchandises dont il aura besoin p. son usage, 
et desquelles il tiendra un compte particulier, que le prix de la 
facture. 

"Ladite société formée de bonne foy entre nous d. Boucault 
et Angers, qui promet de ne faire auqu'un commerce particulier, 
et de ne travailler que p. le bien et avantage de la d. société à 
l'effet de quoy il tiendra un compte exact des ventes et troques 
qu'il fera ainsy que des dépenses utiles p. en compter avec mon d. 
Sr. Boucault et répondre à sa confiance, approuvant dès à pré- 
sent tous achapts, etc, faits en conséquence du profit commun 
par l'un ou par l'autre. Fait dbl. à Québec les jour et an que 
dessus. 

Boucault, 
Angers". ^^^ 



(1) Pièce déposée dans le greffe du notaire Boisseau, à Québec, le 16 juillet 1743. 



8 ARCHIVES DE QUÉBEC 

A Tété de 1743, M. Boucault, à la veille de passer en France 
et n'ayant aucune nouvelle de son associé parti pour aller faire 
la traite au Petit Degras dès les premiers jours du printemps, 
donnait procuration à ses amis Philippe et André Carrerot pour 
veiller à ses intérêts. "Quoiqu'il ait toujours le même esprit 
de confiance dans la probité et bonne conduite du d. s. Angers, 
comme il pourrait être arrivé ou arriver quelque accident imprévu 
contraire au bien de sa société, pourquoy se trouvant dans les 
personnes de MM. Philippe et André Carrerot des amis qui veu- 
lent bien se charger de veiller avec toute la discrétion possible 
à l'intérêt qu'a le d. sieur comparant dans ce rencontre, il leur 
donne par ces présentes plein et entier pouvoir en cas d'accidents 
par mort ou autrement et en tout événement contraire aux inté- 
rêts du d. s. comparant de le représenter et de réclamer tout ce qui 
peut appartenir à la d. société ou en provenir directement ou 
indirectement . . . , promettant d'avoir pour agréable tout ce qui 
sera fait par l'un ou par l'autre des d. s. Carrerot ^^\" 

Nicolas-Gaspard Boucault qui, comme tous les fonction- 
naires de la colonie, recevait un traitement de famine, essaya 
d'améliorer sa position en se livrant à l'industrie de la pêche. 

En 1733, il formait une société avec François Foucault, 
conseiller au Conseil Supérieur, pour faire l'armement d'une goé- 
lette du port de quatre-vingts tonneaux la Saint- Michel. Les deux 
associés engagèrent dix-sept hommes d'équipage et mirent à leur 
tête le sieur Cher on, capitaine de navire. 

La Saint-Michel partit de Québec le 27 mai 1733 et se dirigea 
vers le Labrador afin d'y faire la pêche au loup-marin. L'expé- 
dition ne revint à Québec qu'à la fin d'août 1734.' La Saint- 
Michel rapportait cinquante barriques d'huile de loup-marin et 
quelques pelleteries. Le résultat n'était pas brillant car les fjais 
de l'expédition se montaient à 17,000 livres. 

Au cours de son voyage, Cheron avait pu se rendre compte 
que l'île du Grand Saint-Modet, située à environ trois quarts 
de lieue de la rivière des Français, était un poste excellent pour 
la pêche au loup-marin. MM. Foucault et Boucault se décidè- 



(1) ProcuratioD devant Boisseau, notaire à Québec, 16 juillet 1743. 



ARCHIVES DE QUEBEC ^ 

rent à en demander la concession. Elle leur fut accordée le 27 
avril 1735 par MM. de Beauharnois et Hocquart. 

Quelques semaines plus tard, le 12 mai 1735, MM. Boucault 
et Foucault faisaient l'arrangement suivant avec M. Cheron 
pour l'exploitation de la concession du poste de Saint-Modet qui 
venait de leur être accordé : 

"Nous soussignés reconnaissons avoir cédé à Mr Cheron un 
tiers dans la concession du poste de St-Modet scitué à LaBrador 
qui nous a esté accordé par Messieurs les gouverneur et intendant 
de ce pays le vingt- sept avril dernier pour en jouir par luy per- 
sonnellement et par indivis avec nous, pendant tout le temps de 
la d. concession de laquelle nous luy avons remis l'original entre 
les mains, à la charge qu'il ne pourra céder le d. tiers à qui que 
ce soit et qu'il fournira son tiers pour l'exploitation du d. poste. 
Fait à Québec le douze may 1735. 

Boucault 
Foucault." ^ ^ 

En 1735, MM. Foucault, Boucault et Cheron envoyèrent 
de nouveau la Saint- Michel à la côté de Labrador, avec un équi- 
page de trente hommes. L'année suivante, en 1736, les trois 
associés équipèrent deux vaisseaux et employèrent cinquante 
hommes à leur industrie de pêche. Le résultat des saisons de 
pêche 1735 et 1736 fut plutôt maigre. Mais l'année 1737 leur 
donna des résultats magnifiques qui leur permirent de payer leur 
déficit des années précédentes et de compter sur l'avenir. 

C'est juste au moment où MM. Foucault, Boucault et Che- 
ron fondaient les plus belles espérances sur leur entreprise qu'ils 
rencontrèrent un obstacle qui dérangea tous leurs plans et les 
mit à deux doigts de la ruine. 

Le 18 mai 1713, MM. de Vaudreuil et Bégon avaient accordé 
au sieur Pierre Constantin une concession de trente lieues de terre 
de front sur dix lieues de profondeur à la côte de Labrador. 
Trois ans plus tard, le 31 mars 1716, le Roi avait donné une autre 
concision à Constantin au même endroit de quatre Heues de 
front sur quatre lieux de profondeur. 



(1) Pièce déposée par M. Cheron, le 13 mai 1735. au grefife de M. Boisseau, notaire à Québec 



10 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Constantin prétendit que l'île du Grand Saint-Modet se 
trouvait dans la concession qui lui avait été accordée par le roi 
le 31 mars 1716 et il réclama énergiquement sa propriété. 

Le différend fut temporairement arrangé par un règlement 
de MM. de Beauharnois et Hocquart, le 18 avril 1738 ^^\ 

Quelques jours plus tard, le 1er mai 1738, l'intendant 
Hocquart essayait de mettre fin à la dispute en concé- 
dant à MM. Foucault et Boucault, pour dix ans, le lieu 
nommé Apétepy, aussi situé à la côte de Labrador ^^\ Cette 
concession fut ratifiée par le roi le 6 avril 1741 ^^\ 

MM. Foucault, Boucault et Constantin n'en continuèrent 
pas moins à se chicaner pendant deux ou trois ans au sujet de 
la concession de l'île du Grand Saint-Modet. 

Un des frères de Nicolas- Gaspard Boucault, Gilbert Bou- 
cault de Godefus, vécut aussi dans la Nouvelle-France. Il 
fut d'abord employé comme écrivain dans les bureaux de la 
marine à Québec ^*\ 

Le 27 août 1736, l'intendant Hocquart nommait Gilbert 
Boucault de Godefus notaire dans le gouvernement de Québec, 
pour remplacer Henry Hiché qui venait de recevoir l'emploi de 
procureur du Roi à la prévôté de Québec ^^^ 

Trois années plus tard, le 17 octobre 1739, Gilbert Boucault 
de Godefus acceptait du séminaire de Québec la charge de juge 
bailli de la seigneurie de Beaupré, en remplacement du notaire 
Jacques Barbel, résignataire. 

Lors de la résignation de Nicolas- Gaspard Boucault, Gilbert 
Boucault de Godefus fit des démarches pour lui succéder dans sa 
charge de lieutenant-général de l'amirauté. 

Mais l'intendant Bigot informa le ministre qu'il ne lui sem- 
blait pas propre à occuper cette position, et il ne fut pas nommé. 

Gilbert Boucault de Godefus retourna en France en 1756. 



(1) Ordonnances des Intendants, cahier 36, f. 90. 

(2) Ordonnances des Intendants, cahier 26, f. 104. 

(3) Rapport sur les Archhes du Canada pour 1904, p. 285. 

(4) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 68, p. 235, 11 octobre 1737. 

(5) Ordonnances des Intendants, cahier 24, £. 97. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 11 



ÉTAT PRÉSENT DU CANADA. DRESSÉ SUR NOMBRE DE MÉMOIRES ET 
CONNAISSANCES ACQUISES SUR LES LIEUX, PAR LE 
SIEUR BOUCAULT (1754) 



IDÉE GÉNÉRALE DU CANADA OU DE LA NOUVELLE-FRANCE 

Ce continent fut découvert par des pêcheurs bretons l'an 1504 ; reconnu par Tho- 
mas Aubert, de Dieppe, en 1508 ; par Jean Verazany, florentin, au nom du Roy François 
premier en 1523 ; par Jacques Cartier en 1534 et 1535 ; depuis occupé de l'autorité de 
nos Roys et connu sous le nom du Canada, par corruption de Cacanada, qui signifie 
pays aquatique et montagneux, nom qui lui avait été donné par les sauvages. 

Le Canada, ou la Nouvelle-France n'est proprement borné au Nord que par la 
Baye dlludson, à l'Est par la mer et l'isb de Terre-Neuve, au Sud et au Sud-est par les 
colonies anglaises, au Sud-est par la Louisiane, à l'Ouest par les terres espagnoles et 
par des terres ou des mers inconnues ; il était plus considérable avant h traité d'Utreck, 
par lequel le roy a cédé à la reine d'Angleterre et à ses successeurs, à perpétuité, la 
Nouvelle-Ecosse, ou l'Acadie, conformément à ses anciennes limites, la ville de Port- 
Royal, l'isle de Terre-Neuve, et la Baye d'Hudson. 

Son étendue actuelle comprend . . . 

1" L'isle Royale qui est à l'entrée du golfe de Canada, (St-Laurent), avec 

toutes les isles qui se trouvent dans cette baye. 

2" La terre ferme de l'Acadie, le long de la presqu'isle d'Acadie, jusqu'à la 

mer, et ce qui se trouve jusqu'à la Nouvelle-Angleterre, en tirant à l'Ouest. 

3" La terre ferme de Labrador, et toutes les côtes maritimes qui se terminent 

et s'étendent du Détroit de Belle-Isle jusqu'à la Baye d'Hudson. 

4" Toutes les terres aboutissantes au fleuve de St-Laurent, depuis son 

embouchure jusqu'à sa source, et à celle de toutes les rivières qui s'y déchargent. 

C'est sur les rives du fleuve St-Laurent, et des rivières principales qui s'y déchargent 
que la colonie française est établie, toute la profondeur n'est habitée en partie que f»ar 
les diverses nations sauvages. 

La ville de Québec, capitale du Canada, est située sur le bord du fleuve du côté du 
Nord, à cent vingt lieues de son embouchure. 



12 ARCHIVES DE QUÉBEC 

A trente lieues au-dessus de Québec, on trouve la ville de Trois-Rivières, et à trente 
lieues au-dessus de la ville de Trois-Rivières, on trouve la ville de Montréal, scituée 
dans une fort belle isle. 

Le terrain le plus habité est depuis trente lieues ou environ au-dessous de Québec, 
jusqu'au dessus de l'isle de Montréal, les habitations y sont contiguës et tout y est 
habité. 

A six lieues ou environ de la ville de Montréal, dans les terres du côté sud, on trouve 
le fort de Chambly, scitué sur la rivière de Sorel. qui défend les avenues de la Nouvelle- 
Angleterre. 

Dans l'isle de Montréal, au-dessus de la ville, il y a plusieurs petits forts qui ont 
été construits dans les premiers tems de l'établissement, pour empêcher les incursions 
des sauvages iroquois. 

A soixante lieues ou environ au dessus de l'isle de Montréal, dans un lieu nommé, 
en terme sauvage, Catarakouy, on trouve le fort de Frontenac, sur le bord du lac Ontario, 
au travers duquel le fleuve St-Laurent passe ; ce fort a été bâty pour contenir les 
Cinq-Nations d'Iroquois, qui ont leurs villages en haut de ce lac, le long de la côte 
méridionale. 

Il est difficile d'assigner au juste, la source du fleuve St-Laurent, à cause de la 
quantité de rivières peu connues qui composent le lac Supérieur, d'où sort ce fleuve, 
au lieu nommé le Saut Sainte-Marie ; là, il entre dans le lac Huron, qui, ayant reçu 
les eaux du lac Michigan, autrement lac des Illinois, reprend la forme du fleuve au-dessus 
du lieu nommé le Détroit, puis ayant formé le lac Erié, et couru à l'Est, au travers de ce 
lac, il revient au Nord, tombe par la fameuse chute de Niagara dans le lac Ontario, et 
continue sa course jusqu'au fort de Frontenac, en sorte que depuis son entrée dans le 
lac des Hurons jusqu'à ce fort, il forme un grand demi-cercle. 

Sur le bord du Détroit par lequel le fleuve passe du lac des Hurons dans le lac 
Erié, il y a, à gauche en montant, xm fort appelé le fort du Détroit, ou le fort Pontchîir- 
train, qui est éloigné de trois cents et quelques lieues de Québec, et où il y a des habi- 
tations françaises ; il y a aussy des postes Français aux environs du lac Erié. 

Il y a encore im poste distant de Québec d'environ trois cents lieues, et de plus de 
cent du fort de Détroit, et se nomme Missilimakinac ; il est scitué tout au haut du lac 
des Hurons, sur le rivage de ce lac, à gauche en remontant, à demie lieue de l'embou- 
chure du lac Michigan, appelé par quelques-uns, lac des Illinois ; aux environs de ce 
poste, il y a plusieurs villages sauvages, principalement d'Outaouais, c'est un entrepost 
fort commode aux Français pour la traite avec les Sauvages, le plus court chemin pour 
y aller est de remonter la grande rivière des Outaouais ; on la trouve à six lieues de 
Montréal, du côté du Nord, on la remonte environ cent quarante lieues, au bout duquel 
on trouve, à gauche, ime rivière qui vient du lac Nippissing, qui est par les 46 degrés 
et quelques minutes de latitude nord, et de ce lac on fait un portage jusqu'à une autre 



ARCHIVES DE QUÉBEC 13 

rivière appelée la rivière des Français qui se décharge dans le lac des Hurons, on évite 
par ce naoyen, le tour du demi-cercle que fait le fleuve jusqu'au haut du lac des Hurons 

Il y a encore dans le lac Supérieur, plusieurs postes occupés par les Français, l'un 
des plus anciens est celui de Kaministigoyan, scitué du côté du Nord, ce fort avait été 
construit en 1683, par deffunt Daniel Greysolon, Sieur du Luth, Claude de Greysolon, 
Sieur de la Tourette, y a commandé. 

Le gouvernement de la Nouvelle-France ne se bcMTie pas du côté de l'Ouest et du 
Nord-Ouest au lac Supérieur, ny même aux sources du fleuve St-Laurent ; les Français 
ont, depuis plusievirs armées, occupé plusieurs postes dont le détail serait trop long 
pour ce mémoire, mais tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'il paraît qu'il y a beaucoup 
plus loin du lac Supérieur à ces derniers postes, que de Montréal aux extr&nités las plus 
éloignées du lac Supérieur. 

Le Pays de Louisiane avait été subordonné à ce gouvernement par lettres pattentes 
du mois de septembre 1712, par lesquelles il avait été accordé au sieur Crozat le privilège 
d'y faire commerce exclusif pendant quinze ans, et par les mêmes pattentes, le pays 
des Illinois avait été imi au gouvernement génâ^l de la Nouvelle-France, mais le pays 
de la Louisiane a été démembré de ce gouvernement par les lettres pattentes du mois 
d'aoCt 1717, portant établissement de la Compagnie d'Occident, et le pays des Illinois 
a aussi été démembré du même gouvernement, par arrêt du Conseil d'Etat, du 27 
septembre de la même armée 1717, qui a uni ce pays à la province de la Louisiane, en 
faveur de la même Compagnie ; il n'y a que pour le spirituel que ces pays étaient restés 
dépendants de l'évêché de Québec, cependant depuis que la Compagnie des Indes a 
remis au Roy la Louisiane, l'administration du temporel a été rétablie sur le même 
pied qu'auparavant, excepté que les Illinois sont sous l'autorité immédiate du gouverneur 
particulier de la Louisiane, qui lui-même reconnaît le gouverneur général de la Nouvelle- 
France pour son supérieur. 

La ville de Plaisance, sdtuée en l'isle de Terre-Neuve avec ime partie de cette isle, 
et toute la province de l'Acadie qui sont, l'une à droite, l'autre à gauche de l'isle Royalle, 
étaient aussi du gouvernement général du Canada, de même que la baye d'Hudson, 
au Nord, mais le tout a été cédé aux Anglais par le traité dTFtreck. 

Je ne feray point icy l'énumération de tous les peuples sauvages qui sont réjiandus 
dans le continent, ny de la position des uns à l'yard des autres ny de l'étendue parti- 
culière qu'ils occupent, les cartes cy-jointes en donnent ime idée assé juste et il en sera 
fait mention dans le détail du pays que nous occupons entre eux, autant que leur position 
ou leur commerce est ou peut devenir intéressant à la colonie. 

Mais pour n'être point engagé à des répétitions trop fréquentes dans ce détail, 
j'ay cru qu'il convenait auparavant de donner ime idée générale de ces peuples, avec 
lesquels nous avons eu, et nous entretenons le commerce. 

Toutes les nations qui occupent cette estendue de pays, viennent des Sioux, des 
Algonquins, et des Hurons, que divers intérests en ont séparés et leurs différents dialectes 
doivent de ces trois langues mères. 



14 ARCHIVES DE QUÉBEC 

L'air est généralement bon et sain dans toute cette étendue de pays. L'hiver 
y est très rude et étonne facilement ceux qui n'y sont pas faits ; les premières gelées 
sérieuses arrivent ordinairement vers la fin d'octobre, elles remplissent en peu de temps 
les rivières de glaçons, bientôt après la terre est couverte de neige qui y séjourne l'espace 
de 6 à 7 mois, et s'élèvent communément à la hauteur de 6 à 7 pieds ou le vent n'a point 
de prise, le bois à la vérité, y est très commun, fournit des moyens de se précautionner 
contre le froid, qui bientôt y devient extrême, et empiète beaucoup sur le printemps, 
ce qu'il y a de plus ennuyeux, c'est que pendant ce temps glacial, la neige qui éblouit 
lorsqu'il fait soleil, nous cache toutes les beautés de la nature, et ne laisse plus de 
différence entre les rivières et les campagnes. 

Lorsque le ciel est serein, il souffle de la partie de l'Ouest.un vent qui coupe le visage, 
s'il tourne au sud ou à l'est, le temps s'adoucit un peu, mais alors il tombe une neige 
si épaisse qu'on ne voit pas à 10 pas en plein midy, un vent succède tantôt du Nord-Est, 
tantôt du Nord-Ouest, qui par son froid rend la neige en poussière, et l'enlève comme 
il fait de cette dernière sur la terre dans les sécheresses de l'été ce qui s'appelle tems de 
poudrerie, qui remplirait les maisons de neige si on n'avait la précaution d'en fermer 
les moindres ouvertures. 

Malgré ce qu'on a à souffrir de la rigueur du froid, l'on est encore réduit à souhaiter 
qu'il ne discontinue pas, parce que s'il survenait un dégèle dans les formes, les provisions 
de viandes grosses, les volailles et les poissons qu'on a empaillés et mis dans le grenier 
depuis Noël, sur la foi de la bonne gelée, se trouveraient en risque de se gâter, ou au moins, 
de n'avoir plus la même substance dans le cas indubitable où une nouvelle gelée les 
reprendrait, parce que le dégel leur aurait fait perdre tout le suc. 

L'habitant, pour ménager son fourage, tue, à la fin de décembre, toutes les bêtes 
dont il veut se défaire, et les expose à la gelée pendant une seule nuit, ce qui les rend 
dures comme pierre, ensuitte sa provision faite, il apporte dans les villes ce dont il veut 
se défaire, les bœufs par quartier, ses moutons habillés entiers ou par moitié, et sa volaille 
en plume, ce qui engage un chacun de s 'apro visionner ; le poisson ne peut être péché 
qu'à travers la glace par des trous que les habitants font de distance en distance d'environ 
12 à 15 pieds d'éloignement, faisant gagner d'un bout à l'autre le maître bout d'un filet 
qui est chargé, au bas, de roches croisées et attachées, ou de calles de plomb pour tenir 
le filet en respect contre le courant et faire prendre le poisson dans les mailles. 

Les filets ont des mailles plus ou moins grandes, et sont mis en usage selon l'expé- 
rience et le jugement des habitants, qui occupent les différents endroits, où il semble 
que la Providence ait permis la fréquentation, et le passage de certains gros poissons, 
plutôt d'un côté du fleuve que d'un autre ! Exemple, dans le chenail du sud du fleuve 
St-Laurent, au-dessus du lac St-Pierre, en allant à l'isle du Pas, il se pêche des poissons 
de toutes espèces, comme brochets, maskinongés, poissons dorés, achigants, crapcts, 
carpes, de deux espèces, éturgeons maillés et autres, mais beaucoup plus de moyens 
que de gros, et au-dessous de cette isle, en revenant vers la ville des Trois-Rivières, 



ARCHIVES DE QUÉBEC 15 

sur le lac St-Pierre, qui a plus de sept lieues de tour distant d'environ deux lieues de 
cette ville, il se pêche, en hiver, par des trous faits sur la glace, comme il est cy-devant 
dit, des poissons d'une beauté sans pareille, pour leur grosseur, comme brochets, depuis 
deux pieds jusqu'à trois ou quatre pieds de long, des maskinongés, nommés ainsy en 
sauvage, à peu près ressemblants au brochet, qui ont 4 ou 5 pieds de long, des poissons 
de toute beauté pour la grosseur et grandeur, ainsy que des achigants, poissons blancs 
et autres espèces. 

Cett? pesche sur les glaces se fait par les habitants au-devant de leurs habitations; 
plusieurs voisins pour leur grand avantage s'unissent ensemble pour barer plus d'étendue 
d'eau, et lorsqu'ils veulent tirer leurs filets, par ces trous, dont le bout du maître du filet 
est amarré ou attaché à ime perche entrée dans la glace à côté du trou, ils sont obligés 
avec la hache de refaire de nouveau ce trou, qui le plus souvent a plus de 5 à 6 pouces 
d'épaisseur de glace formée du jour au lendemain ; le poisson qu'ils en tirent meurt 
presque à l'instant, ils le laissent sur la glace où il gèle en F>eu de tems à devenir dur 
comme pierre, et lorsqu'ils en ont de quoy remplir une carriole, autrement traîneau, 
en chargent ime traîne comme de bois de corde ils apportent dans les marchés des villes, 
pour le vendre, ceux qui en font leurs provisions, se servent de la scie ou de la hache 
lorsque le poisson est trop gros et trop long pour n'en prendre qu'à leur besoin, et 
étant ainsy gelé et bien entouré de pjaille, il se conserve jusqu'au dégèle et pour en faire 
usage on jette le poisson ou le morceau dans l'eau froide pour le faire d^eler, et en 
une heure l'opération est faite, il se fait une loque de glace tout autour, laquelle étant 
ôtée le poisson se trouve comme s'il sortait de l'endroit ou il a été péché et presque 
aussi bon. 

Outre ces approvisionnements de poissons on a encore la morue verte et sèche, 
et par dessus tout, les anguilles qui sont fort abondantes dans le gouvernement de Québec, 
et que l'on a la précaution de saller dans des quarts et cuves dès l'automne. 

Les l^imies se gardent dans les caves bien fermées, elles perdent beaucoup de leur 
vertu par le long tems qu'elles y sont. 

Lorsque le mois de may est venu, l'on goûte d'autant mieux la douceur de la saison, 
qui fait pour ainsy dire renaître, qu'elle succède à ime très rigoureuse que l'on vient de 
passer ; la chaleur de l'été qui vient subitement, fait voir en moins de 4 mois les semences, 
la récolte, la sérénité de l'automne pendant lequel on jouit pour l'ordinaire d'une suitte 
de beaux jours, ce qu'on voit rarement dans la plupart des provinces de France, fait 
encore un nouvel agrément mais qui n'est point long tout cela joint à la liberté dont on 
jouit dans le pays, forme une compensation qui fait trouver aux Canadiens-Français 
et aux Français qui y vont annuellement, le séjour pour le moins, aussi agréable que 
celui du Royaume, enfin, il n'est pas de climat plus sain que celui-là, il n'y r^;ne auame 
maladie particulière au pays ; celles que j'y ay vu r^er, étaient apportées par les 
vaisseaux français ; il y a cependant, quelques femmes attaquées de gouttes, ce qui 
provient, à ce qu'on prétend, des eaux de neiges. 



16 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Les campagnes et les bois y sont remplis de simples ; les arbres y distillent des 
baimies d'une grande vertu, tels que les pins et épinettes, l'érable et la plaine qui est 

la femelle de ? les sapins forment autour du gros de l'arbre des vessies grosses 

comme des petites noix, lesquelles étant percées distillent le beaume ou gomme très 
clair dont bien des habitants se servent pour la médecine et pour les blessures de coups 
de haches quand il leur arrive de se blesser en bûchant. 

Les érables et plaines rendent dans la fin de mars, lorsque les jours sont bien beaux, 
et que le soleil répand sa force la neige étant au pied des arbres d'environ 5 à 6 pieds de 
haut, une sève qui commence à monter, et qu'on tire de l'arbre par des entailles en pentes 
faites à coups de hache, cette sève qui est une eau très claire un peu ambrée et agréable 
à boire, découle de ces arbres et par conduites d'écorce remplit les vaisseaux que les 
habitants mettent pour la recevoir, et lorsqu'ils en ont remply plusieurs cuves ou 
bariques, ils font bouillir cette eau dans de grandes chaudières qui à force de consommer 
se réduit en sirop et ce dernier étant fait ils le mettent tout chaud dans d'autres vais- 
seaux qu'ils font d'écorce ou autres qu'ils ont pour se prendre en sucre et lui donner la 
forme qu'ils veulent. D'une barique d'eau réduite ils en tirent environ 20 à 25 livres 
de sucre, dont ils font usage en un petit commerce. 

La colonie y renferme assé de noblesse et pour bien dire plus que toutes les autres 
colonies ensemble, elle descend de plusieurs officiers du régiment de Carignan-Salières 
que Louis XIV y envoya en ..... et auxquels Sa Majesté a permis de s'y établir ; beau- 
coup de ceux qui y sont restés ont pris des terres de différentes étendues, dont les conces- 
sions leur ont été accordées à titre de haute, moyenne et basse justice par Mssrs les 
gouverneurs générais et intendant, au nom du Roy et de la Compagnie de la Nouvelle- 
France, et du Domaine d'Occident, qui existait alors, ils ont établi ces terres auxquelles 
ils ont donné leurs noms, et établi des domaines avec bien de la peine car tout était 
en bois debout, mais pour faciliter ces établissements, Sa Majesté permettait de donner 
des congés aux soldats qui prendraient des concessions particulières à titre de cens et 
rentes, et leur accordait une année de solde en s'établissant indépendament d'autres 
secours d'ustensils, outils et vivres qu'on leur fotimissait des magasins du Roy, pour les 
mettre en état dans les premières années de faire des déserts et de faire de la terre à la 
pioche pour ensemencer et de ces tems on permit comme il subsiste encore à bien des 
familles de France de s'y aler établir cela a occasionné à bien des ports de la Normandie 
et autres de profiter de ces permissions et d'y former de belles terres et dans ce même 
tems aussy on fit passer des filles de joye et autres sans aveu qu'on adressait, à Québec, 
à une nommée Mme Bourdon qui les retirait et les tenait jusqu'après le départ des vais- 
seaux. (Fausseté). 

Ensuite, les soldats congédiés pour s'établir sur les terres, et ceux qui ne pouvaient 
garder la continence et qui étaient bien aises de défricher aussy, demandaient leurs 
congés, des terres et des femmes, elles leur étaient accordées à leur choix ; dans la 
première entrevue et au coup d'oeil, la bande féminine était rangée en haye, chacun 



ARCHIVES DE QUÉBEC 17 

prenait sa compagne dont il était tenu registre pour le bon ordre, ensuitte on passait 
à la célébration du sacrement ; et en faveur du mariage, outre l'année de solde accordée 
aux soldats on leur donnait encore pour dot, la somme de 50 Ibs, ce qui s'est continué 
jusqu'en 1717, que la colonie se trouvait assé bien établie, le sieur Charon, l'im des 
bienfaiteurs de l'Hôpital-Général de Montréal, étant passé en France sollicita et obtint 
du Conseil de la marine, les mil écus, à quoy avait été réduit le fond annuel pour 60 
mariages de filles, et les fit destiner pour l'entretien de plusieurs maîtres d'école qu'il 
avait entrepris d'établir tant dans son hôpital qu'aux Trois-Rivières, et dans quelques 
paroisses de ces deux gouvernements. 

Pour revenir aux Sauvages, ils s'adonnent peu, ou pour mieux dire, point du tout, 
à la culture de la terre ; ils laissent ce soin à leurs femmes qui n'y font pas grandes façons, 
elles choisissent autour de leur village, (car il n'est point touché aux terres labourées 
par les Français) les endroits qui leur paraissent les plus propres et là, elles font des 
troux larges d'environ deux pieds en carré et éloignés les uns des autres à peu près 
d'autant ; après avoir remué la terre dans chaque trou elles y plantent vm certain nombre 
de grains de bled d'Inde qu'on nomme en France, bled de Turquie, elles font autant de 
trous qu'elles croient en avoir de besoin, pour planter le bled nécessaire pour la subsis- 
tance d'une famille. 

Elles plantent aussi dans de pareils trous des citrouilles du pays bien plus petites 
que celles de France et de différentes formes qui ont la chair jaune comme les melons 
et qui sont excellentes à manger, étant cuites sous les cendres. Les Français en font 
des confitures, qui imitent la marmelade d'apricots, pour les morceaux qui ne se conser- 
vent point entiers, dont le goût approche de celui des coins. 

Après que le bled d'Inde est sorti de terre, elles plantent autour de chaque tige des 
fèves d'haricots lesquelles en croissant, montent autour de ces tiges qui leur servent 
d'eschalats. 

Ce sont là toutes les cultxires et plantations des Sauvages, c'est-à-dire des femmes 
et des filles car pour les hommes et les garçons leur principale application est à la chasse 
et à la pesche, ils font parfaitement bien les canots d'écorce, pour naviguer sur le fleuv?, 
sur les lacs et sur les rivières, les avirons dont ils se servent sont très proprement faits, 
ils font aussi des gamelles de hors, et d'autres d'écorce d'arbres qu'ils appellent des 
ouragan?, de? mortiers de bois ix)ur piller leur bled d'Inde, dont ils font une espèce de 
bomlîie qu'ils nomment de la sagamité, des arcs et des flèches armées d'une pierre ou 
d'un os taillé et ^uisé qui perce comme si c'était du feu, des pipes de pierres rouges et 
grises, ces derniers qu'ils noircissent à la fumée et qu'ils nomment des calumets, et 
quantité d'autres omiages de cette natiore, sont finis avec propreté et une patianc? 
admirable. 

Ils ne sont point dans l'usage de se servir de sel dans ce tout ce qu'ils mangent, et 
ils conservent les viandes et les poissons en les faisant boucaner c'est-à-dire fumer. 
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18 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Les Sauvages sont très adroits à toutes sortes de chasses et de pesches, ils se servent 
de fusils et de flciches quand la poudre et le plomb leur manquent ; ils font aussi des 
pièges qu'ils appellent des attrapes ; comme ils vont en chasse fort loin, ils partent, 
l'automne, et ne reviennent qu'au printemps qui ne commence en ce pays-là, qu'à la 
fin d'avril, et le plus souvent au mois de may, ayant vu plusieurs fois le pont de glace 
<îui se forme sur le fleuve au devant de Québec, malgré le flux et le reflux de la mer, 
se conserver jusqu'au 4 et 5 de may et notamment en 1743 ou 44 où il se soutint jusqu'au 
neuf, qu'il partit. 

Lorsque ces années arrivent, les habitants de la ville vont ordinairement y planter 
un may dans le large, et le traversent à pied, avec les précautions qu'ils ont de prendre 
une perche pour se conserver dans le cas où la glace, plus faible dans quelques endroits 
que dans d'autres, viendrait à m.anquer sous leurs pieds, et faire le trou, alors la perche 
étendue sur les parties qui subsistent, les empêche de caller à fond ou de passer avec le 
courant de l'eau sous la glace, et ils s'en retirent en assé mauvais état, plusieurs ont 
péri en pareils cas, mais les exemples ne retierment pas la témérité d'aucuns, qui entre- 
prerment de passer ou pour aller chez eux ou pour affaires, ou pour braver le danger, 
tel est l'esprit du Canadien. 

. Les Français qui ont obtenu les vingt-cinq congés que le Roy a rétabli par sa 
déclaration du 28 avril 1716 partent dans ce même temps pour aller dans les pays d'en 
haut traitter les pelleteries que les sauvages ont fait pendant l'hiver, et portent 
pour cette traitte les marchandises propres pour l'usage de ces nations. 

Les Sauvages qui sont domiciliés dans les pays d'en bas du fleuve, et dans les terres 
qui sont dans l'intérieur de la colonie, viennent pendant l'été et apportent leurs pelle- 
teries dans les villes où ils traittent, c'est-à-dire les troquent avec les négociants et habi- 
tants, contre les marchandises dont ils ont besoin. 

Ces pelleteries consistent en peaux de castor, de loutres, de martres, de chats sau- 
vages, de renards, de pichous, de visons ou fouines, de peccans ou carcajoux, de rats 
musqués, de loups de bois, de loups cerviers, de loups marins, d'ours, de chevreuilles, 
de cerfs, de caribouts et d'orrignaux qui sont d'espèce d'élants. 

Ils tuent aussy des porcs-épics, ils teignent le poil de ces animaux en divers couleurs, 
et s'en servent à orner plusieurs de leurs ouvrages. 

Il y a peu de bœufs sauvages dans l'étendue du Canada, on ne commence à en voir 
fréquemment qu'aux environs du pays des Illinois ; ils sont plus puissants que les plus 
gros bœufs de l'Europe, ils ont une bosse sur le dos, les jambes courtes, et le poil extrême- 
ment long, et si fin qu'on peut le nommer laine ; les Sauvages en tuent et en traittent 
les peaux avec les Français, qui s'en servent pour mettre en hiver dans leurs carrioles 
et s'envelopper les jambes et plus de la moitié du cors étant assis. 

Les habitans du Canada ont la liberté de faire le commerce du castor entre eux 
dans l'intérieur de la colonie, ils peuvent y vendre et acheter en castor ou s'obliger de 
payer en castors ; mais il n'est permis à qui que ce soit, habitant du Canada ou 
autres, de faire passer du castor, soit en France soit dans les pays étrangers. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 19 

On a reconnu depuis longtemps que la liberté du commerce du castor, tant en France 
que dans les pays étrangers, était préjudiciable à ce commerce, et pour en soutenir 
le prix et en même temps la manufacture des chapeaux en France, on a choisi des per- 
sonnes auxquelles on a accordé le privilège exclusif de ce commerce ; c'était d'abord 
la Compagnie d'Occident qui a eu ce privilège pour 25 ans, par l'article second de l'édit 
de son établissement ; aujourd'huy c'est la Compagnie des Indes. 

Cette compagnie a im bureau à Québec ; tous les habitants de la colonie et autres 
qui ont du castor sont obligés de l'y apporter ; il est pezé et pour en payer la valeur 
le directeur du Bureau fournit des récépissés, qui se prennent en payment comme 
billets payables au porteur, et dans l'automne, l'agent à qui on les reporte, délivre des 
lettres de change sur la Compagnie à Paris, payables à différents termes selon la qualité 
du castor gras ou sec. 

Il y a donc deux sortes de castor, du sec et du gras, le sec est la peau du castor telle 
qu'elle sort de dessus l'animal, le gras est plus difficile à faire, il faut que les Sauvages 
passent plusieurs peaux de castor qu'ils en fassent des couvertes qu'ils portent ces cou- 
vertes pendant deux ou trois ans du côté du poil et du côté de la peau pour en faire tomber 
le grand poil et les engraisser en y faisant pénétrer par leur sueur les huiles dont ils se 
frottent ; il n'y reste après ce temps que le poil fin ou duvet, lequel étant gras, sert à 
faire des chapeaux de pur castor parce qu'il est liant et qu'il lie le poil du castor Sec. 
Anciennement, les chapelliers mettaient un tiers de sec avec deux tiers de gras, mais 
aujourd'huy ils ont trouvé le secret d'y mettre plus de sec que de gras à l'imitation des 
Anglais à la Nouvelle- Yorck, qui ont aussi trouvé celui de lier le castor sec seulement, 
et de faire des chapeaux de 3, 4 à 5 onces. 

A l'égard de toutes les autres pelleteries chaque particulier les vend ou les envoyé 
à des commissionnaires en France f>our les vendre, le commerce en étant absolument 
libre, dans la colonie et dehors. 

On traite aussy avec les sauvages, du capilaire qui est excellent, de la racine de 
gensens et du duvet de Moyac, dont le commerce est de même libre partout. La racine 
de gensens a été découverte en Canada par le Père Lafïiteau, Jésuite, en 1716, et il 
y en a au Jardin du Roy qu'il a envoyé en motte, on prétend qu'il est de même nature 
et propriété que le gensens de Tartarie si estimé à la Chine. 

Le duvet de moyac, autrement nommé de l'ydredon ou aigledon, est ramassé 
par les Sauvages et par les Français, par ces derniers lorsqu'ils vont faire la pesche du 
loup marin dans la coste de Labrador où il y a présentement quantité de ces pesches 
sédentaires établies tant audessus qu'au dessous de la baye Phelippeaux. 

Ces oiseaux nommés moyac sont en nombre si prodigieux qu'ils couvrent, pour ainsi 
dire, la surface d'une quantité d'isles et islets non boisés, qui se trouvent du côté du 
Nord ; et vers le milieu de may, ces oiseaux ayant fait leur ponte sur leur duvet dont 
ils se sont dépouillés pour conserver leurs œufs et les faire éclore, les Français pescheurs 
et les Sauvages vont en canots svir ces isles, font levirs provisions de ces œufs, dont ils 



20 ARCHIVES DE QUÉBEC 

emplissent leurs canots, et arrachent de dedans les crans des rochers le duvet qui se 
trouve lié et meslé avec des mousses pour la solidité du nid. 

Ces œufs sont aussy gros et même plus gros que les œufs d'oye,encorre que l'oiseau 
soit deus fois plus petit. Ceux qui ont mangé de ces œufs en aumelette prétendent que 
les œufs qui ont été couvés et dont les petits sont formés, sont les meilleurs ; on en croira 
ce qu'on voudra, mais ils ont à leurs secours un grand apétit, que leur donne la dureté du 
travail de la pesche du loup marin et l'air dévorant de ce pays. 

Ce duvet est d'une extrême chaleur ; on s'en sert à faire des jupons, des giJlets, des 
mantelets, couvertures ou couvre-pieds ; si l'on tuait de ces animaux, le duvet que l'on 
en tirerait serait séparé et volatille comme celui des canards, oyes, et outardes, et ne 
serait propre qu'à mettre dans les lits de plumes, oreillers ou traversins ; mais celui 
qui est pris dans leurs nids, est liant comme de l'ouette et du cotton ; on l 'étend si 
mince et si épais que l'on veut, ces oiseaux se l'arrachent eux-mêmes pour garnir leurs 
nids, et ils le rendent tels que l'on le trouve, on a seulement la peine de le netoyer des 
morceaux des petits jongs, de la mousse venant du fond des nids où ils se rencontrent 
ordinairement. 

Le bled, froment, l'orge, l'avoine et toutes sortes de grains viennent parfaitement 
bien au Canada, de même que toutes sortes de légumes et herbes potagères. 

Les fruits français ont de la peine à y venir principalement à Québec, on ne peut 
y élever ni poiriers, ni abricotiers, ni pesches, ni vignes, on en élève à Montréal en y 
donnant beaucoup de soins, povir les sauver des rigueurs de l'hiver, les pommiers de 
toutes espèces et les pruniers viennent bien partout, et donne d'excellents fruits ; 
on y fait quantité de cidre aussi bien que celui de la basse Normandie. 

La terre y produit facilement et abondamment en fort peu de tems, et il y a lieu 
de croire que les neiges qui y tombent en abondance pendant l'hiver engraissent la terre 
et lui communique une espèce de nitre qui la rend féconde. 

On y fait comme en France tous les labours ou guérets en automne, mais on ne 
sèm.e quoy que cft soit avant le mois de may qui y amène le printems ; quand ce mois 
aproche on voit les neiges qui sont souvent de 7 à 8 pieds de hauteur diminuer à vue 
d'œil ; elles s'insinuent si doucement dans la terre qu'elles en grossissent n'y les rivières, 
n'y le fleuve, et quelques fois il est le 15 may avant que la terre soit totalement décou- 
verte, qu'ant elle l'est et quelle est un peu ressuyée chaque habitant fait ses semences 
qui consistent à répandre les grains sur la terre, et en même tems y passer la herse pour 
les recouvrir, on sème aussi sur les couches les grainnes de jardinage, de melons et de 
concombres, et lorsque ces grainnes semées sur couche sont levées et venues à un certain 
point de force, on replante tout ce qui doit être planté, le tout vient à merveille, et la 
récolte des grains se fait dans la même saison qu'en France. 

On sème peu de seigles dans ce pays, quoy qu'il vienne bien, le froment qui si trouve, 
vient originairement du Nord, c'est un bled qui a la propriété de produire et venir en 
maturité en trois mois ou environ ; il est assé beau, mais plus petit que le bled trémois 
que l'on voit en France, qui est appelé bled de Mars, en quelques provinces. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 21 

Le bled ordinaire de France n'y raporte que de l'herbe au temps de la récolte quant 
on ly sème au printems ; on en a fait l'expérience, un particulier en avait semé, crut 
que c'était du bled perdu, n'y voyant point d'aparence d'epies lors de la récolte, mais 
seulement de grandes taies d'herbe, il y fit mettre ses bestiaux pour en tirer du moins 
leur nourriture, il ne laboiira point la pièce de terre l'automne, et au printemps suivant 
il vit que ce bled était devenu beau et bien verd, il le laissa pour voir ce qu'il deviendrait, 
et il recueillit le plus beau froment qu'on peut voir, qui était mûr avant les autres bleds 
du pays. 

Si on pouvait être sûr d'avoir de la neige avant les grandes gelées, on sèmerait 
du bled de France qu'on nomme en ce pays bled d'automne, parce que les neiges les 
sauveraient des rigueurs de l'hiver, étant certain que la farine qu'il donne est plus solide 
que celle du bled Nord, mais dzms l'incertitude on n'oze pas risquer ; néanmoins quelques 
particuliers en ont semé quelque peu chaque automne, et s'en sont bien trouvés. 

Il s'y fait im grand commerce de fieur de farine et des secondes que l'on fait mettre 
en quarts pour envoyer aux isles de l'Amérique, on y envoyé aussy des poids verds de 
Canada, qui sont fort estimés même en France, on y envoyé encorre des pommes, des 
chevaux, des planches, des madriers, des bordages, des bois à bâtir, des bardeaux (1) de 
construction pour les bâtiments de mer. 

Les n^ocians de Québec envoyaient autrefois du biscuit de mer, des farines, des 
choux, des oignons, ails, eschalottes, pommes, herbes salées, et de toutes sortes de légu- 
mes, et de racines, tant à Plaisance qu'aux autres postes, que nous avions en l'isle de 
Terre-Neuve, et aux environs, ils en envoyaient aussi en la province de l'Acadie, mais 
présentement que ces lieux sont aux Anglais, ils n'en envoyent qu'en l'isle Royale et en 
l'isle St Jean. 

Il y a plusievu^ moulins à scie aussi bien construits qu'en France, les bois de toutes 
espèces y étant très abondants, des particuliers y font construire tous les ans plusievirs 
bâtiments comme navires, frégattes, batteaux, barques et autres. 

On a établi à Québec depuis plusieurs années des chantiers de construction pour le 
Roy, tant audevant du Palais, siir la rivière St-Charles, qu'audevant du lieu nommé 
Cul de Sac de la basse-ville, la plus grande partie même des emplacements et maisons 
qui estaient depuis la Batterie Royalle jusqu'en deçà du Cap aux Diamants, ont été 
achetés pour le compte du Roy, pour être applanis et former ce chantier qui a deux lits 
de pièces sur pièces bien établis pour construire des vaisseaux de 70 à 80 pièces de canon. 

Il y avait autrefois du .tems de l'intendance de Monsieur Begon, une gaudronnerie 
royalle qu'il avait établie dans la coste de ce Beaupré, au lieu nommé la Baye St-Paul, 
qui produisait beaucoup, et à l'imitation de cette entreprise, plusieurs habitants tant 
au Nord qu'au Sud du fleuve s'étaient adonnés à ce travail ; il a été depuis quelques 



(1) Cèdre pour couvrir les maisons et des bois. 



22 ARCHIVES DE QUÉBEC 

années assez négligé, il y en a cependant encore quelques-uns qui en font vers la Rivière- 
Ouelle, et le Kamouraska, qu'ils fournissent aux magasins du Roy. 

Le chanvre vient fort beau au Canada, il s'y en fait néanmoins très peu à présent, 
et depuis que M. Bégon est sorti du Canada, parce que le prix a extrêmement changé, 
les habitans aiment mieux semer du lin pour leurs usages ; mais on peut compter y 
avoir beaucoup de chanvre quant on voudra ce qui ne permet pas d'en douter est l'épreuve 
qui en a été faite pendant plusieurs années ; il y vient beau et d'une qualité plus forte 
que celui de France ; l'épreuve en a été faite à Rochefort, et il en a été dressé des procès- 
verbaux. 

Si on voulait obliger chaque habitant dont l'habitation serait de 4 arpents de front, 
sur 20 de profondeur, d'en semer seulement un arpent en quarré et en superficie, et les 
autres habitans à proportion de c? qu'ils tiennent de terre, on aurait de quoy fournir 
et établir une corderie, pour faire faire les cables et cordages nécessaires et une manu- 
facture de toilles à voiles dont on aurait de besoin pour les vaisseaux de Sa Majesté, 
qui s'y construiraient y ayant actuellement une forge aux Trois-Rivières pour le compte 
du Roy qui produit du fer qui est aussi beau que celui d'Espagne, on n'aurait rien à 
désirer pour l'accomplissement du service, et en cas de guerre on ne serait pas exposé 
à perdre les agrès qui s'envoyent de France comme cela s'est vu dans la dernière guerre. 

Les négotiants de Québec envoyent à la pesche des morues, dont ils font aussi 
un grand commerce; cette pesche se fait aux environs de l'isle de Terre-Neuve dans le 
golfe du Canada, et dans le bas du fleuve St-Laurent, comme il sera expliqué cy-après. 
Dans les mêmes lieux se font les pesches des marsouins et des loups-marins qui four- 
nissent une grande quantité d'huiles de poissons ; on y fait aussy la pesche des vaches 
marines, qui ont deux dents ou crocs à la mâchoire supérieure, gros environ comme le 
bras, et long d'un pied et quelques pouces, elles s'en aident pour grimper sur les rochers, 
on employé ces dents comme l'jrvoire, on pesche aussi dans le golfe du Canada des 
maquereaux qui sont fort bons ; on y faisait autrefois et dans le bas du fleuve la pesche 
des baleines, mais on n'y en voit presque plus ; les Basques ont pourtant recommencé 
cette pesche aux Sept-Isles avec assez de succès depuis 1730, jusqu'en 1745, que la guerre 
les a obligés de se retirer. 

On fait dans le fleuve jusqu'à 20 ou 30 lieues audessous de Québec, une pesche 
très abondante de harengs et de sardines pendant le printemps et l'automne, on y pesche 
aussi et dans les rivières qui s'y déchargent, des saumons, des alozes, des éperlans, des 
poissons dorés, des poissons blancs, des bars, des achigans, des masquinongés, des 
éturgeons et des anguilles. 

Le pays est abondant en toute espèce de gibier à poil et à plume, à l'exception du 
lapin n'y en ayant que de domestiques ; les perdrix qui sont une espèce de gelinottes 
de bois et les outardes y sont fort communs, outre les canards ordinaires. Il y en a qui 
se branchent qu'on nomme canards branchies ; ils sont excellents et d'un très beau 
plumage. On trouve dans les pays d'en haut depuis le fort Frontenac des dindes 
sauvages, des faisants et des cailles. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 23 

Au commencement du printems il vient des pays chauds une quantité inexprimable 
de pigeons ramiers que les vulgaires nomment tourtes, ils passent par bandes quel- 
quefois de plus de deux à trois mille ; leur passage dure souvent plus de trois semaines 
et est général dans toute l'étendue du pays ; la chasse y étant permise à tout le monde, 
on entend tirer pendant tout ce tems depuis le matin jusqu'au soir, tant dans les villes 
que dans les campagnes ; ces oiseaux ne sont bons alors qu'à mettre en pâte ou au 
pot ; ils vont dans la profondeur des bois pour y faire leur ponte, ils cherchent surtout 
les lieux où il y a beaucoup de hêtres, parce qu'ils trouvent au pied de ces arbres leurs 
fruits, qu'on nomme fêne, ils en vivent et en nourrissent leurs petits, et quand ils sont 
assez forts pour voler ils les enmènent dans les terres ensemencées, ils restent dans le 
pays jusqu'à l'automne, on en fait pendant ce tems ime terrible destruction, soit à coups 
de fusils, soit avec des attrapes que les habitans nomment geôles, soit avec des filets 
on en prend alors plus de jeunes que de vieux, les jeunes sont les bons rôtis, ou sur le 
gril ; cet oiseau a la figure, la chair et le goût des pigeons bizets de France, il s'aprivoise 
aisément, on en nourrit dans les greniers avec du gru ou du bled, et en quinze jours 
ils sont comme pelotons de graisse, ils changent pour ainsy dire leur nature, leur chair 
devenant blanche. 

Il y a des armées qu'il vient du nord pendant l'hiver ime quantité à peu près sem- 
blable de perdrix, elles ont en cette saison, le plxmiage blanc comme neige, le bec gros 
et noir, elles sont fort grosses et fort belles, la nature leur a donné de quoy se défendre 
du froid, elles ont des plumes le long des jambes jusqu'au bout des orteils, et le dedans 
ou dessous de leurs pattes est garni d'im poil touffu comme sont les pattes de lièvres ; 
elles ont la chair noire ; les jeimes sont bonnes rôties et les vieilles ne sont bonnes qu'en 
pâte, ou en pot. 

Les lièvres de ce pays deviennent blancs l'hiver et reprennent leur couleur ordinaire 
au printemps, comme il y a beaucoup de sapinières dans le paj^ et que les graines et les 
feuilles de sapinages sont leur principalle nourriture leur chair contracte cette odeur, 
ce qui les rend moins bons en hiver qu'en été, leur grosseur est dessous du lièvre trois 
quarts de France. 

Les autres animaux domestiques comme chevaux, bestes à cornes, bestes à laine 
et cochons y sont abondants les espèces en ont été apportées de France, ainsy que celles 
des volailles, tels que sont les canards barbotteux, oyes français, dindes, poules, pigeons, 
et lapins. 

On a peine à croire que les hivers soient plus longs et plus rudes en ce pays qu'en 
France parce qu'il se trouve à peu près à la même hauteur du soleil ; mais il y a deux 
raisons de cette différence, la première que ce pays n'étant que bois, les neiges s'y con- 
servent plus long tems et augmentent le froid en communiquant leur fraîcheur glaciale 
aux vents qui passent par dessus ; la seconde que ce pays étant plus voisin du nord, 
il est plus exp)osé au vent du Nord-Ouest, qui est d'un froid insupportable et qui règne 
continuellement pendant cette saison, ou pour mieux dire plus fréquemment que d'autres. 



24 ARCHIVES DE QUÉBEC 

car si le Nord-Ouest soufFiait toujours on ne pourrait pas paraître à la Campagne, c'est 
ce que j'ai observé dans le commencement. 

Tout n'étant que bois dans la profondeur des habitations, on ne peut juger que 
les habitans ne l'épargnent point pour leur chauffage, ils ne sçavent ce que c'^st que de 
faire n'y fagots n'y cotrets, ils laissent pourir dans la forêt tout ce qui pourrait servir 
à en faire ou ils les brûlent sur le champ, ou dans l'été lors qu'ils poussent leurs déserts 
et qu'ils essouchent, parce qu'alors les branches et tous les petits bois servent à brûler 
ces souches qu'ils déracinent pour faire leur terre. 

La chaleur en été y est aussi gi^ande que le froid est violent et rude en hiver. 

Après ces idées générales il reste à suivre la route de France en Canada, et parler 
en particulier de tout ce qui se rencontre sur cette route. 

DU GRAND BANC DE TERRE-NEUVE 

Le Grand banc de Terre-Neuve, est éloigné de la baye ou golfe de Canada d'environ 
deux cent cinquante lieues ; il faut y passer et le reconnaître tant en allant de France 
en Canada qu'en revenant de Canada en France ; on ne peut sans cela bien régler la 
route, à cause de la variation de l'aimant qui se trouve dans cet endroit. 

Ce grand banc est vme grande montagne dans la mer entièrement sous les eaux ; 
les géographes ne sont pas bien d'accord sur son étendue, tous lui donnent plus de cent 
lieues de longueur et plus de soixante de largeur dans son milieu, on le dépeint sur les 
cartes de la figure du fer d'une rondache ; les vaisseaux passent dessus, il n'y a point 
de risque en aucun endroit, le milieu qui est la plus grande largeur de ce banc est par 45 
degrés latitude nord. 

La mer est toujours fort agitée aux approches de ce banc, qu'on nomme les accords 
du grand banc ; mais quand on est dessus, on trouve une mer assé calme ; comme c'est 
en ce Heu que la pesche des morues commence, et que se trouve les plus belles on en 
profite ordinairement, et pour en pescher on cargue les voiles, et on se laisse dériver 
tout doucement ; les matelots jettent en même tems leurs lignes à la mer ; toute la 
difficulté est de prendre la première morue, dès qu'on en a pris une ses tripailles servent 
de boitte ou d'appas pour en prendre d'autres, alors les pescheurs ne font plus que jetter 
leurs lignes et la retirer, la morue étant un poisson fort glouton. 

On pesche aussy en ce même lieu des flétans qui sont des poissons plats, gris d'un 
o9té et blanc de l'autre, ils ont la figure du turbot, mais ils sont beaucoup plus long et 
plus large, il s'en trouve qui ont jusqu'à quatre pieds de long et qui sont larges à pro- 
portion ; on ne cherche pas à le pescher, c'est par hasard qu'il vient mordre aux boittes 
qu'on met pour les morues, on en fait peu de cas étant si dur que l'équipage n'en peut pas 
manger, il n'y a que les tours qui soient mangeables, après avoir été exposés trois ou 
quatre jours au soleil, ses tours se lèvent à l'endroit où se terminent les pointes de l'arreste 
du milieu, on nomme ces tours les ralingues. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 25 

On voit sur ce banc quantité de requins et de maraches qui sont les femelles de ce 
poisson ; les morues tt les tripailles des morues que les pescheurs jettent les attirent, 
ce poisson est un monstre vorace, il dévore les hommes aussi bien que les poissons ; 
il a la figure du chien de mer les dens extrêmement larges et si garnies de crocs aigus 
qu'il semble qu'il ait quatre rangs de dents. En 1719 le vaisseau du Roy, le Chameau, 
allant en Canada, im requin se prit sur le grand banc à une ligne de morue, le matelot 
connut au mouvement et au poids, qu'il tenait autre chose qu'une morue ; on l'aida 
à tirer ce poisson à fleur d'eau, et ayant été reconnu que c'était un requin, on ne voulut 
pas le tirer hors de l'eau, parce quà la moindre saccade il aurait cassé la ligne et serait 
échappé, on lui lança l'harpon et la gaflfe, et étant ainsy fortement retenu, un matelot 
descendit en bas, et lui passa un nœud coulant par dessous les ouies, et ensuitte on le 
tira à bord, oii des matelots qui étaient prests avec des haches en main, lui coupèrent 
la queue à trois pieds ou environ, de crainte qu'il ne tua quelqu'un sur le pont, il avait 
18 pieds de longueur ; on prétend qu'il y en a encore de bien plus longs, entre le grand 
banc de Terre-Neuve et le Golfe de Canada, il y a deux autres bancs d'une bien moins 
grande étendue le premier se nomme le banc aux baleines et le second le banc à vent, 
on y pesche aussy des morues, 

DE L'ISLE DE TERRE-NEUVE 

La première terre que l'on voit avant d'arriver au golfe de Canada, c'est l'isle de 
Terre-Neuve qui paraît sur la droite, cette isle a environ trois cents lieues de circuit, 
sa figure est triangulaire elle est remplie de montagnes et de bois impraticables, aucims 
sauvages n'y font leur résidence ; les Esquiniaux qui habitent les terres de Labrador 
dont on parlera c>'-après, traversent quelques fois le détroit de Belle-Isle, qui n'a que 
sept lieues de trajet, et viennent chasser et faire la pesche dans cette Isle. 

La coste méridionalle de cette isle était habitée par les Français, avant et pendant 
l'avant dernière guerre ; les Anglais habitaient la coste orientalle et l'ocddentalle était 
comme elle l'est encore déserte. 

Il y a dans cette isle des grèves très belles et très étendues, c'est ce qui faisait recher- 
cher ce terrein comme le plus commode, tant pour la pesche des morues, que pour la 
facilité d'y faire sécher le poisson, ce n'est pas que les Français n'ayent beaucoup 
d'autres lieux comme il sera dit cy après, on ils peuvent pescher de très belles morues ; 
mais ils manquent de graves pour la seicherie qui est l'essentiel ; ils sont obligés de faire 
des vigneaux, c'est-à-dire des dayes, pour étendre leurs poissons, qui ne vallent pas à 
beaucoup près les graves. 

Les établissements des Français étaient à Plaisance, à l'isle de St-Pierre, et dans 
la baye des Trépassés, dont la rade a une lieue et demie d'étendue. 

Il y a dans la baye de Plaisance, des ports où les barques venaient faire la pesche 
des morues, sçavoir le Grand et le Petit Burin, Saint-Laurent et le Chapeau Rouge. 



26 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Plaisance était le principal établissement des Français sa situation est par les 47 
dégrés et quelques minutes de latitude nord ; le fort en est placé sur le bord d'un goulet, 
de soixante pas de largeur et de six brasses de profondeur, il faut que les vaisseaux razent 
pour ainsi dire les bastions pour entrer dans le port qui est très sûr et très commode, 
mais par le traité de 1713 tous les établissements que les Français possédaient dans 
l'isle de Terre-Neuve, ont été ceddés aux Anglais, on a seulement réservé aux Français 
la faculté de faire la pesche des morues dans le golfe ou baye de Canada, et de se servir 
des graves de cette isle, qui sont du côté de ce Golfe, c'est-à-dire le long de la coste 
occidentalle, sans qu'ils puissent y faire aucun établissement. 

En continuant la route on aperçoit du même côté droit dans l'isle de Terre-Neuve 
le cap de Raye et le Cap Breton qui est dans l'isle du même nom, apellée présentement 
l'isle Royale qui est à gauche ; ces deux caps forment l'entrée du golfe qu'on nomme le 
passage du Sud. Il y a entre ces deux caps, environ dix lieues de largeur. 

DE L'ISLE DU CAP BRETON OU ISLE ROY ALLE 

Il se trouve dans cette isle des bayes qui forment des ports assés commodes, mais 
il y a peu de bonnes terres ; le piastre et le charbon de terre ou houille y sont assés 
abondants vers la coste occidentalle, le meilleur terrein de cette isle est un lieu nommé 
Ste-Anne ou le sieur Denis surnommé la Grande-barbe, gentilhomme de Touraine, 
s'était établi en conséquence de la concession qu'il en avait obtenue du Roy Louis XIII. 
Il y avait fait des cultures et des plantations. 

La coste méridionalle de cette isle est sur le bord de la mer du côté du large ; le 
surplus s'étend dans le golfe du Canada, on prétend qu'elle a environ quarante lieues 
de longueur et vingt deux lieues ou environ de largeur dcins son milieu ; sa figure est 
triangulaire, son bout du côté de la mer, est par 45 degrés et quelques minutes ; et l'autre 
bout dans le golfe, est par 47 degrés moins quelques minutes de lalitude nord. Les 
terres voisines de cette isle, vis-à-vis sa côte occidentalle sont les terres joignantes la 
province de l'Acadie, laquelle province ne consiste qu'en partie d'une presqu'isle formée 
par la mer au Sud, par la Baye Française à l'ouest et par la Baye Verte et autres terres 
à l'est. Les terres qui joignent cette presqu'isle en sont séparées par une rivière qui 
descend à la mer, et de l'isle Royalle par un trajet à la suite duquel on trouve un canal 
qui n'a que deux lieues de largeur appelé le passage de Canso. 

Depuis le traitté de paix de 1713 par lequel on a aussy ceddé aux Anglais la province 
de l'Acadie, le feu Roy Louis XIV ordonna d'établir l'isle du Cap Breton, qu'il nomma 
l'isle Royalle ; on y a fait plusieurs établissements pour la pesche des m^orues ; les Fran- 
çais qui étaient à Plaisance et dans les autres postes qu'ils occupaient dans l'isle de 
Terre-Neuve,y passèrent dans ce tems : les principaux postes qu'on a établi dans l'isle 
Royalle se nomment Louisbourg qui est le plus considérable, le Port-Dauphin, et le 
port de Toulouze : on y a envoyé des Ingénieurs et des ouvriers pour fortifier. On a 



ARCHIVES DE QUÉBEC 27 

établi en 1718, un Conseil Supérieur et un siège d'Amirauté à Louisbourg et des juges 
ordinaires aux ports Dauphin ^t de Toulouze, il y a un gouverneur particulier, un état- 
major, un commissaire ordonnateur qui fait fonction d'intendant, un controlleur de la 
Marine et plusieurs compagnies du détachement de la marine que le Roy y entretient 
qui sont de 50 hommes chacune. Le gouverneur de cette isie est subordonné au gou- 
verneur général du Canada, et par la spirituel elle dépend aussi de l'évêché de Québec. 

Les missionnaires qui y sont établis sont Récollets, il y en a de la province de Bre- 
tagne et de celle de St-Denis en France ; il y a aussy des religieux de la Charité qui y 
ont été établis par lettres patentes du mois d'avril 1716. 

Depuis l'établissement de cette isIe les Sauvages de la province de l'Acadie amis 
et alliés des français y vont traiter leurs pelleteries. Il y a un fond pour leur faire des 
présens. 

Le 15 février 1719, le Roy a concédé en franc-alleu noble au feu sr. Le Poupet de 
la Boularderie, enseigne de ses vaisseaux, et cy-devant capitaine d'ime compagnie à 
l'Acadie, une isle de sept lieues d'étendue, ou environ scituéeà l'entrée de la Baye Royalle, 
qui se nommait autrefois la baj^e de Labrador, et les terres qui se trouvent vis-à-vis 
de cette isle en l'isle Royalle, du côté du Sud, sont les isles et islets adjacents, toutes 
lesquelles isles et terres se nommeraient de son nom de La Boularderie. Cette concession 
a été faite à condition qu'il établirait les dit tes isles et terres, qu'il y ferait passer en la 
ditte année 1719 cent hoinmes et 50 l'année suivante, poxirquoy Sa Majesté lui a prêté 
pour deux ans le vaisseau Le Paon avec tous ses agrès, et apparaux suivant l'inventaire, 
pour le rendre au port de Rochefort au bout de ces deux années. 

DE L'ACCADIE 

L'Accadie est une province en terre ferme qui n'est séparée de l'isle Royalle que 
par quelques terres qui joignent le passage de Canceau ; elle fait partie d'une presqu'isle 
formée comme il est dit cy devant, par la mer, la Baye Française, la Baye Verte et par 
une rivière qui descend de la mer au Sud de la Baye Verte, le principal établissement 
que les Français avaient dans la presqu'isle, se nomme Port-Royal, qui est par les 44 
degrés et 40 minutes, de latitude nord. Le fort est scitué sur le bord d'un bassin qui 
a deux lieues de long et une de large et outre ce fort les Français y avaient quantité 
d'habitations et établissements particuliers ; on va de Québec en cette province par une 
belle rivière apellée la rivière de St-Jean qui traverse le pays des Abénakis, nation 
sauvage alliés des Français qui s'étend depuis le nord des Bayes Verte et Française, 
le long de la mer, jusqu'aux frontières de la Nouvelle- Angleterre. 

Dans le pays des Abénakis sont de belles bayes et quantité de rivières saines, pour les 
plus grands vaisseaux, et très abondantes en morues et saumons. Le pays est fertile 
en beaux bois propre pour la construction des bâtiments, et on en pourrait tirer des 
matures plus belles que celles de Norvège. 



28 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Ce pays est nommé pays des Abénakis, parce qu'ils sont les plus nombreux, il est 
néanmoins habité par d'autres Sauvages, qui sont les MikMaks, et les Canibas, lesquels 
ainsi que les Abénakis sont sous la protection de la France. 

Il y a encore des Sauvages errants qui vont de l'Acadie à la Nouvelle- Angleterre, 
ils se nomment les Mahingans, les Sokokis et les Openangos. 

Les Anglais prirent Port-Royal, sur les Français,en 1709. et par le traité de paix 
de 1713, il leur est resté ainsi que l'ancienne Acadie. 

DU GOLFE DE CANADA, DU FORT ET TERRES DE LABRADOR 

Lorsque l'on entre dans le golfe de Canada, par le grand passage du Sud, qui a 
le cap de Raye scitué en l'isle de Terre-Neuve, à droite, et le Cap de nord, scitué en l'Isle 
Royalle, à gauche, après la même Isie Royalle du même côté, à gauche, on trouve les 
isles de la Magdeleine, Brion, aux Oiseaux, Ramées, de Bonaventure, et Percée, il y 
a de ce même côté la baye des Chaleurs, qui est fort étendue et très abondante, en morues 
et saumons, on pesche aussi de très belles morues tant aux environs de toutes ces isles 
que sur le banc aux Orphelins qui les joint. 

Sur la droite au bout de l'isle de Terre Neuve, qui règne tout le long du golfe, et 
dont l'étendue est de plus de 80 lieues on trouve par les 52 degrés latitude nord, le détroit 
de Belle-Isle apellé communément le passage du Nord ; ce détroit est formé par l'extré- 
mité des terres du continent de l'Amérique, et par le bout du côté septentrional de l'isle 
de Terre Neuve. Les terres qui sont vis-à-vis cette coste, se nomment les terres de 
Labrador, elles s'étendent jusqu'à la baye d'Hudson, dont l'entrée est par les 62 degrés 
et quelques minutes de latitude nord. 

Dans ce détroit, à la distance d'environ 40 lieues du golfe, sur les costes des terres 
de Labrador, près d'une grande baye apellée la baye de Philippaux est scituée le fort 
Pontchartrain de Labrador, qui a été établi par le sieur de Courtemanche, qui y com- 
mandait ; ce fort est par 52 degrés et quelques minutes de latitude nord ; c'est aujour- 
d'huy le sieur Martel de Berouague qui le possède. Il se fait dans toute cette coste, 
et principalement dans cet endroit, une grande pesche de morues mais elles sont ordi- 
nairement plus petites que celles qu'on pesche audessus de l'isle de Terre-Neuve, et 
dans le golfe du Canada ; le sieur de Courtemanche y a fait faire la pesche aux loups 
marins qui y sont fort abondants, de même que dans le golfe de Canada, et dans le 
fleuve St-Laurent, cette pesche se continue et se fait au printems, et produit ordinaire- 
ment 4 à 500 barriques d'huile, au dit sieur de Berouague. 

Les Sauvages qui habitent les terres de Labrador se nomment les E^uimaux, ils 
sont différents de tous les autres Sauvages de la Nouvelle-France, ils ont de la barbe 
et du poil sur le corps comme les Européens, au lieu que tous les autres Sauvages n'ont 
absolument d'autre poil que les cheveux, les sourcils et les paupières. 

On prétend que cette nation vient d'Européens, qui ont été jettes à cette côte par 
un naufrage, et que n'ayant pas de vivres, et ne sachant où en prendre, les plus forts 



ARCHIVES DE QUÉBEC 29 

tuèrent les plus faibles et les mangèrent ; que c'est ainsy qu'ils s> sont accoutumés 
à manger de la chair humaine ; mais ce fait ne paraît pas bien établi, il est néanmoins 
certain, qu'ils sont les seuh sauvages, dans le nord du Canada, qui sont taxés de manger 
les hommes, il en est cependant d'autres dans le pays d'en haut, qui en mangent, mais 
cela devient très rare. 

Les pelleteries que font ces Sauvages sont des plus belles, ils ont entre autres des 
Renards noirs d'autres blancs, et d'autres argentés, qui sont fort rares ailleurs. 

Après risle Percée on trouve encorre dans le golfe les Isles de Mingan, celles d'Anti- 
costi et quelques autres du côté du Nord, qui sont peu considérables. 

L'isle d'Anticosti est remarquable, tant par son étendue, qui est d'environ 40 lieues, 
sur 10 ou environ de largeur, que parce qu'elle se trouve devant l'embouchure du fleuve 
St-Laurent ; la pointe d'en bas de cette isie regarde l'isle de Terre-Neuve, elle est 
par 49 degrés, et celle d'en haut qui regarde le fleuve est par 51 degrés moins quelques 
minutes de latitude nord, il n'y a aucun mouillage autour de cette isle et il est très dange- 
reux de l'aprocher avec de gros bâtiments à cause des battures, surtout lorsque les vents 
Sud, Sud-E^t, et Sud-Ouest régnent ou se succèdent, c'est ce dernier vent qui en 1736 
fit périr le navire la Renommée, apartenant à Mrs Pascaud, armateurs à la Rochelle, 
à son retour en France, et en 1747, le navire l'Alexandre, de Bordeaux, venant en Canada, 
qtii fut pris de brume, entraîné par les courants et ensuitte forcé par le vent du Sudest, 
qui le jetta sur la batture de cette isle ; j'ay envoyé au sauvement des effets de ces deux 
naufrages dont le premier a été des plus terribles, par la fin tragique de 48 hommes tant 
passagers que matelots qui s'étaient sauvés, et que la misère a fait f>érir dans leur hiver- 
nement dans l'isle. 

Le Père Crépel, récolet, actuellement commissaire de son Ordre à Québec, qui était 
de ce naufirage et qui a eu le bonheur d'estre conservé, lui sixième en a fait ime description 
par lettres qu'il m'a remises dont la lecture est très curieuse et très touchante ; ce sont 
les 3me, 4me, 5me, 6me, 7me, 8me lettres de sa relation. 

Les Sauvages qui habitent les terres qui sont au Nord vis-à-vis les isles de Mingan, 
et celle d'Anticosti, sont les Papinachois. 

FLEUVE ST-LAURENT 

De l'embouchure du fleuve St-Laurent jusqu'à Québec, on compte cent vingt 
lieues ; pour entrer dans ce fleuve, an porte entre la pointe d'en haut de l'isle d'Anti- 
costie, qu'on laisse à droite, et le cap de Gaspey, qui est à gauche, du côté du Sud dans 
le continent ; de cette pointe d'Anticostie à ce cap il y a environ 25 lieues et de cette 
même pointe aux terres qui sont au Nord, il y a environ douze lieues, en sorte que dans 
cet endroit, le fleuve a 37 lieues ou environ de largeur ; il conserve sa grande largeur, 
l'espace d'environ 30 lieues, et ensuite à mesure qu'on le monte, on le trouve de plus 
étroit en plus étroit. 



30 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Les rivières qui se trouvent du côté du Sud, en montant le fleuve, sont les rivières 
de Gaspé, et la petite rivière où il y a pesche de morues, saumons, loups marins, et mar- 
souins avec habitations françaises, les rivières du Grand Etang, de la Magdeleine et 
de la Grande Vallée où il y a aussi pesche mais point d'habitations françaises ,les rivières 
de Mont Louis, de Ste-Anne du Cap Chat et de Matane dans toutes lesquelles il y a 
pesche et habitations françaises, lesquelles habitations continuent jusqu'à Québec, 
dans les lieux cy après nommés sçavoir, les Rivières du petit Métis, du grand Métis, 
de Rimouski, des Trois-Pistolles, de l'Isle- Verte, du Loup, des Caps de Kamouraska, 
Quelle, de St-Jean ferrée, des Trois-Saumons, et du Sud, cette dernière rivière n'est 
éloignée de Québec que de dix lieues. 

Du même côté du Sud on trouve en montant le fleuve, depuis Gaspey jusqu'à la 
traverse, plusieurs isles, on expliquera cy après ce que c'est que cette traverse, ces isles 
sont celles de St-Bamabé, vis-à-vis Rimouski, où il y a un bon mouillage, les isles aux 
Pommes, aux Coqs, aux Basques, Verte, aux Grues, Madame et autres petites isles, 

Les Sauvages qui habitent la coste du Sud, depuis Gaspey, sont les Gaspéciens 
du Restigouches ; on y voit aussi des Mikmaks, ou malécites, mais ils sont errants 
et n'ont point de villages formés. 

Du côté du nord, on trouve, en montant le fleuve les Sept-Isles qui sont sept petites 
isles éloignées les unes des autres, et une rivière du même nom, ensuite l'Isle Rouge, 
risle aux Œufs, près de laquelle la flotte Anglaise, qui allait pour faire la conqueste 
du Canada en 1711, fit naufrage, la rivière du Saguenay, très belle et qui peut porter 
les plus gros vaisseaux, elle vient du Nord, et son embouchure dans le fleuve est à 
Tadoussac, où était en 1615 le principal village des Sauvages nommés Montagnais 
qui habitent tout le pays qui se trouve depuis l'embouchure du fleuve jusques là, les 
Français qui allèrent en Canada en la même année 1615, pour s'y établir, mirent pied 
à terre à Tadoussac et y firent célébrer le St Sacrifice de la messe, dont il ne parait pas 
qu'on eut oUi parler auparavant en ce pays. 

Morery a mis Tadoussac dans son Dictionnaire historique pour la ville capitalle 
du Canada ; il y a aparence qu'il a suivi des mémoires où ce lieu était marqué comme le 
principal établissement des Sauvages ; après le Saguenay on trouve la rivière de la 
Malbaye où commencent les habitations françaises du côté du Nord, et au-dessus 
de la rivière de la Baye St-Paul, on trouve aussi l'isle aux Lièvres, les isles de Kamou- 
raska, l'isle aux Coudres et l'isle aux Oyes et enfin l'isle et comté St-Laurent, qui était 
anciennement appelée l'isle d'Orléans et qui l'est encore par la plus grande partie des 
habitants de cette isle et du voisinage. 

Cette dernière isle a sept lieues de longueur et plus de trois de largeur en certains 
endroits, elle n'est que deux lieues au-dessous de Québec, c'est une des plus belles sei- 
gneuries du pays, et où il y a plusieurs paroisses. Louis XIV l'a érigé en comté en faveur 
du sieur Berthelot de Pleneuf ; elle partage le fleuve, mais le chenail qui passe au nord 
des terres n'est navigable que pour les petits bâtiments, celui qui passe au Sud l'est pour 



ARCHIVES DE QUÉBEC 31 

les plus forts vaisseaux, et c'est povir venir dans œ chenail qu'il faut faire fa traverse 
qui va être expliquée ; il sert à former au dessus de cette isle des bancs de sables qui 
barrent le chenail du Sud, les vaisseaux qui fréquentent ordinairement fa coste du Nord 
en allant en Canada (parce que les terres qui sont fort élevées, les mettent à couvert 
des vents du Nord-Ouest qui sont fort à craindre) sont obligés de prendre le tems que 
fa marée commence à monter pour passer entre les bancs de sable et gagner fa coste 
du Sud, où étant, ils suivent le chenail jusqu'au dessus de cette isle, et de là se rendent 
à Québec. 

En revenant en France les vaisseaux font la même Traverse, au dessus de cette isle 
avec cette différence qu'alors ils passent de fa coste du sud à celle du Nord. 

A fa pointe de cette isle, du côté d'en haut, on voit au Nord, ime chute d'eau, 
qu'on appelle le Sault de Montmorency, c'est une rivière qui se précipite de plus de cent 
vingt pieds de haut dans le fleuve St-Laurent, on en entend le bruit à deiK lieues sous 
le vent, il y a en cet endroit sur le bord du fleuve un rocher qui semble avoir été taillé 
exprès pour former le lit de cette rivière et retenir dans fa largeur de deux arpents ou 
environ toute son eau pour fa faire tomber dans le fleuve, on voit de chaque costé de 
fa chute, des aisles du même rocher, qui avancent, et le milieu paraît pardessus fa nape 
d'eau, droit et uni comme une muraille, on verra cy-après qu'il y a d'autres chutes 
d'eau ou cascades en ce pays, qvù sont encore bien plus surprenantes. 

Du bout d'en haut de cette isle jusqu'à Québec, on voit un bassin de deux lieues 
d'étendue et de beaucoup plus de largeur, ce bassin est entre cette isle et Québec, on 
trouve dans ce bassin du côté du Nord, fa baye de fa rivière St-Charles dont les eaux 
battent à marée haute, les murailles de la basse ville de Québec aussi scituée du côté 
du nord dans un angle droit formé par cette baye du côté oriental, et par le fleuve St- 
Laurent du côté môidional ; et comme ce fleuve n'a qu'environ demie lieue de largeur 
devant fa ville audessus du bassin, cet angle droit parait avancer dans l'eau d'une 
longueur extraordinaire ; on prétend que les Français qui allèrent pour s'établir en 
Canada en 1615, étaient normands, et qu'à l'aspect de cet angle droit, extrêmement 
long, plusieurs s'écrièrent : ha ! Québec ! voulant dire quel bec, ou quelle pointe de 
terre, qu'étant parvenus à ce lieu, ils le choisirent pour s'y établir et continuèrent à le 
nommer Québec. 

Depuis Tadoussac jusqu'à Québec, il n'y a plus présentement du côté du nord, 
d'autres Sauvages que des Hurons, qui ont leur vilfage au lieu nommé Laurette, sdtué 
à trois lieues de Québec, oii ils ont pour missionnaire im Jésuite. 

QUÉBEC 

Cette ville est scituée, comme on l'a déjà dit, du côté du nord, elles est par 47 
degrés 12 minutes de fatitude, son circuit est d'environ deux lieues, il y a haute et basse 
ville. 



32 ARCHIVES DE QUÉBEC 

La basse ville est bâtie sur le bord de l'eau, elle est divisée en deux parties, la plus 
considérable est sur la pointe de l'angle droit, elle commence à cinq ou six cents pas 
par en dedans de la baye de la rivière St -Charles et s'étend le long du fleuve St-Laurent, 
en le montant jusqu'au dessous du Cap aux Diamants, ce qui peut faire 1000 à 1200 
pas de longueur. 

La coste qui reigne le long du fleuve et qui borne la largeur de la basse ville en cet 
endroit est fort escarpée, l'autre partie de la basse ville est au fond de la baye de la 
rivière St-Charles ; la coste qui règne le long de cette baye est aussi fort escarpée 
la grève qui se trouve dans cette baye entre ces deux parties de la basse ville est si plate 
qu'elle est toujours couverte d'eau quand la mer est montée ; il y a environ demie- 
quart de lieu de distance entre ces deux partie'^, des particuliers ont bâty le long de cet 
espace au bas de la coste nommée la coste du Séminaire, mais la plus grande partie ne 
peut sortir qu'en cannots du côté de la grève quand la marée est haute ; quelques-tms 
cependant se sont pratiqués des passages par derrière leurs maisons pour entrer et sortir 
par le haut de la coste. 

On fourrait joindre ces deux parties de la basse ville, en construisant sur la grève 
à une distance convenable de la coste, une forte muraille depuis l'une des parties jusqu'à 
l'autre et faisant ensuite amener des terres et matériaux pour élever le terrein à la hauteur 
des murailles, on éloignerait par ce moyen la marée et on pourrait non seulement y 
faire un quai mais aussi y bâtir en sûreté, comme plusieurs particuliers ont déjà fait 
le long de l'entrée de cette baye, et le long du fleuve ; la dépense ne pourrait qu'estre 
grande, mais on serait récompensé par l'utilité et les emplacements que l'on concéderait 
pour bâtir, l'utilité si trouverait parce que l'on pourrait établir des batteries, le long 
de ce quai qui en cas de guerre deffenderaient tout le bassin jusqu'à la pointe de Lévy 
et empescheraient les vaisseaux ennemis de passer et de faire aucune descente. 

On doit à la sagesse du gouvernement qui a régné en Canada tant que feu Mr. le 
marquis de Beauhamois en a été gouverneur général et Mr. Hocquart, intendant, 
et à l'envie qu'ils ont eu de procurer du bien à la colonie et de la rendre utile à Sa Majesté, 
l'établissement qu'ils ont fait faire par ordre de la Cour, d'un quai de construction sur 
la grève joignant le Palais qui est gardé par une digue qu'ils avaient précédemment 
fait faire à hauteur de la plus haute mer, pour servir de retraite aux bâtiments et les 
mettre à l'abri du nord est, c'est sur ce quay que Mr. Hocquart a fait construire les 
vaisseaux du Roy, nommés le Canada, le Carriboux, le Castor, le Martre, le St-Laurent. 

Toute la partie de la basse ville qui est dans l'angle est entourée d'une bonne batterie 
construite en pierres, nommée la batterie royalle, elle bat à fleur d'eau quand la mer 
est haute. 

La guerre n'étant déclarée en Canada qu'en 1744 ces messieurs pour se précau- 
tionner contre les entreprises qu'auraient pu faire les ennemis ont aussi fait faire en 
1745 et 1746 un quai de pièces sur pièces pour former des batteries le long de la basse 
ville à venir gagner le port qui joint l'angle dont il est parlé cy-dessus, et au dessus de 



ARCHIVES DE QUÉBEC 33 

cet angle ils ont aussy fait faire un nouveau quai de construction, ou il a été établi 
deux lits très solides pour construire des vaisseaux de 60 à 80 pièces de canon. 

Sur la face de cet angle qui borde le fieuve il y a le port dont il est parlé cy devant 
où abordent les chaloupes des vaisseaux, les barques, les allèges et autres petits bâti- 
ments; les canots des habitants qui viennent aporter les denrées au marché et les cageux 
de bois qu'ils amènent pour l'approvisionnement de la ville (1) où se tient le marché. 

A deux cents pas ou environ au-dessus de ce port, il s'en trouve im autre qui est 
manière de exil de sac ou ance, qui est entre la Batterie Royale et le nouveau quai de 
construction ; les grandes barques et les vaisseaux de moyenne grosseur y abordent, 
les bâtiments y sont à couvert des vents de nord-ouest et du sud-ouest qui sont les plus 
à craindre sur ce fleuve, les n^ociants de Québec y font mettre leurs bâtiments pour 
passer l'hiver, et lorsque ce cul de sac est rempli les autres bâtiments vont entre la digue 
et le quay de construction du palais. 

Les Français qui allaient en Canada en 1615 se placèrent comme on l'a dit dans 
l'angle où est présentement Québec, ils s'y fortifièrent le mieux qu'ils purent pour se 
garantir des insultes des Sauvages dont ils étaient alors environnés, et qui leur faisaient 
ime continuelle guerre pour les empêcher de s'y établir, ils parvinrent par leur persévé- 
rance à se faire amis de quelques unes des nations ; ils travaillèrent à la culture des 
terres, ils en reconnurent la bonté, mais leur établissement faisait peu de progrès parce 
qu'ils étaient en trop petit nombre. 

Le cardinal de Richelieu, lors ministre d'Etat et surintendant de la Navigation, 
ayant pris connaissance de l'état de cette colonie, jugea que l'établissement de ce pays 
était avantageux et nécessaire, et que pour y parvenir il n'y avait pas de plus sur moyen 
que de former une compagnie qui fut chargée d'y faire passer chaque année tm certain 
nombre de personnes. 

Cette compagnie fut établie par édit du mois de may 1628 par lequel le Roy Louis 
XIII concéda à cette compagnie tout le pays de Canada en toute propriété, seigneurie 
et justice et spécialement l'habitation de Québec. 

En 1663, le 24 février, cette compagnie fit au feu Roy une démission de la con- 
cession qui lui avait été faitte de tout ce pays qui fut acceptée par Sa Majesté au mois 
de mars suivant. 

Par l'Edit du mois de may 1664, le feu Roy établit la Compagnie des Indes Occi- 
dentales, à laquelle il concéda entr 'autres choses tout le Canada ou Nouvelle-France, 
en toute propriété, seigneurie et justice. 

Cette compagnie laissa avix habitants la liberté du commerce et de la traitte avec 
les Sauvages et pour l'indemniser de toutes les charges qu'elle était obligée de suporter 
elle se contenta d'un milier de castor que la colonie s'engagea de lui payer annuellement. 

Depuis elle représenta que cette redevance n'était pas proportionné aux charges, 
et demanda qu'au lieu d'im milier de castors il lui fut payé à l'avenir le quart des castors, 

(1) Ce port est voisin de la place. 

5300—3 



34 ARCHIVES DE QUÉBEC 

le dixième des orignaux et qu'elle put faire toute la traitte à Tadoussac ; ces trois chefs 
lui furent accordés par arrêt du Conseil d'Etat du 8 avril 1666. 

Au bout de dix ans, cette compagnie se trouva hors d'état de satisfaire à ses engage- 
ments, le feu Roy voulut bien y entrer, il la révoqua par édit du mois de décembre 1674 
et réunit à son domaine tout ce pays et toutes les isles de l'Amérique, c'est ce qui compose 
présentement le domaine d'Occident. 

Le produit de ce domaine consistait dans le Canada, en tous les droits domaniaux, 
fixes et casuels, la traitte de Tadoussac, le quart des castors, et le dixième des orignaux, 
le fermier jouissait aussy du droit de dix pour cent sur les vins, eau-de-vie et liqueurs 
qui entraient dans le pays et de celui de cinq sols pour chaque livre de tabac qu'on y 
aportait quoi que ces droits ne fussent pas domaniaux et qu'ils n'ayent été établis que 
pour acquitter ce qui était dû à la colonie par la Compagnie. 

Depuis 1706 le Roy y joignit encore la traitte au fort de Frontenac, cette traitte 
qui apartenait à la colonie était exploitée par une compagnie qui s'était formée dans la 
même colonie et avait pris la sous-ferme du domaine d'Occident en ce pays. Cette 
compagnie se trouvant hors d'état de faire valloir cette traitte en fit abandon au profit 
de Sa Majesté entre les mains de M. Raudo, lors intendant, qui fit tirer des magazins 
du Roy les marchandises nécessaires pour cette traitte, et les envoya dans le poste. 
Depuis, cette traitte a été continuée de la même manière, les pelleteries qui en prove- 
naient étaient vendues tous les automnes à Québec, au profit de Sa Majesté, elles pro- 
duisaient tous les ans dix-sept à dix-huit mille livres, sur quoi il y avait le prix des mar- 
diandises, et les frais d'exploitation à déduire, mais tout cela a changé et aujourd'huy 
ce poste ainsy que les autres des pays d'en haut sont affermés à divers particuliers pour 
le compte du Roy. 

Depuis la même année 1706 le Roy a bien voulu ne point jouir du quart des castors 
qui produisait au moins 60000 livres par an, c'est ce qui a fait que les charges du pays 
qui se prenaient sur le Domaine, étaient beaucoup plus fortes que le produit. 

Il y a en garnison dans Québec, une partie des vingt compagnies du détachement 
de la marine que le roy entretient dans ce pays. 

Outre ces troupes les habitans. tant des villes que des costes, sont tous miliciens ; 
ces milices ont été établies par ordre du Roy à M. de Courcelles, en datte du 3 avril 
1669. On nomme coste en ce pays ce qu'on apelle Campagne en France. Les costes 
sont divisées en Paroisses, le nom de la coste dénote la paroisse, dans chaque coste il 
y a capitaine, lieutenant, enseigne et tous les bas officiers de chaque compagnie de milice. 
C'est la même chose dans les villes, le colonel de la milice demeure à Québec. 

Le gouverneur-général de toute la Nouvelle-France a la qualité de lieutenant- 
général et en même tems celle de gouverneur particulier de Québec. C'est Monsieur 
le marquis Duquesne qui occupe actuellement cette place. 

Il est très important au bien du service du Roy que cette place soit occupée par des 
personnes qui connaissent à fond les différentes nations sauvages, et qui sachent par 
expérience la manière de les conserver unies avec les français. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 35 

Il y a aussy à Qu^iec un lieutenant de Roy, un major de la place, un capitaine 
d'artillerie qui conunande un détachement de canoniers, et un maître canonier entre- 
tenu. 

La place de commandant des troupes qui étaient autrefois en Canada ne subsiste 
plus depuis la mort de M. le marquis Dollogny qui a péri en passant en France en 1714, 
dans le vaisseau le St- Jérôme, Sa Majesté n'ayant pas jugé à propos de remplir cette 
place. 

Les maisons de la haute et de la basse ville sont bien construites, elles sont presque 
toutes de pierre avec chaux et sable, il y en a qui ne sont que de colombages, mais peu, 
et elles sont anciennes, étant deflfendu à présent de construire autrement qu'en pierre 
à cause des incendies, il en est de même dans les autres villes et dans la plupart des 
costes. Ces maisons sont couvertes pour la plus grande partie de bardeaux de cèdres, 
et de planches chevauchées ou en couteau, surtout dans les villes. On a aussi fait des 
defifenses de couvrir en bardeaux à cause du feu dont le bardeau est fort susceptible 
dans l'été, les moindres étincelles qui sortent des cheminées, rabattues par le vent 
étant capable d'y mettre le feu, comme il arriva en 1726, sur le toit de la Maison Blanche, 
qu'occupait M. B^on, intendant, après l'incendie du Palais arrivée en 1725. 

Dans la partie de la basse- ville qui est sur l'angle vis-à-vis le fleuve, il y a ime rue 
pour monter à la haute viUe, il y en a une autre dans la partie qui est au fond de la baye 
de la rivière St-Charles, elles sont l'ime et l'autre commodes pour les carosses, charettes, 
et autres voitures, il y a encore deus chemins pour descendre sur la grève, le long de la 
baye St-Charles l'un pour les voitures, et l'autre pour les gens de pied. 

La haute ville est présentement fortifiée en bonnes pierres de taille, revêtues de 
terrasses avec de bonnes batteries. 

Le Sr. Chaussegros de Léry, ingénieur, a été envoyé en Canada, en 1716, c'est lui 
qui a fait faire les nouvelles fortifications de Québec, sous les ordres de Monsieur le 
marquis de Beauhamois et Hocquart, il avait précédemment fortifEé la ville de Montréal, 
et dans les pays d'en haut, le fort de Niagara et celui de St-Frédéric qu'il a construit. 

Il y a à la haute ville, sur le bord de la coste vis-à-vis le fleuve, vm fort qui commande 
sur toute la partie de la basse-ville qui est audessous et sur toute la rade jusqu'à l'isle 
St-Laurent vulgairement nommée l'isle d'Orléans; dans ce fort est construit un château 
apellé le Château St-Louis, ce château a deux pavillons sur les aisles ; c'est la demeure 
du gouverneur général. Tous ceux à qui le roy a concédé des terres en fiefs, qu'on 
appelle terres et seigneuries dans ce pays sont tenus, par leurs titres de concession, de 
prester la foy et l'hommage, à ce château, mais c'est l'intendant et non le gouverneur 
géno^ qui la reçoit. 

Audessus de ce fort en remontant le fleuve il y a une redoute sur le haut du Cap 
aux Diamants qui est plus élevé que le fort. 

Le Conseil Supérieur de la Nouvelle-France tient sa séance à Québec, il a été créé 
par édit du mois d'aoust 1663, sous le titre de Conseil Souverain. Il fut composé 



36 ARCHIVES DE QUÉBEC 

par cet édit du gouverneur général qui aurait la première place, de l'évêque qui aurait 
la seconde, du premier ecclésiastique en l'absence de l'évêque, de cinq conse 11ers, du 
procureur général, et d'un greffier ou secrétaire, tous ces officiers devaient prester le 
serment entre les mains du gouverneur et de l'évêque qui les pourraient changer ou 
continuer au bout d'un an. 

Ce pouvoir causa plusieurs différends entre le gouverneur et l'évêque, l'un voulant 
changer des officiers que l'autre voulait maintenir ; pour le terminer, le Roy donna 
une déclaration le 5 juin 1675, qui rend fixes les places des officiers du Conseil, règle le 
nombre des conseillers à sept, érige ces sept places, celles du procureur général et du 
greffier ou secrétaire, en autant ds charges, ordonne que le grand vicaire de l'évêque, 
n'aura séance en ce conseil, que lorsque l'évêque sera absent du pays, et que l'intendant 
qui n'aura que la troisième place, recueillera les voix, prononcera les arrêts, et fera 
toutes les fonctions de premier président. 

Jusqu'au jour de l'enregistrement de cette déclaration, le gouverneur général qui 
a la première place avait toujours fait les fonctions qui y sont attribuée à l'intendant. 

En conséqyence de cette déclaration, il fut expédié des provisions à chaqu2 con- 
seiller et officier du Conseil. Le conseiller qui eut le premier des provisions du Roy 
prétendit, lors de sa réception, qu'il devait avoir la préséance sur les autres conseillers 
qui n'avaient pas encore de provisions ; le Conseil Souverain ne lui accorda néanmoins 
que la dernière place, mais par la suite il eut la première parce que les autres furent obligés 
de se faire aussi recevoir, sur les provisions qu'ils eurent, et ne purent avoir séance que 
suivant l'ordre de leur réception. Depuis, la place de conseiller a été considérée comme 
une dignité, on a inséré dans les provisions de cette charge, ces mots : la cfmrge de noire 
premier conseiller, et celui qui en est présentement pourvu, a la préséance sur le doyen 
ou plus ancien des conseillers, ce qui s'est aussi introduit dans les autres colonies. 

Le Conseil Souverain établi à Québec tenait sa séance dans le Château St-Louis, 
mais le Roy ayant fait construire un Palais, tant pour loger le Conseil et la jurisdiction 
ordinaire que l'intendant, la séance du Conseil fut transférée dans ce Palais par un 
arrêt du Conseil d'Etat du 10 may 1685. 

Ce Palais était scitué dans la partie de la basse ville qui est au fond de la baye de 
la rivière St-Charles, il fut réduit en cendres la nuit de la veille des Rois de l'année 
1713. M. Bégon, intendant, qui n'était arrivé dans le pays que le 6 octobre précédent 
y a fait une perte des plus considérables, tous ses meubles et provisions y furent con- 
sumés sans qu'il ait été possible d'en rien sauver, à peine lui, son épouse et quelques 
domestiques eurent-ils le tems de s'échaper, deux filles de chambre périrent dans les 
flammes et le sieur Seurai, son secrétaire, mourut au bout de 8 jours, pour s'estre gelé 
les pieds en se sauvant par le jardin, il aurait été guéri sur le champ s'il avait voulu 
souffrir le remède usité dans ce pays qui est de mettre la partie gelée dans l'eau froide, 
jusqu'à ce que la glace en soit entièrement sortie, il ne voulut pas courir les risques de 
suporter les douleurs que ce remède cause, il fallut lui faire des dissections et amputa- 
tions, la gangraine s'y mit qui l'emporta. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 37 

On a bâti un nouveau Palais sur le même terrain plus près de l'eau que n'était 
l'autre, il est incxxnparablement plus magnifique, et sur la place où était l'anden on a 
œnstruit de fort beaux magasins pour le Roy, et on y a établi les prisons. 

Ce nouveau Palais a été incendié en 1725. La dernière feste Noël, entre huit à 
neuf heures du soir, et après dans la chambre du Sr. DaigremOTit, aximiissaire de la 
marine, qui était au nord-est, le vent prit avec tant de violence qu'en moins de deux 
heures et demie le feu gagna du nord-est au sud-ouest tout le bâtiment et en consi;ana 
entièrement toute la charpente qvii consistait en plus de 40 milliers de pieds de bois, 
Monsiexir Bégon y perdit encore ccnsid^ablement et se retira à la Maison Blanche, où 
il se logea et ses bureaux le mieux qu'il put, et ne songea qu'à faire rétablir es Palais 
qu'il avait fait construire en 1714 pour le mettre en état de recevoir et loger M. Dupuis 
qui vint le remplacer en 1726. 

Le nombre des conseillers de ce Conseil a été augmenté de dnq par la déclaration 
du 16 juin 1703, ainsy il a présentement douze conseillers ; outre les dnq derniers 
il a été établi un conseiller clerc, moyetmant quoy la déclaration porte que le grand 
vicaire n'aura plus de séance au Conseil en l'absence de l'évêque. 

Il n'y a en ce Conseil qu'vm huissier pourvu par le Roy, on lui donne la qualité de 
premier huissier pour le distinguer de quatre autres qui y font les fonctions d'huissier 
sur commissions des intendants. 

Ce Conseil administre la justice gratuitement ; qui que ce soit n'y reçoit ny épices, 
n'y vacations, le greffier est seulement payé des expéditions qu'il dâivre et les huissiers 
de leurs salaires. 

Le scel de ce Conseil est gardé par celui des conseillers qu'il plait au Roy de nommer, 
et attendu qu'il n'y avait point de chancellerie établie près de ce Conseil, il accorda les 
lettres soit de restitution, de bénéfice d'âge ou d'inventaire, et autres qui s'expédient 
dans les chancelleries, établies près les Parlements. 

A l'yard des requêtes ci villes, elles sont reçues en ce Conseil sur simple requeste, 
suivant la déclaration en forme d'édit du mois de mars 1685. 

La jurisdiction ordinaire de Québec a le titre de Prévosté. Elle est composée 
d'im lieutenant-général civil et criminel, un lieutenant particulier, im procureur du Roy 
et un greffier ; il y a des notaires et des huissiers qui exercent sur des ccwnmissions 
des intendants, le si^e de cette jurisdiction est dans le Palais, elle avait été suprimée 
par édit du mois de décembre 1674, partant révocation de la Compagnk des Indes 
Occidentales et elle a été rétablie par édit du mois de may 1677. 

Les salaires de juges civils et criminels, greffiers, huissiers, sergents et notaires 
des jurisdictions royalles et seigneurialles de tout le pays ont été réglés par déclaration 
du 12 may 1678. 

Par édit du mois de may 1664, portant établissement de la Compagnie des Indes 
Occidentales, tous les juges de ce paj's sont obligés de juger suivant les loix du Royaume, 
et de se conformer à la coutume de Paris suivant laquelle les habitans pourront contracter 
sans qu'on puisse y introduire aucune autre coutume pour éviter la diversité. 



38 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Depuis, cet édit, ayant été représenté au Roy que l'ordonnance de 1667 n'y pouvait 
pas estre exécutée entièrement, d'autant plus que la meilleure partie de ses dispositions 
regarde les procureurs qui n'avaient point été établis en ce pays, et qu'il n'était pas à 
propos d'y établir. Sa Majesté ordonne au Conseil Souverain de faire ses observations 
sur chaque article de cette ordonnance et d'en dresser procès- verbal en forme de règle- 
ment le 7 novembre 1678 et par l'édit du mois de juin 1679 Sa Majesté autorisa 
et donna force de loy à ce règlement. 

Les compétences du prévost général de la maréchaussée en Canada qui auraient 
dû être jugées, suivant les lois du royaume, au Siège de la Prévôté, sont renvoyées à 
juger au Conseil Souverain par déclaration en forme d'édit du mois de mars 1685, 
dans laquelle il est dit, que c'est en attendant que Sa Majesté ait augmenté le nombre 
des officiers de la Prévosté. 

Les juges de la Prévosté ont connu des causes maritimes jusqu'en l'année 1717. 
Auquel tems Mr. le comte de TouIou:za, amiral, ayant obtenu qu'il serait établi sur 
sa nomination des juges de l'amirauté dans toutes les colonies, comme dans le royaume, 
il a été établi à Québec un lieutenant-général de l'amirauté, un procureur du Roy et 
un greffier, le siège de cette jurisdiction est aussi dans le Palais. 

Outre le prévost général de la Maréchaussée qui fait sa résidence ordinaire à Québec, 
il y a aussi un grand voyer. 

Le séminaire de Québec dépend de celui des Missions Etrangères de Paris, il est 
bâti sur la haute ville, attenant l'église cathédralle, il est fort grand et fort beau ; la 
principale entrée est sur la place Notre-Dame qui est audevant de cette église. Il a 
été érigé le 26 mars 1663, par feu Mr François de Laval de Montmorency, lors évêque 
de Pétrée, vicaire apostolique en Canada, et nommé par le roy premier évêque de 
Québec, duquel évêché il reçut les bulles peu après, cette érection a été confirmée par 
lettres patentes du mois d'avril de la même année, l'objet de cet établissement a été 
d'élever et former de jeunes clercs, afin qu'on put dans ce séminaire et clergé former un 
chapitre, en tirer des sujets pour les envoyer faire les fonctions curialles, et les retirer 
quand on le jugerait à propos, toutes les dixmes du pays étaient appliquées à ce sémi- 
naire pour estre possédées en commun, mais par édit du mois de may 1679, il a été dérogé 
à cet établissement. Quand aux cures et dixmes ordonnés que les curés seraient fixés 
à l'avenir et non amovibles ; que chacim d'eux jouirait des dixmes de sa paroisse, et 
que si dans la suite il était établi de nouvelles paroisses, les nouveaux curés jouiraient 
des dixmes dans l'étendue de leur paroisse, sans que les anciens cvu-és puissent prétendre 
aucune indemnité n'y reconnaissance pour les terres qui étaient auparavant de leurs 
paroisses. 

L'article second de cet édit fait mention d'un règlement du 4 7bre 1667, qu'on pré- 
tend estre resté dans le secrétariat de M. Talon, lors intendant, par lequel il a été con- 
venu entre le Séminaire et les habitants, que les dixmes ne se payeraient à l'avenir que 
des grains seulement à raison du vingt sixième minot en considération de ce que les 



ARCHIVES DE QUÉBEC 39 

habitans seraient tenus d'engranger, battre, vanner, et porter les grains aux presbytères, 
il est aussi fait mention de ce règlement dans un arrêt du Conseil d'Etat du 12 juillet 
1707, rendu contre les curés qui voulaient exiger d'autres dixmes que celle des grains. 

Depuis l'établissement de ce séminaire, feu M. de Laval a donné de grands biens 
à cette maison, on y reçoit tous les enfants qui veulent se pousser aux études, les uns 
gratuitement suivant l'intention du testateur, et les autres moyennant une pension fort 
modique, on ne peut pas avoir plus d'égards et de bontés qu'en a eu feu M. Ango de 
Maiseret qui a été supérieur de cette maison. Les enfants sont nourris, blanchis, 
logés, et entretenus de linge, habits, livres, papiers et en un mot de tout ce qui leur est 
nécessaire, jusqu'à la fin de leurs études qu'ils font au Collège des Pères Jésuites, ils 
sont tous habillés avec des capots bleus, et un petit liséré blanc sur les coutures, ce qui 
leur fait vm habillement fort leste. 

Feu M. de Laval étant parvenu à un âge fort avancé, suplia le feu Roy de lui dormer 
un successeur. Sa Majesté nomma Mr. Jean-Baptiste de la Croix de St-Vallier, il fut 
pourvu et sacré évêque de Québec au commencement de 1678. Il prêta serment en 
cette qualité entre les mains du Roy le 13 février de la même année, et quelque tems 
après il se rendit dans son évêché ; il y trouva M. de Laval encore vivant et qui y est 
décédé en odeur de sainteté en 1692, regretté de tous les habitans de son diocèse. 

M. de St-Vzdlier a suivi l'exemple de son prédécesseur en fondant des hôpitaux 
qvu seront des monuments étemels de sa piété. Il en sera parlé cy-après. Il a aussi 
fait bâtir un palais épiscopal qui joint la cathédralle avec une belle et grande chapelle, 
il serait à souhaiter que cet édifice fut achevé, il en serait venu à ce point, s'il ne s'était 
volé pour ainsi dire lui-même pour donner à des pauvres familles dont il connaissait 
les pressants besoins, mais il est à craindre que cet édifice ne soit jamais fini à moins 
que Sa Majesté ne le preime à cœur, ou qu'il ne retourne en ce pays des Montmorency 
ou des St-Vallicrs. 

M. Momay de Montchevreuil, cy-devant capusdn, a été nommé et sacré coadjuteur 
de l'évêque de Québec dès l'année 1713. Mais il n'a pas été curieux de venir prendre 
possession de sa coadjutorerie. 

C'est aujourd'huy M. de Pontbriant qui remplit le siège épiscopal avec une vertu 
exemplaire, et tel qu'a pu faire M. Dosquet, évêque de Samos, qui a succédé à M. de 
St-Vallier, décédé en 1727. 

L'élise cathédrale de Québec est dédiée à la Ste Vierge, elle a été érigée en cathé- 
drale par le pape Irmocent XI ; la bulle d'érection est du 23 aoust 1677. Elle porte 
dispense d'être graduée en faveur de ceux qui composeront le chapitre, qu'elle permet 
à l'évêque d'y établir, cette église est scituée à la haute ville, au devant d'ime grande 
place appelée place Notre-Dame, à cause que cette église lui est dédiée, elle est en même 
tems cathédrale et paroissiale, le service divin s'y fait avec toute la solennité et la décence 
possible, les voyageurs comme les habitans en sont édifiés. 

Le chapitre de l'évêque a été établi en conséquence de la bulle cy-dessus par feu 
M. de Laval, premier évêque de Québec, par décret du 6 9bre 1684. Il est composé 



40 ARCHIVES DE QUÉBEC 

de douze chanoines y compris les cinq dignités sçavoir, le doyen, le chantre, l'archidiacre, 
le théologal et le pénitencier, le feu Roy l'a fondé et dotté, et Sa Majesté s'est réservé 
la nomination du doyen et du chantre. 

Les revenus de l'évêché et du chapitre consistent principalement en ceux des 
abbayes de l'Estrée, de Maubec et de Bénévent donnés par le feu Roy dont l'union a 
été en cour de Rome, et une somme de 3000 livres par an, à repartir entre les chanoines 
qua Sa Majesté a encore donnée et assignée sur les charges du Canada. 

Le séminaire a prétendu que la cure de Québec lui appartenait et lui était unie ; 
feu M. de St-Vallier a soutenu le contraire, et par l'article 6 d'un règlement fait par 
ordre du Roy par deffunt M. Duharlay, archevêque de Paris, et le Père de la Chaise, 
le 20 janvier 1692, homologué par arrêt du Conseil d'Etat du 11 février suivant, il est 
dit que les titres et procédures concernant l'union de cette cure au Séminaire, seront 
raportés à Sa Majesté pour estre ordonné ce que de raison, les choses demeurent en 
l'état, depuis, et en 1714 M. de St-Vallier a fait un projet de statuts pour son chapitre, 
qui porte entr'autres choses que les fonctions de la cure seront unies à la dignité de 
doyen, mais on ne voit point ce que ce projet est devenu. 

Il y a tme église succursale à la basse-ville qui est scituée sur la place dans la partie 
qui est au nord du fleuve, M. de St-Vallier voulait l'ériger en paroisse, l'article sept 
du règlement dont on vient de parler, porte à cet égard que les informations, super 
commodo et incommodo seraient faittes dans les formes canoniques pour le tout, fait 
et raporté au Roy, estre réglé ce que de raison ; il ne paraît pas qu'il a été fait sur cela. 

Les Jésuites ont été des premiers missionnaires qui sont passés en Canada. Ils 
ont obtenu des lettres pattentes au mois de juillet 1652 qui approuvent et confirment 
leur établissement dans ce pays, leur maison est sur la place Notre-Dame, à la haute 
ville devant l'église cathédralle, elle est grande et spacieuse, ils y ont un collège, une 
fort belle église, des chapelles, des congrégations, de tort beaux jardins et un beau 
clos, garni d'arbres de haute futaye. 

L'Hôtel-Dieu est aussi fort ancien. Il a été fondé par Mme la duchesse d'Aiguillon; 
cet établissement a été approuvé et autorisé par lettres pattentes du mois d'avril 1639. 
Les première religieuses qu'on y a envoyées étaient hospitalières à Dieppe, il est scitué 
à la haute ville proche la coste qui regarde la baye de la rivière de St-Charles, il a été 
érigé sous ce titre Hôtel-Dieu de la Miséricorde de Jésus ; les bâtiments en sont très 
beaux et très spacieux, il y a des très grands jardins, et au moins 60 religieuses, les 
malades y sont fort bien soignés. Cet hôpital est pour les habitans, les troupes et les 
matelots des vaisseaux du Roy, les habitans conviennent de gré à gré pour s'y fïiire 
soigner, les officiers malades y abandonnent leur paye, et les soldats également mais 
pour ces derniers Sa Majesté donne un supplément à l'Hôpital, leur solde n'étant pas 
suffisante. 

Comme le pays est beaucoup augmenté depuis trente années, il serait à souhaiter 
que cet hôpital fut agrandi de quelques salles, pour recevoir ou pour conserver les habi- 



ARCHIVES DE QUÉBEC 41 

tans qui sont obliges d'en sortir pour faire place à des soldats et matelots des vaisseaux 
du Roy qui arrivent quelquefois malades et en grand nombre, ce qui est à la connaissance 
de M. Hocquart qui en 1743 fut obligé de se servir du lieu nommé la Potasse et d'autres 
lieux, pour retirer un nombre considérable de malades qu'il y eut cette année. 

Les Religieuses Ursulines sont établies en cette ville par lettres pattentes du mois 
de may 1639. Leur maison est scituée à la haute ville, elles sont fort commodément 
logées et ont de beaux jardins, leur église est jolie, elles sont au moins cinquante reli- 
gieuses. 

Les Récolets ont obtenu des lettres pattentes au mois de mars 1692 qui leur per- 
mettent de s'établir à Québec, Montréal, Plaisance, isle St-Pierre, et en tous autres 
lieux où ils seront jugés nécessaires, avec pouvoir d'y servir d'aumôniers pour les troupes 
et de recevoir par aumône les appwintements à ce destinés, ils avaient cy -devant leur 
maison hors de la ville, dans le même lieu ou est actuellement l 'Hôpital-général, ils 
sont présentement dans le plus bel endroit de la haute ville, sur une grande place qui 
est devant le fort et château St-Louis ; ils ont ime très belle ^lise, un très beau cloître, 
des bâtiments comodes et spacieux, et un fort beau jardin. Ca été feu M. le comte 
de Frontenac, gouverneur général du pays, qui les a placés là, il était leur protecteur 
et père temporel, il a voulu estre enterré par eux, ils ont encore une maison ou hospice 
scituée sur le bord de l'eau, derrière la partie de la basse ville qui est au fond de la baye 
de la rixnère St-Charles H y a une ^lise ou chapelle dédiée à St Roch qui est contiglie 
à la maison et un jardin qui est bien retranché, depuis la construction qui se fait vers 
le Palais. 

Au mois de may 1671 le Roy accorda des lettres pattentes pour l'établisse- 
ment des Sœurs de la Congr^ation de Montréal pour l'instruction des jeimes filles, 
on a jugé que ces sœurs étaient nécessaires à Québec, on y en a fait venir, elles ont 
leur maison à la basse-ville, sur le bord du fleuve, il y en a aussi qui sont allées s'établir 
au Château-Richer, audessous de Québec et à la paroisse de la Ste-Famille en l'isle 
St-Laurent. Il y en a encore en la paroisse de Neuville, ditte la Pointe-aux-Trembles, 
à sept lieues audessus de Québec et à Champlain. Ce sont des filles biens sages et bien 
utiles. 

L'Hôpital-Général est scitué proche le bord de la rivière St-Charles, à un demi quart 
de heue de Québec. Il a été fondé et bâti par M. de St-Vallier, évêque de Quéitec en 
conséquence des lettres pattentes qu'il en avait obtenues au mois de mars 1692; il a fait 
cet établissement pour retirer les pauvres de l'un et de l'autre sexe, hws d'état de tra- 
vailler par vieillesse ou infirmités, il y mit d'abord douze religieuses qu'il tira de l'Hôtel- 
Dieu de Québec, et deux sœurs converses, il a obtenu, le 5 may 1716, d'autres lettres 
pattentes qui permettent d'augmenter de quatre le nombre de religieuses, et le 9 may 
1717 il a encore obtenu d'autres lettres pattentes qui lui permettent d'augmentM" 
de deux le nombre des sœurs converses, les bâtiments de cette maison sont beaux et 
très spacieux, il y a des salles particulières pour les hommes et d'autres pour les femmes. 



42 ARCHIVES DE QUÉBEC 

une église fort propre, des chapelles dans les salles, de beaux jardins et de beaux clos, 
moulin à eau et moulin à vent et généralement tout ce qu'on peut souhaiter pour la 
comodité de la maison et le soulagement des pauvres. 

Le feu Roy en vue de peupler le pays a ordonné par édit du mois de may 1664 
portant établissement de la Compagnie des Indes Occidentales que tous es sujets 
qui iraient s'y habiter et y résideraient l'espace de dix ans pourraient ensuitte en rappor- 
tant des certificats qu'ils y auraient demeviré pendant ce tems, venir s'établir dans toutes 
les villes du Royaume, et y exercer tels arts, métiers ou professions qu'ils voudraient 
sans être obligés à faire aucun apprentissage. Par arrêt du conseil d'Etat du 12 avril 
1670, Sa Majesté a assigné 300 livres de pension aux habitants de ce pays, qui auraient 
dix enfants, et 400 livres à ceux qui en auraient douze, il est enjoint par le même arrêt 
du Conseil Souverain de Québec d'établir des peines pécuniaires contre les pères qui ne 
marieraient pas leurs enfants à l'âge de vingt ans pour les garçons et de seize 
pour les filles. Cette disposition fait connaître que les religieuses se sont multipliées 
dans la colonie contre les intentions du feu Roy ; par autre arrêt du Conseil d'Etat 
du dix mars 1685, Sa Majesté a permis aux gentilshommes établis dans le Canada 
d'y faire commerce par mer et par terre en gros et en détail, sans qu'ils puissent 
estre réputés avoir dérogé à leur noblesse. 

Les soins que le feu Roy voulut bien se donner pour procurer l'établissement de 
ce pays et des autres colonies étaient dignes d'un Roy qui a véritablement mérité le 
nom de Grand. Rien ne paraissant plus glorieux pour un puissant monarque que 
d'étendre sa domination, faire révérer son nom et redouter sa suprême puissance dans 
les climats les plus éloignés. Il a été fâcheux à la colonie que les guerres que ce grand 
prince a été engagé de soutenir en Europe, l'ayent empêché de suivre ses nobles projets, 
mais la colonie s'en est trouvé indemnisée par les bontés de Sa Majesté régnante qui a 
mis tout en usage pour lui procurer de nouveaux avantages sur les demandes qui lui 
ont été faites en différents tems, par Messieurs les gouverneurs généraux et inten- 
dants, et c'est sur ces demandes que les chanvres ont été reçus aux magasins du Roy, 
et payés aux habitants du tems de Mr Bégon, et sur sa demande à raison de 60 livres 
le quintal, afin d'engager les colons à cette culture, de la même façon a été établie dans 
ce pays la construction pour les vaisseaux de Sa Majesté, sur les représentations de 
Messieurs le marquis de Beauhamois et Hocquart, ce qui a fait et fait encore une dépense 
assez considérable pour procurer un très grand avantage au pays, et enfin en plusieurs 
autres parties directes au pays que ces sages administrateurs ont proposés suivant les 
occurences, et ont fait entreprendre à l'imitation de ce qui se pratique chez les étrangers 
puisqu'il est certain que l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande, en ne tirent du profit 
de leurs colonies, que par l'application continuelle qu'ils ont donnée, tant pour les bien 
établir que pour faire valloir tout ce qui y vient, soit naturellement, soit par le travail 
et l'industrie de l'homme : le Canada est un bon pays pour ceux qui y sont faits ou qui 
peuvent s'accommoder à la dureté du climat, mais ses habitans ont besoin de la conti- 
nuation de la protection toute particulière du Roy pour se soutenir. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 43 

DE LA VILLE DES TROIS-RIVIÊRES 

Cette ville est scituée sur le bord du fleuve St-Laurent, du côté du nord, à trente 
lieues au dessus de Québec, elle est par les 46 degrés latitude nord, on la nomme Trois- 
Rivières parce qu'elle est joignante une rivière au bas de laquelle sont deux isles qui 
séparent en trois chenaux son embouchure dans le fleuve. 

Il y a dans cette ville im gouverneur particulier, un lieutenant de Roy, un major 
de la place et des troupes en garnison. 

La jurisdiction royalle de cette ville et gouvernement a été établie en 1663, par le 
Conseil Souverain de Québec, en conséquence du pouvoir qui lui a été donné par l'édit 
de sa création. Elle est composée d'un lieutenant général dvil et criminel, d'un pro- 
cureur du Roy, et d'un greffier. Il y a aussi des notaires et des huissiers qui exercent 
sur des commissions qui leur ont été dormées par Mrs les intendants, depuis que les 
fonctions de premier président dans le Conseil Supérieur leur ont été attribuées. 

L'église paroissialle est desservie par un récolet qui y fait les fonctions curialles. 

Feu Monsieur de St-Vallier, évêque de Québec,obtint des lettres pattentes au mois 
de may 1702, portant approbation et confirmation d'im Hôtel-Dieu qu'il avait érigé 
et fondé dans cette ville. Il y a mis des religieuses Ursuhnes qu'il a tirées du couvent 
de Québec. 

Au surplus, cette ville est fort petite et peu peuplée, elle n'est fortiffiée que de 
pieux, de gasons et de gabions. 

A trois lieues de cette ville, on trouve le lac St-Pierre au travers duquel le fleuve 
St-Laurent passe ; ce lac a six lieues de longueur. 

Avant la \'ille des Trois-Rivières, environ à trois lieues au dessus de Québec, du 
côté du Sud, on trouve dans les terres, à la distance d'une lieue du bord du fleuve, le 
Saut de la Chaudière qui est une cascade ou chute d'une rivière plus considérable que 
celle du Sault de Montmorency dont a cy-devant parlé. On trouve aussi du même côté 
du Sud, la rivière de Bécancourt qui tombe dans le fleuve, et celle de St-François qui se 
décharge dans le lac de St-Pierre, sur chacune de ses rivières ; dans la profondeur sons 
établis des villages de sauvages Abénakis qui ont chacim un Jésuite pour missionnaire ; 
il y a proche des Trois-Rivières des Algonquins, ce sont les seuls Sauvages domiciliés 
qu'il y ait à présent depuis Québec jusqu'à Montréal. 

DU FORT DE CHAMBLY 

En continuant de remonter le fleuve, on trouve du même côté du Sud, la rivière 
de Sorel, autrement de Chambly, de Richelieu, ou de St-Pierre, et en remontant cette 
rivière, on trouve à six lieues ou environ de distance de la ville de Montréal, par les 
terres, un fort appelé Chambly, construit de pierres ayant de bonne courtines et flanqué 
de bons bastions. 



44 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Il y a ordinairement un ancien capitaine qui y commande avec une garnison. 

Il est scitué sur cette rivière, au bord d'un bassin de deux lieues de circonférence 
dans lequel se décharge le lac Champlain, par une cascade d'environ une lieue et demie 
de longueur. Ce lac a 80 lieues de circuit, audessus du St-Sacrement qui conduit 
à la Nouvelle- York, en faisant un portage de deux lieues jusqu'à la rivière de fer, autre- 
ment du Cajeux, qui se décharge dans celle d'Orange. 

Au bout du lac Champlain, et à environ 50 lieues de Chambly est basti le fort 
St-Frédéric, au lieu nommé cy-devant la pointe à la Chevelure, au pied duquel passe 
la décharge du lac St-Sacrement. Ce fort est commandé par un capitaine qui a une 
forte garnison ; audessus et audessous de ce fort sont plusieurs habitations nord 
et sud. 

La ville d'Orange, première ville de la Nouvelle- York, de ce costé là, n'est éloignée 
de la ville de Montréal que de soixante lieues et la même rivière dont on vient de parler 
conduit d'Orange à Manathe, autrement New- York, qui est de la Nouvelle-Angleterre. 

DE L'ISLE ET DE LA VILLE DE MONTRÉAL 

L'isle de Montréal, toutes les isles et islets qui y sont adjacentes ou dans son con- 
tour avec trois isles audessus dans le lac de St-Louis, et deux lieues de front audessous de 
cette isle, sur six lieues de profondeur dans les terres du costé du Nord, apartient pré- 
sentement au séminaire de St-Sulpice de Paris. 

L'ancienne Compagnie de la Nouvelle-France établie par édit du mois de may 
1628, concéda le dix septembre 1640, aux sieurs Chévrier et le Royer, pour eux et leurs 
associés sous les conditions portées par le titre de concession, une partie de l'isle de 
Montréal à prendre de la pointe d'en bas, jusqu'à la montagne qui a donné le nom à 
cette isle, plus quatre lieues d'étendue dans la même isle depuis cette montagne, et deux 
lieues de large sur six de profondeur sur le bord du fleuve de St-Laurent du côté du nord 
audessus de cette isle, où se décharge la rivière de l'Assomption, pour en jouir par eux, 
leurs successeurs ou ayans causes en toute propriété, seigneurie, justice, de la même 
manière que Louis XIII avait concédé tout le pays à cette ancienne compagnie, et, 
le 21 avril 1659, la même compagnie concéda au même Sr Chévrier pour lui et associés, 
le surplus de cette même isle pour en jouir de la même manière. 

Le neuf mars 1663 les sieurs Chevriers, le Royer et leurs associés, firent donnation 
au séminaire de St-Sulpice de toutes les concessions qui leurs avaient été faittes par 
cette ancienne Compagnie. 

Le 4 février 1674, le Sr abbé de Fennelon fit donnation à ce séminaire de trois isles 
dans le lac de St-Louis appelle les isles de Courcelles qui lui avaient été concédées à titre 
de fiefs. 

Le séminaire de St-Sulpice a obtenu des lettres pattentes au mois de may 1677, 
par lesquelles la seule donnation du 9 mars 1663, a été aprouvée et autorisée, le Roy 



ARCHIVES DE QUÉBEC 45 

lui permit en même tems d'établir \m séminaire dans l'isle de Montréal, et amortit le 
œntenu en cette donnation. 

Le 5 septembre 1679, le séminaire de St-Sulpice obtint de Mr le comte de Frontenac 
gouverneur-général du Canada et le 20 8bre suivant de Mr Duchesneau, intendant au 
même pays, les isles et Lslets qui sont entre i'isle de Montréal et l'isle de Jésus, il ne 
raporte point de brevet da confirmation de cette concession, ny de colle faitte au S. 
abbé de Fénélon, et comme on l'a dit les lettres pattentes du mois de may 1677 n'ont 
amorti que le contenu en la donnation du 9 mars 1663. Néanmoins ils ont fait entendre 
en 1704 que tout ce qu'ils possèdent est compris dans cet amortissement, et l'ont fait 
confirmer par arrêt du Consiil d'Etat du 22 avril de la même année. 

L'isle de Montréal est à 60 lieues audessus de Québec et à 30 lieues audessus de la 
ville des Trois Rivières, cette isle contient environ 12 lieues de long et trois et demy 
de large dans son milieu, elle est formée par le concours du fleuve St-Laurent et de la 
grande rivière des Outaouais, à la pointe d'en haut de cette isle il y a deux lacs l'un à 
gauche et l'autre à droitte, celui qui est à gauche se nomme le lac de St-Louis, le fleuve 
St-Laurent passe au travers, et continue sa course le long de cette isle, du même côté 
gauche celui qui est à droite se nomme le lac des Deux Montagnes, la rivière des Outa- 
ouais se décharge dedans, vient couler de l'autre côté de l'isle de Montréal et se partage 
en deux lits qui entourent une isle qui est à la droitte de l'isle de Montréal, en remontant 
cette isle, est l'isle Jésus qui appartient au séminaire de Québec, elle contient environ 
8 lieues de long et deux et demie de large dans son milieu. Les deux lits de la rivière 
qui sort du lac des Deux Montagnes sont nommés différemment ; le bras qui passe 
entre l'isle Jésus est apellé la rivière des Prairies, et celui qui passe entre l'isle Jésus 
et la terre ferme du côté du Nord, est apellé la rivière des Mille Isles, à cause de la 
quantité prodigieuse de petites isles qui s'y rencontrent ; audessous des isles de Montréal 
et de Jésus ces bras de rivières se réunissent et tombent dans le fleuve St-Laurent. 

La ville de Montréal est par 45 degrés et quelques minutes de latitude nord, elle 
est scituée dans l'isle du même nom sur un terrein imi au bord du fleuve St-Laurent, 
à la distance d'environ trois lieues de la pointe d'en bas ; son étendue est d'environ 
un tiers de lieue de longueur. Le séminaire de St-Sulpice avait nommé cette ville 
Ville-Marie, mais l'usage de l'apeler Montréal a prévalu. 

Le gouverneur de cette ville l'est de toute l'isle et dépendances, il y a un lieutenant 
de Roy, un major de la place et une garnison. Cette ville n'était fortifiée qu'avec des 
pieux et de la terre, mais, en 1716, il y eut ordre de la fortifier de murailles, il y a plusieurs 
années que les fortifications en sont faites. 

La maison du Séminaire des prestres de St-Sulpice est très belle par ses bâtiments, 
jardins et clos, l'élise paroissiale qui y joint est aussi très belle, la cure dépend du 
Séminaire et toutes les cures tant de l'isle de Montréal que de la coste de St-Sulpice 
ont été unies au séminaire par arrêt du Conseil d'Etat du 15 may 1702. 

Il y a un couvent de Jésuites, im de Récollets, im Hôtel-Dieu, établi par lettres 
pattentes du mois d'avril 1669, des Soeurs de la Congrégation établies par lettres pat- 



46 ARCHIVES DE QUÉBEC 

tentes du mois de may 1671. Un Hôpital-Général établi par lettres pattentes du 15 
avril 1694. Une chapelle de Notre-Dame de Bon Secours et une chapelle de Ste-Anne. 

Par édit du mois de mars 1693 le feu Roy a créé une justice royalle en conséquence 
de la cession que le séminaire de St-Sulpice avait faite à Sa Majesté de la haute et 
moyenne justice qui lui apartenait, et par cet édit les émoluments du greffe sont laissés 
au Séminaire suivant la réserve qu'il s'en était faite. Sa Majesté aurait pu établir 
cette justice comme étant aux droits de la Compagnie qui s'en était réservé la faculté. 

Le siège de cette jurisdiction est à Montréal ; elle est composée d'un lieutenant- 
général civil et criminel, d'un procureur du Roy et d'un greffier ; il y a des notaires et 
des huissiers qui exercent sur commission des intendants. 

La montagne de Montréal de laquelle cette isle tire son nom, n'est éloignée de la 
ville que d'environ demie lieue, il y a sur la coste de cette montagne, qui regarde le bout 
d'en haut de l'isle, un fort apellé le fort Bellemont. Dans ce même lieu il y avait 
cy-devant une mission de Sauvages Nepissingues dirigée par un prestre du séminaire 
de Montréal, mais ils sont retournés dans leur pays, qui est au pied du lac Nepissingue, 
entre la grande rivière des Outaouais, et le lac des Hurons, il vient néanmoins toujours 
de ces Sauvages à l'isle aux Tourtes, qui est dans le lac des Deux Montagnes, ils restent 
jusqu'à la fin de l'automne.c'est un prestre de St-Sulpice qui a soin d'eux pour le spirituel. 

De l'autre côté de l'isle sur le bord du bras de la rivière des Prairies, à la distance 
d'environ deux lieues de la ville de Montréal, il y a un fort et une mission sauvages, 
dirigée par un prestre de St-Sulpice, dans laquelle cy-devant on en trouvait de diffé- 
rentes nations, mais on prétend que tous ceux qui y sont présentement descendent 
d'Iroquois. Le séminaire de St-Sulpice a obtenu du Roy le 27 avril 1718 un Brevet 
de concession de trois lieues et demie de front, sur trois de profondeur, à commencer 
au ruisseau qui tombe dans la grande baye du lac des Deux Montagnes, en remontant 
le long de ce lac pour y transférer cette mission de Sauvages et en jouir à perpétuité 
quant même cette mission en serait ôtée, à condition de faire la dépense nécessaire pour 
ce changement, d'y faire construire un fort de pierres suivant les plans sur lesquels 
Sa Majesté aura statué et à la charge de la foy et hommage. 

Du côté du fleuve St-Laurent, à cinq quarts de lieues de la ville de Montréal et 
à un quart de lieue du fort de Bellemont, il y a dans l'isle même de Montréal un lac 
nommé le lac de St-Pierre qui est d'une lieue et demie d'étendue au delà de ce lac, dans les 
terres de l'isle qui sont le long du fleuve, il y a deux forts, le premier à deux lieucS et 
demie de la ville ap^Ué le fort Cuillerier, l'autre à demie lieue audessus de ce dernier 
apellé le fort Remy,et un troisième à une lieue audessus de celui -cy, apellé le fort Rolland. 

En terre ferme du côté du Sud au bord du fleuve, dans un lieu nommé le Sault 
St-Louis, à trois lieues ou environ de la ville de Montréal, il y avait cy-devant une mis- 
sion de Sauvages Iroquois dirigée par des Jésuites. On prétend que ces sauvages 
sont issus des enfants qui furent enlevés chez les Iroquois des cinq nations, lorsque 
M. de Tracy, lieutenant-général dans l'Amérique méridionalle et septentrionale, et 



ARCHIVES DE QUÉBEC 47 

M. de Courcelles, gouverneur-général du Canada, allèrent leur faire la guerre dans leur 
pays et brûlèrent quelques-uns de leurs villages ; le terrein nommé le Sault St-Louis 
a trois lieues et demie de front. Les Jésuites ont représenté que les Sauvages voulaient 
changer leur village. Le Roy a accordé à ces pères le 15 juin 1717 un brevet par lequel 
Sa Majesté leur concède de nouveau toutes les terres comprises sous le nom de la terre 
du Sault St-Louis et conformé les concessions qui leur ont été cy devant faites, pour y 
placer la mission des Sauvages Iroquois, à condition que ces terres reviendront toutes 
défrichées à Sa Majesté, lorsque ces Sauvages abandonneront ce lieu, en conséquence. 
de ce brevet les Sauvages sont allés s'établir sur le même terrein vis-à-vis le fort St-Rémy. 
Partie de la terre du Sault-St-Louis s'étend le long du lac du même nom, ce lac a 
douze lieues d'étendue ; audessus on trouve les saults des Cèdres et Buisson, ensuitte 
le lac de St-François qui a vingt lieues de circonférence, puis le pas des Galots, et la 
Galette, qui n'est qu'à vingt lieues audessous du fort de Frontenac. 

FORT DE FRONTENAC 

Le fort de Frontenac est éloigné de Montréal d'environ soixante lieues, il est par 
44 degrés de latitude nord, scitué dans im lieu nommé Catarakouy, au bas du lac Ontario, 
sur le bord de ce lac, il a été nommé Frontenac parce qu'il a été construit par les ordres 
et soins de feu M. le comte de Frontenac pendant qu'il était pxjur la première fois gou- 
vemevir-général du Canada. 

Ce fort est carré, bâti de pierres, il y a des grandes courtines, et est flanqué de bons 
bastions. Il y a un commandant et ime garnison, sa situation est très avantageuse pour 
le trafic avec les cinq nations Iroquoises dont le pays est en haut du lac Ontario, et s'étend 
depuis les environs du sault de Niagara, le long de la coste méridionalle du lac Ontario 
jusque vers la Nouvelle-Angleterre. 

Du même côté du lac Ontario où est placé le fort de Frontenac, à sept ou huit lieues 
de distance de ce fort, sont Gamereuse et Quinte, deux petits villages d'Irroquois, 
amis des Français, mais il n'y en a plus au premier. 

Le lac Ontario a cent quatre vingt lieues ou environ de circuit, feu M. de Frontenac 
avait fait faire des barques pour naviguer sur le lac, elles étaient très commodes pour le 
commerce avec les Irroquois, mais les guerres qu'on eut avec eux obligèrent non seule- 
ment de couler ces barques à fond, mais de détruire le fort Frontenac et de l'abandonner, 
tout cela fut fait en 1689, par ordre de M. Denonville, lors gouverneur-général du 
Canada ; il fut rapellé la même année et relevé par M. de Frontenac qui avait été relevé 
par M. de la Barre en 1682. Monsieur de Frontenac, qui connaissait l'importance de 
ce p)oste, fît réparer ce fort sans perdre de tems, mais les barques ne le furent point de 
son tems, elles l'ont été depuis et subsistent toujours. 

Les Cinq Nations Irroquoises sont les Sonontouans, les Goyogôans, les Onontagués, 
les Onoyoutes, et les Agniés, quelques-uns de ces derniers nous ont manqué de fidélité 



48 ARCHIVES DE QUÉBEC 

dans la dernière guerre de 1744. S'étant laissés gagner par l'Anglais, ils ont levé la 
hache sur les Français et en ont détruit. Les villages irroquois sont à trente lieues 
ou environ les uns des autres sur des rivières qui se déchargent dans le haut du lac 
Ontario. Ils passent pour les plus nombreux de toutes les nations sauvages ; on prétend 
qu'il y a jusqu'à quatorze mille âmes tant guerriers que vieillards, femmes et enfants ! 
S'ils étaient capables de politique, ils vivraient toujours en paix avec les Français, 
comme ils ont fait depuis près de 50 ans, c'est-à-dire depuis la paix qu'ils obtinrent de 
M. de Callières vers 1703. Ce serait le moyen d'empêcher les Anglais de rien entre- 
prendre contre eux. Leur pays est beau et fertile, mais les chevreuils, les daims et les 
poissons leur manquent, ils sont obligés de venir pêcher dans le lac Ontario, et d'aller 
en chasse du côté de la baye de Ganaraské, vers le bas de ce lac jusqu'à Toronto et même 
jusqu'à la grande rivière des Outaouais. 

Depuis 1706 la traitte s'est faitte au fort de frontenac au nom et au profit du Roy, 
comme on l'a dit au chapitre de la ville de Québec, mais présentement elle est affermée. 

Au haut du lac Ontario on trouve par les 42 degrés et quelques minutes de latitude 
nord, le détroit ou chenail par lequel le fleuve St -Laurent vient dans ce lac en sortant du 
lac Erié. Il y a dans ce détroit un sault terrible apellé le sault Niagara, c'est une cascade 
de plus de cent cinquante pieds de haut et demie lieue ou environ de largeur. Il y avait 
autrefois, proche de ce sault un fort apellé le fort de Denonville, qui a été abandonné 
pendant quelques tems, mais qui est rebâti depuis plusieurs années et où il y a une 
garnison, il se nomme aujourd'huy le fort de Niagara. Audessus de ce Sault on trouve 
l'embouchure du lac Erié. Ce lac est par les 41 degrés et quelques minutes de latitude, 
il a deux cent trente lieues de circuit. Les bords et les environs de ce lac, sont garnis 
de chesne, ormeaux, châtaigniers, noyers, pommiers, pruniers et treilles, qui donnent 
de beaux et gros raisins blancs et noirs on y trouve quantité de poulets d'indes sauvages, 
de faisans et toutes sortes de bestes fauves, et de très belles et grandes prairies du côté 
du Sud. 

Audessus du lac Erié on trouve le chenail par lequel le fleuve St-Laurent vient 
dans ce lac. 

DU FORT DE DÉTROIT 

Le fort du Détroit est éloigné d'environ deux cent lieues du fort Frontenac. Il 
est par les 42 degrés latitude nord, sur le rivage du chenail dont on vient de parler 
qu'on apellé le Détroit, il est à main gauche en montant auprès du petit lac qui est dans 
ce même détroit ; audessus on trouve l'embouchure du lac des Hurons au travers 
duquel le fleuve de St-Laurent passe. 

Ce fort avait été abandonné. Il a été rétabli par M. de la Motthe-Cadillac, lors 
capitaine en Canada, depuis, le gouvernement de la Louisiane ayant été donné à M. de 
la Mothe, on a mis un autre capitaine pour commander dans ce fort. On le relève 
ordinairement tous les trois ans. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 49 

Le lac des Hiirons est par 46 degrés de latitude nord, il a 400 lieues de circuit ; 
en remontant ce lac on trouve à gauche, presque tout en haut, l'embouchure du lac 
Michigan, dit des Illinois, à demie lieue audessus de cette embouchure, du même côté, 
on trouve le poste de Missilimakinac. 

Le lac de Michigan a trois cent lieues de tour, son fond est par les 42 degrés de 
latitude nord, en montant ce lac on y trouve à main gauche à l'embouchure de la rivière 
de St-Joseph, qui prend sa source dans les terres en tirant vers et derrière le lac Erié, 
ceux qui ont nommé ce Lac le lac des Illinois se sont trompés, il est bien vray que dans 
le fond de ce lac à droite en remontant, on trouve à trente lieues de la rivière St-Joseph 
celle de Chikagou par laquelle les Illinois peuvent venir de leur pays sur ce lac, mais 
leur pays en est bien éloigné, puisque le Rocher, qui est le lieu où est leur premier village 
de ce côté là, est à plus de trente lieues de la rivière de Chikagou. 

Cette observation est importante par raport aux limites de la concession du pays 
des lUinois. 

Il y a un poste français sur la rivière de Saint-Joseph qui fait la traitte avec les 
Pontouatamis et autres nations des environs du fond du lac Michigan. 

En descendant le lac Michigan, on trouve à gauche la baye des Puants qui conduit 
chez plusieurs nations, sçavoir les MasKoutins, Kikapous, Outagamis, ou Regnards 
Sakis et autres. 

FORT DE MISSILLIMAKINAC 

Le fort de Missillimakinac est éloigné de près de 300 Ueues du fort de Frontenac 
et de plus de cent lieues du fort du Détroit, il est par les 46 degrés et quelques minutes 
de latitude nord sçitué sur le bord du lac des Hurons à gauche en remontant proche 
du détroit ou chenail par lequel le fleuve de St -Laurent vient dans ce lac et à demie 
lieue de l'embouchure du lac de Michigan, il y a dans ce poste deux villages de Sauvages, 
l'un des Hurons, l'autre d'Outaouais. 

Ce poste est des plus commode pour faire la traitte avec les Sauvages des pays 
d'en haut, parce que du côté du Sud, il est voisin du lac de Michigan qui conduit dans 
la baye des Puants, ce qui facilite les moyens à diverses nations sauvages de s'y rendre, 
et du côté du nord, il est voisin du lac Supérieur qui facilite aussi aux nations qui sont 
de ce côté là, d'y venir faire la traitte. 

Le Conseil de r^ence, informé de l'avantage que cette traitte produit, a rétably 
par ime déclaration du 28 avril 1716, vingt-cinq congés en faveur de pauvres familles 
du Canada, pour y aler faire la traitte, lesquels avaient été supprimés par déclaration 
du 21 may 1696. 

Missillimakinac est éloigné de Québec, comme on l'a dit au commencement de ce 

sommaire, de trois cents lieues ou environ. Encore faut-il y aler par la rivière des 

Outaouais, comme on l'a aussi dit, car si on y allait par les lacs Ontario, Erié et des 

Hiu-ons, il y aurait au moins cent lieues de plus. Après le fort de Missillimakinac; 

5300—4 



50 ARCHIVES DE QUÉBEC 

en continuant de remonter le lac des Hurons on trouve le chenail du Détroit, par lequel 
le fleuve de St-Laurent se décharge dans le lac ; audessus de ce détroit est l'embou- 
chure du lac Supérieur qui a cinq cent lieues ou environ de circuit, au haut de ce lac, 
sur le bord du côté du Nord, se trouve le fort de Kaniinistigoyan, dont on a parlé au 
commencement de ce sommaire ; il a été construit comme on l'a dit en 1683. Les 
Sauvages du Nord y viennent traitter leurs pelleteries. 

Au dessus du lac Supérieur on trouve le chenail ou détroit par lequel le fleuve 
de St-Laurent vient s'y décharger et audessus de ce détroit l'embouchure du lac Alemi- 
pigon, qui est par 50 degrés, audessus de ce lac, on trouve pareillement le chenail ou 
détroit par lequel le fleuve de St-Laurent vient dans ce lac, et en haut de ce détroit, 
le lac des Assenipoils qui est par 52 degrés, duquel lac les Sauvages du nord prétendent 
que le fleuve de St-Laurent sort, quelques géographes le font venir de plus loin, ils placent 
aussi un lac qu'ils nomment des Cristinois entre le lac des Assenipoils, et le lac Alemi- 
pigon, mais il y a aparence qu'ils ont eu de mauvais mémoires, puisque les Sauvages 
qui habitent ces pays-là, parlent autrement, et placent le lac des Cristinois plus proche 
de la baye d'Hudson, au surplus tout le cours du fleuve St-Laurent audessus du lac Supé- 
rieur est jusqu'à présent très mal connu. 

DE LA BAYE D'HUDSON 

Cette baye court nord et sud, c'est-à-dire que le coté du large ou de la mer est au 
septentrion, et le fond de la baye au midy, elle s'étend depuis 52 degrés et 30 minutes 
jusqu'à 63 degrés latitude nord. On trouve dans la mer du nord proche des terres de 
Labrador, un détroit qui y conduit, dont l'entrée est par 62 degrés et quelques minutes. 
Les plus belles pelleteries se font aux environs de cette baye. 

Il y avait au fond de cette baye deux forts, l'un à gauche en allant au fond, nommé 
le fort Rupert, l'autre à droite nommé le fort St-Louis, ils étaient à 40 lieues ou environ 
l'un de l'autre, du côté et au dessus du fort St-Louis en avançant vers l'entrée de la 
baye, il y avait trois autres forts, sçavoir, le fort de Sainte-Anne, par 56 degrés, et celui 
de Bourbon à l'embouchure de la rivière du même nom, par 58 degrés de latitude nord, 
c'est sur cette rivière que les Français avaient leur principal établissement, lorsque cette 
baye a été cédée aux Anglais par le traitté de 1713 (l). 



(1) Nous donnons VElal prisent du Canada du sieur Boucault d'après une copie conservée aux Archives 
de la province de Québec. L'original de cet intéressant mémoire est la propriété de la Bibliothèque du 
Parlement, à Ottawa. 



ÉLOGE FUNÈBRE DE MGR DE LAVAL 



PAR 

M. DE Belmont 



Mgr de Laval décéda à Québec le 6 mai 1708. Le jour même 
de la sépulture du saint évêque, le 9 mai 1708, M. Glandelet, 
vicaire-général et doyen du chapitre de Québec, prononça la 
première oraison funèbre. Ce discours n'a pas été conservé. 

Le 4 juin 1708, trentième jour après l'inhumation de Mgr 
de Laval, une deuxième oraison funèbre fut prononcée dans 
l'église cathédrale de Québec par messire Jean Seré de la Colom- 
bière, vicaire-général du diocèse de Québec. Cette pièce d'élo- 
quence a été publiée, en 1845, par M. l'abbé Bois, dans son 
Esquisse de la vie et des travaux apostoliques de Mgr de Laval- 
Montmorency, premier évêque de Québec. 

En juin 1708, M. de Belmont, supérieur du séminaire Saint- 
Sulpice à Montréal, fit l'éloge de Mgr de Laval dans l'église 
Notre-Dame de la même ville. Nous donnons ici ce discours 
d'après l'original conservé à la Bibliothèque Nationale, à Paris ^*\ 

Le 23 mai 1878, avait lieu la translation des restes de Mgr 
de Laval à la cjiapelle du séminaire de Québec. Mgr Taschereau 
célébra ce jour-là dans la cathédrale de Québec un service solen- 
nel pour le repos de l'âme du premier évêque de Québec. Après 
le service, Mgr Antoine Racine, évêque de Sherbrooke, fit le 
panégyrique de Mgr de Laval. Cet éloge a été publié dans ime 
brochure intituléte Translation des restes de Mgr de Laval à la 
chapelle du séminaire de Québec: relation complète de tout ce qui 
s'est passé depuis l'exhumation des ossements de Mgr de Laval le 
19 septembre 1877 jusqu'à leur déposition au séminaire le 23 mai 
1878. 



(1) Nous devons la copie des Archives de la province de Québec à l'obKgeanœ de M. A.-G. Doughty, 
archiviste du Ccinada. 



52 ARCHIVES DE QUÉBEC 

ÉLOGE FUNÈBRE DE FEU MGR FRANÇOIS DE MONTMORENCY-LAVAL, 
PREMIER ET ANCIEN ÉVÊQUE DE QUÉBEC, PRONONCÉ A MONTRÉAL 
LE 1er juin 1808, PAR M. DE BELMONT, SUPÉRIEUR DU SEMI- 
NAIRE DE SAINT-SULPICE DE VILLE-MARIE ET L'UN 
DES VICAIRES GÉNÉRAUX DE CE DIOCÈSE 

Hic sunt viri misericordiae quorum pietates 
non defuerunt : hereditas sancta nepotes 
eorutn. 

Voici des hommes consacrés à la Miséricorde 
dont les charités ne manquèrent jamais, et 
dont les descendants sont une lignée toute 
sainte. Ecclésiastique, 54, 10-12. 

Je ne devrais pas. Messieurs, paraître dans une chaire uniquement consacrée au 
Saint Evangile, si je n'avais à parler que de la noblesse d'un illustre défunt. 

Je ne devrais point non plus interrompre les saints mystères de la mort du Sauveur, 
si je n'avais à faire entendre que les regrets de la Nouvelle France sur la mort de son 
véritable père. Quelque respectable que soit une maison peuplée de conestables, quel- 
qu'illustre que soit la famille des premiers barons chrétiens, quelque ancienne que soit 
lUie noblesse dont on ignore l'origine, comme selle du nil. Ce sujet est trop mondain 
pour occuper cette chaire. Le saint prélat de qui j'ai à parler desavoueroit im éloge 
si profane. 

Quelques justes que soient vos regrets, le sujet est trop naturel le temps, le lieux 
se doivent tous entiers à la sainteté, et d'ailleurs la sainteté de celui dont je parle m'ouvre 
un champ si vaste et m'offre une si riche matière que je ne dois pas le regarder par un 
autre endroit. C'est pourquoi l'unique sujet de ce discours sera la sainteté de feux 
Monseigneur l'illustrissime et reverandissime François de Montmorency 
de Laval premier et ancien évêque de Québec, fondateur et apôtre de l'église de Canada. 
Et si par hasard sa noblesse, et les rapports que nous avons avec sa charité paternelle 
entre dans ce discours, ce ne sera qu'à la faveur, et sous les auspices de la sainteté, 
et comme pour l'accompagner, on verra la sainteté dominer dans les trois parties de 
cette belle vie, dans sa vie cléricale, dans sa vie épiscopale et dans sa vie solitaire. 

A la vérité, en décrivant les commencements de sa vie cléricale II sera inévitable 
de parler de La grandeur de sa naissance mais ce ne sera que pour faire voir le mépris 
que la sainteté lui en a fait faire de la grandeur. En parlant de sa vie épiscopale le 
triste souvenir de ses bontéz nous arrachera peut-être quelques soupirs, mais sa sainteté 
le souffrira puisqu'elle est cause de sa tendresse pour nous. Mais enfin sa sainteté 
paraîtra toute pure en sa vie solitaire. C'est la sainteté qui a fait le caractère de sa 
vie, c'est celle qui l'a couronné d'une mort précieuse, et qui sera le sujet de votre attention. 

premier point 

Dieu qui a voulu qu'on honora les grands que sa Providence a mis en place, et qu'on 
vénéra en eux, le caractère, et l'Image de la Divinité, jjermet qu'un petit rejaillisemant 
de leur gloire dore superficiellement leur postérité et qu'on honore les anfants à cause 



ARCHIVES DE QUÉBEC 53 

de leur père. Ce n'est pas qu'on croie que les ancêtres puissent transmettre et faire 
passer avec Leur sang un mérite héréditaire à leur postérité. 

C'est seulement parcequ'on présume qu'ils répondront à l'Education et aux bons 
exemples qui sont les véritables canaux par où passe dans une âme bi.-n née la géné- 
rosité des sentiments et la noblesse des inclinations. 

Mais après tout quand un indigne successeur n'est orné que d'un mérite étranger, 
que comme la corneille de la fable il se pare uniquement de plumes empnmtées, tous, 
et Les poètes même se donnent la liberté de mépriser cette feneante noblesse. Nam 
genus et pro-avos, et quae non fecimus ip>si, vix Ea nostra voco, ce que nous n'avons 
pas fait bien peu a nous . . . 

Personne, ce semble, nést plus en droit de faire des leçons aux grands sur la noblesse 
que notre illustre défunt, et de leur représenter, que si la vertu a donné naissance à 
la noblesse dans son commencement elle en doit être l 'effet dans la suite, puisque la 
noblesse est ime obligation à la vertu ; si cette obligation, nést pas remplie, si cette 
dette nést pas payée, elle devient un reproche de la lâcheté, une honteuse contra- 
diction, et antitêse de la conduite et du devoir, un lieu éminent, où les défunts sont expo- 
sés à im plus grand jour, Gradus summus, animus Infimus, un rang élevé, et vm esprit 
bas, et ramport c'est à luy, dis je, plus qu'à personne qu'apartient de faire les sortes de 
leçons et à cause de l'élévation de sa noblesse, et à cause du bon usage qu'il en a fait, 
né dans une maison qui comptait déjà son Philippe Auguste ayeul de saint Louis, 
quatre conestable de France, qui en a donné deux ensviite et douze Maréchaux. Mais 
ou dont la généalogie mêle avec celle des Souverains forme une splandeur éblouissante, 
un glorieux embaras de grandeur, un labirinthe pompeux de dignités si inexplicable, 
que je n'ose l'entamer par respect. Il luy appartenait sans doute de parler de 
noblesse. 

L'usage qu'il a fait de la sienne lui donne encore plus le droit s'est-il endormi à 
l'ombre des lauriers de ses ancêtres dans une molle oisiveté, bien delà? Donné du ciel 
comme un beau présent du ciel à sa famille, il lui a plus rendu d'honneur, qu'il nen 
a receu, et on peut dire qu'il est plus glorieux aux connétables de l'avoir pour dessandant, 
qu'à lui d'avoir des connétables pour ancêtres. Il ne sest point entêté de la fumée 
de sa propre grandeur. Il en a fait un meilleur usage, Et quel? Il l'a méprisée. Il 
considéra sagement dèz ses plus jeunes années que ces épées formidables des conné- 
tables, ces bâtons glorieux de maréchaux, ont comme le verre, autant de fragilité que 
déclats, qu'ils viennent enfin se briser comme de la glace à l'éceuil du tombeau et que 
les armes de Montmorency que vous voyez, avaient déjà souvant servi de trophée 
au char de triomphe de la mort qui est le cercueil. 

Plein de ces nobles sentiments, appelé à une noblesse, et plus élevée, et plus vâi- 
table, qui est celle du clergé, Il immola les aiglons de Montmorency sur la croix de ses 
armes, c'est à dire il sacrifia au service de l'église son droit d'ainesse et ses espérances, 
et s'enrôlant dans la famille apostolique de Jésus-Christ il se fit une loi de ne parler plus 
de Montmorency et ime peine de L'entendre, Sola volens deinceps Christi patemitatc 
censeri. St. Ambroise. 



54 ARCHIVES DE QUÉBEC 

O Dieu Infiniment magnifique en vos reœmpences, infiniment fidèle en vos pro- 
messes ! Si comme vous l'avez promis vous donnez indubitablement au centuple à 
ceux qui quittent pour votre amour, leurs parents, et leur maison, dites nous à quoi 
doit se monter le centuple d'un sacrifice si grand, si précieux, enfin d'un Montmorency. 
Dites-nous par quelle faveur vous avez remplacé ce qu'il quittoit, par quel honneur 
vous l'avez dédommagé au centuple dans votre cœur céleste de ce qu'il pouvoit espérer 
an ce monde. 

Mais je m'emporte, je me trompe, et je ne m'apersois pas que je sors des véritables 
sentiments de notre saint jeune homme. 

Ah ! il savoit trop bien qu'un jour passé dans la maison du Seigneur, surpasse en 
plaisir, en honneur, et en toute sorte d'avantage les ciecles entiers passés au service 
du monde, ainsi il faudroit avoir veiî La ferveur de son entrée dans la cléricature avec 
quelle sensibilité il disait avec David J'ay choisi d'être abjet dans la maison de Dieu 
plutôt que d'habiter dans les Tabernacles des pécheurs. Il faudrait, dis-je, l'avoir oOî 
prononcer les saintes paroles de la profession cléricale. Seigneur, vous êtes la portion 
de mon héritage. C'est vous qui me randrez ce que je vous sacrifie. Heureuse jeunesse, 
qui a été ainsi prévenue des bénédictions de douceur, et dont l'inocence a été prévenue 
par une protection si particulière des éccueils de cet âge heureux les collèges et les direc- 
teurs qui ont formé ce disciple si parfait qu'il est seul l'éloge de ses maîtres. 

Que ne puije vous faire un journal si exact, une histoire complète de sa vie spiri- 
tuelle? Mais la vie des saints est toute cachée en Dieu, et écrite seulement aux fastes 
de L'Eternité. — Nous savons qu'il fut fait prêtre à l'âge de 24 ans et un jour que bientôt 
après II reçut Le grand archidiaconé d'Evreux, qu'il en remplit les fonctions pandant 
quelques années avec beaucoup d'exactitude,et de ferveur, qu'il se dépouilla de ce béné- 
fice an faveur du saint prêtre Monsieur de Bourbon, décédé depuis environ six ans et que 
choisissant un lieu de rétraite propre au dessin qu'il avait de vaquer uniquement à 
Dieu il demeura quatre ans au dan ce fameux Hermitage, cette Ecole de perfection 
où presidoit l'auteur Du Chrétien intérieur Monsieur de Bemières qui peut dire avoir 
fait deux livres, l'un imprimé et l'autre vivant à notre illustre prélat. Mais Dieu 
qui le destinait à la vie apostolique lui fit faire dans cette solitude son noviciat pour 
L'épiscopat en lui présantant quelque emploi qui lui donnere l'occasion de faire les 
fonctions apostoliques de la perfection cléricale, et des leçons de la perfection Eclé- 
siastique par ses exemples. 

Enfin déjà mur pour l'apostolat, voyant bien qu'il ne pouvait échapper à l'égliss 
et au St. Esprit qui l'avait destiné au gouvernement d'un diocèse, que fit-il? pour 
contenter son humilité, il chercha une Eglise la plus pauvre et la plus apostolique qui 
fut au monde, et n'en ayant point trouvée qui le fut assez à son gré pour être son Epouse, 
il s'en fit une expresse pour lui, et adoptant le Canada, il fit de son bien le patrimoine 
des pauvres de ce pays, et ses talents de la dignité épiscopale. C'est ce que nous 
allons voir. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 55 

SECOND POINT 

Si une pauvre étrangère, sans bien, sans beauté, sans mérite, doit une recximiois- 
sance immortelle à l'Epoux qui l'a choisie entre mille plus dignes qu'elle, et qu'il lui 
a donné tout ce quelle a jugé du tendre souvenir que l'église de Canada conservera 
toujours de son fondateur disons donc librement ce que c'étoit que l'église de la Nou- 
velle France quand notre saint prélat y aborda, Confessons ingenimient qu'elle n'avait 
d'autres biens que la fécondité des Croix, que s'était un pays d'exil, et le rebut du monde, 
climat que le soleil n'avait, ce semble, jamais de bon œil, que le Ciel en courroux avoit 
exposé à toutes les injures de l'air, enfin pays natal du fix)id de l'hiver et de la nudité. 
Disons à notre saint prélat avec les paroles de St Léon Ad hanc frementium bestiarum 
sylvam destinaberis. C'était à ces forêts immences d'animaux humains et d'âmes 
bestiales que vous étiez destiné par la Providence Disons au Canada avec le même F>ère 
Voilà, O Canada ! ton véritable père. Hic est pater tuus verus. Voilà ton apôtre 
et ton pr Evesques qui d'une retraite de Bestes farouches que tu étais t'a élevé à la 
dignité d'Evêché et à la qualité de diocèse, qui a changé tes forêts en paroisses, et 
les cabcmes d'écorces en églises, En effet qui est-ce qui le premier a tracé au clergé de 
France Le chemin de ce nouveau monde à travers ce vaste océan ? qui est L'évêque 
qui le premier fît en ces Indes occidentales ce que St Thomas a fait aux Orientales? 
N'est-ce pas notre saint prélat ? C'est lui qui montra à ces illustres missionnaires 
l'exemple de ne rien craindre, ni les vents, ni les pirates, ni l'attente des martyres Iroquois, 
ny les Incommodités domestiques de la pauvreté et du froid. Peuples? qui sentez 
à présent les biens de leurs instruction Et leur fatigues apostoliques, bénissez le Saint 
Evesque, bénissez l'eficace de son exemple, bénissez l'arivée du clergé en ce pays, et 
le beau present qu'il vous a fait, et, vous, saints missionnaires, qu'il s'est associé. Heredes, 
operis, successores sacerdotii, aemuli pietatis. Héritiers de l'ouvrage, successeurs de 
l'exemple que vous a donné votre premier amiral, votre génércd, votre capitaine, votre 
pilote. Le Séminaire de Québec fut son premier ouvrage, et son chef d'oeuvre En 
même temps. Ce monde nouveau Etoit comme en sa Création im chaos. Terra Inanis 
et vacua. Mais chaos couver des Ténèbres de l'Ignorance Tenebrae Erant Super 
fadem obissi que fit Dieu? Deux luminaires par les mains de notre saint prélat, im 
grand et un petit. Je veux dire le grand et le petit séminaire. Luminare majus. II 
forma le grand Séminaire, cette assemblée d'excellents ouvriers évangeliques, qui attirés 
par l'odeur de ses vertus compose un clergé un chapitre, que dije un sénat d'apôtres, 
source féconde de maîtres élevés de la vie eclésiastique de vigilents pastexirs, et curés 
des paroisses, de zélés missionnaires des sauvages, qui ont arrosé les terres barbares de 
leurs sueurs et de leur sang depuis la mer d'Acadie, jusqu'à celle de Mississipi d'im 
fleuve à l'autre A Mari usque ad Mare, a flumine usque ad (Terlimo) Terminos orbis 
terraru. 

Lviminare minus ce fut le F)etit séminaire pour l'éducation des enfants le serviteur 
fidèle entrant dans les Inclinations de son Divin Maistre voulut doner ses plus tendres 



56 ARCHIVES DE QUÉBEC 

soins à cultiver ces jeunes plantes soit pour les transplanter dans le jardin du clergé 
soit pour en faire de bons chefs de familles, afin qu'après avoir imité l'enfance de Jésus 
ils puissent copier la sainteté de saint Joseph dans le gouvernement D'un ménage. 

Tous ces ouvrages mériteraient un éloge à part, mais à quoi n'atil pas mis la main 
dans ce pays? quelles bonnes œuvres n'atil point exécuté. Inventés? congrégation, 
hôpitaux, paroisse, vous êtes son ouvrage. Il peut dire per Evangelium in Christo Ego 
vos genui. Mais avec quel zèle quel travaux, quelles persécutions quelles vertus, quelle 
patience? il faut voir. 

Pour les travaux à le voir aller à pied sur les neiges En raquettes, Chargé comme 
vm autre de sa couverte, couchant sur la paille devant le feu. Je me représente l'âge 
dor de la première Eglise, Il me semble de voir saint Paul dans les voyages, les périls, 
dans la faim et la soif, dans la solitude de toutes les Eglises, je retrace dans mon esprit 
ces saints dont il parle lui-même errants dans les solitudes dont le monde n'était pas 
digne. 

O clergé de l'ancienne france, illustres abbéz, savants docteurs qui lisez avec admi- 
ration dans l'histoire, comme saint Denis, votre premier apôtre, vint d'Athènes ou 
étoit le centre de la politesse dans les Gaules qui étoient le Canada de ce temps-là ; 
que ne venez vous voir un autre saint Denis de la Nouvelle France quittant Paris pour 
Québec et pour renouveler en nos jours des temps apostoliques. 

Quel zèle ne lui at-il point fallu pour guérir les maladies spirituelles d'un peuple 
ramassé pour résister aux surprises des loups scandaleux ? Il pourrait bien dire, qui est 
infirme qui est scandalisé sans que je le sente? Ce zèle lui a attiré des persécutions 
infimes, ces persécutions ont produit sa patience, et sa patience enfin l'estime de ses 
persécuteurs mêmes, la gloire et Les couronnes du Ciel. 

Faut il, chrétiens, que je n'aie pas le temps de vous faire faire d'utiles réflexions? 
C'est vous qui avez fait ses plus tendres soins, C'est vous aussi qui avez fait ses plus 
pésentes croix, vos vices, le luxe, la traite d'eau de vie, l'impureté, ont été ses plus 
cuisantes peines, souffrez cet amoureux reproche, qu'il vous fait par ma bouche, hélas ! 
fallait il donc que tant de peines et tant d'amour pour vous n'aient pu encore prodviire 
en vous le respect de la loi divine, la reconnaissance Envers l'Eglise Oui, Chrétiens, 
pour N'être pas Infini je me vois réduit à ne faire aucune réflexion morale, à ne dira 
que des faits, et même obligé de mettre dans une ligne des années Entières, de belles 
actions qui mériteroient chacune un éloge particulier. Que les années et les journées, 
sont pleines, une bonne oeuvre finit par le commencement d'ime autre, là il assiste un 
pauvre honteux, là il fournit aux besoins d'ime vertu chancelante sous le poids de la 
pauvreté, ici il assiste un malade de vivres, et de remèdes, et là aussitost après il pacifie 
un différend à ses frais, enfin sans nous amuser à de petits détails, il donne en ime seule 
fois dix mille écus d'aumônes. En estce pas assez là pour faire vm saint ? Sans doute 
c'est trop de matière pour tm court panégérique. 

Mais j'avoue quil faudrait une autre langue que la mienne pour vous décrire 
dignement la supériorité du génie ; l'étandue de la pénétration, la vivacité et la solidité 



ARCHIVES DE QUÉBEC 57 

de la sagesse dont il a eu besoin pourtant et si épineuses affaires ; sagesse qui ne sait 
Àamais afaiblie, mais qui L'a constamment accompagné jusqua la mort, Sapientia 
perseveravit mecum. Il faudrait un autre pinceau que le mien pour vous dépeindre 
L'agréable concert que faisait sur son visage un air de grandeur, et de qualité joint 
avec ime douceur accueillante, et une modestie sainte et evangelique. 

Les saints disent que Dieu pour faire honorer l'homme des autres créatures imprima 
sur sa face quatre traits de sa ressemblance, qui sont les quatre vertus cardinalles ; 
Il traça sur son front la majesté de sa face, sur ses joues la pudeur de la chasteté. Il 
mit dans ses beaux yeux le beau feu, et le brillant de la sagesse, et autour de sa bouche 
Les charmes de la beauté. 

Ne vous apercevez-vous pas. Messieurs, qu'en vous faisant le portrait des vertus 
du premier homme, jay fait sans y penser celui de feu Monseigneur le premier Evesque 
de Québec ? Vous Etes témoin si Je le flatte ; O habitants de Montréal, et si je ne craignais 
de vous attendrir, et moi-même avec vous, je vous ferais souvenir de ces années dernières. 
Il vous honora de sa visite, et ou vous reçûtes les derniers rayons de ce soleil couchant. 
Vous lavez vu le vénérable vieUIard avec sa majesté de pontife, avec le visage vermeil 
cette bouche toujours ouverte au caresse, et à la charité décore oré hians. Comme 
Matatias, vous lavez vu comme Onias, In ascensu attaris sancti, montant a lautel 
dans la magnificence des habits pontificaux Amictus sanctitate. Et cum Eo corona 
fratrum couronne dun cortège de lévite, donant Le St Esprit pertransiit benefadendo. 

Vous bénissiez tous celvii qui vint id au nom du seigneiu" vous luy souhaittiez 
Les anées des patriarches dies super dies régis adjides. Mais lui d'vme voix profetique 
comme im cigne mourant, ou plutôt comme saint Paul parlant à ceux de milet, Je sai, 
vous disait il, mes chères enfants, que vous ne verrez plus ma face vous tous chez qui 
j'ai porté le royaume de Dieu O parole afligeantes dans la bouche d'im prophète ! 
O nouvelle cruelle î II seleva une lamantation générale parmi ceux du milet quand 
saint Paul leur dit de semblables paroles, en les ambrassant, O clergé, O séminaire 
désolé tu est aussi à pleindre qu'elisé on vat ten lever ton Elie Suivons le dans la solitude 
pour hériter de son esprit. 

TROISIÈME POINT 

Il y a eu des contemplatifs spirituels qui ont dit que Dieu purifie quelques âmes 
choisies en ce monde, ou en lautre par trois sortes de purgatoires: purgatoire de ténèbres, 
purgatoire de feu, purgatoire de froid — Purgatoire de ténèbres, quand il les réduit ou 
à la vie cachée, ou à la nuit obscure dont parle St Jean de la Croix, Posuerunt me sicut 
in obscuris mortuos seculi, quorum non est memoria — purgatoire de feu, c'est la fournaise 
de tribulations. Tanquam aunim In fomace probavit Ex>s, purgatoire de froid, notre 
saint prélat a éprouvé dans le sens littéral ce purgatoire, d'autres l'éprouvent dans le 
sens mistyque par les sustractions des grâces sensibles, purgatoire de ténèbres. Je veux 



58 ARCHIVES DE QUÉBEC 

dire, Il consacra ses 23 dernières années à la vie hermétique solitaire et retirée pour 
honorer celle du Sauveur. C'est pour avoir le temps de sélever les mains en haut que 
ce moyse ce choisit un aaron pour ce démettre de la charge du sacerdoce, il sy resigna, 
et quoy?-...la Croix, il imita Saint Celestin,ou plutost saint Xistes, quand il dit a saint 
Laurens, Majora, Tibi debentur pro fide Christi Certamina, de plus grand combats 
vous attende pour la foi. C'est dans cette sainte solitude, et sur ce désert quil a exprimé 
parfaitement quatre mystères de la vie du Sauveur compris dans ce mot du symbole, 
Crucifixus, mortuus, sepultus, Resurexit, Crucifixus. Il a veu crucifier son viel homme 
par ses maladies, et ses continuelles infirmitez pouvant dire. Vêtus hoo noster Crucifixus 
est mihi Mundus Crucifixus, ex Ego mundo, Mortuus C'est a lui a qui ce pouvaient 
bien adresser ses paroles : Mortui Estis. Vous este morts, et votre vie Est Cachée 
en Dieu. 

Sepultus, Consepultus, Enseveliz en J. C. In àmilitudine mortis Ejus — Resurexit 
Il mena une vie ressuscitée, vie D'oraison, et de foy. 

Quse sursum sunt quaerens. Non quse super Terram, Contemplans non ce qui se 
voit mais ce qui ne ce voit pas. Il avait bien raison et vous en avez bien peu, âmes 
mondaines, qui ne pouvez garder la chambre votre maison, Votre ménage éternellement 
en visites inutiles. La solitude et le silence sont le rempart de l'innocence ubi pvirior 
aer, le ciel plus voisin, et Dieu plus familier, là on pêche moins, l'on est plus souvent 
consolé. C'est dans la solitude ou il parle des consolations. 

Mais serait-ce L'obscurité qui fera son unique purgatoire ? Non il faut que ses vertus 
paroissent au jour, et à la lumière, mais cette lumière sera aussi mortifiante que les 
ténèbres. Sicut Tenebrae Ejus Ista, et lumen Ejus. 

Deux incendies coup sur coup mettent en cendre l'ouvrage, le fruit des travaux de 
quarante ans. O que cela est triste, et douloureux ! que cela fait bien voir que les saints 
n'ont pas ici bas une demeure permanente ! Mais le saint prélat, et les grandes âmes 
qui sont auprès de lui avaient appris de saint paul que si leur maison temporelle se 
consomme, ils en ont une autre au Ciel incorruptible. On les voyait au milieux de cet 
incendie comme les enfans de la fournaise disant. Vous êtes Bénis le Dieu de nos pères. 

Mais ce qui éclate, et brille plus que l'incendie même fut la vertu, la résignation 
de notre saint prélat, voyant d'un œil gai et tranquille l'incendie de sa chapelle. Cette 
chapelle qui était le chef d'oeuvre du Nouveau Monde, et qui aurait pour tel dans 
L'ancien, il en fait lui-même le sacrifice holocauste, ou plutôt la dédicace, aussi 
il lui arrive comme à Salomon. Ceci dit ignis de cœlo, et devoravit haulocausta et 
victimas. Vous croyez peut-être que le feu sera le dernier purgatoire qui consumera 
cette précieuse victime. O que l'amour est ingénieux, le feu de la charité s'associe le 
froid de l'hiver, Le feu de l'amour divin s'empare du cœur et s'y consomme abandonnant 
le viel homme, Les membres éloignez en proie au froid, et à la gelée. 

Qu'arive-t-il ? attention, Messieurs ? Ouvrez vos oreilles, et les yeux de votre 
Esprit, voyez la mort qui vient, voici Le ciel qui s'ouvre pour en être le spectateur. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 59 

prenons les circonstances du lieu, de l'intention, du temps, et de la manière dont s'est 
passée cette dernière et mémorable action. 

Voilà notre saint prélat qui marche, ne dirions-nous pas plus juste, si nous disions, 
notre futur martyre ? et où vat-il à son dernier combat, quel est le champ de bataille ? 
C'est l'église. Quelle sont les armes orationes et lacrymas, Il veut mourir les armes à la 
main, quelle est son intention? Il veut donner Bon exemple au peuple, de l'assiduité 
qu'il doit à Léglise. Il en veut être le docteur, et l'enseigner à la mort comme a la vie. 
Mais En quel temps se passe cette grande journée ? Dans la semaine sainte. Il veut 
prendre part à la croix du Sauveur si compatimur et conregnabimus. La manière? 
Il se gelle le pied par la violence du froid de la saison. Il reçoit ime participation de 
la plaie du Sauveur, Ne dirait ton pas que c'es le crucifix qui l'a blessé lui-même, et 
qm lui a imprimé Les stigmates. O lieu de Leglise, O cause, et motif de l'édification 
du peuple ! O tems du vendredy saint ! O plaie du pied que vous êtes de glorieuses 
circonstances, et que vous donnez de relief à cette mort précieuse. 

Ne le suivons pas jusqu'au lit de sa douleur, nous nous attendririons trop. Con- 
tentons nous d'apprendre que la croix, et lui se firent un traitement bien différent. 
La croix le traitoit sincèrement, et lui, lui faisoit toutes les caresses inmiaginables. 
O Bona Crux, disoit-il, avec saint André, rendez moi a mon maitre, et ôtez moi du monde, 
il l'en pria tant, et si souvent qu'il fut exaucé laqueus Contritus est, et nos liberati 
sumus. 

Que reste til, chrétiens? Les saints n'ont pas besoin de nos froids commentaires 
sur levirs belles actions, mais c'est nous qui avons besoin de leur imitation, et de leur 
intercession. 

Si nous avons le soin d'aimer ce qu'il a aimé, la gloire de Dieu, haïr ce quil a bai, 
et combatre toute sa vie le péché. 

Craignez, prévaricateurs, qui avez fait sa peine pendant sa vie, qu'il ne vous con- 
damne au pays de la sainteté. 

Mais espérons plutôt que nous ayant aimé sur la terre, il nous aimera encore 
d'avantage au pays de la dilection véritable. Amen ! 



DÉCOUVERTE DE LA BAIE DES ESKIMAUX 



PAR 



Jean-Louis Fornel 

L'histoire de Jean-Louis Fornel n'est pas longue à écrire. 
Né à Québec le 20 août 1698, du mariage de Jean Fornel, négo- 
ciant, et de Anne-Thérèse Levasseur, il se mit lui aussi dans le 
commerce et ne tarda pas à acquérir une certaine aisance. 

Le 1er octobre 1736, Louis Bazil, négociant, de Québec, 
avait obtenu pour l'espace de neuf années le privilège exclusif 
de faire des établissements pour la pêche sédentaire du loup- 
marin à la baie des Châteaux, sur la côte du Labrador. Ce pri- 
vilège comprenait aussi la pêche et la traite avec les Sauvages 
dans toute l'étendue de sa concession. 

Pareille entreprise demandait des fonds considérables, et 
Bazil n'était pas riche. Le 3 mai 1737, Bazil forma une société 
avec Jean-Louis Fornel et François Havy pour exploiter son 
immense concession. La société devait commencer le 1er octobre 
1737 et se terminer à pareil jour de l'année 1744. Chacun des 
associés devait recevoir un tiers des profits de l'exploitation ^^\ 

MM. Fornel, Bazil et Havy ne restèrent pas longtemps en 
société. 

MM. Bazil et Havy, occupés par d'autres entreprises et 
qui craignaient peut-être de perdre leurs mises de fonds dans 
cette exploitation lointaine, abandonnèrent chacun leur part 
à M. Fornel et celui-ci continua seul cette entreprise hasardeuse. 

C'est dans l'été de 1743 que Jean-Louis Fornel fit la décou- 
verte de la baie des Esquimaux. On trouvera tous les rensei- 
gnements voulus sur cette découverte dans la relation écrite par 
Fornel lui-même. 

Fornel décéda à Québec le 30 mai 1745, à l'âge de 47 ans. 



(1) Acte de société devant Barolet. notaire à Québec, le 3 mai 1737. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 61 

Le 14 mai 1741, Louis Fornel s'était fait concéder par le 
gouverneur de Beauharnois et l'intendant Hocquart deux lieues 
trois quarts ou environ de terrain sur trois lieues de profondeur, 
derrière la seigneurie de Neuville (Pointe-aux-Trembles), appar- 
tenant à M. de Meloizes, borné sur le front par la ligne qui sépa- 
rait la seigneurie de Neuville des terres non concédées, au nord- 
est par la ligne de profondeur du fief de Saint- Augustin, prolongée 
au sud-ouest par une parallèle à la précédente, à prendre sur la 
ligne du fief de Belair aussi prolongée, et par derrière aux terres 
non concédées. 

Cette concession avait été faite à perpétuité, à titre de fief 
et seigneurie, avec haute, moyenne et basse justice, droit de 
pêche, de chasse et de traite avec les sauvages. Le sieur Fornel 
devait porter la foi et hommage au château Saint-Louis de Québec, 
conserver les bois de chêne propres à la construction des vais- 
seaux du roi, donner avis à Sa Majesté des mines, minières ou 
minéraux, tenir et faire tenir feu et lieu par ses tenanciers, etc, 
etc ''\ 

Cette concession fut confirmée par le roi le 27 avril 1742 '^\ 

Fornel donna à sa seigneurie le nom de Bourg-Louis. 

* 
* * 

La veuve Fornel continua les entreprises de son mari. Elle 
exploita pendant plusieurs années une poterie établie par Fornel. 

Le 20 septembre 1749, le gouverneur de la Jonquière et 
l'intendant Bigot concédaient à la veuve Fornel, pour le temps 
et espace de douze années, la baie des Esquimaux dite baie 
Saint-Louis découverte par son mari. L'acte de concession 
disait "avons concédé et concédons par ces présentes à la veuve 
Fornel la baie des Esquimaux dite baie Saint-Louis pour le temps 
et espace de 12 années à compter du présent jour à prendre 
depuis et compris le cap Saint-Gilles situé au nord de ladite baye 
en remontant au sud jusqu'à la rivière des Sables icelle comprise, 
ensemble la rivière Kessessakiou située au fond de ladite baye 



(1) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 202. 

(2) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 8. 



62 ARCHIVES DE QUÉBEC 

et qui s'y décharge jusque à la hauteur des terres avec les isles, 
islots qui se trouvent tant dans ladite baye Saint-Louis qu'au 
devant de l'étendue de terrain cy-dessus concédée." 

La veuve Fornel recevait par le même acte de concession le 
droit de faire un ou plusieurs établissements de pêche à loups- 
marins ainsi que la chasse et la traite avec les sauvages à l'exclu- 
sion de tous autres, et en outre la faculté d'y faire la pêche de 
la morue concurremment avec les bâtiments français. 

Cette concession fut ratifiée par le roi le 31 mai 1750 ^^\ 

* 

Marie-Anne Barbel, veuve Fornel, était une femme d'une 
intelligence peu ordinaire. Fille d'un notaire elle avait reçu 
une excellente instruction. Pendant les longues absences de son 
mari qui passait toutes les saisons de navigation à la côte du 
Labrador, elle surveillait ses affaires à Québec. Elle s'était 
ainsi initiée petit à petit aux affaires de commerce. 

En 1749, elle proposait à l'intendant Bigot de prendre la 
régie de la ferme de Tadoussac, s'offrant de payer 7,000 livres 
par année pour ce privilège. 

Le bail de la ferme de Tadoussac était détenu depuis 1737 
par François- Etienne Cugnet qui payait 4,500 livres par année 
au Roi. Mais M. Cugnet avait tant de fers au feu qu'il rendait 
compte très irrégulièrement et négligeait de payer ses fournis- 
seurs et créanciers, ce qui était une cause d'ennui pour l'intendant. 

L'intendant Bigot trouva la proposition de la veuve Fornel 
si avantageuse pour le Roi que, le 9 septembre 1749, il lui accor- 
dait le bail de la ferme de Tadoussac pour six années. 

La veuve Fornel avait pendant ces six années le privilège 
exclusif de la traite, pêche, chasse et commerce dans toute l'éten- 
due des côtes, rivières, terres et pays réservés pour le Domaine 
du Roi vulgairement appelé la traite de Tadoussac y compris la 
terre et seigneurie de la Malbaie. 

Elle devait payer chaque année, au mois d'octobre, entre 
les mains du trésorier de la marine, une somme de 7,000 livres. 



(1) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 9. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 63 

Madame Fornel devait se charger des prêts faits aux Sau- 
vages dans les différents postes de la traite de Tadoussac ; elle 
devait également pourvoir à la conservation et à l'entretien 
des ustensiles, meubles, bestiaux, maisons, etc, etc. Elle s'en- 
gageait aussi à rembourser au sieur Cugnet le prix des marchan- 
dises lui appartenant dans la dite traite lors de sa prise de posses- 



sion 



U) 



Le 25 septembre 1749, l'intendant Bigot informait le minis- 
tre de l'excellent marché qu'il venait de conclure avec la veuve 
Fornel. 

Mais le ministre désapprouva absolument l'intendant Bigot 
d'avoir donné sans adjudication la ferme de Tadoussac à la 
veuve Fornel et il lui ordonna de résilier le bail qu'il lui en avait 
accordé. Il revint cependant sur sa décision et la veuve Fornel 
conserva le bail de la ferme de Tadoussac jusqu'à la fin du 
régime français et même pendant quelques années sous le régime 
anglais. 

RELATION DE LA DÉCOUVERTE QU'A FAITE LE SIEUR LOUIS FORNEL 
EN 1743 DE LA BAIE DES ESKIMAUX NOMMÉE PAR LES SAU- 
VAGES KESSESSAKIOU 

La relation que j'entreprends de la découverte que j'ay fait de la baye des Eskimaux, 
n'est point un journal de pilote, ou les routes, rhumbs de vent, et, hauteurs soyent 
observés ; comme notre navigation ne doit être que d'ime terre à ime autre, afin d'être 
plus sur de rencontrer la de baye qui nous auroit peut être échapée en prenant le grand 
large c'est pourquoy j'ay crû qu'une simple description de mon voyage jointe à une 
carte dressée suivant les observations de nos pilotes costiers sufiSroit pour donner à la 
Cour une connoissance exacte de cette coste des Eskimaux où personne jusqu'à ce jour 
n'a osé pénétrer le long des terres par la crainte de ces barbares. 

16 mai 1743 — Je suis parti de Québec avec le passeport et une commission de 
M. le gouverneur-général pour la découverte de la de baye des Eskimaux en qualité 
de passager sur le brigantin L'Expérience avec le Sr Charles LeCour et son fils, mes deux 
chefs de route, et avec tout im équipage complet destiné pour ladite découverte, dans 
le dessein d'affréter im bâtiment au petit nord, n'ayant pu obtenir la permission de faire 



(1) Bail de la ferme de Tadoussac fait au nom du Roi par Mgr l'intendant à Marie-Anne BarM, 
veuve Fornel, acte de Lanoullier des Granges, notaire à Québec, le 9 septembre 1749. 



64 ARCHIVES DE QUÉBEC 

sortir un bâtiment à cause de la disette des vivres : et sur le dt brigantin, j'ay embarqué 
quatre pièces de canon, quarante fusils, des pistolets, sabres, haches d'armes et autres 
munitions de guerre pour me rendre à la baye des Châteaux, suivant la destination du 
d. brigantin dans lequel voyage nous avons été contrariés par les vents du nord-est 
forcés, et sur le point de périr plusieurs fois par les glaces qui nous ont obligé de ranger 
la terre du nord ne pouvant pas tenir le large. Cependant à la faveur d'un éclairci qui 
s'est fait entre les glaces nous sommes entrés dans l'Ance à Loup le 19e juin. Sur le 
champ j'ay envoyé un canot à St-Modet pour inviter le Sr Chauveau, maître de pesche, 
de venir en personne pour chercher des effets que j 'a vois à luy remettre. A son arrivée 
luy ayant demandé pour faire xme découverte la goélette La Marie-Anne, dans laquelle 
j'ay un interest, il me dit que j 'en étois le maître et que je pouvois en disposer, cependant 
qu'il falloit attendre les grandes marées par ce que le bâtiment étoit tout à fait à haute 
mer, me voyant déchu de mes espérances de ce costé là j'ay pris le parti de louer une 
grande chaloupe pescheuse, et d'envoyer en diligence au Tierpon situé dans le nord 
de Plaisance le Sr LeCour, mon pilote et maître de route, pour y affréter un bâtiment. 

20 juin 1743 — Ensuite nous avons continué notre route vers la baye des Châ- 
teaux, et avant d'y arriver nous avons essuyé un coup de mauvais tems avec de la brume, 
en sorte que pour éviter le danger, et nous tirer de la coste il nous a fallu laisser un ancre, 
et un cable : ne sachant que devenir à la veue du danger qui nous menaçoit, et qui nous 
paroissoit inévitable dans cette extrémité, nous avons eu recours à Dieu et nous avons 
fait im veu que nous devons accomplir si tôst notre retour à Québec. Peu de tems après 
notre vœu fait, les vents ont changé, et la brume a tombé, ce qui nous a donné lieu 
d'entrer enfin dans la de baye des Châteaux, où nous sommes arrivés le dimanche, vingt- 
trois juin, après trente-huit jours de traversée. 

Et depuis le dt jour 23e juin jusqu'au premier juillet j'ay resté au dt lieu de la baye 
des Châteaux, où j'ay vu les préparatifs de la pesche qui n'a pas réussi par ce que le 
loup-marin étoit desjà passé, et que nous étions arrivé trop tard, 

2 juillet 1743 — Le d. Sr LeCoiu" est arrivé à la baye des Châteaux avec la goélette 
de M. de Lafontaine qu'il avoit trouvé au Tierpon, en échange de laquelle il auroit cédé 
outre le prix du louage une chaloupe biscayne pour faire la pesche. La de goélette 
n'auroit été cédée que pour vingt-deux jours seulement au d. Sr Le Cour qui se seroit 
obligé en mon lieu et place en vertu du pouvoir que je luy en aurois donné de payer dix 
écus par chaque jour de retardement de la de goélette après les vingt deux jours expirés. 

3 juillet 1743 — Après avoir fait donc embarquer sur la de goélette les vivres, mimi- 
tions de guerre et autres effets qui m'étoient nécessaires nous avons fait voile sur les 
sept heures du matin vers la baye des Eskimaux, mais étant contrariés par les vents 
nous avons mouillé au poste du Sr Marsal entre les isles et les terres du Cap Charles, 
lequel poste distant environ de six à sept lieues de la baye des Châteaux est le dernier pos- 
te établi dans la Coste de Labrador. Le dt Sr Marsal est aussy-tost venu à notre bord 
pour nous inviter de descendre à son habitation, nous disant qu'il ne nous conseilloit pas 



ARCHIVES DE QUÉBEC 65 

d'aller plus loin à cause de la brume, des vents contraires, et du danger qu'il y avoit de 
passer outre. 

4 juillet 1743 — Nous avons levé l'ancre sur les trois heures du matin pour profiter 
du vent du sud-ouest, mais une brume épaisse qui s'est élevé tout d'un coup nous a fait 
prendre le parti d'aller chercher notre premier mouillage ou nous sommes arrivé à huit 
heures du matin. Sur les onze heures le tems étant devenu clair nous avons poursuivi 
notre route, et sur le midy nous nous sommes trouvé par le travers du Cap Charles. Apres 
avoir fait cinq à six lieues depuis le dt cap nous avons vu l'ouverture de la baye St. Alexis 
qui nous a paru être d'environ trois lieues de large, et de cinq lieues de profondeur avec 
quelques isles et îlots au dedans : La de baye au nord est fermée par un cap escarpé qui 
commence une chaîne de caps et de montagnes très hautes le long de la mer. Et faisant 
route au nord quart nord-ouest nous avons fait environ cinq à six lieues de chemin le 
long de la coste des Eskimaux laquelle est de rochers fort hauts, et escarpés sans aucun 
bois au pied desquels rochers il y a grand fond et sur les sept heures du soir nous avons 
découvert un cap fort haut escarpé que nous avons nommé Cap jjercé povu" y avoir reconnu 
au pied une ouverture qui forme un chemin couvert dans le cap au dessus du niveau de 
l'eau en façon de route lequel chemin ccMnmunique à ime baye dans laquelle nous sommes 
entrée pour y chercher mouillage environ une lieue et demi dans la de baye laquelle f)eut 
être d'une lieue de large dans son entrée sur deux lieues de profondeur, et plus de gros 
vaisseaux y peuvent entrer facilement pour y trouver havre. Nous avons nommé cette 
baye du nom de baye des Meniques, pour y avoir vu une quantité de grois poissons d'en- 
viron seize pieds de long que les pescheurs af>elent meniques, lequel poisson porte un dard 
sur le dos d'environ cinq pieds de long. Il fait la guerre au loup-mzuin, et le fait fuir le 
long de terre, ce qui donne lieu à la pesche sédentaire du loupnmarin, lequel passeroit 
dans le large s'il n'étoit poursuivi par la menique. Au nord et au sud de la de baye il y a 
des isles et îlots le long de la terre. Et nous avons mouillé entre les dte isles et terre à 
vingt brasses d'eau l'on a ensviite mis la chaloupe à l'eau et plusieurs de notre équipage 
sont descendus sur ime isle escarpée au haut de laquelle ils ont allmné du feu avec de la 
tourbe, ayant ensuite aperçus six canots eskimaux avec trois chaloupes qui approchoient 
sur le champ nos gens se sont embarqués dans la chaloupe et sont venus à bord nous criant 
de loin de lever l'ancre et d'aller mouiller dans le large afin d'être plus éloigné de terre et 
hors de la portée des flèches des Eskimaux : de sorte qu'après avoir changé de mouillage 
nous avons ensuite disposé notre artUlerie, et préparé nos armes afin d'être toujours sur la 
deflfensive au cas d'attaque, et afin de n'être pas surpris pendant la nuiL Les dts 
E^skimaux n'osant venir nous aborder ont mis pied à terre dans une isle voisine, où ils 
faisaient des cris levant lexirs avirons en haut, et disant en patois tout camara troquo 
balena, non characo, ce qui signifie point de guerre. Je suis ton camarade, troquons de 
la baleine et ayant à notre bord pris le porte-voLx pour leur répondre dans les mesmes 
termes, trois Eskimaux se sont rembarques dans leurs canots et sont venus à notre bcM^, 
5300—5 



66 ARCHIVES DE QUÉBEC 

ou ils nous ont fait beaucoup de caresses. J'ay fait la remarque que la veue de notre 
petite artillerie et des nos armes les intimidoit jusqu'à trembler de tout leur corps par la 
peur qu'ils en avoient. Et jusqu'à saigner du nez naturellement sans se donner aucun 
coup, ce qui m'a paru fort singulier. Je leur ay fait quelques présens dont ils ont paru 
flattés, et en retour ils m'ont donné quelques barbes de baleine, avec de leurs habille- 
mens de loup marin qui ne sont d'aucun prix, et que j'ay acepté seulement pour ne pas 
pziroistre rebuter leurs presens après quoy ils ont descendus dans leurs canots, comme ils 
s'éloignoient du bord je leur ay fait tirer quelques coups de fusil, ce qui auroit paru les 
allarmer, et leur auroit fait faire des cris comme pour nous demander grâce. 

5 juillet 1743 — Après être sorti de la baye des Meniques nous aurions fait environ 
sept lieues de caps le long de la de Coste des Eskimaux. Ensuite les vents contraires 
s'etant déclaré nous aurions été contraints de chercher havre dans une autre baye d'en- 
viron un lieue de large dans son entrée sur plusieurs lieues de profondeur, dans laquelle 
baye de gros navires peuvent havrer à l'abri de tous les vents ; au nord et au sud de la- 
quelle baye il y a des isles et ilôts avant de mouilUer les vents setant rangés à l'est nous 
avons essayé de courir la bordée pour sortir de la de baye, et en mesme tems que les vents 
nous refusoient, nous aurions aperçus neuf canots eskimaux, et une chaloupe où il ne 
nous a paru que des femmes et des enfants pour la manoeuvrer : de crainte de surprise 
nous aurions préparé nos armes neuf canots eskimaux ayant gagné le bord, l'un d'entre 
eux nous auroit fait entendre qu'il se nommoit le capitaine Hapé, lequel voyant que nous 
ne pouvions sortir de la baye à cause des vents contraires, s'offrit de nous montrer vm 
mouillage pour cela s'etant mis dans son canot, et ayant marché devant nous pour nous 
montrer la route, il nous auroit conduit dans le fond de la baye pour nous montrer le 
mouillage où nous aurions resté jusqu'au lendemain. Ensuite le capitaine Hapé étant 
monté à bord pour rejoindre les siens, en reconnoissance du bon service qu'il nous auroit 
rendu, je luy auroit fait quelques presens et aux autres sauvages de sa troupe, qui nous 
ont témoigné bien de l'amitié, et nous ont donné quelques barbes de baleine, nous avons 
nommé la baye d'Hapé du nom de ce capitaine Eskimaux. 

6 juillet 1743 — Les vents étant de la part du sud-ouest nous avons apareillé sur les 
quatre heures du matin. Comme nous étions à la voile on a vu trois chaloupes d'Eski- 
maux avec quelques canots de ces barbares dont il n'y a eu qu'un seul canot qui ait pu le 
bord, les autres n'ayant pu nous joindre ayant fait connoitre à cet Eskimaux notre route, 
il s'est offert de nous conduire, pour cet effet ayant pris le gouvernail, il nous a piloté fort 
bien pendant plus de deux heures au sortir de la baye d'Hapé, et il nous a ainsy conduit 
pendant quatre lieues de caps escarpés jusqu'à l'entrée d'une autre baye qui a une lieue 
d'ouverture à son entrée et plusieurs lieues de profondeur, dans laquelle baye il nous 
auroit fait entendre que I^ capitaine Araby etoit mouillé, et que c'estoit là ou demeuroit 
le capitaine Amargo. autre chef des Eskimaux, ce qui nous auroit fait porter son nom à 
cette baye. Le dt Eskimaux, notre pilote, seroit retourné à terre, et nous auroit aban- 
donné voyant que nous ne voulions pas entrer jusqu'au fond de la baye où il vouloit nous 



ARCHIVES DE QUÉBEC 67 

conduire. Au mesme tems nous aurions reconnu le bâtiment du dt Araby qui faisoit 
voile pour sortir de la baye, et l'ayant attendu pour luy parler, il nous auroit dit que 
dans la nuit il seroit venu à son bord neuf canots eskimaux, et qu'il auroit vu vingt-deux 
chaloupes mais que le grand nombre de ces barbares l 'auroit empesché de traiter : ce qui 
est contraire à ce que nous auroit fait entendre l 'Eskimaux, notre pilote, en disant que Le 
capitaine Araby avoit traité de la baleine avec le capitaine Amargo. Le dt Araby auroit 
ajouté que dans cette baye étoit la troupe d'Amargo, capitaine Eskimaux, que ces bar- 
bares étoient en grand nombre, et qu'il ne nous conseilloit pas d'aler plus loin, vu que 
nous trouverions à qui pîirler Le Long de la coste à quoy je luy aurois fait réponse que 
nous avions des armes pour nous deffendre. Comme le dt bâtiment en société apparte- 
nant aux Srs Martel de Brouague et Desaunier, négotiant de Québec, aprochoit de nous, 
nous aurions reconnu un prestre Recolet parti de Québec avec le Sr Desaunier commis à 
la baye Philipeaux poxir les dts Srs Brouague et Desaunier, son frère. Ensuite ayant 
demandé au dt Araby ce qu'il auroit fait des Sauvages qu'on savoit qu'il avoit embarqué 
pou luy servir de guide, il auroit répondu que la peur des Eskimaux leur auroit fait pren- 
dre la fuite, après nous être séparé ayant voulu observer la route qu'il tenoit nous l'au- 
rions vu s'en retourner du costé de Bel-Isle n'osant pas sans doute aler plus loin faute 
de passeport qu'il n'auroit obtenu que pour la baye de Philipeaux. 

Notre équipage intimidé de ce que nous auroit dit le dt Araby se seroit révolté disant 
qu'on les mesnoit à la boucherie, et qu'ils vouloient s'en retourner. Après leur avoir 
remontré avec Le capitaine que notre vie nous etoit aussy chère que la Leur, Et que le dt 
Araby n'auroit tenu ce langage que dans la seule veuë de les décourager, et de faire 
échouer cette découverte, je les ay menacé Leur disant que j'allois faire mettre à terre 
les poltrons pour ne garder que les gens de bonne volonté. Ce qui parut d'abord Les 
intimider et les calmer ; cependant comme ils persistoient dans leur révolte, je les axirois 
menacé de dresser avec Le capitaine un procès-verbal contre eux, leur déclarant qu'ils 
perdroient leurs gages, et qu'ils seroient puni sur la plainte que je porterois contre eux 
ce qui auroit achevé de les calmer. Ensuite ayant mis le cap en route, nous sommes 
sorti de la baye d'Amargo, et après avoir fait quatre à cinq lieues de caF>s, nous avons vu 
à vine heure après midy de la fumée dans tme autre baye, dont l'entrée n'a qu'une demie 
lieue Et laquelle en dedans s'élargit de plus en plus, et peut avoir deux lieues de profon- 
deur avec des isles, et îlots, et grande eau par toute son entrée. Etant entré dans la dte 
baye nous avons tiré quelques coups de fusil, et notre surprise a été de voir qu'on nous 
repondroit à terre par d'autres coups de fusil, ce qui nous auroit fait comprendre que 
c'étoient d'autres Sauvages que des Eskimaux, parce que ces derniers n'ont pas l'usage 
des armes à feu, nous aurions mis le cap sur la fumée, et les vents contraires nous auroient 
obligé de mouiller entre les isles et terre à dix brasses d'eau. Après avoir de nouveau 
fait tirer d'autres coups de fusil ausquels on nous auroit repondu, sur les huit heures du 
soir, il seroit venu à notre bord des Sauvages lesquels nous auroient dit avoir été embar- 
qués sur le bâtiment d 'Araby. Comme plusieurs de ces Sauvages partaient françois, je 



68 ARCHIVES DE QUÉBEC 

leur aurois demandé pourquoy ils etoient restés, à quoy ils m'auroient repondu qu'ils 
dévoient conduire le dt Araby jusqu'à la baye Kessessakiou, mais que le dt Araby ayant 
eu peur des Eskimaux, il les avoit laissé, et qu'il s'en retoumoit. Leur ayant ensuite 
demandé s'ils connoissoient la de baye, ils m'auroient repondu que ouy, et que si je vou- 
lois les embarquer avec leurs femmes, et Leurs enfants, ils nous montreroient la route. Et 
nous y conduiraient, à quoi j'aurais consenti. Et pour avoir rencontré des Sauvages en 
ce lieu, nous lui aurions donné le nom da baie des Sauvages. 

7 juillet 1743 — Sur les quatre heures de relevée les vents s'etant rangés de la part 
du sud, et sud, sud-ouest, nous aurions appareillé pour sortir de la de baye des Sauvages, 
et en passant devant l'endroit où etoient cabanes Les Sauvages on levu* a tiré quelques 
coups de fusil pour les faire venir à bord, où ils seroient venus avec armes et bagages, 
femmes et enfants, après avoir fait environ deux lieues de chemin le Long de la coste 
des Eskimaux qui court nord et sud depuis la baye St-Alexis, nous serions entrés dans 
une chaîne d'isles et îlots très hauts, et escarpés qu'on voit jusqu'à huit, et dix lieues dans 
le large, et après fait route au milieu des dtes isles jusqu'à dix heures du soir, nous aurions 
mouillé dans les dtes isles que nous avons apelé Isles des Eskimaux, ou Mille Isles. Il y a 
quantité de gibier, et ce que nous aurions remarqué dans ces isles, c'est un grand nombre 
de monceaux de pierre en forme humaine, qui sont l'ouvrage des Eskimaux qui rôdent 
toujours dans ces isles ou qui y font leur résidence. 

8 juillet 1743 — Les vents au sud ouest, et le cap au nord-ouest quart de nord nous 
avons levé l'ancre à trois heures du matin, et sur les huit heures nous avons découvert 
dans la profondeur des terres en une distance très éloignée une grosse montagne et très 
haute que Les Sauvages nous ont dit estre celle de Kessessakiou. Sur le midy un gros 
vent du nord s'etant élevé avec de la pluye et de la brume, il nous a fallu encore mouiller 
dans les dtes Mille Isles. 

9 juillet 1743 — Les vents s'etant rangés au sud-est quart de sud sur les deux heures 
de relevé nous avons continué route pour sortir des dtes Milles Isles, dont l'étendue nous a 
paru sstre d'environ vingt cinq lieues de route très difficile, d'où nous ne sommes sortis 
que par le secours de nos Sauvages, et nous sommes entrés dans l'ance de la rivière au 
Sable, ainsy nommé par les Sauvages à cause de la quantité de sable qu'il y a : au fon 
de laquelle ance est une rivière du mesme nom dont nous avons entendu en passant le 
bruit de la chute. Cette rivière, suivant le raport des Sauvages, est poissonneuse et 
abondante en saumons. Depuis cette rivière le terrain est bas et couvert de bois de sapin 
et autres bois gommeux, en allant au nord le tour de l'ance est rempli d'un grand nombre 
d'isles qui sont le long de la terre, ce qui forme cette ance qu'on pourroit nommer baye 
est une presqu'isle du costé du sud, laquelle avance beaucoup dans le large, et joint par 
l'autre bout à la terre ferme. C'est par cette pointe que les Eskimaux font le portage 
de leurs canots. Cette presqu'isle fait une pointe avancée dans le large laquelle est fort 
difficile à doubler. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 69 

10 juillet 1743 — Quoy que les vents soyent de prés nous aurions néanmoins marché 
en route, et sur les onze heures nous aurions aperçu devant nous ime pointe dans le large 
que les Sauvages nous ont dit former l'entrée de La baye des Eskimaux que les Sauvages 
nomment Kessessakiou, après avoir passé L'ance de la rivière aux Sables dont nos pilotes 
ont estimé la longueur d'environ vingt lieues, sur les deux heures après midy nous aurions 
doublé la de pointe dont les terres sont basses et nous serions entré dans la de baye des 
Eskimaux. dont l'embouchure d'une pointe à l'autre nous a paru estre d'environ douze 
lieues de large laquelle baye retracit dans la sviite a huit et neuf lieues et va en diminiiant 
peu à peu. au large de laquelle pointe d'entrée au sud sont deux isles très hautes, l'une 
grande, l'autre médiocre, après avoir examiné l'embouchure de la de baye cy devant 
nommée des Eskimaux et par les Sauvages Kessessakiou, nous luy avons donné le nom 
de baye St. Louis : et nous avons nommé St-Frédéric les deux grandes isles d'entrée. Nous 
avons apelé pointe de Beauhamois celle qui forme au sud l'entrée de la de baye dont 
l'autre pwinte du costé du nord a été nommé pointe de St-Gilles. Ensuite nous avons 
fait route pour entrer dans la de baye, qui court dans les terres ouest-nord-ouest, au sud 
de laquelle à quelque distance de terre nous avons trouvé douze et quinze brasses d'eau 
ainsy cette baye peut estre utile pour donner havre à de très gros vaisseaux. Nous som- 
mes entrés dix lieues avant dans cette baye à la faveur des vents de sud-est quart d'est 
et sur les dix heures du soir qui est l'heure à laquelle le soleil se couche, les vents s'etant 
jettes au nord-nord-ouest il nous a fallu mouiller à six brasses d'eau entre Les isles, et 
terre au nord et au sud de la de baye depuis son entrée il y a des iles et îlots le long de la 
terre qui continue d'être boisée à l'égard de la latitude n'ayant point de pilote pour pren- 
dre hautetir nous ne la pouvons pas donner juste. Suivant le coucher du soleil qui est 
à dix heures du soir au commencement de juillet, l'on estime que cette baye doit être 
par les 55 et 56 degrés latitude nord. Les Sauvages que j'ay emmené nous ont dit qu'il 
entra il y a deux ans dans cette baye deux gros navires anglois ce ne peut être que les deux 
vaisseaux anglois qui vont tous les ans à la baye d'Hudson. Les mesmes Sauvages nous 
ont assuré qu'au nord de la pointe St-Gilles. sans pouvoir nous en marquer la distance, 
étoit le grand village des Eskimaux qu'ils disent être en grand nombre à l'embouchure de 
la rivière Blanche, qu'ils disent être un bras de celle de Kessessakiou que nous nommons 
rivière St-Louis du nom de la baye ou elle se décharge, et ils assurent que cette mesme 
rivière St-Louis a xme autre branche à la hauteur des terres qui va tomber dans la baye 
d'Hudson par laquelle les Sauvages descendent en caimt potir aller traiter avec 
les Anglois. 

11 juillet 1743 — Etant resté tout le jour moviillé à cause des vents contraires nous 
serions descendu à terre ; et sur ime éminence nous aurions planté deux grandes croix 
aux pieds desquelles étant à genoux nous aurions chanté plusieurs cantiques et hymnes 
en action de grâces de notre heureuse arrivée et au mesme lieu nous aurions arboré le 
pavillon françois en criant à diverses reprises Vive le Roy pour marquer de la prise de 
possession que nous faisions au nom du Roy, et de la nation française d'une terre qui n'au- 



70 ARCHIVES DE QUÉBEC 

roit encore jamais été habitée par aucune nation, et dont nous sommes les premiers qui en 
prenons possession. 

12 juillet 1743 — J'aurois souhaité n'ayant plus aucun danger à essuyer pénétrer 
jusqu'au fond de la baye St-Louis afin d'être en état d'en rendre compte, et de voir la 
décharge de la rivière St-Louis, mais comme le temps nous pressoit de nous en retourner 
nous voyant d'ailleurs contrariés par les vents, j'aurois proposé au nommé Pilote, et à son 
fils de rester avec les Sauvages dont il entend la langue, et avec lesquels il est acouttmié 
d'hyvemer dans les bois pour aller reconoitre le fond de la de baye St-Louis, comme aussy 
pour aller découvrir les deux bras de la de rivière St-Louis, l'un qui va à la baie d'Hudson, 
et l'autre au grand village des Eskimaux suivant le raport des Sauvages qui ne mettent 
que douze lieues de distance de la pointe St-Gilles. Etant convenu avec le dt Pilote et 
son fils d'une somme pour leur hyvemement je leur aurois fourni un canot d'écorce, des 
vivres, des armes, des munitions de guerre, de chasse, et autres effets nécessaires. Les 
Sauvages au nombre de cinq à six familles ayant consenti de rester avec le dt Pilote je 
leur aurois fait les mesmes fournitures, et leur aurois donné en présent des habillemens, 
des couvertures et autres effets tant pour la chasse que pour la pesche. En quittant le 
dt Pilote et son fils je leur aurois recommandé de ne pas s'exposer le long de la mer à 
cause des Eskimaux, et je leur aurois promis sous le bon plaisir de M. Le gouverneur 
général et de M. l'intendant de leur envoyer du secours dès cet automne. 

Ensuite nous étant rembarques nous aurions fait voile le dt jour douze juillet à une 
heure après midy pour nous en retourner au détroit de Bel-Isle. Les vents s'étant ran- 
gés à l'est nous aurions courru bord sur bord pour sortir de La de baye St-Louis. Comme 
les courans nous jettoient en coste nous aurions touché deux fois en dedans de la pointe 
Beauhamois, d'où nous nous serions heureusement relevé par le moyen d'un ancre porté 
au large. Et sur les dix heures du soir nous aurions mouillé à la pointe de Beauhamois 
entre les isles et terre. 

13 juillet 1743 — A sept heures du matin nous avons levé l'ancre et à la faveur des 
vents de nord nous avons dépassé la pointe Beauhamois. Et après avoir heureusement 
traversé la grande ance de la rivière au Sable avec les vents de nord-ouest malgré la brume 
et la pluye, après avoir doublé La pointe de La Presqu'île nous sommes entrés dans les 
Mille Isles à minuit, les vents étant contraires nous avons jette l'ancre. 

14 juillet 1743 — Nous avons mis à la voile avec Les vents de sud-ouest, et ouest- 
sud-ouest, et après avoir courru plusieurs bords avec les vents qui ont été variables à 
midy ayant les vents debout nous avons mouillé dans les dtes isles à huit brasses d'eau. 
Le reste du jour nous avons eu de la pluye et du calme toute la nuit. 

15 juillet 1743 — Nous avons apareillé avec Les vents au sud-ouest, nous avons fait 
plusieurs bordées dans les dites isles, enfin nous avons jette l'ancre à midy. Une heure 
après les vents au nord-ouest nous avons continué route, et nous sommes sortis des Mille- 
Isles. Les vents ayant changé nous avons soutenu dans le large le calme nous a pris qui 
a duré toute la nuit, ce qui nous a empesché de pouvoir entrer dans aucun havre : Le 
rouli a été fort gros, nous appréhendions de démâter. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 71 

16 juillet 1743 — Les vents de nord, et nord-est nous mettant en route nous avons 
passé trois bayes le long des caps. Les vents de sud et de sud-est nous ont obligé de 
ranger la terre pour y chercher un havre, et à la faveur du vent de sud nous sommes 
entrés dans la baye des Meniques et en y entrant nous avons vu un feu éloigné. Enfin, 
sur les deux heures de relevée, nous avons mouillé à vingt brasses d'eau près des isles. 
Une heure après il a paru à la pointe huit canots eskimaux qui ont débarqué sur une isle 
faisant leurs cris ordinaires auxquels nous avons répondu, ce qui est comme le signal 
pour leur marquer qu'ils peuvent venir. Les dts Eskimaux s'étant rembarques dans 
lexirs canots sont venus à notre bord les voyant s'approcher nous avons pris les armes. 
Ils sont montés à bord et nous ont aporté huit barbes de baleine que j'ay traité avec eux. 
Une heure après qu'ils se sont retirés il est venu a bord six autres canots eskimaux qui 
nous ont traité quatre barbes de baleine. Un de ces Eskimaux nous a fait entendre qu'il 
etoit le capitaine Amargo et que Le capitaine Araby luy avoit fait tirer un coup de fusil 
sur les loups marins sans doute pour luy apprendre l'usage des armes, avant de nous 
quitter il nous a aussy fait entendre qu'il alloit dormir, et que le lendemain il emmeneroit 
d'autres Sauvages de sa nation pour traiter avec nous. J'ay fait donner à ce chef et à 
sa troupe de la viande cuite qu'ils ont mangé,ils ont bû de l'eau douce qu'on leur a donné 
ce qui détruit la fable de ceux qui disent que ces barbares ne mangent que des viandes 
crues et qu'ils boivent l'eau salée, ce qui paroist impossible de croire, mais ils nous ont 
refusé du pain, du vin, et de l'eau de vie dont ils ne coimoissent point l'usage. Il seroit 
a souhaiter qu'il en fut de mesme de nos autres Sauvages. Il est à craindre setilement 
que si cette coste des Eskimaux est établie par un trop grand nombre de François on ne 
mette ces barbares dans le goust d'user de boissons, comme on a fait aux autres Sauvages. 
J'ay remarqué que plusieurs d'entre eux saignoient du nez naturellement et qu'ils bu- 
voient leur sang, nos gens pretendoient que la peur en etoit la seule cause, j'ay peine à le 
croire parce que ces barbares ne nous ont point paru timides, peut-être vouloient ils nous 
faire entendre qu'ils desireroient ainsy boire notre sang, c'est pourquoy tant qu'ils ont 
resté à bord nous avons toujours été sur nos gardes. 

17 juillet 1743 — Les vents contraires nous empeschant de sortir de La de baye des 
Meniques sur les sept heures du matin il seroit venu à notre bord vingt-quatre canots 
d'E^kimaux qui avoient a leur suite dix-huit chaloupes, où il ne nous a paru que des 
femmes et des enfants avec du bagage. Les dtes chaloupes se seroient tenus un peu au 
loin n'osant sans doute approcher. Les Eskimaux des vingt-quatre canots après avoir 
fait Leurs cris ordinaires ausquels nous aurions repondu en nous tenant sur la deflfensive, 
sont montés à notre bord, ou ils ont traité avec nous environ un quintal de baleine, trois 
canots, des habillemens de loup-marin et quelqu'unes de leurs armes ; car voilà tout le 
profit que j'ay retiré de ma découverte pour les grosses dépenses qu'il m'a fallu faire. 
Les dts Eskimaux nous voyant appareiller à midy à cause des vents du nord-ouest se- 
roient descendus dans leurs canots pour s'en retourner à terre. Nous n'avons pas 
plus tôt été sortis de la dte baye que les vents contraires nous ont contraint de courir la 
bordée le reste du jour, et toute la nuit. 



72 ARCHIVES DE QUÉBEC 

18 juillet 1743 — Les vents du sud et sud-est qui ont duré tout le jour et toute la 
nuit nous ont fait continuer nos bordées dans le large. 

19 juillet 1743 — Les vents au sud-ouest nous avons vu le cap Charles en faisant 
nos bordées. Le vent a augmenté, et la mer est devenue fort agitée. Sur les sept heures 
du soir nous voyant proche de la baye des Châteaux nous avons tiré trois coups de canon 
sur le champ l'on a envoyé au devant de nous une chaloupe qui nous a aidé malgré la nuit 
et la brume à entrer dans le mouillage à notre arrivée les pescheurs nous ont dit que de- 
puis notre départ ils avoient eu des brumes et des pluyes continuelles avec des vents si 
impétueux qu'ils nous croyoient perdus sans ressource, et ce avec d'autant plus de fonde- 
ment, que le nommé Araby à son retour en avoit fait courrir le bruit le long de la coste, 
et en avoit porté la nouvelle au Tierpon, et dans les autres havres du petit nord dès le 
lendemain de mon arrivée mon premier soin a été de renvoyer au Tierpon la goélette qui 
m'avoit été prestée ou elle a été rendue le 21e jour. Il étoit temps de précipiter mon 
retour, puisque je n'ay resté que trois jours au dt lieu de la baye des Châteaux, et que 
le 24e juillet je suis parti pour Québec à cinq heures du matin sur le mesme bâti- 
ment qui m'avoit emmené. Enfin après une longue, ennuyeuse et périlleuse navigation 
nous sommes enfin arrivé à Québec le 25e aoust jour de St Louis sur les neuf heures du 
soir : et le surlendemain 27e aoust nous nous sommes tous acquité du vœu que nous au- 
rions fait dans le cours de nôtre voyage. 

REMARQUES 

J'ay à faire remarquer que dans la découverte que j'ay fait de la baye des Eskimaux 
aujourd'huy baye St-Louis, nous n'avons pu observer le long de la coste ny dans les bayes 
les passe-à-loup-marins, d'autant qu'il étoit trop tard, et que le poisson étoit desjà passé 
pour retourner au nord. Comme le loup marin est abondant le long de cette coste qui 
est bordée d'une infinité d'isles et ilôts, il est à croire qu'il y a un grand nombre de passes, 
ou l'on peut faire la pesche sédentaire de ce poisson, mais on ne peut les désigner autre- 
ment que par conjecture.pour les conoitre avec certitude il faudroit fréquenter cette 
coste. Comme le froid doit commencer plus tôt à la baye St-Louis et le long de la 
coste des Eskimaux que dans les postes de Labrador, il est incertain si la pesche 
d'automne pourra avoir lieu, laquelle se fait à Labrodor au mois de décembre jusqu'aux 
Roys, il paroist bien tard pour la pouvoir faire dans ce mesme tems. toute la ressource 
sera la pesche du printemps. 

Ce qui est a observer pour le loup-marin, c'est que ce poisson se retire du grand nord 
au commencement du froid, et va en côtoyant la terre le long de la coste des Eskimaux, 
et de celle de Labrador, il passe l'hyver dans le golfe sans remonter le fleuve St-Laurent. 
Le printems de l'année suivante au mois de juin lorsque les glaces sortent du nord, ce 
poisson se mesle parmy les glaces, descend le long de la coste, il va jusqu'au détroit d'Hud- 
son : mais il est incertain s'il va passer l'esté dans la baye d'Hudson, s'il passe le détroit 



ARCHIVES DE QUÉBEC 73 

de Davis pour aller dans la mer Christiane, ou s'il va jusqu'aux terres du nouveau Groen- 
land. Ce F>oisson qui est très abondant est environ trois semaines à passer dans chaque 
endroit, ce qui fait une pesche successive d'un poste à un autre. 

La carte qui est jointe à la présente relation est une carte dressée sur les observations 
de nos deux Pilotes costiers, mais j'espère dans la suite en donner une plus exacte ou les 
degrés de latitude seront observés, afin de servir aux vaisseaux du long cours qui cherchent 
des havres ; et si tost que je seray établi en la dte baye St-Lx)uis. cela me mettra en état 
de découvrir plus facilement le reste de la coste du nord jusqu'au détroit d'Hudson. 

Le grand nombre d'E^kimaux que nous avons trouvé dans la baye des Meniques 
4onnent lieu de croire qu'ils y étoient comme en rendes-vous, d'où ils se disposoient d'al- 
l<r faire leur pillage le long de la coste de Labrador, ils attendoient que les pescheurs 
fissent partis, or s'ils se faisoit des établissemens pour la pesche sédentaire du loup-marin 
dais les bayes et isles qvii sont le long de la coste des E^kimaux on empescheroit leurs 
brifandages, car ces barbares ne trouvant de havre pour se réfugier, et pour y estre en 
sûreté, s'éloigneroient de plus en plus, et n'oseroient aprocher du détroit de Bel-Isle, ce 
qui nettroit les pescheurs, et toute la coste en sûreté. Autrefois Les E^kimaux mon- 
toien: jusqu'à Mingan, mais les établissemens qui se sont fait le long de la coste les ont 
obligé de s'éloigner. Il en seroit de mesme. Ces barbares sont agiles et habiles à maneu- 
vrer dans leurs chaloupes, les femmes comme les honmies. Ce sont d'insignes voleurs 
et des pirates à redouter le long de la coste plusieurs fois en s'aprochant de nous pour nous 
donner ies marques d'amitié ils ont par subtilité mis les mains dans nos poches pour nous 
voler. Nos François qui les ont surpris en flagrant délit ne leur ont point épargné la 
bastonadî, ny les coups de poing pour leur faire rendre ce qu'ils avoient volé, jusqu'aux 
ustensilesde navires qu'ils vouloient emporter. Toute leur ruse de guerre est de prendre 
par surprie ou d'ataquer lorsqu'ils se sentant les plus forts. Ainsy connu on n'est pas 
toujours sir ses gardes et comme il ne reste pas toujours dans les postes la mesme quantité 
de monde c îst ce qui les rendra toujours redoutables dans la coste du nord. 

Cependant il sera aussy dangereux que différents concessionnaires fassent des établis- 
semens le lonj de la coste des Eskimaux parce que si les ims pour les rendre traitables 
veulent essayer de les attirer, et de lier commerce, d'autres pxîur les éloigner de leurs 
postes feront str eux des actes d'hostilité, d'où il arrivera que ces barbares pour se venger 
mettront à feu «t à sang, et ravageront toute la coste. on n'a vu que trop d'exemples 
jusqu'à ce jour de leur barbarie. Le Sr Marsal en fournit un exemple tout récent dans 
cette année. Il seroit facile de les humaniser comme les autres Sauvages, ils en ont donné 
la preuve l'année dernière à la baye des Châteaux, ou ils ont travaillé comme nos matelots 
à charger le bâtiment que j'avois envoyé en société ; après avoir traité dans le cours de 
l'été au dt poste, ils y sont revenus l'automne, et ont resté jusqu'aux glaces sans faire du 
mal aix quatre hommes qui ont gardé le poste pendant l'hyver. 

A l'égard du nombre de ces Sauvages Eskimaux on n'en peut rien scavoir: ils sont 
répandus depuis le détroit de Bel-Isle le long de la mer jusqu'au détroit d'Hudson, de 



74 ARCHIVES DE QUÉBEC 

sorte qu'ils occupent plus de deux cent lieus de pays. Nos Sauvages disent que le grand 
village des Eskimaux est environ à douze lieues de la baye St-Louis, et que de là ils se 
répandent le long de la coste. M. de Laraguy, de Bayonne, actuelement en cette ville, 
vient de me raporter qu'en 1737 étant allé faire la pesche de la baleine vers le détroit 
d'Hudson, il fit rencontre dans le large une glace, ou il y avoit plus de quatre cents cada- 
vres, qu'il reconnut être des HoUandois, et des Eskimaux qui s'étoient sans doute battu 
les uns contre les autres. Cela fait conoitre qu'il ne faut fréquenter cette coste qu'avec 
beaucoup de précaution à cause du grand nombre, et de la férocité de ces barbares. 

On ne sait rien de leur vie et moeurs non plus que du lieu de leur habitation dans 
l'hyver, car dans l'esté ils sont errans et vagabons. On ignore d'où ils tirent les barbes 
de baleine dont ils font un grand usage, et qu'ils trafiquent avec nous. On ne sçait s'ils 
font la pesche de la baleine, ou bien si ce sont des baleines qu'ils trouvent échouées le 
long de la coste : le dernier me paroist plus probable d'autant que les barbes qu'ils njus 
ont trafiqué ne paroissoient pas fraîchement arrachées, mais vieilles et batues de la tier. 
Cependant je leur ay vu des dards et des harpons s* mblables à ceux dont nous nou? ser- 
vons pour cette pesche. Pour leur nourriture, ils vivent de toutes sortes de possons 
et oiseaux de mer qu'ils tuent avec des flesc'nes et des dards à plusieurs branches de fer 
amanchés au bout d'un long bâton qu'ils lancent adroitement, et d'une manière singu- 
lière, car les flèches et les dards sont toutes leurs armes. Ils cabanent en rang comme les 
autres Sauvages, avec cette différence que leurs cabanes sont couvertes de ptaux de 
loup-marin, et que les autres se servent d'écorce d'arbres. Leur chasse est le loig de la 
mer, et non dans les bois, ou ils n'osent pénétrer par la crainte qu'ils ont des Sawages des 
terres. Pour leur habillement, ils sont vêtus de peaux de loup-marin qu'ils sçav^ent pas- 
ser et coudre fort artistement avec du nerf. Les hommes ont im capot ou pourpoint 
cousu devant et derrière qui leur descend à la ceinture, avec im capuchon cousu avec 
l'habit pour se couvrir la teste, ils ont des culotes, des bottes ou brodequins jusquels est 
attaché le soulier. Les femmes portent im pourpoint de mesme avec un cipuchon fort 
grand dans lequel elles mettent leurs enfans a la mamelle : avec cette différence que leur 
pourpoint a une longue queue qu'elles se passent entre les cuisses pour l'attacher par 
devant avec deux boutons ; au lieu de culotes elles ont des brodequins ou bottes qui leur 
montent à la ceinture avec vm soulier joint à la botte. Les hommes, et les femmes ont 
un casque de bois sur le front attaché derrière la teste à cause du soleil poiff se conserver la 
veue. A l'égard de leur navigation ils se servent de canots dans chacun desquels il n'y a 
que la place d'un homme. Les femmes avec les enfans vont dans les chaloupes qui leur 
servent à porter leur bagage, et dans lesquels elles manœuvrent fort bien. Leurs canots 
sont pointus par les deux extrémités, et sont revestus de peaux de îoup-marins si bien 
cousus ensemble avec de la baleine qu'ils ne prennent point l'eau, pour leurs chabupes 
ils les volent aux pescheurs le long de la coste de Labrador, et au Petit Nord, ils en 
font quelques-unes, mais au lieu de bordages, ils les couvrent en dehors de peaux de 
loup-marins, ils les garnissent de voiles commes les nôtres. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 75 

Pour en sçavoir davantage il faudrait pouvoir les fréquenter, et apprendre leur lan- 
gue. Si je n'avois appréhendé faire un acte d'hostilité j 'aurois essayé de prendre un jeune 
homme de quinze à seize ans afin d'apprendre sa langue, et de luy apprendre la nôtre, 
mais cela pourra avoir lieu dans la suite. 

Si j'ay laissé deux hommes à la dte baye St-Louis j'ay cru le devoir faire pour avoir 
xme juste cormoissance de la profondeur des terres, et pour examiner les passes à loup- 
marins. Je me suis flatté que M. le gouverneur-général, et M. l'intendant auroient pour 
agréab'e mon zèle, ainsy comme il importe de partir cet automne pour porter du secours 
aux dexix François et aux Sauvages que j'ay laissé au dt lieu, et comme il est nécessaire 
à cause de la distance des lieux, et de la rigueur du froid qui commence de borme heure 
dans le nord de faire iiartir sans délais, c'est pourquoy j'ay eu l'honneur de présenter mon 
placet à M. le gouverneur-général, et à M. l'Intendant pour les prier de m'accorder la 
permission d'y envoyer cet automne, et de me donner le brevet de concession de la 
de baye St-Louis dont j'ay l'avantage d'avoir fait la découverte. 

Québec 20e 7b 1743. FCMINEL. O) 



(1) L'original de la /?e/a/«w: du sieur Fomel est aux Archives de la Marine, à Paris. Copies aux Archi- 
ves du Canada, à Ottawa, et aux Archives de la Province, à Québec. 



MÉMOIRE SUR LES TROUBLES ARRIVÉS A QUÉBEC 

EN 1727 ET 1728 



PAR 



L'intendant Dupuy 



Le 26 décembre 1727, Mgr Jean-Baptiste de la Croix de 
Saint- Vallier, deuxième évêque de Québec, s'éteignait à l' Hôpital- 
Général de Québec, à l'âge de soixante-quatorze ans et quelques 
semaines. 

Le même jour, le chapitre de sa cathédrale s'assemblait 
et donnait l'administration du diocèse à M. Boulard, curé de 
Québec. 

L'intendant Dupuy et le Conseil Supérieur refusèrent de 
reconnaître M. Boulard et déférèrent toute l'autorité à M. de 
Lotbinière, archidiacre. 

Mgr de Saint- Vallier avait demandé à être inhumé dans 
l'église de l'Hôpital-Général. M. Dupuy, s'imaginant que le 
chapitre voulait déposer le corps de l'évêque de Québec dans les 
caveaux de la cathédrale, prit un moyen extrême pour se rendre 
au désir du défunt. 

Le 2 janvier 1728, veille du jour fixé pour les funérailles, il 
se rendit pendant la soirée à l'Hôpital-Général avec M. de Lot- 
binière, archidiacre, M. André de Leigne, lieutenant-général de 
la Prévôté, et M. Hiché, procureur du roi. 

Il ordonna à la supérieure, la mère Geneviève Duchesnay 
de Saint- Augustin, de faire fermer les portes des salles ; puis il 
assembla toutes les personnes de la maison dans le vestibule de 
l'égHse. 

Là, M. Dupuy déclara qu'il venait faire sans le moindre 
délai l'enterrement de Mgr de Saint- Vallier, parce que les cha- 
noines étaient déterminés à l'inhumer dans la cathédrale ; il 
ajouta qu'il agissait ainsi pour conserver à l'Hôpital-Général les 
restes précieux de son fondateur. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 77 

M. de Lotbinière, le Père de la Chasse, Jésuite, le Père 
Antoine de Lino, Récollet, et le Frère Récollet Thomas Bédard, 
diacre, se revêtirent alors de leurs surplis et se rendirent dans la 
chapelle ardente. 

Après les prières prescrites, ils prirent le corps de Mgr de 
Saint- Vallier qu'ils renfermèrent dans deux cercueils, l'un de 
plomb et l'autre de chêne, et le portèrent à l'église. M. Dupuy, 
les personnes venues avec lui et les pauvres de l' Hôpital-Général, 
portant des cierges, formaient le cortège funèbre. 

A l'église, la cérémonie fut très simple. Après le libéra 
entonné par M. Dupuy lui-même, le cercueil fut déposé dans 
le tombeau préparé au pied de l'autel du Saint Cœur de Marie. 

Lorsque la nouvelle se répandit dans la ville que Mgr de 
Saint- Vallier avait été enterré au milieu de la nuit, sans aucunes 
cérémonies, une véritable émeute se déclara. Quelques individus 
sonnèrent même le tocsin et publièrent que le feu était à l'Hôpital- 
Général. 

Le lendemain, M. Boulard se transporta à l' Hôpital-Général, 
il interdit l'église, suspendit la supérieure de sa charge et nomma 
une autre religieuse pour la remplacer. 

Nous n'entreprendrons pas de raconter ici les démêlés qui 
suivirent entre M. Dupuy, M. de Lotbinière et le Conseil 
Supérieur d'une part, et M. Boulard, le chapitre de Québec et le 
gouverneur de Beauharnois de l'autre part. M. l'abbé Auguste 
Gosselin, dans son ouvrage V église du Canada depuis Mgr de 
Laval jusqu'à la Conquête ^^^ a longuement parlé de cette que- 
relle entre les principaux personnages de la colonie. 

M. l'abbé Gosselin s'est contenté de rapporter les faits de 
cette longue chicane sans justifier ou blâmer la conduite des 
différents personnages qui en furent les acteurs. Faisons de 
même. Les documents pour asseoir un jugement définitif ne sont 
pas encore tous connus. Le Mémoire de l'intendant Dupuy que 
nous publions ici apportera un peu de clarté dans cet embrouilla- 
mini. Toutefois, il ne faut pas prendre à la lettre tous 
les avancés de M. Dupuy. 

(1) 1ère partie, pp. 449 et stiiv. 



78 ARCHIVES DE QUÉBEC 

MÉMOIRE DE M. DUPUY, INTENDANT DE LA NOUVELLE-FRANCE, SUR 

LES TROUBLES ARRIVÉS A QUÉBEC EN 1727 ET 1728, APRÈS LA 

MORT DE MGR DE SAINT-VALLIER, ÉVÊQUE DE 

QUÉBEC. 

Il est si important pour le Roy de remédier promptement aux désordres qui se 
sont passés dans le Canada, depuis la mort de feu Mr. l'Evêque de Québec : les rapports 
qu'en est venu faire en France le Député du Chapitre sont si odieux et si remplis d'impos- 
tures et de calomnies contre celui ou ceux qui, par leurs places ou leurs fonctions, ont 
été obligés d'y mettre l'ordre nécessaire et de maintenir la justice et l'autorité du Roy ; 
la tentative et les efforts qu'a faits pour la troisième fois en cette occasion le clergé 
de Canada de se soustraire à la justice du Roy et à la dépendance de l'Ordinaire sont 
si inouïs et si scandaleux et les excès de ceux qui, loin de contribuer à les ramener à la 
règle, comme c'était leur devoir, leur ont prêté protection et main forte sont si outrés 
et si nombreux que, me trouvant obligez de les détailler à son Eminence, je la supplie 
très humblement de m'en permettre l'exposition par écrit, la plus succincte qu'il me 
sera possible. Feu Mr. de St Vallier, Evêque de Québec, tomba malade vers le 12 
décembre 1727. Depuis ce jour jusqu'au 26 du même mois qu'il est décédé, âgé de 
77 ans, après 41 ans d'épiscopat, aucun de ses prêtres, à l'exception du Père de la Chasse, 
jésuite, son confesseur, et des autres Pères de la Société, de Mr. de Lotbinières, son 
archidiacre, et de Mr. Lions, supérieur du Séminaire, ne l'approchèrent ; et cette 
affectation qui scandalisa tout le monde ne contribua pas peu à le contrister et à avancer 
ses jours, cette affectation étant la suite de l'aliénation et de l'opposition que ce clergé 
s'était plû dans tous les temps à montrer pour son Evêque. 

Il avait fait son testament et ordonné sa sépulture dans l'église paroissiale de son 
hôpital-général, où il s'était retiré depuis nombre d'années, distant d'une demie lieue 
de la ville de Québec, église absolument indépendante d'aucune autre église ; il y avait 
fait construire une chapelle sépulcrale et y avait creusé son tombeau sur lequel il avait 
la piété d'aller tous les jours prier pendant deux heures. 

II m'avait nommé son exécuteur testamentaire et m'avait surtout recommandé 
son hôpital-général, dont il avait fait les Religieuses ses légataires universelles, mais 
beaucoup plus de ses exemples et de ses bonnes œuvres passées que de ses biens présents, 
puisqu'il est vrai (ainsi que j'en ai rendu le témoignage public aussitôt après avoir pris 
connaissance de ses affaires) que ce St Prélat mourait sans dettes et sans biens : 
sans biens, parce que, s'étant dépouillé de son patrimoine par des établissements sans 
nombre qu'il a faits dans le Canada tant pour les pauvres que pour son clergé, il ne possé- 
dait plus que le revenu annuel de son Evêché, et sans dettes, parce qu'il dépensait 
ce revenu avec tant de justesse et d'œconomie, non pour lui mais pour les pauvres 
(n'ayant qu'un domestique à son service), qu'il payait exactement chaque automne 
sa dépense passée et destinait pour l'année d'après le fond que luy devait produire l'année 
suivante de son revenu. 



ARCHIVES DE QUÉÈEC 79 

Aussitôt après sa mort, j'aposay le scellé sur ses effets. Deux députés du Chapitre 
de Québec se présentèrent au scellé et me requirent de n'y point engager les sceaux 
et les registres du diocèse, attendu que, par la mort de l'Evêque, la jurisdiction diocé- 
saine était dévolue au Chapitre sede vacante. 

Je leur fis, sur le champ et sans aucune difficulté, la tradition des sceaux et des regis- 
tres du diocèse ; mon procès-verbal d'opposition de scellé en fait foi ; les députez l'ont 
àgné et par conséquent le Chapitre ne peut pas dire que je luy aye disputé l'exercice 
de la jurisdiction diocésaine. 

Ensuite, comme exécuteur testamentaire, je songeai aux obsèques. On dressa 
une chapelle ardente où le corps de Mr. l'Evêque resta sept jours, la face découverte, 
jusqu'à ce qu'on eût préparé la pompe fimèbre dans l'élise paroissiale de son hôpital- 
général où il devait être inhumé. 

A l'exception des personnes nommées cy dessus et quelques Pères Récolets, aucun 
ecclésiastique du clergé ne \'int prier à la chapelle ardente et il est constant dans le fait 
que les Chanoines de Québec et le reste du clergé de Canada sont encore aujourd'hui 
à dire la première prière pour leur Evêque, qu'ils ont même demandé aux religieuses 
de l 'hôpital-général qu'elles eussent, en qualité d'héritières, à payer la sonnerie de la 
cathédrale et qu'ils ont porté sur cela l'indécence, pour ne rien dire de plus, jusqu'à 
faire des deffences aux prêtres, aux jeimes clercs et aux écoliers, de se trouver en aucune 
des églises où l'on prierait pour l'Evêque, tellement que dans les commimautés, où l'on 
a fait poiir luy des services solennels et où l'on a prononcé son oraison funèbre, on n'a 
pas pu obtenir, même du séminaire, deux ecclésiastiques pour faire diacre et sous- 
diacre . 

L'église paroissiale de l'hôpital-général fut tendue de noir jusqu'à la voûte avec 
trois rangs d'armoiries et de plaques garnies de cierges. Il y fut élevé une estrade de 
douze degrés garnis de chandeliers et de cierges. Cette estrade portait im dais à 
quatre pilliers orné d'étoffe blanche et noire et d'armoiries pour y recevoir le corps de 
Mr. l'Evêque. Le maître-autel et la chapelle sépulcrale furent parez à proportion. 
On ne fait point en France d'obsèques plus magnifiques aux évêques. Il n'y avait 
sur cela rien d'ordonné par le testament ; tout y était laissé à la discrétion de l'exécuteur 
testamentaire. Je me fis un devoir d'y suivre le zèle et la reconnaissance de ses léga- 
taires universelles qui étaient les religieuses de l'hôpital-général. 

C'est cependant dans ces circonstances que les Chanoines de Québec ont osé 
inventer et envoyer débiter en France l'odieuse imposture que j'avais fait enterrer 
l'Evêque par les enfants du boureau et que, pour en faire ime tradition dans la colonie 
ou plutôt un bruit commun qui se débitât par tout l'imivers, ils l'ont fait publier ainsi 
dans les prônes par tous les curés de la colonie avec des démonstrations ajoutées par les 
cxirés comme l'Intendant l'avait pris lui-même par les cheveux pour le traisner en sa 
fosse. Et, ce qui fait connaître de quoi l'esprit humain est capable dans l'invention 
du mal, c'est qu'il y avait en effet parmi les pauvres de cet hôpital le fils d'un ancien 



80 ARCHIVES DE QUÉBEC 

boxireau. Si donc, pour ramener les choses à la vérité, Mr. l'Evêque de Québec a été 
enterré par les pauvres, il l'a été par ceux qu'il traitait de ses enfants, il l'a été par les 
membres de Jésus-Christ, qui étaient les pauvres de son hôpital. 

Cette pompe funèbre disposée et le jour marqué pour l'inhumation, les Chanoines 
prétendirent avoir la dépouille de l'Evêque, sa chapelle, sa mitre, sa crosse, son anneau 
pastoral et sa croix pectorale. Je leur répondis que, comme exécuteur testamentaire, 
je ne leur pouvais pas livrer ces choses qui faisaient partie du mobilier et appartenaient 
aux héritiers ; que, comme juge, je ne connaissais point de droit de dépouille sur les 
évêques ; que de possession je ne pouvais présumer qu'ils en eussent, l'église cathédrale 
de Québec étant toute récente et n'y ayant eu encore dans cette église qu'un évêque 
prédécesseur du deffunt ; mais que, s'ils avaient quelque titre, ils n'avaient qu'à pré- 
senter leur requête et qu'on y ferait droit. 

Ils me firent une autre proposition d'une manière assez indécente, me disant qu'il 
suffisait bien que cet évêque eût vécu dans une maison de religieuses, qu'il ne convenait 
pas qu'il y fût enterré, qu'il devait l'être à sa cathédrale avec son prédécesseur. 

Je leur fis sentir, ainsi que je le devais, l'indiscrétion de leurs expressions que je ne 
rapporte point ici dans toute leur grossièreté, leur marquant combien il eûst été glorieux 
à chacun d'eux de se trouver en état de faire un pareil établissement et de l'animer par 
ses exemples, comme l'avait fait leur prélat, mais que je n'étais pas le maître de déranger 
sa disposition testamentaire. 

On connaîtra aisément que tout ce qu'ils voulaient en cela n'était que le renverse- 
ment de cette disposition testamentaire et qu'un Chapitre qui demandait qu'on payast 
le son de ses cloches pour son Evêque, lorsqu'il est étably qu'à sa mort toutes les prières 
de son diocèse luy sont dues, ne demandoit pas son corps par piété et par révérence. 
Ils formèrent le dessein de l'enlever et de le retenir à la cathédrale. 

J'en eus des avis de toutes parts, et de bouche et par écrit, lesquels me jettèrent 
dans une grande inquiétude sur ce que je m'étais engagé, au cas que le temps et la rigueur 
de la saison le permissent, de faire porter le corps à Québec, à la cathédrale, et succes- 
sivement en toutes les églises des communautés qui demandaient à le recevoir et à luy 
dire des prières, et de le rapporter de là à l'hôpital-général où il devait être inhumé, 
ayant même pour cela fait équiper un char en forme de traîne et fait caparaçonner des 
chevaux à cet eflfet. 

Il y avait cependant cinq pieds de neiges sur la terre : il falait faire une demie lieûe 
de chemin dans la campagne, le froid était excessif et tout s'opposait, en une saison si 
peu convenable, au projet d'un pareil convoy qui ne se faisait que ad pompant et osten- 
talionem et qui n'aurait pu même s'exécuter à cause des poudreries qui survinrent. Aussi 
je n'en rend compte que pour faire connaître que, quoique maître de la pompe funèbre 
en qualité d'exécuteur testamentaire, il ne m'était pas venu en pensée de m'opposer 
à rien de ce qui pouvait être désiré à ce sujet et que, si le chapitre de Québec a déclaré 
ne pas vouloir m'a voir pour juge et me reconnoître en rien, ce n'est pas que je les eus 
indisposé par le refus de quoy que ce soit qui fût raisonnable ou proposable. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 81 

Mais ce fût alors que survinrent les contestations entre le Chapitre et le Sr de 
Lotbinières, archidiacre. 

Le Sr de Lotbinières est conseiller au Conseil Supérieur de Québec. Il est fils et 
petit-fils de conseiller en ce Conseil, par conséquent homme d'étude et instruit du droit 
public. Devenu veuf, il a désiré d'entrer dans l'état ecclésiastique. Feu Mr. l'Evêque 
de Québec l'en avait jugé digne. Il l'avait ordonné prêtre, luy avait ensuite donné sa 
confiance et l'avait fait son archidiacre. Le Sr de Lotbinières a justifié le bon choix 
de son Evêque pvdsque, par le recueillement où il s'est tenu depuis qu'il a quitté le siècle, 
il s'est mis en état de prêcher et fréquemment, ce qui ne se fait pas [sans] travail et sans 
capacité, et c'est ce que je lui ai vu faire plusieurs [fois] avec beaucoup d'applaudisse- 
ment. 

Le Chapitre, résolu de renverser tout ce que Mr. l'Evêque de Québec avait fait, 
entreprend de chagriner cet archidiacre, de luy ôter toutes ses prérogatives. Il est 
pourtant de principe que la mort de l'évêque ne change rien à l'intérieur d'im Chapitre ; 
les dignités entre-elles doivent conserver leurs rangs et leurs fonctions. L'archidiacre 
était en possession d'officier dans toutes les fêtes pontificales. Lorsque révêque n'offi- 
dait point à la cathédrale comme première dignité existante dans le Chapitre, c'était 
à luy à le tenir et à le convoquer. Tout luy est disputé et, le droit de faire l'enterrement 
de l'Evêque luy étant pareillement contesté, il est contraint de se pcur\'oir. 

Le Conseil Supéiieur était lors dans une vacance qu'on nomme la vaccance des 
Roys. La requête m'est présentée ; je la réponds d'un viennent les parties sur la provision 
au lendemain, VaSaire requérant célérité puisque l'enterrem.ent se devait faire le surlen- 
demain, réservant aux parties d'en venir sur le fonds des contestations au premier jour 
d'audiance du Conseil Supérieur. 

Je fus servi le lendemain d'un appel de mon ordonnance qui me fut apporté, les 
Chanoines déclarant qu'ils en appelaient tant commiC de juge incompétent qu'autre- 
ment, qu'ils ne comparoitroient ni devant l'Intendant ni au Conseil Supérieur qui 
n'était pas leur juge, qu'ils n'en avaient point dans la colonie et qu'ils prétendaient porter 
en France, au Roy même, le jugement de leurs contestations. 

Qtiand j'eus reçu cette déclaration par écrit faite par le Chapitre de Quâîec qu'ils 
ne reconnaissoient aucun juge dans la colonie, qu'ils n'y vouloient déférer aucun juge- 
ment, et que je vis que leui^s mesures étaient prises pour enlever le lendeir.ain le corps 
de l'Evêque, à l'occasion de quoy j'avais même été obligé de faire coucher dès la veille à 
l'hôpital-général le lieutenant-général de Québec, le Procureur du Roy, pour empêcher les 
violences qu'on ne peut trop prévenir en de pareilles rencontres, je ne crus pas devoir 
diférer à faire enterrer feû Mr. l'Evêque de Québec. 

Il le fut solennellement et au son des cloches par tous les prêtres tant séculiers que 

Jésuites et Récolets qui étaient à l'hôpital-général, en présence de la justice, en présence 

du peuple de cette paroisse, des pauvres de cet hôpital, ayant chacun un cierge à la 

main, des religieuses hospitalières ayant également un cierge à la itain et de tous ceux 

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82 ARCHIVES DE QUÉBEC 

qui se trouvèrent à la cérémonie. Et le procès- verbal qui fût fait dans la même journée 
par les Chanoines, où ils expriment qu'ils en ont fait la lecture devant une nombreuse 
et honnorable compagnie, fait bien voir qu'il ne s'est rien fait dans cette occasion de 
clandestin et de forcé. Enfin il est dans le tombeau qu'il s'est creusé luy-même ; il 
repose dans le lieu dont il avait fait choix ; il y est au désir de son testament dont 
l'entière exécution m'était confiée et par lequel il luy a été libre, comme à tous les 
autres hommes, de choisir sa sépulture. 

Les Chanoines, voyant leurs mesures rompues, firent sonner le tocsin à la cathédrale. 
On fit battre la générale. On cria par toute la ville que le feu était à l'hôpital. Le 
soleil se couchoit alors et ses rayons, répondant à l'aspect de Québec au derrière des 
bâtiments de cet hôpital, y fondaient comme une apparence de feu, à laquelle les gens 
sensés et accoutumés aux effets du soleil, qui se repetoit tous les jours, ne se laissèrent 
point tromper et rioient du stratagème ; mais les Chanoines, usant de ce prestige pour 
emmener les plus simples, entrènèrent avec eux sous ce prétexte du feû le plus de peuple 
qu'ils purent à l'hôpital -général. 

Il y avait une demie lieue à faire en rase campagne. L'œil toujours porté sur un 
même objet pouvait bien se désabuser dans le chemin de ce feû imaginaire ; aussi le 
plus grand nombre leur déserta. Et de ma part étant sorty au devant de ce concours, 
sur l'avis qui m'en fût donné aussi bien que du motif qui l'amenait, je remerciai le peuple 
de son zèle pour l 'hôpital-général, l'assurant que le feû n'y avoit point été, ainsy qu'ils 
le pou voient voir. Le peuple me salua et se retira. 

Pour les Chanoines, ils entrèrent tumultueuseirent dans l'église, ils renversèrent 
les personnes qui prioient sur le tombeau de l'Evêque ; ils tentèrent par deux fois 
d'enlever le Saint Sacrement ; ils déposèrent la supérieure de cet hôpital et, comme si 
le droit des communautés n'était pas de procéder par la voye du scrutin à l'élection d'une 
autre supérieure lorsque le cas arrive d'une déposition juridique et légitime, ils en 
nommèrent une autre et prétendirent l'instituer de leur autorité privée. Et, étant 
restés à verbaliser dans cet hôpital jusqu'à plus de neuf heures du soir en présence de 
l'assemblée qui y étoit encore et qu'ils ont traitée eux-mêmes de compagnie nombreuse 
et très honnorable dans leur Mandement et manifeste du 6 janvier, ce qui fait voir 
qu'il ne s'y était rien fait de clandestin, ils signifRèrent qu'ils interdissaient l'église 
où était inhumé le corps du seigneur Evêque (ce sont les termes de leur procès-verbal) 
avec deffences à tous prêtres séculiers et réguliers d'y célébrer ny d'y faire aucune Jonction 
sous peine d'irrégularité et de suspense a divinis. 

Y a-t'il rien de plus indécent et de plus absurde que d'interdire une église parce 
qu'un évêque y est enterré ? Y a-t'il rien de plus irreligieux et de plus inhumain que 
d'interdire sans réserve la célébration des mistères et l'administration des sacrements 
en un hôpital où il y a tous les jours des mourants ? 

Le Sr de Lotbinières, archidiacre, me présenta sa requête pour que j'eusse à 
demander aux Chanoines de Québec les pouvoirs en vertu desquels ils étoient venu 
interdire cette église, déposer la supérieure et en instituer une autre. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 83 

Le Chapitre en effet n'avait encore alors délivré aucun pouvoir de grand Vicariat 
Le surlendemain ces pouvoirs me furent apportés et, les ayant en effet trouvé posté 
rieurs de plus de 24 heures aux actes d'autorité qui avaient été exercés à l'hôpital- 
général, je les paraphay ne varielur à l'eflfet qu'il ne fut plus possible de supposer- 
d'autres d'une datte antérieure. 

L'archidiacre continua de se pourvoir au Conseil Supérieur sur les droits et préro- 
gatives et, le Conseil s'étant assemblé, le Chapitre y envoya un député fondé de sa pro- 
curation. C'étoit le Sr Hazeur, grand Pénitencier. Ce député déclara qu'il r.e se pré- 
sentoit pas au nom du Chapitre comme partie, mais seulement pour déclarer par écrit 
au Conseil Supérieur ce qu'ils avoient déjà signiflfiéà l'Intendant que ni le Conseil Supé- 
rieur ni l'Intendant n'étoit leur juge, qu'ils n'en avoient point dans la colonie et qu'ils 
prétendoient porter en France, au Roy même, la connoissance de leurs contestations. 

Cela dit de bouche fût accompagné d'tm papier que le député requit le Conseil de 
recevoir pour l'inscrire en ses registres et ne prétendre cause d'ignorance de la déclara- 
tion qu'ils entendoient faire. 

On essaya de faire entendre à ce député l'absurdité de sa proposition par l'endroit 
que la colonie du Canada étant composée, con:ir.e tous les autres pays de la domination 
du Roy, de trois états, clergé, noblesse et tiers-état, il n'y avoit aucun de ses trois états 
qui ne fût soumis à la justice du Roy ; qu'en matière possessoire, telle qu'est le juge- 
ment de prérogatives, de préséances, et du possessoire des bénéfices, il n'y avoit que les 
juges royaux qui en pussent connoître ; qu'ils avoient déjà essayé d'autres fois de se 
déclarer indépendans de la justice du Roy dans la colonie ; qu'on avoit été obligé de 
les contraindre à la reconnoître et à y comparoître par la saisie de leur temporel, ainsy 
que le Roy enjoint à ses juges d'en user par ses ordonnances ; qu'ils eussent donc à 
se reconnoître, pour quoy on leur donneroit le délay de trois mois, et, comme l'interdit 
a divinis de l'église paroissiale de l 'hôpital-général aussi bien que la déposition de la 
supérieure et l'institution d'une autre supérieure à sa place avaient été faites avant les 
pouvoirs donnés par le Chapitre à ses grands Vicaires, le Conseil Supérieur, sur les con- 
clusions du Procureur général, annulla ces actes faits tanguant a non habente potestatem. 

Cet arrest ne fut pas plutôt signifiîé qu'au mépris de ses dispositions les grands 
Vicaires du Chapitre retournèrent de nouveau interdire l'église de l'hôpital-général. 
déposer la supérieure et en instituer une nouvelle. 

Les Grands Vicaires du Chapitre entreprirent encore de tourmenter les autres 
communautés. Ils prétendirent interdire aux Jésuites la confession et la prédication ; 
ils écrivirent des lettres aux religieuses portant des menaces d'excommunication ipso 
facto, de sorte que, sur les différentes plaintes de commimautés et sur la considérât du 
trouble jette de toutes parts, le Conseil Supérieur de Québec fut obligé de prendre un 
party capable de remédier à ces désordres et d'en prévenir de plus considérables. Grand 
nombre d'attentions, plus importantes les unes que les autres, ne permettaient pas même 
de différer : La situation singulière du diocèse de Québec, qui n'a aucim supérieur 



84 ARCHIVES DE QUÉBEC 

ecclésiastique qui l'avoisine auquel les parties vexées puissent se retirer, ainsi que les 
diocèses en ont en France ; 

Le grand éloignement de la France, lequel met toujours plus d'une année d'intervale 
entre le mal commis en Canada et le remède qu'on y apporte ; 

La déclaration publique que venoit de faire par deux actes différents le Chapitre de 
Québec de ne vouloir se sotmiettre à aucun juge dans la colonie à l'effet de s'autoriser 
d'avantage et de se jetter impunément en toutes sortes d'excès et de violences ; 

Le trouble mis dans les consciences, le partage de l'autorité dans les couvents 
par la déposition des supérieures en place et l'institution de supérieure nouvelle, laquelle 
formoit nécessairement ou pou voit former un double party dans les communautés 
religieuses ; et plus que tout cela. 

La considération que c'étoit déjà pour la troisième fois que le Clergé de Canada 
avait essayé de se soustraire à l'autorité du Roy et avoit fait bien d'autres efforts pour 
diminuer celle de l'Ordinaire et ne s'y pas soumettre. 

Tout cela détermina le Procureur général à représenter au Conseil Supérieur. 

lo Que c'étoit pour la première fois seulement que le Chapitre de Québec prétendoit 
exercer la jurisdiction diocésaine, cette église naissante n'ayant encore acquis là-dessus 
aucune possession, telle que l'ont acquise et du l'acquérir pour l'exercer les autres Cha- 
pitres, parce que ce droit est de soy opposé au droit ancien qui deservit la jurisdiction 
pendant la vidûité de l'église au supérieur ecclésiastique, ainsi que cela se pratique 
encore en quelques églises de France ; 

2o Que c'étoit même par rapport à la nouveauté de l'établissement de cette église 
que Louis Quatorze, informé de l'indisposition du Chapitre de Québec et de l'indocilité 
de ce clergé envers son évêque, avait tenté de les accorder par différens règlemens qu 'il 
avait fait dresser par feû Mr. l'archevêque de Paris et le Père de la Chaise, son confes- 
seur, et avoit fait donner successivement un coadjuteur à chacun des deux évêques qui 
avoient gouverné cette église, dont le premier, qui étoit Mr. de Laval, étant mort 
ayant son coadjuteur auprès de luy, cette mort n'avait laissé aucun prétexte à la 
jurisdiction du Chapitre ; 

3o Que, comme ce n'était point l'absence de l'Evêque, mais bien la viduité de l'église, 
qui rendait le siège vaccant, l'éloignement actuel du second coadjuteur, devenu évêque 
au moment de la mort de son prédécesseur, n'apportait en cela aucune différence et 
ne luy pouvoit préjudicier étant coadjuteur cum futur a successione qui est précisément 
l'espèce de coadjutorerif' que les canonistes ont de cidé faire cesser la vacance du siège, 
parce que les règles des successions dont cette sorte de coad j utorerie porte le caractère 
y doivent être suivies et que par conséquent les mêmes grands Vicaires qui, par la mort 
de feu Mr. l'Evêque de Québec, avaient cessé d'être ses grands Vicaires l'étaient devenus 
de l'évêque existant, amsî que dans les justices seigneuriales les officiers du Père devien- 
nent les officiers du fils par cette règle des successions que le mort saisit le vif, n'y ayant 
jamais, en fait de succession, un seul instant d'interruption entre la propriété du père 



ARCHIVES DE QUÉBEC 85 

et la propriété du fils ; que Mr. de Momay, coadjuteur depuis quinze ans, était existant 
ainsi qu'on en avait la preuve littérale et démonstrative par ses lettres de l'année : 
que ce prélat avait prêté serment de fidélité au Roy depuis plus de quinze ans ; que la 
possession était publique et formelle, puisqu'il exerçait épiscopalement, au vu et au 
ceû d'un chacun, la partie du diocèse qui est la Louisiane à laquelle il s'étoit fait à 
l'instant même une réunion du total en sa faveur ; que c'en était autant qu'il en falait 
à un évêque qui jouissait déjà d'une partie, n'ayant, à proprem ent parler, besoin de prise 
de possession que pour jouir de droits et de prérogatives qui seraient attachés singulière- 
ment à sa personne comme Evêque d'un tel endroit ou au domaine de son église, mais 
non pas pour -'exercice de ses fonctions épiscopales dans lesquelles il n'a jamais de con- 
tradicteur ou de concurrent, le Roy ne nommant qu'un seul évécue au rr.émp évêché»/^ 
à 'a différence d'autres bénéficiers lesquels, pouvant être plusieurs en ncmbre nommés 
et prétendant à un même bénéfice, ont indispensablement besoin d'une prise de posses- 
sion pour faire valoir leurs droits et les deffendre jusqu'à la pleine maintenue ; 

4° Que l'exercice de la jurisdiction diocésaine étoit ime chose délicate de soy, 
sujette à des excès ou des fautes de la part des plus habiles ; qu'il faloit par conséquent 
des juges qui pussent prêter secours aux parties, mais que les Chanoines de Québec n'en 
voulant pas reconnaître en Canada on n'y pouvoità leur égard rendre justice à personne ; 

5" Que, pour s'attribuer un droit de cette nature de la part d'un Chapitre et pour 
en permettre de la part du Conseil Supérieur l'exercice à ce Chapitre, il faloit au moins 
que ce corps qui le vouloit exercer eust caractère et qu'il eûst au Conseil Supérieur 
de la province ou de la colonie des lettres patentes enregistrées ; que le Chapitre de 
Québec n'en avoit point; qu'on pou voit même dire que cette église naissante étoit encore 
informe parce qu'érigée en 1674 pîu- une Bulle de Clément X avec un certain nombre 
de dignitez et de prébendes, ce Chapitre n'avoit point songea obtenir de lettres patentes 
sur cette première Bulle et qu'ayant été réduit depuis à un moindre nombre par ime 
Bulle postérieure de Clément XI à l'occasion de trois abbayes dont le Roy avait consenti 
l'extinction au proffit de cette église, mais dont le même Pape Clément XI n'avoit fait 
l'imion que sous la condition sine qua non de cette réduction. Le Chapitre y ayant 
formé opposition en 1707 étoit resté dans ce combat de Bulles sans faire prononcer le 
Pape sur cette opposition, en telle sorte que cette église qui n'avoit point de lettres 
patentes n'avait pas même d'état certain ni sur la jouissance du revenu de ces trois 
abbayes vmies ni sur le nombre de ses dignitez et prébendes, lequel deffaut de forme 
extérieure rendoit tout au moins impraticables et très contestables les droits et préro- 
gatives ordinaires qui avoient pu y être attachés ; 

Raisons pour lesquelles feu Mr. l 'Evêque de Québec de son côté avait été très attentif 
à avoir toujours, jusqu'à l'arrivée de son coadjuteur, plusieurs grands Vicaires, ay'ant 
même sur cela obtenu au nombre de ses dispenses du Pape de se pouvoir nommer des 
grands Vicaires après sa mort, dispense qui ne se fût peu être (sic) pas assez accordée 
avec nos principes, mais qui en tout cas était d«»venu inutile depuis la nomination de 
son coadjuteur. 



86 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Ce fut sur ces motifs que le Conseil Supérieur, considâ"ant que le Chapitre de Québec 
n'affectoit la puissance diocésaine que pour s'en faire une autorité arbitraire et sans 
bornes et que, ne voulant user et n'usant en effet de ce pouvoir que pour faire le mal 
et non pour opérer le bien, que pour mettre le trouble dans les communautés et non pour 
y conserver la paix et l'édification au peuple, déclara par son arrest (ce qui étoit en 
effet) c'est-à-dire la non-vaccance du siège et ordonna que le diocèse seroit réglé, ainsi 
.qu'il l'étoit à la mort de feu Mr. l'Evêque de Québec, par les mêmes grands Vicaires, ( 
lesquels étoient en grand nombre et qui par la mort de Mr. de St Vallier étoient devenus 
grands Vicaires de Mr. de Mornay, ainsi que Mr. de Mcrnay étoIt devenu luy-même 
Evêque de Québec par la mort de Mr. de St- Vallier. 

Ce party étoit d'autant plus sage et plus louable qu'il ne déplacoit aucun de ces 
grands Vicaires et celuy là même qui avoit été nommé Vicaire général du Chapitre, 
étant du nombre de ces grands Vicaires, acquéroit beaucoup plus qu'il ne perdoit à 
ce changement, puisqu'il y a bien de la différence entre exercer le grand vicariat pour un 
évêque ou l'exercer au nom d'un Chapitre sede vacante lequel, n'étant regardé que comme 
simple curatevir à la succession vaccante, ne peut rien innover et est obligé de se renfer- 
mer dans des actes d'une indispensable nécessité, n'ayant rien de ce qui vient a clave 
et de ce qui procède de l'ordre, ce caractère éminent, et la puissance qui en résulte ne 
venant que de l'imposition des mains que le Chapitre n'a pas reçue, puissance même 
que ne peuvent exercer les évêques en France qu'après avoir prêté au Roy le serment de 
fidélité, ce que ne fait point un Chapitre, lequel par conséquent est obligé de s'en tenir 
à ce que luy donne cette autorité qui ne luy est point propre, mais qui n'est que précaire, 
passagère et momentanée, sans quoy des Chapitres en France auroient plus de pouvoir 
et de privilège que les évêques même, ce qui seroit absurde. 

Tels furent les motifs du Conseil Supérieur de Québec dont il étoit nécessaire, 
Monseigneur, de rendre compte à Votre Eminence qui, par ses lumières supérieures, 
connoîtra aisément qu'on n'a pas pu se dispenser de faire ce qu'on a fait et de veiller 
sur cela à la propre sûreté du Prince par le maintien de la subordination et des droits 
de sa justice. 

Ce party d'ailleurs ne détruisoit point le droit que prétendoit avoir le Chapitre 
d'exercer la jurisdiction diocésaine ; il le suspendoit seulement à cause de la non-vac- 
cance du siège, il le confirmoit par conséquent, mais il le réservoit à un temps auquel 
le siège eut été véritablement vaccant, Exceptio firmat regulam. 

Les Chanoines n'y eussent donc trouvé aucun désavantage pour eux s'ils n'eussent 
eu d'autre intention que d'exercer un droitlégitime et limité et non pas celle de détruire 
ou d'entamer le droit de l'Ordinaire ou plutôst de disputer de puissance avec luy, comme 
ils l'ont bien fait connaître par leur dernier excès, en insultant encore tout récemment 
à la prise de possession de leur Evêque qu'ils n'ont point voulu reconnoître dans la vue 
de se perpétuer la jurisdiction diocésaine en leur propre et privé nom, au mépris des 
propres pouvoirs qu'il a bien voulu leur envoyer, dont ils n'ont fait aucun cas, prenans 



ARCHIVES DE QUÉBEC 87 

encore actuelle jaent, au préjudice de ses pouvoirs envoyés, la qualité de Vicaires géné- 
raux du Chapitre de Québec et continuant de vexer les communautés par la privation 
des sacrements, leur refusant pxîur confesseurs ceux mêmes d'entre eux que les commu- 
nautés leur ont démandés à moins qu'elles ne donnent des rétractations par écrit des 
requêtes et plaintes judiciaires que ces communautés s'étoient vu forcées de présenter 
au Conseil Sup«ieur, conduite présente qui accuse assez celle qu'ils ont eue précédem- 
ment et qui peut bien justifier la nécessité et la peine dans laquelle se sont trouvés 
ceux qui a voient à mettre l'ordre ; peut-être sentira-t'on de quelle conséquence il étoit 
de ne pas souffrir dans le Canada, non plus que partout ailleurs, qu'un corps ecclésiastique 
s'arrogea ainsy un pouvoir qu'il n'a pas, qu'il abusa de ce qu'il y a de plus sacré, qui est 
la direction au spirituel, pour contraindre les parties de se rétracter en justice, et qu'i 
n'est nul endroit au monde oià le Roy fust le Maître de ses Etats si, à la faveur de cette 
direction au spirituel, on entreprenait d'y déranger les opérations de sa puissance et 
de sa justice. 

Les Pères Récolets de Québec, qui pou voient se dispenser de prendre party dans 
cette affaire, se trouvèrent à l'Intendance, le jour que cet arrest fut rendu, au nombre 
de huit ou dix. 

Mrs. du Conseil Supaieur, qui dînent à l'Intendance toutes les fois que le Conseil 
s'assemble, étoit encore présent quand, adressant la parole aux Pères Récolets, je leur 
dis ce que le Conseil venoit de juger ajoutant que, les connaissant bons et fîdels serviteurs 
du Roy, je pensois qu'ils entreroit sur cela dans les vues de la compagnie et qu'ils se 
conduiroient dans cet esprit avec ceux qui étoient sous leur direction. 

L'un d'eux, qui n'étoit pas le Sup>érieur quoy que le Supérieur fût présent, prit 
la paroles et me dit que leurs Pères sçavaient bien qu'elle était l'autorité du Conseil Supérieur 
mais qu'ils sçavaient bien aussy ce qu'ils dévoient penser de ses décisions. 

La réponse me parut peu convenable ; toute l'assemblée s'en choqua. Je leur 
en faisais connoitre le tort et le danger où ils s'exposoient que le Conseil ne s'en plaignit 
à Sa Majesté, lorsque le même qui avoit parlé me répliqua qu'ils avoient bien au moins 
les bras aussy longs que ceux qui les menaçoient. Ils sortirent en prdïa^nt ces dernières 
paroles. 

Le Conseil Supérieur ne fut pas longtemps sans éprouver la suite de ce mépris 
Le premier de ces religieux qui monta en chaire fit une déclamation contre le Conseil 
pour exciter le peuple à s'émouvoir, laquelle a été suivie de sept ou huit sermons plus 
séditieux les ims que les autres, au dernier desquels l'auditoire fut tellement scandalisé 
qu'on sortit de l'église avant la fin du sermon. 

Il n'est d'invectives et de mépris dont ils n'ayent usé contre le Conseil Supérieur ; 
rien de plus hardy que ce qui s'est proféré dans ces prédications contre la justice du 
Roy : le Conseil y a été traité d'ennemy déclaré de l'Eglise, comparé aux tyrans et aux 
persécuteurs des chrétiens. On y a porté l'absurdité jusqu'à prier le Seigneur de bénir 
les armes de Mr. de Beauharnois tant dans la guerre qu'il entreprenoit contre la nation des 



88 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Renards que dans celle qu'il s'éioit vu obligé de déclarer au Conseil Supérieur. Rien 
donc de plus inoûi et de plus téméraire que ce que ces religieux et les autres ecclésias- 
tiques ont proféré dans les chaires, mais rien aussy n'était plus capable de démasquer 
les desseins qu'avait Monsieur de Beauharnois, Gouverneur général, en protégeant 
ce clergé rebèle. Mentita est iniquitas sibi. 

L'apologiste n'a pas assez ménagé son éloquence ; il a caractérisé et étably à 
jamais la mémoire des entreprises qu'on a faites contre le Roy dans le Canada. C'est 
la guerre, dit-on, que Von a été obligé de déclarer à son Conseil ; et Son Eminence va voir 
par la suite de ce récit que ce n'a rien moins été en efïet qu'un abus continuel des armes 
du Roy contre le Roy même et qu'on vient réellement d'y prendre plus d'une fois les 
armes contre ses intérêts et son autorité. 

Ces discours séditieux et les plaintes des communautés donnèrent lieu à plusievirs 
arrêst sans que le Conseil Supérieur pût arrêter ce désordre. 

Il en avoit été rendu jusqu'à sept lorsque Mr. le Marquis de Beauharnois, Gouver- 
neur général, qui a sa place au Conseil Supérieur et qui peut y venir donner sa voix 
comme les autres conseillers, qui avoit même coutume de s'y trouver presque tous les 
Conseils, s'étant abstenu depuis les affaires du Chapitre, y vint le 8 mars 1728 avec une 
ordonnance de luy à la main qu'il déclara vouloir être lue dans le Conseil à haute et 
intelligible voix par l'un de ses secrétaires qu'il avait amené avec luy. Mais comme 
ses pouvoirs de Gouverneur général ne lui donnent point le droit d'exercer aucun acte 
d'autorité en son nom dans le Conseil, qu'il luy est même deffendu par ses pouvoirs 
de se mesler directement ni indirectement à la justice ordinaire autrement que pour 
y donner mainforte et qu'il est déclaré par tous les règlements du Roy n'avoir aucune 
direction sur les officiers qui rendent la justice, la Compagnie n'en permit point la lecture 
en cette forme. Son ordre fut mis entre les mains du Procureur général qui en fit la 
lecture. Il deffendoit par cet ordre au Conseil Supérieur de connottre et de juger dans 
les matières ecclésiastiques et de recevoir aucune requeste des parties citées à cet égard (ce 
sont les termes de cet ordre) , // siispendoit l'exécution des arrêsts rendus etfaisoit dejfenses 
d'en rendre de pareils à l'avenir, imposant sur ce silence au Procureur général du Roy 
(ce sont encore là les propres termes de son ordre), deffendoit au greffier de les écrire, 
aux huissiers de les mettre à exécution et ait peuple d'y obéir. 

Il y avoit déjà du temps que personne ne doutait plus de l'appuy que Monsieur 
le Marquis de Beauharnois avoit résolu de donner au clergé et aux Récolets ; il se 
tenoit enfermé avec eux des jours entiers dès le temps de la maladie de feû Mr. l'Evêque 
de Québec. Depuis sa mort il ne luy avoit rendu aucun devoir et ne s'étoit trouvé 
en aucune des églises où l'on avoit prié pour luy, quoyque son oraison funèbre eûst 
été prononcée deux fois et que le Conseil Supérieur y eust assisté en corps et en céré- 
monie. 

Il était poutant aisé à Mr. le Gouverneur général de ramener à la raison et à la 
subordination à la justice ce clergé rebelle et, pour peu qu'il leur eust témoigné désa- 



ARCHIVES DE QUÉBEC 89 

pro uve r la prêtentioa chimériqae qulk avoient de ne recannoitre aucun juge dans la 
oolonie, de ne s'y vouloir soumettre à aucun supérieur et que, sentant hiy-même l'empê- 
cheiue nt qui en pouvoit résulter contre ses propres opérations dans le service du Roy. 
et le maintien de la sûreté et du bon ordre dans le pays, il leur eust marqué ne pouvoir 
tolérer une telle désobossance, le clergé s'y seroit rendu ou bien n'auroit pas porté 
aoBBÎ kin qu'il l'a £ait ses excès et sa revente ; weâs la su rprise du Conseil fiot grande 
de voir que Mr. k Go u verne ur général, lequel par le r^Iement que le Roy a Êsit (kpuis 
longtemps et qui <mt été très souvent râtérées ne peut &ire aucune ordonnance de 
justice n'ayant d'autre recommeiKlatian sur le £ait de la justice que de tuy piâer main- 
forte quand il en est requis, vint, par une pareille oidonn a n n e et de sm autorité privée 
dwfywjyr le peuple d'obor à la justice du Roy et rompre ainsi le lien que forme, entre 
le prince et ses sujets, l'administration nécessaire de la justice et cda en faveur d'un 
dergé qui de luy-inênie s'en étoit dédaré ezenqiC et ne voukxt pas s'y soumettre. 

On hiy représenta qiK le Roy, en intodisant la connaissance de quelque matière 
ou de qudqu'affaire particulière à quelqu'une des ses Cours supérieures, ne manqnoit 
jamais ou de se l'évoqixr à hzy-même on de ^signer d'autres juges pour en connoitre ; 
que, n'y en ayant pas d'autres daiK le Canada md passent ji^er des matières ai question 
que le Coaiseil Siqiérieur à qui Mr. de BraulBAmâ s en interdisoit la connaissance, son 
oidre, qndque frivt^ qu'il fût en soy, ne Êôsoit qu 'ap p uy er la révolte du dergé et ne 
mettait aucune fa<xne ni aucun remède aux excès du Chapitre ; qu'il était le premier 
homme au monde qui eust osé imposer slence au Procureur général du Roy ; que 
cette injooctkm étoit réservé à la seule persume du Roy qui ordoonrat m&ne à ses 
Procureurs généraux de ne cesser de parier pour ses droits jusqu'à ce que Sa Majesté 
leur en imposât elle-même la deffense par ses lettres de jussion où le Rcy comme souve- 
rain use seul de cette fonnuk et sur ce imposant silence à notre Procureur général- 
La Compagnie détermina d'ime vmx tmanime qu'dle porteroit au Roy ses plaintes 
de llnsulte que luy était venu faire Mr. de Beanhamois ; ét^ comme il fit beauool^> 
d'efforts pour faire rétracter les conseillers de Ions avis et le Procureur général des oon- 
dnaons qu'il avoit prises, prétoidant qu'elles n'aboient pis telles que l'arrest dqà 
prononcé, on repnt encore une fois les voix et l'arrest fut pnnicncé pour la seconde fais 
la Compagnie d'une voix unanime étant restée inddiberetis. 

Mr. le Gouverneur général sortit acsatost du ConseiL II fit mettre les trmqxs 
sous les armes dans Qixbec et. enq>loyant ainsi les armes du Roy ontre le Roy même 
puisque c'étoit cmtre le corps qui exerce la justice, il fit publier à la tête des troupes 
sa deffense au peuple d'obéir aux arrêsts du ConseiL Cette deffei^e fut ainsi faite dans 
tous les carefours de la ville de Quâxc avec des cris de yfivt le Roy et Beauharnois quH 
fit criés par les soldats et exdtés du chapeau par les aydes majors. 

n envoya publier ses mêmes d^enses dans les campagnes à la tête des mJKryj^ 
mises soos les artœs avec de parais cris de Vive le Roy et Beauharnois qull a toujours 
fait crier depiàs dans Quâiec par des enfants que les domestiques y excitent quand fl y 



90 ARCHIVES DE QUÉBEC 

marche et que les ecclésiastiques ont fait crier pendant un temps considérable par les 
enfants dans les églises à la fin des offices. 

Il faudroit détailler cet ordre pour faire connaître à Son Eminence l'imprudence 
avec laquelle il est conçu et le danger qu'il y avoit de le rendre public. On n'y parle 
que de révoltes pour des droits et des prérogatives de corps et de communautés ou de 
particulier à particulier lesquelles se règlent tous les jours commtmément en justice ; 
rien n'y est plus marqué que l'invitation faite au peuple de prendre à ce sujet party 
pour le clergé et que l'idée donnée au clergé d'appeller sur cela le peuple à son secours. 

Son Eminence poura lire cet ordre dans le recueil des pièces qui luy avoient été 
adressées ; ses lumières supérieures à toutes les réflexions qu'on y pouroit ajouter luy 
en feront pénétrer le dessein et le danger ; les termes de parties citées et autres luy 
feront connoître que cette pièce n'a point d'autre auteur que les Chanoines de Québec, 
mais qu'il est étrange qu'im Gouverneur général, au hazard de détruire la justice du 
Roy, d'avilir ceux qui la rendent, et dans le dessein de sacrifier, ainsi qu'il est arrivé, 
l'homme du Roy à la haine et au ressentiment d'un clergé rebele, se soit prêté à des 
veûes aussi indiscrètes et aussi contraires aux maximes d'un bon gouvernement. 

Quoy qu'il en soit, Mr. le Gouverneur général, ne voulant point paroîstre l'auteur 
de tout ce qui pouvoit s'en suivre d'un tel désordre et d'im pareil renversement des 
loys et du bon ordre, s'en fut à Montréal, distant de Québec de soixante lieues. 

Le 30 mars, trois semaines seulement après son départ et son ordre apporté au 
Conseil et publié dans les villes et dans les campagnes, la g£U"nison de Québec, en pré- 
sence du Sr Le Verrier, Lieutenant du Roy qui commandoit dans Québec, fit rébellion 
à la justice et déchira avec les épées, conjointement avec les ecclésiastiques, les arrests 
du Conseil et les ordonnances du Roy, telle qu'étoit celle de toilles peintes et autres, 
qui étoient affichées aux portes des églises, ainsi qu'il résulte des informations et des 
procès-verbaux envoyés. 

Dix jours après (c'est-à-dire le 9e avril) je me vis investi à sept heures du matin 

au palais du Roy par quatre-vingts hommes, la bayonnete au bout du fusil, commandés 

par le même Sr le Verrier, lesquels rompirent devant moy les prisons du Roy et en 

i enlevèrent les prisonniers. Ce détachement étoit descendu sans bruit et s'en retourna 

comme en triomphe, tambour battant, les prisonniers à la tête du détachement. 

Et enfin Mr. de Beauharnois, voulant s'attribuer sur le Conseil Supérieur une 
voye d'autorité, après avoir menacé les autres conseillers chacun en particulier, ainsi 
qu'ils en ont rendu plaintes, de les mettre dans les prisons et dans les cachots, envoya 
deux ordres de luy en forme de lettres de son cachet, l'une et l'autre dattées du 13 may, 
l'une au Sr Gaillard et l'autre au Sr Dartigny, tous deux conseillers au Conseil Supérieur, 
pour aller chacun en exil jusqu'à nouvel ordre en vm lieu séparé qui leur est marqué 
à chacun. 

Ces deux conseillers, qui ont des provisions du Roy et qui ont prêté serment au 
Conseil de n'en point désemparer au préjudice de leurs fonctions, n'ayant pas crû 



ARCHIVES DE QUÉBEC 91 

devoir deflferer aux ordres de Mr. le Gouverneur général qui, par le règlement de 1684 
fait par le Roy, a été dit n'avoir aucune direction sur les officiers qui rendent la justice, 
se réfugièrent dans le palais pour éviter d'être conduits en prison. Ils y ont continué 
de rendre la justice jusqu'au jour de ma révocation, sans quoy l'on n'eûst pu rendre la 
justice aux sujets du Roy n'y ayant pas nombre suffisants de consers, à cause du grand 
âge et de l'infirmité des autres. 

Mais, depuis ma révocation, Mr. le Marquis de Beauhamois, dans le dessein de 
disperser le Conseil et de le réduire à un nombre de Consers qui luy fut asservj par la 
crainte et empêcher l'entrée du Conseil qu'il en a voulu exclure par l'exil et la prison, 
en a fait garder la porte tantôt par ses gardes la carabine haute tantôt par les archers 
de la Maréchaussée et enfin par un corps de garde qu'il a étably dans la grande salle 
du palais qui précède la salle de l'audiance ; 

De sorte que le Conseil Supérieur de Québec n'est plus composé que du Sr Delino. 
Doyen, qui a trahi sa compagnie et qui a conseillé à Mr. le Marquis de Beauhamois 
l'acte d'autorité qu'il est venu faire au ConseU ainsi que le Conseil Supérieur l'a exposé 
dans la lettre qu'il a pris la liberté d'écrire au Roy ; encore cet homme est-il sourd 
et paralitique de sa dernière maladie ; du second conseiller qui est le Sr Maquard, 
qui depuis trois ans a une paralisie sur la langue et qui n'opine que du mouvement de la 
tête ; d'un troisième conseiller qui ne travaille point et n'a jamais raporté de procez, 
parce que son état de médecin fait ses fonctions principales ; du Sr de St Simon qui a 
présentment 80 ans passés et qui ne veut point opiner depuis plusieurs années ; du 
Sr de Lotbinières qui a eu la permission de passer en France et qui y est actuellement î 
et de deux ou trois autres que leur âge ou leurs affaires empêchent de venir au Conseil- 
Mr. de Bauhamois, par la voye des exils et la menace des prisons et cachots en ayant 
écarté les autres, nonobstant que, par ses instructions particulières et par les difïérens 
règlements que le Roy a faits pour l'administration de sa justice en Canada, il soit dit 
que le Gouverneur général n'a aucune direction sur les officiers qui rendent la justice, 
que même, par l'instruction commime donnée en 1726 au Gouverneur et à l'Indendt 
il soit defïendu très expressément au Gouverneur général de se mesler des affaires qui 
regardent la justice ordinaire. Sa Majesté voulait que les arrêts du Conseil Supérieur 
soient exécutez conformément aux Loys et que les conseillers ayent une entière liberté 
dans leurs suffrages, et enfin que, par des instructions de 1725, il luy soit deffendu de 
mettre les habitans en prison et de faire aucime ordonnance de justice, ne pouvant 
faire de sa part que des ordormances militaires. 

C 'est ainsi que la j ustice et l 'autorité du Roy ont été totalement dégradées en Canada . 
Le Gouverneur Général a sauvé tous les prisonniers et leur a donné azile dans sa propre 
maison. 

Il luy est deffendu non-seulement d'emprisonner les habitans sans le concours 
de la justice, mais encore de faire chartre privée de son logis. Il y a tenu pendant quinze 
jours, les fers aux pieds, un habitant qui demandoit justice contre un banqueroût dont 
il a pendant ce tems là favorisé l'évasion. 



92 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Il a enlevé par surprise à la justice un soldat homicide après réquisition à luy faite 
par le Procureur du Roy et l'a fait évader (1). 

Il a fait mettre prisonniers chez luy les huissiers pour les contraindre à venir saisir 
et enlever les meubles de l'Intendant, ce qui leur a fait faire à main armée conjointe 
ment avec les soldats ; et l'un d'eux, nommé Chetiveau, n'ayant pas voulu le faire 
parce qu'il travailloit pour moy dans les procédures que j'étois obligé de faire pou 
répondre à celles que Mr. de Beauharnois me faisait faire pour s'autoriser à m'enlever 
mes meubles» il l'a fait conduire, après l'avoir gardé chez luy prisonnier pendant plusieurs 
jours, aux prisons du Roy les fers aux pieds, ensuite au vaisseau du Roy les fers aux pieds 
pour être mis pareillement les fers aux pieds dans les prisons de Rochefort d'où le Roy 
sur le champ lui a donné sa liberté. 

Il avait été envoyé un homme pour faire fonction d'exécuteur ; il l'a fait mettre 
en prison à son arrivée et depuis mon départ on l'a mis aux cachots les fers aux pieds, 
afin que ce pauvre misérable n'ait d'autre dessein que de déserter du pays quand on 
luy rendra sa liberté. 

Et la fille d'un habitant s 'étant plainte conjointement avec son père de rapt et de 
séduction contre le fils d'un autre habitant, il s'est déclaré publiquement prendre le 
dernier sous sa protection pour en faire cesser la poursuite. 

Il envoyé faire des deffences aux juges ordinaires, par des aydes majors, de continuer 
à connoître de plaintes à eux rendues par des parties offensées. 

Il veut introduire qu'on luy aille demander la permission d'assigner en justice 
les officiers des troupes ; et l'on a mis des soldats en prison pour avoir été, sur des assi- 
gnations à eux données, déposer en justice sans la permission de leur capitaine. 

Il a soustrait toutes les lettres de la colonie en envoyant des détachements de soldats 
au devant des vaisseaux pour demander les lettres et s'en emparer. Le commerce, 
qui ne veut que secret et liberté, en a été totallement dérangé, les marchands n'ayant 
point eu les factures de leurs marchandises ; personne n'a eu ses lettres ou ne les a eus 
que décachetées. Il n'est pas un plus sur moyen pour supprimer les ordres du Roy 
et du ministre ou pour n'admettre que ceux qui conviendront aux vues de ceux qu 
ozent introduire de pareilles pratiques. 

Mr. de Beauharnois a fait casser tout nouvellement, d'autorité, une acte d'élection 
de tutelle d'un oncle, lequel est conseiller au Conseil Supérieur, choisi par la famille 
pour être subrogé tuteur de ses neveux, à l'effet de donner la même charge au Sr de 
Rigauville qui est le principal débiteur des mineurs, homme insolvable et qui ne l'a 
sollicité que pour retirer d'entre les effets et papiers de la succession ses promesses et 
ses obligations. 



(1) A la tr.arge. — Nota que le Procureur du Roy le luy ayant demandé de bouche Mr. de Beauharnois 
luy fit réponse qu'il luy en faloit faire la demande par écrit. Le Procureur du Roy revient le lendemain, 
luy présente sa réquisition par écrit ; il n'en reçoit point d'autre réponse sinon gui! l'a envoyé à sa destination. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 93 

Il veut que les parties se pourvoyent au Conseil Supérieur c»ntre tous les arrêts 
dans lesquels ont opiné les consers par luy exilez, prétendant qu'ils sont in reatu et hors 
d'état de faire aucune fonction au Conseil Supérieur. 

Il a empêché d'autorité l'exécution d'un jugement rendu à la prevosté de Québec 
contre un nommé Lisle Ronde, navigateur de La Rochelle ; et ce navigateur, qui a 
triomphé de son succès, s'est vanté depuis à La Rochelle d'avoir bien rossé à Québec 
les consers exilez et d'avoir donné un soufflet à l'im et ime bonne volée de coups de 
canne à un autre de ceux qui n'ont point été exilez : ce qui est conforme à une lettre 
que j'ay reçue de l'un de ces Messieurs qui se plaint qu'on l'a fait insulter publiquement 
dans les rues (1). 

Le Chapitre et le clergé du Canada sont restez dans l'avantage de leur indépen- 
dance par eux prétendue déclarée. 

Le Procureur Général qui y a été envoyé depuis peu, homme sans capacité et sans 
biens, qu'il a même falu quester avant son départ sans quoy il n'eust pu faire le voyage, 
n'a pas manqué de se livrer en arrivant à tous ceux qu'il a trouvé être intéressez au 
désordre. Ce procureur général a fait sortir des prisons par surprise les deux prison- 
niers qui y étoient restez et fait plusieurs actions qui méritent repréhension ; et, pro- 
fitant de la disposition des consers exilez par Monsieur de Beauhamois aussi bien que 
de l'insufîsance des autres et de l'imbécillité du doyen à qui il est échu de présider 
à la place de l'Intendant (car voilà l'état où l'on a réduit ce Conseil Supérieur), il s'ingère 
de prononcer les arrêts et les fait lui-même avec le greffier. 

Ce Procureur général a fait rendre vm arrêts contre l'expresse volonté du Roy 
au sujet de la mainlevée de la saisie du temporel prononcée contre le Chapitre de Québec 

Monsieur le Comte de Maurepas avoit ainsy annoncé la volonté du Roy : le Roy 
ne trouvera pas mauvais que le Conseil Supérieur accorde au clergé la mainlevée qu'il poura 
demander de son temporel autant néanmoins qu'il se montrera soumis à sa justice. 

Par ce préjugé qui est entièrement en faveur des arrêts que le Conseil Supérieur 
a rendusA le Roy a entendu certainement que son Conseil Supérieur de Québec étoit 
le juge du clergé de Canada. Et qu'est ce qui en pourroit douter ? Le Roy a entendu 
que ce clergé demandât luy même sa mainlevée. En a-t'on jamais accordé d'office? 
et surtout en pareil cas? 

Et, comme le clergé avoit levé l'étendart de la révolte contre la justice du Roy, 
le Roy vouloit que ce clergé, pour réparation, se déclarast soumis à sa justice et que 
la requeste marquast leur repentir de s'en être soustraits, autant néanmoins qu'il se mon- 
trera soumis à sa justice. 



(1) A la marge. — Nota : II n'est rien de pareil à la quantité de plaintes qui ont été envoyées la dernière 
année 1729 par le retour des vaisseaux sur toutes sortes de chefs contre M. de Beauhamois et {mt toutes 
sortes d'états de la colonie et en fiarticulier par les armateurs et habitants de l'isle Royale sur l'empêche- 
ment qu'il a fait qu'aucun bâtiment de l'isle Royale ne chargea des farines en Canada pour faire achetter 
avec bénéfice toutes celles qu'il y avoit envoyées jxjur son compte particulier, ce qui a réduit la moitié 
de l'isle Royale à manquer de pain et y a autorisé le commerce défendu avec l'anglais pour en tirer des 
farines. 



94 ARCHIVES DE QUÉBEC 

La mainlevée est pourtant donnée sans que le Chapitre se soit soumis et même 
sans qu'il ait présenté aucune requête. Et c'est ainsi que le Roy est servi et obéi en 
Canada. 

Le clergé n'en est devenu que plus orgueilleux et plus turbulent. Ils ont insulté 
à la prise de possession de leur évêqtie, n'ont point fait d'office ce jour-là pour ne pas 
se trouver à l'église, ont fait supprimer les cordes des cloches et la clef du tabernacle 
pour que le fondé de procuration ne pûst faire les actes ordinaires de la prise de posses- 
sion ; deux d'entre eux luy ont ri au nez quand il a pris possession de la chaire pour 
annoncer la parole au peuple ; et, lorsqu'il a pris possession de la chaire épiscopale 
qui est placée dans le sanctuaire et qui donne le caractère à l'église cathédrale, ces 
ecclésiastiques ont fait la même dérision. Le peuple en a été scandalisé et est sorti 
de l'église avec indignation. 

Ils ont depuis publié im mandement en leur propre et privé nom, nonobstant 
que leurs prétendus pouvoirs fussent finis et que Mr. de Momay eust bien voulu leur 
envoyer ses propres pouvoirs. Ils ont caractérisé ce mandement de la supériorité 
qu'ils prétendent prendre au-dessus de la justice du Roy en traitant la justice de justice 
séculière habillée du manteau royal et usans de beaucoup d'autres termes indécens, 
donnant même à Sa Majesté ce qu'elle ne s'attribue pas pendant qu'ils luy ôtent ce qui 
lui appartient le plus légitimement. Ils s'y disent confirmez grands Vicaires du Cha- 
pitre par le Roy même et, prétendant toujours avoir interdit la confession et la prédi- 
cation aux Jésuites, quoyque le Conseil de Québec eust déclaré nulles et abusives toutes 
ces pratiques d'interdits et d'excommunications illégitimes, ils disent par ce mandement 
que Dieu vengera son sang fottlé aux pieds par la mauvaise application qu'en ont fait ces 
indignes ministres, en conséquence de quoy ils enjoignent à tous ceux qui s'y seront confessez 
de recommencer sous peine de péché les confessions faites à Pâques. 

En faudrait-il davantage pour faire connaître la passion et l'insufisance de pareils 
sujets et pour faire comprendre la peine et la nécessité où s'est trouvé le Conseil Supé- 
rieur pour les ranger au devoir et les contraindre à se renfermer dans les justes bornes 
de leurs pouvoirs ? 

Quelle extravagance d'ordonner à tout à un peuple de recommencer ses confessions 
faites à Pâques ! Quelles veties dans de pareils ministres de déshonorer des prêtres 
comme eux en les traitant d'indignes ministres ! quel danger n'y avoit-il pas de leur 
faire perdre la confiance des peuples et des sauvages ! de jetter le trouble dans les cons- 
ciences ! Et quelle horreur enfin n'est-ce pas que d'oser employer une pareille figure et 
représenter le sang de Jésus-Christ foulé aux pieds par l'application qu'on en a faite ! 

Ils refusent encore aujourd'hui l'administration des sacrements à des commu- 
nautez entières de religieuses, si elles ne se rétractent point des plaintes qu'elles ont 
portées en justice ! 

Ils portent à ces communautez, la veille de chaque grande fête, un formulaire 
de rétractation tout écrit : point de confession, point d'absolution sans cette rétrac- 
tation ! 



ARCHIVES DE QUÉBEC 95 

Telle est même depuis longtemps leur pratique. Et je me suis vu obligé de repren- 
dre publiquement des ecclésiastiques refusant les Pâques à des parties plaignantes en 
justice, si elles n'abandonnaient pas leurs poursuites. Y a-t'il un abus plus dangereux 
à laisser introduire que celuy d'abuser ainsi de la part des ministres de la direction qu'ils 
ont au spirituel pour intervertir l'ordre et les opérations de la justice ? Qui sera en sûreté 
de son bien et de ses jours si l'on tolère de pareilles pratiques ? 

Je ne joindray point ici. Monseigneur, le détail d'une infinité d'autres abus à quoy 
ce désordre a donné lieu. J'auray seulement l'honneur de dire à Son Eminence que 
je n'ay rien eu de plus pressé, après les glaces écoulées, que d'envoyer en France les 
avis de ce qui se passoit en Canada et que, par la première navigation, je pris la liberté 
d'adresser à Son Eminence un paquet et des mémoires qui ne luy ont point été rendus. 

Le bâtiment que j'envoyay en France ne devoit rien coûter au Roy ; j'en avois 
fiait moy-même les frais et j'avais pris mes mesures pour son retour. Il devoit bien 
payer ses frais et, s'il fût revenu, je n'aurois rien dû dans le Canada, puisqu'il eut 
satisfait à sa dépense. 

Le capitaine à qui je le confiay s'est même offert de l'armer à ses irais pour le rame- 
ner à Québec et il n'est {personne qui n'eust trouvé son avantage à l'armer avec luy. 

^1 ne seroit donc pas juste de me faire auam reproche sur ime pareille attention 
de ma part qui faisoit partie de mes devoirs ; car s'il n'est plus permis à aucun intendant 
d'envoyer par extraordinaire en France les avis de ce qui se passe dans la colonie, ainsi 
que le font les intendants en France chacim dans son département par des courriers 
extraordinaires, le Roy ne sera jamais averti de ce qui se passe en un pays qui n'est 
déjà que trop distant de sa personne pour n'être pas exposé à y voir arriver de ces désor- 
dres majeurs dont le Roy ne peut être trop tôst averty. Tel qui se sentira le plus fort, 
le plus appuyé et le plus accrédité dans le pays s'y rendra toujours le maître à la faveur 
de la distance des lieux, laquelle sur chaque entreprise bazardée met toujours dix-huit 
mois d'intervale entre le fait commis et la plainte qu'on en peut faire entendre, plus 
encore entre le mal et le remède, entre les moindres doutes et les décisions qui en sont 
demandées. 

Cet envoy en France étoit d'autant plus indispensable que Mr. le Marquis de 
Beauhamois avoit de sa part permis au Chapitre de Québec de députer, quatre mois 
auparavant, un chanoine de Québec pour passer en France par la voye de la nouvelle 
Angleterre, voye que le Roy a toujours defîendu sous de très graves peines à cause du 
danger qu'il y a d'introduire par cette route les Anglais dans la colonie. 

On ne peut pas dire qu'en cela Mr. le Marquis de Beauhamois n'ait agi directement 
contre la justice du Roy et contre le Conseil Supérieur dont il est membre parce que, 
donnant un passeport à un chanoine pour venir se pourvoir en France contre les arrests 
du Conseil Supérieur, ce Conseil n'avoit pas le même avantage pour les venir defifendre. 

Mais n'a-t'il rien fait en cela contre les intérêts et le service du Roy, lorsqu'il a 
joint à ce chanoine vm officier des troupes pour traverser avec luy la nouvelle Angle- 



96 ARCHIVES DE QUÉBEC 

terre? On comprend bien que cet officier ne servoit de ilen pour venir deffendre en 
France les affaires du Chapitre ; si Mr. le Gouverneur général avoit quelque lettre à 
envoyer au ministre à l'occasion de ces affaires du Chapitre ou autres, il pouvoit bien 
en charger le chanoine qui passoit en France ! Mais, outre les deffenses que le Roy 
en a faites, tout répugnoit à envoyer des françois par cette voye. On les exposoit à 
être fouillez comme ils l'ont été en effet, parce que l'année précédente les Anglais avoient 
fait invasion dans la colonie et y avoient construit un fort dont Mr. de Beauhamois 
n'a pas jugé à propos de les chasser par aucun effort, quoy qu'il en eût l'ordre de la Cour 
au cas que les Anglais entreprisst quelque chose de ce côté-là et que, sur la nouvelle 
de cette irruption, le Conseil de guerre assemblé eut requis l'armement de 2,000 hommes 
qui furent armés aussitost mais désarmez incontinent après par les ordres de Mr. de 
Beauhamois sans qu'il eut sur ce rassemblé le Conseil de guerre pour prendre vme 
délibération contraire, et cela pour se contenter de sa part de leur envoyer faire une 
sommation de raser leur fort sans faire appuyer cette sommation d'auames troupes 
pour les y forcer. 

Penseroit-on que Mr. de Beauhamois n'eut rien commis contre son devoir et contre 
les intérêts du Roy si l'on ajoutoit à cela ce qu'il a fait, après l'incxirsion des Anglais, 
qui est que, pour éviter d'aller à cet ennemy réel lequel venoit de traverser quatre-vingt 
lieues de notre terrain pour planter un fort au centre de notre colonie et qui n'avoit 
fait d'autre réponse à la puérille et frivole sommation de Mr. de Beauhamois sinon 
que l'année suivante il nous feroit sortir de notre fort de Niagara, Monsieur de Beau- 
hamois, loin de se tenir au moms sur ses gardes avec quelqu'un qu'il luy parloit 
d'im ton si fier, qui le menaçoit en ennemy déclaré et ne lui cachoit pas même ses desseins, 
il se soit advisé, à l'instant de l'invasion des Anglais et au moment qu'on avoit le plus 
besoin de troupes dans le cœur de la colonie, d'en faire tme diversion aussi insensée que 
suspecte et de les envoyer à six cent lieues des habitations contre des sauvages qu'on 
n'a ni cherchez ni rencontrez et qu'on vouloit si peu chercher et rencontrer qu'en annon- 
çant et chantant cette guerre, comme on l'a fait, tm an devant le temps marqué pour 
l'exécuter c'étoit leur en donner assez pour fuir et nous éviter ; mais si Mr. de Beau- 
hamois par cette conduite précipitée sembloit renoncer à la gloire de les battre, il n'a 
pu se détacher de l'avantage qu'il y avoit à fureter leur pays, puisque ces sauvages 
Renards n'ayant dans le vray servi que de prétexte à faire faire sur le compte du Roy 
une dépense de cent mil écus en équipements, en munitions de guerre et de bouche, 
Mr. de Beauhamois a sçu s'en servir pour traiter et achetter à son profit toute la pelle^ 
terie qui s'est trouvée à traiter dans l'espace de douze cent lieues qu'on a fait parcou- 
rir à ces troupes. 

Mais, Monseigneur, comme cette expédition masquée n'a été nullement faite que 
pour favoriser l'Anglois, pour luy donner tout le temps d'achever son fort et de s'y bien 
établir, ainsi qu'il l'a fait, et que par contre coup elle nous a coûté la perte de nos postes 
les plus avancés et les plus précieux et singulièrement celuy des Scioux que j 'a vois fait 



ARCHIVES DE QUÉBEC 97 

de l'ordre exprès de la Cour, dont le missionnaire et quelques officiers de la garnison, 
pris tout réœmment par les Mascoutins, auroient été ou brûlés ou livrés aux sauvages 
Renards si on ne les avoit rachettées de deux mille francs, cette seule considération 
fournira assez aux réflexions de Votre Eminence pour n'avoir px)int sur cela à prévenir 
son jugement (1). 

Je m'en tiendray donc à dire qu'indépendant de toutes autres considérations il 
n'étoit pas moins imprudent que contraire aux ordres du Roy et à l'attention que l'on 
doit à son (mot omis) d'envoyer dans de pareilles conjonctures quelqu'un en France 
par la voye de la nouvelle Angleterre et de s'engager à demander au Gouverneur de la 
nouvelle Angleterre qu'il procura à ces deux députés des embarquements prompts et 
favorables. 

Les Anglais ne pouvoient qu'avoir pour suspect le passage de ces deux hommes 
au travers de leur colonie sitost après l'invasion qu'ils avoient faite dans la nôtre. 

La sommation qu'on leur avoit faite de raser leiir fort et de se retirer de dessus 
nos terres ne pouvoit que leur donner la pensée qu'on passoit en France pour cette 
affaire. 

Pour levu" ôter cette idée il ne faloit pas moins que leur déclarer les désordres présens 
du Canada et leur promettre dans d'autres occasions complaisance povir complaisance. 

Aussi n'a-t'on pas tardé à s'apercevoir de la représaille de ce passage par eux 
accordé. Une entrée libre dans la colonie a été donnée par Monsieur de Beauhamois 
à une infinité d'Anglois. Ils y sont venus tête levée avec ime démarche assurée y établir 
des magasins de fraude et de contrebande dans les campagnes et dans les côtes, lever 
le plan des villes, prendre le contour des rivières et y traiter de commerce de l'aveu 
même et avec les lettres de recommandation de Monsieur de Beauhamois, Gouverneur 
général, de ville en ville, contre les defïenses expresses qui luy sont faites de les laisser 
pénétrer dans la colonie et de les y laisser séjourner, deffences que nous avions portées 
si précises en Canada, Mr. de Beauhamois et moy, quand nous y arrivâmes ensemble 
en 1726, que nous obligeâmes de jeunes seigneurs anglois, venus pendant l'hiver à Mont- 
réal avec leurs gouverneurs et domestiques, d'en sortir en deux fois 24 heures, deflfences 
qui n'ont point été révoquées depuis par la Cour et qui doivent être d'autant plus 
rigoureusement observées aujourd'huy que, depuis cette irmption des Anglois dans 
la colonie, laquelle n'étoit entamée d'auome part quand nous y sommes arrivés après 
la mort de M. le marquis de Vaudreuil, précédent gouverneur, mais qui l'est à présent 
de tous côtés tant par la paix que Monsieur de Beauhamois a laissé faire aux sau- 
vages Abénaquis avec les Anglois, laquelle donne à ces derniers le passage de Canceaux 
et tout le bas de la colonie, que par le fort qu'il leur a laissé construire à Choueguen, 
qui leur donne tous les pays d'en hault, ils n'y ont maintenant qu'une trop libre 



(1) Nota q'je les liaisons auxquelles cela a donné lieu depuis entre les Anglais et les sauvages viennent 
de produire encore tout récemment le coup fait par la nation des sauvages Natchés dans le Mississipy^ 
le 29 novembre 1729. 

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98 ARCHIVES DE QUÉBEC 

entrée pour y établir la fraude et la contrebande par la voye de laquelle la colonie, 
se fournissant de tout ce qui luy est nécessaire de la main des Anglois, la colonie perd 
et ruine en entier le commerce qu'elle devroit faire avec la France et que l'on veut 
qu'elle fasse seulement avec la France, parce qu'en effet sans ce commerce le Roy, 
qui y a beaucoup dépensé, n'en retireroit jamais aucun profit. 

C'est aussi l'une des choses à laquelle il m'a falu donner le plus d'attention ; mais 
d'un côté la surveillance que j'ay apporté à faire exécuter en cette partie les ordres du 
Roy, en tombant sur les magasins des fraudeurs et en les écartant par de fréquentes 
confiscations et saisies, et d'un autre costé l'opposition formelle qu'il m'a falu apporter 
à la vente que Mr. de Beauharnois a faite et fait encore aujourd'hui à son profit, contre 
les deffenses qui lui en sont faites, des vingt-cinq congez rétablis par le Roy à la charge 
qu'il n'en abusera pas, de même qu'à la multiplication de ces congez dont il a passé le 
nombre, de même encore qu'aux sommes qu'il se fait payer par chacun des officiers 
qu'il met dans les garnisons, nonobstant la deffence faite par le Roy à ces officiers d'y 
faire aucun commerce directement ni indirectement avec injonction à l'Intendant d'y 
tenir la main, parce que ce commerce indirect ruine non-seulement celuy de la colonie 
mais empêche celuy qui se fait pour le compte du Roy dans ses traites. 

Tout cela n'a (pas) peu contribué à mettre contre moy tous les gens intéressez, 
à la fraude aussy bien que celuy qui les y autorisent. 

Le soin que j'ay eu d'ailleurs, suivant les instructions qui m'étoient données, de 
porter sur chaque nature de dépense toute l'œconomie dont elle étoit susceptible et 
dont j'ay les preuves et les opérations en mains a élevé contre moy tous les comptables 
et les gens qu'on avoit voulu de tous tems être subordonnez à l'Intendant pour le 
détail de ces mêmes dépenses, ayant réduit de près de moitié le prix de toutes sortes de 
travaux dont les ingénieurs et entrepreneurs gagnoient l'excédant sur les adjudications 
des ouvrages. 

Tout le corps des comptables et gens subordonnez se sont joints et n'ont voulu 
depuis plus d'un an avoir aucune relation avec moy, se sentant appuyez et excitez 
par Mr. le Gouverneur général auquel ils tiennent par différents endroits. 

Le Sr Foucault, garde-magasin de Québec, est son parent et a été envoyé par luy 
en 1716 dans la colonie. C'est ce Mr. Foucault qui fait valoir les terres et domaines 
que Mr. Begon, qui m'a précédé et qui est beau-père de Mr. de Beauharnois, a acquiz 
dans la colonie. 

Le garde-magasin de Montréal est le beau-père du chevalier Begon, major de 
Québec, frère du beau-frère de Mr. de Beauharnois. 

Le controUeur a marié une de ses belles-sœurs au maître d'hôtel de Mr. de Beau- 
harnois. 

Le frère de ce controUeur est à Québec le commis des trésoriers généraux de la marine 
et est de plus agent de la Compagnie des Indes. 

Les fermiers généraux ont pour directeur du domaine le Sr Cugnet qui a pour 
visiteur son propre beau- frère et pour contrôleur le gendre d'un homme sous le nom duque 



ARCHIVES DE QUÉBEC 99 

il arme tous les ans un vaisseau et fait un gros commerce dans la colonie de vins et d'eau 
de vies. 

Tous ces hommes-là qui sont aujourd'huy associez ensemble ont à eux, tant par 
la caisse du Trésor qui est de près de cent mille écus que par celle du Domaine qui est 
de pareille somme et par la caisse de la Compagnie des Indes, qui est de la même force, 
avec le fonds des magazins plus d'un million de fonds chaque année à leur disposition, 
avec quoy ils font tout le commerce de la colonie, dans lequel Mr. de Beauhamois est 
de part sans faire de fonds, et ruinent ainsi tous les autres marchands au point qu'il 
n'y a pas dans la colonie un seul marchand qui puisse faire auctme fortune pendant que 
tous ces commis y font des fortunes immenses sans y prendre d'établissement, ne s'y 
regardant que comme passagers, et empêchent par là visiblement l'accroissement et 
l'établissement de la colonie. 

Ils ont encore cette année acheté tous les vins et eaux de vies que Mr. de Beau- 
hamois, en société avec Mr. le comte Desgoutes, ont fait venir sur le vaisseau du Roy 
comme ils en font venir tous les gens (ans), contre les deffenses que le Roy en fait 
aux capitaines de ses vaisseaux, et frusrtent même le Domaine des droits que ces vins 
et eaux de vies doivent payer en Canada, parce que c'est le receveur du Domaine et 
ses associez qui les achettent au par delà de ce que ce même receveur du Domaine en 
fait venir pour son compte par le vaisseau qu'il arme en secret sous le nom du beau-père 
de son contrôleur dont il a grand soin de ne point payer non plus les droits au proffit 
du Roy, cette fraude étant le premier profRt que ce receveur fait sur son commerce. 
Ce sont là. Monseigneur, les mistères d'iniquité où j'ay osé pénétrer pour y mettre 
un peu l'ordre que je devois et empêcher la fraude qui s'y fait au désavantage de Sa 
Majesté. 

J'ay voulu de plus reformer le prix des adjudications et des ouvrages, 
réduire au vray les états de dépense et détruire l'usage des employs simulez, 
veiller au toisé des ouvrages et régler le prix des premiers matériaux. 
J'ay sur cela trouvé le moyen d'amener les ouvrages que l'on fait povu- le Roy à la 
moitié du prix qu'on en donnoit auparavant : j'en ai les preuves à la main. Et je serois 
venu about de ne pas laisser tomber les choses dans l'abus des excédans de dépense sur 
les états projettez chaque année, lesquels ont principalement et notamment tourné 
à l'utilité d'un ingénieur qui dans ce pays-là trompe le Roy ouvertement et sans pudeur 
qui s'y est enrichi considérablement, aussy bien que d'autres entrepreneurs qui y sont 
devenus fort riches et se sont bâtis de belles maisons aux dépens du Roy parce qu'on 
les a laissé inconsidérément les maîtres de s'aprécier les ouvrages ou de les réduire en 
mémoires qui leur étoient passez en plein sans examen et dans lesquels le prix, les jour- 
nées, le toisé, tout étoit doublé et simulé ; c'est là ce qui a si souvent causé ces excédans 
de dépense lesquels ont à la fin paru énormes et ont tellement embarassé pour en faire 
les fonds qu'on s'est peu à peu dérangé de les remettre et d'envoyer de l'argent dans la 
colonie. Cela fait un tort notable à son commerce et l'éteint plus que jamais et peut 



100 ARCHIVES DE QUÉBEC 

encore plus l'exiter par la suite à chercher le commerce et la liaison des Anglois pour 
se procurer de l'argent qu'on n^lige d'y envoyer de France. 

II n'est donc pas étonnant, Monseigneur, que tout ce corps de comptables, qui se 
tient dans toutes ses parties et qui est lié aux intérêts de Mr. de Beauhamois, se soit 
écarté de moy et que, proffitant de la circonstance d'un départ aussy précipité que le 
mien, puisque je n'ay eu que six semaines à m'y disposer, sans qu'on ait envoyé lors 
un Intendant pour tenir ma place, ils n'ayent voulu former aucun compte avec moy 
ni même me communiquer ceux qu'ils ont projettez à leur façon, dont je demande l'exa- 
men avec moy. Si l'on prétend à cet égard m'imputer quoy que ce soit, n'étant pas 
juste que des gens, qui n'ont pas voulu compter avec moy quelqu'instance que je leur 
en aye faite même par des sommations judiciaires, ayent eu la liberté de fabriquer des 
comptes à leur proffit et au désavantage du Roy à la faveur du commissaire ordonnateur 
qui a eu ordre de faire mes fonctions dès l'instant même que mon rappel me seroit 
annoncé et qui cependant se trouvoit à ce moment par son âge et par ses infirmitez 
en une telle imbécillité qu'il ne pouvoit plus que signer son nom et qu'il ne (se) souvient 
pas même aujourd'hui d'avoir rendu aucune ordonnance contre moy ainsy que plusieurs 
l'ont mandé uniformément par les derniers vaisseaux quoy qu'on luy en ait fait rendre 
des plus singuliers et des plus injustes à la sollicitation de Mr. de Beauhamois sans 
m 'assigner et sans m'entendre, sans que ce commissaire fût mon juge et contre toute 
vérité, par laquelle il me répute débiteur au Roy de 26000/. et cela pour donner lieu de 
retenir, ainsi qu'on l'a fait, tous mes meubles et effets dans le Canada, ce qui étoit sy 
injuste en soy que ce qu'on faisoit en conséquence de l'ordonnance de ce commissaire 
étoit contre l'objet même que l'on supposoit, puisqu'au cas que j'eus été débiteur au 
Roy on ne devoit pas arrêter mon bien en Canada où je n'ai ni mon juge ni mon domicile, 
il faloit le laisser passer en France pour y être la sûreté du Roy. Je ne dois rien au Roy, 
Monseigneur, j'en ay la preuve à la main ; je dois à un particulier la dépense qu'il m'a 
falu faire pour mon établissement en Canada telle que tout Intendant est obligé d'en 
faire pour s'établir en quelque lieu qu'on l'envoyé et que l'on conçoit être toujours 
plus forte pour s'aller établir en Canada qu'en l'intendance la plus éloigné du Royaume. 
Mais cette dépense a encore été bien plus forte pour moy que pour auctm autre 
par deux circonstances, l'une qu'à mon passage dans le Canada Mr. le comte DesgoutteS 
qui commandoit l'Eléphant sur lequel j'ai passé et qui avoit encombré le vaisseau du 
Roy de vins et d'eau de vies pour son compte, ainsi qu'il le pratique tous les ans contre 
les defïenses expresses de Sa Majesté, refusa de me donner dans le vaisseau du Roy 
la place qui m'y étoit accordée pour mes meubles et me contraignit de mettre à fret 
sur des vaisseaux marchands la plus grande partie de mes meubles et provisions qu'il 
m'a falu porter en ce pays là, lesquels m'avoient déjà bien coûté pour les faire traverser 
la France et les transporter à La Rochelle. Je suis le premier à qui de pareils incidents 
soient arrivés. 

L'autre qu'étant arrivé en Canada et ayant trouvé la maison de l'Intendance 
brûlée il m'a falu avoir pendant un tems très considérable mes domestiques en pension 



ARCHIVES DE QUÉBEC 101 

hors de chez moy à quoy ajoutant les chevaux, équipages et autres choses qu'il m'a 
falu achetter en ce pays et qu'on ne porte point de France, cela m'a constitué en une 
dépense que je n'ay pu prendre sur moy même, mais dont ni moy ni personne n'eust pu 
s'acquitter en deux années seulement, n'ayant pu en aussi peu de tems avec ma dépense 
courante ratraper pour y satisfaire le courant de mes apointements, ainsi que je l'aurois 
fait si l'on m'y eust laissé le tems ordinaire ; à quoy il convient d'ajouter ce qu'il m'a 
falu dépenser pour envoyer en France les mémoires nécessaires povir instruire le Roy 
des désordres de la colonie. 

Or, ne m 'ayant été remis aucuns fonds dans le Canada et ne pouvant acquitter 
en partant ce que je devois, il n'est d'offre que je n'aye faite de telle partie de mes 
meubles qu'on eust voulu prendre pour nantissement, soit une vaisselle d'argent, soit 
mon linge ou toute autre nature de meuble, y en ayant actuellement pour plus de vingt 
mille écus qui y sont restez. 

Mais la tragédie n'étoit pas finie. Il faloit, de la part de Mr. de Beauhamois, 
frapper un dernier coup sur l'Intendant ; il faloit l'outrager devant le peuple et décré- 
diter pour toujours dans le Canada la place de l'Intendant, ainsi qu'il avoit fait le reste 
de la justice du Roy ; il ne faloit pas non plus qu'il pust apporter en France aucun, 
papier ni rien qui pût instruire votre religion, Monseigneur, sur les désordres qui se 
passoient en ce pays là. 

Pour cet effet on m'enleva tous mes meubles à main armée et sans description 
la pluspart des ballots en étant faits pour être portés au vaisseau du Roy ; on me les 
a pris sans les ouvrir ; on m'a ôté jusqu'à mon lit, jusqu'à la dernière broche de ma cui- 
éine et jusqu'à la jarre de terre oii reposoit l'eau de la maison. Des voisins qui ont été 
touchez de mon état m'ont prêté un lit pour coucher, une marmitte pour vivre et ime 
jarre pour mettre éclair cir de l'eau dans la maison. Mais, pour exercer cette barbarie 
avec plus d'éclat encore, on m'a constitué prisonnier dans le propre palais du Roy oii 
le Roy loge son Intendant et dans ce palais du Roy où il n'avait jamais été permis aux 
soldats d'entrer armez. M. le Marquis de Beauhamois qui dix-huit mois auparavant 
s'étoit imaginé de m'y faire enlever par ses gardes, qui depuis en avoit fait rompre les 
clôtures par quatre-vingt hommes armez de haches et la bayonnete au bout du fusil 
et qui y avoit brisé les prisons et enlevé les prisonniers, m'y reteint enfin prisonnier 
jusqu'au quart d'heure de mon embarquement par quarante hommes amenez sans bruit 
à neuf heures et demie du soir et depuis ce jour relevez par vingt quatre heures au son 
du tambour. Le corps de garde établi dans la sale du palais et dans mon antichambre, 
l'on boure mes domestiques pour les exciter à l'impatience et avoir occasion de faire 
main basse dans la maison. 

On fouille tous les gens qui venoient au palais, les prêtres, les jésuites ; les officiers 
des troupes sont fouillez par leurs propres soldats, et même les femmes et les filles 
jusques dessous les jupes et sans qu'il y ait dans ce récit aucune exagération. Je fus 
oblige de faire coucher pendant tout ce tems là le Lieutenant géna^, le Procureur du 



102 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Roy et un secrétaire dans ma chambre, crainte d'insulte et qu'on ne fist main basse 
sur les papiers de l'Intendance. 

Le quart d'heure même de l'embarquement il ne me fut (plus) permis d'emporter 
autre chose que quelques matelats pour coucher à bord et quelques linge et hardes à 
l'usage de ma femme et au mien ; et ce peu de hardes ayant presque pourri à la mer 
par le peu de soin qu'on a pris, le Comte Desgouttes a encore eu la barbarie de me les 
retenir et la hardiesse de supposer à cet effet, aux aterrages de France, un ordre du minis- 
tre venu, disoit-il, par l'isle d'Aix où il envoya un officier chercher cet ordre supposé 
pour retenir mes valises à bord et m'a réduit moy, ma femme et mes domestiques, à 
gagner La Rochelle avec la seule chemise que nous avions chacun sur nous, pendant 
qu'en conséquence de l'ordre qu'il a eu la hardiesse de supposer et dont j'ai l'hormeur, 
Monseigneur, de vous demander justice, il a fouillé les valises qu'on m'avoit laissé 
emporter du Canada pour y chercher les no (tes) et les notions que luy et Mr. le Marquis 
de Beauhamois ont tant appréhendé que je n'apportasse à Votre Eminence. 

Comme je suis le premier à qui de pcu^eils traitement ayent été faits et qu'on n'a- 
pas vu encore que, sur quelque nature de mémoires qu'on se soit donné la liberté d'en 
voyer en Cour contre un Intendant, on ait donné d'une façon aussi marquée le désavan- 
tage à l'homme public par raport à tous ceux qu'il a voulu mettre dans la règle et ranger 
à leur devoir, et cela sans l'entendre ni attendre de douze cent lieues le contredit des 
faits qu'on aurait pu luy imputer, on peut penser qu'il est dans le tort et plus le sort 
qu'on luy fait éprouver est rigoureux et plus le tort que cela suppose en a deu paraître 
énorme aux yeux du public. 

C'est dans cette situation, Monseigneur, que j'ose demander à Votre Eminence, 
aux risques d'être requis si je suis trouvé coupable, qu'on examine ma condviite sur 
tous les points qui me pourront être objectez. 

Je demande qu'on me donne des commissaires qui entrent dans l'examen des faits, 
dans l'importance des objets et dans le détail de ce que j'ai été obligé de faire et de ce 
qu'ont été pareillement obligez de faire le Conseil Supérieur de Québec et tous ceux 
qui ont agi avec moy. Car enfin je puis bien dire que, n'ayant point agi seul dans cette 
affaire, on ne devroit rien m'y imputer de personnel. . C'a été le Conseil Supérieur de 
Québec qui a jugé et ce Conseil Supérieur se flatte qui l'a ( = qu'il a) bien jugé. Je n'ai 
eu, ainsi que chacun de ceux qui le composent, que ma voix dans les arrêts. C'est 
peut-être la première fois qu'on a imputé au Président les jugements d'une compagnie 
entière. Le Conseil Supérieur de Québec en a rendu jusqu'à huit au sujet des excès 
du clergé et de la révolte à la justice du Roy et des plaintes des communautez, qu'il 
n'étoit pas possible de laisser dans le dérangement et la vexation où on les avait mises. 

Ces jugements ont été rendus dans le courant de trois mois entiers. On aura 
peine à croire qu'un Président ait eu assez d'ascendant sur une compagnie pour luy 
faire rendre jusqu'à huit arrêts contre son gré et qu'il ait été le maître de mener sa 
compagnie pendant un espace de tems aussi considérable. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 103 

Mais deux considérations qui font absolument tomber ce préjugé, c'est première- 
ment la religion que j'ai elle à faire relire chaque arrêts d'un Conseil à l'autre, ainsi 
que cela se doit faire en des matières aussi importantes, pour cormaître s'il avait été 
rédigé dans l'intention de la compagnie ; 

La seconde, c'est que le huitième arrêts, rendu à l'occasion de l'insulte faite par le 
Gouverneur général au Conseil Supérieur, par lequel la Compagnie délibère et resouh 
en sa présence d'en porter ses plaintes au Roy et en conséquence duquel cette Compagnie 
a en effet porté ses plaintes au Roy par une lettre écritte au Roy qu'elle a adressée au 
ministre, est une preuve qui ne peut être contredite de l'unanimité de la Compagnie 
dans tous les arrêts qu'elle avoit rendus précédament. 

Si j'ai joint des principes et des maximes aux arrêts qui ont été rendus, je l'ay fait 
pour l'acquit de mon devoir puisque, dans ime colonie aussi formée et d'un peuple aussi 
nombreux que l'est celuy du Canada auquel il est nécessaire tous les joiu"s de rendre la 
justice et où il est question de juger les points de droit et de coutume les plus difficiles, 
on n'y envoyé un Intendant de justice que pour aider ceux qui ne sont pas également 
instruits des règles de la jurisprudence, mais qui n'en sont pas moins en état de juger sur 
chaque espèce qui se présente au tribunal lorsque quelqu'un leur met devant les yeux, 
avec fidélité et avec exactitude, les principes et les maximes de chaque matière qui se 
présente à juger. 

C'étoit de plus le cas de donner les motifs des arrêts, puisqu'ils étoient attaqués 
et que le Chapitre avoit député en France pour se pourvoir au Conseil du Roy contre 
ces arrêts. 

Or il est de notoriété autant que de règle que c'est au Président et au Procureur 
général à donner les motifs des arrêts attaquez et portez au Conseil du Roy, plus encore 
au Président, parce qu'ayant recueilli les voix, dont le Procureur général n'a jamais 
connaissance, c'est le Président qui sçait comme l'arrest s'est formé et les motifs qui 
en ont déterminé la décision. On ne peut donc pas me faire de reproches si j'ai aidé 
à les établir. 

C'est d'ailleurs un usage dans toutes les Cours Supérieures de joindre aux arrêts 
importans, qu'on appelle pour ce arrest de règlement, comme le sont tous ceux dont il 
est question, les moyens des gens du Roy pour en assurer d'autant les maximes et la 
jurisprudence. Le soin qu'on a pris de les étendre dans ces arrêts n'étoit qu'une pré- 
caution nécessaire et raisormable poui prévenir le tems qu'on les auroit pu demander, 
auquel tems, à raison de la distance des lieux, on ne les auroit pas eus aussi présens 
qu'à l'heure même qu'on venoit de les rendre ; joint à ce que, dans une matière et ime 
occurrence aussi importante, il faloit instruire le peuple contre l'illusion que luy vouloit 
faire le clergé qui de sa part n^ligeoit si peu jusqu'aux moindres argumens capables 
de le suspendre qu'on leur entendoit débiter au peuple que, puisque le Chapitre n'avoit 
pas coutume de se mesler des affaires du Conseil, il n'étoit pas raisonnable que le Conseil 
s« meslât des affaires du Chapitre. Ce seroit faire trop d'honneur à un pareil raisonne- 



104 ARCHIVES DE QUEBEC 

ment que de le traiter de sophisme. Il faut avoir perdu le sens commun pour en ozer 
faire un pareil abus envers un peuple. Il faloit encore répondre chaque jour à cent 
écrits plus absurdes et plus séditieux les uns que les autres, à la faveur desquels on 
débitoit dans le pays les maximes les plus pernicieuses à l'exercice de la justice du Roy 
et aux droits de la Couronne. 

On n'en faisoit pas moins dans le secret ; on y a tout tenté pour faire méconnoître 
le Roy. 

La confession a été sur cela le véhicule aux insinuations les plus criminelles. 

A-t-on jamais vu le Roy en Canada? l'y verra-t-on jamais? yen a-il d'autre que celuy 
qui y commande? 

C'étoient là les moindres prestiges dont on usoit et qu'on inspiroit au menu peuple 
et, sans parler des couronnes de laurier vottées par le clergé du Canada à Mr. de Beau- 
harnois et de plusieurs autres pratiques qui ont été plus sérieuses qu'on ne le pense, 
les informations juridiques et les preuves judiciaires que j'ay envoyées en France font 
as<5ez connoître pour quoy dans le tems de Pâques le Chapitre avoit interdit la con- 
fession et la prédication aux Jésuites, ne voulant pas qu'aucuns d'eux fût en état 
et à portée de détruire les maximes criminelles qu'il s'étoit proposé d'inspirer et défaire 
inspirer au peuple par les moines et les prêtres à l'effet de porter à la révolte et à la 
méconnoissance de son Roy (1). 

Il ne seroit donc question aujourd'huy que de peser aussi sérieusement qu'il con- 
viendroit l'importance d'une telle affaire et d'examiner si les maximes établies dans les 
arrêts du Conseil Supérieur de Québec sont bonnes et s'il a été moins nécessaire en 
Canada que par tout ailleurs, et surtout dans de pareilles occurrences, de les établir 
ou d'y tenir la main, ainsi qu'on le fait avec grand soin dans toutes les autres parties de 
domination du Roy. 

Tels que soient ces arrêts et les maximes qu'ils renferment, personne ni ( = n'y) 
peut toucher que le Roy. C'est au Roy seul à les juger ; ce luy est un droit acquis de 
juger luy même ses justices. C'est ce qu'il fait tous les jours en grande connaissance 
de cause et, comme dans ce genre il n'y a qu'une voye pour attaquer les arrêts des 
Cours Supérieures, aussi ni ( = n'y) a-il qu'une forme pour les détruire, qui est la cassa- 
tion au Conseil du Roy. 

Le Conseil Supérieur ne doute nullement. Monseigneur, de l'attention de Votre 
Eminence ou à le faire réformer, s'il a manqué et s'il s'est trompé dans les règles et les 
principes, ou à maintenir ses arrêts, s'ils sont sages et équitables et s'ils renferment 
comme le Conseil a lieu de le présumer, les maximes les plus pures et les plus importantes 
de l'autorité du Roy. 

Mais quelque chose qu'il doive arriver de ces arrêts ; que l'homme public et l'homme 
du Roy, envoyé expressément pour maintenir la règle et la loy, soit la victime de son 



(1) A la marge. — -(N'oLa) que cet interdit des Jésuites avoit été concerté avec Mr. de Beauhamois. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 105 

zèle et de son travail ; que les loys les mieux établies, les ordres les plus positifs a luy 
donnez et les instructions à luy les plus recommandées soient devenus autant de pièges 
à ses démarches ; c'est ce qu'il seroit ( = ce qui serait) d'une trop périlleuse conséquence 
pour quiconque auroit à travailler après luy. 

Cela me fait espérer, Monseigneur, qu'après l'examen de cet affaire (que j'ose dire 
être la plus importante affaire de Sa Majesté, eu égard non-seulement au pays qu'elle 
affecte, mais encore à ce qu'en nul autre endroit de la domination du Roy aucim n'eust 
été assez ozé d'exciter un pareil renversement des loys et du bon ordre), si je ne suis 
pas trouvé en faute. Votre Eminence voudra bien entrer dans mes dédommagemens, 
n'étant pas juste ni dans les principes de la munificence du Roy qu'un officier, qui a 
passé plus de vingt huit ans de sa vie à porter la parole pour les droits les plus sacrés de 
la Couronne, qui a eu l'honneur de travailler au Conseil du Roy pendant trois ans. 
Maître des requêtes ordinaires de son hôtel et que Sa Majesté a fait ensuite son Maître 
des requêtes honoraires à l'instance même de sa Compagnie, l'honnorant de plus d'un 
brevet de Conseiller d'Etat au moment même qu'il a plû au Roy luy confier l'intendance 
de la Nouvelle France, en revienne au bout de deux ans, luy et sa femme dont le père 
a servi le Roy toute sa vie en qualité de Con^*" au Parlement de Paris, et qu'ils en revien- 
nent dépouillez de leurs biens et ayans perdu jusqu'au moindre de leurs meubles qui leur 
ont été pillez à main armée et retenus dans le Canada, dont la réclamation va devenir 
pour eux un mail et un procès sans fin et sans remède. 

Quel avenir pour deux personnes qui, flattez d'aller servir Sa Majesté, ont eu le 
courage de passer par dessus les dangers de deux prédécesseurs péris à la mer, de se 
voir réduits en France, à la fleur de leur âge, à manquer du nécessaire, à traîner ime vie 
de peines et de misère peu convenable à la dignité de levir état et qui, dans le souvenir 
d'une disgrâce non méritée, ne sera plus pour eux qu'une langue(u)r propre à les conduire 
au tombeau ! (1) 



(1) Les Archives de la province de Québec doivent le Ménwiré de Dupuy publié ici à M. le char>oine 
Chartier, qvii l'avait copié sur roriginal conservé à la Bibliothèque Mazarine, à Paris. 



LES REGISTRES DE L'AMIRAUTÉ DE QUÉBEC 

PAR 

Louis -Guillaume Verrier 

L'Amiral de France, sous l'ancien régime, avait des pouvoirs 
très étendus. C'est lui qui était chargé de la police des ports et 
de la surveillance des sièges d'Amirauté. 

L'Amiral de France percevait : 1. des droits pour la déli- 
vrance des congés aux capitaines de navires ; 2. un droit de 
feux, tonnes et balises, établi dans douze ports seulement ; 

3. la moitié du produit des objets provenant des bris et naufrages; 

4. le tiers des successions maritimes non réclamées ; 5. le produit 
des amendes et des confiscations prononcées dans les sièges 
d'Amirauté. Le droit de feux, tonnes et balises suffisait à peu 
près à payer les dépenses faites par l'Amiral dans l'intérêt de la 
navigation. Dans bien des cas, les droits prélevés sur les nau- 
frages et les successions maritimes étaient abandonnés aux inté- 
ressés. Les amendes, souvent, étaient aussi remises. Quant au 
droit de congé, il était fort modique. 

Dans les sièges d'Amirauté, la justice civile et criminelle 
était rendue au nom de l'Amiral de France. 

Quelles étaient les attributions des officiers des sièges d'Ami- 
rauté ? 

Elles étaient de deux sortes : les unes judiciaires, les autres 
administratives. 

Comme officiers de justice, ils connaissaient de toutes les 
causes relatives aux contrats maritimes, tels que les contrats 
d'association, les chartes parties, les affrètements, connaissements, 
polices d'assurances, obligations à la grosse aventure et autres 
semblables, passés, soit entre des négociants régnicoles, soit entre 
ceux-ci et des négociants étrangers. Ils connaissaient aussi des 
dissensions entre les armateurs, les capitaines de navires et les 



ARCHIVES DE QUÉBEC 107 

gens des équipages ; des saisies de navires ; des difficultés sur 
les réclamations des effets naufragés ; en un mot, de toutes les 
questions qui naissent du commerce maritime. En temps de 
guerre, ils étaient de plus chargés de constater la validité des prises 
faites sur les ennemis, et c'est sur leurs procédures que le Conseil 
des prises rendait ses jugements. 

Au point de vue administratif, les officiers d'Amirauté 
avaient la police des ports, quais et havres et celle de la pêche ; 
ils surveillaient les maîtres des quais lesteurs et délesteurs, inter- 
prètes, courtiers, jaugeurs et autres officiers qui leur étaient 
subordonnés. Ils s'employaient au sauvetage des navires et 
effets naufragés, à la conservation des épaves de mer, à celles des 
prises maritimes ; veillaient à l'exécution des traités de commerce 
et de navigation, à l'observation des lois sur le fait de la contre- 
bande par mer ^^K 

* 
* * 

Dans la Nouvelle-France, les attributions des Sièges d'ami- 
rauté furent d'abord données à l'intendant. Plus tard, l'intendant, 
à cause de la multiplicité des affaires de sa charge, se déchargea 
sur la prévôté de Québec de la plupart des affaires qui avaient 
un caractère maritime. 

En 1698, l'intendant Bochart Champigny obtenait du roi de 
France et du grand-amiral la nomination d'un juge d'amirauté à 
Québec. 

Le 27 octobre 1698, l'intendant Bochart Champigny écrivait 
au ministre : 

"Monseigneur l'amiral m'a fait envoyer cette année des 
commissions de juges pour les causes maritimes, mais elles n'é- 
taient point accompagnées de provisions de Sa Majesté qui sont 
nécessaires suivant l'Ordonnance de 1681. Et je n'ai point reçu 
de vous aucun ordre sur ce sujet ; si vous avez agréable, Mon- 
seigneur, d'en faire expédier, cet établissement se fera l'année 
prochaine ; il a été fait choix pour juge du sieur Dupuy, dont la 
probité et la bonne conduite vous sont connues par les assurances 



(1) J.-Ednr.cnd Kcy, Rcppoit sut Us Arckiets de FrcKce relatives à rhistohe du Canada, p. 238. 



108 ARCHIVES DE QUÉBEC 

que je vous en ay données, étant effectivement un des plus judi- 
cieux et des plus désintéressez officiers que nous ayons. La com- 
mission de procureur du Roi m'a été envoyée en blanc, celle de 
greffier a été remplie de Le Pailleur, homme sage et intelligent, 
et celle de receveur du sieur Duplessis, commis en ce pays de 
M. de Lubert. Il me paraît. Monseigneur, que ce sera un bien 
que cet établissement se fasse séparément de la prévôté, où il y a 
beaucoup d'affaires ^^\" 

Le 30 mai 1699, Louis XIV signait les lettres de provisions 
de M. Paul Dupuy de Lislois, comme juge de l'amirauté en la 
Nouvelle-France ^~\ 

Le même jour, 30 mai 1699, Michel Lepailleur était nommé 
par le Roi greffier de la nouvelle juridiction ^^\ 

Les lettres de provisions signées par le roi en faveur de 
MM. Dupuy et Lepailleur donnaient en mandement au Conseil 
Souverain de les mettre et instituer en possession et jouissance 
de leur office respectif. Ni M. Dupuy ni M. Lepailleur ne présen- 
tèrent leurs lettres de nomination au Conseil Souverain. Paul 
Dupuy de Lislois avait été nommé, le 1er juin 1695, lieutenant 
particulier de la prévôté de Québec. Il exerça cet office jusqu'en 
1710. Nous sommes donc en droit de conclure qu'il n'accepta 
pas la charge de juge de l'amirauté créée pour lui le 30 mai 1699. 

Le lieutenant-général de la prévôté de Québec continua à 

exercer pendant plus de dix-sept ans les fonctions de juge de 

l'amirauté de Québec. 

* 
* * 

Le 12 janvier 171,7, par lettres patentes du roi de France, un 
siège d'amirauté était établi à Québec. 

Le préambule du règlement édicté le même jour par Louis 

XV donne la raison de l'établissement de ce tribunal : " 

attendu qu'il n'y a point encore d'amirautés établies dans les 
colonies d'Amérique, ni des Indes Occidentales, ce qui donne 
occasion à toutes sortes de juges et de praticiens de s'attribuer 



(1) Archives du Canada, Corresïwndance générale, vol. F., p. 141. 

(2) Archives du Canada, Collection Moreau Saint-Méry, tome VI, 1er vol., folio 193. 

(3) Archives du Canada, Collection Moreau Saint-Méry, tome VI, 1er vol., folio 193. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 109 

la connaissance des affaires maritimes, sans aucune capacité 
ni connaissance des ordonnances, ce qui cause un préjudice consi- 
dérable au commerce et à la situation de la navigation, que les 
rois prédécesseurs de Sa Majesté ont toujours regardés comme 
affaires très importantes, et qui ne pouvaient être bien adminis- 
trées que par des ordonnances particulières, et par des juridictions 
établies exprès pour les faire observer. . . ." 

Le Siège de l'amirauté de Québec devait être composé d'un 
lieutenant-général, d'un procureur du Roi, d'un greffier et de un 
ou deux huissiers. 

La nomination de ces officiers appartenait à l'amiral de 
France mais ils devaient obtenir une commission de Sa Majesté. 

Le lieutenant-général de l'amirauté pouvait être choisi parmi 
les juges des juridictions ordinaires, mais il devait rendre la justice 
au nom de l'amiral. Le lieutenant-général de l'amirauté ne pou- 
vait être en même temps conseiller au Conseil Supérieur. 

Le lieutenant-général de l'amirauté et le procureur du roi 
devaient être reçus au Conseil Supérieur, où se portaient les 
appels des sentences de leur tribunal, mais le greffier et les huis- 
siers étaient reçus par le lieutenant-général même. 

Pour être lieutenant-général ou procureur du roi de l'ami- 
rauté il fallait être âgé de 25 ans. Il n'était pas nécessaire d'être 
gradué pour exercer les charges de lieutenant-général ou de pro- 
cureur du roi de l'amirauté, mais il fallait "avoir une connaissance 
suffisante des ordonnances et des affaires maritimes '^\" 

Le siège de l'Amirauté de Québec, établi le 12 janvier 1717, 

ne commença à fonctionner qu'à l'été de 1719. La première 

audience fut tenue le 19 août 1719. Ce tribunal exista jusqu'à 

la chute de Québec le 13 septembre 1759. Il avait donc vécu 

juste quarante ans. 

* 
* * 

Que sont devenues les archives du siège de l'Amirauté de 
Québec ? 



(1) Le règlement du 12 janvier 1717 enregistré au greffe du Conseil Supérieur de Québec, le 22 
novembre 1717, a été publié au volume p«-emier (p. 358) des Edits et Ordonnances. 



110 ARCHIVES DE QUÉBEC 

L'article 45 de la capitulation de Montréal, disait : 

"Les registres et autres papiers du Conseil Supérieur, de la 
prévôté et amirauté de la même ville, ceux des juridictions royales 
des Trois-Rivières et de la ville de Montréal, ceux des juridictions 
seigneuriales de la colonie, les minutes des Actes des notaires des 
villes et des campagnes, et généralement les actes et autres 
papiers qui peuvent servir à justifier l'état et la fortune des 
citoyens, resteront dans la colonie, dans les greffes dont ces 
papiers dépendent." 

Malgré cette clause pourtant très claire, les archives des 
amirautés de Québec et de Louisbourg furent transportées en 
France. 

Le 8 mai 1761, le ministre écrivait à M. Poncet de la Grave 
que les registres et minutes des amirautés de Louisbourg et de 
Québec avaient été déposés aux archives de la Rochelle, pour 
être retournés dans les colonies, si l'occasion s'en présentait quand 
la paix serait rétablie. On espérait encore que le Canada retour- 
nerait à la France ! 

Les anciennes archives de l'Amirauté de Québec sont aujour- 
d'hui conservées aux Archives de la Marine, à Paris. Dans les 
voûtes des Archives de la Province, à Québec, on conserve deux 
registres des causes de l'Amirauté de Québec, l'un pour l'année 
1741, et l'autre pour les années 1749-1756. 

Les Archives Judiciaires de Québec possèdent également 
quelques dossiers et pièces détachées des procès qui furent soumis 
à l'ancien Siège de l'Amirauté de Québec. 

Dans le rapport du comité nommé par lord Dorchester en 
1789, pour examiner les anciennes archives françaises, nous 
lisons, à la date du 4 août 1789 : 

"Le comité a ajourné au bureau de M. le secrétaire Pownall, 
pour examiner l'état et le contenu d'une grande caisse de docu- 
ments endommagés, mentionnés dans l'inventaire de M. les 
secrétaire Pownall. 

"Le comité constate que cette caisse contient des registres 
des causes dans la Cour d'Amirauté, avant la Conquête, ils sont 
tous si pourris que l'on ne peut les lever, excepté un registre pour 
1759, qui a le titre suivant sur la seconde feuille : 



ARCHIVES DE QUÉBEC 111 

"Le présent registre contenant cent quatre-vingt-dix-huit 
feuillets, celui-ci compris, a été paraphé par premier et dernier 
feuillet, par nous Guillaume Guillimin, conseiller du roi, lieute- 
nant particulier de la prévôté, et lieutenant-général civil et 
criminel de l'Amirauté de cette ville, pour servir à l'enregistre- 
ment des causes d'audience de l'Amirauté ; fait à Québec le 
huit juin, mil sept cent cinquante-neuf ;" il est signé Guillimin. 

"Ce livre est aussi dans un très mauvais état ; il contient 
sur 22 feuilles écrites, marquées 1 à 22, des jugements de la Cour 
d'Amirauté, authentiquées par la signature de M. Guillimin, 
juge de cette cour, excepté les deux dernières feuilles qui n'ont 
pas de signature. 



PROCÈS-VERBAL DE L'ÉTAT DES REGISTRES DU GREFFE DU SIÈGE DE 

L'AMIRAUTÉ DE QUÉBEC DRESSÉ PAR LOUIS-GUILLAUME 

VERRIER, PROCUREUR-GÉNÉRAL DU CONSEIL 

SUPÉRIEUR, LES 2, 3, 6, 7. 10, 11 et 12 

SEPTEMBRE 1737. 



L'an mil sept œnt trente-sept, le deuxième jour de septembre, trois heures de 
relevée, nous Louis-Guilllaume Verrier, procureur-général du Roy au Conseil Supérieur 
de ce pays, commissaire nommé par arrest de Conseil d'E^tat de Sa Majesté du dix- 
huit may dernier, à l'effet de dresser procès-verbal de l'état des rostres du greffe du 
siège de l'Amirauté de cette ville de Québec qui ne se trouve point cottez et paraphez 
par le feu sietir de l'Epinay, lieutenant de la ditte amirauté, au désir de l'ordonnances 
de la Marine du mois d'aoust mil six cent quatre vingt im, nous sommes transportez 
au dit greffe accompagné du S. Christophe-Hilarion Dulaurent, greffier commis aii 
dit Conseil Supérieur et notre greffier commis en cette partie, où estant et en présence 
du sieur Boucault, lieutenant en la dite Amirauté, du sieiu" Hiché, notre substitut, 
et du greffier du dit siège, nous nous sommes fait représenter par ledit greffier de l'Ami- 
rauté, les registres du dit greffe, tant ceux des causes d'audiences que ceux des décla- 
rations et autres prescrits par la ditte ordormance de la Marine, livre premier, titre 
quatre, article cinq et suivants, pour constater Testât d'iceux, à quoy nous avons pro- 
cédé ainsy qu'il en suit en présence des dits sieurs officiers cy-dessus ncmmiés. 



112 ' ARCHIVES DE QUÉBEC 

Il nous a esté représenté le premier des sept registres requis par la ditte ordonnance 
et servant pour les causes d'audience. Le dit premier registre en quatre volumes 
et un carton des feuilles détachées servant de plumitif contenant des jugements rendus 
depuis le dix-sept octobre mil sept cent trente un jusques au vingt-deux aoust mil sept 
cent trente six que ledit sieur Boucault, successeur du d. s. l'Epinay, a esté installé 
en la d. place de lieutenant de l'Amirauté, le d. carton faisant la suite et continuation 
des dits quatre precedens volumes du dit premier registre le tout ainsy qu'il va estre 
expliqué. 

Le premier des dits quatre volumes contenant soixante et onze feuillets cottéz 
et paraphez par premier et dernier feuillet par le dit feu sieur l'Epinay, commencé- 
le samedy dix-neuf aoust mil sept cent dix-neuf, première audience tenue depuis l'état 
blissement du dit Siège de l'Amirauté, jusque au mercredy, sept octobre mil sept cent 
vingt-deux, dans lequel registre nous avons trouvé tous les jugements y portés duement 
signés tant du dit feu sieur L'Epinay que du sieur André de Leigne, lieutenant-général 
en la prévosté de cette ville, qui a tenu l'audience pour l'absence, maladie ou récusation 
du dit feu S. de L'Epinay. 

Le second desdits quatre volumes du dit premier registre, contenant soixante- 
onze feuillets cottes et paraphés par premier et dernier par le dit feu S. l'Epinay et 
commencé le dit jour mercredy sept octobre mil sept cent vingt-deux jusques et compris 
le treize décembre mil sept cent vingt-quatre nous avons trouvé tous les jugements 
y portés duement signés tant du dit feu l'Epinay que du dit lieutenant-général de la 
Prévosté qui a tenu le siège pour l'absence, maladie ou récusation du dit feu S. l'Epinay. 

Le troisième des dits quatre volumes du dit premier registre contenant quarante 
cinq feuillets cottes et paraphés par premier et dernier par le dit feu L'Epinay, nous 
avons trouvé tous les jugemens y portés duement signés tant du dit feu l'Epinay que 
du dit lieutenant-général de la prévosté qui a tenu l'audience pour l'absence, maladie 
ou récusation du dit feu S. L'Epinay, à l'exception de l'audience du samedy premier 
février mil sept cent vingt-sept, folio trente-neuf verso, dont le premier jugement est 
signé du dit feu S. L'Epinay, et le second et dernier ne l'est point, et des audiences sui- 
vantes du samedy quinze du dit mois de février contenant un seul jugement ; mercredy 
cinq mars suivant contenant quatre jugements : samedy huit du dit mois de mars con- 
tenant un seul jugement : samedy quinze du même mois contenant trois jugements : 
samedy vingt-deux du même mois contenant un seul jugement : mercredy sept may 
au dit an mil sept cent vingt-sept contenant un seul jugement ; mercredy onze juin 
suivant, contenant deux jugements ; mercredi vingt-cinq du même mois contenant un 
jugement ; même jovir en l'hôtel du juge contenant un seul jugement ; vendredy vingt 
sept du même mois de juin contenant un seul jugement ; jusques et compris l'audience 
du mercredy vingt-neuf juillet au dit an mil sept cent vingt-sept contenant un seul 
jugement et faisant la clôture du dit troisième volume ; tous lesquels jugemens ne sont 



ARCHIVES DE QUÉBEC 113 

point signés ni du dit feu S. L'Epinay ni du dit S. lieutenant-général en la d. Prévosté 
lorsqu'il a tenu le siège comme il est expliqué cy-dessus. 

Le quatrième des d. quatre volumes du dit premier registre, contenant quatre 
vingt dix-huit feuillets cotté et paraphée par premier et dernier par le dit feu S. L'Epinay 
et dont les soixante et dix-sept premiers sont seullement remplis et les vingt un derniers 
restés en blanc lesquels nous avons bâtonnés, commençant au dit jour mercredy vingt- 
neuf juillet mil sept cent vingt-sept jusques et compris le mercredy dix-sept octobre 
mil sept cent trente un et nous avons trouvés les jugements y contenus duement signés 
tant dudit feu sieur L'Epinay que du dit lieutenant-général de la Prévosté qui a tenu 
le siège comme il est cy-dessus expliqué à l'exception de l'audience du samedy vingt- 
trois juin mil sept cent trente-un tenue par ledit s. lieutenant-général de la Prévosté 
à cause de l'indisposition du dit feu s. l'Epinay et portée folio soixante- un verso con- 
tenant un seul jugement non signé et des audiences du samedy sept juillet au dit an 
contenant deux jugements, mercredy onze du même mois contenant un seul jugement ; 
extraordinaire du treize du même mois contenant un seul jugement ; samedy quatorze 
du même mois contenant un seul jugement ; mercredy premier aoust au dit an mil 
sept cent trente un contenant quatre jugements : samedy quatre du même mois conte- 
nant deux jugements ; extraordinaire du huit du même mois contenant une criée : 
samedy onze du même mois contenant un seul jugement ; extraordinaire du seize du 
même mois contenant une criée : autre extraordinaire du mercredy vingt-deu x du même 
mois contenant une criée : extraordinaire du même jour de relevée contenant un juge- 
ment ; autre du lundy vingt- sept du même mois contenant un jugement et une criée ; 
audience du vingt-huit du même mois contenant un jugement ; extraordinaire du lundy 
trois septembre au dit an mil sept cent trente un contenant un jugement ; mercredy 
cinq du même mois contenant un jugement ; mercredy douze du même mois, contenant 
huit jugements ; mercredy dix-neuf du même mois contenant deux jugements ; samedy 
vingt-deux du même mois contenant un jugement ; mercredy vingt six du même mois, 
contenant deux jugements ; extraordinaire du même jour contenant un jugement ; 
autre du jeudy vingt-sept du même mois contenant un jugement ; autre du premier 
octobre au dit an mil sept cent trente un contenant un jugement ; mercredy trois du 
même mois contenant quatre jugements : extraordinaire du vendredy cinq du même 
mois contenant un jugement ; mercredy dix du même mois contenant quatre jugements : 
samedy treize du même mois contenant deux jugements : jusques et compris l'audience 
du mercredy dix-sept du dit mois d'octobre au dit an mil sept cent trente-un, contenant 
trois jugements et faisant portés aa dit folio soixante dix sept arrest et verso dernier 
remply, ainsy que dit est. des d. quatre vingt dix-huit feuillets tous lesquels jugemens 
ne sont point signés ni du dit feu S. L'Epinay, ni du d. lieutenant-général de la Pré- 
vosté lorsqu'il a tenu le siège de l'Amirauté dans les cas cy-dessus expliqués. 

5300—8 



114 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Et attendu qu'il est sept heures sonnées nous avons remis la continuation du pré- 
sent procès-verbal à demain deux heures de relevée et ont les dits Srs cy-dessus nommés 
signé avec nous et notre dit greffier commis. 

BOUCAULT 
HiCHE 

LouET, greffier commis 
Verrier 

Du Laurent, gref. commis. 

Et le dit jour lendemain troisième jour de septembre au d. an, deux heures de relevée, 
nous commissaire susdit nous sommes transportés au dit greffe de l'Amirauté de cette 
ville où estant avons en présence des sieurs officiers susnommés et accompagné de 
notre greffier commis susdit procédé comme dessus à la continuation de Testât des regis- 
tres du dit greffe ainsy qu'il en suit. 

Nous estant fait représenter le dit carton contenant les feuilles détachées servant 
de plumitifs des jugements rendus depuis le dix sept octobre mil sept cent trente un 
jusqu'au vingt-deux aoust mil sept cent trente-six exclusivement que le d. s. Boucault, 
successeur du dit S. L'Epinay, a été installé en la d. place de lieutenant de l'Amirauté, 
le d. carton faisant la suitte et continuation des dits quatre précédents volumes du 
dit premier registre nous avons mis à rang suivant l'ordre des dattes année par année 
toutes les dites feuilles détachées servant de plumitifs auquel arrangement nous avons 
jusqu'à sept heures sonnées et remis la continuation du dit présent procès-verbal à 
vendredy prochain deux heures de relevée. Et ont les dits sieurs et officiers susnommés 
signé avec nous et notre greffier commis. 

Boucault 

HiCHE 

Verrier 

LouET fils, greffier commis 

Du Laurent, greffier commis. 

Et avenant le vendredy sixiesme jour du dit mois de septembre au dit an mil sept 
cent trente sept, deux heures de relevée, nous commissaire susdit nous sommes transporté 
avec notre greffier commis au dit greffe de l'Amirauté de cette ville de Québec où estant 
avons en présence des Srs officiers susnommés procédé à la continuation du présent 
procès-verbal ainsy qu'il en suit : 

Sçavoir pour le restant de la ditte année mil sept cent trente un à commencer à 
l'audience du mercredy dix-sept octobre au dit an, avons trouvé six feuilles détachées 
servant de plumitifs, la première desquelles six feuilles contient la d. audience du dit 
jour mercredy dix-sept octobre mil sept cent trente un et dans laquelle outre les trois 



ARCHIVES DE QUÉBEC 115 

jugements portés sur le d. quatrième volume du premier registre au dit jour dix-sept 
octobre ainsy qu'il est expliqué à la fin de la première vacation cy-dessus sont cinq autres 
jugements faisant en total le nombre de huit, laquelle feuille servant de plumitif n'est 
point signée ni paraphée du dit feu s. L'Epinay. 

La seconde des d. feuilles du samedy 20 du même mois d'octobre contient cinq 
jugements et n'est point signée ni paraphée du dit feu Sr L'Epinay. 

La troisième du samedy vingt sept du même mois contient cinq jugements et n'est 
point parphée ni signée du dit sr lieutenant-général de la d. Prévosté qui a tenu le 
siège pour l'indisposition du d. feu s. L'Epinay. 

La quatrième du mercredy trente un du même mois contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La cinquième du samedy vingt-quatre novembre suivant contient trois jugements 
et n'est point signée ni paraphée du dit feu S. L'Epinay. 

La sixième et dernière du samedy premier décembre au dit an contient un jugement 
qui n'est signé ni paraphé du d. sr. lieutenant-général en la d. Prévosté qui a tenu le 
siège à cause de la récusation du dit feu S. L'Epinay. 

Lesqueslles six feuilles détachées contenant les d. plimiitifs pour le restant de la 
d. année mil sept cent trente un nous avons cotté par première et dernière et paraphé 
ne varietur. 

Pour l'armée suivante mil sept cent trente deux à commencer à l'audience du mer- 
credy vingt-trois janvier jusques et compris celle du mercredy vingt-deux octobre 
au dit an, nous avons trouvé trente cinq feuilles détachées servant de plumitifs des 
jugements rendus dans le cours de la ditte année. 

La première des dittes feuilles du dit jour mercredy vingt-trois janvier contient 
un jugement signé par le dit s. lieutenant-général de la Prévosté à cause de la récusation 
du dit feu S. L'Epinay. 

La seconde du samedy vingt six du même mois contient un jugement von signé 
ni paraphé dudit S. lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La troisième du vingt-sept mars au dit an mil sept cent trente-deux contenant un 
jugement signé du dit s. lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La quatrième du mercredy vingt-trois avril au dit an contient quatre jugements 
non signés ni paraphés du d. s. lieutenant-général en la d. Prévosté qui a tenu le siège. 

La cinquième du samedy dix may au dit an contient deux jugements non signés 
ni paraphés du S. Boucault alors procureur du Roy en la d. Amirauté qui a tenu le siège 
attendu la maladie des deux lieutenants-généraux. 

La sixième du samedy dix-sept du même mois contient deux jugements non signés 
ni paraphés du d. s. lieutenant-général en la d. Prévosté qui a tenu le siège. 

La septième du mercredy vingt un du même mois contient deux jugements non 
signés ni paraphés du d. s. lieutenant-général en la d. Prévosté qui a tenu le siège. 

La huitième du mercredy vingt-huit du même mois contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit sieur lieutenant-général qui a tenu le siège. 



116 ARCHIVES DE QUEBEC 

La neuvième par extraordinaire du même jour contient un jugement non signé ni 
paraphé du d. lieutenant-gnal en la d. Prévosté qui a tenu le siège. 

La dixième du jeudy vingt-neuf du même mois par extraordinaire contient un 
jugement non signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La onzième du mercredy dix-huit juin contient um jugement non signé ni paraphé 
du dit S. L'Epinay. 

La douzième du mercredy vingt-cinq du même mois contient un jugement non 
signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La treizième du mercredy deux juillet suivant contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La quatorzième du samedy cinq du même mois contient un jugement non signé ni 
paraphé du d. feu S. L'Epinay. 

La quinzième du mercredy neuf du même mois estant ensuite de la treizième cy- 
dessus contient im jugement non signé ni paraphé du dit feu sieur L'Epinay. 

La seizième du mercredy seize du même mois contient im jugement non signé ni 
paraphé du d. feu s. l'Epinay. 

La dix-septième du même jour seize par extraordinaire contient un jugement non 
signé ni paraphé du dit sieur l'Espinay. 

La dix-huitième du mercredy vingt-trois du même mois contient un jugement non 
signé ni paraphé du dit S. L'Epinay. 

La dix-neuvième du même jour par extraordinaire contient un jugement non signé 
ni paraphé du d. S. L'Epinay. 

La vingtième du mercredy trente du même mois de juillet contient im jugement 
non signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La vingt-unième du même jour par extraordinaire contient un jugement non signé 
ni paraphé du d. feu S. L'Epinay. 

La vingt-deuxième du mercredy six aoust suivant contient un jugement non signé 
ni paraphé du d. feu S. L'Epinay. 

La vingt-troisième du vendredy huit du même mois par extraordinaire contient 
un jugement non signé ni paraphé du d. feu s. de L'Epinay. 

La vingt-quatrième du mercredy treize du même mois contient un jugement non 
signé ni paraphé du d. feu S. L'Epinay. 

La vingt-cinquième du samedy vingt-trois du même mois contient quatre jugements 
non signés ni paraphés du dit feu s. L'Epinay. 

La vingt-sixième du trois septembre au dit an contient deux jugements dont le 
premier n'est point signé ni paraphé du lieutenant-gnal en la d. Prévosté qui a tenu 
le siège, et le second n'est point aussi signé ni paraphé du d. feu S. L'Epinay qui l'a 
rendu. 

La vingt-sixième bis du samedy treize du même mois contient sept jugements non 
signés ni paraphés du dit feu sieur L'Epinay. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 117 

La vingt-septième du vingt du même mois contient trois jugements non signés 
ni paraphés du feu sieur l'Epinay. 

La vingt-huitième du vingt-sept du même mois contient deux jugements non signés 
ni paraphés du d. feu S. L'Epinay. 

La vingt-neuvième du premier octobre au dit an contient im jugement non signé 
ni F>araphé du dit feu S. L'Epinay. 

La trentième du mercredy huit du même mois contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La trente-unième du mercredy quinze du même mois contient im jugement non 
signé ni paraphé du lieutenant général de la Prévosté qui a tenu le siège. 

La trente-deuxième du vendredy dLx-sept du même mois contient un jugement non 
signé ni paraphé du dit sieur lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La trente-troisième du samedy dix-huit du même mois contient trois jugements 
non signés ni paraphés du dit sieur lieutenant-général en la prévosté qui a tenu le siège. 

La trente quatrième et dernière du d. jour mercredy vingt-deux octobre contient 
deux jugements non signés ni paraphés du dit feu S. L'Epinay. 

Lesquelles trente-cinq feuilles détachées au moyen de la vingt-sixie. bis contenant 
les dits plumitifs pour l'année entière mil sept cent trente-deux, nous avons cottées 
par premier et dernier et icelles paraphées ne varietur. 

Pour l'année suivante mil sept cent trente trois à commencer à l'audience du mer- 
credy quatorze janvier jusques et compris celle du samedy douze décembre au dit an 
nous avons trouvé vingt neuf feuilles détachées servant de plumitifs des jugements 
rendus dans le cours de la ditte année. 

Et attendu qu'il est sept heures sonnées nous avons cessé et remis la continuation 
du présent procès- verbal à demain samedy deux heures de relevée. Et ont les dits sieurs 
officiers susnommés signé avec nous et notre greffier commis. 

BOUCAULT 
HiCHE 

Verrier 

LouET fils, greffier commis 

Du Laurent, greffier-commis. 

Et le dit jour lendemain, samedy sept du dit mois de septembre au dit an mil sept 
cent trente sept, deux heures de relevée, nous commissaire susdit nous sommes trans- 
portés avec notre greffier commis au dit greffe de l'Amirauté de cette ville où étant en 
présence des officiers du dit siège susnommés, avons procédé à la continuation du présent 
procès- verbal de l'état des registres du dit greffe ainsy qu'il en suit. 

La première des vingt six feuilles détachées servant de plumitifs pour la d. année ' 
mil sept cent trente trois, du dit jour mercredy quatorze janvier, contient un jugement 
nOTi signé ni paraphé du dit feu s. l'Epinay. 



118 AROÎIVES DE QUÉBEC 

La seconde du samedy trente un du dit mois contient deux jugements non signés 
ni paraphés du dit S. L'Epinay. 

La troisième du mercredy vingt may contient un jugement non signé ni paraphé 
du dit feu sieur l'Epinay. 

La quatrième du mercredy vingt-sept du même mois contient im jugement non 
signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La cinquième du mercredy vingt-neuf juillet contient deux jugements non signés 
ni paraphés du dit feu S. L'Epinay. 

La sixième du mercredy cinq aoust contient deux jugements non signés ni paraphés 
du dit feu S. L'Epinay. 

La septième du mercredy douze du même mois contient trois jugements non signés 
ni paraphés du dit feu S. L'Epinay. 

La huitième du mercredy vingt-six du même mois contient im jugement non signé 
ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La neuvième du jeudy vingt-sept du même mois par extraordinaire contient un 
jugement non signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La dixième du samedy vingt-neuf du même mois ensuite de la huitième feuille 
cy-dessus contient un jugement non signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La onzième du jeudy trois septembre par extraordinaire contient un jugement 
non signé, ni paraphé dudit feu sieur L'Epinay. 

La douzième du samedy cinq du même mois par extraordinaire estant ensuite de 
la précédente contient un jugement non signé ni paraphé du dit feu s. L'Epinay. 

La treizième du même jour à l'audience ordinaire estant ensuite des deux précé- 
dentes feuilles contient un jugement non signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La quatorzième du samedy douze du même mois contient deux jugements non 
signés ni paraphés du dit feu S. L'Epinay. 

La quinzième du mercredy seize du même mois contient trois jugements non 
signés ni paraphés du dit s. L'Epinay. 

La seizième du jeudy dix-sept du même mois par extraordinaire contient un juge- 
ment non signé ni paraphé du dit feu S. de l'Epinay. 

La dix-septième du samedy dix-neuf du même mois contient quatre jugements dont 
trois non signés ni paraphés du dit feu S. L'Epinay et le dernier aussi non signé ni para- 
phé du dit s. lieutenant-général en la prévosté qui a tenu le siège. 

La dix-septième bis du lundy vingt-huit du même mois par extraordinaire contient 
im jugement non signé ni paraphé du dit feu s. L'Epinay. 

La dix-septième ter estant ensuitte de la précédente du mercredy trente du même 
mois contient tm jugement non signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La dix-septième quater par extraordinaire du jeudy premier octobre contient 
im jugement non signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La dix-huitième du vendredy deux du même mois par extraordinaire contient un 
jugement non signé ni paraphé du dit feu S. l'Epinay. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 119 

La dix-neuvième du samedy trois du même mois contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit S. lieutenant-général en la Prévosté qui a tenu le siège. 

La vingtième du mercredy sept du même mois contient deux jugements non signés 
ou paraphés du d. feu s. L'Epinay. 

La vingt-imième du samedy dix du même mois contient deux jugements non 
signés ni paraphés du dit feu S. L'Epinay. 

La vingt-deuxième du samedy dix-sept du même mois contient quatre jugements 
non signés ni paraphés du dit feu S. L'Epinay. 

La vingt-troisième du samedy vingt-im novembre contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La vngt-quatrième du samedy vingt-huit du même mois contient im jugement 
non signé ni paraphé du dit feu S. L'Epinay. 

La vingt-cinquième du samedy cinq décembre contient deux jugements non signés 
ni paraphés du S. Lieutenant gnal. en la d. prévosté qui a tenu le siège. 

La vingt-sixième et dernière du dit jour samedy douze décembre contient deux 
jugements non signés ni paraphés du dit feu s. L'Epinay. 

Lesquelles vingt-neuf feuilles détachées (au moyen des dix septième bis, ter et 
quarter) contenant les dits plumitifs pour l'année entière mil sept cent trente trois 
nous avons cottées par première et dernière et icelles paraphées ne varietur. 

Pour l'année suivante mil sept cent trente quatre à conmiencer à l'audience du 
samedy seize janvier jusques et compris celle du mercredy vingt-deux décembre au 
dit an, nous avons trouvé trente deux feuilles détachées servant de plumitifs des juge- 
ments rendus dans le cours de la d. année. 

La première des d. feuilles du dit jour samedy seize janvier contient deux jugements 
non signés ni paraphés du lieutenant-général en la d. prévosté qui a tenu le siège. 

La deuxième du dix-neuf du même mois contient nn jugement non signé ni paraphé 
du lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La troisième du samedy trois avril contient deux jugements non signés ni paraphés 
du lieutenant gnal. de la Prévosté qui a tenu le siège. 

La quatrième du samedy dix-sept du même mois contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit S. lieutenant gnal. qui a tenu le siège. 

La cinquième du vingt-cinq may contient un jugement non signé ni paraphé du 
dit Ueutenant-général qui a tenu le siège. 

La sixième du mercredy neuf juin contient un jugement non signé ni paraphé du 
dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La septième du samedy trois juillet contient un jugement non signé ni paraphé du 
dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La huitième du mercrdy quatorze du même mois contient deux jugements non 
signés ni paraphés du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La neuvième du mercredy vingt un du même mois contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 



120 ARCHIVES DE QUÉBEC 

La dixième du mercredy quatre aoust par extraordinaire contient un jugement 
non signé ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La onzième du samedy vingt-huit du même mois contient trois jugements non signés 
ni paraphés du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La douzième du lundy trente du même mois par extraordinaire contient un juge- 
ment signé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La treizième du jeudy deux septembre par extraordinaire contient un jugement 
nwi signé ni. paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La quatorzième du vendredy trois du même mois par extraordinaire contient vm 
jugement non signé ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La quinzième du samedy onze du même mois contient un jugement non signé ni 
paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La seizième du lundy treize du même mois par extraordinaire contient un jugement 
nMi signé ni paraphé du d. lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La dix-septième du samedy dix-huit du même mois contient par extraordinaire 
un jugement non signé ni paraphé du d. lieutenant gnal qui a tenu le siège. 

La dix-huitième du mercredy vingt-deux du même mois contient un jugement non 
signé ni paraphé du d. lieutenant-gnal qui a tenu le siège. 

La dix-neuvième du vingt-cinq du même mois par extraordinaire contient im juge- 
ment non signé ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La vingtième du lundy vingt-sept du même mois par extraordinaire contient un 
jugement non signé ni paraphé du d. lieutenant gnal. qui a tenu le siège. 

La vingt-unième du mardy vingt-huit du même mois par extraordinaire contient 
un jugement non signé ni paraphé du d. lieutenant gnal. qui a tenu le siège. 

La vingt-deuxième du vendredy premier octobre par extraordinaire contient un 
jugement non signé ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La vingt-troisième du lundy quatre du même mois par extraordinaire contient un 
jugement signé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La vingt-quatrième du vingt-deux du même mois contient xm jugement signé du 
d. s. lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La vingt-cinquième du mercredy vingt sept du même mois contient un jugement 
non signé ni paraphé du procureur du Roy en la ditte Amirauté qui a tenu le siège. 

La vingt-sixième du samedy trente du même mois par extraordinaire contient un 
jugement non signé ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La vingt-septième du jeudy quatre novembre par extraordinaire contient un juge- 
ment non signé ni paraphé du dit s. Lieutenant général qui a tenu le siège. 

La ving-huitième du mercredy dix du même mois contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La vingt-neuvième du samedy treize de ce même mois contient deux jugemenst 
non signés ni paraphés du dit s. lieutenant gnal. qui a tenu le siège. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 121 

La trentième du samedy vingt-sept du même mois contient deux jugements non 
signés ni paraphés du d. lieutenant général qui a tenu le si^. 

La trente-unième du samedy quatre décembre contient un jugement non signé 
ni paraphé du d. lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La trente-deuxième et dernière du dit jour mercredy vingt-deux du même mois 
contient un jugement non signé ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

Lesquelles trente-deux feuilles détachées contenant les d. plumitifs pour l'année 
entière mil sept cent trente quatre nous avons cottées par première et dernière et ycelles 
paraphées ne varietur. 

Et attendu qu'il est sept heures sonnées nous avons cessé et remis la continuation 
du dit présent procès-verbal à mardy prochain dix de ce mois deux heures de relevée, 
et ont les dits sieurs officiers susnommés signé avec nous et notre greffier commis. 

BOUCAULT 
HiCHE 

Verrier 

LOUET fils, greffier commis 

Du Laurent, greffier commis. 

Et avenant le d. jour mardy dix des dits mois et an sur les trois heures de relevée 
nous commissaire susdit nous sommes transportés avec notre greffier commis au dit 
greffe de l'Amirauté de cette \Tlle, où estans avons procédé à la continuation du présent 
procès-verbal de Testât des registres du dit greffe ainsy qu'il ensuit en présence des 
sieurs officiers susnommés. 

Pour l'année suivante mil sept cent trente cinq à commencer à l'audience du 
mercredy vingt-six janvier jusques et compris celle du samedy vingt-neuf octobre au 
dit an nous avons trouvé quarante sept feuilles détachées servant de plvmiitifs des juge- 
ments rendus dans le covirs de la ditte année. 

La première des dittes quarante sept fexiilles du dit jour vingt six janvier contient 
un jugement non signé ny p>araphé du dit lieutenant-général en la pvévosté qui a tenu 
le siège. 

La seconde estant ensuite de la précédente du trois février contient un jugement 
non signé ni paraphé du d. lieutenant gnal. qui a tenu le si^e. 

La troisième du mercredy neuf du même mois ensuite des deux précédentes contient 
un jugement non signé ni paraphé du dit lieutenant-général qui a tenu le siège. 

La quatrième du samedy douze du même mois contient deux jugements non signés 
ni paraphés du dit lieutenant-génal. qui a tenu le siège. 

La cinquième ensuite des trois pr.'mières du mercredy seize du même mois contient 
un jugement non signé ni paraphé du lieutenant gnal. qui a tenu le siège. 

La sixième estant ensuite de la précédente du vingt-trois du même mois contient 
deux jugements n<m signés ni p)araphés du dit lieutenant général qui a tenu le siège. 



122 ARCHIVES DE QUÉBEC 

La septième du mercredy seize mars œntient un jugement non signé ni paraphé 
du d. lieutenant gnal. qui a tenu le siège attendu le décès du dit feu s. L'Epinay arrivé 
la nuit du six au sept du même mois. 

La huitième du mercredy trente du même mois contient un jugement non signé 
ni paraphé du dit lieutenant-général. 

La neuvième du mercredy deux avril contient un jugement non signé ni paraphé 
du dit lieutenant-général. 

La dixième du samedy vingt-trois du même mois contient deux jugements non 
signés ni paraphés du dit lieutenant-générzil. 

La onzième du samedy trente du même mois contient un jugement non signé ni 
paraphé du dit lieutenant-général. 

La douzième du mercredy quatre may contient un jugement non signé ni paraphé 
du dit s. lieutenant-gnal. 

La treizième du samedy neuf du même mois contient un jugement non signé ni 
paraphé du dit lieutenant-général. 

La quatorzième du vingt-cinq du même mois contient un jugement non signé ni 
paraphé du dit lieutenant gnal. 

La quinzième du mercredy premier juin contient un jugement non signé ni paraphé 
du dit lieutenant-général. 

La seizième du samedy onze du même mois par extraordinaire contient un juge- 
ment non signé ni paraphé du dit lieutenant-gnal. 

La dix-septième du quinze du même mois contient trois jugements non signés 
ni paraphés du dit lieutenant-gnal. 

La dix-huitième du jeudy trente du même mois par extraordinaire à cause de la 
feste de St-Pierre le mercredy contient un jugement non signé ni paraphé du dit lieu- 
tenant-gnal. 

La dix-neuvième du six juillet contient un jugement non signé ni paraphé du d. 
lieutenant-gnal. 

La vingtième du quatorze du même mois par extraordinaire contient un jugement 
non signé ni paraphé du d. lieutenant-général. 

La vingt-unième du seize du même mois par extraordinaire contient un jugement 
non signé ni paraphé du d. lieutenant général. 

La vingt-deuxième du mercredy vingt du même mois contient un jugement signé 
du dit lieutenant-général. 

La vingt-troisième du samedy vingt-trois du même mois contient un jugement 
non signé ni paraphé du dit lieutenant-gnal. 

La vingt-quatrième du trente du même mois contient deux jugements non signés 
ni paraphés du dit lieutenant-gnal. 

La vingt-cinquième du mardy deux aoust par extraordinaire contient un jugement 
non signé ni paraphé du dit lieutenant-gnal. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 123 

La vingt-sixième du mercredy trois du même mois par extraordinaire contient 
un jtigement non signé ni paraphé du dit lieutenant-général. 

La vingt-septième du même jour par autre extraordinaire contient un jugement 
non signé ni paraphé du dit lieutenant-gnal. 

La vingt-huitième du samedy six du même mois par extraordinaire contient un 
jugement non signé ni paraphé du d. lieutenant gnal. 

La vingt-neuvième du mercredy dix-sept du même mois contient trois jugem3nts 
non signés ni paraphés du dit lieutenant général. 

La trentième du samedy vingt du même mois contient deux jugements non signés 
ni paraphés du dit lieutenant-gnal. 

La trente-unième du samedy vingt-sept du même mois contient un jugement non 
signé ni paraphé du d. lieutenant-gnal. 

La trente-deuxième du mercredy trente im du même mois contient trois jugements 
non signés ni paraphés du dit lieutenant-gnal. 

La trente-troisième du dix septembre contient un jugement non signé ni paraphé 
du dit lieutenant-gnal. 

La trente-quatrième du mercredy quatorze du même mois contient cinq jugements 
non signés ni paraphés du dit lieutenant-général. 

La trente-cinquième du même jour par extraordinaire contient un jugement non 
signé ni paraphé du dit lieutenant-général. 

La trente-sixième du jeudi vingt-deux du même mo^s par extraordinaire contient 
un jugement non signé ni paraphé du d. lieutenant-gnal. 

La trente-septième du vendredy vingt-trois par extraordinaire contient im jugement 
non signé ni paraphé du dit lieutenant-gnal. 

La trente-huitième du samedy vingt-quatre du même mois contient un jugement 
non signé ni paraphé du d. lieutenant-général. 

La trente-neuvième du mercredy vingt-huit du même mois contient quatre juge- 
ments non signés ni paraphés du dit lieutenant-général. 

La quarantième du samedy premier octobre contient deux jugements non signés 
ni paraphés du dit lieutenant-gnal. 

La quarante-imième du mercredy cinq du même mois contient dnq jugements non 
signés ni paraphés du d. lieutenant gnal. 

La quarante-deuxième du mercredy douze du même mois contient un jugement 
non signé ni paraphé du d. lieutenant-gnal. 

La quarante-troisème du samedy quinze du même mois contient trois jugements 
non signés ni paraphés du dit lieutenant-général. 

La quarante-quatrième du mercredy dLx-neuf du même mois contient trois juge- 
ments non signés ni paraphés du d. lieutenant-général. 

La quarante-cinquième du samedy vingt-deux du même mois contient deux juge- 
ments non signés ni paraphés du d. lieutenant-gnal. 



124 ARCHIVES DE QUÉBEC 

La quarante-sixième du mercredy vingt-sept du même mois œntient im jugement 
non signé ni paraphé du d. lieutenant-général. 

La quarante-septième et dernière du dit jour samedy vingt-neuf octobre contient 
un jugement non signé ni paraphé du dit lieutenant-général. 

Les icelles quarante-sept feuilles détachées contenant les dits plumitifs pour l'année 
entière mil sept cent trente cinq nous avons cottée par première et dernière et icelles 
paraphées ne varietur. 

Et attendu qu'il est sept heures sonnées nous avons cessé et remis la continuation 
du dit présent procès- verbal à demain deux heures de relevée. Et ont les dits sieurs 
officiers susnommés signé avec nous et notre greffier commis 

BOUCAULT 
HiCHE 

Verrïer 

LOUET 

Du Laurent, greffier-commis 

Et le dit jour lendemain onze des dits mois et an deux heures de relevée nous com- 
missaire susdit nous sommes transporté avec notre greffier commis au dit greffe de l'Ami- 
rauté de cette ville oii estant avons en présence des officiers du dit siège susnommés, 
procédé à la continuation du dit présent procès- verbal de Testât des registres du dit 
greffe ainsy qu'il en suit : 

Pour l'armée suivante mil sept cent trente six, à commencer à l'audience du dix-huit 
janvier jusques au vingt-deux aoust au dit an exclusivement, jour auquel le d. sieur 
Boucault, successeur du dit feu s. l'Epinay, a esté instalé en la d. place de lieutenant 
de l'amirauté, nous avons trouvé quinze feuilles détachées servant de plumitifs des 
jugements rendus dans le dit intervale de la de. année. 

La première du dit jour dix-huit janvier contient im jugement non signé ni paraphé 
du dit lieutenant-général de la Prévosté de cette ville. 

La seconde du mercredy vingt-huit febvrier contient un jugement non signé ni 
paraphé, du d. lieutenant-général. 

La troisième du mercredy sept mars contient deux jugements non signés ni paraphés 
du dit lieutenant-gnal. 

La quatrième du samedy quatorze avril contient un jugement non signé ni paraphé 
du dit lieutenant gnal. 

La cinquième du mercredy vingt juin contient trois jugements non signés ni para- 
fés du dit lieutenant-général. 

La sixième du mercredy vingt-sept du même mois contient deux jugements non 
signés ni paraphés du dit lieutenant-général. 

^' La septième du mercredy quatre juillet contient trois jugements non signés ni 
paraphés, du dit lieutenant-général. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 125 

La huitième du samedy sept du même mois contient deux jugements non signés ni 
paraphés du dit lieutenant-général. 

La neuvième du même jour œntient un jugement non signé ni paraphé du d. 
lieutenant gnal. 

La dixième du mercredy onze du même mois contient deux jugements non signés 
ni paraphés du d. lieutenant-général. 

La onzième du szimedy quatorze du même mois contient im jugement non signé 
ni paraphé du dit lieutenant-général. 

La douzième du samedy vingt huit du même mois contient trois jugements non 
signés ni paraphés du dit lieutenant gnal. 

La treizième du trente tm du même mois contient xm jugement non signé ni paraphé 
du d. lieutenant gnal. 

La quatorzième estant ensuite de la précédente du mercredy premier aoust contient 
trois jugements non signés ni paraphés du dit lieutenant-général. 

La quinzième et dernière, ensuite des deux précédentes, du dit jour mardy vingt- 
deux du même mois jour de la d. installation du dit S. Boucault contient deux jugements 
non signés ni paraphés mais qui ont esté portés sur le registre cotté et paraphé du dit 
sieur Boucault, lieutenant de la d. amirauté, et les dits deux jugements signés du même 
sur le dit registre. 

Lesquelles quinze feuillets détachés contenant les dits plvimitifs pour le dit intervale 
de l'année mil sept cent trente-six, nous avons cottées par premier et dernier et icelles 
paraphées ne varietur. 

Il est à remarquer qu'à costé et en marge de la plus grande partie des jugements 
portés sur les dittes feuilles détachées servant de plumitifs pour les susdittes années 
mil sept cent trente un, mil sept cent trente deux, mil sept cent trente trois, mil sept cent 
trente quatre, mil sept cent trente cinq et mil sept cent trente-six ainsy que sur les 
troisième et quatrième des d. quatre volumes du dit premier registre nous avons trouvé 
la lettre D. laquelle, ainsy que le dit greffier nous l'a déclaré, marque que les jugements 
auxquels la d. lettre est apposée ont esté expédiés et délivrés aux parties. 

Il est en outre à remarquer que dans la plupart des d. feuilles détachées servant de 
plumitifs nous avons trouvé plusieurs dossiers des parties, justificatifs de la réalité de 
la plupart des autres jugements auxquels la lettre D ne se trouve point opposée. Les- 
quels dossiers nous avons fait mettre par le dit greffier en Uasses, année par année, et 
suivant l'ordre de leurs dattes pour y recourir en tant que de besoin. 

Ensuite nous nous sommes fait représenter le second des sept registres requis par 
la ditte ordonnance de la marine et servant pour les jugements rendus sur procès par 
écrit, lequel second registre nous avons trouvé consister en deux volumes. 

Le premier pour les procès par écrit en matières civiles contient soixante et onze 
feuillets cotté par premier et dernier et paraphés du dit feu S. L'Epinay, le dit volume 
commençant au sept septembre mil sept cent dix-neuf et continuant jusqu'au vingt-trois 



126 ARCHIVES DE QUÉBEC 

juillet mil sept œnt vingt-six et n'ayant que les seize premiers feuillets et le dix-septième 
recto en partie, de remplis ; le surplus du dit dix-septième feuillet recto et le verso 
d'iceluy en entier ainsy que le restant des d. soixante et onze feuillets estant en blanc, 
et avons trouvé tous les jugemens portés sur le dit volume duement signés du dit feu 
sr l'Epinay ou du dit sr lieutenant-général lorsqu'il a tenu le siège à sa place pour les 
raisons cy-dessus à l'exception des deux derniers jugements portés sur le d. registre, 
l'un en datte du trente mars mil sept cent vingt-quatre porté folio quatorze verso et 
l'autre en datte du d. jour vingt-trois juillet mil sept cent vingt-six porté folio quinzii 
recto, lesquels ne sont point signés ni du dit feu S. L'Epinay, ni du d. lieutenant-général 
de la Prévosté et avons paraphé ne varietur le d. premier volume du d. second registre 
au d. folio dix-sept recto. 

Le second et dernier volume du dit second registre pour les procès-criminels con- 
tient quarante quatre feuillets non cottes ni paraphés du dit feu s. L'Epinay le dit volume 
commençant au vingt-sept aoust mil sept cent vingt trois et continuant jusqu'au seize 
novembre mil sept cent vingt-six et n'ayant outre le prmier feuillet sur lequel est 
l'intitulé d'iceluy que le second feuillet recto et verso et le troisime feuillet recto et 
une partie du verso de remplie, le surplus du d. verso ainsy que le restant des d. quarante 
quatre feuillets estant en blanc et avons trouvé les jugements portés sur les d. deuxième 
et troisième feuillets duement signés du dit feu s. L'Epinay, et avons paraphé ne varietur 
le dit second volume du dit second registre au dit troisième feuillet verso. 

Ensuite nous nous sommes fait représenter le troisième des sept registres requis 
par la d. ordonnance de la Marine et servant pour l'enregistrement des Edits, déclara- 
tions, ordonnances, arrests, provisions, commissions, et installations d'officiers, récep- 
tions des maistres et pilotes et des titres de ceux qui prétendent quelques droits sur les 
vaisseaux, marchandises et pescheries, le susdit troisième registre consistant en un 
seul volume de quarante sept feuillets cottes et paraphés par premier et dernier du dit 
feu s. l'Epinay, le dit registre commençant au samedy dix -neuf aoust mil sept cent dix- 
neuf et continué tant par le dit feu S. L'Epinay jusqu'à son décès que par le d. sieur 
Boucault son successeur, jusqu'à ce jour, et à l'égard de qui est contenu dans le dit 
registre du temps que le dit feu sieur L'Epinay a tenu le siège et que le dit lieutenant- 
général de la Prévosté a fait ses fonctions jusqu'à l'installation du dit sieur Boucault, 
ce qui va jusques et compris le folio dix-sept verso du dit registre nous avons trouvé le 
tout en bonne et due foi me. 

Ensuitte nous nous sommes fait représenter le quatrième des sept registres requis 
par la de. ordonnance de la Marine et servant pour l'enregistrement des congez, le susdit 
quatrième registre consistant en cinq volumes. 

Le premier contient quarante sept feuillets cottes par premier et dernier paraphés 
du dit feu S. L'Epinay, le dit volume commençant au vingt sept septembre mil sept 
cent dix-neuf et finissant au deux juin mil sept cent vingt-un, nous avons trouvé le dit 
volume en bonne forme. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 127 

Le second volume du dit quatrième rostre contient quatre vingt dix neuf feuillets 
cottes par premier et dernier et paraphés par le dit feu S. L'Epinay en commençant 
au quatre juin mil sept cent vingt un et finissant au deux may mil sept cent vingt-cinq. 
Lequel volujne nous avons trouvé en borme forme. 

Le troisième volume du dit quatrième registre contient quarante-sept feuillets 
cottes par premier et dernier et paraphé du dit feu s. L'Epinay et commençant le trois 
may mil sept cent vingt cinq et finissant le vingt un may mil sept cent vingt-sept, 
lequel volume nous avons trouvé en bonne forme. 

Le quatrième volume du dit quatrième registre contient quatre vingt dix-huit 
feuillets cottes par premier et dernier et paraphés du dit feu sieur L'Epinay et commen- 
çant au vingt six may mil sept cent vingt sept et finissant au vingt dnq septembre 
mil sept cent trente deux. Tout lequel volume est rempli à l'exception du quatre 
vingt dix-huitième feuillet verso. Et avons trouvé le dit volume en borme forme. 

Au dit quatrième voltmie du dit quatrième registre est annexé im cahier de vingt 
huit feuillets les dits feuillets non cottes ni paraphés du dit feu S. L'Epinay et commen- 
çant au trente du dit mois de septembre mil sept cent trente deux et finissant au dnq 
juillet mil sept cent trente quatre tout ce qui est porté sur le dit cahier estant au reste 
en bonne forme. 

Et attendu qu'il est sept heures passées nous avons cessé et remis la continuation 
à demain jeudy deux heures de relevée et ont les dits sieurs officiers susnommés signé 
avec nous et notre dit greffier conmiis. 

BOUCAULT 
HiCHE 

LouET fils, greffier commis 

Verrier 

Du Laurent, greffier commis. 

Et avenant le dit jour landemain jeudy, douze du d. mois et an, deux heures de 
relevée nous commissaire susdit nous sommes transportez au d. greffe de l'Amirauté 
de cette ville où estant avec notre greffier commis où estant avons en présence des sieurs 
<^fiders susnonmiés procédé à la continuation du présent procès-verbal de Testât 
des registres du dit greffier ainsy qu'il en suit. 

Le cinquième et dernier volume du dit quatrième registre dont l'intitulé est resté 
en blanc que nous avons bâtormé, contient quatre vingt six feuillets non cottes ni 
paraphés du dit feu sieur l'Epinay et conunençant au seize du dit mois de juillet mil 
sept cent trente quatre et continué tant par le dit feu sieur l'Epinay jusqu'à son décès 
que par le dit sieur Boucault, son successeur, jusqu'à œ jour, et à l'^jard de ce qui est 
contenu dans le dit cinquième volume du quatrièm.e registre du temps que le dit feu 
sieur L'Epinay a tenu le siège et que le dit lieutenant-général de la prévosté a fait ses 
fonctions jusqu'à l'installation du dit s. Boucault, ce qui va jusques et compris le follio 



128 ARCHIVES DE QUÉBEC 

cinquante-cinq verso du d. volvime nous avons trouvé le premier feuillet recto et verso 
et le second recto en partie signé tant du dit feu s. L'Epinay que de notre substitut en 
la d. amirauté, du greffier et des parties qui doivent signer et quant au surplus des 
congés et soumissions portés au dit second feuillet sur le surplus du dit recto, et sur le 
verso du même feuillet et aux autres feuillets suivants jusques et compris le dit folio 
cinquante cinq verso nous avons trouvé que les congés et soumissions y portés estaient 
pour la plus grand partie seuUement signés de notre dit substitut, du greffier et des 
parties qui doivent signer et non du dit feu s. L'Epinay ni du dit lieutenant-général 
de la Prévosté qui a fait ses fonctions après son décès jusqu'à l'installation du dit sieur 
Boucault. 

Ensuitte nous nous sommes fait représenter le cinquième des sept registres requis 
par la ditte ordonnance de la Marine et servant pour les raports des capitaines et maîtres 
de navire, ensemble les déclarations des prises, naufrages et espaves de mer et tous les 
actes faits en conséquence, le susdit cinquième registre consistant en cinq volumes. 

Le premier contient quarante-sept feuillets cottes par premier et dernier et para- 
phés du dit feu sieur l'Epinay, le dit volume commençant au ving-huit aoust mil sept 
cent dix-neuf et finissant au quatorze septembre mil sept cent vingt-un et avons trouvé 
le dit volume en bonne forme. 

Le second volume du dit cinquième registre contient soixante et dix feuillets cottes 
pEir premier et dernier et paraphés par le dit feu sieur L'Epinay commençant au vingt 
deux du dit mois de septembre mil sept cent vingt un et finissant au six octobre mil 
sept cent vingt quatre, lequel volume nous avons trouvé en bonne forme. 

Le troisième volume du dit cinquième registre contient soixante onze feuillets 
cottes par premier et dernier et paraphés du dit feu S. L'Epinay, commençant au 
neuvième du dit mois d'octobre mil sept cent vingt-quatre et finissant au trois septembre 
mil sept cent vingt-huit et avons trouvé le dit volume en bonne forme. 

Le quatrième volume du dit cinquième registre dont l'intitulé est resté en blanc 
que nous avons bâtonné contient cent trente huit feuillets non cottes ni paraphés du 
dit feu S. L'Epinay, commençant au même jour trois septembre mil sept cent vingt-huit 
et finissant au vingt-six juin mil sept cent trente quatre, et au surplus avons trouvé 
le dit volume en bonne forme. 

Le cinquième et dernier volume du dit cinquième registre dont l'Intitulé est restée 
en blanc que nous avons bâtonné, ainsi que les deux premiers feuillets servant de cou- 
verture du dit volume aussy laissés en blanc, contient cent vingt-quatre feuillets non 
cottes ni paraphés du dit feu sieur l'Epinay, et commençant au cinq juillet de la d. 
année mil sept cent trente quatre et continué tant par le dit feu sieur L'Epinay jusqu'à 
son décès que par le dit sieur Boucault son successeur jusqu'à ce jour. Et à l'égard de 
ce qui est contenu dans le dit cinquième volume du d. cinquième registre du temps que 
le d. feu s. L'Epinay a tenu le siège et que le dit lieutenant général de la Prévosté a fait 
ses fonctions jusqu'à l'installation du dit sieur Boucault ce qui va jusques et compris le 



ARCHIVES DE QUÉBEC 129 

folio soixante six recto, nous avons trouvé que les rapwrts et déclarations et autres actes 
faits en conséquence y portés estaient pour la plus grande partie seulement signez de 
notre dit substitut en la d. Amirauté, du greffier et des parties qui doivent signer et 
non du dit feu sieur l'Epinay ni du dit lieutenant-général de la Prévosté qui a fait les 
fonctions depuis son décèz jusqu'à l'installation du dit sieur Boucault. 

Ensuite nous nous sommes fait représenter le sixième des sept registres requis 
par la d. ordonnance de la Marine et servant pour le dépost de tous les procès qui seront 
produits et de tout ce qui sera conservé au greffe le susdit sixième registre consistant 
en un seul volume qui contient quarante-sept feuillets seulement cottes par le greffier 
et non paraphés du dit feu S. L'Epinay et dont les deux premiers feuillets ont (?) 
seulement remplis le dit registre, commençant au trente et un et dernier janvier mil 
sept cent vingt et continué seulement jusqu'au treize novembre mil sept cent trente six 
temps que le d. sieur Boucault avait succédé au d. feu sieur L'Epinay. Et avons 
trouvé en bonne forme les actes de dépôt et autres portés au dit registre. 

Et ayant requis la représentation du septiesme et dernier registre requis par la 
ditte ordonnance de la Marine pour le rolle des maîtres, matelots, pescheurs et mariniers 
estant dans le ressort du dit siège, avec le nombre, port et fabrique des vaisseaux 
appartenans aux bourgeois demeurant dans son estendue les dits sieurs et officiers sus- 
nommés nous ont déclaré qu'il n'a point esté jusqu'ici en usage de tenir de pareil registre 
au dit greffe. 

Tous lesquels rostres cy-dessus estans les seuls que le d. greffier avait à nous 
représenter nous avons clos le d. présent procès-verbal les jour et an susdits sept heures 
de relevée et ont les dits sieurs et officiers susnommés signé avec nous et notre dit 
greffier commis. 

Boucault 

HlCHE 

LouET fils, greffier commis 

Verrier 

Du Laurent, greffier commis ( 1) 

VACATIONS EMPLOYÉES PAR M. VERRIER POUR DRESSER LE PROCÊS- 
VERBAL DE L'ÉTAT DES REGISTRES DU GREFFE DU SIÈGE DE 
L'AMIRAUTÉ DE QUÉBEC 

Nous, soussigné, procureur général du Roy au Conseil Supérieur commissaire 
nommé par arrest du Conseil d'Estat du Roy, du 18 May dr. à l'effet de dresser procès- 
verbal de Testât des registres du greffe de l'Amirauté de cette ville, certifions avoir 



(1) Archives de la province de Québec, Pièces judiciaires, notariales, etc. etc. 
liasse trente-une. No 1 137. 
5300—9 



130 ARCHIVES DE QUÉBEC 

employé au dit procès-verbal avec le sr du Laurent, greffier commis et les officiers de 
la d. Amirauté, les vacations suivantes sçavoir : 

La Ire du 2 "7bre présent mois depuis 3 heures de relevée jusqu'à sept... 4 heures 

La 2e du 3 depuis 2 heures de relevée jusqu'à 7 5 

La 3e du 6 depuis 2 heures de relevée jusqu'à 7 5 

La 4e du 7 depuis 2 heures de relevée jusqu'à 7 .5 

La 5e du 10 depuis trois heures de relevée jusqu'à sept. 4 

La 6e du 11 depuis 2 heures de relevée jusqu'à sept 5 

Et la 7e et dre. du 12 depuis deux heures de relevée jusqu'à sept 5 



Total 33 

En foy de quoy nous avons signé. 

A Québec, le 26 7bre 1737. 
LETTRE DE M. VERRIER AU MINISTRE 
Monseigneur, 

En conséquence de l'arrest par lequel Votre Grandeur m'a honoré de la commission 
de dresser procès- verbal de Testât des registres du greffe de l'Amirauté de cette ville, 
j'ay travaillé à ce procès-verbal dont j'ay remis deux expéditions à Messieurs de Beau- 
hamois et Hocquart, je me flatte, Monseigneur, que vous serez satisfait de l'attention 
que j'ay donnée à ce travail extraordinaire auquel j'ay employé sept vacations de 4 
et 5 heures chacime. 

Le dérangement le plus considérable que j'aye trouvé dans les registres dont est 
question est à l'égard du premier servant pour les causes d'audience. 

Ce registre consiste lo : en quatre volumes sur lesquels sont portés les jugements 
rendus à l'Amirauté depuis le mois d'aoust 1719, temps de son établissement jusqu'au 
mois d'octobre 1731 et qui sont entrez là à l'exception de quelques omissions de signa- 
tures de jugements que le procès-verbal explique. 

2o Pour les jugements rendus dans le restant de la ditte année 1731 et les années 
suivantes tant du vivant du feu S. L'Epinay que depuis son décès, arrivé au mois de 
mars 1735, jusqu'à l'installation du mois d'aoust 1736 du s. Boucault actuellement 
lieutenant de la ditte amirauté, il n'a esté représenté qu'un carton contenant les feuilles 
détachées qui ont servi de plumitifs des d. jugemens à chaque audience dans tout l'espace 
de temps dessus marqué, sans les avoir portés et transcrits sur un volume relié duement 
cette et paraphé du juge, ainsy que les quatre précédents volimies et sans même que le 
plus grand nombre des d. plumitifs ait été signés ni paraphés du feu sieur l'Epinay ou 



ARCHIVES DE QUÉBEC 131 

d. S. lieutenant-général de la Prévosté qui a tenu le siège à sa place devant et après 
sa mort. 

J'ay mis ces feuilles détachées en liasses distinguées année par année suivant l'ordre 
des dattes, j'ay paraphé par première et dernière les feuilles de chaque liasse et j'ay 
détaillé dans le procès- verbal le nombre des jugements portés sur chacime des d. feuilles. 

J'ay estimé devoir relever deux circonstances qui paraîtront peut-estre faire moins 
tirer à conséquence la négligence du feu S. L'Epinay et du greffier. 

La première c'est qu'à costé et en marge de la plus grande partie des jugements 
portés sur ces feuilles détachées, de même que sur les troisième et quatrième des précé- 
dents volumes, il se trouve la lettre D laquelle ainsy que le greffier l'a déclaré, marque 
que les jugements auxquels elle est apposée, ont esté expédiez et délivrez aux parties. 

La seconde observation c'est que dans la pluspart de ces feuilles détachées, il s'est 
trouvé plusieurs dossiers, pièces et procédures de parties, justificatifs de la réalité de 
partie des autres jugements auxquels la lettre D n'est point apposée et j'ay fait mettre 
en dossiers, pièces et procédures en liasses aussi distinctes, année par année, povir y 
recourir au besoin. 

Quant aux six autres registres requis par l'ordonnance de la Marine, il n'a esté 
représenté que les cinq premiers composés aussy de la plupart de diflférens volimies dont 
quelques uns seulement ne se sont point trouvé avoir les feuillets cottes ni paraphés du 
juge qui a aussy néghgé de signer quelques-unes des déclarations et autres actes y portez 
et dont le procès- verbal fait mention. 

A l'égard du dernier registre requis par la d. ordonnance par le roUe des maîtres, 
matelots, etc., il n'en a point été représenté et les officiers de l'Amirauté ont déclaré dans 
le procès-verbal qu'il n'avait point été jusqu'icy en usage de tenir de pareil registre. 

Je suis, etc., avec vm profond respect. 

Verrier 

A Québec, le 12 8bre 1737 (1). 



(1) Archives de la province de Québec, Pièces judiciaires, notariales, etc., etc., 
liasse trente-une. No 1137. 



ORAISON FUNÈBRE DU MARQUIS DE LA JONQUIÈRE 

GOUVERNEUR DE LA NOUVELLE-FRANCE 

Le marquis de Montcalm écrit dans son Journal, à la date 
du 14 mai 1758 : 

**L'abbé de la Valinière, prêtre de Saint-Sulpice, a prêché 
à la paroisse (de Montréal), avec plus de vérité que d'éloquence, 
contre le crime de voler le Roi et sur l'obligation de la restitution. 
Cette opinion que de voler le Roi est licite, est dans la tête de tous 
les Canadiens depuis que MM. de la Jonquière et Bigot sont en 
place, et en donnent l'exemple pour eux et leurs créatures. 
M. de la Jonquière, au lit de mort, en fit une espèce d'amende 
honorable devant l'évêque qui lui portait le saint-sacrement, 
et l'évêque monta en chaire pour en faire part au public ^^\" 

Le marquis de Montcalm parle ici par ouï-dire. Le gouver- 
neur de la Jonquière était mort depuis quatre ans, quand M. de 
Montcalm arriva à Québec le 12 mai 1756. Aucun des mémoires 
du temps ne parle de cette prétendue amende honorable de 
M. de la Jonquière à son lit de mort. Le marquis de Montcalm 
devait tenir ce potin, outrageant pour la mémoire de M. de la 
Jonquière, de quelque mécontent mis à sa place par le gouverneur 
défunt. 

L'oraison funèbre de M. de la Jonquière que nous publions 
ici n'est-elle pas la meilleure preuve que Mgr de Pontbriand 
n'a pas fait l'amende honorable dont parle le marquis de Mont- 
calm ? Il est évident que si l'évêque de Québec était monté en 
chaire pour faire part au peuple des regrets du marquis de la 
Jonquière d'avoir volé et laissé voler le Roi, il n'aurait pas permis 
à un de ses prêtres de prononcer, trois ou quatre jours plus 
tard, un discours aussi élogieux pour le gouverneur défunt. 

Nous avons essayé de prouver ailleurs ^^^ qu'on a calomnié 
M. de la Jonquière. Le fragment d'oraison funèbre que nous 
publions ici ne nous donne-t-il pas raison ? 



(T) Journal du marquis de Montcalm, p. 349. 

(2) Bulletin des recherches Historiques, vol. XXVI, p. 289. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 133 

ORAISON FUNÈBRE DE PIERRE DE TAFFANEL, MARQUIS DE LA JON- 
QUIÊRE. GOUVERNEUR DE LA NOUVELLE-FRANCE 

Levatit rex focem suam et JUtil super 
tumulum, fterit et omnis populus . . plangens- 
que Rex et lugens ail . nequaquam est mori- 
solent ignafi mortuus est. 

Le roi leva sa vols et pleura son tombeau, 

tout le {jeuple pleurant avec lui et le roi témoi • 

gnant son deuil par ses larmes, dit ces p)aroles : 

Il n'est pas mort comme les lâches. — Au 

livre II des Rois, chapitre 3. 

Ce fut, messieurs, par œs expre^ions touchantes que David plaignit autrefois la 
mort précipitée d'un prince zélé pour l'Etat et chéri des peuples. Au premier bruit de ce 
funeste accident, tout Israël est humilié sous la cendre, cette mort surprit tout le camp, 
attendrit tous les cœurs et le ciel qui venait d'entendre leurs cantiques n'est plus frappé 
que de leurs plaintes. Tout Israël faisait comprendre qu'elle perdait im père, un défen- 
seiu" en perdant im prince. 

Le seul David se tait, il ne se tait que pour mieux plaindre Abner, mais rompant 
par un transport d'amour le silence amer que Itii causaient ses douleurs, il parle et ne 
parle que pour le louer. Vous êtes mort, dit ce prince, les larmes que je verse sur vous 
sont les garants de ma douleur comme les gages de mon amour, que ne puis- je animer vos 
cendres comme je les arrose, votre courage, votre vertu seront donc à jamais les tmiques 
sujets de ma consolation et David privé d'Abner ne calmera ses peines que par cette 
pensée qu'il n'est pas mort comme les lâctes qui n'ont rien feiit. Nequaquam ut mon 
soient. 

Mais, Messieurs, quel spectacle se présente à novis aujourd'hui ? Quel coup nous a 
frappé ? Quelle est cette pompe funèbre qui dans tout ne nous représente que l'idée 
affreuse de la mort ? Que nous annoncent ces larmes et de quels accents lugubres ces 
voûtes sacrées retentissent-elles ? Hélas ! le héros de la Nouvelle-France n'est plus. 
Hélas ! celui qui au dépens de sa vie nous défendait nous a été ravi. Grand Dieu, nous 
ne pourrons donc pas calmer nos larmes et nous ne les calmerons jamais que dans cette 
consolante pensée qu'il n'est pas mort comme les lâches qui n'ont rien fait, mais qu'il 
nous a laissé de son dévouement et de son zèle pour nous les marques les plus invincibles. 
Nequaquam ut mori soient. 

Nous avons perdu tout ensemble un père, im protecteur, les justes larmes que vous 
devez à la perte du Haut et Puissant Seigneur Jacques-Pierre Tafifanel, marquis de la 
Jonquière, seigneur des Urdins, et autres lieux, commandeur de l'Ordre Royal et mili- 
taire de Saint-Louis, chef d'escadre des armées navales, gouverneur et lieutenant-général 
pour le Roi dans toute la Nouvelle-France, pays et terre de la Louisiane. Ces justes 
larmes n'interromperont-elles point l'éloge que je vais en faire ? Donner des marques 
du regret que l'on a de la perte d'un tel général, c'est ajouter à la reconnaissance que vous 
lui devez celle de l'hommage que vous devez rendre au mérite. 



134 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Vous, illustres témoins des nobles sentiments de son cœur, qui avez partagé avec 
lui ces actions qui forment les héros vous lui rendrez justice et convainquerez de la vérité 
de ce que je vais dire à la louange de ce grand homme ceux qui en pourraient douter, ou 
qui, par un dépit ou par jalousie, s'efforceraient d'obscurcir sa gloire. 

Qu'on ne dise donc point que le sentiment ou le préjugé m'ont séduit, les nations 
étonnées ont admiré sa valeur, la France en a senti le prix et les dignités qu'elle lui a con- 
férées sont les preuves convaincantes de la réalité de son mérite, je veux vous le justifier. 

Ce serait manquer à vous-mêmes. Messieurs, que de ne pas regarder M. de la Jon- 
quière comme xme de ces personnes dont la Providence a voulu se servir pour la tranquillité 
des peuples ou bien de douter que Dieu l'a fait naître pour assurer votre repos, et vous 
laisser les marques les plus incontestables de son zèle. Nequaquam ut mori soient, etc. 

Les importants services qu'il a rendus à l'Etat, sa vie tout entière qu'il a consacrée 
au service de son roi, les grandes actions qu'il a faites pour se rendre digne de vous gou- 
verner sont les points de vue intéressants pour vous et glorieux pour lui dans lesquels 
j'entreprends de vous le représenter. C'est tout le partage de cet éloge funèbre que je 
consacre à sa mémoire immortelle. 

1er point 

De tous les dons que la Providence peut communiquer à ceux qui doivent repousser 
l'ennemi de l'Etat, il n'en est point qui contribuent le plus que la valeur et l'émulation 
et la connaisance de son métier et c'est avec ces trois vertus que l'on parvient à assurer 
la tranquillité des peuples et à se rendre digne de commander. 

En vain M. de la Jonquière compte-t-il le nombre d'aïeux dont la gloire seule aurait 
suffi pour éterniser son nom digne de ses ancêtres, il ne croit ne leur faire honneur qu'en 
marchant sur leurs traces, il articule à peine qu'il fait connaître la noblesse de ses senti- 
ments et le désir qu'il a de servir, il entre à douze ans garde de la marine. Ses premières 
campagnes donnent de sa bravoure les marques les plus flatteuses. Bien loin de se 
rebuter d'un élément qui lui fait sentir ses caprices, il n'a que plus d'exactitude à rem- 
plir ses devoirs, enfin tout annonce chez lui que la nature ne l'a fait naître que pour ajou- 
ter à la gloire de ses pères et pour être le protecteur d'une colonie qui lui devrait son 
salut. 

Quels traits plus frappants dans ses tendres années que les actions qu'il fit dans les 
campagnes de la mer Adriatique sous les ordres de Monsieur Duquesne Monier ; il fait 
également admirer sa valeur et sa prudence et ce général lui donne le commandement de 
petits vaisseaux avec lesquels il fait des actions bien au delà de ce qu'on aurait pu ou dû 
espérer, tout fuit devant lui. Venise même, cette fière république, pâle et interdite de sa 
hardiesse n'a plus la force de le couler à fond comme elle l'en menaçait, le laisse entrer 
dans son port et n'emploie plus que des prières et des médiations pour l'empêcher d'aller 
à terre. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 135 

Mais si M. de la Jonquière s'attache à faire connaître sa valeur, sa prudence et sa 
capacité, il ne s'attacha pas moins à avoir ces qualités de cœur qui forment les héros. Il 
n'ignore pas les vicissitudes de la vie et les succès infructueux d'une bravoure qui est 
obligée de céder au grand nombre quoique ses campagnes soient presque toutes mar- 
quées au sceau de la victoire, il est cependant vaincu et prisonnier lui-même. En vous 
le représentant obligé de recevoir la loi de son vainqueur ne vous le figurez pas abandonné 
de ces nobles sentiments qui l'avaient engagé a se défendre contre un vaisseau plus fort 
que lui. Non, Messieurs, notre général n'ignorait pas que de sa défaite même il pourrait 
tirer de la gloire. A peine le vainqueur le voit-il qu'il l'irrite et lui reproche de s'être 
défendu si vaillamment avec tm si petit vaisseau, il menace. Les réponses que lui fait 
notre général sont si justes et si remplies de cette noble hardiesse qui soutient les héros 
au milieu de leur malheur que bientôt on a pour lui la déférence et le respect qui est dâ 
au mérite. C'est ainsi que pcir degrés la Providence forme pour ses desseins M. de la 
Jonqviière. Mais ne pourrais- je pas suspendre ici, Messievirs, le cours du récit de ses vic- 
toires pour rappeler ses qualités dignes d'un vrai chrétien ? 

Fidèle à sa religion, il s'attache constamment à ce qu'elle lui prescrivait, recoimais- 
sant envers Dieu il ne cesse de le remercier des grâces journalières qu'il lui faisait, le bon 
ordre établi dans son vaisseau, la prière faite régulièrement, la punition prompte qu'il fai- 
sait faire à ceux qui manquaient à Dieu ne peuvent que vous faire sentir combien il 
connaissait ses devoirs et quel était son zèle pour la gloire du Seigneur ; il savait que 
l'exemple, surtout dans xm commandant, inspire beaucoup à ceux qui sont sous ses 
OTdres, il le devait comme chrétien et plus il avait d'autOTité, plus il devait faire con- 
naître qu'il le méritait. 

Mais si d'im côté sa piété l'engageait à faire faire vis-à-vis Dieu à chacun son devoir, 
ces tendres sentiments de sa charité ne trouvait-il pas lieu de les exercer ? Oui, Mes- 
sieurs, combien de fois l'a-t-on vu se dérober l'or nécessaire pour en faire part à un nom- 
bre de ses gens exténués de peines et de fatigues ? Pas semblable en cela aux gens du 
siècle, il ne crut pas que ceux qu'il commandait fussent d'une autre espèce d'hommes que 
lui, il les regardait ses autres lui-mêmes et leur donna dans tous les temps les secours qui 
dépendaient de lui. C'est ainsi qu'il s'attirait les bénédictions du Seigneur dont il a 
reçu dans le cours de sa vie les marques les plus frappantes. En effet, qtii ne les admira 
pas dans sa campagne à. . . sous les ordres de M. Du Gué ? Ce général d'ailleurs si 
illustre par ses actions semble envier celles de M. de la Jonquière qui sauta le premier à 
terre pour aller à l'ennemi à la tête d'une troupe à faquelle il avait inspiré la même valeur 
dont il était animé. Partout il fait déclarer fa victoire pour son parti, et il échappe aux 
périls les plus évidents. 

Ce n'est pas à sa seule valeur que fa France lui est redevable du retour de ses vais- 
seaux du Chili ; sa pénétration, sa fermeté, sa prudence et sa conduite dénotent ime supé- 
riorité de génie qui n'est propre qu'aux grands hommes. Combien de fois ne fit-il pas 
rentrer dans son devoir celui qu'il commandait ? Quelle preuve ne donna-t-il pas de son 



136 ARCHIVES DE QUÉBEC 

vrai zèle pour sa nation, il la fit respecter au milieu d'une nation dont le caractère perfide 
et peu sympathisant avec l'honneur lui tendait à tous moments des pièges et 
par un contraste qui n'est que l'effet du mérite, il devient nécessaire à cette même nation 
et par une action formée par la prudence et conduite par la fermeté, il ramène en 
France les vaisseaux du roi. La Cour l'admire et son grand ministre lui rend devant tout 
le monde la justice qui lui est due et le récompense de cette marque d'honneur que 
ses grandes actions méritaient. 

Aussi, reconnaissons-le à la gloire de M. de la Jonquière, la France n'a point eu de 
sujet plus intimement attaché et plus fidèle. Jamais il ne s'écarta de ses devoirs et ja- 
mais il ne se plaignit de ce qu'on ne l'avançait pas assez tôt, content de remplir ses devoirs 
il ne crut pas qu'on lui devait la préférence, pas même sur des égaux. C'est par cette 
modestie qu'il donna le plus grand lustre à ses actions. Ce modèle tout juste qu'il est 
devient nouveau par la rareté de ceux qui ne se laissent point éblouir par leur gloire, et en 
le comparant aux plus grands hommes de l'antiquité j'espère trouver dans votre propre 
aveu de quoi justifier le parallèle. 

Notre général, ainsi attaché à la cour par des sentiments si généreux y trouva bien- 
tôt des protecteurs de son mérite. Il continue de se signaler et mérite enfin qu'on ouvre 
davantage les yeux sur sa capacité. En effet, on le destine a accompagner M. le marquis 
d'Antin dans son expédition. Il a ordre de donner les conseils au jeune seigneur à qui 
il est prescrit de le suivre. Le conseil de guerre l'écoute avec attention lorsqu'il parle, ce 
qu'il dit annonce sa pénétration et son expérience et le silence qui suit dicte également le 
respect que l'on a et pour lui et pour la justesse de ses décisions. 

Mais il aurait semblé à M. de la Jonquière qu'il aurait manqué quelque chose à sa 
gloire et à son zèle pour l'Etat si on ne l'eût pas mis à même de faire connaître qu'il ne lui 
avait rien échappé de ce qui regardait son métier ; en effet, toute la marine le regardait 
avec admiration et le consultait avec confiance. On l'avait trop souvent vu combattre 
ou manœuvrer pour douter qu'il ne fût un grand homme dans ces deux arts, mais l'avait- 
on vu discipliner des troupes ? Cependant la cour le nomma inspecteur et ne crut pas 
devoir remettre ... 



(1) L'original de ce document est conservé aux Archives du séminaire de Québec. I! est mal- 
heureusement incomplet. 










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DON MUTUEL ENTRE LOUIS D'AILLEBOUST, GOU- 
VERNEUR DE LA NOUVELLE-FRANCE, ET 
BARBE DE BOULOGNE, SON EPOUSE 



Furent pnls en leurs personnes Messire Louis Dailleboust, gouverneur et lieutenant 
gnâl dans toute lestendue du fleuve St-Laurent en la Nouvelle-France, et dame Barbe de 
Boullongne son espouse, lesquels a cause de lamitié quils se portent désirant se favoriser 
lung lautre de tout leur pouvoir en réitérant et ratiffiant le don mutuel quyl se sont cy devant 
faict au mois de mars de l'an mil six cent quarante trois par devant les notC^^ au Chastellet 
de Paris alors quils estaient sur leur départ pour venir en ce pais et en interprétant iceluy 
et considérant que Dieu ne leur avait donné aucuns enfants se sont fait et se font don mutuel 
de tous leurs biens meubles et immeubles présents et advenir pour en jouir faire et disposer 
par le dernier survivant ainsy que bon luy semblera nonobstant toutes aultres clauses à ce 
contraire sinon pnte est au cas ioutesfois que advenant dissolution de leur mariage par mort 
ou aultrement Dieu ne les eult favorisé d'autres enfants. Promettant Renonçant. Ce 
fustfait et passé au fort de St-Louys de Québecq le seizièsme de janvier mil six cent cinquante 
et ung en la presne de Jacques Loyer sr de LaTour et Flour Boujonnier lesquels ont signé 
en la pnce de moy, nottaire royal soubsigné le jour et an susdit et est approuvé ce quy est 
escrit en marge. 

Loyer de Latour Dailleboust 

BOUJONNYER • B. de BOULLONGNE 

AUDOUART 

nott' Roy (1). 



(1) Archives Judiciaires de Québec, acte de Audouart, IG janvier 1651. 



I3l 
JOURNAL DU SIÈGE DE QUÉBEC DU 10 MAI AU 18 
SEPTEMBRE 1759, ANNOTÉ PAR AEGIDIUS 
FAUTEUX, BIBLIOTHÉCAIRE DE SAINT- 
SULPICE 



Le Journal inédit du siège de Québec que nous publions ci- 
après n'a pas besoin d'une longue introduction. Par le seul fait 
qu'il se rapporte à l'événement le plus important peut-être de 
toute notre histoire, sa publication paraîtra amplement justifiée. 
C'est un témoignage de plus ajouté à ceux que nous possédions 
déjà sur la fin du régime français, et nous ne pouvions pas encore 
nous plaindre d'en posséder trop. Les historiens n'ont pas fini 
d'assem.bler la documentation complète et sûre qui leur permettra 
enfin de faire revivre dans toute sa réalité le drame de la Guerre 
de Sept ans, si singulièrement entremêlé de gloire et de honte, 
et de partager équitabîement entre tous ses acteurs la louange 
et le blâme. Sur les opérations militaires du siège de Québec 
les renseignements sont assez abondants, grâce aux nombreux 
officiers qui ont éprouvé le besoin ou cédé au penchant naturel 
d'écrire leurs mémoires, soit pour leur justification personnelle, 
soit pour l'édification de leur progéniture. Ce que nous avons 
besoin de mieux connaître, c'est l'état d'âme bourgeois, les vicis- 
situdes de la vie d'assiégé. A ce point de vue, l'on nous a déjà 
donné les très intéressants journaux de Jean-Claude Panet et 
du curé Récher, mais c'est encore trop peu. Ces journaux, écrits 
par des non combattants, ne nous instruisent peut-être pas autant 
que les mémoires militaires, sur les événements principaux, leur 
raison d'être et leur portée, mais, en revanche, ils nous appren- 
nent une foule de détails intérieurs, par ailleurs négligés et dont 
la somme totale aboutit finalement à une compréhension de la 
situation plus exacte et plus sûre. Dans ce genre, nous croyons 
que le présent Journal du siège de Québec est un des plus précieux 
qui aient encore été mis au jour. Il se recommande par l'abon- 
dance du détail, par l'exactitude de l'information et par la saga- 
cité du jugem.ent. La note personnelle y est particulièrement 
apparente. Parmi toutes les relations qui ont été conservées 
sur la même période, nous n'en connaissons pas qui soient écrites 



138 ARCHIVES DE QUÉBEC 

d'un style aussi alerte et qui nous donnent aussi vivement l'im- 
pression d'assister à l'agonie du Canada Français. 

Malheureusement, nous n'avons pu réussir jusqu'ici à lever 
le voile d'anonymat qui recouvre ce Journal. Malgré plusieurs 
années de ' patientes recherches, il nous a été impossible d'en 
découvrir l'auteur. Le manuscrit original provient des Archives 
du Séminaire de Notre-Dame et appartient aujourd'hui à la 
Bibliothèque Saint-Sulpice. Depuis combien de temps dormait- 
il dans les voûtes du Séminaire, lorsqu'il en a été tiré ? Per- 
sonne n'a jamais pu nous l'apprendre. Il se peut que ce soit 
depuis un temps relativement récent. M. l'abbé Paillon qui, 
vers le milieu du siècle dernier, a si consciencieusement fouillé 
toutes nos archives, aurait difficilement laissé passer inaperçu un 
document de cet intérêt. Or, il ne paraît pas l'avoir connu, car 
nous n'y voyons de référence d'aucune sorte dans les copieuses 
notes encore inédites qu'il a assemblées pour la continuation de 
son Histoire de la colonie française, de 1673 à 1830. Il y a quel- 
que temps, le hasard nous mettait en face d'une lettre de l'ho- 
norable Louis- Joseph Papineau, écrite vers 1857, et adressée à 
Mm.e Forbes, du village de Carillon. M. Papineau y remerciait 
Mme Forbes de lui avoir communiqué un manuscrit intitulé : 
Journal du siège de Québec. Ne serait-il pas intéressant de 
savoir ce qu'était ce Journal du siège de Québec, com^muniqué, 
vers 1857, à M. Papineau ? Il ne s'agit très probablement pas 
du Journal de Panet ni du Journal du curé Récher, qui ont été 
publiés depuis, mais dont la provenance est par ailleurs connue. 
Ne serait-ce pas tout simplement le Journal que nous publions 
aujourd'hui et dont le manuscrit, après avoir été rendu à sa pro- 
priétaire par le seigneur de Montebello, aurait pris le chemin de 
Notre-Dame ? Il était au moins permis de le supposer et nous 
avons fait des démarches du côté de Carillon dans l'espoir de retrou- 
ver les traces du mystérieux manuscrit et, par suite, de son auteur. 
Nous n'avons pu trouver aucun membre de la famille Forbes 
en mesure de nous renseigner et notre enquête est restée infruc- 
tueuse. 

Le texte même du Journal ne nous apprend que bien peu de 
chose sur la personnalité de l'auteur, et pas assez pour recon- 



ARCHIVES DE QUÉBEC 139 

naître son identité. Ce qui apparaît certain, c'est que l'auteur 
était ou un écrivain de la marine ou un commis aux écritures. 
Il nous apprend lui-même qu'il était employé au magasin du 
Roi à Québec, mais sans préciser en quelle qualité. Avec deux 
autres petits détails, le premier sur sa famille et le second sur ses 
agissements pendant le siège, c'est à peu près tout ce qu'il nous a 
laissé comme signalement pour le dépister. A l'aide de ces faibles 
indices, nous avons cru pendant un assez long temps avoir recon- 
nu notre auteur en la personne de François-Joseph De Vienne, 
garde-magasin du roi à Québec, mais un examen plus minutieux 
du contexte nous a depuis convaincu que nous faisions fausse 
route. 

En vérité, le manuscrit original ne nous fournit plus qu'une 
seule autre indication, en dehors de son texte même, et nous 
devons avouer que cette indication est tellement problématique 
qu'il est presque puéril. d'y faire le moindre fondement. Sur le 
plat intérieur de la couverture du manuscrit, nous lisons ce nom 
qui semble d'une écriture ancienne, contemporaine même du 
Journal : Berthelot. Il y a toutes les chances que ce ne soit 
que le nom d'un des successifs propriétaires du manuscrit, mais 
est-il, d'un autre côté, tout à fait impossible que ce soit le nom 
de l'auteur ? M. Pierre- Georges Roy, qui n'a pu se résoudre 
aussi facilement que l'éditeur à écarter François-Joseph De 
Vienne, nous assure qu'il n'y avait, en 1759, aucun Berthelot 
susceptible d'être l'auteur de ce Journal du siège de Québec, 
d'après les conditions qu'il exige. Cependant, nous constatons 
la présence à Québec, en 1758, d'un Berthelot employé au bureau 
du Domaine. Le même Berthelot ne peut-il pas avoir été trans- 
féré, l'année suivante, au magasin du roi ? Mais l'hypothèse, 
on le voit, s'appuie sur une base bien fragile, et nous ne la donnons 
que pour ce qu'elle vaut. 

Quoi qu'il en soit, le Journal du siège de Québec, ci-après 
publié, n'en reste pas moins avec son mérite intrinsèque et, même 
anonyme, nous croyons qu'il est encore une contribution pré- 
cieuse à notre littérature historique. 

Aegidius Fauteux 



140 ARCHIVES DE QUÉBEC 

JOURNAL DU SIÈGE DE QUÉBEC DU 10 MAI AU 18 SEPTEMBRE 1759 



1759 May 10. — ^Arrivée de Monsieur Bougainville (1), colonel des troupes venant de 

France. 

" 13. — ^Arrivée du navire la Chézine (2), capitaine, le Sieur Duclos Guillot (3). 

" 17. — ^Arrivée de la frégate le Machault (4), capitaine le Sieur Canon (5). 

Le navire le Maréchal de Senectère (6), capitaine le Sieur de Grand 

Rivière (7). 
Le navire l'Angélique (8), capitaine le Sieur Grammond. 
Le navire la Manon (9), capitaine le Sieur Martin Mimbielle (10). 
Le navire le Bienfaisant (11), capitaine le Sieur Courval (12). 
Le navire S/. Augustin (13), capitaine De Balles (14). 
Le navire l'Elisabeth (15), capitaine le Sieur Brecheau (16). 
Le navire la Toison d'or (17), capitaine le Sieur Joseph Marchand (18) 
Le navire la Véntis (19), capitaine le Sieur Carbonnelle. 
Le navire les 4 Frères, capitaine le S. . . (20). 
Le navire V Amériquain capitaine le Sieur de Louche (21). 
Une prise angloise. 
18. — Le navire le Swinton (22), capitaine le Sieur Guyon (23). 
" 19. — La frégate du Roy l'Atalante (24), capitaine M. Vauclin (25), capitaine 
de brûlots. 
La flûte (26) du Roy la Pomonne (27), capitaine M. Sauvage, lieutenant 
de frégate. 
" 22. — ^La flûte du Roy, la Pye, capitaine le Sieur Duvilliers (28). 

Suivant la déposition de quelques prisonniers faits du côté de Carillon, 
il ne nous est plus permis de douter que les Anglois n'eussent formé 
le dessein de nous attaquer par mer et par terre ; en conséquence 
de ces instructions Monsieur le Marquis de Montcalm, lieutenant 
général des armées du Roy s'est rendu ce jourd'huy en ville, ayant 
descendu de Montréal (29). 
" 23. — Arrivée du navire l'Amitié (30), capitaine le Sieur Voyer (31). 

Le navire le Soleil Royal (32), capitaine le Sieur Duffis Charet (33). 
Le navire le duc DeFronsac (34), capitaine le Siexir le Villeurs (35). 
La flûte du Roy la Marie, capitaine. . . (36). 
Le navire le Colibry (37), capitaine. . . (38). 
" 24. — Un Courier expédié par M. Aubert (39) qui est en observation en bas, 
nous a rapporté qu'il y avoit 11 vaisseaux et frégates angloises (40) 
qui avoient paru le 19 du courant à St. Barnabe, et le dit courier rap- 
porte qu'en venant icy il en avoit compté 14, dont 2 petits batteaux. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 141 

on supose que c'est quelques prises qu'ils ont faites depuis qu'il 
sont en rivière ; ils étoient alors à l'isle Verte distante d'icy d'envi- 
ron 35 lieues. 
1759 May 25.— Arrivée de M. le Marquis de Vaudreuil (41), grand-croix (42;, Gou- 
verneur Général, venant de Montréal ; il nous descend aussy 5 
bataillons des troupes de terre pour servir icy. Tous les miliciens 
ont ordre de se rendre icy pour travailler aux fortifications. 

On fait quantité de projets pour s'opposer aux ennemis, sçavoir s'ils 
réussiront. On commence à faire un retranchement, depuis les 
petits moulins à venir gagner le quartier St. Roch (43), mais comme 
nous nous trouvons dans les grandes mers et qu'on a commencé les 
ouvrages im peu bas, il se trouve fort endommagé par les marées 
qui sont très fortes, étant poussées par im grand vent de nordet. 

On met plusieurs carcassières (44) en chantier, et on dispose des batteaux 
de planches pour y mettre ime pièce de canon de 8 ; on doit avissy 
placer sur le devant de la petite Rivière 2 vaisseaux sur lesquels il 
y aura de l'artillerie pour soutenir les retranchements dans cette 
partie en cas d'attaque. 

Nos puissances ont tenu im conseil, où tous les capitaines de vaisseaux 
ont été invités ; il a été question de sçavoir si on pouvoit boucher 
la traverse afin d'empêcher de monter les gros vaisseaux anglois (45). 

En conséquence de ce qui a été décidé dans ce conseil, le Sieur Pelle- 
grin (46), capitaine de port, a été détaché p>our aller sonder la tra- 
verse ; à son retour il a rapporté qu'elle étoit trop large, qu'il faudroit 
au moins 40 navires pour y réussir (47). La disette où nous sommes 
fait qu'on a abandonné ce projet. 

Comme les travaux ne sont point avancés au point qu'on se promettoit 
qu'ils seroient à l'arrivée des ennemis au lieu d'enceindre le tour des 
remparts en murs comme on se l'étoit proposé, on y va faire vme 
palissade à laquelle on va travailler incessamment. 
26. — ^Nos ingénievuiB (48) ont été visiter l'isle d'Orléans afin de voir s''l ne 
seroit pas possible d'y trouver \m terrain avantageux pour y établir 
quelques batteries, mais comme il paroist impossible d'empêcher 
les ennemis d'y descendre et que cela occuperoit trop de monde 
pour la soutenir, on a pris le party de l'abandonner. 

On a tenu im conseil où il a été décidé qu'il faloit armer des brûlots. 
En exécution de ce projet on a commencé à en préparer 8. Ce projet 
peut être bon, mais difficile à exécuter, si toutefois cexix qui s'en 
chargent veulent faire leur devoir ; je doute que cela réussisse (49). 
27. — On vient de faire sur le rampart l'épreuve des mortiers ; il se trouve 
qu'avec 12 1. de poudre dans la chambre, ils envoyent vme branbe 



14,2 ARCHIVES DE QUÉBEC 

par le travers de l'anse à Charest, distant de la place d'environ ^ 
de lieue. 

Le Sieiir Duclos Guillot. capitaine du navire la Chézine, a donné le 
plan d'une batterie flottante (50). sur laquelle on pourra mettre 
12 à 14 canons, laquelle pourra se transporter où il sera nécessaire, 
et cela avec facilité. Ce plan a été goûté, aprouvé et mis à exécution 
par l'inventeur. 

Dès le 22, M. de la Naudière (51), chevalier de l'ordre royal et militaire 
de St. Louis est party pour aler à l'Isle aux Coudres pour l'opération 
des cajeux (52). Nous venons d'apprendre qu'il y en a très peu 
de fait ; je n'ose me flater du succès de cette expédition et je pense 
en vérité que cela ne fera aucim effet. 

On évacue à force la coste du sud, on envoie les femmes et les bestiaux 
dans les profondeurs ; on évacue pareillement l'Isle d'Orléans, et 
on traverse tous à la coste Nord, à la réserve de quelques caches 
que les habitants font dans les bois. Je crains beaucoup que tout 
ne soit perdu (53). 

On constrviit un pont sur la rivière du Sault de la Chaudière. C'est 
M. de Lotbinière (54), cy-devant ingénieur, qui le fait faire. 

Dans une conférence qui a été tenue, le Sieur Courval (55) a proposé 
de faire des cajeux, mais d'une construction différente de ceux de 
M. Lanaudière. Ils doivent être en long, formant en aparence un 
canot de Roy ; ils seront enchaînés les uns aux autres et seront 
soutenus sur les ailes par 2 petits bâtimens pour les empêcher de 
dériver à la file. Ce projet a été aprouvé et on va travailler inces- 
samment à en faire le plus que l'on poura ; j'ai plus de confiance 
à ceux-ci qu'à ceux de M. de la Naudière auxquels il n'y a pas l'ombre 
de sens commtin. 
1759 May 28. — On travaille avec vigueur aux fortifications, ainsy qu'aux autres ouvrages ; 
il n'y a rien de nouveau. 
" 29. — Les vents continuent toujours de la part du nordet. Grand frais. 
Ce qui nous dérange beaucoup aux travaux de St. Roch dont une 
grande partie a été emportée par la grosse mer. 
" 30. — 7 Acadiens (56) qui se sont sauvés des prisons de Boston le 5 du présent, 
rapportent que les Anglois font de grands armemens dans la Nouvelle- 
Angleterre pour le Canada, qu'ils doivent avoir 50 mille hommes 
sur pied, sçavoir 20 mille contre Québec, 8000 à la Belle Rivière, 
6000 à Niagara, 6000 à la Présentation, et 10 mille pour Carillon, 
que les milices qu'ils y avoient l'année dernière n'avoient point 
voulu prendre les armes, qu'ils font embarquer de force tout le monde 



ARCHIVES DE QUÉBEC 143 

qu'ils peuvent ramasser, qu'il y a beaucoup de misère chez eux, que 
2 de leurs vaisseaux de transport étoient entrés dans le port en 
assurant qu'ils avoient vu une flote française qui étoit sur leurs 
costes et que même il y avoit eu vin combat naval où les Anglois 
avoient été battus. Voilà à peu près le précis de ce que j'ai su de 
leurs dépositions, ce auquel suivant moy il y a beaucoup à rabattre. 
C'est assez poiu: que l'on soit François pour tourner les choses à notre 
avantage. 

Du même jour, nous apprenons par le Sieur Pommereau (57), détaché 
aux ordres de M. de la Naudière, que le 27 du présent, les vaisseaux 
anglois étoient venus mouiller à l'Isle aux Coudres, qu'ils y sont 
au nombre de 13 ou 14, mais qu'il ne sçait pas précisément s'il y a 
beaucoup de vaisseaux de guerre, qu'aussitôt que le dit M. de la 
Naudière les avoit vxis venir à ce mouillage, il ne s'étoit occupé que 
de sa retraite qui s'est faite avec beaucoup de précipitation, aban- 
donnant armes, mimitions, ainsy que du monde, sur la dite Isle, 
se retirant en cet ordre par le travers de l'église de la Petite Rivière, 
environ à 5<t de lieue dans le bois où il est maintenant en observation 
(58). 

Quelques Canadiens de son détachement, moins expers dans l'art mili- 
taire que luy, lui demandèrent à aller en découverte pour rencontrer 
les forces des ennemis et, s'ils mettoient du monde à terre, pour y 
faire quelques prisonniers ; leurs instances réitérées furent vaines 
et inutiles, il demeura ferme dans sa résolution, leur disant qu'il 
n'étoit pas de son devoir d'exposer son monde à être tué ou fait pri- 
sonnier, qu'au contraire il devoit les conserver avec grand soin. 
Cette condvdte me paroist très louable et digne d'un homme que 
Sa Majesté a honoré d'une Croix de St. Louis. 
May 1759 31. — ^Le Sieiu- de Niverville (59), officier des troupes de la colonie et inter- 
prète des sauvages Abénakis, vient de partir d'icy à 2 heures après 
midy avec 95 sauvages et une quarantaine de Canadiens volontaires 
(60), pour aler à l'Isle aux Coudres afin d'examiner les ennemis 
et pour y faire quelques prisonniers, s'il luy est possible. 

Quelques habitans du Ueu rapportent qu'il n'y a point de gros vais- 
seaux et que les plus forts ne sont tout au plus que de 40 à 50 canons ; 
ce rapport me paroist fabuleux d'autant que l'on doit présumer que 
cette escadre est partie à dessein d'intercepter les secours qui nous 
venoient ; par conséquent il doit y avoir des vaisseaux de forces, 
et ceux qui rapportent qu'il n'y en a point en imposent ou qu'ils ne 
les ont pas vues (61). 



144 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Les traveaux avancent beaucoup quoique les tems soient des plus 
fâcheux, mais la quantité de travailleurs que nous avons fait que 
cela avance ; on compte que nous avons descendu icy, tant de 
troupes que de Canadiens, au moins 10 mille hommes (62). Si les 
temps deviennent beaux, dans im mois au plus nous serons en état 
de recevoir les ennemis. Les 5 bataillons que nous attendions d'en 
haut sont arrivés (63). 

Par un courier de Montréal nous aprenons que M. de Lygnerie (64), 
commandant au fort Machault, a avec lui 3000 hommes, dont plus 
de 2500 sauvages ; on espère qu'il soutiendra dans cette partie. 
1759 Juin 1. — M. de Lanaudière qui étoit chargé de l'opération des cajeux vient 
d'arriver icy, sans avoir rien lait, cy ce .n'est qu'en remontant il a 
fait brusler tout ce qu'il pouvait y en avoir de faits, de crainte que 
les ennemis ne profitassent de ces travaux pour s'en servir contre 
nous ; cette conduite est des plus louables (65). 
" 2. — Rien de nouveau, les vents régnent toujours de la part du nordet ; 

beau tems ; les travaux avzmcent beaucoup. 
" 3. — Il vient de nous ariver un courier d'en bas expédié par M. Aubert ; 

voicy ce qu'il rapporte, qu'il y a 4 vaisseaux à St. Barnabe qui ont 
fait le signal de reconnaissance ; malgré cette assurance on ne pense 
pas qu'ils soient françois ; il ajoute qu'une de leurs frégates est partie 
de risle aux Coudres, ce qui nous fait présumer qu'elle va audevant 
de leur flotte (66). 

Sur les 4 heures après midy un matelot a tombé à l'eau dans la rade 
et s'est noyé. 

A midy on a fait l'épreuve d'un des cajeux du Sieur Courval, il a été 
amené de l'entrée de la rivière St. Charles ; on y a mis le feu, à son 
commencement il jette une grande fumée et s'enflamme avec beaucoup 
de vivacité ; il a duré environ 5-4 d'heures. 
" 4. — Les vents sont de la part du sud douest, beau tems. Les 5 compagnies 

de grenadiers passent à Beauport pour y faire des redoutes, ils com- 
mencent à la Canardière, maison des prestres (67) ; c'est M. de 
Bougainville qui y commande (68). 

Ledit jour on a augmenté le nombre des travailleurs de 200 hommes ; 
c'est pour l'opération des cajeux qu'ils vont être employés. 

On commence à travailler à l'enceinte du Palais (69), qui est une palis- 
sade en pieux de bout de 10 à 11 pieds de hauteur. 

On achève ce jourd'huy un pont sur la rivière du passage ; ce pont 
est constioiit sur des batteaux éloignés de 10 pieds en 10 pieds ; 
il a 16 à 17 pieds de largeur. M. Jacau (70), officier d'artillerie, en est 
l'inventeur et celui qui l'a fait faire. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 145 

On en a œntruit un autre sur la rivière du Cap Rouge, c'est de l'inven- 
tion de M. de Lotbinière, ce sera sans doute un chef-d'œuvre (71). 

On a fait un ouvrage couronné (72) de tout un costé de la petite rivière. 
de l'autre costé du pont ; cet ouvrage est presque à sa perfection, 
le plan en a été donné par M. Pontleroy (73), ingénieur en chef. 

Le nommé Flamand, maître maçon (74), a été envoyé à la Pointe-aux- 
Trembles pour y faire des fours. 
1759 Juin 5. — On fait partir d'icy tous les bâtimens de la Rade pour aller aux environs 
des 3 Rivières (75), plusieurs sont déjà partis pour s'y rendre, et les 
autres doivent partir incessamment ; il n'y a que les frégattes du 
Roy VAlalante et la Pomonne qui restent. 

M. l'Intendant a donné ordre au Sieur Sombrun (76) d'aller en l'Isle 
d'Orléans pour y ramasser quelques grains ; je crains beaucoup qu'il 
ne préfère les cacher et que par la suite tout ne tombe en pure perte, 
soit pris par les ennemis ou germe dans les trous. 

On va former un corps de cavalerie de 2(K) hommes (77) pour être 
en état d'en porter en peu de tems aux endroit qui pourroient être 
attaqués. Tous les selliers de la ville sont occupés à faire des selles. 

On muraille toutes les ouvertures des maisons qui sortent du costé de 
la grève, de façon à pouvoir fusiller en cas d'attaque. 

Nous apprenons par un courier d'en bas qu'il y a 9 vaisseaux à St. 
Barnabe ; ils paroissent être des transports, ce qui nous fait juger 
que leur flotte ne doit pas être loin. Suivant toute aparence les 
vaisseaux qu'on a vus il y a quelques jours et qui avoient fait les 
signaux sont aussy anglois : Qu'importe en tout cas ; nous sommes 
icy avant eux, ils ne nous surprendront pas, car nous les attendons 
journellement et sous 15 jours nous serons en état de les recevoir 
s'ils tentoient de faire tme descente. 

On travaille vigoureusement à l'armement de 8 brûlots, et on ne néglige 
rien pour en accélérer la perfection. 
" 6. — La goélette la Minerve part pour Montréal chargée d'effets pour S. M. 

ainsy que de plusieurs dames et demoiselles qui débarrassent beau- 
coup la place (78). 

Le Sieur de Loumeau, officier marchand, part avec des matelots pour 
aller aux Ecureuils chercher la goélette de M. le Mercier (79) qui a 
hyvemé au dit lieu pour l'armer en bruslot ; cette goélette sera d'au- 
tant meilleure qu'elle est extrêmement vieille, ce qui avec les artifices 
fera un feu bien considérable, ressource heureuse pour ceux qui ont 
de vieux bâtimens et un peu de protection pour les faire trouver 
propres. 
5300 — 10 



146 . ARCHIVES DE QUÉBEC 

Il vient de partir un batteau de Roy transportant des soldats restés 
malades atix hôpitaux, qui vont rejoindre leurs bataillons qui sont 
ceux de la Reine et de Berry. 
1859 Juin 7. — Le détachement aux ordres de M. de Niverville qui étoit à l'Isle aux 
Coudres, vient d'arriver sur les 4 heures du matin (80). Les Cana- 
diens (81) qui y étoient ont fait trois prisonniers, dont un est neveu 
de l'amiral Durel (82) et les 2 autres sont officiers de marine (83) ; 
tous les trois jeunes gens ; voicy quelle est leur déposition (84), 
qu'ils attendent leur flotte de jour en jour, qu'elle doit être composée 
de 20 vaisseaux de ligne, 30 frégattes, 3 galiottes, 3 brûlots, et 100 
vaisseaux de transports ; que le nombre de leurs forces doit être 
de 30 milles hommes, qu'ils ne comptent pas prendre le Canada, 
mais que pour Carillon il sera pris d'emblée. Ils rapportent en outre 
qu'ils ont tué sur l'Isle aux Coudres 2 bœufs pour faire du bouillon 
à leur malades, que le Sieur de Vitré (85) est à la solde du Roy d'Angle- 
terre et qu'il les pilote, et que le Sieur Raby (86) doit piloter le com- 
mandant de la flote qu'ils attendent, qu'ils ont repris une prise 
angloise que nous avions à Gaspé et qui n'avoit pu monter icy l'au- 
tomne dernière, que le batteau qui avoit party pour le Mont-Louis (87) 
l'a été aussi ainsi que le Sieur Dacier (88) qui venoit de l'Amérique ; 
qu'ils avoient sçu l'arrivée de la flotte du Sieur Canon, ce qui leur 
avoit fait beaucoup de peine à la vérité. Si elle eut été interceptée 
nous eussions été très mal, et malgré ce secours nous ne serons pas 
encore très bien. 
" 8. — Les feux de signaux ont été allumés, ce qui nous fait conjecturer que 

la flote ennemie a paru en bas ; nous attendons le courier demain 
pour nous éclaircir. 

Sur les 8 heures du matin le feu a pris à bord du navire la Toison d'or 
armé en brûlot, en faisant chauffer du bray dans la chaloupe le long 
dudit navire ; il n'a pas été possible d'arrêter cet embrasement, 
I3eu s'en est falut qu'il n'ait communiqué le feu aux 2 frégattes en 
dérivant ; on l'a enfin échoué et il a été consumé un peu ; nous 
y avons perdu 8 ou 10 hommes (89). 

A midy un courier vient d'arriver ; il rapporte que les feux ont été 
allimiés mal à propos, et que c'étoit des sauvages qui en avoient allumé, 
ce qui avoit occasionné cette méprise. 

Les frégattes le Machault et le Senecterre sont parties d'hyer pour monter 
en hault. 

Le navire V Ambassadeur armé en brûlot, commandé par le Sieur 
Dubois (90), est prest à faire voile ; il ne reste que les artifices à 



ARCHIVES DE QUÉBEC 147 

mettre à bord qui ne se mettront qu'au commencement du départ. 

Nous avons à Samos 60 cajeux de prests, suivant le rapport du Sieur 
Courval. chargé de cette expédition. 

Nous avons xme redoute de faite à la Canardière, on en commence 
une autre à la rivière de Beauport ; 2 ou 300 Canadiens ont été 
détachés pour y aller travailler afin d'avancer les traveaux. 

M. de St. Vincent (91), chevalier de St. Louis, qui avoit été chargé 
de faire évacuer l'Isle d'Orléans vient dans le moment d'arriver, 
bien fatigué de sa campagne et bien piqué des mouches. 

Nos généreaux ont eu la complaisance de faire habiller de pied en cap 
aux dépens de Sa Majesté les 3 officiers anglois nouvellement prison- 
niers : il est vray qu'ils avoient été pris avec leurs habits d'été, 
ce qui a contribué à leur en faire faire d'hyver ; cette générosité 
est un peu coûteuse dans le temps où nous sommes, mais elle n'est 
pas surprenante de la part des François (92). 
1759 Juin 9. — Nous aprenons que 8 vaisseaux et frégattes vinrent dans le cours de la 
journée d'hyer mouiller au pied de la traverse. M. de St. Vincent 
avoit grande raison d'abandonner l'Isle. il ne les croyait pas si près 
de luy lorsqu'il a fait retraite. 

Nos généraux viennent de tenir im Conseil touchant le plan de défensive 
à faire en cas d'attaque ; plusieurs sont d'avis qu'on rase la Basse- 
Ville, mais M. de Vaudreuil seul soutient pour le contraire (93). 
Je crains en vérité que le zèle qui le porte au bien des particuliers 
ne devienne funeste à l'Etat, car il me paroist impossible qu'on 
puisse éviter un incendie. 

A 3 heures après midy, im courier nous apprend que 7 chaloupes 
angloises sondent et balisent la traverse ; tout leur est favorable, 
ils ne trouvent aucune opposition dans l'exécution de leur projet. 
Cependant nous avons des frégattes qui auroient suffi pour cette 
expédition, et si alors nous eussions été foibles, les vents qui auroient 
amené les ennemis nous auroient servy pour la retraite. Cependant 
nous sommes obligés de croire que cela ne se pouvait pas puisqu'on 
ne l'a pas fait (94). 

Sur les 9 heures du soir de la nuit dernière. 3 sauvages abénaquis s'en 
furent à Samos et comme ils étoient au ^ saouls, l'un d'eux s'avisa 
de vouloir forcer un factionnaire, et il en fut la dupe ; ce sauvage 
reçut un petit coup de fusil qui lui passa au travers du corps ; cela 
a fait un peu de bruit parmi les nations ; il en coûtera quelques 
couvertes et de l'eau de vie pour laver la playe des autres, après 
quoi tout ira bien (95). 



148 ARCHIVES DE QUÉBEC 

1759 Juin 10. — Il vient de partir dans l'instant 2 détachemens de Canadiens et sau- 
vages, commandés par MM. de Courtemanche (96) et Repentigny (97) 
capitaines des troupes de la colonie. Ces 2 détachemens ensemble 
sont de 600 hommes destinés pour l'Isle d'Orléans (98). 

Malgré l'évacuation que M. St. Vincent a fait faire à cet Isle, il y reste 
encore beaucoup de bestiaux, en conséquence de quoy M. l'Intendant 
a fait donner des batteaux pour y traverser le reste. Mais voilà 
des sauvages qui y traversent ; il n'est pas douteux qu'ils y feront 
autant de dégâts que les ennemis pourroient y faire. 

Depuis peu de jours on a formé un retranchement depuis les petits 
moulins jusqu'au delà du passage, dont plusieurs redoutes sont en 
avant qui en defïendent toutes les parties. 

Je ne pviis en vérité me lasser d'admirer une redoute que nous avons 
de l'autre costé du passage ; c'est un ouvrage achevé ; l'on peut 
dire que c'est le premier ingénievir que nous avons eu en Canada (99) . 
11. — ^Le 11, nous venons d'apprendre que les vaisseaux anglois qui étoient 
venus mouiller au pied de la traverse se sont enretoumés ; il y a 
aparence qu'ils auront retourné à l'Isle aux Coudres. 

Le Siexir Sombrun qui étoit allé à l'Isle d'Orléans pour y ramasser des 
grains vient d'arriver avec 8 à 900 minots d'avoine et quelque peu 
de bled, mais pas autant qu'on se l 'étoit promis (100). 

Le sauvage blessé à Samos la nuit du 9, est mort ce matin de sa bles- 
sure ; le Roy habille sa famille, 200 livres en argent et xm esclave 
sitôt qu'on pourra en trouver un ; par ce moyen tout le monde est 
content. 

Le Sieur Chalous (101) est party de ce matin pour aller suiyant l'ordre 
de M. Bigot faire faire des fovirs dans les profondeurs de St. Augustin. 

Par des lettres de Montréal nous aprenons que le 30 may dernier, 
10 sauvages anglois étoient venus à St. Frédéric, qu'il nous avoient 
fait 2 prisonniers, et un 3e blessé à mort ; au reste tout est encore 
tranquille dans ces parties. 

On fait un pont sxu- la rivière Jacques Cartier ; c'est le Sieur Lotbinière 
qui en est le constructeur ; sans doute qu'il sera beau. 
" 12. — On a bouché la rue entre Madame Boishébert (102) et le mur de l'évêché 
et on y met une pièce de canon qui battra dans la grande coste ; 
on fait miner devant M. Cordeneau (103) pour rendre ce chemin 
praticable pour les voitures, 

La maison du Sieur Marchand va être rasée, M. de Pont le Roy, ingé- 
nieur, luy a signifié cette fameuse nouvelle ce matin. On en a fait 
l'estimation, ce qui fait présumer que le Roy luy payera ; sy cela 



ARCHIVES DE QUÉBEC 149 

est, il se trouvera peut-être plus riche que ne seront ses voisins par 
la suite. 

On fait un corps de garde dans la maison de Madame Boishébert, 
et on a fait des meurtrières dans le pignon pour pouvoir fusilla" 
en cas de besoin. 

Nous avens ce jourdliuy 8 batteaux armés chacun d'une pièce de 8. 
et vme carcassière armée d'une pièce de 24.; les autres sont encore 
sur le chantier. 

Par im courier venu d'en bas nous aprenons qu'il y a depuis St. Barnabe 
à venir à l'Isle aux Coudres 32 voiles engloise. 

Un batteau du Roy, chargé d'effets et de munitions pour les chebeks 
en construction à St. Jean, a fait naufrage ce matin à la Pointe 
aux Trembles. 

A 5 heures du soir nous venons de remplacer au magasin du Roy à 
M. de Lanaudière une tente et un prélat (104) qu'il avoit abandonné 
sur l'Isle aux Coudres lorsque les ermemis avoient paru pour y venir 
quoiqu'il n'y avoit pas d'apparence qu'ils missent à terre en si peu 
de tems. J'ai toujours oui dire que la prévoyance étoit la mère de 
la sûreté. 
1759 Juin 13. — ^Aujourd'hui pour la première fois les hommes de la cavalerie ont entré 
dans la ville et ont été au château. C'est MM. de la Roche Beau- 
court (105) et de St. Romme (106) qui en sont les capitaines ; leur 
imiforme est bleu avec paremens et collet rouge, et croise sur l'esto- 
mach. 

Sur les 3 heures du soir, im grenadier de la Sarre a été blessé à nKxt 
d'un coup d'épée que luy a donné le Sieur Duffis Desauniers (107), 
négociant, à Montréal. 

M. de Lx)tbinière, cy-devant ingénieur des fortifications de Caril- 
lon (108), a fait faire un pont sur la rivière du Cap Rouge, d'vme 
construction nouvelle ; les voitures, au lieu de passer dessus comme 
à l'ordinaire, passent par dessous ; cet ouvrage est digne d'un td 
inventeur. 
Le grenadier blessé est mort à l'hôpital sur les 7 heures du soir ; il est 
mention qu'il avoit bu, ce qui l'avoit porté à insulter cet ofiBcier de 
milice, aussy a-t-on suprimé les quantines qui étoient dans les camps. 
C'est ordinairement l'usage en Canada, non de prévoir les évènemens, 
mais bien de les réprimer lorsqu'il est arrivé quelque accident fâcheux. 
Le Sieur Faribault (109) employé au bureau du contrôle a eu son congé 
ce jourd'huy ; c'est en vérité un original dont je n'ai jamais vu 
de cooie. 



150 ARCHIVES DE QUÉBEC 

1759 Juin 14. — A 11 heures du matin, le feu a pris dans la maison de M. Bemier (110) 
commissaire des guerres ; heureusement qu'il a été arrêté et n'a 
fait aucun progrès. 

Nous venons d'aprendre que 6 ou 7 vaisseaux et frégattes angloise 
avoient fait la traverse et sont venus mouiller le long de l'Isle St. 
François ; avouons à notre honte qu'ils sont à présent meilleurs 
pilottes de la rivière que nous et d'ailleurs favorisés par les vents. 
" 15. — Le vent continue toujours nordet ; grand frais. Il n'est pas ordinaire 
que dans la saison où nous sommes les vents soient aussi opiniâtres ; 
tout est pour les Anglois. 

Nous équipons au magasin tout le monde, prestres, moines, picqueurs, 
etc., il est en vérité surprenant que dans un tems aussy critique 
que celuy d'à présent, on prodigue de cet façon les marchandises 
du Roy ; il serait impossible que les siennes pussent suffire, si on 
n'avoit pas quelques particuliers qui en sont bien pourvus et qui 
avec beaucoup de plaisir les cèdent au Roy. J'ignore les prix de 
vente, mais ils doivent être bien forts, d'autant que ces particuliers 
avoient été trompés, ayant demandé des vivres ; on a envoyé beau- 
coup de marchandises, tant sèches que liquides. Dieu veuille que 
nous n'en souffrions pas (111). 

Par une lettre de M. de Courtemanche qui est à l'Isle, nous aprenons 
que les Anglois venoient dans des berges pour descendre à terre, et 
que lui avec son monde étoient sur le bord de l'eau pour les recevoir, 
mais que malheureusement les sauvages micmacs s'étoient montrés, 
qu'aussitôt ils avoient reviré de bord et étoient retournés à leurs 
vaisseaux. 

La gabarre l'Entreprenante (112) est armée de 4 pièces de canon, sçavoir 
2 de 18 et 2 de 12. C'est le Sieur Blondelard (1 13) qui la commande. 

Le Sieur Courval est party pour l'Isle d'Orléans afin de reconnaître 
la position des vaisseaux ennemis pour y conduire des cajeux s'il 
est possible. 

M. Coquard (114), prestre, venant de la rivière St. Jean, repporte que 
les Anglois ne font aucim mouvement de ce côté, au contraire qu'ils 
font embarquer leurs troupes pour Boston, ce qui nous prouve que 
c'est pour remplacer celles qu'ils ont embarquées pour l'expédition 
de Québec. 
" 16. — M. le Mercier, commandant d'artillerie, vient de partir (115) avec 
4 pièces de canon de 12 et xme forge p>our battre les vaisseux anglois 
qui sont mouillés à St. François ; je crains fort qu'il ne leur fasse pas 
beaucoup de mal et je pense qu'il ferait mieux de rester icy ; du moins 
on ne se moquerait pas de luy. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 151 

Le brulôt le Jaloux commandé par le Sieur Berthelot vient de mettre 
à la voile sur les 10 heures du matin ; il doit partir pour le n^d de 
risle et en remontant, <x>nune s'il feignoit de venir d'en bas, doit 
acCTOcher im vaisseau ; voilà ce qu'il projette, mais je doute Uxt 
qu'il l'exécute (116). 

M. de Mombeillard (117), capitaine des canonniers, vient de partir 
pour établir des batteries sur des redoutes qui sont à Beauport (118). 

On commence à préparer des mâts pour barrer l'entrée de la petite 
rivière ; on fait des chaînes aiLx forges ix)ur les enchaîner les uns 
aux autres. 

Il nous arrive journellement une grande quantité de miliciens des 
gouvememens de Montréal et des Trois-Rivières. 

Il vient de nous arriver de Chambly dans un bâtiment 6 à 700 bombes 
de 12 pouces, et plusieurs aflfuts de campagne de diflférens calibres. 
1759 Juin 17. — Les sauvages abénaquis aux ordres de M. de Covutemanche, ont fait 
8 prisonniers dont un officier ; les ennemis avoient eu connaissance 
du brulôt (119) que nous avions moviillé au nord de l'Isle, ils avoient 
détaché 7 à 8 berges armées p)our l'aller prendre, mais les sauvages 
ayant embarqué dans leurs canots avoient donné à la poursuite, 
en ont pris tm et les autres se sont sauvés (120). 

Voicy ce que rapportent les prisonniers, qu'ils ne sont point inquiets 
de leur flotte quoiqu'ils n'en ayent point de nouvelle, qu'ils ne l'atten- 
dent que dans trois semaines, qu'elle doit être composée de 29 vais- 
seaux de ligne, 30 frégattes et 100 navires de transports, 15 mille 
hommes de débarquement (121), qu'ils ne comptent pas trouver 
plus de monde à Québec qu'ils n'en trouvèrent l'année dernière à 
Louisbourg, et qu'en attendant leur flotte ils doivent monter jusqu'au 
bout de risle. 

30 cajeux du Sieur Courval sont prests et seroient partis, dit-on, si les 
Canadiens avoient voulu s'embarquer pour aider à les conduire ; 
25 seulement se sont offerts à y aller (122) ; ainsi je ne sçais quand 
ils partiront. 
M. Dumas (123), major général des troupe de la colonie, a fait une 
revue générale de tous les miliciens de cette ville ; M. le Marquis 
de Montcalm y étoit présent qui les a fort encouragés à se bien 
deffendre, que nous aurons affaire à des ennemis qui avoient été battus 
dans toutes les actions où ils s'étoient présentés et que nous devions 
espérer la même chcee cette année ; on a répondu par plusieurs cris 
de : Vive le Roy (124). 



152 ARCHIVES DE QUÉBEC 

1759 Juin 18. — ^M. le Mercier qui est à l'Isle d'Orléans demande 3 batteaux armés 
de canons ; on les luy envoie avec chacun 50 coups à tirer ; depuis 
ce tems nous avons entendu quelques canonnades, mais je pense 
qu'il n'y a ny vaisseaux coulés ny bruslés, quoiqu'il devoit les battre 
à boulets rouges. 

On vient de donner les vivres pour 400 hommes (125) qui y vont pour 
doimer du renfort. 

Il vient de nous arriver de Montréal 70 sauvages outaSois et sauteux 
qui sont venues à dessein de secourir leur père Ononthio. 

Sur les 5 heures du soir, M. le Mercier vient d'arriver de l'Isle ; il 
rapporte que les ennemis avoient fait un grand feu sur nos batteries, 
et que même une de nos pièces avoit été frappée légèrement à la 
volée ; d'ailleurs ny morts ny blessés, ny aucun vaisseau de coulé 
ny bruslé, comme il se l'étoit promis ; il dit cependant qu'il les a 
fort endommagés, mais la preuve du contraire et qu'ils n'ont point 
sovifïert, c'est qu'ils n'ont point quité levir mouillage. Preuve incon- 
testable de ce que je dis, c'est qu'il pouvoient aller plus haut ou plus 
bas. Ces ennemis rient de cette cacade et ses amis n'en disent mot ; 
pour moy je plains le Canada (126) . 

Nous venons d'équiper de pied en cap au magasin du Roy 35 sémina- 
ristes (127), ainsi que des armes et des munitions qu'on leurs a 
données ; cet armement suivant moy paroist très juste, il en faut 
absolument pour aller au combat, mais tout le reste me paroist 
assez hors de saison, d'autant que la plus grande partie de ces jeimes 
gens appartiennent à de bons bourgeois qui ont moyen de les habiller ; 
cependant personne n'est scandalisé de l'offre gracieuse ; au con- 
traire tout le monde l'accepte volontiers non pas tant je pense par 
interest comme c'est à cause que cela vient du Roy notre bon maître. 

Aujourd'huy pour la première fois une chaloupe carcassière et des 
batteaux armés ont été faire la patrouille dans le bassin, pour empê- 
cher quelques berges qui pourroient venir rauder aux environs 
de la place. 
" 19. — Le Sieur Bertelot commandant le brulôt le Jaloux est rentré ce matin ; 
il a eu un contre ordre que je croy être très à propos, car je ne pense 
pas qu'il réussisse, non plus que les autres qui arment (128). 

A midy et demy on a lancé la batterie flottante à l'eau mais il faut encore 
beaucoup d'ouvrage pour la mettre à perfection ; elle a 60 pieds 
de long, 30 de largeur et 7 de bord, elle callera environ 2 pieds }4 
quand elle aura son artillerie ; je ne croy pas qu'elle soit d'un grand 
secours pour le Canada ; au reste elle a bien coûté de l'argent (129). 

Pendant la nuit dernière un jacobite, c'est le nom qu'on a donné aux 



ARCHIVES DE QUÉBEC 153 

batteaux armés, étant amarré au quay de construction, le vent l'a 
tourmenté de sorte qu'il a tourné et la pièce a tombé à l'eau. 

Il court icy im bruit que 5 de nos canormiers que nous avons à Carillon 
ont sauté dans un magasin dans lequel ils chargeaient des bombes ; 
on ajoute aussy qu'il y a un officier ; Dieu veuille que cette nouvelle 
se détruise, mais je crains beaucoup que non, mais les événements 
fâcheux ont presque toujours des avant courriers (130). 
1759 Juin 20. — Par vm courier de M. Aubert, nous apprenons que le 17 du présent 

. l'ennemi a paru à St. Barnabe ; on ne sçait pas positivement ses 
forces, n'ayant bien pu les distinguer (131), sxiivant toute aparence 
c'est l'avant-garde de la flotte ennemie, qui ne peut p)as être iort 
loin, ayant toujours été bien favorisée par les vents. 

Le tems vient cependant de se mettre au beau ; nous en avons d'autant 
plus besoin que les ouvrages n'avancent point et même la pluye 
les dégrade beaucoup. 

M. de Lotbinière a fini le pont sur la rivière Jacques Cartier et conmie 
celui du Cap Rouge avoit été endommagé par les gens de pied, U 
y a fait retoucher pour le rendre parfait. 

Nous venons d'habiller de pied en cap un officier anglois dit-on, car il 
a plus l'air d'un matelot que d'autre chose. Qu'importe, on l'équipe 
toujours comme officier ; leurs mousses en sont chez nous, et nos 
officiers sont de petits garçons chez eux (132). 
" 21. — Un courier venant d'en bas rapporte qu'il y a, compris les vaisseaux 
dont nous eusme nouvelle hyer, 132 voiles (133), sans y comprendre 
32 qui sont depuis l'Isle aux Coudres jusqu'à l'Isle d'Orléans, ce qui 
tait ensemble 164 voiles, sxiivant le rapport du prisormier. Nous 
pensons que c'est toutes leurs forces. 

On fait une batterie de 2 pièces de canon entre le Château St-Louis 
et la maison du grand Girard, on démolit le pignon d'Aimé (134) 
pour découvrir la grande coste. 

On a fait des batteries dans toutes les redoutes de Beauport, depuis 
le sault Monmorency, à venir sur le bord de la petite rivière ; on 
a fait beaucoup d'ouvrage depuis que nous avons nouvelles des enne- 
mis, mais il nous en reste encors beaucoup à faire ; mais il faut du 
tems aux ennemis pour se préparer à la descente. 

Je ne puis m'imaginer malgré les grands préparatifs qu'on fait pour 
incendier la flotte ennemie, qu'on pourra réussir ; il y a longtems 
qu'il est fait mention de cajeux en Canada ; d'ailleurs une flotte 
en p)ays ennemi se tient bien sur ses gardes. 



154 ARCHIVES DE QUÉBEC 

On fait beaucoup de chariots couverts pour le transport des munitions 
et des vivres ; on s'est servy pour cela de charettes à foin qui sont 
couvertes avec des toiles peintes. 

L'abat de pluye qui est venu hyer a fait beaucoup de tort aux retran- 
chemens ; on travaille à les réparer partout où il est besoin et on 
ne néglige rien pour se mettre en sûreté autant qu'il est possible. 

Nous avons 12 jacobites et 6 carcassières de préparés ; c'est tout ce 
qu'on veut en faire ; cela pourrait être bien bon en cas de descente 
et pour empêcher les berges d'approcher la nuit. 

Toutes les batteries de la Basse Ville, ainsy que celles des Remparts, 
vont être commandées par des officiers marins (135), à la réserve 
de la batterie royale qui est commandée par M. Parent, père, capi- 
taine des canonniers de milice. 

Les batteries de mortiers sont commandées par des officiers d 'artillerie 
et servies par des canonniers bombardiers. 

On fait faire une casemate (136) avec un blindage chez Madame 
Péan (137) ; je crois que c'est pour M. Daine (138) ou peut-être 
pour quelques autres, car je ne pense pas que M. l'intendant (139) 
y aille ; je croy qu'il ira plustost au camp. 

Les particuliers de la Basse Ville envoyent leurs effets chez ceux de la 
haute et ces derniers envoyent les leurs à la campagne, preuve qu'ils 
ne se croyejit pas en sûreté chez eux. 

Malgré les ordres réitérés de M. de Vaudreuil qui ordonnoit à tous les 
miliciens des 3 gouvememens de faire mettre leurs armes en état 
et chargeoit les capitaines de prêter la main à l'exécution des dites 
ordonnances, malgré ces ordres qui auroient dû être suivis exacte- 
ment, il s'en trouve une si grande quantité qui sont hors d'état de 
servir, que la salle d'armes se vuide journellement et se remplit 
d'un fatras d'armes inutiles ; il est impossible aux ouvriers de les 
radouber à mesure ; Il arrivera infailliblement que nous en man- 
querons. 

M. l'intendant, à ce qu'on dit, tire des lettres de change à vues sur ses 
propres fonds à ceux qui veulent lui remettre des espèces et ces 
mêmes espèces sont à ce qu'on dit destinées à acheter des grains et 
farines dans le gouvernement de Montréal, d'autant que les habitans 
ne veulent point vendre en papier à quelque prix que ce soit. Dans 
les circonstances où nous sommes il en faut, quoique le munitioimaire 
aie xme permission exclusive d'en faire embarquer. Ce party qu'on 
prend suivant moy est fort dangereux, car il vaudrait autant dire 
aux habitans : le papier ne vaut plus rien, ne vendez que pour des 



ARCHIVES DE QUÉBEC 155 

espèces. Il faut apparemment que nos puissances fassent ce que 
veulent les habitans et non pas que les habitans leurs soient subor- 
donnés comme je le croyois (140). 
1759 Juin 22. — ... Le nombre de nos forces peut être à présent de 13 à 14 mille hommes 
effectifs, mais si l'on compte sur les bâtimens et équipemens, l'on 
en trouvera bien 16,000 (141). Il n'est pas malaisé de remarquer 
des abus ; tous les majors tirent des billets sans qu'il y ait eu aucune 
revue de commissaire, ce qui cependant est d'une grande consé- 
quence ; mais comme on est sy occupé, cela passe avec les plus 
gros. 
" 23. — ^Nous venons d'équiper un grand nombre de miliciens, et comme on 
ne peut pas leur fournir le tout en nature, voici la façon dont on 
les paye. La cravate 8 livres, le capot 18 livres, le bonnet drapé 
2 livres 10, et ainsy à proportion des autres articles. Il faut noter 
que les marchandises sont à plus de 200 pour 100 ; les dupes se fond 
payer, cevix qui ont de l'esprit gardent leurs billets, mais tost ou tard 
ils seront dupés, pour ne pas dire volés (142). 

On a barré l'entrée de la petite rivière comme on se l'étoit proposé ; 
à chaque mât il y a un ancre qui le retient et l'empêche de dériver 
au covirant. Il est certain que quand bien même l'enenmy voudroit 
pénétrer dans cette partie, il y trouveroit beaucoup de difficulté, 
étant impossible que les berges puissent passer dessus. D'ailleurs 
nous avons sur les quais du palais au moins 40 bombes à feu qui les 
poivreroient bien s'ils s'y présentoient. 

On commence à découvrir les maisons du Sault au matelot ou du moins 
celles qui se trouvent sous la volée de canons. Je pense qu'il seroit 
très à propos de le faire à toutes les maisons de la Basse Ville, afin 
de prévenir par là les incendies qui me paroissent inévitables si les 
ennemis établissent des batteries à la Basse Ville. Cependant l'on 
doit avec juste raison s'en rapporter aux généraux qui doivent pré- 
voir à tout ; je crains qu'ils se trompent. 

On fait une palissade dans le Cul de sac qui règne depuis la maison de 
Chevalier jusqu'au quay de construction. 

Il y a sur ce quay deux batteries dont une de 3 pièces de 24 qui bat 
dans l'entrée du bassin et dans la rade et la 2e est derrière la frégatte ; 
elle est de 4 pièces de 8 ; ceile-cy bat dans la rade ou elle ne ferait pas 
grand mal ; suivant moy cette partie me paroit très foible ; je ne 
pviis m'imaginer pourquoi on y travaille pas ; il faut apparenmient 
qu'on ne le croye pas nécessaire, mais on peut se tromper, car les vais- 
seaux ennemis peuvent parfaitement passer avec un bon vent, et 



156 ARCHIVES DE QUÉBEC 

d'ailleurs un vaisseau ne coule pas quand tden même il est touché. 
Enfin la fin nous aprendra le reste. 

Dans le cours de la journée le feu manqua de prendre à bord du brûlot 
l'Ameriquain qui est à l'Anse des Mères par du bray que l'on faisait 
chauffer ; cependant on devroit bien y prendre garde, l'accident 
de la Toison d'or doit encore être en mémoire (143). 
1759 Juin 24. — Nous venons d'apprendre qu'un gros vaisseau anglois avoit fait la 
traverse (144) hyer au soir, quoy que le vent étoit contraire, il a 
joint les autres au bout de l'Isfe qui y sont au nombre de 12. Nous 
apprenons aussy qu'ils font un hôpital à l'Isle au roc, où ils trans- 
portent leurs malades. 

Un courrier venant de Montréal nous annonce qu'il doit nous arriver 
incessamment 2 ou 300 sauvages Renards et Poutouétamis. Ils ne 
veulent point aller à Carillon disant que leur père Ononthyo étoit 

• sur le bord du grand lac, qu'ils vouloient se joindre à lui pour faire 
la grande guerre ; j'ai bien peur qu'ils ne nous fassent plus de mal 
qu'à nos ennemis mesmes. 

M. de Lanaudière, chevalier de St. Louis, est actuellement occupé à 
achetter des bœufs et vaches dzms les campagnes, poiu- le mimi- 
tionnaire ; c'est un de ses premiers commis ; cette nouvelle dignité 
lui est plus lucrative que la première ; d'ailleurs un coup de corne 
n'est pas si à craindre qu'un coup de canon qui fait très souvent 
la récompense des bons officiers (145). 

On travaille journellement à tirer des lignes d'une redoute à l'autre, 
depuis la Canardière jusqu'au Sault Montmorency ; je crois que cet 
ouvrage ne servira qu'à en imposer aux ennemis et qu'ils ne feront 
jamais leurs descente dans cette partie, ou du moins s'ils sont assez 
fous, ils y seront étrillés. 

Un courrier venant de la Baye St. Paul rapporte que le 22 du présent 
il avoit compté 68 bâtimens à la vue de l'Isle aux Coudres, sans y 
comprendre ceux qui sont à l'Isle d'Orléans ; il dit aussy qu'un 
vaisseau avoit échoué, mais qu'il s'étoit relevé. 

On vient de battre un banc et mettre des affiches aux endroits accou- 
tumés pour prévenir tous les citoyens de la Basse Ville ainsi que des 
fauxbourgs, de prendre leur précautions poiir se retirer à la Haute 
Ville ou ailleurs avec leurs effets, sitôt que les vaisseaux anglois 
paroitroient, étant informés que leurs projet étoit de canonner et 
de bombarder la place. 
" 25. — Les vents régnent de la part du sud douest, cependant il y â apparence 
qu'ils ont été différens en bas, d'autant que l'escadre ennemie a 
monté la rivière en très peu de tems. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 157 

A 7 heures du matin nous avons équipé en guerre, tel est le titre de 
l'ordre les 4 hoctons (146) de M. l'intendant, sçavoir de chacun un 
capot, 3 chemises de coton, une culotte de panne et 2 paires souliers 
de bœuf tannés. Avec pareilles armes on peut se défendre. 

Dans le cours de la journée d'hyer, un cavalier a été tué le sabre à la 
main par vm grenadier de Languedoc. 
1750 Juin 26. — ^Les vents continuent toujours de la part du sud-ouest, mais cela n'em- 
pêche point l'escadre angloise d'avancer, et de faire même la traverse ; 
on en compte 64 mouillés à St. François. 

On rapporte que le 24 du courant, 4 de leur bâtimens avoient échoué 
à l'Isle aux Coudres ; il n'est pas fait mention s'ils sont gros ou petits 
(147). 

La batterie flottante est enfin sortie de la souille pour aller pwendre 
son artillerie au quay de contruction ; il y a encore bien pour 5 ou 
6 jours d'ouvrage pour la mettre à perfection. On ne sçait pas 
encore comme elle marchera, mais je pense que ce sera très douce- 
ment, et avec beaucoup de difficulté. 

Les tourtres passent beaucoup depuis hyer ; nous aurions bien besoin 
d'en tuer, mais les ouvrages du magasin sont si grands qu'U est 
impossible d'en sortir im moment. 

Il a été délivé ce matin des magasins du Roy 5 pots d'eau de vie pour 
Madame la marquise de Vaudreuil qui retraite du costé des 3 Riviè- 
res (148). 

Nous venons d'équiper au magasin du Roy MM. du Chesnay (149j et 
de la Gorgendière (150), le premier est capitaine des gardes à M. de 
Vaudreuil et l'autre son aide de camp ; nous avons aussy donné en 
outre 12 brides à haut mords pour compléter l'équipement de la 
maison. 

A vme heure après midy, j'ai envoyé partie de mes effets à l'Ancienne 
Lorette, ainsi que de la farine, du lard, et deux de mes petits 
enfants (151). 

Nous venons d'apprendre qu'il y a 4 ou 5 vaisseaux anglois de mouillés 
à St. Laurent ; suivant toute apparence ils paraîtront au premier 
jour. 

Par la multiplicité des équipemens, nos magasins se trouvent vuides 
de toutes marchandises ; cependant il nous reste beaucoup de 
décrottoires (152) ; c'est en vérité de quoi nous sommes mieux 
fournis, mais malheureusement persorme n'en veut prendre. 
27. — ^A 6 heures }4 du matin, 1 vaisseau et 2 frégattes angloises se sont 
avancées au bout de l'Isle où ils ont mouillé ; les vents étant de la 



158 ARCHIVES DE QUÉBEC 

part du nordet et le tems très beau, ils sont restés à l'ancre environ 
une heure et demie, après quoi ils ont levé et se sont laissé acculer 
au baissant jusqu'à St. Laurent : il n'est pas douteux que pendant 
ce tems les ingénieurs reconnoissoient la situation de la place ainsy 
que des travaux qu'on a faits à Beauport (153). 

Une soixantaine de sauvages ont passé la nuit à l'Isle d'Orléans près 
de quelques anglois qui étoient à terre ; ils ont passé la nuit les uns 
et les autres sans se découvrir jusqu'au point du jour qu'ils se sont 
reconnus ; aussitôt la fusillade a commencé et les sauvages se sont 
embarqués aussitôt ; les sauvages ont tué un anglois, et suivant 
leur barbare coutume lui ont levé la chevelure (154). 

Sur les 3 heures après midy ma femme a party pour se rendre à l'An- 
cienne Lorette avec 3 de nos enfants (155), elle a essuyé dans sa 
route un très mauvais tems causé par un orage affreux. 

Hyer un canadien du camp de la Canardière a été tué accidentellement, 
par un coup de fusil. 

Nous aurons cette nuit dans la place une garde de 7 à 800 hommes 
Tous les carcassières et batteaux armés doivent commencer la p>atrouille 
dans la rade, et entre la pointe de Lévy et Beauport, avec ordre de 
tirer sur tous les bâtimens de mer qu'ils découvriront et qui ne ré- 
pondront pas le mot de guet. 

A 7 heures yi du soir ; nous apprenons par un homme de la pointe de 
Lévy envoyé par Baptiste Carié (156), qu'im vaisseau anglois avait 
échoué sur l'Isle d'Orléans à 4 heures pendant l'orage ; il ajoute 
qu'il pense que l'équipage aura péry, et moy je pense que non ; les 
vents continuent toujours de la part du nordet ; grand frais. 
2759 Juin 28. — Pendant la nuit la garde que nous avions à la Basse Ville a vu passer 
plusieurs berges qui dérivoient au courant : ils ont même sauvé 
plusieurs chaloupes ; à 6 heures on en a encore sauvé 4, ainsi que 
plusieurs débris de vaisseaux, des châssis, des portes d'armoires 
et de chambre, ainsy que des morceaux de figures jusqu'à même 
des chapeaux, preuve incontestable que l'escadre a beaucoup souffert 
soit par les abordages ou échouages (157). 

Messieurs Deplaine (158) et Aubert qui arrivent d'en bas où ils étoient 
en observation rapportent qu'ils avoient vu 7 bâtimens échoués 
sur l'Isle d'Orléans ; cet orage se sera peut-être fait subir plus bas, 
la suite nous apprendra ce qui s'y est passé. 

A une heure après midy nous découvrons un bâtiment échoué à l'Anse 
du Fort, on y distingue du monde qui le décharge avec des berges 
et chaloupes, et portent à terre. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 159 

Nous venons d'apprendre que les anglois avoient débarqué hyer (159) 
à risle d'Orléans ; on estime 3 à 4000 hommes. On dit aussy qu'il 
y a le long de Beaumont et St. Michel beaucoup de berges et cha- 
loupes échouées ; le Sieur Varembouville (160) vient d'être détaché 
pour y aller mettre le feu. 

Sur les 10 heures du matin la batterie flottante ayant pris son artillerie 
vient de mettre à la voile ; elle va se rendre à l'entrée de la rivière 
de Beauport ; à 2 heures après midi elle a soufflé ses canons (161). 
1759 Juin 29. — M. le Marquis de Vaudreuil donna l'ordre hier au soir pour faire partir 
les brûlots (162) ; en conséquence de cet ordre, stir les minuit, ils 
appareillèrent de cette rade à dessein d'aller accrocher les vaisseaux 
anglois dont les premiers étoient en deçà du trou St. Patris (163) ; 
tout semblait estre favorable pour l'exécution du projet ; les vents 
étoient très beaux et une nuit des plus sombres, mais je ne sçais par 
quel hasard le commandant mit le feu à celui qu'il commandait à 
près d'une lieue en deçà des eimemis (164). Cette manœuvre nous 
fit juger qu'il devait être arrivé quelque accident à bord du brûlot, 
mais quelle fut notre surprise lorsqu'à l'instant nous voyons tous 
les autres qui s'enflamment à peu près à la même distance (165) ; 
voilà quel a été l'effet de tant de dép>enses (166) occasiormées pour 
l'armement de ces brûlots, dont le mimitiormaire (167) avait été le 
conducteur ; ceux qui les commandoient méritent une part dans ce 
journal, afïin qu'en pareil cas on n'y soit plus trompé (168). 

Le Sieur Delouche (169). commandant, 

de Loumeau (170) Dubois de la Miltière (175) péry dans 
Berthelot (171) celui qu'il commandait avec 2 ou 3 

Marchand ( 172) matelots. 

Grammond (173) 
'* Descamps (174) 

Voilà le progrès que l'on devoit attendre de cette expédition, dont un 
étourdy auquel on avoit pris trop de confiance étoit à la teste. 

Il nous en reste encore un (176) qui suivant moy aura le même sort ; 
il est vray que nous en serons débarrassés. Je dis débarrassés 
parce qu'ils ont manqué plusieurs fois de nous faire brûler. 

Il y a deux jours que le Sieur Courval (177) avoit préparé 60 cajeux 
pour y aller aussy, mais les vents et les courans les ont entraînés 
au Sault Montmorency, où ils sont actuellement ; j'avoue que 
j'y avais eu confiance jusqu'à présent, mais je la perds en vérité 
entièrement, d'autant que la cacade des brûlots (178) les fera bien 
veiller. 



160 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Nous apprenons que les ennemis débarquent de l'artillerie à l'Isle 
d'Orléans, qu'ils y ont aussy un parc dans lequel il se voit quantité 
de bestiaux ; il se voit d'icy un camp qu'ils commencent du costé 
du nord, il paroit y avoir 200 tentes; on diroità voir leur manœuvre 
qu'ils auroient envie de nous attaquer un peu. 

Dans le cours de la journée d'hyer, Monsieur le marquis de Montcalm 
lieutenant général des armées du Roy, fut camper à Beauport. 

A 9 heures du matin le Sieur Varembouville revient de Beaumont. 
il rapporte qu'il a vu 9 bâtimens d'échoués (179) et qu'il pense que 
plusieurs se relèveront, que plusieurs autres paroissent avoir souffert 
dans les abordages, qu'il peut y avoir de 140 à 150 voiles le long de 
risle d'Orléans, mais une grande quantité de petits de transport. 

Il a été publié ce matin à la grande messe qu'on ne sonneroit plus pour 
aucun office, batêmes et enterremens, et qu'on sonneroit seulement 
qu'à 10 heures du soir ; je ne sçais pourquoi on fait cela ; cependant 
je pense que c'est en cas qu'il y eut quelques alertes à la ville, et que 
par le son des cloches on serait averty dans les camps ; on a fait 
mettre 2 pavillons dans le haut du clocher. 

Je ne puis en vérité comprendre pourquoy M. Pelgrin n'est pas employé; 
cent et cent fois il a fait offre de ses services et de ses lumières, il 
paroit qu'on n'en veut pas absolument ; c'est cependant im parfait 
honneste homme ; si j'osois je dirois que c'est cette qualité qui 
l'empêche d'avoir de l'occupation ; je pense en outre qu'il y a des 
personnes qui approchent du cabinet et de qui en partie les ordres 
sont émanés, qui sont très pernicieux au bien de l'Etat, ce qui fait 
que très souvent on adopte dans les conseils le faux pour le vray; 
je souhaite de tout mon cœur me tromper et que la suite me dissuade 
de ce que je pense. 

Je pense aussi qu'il se commet un abus considérable dans la délivrance 
des vivres ; nous avons ordre de délivrer pour ainsi dire sur toutes 
les signatures. Il n'y a aucune revue ny de commissaires ny d'autres; 
tout le monde tire à sa fantaisie ; je crains beaucoup qu'on ne soit 
la dupe de tant de confiance, d'autant que ces sortes de provisions 
devroient être de la plus grande économie, premièrement étant une 
chose qui coûte beaucoup au Roy, secondement nous courons risques 
d'avoir pour longtems les ennemis sur les bras, et troisièmement 
parce que je croy qu'il n'y a pas autant de vivres comme beaucoup 
de personnes se l'imaginent ; y aiant une grande partie des cargaisons 
du mimitionnaire qui se sont métamorphosés en marchandises seiches 
et liquides (180). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 161 

Nous sommes toujours très inquiets de savoir dans quelle partie les 
ennemis tenteront une descente. Comme Beauport est en quelque 
façon le plus beau terrain et le plus propre, on pense que ce sera là 
où il tentera ; c'est là aussy où est le gros de notre armée, y ayant 
environ 11 à 12 mille hommes ; ainsi si l'ermemy y vient, ce que je 
ne puis me persuader, il n'y aura pas bon marché. 

M. le marquis de Vaudreuil, grand Croix, abandonne le gouvernement 
de la place à M. de Ramezay (181) et va camper à Beauport ; je 
pense que l'air y sera plus tempéré que celui de la ville (182). 

Sur les 7 heures du soir, un soldat de Languedoc a été tué l'épée à la 
main par un soldat de la cavalerie. 
1759 juin 30. — Il paroist à Beaumont une grande fximée, il y a toute apparence que les 
ennemis y ont mis pied à terre (183) et qu'ils y font brusler quelques 
maisons ; hyer à 7 heures du soir, il nous ariva de Montréal 230 
sauvages outaouais, commandés par le Sieur Langlade (184) leur 
interprète. 
1759 Juillet 1. — Hyer dans le cours de la journée on vit des troupes angloises qm débar- 
quoient à la pointe de Lévy et poussoient un gros d'armée d'environ 
3000 hommes qui marchoient en bataille ; le Sieur Charest l'aîné ( 185) 
demande à y aller et demande du monde F>our empêcher la descente ; 
M. le Général luy promet de le laisser passer mais il ne veut lui donner 
p>ersonne. Cependant à midy il y traverse et il se trouve à la teste 
d'une 30ne de canadiens du lieu et débouche par le chemin où les 
ennemis venoient par terre de Beaumond ; aussitôt la fusillade 
commença, mais comme notre party était trop foible nos gens fusil- 
loient en se repliant, et cela n'empêchoit pas que les ennemis ne 
perdoient toujours quelqu'un : les sauvages abénakis qui avoient 
traversé accoururent au bniit, ce qui à leur approche fit plier les 
ermemis. et finalement l'action se termina par une 60ne d'anglois 
de tués et un grenadier que les sauvages ont fait prisonnier ; M. 
Charest n'a perdu personne de son petit détachement, mais les 
sauvages y ont eu 3 blessés, dont un mortellement (186). 

Voicy la déposition de ce prisonnier, que l'ordre étoit donné pour 
l'attaque général qui devoit se faire à Beauport de minuit à ime heure 
et que les mouvements qu'ils avoient fait à la pointe de Lévy n'étoient 
à d'autre dessein que pour nous faire diviser. 

La déposition du prisormier a fait changer le projet (187) qu'on avoit 
fait qui étoit d'envoyer 3000 hommes à la pointe de Lévy ; au con- 
traire toutes les troupes et milices ont passé la nuit aux retranche- 
mens, mais soit que le prisonnier en ait imposé ou que le Général 
5300—11 



162 ARCHIVES DE QUÉBEC 

n'eut fait changer l'ordre, nous avons passé la nuit fort tranquiles 
et nous n'avons rien vu. 

A 4 heures du matin après que tout le monde a été relevé, nous avons 
eu une alerte causée par une fusillade au camp des Canadiens ( 188) ; 
je ne sçais au juste ce qui l'a pu occasionner, mais elle a duré au moins 
20 minutes ; les troupes ont repris les armes à l'instant ; nous 
avons été aussi très inquiets dans la place et à la fin on s'est aperçu 
que ce n'étoit rien, quelqu'un rapportant que nos généraux avoient 
fait faire cela sous main pour voir si les Canadiens étoient prompts 
au feu. 

Depuis 9 heures du matin jusqu'à 11 il y a eu une canonnade de 5 à 6 
batteaux et une carcassière qui ont été dans le bassin pour battre 
le camp des Anglois qui est dans l'anse à M. Charest ; pendant 
ce tems deux frégattes angloises se sont laissé dériver, y ayant flot 
pour tâcher d'engager nos batteaux et lorsqu'ils ont été à portée 
ils ont fait feu sur eux ; 3 à 4 de nos boulets ont porté à bord d'tme 
frégatte, mais n'ont pas paru l'incommoder, ou du moins nous 
ne nous en sommes pas aperçus ; ce petit combat a duré environ 
2 heures, et il y a eu de part et d'autre plus de 130 coups de canon 
de tirés, les ennemis ont eu du monde de tués dans leur camp, mais 
on ne sait pas combien (189). 

Les sauvages 8ta8ois au nombre de 50 étoient partis ce matin povu- 
aller à l'Isle d'Orléans ; à 2 heures ils sont revenus ayant tué deux 
Anglois à la porte des tentes (190). 

Quelques-uns rapportent que les ennemis débarquent de l'artillerie 
à la pointe de Lévy ; cette partie est bien menaçante et beaucoup 
à craindre pour la place, mais en vérité on n'y fait pas plus d'attention 
que s'il n'y avait aucun risque à courir de ce costé là (191). 
1759 juillet 2. — ^Les ennemis font de grands mouvements à la Pointe de Lévy ; ils font 
défiler leurs troupes comme s'ils vouloient les faire voir, ou comme 
s'ils tentoient de faire une descente du costé de l'Anse des mères 
ou ailleurs en haut, mais on prend tout pour des feintes de ce côté 
là et on les attend constamment du costé de Beauport, comme s'ils 
ne pouvoient tenter ailleurs ; nos généraux sont expérimentés ; 
Dieu veuille qu'ils ne soient pas trompés, mais je le crains fort. 

A une heure après midy les ennemis ont paru sur une hauteur à la Pointe 
de Lévy, on leur a tiré même 2 à 3 coups de canon de la place ; il 
paroissoit y avoir 7 à 800 hommes, qui ont fait divers mouvemens, 
tantôt en bataillon quarré et d'autres fois rangés sur 3 ou 4 de hauteur 
en haye. Sur les 6 heures du soir comme ils étoient près d'un petit 



ARCHIVES DE QUÉBEC 163 

bosquet, il a parti une 30ne de coups de fusils sur eux par des habitans 
du lieu ; à l'instant les ennemis se sont éloignés et se sont rangés 
en bataille sur une hauteur ; sur les 7 heures K du soir un de ces 
habitans s'est détaché et est venu en ville ; il rapporte qu'ils en ont 
tué 14 de cette décharge. 
1759 Juillet 3. — Une berge angloise est venue dans la rade à la demi-portée du canon 
de la place ; on lui a envoyé un coup de canon qui l'a bien rasée ; 
elle s'est retirée. 

Pendant toute la nuit il a fait une très grosse pluie ; il ne paroit rien 
de nouveau à la Pointe de Lévy quoique les ennemis y aient fait 
grand mouvement toute la nuit ; je crains beaucoup qu'avant qu'il 
soit peu nous n'y découvrions quelques batteries de leur façon et 
qu'ils ne nous rendent au centuple les 3 coups de canon que nous 
leur prêtâmes hyer (192). 

Leur camp qui est à l'Isle d'Orléans a beaucoup grossy ; toutes les 
chaloupes ou beaucoup du moins sont le long de terre ; il sembleroit 
à voir leur mouvement qu'ils voudroient se décider à une descente. 

Ils ont aussi un nouveau camp à la Pointe de Lévy audessus de la 
cabane des pères ; il paroit même qu'ils s'y r3tranchent ; on ne peut 
p>as bien voir le nombre de leur tentes, étant cachées par le bois. 

M. de Lanaudière avoit demandé au médecin à se faire soigner et 
purger, mais malheureusement que M. de Vaudreuil a donné ses 
ordres pour que tous les officiers eussent à se rendre au camp ; ces 
ordres ont prévalu sur ceux du médecin, de façon qu'il a fallu partir 
aussitôt ; on espère que l'air de la campagne lui sera plus favOTable 
que celui d'im hôpital et qu'il se portera bien en peu de tems ; on 
pense que cette espèce de maladie lui provient des pevu^ et fatigues 
qu'il a essuies dans son voyage de l'Isle aux Coudres. 
" 4. — Sur les 8 heures du matin un parlementaire de l'escadre angloise est 

venu dans le bassin ; on l'a été recevoir à une distance de la place, 
il a remis des lettres, si aussitôt a fait route pour s'en retourner. 

M. Charest avec 8 hommes a été en découverte à la Pointe de Lévy ; 
il rapf)orte que les ennemis sont retranchées près de l'église, mais 
qu'il ne paroist encOT'e aucune artillerie à terre ; il persiste toujours 
à demander du monde pour garder cette p>artie mais on se moque 
de luy et on le refuse, et on lui dit même que s'il paroist si porté à 
défendre cet endrwt c'est parce que son bien y est (193) ; son escorte 
a 4 havresacs qu'ils ont pris près du camp. 

Sur les 8 heures du soir M. le Mercier (l'omnis hcKno) a été porta: la 
réponse du parlementaire ; on est venu le recevoir dans le bassin 



164 ARCHIVES DE QUÉBEC 

et on l'a conduit à bord d'un vaisseau ; il y a passé presque toute la 
nuit avec l'équipage de sa chaloupe qui étoit composé de plusieurs 
officiers mariniers ; il y a eu pendant ce pourparler beaucoup d'inter- 
rogations de part et d'autres qui n'ont pas donné je pense grand éclair- 
cissement ny aux Anglois ny aux François. 
1759 juillets. — ^Voici le résultat du parlementaire d'hyer, le général Hwoulf (194) 
écrit à tous nos généraux ainsi qu'à M. Bigot à qui il adresse 2 bou- 
teilles de liqueurs (195), ainsi qu'une lettre d'une de ses sœurs ; il 
a demandé si M. de Léry (196) avoit bien eu peur à Beaumont 
lorsqu'il abandonna son chapeau, épée et ses papiers, et s'il n'avoit 
pas oublié aussi quelqu'un de son détachement (197), on lui a répondu 
qu'il en avoit oublié quelqu'un, mais pas tant qu'ils avoient fait 
à la Pointe de Lévis ; il a demandé aussy des nouvelles de Carillon 
et s'il n'étoit pas pris ; on lui a répondu que non et qu'il n'y en 
avoit nulle apparence, et que nous y aurions du monde suffisamment 
pour recevoir ceux qui tenteroient d'y venir. Il a paru surpris 
de cette assurance, en disant qu'ils y avoient 20 mille hommes qui 
dévoient en avoir formé le siège en may ; Il a fait compliment sur 
la façon d'envoyer nos brûlots, qu'ils avoient jugé par la manœuvre 
qu'on avoit faite qu'il y avoit eu de la méprise ; on lui a répondu 
qu'ouy mais qu'il nous en restoit encore auxquels on avoit plus de 
confiance ; finalement il a demandé qu'on lui envoyast le lendemain 
des chaloupes de l'autre costé pour y prendre une 20ne de femmes 
françoises qu'ils avoient à leur bord et qu'ils remettroient à terre. 
Tous ces discours ont été tenus à M. le Mercier qui était pxjrteur 
de réponse. 
A 11 heures du matin, 4 de nos batteaux Ont traversé de l'autre costé 
sous le pavillon de parlementaire ; les anglois se sont rendus aussi 
et ont remis 23 femmes qui avoient été prises ce printemps dans un 
batteau en venant de Miramichy ; Madame Pommeroy (198) et 
Mademoiselle de St. Vilmé (199) sont du nombre et les autres sont 
des acadiennes ; ces dames rapportent que la nuit qu'on envoya les 
brûlots cela causa une grande alerte dans l'escadre ; une quantité 
de vaisseaux coupèrent leur cables et se laissèrent dériver les tms 
sur les autres ; depuis 3 ou 4 jours l'amiral leur avoit dit qu'ils 
avoient nouvelles de l'escadre françoise et même que le bruit couroit 
que les François avoient pris Halifax et Louisbourg, ce qui effective- 
ment avoit causé une consternation remarquable sur les équipages, 
mais depuis ce tems l'amiral les avoit assurés que cette nouvelle 
étoit fausse. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 165 

M. l'intendant a envoyé 4 à 5 pannerées d'herbes à M. Douglas (200), 
commandant le vaisseau de guerre VAlcide de Sa Majesté britaimique, 
en reconnaissance de quelques bouteilles de liqueurs qu'il lui a 
envoyées. 

3 frégattes angloises sont venues mouiller à l'entrée du bassin à portée 
de la batterie flottante qui est à la Pointe de Lessay ; je ne sçais 
pas pourquoi elle n'a pas tiré dessus (201). 

A 7 heures du soir j'ai été me promener à la Citadelle ; il se voit un 
retranchement que les ermemis font sur le bord du chemin du Roy 
à la Pointe de Lévy ; il paroist y avoir 4 à 500 hommes travailleurs ; 
quantité d'officiers et soldats se promènent dans les champs aux 
environs, entr'autres j'ai remarqué un officier habillé en bleu, des 
bas bleus, et deux autres habillés en écarlatte qui sont venus jusqu'au 
bord de la coste ; ils me paroissoient examiner un terrain propre 
à faire quelques batteries. 
1759 juillet 6. — ^Toute la nuit on a entendu beaucoup de bruit à bord des vaisseaux, 
comme s'ils avoient débarqué quelque chose ; je pense que ce peut 
être de l'artillerie ; ils font jour et nuit des mouvemens continuels, 
soit qu'ils veulent s'y établir ou qu'ils cherchent à nous faire faire 
diversion, mais je ne puis m'empêcher de penser que cet endroit 
dont ils s'emparent sera fvmeste à la ville (202). 

Nous établissons de l'autre costé de la F>etite rivière ime batterie de 
5 pièces de canon pour renforcer cette partie en cas d'attaque. 

Nous avons depuis le Cap Rouge 5 à 600 hommes ; on y fait mettre 
beaucoup de tentes afin de donner le change aux ennemis et pour les 
attirer dans une autre partie ; Dieu veuille qu'ils y soient trompés 
car autrement nous le serions beaucoup s'ils y venoient réellement ; 
on se fie beaucoup par la situation du terrain que la nature a pris 
soin de fortifier, mais enfin plusieurs places ont été prises et attaquées 
par les endroits les plus inaccessibles et il arrive souvent qu'on y 
trouve que la difficulté du terrain. 

On barricade toutes les rues qui ont leurs sorties du costé de la grève ; 
enfin on prend toutes les mesures nécessaires F>our prévenir un assault. 

A midy ^ une berge angloise est venue au nord de l'Isle d'Orléans 
au devant du sault ; aussitôt quelques sauvages se sont embarqués 
dans 4 canots d'écorce et ont donné à la poursuite de cette berge 
qui aussitôt a décampé ; malgré la diligence de nos sauvages ils n'ont 
pu les joindre avant qu'ils aient attrapé terre ; las sauvages les ont 
fusillés, mais tous, à la réserve d'un officier blessé, se sont sauvés ; 
un abénakis l'a pris au collet ixrnr l'amener vivant, mais cet homn» 



166 ARCHIVES DE QUÉBEC 

ne voulant point marcher et d'ailleurs voyant une colonne angloise 
qui fondoit sur eux, il a pris le party de lui casser la teste et lui a 
levé la chevelure. Les autres sauvages voyant que les gens cou- 
roient risques d'estre cernés se sont embarqués promptement et 
sont venus fusiller cette colonne, ainsi qu'un coup de canon tiré des 
batteries du Sault qui a tué 7 hommes ; 2 de nos sauvages n'ayant 
pu se rembarquer se sont jettes à la nage et ont traversé à la vue des 
ennemis, un desquels a reçu un coup de fusil à l'épaule ; les ennemis 
y ont eu 15 à 20 tués et autant de blessés (203). 
Sur les 6 heures du soir, il s'est livré un petit combat de canonnade (204) , 
la batterie flottante étoit à la Pointe de Lessay ; elle a commencé ; 
son premier coup a passé de part en part d'une frégatte ; cette 
fritte et plusieurs autres lui ont riposté vivement, ainsy qu'un 
gros vaisseau qui a voulu estre de la feste ; ils ont au moins tiré sur 
elle plus de 80 coups de canon sans qu'aucun l'ait touché ; aussitôt 
une de nos carcassières et 4 jacobites (205) se sont avancés et ont 
fait un feu très vif pendant trois quarts d'heure. Ce combat n'a 
point cessé qu'à 7 heures %, et plusieurs boulets ont porté à bord 
des vaisseaux ; en vérité ces batteaux font des merveilles. 
1759 juillet 7. — Un déserteur anglois s'est rendu cette nuit à la nage au camp de M. le 
Chevalier de Lévis ; il est parisien et avoit été pris l'année dernière 
à Louisbourg ; il servoit avec eux par force à ce qu'il rapporte ; 
il assure qu'ils n'ont que 10 à 11 mille hommes de troupes, dont 4 à 
5000 sont très bonnes mais que pour le reste c'est peu de choix n'étant 
en partie que des milices ; qu'ils dévoient nous attaquer par trois 
endroits différens, 4 ou 500 Ecossais doivent venir par St. Joachira, 
le corps d'armée doit attaquer par Beauport, enfin le 3e doit attaquer 
la ville ; qu'ils ont 13 pièces d'artillerie à terre à la Pointe de Lévy, 
pour foudroyer la place, ainsy que deux galiottes à bombes, qu'ils 
espéroient un renfort de 5 à 600 hommes qui venoient de l'Amérique, 
qu'ils y avoient perdu 900 hommes (206) dans une descente qu'ils y 
avoient faite ; voilà ce que j'ai sçu de cette déposition. 
M. de Lotbinière, cy-devant ingénieur en ce pays, a eu quelques alter- 
cations avec M. Decaire ingénieur ordinaire, de façon que les choses 
sont devenues si sérieuses qu'il fallut déguainer (207) ; le premier 
a reçu un coup d'épée qui lui passe dans l'épaule, mais qui n'est 
point dangereux ; si cet accident lui est arrivé il n'y a point de sa 
faute d'autant qu'il avoit fait son possible pour ne pas mettre l'épée 
à la main ; on pense qu'il gardera l'hôpital fort tranquilement pendant 
quelques mois, et sur la fin de la campagne il pourra sortir. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 167 

Il vient de nous arriver de Montréal 110 sauvages poutouetamis ; 
ils n'ont point arête en ville ; ils sont allés droit au camp du Général. 
1759 juillet 8. — Pendant la nuit les Anglois ont tiré plusieurs coups de canon sur le 
camp de Beauport ; le nombre de leurs vaisseaux augmente jour- 
nellement dans le bassin ; ils aprochent réellement, je pense qu'ils 
en veulent descendre. 

Ils travaillent sans relâche à la Pointe de Lév>' à y établir des batteries ; 
depuis midy jusqu'à 3 heures on leur a tiré plusieurs coups de canon 
et des bombes de la place, qui toutes ont très bien porté ; cette exF>é- 
rience me donne une triste idée pour la pauvre ville de Québec. 

Après midy les Anglois voyant qu'on tiroit sur eux à la Pointe de Lévy, 
ils ont pris leur revanche de levirs vaisseaux ; ils ont tiré sur le camp 
du Sault. ils ont canonné et bombardé depuis ce tems jusqu'à 2 
heures après minuit ; il n'est pas mention qu'ils nous aient fait 
grand mal ; plus de la moitié de leurs bombes tomboient à l'eau 
ou crevoient en l'air (208). 

Sur les trois heures après midy d'un petit vent du sud douest avec la 
mer baissante ?ls ont fait apareiller une de leurs frégattes qui a 
passé par le canal du nord ; elle est allée mouiller de l'autre costé 
du Sault à l'Ange Gardien ; sur les 6 heures du soir, plusieurs berges 
se sont rendus ensuite ; il y a toute aparence qu'ils veulent faire im 
débarquement dans cette partie ; si on veut si opposer le terrain 
nous y est fort favorable. 

M. l'Intendant tient son palais au quartier général de Beauport ; ces 
chevaux se sellent à 9 heures du soir et passent la nuit en cet état 
afin de monter à cheval en cas d'alerte. 

On estime que les Anglois ont mis à terre à l'Ange Gardien au moins 
1600 hommes ; j'ai bien peur qu'on ait beaucoup de peine à les en 
chasser quoique la nuit prochaine il doit y traverser des Canadiens 
et des sauvages environ 1000 hommes, aux ordres de M. de Courte- 
manche. 

Voicy la disposition de notre armée depuis le Sault Montmorency 
à venir à la petite rivière appelée St. Charles. 

M. le Chevalier de Lévys tient le costé du Sault avec les troupes et 
miliciens du gouvernement de Montréal, ainsy que plus de 500 
sauvages de différentes nations ; M. de Courtemanche commande 
ces sauvages. 

M. de Repentigny avec 800 volontaires occupe le haut du Sault, dans 
les endroits où les ennemis pourroient le passer à gué (209). 



168 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Les régimens de la Sarre, Royal Roussillon, Guyenne, Béarn et Lan- 
guedoc, et plus de 1000 Canadiens attachés à ces bataillons prennent 
du camp de M. le chevalier de Lévy et s'étendent jusqu'à la rivière 
de Beauport pour estre à portée de secourir les ailes en cas d'attaque, 
soit d'un costé ou d'un autre. M. le Marquis de Montcalm a son 
campement dans cette partie. 

Les troupes de la colonie, les miliciens de ce gouvernement ainsi que 
ceux des 3 Rivières bordent la rivière de Beauport et s'étendent 
jusqu'à la petite rivière ; M. de Vaudreuil et de Bougainville 
sont dans cette partie. La cavalerie n'a point de camp fixé ; elle 
est pour se porter avec diligence dans les endroits les plus exposés. 

On fait nombre tous ces corps réunis de 12 à 14 mille hommes qui sont 
couverts par de bons retranchemens d'un bout à l'autre ainsi que 
beaucoup de redoutes hérissées d'artillerie ; je ne pense pas que 
quand les ennemis auroient 15 mille hommes à y jeter, qu'ils pussent 
y réussir ; je crois aussi qu'ils connoissent bien les forces. 

Du costé de l'Anse des Mères nous y avons 3 à 400 hommes et quelques 

sauvages ; cet endroit est fortifié naturellement, mais je ne puis 

m 'empêcher de craindre pour cette partie (210). 

1759 juillet 9. — Nous apprenons qu'il y a de la fusillade au Sault ; les vaisseaux tirent 

aussi sur le camp de M. de Lévy ; c'est sans doute pour amuser (211). 

Voicy le résultat de cette fusillade, hs sauvages 8ta8ois ont défait 
une 40ne d'anglois qui avançoient dans un peloton ; ils ont aussy 
foncé sur une colonne de 3 à 400 hommes qui aussitôt avoient plié 
mais qu'une seconde les ayant pris en flanc les avoient fort incom- 
modés ; nous avons eu dans cette escarmouche 4 Canadiens tués 
et 3 sauvages et de blessé un canadien et 4 sauvages ; les anglois 
y ont eu au moins 100 hommes tués mais ils conservent la place (212), 
ils se campent en haut du Sault et ils y ont deux pièces de canon 
en batterie ; ils font bien leur maitier ; j'espère qu'ils nous appren- 
dront le nôtre ; nous en avons bien besoin en vérité. 
" , 10. — Pendant la nuit on a bombardé du Sault les vaisseaux anglois qui 
s'étoient approchés dans le bassin ; plusieurs bombes les ont appro- 
chés de très proche, une entreautre a crevé audessus d'un vaisseau 
à une petite distance ; ils n'ont pas tenu longtemps, sans doute 
que la peur les a pris ; ils se sont retirés au large du costé de la Pointe 
de Lévy, hors la portée des boulets et de la bombe. 

Sur les 7 heures du matin, un déserteur anglois (2 13) a traversé dans 
un méchant canot au devant de la place ; aussitôt qu'on l'a aperçu 
on a été le chercher ; voicy ce qu'il rapporte ; ils ont 6000 hommes 



ARCHIVES DE QUÉBEC 169 

de débarqués à l'Ange Gardien ; qu'ils en ont au moins 3000 à la 
Pointe à Lévy ; voilà le nombre de toutes leurs troupes ; qu'ils 
avoient mis à la Pointe de Lévy un régiment de toutes sortes de 
nations qui n'avoient jamais voulu travailler, qu'ils avoient été obligés 
de les faire embarquer et mettre leurs troupes de marins à terre pour 
les remplacer. 

Il dit en outre qu'ils ont 5 mortiers de 13 pouces à la Pointe de Lévy, 
et 10 pièces de canon de 24 ou 32,qu'ils dévoient tirer la nuit prochain.' 
ou le lendemain le plus tard, les batteries étant prestes. 

D'heures en heure on leurs envoie une bombe sur leurs ouvrages de la 
Pointe à Lévy, mais je ne crois pas que cela leur fasse grand tort (214). 

Sur les 7 heures % du soir, un matelot a été tué à la batterie Dauphine 
par un éclat de bombe tirée sur le rempart qui a crevé en sortant du 
mortier ; voilà le premier tué dans la place. 
1759 juillet 11.— Un déserteur anglois s'est jette à l'eau d'une frégatte et s'est rendu 
à la nage à notre camp de Beauport ; c'est un provençal dont le 
père est connu de plusieurs personnes d'icy pour un bon n^ociant ; 
ce garçon étant un fameux libertin, après avoir dépensé son argent, 
s'étoit embarqué dans un corsaire, ressource ordinaire des libertins ; 
il dit avoir été retenu 2 ans par les anglois ; il rapporte la même chose 
que celuy d'hyer et ajoute que les Anglois ont retranché leurs vivres 
à levirs troupes et équipages. 

Nos sauvages et quelques Canadiens ayant traversé de l'autre costé 
du Sault ont surpris un détachement d 'Anglois desquels il en a 
été tué une 60ne (215), un officier de milice en a tué 11 à sa part, 
mais malheureusement il a reçu un coup mortel dans la poitrine ; 
3 autres Canadiens y ont été tués sur la place dont le fils de Trudelle 
de Charlesbourg en est un (216) ; quelques blessés. Canadiens 
et sauvages. 

Les vaisseaux anglois restent toujours dans le bassin sans oser approcher 
du Sault ; ils craignent les bombes. 

Les Anglois se fortifient toujours beaucoup à la Pointe de Lévy ainsi 
que pour les hauteurs de l'autre costé du Sault desquelles ils se sont 
emparés contre l'idée de M. de Vaudreuil, auquel on demanda du 
monde pour empêcher la descente, ce qu'il ne jugea pas à propos 
de faire. 
12. — Pendant la nuit on mena une 40ne de batteaux du Roy au Cap Rouge 
pour traverser ce soir à la Pointe de Lévy et traverser à la rivière 
Détréchemins (217) ; ce détachement doit être de 12 à 1500 hommes, 
tant troupes réglées que Canadiens et sauvages, qui tons sont volon- 



170 ARCHIVES DE QUÉBEC 

taires. M. Dumas doit commander en chef et M. Douglas (218), 
capitaine en second au régiment de Languedoc, commandant en 
second ; on compte beaucoup sur ce détachement ; EHeu veuille 
qu'il réussisse ; nous en avons bon besoin (219). 

Sur les 9 heures du soir, les ennemis ont envoyé une fusée (220) de 
dessus une hauteur de la Pointe de Lévy, aussitôt après ce signal 
une galiotte a envoyé une bombe et une autre en même tems de leurs 
batteries de la Pointe de Lévy. 
1759 juillet 13. — Les ermemis ont continué le bombardement toute la nuit ; on leur a 
riposté de la place et surtout aux galiottes qui se sont éloignées hors 
de la portée, mais les batteries nous en ont envoyé au moins 120 dont 
plusieurs maison en ont été écrasées ; une a tombé sur la cathédrale, 
une autre sur l'église des Jésuites ainsy que sur plusieurs autres 
bâtimens ; la plus loin qui est tombé dans la place est à 50 pas de 
la porte St. Jean en dedans. 

Quantité de femmes et enfants qui étoient restés dans la ville ont été 
beaucoup effrayés ; heureusement qu'il n'y a eu personne de tués 
ny même de blessés. Sur les 10 heures du nliatin, les ermemis ont 
un peu diminué leur feu ; les galiottes sont encore revenues, elles 
ont jette quelques bombes, mais on leur en a envoyé de la place 
qui les ont obligés de décamper promptement et elles ne sont point 
revenues. 

Voicy la réussite du détachement qui traversa à la Pointe de Lévy. — 
Sur les 11 heures yi du soir ils traversèrent de l'autre costé en assez 
mauvais ordre ; ils débarquèrent à peu près dans le même goust. 

Ceux qui dévoient marcher à la teste se trouvoient à la queue ; finale- 
ment ils se mirent en marche ; voicy <ïU3lle étoit leur disposition, 
les sauvages marchoient devant et faisoient la découverte ; ensuite 
étoit M. Dumas avec la compagnie de réserve ainsy que les piquets 
des troupes de terre ; et la marine, séminaristes et plusieurs jeunes 
gens dans ce goust faisoient l'arrière garde. 

Lorsqu'ils furent montés sur la coste qui est beaucoup escarpée, il y 
eut ime espace d'alerte ; les officiers crièrent de se tenir sur ses gardes ; 
l'arrière garde voyant le centre qui défiloit crut que c'était les ennemis 
qui les approchoient ; aussitôt sans plus de réflexion ils firent feu 
dessus ; ceux qui étoient de l'avant se replièrent pour voir ce que 
c'étoit, de façon qu'une peur panique s'empara de l'arrière garde 
au point de se jetter dans la coste où les uns ont perdu leurs chapeaux, 
fusils, épées, souliers et même jusqu'à des bas ; il y a eu im Canadien 
de tué et 2 de blessés ; voilà en peu de mots la réussite d'un détache- 



ARCHIVES DE QUÉBEC 171 

ment sur lequel on comptoit tant et qui effectivement auroit dû faire 
des merveilles ( (221). 

Il y a eu une grande canonnade au Sault ; nous y avons eu un Canadien 
d'emporté par un boulet ; il n'est pas mention que nous ayons fait 
beaucoup de mal aux ennemis. 
1759 juillet 14. — Toute la nuit a été fort tranquile et à 7 heures du matin ils ont com- 
mencé à bombarder. 

Deux soldats de la colonie ont déserté aux Anglois. 

Les ennemis travaillent beaucoup à augmenter leurs batteries de la 
Pointe à Lévy ; ils paroissent en faire ime au devant de la citadelle 
pour apparemment bombarder la poudrière ; suivant les mouvemens 
du jour la nuit ne sera pas trop tranquile. 

Hyer à 7 heures du soir la carcassière la Gentille a tourné à l'arrière 
par un grain de vent ; 3 matelots se sont noyés et le reste de l'équipage 
a été sauvé par des chaloupes qui étoient aux emàrons ; on espère 
sauver la pièce à marée basse, y ayant peu d'eau. 
" 15. — Les ennemis ont beaucoup canonné au Sault ; ils nous y ont même 
démonté ime pièce. 

Nos braves jacobites ont poursuivy et canonné des berges qui venoient 
de risle à leur camp du Sault ; Us en ont même coulé une à fond ; 
les autres ont sauvé le monde et se sont sauvés avec beaucoup de 
promptitude à l'isle d'Orléans d'oii ils venoient. 

Sur les 8 heures du soir ils ont commencé à bombarder ; ils nous ont 
jette pendant la nuit 80 bombes et quelques coups de canon ; ime 
femme a été écrasée dans la maison de M. Gaspé (222) par une bombe 
qui a tombé dedans ; ils continuent toujours le même jeu et nous 
avons à présent plus de trente maisons ou ^lises d'écrasées, mais 
cela n'est encore rien au prix de ce qu'il nous arrivera ; il faut pour 
se consoler s'imaginer que la ville étoit déserte, car je ne pense F>as 
qu'il y reste beaucoup de maisons. 

Il y a eu pendant la nuit ime canonnade au Sault et même quelque peu 
de mousquetteries ; je ne pense pourtant pas qu'il y ait eu grand 
chose ; c'est sans doute nos sauvages qui sont allés se divertir à 
tirer sur les Anglois d'un bord à l'autre da la rivière ; sitôt que cela 
arrive le canon roule chez eux. 

Sur les 10 heures du matin, un boulet tiré à la Pointe de Lévy a passé 
par dessus la ville, est venu tomber dans la prairie de M. Hyché (223) 
où il s'est enterré plus de 3 pieds d'avant après avoir cassé im gros 
pieu ; ce boulet pèse 30 livres. 
16. — Les ermemis ont bombardé toute la nuit avec grande chaleur ; le nommé 
Pouliot (224) habitant du Cap Rouge a été écrasé par une bombe 



172 • ARCHIVES DE QUÉBEC 

audevant de la cathédrale ; les Sieurs Dufour et Brassard (225) ont 
été blessé légèrement par une autre qui a tombé entre eux deux sur 
le pas d'une porte où ils étoient. 

Sur les 5 heures du matin une bombe a tombé sur le coin du pignon 
du Sieur Robin (226) ; il en a été quitte pour quelques planches 
qu'elle a emportées ayant tombé en éraflant. 

Nous avons déserté du magasin du Roy, la plaça n'étant plus tenable, 
et nous avons été camper dans la (227) prairie de M. Hyché ; MM. 
le controUeur (228) et le trésorier (229) y sont venus aussy. 

A 11 heures du matin un pot à feu ayant tombé dans la maison du 
nommé Chevalier dans la grande coste, elle a été embrasée aussitôt, 
s'est communiqué à celle de Treyvoux, celle de la veuve Chenevert, 
celle du grand Girard, celle de Madame Boishébert, celle du Sieur 
Cordeneau, et enfin celle du Sieur Dacier qui a été la dernière où l'on 

, a coupé le feu (230). Au commencement de ces embrasemens les 
ermemis faisoient un feu très violent, mais on a fait jouer nos batteries 
avec tant de vivacité que les ennemis n'ont pu tirer que 2 bombes 
depuis midy jusqu'à 7 heures du soir; plusieurs pièces des ennemis 
ont été démontées et leurs batteries toutes criblées ; nous avons 
au moins tiré 7"à 800 coups de canon. 
1759 juillet 17. — Les ennemis nous ont chauffé pendant toute la nuit d'ime bonne façon ; 
ils se servent de 3 mortiers et 4 pièces de canon ; ils ont travaillé 
beaucoup toute la nuit à retenir leurs batteries ; il n'y a eu aucvm 
embrasement ; nous ne tirons que quelques coups de canon de 
distance en distance. 

Sur les 10 heures du matin, le Sieur Colet (231), marchand et le nommé 
Colas GauvreaU (232) ont été frappés par un boulet sur la batterie 
Royale ; ils sont morts tous les deux quelques heures après. 

Pendant la nuit il y a eu une grande canonnade au Sault ; ainsy que 
beaucoup de mousquetteries ; nous y avons des sauvages et des 
Canadiens qui y sont traversés ; nous ignorons encore à 8 heures 
du matin la réussite de cette découverte. 

Monsieur le marquis de Montcalm commença hyer à monter la grande 
garde qui est de 1500 hommes. 

Depuis 10 heures du matin les ennemis nous donnent les violons d'une 
bonne façon ; il y a fort à craindre pour l'embrasement, d'autant 
qu'ils envoyent une grande quantité de pots à feu et carcassières, 
et que les vents sont nordet grand frais. 

Voici le résultat de la canonnade du Sault, nos sauvages y ont défait 
45 hommes et fait trois prisormiers ; je ne sçais point encore leur 
déposition ; ces sauvages sont Folle avoines et OutaSois (233). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 173 

Dans ce moment on vient de m'apprendre la déposition de ces pri- 
sonniers, voicy ce qu'ils rapportent que l'ordre du général avoit 
été donné pour traverser le Sault et venir nous attaquer, qu'ils ne 
sçavent pas ce qui a pu empêcher de le faire.que depuis 3 ou 4 jours 
leurs cîiarpentiers et ouvriers étoient occupés à faire un pond pour 
jeter sur la rivière, et qu'à présent il étoit fait, que les habitans de la 
coste du Beaupré leurs raontroient les chemins, leurs foumissoient boire 
et l^umes, qu'ils les payoient en espèces, qu'ils appréhendoient une 
flotte françoise et même qu'ils avoient eu une alerte à ce sujet par vm 
de leurs bâtimens qui disoit avoir vu des vaisseaux françois dans le 
bas de la rivière, qu'on leur avoit retranché les vivres, n'ayant plus 
qu'un demi-livre de biscuit par jour, qu'ils avoient envoyé 3 de leurs 
vaisseatLx à Louisbourg pour y chercher des provisions, que le généra 
Hwoulf faisoit toutes les nuits des revues exactes de totis ces postes 
avancés, qu'ils ont 700 hommes à la Pointe de Lévy qui sont des 
canonniers et des marins ix)ur le service des batteries et qu'ils étoient 
7500 de l'autre costé du Sault ; voilà tout ce que j'ai sçu de leur dépo- 
sition. 
1759 jvdllet 18. — Sur les 8 heures du matin un sergent, 2 soldats du Guyenne et vm 
habitant ont été blessés à la porte St. Jean par des éclats de bombes. 

Il est bien fâcheux de voir écraser journellement cette pauvre ville 
sans même qu'on riposte de la moindre chose ; je ne sais en vérité 
pour quel tems on réserve les munitions ; c'est en vérité pitoyable 
de voir les dégast qu'il y a dans cette pauvre place. 

Sur les 9 heures du matin, une bombe a tombé dans la maison du Sieur 
Rotot (234), elle a éclaté dedans et y a fait im fracas affreux ; le 
dit Sieur étoit dedans et n'a eu aucun mal. 

A 8 heures du matin après ime décharge de 8 coups de canon tirés à 
bord d'un de leurs vaisseaux, 5 de leurs dits vaisseaux ont appareillé 
et sont descendus en bas, soit qu'ils aillent en découverte ou ailleurs. 

Quelques prisonniers rapportent que la canonnade que nos carcassières 
et nos jacobites firent ii y a quelques jours contr2 leurs vaisseaux 
avoit tué 12 matelots et 2 officiers et crevé une de leurs fr^attes. (235) 

Hyer au soir le Sieur Langlade, offider et interprèste des sauvages, 
a traversé 4 à 500 sauvages ; ce matin il a envoyé demander du 
renfort à M. de Lévy afin d'attaquer une garde de 10 à 12(X) hommes ; 
il n'attaquera peut-être que la nuit prochaine ; Dieu veuille qu'il 
réussisse (236). 

Un prisonnier fait il y a plusieurs jours du costé de Beaumont par des 
habitans vient d'arriver et on l'a conduit au quartier génà^. 



174 ARCHIVES DE QUÉBEC 

De demi-heure en demi-heure ies ennemis nous envoient 3 bombes 
qui sont assaisonnées de coups de canon, ce qui abîme les pauvres 
maisons de la ville. 

Sur les 5 heures du matin un boulet a passé dans le toit de ma maison 
et en a coupé une planche ; voilà tout le mal qu'elle a eu jusqu'ici. 

La direction des bombes depuis midy est aux environs de l'Hôtel-Dieu, 
une a tombé a razer la salle d'armes ; nous y avons au moins 300 
milliers de cartouches dans un appartement qui n'est point voûté ; 
cependant on doit les ôter demain, pourvu qu'elles ne sautent pas 
aujourd'hui ; je ne puis comprendre en vérité pourquoi on est si 
négligent de ne pas mettre en sûreté des effets aussi précieux et en 
même tems aussi dangereux, si malheureusement une bombe venoit 
à y tomber (237). 
1759 juillet 19. — Sur les 11 heures % à minuit un vaisseau de 50 canons 2 frégattes 
légères, un senault et un batteau (238), ont passé devant la ville et 
ont monté jusqu'à l'Anse des Mères ; il est surprenant qu'ayant 
tant de chaloupes, de patrouilles et du plus beau tems du monde 
on ne les ait pas vues ; cela ne prouve que trop combien peu nous 
nous tenons sur nos gardes ; un 6e qui paroist estre de 18 à 20 canons 
ayant aussi voulu passer, s'est échoué (239) sur la Pointe de Lévy 
où il paroist à sec ce matin ; nos carcassières et jacobites tirent dessus, 
mais malgré le\ir feu il paroist des chaloupes et berges qui les déchar- 
gent. 

Voicy enfin la fin de nos brûlots ; un 8e nous restoit à l'Anse des Mères ; 
sitôt que les vaisseaux ennemis ont été mouillés après avoir canormé, 
ils ont envoyé une seule berge qui a mis le feu ; nos gens y ont pourtant 
fait une foible résistance mais qui n'a abouty à rien ; cette expédition 
s'est faite à 9 heures du matin à la barbe de 600 hommes que nous 
y avions ; on auroit pu cependant éviter l'incendie d'un brûlot en le 
mettant à terre, mais il faut croire qu'on pensoit que les ennemis 
n'y feroient point de mal ; je ne sçais E>as s'ils l'avoient promis 
ou non (240). 

Il nous reste encore les cajeux du Sieur Courval avec 2 petits bâtimens 
qui doivent servir pour les conduire quand on voudra s'en débar- 
rasser, mais je crains beaucoup que les ennemis ne nous en débar- 
rassent. 
" 20 — Comme c'est contre toute attente que las vaisseaux aient passé devant 
Québec on n'avoit pas prévu à y transporter de l'artillerie ; c'est 
pourquoi aujourd'hui qu'on est désabusé on y fait transporter 2 
pièces de canon pour mettre à Samos ; aussitôt qu'ils ont été placés 



ARCHIVES DE QUÉBEC 175 

on a tiré sur les vaissaaux ennemis, même une fr^^tte en a été dit-on 
maltraitée ; mais cependant ils gardent toujours leur même mouillage. 
Le nommé Sanschagrin, caporal dans les troupes de la colonie, qui avoit 
été pris le mois de may dernier par l'escadre de l'amiral Durel, s'est 
échappé le 18 du bord du vaisseau le Prince d'Orange ; il a traversé 
à la nage et ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'il a attrappé 
terre, (c'étoit au Cap Bruslé), et de là est venu icy (241). 

Pendant la nuit un déserteur anglois s'est rendu à notre camp ; il se 
dit estre domestique du second commandant ; il rapporte la même 
chose que tous les autres prisonniers ; ils s'accordent tous à dire 
qu'ils n'ont que 9 à 10,000 hommes de descente ; et ce dernier 
ajoute que le général Hwoulf étoit traversé la veille à la Pointe de 
Lévy, et montoit avec un corps de troupes, mais qu'on ignorait 
son projet. 
1759 juillet 21. — Pendant toute la nuit les ennemis ont bombardé vigoureusement ; 
la plus grande partie de leurs bombes avoient leur direction sur le 
quartier du palais ; plusieurs ont tcmibé sur les casernes royalles ; 
plusieurs maisons dans les environs en ont été écrasées, une entre 
autres est venue tomber déms le quartier de M. Hyché. Cette même 
nuit 5 boulets et un pot à feu ont tombé, la plus loin à 40 pieds de 
ma maison ; j'ai eu plus de 50 planches de cassées par ime dans 
vm hangar. 

Le vaisseau anglois échoué à la Pointe de Lévy a été relevé hyer de 
marée haute ; il ne paroist i>as même avoir beaucoup fatigué dans son 
échouage ; les Anglois font des miracles. 

On garde constamment Beauport comme s'il étoit impossible aux enne- 
mis d'aller autre part ; voilà cependant 3 descentes qu'ils font, mais 
suivant le sentiment de nos généraux cela n'est rien ; on ménage 
aussi avec beaucoup de soin nos munitions étant expressément 
defïendu de tirer un seul coup de canon (242), tout le monde en mur- 
mure, mais on est obligé de garder le silence, nos généraux sont les 
maîtres, et sçavent sans difficulté mieux que nous ce qu'il faut faire ; 
aussi reposons-nous sur eux. 

M. de Lanaudière, chevalier de St.Louis, est à présent le grand Bouvia* 
du munitionnaire (243) ; cette nouvelle charge lui est plus lucrative 
qu'onorable ; tout le monde en rit mais il y trouve son compte et 
sa sûreté. 

Hyer un milicien a été emporté par un boulet de canon, au Sault ; 
pendant la nuit nous y avons entendu beaucoup de canon ainsy 
que de mousquetteries ; nous ignorons encore ce que c'est. 



176 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Nous venons d'avoir un batteau armé d'une pièce de 8 de coulé à fond 
par un boulet des ennemis ; on sauvera la pièce à marée basse. 

La conduite de nos généraux et l'inaction de nos troupes et miliciens 
me fait en vérité désespérer du salut de cette pauvre colonie ; les 
ennemis ont débarqué en premier lieu à l'Isle d'Orléans, ensuite à la 
Pointe de Lévy, au Sault, à la Pointe-aux-Trembles et à Descham- 
beaux sans que personne se soit pour ainsi dire opposé ; je ne sçais 
pas à présent où il ont dessein d'aller, mais en vérité je pense qu'ila 
yront partout oii ils voudront. 

Sur les 10 heures du matin les ennemis avoient un peu diminué leur feu, 
mais à 5 heures du soir ils recommencèrent à nous bombarder vigou- 
reusement ; je pense que la nuit ne sera pas ttanquile. 
1759 juillet 22. — . . . Les ennemis nous ont envoyé pendant la nuit environ 80 bombes, 
mais qui heureusement n'ont pas fait grand mal, les unes ayant 
crevé en l'air et les autres n'ayant point éclaté. 

Dans la descente que les ennemis firent hyer à la Pointe-avix-Trembles 
ils nous y ont pris plus de 200 femmes et enfans ; les Sieurs Frichet, 
la Caze et Lainyé y ont été pris aussi ; ces Messieurs étoient aies 
voir leurs maîtresses qui étoient là (244). 

A 2 heures après midy il y a eu cession d'armes (245) ; les Anglois nous 
ont remis nos femmes à terre à Sillery, mais ils gardent les 3 hommes. 

Les ennemis ne tinrent pas longtems dans cette descente ; nous y 
avions quelques sauvages qui tirèrent dessus et les obligèrent de se 
rembarquer ; ils y ont perdu 15 ou 20 hommes et plusieiirs blessés ; 
tme de nos dames a été blessée légèrement à ime jambe et le nommé 
Micheau père a reçu une balle à la joue ; le Sieur Stobo (246) étoit 
le conducteur de ce détachement ; le général Hwolf y étoit aussi 
qui a très bien reçu nos dites dames ; il leur a fort conseillé de ne 
point retourner dans la ville, qu'avant peu de jours elle seroit réduite 
en cendres ; ils ont fait faire beaucoup de compliments à M. Bigot 
et de l'assurer que sitôt que nous serions pris ils auroient pour lui 
tous les égards possibles. 

Ils ont aussi fait beaucoup d'éloges de M. de Montcalm, que c'étoit 
un bon général, mais que M. de Vaudreuil étoit un homme fort libre 
qu'il leur laissoit au contraire faire tout ce qu'ils vouloient, qu'ils 
espéroient en peu se rendre maîtres du Canada ainsy que des frégattes 
que nous avions en haut ; voilà tout ce que j'ai appris de ces pri- 
sonnières qui sont bien aises d'estre revenues quoiqu'elles fussent 
très bien avec eux. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 177 

Pendant la cession un petit bâtiment a passé audevant de Québec ; 
il porte sans doute leurs blessés à l'hôpital (247) qu'ils ont à l'Isle 
d'Orléans. Immédiatement à 6 heures du soir la trêve a cessé. 
1759 juillet 23. — Les ennemis nous ont envoyé pendant la nuit au moins 200 bombes 
ainsy que quantité de pots à feu, ce qui a embrasé la cathédrale 
ainsy qu'une vingtaine de maisons des environs qui toutes ont été 
réduites en cendres (248). 

Sur les 3 heures K du matin 2 vaisseaux anglois (249) ont appareillé 
dedans le bassin et se sont mis en devoir de passer devant la ville, 
mais le feu de nos batteries a été si vif qu'ils ont été obligés de revirer 
de bord après avoir reçu plusieurs boulets sans avoir riposté que 
d'im sexil. 

Nous venons de déblayer de la prairie de M. Hyché ; les boulets et 
les bombes commencent à nous y chagriner, nous allons campa: 
un peu plus loin que chez Giroux, sous la coste d'Abraham. 

Un matelot a été emporté sur le rempart en chargeant ime pièce. 
" 24. — Pendant toute la nuit les ennemis nous ont envoyé beaucoup de bombes 
assaisonnées de bien des boulets qui nous ont bien réveillé ; il n'est 
pas mention que nous ayons f)erdu personne ; j'estime que depuis 
• le commencement du bombardement à venir à ce jour, les ennemis 
nous ont envoyé au moins 14 à 15000 bombes ; plus de 80 maisons 
en sont incendiées ou écrazées à fort feiit. 

Nous avons eu encore aujourd'hui cession d'armes. M. le Mercier 
est allé leur porter des vins de liqueurs (250) ; je ne comprends pas 
en vérité cette politique, d'autant que nous ne tirons aucun avantage 
de cette cession, qui doit durer jusqu'à 8 heures du soir. 
** 25. — ^Hyer à 8 heures du soir, les ennemis commencèrent à nous bombarder 
et canonner vivement depuis ce tems jusqu'à 6 heures du matin ; 
ils nous ont envoyé 180 bombes ou pots à feu, dont un a enflammé 
im hangard (251) appartenant à Madame Larche à 40 pieds de ma 
maison dans lequel j'avais 7 à 8(X) planches de madriers qui ont été 
réduits en cendre ainsy que le hangard. 

A 8 heures du matin, nous apprenons qu'un détachement anglois avoir 
fait une descente à l'Anse des Mères (252) ; cette nouvelle a été 
portée au quartier général ; aussitôt M. de Bougainville, colonel, 
est party à la teste de 250 hommœ de troupes régulières dont 3 com- 
.pagnies de grenadiers ; quand il a été rendu sur les lieux il s'est 
trouvé qu'il avoient tenté dy débarquer mais qu'ils avoient été 
repoussés ; ils nous y ont pris une carcassière et un jacobite. Les 
ennemis y ont perdu du monde mais <m ne sçait pas combien ; 
5300—12 



178 ARCHIVES DE QUÉBEC 

nous y avons eu un officier marinier qui a eu la cuisse coupée par un 
boulet. 

A 9 heures du matin par ordre du commandant de la place, il a été 
battu un ban pour deffendre de tirer aux tourtres (253) ; plus de 
50 hommes ont été mis an prison pour estre contrevenus à l'ordon- 
nance. 

Il vient d'arriver un courrier d'en bas qui rapporte qu'il y a une vingtaine 
de vaisseaux aux environs du Bisq qu'ils prévoient estre des vais- 
seaux de guerre ; ce ne peut estre que des vaisseaux ennemis s'il 
dit vray. 

Depuis une heure après midy jusqu'à 8 heures du soir il y a cession 
d'armes ; M. le Mercier, ambassadeur ordinaire, est retourné à bord 
des vaisseaux ; je ne sçais point qui est le motif de cette cession qui 
ne plaist pas à tout le monde. 
1759 juillet 26. — Toute la nuit les ennemis nous ont bombardé et canonné vivement ; 
il n'y a eu aucun embrasement malgré une grande quantité de car- 
casses et pots à feu qu'ils ont jette ; plusieurs maisons aux environs 
de la porte St. Jean en ont été écrasées ; il n'est pas mention que nous 
ayons eu personne de tué ny même de blessé, 

M. le marquis de Vaudreuil vient de rendre une ordonnance pour 
deffendre de tirer sur les tourtres à une lieue près de la ville ; en 
exécution de cette ordonnance on tire de toute part ; voilà comme 
toutes les ordonnances sont suivies en Canada. 

Les courriers du munitionnaire qui occupoient la maison de Madame 
St. Simon dans le faubourg St. Jean, déblayent ce jourd'hui et 
viennent camper près de nous ; la boucherie va estre chez Primeau 
et la boulangerie chez Giroiuc ; on démolit la maison de M. Hyché 
pour avoir de la brique pour faire les fours ; en vérité on ne prévoit 
rien ; il n'étoit pas mal aisé de penser qu'on ne pourroit pas tenir 
la distribution à la porte St. Jean lorsque les Anglois bombar- 
deroient; par conséquent il étoit inutile d'y faire des fours et autres 
dépenses. 

Depuis qu'on a fait camper les miliciens qui sont dans la ville à la 
porte St. Jean, soit que les ennemis en aient eu connaissance ou que 
ce soit par idée, les ^4 de leurs bombes et boulets sont pour ce quartier; 
les maisons en soufrent beaucoup. 

Il vient d'estre pendu un matelot pour vol ; Dieu veuille que l'exemple 
de ce misérable arreste le brigandage qui se fait de jour et de nuit 
dans la ville (254). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 179 

Depuis le bombardement jusqu'à ce jour nous n'avons eu que 5 person- 
nes (255) de tuées dans la ville soit par les bombes ou boulets ; en 
vérité je regarde cela comme un miracle de la Providence. 

On fait des retranchements à Jacques-Cartierpour en cas de retraite ; 
les Anglois vont et viennent avec leurs bâtimens le long de ces costes ; 
ils cherchent à nous inquietter de toutes parts. 

Depuis 11 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir il y a eu beaucoup 
de fusillade au Sault ; nous ignorons encore ce que c'est. 

A 6 heures du soir le Sieur le Gris (256) vient d'arriver de la Pointe 
de Lévy avec 2 prisonniers qu'il a faite ; son détachement étoit 
de 17 hommes ; il a surpris 10 Anglois, 5 desquels ont été tués ; 
2 se sont sauvés et les 5 autres prisonniers. Le dit Siexir Legris a 
perdu un homme et lui a été blessé légèrement au corps par une 
porte. 
1759 juillet 27. — Voicy le résultat de la fusillade qui se fit hyer au Sault : les volontaires 
de M. Repentigny avec des sauvages traversèrent et cernèrent 
une avant-garde de 200 hommes ; les ennemis envoyèrent aussitôt 
un puissant renfort ; cependant nos gens s'en tirèrent assez bien ; 
il a resté sur la place environ 120 de leurs morts ; nos avant-garde 
ont vu que pendant toute la nuit les ennemis ont transporté sur des 
brancards des morts ou des blessés (257). 

7 blessés avoient été cachés par les ennemis qui aparemment n'avoient 
pu les enlever, mais les sauvages les ayant trouvés au point du jour 
les avoient pris ; suivant la connaissance que nous avons eue de leur 
défaite, on estime qu'ils y ont eu 4 à 500 hommes hors de combat, 
dont beaucoup d'officiers ; nous y avons eu 12 Canadiens tués ou 
blessés ; les sauvages y ont fait de riches dépouilles. 

Depuis 8 heures du soir jusqu'à 6 heures du matin ce jourd'huy, les 
ennemis nous ont envoyé 230 bombes comptées, ainsy qu'une grande 
quantité de boulets ; c'est d'usage que quand ils souffrent à la cam- 
pagne ils se vengent sur la ville. 

Voilà enfin les cajeux qui vont jouer leur dernier rôle cette nuit ; les 
ordres sont donnés poiu- les envoyer ; je souhaite pour le bien de la 
patrie qu'ils puissent faire tout l'effet qu'on s'en est promis, mais 
j'avoue en vérité que je n'y ai pas de confiance, d'autant que les 
ennemis se tiennent sur leurs gardes étant prévenus que nous en avons. 

Sur le soir une berge angloise se promenant le long de la coste du sud 
il y avoit 3 Anglois dedans, ils ont été découverts par 3 hommes de 
la Pointe de Lévy qui aussitôt se sont embarqués dans un canot 
d'écorce, les ont poursuivis et enfin attrapés après en avoir tué 2 
et le troisième a été fait prisonnier. 



180 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Dans le cours de la journée, un pot à feu a tombé sur une de nos carcas- 
sières qui étoient au quai du palais ; un matelot a été tué, un autre 
blessé dangereusement. 
1759 juillet 28. — ^Les cajeux ont enfin été lancés cette nuit ; ils ont été conduits au mieux 
par le Sieur de Courval qui en étoit chargé, mais comme il faisoit 
calme les ermemis ont embarqué dans leurs berges pour les éviter ; 
il n'est pas doiiteux que s'il eusse venté bon frais qu'ils auroient eu 
beaucoup de peine à s'en parer (258). 

Il y a apparence qu'ils ont été piqués de cette manœuvre et qu'ils 
se sont vengés sur la place nous ayant jeté depuis minuit jusqu'à 
6 heures du matim plus de 200 bombes (259) ; le nommé Grégoire 
a eu ime jambe cassée par un éclat de bombe et son frère légèrement 
blessé. 

M. Charest vient d'arriver de la Pointe de Lévy sans avoir rien fait ; 
les sauvages qu'il avoit avec lui n'ont osé attaquer les ennemis, 
chose assez ordinaire parmi eux surtout quand l'action paroist 
douteuse. 
" 29. — ^Les ennemis nous ont canonné et bombardé de la même façon que la 
nuit dernière, mais cependant beaucoup plus de boulets que de bom- 
bes ; les trois quarts des maisons sont criblées ou écroulées. 
'* 30. — Les ennemis ont démasqué une batterie (260) qui est au nordet de 
l'ancienne ; elle bat en plein sur le quartier du Palais ainsy que le 
long du Sault au Matelot ; elle l'éprouve d'une bonne façon. 

Les ennemis ont détenté et retenté leur camp du Sault en moins de 
3 heures de tems ; je croi qu'ils méditent quelque chose (261). 

Sur les 2 heures après midy on a essayé de la Pointe de Lévy à jetter 
des bombes sur leurs vaisseaux qui sont dans le bassin ; je ne vois 
pas que cela fasse aucun effet, étant hors de la portée (262). 

M. l'Intendant vient d'envoyer demander au magasin du Roy un relevé 
des poudres qu'il nous reste (263), disant que les troupes murmu- 
roient beaucoup de ce que l'on ne tiroit point ; ils ont cela de commun 
avec bien du monde ; mais pour moy je laisse faire les généraux, 
étant persuadé qu'ils doivent sçavoir ce qu'il est à propos de faire, 
ou du moins doivent-ils le sçavoir. 

Ce matin on vient d'envoyer un détachement de 200 hommes pour 
convoyer des vivres qu'on envoie chercher à Batiscan. Je crains 
beaucoup que nous n'en manquions, quoi qu'on les a retranchées 
ne donnant plus qu'ime livre de pain par jour. 

Sur les 5 heures du soir 2 soldats de la colonie ont été pendus pour avoir 
volé hyer de l 'eau-de-vie dans la cave du Sieur Soupirant (264). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 181 

Le dernier prisonnier rapporte que les ennemis veulent faire leurs des- 
centes à l'Anse des Mères, qu'ils font des rats d'eau pour venir 
fondre sur la Basse Ville, qu'ils avoient résolu d'attaquer par Beau- 
port mais qu'ils ont changé de sentiment. 

Depuis 3 heures après midy jusqu'à 5 heures du soir on a fait un feu 
très vif de nos batteries de la place, par ordre de Monsieur de Mont- 
calm. ce qui a empêché pour quelques heures les ennemis de tirer 
un seul coup (265). 

On fait ime batterie pour deux mortiers en bas de la citadelle et une 
batterie de canon un peu au-dessus ; on pense qu'elles feroient bien 
tord à celle que les ennemis ont à la Pointe de Lévy, mais comme nous 
ne tirons point ils n'ont rien à craindre. 
1759 juillet 31. — Un déserteur anglois s'est rendu à notre camp la nuit dernière ; il 
rapporte que le feu que nous fîmes hyer sur leurs batteries leur avoit 
tué beaucoup de monde dont le conunandant d'une batterie étoit du 
nombre ; je crois qu'il nous en impose (266). 

Voilà aujourd'hui le 19e jour que les ennemis bombardent la place ; 
ils nous ont envoyé au moins suivant l'estime de plusieurs personnes 
plus de 2800 bombes ; celles qu'ils nous envoyent à présent sont plus 
foibles que les premières ; apparemment que la grande espèce leur 
manque ou qu'ils les conservent pour achever de ruiner. 

Sur les 9 heures du matin, deux frégattes (267) ont appareillé du bassin ; 
les vents sud douest, ils ont été s'échouer au-devant de la Pointe de 
L'Essay ; aussitôt l'ime a mis pavillon anglois sur la poupe ; aussitôt 
après ce signal un vaisseau de 64 pièces de canon a aussy appareillé 
et est allé les joindre se tenant mouillé au large d'elles pour les couvrir; 
tous ensembles ainsy que leurs batteries du Sault qui avoient com- 
mencé dès la pointe du jour, ont fait im feu des plus vifs sans inter- 
ruption, sur nos batteries et sur notre camp ; nos batteries ont joué 
aussy avec beaucoup de chaleur sur les frégattes et sur le vaisseau, 
mais ce dernier étoit beaucoup au large ; pendant ce tems plus de 
100 berges voltigeoient aux environs ainsy que leurs troupes du 
Sault qu'on voyait descendre sur la grève. Ce feu a duré depuis 
le matin jusqu'à 7 heures K du soir, qu'une des frittes échouées 
a pris en feu, un moment après l'autre s'est enfîammée aussy ; nous 
ignorons encore ce qui y a mis le feu (268). 
1759 Août 1.— Voicy le résultat de la canonnade (269) qui se fit hyer au Sault. Sur 
les 2 heures après midy les ennemis débarquèrent à l'abry de leurs 
frégattes échouées, et comme ils n'avoient point assez de berges 
pour tout le monde, les troupes du Sault traversèrent à gué, se 



182 ARCHIVES DE QUÉBEC 

rangèrent en bataille, et marchèrent sur 3 colonnes vers nos retran- 
chemens. M. de Lévy qui y commandoit avoit fait poster les sau- 
vages du costé du Sault, et les troupes volontaires et miliciens im 
peu plus en arrière afin de les engager et les prendre entre deux feux ; 
pendant ce tems nos batteries faisoient un feu très violent et qui 
chargé à mitrailles faisoit un grand ravage sur les ennemis ; on les 
voyait se jeter par terre à la décharge et après courir aux retranche- 
mens, et malgré le feu de l'artillerie et de la mousquetterie ils for- 
cèrent une redoute où nous avions 2 pièces de canon que nous 
enclouasme. Cependant, se voyant écrasés et perdant l'espoir de 
pénétrer plus avant, ils prirent le party de plier et en se retirant 
mirent le feu à leurs frégattes qui étoient criblées de boulets et hors 
d'état d'estre relevées ; on estime leurs pertes de 4 à 500 hommes, 
et s'ils eussent été plus braves ils en auroient perdu bien davantage, 
mais ils n'ont pour ainsy dire eu que leurs grenadiers qui aient essuyé 
notre feu. Nous avons eu dans cette journée 21 hommes de tués 
et 46 de blessés, lesquelles l'ont été par le boulet sans qu'aucun 
l'ait été par le fusil. 

Les ennemis étoient au nombre de 6 à 7000 hommes, mais un plus 
grand nombre y auroient péry tant par rapport à la situation du 
terrain qu'à une averse qu'il y a eue qui le rendoit impénétrable. 

Un capitaine de leurs troupes légères (270) y a été fait prisonnier 
ayant été blessé dangereusement de 3 blessures au corps ; c'est un 
soldat de Guyenne qui le sauva d'entre les mains des sauvages en 
lui mettant son habit et son chapeau sur le corps ; on le transporta 
aussitôt à l'hôpital Général où on prend un grand soin de sa personne, 
mais la nature de ses blessures fait désespérer de sa guérison ; il dit 
qu'il avoit été détaché pour soutenir les grenadiers, mais il se plaint 
que ces mesmes grenadiers l'avoient abandonné ; il demande instam- 
ment le soldat qui l'a sauvé pour lui en marquer sa reconnaissance. 

Il vient de nous arriver un convoi de 900 quarts de fïirine qu'on étoit 
allé chercher à Batiscan. 

Un déserteur anglois, sergent de leurs troupes, vient de se rendre à 
notre camp ; je ne sçais pas encore ce qu'il rapporte au Général ; 
voicy seulement ce que j'en ai su, que les Anglois dévoient demain 
matin reprendre leiu" revanche ; je crains beaucoup qu'ils ne nous 
manquent de parole, car il seroit à souhaiter pour nous que nous 
eussions une action décisifve, et même le plus tôt seroit le meilleur, 
mais je crains beaucoup qu'ils ne tiennent en longueur d'autant qu'il 
n'est pas douteux qu'ils sont instruits de notre situation. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 183 

Sur les 7 heures du soir, il y a beaucoup de canonnade du costé du Sault, 
ainsy que du vaisseau anglois qui s'étoit enfoncé près de l'Ange 
Gardien ; je pense qu'il veut sortir de là, d'autant que la mer monte ; 
les vents sont nord. 
1759 août 2. — Les ennemis continuent toujours de bombarder et d'écraser la place. 
Dieu veuille que toutes ces calamités finissent bientôt. 

Depuis 2 heures après midy jusqu'à 6 heures 5^ il y a cession d'armes ; 
je crois qu'on s'est servy du motif de porter une lettre de l'officier 
prisonnier pour faire quelques réparations dont nos batteries ont 
besoin (271). 

Aussitôt le retour du parlementaire qui étoit comme à l'ordinaire 
M. le Mercier, ils ont canonné et bombardé de bonne grâce. 

On fait de nouvelles coupures dans la place ; on craint réellement que 
les ennemis ne tentent de l'enlever d'assaut ; je pense cependant 
qu'ils n'en auroient pas bon marché, d'autant que nos batteries 
n'ont point souffert. 

Voicy im trait de la part d'un sauvage abénakis, arrivé dans l'action 
du 31 juillet dernier ; après avoir fait sa décharge sur un anglois 
qui se sauvoit, l'ayant manqué il se mit à le poursuivre de façon 
qu'il l'attrappa. Comme cet homme était robuste, se voyant pris 
I>ar un sauvage, prit le party de colter pour sauver sa vie, et se 
trouva le plus fort ; cependant soit que ce fut par agilité ou autre- 
ment, le sauvage se débarrassa de lui et prenant son fusil par le petit 
bout l'assomma à ses pieds, luy leva la chevelure et revint victorieux 
au camp. 
" 3. — Depuis quelques jours les ennemis font un feu continuel ; ils nous tirent 

au moins par 24 heures 7 à 800 coups de canon et plus de 150 boulets, 
ce qui achève d'écraser les maisons. 

Un matelot vient d'estre tué sur la batterie Dauphine par un boulet. 
La direction des bombes est aujourd'hui sur la Basse Ville. 

Sur les ime heure après-midy il y a eu ime alerte au Sault ; on a battu 
la générale dans tous les camps et tout le monde s'est rendu aux 
retranchemens ; on dit que c'est l'amiral Simder qui est venu au 
Sault (272) pour concerter avec le général Wolf les préparatifs à 
faire en cas qu'ils tentent d'y faire une seconde attaque. 
4 — Depuis hyer au soir jusqu'à 8 heures du matin, les ennemis nous ont 
envoyé 100 et quelques bombes et plus de 8 à 900 coups de canon ; 
nous avons eu deux hommes de blessés par des éclats de bombes (273). 

La batterie du rempart souffre beaucoup du feu des ennemis ; c'est 
aussy dans cet endroit que nous perdons plus de monde y étant tous 



184 ARCHIVES DE QUÉBEC 

à découvert ny ayant qu'une barbette qui malheureusement est 
en pierre. 

Je viens d'apprendre par des habitans de la baye St. Paul que le nommé 
Suisse (274) officier de milice de cette paroisse avoit party en canot 
avec 6 habitans du lieu pour essayer à faire quelques prisonniers 
à l'Isle aux Coudres, et qu'aussitôt qu'ils furent à terre, le dit Suisse 
avoit déserté ; les ennemis s'embarquèrent aussitôt pour venir couper 
chemin à nos gens, qui heureusement se sauvèrent. 

Un prisonnier anglois fait avant hyer, rapporte que les ennemis pensent 
avoir défait au moins 2000 hommes dans la place. 

Sur les 5 heures du soir il vient de nous arriver 5 déserteurs qui se sont 
joints dans le cours de la journée d'hyer à quelques habitans que 
nous avons en découverte de l'autre costé ; on vient de les conduire 
au quartier général ; voicy ce que je sçais de leurs déposition, qu'ils 
n'ont jamais eu que 500 hommes dans leurs bâtimens qui sont en 
haut, mais que depuis ce tems on en avoit ôté et qu'il n'en restoit 
actuellement que 300. 

Messieurs Dumas et de Boishébert (275) reviennent de la Pointe aux 
Trembles et retournent au camp de Beauport avec un détachement 
de 200 hommes. Il reste M. de Bleau (276) capitaine au régiment 
de Guyenne, ainsy que M. Beaubassin (277) et un autre officier 
avec 4 à 500 hommes de troupes et canadiens et les sauvages abénakis, 
amalécites et micmaks, ce qui en tout peut faire 7 à 800 hommes ; 
on pense que les ennemis se tiennent toujours dans cette partie pour 
nous inquietter afin de nous faire faire diversion et pour tomber 
ailleurs ; Dieu veuille qu'ils ne nous trompent pas. 

Cet après midy on vient de casser la teste à un déserteur anglois qui 
s'étoit rendu icy il y a quelque tems et s'étoit engagé dans nos trouF)es; 
et comme il étoit fort libre il a pris le party de déserter ; il y a aparence 
que c'étoit un espion ; en tout cas cela ne luy arrivera pas davantage 
et cela fera peut-estre impression à ceux qui en voudroient faire autant. 

Sur les 2 heures après midy nous avons eu encore cession d'armes (278), 
les ennemis ayant arboré pavillon de parlementaire, on les a été rece- 
voir dans la rade, ils ont remis la malle de l'officier blessé le 31 juillet. 
La cession a duré jusqu'à 5 heures du soir et aussitôt les ennemis 
nous ont avertis qu'elle étoit finie ; cette nouvelle nous a été signifiée 
par ime furieuse décharge de boulets et de bombes. 

Pendant cette trêve on a travaillé à nos batteries de Beauport où l'on 
met des saucissons (279) pour mettre le monde à couvert; il est un peu 
tard pour commencer, mais le commandant d'artillerie ne peut pas 



ARCHIVES DE QUÉBEC 185 

prévoir à tout étant la plus grande partie du tems occupé aux ambas- 
sades. 

On vient de désarmer la gabarre l'Entreprenante armée de 4 pièces 
de canon de 12 et 18 ; on met ces mêmes pièces à une batterie qu'on 
fait à la Pointe à Roussel de l'autre costé de la petite rivière. 

Sur les 7 heures du soir il a été déli\Té des magasins du Roy à M. de 

Lanaudière, chevalier de St. Louis. 3 bottes légères et du bruc (280) 

pour attacher les bœufs qu'il ramasse pour le munitionnaire. 

1759 août 5. — Cette nuit sur les 11 heures il y a eu de la canonnade au Sault qui a 

duré environ une demie heure ; je ne sçais point ce qui l'a occasionnée. 

Ils nous canonnent et nous bombardent toujours à l'ordinaire de la 
Pointe de Lévy ; heureusement qu'il n'y a eu auctm embrasement. 

Voici ce qui a occasionné la canonnade de cette nuit ; c'est un soldat 
du r^iment de Béam qui a déserté aux ennemis étant en faction (281) ; 
la cavalerie a donné après sitôt qu'on en a eu connoissance, mais 
leur course a été inutile et c'est ce qui a fait faire ce feu aux ennemis. 

Hyer 8 à 9 habitans qui sont de l'autre costé et qui vont de la Pointe 
de Lévy à Beaumond, ont fait 3 prisonniers à St. Henry. 

Depuis midy jusqu'à 6 heures ^ du soir nous avons eu cession d'ar- 
mes (282) ; c'est toujours le même ambassadeur qui y va ; je ne 
sçais point le sujet ny qui a demandé cette trêve ; à la fin du tems 
dit nous avons été salués d'importance ; c'est la suite de la trêve, 
et nous ne perdons jamais rien du compte qui nous est destiné. 

Nous venons d'aprendre par un courrier de Montréal que les forts 
Carillon et St. Frédéric avoient été faits sautés par nos gens qui 
ensuite se sont repliés à l'Isle aux Noix ; les nouvelles de Niagara 
ne sont pas beaucoup meilleures ; il est fort à craindre que les ennemis 
ne tentent de pénétrer à Montréal (283). 
* 6. — Nous avons eu cette nuit une alerte à la Basse Ville ; nos découvreurs 

qui sont en canot d'écorce ont averty qu'ils voyoient des berges ; 
aussitôt nos batteries ont fait feu à peu près où ils pensoient qu'ils 
étoient, ce qui aussitôt leur a fait rebrousser chemin, à la réserve 
de quelqu'unes qui ont continué leur route ; sçavoir si on a bien vu 
(284) tout ce qui a passé car la nuit étoit fort obscure ; on a envoyé 
4 à 5 piquets de troupes de terre et de la marine pour renforcer le 
détachement que nous avons à l'Anse des Mères, en cas que les 
ennemis tenteroient dy faire une descente. 

Les 5 déserteurs venus le 4 sont des allemands (285) qui avoient été 
pris l'année dernière en venant icy ; ils rapportent qu'il y en a plus 
de 200 dans le mesmiC goust et qui n'attendent que l'occasion pour 



ARCHIVES DE QUÉBEC 

déserter ; ces déserteurs ne sçavent pas grand chose ayant toujours 
resté à bord des vaisseaux ; on vient de les incorporer dans le régi- 
ment de Languedoc. 

Pendant la nuit ils nous ont envoyé que 45 à 50 bombes, pots à feu 
ou carcasses ; s'ils ne nous en ont pas plus envoyé ils se sont bien 
dédommagés à nous canonner ; heureusement qu'ils ne nous ont 
tué ou blessé personne ; mais pour les maisons elles sont criblées 
ou écrasées dans toutes les parties de la ville ; le château n'a encore 
que 2 bombes, mais en récompense il a plus de 500 boulets. 

Sur les 2 heures de l'après midy une frégatte de 30 canons est allée se 
poster par le travers de la Pointe de Lévy mais au large ; elle a tiré 
une douzaine de coups de canon ; on lui a riposté de 6 bombes dont 
quelqu'unes l'ont approché de bien près, ce qui lui a fait prendre 
le parti de retourner d'où elle venoit (286). 

Depuis 11 heures du matin les batteries du Sault canonnent notre 
camp ; je ne sçais point ce qu'ils tentent de ce costé là ne voyant 
aucune berge ny même apparence de rien ; ils nous amusent et la 
suite nous apprendra leurs feintes ; Dieu veuille que nous puissions 
nous en garder. 

Voicy un milicien qui m apprend ce qui a occasionné la canormade 
de ce matin ; c'est un épaulement (287) qu'on fait à nos retranche- 
mens, on a été obligé d'abandonner l'ouvrage, le canon nous incom- 
modant trop. 

Un soldat du régiment de la Sarre a été emporté par un boulet. Mes- 
sieurs les Anglois se sont fâchés de ce que nos gens ont travaillé 
hyer à nos batteries pendant la cession ; il semble en vérité qu'ils 
veulent déjà nous imposer des lois et qu'il n'y a qu'eux qui puissent 
faire ce qu'ils veulent ; il est vray aussi qu'on leur permet tout. 

Voicy le rapport d'un prisonnier fait 3e à la Pointe de Lévy, qu'un 
de leurs vaisseaux venant de Louisbourg rapporte que la flotte fran- 
çaise a été repoussée d'Irlande, qu'ils attendent incessamment la 
jonction du général Amers qui est à Carillon, qu'ils doivent nous 
attaquer sous peu de jours, que le général Wolf avoit fait une revue 
générale de ses troupes, qu'il les avoit fort encouragées et même 
assurés qu'ils perdroient moins de monde dans l'attaque générale 
qu'ils avoient à faire qu'ils n'avoient fait le 31 juillet ; qu'ils dévoient 
embosser 4 de leurs vaisseaux, mais qu'ils ne sçavoit pas où ; qu'ils 
dévoient habiller 2000 matelots en uniforme pour faire une fausse 
attaque et que moyennant ces précautions il étoit moralement sûr 
de réussir. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 187 

A midy précis il est arrivé du Sault un déserteur anglois qui confirme 
le rapport du prisonnier fait à la Pointe de Lévy et il ajoute qu'à 
l'action du 31 juillet le second commandant et même le Général 
Wolf avoient été blessés (288) mais l^èrement et que le soldat de 
Béam déserté le 5 a déposé que nous avions tant à Beauport qu'au 
Sault 14000 hommes, et que dans l'action les troupes de terre avoient 
été obligées de mettre la bayonnettè au bout du fusil pour courir 
après les Canadiens qui se sauvoient (289), que nous ne manquions 
pas de f>ain mais que nous n'avions point de viande. 

M. de Bougainville, colonel, est party sur les 11 heures du soir pour le 

Cap Rouge avec un détachement composé de grenadiers, soldats 

et miliciens. 

1759 août 7. — Il est tombé ce matin une bombe dans mon jardin qui l'a labouré d'un 

bout à l'autre, renversé F)artie de la pjalissade ainsy que la porte. 

Pendant la nuit les ennemis nous ont jette 60 et quelques bombes ; 
les vaisseaux ennemis qui étoient mouillés devant le Cap Rouge 
sont montés à la Pointe aux Trembles avec beaucoup de berges. 

Il y a eu cette nuit 3 hommes de tués et 11 de blessés par un boulet 
sur la batterie de M. Levasseur. 
8. — Les ennemis nous ont jette pendant la nuit 43 bombes ; la canonnade 
a été excessivement vive. 

Entre midy et une heure, il y a eu une canonnade au Sault ae la part 
des ennemis qui a duré environ demie heure ; je ne sçais qui l'a 
occasionnée. 

Il vient d'arriver un courrier d'en bas ; j'igaoce ce qu'il raporte. 
9. — Les ennemis nous ont canonnés et bombardés comme ils n'ont encore 
jamais fait beaucoup de pots à feu et carcasses dont quelqu'unes 
ont embrasé la Basse Ville ; il y a eu 140 à 150 maisons (290) de rédui- 
tes en cendres ; depuis la maison du Sieur Boisseau à alér chés le 
Sieur Voyer dans le Cul de Sac tout est consumé à net. 

Il y a eu aujourd'huy 6 prisonniers de faits à la Rivière Détréchemin 
4 desquels ont été faits par des sauvages et les 2 autres par des habitans 
de la Pointe de Lévy ; 4 autres anglois ont été tués sur la place. 

Nous venons d'aprendre que les anglois avoient tenté ime descente 
à la Pointe aux Trembles dans le cours de la journée d'hyer ; ils y 
avoient 28 berges et deux batteaux portant de l'artillerie chargée 
de troupes ; M. de Bougainville y étoit avec 3 à 400 hommes ; il 
les a laissé aprocher de terre a demy portée du fusil après quoi il a 
fait faire feu sur eux ; les ennemis sans débarquer ont tenu xine demi 
heure et ensuite se sont retirés en remorquant deux grandes berges 



188 ARCHIVES DE QUÉBEC 

où il ne paroissoit presque plus personne ; on estime leur perte à 
près de 300 hommes hors de combat (291) ; nous y avons eu 5 hommes 
de blessés dont un cavalier qui a eu un coup mortel. M. de Bou- 
gainville a vu son cheval blessé (292) entre ses jambes, ce qui l'a fait 
tomber à terre ; les ennemis l'ayant aperçu l'ont cru mort et ont 
aussytôt crié houra, mais il s'est relevé et a fait crier : vive le Roy. 
1759 août 10. — Les ennemis continue toujours de bombarder ; la plus grande partie 
de leurs bombes tombe dans le quartier St. Roch ; plusieurs maisons 
en sont déjà écrasées ; cependant ils commencent à partager leurs 
faveurs sur tous les quartiers de la ville ; ils ne veulent pas faire de 
jaloux. 

M. le Mercier est party d'hyer au soir à 8 heures pour Montréal ; 
j'ignore le sujet de son voyage d'autant qu'il ne s'expose pas beaucoup 
icy (293) ; je souhaite qu'il revienne en peu car autrement il n'y 
aurait plus de parlementaire. 

Nous venons d'aprendre que les anglois ont débarqué à Ste Croix et 
à St. Nicolas, qu'il s'y étoit trouvé quelques habitans qui les avoient 
fusillés l'espace de demy heure après quoi ils avoient été obligés de 
gagner le bois ; aussitôt les ennemis ont monté le cotteau, s'y sont 
rangés en bataille et ont battu la caisse ; on pense qu'ils ont perdu 
quelqu'un dans cette affaire. 
11. — Dès la pointe du jour nous avons entendu de la mousquetterie au Sault 
par trois reprises ; sur les 7 heures il y en a eu ime beaucoup plus 
considérable qui a duré près d'une heure d'un feu très vif ; nous y 
avons des Canadiens et des sauvages qui y traversèrent hyer ; il y 
a eu ensuite de la canonnade de part et d'autre. 

Une goélette angloise a apareillé de l'Ange Gardien et est venue rejoindre 
les vaisseavix qui sont dans le bassin ; elle a reçu quelques coups de 
canon en passant dont un a porté à son bord. 

On aperçoit d'icy une nouvelle batterie que les anglois viennent de 
démasquer à la Pointe de Lévy ; c'est apparemment pour tirer sur 
le quartier du Palais et sur St. Roch. 

Pendant la nuit dernière les ennemis nous ont canonnés et bombardés 
à l'ordinaire ; ils ont jette 24 pots à feu et carcasses remplis de gre- 
nades et de petits canons, la plus grande partie ont tombé à la Basse 
Ville ; nous avons eu un soldat qui a eu la teste emportée par une 
bombe sur une de nos batteries. 

Voicy le résultat de la fusillade de ce matin (294) ; nous y avions 300 
canadiens et environ autant de sauvages ; ils ont fait leurs aproches 
pendant la nuit et ont attaqué environ 500 hommes dont partie 



ARCHIVES DE QUÉBEC 189 

étoient des travailleurs ; nos gens ont fait une furieuse décharge 
sur eux, qui en a mis beaucoup hors de combat ; les ennemis se sont 
repHés aussitôt sur leur camp ; nos gens les pxjursuivoient toujours 
en tirant de façon que le gros de l'armée est venu à leur secours qui 
ont fait plier nos gens à leur tour ; on estime leur perte à 150 hommes 
tués et beaucoup de blessés ; nous y avons eu 2 miliciens de tués 
et 5 de blessés ainsy qu'un sauvage outaois pris ou tué ; tous les 
sauvages n'ont point donné ; ime partie ont tiré de Tarière. 

On a fait ce jourd'huy un prisonnier à la pointe de Lévy ; j'ignore ce 
qu'il raporte ; on vient de le conduire au quartier général. 
1759 août 12 — Sur les 10 heures de la nuit dernière il y a eu une alerte dans la place ; 
2 ou 3 vaisseaux ayant apareillé ont voulu passer, mais nos patrouilles 
ont averty, nos batteries ont fait im feu des plus vifs ce qui a fait 
qu'ils n'ont pas osé passer ; ayant le vent favorable ils ont reviré de 
bord et sont allés mouiller d'oii ils partoient ; tm petit batteau a 
poursuivy sa route en rangant la coste du sud (295). Il a échoué 
devant Sanios sur les batures ; notre batterie tire dessxis, je croy 
qu'elle n'y fait pas grand mal. 

A minuit 5 bombes et vm pot à feu ont tombé dans notre camp plus 
loin que chés Giroux ; il est surprenant qu'elles aillent sy loin ; 
à la vérité elles ne sont que de 9 pouces ; 3 autres ont aussy tombé 
plus loin que la maison de Manseau de l'autre costé des Epines (296). 
13. — ^Pendant toute la nuit les ennemis nous ont canonnés et bombardés 
sans aucune relâche ; heureusement qu'il n'y a eu personne de tué 
ny de blessé. 

M. le Chevalier de Bemetz, (297) commandant à la Basse Ville, se 
repose pour quelques jours ; ce sera des officiers des troupes de terre 
qui y commanderont en son absence. 

Sur les 6 heures du matin ils ont pris la direction de leurs bombes 
sur les 2 vaisseaux que nous avons en batterie à l'entrée de la petite 
nvière 

Un enfant a été tué dans une maison à St. Roch, ainsy qu'une femme 
blessée par des éclats de bombes. 

Nous avons eu une pièce de canon de démontée à une batterie entre le 
chatteau et la maison du grand Girard par une bombe qui a tombé 
sur la plate forme ; les boulets qui touchent les murs de la Basse 
Ville font écrouler au moins une toise de maçonne. 
** 14. — M de Ramezay est aie se reposer à l'hôpital général ; c'est M. de 
Pnvat (298) lieutenant colonel qui commande en sa place. 

L'officier anglois fait prisonnier dans l'action du 3 juillet est mort 
de cette nuit ; les peines et soins et remèdes des chirurgieiK n'ont 



190 ARCHIVES DE QUÉBEC 

pu le rappeler à la vie ny le guérir d'vine blessure mortelle ; il est 
regretté de tout le monde en général (299). 

Nous venons d'avoir sur les batteries des ramparts deux hommes 
blessés à mort par un boulet ; ils recommencent à jetter des bombes 
sur le quartier St. Roch et sur les vaisseau.x en batterie. 

Nous venons d'aprendre que les ermemis ont incendié la paroisse de 
St. Antoine, ainsi qu'une partie de St. Nicolas ; ils ont cependant 
épargné les églises. 
1759 août 15. — Une bombe a tombé sur la potasse et a manqué d'y communiquer le 
feu, par de l'étoupe qui étoit près de là. 

Nous venons d'aprendre par des habitans de la baye St. Paul (300) que 
les ennemis avoient incendié une quarantaine de maisons au dit lieu ; 
nous y avons 25 ou 30 habitans qui se sont battus autant qu'ils ont 
pu ; il y a eu une maison appartenant au Sieur Bazin qui a été épar- 
gnée des flames ; après que les ennemis ont été retirés nos gens y 
ont été dedans ; ils y ont trouvé des traces de sang, ainsy que 10 
à 12 mouchoirs qui en étoient aussi pénétrés, ce qui fait présumer 
qu'ils ont quelques morts ou blessés. 

Sur les 2 heures après midy un matelot a eu les deux jambes emportées 
par un boulet sur les batteries de M. Levasseur. 
" 16.— Sur les 9 heures yi du soir de la nuit dernière une carcasse a tombé 
sur la maison de Madame Vaucovirt (301) entre les Jésuites et les 
Ursulines ; aussitôt elle a été embrasée et réduite en cendre ; on a 
arrêté le progrès du feu en abattant les maisons voisines. 

Un matelot a eu la teste emportée par un éclat de bombe en travaillant 
à un épaulement qu'on fait pour couvrir les batteries du rampart. 
Sur les 5 heures K du soir de la journée d'hyer le feu se communiqua 
à un de nos jacobites que nous avons au Sault par une mèche alumée 
qui le communiqua aux poudres ; tout le monde s'est sauvé et il 
n'y a eu que le jacobite de perdu. 

3 déserteurs anglois se sont rendus ces jours icy à quelques habitans 
que nous avons à St. Henry, on vient de les amener et comme il se 
fait tard ils ne seront point menés au quartier général que demain 
matin. 
" 17 — Depuis 10 heures du soir jusqu'à 8 heures du matin les ennemis ont fait 
un feu continuel soit de bombes ou de canons ; cependant je ne sache 
pas qu'il nous soit arrivé aucun accident sur les batteries ny ailleurs. 

Sur les 4 heures après midi, un matelot a été blessé à mort par un éclat 
de bombe ; plusieurs ont tombé de l'autre costé de la petite rivière : 
il y a au moins ^ de lieux à bonne mesure d'où ils tirent ; il est 



ARCHIVES DE QUÉBEC 191 

surprenant qu'elles aillent si loin ; si on s'en étoit raporté à quelques 
artilleurs elles ne dévoient tout au plus tomber que dans la Haute 
Ville, preuve certaine que ces Messieurs sçavent bien leur métier. 
1759 août 18. — Les ennemis continuent toujours de nous canonner et bombarder ; 
15 pots à feu et carcasses ont tombé aux environs des Récolets. 

Sur les 5 heures >> du soir une goélette, et un batteau ont apareillé du 
bassin et se sont rendus à l'Ange Gardien ; ils font toutes sortes de 
manœuvre sans qu'on puisse pénétrer leurs desseins ; cependant je 
p>ense qu'ils veullent déblayer du Sault. 
" 19. — Il vient de nous arriver 3 déserteurs qui ont été amenés par des habitans 
de la Pointe de Lévy ; je ne sçais point encore ce qu'ils raportent. 

Nous avions un détachement de 4 à 500 hommes le long de la coste 
de Beaupré ; ils viennent d'ariver sans avoir rien fait. 

Il y a eu beaucoup de canonnade du costé de la Pointe aux Trembles ; 
nous ignorons encore ce qui s'y est passé. 

Un 4e déserteur s'est encore rendu ici ; voicy ce qu'il raporte ; que les 
anglois ne doivent pas rester longtemps ici, qu'il l'a entendu dire 
à deux officiers qui parloient ensemble, mais qu'auparavant ils dévoient 
faire une attaque générale, mais qu'il ne sçavoit pas dans quelle 
partie elle devoit se faire. 
" 20. — Nous aprenons que les ennemis avoient fait une descente hyer à 
Déchambeault (302). que M. de Bougainville avec 200 grenadiers et 
la cavalerie s'y étoit rendu en peu de tems, et qu'aussitôt les ennemis 
s'étoient rembarques, et avant son arrivée, ils avoient incendié 
trois maisons dont celle du Sieur Perault (303) en est une qui servoit 
de magasin pour les effets des troupes de terre ; nous y avons fait 
2 prisonniers. Aussitôt qu'on a apris que les ennemis avoient fait 
une descente à Déchambault, Monsieur de Montcalm et de Mon- 
treuil (304) ont party pour s'y rendre avec 3 compagnies de grena- 
diers ; lorsqu'ils ont été à la Pointe aux Trembles ils ont appris que 
les ennemis étoient rembarques ; ils ont rebroussé chemin et sont 
revenus aussitôt. 

Sur les 9 heures du matin il y a eu de la canonnade au Sault d'un costé 
et d'autre, mais il paroist que les ennemis n'ont plus autant d'artillerie 
qu'ils y en avoient ; on dit aussy qu'ils en ôtent tous les jours. 

On vient d'amener trois prisonniers qui ont été faits par des habitans, 

je ne sçais point ce qu'ils raportent. 
Un déserteur anglois vient de se rendre à notre camp du Sault ; voicy 
ce qu'il raporte ; qu'il y avoit aujourd'hui conseil de guerre, que 
l'amiral Simder étoit rapelé en Europe (305), que c'étoit une fr^te 



192 ARCHIVES DE QUÉBEC 

nouvellement arivée qui en avoit aporté les ordres, que les françois 
avoient fait une descente en Irlande et qu'enfin sous peu de jours 
il dévoient tous partir pour s'en alér ; Dieu le veuille. 

Un Courier vient d'ariver d'en bas avec plusievirs lettres ; je ne sçeais 
ce qu'elles contiennent ny même d'où ce courier vient ; le Sipur 
Durand Dunière (306) qui étoit à Gaspé et que l'on contait pris tar 
les anglois est venu avec lui jusqu'à Capmouraska où il est resé ; 
il raporte qu'il y a plus de 40 vaisseaux des ennemis qui sont des- 
cendus dont 32 sont encore mouillés du costé du dit Capmouraska, 
qu'ils avoient incendié plusieurs maisons le long de cette coste, 
qu'ils avoient été repoussés par une 30ne d'habitans dudit lieu. 
1759 août 21. — Les ennemis nous ont laissé assés tranquile toute la nuit ; je ne crois 
pourtant pas que ce soit par amitié, mais comme il a beaucoup 
plu je pense que c'est ce qui les a empêchés de se divertir comme à 
l'ordinaire ; à 4 heures du matin ils nous ont réveillé par une double 
décharge de boulets et de bombes. 

Sur les 4 heures du soir, un matelot a eu le ventre emporté par un 
éclat de bombe sur les batteries du rempart, il est mort une demie 
heure après. 

Un sauvage outagois qui avoit été pris par les anglois il y a 10 jours 
s'est échapé du bord d'un vaisseau où il avoit été transporté ; il 
s'est jette à la nage, a traversé à la Pointe de Lévy, et du dit lieu 
a traversé de ce costé icy où il vient de se rendre ; il se plaint d'avoir 
été bien maltraité par les anglois ; si cela est je plains ceux qui tom- 
beront en son pouvoir (307). 

Depuis les 5 heures du soir jusqu'à 8 il y a eu beaucoup de canonnade 
au Sault de la part des françois et des anglois ; je ne sçais point qui 
a pu exiter cette canonnade. 
" 22. — Pendant une partie de la nuit il a beaucoup plu ; les ennemis n'ont 
pas fait un grand feu ; la pluie les a sandoute empêchés de se divertir 
comme à l'ordinaire. 

On avoit projette d'envoyer le Sieur le Gris à la Pointe de Lévy avec 
100 hommes de milice ; ce projet n'a point eu lieu, j'en ignore la 
cause. 
*' 23.— Les ennemis canonnent et bombardent à l'ordinaire en aissayant de 
faire le plus de mal qu'ils peuvent ; il n'y a eu rien de remarquable 
en ce jour. 
" 24.— Les ennemis incendient les campagnes au nord ainsy que sur l'Isle 
d'Orléans. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 193 

Deux soldats de la marine désertant du camp de Beauport ont été 
arrêtés par un soldat de la Sarre qui étoit en faction ; il en a tué im et 

arrêté l'autre. 
1759 août 25. — Le Sieur Ehirand Dunière vient d'ariver ce jourd'huy avec un françois 
déserté de Louisbourg ; ce dernier raporte que les anglois ont bien 
peu de monde au dit lieu ; les anglois continuent toujours d'incendier 
nos campagnes. 

3 sauvages loups et 2 officiers anglois venant aporter des lettres du 
général Amerst (308) au général Hwolf ont été pris par des sauvages 
abénakis, qui les ont amenés à bord de VAlalente commandée par M. 
Vauquelin qui est audessus de Richelieu. Ces lettres ont été envoyées 
à M. de Vaudreuil ; on dit que ce général écry à celui d'icy qu'il 
ne voit pas d'aparence qu'il puisse forcer l'Isle aux Noix et que par 
conséquent il ne devoit point compter sur la jonction des deux armées. 

Deux des bâtiments qui étoient en haut sont descendus ce jourd'hui 
à Sillery ; on les attend à passer cette nuit. 
26- — Les ennemis ont tiré avec toute la vigueur possible ; à une heure après 
midy un canonnier bombardier a eu les jambes emportées par un 
boulet sur les batteries du rempart. 

Voilà quelques jours qu'il ne nous jettent ny carcasses ny pots à feu ; 
il ne seroit pas surprenant qu'ils en manquassent eu égard à la grande 
quantité qu'ils nous ont envoyé. 

Nous venons d'aprendre que les ennemis avoient levé le camp qu'ils 
avoient à St. Antoine, et qu'ils se tentoient plus haut ; nous avons 
entendu beaucoup de canonnade du costé de la Pointe aux Trembles ; 
nous ne sçavons point encore ce qu'il y a de nouveau. 

Monsieur de Bougainville colonel est dans cette partie avec 1400 
hommes ; il fait la même manœuvre qu'il voit faire aux vaisseaux 
ennemis ; il a beaucoup de terrain à garder ; je crains toujours 
quelques surprises. 

On vient de détacher 5 à 600 hommes matelots qui servoient aux batte- 
ries ; c'est M. le Munitionnaire qui les a passés en revue au quartier 
St. Roch ; je croi que c'est pour quelques expédition qu'on veut faire 
sur les vaisseaux ennemis (309) qui sont en haut ; pour cet effet 
on vient de les faire embarquer dans une 50ne de batteaux à l'entrée 
de la petite rivière à la vue des ennemis ; aussy ils ont fait voir 
qu'ils voyoient ce mouvement; ils ont tiré sur les batteries pendant 
une heure et même plusieurs en ont été percées mais personne n'a 
eu aucun mal et les batteaux sont tous partis; je crains beaucoup que 
ce projet ne réussisse pas ; la suite nous l'aprendra. 
5300-13 



194 ARCHIVES DE QUÉBEC 

1759 août 27. — Dans le cours de la journée d'hyer un sergent anglois (310) déserta 
du Sault à la vue des ennemis ; il traversa en bas et vint joindre 
notre camp ; les anglois lui tirèrent plusieurs coups de canon à 
mitraille ainsy que plus de 400 coups de fusil, mais il a été assés 
heureux pour n'en point être frapé. 

Nous venons d'aprcndre qu'une 30ne de sauvages et 3 François avoient 
chassé avant hyer les anglois qui étoient à St. Antoine ; ils s'embar- 
quèrent avec beaucoup de précipitation à bord de leurs vaisseaux. 

Une de nos carcassières s'est battue contre une frégatte angloise ; 
je ne sçais pas si elle aura été endommagée comme on le dit. 

On raporte que les anglois n'ont point fait de mal aux grains le long 
de la coste du sud ; ils se sont contentés d'y brusler quelques maisons. 

Voicy la déposition du déserteur qui nous arriva hyer ; il raporte 
qu'ils ont beaucoup de maladie ; le général Hwolf même a la fièvre 
(311) depuis plusieurs jours, que ces maladies proviennent de beau- 
coup de fatigues qu'ils ont essuyée pendant le siège, étant conti- 
nuellement en alerte, craignant d'estre attaqués, que les vaisseavix 
de guerre sont rapellés d'Europe, qu'ils comptent partir avant la 
moisson des grains ; ce sergent étoit un homme entendu parmy eux 
et qui étoit à la teste de 50 hommes pour les découvertes dont il 
s'étoit jusqu'alors très bien acquité. mais qu'il avoit déserté par 
quelques disgrâce qu'il avoit eue. 

Le Sieur Courval party pour aler rejoindre son bâtiment qui est à 
Batiscan, en passant par Jacques Cartier, un soldat en faction l'a 
pris pour un anglois et lui a tiré un coup de fusil qui lui a cassé la 
cuisse ; on le dit en grand danger de la vie d'autant qu'on ne peut 
lui faire l'amputation (312). 

On vient de casser la teste à un soldat de marine arrêté le 24 en désertant 
aux ennemis. 

Nos carcassières ont eu affaire ce matin avec une frégatte angloise 
aux environs du Cap Rouge ; je ne sçais point le mal qu'ils y ont fait 
mais nous y avons eu im homme de tué et un autre le bras emporté. 
■** 28. — ^Hyer sur les 9 heures du soir, cinq frégattes angloises ont appareillé 
de flot les vents étant de la part du nordet, ils ont passé devant la 
ville ; ils ont essuyé le feu de nos batteries qui ne les ont pas fort 
endommagées ; ils ont poursuivy leurs route jusqu'au Cap Rouge 
où ils ont mouillé ; il n'est pas douteux qu'ayant eu connoissance 
de nos mouvemens ils envoyent ce renfort à leurs vaisseaux qui sont 
en haut (313). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 195 

2 hommes ont été tués, un autre la cuisse cassée et 18 blessés légèrement 
ou bruslés par des gargousses qui ont pris feu sur la batterie Dau- 
phine. 

Suivant toutes les aparences le projet du munitionnaire qui devoit 
avec ces vaisseaux prendre ceux des ennemis qui sont en haut vat 
tomber de lui-même (314), de là façon dont on manœuvre et la con- 
duite de ceux qui s'y emploient, il n'est pas surprenant qu'on ne 
réussisse pas, les bouchers sont fait pour tuer des bœufs et non pour 
commander des armées, à moins que ce ne soit des armées cornues. 

A 4 heures après midy le lieutenant de M. Vauquelin (315) est venu 
de la part de son commandant faire des représentations à M. de Vau- 
dreviil touchant cette fameuse expédition ; ce que j'en puis penser 
est que si ce projet a lieu, ce que je ne pense pas, ce sera M. Vau- 
quelin qui y commandera. 
1759 août 29 — Nous aprenons que tous les bâtimens anglois sont descendus à St- 
Augustin où ils sont actuellement à l'ancre ; je pense qu'ils tentent 
une descente dans cette partie. 

Nous voyons de l'autre costé du Sault 7 à 8 bateaux anglois y compris 
ceux qui y étoient d'ancienne datte, on y tire quelques coups de 
canon de part et d'autre ; j'ignore ce qu'ils ont dessein d'y faire. 

Il vient de nous ariver 2 déserteurs anglois qui se sont joint à quelques 
habitans que nous avons de l'autre costé du Sault ; ils raportent 
qu'avant qu'il soit peut les ennemis évacueront cette partie, qu'en- 
suite ils doivent entrer dans l'Isle pour la ravager, et qu'ils comptent 
rester encore un mois. 

Sur les 6 heures du soir, M. de Lusignan (316) écry à M. de Bougainville 
qui venoit d 'ariver à nos tentes (317) et qui de là devoit alér au quar- 
tier général, il marque qu'il voit à la Pointe de Lévy un corps de 
troupes angloises sur 3 colonnes qui montent du costé de la rivière 
Detréchemins, qu'il estime qu'il y a environ 30(X) hommes ; M. de 
Bougainville n'a pas été plus loin ; au contraire il a retourné à son 
poste, après avoir envoyé la lettre de M. Lusignan à M. de Vau- 
dreuil. 

Le projet de prendre les vaisseaux ennemis est enfin évanouy ; les 
matelots viennent d 'ariver ; cette expédition a coûté seulement 
18 hommes qui se sont noyés dans le Richelieu (318) ; nous courions 
risque d'en perdre davantage sy ce projet eut eu lieu. 
30. — Hyer à 10 heures J^ du soir, les ennemis ont canonné à St- Augustin 
fondant ^ d'heures après quoi il y a eu ime grande fusillade qui a 
duré jusqu'à minuit ; nous ne sçavons point encore ce qu'il y a eu. 



196 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Hyer au soir un soldat anglois déserta du Sault à la vue des ennemis ; 
c'est un allemand pris dans Louisbourg l'année dernière qu'ils on 
incorporé dans Royal Amériquain ; voicy ce qu'il raporte, que le 
général Hwolf est toujours malade de la fièvre, que 8 de leurs officiers 
dont un capitaine en est un ont envoyé leurs maies et leurs lits à 
bord des vaisseaux, qu'ils attendent pour partir que les bleds soient 
meures p^our les brusler, qu'il a aussy vu 4 déserteurs françois de 
différents uniformes, qu'ils ont encore au Sault 3 grosses pièces 
de canon et 16 petites pièces de campagne, que les autres sont rem- 
barques ; voilà tout ce que j'ai sçu de son raport. 

Nous avons apris que les anglois n'avoient point débarqué à St. Augus- 
tin, qu'ils avoient fait un grand feu de canon et de mousquetteries, 
et qu'ensuite toutes leurs berges étoient venues à une petite distance 
à terre comme pour débarquer, qu'ils avoient resté 2 heures consé- 
cutifs dans cette position en faisant une grande fusillade à 2 reprises, 
que nos gens n'y avoient pas répondu d'un seul coup de fusil, et finale- 
ment à minuit ils avoient sonné les cloches et battu de la caisse à bord 
qu'aussitôt ils s'étoient embarqués, on nesçaitpasà quelle dessein ils 
ont fait cette feinte à moins que ce ne soit pour nous inquietter et 
nous faire faire diversion. 
Hyer on suprima partie de la ration ; au lieu d'une livre de pain qu'on 
donnoit, on n'en donne plus que 12 onces, mais le Roy gratifie d'un 
mis&"able [coup] (319) deaudevie par ration ; le munitionnaire 
doit payer le pain retranché suivant l'ordre de Monsieur l'intendant, 
mais je pense qu'il contreviendra souvent à cette ordonnance. 
1759 août 31 — Les ennemis paroissent faire quelques mouvemens du costé du Sault, 
il y a plus de 50 berges le long de terre, beaucoup de monde sur le 
rivage ainsy que dans les berges. 
Les vaisseaux qu'ils avoient en haut sont descendus de ce matin au 
Cap Rouge; à 2 heures après midy on vient de nous dire qu'ils remon- 
toient en hault ; on ne sçait en vérité que penser de leurs manœuvres, 
mais je crains fort qu'elle ne nous trompe, comme elle a déjà fait 
plusieurs fois. 
Sur les 11 heures du soir nous avons entendu tirer 7 à 8 coups de fusil 
sur la rivière du costé du bassin ; un peu de tems après on a crié de 
prendre garde aux batteries, qui peu de tems après ont fait un feu 
des plus vifs de boulets et de bombes ; les batteries de la Basse Ville 
je dis de la Pointe de Lévy ont riposté vigoureusement ; le feu a 
duré plus d'une heure ; il n'est pas douteux qu'il a passé des vais- 
seaux (320) d'autant que peu de tems après notre batterie de Samos 



ARCHIVES DE QUÉBEC 197 

a tiré plus de 20 cx>ups de canon, mais tout cela je croy sans aucun 
effet. 
1759 sept. 1. — Nous «prenons que pendant la canonnade de cette nuit il a passé 5 
batimens anglois ; ils ont monté jusqu'à Sillery et on dit qu'un a 
été maltraité en passant et mesme on a entendu quelqu'un crier 
à bord ; on pense que c'est un blessé. 

Un matelot a été écrasé par ime bombe qui lui a tombé sur le corps 
à la batterie Dauphine ; 2 autres ont été blessés légèrement par les 
éclats. 

Nous venons d'aprendre que le navire la Manon (321) appartenant 
au munitionnaire s'étoit perdu audessus des Grondines en descendant 
pour se rallier aux frittes l'Atalante et la Pamonne. 

Les ennemis ont incendié toutes les maisons de l'Ange Gardien, ou 
plutôt depuis St. Joachim à venir au Sault ; nous pensons qu'ils 
veulent déblayer de cette partie. 

Voilà au moins 20 ou 25 batimens montés en hault, des troupes qu'on 
a vues monter en corps par terre avec armes et bagages, on les voit 
déblayer du Sault, tout cela ne fait rien ; on garde constamment 
Beauport ; on croy aparemment qu'il est impossible qu'il puisse 
débarquer ailleurs ; je le souhaite mais je crains qu'on ne se trompe. 
2. — Les batimens que les anglois avoient à l'Ange Gardien se sont retirés 
et ont été rejoindre ceux qui sont dans le bassin à la réserve cepen- 
dant d'une frégatte et un brigantin qui sont restés à leurs même 
mouillage ; avant de déblayer, ils ont mis le feu à 2 maisons qui 
leurs servoient de corps de garde au Sault ; on estime le tord qu'ils 
ont fait dans ces campagnes à un tiers. 

Les batimens anglois sont redescendus à Sillerie où ils sont mouillés. 

3. — Les ennemis ont déblayé tout à fait du Sault ; plus de 200 berges ou 

chaloupes y ont été occupées pour les transports des troupes et de 

l'artillerie ; on leur a tiré beaucoup de coups de canon et plusieurs 

berges en ont été coulées. 

Ce même jour les troupes angloises se sont fait voir en corps de bataille 
à la Pointe de Lévy derrière leurs batteries, et même ils ont fait 
un petit camp un peu plus éloigné. 

Sur les 7 heures du soir les ennemis ont tenté de faire une descente 
au Cap Rouge ; ils ont envoyé 2 batteaux armés d'artillerie qui 
précédoient leurs berges, mais nos carcassières s'y sont trouvées 
qui les ont reçues d'une borme façon ; ils ont aussi essuyé quelques 
coups de fusil tirés par nos sauvages mais hors portée, ils se sont aussi- 
tôt retirés et ont été rejoindre leurs vaisseaux. 



198 ARCHIVES DE QUÉBEC 

1759 sept. 4. — Les vaisseaux ennemis restent toujours à l'ancre aux environs de 
Sillery. ^ 

Sur les 2 heures du soir le régiment de Guyenne (322) est venu camper 
à la redoute du passage, pour être à portée de se transporter où il 
sera nécessaire. 

" 5. — A midy il vient de nous arivér un déserteur anglois, il raporte qu'ils 

étoient deux mais que les ennemis ayant eu connoissance de leurs 
désertion avoient donné après, avoient tiré sur eux dont son camarade 
avoit été blessé à la jambe, qu'ils l 'avoient pris n'ayant pu se sauver ; 
il dit aussi que le dessein des anglois étoit de forcer beaucoup avant 
leur départ et qu'ils dévoient faire défiler du monde le long de la 
coste du sud pour incendier le reste des campagnes. 

" 6. — Un petit batteau (323) a passé devant la ville sur les 3 heures après 

midy, les vents étant de la part du nord douest ; on a tiré vainement 
beaucoup de coups de canon sans l'avoir frapé que d'un seul boulet 
dans sa voile ; pendant ce tems les batteries de la Pointe de Lévy 
ont fait un grand feu ; ils nous ont tué im officier (324) et 2 matelots 
sur la batterie Dauphine par un boulet, un 4e a été blessé. 

" 7. — Les ennemis continuent à nous canonner et bombarder comme à l'ordi- 

naire et même avec plus de vivacité, ils font divers mouvemens avec 
leurs bâtimens du Cap Rouge à la Pointe aux Trembles, sans faire 
aucvme descente quoique leurs troupes soient le plus souvent dans 
leurs berges et chaloupes. 

" 8. — Rien de nouveau sy ce n'est le régiment de Giiyenne qui a été au Cap 

Rouge craignant que les ennemis ne tentassent quelques descentes 
dans ces parties, M. Devergor (325) reste constamment avec environ 
150 hommes aux environs du Foulon, et le fils de M. Lafontaine (326) 
à l'Anse des Mères avec 15 ou 20 ; voilà tout le monde que nous 
avons dans cet endroit qui suivant moy est exposé. 
9. — Dès le matin le régiment de Guyenne est revenu prendre son poste 
à la redoute du passage, ayant passé la nuit aux environs du Cap 
Rouge la pluie sur le corps ; les ennemis tirent toujours beaucoup 
de la Pointe de Lévy. 

" 10, — Nous venons d'aprendre que les ennemis embarquent du bois dans 
leurs vaisseaux qui sont en hault ; ils vont et viennent incessamment 
depuis la Pointe aux Trembles jusqu'à Sillery ; on dit aussy qu'ils 
embarquent de leurs artilleries qu'ils ont à la Pointe de Lévy. 

" 11. — Tous les vaisseaux anglois à la réserve de deux qui sont devant la 
Pointe aux Trembles, sont des,cendus à Sillerie, on pense qu'ils veulent 
repasssr ; Dieu le veuille, mais je crains toujours quelques surprises. 



ARCHIVES DE QUFBEC 199 

1759 sept. 12. — Les vaisseaux n'ont point bougé dou ils étoient hyer, les vents sont 
cependant de la part du sud d'ouest bon frais et le tems très beau ; 
ils nous canonnent et nous bombardent toujours beaucoup de la 
Pointe de Lévy (327). 
13. — A la pointe du jour les ennemis ont débarqué à l'Anse des Morts (328). 
le factionnaire ayant entendu nager a crié qui vive, on a répondu 
en bon français provisions, et on a pris cela pour argent comptant, 
d'autant qu'il devoit passer des batteaux chargés de vivres, et l'ordre 
ayant été donné pour ne pas tirer dessus (329). 
Les Ennemis ont donc débarqué aussitôt au nombre de 15 à 1800 
hommes. M. Devsrgor a été pris sans coup férir ayant été blessé, 
je croy même encore endormy ; ils ont aussitôt monté la coste et 
en très peu de temps ont pénétré chez Borgias Levasseur (330), 
ils se sont empcU"és de la maison et de la grange ainsi que des maisons 
de St. Joseph. M. Lenoir (331), officier de la Sarre, commandant 
quelques volontaires, a fusillé longtems avec les ennemis mais ayant 
été blessé à plusieurs endroits il a été fait prisonnier ; les canadiens 
y ont accouru et se sont beaucoup fusillés mais comme le nombre 
des ennemis augmentoit de moment en moment, nos miliciens 
tiroient d'un costé et d'autre sans faire un corp)s capable de tenir 
aux ennemis ; enfin sur les 8 ou 9 heures M. de Montcalm ayant été 
averty y est accouru avec quelques troupes de terre et de la marine 
et s'est aie poster au-dessus de la porte St. Louis, ayant disposé 
son monde dç façon à en imposer aux ennemis en attendant le reste 
des troupes et canadiens, les ennemis se sont aussi arrêtés ne doutant 
pas qu'il aloit leurs livrer bataille ; M. de Montcalm impatient de 
ce que son monde ne venoit pas. ignorant que M. de Vaudreuil 
les faisoit arrêter au pont de la petite rivière (332) quoi qu'il n'eust 
tout au plus que 25(X) ou 3000 hommes il prit la résolution d'alà' 
attaquer les ennemis ; les troupes de terre marchoient au centre 
et celle de la marine et les canadiens étoient sur les ailes, il fut done 
dans cet ordre à la demie portée du fusils des ennemis qui les atten- 
doient de pied ferme et la plus grande partie un genoux en terre : 
ce fut alors qu3 le grand feu commença de part et d'autre, mais après 
deux ou trois décharges de nos troupes ils firent un demy tour à droite 
et plièrent. M. de Montcalm ayant été blessé au bras (333) les 
ennemis avancèrent aussitôt sur nos troupes et bientôt après M. de 
Montcalm reçut une autre blessure mortelle. C'est alors que la 
déroute fut complète ; les ennemis nous ont poursuivis jusqu'aux 
portes de la ville ; nous avons perdu dans cette funeste journée 



200 ARCHIVES DE QUÉBEC 

plus de 300 hommes tués, un grand nombre de blessés et beaucoup 
de prisonniers ; Messieurs de Sennezergue (334) et de Fontbonne (335) 
l'un commandant de la Sarre et brigadier et l'autre commandant 
de Guyenne (336), ont été tués sur le champ de bataille, plus de 
10 officiers de ce régiment ont été tués, blessés ou prisonniers dans 
ce jour. 

Pendant l'action M. de Vaudreuil a paru sur la coste étant en calèche, 
sa vue n'a fait qu'augmenter la déroute, et lui-même a décampé 
aussitôt et a repassé le pont de la petite rivière où il y avait au moins 
3 à 4000 hommes qui y avoient été arrêtés. 

Les ennemis sont venus jusqu'à l'entrée de la prairie de M. Hyché, 
ils ont tué le nommé Voyer (337) boulanger ainsy que le bonhomme 
Clément dans la maison de Giroux ; 2 ou 3 coups de canon tirés des 
vaisseaux qui sont en batterie à l'entrée de la petite rivière les ont 
fait remonter et même un écossais en a été emporté par un boulet. 

Les ennemis ont perdXi dans cette action le général Hwolf, le 2e com- 
mandant M. Moncton (338) une balle dans la poitrine enfin le 3e 
commandant qui est M. Tonshend (339) est le commandant en chef. 

Partie du régiment de Languedoc et des troupes de la marine ont 
rentré dans la place : le reste des troupes et canadiens ont resté 
à la redoute du passage, on s'attendoit qu'on aloit reprendre haleine 
et qu'on feroit aprocher M. de Bougainville qvii avoit 2(XX) hommes 
avec lui dont tous les grenadiers en étoient, qui étoient du costé du 
Cap Rouge, et qu'aussitôt que tout seroit rallié on reprendroit, dès 
le soir ou le lendemain matin au plus tard, mais non, au contraire, 
lorsque M. Bougainville se fut aproché il fît dire à M. de Vaudreuil 
qu'il attendoit ses ordres pour attaquer les ennemis. M. de Vau- 
dreuil luy donna ordre de se retirer avec son monde à la Suède (340) 
et à 9 heures du soir il donna l'ordre pour partir de Beauport, aban- 
donnant toutes les tentes, équipages, munitions et vivres, comme 
s'ils eussent été poursuivis par une armée de 20 mille hommes. 

Funeste journée où les armes de la France sont des plus deshonorées ; 
cette retraitte ou plutost cette honteuse fuite s'est faite par les hauts 
de Charlesbourg au travers des bois il y avait environ 3 ou 400 
hommes qui escortoient ce brave général et le reste marchoient 
sans aucun ordre ny discipline ; la première halte que fit ce général 
fut à St. Augustin, elle ne fut pas longue bientôt après il décampa 
pour Jacques Cartier ou tout le monde se rendit comme ils purent 
et comme ils voulurent (341). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 201 

1759 sept. 14.— Monsieur le marquis de Montcalm lieutenant général est mort de ses 
blessures et a été enterré aux Ursulines ; cette p>erte doit astre sen- 
sible à l'état et encore plus à tous les canadiens ; c'est de ce malheur 
fatal que proviennent tous nos malheurs communs ; depuis ce jour 
jusqu'au 18 il s'est tenu nombre de conseils à l'armée fugitive ou le 
mtmitionnaire présidoit ; ceux qui se sont tenus dans la place ont 
été à peu près dans le même goust ; on craignoit à chaque instant 
que l'ennemy n'escaladast la place quoi qu'il n'y en eut aucune 
aparence. 

Pendant ce tems M. de Lévy est arrivé et décidément il a été résolu 
de réataquér les ennemis, et M. de Bougainville avec 1500 honmies 
s'avançoit {xrnr entrer dans la place, il s'est rendu à une lieue de 
distance lorsqu'il a apris par un courier que M. de Ramezay (342) 
avoit capitulé quoi que Monsieur de Lévy eut fait entrer des vivres 
(343) dans la place avec defence au commandant de capituler 
d'autant qu'il alloit estre secouru ; voilà enfin le frviit final de toutes 
nos mauvaises manœuvres, et la place a été rendue ou plutôt donnée 
sans que les ennemis ayent tiré un seul coup de canon. 

A 3 heures après midy le 18 les portes de la ville ont été ouvertes et 
la garnison angloise est entrée ; on dit qu'avant la reddition de la 
place les magasins du Roy avoient été pillés d'une bonne façon par 
les françois ; en vérité cela fait horreur et jamais on avoit tant connu 
de canailles comme il y en a ; le garde magasin (344) a suivy l'armée, 
un des commis y étoit resté, les ennemis se sont emparés de ce qui 
s'y est trouvé sans en donner inventaire ; il est vrai qu'on ne leur 
en a fwint demandé. 

En lisant ce journal on y verra avec honte les fautes grossières qui ont 
été faites dans cette campagne ; il semble que d'accord avec les 
ennemis on se soit étudié à leur procurer les moyens de nous prendre 
avec facilité ; rien ne nous le prouve mieux que l'action du 13 îiinsi 
que la reddition de la place le 18 ; ce sera à jamais des témoins 
injiirieux contre les armes de la France. Je ne vois plus lieu de nous 
rendre à nous mêmes, il n'y a qu'une bonne et heureuse paix qui 
peut nous procurer cette douce et agréable tranquilité ; je la souhaite 
de tout mon cœur pourvu que ce soit la sainte volonté de Dieu. 
Amen (345). 



NOTES 



(1) Louis-Antoine de Bougainville, le futur navigateur, était auparavant aide-maréchal des logis dans 
l'armée de Montcalm. En novembre 1758, il avait été chargé par le gouverneur de Vaudreuil d'aller rendre 
compte à la cour de la situation critique de la colonie. Il en revenait au mois de mai 1759, avec le brevet 
de colonel pour lui-même et celui de lieutenant-général poiu" le marquis de Montcalm. 

(2) La Chezine, frégate de 26 canons, appartenait à la flotte du munitionnaire Cadet, partie de Bor- 
deaux à la fin de mars 1759. Bougainville, qui était à son bord, nous apprend, dans son Journal, qu'elle 
quitta le convoi après huit jours de mer et fit la route seule. (R. de Kérallain : La Jeunesse de Bougain- 
ville, p. 128). Ceci explique son arrivée à Québec avant les autres navires. Quoique la Chezine ne fût à 
Québec que le 13, nous avons vu que Bougainville lui-même y arriva le 10. Les vaisseaux n'entraient 
d'ordinaire en rade qu'assez longtemps après avoir été signalés. Bougainville, chargé des nouvelles de la 
cour et pressé d'arriver, s'était évidemment fait descendre à terre à la première occasion et était entré dans 
la ville par la voie la plus rapide. 

D'après Gardiner (Memoirs of Ihe Siège of Québec), la Chezine fut prise par le navire anglais, le Rippon, 
comme elle tentait de retourner en France, à la fin de 1759. 

(3) Le capitaine de la Chezine est appelé Dullos dans le Journal de Foligné (p. 169) et Guillon, dans les 
Mémoires du Sieur de C. . . . (p. 139). Son véritable nom est Pierre Duclos-Guyot. Il avait été choisi par 
Cadet pour p-^endre le commandement de sa flotte au cas où le sieur Canon et son second, M. de Grand- 
rivière, viendraient successivement à manquer. Nous le retrouverons plus loin, lors de l'affaire des brûlots. 

Duclos-Guyot, qui conduisit Bougainville à Québec, en 1759, est le même qui servit de second au 
célèbre navigateur, sur la frégate la Boudeuse, lors de son grand voyage autour du monde, de 1766 àl769 . 
Le 8 mars 1777, il fut fait chevalier de Saint-Louis, avec la note suivante : "Duclos-Guyot, capitaine de 
brûlot, navigue depuis quarante-trois ans, a fait vingt-quatre campagnes, dont six pour le roi et particu- 
culièrement celle du tour du monde ; a été chargé de plusieurs commandements, a soutenu beaucoup de 
combats et fait beaucoup de prises, est officier depuis treize ans". (Mazas, Hisi. de l'Ordre de Saint-Louis, 
II, p. 253). 

Duclos-Guyot fut capitaine de port à l'Ile de France de 1781 à 1784. (Adrien d'Epinay, L'Ile de 
France, pp. 228. 313). 

Quoi qu'en dise Panet, le Sieur Dinel n'était que le troisième officier à bord du Machaull. En effets, 
les Registres de l'Amirauté, de Québec, à la date du 28 février 1760, mentionnent la criée d'une prise 
anglaise faite par " le Sieur la Giraudais, premier second sur le navire le Machaull ". Ce La Giraudais 
est le même qui accompagna M. de Bougainville dans son célèbre voyage autour du monde. 

(4) Le. MachauU, frégate de 24 canons, avait pour capitaine le sieur Canon, commandant de la flotte 
du munitionnaire. Panet, dans son Journal, le fait arriver le 15. Ce même jour, il paraît avoir reçu à son 
bureau le Sr Dinel, second, du sieur Canon. Il faut croire que Dinel, afin de se rendre à Québec plus tôt, 
comme Bougainville, en vue des préparatifs à organiser, avait été détaché de son navire à l'île aux Coudres 
ou à quelque autre endroit. En général, d'ailleurs, les dates que marque Panet dans son Journal sont plu- 
tôt imprécises. Plusieurs des entrées ont, de toute évidence, été faites plusieurs jours après. Une compa- 
raison minutieuse des textes des diverses relations nous a permis de constater, au contraire, chez l'auteur 
du présent Journal, une exactitude minutieuse au moins pour tous les événements dont il a pu avoir >ine 
connaissance personnelle. 

Le Machaull survécut au siège de Québec, mais i) périt le 8 juillet 1760, dans la rivière Restigouche. 
Son commandant le sieur de la Giraudais, donna l'ordre de l'incendier afin qu'il ne tombât pas aux mains 
de l'ennemi. (G. Lanctôt : Le dernier effort de la France en Canada, dans les Mémoires de la Société Royale, 
1918, I, 51). C'est ce même navire que l'abbé Tanguay, dans A travers les registres (pp. 169 et 175), appelle 
la frégate le Marchand, capitaine Carson. Dans son introduction aux Œuvres de Crémazie, M. l'abbé 
Casgrain cite un certificat de liberté d'après lequel Jacques Crémazie, premier du nom en Canada et le 
bisaïeul du poète, serait arrivé au Canada en 1759, après s'être embarqué à Bayonne sur la flûte du roi 
le Canon (p. 11). C'est sans doute le MachauU, commandé par Canon, qui porta en ses flancs en 1759 
l'avenir de la ï)oésie canadienne. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 203 

(5) Le sieur Jacques Canon ou Kanon. lieutenant de frégate, était à Québec en août 1758, comman- 
dant de deux navires au service du roi, la Valeur et la Mignonne. C'est alors que le mtmitionnaire l'engagea 
pour commander la flotte qui devait ravitailla Quèljec, au printemps de 1759. (J.-E. Roy, Histoire de la 
seigneurie de Lauzon, II, appendice, p. XLIV, d'après le greffe de Panet). Nous savons très pieu de chose 
sur cet oflScier en dehors de sa piarticipation à la défense de Québec. Il ptarait avoir été diepix>is et, quoique, 
dans sa rivalité avec Vauquelin, il semble avoir été moins sympathique que ce dernier à la pwpulation qué- 
bécoise, tous cependant s'accordent à le reconnaître comme un marin à la fois habile et audacieux. Après la 
chute de Québec, il réussit à tromper la flotte anglaise et à ramener en France quelques-uns des navires 
qui lui restaient. Les Mémoires du Sieur de C. . . .nous disent qu'il était officier bleu. (p. 126). 

(6) Dans presque toutes les relations du temps ce navire est apipelé le Maréchal de Senecière, mais i' 
devait s'appKler le Maréchal de Sennelerre, s'il a été baptisé d'apHrès le maréchal de FraïKe de ce nom, comme, 
en effet, tout l'indique. C'était une fr^ate du p)ort de 300 tonneaux et montant 36 canons, d'après un 
rapport de M. de Vaudreuil, du 28 septembre 1767. (Doughty & Parmelee, Siège of Québec, V.. 360). 
Cependant la liste publiée en appendice des Memcirs of the Siège of Québec, par Gardiner, ne donne au 
Maréchal de Sennelerre que 24 caiK>ns, comme à la Chézine et au MachauU. Ce navire, comme pjresque tous 
ceux de la flotte Canon, eut vme fin tragique. Assailli par une temp)ête, la nuit du 22 au 23 septembre 1759. 
alors qu'il tentait de retourner en France, il fut jeté à la côte, à l'endroit nommé le Sault à la Chaudière, 
un peu au-dessus de Québec et s'y pierdit. 

(7) Le capitaine Gotet de Grandrivière, d'après les instructioas du munitionnaire, devait remplace^ 
le sieur Canon au commandement, en cas de mtwt ou d'accident. (Greffe Panet, 10 septembre 1758)- 
L' auteur anonyme du Journal que ixhis piublions, dans l'une des nombreuses pièces dont il fait F>récéder 
sa relation du siège de 1759, constate sa pwïseiKe à Québec à cette épxxiiK, en même temps que Canon, com- 
me capitaine du navire la Bonne Amie. 

(8) U Angélique fut un des six navires transfonnés ea brûlots qui périrent si piteusement le 28 juin 

1759, en tentant d'incendier la flotte anglaise. Elle était alors sous la conduite de son même capitaine, 
le sieur Grammont. 

(9) La Manon, que l'on apip)elait aussi la Charmante Manon, était une frégate de 26 canons, r>ropriété 
du munititMuiaire. Elle p)érit le 31 août 1759, entre £>eschambault et les Grondines. (Journal de Mont- 
calm. p. 601). C'est la "Lovely Ncmcy" des Mémoires de Gardiner. 

(10) On le trouve ailleurs nommé Minviel (Gardiner, Memoirs of the Siège of Québec, app.) En mai 

1760, il commande ime goélette et fait trois pirises qui l'embarrassent fort. (Voir Rapp. Archives, 1905. 
1, 4e partie, pp. 28-29). Le marquis de Vaudreuil l'apjpjelle en cette occasion M. Mainvid. 

(11) Le Bienfaisant est le même qui fut incendié le 8 juillet 1760, dans la rivière Restigoucfae. Il 
était alors commandé par le sieur Grammont. plus haut nommé capitaine de l'Angéliçue. 

(12) Le sieur Cotirval, capitaine de navire marchand, est celui qui commandait, le 28 juillet 1759. 
l'expiédition des cajeux contre la flotte anglaise. Dans ime note au Journal du curé Richer {Bull. Recher- 
ches Histori4iues, IX, 134), Mgr Têtu le confond avec son cousin germain, Louis-Pierre POulin de Courval. 
sous-constructeur des vaisseaux du roi et mort en 1764. Loin d'être mort en 1764, l'ancien commandant 
des cajeux p>renait part, en 1766, à une expédition à St-Pierre et Miquelon et, le 8 août de la même année 
il recevait du roi une gratification de 600 livres pour le récompenser de son courage et de son intrépidité 
dans cette occasion périlleuse. {Rapport des Archives pour 1905, I, 371). Un acte du greffe de Barolet. 
du 25 juin 1754, que nous a commimiqué M. Pierre-Georges Roy, pjermet d'identifier à pseu près exacte- 
meat le capitaine de navire de 1759. C'est une pwocuration signée avant son départ pxmr l'ancienne 
France, par François-Louis Poulin de Courval, majeur de 25 ans passés, capitaine de navire. Or, fl est 
certain que le commandant des cajeux est le même Courval qui conduisit le Bienfaisant à Québec en 1759 
et qui était navigateur de carrière. François-Louis Poulin de Courval, né à (Québec le 30 octobre 1728, 
(Tanguay, VI, 426) était le fils de Louis Poulin de Courval, lieutenant-général civil et criminel du gouver- 
nement des Trois- Rivières, et de sa première femme. Françoise Foucault. Il fut fait capitaine de brûlot, 
le 8 avril 1762. (Rapport des Archires, 1905. 1, 333). 

(13) Le Sl-Auptstin de Bilbao, ainsi qu'O est quelquefois désigné ailleurs. 



204 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(14) Peut-être faudrait-il lire ici, au lieu de capitaine de Balles, le capitaine Reboul. Le chevalier 
de Foligné, ayant à parler de ce dernier dans son Journal (p. 194), le nomme Deboulle. Il n'y a guère plus 
loin de Reboul à DeBalles. Le capitaine Reboul est un de ceux que le marquis de Vaudreuil signale en 
1760 aux faveurs du roi pour s'être signalés durant le siège de Québec. 

(15) \JElizabelk fut un des cinq navires qui échouèrent près du Sault de la Chaudière, des dix que le 
capitaine Canon tenta de ramener en France, en passant à travers la flotte anglaise, en novembre 1759. 
Knox raconte, dans son Journal, comment le capitaine Miller du "Race horsé" , ayant abordé l'épave aban- 
donnée pour en faire le pillage, mit accidentellement le feu à la sainte- barbe et sauta en même temps que le 
navire, avec une quarantaine de ses hommes. L'aventure est racontée un peu différemment par le général 
Murray, dans son Journal of Québec. (Memoirs of Ihe Québec Lilerary and Historical Society, 3rd Séries). 

(16) L'abbé Tanguay a trouvé, dans le registre de la paroisse de Batiscan, à la date du 14 septembre 
1759, le nom de Joseph Carmoy, capitaine du navire YElizahelh, de Bordeaux. (A travers les Registres, p. 
173). 

(17) La Toison d'or, vaisseau du port de 300 tonneaux que le sieur Cadet avait acheté du sieur Lama- 
létie, pour le prix de 50,495 livres, le 18 septembre 1758. (J.-E. Roy, Histoire de la Seigneurie de Lauzon, 
II, Appendice, p. XLVI) . On verra plus loin que ce navire fut accidentellement incendié le 8 juin 1759 
alors qu'on venait de le transformer en brûlot. 

(18) Probablement le Sieur Joseph Marchand, canadien, que Tanguay mentionne comme capitaine 
de navire à la page 495 du vol. V, de son Dictionnaire. 

(19) La Venus, navire de port de 180 tonneaux, acheté par Cadet, le 18 septembre 1758, en vue du 
ravitaillement de (Juébec, et payé comptant 12,750 livres. (J.-E. Roy, Histoire de la seigneurie de Lauzon, 
II, App. p. XLVI). 

(20) Le nom du capitaine des Quatre-Frères a été laissé en blanc par l'auteur du manuscrit. La liste 
publiée en appendice aux Afewotrs o/ /Ae St«ge o/ QMÉÔec, par Gardiner, donne lenomGirois. C'est l'inva- 
riable habitude des mémorialistes anglais de défigurer les noms français. Il faut probablement lire Gi- 
rard, au lieu de Girois. Eln effet, nous voyons, dans le greffe de Jean-Claude Panet, que, le 30 septembre 

1758, Cadet engage François Girard pour commander la Venus, aller et retour de France. Girard a pu 
conduire la Venus en France et ramener les Quatre Frères. Ce dernier navire est un de ceux qui furent 
armés en brûlot et qui furent si inutilement sacrifiés le 28 juin 1759. 

(21) UAmeriquain, un autre des navires qui prirent part à la désastreuse affaire des brûlots. C'est 
son capitaine même, le sieur de Louches, qui commandait l'expédition et qui s'y fit remarquer par son 
étourderie, sinon par sa lâcheté. Nous croyons qu'il était canadien. Dans une liste des vaisseaux mouillés, 
à Québec, en 1757, nous rencontrons le navire la Gracieuse, capitaine François de Louches. C'est très pro- 
bablement le même que le capitaine de 1759, François, fils de Pierre de Louches, capitaine de vaisseau, et 
de Louise-Aimée Lefebvre, né à Québec, le 8 avril 1724. L'un de ses frères, Pierre, était récollet et aumônier 
de l'Hôpital-Général de (Juébec, en 1759. On a fait écrire à Panet, page 7 de son Journal, "le Sieyr Oclou- 
ches." 

(22) Le Swinton est iDeut-être une ancienne prise anglaise dont le nom a été conservé, mais avant 

1759, il avait déjà fait plusieurs voyages entre la France et le Canada sous pavillon français. Au commen- 
cement de son Journal, M. de Foligné se désigne lui-même "capitaine en second de la corvette le Shwinton 
de Brest". La similitude du nom pourrait faire croire qu'il s'agit du même navire et alors le Swinton serait 
parti de Brest au lieu de partir de Bordeaux avec la flotte de Canon. Mais nous soupçonnons que le copiste 
a tout simplement mal lu le nom du navire de M. de Foligné. La corvette est un navire de guerre qui tient 
le milieu entre la frégate et le brick. Or, le Swinton dont il est ici question n'est qu' un navire marchand. 
Nous avons une lettre du 14 mars 1759, adressée à M. Perrault, négociant à Québec, et où Lamalétie et 
Latuillière, armateurs de Bordeaux, lui apprennent qu'ils ont chargé pour lui, dans le navire 1 e Swinton, 
4 barils de farine." De plus il importe de noter que le Swinton n'est arrivé que le 18 mai, tandis que M. de 
Foligné, d'après son Journal, était ici bien avant cette date. 

(23) Le capitaine du Swinton, pour la circonstance, porte un nom bien canadien : Guyon. Ne serait- 
il pas Guyon-Dubuisson ? Le 8 novembre 1759, le marquis de Vaudreuil demande les faveurs du roi pour 
plusieurs officiers marins qui se sont distingués pendant le siège de Québec, entre autres M. Dubuisson. 
(Rapp. Archices, 1887, p. CLXXXVIII). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 205 

(24) Le Journal de Panet fixe au premier juin la date d'arrivée à Qjébec de la frégate VAlatante. en 
même temi» que de la Pomone et de la Pie. A moins d'avoir stationné assez longtemps dans le fleuve 
avant de naouiller en rade, ces navires, pour arriver à Québec, en juin, devaient [tasser au Bic après le 
23 mai et, à cette date, aucim navire ne pouvait plus traverser le cordon de la flotte an^aise. Le témoignage 
de notre auteur anonyme est d'ailleurs corroboré par le Journal de Foligné (p. 166), et stirtout par la Rela- 
tion du siège de Québec (p. 303), qui laissent voir clairement que l'AlalanU, la Pomone et la Pie étaient 
arrivées le 19 du mois de mai. 

L'Alalante ne faisait pas partie de la flotte du munitionnaire. C'était ime frégate au service du roi 
qui était partie de Rochefort avec un chargement de munitions de guerre. On sait comment elle petit 
glorieusement le 17 mai 1760, au large de la Pointe-aux-Trembles, ar>rès un combat acharné de plusieurs 
heures contre deux navires anglais. 

(25) Jean de Vauquelin, l'héroïque commandant de YAlalanle, était né à Dieppe en 1727. L'auteur 
des Mémoires du Sieur de C . . . (p.. 138) iM^tend qu'il descendait d'un certain Vauclain des Yvetaux qui 
avait été précepteur de Louis XIII. D'abord routier marchand, il fut commissionné lieutenant en 1756, 
et servit avec distinction en 1758 devant Louisbourg alors qu'il commandait VArétkuse. En 1759, pendant 
le siège de (Juébec, il était commandant de la rade. Les Anglais axix mains de qui il était tombé etî 1760, 
apirès la perte de VAtalante, honorèrent sa valeur en lui rendant sa liberté et en le faisant reccHiduire en 
France. Après une dernière mission aux Indes, il fut, un soir de 1764, trouvé mystérieusement assassiné 
dans une des rues de Versailles. Il n'avait que 37 ans. 

(26) La flûte était un bâtiment destiné au transport des troupies et des miwitions. Un navire de 
guerre était dit armé en flûte lorsqu'il avait été déchargé de son artillerie et dispxieé pour faire le service 
des transports. 

(27) La Pomone était une fr^ate réarmée pour le transTXirt des recrues. EUle échoua sur la côte, 
le 16 mai 1760, lors de la tentative faite par Vauquelin p>our traverser la flotte anglaise, et fut incendiée. 
Le sieur Sauvage, qui la commandait, échappa cependant à l'ennemi. On le retrouve à Rochefcrt, à la fin 
de 1760. {Rapport des Archives pour 1905. I, 309). 

(28) La flûte la Pie était un des vaisseaux du roi partis de Rochefort sous la conduite de Vauquelin : 
son capitaine, que notre auteur nomme Duvilliers, est quelquefois appelé Villi»^ (cf. Mémoires du sieur 
éeC....p. 181). 

(29) D'après le Journal mÊcae qui porte son nom. (p. 523). le marquis de Montcalm arriva à (Québec 
le 22 mai, à 7 heures du soir. 

(30) L.' Amitié avait été achetée de Nicolas Massot par C^det, le 9 novembre 1758, et payée 9,600 
livres. D'après un rapport de M. de VaudreuU, ce navire fut employé pour servir d'entrepiôt pendant le 
siège de (^ébec en 1760, et fufbrûlé le 17 mai de la même année pour le soustraire aux Anglais. (Dougfaty 
and Parmelee. Siège of Québec, V. 360). 

(31) Le caiMtaine de l'Amitié est probaUement aussi un Canadien, le rnSme sieur Voyer qu8 nous 
retrouvons en 1766, faisant la traversée d'Angleterre en Canada, avec Pierre de Saks Leterrière. (Mémoi- 
res de Laterrière. p. 43). 

(32) D'après la p)résente relation, le Soleil Royal serait arrivé à (Juébec le 23 njai, en même temps que 
quatre autres navires. Le Journal de Panet veut que le Soleil Royal soit îurivé le 29 et le Duc de Fronsac, 
le 28. Cette fois encwe, les autres mémoires contemporains donnent raison à notre auteur. "Le 23 mai, 
écrit Malartic dans son Journal (p. 235), il est arrivé cinq vaisseaux qui se sont joints aux autres". Le 
Journal de Montcalm (p. 523), mus appa-end de même, que , le 23 mai, arriverait cinq navires. Notre 
manuscrit mentionne précisément l'arrivée de cinq navires à cette date du 23. 

(33) Dans une lettre inédite, adressée le 22 mars 1759, à tin n^iociant de (^ébec, piar Parmateur 
Lamalétie, de Bordeaux, nous relevons le piassage suivant relatif au sieur Duffy-Charest : "Dans le 
moment nous apptrenons que M. Duffy-Charest, commandant le Soleil Royal, parti de St-Sébastien le 27 
du mois dernier, est entré le 13 du courant à Scmtander, forcé piar le mauvais tempis, après avoir jeté à la mer 
13 canons et autant de pierriers." 

Le sieur Duffy-Charest avait été engagé ptar C^adet en octobre 1758 pour conduire la Toison d'Or en 
France et, là, prendre le commandement d'un autre navire à destinatxm de (Québec II appartenait à la 



206 ARCHIVES DE QUÉBEC 

flotte de Canon, mais il devait faire escale à Bayonne, après avoir quitté Bordeaux. On trouvera, dans le 
deuxième volume de l'Histoire de la seigneurie de Lauzon, par M. J.-E. Roy, de nombreux renseignements 
sur Joseph Duffy-Charest. Né à Québec, le 4 avril 1719, il était le frère d'Etienne Charest, seigneur dfe 
Lauzon. Passé en France, après 1760, il mourut à La Rochelle, le 17 mars 1763. 

(34) Dans une lettre datée de Bordeaux, le 15 mars 1759, le négociant S. Jauge écrit : "Il n'y a eu 
qu'un seul navire à fret nommé le Duc de Fronsac qui a frété à 1000 livres. Les munitionnaires ont pris 
le reste." De cette dernière phrase on peut conclure que ce navire n'appartenait pas à la flotte du muni- 
tionnaire. D'ailleurs, il n'apparaît pas dans la liste des vai.sseaux du Sieur Canon que publie Gardiner 
en appendice aux Memoirs of the Siège of Québec. 

(35) On rencontre à Québec, en 1757, le sieur Jacques Villeurs, capitaine de navire. Est-ce le même 
qui commande en 1759 le Duc de Fronsac ? M. Eoughty, dans une note de son édition du Journal de 
Knox, (II, 17) donne comme con^mandant au Duc de Fronsac, un certain M. Grani, d'après le Journal de 
Panet. A la date du 5 août 1759, Fanet dit simplement que le Duc de Fronsac appartient à M. Grani. 

(36) La Relation du siège de Québec (p. 303) dit que trois navires étaient partis de Rochefort sous les 
ordres de Vauquelin. La Marie a dû être un de ces trois navires avec VAlalante et la Pie. Des vaisseaux 
du roi, il n'y eut probablement que la Potnone qui partit de Brest. 

Le capitaine de la Marie n'est pas nommé, mais nous lisons dans les Mémoires du Sieur de C. . . qu'elle 
était commandée, au commencement de 1760, par M. Cornillau. Le marquis de Vaudreuil, dans plusieurs 
de ses lettres, parle de M. de Comilhau. D'après le sieur de C . . . (p. 206), c'est sur la Marie que se seraient 
embarqués M. de Vaudreuil et Cadet pour retourner en France après la capitulation de Montréal. C'est 
un navire anglais, le Molyneux, qui porta M. de Vaudreuil et sa suite. Le chevalier de Lévis s'embarqua 
sur la Marie, d'après l'état d'embarquement publié dans le Rapport des Archives pour 1886 (p. CLXVII). 

D'après le chevalier de Lévis, (Lettres, p. 455), le sieur de Comillaud, comme il l'appelle, était déjà 
commandant de la Marie à son arrivée, en mai 1759. Dans un mémoire de 1761, où il demande pour M. de 
Cornillaud les lettres de lieutenant de frégate, M. de Lévis lui rend le témoignage qui suit : "A donné des 
preuves de son zèle et de son intelligence, étant le seul qui ait sauvé et conservé son bâtiment jusques à la 
reddition du Canada, où il a servi avec grande distinction, ayant eu un ordre pour commander en qualité 
de lieutenant de frégate la flûte du Roi, la Marie, lorsqu'elle fut envoyée en Canada, en 1759, il en sollicite 
les lettres." 

(37) Tout ce que nous savons du navire le Colibri, c'est qu'il appartenait à la flotte du munitionnaire 
et qu'il survécut à l'expédition du Canada. Il doit être un des cinq navires qui réussirent à forcer le passage 
devant (Juébec, sous la conduite du sieur Canon, en novembre 1759. Le 25 février 1760, Pierre Desclaux 
et fils, négociants à Bordeaux, écrivent à Cadet : "Nous avons désarmé le navire le Colibri et comme dans 
les circonstances présentes, il était inutile de le garder, dès que nous ne pouvons pas l'«mployer, nous en 
avons fait la vente pour 12(XX) livres." Le Colibri était alors commandé jjar le sieur Nau que M. Des- 
claux accuse de friponnerie. (Doughty and Parmelee, Siège of Québec, V. 356) . 

Le sieur Nau, cependant, n'a dû commander le Colibri qu'apjrès son départ du Canada. Les Registres 
de l'Amirauté nous apprennent que le Colibri, étant en rade de Montréal le 18 août 1759, avait pour 
capi taine le Sieur Jean Hiriard. 

(38) De combien de vaisseaux se composait, en fin de compte, la flotte de Canon ou du munitionnaire ? 
La question vaut peut-être la peine d'être posée. Cadet, qui était tenu par contrat à ravitailler (Juébec, 
avait commencé ses préparatifs en septembre 1758, alors qu'il acheta à (Québec un certain nombre de 
navires et les fit passer en France. Ces navires, chargés de vivres et de munitions, devaient revenir au 
printemps suivant, escortés de quelques frégates sous la conduite du sieur Canon. Des dix navires qui 
paraissent avoir été achetés à (Juébec par Cadet, en 1758, d'après le greffe Panet, nous n'en retrouvons 
que trois, la Toison d'or, la Venus, et l'Amitié, parmi ceux qui se rendirent à destination, en mai de l'an- 
née suivante. Les uns périrent durant la traversée de Canada en France et l'on dut, pwur diverses raisons, 
trouver à un certain nombre d'autres des substituts.Ce qui est certain, c'est que du 10 au 23 mai, dernière 
date à laquelle purent passer des vaisseaux français, à cause des anglais mouillés au Bic, il est arrivé a 
Québec 22 voiles ou, si l'on veut, 23 en comptant une prise anglaise faite par le sieur Canon au large du 
golfe. Tous ces navires n'appartenaient pas cependant à la flotte du munitionnaire. En mars 1759, 
MM. Paillet et Meynardie, négociants de la Rochelle, écrivent ce qui suit à un de leurs correspondants de 
Québec : "Il part de Bordeaux une vingtaine de navires pour le munitionnaire. Il en est parti deux de 
Bayonne. Il va partir deux flûtes de Brest, autant de Rochefort et un navire marchand frété par le Roi 
à im particulier." MM. Paillet et Meynardie grossissaient légèrement la flotte du munitionnaire, mais. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 207 

du temps où ils écrivaient jusqu'à l'actud départ, des modifications ont pu se pixxluire. M. de Bougain- 
ville, qui quitta Bordeaux avec la flotte, était mieux renseigné lorsqu'en arrivant à Québec, le 10 mai. il 
annonça l'arrivée txochaine de 17 vaisseaux. Comme Bougainville ne comptait probablement pas la Ckizine 
sur laquelle il était venu lui-même, il s'en suit que la flotte de Canon, au départ, devait être de 18 navires. 
Or. une lettre écrite de Bordeaux un p>eu plus tard, par M. Lamalétie. fait voir que tous les vaisseaux de la 
flotte de Canon se sont rendus à Québec, moins deux. Nous avons précisément le compte des seize navires 
dans la liste que donne l'auteur du présent Journai. En effet, sur 22 navires qui y sont énumérés. exclmion 
faite de la prise anglaise, il y a la frégate YAtalanU, et les flûtes la Pomone, la Marie et la Pie qui. venues 
de Rochefort ou de Brest, n'appartenaient certainement pas à la flotte de Canon, et il y a le EHic de Fronsac 
que nous avons vu y être aussi étranger, probablement ce navire frété par le Roi à un particulier dcmt parlent 
Paillet et Meynardie. Les seize autres doivent être considérés, croyons-nous, de la flotte du munitionnaire. 
Le 27 juillet 1759, le président du Conseil de Marine écrit qu'il a appris l'arrivée à Québec du sietir Canon 
et des 15 navires de son convoi. Il est probable que le ministre, en parlant de 15 navires, ne tenait pas 
compte de la Chézine qui, en réalité, ne devait être que quelques jours sous l'escorte du sieur Cant». 

Des deux navires de la flotte Canon qui ne se sont p)as rendus à Québec, l'un doit être le Rameau et 
l'autre, la Nourelle Rochelle dont Panet nous signale la présence à l'entrée du Golfe, mais qui doivent avoir 
été capturés avant leur arrivée à Québec puisque personne n'y constate leur arrivée. 

L'on attendait aussi à Québec l'Outarde, mais ce navire n'appartenait pas non i^us à la flotte de Cadet. 
d'ap)rès le passage suivant d'une lettre écrite par Lamalétie et LatuiUière à M. Perrault de Québec et datée 
de Bordeaux, 25 avril 1759 : "La flûte du Roy "l'Outarde", armée par des p>articuliers de Santander. 
ayant été jusqu'à St-Bamabé, où elle mouilla le 28 juin, et ayant vu au Bic 5 vaisseatix de guerre anglais, 
le capitaine, instruit d'ailleurs qu'il en avait piassé 16 qui étaient à l'Ile-aiix-Coudres, avec 200 bâtiments 
de transtwrts. prit le parti de s'en retourner en France." (Manuscrits Baby, BiUiothèque Saint-Sulpice, 
Montréal). 

(39) En 1759, le sieur Aubert de Lacbesnaye était capitaine des portes de Qjébec. Nous supposons 
que c'est le même dont il est ici question. Ignace-François-Gabriel Aubert de la Chesnaye, fils de François 
Aubert, seigneur de Maure et de Mille Vaches, naquit à Québec en 1699 et mourut subitement au même 
endroit le 29 octobre 1766. Il était le beau-pjère du marquis d'Albergatti-Vezza. 

(40) C'était la flotte de l'amiral Durell qui avait été chargé de staticmner au large du Bic et d'empêcher 
les secours français d'arriver à Québec. On sait qu'il arriva trop tard, ne capturant tout au pJus qu'une 
couple de navires laissés en arrière. Dtirell devait avoir avec lui, le 25 mai. une douzaine de navires, ses 
prises incluses. D'après Wood : Logs of tke Conquest. p. 90, Durell dut partir d'Halifax, le 5 mai, avec 
9 ou 10 voiles. 

(41) D'après Malartic qui était sur les lieux, le marquis de Vaudreoil serait arrivé à Québec le 24 à 
4 heures du soir. (Journal, p. 235) . Notre auteur n'a sans doute eu connaissance de rarrivée du gouverneur 
que le lendemain et c'est pourquoi il l'enregistre le 25. 

A propos de l'arrivée de M. de Vaudreuil, il convient peut-être de signaler l'amusant qtiiproquo 
commis par l'éditeur du Journal de Panet. Le digne notaire ayant noté l'arrivée de "M. le Général", peu 
après M. de Montcalm, le naïf commentateur s'empresse d'expliquer, dans une parenthèse, que "M. le 
Général", c'est sans doute le général de Lévis. Tout le nMnde sait que le gouverneur du pays était appelé 
Monsieur le Général. Il avait, dans la colonie, le commandement sup>rême des armées de terre et de mer 

(42) C'est M. de Bougainville qui avait apporté au marquis de Vaudreuil les insignes de grand'croiz 
honoraire de l'Ordre de Saint-Louis. Mazas {HisUtire de COrdre de Saint-Louis, II, p. 584) se trompK évi- 
denmient lorsqu'il dit que le marquis de Vaudreuil-Cavagnal a été fait grand'croix de Saint-Louis en 1763. 

(43) M. de Foligné, dans son Journal (p. 167), parle d'un "parap>et depniis le faubourg Saint-Roch 
r^nant le long de la rivière Saint-Charles, à plus d'un quart de Ueue au-dessus de l'Hôpital Général". 

(44) Les carcassières étaient des chaIoup)es canonnières ainsi nommées parce qu'on s'en servait poar 
lancer des projectiles appelés "carcasses". M. Panet, qui a peut-être trouvé la tran^xsition spiritudie, 
les appelle des Iracassières. (Journal, p. 4). 

(45) M. de Foligné (Journal, p. 167), laisse entendre que ce Conseil de guerre n'eut lieu que le 2 juin. 
Cependant, le Journal de Montcalm (p. 525) enregistre bien, à la date du 25 mai : "Assemblée des capi- 
taines de frégate et de navires chez M. le marquis de Vaudreuil". Le p)rojet soumis à cette assemblée était 
de barra- la traverse en y coulant huit ou dix navires. 



208 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(46) Notre mémorialiste anonyme fait ici la même erreur que le Journal de Montcalm (p. 525) en 
désignant le sieur Pellegrin comme capitaine de port. Il n'était que lieutenant, comme le marque d'ail- 
leurs M. de Foligné dans son Journal. Le capitaine de port était Philippe-Marie d'Aillebout d'Argenteuil 
de Cerry, qui fut nommé à ce poste le 24 février 1748, à la place du Sieur Macarty. Au conseil de guerre 
qui précède la reddition de Québec, en septembre 1759, M. de Cerry signe : capitaine de port. Il est vrai 
que le lieutenant de port était quelquefois appelé capitaine de port en second. 

Le sieur Gabriel Pellegrin était natif de Toulon, en Provence. Le 18 novembre 1738, il épouse à 
Québec, Madeleine Boissy. Dans l'acte de mariage, il est dit pilote du roi. Nous le voyons en effet, l'année 
suivante, occupé comme pilote à relever les côtes de Terreneuve. {Rapport Archives, 1904, p. 257). Né 
vers 1706, il était, en 1759, d'un âge assez mûr, et Bougainville, dans une de ses lettres, l'appelle le bonhomme 
Pellegrin. (Kérallain : Jeunesse de Bougainville, p. 96). En avril 1756, il repasse de France en Canada 
sur la Licorne, en même temps que le marquis de Montcalm qui, dans son Journal, paraît avoir une haute 
opinion de son expérience pratique comme navigateur. Cette opinion semble avoir été partagée par plu- 
sieurs à Québec. Nous verrons plus loin l'auteur du présent journal s'étonner que l'on n'emploie pas M. 
Pellegrin. Le sieur Pellegrin, capitaine de brûlot, fut fait chevalier de Saint-Louis, en 1770. "Cet officier 
navigue depuis 44 ans, dit le mémoire de proposition ; il, a depuis près de vingt ans, fait vingt-quatre 
campagnes et rendu des services signalés dans l'Inde." (Mazas, Hi.tt. de l'Ordre de Saint-Louis, II 192). 

(47) Le sieur Pellegrin constata que la traverse avait près de 700 toises. Elle n'avait jamais été 
mesurée. C'est une nouvelle preuve de l'extraordinaire imprévoyance de nos gouvernants d'alors. 

(48) C'est M. de Bougainville et M. de Pontleroy qui firent cette visite de l'île d'Orléans. Partis 
le 25 mai, ils étaient de retour le 26. (cf. Journal de Montcalm, pp. 525-526). M. de Pontleroy était 
l'ingénieur en chef de la colonie. 

(49) On verra plus loin, à la date du 29 juin, combien étaient fondés 1 es pressentiments de l'auteur 
au sujet des brûlots. 

(50) Voici comment le Journal de Foligné (p. 169), décrit la batterie flottante de Duclos Guyot qu i 
ne répondit guère aux esjDérances : "Cet instrument contiendra douze pièces de canon, sera graiyé d'un 
mât, fabriqué de la ligure d'une tortue, construit à fond plat propre à être échoué de marée basse, ne tirant 
que trois à quatre pieds d'eau." 

(51) Charles-François Tarieu de Lanaudière, né à Ste-Anne de la Pérade, en 1710, était le fils de 
Pierre-Thomas, sieur de la Pérade, et de Madeleine de Verchères, l'héroïne célèbre. Il fut fait capitaine 
en 1749. Après la conquête, il fut de ceux qui restèrent en Canada, retenus par leurs possessions territo- 
riales. Carleton le choisit pour faire partie du premier Conseil législatif, en 1775. Il avait épousé, en pre- 
mières noces, en 1743, Geneviève Deschampis de Boishébert, et, en deuxième noces, en 1764, Marie Cathe- 
tine Lemoyne de Longueuil, fille du 2e baron. M. de Lanaudière mourut le 2 février 1776. Le 20 janvier 
1759, il avait été fait chevalier de Saint-Louis, en même temps que plusieurs autres officiers canadiens, et 
c'est M. de Bougainville qui en avait appwrté la nouvelle à son arrivée, le 10 mai. Il faut croire que cette 
décoration de fraîche date n'était pas du goût de notre auteur puisque, à plusieurs reprises, et avec ime 
persistance ironique, il accole à son nom le titre de chevalier de Saint-Louis, en même temps qu'il le larde 
de quolibets de toutes sortes. 

Le parti pris est évident et par suite l'exagération est certaine. Cep)endant, comme circons- 
tance atténuante pour notre auteur, nous pouvons citer cette note d'une liste afX)stillée des officiers de 
l'Epoque : "La Pérade de LaNaudière— Riche, officier très médiocre." (Rapp. Archives, 1899. Supplé- 
ment, p. 29.) 

(52) Les cajeux étaient des trains de bois formés de billots assujettis ensemble en manière de radeau, 
en somme les cages que conduisent encore les gens de chantier. 

(53) C'est M. Joseph-Gaspard Chaussegros de Léry, capitaine, qui avait été dépêché vers la côte 
sud poxir en obliger les habitants, depuis Kamouraska, à monter au-dessus du Sault-de-la-Chaudière. 
(cf. Journal de Folig^ié, p. 166). 

(54) Michel Chartier de Lotbinière, né à Québec, le 12 avril 1723, était le fils d'Eustache Chartier 
de Lotbinière, plus tard prêtre et archidiacre de la cathédrale de (Jubébec, et de Marie-Françoise Renaud 
d'Avesne des Meloizes. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 209 

Etant enseigne, en 1746, il épouse, à Québec, Louise-Madeleine Chaussegroe de I^ry. Six ans plus 
tard, en 1752, on le trouve en France, étudiant le génie. Promu lieutenant d'infanterie peu auparavant, 
il reçoit un brevet d'ingénieur pour le Canada, le 1er mai 1753 et repasse aussitôt en la Nouvelle-France. 
Capitaine en 1757, il remplit les fonctions d'ingénieur ordinaire. M. de Pontleroy qui, en 1757, avait été 
nommé ingénieur en chef à la place de M. de Léry, décédé, se plaint, dans une lettre du 1er décembre 1758. 
des difficultés qui lui sont créées par M. de Vaudreuil, parent de M. de Lotbinière. Ce dernier, en effet, 
avait aspiré à la succession de son beau-père, et il était soutenu p)ar M. de Vaudreuil, dont la grand'mère 
maternelle était une Chartier de Lotbinière. Son échec explique le qualificatif de "ci-devant ingénieur" 
ici employé. 

Après la cession, M. de Lotbinière passe en France, mais il ne tarde pas à revenir. Ayant vendu sa 
seigneurie, en 1769, à son fils Eustache-Caspard-Michel, il partit quelque temps après pour l'Angleterre. 
C'est lui, qui, en 1774, rendit, devant la Chambre des Communes Anglaises, le remarquable témoignage 
que l'on sait, relativement aux mesures projetées de l'Acte de Québec. Au moment où éclata la guerre 
de l'Indépendance, se trouvant en France, il offre ses services à M. de Vergennes pour la cause américaine, 
tandis que son fils, resté en Canada, prend les armes pour la cause britannique. En 1784, il obtient de 
Louis XVL comme récompense de ses services durant la dernière guerre, le titre de marquis. Les lettres 
du roi, à cette occasion, le disent chevalier de Saint-Louis. Il ne l'était pas encore en 1767, d'après l'état 
de la noblesse canadienne dressé par Carleton. Le marquis de Lotbinière ne revint jamais plus au Canada. 
où toute sa famiUe était restée. A partir de 1787, il parait avoir vécu à New- York, où il mourut en 1799. 

(55) François-Louis Poulin de Courval, que nous avons rencontré déjà capitaine du navire le Bien- 
faisant. 

(56) A rapprocher, le passage suivant du Journal de Montcalm, à la même date (p. 530): "Trois 
Acadiens et im Français, prisonniers de Beauséjour, se sont sauvés de Boston, le 5 de ce mois et sont arrivés 
aujourd'hui par les terres. Ils rapportent que les Anglais destinent 60,000 hommes à l'invasion du Canada, 
en les répartissant à Belle-Rivière, Carillon, Niagara et le bas du fleuve." En cette même année 1759, 
d'après un document emprunté aux archives du Massachusets et publié par M. Placide Gaudet, (Rapp. 
Archives, 1905, vol. II, 3e partie, p. 183), le général Wolfe aurait mis le gouverneur Pownall au courant 
de la désertion de quelques-uns des anciens habitants de la Nouvelle- Exosse qui se seraient enfuis de Bostoi» 
au Canada. 

(57) Le sieur Pommereau est sans doute un des fils de Jean-Baptiste Pommereau et de Françoise 
Boucher de Boucherville, peut-être Jean-François, né en 1738, et qui, en 1760, épouse aux Trois-Rivières 
Claire Lemaitre. Le Journal de Montcalm (p. 582), en même temps qu'il rapporte un trait jjeu courageux 
du sieur Pommereau, le dit officier de la colonie. Il était plus probablement officier de milice. 

(58) Le manuscrit de Hartwell, publié par D. B. Viger, n'est pas moins sévère, à cette occasion, pour 
M. de Lanaudière qu'il désigne sous les initiales M.D.L N. Joannès, dans son Mémoire (p. 222), ne nomme- 
pas M. de Lanaudière ; il dit seulement : "Cet officier, contraint de fuir, y laissa les ordres qu'il avait de- 
M. le Marquis de Vaudreuil pour faire évacuer les habitations, ce qui découvrit aux ennemis les endroits 
propres à tirer leur subsistance". 

D'après Wood, {Logs of the Conquest), I>urell serait arrivé le 25 mai à l'Ile aux Coudres et y aurait 
descendu des troupes le 28. 

(59) Joseph-Claude Boucher de Niverville, dit le chevalier de Niverville, né en 1715, fils de J.-B. 
Boucher de Niverville et de Marguerite Thérèse Hertel. Lieutenant en 1756, il prit une part brillante à la 
défense du Canada. Chevalier de Saint-Louis, en 1763, quoique encore lieutenant. Servit dans la guerre 
de 1775 et était lieutenant-colonel des milices de la rive nord lorsqu'il mourut aux Trois-Rivières, en 1804. 
Notons ici l'erreur du Journal de Montcalm qui, à deux reprises, (pp. 531 et 537), écrit de Richerville, au 
lieu de Niverville. 

(60) D'après Foligné, de Niverville serait parti avec 30 Français et environ autant d'Abénaquis. 
Panet dit 60 des uns et 60 des autres. Le Journal de Montcalm parle de 180 hommes. 

(61) L'auteur a raison de mettre en doute l'exactitude de cette information. A cette date, l'amiral 
Durell n'avait à l'île aux Coudres que des vaisseaux 'd'au moins 60 canons. Les autres étaient de 64, 70 
et même 80 canons (cf. Wood, Logs of the Conquest, p. 90). 

(62) Foligné, qui était officier, dit lui-même (Journal, p. 167), qu'au commencement de juin, Mont- 
calm se vit à la tête d'ime Eirmée de 1 1 à 12000 hommes. 

5300— 14 



210 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(63) Les cinq bataillons des troupes de terre : La Sarre, Royal Roussilion, Guyenne, Berry et Eéam. 
D'après Malartic (p. 237) , ils arrivèrent le 29 et toute la journée du 30. 

(64) François-Marie LeMarchand, sieur de Lignery, né en 1701 à Montréal, fils de Constant LeMar- 
chand de Lignery, chevalier de Saint-Louis, et de Marie- Anne Robutel de la Noue, Lieutenant en 1744 et 
capitaine en 1751, il était fait chevalier de Saint-Louis en 1756. Commandait en second à la bâta ille de la 
Monongahéla, après la mort de M. de Beaujeu. Succédant à Dumas, dans le commandement du fort 
Duquesne, il dut, à la fin de 1758, y mettre le feu pour l'empêcher de tomber aux mains de l'ennemi. 
Il était commandant du fort Machault lorsqu'il fut mortellement blessé à la bataille du fort Niagara, 
vers la fin de juillet, 1759, et mourut quelques jours plus tard, prisonnier des Anglais. Il avait épousé 
en 1738, Marie-Thérèse Migeon de la Gauchetière. 

(65) M. de Malartic (Journal des Campagnes, p. 236), nous apprend que le 27 mai "M. de Vaudreuil 
a donné l'ordre d'évacuer l'Isle-aux-Coudres et de brûler les cajeux qui ne sont bons à rien, quoique le 
Roi les ait payés fort cher." 

(66) Les quatre vaisseaux signalés par le courrier d' Aubert devaient être détachés de l'escadre Durell. 
En effet, les premiers navires de la flotte principale n'arrivèrent vis-à-vis Saint-Bamabé que le 18 juin. 
Panet ne parle que le 7 juin d'un courrier du sieur Aubert annonçant 7 vaisseaux mouillés à St-Barnabé. 

(67) La maison des prêtres de la Canardière était une petite métairie appartenant au séminaire de 
Québec. Cette métairie est celle qu'on appelle encore aujourd'hui la ferme de Mézerets, d'après M. Louis 
Ango des Maizerets, plusieurs fois supérieur du Séminaire de 1672 à 1721. 

(68) Bougainville écrit lui-même (Doughty, Siège of Québec, IV, 138) : "Le 3 juin, je fus détaché 
avec les 5 compagnies de grenadiers et 500 miliciens pour construire des redoutes et des lignes depuis 
le Sault-de-Montmorency jusqu'à Québec." 

(69) "Le Palais de l'Intendance était un vaste bâtiment dans lequel le Conseil Supérieur, la Prévôté 
et l'Amirauté tenoient leurs audiences ; les bureaux, les magasins du Roy étaient dans son enceinte". 
(Mémoires du Sieur de C . . . p. 132). 

(70) Louis-Thomas Jacau était le fils de Thomas Jacau, maître canonnier à l'Isle Royale. Lorsqu'il 
mourut e n 1737, son père occupait ce poste depuis plusieurs années déjà, et il est assez probable que le sieur 
de Fiedmont naquit à Louisbourg après 1720. Enseigne en 1748, dans la compagnie des canonniers bom- 
bardiers de l'Ile Royale, le sieur Jacau fut transféré au Canada, dans la même qualité, en 1750. En 1753, 
il est fait lieutenant et, en 1757 capitaine, servant toujours dans l'artillerie. Il est surtout resté célèbre 
du fait qu'au conseil de guerre du 15 septembre 1759, il fut le seul qui s'opposa à la capitulation de (Juébec 
et préconisa la résistance à outrance. Nous croyons qu'il n'a commencé qu'en Canada à s'appeler Sr. de 
Fiedmont. Peu d'officiers ont d'ailleurs eu leur nom plus souvent estropié ; tantôt, on l'appelle Jacob, 
tantôt Jacau ; tantôt de Fiedmont et tantôt de Phidémont. Quoique sa capacité comme artilleur ait été 
mise en doute, particulièrement par M. de Montbeillard, il passait généralement pour bon officier. M. de 
Bougainville l'avait en haute estime ; il écrit de lui, dans une de ses lettres : "Je compte rendre un service 
à l'Etat en faisant connaître cet homme aussi vertueux que bon militaire". Passé en France après la reddi- 
tion de Quél^ec, il fut fait chevalier de Saint-Louis, le 24 juin 1760. En 1765, il est nommé gouverneur de la 
Guyane. Après avoir été brigadier d'infanterie, il reçoit, le 1er mars 1780, le brevet de maréchal de camp. 
Ce grade permet à l'officier de fortune, fils du canonnier de Louisbourg, de pwrter des armoiries, et, le 5 avril 
1786, M. d'Hozier règle pour lui le blason suivant : "Un écu d'argent à une étoile d'azur naissante du 
chef, coupé de sinople et, sur le tout, un serpent lové de l'un dans l'autre, (cf. Bulletin des Recherches 
Historiques, V, 173). Le nom du sieur Jacau de Fiedmont, maréchal de camp, apparaît pour la dernière 
fois dans YAlmanach Royal de 1792. A-t-il émigré ? Il y a quelque temps, un correspwndant de l'Inter- 
médiaire des Chercheurs et Curieux demandait des renseignements sur un certain baron Jacquot de Frémont 
qui avait été préfet de la Côte d'Or en 1831. Il est possible que ce soit un fils de notre officier canadien 
dont le nom aurait été encore une fois transformé. 

(71) Il est clair que M. de Lotbinière n'est pas bien vu de notre auteur qui ne laissera pas une occa- 
sion de lui lancer quelque trait méchant. D'après lui, M. de Lotbinière était un piètre ingénieur. C'était 
aussi l'opinion de M. de Pontleroy, mais on pourrait arguer qu'il y a là jalousie de métier. M. de Mont- 
calm est particulièrement sévère contre M. de Lotbinière, (cf. Kérallain : Jeunesse de Bougainville, pp. 
52 et ss.), mais, quoiqu'il le raille aussi comme ingénieur, c'est surtout sa cupidité qu'il lui reproche. Les 



ARCHIVES DE QUÉBEC 211 

passages cités par M. de Kérallain sont extraits du Jowrn il de Montcalm, mais partout où. dans le journal 
manuscrit, il y a les initiales M. de L ... , l'abbé Casgrain a substitué, dans le texte imprimé, la lettre ano- 
nyme, X . . . Pourquoi ce scrupule ? 

(72) Ouvrage en forme de couronne qui s'avance dans la campagne pour défendre les abords d'une 
place de guerre. 

(73) M. de Pontleroy avait d'abord été nommé ingéniein- à l'Ile Royale, en janvier 1755. Deux ans 
plus tard, en 1757, il était transféré au Canada comme ingénieur en chef et commandant le corps du génie. 
A son arrivée, le 10 mai 1759, M. de Bougainville lui apportait le brevet de lieutenant-colonel. M. de 
Pontleroy repasse en France, en 1760, sur le même navire que le chevalier de Lévis. 

(74) Probablement Jacques Déguise dit Flamand, que Tanguay (III, 280) désigne maître macoo. 

(75) D'après le Journal de Panet, les navires furent conduits à Ste-Anne de Batiscan. 

(76) En 1756, un sieur Soumbrun, négociant de la Rochelle, avait pour commis, à Québec, le sieur 
Amiot. (cf. Rapp. Arcktpes, 1905, 1. 6e partie, p. 222). Est-ce le même ? 

(77) Ce corps de cavalerie était sous le commandement de M. de la Rochebaucourt, aide de camp 
de Montcalm. (cf. Malartic : Journal des Campagnes, p. 240). 

(78) Ainsi s'explique peut-être ce pmssage assez peu clair du Journal de Malartic, à la date du 5 juin : 
"On est fort occupé à la ville à déménager". Le 4 juin, d'après le Journal de Foligné (p. 168), le marquis 
de Montcalm avait fait battre un ban par lequel il exhortait tous ceux ou celles qui seraient inutiles au 
service ou qui seraient dans le cas d'avoir peur, de se retirer dans les gouvernements des Trois-Rivières ou 
de Montréal". L'appel du général a donc été entendu d'au moins un certain nombre. 

(79) Le chevalier François LeMercier est né le 29 décembre 1722, à Caudebec, en Normandie. Tan- 
guay (V, 325), le dit fils de Nicolas-Louis LeMercier, chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel d'infan- 
terie et capitaine au régiment d'Agenois, et de Charlotte LeRebour, du diocèse de Rouen. On a p)rétendu 
qu'il avait d'abord été maître d'école, mais M. Pierre-Georges Roy a détruit cette légende. Nous le ren- 
controns pour la première fois en 1742, lorsqu'il est nommé pour assister M. Dupin de Bélugard, conmian- 
dant de l'artillerie en Canada. Après une année passée en France, pour étudier l'artillerie, il est nommé, 
en 1750, lieutenant de la nouvelle compagnie de bombardiers établie en Canada. Capitaine, il reçoit, en 
1757, le cammandement de l'artillerie de la colonie. La même année, il épouse, à Ste-Foy, Françoise 
Boucher de la Bruère, fille de René Boucher de la Bruère et de Renée Pecaudy de Contrecœur. Par ce 
mariage, il devenait cousin germain de Pean. Il devait appartenir à la religion réformée, car trois jours 
avant son mariage, le 12 novembre, il se fait baptiser à Québec. Tous les bonheurs lui arrivant en même 
temps, il venait d'être fait chevalier de Saint-Louis le 1er mai de la même année. Chargé par M. de Vau- 
dreuil d'aller rendre compte de l'état de la colonie, il liasse en France, à la fin de 1759, sur un des vaisseaux 
qui forcèrent le passage de Québec sous la conduite du capitaine Canon. Accusé de malversation, en même 
temps que Bigot, il fut détenu à la Bastille, de novembre 1761 à décembre 1763, et fut finalement acquitté. 
Il vivait encore en 1798, à Lisieux, en Normandie. 

Montcalm, tant dans ses lettres que dans son Journal, se montre de la plus grande sévérité pour M. 
Lemercier. Il l'accuse d'avoir fait prendre et battre M. de Dieskau. ^Lettres, p. 29). Dans ime lettre 
au maréchal de Belle-Isle du 12 avril 1759, que cite M. Gafïarel, à la page 229 du Journal de Malartic 
Montcalm écrit de Lemercier : "Cet officier venu simple soldat il y a vingt ans, sera bientôt riche d'envi- 
ron 6 ou 700,000 livres, si ceci dure". Malgré son acquittement, il piarait bien certain que Lemercier fut 
un acharné profiteur. 

(80) Le chevalier de Niverville dut ramener son détachement sans avoir rien fait. L'auteur du 
manuscrit de Hartwell (p. 8) l'en blâme sévèrement, mais il est assez mal renseigné pour l'appeler Berville. 
Ce qui est certain, c'est que M. de Niverville fut réduit à l'impuissance, les sauvages ayant refusé de le 
suivre. Durant toute la guerre des Sept-Ans, les Sauvages furent jwur les Français plutôt nuisibles 
qu'utiles. Il ne pouvait y avoir d'alliés à la fois plus encombrants et moins fiables. 

(81) Ces canadiens étaient au nombre de sept, conduits par M. Trottier Desrivières, négociant 
récemment arrivé d'un voyage en France. C'est M. de Niverville qui leur avait permis de débarquer, 
après avoir constaté l'insuccès de son expédition, (cf. Journal de Foligné, p. 168, et Journal de Malartic, 
p. 239). 



212 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Dans son ouvrage Montcalm et Lévis, II, p. 76, l'abbé Casgrain donne tout le crédit de cette capture 
à un habitant de l'Ile aux Coudres qu'il appelle "le brave François Savard". Il s'appuie sans doute sur 
quelque tradition de famille. Assez de mémoires contemporains signalent l'exploit de Desrivières pour que 
nous continuions à le lui attribuer. 

(82) Philip Durell était capitaine dans la marine royale dès 1742. En 1756, il prit part, comme 
commandant du Trident, à la malheureuse expédition de Minorque, sous les ordres de l'amiral Byng. 
Envoyé à Halifax en 1758, il fut fait "rear admirai" après la réduction de Louisbourg. L'année suivante, 
il fut chargé du blocus du Saint-Laurent pour empêcher l'arrivée à Québec de la flotte française de ravi- 
taillement. Il arriva trop tard et on le lui reprocha. Il n'en fut pas moins fait amiral, en 1762 et ,en 1766, 
il succédait à lord Colville dans le commandement de la station navale d'Halifax. Mort la même année, peu 
après son arrivée, il fut inhumé dans St-Paul's Churcb d'Halifax. 

(83) D'après notre texte, l'un des trois prisonniers aurait été neveu de l'amiral Durell ; plusieurs 
autres relations contemporaines en font un petit-fils de l'amiral, (v.g. Journal de Montcalm, p. 536. 
Panet, p. 5 et Relation du Siège de Québec, p. 305). Le log-book du Princess Amelia, vaisseau de l'amiral 
Durell, nous fournit les noms, un peu estropiés, des trois gardes-marine prisonniers. A l'entrée du 6 juin 
1759, nous lisons en effet : "La Maite, George Douglas and Viat St-Barbe missing from the Isle of Coudre". 
(Wood, Logs of the Conguest, p. 275). Il faut croire en efifet que l'on portait un intérêt tout particulier à ces 
trois prisonniers, puisqu'il en est assez souvent question dans la correspondance échangée entre les géné- 
raux anglais et français. Le 6 octobre 1759, le général Monckton demande encore au chevalier de Lévis 
de renvoyer "les trois gardes-marine qui sont si jeunes qu'à peine les peut-on regarder comme prisonniers". 
Quelques jours plus tard, le 13 octobre, le marquis de Vaudreuil, annonce à Monckton qu'il a renvoyé MM 
LeMaitre et Dougass, quoiqu'ils fussent réellement prisonniers, et qu'il renverra à Québec l'autre garde-, 
marine pour être échangé. (Lettres et Pièces militaires, p. 267). 

Il n'est pas impossible que le LeMaître ici prisonnier soit Francis Lemaistre, plus tard adjudant général 
de la milice et lieutenant-gouverneur de Gaspé. Il y a des indices que Francis Lemaistre est venu pour la 
première fois au Canada avec Wolfe, quoiqu'on ne le rencontre sûrement que quelques années après la con- 
quête, aide de camp de Burton. Sans doute il était bien jeune alors, car, étant mort à 63 ans, en 1805, il 
devait être né en 1742, mais nous avons vu Monckton plaider en faveur de l'extrême jeunesse des trois 
prisonniers dont il sollicite le retour. 

(84) La déposition des trois prisonniers, telle que rapportée ici, diffère sensiblement de celle rapportée 
par Panet ; mais il n'y a, à cela, rien d'étonnant. Panet, comme notre auteur, n'occupait pas de situation 
officielle et ne pouvait que recueillir les bruits qui lui parvenaient. 

(85) Théodose-Mathieu Denys de St-Simon, sieur de Vitré, né à Québec en 1724, était le fils de Guil- 
laume-Emmanuel Denys de Vitré et de sa première femme, Marie- Joseph des Bergères. Gameau, dans son 
Histoire (II, p. 315) le déclare traître à son pays f)our avoir servi de pilote à la flotte anglaise en 1759. A la 
fin du manuscrit de Hartwell, Le Siège de Québec, en 1759, M. D.-B. Viger a publié un mémoire adressé à 
William Pitt par le fils de Mathieu-Théodose. Ce fils fait de louables efforts ix)ur atténuer la conduite 
de son père en alléguant qu'il n'a accepté de conduire le vaisseau de l'amiral Saunders que sous menace de 
mort, mais il n'en insiste pas moins sur la reconnaissance que lui doit l'Angleterre pwur le service rendu. 
M. Philéas Gagnon a publié, dans le Bulletin des Recherches Historiques de 1897 (p. 178), les parties 
essentielles d'un manuscrit dont il possédait la copie et qui aurait eu pour auteur Denys de Vitré lui-même. 
Ce manuscrit, intitulé Vie de Denys de Vitré, ne nous en apprend guère plus que le mémoire plus haut 
cité. D'après son fils, Mathieu-Théodose serait mort en 1775, victime de ses chagrins, après avoir passé 
le reste de sa vie en Angleterre à solliciter des autorités une compensation pécuniaire équitable pxjur 
les pertes que lui aurait fait subir sa malheureuse aventure. Que Denys de Vitré ait été forcé de servir 
de pilote à la flotte anglaise et qu'il l'ait fait contre sa volonté, il n'y a pas à en douter. Le 15 mars 
1759, S. Jauge, négociant de Bordeaux, écrivait ce qui suit à M. Baby, à Québec : "Les Anglais ont déjà 
des escadres parties depuis le 14 et 17 pour vos mers. Ils y ont même embarqué de nos pratiques qu'ils 
avaient prisonniers par force ; M. Vitray est du nombre." (Manuscrits Baby, Bibliothèque Saint-Sulpice.) 

(86) Augustin Raby était le fils de Mathieu Raby ou Araby et de Françoise Morin arrivés en Canada 
en 1702. M. Pierre-Georges Roy croit Augustin né en France, probablement en 1702. Prisonnier en 
Angleterre comme Denys de Vitré, les Anglais songèrent à utiliser sa connaissance pratique des eaux du 
Saint-Laurent et l'engagèrent de force comme pilote. C'est lui qui continua à piloter le navire de l'amiral 
Saunders lorsque Denys de Vitré eut été transféré à l'escadre de Durell. Le Bulletin des Recherches Histo- 
riques (avril 1905, p. 124), reproduit une supplique qu'il adressa au gouverneur Murray en 1762, pwur 



ARCHIVES DE QUÉBEC 213 

obtenir secours et protection. Il s'y montre moins digne que Denys de Vitré, il y parle tout simplement 
du "bonheur qu'il a eu de conduire heureusement et à bon port l'armement formidable qui a fait la con- 
quête de ce pays". D'après sa supplique, il aurait été fort houspillé par ses compatriotes de Québec qui 
brûlèrent même sa maison. Il mourut à Québec, le 19 décembre 1782. 

(87) L'endroit où se trouve aujourd'hui le village de Saint-Maxime du Mont-Louis, dans la péninstile 
de Gasr)é. Sous le régime français on disait "les Mont-Louis". La paroisse de St-Maxime est située dans 
une vallée que resserrent deux hautes montagnes. (P.-G. Roy : Les noms giograpkiquts de la protince 
de Québec, p. 280). 

(88) Voici un autre Canadien qui mériterait la réprobation au même titre que Denys de Vitré et 
qu'Augustin Raby, mais qui a eu sur eux l'avantage de rester à peu près inconnu. Le curé Récher, dans 
son Journal du siège de Québec {Bulletin des Recherches Historiques, IX, 346), nous apprend que c'est lui qui, 
en même temp»s que Stobo, pilotait et conduisait les Anglais, lors du débarquement à la Pointe-aux-Trem- 
Wes, le 21 juillet 1759. M. Récher le désigne : "M. Docier, le cadet, marié à Québec." Il y avait à cette 
époque, à (Juébec, deux frères DsEsier ou Dacier, originaires de Bayonne. tous deux mariés et capitaines 
de navires. Nous pouvons supposer que le cadet était Martin Dossier, qui épousa, en 1752, à Québec 
Marguerite Amiot. Son frère, Etienne, était déjà marié en 1743. 

(89) L'accident de la Toison d'or est rapporté de façon à peu près identique dans le Journal de Mont- 
calm (p. E37). Cinq hommes seulement auraient péri d'après le secrétaire de Montcalm. Le manuscrit 
de Hartwell (p. 8), parle de douze victimes. 

(90) Le sieur Dubois, capitaine de Y Ambassadeur , est sans doute le mêrre que nous rencontrerons 
plus loin sous le nom de Dubois de la Milletière et qui périt si tragiquement, le 28 juin 1759, dans l'affaire 
des brûlots. 

(91) Henri-Albert de Saint-Vincent, né en 1698, fi!s de Pierre de St-Vincent, baron de Marcy, che- 
valier de St-Louis, et de Marie-Antoinette Dugard. Enseigne en second en 1727, enseigne en pied en 1733, 
et lieutenant en 1742, il fut fait capitaine en 1749, et chevalier de St-Louis en 1754 ; l'iui des auteurs, 
avec le sieur Dup'essis, en 1735, de l'évasion fameuse de Mlle André de Leigne, la future Mme de RouviUe. 
Lui-même avait épousé, en 1719, Marie-Made'eine, fille de Jacques Levasseur de Néré, capitaine. Il passa 
en France en 1761. Capitaine dans 'es troupes de la colonie, il faut se garder de le confondre avec M. de 
St-Vincent, capitaine dans Royal-RovssiUon et servant au Canada en même temps. 

(92) Panet, le bon bourgeois, prend la chose plus philosophiquement. "Ces jeunes gens, écrit-il, 
furent traités honorablement pendant sept à huit jours à (Juébec et ensuite on les envoya avec distinction 
aux Trois-Rivières." (Journal, p. 5). 

(93) L'opinion de notre auteur sur la destruction de la basse ville était partagée far M. de Mont- 
beillard, qui écrivit la dernière partie du Journal de Montcalm. "Il fallait, dit-il, ou raser la basse ville 
ou l'abandonner" (p. 528). L'auteur du manuscrit de Hartwell paraît au contraire se féliciter de ce que 
cet avis ne fut pas suivi. "(Québec, dit-il, ne serait plus rien, cette basse-ville détruite". Peut-être était-il 
de la basse, et notre mémorialiste anonyme de la haute-ville. 

(94) L'auteur du manuscrit de Hartwell (p.8) et l'annotateur de la Relation du siège de Québec (p. 302) 
relèvent cette même inconséquence, et encore plus vertement. Notre anonyme montre moins d'assurance ; 
il craint un peu de jouer le rôle de Gros- Jean en remontrant à son curé. Les autres relations, écrites par des 
militaires, ne laissent pas entendre que le sondage de la traverse pouvait être empêché. 

(95) Le Journal de Montcalm (p. 540) nous approid que "les Sauvages <mt assez bien imïs ce mal- 
heur où la sentinelle n'avait aucim tort". 

(96) Jacques-François LeGardeur de Courtemanche, né en 1711, était fis de Charles LeGardeur, 
Sieur de CroisiUe. et de Marie- Anne Robineau. Enseigne en second en 1736. enseigne en pied en 1743. 
lieutenant en 1748. il fut fait capitaine en 1756 et chevalier de St-Louis le 24 juin 1760. Il avait épousé 
en premières noces, à Montréal, le 26 août 1737, Marie-Louise, fille de Pierre de St-Ours et d'Hélène Celoroa 
de Blainville. Il passa en France, après la conquête, mais nous le retrouvons en 1766 à Montréal, où il 
convole en deuxièmes noces avec Madeleine Lefebvre, fille de François Lefebvre Duplessis. ancien major de 
Montréal, et de Catherine Pelletier. En 1770. il vivait retraité à Loches, en Touraine, avec 600 livres 
de pension. 



214 ARCHIVES DE QUÉBEC 

A {M'opos de cette même ez{)édition dont il est ici question, l'auteur des Mémoires du Situr de C... 
(p. 142) le confond avec son frère. LeGardeur de Montesson. 

(97) Il y avait alors, en même temps, deux frères LeGardeur de Repentigny, tous deux capitaines. 
Pierre J.-B. François-Xavier LeGardeur de Repentigny, et le chevalier de Repentigny, celui qui fut plus 
tard gouverneur du Sénégal. En juin et en juillet 1759, d'après le Journal de Montcalm (p. 567). le che- 
valier de Repentigny servait du côté de la Belle-Rivière avec de Montigny et Marin. Le Repentigny qu i 
se distingue dans la région de Québec, pendant le siège de Québec, en 1759 et en 1760, est donc incontesta- 
blement son frère aîné. 

Pierre- Jean-Baptiste François-Xavier LeGardeur de Repentigny, né à Montréal, le 20 mai 1719, était 
le fils de J.-B. René LeGardeur de Repentigny et de Marie-Catherine Juchereau de St-Denys. Ense'gne en 
second en 1734, en pied, en 1742, lieutenent en 1748. il fut fait capitaine en 1750. C'est lui qui, en janvier 
1748. tua d'un coup d'épée. à Québec, le négociant Nicolas-Jacquin Philibert, aventure dont le roman s'est 
emparé sous le nom du Chien d'or. Après avoir obtenu les ordinaires lettres de grâce, en 1749 , il fut transféré 
l'année suivante à l'Ile Royale comme capitaine, mais passa de nouveau au Canada, en 1757. Il était fait 
en même temps chevalier de Saint-Louis, le 1er mai 1757. Quelques années auparavant, en 1753. il avait 
épousé, à Montréal, Catherine- Archange, fille de Pierre Payen de Noyan et de Catherine d'Aillebout de 
Manthet. Après la conquête, il passa en France. Il était brigadier d'infanterie et gouverneur de Mahé 
lorsqu'il mourut d'apoplexie à Pondichéry, en 1776. Le Journal de Montcalm, peu prodigue d'éloges pour 
les officiers canadiens, le proclame "homme de mérite" (p. 591). 

Dans l'une de ces notes remplies d'érudition dont il a enrichi l'édition du Journal de Knox publié par 
la "Champlain Society", le Dr Doughty veut que le Repentigny qui se signala autour de Québec en 1759 
soit le chevalier, (11 62). C'est une injuste méprise et il est temps qu'elle soit rectifiée. Cuique suum 

(98) La Relation du Siège de Québec (p. 306) ne parle que de M. de Courtemanche avec 600 hommes, 
tandis que le Journal de Malartic et celui de Montcalm parlent de Courtemanche avec 500 hommes et de 
Repentigny avec 200. Le premier de ces détachements était destiné à l'île d'Orléans et le second était 
dirigé sur St-Joachim. 

(99) Il s'agit sans doute ici de M. de Pontleroy, ingénieur en chef du Canada, arrivé de Louisbourg 
au Canada, en 1757. Son prédécesseur avait été M. Chaussegros de Léry, qui avait, dans les derniers 
temps, pour l'assister. M. de Lotbinière. M. de Pontleroy peut avoir été un ingénieur habile, mais il est 
évident que l'admiration que notre auteur éprouve à son endroit est augmentée de toute l'aversion que l'on 
a vu qu'il nourrit contre l'ingénieur ordinaire. M. de Lotbinière. 

(100) D'après notre texte, M. Sombnm, parti vers le 5 juin pour l'île d'Orléans, afin d'y recueillir 
les blés sur l'ordre de l'intendant, ne serait revenu le 11 qu'avec 8 à 900 minots d'avoine et quelque peu de 
blé. Le Journal de Montcalm (p. 534) nous dit. de son côté, que l'on trouve à l'île d'Orléans 20,000 minots 
de blé. L manuscrit de Hartwell, publié par D.-B. Viger, nous rapporte également que la quantité de blé 
trouvée à l'île d'Orléans se monta à 20,000. Il est vrai que notre Journal ne mentionne pas exactement la 
quantité de blé recueillie par Sombrun, mais lorsqu'il dit "quelque peu de bled", après avoir parlé de 8 à 900 
minots d'avoine, il ne peut avoir voulu dire qu'une quantité bien minime. Cette d ivergence est importante. 
à cause des conf^lusions que tirent à la fois le Journal de Montcalm et le manuscrit de Hartwell du fait de la 
découverte de 20,000 minots. Puisqu'il y a tant de blé. pourquoi le peuple meurt-il de faim ? Mais il 
convient de noter que c'est le 2 juin que le journal de Montcalm parle des 20,000 minots de blé qui seraient 
à l'île d'Orléans. Or, M. Sombrun, chargé pai l'intendant d'aller ramasser ce blé, ne part que le 5 juin et 
ne revient que le 11. Il est possible que le Journal de Montcalm et le manuscrit de Hartwell n'aient fait 
qu'enregistrer une rumeur, comme il en court toujours en temps de détresse. A la nouvelle que l'inten- 
dant envoyait recueillir les blés de l'île d'Orléans, le bruit se serait répandu qu'il y en avait des masses. 
Notre auteur ne parle qu'après le fait et il ne doit pas s'être trompé au point de faire un aussi grand écart. 
Le manuscrit de Hartwell admet que 20,000 minots sont une quantité prodigieuse p)our une île qui comptait 
à peine une couple de mille habitants. 

(101) Probablement Pierre-François Chaiou, maître boulanger de Québec, né en 1697. et mort en 
1765. (cf. Tanguay. II. 604). 

(102) Louise-Geneviève de Ramezay, fille de Claude de Ramezay, le gouverneur de Montréal, et 
veuve depuis 1736 de Heiu-i-Louis Deschamps de Boishébert. Elle ne mourut qu'en 1769. Sa maison 
était située rue de Buade, en face de la maison du Chien d'Or. (cf. P. B. Casgrain : The House oflhe Golden 
Dog, p. 27). 

(103) Il s'agit ici sans aucun doute de Bernard Cardeneau qui épousa, le 24 novembre 1751. Marie- 
Anne Guérin, veuve de Nicolas-Jacquin Philibert, l'infortunée victime de LeGardeur de Repentigny, 



ARCHIVES DE QUÉBEC 215 

Serions-nous en face de la fameuse maison du Chien d'Or, située précisément rxie de Buade. dans le district 
que l'on s'occupe ici de p»rotéger ? Mais nous verrons plus loin, le 16 juillet, que la maison de Cardeneau 
fut une des 7 ou 8 maisons brûlée» ce jour -là p«r le feu des batteries anglaises. M. P.-B. Casgrain a tenté 
de retracer les péripéties de la maison du Chien d'or et nous ne voyons jms dans son histoire qu'elle ait été la 
ptxrie d'un incendie même partiel. Cela n'est pas impossible cependant, car Panet note le 16 juillet dans 
son Journal (p. 12) : "La maison de Cardeneau, le plafond resté du rez-de chaussée a tenu bon. Les voûtes 
n'ont point été endommagées ; Elles sont riches." 

(104) Prélat est une altération de prélart. L'on appelait ainsi une grosse toile goudronnée dont on 
couvrait les voitures chargées ou autres objets que l'on voulait préserver de la pluie. 

(105) M. de la Rochebeaucourt était venu au Canada en 1756 avec M. de Montcalm, dont il était 
le second aide de camp. "C'était im homme de condition du Poitou, lieutenant au régiment de cavalerie 
de Montcalm". (Journal de Montcalm, p. 22). Avant son départ, il obtint sa commission de capitaine 
réfornré de la cavalerie. (Ibid. p. 25). Mazas n'en fait pas mention dans son Histoire de COrdre de SairU- 
Louis. mais d'après les Lettres de la Cour de Versailles, p. 226, il fut fait chevalier le 10 février 1761. L'al- 
phabet LafBlard nous apprend que M. de Rochebeaucourt, aide-major général, mourut le 23 juillet 1765. 

(1C6) M. de Saint-Rcnrre était lieutenant en pied en France, lorsqu'il passa en Canada, en 1757, 
avec les recrtes qui avaient été etr.barqrées sur le Robuste, mais faute de l'emploi qu'on lui avait fait esp)érer, 
il s'en retouir.a atissitôt. Malgré les félicitations qu'il reçut sur sa belle conduite dans l'action du Robuste, 
lorsqu'il avait été attaqué par les Anglais, il n'obtint encore que des promesses et c'est stir la foi de ces pro- 
messes qu'on le retrouve en Canada, en 1758, lieutenant de cavalerie. Tanguay (VII, 233) commet la 
même erreur que notre Journal en le disant capitaine. Il repassa en France, lieutenant. D'après l'Etat 
des Fersions (III, 378), il obtint une pension en 1762 pour services rendus en qualité de lieutenant des 
troupes en Canada. Cette même liste nous apprend qu'il s'appelait Pierre-Grégoire de Gardies de la Baume 
de Saint-Romme. O n ne s'en étonnera pas puisqu'il était de Bergerac et, par conséquent, cadet de Gascogne. 

(107) Thomas-Ignace Trottier Desaulniers, né à Montréal en 1712, était le fils de Pierre Trottier 
Desaulniers et de Catherine Charest. Il était communément appelé le Sr Dufify-Desaulniers. M. J.-E. 
Roy ne nous donne pas, dans son Histoire de la Seigneurie de Lauzon, la raison du singulier surnom de Duffy 
que l'on trouve dans la famille Charest et qui est certainement passé de là à Thomas-Ignace Trottier Desaul- 
niers. Le sieur Dufîy pwuvait, sans trop s'inquiéter, trouer de son épée un simple grenadier, car il était 
apparenté de près au gouverneur de Vaudreuil, ayant épousé, en 1747, la nièce de la marquise, Marie- 
Thomas Fleury. fille de Joseph Fleury de la Gorgendière et de Claire Joliet. Capitaine de milice en 1759, 
il devint plus tard colonel de toutes les milices du district de Montréal. Après la conquête, la France lui 
offrit, en récompense de ses services, la croix de Saint-Louis, mais, par un geste qui voulait être agréable 
aux puissants du jour, aux autorités anglaises, il la refusa. 

Le sieur Duflfy Desaulniers mourut à Montréal, le 20 mars 1777, à l'âge de 64 ans. 

(108) C'est en eflfet M. de Lotbinière qui fut chargé, en 1756, des fortifications de Carillon. M. de 
Pontleroy n'arriva qu'en 1757 et l'ingénieur Desandrouins, arrivé en mai 1756, avait été chargé de mettre 
en défense le fort Frontenac. 

(109) Barthélemi Faribault, premier du nom en Canada, était né en 1713 à Montlizot (Sarthe). 
D'apa-ès M. P.-G. Roy, {La Famille Faribault) il avait exercé d'abord la profession de notaire à Paris et serait 
venu au Canada en 1752, en qualité de secrétaire de l'armée commandée par le marquis de Duquesne. 
Après la conquête, il resta au pays, se fit recevoir notaire en 1763, s'établit à Berthier-en-haut et y mourut 
en 1801. C'est le grand'père de Georges-Barthélemi Faribault, le père de nos archivistes canadiens. 

(110) Le sieur Bemier était d'abord venu au Canada en 1755. comme aide de camp du général Dieskau. 
Blessé lui-même à la bataille du Portage du lac Saint-Sacrement, le 8 septembre 1755, il fut fait prisonnier 
par les Anglais. En 1758, il fut renvoyé dans la Nouvelle-France, en remplacement de M. Doreil comme 
commissaire des guerres. Après la capitulation de (^ébec, il resta pour avoir soin de l'Hôpital. Il continua 
à remplir ses fonctions de commissaire jusqu'à la fin de la guerre et ne repassa en France qu'en 1760, avec 
le chevalier de Lévis. 

(111) Rien de nouveau sous ie soleil. Ced nous prouve qtie ce n'est pas la guerre de 1914 qui a fait 
iever les premiers profiteurs. 



216 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(112) La gabare était généralement une embarcation à voile et à rames, servant à décharger les gros 
bâtiments. Dans la marine de l'état, on appelle ainsi un bâtiment de charge et de transport. 

On verra plus loin que la gabare Y Entreprenante fut désarmée le 4 août, ses deux canons étant nécessités 
pwur l'établissement d'ime batterie à la Pointe-à-Roussel. 

(113) Le sieur Blondelas, et non Blondelard, devint plus tard capitaine de brûlot. Il fut fait chevalier 
■de Saint-Louis, en 1775. Le mémoire de proposition nous apprend que sa réputation de bravoure et de 
capacité était bien établie et qu'avant d'entrer au service du roi, il s'était distingué par beaucoup de com- 
bats et de services sur les corsaires. (Mazas Hist. de l'ordre de Saint-Louis, II, 229). Nous le rencontrons 
pour la dernière fois en 1779, à l'île de France, capitaine du brick-corvette, les Amis. (A. d'Epinay, l'Ile 
</e France, p. 248). 

(114) L'abbé Coquart était un prêtre breton du diocèse de Tréguier qui exerçait à cette époque son 
ministère en Acadie. Il est peu connu et l'abbé AUaire ne lui a pas donné place dans son Dictionnaire du 
clergé. En 1755 et en 1756, dit l'abbé Gosselin {L'Eglise du Canada : Mgr de Pontbriand, p. 348), on le 
trouve avec le Père Germain chez les Abénackis de la rivière Saint-Jean. Nous voyons ici qu'il était encore 
à la Rivière St-Jean, en 1759. L'abbé Coquart était prêtre séculier et il ne faut pas le confondre avec le 
Père Claude Godfroi Goquart, jésuite, qui suivit LaVérendrye dans son expédition de l'Ouest et qui mourut 
à Chicoutimi en 1765. 

(115) D'après Malartic (Journal des Campagnes, p. 240), LeMercier serait allé à l'Ile d'Orléans avec 
Courval, le 15, et, après en être revenu, il y serait retourné le 16 avec quatre picèces de canon de 12. Les 
doutes de notre auteur sur l'efficacité de la batterie LeMercier étaient plus que partagés p)ar l'auteiu" du 
Journal de Montalm (cf. p. 545). Il est vrai qu'à cette date, c'est M. de Montbeillard qui tient la plume et, 
comme il était lui aussi officier d'artillerie, on est en droit d'attribuer une part de son acerbe critique à la 
traditionnelle jalousie de métier. 

(116) "Le 16. . .on a lâché un brû!ot et quelques radeatix qui n'ont eu aucun succès." (Malartic 
Journal des Campagnes ... p. 240) . 

(117) Fiacre-François Potot de Monbeillard servait depuis 1741 dans le régiment de Royal-Roussil- 
lon, lorsqu'il fut fait capitaine en second en 1756. Nommé en mars 1757 capitaine de la 2e comp)agnie de 
canonniers en Canada, il arriva à Québec dans le mois de juin suivant. Vers la fin de 1759, il succéda à 
M. Lemercier dans le commandement de l'artillerie. Inscrit comme chevalier de Saint-Louis dans la liste 
des grâces apportée par Bougainville à son retour de France, le 10 mai de la même année. M. de Mont- 
beillard quitta le Canada avec le chevalier de Lévis, après la capitulation de Montréal. Il devint plus 
tard, lieutenant-colonel du corps d'artillerie et dut mourir en 1778 ou 1779. L'Etat des pensions (11, 135) 
nous apprend qu'en 1779, il fut accordé à sa veuve, Marie-Claude Carlet de la Rozière, une pension de 
12(X) livres, réversible pour moitié sur ses trois enfants. 

(118) Cette courte et simple phrase du manuscrit que nous publions nous permet de trancher presque 
à coup sûr un problème historique resté jusqu'à ce jour insoluble ; elle établit enfin l'identité du véri- 
table auteur du Journal de Montcalm, en sa dernière partie. Cette dernière partie, qui va du 23 mai 
1759 au 24 septembre de la même année, couvre les événements qui précédèrent immédiatement et qui 
suivirent la mort de Montcalm, et est par suite l'une des plus importantes en même temps que des plus rem- 
plies. Le Journal de Montcalm, a été, p>our là plus grande part, rédigé et écrit par Marcel, le secrétaire 
ordinaire du général. D'après l'abbé Casgrain, qui a eu en mains les manuscrits, il n'y a que deux parties 
qui soient d'une écriture différente de celle de Marcel, la troisième qui est de Bougainville, et la huitième 
et dernière, celle qui nous occupe. Cette huitième et dernière partie, l'abbé Casgrain incline encore à croire, 
à cause de la continuité du récit, qu'elle a été rédigée par Marcel. "Si toutefois, ajoute-t-il, la rédaction 
de cette dernière partie n'est pas de Marcel, à qui faut-il l'attribuer ? L'examen du texte permet seule- 
ment d'établir les points suivants : le rédacteur est un officier militaire qui p)aralt attaché à l'artillerie. . . 
C'est un officier d'un grade peu élevé puisqu'il n'assiste pas aux conseils de guerre . . . Enfin, il a avec Mont- 
calm des rapports fréquents. Voilà tout ce qu'on peut inférer du texte même. . . Nous n'avons pu retrouver 
le nom de cet officier." Toute révérence gardée pour M. l'abbé Casgrain, nous croyons qu'il était permis 
d'inférer davantage du texte même. Que le rédacteur de cette dernière partie fût un officier d'artillerie, il 
n'était d'abord pas possible d'en douter. La simple lecture du texte le démontre en vingt endroits, (cf. 
p. 528 surtout). En second lieu, il n'est pas moins clair que cet officier d'artillerie n'était p>as Canadien 
et n'appartenait pas aux troupes de la colonie. Son aversion pour tout ce qui est Canadien le prouve abon- 
damment. Cela nous permet d'éliminer sans plus de retard, tous les officiers d'artillerie nés au Canada ou 



ARCHIVES DE QUÉBEC 217 

appartenant K-uleirent aux troupes de la colonie, comme Jacau de Fiedmont, de Lusignan, Danseville et 
les au'res. Des officiers d'artillerie venus de France, il ne reste q»ie Montbeillard, Louvicourt, d'Espinassy. 
DuVemy, et Bonafbus. De ces cinq personnages, les deux seuls qui ne sont jamais nommés dans cette 
dernière prrtie. où l'auteur parle toujours à la première personne, sont de Montbeillard et Bonafous. Or, 
l'auteur ne peut être Bonafous qui n'a assisté à aucun des événements qui sont ici racontés, ayant presque 
continuellement servi au fort Niagara avec Fouchot. II faut donc que ce soit de Montbeillard. 

Mais nous avons mieux que cette simple preuve de déduction. A la page 544 du Journal de Montcalm. 
l'auteur écrit : "Du 15 jirin 1759. M. Mercier ira demain à Beauport pour y tracer des batteries ; je l'y 
accompagnerai et y resterai avec huit canonniers et un sergent". C'est ici que l'auteur s'est trahi sans le 
jamais soupçonner. En effet, que lisons-nous dans le Journal même que nous publions, à la date du lende- 
main, 16 juin : "M. de Montbeillard, capitaine des canonniers, vient de partir pour établir des batteries 
sur des redoutes qui sont à Beauport." Et voilà le mystère éclairci. Habemus confitenlem reum • 

Le libraire Maisonneuve, dans son catalc^ue préparé par Ch. Leclerc, sous le titre "Bibliotheca 
Americana", en 1878, offrait en vente, sous !e No 770, pour le prix de 400 francs, un maniacrit intitulé : 
Mémoires sur les affaires du Canada et attribué sur le premier feuillet à M. Potot de Montbeillard. capi- 
taine d'artillerie, chevalier de Saint-Louis, De ces Mémoires, il n'y aurait que trois exemplaires manuscrits, 
disait la même note, sur le premier feuillet. Serait-ce la huitième partie du Journal de Montcalm, et l'un 
des trois exemplaires manuscrits dont on vient de parler se serait— il trouvé dans la collection des papiers de 
Lévis ? Personne, malheureusement, re semble savoir ce qu'est devenu ce précieux manuscrit oflFert en 
vente en 1878 par le libraire Maisonneuve. U convient de ix>ter cependant que le manuscrit Potot de 
Monbeillard. tel qiedécrit par Charles Leclerc, couvrait une pôiode plus longue, de 1756 à 1760. Comment 
M. de Montbei'lerd a-t-il pu raconter les événements de 1756. lorsqu'il n'est arrivé lui-même au Canada 
qu'en juin 1757? Il n'a pu le faire que sur oui-dire. Toutefois, il est assez improbable que M. de Mont- 
beillard ait fait deux rédactions différentes. Le secrétaire qui coordonnait pour le compte du marquis de 
Lévis les documents et pièces relatifs à la guerre du Canada a très bien pu ne prendre d'un mém.oire plus 
étendu de M. de Montbeillard que la partie vraiment personnelle et qui était requise pour continuer 
l'œuvre de Marcel abandonnée ou suspendue. 

Malgré le doute qu'il laissait au moins percer en 1891. dans son introduction au Journal de Montcalm, 
l'abbé Casgrain n'en a pas moins continué, en 1893, dans son ouvrage Montcalm et Léris à considérer Marcel 
com.me l'auteur de la dernière partie du Journal de Mwitcalm. (cf. Vol. II, pp. 245 et 251). 

(119) Cest sans doute le briUot le Jaloux dont il est parlé à la date du 16. Les Mémoires du sieur 
deC. . (p. 143) veulent que ce briilot ait été sous les ordres de M. Dubois de la Miltière Nous venons de 
voir qu'il était commandé par le sieur Berthelot. 

(120) Cet exploit des sauvages Abénakis est rapporté à peu près de même façcw daris le Journal de 
Malartic (p. 241). la Relation du Siège de Québec (p. 3C6). le manuscrit de Hartwell (p. 10) et le Journal de 
Montcalm (p. 546). Il n'est peut-être pas sans intérêt de mettre en regard l'entrée qui en est faite dans le 
log-book du navire anglais, le Centurion, à la même date du 17 juin : "At 5 P.M. sent our boats manned 
and arm.ed per signal from the Deronskire in order to eut out a sloop which lay at anchor on the north shore, 
but on our approaching towards her was chaced by 24 boats belonging to the French, which took a boat 
belonging to the Sçurrrel. (Woods, Logs of the Conqutst. p. 209). 

(121) D'après la Relation du Siège de Québec (p. 306), les prisonniers auraient parlé dans leur déposi- 
tion de 1500 hommes de débarquement. L'erreur est patente. D'ailleurs, de toutes ces dépositions de pri- 
sonniers, chacun en prenait ce qu'il pouvait. Les relations écrites par des militaires, oflSciers souvent 
assez haut gradés et censés par conséquent au fait, ne s'accordent pas mieux entre elles, (cf. Journal de 
Montcalm, p. 547, et Journal de Malartic. p. 241). 

(122) Nous lisons, dans le Siège de Québec, publié par D.-B. Viger (p. 11) : "Les cajeux ne purent 
part ir à cause d'une petite révolte parmi les Canadiens qui devaient les conduire et qui refusèrent de mar- 
cher, sur le bruit répandu parmi eux qu'ils seraient pendus s'il étaient pris F>ar l'ermemi". Cette hésitation 
des Canadiens parait avoir été produite selon le Journal de Montcalm (p- 547) par une allocution singulière 
que leur aurait adressée leur aumônier, le Père Beauset, jésuite, et où il leur aurait parlé comme à des gens 
qu'on menait pendre. Le malheur, c'est qu'il n'y a jamais eu de père Beausset. p)armi les jésuites en Canada . 
On a voulu dire le R.P. Siméon LeBansais, qui, arrivé à Québec, prêtre séculier, en 1745. entra chez les 
Jésuites en 1749 et quitta le Canada en 1760 pour devenir curé en France à St-Didier d'Avignon. Le curé 
Récber l'appelle quelque psrt dans son Journal {B. R. H., IX, 130) le Père Bausais. Jésuite. Cela se rap- 
proche assez de Beausset pour expliquer l'erroir du copiste de Montcalm. 



218 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(123) Jean-Daniel Dumas servait depuis plusieurs années en France, comme capitaine dans le régi- 
ment d'Agenais, lorsqu'il fut nommé capitaine dans les troupes de la marine au Canada, le 20 avril 1750. 
Aussitôt son arrivée, il commande au fort Gaspareaux, en Acadie. Il sert ensuite dans la région de la Belle- 
Rivière où il devait s'illustrer bientôt à la bataille de la Monongahéla. M. F.-J. Audet, des Archives 
fédérales, a publié récemment tout un livre intitulé : Jean-Daniel Dumas, le Héros de la Monongahéla. 
Il y tente d'établir que c'est à Dumas, plus qu'au sieur de Beaujeu, que revient le crédit d'avoir remporté 
cette immortelle victoire. Quoi qu'il en soit de M. de Beaujeu, à qui l'on ne peut enlever le mérite d'une 
mort glorieuse, il est certain que c'est sous le commandement de Dumas que la bataille fut effectivement 
gagnée, après avoir semblé fjerdue. Jean-Daniel Dumas fut commandant du fort Duquesne, de juillet ou 
août 1755 jusqu'à la fin de 1756, alors qu'il demanda d'être relevé. Le 1er mai suivant, il était promu 
major de Québec, et, en 1758, major général des troufjes du Canada. Il avait été fait chevalier de St-Louis 
le 17 mars 1756. Repassé en France en 1761, il reçoit, en 1766, le commandement général des îles de Franc e 
et de Bourbon, mais il en est relevé deux ans plus tard à la suite de difficultés avec l'intendant. Il n'en est 
jMs moins nommé brigadier d'infanterie, cette même année 1768, et maréchal de camp en 1780. L'on ignore 
à la fois la date de sa naissance et celle de son décès. Du fait qu'il avait une commission dans le régiment 
d'Agenais, M. F.-J. Audet conclut qu'il devait être né dans le pays d'Agen. Une telle déduction ne se peut 
soutenir. Il n'y avait pas que des Bretons dans le régiment de Bretagne, non plus que des Berrichons dans 
le régiment de Berry. Nous croyons que Jean-Daniel Dumas venait de la région d'oià viennent à r)eu près 
tous les Dumas, c'est-à-dire du Languedoc. Montcalm, ayant à parler dans une de ses lettres d'un procès 
assez piquant qui se déroulait à Québec, désigne l'une des f)arties : "Alexandre Dumas, marchand, cousin 
de l'ofïîcier". {Lettre de Montcalm, p. 106). Cet Alexandre Dumas, marchand, est le même que nous 
retrouvons notaire à Québec, sous le régime anglais. Il était né à Montauban, en Languedoc. Son cousin, 
l'ofiScier, ne pouvait, en 1759, être autre que Jean-Daniel Dumas. 

(124) Ces cris de : Vive le Roy ! paraissent avoir été également entendus de M. de Montbeillard . 
(cf. Journal de Montcalm, p. 547) . 

(125) Le Journal de Montcalm (p. 548) prarle d'un détachement de 300 hommes, dont 100 soldats 
de la colonie et 200 Canadiens pour l'île d'Orléans. 

(126) M. de Montbeillard prétend, lui aussi, que les quatre pièces de M. LeMercier ont à peine touché 
les bâtiments anglais. L'auteur de la Relation du Siège de Québec, dont le ton est généralement moins 
partial, en dit autant (p. 306) . 

(127) L'Histoire manuscrite du Séminaire de Québec, ï>ar l'abbé et plus tard cardinal Taschereau, 
rapporte en effet qu'un certain nombre d'écoliers du petit Séminaire de Québec s'enrôlèrent durant le 
siège de CJuébec. (Gosselin, Eglise du Canada, Mgr de Pontbriand, p. 513). L'événement prouva cepen- 
dant qu'ils n'étaient guère entraînés. 

(128) A peu près vers cette date, autant que le défaut d'ordonnance permet d'en juger, nous lisons, 
dans le manuscrit de Hartwell (p. 1 1) : "L'aventurier qui devait, avec des chemises soufrées, mettre le feu 
à un des plus grands bâtiments, revint après avoir f)erdu son artifice dans le chemin. . ." Est-ce qu'il 
s'agirait du sieur Berthelot ? Tanguay (II, 281) mentionne un Pierre Berthelot, navigateur, originaire 
de Xaintes et qui aurait épousé, à (Juébec, en 1745, Marie- Anne Gagné, mais il est facilement exonéré, 
s'il est vrai qu'il est mort en 1751, comme le veut l'auteur du Dictionnaire. 

(129) Cette courte description de la batterie flottante de Duclos-Guyot a l'avantage d'être plus 
précise que celle qu'en donne dans son Journal M. de Foligné (p. 169). Elle ne suffit cependant pas encore 
pour justifier l'admiration du chevalier de Foligné qui ne trouvait "rien de mieux inventé." C'était ime 
des grandes espérances des Français, qui, escomptant les ravages qu'elle devait causer, avaient baptisé la 
batterie flottante le Diable. Cela est bon à savoir si l'on veut comprendre cette phrase d'abord énigmati- 
quedu Livre d'ordre des campagnes de i75S-i759 (Ordre du 1er au 2 juin 1759): "Cinquante Canadiens 
seront menés pour la construction du diable", ou cette autre du Journal de Malartic (p. 244) : "Le Diable 
est venu se mouiller entre la rivière de Beauport et la Canardière." 

(130) Cet accident est ainsi raconté par M. Desandrouins qui en fut pour ainsi dire le témoin oculaire, 
étant alors à Carillon. "Six canonniers faisaient des balles à feu dans une casemate .... un oflîcier M. 
d'Ariens, capitaine de Berry, les regardait. Tout-à-coup le feu prit à l'artifice par un accident qu'on ne 
sçait pas. . .Quatre canonniers furent tués et brûlés et les autres estropiés et à demi brûlés, de même que 
M. d'Ariens." (Gabriel, Le maréchal de camp Desandrouins, p. 276). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 219 

M. d'Ariens, l'oflâcier dont parle Desandrouiiis et que ne nomme pas notre texte, n'est auUe que Jean 
Gérard Preyssac d'Ariens, chevalier de St-Louis. Il n'obtint cette fois de la mort qu'un court sonts. 
n fut tué à la bataille de Ste-Foy. le 28 avril 1760. 

(131) Le 20 juin. Malartic apprend que M. Aubert a eu connaissance de 14 va i sseaux, mais qoe la 
brome l'a empêché d'en compter va plus grand nombre (Journal des campagnes, p. 242). 

(132) L'officier anglais que l'on équipe ici est probablement l'un des huit pnisonniers faits le 17 juin 
par les sauvages de M. de Courtemanche. D'après notre auteur, il aurait eu plutôt l'air d'un matelot. 
En effet, le Journal de Montcalm (p. 546) nous dit que, des huit prisonniers faits à cette occasion, "le plus 
considérable était un pilotin", et le pilotin n'est qu'un marin qui apptrend le pilotage à bord d'tm navire de 
gUMTe. Le livre de bord du Centurion qui mentionne le 17 juin la perte d'im canot du Squirrel n'aurait 
pas manqué de i>arler d'un officier [irisonnier. 

(133) D'après Wood {The Lots of Ihe Conclus:, p. 119) 141 voiles étaient parties de Louisbourg sous 
le commandement de l'Amiral Saunders. En y ajoutant les navires de l'escadre Durell et les bâtiments de 
transport, il ne devait pas y avoir à ce moment dans le Saint-Laurent moins de 200 vcnles anglaises. 

(134) Il y avait alors résidant à Québec im nommé Louis Aimé, Pœtevin, né en 1704 et marié à 
(Québec en 1731 à Elizabeth Morin dit Chenevert (Tanguay, II, 8). 

(135) Nous avons vu que M. de Foligné, l'auteur du Journal du Siège de Québec bien connu, s'intitule 
lui-même "officier commandant la batterie de droite des Remparts du côté du fleuve." Il était officier 
de marine, capitaine en second sur ime corvette. Parmi les autres commandants de batterie, Panet men- 
tionne ici et là un M. Nau, un M. La Garenne, et im M. Denet ou Dimet. Nous croyons que ce dernier, 
dont le nom a été estropié piar le copiste, est M. Dinel, le second du sieur C^non. 

(136) Dès le 11 juin 1759 M. de Montbeillard écrivait : "Les voitures manquent pour les fortifica- 
tions, mais non pour voiturer les matériaux nécessaires pwur faire une casemate chez Madame Péan." (Jour- 
nal de Montcalm, p. 542). Sans doute l'on a tâché d'élruiter le moins possible la nouvelle de cette entre- 
prise, de crainte des mauvaises langues, mais elle ne pouvait échapper bien longtemps aux curieux avisés, 
et notre autetir avait fini par l'apprendre, le 21. La maison de Mme Péan serait, nous dit -on, celle occupée 
aujourd'hui par le général Landry, sur la rue Saint-Louis. L'épaisseur des murs bas de cette maison est 
tellement hors de l'ordinaire qu'on veut y voir les restes de la casemate amoureusement pMréparée pour la 
protection de l'amie de Bigot. On sait que la casemate est une sorte de souterrain solidement voûté pour 
être mis à l'épreuve des bombes. 

(137) Angélique-Geneviève Renaud d'.Avesnes des Meloizes avait épousé à (Juébec en 1746 Michel 
Jean-Hugues Péan. seigneur de Livaudière, plus tard aide-major de Québec et chevalier de St-Loxiis 
EUe était née le 1 1 décembre 1722. Tous nos historiens veulent qu'elle ail été la Pompadcur de l'intendant 
Bigot et que son facile mari ait délibérément accepté la situation pour l'avantage de faire sa fortune pl»is 
rapide. Les mémoires du temps corroborent assez cette accusation. Mme Péan était la reine de toutes 
les fêtes au Palais de l'Intendant et Michel-Jean-Hugues Péan, par une audacieuse manipjlation des 
fournitures de guerre, devint riche à millions. Jeté à la Bastille en 1763 avec Bigot ^ et ses complices, Péan 
fut finalement relâché, mais à charge de restituer 6J3,030 livres. Il mourut à Cangy (Indre-et-Loire; le 
21 août 1782, et sa femme à Blois, dix ans plus tard, en 1792. (cf. P.-G. Roy. Famille Renaud d'Atsnes 
des Meloises). 

( 138) François Daine, originaire de Champagne, était le fils de Jacques Daine, inspecteur de la manu- 
facture royale des tabacs de Charleville, et de Marie-.Antoinette Pelletier. Dès 1722, novis e trouvons 
greflSer du Conseil sup)érieiu- à (Juébec. Il occupa ce poste jusqu'en 1744, alors qa'il succéda à M- André 
de Leigne comme lieutenant-général de la fwévôté de (Juébec. En 1752 il était nommé directeur du domaine 
du Roy, Après avoir épousé successivement Angélique Page en 1721, et Louise Jeanne Bouat en 1724. 
il convola en 3e noces, le 8 mars 1742, à Boucherville, avec Louise Péca jdy de Contrecœur. Il devenait par 
ce mariage l'oncle de Michel-Jean-Hugues Péan et c'est ainsi, sans doute, qu'il aurait eu des droits à la 
casemate. M. Daine, parrain à (Juébec le 2 août 1730, est désigné : chevaher comte de St-Jean de Latran. 
Après la cession, il passa en France, reçut en 1765 une fiension de 2000 Uvres, comme reco nn a i s s a n ce de son 
sèl: et de sa probité en Canada et vécut à Blois jusqu'à sa mort avec sa famille. 

(139) François Bigot, intendant du Canada de 1748 à 1760. 



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(140) Voir à ce sujet une page fort intéressante dans les Mémoires du Sieur de C. . . (pp. 142-143) 
Malgré l'appât des esp)èces sonnantes et trébuchantes, l'expédient n'aurait pas produit de grands effets, s'il 
faut en croire aussi l'auteur du manuscrit de Hartwell (p. 11). 

(141) D'après un calcul qu'il établit à cette même date, M. de Malartic évalue les forces disponibles à 
15,685 hommes. {Journal des Campagnes, p. 242). 

(142) En théorie, la Nouvelle-France avait le même système monétaire que la mère-patrie. L'on 
comptait par livres, sols et deniers. Cependant, dans les premiers temps, à cause de l'absence du numé- 
raire, les paiements se faisaient en nature, en blé ou en fourrures, d'après une évaluation en livres fixée par 
ordonnance. En 1685, M. de Meules inagina la monnaie de carte qui fut en usage jusqu'à 1717 et qui 
recommença à sévir en 1729 pour ne cesser qu'avec la conquête. Les dénominations de la monnaie de carte 
variaient de 24 livres à 7K sols. Jusqu'à 1717, par ordonnance de Louis XIV, la livre ne valait en Canada 
que quinze sols tandis qu'elle en valait vingt en France. En cette même année 1717 une Déclaration du Roi 
ramena la monnaie du Canada sur le pied de celle de France. En 1759 donc, douze deniers faisaient un sol 
et vingt sols faisaient une livre. La livre était aussi appelée franc. Elle continua d'être longtemps après 
1763 la monnaie de compte de la population d'origine française, l'ordonnance du 14 septembre 1764 ayant 
décrété que, dans toutes les conventions antérieures ou postérieures à 1763 et faites en livres, la livre serait 
égale à un chelin, et six livres ou six chelins à un dollar. Peu à peu la livre disparut pour faire place défini- 
tivement au dollar. Nous avons vu qu'en 1764 l'administration anglaise attribua à la livre la même valeur 
qu'au chelin. Cela veut dire que la livre équivalait à peu près à seize sous de notre monnaie d'aujourd'hui, 
la puissance proportionnelle d'achat mise à part. Ce n'est qu'en 1777, avec la mise en force de l'Halifax 
Currency, que le chelin commença d'avoir une valeur nominale de vingt sous, le dollar ayant été réduit 
de six à cinq chelins. Ainsi s'explique l'expressiçn de "chelins ancien cours" dont se servaient après cette 
date dans leurs contrats les cultivateurs habitués à compter par livres. 

(143) Le 8 jum précédent, la Toison d'or, navire également armé en brûlot, avait été incendié précisé- 
ment par suite d'une imprudence dans le chauffage du brai. 

(144) La Traverse se trouve à l'extrémité nord-est d(« l'Ile d'Orléans où le fleuve se divise en deux 
chenaux dont l'un au nord et l'autre au sud de l'Ile d'Orléans. La flotte entrait dans le chenal du Sud à la 
hauteur du Cap Tourmente, entre l'extrémité est de l'île d'un côté et l'Ile Madarre, de l'autre. Le rassa3:e 
était réputé dangereux et les Français furent stupéfaits de l'aisance avec laquelle les navires anglais le 
franchirent. Mais la traverse était plus large qu'on ne l'avait cru et les Anglais, en plus, avaient eu la 
pratique idée de s'assurer de force des pilotes canadiens. 

(145) Il n'y a pas de sot métier, et surtout à la guerre, mais il n'en est pas moins exact que M. de 
Lanaudière fut principalement occupé durant le siège de Québec à la levée des bestiaux^ Nous avons 
sous les yeux les originaux de divers ordres qui lui ont été donnés à cette fin par Vaudreuil et Bigot , le 7 
juin le 12 et le 23 juillet, et enfin le 13 août 1759,. Voici l'ordre du 13 août, signé de Vaudreuil : 

"Nous ordonnons à M. de Lanaudière, capitaine d'infanterie, de continuer sa route jusqu'à Maski- 
nongé pour faire de paroisse en paroisse la levée des bœufs, vaches et taureaux qui nous sont indispensable- 
ment nécessaires ix)ur la subsistance de l'armée, suivant et conformément à l'ordonnance que nous avons 
rendue conjointement avec M. l'Intendant. 

"Après avoir fini son opération à Maskinongé, il traversera à la Coste du Sud o j il fera la même levée 
d'animaux de paroisse en paroisse jusqu'à celle qui est vis-à-vis des Grondinœ où il fera traverser les ani- 
maux de la Coste du Sud et réclamera pour cet effet le secours des chaloupes et canots des frégates qu i sont 
actuellementmouilléesdevantlesGrondinesen vertu de la lettre que nous lui adressons pour M. de Vau- 
quelin Fait à notre (Quartier Général, le 13 août 1759. Vaudreuil." 

(146) Les hoquetons, c'est-à-dire les gens de pied de M. l'intendant. 

(147) Nous lisons, à la date du 24 juin, dans le Log-book du navire le Captain, que l'Amiral Saunders 
dut dépêcher plusieurs canots et berges à l'assistance d'un sloop et d'un schooner qui s'étaient laissés dériver 
trop près du rivage en face de l'Ile aux Coudres. (Wood. Lo^s of ihe Conquest, p. 203). C'est sans doute 
cet événement qui se trouve ici grossi par la rumeur. 

(148) M. Ernest Gagnon écrit quelque part {Le Fort et le Château St-Louis, Montréal, 1903, p. 96): 
"On connaît peu de chose de la vie intime de la Marquise de Vaudreuil". Pour un détail de vie intime, 
celui que nous fournit notre auteur en est un certainement, et assez inattendu. Faut-il croire que la vieille 



ARCHIVES DE QUÉBEC 221 

marquise avait une faiblesse ? Charlotte Fleury Deschambault, née en 1683, était âgée de plua de 75 ans 
à l'époque du siège de Québec Elle était fille de Jacques Alexis Fleury Deschambault et de sa première 
femme Marguerite de Chavigny. Mariée une première fois à François Leverrier de Rousson, capitaine, 
elle devint veuve en 1732 et se remaria peu après à Pierre de Rigaud, marquis de Vaudreuil-Cavagnal. 
Dans une lettre du 25 juin 1759 à M. de Bourlamaque, le marquis de Montcalm note : "Madame de 
Vaudreuil doit partir cette semaine pour Montréal ; mais M. le Marquis nous reste." Notre Journal 
parait lui donner comme destination Trois-Rivières. Avant d'être gojvemeur de la Louisiane, M. de 
Vaudreuil avait été neuf ans gouverneur des Trois-Rivières, de 1733 à 1742. 

(149) Antoine Juchereau Duchesnay, fUs d'Ignace Juchereau Duchesnay de St- Denis et de Catherine 
Peuvret. était né à Beauport le 20 janvier, 1704. D'après Franquet, le marquis Duquesne de Meaneville, 
gouverneur de la Nouvelle France de 1752 à 1755, l'avait choisi comme capitaine de ses gardes. (P. -G. 
Roy: Famille Juchereau, p. 217). Nous voyons ici qu'il continua à remplir la même fonction sous le 
marquis de Vaudreuil. M. Duchesnay avait épousé en 1737, à Québec, Marie-Françoise Chartier de Lotbi- 
nière, la sœur de l'ingénieur, et i! était par conséquent apparenté à M. de Vaudreuil. 

M. l'abbé Danie', le plus candide de nos historiens et qui, tout entier à la glorification de nos grandes 
familles, a voulu voir les plus valeureux guerriers jusque dans les plus pacifiques de nos hobereaux, écrit 
ce qui suit à propos d'Antoine Duchesnay dans son ouvrage Nos Gloi'es nationales (I. 213) : "Il se surpassa 
à la bataille de Carillon, où il gagna ses épaulettes de capitaine. La patrie le retrouva encore sur les plaines 
d'Abraham où il fit des prodiges de valeur. Pour reconnaître ses services la Cour lui accorda la Croix de 
Saint-Louis." M. Duchesnay n'assista pas à la bataille de Carillon, ne fut pas au nombre des combat- 
tants sur les Plaines d'Abraham, et ne fut pas chevalier de St-Louis. A part cela, le passage ci-dessus de 
l'abbé Daniel p)eut être exact, s'il en reste quelque chose. M. Duchesnay a pu être à Carillon en 1758, mais 
seulement le 13 juillet, cinq jours après la bataille lorsque M. de Vaudreuil y envoya à p)eu près toutes les 
troupes de la marine. Il ne fut pas capitaine à la suite de la vi :toire de Carillon, puisqu'en 1759, il n'était 
encore que lieutenant réformé, (cf. Rapp. Archives 1886, p. CLXXVIII). D'afM-ès la même autorité, il 
était déjà à sa retraite au commencement de 1759, et il ne put par conséquent prendre une part active à la 
bataille du 13 septembre. Il y devait être simplement dans l'entourage de M. de Vaudreuil. Enfin M. 
Ehichesnay n'est mentionné comme chevalier de St-Louis nulle part ailleurs que dans l'ouvrage de l'abbé 
Daniel. Le tableau de la noblesse canadienne piréparé par Carleton en 1767 mentionne D'Jchasnay père 
comme capitaine en retraite, mais ne le donne pas comme chevalier de St-Louis. Cette qualité n'apparaît 
pas davantage dans son acte de sépulture qui se trouve au reg^istre de Beaupwrt, à la date du 12 juin 1772. 
Dans les douze volumes de la CoHeition des Manuscrits de Léms, il n'est pas question une seule fois de M. 
Duchesnay. Panet en parle cependant dans son Journal (p. 11) à propos de rexp)édition conduite par M . 
Dumas à la Pointe-Lévis le 12 juillet. "M. Duchesnay, écrit-il, a fait exctise d'y aller." 

(150) L'un des trente-deux enfants que l'on veut absolument que Joseph Fleury de la Cîorgendière 
ait eus de son mariage avec Claire Jolliet. Des trois seuls garçons que nous connaissons qui auraient atteint 
l'âge d'homme, l'un Joseph, le receveur du castor, est mort en 1749 et l'autre, Ignace, ap.-ès avoir été garde- 
magasin à Rochefort, serait mcHt à St-Dominique en 1753. Il ne reste donc que Louis Fleury de la Gor- 
gendière, né le 31 août 1705. qui aurait pu être en 1753 l'aide de camp de Montcalm. Mais, en 1752, nous 
trouvons déjà Louis de la Cîorgendière gprand-voyer de la Nouvelle-France. C'était un civil, comme presque 
tous les membres de sa famille. 

Peut-être est-ce par ironie qu'il est qualifié ici d'aide de camp. Il était certainement de l'entoiirage 
immédiat du marquis de Vaudreuil, son oncle. M- de la Gorgendière mourut le 17 août 1771, à Descham- 
beault. 

(151) Cette petite phrase est la seule pwrte que notre auteur anonyme ait jusqu'ici laissée ouverte 
sur son identité. Nous avouons que cela ne nous a pas suffi pwur résoudre le problème. 

(152) Décrottoire, sorte de brosse à décrotter qui figurait ordinairement parmi les fournitures mili- 
taires. 

(153) Les trois navires dont il est ici question étaient le Centurion, le Porcupine et le Pembroke, ce der- 
nier ayant pour capitaine le célèbre explorateur Cook. Le log book da Pembroke nous apprend qj'à 7 heures 
du matin, le 27 juin, il jetait l'ancre dans le bassin de Québec, accompagné du Centurion et du Porcupine 
( Wcod : Lozs of the Conquest, p. 265) . D'après le log-book du Porcupine, les navires s'avancèrent assez p rès 
de la ville pour en faire la reconnaissance. (Bid. p. 270) . 



222 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(154) Le même événement est raconté différemment par le capitaine Knox. Le lieutenant Meech, 
avec 40 Rangers écossais, serait débarqué sur l'Ile d'Orléans tard dans la nuit, et, après s'être avancé dans 
les bois, aurait fait la rencontre d'un certain nombre d'insulaires occur)és à cacher leurs effets. Une fusillade 
s'ensuivit. Meech et ses hommes purent atteindre une ferme où ils restèrent jusqu'au jotir. Un soldat 
anglais avait été tué et on le retrouva au matin sans chevelure (Knox's Historical Journal, 1, 377). Ce 
dernier trait montre que la petite troupe anglaise eut affaire à des sauvages, et non à des habitants de l'Ile 
d'Orléans, comme le dit Knox. 

(155) On a vu que deux des enfants de l'auteur sont déjà partis pour l'Ancienne Lorette, le 26. Avec 
les trois autres qui partent avec la mère, ce 27 juin, nous avons un compte de cinq. Mais il n'est pas dit 
que c'est là toute la famille. Au contraire, car il nous semble que dans ce cas l'auteur aurait écrit : "Nos 
trois autres enfants." Pour lever le voile d'anonymat qui pèse sur ce journal, il faudrait donc rechercher, 
parmi les employés du magasin du roi à Québec en juin 1759, lequel avait ime femme de l'Ancienne Lorette 
et une famille de cinq enfants ou plus. Récomp)ense honnête à qui le rapportera. 

(156) Probablement Jean-Baptiste Carrier qui épousa, à Lévis, le 18 janvier 1751, Suzanne Duquel 
(Tanguay. II. 566). 

(157) D'après les log-books de plusieurs navires anglais, le Centurion, le Pembroke, le Porcupine, etc., 
une violente tempjête s'éleva ce jour-là vers 2 heures de l'après-midi. Plusieurs vaisseaux transports per- 
dirent leurs ancres et, en dérivant, faillirent causer des dommages sérieux à quelques frégates. Neuf 
vaisseaux échouèrent sur la rive, mais, d'après le log-book du Pembroke, ils furent tous remis à flot le lende- 
main, à l'exception de deux que les Français incendièrent (Wood : Logs of the Conquest, pp. 143, 265.) 

(158) Il s'agit sans doute de Joseph Damours de Plaines, qui, d'après Tanguay, serait né en Acadie, 
vers 1700, (ils illégitime de Bernard Damours de Plaines et de Marie de St-Etienne de la Tour. Il épousa 
Catherine Boucher de Montbrun en 1735, et en deuxième noces, en 1754, Marguerite Coulon de Villiers. 
Il mourut à Québec le 20 aoiit 1768. Parmi les officiers retirés en 1759 nous rencontrons Damour de Plaines, 
enseigne en pied réfor mé. (Rapp. /îrcAjpes 1886, p. CLXXVIII). Tout indique que c'est le même. Nous 
croyons savoir cependant que Joseph Damours de Plaines était surtout navigateur. 

(159) Le débarquement des troupes anglaises s'opéra en effet de bonne heure, le 27 juin au matin. 
C'est ce même jour que le général Wolfe fît afficher son fameux placard aux Canadiens sur la porte de 
l'Eglise désertée de Saint-Laurent de l'Ile d'Orléans. 

(160) Antoine Varembouville, natif de St-Loup, diocèse d'Auxerre, était au Canada depuis tme tren- 
taine d'années au moins puisque, en 1729, il épouse à Québec, Marguerite Josephte Jouber t (Tanguay 
VII, 426). 

(161) Nous lisons dans le Litre d'ordres des Campagnes de 1758-59, {ordre du 27 au 28;: "M. de 
Bougainville est prévenu que la batterie flottante arrivera ce soir sur le minuit et il fera trouver quel- 
qu'un d'entendu pour la placer." Il faut croire que les calculs des autorités ont été un jjeu dérangés 
puisque la batterie, au lieu d'arriver à minuit à l'entrée de la rivière de Beauport, ne mit à la voile que le 28, 
à 10 heures du matin. 

(162) Outre la Toison d'or qui fut incendiée le 8 juin, huit brûlots avaient été préparés pour l'expé- 
dition du 28. Nous en connaissons cinq, nominativement : V Ameriquain, les 4 frères, V Angélique, l'Am- 
bassadeur et le Jaloux. 

(163) Dans ses Noms géographiques de la province de Québec (p. 472) M. P. -G. Roy conteste l'opinion 
d'après laquelle le Trou Saint-Patrice, dans le comté de Montmorency, aurait été ainsi appelé par les 
Anglais après la cession du pays. La thèse de M. Roy se trouve ici absolument confirmée. 

(164) M. de Montbeillard (Journal de Montcalm, p. 561) et l'auteur du manuscrit de Hartwell pré- 
tendent que les brûlots étaient à trois lieues de l'ennemi lorsqu'ils furent allumés. Mais c'est sans aucun 
doute par manière d'hyperbole. 

(165) Presque toutes les relations ont accordé une importance considérable à cette expédition des 
brûlots si malheureusement frustrée. On en avait tant parlé depuis un mois et on en attendait de si beaiu 
résultate ! Le désappointement fut d'autant plus pénible que l'espérance avait été plus vive. C'est le 



ARCHIVES DE QUÉBEC 223 

chevalier de Foligné qui, en sa qualité sans doute d'officier de marine. s'£tend le plus longuement dans son 
Journal sur l'aflFaire de 28 juin. Son récit s'accorde à peu pires sur tous les imints avec ce qu'en dit. en 
moins de mots, l'auteur du présert journal. 11 n'y a de divergence réelle qu'à propos des noms de qi:elques- 
uns des commandants de brûlots. 

Il n'est pas sans intérêt de lire dans les Loz-books des divers navires anglais les entrées qui se rappor* 
tent à l'expédition des brûlots. Chose singulière, la plupart des capitaines anglais, qui ont cru devoir 
enregistrer l'événement, ceux du Hunier, du Pembtoke et du Ptrcupine paraissent n'avoir com^pté que 6 
brûlots. En revanche le capitaine du Richmond en a compté 12 ; il a vu double, effet de l'émotion, sans 
auctm doute. L'entrée qui nous parait la plus intéressante est celle du log du Slirling Castle à la date 
du 29 juin : "At half past twelve saw 7 large fires floating down from Point Levis towards. At 1 observed 
them to be fire ships ; sent ail boats msmned and armed to tow them off. ; . . . was obliged to slip and veered 
away 2 cables to be in readiness to sheer clear of them ; got ashore on the west end of Orléans and the rest 
was towed ashore by the boats without doing the fleet any damage". ( Wood : The Legs of Conquest, p. 305). 

(166j D'après le manuscrit de Hartwell, les brûlots auraient coûté 120,000 francs (p. 14). Mais 
M. de Montbeillard, selon son habitude, renchérit là-dessus. "Nos chers brûlots, écrit-il, cette épithète 
leur convient fort, car ils coûtent quinze à dix-huit cent mille francs. {"Journal de Montcalm, p. 561). 

(167) Joseph Cadet, munitionnaire général, avait fourni presque tous les navires nécessaires à l'expé- 
dition des brûlots, mais il les entrait, on le pense bien.sur sa facture. Peut-être aussi s'était-il laissé persuader 
par quelques-uns des capitaines de ses navires que l'affaire était bonne. Comme à l'ordinaire, M. de Vau- 
dreuil était entré dans ses vues. L'affaire des brûlots fut celle du gouverneur. M. de Montcalm. sans s'en 
désintéresser absolument, n'y eut pour ainsi dire pas de part. 

(168) A l'instar de notre auteur, M. de Foligné a cru devoir dans son Journal (p. 171) enregistrer 
povir la postérité les noms des huit commandants de brûlots : "DeLouche, commandant en chef, Grand- 
Mont , LeSeau, Berthelot, Sabourin, DeSoumeau, Marchand et DuBois de la Multière." La liste que nous 
publions ne comprend que sept noms, parce qu'il n'y a eu que sept brûlots d'engagés dans la partie, et, par 
conséquent, que sept capitaines en charge. M. de Foligné nous apprend lui-même que Sabourin, un des 
officiers de la frégate YAtalanU, avait laissé en rade le brûlot qu'il commandait et s'était finalement embar- 
qué comme volontaire sous les ordres d'un autre capitaine. 

Sabourin mis à part, M. de Foligné s'accorde avec notre manuscrit quant aux noms de six des autres 
capitaines. La seule divergence est qu'il écrit Leseau là où nous avons dû écrire Descamps. L'orthographe 
du Journal rie Foligné est assez défectueuse pour qu'un copiste ait pu facilement lire Leseau à la place de 
Descamps. Il n'y avait qu'à prendre la lettre D pour un L et la lettre c pour im e. Nous donnons volon- 
tiers le bénéfice du doute à l'auteur anonyme du Journal du siège de Québec qui ne s'éloigne presque jamais 
de la véritable orthographe dans les norrs propres, tandis que le Journal de Foligné, comme celui de 
Montcalm d'ailleurs, fourmille des plus cocasses erreurs, du moins dans le texte impn-imé. 

(169) Nous avons dit plus haut qui était Delouche, capitaine du navire l'Amhûiuain à son arrivée à 
Québec, en mai 1759. C'était le même navire l'Ameritiuain, qu'il commandait ce 28 juin. M. de Foligné 
est pour lui d'une sévérité telle qu'on se dem2mde s'il n'y a pas de sa part quelque animosité personnelle. 
Il est vrai que l'auteur du manuscrit de Hartwell, en parlant de Delouche sans le nommer, dit que c'était 
"un homme lâche et sans caractère connu", mais il y a tout lieu de croire qu'il ne le juge que d'après le 
résultat malheureux de son entreprise. M. de Foligné insiste longuement sur l'incapacité et sur l'effron- 
terie de DeLouche ; il rapp)orte toute une série de détails qui ne se trouvent pas ailleurs, et qui sentent 
beaucoup l'exagération. Toutes les autres relations semblent s'accorder à dire que l'insuccès de l'affaire 
est dû à une erreur de Delouche, mais piersorme autre que Foligné ne parait l'avoir pris à partie plus parti- 
culièrement que les autres. Il est regrettable que nous n'ayons pas le texte exact de la lettre du 29 juin 
1759 adressée par M. de Montcalm au chevalier de Lévis (Lettres de Montcalm, p. 165). Cette lettre a été 
transcrite le plus pitoyablement pxjssible et n'a quelquefois aucun sens. La troisième ligne se lit ainsi : 
"Le seul qui ait manœuvré le commandant de Louche ( ?) " Presque sûrement voici ce qu'il aurait fallu 
lire : "Le seul qui ait manœuvré est le commandant DeLouche". Et dans ce cas, ce serait un témoignage 
dont il faudrait tenir compte. 

(170) Un copiste fait dire au chevalier de Foligné DeSourmeau au lieu de DeLourmeau. Nous ne 
rencontrons que dans son Journal la piremière épjellation, tandis que nous rencontrons à plusieurs autres 
endroits la seconde qui est l'exacte. Le 6 juin précédent, d'après notre auteur, "le sieur de Loumeau. 
officier marchand, était parti. . .pour aller aux Ecureuils chercher la goélette de M. LeMercier. . .pwur 
l'armer en brûlot." C'est évidemment cette goélette de M. LeMercier qu'il commandait le 28 juin. 



224 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(171) Nous avons vu plus haut que le sieur Berthelot était capitaine du brûlot le Jaloux. Ce navire 
n'était pas de ceux qui arrivèrent à Québec avec la flotte du munitionnaire. 

(172) Le sieiu- Marchand avait conduit de Bordeaux à Québec le navire la Toison d'or pour le compte 
du munitionnaire. La Toison d'or, ainsi qu'on l'a dit plus haut, était armée en brûlot lorsqu'elle fut 
incendiée par accident le 8 juin. Nous ignorons quel autre navire y substitua le sieur Marchand. 

(173) Le capitaine Grandmont commandait le brûlot l'Angélique, le même navire qu'il avait conduit, 
de Bordeaux à Québec, en mai 1759. 

(174) Tanguay (IIL 366) mentionne un Pierre Roger Deschamps, maltre-voilier, qui avait familel 
à Québec, y ayant épousé en 1741 Marie-Anne Cadoret. Ne serait-ce pas le même qui est ici appelé Des- 
camps ? 

(175) Dubois de la Miltière était le frère de deux officiers des troupes de terre, lieutenant dans U 
même régiment de Languedoc, Honoré Dubois de la Miltière qui, après avoir épousé en 1757, à Montréal, 
Gabrielle, fille de Philippe Thomas de Joncaire, mourut à New- York vers 1778, et Gabriel-François Dubois 
dit le chevalier de la Miltière, que l'on retrouve capitaine dans Languedoc en 1775 et major à St-E^prit 
(Gard) en 1784. Nous en avons la preuve dans ce passage de la lettre du 29 juin 1759 adressée par Mont- 
calm à Lévis : "Somme toute, de vous à moi, à cause de ses frères, la tête avait tourné à la Milletière." 
Il est appelé La Multière par Foligné et par d'autres, mais nous avons la signature autographe de ses frères 
qui signent : La Miltière. C'est une coïncidence singulière de voir en même temps en Canada ces trois 
frères, dont deux dans l'armée et un dans la marine ; mais, comme ils étaient originaires d'un village côtier, 
les Sables d'Clonne, il n'est pas surprenant qu'un membre de la famille fût marin et que, croisière pour 
croisière, il en ait choisi une qui le rapprochait de ses frères. Nous avons vu plus haut que Dubois de la 
Miltière commandait le brûlot Y Ambassadeur ; c'est sans doute sur le même navire qu'il périt si tragique- 
ment le 28 juin. M. de Foligné fait de la Miltière un héros qui ne voulut pas partager la honte des autres 
capitaines, ses confrères, et qui persista à avancer au péril de sa vie. Panet dit de son côté qu'il n'y eut 
que quatre brûlots qui s'allumèrent entre les deux points choisis et que des quatre celui de Dubois fut le 
meilleur. lise peut que M. de Montcalm, en écrivant que la tête avait tournéà la Miltière, ait simplement 
voulu dire qu'il faisait une inutile folie en continuant sa marche après l'affaire ratée. 

(176) Il restait un seul brûlot. On a vu que, d'après M. de Foligné, (Journal p. 172), le Sieur Sabou- 
rin, lieutenant de la frégate YAtalante, était resté en rade avec le brûlot qu'il commandait et que, s'il s'em- 
barqua ensuite, ce ne fut qu'en sous-ordre sur un autre navire. Ce dernier brûlot eut le sort que lui prédi- 
sait notre auteur : il fut brûlé le 19 juillet à l'Anse des Mères, sans avoir fait aucim service. 

(177) S'il faut en croire M. de Foligné, les généraux auraient regretté d'avoir refusé le commande- 
ment de l'expédition des brûlots à M. Courval "homme brave et prudent, ayant à cœur les intérêts de la 
colonie dans laquelle il a pris naissance et qui, au rapport des marins, aurait fait une manœuvre plus glorieuse 
à la nation." (Journal de Foligné, p. 172). 

(178) La cacade des brûlots fit veiller les anglais mais elle ne les amusa pas autant que l'a cru M. de 
Malartic. "Les Anglais, écrit-il, s'en sont moqué, riant beaucoup". (Journal, p. 244). Il n'y a qu'à 
s'en rapporter à ce qu'en dit Knox dans son Journal (p. 381). "Nothing could be more formidable than 
those infernal engines were on their first appearance, with the discharge of their g\ins, which was foUowed 
by the bursting of grenados. .some of thèse dreadful messengers ran on shore and the rest were towed 
away clear of our fleet. . .They were certainly the grandest fire-works that can possibly be conceived. . ." 
Knox ajoute qu'il est difficile de dire ce qui aurait pu arriver aux Anglais si, à. ce moment critique, le 
général frjmcais avait pu disposer pour une attaque de 3 à 4 mille vétérans de choix, sans trop diminuer son 
armée. 

(179) Le livre de bord du Richmond nous apprend, en effet, que le nombre des bâtiments anglais 
échoués sur l'Ile d'Orléans dans la journée du 27 était de 9. (Wood : Logs of Conquesl, p. 282). 

(180) Ce témoignage d'un petit employé placé pour bien voir mais qui, n'osant élever la voix, se- 
contente de soulager sa conscience dans le secret de son journal personnel, montre que les doléances du 
marquis de Montcalm et les vitupérations du Sieur de C. . .sur ce point du moins n'étaient fias exagérées. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 225 

(181) Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay. fils de Claude de Raroezay, gouverneur de MontréaJ. 
Né à MonUéal le 4 septembre 1708, mort à Blaye (Gironde) le 7 mai 1777. Capitaine en 1734 et chevalier 
de St-Louis en 1748, il fut lieutenant du roi à Québec de 1757 à 1759. C'est lui qui eut le triste honneur 
de signer la capitulation de Québec. 

(182) Parmi les officiers à qui ce journal manque continuellement de respect, nous en avons déjà 
TU trois que nos historiens ont cependant accoutumé de révérer, sinon comme des merveilles de dfeintéresse- 
ment, du moins comme des prodiges de valeur, M. M. Lemercier, de Lanaudière et de Lotbinière. Notre 
auteur parait ici bien tenté d'y ajouter M. de Ramezay pour former le quatuoi . 

(183) Cette grande fumée à Beaumont signalait tout simplement le débarquement des troupes 
anglaises au-delà de la Pointe-Lévis sous les ordres du brigadier général Monckton. M. de Léry qui y était 
fut surpris par l'ennemi et c'est là que, dans sa précipitation, il perdit son épée et une partis de ses papiers. 

(184) Charles-Michel Mouet de Mwas, sieur de Langlade, était né à Michilimackinac le 9 mai 1729. 
C'est lui qui, avec ses sauvages, participa à la défense de (Juébec. et non son père, Augustin Mo jet de Moras, 
comme le veut Tanguay (V. 125, note) . Il était alors enseigne réformé, et spécialement attaché aux sau- 
vages. Il se rendit surtout célèbre comme chef de guérillas durant la guerre de 1775. Il mourut à la Baie 
Verte en janvier 1800. Dans son Dictionnaire des Canadiens de COuest (p. 155) le R.P- Morice lui fait 
gagner la bataille de la Monongahéla, mais sous les ordres du sieur de Beaulieu ! 

(185) Etienne Charest, né en 1717, était le fils d'Etienne et d'Anne-Thérèse Duroy. Seigneur de 
Lauzon, une des plus florissantes seigneuries de la colonie, il jouissait d'une grande autorité, et il passait 
en même temps pour un homme brave et déterminé. Après la conquête il vendit sa seigneurie au gén&3l 
Murray et se retira avec sa famille à Loches, en Touraine, où il mourut le 6 ao-ît 1733. Il était le frère 
aîné de Dufify-Charest que nous avons vu en mai 1759 commandant du navire le So!sU-Royal. (cf. Roy 
Hist. de la seigneurie de Lauzon, tome IIj. 

L'abbé Casgrain, dans son livre MorUcalm et Lévis, avait repété, d'après le Journal de Foligné, que la 
petite troupe qui attaqua Monckton était aux ordres de Duflfy-Charest. M. J.-E. Roy s'est efforcé 
d'établir que le héros de ce combat était bien Etienne Charest et il le prouve à satisfaction (Hist. Seigneurie 
de Lauzon, II, 284, note) . Mais la difficulté n'est définitivement tranchée que ï>ar le texte que nous publions 
aujourd'hui et où il est clairement écrit : Charest l'aîné. 

(186) Dans ce combat, comme dans toutes les escarmouches du même genre, il est impossible de 
démêler ce qui s'est exactement passé. Il y a des divergences considérables entre les relations françaises 
et les relations anglaises du même fait. Et cela se comprend. Chacun des côtés contestants se fait la 
même illusion sur le mal qu'il a pu causer à l'autre. Ainsi Knox, qui fut un témoin rapproché de la ren- 
contre, s'il n'y a pas même participé, prétend que les Anglais eurent affaire à environ mille hommes. Il 
faudrait savoir combien des sauvages Abenakis dont parle notre auteur sont venus à la rescousse, mais 
leur nombre ne pouvait être considérable. Cela veut dire que Charest et sa petite troupe ont donné du 
fil à retordre aux habits rouges conune s'ils avaient été mUle hommes. 

(187) Un pareil revirement sur la foi d'un prisonnier ne fait pas honneur à la sagacité de nos cbefe. 
mais il faut bien y croire. S'il n'y avait que le Journal de Montcalm qui en parlât, on p>ourrait croire à une 
méchante insinuation de plus contre M. de Vaudreuil. Mais le curé Récher, Panet et l'auteur du manuscrit 
de Hartwell en disent autant, sans s'être concertés. 

(188) A la date du 1er juillet, M. de Malartic écrit : "Grande fusillade faite par les Canadiens qui 
ont cru que l'ennemi a pénétré dans la partie qu'ils défendent." (Journal ... p. 245). Vott aussi Journal 
de Montcalm, p. 563. 

(189) M. de Foligné parle de 4 Jacobites sous ks ordres de M. Faucon, ofificier du Mackault et de 
M. Lesage, ofiScier du Secrétaire (pour le Sennelerre). Nous ne trouvons d'entrée correspondant à cette 
canoimade que dans le livre de bord du navire anglais le Rickrrutnd (Wood : Logs of Conquest, p. 283) 
D'après cette autorité le combat aurait duré environ vme heure, de 9 heures et demie à 10 heures et demie 
et rien ne laisse voir que des boulets aient atteint les frégates anglaises. Du côté anglais, le Richtrutrui, 
le Trent et le Sutherland auraient pris part à l'ïiffaire. C'est dzuis leur camp de la Pointe-Lévis que les 
Anglais souffrirent Nous avons sur ce point le témoignage de Malcolm Fraser et de Thomas Bell. Notre 
auteur n'a f>as voulu dire combien de tués parce qu'il ne le savait pas. M. de Foligné. qui n'en savait 

5300—15 



226 ARCHIVES DE QUÉBEC 

pas davantage, n'en a pas moins écrit bravement qu'il y eut cent anglais tués. Bell en avoue 7 ou 8 et 
Fraser à peu près une douzaine. 

(190) Le major Scott, arrivé de l'île d'Orléans au camp de la Pointe-Lévis le soir du 1er juillet, rap- 
porte qu'il a trouvé dans les bois deux grenadiers de la division de Louisbourg qui avaient été scalpée. 
(Knox, HistoTtcat Journal 1, 395;. 

(191) Déjà, le 29 juin, notre auteur, qui n'y voyait pms de mal puisqu'il n'écrivait que pour lui-même, 
avait enregistré ses réflexions sur la possibilité et même la probabilité d'une descente anglaise ailleurs que 
du côté de Beauport. Aujourd'hui, il y revient avec plus de précision, en mentionnant l'Anse des Mères, 
l'endroit même où devait atterrir l'armée de Wolfe le jour fatal du 13 septembre. Quelque partialité que 
nous éprouvions dans nos entrailles d'éditeur à l'endroit du judicieux citoyen qui nous a laissé ce journal 
anonyme du Siège de Québec, nous ne voulons pas lui faire trop d'honneur de ses pressentiments qui étaient 
peut-être partagés par d'autres. Cependant nous croyons intéressant de rapprocher de ses observations la 
phrase suivante d'un mémoire du chevalier de Lévis lui-même préparé en 1759 et intitulé : "Dispositions 
générales pour s'opposer à la descente depuis la rivière St-Charles jusqu'au Sault Montmorency". M. de 
Lévis écrit : "Il n'y a pas lieu de croire que les ennemis tentent à passer devant la ville et à faire leur 
■débarquement à l'Anse des Mères, et tant que les frégates subsisteront nous n'avons du moins rien à craindre 
pour cette partie." Or, les frégates ont subsisté jusqu'après le débarquement à l'Anse du Foulon. Le 
passage que nous venons de citer est tiré du Livre d'ordre des campagnes de 1758-59 dont la Société Histori- 
que de Montréal possède le manuscrit encore inédit. Ce livre d'ordres contient en entier le mémoire plus 
haut cité de M. de Lévis. C'est le même qui est reproduit à la page 162 des Lettres et Pièces militaires, dans 
la Collection des Manuscrits de Lévis, mais pour une infime fjartie seulement. M. l'abbé Casgrain nous 
déclare que le mémoire qu'il a eu sous les yeux était incomolet et nous voulons bien le croire. Le texte 
qu'il a publié ne contient p>as la phrase relative à l'Anse des Mères. 

(192) On ne pouvait mieux deviner l'intention anglaise. Voici ce que Thomas Bell écrit dans son 
Journal à la date du 2 juillet : "They favored us with some shells, by which we knew how well we could 
return the compliment on the town some time hence, the General having fixed upwn a place for a redoubt 
and for gun and mortar batteries. . ." (Knox, Journal, I, 395, note de l'éditeur). 

(193) D'accord avec Panet à la même date, (p. 11). On ne rencontre cependant pas dans Panet le 
détail de cette observation bien désobligeante, mais bien humaine aussi, qui est faite à Charest, à savoir 
que, "s'il parait si porté à défendre cet endroit, c'est que son bien y est." 

(194) Nous avons conservé l'orthographe singulière du manuscrit, mais personne ne devinera pas 
qu'il s'agit du général Wolfe. Les mémorialistes français ne traitent pas plus mal les noms propres à 
consonnance anglaise que leurs confrères anglais les noms propres à consonnance francise. 

(195) Les Anglais, qui avaient appris la politesse à Fontenoy, envoyaient donc des liqueurs en cadeau 
à leurs advei-saires entre deux combats. Et nous verrons un peu plus bas le courtois M. Bigot rendre la 
politesse en adressant à un capitaine de navire britannique quelques paniérées d'herbe. Il semble que cela 
se pratiquait assez souvent. L'ingénieur Desandrouins raconte dans ses Papiers comment Bougainville, 
quelques semaines seulement après la bataille de Carillon où Anglais et Français s'étaient étrillés d'impor- 
tance, pariait avec le général Abercromby un panier de Champagne contre un de bière au sujet de la 
chute plus ou moins prochaine de Louisboiorg (abbé Gabriel : Desandrouins, p. 213; . Cette sorte de trêve 
amicale ne couvait se produire qu'au temps de la guerre en dentelles. Nous voyons mai l'amiral Tirpitz 
expédiant un brochet à lord Jellicœ avec ses amitiés, ou Foch priant Ludendorff d'agréer l'hommage d'une 
jC?isse de Bordeaux. 

(196) Joseph-Gaspard Chaussegros de Léry, né à Québec le 20 juillet 1721 et mort au même endroit 
'le 14 décembre 1797. Fils de Gaspard Chaussegros de Léry, ingénieur en chef de la colonie, et de Marie 
Renée LeGardeur de Beauvais. Lui-même avait épousé en 1753 Marie-Madeleine Martel de Brouage. 
Capitaine dès 1757 il venait d'être fait chevalier de St-Louis au commencement de 1759. L'aventure à 
laquelle le général Wolfe fait allusion dans sa conversation avec LeMercier était arrivée à M. de Léry le 30 
juin, lors du débarquement inattendu des troupes anglaises à la Pointe Lévis sous les ordres de Monckton. 
Il avait été détaché pour faire évacuer les habitants de la côte du sud et il avait accompli sa tâche. Le 29 juin 
précisément, M. de Vaudreuil lui écrivait : "Demain matin, j'enverrai des bateaux à la Pointe Lévi pour 
vous faire traverser avec tout votre monda." (Daniel: La famille de Lery, p. 70.) Le lendemain, au lieu 

des bateaux de M de Vaudreuil, M. de Lery voyait arriver les soldats de Monckton. Kt il fut si inopinément 



ARCHIVES DE QUÉBEC 227 

surpris qu'il oublia sur la table de sa tente et son épée, et son chapeau et ses papiers. L'abbé Daniel n'a pas 
racont*cet incident, quoiqu'il fût déjà connu p)ar le Journal de Panet. Les papiers de M. de Léry ne furent 
cependant pas perdus ; Monckton les recueillit et, après plus de cent soixante ans, ils viennent, il y a quel- 
ques mois seulement, d'être rendus au jour. En effet, dans la vente de la correspondance officielle du 
Kénéral Monckton, qui a été taite au mois de février 1921 à Londres,chez Sotheby, nous avons eu la surprise 
de retrouver ces mêmes papiers oubliés p>ar M. de Léry dans sa tente le 30 août 1759. C'est du moins ce 
qu'affirme le catalogue. Mais il est évident que tous les papiers ayant appartenu à M. de Lery qui ont été 
vendus chez Sotheby le 21 février dernier, n'ont pas été pris par Monckton le 30 juin 1759. Il y a des 
lettres écrites par M. de Vaudreuil, le 28 août 1759 ; elles n'ont certainement pas été p)erdues le 30 juin 
précédent. Il en est de même du Journal écrit par M. de Lery et qui a été vendu dans la même occasion. 
Ce journal couvre la période du 15 mai au 6 juillet. E^t-ce que M. de Lery aurait une autre fois oublié ses 
papiers ? 

(197) Dans l'affaire de Beaumont, M. de Lery aurait perdu 7 hommes tués et 5 priscRiniers d'après 
le Journal de Knox (I, 386) . 

(198) Louise-Marguerite d'Ailleboust de St-Vilmé, qui avait épousé à Louisbourg en 1757 René- 
Gédêon Pothier de Pommeroy, lieutenant d'infanterie à l'Ile Royale (cf. Fauteuz, La Famille d'AiUebout. 
p. 85). 

(199) Une des sœurs de Mme de Pommeroy, fille de Hector Pierre d'Ailleboust de St-Vilmé et de 
Renée Daccarette, peut-être Louise, peut-être Marie- Anne, fibid. p. 80). Panet, qui écrit à tort St-Ville- 
min (p. 8). laisse croire qu'il s'agit de Mme St-Vilmé, mère de Mme de Pommeroy, mais la veuve St-Vilmé 
était déjà à Bordeaux. 

(200) Charles Douglas, capitaine depuis 1753, avait été choisi en février 1759 pour commander un 
des navires de guerre dans la flotte de l'amiral Saunders. Il commandait VAlcide, vaisseau de 64 canons. 
(Quinze ans plus tard, en 1775, il devait revoir (Québec assise, mais cette fois par les Américains. Envoyé 
au secours de (Juébec menacé, il n'y arriva cependant, à cause des glaces, qu'après que le blocus en eut été 
levé. Il fut créé baronet en récompense de ses services en 1777. Après avoir commandé la station navale 
d'Halifax de 1783 à 1786, il fut promu "rear-admiral" l'année suivante. Sir Charles Douglas mourut en 
1789 au moment où il s'apprêtait à aller prendre de nouveau le commandement des forces navales en 
Amérique. 

(201) Le curé Récher qui mentionne dans son Journal (p. 332) la même anomalie, tout en ne comptant 
qu'une seule frégate, attribue le silence de la batterie fktttante au ^t des pourparlers ; il y avait donc 
trêve du côté français, et demi-trève du côté anglais. 

(202) L'auteur, sans qu'aucim événement lui en donne de raison particulière, ne peut s'empêcher de 
renouveler le 7 juillet l'expression de son inquiétude sur le danger d'une descente du côté de l'Anse des 
Mères, dans cette région où il n'y a que 5 à 600 hommes depuis le Cap Rouge. La seule difficulté du terrain 
ne lui ()ara)t pas une suffisante garantie. Encore une fois le simple bourgeois, inspiré par son patriotisme, 
a montré plus de clairvoyance que l'expjert en art militaire. 

(203) Voici la version anglaise de cet incident d'après le Journal de Thomas Bell, aide de camp de 
Wolfe (6 et 7 juillet) : "They manned from Beauport 4 Canoës with Indians, who pursued oiu- boat which 
made immediately to the Orléans shore, they landed from the canoës, pursued the seamen, took one. were 
driven back by some people from the camp and lost 3 men ..." 

(204) Knox mentionne une vive canonnade qui aurait commencé à 6 heures du soir entre les frégates 
anglaises et les batteries flottantes de l'ennemi, et qui aurait duré une heure et demie, mais il pjrétend qu'il 
n'y eut de dommage d'aucun côté. {Knox' s Journal I, 403). 

(205) Nous n'avons trouvé dans aucun dictionnaire de marine l'explication du terme Jacobite. Tout 
indique que ce n'est qu'une appellation locale. Dans ce même Journal, à la date du 19 juin, nous lisons : 
"im Jacobite, c'est le nom qu'on a doimé aux batteaux armés." Le nom était donc nouveau et de circons- 
tance. Nous ne croyons pas qu'il ait été choisi par référence aux Jacobites écossais qui, encore à cette 
épxx]ue, harcelaient les Anglais sur leur frontière du Nord. La plus plausible c'est que les Jacobites ou ba- 
teaux armés du siège de Québec ont été ainsi app>elés du nom de leur constructeur ou inventeur. Dans la 
Rtlation du Siège de Québec publiée par M. M. Doughty et Parmelee (Si«2< of Québec V, 305), nous lisons : 



228 ARCHIVES DE QUÉBEC 

"M. de FJedmont, capitaine d'artillerie, donna le plan de 12 grands canots de bois sur lesquels on devait 
monter un canon de 12." M. de Fiedmont, dont le nom patronymique était Jacau, est quelquefois app>elé 
Jacob par les relations du temps, et il est possible que l'on ait nommé Jacobites d'après lui les bateaux 
armés dont il avait donné le plan. 

(206) Le Journal du curé Récher (p. 334) rapporte longuem.ent cette déposition du Parisien prison- 
nier à laquelle le Journal de Montcalm ne fait aucune allusion. Il s'accorde dans les parties essentielles 
avec le texte que nous publions. Il faut cependant que la plume ait fourché à M. Récher lorsqu'il écrit 
que les Anglais avaient perdu 9,000 hommes à la Guadeloupe ; nous lisons ici 900 hommes, et cela semble 
plus plausible. 

(207) Pour servir à l'histoire du duel sous le régime français que M. P. -G. Roy n'a pu qu'ébaucher 
dans le Bulletin des Recherches Historiques de 1907 (XIII, 129). Mais il est évident que le narrateur use de 
partialité à l'endroit d'un des combattants. François de Caire était un ingénieur arrivé tout récemment 
de France, le 19 mai, avec les sieurs Foumier et Des Roberts du même corp». (cf. Journal de Montcalm 
p. 523;. Il servait d'aide-de-camp à Montcalm en qualité d'ingénieur. Le 21 janvier 1760. il épousait 
aux Trois-Rivières Elizabeth LeBé, fille d'un marchand de Québec. 

(208) A cette date du 8 juillet nous lisons dans le livre de bord du Pembroke : "At noon the Suther- 
land and Richmond began to canonnade and the bomb vessels to bombard the enemy's intrenchments 
and batterys on the north shore." (Wood, Logs of Conquest, p. 266). 

(209) L'auteur, malgré qu'il fût à l'intérieur de la ville, devait avoir de bons tuyaux, grâce à ses fonc- 
tions d'employé de magasin du roi. M. de Montbeillard ne mentionne que le 10 juillet l'installation de 
M. de Repentigny avec 700 hommes au g^é de la rivière Montmorency (Journal de Montcalm, p. 571). 
Bien plus, d'après le Livre d'ordre des campagnes de 1758-59, ce n'est que le 1 1 juillet que les régiments de 
LaSarre, Guyenne, Béarn et Royal-Roussillon se seraient transfwrtés des divers postes où ils étaient sta- 
tionnés dans la partie du camp qu'occupait M. de Montcalm. 

(210) Voici que réapparaît la hantise malheureusement trop justifiée de l'auteiu' ; chaque fois que 
l'on fortifie quelque part, sa pensée se tourne vers l'Anse des Mères oubliée. 

(211) Cette canonnade du camp de Lévis par les frégates anglaises était conduite par l'amiral Holmes, 
sur le Dublin, (cf. Exlract from a manuscript Journal by Malcolm Fraser, p. 5.) 

(212) Le général Wolfe a lui-même enregistré cet incident dans son Journal et il n'y cache pas son 
admiration pour la tactique sauvage. "Dank's Rangers attacked by a body of Indians and defeated, the 
Indian repulsed by the Grenadiers of Bragg's Régiment and pursued by Howe, some killed and wounded, 
13 of Dank's killed and 7 or 8 wotmded. Admirable movement of those savages in this retreat." (cité 
par Dr Doughty dans son édition du Journal de Knox, I, 411). D'après la Relation parue dans le New- 
York Mercury du 31 décembre 1759, il y aurait eu, en outre des 13 Rangers de Dank, 14 soldats du Royal 
American tués et plusieurs autres blessés (Jourtial of the Expédition up the Rtver St. Lawrence p. 4) . Malcolm 
Fraser parle aussi de cette rencontre, mais, comme il était alors au camp de la Pointe Lévi, il confond les 
Rangers de Dank avec ceux de Gorham. De son côté le général Townshend avoue d£ms son Journal 
(Doughty and Parmelee, Siège of Québec, IV, 261) que la compagnie de Rangers du capitaine Dank eut tant 
de tués et de blessés qu'elle risqua d'en être désempérée pour le reste de la campagne. 

(213) Probablement le déserteur irlandais dont parle Malcom Fraser à cette même date : " I hear 
<Mie of the 48th Régiment (Webb's) has deserted this day to the enemy (an Irishman)." Knox (Journal, 
I, 415; parle aussi, vers cette mêm* date, d'un soldat du 15e régiment qui a déserté dans un canot. 

(214) Knox dit (Journal I. 412) que les soldats comptèrent 122 boulets et 27 bombes, mais qu'il n'y 
eut pas vm seul homme tué ou blessé. 

(215) Après avoir parcouru les diverses relations anglaises nous n'avons trouvé de référence à cette 
embuscade que dans les Papiers du général Townshend (Doughty & Parmelee, Siège of Québec V, 242). 
Le texete est peu clair, mais tout indique qu'il se rapporte à l'affaire du 10 juillet. D'après ce que raconte 
Townshend, notre Journal non plus que celui du curé Ré.;her (p. 332) n'ont pas exagéré les dommages 
causés aux Anglais. Dès le premier instant, dit Townshend, les sauvages avaient déjà blessé deux officiers 



ARCHIVES DE QUÉBEC 229 

des Rangers et scalpé 13 ou 14 de leurs hommes. Une grande confusion s'ensuivit, et le combat continua 
quelque temp», occasionnant des jjertes nouvelles. 

(216) Sans doute Pierre Trudelle, époux de Françoise Masse, que Tang^uay signale comme ayant été 
tué à Beaupwrt et qui aurait été inhumé à Charlesbourg le 16 juillet. (A travers Us Registres, p. 170). II 
était le fils de Jean Trudelle. la souche des Trudelle de Charlesbourg. 

(217) Nous trouvons écrit à plusieurs reprises dans ce Journal : Detréchemins ou d'Etrechemins. 
(Quoique le vrai nom de la rivière soit des Etchemins, il faut croire qu'un certain nombre d'habitant" avaient 
déjà commencé de la déformer comme ci-haut. Malcolm Fraser, dans son Journal (p. 16) parie lui aussi de 
la rivière Très Chemins. 

(218) François Prosper E>ouglas était capitaine dans le 2e bataillon de Languedoc, mais non capitaine 
en second. Capitaine depuis 1746, il fut fait chevalier de St -Louis en 1758, en récompense de ses services 
à la bataille de Carillon où il fut blessé. L'année prédédente, le 13 avril 1757, il avait épousé à Montréal 
Charlotte de Lacome, fille de Louis de Lacome et d'Elizabeth de Ramesay. Son père était comte de 
Montréal, en Bugey. Dans leur ouvrage : The Siège of Québec, (tome II, p. 101) MM. Doughty et 
Parmelee disent que le détachement était aux ordres de M. Dumas, capitaine de Languedoc ; ils ont fait 
un seul homme de M. Dumas et de M. Douglas. 

(219) Ce fut pour complaire à une délégation des citoyens conduite par M. M. Daine et Taché que 
cette expédition de la Pointe-Lévis fut décidée. M. J.-E. Roy (Hist. de la Seigneurie de Lau^on. II, 295) 
dit que le détachement se composait de mille hommes ; il s'appuie évidemment sur le calcul fait par Panet 
dans son Journal (p. 11).: 500 Canadiens, 100 homme? des troujxs de la Colonie et 60 volontaires, auxquels 
se joignirent ensuite 350 hommes de la ville. Le curé Récher et Malartic parlent de 2000 hommes. MM. 
Doughty et Parmelee, qui ont tenté de faire, dans leur grand ouvrage sur le siège de Québec, une moyenne 
des diverses relations, ont adopté le chiffre de 1500 hommes. Knox dit aussi 1500. 

(220) C'est le premier signal du bombardement de Québec qui devait durer deux longs mois du 12 
juillet au 13 septembre. Dans vme lettre inédite, qui faisait partie de la vente des f)apiers Monckton chez 
Sotheby en février dernier, le générïil Wolfe, un partisan avant la lettre des théories dî Bemhardi, écrivait 
au général Monckton, ce matin même du 12 juillet : "We shall establish such a tremendous fire that no 
human head can venture (o peep up under it." 

(221; Le souvenir de cette ridicule équipée a été perpétué dans la tradition locale sous le nom de 
coup des écoliers. C'est en effet l'arrière garde composée de séminaristes qui déclancha la terreur pianique 
et fit rater si misérablement toute l'affaire. Les glorieux séminaristes du 12 juillet sont sans doute les 
mêmes que notre auteur avait équipés de pied en cap le 18 juin précédent au magasin du roi et dont 
avec beaucoup plus de raison qu'il ne le croyait encore, il jugeait l'équipement si peu opportim. 
Le brave capitaine Dumas ne pouvait être tenu responsable de cette mésaventure, et Mont- 
calm se croyait tenu d'écrire le lendemain à Bougainville : "Dites à M. Dumas que je ne veux pas aug- 
menter ses regrets de son mauvais succès, mais que ses dispositions me paraissaient botmes." (Correspon- 
dance Bougamville, Si«ge of Québec, IV, 3.) 

(222) Le curé Récher nous apprend à cette même date du 15 juillet qu'une vieille fille du nom de 
Riopel fut tuée dans la maison de M. de Gaspé. 

(223) La prairie de M. Hiché faisait sans doute partie de la seigneurie de la Maison Blanche qui 
appartenait au citoyen de ce nom et qui s'étendait le long de la côte d'Abraham depuis la rue Saint- Jean 
jusqu'au terrain des Jésuites, et en profondeur depuis la côte jusqu'à la rivière St-Charles. M. Henri 
Hiché était mort en juillet de l'armée précédente, mais on continuait d'appeler sa propriété d'ailleurs encore 
détenue i>ar son fils, la prairie de M. Hiché. (Note de Mgr Têtu, Bulletin des Recherches Historiques, IX, 
145). 

(224) Le 16 juillet 1759. Jean Pouliot, âgé de 50 ans. habitant de Ste-Foy. tué par une bombe, a éié 
inhumé à (Juébec. (Tanguay, A travers les registres, p. 170). 

(225) L'un des deux blessés est probablement Jean-Baptiste Dufour, marchand, qui n'en mourut 
qu'en 1779. C'est le seul Dufour que Tanguay mentionne comme résidant à Québec, à cette époque. 
L'autre serait J.-B. Brassard, le futur sergent d'armes du Conseil législatif. L'autre Brassard était Brassard 



230 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Deschenaux, le secrétaire de Bigot et, tout occup)é à ses rapines, il n'est pas probable qu'il passât son temps 
assis sur le seuil des portes pendant que les bombes pleuvaient. 

(226) Probablement la maison de Lx)uis Robin, écrivain et notaire royal, qui, né en 1710 dans le 
Maine, mourut à Québec en 1782. Il y avait un autre Robin à Québec, du nom de Jean, mais nous suppo- 
sons que c'est le notaire royal qui avait ainsi pignon sur rue. 

(227) Voici l'endroit où nous avons d'abord cru avoir acculé notre anonyme suffisamment pour lui 
arracher son masque. Nous savons par le journal de M. Récher et par celui de M. Panet que dans ce camp, 
transféré plus tard de la prairie Hyché au-dessous de la côte d'Abraham, se trouvaient MM. de Villers, 
Devienne, Imbert, Corpron et Lanouiller des Granges. Seuls, MM. Imbert et DsVillers sont ici désignés 
Il se peut que Corpron et Lanouiller ne se soient joints au campement que plus tard, mais M. Devienne 
devait y être dès le 16 juillet, puisque c'est le f)ersonnel du magasin du roi qui y déblaye. Pourquo i notre 
auteur ne mentionne-t-il pas le garde-magasin du Roi ? Serait-ce parce qu'il est lui-même M. DoVienne ? 
Mais nous avons d'autres indices établissant que M. Devienne n'est pas l'auteur du présent manuscrit. 
Le garde-magasin est évidemment compris dans le pluriel "nous." 

(228) Le contrôleur de la marine en 1759 était M. deVillers. Après avoir été d'abord commissaire, 
il succéda à M. Bréard. Les Mémoires du Sieur de C . .en font un des plus coupables et des plus avides 
Iiarmi les prévaricateurs qui saignèrent alors à blanc la Nouvelle France. En 1761, il fut ju^rêté et mis à la 
Bastille, comme complice de Bigot, mais il fut finalement libéré en avril 1762. 

(229) Jacques Imbert, notaire royal, était originaire de Montargis, en Champagne. En 1740 nous 
le trouvons écrivain du roi en Canada. Trois ans plus tard il épouse à Québec Agathe Trefflé. C'est lui 
qui, en 1759, remplissait les fonctions de trésorier de la colonie. Il retourna en France après la cession, et 
eut la chance de ne pas être impliqué dans l'afifaire Bigot, (cf. Mémoires du Sieur de C. . ., p. 173>. 

(230) Le Journal de Montcalm (p. 575) parle de neuf maisons brûlées ; nous n'en comptons ici que 
sept, et elles sont si bien détaillées que l'on peut presque se fier à l'exactitude du compte. Le curé Récher 
(p. 342) fait tomber la bombe qui occasionna l'incendie sur la maison de la veuve Moraud et non sur celle 
de Chevalier qu'il ne mentionne même pas. Panet s'accorde avec notre texte quant au pwint de départ de 
l'incendie, mais il inclut la maison Morand et omet la maison de Treyvoux. 

(231) Probablement Jean Collet, originaire de Nantes et qui épouse en 1748 à Québec Agathe Clu- 
seau. Le curé Récher (p. 343) prend la peine de noter que les deux victimes du jour furent enterrées par 
M. Collet. Serait-ce parce que l'un des deux tués était le frère ou le parent de l'abbé Charles-Ange Collet, 
chanoine de la cathédrale de Québec ? M. l'abbé Collet, né en France, n'est arrivé à Québec qu'en 1747. 
Aurait-il amené avec lui Jean Collet ? C'est l'armée suivante que ce dernier contracte mariage. 

(232) Nicolas, dit Colas Gauvreau, tonnelier, né en 1726 et marié en 1750 à Marie Elizabeth Dasilva 
Il fut inhumé à Québec le 17 juillet 1759 (Tanguay IV, 228). 

(233) M. de Foligné dit que le parti sauvage était commandé par M. Hertel, lieutenant de la colonie, 
et il parle d'un détachement de 150 Anglais auxquels il aurait eu affaire. Lorsque notre auteur écrit que 
45 hommes furent défaits, veut-il dire que les Anglais étaient au nombre de 45 ou qu'ils ont jjerdu ce nombre ? 
Peut-être la citation suivante servita-t-elle à éclaircir un peu la question ; elle est tirée des papiers du 
général Townshend dont la brigade était précisément aux environs du Sault : "July the 17th in the 
moming a party of Indians attacked a party of Otways making facines in the woods, killed 5, (three of 
whose scalps they carried off) and wounded five more. About the same time three Grenadiers of the 3rd 
Bataillon of Royal Americans deserted. They were Germans enlisted from a French Régiment at Louis- 
bourg last year." (Doughty & Parmelee, Siège of Québec V, 248) . Les trois prisonniers des relations fran- 
çaises seraient donc ceux que la relation anglaise appelle déserteurs. 

(234) Sans doute un sieur Trefflé-Rottot, mais nous n'en rencontrons pas dans Tanguay qui paraisse 
avoir résidé à Québec à cette date. 

(235) Le prisonnier aurait simplement menti, comme il arrivait souvent, si nous pouvons toutefois 
nous fier au rapport de Knox qui prétend que la canonnade du 6 juillet ne fit de mal d'aucun côté, (voir 
note 203). 



ARCHIVES DE QUÉBEC 231 

(236) Le chevalier de Johsntone, dans son Dialogue in Hades. a toute une page extrêmement intére»- 
sante sur ce projet de sieur Langlade. M. de Montcalm, à qui Johnstone ne fait que prêter ses propre» 
sentiments sous le couvert d'une fiction, fait savoir à Wolfe, déambulant avec lui sur les bords du Styx. 
comme il l'a échapp)ée belle ce jour-là, M. de Lévis ayant obstinément refusé à Langlade le renfort de 12 à 
1500 hommes qu'il réclamait, et les sauvages de Langlade n'ayant pu causer que des dommages beaucoup 
moindres lorsqu'ils attaquèrent, dans les meilleures circonstances p>ossibles, mais au nombre de 4 à 500 
aeolement. (.Dialtgue in Hades, p. 13) . 

(237) Le 20 juillet 1759. M. de Montcalm écrivait à Bougainville : "Il faut que vous songiez. 
Monsieur, à ne point tenir 180,000 cartouches dans la maison de la Canardière, à moins que vous n'en vouliez 
taire un feu d'artifice." (Sie^e of Québec, tome IV. Correspondance de Bougainville, p. 10). Il aurait pu 
en écrire autant quelques jours plus tôt à M. de Ramezay. lieutenant de roi à Québec. 

(238) D'après l'auteur, six navires anglais, en comptant celui qui échoua, auraient tenté le passage 
devant (Juébec. la nuit du 18 au 19 juillet. D'après Malartic. il y en aurait eu 4, et d'après le curé Récher 7 
iwisque dans les 6 qu'il croit avoir vus le lendemain à l'Anse des Mères, il ne fait p»as entrer la fr^ate échouée 
à la Pointe Lévis. Ces variations ne doivent pas nous étonner car les rapports anglais eux-mêmes ne s'ac- 
cordent pas davantage sur le nombre de leurs vaisseaux. Il y a même divergence entre les l'vres de bord 
de deux des navires en cause ; celui de la Diana dénombre sept vaisseaux et celui du S^iuirrel, n'en dénombre 
que six. Mais toute la différence est de savoir s'il y avait un bateau transport de plus ou de moins. Ce 
qui est certain, d'après le livre de bord de la Diana, et aussi du Hunier, c'es« qu'il y avait le Sutherland, qui 
était en effet, un navire de 50 canons, ceux fr^ates légères, la Diana elle-môme et le Squirrel, et un ou deux 
senaulfs ou sloops (Wood. Logs of Conçuesi, p. 212;. Il n'est pas tout à fait exact de dire que les navires 
anglais ne furent pas aperçus et s'en tirèrent absolument indemnes. Les batteries françaises tirèrent et 
même touchèrent. Le capitaine du Squirrel constate dans son livre de bord avoi* reçu ua bo'ilet darts sa 
voile de misaine. (Ibid. p. 296). 

(239) La frégate qui échoua à la Pointe Lévis est la Diana. Son livre de bord admet qu'elle reçut 
quelqu» dommage du feu que dirigèrent s»ir elle les carcassières et jacobites (Ibidem, p. 2121. Elle était 
renfloufe le lendemain. 

(240) Le capitaine du Squirrel raconte ainsi le 19 juillet, comment finit le dernier des brûlots. "At 
10 sent our cutter manned and armed to sculttle a ôchooner, but, she being prejjared for a fire vesseL 
set her on fire." (Wood, Logs of Conquest. p. 296). 

(241) M. de Malartic ne nomme pas le capor?! heureusen.ent rescapé, mais nous apprend qu'il avait 
été envoyé à la poursuite de Stobo lorsqu'il fut pris par les Anglais. Le fameux Stobo s'évada de (Juébec 
le dernier jour d'avril 1759. Quant au Prince d'Orange, il ét?it en effet des vaisseaux de l'escadre Durell 
qui arrivèrent à l'Ile aux Coudres le 28 mai. (Knox's Hislcricl Journal I, 306. note). 

(242) Dès le 15 juillet, le curé Récher écrit : "M le général, (c'est-à-dire M. de VaudreuiU fait 
défense de tirer le canon." (p. 342). M. de Montbeiliard écrit également à la même date, dans le Journal 
de Montcalm (p. 574) : "I^s ordres de M. de Vaudreuil, dictés par M. Mercier, empêchent la ville de tirer, 
que quelques ci. ups d'heure en heure." Il fallut que M. de Montcalm vint à la ville quelques jours plus tard 
et obtint que cette défense fût levée. 

(243) L'un des ordres dont nous avons parlé et qui étaient adressés à M. de Lanaudière pour la le vé 
des bestiaux, est daté du 23 juillet. 

(244) l.a capture des femnies du beau monde de Québec à la Pointe aux Tren.bles est un des rarese 
incidents amusants de cette sombre période ; il paraît avoir défrayé la chronique scandaleuse du temps. 
Panet en parle plus librement dans le texte manuscrit de son Journal oue dans son texte imprimé. Dans 
son édition dj journal de Knox (I. 439) le Dr Doughty supplée aux points de suspension. (Juant aux sieurs 
LaCaze, L.niné et Fréi-hette. c'étaient sans doute trois godelureaux qui appartenaient à la jeunesse dorfe 
de l'époqitt. Ils restèrent prisonniers et l'armée {Muvait s'en passer. 

(245) Le capitaine Hervey Smith, plus tard Sir Hervey Smith, a raconté lui-même comment, étant 
aide de camp du fénéral Wolfe. Use rendit à Québec, sous le drapeau parlementaire et, les yeux bandés, 
offrir le retour des belles dames prises à la Pointe-aux-Trembles. 



232 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(246) Robert Stobo, que le manuscrit de Hartwcll nomme de Robeau (p. 23) est ce fameux otage 
qui avait été laissé aux Français avec Van Braam, après la reddition du fort Nécessité. Surpris avec un 
plan du fort Duquesne et accusé d'avoir violé les lois de la guerre, il fut jugé par une cour martiale et 
condamné à être décapité. Loin d'exécuter la sentence, on laissa à Stobo une liberté extraordinaire même 
après qu'il se fût évadé une première fois en 1756. Le 30 avril 1759, il s'évada de Québec pour de bon, 
réussit à se rendre à I^uisbourg et revint avec l'armée anglaise à laquelle il ne manqua pas d'être utile. 
Fait capitame en 17tiO, l'on perd sa trace en 1770. Les Anglais, qui s'en servirent, ne paraissent r>a8 avoir 
eu de lui une opinion bien favorable. 

(247) La délivrance des dames capturées à la Pointe-aux-Tembles n'avait été offerte par Wolfe qu'à 
la condition poui les Français de laisser passer devant Québec un petit bateau chargé des blessés Anglais. 
(Knox's Journal I, 440, note;. Mais il paraît que les Anglais, fidèles à la foi punique, trichèrent un peu la 
couronne et firent passser en même temps des vivres et du bétail. (Voir Journil de Foligné, p. 184). 

(248) Le curé Récher qui, cette fois, est le plus riche en détails énumère comme mcendiées 18 
maisons et l'église (p. 353) . 

(249) Ces deux vaisseaux étaient le Lowestoff et le Hunter. Voici ce que nous lisons, le 23 juillet, 
dans le livre de bord de ce dernier. "At 3 A.M. weighed with Loestaf, intending to pass the town ; when 
abreast of the town the wind took us short and the French fîring at us,. . .was obliged to put back." 
(Wood, Logs of Conquest, p. 229). 

(250; M. de Foligné nous dit que la vraie raison de l'ambassade LeMercier était d'obtenir du répit 
pour permettre la remise en état de certaines parties de la ville. Le prétexte qu'on trouva était de rendre 
au général Wolfe une politesse récente en lui envoyant à son tour des liqueurs. Croyait-on le prendre par 
son faible ? Le prétexte était cousu de fil blanc et dey plus singuliers. M. de Foligné cependant ne parle 
que d'une ambassade le 25 juillet. D'après le Journal de Montcalm, qui s'accorde avec notre auteur, il y 
en aurait eu deux, le 24 et le 25. De plus en plus étrange ! La trêve du 24 est dûment enregistrée par le 
général Townshend qui ne parle cependant pas de celle du lendemain {Townshend Papers, p. 251;. D'autre 
part une lettre de Montcalm du 26 juillet laisse voir que Le Mercier fut aussi chez les Anglais la veille. 
(Lettres, p. 201.) 

(251) Ce modeste hangar dont on aurait pu penser que l'incendie inquiéta seul notre auteur à cause 
de ses planches et madriers, a cependant l'honneur d'une mention dans le Journal de Montcalm (p. 582). 
Ce hangar était =itué près de la porte St-Jean, et la maison du propriétaire des madriers n'en était qu'à 
quarante pas. Un état des propriétaires avoisinant la porte Saint- Jean en 1759 serait fort apprécié de 
l'éditeur de ce Journal. Qui le fournira ? 

(252) C'est évidemment à cette fausse alerte que réfère la lettre suivante de Montcalm au chevalier 
de Léviï : "Ce 25 juillet, 1759, à trois heures. Jamais rien n'a débarqué, ce n'a été qu'une attaque de 
carcassières et de Jacobites. I! nous en coûte une et un bateau. On a tué quelques hommes aux Anglais." 
{Lettres de Montcalm, p. 198) 

(253) La raison de cette défense était évidemment la disette de poudre. M. de Vaudreuil ne voulait 
pas qu'on jetât sa poudre aux tourtes pas plus qu'aux moineaux. 

(254) Emu par le nombre grandissant des vols, M. Panet, qui n'entendait pas badinage sur le droit 
de propriété, s'était joint à M. Daine pour demander au gouverneur et à l'intendant une ordonnance f)our 
faire pendre sommairement les voleurs. Cela fut trouvé si juste que M. Panet, notaire, fut même nommé 
membre de la commission. . .de pendaison. (Journal, p. 14). 

(255) Ces cinq personnes paraissent être la vieille demoiselle Riopel, tuée le 15 juillet dans la maison 
de Gaspé, Pouliot, tué le 16, Collet et Gauvreau, tués le 17, et un matelot emporté le 23 en chargeant 
sa pièce sur les remparts. 

(256) Ce sieur LeGris parait avoir joué pendant toute la campagne un rôle peu éclatant peut-être, 
mais fort Jtile. Il en est souvent question dans les relations de l'époque comme courrier chargé de mis- 
sions dangereuses et aussi comme combattant mettant la main à la pâte. Une phrase du Journal de M. 
Récher (B.R.H.. IX 135), nous permet d'éublir son identité. M. Récher le désigne beau-fils de M. 
Géhanne. Or, nous voyons dans Tanguay (V. 301) que la veuve de Pierre-Denis Legris, Marie Catherine 



ARCHIVES DE QUÉBEC 233 

Tréfilé, s'est remariée à Québec le 6 septembre 1739 avec Pierre Jehanne. Elle parait n'avoir eu de son 
premier mariage que trois filles et un seul fils, Pierre-Denis, né en 1733. Ce dernier, beau-fils de M. 
Jehanne, serait donc le précieux courrier et partisan de 1759. 

(257) D'ai>rès le général Townshend, le détachement rencontré par de Repentigny et les siens en 
était im qu'accompagnait Wolfe lui-même pour ime reconnaissance. L'attaque créa une telle confusion 
que Wolfe retourna au camp et ordonna du renfort. De l'aveu de Townshend, les Anglais étirent 45 tués 
et blessés. (Townshend Papers, p. 252). Cela est fort loin des 120 morts dont parle notre auteur, et plus 
loin encore des 300 ou 400 dont parle M. Récher. Mais chaque parti est enclin à exagérer beaucoup les 
pertes de l'adversaire. Les Anglais en ont fait autant et même plus dans cette même circonstance. La 
Relation publiée par le New- York Mercury en 1759 porte à 300 hommes la perte des Français. Or, nous 
voyons ici qu'il n'y eut que 12 Canadiens tués et blessés. C'est aussi ce qu'affirme le Journal de Montcalm. 
(p. 583). 

(258) La faillite des brûlots du 28 juin avait rendu les esprits un peu plus sceptiques sur l'efficacité 
des nombreuses machines de guerre que chacun s'était ingénié à inventer, mais on continuait à fonder des 
esp)érances sérieuses sur les cajeux. Ce fut un désappointement de plus à ajouter aux premiers. Il fut 
moins cruel cependant, car on fut généralement satisfait qu'il n'y avait pas cette fois faute des comman- 
dants. Malgré son insuccès, M. Courval eut, au contraire de Delouche, une assez bonne presse, si nous 
pouvons nous exprimer ainsi. Notre auteur constate que les cajeux furent conduits aum ieux par le sievir 
Courval et le curé Récher, écho sans doute de l'opinion publique, rend au marin canadien le même témoi- 
gnage. . .11 n'est pas jusqu'au grognon auteur du manuscrit de Hartwell qui n'admette que M. Courval 
était " im homme habile et avec toute l'intelligence fXïssible". M. de Montbeillard, dans le Journal de 
Montcalm (p. 583) rapporte que M. de Bougainville, qui était de l'expédition des cajeux, avec un détache- 
ment de grenadiers, a bien rendu justice à M. Courval. 

Voici la version anglaise de l'événement d'après le livre de bord du Lowestoff : "At 12 A. M. the French 
sent down with the tide of ebb about 150 or 200 stages, each properly fîtted as fîre ship», and ail chained 
one to the other in a line across the river ; they towed them as close to our ships as they durst venture 
then set fire to the stages, they being so continued that they were ail in a flame in one minute. We sent 
ail the guard boats with grapnels and chains to tow them clear of the fleet ; we towed them clear and landed 
tbem on the Isle of Orléans". (Wood, Logs of Conquest, p. 235). L'impression produite sur les Anglais 
fut certainement considérable. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à lire la lettre de James Gibson au gouver- 
neur Lawrence du 15 août 1759. "At 11 at night, I was hugely alarmed with a most dreadful sight. The 
enemy had linked together 100 lire stages which spread full 400 yards in length, and as the evening was 
dark, towed them undiscovered towards the centre of the fîeet and set fire to them. We had some intelli- 
gence that sorr.e such infernal scheme was intended and were prepared against it." (Doughty & Parmelee, 
Siège of Québec, V. 65-66). Knox (I, 445) parle lui aussi du "most formidable raft" et raconte plaisamment 
conunent les matelots, ime fois le danger passé, aimaient à se vanter d'avoir remorqué l'enfer. Gibson 
parle de 100 cajeux et le capitaine du Lowestoff de 150 et même de 200. Leur nombre en réalité n'était 
•que d'une soixantaine, ainsi que nous l'apprend ce même Journal à la date du 29 juin. 

(259) Les Anglais venaient d'installer à la Pointe-Lévis ime nouvelle batterie de 6 pièces, qui, avec 
les autres à sa gauche, maintint sur la ville pendant toute la nuit le feu le plus terrible. (Knox's, Journal I, 
444). 

(260) Ce doit être la nouvelle batterie dont Knox a parlé le 28 juillet. 

(261) Wolfe avait pensé attaquer le camp français du Sault le 30 juillet. Tout n'étant pas prêt, il 
décida de remettre l'affaire au lendemain (Toumshend Papers, 253). C'est sans doute la raison du mouve- 
ment que l'auteur constate chez l'ennemi. 

(262) Knox rapporte que plusieurs bombes furent lancées le 30 juillet sur le Centurion et les autres 
navires dans le bassin, mais sans effet ; la plupart éclataient dans l'air avant d'avoir couvert la distance. 
(Knox's yoMTwa/, I, 448). 

(263) Cette démarche de l'intendant a sans doute été provoquée par l'intervention de M. de Mont- 
calm. Le 30 juillet M. de Malartic écrit : "M. de Montcalm est allé à la ville pour tâcher de concilier le 
génie st l'artillerie (Journal, p. 259), et M. de Foligné, plus expressément encore : "M. de Montcalm vient 
à la ville et ordonne de tirer." (Journal, p. 188). Au moment où il enregistre la demande de Bigot, 
l'auteur n'en connaît évidemment pas encore la raison. mais,k>rsque. quelques lignes plus bas. le même jour. 



234 ARCHIVES DE QUÉBEC 

il parle des batteries enfin mises en jeu, il note que c'est par ordre de M. de Montcalm. Le manuscrit 
de Hartwell (p. 21) fait honneur de ce petit coup d'état au lieutenant du roi, à M. de Ramezay, mais son 
auteur est, selon toute apparence, mal informé. 

(264) Il y avait alors à Québec deux sieurs Soupirant, le père, Simon, et le fils. Charles Simon, tous 
deux chirurgiens. Le fils avait été le gendre de Nicolas Jacques Philibert. 

(265) "July, 30th. — ^Very hot work at our batteries to-day and about two o'clock the enemy gave 
them a round from every gun they could bring to bear, after being silent for a long time before." (Knox 
Journal I, 448). 

(266) L'auteur a raison de croire que le déserteur anglais en imposait. S'il y avait eu des pertes de 
vie occasionnées par le feu français, Knox, qui était du camp de la Pointe-Lévis, n'aurait pas manqué d'y 
faire allusion comme à son ordinaire. Or il piarle bien d'une canonnade intense, mais il n'en donne pas de 
résultat. 

(267) Les deux vaisseaux que l'auteur a pris pour des frégates étaient des bateaux-transports armés, 
ainsi qu'il appert aux livres de bord du Centurion et du Porcupine. (Wood, Logs o{ Conquesl, pp. 211, 272)' 
Quant au troisième, qui s'était avancé p)our les couvrir, après leur échouement, c'était le Centurion. 
navire de 60 canons, et non pas de 64. C'était le dessein de Wolfe de faire s'échouer les deux transports 
afin d'y établir une batterie p)our protéger la retraite de ses troupes et bombarder en même temps les 
redoutes françaises. 

(268) Ce sont les Anglais eux-mêmes qui y mirent le feu pour les emjjêcher de tomber aux mains des 
Français. Les capitaines du Centurion et du Porcupine enregistrent le fait chacun de leur côté dans leur 
livre de bord. (Wood, Logs oj Conquest, Ibidem.) 

(269) Le terme de canonnade dont l'auteur se sert ici est un f)eu mitigé. La bataille du Sault Mont- 
morency fut ime véritable bataille, la plus importante de la campagne de 1759 après celle des Plaines d'A- 
braham. C'est au chevalier de Lévis que revient le crédit de la victoire ce jour-là, toutes les dispositions 
prises pour la défense provenant de son initiative. Le récit que nous publions de la bataille est sans doute 
sommaire, n'étant pas d'un technicien, mais il s'accorde dans les parties essentielles avec le récit plus auto- 
risé qu'en a fait Lévis lui-même. Nous nous étonnons cependant que l'auteur n'ait pas attaché plus 
d'importance à l'averse qui interrompit le combat. C'est pourtant la grande question de savoir si cet 
orage sauva les Anglais ou s'il sauva les Français. Il est certain toutefois que les Anglais se reconnurent 
bien battus. Les lettres de Wolfe prouvent qu'il fut sensible à cet échec quoiqu'il n'en fût pas découragé. 
Notre auteur fixe ici les pertes des Anglais à 4 ou 500 hommes. Le Journal de Montcalm parle de 300 hom- 
mes et celui de Malartic de 500. Ces sortes de calculs sont toujours hasardeux et l'on a vu combien souvent 
ils défiassent la marque en deçà ou en delà. On ne semble cependant pas avoir exagéré cette fois du côté 
français. D'après le Journal de Knox (I. 454), la perte anglaise aurait été en effet de 443 hommes, et 
Townshend dit lui-même 420 hommes et 30 officiers. Quant à la perte française, le chevalier Johnstone 
fait dire à Montcalm dans son Dialogue in Hades (p. 19) qu'elle ne dépassa pas 50 hommes. Le chevalier 
de Lévis lui-même l'estime à 100 (Lettre, p. 229). C'est encore loin des 200 tués et blessés dont parle Knox 
d'après une rumeur. (I. 455). 

(270) Ce prisonnier que le manuscrit de Hartwell croit être le commandant des troupes anglaises 
(p. 27) n'est autre que le capitaine David Ochterloney, des Royal Américains. Les Memoirs of the Quarter 
Master' Ser géant (Siège of Québec, V, pp. 90-92). consacrent deux longues pages à conter le traitement 
barbare qu'il dut subir aux mains des sauvages et surtout d'un soldat français alors qu'il avait été abandonné 
blessé sur le terrain. Cette histoire romanesque, dont le colonel Wood lui-même a fait un long chapitre 
de son ouvrage: The Fighl for Canada, est donnée comme illustration de l'inhumaiiité française. Le seul 
témoin de l'aventure aurait été im enseigne du nom de Peyton, et, parce que seul, il pouvait donner libre 
cours à son imagination. Personne ne saura jamais ce qui en est exactement. Mais ce que le Quarter 
Master Sergeant ne savait f>as, c'est que, au moment mîma où il s'indignait contre le cruel soldat français. 
la victime elle-même, sur son lit d'hôpital, ne trouvait pas assez de mots pour exprimer sa reconnaissance 
envers le bon soldat français. 

(271) D'après le manuscrit de Hartwell, le vrai motif de la suspension d'armes était d'envoyer dans 
la ville 3 à 400 ouvriers pour enlever les débris (p. 27). Malartic prétend cependant que les généraux n'ont 
écrit à l'amiral Saunders que sur les instances du capitaine écossais. (Journal, p. 263) . 



ARCHIVES DE QUÉBEC 235 

(272) Townshend dit au contraire que c'est le général Muiray qui fut envoyé par Wolfe à bord du 
▼aisseau amiral pour se consulter avec Sir Charles Saunders au sujet d'un plan qu'il avait formé (Totensken d 
Pap€Ts, p. 236) . SirChar'esSaunders, néen 1713etniort en 1775, était l'amiral commandant l'expédition 
du fleuve St-Laurent en 1759. 

(273) Knox écrit le 4 août : "Our fire against the town bas been very heavy theae bnt 24 hotn»." 
Journal, II, 10). 

(274) Ce nommé Suisse est sans doute le déserteur dont r>arle Knox et qui se serait rendu le matin 
du 3 août à l'une des frégates anglaises à l'Ile aux Coudres. (Knox, Journal, II, 9). Parmi les traîtres 
de l'époque il apparaît bien l'un des plus ignobles. Knox nous apprend que c'est lui qui servit de guide 
au capitaine Goreham, lorrqu'il promena la torche incendiaire dans son propre village de la Baie St-Paul. 
"They had a Swiss for their guide who had been a captain of militia, also a résident for several years in 
the township of St. Paul and deserted from the enemy soroe time before. M. de Vaudreuil had mucb 
OMifidence in the fellow. . . {Journal, II, 39). 

(275) Charles Deschamps de Boishébert, fils de Henry Louis Deschamps de Boishébert et de Gene- 
viève de Ramezay, naquit à Québec le 7 février 1727. Enseigne en second en 1742. enseigne en pied en 
1746, lieutenant en 1748, il fut fait capitaine en 1756 et chevalier de St-Louis le 15 février 1758. Accom- 
fiagna son oncle M. de Ramezay dans sa campagne en Acadie en 1746-47. L'Acadie fut d'ailleurs le 
principal théâtre de ses exploits jusqu'en 1758. Après avoir pris une part active à la défense de Québec, 
fl passa en France en 1760. Accusé de complicité avec Bigot, il fut incarcéré à la BastUle, mais finalement 
acquitté. Il finit ses jours en Normandie dans la commune de RafFetot dont il était le seigneur. (P.-G. 
Roy, La famille Deschamps de Bcishébert). Des renseignements personnels nous permettent d'ajouter aux 
notes biographiques de M. Roy la date de la mort de M. de Boishébert, le 9 janvier 1797. 

(276) François-Louis de Blau, capitaine dans Guyenne et chevalier de St-Louis, était arrivé au Canada 
m 1755 avec les premières troupes de terre. Il servait depuis 35 ans, dans les Dragons d'abord, pais dans 
Blaisois et dans Guyenne. Devenu premier factionnaire de ce bataillon à la fin de 1759, ii fut blessé à 
la bataille de Ste-Foy le 28 avril 1760. 

(277) Pierre Hertel, sieur de Beaubassin, né en 1715, était fils de Joseph Hertel et de Catherine 
Philippe. En 1759 il était lieutenant dans les troupes de la colonie. Il mourut à Montréal le 9 mai 1780. 
Mme de Beaubassin, née Catherine Madeleine Jarret de Verchères passait pour une fenmie d'esprit, et 
Montcalm, que l'on soupçonne d'avoir eu pour elle plus que de l'estime, fréquentait assidûment son salon, 

(278) La siispension d'armes était cette fois sollicitée par les Anglais qui désiraient faire passer au 
capitaine blessé, David Ochterlony, certains objets nécessaires, et s'assurer qu'il serait bien traité. (Knox, 
Journal, II, 11^ 

(279) En art militaire les saucissons sont de grosses îasànes que l'on emploie pour former les revête- 
ments exigeant une grande solidité. 

(280) Ce mot est à peu près le seul de tout le manuscrit ici publié dont nous n'osons pas garantir 
absolument la lecture. Il est de l'écriture ordinaire de l'auteur, mais, après le plus long examen, il nous 
a été imfwssible d'en faire autre chose que "bruc". D'après Larousse "bruc" serait le mot populaire pmur 
ajonc. Se servait-on d'ajoncs en 1759 pour faire des liens à attacher les bœufs, et l'habitant canadien se 
servait-il du mot "bruc" pwur désigner l'ajonc ? C'est là la question. 

(281) Dans une lettre de Wolfe du 5 août 1759 adressée au général Monckton et qui faisait partie 
des papiers Monckton récemment vendus à l'encan public, nous lisons un p>assage intéressant qui semble 
se rapporter à ce soldat déserteur : "An Italian déserter assured me of what wîis very natural to expject, 
that the Brigadier Townshend and Murray would hâve found no difficulty in their attacks, because the 
fire of the Artillery on the enemy's left flank was so violent that they (and porticularly the Regt. of Beam 
to which he belongs) abandonned the entrenchment and ran to the centre." Wolfe fait allusion à la 
bataille du 31 juillet, on le devine sans p>eine. 

(282) La raison de cette suspension d'armes était de porter au général Wolfe la réponse à la lettre 
très rude qu'il venait d'adresser à Vaudreuil et où il se plaignait fort des cruautés des Sauvages et aussi de 
dérogations au cartel des prisonniers. Le 7 août Mtmtcalm écrit au chevalier de Lévis : "L'ambassade 



236 ARCHIVES DE QUÉBEC 

d'hier a été que Mercier n'a été que jusqu'à la frégate et n'a pas été admis à aller au bord de l'Amiral 
Saunders qui a fait dire qu'on répondrait aujourd'hui." {Lettres de Montcalm, p. 217). 

(283) C'est le 28 juillet que sauta le fort de Carillon par les soins de son commandant, M. d'Hébé- 
court. Quant au fort St-Frédéric on le fit sauter trois jours plus tard, le 31 (cf. Gabriel, Le maréchal de 
•amp Desandrouins, pp. 297-299). Les deux garnisons se replièrent sur l'Ile aux Noix qui resta la seule 
barrière pouvant empêcher, de ce côté, les Anglais de marcher sur Montréal. 

(284) D'après le témoignage de Knox, toutes les berges auraient réussi le passage. Notre auteur 
avait raison de penser que l'on n'avait pas bien vu tout ce qui avait passé. "Twenty of our flat-bottomed 
boats went up last night with the tide of the flood, rowed by the enemy's batteries and passed the town ; 
the garnison did not discover them until they got almost clear and then they discharged their guns. . . 
which we think was a signal of alarm. . . (Knox's Journal II, 12). 

(285) "Les cinq déserteurs d'hier sont du bord du capitaine Rous qui est au cap Rouge et de ce second 
bataillon du Royal-Américain détenu sur les vaisseaux pour suspicion. Ils ne savent rien, n'ayant mis 
pied à terre que pour leur désertion. Ils assurent de l'envie de leurs camarades. Ce sont des Allemands 
qui demandent à servir dans la colonie." (Lettres de Montcalm, p. 212). Le capitaine Rouse commandait 
le navire le Sutherland. Cette lettre est datée du 2 août dans la collection des manuscrits de Lévis. Ce 
serait donc le 1er août et non le 3 que seraient arrivés les déserteurs dont parle notre journal à la date 
du 4. En effet il est question dans la même lettre de Dumas et de Boishébert rentrés la veille, et Malartic 
dit bien que M. Dumas est rentré le 1er août à midi. 

(286) Knox (II, 17) mentionne l'incident mais ne nomme pas la fi-égate. Il prétend de plus que la 
canonnade dura une heure et demie, un jacobite français étant coulé, et deux autres forcés d'échouer. 

(287) A la date du 6 août Knox signale en effet que les p-rançais font un épaulement à la grande 
barbette près du bassin. (11, 17). L'épaulement, en langage de fortification, est un rempart improvisé de 
fascines ou de terre. 

(288) Nous ne voyons nulle part que Wolfe et même Murray aient été blessés à la bataille du 31 
juillet. 

(289) D'après la lettre de Wolfe que nous avons citée plus haut, le soldat déserteur aurait parlé 
différemment au général anglais lui-même. C'est son propre régiment, celui de Béam, qui aiu-ait eu la 
frousse et non les Canadiens. Mais il ne faut jamais croire rien de ce que disent les déserteurs. Que les Cana- 
diens se soient mal comportés le 31 juillet, cela ne paraît î>as, à en juger par cette note contemporaine du 
Journal de M. Récher (p. 359) : "Les Canadiens ont très bien fait au jugement même de M. de Montcalm." 

(290) M. Récher, qui semble avoir suivi de très près les dommages faits à la bonne ville de Québec dont 
il était curé, évalue à 135 environ le nombre des maisons de la basse-ville incendiées (Journal, p. 363) . 

(291) Le général Murray commandait le détachement anglais à l'affaire de la Pointe-aux-Trembles . 
Il tenta la descente à deux reprises et fut repoussé chaque fois. Notre auteur semble croire qu'il n'y eut 
qu'une seule tentative de débarquement. Il évalue à 300 hommes les pertes anglaises et il se rencontre 
là-dessus avec Bougainville lui-même. (cf. Kérallain, Jeunesse de Bousainville, p. 132). Il se p)eut que 
Bougainville ait magnifié légèrement sa victoire, mais comment se fait-il que les Anglais n'avouent que 26 
morts et 46 blessés, sans compter 10 marins du Kérallain tués et blessés ? (Cf. Siège of Québec II, 173). 

(292) M. de Bougainville écrit lui-même dans son Journal, à propos de la descente de la Pointe-aux- 
Trembles : "J'y eus mon cheval blessé" (Kérallain, Jeunesse de Bougainville, p. 132). 

(293) L'auteur ne sait pas la raison du départ de son ami de cœur, M. LeMercier ; il aurait pu la 
trouver dans le Journal du chevalier de Lévis. M. Lemercier était parti avec M. de Lévis pour Montréal 
en destination du poste des Rapides où commandait M. de Lacome. Après la chute du fort Niagara, on 
crut que les Anglais tenteraient des opérations dans cette région et on résolut d'y envoyer du renfort. 
(Journal de Lévis, p. 192). 

(294) C'est ce que Montcalm appelle dans une lettre du 12 août, à Bougainville : Ma deuxième édition 
de la fusillade du 26 juillet. Le général français annonce qu'il tua ou blessa à l'ennemi de 100 à 120 hommes 



ARCHIVES DE QUÉBEC 237 

et qu'il ne perdit de son côté qu'un seul homme. Il ne s'accorde avec Townshend que sur ce dernier point. 
Voici ce qu'écrit dans son propre Journal le général anglais : "This tnoming (August llth), at 6 o'clock. 
as the working party of 300 men went out to eut fascines. . . they discovered people among the trees. 
The commanding officer posted his men ; . . . before he had donc they gave him a smart fire from the 
woods. On hearing firing the Picquet of the army was ordered out to assist. But as usual the enemy had 
retreated. They killed and wounded us 33 men and we killed them one poor misérable canadian." 
{Toumshend Paptrs, p. 257.) 

(295) D'après le livre de bord du Lowesioff, il y avait 7 vaisseaux, le Lowestoff lui-même, le HunUr. 
le Pélican, deux transports, un sloop et un schooner. Le capitaine du Lowestoff attribue l'insuccès au calme 
plat plutôt qu'au feu de l'artillerie. Le petit navire qui réussit le passage était la goélette ou schooner 
armé. (Wood, Logs of Conquest, p. 236.; 

(296) M. Récher iwte le 12 août la chute de 5 à 6 bombes et d'un pot à feu aux environs de MM. de 
Villiers, de Vienne et compagnie. C/ourna/. p. 366.) 

(297) Ti licien de Bemetz, commandant du 2e bataillon de Royal- Roussillon avec le rang de lieutenant- 
colonel. Il était chevalier de l'ordre militaire et hospitalier de St- Jean-de-Jérusalem. Après la campagne 
du Canada il prit sa retraite. Il fut remplacé au commandement de la basse-ville par M. de Privât, et 
par M. Joannès, major de Languedoc, qui remplaçaient en même temps M. de Ramezay. 

(298) Marc -Antoine de Privât, lieutenant-colonel, commandant du régiment de Languedoc. Il 
servait depuis 1726, était capitaine depniis 1736 et lieutenant-colonel depuis 1755. Blessé à la bataille 
des Plaines d'Abraham, le 13 septembre 1759. 

(299) Le capitaine Ochterlony. le blessé du 31 juillet, serait donc mort à l'Hôpital-Général le 14 
août, et non le 23 comme l'a cru le Dr Doughty (Siège of Québec, II, 164). L'auteur du Siège ol Québec 
a été induit en erreur piar le Journal de Panet qui (p. 21) parle le 24 août d'une ambassade de M. de St- 
Laurent auprès des Anglais relativement au testament du déftmt. Il n'avait pas remarqué que le curé 
Récher C/oMrno/ p. 369) parle déjà le 21 août du capitaine anglais "mort depuis peu" à l'Hôpital-Général. 

(300) Cet incendie de la Baie St-Paul est un des exploits du fameux capitaine de Rangers, Goreham, 
la brute la plus sinistre que la guerre ait déchaînée sur nos bords en 1759. Wolfe en était cependant très 
content. Voici ce qu'il en écrit à Monckton, précisément le 14 août 1759. "I hear Ckw«ham has been at 
Mal Baye and by the smoake upon the South Shoar, it is imagined that he has carried the terror of bis 
anns even to that coast." (Catalogue Solheby, 10 février 1921.) 

(301) Panet (Journal, p. 19) parle du feu à la maison de Mme Pinguet, vis-à-vis les murs des Recollas. 
Mme Pinguet et Mme Vaucourt, c'est tout un : Pinguet dit Vaucourt. 

(302) Bougain ville nous dit lui-même qu'ayant appris la descente des Anglais à Deschambault. 
il s'y rendit avec 2 compagnies de grenadiers, im piquet de troupes réglées. 100 cavaliers et 60 miliciens, 
et les força de se rembarquer après avoir fait deux prisonniers. (Kerallain, Jeunesse de Bougainrilte 
p. 134) . Sans doute ï>ar une erreur du copiste, le Journal de Bougainville place au 17 août cet engagemen t 
qui n'eut lieu que le 19. 

(303) Le sieur Perrault était le capitaine de milice de Deschambault. C'est dans sa maison, d'après 
Panet, (p 20) qu'aurait été prise dans cette même occasion celle qu'il appelle la belle amazone aventiuière, 
Mme Joseph Rouffio, née Louise Cadet, dont la romanesque histoire est contée dans le Bulletin des Recher- 
ches Historiques de 1896 (II, 24). 

(304) Il y avait alors dams l'armée deux de Montreuil, l'un Jacques René de Montreuil de Lachaux 
qui était capitaine dans le 2e bataillon de la Reine et l'autre Pierre André Gohin de Montreuil qui était 
lieutenant-colonel et aide-major général. C'est de ce dernier qu'il s'agit ici. Devenu plus tard major 
général des armées, il fut quelque temps commandant général des Iles sous le vent en Amérique. (Cf. 
Câestin Port : Dictionnaire biographique du Maine-et-Loire, II, 275.) 

(305) On a prétendu en effet que l'amiral Saunders, fatigué de la longueur des opérations et ne 
comptant plus sur le succès, depuis la bataille de Montmorency surtout, songeait à abandonner la partie 
et que Wolfe aurait tenté une chance désespkérée avant que ce projet ne fût mis à exécution, mais nous ne 



238 ARCHIVES DE QUÉBEC 

trouvons aucune preuve sérieuse à l'appui de cette affirmation. Il se peut toutefois que le passage suivant 
de Knox soit une indication d'une rumeur de ce genre ayant cours dans l'armée anglaise : "General Wolfe 
is endeavoring to draw the flower of the French Army from their strong entrenchement, to an engagement 
on his own ground, before he abandons it. (Knox, Journal, II, 59.) 

(306) Louis Durand- Dunière, né en 1721, était le fils de Louis Guyonnière dit Dunière et de Margue- 
rite Diu^nd . Un de ses frères ayant déjà été baptisé sous le même nom de Louis, il ajouta pour s'en distin- 
guer, le nom de sa mère à celui de Dunière. 

(307) Cet exploit du sauvage outaouais avait évidem.ment excité l'admiration universelle du côté 
français. (Quelque secondaire que soit le détail dans la guerre de 1759, il n'a été omis dans presque aucune 
des relations. Le Journal de Montcalm, ceux de Malartic et du curé Récher, aussi bien que le manuscrit 
de Hartwell le mentionnent chacun à leur tour. Knox raconte (Journal II, 21) qu'il s'évada du vaisseau 
amiral le Neptune en se jetant à l'eau par un sabord ; les sentinelles sur le pont ouvrirent le feu sur lui et 
des canots furent même appareillés pour lui courir sus ; mais l'agile sauvage leur échappa.- Le 4 août 
précédent Knox avait déjà noté la capture d'un sauvage ivre qui, désireux de reconquérir la faveur de M. 
de Montcalm, après une faute, s'était aventuré à la recherche de quelques Anglais à scalper. C'est sans 
doute le même, et Montcalm dut lui pardonner. 

(308) Le général Amherst, désireux de communiquer avec Wolfe, avait, le 8 aofit 1759, chargé le 
capitaine Kennedy et le lieutenant Hamilton de cette mission. Ce sont ces deux officiers qui, accompagnés 
de 4 sauvages Loups, furent pris par des sauvages de St-François. Amherst en reçut la nouvelle à Crown 
Point le 10 septembre dans une lettre que lui adressait M. de Montcalm. (Amherst, Journal, dans Knox's 
Historical Journal, Appendix, III, pp. 50, 59.) 

(309) L'on agitait depuis plusieurs jours déjà ce projet d'attaquer les vaisseaux ennemis et de les 
prendre à l'abordage, particulièrement le navire du capitaine Rouse, le Sutherland qui était mouillé à proxi- 
mité, du côté de la Pointe-aux-Trembles. Le 15 août, M. de Vaudreuil écrit à Bougainville : "(Juant au 
combat que 4 de nos frégates pourraient livrer au capitaine Rouse, cela serait très avantageux si nous étions 
certains de la réussite, mais bien loin de là nous aurions tous lieu de craindre de perdre ces frégates parce 
que les anglais méditent de profiter du premier nord-est pouur faire passer 4 vaisseaux de force, ce à quoi ils 
ont déjà tenté". (Siège de Québec, II, 41). Mais c'était le projet du munitionnaire et M. de Vaudreuil, 
comme à l'ordinaire, avait fini par y consentir. Le 26 août, il écrit de nouveau à Bougainville : "Je 
charge de l'expédition le capitaine Kanon avec 6 frégates ; . . . Je fais partir le nombre de matelots 
nécessaire pour le bien armer. . ." (Ibid, p. 68.) 

(310) C'était un sergent du 35e Régiment, ou régiment d'Otways. Il s'appelait Carr ou Kerr. 
Les Anglais paraissent avoir été aussi désirejix de le rattraper que les Français de rattraper Suisse pour le 
pendre. Knox (Journal, II, 50), l'appelle un "bold desperate fellow". Jusqu'en 1761, Murray mit tout 
en mouvement pour le rejoindre et paya plusieurs émissaires, dont Du Calvet aurait été, pour lui mettre 
la main au collet jusque dans Restigouche. Le général Townshend parle également de ce sergent d'Otways 
qui s'évade du Sault pendant la prière et contre lequel on tire inutilement à balle et à mitraille. (Townshend 
Papers, p. 261.) 

(311) Wolfe commença en efifet à souffrir de la fièvre au commencement d'août, mais il ne prit le 
lit que le 19 ou le 20 à Montmorency. Au moment où le désertexir anglais faisait son rapport, Wolfe était 
déjà en voie de guérison ainsi que Knox nous l'apprend. (Journal II, 47.) 

(312) Le sieur Courval ne mourut pas de ce coup, car nous avons dit déjà qu'il vivait enccwe en 1766, 
capitaine de brûlot au service du roi. 

(313) M. de Vaudreuil était bien informé ou avait bien deviné lorsqu'il écrivait à Bougainville le 15 
août que les Anglais méditaient "de profiter du premier nord-est pour faire passer devant Québec 4 vais- 
seaux de force". (Correspondance de Bougainville, Siège of Québec, IV, 41-42). L'événement se produisit 
le 27, mais avec 5 vaisseaux au lieu de 4. Knox ne parle que de 4 vaisseaux, mais c'est notre Journal 
qui a raison. A la date du 28, le capitaine du Lowestoff enregistre dans son livre de bord qu'il a passé 
devant Québec sous un feu violent, en compagnie du Hunier, d'un senault armé et de deux transports. 
(Wood, Logs of conquest, p. 237). Le feu des batteries françaises ne fut pas tout à fait sans effet. Le 
Lowestoff reçut plusieurs boulets dans sa voilure et le capitaine du Hunter admet, dans son livre de bord, 
deux tués et un blessé . (Ibid, p. 230.) 



ARCHIVES DE QUÉBEC 239 

(314) Le projet était déjà tombé la veilk, par suite du passage des 5 bâtiments an^ais. ainsi qu'en 
fait foi une lettre de M. de Vaudreuil à Bougainville écrite le 27 août. "Toute exp>édition maritime devient 
impossible", écrit Vaudreuil. (Doughty & Parmelee, Situe o( Québec, IV, 72.) 

(315) M. de Vauquelin, qui était commandant de la rade avec priorité sur les autres officiers marins, 
croyait avoir le droit de commander l'expédition projetée. Et de fait, si l'on en juge par les opinions 
exprimées dans plusieurs relations, la symp>athie générale le favorisait. Mais nous avons vu que dès le 
25 août M. de Vaudreuil avait choisi Canon comme commandant. Canon était l'amiral du munitionnaire. 
et Cadet savait toujours amener le gouverneur à ses fins. 

(316) Il y avait dans le même temps en activité de service deux M. de Lusignan, le père et le fib. 
Le père, Paul-Louis Dazemard de Lusignan, capitaine et chevalier de St-Louis, avait commandé au Fort 
St-Frédéric jusqu'à sa destriKtion, fin juillet 1759. C'est assurément de Lusignan fils qu'il est ici question. 
Au conseil de guerre qui précéda la capitulation de (Québec, nous voyons la signature de Liisignan fils. 
Louis-Antoine Dazemard de Lusignan, né en 1726, avait épousé en 1754 Louise Gillette Renaud d' Avesnes 
des Meloizes. En 1759, il était capitaine de la 2e compagnie de canonniers-bombardiers. Chevalier de 
St-Louis, le 8 février 1760 ; lieutenant de vaisseau, la même année, capitaine d'artillerie en 1770, capitaiiM 
de vaisseau en 1772, brigadier ès-armées navales en 1782. Mort à Démérary, (Guyane), dont il était 
gouverneur, le 9 juillet 1782. (Mazas. Hist. de Cordre de St-Louis. II, 178.) 

(317) M. de Bougainville était le cousin du garde-magasin, M. de Vienne, qui était un des occupants 
des tentes visitées par lui ce jour-là. 

(318) On entend parler ici de ce qu'on appelait alors les rapides de Richelieu qui se trouvaient situés 
à peu pn-ès entre Deschambault et Lotbinière. 

(319) Il y a ici un mot d'omis dans le manuscrit, mais il est facile à suppléer grâce au Jomnal dt 
Montcalm (p. 599). "On dédommagera du quarteron de pain qu'wi retranche par xtn coup d'eau-de-vie". 

(320) Ainsi que l'auteur le constata le lendemain, cinq vaisseaux avaient réussi à forcer le passage 
devant Qatbec, sous le feu des batteries, dans la nuit du 31. Ces cinq vaisseaux, d'apirès Koox, étaient la 
fr^ate Seahorse, deux "sloops" et deux transpwrts. (Knox, Journal, II, 56). 

(321) Nous lisons dans tme lettre de M. de Vaudreuil à M. de Berryer du 5 octobre 1759 : "Le 27 
août, à 10 heures du soir, ayant passé au-dessus de Québec une frégate, deux navires, un pincre et im bateau. 
M. de Montcalm me pressa de hâter le retour de nos matelots ... Je donnai ordre au Sr Kanon de descendre 
de Batiscan avec trois des plus fcates frégates du munitionnaire pwur se joindre aux frégates du Roi qui 
étaient à l'entrée du Richelieu. (Quoique le Sr Kanon n'eut pas assez de matelots, il n'en exécuta pas moins 
mtwj ordre, mais il en coûta au mimitionnaire la frégate la Manon, de 26 canons, qui péht sur le Capnà-la- 
Roche". (Docimients re Cadet et Bigot, dans Siège of Québec, V, 346.) 

(322) Voir la grande dispute entre M. de Kerallain et l'abbé Casgrain au sujet des mouvements du 
régiment de Guyenne : (De Kerallain, La Jeunesse de Bougainville, pp. 142 et ss.) 

(323) C'était, nous apprend Knox, une goélette de toute petite taille que l'on avait p laisamm ent 
baptisée "The Terror of France". La relation du New-York Mercury di t qu'en effet la goélette reçut plu- 
sieurs boul ets dans ses voiles, mais sans perdre un seul homme. Knox (II, 74) ajoute en note que l'audace 
de cette tentative en plein jour fit croire aux Français que c'était l'effet d'un pari. C'est en effet l'opinioa 
qu'exprime M. de Montbeillard dans ime lettre à M. de Montreuil, le lendemain. "Le p)etit bateau qui 
a nargué le canon de la place n'avait qu'un homme au gouvernail. C'était ou un pary ou un petit sp)ectac]e 
pour attirer notre attention." (Siège of Québec, TV, 105.) 

(324) Le curé Récher dit que l'oflScier tué était M. Combe, commandant de la batterie Levasseur. 
C'était sans doute un officier de marine. Nous avons vu plus haut que toutes les batteries avaient été 
OMifiées à des officiers de marine, à l'exception de la Batterie Royale commandée par M. Parent, père. 
Panet laisse entendre que M. Combe n'était qu'enseigne de la batterie de M. Dinel. 

(325) Louis Duchambon, Sieur de V^^or, était fils de Louis Dupont du Chambon et de Jeanne 
Mius d'Entremont. Enseigne en second à l'Ile Royale en 1737. il fut fait successivement enseigne en 
died en 1743, lieutenant en 1749 et capitaine en 1750. Passé l'année suivante au service du Canada, il 



240 ARCHIVES DE QUÉBEC 

fut fait chevalier de St-Louis en 1752. Celui qui devait se rendre si tristement célèbre par son incurie et 
sa n^ligence le matin du 13 septembre 1759, avait déjà à sa charge, le siège du fort de Beauséjour. Com- 
mandant de ce poste en 1755, il l'avait rendu aux Anglais sans coup férir. Le siège de Beauséjour fut appelé 
à cause de cela le siège de velours. Vergor à qui l'on fit un procès fut néanmoins acquitté. Il se retira à 
la Flèche, en France, après la conquête. Dans une liste apostillée des officiers qui n'est pas datée, mais 
qui est de 1759 ou 60, nous trouvons cette mention à son sujet : "Duchambon Vergor, médiocre à tous 
égards. Riche". C'était bien jugé. 

(326) Sans doute l'un des fils de Jacques de Lafontaine de Belcour et de Charlotte Bissot. M. de 
Vaudreuil, dans une lettre du 28 août à M. de Bougainville, parle de M. de Lafontaine. Or la famille 
Lafontaine de Belcour était la seule du nom qui employât la particule, avec ou sans droit. 

(327) Dans toute cette période, depuis le commencement de septembre jusqu'au fatal dénouement, 
on sent que le courage a commencé de s'user dans le cœur du bourgeois assiégé. Les entrées sont plus 
brèves et semblent presque faites par acquit de conscience, parce qu'on a commencé. Il y a longtemps 
qu'il n'y a plus de ces sautes de bonne humeur que nous remarquions en juillet ou en août, au milieu 
même des événements les plus graves. L'appréhension de la fin est plus vive et la plume faiblit dans les 
mains de l'annaliste. 

(328) Il s'agit bien de l'Anse des Mères, mais l'auteur a nettement écrit l'Anse-des-Morts. Qu'il 
l'ait fait délibérément ou par distraction, il a parfaitement caractérisé d'un nom approprié cette anse 
Kxù fut en effet donné le coup de mort à la Nouvelle-France, colonie française. 

(329) Le 12 septembre. Cadet avait averti Bougamville que des bateaux chargés de vivres devaient 
pmsser la nuit suivante, et il l'avait prié de donner des ordres en conséquence. Quoique la chose eût été 
gardée secrète autant que possible, l'ennemi n'en eut pas moins connaissance par un déserteur, et voilà 
comment ils employèrent le stratagème qui leur réussit si bien. La sentinelle crut avoir affaire aux 
bateaux de vivres annoncés et le tour fut joué. 

(330) La maison Borgia dont le souvenir est resté si étroitement associé à la bataille des Plaines 
d'Abraham, appartenait à François Louis Borgia Levasseur, Fils de Pierre Levasseur, menuisier, il reçut 
à son baptême, le 4 avril 1707 les prénoms de François de Borgia en l'honneur du saint du même nom. 
Ses descendants ont simplement pris Borgia pour leur nom de famille. M. P.-B. Casgrain, dans le Bulletin 
des Recherches Historiques de février 1900 (VI, 39), a prétendu que lui-même ne portait que le nom de Borgia. 
Le texte que nous publions semble le contredire. 

(331) Laurent François Lenoir de Rouvray qui inaugura de si courageuse façon la bataille des Plaines 
d'Abraham, était à son arrivée au Canada en 1756 enseigne de la 1ère compagnie du bataillon de la Sarre- 
En novembre de la même année il fut promu lieutenant. Blessé deux fois le 13 septembre, il fut fait pri- 
sonnier et détenu comnie tel à l'Hôpital-Général après la capitulation de Québec. Ce n'est que le 1er sep- 
tembre 1760 qu'il fut nommé à une compagnie . 

(332) Le récit que l'auteur nous fait de la bataille des Plaines d'Abraham est nécessairement som- 
maire ; c'est le récit d'un bourgeois qui n'a pu entendre que de loin le bruit de la fusillade et qui a recueilli 
les bribes d'information qu'il a pu dans le brouhaha de l'heure. Le témoignage n'a donc pas la même auto- 
rité que s'il provenait d'un participant à l'action, et il ne saurait suffire à départager les historiens qui 
continuent à se battre sur le dos de MM. de Vaudreuil et de Montcalm pour savoir qui est responsable 
de la défaite du 13 septembre. Cependant, le témoignage n'en est pas moins contemporain, et à ce point 
de vue il a sa valeur. L'explication que donne notre Journal du retard des troupes n'est certes pas favo- 
rable à M. de Vaudreuil. E^t-il vrai que le gouverneur faisait arrêter les soldats au pont de la Petite 
Rivière ? L'auteur a dû l'entendre dire, et ne l'a pas inventé. Quoique il ne se soit pas montré trop sympa- 
thique au gouverneur tout le long de son Journal, il ne parait pas, d'un autre côté, flatter M. de Montcalm 
plus qu'il ne convient. Notons aussi comme l'accusation contre Vaudreuil est fortement aggravée quelques 
lignes plus bas. Après avoir paru sur la côte, étant en calèche, M. de Vaudreuil aurait repassé le pont 
de la Petite Rivière où au moins 3 à 4,000 hommes avaient été arrêtés. Il peut arriver d'ailleurs que l'auteur 
ait été de l'événement un témoin plus proche qu'on ne croit. Il était de ceux campés non loin de chez 
Giroux sous la côte d'Abraham ; aux premières approches de l'ennemi il a dû fuir avec ses compagnons 
et tout naturellement dans la direction du pont de la Petite Rivière qui leur eût permis de traverser du 
côté le plus sûr, vers le camp de Beauport. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 241 

(333) D'après l'auteur. Montcalm aurait été blesBé au bras avant de reœvoir la blessure plus sérieuse 
qui causa sa mort. M. de Malartic nous dit qu'il fut blessé au bas-venUe et à la cuisse (Journal, p. 285.) 

(334) Louis Etienne Guillaume de Senezergues de la Rode, chevalier de St-Louis et lieutenant- 
colonel d'infanterie, était commandant du 2e bataillon de la Sarre depuis le 14 juin 1747. C'est lui que 
Tanguay appelle Saint- Gergue dans le DictionnaiTt généalogique (VII, 222) et dans A Irmerz /«î registres, 
(p. 169). 

(335) M. de Fontbonne, qu'il ne faut pas confondre avec M. de Fontbrune. aide de camp du chevalier 
de Lévis, con^mandait le 2e bataillon de Guyenne, et était arrivé au Canada en 1755. Sous-lieutenant 
en 1723, lieutenant en 1724. capitaine en 1735. il fut fait commandant le 8 mars 1755 et lieutenant- 
colonel la même année. 

(336) Ce fut en effet le riment de Guyenne qui fut le plus durement éprouvé dans cette triste 
journée. Il eut six oflBciers tués et quatre blessés. 

(337) Les annalistes militaires, occupés d'autres soucis, n'ont pas connu ou n'ont pas songé à noter 
la mort de cette victime innocente de la bataille. C'est évidemment Pierre-Gervais Voyer, que Tangxiay 
mentionne (VII. 483) comme maître boulanger, mais dont il n'a pas donné, et pour cause, la date de décès. 

(338) Robert Monckton. né en 1726, était entré dans l'armée en 1741. II fut présent à la bataille 
de Fontenoy. Lieutenant-colonel en 1751, il fut envoyé l'année suivante à la Nouvelle Elcosse comme 
membre du conseil d'Halifax. En 1755, Lawrence le charge d'expulser les Acadiens, et la même année 
il est nommé lieutenant-gouverneur de la province. Dans la campagne de 1759 contre (Québec, il était 
commandant en second. Fait major-génfral et gouverneur de New- York en 1761, il devint lieutenant- 
général en 1770. Il mourut le 3 mai 1782. 

(339) George Townshend. né en 1724. ttait le fils de Charles. 3e vicomte Townshend. Dans l'armée 
depiiis 1742. il avait atteint le grade de colonel, lorsqu'on lui offrit, en décembre 1758. le commandement 
d'une brigade dans l'expédition que devait conduire Wolfe contre (Juébec. Commandant en troisième, 
il pwit la conduite de l'armée le 13 septembre, après que Wolfe fut tué. et Monckton blessé. En 1767. 
il était vice-roi d'Irlande. Créé marquis en 1787, il fut promu fdd-marécfaal en 1796. et mourut en 1807. 

(340) Dans ses Noms géographiques de la prorince de Québec, (p. 454) M. P.-G. Roy cite à propos de 
la Suète. petite vallée basse située près de Ste-Foy, une intéressante explication étymologique empruntée 
à M. l'abbé H.-A. Scott. Le nom viendrait de Suette, petit village F>rès de la Flèche. La façon dont notre 
auteur écrit le mot. la Suède, ne serait-elle pas une bonne indication d'une autre étymologie assez plausible ? 

(341) La peintiu-e que fait l'auteur de la confusion de cette retraite concorde absolument avec celle 
qu'en fait M. de Montbeillard dans le Journal de Montcalm (p. 615.) 

(342) M. de Ramezay a écrit pour se disculper tout \m mémoire qui a été publié par la Sociili LiUi- 
rotre et Historique de Québec. 

(343) Il est vrai que la ville fut ravitaillée, mais assez modestement. D'après Malartic, M. de La- 
Rocbebeaucourt y était allé, avec la cavalerie, porter 60 quintaux de biscuit (Journal, p. 290.) 

(344) Le garde-magasin était un cousin éloigné de Bougainville, François-Joseph de Vienne, originaire 
de Paris, mais marié à une Canadienne. Ursule Vaillant. Ii avait suivi l'armée. Cette petite note, malen- 
contreuse autant qu'heureuse, nous a empêché d'attribuer à de Vienne ce même Journal Historique dont 
la i)ropriété aurait paru sans cela lui aller comme un gant. Il est tout à fait improbable en effet que l'auteur, 
s'il eût été de Vienne, eût ainsi parlé du garde-magasin du roi. Il est facile en effet de deviner le bl&me 
entre les lignes. 

(345) Ainsi finit sur cette prière attristée le joiunal d'un brave bcxnme qui aima évidemment aoo 
pays et qui souffrit en son âme de le voir si afQigé. 



5300—16 






THE ARCHIVAL WORK OF THE LITERARY AND HIS- 
TORICAL SOCIETY OF QUEBEC 



This Society is not only the oldest in the Province and Dominion but in the whole 
of the British Empire overseas ; and when it publishes its Centenary Volume in 1924 
the public will see how much entirely unremunerated archivai work has been done 
by its more devoted members. Up till the end of the last century it received occasional 
grants from the Provincial Government in aid of its publications. But ail the editorial 
work was invariably done gratis by its members. Only the printers ever received 
any money in connection with any of the Society's publications. Other expenses were 
and are defrayed partly by the annual subscriptions and partly by the endowments 
raised among the members. The greatest single benefactor in this way was the late 
Dr. James Douglas, an ex-President, without whose bequest ail publication would 
now be impossible. His munificence is emulated by the corporation of Morrin Collège, 
which grants the free use of the rooms. The greatest benefactors in an editorial way 
are too numerous for even a passing notice. Many a deserving name may be found 
in the lecture on "Our Library" in No. 19 of the Society's Transactions, which was 
published in 1889. This lecture is the painstaking work of perhaps the most devoted 
of ail the Honorary Librarians, the late Mr. F. C. Wurtele. Another ex-President, 
Mr. E. T. D. Chambers, is contributing a gênerai sketch of the Society's history to 
the Centenary Volume. 

" By the influence and gênerons liberality of the Earl of Dalhousie, Govemor- 
General of British North America", the Society was founded on the 6th of January, 
1824. The yearly subscription was fixed at one pound, Halifax currency (that is, 
four dollars) at which sum it still remains. In a circular issued to the good people 
of Québec the following passage set forth the proposed society's main objective: "To 
discover and rescue from the imsparing hand of time the records which yet remain of the 
earliest history of Canada". Three years later another society of a similar kind was 
formed, chiefly by French Canadians. But in 1829 the two amalgamated as a bilingual 
society. There hâve always been, and there are still, distinguished French-Cana dian 
members; though the Society has been mostly drawn from the English-speaking people 
ofQuebec. In 1831 the Society was incorporated by Act of Parliament and a Royal 
Charter was granted by King William IV. 

At the invitation of the Governor-General meetings were held and papers were 
read in the old Château St-Louis till the fire of 1834. Finally, in 1868, after moving 
into and out of various quarters in the mean time, the Society settled down in what 
had once been the jail, when this building was fitted up by its new owners, the corpor- 



ARCHIVES DE QUÉBEC 243 

ation of Morrin Collège. Hère the library grew to its présent size — some forty 
thousand volumes. But our conœm is with the archives. 

Thèse are of the usual three différent kinds : documents, books, and objects 
more commonly shown in muséums. Dr. Doughty, the Dominion Archivist, quite 
rightly includes among his other archives any sviitable object containing (or being itselO 
original évidence on any important point of history ; and there seems to be no valid 
reason why the Provincial Archives should not likewise hâve ail the obtainable maps, 
charts, plans, topographie sketches, pictures, photographs, relies, souvenirs, or other 
non-documentary objects which throw light on Provincial history from any illimiinating 
point of view. 

The Literary and Historical Society of Québec has no musexmi. But, like the 
Dominion Archives, though on a microscopic scale, it has varions archivai objects of 
spécial interest to this Province. The cell in which condemned criminals passed their 
last days on earth might almost be included. It is in the very solid stone basement. 
The wooden stocks that held repentant sinners fast are in the library. So are the 
self-portrait of the last fuU-blooded Huron chief, the ctirious effîgy of Wolfe that used 
to stand on the front of a house at the top of Palace Hill, the handle of the first printing 
press ever used in Québec, and a collection of coins and medals. In Morrin Collège 
Hall there is an interesting assemblage of obsolète arms, side by side with the actual 
fighting model of Vimy Ridge, presented to the Society by one of its members, Major- 
General Sir David Watson, late Commanding 4th Division, C. E. F. 

In the library there also are two other thoroughly archivai objects, which, since 
they commemorate two imique world's records assuredly deserved a spécial word in 
passing. Thèse objects are the original builder's model of the Royal William and an 
oil painting which shows her as she was on her arrivai off Gravesend after her epoch- 
making voyage from Québec. The Royal William was the first vessel in the world 
that ever crossed any océan steaming the whole way, the first seagoing steamer that 
entered an American port under the British ilag, the first steam transport used in 
Portugal, the first steam man-of-war in Spain, and the first vessel in the world that 
ever fired a shot in action tmder steam. James Goudie laid her keel in Cape Cove, 
Québec, in 1830. Her gross tonnage was 1370, her length over ail 176 feet, her beam 
44 feet, including the paddle boxes. She was rigged as a three-masted topsail schooner ; 
and her 200 H. P. engines were made by Bennett and Henderson in Montréal. Her 
record-making voyage began at Québec on the 5th of August, 1833, when she started 
for England. She encountered a terrifie storm, and the engineer came up to tell 
her captain, John McDougall, that she was sure to sink. But McDougall fought her 
through ; and either the port or starboard engine, or both together, worked the whole 
way over. (The Savannah is often said to hâve been the first "steamer" to cross the 
Atlantic. But this gallant little Yankee vessel's own log proves that she only used 
steam for eighty hours during her voyage of a month in 1819). On the 5th of May, 



244 ARCHIVES DE QUÉBEC 

1836, the Royal William made her second unique world's record by firing the first shot 
ever fired in action under steam. This was in the Bay of San Sébastian, when, under 
her Spanish name of Isabella Segunda, she was flying the broad pennant of Commodore 
Henry, who then commanded the British Auxili ary Steam Squadron that was supporting 
Sir de Lacy Evans's British Légion in its attack on the Carlist front. (See Appendix 
G, pp. 60-83, of the Report of the Secretary of State of Canada, 1894. Strange to say, 
both Goudie, the builder, and Henry, a Québec foimder who supplied some castings, 
lived to make affidavits in 1891, when ail obtainable évidence was being put together). 

The Literary and Historical Society's library is particularly strong in the rarer 
and older books relating to this Province. But none of thèse books is believed to be 
unique ; and to pick out a few for spécial mention would almost be tantamount to 
slighting others of equal importance. In this, as in so many Provincial libraries, some 
note ought to be taken of those rarissime works or éditions that possess exceptional 
value from the archivai point of view. 

The Society drew into its own library the remaining books of two other institutions 
long since defunct. The first was the "Québec Library", which was established in 
1779, by Sir Frederick Haldimand, Bishop Briand, and leading citizens of both races 
in Québec and Montréal. Many years later a "Québec Library Association" was formed. 
This ultimately absorbed the old "Québec Library"; and such books of both collections 
as survived a couple of disastrous fîres were eventually added to those of the "Literary 
and Historical Society". 

Fortimately for Provincial archives, the Society's manuscripts mostly escaped the 
dangers of fire, being twice rescued by energetic members just in the nick of time. 
Pages 50 to 57 of Mr. Wurtele's paper (in the Society's Transactions No. 19, published 
in 1889) give full particulars of documents owned, printed, or transferred up to 1888. 
The transferred documents comprised 17 volumes of manuscript origiiials or copies, 
which, being claimed as officiai property by the then (1886) Provincial Government, 
were transferred from the Society to the Government imder authority of a spécial 
Act of the Provincial Parliament. (See 49 and 50 Vict., sec. 3, par. 8-10, Cap. 98, 
passed in 1886, and Statutes of P. Q., 51 and 52 Vict., Cap. 1, p. 12, Schedule B 58). 

There is a good collection of old Québec newspapers, more particularly the almost 
complète set of the Québec Gazette and its modem représentative, the Québec Chronicle, 
from 1764 down to the présent day. This is the senior surviving paper not only in the 
Province but in the whole Dominion, and the second senior in the whole New World. 
The Québec Mercury is almost complète from 1805 to 1863. There are files of Le Cana- 
dien from 1806 to 1810, and of Le Moniteur de Paris from 1791 to 1803. The files of 
the Québec Herald (1788-90) were stolen. 

A list of the Society Transactions containing or based on its archives, and of its 
Historical Documents, from 1889 to the Centenary Volume of 1924, will complète this 
cursory glance at a somewhat miscellaneous but quite important archivai collection. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 245 

Many of the Transactions œntain îirchives printed Verbatim. Enquirers will remember 
that a full list of ail Translations and Documents before 1889 is to be found in Mr. 
Wurtele's paper on "Our Library" in the nineteenth volume and in his "Index" 
in the twentieth volume of Transactions. 
Transactions No 19. 1889. 

(1) Histoire Abrégée de l'Eglise Paroissiale de Québec et des Difficultés qu'il y 
a eues depuis 1644 jusqu'en 1771. 

(2) Copie d'une inscription sur une plaque de cuivre, trouvée dans les fondations 
d'un mur qui séparait le jardin du Château St-Louis du Fort. Québec, 1850. 

(3) Notes sur le Château St-Louis et le Château Haldimand, préparées par Ernest 
Gagnon, 1875. 

(4) Our Library, by F. C. Wurtele. 
Transactions No 20, 1891. 

(1) The Royal William, by Archibald Campbell. 

(2) The EngUsh Cathedral of Québec, by F. C. Wurtele. 

(3) Journal of the Voyage of the Brunswick Auxiliaries from Wolfenbuttel to 
Québec, by F. V. Melsheimer, Chaplain. Minden : 1776 . (Translated for the Society). 

(4) Index of the Lectures, Papers, and Historical Dociunents published by the 
Society. Compiled by F. C. Wurtele. 

Transactions No 21. 1892. 

The Army Bill Act of 1812, by James Stevenson. 

Transactions No 22. 1892-98. 

(1) Histoire de la Conquête du Canada. Manuscrit inédit. (Attributed to 
Vitré). 

(2) A Diarj-^ of the Weather kept at Québec in the year of the Siège by the Amer- 
icans in 1776. 

(3) The Journal of Sergeant James Thompson, 1758-1830. 

(The Plains of Abraham : a collection of Appeals to préserve them for the Public. 
Published by the Society, but not in its Transactions). 
Transactions No 23. 1898-1900. 

(1) The Plains of Abraham, meeting to urge préservation of. 

(2) Les Plaines d'Abraham, par P.-B. Casgrain, président. 
Transactions No 24. 1902. 

(1) The Plains of Abraham Park. 

(2) Notes on the Lighthouses of the Province of Québec, by Captain G. D. GTarrell. 
Transactions No 25. 1905. 

Education in Québec in the 17th Century. James Douglas. 
Transactions No 26. 1906. 
Slavery in Canada, Colonel Hubert Neilson. 
Transactions No 28. 1920. 



246 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(1) Admirai Bayfield. Captain Boulton. 

(2) SS. Unkorn and the St. Lawrence branch of the Cunard Company in 1840, 
by Captain Walter Douglas, her Commander. 

The Seventh and Eighth Séries of Historkal Documents, 1905 and 1906, are both 
concemed with the "Blockade of Québec in 1775-1776 by the American Revolutionists 
(Les Bostonnais), Edited by F. C. Wvirtele". 

The Ninth Séries of Historical Documents, 1915, contains : — 

(1) Lady Durham's Journal in Canada. 

(2) Mémoires de M. le Cher, de Johnstone. 

William Wood 



N. B, — The four-page List of Transactions and Historical Documents, which can 
be obtained gratis from the Society, only cornes down to 1892. It thus omits the 
Seventh, Eighth, and Ninth Séries of Historical Documents mentioned above. It also 
omits ail particulars conceming the contents of the Transactions. Only the voluriie, 
date, and price are mentioned. Enquirers must refer to Mr. Wurtele's lecture in 
Transactions No. 19 and to his Index in No. 20 for ail particulars up to 1889. Parti- 
culars of subséquent Transactions containing or based on the archives, and of Historical 
Documents specifically so called, are to be found in the above pages of the présent 
report. 



TESTAMENl^ DE AUGUSTIN DE SAFFRAY DE MEZY, 
GOUVERNEUR DE LA NOUVELLE-FRANCE 



At4 nom du Père et du fils et du St-Esprit. 

Pardevant Claude Aubert, notaire Royal en la nouvelle France et tesmoins soussignés, 
savoir: Guillaume Soudaye, sieur de la Gimanderye; Esdme Lemoyne, sieur de la Croix; 
Thomas Langlier, sieur Chevallier; et de Mathieu Mulault sieur du Buisson, — le vendredy 
vingt quatriesme jour d'Avril mil six cent soixante cinq, après midy; fut présent en sa per- 
sonne Mre Augustin de Saffray Chevalier, Seigneur de Mézy, Me de Camp des armées 
du Roy, Gouverneur et Lieutenant pour Sa Majesté en toutte Vestendue de la Nouvelle- 
France; gisant en son lict malade de corps mais toutesjois sein d'esprit et d'entendement 
ainsy qu'il est apparu à nous dit notaire <K: tesmoins susdits et soubzignés par ses gestes,, 
maintien et entretien; Et considérant qu'il n'est rien plus certain que la mort ny plus incertain 
que rheure et le jour a voullu faire et disposer des choses qu'il a pieu à Nostre Seigneur 
Jésus Christ luy presier et envoyer en ce mortel monde, en la forme et manière de testament 
et ordonnance de dernière volonté, en la meilleure forme et teneur avec touttes les choses 
nécessaires à testament, ainsi qu'il ensuici. 

Et premièrement. 

Donne son âme à Dieu et à la très Sainte Vierge Sa bonne mère, laquelle il prie de 
tout son cœur avec saint Augustin son bon patron, st Jean, St Pierre, St Paul, tous les 
autres aposlres, évangélistes, martirs et confesseurs, et tous les autres saints et saintes qui 
sont au Royaume Céleste et esternel de Paradis, d'estre procureurs et intercesseurs pour 
luy envers Nostre Seigneur Jésus-Christ, affin qu'il luy plaise recebvoir sa pauvre âme et 
la mettre en lieu de repos. 

Supplie très humblement mon dict seigneur Testateur Monseigneur de Tracy de vouloir 
agréer s'il luy plaist d'estre exécuteur du présent son testament et ordonnance de dernière 
volonté, et pour l'absence de mon d. Seigneur de Tracy, Monsieur. . . celui qui tiendra son 
lieu et place en ce gouvernement, suivant la commission laissée par le dict testateur; 

Item veut et désire le dict Seigneur que son corps soit inhumé dans le cimetière des 
pauvres de l'hospital de Québecq. 

Item, veut et désire que son dict corps soit ouvert, que son cœur en soit tiré, embaulmé et 
envoyé à Monsieur de Secqueville Morel en la ville de Caen en Normandie pour estre mis 
entre les mains des Révérends Pères Capucins de la dicte Ville pour le garder et prier Dieu 
pour luy. 

Item, donne et lègue aux Révérendes mères hospitalières du dict Hospital la somme de 
deux cens livres et la somme de trois cens livres au proffit et bénéfices des pauvres du dict 
Hospital. 



Item, donne et lègue aux Révérendes Mères Ursulines du dict Québec, la somme de 
deux cens livres. 

Item, donne et lègue la somme de trois cens livres pour les charitéz les plus nécessaires 
de ce dict pays, laquelle somme cy-dessus le dict Seigneur Testateur prie mon dict Seigneur 
l'Evesque d'en vouloir faire distribuer les deniers suivant son intention et les prières qu'il 
luy faict. 

Item, donne et lègue à VEsglise paroissialle du dict Québecq la somme de mille livres 
et pour faire ses funérailles apprèz sa mort et décèz, un service tous les mois et an durant, 
un service tous les ans à perpétuelle mémoire et à tousjours et le tout solennel, avec une messe 
basse tous les jours de la première année de son dict décèz; 

Item, donne et lègue à Monsieur de Tilly la somme de cinq cens livres. 
Item, donne et lègue à Monsieur de Repentigny la somme de trois cens livres. 
Item, donne et lègue à Monsieur de Villiers la somme de deux cens livres. 
Item, donne et lègue à Monsieur Denis la somme de deux cens livres. 
Item, donne et lègue au sieur d' Angoville, major, la somme de deux cens livres, son 
habit de drap d' Angleterre tout complet, son manteau de Camelot, une paire de soulliers 
neufs, huict chemises avec des boutions aux manches, son espée avec la ceinture, un matelas 
et une couverte neufve servant à coucher les valetz. 

Item, donne et lègue à Monsieur Madry la somme de deux cens livres. 
Item, donne et lègue à Phélix Auber la somme de cinquante livres avec un juste-au- 
corps de drap de Berry gris, un petit habit de Sergette grise, lequel a esté porté, avec une paire 
de gros bas blancs. 

Item, donne et lègue à Monsieur Goumin la somme de cinquante livres. 
Item, veut et dézire le dict Seigneur testateur que les deniers qui proviendront de ses 
biens meubles soient employez et applicquéz pour satisfaire aux prières qui seront f aides 
pour luy et que du surplus des choses cy-dessus données et léguées soient prises sur ce que 
le dict sieur de la Chenays, marchant, luy peut debvoir. 

Item, veut et désire que toutes les choses cy-dessus estant accomplies que le restant de 
ses deniers soient envoyés en pelletryes au poidz ordinaire et à savoir en castor moytié gras 
et moytié sec, à Messieurs les marchants de RoUen pour en rendre compte s'il leur plaist 
à monsieur de Secqueville Morel pour les distribuer suivant l'intention des ditz présents 
testament et Ordonnance de dernière volonté et suivant l'advis qu'il luy en sera donné ci 
après par icelluy. 

Item, mon dit Seigneur Testateur suplie très humblement mon dict sieur de Secqueville 
d'estre exécuteur des articles cy après déclaréez et mentionnéez. 

Item, prie le dict Seigneur le dict Sieur de Secqueville sytost les dicts deniers recettes 
de donner sur iceux aux dictz Révérends Pères Capucins du dict Caen avec son dict Cœur 
qui luy sera adressé pour leur mettre en mains la somme de cinq cens livres. 

Item, veut et dézire le dict Seigneur que le dict sieur de Secqueville mette es mains de 
Monsieur de Roquelé, Prebstre, la somme de cinq cens livres pour estre employée aux charitéz 
dont le dit Seigneur Testateur et le dit Sieur Roquelé ont cognoissance et à son deffault le 



dit sieur de Secqueville les mettra entre les mains de telle personne qu'il jugera à propos 
pour estre employez aux mesmes fins. 

Item, le dict sieur de Secqueville est prié de donner sur le mesme fonds la somme de 
cinq cens livres au Bureau des pauvres de la dite ville de Caen si le dit Bureau subciste 
encore et en cas qu'il ne subcistast, qu'il ordonne de la dite somme de cinq cens litres comme 
il jugera bon estre pour la descharge de la conscience du dit Seigneur Testateur. 

Item, le dict Seigneur prie de rechef le dict sieur De Secqueville de faire prier Dieu 
pour le salut et repos de son âme par prières, services et saintes messes tant à Notre Dame 
de la Délivrance. Eglise de St-Pierre, Coucentz des Révérends Pères Carmes et Cordeliers, 
et de le recommander aux prières de ses autres bons amis. 

Item, le dict sieur de Secqueville donnera sur le dit fonds à Monsieur de la Fresnay 
Dugtiay, beaufrère du dict Seigneur Testateur, la somme de cinq cens livres en faveur de 
ses enfants. 

Item, le dit sieur de Secqueville apprès touttes les choses cy dessus exécutlées et accomplies, 
et les prières que le dict Seigneur Testateur lui a faictes par lettre missive l'année dernière 
passée pour le payement de ses debtes le tout exécuté, il est prié de mettre le restant entre les 
mains de Monsieur d'Armeville son frère, ou autre de la famille. 

Item, donne et lègue le dict Seigneur Testateur à Messieurs de la Linette et de Briery 
en cas qu'ils viennent l'année présente en ce pays de Canadas pour récompense de leurs 
frais et despens qu'ils auraient peu faire en considération à chacun d'eux la somme de mil 
livres. 

Item, le dict Seigneur Testateur prie le dict Sieur de Secqueville de payer sur le dict 
fonds cydevant mentionné aux créantiers de feu Monsieur de Chamboy le nombre de vingt 
livres qu'il debvoit au d. sieur de Chamboy. 

Item, veut et ordonne le dict Seigneur Testateur que toutes les lettres qui lui viendront 
de France, papiers ou affaires soient ouvertes et veues par Monsieur de Bernière, prestre, 
faisat.t les fonctions curialles du dict Québecq. et par le dit sieur d' Angoville, major, ajfin 
que s'il est nécessaire de faire responce, le dict Siettr d' Angoville le fera, et les autres 
papiers immédiatement seront rompus et bruslés. 

Item, veut et ordonne le dict Seigneur Testateur que les meubles et marchandises qui 
luy pourraient venir de France cette présente année soient employées dans l'Inventaire de 
ses biens meubles pour estre vendues ainsi que les autres. 

Lequel susdict testament a esté à nous dict notaire, dicté et nommé par le dict Seignettr 
Testateur, et par nous depuis à luy releu présence dicts tesmoins, et nous a dict le dict 
Seigneur le tout estre selon son intention sa propre volonté et ordonnance de dernière volonté 
testamentaire, et en foy de quoy il a avec les dits tesmoins et moy notaire susdict et soussigné 
signé à la minute des présentes l'an et jour que dessus; Ainsy signés, "Augustin de Saffray 
Mézy". — "Vincent Lemoyné". — "Gimaruierye". — "Mathieu MuiauU". — "Thomas Lan- 
glier". — "Auber", avec paraphe (Signé) "Auber", Nore Royal. 

Et advenant le lundy vingt septiesme du dict mois et an après nouvelle lecture du Testa- 
ment cy devant escrit, et que le dit seigneur après icelle, a dit et déclaré estre sa propre volonté 



et nous a dicl que depuis la closture d'icelluy il avait eu volonté et ce pour le présent veut et 
ordonne que les articles suivons et par luy cy après déclarez soient exécutez comme les autres 
cy devant escriptes, c'est à savoir que. Premièrement, 

Il veut et désir' qu'il soit donné à la Demoiselle Fournier la somme de cent livres. 

Item, donne de plus au dict Auber la somme de cinquante livres et une paire de gros 
soulliers, outre ce qui est cy devant escrit; De plus, à Desmaretz soldat la somme de trente 
livres. 

Item, donne et lègue au Tambour la somme de trente livres. 

Item, désire que la somme de trois cents livres mentionnée cy devant au dict Testament 
adressée à Alonseigneur l'Evesque pour estre apliquée aux plus grandes nécessitez de ce 
pays, soit mise entre les mains de Monsieur Morel, prebstre, pour les employer aux Eglizes 
de la Coste de Beaupré et aux pauvres familles, le requérant de prier Dieu pour luy. 

Item, veut et ordonne que sa monstre employée et mise dans son Inventaire, soit envoyée 
à mon dict Sieur de Secqueville Morel son grand amy, qu'il luy donne par présent en reco- 
gnoissance des peynes qu'il prend pour l'exécution de son testament. 

Item, le dict Seigneur veut et ordonne que l'Obligation montante à la somme de huict 
mil livres soit envoyée en France par Monsieur de la Chesnays, marchant, à Messieurs les 
Marchands de Rouen, pour faire tenir la dicte somme de huict mil livres à Monsieur de 
Secqueville Morel pour estre employée au susd. testament. 

Item, de plus le dict Seigneur ordonne au sieur d'Angoville, Major, d'envoyer en France 
par le dit sieur de la Chesnays aux susdictz marchands le nombre de six peaux de loup- 
servier, une peau de regnard noir, trois castors et quatre peaux de Loultre pour les faire 
tenir au dict sieur de Secqueville pour en estre uzé ainsy qu'il luy en sera donné advis par 
ledit sieur d'Angoville. 

Item, veut et dézire qu'il soit payé au sieur des Longchamps sur le pied des gaiges 
qu'il peut donner à son serviteur domestique Charles d'Enqueville qui a servy le dict Seigneur 
trois mois. 

Item, le dict seigneur donne au sieur d'Angoville son habit noir affin qu'il porte le deuil 
de sa personne, ainsy qu'il désire. 

Item, ordonne le dict Seigneur qu'il soit payé à la Chesnaye, son serviteur, la somme de 
cinquante livres pour six mois de service à raison de cent livres par an. 

Item, veut et ordonne qu'il soit payé à Droissy son serviteur la somme de quinze livres 
par mois. 

Item, veut et ordonne que le dict sieur de Gimanderye, sergent, soit payé de la somme 
de quatorze livres de gaiges qui luy reste de l'an passé. 

Item, veut et ordonne le dict Seigneur testateur que le dicl sieur d'Angoville, major, 
procure à la diligence de l'exécution du susdit testament ajfin qu'il soit promptemen 
exécutté, affin que son âme en soit plustost déchargée, et acquiter et solliciter le dit Testament. 

Item, veut et ordonne le dict Seigneur testateur que par l'article sept dans le dit Testament 
il est dict qu'il donne la somme de mil livres à l'Esglise paroissialle du dict Québeq, pour 
faire prières pour luy, il veut et entend que la dicte somme soit myse entre les mains de 



Monseigneur VEvesque pour en faire à son intention et régler les services pour le repos 
afjin de son âme. 

Le tout faict l'an et jour siisdicts en présence de Monsieur de Bernières, presbtre, 
et du sieur Amicet Goumin à ce présents, tesmoins, lesquels ont avec le dict Seigneur et 
moy notaire susdicts et soussigné à la minutie des dictes présentes; Ainsi signé "Augustin 
de Saffray Mézy". — "H. de Bernière". — "Goumin" — et tnoy Notaire avec paraphe, 
signé "Auber", Notaire Royal avec paraphe. 

La lettre missive et testament ensuitte et cydessus ont esté cy dessus régistréz au désir 
de l'ordonnatKe de Monseigneur de Tracy estant ez liasses du Greffe du Conseil Souverain 
dallée du quatorziesme avril dernier par le Greffier et secrétaire au dict Conseil soussigné, 
dont acte, pour servir ce qu'il appartiendra. 

(Signé) "Peuvret", avec paraphe (1). 



(1) Le testament de M. de Mézy avait été reçu par le notaire Claude Auber. Le greffe de Auber 
estconservéaux Archives Judiciaires de Québec, mais la minute du testament de M. de Mézy en a é;é 
enlevée il y a déjà plusieurs années. Nous en donnons le texte d'après les Insinuations du Conseil Sou- 
verain conservées aux Archives de la province de Québec. 



LES HÉROS DE 1759 ET DE 1760 INHUMÉS AU CIME- 
TIÈRE DE L'HOPITAL-GÉNÉRAL DE QUÉBEC 



A la bataille des Plaines d'Abraham, le 13 septembre 1759, 
la perte des Français, d'après l'estimation de l'historien Gar- 
neau. fut de plus de mille hommes, y compris deux cents pri- 
sonniers qui tombèrent entre les mains des vainqueurs avec la 
plupart des blessés. Du côté des Anglais, neuf officiers et 
quarante-neuf sous-officiers et soldats furent tués. C nquante- 
cinci officiers et cinq cent quarante-deux sous-officiers et soldats 
furent blessés. On semble croire aujourd'hui que Garneau a 
un peu exagéré le nombre des tués du côté des Français. Quoi qu'il 
en soit, tous ces braves furent inhumés pêle-mêle sur le lieu 
même où ils étaient tombés. 

A la bataille de Sainte-Foy, le 28 avril 1760, les pertes des 
Anglais furent de onze cent vingt-quatre hommes, tués ou mis 
hors de combat. Les Français eurent huit cent trente-trois 
hommes tués ou blessés, parmi lesquels on comptait un chef 
de brigade, six chefs de bataillon et quatre-vingt-seize autres 
officiers. Encore là, les glorieux disparus furent inhumés sur 
le champ de bataille. 

Nous connaissons à peu près tous les noms des officiers 
tant français que anglais qui furent tués aux batailles des 
Plaines d'Abraham et de Sainte-Foy. Les soldats sont des 
héros anonymes. Bien peu de noms sont parvenus jusqu'à 
nous. 

Si nous ne pouvons retracer les noms de ceux qui furent 
inhumés sur les champs de bataille, nous avons toujours la con- 
solation de faire connaître les noms des blessés qui furent trans- 
portés à r Hôpital-Général de Québec et succombèrent dans 
cette institution. 

Dans les Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis, 
nous trouvons un état des blessés français transportés à l' Hôpital- 
Général après la bataille de Sainte-Foy. 



248 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Ce rapport donne : 

Régiments Officiers Soldats Total 

La Reine 1 4 5 

La Sarre 5 16 21 

Royal-Roussillon 3 11 14 

Languedoc 2 8 10 

Guyenne 1 12 13 

Berry 8 58 66 

Béarn 7 14 21 

Marine.. 3 31 34 

Artillerie 4 4 

Miliciens 24 24 

Le registre mortuaire de l' Hôpital-Général donne les noms 
de tous les blessés français qui moururent dans les salles de cette 
institution et furent inhumés dans le petit cimetière qu'on voit 
encore en face même de l'hôpital. 

La copie des Archives de la province de Québec a été faite 
d'après le registre original conservé à l'Hôpital-Général. 

REGISTRE MORTUAIRE (EXTRAITS) DE L'HOPITAL-GENERAL DE 
. QUEBEC POUR 1759 ET 1760 



François Boucher 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quatorze septembre, a été inhumé dans 
le cimetière de cet hôpital le corps de François Boucher, selon ce que nous ont rap- 
porté ceux qui l'ont apFXjrté mort, lesquels nous ont dit qu'ils pensaient que c'était 
là son nom, canadien, tué à l'aflfaire du treize, en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Jean Portier 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quatorze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Jean Fortier, de l'isle d'Orléans, paroisse St-Jean, 
décédé après s'être confessé et avoir reçu le sacrement de l'extrême-onction ; en foy 
de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 249 

Pierre Laroche 
L'an mil sept œnt cinquante-neuf, le quatorze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Pierre Laroche, de la compagnie de Remigny, 
régiment de Lassarre (la Sarre), décédé après avoir reçu les sacremens de pénitence et 
d'extrême-onction ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, cham. 

Jacques Chaulet dit Laramée 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Jacques Chaulet dit Laramée, milicien de la com- 
pagnie de Ehimont, décédé après s'être confessé et avoir reçu le sacrement d'extrême- 
onction, en foy de quoy j'ay signé. 

RiG au VILLE, ptre, chane. 

JOACHIM COLINETTE 

L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Joachim Colinette, natif de Poitiers, paroisse de 
Luçon, matelot sur le bord de la Manon, décédé après avoir reçu les sacrements de 
l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Charles Alarie 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Charles Alarie, de Batiscan, décédé après avoir 
reçu les sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé La VICTOIRE 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le nommé Lavictoire, soldat de la colonie, compagnie de la 
Périère, décédé après s'être confessé et avoir reçu le sacrement d'extrême-onction ; 
en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAuvnxE, ptre, chane 

Le nommé Laredoute 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, Laredoute, soldat du régiment de Lassarre (la Sarre), com- 
pagnie d'Alet, décédé après s'être confessé et avoir reçu le sacrement d'extrême-onction ; 
en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 



250 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Joseph Martel 
L'an mil sept œnt cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Joseph Martel, milicien, de la ville de Montréal, 
décédé après s'être confessé et avoir reçu le sacrement d'extrême-onction ; en foy 
de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, diane. 

Antoine DePlaine 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps d'Antoine DePlaine, de la paroisse de St-Ours, décédé 
après avoir reçu les sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Jean-Baptiste Adam dit Larose 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Jean-Baptiste Adam dit Larose, soldat au régiment 
de Roussillon, compagnie de Dour (?), d'Elein, en Lorraine, décédé muni des sacre- 
ments de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Jean-Baptiste Contant 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, Jean-Baptiste Contant, de Champlain, décédé après avoir 
reçu les sacrements de l'église, en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, diane. 

Le nommé Lacouture 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhimié dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Lacouture, soldat au régiment de Royal Rous- 
sillon, compagnie de Bassillac, (Bassignac), décédé après avoir reçu les sacrements 
de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

M. Dupont 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le seize septembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Mr Dupont, natif de Soyon (?), en Vivarais, lieutenant 
au régiment de Guyenne, décédé mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy 
j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . ^ ^ 



(1) Le chevalier Dupwnt était lieutenant dans le 2e bataillon de Guyenne, compagnie de Patris. 
Nous n'avons rencontré nulle part ses prénoms. Dans le Bulletin des Recherches Historiques, vol. XV 
p. 382, M. Régis Roy nous apprend, mais sans indiquer ses sources, que Balthazar Dupont, dit le chevalier 
de Jonchères, servant dans Guyenne, aurait été mortellement blessé en tentant d'incendier l'escadre 
anglaise qui bloquait Québec en 1759. Est-ce celui-ci ? 



ARCHIVES DE QUÉBEC 251 

Pierre Sansregret 
L'an mil sept œnt cinquante-neuf, le seize septembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, Pierre Sansregret, soldat au régiment de Béam, compagnie de 
Monguët, décédé à l'hôpital susdit mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy 
j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

JOSEKI BEAUDOIN 

L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Joseph Beaudoin, de Champlain, décédé après 
avoir reçu les sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Pierre Longerat dit Blondet 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Pierre Longerat dit Blondet, soldat au régiment 
de Lassarre (la Sarre), compagnie de Beauclaire, décédé après avoir reçu les sacrements 
de relise ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane . 

Pierre Voyer 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quatorze septembre, a été inhimié dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Pierre Voyer, boulanger pour le Roy, décédé le jour 
iwécédent après avoir reçu le sacrement d'extrême-onction, âgé d'environ cinquante 
ans, habitant de la ville de Québec ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Maurice Couteleau 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quinze septembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital le corps de Maurice Couteleau, habitant de la ville de Québec, décédé - 
le dit jour, après s'être confessé et avoir reçu le sacrement d'extrême-onction, âgé d'en- 
viron soixante ans ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigau ville, ptre, chane. 

François Boucher de la Perière 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept septembre, a été inhimié dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de François Boucher, écuïer, sieur de la Périère, capi- 
taine d'ime compagnie des troupes de la colonie, chevalier de l'ordre royal et militaire 
de St-Louis, décédé d'hier muni des sacrements de l'église, âgé d'environ quarante-cinq 
ans ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. (1) 



(1) François-Clément Boucher de la Périère, né à Montréal le 24 avril 1708, était fils de René-Boucber 
de la Périère et de Françoise Mailhiot. Il avait épousé Charlotte Pécaudy de Contrecœtir. 



252 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Le nommé Laramée 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-huit septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Laramée, sergent de la colonie, de la compagnie 
de St-Ours, décédé muni des sacrements ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Pierre Poudrier 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept septembre, a été inhtmié dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Pierre Poudrier, de St-Pierre, décédé muni des sacre- 
ments de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Le nommé Belfleur 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-neuf novembre (sic), a été inhimié dans 
le cimetière de cet hôpital Belfleur, soldat au régiment de Baaim, compagnie de Ber- 
nard, décédé après avoir reçu les sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Pierre Gillet 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-neuf septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, Pierre Gillet, de la paroisse de St-Ours, décédé après avoir 
reçu les sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre. 

EdmePresta 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-neuf septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital le corps d'Edme Presta, soldat de la colonie, décédé après avoir 
reçu les sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, curé. 

Pierre Alaire 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt et un de septembre, a été inhumé dans 
le cimetière de cet hôpital, Pierre Alaire, de St-François, Rivière-du-Sud, décédé le 
dix-neuf du présent, mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Augustin Cadet 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt et xxn de septembre, a été inhumé dans 
le cimetière de cet hôpital, le corps d'Augustin Cadet, boucher de profession, homme 
marié, décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, curé. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 253 

Nicolas-François Breton dit Lavigueur 
L'an mil sept œnt cinquante-neuf, le vingt-et-un septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Nicolas-François Breton dit Lavigueur, soldat au 
friment de Lassare (la Sarre), compagnie de Mkitain (Meritens), décédé à l'Hôpital- 
Général mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUvnxE, ptre, curé. 

Antoine Hurel 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt et un septembre, est décédé Antoine 
Hurel, soldat au régiment de Béarn, compagnie de Mazerac ( ?), muni des sacrements de 
relise. Son corps a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital; en foy de quoy j'ay 
signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Tionville 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-trois septembre, a été inhumé dans le 
dmtieère de cet hôpital, le corps de Tionville, soldat au régiment de Languedoc, com- 
pagnie de Blanchard, décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUvnxE, ptre, chane. 

Augustin Marsan 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-trois septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps d'Augustin Marsan, de St-Vallier, décédé après avoir 
reçu les sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG au ville, ptre, chane. 

Jean Télé 
L'an mil sept cent cinquante-nauf, du quinze au vingt-deux septembre, a été inhumé 
dans le cimetière de cet hôpital, le corps de Jean Télé, soldat de la colonie, âgé d'environ 
vingt et im ans, décédé mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUVnxE, ptre, chane. 

Le nommé Sansoucy 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, h vingt-quatre septembre, a été inhimié dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Sansoucy, soldat de la colonie, compagnie de St- 
Martin, décédé muni des sacrements, âgé d'environ vingt-un ans; en foy de quoy j'ay 
signé. 

Rigauville, ptre. chane • 



254 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Jean Chauret 

L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-cinq septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital le corps de Jean Chauret, de la Pointe-Claire, de Montréal, décédé 
muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Michel Rué (?) 

L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-cinq septembre, a été inhxmié dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Michel Rué (?), de Rimousky, décédé muni des 
sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Ric AU ville, ptre, chane. 

Jacques Roy 

L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-cinq septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital Jacques Roy, matelot du navire VAmériijuain, décédé muni 
des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU ville, ptre chane. 

Le nommé Beausoleil 

L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-cinq septembre, a été inhimié dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Beausoleil, soldat au régiment de Languedoc, 
compagnie de Viendray, décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay 
signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Pierre Barry 

L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-sept septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital le corps de Pierre Barry, de la paroisse de St-Pierre du Sud, 
décédé le jovir précédent muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

ViziEN, ptre. 

François Goulet 

L'an rail sept cent cinquante-neuf, le vingt-sept septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital le corps de François Goulet, de la paroisse de St-Antoine de 
Chambly, décédé le jour précédent mimi des sacrements de l'Eglise ; En foy de quoi 
j'ai signé. 

Vizien, ptre. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 255 

Louis Denau 
L'an mil sept cent dnquante-neuf, le vingt-hvut septembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital le corps de Louis Denau, soldat au régiment de Guyenne, com- 
pagnie de Derlin, décédé le même jour, muni des sacrements de l'Eglise. En foi de 
quoi j'ai signé. 

ViziEN, ptre. 

Jacques Charbonneau 

L'an mil sept cent cinquante-neuf, le trente septembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital le corps de Jacques Charbonneau, habitant de la paroisse de Ste- 
Rose, compagnie de Pressault, décédé la nuit précédente muni des sacrements de l'Eglise. 
En foy de quoy j'ai signé. 

ViziEN, ptre. 

Pierre Landrillet 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le trente septembre, a été inhimié dans le dme- 
tière de cet hôpital le corps de Pierre Landrillet, de la ville et paroisse de Québec, décédé 
la nuit précédente mimi des sacrements de l'Eglise. En foy de quoy j'ai signé. 

ViziEN, ptre. 

Jean Fournier dit Labonté 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le trente septembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital le corps de Jean Fournier dit Labonté, natif de Bressenegre, en Rou- 
ergue, âgé de vingt-neuf ans, soldat au r^iment de Béam, compagnie de Mazerac, 
décédé le même jour mimi des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

ViziEN, ptre. 

Jean-Marie Latour 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le premier octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet Itôpital le corps de Jean-Marie Latour, habitant de la paroisse de Sainte- 
Geneviève, gouvernement de Montréal, compagnie Dequet (?), décédé le dit jour muni 
des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

Vizien, ptre. 

Paul Marin 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le deux octobre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Paul Marin, de la paroisse de Varennes, gouvernement de 
Montréal, décédé le dit jour, muni des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

Vizien, ptre. 



256 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Charles-François de Marillac 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le deux octobre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Monsieur de Marillac, chevalier de l'Ordre Royal et Militaire 
de St-Louis, capitaine au régiment de Languedoc, décédé le jour précédent, mxmi des 
sacrements de l'Eglise; En foi de quoi j'ai signé. 

ViziEN, ptre (1). 

Le nommé Bernard 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le deux octobre, a été inhimié dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Bernard, soldat au régiment de la Sarre, compagnie de de Mvm, 
décédé le même jour muni des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

Vizien, ptre. 

Etienne Schelaup dit Lafortune 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quatre octobre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital Etienne Schelaup dit Lafortime, soldat au régiment de la Sarre, compa- 
gnie de Voves, décédé le même jour muni des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j 'ai 
signé. 

Vizien, ptre. 
M. Cornier 
Le cinq octobre mil sept cent cinquante-neuf, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de monsieur Cornier, capitaine au régiment de Guyenne, chevalier de 
l'Ordre Royal et Militaire de St-Louis, décédé le jour précédent muni des sacrements 
de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

Vizien, ptre. (2). 

Antoine Depaty 
Le cinq octobre mil sept cent cinquante-neuf, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps d'Antoine Depaty, habitant de la Mascouche, décédé le jour précédent, 
mimi des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

Vizien, ptre. 



(1) Charles-François de Marillac était fils de messire Jean-Baptiste- Ange ( ?) de Marillac, comman- 
dant du régiment de Languedoc, chevalier de Saint-Louis, et de Marie-Marthe de Malique (Méligues), 
de la paroisse de Saint-Eustache, ville et diocèse de Paris. Il avait éix)usé à Montréal le 1er mars 1756, 
Marie-Hypolite Rouer de Villeray d'Artigny, fille de Hector Rouer de Villeray d'Artigny et de Marie 
Neveu. Le 10 novembre 1759, le chevalier de Lévis écrivait à M. Berryer, ministre de la marine : "Le 
sieur de Marillac, capitaine au régiment de Languedoc, marié en Canada, est mort de ses blessures, 
laissant sa femme avec deux enfants dans la misère. S'il vous était p>ossible de lui accorder la pension 
qu'il est d'usage aux veuves des capitaines de la Marine, je vous en aurais particulièrement une sincère 
obligation." {Lettres du chevalier de Lêtis, p. 258). M. Aegidius Fauteux croit qu'il faut lire Charles- 
François Auger de Marillac. 

(2) M. Bemier, commissaire des guerres, écrivait de l' Hôpital-Général de Québec le 4 octobre 1759, 
au chevalier de Lévis : "M. Cornier vient de mourir ; j'ai fait mettre son domestique en p)rison, qui l'a 
volé et abandonné aussitôt après sa blessure. Je ferai passer Crèvecœur en France ; Je ne sais si d'autres 
le voudront." (Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis, p. 11). Nous ignorons les prénoms de 
M. Cornier. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 257 

Le nommé Rossignol 
Le dnq octobre mil sept cent cinquante-neuf, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Rossignol, soldat de la colonie, compagnie de Vergor, décédé le jour 
précédent, muni des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

ViziEN, ptre. 

Jean-Baptise Desjardins 
Le sept octobre mil sept cent cinquante-neuf, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean-Baptiste Dé jardin, de Québec, décédé la nuit précédente muni 
des sacreme ts de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

Vizien, ptre. 

Jacques Soulard 
Le sept octobre mil sept cent cinquîmte-neuf, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital Jacques Soulard, de la paroisse de St-Roch de la Côte du Sud, décédé le jour 
précédent muni des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi ]'ai signé. 

Vizien, ptre. 

Le nommé Comtois 
Le sept octobre mil sept cent cinquante-neuf a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Contois, soldat au régiment de Languedoc, compagnie de Douglas, 
décédé le jour précédent muni des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

Vizien, ptre. 

Joseph Pelletier 
Le sept octobre mil sept cent cinquante-neuf, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital Joseph Pelletier, habitant de la paroisse de St-Thomas, Côte du Sud, décédé 
le même jour mimi des sacrements de l'Eglise. En foi de quoi j'ai signé. 

Vizien, ptre. 

Joseph Hardi 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix octobre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Joseph Hardi, âgé d'environ dix-sept ans, natif de Paris, soldat 
du riment de Guienne, compagnie de DuClos, décédé muni des sacrements de l'Eglise. 
En foi de quoy j'ai signé. 

Rigau ville, ptre, chane. 

Louis-Charles-Auguste Fouquet 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix octobre, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Mr Louis-Charles-Auguste Fouqxœt, âgé d'environ vingt-cinq 

5300—17 



258 ARCHIVES DE QUÉBEC 

ans, natif d'une iraroisse à trois lieues au-dessous de Morlaix, diocèse de Léon, en Bre- 
tagne, lieutenant au régiment de Guyenne, décédé d'hier muni des sacrements de 
l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Pierre Maubeuge 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le douze octobre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Mr Pierre Maubeuge, natif d'Herbigny, près de Vethel, (ou 
Vellel) capitaine au régiment de Béam, chevalier de l'Ordre Royal et militaire de St- 
Louis, décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. (1) 

Le nommé Dubos 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le douze octobre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps du Sr Dubos, commerçant, marié en secondes noces, âgé d'envi- 
ron cinquante-cinq ans, natif de France, décédé muni des sacrements de l'église ; en foy 
de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Jean Texier (?) dit Laprairie 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quatorze octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Jean Texié ( ?) dit Laprerie, natif de Beaujolais, diocèze 
du Pui, soldat au régiment de Lassare (la Sarre), compagnie de Villars, décédé mimi des 
sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 

Jean Tousselais dit Niverné 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quatorze octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Jean Tousselais dit Niverné, natif de Nevers, en Hiver- 
nois, paroisse de St-Laurent, soldat au régiment de Lassare (la Sarre), compagnie 
de Rimini, décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU ville, ptre, chan» 

Michel Lapointe 
L'£in mil sept cent cinquante-neuf, le quatorze octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Michel Lapointe, habitant de St-Ours, décédé muni des 
sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU ville, ptre, chane- 



(1) En 1761, le duc de Choiseul informait le chevalier de Lévis qu'il avait obtenu une f)ension de 
trois cents livres sur le trésor royal pour la veuve du sieur Maubeuge (Lettres de la cour de Versailles, p. 236. J 



ARCHIVES DE QUÉBEC 259 

Claude Limonier dit Lacouture 
L'an mil sept œnt cinquante-neuf, le quatorze octobre, est décédé Claude Limonier 
dit Lacouture, soldat au régiment de Languedoc, compagne de Moriliac, natif de Coail- 
lier, en Anjou, juridiction d'Angers, âgé de vingt -deux ans. Il a été muni des sacre- 
ments de relise. Son corps a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital ; en foy de 
quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane- 

Pierre Lapier dit Lafrance 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital le corps de Pierre Lapier dit Lafrance, du régiment de Béam, com- 
pagnie de Vassale, natif du Perche, paroisse de Marelette, décédé muni des sacrements 
de l'église; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chan*- 

Antoine Laf argue 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept octobre, a été inhimié dans le cime- 
tière de cet hôpital, le cc«ps d'Antoine Lafargue, matelot sur V Aimable Manon, décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église, en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane- 

Antoine Favare 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-huit octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps d'Antoine Favare, mattelot, décédé muni des sacrements de 
l'église, en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane- 

Le nommé Beaumont 
L'an mil sept œnt cinquante-neuf, le dix-neuf octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Beavimont, soldat au r^iment de Lassarre (la Sarre), 
compagnie de Rémini, décédé mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay 
signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Nicolas Saint-Onge dit Boissoneau 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-neuf octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Nicolas Saint-Onge dit Boissoneau, canadien, de la piarois- 
se de St-François de Sales de la Rivière-du-Sud, âgé d'environ cinquante-deux ans, 
mané en secondes noces en la ditte paroisse, décédé mimi des sacrements de l'église ; 
en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUvnxE, otre, cfaane- 



260 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Le nommé Bernard 
L'an mil sept cent dnquante-neuf, le dix-neuf octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital le corps de Bernard, soldat de la compagnie de Boishébert, de la 
colonie, décédé mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAu VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Bourguignon 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Bourguignon, soldat de la colonie, c ompagnie de Vergor, 
décédé le seize du présent, muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Antoine Bergeron 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt octobre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps d'Antoine Bergeron, canadien, de la Rivière-du-Loup, homme 
marié, âgé d'environ vingt-cinq à vingt-six ans, décédé muni des sacrements de l'église ; 
en foy de quoy j'ai signé. 

Rio AU ville, ptre, chane. 

Le nommé La violette 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-trois octobre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital le corps du nommé Laviolette, caporal au régiment de Royal - 
Roussillon, compagnie de Bassiniac, natif d'Auvergne, âgé d'environ vingt-sept ans, 
décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane. 

Pierre de Grave 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-quatre octobre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Mî. Pierre de Grave, capitaine au régiment de 
Guyenne, natif de Narbonne, en Languedoc, décédé hier muni des sacrements de l'église; 
en foy de quoy j'ay signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane- 

Le nommé Lé VEILLÉ 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-si.K octobre, a été inhunaî dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Léveillé, soldat au régiment de Languedoc, compagnie 
de Thevepont (?), décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé . 

Rigau VILLE, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 261 

Le nommé Desjardins 
L'an mil sept œnt cinquante-neuf, le vingt-six octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Déjardin, soldat au régiment de Guienne, compagnie 
de LassignoUes, décédé mtmi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane 

Etienne Beauséjour 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-sept octobre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Etienne Beauséjour, soldat au régiment de Lassare 
(la Sarre), compagnie de Beauclaire, décédé d'hier mimi des saccrements de l'élise ; 
en foy de quoy j'ai signé. 

RiG au VILLE, ptre, chane 

Le nommé Lescaze 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-huit octobre, a été inhvimé dans le 
cimetière de cet hôpital le corps de Lescaze, soldat de la colonie, compagnie de Cabanac, 
emploie dans la cavalerie pendant le siège de Québec, décédé mimi des sacrements de 
l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE. ptre, chane 

Pierre Deslauriers 
L'an mil neuf cent cinquante-neuf, le vingt-neuf octobre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps de Pierre Deslaurier, capitaine des milices de la paroisse 
de Boucherville, gouvernement de Montréal, âgé d'environ soixante-dix ans, décédé 
muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane 

Le nommé Flamand 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le second novembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Flamand, français de nation, âgé d'environ cinquante ans. 
homme marié à St-François, gouvernement des Trois-Rivières, décédé mimi des sacre- 
ments de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Jean-Baptise Spénard 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le quatre novembre, a été inhtmié dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Jean-Baptiste Spénard. habitant de St-Pierre des Ecor- 
res (?), âgé d'environ cinquante ans, marié en la dite paroisse, décédé du deux du pré- 
sent, mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiG au VILLE, ptre. cham. 



262 ARCHIVES DE QUÉBEC 

François Lafranchise 
L'an mil sept œnt cinquante-neuf, le six novembre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital, le corps de François Lafranchise, habitant de la paroisse de Varennes, 
marié en la dte paroisse, âgé d'environ quarante-cinq à cinquante ans, décédé^hier mimi 
des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

François Prédat 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le huit novembre a été inhimié dans le cimetière 
de cet hôpital, le corps de François Prédat, soldat au régiment de Languedoc, compagnie 
de Basserode, décédé hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Jean Personon 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le huit novembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital le corps de Jean Personon, soldat au régiment de Guienne, compagnie 
de Bigat, décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre. chane. 

Martin Brosseau 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le huit novembre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Martin Brosseau, matelot sur le navire la Sezine (?) décédé 
muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

François Jarnaque 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le huit novembre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital, le corps de François Jarnaque, matelot sur le navire le Bienjaisani, 
décédé muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Pierre Pivere 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le onze novembre, a été inhxmié dans le cimetière 
de cet hôpital, le corps de Jean Pivere, matelot svir le navire l'Adonis, âgé d'environ 
dix-huit à vingt ans, décédé le même jour muni des sacrements de l'église ; en foy de 
quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Le nommé Legrand 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept novembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corf)s du nommé Legrand, soldat au régiment de Berry, compagnie 



ARCHIVES DE QUÉBEC 263 

de Cenlan, natif de Sens, en Bourgogne, décédé le seize du présent, muni des sacrements 
de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Barbanson 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dix-sept novembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps du nommé Barbanson, français, de l'isle d'Oléron, milicien 
de Québec, décédé mvmi des sacrements de l'église : en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Bastien Patibre dit Marche a Terre 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-quatre novembre, a été inhumé dans le 
cimetière de cet hôpital le corps de Bastien Patibre dit Marche-à-terre, natif de Colmart, 
en Alsace, soldat de la colonie, compagnie de Vou ville (ou Rouville), décédé d'hier muni 
des sacremens de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Etienne Bonté 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-neuf novembre, a été inhimié dans le 
cimetière de cet hôpital, le corps d'Etierme Bonté, soldat de la colonie, compagnie de 
Boishébert, décédé le même jour muni des sacrements de l'égUse ; en foy de quoy j'ay 
signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Le nommé Lacoste 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le trois décembre, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital, le corps du nommé Lacoste, sergent au régiment de Lassarre (la Sarre), 
compagnie de Vilard, décédé hier après avoir fait abjuration des hérésies de Calvin entre 
les mains de M. Jacrau, ptre, commis à cet effet de Mr le grand vicaire, et reçut ensuitte 
les sacrements de l'église ; en foy de quoy nous avons signé. 

Jacrau, ptre, G.V. 
Rigauville, ptre, chane. 

Pierre Deligas dit la Grenade 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le dk de décembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Pierre Deligas dit la Grenade, soldat au régiment de 
Guienne, compagnie de Darlins, décédé muni des sacremens de l'église ; en foy de quoy 
j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



264 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Jean-Baptiste Grégoire 
L'an mil sept œnt dnquante-neuf, le qiiinze décembre, a été inhumé dans le cime- 
tière de cet hôpital, le corps de Jean-Baptiste Grégoire, canadien, habitant de Québec, 
marié, dans la ditte ville, décédé avant-hier muni des sacrements de l'église ; en foy 
de quoy j'ai signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 

Le nommé Champagne 
L'an mil sept cent cinquante-neuf, le vingt-neuf décembre, est décédé mimi des 
sacrements de l'église, le nommé Champagne, soldat au régiment de Languedoc.com- 
pagnie de Renepont (?) ; son corps a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital par nous 
soussigné ptre chan. 

RiG AU ville, ptre, chane. 

Louis Brun^el dit la Giroflée 
L'an mil sept cent soixante, le lie de janvier, a été inhumé dans le cimetière de 
l'hôpital général de Québec le corps de Louis Bnmel dit la Giroflée, natif de St-Hyppo- 
lite et soldat de regt. de Guyenne, compagnie d'Artigue, décédé le 10 après avoir fait 
abjuration de l'hérésie de Calvin entre nos mains et en avoir reçu l'absolution ; en foy 
de quoi nous avons signé. 

Briand, Ptre, Vic-G. 

François Salomon dit Salomon 
L'an mil sept cent soixante, le lie janvier, a été inhumé dans le cimetière de l'Hôpi- 
tal Général de Québec le corps de François Salomon dit Salomon, soldat du regt. de 
Languedoc, compagnie de Douglas, natif d'Heblon, en Poitou, juridiction de Conflanc, 
décédé le 10 du dit mois et an après avoir reçu les sacrements de l'église ; En foy de 
quoi nous avons signé. 

Briand, Ptre, Vic-G. 
Raymond Barousse 
L'an mil sept cent soixante, le quinzième de janvier, a été inhumé dans le cimetière 
de l'Hôpital-Général, près Québec, par nous soussigné prêtre, chanoine et vicaire-général, 
le corps de Raymond Barousse, matelot sur le navire le duc de Fronsac, décédé au dit 
hôpital muni des sacrements de l'église. En foy de quoi nous avons signé, le 16e des 
dts mois et an. 

Briand, chan. Vic-G. 
Jean Ponnet 
L'an mil sept cent soixante, le vingt janvier, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital, le corps de Jean Ponnet, mattelot du port de Québec, décédé le dix-neuf du 
présent muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 265 

Etienne Lepage dit Vadeboncœur 
L'an mil sept cent soixante, le quatre février, est décédé le nommé Etienne Lepage 
dit Vadeboncœur, soldat au régiment de Béam, compagnie de Barraute, après avoir 
reçu les sacrements de l'église ; son corps a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
par nous soussigné prêtre chanoine de la cathédrale de Québec. 

Rigauville, ptre, chane. 

Simon Régent 
L'an mil sept cent soixante, le quatre de mars, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Simon Régent, soldat congédié de la compagnie du chevalier La 
Corne, natif de l'ancienne France, marié dans le gouvernement de Montréal, décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Gaspard Nolan 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-huit mars, est décédé Gaspard Nolan, soldat 
de la colonie, compagnie de Cabanac, muni des sacrements de l'église ; son corps a été 
inhumé dans le cimetière de cet hôpital avec les cérémonies ordinaires par nous soussi- 
gné prêtre chanoine de la cathédrale de Québec. 

Rigauville, ptre, chane. 

BATAILLE DE SAINTE-FOY (28 avril 1760) 

Quelques hommes 
L'an mil sept cent soixante, les vingt-huit et vingt-neuf avril, ont été inhumés dans 
le cimetière de cet hôpital les corps de quelques hommes apportés au d. hôpital expirant 
après l'affaire du vingt-huit du présent mois entre les Français et les Anglais, et dont le 
tiunulte et l'affluence des blessés n'a pas permis de sçavoir les noms ; en foy de quoy j'ay 
signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean-Baptiste Duprat 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-huit avril, est décédé Mr Duprat, capitaine et 
chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis, du régiment de Lassare (la Sarre). 
Son corps a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital par nous soussigné prêtre ; en 
foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. ^'^ 



(1) Au lendemain de la bataille des Plaines d'Abraham, le chevalier de Uévis avait demandé la croix 
de Saint-Louis pour M. Duprat dans les termes suivants : "Duprat, capitaine — Sert depuis 1736 en qualité 
de soldat, sergent ou officier dans le régiment du Roi ou de la Sarre. C'est im officier de mérite ; il a com- 
mandé la dernière campagne et celle-ci un corps de volontaires ; il a été très utile et sert avec tout le z^e 
possible." {Lettres du chevalier de Lépis, p. 416). Dans l'Etat des nouveaux chevaliers de Saint-Louis, 
en date du 12 février 1760, il est désigné Jean-Baptiste Duprat, capitaine 2e bataillon de La Sarre. (.Lettres 
de la cour de Versailles, p. 211). 



266 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Le nommé La Grenade 
L'an mil sept œnt soixante, le vingt-neuf avril, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de La Grenade, soldat au régiment de Royal-Roussillon, compagnie 
d'Estor, décédé mtmi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Jean-Francois de Boschatel 
L'an mil sept cent soixante, le trente avril, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital, le corps de Mr Beauchatel, major du régiment de Lassare (la Sarre), décédé 
d'hier après s'être confessé et avoir reçu le sacrement d'extrême onction ; en foy de quoy, 
j'ay signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane. (l) 

Louis De Bonne de Missègle 
L'an mil sept cent soixante, le trente avril, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Mr de Bone, capitaine et chevalier de S. Louis, du détachement de la 
marine entretenu en ce pais, décédé d'hier mimi des sacremens de l'église ; en foy dw 
quoy j'ay signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane. 

René de Ste-Hélène Varennes 
L'an mil sept cent soixante, le trente avril, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Mr Ste-Hélène Varerme, lieutenant des troupes de la colonie ; décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Vernonville 
L'ar* mil sept cent soixante, le trente avril, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Vernonville, soldat au régiment de Béam, compagnie de Villemonté 
décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane. 

Le nommé La VIOLETTE 
L'an mil sept cent soixante, le trente avril, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Laviobtte, soldat grenadier au régiment de Languedoc, compagnie 



(1) Le lendemain de la bataille des Plaines d'Abraham, le chevalier de Lévis demandait la croix 
de Saint-Louis pour M. de Boschatel. Il écrivait au ministre : "Boschatel capitaine aide- major — Sert 
en qualité de volontaire, sergent ou officier depuis 1740 ; c'est un officier de talent pour son état qu'il rem- 
plit avec zèle ; s'il n'était dans le cas de mériter cette grâce par ses services, il la mériterait comme grâce 
particulière." (Lettres du chevalier de Livis, p. 416). Nous avons trouvé le prénom de M. de Boschatel 
dans une pièce judiciaire datée à Montréal le 5 janvier 1760. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 267 

d'Aiguebel, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; fen foy [de ^quoy (j'ay 
signé. 

RiG AU VILLE, ptre. chanc. 

Le nommé Saint-Louis 

L'an mil sept cent soixante, le trente avril, a été inhumé dans le cimetière de'cet 
hôpital le corps de Saint-Louis, soldat grenadier au régiment de Royal Roussi! Ion, 
compagnie d'Estor, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai 
signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Le CHEVALIER DE MELOIZE 

L'an mil sept cent soixante, le trente avril, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Louis-François Renaud d'Avaine, chevalier des Meloize, lieutenant 
des troupes de la colonie et servant en cette qualité dans la compagnie des grenadiers 
commandée par Mr de la Ronde au siège de Québec formé par les Français, âgé de vingt - 
neuf ans et quelques mois, décédé d'hier mimi des sacrements de l'église ; en foy de 
quoy j'ay signé. 

RiGAUvnxE, ptr*;, chane. (1). 

Le nommé Lacx)Uture 

L'an mil sept cent soixante, le premier mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lacouture, soldat au régiment de Béam, corapagniî de Lapérière, 
décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 

Le nommé Lavergne dit Vernonville 

L'an mil sept cent soixante, le premier mai, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lavergne dit Vernonville, caporal grenadier, au régiment de Berry, 
OMnpagnie de Villemonté, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; an foy de 
quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



(1) Le chevalier de Lévis demanda pour le chevalier de Meloize la croix de Saint-Louis. La de - 
mande n'était pas encore partie pour la Cour que le brave officier succombait à ses blessures. Lisons ce 
que disait le chevalier de Lévis de M. de Meloize : "C'est un officier de distinction, dont le zèle et les 
talents méritent récompense ; le grâce demandée pour lui ne peut que donner de l'émulation aux officiers 
de l'état-major. Il faisait les fonctions de major des deux bataillons de la Marine à l'afïaire du 28 avril : 
il a été bîessé très dangereusement au siège de Québec." (Lettres du chevalier de Létis, p. 457;. 



268 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Le nommé La violette 

L'an mil sept cent soixante, le premier mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital, le corps de Laviolette, soldat au régiment de Berry, compagnie de Milhau, décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé La Grenade 

L'an mil spet cent soixante, le premier mai, a été inhumé dans le cimetière de cat 
hôpital le corps de La Grenade, soldat grenadier, au régiment de Lassare (la Sarre), 
compagnie de Palmarol, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy 
j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé La Douceur 

L'an mil sept cent soixante, le premier mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de La Douceur, soldat au régiment de Royal Roussillon, compagnie 
d'Estor, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Vey 

L'an mil sept cent soixante, le premier mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Vey, soldat au régiment de Berry, compagnie de Chantigni, décédé 
d'hier mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Le nommé Plaisance 

L'an mil sept cent soixante, le premier mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Plaisance, soldat grenadier au régiment de Berry, compagnie de 
Fourillac, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Montplaisir 

L'an mil sept cent soixante, le deux mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpi- 
tal le corps de Montplaisir, soldat au régiment de Béam, compagnie de Jourdeau, décédé 
d'hier mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 269 

Le nommé La Couture 
L'an mil sept cent soixante, le deux mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpi- 
tal le corps de La Couture, soldat au régiment de Berry, compagnie de Peulan, décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé La Croix 
L'an mil sept cent soixante, le deux mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lacroix, soldat au régiment de Berry, compiagnie de Dupwnt, décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Le nommé La Violette 
L'an mil sept cent soixante, le deux mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de La Violette, sergent au régiment de Béam. compagnie d'Aubrespire, décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Saint-Rémy 
L'an mil sept cent soixante, le deux mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpita 
le corps de Saint-Rémis, soldat au régiment de Berry, compagnie de Saint-Félix, décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Pierre Sêgerac dit La violette 
L'an mil sept cent soixante, le trois mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Pierre Ségerac dit Laviolette, soldat au régiment de Lassare (la 
Sarre), compagnie de de Mun, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de 
quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Le nommé La vigne 

L'an mil sept cent soixante, le trois mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lavigne, caporal au régiment de Berry, compagnie de Villemonté, 
décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE. ptre, chane. 
Joseph Joli 
L'an mil sept cent soixante, le trois mai, a été inhvuné dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Joseph Joli, de la paroisse de Sainte-Rose, gouvernement de Montréal, 
décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 



270 ARCHIVES DE QUÉBEC 

M. DE Corbière 
L'an mil sept cent soixante, le trois mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Mr Corbière, lieutenant des troupes de la colonie, décédé d'hier muni des 
sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Joseph Lefevre 
L'an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Joseph Lefevre, de la paroisse de Repentigni, milicien de la compa- 
gnie de Deschamps, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay 
signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

François de Palmarol 
L'an mil^sept^cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital, le corps de Mr Palmarol, capitaine des grenadiers au régiment de Lassarre 
<la Sarre), décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. (1) 

M. de Salvignac 
L'an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Mr Salvignac, lieutenant au régiment de Lassarre (la Sarre) (1) , 
décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Aman Pezes 
L'an mil sapt cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps du sieur Aman Pezes, chirurgien aide-major du second bataillon de 
Berry, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Michel Sterman dit La Tulippe 
L'an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Michel Sterman dit Latulippe, soldat au régiment de Lassare (la 
Sarre), compagnie de Vauve, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy (de 
quoy) j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



(1) Nous avons trouvé !e prénom de M. de Palmarol dans une pièce judiciaire datée de Montréal, 
le 5 janvier 1760. A la fin de la camijagne de 1759, le chevalier de Lévis avait demandé pour M. de Pal- 
marol le grade de lieutenant-colonel. M. de Lévis écrivait à la Cour que M. de Palmarol servait depuis 
1734. A la demande du chevalier de Lévis, en 1761, le roi accorda à la veuvedeM.de Palmarol une pen- 
sion de quatre cents livres sur le trésor royaL (.Lettres de la coût de Versailles au chevalier de Lévis, 
p 235). 

(1) Erreur. M. de Salvignac était lieutenant au régiment de Béam. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 271 

Jean Clavier dit Brindamour 
L'an mil sept cent soixante, le quatre mai. a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean Clavier dit Braind 'amour, soldat au régiment de Berry, compa- 
gnie de Beauchamp, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai 
signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Henri de La Marlière 
L'an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Mr La Malière, lieutenant au régiment de Berr>', décédé d'hier muni 
des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, diane. 

Charles Lusel dit La Violette 
L'an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Charles Lusel dit Laviolette, soldat au régiment de Berry, ccnnpa- 
gnie de Darlens. décédé d'hier muni des sacrements de l'élise ; en foy de quoy j'ay 
signé. 

RiGAUviii£, ptre, chane. 

Jean Palut dit La Conduite 
L'an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhtmié dans le dmetière de cet 
hôpital le corps de Jean Palut dit La Conduite, soldat au régiment de Béam, compagnie 
d'Aubrespie, décédé d'hier muni des sacrements de l'élise ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUvnxE, ptre, chane. 

Guillaume Toussillon dit LaBonté 
L'an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Guillaume Toussillon dit LaBonté, soldat au régiment de Guyenne, 
ccMnpagnie de Dubleau, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy 
j'ay signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Eue Vital dit Beausch-eil 
L an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps d'Elie Vital dit Beausoleil, de la paroisse de Nicolet, gouvernement 
des Trois-Rivières, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai 
signé. 

Rigauville, ptre, chane 



272 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Etienne Labattrie dit Saint-Etienne 
L'an mil sept œnt soixante, le cyiq mai, a été inhvimé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps d'Etienne Labattrie dit St-Etienne, soldat au régiment de Berry, 
compagnie de Ménard, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane 

Charles Benoit Henry dit Nanci 
L'an mil sept cent soixante, le cinq mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Charles Benoit Henry dit Nanci, soldat au régiment de Royal Rous- 
sillon, compagnie d'Estor, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foi de 
quoy j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Chinard 
L'an mil sept cent soixante, le cinq mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Chinard, sergent de la colonie, compagnie de Faleze (Falaize), décédé d'hier 
mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ay signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Louis Delisle 
L'an mil sept cent soixante, le cinq mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de sieur Louis Delisle, officier volontaire de milice, du gouvernement 
de Montréal, décédé d'hier muni des sacrements de l'église, en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUviLLE, ptre, chane. 

Mathurin Bosdon dit LaRamée 
L'an mil sept cent soixante, le cinq mat, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Mathurin Bosdon dit Laramée, soldat de la compagnie de Merltains, 
régiment de Lassare (la Sarre), décédé d'hier mimi des sacrements de l'église ; en foy 
de quoy j'ai signé. 

RiGAUviLLE, ptre, chane. 

Pierre Chappon dit Rochefort 
L'an mil sept cent soixante, le cinq mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Pierre Chappon dit Rochefort, soldat de la compagnie de Matissare, 
régiment de Languedoc, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy 
j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 273 

Aman Hébert dit Bellefleur 
L'an mil sept œnt soixante, le cinq mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps d'Aman Hébert dit Bellefleur, soldat au régiment de Berry, compagnie 
de Trourou ... décédé d'hier mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

MoRiN DE La Combe dit Bailleul 
L'an mil sept cent soixante, le cinq mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Morin de La Combe dit Bailleul, soldat au régiment de Berry, com- 
pagnie de Fouillât, décédé d'hier mvmi des sacrements de l'église ; en foy de quoy 
j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean-Paul Paschal dit Saint-Amour 
L'an mil sept œnt soixante, le six mai, a été inhimié dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Jean-Paul Paschal dit Saint-Amour, grenadier au régiment de la Reine, 
compagnie de Montreuil, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de 
quoi j'a signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Pierre Bul dit Laforme 
L'an mil sept cent soixante, le six mai, a été inhvuné dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Pierre Bul dit Laforme, soldat de la colonie, compagnie de Boisbert (Bois- 
hébert), décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Charles Cabanac 
L'an mil sept cent soixante, le six mai, a été inhimié dans le cimetière de cet hôpital 

le corps de Charles Cabanac, de la paroisse de Verchères, gouvernement de Montréal, 
décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foi de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Le nommé Saint-Antoine 
L'an mil sept cent soixante-six, le six mai, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Saint- Antoine, soldat au régiment de Lassarre (la Sarre), compagnie 
de L'Estan. décédé d'hier mimi des sacrements de l'élise ; en foi (de quoi) j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

5300— IS 



274 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Louis Robert Bouchard dit Belle Fleur 
L'an mil sept œnt soixante, le six mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Louis Robert Bouchard dit Belle Fleur, soldat au régiment de Royal Rous- 
sillon, compagnie de Desnorien (?), décédé d'hier, muni des sacrements de l'église ; 
en foy de (iuoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Antoine Godebeuf dit Saint-Antoine 
L'an mil sept cent soixante, le six mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps d'Antoine Godebeuf dit Saint- Antoine, soldat de la colonie, compagnie de 
Lusignan, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE. ptre, chane. 

Charles Saint-Onge 
L'an mil sept cent soixante, le six mai a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Charles Saint-Onge, de la paroisse de Contrecœur, gouvernement de Mont- 
réal, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAU ville, ptre, chant-. 

Jacques Estoube dit La Plume 
L'an mil sept cent soixante, le sept mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jacques Estoube dit Laplume, soldat de la colonie, compagnie de 
Lautbinier (Lotbinière), décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy 
j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Lafleur 
L'an mil sept cent soixante, le sept mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lafleur, soldat au régiment de la Reine, compagnie de Denos, décédé 
d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Le nommé Lagrange 
L'an mil sept cent soixante, le sept mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lagrange, sergent-major des troupes de la ville de Montréal, com- 
pagnie de Lignerie, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai 
signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 275 

François Magnan dit Larose 
L'an mil sept cent soixante, le huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le COTps de François Magnan dit Larose, soldat au régiment de Guyenne, com- 
pagnie de Saint-Ponci, dçcédé d'hier mimi des sacrements de l'église ; en foi de quoy 
y ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Lafortune 
L'an mil sept cent soixante, le huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lafortvme, soldat au régiment de Royal Roussillon, compagnie 
de Servies, décédé d'hier muni des sacremens de l'élise ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Pierre Isa dit Saint-Pierre 
L'an mil sept cent soixante, le huit mai, a été inhxmié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Pierre Isa dit Saint-Pierre, soldat grenadier au régiment de Berry, 
compagnie de Villemonté, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane- 

Louis Archambault 
L'an mil sept cent soixante, le huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Louis Archambeau, de la paroisse de L'Assomption, gouvernement 
de Montréal, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Nicolas Massard dit La violette 
L'an mil sept cent soixante, le neuf mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Nicolas Massard dit Laviolette, soldat au régiment de Béam, cœn- 
pagnie de Ségla. décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE. ptre, chane 

Jean-Jacques Gorge de Saint-Martin 
L'an mil sept cent soixante, le neuf mai. a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Mr de Saint-Martin, capitaine des troupes de la colonie, servant 
en qualité de capitaine des grenadiers, au siège de Québec où il a reçu im coup de feu 
dont il est décédé hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 



276 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Jacques-René de Montreuil de Lachaux 
L'an mil sept cent soixante, le neuf mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Monsieur de Montreuïl, capitaine des grenadiers du régiment de la 
Reine, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, décédé d'hier muni des 
sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. (1) 

Guillaume de Pahonnet 
L'an mil sept cent soixante, le dix mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Mr de Patraunai, lieutenant du régiment de Lassare (la Sarre), décédé d'hier 
mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. (2) 

Joseph Dubois dit Dubois 
L'an mil sept cent soixante, le dix mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Joseph Dubois dit Dubois, sergent des grenadiers, compagnie de Montredon, 
au régiment de Béam, natif de Crest, en Dauphiné, juridiction de Vienne, décédé d'hier 
mtmi des sacremens de l'église ; en foi de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Un soldat du parti de M. Hertel 
L'ap mil sept cent soixante, le dix mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps d'im soldat du parti de Monsieur Hartel (Hertel), tué par un de nos sentinel 
au siège de Québec ; il s'est confessé et a reçu le sacrement d'extrême-onction ; en 
foi de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Claude Maufay dît Laforge 
L'an mil sept cent soixante, le dix mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Claude Maufay dit Laforge, soldat au régiment de la Reine, compagnie 
dHébécourt, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



(1) Il ne faut f>as confondre M. de Montreuil, capitaine des grenadiers du régiment de la Reine, avec 
M. de Montreuil, lieutenant-colonel, major général. 

Après la bataille des Plaines d'Abraham, le chevalier de Lévis demandait une gratification pour M. 
de Montreuil, capitaine des gp-enadiers du régiment de la Reine. Il écrivait : "Sert depuis 1734, a reçu 
I^usieurs blessures, dont il est fort incommodé, officier de mérite et dont les services méritent d'être récom- 
pensés." {Lettres du chevalier de Lévis, p. 413.) 

(2) C'est un des officiers dont le nom a été le plus souvent défiguré. Dans la liste publiée à la page 
402 des Lettres du chevalier de Lévis, il est apf)elé Sahoumet ; dans une autre liste que publie l'abbé Daniel 
à la liage 405 de sa Famille de Léry, (Appendice), il est appelé Panmet. Je trouve ailleurs encore, Pahou- 
met. Dans les Lettres de la cour de Versailles p. 82, p. 130 et p. 147, il me p>arait plus exactement nommé 
Guillaume de Pahonnet. 

Nommé sous-lieutenant des grenadiers en 1756, il passe à la lieutenance le 25 juillet 1758 ; mort le 
9 mai 1760 des blessures reçues le 28 avril. (Note de M. Aegidius Fauteux.) 



ARCHIVES DE QUÉBEC 2^7 

Antoine-Charles Boudin dit Saint-Germain 

L'an mil sept cent soixante, le dix mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps d'Antoine-Charles Boudin dit Saint-Germain, soldat au régiment de Berry, 
compagnie de Cadillac, décédé d'hier mimi des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 

Nicolas Juneau dit La Grenade 

L'an mil sept cent soixante, le dix mai, a été inhimié dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Nicolas Juneau dit La Grenade, soldat de la colonie, compagnie de La Corne, 
décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Jean-Baptiste Roussel de Morambert 

L'an mil sept cent soixante, le dix mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Mr Morambert, lieutenant au régiment de Guyenne, décédé d'hier muni 
des sacremens de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean-Gérard Preyssac d'Arlens 

L'an mil sept cent soixante, le neuf mai, est décédé dans cet hôpital Mr D'Arlins, 
capitaine au r^im^ent de Berry, protestant ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAy ville, ptre, chane. (l) 

Marie- Joseph Toussaint de Carnay, vicomte de Trécesson 

L'an mil sept cent soixante, le dix mai, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Mr Marie-Joseph-Toussaint de Camay, vicomte de Trécesson, lieutenant- 
colonel au régiment de Berry, décédé d'hier d'un coup de feu reçu à l'action du vingt- 
huit avril dernier entre les armées française et anglaise près les murs de Québec, après 



(1) Il y avait un autre d'Ariens, capitaine dans Guyenne, mais celui de Berry s'appelait Jean-Gérard 
Preyssac d'Ariens, d'après les L^lres de la cour de Versailles, p. 214. Capitaine depuis 1746, il fut fait 
chevalier de Saint-Louis le 12 février 1760. Je crois qu'il faut écrire d'Ariens. Son nom a été souvent 
estropié. Dans les Lettres du chevalier de Lests, p. 421, il est appelé d'Arleins ; dans les Lettres et Précis 
Militaires, p. 307, il est appelé d'Orléans ; dans Le Journal des campagnes du chevalier de Lévis, p. 271, il 
est appelé Darseins ; enfin, dans Tanguay : A travers les registres, p. 177, il est même appelé Duchesne. 
Daniel, dans La Famille de Léry, p. 206, l'appelle Darlenis. Il était un des trois frères Preyssac qui 
servaient en même temps dans les troupes de terre en 1759 en Canada. (Note de M. Aegidius Fauteuz.) 



278 ARCHIVES DE QUÉBEC 

s'être confessé et avoir reçu les sacremens d'eucharistie et d'extrême-onction ; en 
foy de quoy j'ai signé. 

RiGAU VILLE, ptre. chane. (1) 

Jacques-Michel-Marie Boissadel 
L'an mil sept cent soixante, le onze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de monsieur de Boissadel, officier au régiment de Royal Roussillon, 
décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foi de quoy j'ay signé. 

RiGAU ville, ptre, chane. 

François Le Roy dit Le Roy 
L'an mil sept cent soixante, le onze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de François Le Roy dit Le Roy, soldat de la compagnie de Paschalis, 
au régiment de la Reine, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

Rigau ville ptre, chane. 

Joseph Gobeau dit Dubousquet 
L'an mil sept cent soixante, le onze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Joseph Gobeau dit Dubousquet, sergent des troupes de la colonie, 
compagnie de Rouville, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

Rigau ville, ptre, chane. 

Àrnault Moimon dit La France 
L'an mil sept cent soixante, le onze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Amault Moimon dit La France, soldat des troupes de la colonie, 
compagnie de La Valtrie, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de 
quoi j'ai signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane . 

Jean Fréreaud dit Latour 
L'an mil sept cent soixante, le douze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean Fréreaud dit Latour, soldat au régiment de la Reine, compagnie 
de Maron, décédé d'hier mimi des sacremens de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane. 



(1) a la fin de 1759, le chevalier de Lévis demandait une pension pour M. de Trécesson. Il écrivait 
au ministre : "M. de Trécesson, lieutenant-colonel, commandant du troisième bataillon de Berry : le seul 
des lieutenants-colonels qui n'ait point de pension, il a trente .-inc- H p services et plusieurs blessures. "(LeHres 
du chevalier de Lests, p. 42D.) 



ARCHIVES DE QUÉBEC 279 

Le nommé Bonnau 

L'an mil sept cent soixante, le douze niai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Bonnau, soldat grenadier au r^iment de Berry, compagnie de 
Mordon. décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Joseph-Alexandre de Fourcet 

L'an mil sept cent soixante, le treize mai, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Monsieur Fourcet, capitaine au régiment de Lassare (la Sarre), 
décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, cfaane. 

Le nommé Picard 

L'an mil sept cent soixante, le treize mai, a été inhiuné dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Picard, soldat grenadier au r^;iment de Royal Roussillon, com- 
pagnie D'Estor, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Le NCHVfMÉ Lajoie 

L'an mil sept cent soixante, le treize mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lajoie, soldat des troupes de la colonie, compagnie de St-Martin, 
servant au siège de Québec en qualité de grenadier, décédé d'hier muni des sacremens 
de l'élise ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Pierre Lebosquet 

L'an mil sept cent soixante, le treize mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Pierre Lebosquet, de la paroisse de Chambly, gouvernement de 
Montréal, décédé d'hier mimi des sacremens de l'^Use ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Adrien Lefebvre dit Prêt-a-Boire 

L'an mil sept cent soixante, le quatorze mai, a été inhvmié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps d'Adrien Le fêvre dit Prêt-à-Boire. soldat grenadier au r^iment de Berry. 
ccwnpagnie de Fouillac, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 



280 ARCHIVES DE QUÉBEC 

François Edouaire dit La Déroute 

L'an mil sept œnt soixante, le quatorze mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de François Edouaire dit La Déroute, soldat de la compagnie de 
Revillâs ( ?) au régiment de Berry, décédé d'hier mimi des sacremens de l'église ; en 
foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Manuel Concile 

L'an mil sept cent soixante, le quatorze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Manuel Concile, soldat au régiment de Royal Roussillon, compa- 
gnie de Valet, décédé d'hier muni des sacremens de l'église, en foy de quoy, j'ai signé. 

RiG au ville, ptre, chane. 

Pierre Lefort dit Sansfacon 

L'an mil sept cent soixante, le quatorze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Pierre Lefort dit Sansfacon, soldat au régiment de Berry, compagnie 
de Dupont, décédé d'hier mimi des sacrements de l'église ; en foy de quoi, j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

François Bazin dit Lajoie 

L'an mil sept cent soixante, le quatorze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital François Bazin dit Lajoie, soldat de la colonie, compagnie de Benoit, décédé 
d"nier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

François Quintal 

L'an mil sept cent soixante, le quatorze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de François Quintal, officier de milice de la paroisse de Verchères, 
décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ay signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 

Louis Gélin dit Gélin 

L'an mil sept cent soixante, le quatorze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital Louis Gélin dit Gélin, soldat au régiment de Béam, compagnie de Montgay, 
décédé d'hier mvmi des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 281 

Le nommé L'Etoile 

L'an mil sept cent soixante, le quinze mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de L'Etoile, soldat au régiment de Béam, compagnie Daubigny, décédé 
d'hier mimi des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE,' pire, chane- 

Jacques Quena dit La Batterie 

L'an mil sept cent soixante, le quinze mai, a été inhiraié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jaques Quena dit La Batterie, soldat canonier de la colonie, com- 
pagnie de Montbéliard, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiGAU ville, ptre, chane. 

Pierre Laluge dit Jolicœur 

L'an mil sept cent soixante, le seize mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Pierre Laluge dit Jolicœur, soldat au régiment de Royal Roussillon, 
compagnie d'Estor, décédé d'hier muni des sacremens de l'église; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 

Nicolas N adore au dit Nantais 

L'an mil sept cent soixante, le seize mai, a été inhvimé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Nicolas Nadoreau dit Nantais, soldat des troupes de la colonie, 
compagnie de Faleze (Falaise), décédé d'hier muni des sacremens de l'égUse ; en foy 
de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Louis Bois dit Laviolette 

L'an mil sept cent soixante, le seize mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corp» de Louis Bois dit Laviolette, soldat de la colonie, compagnie de Lanau- 
dière, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAU ville, ptre, chane . 

Joseph Palerdi 

L'an mil sept cent soixante, le seize mai, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corp» de Joseph Palerdi, de la paroisse de Verchères, gouvernement de Mont- 
réal, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 



282 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Germain de Vassal de Monviel 
L'an mil sept cent soixante, le seize mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Mr. de Vassale, capitaine au régiment de Béam, chevalier de l'ordre 
royal et militaire de Saint-Louis, décédé d'hier muni des sacremens de l'église, en foy 
de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. (1) 

Dominique Maunecy dit Saint-Martin 
L'an mil sept cent soixante, le dix-sept mai, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Dominique Maunecy dit Saint-Martin, soldat au régiment de Royal 
Roussillon, compagnie de Dugros, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en 
foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane . 

François Casterne dit Sanssoucy 
L'an mil sept cent soixante, le dix-sept mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de François Casterne dit Sanssoucy, soldat au régiment de Berry, 
compagnie de Pressac, décédé d'hier muni des sacremens de l'église; en foy de quoi 
j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane . 

Etienne Thuray dit Belle-Fleur 
L'an mil sept cent soixante, le dix-huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps d'Etienne Thuray dit Belle-Fleur, soldat au régiment de Languedoc, 
compagnie de Renepont, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de 
quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Joseph Dumcnt dit Dumont 
L'an mil sept cent soixante, le dix-huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Joseph Dumont dit Dimiont, soldat au régiment de Berry, com- 
pagnie de Trouroux, décédé d'hier muni des sacremens de l'église; en foy de quoi j'ai 
signé. 

Rigauville, ptre, chane . 



(1) Le chevalier de Lévis avait sollicité de M. Berryer, ministre de la marine, l'expectative d'une 
place à l'école militaire pour le jeune fils de la veuve de M. Vassal de Monviel. "Cette dame, disait- il 
dans son placet, est la fille du sieur de la Périère, capitaine des troup)es de la colonie, tué à l'affaire du l'ô 
septembre. Elle avait épousé le sieur Vassal, capitaine au régiment de Béarn, lequel est mort des bles- 
sures reçues à l'affaire du 28 avril. Elle est sans biens et chargée d'un fils en bas âge." Le duc de Choiseul. 
qui avait succédé à M. Berryer, obtint à la veuve Vassal de Monviel une pension de trois cents livres sur le 
trésor royal. Nous croyons que cette jjension ne lui fut jamais payée. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 283 

François Caro dit Pret-a-boire 
L'an mil sept cent soixante, le dix-huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de François Caro dit Prêt-à-boire, soldat au régiment de Guyerme, 
compagnie de Dubleau, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Renault Doureau dit Conviac 
L'an mil sept cent soxiante, le dix-huit mai, a été inhvuné dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Renault Doureau dit Conviac, soldat au régiment de Guienne. 
compagnie de Dubousquet, décédé d'hier mimi des sacrements de l'église ; en foy de 
quoi j'ai signé. ♦ 

RiG au ville, ptre, chan« 

Louis Aubri dit Laramée 
L'an mil sept cent soixante, le dix-huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Louis Aubri dit Laramée, de la paroisse de Verchères, décédé d'hier 
mimi des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 

Le nommé Saint-Martin 
L'an mil sept cent soixante, le dix-huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Saint-Martin, soldat grenadier au régiment de Berry, compagnie 
de Fouillac, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jacques Gê dit Crépin 
L'an mil sept cent soixante, le dix-huit mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jacques Gé dit Crépin, soldat au régiment de Berry, compagnie 
de Saint-Félix, décédé d'hier mtmi des sacrements de l'églisa ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane . 

Louis Goulard dit Prêt-a-boire 
L'an' mil sept cent soixante, le dix-neuf mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Louis Goulard dit Prêt-à-boire, soldat de !a colonie, compagnie de 
Lautbinier (Lotbinière), décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane - 



284 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Simon Losier dit Ossassiêre 
L'an mil sept cent soixante, le dix-neuf mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Simon Losier dit Ossassiêre, soldat de la colonie, compagnie de Du 
Buisson, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Jean-Baptiste Despulcre dit Latulippe 
L'an mil sept cent soixante, le vingt mai, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean-Baptiste Despulcre dit Latulippe, soldat au régiment de Lassare 
(la Sarre), compagnie de Vauve (?), décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; 
en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Joseph Totel dit Sanssoucy 
L'an mil sept cent soixante, le vingt mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Joseph Totel dit Sanssoucy, soldat au régiment de Lassarre (la Sarre), 
compagnie de Savoumin, décédé de ce jour muni des sacremens de l'église ; en foy 
de quoi j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane . 

Jean-Baptiste Fontay dit Languedoc 
L'an mil sept cent soixante, le vingt mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean-Baptiste Fontay dit Languedoc, soldat au régiment de Guyenne, 
compagnie de Saint-Poney, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de 
quoy j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane . 

Jean-Baptiste Pontard dit Pontard 
L'an mil sept cent soixante, le vingt mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le coips de Jean-Baptiste Pontard dit Pontard, soldat au régiment de Guienne, 
compagnie de Déchambeau, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de 
quoi j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 

Etienne Godefroy dit Bellehumeur 
L'an mil sept cent soixante, le vingt mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps d'Etienne Godefroy dit Bellehumeur, soldat au régiment de Berry, 
compagnie de Surimeau, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 285 

Renault Martin dit Saint-Martin 
L*an mil sept œnt soixante, le vingt mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Renault Martin dit Saint-Martin, soldat au régiment de Béam, 
compagnie de Jourdeau, décédé d'hier mtmi des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Un SAUVAGE 

L'an mil sept cent soixante, le vingt mai, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital un Sauvage décédé ces jours-cy après s'être confessé à Monsieur Matavet, mis- 
sionnaire du séminaire de St-Sulpice établi à Montréal ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

François Coté dit Bigoire 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-trois mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de François Côté dit Bigoire, soldat au régiment de Lassarre (la 
Sarre), compagnie de Souvemin, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en 
foy de quoy j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean-Jacques Cros dit Saint-Gervais 
L'an mil sept cent soixante, le vingt et un mai, a été inhimié dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Jean- Jacques Cros dit Saint-Gervais, soldat grenadier au régiment 
de Royal-Roussillon, compagnie Destor, décédé d'hier mvmi des sacrements de l'église, 
en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean Hue dit Bezier 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-deux mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Jean Hue dit Bezier, soldat grenadier au régiment de Royal 
Roussillon, compagnie d'E^tor, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en 
foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean Christophe 
L'an mil sept cent soixante, le vingt mai, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean Christophe, soldat au riment de Guyenne, compagnie de 
Dubleau, décédé d'hier muni des sacremens de l'élise ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



286 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Jean Barié dit Bariê 

L'an mil sept cent soixante, le vingt-trois mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Jean Barié dit Barié, soldat au régiment de Berry, compagnie de 
Trouroux, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre. chane . 

François Aunel dit Foin d'Orange 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-trois mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de François Aunel dit Foin d'Orange, soldat de la colonie, com- 
pjagnie de la Périère, décédé d'hier mvmi des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai 
signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

LÉONARD GAULTHIER DIT LAJOIE 

L'an mil sept cent soixante, le vingt -trois mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Léonard Gaulthier dit Lajoie, soldat de la colonie, compagnie 
de Laroche, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean-Pierre Bachoie de Barrautê 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-deux mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de M. Barrautte, capitaine au régiment de Béam, chevalier de l'ordre 
royal et militaire de Saint-Louis, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy 
de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre. chane. 

Le nommé Lafleur 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-cinq mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Lafleur, soldat au régiment de Berry, compagnie de Saint-Félix, 
décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean Vergne dit Vergne 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Jean Vergne dit Vergne, soldat au régiment de Béam, com- 
pagnie d'Aubrespic, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoy 
j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 287 

Charles Marsil 
L'an mil sept œnt soixante, le vingt-quatre mai, a été inhumé par nous soussigné 
prêtre chanoine de la cathédrale de Québec, desservant l'Hôpital-Général du dit Québec, 
en qualité d'aumônier, le corF>s de Charles Marsil. milicien de la p>aroisse de Longueûil, 
gouvernement de Montréal, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de 
quoi j'ai signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Durasoir 
L'an mil sept cent soixante, le trente avril, a été inhimié dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Durasoir, soldat grenadier au régiment de la Reine, compagnie de 
Montreûil, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

François Dorais dit Saint-Francois 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-sept mai. a été inhimié dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de François Dorais dit Saint-François, soldat grenadier au r^;iment 
de Languedoc, compagnie d'Aiguebel, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; 
en foy de quoi j'ai signé. 

Rigau ville, ptre, chane. 

Jacques La vigne dit Lavigne 

L'an mil sept cent soixante, le vingt-sept mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Jaques Lavigne dit Lavigne, soldat au régiment de Berry, com- 
pagrâe de Praysac, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai 
signé. 

RiGAUvn-LE, ptre, chane. 

Gilbert Thier dit La violette 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-sept mai. a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Gilbert Thier dit Laviolette. soldat au régiment de Berry, com- 
pagnie de Trouroux. décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiGAU ville, ptre, chane. 

Pierre Arié dit Labontê 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-sept mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Pierre Arié dit Labonté, soldat au régiment de Béam. compagnie 
de Vassal, décédé d'hier muni des sacrements de l'église; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigau ville, ptre, chane. 



288 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Louis Bruêre dit Saint-Cloud 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-huit may, a été inhiimé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Louis Bruère dit St-Cloud, soldat au régiment de Berry, compa- 
gnie de Chantigni, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai 
signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Nicolas Frêmon dit Frêmon 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-huit mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Nicolas Frêmon dit Frêmon, soldat au régiment de Berry, com- 
pagnie de Ségouin, décédé d'hier mvmi des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai 
signé. 

RiGAU ville, ptre, chane. 

François Captel dit La violette 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-neuf mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de François Captel dit Laviolette, tambour au régiment de Royal- 
Roussillon, compagnie Destor, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy 
de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane . 

Louis Gros Cois 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-neuf mai, a été inhimié dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Louis Gros Cois, habitant de Montréal, décédé d'hier mimi des 
sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé 

Rigauville, ptre, chane. 

Le nommé Saint-Honoré 
L'an mil sept cent soixante, le trente mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de St-Honoré, soldat au régiment de Royal Roussillon, compagnie 
de Lefevre, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre.chanc . 

François Magin dit Beauséjour 
L'an mil sept cent soixante, le trente et un mai, a été inhimié dans le cimetière 
de cet hôpital, le corps de François Magin dit Beauséjour, grenadier au régiment de 
Languedoc, compagnie d'Aiguebel, décédé d'hier muni des ' sacrements dt l'église; 
en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane . 



ARCHIVES DE QUÉBEC 289 

Jean-Jacques Treillet dit Latreille 
L'an mil sept cent soixante, le trente et un mai, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Jean-Jacques Treillet dit Latreille, sergent de la compagnie 
de Montagnier, au régiment de Guyerme, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; 
en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUvnjLE, ptre, chanc 

Jacques Content dit Montfort 
L'anmil sept cent soixante, le trente et im mai, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Jacques Content dit Montfort, soldat au régiment de Béam 
compagnie de Montgay, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Henri de Pradel 
L'an mil sept cent soixante, le trente et un mai, a été inhimié dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Mr Pradel, lieutenant au régiment de Languedoc, décédé du 
même jour muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rio AU ville, ptre, chane- 

Le nommé Lajoie 
L'an mil sept cent soixante, le quatre juin, a été inhximé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lajoie, soldat au régiment de Guyenne, compagnie de Montagner, 
décédé d'hier mimi des sacremens de l'égUse ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Jean Amarault dit La Fidélité 
L'an mil sept cent soixante, le quatre juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean Amarault dit La Fidélité, soldat au régiment de Berry, compa- 
gnie de Chantigni, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai 
signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 

Pierre Péret dit Pêret 
L'an mil sept cent soixante, le cinq juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Pierre Péret dit Péret, soldat grenadier au régiment de Royal Rous- 
sillon, compagnie D'Estor, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de 
quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 
5300—19 



290 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Martin Paquet 

L'an mil sept cent soixante, le huit juin, a été inhumé.dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Martin Paquet, décédé la nuit dernière muni des sacremens de l'église, 
âgé d'environ quarante-cinq ans, marié à Anne Chappeau, de la paroisse de Québec ; 
en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

SuLPicE Moulin dit Moulin 

L'an mil sept cent soixante, le six juin, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Sulpice Moulin dit Moulin, grenadier au régiment de Berry, compagnie de 
Villemonté, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Jean Orsigny dit FoNTEm' 

L'an mil sept cent soixante, le dix juin, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Jean Orsigny dit Fonteny, soldat des troupes de la colonie, compagnie de 
Gaspé, décédé d'hier muni des sacremens de l'église; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Joseph Chauvreux de Vaudaran 

L'an mil sept cent soixante, le dix juin, a été inhumé dans le cimetière de cet hôpital 
le corps de Mr Vaudarant, lieutenant au régiment de Berry, décédé d'hier muni des 
sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Michel Stiremam 

L'an mil sept cent soixante, le quatre mai, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Michel Stiremam, natif de la paroisse de Kocbsheim, diocèse de Stras- 
bourg, en Alsace, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane- 

Noël Joannes dit Saint-Marche 

L'an mil sept cent soixante, le quatorze juin, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Noël Joannes dit Saint-Marche, grenadier au régiment de Berry, 
.compagnie de Villemonté, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de 
quoi j'ai signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 291 

Nicolas Matis dit Matis 
L'an mil sept cent soixante, le quatorze juin, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corp>s de Nicolas Matis dit Matis, soldat au régiment de Berry, compagnie 
de Beauchamp, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy da quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Claude Bernard dit Lajeunesse 
L'an mil sept cent soixante, le seize juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Claude Bernard dit Lajeunesse, grenadier au régiment de Royal 
Roussillon, compagnie d'Estor, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy 
de quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Martin Crète dit Saint-Martin 
L'an mil sept cent soixante, le seize juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Martin Crète dit Saint-Martin, grenadier de la compagnie de Saint- 
Martin, au siège de Québec formé par les Français le printems de la susdite année, 
des troupes de la colonie, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Laurent Brière dit La Giberne 
L'an mil sept cent soixante, le dix-sept juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Laurent Brière dit La Giberne, grenadier au régiment de Languedoc, 
compagnie d'Aiguebel, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane- 

Joseph Normandin 
L'an mil sept cent soixante, le seize juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Joseph Normandin, de la paroisse de Verchères, gouvernement 
de Montréal, décédé d'hier muni des sacremens de l'élise ; en foy de quoy j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Jean Massé dit Saint-Jean 
L'an mil sept cent soixante, le dix-huit juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean Massé dit Saint- Jean, soldat au régiment de Béam, compagnie 
de Pouchot, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RIGAUVILLE, ptre, chane. 



292 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Joseph Du Pontel dit La Feuillade 
L'an mil sept cent soixante, le dix-huit juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Joseph Du Pontel dit La Feuillade, soldat de la colonie, compagnie 
d'Herbin, décédé d'hier mimi des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

François Montfort dit Vadeboncœur 
L'an mil sept cent soixante, le vingt de juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de François Montfort dit Vadeboncœur, soldat au régiment de Berry, 
compagnie de D'Arlins, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Adrien Doudan dit Bapaume 
L'an mil sept cent soixante, le vingt et un juin, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps d'Adrien Doudan dit Bapaume, soldat de la compagnie de Segla, 
au régiment de Béam, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Jean Fajot dit Montpellier 
L'an mil sept cent soixante, le vingt juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean Fajot dit Montpellier, soldat de la compagnie de Dugros, 
au régiment de Royal Roussillon, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy 
de quoi j'ai signé, 

Rigauville, ptre, chane. 

Antoine Fesant 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-deux juin, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps d'Antoine Fesant, du gouvernement de Montréal, décédé d'hier 
mimi des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane . 

Le nommé Lagravère dit Laforme 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-trois juin, a été inhimié dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Lagravère dit Laforme, grenadier au régiment de Guyenne, 
compagnie de Launay, décédé d'hier mxmi des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 293 

Le nommé Mongaret Martel dit Brindamour 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-quatre juin, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Mongaret Martel dit Brindamour, soldat au régiment de 
Lassarre (la Sarre), compagnie de Savoumin. décédé d'hier muni des sacremens de 
l'église ; en foy de quoi j'ai signé, 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

Laurent Gilbert dit Saint-Laurent 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-quatre juin, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Laurent Gilbert dit Saint-Laurent, soldat au régiment de Berry, 
compagnie de Darlins, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiG au ville, ptre, chane. 

Le NCAiMÊ Lafranchise 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-neuf juin, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Lafranchise, soldat au régiment de Berry, compagnie de Millian ( ?), 
décédé d'hier mimi des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Louis Bourette dit Saint-Louis 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-neuf juin, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Louis Bourette dit Saint-Louis, soldat de la colonie, compagnie 
de Du Buisson, décédé d'hier muni des sacremens de l'égUse ; en foy de quoi j'a" signé. 

Rigauville, ptre, chane. 

Joseph Lavallbe dit Saint-Joseph 
L'an mil sept cent soixante, le premier ju Uet, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Joseph Lavallée dit Saint- Joseph, soldat de la compagnie de 
Duparquet, régiment de Lassarre (la Sarre), décédé d'hier muni des sacremens de l'église; 
en foy de quoy j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane . 

Julien Cougneau dit Saint- Juhen 
L'an mil sept cent soixante, le trois juillet, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de JuUen Cougneau dit Saint-Julien, soldat au régiment de Berry, 
compiagnie de Saint-Félix, décédé d'hier mimi des sacremens de l'élise ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



294 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Louis Dion 

L'an mil sept cent soixante, le dix-huit juillet, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Louis Dion, fils de Louis Dion et de Marie-Magdeleine Normande, 
marié à Marie AUard, décédé d'hier muni des sacremens de l'église, âgé de trente-deux 
ans et demie ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 

Jean Soulier dit Montpellier 

L'an mil sept cent soixante, le seize juillet, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean Soulier dit Montpellier, tambour-major au régiment de Guyenne, 
compagnie de Marmeville, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; en foy de quoi 
j'ai signé. 

RiG AU ville, ptre, chane. 

Louis Rodolphe dit Saint-Jean 

L'an mil sept cent soixante, le dix-huit juillet, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Loiiis Rodolphe dit Saint- Jean, soldat au régiment de Guyenne, 
coiTipagnie de Saint-Poney, décédé d'hier mimi des sacremens de l'église ; en foy de 
quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane . 

Jacques Barjeton de Montredon 

L'an de grâce mil sept cent soixante, le vingt-quatrième du mois de juillet, par 
moy prestre Récollet aumônier soussigné, a été inhumé dans le cimetière de l 'Hôpital- 
Général, près Québec, ie corps d'Ecuyer sieur Jacques Barjeton de Mordon (sic), 
chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis, capitaine de grenadiers au Régiment 
de Béam, natif d' . . . en Languedoc, mort la vei le muni des sacremens de notre mère 
la Ste-Eglise, âgé de cinquante-neuf ans ; en foy de quoy j'ay signé les jour, mois et 
an que dessus. 

F. Emmanuel Crespel, Récollet. 

André Tailleur dit Francœur 

L'an mil sept cent soixante, le vingt-trois juillet, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps d'André Tailleur dit Francœur, soldat au régiment de Royal 
Roussillon, compagnie de Thiballier, décédé d'hier muni des sacremens de l'église ; 
en foy de quoi j'ai signé. 

Rigauville, ptre, chane. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 295 

Jean-Baptiste Vadeboncœur 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-quatre juillet, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Jean-Baptiste Vadeboncœur, habitant de Montréal, décédé 
d'hier mimi des sacremens de l'élise ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUvnxE, ptre, chane . 

Pierre-Joseph Chorel (?) dit Francœur 
L'an mil sept cent soixante, le deux d'aoust, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Pierre- Joseph Chorel (?) dit Francœur, soldat au régiment de Berry, 
compagnie de Cambray, décédé le même jour muni des sacremens de l'égUse ; en foy 
de quoi j'ai signé. 

RiGAUViLLE, ptre, chane . 

Jean Lajeunesse 

L'zm mil sept cent soixante, le six août, a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Jean Lajeimesse, habitant de la seigneurie de Vaudreuii, gouverne- 
ment de Montréal, paraissant âgé de vingt-trois à vingt-quatre ans, décédé d'hier muni 
des sacremens de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAUViiiE, ptre, chane . 

Jean-Baptiste Clément 
L'an mil sept cent soixante, le vingt-neuf août, a été inhumé dans le cimetière de 
cet hôpital le corps de Jean-Baptiste Clément, soldat grenadier du r^iment de la Sarre, 
compagnie de Palmarol, décédé d'aujourd'huy muni des sacremens de l'élise ; en 
foy de quoi j'ai signé. 

RiG AU VILLE, ptre, chane. 

RocH Duperier dit Sansquartier 
L'an mil sept cent soixante, le trente et un aoust, a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Roc Duperier dit Sansquartier, soldat au régiment de Berry, 
compagnie de Saint-Félix, décédé d'aujourdhuy muni des sacremens de l'église ; en 
foy de quoi j'ai signé. 

Rigau ville, ptre, cfaane. 

Nicolas Pied Dorneil dit Niccm^as 
L'an mil sept cent soixante le vingt-sixiesme de Tbre a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital Nicolas Pied Dorneil dit Nicolas, soldat grenadier du regt de Berry, 
compagnie de Villemonté, décédé mxmi des sacremens de l'église le vingt-cinquième 
du dt. mois. En foy de quoi j'ay signé. 

BRI and, chan. Vie. g. 



296 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Jean-Baptiste Nochet 
L'an mil sept œnt soixante le vingt huit octobre a été inhumé dans le cimetière 
de cet hôpital le corps de Jean-Baptiste Nochet, matelot du Soleil Royal, département 
de Bayonne, décédé d'hier muni des sacrements de l'église ; en foy de quoi j'ai signé. 

RiGAU VILLE, ptre, chane. 

Le nommé Déjardin 
L'an mil sept cent soixante un le dix-neuf mai a été inhumé dans le cimetière de cet 
hôpital le corps de Déjardin, soldat au régiment de Royal Roussillon, commpagnie 
de Servies (?), décédé d'hier muni des sacrements de l'église, âgé d'environ vingt- 
devix ans, en foy de quoi j'ai signé. 

Rigau VILLE, ptre, chane. 

Louis Marie dit St-Louis 
L'an mil sept cent soixante un, le onze juin est décédé à l'Hôpital général de Québec 
le nommé Louis Marie dit St-Louis, soldat au régiment de Béam, compagnie de Raimon, 
après s'être confessé et avoir reçu l'extrême onction seulement. Son corps a été inhumé 
dans le cimetière du dit hôpital par nous soussigné prêtre. 

RiGAUViLLE, ptre, chane. 



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TESTAMENT DE LOUIS DE BUADE, COMTE DE 
FRONTENAC, GOUVERNEUR DE LA 
NOUVELLE-FRANCE 



Pardevant les Nof^^ gardenotes du Roy en Sa ville et Prévôté de quebec Soussignez 
Fut présent haut et puissant Seigr Messire Louis de Buade Comte de Palluau et de Frontenac 
Con^ du Roy en ses Con. * Chevalier de lordre de St Louis, Gouv^^"^ Lieutenant général 
pour Sa Majesté en tout ce pays de la france Septentrionale, Syndic apostolique. Père et 
protecteur Spirituel de lordre des très Rds P. Recollets en cedit pays. Gisant grièvement 
malade en son fauteuil dans sa Chambre au Château de cette ville: mais cependant Sain 
dEsprit mémoire et entendement ainsy Qu'Est apparu aux dits Notaires; Lequel Seigneur 
a dit que le grief mal qui le travaille ne luy permetant pas de Songer a l'état de ses affaires 
et biens temporels pour en disposer présentement comme II Voudrait le pouvoir faire: 
Qu'Au moins, ayant toujours eu singulière intention et dévotion d'Etre Inhumé et enterré 
en LEglise des d. Pères Recollets de cette ville. Il veut en ce Chef faire, par ces présentes, 
son Testament et ordonnance de dernière Volonté, pour éviter les obstacles et contradictions 
quy pourraient y être apportées. Sans cela, S'yl arrive qit'yl plaise a Dieu le retirer de cette 
Vye mortelle, par cette maladie, sans avoir le temps défaire plus ample Testament: Pourquoy 
déclare Ledit Seigneur Qu'yl ordonne Veut et entend, en ce cas; même prye et requiert que 
Son corps soit, après Son decez, porté. Inhumé et enterré dans la dite Eglise des Rds Pères 
Recollets de cette d. ville en la manière et avec les Simples Ceremonyes que les d. Pères jugeront 
a propos luy être convenables en la dite qualité de Syndic apostolique Père et protecteur 
Spirituel de leur ordre en ce dit pays — Souhaittant et désirant que Sa dévotion et piété soit 
Satisfait a cet égard. Sans empêchement ny obstacle de quelque part que ce soit, telle étant 
sa dernière Volonté. 

Et comme Madame anne de la grange son épouse peut souhaiter comme Luy, que le 
cœur de luy Seigneur testateur soit transporté en la Chapelle de Mes^ de Montmort dans 
lEglise St Nicolas des Champs à Paris, en laquelle sont Inhumés Mad^ de Montmort 
sa sœur et Monsieur Labbé dObasine son oncle; il veut qu'a cet effet son cœur soit séparé 
de son Corps et mis en garde dans une boête de plomb ou d'argent. Et au surplus Donne 
et aumône défaveur des dits Revds. P. Recollets de ce pays entre les mains du Sr Boutteville 
le Syndic ordinaire et receveur de le'' aumônes la somme de quinze Cents Livres monnoye 
de France, pour être employée à LAchevement de la bâtisse ott autres nécessités de leur couvent 
de cette ville, a prendre Sur les biens et Effets qui se trouveront appartenons a Luy seigneur 
Testateur en ced. pays au jour de son decez; El ce a la Charge de dire et Célébrer par les d. 
Revds P. Recollets en le'^ dite Eglise de cette Ville tous les jours une messe basse perulanl 
Lan du decez dudit Seii Testateur pour le repos de son ame; Et outre Un Service annuel 



lotis les ans a perpétuité a pareil jour de son decez; Lequel service annuel II désire II désire 
et veut être appliqué conjointement pour ladite Dame Son Epouse lors qu'Elle Sera décédée. 
Et pour faire exécuter et accomplir son d. présent Testament a nommé et Eleu les Sieurs 
français Hazeur marchand bourg de cette Ville conjointement: avec le Sieur Charles de 
Monseignat son premier Secrétaire: comme aussi pour prendre soin de LEtat du reste 
de ses affaires et biens qui peuvent être apresent ou luy Venir cy après ey, cedit pays par les 
Vaisseaux de lan prochain: Pourquoy Luy seigneur Testateur prye Monsieur de Champigny, 
Intendant, de les appuyer de Sa protection et authorité pour Laccomplissement de ce que 
dessus; Le priant aussy de régler ce quyl Jugera apropos a Legard de tous ses domestiques 
pour quyls Soient satisfaits: Donnant et léguant Icelui Seig Testateur a DuChouquet son 
vallet de Chambre, toute Sa garderobe consistant en ses habits linge et autres hardes dicelle 
avec la petite vaisselle dargent dépendante de lad. garderobe; et ce en considération des services 
que le d. DuChouquet luy a rendu jusqu'à présent. 

Et pour marque de la confiance qu'a luy Seii Testateur aux protestations damitié que 
le dit Seigr Intend'' luy a faites. Il le prye daccepter Un crucifix de bois deCalambourg 
que Made de Montmort sa sœur luy a laissé en mourant et qla toûjo. gardé depuis comme 
une véritable relique et prie aussi Madame l Intendante de Vouloir recevoir le Reliquaire 
ql avait acoutumé de porter, et qui est remply des plus rares et précieuses reliques qui se 
peuvent rencontrer. 

Et ledit présent Testament accomply, ses domestiques et dettes contractées en ce pays 
étant payées auront soin les d. exécuteurs de remettre ez mains de Madame la Comtesse 
Epouse de luy Seigneur Testateur ce qui se trouvera dureste de ses dits Biens en ce pays. 
Ce fut ainsy fait dicté et nommé de mot a mot par ledit seigneur Testateur et a luy leu et 
releu par Genaple lun des d. notaires, laulre présent; que ledit Seigneur adit avoir bien 
entendu et être Sa Vraye Intention et ordon" de dernière Volonté a laquelle II sarrete Seule 
déclarant quyl Révoque tous autres testaments quyl pourrait avoir cy devant faits se tenant 
uniquement au présent. 

Fait Et passé en ladite Chambre du dit Seii testateur après midi Sur les quatre heures, 
Le Vingt deuxième Jour de Novembre mil six Cents quatre vingt dix huict. Et a le dit 
seigneur testateur avec nous NoC^^ Signé. 

Louis de Buade Frontenac, 

Rageot Genaple (1) 



(1) Archives Judiciaires de Québec, acte de Genaple, 22 novembre 1698. 



-^Hl 



QUI ÉTAIT M. DE MENEVAL, GOUVERNEUR DE 

L'ACADIE? 



Le 1er mars 1687, le roi de France nommait M. de Meneval, 
gouverneur de l'Acadie, en remplacement de M. Perrot, qui 
venait d'être rappelé ou destitué. 

Il était dit dans les lettres de provision accordées à M. de 
Meneval qu'il était nommé pour trois années consécutives 
" pour commander tant aux habitants qui y sont établis ou qui 
s'y établiront ci-après, qu'aux soldats et gens de guerre qui y 
seront en garnison, leur faire prêter à tous le serment de fidélité 
qu'ils nous doivent ; faire vivre les dits habitants en union et 
concorde les uns avec les autres ; contenir les gens de guerre 
en bon ordre et police, suivant nos reglemens ; maintenir le 
commerce et trafic dans la dite colonie et généralement faire et 
exercer tout ce qui pourra être du fait du dit gouverne- 
ment..." ''\ 

Outre ses lettres de provision, M. de Meneval reçut du roi 
des instructions écrites assez détaillées au sujet de son gouver- 
nement. Sa Majesté attirait son attention sur les particuliers 
qui avaient des concessions de terres en Acadie mais qui au lieu 
de s'occuper de culture ou de pêche ne s'occupaient qu'à faire 
la traite dans les bois. Il avait instruction de mettre fin à cet 
abus. M. de Meneval devait aussi empêcher les étrangers, 
particulièrement les Anglais, de commercer ou de faire la pêche 
dans les ports, rivières, rades et côtes de l'Acadie ^^^ 

M. de Meneval s'embarqua dans l'été de 1687 pour aller 
prendre possession de son gouvernement. 

La nomination de M. de Meneval au gouvernement de l'Aca- 
die fut particulièrement bien vue de MM. de Denonville et 
Champigny. Le 6 novembre 1687, ils écrivaient au ministre : 



(1) Insinuations du Conseil Sou\'erain. cahier 2. folio 72 ; Edits ti Ordonnances, vol. III, p. 89. 

(2) Les instructions données à M. de Meneval ont été publiées au long dans Collection de manuscrits. 
vol. 1er, p. 396. 



298 ARCHIVES DE QUÉBEC 

" Vous avez faict, Monseigneur, un très digne choix de 
Mons. de Meneval pour gouverneur de l'Acadie. Il y a long- 
temps que nous le connaissons pour un galant homme qui avait 
l'honneur d'estre aymé et estimé de Monsieur de Turenne ^^\" 

M. de Meneval était un excellent soldat et un honnête 
homme. Mais laissé à lui-même, par les ministres du roi, 
contrecarré par ceux-là même qui auraient dû le plus l'aider, 
il se découragea et demanda bientôt son rappel. 

En 1689, il écrivait au ministre : 

" Je commence à désespérer de voir les navires que nous 
attendons toujours, et qui cependant ne viennent point. Si nous 
passons jusques à la Toussaint sans recevoir de secours, je ne 
sais en vérité ce que je ferai, car je me vois dans des embarras 
dont un plus habile homme que moi aurait peine à se bien tirer, 
et plût à Dieu que je vous y puisse voir seulement une semaine, 
M. de Lagny et Vous, qui êtes tous deux habiles ; cela m'appren- 
drait, en vous voyant faire, et me vengerait un peu des facilités 
que vous croyez être en ce pays ... Si l'année prochaine je ne 
sors d'ici, ou j'y mourrai de chagrin, ou je ferai quelque pas qui 
déplaise à la cour, c'est-à-dire je sortirai d'ici sans congé, quoi 
qu'il puisse arriver ^^\" 

Un mémoire anonyme de la même année 1689, qui fut pro- 
bablement rédigé par l'abbé Petit, dit de M. de Meneval : 

" Ce qui paraist encore important en Testât où sont les 
choses, c'est que le gouverneur qui est un homme de courage, 
sage, expérimenté, estimé de tous les habitants, et capable 
d'aucun vilain intérêt, semble tombé dans un grand dégoût ; 
il a été en effet attaqué de la goutte ; il craint qu'on ait abandonné 
ce poste ; il voudrait être en état de s'y défendre, il y a fait des 
pertes et ne peut soutenir les dépenses qu'il est obligé de faire ; 
il a été traversé par des esprits si brouillons qu'il a cru avoir mis 
en hasard son autorité et la confiance des habitants. 

" Il supplie très humblement, Monseigneur, de lui donner 
congé pour venir passer l'hiver en France vaquer à ses affaires 



(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 9. 

(2) KameaM, Une colonie féodale en Amérique, toToe premier, p. 165. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 299 

et rétablir sa santé. Si Monseigneur trouve à propos de lui 
donner cette satisfaction, il représente qu'il n'y a rien à craindre 
ni à faire pendant l'hiver et que le chevalier de Villebon, capi- 
taine, qu'on lui a envoyé, a toutes les qualités nécessaires pour 
pourvoir à tout pendant son absence'^\" 

M. de Meneval partit, en efïet, de l'Acadie l'année suivante, 
mais pas de la manière qu'il aurait désiré. 

Au mois de mai 1690, sir William Phipps, que le gouverneur 
de Frontenac devait si glorieusement repousser quelques mois 
plus tard, paraissait devant Port- Royal avec une flotte de sept 
vaisseaux portant plus de sept cents hommes. M. de Meneval 
avait pour défendre la place moins de cent hommes et dix-huit 
canons qui n'étaient pas même en batterie. Il y aurait eu folie 
à se défendre, et le gouverneur obtint de Phipps la meilleure 
capitulation possible. 

M. de Meneval, dans une lettre au ministre datée de Port- 
Royal le 29 mai 1690, lui fait connaître les conditions qu'il 
obtint de sir William Phipps et comment ce dernier tint sa parole : 

" Ce que j'ai eu sujet d'appréhender tous les jours depuis 
que je suis ici est enfin arrivé, Monseigneur. Les Anglais y sont 
venus le 19 du courant avec trois frégates de guerre de 46 et 
de 30 pièces de canon, cinq ou six moindres bâtiments et huit 
à neuf cents hommes de débarquement. L'état de la place 
et de la garnison me mettant dans l'impossibilité de me défendre 
comme je l'aurais fort souhaité et me voyant sommé avec menaces 
de tout détruire si je ne rendais le lieu, je me suis vu dans la 
nécessité (ce que j'aurais pu faire étant inutile) d'envoyer 
quelqu'un à bord du commandant de leur flotte pour traiter des 
conditions que j'ai obtenues assez avantageusement pour que 
vous en soyez content, tant à l'avantage de la religion que des 
habitants ; et pour la garnison avec moi nous devions sortir 
en gens de guerre avec armes et bagages et être conduits sûre- 
ment par eux dans un navire ou à Québec ou en France à mon 
choix ; mais lorsque le commandant anglais eût vu l'état de ma 
place sans aucune défense, comme j'ai eu l'honneur de vous le 



(1) ColUction de manuscrits, vol. 1er, p. 473. 



300 ARCHIVES DE QUÉBEC 

mander l'année passée et ma garnison pas plus nombreuse que 
de soixante et douze soldats et trois habitants, n'en ayant pas pu 
faire venir davantage, il s'est repenti de m'avoir accordé une 
aussi avantageuse capitulation et a prétendu n'être pas obligé 
à me tenir sa parole, et malgré tout ce que j'ai pu dire il a désarmé 
mes soldats, les a enfermés, et pillé et ravagé les habitants, m'a 
fait arrêter et gardé fort étroitement pour me mener avec ma 
garnison prisonnier à Boston, après m'avoir pris toutes mes 
hardes et l'argent que j'avais entre mes mains, tant au roi, à 
la compagnie, qu'à moi en mon particulier, qui montait en tout 
à cinq mille livres, ayant fait la m.ême chose au trésorier qui 
en avait encore entre ses mains environ quatre. 

" Leur attachement particulier a été d'abattre et de détruire 
l'église et toutes les marques de notre religion et l'autorité du 
roi dans cette colonie, qu'ils ont réduite dans un très pitoyable 
état^^\" 

Amené à Boston, M. de Meneval y fut gardé prisonnier 
pendant plusieurs mois. Le conseil de Boston reconnut que la 
capitulation accordée à M. de Meneval avait été violée, mais il 
n'avait pas l'autorité ni la force nécessaires pour faire rendre 
justice au malheureux gouverneur. Phipps se décida enfin à 
remettre à M. de Meneval une partie de l'argent qu'il lui avait 
volé ainsi que ses hardes. Le gouverneur de Boston lui donna 
alors un passeport pour Londres. Mais le vaisseau sur lequel 
s'était embarqué M. de Meneval ayant été retardé par les glaces, 
Phipps en profita pour manquer une seconde fois à sa parole. 
Il fit enlever M. de Meneval du navire et le fit jeter de nouveau 
en prison. Ce ne fut que dans le printemps de 1691 que le 
gouverneur de l'Acadie recouvra sa liberté et put enfin s'embar- 
quer pour Londres d'où il passa en France. 

M. de Meneval en avait eu assez de son séjour de trois 
années en Acadie et il ne revint pas au Canada. En 1700, il 
rédigea un mémoire sur les événements de 1690 en Acadie et 
mourut en France avant 1709. 



(1) Collection de manuscrits, vol. II, p. 10. Dans le Rapport sur les travaux de la division des Archives 
du Canada pour l'année 1922, on trouvera plusieurs pièces inédites sur la prise de Port-Royal. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 301 

La Hontan, qui a essayé de salir tous ceux qu'il n'aimait pas, 
accuse M. de Mené val d'avoir fait la traite et d'avoir maltraité 
les colons pendant son gouvernement en Acadie. Il écrit : 

" Les gouverneurs français ont les mêmes vues que ceux 
de bien d'autres postes d'outre-mer. Ils considèrent leur emploi 
comme une mine d'or qu'on leur donne pour en tirer de quoi 
s'enrichir ; aussi le bien public ne marche jamais qu'après leur 
intérêt particulier. Mr. de Meneval laissa prendre le Port- 
Royal aux Anglais, parce que la place n'était revêtue que de 
simples palissades, et pourquoi n'était-elle pas mieux fortifiée ? 
C'est qu'il croyait avoir le temps de remplir sa bourse avant que 
les Anglais s'avisassent de l'attaquer. Ce gouverneur avait 
relevé Mr. Perrot, qui fut cassé honteusement pour avoir fait 
sa principale occupation de s'enrichir, qui étant repassé ensuite 
en France revint avec plusieurs vaisseaux chargés de marchan- 
dises, pour faire en ce pays-là la profession d'un négociant par- 
ticulier. Celui-ci, dans le temps de son gouvernement, laissa 
prendre aux Anglais plusieurs postes avantageux sans se donner 
aucun mouvement ; il se contentait d'aller dans ses barques de 
rivière en rivière pour trafiquer avec les Sauvages, et après sa 
cassation, non content de faire son commerce sur les côtes de 
l'Acadie, il voulut aller sur celles des Anglais, mais il lui en coûta 
cher, car quelques corsaires l'ayant surpris, enlevèrent ses bar- 
ques et lui donnèrent ensuite la cale-sèche dont il mourut sur 
le champ'^\" 

La Hontan est le seul de nos anciens historiens à accuser 
M. de Meneval d'avoir fait la traite. Tous les mémoires de 
l'époque s'accordent à nous le faire connaître comme un parfait 
honnête homme. 

Nous venons de résumer aussi fidèlement que possible ce 
que nos historiens ont dit de M. de Meneval. 

Une question se pose tout naturellement ici : Qui était M. 
de Meneval, gouverneur de l'Acadie ? 

Le Père de Charlevoix, d'ordinaire bien informé, dit que 
M. de Meneval était le fils du baron de Bécancour ou de Port- 



ci) Notaeattx toyages. édition de 1703, tome II, p. 27. 



302 ARCHIVES DE QUÉBEC 

neuf. Parlant du détachement canadien envoyé de Québec à 
Kaskebé en 1690, il écrit : 

"Ce parti avait pour commandant M. de Portneuf, le troi- 
sième des fils du baron de Bekancourt, et lieutenant de la com- 
jpagnie de Menneval. M. de Frontenac lui avait donné ordre 
de prendre toute cette compagnie, qui était en Acadie, parceque 
M. de Menneval, son capitaine et son frère, était gouverneur de 
cette Province. Il y avait joint quelques Canadiens, et soixante 
Abénaquis du Sault de la Chaudière, avec lesquels il était parti 
de Québec le même jour que M. Hertel était parti des Trois- 
Rivières. Tilli de Courtemanche lui servait de lieutenant ^^■." 

Il n'y a pas eu ici distraction de la part du célèbre Jésuite 
puisque à la table des matières du même ouvrage il répète "M. de 
Menneval, fils du baron de Bécancourt, gouverneur de l' Acadie". 

Tous ceux qui, après Charlevoix, ont eu à parler de l'Acadie 
disent également que M. de Meneval était un Robineau de 
Portneuf. La plupart le donnent comme le quatrième fils du 
baron de Portneuf. 

M. de Meneval était-il un des fils du baron de Portneuf ? 

Le premier baron de Portneuf, décédé à Québec le 12 décem- 
bre 1699, avait eu sept fils de son mariage avec Marie-Anne 
LeNeuf de la Potherie : 

lo. Pierre Robineau né en 1653. Il décéda à Bécancour le 
14 juin 1729. C'est le deuxième baron de Portneuf. 

2o. Joseph Robineau de Villebon né à Québec le 22 août 
1655. Il décéda au fort Saint- Jean, en Acadie, le 5 juillet 1700. 

3o. René Robineau né à Québec le 3 septembre 1659. 
Décédé à Montréal le 26 juillet 1706. C'est le troisième baron 
de Portneuf. 

4o. François- Alexandre Robineau né en 1663 (?). C'est 
celui que le Père de Charlevoix et tous nos historiens ont pris 
pour le sieur de Meneval. Or, un acte du notaire Chambalon, 
en date du 18 décembre 1707, conservé aux Archives de la pro- 
vince de Québec, nous prouve hors de tout doute que François- 



(1) Histoire rie la NouvelU-Fraiice, vol. II, p. 52. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 303 

Alexandre Robineau portait le nom de chevalier de Bécancour 
et qu'il fit toute sa carrière en Louisiane. Citons la partie de 

cette pièce qui nous intéresse :" Fut présent Messire Jacques 

de Robineau chevalier seigneur de Bécancourt y demeurant 
lequel de son bon gré a reconnu avoir eu et reçeu de Ignace 
Juchereau Escuyer seigneur Duchesnay et de Beauport y demeu- 
rant à ce présent et acceptant la somme de trois cens cinquante 
six livres douze sols monnaye de France faisant le quart de celle 
de quatorze cens vingt six livres huit sols trois deniers mesme 
monnaye de France qui restait due de celle de deux mille seize 
livres aussy mesme m.onnaye à la succession de défunt messire 
François- Alexandre Robineau chevalier seigneur de Bécancourt, 
vivant enseigne sur les vaisseaux du Roy, son frère " 

5o. Jacques Robineau né en 1670 ( ?). Décédé à Québec le 
26 mars 1715. Il fut toujours connu sous le nom de Robineau 
de Bécancourt et signait Robineau tout court. 

6o. Daniel Robineau né aux Trois-Rivières le 9 mars 1673. 
Il fut connu sous le nom de Neuvillette et décéda en Acadie en 
1702. 

7o. Michel Robineau né à Portneuf en mars 1674. Connu 
sous le nom de Robineau des Iles. Il décéda en 1691. 

Nous croyons avoir prouvé que M. de Meneval ne pouvait 
être un des fils du baron de Portneuf. 

Maintenant, à l'aide de deux petites pièces conservées aux 
Archives de la province de Québec nous restituons au sieur de 
Meneval ses noms et prénoms méconnus ou plutôt tronqués 
depuis près de deux siècles. 

Au bas des lettres de provision de l'office de lieutenant-géné- 
ral au siège ordinaire de l' Acadie accordées à Mathieu Des 
Goutins le 31 mars 1687 et insinuées par le Conseil Souverain 
de la Nouvelle France le 29 novembre 1688 se trouve un certificat 
de M. de Meneval ainsi conçu : 

''Nous Alexandre Desfriches, chevalier, seigneur de Meneval, 
gouverneur pour le Roy du pays et coste de V Acadie, certifions à qui 
il apartiendra que la présente copie a esté tirée et est conforme à 
Voriginal en parche?nin au Port Royal le vingt-troisie. septetnbre 
g b c quatre vingt huit signé de Meneval." 



304 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Au bas des lettres de provision de l'office de procureur du 
Roi en la juridiction de "l'Acadie accordées à Pierre Chesnet le 
25 mars 1687 et insinuées par le Conseil Souverain de la Nouvelle- 
France le 29 novembre 1688, se trouve un autre certificat de 
M. de Mené val qui se lit comme suit : 

"Nous Louis-Alexandre Desfriches chevalier, seigr de Meneval, 
gouverneur pour le Roy de la province de Lacadie, certiffions à qui il 
apartiendra que la présente copie a esté tirée et est conforme à 
Voriginal en parchemin. Au Port Royal ce vingt deuxie. septem- 
bre g b y c quatre vingt huit. Signé de Meneval." 

M. de Meneval se nommait donc Louis- Alexandre Desfri- 
ches, chevalier, seigneur de Meneval. En consultant les Armo- 
riaux des différentes provinces de France on devrait trouver 
des renseignements sur la famille de M. de Meneval. 

Il est tout de même assez curieux de constater que l'erreur 
de Charlevoix se soit perpétuée pendant deux siècles. L'agneau 
de la fable se défendait de la faute dont on l'accusait en ré on- 
dant qu'il n'était pas encore au monde quand elle avait été com- 
mise. Disons de M. Robineau de Bécancour qu'il ne peut être 
tenu responsable de l'erreur de Charlevoix, puisqu'il n'était plus 
de ce monde lorsqu'elle fut commise. 

QUITTANCE DE Me JACQUES ROBINEAU DE BECANCOUR A Mr DUCHES- 
NAY FAISANT POUR MADe DHIBERVILLE 

Pardevant le Notaire Royal en la prevosté de Québec soussigné résidant et témoins 
cy-bas nommez fut présent Messire Jacques Robineau chevalier seigneur de becancourt 
y demeurant lequel de son bon gré a reconnu avoir eu et reçeu de Ignace Juchereau 
Escuyer seigneur Duchesnay et de Beauport y demeurant à ce présent et acceptant 
la somme de trois cens cinquante six livres douze sols monnaye de France faisant le 
quart de celle de quatorze cens vingt six livres huit sols trois deniers mesme monnaye 
de France qui restait deûe de celle de deux mil seize livres aussy mesme monnaye à la 
succession de deffunct Messire François-Alexandre Robineau chevalier seigneur de 
Becancourt vivant enseigne sur les vaisseaux du roy, son frère, duquel il est éritier 
pour un quatriesme, par la succession de deffunct Monsieur Lemoine DHiberville vivant 
capitaine sur les vaisseaux de Sa Majesté pour les apointements du d. feu sieur de 
Becancourt pour l'année mil sept cent trois et pour ses deux valets suivant le compte 
signé Allemant pour madame DHiberville datte à LaRochelle du 31e juin 1703, dépozé 



ARCHIVES DE QUÉBEC 3C5 

en l'estude du notaire soussigné et joint à une quittance que messieurs le baron de Port- 
neuf et de Portneuf ses frères ont donné au dit sieur Duchesnay pour leur part et portion 
de la dite somme en datte du 8e novembre dernier duquel le dit sieur de Becancour a 
présentement pris lecture et iceluy aprouvé ; de laquelle somme de trois cent cinquante 
six livres douze sols monnaye de France ledit sieur de Becancourt audit nom quitte 
et décharge le dit sieur Duchesnay la succession du d. feu sr DHiberville la ditte dame 
sa veuve et tous autres à cet égard sans que la présente puisse nuire ny prejudicier au 
dit sieur de Becancourt ny à Mrs ses frères aux autres actions et prétentions qu'ils 
peuvent avoir et prétendre en la dite qualité d'héritiers chacun pour tm quatriesme 
en la succession du dit feu sieur levir frère à l 'encontre de la succession du dit feu sieur 
DHiberville et contre la dite dame sa veuve. Fait et passé au dit Québec en lestude du 
dit notaire après midy le dix-huitiesme jour de décembre mil sept cent sept en présence 
des sieurs E^tienne Mirambeau et Pierre Normandin marchands témoins demeurans 
au dit Québec qui ont avec les d. srs de Becancourt, Duchesnay et notaire signé. 

ROBINEAU 

JucHEREAU Duchesnay 
Mirambeau 
P. Normandin 
Chambalon ^^^ 



PROVISIONS DE L'OFFICE DE LIEUTENANT-GÉNÉRAL AU SIÈGE ORDI- 
NAIRE DE L'ACADIE ACCORDÉES A Me MATTHIEU DE 

GOUTIN 

Louis, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces pré- 
sentes lettres verront salut. Estant nécessaire de pourvoir à la charge de nostre con® 
et lieutenant-général au siège ordinaire de la Cadie dans la Nouvelle-France dont est 
maintenant poiu-veu Me Michel Boudrot qui est hors d'état par son grand âge d'y faire 
les fonctions, sçavoir faisons que pour le bon et louable raport qui nous a esté fait de la 
personne de Me Matthieu Des Goutins et pour l'entière confiance que nous avons en 
ses sens, suffisance, capacité prudhomie et expérience au fait de judicature et affection 
à nostre service, à iceluy pour ces causes et autres à ce nous mouvans avons donné et 
octroyé, donnons et octroyons par ces présentes signées de nostre main le d. office de 
nostre con^' et lieutenant-général au siège ordinaire de l'Acadie, pour connaistre en 
première instance de toutes matières tant civiles, criminelles que de police, commerce 
et navigation suivant les uz et coutume de Nostre Royaume et de la prevosté 2t vicomte 



(1) Archives de la province de Québec. 

5300-20 



306 ARCHIVES DE QUÉBEC 

de Paris, pour le d. sieur De Goutin en jouïr et uzer aux honneurs, fonctions, pouvoirs, 
franchises, libertés, prérogatives, prééminences, privilèges, exemptions, gages, droits, 
avantages, revenus et esmoluments au d. office apartenans tout ainsy qu'en a bien et 
deiiement jouy ou deub jouir le d. sr. Boudrot, Si, donnons en mandement à nos amez 
et féaux con^"^* les gens tenans nostre Conseil Souverain à Québec, qu'après leur estre 
aparu des bonne vie et mœurs, âge requis par nos ordonnances, conversation et religion 
catholique, apostolique et Romaine du d. Sr. De Goutin, et de luy pris et reçeu le ser- 
ment en tel cas requis et accoutimié,ils le mettent et instituent de par nous en posses- 
sion et jouissance du d. office, l'en faisant jouir et user ensemble des honneurs, autho- 
ritez, prérogatives, prééminences, privilèges, franchises, libertez, exemptions, gages 
suivant les estats arrestez en nostre Conseil, droits, fniits, proffits, revenus et emolu- 
mens, pleinement et paisiblement, et le fassent obéir et entendre de tous ceux qu'il 
apartiendra, et choses concernant le d. office. Car tel est nostre plaisir. En tesmoin de 
quoy nous avons fait mettre nostre scel secret à ces d. présentes, donné à Versailles le 
trente unie jour de mars l'an de grâce g.b.c.quatre vingt sept et de nostre règne le qua- 
rante quatrie. signé Louis et plus bas par le Roy Colbert et scellé du scel secret en cire 
rouge. 

CoUationné à l'original en parchemin signé et scellé par moy greffier soussigné. 

Nous Alexandre Desfriches chevalier seigneur de Meneval gouverneur pour le Roy du 
pays et caste de l'Acadie, certiffions à qui il apartiendra que la présente copie a esté tirée 
et est conforme à l'original en parchemin au Port Royal le vingt-troisie. septembre g.b.c. 
quatre-vingt huit. Signé de Meneval. 

Nous Michel Boudrot lieutenant général civil et criminel au pays et coste de l'Acadie 
en conséquence des lettres de provisions données par Sa Majesté en faveur de Me 
Mathieu De Goutin le trente unie, jour de mars g.b.y.c. quatre vingt sept signées Louis 
et plus bas par le Roy Colbert avec paraphe et scellé du sceau secret en cire rouge, après 
qu'il nous a esté aparu des bonnes vie et mœurs, religion, conversation du d. Me De 
Goutin, ouy sur ce le procureur du Roy, ordonnons qu'il sera reçeu au d. office de lieu- 
tenant général en prestant par luy le serment requis et accoutumé, fait en jugement 
au Port- Royal le vingtie. jour d'aoust g.b.y.c. quatre vingt huit, et acte du serment fait 
en nos mains. 

Je certiffie l'acte cy-dessus avoir esté déposé au greffe en nostre présence, signé de 
Menneval. 

Registre au greffe du Conseil Souverain séant à Québec, suivant son arrest du vingt- 
neuf novembre g.b.y.c quatre vingt huit par moy Con*""^ secrétaire du Roy et greffier 
en chef en iceluy soussigné. 

Peuvret. 



(1) 



(1) Insinuations du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France, cahier 2, folio 74. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 307 

PROVISIONS DE L'OFFICE DE PROCUREUR DU ROI EN LA JURIDICTION 
DE L'ACADIE ACCORDÉES A Me PIERRE CHESNET 



Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, a tous ceux qui ces ix"é- 

sentes lettres verront salut scavoir faisons que pour l'entière confienoe que nous avons 
en la personne de nostre (effacé) et bien amé Me Pierre Chesnet et de ses sens, suffisance, 
captacité, prudhcsnie, fidélité et affection à nostre service ; à ces causes et autres consi- 
dérations à ce nous mouvans nous avons au d. Pierre Chesnet. donné et octroyé, 
donnons et octroyons par ces présentes signées de nostre main, l'office de nostre conseiller 
et procureur de la juridiction de l'Acadie, pour le d. oBice tenir, avoir et doresnavant 
exercer par le d. Pierre Chesnet, aux honneurs, authoritez, prérogatives, exemptions, 
gages qui luy seront ordonnez par Testât que nous en ferons à cet efïet dresser, et tous 
les autres droits dont jouissent nos procureurs dans les prevostez et si^;es presidiaux 
de nostre royaume ; si donnons en mandement à nos amez et féaux les gens tenans 
nostre Con Souverain de Québec qu'après leur estre aparu de bonne vie et mœurs, 
âge competant, conversation, religion catholique, apostolique et romaine du d. Pierre 
Chesnet, et de luy pris et reçeu le serment en tel cas requis et accoutumé, ils le mettent 
et instituent de par nous en possession du d. office de nostre procureur de nostre 
jurisdiction de l'Acadie, et lefaœnt, souffrent et laissent jouir des honneurs, authoritez, 
prérogatives, exemptions, gages qui luy seront ordonnez, revenus et esmolumens à la d. 
charge apartenans pleinement et paisiblement cessant et faisant cesser tous troubles et 
empeschemens au contraire, et au surplus le faire obéir et entendre de tous ceux et 
ainsi qu'il apartiendra ez choses concernant la d. charge, car tel est nostre plaisir. En 
tesmoin de quoy nous avons fait mettre nostre scel secret à ces d. présentes ; donné à 
Versailles le vingt-cinquiesme jour de mars l'an de grâce g b. y *^ quatre vingt sept et 
de nostre règne le quarante quatrie. Signé Louis, et plus bas par le Roy Colbert, et 
scellé du scel secret en cire rouge. 

Nous Louis Alexandre Desfriches chevalier seigr de Meneval gouverneur pour le Roy 
de la province de Lacadie, certiffions à qui il apartiendra que la présente copie a été tirée 
et est conforme à l'original en parchemin. Au Port Royal ce vingt deuxie. septembre 
g.b.y. *^' quatre vingt huit, de Meneval. 

Nous Mathieu De Goutin lieutenant général civil et criminel au pays de l'Acadie 
en conséquence des lettres de provisions données par Sa Majesté le vingt dnquie. jour 
du mois de mars g b.y." quatre vingt sept, signées Louis et plus bas par le Roy Colbert et 
scellées du sceau secret en dre rouge en faveur de Me Pierre Chesnel, après qu'il nous a 
esté aparu des bonnes vie et mœurs du d. sieur Chesnet, ouy sur ce le procureur du Roy, 
avons ordonné qu'il serait reçeu en lestât et office de procureur du Roy de la jurisdiction 
de lacadie en prestant par luy le serment requis et accoutimié. Au Port Royal le vingt 
troisie. septembre g b. y "^ quatre vingt sept, et acte de prestation de serment. 



308 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Je œrtifie l'acte cy dessus avoir esté déposé au greffe en nostre présence, signé de 
Meneval. 

Registre au greffe du Conseil Souverain séant à Québec, suivant son arrest du 
vingt neufv. novembre mil six cent quatre vingt huit par moy conseiller secrétaire du 
Roy et greffier en chef en iceluy soussigné. 

Peuvret. 



(1) 



(1) Insinuations du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France, cahier 2, folio 75. 



LA RECRUE DE 1653 : LISTE DES COLONS QUI PARTIRENT 
DE FRANCE POUR MONTRÉAL EN L'ANNÉE 1653, 
PARE.-Z. MASSICOTTE, ARCHIVISTE EN CHEF 
DU PALAIS DE JUSTICE, MONTRÉAL 



En lfô3, pour la première fois, notre ville reçut un groupe d'ime centaine d'immi- 
grants. 

Ce renfort, relativement considérable et qui doublait presque la population, venait 
à point ; sans lui. l'existence même de Montréal était menacée. 

Cet événement a paru d'une importance telle à l'érudit abbé Faillon qu'il a cru 
devoir publier un rôle général de cette recrue, contenant plus de 150 noms, c'est-à-dire 
que cet historien a mentionné tous ceux qui promirent de partir, laissant à d'autres 
chercheurs la tâche de démêler quels furent ceux qui quittèrent la France, ceux qui y 
restèrent et ceux qui moururent en route? 

C'est à cette question complexe que nous allons essayer de répondre, grâce à la 
masse de notes que nous avons pu recueillir sur nos anciens colons, dans les archives 
du palais de justice de Montréal, grâce encore à la liste inédite des immigrants de 1653, 
conservée dans les archives du Séminaire Saint-Sulpice et dont on trouvera la copie 
annotée à la fin de cette étude. 



Ainsi que nous le disions plus haut, Montréal, après tme décade de luttes, semblait 
vouée à l'extinction. 

C'est dans le but de lui infuser une vie nouvelle que M. de Maisonneuve partait 
F>our la France (1651) et qu'il allait sonner l'alarme auprès de ceux qui avaient rêvé 
de fonder, en ce monde nouveau, une ville consacrée à Marie. 

Après plusieurs démarches, M. de Maisonneuve réussit à obtenir vme somme de 
75,000 livres devant être utilisée à recruter des "hommes forts et courageux", à les 
transporter, puis à "les nourrir et loger pendant cinq ans". Et dès le printemps 
de 1653, c'est-à-dire en mars, avril et mai, notre gouverneur, en compagnie de M. de 
la Dauversière, engageait, à la Flèche, par devant maître Lafousse, quantité de jeimes 
hommes, la plupart célibataires. 

Malhevu-eusement, près d'im tiers de ces engagés refusèrent de partir au dernier 
moment, ainsi qu'on le constatera. 

* * * 



310 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Ce fut le 20 juin, que nos immigrants s'embarquèrent, dans la rade de Saint - 
Nazaire, près de Nantes. Le navire qui devait les traverser se nommait le Saint- 
Nicolas, il était la propriété d'un M. Charles LeCoq, sieur de la Beaussonnière, et le 
capitaine Le Besson en avait le commandement. 

Mais, hélas ! l'histoire de ces transports de colons au XVIIe siècle (1653, 1659, 
1662, 1663) ne varie pas sur un point : On ne prend aucun soin de s'assurer de la solidité 
des vaisseaux ni de leur état sanitaire. 

Vraiment, il y aurait matière à comparaison entre les méthodes d'immigration 
du XVIIe siècle et celles du XIXe, lors de l'exode des Irlandais vers nos rives ' 
Résumons ce qu'en raconte la sœur Bourgeois qui était du voyage. 
" A peine avait-on levé l'ancre qu'on s'aperçut que le navire était pourri et faisait 
eau de toutes parts" !. . . 

Néanmoins, on voulut continuer quand même "espérant qu'on pourrait étancher 
le vaisseau" en route. 

N'y réussissant pas, et après avoir parcouru 350 lieues, il fallut revenir au point 
de départ. 

Les passagers, cela se conçoit, étaient indignés; aussi, "M. de Maisonneuve 
dut-il mettre tous ses soldats dans une île d'où Von ne pouvait s' échapper, car autrement, 
il n'en serait pas demeuré un seul." 

" Il y en eut même qui se jetèrent à la naga pour se sauver, car ils étaient comme 
des furieux et croyaient qu'on les menait à la perdition" ! (Paillon, Sœur Bourgeoys, 
l, 65.) 

Le Saint-Nicolas ne pouvant être radoubé, il fallut trouver un autre vaisseau, chose 
difficile, si l'on songe qu'on ne put mettre de nouveau à voile qu'un mois plus tard, 
soit le 20 juillet. 

Sans doute, dans ce second navire, l'espace faisait défaut et la nourriture n'était 
pas des meilleures, puisque la maladie, suivant la coutume, commença aussitôt ses 
ravages et qu'il mourut huit personnes en mer, au rapport de sœur Bourgeoys, durant 
les 60 jours de la traversée. 

La recrue arriva le 22 septembre à Québec où se produisit un incident curieux : 
" On ne prit point garde, raconte la sœur Bourgeoys, à une arête qui s'enfonça tellement 
dans le navire, en arrivant, devant Québec, que les grandes marées ne purent le relever, 
et qu'il fallut le brûler sur la place." 



* * 



(1) En eflfet, sur les 100,000 Irlandais qui furent dirigés sur notre pays en 1847 et après, il mourut en 
mer et à l'arrivée 13,850 individus, cela représente un pourcentage de près de 14; sous le régime français 
la mortalité fut presque toujours de 7 p. c. à 10 p. c. Dans les deux cas, cette mortalité est excessive. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 311 

A Québec, où l'on persistait depuis plus d'une décade à voir dans la colonie montréa- 
laise, "une folle entreprise", les autorités refusent d'abord de fournir à M. de Maison- 
neuve les barques nécessaires à la conduite de la recrue plus loin ; mais, enfin, on accepte 
l'inévitable et les colons pauvant atteindre lelieu di leur destination le 16 novembre 
1653. 



Combien d'immigrants prirent-ils terre alors à Ville-Marie? 

La soeur Bourgeoys dit qu'ils étaient environ 120 passagers (Paillon, Sœur Bour- 
geoys, 1, 65) dont 108 soldats, — c'est ainsi qu'elle nomme les engagés. 

L'abbé de Belmont fixe le nombre des soldats à 105. 

La liste que nous publions ci-contre ne contient que 102 noms, mais tout le monde 
n'est pas mentionné ainsi que nous le démontrons. 

L'abbé Paillon, dans ses recherches en Prance, a trouvé, dit-il, que 154 hommes 
s'étaient engagés à passer à Montréal, cependant dans son rôle général, tome H, p. 531, 
il n'y a que 153 noms. Encore, sur ces 153, s'est-il mépris et voici comment : 

Il a fait vm premier relevé des actes d'engagement passés au printemps devant 
maître Lafousse, à la Plèche, ensuite, il a pris note des déclarations faites par les 
engagés, au moment du départ, à Saint-Nazaire, par devant le notaire Beliotte, de 
Nantes. 

Or il est arrivé que dans un cas, un colon a donné, en premier lieu, son surnom, 
puis en second, son véritable nom, et il en a fait deux individus ; dans deux autres cas, 
lui ou un de ses secrétaires a lu, à la Plèche, puis à Nantes, les mêmes noms différemment, 
ce qui a augmenté la liste d'autant. 

Précisons ces cas : 

Au susdit rôle génénd, on lit que Jean La forêt, armurier, de la paroisse de Roizi 
ou Royssi, pays du Maine, s'engage à la Plèche, le 30 mars 1653, puis ne paraît pas au 
départ à Saint-Nazaire, alors que l'auteur constate, même rôle, page 559, que Jean 
Tavemier, armurier, s'est embarqué, sans contrat d'engagement. Or ce dernier était 
surnommé Laforêt aussi bien que La Lochetière (Voir Massicotte, Dollard des Ormeau^ 
et ses compagnons, 1920, page 62). 

D'autre part, l'abbé Paillon mentionne (pp. 539 et 541) les nommés Marin Denyau 
et Marin Druzeau, le premier s'embarquant sans engagement, tandis que le second 
passe un contrat à la Plèche, mais est absent au départ. 

L'erreur de lecture entre Druzeau et Denyau est patente ^^K 

Enfin, Honoré Dauvin passe un contrat à la Flèche et ne s'embarque point, mais au 
départ, il y a un nommé Honoré Dany. Il est évident que dans le premier cas, le notaire 



(1) Dans le même rCle, Jean Oenyau est aussi nommé Druzeau. 



312 ARCHIVES DE QUÉBEC 

avait mis Dansni (ou Dansny), ainsi que Basset écrit toujours, à Montréal. Ce qui 
confirme cette hypothèse, c'est que Dauvin est dit originaire de Mont-Louis près 
de Tours, et Dany, de Monloux, près de Tours ^ . 

Ici encore l'erreur de lecture est flagrante. 

Il résulte de cet exposé que le rôle général de M. Paillon doit se réduire à 150 
noms. 

Enfin, le même auteur ajoute que sur ces 150 engagés, 103 seulement répondirent 
à l'appel à Saint-Nazaire. Toutefois, en examinant attentivement sa liste on décou- 
vre qu'il n'y en a réellement que 102, ce qui s'accorde avec la liste qui fait l'objet de 
la présente étude. 



Peut-on établir quels sont les autres passagers qui voyagaient avec les soldats? 

Dans ses mémoires, la vénérable sœtir Bourgeoys écrit qu'il y avait à bord, outre 
M. de Maisonneuve et elle-même : "la femme Milot, Marie du Mans, une autre femme 
avec son mari et quelques filles". (Paillon, Sœur Bourgeoys, I, 62). 

Au mois de novembre 1653, il ne réside à Montréal que Jean Milot, ici depuis 
quelque temps déjà, et Jacques Millots qui faisait partie de la recrue, mais tous deux 
étaient célibataires. 

Jean Milot, cependant, fait dresser son contrat de mariage, un mois plus tard, 
le 29 décembre, avec Marie-Marthe Pinson, qui accompagnait la recrue et qui demeurait 
en Prance, à la Plèche, près de Mans, pays du Maine. 

Il n'y a aucun doute que c'est cette dernière qui est appelée "la femme Milot, 
Marie du Mans," car cette désignation était exacte à l'époque où la sœur Bourgeoys 
rédigeait ses mémoires. 

Quant au mari avec sa femme on ne peut douter qu'il s'agit de Julien Daubigeon 
(mentionné sur la liste) et Perrine Mousnier qui font baptiser le 25 novembre, neuf 
jours après leur arrivée. 

Il y a bien aussi Jean Auger qui était marié, mais sa femme, Louise Grisard, ne 
nous paraît être venue que plus tard. 

Les autres personnes qui figurent pour la première fois dans les actes après le 
mois de novembre 1653 sont : 

Jacques Beauvais (Closse, 11-12-53) ; 

David Le Moyne (Closse, 10-12-53) ; 

Antoine Lhermite dit Bassompierre (Closse, 10-12-53) ; 

Jacques Mousnier (Closse, 29-12-53) ; 

Jeanne Soldé (Closse, 11-12-53) ; 



(1) Tanguay lui donne comme pays d'origine : Montoux. mais c'est bien Mont-Louis qui est le véri- 
table nom ainsi qu'on peut le vérifier sur une carte d« département d'Indre-et-Loire. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 313 

Ces 7 personnes : une femme mariée, deux filles et quatre hommes, ajoutées aux 
102 ds la liste, plus M. de Maisonneuve et sœur Bourgeoys, forment le chiffre de 111, 
qui ne laisse qu'un écart de 9 noms avec le total approximatif de 120, au compte de la 
soeur Bourgeoys. On peut supposer que les neuf autres personnes sont les "quelques 
filles" qu'on emmenait pour les marier. 

* * * 

La vénérable fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame nous a appris que sur 
le nombre de ceux qui traversèrent, hmt furent ensevelis dans l'Océan. (Paillon, 
SctUT Bourgeoys, I, 66). 

Il serait téméraire de nier l'exactitude de ce chiffre; toutefois, on constate que sur 
les 102 noms de la liste, il y en a 11 sur lesquels on ne trouva aucune information, dans 
nos archives. Il est évident que les huit victimes du voyage sont parmi ces onze, 
mais quel a été le sort des trois autres ? Ont-ils réussi à se sauver à la nage, à Saint- 
Nazaire, ou bien sont-ils passés ici, inaperçus ? L'avenir le dira peut-être, en tout cas 
voici la nomenclature de ces onze engagés : 

Jean Fruitier, no 12 ; Pierre Mouliers, no 25 ; Michel Leconte, no 47 ; Joachim 
Lepallier, no 61 ; Jean Chaudronnier, no 67 ; Charles Belot ou Beliot, no 68 ; Jacques 
Audru, no 71 ; René Cadet, no 72 ; Louis Doguet, no 75 ; Guy Motais, no 77 et Olivier 
Beaudouin, no 97. 

* * * 

Pour compléter ce travail, il nous paraît nécessaire de donner la liste de ceux qui 
contractèrent à la Flèche l'engagement d'émigrer, mais ne donnèrent pas suite à 
leur projet : 

Pierre Anselin, François Gallois, 

François Avisse, Noël Gilles, 

Jacques Balue, Pierre Guesery, 

Valérie de Barbouson, Pierre Hardy, 

Michel Bardet. François Hérissé. 

Pierre Beauvais. Hubay, 

René Bélanger. François Larcher, 

Gilles Biards. Olivier Le Prince, 

Jean Bonneau, Sébastien Leroux, 

René Boudu, Martin Loriot. (Il est possible que ce soit 

Augustin Boullay. Mathvuin Lorion, dit l'abbé Paillon) . 

Jacques Boutelou, 

Jean Chesnau. 

Nicolas Comio:, Julien Macé, 



314 ARCHIVES DE QUÉBEC 

René Coubart, René Maillet, 

Mathurin Coudret, Jean Maugrisson, 

François Coudreux, Michel Mogin, 

Pierre Darondeau, Jean Pichon, 

Claude de Louaire, - Pierre Proust, 

Jessé Dessommes, Mathurin Richard, 

Jean Dolbeau, Pierre Salmon, 

Jacques Fleury, André Sépuré, 

Etienne Foucault, René Trufifault, 

François Foucault, Simon Tupin, 

Gilles Fricquet, Charles Vigneux. 
Pierre Frogeau, 

ROLLE DE HOMES ENVOIES A MONTRÉAL EN L'ANNÉE 1653 ET DE CE 
QUI A ESTE ACORDÉ DE GAGES A CHACUN D'EUX 

SAVOIR A 

(1) Mtre Estierme Bouchart chirurgien 150 tt (a) 

(2) Louis Chartier chirurgien 100 tt 

(3) Claude Robutel 

(4) Jacques Brassier 

(5) René Rodayer défrichevir 75 tt 

(6) Jehan Guyet défricheur 75 tt 

(7) Simon Després défricheur 75 tt 

(8) René Besnart défricheur 75 tt 

(9) fiacre Ducharne menuisier 100 tt 

(10) Toussaint hunaut défricheur 75 tt 

(11) Jacques Millaust défricheur 75 tt 



(a) Nous adoptons ce signe (tt) pour remplacer les II barrées qui, dans les anciens manuscrits sont 
l'abréviation du mot livres. 

(1) Epwusa Marguerite Boissel en 1657. Sep. 1676. Demeura rue Saint-Paul, vis-à-vis la rue 
Saint-Vincent. 

(2) Se noie en se baignant en 1660. Sept, le 20 juillet. 

(3) Sieur de Saint-André et de la Noue. Retourne en France en 1658 et revient marié, avec la recrue 
de 1659. 

(4) B. 1635. Compagnon de Dollard. Mort en 1660. 

(5) Sept, le 20 nov. 1653, sous le nom de Redoré. 

(6) Demeure ici jusqu'en 1658. 

(7) Dit Berri. Pris et brûlé par les Iroquois en 1653. 

(8) Sieur de Bourjoly. A la suite d'un procès (4-12-58) il quitte Montréal et va demeurer dans la 
région des Trois-Rivières. 

(9) Ejxjuse Marie Pacrault en 1659. 

(10) Epouse Marie Lorgueuil en 1654. 

(11) Sieur de Laval. Signe Millets. Epouse Jeanne Hébert en 1660. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 315 

(12) Jehan firuitier defiricheur 60 tt 

(13) François piron serrurier et défricheur 75 tt 

(14) Marin Denyau défricheur 75 tt 

(15) René Doussin scieur de lonc 75 tt 

(16) René Bondy charpentier 100 tt 

(17) Pierre Godin charpentier 100 tt 

(18) Paul Benoist charpentier 100 tt 

(19) Zacharie Desorsons charpentier sdeur de lonc 100 tt 

(20) Nicolas Millet charpentier scieur de lonc 100 tt 

(21) Marin Jannot charpentier 100 tt 

(22) Silvestre Vacher charpentier 100 tt 

(23) Jehan le Mercher menuisier 100 tt 

(24) françois hudin défricheur et boulanger 75 tt 

(25) pierre Mouliers défricheur et taillandier 75 tt 

(26) Michel louvart mousnier et défricheur 100 tt 

(27) Louis biteau défricheur 75 tt 

(28) Jehan Davoust défricheur et chapelier 75 tt 

(29) Louis Chevalier défricheur et cordonier 75 tt 

(30) Jehan fresnot défricheur et couvreur 75 tt 

(31) Urban Getté sieur de lonc masson et défricheur 90 tt 

(32) Urban brossart masson et défricheur 80 tt 

(33) pierre des autels defrichevir 65 tt 



(12) Aucune trace. Dut mourir pendant la travereée. 

(13) Dit La Vallée. Devint soldat de la garnison. 

(14) Dit des Taillis. Faillwi II, 539, le nomme Denyau, puis, à la page 541. par suite d'un eerrear 
de lecture d'un de ses copistes, il en fait un nouveau colon sous le nom de Uruzeau. 

(15) Bapt. 1630. Compagnon de Dollard. Mort en 1660. 

(16) Semble quitter Mcmtréal après 1655. 

(17) Dit Chastillon. Epouse Jeanne Rousselière en 1654. 

(18) Dit Le NivemoJs. Epouse Elisabeth Gobinet en 1658. 

(19) Figure dans les actes jusqu'en 1655. 

(20) Dit le Bauceron. Epouse Catherine Lorion en 1657. Brûlé dans sa maison en 1674. 

(21) Dit La Chapelle. Epouse Frse Besnard en 1655. 

(22) Dit St-Jullien. Tué par les Iroquois en 1659. 

(23) Dit La Roche. Epouse Catherine Hurelle en 1654. 

(24) C'est évidemment lui qui est inhumé à Montréal le 15-1-54 sous le nom de François Dbaidin. 

(25) Aucune trace. Dut mourir en mer. 

(26) Dit Desjardins. Epouse Jacqueline Nadreau en 1658. 

(27) Dit St-Amant. Meunier. S^. 15 fév. 1658. 

(28) Se noie en 1657 en conduisant le R. P. Duperon. 

(29) Fut syndic de Montréal en 1672. 

(30) Sepult. 26 juillet 1655. 

(31) Epouse Catherine Charles en 1659. 

(32) Epouse Urbaine Audiau dit Laflèche en 1660. 

(33) EHt Lapointe. Epouse M. Remy en 1666. 



316 ARCHIVES DE QUÉBEC 



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(40; 

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(55; 
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Michel bouvier défricheur et masson 60 tt 

pierre Martin défricheur 60 tt 

Simon Galbrun défricheur 60 tt 

pierre barau défricheur 75 tt 

Jehan pichart défricheur 60 tt 

Jehan pretrot défricheur et mousnier 1(X) tt 

pierre Chauvin défricheur & mousnier 75 tt 

Antoine Baudry défricheur et cloutier 75 tt 

Gilles Lauzon défricheur et chaudrormier 80 tt 

Estienne Lair défricheur 60 tt 

pierre papin défricheur 60 tt 

pierre Bruzé défricheur 60 tt 
Jehan le Conte défricheur ^ 75 tt 

Michel le Conte défricheur 75 tt 

Nicolas du Val de f richeur 60 tt 

André heurtebize défricheur 60 tt 

Marin heurtebize défricheur 60 tt 

Jacques Nail défricheur 60 tt 

Jehan Gervais défricheur & Boulanger 80 tt 

Mathurin Jousset défricheur 75 tt 

Mathurin Jouaneaux défricheur 70 tt 

françois Nochet défricheur 75 tt 

Jacques Boivin défricheur 75 tt 



(34) Epouse Malhurine Desbordes en 1663. 

(35) Dit La Rivière. Epouse Marie Pontonnier en 1660. Tué par les Iroqiiois en 1661. 

(36) Epouse Françoise Duverger en 1659. 

(37) Dit La Gogue. Devint soldat de la garnison. 

(38) Epouse Louise Garnier en 1658. Tué p)ar les Iroquois en 1661. 

(39) Semble quitter Montréal après 1665. 

(40) Dit le Grand Pierre. Epouse Marthe Le hautreux en 1658. 

(41) Dit Lespinelte. Epouse en 1665, Catherine Gaillard. 

(42) Chaudronnier. Epouse Marie Archambault en 1657. 

(43) Epwuse Marie Lorrion en 1658. 

(44) Epouse Anne Pelletier en 1665. 

(45) Disparaît après 1654. 

(46) Compagnon de Dollard. Mort au Long-Sault en 1660. 

(47) Aucune trace, probablement mort en mer. 

(48) Compagnon de Dollard, mort au combat de l'Ile St-Paul, le 19 avril 1660.' 

(49) Sepult. 2 décembre 1659, âgé de 29 ans. 

(50) Ep)ouse Etiennette Alton en 1(J60. 

(51) Tué le 25 octobre 1657 par les Iroquois et inhumé sous le nom de Noël. 

(52) Devint l'un des liabitants les plus marquants de Ville-Marie. Epouse Anne Archambault en 1654. 

(53) Dit La Loire. Epouse Catherine Lotier en 1661. 

(54) Se donna aux Hospitalières en 1660. 

(55) Sepult le 11-12-54 sous le nom de Lochet. 

(56) Dit Panse. Epouse Marguerite Blois en 1665. 



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ARCHIVES DE QUÉBEC 317 

guillaume Chartier défricheur et tailleur 60 tt 

Morice léger défricheur 75 tt 

pierre piron bêcheur et chirurgien 60 tt 

pierre Raguideau défricheur 75 tt 

JouachinLepallier défricheur 75 tt 

Urban Graveline défricheur 75 tt 

Jehan Cadieu défricheur 75 tt 

Simon le Roy défricheur 75 tt 

Jehan Gasteau défricheur 60 tt 

Christophe Roger défricheur 60 tt 

Jehan Chaudronnier défricheur 60 tt 

Charles belot de fricheur 60 tt 

pierre hardy laboureur défricheur 75 tt 

Lx)uis gueretin défricheur et sabotier 60 tt 

Jacques Audru défricheur 60 tt 

René Cadet défricheur 60 tt 

Nicolas Jousselin défricheur 60 tt 

Jehan Valais défricheur 75 tt 

Louis Doguet Defricheiu- 60 tt 

françois Roisné défricheur 75 tt 

Guy Motais défricheur 75 tt 



(57) Epouse Marie Faulcon en 1663. 

(58) Maurice Averty dit Léger. Dans les pièces sous seing f>rivé, au Palais de Justice, il se trouve 
à son adresse, une lettre pathétique, daiK laquelle ses parents le conjurent de retourner en France.— Il n'a- 
vait que 16 ans. Tang. I, 2, le nomme Adverey et dit qu'il se maria en 1685. Au recensement de 1666. 
il était scieur de long. 

(59) Epouse Jeanne Lorion en 1663. 

(60) Sieur de St-Germain. Devint sergent royal. Tué par les Iroquois en 1664. 

(61) Auctm renseignement. Dut mourir en mer. 

(62) Baudereau dit Graveline. Fut syndic de 1663 à 1666. Retourna en France en 1658 et revint 
en 1659. Epouse M. Juillet en 1664. 

(63) Serrurier, Epouse Marie Valade en 1663. 

(64) Epouse Jeanne Godart en 1658. Tué par les Iroquois en 1662. 

(65) Epouse Charlotte de Coguenne ai 1667. 

(66) Noyé en 1656. 

(67) Aucune trace. Probablement mort en mer. 

(68) Aucune trace. Probablement nwrt en mer. 

(69) S'engage à Melle Mance en 1658 et semble avoir toujours demeuré à l'Hôtel-Dieu. 

(70) Dit De Sabotier. Epouse Elisabeth Le Camus en 1660. 

(71) Aucune trace. Dut mourir en mer. 

(72) Aucune trace. Dut mourir en mer. 

(73) ou Josselin. Compagnon de DoUard. Mort en 1660. 

(74) ou Valets et Valays. Compagnon de Dollard. Mort en 1660. 

(75) Aucune trace. Dut mourir en mer. 

(76) Epouse Perrine Mousnier en 1658. 

(77) Aucune trace. Dut mourir en mer. 



318 ARCHIVES DE QUÉBEC 

(78) Christophe gaillart défricheur et jardinier 60 tt 

(79) René hoviré défricheur 75 tt 

(80) Anthoine Chevasser défricheur 60 tt 

(81) Estienne Robin défricheur 60 tt 

(82) Michel Teodore défricheur, paveur et terrasseur 75 tt 

(83) Jacques Mouceaux défricheur 75 tt 

(84) Yves bastart défricheur 60 tt 

(85) hugues picart défricheur scieur de lonc 75 tt 

(86) Guillaume gendron défricheur 75 tt 

(87) Louis de la Soudrais défricheur 75 tt 

(88) Jehan Olivier défricheur 60 tt 

(89) pierre Lefebvre défricheur 75 tt 

(90) Olivier Martin défricheur et masson 75 tt 

(91) Jehan Valiquet défricheur serreurier 80 tt 

(92) Mathurin Langevin défricheur 75 tt 

(93) Louis fontaine défricheur scieur de lonc 75 tt 

(94) Jehan denyau défricheur scieur de lonc 75 tt 

(95) françois Crusson défricheur 30 tt 

avec 3 tt d'augmentation pour chacune des années suivantes. 

(96) Jullien d'aubigeon défricheur laboureur 150 tt 

(97) Olivier Beaudoin défricheur 60 tt 

(98) Jehan Oger défricheur 75 tt 



(78) Dit Le Prieur. Etait encore ici en 1667. 

(79) On écrit aussi Houray. Alla vivre et mourir dans région des Trois-Rivières. 

(80) Il signe Chevacet. Voir étude de Basset en 1656 et 1658. 

(81) Compagnon de Dollard. Mort en 1660. 

(82) Dit Cilles. Dans d'autres documents il est dit maçon. Tué en 1664. 

(83) Dit La Violette. Epouse Marguerite Soviot en 1658. 

(84) Tué par les Iroquois en 1654. 

(85) Dit Lafortune. Epouse Antoinette de Liercourt en 1660. 

(86) Dit La Rolandière. Boucher et couvreur. Epouse Anne Loiseau en 1664. 

(87) Etait encore ici en 1666. 

(88) Dit Le Petit Breton. Figure dans les actes jusqu'en 1660. 

(89) Dit Lapierre. Boulanger. Sépulture en 1659. 

(90) Dit Lamontagne. Tué par les Iroquois en 1(561. 

(91) Dit Laverdure. Epwuse Renée Lopée en 1658. 

(92) Dit Le Petit Lacroix. Epouse M. Renaud en 1654. Fut syndic en 1667. 

(93) Dit Le Petit Louis. Semble être celui qui figure au recensement de 1(566 sous le nom de Juron 
dit Fontaine. 

(94) Failion II, 541, par suite d'une erreur de lecture, le nomme Druzeau (Denyeau). Epouse en 
1664, Hélène Daudin. Tué par les Iroquois en 1695. 

(95) Dit Pilote. Compagnon de Dollard. Mort en 1660. 

(96) Vint avec sa femme Perrine Meunier ou Mousnier. Tué pwr les Iroquois en 1655. 

(97) Aucune trace. Probablement mort en mer. 

(98) Il signe : ian O G. On le nomme communément Auger dit Baron. Ne parait pas être venu 
avec sa femme Louise Grisard. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 319 

(99) Louis Grégoire defrichexir 75 tt 

(100) Bertrand de Rennes défricheur 75 tt 

(101) Jehan Tavemier défricheur & armurier 100 tt 

(102) honoré Dany charpentier 100 tt 



7481 tt 



(99) Etait encxH-e ici en 1662. 

(100) dit Pachanne. Scieur de long. Compagnon de Colombet. Fait prisonnier et brûlé a >> combat 
de la Rivière-des-Prairies, le 2 juillet 1690. 

(101) dit LafoFêt et la Lochetière. Compagnon de DoUard. Mort en 1660. 

(102) Epouse Marie Bidard en 1658 et Pierrette Lapierre en 1666. Au sujet de l'orthographe de soa 
nom voir au d^ut de cet article. 



320 ARCHIVES DE QUEBEC 

TABLEAUX DIVERS 

OCX:UPATIONS DES ENGAGES DE 1653 



Armurier (101) 1 

Boulangers (24-52) 2 

Chapelier (28) 1 

Charpentiers (16-17-18-19-20-21-22-102) 8 

Chaudronnier (42) 1 

Chirurgiens (1-2-59) 3 

Cloutier (41) 1 

Cordonnier (29) 1 

Couvreur (30) 1 

Défricheurs et laboureurs ipassim) 61 

Jardinier (78) 1 

Maçons (31-32-34-90) 4 

Menuisiers (9-23) . . : 2 

Occupations non indiquées (3-4) 2 

Paveur et terrasseiu- (82) 1 

Sabotier (70) 1 

Scieurs de long (15-85-93-94) 4 

Serruriers (13-91) 2 

Taillandier (26) 1 

Tailleur (57) 1 

Total 102 

Morts en mer :— 1-7-9-20-24-39-45-70-73-80-81 II 

Morts peu après leur arrivée, noyés ou assassinés : — 12-23-31-62-75-78-84-89-96. . 9 

Tués par les Iroquois :— 5-17-28-30-33-35-38-40-42-63-69-74-76-77-83-88-92-93-94- 

98-99-100-101 23 

Se sont mariés :— 2-3-6-8-10-11-13-15-16-18-21-22-29-30-33-34-36-41-47-48-49-50- 

51-52-54-58-59-61-62-65-66-67-68-72-75-77-78-79-82-86-87-88-90-92-94-97-102.. 47 






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TESTAMENT DE LOUIS-HECTOR DE CALLIERES, GOU- 
VERNEUR DE LA NOUVELLE-FRANCE 



Pardevant le Notaire Royal en la prevosté de Québec soussigné y résidant et témoins 
cy-bas nommés fut présent haut et puissant seigneur Mrs Louis Hector de Calières, chevalier 
de l'ordre militaire de Saint-Louis, gouverneur et lieutenant-général pour le Roy en tout 
ce pays de la Nouvelle-France, gisant au lit malade dans sa chambre au Château de Saint- 
Louis de cette ville de Québec toutes fois sein desprit mémoire et entendement ainsy qu'il 
est aparu au d. notaire et témoins par ses gestes et maintien et autres actions extérieures 
lequel considérant qu'il n'y a rien de sy certain que la mort n'y de sy incertain que l'heure 
d'icelle, et désirant ne décéder intestat sans auparavant avoir mis ordre à ses affaires et disposé 
des biens qu'il a plu à Dieu luy donner, il a de son pur mouvement et volonté fait, dicté et 
nommé de mot à mot au d. notaire soussigné les d. témoins présens son testament et ordonnance 
de dernière volonté en la forme et manière quy suit. 

Au nom du Père, du fils et du Saint Esprit, et Premièrement 

Comme vray chrétien et catholique a recommandé et recommande son ame quand elle 
partira de son corps à Dieu et père tout puissant à ce qu'il luy plaise par les infinis mérittes 
de la mort et passion de nostre Seigneur Jésus-Christ, et par les Intercessions de la Très 
Sainte Vierge Marie, de ses saints patrons et de tous les saints et saintes du paradis le mettre 
et placer au rang des biens heureux; 

Déclare le d. seigneur testateur qu'il veut et entend que toutes ses dettes soient entièrement 
payées et acquittées et torts faits sy aucune se trouvent reparés et amendés par son exécuteur 
testamentaire cy-après nommé. 

Item fait le d. seigneur son testament de cinq sols qu'il veut et désire quy soient aumosnés 
en la manière accoutumés; 

Item déclare le d. seigneur testateur qu'il a une singulliere dévotion d'estre inhumé et 
enterré en leglise des Révérends Pères Recollets de cette ville desquels il est syndic apostolique, 
il veut en ce chef pour éviter les obstacles et contradictions quy pourraient y estre aportés sans 
cela, que s'il arrive qu'il plaise à Dieu de le retirer de cette vie, mesme prie et requière ql. 
soit inhumé dans la d. église des Révérends Pères Récollets en la manière et avec les simples 
cérémonies que les d. Pères jugeront à propos luy estre convenables en la d. qualité de sindic 
apostolique père et protecteur spirituel de leur ordre en ce d. pays, souhaittant et désirant 
que sa dévotion et pietté soit satisfaite à cet égard et sans empeschement ny obstacles, de quelque 
part que ce soit telle estant sa volonté, et que son cœur soit séparé de son corps et mis dans une 



boiste de plomb ou dargent pour ensuitte eslre déposé es mains des Révérends Pères Recollels 
pour eslre par eux gardé jusques à ce que Monsieur le marquis de Callières, frère dud 
seigneitr teslateur leur ayt donné son avis sur son intention à cet égard. 

Item veut le d. seigneur testateur que sur ses biens il soit donné et aumôsné aux d. Révé- 
rends Pères Recollets entre les mains du sieur Hauteville, leur syndic ordinaire et receveur 
de leurs aumosnes la somme de douze cens livres monnaye de France pour estre employée 
à l'achèvement de la bâtisse ou autres nécessités de leur couvent de celte d. ville, à la cluirge 
de dire et célébrer par les d. Révérends Pères Recollets en leur d. église tous les jours une 
messe basse pendant Van du decez de luy seigneur teslateur pour le repos de son âme et 
outre ce un service annuel tous les ans à perpétuité à pareil jour de son deces lequel 
service annuel il désire et veut estre apliqué tant pour le repos de son âme que pour celuy 
de ses héritiers lors qu'ils seront décédés. 

Item donne et lègue le d. seigneur testateur tout ce qui dépend de sa garde robbe consistant 
en ses habits, linge et autres hardes d'icelle avec la petite vesselle dargent en dépendant, 
savoir la moitié franche du tout au sieur de Hauteville, son secrétaire, et Vautre moitié 
aux sieurs Beaufort, son maitre d'hôtel, et Gillet, son vallet de chambre par moitié et 
égale portion outre et au pardessus de ce quy leur poura estre deu de leurs gages, et ce 
pour les bons et agréables services que les d. sieurs Hauteville, Beaufort et Gillet luy ont 
rendus et rendent journellement. 

Item déclare le d. seigneur testateur qu'il dellaisse tous les biens generallement quel- 
conques qui se trouveront luy apartenir après son décès à mon d. sieur le marquis de Callière 
son frère quy est son seul et unique héritier pour par luy en disposer ainsy que bon lui 
semblera, icelhiy seigneur testateur priant et requérant mon d. sieur son frère d'avoir soin 
de Monsieur le chevalier ds Courcy ne luy ayant connu que de bonnes inclinations; 

Et pour exécuter le présent testament icelluy augmenter plutost que diminuer le d. 
seigneur testateur a nommé le d. sieur de Hauteville son secrétaire et pour prendre le soin 
du reste de V estât de ses biens et affaires quy peuvent estre à présent en ce pays et peuvent luy 
venir de France la présente année et en cas de mort du d. sieur Hauteville le sieur François 
Hazeur, marchand bourgeois de cette d. ville, qu'il prie d'en prendre la peirie, et a cet effect 
s'en demest et demest de tous ses biens en leurs mains veut et entend qu'il en soit vestus et 
mis en possession suivant la Coutume estant son intention et dernière volonté, le d. seigneur 
testateur priant et requérant à cet effet Monseigneur de Beauharrwis, intendant de justice 
police et finances en ce pays, à ce présent de luy continuer son amitié et dapuyer le dit sieur 
Hauteville ou Hazeur de sa protection et de son autoritté pour Vexécution de ce que dessus: 

Ce fut ainsy fait et dicté de mot à mot par le d. seigneur testateur au d. notaire et par 
icelluy notaire lu et releu au d. seigneur testateur è,n sa chambre au chasteau de Saint-Louis 
de Québec sur les dix heures du soir le vingt-cinquième jour de may mil sept cens trois en 
présence des sieurs Pierre Hiiquel et Joseph Anibal témoins demeurons au d. Québec quy 
ont avec mond. seigneur V intendant et Messieurs le marquis de Crisasix, lieutenant de Roy, 
de Ramezay, commandant des troupes, et de la Croix capitaine d'une compagnie d'icelles 
atissy à ce présents et notaire signé le d. seigneur testateur n'ayant pu signer exactement 



à cause du grand tremblement de sa main quoy qu'il y ayt essayé par trois diverses fois mais 
d'une manière sy tremblante qu'il n'est pas possible de lire sa signature à laquelle l'on ne 
petit distinguer que les deux premières lettres Ca. 

Callieres 

Beauharnois 

Le marquis de Crisafy 

De Ramezay 

Le marquis de la Grois 

Huquet 

Joseph Hanibal 

Chambalon (1). 

(1) Archives Judiciaires de Québec, acte de Chambalon, 25 mai 1703. 



INVENTAIRE SOMMAIRE DES ARCHIVES CONSERVÉES 

AU PALAIS DE JUSTICE DE LA RIVIÈRE-DU-LOUP 

(EN BAS), DISTRICT DE KAMOURASKA 



Le district de Kamouraska, qui comprend les comtés de Kamouraska et de 
Témiscouata, a été établi en même temps que celui d'Ottawa, par l'acte 12 Victoria, 
chapitre 38. 

C'est en 1851 que la Cour Supérieure commença à si^er dans le district de Kamou- 
raska. Le premier dossier de cette cour porte la date du 13 octobre 1851 . 

Le chef-Ueu du district de Kamouraska a été à Saint-Louis de Kamouraska de 1851 
à 1883. Depuis octobre 1883, le chef-lieu est la cité de la Rivière-du-Loup (ci-devant 
Fraserville). C'est le 27 octobre 1883 que les archives furent transportées de Kïimou- 
raska à la Rivière-du-Loup. 

Le palais de justice de Kamouraska fut incendié deux fois. Dans le premier incen- 
die, le 9 décembre 1862, plusieurs dossiers et plumitifs et tous les registres de l'état civil 
pour 1861 furent détruits. Au second incendie, le 11 mars 1881, quelques dossiers 
seulement furent perdus. 

Les juges du district de Kamouraska ont été les honorables MM. J.-André Tasche- 
reau, de 1851 à 1867 ; Félix-Odilon Gauthier, de 1867 à 1870 ; Louis-Napoléon Casault, 
de 1870 à 1873 ; Henri-Elzéar Taschereau, de 1873 à 1878 ; Henri-Thomas Taschereau. 
de 1878 à 1886 ; Ernest Cimon, de 1886 à 1912 ; et Isidore-Noêl Belleau, depuis 
novembre 1912. 

Magistrats de district pour K21mouraska.de 1875 à 1921 : MM. Alexandre Fraser, 
Charles Panet-Angers, Philéas Corriveau et H.-Romuald Fiset. 

Les protonotaires du district de Kamouraska ont été MM. Philippe Chaloult et 
Charles Déry, de 1851 à 18Ô6 ; MM. Charles Déry et J.-G. Pelletier, de 1866 à 1876 ; 
M. J.-G. Pelletier, de 1876 à 1879. De cette dernière armée à 1905, M. Pelletier a 
eu successivement pour conjoints MM. T. Dessaint, Z. Perreault et P.-V. Taché. 

De 1851 à 1921, le district de Kamouraska a eu pour shérifs MM. O. Martineau. 
V. Taché, F.-A. Sirois, J.-E. Pouliot, P.-E. Martin et J.-O. Girard. 



5300—21 



322 ARCHIVES DE QUÉBEC 

ARCHIVES JUDICIAIRES DIVERSES 



Cour de tournées, dossiers ; Cour des commissaires, jugements et dossiers ; Cour 
des requêtes, jugements et dossiers ; Cour de district, jugements et dossiers ; Cour 
de division, jugements et dossiers ; Cour Supérieure, jugements, plumitifs, dossiers ; 
Mémoires des frais ; Exécutions (Bonis-Terris) ; Jugements de distribution ; Distri- 
butions ; Dépôts judiciaires ; Faillites ; Elections contestées ; Rôle de droit ; Tutelles, 
curatelles et licitations volontaires ; Index aux tutelles ; Testaments vérifiés ; Sociétés 
enregistrées ; Commerçants mariés ; Insinuations ; Clôtures d'inventaires ; Exécutions ; 
Contrats de vente ; Cour criminelle, dossiers 1863 à 1921, deux registres ; Procès expé- 
ditifs et criminels sommaires, dossiers, 1879 à 1921 ; Sessions spéciales de la paix, 
dossiers, 1863 à 1921, sept registres depuis 1876 ; Convictions (condamnations), quatre 
registres depuis 1875 ; Enquêtes des coroners, 1862 à 1921 ; Liste des grands jurés, un 
registre depuis 1884 ; Liste des jurés spéciaux, vai registre depuis 1881 ; Liste des 
juges de paix et des constables spéciaux sur certains chemins de fer, un registre ; 
Elections de domicile des avocats depuis 1862 ; Commissions et serments de certains 
officiers publics ; Procès- verbaux d'élections des membres pour la Chambre des 
notaires ; Tableaux des avocats de la province de Québec, depuis 1882 ; Tableaux 
des arpenteurs de la province de Québec, depuis 1887 ; Statuts du Canada, depuis 
1854 ; Statuts de Québec, depuis 1868 ; Gazette officielle du Canada ; Gazette officielle 
de Québec; Notes sténographiques ; Etc., Etc. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 323 

REGISTRES DE L'ÉTAT CIVIL 



Rivière-Ouelle, Notre-Dame de Liesse (Kamouraska), de 1690 à 1921 (1) 

Kamouraska, Saint-Louis (Kamouraska), de 1728 à 1921 (2) 

Sainte-Anne de la Pocatière (Kamouraska). de 1742 à 1921 (3). 

L'Isle- Verte. Saint- Jean-Baptiste (Témiscouata). 1785 à 1921 (4). 

Trois-Pistoles, Notre-Dame des Neiges (Témiscouata), 1785 à 1921 (5). 

Saint- André (Kamouraska), du 19 novembre 1791 à 1921 (5). 

Rivière-du-Loup. Saint-Patrice (Témiscouata). 1813 à 1921 (5). 

Cacouna, Saint-Georges (Témiscouata), 1813 à 1921 (5). 

Saint-Paschal (Kamouraska). 1829 à 1921 (5). 

Saint-Denis de la Bouteillerie (Kamouraska), 1841 à 1921 (5). 

Saint-Arsène (Témiscouata), 1849 à 1921 (6). 

Sainte-Hélène (Kamouraska), 1850 à 1921 (6). 

Saint-EIoi (Témiscouata). 1852 à 1921 (6). 

Saint-Pacôme (Kamouraska), 1853 à 1921 (6). 

Saint- Alexandre (Kamouraska), 1853 à 1921 (6). 

Saint-Modeste (Témiscouata). 1853 à 1921 (6). 

Notre-Dame du Portage (Témiscouata). 1857 à 1921 (6). 

Saint- Antonin (Témiscouata), 1858 à 1921 (7). 

Notre-Dame du Mont-Carmel (Kamouraska). 1859 à 1921 (7). 

Notre-Dame du Lac Témiscouata (Témiscouata), 1862 à 1921. 

Saint-Epiphane (Témiscouata), 1863 à 1921. 

Saint-Onésime (Kamouraska), 1864 à 1921. 

Sainte-Françoise (Témiscouata), 1864 à 1921. 

Saint-Philippe de Néri (Kamouraska); 1870 à 1921. 

Saint-Honoré (Témiscouata), 1871 à 1921. 

Saint-François-Xavier de Viger (Témiscouata), 1871 à 1891. (8) 

Saint-Eleuthère (Kamouraska), 1874 à 1921. 

Saint-Paul de la Croix (Témiscouata). 1874 à 1921. 

Saint-Jean de Dieu (Témiscouata), 1874 à 1921. 

Saint-Clément (Témiscouata) 1875 à 1921. 



(1) Les registres de 1715, 1718 à 1734. 1754, 1755. 1758 à 1770 et 1861 manquent. 

(2) Les registres du 18 novembre 1748 au 9 juillet 1767 et 1861 manqiicnt. 

(3) Les registres de 1715 à 1741, du 1er février 1753 au 5 janvier 1775 et 1861. manquent. 

(4) Les registres de 1789 et 1861 manquent. 

(5) Le registre de 1861 manque. 

(6) Le registre de 1861 manque. 

(7) Le registre de 1861 manque. 
<8) Cette paroisse n'existe phis. 



324 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Notre-Dame des Sept Douleurs (sur l'île Verte), 1876 à 1921. 
Sainte-Rose du Dégelé (Témiscouata), 1878 à 1921. 
Saint-Louis du Ha ! Ha ! (Témiscouata), 1878 à 1921. 
Saint-Hubert (Témiscouata), 1886 à 1921. 
Saint-Eusèbe de Cabano (Témiscouata), 1887 à 1921 (1). 
Saint-Cyprien (Témiscouata), 1888 à 1921. 
Saint-Bruno (Kamouraska), 1893 à 1921. 
Saint-Germain de Kamouraska, 1893 à 1921. 
Saint-Mathias de Cabano (Témiscouata), 1901 à 1921. 
Saint-Ludger de Témiscouata, 1905 à 1921. 
Saint-François-Xavier de Fraserville (Témiscouata), 1905 à 1921. 
Rivière Trois-Pistoles, Saint- Jean-Baptiste (Témiscouata), 1908 à 1921. 
Rivière-Bleue, Saint- Joseph de (Témiscouata), 1913 à 1921. 
Saint-Marc du Lac Long (Témiscouata), 1914 à 1921. 
Saint-David d'Escourt (Témiscouata), 1916 à 1921. 
Saint-Michel de Squatteck (Témiscouata), 1918 à 1921. 
Rivière-du-Loup-en-bas (église d'Angleterre), 1840 à 1921 (2). 
Grosse-Ile et autres lieux (église d'Angleterre), 1840 à 1921, 
Rivière-du-Loup-en-bas (église méthodiste), 1880 à 1901 (3). 
Saint-Cyprien et autres lieux (église presbytérienne), 1899 à 1902 (4). 
Rivière-du-Loup-en-bas et autres lieux (église presbytérienne), 1903, 1904, 1905 
et 1915. 



GREFFES DE NOTAIRES 



Janneau, Etienne, Rivière-Ouelle, 1698 à 1743. 
Dionne, Joseph, Sainte-Anne de la Pocatière, 1743 à 1779. 
Kerverzo, Nicolas- Jean-Olide de, Sainte-Anne de la Pocatière, 1748 à 1755. 
Richard, Barthélémi- Joseph, Saint- Vallier, Saint-Roch, Sainte- Anne, 1751 à 1769. 
Saint-Aubin, Louis-Charles de Conscient dit, Sainte-Anne, Kamouraska, Rivière- 
Ouelle, Cap Saint-Ignace, 1767 à 1788. 

Saindon, Michel, Cacouna, 1768 à 1781. 

Colin, Jacques, Kamouraska, 1780 à 1792. 

Cazes, Louis, Sainte-Anne de la Pocatière, 1780 à 1798. 

Dionna, Augustin, Sainte- Anne, Rivière-Ouelle, Kamouraska, 1797 à 1821. 

Dubergès, Bernard, Kamouraska, 1799 à 1810. 



(1) Du 28 mars 1888 à 1900 inclusivement il ne s'est pas tenu de registres jxjur cette paroisse. 
Durant ces années il n'y avait pas de desservant. 

(2) Les années 1861, 1872, 1873, 1902, 1903, 1904 manquent. 

(3) Les années 1883, 1887. 1888, 1889, 1891, 1893, 1895, 1896, 1897. 1898, 1899 et 1900 manquent. 

(4) Pas de desservant après 1902. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 325 

Pitt, Thomas, Kamouraska, 1802 à 1813. 
Foumel, J.-François, Sainte-Anne de la Pocatière, 1804 à 1809. 
Vézina, Joseph, Kamouraska et Sainte-Anne de la Pocatière, 1805 à 1807 (1). 
Taché, Pascal, fils, Kamouraska, 1809 à 1831. 
Taché, Jean-Baptiste, Kamouraska, 1811 à 1849. 
Letellier, François, Québec, Saint- Vallier, Rivière-Ouelle, 1811 à 1828. 
Garon, Pierre, Rivière-Ouelle, 1812 à 1861. 
Casault, Thomas, Kamouraska, 1812 à 1837. 
Ouellet, Joseph, Trois-Pistoles, 1816 à 1865. 
Déguise, Joseph, Kamoiu^ska, 1817 à 1827. 
Amiot, Louis, Saint-André, Rivière-du-Loup, 1817 à 1825. 
Bemier, Ignace, Saint-André, 1817-1830. 
Dumais. Pascal, Cacouna, Kamouraska, 1819 à 1873. 
Morin, Moïse, Rivière-du-Loup, 1824 à 1872. 
Garon, Joseph, Saint-Denis, 1828 à 1883 (2). 
Bemier, Prudent, Saint-Paschal, 1828 à 1837. 

Saint- Jorre, Michel-Honoré, Rivière-Ouelle, Saint-Denis, Cacouna, 1829 à 1881 
Martin, Jean-Baptiste, Saint-Paschal, 1830 à 1871. 
Fraser, Alexandre, Ile Verte, 1831 à 1860. 
Pelletier, Thomas-Benjamin, 1833 à 1835 (3). 
Beaulieu, Alexis, Rivière-du-Loup, 1833 à 1860. 

Heath, John, Saint-Charles de Richelieu, Québec, Rimouski et Isle Vote, 1834 à 
1873. 

Foumier, Pierre. Trois-Pistoles, 1834 à 1890. 
Pelletier, François, Saint-Paschal, 1836 à 1848. 
Duperré, Alexandre, Kamouraska, 1837 à 1843. 
Fraser, Jean-Etienne, Isle- Verte, 1838 à 1880 (4). 
Chamberland, Jean-Baptiste, Rivière-du-Loup, 1838 à 1895. 
Martineau, Ovide, Sainte-Anne de la Pocatière, 1840 à 1878. 
Pouliot, Jean-Baptiste, Rivière-du-Loup, 1840 à 1888. 
Béchard, Thomas, Kamouraska, Rivière-du-Loup, 1840 à 1888. 
Letellier, Luc, Rivière-Ouelle, 1841 à 1871 (5). 
Beaulieu, Jean-Baptiste, père, Cacouna, 1842 à 1896. 
Chapais, L.-Thomas, Rivière-Ouelle, 1842 à 1847. 
Michaud, Thomas, Saint-André, 1842 à 1886. 



(1) Il pratiqua aussi dans le district des Trois-Rivières où est déposée la plus grande partie de son 
greflfe. 

(2) Ses premiers actes sont datés, par erreur, de 1802, 1804, 1806 et 1807. 

(3) Deux actes : le premier daté de Québec, l'autre du séminaire de Nicolet. Ordonné prétic en 
1837, il devint professeur au collège de Sainte-Anne de la Pocatière. 

(4) Décédé au Manitoba en 1888. 

(5) Lieutenant-gouverneur de la province de Québec 

5300—21 



326 ARCHIVES DE QUÉBEC 

LeBel, Thomas, Kamouraska, 1843 à 1877. 

Garon, Henri, Saint-Simon, Rivière-Ouelle, 1844 à 1874. 

Peltier, Norbert, Sainte-Hélène, 1844 à 1865. 

Parant, Edouard, Saint-Paschal, 1848 à 1855. 

Beaulieu, Guillaume-Henri, Rivière-du-Loup, 1849 à 1866. 

Déguise, Florence, Sainte-Anne de la Pocatière, 1849 à 1873. 

Talbot, J.-B.-Basile, Rivière-du-Loup, 1850 à 1855. 

Roy dit Lauzier, J.-Anthyme, Rivière-du-Loup, 1852 à 1897. 

Damours, Jean-Gabriel, Sainte-Flavie, Saint-Arsène et Trois-Pistoles, 1855 à 
1858 (1). 

Lindsay, Joseph-Charles, Kamouraska, 1858 à 1874. 

Martin, Auguste, Saint-Paschal, 1861 à 1901. 

Jones, Thomas, Rivière-du-Loup, 1861 à 1898. 

Dumais, Jules, Trois-Pistoles, 1862 à 1871. 

Anctil, J.-Norbert, Sainte-Anne de la Pocatière, 1863 à 1876. 

Pelletier, Joseph-Gabriel, Kamouraska, Percé, 1864 à 1866 (2). 

Langlais, Polydore, Kamouraska, Rivière-du-Loup, 1864 à 1916. 

Gagnon, Alexandre, Sainte-Hélène, Saint- Alexandre, Trois-Pistoles, 1865 à 1919. 

Anctil, Joseph, Sainte-Anne de la Pocatière, 1865 à 1895. 

Dumais, Alphonse, Kamouraska, 1866 à 1871. 

Gagnon, Jos -Pierre, Saint-Denis de Kamouraska, 1867 à 1872. 

Heath, W.-Adhémar, Isle Verte, 1868 à 1886. 

Saint- Jorre, Alfred, Cacouna, 1869 à 1913. 

Beaulieu, J.-Bte, fils, Cacouna, 1870 à 1875. 

Lebel, T.-M.-Télesphore, Saint-Arsène, Saint- Vallier, Saint-Narcisse de Beaurivage, 
Kamouraska, 1870 à 1916. 

Lavergne, Louis, Sainte-Anne de la Pocatière, 1871. (3). 

Blondeau, Antoine, Québec, Rimouski, Saint-Paschal, Rivière-du-Loup, 1871 à 1918. 

Bégin, Louis-Charles, Kamouraska, 1871 à 1891. 

Dessaint dit Saint-Pierre, Paul, Sainte-Hélène, 1871 à 1897. 

Beaulieu, Alphonse-Philippe, Notre-Dame du Lac, 1872 à 1901. 

Boucher, Médard-Adélard, Rivière-Ouelle, 1875 à 1894. 

Dansereau, J.-Clément, Montréal, Rivière-du-Loup, 1877 à 1898. 

Marquis, Isidore-Michel Canac, Saint-André, 1877 à 1885. 

Blanchet, J.-Alphonsa, Saint-François de Montmagny, Kamouraska, Saint-Pas- 
chal, 1891 à 19n. 

Saint-Pierre, Léon. Cap de la Magdeleine, Rivière-du-Loup, Saint-Paschal, 1912 
à 1915. 



(1) Admis à la pratique du droit en 1863, il s'établit à Montréal. 

(2) Protonotaire du district de Kamouraska, depuis octobre 1866. 

(3) Deux actes. Le sénateur Lavergne alla ensuite demeurer dans les cantons de l'Sst. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 327 

GREFFES D'ARPENTEURS 



Kerverso, Nicolas- Jean-Olide de, Sainte-Anne de la Pocatière, 1748 à 1755. 

Roy, Honoré, Kamouraska. 17^8 à 1828. 

Mofifett, Gabriel. Rivière-du-Loup, Isle-Verte, 1829 à 1843. 

Saint-Pierre, J.-Evariste, Québec, Saint-Roch des Aulnaies, Rivière-du-Loup, 
rrcMs-PistoIes, Notre-Dame du Lac 1840 à 1879 (1). 

Roy, Charles-François, Sainte- Anne de la Pocatière, 1856 à 1881 (1). 

Michaud, Charles-Edouard, Québec, Saint-Epiphane et Québec (1). 

Foumier, J.-Bte-Philippe, Montmagny, Saint- Alexandre, Saint-Louis du Ha ! Ha ! 
1871 à 1891 (1). 

Baillargeon, Charles, Rivière du Loup, 1911 (2). 

CADASTRES DÉPOSÉS AU PALAIS DE JUSTICE DE LA RIVIÈRE-DU-LOUP 

Seigneurie de Saint-Denis de Sainte-Anne, déposé le 23 septembre 1863. 

Seigneurie de Sainte-Anne de la Pocatière, déposé le 24 novembre 1863. 

Seigneurie de la Bouteillerie (Rivière-Ouelle), déposé le 7 octobre 1863. 

Seigneurie de Saint-Denis de la Bouteillerie, déposé le 23 septembre 1863. 

Seigneurie de Kamouraska, déposé le 24 novembre 1863. 

Seigneurie de Grandville, déposé le 24 novembre 1863. 

Seigneurie de L'Islet du Portage (Saint- André), déposé le 7 octobre 1863. 

Seigneurie de Verbois, déposé le 9 mars 1854. 

Seigneurie de la Rivièr3-du-Loup, déposé le 24 novembre 1863. 

Seigneurie de Le Parc et de Villsray, déposé le 24 novembre 1863. 

Seigneurie de l'Isle-Verte, déposé le 23 décembre 1862. 

Seigneurie de Villeray (Isle-Verte), déposé le 9 mars 1864. 

Seigneurie de Madaouaska, déixsé le 23 septembre 1863. 

Seigneurie de Trois-Pistoles, déposé le 20 mai 1893. 

Seigneurie de Nicolas Rioux, déposé le 23 septembre 1863. 

Seigneurie de Riraouski et Saint-Bamabé, déposé le 23 décembre 1862. 

Seigneurie de Lessard ou Lamolaie, déposé le 7 octobre 1863. 

Seigneurie de Lepage et Thibierge, déposé le 7 octobre 1863. 

Seigneurie de Pachot, déposé le 23 septembre 1863. 

Seigneurie du Bic, déposé le 23 septembre 1863. 

Seigneurie de Peiras ou Métis, déposé le 23 septembre 1863. 

Seigneurie de Matane, déposé le 22 septembre 1863. 

Louis- J. Pelletier 



(1) Pas de lépertoire ni d'index. 

(2) Pas de répenoire ni d'index. 



INVENTAIRE SOMMAIRE DES ARCHIVES CONSERVÉES 
AU PALAIS DE JUSTICE DES TROIS-RIVIÈRES 



REGISTRES DE L'ÉTAT CIVIL 



BÉCANCOURT (Nicolet) 

Le premier registre commence le 1er janvier 1716 et finit le 16 juin 1727. 

Le deuxième registre commence le 25 août 1727 et finit le 10 février 1728. Ce 
cahier ne contient que quatre actes. 

Le troisième registre commence le 15 mars 1728 et finit le 7 mai 1732. 

Le quatrième registre commence le 5 octobre 1732 et finit le 9 décembre 1732. 

Le cinquième registre commence le 7 janvier 1733 et finit le 19 novembre 1734. 

Le sixième registre commence le 7 janvier 1735 et finit le 9 janvier 1736. 

Le septième registre commence le 26 février 1736 et finit le 2 décembre 1736. 

Le huitième registre commence le 22 mars 1737 et finit le 1er septembre 1737. 

Le neuvième registre commence le 12 janvier 1739 et finit le 24 novembre 1739. 

Le dixième registre commence le 18 janvier 1740 et finit le 2 décembre 1740. 

Le onzième registre commence le 11 janvier 1741 et finit le 31 décembre 1741. 

Le douzième cahier commence le 9 février 1742 et finit le 9 septembre 1742. 

Le treizième registre commence le 11 février 1743 et finit le 23 novembre 1743. 

Le quatorzième registre commence le 28 janvier 1744 et finit le 22 octobre 1744. 

Le quinzième registre commence le 19 janvier 1745 et finit le 5 janvier 1746. 

Le seizième registre com.mence le 5 janvier 1746 et finit le 29 décembre 1746. 

Le dix-septième registre commence le 9 mars 1747 et finit le 15 novembre 1747. 

Le dix-huitième registre commence le 5 janvier 1748 et finit le 28 septembre 1748. 

Le dix-neuvième registre commence au mois de mai 1749 et finit le 14 décembre 
1749 (1). 

Le vingtième registre commence le 11 août 1757. Il ne contient que des actes de 
mariages. 

Le vingt-et-unième registre commence le 15 mars 1758 et finit le 21 octobre 1761. 
Il ne contient qus des actes de sépultures. 

Le vingt-deuxième registre commence le 2 octobre 1760 et finit le 30 décembre 1761. 
Il ne contient que des actes de baptêmes. 

Le vingt-troisième registre commence le 6 janvier 1762 et finit le 12 août 1763 (2) . 



(1) Les registres n'ont pas été déposés ou manquent du 17 décembre 1749 au 11 août 1757. 

(2) Les registres n'ont pas été déposés ou manquent, du 12 août 1763 au 10 octobre 1766. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 329 

Le vingt-quatrième registre commence le 10 octobre 1766 et finit le 3 novembre 
1767. (1) 

Le vingt-cinquième registre commence le 12 novembre 1767 et finit le 9 janvier 
1770. 

Le vingt-sixième registre commence le 12 novembre 1767 et finit le 20 décembre 
1772 (2). 

Le vingt-septième registre commence le 10 janvier 1774 et finit le 24 février 1776. 

Les registres se suivent du 24 février 1776 au 5 octobre 1780 (3). Les registres depuis 
le 5 octobre 1780 jusqu'au 20 mars 1787 absents. 

Les registres commencent ensuite le 20 mars 1787 et se sirivent sans interruption 
jusqu'à 1914. 

Depuis 1914, les registres de Bécancourt sont déposés à Nicoht. 

Batiscan (Champlain) 
Le premier registre de Batiscan déposé au palais de Justice des Trois-Rivières 
remonte à 1680. Il est incomplet et en très mauvais ordre. 
De 1736 à 1740, pas de registres déposés. 

Les registres de 1741 à 1757 inclusivement sont déposés mais en très mauvais ordre. 
De 1757 à 1769, pas de registres déposés. 

Le registre de 1770 complet avec commencement de l'année 1771. 
De 1771 à 1773, pas de registres déposés. 
Les registres de 1773 et 1774 complets. 
De 1775 au 12 octobre 1780, pas de registres déposés. 
De octobre 1780 à 1833 les registres sont complets, moins celui de 1804 absent. 

Cap de la Magdeleine (Champlain) 

Il existe une copie des registres du Cap de la Magdeleine de 1673 à 1711 faite sur une 
copie conservée au séminaire de Québec. 

Le premier registre du Cap de la Magdeleine déposé aux Trois-Rivières commence 
en 1683. 

Jusqu'à 1687 inclusivement, les registres déposés sont incomplets et en très mau- 
vais ordre. 

Le registre du 4 février 1688 au 18 novembre 1727 est quelque peu rongé dans sa 
marge droite. 

Les années 1735 à 1746 inclusivement manquent. Les registres de 1647 à 1656 (27 
mai) existent. 

Manquent aussi les registres depuis le 27 mai 1756 jusqu'au 3 avril 1786. 

Les registres suivent jusqu'à l'année 1789. 



(1) a ce registre on a attaché trois feuillets : l'un porte cinq actes de baptêmes du 11 septembre 
1767, l'autre contient cinq actes de baptêmes également de septembre 1767, et le troisième porte cinq actes 
de baptêrr.es faits en juin et juillet 1767. 

(2 Le registre de 1773 abeent. 

(3) Le registre de 1773 abeent. 



330 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Le registre de 1789 est également absent. 

Les registres de 1790 à 1920, sont complets et en bon ordre. 

Gentilly (Nicoîet) 

Le premier registre de cette paroisse date de 1784 (du 24 juillet au 29 novembre). 
Il est en très mauvais ordre. 

A part le registre de 1804, qui est absent, les autres sont complets et en bon ordre 
jusqu'à 1914. 

Depuis 1914, on dépose les registres de Gentilly à Nicolet. 

Pointe-du-Lac (Saint-Maurice) 
Les registres de la Pointe-du-Lac commencent avec l'année 1748. 
De 1749 à 1753, quelques feuillets manquent à certains registres. 
De 1753 à 1920, les registres se suivent en bon ordre. 

Champlain (Champlain) 
Les registres commencent avec l'année 1679 (octobre) et se continuent jusqu'à nos 
jours avec les interruptions suivantes : 
De 1682 à 1717. 

Du 1er juin 1727 au 1er janvier 1732. 
Du 4 janvier 1734 au 7 septembre 1744. 
Du 3 décembre 1750 au 12 janvier 1753. 
Toute l'année 1805. 
Toute l'année 1878. 

Sainte-Anne de la Pérade (Champlain) 
Le premier registre commence le 9 janvier 1681. Les registres se continuant 
jusqu'à nos jours avec les interruptions suivantes : 
Du 24 janvier 1682 au 9 janvier 1684. 
Du 1er avril 1684 au 30 juin 1690. 
Du 20 septembre 1692 au 29 octobre 1693. 
Du 24 mai 1693 au 24 novembre 1697. 
Du 7 août 1699 au 8 novembre 1722. 
Du 10 février 1743 au 2 janvier 1744. 
Du 27 octobre 1777 au 7 janvier 1779. 

Yamachiche (Saint-Maurice) 
Le premier registre date de 1728. 
Les registres qui manquent sont ceux : 
Du 12 août 1737 au 14 février 1744. 
Toute l'aimée 1754. 
De 1771 à 1779 inclusivement. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 331 

Forges Saint-Maurice (Saint-Maxirice) 

Le premier registre de la mission des Forges Saint-Maurice commence le 12 sep- 
tembre 1744 et finit le 13 avril 1748. 

Le deuxième registre va du 29 avril 1748 au 5 mai 1749. 

Le troisième registre commence le 29 mai 1749 et finit le 19 décembre 1749. 

Le quatrième registre commence le 27 janvier 1750. 

Les rostres se suivent ensuite sans interruption jusqu'à 1762. 

A remarquer, toutefois, qu'on trouve à la fin du dernier registre, celui de 1762. 
tm acte de sépulture daté du 25 mars 1764 et signé par le chanoine Perrault. 

Saint-Grégoire (Nicolet) 
Le premier registre de cette paroisse commence en 1802. La sérfe est com- 
plète de 1802 à 1815 moins le registre de 1896. 

Depuis 1915, on dépose les registres de Saint-Gr^oire à Nicolet. 

Sainte-Geneviève de Batiscan (Champlain) 

Les r^istres commencent le 28 juillet 1727, et le premier rostre va jusqu'au 
16 janvier 1728. 

Le deuxième registre commence le 30 janvier 1728 et finit le 1er février 1733. 

Le troisième registre commence le 13 février 1733 et va jusqu'au 29 novembre 1735. 

Les registres se suivent ensuite jusqu'au 19 mai 1741. 

Du 19 mai 1741 au 22 janvier 1748, les registres n'ont pas été déposés ou sont 
absents. 

Le registre qui commence le 22 janvier 1748 va jusqu'au 3 décembre 1749. 

Le registre suivant commence le 20 décembre 1749 et va jusqu'au 1er juillet 1753. 

Un autre registre commence le 18 juillet 1753 et va au 13 mars 1757. 

Le registre suivant commence le 14 mars 1757 et se rend au 10 octobre 1759. 

Le registre suivant commence le 21 octobre 1759 et finit le 14 septembre 1762. 

Le registre qui va du 14 septembre 1762 au 25 janvier 1768 est absent. 

Le registre qui commence le 25 janvier 1768 va au 30 juin 1769. 

Le registre suivant commence le 7 août 1769 et finit le 30 décembre 1770. 

Le registre stiivant, en mauvais ordre, va du 31 janvier 1771 au 22 novembre 1773. 

Un feuillet détaché joint à ce registre porte des actes à partir du 31 janvier 1774 
jusqu'au 25 mars 1774. 

Puis vient un registre qui conunence le 20 avril 1774 et se termine le 25 septembre 
1780. 

Les registres, à partir du 25 septembre 1780, se suivent complets jusqu'au 22 février 
1785. 

Le registre qui commence le 22 mars 1785 va jusqu'au 4 décembre 1785. 

A partir de 1786 les registres se suivent r^xilièrement et complets jusqu'à 1920. 



332 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Saint-Pierre-les-Becquets (Nicolet) 

Le premier registre n'a que quelques feuillets. II commence en 1731, le jour de 
la Saint-Pierre, alors qu'on y transcrit l'inscription à être mise sur la chapelle en cons- 
truction. Le premier acte inscrit porte la date du 9 avril 1735 ; le dernier, la date 
du 8 novembre 1739. On y trouve, toutefois, un acte du 6 février 1742. 

Le deuxième registre commence le 8 novembre 1739 et finit le 9 novembre 1746.. 

Le troisième registre commence le 21 février 1745 et finit le 23 septembre 1748. 

Le quatrième registre commence le 13 novembre 1748 et finit le 3 juillet 1752. 

Le cinquième registre commence le 20 novembre 1752 et finit le 7 mars 1756. 

Le sixième registre commence le 15 avril 1756 et finit le 3 novembre 1765. 

Il y a un écart de 1765 à 1772. 

Le septième registre commence le 6 avril 1772 et finit le 22 novembre 1784. 

Le huitième registre commence le 2 janvier 1785 et finit le 3 décembre 1785. 

Le neuvième registre commence le 27 janvier 1786 et finit avec l'année. 

Les registres se continuent ensuite année par année, jusqu'à 1914. 

Depuis 1914, les registres de Saint-Pierre-les-Becquets sont déposés à Nicolet. 

Saint-Léon (Maskinongé) 
Les registres commencent avec l'année 1802 et sont complets jusqu'à 1914. 

Mont-Carmel (Champlain) 
Les registres commencent avec l'année 1864 et sont complets jusqu'à date (1). 

Nicolet (Nicolet) 
Le premier registre commence en mai 1718 et va jusqu'au 8 janvier 1725. 
Le deuxième registre commence le 20 janvier 1726 et va jusqu'au 24 juin 1727. 
Le troisième registre ne contient que deux actes, l'un du 25 octobre 1727 et l'autre 
du 26 octobre 1727. 

Du 27 octobre 1727 au 20 mars 1729, pas de registre. 

Le quatrième registre commence le 20 mars 1729. 

De 1732 à 1914, les registres se continuent complets. 

Depuis 1915, les registres de Nicolet sont déposés à Nicolet même. 

LouiSEViLLE (Maskinongé) 
Les registres commencent en 1727. De 1727 à 1737, ils sont déchirés et rongés, 
conséquemment assez difficiles à consulter. 

Du 27 août 1737 à 1750 inclusivement les registres sont absents. 

Le registre de 1751 commence le 27 mars et va jusqu'au 24 décembre 1756. 

Le registre de 1757 est absent. 



(1) Le registre de 1867 est absent mais les actes de cette année ont été entrés au registre de la 
paroisse Saint-Maurice. 



ARCHIVES DE QUÉBEC 333 

Le registre de 1758 commence le 18 février. 

De 1759 à 1777 inclusivement, les registres sont absents. 

A partir de 1778, les registres sont complets jusqu'à nos jours. 

Maskinongé (Maskinongé) 

Les registres de Maskinongé commencent le 4 janvier 1728. Ce cahier va jusqu'au 
19 décembre 1733. 

De 1734 au 3 novembre 1748, les registres sont absents. 

Le registre qui commence le 3 novembre 1748 et finit le 22 août 1749 est en partie 
déchiré. 

Du 22 août 1749 au 2 janvier 1749, pas de registre. 

Le registre suivant commence le 2 janx'ier 1749 et va jusqu'au 15 décembre 1751. 

L'autre registre commence le 7 janvier 1752 et se termine le 22 novembre 1752. 

Le registre suivant commence le 2 janvier 1753 et va jusqu'au 24 décembre 1757. 

Pas de registre depuis le 24 décembre 1757 jusqu'au 6 novembre 1773. 

Le registre qui commence le 6 novembre 1773 va jusqu'au 10 décembre 1777. 

Les registres du 10 décembre 1777 au 29 septembre 1782 sont absents. 

A partir du 29 septembre 1782 les registres sont complets jusqu'à nos jours. 

Saint-Justin (Maskinongé) 
Les registres qui commencent en 1858 sont complets jusqu'à 1920. 

Sainte-Monique (Nicolet) 
Les registres complets et en bon ordre vont de 1846 à 1914. 
A partir de 1914, les registres de Sainte-Monique sont déposés à Nicolet. 

Saint-Stanislas (Champlain) 
Le premier registre va de 1787 à 1789 inclusivement. 
Les registres de 1790 à 1808 inclusivement sont absents. 
De 1809 à nos jours les registres se suivent complets, moins celui de 1870 absent. 

Saint-Prosper (Champlain) 
Les registres de Saint-Prosper commencent en 1850 et sont complets jusqu'à 1920. 

Saint-Boniface de Shawinigan (Saint-Maurice) 

Commencent en 1861. Complets jusqu'à date. 

Sainte-Flore (Saint-Maurice) 
Commencent en 1865. Complets jusqu'à date. 



334 ARCHIVES DE QUÉBEC 

Saint-Célestin (Nicolet) 
Les registres sont complets de 1851 à 1914. . 
Depuis 1914, les registres de Saint-Célestin sont déposés à Nicolet. 

Saint-Paulin (Maskinongé) 
Les registres sont complets de 1850 à 1920. 

Sainte-Thècle (Champ